The Project Gutenberg EBook of Le moyen de parvenir, tome 3/3, by 
Franois Broalde de Verville

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Title: Le moyen de parvenir, tome 3/3

Author: Franois Broalde de Verville

Release Date: September 9, 2018 [EBook #57880]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MOYEN DE PARVENIR, TOME 3/3 ***




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LE

MOYEN

DE

PARVENIR.

_NOUVELLE DITION._

Augmente d'une Table sommaire des Chapitres.

_Caritas inter jocosve regnat Moria._

TOME TROISIEME,

A LONDRES.

M. DCC. LXXXI.




[On a recopi, dans cette version lectronique, le sommaire de ce tome
troisime, extrait du tome premier de l'original.]

_SOMMAIRE_

DES CHAPITRES.

_TOME TROISIEME._

I. Sortie contre l'hipocrisie des prdicateurs. Conte de la femme du
menier complaisant.

_Le menier complaisant_, p. 2, cont. p. 10, fin. p. 10.

II. Il n'est repris qu'aprs le conte de la navet d'une fille viole;
& de celle du galant qui n'entendoit pas la diffrence de questionner 
ordonner. Explication du mot _sot_; subtilit d'une femme, dont, je
crois, elle fut dupe.

_La file viole_, p. 8.

_L'amant trop complaisant_, p. 9.

_La femme chere  vivre_, p. 10.

III. Histoire du vin rpandu, & le trou par o il s'est coul.

_Conte du ministre et de la servante_, p. 13.

IV. Conte de l'ne bt. Plaisante faon de dguiser un nom sotisier.

_Conte de l'ne bt_, p. 15.

_Conte du nom du paysan_, p. 17.

V. Satire contre les Espagnols. Pourquoi Guillaume & Gautier sont deux
mauvais noms. Lequel vaut mieux de se voir prsenter  son arrive dans
une maison, du vin ou de l'eau. Conte de la famille bien leve.
Navets d'un prsident. Celle d'un paysan, qui va remercier son
rapporteur, a plus l'air d'un sarcasme que d'une balourdise. Plaisantes
dlicatesses d'un cur. La fille Lyonnoise gurie singulirement.

_La famille bien leve_, p. 23.

_Le paysan et le rapporteur_, p. 25.

VI. Chien couchant de lchefrite, c'est un moine en cuisine. Ici la
conversation se brouille. Cicron y dit une suite de bourdes des plus
impertinentes. Bonne raison de l'orgueil des barbiers. Parallele de la
femme & de la fortune. Conte du barbier amoureux; il s'interrompt par
l'explication du sort des hommes maris, sur les quatre doigts de la
main.

_Conte du barbier_, p. 32.

VII. Vengeance d'un mdecin sur son barbier indiscret. Garon barbier
qui entend mal. Pari d'un paysan gagn sans replique. Rparties
singulieres.

_Le barbier ladre & le mdecin_, p. 35.

_L'homme saign par quiproquo_, p. 39.

_Pari d'un paysan_, p. 40.

VIII. Stupidits sont aussi bien gibier de gens d'glise que de
sculiers; il y en a dans ce chapitre plus d'une preuve. Conte de Pques
& du jambon, Naivet d'une fille de chambre qui pouvoit tre vrit.
Histoire de l'abb de Grammont & de l'amiral. L'ambassade grotesque.
Paysan attrap y regarde de prs, comme chat chaud craint mme l'eau
froide.

_Conte de Pques & du jambon_, p. 44.

_L'abb de Grammont & madame l'amiralle_, p. 47.

_L'ambassade grotesque_, p. 48, cont. p. 50.

IX. Augurelle fait des voeux, & est la preuve que tt ou tard les
prieres sont exauces. Exclamations dolentes sur les malheurs passs,
prsens & futurs qui environnent l'glise. Nouvelles sotises de
prdicateurs.

X. Conte d'un cur curieux. Conversation d'un savant & d'un crocheteur;
explication des mots _premiere messe & premieres nces_. Ici les
convives s'embrouillent terriblement fort, & c'est un dfi gnral  qui
draisonnera. Excs d'amour pour une fille prouv. Pourquoi les Turcs ne
se torchent pas le cul. Rien n'est si ais que de connotre un Turc d'un
Franois.

_Le cur curieux_, p. 55.

_Conte de l'amant en preuve de son amour_, p. 60.

XI. Diffrence d'une femme & d'un prtre. Conte du cheval chrtien.
Plaisante explication de la mere des histoires. Maniere d'essayer une
pe fort dangereuse pour ceux qui se rencontrent sur la ligne de
circonfrence qu'elle dcrit, quand un fou fait le point central.
Combien de fois il arrive qu'on lche ce qu'on veut garder, & qu'on
presse ce qu'on veut lcher. Mots mal rendus & faisant des sens
trs-singuliers. Le cur qui brle son crucifix pour cuire son oie, qui
fut, sans doute par vengeance, mange par les saints de l'glise.
Maniere de se dbarasser de parasites trop acharns.

_Conte du cheval chrtien_, p. 64.

_La fille & l'oeuf_, p. 66.

_Conte du crucifix du cur_, p. 67.

XII. Soldat pris en maraude. Savoir des prieres c'est le mtier des
prtres, & non celui des charons. Un plaideur normand paie ses avocats &
rapporteurs d'une singuliere monnoie. On les attrape une fois, mais ils
s'en vengent mille. Le paysan tout consol de sa mort. Le ramonneur pris
pour un diable. Un moine menant un diable en lesse, & rflexion juste
que ce tableau doit donner  l'imagination. Un moribond dans le
transport au cerveau.

_Soldat pris en maraude_, p. 73.

_Le ramonneur pris pour le diable_, p. 77.

XIII. Les quatre mendians, quels ils sont, & leur parallele avec quatre
nations de l'Europe. Histoire du serrurier de Bourgueil. Une
connoisseuse & bonne mnagere dtaille les grandes ncessits du mnage.
Les trois filles maries le mme jour, qui conversent avec leur mere, le
lendemain des nces. Chose qu'on peut comparer  une narine. Conte de la
fourchette de St. Carpion.

_Le serrurier de Bourgueil_, p. 82.

_La fourchette de S. Carpion_, p. 86.

XIV. Faon de gurir, capable de ruiner les mdecins. Devinez ce qui
peut empcher de manger, sans ter l'apptit. Tableau de la vie des
femmes des gens de justice. Celle qui offroit  son mari de louer ce
qu'il en trouvoit de trop, avoit bien raison. Les allusions recommencent
encore. Conversation de Frostibus & de Luther.

XV. Savante dissertation du pote Lucrce sur les gueules. Avis d'une
abbesse sur ce qui est dur & dure. Attention qu'ont les convives, pour
rendre ce livre plus intressant, & plus mritant l'immortalit. On
recommence le combat des machoires. Origine du proverbe, _le faire pour
pargner le pain_. Histoire de Michelle & de ses amans. Cur trahi &
priv de tout droit, tandis que tant de femmes sont si bonnes & si
reconnoissantes.

_Histoire de Michelle & de ses amans_, p. 105.

XVI. Histoire du mitron & de la femme du conseiller. Toute bonne
cuisiniere trouve toujours sur qui faire passer ce qui manque  la
maison. Mtier de huguenot  vendre.

XVII. Grande dissertation sur le cocuage. Sapho s'gaye en posie dans
son genre.

XVIII. Scrupule d'un cur. Tous causent, & aucun ne s'entend. Quels sont
les quatre lmens d'essais pour les mdecins. Pierre  Lyon semblable
au tombeau de Smiramis ouvert par Darius. Les aumniers ne sont pas
obligs de savoir le latin d'inscriptions; il leur suffit de dbiter le
latin de leur brviaire. Histoire de l'abb de Turpenai.

_Histoire de l'abb de Turpenai_, p. 125.

XIX. Sapho cause & ne rougit pas. Conte de la tante de matre Philippes.
Bravoure d'un Breton aprs une bataille. Conte du pot de fer en tte. Ce
qui est _malfait_ sans crime, & _bienfait_ sans mrite. Rception d'un
matre boucher. Inutilit de la science, pour tre lu. Pour tre
ministre, c'est  peu-prs de mme.

XX. Vengeance de Bersault sur un cur. Les deux moines dans sa maison.
Ridiculit des moines de parler toujours par _nous_.

_Confession du Chien_, p. 135.

XXI. Il est rare de trouver un moment o une femme obisse. Grande
dissertation sur l'excellence de ce livre. Conte du paysan de la
Rochelle qu'on menoit pendre. Propos d'un homme  pendre & d'un
bourreau. L'loge du livre continue. Rponse d'un chirurgien  un moine,
qui le voyoit embrasser la statue de Charles VIII. Les prdicateurs sont
faits pour tout savoir. Origine du proverbe, _avoir le boudin par le
nez_. Trois choses ne veulent tre presses. Dans le pays de madame, il
y a d'honntes maisons o les gens s'baudissent avec les dames.
Pourquoi on appelle une femme _vesse_. Pourquoi les femmes ne prient pas
les hommes. Conte du cordonnier & de la chambriere. Ce que c'est que le
sotier de Genve.

_Conte du cordonnier & de la chambriere_, p. 153.

XXII. Conte des gnitoires noires. Dlicatesse dans la maniere de faire
des confitures. Qui est le meilleur, ou l'ame d'un solliciteur, ou
l'paule d'un procureur. Faute dans Virgile, d'avoir dit _audaces_.
Obstination d'une femme. Invention du clibat.

_Conte des gnitoires noires_, p. 156.

XXIII. Preuve du libertinage des femmes, quand elles parlent aux
prtres. Cas de conscience d'une femme qui refusoit sa bouche, parce que
cette bouche avoit jur fidlit  son mari. Observation  faire, quand
on passe devant la porte d'une putain.

XXIV. Histoire du pendu de Douai. Suite de propos sans suite, & de mots
plaisans. La bonne fortune de Colette. Bon mot d'un marchal.

_Le Pendu de Douai_, p. 166.

_La bonne fortune de Colette_, p. 170.

XXV. Homme difficile  gurir. Conte du lendemain des nces.

XXVI. Pourquoi les prtres excommunient leurs femmes au _memento_.

XXVII. Prudence d'un homme sur le compte de sa femme. Une prise sur le
fait de boire  la cave, quand elle s'en dfendoit  table. On cherche
la raison pourquoi il y a tant d'ivrognes & de putains. Effets
singuliers qu'avoit fait un sermon sur une servante.

XXVIII. Femme dupe par Jean Tenon. Maniere de faire des cendres  peu
de frais. Les quatre Saints Jean du calendrier. Un chaudronnier pris
pour le diable.

_Conte de Jean Tenon_, p. 181.

_Le chaudronnier pris pour le diable_, p. 184.

XXIX. Les noms sont communs. L'auteur s'tend sur la sottise de ceux qui
croient toujours se reconnotre dans tout ce qu'ils lisent. Les qualits
d'un tron. Ce que c'est qu'un pauvre musicien. Pirrhus prouve
clairement que Rabelais a t vque.

XXX. Satyre contre les nobles & les gentilshommes. Faon de s'exempter
des droits du roi. Plaisanterie sur une femme qui rend le pain bni.
Question lequel des deux boeufs est le plus gras. Plaisantes rparties.
Procs par gestes, entre un homme & sa femme. Thse thologique soutenue
par un savant & un menuisier.

_Femme qui rend le pain bni_, p. 195.

XXXI. Conte de la femme qui a des remords. Mdecin diseur de bons mots.
Rverie de Cardan.

XXXII. Quatre noms diffrens pour signifier une mme chose. Plaisante
demande d'une femme  l'article de la mort. Un instant, un rien dcide
de la conversion d'un sclrat, tmoin celle d'un sergent. Conte de la
femme battue.

XXXIII. Continuation du mme conte. Examen de la fortune visible & de
l'invisible. La vrole est la visible, & le cocuage l'invisible.

XXXIV. Injustice dans les affaires du monde, d'tre oblig de donner de
l'argent pour offrir ses services, soit aux femmes, soit aux rois.
Vritable nom de l'enfant prodigue. Sortie sur les scrupules, les cas de
conscience, & le sujet de ces cas. Le jeu de la courte-paille. Maniere
de connotre les hommes & les femmes fideles.

_La femme battue_, p. 208.

_Le jeu de la courte-paille_, p. 216.

XXXV. Cette nouvelle exprience donne grande force  la conversation de
part & d'autre. Quatre lettres, auxquelles on donneroit rponse
favorable, suffiroient pour faire la fortune d'un simple prtre. Conte
de la femme berce. Bon remede qu'on devroit plus mettre en pratique; on
en seroit plus tranquille. Le grand secret de la composition de ce
livre, est ici dvoil. Rves de deux gentilshommes, dont l'un gte ses
affaires par trop de zele de son valet.

_Conte de la femme berce_, p. 220.

XXXVI. Nouvelle tirade contre les prtres & les moines. Conte de la
bouteille d'osier. Mots ridicules, & chansons grotesquement prononces.
Ncessit de prier Dieu dmontre. Secret de faire vingt paires de
souliers en une heure.

XXXVII. Demandes faites  des femmes d'apoticaires. Un docteur d'Oxfort
demande  entrer pour se dcider s'il se fera huguenot ou catholique.

XXXVIII. Seconde Satyre contre la maniere de recevoir que pratiquent les
Espagnols. Conte du jardinier & de sa femme. Eloge des chanoines aux
dpens des cordeliers. Conte du faiseur d'enfans. La conversation
s'anime potiquement, & chacun y fourre son quatrain. Tour d'une
marchande qui gausse ceux qui la vouloient gausser. Origine de la faon
de se torcher le cul avec du papier blanc.

_Le jardinier & sa femme_, p. 239.

_Le faiseur d'enfans_, p. 242.

XXXIX. Le conte de la religieuse  qui on montre la musique. Moment o
une fille serre les mains de plaisir de voir; que feroit-elle du plaisir
de sentir? Ce que c'est que la messe paresse. Pourquoi tout homme de
femme qui pete est heureux. Il y a vin mle & femelle. Choses dont il
faut se servir sans le sentir. Le jeu de gripeminaut. Pendu qui
n'appelloit pas de sa sentence, mais en appelloit de ce qu'on le
condamnoit  une amende. Sort des valets de chambre. Rflexion d'un
libraire  l'article de la mort.

XL. Le pote Beze rentre, & avec neas Sylvius il fait toutes sortes de
contes. Laquais adroit  donner un verre de vin  son matre.
Description d'une tapisserie. Visite rendue  monsieur de Vendme, &
quelques navets. Maniere de dire la messe trs-promptement. Secouer le
prunier, devinez ce que c'est.

XLI. Dernier effort que font les convives: & rflexion de quelqu'un sur
l'essentielle efficacit de ce merveilleux livre du _MOYEN DE PARVENIR_.




LE

MOYEN

DE

PARVENIR.




LEON.


I. Il n'y a rien tel que faire bonne chere, besogner un peu, & avoir de
l'argent. Voil, le sage Ulisse prfroit la cuisine au nectar & 
l'ambroisie de la belle Calipso. Aussi, que diable servent tant de
vtilles? Il n'est que de faire grand-chere, & se rjouir; c'est vivre
cela: &, n'en dplaise  ces couillasses de prdicateurs, qui se crvent
tous les jours de la semaine, pour jener la nuit, comme bons
catholiques, lequel vaut mieux crever de graisse ou scher de pauvret?
C'est ce que me disoit mon compere Bagautier, qui avoit la vrole:
autant vaut pourir sur terre, qu'en terre, & puis qu'on a un jouet, que
Dieu a donn pour s'battre, que si cela ne se faisoit, on troubleroit
toutes les fuses du grand dvidoir du destin.

CSAR. Je ne sais quel petit semblant; mais jamais je ne fus sur aucune
pour nant.

HERODOTE. Ne le prenez pas l pour nant; c'est--dire, un coup, & puis
plus. Cela vaut autant qu' coupe-cul. Il m'en avint ainsi, quand je
donnai une chane d'or  la belle Drogueuse; qui la prit, & me fit
passer une nuit avec elle joyeusement. Depuis, quand j'y voulus aller,
ne me connut plus. Elle est de celles qui le veulent faire sans pch &
scandale. On ne s'apperut jamais pour un coup. Un refus  un, qui l'a
fait une fois, est le corrigement de toutes les autres; & afin que vous
ne me gaussiez, je vous dduirai mon aventure de cette-ci. Un menier
avoit une belle femme; _elle se nommoit Denise, aimoit mieux chauffer
son cas, que brler sa chemise_: & puis on dit que je radote, ramenant
les vieux proverbes.

ERASME. Mais comment diriez-vous en un mot, une femme qui se chauffe, &
a un chat entre les jambes ou sous ses robes?

HRODOTE. C'est _consumis_. Et s'il n'y avoit point de chat, ce seroit
_convoitison_. Or vous qui en savez tant, dites-moi en grec ou en latin,
c'est tout un, comment vous diriez en un mot un homme qui n'a point
d'argent, qui en voudroit bien avoir, qui en feroit grand-chere.

ERASME. Voil bien des paroles, , ho, a, ha; il ne faut que dire:
_ego_; parguoi, vous vous y entendez, comme un aveugle  tirer des
cirons. Mais revenons un peu  cette meniere.

HRODOTE. Le cur prsente donc son service d'amour  Denise; & elle le
refuse tout sec, d'autant qu'elle n'toit pas encore saoule de son mari.
Il la presse, & continue importunment sa recherche, parce qu'en usage
de prtre, il ne faut que pousser & s'encrucher.

CUSA. Je pense que tu as t prtre, ou moine, pour autant que tu les
dprises ainsi; & que tu ne saurois tant de leurs affaires.

HRODOTE. Oui, j'tois le nourricier de leur cul, je lui baillois de la
bouillie, & ce qui me demeuroit aux doigts, je le vous faisois lcher.
Denise fche, & aussi importune qu'une garce qui a deux matres
d'ordinaire, lesquels sont comme les bouchers de notre pays, qui sont
deux  une bte, dit  son mari que ce prtre la requeroit de lui faire
tout ainsi qu'il lui faisoit, quand ils s'battoient pour s'endormir. Le
mari y ayant pens, & s'estimant trop homme de bien, pour n'tre point
cocu, jugea qu'il le falloit tre  profit; & qu'aussi bien ne
pouvoit-il faillir que cela n'avnt, ou pour nant, ou  son
dsavantage, ainsi qu'ordinairement il chet  vous autres messieurs. Ne
voulant donc demeurer  l'tre, comme une pauvre sorte de marauds qui
n'ont point d'amis, lui dit qu'il falloit y aviser, & que si ce cur lui
vouloit donner ses quatre septiers de froment, qu'il avoit eu de son
gros de saint Maurice d'Angers, (qui est le fils de celui de Tours,  ce
qu'on m'a dit) qu'elle ne feroit point mal d'y entendre. Ma mie, il fait
bon gagner quelque chose, cette anne que tout est si retir: une nuit
n'est pas tant, il y en a plus que de semaines. De par dieu, soit. Il
est bonne personne; il n'en sera que plus gentil, & nous en aimera
mieux; il nous confessera pour rien; fait bon pargner. Il n'est si bel
argent qui ne s'en aille. J'irai aux champs; & tu lui donneras une
assignation. Une fois n'est pas tant, pour avoir du bled; s'il le veut,
il aura du plaisir; mais il le paiera. Est-ce pas raison? Promets-lui;
mais n'y faudroit pas retourner. Pour une nuit, passe; tu auras eu
autant de bon tems, tandis que je m'pargnerai pour une autre fois;
aussi-bien me faut-il un peu reposer; mais n'y faudroit pas retourner.
O! mon ami, j'aimerois mieux tre tombe sur la pointe d'un oreiller, &
m'tre rompu le cou sans me faire mal, saine & sauve soit la compagnie,
que d'y avoir pens. Le complot pris, Denise attendit le cur, qui ne
faillit  venir encore pour tendre ses gluaux. Ainsi qu'il est  deviser
avec elle sur le sujet d'enfiler des perles, elle lui dit: en da vere,
vous causez assez, vous autres prtres, & voulez avoir bat; mais vous
ne voulez rien donner. O, ho! & ne tient-il qu' cela? Demande-moi tout
ce que tu voudras; tout ce que j'ai est  toi, mon connaud; dis-moi ce
que tu veux. Mon mignon, j'ai un mari fcheux; & il me gronde, parce que
j'avons faute de bled. Donnez-moi vos quatre septiers de froment; &
venez coucher avec moi, quand vous voudrez, pourvu que mon mari soit
all aux champs. Il pourra bien y aller ce soir; attendez & revenez
aprs vpres, & je vous le dirai; si d'aventure vous ne le voyez passer
sur son grand mulet. Le cur sortit. Le mari, tout averti, monte sur son
mulet; il passa, sur la soire, par devant le presbitere, o le cur le
guettoit  passer. Il fut bien aise, & lui dit: o allez-vous compere?
Je m'en vais  cinq lieues d'ici qurir du bled, monsieur le cur. Dieu
vous conduise, mon compere. Adieu, monsieur le cur; & d'aller; & le
cur de venir au moulin, d'o l'autre ne fut envoy au presbitere
qurir le bled. Cependant le chapon rtissoit. Le cur, qui tant avoit
ou dire de tours faits aux autres, se voulut assurer & en prendre une
poigne sur la mine, avant que de se coucher; ce qu'il fit
gracieusement, forant la meniere, en dpit qu'elle le vouloit bien.
Puis ils souperent, puis ils se coucherent, puis s'embrasserent, & puis
ils firent la belle joie, & de ce qu'il peut: on ne fait pas ce qu'on
veut. Il s'batit  bon escient pour son bled; & sans apostrophe, avec
plnitude d'efficace relle. Et boute, mon ami, boute; tout ce bon bled
passera bien par une trmie. Il est vrai qu'elle n'osoit y prendre
autant de plaisir qu'avec son mari, de peur de le faire cocu, & qu'elle
prt got au revas-y. Voil comment elle toit force.

LE BON HOMME. Elle l'toit, comme celle qui fit mettre en prison messire
Ambroise; lequel,  ce qu'elle disoit, l'avoit force; mais achevez ce
cur.

CSAR. Laissez-le un peu faire  son aise.




SUPERSTITION.

II. LE BON HOMME. Vous savez que ceux qui sont en prison, sont instruits
par les autres, ainsi que le fut cettui-ci, qui, tant amen devant
l'official, fut interrog en la prsence de la fille. Venez a, mon ami.
Connoissez-vous pas bien cette fille-l? Oui, monsieur. L'aimez-vous pas
bien? Oui, monsieur. L'avez-vous baise quelquefois? Oui, monsieur.
L'avez-vous quelquefois pousse, pour vous accoupler avec elle? Oui,
monsieur; mais elle remuoit & temptoit, se trmoussant si fort, que je
ne sais si j'ai mis dedans ou dehors? Elle va rpliquer: hlas!
monsieur, le grand menteur! Je ne remuois pas, par mananda, non plus
qu'une pauvre piece de bois. O, ho, dit le compagnon, je ne vous ai donc
pas prise par force? Que fait notre cur.

HRODOTE. Laissez-le moudre son bled. Il fait possible, comme le
jardinier qui trouva sa matresse endormie, une jambe en bas & l'autre
sur le lit. Il leve sa robe, pour voir si elle faisoit semblant, puis la
cotte, puis la chemise; & lors il vit le but d'amour, aussi prt 
s'mouvoir qu'une rose frache: il y fiche sa fleche; & comme il
poussoit trop fort, elle s'veilla, & le voyant, lui dit: qui vous a
fait si hardi? Je m'terai, s'il vous plat, madame. Je ne vous dis pas
cela, vous tes un sot; je vous demande qui vous a fait si hardi?

GRATIAN. Ce mot de _sot_ est fcheux, si est-ce que le chevalier de Brin
l'endura bien de mademoiselle de Morfaut, qui, sur les discours qu'ils
tenoient  l'usage de chevalerie Maltoise, lui demanda: or a, mon
gentilhomme, en bonne foi, voudriez-vous pas bien m'avoir besogne? Oui
vraiment, madame; & ne vous en dplaise, je voudrois bien vous avoir
embrasse amoureusement, homocentriquement & rsolutivement. Allez, vous
tes un sot, le plaisir seroit pass; pour tre content, il voudroit
mieux me le faire.

HRODOTE. Comme possible fait notre nouveau menier. Faisons-le lever:
il est trop aise. Si-tt qu'il fut debout, il s'en va chez lui, la queue
entre les jambes, honteux comme un coq plum tout vif. Quelques jours
pensant  ses vacuations de la premiere, seconde & troisieme figure.

NRON. Il toit aussi tonn que le conseiller de Blois,  qui sa femme
demandoit une robe: vraiment, ma mie, je ne le vous fais coup qui ne me
cote plus de dix cus. Et certes voire, faites le tant qu'il ne vous
revienne qu' un douzain; il ne tiendra pas  moi, si vous pouvez, que
vous ne me deviez du reste.

HRODOTE. Le menier revenu, vit bled, dont il fut content; mais il dit
 sa femme qu'elle n'y retournt plus,  peine d'avoir le cou rompu.
(Ainsi la ncessit fait faire des choses qu'il faut quitter, quand on a
ce qu'on demande.) Mon ami, je l'entends ainsi; je ne ferai jamais que
ce qu'il vous plaira. Or bien n'en parlons plus. Deux ou trois jours
aprs que le menier toit aux champs, le cur vint voir Denise, & se
mit  la caresser & baiser. Laissez-moi, monsieur le cur; si mon mari
venoit, il nous feroit mchef. Quoi! je vous ai bien fait tout ce que
j'ai voulu; & vous faites la revche? Quoi! votre cas est-il plus cher
ou plus sage que l'autre jour? Voyez, monsieur le cur, je n'en ferai
rien; il est rsolu: ce qui est fait est fait; & rien n'aurez davantage,
y fussiez-vous d'ici  cent ans. Pour le moins, baisez-moi, ma mignonne.
Que vous tes importun! Il la baisa, il la tta au tetin, il mit la main
sous sa cotte, il veut prendre le chose; elle l'empche, & fit trop la
courrouce & pleureuse. Comme il veut prendre le calendrier historial,
pour marquer le nombre: hlas! que voulez-vous faire? Si mon mari
venoit, je serois perdue. Laisse-moi, je te prie; je ne te ferai pas
plus de mal, que je fis l'autre nuit. Que tu es fcheuse! Et pourquoi
non? Pour un petit coup, comme l'autrefois. Si mon mari venoit? Il ne
viendra pas. C'est tout un; je n'en ferai jamais rien; il ne l'a pas
dit. Or a, laissez-moi; tez-vous. Quoi!  tout sans revenir? Oui. Pour
le moins, pour lui dire adieu; puisque tu es si mauvaise, que je voie
ton chose. Vous ne m'importunerez plus, si je vous le montre? Non, je
t'assure, & je te le jure, foi de consistoire. Cela promis, elle se
retrousse, & lui montre son chose; ce qu'ayant vu, il se signa, en
s'criant:  quel grenier, o j'ai mis mon bled!

GALIEN. Elle ne fit pas comme la femme du grand Pierre de Barace, qui me
trompa. Nous parlions de faire le petit verminage, & de voir les pieces;
sur quoi elle me dit: si vous me vouliez donner un teston, je vous
monterois mon con. J'y allois  la bonne foi, & mis la piece d'argent en
main tierce; & elle monta sur un coffre: or a, je vous ai dit que je le
monterois. Je ne le vois pas. Je ne vous ai pas dit que vous le verriez,
ou que je le montrerois, mais monterois: allez tudier.

ARISTOTE. Or rflchissons sur ces moult beaux adages & rencontremens:
c'est donc du fait de ce menier qu'est procd le proverbe pour ceux
qui ont dpendu de l'argent, ou bien pour tels pertuis: _il a mis son
bled au grenier au prtre_.

CRESPIN. L'ne & le menier sont relatifs.

CEDRENUS. Il faut ici mettre l'ne du peintre.

GLYCAS. Ayez patience; nous voulions donner  boire  ce cur; puis
l'ne viendra son petit train.





THME.


III. Un ministre avoit une piece de bon vin, qu'il gardoit aux bonnes
bouches. Il avint qu'il en voulut avoir, pour envoyer  un sien ami; &
il descendit lui-mme avec la chambriere, pour faire emplir la
bouteille; mais il n'y avoit pas d'ordre: il toit trop bas. (Il et eu
besoin de priere, comme la bonne femme qui prioit dieu que hausse qui
baisse, & que baisse qui hausse: hausse qui baisse, toit pour son vin;
& baisse qui hausse pour son lard, qui toit pendu au plancher, qui
haussoit, plus on en prenoit.) Le ministre n'toit point content que son
vin ft diminu sans s'en tre senti. Comme il s'en tourmentoit, la
chambriere disoit: il faut qu'il s'en soit all par quelque part. Et
elle faisoit l'empche de regarder par-tout; puis elle s'avisa de
monter sur le tonneau, pour voir s'il n'y auroit point quelque fente
derriere. Etant dessus, & se baissant la tte, voil ses robes qui se
renversent sur son chine, chemise aussi; & son matre qui tenoit la
chandelle, va voir la grande essoine qu'elle avoit entre les cuisses.
Elle faisoit si beau jeu, qu'on l'et vu jusqu' l'herbier. Allons,
allons, dit-il, tez-vous de-l; l'ai vu la fente par o mon vin a
coul.

CEDRENUS. Vous aviez cela  dire, pendant que je faisois patre mon ne.





THESE.


IV. Un viel peintre avoit une femme jeune, belle & jolie, dont il toit
fortement jaloux, ainsi qu'il est sant  tel ge. Cette jeune femme
faisoit semblant de n'y penser pas. Toutefois elle n'toit point
contente de ce que son mari ne tiroit pas si souvent au naturel, qu'elle
et dsir:  quoi elle pourvut au moyen & aide d'un jeune peintre, en
quoi elle se gouvernoit tant simplement & faisant la chatemite, qu'il
sembloit qu'elle n'y toucht pas. Mme elle portoit un semblant tant
nice & honteux, qu'elle faisoit presque difficult de regarder l'endroit
de la braguette, & et fait conscience d'our parler un homme. Toutefois
cela n'effaa point l'ombrage de son mari, qui, ayant affaire aux champs
pour quelque temps, sur le point qu'il falloit partir, ne pouvant plus
s'en excuser, tant necessaire qu'il y allt, avoit fort mal  la tte.
(Les dames de Touraine font distinction entre mal & douleur de tte.
Mal, c'est quand il est comme de ce peintre; douleur, quand le sens
triste l'occupe. Quand donc l'opinion cornue est en la tte, c'est mal;
& cela fait ainsi,  ce que m'a cont le sire Andr T. comme quand une
dent perce; c'est que, la corne perant, cela fait mal.) Etant le
peintre sur la conclusion de son partement, il dit  sa femme: ma mie,
je vous aime beaucoup; mais je dsire de vous quelque chose, qui me fera
assurance de votre honntet. Mon ami, tout ce qui vous plaira; je ne
vous ai jamais refus de rien, ni ne ferai. Sur cet accord, & lui ayant
dit son intention, sur la peau de son ventre, o elle est plus lice &
polie, il y peint un ne, puis s'en alla. Il ne fut pas gueres loin, que
le compagnon ne vnt voir la belle, & garder le corps de cette femme, 
laquelle il savona bien & beau les fauxbourgs des fesses. Comme elle
sentit le proche retour de son mari, elle avisa son ami de cet ne, qui,
y regardant, le vit tout effac, except la tte & les jambes. Hlas!
que ferai-je, dit-elle? Ne vous souciez; je les racotrerai bien. Ce
qu'il fit, & le vtit d'un petit joli bt tout neuf, si que le voil
joyeux prs la pture vitale, & toit si bien qu'il n'y manquoit que la
parole. Le mari revenu, fut reu, avec une douce liesse & bonne chere,
comme le bien aim,  force accolles & baisers mignons. Sur le soir, en
devisant, il s'avisa: Eh bien ma mie, notre ne? Mon ami, je n'ai point
pens  lui; je ne sais comment il se porte. Il leve la chemise de sa
femme, & le regarde. A, ha, dit-il, en grande admiration, voil bien mon
ne; mais au grand diable soit qui me l'a bt. Depuis, pour parler en
paroles couvertes, on a dit: _bter l'ne_, pour signifier faire,
verminer, besogner, &c.

ANTIPHON. Les filles de notre pays disant en paroles couvertes, parlent
bien autrement, tmoin la fille de chambre de mademoiselle de la Forest,
femme d'un conseiller. Un paysan lui apporta un lievre, qu'il mit, en
l'absence de monsieur, s mains de la fille de chambre nomme Andre,
laquelle il prie affectueusement de le prsenter  monsieur, & lui
recommander son procs, dont il toit rapporteur, & qu'il avoit nom le
Vit. (Une dame ne fit pas, un jour, difficult de le nommer. Je lui
faisois je ne sais quelle petite haire; & elle me vouloit dire: vous
faites bien les trois lettres, S, o, t, sot; elle brocha des babines,
elle me dit: vous faites bien des trois lettres, V, i, t, vit.

LEON L'HBREU. Et ma cousine Esther, qui avoit nomm son cela
naturellement, me rpondit navement. O ma mignonne! lui dis-je,
qu'avez-vous dit? Vraiment, mon coeur, dit-elle, je n'ai pas dit con).

ANTIPHON. Durant le dner, Andre s'avisa de son message, & dit: 
propos, monsieur, il est venu ici un homme qui vous a apport un grand
lievre. O est-il? Je le vais qurir. Le voil. Vraiment il est beau; il
le faut mettre en pte. Monsieur, il vous recommande ses affaires, ce
pauvre homme. Comment a-t-il nom! Je ne l'oserois dire; il est trop
sale. Si vous ne le dites, je ne saurai qui m'aura donn ce lievre.
Ardez, monsieur, vous savez bien qui il est; je n'oserois dire ce
nom-l, il est trop sale. Mademoiselle lui dit: dites-le en paroles
couvertes. Bien donc, Monsieur, il a nom comme cela avec quoi on fout.

MUNSTER. D'un ne vous tes venu  un lievre, je crois que c'est  cause
des oreilles;  raison de quoi, pour le mettre en cosmographie, je vous
dis que je ne vis oncques ne plus joli, que celui d'un apothicaire de
Tours. Son matre mme m'en a assur, nous en faisant le discours ainsi.
J'ai l'ne le meilleur du monde: mme il est si naturel, qu'il me sent
d'une demi-lieue.





CHAPITRE.


V. Vous me faites souvenir d'un voyage que nous fmes en Espaigne;
l'anne que l'empereur devint fou. Je pense qu'Espaigne, c'est--dire,
_Espargne_, _i_, pour _r_, comme il est crit s prologues des
institutions de droit. Etant avec ces magnifiques, ils nous ftoyerent
aussi magnifiquement, & le tout de paroles. Je ne vis jamais tant de
beaux banquets de paraphrases; les paroles y toient apprtes en toutes
sortes; il y en avoit de couvertes en mode de pts de venaison; il y en
avoit de rassises, pour manger avec du pain frais: le menu toit de ces
petites paroles, syllabes & lettres que l'on mange en posie & en prose.
Certainement ils nous en firent bonne chere: mais cela pourtant nous
passoit apostrophiquement par la bouche. Les confitures & le dessert
toient rvrences: & pour la bonne bouche, nous emes le mot de guet, &
le mot pour rire. Voil comment nous fmes traits, avec belle eau
frache, si nous en voulions. Cela toit mal au ventre. (Ils ne nous
traiterent pas, comme le mercier de Loches faisoit sa femme. Sa mere lui
dit: mon ami, traitez-l bien _doucement_. Vraiment il le faisoit; il
lui bailloit des oussemens. Ainsi les sages-femmes l'entendent, quand
elles disent aux premieres grosses des autres: consolez-vous, ma mie, il
en sortira plus doucement qu'il n'y a entr.) Or, nous fmes bien
arrivs auprs de la bonne eau d'Espaigne. Vraiment, si jamais je refais
ma cosmographie, je ferai telle description de ce pays l, que l'on
croira aisment que les peuples y sont enrags.

APICIUS. Mais  propos d'eau, quand un homme entre o l'on dne, lequel
est le plus excellent, si on lui prsente de l'eau ou du vin!

LE BON HOMME. C'est  ce coup, que l'on connotra vos bons esprits. O la
belle proposition!  le beau problme notable, qui fut dbattu au
concile des _trois dixaines_! Or boivez, pour dcider cette affaire.

