The Project Gutenberg EBook of La glbe, by Paul Adam

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Title: La glbe

Author: Paul Adam

Release Date: February 16, 2020 [EBook #61418]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA GLBE ***




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  PAUL ADAM

  LA GLBE

  PARIS
  TRESSE & STOCK
  Libraires-Editeurs
  8, 9, 10, 11, GALERIE DU THATRE-FRANAIS
  PALAIS-ROYAL

  1887
  Tous droits rservs




L'auteur et les diteurs dclarent rserver leurs droits de traduction
et de reproduction.

Ce volume a t dpos au Ministre de l'intrieur (section de la
librairie) en Janvier 1887.


DU MME AUTEUR:

Chair molle.

Soi.

Le Th chez Miranda, en collaboration avec M. Jean Moras.

Les Demoiselles Goubert, en collaboration avec M. Jean Moras.

_Sous presse:_

En Dcor.

_En prparation:_

tre.

Le Mmorial.


Dijon, imp. Darantire




_Il a t tir  part, de cet ouvrage, dix exemplaires sur papier de
Hollande numrots  la presse._




I


La vaste cuisine de ferme tide aprs le dner; o s'tirent les ombres
sur le carreau rose, o la vieille servante droite et plate essuie la
vaisselle tintante; l Cyrille vient s'asseoir cette veille d'hiver.

Il pense  Trouville, aux mois des dernires vacances,  Denise. Son
cousin, ce noceur, les avait unis solennellement, un matin, devant la
mer plumete, tandis que ruisselait l'harmonieuse voix des eaux, tandis
que riait cette fille aux cheveux teints. Et suivit une folle excursion
en barque o elle le serrait  la taille en lui disant des btises:
Potache, potache. Oh! que t'es farce, petit potache. Ce lui sonne
encore. Elle pela Institut Saint-Vincent sur les boutons de son
uniforme; car, sorti depuis cinq jours de chez les Pres, un tailleur
n'avait pu le pourvoir de vtements civils.

Et dans cette chair duveteuse, dans ces cheveux teints gros et drus, il
vcut des semaines. Les heures passes hors des treintes, il ne les
sait plus.

L'aima-t-elle cette femme de Paris, choue l pour faire la plage? Si
bte qu'elle ne parlait mme pas, si robuste qu'elle le faisait geindre
en le lacis de ses bras doux, lui le rude fils de paysans et de
chasseurs. Elle l'ahurit de ses parfums brusques, de ses dentelles
infinies, de ses soieries et de ses mousselines.

En Italie. Comme a. Parce qu'il avait encore dans la tte Virgile,
l'histoire, les gondoles de Venise, Cicron, le Forum. Ils taient
partis avec l'argent d'un usurier, un ami d'elle. Sans hsitation lui
conclut cet emprunt, malgr sa raison morignante. Et puis,  Milan, un
midi, elle se leva terriblement fche, cassa les porcelaines de la
toilette, lui prit son portefeuille et, par le premier train, fila sur
Paris. Pourquoi? Elle tait ivre-morte depuis trois jours.

Alors il fallut revenir. Il dormit tout le temps du voyage. Quand il ne
dormait pas, il larmoyait. A Lyon il trouva son tuteur.

Furieux cet oncle lui rendit des comptes: Tu as vingt-un ans, par
bonheur! Je ne serai pas oblig de m'occuper d'un pareil chenapan. Et
l'oncle retourna dans sa mtairie aprs avoir sermonn pendant dix-huit
heures de chemin de fer, et prdit la ruine.

A tout cela Cyrille pense.

Sa pipe laisse aux lvres la saveur la plus souhaitable et les nues de
fume sinuent en spires valsantes. L'averse chante aux vitres. Les
chevaux piaffent  l'curie; il les coute.

La Terre ne vaut plus. Sans doute, elle se relvera: la Terre ne peut
faillir. Mais quand? Donc pas d'argent. Des terres et des terres, son
patrimoine inalinable, par religion. Il les connat: rases et plates
tendues depuis Becquerelles jusque Ferbon, englobant les clochers et
les moulins, enjambant les grandes routes. Sans un arbre. Il y chasse
durant toutes les vacances depuis l'anne o il remporta neuf prix.

La lampe verse sa lumire ronde sur le caraco pass de la servante
droite et plate. Et les jurons des ouvriers arrivent du fournil avec le
vent.

Autrefois,  Boulogne, il tudia chez les Pres. Une vie d'colier sage
avec le mpris profond des cancres, avec les calmes tudes o, de tout
le poids de sa lourde intelligence, il s'appliquait  parfaire les
thmes et  noter l'accentuation grecque; les joies des promenades
bavardes et turbulentes; le suprme ravissement d'instaurer en leur sens
prcis certaines phrases obscures de Quintilien et d'en tre louang
_seul_ par le professeur; les ides d'amour esquives avec horreur comme
susceptibles de punition. Puis, des volumes dors, des mdailles
d'argent dans des crins grenat, le baiser de l'archevque couronnant
aux stridences de la musique et des bravos, un parchemin de bachelier
qui, l-haut, gt dans le vieux secrtaire d'acajou prs du
daguerrotype o il distingue mal ses parents en costume de noces,
aujourd'hui morts. Non, jamais il ne mangea fin et propre comme au
rfectoire, ni dans les ducasses d'en de la Deule ni dans les
kermesses d'au del. A Trouville? En Italie? Il but surtout.

A Turin du Lacryma-Christi. Les lvres de Denise s'crasaient sur le
mince cristal et leur carmin transparaissait dans la pourpre du vin.
Aprs elle, il y huma: une saveur chaude et liquoreuse avec des vigueurs
pourtant, un arrire-got amer, un parfum d'ambre et de thym... un peu
comme du trs vieux Volnay o persisteraient des saveurs de sucre... Et
Denise son coude lev, la poitrine blanche et mouvante sous la gaze du
corsage d't, ses longs cils baisss vers la liqueur... Il retrouva sur
ses lvres ce got de thym et d'ambre, ce liquoreux qui poissait leurs
bouches.

Et pour revivre cette impression il commande:

--Catherine, allez  la cave chercher une bouteille de Volnay.

Devant la bouteille brune renaissent des souvenirs  chaque gorge bue.
Souvenirs tactiles, et souvenirs sapides, et souvenirs odorants. Visions
de membres qui se cambrent, de bouches qui hoquettent, de dents froides
et dures. Et chaleurs qui fluent par la gorge avec le vin comme chaleurs
de baisers. Elles gagnent la poitrine, elles l'nervent ainsi que des
contacts de derme.

--Catherine. Allez vous coucher.

--Oui l'matre.

La porte se referme. Il met les barres. Il ne voit plus qu'elle. Elle
ondoie, la main  ses cheveux teints, le rire  ses dents mouilles. Ses
bas rouges frtillent, ses gants noirs se dchiqutent. Elle grandit
comme si elle accourait vers son front, son front d'amant qui brle et
o les veines battent. Elle se rapetisse factieuse et fuyante, grosse
maintenant comme une mouche... une mouche qui bourdonne.

