The Project Gutenberg EBook of Le moyen de parvenir, tome 2/3, by 
Franois Broalde de Verville

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Title: Le moyen de parvenir, tome 2/3

Author: Franois Broalde de Verville

Release Date: September 9, 2018 [EBook #57879]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MOYEN DE PARVENIR, TOME 2/3 ***




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LE

MOYEN

DE

PARVENIR.

_NOUVELLE DITION._

Augmente d'une Table sommaire des Chapitres.

_Caritas inter jocosve regnat Moria._

TOME SECOND.

A LONDRES.

M. DCC. LXXXI.




[On a recopi, dans cette version lectronique, le sommaire de ce tome
second, tir du tome premier de l'original papier.]

_SOMMAIRE_

DES CHAPITRES.

_TOME SECOND._

I. Il continue sa dissertation, & se jette un peu sur la friperie des
parvenus, & de la faon de parvenir dans ce monde de dsordre & de
dissolution.

_Plaisant parti d'un domestique_, p. 6.

II. L'histoire de Quenault & de sa serpe est coupe de diverses
instructions trs-profitables. On y voit la diffrence d'une femme de
par dieu, d'avec une femme de par le diable. Sermon du cur de
Busanois, divis en trois points.

_Le conte de Quenault & de Thibault_, page 7.

_Sermon en trois points, du cur de Busanois_, p. 10.

III. Devoir des prlats prescrit sous le voile de la plaisanterie:
_castigat ridendo mores_. Conte sur le proverbe, n'avoir ni rime ni
raison. Cette section est remplie de factieuses aventures sans rime ni
raison. La cruche de malvoisie prise pour un lsard, par des femmes
ivres de vin. Bible hbraque prise pour un livre de magicien par un
prtre, &c.

_Conte du ministre qui avoit rime & raison_, p. 14.

_Conte de la malvoisie_, p. 16.

_Conte du pseautier hbreu pris pour livre de magie_, p. 19.

IV. Origine de la bonne eau pour faire la bonne double-bierre
d'Angleterre & de Flandres. Miracle de la Gousson toujours ployant du
linge, & de la Le Page toujours pissant, l'une pour avoir bien reu un
besacier, l'autre pour l'avoir rebut.

_Ruisseau  faire la forte bierre_, page 20.

_Conte de la Le Page & de la Gousson_, p. 23; contin. p. 24.

_Interrogatoire de matre Pierre_, p. 23.

_Propos de pisseurs_, p. 28.

V. Aventures plaisantes de plusieurs pisseurs. Platon moquant & moqu.
Pourquoi le _cela_ de l'homme a besoin d'aide pour pisser, tandis que
celui de la femme va tout seul. Minimes & capucins tourns en ridicule.
Allusion du mot de Joseph  l'antiquit des minimes. Description de la
sphere en termes estropis: (c'est srement dans le _Moyen de Parvenir_,
que ces gens d'un esprit si sublime de notre siecle, ont trouv le style
des parades, & ont voulu nous dmontrer par solide argument, qu'il y
avoit plus d'imagination  composer la plus mauvaise des parades, qu'
faire Cinna ou Mrope). Conte de Chabert & des trois filles,  qui il
demande une rponse de chacune sur le droit d'anesse de la bouche ou du
chose. La section finit par une question, dont le titre de la section
suivante fait la rponse.

_Aventure de Platon & de Prdicat_, page 30.

_Bonne logique d'une chambriere_, p. 32.

_Plaisante origine des minimes_, p. 34.

_Description lgante de la sphere_, p. 35.

_Conte des trois filles_, p. 36; contin. p. 37.

_Propos d'un cur & d'un charpentier_, p. 37.

_Question d'une chambriere_, p. 38.

VI. Sapho commence  babiller, & elle en conte  faire mourir de rire ou
de honte. Dissertation de Nostradamus sur les culs, qui est termine par
les prudentes rflexions concluantes d'Hypocrate. Histoire d'Esculape,
qui voyoit le jour par le trou du cul de sa femme. Plaisanterie sur les
femmes Allemandes de ce temps-l, & qui pourroit trs-bien convenir aux
femmes Franoises de ce temps-ci. Satire contre ceux qui annoblissent
leurs noms par des _du_, _de_, _le_, &c. Origine du proverbe: _s'il a
bon coeur, qu'il mange de la merde_.

_Conte du cul de la femme d'Esculape_, p. 42.

_Changemens de noms_, p. 44.

_Conte de Stace avec la femme peteuse_, p. 45.

VII. Comparaison de l'outil des femmes avec des fves, qui ont la raie
noire & le bas contre mont. L'conomie mene loin, puisque trois fves
semes ont fait le mariage d'une fille. Fve des gteaux des rois
tourne en ironie. Avarice des avocats reprise par le conte d'une femme
dont on n'avoit fait le poil que d'un ct. Le marinier de Quilleboeuf
ne reconnot plus sa femme, parce qu'elle se l'toit fait tondre.

_Trois fves qui font le mariage d'une fille_, p. 47.

_Conte de la femme  moiti pile_, p. 48.

_Obstination d'un marinier_, p. 49.

_Disputes de deux maquerelles_, p. 50.

VIII. Dissertation sur les fillettes, dont la conclusion est de les
distinguer en trois sortes. Comme on doit faire cas des larmes & du
dsespoir des filles de joie. Plaisant conte sur un homme qui appelloit
le _comment a nom_ de sa femme un gardon. Origine de la solution de
continuit; Mercure couturier des ventres des hommes & femmes; trop ou
trop peu de fil fait la rosette ou la boutonniere. Exposition des
vritables sept merveilles du monde. Diffrence entre vrit & raison.
Le conte du beurre de la Solde, qui est interrompu par des propos
factieux.

_Lamentation de putain_, p. 51.

_Femme qui montre son cela, sans y prendre garde_, p. 52.

_Conte de jeune femme & vieux mari_, page 53.

_La couture des mles & femelles_, p. 54.

_Le beurre net de la Solde_, p. 57; contin. p. 60, contin. p. 61, fin.
p. 63.

_Propret des femmes_, p. 57.

_Caractere des moines_, p. 58.

IX. Le conte du beurre de la Solde continue dans cette section,
toujours avec quelques parentheses joviales, & il est bon de remarquer
que c'est toujours la belle & sage Sapho, qui, depuis la section VI,
tient impitoyablement le dez des propos polions. Caton disserte sur le
bon ge, & avance que le _cela_ des hommes est plus fort dans la
vieillesse que dans la jeunesse, parce qu'tant jeune une main le
conduit, & que dans la vieillesse deux ont peine  le guider. Satire
contre les chanoines & les mdecins, & bon mot sur l'aumuce. Eloge du
livre fait par un pote, & confirm par un prophete.

_Emploi d'un contrat de mariage_, p. 60.

_Exprience de Sculpture_, p. 63.

_Conte du mdecin_, p. 65.

_Mot  double entente_, p. 67.

X. Question embarrassante  rsoudre pour un homme amoureux de sa
libert. Diffrence entre farine & bran. Songe du pauvre paysan. Origine
du proverbe, _afin que le bon homme ait son sac_. Quelques-uns des
convives qui toient sortis pour faire place  un verre de vin,
rentrent. Socrates parle & est moqu ds le premier mot. Ridicule jett
sur ceux qui grassayent en parlant, par bon air, ou pour ne pas se
fendre la bouche.

_Le revenant_, p. 71.

_Conte du sac du bon homme_, p. 72.

_Rponse humble d'un valet_, p. 73.

_Propos naf d'une fille_, p. 75.

XI. Origine des bossus: enfilade de propos burlesque au premier calibre.
Raison pourquoi l'on salue quand on boit. Reprise, en-dessous oeuvre, de
l'loge de ce livre, & prophtie inintelligible sur sa destine.
Enthousiasme furieux contre les critiques & les dvots.

XII. La langue franoise est riche en termes de chouserie. Dissertation
sur le _Pheros_ ou ambrosie des dieux, & sur la nourriture des ames.
Interprtation du mot _apprendre_. Conte fort plaisant  ce sujet.
Maniere de faire des barbes passes sous la meule, & plaisanteries sur
les barbes faites. Conte de la femme du procureur, accouche d'un maure,
& de la navet du procureur avec son critoire.

_Conte du bonnet tomb_, p. 83.

_Bonne leon d'une vieille servante_, p. 85.

_Conte du moulin  barbe_, p. 87.

_Chanoine pris par son propos_, p. 88.

_Conte de l'critoire du procureur_, p. 89.

XIII. C'est ici ou se dveloppe le grand mystere du menton ras des
prtres. Conte sur Hugonis, suivi du conte de la sage-femme qui vient
accoucher un garon. Erasme s'tend sur les polissonnes invectives dont
il avoit accabl un docteur. Secret de sentir l'hrsie. Pays de
papefiguire, ou l'on est toujours gras & vigoureux comme un _moine_.

_Plaisante rponse d'un homme gras_, p. 93.

_Le jeune homme en couche_, p. 93.

_Quiproquo d'un domestique_, p. 94.

_Nom tronqu_, p. 95.

_Conte de la dispute d'Erasme_, p. 95.

_Plaisant jugement_, p. 96.

_Description du pays de papimanie_, p. 99.

XIV. Moeurs de ce pays de bonne sant. Termes amphibologiques; Cardan &
Jamblique disent quelques bourdes sur les succubes & incubes. Satyre
contre ces faux-dvots qui veulent que le diable soit le pere de nos
passions & de nos plaisirs, & qui en refusent la prudence  la divinit,
& l'honneur  l'homme. Les hommes font tout dans le travail amoureux,
les femmes ne font que prsenter l'cuelle. Conte de l'crevisse
attache au bord de l'cuelle d'une femme par une patte, &  la lvre
suprieure du mari par l'autre.

_Eloge de la vis des tuileries_, p. 100.

_Conte de l'crevisse au bord de l'cuelle_, p. 103, contin. p. 104.

_Les beaux sont les gros_, p. 105.

XV. Cette section commence par le plaisant conte de Jean Laille, qui
mit sa machine  faire pauvret dans une souriciere  ressort, croyant
tre dans un urinal. Sa plaisante insolence avec une chambriere.

_Conte d'un moine pris en partie, comme une souris_, p. 108.