APICIUS. Quant  moi, pour le premier j'en dirai ma ratele, & ce
d'autant que j'ai un beau nom. Et pour vous amuser un peu, qui sont les
deux noms les forts dlicats; nous n'avions garde d'avoir plus mauvais 
un homme? Vous tes quinaux; vous tes _quarante fesses_. C'est
Guillaume & Gautier, parce que l'on dit aux gens de nces; venez, mes
amis; mais ne m'amenez ni Gautier, ni Guillaume. En avez-vous? Or, quand
j'irai o l'on dne, je serai bien aise que l'on me prsente de l'eau.
L'eau, en ce temps l, c'est le juste & parfait symbole d'honneur & de
profit  venir; c'est signe qu'il se faut laver, & se mettre le plus
prs de la table que l'on pourra, & sur-tout vers le milieu. Le vin a sa
vrit quant & soi; c'est fait, il ne prophtise rien: l'eau prophtise
le dner; le vin, ayant t prsent & pris, signifie, boivez, & vous en
allez. Ainsi, par l'eau, est reprsente la jouissance future, &
abondance; par ce peu de vin, est montre une daye de commodit qui se
passe vte. Ainsi l'eau prsente, alors reprsente le mystere
dnatoire; & le vin dit cong. On baille de l'eau pour disposer
l'apptit, non pas seulement pour laver les mains; aussi qu'en est-il
besoin? Il ne faudroit, si cela toit ncessaire, mouiller seulement que
le bout des doigts; on ne met pas la soupe dans le creux de la main: ce
lavement est donc pour exciter l'apptit; la main est la figure du foie,
son rapport unique & formel, laquelle mouille donne au foie une vertu
cuisante. Voyez, je vous prie, les poissonnieres, lesquelles pour avoir
toujours la main en l'eau & le feu au cul ont les joues vermeilles;
elles sont gaillardes, aiment le bon vin, toujours tant en apptit.
Voil des points secrets de la trs-profonde sagesse.

DIOGENES. Que males mules aient ces philosophes foireux qui ne font
qu'nonner: je les envoierai  mon mtayer &  ses gens. Il y a plus de
mille ans que le conte en est fait; mais on l'a mal retenu. La fille de
ce mtayer apporta des prunes  notre femme, qui lui dit: il n'en
falloit point, ma mie. C'est votre gresse, mademoiselle; prenez-les,
s'il vous plat; aussi-bien nos pourceaux n'en veulent point.
L'aprs-dne, celle de chez nous rencontra la mere de cette fille, 
laquelle elle dit ce que sa fille lui avoit dit. Ardez, rpondit-elle,
mademoiselle, elle dit vrai; ces mchans pourceaux aiment mieux manger
la merde. Sur le soir, je rencontre le bon homme, auquel je conte le
tout. Pard, monsieur, dit-il, ce sont btes: leur bouche est en paroles
aussi honntes que le trou de mon cul.

ANTIPHON. Appelez-vous cela des paroles couvertes? Je crois qu'il les
faut servir  couvert, de peur qu'elles ne s'ventent.

DIOGENES. Si vous avez peur qu'elles s'ventent, avalez-les vtement, &
faites comme en Italie, baillez-leur du plat de la langue.

HORACE. Si j'eusse su cela, j'eusse bu, & eusse pris cong.

QUINTILIEN. Comme quoi? Est-ce selon que le pronona le president
Gascon? L'appellant voyant sa partie ne comparotre pas, demanda cong:
je demande cong, messieurs. Le prsident ayant recueilli le conseil,
chacun ayant dit: cong; il pronona: qu'il s'en aille. Il y eut un
chaste abb qui l'alla voir, & lui prsenta son frere, lui disant:
monsieur, je vous supplie de faire cette faveur  mon frere, de le tenir
pour votre serviteur. Quoi! faveur! dit-il; je ne fais point de faveur;
je fais justice.

LAERTIUS. Je me souviens qu'tant  Paris, chez un conseiller, j'ouis un
bon apophthegme. Il y avoit un bon paysan, qui avoit gagn son procs, &
toit all parler  son procureur, qui lui avoit donn avis d'aller voir
ce conseiller qui avoit t rapporteur, afin qu'il le remercit. Ce bon
homme allant, pensoit en lui-mme, que possible il lui faudroit encore
donner quelque chose: toutefois il s'assura qu'il auroit tant de
conscience, qu'il ne lui demanderoit plus rien, vu que pour payer les
pices, il avoit mme t contraint de vendre sa vache, seul reste de
son bien. Le pauvre homme vint saluer monsieur son rapporteur, qui lui
dit: mon ami, je vous sais bon gr de m'tre venu voir; je prends
plaisir  m'employer pour les gens de bien; remerciez dieu, que vous
ayez eu tel qui vous a conserv votre droit. Or il y avoit en la mme
salle un peintre qui faisoit une chasse en un paysage, o il y avoit
plusieurs sortes d'animaux, que ce paysan se mit  regarder. Le
conseiller lui dit: que regardez-vous-l, bonhomme? Je regarde si entre
tant de btes qu'on vous donne, ou qu'on emploie pour vous apporter de
l'argent, je ne verrai point ma vache; au moins que la moiti y ft,
parce que vous l'avez bien eue & davantage. Ainsi que Lartius parloit,
voil que la petite chienne de madame, qui demandoit  manger, aboie &
le fche: il toit assez prs, & lui cria: paix, petite vilaine, petite
putain; voyez-vous un peu que cette petite vesse fait de bruit! Ce que
voyant notre cur, va dire: je m'bahis que ce philosophe n'a honte de
donner le nom d'une personne, & le surnom d'une chrtienne  une
chienne. C'toit lui, qui, prchant; disoit: enfans, apprenez la
patenostre & l'_ave_  vos peres & meres. Il toit des enfans de
Moulins, auxquels on frotte le cas de beurre, quand ils sont malades. La
fille d'un marchand de Lyon, qui s'toit retire  Genve, de peur de
jener en carme, en fut punie, d'autant que, mangeant d'une bonne
truite, une arte lui demeura en la gorge: hlas! elle toit fille
unique, uniquement aime. On courut aux remedes. Mdecins, chirurgiens,
apothicaires, alquemistes, empiriques, sorciers, charlatans, secrtaires
& bimblotiers de drogues furent appells; mais on n'y pouvoit remdier.
Dj l'arte, ainsi passe, l'ulcroit; & y avoit crainte qu'elle n'en
mourt avec douleurs. Il passa par-l un vieil homme, qui, ayant ou le
bruit & la piti, fut mu de compassion; il entra en la salle, fit faire
un grand feu, & fit apporter une livre de beurre; puis, ayant fait
sortir tout le monde, prit cette fille sur ses genoux, s'tant assis
comme une nourrice, & lui montra le cul au feu, lequel muni de deux
belles grosses fesses rebondies, il graissoit de ce beurre. L'opration
en fut merveilleuse, d'autant qu'aussi-tt l'arte fut avale, & la
fille gurie; _& hoc certo certius_.

MAROT. Je ne sais pourquoi vous nous dites cela; vous ne faites que nous
mettre en got.




CONSISTOIRE.


VI. J'aimerois mieux dpuceler une gueuse, que d'avoir le reste d'un
roi: toutefois,  cause de ce que ce jaseur vient de dire, je suis tout
dgot. Cela m'a fait souvenir que je n'ai point d'apptit.

LOUVET. Pargoi, mon ami, si tu es tant dgot, je te prie & conseille
de te faire procureur, & alors tu mangeras  toutes mains jusques aux
os.

MAROT. Je pourrois manger autant que douze, que je ne m'engraisserois
pas.

LOUVET. Vraiement, tu n'as garde: comment engraisserois-tu, vu que tu
chies tout ce que tu as mang? A cela, va dire un chien couchant de
lchefritte: quelle prodigieuse invention!

MAROT. Qu'est-ce l? Quel animal nouveau?

LOUVET. C'est un moine de cuisine; _alis_ un boute-cul, qui va dire
qu'ordinairement on chie au prix que l'on mange.

LE BON HOMME. Que vous tes sale! Laissez ces paroles. Vraiment, si
j'eusse t le matre, vous n'en eussiez pas ainsi dit; & en ai laiss
passer, parce que je m'amusois  faire mon tat, qui est de considrer
vos actions.

CICERON. Ne vous trompez pas, monsieur mon ami; les paroles ne sont
point sales; il n'y a que l'intelligence. Quand vous orez une parole,
recevez-l, & la portez  une belle intelligence; & lors elle sera
belle, nette & pure. Mais cela fche les oreilles? Si les oreilles
toient pures & nettes, cela ne les incommoderoit point. Un tron
incommode-t-il le soleil, bien que ses rayons s'y jettent? Sachez aussi,
mon pere _se puisse tuer_, que, si on toit ces paroles d'ici, ce
banquet seroit imparfait. Seriez-vous bien aise que l'on vous tt le
cul, parce qu'il est puant, & ce jusqu' la mort? Vous seriez un bel
homme sans cul! Il faut suivre nature; ainsi notre discours le suit. Et,
si vous vous scandalisez, oyez une prophtie que j'ai apprise dans
l'abbaye des grottes de Memphis. Moines, Prtres, ministres, &c.
prsidens, conseillers, avocats, &c. marchands, ouvriers, artisans, &c.
de quelqu'tat, qualit & condition qu'ils soient, qui diront mal des
mmoires du MOYEN DE PARVENIR, seront atteints & convaincus de tous
crimes que la sottise embrasse, que l'imprudence couve, & l'hipocrisie
nourrit, &c. Avez-vous ou cela? Si vous oyez un mot qui vous fche,
dites que vous ne l'entendez pas, ainsi que je l'enseigne aux sages
filles de la cour. Ma mie, si vous oyez parler de ceci ou cela, ou de
ficher sans pic, dites que vous n'y entendez rien, & n'en faites aucun
semblant; d'autant, que si vous vous fchez, quand on dira des paroles
de fouaillerie, on dira que vous les entendrez, ce qui seroit honteux.
Avez-vous ou, encore un coup, monsieur mon ami. Or donc, soyez sage, &
faites votre tat.

HRODOTE. J'y suimes. Il toit un beau barbier.

CSAR. Pourquoi dit-on glorieux barbier?

HRODOTE. Parce qu'il vous coupera bien le poil du cul, sans en tre
honteux.

DIOGENES. Et si je n'avois point de poil au cul?

HRODOTE. Tu serois comme les femmes.

DIOGENES. Et d, pourquoi? Est-ce que les femmes n'ont point de poil au
cul?

HRODOTE. Grosse pcore, grand ne que tu es, fils d'un coq de
Ludonnois, ne sais-tu pas: _fronte capillata est, sed post occasio
calva_. En voil la raison. Il faut que je fasse le prcheur, que
j'interprete mon latin: c'est parce que la fortune a du poil au front;
c'est l o il faut la prendre: entre les deux gros orteils des femmes,
il faut se prendre l, parce qu'il n'y a point de poil derriere.

MADAME. L, l,  ce barbier.

HRODOTE. Par mon serment, sans jurer, je pense que je l'oubliois, tant
vous tes folle. Ce barbier aimoit trs-ardemment une sienne voisine,
femme d'un mercier: & avoit le mot du guet avec elle: il ne falloit que
trouver le moyen & l'occasion: (voil adapter les mots, je parle aux
doctes; il n'y a gens qui soient moins cocus que merciers demeurant en
boutique; parce que toujours leurs femmes sont prsentes, & ils leur
sont prsens.

ULDRIC. Mais, encore avant que passer outre, monsieur le notaire, je
vous demande, pourquoi est ce qu'on se marie?

ARCHIMEDE. Or regardez, je vous le dirai sur ces quatre doigts, ayant le
pouce en la main. Le premier doigt, qui est index, _nota_; on se marie
pour avoir une femme. Le second, pour avoir de l'argent. Le troisieme,
pour avoir du plaisir. Le petit doigt, pour avoir des enfans: aussi
est-ce l que les Gyptiens & les Bomians les trouvent marqus. Or ,
mon frere, regarde les deux doigts du milieu, & les vois baisss: c'est
signe que le plaisir se passe, l'argent s'en va. Vois ces deux doigts
rests de bout; ils signifient que la femme & les enfans demeurent avec
droit de brancards.)

HRODOTE. Et voil donc l'usage auquel est sujet, comme tout autre
mari, ce mercier, la femme duquel desiroit avidement l'accointance du
chirurgien son voisin; mais on ne pouvoit y trouver ordre. Ils
s'aviserent en parlant  la boutique, les toffes les sparant, &
excuterent leur dessein. Voil ma commere la merciere, qui fait la
malade; elle plaint sa tte; elle fait semblant d'avoir des soulevemens
de coeur: le mari, tout tonn, envoie querir matre Pierre; aussi-tt
qu'il est venu, il la visite. O mes amis, dit-il, & vous, mon compere,
parlant au mari, voil ma commere qui est bien malade; c'est la
contagion: mais il y a moyen.  un peu de vinaigre; vous avez bien fait
de venir au devant; si vous eussiez tard, il n'y et plus eu de moyen.
, venez ici, apportez cela; ici du feu; l une cuelle; de l'eau, du
linge, fermez ces huis un peu; l, parlez bas; des ciseaux; je suis tout
tourdi, tant j'ai hte. Ainsi faisant l'empch, il fait un empltre
fort lger, & dit au mercier: mon compere, il faut que vous mettiez cet
empltre sur le bout de votre membre viril: & que vous le poussiez dans
la nature de votre femme. Quoi! dit le mari, faites votre tat, matre
Pierre. Mais c'est votre femme. Faites votre tat, mon ami. A donc le
barbier mit l'empltre sur le bout de son inconvnient, & le porta  la
ruelle du lit; mais quand ce fut  ficher, il ta le linge poiss, qu'il
pausichonna en sa pochette; & mit matre cas dans la belouse, autrement
dit, le trou de service, frais, vif & en bon point: & ainsi gurit
madame la merciere; & qu'ainsi en puisse prendre  toutes celles qui le
desirent.




COMMITTIMUS.


VII. Il en prit autrement  un petit barbier de Vendme. Monsieur le
mdecin Taillerie, menoit en pratique ce petit chirurgien; & parce qu'il
avoit long temps  tre chez la noblesse ou il alloit, monsieur le
mdecin, j vieillard, menoit sa femme qui toit encore jeune, que le
barbier accompagnoit en trousse. Etant en chemin, le mdecin demanda au
barbier comme se portoit sa femme. Vraiement, dit il, monsieur, il faut
qu'elle se porte bien, si elle veut; d'autant que je l'ai approvisionne
six bons coups, cette nuit, sans ce qui s'est fait depuis. Cela leur
servit de rise, tant qu'ils furent arrivs  la noblesse, o ils
alloient. Le soir, chacun tant retir, le mdecin devisant avec sa
femme: laquelle lui avoit entam le propos de ce jeune barbier, lui
demandant, possible en songeant  ce qu'il avoit dit tantt, pourquoi il
s'en servoit plutt que d'un autre. Ma mie, ce dit-il, je me sers de
lui, parce que je desire qu'il ait sa vie toute gagne, d'autant qu'il
n'a plus que deux ans ou environ  travailler,  cause qu'il parotra
tout ladre. Cette rponse fut cause, que la demoiselle s'en dgota.
Comme ils s'en retournoient, le mdecin gaussa sa femme; & ainsi qu'ils
furent en un carroi, o il y a de grand arbres, il lui dit: ma mie,
mettez pied  terre; je vous veux baiser entre cul & con. Mon ami,
dit-elle vous tes fcheux. Non suis; le pied  terre, je le veux. Etant
 bas tous deux, il la prend & la baisa en la bouche, comme au jour de
leur nces; puis elle dit: pourquoi me disiez-vous cela? Parce que je
l'ai fait; ne vous ais-je pas baise? Oui. Ha! ma mie, voil un ruisseau
qui se nomme cul, & celui-l con; nous sommes entre-deux. Ainsi, beaux
esprits, voil de belles paroles; elles sont claires comme eau.

MAHOMET. Comment voudriez-vous faire entre con & cul une muraille seche?

CESAR. Je ne sais.

MAHOMET. Il faudroit boire l'eau, & manger le mortier: achevez.

L'AUTRE. Etant de retour de fortune, mademoiselle du mdecin se trouvant
chez une commere; (c'est-l o on cause) vint qu'on parla de matre
Claude ce barbier. Vraiment, dit cette demoiselle, je suis marrie de son
inconvnient, il sera ladre dans deux ans; mon mari me l'a dit. Cela
alla de bouche en bouche, ou de couche en couche, tellement que le
barbier le sut, qui, tout scandalis, vint trouver monsieur le docteur,
auquel il fit sa plainte, & demanda s'il l'avoit dit, & pourquoi. Parce
qu'il ne faut pas, vous qui tes jeune, que vous parliez devant ma
femme, en ma prsence, de le faire six coups; & soyez sage.

BEROALTUS. Je connois ce barbier, il est honnte homme: il a fess un
chien; il est Gascon & a demeur  Tours chez un de nos amis. Vraiment
il fit un jour un trait notable. Une femme d'honneur toit malade, & il
falloit, au carme, avoir dispense, pour lui faire manger des viandes
qui sont interdites en saint temps.

ARISTOTE. (Mais la cause pourquoi la chair terrestre est-elle plutt
dfendue que l'aquatique?

PYTHAGORAS. Mais aussi vous dirai-je, un tron est-ce chair ou poisson?

ARISTOTE. Il y faudroit goter: & puis vous sauriez que tandis qu'il a
le sens chaud, il sera chair; s'il l'a froid, il sera poisson & vous en
soulez. Ce n'est pas cela. Rpondez au prtre: je vous dirai: c'est
parce que la chair fout, & on seroit fou toujours, & le poisson fraie.

NERON. Voil de belles raisons. J'aimerois autant celles de Jannotin,
qui dit: qu'il faudroit tre sergent pour aller en paradis, d'autant que
les sergens vont devant: da, da. Il est bon, s'il n'y avoit que les gens
de justice qui allassent en paradis. Et c'est le contraire, & je l'ai vu
en la danse macabre de Fubourg, o les prsidens, conseillers, avocats,
procureurs & clercs, sont par les sergens conduits en enfer, & t'en
guette).

BEROALTUS. Or vela beau caur? laissez-les dire: j'acheverai mon
discours. Matre Pierre le Grand, petit barbier de Tours, avoit chez lui
ce compagnon qui se tenoit fidlement  la boutique. Ainsi qu'il fut
avis: ce matre eut un certificat du mdecin, afin que l'official ou
grand vicaire: (au diable soient-ils, si je me souviens auquel il faut
avoir recours, si d'aventure on ne joue deux personnages comme le
marchal de Ballan, qui toit notaire & aussi barbier, & quand on le
demandoit, il disoit: me voulez-vous pour ferrer, ou barber, ou crire,
ou ajourner, parce que depuis il fut sergent.) Le certificat fait par le
mdecin, le chirurgien le porte chez lui, & dit  son homme: va faire
signer cela  monsieur l'Official. Le garon ouit de biais, & pensoit
que le matre et dit: va faire une saigne chez monsieur l'official. Il
prend son manteau & ses outils, & y va. Il heurte  la porte, & le neveu
de monsieur lui vint ouvrir, auquel il demanda comment se portoit
monsieur. Il se porte fort bien. Si est-ce qu'il y a ici quelqu'un
malade, que mon matre m'a envoy saigner, en voil l'ordonnance. Le
neveu, fort suffisant vit le papier, & ne pouvant rien connotre, pour
faire le savant, dit: il faut que ce soit pour moi, d'autant que je suis
morfondu; venez & entrez. Ce qu'il fit & le saigna bien & beau. Je
m'bahis qu'il n'en ft mal, mais dieu fut aide aux innocens, & puis la
rise lui racoutra le foie. Si le valet fut tromp, le matre le fut
aussi. Il vit un vieil paysan, qui se plaignoit d'une douleur en la
joue. O, lui dit-il, viens, je la gurirai, je t'arracherai la dent qui
te fait mal. Pargoi, vous ne sauriez. Pardienne, si ferai. Je gage demi
cu que non. Le voil: je gage que si, or allons. Quand ils furent en la
boutique, & que le patient fut sur la chaire, le barbier se met 
regarder en sa bouche, & n'y trouva aucune dent. Et qu'est-ce que cela?
C'est que j'ai gagn, dit le pied-gris. Il y a plus de trente ans que je
n'ai pas une dent; & dis que tu en as, soulier  belles oreilles.

CICERON. Je vous reprends, vous jurez. Etes-vous des consuls de Tours?

BEORALTUS. Que voulez-vous dire des consuls de Tours?

CICERON. Rien que bien, sinon que mon compere le sire Franois, je ne
dirai pas son surnom, tant consul, condamna un marchand. Le marchand
lui dit: par dieu, vous n'avez pas bien jug. Le consul lui dit: vous
payerez l'amende, par dieu, vous avez jur. Et vous aussi, dit l'autre.
Ha! dit le consul: tenez, greffier, voil mon amende, recevez la sienne.

ARNOBE. Cela est aussi bon que le fait de monsieur de Csare, vque
portatif, qui faisoit sa visite par le diocese d'un qui l'en avoit pri,
& o il avoit autrefois tenu les ordres. Il se trouva qu'il interrogea
un prtre qu'il trouva ignorant. O! dit-il, gros bedier, ne que tu es,
qui t'a fait prtre? Qui est le veau d'vque qui t'a confr cet ordre?
C'est vous, monsieur. Par dpit, bdier, je paierai cent sols d'amende;
& toi, dix francs. Mon secrtaire, faites vous payer.

ARISTOTE. Si c'toit  moi, je corrigerois bien tous ces abus-l.

ALEXANDRE. O! oui, vous tes brave correcteur, comme celui des bons
hommes; _corrector  corrigendo_.

LE BON HOMME. En ma conscience, je le crois; ils s'arrousent bien le
coeur; je pensois que cela ft hors du monde.




REVERS.


VIII. ARISTOTE. A ce que je vois, le pays des sots n'est pas une isle,
c'est le monde mme, & rien hors d'icelui: ainsi qu'il y a de ces
gens-l hors du monde, qui sont de gros veaux, tmoin le moine cur, qui
se pensoit paillarder sur le bien dire  son prne, annonant les ftes
qu'il falloit festiner, & disoit: mes amis, il y a de bonnes ftes cette
semaine, lesquelles pourtant ne sont de commande; l'glise les fustigera
pour vous.

BUCHANAN. N'toit-ce pas lui, qui, au lieu de dire  la leon, _qui
moechantur cum ill_, dit, _qui monachantur cum ill_.

APULE. Et que vous faut-il? Vraiment vous tes bien cruel de regarder 
des paroles, & non  l'intention.

BUCHANAN. Je sais bien pourquoi vous le dites: c'est de peur que je ne
parle de votre cousine de Malenoue.

NERON. Dites donc tout, puisque vous tes dtrav.

BUCHANAN. Durant la ligue, il y eut un bruit qui courut (puisqu'il faut
ainsi dire) qu'une nonnain de Malenoue avoit eu apparition d'ange. A
cette nouvelle, quelques dames des plus grandes firent partie de l'aller
voir: ce qu'elles accomplirent. Etant l avec elle, voyant discourir des
merveilles de cet ange, elles toient en extase de douceur; & comme
cette fille les voyoit ainsi transportes d'aise, elle leur amplifioit
son discours du reste de la merveille, puis ajouta: j'tois si contente,
Madame, que jamais tant, ni plus. C'toit le plus beau l'ange du monde;
& puis, quand ce beau l'ange fut sorti, toute ma chambre toit si
embaume, que c'toit merveille, tant elle sentoit l'usc, & le membre
vert & gris.

CSAR. Quel ange? Je gage que c'toit un esprit vital.

BUCHANAN. Comme vous dites. Au moins souvenez-vous de dame Catherine,
qui, oyant parler de sa matresse que l'on pensoit qui ft morte, & que
le mdecin disoit que les esprits vitaux y toient encore tous: elle
rpliqua: je ne dis que cela ne ft, si c'toit  un homme, mais  une
femme, ce sont les esprits conaux.

CSAR. Je ne sais quels esprits, si vous ne l'entendez  l'antique, que
l'engin & l'esprit sont tout un, ainsi que le pratiqua la chambriere
d'une veuve. Je vous assure que cette garce toit jolie, mais un peu
follette; sur quoi sa matresse lui disoit toujours qu'elle n'avoit
point d'esprit. Or est-il qu'il y avoit un jambon  la chemine; & cette
fille le voyant l si long-tems, elle s'ennuyoit; elle demanda  madame,
si elle le mettroit cuire. Non, dit-elle, c'est pour les Pques. Cette
fille en fit le conte  quelques autres de ses compagnes, qui s'en
gaussoient en son absence. Mais le clerc du notaire Bard ne fut point
si sot, qu'il n'y prt garde pour prouver le sens de la fillette. Un
jour que la bonne femme toit alle  sa mtairie, & qu'elle avoit
laiss Mauricette toute seule, il vint heurter, & demanda madame.
Mauricette dit qu'elle n'y toit pas. J'en suis bien marri, parce que je
suis Pques, qui tois venu qurir le jambon qu'elle m'a promis. Il
passa; & la chambriere le laissa paisiblement entrer & prendre le
jambon. Lui qui la voyoit si nicette & belle, pensoit  meilleure
aventure. Il faut, dit-il, que je voie si c'est ici mon jambon. Si ce
l'est, j'ai un esprit qui me le dira. Il tire son chouart vif &
glorieux. Quand la fille le vit: qu'est-ce que cela? C'est mon esprit.
Je vous prie, donnez-m'en un peu: ma matresse ne me fait que tancer, &
dire que je n'ai point d'esprit. Il la prit, & lui en distribua autant
qu' lui, dont elle se trouva passablement bien; aussi en toit-elle
toute rjouie, comme celle qui disoit que Claude lui avoit farfouill en
son cul de devant. Quand sa matresse fut venue, elle lui conta comme
Pques toit venu qurir le jambon: & d, madame, vous ne me reprocherez
plus que je n'ai point d'esprit, Pques m'en a baill  bon escient.

QUELQU'UN. Voil un beau moyen d'avoir de l'esprit! C'est  quoi pensoit
ma cousine Martine, l'autre jour en dnant, que sa mere parloit de son
lard. Oui, vraiment, ma mere, notre lard toit bon; mais la couaine
_sent le vit_.

RENE. Elle ne dit pas ainsi; d, je la veux dfendre; elle dit:
s'enlevit.

SOCRATE. Si vous y regardez de si prs, il n'y aura jamais plus de bien
au monde.

LE BON HOMME. Vous pensez  autre chose; je m'assure que vous songez
autant  ce que nous disons, que si vous n'tiez pas ici.

ARCHIMEDE. C'est que j'avisois, & m'est avis que je vois, comme un jour
j'tois avec une dame qui cherchoit quelque chose en son cabinet; & elle
avoit avec elle une sienne cousine qui la considroit fort. Cette dame
ayant mis la main sur ce qu'elle cherchoit, en se retournant va dire:
vraiment je suis une grande sotte. L'autre va dire: c'est ce que je
voulois dire, madame.

LISET. Cette-l mme toit avec nous, quand nous parlmes  monsieur
Champis d'aller  la messe de minuit: je ne daignerois y aller; j'y ai
t plus de cinq cents fois.

SOCRATE. Or bien je vous avise donc que ce bon personnage a ses penses
autre part qu' nos discours.

MENOT. Il est possible intress, & a volont de pisser, comme avoit
l'abb de Grandmont; quand il vint voir madame l'amirale. Ce monsieur
alors douanant sur son mulet, avec intention & pense d'en descendre
pour pisser, quand il seroit  la porte. Or madame qui avoit affaire de
lui, & le vouloit gratifier, sachant qu'il approchoit, vint au-devant de
lui, & le surprit; ainsi il remit sa pisserie  une autre fois; de quoi
il fut tromp, d'autant qu'elle le mena en la salle, o le souper toit
prpar. Il se fallut asseoir & faire bonne chere. Cependant monsieur
l'abb toit en grand peine, ne pensant qu' pisser; puis voyant que le
discours seroit long, il rsolut de pisser en sa botte. Vous savez comme
les abbs les portent ouvertes par en haut, & larges d'embouchure. Ainsi
qu'on apporta le bassin pour laver, il n'en pouvoit plus; parquoi il
avoit mis la main  son engin, & dja le dchargeoit dans sa botte.
Madame pensoit que ce ft son couteau qu'il serrt, (pour ce que
volontiers telles gens en portent un de damas  leur ceinture) & qu'il
ne voulut pas laver avec elle. Vraiment, dit-elle, vous ne ferez point
cette difficult. Et ainsi elle lui tira la main, qui emporta aussi le
virolet, qui acheva sa dcharge dans le bassin.

THIART. Le bassin fut un de ceux qui servirent aux ambassadeurs du duc,
(aussi il y a des toffes fes) quand il envoya vers le pape, lui
remontrer la disette du pays, & le prier de lui donner deux cueillettes,
l'an d'aprs. Il y avoit six ambassadeurs, notables seigneurs, & de
crdit, qui, tant arrivs, le firent savoir au pape, qui, sachant leur
venue, fit mettre une oie en mue, mais toute nue. (Elle toit fille du
jars si gras, qui fut mang  Grenoble, quand le roi prit la Savoye. Ce
jars prsent sur la table d'un seigneur, lequel en chercha l'ame, & ne
la trouvant, appella le cuisinier: o est l'ame de cette oie? Ce n'est
pas une oie, monsieur; c'est un jars, qui a tant chauch sa mere, que le
diable a mang son ame, que le cuisinier avoit donne  sa mie: comme
fit celui qui donna le bon brochet  une pour aller coucher avec elle:
mais il fut tromp, le pauvre puceau, d'autant qu'elle avoit pris des
dents du brochet, qu'elle avoit agences de sorte que, quand il voulut
enganer, elle lui en serra le bout, dont il fut fort malade; depuis,
quand il fut parl de le marier, il voulut voir le comment a nom de sa
promise, & y voyant je ne sais quelle petite minence de clitoris: !
ho, dit-il, voil la langue, les dents ne sont gueres loin; je n'en veux
point.




CHARTRE.


IX. Ces ambassadeurs, (laissez-les se prparer) le plus sage d'entr'eux
fut lu de tous pour porter la parole. Mais, dirent-ils, que
donnerons-nous au pape? Il lui faut donner de ce qui abonde en notre
pays; c'est de la crme, dont nous aurons chacun, dans un bassin
d'argent, une belle & honnte quantit. Que voil bien entendu! Mais, ce
dit le prsident qui fut monsieur de Raconis, avisez bien tous  faire
comme je ferai, de peur que ne fassions les sots. C'est bien dit; nous
le ferons. Le jour de l'audience venu, ces messieurs s'en viennent avec
leur quipage. La porte ouverte, le premier entre; de fortune il y avoit
un petit seuil  bas, qu'il ne voyoit pas: il toit tte nue, tenant ce
bassin haut de ses deux mains, appuy contre son estomac; il bailla du
pied  ce petit seuil, qui lui fit baisser la tte, & donner du nez dans
la crme: les autres, voyant sa barbe ainsi blanche, estimerent que ce
ft par biensance qu'il fallt ainsi se prsenter; parquoi chacun d'eux
se torcha & repassa le museau dans sa crme; & ainsi le prsenterent au
pape, faisant leur requte, qui leur fut accorde, moyennant que les
annes auroient vingt-quatre mois.

LE CHEVALIER SANS REPROCHE. Brusquet, un jour, contant cette histoire 
la dfunte roine, il y eut une de ses filles qui lui dit: Brusquet, vous
n'avez pas ainsi blanchi votre barbe; mais votre mere, qui toit pauvre
femme, vous l'a cousue de fil blanc. Il est vrai, mademoiselle, dit
Brusquet; & lui montrant l'entre de son chapeau: mais aussi votre mere
vous en a laiss autant de dcousu. Pourquoi y alliez-vous,
mademoiselle, lui dit notre ami? Vraiment, vous avez rencontr; aussi il
y a une heure le jour, que l'on a tout ce que l'on desire & cherche.

FRACASTOR. Tmoin le triste Augurel, qui se mit en une glise pour prier
dieu, qu'il lui donnt la pierre philosophale. Il y en a qui ne savent
que c'est de la pierre philosophale, qui disent que c'toit un
gentilhomme qui demandoit cent mille cus; (je ne dis pas _sens mi le
cu_) il y fut jusques  l'autre midi sonn, qu'il se dpita fort, & va
dire: dieu, donne-moi du bran. Et voil un oiseau, qui lui va meutir
dans la bouche. A! ha, dit-il, je n'avois plus que cet instant, que je
n'ai pas bien rencontr.

LISET. Cet instant fut propre  notre ami l'vque de six poules, qui se
sauva d'entre tous les prtres, qui se noyerent l'anne passe. Hlas!
que j'en eus de piti! Et ce qui me faisoit dpit, toit que ceux qui
voyoient ainsi prir ces chastes ames, disoient: voil belle chouse &
grand piti! Et chacun disoit: je prie dieu pour les marchands qui
trafiquent sur l'eau, qu'ils ne puissent faire plus grande perte.

VIRET. Par la vertu, j'ai quasi dit tout outre; encore je m'en repens,
pource que ces mchans penseront que j'aie envie de devenir huguenot;
ceux qui parloient ainsi toient hrtiques.

ALAIS. Je le crois, & en sais bien l'occasion; & autrefois j'eusse jur
sur mes oeufs de pques, qu'il n'y avoit point moyen de troubler la foi
des Franois; mais aujourd'hui je ne m'bahis plus de rien. Si je savois
que vous deussiez faire profit de ce que je dirai, (nous autres vieilles
gens ne prenons pas plaisir  parler pour nant) & que vous ne
m'accusassiez de ce que je dirai, je vous allguerois quelque chose de
rare & notable. Certes je dplore la pauvre glise Romaine qui se
dmolit, & sur tout pour un poinct & un acte qui se commet en France. Je
vous le dirai, comme si j'eusse t prsent  ce bateau qui prit,
lequel toit au fond charg de sel; & je m'en rapporte  messieurs du
grand parti. A! ha, pauvre prtrise, ton crdit s'en va. Or sachez que
la raret du sel, qui est aujourd'hui si rare & chere, est cause qu'il
n'y aura plus gueres de bons catholiques, parce qu' peine trouvera-t-on
du sel pour faire l'eau bnite  bon march. Que si elle devient chere
en continuant, on n'en fera plus; & adieu mere sainte glise. Voil,
voil une raison des hrsies en notre France.

ARISTARQUE. Notre matre Loiseau la donna bien meilleure aux dames, les
reprenant de leurs folies; & puis se ravisant, disoit: je ne dis pas que
vous soyez paillardes; mais que vous tes habilles en putains. Et comme
les dames lui eurent fait quelque petite priere, de ne les taxer plus
ainsi, il disoit: vraiment, mes dames, je vous trouve assez femmes de
bien; mais vos enfans sont mivres; ils sont de mauvais petits fils de
putains. Les dames derechef le supplierent de les pargner; ce qui fut
cause qu'il songea  sa conscience, & n'en parla plus. Mais pourtant
voulant instruire sur les moeurs, il disoit aux dames: je suis bien-aise
de votre conversion; mais je me fche que vous avez des perroquets,
auxquels vous faites dire de vilaines paroles: maquereau au diable. Oui,
oui, cela est du diable. Apprenez-leur  dire de bons _de profundis_;
cela servira aux ames des trpasss. Et puis se jettant aprs les
hommes, il taxoit leur luxe & grande chere. Voil grand cas, disoit-il,
que l'on fait tant de dpense! Bien encore aux jours gras, soit; mais en
carme,  la piti! Voil, messieurs couvrent la table d'une belle
nappe, boutant  bas des deux cts; ils mettent des chaises autour la
table; ils appellent cette action souper; & qui pis est, ils disent
_benedicite_ & graces. Ne mettez la nappe qu'un peu plus de demi: ayez
des escabeaux autour de la table; ne dites graces; & dites que vous
faites collation, & faites grand-chere tant que vous voudrez.




CONCILE.


X. DIOGENES. Chedienne, mon ami, mon enfant, beau fils, mon couillaud,
j'ai beau me torcher le cul; ma chemise est toujours breneuse.

CETTUI-CI. Que diantre veut dire ce rveur, je gage qu'il nous fera
faire quelque sottise?

DIOGENES. Ce cur en fit assez: je venois ainsi  la traverse pour les
faire oublier; mais puisqu'il est destin, achevez.

L'AUTRE. Sur l'aprs-dine, on le pria de fiancer une belle fille; ainsi
qu'il toit aprs, & que dja il tenoit sa main, il se souvint de son
valet & de son avertissement; parquoi, de peur de faillir, il demanda
tout haut: lui en a-t-on rien fait?

R. ESTIENNE. Non, monsieur. Cettui-ci est fat, & a un frere fort docte,
matre des requtes, ce docte a force livres. Un jour qu'il dlogeoit,
il les faisoit porter aux crocheteurs, depuis l'universit, pour aller
loger vers le louvre,  cause du conseil. Le chemin est grand, si que
les crocheteurs toient lasss: & lui, desirant faire un peu d'pargne,
chargeoit les porte-faix le plus qu'il pouvoit. Il y en eut un, sur
lequel il mit un peu trop de grands livres. Le crocheteur lui dit:
monsieur, je vous prie, choyez-moi; vous en mettez trop. O! ha, ha,
dit-il, te voil bien gt d'en porter sept ou huit! Et s'il te les
falloit tous porter en la tte, comme moi, & que ferois-tu? Adonc le
crocheteur se revire vers lui, & lui dit? par mananda, monsieur, vous y
avez donc de beaux crochets. Je suis pris; j'ai belle femme. C'est tout
un, il y a plus de quinze ans que j'ai chant ma premiere messe.