La mouche bourdonne autour de la lampe, et gravite dans sa lumire
ronde. Oh! l'insupportable bourdonnement qui crot. On dirait d'une
compagnie de tambours qui battraient comme les veines battent dans son
front brlant. Vide la bouteille.

La sueur lui coule sur les tempes, sur les joues, dans le cou. Des
mouillures froides. Il se lverait bien pour gagner cette bassine pleine
d'eau, mais ses mains ne sont plus  lui, ses pieds ne sont plus  lui.

Il se mord et il ne sent pas la morsure. La chair de ses doigts parat
insensible, son nez dur comme le nez d'un cadavre, ses joues paraissent
dures comme les joues d'un cadavre.

L'ombre flotte sur le carrelage rose. Comme la mer  Trouville
n'a-t-elle pas flux et reflux? Tantt l'ombre de la chemine se berce l
et tantt elle se berce ici. Elle va baigner les jambes de Cyrille. Elle
remonte maintenant vers la lampe et le vieux bahut o les luisures
dansent la sarabande. Ainsi que dans le bateau d'Etretat, tout roule et
roule. Tout roule, l'estomac aussi dans la poitrine de Cyrille qui n'ose
plus bouger et s'avoue gris. Au balancement de ce roulis, il s'endort.
Seul dans la cuisine vaste.




II


Chaque soir, seul, avec cette vieille femme taciturne et brute qui,
interroge, n'exprime mme pas les bavardages du canton; des
bleuses-vues, dit-elle, en haussant les paules; ensuite elle se tait.
Les ouvriers dorment dans la grange, dans les curies, harasss de
labeur et de tabac.

La pluie, l'himale pluie pleure et pleure sans arrt. Dans le hameau
nul ne veille. Le fermier le plus voisin de Cyrille, son oncle, ronfle
dj sans doute. S'il allait lui faire visite, on discuterait encore le
dprissement de la terre, la grande rachitique. Tout le jour, il tudia
ce sol malade, puis, tout le jour il mdicamenta. Il sait aussi bien
que l'oncle les phases du mal. Pourquoi s'attrister encore  cette
vocation de ruine?

La ville est si loin. Les chevaux sont si las.

Qui voir parmi l'atmosphre brillante du caf saure, o le gaz clignote
vers les faces ennuyes et svres des vieux? Les jeunes, ceux de son
ge, travaillent  Paris,  Douai; ils font leur droit. D'autres
Saints-Cyriens.

Quelle maldiction lui tua ses frres au berceau et ses parents sur la
glbe? Seul de la race; il lui faut en cette triste campagne vivre.
L'orgueil du rang l'empche, lui, grand propritaire terrien, alli aux
marquis de Bressel et aux barons de Fournies, de se commettre avec les
employs d'administration. Les officiers dpensent. Trop pauvre d'or, il
ne les peut connatre.

Mieux encore vaut rester l, dans la cuisine, fumer. L'unique joie de sa
vie sera donc cette quipe avec Denise?

Si difficilement le bl se transforme en or; cette frasque et les cinq
mille francs qu'elle cota lui interdiront pour des ans l'achat de La
Verdire, une maison presque citadine que ses vieux dsirs convoitrent
et qui, proche de la ferme, serait un chteau indpendant, demeure du
matre. Des Parisiens y passaient la belle saison autrefois: une petite
fille joueuse et bien mise, un monsieur dcor et rieur qui manquait les
livres au gte, une dame lourde un peu, toujours en des lectures. A
vendre, maintenant, La Verdire: vingt mille francs. Depuis trois annes
les Parisiens n'apparurent. Et Cyrille ne l'aura point ayant gch les
conomies de son pre avec la gueuse.

Elle buvait du champagne au Havre en sa robe de satin carlate, o ses
longs gants de peau noire gisaient. Elle trempa ses ongles diaphanes
dans la mousse blonde et par la fentre, jeta la coupe dans la mer
enlune. Comme le roi de Thul! s'cria-t-elle, et elle chanta.

Revivre ce chant!

--Catherine, du champagne, et allez vous coucher.

Des soirs et des soirs Cyrille l'aima de souvenir. Il l'aima au
champagne comme l'aprs-souper du Havre; il l'aima au cognac comme
l'aprs-midi du wagon, prs Ambrieux; il l'aima au marsala comme
l'aprs-dner de Vronne. Et puis, il recommena ces diverses amours des
soirs, des soirs, dans la vaste cuisine au carrelage rose, tandis que
l'averse pleurait aux vitres.




III


Vers les nuages, il marche sous le vol circuitant des corbeaux, par la
plaine plisse de sillons.

Il marche avec la constante inquitude des semailles perdues, des socs
briss, des chevaux poitrinaires. De ci, de l se hrissent de chtives
herbes, des brindilles plottes, parses. Seul, toujours. Et ses pieds
dfoncent la terre humide.

Les campagnards servent les mmes conversations que l'oncle. Quand
Cyrille donne la cause scientifique des phnomnes naturels, des
fltrissures et des floraisons en citant les lois de la physique ou de
la chimie, ils lui rient  la face, de leurs gros rires idiots, en se
moquant:

--Non, c'est comme a, parce que c'est comme a, monsieur Cyrille. On ne
peut pas tout savoir. Faut pas non plus faire tant le malin avec vos
balivernes de l'cole. Tout a, a ne veut rien dire.

Il s'emporta, voulut  toutes forces expliquer; il alla chercher des
crayons, traa des figures, des formules algbriques:

--Qu que c'est que tout a? Qu que a reprsente? il n'a point de nez
votre bonhomme.

Et d'une quinte hilare leurs dos normes tressautrent dans les blouses.
Il les jeta dehors.

Ils contrent partout que tout de mme M. Cyrille avait un grain et que
c'tait bien malheureux pour son ge.

Nerveux encore de cette immuable stupidit o choppe elle-mme la
science sainte, il marmonne en marchant:

L-haut les corbeaux tournent et croassent. Devant s'tale la plaine
rousse, nue jusqu'aux nuages qui la ceignent.

Rien dans la plaine et rien dans sa vie pour toujours. Quel ennui de ne
plus tudier, de ne plus crire. Il et bien entrepris une traduction de
la _Pharsale_ en vers franais; mais il n'ose, ne sachant pas de
directeur qui lui dise: Ceci est bien, cela est mal. O le guide, o
le conseil? Il ne croit pas en l'autorit de son jugement personnel. Si
humble et si timide il fut aux matres.

Courbes en ligne, les sarcleuses pluchent un champ, les mains au sol,
les croupes au ciel. Que laides ces filles aux cheveux rares plaqus
avec de la pommade sur les crnes ronds et bis; leurs mamelles pendent
dans les caracos lches, et leurs doigts rugueux aux ongles casss
fouillent les touffes de l'avoine naissante. Vers lui elles lvent leurs
yeux craintifs. A son sourire elles l'enoeillent sournoisement en des
regards qui offrent leurs corps.