XVI. Dissertation sur la poudre de projection. Ridicule texte d'un
sermon. Gaillarde maniere de dfendre son bien, mise en usage par un
moine, contre deux voleurs. Explication de certains sobriquets; chose
qu'on ne prendroit pas pour un fagot,  moins qu'on ne le dise.
Vritable explication du mot _quasimodo_, & de quelques autres
intressans  bien savoir. Termes de biensance devant les gens
qualifis tourns en ridicule. Malheur d'une pauvre femme qui a pous
un cocu. Maniere d'tre pouss.

_Sermon dont le texte est plaisant_, page 110.

_Conte du moine & des voleurs_, p. 110.

_Conte du fagot_, p. 112.

_Le mot _quasimodo_ expliqu_, p. 113.

_Secret pour tre pouss_, p. 116.

XVII. Madeleine en dgoisse & fait des contes libertins  perte de vue;
cornes des femmes sont les ongles. Qui ne prend pas plaisir, n'est pas
putain. L'attention  regarder, fait qu'on est vol; exemple de l'ne du
paysan. Les femmes changent entre les mains de certains maris. Faon
subtile de se confesser. Les bons avis ne sont point  rebuter. Valeur
du terme de chausse-pied de mariage.

_Conte canonique d'un homme & d'une femme_, p. 117.

_Conte de l'ne vol sous son matre_, p. 120.

_Confession d'une femme_, p. 121.

_Bon avis d'un galant homme_, p. 124.

XVIII. Le plaisant tournevis ou vilbrequin. Grand commentaire sur les
cocus cocuans & cocus,  propos de la chose la plus imparfaite. Le
cocuage est plus grand miracle que la pierre philosophale, puisqu'il
s'opere en l'absence des sujets sur qui il est fait.

_Conte des hommes visss_, p. 124.

_Conte de la courtisanne Conscience_, page 130.

XIX. Le bon prdicateur fait bonnes moeurs; exemple d'un qui dtournoit
ses auditeurs de tout vice. Le commentaire sur cocu & cocuage reprend &
continue de plus belle. La navet de la dame de compagnie de madame
l'amiralle, vient gayer. (_Nota._ Dame de compagnie, auprs des dames
de haut-parage, est mme chose qu'_esprit_, auprs de leurs maris. On
dit: monsieur D. est l'_esprit_ du duc D.)

_Conte des prdicateurs ennemis des paillardises_, p. 134.

_Navet de la belle Dubois_, p. 137.

XX. Disputes de savans, richesse des langues vivantes. Nouvelle loge de
ce livre, & crainte sur l'abus qu'on en fera. Les moines sont si
libertins, que leurs prieurs s'en scandalisent: le moyen d'y mettre
remede: Plaisant franois de Margot. Les putains jurent toujours
_vrit_ & _honneur_, (serment sans consquence.)

_Vrit dans la bouche d'une Normande_, p. 145.

_Conte du Prieur de Marmoutier_, p. 146.

XXI. Sage politique exerce dans la ville de Lubec, pour les vibaniers &
conbaniers. Faon d'essayer, aussi connue aujourd'hui  Paris qu'_in
illo tempore_  Lubec. Alcibiades crie, jure, blasphme, se radoucit,
pour prouver par sentimens son got antagoniste des femmes.

_La ville de Lubec_, p. 148.

XXII. Madame raconte une histoire, dont le commencement & la fin
prouvent qu'elle toit franche putain. Certitude de cocuage aux maris
dont les enfans ont cheveux de deux couleurs.

_Conte de l'origine du putanisme_, p. 155.

XXIII. Explication du terme de _putain_, faite par plusieurs, & termine
de main de matre. Mots qui autrefois toient loge, aujourd'hui sont
injures. Satyre sur les chambrieres de prtres, chanoines, curs, &c.
&c. &c. Trois choses sont  viter; trois voeux  faire. Satyre contre
la justice & ses administrateurs. Origine du proverbe de _fesse tondue_.
Cette section & ce volume finit par le conte de l'guillette, & par une
rflexion fort sense, pourquoi les moines sont appells _bats peres_.

_Stupidits ou distractions d'un prince ultramontain_, page 163.

_Conte de la fesse tondue_, p. 162.

_L'guillette noue et dnoue_, p. 168.

_Le Chanoine dupe_, p. 170.

XXIV. Quittant la thologie & les thologiens, les convives s'tendent
sur les quatre vertus cardinales; rire, manger, boire & dormir. Il faut
toujours se tenir en garde contre ceux qui viennent de loin: croire aux
miracles de Paracelse, c'est avoir un grand fond de soi, satire contre
ce fameux alchimiste. Transition heureuse d'un vque  un soufflet;
dissertation sur l'origine des mitres.

XXV. Invectives contre les prtres sous le titre d'hirarchie de double
linge. Asclpiade attrap par une fille de chambre de madame de
Combardavit. Les nonnains sont les perdrix du monde, & les chanoines en
sont les faisans. Bonne sentence  mettre sur l'entre de chaque maison.
Conduite de Jean Dissolez, moine & voleur de poires. Origine du mot _tu
autem_. Sarcasmes contre les moines, & dfinitions intressantes, qu'il
faut lire, sans m'obliger de les crire. Conte de Ferrand & de Margeou,
deux moines.

_Conte d'un page attrap_, page 177.

_Jean Dissolez, voleur de poires_, p 180.

_Aventure de Ferrand & Margeou_, p. 183, continue, p. 192.

XXVI. Raison solide des voyages de moines par deux. Le trouble se met
dans la conversation. Musique plaisante d'un homme  sandales. Les deux
moines en fonction: origine du proverbe de la chape  l'vque. Bon avis
 ceux qui portent soutanes dans des cas presss. Le conte de Ferrand se
reprend & se termine.

_Musique d'un moine_, page 188.

_Les deux moines en fonction_, p. 188, continue, p. 191.

_Origine du proverbe de la_ chape  l'vque, p. 189.

XXVII. Les femmes de sergens ne sont pas des plus sotes en amour. Jeu de
gripeminaud sans rire. Conte de Jacques Adriot & de sa femme: on a
crainte de le raconter, parce qu'il y a dedans un peu de prtre. Saillie
naturelle d'une prsidente.

_Histoire d'une femme de sergent_, p. 194.

_Conte de Jacques Adriot_, p. 197, contin. p. 198.

_Plaisant mot d'une prsidente_, p. 198.

XXVIII. Bon secret pour fixer un mari; les femmes sont anges  l'glise,
diables  la maison, singes au lit. Conte de la femme d'un huissier.
Dissertation forte & chaude sur le joujou du mnage. Conte des
religieuses de Poissi; plaisante faon de dcliner un adjectif. Il n'est
que femmes pour bien juger des choses.

_Conte de la femme d'un huissier_, p. 200.

_Conte des religieuses de Poissi_, p. 203.

_Conte sur le mot groseille_, p. 204.

_Rsolution acadmique de trois nonnains_, p. 205.

XXIX. La religieuse qui croyoit tre devenu bte, se corrigea bien de sa
stupidit, & fut en tat vingt-quatre heures aprs, de donner leon.
Alain Charrier, tourn en ridicule sur son style gonfl &
inintelligible, reprend son conte comme il peut. Aveux indiscrets de
femmes  confesse. Les noms gnriques se font mieux entendre, & la
preuve est dans cette section. Ronsard & Baf se disent quelques dures
vrits. Remarque sens sur les femmes avares de beurre dans les sauces.
Faon d'un cur d'imposer silence.

_Le conte de Nabuchodonosor_, p. 207, contin. p. 209.

_La confession sincere_, page 214.

_Conte d'une femme avare de beurre_, p. 218.

XXX. La premiere loi d'un tat, c'est d'tre soumis aux volonts de son
prince. Excs de mmoire de Broalte. Satire sur la vnalit des
charges, & rflexions trs-judicieuses sur les contrarits du siecle.
Conte du chaudron. Qui jure pour rien, devroit bien jurer pour quelque
chose. Menot le grand prdicateur donne les principes d'une morale
furieusement relche. Histoire du fromage mou & de l'aveugle.

_Femme soumise aux volonts du roi_, p. 220.

_Conte du chaudron_, p. 223.

_Le fromage mou & l'aveugle_, p. 228.

XXXI. Histoire de la mule de Rabelais, prise pour le cheval de
l'antechrist. Le mulet de Gravereuil & ses farces. Effet horrible d'un
appareil mis sur une blessure.

_Le cheval de Rabelais_, p. 229.

_Conte du mulet_, p. 231.

XXXII. Le ministre encav, & retir par la servante de l'htellerie.
Proverbes sur l'inutilit de la paillardise des vieillards. Diffrence
de putain  fille entretenue. La franchise se trouve par-tout, jusques
chez les gens de cabaret. Dissertation sur les femmes de bien. Conte de
la huguenote en colere. La dissertation continue de plus belle. Avicenne
& Lycofron aux prises. Origine du nom de mignons aux chanoines.

_Le ministre en cave_, p. 238.

_Franchise d'un htelier_, p. 242.

_La huguenote en colere_, p. 244.

XXXIII. Bon avis d'un mdecin. Qualits de chair d'une fille & d'une
femme. Conte de l'poussete de deux faons. La servante prudente dans
ses souhaits.

_Conte de l'poussete de deux faons_, p. 251.

_Prudence d'une servante dans ses souhaits_, p. 255.

XXXIV. Rflexion d'un cur publiant des bans. Navet de neuves maries.
Egrillardise du cur paillard bien puni. Conte du jardinier & des
prunes.

_Bans publis_, p. 256.

_Cur grillard puni_, p. 257, continue, page 259.

_Le jardinier & les prunes_, p. 258.

XXXV. Propos dissolus de moines prchans. Conte du _thuribulum_.
Quelques explications de phrases latines.

_Le conte de_ thuribulum, p. 266.




LE

MOYEN

DE

PARVENIR.




PARLEMENT.