LISET. Quoi! ce savant toit-il prtre?

R. ESTIENNE. Non; mais  l'usage de France, les prtres se marient, &
les gens laques disent messe.

LISET. Je ne puis entendre.

ESTIENNE. Vous n'avez donc gures vu de besogne parmi nous? Les Prtres,
quand ils chantent leur premiere messe, ils disent qu'ils font leurs
noces, & ainsi les voil maris  un brviaire: & les gens maris, par
dpit, disent qu'ils chantent leur premiere messe sur l'autel velu, ou
le sera.

OECOLAMPADE. Cela ne se devroit pas endurer. Et que tous les mille
diables, pourquoi endurez-vous que l'on die la messe paresseuse, la
messe sche; &, ce qui est bien plus joli, que les prtres aient des
amies sans fraude.

CUSA. Allez, monsieur, allez dormir, vous n'tes pas assez sage pour
renverser nos bonnes coutumes. Apprenez que, durant la famine, les gueux
font les trons plus gros; & vous diriez qu'ils se retiennent de chier,
plus qu'en bon temps. Faites vos affaires; & laissez les nonnains se
donner du goupillon  l'opposite des reins, parce que chacun veut vivre
 sa poste. Je prie dieu pour les marchands, qu'ils fassent si bien
leurs affaires qu'ils ne puissent gagner ni perdre; pour les
gentilshommes, qu'il n'aillent avant ni arriere; pour les gens de
justice, qu'ils ne fassent ni bien ni mal; pour les femmes grosses, que
l'enfant en sorte avec mme plaisir qu'il est entr; & pour le reste du
monde, qu'il se puisse gratter o il se dmange sans danger.

BEZE. Vous nous parliez d'un savant officier: je l'ai connu. Hors la
Table, il n'toit guere qu'une bte vtue; au reste, chiche en cur &
ribaud, il y paroissoit, d'autant qu'il ne faisoit chez soi plus grand
festin que de pts d'hermite.

NERON. Qu'est ce que cette viande?

APICIUS. Noix, amandes, noisettes.

QUELQU'UN. Qui le connot mieux que moi. Ce fut lui qui vint consoler
madame du Bois, aprs la mort de son mari, qui toit dcd  Paris,
s'tant fait tailler. Il vint vers elle, durant ses grands pleurs. H
bien, madame, combien vous devez vous consoler, & remercier dieu de ce
que monsieur votre mari est mort bon catholique, & qu'il a eu les droits
de l'glise? Soyez joyeuse de cela, madame, ma chere dame. Or combien ce
vous est plus de joie qu'il soit ainsi mort, au prix que s'il et t
rompu sur une route, ou empal, ou tir  quatre chevaux, comme tant de
bonnes gens. Adieu & bon soir: mais qu'il ne vous dplaise, ni  moi
aussi; bon vpres, tant qu' l'amander. Apprenez ici  prcher,
messieurs les savans, sans tant user de propos.

NERON. Que pensa cette pauvre dame?

QUELQU'UN. Que ce prtre ft insens. Aussi ressembloit-il mieux  un
fou qu' un moulin  vent. La pauvrette toit en douleur extrme: &
encore plus, depuis qu'elle eut reconnu le grand amour que son mari lui
portoit, ce dont elle avoit t ignorante; & elle l'apprit un an devant
qu'elle l'en interroget. Une aprs-dne qu'ils devisoient, son mari &
elle, elle s'avisa de lui dire: mon mignon, je te prie de me dire si tu
m'aimes bien. Oui vraiment ma mie. Comme quoi, mon coeur? Comme un bon
chier, ma chere soeur. Vraiment, vous ne faites gueres tat de moi. Il
remarqua ce ddain, & dlibra y pourvoir. Un jour qu'il avoit affaire
aux champs, il dit  sa femme qu'il desiroit qu'ils allassent ensemble;
 quoi elle s'accorda: il la fit lever plus matin que de coutume, & que
nature n'avoit encore apprt les matieres de l'lection, si qu'elle
n'alla point  ses affaires, joint aussi qu'il la hta fort. Ils
monterent  cheval, lui sur son roussin, & elle sur le bon mallier, avec
le valet qui la guidoit en croupe, lequel valet toit avis de ce qu'il
devoit faire. Comme ils eurent pass deux lieues, la dame eut envie de
fianter; mais le valet lui dit qu'il n'osoit s'arrter, & qu'il se
falloit hter; si qu'elle se retint, & si bien qu' l'arrive elle se
sentoit assez presse de faire ses affaires; & ce fut tout que d'aller
jusqu'au purgatoire, o elle s'vacua abondamment, & avec tant de
volupt, qu'elle se souvint de l'amiti que son mari lui portoit.
Parquoi, tant revenue, elle dit: a, a, mon ami, je connois bien
assurment que vous m'aimez beaucoup; je l'ai tantt expriment, &
crois qu'il n'y a rien si bon qu'un bon chier. Mme j'ai t en
grand'peine; je suis fort marrie que je n'avois du papier pour me
torcher le cul; je vous assure que je vous l'eusse bien gard, tant cela
est bon.

L'AUTRE. Elle et fait comme une demoiselle de Saumur, qui est si bonne
mnagere, qu'elle fait  deux fois d'un torche-cul; aprs que le premier
coup, elle s'est torch le cul, elle reploie le papier en sa pochette,
o il y a de la drage pour les mignons, qui fouillent aux pochettes des
dames, pour avoir de la friandise, comme tu disois tantt.

POSTEL. Fi! je crois que cette est l'occasion, pourquoi les Turcs ne se
torchent pas le cul de papier, d'autant qu'ils sont friponniers; & ils
enrageroient, s'ils trouvoient ainsi s pochettes des dames des papiers
breneux.

SIMLER. Tu as dit vrai; tu t'y prends comme un moine  fouler vendanges;
tu l'entends comme une guenon  faire des fagots: si la tte vous fait
mal, ce ne sera pas de cela. Je vous dirai la raison, pourquoi les Turcs
ne se torchent point le cul de papier; c'est de peur que ce papier ne
soit une bulle du pape, ou quelque relation de consistoire, ou
conclusion de chapitre; de quoi si l'on s'toit flair le fondement,
sans doute on auroit les hmorrhodes, ce que les Turcs craignent
beaucoup: d'autant qu'ils croient que l'ame est au sang, & que le sang
coulant ainsi par le cul, leur ame seroit toute breneuse.

CATON. Les pauvres Turcs avoient bien affaire que vous les tinssiez en
vos contes. Mais, puisque vous en parlez,  quoi connotriez-vous un
Turc d'un chrtien, s'ils toient tous deux tout nuds?

GESNER. Et vous,  quoi connotriez-vous une vache au milieu d'un
troupeau de brebis?

CATON. A le voir. , , rpondez  ma question.

SIMLER. Je vous le dirai bien; c'est qu'il faut sentir au cul, celui qui
aura odeur de moust, sera le chrtien; d'autant que le Turc ne boit
point de vin.




INSTANCE.


XI. L'AUTRE. Je suis bien aise que vous tes venus sur ces diffrences.
Dites un peu quelle diffrence il y a d'une femme  un prtre? Ce sont
gens de robe longue. Je n'en sais rien. Ni moi aussi. Ni moi itout. A,
a, je vous le dirai: c'est que les prtres mettent leurs amis sur leurs
ttes; & les femmes mettent leurs amis sur leurs ventres.

CARDAN. Si le roi dfunt et su ces diffrences, il n'et pas t en
peine de demander au grand prieur ce qu'il pensoit d'un beau cheval,
qu'on lui vouloit vendre. Le roi lui faisant voir ce cheval, lui dit:
monsieur le grand prieur, que dites-vous de ce cheval? Voil un beau
cheval, sire, & qui fera bon service. On me le veut vendre pour Turc; &
je vous prie: vous qui vous y connoissez, de m'en dire votre opinion.
Quoi! pour Turc? Par la double bierre des pays bas, sire, il est
chrtien, comme vous & moi. Afin que vous ne soyez plus abus, nous
rmes, ce jour-l, tout notre saoul; & monsieur le grand prieur fit, au
soir, un trait autant plaisant, qu'il avnt de long-temps  la cour. Je
remarquerai un peu le temps. On portoit des bas  attacher; & n'avoit-on
qu'un beau petit culot, si que les fesses paroissoient abondamment, & la
mere des histoires tant souleve d'un pont-levis fait en fonte.

PLATON. Qu'est-ce que la mere des histoires?

L'AUTRE. Foin, que d'ignorance! C'est la pochette qui contient les
histoires, c'est la couille. Voil une grande difficult! Qu'il faut peu
 ces philosophes, pour les faire badiner! Nous tions en la
grand-chambre d'aprs la salle du chteau, & monsieur le grand prieur
faisoit un tat d'une belle pe de damas qu'il avoit. Le roi lui dit
qu'il ne croyoit pas qu'elle ft si bonne qu'il disoit. L-dessus le roi
la prend, & ainsi nue la considere: vraiment, dit-il, cela ne coupe
point. Quoi! dit le grand prieur, sire, j'en couperai, d'un revers, une
douzaine de flambeaux. Le roi dit: vous ne sauriez seulement couper
cettui-l, que voil sur le bout de cette table. Cette parole ne fut pas
si-tt dite, que le grand prieur va vers ce flambeau, & d'un revers la
coupe en deux. Il y avoit le baron de Sault avec ses fesses, dont le
proverbe en est venu, qui tendoit beau cul, sans y penser. La fin du
coup va roide  son cul, d'autant qu'il toit ainsi tourn parlant 
d'autres; & partant il eut le cul coup. Ha! ce dit-il, monsieur,
qu'avez vous fait? Vous avez gt mon haut-de-chausse.

RENE. Vraiment, ce cul coup n'et pas lors serr les fesses de peur de
pter.

ASCLPIADES. Vraiment non, non plus que Margot de chez nous, qui passoit
par la salle, en portant un oeuf  madame; comme elle fut au milieu de
la salle, elle nous salua; & en cette action, elle eut faim de faire un
pet, c'est--dire envie ou desir, (ainsi qu'on dit  Paris, j'ai faim de
pisser, soif de chier.) elle voulut serrer les fesses de peur de peter;
elle fit tout au rebours. Je vous assure qu'elle serra si fort le poing,
qu'elle creva l'oeuf; & ouvrit tant les fesses, qu'elle fit un gros pet.
Quoi! vous petez, lui dis-je? Vere, monsieur, dit-elle, c'est que j'ai
mang des pois.

NERON. C'toit donc une _fausse guenippe_.

ASCLPIADES. Oui, elle avoit tudi avec celles muses Aganippes, d'o
vient ce bel pithete.

CICERON. Dites-vous un _pi de tte_? C'est une corne de cocu.

ASCLPIADES. N'allez point chercher d'quivoque: cela est dfendu par la
pragmatique sanction. Ainsi que disoit un chanoine, disant: messieurs,
depuis qu'il vous a plu me recevoir indigne chanoine, comme les autres,
je n'ai point ou parler que la pratique de l'ascension nous ft
contraire.

GRATIAN. Une dame du mme pays, ayant un panaris au doigt, ainsi qu'elle
l'avoit ou nommer au chirurgien, parlant de son mal  ses commeres:
hlas! disoit-elle, ma mie, j'ai le mal de _paradis_.

BEZE. La voil, l, l, l'ance  monsieur; vous me mettez l-dessus. Le
coq de notre paroisse voulant dire,  l'vangile: _gloria tibi, domine_;
faisoit le docteur, & disoit: _gloria edit homines_; (ha! ha, ha; hem,
hem, ho, ho) puis regardoit si on le voyoit.

BUCANAN. Il toit d'une race de gens assez fins pourtant, tmoin son
cousin germain, qui toit cur du mme village, auquel village depuis
n'agures on avoit fait un crucifix tout neuf, & on avoit mis le vieil
au grenier du presbitere. Le cur, qui desiroit de manger d'une bonne
oie, l'avoit fait engraisser, tuer & mettre  la broche, pour cuire,
toute farcie. Or, pour pargner son bois, il avoit mis le vieil crucifix
au feu; &, conscience le dvorant, ne l'avoit voulu rompre, si qu'il le
mit tout entier au feu, & laissa son petit neveu rtir l'oie,
c'est--dire, tourner la broche. Quand le bras du crucifix fut brl, le
corps tombe, la tte sur le rti, & le petit garon de se lever & courir
 l'Eglise, o il va crier: mon oncle, mon oncle, cet homme que vous
avez mis dans le feu mange notre oie.

AGATOCLES. Qui connot mieux ce cur que moi? Un jour, je dnois chez
monsieur du Mesnil, celui que monsieur de Gu-Hbert fit porter, par le
diable, avec sa femme, dans un champ  deux lieues de sa maison. Le cur
dna avec nous; puis en diligence s'en retourna; & aussi tt nous ouimes
sonner les cloches, comme pour un nouveau miracle. Le fait est tel,
ainsi que nous savons expdier brivement avec grande tirelitantaine de
paroles, nous autres Grecs. Un voisin de monsieur le cur lui avoit
drob une oie & l'avoit mange. Ce cur l'avoit tant cherche, qu'il en
avoit dpit. Enfin, par confession du paysan, il sut la vrit; & parce
que c'est sacrement, il n'y a pas moyen de m'en venger en la dcouvrant.
Pourquoi il dlibra, pour l'attrapper, de lui en faire autant, selon
que l'vangile l'enseigne aux gens d'glise: si on vous frappe en une
joue, baillez une belle & forte joue en l'autre.

ILLIRI. Quant j'tois d'glise, j'oyois ainsi interprter, _inter
fratres penes quos est_, l'intelligence des critures.

AGATOCLES. Il fit donc tant qu'il empoigna une bonne, grosse, grasse,
ferme, dlicate oie du paysan; & se dlibra d'en manger  gogo; cou &
tout; & pour cet effet, il la fit dvotieusement cuire au feu
presbitral, comme dit est. Etant revenu de l'glise, & dlibrant se
mettre  table, voil que monsieur du Mesnil l'envoya querir. Quoi!
perdre une repue franche? Ce seroit double perte  un cur; il perdroit
ce qu'il mangeroit, & ce qu'on lui prpare. Le cur dlibrant d'aller
dner, dit au messager: mon ami, je vais aprs vous.

MAROT. Il ne fit pas si dextrement que matre Mac, le cur de la basse
Athene, qui toit press de la noblesse, qui sans cesse venoit chez lui
l'cornifler. Un jour qu'il y avoit sept ou huit haubereaux chez lui, il
leur fit le meilleur visage du monde. Messieurs, soyez les biens venus;
, que l'on se dpche; garon, au vin, au poulailler, au crochet,  la
fuye; serviettes blanches. Disant cela, il mouvoit & prend un surplis
qui toit  part sur une autre robe, que celle qu'il avoit rapporte de
l'glise; & prenant un brviaire en sa main, les rendit tonns. O
allez-vous, monsieur le cur? Je viens incontinent, dit-il, messieurs;
je ne ferai qu'aller & venir, tandis que le dner s'apprtera, je vais
rconcilier un pauvre pestifr, que j'ai confess ce matin. Et ce
disant, il sortit; & soudain, tout ces guillerets pouvants sortirent;
& de treize semaines, n'y voulurent aller.

AGATOCLES. Cettui-ci se prpara pour venir. Or il avoit envie de manger
de l'oie, & disoit: je mangerai de l'oie par dpit. De la laisser au
logis, il n'y avoit point de moyen, parquoi il s'avisa de la cacher; &
pour en ter la connoissance  son valet &  sa chambriere, il les
occupa de message; puis prit les clefs de l'glise, & y porta l'oie
toute cuite, & la mit en un coffre; puis il cacha les clefs sous une
tombe. Le valet, qui toit au guet, l'apperut; parquoi, sitt que le
cur eut pris l'air; il s'en vint avec la chambriere & avec un de leurs
familiers, & allerent manger l'oie, tant qu'ils prent: puis ils
dpendirent toutes les images, & les mirent autour de ce coffre, leur
ayant graiss le minois & les mains du reste. Il restoit encore une
demi-cuisse, qu'ils mirent en la goule du diable qui est sous saint
Michel; & s'en allerent, fermant l'huis, & remettant les clefs au mme
lieu o elles avoient t musses. Le cur revenu, va droit aux clefs; &
les ayant trouves comme il les avoit mises, dit: je mangerai de l'oie 
mon compere. Il entra en l'glise; & voyant tant de saints autour de son
coffre  l'oie: , ho, dit-il; & qui, tous les diables, vous a mis l?
Etant approch, & les voyant ainsi gras par le mufle & les mains, & la
cuisse  la gorge du diable, la lui arracha, disant: vilain que tu es,
je ne me soucie pas des autres; mais toi, j'en aimerois mieux trangler,
que tu l'eusse; & d, j'en tterai. Comme il la savouroit, il se va
souvenir de sa faute; si qu'il sonna les cloches, pour appeller le
peuple pour voir ce grand miracle.




PRODUCTION.


XII. A savoir si ces valets avoient mal fait.

OECOLAMPADE. Non, s'ils l'avoient pris avec action de graces, comme le
soldat qui chappa le pendre, aux premiers troubles. Monsieur le prince
de Cond avoit fait faire un ban, par lequel il toit dfendu aux
soldats,  peine de la vie, de prendre chose aucune. Ainsi il sortit
d'Orlans, en huguenoterie pour lors, avec une belle troupe. Il y avoit
un jeune soldat, qui au partir toit  pied, & le lendemain il parut
mont. Cela fut rapport; parquoi il le fait venir devant lui, pour tre
jug & livr au bourreau. Sentant cette approche, il fut fch
extrmement d'tre pendu, principalement quand on se porte bien. Il se
jette  genoux devant monsieur le prince, & lui dit: monseigneur, s'il
vous plat our ma raison, je vous rendrai satisfait. Dis-la.
Monseigneur, nos ministres nous prchent que tout ce que nous prendrons,
nous le prenions avec action de graces. Ayant trouv cette monture, je
me suis mis  genoux, & l'ai prise avec action de graces. Va, va, n'y
retourne plus, & ne sois plus larron.

BACON. Il ne l'appella pas larron; non da, non de pardieu, il s'en garda
bien, d'autant qu'ayant connoissance de beaucoup d'honneur, il savoit
bien qu'il n'y avoit pas raison de nommer un homme larron, sans faire
tort  beaucoup de sortes de gens, parce qu'il y a des larrons de toutes
sortes de sectes, habits, qualits & autres nations de peuple.

CUSA. Vous n'exceptez rien.

BACON. Non; & si je ne m'en confesserai point. Non, non.

CUSA. Bien donc, de ce qu'on n'a point fait, ni eu envie de faire, s'en
faut-il confesser?

BACON. Allez demander cela au pnitencier.

CUSA. Et si je ne sais rien pour lui dire?

BACON. Rpondez, comme le bon homme de Vannes, qui toit charron, lequel
s'tant confess, le cur lui dit: dites votre _confiteor_. Je ne le
sais pas. Dites votre _ave_. Je ne le sais pas. Dites la patinostre. Je
ne le sais pas. Que sais-tu donc? Je sais faire de belles civieres
rouleresses; je vous en ferai une quand il vous plaira, &  bon march.

LE BON HOMME. Vraiment, ce fut presque de pareille monnoie que furent
pays,  Rouen, messieurs les consultans, qui, ayant fort exactement
avis l'affaire d'un Marin Gautier, & lui ayant dclar l'avis du
conseil, il prit son avocat  part, & lui demanda si messieurs se
contenteroient bien chacun d'une signole. _Signole_ est une piece d'or
valant moins d'un cu; & signole aussi est ce que nous appellons la roue
que font les jeunes garons. L'avocat pensant aux pieces d'or, dit
qu'oui, & que c'toit honntement. Adonc Marin va compter ces messieurs;
& ayant mis bas son manteau tendu sur la place, fit autant de signoles
qu'ils toient; & deux pour son avocat, & puis les remercia, & adieu.

ILLIRIC. Il paya le talent d'autrui de son labeur. C'est ainsi qu'il
faut mettre la piece au trou, comme fit Martin Chouri, qui vint voir le
rapporteur de son procs, pour lui montrer quelques pieces qui lui
toient ncessaires, pour le gain de sa cause. Le rapporteur qui avoit
t press par les parties adverses, qui lui avoient mis s mains des
rouelles de bonne faveur, dit  Martin: mon ami, il n'toit pas besoin
de ces pieces, d'autant que nous avons jug votre procs. Comment sans
ces pieces: Nous l'avons jug  vue de pays. Et moi, j'en appelle 
travers champs.

LOUVET. Cet appel et pu courir bien loin, s'il n'y et eu montagne ni
valles, ainsi que le disoit messire Marguerin au paysan qu'il
confessoit. Le bon homme toit au lit de la mort; & le prtre lui
prchoit la rsurrection, afin qu'il n'et point de regret  cette vie;
& suivant son propos, lui disoit qu'aprs le jugement, il n'y auroit ni
montagne ni valle. O! o, dit le paysan, il fera donc beau charroyer. Un
peu aprs aussi, la femme se mouroit; & le prtre lui disoit qu'elle
alloit en paradis, o elle verroit les saints avec lesquels elle seroit:
a! ha, dit-elle, il n'est que d'tre parmi le monde qu'on connot.

ULDRIC. Elle n'toit donc pas comme le valet du ministre de Vaivai,
au-del de Lauzanne, qui connoissoit le diable. Un jour qu'il faisoit
tonnerre, pluie & tempte, & que le monde toit, un dimanche au soir,
aux prieres: voil un clat de tonnerre qui donna; & au mme instant un
pauvre ramonneur de chemine, pour viter le danger & la pluie, se jette
dans le temple. A son arrive, chacun le voyant si noir, s'enfuit. Il
voit le monde fuir, il fuit aussi aprs. A la sortie, & qu'il toit le
dernier, il arrte ce valet, qui aussi toit le dernier des autres, &
lui demanda ce qu'il y avoit. Le pauvre valet lui dit: hlas! monsieur,
ne me faites rien; je vous connois bien. Et qui suis-je? Vous tes
monsieur le diable,  qui dieu donne bonne vie.

GAGUIN. Il toit aussi fin que le Genevoisien qui toit en garde avec
quelques Franois  la porte neuve. Un des Franois, revenu de
sentinelle, se jetta sur le lit de bois pour se reposer: ce Genevoisien
toit auprs. Avint qu'en dormant le Franois va faire un pet, sur quoi
l'autre se va crier: au diantre soit la couvaye, le chancre la puisse
ronger! Ils disent qu'ils sont ci venus pour l'vangile, & ils petent
comme poirs, c'est--dire, pourceaux.

ARNOBE. Cela se rapporte comme le moine qui mene un diable en lesse,
disant ses heures, le tout en peinture, qui dit: telle est la gnration
de ceux qui cherchent la face du dieu de Jacob. Je l'eusse dit en latin,
sans que le diable qui s'en formalisa, dit tout haut en bon franois,
par la bouche d'un procureur qui voyoit cette figure aux augustins de
Tours, o le grand conseil tenoit: si le diable avoit des peintres, on
verroit plus de peintures de diables menant des moines en lesse, que des
moines y menant des diables; encore qu'il y ait, comme il se comptera 
la fin du monde, un tiers plus de moines que de diables pour les amuser.

CSAR. Je pense que vous rvez de parler ainsi.

SOZOMENE. Non fait, il ne rve pas. Il est comme le sire George, qui
toit fort malade; & sa femme avec quelques siennes commeres le
rconfortoient; & comme elles voulurent essayer s'il les connoissoit,
l'une dit: h bien, mon compere mon ami, nous connoissez-vous bien? Oui.
Qui sommes-nous? Vous tes toutes des plus fortes putains de Blois.
Ardez, ce dit l'une, il rve. Vraiment non fait, dit sa femme, il vous
connot bien.

RONDELET. J'y tois; je le panois, j'en ris assez; & encore plus, quand
les dames y tant pour le renforcer, l'incitoient d'avoir courage.
Madame la gouvernante y toit, qui lui disoit: or a, courage, sire
George; l, il faut prendre quelque chose. N'avez-vous rien pris
aujourd'hui? Il rpondit: sauf votre grace, madame, j'ai pris une puce 
la raie de mon cul.

CSAR. Je crois qu'il toit fou: le saffran de sa boutique lui avoit
altr le cerveau.

RONDELET. Encore dites-vous vrai, tmoin monsieur de Vendme, qui tant
malade & dgot, vouloit manger du ris; ce que disant  son mdecin, il
le lui accorda. Le prieur ajouta qu'il et bien voulu qu'on y et mis du
saffran. Bien, dit le mdecin, mais il n'y en faut gueres. Non, rpondit
le prieur, il me feroit mal: & de fait, je vis un jour un cheval qui en
toit trop charg; il en devint fou.

MAROT. Estimez-vous pour cela que ce seigneur ft fou? Non, pas du tout;
mais il tenoit un peu de la fve. Et c'est ce que notre Pythagoras nous
enseigne, disant: gardez-vous ou abstenez-vous de fves: c'est--dire,
d'tre fous, ou d'en faire des traits. Je ne sais pas quel fou toit cet
abb, mais j'ai retenu de lui des maximes notables.




EXPLOIT.


XIII. Pour parenthese, je vous dirai que c'est de lui que je tiens qu'il
y a au monde quatre nations anagogiques aux quatre mendians de
l'hpital, qui sont poux, puces, morpions, punaises.

ULDRIC. Voici qui est beau.

MAROT. Ecoutez; tantt nous rentrerons bien en propos,  droit ou 
gauche. L, cher ami, je vous prie. Les poux sont les Allemands, qui
mordent & mangent, & se laissent assommer, ainsi que les Suisses, sans
s'avancer. Les puces sont les Franois, qui sautent & n'ont point
d'arrt, & laissent des marques par-tout o ils vont, ainsi qu'on le
voit par-tout; mais ils n'y sont pas. Les morpions sont les Espagnols,
qui se sapent s places si bien, que, si on les peut ter, c'est piece 
piece. Les punaises sont les Italiens, qui empuantissent tout de leurs
inventions de danses & belles farfanteries qui infectent le monde.

NERON. Que deviendront les autres nations?

MAROT. Je les recommanderai aux cordeliers rforms, ministres, jsuites
& telles gens de l'autre monde nouveau.

CSAR. Mais o en tions-nous?

PARACELSE. Sur les diables familiers, ce me semble, ou quelque chose de
diablerie: c'est tout un.

RONSARD. Si vous avez perdu la mmoire, je vous dirai une jolie
aventure, pour vous reguiser la mmoire. Ceux de Benest & d'autour
devoient aller au march  Bourgueil; & quelques-uns s'tant donn but
pour partir de bonne heure, il y eut un serrurier qui se leva plus matin
que les autres, & voyant que ses compagnons ne se vouloient point lever,
se mit en chemin. Ayant fait plus d'une lieue, & avisant qu'il toit
encore trop matin, se voulut reposer. Il chut qu'il se va jetter 
quartier sous une potence, o depuis quelques jours on avoit attach un
larron, qui gambadoit en vque champtre. Le serrurier s'endormit
trs-bien. Le jour venu, ceux qui alloient au march passant par-l, il
y en eut de joyeux qui dirent qu'il falloit appeller ce pendu. C'est
bien dit. Hau, compagnon, hau, hau, veux-tu pas venir? Il y a assez que
tu es l. Le dormeur qui toit  bas, qui ouit ce bruit, s'veilla, &
rpondit: oui, oui, hau, hau; je vais, attendez-moi. Ces passans se
trouverent surpris extrmement, & s'enfuirent, cuidant que ce ft le
pendu qui et parl  eux; & le serrurier de courir aprs. Eux, oyant
ses ferremens, pensoient que ce ft la chane du pendu; parquoi ils
s'enfuient: le serrurier appelle & plus il appelle & court, & plus les
autres tout pouvants s'enfuient, & ne cesserent de courir, qu'ils ne
fussent  Bourgueil.

SIMLER. Or a, nous voil au march, qu'acheterons-nous?

ZANCUS. Achetons des moutons & des poules, pour les payer au seigneur
Breton, auquel on doit, par aveu bien crit, trente moutons lains,
couilleux, cornus, & vingt poules avec leur sauce de mnage: voil qui
est bon, tout sert en mnage.

RENE. Oui da. Mais quelles sont les plus grandes ncessits ou
pauvrets du mnage? Je ne sais. Ni moi aussi. Ni moi. Je vous les
dirai, & les retenez. Je parle comme la bonne femme,  la porte de
laquelle on avoit chi, & s'en plaignant  un sergent, lui dit:
monsieur, je vous en embouche le premier; ardez, si vous m'en faites
avoir raison, je vous promets de vous en faire bonne chere; & vous ayant
satisfait, nous en ferons chez nous un bon repas. La premiere pauvret &
ncessit, c'est quand on brle le balai, par faute de bois. La seconde,
quand par faute d'autre pte on fait cuire le levain. Et l'extrme,
quand, par disette de linge, on torche le cul aux enfans avec la langue.
Vous sentez qu'il faut tre mari; autrement cela n'auroit pas lieu
par-tout.

BEZE. O! ne vous abusez pas. Ceux qui ne se marient qu'au mariage du
diable, ne laissent pas d'avoir des enfans; parce qu'ils font la cause
pourquoi.

ASCLPIADES. Ne parlons point de cela; nous ferions des querelles. Et
puis, mon ami, les parfaits sont aux cieux. Demeurons en terre, tandis
que nous y serons bien. Donc nous converserons avec les femmes maries;
& pour l'amour de si belle conversation, je vous dirai qu'une dame de
Paris, d'auprs le coin de la rue Aubri-le-Boucher, avoit trois filles,
qu'elle maria en un mme jour; & le lendemain, voulant savoir si ses
filles toient femmes, elle les prit  part, & leur dit: or a, mes
filles, nous voici toutes femmes; il faut tout dire: je veux savoir
laquelle est la mieux de vous, ou si vous tes bien toutes trois. L,
dites-moi, quel cas ont vos maris? L'ane dit: ma mere, mon mari l'a
menu, mais il est long. Bien! voil qui est bon, quand la cuillier va
jusqu'au fond du pot. La seconde dit: mon mari l'a court, mais il est
gros. Cela est raisonnable, lors que la cheville emplit le pertuis. La
jeune: mon mari l'a petit & menu, mais il me le fait souvent. C'est ce
qui est propre, & est grand heur d'avoir petite rente qui vient
toujours. Or devinez laquelle est la mieux marie; & vous souvenez que
l'outil de mariage est le plus sale drogueux de tous, parce qu'aprs
avoir bien pil en son mortier, il crache dedans.

FRACASTOR. Une fois, tant  Paris, je discourois familirement avec une
maquerelle. Je lui demandois quels membres virils toient les meilleurs.
Elle me montra que tous ses doigts entroient en un de ses naseaux; &
qu'ainsi les cas des femmes sont selles  tous chevaux.

BEROALTE. Ne le prenez pas-l, joint que Mathurin de Blere ne vous le
concdera pas, vu qu'il ne put presque jamais dpuceler sa femme; & sans
la fourchette de saint Carpion, jamais il n'en ft venu  bout.

LE BON HOMME. Boivons un coup, puis nous saurons cela. Boivez-vous des
coups?

APICIUS. Oui, d'autant que cela, c'est--dire boire, va  coup & se
serre dlicieusement: je dirai une volte, si vous voulez; aussi je la
bois mieux que je ne la danse, _& audaces fortuna juvat_; cela veut
dire, que qui chapon mange, chapon lui vient. Ceux qui sont un peu
malades, & se renforcent  boire &  manger, gurissent; aussi l'on ne
meurt que faute de boire & de manger, & bref de s'abstenir de faire les
vertus cardinales.

PARACELSE. En bonne finte, doncques matre Franois me vouloit faire
prendre courage & esprit; parce que qui a bon esprit, il boit & mange
bien. Je le priai de me donner une recette, pour m'empcher de devenir
gras, comme l'toit Fouillez de Tours; il me dit que j'ouvrisse les yeux
& fermasse la bouche. C'toit cela pour m'accommoder.

DIOSCORIDES. Il ne vous et point fallu de fourchette pour tabler vos
morceaux. Mais  propos de cette fourchette.

BEROALTE. Il y avoit de mon temps,  Nevers, un bon personnage, qui
cherchoit la pierre philosophale; depuis sa mort on l'a fait saint, &
nomm Carpion. Ce bon homme donnoit des eaux, (comme celui qui avoit
fait un enfant  une belle demoiselle, dont elle avoit t dlivre, &
le fait fort secret, ce qui a paru, parce que depuis elle a t bien
marie au fils d'un bailli. Le soir des nces, cette demoiselle parlant
 son ami qui lui avoit aid  faire cet enfant, lui disoit: j'ai peur
que cet homme ne s'apperoive de la dilatation de mon cas. J'y ai
pourvu, dit-il; envoyez, ce soir, votre laquais; & faudra qu'il me
vienne demander de l'eau pour les yeux. Je vous envoierai de l'eau qui
le rendra si troit, qu'il n'y aura pas quasi moyen d'y passer un filet.
Ce conseil pris, le laquais alla qurir l'eau, & l'eut; & l'apportant,
il pensa en soi-mme que souvent il avoit mal aux yeux, & que l'on ne
lui en donneroit pas, parquoi qu'il valoit mieux qu'il en prt; ce qu'il
fit, & s'en frotta les yeux, qui se serrerent, si fort, qu'il ft
demeur l qui l'y et laiss). Le bruit de ce bon personnage tant
grand pour tel effet, il avint qu'il y eut un jeune homme (c'est celui
dont vous avez parl, ou tout autre, c'est tout un) mari avec une
bourgeoise. Ces deux toient encore fort jeunes, & ne savoient rien du
mange de concupiscence: tellement qu'ils se mettoient, sans rien faire,
l'un sur l'autre. La mere de la nouvelle marie lui demanda, un jour,
comment elle s'en trouvoit; & si son mari avoit fait ouverture  sa
nature. Elle lui dit que non. O! ma mie, il faut aller  monsieur saint
Carpion, & lui demander de l'aide. La belle y va, & lui fit sa plainte.
Il lui demanda si son mari avoit des pendillantes au bas du ventre. Elle
dit qu'oui; mais que ce qu'il y avoit en forme d'critoire toit si vif,
& se levoit si fort contre le nombril, qu'ils n'en pouvoient rien faire.
O bien, ma mie, venez ici sur les quatre heures du soir. Le bon
personnage fit son apprt. Et la belle tant revenue  sa mere, lui dit:
en da, ma mere, nous serons bien heureux; ce bon homme nous fera grand
bien. Je vais vtement le voir. Etant arrive: bon soir, bon soir,
monsieur: avez-vous eu le plaisir de songer en moi? Oui, ma mie; tenez,
voici une fourchette qui est de franc-coudre. Voyez; elle est enveloppe
& sacre en ce papier; emportez-la; & quand vous serez au terme de vous
coucher, recommandez-vous  dieu, vous & votre mari: puis tant tous
deux tout nuds, faites-le mettre  genoux entre vos jambes; & ce qu'il a
qui se joint si ferme au nombril, abbaissez-le en le poussant avec cette
fourchette, tant qu'il soit  droit de ce petit pertuis, que vous avez
au bas du ventre. Allez, ma mie. La jeune bourgeoise ainsi instruite, ne
faillit en rien; si qu'elle & son mari trouverent le point qui leur fit
grand bien; & tant s'y accotumerent qu'il ne leur fallut plus de
fourchette. Parquoi, avec un petit prsent d'une ceinture, que les
fileurs de soie nomment un _cude_, elle reporta la fourchette au bon
pere, lui disant qu'elle toit bien tenue  lui, & qu'ils n'en avoient
plus affaire; que le cas se baissoit assez, sans aide que de la main. Le
sage lui dit: gardez-la, ma mie, gardez-la; elle vous a servi  le
baisser  cette heure qu'il est jeune; elle servira  le lever, quand il
sera vieux.




SUITE.


XIV. ARNOBE. C'est belle chose d'avoir de la mmoire: vous avez parl
d'intrins. Que ne nous avez vous dit ce que c'est; s'ils sont
d'Allemagne ou d'autre part.

ASCLPIADES. Attendez; & vous le saurez. Je n'avois garde ni autre d'en
parler, sans l'avis de nos matres: & pource, belles entendoires,
souvenez-vous quand nous fmes  Rouen avec notre roi; & que ce bon
archidiacre, lequel est notre matre entre les mdecins, nous trata. Il
fit ce banquet  nous autres, qui sommes conseillers du roi en mdecine.
Ainsi il y en a de conseillers en finances, en maonnerie, en
fontainerie, en tavernerie, & comme vous diriez en rufiannerie. _Celate
verba._

NRON. Ce sont mots dors & notables; ne les contaminez pas.