Jamais il ne s'acoquinera. Une honte pour sa famille si on venait  lui
connatre de semblables dchances. D'ailleurs elles lui paraissent
sordides, ces femelles.

Une couturire qui, chaque printemps, reste six semaines au village pour
travestir les robes selon la mode, l'et plutt conquis. Mais, par la
servante, il sut qu'elle le jugeait brutal et trs vieux  cause de sa
barbe toute pousse. Il la laissa partir sans lui parler mme.

Les corbeaux tournent, croassant dans le firmament blanc.

A la suite des chevaux lents,  la suite du rouleau polissant la terre,
le vieux varlet titube, le crne clapi entre les paules, rendu gibbeux
par le labeur.

Aux pleurnicheries des grelots grles, aux chatoiements des fourrures
bleues, les colliers monumentaux oscillent sur l'encolure des grises
btes qui tirent, lentes.

--H bien, Baptiste! fait Cyrille.

--Hao, ho!

La raucit du cri lamentable s'ploie et agonise par la plaine vide. Les
chevaux s'arrtent. Les grelots ne pleurnichent plus. Immobiles et la
tte pesant bas, les grises btes.

--Dj tout cet ouvrage termin?

--H oui, l'matre.

Ainsi tous. Les vieux laboureurs ne mritent jamais reproches ni mme
surveillance. La terre, ils la pomponnent et la choient d'instinct,
comme ils mangent, comme ils dorment, comme ils se reproduisent.

Baptiste a pris une motte dans ses mains porphyriennes; il l'crase et
l'mie. Des larmes noient ses pupilles troubles; sa face porphyrienne se
creuse encore aux traces des rides profondes.

--Mal, mal, mauvaise.

Cyrille hausse les paules et fait signe de s'asseoir. Ils s'tendent 
l'ombre paisse des chevaux, sur la terre rcemment polie.

Alors, les pipes fumelant, le vieux narre, de sa voix crase. Il dit
les moissons d'antan florissantes et belles. Et son geste gourd encadre
le pays jusqu'aux nuages.

Comme la terre montante a gagn le soleil, les pleurs pourpres de
l'astre dpass inondent.

Ils inondent et rosissent la frange des nuages qui tranent aux
corchures de la plaine brunie. Violettes et noires surgissent les
nocturnes ombres.

Et les corbeaux filent vers l'horizon.

Tandis que Cyrille songe  la fuite dsolante de l'or,  l'impossibilit
de jouir et d'tre.

Ses mains se crispent. Les plaisirs en son imagination voltent et
narguent. Un par un, les souvenirs des joies passagres le viennent
dfier en mimant le bonheur perdu. Ils flagellent son dsir et
l'irritent.

Et Baptiste ne cesse de prdire la ruine proche.

Dans le chemin creux, ils vont parmi les brumes vesprales o se
gouachent des herbes, des gens. Les grelots des btes sonnent et dansent
avec le son morne des fers.

Passent les sarcleuses et leurs jupes bleues et leurs caracos blancs, et
sur les dents claires leurs chansons languides.

Des chants d'amour. Volontiers Cyrille les battrait, ces femmes. Au
sommeil il aspire, au sommeil qui tue la mmoire, et qui tue le dsir,
et qui, des fois, ralise.

--Une chope, Baptiste, hein? avant de souper.

Dans le cabaret sombre, la lueur aigu des mesures d'tain, les vitres
rougies par la trace du soleil. L ils boivent, le vieux et lui, sans
dire. Ils boivent pour s'enfuir des choses.




IV


Le pre est mort. Je crois fort qu'il s'est suicid. La mre et la fille
sont _ quia_. Elles donneront La Verdire  moiti prix pourvu qu'on
les paye comptant.

--Dix mille francs alors, reprit Cyrille.

Un maquignon dit:

--Comme a s'enfonce les bourgeois. a fait des btises! a se ruine! Ne
venaient-ils pas autrefois chasser, ceux-l, avec des vestes de velours,
des gants neufs, des chiens anglais, est-ce que je sais. a chassait a,
a ne savait seulement pas tuer un livre au gte. a avait des chiens
qui couraient sur le coup de fusil. Malheur, va. Et puis a n'a pas le
sou. Et dire que c'est a qui nous dirige!

Toute la table s'esclaffa.

--Pour tre bte, il n'y a pas plus bte que les bourgeois.

--Et des vices!

Les convives causent en sourdine  l'oreille avec des mines dgotes et
des yeux grillards.

Les servantes emplissent de bire les chopes; deux, sangles dans leurs
robes  fleurs; et elles gravitent inversement autour de la table
immense garnie d'hommes en redingotes luisantes.

Au fond de la salle  tapisserie teinte d'humidit, une autre table unit
les dames en deuil qui parlent discrtement du dfunt: riche cultivateur
dont les funrailles viennent de finir.

Tout en mchant son boeuf, Cyrille pense  La Verdire. La blancheur
clatante de la nappe l'hypnotise. Depuis des semaines, ce malaise le
prend  l'aspect des couleurs vives. Ce lui fut d'abord quand l'ivresse,
le soir, terrassait. Les rideaux blancs de son lit le figeaient alors en
une invitable contemplation. Bientt le carrelage rose de la cuisine
acquit la mme influence; puis les housses du meuble de salon.
Maintenant cela le possde mme hors de l'ivresse. La nappe lui
scintille devant les yeux et darde des claboussures blanches.

Il s'efforce de s'y drober et cille vers les murs. Malgr lui sa
pupille gagne le coin des paupires o la nappe devient perceptible, et
aussitt son regard tombe matris sur ce blanc qui vibre.

--Elles sont  La Verdire n'est-ce pas, mon cousin?

--Qui?

--Les propritaires, donc.

--Ces dames des Flochelles?

--Oui.

--Elles sont arrives, il y a huit jours.

L'intrt de cette causerie le peut enfin soustraire  l'hallucination
blanche. Il parle, il parle pour que la vision ne le reprenne pas. Il
renseigne sur l'ge de Mlle Lucienne--18 ans--celui de sa mre--42
ans.--Il cite leurs paroles, il dcrit leurs robes, leur intrieur o il
fit visite pour une affaire de voisinage; oui, des renseignements 
donner sur une servante.

--Allons, il faut acheter les dames avec la maison! lui crie un farceur.

--B, ce ne serait pas mauvais march, clame un autre.

De l Cyrille songe  Lucienne, si blonde et si frle avec un sillage de
parfums et des gants mauves jusqu'aux coudes. Que ne possde-t-elle des
terres. Il l'pouserait. Seule elle lui livra cette note luxueuse inoue
de toute autre femme que Denise; elle fleura cette odeur unique qui
suggre comme un avant-got de possession. Le mariage le ravirait  sa
tristesse,  son vice. Car il sait qu'il boit, il sait que peu  peu il
devient fou.