I. Je sais qu'il y a un autre univers que Dieu a fait. Mais nous; _id
est_, nos peres, les hommes & femmes, en avons fait un autre plus
accompli, si Aristote dit vrai. Ne dit-il pas que les femmes sont plus
parfaites que les filles, parce qu'elles sont dpuceles, & qu'ainsi
elles ont une forme acquise plus notable & excellente qu'auparavant?
Dieu fit la fille, & l'homme l'a faite femme. H bien, voil pas les
hommes qui font bien des choses plus accomplies? Ainsi est-il du monde
de piperie plus accord, plus joli, plus parfait, plus dlicat, & mieux
sentant son bien que le premier. Et qu'y a-t-il de remarquable? Une
quintessence cleste, direz-vous. Vraiment, vous avez raison, votre ne
pette, & au ntre qu'y a-t-il? Quoi, qu, qu? Une quintessence plus
profitable, plus pntrante, plus glorieuse, plus intelligible & plus
vivifiante: les sages & les parvenans l'ont reconnue, & l'ont apprise 
plusieurs. Ceux qui ont t plus subtils, & ont reconnu les quatre
lmens de piperie, extraits ainsi de la supposition ecclsiastique,
judiciaire, mdecinale & trafiquante, ont tch  y entrer pour
parvenir: aussi n'y a-t-il point d'autres moyens  cet effet, outre
ceux-ci, qu'un qui est la vraie quintessence, selon laquelle plus
aisment, & avec moins de peine, on gagne davantage; ayant plus loisir &
plus grand profit. Et c'est ceci qui se remarque en tous ordres, o le
moyen de parvenir est propos, auquel, comme en toutes vacations, ceux
qui font le plus de bruit, ont le plus de soin & de peine; s'avanant en
plus de travail, gagnent le moins: & par consquent ceux qui sont les
plus accommods ont moins de sollicitude, & avec moins de difficults
emportent plus de profit. Ceci observ de siecle en siecle, parce que
les vignerons ne boivent pas le bon vin, les miniers ne possedent gueres
d'or, encore qu'ils le serrent en grands labeurs, sans que pour le
prparer, il leur demeure s mains. Il n'y a que maquereaux pour tre
ais, d'autant qu'ils entendent aussi les matieres. Le grand Alexandre
n'avana jamais qu'un voleur, un maquereau & un tratre. O belle chose 
imiter! L, l, passez & touchez; (votre ne a piss) il est avenu que
les gens de bon esprit ont trait la quintessence, non comme ces tristes
enfums, qui le plus souvent ont plus de trbillons que de testons,
desquels le cul parot pour mieux souffler; mais en habiles, savans &
industrieux attrapeurs de commodits. Et de fait, ils l'ont trouve, 
savoir s finances, o se pratique, non par transpiration imperceptible,
mais par emplissement naturel, le plus saint, magnifique & commode
secret d'amasser. Le diantre y ait part, j'ai t de tous les honntes
mtiers du monde, hormis de cettui-l, & professeur en folie. De venir
aux finances, il n'y a plus moyen  ceux qui ne les pratiquent d'heure.
Quant  l'autre, j'tois hier en pense de m'y faire passer matre,
comme un de vous autres; mais encore qu'il n'y ait personne, qui et
plus d'envie d'tre fou que lui, parce qu'aux fous tout est permis pour
rire; si ai-je quelqu'honneur qui m'en empche: aussi n'oserois-je
sauter ce bton de peur de perdre les bonnes graces de ma matresse.
Toutefois je vous proteste que, s'il y avoit autant d'honneur qu'aux
folies d'tre chancelier ou premier prsident, ou de telle autre qualit
de fous qui foussoient les autres fous, il n'y auroit gueres de bons
esprits qui ne fissent parotre que, _quisque abundat in suo sensu_,
c'est--dire, chacun est, sera, ou est dit, ou deviendra, s'il ne l'est,
fou par la tte. Or notez, amiables freres, & dressez les oreilles,
comme la queue d'une vache qui mouche, que je vous ai dclar la vraie
matiere, & la juste quintessence, dont le magnifique usage est tel, que
l'on vient, en l'obtenant,  bout de toutes entreprises; on l'obtient,
en l'ayant, ce qu'on pourchasse; & on fait ce qu'on veut. Parquoi, vous
avez en somme succintement tout du long, proportionnment au petit pied,
& sans allgories, les lmens, principes, fondemens, raisons,
rsolutions, vidences, puissances & causes de parvenir tout du long, 
l'usage de Genve, imprim  Rome, & sans rien requrir, comme une
quille de beurre frais.

BIAS. Vous ne faites que parler de parvenir, sans possible en savoir la
pratique,  quoi peut-tre vous tes stil, comme un ne  jouer du
flageolet. Voudriez-vous bien dire que vous l'eussiez de la sorte que je
l'ai, qui porte tout mon avoir avec moi, de peur d'avoir bien faute de
poux; & qui sais, comme me le font accroire ces Crisotechnes, cette
belle science qui rend riches?

L'AUTRE. Je me suis tant amus  vos fadaises de sagesse tant jeune,
que j'ai laiss passer les oiseaux. Par mon serment, si jamais la paix
est faite, j'irai  la guerre aussi-bien que les autres. Croyez que, si
j'eusse su maintenant, je fusse dedans; &  cette heure que je sais le
secret, on se dfie de moi. Que male foire embrene le nez de ceux qui
m'ont fait perdre le temps; que cent coups de cornes au cul leur
dchirent le fondement; que puissent-ils devenir cocus, aprs le trpas
de leurs femmes de bien. Je gage que vous ne savez ce que je veux dire;
[ni moi aussi, dit Chipon, quand il perdit le manteau de son matre. Je
gage, dit ce seigneur, que ce coquin a perdu mon manteau. Gagez,
monsieur, vous gagnerez. Le paillard l'avoit dtourn, pour s'en
approprier.

LYCURGUS. Ce fut un moyen de parvenir.] Voil, il y en a qui parviennent
diversement; les uns, sans y penser; les autres, par artifice; aucuns,
par danger; quelques-uns, rencontrant d'un en cherchant d'autre; aucuns,
courant comme ils attrapent quelques autres en dpit d'eux; & s'en faut
rapporter aux exemples, ainsi qu'une truie qui avorte.

BODIN. Voil de belles maximes, & desquelles je pourrois tirer beaucoup
de science; j'plucherons, en passant, ceux qui parviennent.




VERSET.


II. Il y en a infinis qui ne savent pas leurs lmens; & s'ils les
savent, c'est par grand piti de hazard & routine, & trop souvent par
fausse entente, ainsi qu'il avint  Quenaut, qui se promenant un jour
vers le colombier, & voulant passer une haie pour aller au travers, il
coupa une branche avec son outil, qui lui chappa dans l'enclos du
jardin. L toit le matre du jardin avec sa femme de par le diable.

PINAUT. Qu'est-ce  dire?

CHILO. Que d'interruptions! Voil grand cas qu'il faut passer jusques en
Grece, pour savoir _sa femme de par le diable_. C'est--dire, sa garce
en franois, comme si vous disiez une femme de prtre en rvrence. Les
gens du monde, les gens du siecle sont maris de par dieu; & ont des
enfans de par dieu; & les autres en ont de mme, mais c'est de par le
diable, qui sera le mnestrier  vos dernieres noces. La sienne tant
donc avec lui & ses enfans, Thibaut, son gendre, qui avoit pous sa
plus grande fille, qui toit belle & dsirable, comme un jeune cheval
qui sort d'apprentissage, ils devisoient se devisant prs la peinte
archidiaconalement. Quenaut, qui ne savoit rien de cette compagnie,
parloit assez haut, rpondant  son compagnon, qui lui reprochoit sa
longue demeure, & s'il avoit repris sa serpe, & disoit: je l'aurai, je
la vois. Thibaut, qui ouit ces mots, croyant qu'on parloit de sa femme,
qui peut-tre aimoit l'amble, (comme tant de nos soeurs, dieu merci, &
vous qui a fille de femme de plaisir) tout en colere, vint vers le lieu
o il oyoit cette voix, & faisant le fendant, rpond: toi, tu l'auras,
toi, pance de boeuf? Non, auras pargoi. Si aurai, dit Quenaut. Tu auras
menti, par la double tigne qui te puisse coffer. Mais toi, ou le diable
t'emportera. J'ai bonne pe. Si ai bien moi. Sur ces propos, Quenaut
s'avanant, vit Thibaut, lui dit: que diable tu te fais de peine! Et que
te faut-il de tant jurer pour ma serpe qui est chute en ton jardin? Je
te fais grand tort de la vouloir ravoir? Si j'ai fait dommage,
demande-le moi, ou sors & nous battons. Je ne te demande que ma serpe;
que prtends-tu? L'autre l'oyant lui dit: prends-l, si tu veux; qui
t'en empche? Tu as peut-tre tant bu, que tu es fch d'autre chose.
Voil comme ils parvenoient tous deux.

CLEOBULE. Vous impliquez contrarit. Nous n'aurons meshui fait. Cette
canaille de sages nous fera devenir fous. Au diable l'importunit de ces
pdans. Je suis perdu, puisque vous en venez-l. Si est-ce que je crois
que je suis homme, si ceux qui sont faits comme moi le sont; encore ne
sais-je si je suis mle ou femelle. S'il n'y a un autre devant moi, &
qu'en ttant, je compare pour savoir ce qui en est, & lors me trouvant
gros de rsolution, parce qu'elle n'appartient  autre animal, je vous
dirai des choses que vous ni moi n'entendons, ni entendrons, ni n'avons
entendus; ou je me tairai, comme fit le Cur du Busanois, qui dit: je
vous prcherois aujourd'hui; mais nous n'avons pas le loisir. Toutefois
je vous dirai un bout de sermon, que nous diviserons en trois parties.
La premiere, je l'entends & vous ne l'entendez pas. La seconde, vous
l'entendez, & je ne l'entends pas. La troisieme, ni vous, ni moi ne
l'entendons. La premiere, que j'entends, & vous n'entendez pas, c'est
que vous fassiez rebtir le presbytere. La seconde que vous entendez &
que je n'entends pas, c'est que vous entendez que je chasse ma
chambriere, & je ne l'entends pas. La troisieme, que vous ni moi
n'entendons pas, est l'Evangile d'aujourd'hui; parquoi, n'en disons mot.
Adieu.

PITTACUS. Que direz-vous?

CLEOBULUS. Je vous dirai vos vrits malicieuses, si je parle; & si je
me tais, je ferai dmonstration que vous n'tes que pleins de vent & de
nant.