ASCLPIADES. C'est cet homme d'glise qui est cause que j'ai fiant
ainsi du latin par la bouche. C'est un _miserere mei_ d'loquence, qui
me fourgonne la mmoire. Ce noble archidiacre nous fit le conte de son
aventure. Ainsi que madame toit trs-malade, & que l'on pensoit qu'elle
expirt, environ la minuit, on vint appeller monsieur le docteur, qui se
jette du lit; or a-t-il une coutume de dormir sans chemise. Vraiment il
n'avoit garde d'y penser, d'autant qu'il n'toit pas dedans. Il se leve
en sursaut, pour aller secourir madame, il met sur ses paules le
manteau de son valet, premier trouv, (j'ai quasi dit _venu_, comme le
disent ceux qui sont du pays o tout va & vient). Le manteau ne lui
passoit pas le nombril; & ce personnage entra en la chambre, o prtres,
gentilshommes, dames & autres toient. A son entre, tout chacun se mit
 rire; & lui s'criant, dit: ha! mauvaises gens, vous tes sans amiti,
sans douceur & bont. Voil madame qui se meurt; & vous riez! Est-ce la
piti qui vous doit mouvoir? Plus il prchoit la dsolation, plus les
autres rioient. Et madame, qui revint  ce bruit, eut la mme vision que
les autres, s'en prit si fort  rire qu'elle fit un pet & fut gurie; &
en cet excellent changement, lui dit: mon pere, cachez votre vit, il me
fait rire.

SAPHO. Ainsi qu'il avint  notre mtayer, qui se mettant  goter, voil
mademoiselle de Launai qui le vint voir, & s'assit sur une mote de
cailloux; & comme ngligemment elle se tenoit: parlant  lui, une jambe
baisse & l'autre haute, il voyoit son cela, & ne lui rpondoit qu'
demi. A donc il lui dit: mademoiselle, cachez votre con, il m'empche de
goter.

LE MINISTRE. Mais ces intrins?

L'ENFANT. Or bien, sachez qu'il y a des dames  Paris, & autres lieux o
il y a des cours souveraines, qui ont libert de se prter, d'autant que
l, & autre part, il y a libert de fesses, comme il appert par les
privilges de Bourges, Tours, & autres lieux, o les chanoines ont des
garces, ainsi qu'ailleurs; les dames tant maries  gens qui ont des
affaires, comme en ont messieurs de la cour des comptes, & autres dont
je ne parle ni ne cuide parler, d'autant que si je crois qu'il y ait
entr'eux quelque homme de bien, & que je le die, ce ne sera pas sans
dpriser les autres, auxquels je ne veux faire tort. Mais parce qu'ils
sont bien connus, je le propose, afin que par eux on juge de ceux qui
ont des ngoces. Les femmes de ces empchs, voyant & connoissant que
leurs maris n'ont pas loisir de leur faire choses & autres, ont de beaux
jeunes hommes  la maison, qui font ce qui est  faire, pendant que
monsieur n'y est pas: & parce que cette coutume commena du temps des
snateurs de Rome, le nom latin leur en est demeur encore. Et puis
quand monsieur le procureur vient harass comme un marayeux, en entrant,
il voit sa femme, & lui dit: bon jour, trognon. Bon jour, mon ami,
dit-elle. Et bien, ma fille, dnerons-nous? Oui, mon ami. Je m'en vais 
la messe, & un petit  confesse quelquefois, o elle est jusques aprs
vpres. Et puis dis que tu en as, homme de peine, pour en amasser 
telles friquettes.

SACERDOS. Mais que disent-elles  confesse?

MINISTER. Ce qui leur vient en la bouche.

L'AUTRE. O! & leur vient-il quelque chose? Je pensois qu'il n'y vnt
rien que quand on y porte.

MINISTER. Voire, vous voil aussi tonn que le mari de madame Jeanne,
servante de monsieur de Bourges, qui fut marie  son argentier. Ce
gars, la nuit des nces, lui disoit: Jeanne, ma mie, tu as le con bien
grand. Oui, dit-elle, vous voil bien empch! Il en faut louer la
moiti. Si j'en suis tonn ou empch ce n'est pas sans cause, vu que
souvent les hommes ne savent que dire, non plus que celui de tantt, qui
ne savoit rien faire que des civieres.

VALDEN. Je fus bien empch, confessant, un jour, un jeune Breton
Vallon, qui, en fin de confession, me dit qu'il avoit besogn une
civiere. Quoi! lui dis-je, mon ami, ce pch n'est point crit au livre
anglique d'enfer, nomm la _somme des pchs_, qui est le livre le plus
dtestable qui ft jamais fait, & le plus blasphmatoire, d'autant qu'il
est ddi  la plus femme de bien. Je ne sais quelle pnitence te
donner. Mais non, mon ami, quel got y prenois-tu? Monsieur, bon &
dlectable. Quoi! est-ce une civiere rouleresse, ou  bras? Monsieur,
elle est  bras, &  bran, &  bouche: c'est une vendeuse de cives. Ha!
de par le diable, je pensois mal; va, mon ami, va, ne peche plus.

LE DOCTEUR. Cette civiere toit-elle femme de bien? Je ne le demande pas
sans cause, pource que je ne sais que vous faisiez, parce que mon
confesseur me demanda, un jour, si je n'avois jamais paillard  autre
qu'avec ma femme.

L'COLIER. Quelle diffrence y a-t-il entre les femmes de bien & les
autres?

LE MATRE. Vous avez tort, il ne faut pas les mler, il n'y a point de
comparaison. Paix-l, paix-l, paix.

L'COLIER. Voire; mais de parler des femmes de bien je ne l'endurerai
pas; ma mere l'toit.

LE MATRE. Encore pis, tu me feras gter. Vois-tu? Les femmes de bien
baillent, ou font bailler, ou ont qui baille de l'argent pour leur
faire, & en faut bailler aux autres.

L'COLIER. C'est pourquoi elles ont plus de libert, comme celle qui, 
souper, vit que son mari ne lui avoit point donn de veau; & il coupoit
un oison. Elle lui dit: mon mari, je vous prie, ne faites pas-l de
l'oison, comme vous avez fait du veau. A, ha! he, hi, hi, e e e. Etant
sur ces entrefaites, voici entrer Frostibus, lieutenant-gnral de tous
les diables, auquel on avoit interdit la porte; mais madame lui avoit
fait ouvrir, d'autant qu'il toit bon diable. Il vint, gai & gaillard,
mettre les deux mains sur les paules de Luther, & lui dit: & bien,
monsieur de l'autre monde, quoi! que dites-vous des gentillesses que
nous avons faites par-del, en notre enfance? Tais-toi; lui dit ce vieil
rveur Stumius, tu n'es pas sage, tu dcouvres le pot aux roses, tu
dclares les secrets du mtier. Mais, dit-il, par ta foi, pauvre
mlancolique, si tu es plus homme de bien que les autres, va te faire
brler en quatre quartiers, comme vrai martyr des quatre religions. Or
bien, messieurs, encore un coup, boivez, ne me tenez gueres. Je vais en
Flandre, pour copuler les tats. Que voulez-vous savoir de moi?

LUTHER. Tu es importun. Nous ne nous soucions plus de toi; va  tous les
diables, & nous laisse. Sinon, va  ce nouvel abstracteur de
quintessence qui te fasse griller, comme tu as fait rtir de mes bons
disciples.

FROSTIBUS. Ha! ha, par ma foi, je suis tout rjoui. Savez-vous un
poinct, mes bons seigneurs? En quelque pays o il y ait une des quatre
religions tablie, je fais dclarer hrtiques, comme fromage de Milan,
ceux qui n'en sont point; & puis on les grille; & cela vient bien  mon
got, d'autant que le fromage grill est plus voluptueux au palais que
l'autre. Mais laissons cela, ce n'est pas ce qui m'amene: je suis venu
ici pour vous prier, mon Luther, mon capitaine, mon ami, de me faire la
faveur qu'il n'y ait plus personne damn. Tous les diables vous en
prient; & sera bon, s'il vous plat, d'y prendre garde, de peur qu'enfin
les marchaux des logis d'enfer n'aillent en purgatoire marquer par-tout
pour nous loger. Et d, il en est besoin, d'autant qu'il y a dja tant
de damns en enfer, que les pauvres diables couchent dehors; & ainsi
vous y aviserez, & je me recommande  vos bonnes graces. Je m'en vais.
Je n'oserois tre ici plus long-temps, de peur de devenir hrtique ou
papiste. Que si cela avenoit, je serois perdu. Les financiers & bon
conseillers des rois & princes ne feroient plus tat de moi, parce
qu'ils ne font pas cas de ceux qui sont fermes en une religion.




DFAUT.


XV. Ayant dit cela, il s'en alla: & fut dit que qui que ce ft, qui
heurteroit, demeureroit dehors, s'il n'toit de l'une ou de l'autre
religion, _ex professo_: & te va faire loger, pauvre diable.

LUCRECE. Mais s'il y venoit quelque gueule, lui refuseroit-on la porte?

PONTANUS. Ces potes phantastiques ont toujours quelque allgorie. Que
veux-tu dire par ces gueules?

LUCRECE. H! pauvre fat, ne sais-tu pas bien que nos garces, que l'on
appelle putains  Paris, & nos soeurs s clotres, sont de vraies
gueules. Aussi, je dis que, s'il vient ici des gueules, il les faut
laisser entrer ici, d'autant qu'elles sont bonnes papistes, quand par
dvotion elles le font avec les gens sacrs; & bonnes huguenotes,
lorsqu'elles ne discernent point les jours. Ces deux sortes de gueules
sont comme les avaleurs d'hutres; elles vivent de viandes vives &
crues. Mon doux ami, tu t'en es tant escrim, que les mains te
tremblent. Qui joue des reins en jeunesse, ils tremblent des mains en
vieillesse.

LOCRUS. Disant cela, je me ressouviens que vous n'avez pas tantt rsolu
qui toit le meilleur; bien que vous eussiez dit que l'abbesse avoit
rsolu qu'il n'y en avoit point de grands.

AXIOCUS. Cela est bon. L'abbesse de Long-champs m'a appris ce qui en
est; me demandant sur cette rsolution ce que j'en pensois: & je lui dis
que c'toit  elle, s'il lui plaisoit,  m'en claircir. C'est, ce me
dit-elle, celui qui est dur & dure. Voire, mais dis-je, madame: il ne
peut toujours durer. Non d, dit la bonne mere, & c'est pourquoi on ne
nous donne pas les tats de judicature,  cause que nous rsistons au
droit, & l'anantissons.

LUCRECE. La dame qui ouit dire  un docteur profrant _ponendum jus_:
ho, , dit-elle, vous aurez menti, je ne ponerai pas jus, je suis femme
de bien. C'est la raison pour laquelle monsieur de la Saulaye marioit
ses filles jeunes; & quand on lui demandoit pourquoi, il disoit: j'aime
mieux qu'il leur cuise, qu'il leur dmange.

SOCRATES. Vraiment, je n'y saurois que faire: il y en a  ce bout de
table, qui disent possible les mmes choses que nous disons ici: mais il
les enfilent d'autre sorte: je vous prie, vous qui les oyez, prenez-y
garde, pour les ter de ces mmoires & y mettre vos intentions; & vous
pour le premier qui le ferez, serez mis au catalogue des bons esprits,
c'est--dire, vous serez dclar bte de bon esprit. Or sur-tout prenez
garde  quelques petites gentillesses qui sont ici rduites, & les
calculez avec leur distance; &, sous cette proportion, vous trouverez un
grand notable secret; excellent mystere, & mystrieuse excellence.

DIOGENES. Il m'est chapp de vous dire cela; le diable me l'a tir du
cul, pour le mettre en votre bouche; faites-en votre profit, comme d'une
belle & joyeuse vrille de bois.

LE BON HOMME. Et bien, boivons, & me donnez un petit de cette crote de
pt; ce que j'en fais est pour pargner le pain. Mais  propos,
qu'est-ce qui pargne plus le pain en une maison?

CHOSE. E! h, quel voyage, ma grand'tante; & qui tes-vous, chouse?
C'est la miche, & le gteau, & le tourteau, & la fouace, & le biscuit.
Cela me fait souvenir qu'tant  Blois avec mes amis,  faire bonne
chere, durant les tats.

BEZE. Gare le concile.

PETRUS DE ALVER. Pourquoi?

BEZE. Parce qu'aux nces les huguenots furent attrapps  Paris,  la S.
Barthelemi. Aux tats, les ligueurs furent contamins, environ nol. Et
s'il avient un concile, au diable le couillon restant de ces sortes de
gens qui gtent tout.

CHOSE. J'tois donc  Blois  me rigoler comme un pere; & mes amis qui
me gratifioient, me traiterent douze jours de bons vivres, & ne me
prsenterent point de pain; ils ne me donnerent que de la miche. Ce fut
au temps mme que la pauvre Ragonde, fille du commissaire Chotard, se
trouva grosse: & comme son pere s'en fut apperu, il lui fit quelques
remontrances, disant: comment, ma fille, qu'avez-vous fait? En d, mon
pere, je ne pensois pas que si peu de chose me pt ainsi aventurer. O!
vilaine que tu es, je crois qu'il te faudroit donc un fourgon.

SPARCIPPUS. Je n'tois pas-l; mais  Montauban, ou  Beziers, o
j'oyois matre Florimond le menuisier, qui tanoit sa femme de ce
qu'elle toit ivrogne; & lui remontrant gracieusement pour l'induire 
pnitence, lui dit: en d, ma mie, ma femme, j'aimerois mieux que tu
fusses un peu putain. Elle lui rpondit: _carabous, carabous le meo
marita tout attingueren, de tout ferem, un poque_.

APULE. H! gu, tout ira bien, j'en aurons; & puis on trouve  Paris
pleine chemise de chair vive pour cinq sols au rabais.

POGGE. Celle de la dame Isabelle valut bien davantage, ainsi qu'il a
paru: c'est qu'elle a tant gagn  prter son brelingot, que de l'argent
du reste, elle a fond la plus clebre religion qui soit  Venise, ainsi
que me l'ont dit les Jsuites en confession.

MACROBE. Ce chose l n'toit donc pas comme celui de cette pauvre garce
Michelle, qui venoit d'Angers  Tours, & se mit au bateau de Bolacre.
Nous tions bonne troupe, & montions par eau sur Loire, pour aller aux
pardons  Orlans. Comme j'tois l, je dsirois que la riviere et t
mi-partie, qu'un rang et coul comme elle fait, & que l'autre et coul
vers Blois. Si quelque pape savoit faire cela, il augmenteroit beaucoup
le domaine de saint Pierre, par la diligence que feroient les postes.
Entre tant de gens de bien qui toient au bateau, il y avoit un gai &
jeune, qui, pour avoir fray avec Michelle, avoit mal  son unique bout,
ce qui lui dplaisoit fort, aussi-bien qu'aux autres qui ont pareils
accidens, qui survinrent  plus de six de la compagnie. Il falloit se
reposer  Tours, o pour lors toit le roi, qui venoit de fixer le
mercure. Etant l, ce jeune homme intress aux parties vitales, (ainsi
notre ami l'horlogeur nommoit le _vit_, de peur d'offenser les oreilles
des filles: aussi qui les en iroit frtiller par tel endroit, feroit
ridiculit: ainsi que celui qui demandoit chez Bourgant, la mme
semaine, du ridicule d'antimoine; il vouloit dire du _rgule_;) ainsi
cet afflig alla droit chez le compere Jardin, qui le consola, & le mit
en train de brive gurison. Or, en notre troupe, y avoit un prtre
Breton, qui avoit la pine si offense, qu'enfin vex de trop de mal, il
se dcouvrit  ce jeune homme, qui lui conseilla d'aller Jardiner. Le
triste ecclsiastique y va. (Il y en a qui ont voulu dire que c'toit un
ministre du Languedoc, venu au synode  Chtelleraut: ils se trompent,
d'autant qu'il n'avoit que des poulains, qui lui toient venus, pour
avoir mont sur la haquene du confesseur des religieuses de
Fontevrault,  qui le mdecin de madame avoit donn la vrole.) Ce
patient tant devenu le barbier, il lui dclara son mal. Adonc le matre
le visita, & trouva qu'il toit copieusement grangren; si qu'il le
falloit couper,  quoi il eut beaucoup de peine  faire rsoudre
l'afflig, qui enfin, craignant de mourir, abandonna son pauvre cas au
rasoir. Ainsi que l'excution toit prte, le chirurgien lui demanda de
quel tat il toit. Il lui rpondit qu'il toit prtre. Adonc le matre
donna le coup rasibus, sans rien pargner: & comme messire Pierre cria,
il lui dit: l, l, c'est tout un, aussi-bien n'en avez-vous que faire.

RENE. Quand notre ami Yverd le coupa  un chantre de saint Gratien, qui
le regrettoit: allez, dit-il, il reviendra.

MACROBE. Le prtre ainsi fait courtaud de lgere taille, nous allmes
tous  la file, pour avoir remede  nos maux; mme le petit qui tenoit
la peautre, & qui avoit t poivr, vint  Jardin; & comme il lui
faisoit le discours de son inconvnient, & parlant de Michelle, il nous
disoit: depuis que j'eumes hbrg cette vetture, je n'en eus que
malheur; le vent s'est tourn, & jernigoi de la vetture, & de la foutue
vetture.

PARE. Il avoit pass par les mains d'une qui avoit moyen de le
rcompenser ainsi que me dit  Lyon madame Briolet, l'amie du comte
Bennerie. Je la traitois d'un mal de tte. Mon gentilhomme, mon ami, me
dit-elle, faites-moi du bien; je vous promets que je vous paierai bien.
O! , dis-je, mademoiselle, je vous remercie; en d, je ne veux pas tre
pay de ce que je fais aux dames; il y a trop de danger.

GAUTHIER. Mais le cur de saint Martin d'Aussigni, vers Bourges, y
avoit-il mal?

GUILLAUME. Vraiment ce fut grand piti. Il aimoit une femme qui lui
donna assignation, & faisant semblant de le recevoir courtoisement,
l'empoigna: & comme matre Antitus de braguette sentoit cette main
douillette, il s'exaltoit. Adonc cette femme avec l'autre main avana un
couteau, dont elle le coupa tout net.

SAPHO. O! de par le diable, quel trait! Elle toit plus inhumaine que
madame, la prsidente de mme nom, qui se trouvant en lieu
d'assignation, o six l'attendoient pour la bricolfrtiller, elle, se
refroignant un peu, dit: h bien, messieurs, je vous prie de vous
dpcher, d'autant que mon mari m'attend; je n'avois pargn du tems que
pour un coup ou deux.

LE MOINE. Mademoiselle de Lescard, ayant ou conter ces nouvelles, eut
des visions en dormant, & lui sembla qu'elle voyoit semer des vits,
ainsi elle se jetta hors du lit & se cassa un bras, voulant, comme elle
l'a confess  monsieur le premier barbier, en amasser un bien gros. Or
cependant, vous parlez  cette heure, belle dame, selon vos intentions.

TRENCE. Aussi faisoient le valet de notre boulanger, & la femme du
conseiller... Comment?




RMISSION.


XVI. Il y en a qui parlent suivant leurs intentions arrtes aux objets.
Le boulanger de la ville tenoit  ferme une maison qui toit  ce
monsieur le conseiller; & l y avoit un beau jardin, o les arbres
rapportoient de beaux abricots, & de bonne heure. Ce jardinier, en ayant
recueilli des plus beaux & premiers, appella le mitron, auquel il
commanda d'en porter un quarteron  monsieur le conseiller.

VALRON. Qu'est-ce que _mitron_?

TRENCE. Les valets des boulangers sont ainsi nomms, parce qu'ils n'ont
point de haut-de chausses, mais seulement une devantiere, telle ou
semblable  celle des capucins, qu'ils nomment une _mutarde_, & qui, en
pure scolastique, est nomme une mitre renverse. La mitre couvre la
tte, & ce devanteau le cul, qui sont relatifs. Le mitron, obissant 
son matre, vint avec les abricots; & entra dans la chambre, o la
servante l'introduisit. Il fit une belle rvrence  mademoiselle  cul
nud, lui demandant o toit monsieur. Elle dit: il viendra  cette
heure, mon ami; attendez le un peu. Cependant le mitron regardoit la
demoiselle qui s'achevoit d'habiller, & faisoit la litiere  ses tetons,
qui paroissoient mignons & beaux; il les considroit des yeux fort
goulment, que voici monsieur qui entra. Alors le mitron, allant vers
lui, fait une grande rvrence, & lui dit: monsieur, voil mon matre
qui se recommande  vous, & vous envoie une pannere de tetons. Il dit
ainsi, pensant & parlant tout -la-fois. Quoi! dit monsieur, ce coquin
ne sait ce qu'il dit. Le mitron, voulant faire la rvrence, trouva
derriere lui un placet qui le fit cheoir, de sorte que, sa devantiere se
renversant sur le ventre, il montra toute sa pauvret, ses pauvres
tritebilles. Qu'est ceci, ce dit le conseiller? Voyez ce maraut! Il se
met  regarder les tetons de ma femme; il ne sait ce qu'il dit, & encore
se laisse tomber. Adonc la demoiselle, qui regardoit le paquet d'amour,
le spectacle de l'outil de nature, excusant ce pauvre mitron, dit  son
mari: mon ami, vous le devez excuser; s'il est chut. Un cheval qui a
quatre couilles, se laisse bien cheoir. Elle vouloit dire _quatre
pieds_; mais l'objet la dtournoit.

MADAME. Quel paquet d'amour! Que le chat ft brid de semblables!

L'AUTRE. Il n'en seroit pas plus fort, pour l'avoir mang. Je vous le
prouverai, par l'aventure qui nous survint  la Boisiardiere; o, un
vendredi, nous dnions; & madame se colroit de ce que l'on n'avoit
gueres mis de beurre. La fille qui l'avoit en charge vint, & tenoit le
chat mignon en sa main, & disoit qu'elle l'avoit pris sur le fait,
achevant de manger quatre livres de beurre. Moi, qui aime justice,
desirois excuser le chat; & pour sa justification, & je le pris & le
pese; & en bonne finte, il ne pesoit que trois livres trois quarterons;
je ne sais ce qu'il pesa, quand il eut chi le beurre; allez-y voir.

RABELAIS. Il a oubli ce qu'il vouloit dire.

GREGOIRE. Comme celui qui se vouloit faire recevoir procureur au
chtelet, lequel se prsenta humblement  l'examen; & ainsi que l'on lui
eut fait plusieurs questions, il ne savoit rpondre  aucune. Un des
messieurs lui demanda, d'o venoit cela qu'il ne se prsentoit & ne
savoit rien: messieurs, dit-il, j'ai t en vendanges, o j'ai oubli
tout ce que je savois.

GODEFROI. Et ce bon personnage qui avoit achet... O, qu'ai-je dit? Qui
avoit eu _gratis_, comme les autres, un mtier de conseiller.

LOUVET. Appellez-vous cela mtier? Vous seriez aussi prophan, que le
bourgeois de la Rochelle, qui, ce dernier carme-prenant, ayant t
tanc, parce qu'il toit de la religion, d'avoir jou joyeusement, (&
mme le consistoire l'avoit repris aigrement) se trouvant en compagnie,
o l'on se consoloit de ce qui s'toit pass, va dire: par la certebleu,
si j'avois trouv quelqu'un qui me voult bailler cinquante cus de mon
mtier de huguenot, je m'en dferois.




DISCOURS.


XVII. PLOTIN. Ho! compere, que vous allez vte! Comme vous dpchez
tout!

GODEFROI. Je ne vais pas si vte que le plumacier de l'univers.

CICERON. Quel diable de nouveau mot est ceci? Qui est ce _plumacier_?

PLOTIN. C'est celui qui pose les panaches sur les ttes des hommes de
l'univers.

POGGE. Je gage qu'il veut parler de cornage.

PLOTIN. Tu l'as trouv; qu'il te puisse accompagner comme accident
indlbile!

ASCLEPIADES. Comment est-ce qu'il va si-tt?

PLOTIN. O cher compere de toute la fressure, je te le dirai! Sache, toi
qui as belle & jeune femme; sache, mon tendre & jovial petit belleau,
mon petit prteur de franches repues, que, si tu tois au Grand-Caire, &
que ta femme tant poupine ft  Paris, & que de son consentement, me
faisant ouverture de ses bonnes graces, elle me laisst entrer  elle,
je n'aurois pas si-tt mis mon V, I, T, pied, dans son C, O, N,
pantoufle, que l'admirable, grand & rvr cocuage ne ft, en un
instant, au Grand-Caire,  te frtiller avant la tte, pour te rjouir
du beau petit plumage d'amourettes.

PLANUDES. Triste garon  demi vieil que tu es, je t'assure que ta
journe n'y monteroit gueres. Tu es de ceux auxquels on peut dire:
depuis que la couille passe le vit; adieu vous dis.

BIONON. Paix, de par tous les diables, taisez-vous, ou je vous couperai
le cou, comme je fis un jour  un roi qui chioit. Achevez le discours de
ce conseiller, & meshui ne vous interromprai; ou j'abomine, je
contamine, je prcipite, je diable, je trente mille: a, ha! je ne le
dirai pas: faites votre devoir.

GODEFROI. Parlez-vous de ce conseiller de la prvt, lequel le pere le
prsentant  messieurs, demandant sance pour lui, leur dit: messieurs,
mon fils n'a point de science, il vous plaira lui en donner. (Un gta
tout. Non, dit-il, c'est de celui qui se faisoit recevoir  la cour, qui
est tant bonne & douce, la bonne dame, qu'elle ne reoit, ou n'a reu,
ou ne recevra, de peur de faillir, je ne le dirai pas; en voil qui me
veulent faire dire _des nes_, je n'en ferai rien.) Ainsi que messieurs
interrogeoient ce bon personnage dja g, ils l'incitoient  rpondre;
& il ne savoit, d'autant qu'il n'entendoit pas ce qu'ils disoient. (S'il
et t encore comme moi, qui plaidant ma premiere cause, je dis  ces
messieurs-l beaucoup de choses que je n'entendois pas, ni eux aussi, ce
qui m'apporta une belle daye de rputaison.) Ce personnage coutoit;
puis, comme revenu de bien en songerie, dit: messieurs, je n'ai pas
accoutum ce mnage ainsi que vous dites. Bien je ne sais rien, il est
vrai; mais j'ai un fils qui est bien savant, qui rpondra pour moi,
comme mon compere le sieur Basgrand a rpondu de l'argent que je dois de
mon office. Par dpit qu'il ne put tre reu, si-tt que sa femme fut
morte, il rcompensa une prbende, & fut official.

L'AUTRE. Ce fut  lui, auquel Menaud, notre mtayer fit une jolie
rponse. On agissoit devant lui d'une cause de fouculterie; & Menaud
toit appell  tmoin, pour dire que le garon et eu habitation de
concupiscence charnelle avec cette fille. Ainsi que Menaud fut entr, il
dit: j'y tois, & ce que je vous dis est vrai, monsieur l'official. Dieu
me doint bonne vie & longue! on m'a dit que vous me demandiez.
L'official lui dit: & bien, mon ami, dites vrai. Avez-vous vu que ce
gars ait envahi cette fille? Avez-vous vu qu'il l'ait travaille?
Monsieur l'official, je n'en saurois que dire; je suis votre serviteur.
L, mon ami, dites; je suis le vtre. A, a! monsieur, il suffit, si vous
me faites plaisir. Dites donc, mon ami, dites. Et bien, monsieur
l'official, je vous dirai: j'ai vu quatre fesses & deux culs; mais je
n'ai point vu de vit; je crois que le larron de con l'avoit en la goule.

SAPHO. H gai, voil de beaux contes  dire devant des gens d'glise.
Aussi

    Je suis si aise quand je cous,
    Si pour un C. je mets une F,
    Qu'il m'est avis,  tous les coups,
    Que j'ente une mignonne greffe.




FOLIE.


XVIII. CERTORIUS. Je m'tonne que le roi n'te ces officialits, s'il le
faisoit il soulageroit beaucoup de monde, & enrichiroit sa justice, & si
feroit que les ecclsiastiques seroient chastes. Pensez-vous qu'oyant
ainsi parler de turpitude, le bandage ne leur simule pas?

CUSA. A la vrit, les oreilles & les yeux servent beaucoup  besogner,
tmoin le cur de saint Clment, qui, en son prne, disoit: les dames
montrent leurs tetons; ce n'est pas bien fait; & puis elles tendent
leurs chemises autour du cimetiere. En d, ni moi, ni mes vicaires ne
sommes pas anges; cela nous tente.

XNOCRATES. Pargoi, il n'toit gueres sage, il y paroissoit; il ne lui
falloit point aller  la touche des merveilles.

CESAR. Quelle touche!

XNOCRATES. C'est celle qui est  Paris, justement dans le badaudois, au
lieu mme o Pepin fianta, (je cuidois dire fit ses affaires sur l'tat
de France. Il fit mettre & exposer cette touche qui est notable,
d'autant que sur icelle, comme on prouve l'or  celle des orfevres, on
examine les folies des anciens, les sottises des nouveaux, la gloire des
prsomptueux, & bref toutes les vidaseries des humains; & dit-on que ce
volume y a t trouv, ainsi qu'il y avoit t laiss par feu Guillaume
de Paris, qui, aux porteaux de notre-dame, a mis les figures chimiques 
faire la projection  devenir sages, de laquelle on use, comme de
cendre,  l'entre de ce noble chaircutieux de carme.

BARNAUD. Je pense que vous rvez d'appeller carme chaircuitier.

XNOCRATES. Oui, je rve: il vous l'est avis. Notez ces paroles;
_chaircuitier_ est un qui fait cuire de la chair; _und_ chaircuitier:
mais _chaircuitieux_ est un qui concutie la chair, qui la chasse, qui la
ruine, comme font les marchaux & mdecins nouveaux.

BARNAUD. Tu y as except les mdecins, parce que tu en as affaire.
Est-il pas vrai que, comme tu crivois contre Machiavel, tu avois si
fort les hmorrhodes, que le cul te distilloit tout en sang, & en tois
 demi mort.

XNOCRATES. Sachez, bel ami, que les sages mdecins font leurs essais
sur les gens d'glise, malfaiteurs, gueux & putains. Tels sont les
quatre lmens d'essais.

BEZE. Tu me refais bien; j'aimerois autant le fou de la Bourdaisiere,
qui avoit aval une pice de vingt sols. Comme il vint  la rendre par
bas, il avoit de la peine. A la fin l'ayant tire, il dit  son matre,
la lui jettant toute breneuse sur la table: en d, monsieur cousin, que
l'argent est fcheux & difficile  faire.

CEBES. Qui l'et mis sur votre touche de tantt, elle et t touche 
connotre merde; cela et bien servi aux mdecins.

XNOCRATES. C'est tout un; je reviens  cette pierre, d'autant que je
suis alquemiste, aussi les alquemistes ont la pierre en la tte; &
pensois que voulussiez parler du rvrend pere abb de Vienne,
au-dessous de Lyon, lequel voyant la grosse pierre qui est en la
prairie, o il y avoit en crit: _qui me virera, grand trsor aura_. Le
bon & noble pere (il n'toit pas de la famille des Laurents, il avoit
trop d'esprit) se mit en frais pour faire virer cette pierre, & y
dpensa trois mille quatre cent vingt-deux cus dix-sept sols & une
pite, ce que je mets pour vous assurer. Jaloigns le notaire en a fait
le compte. Et comme elle fut tourne, il trouva de l'autre ct: _virier
je me veliens, parce que me doliens_.

SALIVAS. Il fut bien deu; il pensoit avoir trouv la pierre
philosophale.

GALANDIUS. Par la mort d'oeuf, il n'toit pas en tant de bien que le
Granger de saint Martin, qui un tems fut, tant couch entre deux
garces, disoit, tendant ses bras, main de, main del: que de biens!

OECOLAMPADE. Je sais bien qu'il est; C'est celui qui mourut l'anne
passe. Son valet me vint qurir, pour le voir, & me dit: hlas!
monsieur, venez vtement; mon matre se meurt de l'apocalipse; il
vouloit dire de l'_apoplexie_; ainsi que l'entendoit le vicaire de saint
Saturnin, quand le second prsident en mourut; lui tant venu ce mal,
d'apprhension d'avoir t de la ligue.

MAROT. Tu as bien dbut avec la ligue; tu es un bel archer, tu y vises
bien!

JAMIN. Aussi-bien que celui qui voyoit l'amour, qui est  la
Boudaisiere, fait en si belle peinture, que l'amour a t fait aprs ce
portrait. Quand le roi venoit de fixer le mercure, il vint en cette
belle maison. Et comme s lieux curieux il y a toujours des amuses fous,
ce tableau d'amour toit en la grande salle. Il y eut un gentilhomme qui
s'y amusa; & voyant cet amour avec son trait sur l'arc, comme prt 
dcocher, & lisant autour: _sublato amore omnia ruunt_, toit en grand
peine que cela pouvoit signifier. Il passa un aumnier, auquel il le
demanda. L'aumnier l'ayant lu, dit: monsieur, vous tes fcheux; ce
latin l est possible prophane; il n'est pas de brviaire; je ne
l'entends, ni ne le veux entendre. Monsieur, ne vous fchez point, je
vous prie. Il en passa un autre qui fut plus hardi, auquel il fit la
mme priere. Adonc le prtre, ayant considr l'tat de la figure, lui
dit: monsieur, cela signifie que, si dieu vouloit, tous les anges du
paradis tireroient ainsi de l'arc.

BUCHANAN. Je pense qu'il entendoit aussi peu de latin que le sieur du
Coudrai, qui me pria un jour de lui montrer du latin. Vraiment, je le
menai en la boutique d'un libraire, o j'ouvris des livres latins, & lui
montrai du latin. Il se voulut colerer;  jan, j'avois une pe aussi
bien que lui; je nous fussions bien battus.

POGGE. Et vive les coups de poings; on n'en meurt que par hazard, non
plus que d'autre chose.

DES ESSARDS. Et quoi! portiez-vous lors une pe?

BUCHANAN. Oui.

DES ESSARDS. Et de quel saint?

BUCHANAN. Je suis gentilhomme; & par la double-triple manche de serpe,
nous sommes tous gentilshommes en notre pays.

DES ESSARDS. O! ha, h! & qui est-ce donc qui garde les pourceaux?

BUCHANAN. C'est l'abb de Turpenai, qui fut celui qui eut la venue par
mon compere Tristan que voil, qui en fait des reproches au roi Louis
onzieme, lequel avoit donn l'abbaye de Turpenai  un gentilhomme, qui,
jouissant du revenu, se faisoit nommer monsieur de Turpenai. Il avint
que le roi tant au Plessis-les-Tours, le vrai abb qui toit moine, &
comme ceux qui duement pourvus ont t appells antiques, d'autant que
c'toit  l'antique mode, qu'il n'y avoit point de commentaire; (foin,
je pensois dire de _commendataires_.) Cet abb se vint prsenter au Roi,
& lui fit sa requte, lui remontrant que canoniquement & monastiquement
il toit pourvu de l'abbaye, & que le gentilhomme usurpateur lui faisoit
tort contre toute raison; & partant qu'il invoquoit sa majest, pour lui
tre fait droit. En secouant sa parruque, le roi lui promit de le rendre
content. Ce moine importun, comme tous animaux portant cucule, venoit
souvent aux issues du repas du roi, pour lui ramentevoir son affaire. Un
jour, le roi, ennuy de l'eau bnite du couvent, appella mon compere
Tristan, & lui dit: compere, il y a ici un Turpenai qui me fche;
tez-le moi du monde. Tristan n'y faillit non plus, qu'il lui et
failli, ainsi qu'il se trouve s Florides, quand sous le nom de Stratin
il eut la tte tranche  Sancerre, tourn en Rancrese, tmoin Verville
qui me l'a dit, ainsi qu'il l'a crit. Tristan prenant un froc pour un
moine, ou un moine pour un froc, vint  ce gentilhomme, que toute la
cour nommoit monsieur de Turpenai; & l'ayant accost, fit tant qu'il le
dtourna; puis le tenant, lui fit entendre que le roi vouloit qu'il
mourt, partant qu'il ft son testament, comme font les enfans de Lyon
au pied d'une chelle, la tte couverte par privilge notable. Il
vouloit rsister en suppliant, & supplier en rsistant, comme dit notre
ami Castillon en son bien dire: mais il n'y eut aucun moyen d'tre ou.
Il fut dlicatement trangl entre la tte & les paules, si qu'il
expira; & trois heures aprs, le compere dit au roi, qu'il toit
distill. Il avint cinq jours aprs, qui est le terme que les ames
reviennent, si elles doivent revenir, ainsi que dit saint Foubrequin,
que le moine vint  la salle o toit le roi, lequel le voyant, demeura
fort tonn, & lui sembloit avoir devant lui le spectacle hideux de
l'ame monachale, trange de son triste corps. Tristan toit prsent. Le
roi l'appelle, & lui dit en l'oreille: vous n'avez pas fait ce que je
vous ai dit. Ne vous dplaise, sire, dit-il, je l'ai fait. Turpenai est
mort. H! je disois & entendois de ce moine. J'ai ou & entendu du
gentilhomme. Quoi! c'est donc fait? Oui, sire. Or bien, se tournant vers
le moine: venez ici, moine. Le moine s'approche: le roi lui dit:
mettez-vous  genoux. Le pauvre moine avoit peur. Et le roi lui dit:
remerciez dieu, qui n'a pas voulu que vous fussiez tu, comme je l'avois
command. Celui qui prenoit votre bien l'a t. Allez, dieu vous a fait
justice; allez, priez dieu pour moi, & ne bougez de votre couvent.