Chaque fois que l'ide d'ivresse l'enchante par ses malfices au son des
souvenirs, aux promesses de les revivre et de tarir par le sommeil tous
les regrets, une puissance fantasmatique s'voque, d'attitude narquoise,
personnifie d'un Rire norme et sans dents. Elle raille sa faiblesse
infantile, lui assure que, malgr ses rsolutions, il succombera encore;
elle le montre par avance titubant, ridicule, courant  la folie. Elle
lui dcharne Denise et la travestit en un squelette dgotant d'alcool,
riant de ce Rire aux lvres grises et suintantes. Ds lors Cyrille ne
dsire plus que le sommeil o la hantise s'effacera, o il l'abattra.

Pour obtenir cette victoire il se livre entier au vin. Avec un
acharnement de lutte, il absorbe verre sur verre comme il frapperait
coup sur coup.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Tandis qu'il regagne sa ferme en cabriolet, ce soir-l, il sent le vol
proche du Rire sans dents, du squelette en robe carlate trop large et
gant noir trop large. Cela lui clame qu'il est encore ivre comme un
porc, qu'il mourra vautr dans ses vomissures, comme un porc. Et de la
prdiction lui nat une pouvante atroce, tranglante; ses nerfs se
rvoltent, leur exaspration s'essore par les mains qui cinglent du
fouet et des guides la croupe du cheval galopant.

Le cheval galope dans la route verdie d'ombre, entre les champs aplatis
sous la lune verte, sous les bues vertes.

En Lucienne Cyrille espre la libratrice. Ses bras, ses longs bras
minces et ses mains fluettes exorciseraient la puissance par leur geste
gracile, relev.

Au got de cette bouche fleurie il oublierait le got de l'alcool. Mais
elle ne possde pas de terres.




V


Le mariage, la meilleure chance pour lui, trop seul. Avec une femme
lgante et instruite, quelles exquises causeries au retour des champs.
Des lectures communes, une initiation dont il assumerait le plaisir la
voyant s'tonner aux oeuvres littraires, tudier, comprendre, admirer
enfin et goter des sensations d'intelligence aux siennes pareilles.
Leurs chairs ensuite se mleraient  l'unisson de leurs mes.

Aux dners de noces, de funrailles et de baptme, aux banquets des
ducasses et des kermesses, aux bals tendus de draps blancs et orns de
branches feuillues il assista, cherchant pouse.

Quand le cousin de Fourmies eut remarqu les prvenances de Cyrille 
l'gard de Mlle Chrtien, il le dissuada, la montrant laide, pataude,
orgueilleuse de son btail et de ses arpents. Cyrille ne rsista point,
tant, au fond d'avis identique. Huit jours passs au chteau de
Fourmies en chasses, en excellents repas, et en ivresses quotidiennes
nes du kmmel, effacrent la personne.

Avec leurs lgances, les maigreurs rousses des demoiselles Raveline le
happrent. Elles touchaient du piano  quatre mains, citaient Lamartine
et Chateaubriand. Il prfra Marguerite  Caroline.

Souventes fois, au trot de son cheval britanniquement harnach, il gagna
la porte verte de leur brasserie distante de six kilomtres  peine.

Dans la cour profonde o se fonce le fumier, o picorent les poules
trousses, il s'arrte, un instant, le regard vers la maison basse aux
vitres mailles de capucines claires.

Au perron surgissent les soeurs vtues de cotonnades rayes et ceintes
de rubans larges.

Marguerite sourit; sur la peau laiteuse les taches de rousseur vivent
d'une existence de fleur, tantt closes d'ombre, tantt panouies  la
lumire.

Entrs ils ne conversent presque pas d'abord. Il manipule sa cravache,
et fouette la poussire de ses bottes vernies jusqu' ce qu'il se
remmore des vers classiques appropris aux circonstances. Alors ils
rcitent tous trois avec une mulation d'coliers les tirades tragiques.

L il gote une intime vanit d'homme suprieur apprci par une
compagnie d'lite.

Les hauts bahuts bruns et leurs cuivrures ouvrages, les poutres du
plafond, les assiettes  coqs peints, les fauteuils suranns, il les
assimile aux meubles du grand sicle.

C'est le calme des classes, et sa musique d'alexandrins rythms, sans la
peur des punitions, sans la crainte des camarades, de leurs farces
cruelles.

Le vieux de Bressel vint l'y prendre, un jour; et, comme ils
retournaient, leurs chevaux pataugeant lentement dans la fange, il dit:

--Vous n'avez pas, Cousin, j'espre, l'intention d'pouser ces filles.

--Pourquoi?

--Leur bisaeul, vous le savez, coupait les ttes pour trente-cinq sous,
au temps de la premire rvolution sur la grand'place d'Arras. Il tait
le suppt du sanguinaire sans-culottes Joseph Lebon.

--Oh, il y a bien longtemps; elles ne sont pas coupables des fautes du
bisaeul.

--Qu'est-ce, Monsieur? cette morale? Je vous ferai enfermer comme fou si
jamais vous avez le malheur...

--Oh, oh!

--Oui, Monsieur, vous l'tes assez souvent fou, bien que des gens disent
que vous soyez ivre...

Et le marquis piqua des deux le laissant seul sur la route.

Longtemps Cyrille montra le poing  la croupe de l'alezan,  ce veston
de velours noir, ces cheveux blancs et ras, ce feutre gris qui
s'extnuaient parmi les jets de crotte entre la double file des
peupliers maigres.




VI


Sa famille ne voulait qu'il se marit. Ainsi la fortune reviendrait 
Guy de Bressel, le Saint-Cyrien, et  Julia de Fourmies qui tudiait
encore chez les religieuses de Sainte-Clotilde.

Il le comprit nettement aprs quelques heures de conversation avec le
marquis et le baron installs chez lui pour la chasse des oies sauvages
qui, en ce moment, passaient.

--Vous tes, Monsieur, proclamait de Bressel une nuit d'afft, vous
tes, par ma foi, un bien heureux gentleman. Des chasses superbes, un
marais enviable, une cave de vieux notaire. Vous avez tout jeune rti
des balais avec une femme charmante, vous vous y tes mme brl quelque
peu. Des souvenirs exquis, quoi. Que faut-il de plus?

--Si vous croyez, mon oncle, que c'est drle de vivre tout seul ici.

--Voil bien les Franais d'aujourd'hui. La vie de gentleman-farmer les
ennuie. Voyez donc vos voisins les Anglais! quels gaillards.

--Mon cher, vous raisonnez comme une petite fille, insista le baron. Que
voulez-vous? Vivre  Paris? Manger vos pices de dix sous avec des
femmes de brasserie comme un fils de quincaillier? Vous auriez honte de
mener cette existence. Aux gens comme nous, pour frquenter les
boulevards, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Or, nous-n'en-a-vons
pas. Alors la vie l-bas, sans le sou, c'est comme ces cartouches vides,
un peu de fume, et puis rien. Tout le monde s'en aperoit et se moque.