PITHOU. Quant  moi, voyant bien que vous me voulez donner le trait pour
vous piquer, je vous dclare que je ne sais rien que tout le monde ne
sache, ou pis; aussi je me contregarde si bien, que je n'offense que
Dieu & le monde. Et si je vous dirai que je ne peche que par plaisir;
c'est que je suis amoureux des femmes & des filles. Ce que j'en fais,
c'est pour naturaliser & parfaire les symboles d'ternit, n'y ayant
plaisir au monde semblable  celui de la chouserie: foin, de par le
diantre, foin.

PELICIER. Ne le flattez point; nommez le diable tout--fait.




JAMAIS.


III. Jamais ces gens, qui font tant la petite bouche, ne furent
qu'hipocrites. Ils jurent _par ma finte_; ils n'osent profrer le
mauvais; ils ne savent dire les choses par leur nom: & cependant leur
coeur est plein de dception & tromperie, d'autant que leur ame
symbolise  leur bouche, Tu...

GAZA. Bien donc, l, ne nous dtournez plus, & n'en parlons plus, de par
le diable, sans blasphmer. Bran, vous n'en faites que causer, c'est
assez. Pourquoi?

QUELQU'UN. Parce que l'on fait des rponses qui ne sont pas bonnes.
Pensez la belle chose que c'est, de mettre des ignorans au rang des
doctes. C'est pour avoir de belles interprtations. Si je n'avois peur
d'tre cause que plusieurs blasphmeroient, je vous conterois une
infinit d'interprtations que les Cordeliers m'ont apprises. Or, bien
que nous fassions ici mine de rire, si le disons-nous  la honte de ces
dpouilleurs d'andouilles pour les nettoyer, & qui nous voudroient
reprendre, encore que toute leur vie soit confite d'actions impudentes.
Vous, Prlats, qui voyez comme nous faisons ici les fous en dcouvrant
les folies, faites-les cesser, corrigez les fautes, dtournez les
impits, tez les mauvaises coutumes, minez l'ignorance; & les oeuvres
d'icelle s'couleront. Sachez que ce volume est fait pour vous jetter la
paille en l'oeil, afin que vous abbatiez la simonie. H bien!
diront-ils, on ne baillera plus d'argent pour les bnfices; on
n'entendra plus les critures. Ce n'est pas-l le mal; il faut faire des
prtres, qui ne prennent point d'argent, pour distribuer les sacremens,
& autres oprations ecclsiastiques.

SOCRATE. Or l, fendez, frappez, tirez, faites de belles dfonades
d'entendement; il n'y a plus moyen de vous tenir. Cent mille petits
diablotins de de & del les monts, qui vous extravaguent, vous
puissent casser des noix; que la gorge vous coupe le cou, il n'y a ni
rime ni raison en votre fait.

LERI. J'aimerois autant les habitans de Versoi, du temps que la parole
toit de l'Evangile, lesquels avoient un Ministre, qui sans cesse leur
reprochoit leur ignorance & indcence de moeurs, leur reprochant qu'il
n'y avoit ni rime ni raison en leurs affaires; & si souvent leur tint
ces propos, qu'il en devint fcheux; tellement que la visitation tant,
ils demanderent un autre pasteur; & ce avec grande instance, disant que
cetui-l leur toit insupportable. Le Consistoire averti, tant de la
simplicit de ce peuple, que de la faon du Ministre trop rude pour
agrer  ce petit troupeau, leur en adjugea un autre qui fut averti.
Celui-ci les prcha quelque temps par essai, puis pour l'tablir
absolument, il fut question d'assembler les habitans, pour savoir si ce
nouveau venu leur seroit agrable. Ce qu'tant fait, & un de la
compagnie des habitans tant dlgu pour parler au Ministre, & lui
faire trouver bon qu'il demeurt, lui dit: Monsieur, vous tes agrable
 tous nous autres, tant parce que vous tes bel homme, que
principalement  cause qu'il n'y a ni rime ni raison  tout votre fait.

L'AUTRE. Ainsi en est-il de ce livre, qui jadis fut fait en belle rime
croise: mais celui qui l'a transcrit, sans y aviser, mlant ce qui
toit de & del, a fait qu'il n'y a ce semble, ni rime ni raison en
apparence, non plus qu' l'lection d'un Cardinal de ce temps, selon
l'ordre hirarchique du bon temps, que l'on s'alloit cacher & jetter
dans les puits, de peur de devenir Evque, pour la peine & labeur qu'il
y a. Qu'ainsi vous en puisse avenir, Monsieur le Commissaire, qui tes
venu rformer les pavs qui usent trop les souliers. Je m'enquis de
cette histoire du Ministre, passant par-l, d'autant que je ne veux rien
dire, ni prsenter, ni ouir, s'il n'est vrai. Si vous vous en souvenez,
Monsieur de Pise, nous allions  une Diete en Suisse; & lors j'tois
avec Mylord Bochow, lequel le Baron de Tierci, parce que _baccon_ 
Genve signifie du _lard_, le nommoit _Monsieur du Lard_? Comme nous
soupions, je donnai  notre Prlat d'alors une tte de poulet; & par
honneur, j'en prsente une fendue de mme au Baron de Kitblitz,
Allemand, alquemiste. Il me cuida humer la vue avec les yeux, & manger
le blanc du cul, tant il me regarda creux, comme si je l'eusse estim
sans cervelle. Ce ne fut pas tout. On n'y ose demander de malvoisie;
c'est  propos de la morue rouge d'Ablis. Les femmes des pcheurs de
Versoi toient alles  Geneve, (qui est le Paris de ce pays-l; c'est
pourquoi le Duc de Savoye la voudroit avoir, pour faire le Roi) elles y
avoient port leur poisson, qu'elles vendirent fort bien; aussi toit-il
jene: & de fait, on s'escrime de jenes en ce pays-l avec un bton 
deux bouts, en disant que de se frotter d'une peau de jambon sans la
savourer, est plus mritoire, que de se crever de poisson. Ces femmes
avoient fait grand gain, parce que dja on surfait la marchandise en ce
pays-l; & des Allemands avoient achet leurs denres  leurs mots 
beaux quarts comptant, sans l'autre monnoye. Cette joie fut cause
qu'elles s'accorderent de bere in peu de malvesia; & allerent en un
cabaret, prs la Fusterie, o elles eurent ce qu'elles demanderent pour
de l'argent, (cela s'entend aussi bien qu' Rome. Qui a nez pour sentir,
qu'il flaire.) Elles s'en trouverent si bien, qu'en cet aise elles
redemanderent de cette bonne liqueur; ce qui fut tant poursuivi, qu' la
fin, & gain, & fonds, tout y alla; & encore quelque bague d'argent  six
tours demeura pour gage avec les plates. Tant que le bon got & les
vapeurs durerent, elles ne se soucioient de rien. Ainsi gaies &
gaillardes, elles s'en retournerent. Ayant un peu pass la franchise, &
trouv un endroit de belle verdure, (c'toit en t) elles s'aviserent
de dormir un petit, qui dura jusqu' presque soleil couchant, qu'une se
rveilla qui rveilla les autres. Cette premiere, encore toute tourdie,
avisa une bouteille verte, qu'une d'elles avoit emplie d'huile avant
boire, elle s'cria: _ di, comera la Guernera, vede; vede vo le gro
lizard ver?_ De cela, les autres pouvantes se leverent; & toutes
ensemble, comme cette-l,  belles pierres, se mirent  lapider cette
bouteille; & la bouteille se cassant, elles disoient, l'oyant casser:
_les ous se cassent_; & puis, l'huile pandue, disoient; _c'est le
velain qu'il rend; vees commi il mode_. Depuis ce temps-l, la malvoisie
a t  si bon march, que qui en demande  Versoi, en a pour soi & pour
sa charte de beurre frais.

CONTERI. J'attendois que vous parleriez de ce petit ruisseau que nous
passmes avec cette compagnie-l, quand nous y fmes pour les affaires
des ubiquitaires. Je me souviens qu'ayant pass le pont de beurre,
Curion, notre hte de Basle, nous fit baisser, pour voir ce ruisseau
tant clebre. (Le seigneur Chevalier, grand Hbreu, & si savant qu'il en
toit bossu, a mis l'histoire dans le Talmuld, qu'il a revu, quand nous
le faisions imprimer  Basle. Je le vous dirai; aussi-bien il n'y a
personne qui ne le sache; & c'est pour vous montrer que j'ai de
l'esprit, & que je m'entends  l'hbreu, comme une pie  tendre du
beurre frais sur du pain. Quand j'en faisois leon, cela alloit  la
balance, comme un chat qui pese des doublons en une bouteille. Mme,
s'il vous souvient, je le vous dirai en notre langue, pour survenir 
ceux qui n'entendent pas le chrtien. Un jour, pour faire le mignon,
j'avois en l'Eglise mon Pseautier en Hbreu, o je lisois ne plus ne
moins qu'un singe qui pluche des noisettes vertes. Je devois dire la
leon; je laisse mon livre & m'en vais au lutrin. Si-tt que je fus
descendu de ma chaire, notre ami Chastin prit mon livre, & l'ouvrit:
mais aussi-tt il le laissa & se retira de-l, allant se plaindre aux
autres chanoines, que je tenois des livres mchans; que j'tois
magicien: & que je ne portois  l'Eglise que des livres prophanes, comme
une bible, & autres de telle farine. Par dpit, je dirai mon histoire en
langage que tout le monde entendra, s'il s'y connot: je la dirois bien
tout autrement; mais je n'y entends que le haut Allemand; il est trop
froid; cela ne seroit jamais fait).




PASSAGE.