CONTRAT.


XIX. SAPHO. Je pense que ce pauvre moine n'arsoit pas  cette heure.

BEZE. Vraiment non, non plus que monsieur le grand prieur de
Marmoustier, qui disoit que sa couille toit en chaleur, & que son vit
ne bougeoit de dessus.

SAPHO. C'est que ce pauvre cas avoit perdu de l'argent, il regardoit
contre bas, il n'et pas t bon pour la tante de matre Philippes.

COQUEFREDOUILLE. Comment?

SAPHO. Elle vouloit tre remarie pour la cinquime fois; & matre
Philippes s'en fchant, lui dit: vraiment, ma tante, vous ne seriez pas
profitable  faire un crou de pressoir; vous usez trop de vis.

TONI. En quel tems est-ce que l'on a plus les vis en la main?

MADAME. C'est quand on descend un degr.

SIBILOT. Qui sont les vide greniers?

CSAR. Crocheteurs qui en tent le bled. Je crois que l'on s'y chauffe.
Voire, & bien plus que le Breton, qui,  la dfaite de Craon, s'enfuit &
se cacha en la queue d'un tang, sous les feuilles de nymphe, o il fut
long-tems, & jusques  ce qu'il apperut un paysan qui passoit; & il
l'appella, lui demandant s'ils toient encore l. Il dit qu'il n'y avoit
plus personne. Vraiment, ils ont bien fait; le cerveau commenoit 
m'chauffer. Il lui chauffoit un peu moins, qu' celui qui avoit la
tte dans un pot de fer.

PIGHIUS. Je m'en souviens: nous tions  Genve, & foltrant en notre
logis  carme-prenant en cachette, comme on fait en ce pays, lorsqu'en
carme l'on fait le petit exercice. Il y eut un de nos amis, (je crois
que ce fut Feverdant) qui mit sur sa tte un pot de fer, & se mit 
sauter. En d; la tte lui entre dedans, & ne pouvoit l'en ter. Nous
emes bien de la peine; & sans le pere Ignace qui s'avisa d'un bon
expdient, il lui et fallu rompre le pot ou la tte. Ce pere, plein
d'industrie, prit le chausse-pied du laquais de sainte Aldegonde, & le
passa sur le nez qui empchoit que le pot ne se dgaint, & tira
par-dessus, si que, le nez rabatu, la tte sortit du pot fort aisment.
Nous en rmes tout notre benot saoul, d'autant qu'il demeura camus.
Mais qui fut celui qui rit tant, qu'il en fianta en ses chausses?

VIGOR. Ce fut mon compere le cardinal le Moine, qui nous avoit propos
de faire un mal-fait sans pch, & un bienfait sans mrite. A quoi fort
 propos rpondit la docte des Roches, mere & fille, & dit qu'il falloit
chier en ses chausses, puis les aller laver; parce que c'est mal fait de
chier ainsi, mais ce n'est pas pch, si ce n'toit par concupiscence,
puis les laver, il n'y a point de mrite.

ALEXANDRE LE GRAND. Voire, mais nous parlons de celui qui fianta sous
lui.

VIGOR. Vous le saurez. Nous soupions, & ayant fait beaucoup de jolis
contes pour rire, le dessert fut de ce mal fait sans pch. Et Chose va
dire: (je crois que ce ft moi) voil; nous avons fait bonne chere avec
du plaisir sans mal aucun; & que le mal que nous avons pens nous puisse
avenir. Quoi! dit le sage Akakias, de chier en vos chausses? Nous rmes
si fort &  propos, que le boyau culier se dilatant en la voie du
sphincter qui relch, je fis le pch abondamment.

ZANCUS. Fi, que tu tois sale? Pargoi je n'eusse pas voulu alors que tu
eusses t en tel point, que quand on passe matre un boucher.

VIGOR. Qu'est-ce  dire?

ZANCUS. Mais tout nud; tu eusses embaum toute la chambre.

CSAR. Mais encore, dites-nous le secret de cette matrise.

ZANCUS. Quand les bouchers font un examen  l'aspirant, ils le mnent en
une haute chambre; & le tout fait, ils lui disent que, pour la sret
des viandes, il faut savoir s'il est sain & entier; & pour cet effet le
font dpouiller & le visitent. Cela fait, ils lui disent qu'il se
revte; ce qu'ayant fait, & le voyant gai & ralu, ils lui disent: or ,
mon ami, vous tes pass matre boucher, vous avez habill un veau;
faites le serment.

LOUVET. Je pensois qu'on ne ft faire le serment qu'aux gens de justice;
da, c'est abuser du serment, de le communiquer  tout le monde; il ne
devroit appartenir qu'aux lus.

IVELLUS. Vous en parlez  cause du sire Pierre le Petit, qui acheta un
office d'lu & fut reu. Un jour, tant all  sa baronnie, son
principal mtayer le saluant, lui demanda de ses nouvelles; il lui en
conta, puis lui dit: tu ne sais pas, Frion mon ami, je ne suis plus
marchand; je suis lu. Et da, ce dit Frion, Vraiment, mon matre, j'en
suis bahi; je pensois que pour tre lu, il fallt tre bien savant.

HAMELIUS. Il y a des tats, pour lesquels exercer il ne faut gueres
savoir, comme vous diriez prtres, chanoines, ministres, & tels gens.

RABELAIS. Parlez-vous des ministres de ce tems?

RABANUS. Lisez l'pitaphe du ministre de feue madame; a t Titelman
qui l'a faite.

    Par mon opinion sinistre,
    De savetier je suis ministre.




PARENTHESE.


XX. Dis que tu en as, Calvin.

CALVIN. Je n'en veux autre vengeance que celle qu'en prit Bersaut sur le
cur de Barace & ses compagnons. Que Chose vous le raconte: je suis
empch. Ne savez-vous pas que je bois & mange si peu, qu'il me faut
tre en repos pour pturer, avisez: je ne mange pas tant que beaucoup de
personnes: & si tout le vin du monde toit-l, je n'en boirois pas le
quart.

RABELAIS. Mais ne laissons aller Bersaut.

CALVIN. Dis haut, couillaud d'Angers mon ami, & je te promets que, quand
tu seras chanoine de S. Maurice, tu ne paieras rien _pro futuitu_,
quoique nos devanciers l'aient toujours fait, & les successeurs le
feront, pour entretenir les crmonies de l'glise.

CHOSE. Bersaut passant au-dessous de la bennerie, rencontra une nue de
prtres qui venoient d'un gaignage. Lui, bien accompagn, les environna,
& leur demanda d'o ils venoient. Prtres tonns ne savoient presque
dire, tant ils avoient peur. Or, , , dit Bersaut  un page: pied 
terre; & au bon homme de cur de Barace, qui toit fort g: sus, bon
homme, cul bas; l, dtachez vos chausses. Il pensoit devoir tre
couill. Quand les chausses furent baisses, le page, au commandement
de son matre, attacha le derriere de sa chemise aux reins. Adonc il fit
baisser le cur, comme quand on joue au frappemain, ou  la
fausse-compagnie; puis, , enfans,  l'offrande. Tous les autres
prtres vinrent baiser le cul, & mirent leur argent au chapeau du page.
La crmonie accomplie, il leur demanda: & bien, enfans, me
connoissez-vous? Oui, vous tes le bon monsieur Bersaut. Allez, dit-il,
& faites votre devoir; soyez gens de bien. Le lendemain, ces prtres
conterent  deux cordeliers ce qui leur toit avenu; & les deux freres
(qui aussi vont toujours deux  deux. Voire, deux  deux, ce seroient
quatre: ils vont un  un. Coucher une  un est bon). Les cordeliers,
passant pays, vindrent  Chesfe, o sont les oies rouges, & dnerent
avec des gendarmes. Aprs dner, ils rendirent graces, & dirent: dieu
nous veuille donner une bonne paix. Adonc un des gendarmes va dire: dieu
nous te le purgatoire. Ha! monsieur, ma chere ame parente de
chrtient, vous blasphmez. Mais vous, dit le soldat; il faut que
chacun vive de son tat. S'il n'y avoit un petit de guerre & un
purgatoire, il ne faudroit ni moines ni gendarmes. A! ha, ha, h. Au
reste, tant passs outre dans le haut Anjou, par-del Angers,

    Basse ville, hauts clochers,
    Riches putains, pauvres coliers.

& proche de la maison de Bersaut, ils s'entredisent: frere, qui ira? Ce
sera moi, dit l'an, qui avoit nom frere Eustache. Il y alla donc, &
demanda  parler  monsieur, devant lequel on l'introduit. (Quoi! dit
Badius, vous dites monsieur sans queue? Je le crois bien; n'ai-je pas
t nourri dans les clotres? Je dis comme les femmes de prtres, qui,
tant pauvre soit leur matre, parlant de lui, nomment monsieur: monsieur
par-ci, monsieur par-l.

ROBERT. Je ne pensois pas que tu eusses t de ces petits pages de
frocs.

CHOSE. Chut. Comment osez-vous ainsi nommer les semences futures des
pdagogues de l'glise? Laissez-moi dire. Etant devant monsieur, il lui
demanda humblement l'aumne. Oui da, dit-il, vous l'aurez, pere
Moustache; mais j'ai cans un vieil serviteur qui se meurt, que je
dsire faire confesser. Monsieur, vous tes en bon propos. Adonc il le
mena en un grenier, o il avoit un vieil chien qui se mouroit de
vieillesse. Voil, ce dit monsieur, le serviteur dont il est question.
He! a, dit le moine, monsieur, je cuide que vous vous moquez de moi
simple religieux. Croyez que je ne suis pas si instruit, que je ne sache
comme il faut vivre; & qu'il n'est raisonnable d'attribuer  un chien,
ce qui convient  la personne. Partant, monsieur, vous m'excuserez. De
dpit, lui fit donner le fouet  nud, &  bon escient; puis l'envoya. Le
triste frere revint  son compagnon, auquel il conta sa fouette &
l'occasion d'icelle. Laisse-moi, dit l'autre, j'aurai pis ou mieux. Il y
alla donques; & son entre & discours furent au semblable des premiers
faits  son compagnon; & Bersaut lui ayant parl de ce vieil serviteur,
il demanda  le voir. L'ayant vu, il dit: & bien, monsieur, il est
raisonnable; faites-moi donner un petit bton. Je ne veux pas que vous
lui fassiez mal. Aussi ne ferai-je; mais j'ai affaire de ce que je
demande. On lui bailla un bton: & le moine le fendit un peu plus que la
moiti; puis dit  monsieur &  ses gens qu'ils sortissent & se tinssent
 la porte; qu'il ne falloit pas our la confession d'autrui. Etant
sortis, il prit l'oreille du chien dans ce bton fendu, & lui dit: or
, mon ami chien, voulez-vous pas mourir en chien de bien. Et lui
pressant l'oreille, le chien huchoit assez haut: ouan, ouan. Ne demandez
vous pas pardon  votre matre de l'avoir tromp, en mangeant le gibier
quelquefois? Ouan, ouan, ouan. N'tes-vous pas fch d'avoir autrefois
bless quelqu'un? Ouan, ouan, ouan. Pardonnez-vous pas tout le monde?
Ouan, ouan, ouan. Or soyez donc chien bienheureux, absous comme un loup
gris, trpassant comme une autre laide bte. N'en tes-vous pas bien
aise, monsieur le chien? Ouan, ouan. Il y ajouta plusieurs autres belles
crmonies de chien, qui furent fort agrables & au chien &  son
matre, qui, aprs cette action, prit le moine, lui fit bonne chere, rit
avec lui, lui donna de l'argent & son cou charg de bled, & lui promit
de lui en donner, toutes les fois qu'il viendroit le voir. Le frere
retourne vers le fouett, lui montre sa qute: h, grosse pcore, lui
dit-il, tu ne sais pas vivre. En s'en allant, ils trouverent de leurs
amis; & le fouett dit: nous avons t bien fouetts. L'autre dit: mais
bien vous; frere; & non pas moi. A d'autres il dit: nous avons eu bien
du bled. Mais bien moi, frere, & non pas vous.

PRISCIAN. Voil que c'est d'entendre les affaires.




DOCTRINE.


XXI. Je voudrois que ma femme ft aussi bien confesse & bien noye; je
serois plus content que Bersaut, ni le moine.

RABANUS. Pourquoi voudriez-vous avoir perdu votre femme?

PRISCIAN. Parce qu'elle ne me veut point obir.

STATIUS. En da, la mienne m'obit une fois: ce fut quand je la jettai en
l'eau. Nous passions sur le pont d'Arve; & le balendrier, _id est_
garde-fous, toit t. Je la poussai en bas, & lui dis: va o tu
pourras. Ce qu'elle fit galammant. Elle se sauva peut-tre comme saint
Pierre, quand il chut dans le ruisseau de Champagne. Je vous en dirai
l'histoire comme elle avint  notre matre Rabelais, que voil bien
empch  trouver l'essence d'un cervelas avec Thodore & Pline: (sur
quoi quelqu'un me demandera de quoi il toit, je lui dirai qu'il toit
fait comme nos autres viandes). Sachez donc que cette belle compagnie
faisoit bonne chere, & telle qu'on fait hors du monde, comme nous
faisons nous autres esprits spars de nos corps. Notre bon vin n'est
autre chose que le pur esprit de vin, qui chappe aux quintessencieux;
nos viandes sont faites des ames des btes; vous, qui tes grossiers &
corporels, en mangez les corps; & nous, les ames que nous fricassons
avec les fumes de sauces, & les essences des aromatiques  la clart du
feu vif, aids de bonheur de l'huile incombustible & du sel fusible.

LE ROI AGAMEMNON. Paix! ne passez-pas outre, ne dites pas tout.

STADIUS. Et bien, sire, je me tairai. Mais si un malotru, sire, m'en
parloit, je le ferois djener de l'esprit de fiente royale. On dit que
c'est la meilleure, je m'en rapporte aux pourceaux.

LE MORTEL. On voit bien que vous n'tes guere sage de nous conter tout
ceci.

STADIUS. O! pauvre animal mortel, mon ami, ne sais-tu pas bien qu'ayant
un corps, il faut qu'il se vuide? Et tu consens bien que la merde soit
serre en tuyaux de briques & belles canes: que souvent on la remue, &
que mme, ho! monsieur le doyen du chapitre de la grande glise, vous en
faites faire des conclusions en vos rgistres, & commettez commissaires
de bran pour curer les aisances. Ainsi ceux qui ont imprim ceci, font
commissaires d'excrmens. Ceci est la fiente de mon esprit; & puis je
fais comme vous, messieurs les cardinaux, je fais ce btard: il faut
qu'il vive. Mais en conscience n'est-ce pas un vrai abus, que de nos
beaux ouvrages & plus srieux? Certes ils sont aussi-bien prophans que
les plus vils. S'il y a quelque beau tableau en taille-douce bien
labour, il sera aussi-tt en la boutique d'un savetier, qu'au cabinet
du roi. Il chet une mme fortune aux uns & aux autres. Et voyez, les
livres des doctes qui furent nuit & jour aprs la forfanterie, sont
quelquefois s mains des laquais & des putains, qui diront: que voil
qui est bien fait; ou bien: voil qui est mal  propos. Comme disoit, un
jour, une jeune garce, que son con avoit fait demoiselle par la tte,
tenant un beau livre o elle n'entendoit rien, faisoit la ddaigneuse;
je lui pardonne  la pauvre bte, elle en est devenue noire comme un
charbon, & sale comme eau. Avisez-y, doctes; parce que souvent vos
labeurs, vos bons livres sont employs  faire des cornets d'pices, ou
des mouchoirs de cul; & ne peut avenir pis  cettui-ci, qui n'est crit
que pour la juste dmonstration de ce qui est, d'autant que l'on voit
ici la btise des grands de ce tems, la sotise des habiles gens,
l'impudence des doctes, & la mchancet des autres. Mais bran pour eux,
ainsi que dit M. Habpin, matre chirurgien. Je n'ai jamais v envieux &
avaricieux devenir vieux. Pleurez, grands, de ne m'avoir pas eu pour
pdagogue; vous fussiez bien heureux. Or adieu vous dis, comme un _de
profundis_: & de fait, on ne voit gueres pendre de sots que par hazard &
malheur, comme ce paysan de la Rochelle, qui, tant  l'chelle prt
d'tre jett, disoit: laissez-moi aller, laissez-moi aller; mes boeufs
se gtent. Et diantre, mettez donc une cotte l bas, afin que je ne me
rompe les jambes. Il ne pensoit pas devoir tenir par le col, ainsi que
ces beaux esprits & tant d'habiles gens d'entendement, qui se font
pendre. Faites-en de mme par dpit.

MARSIL-FICIN. Oui; mais il avint  plusieurs comme  Mauduit, que l'on
pendoit, & le bourreau lui disoit: monsieur, mon ami, je vous prie, ne
vous tourmentez pas tant: je vous pourrois faire tort, d'autant que je
n'ai jamais encore pendu personne. Hlas! dit-il, mon ami, je n'ai aussi
encore t pendu. Dieu nous en doint bon encontre  tous deux.

FRACASTOR. Elle lui seroit donc meilleure, qu'au bourreau de St. Denis
en France, auquel un marchand de Paris demandoit de l'argent. Je te
prie, dit-il, compere, attends un peu; je n'ai point d'argent: la pente
n'a pas t bonne, cette anne. Dieu y pourvoira.

NRON. Voil bien doctrin! Vous avez laiss le conte de Rabelais.

L'AUTRE. Il est vrai; & c'est ici la grande dignit de cet ouvrage,
plein de l'intelligence de la pierre philosophale, parce que tout s'y
transmue. Vous n'attendiez pas ceci, est-il pas vrai? Or bien sachez que
voici le moyen de transformer, non-seulement les visages, mais aussi les
essences. Et de fait, prenez-y garde de prs, (comme le chevalier
d'honneur de la reine, qui dort avec ses lunettes, pour sommeiller 
double fond) & vous trouverez que ceux qui bniront ceci deviendront
sages, s'ils ne le sont; parce qu'en vrit ces crits cesseront, & ne
seront plus grands; les vices cesseront, & toutes sortes de gens ne
feront plus de folie. L'ambition & l'impit des grands, l'ignorance des
prtres, les prsomptions des ministres, le dsordre des moines, l'envie
des chanoines, la fausse science des docteurs, les usures des huguenots,
les piperies des papistes & toute autre contradiction qui fait natre
ces beaux commentaires, qui sont compils de l'tourdissement des
hommes, & friponnerie des femmes, qui s'est tablie encore plus fort,
depuis qu'on a nomm un cheval _haquene_, un moine ou un chanoine
_dignit_, & qu'on a appell un chat _minon_: & de fait, huchez un
moine, & lui dites: moine; il se fchera.

HOTOMAN. Vous me faites souvenir de ce moine de Saint-Denis en France,
qui voulut faire l'entendu, voyant matre Thierri de Heri  genoux,
tourn vers la figure de Charles VIII. Le moine lui dit: monsieur mon
ami, vous faillez: ce n'est pas l'image d'un saint que celle devant qui
vous priez. Je le sais bien, dit-il; je ne suis pas si bte que vous; je
connois que c'est la reprsentation du roi Charles VIII, pour l'ame
duquel je prie, parce qu'il a apport la vrole en France; ce qui m'a
fait gagner six ou sept mille livres de rente. Ce moine l pensoit tre
bien savant.

PIC MIRANDULA. Si ne l'toit-il pas tant, que le cousin de Vaugirand,
qui est docteur en thologie, qui, venant un jour de prcher d'un
village o on l'avoit pri, s'en retournoit. Or allant & rvant sur sa
bte, il s'gara, & trouva un paysan auquel il demanda le chemin pour
aller  Seveniere. Le paysan le reconnut, & lui dit: h da, monsieur,
vous tes un homme de bien; je vous ai ou prcher en notre village;
j'ai plus retenu de votre sermon que de tous les autres; je voudrois
bien en avoir une demi-douzaine de semblables. Et bien, dit-il, mon ami,
vous en aurez quelque jour; mais enseignez-moi le chemin pour aller 
Seveniere. Ha! a, dit le paysan, le bon dieu m'en veuille bien garder
d'enseigner  un homme qui sait tout, ha! a, vous vous moquez bien de
moi. Les petits enfans le savent bien; & vous, qui savez tout, ne le
sauriez-vous pas? Il n'y a pas de dret: adieu, monsieur; & le laissa l.
Et le bon seigneur nous vint regarder chez nous, o nous lui fimes bonne
chere. Il fut bien camus de cette rponse du paysan; il en eut le nez
aussi long qu'il fut camus.

JEAN HUS. Mais d'o cuidez-vous que cela est venu, que l'on a fait
signifier mme chose  deux contraires?

HOTOMAN. Je ne saurois.

JEAN HUS. Je vous le dirai. Un jour de grande fte, il avoit auprs du
revtiaire de bon feu dans le chariot  grille; & un quartaire y faisoit
griller du boudin durant matines. Il fut press d'aller, pour donner
l'encens; il mit son boudin dans sa manche, & va faire son devoir. Quand
le chanoine lui eut baill l'encensoir, il va vers monsieur le chantre,
qui se disposa pour recevoir la sainte fume. Adonc le quartaire se met
 jetter l'encens; & sa manche, qui se dlia, laissa aller le boudin au
travers des joues de monsieur le chantre, qui fut aussi tonn
qu'merveill, & depuis le proverbe a eu lieu en France.

ARETIN. Voil bien dbut! Quand je lui vis le con, je dis bien que
c'toit une femelle.

GALIEN. La fites-vous remettre?

ARETIN. Comment?

GALIEN. Ainsi que la demoiselle de Blois, qui, ayant fait une fille,
aprs qu'elle fut accouche, elle demanda ce que c'toit. C'est une
belle fille, dit-on. Adonc l'accouche dit: je n'en veux point;
remettez-la.

POGGE. J'aimerois autant celle qui disoit que l'on avoit ent une queue
de chevreau  un agneau qu'on lui avoit vendu.

ASCLPIADES. Oui; & celle qui dit qu'on avoit mis un oeuf au cul de la
poule qu'elle avoit achete, pour faire mine qu'elle pondoit; & elle
n'avoit pas depuis pondu.

LE BON HOMME. Je ne sais pourquoi vous parlez de pondre. Il vient de
cette fente un vent qui est pondu de n'agueres, il est bien frais.

STOFLER. Attendez; je me mettrai au devant.

LE BON HOMME. Corbieu, tu me presserois trop; & puis,  de par le
diantre sans jurer, ne sais-tu pas bien qu'il y a trois choses qui ne
veulent souffrir tre presses?

STOFLER. Quelles?

LE BON HOMME. La tte d'un fou, les pieds d'un gouteux & le ventre d'un
moine. Et si j'tois fol, moine ou gouteux, ou tout ensemble?

STOFLER. Quoi! tu serois, mon bel, aussi difficile  tenir qu'un beau
petit ange d'Arragon.

LE BON HOMME. J'aimerois mieux tre d'Espagne.

STOFLER. Tu serois comme le Bandol le pun, qui est un sage, homme de
bien, Espagnol & catholique.

MADAME. Que dites vous l?

STOFLER. Je demandois s'il y avoit des bordeaux en votre pays, madame?

MADAME. Non da, il n'y en a point; mais il y a des maisons d'honneur, o
l'on se rjouit avec les dames; & quelques dames d'honneur, rputes
pour cela, en tirent rente pour nourrir des moines.

BUCHANAN. C'est donc en ce pays-l, o _moine_ signifie _larron_; comme
en l'isle des sots, _sot_ signifie _monsieur_. Et de fait, si je vous y
trouvois, je vous dirois: bon jour, sot. Ce seroit autant que vous dire:
_bona dies_, monsieur.

SAVONAROLA. Mais l'isle des sots est par-tout; & celle des fous est
au-del; tmoin la petite fille de matre Simon, qui me vit aller 
l'glise avec mon surplis: elle courut  sa mere: ma mere, mon mignon
est devenu fou; il a mis sa chemise sur sa robe.

BRENTIUS. Pourquoi est-ce que, quand on nomme un homme _sot_, il
s'estime cocu? Et si on appelle une femme _vesse_, elle pensera tre
putain?

POGGE. Ce n'est pas de mme, parce que, si vous appelliez un homme
_pet_, il ne s'en soucieroit pas; & toutefois c'est de mme. Il y a fort
peu  dire, pour autant que les pets font du bruit, & les vesses coulent
doucement; & c'est la raison pour laquelle les hommes font tant de bruit
en les priant, & elles coulent doucement comme vesses.

BRENTIUS. O! o, ce n'est pas cela; il y en a bien une autre raison.

POGGE. Quelle?

BRENTIUS. Les femmes ne prient point les hommes, parce qu'elles savent
bien que le four est toujours chaud; mais la pte n'est pas toujours
leve. Elles seroient confuses, si elles demandoient une chose mal 
point, dont elles ne seroient pas servies. Et puis elles sont honteuses
quand on les prie, parce que ce qu'on leur demande est si prs du cu. Il
est vrai que les brehaignes sont plus heureuses que les fcondes, parce
que le cas ne leur pue point; & est vrai que le cas de celles qui font
des enfans est toujours faguenant & mal odorant; ce n'est qu' cause du
cu.

MAROT. Vraiment voire; pensez-vous qu'elles seroient aises, si elles
n'avoient point de cu? Cela n'iroit pas bien. J'entends de trou fignon.

ARTMIDORE. Je crois qu'elles n'en ont pas, ou bien elles feignent de
n'en avoir point, d'autant qu'elles sont ou font les sobres, afin de
nous faire croire qu'elles ne fiantent pas.

ARNOBE. Tu as dit vrai; c'est ne plus ne moins qu'elles font les
chastes, afin de nous faire dsirer de leur bailler ce qu'elles enragent
d'avoir. Ainsi que Fleurie, la chambriere de notre bon ami le prieur de
S. Eloi, laquelle vouloit pouser un cordonnier, & le pressoit devant
l'official. Les parties tant devant ce juge, cette femme insistoit 
avoir pour mari ce cordonnier, qui protestoit n'en vouloir point. Et
pourquoi, dit l'official? Ha! dit-il, monsieur, je n'en veux point;
c'est une mchante, elle m'a donn la vrole. Hlas! dit-elle, monsieur,
c'est un mchant homme de dire cela; comment la lui aurois-je donne? Je
l'ai encore.

RABELAIS. Il toit instruit & dgot; ainsi que notre berger, qui,
tant avec la servante, elle lui offroit son cas, selon leur bonne
coutume; & il lui dit hardiment: ma Toinette, je t'en remercie autant
que si j'en avois bien pris ma rfection.

MATRE BASTIEN. C'est ce que j'aime que ceci; je le trouve: ce sont
contes de peau-d'ne; c'est la vrit.

MELVIN. Il a raison, d'autant que tous ces mmoires, dictions, discours,
sentences & paroles sont prises du dictionnaire  dormir en toutes
langues, de l'institution  lire sans points, sans lettres, sans
caracteres, sans accens, sans figures, sans notes: aussi-bien les notes
font faillir, ainsi que le disoit frere Ambroise, qui disoit qu'il et
bien chant; mais que la note l'empchoit. Aussi sans chiffrer telles
choses, a t fait ce livre par le fils du dernier homme; _item_ de
l'pitome des bibliotheques de Saint-Germain & autres, du grand
luminaire des sots, tous livres extraits de cettui-ci, auquel si chacun
avoit remis ce qu'il y a pris, il n'y auroit plus qu'un livre au monde.

SUIDAS. Tu es bien sot de nous conter ceci, afin que tout le monde le
sache, & on le vouloit cler.

MELVIN. Tu es un sot, toi-mme. Je te recommanderai au matre des sots.

SUIDAS. Et qui est-il?

MELVIN. O grosse bte, c'est le sotier de Genve.

SUIDAS. Quel sotier?

MELVIN. Tu fais semblant de ne le savoir point. Parce qu'ils crivent
_psautier_; je disons _sotier_, non sans cause, d'autant que tous les
sots qui sont repris de justice en ce pays-l, passent sous son
enseigne.

SUIDAS. Comment! Est-on sujet en ce pays-l d'avoir la vrole?

MELVIN. Garde-toi de blasphmer; il ne faut pas dire cela.

SUIDAS. Que veux-tu donc dire?

MELVIN. Dame, quand nous sommes  la cour, nous appellons tre repris de
justice, quand on sue la vrole & qu'on se fait pancer de quelque
inconvnient, des dpendances de l'inventaire des histoires.

SUIDAS. Voici encore d'autres paroles que je n'entends pas.

MELVIN. H! bte que tu es, ne sais-tu pas que les gnitoires ont t
dites _histoires_? Que la couille est la mere des histoires, & la
braguette en est l'inventaire, ainsi qu'une chaire perce est
l'inventaire d'trons?




BAIL.


XXII. BIEN-VENU. Vos histoires m'ont fait souvenir de trois dames qui
devisoient de leurs maris, & de tout ce qui toit en eux. L'une
d'entr'elles dit: je ne sais que vous trouvez tant  redire en vos
maris; quant  moi, je me contente fort du mien: il est vrai qu'il y a
je ne sais quoi de petit, c'est qu'il a la couille noire. Le mari les
oyoit confrer, & tout beau s'en alla en la maison. Quand elle s'en vint
au logis, elle trouva qu'il se promenoit comme en colere. Et
qu'avez-vous, mon ami, dit-elle? Et lui, mot; elle le prie de lui dire;
& lui, comme courrouc: que j'ai? Je ne sais; il faut que je sois
toujours en peine pour vous. On me vient d'ajourner, pour comparotre
devant le lieutenant-criminel, pour la rparation d'une blessure que
vous avez faite  un enfant; & dit-on que vous tiez l-bas en la cour,
o vous aviez fait vos affaires, & que vous ayant torch le cul d'une
pierre, vous l'avez jette par sus les murailles, & qu'elle a bless cet
enfant. A, ha! mon ami, dit-elle, ne croyez pas cela; ce sont des
mchantes gens qui le disent. Il y a plus de quatre ans, que je ne me
suis torch le cul, en faon du monde. Adonc, dit-il, je ne m'bahis
pas, si j'ai la couille si noire.

CARDAN. Il vaut bien mieux se torcher le cul avec du papier, &
principalement en ce temps qu'il est  si bon march: en quoi nous avons
barre sur les anciens, qui avoient bien de la peine  se le torcher. Je
m'en rapporte au seigneur de Caramousse, grand faiseur de confitures,
avec lequel je demeurois  Gnes, lorsque les belles confitures y furent
inventes, & que nous trouvmes le moyen qui s'y pratique maintenant, &
qui est le secret de ces messieurs qui font les confitures; mais ne
l'allons pas dcouvrir. Je vous dirai ce que faisoit ce grand
personnage, ainsi qu'encore font les plus aviss: il amassoit le plus
qu'il pouvoit de torche-culs; & quand il en avoit recouvr grande
quantit de bien secs & dors, il les faisoit bouillir, & tiroit la
crme qui nageoit dessus, laquelle il rservoit pour donner couleur aux
confitures; & notez que cela est bon  toutes sortes de confitures & de
couleurs, parce qu'tant faite de tout, elle servoit & sert  tout.

GALANDIUS. Quelle dlicatesse!

COMES NATALIS. Que pensez-vous qu'il y ait au monde de plus dlicat?

GALANDIUS. Je ne sais.

COMES NATALIS. C'est l'ame d'un solliciteur, d'autant qu'elle est
souvent vanne de & del, avec force affronts.

GALANDIUS. J'ai appris, de notre ami Louvet, que c'est l'paule d'un
procureur, parce que, sitt qu'on lui touche, il se revire incontinent
pour haper de l'argent; il est toujours aux coutes. Vraiment ils sont
fort hardis; aussi _audaces fortuna juvat_.

COMES NATALIS. Vous ne le prenez pas bien; il faut _edaces_, d'autant
qu'ils mangent bien.

M. ANT. NATTA. Ce seroit donc le mouvement perptuel?

S. COME. A dire vrai de ce merdeux, mon ami, si c'toit de vous comme de
moi, j'estimerois que ce ft comme le jeu de pet-en-gueule qui est
notable, d'autant qu'il est le symbole de ce qu'il y a de plus exquis.
Voyez-vous que c'est le sublime abaiss, & la vraie circulation
chymique, lors que le cul sent la violette?

NIC. NAN. Vous n'y tes pas: c'est le symbole de ceux qui, sous ombre de
religion, font la guerre pour maintenir leur ambition.

RAMUS. Que ne dites-vous cela en latin: Raphelingius se moquera encore
de vous, tant vous tes sot.

NIC. NAN. C'est assez, mon bon matre: j'ai, comme disoit Ambroise Par,
assez de latin tout fait; mais je n'en saurois faire qu' fine force. Au
diable le latin! il m'a tout emmusiqu la fressure de l'entendoire; &
par fois je suis vraiment un grand sot.

SON FILS. Vous avez menti, mon pere; ma mere toit femme de bien.

THMISTIUS. Et autant opinitre que la femme du pauvre schines, qui,
par dpit de son mari, ne vouloit manger les pois qu'un  un: son mari
vouloit qu'elle les manget en quantit, elle ne vouloit pas; parquoi
son mari la battit, dont depuis elle fit la malade, & en fit la morte.
A! dame, on la porte en terre; & comme on lui jetta la terre sur les
genoux, elle eut frayeur, & comme demandant pardon, se mit  crier: je
les mangerai trois  trois. Les prtres qui l'ourent, & les autres
pensant qu'elle les voult manger ainsi, s'enfuirent.

CAB. BURATEL. Et que devint-elle?

THMISTIUS. Elle retourna au logis, ainsi qu'une femme de bien doit
faire, pour tre encore aime de son mari. Et qu'il ne soit vrai, une
femme ira plus pour un coup de vit, qu'un ne pour dix coups de bton.

FOXIUS. Elle et t bien sage, si elle n'et point t malicieuse. Et
de l, filles, prenez instruction, qu'il faut se laisser tout faire sans
mordre ni gratigner, de peur que l'on ne dise, sentant le mal, au
diable la putain! Et cela seroit possible cause que vous la deviendriez,
comme plusieurs autres, tant pour leur plaisir, que parce qu'il est
ainsi prdestin, si le clibat n'y entrevient. Or devinez pourquoi a
t invent _clibat_.

ARIAS. C'est afin que nous ne nous amusions point  une femme, pource
qu'elles sont toutes  nous, au moins s'il est vrai ce qu'on dit.

ARNOBE. Je pense que c'est plutt pour viter les cornes,  quoi sont
sujets les maris qui craignent d'tre cocus, d'autant que tous ceux qui
sont maris le sont; & pourtant prenez garde. Vous trouverez chez les
hommes d'entendement, & qui ont de belles femmes, & qui font l'amour,
c'est--dire, qui ont affection de bien faire pour en recevoir, qu'ils
auront toujours chez eux un chausse-pied de cuir; & ce de peur que les
cornes ne les blessent. Un chausse-pied de corne est dur; & partant je
suis en grand peine d'o vient l'opinion des cornes.




TRANSCRIT.


XXIII. Une femme voyant un jour un beau gentilhomme, le regarda fort, &
d'un oeil de concupiscence; puis dit  sa voisine: voil un bel enfant;
je le porterois volontiers, pour le faire jouer.

JAMBLICUS. Elle me disoit un jour: couchez avec moi; &, demain au matin,
je vous baillerai une paire de souliers. Elle n'y faillit pas; mais ce
fut les miens qu'elle me bailla. Un autre disoit: je l'eusse donne au
diable. Non euss-je pas moi, d'autant que j'en avois encore affaire; &
puis je serai possible son hritier.

L'AUTRE. Quel hritier! Elle mourra pauvre.

JAMBLICUS. Voire da, comment? je vous prie: elle est putain, & son mari
larron; est-ce pas pour faire une bonne maison?

ARIAS. Je ne doute point qu'elle ne soit putain; & sur-tout l'ayant vu
parler au vicaire de saint Paul, qui avoit promis  son cur qu'il
seroit sage, & ne courroit plus aprs les garces; & qu'au moins il s'en
abstiendroit les fries de pques. Jan, il n'eut pas la patience; ds le
premier jour il parla  cette-ci; & le cur qui l'apperut, l'entendit
revenir, & lui dit, je vous ai vu parler  une garce. N'avez-vous point
de honte de ne vous en pouvoir abstenir, encore  ces bons jours? Ho!
monsieur, dit-il, excusez-moi; ce n'est pas pour aujourd'hui, c'est pour
demain.