--Il faut se rsigner, Monsieur, il faut se rsigner. Nous nous
rsignons bien, le baron et moi, et Dieu sait pourtant si cela est dur.

--Aprs dix ans de Tortoni se retirer ici, oui; c'est dur.

--J'ai envie de me marier, dit fermement Cyrille.

Ils se firent affectueux. Eux prirent pouses. Eh bien, l, entre
parents, on peut en convenir: les symphonies conjugales se rompent de
frquentes discordances. Mme de Fourmies qui autrefois brillait aux
rceptions de l'empereur, reproche aigrement au baron ce rle
obligatoire de chtelaine recluse. La marquise de Bressel, morte depuis
dix ans, ruina son mari en jouant  Monaco. Cyrille revoit ces deux
dames lui offrant des louis lors des vacances. Leurs petits chiens le
mordaient aux jambes.

On narre le cycle de la famille, les hritages contests, les unions
manques, le suicide d'un cousin que les dettes conduisirent 
l'escroquerie, les rparations des chteaux, les vitraux donns en pompe
 l'glise du village. On remonte  l'poque de la Rvolution, o les
anctres rfugis en Angleterre enseignaient le latin pour subsister.
Puis revient le rcit glorieux des batailles anciennes o,
valeureusement, se comportrent les aeux, des ligueurs.

Ils parlent bas,  genoux dans la hutte, appuys aux lucarnes ouvertes
vers l'tang; et leurs yeux experts visent la nappe de ciel dchiquete
par les roseaux.

L'eau verte stagne entre les gerbes d'herbes. Des fois elle se ride et
la ride tend jusqu'aux rives son ourlet lumineux qui court. Des fois
elle se gonfle de bulles grossissant, crevant. Blanche, la tte d'un
nnuphar surnage emmi les feuilles palmes.

A ces rcits o s'voquent les robustes cavaliers bondissant  travers
mousquets et piques, Cyrille s'meut et se gronde. Pourquoi des
instincts bas l'incitent-ils aux msalliances. Il jure de se vaincre. Se
vaincre, soi, chose facile, mais vaincre la hantise fantastique, le Rire
tors et vert; le terrasser autrement que par le sommeil de l'ivresse, le
pourra-t-il? Il se connat incapable de subir une heure le Rire, cette
menace de folie et de funrailles.

Et voici que le conquiert la terreur hallucinante. Dans les roseaux,
dans l'onde verte et plane il aperoit, glissant entre des lames d'eau,
la robe carlate de Denise, ses gants noirs.

Alors il rpte:

--a ne fait rien, je veux me marier.

--Mais avant de vous marier, Monsieur, songez au moins  vous corriger
de votre ivrognerie. Vous ne pouvez pourtant apporter cela  une jeune
fille en cadeau de noces.

--Vous tes mchant, mon oncle. Vous savez bien que a ne dpend pas de
ma volont, le mdecin vous a dit l'influence originelle, atavique; mon
pre tait alcoolique.

--Il en mourut: Prenez garde.

--H! je sais, je sais. Aussi je ne veux plus rester seul. Non, je ne
veux plus.

--Chut!

Les ailes des oies battent sur le ciel ainsi que des ventails ploys.
Silencieusement. De leur vol, elles cernent la mare. Et subitement, 
six, elles plongent dans les herbes. Les herbes flchissent,
froufroutent, puis oscillent longtemps.

Une tte, ombre pointue, saillit d'une touffe de roseaux. Les fusils
tonnent. Aux lourdes rpercussions des coups, les volatiles s'lvent;
des masses noires, indcises, qui, une  une, versent, tues.

Seule une fuit au ras des ajoncs, toutes pennes tales, sous les
montantes fumes de la poudre.




VII


Lucienne tant noble qu'objecteront les oncles? Le manque de fortune?
Comme Cyrille sera fort pour leur reprocher cette mesquinerie.

Il se lve titubant et mol, mais la volont de vaincre l'arbitraire de
la famille et de faire oeuvre libre le raffermit. Une intime colre, un
dsir extrme d'aimer mus au paroxysme par l'ivresse, lui suggrent des
actes. Il commande de prparer une valise pour un court voyage et
d'atteler le dog-cart.

A Lille, les promeneurs bien mis, aux lgances britanniques, captivent
son attention. Puis, chez un tailleur de vitrine limpide et d'enseigne
sobre, il se livre aux mains des commis obsquieux qui le mtrent.
Quelques jours aprs il regagne sa ferme, muni d'une complte garde-robe
de clubmann.

En trois visites, Lucienne lui emporta l'esprit. Elle parlait bas avec
un accent mivre, et les paroles soupirantes fuyaient vite de ses
rostres lvres. Dans ses gestes affables et menus, une gentillesse de
maigriote. Elle avait sur la taille mince, une poitrine ronde, une tte
futile  veines bleues,  pupilles ardoises,  cheveux d'ambre.
Adorablement elle jouait du piano, et ses doigts fins sautelaient sans
lassitude. Cyrille passe ses aprs-midi  La Verdire dans le salon
empli de colifichets, de chaises frles et dores, de meubles  pompons,
de fleurs gerbes par gammes chromatiques dans des vases simples.

Des heures il contemple la nuque gracile de Lucienne et la montante
torsade de sa chevelure. Alors le saisit le dsir de dnouer ces
cheveux, de mordre  pleins baisers cette nuque blanche. Puis il se juge
pur imbcile. De mme que Denise, Lucienne l'enjle. Il se prvoit la
subissant avec tous ses caprices de petite fille coquette, ses
gamineries, ses fugues sautillantes et rieuses qui refusent, ses
bouderies qui obtiennent.

La gne des dames des Flochelles ne se trouva point si grande qu'on
l'avait dit d'abord.

Lucienne, outre la proprit de La Verdire, possdait une dot. Mme des
Flochelles, anglaise de naissance, irait vivre, aprs le mariage, dans
le comt de Kent, au manoir de son pre qui, trs vieux, dsirait une
compagnie.

L'aveu de ces dtails intimes promut Cyrille au rle officiel de fianc.

Ds lors il se reprocha sa trop htive dtermination. Il eut peur de
Lucienne, si pauvre, sans terres; il eut peur de son charme; il craignit
qu'elle ne l'abandonnt, un jour comme l'autre. Il chercha le moyen de
rompre.

Puis le soir, chez lui, quand le got amer de l'alcool lui remmorait
les extases de ses amours dbutantes, la vision de la jeune fille si
diffrente de l'autre, exquise, lui promettait des dlices encore
neuves, pudiques et mystrieuses, dont le rve le pressait.

Il aurait La Verdire; et la modicit de ses ressources demeurerait
inconnue des paysans. Car, autrement, le domaine pouvait choir  un
autre acqureur et les gens ne failliraient pas alors  le dire ruin.