IV. Es pays d'Alsassie, en un endroit assez beau, [si vous n'y avez t,
cela ne vous servira de rien de vous le dcrire, parce que vous n'y
connotrez rien; & si vous y avez t, c'est assez, cela vous
importuneroit de le rapporter, sinon allez-y.] L, les dames sont assez
libres, mais sages; & pour le bien faire parotre, elles ne pissent
qu'une fois la semaine: & c'est au vendredi qu'elles s'assemblent, au
matin, toutes par bandes; ce qu'il fait trangement beau voir] & selon
leurs dignits, s'en vont en pisserie, comme on va  la foire: de quoi
elles n'ont non plus de honte, que les femmes de bien, qui montrent
l'appanage de leur fessier aux eaux de Pougues. Que c'est que des
coutumes des pays! On ne le trouveroit pas bon ici; & l il est
dlectable: ainsi qu's villes de Normandie, o plusieurs en leur
pochette gauche portent un mouchoir pour le cul, ainsi qu'en la droite
un pour le nez. Ces femmes tant arrives au lieu de la pissoire, ou
pissotiere, elles se disposent comme les montagnes d'Angleterre, chacune
o elle est, y gardant dignits, prrogatives & honneurs, ainsi qu's
actes publics & notables, ne plus ne moins que se mettent les chevaliers
en leur rang, le jour de leur crmonie. En cette commodit,
abondamment, joyeusement, &  la copieuse & bnigne dcharge des reins,
elles vuident leurs vessies, & pissent tant, que cette riviere en est
faite & continue; & de-l les Allemans, Flamans & Anglois font venir la
bonne eau, pour faire de la biere, la plus double & du plus haut got.
Cela est cause que leurs femmes ne les aiment pas tant, qu'elles font
les Franois, d'autant que ces femmes-l pensent que leurs maris leur
veulent derechef reverser leur urine dans le corps. Que s'il y a des
femmes qui ne savent bien pisser, on les envoie  Genve, d'autant que
l il y a plusieurs belles coles, o on apprend  pisser & chier en
public & en compagnie, au grand soulagement des honteux, qui l
apprennent  perdre la sotte honte qui resserre le boyau culier. Et je
vous dirai que ce qu'ils font est, parce qu'il n'y a point de moines en
ce pays-l; & partant point de frocs, & par ainsi point d'instrumens de
deshonterie. On m'a assur que depuis, ceux d'Amiens en ont dress de
belles coles aux Botrues, o l'on fait leon de chierie.

DURANTIUS. Vous vous tes quivoqu, sans faillir; mais vous n'avez pas
commenc  l'origine de cette riviere. Il falloit le dire. Ce que je
vous dirai, tir du Zohar, que le bon vieillard Postel a traduit, aprs
qu'il eut confr avec un juif qui devint chrtien. Aprs avoir lu cette
histoire, laquelle aussi fit rduire quelques huguenots  se faire
catholiques, aussi-bien que les moines qui s'en firent huguenots; & ce
que ceux-ci en ont fait, est pour se mieux entendre en garces. Quant au
juif, il l'a fait pour avoir cong de manger du lard & du sal, afin de
trouver le vin meilleur. Du temps que les bons hommes [c'est--dire non
les minimes, qui sont trs-petits; & jamais bont ne se mit en peu de
lieu] alloient par le monde, [je n'entends pas des faiseurs de mines,
mais des simples & sages] il y eut un saint personnage, qui, passant
chemin, se rencontra  Barace, prs de Durtal en Anjou. [Je ne parle pas
de matre Pierre, que le prvt des marchaux cherchoit: & l'ayant un
jour rencontr, ne sachant pas que ce ft lui, le laissa, ne le
connoissant point. Avant que le laisser, il lui demanda: qui es-tu? Je
suis un pauvre homme, petit marchand. Comment as-tu nom? Pierre
Chaillou, ou Caillou. D'o es-tu? De Durtal. O va-tu? A Rochefort. De
quel mtier es-tu? Sabotier. Que diable! tu es dur, il ne te faut plus
qu'tre vtu d'une cuirasse, pour t'achever de durcir.

CALPIN. Comment diriez-vous une _cuirasse_ ou _corselet_ en latin?
C'est, dit frere Jean de Laille, _durabit_. Or taisez-vous; vous
empchez l'affaire de ce saint homme. Achevez, monsieur le doguetter.)

DURANTIUS. Ce personnage s'tant assez repos sur le bord de la
fontaine, avisa le tard; donc il s'en vint au village, & s'adressa chez
le Page  la dame du logis, priant ladite dame de le loger cette
nuit-l, pour l'honneur de dieu. Elle qui toit avaricieuse, comme un
financier qui a fait ses affaires, & n'a point d'enfans, s'excusa, & le
pria d'avoir pour agrable son refus, qui ne venoit qu' cause que son
mari toit chiche & grondeur. Le bon homme passa outre, & va droit
s'affraper chez la chambriere de Chiquetiere, nomme la Gousson, de
laquelle, lui ayant fait sa requte, il fut reu fort honorablement, &
bien trait de la pauvre femme, qui le mit en un bon lit, cette bonne
femme.

ESCHINES. La bonne femme n'est pas encore leve.

DURANTIUS. Taisez-vous; bran: ces potes en veulent toujours aux femmes,
qui les affrontent aussi; & cela leur est employ comme fievre en corps
de moine. Cette bonne femme donc lui avoit fait du mieux qu'elle avoit
pu; & lui, le matin, s'en trouvant bien difi, tant lev & voulant
partir, lui dit: madame je vous remercie bien humblement de tant de bien
que vous m'avez fait; & vous prie de m'excuser, si vous n'avez autre
paiement de moi. Ho, dit-elle, monsieur, vous avez t le bien venu; &
le serez toutes les fois qu'il vous plaira venir cans. Ce n'est point
l'espoir de paiement qui m'a fait vous recueillir, en cette maison o
vous demeurez, s'il vous plat,  votre volont. Je vous ferez au moins
mal que je pourrai, pour l'amiti du matre que vous servez. Madame, je
vous rends graces infinies de tant de biens & d'amiti: je prie le bon
dieu qu'il lui plaise de vous bnir; si que la premiere besogne que vous
ferez aujourd'hui lui soit tant agrable, que ne puissiez tout le jour
faire autre chose. Il partit; & elle, qui n'y pensoit point, l'ayant
recommand  dieu, se fit apporter un peu de bue qu'elle avoit tendu
le jour prcdent, & se mit  ployer son linge; & tant ploya, & encore
tant ploya, que plus elle ployoit, plus il y avoit  ployer & ployer; &
ployoit toujours, tellement qu'elle avoit de grands monceaux de toutes
sortes de linge, qui multiplioit au touchement de ses mains. Par hazard,
celle qui avoit refus le bon homme, vint qurir quelque chose chez la
Gousson. La voyant empche, lui dit: h bien, ma mie la Gousson, que
faites-vous? Donc elle lui conta toute l'aventure & cause de ce grand
bien. Adoncques l'autre fut bien tonne & fort triste d'avoir laiss
passer une telle commodit: parquoi, sans faire semblant, elle s'en va,
& puis se mit au chemin o elle pensoit trouver ce personnage; & suivant
par avis son train, ayant su en s'en enqurant, qu'il toit all vers
Vieille-ville, elle faisoit mine de cueillir des herbes pour sa vache.
Puis l'ayant apperu, elle fait de l'tonne; elle s'approche de lui &
lui dit? monsieur, que je suis aise de vous avoir trouv! Que
faites-vous ici  vous morfondre? En d, le bon dieu a bien chang mon
mari; & je ne le savois pas. Quand je lui dis hier que je vous avois
conduit, il me cuida venir mchef, tant il me tana. Je loue le bon
dieu de son amendement. Je vous prie de ne le prendre point en mauvaise
part; mais de nous faire ce bien de venir ce soir loger chez nous. Bien;
madame, j'irai, quand j'aurai achev mon service. Il n'y fit faute; &
fut le bien reu avec joie & grande chere, & trait en apriateur de
commodits. Au matin, se retirant, il fit sa petite excuse  l'usage de
besace; & son htesse lui dit: par ma finte, monsieur mon ami, je n'en
voulois rien: pour dieu soit, si dieu plat, je n'en veux rien. Bien
donques, grand merci madame; je prie dieu que la premiere besogne que
vous ferez aujourd'hui, se continue tant, que ne fassiez autre oeuvre de
tout le jour. Grand merci, monsieur. Elle toit dja ennuye qu'il ne se
htoit, pour aviser  son fait. Aussi-tt qu'il eut montr les talons,
elle dit  sa servante: or , Marquise, va l-haut qurir ce linge,
j'en aurai aussi-bien que la Gousson. Apporte ces serviettes, ce menu;
que je ploie. La chambriere ayant tout apport, voil que le Page
voulant mettre la main  l'oeuvre, s'avisa d'aller pisser, afin de ne se
dbaucher point. Ainsi, toute en hte, elle sort en sa cour, o elle
s'accroupit pour pisser. Mais ce fut ici une efficace terrible, d'autant
qu'elle commena pisserie, qui continua tout le jour. Jan, elle avoit
dit qu'elle auroit force linge; mais elle coula force eau, & fit ce
ruisseau qui passe au pied des Loges, & va jusqu'aux Indes. Ses amies la
venant voir, & la trouvant ainsi distillant le dissolvant philosophique,
lui demandoient: h quoi, ma commere! Hlas! disoit-elle, hlas!...

CASSIODORE. Elle leur rpondit, comme mon compere Bonin, qui se leva
d'auprs sa dame, & alla pisser par la fentre. Il avoit bu, au soir, &
il pleuvoit. Il oyoit l'eau de la goutiere qui tomboit, & il tenoit son
pauvre petit, tant toujours  la fentre. Elle lui dit: hoi, Bonin,
aurez-vous tantt piss: Je pisserai tant qu'il plaira  dieu.




GLOSE.


V. QUELQU'UN. L'anne passe, le petit Travers eut une autre opinion.
Monsieur de Beaumont nous avoit donn  souper, o toient plusieurs
chantres, qui, ayant trinqu & chant, voulurent s'en aller, afin de
pisser. Moi qui m'en apperus, je leur dis: attendons un peu  nous en
aller, & allons pisser. C'est cela, dirent-ils, & chacun se mit 
pisser. Travers avoit piss, & un autre pissoit d'en-haut. Quoi, lui dit
Multon, frere, tu pisses encore, & tu as remis ton cas! O, ho, se
dit-il, grand merci. Et lui de le reprendre, & le laisser l  l'air
fort long-temps; dont il lui avint un grand inconvnient, c'est que
depuis il fut enrhum. Et y prennent garde les pisseurs, pour ce qu'
faute de resserrer son engin, on se morfond en bon escient; ce qui peut
aussi avenir aux femmes, quand elles n'tament pas bien leur cas du
devant de la chemise, afin de lui clorre les mchoires, de peur que le
vent n'y souffle.