SYNESIUS. Ce compagnon confessoit une fois un matre des requtes, & lui
parloit de pch de luxure, l'en interrogeant selon les loix de
_Benedicti_; & comme il lui en parloit exactement, monsieur le matre
des requtes lui dit: mon confesseur, mon ami, je vous prie, ne me
parlez plus de cela; vous me faites arser.

LE MOUTARDIER. Vous tes calomniateur; elle toit sage, & avoit beaucoup
de preud'hommie fminine.

CICERON. Tu y es; tu y parles comme Thevet: voire de la _preud'hommie_.

LE MOUTARDIER. Et pourquoi non, puisque preud'hommes avoient affaire 
elle? Et toutefois c'toit avec chastet, tant qu'elle se pouvoit
tendre, _modo stricto_. Pour le premier, elle ne voulut jamais que
monsieur d'Est la baist en la bouche; & il lui demandoit pourquoi?
C'est dit-elle, que ma bouche est pour mon mari, parce qu'elle lui a
promis: quant  mon con, il ne lui a rien promis, faites-en tout ce que
vous pourrez; il est  votre commandement, cul & tout. Son mari s'en
doutoit. Un jour qu'elle toit sur la porte assise, elle avoit son
cotillon un peu lev, il lui dit: fermez l'ouvrouer, (c'est la boutique)
ma femme, il est fte. Aussi le cas d'une femme est un ouvrouer, des
filles sont toffes.

NRON. A quoi faire?

L'AUTRE. A faire des femmes de bien, ou des garces: & qu'ainsi ne soit,
on peut dire une parole injurieuse  une femme ou fille de bien, sans
l'offenser, en l'appellant par verbologie de choix, _belle toffe 
faire une garce_; parce que c'est--dire qu'elle est fille de bien, &
qu'il ne tient qu' elle qu'elle ne soit autre. Ne lui est-ce pas faire
de l'honneur?

L'APPRENTIF. C'est un bel honneur! Tu y entends comme ceux qui heurtent
aux portes des putains.

L'AUTRE. Et quoi, y a-t-il de l'intelligence en telle affaire?

L'APPRENTIF. Oui da; notez, enfans, que si une garce a une porte sur la
rue, il ne faut point y heurter, si on la trouve ferme; parce que, si
la dame n'est point  la porte, ou  la fentre, il est vident, la
porte tant ferme, qu'elle est empche.

L'AUTRE. Cela est il vrai?

L'APPRENTIF. Aussi vrai qu'il est vrai qu'elles ont beaucoup de dpit,
(ainsi qu'ont les tratres) quand en leur prsence on jure, & dit-on,
par-ci, par-l: je n'aime point les putains; je n'aime point les
tratres. Si  telle heure elles devenoient pucelles, jamais ne
deviendroient putains, & seroient aussi farouches au montoir, que garces
qui ont t au sermon.




COPIE.


XXIV. Et gai, ne faites donc jamais de crmonie  l'entre d'une halle,
d'une taverne & d'un bordeau. Quand je vois faire ces similitudes, il me
semble que je vois mademoiselle de Peu, qui disoit  madame Courtois:
mon dieu! madame, que vous avez de belles filles aux ftes. (Elle toit
aussi propre que le pendu de Douai).

CSAR. Comment?

L'AUTRE. Quand l'empereur Charles y fit son entre, les gens de cette
ville-l lui voulurent faire tout l'honneur qu'ils prent. Et faisant de
belles faons d'arcades, chapeaux de triomphes, poteaux & telles
magnificences, ils s'aviserent d'un pendu qui toit  la porte de la
ville, & principale entre; ils terent  ce pendu sa chemise sale, &
lui en mirent une blanche, pour faire honneur  monsieur l'empereur).
Cette femme disoit cela de ses filles, parce qu'elles toient mignonnes
& proprettes. Et aprs, ces mignons, ils sont l  faire des faons s
entres ou sorties, & font plus de fricasses de ftes, qu'il n'y
faudroit d'toffes  faire une pannere de mysteres. Il me semble, 
voir ces fadaises, que les personnes, qui demeurent ainsi arrtes, sont
comme couillons, qu'on ne laisse jamais entrer. Mais  propos, pourquoi
est-ce qu'ils n'entrent jamais?

BAIF. Il l'a tantt t dit; souvenez-vous-en.

L'AUTRE. Je m'en souviens comme Honor Bonjouan, brodeur de la reine
notre matresse, qui, ayant eu affaire de lui, & ne l'ayant pu avoir,
puis le voyant, lui demanda o il avoit t. Alors il lui dit: madame,
je me soumets en toute humilit de majest, madame; je me souviens que
j'ai t voir mettre un homme en difficult, & en distribuer un autre en
quatre pieces, choses que je n'avois onques point vues.

NRON. Qu'est-ce que difficult?

BEZE. Il cuidoit dire en _effigie_; je me le remembre. Il disoit d'un
bel homme, qu'il avoit de beaux mufles, c'est--dire _muscles_.

DENIS. Il toit aussi fin que le marquis de Bellegueule, qui disoit que
c'toit une bonne manne en une maison que du charbon.

G. G. C'est aussi-bien rencontr que ceux qui disent: depuis que moines
allerent  cheval. Je ne vis jamais de moines aller  cheval, non plus
que d'autres; bien ai-je vu des chevaux aller  moines. Les chevaux vont
 moines dessus, comme tout autre; & ce qui est notable.

PASSERAT. Si nous nous avisons de telles rencontres de ceux qui ne
savent ce qu'ils disent, & pensent bien dire, je vous renvoierai en
Savoie avec les huguenots, qui, fuyant de la S. Barthelemi, & approchant
de Geneve, se plaignoient du roi des Franois. Les Savoyards, qui
croyoient ce que ces pauvres despoderats leur contoient, les consoloient
ainsi: _Ha pauvre gen, vostron r n'est pas si bon que nostron princio.
Si vostron r se fu bin gouverna, il eusse esta maistre douta de nostron
duc._ Ces pitauds nous rptoient cela, mme quand nous tions en
l'expdition de Savoie, & que, sans le mariage du roi, nous eussions
conquis le Pimont. Vogue la galere, ce sera pour une autre fois. Le duc
nous apportera de l'argent; puis nous irons prendre sa terre.

BENOT. En bonne intention, mon ami, vous tes de la mme opinion que le
sire Isaac Baudouin, de qui j'avois fait enterrer la femme fort
honntement dans l'glise. Il avint que lui demandant de l'argent, parce
que dj je l'en avois averti, il me fit quelque excuse; puis, comme par
colere, en prsence de nos amis qui devisoient avec moi, il va dire:
voici chose terrible! Cet homme veut avoir le corps & les biens.

CASSIAN. On l'avoit apporte cette-l; mais la servante de
Trainecouille.

CSAR. Qui nommez-vous ainsi?

CASSIAN. Ce grand vidase d'auprs les carmes, qui servoit d'espion aux
ligueurs durant la ligue, de mouchard aux politiques durant leur regne,
de fureteur aux huguenots quand ils pulluloient & multiplioient. Un
jour, sa servante, qui se nommoit Colette, monta sur un abricotier, qui
avoit des branches qui passoient par-dessus des murailles dans le jardin
des carmes, ou des jacobins, c'est tout un. Cette fille s'avana sur ces
branches, pour cueillir le fruit; & il avint que la branche, sur
laquelle elle toit, rompit. La fille tomba dans le jardin, o quelques
jeunes freres se promenoient, qui, voyant cette proie comme venue du
ciel, se mirent aprs, & la _besognerent_ en bon franois, allant  la
rangette, comme les soldats qui assigerent le chteau d'Angers. Le
prieur, qui ouit quelque bruit, survint  ce lieu; & effaroucha les
aigles qui venoient au corps, & prit la fille par la main & la rendit 
sa matresse, qu'il trouva  la porte la demandant. Quand Colette fut
avec sa matresse, elle fut tance, & elle lui dit: vous tes une pauvre
fille, que vous n'avez cri. Et quoi, ma mie, je pense que vous les
enduriez faire! Comment, madame, dit-elle, par ma finte, si le prieur ne
ft venu, j'en eusse bien eu davantage.

BAIF. Vraiment,  ce que je vois, elle n'toit pas comme la fille de
notre juge, laquelle est si pucelle, que son pucelage lui monte si fort
en la tte, qu'elle en est folle.

PIMANDRE. Je m'bahis comment cette fille pt sortir du clotre, vu que
l'on dit, quand une chose tient bien, _cela tient comme une vesse en
clotre_.

CHARLES. Mais je m'bahis qu'il n'y et quelque homme de bien l, qui
empcht cette insolence.

CASSIAN. O voire, cela toit une chappe-cheute, une fortune rencontre:
il ne faut jamais laisser passer ce qui s'offre; & qui plus est, je
dirois presque comme le marchal de Valiere. Comme les lus tant l, &
parlant de vos deniers qu'il falloit lever, & les asseoir avec modestie;
quelques-uns se plaignoient disant ce qu'ils en pensoient. Sur cela un
lu va dire: il faudroit lire & choisir ici quelques gens de bien du
lieu, pour y avoir gard. Ce marchal qui ferroit un cheval, oyant cela,
laissa son affaire, & vint dire  l'lu: vraiment, monsieur, il n'y a
point ici de gens de bien.




CONFESSION.


XXV. LE BON HOMME. Nous ne boivons point; hol! Vous causez assez. Mais,
en un mot, il faut  un bon cheval lui frotter la queue du reste de son
avoine, afin qu'il aille bien; &  un buveur, faut jetter le reste de
son vin sur les mains, pour le prserver de la goute. Et puisqu'il n'y a
point ici de gens de bien, faisons-nous bons, amliorons-nous; demandons
une recepte, pour tre aussi long-temps en l'tat que nous avons t,
comme fit le chapelain de sainte Catherine, confesseur de madame la
comtesse de S.... Ce prtre se trouva, un jour, prs de sa matresse,
que sept ou huit mdecins y avoient t convoqus, pour consulter sur la
maladie de madame, qui,  dire vrai, toit assez vieille pour mourir. Ce
pere spirituel voyant messieurs les mdecins sortir, les arrta, & leur
dit: messieurs mes honors mages, il n'est pas en mon pouvoir, moi
pauvre homme, de vous assembler comme je vous trouve ici; & j'ai une
grande maladie  vous communiquer. Qu'en eussiez vous chacun un petit!
Aidez, messieurs, il y a quarante ans que j'ai une grande & fcheuse
migraine, en la tte, comme savez, joint que ce n'est pas de vous, comme
de moi. Messieurs, je vous prie de m'y faire quelque chose: mais,
messieurs, je vous dirai, s'il vous plat, comme dit l'autre, & ne vous
dplaise; je ne puis recevoir de clystere, prendre mdecine, endurer la
saigne, souffrir les ventouses, supporter les onguens, sentir les
frictions, porter les bains, ni donner lieu en moi, dedans ou dehors, 
ce qui provient de chez le chirurgien ou l'apothicaire. Ces messieurs
lui dirent: & que voulez-vous donc, mon pere, mon ami, que nous vous
fassions? A, ha! messieurs, je vous prie & supplie de me la faire autant
durer, qu'il y a que je l'ai. Vous le deviez donc dire, lui braillerent
en _chorus_ tous les mdecins, & s'en allerent, le laissant-l.

LE PROCUREUR. Comme fit la jeune marie  son mari: que ne le
disiez-vous?

NRON. Quoi!

LE PROCUREUR. Le matin, il vint plusieurs femmes, filles & garces, voir
le nouveau mari, c'est--dire le jeune homme; & chacune le baisant, lui
donna une fouace. Sa femme, ayant vu ce mystere, lui demanda
affectueusement ce que c'toit; & il lui dit que c'toit un adieu que
lui disoient toutes les femmes, filles & garces qu'il avoit accolles.
H da, dit-elle, vous avez grand tort, que ne me l'avez-vous dit? J'en
eusse averti tous ceux qui me l'ont fait; ils m'eurent apport du vin;
nous eussions eu  boire &  manger, pour d'ici  pques.

L'AVOCAT. Voil une excuse pareille  celle que font ces bonnes pieces
qui prtent leurs cons.

    Quand une femme est du mtier,
    Et sa voisine l'accompagne;
    Elle a sa part au benotier,
    Par la coutume de Champagne.




ORIGINAL.


XXVI. Et puis vous les verriez mdire. Ma cousine Gervaise n'y faillit
pas hier au soir. Elle dtestoit les femmes des Prtres, & disoit
qu'elles toient chevaux du diable, parce que les prtres excommunient
leurs femmes au _memento_, d'autant qu'il n'y a rien si ais  faire
cocu qu'un prtre ou un ministre, quand ils sont affusts  dire messe,
ou  prcher. Et en ma conscience, nous la trouvmes, au matin, couche
avec messire Cathelin, qui est un gros vilain camus. Et puis fiez-vous
en ces belles diseuses!

BARONIUS. Ordinairement ceux qui mdisent des prtres ou des ministres,
en ont t; & ce qu'ils en disent mal, est pour faire croire qu'ils en
sont loigns, comme putains qui s'exercent, veulent faire croire
qu'elles sont loin du bordeau.




SENTENCE.


XXVII. L'AUTRE. Mais  propos de putains, il faut que je vous fasse un
conte de ma femme qui toit une putain. Elle n'toit pas de ces normes
putains qui en font mtier; mais de ces femmes de bien, qui ont un ami
d'honneur. Et bien, j'tois toujours le matre; on me craignoit. Quand
je venois de la ville, ma femme venoit  moi, me ttoit la tte: vous
tes chauff, mon fils; sus, servante, chauffez une chemise pour mon
mignon; mon ami, il faut prendre un peu de vin; voici monsieur tel, qui
vous toit venu voir; il prendra la patience avec vous. Et bien, j'tois
mignard; & qui plus est, mes servantes & mes valets le faisoient un
petit: cela toit cause que je les trouvois toujours  la maison  faire
leur besogne: si cela n'et point t, ils fussent alls au loin
chercher provision, aux dpens de tout ce qu'ils m'eussent pu drober.
Tels sont les justes & bons fruits de l'honnte & chaste paillardise,
dont les effets ne succedent qu'aux ames pacifiques, & qui ont du
courage. Regardez un peu ce petit bouchon d'cuelles d'amourettes, cette
belle Agns, ce qu'elle en pense?

DU HAILLAN. Elle fait la dgote, comme la femme du comte Dommartin,
laquelle toit descendue  la cave pour boire; & de fait, avala trois
bonnes verres de vin, puis remonta. Or y avoit-il l un valet, qui
toit all qurir la petite bouteille des fripons, lequel se cacha,
quand il vit madame, & la considra, & se tint cach: puis elle sortit.
Il revint de fortune  dner; monsieur avoit d'un vin frais perc, fort
bon, & s'avisa de prier sa femme d'en boire, laquelle faisoit toujours
semblant de n'en vouloir point; toutefois par importunit de son mari,
qui lui en fit bailler dans un beau verre, elle en beut quelques
gorges; puis, ayant rendu le verre, dit, en se mettant les mains sur le
bas de l'estomac: mes ameres, comme il me cherche. Voire, ce dit le
valet qui toit derriere madame, il cherche ses compagnons qui sont
alls devant.

ZVINGLE. Ha, ha, h, , , Luther, laissons nos querelles; aussi-bien
jamais Salomon ne fit bonne chere.

LUTHER. Voici une bonne bte! Il ne mangeoit point de lard que par
dispense, ou bien il faisoit, comme quand j'tois moine, que je faisois
le petit exercice & gai. Pourquoi y a-t-il tant de putains & d'ivrognes?

EPICURE. C'est parce qu'il faut que toutes choses soient accomplies. Il
convient qu'il n'y ait rien de manque au monde; d'autant que l'univers
seroit gauchi, s'il y manquoit de ce qui est  tre effectu. Ainsi faut
que les choses destines soient accomplies. Il y a plusieurs pauvres &
quelques jeneurs d'amour ou de force, qui ne boivent point; & d'autres
boivent pour eux, & pissent aussi pour eux. Il y a infinies nonnains,
plusieurs moines, quelques filles de bien qui n'osent, ou ne peuvent, ou
ne trouvent  le faire; & il y en a qui supplent  tels dfauts; &
notez en charit que, si les loix toient fideles, & qu'il n'y et point
tant de contraintes & d'hypocrisies, tels excs n'aviendroient pas. Et
je vous prie, de prendre garde  ceci, que si vous retournez en vos
charges, tout soit remis  belle galit & proportion, que dieu a
ordonne,  ce que par vos insolences il n'y ait plus tant de causes de
pchs & de punitions.

OECOLAMPADE. Tu nous la bailles belle; tu nous contes de la pit, & tu
n'en fais point de preuve. Tu es comme ceux, dont parloit la servante de
cette vieille huguenote, qui mourut l'anne passe. Un jour, elle incita
sa servante, qui toit papiste, d'aller au prche; ce que la fille
voulut pour lui plaire, & y alla avec bonne & belle dvotion, & ouit le
prche avec une moult bonne attention. Etant revenue, sa matresse lui
en parla: & bien, dit-elle, ma mie, n'est-ce pas une belle chose que le
prche? N'y parle-t-on pas bien de dieu? La fille, ayant longtemps
cout sa matresse, lui rpond ainsi: ils en parlent prou, mais ils ne
le montrent point.

EPICURE. Sec, j'y venons; tu nous apportes ici de terribles caupeaux de
vieilles vrits. Je t'y attendois; n'es-tu pas gentil & de belle
industrie? N'est-ce pas toi qui es un de ceux qui nquirent dessous
s'entrelevant par les paules, & qui avois vcu soixante & sept ans?
Toi, tu te mis  tudier; mais ton frere toit tonnelier.

COSTER. C'est l o il falloit prendre de quoi faire d'un diable deux,
en les sparant, & coupant ce qui les joignoit par les paules; & non de
faire, d'une prbende licentiale, deux demies prbendes, pour d'un ne &
cheval de bagage licenti faire deux chantres, que ce veau de licenti
nomme diables, parce qu'il lui est avis que les anges du ciel qui ne
quadrent  la mauvaise opinion de sa fressure, sont diables. Ainsi
chaque levre a son got.




DMONSTRATION.


XXVIII. EUCLIDES. Or bien il faut passer devant un chieur, & derriere un
rueur. Vous ruez bien; vous tes de mme que la femme du sieur Chaillou,
qui avoit force noix, l'anne que ses noyers d'entre Tours & Loches
furent abattus. Les noix toient chres; il y en avoit  la maison
encore deux setiers  vendre; il vint un bon compagnon qui parla 
madame, (laquelle toit de ces bonnes mnageres, qui, pour pargner les
poches, mettent & serrent le bran en leurs chemises) & marchande ses
noix, fit march avec elle, & lui bailla un quart d'cu d'arrhes,  la
charge qu'il emporteroit sur sa bte un setier de noix. Et bien, madame,
lui disoit-il, ne vous fiez-vous pas bien en moi d'un setier de noix,
puisque je me fie en vous de l'autre? Oui d, mon ami, dit-elle; mais
comment avez-vous nom? Je me nomme Jean Tenon. Or bien, allez donc; &
quand il vous plaira vous aurez le reste. Adieu, madame. Adieu, mon ami.
Quand Chaillou fut venu, elle lui fit le conte de son bon mnage, &
aussi disoit-elle qu'elle s'tonnoit que ce marchand tardoit si
long-tems. A la fin, le mari lui demanda comment il avoit nom. Non, mon
ami, dit-elle, c'est un honnte homme  le voir, je ne me puis pas bien
souvenir de son nom. Chaillou, tout fch & dpit de la sotise de sa
femme, va dire: ha! je vois bien ce que c'est. J'en tenons, _id est_
nous en tenons; c'est--dire, nous sommes pris. Elle, qui ouit ce mot,
Jean Tenon, oui, oui, oui, mon ami, dit-elle, il est vrai; c'est lui; il
m'a dit qu'il avoit ainsi nom.

MERLIN. Elle fut un peu plus fine que la femme de Garence, qui, un jour,
avoit affaire de cendres, & voyant force pastel qu'elle croyoit qu'on
avoit jett avec du bresil, mit tout au feu, & en fit des cendres. Il y
avoit pour plus de cinq cents livres de marchandises, dont elle fit pour
dix-neuf sols six deniers deux oboles de cendres. Voil pas une bonne
alquemiste?

MELVIN. Ce fut elle, que son mari mena  Maill voir un de ses cousins;
ce mari parlant  son cousin, ce cousin lui demanda des nouvelles de sa
femme, disant: & comment se porte ma cousine? Voire, dit-il, & la voici.
O! dit l'autre, excusez-moi; vous avez donc amen une bte. , ,
ouvrez l'table; ho! garon; & puis, allons boire. Il vouloit dire qu'il
avoit amen une bte chevaline, pour porter la bte humaine.

ALF. DE CASTRO. Quand j'tois marchand, je menois une bte; mais c'toit
un ours. A cela, vous pouvez juger que je ne suis ni Normand, ni
Manceau, ni Rousseau, parce que l'on ne voit gueres de telles gens du
pays de sapience mener l'ours.

ILLIRIC. Voire; mais tu ne menois pas l'ours, quand nous emes si grand
peur en la Franche-Comt, o l'on nous fit manger de la chair de l'ours
sale.

ALF. DE CASTRO. Il faut que je confesse que je ne fus jamais si
pouvant; je cuidois que les diables dussent dbattre sur quelque
sorbonique, ou que le parlement prdestin des ministres & jsuites ft
arriv. Il avoit neig; & c'toit environ la saint Jean.

NRON. Tu dbutes bien; la saint Jean!

ALF. DE CASTRO. Oui da; il y a la saint Jean qu'on fauche, la saint Jean
qu'on tond, la saint Jean qu'on bat, & la saint Jean qu'on chauffe;
c'est cette l, je l'ai trouve; & toit fort prs de la nuit. Vous
savez qu'en ce pays-l les maisons sont prs la montagne, & n'ont qu'une
chemine au milieu, sur le haut de laquelle il y a deux fentres ou
portes, pour donner le vent par rencontre, afin que la fume n'importune
point. Or le vent tant tourn, le valet voulut aussi tourner les
portes, en ouvrir une, & fermer l'autre, de laquelle un des gonds tant
rompu ou arrach, il n'en put venir  bout, si qu'il lui fut force de
monter en haut, & ce par la chemine. Etant en haut, il avisa le dfaut;
mais il n'avoit point de marteau pour s'aider  descendre; il se
fchoit, de sorte qu'il alla par sur le toit, droit sur la montagne,
qurir une pierre; & ainsi il fit un petit sentier, il racotra sa
porte, puis descendit. Il y avoit un pauvre chaudronnier qui cherchoit
logis; mais parce qu'il brunoit, il ne pouvoit voir de chemin; joint
qu'il avoit neig, depuis que le monde se fut retir. Ce chaudronnier
bien empch, ne savoit que faire; il levoit nez  mont, dcouvrant a &
l; enfin, il avisa le sentier qu'avoit fait ce valet, & lui l: il le
suivit; & voyant la clart de la chandelle, il ouvre la porte, & cuidant
entrer il se pousse dans la chemine. Etant branl, il n'y eut point
moyen de se retenir, si qu'il tomba au milieu de la chambre, disant:
dieu soit cans. Nous vmes ce personnage noir & ses chaudrons, qui
firent  nos oreilles une fois plus de bruit qu'ils n'eussent pu faire.
Nous fuimes tous, cuidant que ce fut le marchal des logis de Lucifer,
qui vnt mettre dans ses chaudieres les petits enfans, pour les faire
cuire, & nous envahir comme repues franches.




HISTOIRE.


XXIX. GAGUIN. Comment avoit nom ce chaudronnier?

ALF. DE CASTRO. Il avoit nom Socrates.

POGGE. Tout beau, ne parlez pas si haut; d'autant que, si ce sage
l'entend, il deviendra fou.

ALF. DE CASTRO. O, ho! & les noms sont-ils pas communs? Et qui sait, 
cette heure, lequel des deux est Socrates, puisque les noms sont pour
les mortels, qui sont si sots qu'ils donnent des noms aux anges & aux
diables? Je ne dis pas que cela ne ft bon  ceux qui seroient baptiss
ou circoncis.

ILLIRIC. Puisque tu fais tant le rsolu, qu'avois-tu affaire de nous
nommer ici? Et plusieurs s'en fcheront, ne s'y trouvant pas.

L'AUTRE. Si quelqu'un se fche que je ne l'ai mis ici, ou quelqu'un de
ses pareils prtrits ou futurs, qu'il y mette ceux qu'il voudra, &
lui-mme pour s'appaiser, ainsi que fait ma mere-grande: si on lui
apporte sa soupe trop chaude elle la rafrachira; si elle est trop
sale, elle y mettra de l'eau; si elle est trop fade, elle la salera;
s'il y en a trop, elle en laissera, s'il y en a assez, elle mangera
tout, &c. C'est une bonne personne, pour une femme; elle trouve tout
bon, afin de ne se marier point. Faites ainsi, mes bons amis du coeur; &
notez que s'il y a quelque fantasque qui s'attriste de n'tre ici ou les
siens, & ne veut se soumettre  la juste raison que j'ai dite, il sache
que je ne connois point les fils de putain. Je vous dirai pourtant, vous
demandant excuse, qu'il y aura ici assez de place pour tous les fous,
pourvu que l'on les y mette l'un aprs l'autre. En Allemagne, les
Allemands y mettront leurs fous; en France, les Franois; en Angleterre,
les Anglois; en Espagne, les Espagnols; en Suisse, les Italiens; en
Turquie, le reste: & puis, que l'on fasse si grand-chere qu'on voudra;
soit en droit, soit en musique, soit en canon soit en thologie, soit en
gendarmerie ou marchandise, ou mdecine, ou toute telle autre sorte que
vous imaginerez, sans y mler les grenetiers, parce qu'ils sont le sel
du monde; ils salent les autres fous, de par le roi: bran pour eux.

DE CASIBUS. Qui est-ce qui parle de bran?

MADAME. C'est moi.

DE CASIBUS. Qui vous puisse brider les joues. Et bien, madame, l-dessus
je vous demande combien un tron a de qualits? Dites-le; il faut tout
apprendre, aussi-bien il s'en faut dpcher comme ma cousine, du sac du
bon homme. Prenez donc un tron, & y mettez le nez, il pra; mettez-y
les dents, il sera trouv de mauvais got; si vous n'tes dgote, &
que vous ne trouviez pas la merde bonne, frottez-vous-en le nez, il vous
barbouillera.

LUTHER. A, ha! h, tu es bien aise d'avoir bricoll une petite vilaine.

DE CASIBUS. Qui est le plus vilain, celui qui emporte, ou celui qui en
parle? Et devinez ce que c'est; si ce n'est pas cela, dont vous n'en
sauriez porter une livre, quand il est encore  vous; n'tant point
vtre, vous en porteriez un quintal?

MADAME. L, l, changeons de note.

LUTHER. Celui n'a gueres de notes qui n'en sait point, comme ce drle
qui vint chez monsieur le baron au Chastais, hier, & trouvant monsieur 
la porte, il lui demanda la passade. Qui tes vous? dit monsieur. Je
suis un pauvre musicien. Entrez, mon ami. Entr qu'il fut, monsieur le
fit dner avec lui. Or toit ledit baron fort curieux, & avoit fait
apprendre la musique  ses enfans, garons & filles. Aprs dner, il fit
apporter des livres, pour faire la musique, & bailla des livres 
chacun, & un  cettui-ci; & lui-mme, docte en cette discipline, bailla
les tons; les enfans chantoient; & monsieur, qui n'osoit rien dire  ce
passant, estimoit qu'il coutoit. A la fin, le voyant se taire, il lui
dit: vous ne chantez point? Non, monsieur. H pourquoi? Monsieur, je n'y
entends rien; ne vous ai-je pas dit que je suis un pauvre musicien, que
je n'y entends rien?

RABELAIS. Tu ne fais ce conte qu' demi.

LUTHER. Sanguille, tu es un bel vque! De quoi, tous les mille diables,
te mles-tu?

PIRRHUS. Que pensez-vous avoir dit? Oui da, Rabelais mon bon compere a
t vque. Et pourquoi non ne l'et-il t, aussi bien qu'un tas
d'autres qui le sont bien encore, & le seront? Et de fait, je vous
dmontrerai qu'il a t vque: je ne veux point disputer; je suis
mathmaticien, j'entre en dmonstration. Ne savez-vous pas qu'il
n'appartient qu'aux vques ou archevques de confirmer par la noble
puissance qu'ils ont? Et ainsi avec cela de changer le nom, en muant un
peu de la substance? S'il est vrai ce que je dis, & que ce bon pere
_pseudo-evangelico-papistico-anabaptistico-gisitanerbiterono-puritain_
a pratiqu en confirmant madame la mere de Gargantua; laquelle, en
premiere invention, dicte de la propre goule d'un dfunt vque de
Paris, avoit nom Galemelle; & le pere Rabelais la nomma Gargamelle: si
ledit n'et t vque il y et eu fausset en ses crits comme s
vtres: ce qui n'est pas, tmoin Jamblique, qui profere:

    S'il faut baiser,  ce qu'on dit:
    Tout ce qu'aux dames on prsente,
    Je ne saurois baiser mon vit;
    Je le garde pour la servante.




ATTESTATION.


XXX. Vraiment voire, ce dit la servante de chez nous, si j'tois la
matresse, je ne bougerois du lit quand il fait froid. En nanda, notre
valet toit plus habile homme, qui, parlant  mon pere (qui est
gentilhomme, ne vous dplaise, & d'antique race, je le dois bien savoir,
moi qui ai t condamn aux grands jours d'avoir non la tte coupe,
mais le col, & me voici; c'est tout un, je suis de la vieille noblesse:
non admise par mdecine, ni mairie, ni chaunage, ni lettre; mais par
source de vieille gueuse, ferme tigneuse, & bonne putain d'antiquit.
Que disois-je? Cette folle humeur de vanit noblesseuse m'a si bien
fricass la cervelle, que j'ai oubli ce que je voulois dire. Parguille,
si je m'y mets, je ne dirai jamais rien, que je ne fasse comme Auguste,
ce grand preneur de taupes  la glu, c'est--dire, empereur des Romains.

POGGE. Et que faisoit-il?

PYRRHUS. Il vous chioit au nez tout d'une vole: laissez-moi dire; je
reprens ma mmoire comme le grimoire; j'ecrirai tout ce que je voudrai
dire, & serai si sot que, quand je demanderai  ma femme  le faire, je
l'crirai en mes tablettes, afin de ne paillarder  bien dire sans
faute. (Ce notre valet, voyant mon pere tre appell pour l'arriere-ban,
aussi toit-il gentilhomme, ce qui le fchoit, parce-qu'il n'aimoit
point la guerre; il aimoit le lard, & hassoit les chiens. Foi de
demoiselle, disoit ma mere panant ses pourceaux, mon mari est aussi
noble que le roi; il aime bien  ne rien faire, & se donner du plaisir:
& notre valet, qui est des meilleurs, voyant mon pere fch pour cette
arriere-bannerie, lui va dire, cordille, mon matre, si j'avois autant
de bien que vous, je n'iras pas  la garre! Et qu'est-ce, Colas mon ami,
que tu ferois? Que je ferois? Je m'en irois voir le procureur du roi
avec un bon lievre, & il me donneroit main-leve. Et si ce n'toit pas
assez, ou qu'il ne ft pas assez grand...

THUCIDIDE. Il n'y a remede. Il disoit comme la bonne femme qui
prsentoit le pain bni  saint Pierre-aux-boeufs. Mais en conscience,
toi qui te connois en tout, lequel des deux boeufs qui sont l est le
plus gras?

SAUVAGE. Je l'ai mis en ma chronique. Deux comperes aviserent  cela, &
gagerent. Le sire Adam disoit au sire Girme que l'un toit plus gras
que l'autre. Ils gagerent, s'en rapporterent  ceux qui sortiroient de
la premiere messe. Le sire Adam se leva de nuit, & alla graisser de sain
celui qu'il avoit dit tre le plus gras; puis quand le monde sortoit, &
que ces sires demandoient l'avis d'un chacun, dame, chacun trouvoit,
cettui-l tre plus gras.

DU GUGNET. H, grosse pcore, il y en a un voirement plus gras que
l'autre, d'autant que l'on met en son corps les huiles pour servir au
luminaire, & il en tombe dans ce creux, si qu'il est plus gras. C'est
philosopher, cela. Mais  cette femme, mais  ce pain; & bien  tous
deux.

THUCIDIDE. Cette bonne femme toit sourde; & prsentant son pain, &
faisant la rvrence, elle fit un pet. Les prsens & prsentes se
prirent  rire. La bonne femme, croyant qu'ils se moquoient de son pain
qui toit bien petit, se retourne & dit: messieurs & dames, excusez-moi,
s'il vous plat; je le ferai une autre fois plus gros. Et chacun de rire
plus fort, attribuant le plus gros au pet, qui toit dlicat. Il toit
noble, ce pet, puisqu'une demoiselle l'avoit fait.

PYRRHUS. Et pourquoi non? Le mtayer ne disoit-il pas bien, voyant des
pourceaux: ! la belle noblesse que voil! Il en dit bien d'autres: &
comme ma tante lui demanda touchant les biens de la terre, ce qu'il en
pensoit: ! mademoiselle, pour les bleds & tels grains vous n'en avez
gueres; mais vous tes la roine des vesces. Je ne vis jamais tant de
demoiselles qu'il y a aujourd'hui; tout en est conchi. Quand vous en
saurez la raison, vous ne serez plus tant tonne; il faut...

ARETIN. S'il faut, il ne prend pas.

PYRRHUS. Si vous tiez aussi mordant que reprenant, il n'y auroit cul
qui n'et des dents. Sachez donc qu'un jour une belle, jeune, fretille,
bonne & sage demoiselle que je connois bien, (je la dois bien connotre;
son pere m'a fait bonne chere) un jour d't qu'il faisoit beau, eut
fantaisie de monter sur un arbre. J'eusse bien mieux aim monter sur
elle.

POGGE. Tu es dgot comme le clousier de Vaux, qui pensant entrer en la
salle, y vit plusieurs dames, & se voulut retirer. Entrez, dit madame de
Saint-Martin, entrez; nous ne mordons ni ne ruons. En da, dit-il,
donques, mesdames, je voudrois bien tre mont sur icelle bte.

PYRRHUS. Cette belle demoiselle, que je vous dis, tant sur cet arbre, y
cueillit ce qu'elle voulut; puis descendit. Or est-il que la queue de
son chaperon de velours y demeura, sans qu'elle y prt garde; & le cocu
fit son nid dessus, & tellement que plusieurs oiseaux la couverent,
cette belle queue lui multiplia si bien, que maintenant il ne faut que
secouer un coup, voil une demoiselle faite. Et gai, il ne tiendra pas 
moi que je n'en fasse, & je ne leur exhibe une andouille & deux oeufs,
la pitance d'un religieux.

LOUVET. Tu te vantes bien. S'il toit, ou qu'il ft; mais il est.

POGGE. Et bien, cela est bien dit.

LOUVET. Notre official le fit interprter  l'homme &  la femme qui se
plaidoient. L'homme disoit du cas de sa femme: s'il toit, montrant le
pouce joint au premier doigt; puis il disoit: ou qu'il ft, comme les
deux pouces joints  bout, & les deux premiers doigts; mais il est,
montrant son chapeau. Et la femme dit, parlant de l'outil de l'homme:
s'il toit, empoignant sa cuisse; qu'il ft, empoignant le bras; mais il
est, montrant le petit doigt.

ALCIAT. La dispute en est aussi bonne, que celle d'un savant qui vint 
Genve, lorsque Jysquel y faisoit ses tudes. Cettui-ci dit qu'il
vouloit disputer; mais qu'il ne parloit qu'en signes. Il n'y eut
personne qui voult y entendre, d'autant qu'en ce pays-l (c'est 
Genve) ils n'ont gueres de signes; ils veulent tout  droit. A la fin,
il y eut un menuisier qui toit de Montargis, parent du dmoniaqu, &
d'un matre d'htel de madame la duchesse de Ferrare, & rfugi  Genve
pour la concupiscence; hoi, je cuidois dire _conscience_, (comme il
avint un jour  Tours, que le roi y toit. Il y avoit lors une dame, qui
durant les jeux avoit jou conscience, qui pour cela en eut le nom tout
le temps de sa vie. Je la trouvai en la rue, & je la cherchois; il
m'avint de lui demander le logis de madame Conscience. Qui tes-vous,
dit-elle qui m'injuriez? Hlas! madame, pardonnez-moi; on m'a dit que
vous avez ainsi nom. Ce sont des sots qui le disent. Je ne le dis donc
plus.) Ce menuisier dit qu'il disputeroit avec ce savant, selon les
accords. On les met sur un chafaud, devant le monde. Ce savant, se
prsentant rsolument devant ce menuisier, auquel on avoit baill une
robe ministrale & un bonnet consistorial, & levant le bras, haussa la
main, fermant le poing, en lui montrant un doigt: le menuisier lui en
montra deux; le savant en prsenta trois;  savoir le pouce & les deux
doigts: le menuisier lui montra le poing clos. En aprs, le savant lui
montra une pomme; le menuisier, cherchant en sa pochette, trouva un
petit morceau de pain, & le lui montra. A donc le savant, tout ravi en
admiration, se retira; puis dit qu'il avoit l trouv le plus docte
homme du monde; & tant que ce bruit a dur, l'cole de Genve a t en
rputation. Depuis on prit  part le menuisier, & on lui demanda qu'il
avoit agi rciproquement avec cet autre. Il nous dit: voire, c'est un
homme fin! Il m'a menac de me pocher un oeil; & je lui ai fait signe
que je lui en pocherois deux. Puis il m'a menac de m'arracher les deux
yeux, & m'enlever le nez; & je lui ai montr le poing, avec quoi je
l'assommerois. Et comme il m'a vu en colere, il m'a prsent une pomme,
pour m'appaiser comme un enfant; je lui ai fait voir que je n'avois que
faire de lui, & que j'avois du pain qui valoit mieux.