Comme les oncles, il possdera son chteau. Et ses voeux de luxe sont
raliss d'avance par cet intrieur charmant et diffus. Plus de soirs
mornes dans la vaste cuisine de ferme.

Des heures de batitude parmi les fleurs et la lueur mordore des
lampes, aux sons agiles du piano,  la vue de Lucienne en jupes claires.
Le vice en mourra.

Mais une jalousie anticipe le harcle. Il redoute de lui dplaire,
d'tre quitt. Bien que sr d'abandonner son habitude, il apprhende une
minute de faiblesse, o sa rsolution sombrerait, et qui, pour toujours,
la dgoterait d'un ivrogne. Un autre alors la lui enlvera. Et il
s'attarde  mditer des vengeances extraordinaires, ternelles.

Une scne terrible avec le marquis de Bressel dtermina Cyrille. Il
dclara qu'il ne voulait consentir  sacrifier sa vie pour accrotre la
fortune de ses cousins et devenir vieillard  esprances; que le clibat
ne lui valait rien; qu'il aurait Lucienne des Flochelles, une jeune
fille noble, instruite, d'une lgance extrme et de gots modestes;
qu'il n'tait plus un enfant; que sa famille pouvait bien ne pas
assister au mariage, que cela lui paraissait indiffrent.

Ils s'pousrent  minuit selon le rite de la famille dans la chapelle
du chteau de Fourmies, au milieu de buissons de cierges.

En Ecosse, au bord d'un lac uni, et ceint de grandes roches violettes
qui s'y miraient, ils vcurent un mois en des extases, en des
frmissements.




VIII


Le soleil fulgure vers les betteraves violettes et miroitantes, vers la
masse tasse des bls ples. Parmi l'norme bruissement des ftus et des
gupes, le ciel jaillit, s'incurve bleu.

Sur la terre Cyrille s'est couch; et ses yeux cillent lacrs par les
lueurs de l'air.

Il a fui la maison de peur de crime. Le Saint-Cyrien de Bressel causait
bas  sa femme qui, coutante, souriait. Ainsi les surprit-il sous les
palmiers de la serre, au retour des champs. Il a fui pour ne point tuer.
Et il courut des heures, des heures,  toutes forces, en rond. Puis, les
forces teintes, il tomba, capable enfin de ne plus se souvenir. Du
moins la vision se disloque dans son imagination lasse, dans sa tte
lourde. La douleur des muscles amende la douleur de l'esprit.

Que fit-il  cette femme pour qu'elle le hasse? Son amour de vierge
avou, c'tait donc leurre. Pourquoi l'avoir reu, pourquoi s'tre
donne?

Le souffle passe avec peine dans sa gorge trcie d'angoisse. Il n'est
dans l'air que le bruit de son rle, et une alouette planante qui
jacasse, et ses ailes qui tincellent.

Lucienne tenait  sa bouche une rose blanche. La rose blanche, Cyrille
se la reprsente exacte avec un ptale jauni qui frlait les lvres
mivres, les dents. L'autre la voulait avoir, et elle refusait en riant.

Le rire, la nuque penche sous les frisures et le casque de cheveux
lisses, le rire et la nuque penche pour plaire  un autre! Cela le
torture. Il imagine quelles durent tre leurs moqueries  son gard. Et
cependant pour elle, il se transforma, il tua son habitude de vin.
Jamais l'ivresse ne le reprit bien qu'il et voulu enfouir ses craintes
jalouses dans le sommeil lourd de l'alcool.--Les voil toutes ralises
ces craintes: lui moqu par ce jeune homme, un imbcile, un ignare
auquel il donna des rptitions pour ses examens de l'cole et qui fait
des fautes d'orthographe.

Ira-t-il provoquer un pareil gamin? On se gausserait. D'ailleurs il ne
peut mme pas affirmer son soupon: ils se sparrent tout de suite
avant de l'apercevoir. Sans se retourner elle s'esquiva; mais sa course
tait si jolie, ses jupes froufroutaient avec tant d'art que par cette
fuite mme elle dsirait sans doute plaire  l'autre.

Puis la douleur se fait toute physique. La rose blanche le gne comme le
gnaient, lors de ses ivresses, les blancheurs des linges. Chaque fois
qu'il s'imagine cette posture de Lucienne, des frissons le torturent et
tressautent par ses membres. C'est la vie toujours morose, et le bonheur
exil.

Et il se souvient des souffrances anciennes subies pour Denise. Il se
souvient du recours suprme, le sommeil o les alcools enfouissent
l'esprit.

Au cabaret il assomme sa douleur  coups de vin.




IX


Ce devint sa vengeance, voir Lucienne au soir quand il rentrait ivre.

La raison vaincue par le vin, sa colre clatait pour une chaise mise
hors la place habituelle, pour une poterie brche, pour une servante
punie. A propos de rien il pandait des injures, des menaces. Et cela
lui paraissait juste comme un devoir. Il croyait la svrit propre 
maintenir sa femme dans la soumission, le repentir, la crainte du mal,
la vertu. Par des paroles ambigus, que seule la coupable pouvait
comprendre, il dcela les motifs de sa haine. Mais elle feignit toujours
de n'en pas saisir le sens cach.

Elle pleura, elle pleura sans cesse, assise dans leur chambre, sa figure
futile colle aux fleurages pompadour des fauteuils.

Lorsqu'elle s'affaissait ainsi, sa taille si frle dgage des bras unis
au front, le pied mince battant le sol de l'escarpin vernis, Cyrille
avait pour elle des tressaillements d'amour, encore. A travers les bues
tremblantes de son rve alcoolique, elle lui apparaissait dsirable
au-dessus de toutes, de celles vues, de celles eues. Alors il la prenait
dans ses bras, sans mot dire, et le lui prouvait.

Par baisers et par caresses, Lucienne semblait vouloir le flchir.
Pourquoi es-tu si mchant? dit-elle une nuit. D'abord il garda un
silence triste, puis il tala ses suspicions.

Lucienne, ds lors, ne pleura plus. Elle l'vita partout.

Il se persuada que les circonstances voulues o elle disparaissait
devaient servir l'adultre, il le lui reprocha. Trs froidement et
fermement elle lui dclara qu'elle n'aimait que lui, que ses soupons
l'affolaient, que s'il faisait encore allusion  des histoires pareilles
elle mourrait.

La piti n'atteignit pas Cyrille que l'image du Saint-Cyrien et de la
rose au pistil fltri gardait. A tout instant sa rancoeur s'amassait en
ses entrailles avec son souffle longtemps retenu, et que par soupirs il
expirait. Et il passa ses veilles  fuir de cette douleur vers le
sommeil du vin.

Un soir le marquis et le baron vinrent pendant un de ces sommeils.