OVIDE. Il y a trois ans que j'tois  Vezins; & Prdicat toit avec
vous, & Platon aussi, lequel, au soir, fut laiss avec les demoiselles
faire des anagramatismes; & Prdicat s'en alla coucher: son lit avoit
t prpar en la couchette, fort prs de la chemine. Quelques heures
aprs, ainsi qu'il dormoit, Platon s'en vint coucher au grand lit, qui
toit de l'autre ct de la chemine. Je ne sais s'il avoit bu
_egregi_, (c'est--dire _en Grec_) il se leva d'auprs de moi, la nuit,
pour pisser; & ne trouvant le pot, il alla pour s'vacuer en la
chemine, ainsi qu'on fait aux hotelleries, sur le chemin de Paris. Il
se fourvoya, prenant le droit pour le ct; & se mit  pisser roide
contre le visage du dormeur, & lui flaquoit des ondes d'urine si fort
sur le minois, qu'il l'veilla, & fit tousser, comme un boeuf qui avale
une plume. A ce bruit; il eut si belle peur, que si le douzil n'et
tenu, il l'et laiss cheoir, tant il eut belles affres, cuidant qu'il y
et quelque dmon dans les briques de la chemine. En cette motion
mutuelle, & qu'il toit tout troubl de reste de sommeil, & l'autre
d'aspersion pissotiere, Platon se retira tout bellement, & s'tant remis
au lit & rassur, se doutant bien ce qu'il y avoit, demanda: quel bruit
est-ce cela? C'est moi, dit l'autre. Je ne savois rien de cette affaire,
& ne pensant  aucun mal, je lui dis ainsi: je ne sais ce qu'il y a;
mais cet homme est fort troubl. Hlas! oui, dit-il, & d'un nouvel
accident. C'est que j'avois la tte panche sous la chemine; & il m'a
pl en la gorge si chaud & si sal, que j'en ai le gosier tout corch.
Le paillard rioit, en se mordant la langue; & le consoloit, faisant de
l'endormi. Le lendemain, il en fit le conte aux filles, qui en menerent
bien le patient de la pluie sale: mais Platon y perdit, d'autant que,
faisant ce discours devant les dames nos soeurs; Prdicat dit que cette
eau venoit filant douge comme petits filets de soie: de quoi elles
conclurent qu' mche si dlie, la chandelle ne devoit guere tre
grosse. Il avoit une matresse, qui pour cela fut fort dgote de lui,
tellement qu'elle le prit  partie; elle se moquoit de lui, & _le vit
lui pendoit_, lui faisant plusieurs opprobres. Lui pendoit-il comme 
Georges de Boeuf de Chinon, qui, pissant, un jour, contre une muraille,
tenoit son critoire, _alis_ la gaine de son couteau, pensant tenir son
fait ou canon  pisser; il pissoit dans ses chausses?

ANACREON. Si Rolette, chambriere de Maldonar, l'et tenu, elle se ft
bien moque de lui. Elle me reprochoit, un jour, que notre bte toit
bien sotte de ne pouvoir pisser seule: & qu'il la falloit mener par la
main; & que la sienne pissoit sans aide & net, d'autant qu'il se fait un
joli petit pet, & par ainsi le cul souffle les bourriers tout autour.

VIRGILE. Pourquoi est-ce que l'on pette en pissant?

AFRODISEE. H, pauvres mdcins, qui cherchez des causes trangeres s
minimes, que je vous plains! Sachez cette maxime; c'est que l'on n'en
peut avoir sans vent.

L'ESCOT. Il toit bien besoin que vous parlassiez de messieurs les
minimes.

AFRODISEE. Foi de nourrice, je ne pensois point  eux; & toutefois je
m'en avise: aussi bien faut-il, par-ci, par-l, ranger ces gens
d'glise, desquels si nous ne parlons, il leur semblera avis que nous
les craignons, ou que nous les mprisons comme hrtiques. Mais ce n'est
rien de ceux-ci au prix des capucins & feuillans. Je voudrois, par fin
desir, qu'il n'y et pas un de ceux qui veulent avec tant de desir
devenir gueux honorables, & gentilshommes coquins, qui n'et le vit d'or
& le nez d'argent. Mais, se dit le sire du Quesnoi, parlez de qui vous
voudrez; & laissez-l les bons minimes, ayant rvrence  l'antiquit.

PAUL-JOVE. Quelle antiquit! Cet ordre est tout nouveau; je l'ai vu
natre. Il n'est donc pas antique: joint que, pour tre antique; il
faudroit qu'il y et mille ans; ancien, deux cents; vieil, plus de cent
ans.

CASSIODORE. Ils sont fort anciens, voire plus qu'antiques. Je le sais;
ils sont du temps de la famine universelle, quand l'Egypte avoit seule
de vivres; tmoin Joseph, qui, parlant  ses freres, & leur faisant
l'inconnu, leur demanda: _ubi est frater vester minimus?_ o est votre
frere le minime.

MUNSTER. Tout beau, ne mlons point le saint avec le profane.

HIGINUS. Vous le mlez, comme Boispierre, qui parloit du corps de leur
mtropolitaine: lequel avoit une cure  deux lieues de l, o il alloit,
& laissoit quelquefois sa charge. Quoi, dit cettui-ci, ce compagnon-l
ne devroit bouger de l'glise: on ne peut servir  deux matres,  dieu
& au diable. Sainte dame? voil un grand mot. Et lequel toit le diable?
Je n'en parle plus; demeurons en notre antiquit.

TITE-LIVE. Je me ris de vous ouir parler de l'antiquaille; & m'est avis,
voyant ainsi jaser de l'_anticle_, de l'_ancien_, du _vieil_, que j'oi
le matre horlogeur de Geneve, qui me discouroit de l'pe, me disant
que c'toit un calibre yeuxcellent, o il y avoit plusieurs sarches &
points  noter; qu'il y avoit l'paule antique, & l'paule authentique,
par le travers desquels passoit le duc de Saxe: au milieu toit les
quatre os ou carteleures, qui en bande toit tranch par le soudiacre,
aux bords duquel toient les deux hypocrites, coups par deux saichs
qui venoient des paules, lesquels sont les deux couleuvres de
laisse-faire: au haut & bas sous les deux paulieres;  l'entour est la
raison, qui est coupe du mdionneur. Mais je laisse l ce pifre, parce
que, quand il vint chez nous, il chia au lit, & devint ortlogeux. Il
toit aussi bon interlogue, que l'apothicaire de monsieur de Tours, qui
lui conseilloit de ne sortir point, un jour de saint Andr, parce que le
temps toit aromatique. Par le plus S. faux serment que je dois  la
race fminine, qui me nomme le bon homme _Trompecon_, j'oubliois mon
conte, pensant  la folie que vous faites sur la comparaison du temps
pass. Je ne cuide pas que ce qu'il y a mille ans qui est pass &
ananti, soit plus vieil que ce qui se passe tous les jours, & qui va
dans le sac de vielliesse, dans l'crin de l'oubli; & ce qu'on propose
de plus ou moins vieil, est d'aussi bonne grace que la question de
Martin Chabert, qui aimoit trois filles, auxquelles il dit, pour arrt,
un jour, mes filles mignonnes, je ne puis vous pouser toutes trois,
bien que je vous aime de toute ma loyale frussure, & plus chacune l'une
que l'autre. Je ne sais comment faire, sinon qu'il faut que j'aie 
choisir: & pour nous ter de cette peine, je vous dirai, si vous voulez,
un moyen; c'est que j'pouserai celle qui me dira la plus nave vrit
de ce que je lui demanderai. Elles s'y accorderent. Or, , dit-il,
lequel est le plus vieil de v chouse ou de v bouche?) J'ai quasi
bronch des mchoires. Mais pourquoi dit-on _confitures_? Que ne dit-on
_ficontures_, ou _fiturescon_? Et tant d'autres mots qui commencent
ainsi, comme _congrgation_, _conscience_?

ELPHIS. C'est bien entendu pour un philosophe? ne savez vous pas bien
qu'il est devant & jamais derriere? Et pourtant il faut le colloquer en
la tte. Le charpentier, qui demande au cur: pourquoi dites-vous,
_dominus vobiscum_? Que ne dites-vous, _dominus vobiscu_? Le cur lui
dit: pourquoi dites-vous un _compas_? Que ne dites-vous un _cupas_?

HIGINUS. Sainte Marrande, vous avez raison; mais faites parler ces
filles).

TITE-LIVE. L'ane rpondit: c'est mon cela qui est le plus vieil,
d'autant qu'il a de la barbe; & ma bouche n'en a point. La seconde:
c'est ma bouche qui est la plus vieille, parce qu'elle a des dents; &
mon petit n'en a point. La petite dit: je dis comme ma soeur. Dites
donc, mignonne, une belle raison comme nous. Elle ptilloit & frtilloit
comme une marmote dchane. C'est, dit-elle, ma bouche qui est la plus
vieille, pour autant qu'elle est svre; & mon con tette tous les jours.
A, ha! h, or devinez, vous autres, & jugez laquelle a le mieux dit,
afin que Martin soit le mari comme les autres. Jan par la certebieu,
dit Coypeau; aussi toit-il tout rform. Alors j'aimerois autant ma
chambriere, qui, nous oyant ainsi discourir, me reprocha que, si ce
n'toit leur cas, je ne saurions que dire; & l-dessus me dit: vous qui
en savez trs-tant, si vous aviez trouv un con tout seul, que lui
diriez-vous?




SERMON VI.