SOMMATION.


XXXI. Et puis faites la guerre pour cela! Allez vous battre; allez vous
damner pour telles gens. J'aimerois mieux aller travailler  ma journe,
& faire un petit de bon frit en ce monde.

CEBES. Oui, ainsi que fit Jaques Poulet, qui tailloit la traille de
madame de la Souche. Comment? Il toit beau & gaillard; & madame l'ayant
contempl, eut envie d'tre couverte de son corps; chose que, pour rien
du monde, elle n'et voulu permettre  autre qu' son mari.

MADAME. Voire, permettre  son mari! Il ne faut qu'obir, d'autant
qu'elle y est oblige; que si elle le fait  d'autres, c'est grande &
notable charit.

ALCIAT. Bien; vous avez dit vrai; vous tes une bonne petite personne.
Il ne le faut pas dire  tout le monde. Or de cet accouplement
dsirable, & voluptueux, d'autant qu'ils travaillerent  con vu & de
plein jour, ils firent un bel enfant; &  cela se connoissent les enfans
faits de jour ou de nuit, ou autres des quatre temps, selon leur beaut;
les plus beaux sont faits de jour. Or elle qui toit marie, ne pensant
pas que cela dt prendre,  cause que le prtre n'y avoit pas pass,
n'en fit autre mine; & toutefois se trouva grosse, dont enfin elle
accoucha, fort assure  qui l'enfant toit. Il avint que la bonne dame
fut malade, & comme elle fut prte de mourir, elle appella son mari &
lui dit: mon ami, je vous ai toujours t obissante & douce; je crois
que vous ne vous plaignez point de moi. Non, ma mie, rjouissez-vous &
revenez au monde. O, mon ami! je suis fort dolente & ennuye d'une faute
que je vous ai faite; mon cher mari, je ne vous en ai fait qu'une, je
vous prie de me la pardonner. Las! ma mie, prenez courage; il n'y a rien
que bien. Mais, mon ami, la faute est grande. C'est tout un; je vous la
pardonne. Hlas! mon ami, ce petit garon n'est pas de votre fait; c'est
Paulet qui me le fit, le jour qu'il tailla notre treille, l'anne
passe. O! o, ma mie, dites-moi, toit-il  notre journe! Oui, mon ami.
O bien,  bien, ma mie, c'est tout un, puisqu'il toit  notre journe,
& que nous l'avons pay, l'enfant est  nous, d'autant que ce qu'il
faisoit toit pour nous; reposez en paix, & ne vous affligez plus.
Achevant cette parole, le mdecin entra, qui lui tta le carpe: adonc il
dit: cette pauvre dame n'a plus de pouls. Elle l'ouit, & faisant un
soupir, va dire: a, a, a, monsieur, en voici un gros qui me mord prs la
gorge.

CARDAN. Le seigneur de Strossi fut autrement gauss de son mdecin,
qu'il ne payoit pas bien, d'autant qu'il lui bailla bien plus d'un vif
biais. Le mdecin l'ayant tt, Strossi va dire, a, a, monsieur le
docteur, mon pouls est bas: il ne va gueres vte. Non, monsieur, dit le
mdecin; s'il toit sur quelque genet il iroit bravement; mais  cette
heure il va plan, plan, d'autant qu'il est sur un ne.

MAROT. Ce mdecin, sortant & passant par saint Severin, vit les prtres
enterrant des morts par trois bandes, & les saluant, il leur dit: dieu
vous garde, messieurs; vous faites bien votre aot. Voire, dirent-ils,
oui, monsieur, dieu merci & vous.

CUSA. Et allons; voil qui est ais comme une femme qui se meurt contre
terre: voici de vrais contes, du temps que les btes parloient.

POGGE. O qu'il ne faut pas aller loin; il y en a bien qui parlent.

APULE. J'ai t ne, comme chacun sait; mais mon compere Cardan a bien
t une autre bte.

CARDAN. Oui d, j'ai t de trois sortes de btes, & je ne fus jamais
ne; mais je me souviens du temps que j'tois bte ainsi que vous,
tmoin Thevet & quelques semblables pour tre btes de bon esprit, &
ayant mis en mmoire la promesse faite  Pythagoras, j'ai plus fait que
lui, d'autant que j'ai bien retenu ce que j'avois en rencontre; & de
fait, j'ai engrav en mon esprit ce que j'ai vu s institutions &
crmonies de btes, & sur-tout en leur cabale qui est notable, en
laquelle il y a un article de plus de consquence, & sur-tout en ce qui
est de leur crance; d'autant que, comme j'ai su d'elles, elles croient
que les hommes sont plus btes qu'elles ne sont, bien que quant  elles,
elles soient les martyrs de nature. Il est vrai qu'il y a de mchantes
btes, comme il y a de mchans hommes. Si j'osois, je passerois outre,
parce qu'elles ont une religion; mais je n'en veux pas parler, d'autant,
que la dclarant, elle se trouveroit semblable  celle de plusieurs
sots.




CALENDRIER.


XXXII. L'AUTRE. Les esprances sont plus belles que les effets, d'autant
que les conins des petites filles sont mieux faits que ceux des grandes.
Aussi il y a conin; c'est le cas de ces mignonnes, que l'on torche
encore prs le feu, ou qui les montrent en pissant: conaud; c'est de
celle qui est dj bonne, qui peut tre chute en pauvret,  qui le poil
a perc la peau: puis con; c'est de celles qui sont bonnes, & n'ont
gures eu, ou point d'enfans: conasse; c'est des vieilles, & qui est
presque tout en dsordre.

PLATINE. Et que dites-vous de connue?

L'AUTRE. C'est le cela d'une veuve; il n'est ne l'un ne l'autre; mais ce
qu'il peut tre.

AVERROS. Je crois que les conasses sont dsagrables, & appartiennent 
l'ordre du derriere de la servante de feu monsieur le doyen des
mdecins. Cette vieille, tant prs de mourir, requit son matre d'une
faveur qu'il lui promit. Hlas! dit-elle, monsieur, je me meurs, je suis
une pauvre femme; je desire, s'il vous plat, tre enterre au prau de
S. Pierre; mais, s'il vous plat, que l'on ne chante point sur moi: je
ne desire pas que l'on se moque de moi. Pargoi, s'il vous plat, qu'ils
ne disent point: ! cu rid.

PASSERAT. Et bien, ma mie, bien, mourez en paix, & n'ayez pas de
crainte; ne vous pouvantez point, comme fit un sergent d'Orlans, que
je ne veux pas nommer, d'autant qu'il a des parens en chapitre. Ce bon &
noble sergent, allant un jour se promener  la Source, avec plusieurs de
ses amis, il y eut un jeune apothicaire, qui se mloit de prendre les
serpens, lequel en voyant un beau & long glisser devant nous, va le
conjurer & dire: serpent, je te commande que tu t'arrtes; & qu'il soit
aussi vrai que je te prenne, comme il est vrai que, quand un sergent se
meurt, son ame va droit entre les mains de Proserpine reine des enfers.
Ce serpent s'arrta, & fut pris.

ZVINGLE. Le sergent, voyant cette merveille, fit au rebours du barbier
de notre pays, qui vendit ses rasoirs, bassins, lancettes & autres
ustensiles, afin d'acheter un tat de sergent, pour faire le salut de
son ame, & tre compagnon d'un violon qui se fit sergent, pour mener
joyeusement le monde en prison, d'autant que cettui-ci, ayant
componction de coeur, jetta son office au diable; & se rendit capucin.

LOUVET. Il avoit un autre dpit. Vous ne devez pas dire cela. S'il y a
quelque sergent qui ait fait quelque chose, ou mme cettui-ci, donnez-le
 qui vous voudrez, & n'impugnez rien que ce que nous disons, pource que
tout ce qui est ici avanc, est tenu pour trs-vrai, sans qu'il y
faille, ou soit reu d'y contredire; & si quelqu'un y contredit, qu'il
s'aille faire canoniser en enfer. Pardonnez-moi; ce que je dis n'est que
pour rendre plus authentique votre prolation; & de fait, je crois, que
ce n'est pas lui, dont je veux parler; c'est d'un autre qui est de
Genve, & est de mme tat: l on ne dit pas sergent, on dit officier.

OECOLAMPADE. A, a, voil dire cela, voil parler d'accord; c'est
apprhender aux prtres & aux ministres le moyen de s'accorder. Or dites
 pleine gueule.

LOUVET. Cet officier avoit une femme assez fcheuse, & qui le
tourmentoit. Il la battit plusieurs fois &  dur, dont elle se
contrista, & menaa son mari du consistoire, qui est le purgatoire des
huguenots. Remis qu'il fut au consistoire, il y alla; & on lui remontra
que cela n'toit pas beau de battre sa femme. Elle toit battable,
dit-il. Allez, lui dit le diseur, sachant la pense de notre seigneur le
consistoire, retirez-vous; qu'il y ait de la mesure en vos actions, &
qu'on n'oie plus parler de vous.




PALINODIE.


XXXIII. Il retint fort bien son cong; & quelques jours aprs, sa femme
se faisant forte du consistoire, se mit  faire la mchante, & il la
battit; mais avec quoi? Avec une aune qu'il avoit emprunte du seigneur
Lait, qui avoit t jadis couturier; & la frotta dos & ventre sur ses
habillemens,  cause qu'ils n'ont point t les dix jours en ce pays-l.
La pauvrette se plaignit, & fit encore appeller son mari au consistoire,
auquel on fit la joyeuse & courte remontrance, parce que l'on n'avoit
pas le loisir de parler  lui,  cause que l'on faisoit rponse  une
lettre que le duc de Savoie avoit crite  un tratre; (O diantre soit
le tratre! Il toit alquemiste, il n'y eut jamais que lui qui ft de
cette chose l) & dit-on  ce matre officier: allez, & soyez sage; & si
votre femme vous fche, ne la battez pas. Monsieur, je ne lui ai fait
que ce que vous m'avez command; je l'ai battue par mesure. Oui,
dit-elle, messieurs, il m'a battue avec une des aunes de messieurs; &
disoit bien, pour autant que l on mesure la justice. Comment, dit
matre Jean Pinaut, vous abusez des paroles saintes? N'y retournez plus.
Monsieur, dit-il, ce ne sont que remontrances que je lui ai faites.
Allez, dit le prsident clerc, remontrez-lui avec l'criture sainte, ou
bien on vous mettra Cans. Quelques jours d'aprs, elle fut encore
mauvaise, & il la battit; mais ce fut avec un gros nouveau testament
couvert de bois & ferr: il le lia en une serviette, & la plauda en
cas-pendu; il n'y manqua rien. Elle s'en plaignit; &, les formes
observes, tant devant le benot consistoire, qui s'ennuyoit de le voir
si souvent, il fut tanc. Messieurs, dit-il, je ne l'ai corrige qu'avec
l'criture sainte. Hlas! quelle criture sainte, messieurs, dit-elle!
C'a t avec un gros maudit testament qu'il m'a bourrele. Cela ou &
s, il fut dit qu'il seroit puni, s'il continuoit: & puis, tant entr
devant messieurs, on lui reprocha son incrdulit, qu'il toit malin
contempteur & tergiversateur: & enfin, lui fut prononc  peine de
punition corporelle, qu'il n'et plus  chtier sa femme, que de la
langue. A, jan! il n'y faillit pas, d'autant que quand elle le fcha, il
prit une langue de boeuf fume, dont il la battit tant que le diable eut
de cul, & le consistoire de tte; & leur allez demander qu'ils en ont
fait.

BARRABUS. Voil une mauvaise fortune.

EUSTATHIUS. Ainsi il y a fortune visible & fortune invisible.

NRON. Voil une belle remarque; je vous prie, sachons que c'est.

EUSTATHIUS. La fortune invisible est l'esprit de la visible, & qui est
fort secrete: je ne vous la dirai pas toute; mais pour la faire
apprhender, je vous en baillerai l'chantillon royal, c'est--dire, le
souverain; le plus beau, c'est le cocuage. Et la fortune visible, la
vrole, les poulains, mal au vit, la chaude-pisse, & telles
dmonstrations circulaires & avantageuses, lesquels s'achtent  deniers
comptans; sinon que l'on marque les coups  la coche ou  la taille,
c'est tout un; pourvu qu'on s'en souvienne; ou bien que l'on le fasse
sans cdule, & sur la foi.




SATIRE.


XXXIV. DIXIPPUS. Et d, c'est un grand malheur que des affaires du
monde. Voil, un pere aura de belles filles; c'est vraiment une belle &
digne marchandise; & toutefois il faut bailler de l'argent pour s'en
dfaire; & qui pis est,  ce que m'a dit Schower, ce fidele astrologue,
ainsi que Lontius me vient de confirmer, tant que le roi vendra les
tats, & que les hommes bailleront de l'argent  un matre pour le
servir, certainement les femmes, qui autrement sont dites garces,
c'est--dire, filles de joie, dames d'amour, personnes de liesse,
prendront de l'argent de ceux qui les serviront, se saisiront de notre
bon argent, & de tout ce que nous aurons. Et je vous dirai un axiome
vrai: si elles sont domestiques, elles aiment autant leurs matres
pauvres que riches, tmoin l'enfant prodigue, qui, pour cette cause, se
nommoit le seigneur, _Luxu_, comme vous voyez en ses portraits, S. Luc
XII, c'est--dire, sire ou seigneur _Luxu_. De-l ont t nomms les
luxurieux: c'est pourquoi Lucullus aimoit tant les lamproies; aussi
est-ce une viande dlicieuse, quand elle est confite  la sauce du
salmigondis renouvelle.

SCALIGER. C'toit la viande du mauvais riche; est-il pas dit
_efrenomenim catimeram lampros_, il mangeoit tous les jours des
lamproies?

QUIDAM. Vous contaminez le prtoire; retournez sur les femmes.

SCALIGER. C'est bien dit; aussi  dire vrai, j'tois vierge quand je fis
ma quadrature du cercle; & si je fusse demeur tel, j'eusse fait la
pierre philosophale, d'autant que, pour y parvenir, il le faut tre &
immacul.

GEBER. Vraiment tu as dit vrai.

CARDAN. Et pensez-vous qu'il faille tre si sage, pour parvenir 
quelque chose de bon? Non, non, ne vous mettez pas cela en la fantaisie.
Sachez, mon doux ami, que les Suisses gardent la porte & n'entrent
gures, & davantage ne savent que l'on fait dedans, ni qui y est; &
tenez ceci pour un notable secret pour la rsolution de toutes les
controverses de ce tems.

PIERRE MESSIE. Il faudroit user de grande discrtion pour cet effet; &,
comme dit cet Espagnol, il conviendroit cavaler les esprits, afin de
distinguer ce  quoi ils sont propres.

MAROT. En vieux franois, _cavaler les esprits_, c'est chevaucher les
engins.

BERNARD. Il est vrai; voil pourquoi les beaux entendemens sont toujours
ribauds ou rufiens, c'est--dire, en posie, _ils font l'amour, sans en
faire conscience_.

PIERRE MESSIE. En da, ne dites pas cela; il y en a qui font conscience
de tout; ceux qui font conscience de rien, ne sont plus habiles.

BERNARD. Tu y es; dis que tu en as, grande chemise; tu l'as devin,
comme pisse-en-lit; & indigne animau, sais-tu pas qu'il ne se fait rien
de-l, dont Pantagruel n'ait avis ici, ou que son conseil n'ait arrt?
Va, fais-toi de telles gens, & tu sauras tout.

PIERRE MESSIE. Il me faudroit avoir bien du moyen, ou que quelqu'un me
voult croire. Je vous dis vrai qu'il y a long-tems que j'eusse t
chanoine de notre-dame de Paris, si un de la compagnie l'et voulu. En
da, tous en toient d'accord: il n'y en avoit qu'un qui m'en empcha.

CSAR. Et qui? Dis-moi; que je le tue.

PIERRE MESSIE. Je ne gagnerois rien  sa mort; je vous dirai pourtant
qui est cettui-l; c'est un seul; c'est le premier venu, lequel s'il me
donnoit sa prbende, je serois reu.

AMIOT. Vous ne parlez que par fariboles; (je cuidois dire _paraboles_)
je suis dedans, dj j'entre au btiment de conscience, allons-y
vtement.

RONDELET. Tout beau; oyez notre ami, ce bon conseiller Tourangeau, qui
est ordinairement mont sur un gros chevau, quand il va aux champs,
comme ce gros comte de Lyon, dont ils disent de lui & de son cheval, que
ce sont deux grosses btes. On parloit d'aller visiter un intendant de
la justice:  la fin, il fut resolu en la chambre que l'on iroit
_catervatim_. Ha, dit celui-ci, si on y va _catervatim_, je veux tre un
des quatre.

SCALIGER. Ft-ce pas sa mere, qui, parlant de ce qu'on laissoit trop
fortifier les huguenots, dit au maire: monsieur, monsieur, il ne
faudroit pas tant laisser mortifier ces gens-l. Mais  ce pauvre homme.
Laissons-le l. Il a un cousin, auquel durant les pardons, il avint une
plus jolie fortune. Lui, avec quatre de ses voisins & leurs femmes, se
mirent en chemin  pied, pour aller aux pardons. Quand ils eurent un peu
chemin, ils furent las, & s'aviserent de prendre un charroi; & que
celui qui auroit la plus courte paille l'iroit chercher, ou seroit le
plus grand cocu de la troupe, au dfaut de ce faire. L'accord fait, une
femme prit des pailles, & baille  tirer; notre ami & cousin tira le
troisieme, & il fut trouv avoir la plus courte. Il disputoit, & disoit
qu'il n'iroit pas, & que pour cela il n'toit point cocu. Sa femme qui
le voyoit disputer & qui avoit vu qu'il n'y avoit point t fait de
tromperie, oyant qu'ils lui disoient: allez, c'est vous qui l'tes. Non
suis, on m'a fait tricherie. En d, mon ami, dit-elle, on ne vous a
point tromp; vous l'tes de bonne suite. Si est-ce que sa femme toit
femme de bien.

AMIOT. Ne le prenez pas-l; mais avisez  cette grande & notable
distinction, prise du profond de la science scholastique. Ne savez-vous
pas que, si un homme pouse une veuve, il devient bigame, encore qu'il
n'ait eu jamais affaire  autre femme qu' la sienne; parce que sa femme
a eu affaire  deux. Cela lui tombe en nature, de sorte qu'il a eu
affaire aussi  deux. Ainsi, si un homme va  une autre femme que la
sienne, il est autant cocu, que si la femme l'avoit fait  un autre qu'
lui, d'autant que ce qu'il a fait  une autre, est imput  sa femme
justement, comme si un autre l'avoit habite ou travaille.

VIGENERE. Mais comment connotra-t-on ceux qui n'ont besogn que leur
femme?

AMIOT. Il sera bien ais. Assemblez-les ici, & qu'ils soient tous nuds,
femmes aussi, & qu'on leur bouche les yeux, & qu'on les laisse aller 
quatre pieds, & qu'on leur dise qu'ils se cherchent pour s'entre-baiser:
incontinent qu'ils se trouveront, voil que ceux qui n'auront eu affaire
qu' leur femme, iront droit mettre le nez dans le cul: si pourquoi
n'est-ce pas une mme viande que la bouche.




MMOIRE.


XXXV. ASCLPIADES. Or bien, par votre doctrine, cette aventure ne sera
pas commune. Je vous assure que jamais je n'eus affaire  femelle qu'
ma femme, qui est, comme je crois, une vraie femme de bien; & encore que
je ne besogne qu'elle, si ai-je toujours mal au vit; par ainsi je ne
serai pas exempt, puisque ceci est vrai.

POGGE. Mais les moines!

AMIOT. Quoi!

POGGE. O auront-ils le nez, s'ils ne l'ont fait qu' leurs garces?

MAROT. Allez le demander  l'abbesse de del l'eau, qui vous donnera de
l'quivoque. Ma finte, je la mis bien en alarme, la premiere fois que je
la vis! Devisant avec elle, je lui faisois des contes, & parlois de ce
que plusieurs lui avoient dit; & finalement jouant; je lui mis la main
prs le bas du ventre, sauf les toffes. O, o, dit-elle, vous tes bien
hardi de mettre l la main. Eh, madame, pourquoi ne mettrai-je pas ma
main en cet endroit? J'y ai bien mis mon chose. Quel chose? Celui avec
lequel je pisse. Par saint Guillot, il n'est pas vrai.

CICRON. _Erg_, vous en avez menti, comme dit l'autre.

MAROT. Ne vous fchez pas, madame. Je dis que mon chose a bien t en ma
main: & si je suis jamais abb, je tcherai  vous faire ce que je
pourrai. Vous seriez un bel abb. Je le serai quand je voudrai. Si
monsieur de Marmoustier vouloit ouir quatre syllabes que je lui dirois,
& me gratifier en accomplissant mon dire, je serois abb. Et que lui
diriez-vous? Je lui dirois: matre moine, tez-vous. Ce n'est pas en
quatre syllabes. Mais en quatre lettres, je lui dirois: A, B, C, D. Et
puis je le ferois aussi-bien que les vicaires, & ferois de ncessit
vertu, comme le sieur du Fouilloux, qui bera sa femme. Elle toit
mauvaise, grondoit quand il venoit compagnie, rechignoit
perptuellement, & lui donnoit tant & tant de tourment, qu'il ne savoit
o se mettre. A la fin, il s'avisa d'un bon expdient. Il fit faire un
berceau assez grand pour la mettre, & le fit porter en sa maison avec
tout l'attelage: amena aussi un prtre, un greffier, & quelques siens
amis, avec quatre crocheteurs, & six vezoux. Etant entr, il dit  sa
femme: a, ma mie, faites-nous bonne chere. Allez, dit-elle, de par le
diable, faire votre bonne chere d'o vous venez. Vous ne servez qu'
mettre tout sans dessus dessous. Adonc il se mit en colere, au moins le
feignit; & il la fit prendre toute brandie, lier & emmailloter, &
coucher dans ce berceau; puis commanda aux portefaix de faire leur
devoir de bien bercer, ce qu'ils firent. Elle leur crachoit au nez,
temptoit: je veux pisser; je veux chier. C'toit tout un; ils n'en
beroient que mieux. Les vezoux disoient: _de la vase_; les
gentilshommes dansoient _petonton_, les branles de Poitou. O! l,
dit-il, mes amis, boutez; crivez, monsieur le greffier, les injures &
opprobres, dont ma bonne femme m'honore. L, l, ma mie, vous mourrez
bienheureuse; on ne dira pas que je vous aie tue. O! que vous serez
heureuse! Mais arrtez un peu,  berceux de paradis, afin que monsieur
le chapelain la confesse. Confessez-vous, ma mie; vous n'avez plus
qu'une heure  vivre; j'ai piti de votre ame; je ne veux pas tout
perdre. Elle temptoit plus fort & plus rudement. On beroit; & vous en
aurez. A la fin, elle pria de parler  son mari, qui, venu  elle, lui
dit: ma femme, il n'y a plus de moyen de parler  moi; vous tes prte 
mourir; je vous pardonne, confessez-vous, afin que vous mouriez
pnitente: sus, sus, bercez toujours. L, nobles berceux, a mes amis,
vous ferez aller cette ame en paradis avec ce branle doux; jouez vos
jeux, jouez; & nous tous, dansons de rjouissance de voir une si belle
ame tre prte du bon repos tant desir. La peur commenant  entrer en
la conscience de cette femme, vint aux supplications, qui  la fin
furent si humbles & pleines de tant de protestations, que le mari, pri
par ses amis, la dame fut dlivre; son mari la mit entre les mains des
chirurgiens pour la saigner,  cause de l'apprhension qui l'avoit
saisie; & ds lors elle fut change de tout point de son humeur
fcheuse.

ARISTIPPUS. Si Socrates le bon homme et ainsi berc ses deux femmes, il
les et endormies, & lui & sa nourrice eussent eu loisir de jouer
ensemble, tandis que ses enfans dormoient; & n'et pas t affubl de la
pote de pissat, que l'une lui jetta sur la tte par dpit qu'elle et
qu'il n'avoit tanc celle contre qui elle querelloit.

VIGENERE. Par la vertu donguoi, vous savez que j'ai belle femme & bonne.
Moi, ni mes amis ne s'en peuvent plaindre. Nanmoins un jour, (quasi
nuit, & il faisoit clair de lune, le soleil ne luisoit plus) que
revenant de la ville, & entrant en ma maison, je trouvai un jeune
avocat; & cela me fcha, d'autant que je craignois scandale. Je dis: ma
femme, vous savez le bruit qui court de vous & de moi; car on dit de moi
que je suis un peu cornard; & je le crois bien; & aussi de vous, que
vous tes un peu garce; ce que je ne crois pas, mais vous tiens pour
femme de bien; je le crois aussi-bien que vous. Par ma foi, mon mari,
croyez-le, je vous en prie. Voil comme j'ai berc ma femme, & comme
elle m'a berc, ce que je n'ai appris  aucun alquemiste de l'Allemagne,
de peur d'tre berc de celles fantaisies, qui leur feroient oublier le
voeu secret, qu'ils ne disent qu'aux enfans de la science.

ALOILOL. Je ne vis jamais tant parler. Aussi cette phrase n'toit point
de mon tems; je vous prie, claircissez-m'en.

VIGENERE. Soit; sachez qu'en toutes facults il y a un secret qui ne se
dit qu' ceux qui ont la pure entre: & ce, afin que cela ne soit
divulgu. Comme par exemple, je vous dirai que le principal mot du guet
du _Moyen de Parvenir_ est d'avoir de l'argent: aux moines pour se
saouler & besogner leur saoul, d'autant que c'est leur part; aux
gentilshommes, pour parotre; aux ambitieux, pour se faire
mistigorifier, comme petits dmons sur le plat d'une pelle; & aux
autres, pour avoir du contentement en vrit, & non en songe.

LA PUCELLE D'ORLANS. Ainsi que ces deux gentilshommes, qui toient
venus  l'entre du roi Charles  Orlans, chez le lieutenant
particulier. On les mit coucher ensemble. L'un songeoit qu'il se noyoit,
& l'autre songeoit qu'il pissoit; & parce que le sphincter se dilata en
cette ncessit, o fut fait vertu, il compissa tout l'autre, qui
haletant & s'veillant, & se trouvant tout mouill, se prit  crier:
hlas! il est donc vrai? O, adieu, tous mes amis de ce monde. Ce
pisse-en-lit s'acheva de gter par cet acte, d'autant que cette belle
fille n'en voulut. Il est vrai que son valet l'avoit contamin le jour
de devant. Il l'avoit embouch, & dit qu'il fit bonne mine, & que, quand
il parleroit de son bien devant sa matresse il le doublt, & qu'il le
tanceroit; & que pourtant il ne laisst de continuer. Etant donc en
devis avec la mere & la fille, il disoit qu'il avoit entr'autres une
bonne mtairie, o il y avoit beaucoup de commodits. Vous en avez bien
deux, dit le valet. Taisez-vous, lui dit-il; il faut que vous causiez?
Et aussi, madame, pour vous dire la vrit, j'ai une grange pleine de
bled. Vous en avez bien deux. O! ho, ce compagnon ne se taira pas? Et
puis, au bout de ma maison, j'ai une bonne garenne qui contient plus de
trente arpens. Vous en avez bien deux. Paix, c'est assez; vous faites le
suffisant. Le portail de ma cour est tellement baill  mon clousieur,
qu'il m'en doit une bonne vache. Il en doit bien deux. O! ho! ce pifre
ne se taira point? Il est vrai, madame, que je suis assez bien de tout;
mais j'ai une incommodit, c'est que j'ai mal  une jambe. Vous avez
bien mal  toutes deux. ! ! de par le diable, c'toit  ce coup qu'il
se falloit taire; mais tout fut gt, honni & perdu.




FANTAISIE.


XXXVI. Cette belle en fut marrie, d'autant qu'il toit assez beau
gentilhomme; mais  cause de cela, elle disoit qu'elle et mieux aim se
faire haillonner  une douzaine de moines qu' lui.

Z. R. Sand, vous avez tort, & vous dis tre plus sant de parler
d'autres. Je vous dirai, en vrit, que cela n'est point beau de voir un
homme d'glise, ou de justice, mis en train de friponnerie. Vraiment, il
fait aussi bon voir une personne d'honneur en une mascarade, comme un
cureur de retraits prsider au conseil. Il n'appartient qu' ceux qui
ont bonne grce de faire les fous: il est trs-mal sant  un vque, de
faire le muguet & le beau fils, c'est--dire, le fat avec des femmes; ou
 un ministre, de gausser; & comme un cur de village, aller causer 
l'ouvrouer d'une beurriere, pour avoir de la graisse. Ma finte, cela ne
vaut rien; & n'est pas beau  un cur d'aller faire le gallefretier en
une rue, ou une taverne. Il faut que telles gens soient  leurs tudes;
& s'ils ne peuvent tudier, qu'ils s'amusent  pisser dans un pertuis,
pour apprendre  pisser droit & de vole. Encore, si ces gens-l toient
gaillards, qu'ils eussent de belles rencontres, j'en serois tout ralu; &
qu'ils fissent de gentils tours, ainsi que le vieil pnitencier de
Paris, qui, un jour de sainte Genevieve, donna  djener aux chantres
de la sainte chapelle, lesquels ayant bu de son vin, & lui ayant dit: 
votre commandement; ils le prierent de leur en donner une bouteille
pleine pour le jour de leur solemnit, & leur promit de leur en donner.
Les compagnons, tant  la veille du jour propos, envoyerent un gros
valet  monsieur le pnitencier, le prier qu'il lui plt, selon sa
promesse, leur donner la bouteille de vin; ainsi dit-on. Or ils avoient
fait provision d'une opulente bouteille, qui ne tenoit gures moins que
celle des capucins, o il entroit presque un quart de vin. Le valet
tant devant ce bon homme, & lui faisant sa harangue, & montrant sa
bouteille, le sage vieillard conjecturoit ce qu'il avoit  faire: notez
qu'il toit docteur en thologie, prtre & chanoine, qui pis est; & puis
de superabondant pnitencier, qui est cause qu'il savoit bien & mal;
_primo_, parce qu'il savoit le sien; _item_, il apprenoit celui des
autres. Parquoi ruminant, tandis que le gars lui parloit, il imaginoit
son fait. Il fit mettre la bouteille sur la table; & sortant en la cour
avec le valet, il lui dit qu'il allt appeller la chambriere qui toit
de l'autre ct; c'toit pour l'amuser. Il y va; & le preud'homme prit
trois ou quatre cailles, ou enfans de caillous, & rentre en la salle,
mit le plus gros en la bouteille, si bien que cela se porta honntement.
Le gars revenu avec la servante, il lui dit: , garon mon ami, voil de
l'eau; rince la bouteille. Ce gars y met de l'eau; & commence & finit 
secouer  bon escient; & caillou d'aller, & bouteille de se rompre, &
l'eau de s'enfuir par-tout. Quoi voyant, le bon homme lui dit: !
lourdaut mon ami, si tu eusses mis l mon vin, il et t vers; tu as
tort, je suis marri de cela; messieurs auront du dplaisir. Jeanne,
dit-il, quand elle fut revenue, va qurir en haut cette bouteille
clisse, qui est au clou prs de mon tui  lunettes. Elle y alla, &
apporta une bouteille d'environ un tiers de pinte. Il la fit emplir, &
l'envoya par ce garon  messieurs les chantres, avec ses
recommandations. Allez, dit-il, ils en auront une autre fois:
_cornifetu, cornifetu_, mon ami; c'est--dire, _quod differtur, non
aufertur_.

PATOLET. Comme vous parlez latin! Vous ayez vu autrefois la sibylle
Mitre, comme l'Ecume. Si avoit bien notre servante, qui, courant pour
aller voir le lit d'honneur o toit le chancelier de Birague tant
mort, sa matresse la trouvant, lui demanda o elle alloit si vte. Je
vais, s'il vous plat, madame, voir le cardinal Miracle. Et sa matresse
m'en disant autant, je lui rpondis aussi. Elle me dit: o allez-vous si
vte? Je cuidois qu'elle m'et dit six vittes, parce qu'on parle ainsi 
Paris; & je lui dis: je m'en vais chez nous, six cons.

DIOTIME. L'autre jour notre servante chantoit un air de Ronsard, o il y
a: _d'un gosier, &c._ Elle disoit: _d'un gosier, mange levrier, j'ois
crier dans le coffre ma calandre_. Et ce fripon de Pelletier vint chier
 notre porte, puis heurta: le valet regarda par la fentre, qui dit:
qui est-ce? Je veux parler  monsieur: faites-le un peu venir  la
fentre. Monsieur l'avocat se promenoit en sa chambre, qui mit le nez 
la fentre, & lui dit: est-ce vous, monsieur? Oui, c'est moi, monsieur.
Vous plat-il que je chie ici? Chiez, de par le diable; chiez, vilain; &
lui dit de s'en aller. La servante trouva le cas au matin, & vint 
monsieur lui dire: le vilain d'asseoir a plant ses immondanits  notre
porte.

FRACASTOR. Vous ne dites pas tout, il avoit bren dessus, & disoit que
c'toit un mot latin, KPUT.

MURET. Ce latin est pareil  celui du vicaire de Chamberi, qui lisoit
l'vangile des cinq pains; & au lieu de dire, _ut quisque accipiat
modicum_, il dit, _accipiat modium_. Il disoit vrai; il et fallu
beaucoup de muids. Ne disoit-il pas aussi: _quid statis occisi_, pour
_otiosi_. Ce fut lui qui, nous annonant des btes, comme tantt, se
voulant paillarder  bien dire, & mit-il pas sur sa tombe, _requiescavit
in pace_, s'il a plu  dieu. Que voulez-vous? il y alloit  la bonne
iniquit. Encore y a-t-il des gens qui ont de la conscience, il est
vrai, mais comment? Prenez-y garde, vous trouverez, si ce n'est sotise,
que c'est pour la commodit: tellement que pit, saintet, justice,
aumne, & toutes telles vertus, ou actions qui en dpendent, ne sont
pratiques que par le dsir qui tend  la commodit, sous le voile
d'hypocrisie.

ARETIN. Si ce que vous dites est vrai, il ne faut plus prier dieu.

MURET. Ce n'est pas ce que je vous dis, pource que le moyen de se faire
du bien aux dpens du pauvre homme, sans qu'il en soit marri, c'est
qu'il faut prendre les bouts de chandelles qu'ils vont offrir, & s'en
clairer disant ses heures; cela vous pargnera autant que feroit au roi
d'Espagne, si on lui bailloit tout le fil dont on lie les allumettes, &
qu'il le vendt aux Foucres, pour faire des serviettes aux Allemands.

GAGUIN. Vous tes un grand mnager.

MURET. N'ai-je pas t cordonnier? Ne sais-je pas que valent les brins
de filets, qui joint bout  bout sont utiles?

POSTEL. Puisque tu es cordonnier, si tu veux je t'apprendrai un beau
secret que m'enseigna l'empereur des Turcs, quand je le fus voir durant
mon grand voyage  Chtelleraut, o je vis l'origine de toutes les
nations, tats, sexes & gens du monde.

EUCLIDES. Tu nous en veux conter, pargoi, je suis un grand
mathmaticien; je ne crois rien que ce qui se dmontre.

POSTEL. Et si tu veux payer une once d'huile de canelle, pour graisser
nos peignes, je t'enseignerai  faire vingt paires de souliers en une
heure.

EUCLIDES. Cette heure-l seroit donc plus longue que les autres?

POSTEL. Non sera: ne savez-vous pas bien que la plus longue heure du
jour est celle du sermon? Et pour l'accourcir ou appetisser sans perte
de temps, est djener tandis qu'on prche: le prcheur aura fait &
ennuy plusieurs personnes, que vous n'aurez pas eu le loisir d'achever;
& puis  telle heure je ne voudrois travailler, tant je suis bon
rform.

EUCLIDES. Bien doncques, je paierai ce que vous voudrez.