La brusque rupture de sa batitude le mit en mchante humeur, et la
prsence de M. de Bressel aviva la rage douloureuse conue envers le
fils. Alors il revit l'entier gosme de la famille, hostile d'abord 
son mariage par cupidit, avide ensuite d'en tirer profit au point
d'astreindre ses fils  choisir en sa femme une matresse peu coteuse
qui les garderait des scandales.

Puis, comme le marquis levant la voix, l'invitait durement  cesser ses
querelles conjugales et ses ivresses qui dshonoraient la race, Cyrille,
dlirant de colre, les poussa dans la cour  la force des poings.
Longtemps il invectiva.

Personne ne vint plus  La Verdire. Lucienne congdiait vite les rares
amies en visite, car Cyrille devant ces intruses--des entremetteuses
peut-tre--s'vertuait  travestir son visage en mines terrifiantes afin
de leur enjoindre une peur salutaire.

Ayant chass la famille et les amitis anciennes, il eut un renouveau de
joies, un triomphe  possder seul Lucienne et ses gestes graciles et sa
face srieuse. Aux heures d'ivresse ces joies s'exprimrent par des
extravagances et des jeux d'enfant.

Si, aprs boire, il ne parvenait au sommeil, d'imprieuses envies de se
mouvoir l'exaspraient. Il et voulu courir ou briser; ses phalanges
s'arquaient et ses mchoires se serraient; il lui fallait sortir. Alors
dans la taverne basse,  la flamme fumeuse du ptrole, il formait des
plaisanteries pour plaire aux rustres buveurs, et les dominer par
l'esprit. Bientt les muscles de sa face, mus par le dlire, se
contractaient et se dtendaient en grimaces pour soutenir les paroles.
Sa gesticulation s'animait; la male puissance en furie dans son corps
poussait ses bras, ses jambes,  travers l'espace, sa face  travers le
vide, et tordait son dos.

De telles violences lassaient la tension douloureuse de ses nerfs, si
douloureuse que sa peau lui semblait trop troite pour contenir leur
lan et leurs bonds. Ainsi la bienfaisante lassitude lui venait, le
calmait, l'assoupissait.

Il prit l'habitude de faire grand tapage et montre de vigueur. Aux soirs
des cabarets, il dansa frntiquement, tapant le sol de ses semelles,
les tables de ses poings, riant  gorge ouverte. On lui apprit qu'on le
disait fou.

Ce l'enchanta, ravi que cette rputation lui permt encore plus
d'extravagances et les excust en mme temps. A ses affreux dlires, il
vit enfin le remde quotidien et assur; et but davantage, sr de n'en
point trop souffrir.

Cependant si, fatigu de ses grimaces et gestes, le rire des gens lui
devenait hostile et railleur, il interrompait brusquement sa mimique en
roulant des yeux froces tout prt  frir les insolents; et, dans le
silence subitement venu, il dmolissait d'un formidable coup une table,
une chaise pour instruire le cercle des spectateurs muets et peureux de
quelle force il les saurait assaillir.

Les autres restaient immobiles, serrs entre eux comme des btes
craintives. En tout son orgueil, Cyrille les examinait eux, leurs
visages ples, leurs blouses tasses contre les murs gris de suie, la
cabaretire effare mettant sa vaisselle  l'abri, et les plus rsolus
prparant leurs poings.

Alors, sr de la terreur inspire, las aussi de ses efforts physiques,
il leur tendait la main; et commandait de la bire pour tout le monde.

Il se jugea trs spirituel puisque ses clowneries lui valaient
l'approbation des spectateurs; il se jugea trs suprieur puisqu'on le
redoutait. Par les rues simples du village, il passait silencieux et
sombre, jouant le seigneur.

Et un amour extrme pour Lucienne l'emporta.

Le sentiment d'avoir vaincu le Saint-Cyrien, d'avoir rompu cette passion
mauvaise, d'tre seul aim, ce furent des dlices neuves, sauvages.

Il rechercha des volupts mauvaises. Lorsque par la pleur de sa face et
la fatigue navre du geste, Lucienne laissait comprendre sa souffrance
d'tre honnie ainsi qu'une fille, il souffrait de sa douleur autant
qu'elle; son souffle se prcipitait, des larmes lui montaient aux
paupires, mais il n'interrompait pas la suite des rcriminations; et,
portant le mal au paroxysme, il gotait d'extatiques volupts  la
possder dans sa douleur. touffer ses sanglots d'une treinte forte et
matresse, boire ses larmes lourdes, ainsi affirmait-il sa conqute par
la brutalit du viol triomphant.




X


L'vangile clos, Cyrille se rassied, comme tout le monde.

Jaune, le soleil coule aux colonnes du choeur, aux cts du Christ
culminant le tabernacle de cuivre.

Silencieusement sous la nef vide, les rustres se votent en leurs
blouses sombres, parmi la poussire familire qui grisaille les
murailles.

A grand mal, Cyrille s'vertue pour fuir son obstination d'ivresse, une
envie sans cause de gifler le cur qui se prlasse  l'autel dans les
ors et les moires. Ds l'instant o il franchit avec Lucienne le seuil
de l'glise ce besoin le harcela. Et ses poings se crispent comme si
dj ils treignaient le prtre. Il tire ses doigts moites, puis lisse
sa manche pour distraire son geste irrit. Contre l'ide absurde il
s'indigne, et ses anciens respects acquis aux religieux s'indignent, et
sa volont s'indigne d'tre subjugue par ce dsir bte.

Mais sa colre crot  mesure qu'il tente de retrouver la saine
intelligence. S'il construit des arguments raisonnables, tt des accs
de rage les effilent et les dchirent; et ses muscles se tendent pour le
dtourner de la raison. Alors dans ce lacis d'efforts contradictoires,
une vision surgit arme de vraisemblance et de rels souvenirs:
l'ecclsiastique aux mains blanches, il le vit souvent auprs de sa
femme; souvent elle se confesse; elle-mme orne la chapelle de la Vierge
l'aprs-midi. Et lentement, par une patiente recherche, il s'attache 
des rminiscences imbues d'oubli, il les joint, les unit et de leur
ensemble parvient  tablir le motif de sa haine.

Tinte la sonnerie maigrette de la clochette, les chaussures du servant
grincent sur les grs des degrs sacrs.

Cyrille se lve, comme tout le monde.

Il regarde Lucienne agenouille en ses valenciennes. Les fleurs tnues
du chapeau, les fleurs  longue tige tremblotent sur la paille plotte,
et, en sa face mivre, les cils battent vers les joues mates.

Trop jolie, elle dut plaire  ce cur, un instruit, un raffin. Or ce
citadin, au visage clair, quels avantages ne tient-il pas sur un
gentilhomme campagnard, hl.

Vers l'unique vitrail  bordures jaunes,  bordures bleues, le calice
assomptionne aux mains de l'officiant. Longtemps cela s'irradie dans le
soleil fusel, et, pour le regard trouble de Cyrille o les choses
s'panchent, le vermeil du calice semble dborder sur les doigts du
prtre.