VI. Nanmoins, messieurs, beuvez pour la pareille. Aussi bien peut-on
mentir en libert de conscience, deux fois l'an: l'une en t, disant:
je n'ai pas soif: l'autre en hiver, disant: je n'ai pas froid. Mais
pourquoi est-ce que, quand on demande  boire, fusse  un laquais, on y
va courtoisement, de mme qu' requrir une garce de dormir avec elle
thologalement? Nous en sommes bien! Voil de belles demandes, dit
Sapho! C'est parce que cela coule comme foutre de prcheur. Achevez;
aussi bien cette fille a vou son pucelage  autre chair qu' vie
consacre; & nous dites la rsolution de la caupeaude. Ha, vous en
souvenez vous? H, bel engin de dame! ainsi vous puisse-t-il crotre de
jour en jour. Nous demeurmes tous cois, & plus tonns qu'un vque
sans mitre. Elle nous ferma la bouche, & nous dit, il lui faudroit dire:
con sans cul, que fais-tu l? Epaminondas, qui venoit de racotrer ses
chausses, rentra  table  ces mots; & les ayant ouis, il dit: que
rpondroit-il? Voire, voire, c'est bien parl  moi; mais pourquoi
est-ce qu'un tel cas, puisqu'on le nomme ainsi, ne parle point, vu qu'il
a une langue!

ALBERT. C'est parce que le cul est auprs, qui lui dit paix.

EVIMQUARBRE. Quel sermon est-ceci? Vous ne parlez que du cul.

NOSTRADAMUS. Ce seroit belle chose de parler du cul; ce seroit un
langage excellent; il seroit plein de toutes sentences: & si cela toit,
on parleroit comme on s'assiet; & si on crivoit de mme, vraiment on
verroit de belles orthographes de femmes, qui souvent criroient du cul.
Cela me fait souvenir de ceux qui parlent du nez, s'ils crivoient comme
ils parlent, ils criroient du nez. Or, mon bel ami, sans cul on ne fait
rien. Savez-vous pas que c'est la base & le vrai milieu du corps, le
mignon de l'ame; d'autant que, s'il ne se porte bien, & que ses affaires
soient incommodes, elle s'en dplat & s'enfuit par-l. Je parle pour
les doctes. Or donc, doctes, venez ici succer la molle de doctrine;
venez apprendre de beaux secrets, sans vous amuser  brider chevaux au
rebours, _id est_, leur mettant le mords au cul, tout ce qui se fait au
monde est pour exercer monsieur du cul, pour lequel boucher sans y
toucher, (grand miracle) il ne faut rien permettre entrer en la bouche.
Mais devant que j'acheve, je vous demande  vous, Franois & Anglois, 
qui le baiser est commun, lequel vous aimeriez mieux baiser une fille au
dernier noeud de l'chine ou  l'entonnoir du cul?

HYPOCRATE. A, ha, e, h, l'entonnoir du cul est la bouche. Et de fait,
tout ce que l'on apprte de plus friand, n'est enfin que pour faire de
la merde entre les dents, & partant pour mettre en oeuvre matre cul,
_id est, frater culus_, frere cul, qui est le gouvernail de tout le
corps, & le mignon de l'ame. Je le vous prouve. Si le cul ne se porte
bien & ne fait bonne chere, que ces affaires ne soient en bon tat,
l'ame en est incommode, & le plus souvent sort par le ddain qu'elle en
a, & nommment quand les matieres sont par trop claires, & que l'ame s'y
laisse couler faute de glu. Le cul n'est-il pas le prince des membres,
puisque tous lui font service, & que ses ddains, ou ennuis, ou coleres
les affligent tous? Puis, c'est lui,  qui tous font honneur, le faisant
seoir le plus dignement & le premier: & de fait, il chemine en prlat,
aprs tous les autres membres, allant en procession.

FORBIN. Je ne m'tonne pas si vous en parlez tant, ayant t disciple
d'Esculape, qui voyoit le jour par le cul de sa femme.

DIOGENES LAERTIUS. Il y en a beaucoup qui voient le jour par le cul,
comme vous diriez les chaudronniers, & ceux & celles qui travaillent de
l'guille, & les bons buveurs, qui voient le cul & le montrent aux
autres. Mais comment voyoit-il le jour par le cul de sa femme?

FROBEN. Sur ses vieux jours, ce bon preud'homme pousa une femme
Allemande. En allemand, une femme est appelle _frau_, c'est--dire,
tromperie. Voil pourquoi les dames Allemandes aiment mieux les
Franois, que ces gros pifres d'Allemands, qui ne font que souffler &
les injurier. Le pauvre grand bon hommet, quelquefois ayant veill aprs
ses tudes, & s'tant couch tard, s'endormoit: puis sur le matin, ainsi
que toutes les femmes, aprs avoir t approvisionnes, (je vous le
conte comme il me le racontoit) je voulois, disoit-il,  cause de ce bon
vin grec, tant tapis dans le lit, fomenter ma complexion. Alors ma
femme qui m'aime tant, qu'elle tire de son ventre pour me le donner,
tant confite en humeurs, ouvrant les yeux, elle ouvre le cul & laisse
aller une vesse ou une vesne pouventable, & qui, couve entre les
replis de gras double, a une odeur de tous les mille diables. Adonc
sentant cette alene postrieure, (femmes ont beaucoup de conduits,
vaporant des parfums de plus haute odeur que civette) moi qui crains
ces venues culieres,  cause de l'air mlancolique & code, qui, rendant
le cerveau rlant, cause l'pilepsie par un effet de corrosion punaise,
 quoi sont sujets les hommes du siecle qui sont maris, (aussi pour
cette cause, moines & prtres sont plus longuement sains, d'autant
qu'ils s'abstiennent de la frquentation des femelles, joint que, s'ils
les hantoient, l'odeur leur feroit bander la cervelle.) Je dis; je (sans
plus faire de parenthse) odorant ce spcifique exodin & abominable, je
jette le nez hors du lit, ouvrant les yeux, de peur d'y avoir enferm
cette espece de vapeurs & corps momentaires, ne tombant que sous un
sens; je vois le jour tout clair, parquoi me rsous  me relever: &
voil un des bons usages de ce benot cul.

STAT. C'toit une vesniere que cette femme; &  cela je me souviens, lui
changeant de nom, de ces messieurs d'Angers, qui changerent leurs noms,
sur quoi un oyant qu'ils avoient mis _du_, _de_, ou _le_, &c.  leurs
noms, dit: j'ai nom Vanier; & me nommerai le Vesnier.

PUC. Mais vous ne dites pas de celui, qui voulut servir de secrtaire 
notre Prlat; & il avoit nom _Meusnier_. Monsieur voulut qu'il et nom
_Mesnier_; parce que, dit-il, mon ami, quand vous viendriez aprs moi,
on diroit: _meusnier touche ton ne._

RABELAIS. Mais vraiment, pour mieux dire, cette femme toit ou devoit
tre une belle grande vesse, d'autant que chaque espece engendre sa
semblable.

STATIUS. Je ne sais pas qu'en dire; mais elle toit fort haute  la
main, & possible aussi au nez. Ce fut elle qui me mit une fois en
colere. Vraiment, la porte en est bien troite: joint que chacun sait
que je n'y entrai jamais, qu'alors qu'elle m'appella _beau vaisseau_, &
je l'appellai, _belle vesse_, elle. Lui faisois-je tort?

LICOFRON. Il faut avoir bien dur coeur, & encore en soupant, pour
supporter telles paroles, & tant ordes.

METRODORUS. O le dlicat! tu es n entre la merde & le pissat; & tu en
veux conter! Mais  quoi est-ce qu'on connot le bon coeur d'un homme?
C'est quand il mange la merde, d'autant qu'il faut avoir bon coeur pour
la manger. Aprs que vous avez bien senti les fleurs, vous entamez le
fruit.

LEON HEBREU. Quel fruit d'abomination! Cela me contamine. Je ne serai
net de trois fois sept jours. Je suis bien venu  l'heure de corruption;
& pource, je suis d'avis que l'arbre, la fleur & le fruit ayons en
abomination. O d, je m'quivoque. Et qu'est-ce que je deviendrois? Je
suis fils du ventre d'une femme. Fruit du ventre, c'est merde. Je suis
donc merde. Ah! pargoi, bran & merde fine soit pour ce beau jaseur, qui
nous a appris  syllogiser; le Lucifer des tnebres le puisse sigilliser
& syllogiser en enfer!

PITAGORAS. Tu es tant savant en tes spculations, que tu es fou.




DIETTE.


VII. Je suis d'avis, mon ami du coude, du montoir, ou de quelqu'autre
faon & race, que tu laisses arbre & fruit non vivant, _id est_, mort; &
que tu l'aies en horreur ainsi que moi, & les Ecclsiastiques Romains,
qui rejettent l'outil des femmes comme feves, dont il porte la figure,
ayant la raie noire, & le bas contre mont. Notez bien feves, pour le
symbole minent qu'elles ont; c'est que, quand quelqu'un y a t
attrap, qu'une goule sans dents lui a donn une morsure; il est dit le
roi de la feve: sur quoi je m'avise d'un beau mnage. Le Maugrin vit un
jour sa chambriere, qui jettoit, en balayant, trois feves; elle lui dit:
vraiment, baboine, ce sera-l ton mariage. Elle les prit, & les sema; &
en eut d'an en an, assez pour la marier. Et de-l j'infere que, si le
roi dfendoit de mettre des feves aux gteaux des rois, & qu'il prt ces
feves-l, & les semt; il en tireroit un grand soulagement pour le
peuple. Or, sans nous amuser  ces gueux de rois, si tu veux tre libre,
n'aie jamais de femme; parce que, si tu es mari, tu seras oblig; tu
paieras la taille & la taxe aussi, & il faut que tu le fasses par
contrat: ainsi sont tenus les gens maris; ce  quoi les libres
ecclsiastiques ne sont obligs, n'ayant affaire au particulier ni  la
_raye publique_; que pour leur plaisir & rcration; & ce les
aprs-dnes, & au temps d'bat, non pour tenir femmes avoles toutes
nuits, parce qu' leur rveil ils sont obligs de dire leurs heures 
jeun; & ils auroient bu de l'ordinaire, comme les Ministres; & on les
accuseroit d'tre hrtiques: tellement qu'ils auroient bu la faon de
leur journe, ayant bu de l'ordinaire.