POSTEL. Sachez que les Turcs ne font rien; ce sont les chrtiens qui
font leurs besognes; mais par excellence, leur empereur, que les sots
chrtiens appellent le grand seigneur, comme s'il toit barbier & gant;
ce prince-l de voleurs me fit bonne chere, parce qu'il pensoit que je
me ferois ministre, & qu'ainsi je serois  son commandement; & pour me
gratifier, il m'apprit un de ses plus grands secrets; c'est de faire
vingt paires de souliers ou environ, bons & chaussans, & ce en une
heure, pourvu que l'on et de bonne toffe,  savoir vingt paires de
bonnes bottes, dont vous couperez le bas; & seront souliers; & le reste
servira de gutres aux cordeliers.




TITRE.


XXXVII. SCALIGER. En ma conscience nous tions pour cette affaire, sur
un notable franc arbitre; & les arbitres toient presque d'accord de la
sentence de cet arbitrage. Je ne sais si j'ai bien dit; (va toujours;
trotte qui danse.) Nous avenions aux rsolutions, & trouvions les
sciences tout justement, y attendant justement comme pques en Mai, &
rpondions  propos, comme firent deux notables dames d'Orlans; l'une
femme d'un apothicaire,  qui je demandai si elle avoit de
_l'agalochum_, & _agalochum_, c'est _lignum alois_; & elle pensoit que
je lui demandasse si elle avoit autre drogue; elle me rpondit  propos:
monsieur, je ne me connois point en drogues; il faudroit parler  mon
mari. L'autre est la belle piciere d'auprs les ponts. Monsieur le
procureur du roi, qui vouloit gausser avec elle, la voyant avec six ou
sept dames, lui dit: madame, avez-vous de _l'agalochum_? Monsieur,
dit-elle, voici plusieurs botes, il y faudroit mettre le nez. Etant
aprs ces belles intelligences, voici la serviteuse qui nous vint dire
que quelqu'un toit  la porte, pour entrer ou sortir.

QUELQU'UN. Quel mot est-ce que _serviteuse_?

L'AUTRE. Ce mot vient du pays de sapience, & j'en use ici  cause qu'il
a des gens maris; _notate verba, & ponderate misteria_. Cette fille
nous vint dire qu'il y avoit  la porte un personnage qui vouloit parler
au bon homme. Aussi-tt il alla  lui, puis revint & nous dit: (je le
dirai pour lui, parce qu'il est empch  frire l'esprit d'un demi-cent
d'crevisses,  la mode de Bourges, o l'on les vend toutes nues) c'est
un docteur d'Oxfort, qui n'est pas encore rsolu s'il se doit faire
catholique ou huguenot; & il demande  parler  quelques aptres, s'il y
en a cans. Vraiment non, dmes-nous, il n'y en a point ici; ils nous
empcheroient de faire bonne chere; & puis ils auroient honte de
l'hirarchie, & du criblement des ministres, parce que les uns ont trop
lard l'oie, & les autres y ont trop mis d'pices, aprs l'avoir
dpouille de ses fantaisies. L-dessus il fut tenu conseil de l'envoyer
en Espagne, d'autant que l'on estimoit qu'il y pourroit avoir quelque
aptre,  cause que les Espagnols, pour la plupart, sont parens selon la
chair. A quoi s'opposa Varro, disant que les Espagnols se prvalent tre
les plus catholiques; & partant le plus parfait membre de l'glise; &
allgua, _nescit sanguinem_, l'glise ne connot point ses parens.
Parquoi on lui dit qu'il se pourvt; que nous n'avions la tte rompue
que de telles gens qui changent de religion, pour demander le passage,
comme ces Franois qui passent en Angleterre. Et cela dit, afin de lui
donner quelque contentement, on lui fit une paraphrase apostrophique
pour son djener, & qu'il s'en saoult s'il pt. Je vous dirai un grand
secret, c'est que vous liriez ici quatre jours entiers, que vous ne vous
saouleriez aucunement, & j'en dis vrai. Vraiment, nous n'aurions garde,
si nous ne mangions quelque chose en lisant.




REPRISE.


XXXVIII. SOCRATES. Il n'y a personne qui ne tche  faire son profit; &
sur-tout boivant & mangeant. Et je vous dirai, belle & bonne personne,
ma chair de prochain, vtes-vous jamais le pere Prologue?

OVIDE. Tu nous veux faire passer ce petit tronon de bonne chere que
vous ftes en Espagne, aux nces de la reine, fille de notre invincible
roi. Tu as raison; pargoi, ils nous donnerent force paroles couvertes,
quantit de mots dors, des phrases dlicates, beaucoup de menus propos
qui nous passoient apostrophiquement par la bouche, ainsi que l'on mange
les lettres aux coles. Et je vous profrerai un grand fait, qui m'a t
rvl selon la trabale; que ce n'est pas sans raison que l'on fricasse
les ames, vu que de tout temps, & de l'invention des potes, il y a
certaines M que l'on mange; (& de fait, on pensoit s'quivoquer; mais 
bon escient) j'ai vu engouler des _ames_ toutes fraches, comme vous
feriez une crevisse d'eau douce. Or je n'irai pas-l; je ne veux pas
tre mang, je ne l'ai pas accoutum.

SOCRATES. Mais disons de ce repas.

OVIDE. Je n'ai plus  en dire, sinon que nous mangions de ce que dieu
nous avoit donn, comme dit l'autre. Et conscience, notre jardinier, qui
toit un beau jeune homme, n'en voulut point; il se maria avec une belle
jeune fille, qu'il fit femme, dieu merci & vous. Un dimanche matin, il
cuidoit lui donner le picotin; & elle le pria de se contenir. O! ,
dit-il; & pourquoi? Mon ami, dit-elle, je me trouve mal. Etant leve, or
toit-ce en t, il vit sa chemise tache de sang: hlas, ma mie! vous
ai-je blesse? Non, mon ami. Et qui donc? Personne. Mais, ma fille,
dis-moi que c'est. Ardez, mon ami, c'est que j'ai ce que dieu nous a
donn  nous autres pauvres femmes. Voyez-vous, ainsi que, quand vous
tes chauff, le nez vous saigne; ainsi notre pauvre cas saigne tous
les mois; & si alors un homme nous touchoit, il se perdroit. Et bien, ma
mie, vous avez bien fait de me le dire. Si je me fusse perdu l-dedans,
on et eu bien de la peine  me retrouver, tant il y a de chambres, de
recoins & de garderobes, sans les salles. Quelques jours aprs, il
venoit de Vanves; & ayant bon apptit, il demanda  souper  sa femme,
qui lui dit: oui, mon ami, il s'en va prt. Et que me donneras-tu, ma
fille? Ne vous souciez, mon ami; nous mangerons de ce que dieu nous a
donn. Elle parloit, comme vous dites ordinairement. Lui qui se
ressouvint de ce qu'elle lui avoit dit, estimoit qu'elle lui donneroit
de ses mois; il lui dit: ma mie, je vous remercie, je n'en veux point;
je m'en vais souper avec mon compere. Je sais bien ce que je lui eusse
fait, pour n'avoir point de ces harnois-l.

SAPHO. Et dites, je vous prie; & quoi?

OVIDE. Je lui eusse farci le ventre d'andouilles.

SAPHO. Pargoi, tu nous en contes; Je crois que tu as hant les filles
d'glise, c'est--dire les femmes de clotres, c'est--dire les garces
de chanoines. Elles parlent ainsi, sans autrement user de respect, sinon
qu'elles appellent les autres putains, chiennes, vesses, & qu'elles
dbauchent leurs matres.

LE CONSUL. Je ne m'bahis pas vraiment de ce que l'on dit: ho, ho, ,
Calvin, te souviens-tu pas bien de ce que disoit Hilaret, quand il
contoit en chaire que tu tois fils du chanoine; & que notre ami de
Saint-Denis, le chanoine, dnant avec notre vque, se mit  parler
contre ce cordelier, feignant tre fort fch contre lui, & faisant
tomber  propos ce poinct de son sermon, lui dit par colere fraternelle:
je ne trouve point bon, que l'on dise des mensonges en la chaire. Je ne
dirai pas comme le cur de saint Lifart, qui disoit que la chaire, o il
toit, n'toit pas la chaire  faire caca; mais  dire vrit. Je dis
donc que cela est messant de prononcer des impits en telle chaire.
Vous avez dit que Calvin toit fils d'un chanoine; ce qui est trs-faux.
Les chanoines sont gens pudiques, sobres du cul comme de la bouche,
comme dit messire Guillaume le Vermeil, ils ne font point d'enfans: ce
sont les cordeliers qui en font. S'il y a quelque femme qui se prte,
voil un petit cordelier dessus.

BUCHANAN. Je suis pour les peres cordeliers; cessez cette injure. Il y a
apparence que les chanoines font des enfans, tmoin madame la roine de
France, qui, allant  Chartres en voyage, pour avoir ligne, & suivant
un beau chemin fait exprs, parce qu'elle alloit  pied, elle s'assit
pour se reposer, que voici passer une belle grande paysanne des champs,
qui cheminoit comme un prtre Breton. La roine l'arrte, & lui dit: bon
jour, ma mie; o allez-vous? Je vais  Chartres, madame. Que faire?
Vendre du lait & des herbes. D'o tes-vous, ma mie? Je suis d'ici
auprs, madame. tes-vous marie? Oui, madame, dieu merci & la voutre.
Mais, madame, ne vous dplaise, dites-moi, s'il vous plat, qui vous
tes? Je suis la roine. Excusez-moi, s'il vous plat, si je ne vous ai
fait l'honneur que je devas. Mais, madame la roine, vous allez  pied; &
o allez-vous, madame la roine? Mais que ne vous dplaise? Je vais 
Chartres, ma mie, pour aller en cette belle glise prier dieu,  ce
qu'il lui plaise que j'aie enfans. Hlas, madame la roine, ne laissez
pas de vous en retourner; ce grand chanoine qui les faisoit est mort, on
n'y en fait plus.

SCANDERBERG. Cette-ci toit presque aussi hagarde, que cette bonne femme
qui demeure aprs le roi des veaux,  la grille aux sots. Nous tions
avec de Pise, ce bon magistrat, qui aida  mourir ce ministre, qui renia
ministere, pour se joindre aux finances; & je vous assure que nous ne
tchions qu' rire & dner. Nous avions gagn notre procs; nous ne
plaidions que pour les dpens. Nous tions, ma mie, en ce point, tout de
mme que les garces, qui ne plaident jamais en dfendant; elles sont
toujours aprs en demandant.

    Amour de garce, & ris de chien.
    Tout n'en vaut rien, qui ne dit tien;
    Bien de ribaud, & chair de garce,
    Etant unis, ont bonne grace.

De _garce_  _grace_; il n'y a qu'une transposition. Et puis,

    Quand matre cot, & putain file,
    Petite pratique est en ville.

MAROT. Tu seras meshui sur tes sentences; je pinte  l'aise:

    Regarde au nez, & tu verras combien
    Grand est cela, qui aux femmes fait bien.

DU JON.

    Regarde au pied, pour au rebours connotre
    Quel le vaisseau d'une femme peut tre.

L'AUTRE. J'entre en fureur potique:

    Si tu voulois, je voudrois bien,
    Belle,  ton corps joindre le mien.

MOY. J'y suis,

    Jouer au jeu, qu'aux cailles on appelle,
    Aux filles est, chose plaisante & belle.

JEANNE.

    Prte-moi ton _c, o, n_, pour mon _v, i, t_;
    Puis nous remuerons la lettre qui suit le _p_.

SCANDERBEG. Vous? Que diable ne me laissez-vous dire! Or bien, nous
tions-l, & voulions gausser cette vieille marchande. Elle toit
parente & grande amie de Montoir, qui, un matin allant au four qui toit
assez loin, elle vit messieurs de la ville qui mesuroient & piquetoient.
Et da, dit-elle, messieurs, que voulez-vous faire? Nous voulons fermer
la ville. Hlas! messieurs, attendez un peu, s'il vous plat, que je
sois revenue du four; je ne muserai gueres. Cette marchande donc avoit
des guillettes de velours, des bas-de-chausses de taffetas, une gane
de faulx, des vrilles de bois, des fusils de laine, des dcrotoires 
mche, des arquebuses  corde, de l'appas aux puces, de la tablature 
apprivoiser les souris, & telles sortes de marchandises. Nous lui
demandmes: madame, avez-vous des brides  veaux? Il faut voir,
messieurs, s'il vous plat. Elle nous amusa l, plus de trois quarts
d'heures & six minutes. Cela me fchoit, parce que je n'ai affaire que
de tems & d'argent. A la fin, tant monte sur une escabelle, & ayant le
dos vers nous, elle nous dit: messieurs, j'ai de mauvais enfans qui les
ont brouilles & dmanches, si que je ne les peux trouver toutes
entieres; & disant cela, d'une souplesse prompte & prmdite, va lever
ses robes & sa chemise, & nous manifester son gros cul ample & fessu,
nous disant: au moins, messieurs, voil les mords. Par ma conscience,
dis-je, madame, nous voil bien refaits. Acoutez, messieurs, acoutez un
peu; je vous dirai un conte pour vous appaiser. Ardez, j'tois  la
suite de l'arme de Moncontour, o j'eus beaucoup de dpouilles, dont
voici les restes. Ainsi que nous tions  ce mnage, voil la plus
grande de la cour, qui, passant & voyant les morts de & del, parce
que c'toient huguenots, n'en dit rien: mais en voyant un tendu, le
ventre au soleil, & considrant la grandeur de son membre viril, va
dire: voil grand-piti de cettui-l. Et nous de sortir de l, & de nous
en aller: aussi-bien on nous attendoit  dner chez un prlat.

L'AUTRE. On m'a dit que c'toit le feu archevque de Tours, qui a appris
 messieurs de la cour  se torcher le cul de papier blanc. Etant 
dner, & faisant bonne chere, il fallut, selon la coutume, rapporter
quelque chose d'dification; & nous de dire notre fortune. J'en ai bien
vu une plus belle, dit Dariot. Je venois de Mets; & je trouvai  terre
une coigne, & je dis: eh, que fais-tu l, coigne ma mie? Elle me
rpondit rien. A, ha, h, va dire le cur de Gri, par man,
monseigneur, il n'y a pas apparence qu'une telle piece de fer ait parl.
Je ne dis pas, que si c'toit un landier ayant face d'homme, comme ceux
de votre cabinet  tudier aux perdris, qu'il n'y et raison.




ARCHIVE.


XXXIX. Passant ainsi de propos, en autres sur les discours
d'dification, monsieur le chantre tira de sa manche un canon fort
excellent, disant que c'toit l'abbaisse de Rousserai qui le lui avoit
envoy, tel que la prieure l'avoit compos & fait chanter a soeur
Jaqueline de la Gerandiere, qu'elle instruisoit ainsi sur ce mot
_conculcavit_. L, ma mie, chantez bien; tenez-moi ce _con_ ferme,
_con_: l aprs, _cul_; haussez-moi ce _cul_, _cul_: aprs  ce _ca_;
entretenez-moi ce _ca_: puis  ce _vit_; l, tenez-moi ce _vit_ bien
long.

MAROT. Ce fut le colloque de Poissi, ce vnrable concile racourci, qui
fut d'avis d'instruire des jeunes religieuses de telle sorte. Et de par
sa mere, depuis que colloque a hant les dames, on a parl d'elles; non
pas que l'on dt qu'elles fussent paillardes, mais on disoit qu'elles
vivoient comme des putains. C'est piti que cela, & encore plus que vous
ne sauriez dire.

ALCIBIADE. La mere de notre boulanger, celui qui demeure aprs les
Cordeliers, en toit tout en extase. Elle tenoit une livre de beurre en
sa main  nud, & voyoit un grand ne qui sailloit (je crois qu'il
falloit dire _baudouinoit_) une jument. Cette pauvrette, pleine
d'admiration, & voyant ce fouet qui entroit ainsi, serroit la main &
faisoit dgoter le beurre entre ses doigts: hlas! mon beurre.

RONDELET. Que voulez-vous dire de cette pauvre fille? Et bien, c'toit
une motion qui l'avoit prise par admiration. Oui, & il y a ainsi des
maladies qui prennent, qui vont, qui viennent ainsi que le temps qui
court; & comme les maladies nous prennent allant & venant ou nous
reposant, nous prenons le temps comme il vient, & de mme en font ceux
qui mangent leur bien. Et de fait, passant par cette contre, nous
voyions des personnes riches qui entamoient leur bien, & pour le manger
faisoient diverses sauces. Les uns le mangeoient  la sauce de rponce;
les autres allant au march aux fesses; quelques-uns  la sauce
d'Allemagne; aucuns  la sauce de la messe d'onze heures.

CSAR. Demeurez-l. Qu'est-ce  dire?

RONDELET. Vous voil bien empch! C'est  la sauce de paresse. Je n'ai
pas voulu dire la messe paresseuse, ainsi que parlent les jsuites; au
moins le bruit en court.

AMIOT. Laissez courir le bruit avec le monde qui trotte, attendant que
la coutume aille la haquene, & le bon temps le pas. Mais un peu, hau
mon caporal, ces mangeurs ne boivent-ils pas aussi?

LE BON HOMME. Et quoi donc, s'il sont maris, ils boivent de
l'ordinaire, tmoin celui qui commenta les vieilles lgendes, o il mit
 l'entre de ses annotations: _tout homme de qui la femme pette, tant
couchs ensemble, est bien heureux_; comme disoit notre confrere le
chanoine, monsieur Joyeux; qui est mort chancelier, dieu lui fasse
pardon, en l'glise de cans, pour plusieurs raisons. _Primo_, il
l'entend; parquoi il sait qu'elle est auprs de lui, & ne le fait pas
cocu pour lors. _Secundo_, il reconnot qu'elle n'est pas morte.
_Tertio_, il jouit du sens de l'oue. _Quarto & perfecto modo_, il boit:
ainsi il a plusieurs commodits, desquelles sont privs les prtres, &
les autres gens de notre saveur.

ADDIAS. Si est-ce qu'ils ne laissent de trouver le vin bon.

MAROT. Par mananda, tu y es, & as bien fait de profrer cette goule qui
se trouve vritable: &  dire vrai, tu es le plus vnrable menteur de
toute la compagnie. Prends un peu les mains  Glycas & Cedrenus, & va
chatouiller ce flaccon de vin, & me dis s'il est mle ou femelle.

ARISTEUS. Oui d; il y a mle & femelle du vin; le blanc est le mle.

MAROT. Va te faire panser  mon barbier; il ne te coutera rien. Tu y
entends comme un boeuf  jouer de l'pinette. Puisque nous le tenons
ainsi, pourquoi rsistes-tu  l'criture de noble antiquit?

SIMLER. Quand toute ton anticlit de tous les diables, & ta sapience de
l'ante-christ seroit, je n'en croirois rien. J'ai beu plus de deux mille
deux cent quatorze bouteilles de l'un & de l'autre vin; mais je n'y vis
jamais ne cul, ne con, ne couillons. Partant je dclare que pipeurs &
malheureux sont ceux qui mentent en vin quels qu'ils soient. Et pourquoi
n'y faut-il pas mentir? Parce qu'il y a, _in vino veritas_. _Primo_, au
vin la vrit, comme nous disons nous autres latins. _Secundo_, il est
de serment. _Tertio_, on leve la main en le prenant. _Quarto_, & pour le
mieux, on le prend & met sur sa conscience. Un homme est de bien peu
d'esprit, s'il ne se connot en ce qui est de sa vacation; c'est
pourquoi plus un prtre est savant  juger le vin, & en avoir de bon, il
est plus homme de bien; & notez cette dcision de Botius, qu'il a
apprise du saint qui fut canonis de son temps, durant vendanges.

HYPOCRATES. Vous n'avez point parl de l'odeur du vin? N'importe, parce
qu'il ne peut faillir de sentir bon. S'il est bon, ce n'est pas comme
quelques choses, dont il se faut servir sans les sentir.

CSAR. Quelles?

HIPOCRATES. Il ne faut jamais sentir un oeuf, ni une hutre, ni un con.

NRON. A! jan voire, voici le mot pour rire.

VATABLE. Je vois bien que vous ne le savez pas; je vous en ferai un beau
petit discours dmonstratif. Du temps que je me mlois de prcher en
notre glise, il y avoit un diacre qui toit falot, & qui y avoit reu
de l'argent pour moi; il me vit s hautes chaires en ma place. Alors il
prit en main cet argent, envelopp en du papier, & durant la messe il
vint apporter le livre de l'vangile  baiser, me le prsentant, il me
ficha en la main ce papier avec l'argent; & me dit: _hc sunt verba
sancta_. Cela toit le mot pour rire. Qu'ainsi ne soit, si on vous
mettoit sur une table cent mille cus, & qu'on vous dt: ces cus sont
pour vous, si vous en pouvez prendre trois poignes, ha! en disant sans
rire: _gripeminaut_. A! h, & vous riez dj, vous n'aurez rien.

NRON. Et d, vous ne serez pas si mauvais; vous me donnerez vos restes.

VATABLE. Oui, je vous ferai comme les valets des archers de la garde du
roi, que l'on dit du corps. Parce que les meubles sont de plus grande
consquence, (tmoins les Normands qui vont sur les bateaux par eau, &
font porter leur procs par terre: d'autant qu'il y a bien  dire entre
le bien & la vie. Celui que l'on jugeoit  Chtillon, ayant ou son
dicton, & qu'il seroit pendu, il le supporta: mais quand il out qu'il y
avoit amende de vingt cus, qui toit plus que les deux tiers de son
bien, il dit qu'il en appelleroit, si cela n'toit t, & bien on l'ta,
& il se laissa prendre, de peur de faire des enfans pauvres). A ces
valets de garderobe il avient au rebours de bien. En t, ont gros
habillemens; c'est que leurs matres les laissent, pour en prendre de
neufs qui sont lgers: & l'hiver venu, ils ont des habillemens lgers;
d'autant que leurs matres en prennent de pesans, & leur donnent les
vieils, selon la coutume. Voil comment leur bien va  rebours; & s'ils
pouvoient patienter, il auroient, _non secundm quitatem, sed secundm
justitiam_: & da, je parle aux doctes, s'ils le peuvent entendre; &
quand leurs habillemens sont uss, il faut dire: ne faites point de
manches  votre pourpoint, le corps n'en vaut rien, voire, mais le corps
vaut toujours mieux.

LOUVET. Quoi! le corps vaut mieux que les biens? Zacharie Durant,
libraire de Genve, ne le croyoit pas, quand il fut frapp de la peste,
& que le chirurgien lui et dit que ce l'toit. Ha! mon ami, dit il au
chirurgien, si je viens  mourir de cette maladie, je perdrai plus de
mille florins  cette foire de Francfort.




ORDONNANCE.


XL. Ainsi que je demandois  boire, voil un grand bruit. Quoi!
dmes-nous, est ce l le rsultat de quelque pape qui se fait, ou le _Te
Deum_ d'un fait tout nouveau? Non, ce dit Calepin, c'est que l'on vient
de couper le cou  caresme; & nous en oyons le bruit qui en retentit de
l'glise notre-dame de Paris  Nantes.

NERON. Comment cela?

CALEPIN. Savez-vous pas que le C, est la tte de caresme, & A, est le
col? Otez ledit A; le col sera coup, & ainsi il demeurera cresme. Le
corps joint  la tte sans cou, est tout vif, & ce  la catholique,
d'autant que, le jeudi absolu, on fait le cresme.

PANTALEON. Ce n'est pas cela; j'en viens. C'est de Beze qui vient
d'arriver; & neas Sylvius l'est all recevoir,  cause de la similitude
de jeunesse. Et gai, nous voil prou forts. Aussi-tt qu'ils furent
entrs, aprs avoir salu la compagnie, qui but plus de dix-sept pintes
de vin d'Arbois, ils se mirent  s'entretenir de leur jeunesse: & comme
ils devisoient profondment de leurs amours, voil ce mlancolique
Genebrard qui les vint interrompre. Et bien, leur dit-il, vous avez bien
fait des folies, tant jeunes; vous avez crit d'amour & de lubricit,
que plusieurs ont tourn en sens rprouv. Il est vrai que les bien
doctes, & qui ne sont point pdans, ont trouv vos crits bons; mais il
y avoit de l'excs: foin, jamais ces cucules ne font que lanterner le
beurre. Va, dit Sylvius, j'tois dispos de la braguette, & relev de
gentillesse, quand j'crivois mes galanteries: mais depuis, je condamne
tout cela; je les dsavoue. Et moi, dit Beze, je n'ai que faire de m'en
excuser; je suis gentilhomme  ce que je dis, & comme je l'ai toujours
tmoign, quand les notaires m'ont demand ou crit mes qualits. Et
bien, j'ai t galant en jeunesse; aussi j'tois prieur, dlibr comme
un affieur de meurtriers: mais depuis que je fus rform, je retranche
toutes mes foliettes joyeuses: & tout ainsi qu'un bienheureux Josu, je
fis une belle circoncision de mes oeuvres juvenielles faites  la
catholique. Tandis qu'ils disoient cela, je voyois les compagnons de
Genebrard qui se moquoient; & par dpit, le juge ds-lors que les
prtres faisoient comme les putains. Toujours elles mdisent les unes
des autres. Ainsi en font les ministres en Angleterre, & les alquemistes
par-tout. Voire, mais putains sont femmes: quelle diffrence y a-t-il
entre les femmes & les prtres? Ce sont gens de robes longues, grandes;
les prtres mettent leurs amicts sur leurs ttes; & les femmes mettent
leurs amis sur le ventre.

LE PREMIER-VENU. Vous ne faites que m'importuner & me rompre la tte de
vos discours, tant vous les mlez de biais; vous ne me laissez point
venir  un propos pour le savourer: vous en dites un bon; puis vous
gtez tout. Vous faites ainsi que le cur de la Riche, qui disoit  son
valet Maugin: mange les naveaux. Et lui qui se jettoit sur le milieu,
disoit: grand merci, monsieur, le lard est bon. O! , j'ai assez parl,
sans boire; , page, baille-m'en; mais ne fais pas comme le laquais de
la Roche-paille, qui, voulant donner un doigt de vin  son matre, en
versa au verre, & mit le doigt dedans pour mesurer, & trouvant qu'il y
en avoit trop, le but: mais aprs qu'il remesura, il y en eut trop peu 
la fin il n'y avoit plus gueres de vin  la bouteille: le laquais emplit
sa bouche & filoit dans le verre tant que le vin montra jusques au
doigt, d'autant que son matre n'en vouloit qu'un doigt.

BELLARMIN. Il toit exact comme celui qui fit la belle tapisserie du
verger, o il y a une Judith qui prie, & est  genoux devant une
notre-dame: ainsi que l'on voit aux minimes de Tours une vierge Marie,
qui dit ses heures de notre-dame agenouille devant un crucifix; &
l'ange est de l'autre ct qui dit son _ave_.

PITHOU. Ha! par saint Jean, tu le dclares trop; va, je te laisse 
l'abandon, tu parles comme un rprouv.

LUTHER. Taisez-vous, si vous tes sage; ne savez-vous pas que nos voix
ici sont autant de statuts, vu que nous sommes en tat parfait? Il est
vrai qu'il faudroit que ces guenippes en fussent hors.

PITHOU. Voire, & pourquoi les injuriez-vous?

BEZE. O! quand je m'en avise, je leur fais de l'honneur, parce que cette
pithete de _guenippe_ vient de _Aganippe_, comme quand on dit
_Citrieres les garces_; c'est--dire, _belle Vnus_.

PITHOU. Tu leur feras de l'honneur, comme le Breton en fit  monsieur de
Vendme, du tems que j'tois son secrtaire; & je vous le dirai. Un
monsieur de Trarmat vint voir monsieur de Vendme; & se prsentant
devant lui, lui dit: monsieur, j'tois venu ici, pour vous faire la
rvrence. Monsieur lui dit: faites-la. Il la fit, puis se tint droit &
debout prs le buffet. Monsieur lui dit: mon gentilhomme, mettez votre
bonnet, parlant  la veille gauloise. Le Breton fit une grande &
profonde rvrence. Or sachez que tels simples gentilshommes qui disent:
monsieur, si votre cheval est jument, approchez-vous plus loin de moi.

MAROT. (Et votre matre ne dit-il pas bien un plus beau trait au roi,
ainsi qu'ils passoient un gu, & que devisant ensemble, le roi laissa
boire son cheval, & monsieur votre matre ne voulut point permettre au
sien de boire. Le roi lui dit: mon cousin, laissez boire votre cheval.
O! ho, sire, il attendra bien, s'il veut, que monsieur votre cheval ait
bu. O! ha, h, monsieur Cheval est le clerc de ce grand juge du palais,
qu'un jour quatre des plus signales dames de la cour, (comme, sans
faire comparaison, madame de... je ne le dirai pas, ce sera le
commentateur) & autres l'toient all voir, pour le prier pour un
procs: il les laissa, ayant parl  elles; puis ayant fait un tour en
sa chambre, attendant qu'elles sortissent, il appella son homme, & dit:
Cheval. Plat-il, monsieur? Ces putains sont-elles encore l-bas? Elles
l'oient; parquoi, de peur de l'tre davantage, elles s'en allerent.) Et
bien, ce Breton?

PITHOU. A! a, bien, je vous dirai; son fils reprsente sa personne. Il
avoit au busque de son pourpoint,  faute de mallette, son joyeux &
gaillard bonnet de nuit. Oyant monsieur dire: mettez votre bonnet, toit
en peine; le matre d'htel lui dit: faites ce que monsieur vous
commande, il ne veut point de crmonies. Mais, dit-il, ses pages se
moqueront de moi. Ils n'oseroient. Adonc le Breton, mettant son chapeau
sur le buffet, mit la main au sein, & tira son bonnet de nuit, dont il
s'affubla, & puis se vint promener avec monsieur.

LE DISCIPLE. Quand vous avez dit monsieur, je pensois que vous
parlassiez de feu monsieur notre matre, qui fut vque de la
Basse-Bretagne, lequel ayant fait son coup d'essai d'une grand-messe,
demanda  son grand-vicaire s'il avoit beaucoup failli. Non, monsieur,
dit-il, vous avez bien fait, sinon que vous avez un peu failli  la
patenostre.

DU VERDIER. Notre aumnier n'y et pas failli, il disoit la messe bien
diligemment. Il avint qu'un jour, lui absent, se prsenta un prtre qui
dpcha fort; & quand il fut revenu, on lui dit qu'il toit venu un
aumnier qui disoit la messe plus diligemment que lui. Sandregille,
dit-il, il n'en dit donc rien, d'autant que je n'en dis pas le quart. Ce
fut lui que monsieur vit abattre une garce; & ds le matin, pour faire
journe. Etant retourn, monsieur lui dit: messire Ren, je vous prie de
dire la messe. Il dit: monsieur, je vous supplie de m'excuser; je vous
assure que, sans penser  mon affaire, j'ai trouv une prude; & j'en ai
pass outre. Oui, dit monsieur, je vous ai bien vu que vous secouyez le
prunier.




ARGUMENT.


XLI. H bien,  propos de vous, messieurs, vous direz que je suis fou;
je voudrois le pouvoir devenir; parce que sitt que je le serois, je
serois aussi-tt exempt du feu, si on me disoit hrtique; dlivr de
prison, si je devois; non sujet au consistoire ou  la mercuriale, ou 
la rprimande. Et pourquoi les fous ont-ils de si belles liberts &
privilges? Parce que l'empereur Justinian, qui gouverne encore le monde
fou, est devenu fou durant sa vie; par ainsi les fous sont empereurs, &
_ converso_. Et vraiment je ne m'bahis pas si mon pere mourut par
faute de bon gouvernement; _crede mihi_. Quand je revins de voyage, je
ne trouvai point d'eau dans le seau, encore moins en la seille: il
mourut comme  Dole  la danse Macabre; il y a la mort, qui parle  un
beau jeune homme, & lui dit:

    Ah, galand, galand,
    Que tu es fringand!
    S'il te faut-il meure.

Et lui rpond:

    Et mort arrogan,
    Pren tout mon argean,
    Et me laisse queurre.

L'AUTRE. O bien, si vous me calomniez, c'est tout un, il n'y a point de
ma faute. Le valet de l'aumnier,  qui les autres faisoient la guerre,
le dit bien  messieurs du bureau: vraiment, messieurs, il n'y a que les
pauvres que l'on canonise. Or bien, touche-l; Vigneau; ta femme est
femme de bien, je le crois, si l'ai-je besogne aussi bien que toi. O le
niais! Elle est si laide, que je ne voudrois avoir affaire  la femme,
non plus qu'au mari. Passons outre; je sens dja que ce livre nous
chappe, & me semble que je vois dja un fripon de proposant, qui est
joint avec un aspirant  la prtrise _mediante coquedindo_; & ils disent
que je suis nigromanchian, que je fais parler des morts. Je suis bien
plus habile que cela: les morts ont parl; ils le savent bien: mais je
fais parler les btes; & beaucoup parleront, si dieu plat. Mais avisez,
s'il vous plat,  tout ce qui se fait, ou que l'on fait en ce monde;
tout cela a une fin certaine; je vous en ferai une dmonstration
notable. Allez chez un peintre, & voyez-lui broyer les couleurs.
Savez-vous bien pourquoi on prend tant de peine  les broyer
diligemment? Je vous ai dit un grand secret; avisez-y: prenez la
mollette & la levez; & vous verrez de beaux arbrisseaux & branchages qui
y sont haut & bas. Et voil la cause pourquoi, la fin pour laquelle, les
aveugles se connoissent en couleurs: & pource, si tu crains la goute,
abbas-l, fous-l. Ma fille,  belle servante, si mon valet te prie d'un
peu de jouissance, prens un bton & lui en donne, tandis que je
m'amuserai  ces gens de rputation, qui sont pleins d'honneur, comme
une truye de poivre.

LE BON HOMME. Or , mes bons amis, vivons en libert, notre convive
s'acheve, ils sont sur le dessert: je suis un peu sorti, pour vous le
dire. D'autres pour tout recueillir le reste que j'ai oubli pour mon
plaisir & votre commodit, d'autant que les yeux vous feroient mal, qui
seroit fort au dsavantage de votre vue.

QUELQU'UN. Bien donc, dites-moi, avez-vous envie de parvenir? Lisez ce
volume de son vrai biais. Il est fait comme ces peintures qui montrent
d'un & puis d'autre. On m'a dit qu'il y a quelques malotrus qui ont dit:
voici des traits d'athiste. En da, je n'en sais rien; je m'en rapporte
 eux. Si j'ai rencontr  dire leur navet, ' t sans le savoir. Je
joue au colin-maillard; je prends ce que je trouve. Mais eux, qui sont
sages & pleins d'intelligence, ils font tout par lection &
connoissance. Il est toujours avis au chat breneux que la queue lui pue.
Ne vous dplaise, si j'ai dit quelque chose qui regarde ou oye de ct,
& sente mal  votre got, ce n'est pas ma faute; c'est une perspective
d'oreille qui est gauchie: & puis les parfaits sont aux cieux. Si je
m'bats  me moquer de vous, battez-vous  dire bien de moi, afin que
ce ne soit de vous dont je parle. Et puis, qui sait en bon escient que
je veux dire, s'il n'a vu & lu le tout; & n'a requis le vrai sens de mon
affaire? Et par la double fressure de mon petit chien, (j'ai quasi jur
comme un connestable, & pris dieu partout: mais je me suis retenu par
votre exemple), & vous dites donc, que je suis un moqueur, un
contempteur? Il est vrai, si vous le prenez selon votre folle fantaisie,
qui ne vaut pas une foute de chat: aussi je contrle vos sottises, &
condamne vos impudences. Or chacun juge selon le poids de sa charit. Et
de-l les bonnes religieuses qui apprendront ceci par coeur, diront: il
est bon homme; il taxe les vices d'une belle faon. Et pour l'amour de
cela, je me mettrai  faire un beau livre, o je vous dirai la vrit
tout au rebours des autres, & d'une faon si belle, que je le publierai
aprs ma mort, afin que l'on voie que je dirai de bonnes choses, que je
n'entendrai non plus que vous autres: & si deviendra tant authentique,
que le monde de son temps le priseront sur tous, & le diront l'unique;
tellement qu'ils tiendront tous les auteurs, ainsi que vous, comme vrais
fous qu'ils sont, se travaillant pour nant, & pour penser acqurir une
rputation qui se porte  Paris sur des crochets, comme fagots bnis.
Malheureux sont ceux qui se donnent de la peine, pour avoir bruit d'tre
ou pipeurs, ou flatteurs ou mercenaires, dicteurs de folies d'autrui. Et
afin que je puisse un jour commencer ce volume, je mettrai ici un tronc,
tel qu'il est en notre ville, auprs le portail de la grande glise:

    Vous qui avez mine d'tre homs,
    Et qui semblez tre hommasses;
    Apportez quatre gros trons,
    Afin que l'oeuvre se parfasse.

Et je vous promets que vous y gagnerez, & davantage, y apprendrez tout
ce qu'il y a de bon en ce monde, ce que je vous prouverai en toutes &
maintes sortes.


FIN.






End of the Project Gutenberg EBook of Le moyen de parvenir, tome 3/3, by 
Franois Broalde de Verville

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MOYEN DE PARVENIR, TOME 3/3 ***

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