Ce l'exaspre. Voil que ses chairs se dorent maintenant  ce pleutre,
comme ses ornements sacerdotaux. De telles transformations, sans doute,
affolrent Lucienne, comme ces doigts grles enfoncs dans les dentelles
de l'aube. Oh! par la tte brlante de Cyrille, la passion de
lacrer chasubles et oreries, de vider le calice, en pitinant
l'effmin...--Dominus Vobiscum.

De face  prsent il nargue ne dirait-on pas?... et l'oeillade a vis
Lucienne. Cyrille l'a perue malgr l'onction que le sournois affecte...
Qu'il attende la fin du sacrifice: il verra.

Une crampe soudaine force le noble  dcroiser les bras et son poing se
tend vers le belltre, d'un jet.

Lucienne hausse sa figure dolente, qui implore, qui apaise.

Pour elle, il s'apitoie et reprend une position correcte. Mme par dsir
de faire accroire aux autres que rien d'insolite ne fut dans ses gestes,
il rpte, en s'tirant les manches, une tension de poing identique mais
qui semble approprie  cette action naturelle.

De sa haute taille il domine les fidles; et les ttes inclines vitent
peureusement le regard imprieux dont il les fixe. Tout de suite on a
compris son dsir, on n'ose y enfreindre: on feint de n'avoir rien
remarqu. Ainsi Lucienne n'aura point honte.

Car c'est en lui le souci constant de ne se point rendre plus odieux
encore, de la reprendre, de la reconqurir par sa toute soumission, et
de vivre heureux  nouveau. Comme en Ecosse.

Mais le cur se retourne encore, regarde.

Et voici que la rage emporte Cyrille contre l'outrecuidant individu,
cause des singeries auxquelles il s'astreint. Le poing menaant saillit
encore vers le prtre.

--V'nez donc, ben, un peu, Monsieur Cyrille, murmure Baptiste en le
tirant par le bras.

--Veux-tu me laisser ou je te casse la figure.

--C'est des btises, tout a. A c't'heure? Vous n'tes pas bien, que je
vous dis; c'est que vous avez soif; faut vous rafrachir.

--Oui, va Cyrille, prie Lucienne.

Il se dcide. D'ailleurs l'autre n'en subira pas moins sa juste
vengeance. Et puis il a tellement soif.

Ses lvres pteuses et molles se collent; sa langue sche cherche en
vain la salive dans sa bouche sche.

Comme il ne faut pas, cependant, que les gens, s'il se retire, croient
les moqueries permises, il sort  reculons, prt  battre.

Dehors ses yeux errent par la place o s'crase la lumire astrale. Il
s'inquite de l'ombre courte, torte, bleue, qui lui adhre aux talons.
S'il pouvait il la chasserait; elle le gne, l'obsde, offusque sa
pupille. Elle perce son cercle de vision et il la sent  chaque pas
remuante, espionne. S'il s'arrte, elle demeure courbe sous lui,
difforme, affreusement gibbeuse et tasse.




XI


Vers la mare marmorenne il trane Lucienne. L'haleine de la nuit
tremble dans les trones aux fleurs blanches et dans les ailes blanches
des canes.

La jupe s'accroche aux ronces, aux pierres de la cour creuse, mais
Cyrille tire de ses mains emmles  la longue chevelure et le corps mou
suit avec des bruits de dchirures.

Cyrille marmonne: C'est sa faute, elle ne voulut pas avouer. Elle
n'avoua rien dans son enttement perfide, cette souille menteuse. Et
d'autres ne la doivent plus avoir.

Pourtant si elle et compati, il et en ses bras bu ses lvres, ses
joues; et cela et tari sa soif  jamais. Il n'aurait plus cherch dans
le vin le sommeil d'oubli, n'ayant plus de tourments  y perdre. Au
contraire, elle suscita des douleurs trs grandes. Par sa male faute il
fut contraint de se rfugier aux torpeurs de l'ivresse,--et la folie le
dompte.

Son regard est saisi par les ailes blanches des canes, par les fleurs
blanches des trones, par la jupe blanche qui s'accroche aux ronces et
aux pierres. Et ces blancs dards le lacrent, l'exasprent.

Enfouie sous l'eau boueuse, la jupe blanche ne l'blouira plus de ses
allures jolies pour le mener ensuite  la douleur, au vin.

Il chancelle et titube sur le fumier craquant. Cette ivresse l'enrage
contre elle qui la lui valut. De toutes forces il secoue la chevelure
magique  son poing lie.

Il avance avec le corps qui cde et qui glisse sur les grs lisses. Puis
l'eau clapote en ses pas; et les lourdes ailes des canes veilles,
battent.

D'un vol tumultueux le blanc des pennes ployes cingle sa vue. Alors la
furie l'exalte. Il prcipite Lucienne. L'eau sourdement geint,
s'illumine. Elle se fonce. Elle se tait.

C'est une hbtude de sentir ses bras vides, de prvoir vide la chambre
nuptiale.

Et des sanglots lui rompent la gorge trangle. Il fuit.

Jusques au matin il fuit dans la plaine infinie, vers le ciel paillet.
Les perdrix s'essorent en ligne, et s'teignent. Les livres dtalent,
et le blanc de leurs croupes lestes.

Dans sa robe rouge trop large la figure de Denise; dans sa jupe blanche
trop large la face blme de Lucienne; elles fuient  sa tempe gauche, 
sa tempe droite, frlantes. Il les voit du coin de l'oeil et, s'il se
retourne, elles disparaissent. Parfois il se jette sur le sol, la tte
dans les bras. Seul son souffle ahanne parmi les mlancoliques appels
des perdrix.

Du rouge sourd de la terre, du rouge de sang qui le pntre, qui emplit
sa gorge d'une saveur saumtre. Son souffle s'expire pniblement avec
des tumultes de forge. Et ces tumultes emplissent la plaine o
persistent les voix craquetes des perdrix.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Sous l'aube rosissante et les longs cris du vent dans les
trembles,--Cyrille s'est tendu face au ciel, les yeux clos. Il sent le
matin; et voici le chant des alouettes. Tout son sang bourdonne et
bouillonne dans sa tte inerte. Elle ne semble plus  lui tant elle
pse. Il ne la peut mouvoir.

Et du rouge ensanglante ses paupires baisses, et du rouge flamboie sur
ses joues qui brlent. Il croit  la robe rouge de Denise qui le
toucherait. Il lverait bien ses mains pour l'carter mais elles ne lui
appartiennent plus.

Et le rouge se pourpre, tourne au grenat vineux, au noir; du noir lourd
qui plane et lentement descend; c'est la mort, pense Cyrille. Un calme
bienfaisant lui frachit les membres. Il lui parat que son corps ne
brle plus, mais, qu'teint, il se noircit et se glace.


Dijon, imprimerie Darantire.






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including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org



Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search
facility: www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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