LUCRECE. Je mourus par ce poison; toutefois c'est tout un. Tandis que
nous sommes encore aux fauxbourgs, avisons un peu  ces trois filles;
parce que celle-l, qui a dit que son cul avoit de la barbe, me fait
souvenir de monsieur Libreau, Avocat  Paris. Cette mignonne toit alle
aux tuves, avec des dames de ses amies; & ce, par le cong de son mari
qui toit fort chiche. Sur quoi, les autres, qui avoient su qu'il ne lui
avoit donn qu'un quart d'cu, s'aviserent de lui faire une
mchanceterie: ce qu'elles excuterent. Et avint que, comme elle fut
retourne & couche avec son mari, ainsi qu'il l'amignotoit & prenoit
son jouet, il n'y trouvoit du poil que d'un ct. Voil, dit-elle, mon
ami, on ne m'a fait de la besongne que pour mon argent. Aussi je vous
avois demand demi cu. Que ne me le bailliez-vous? Cela a t cause que
je n'ai eu le poil fait qu' moiti; on n'a fait mon affaire qu' demi.
Cette remontrance fut occasion, qu'elle eut le lendemain un demi cu,
pour se rajeunir par le bas.

ARETIN. Les avocats & les mariniers ne sont pas de mme opinion. Un
marinier de Quilleboeuf fit tout autrement, ayant t long-temps absent.
A sa venue, sa femme, pour le rcrer & rajeunir, avoit fait ras & net
le poil de son chose; & ce matre rustaut, se voulant jetter sur elle,
comme dans le fond de son bateau, & passant la main  la breche, & n'y
trouvant point de poil, il mconnut l'table ordinaire de son courtaut;
& s'cria, en disant: _ha! mchante vilaine, che n'est chi mie mon coin.
Si est,_ dit-elle. _Ne n'est: tu l'as laiss chez ces quenoines; va le
qurir; va, je veux poil & tout._ Il fallut qu'elle ft absente, tant
qu'elle l'et trouv, d'autant disoit-il encore toujours: ce n'est point
le mien; je le veux avoir avec le poil.

SENEQUE. Il m'est avis que cela n'est pas beau de parler ainsi des
femmes. Il semble que vous en dites, comme si elles n'toient pas femmes
de bien.

PERSE. Vous avez raison, mon pere, mon ami; vous tes digne d'tre
empereur, d'autant que la reine d'Egypte vous aime (parlez bas, de peur
de ce que je ne sais, tant j'ai de peur de faillir). C'est de par le
gibet, aussi je me souviens que l'anne que j'tois Recteur en
l'Universit de Paris, sous le nom de Marius, ce grand Consul Romain, je
vis prendre une maquerelle du bourg de Four. La raison toit qu'elle se
battoit avec une autre, qui lui dit; ha! chienne, tu veux ici faire de
la reine d'Egypte. Tu as menti, dit-elle; je suis femme de bien. Quant
aux fillettes qui sont du tiers ordre, je les plains en ma conscience.
H que j'ai bu! Je pense que je sors de propos, & vais de la truye au
levain.

ARCHIMEDES. Qui sont celles que vous appellez _fillettes_?

L'AUTRE. Chacun en dira sa ratele, m'ayant oui.




ANNOTATION.


VIII. Fillettes nous disons, celles qui sont capables de rendre compte
par dduction; ainsi sont-elles propres au dduit. Il y en a
gnralement de trois sortes, & ceci pour simple intelligence de ce
qu'on dira tantt. Notre bon ami que voici, (je ne dis pas _vessi_; mais
chassez ces chiens; ces femmes ont vessi). Or donc il y a trois ordres
de ces commeres. Il y a celles, qui tiennent rang entre les femmes de
bien; il y a des filles d'glise, lesquelles demeurent aux clotres,
_actu, aut potenti, vel potestate_; & les autres, qui sont comme 
Geneve,  Camp de Fior, prs de Lorrache, celles-l sont du tiers ordre.
Hlas! l'autre jour, je fus tout embaum de commisration, pour une
pauvre petite qui pleuroit chaudement. Les larmes lui tomboient des
yeux, de la grosseur de cirons d'Inde; & crioit que ces brigans de
sergens, & autres de telle toffe, leur pilloient en un jour tout ce
qu'elles avoient pu gagner en un mois,  la sueur de leur corps. Puis,
aprs cela, elle rioit avec les autres, se rconfortant, & par dpit
disoit: mais dis-moi, h! maquerelle ma mie, s'il y avoit en un sac un
sergent, un meunier & un coturier; qui sortiroit le premier? Voire,
voire, dit-elle,  tout ce qu'elles rpondoient, ce seroit un larron. La
femme de mon compere Bignon les regardoit, toute ravie de voir ces
garces ainsi affliges, & incontinent consoles; & en cette entente,
elle toit je ne sais comment assise, & si bien qu'en d presque
paroissoit le but mignon de ficherie? Son mari, qui l'apperut, lui dit:
ho! ma mie, venez ici, & fermez la boutique, il est aujourd'hui fte. Je
vous dis vraiment qu'en se remuant de cet tat, o elle toit si
proportionnment assise, je vis ce qui se peut voir de son gardon  la
drobe.

QUINTILIEN. Quelle cornucopie est ceci? Quel nom amenez-vous?

SENEQUE. Encore avez-vous bien dit, d'autant que la copie & les
originaux des cornes se font illecque.

L'AUTRE. Je vous dirai. Le bon homme Genebrard avoit pous une jeune,
belle, mignonne femme, avec laquelle tant couch, l'ayant baise, il
mit la main  son comment a nom, & le tapant, dit: gardon, ma mie,
gardon. Ce qu'il continua souvent, sans autre effet. Le vendredi
d'aprs, la chambriere (c'toit  Paris, o les servantes, qui vont 
l'emplette, gagnent le moins de gages) eut commission d'aller  la
poissonnerie, & demanda  sa matresse ce qu'elle apporteroit. Ce que tu
voudras, dit la dame. Apporterai-je des gardons? Va  tous les diables!
Je n'orai jamais parler ici que de gardon.

GANPIL. Vous faites bien de les nommer gardons,  cause des gardes que
nature y a mises, lesquelles si elles n'y toient, vu cette grande
solution de continuit, les femmes seroient toujours enroues. Et c'est
merveille comment, cela tant si djoint, il est toute-fois si conjoint.

SAPHO. C'est une dcoture au bas du corps; ce qui avint, quand Jupiter
eut coup l'androgine. Il commanda  Mercure de recoudre le ventre 
l'un &  l'autre; cela est cause que le ventre est si dlicat. Il cousit
l'homme avec un lacet trop long; tellement qu' la fin de la coture il
en resta un bout. Et cousant la femme, il prit le lacet trop court, si
qu'il y eut faute, & il y demeura une fente, faute de points. Et en
avez-vous? Mettez cela en la bote au saffran. Mais encore, messieurs
les savans, savez-vous bien les sept merveilles du monde? Vous ne dites
mot. Je vous ferai savoir de belles choses, si je veux. Or prparez-vous
 ouir. Ne vous recordez-vous point que les souris courent en la paille,
sans se pocher les yeux? Je vous dirai des secrets plus notables, & qui
contiennent toutes sciences. Les sept miracles, ou merveilles, sont 1.
Une poule noire, qui fait un oeuf blanc. 2. Le vin clairet, qui est beu
comme le vin blanc, & piss blanc non rouge. 3. Le bout d'un homme, qui
n'a point d'oreilles, & oit quand on parle d'accrocher. 4. Le cas d'une
femme, qui est un vaisseau qui a la gueule contre bas & est tanch. 5.
Le paillard outil d'un amant, qui se bande sans guindal, de lui-mme.
6. Le bouton d'amour d'une femme, qui tire la molle des os, sans le
casser. 7. Et le cul, qui se ferme & ouvre, comme une bourse, sans
tirans. A, a, a, ha, h. Toute la compagnie se mit  rire; & nous nous
trouvmes joyeux & alegres, comme une belle troupe de jeunes ou nouveaux
cardinaux.

BATILE. Vraiment, Sapho, vous avez tort; vous tes bien salaude: jamais
vous ne direz rien de net. Non, dit-elle, non plus que la Solde ne peut
jamais faire de beurre net.

QUINTILIEN. Je vous prie de nous expliquer votre dire.

SAPHO. Par mes amours, je le veux: mais me direz-vous la vrit de ce
que je vous demanderai?

QUINTILIEN. Oui.

SAPHO. Si mon cul vous baisoit; le baiseriez-vous?

QUINTILIEN. Passe outre.

SAPHO. Quelle difference y a-t-il entre votre nez & le cul du chien? Le
cul du chien a le poil dehors, & votre nez dedans; ainsi diffrent
vrit & raison. Si votre nez toit en mon cul de derriere, il seroit
vrit; mais ce ne seroit pas raison qu'il y demeurt. Or voil comment
je leurre ces savans; que le dianche les puisse saupoudrer. Ils ont tout
leur engin en la cervelle. J'aimerois autant qu'un savant, qu'un pdant,
qu'un de ces doctes de lettres me ficht une cheville en l'oeil, que me
copuler amoureusement, tant leur consutude est fade. Il n'est que bons
compagnons, qui savent la mignotise pour s'en battre; & non point se
faire payer pour cela, comme ces entendus, qui,  vrai dire, sont veaux
de double pelisse. Mais avant; & puis. L, vous me voulez remettre; j'y
suis, bien que ce ne soit pas l, ains autre part, qu'il me dmange. La
Solde toit une honnte beurriere de Bourgueil en chrtient: (c'est
auprs de Touraine, & non en Touraine. Si cela ft avenu en ce pays l,
on n'en et fait que rire, parce que les fous y croissent comme en votre
pays, monsieur le Lisart). Un jour devisant, son mari lui reprochoit sa
salet. Vraiment, ma commere, tu ne saurois faire de beurre net, tant tu
es mal propre. Ag, si ferai; j'en ferai, & le ferai si net, que t'en
ferai manger; & le salerai pour ton carme, que je te ferai mieux faire,
que ne font les moines, qui mettent du sain doux en leurs choux en
carme, pour pargner le beurre par humilit,  cause des hrtiques de
Saumur. Or bien notre Solde (qui toit aussi propre que la femme de
Pricls, qui se torchoit le cul au bout de la nappe, & presque aussi
sotte que celle de Tite-Live, qui, voyant des bliers, demandoit ce que
c'toit qui leur pendoit encre les cuisses: c'est leur couille, dit gros
Jean. Comme elle vit venir les brebis, & voyant leur pis enfl, elle
disoit: elles ont belles couilles, nos brebis.

L'AUTRE. Ainsi Pindare, hier, dnant avec nous chez Mcnas, louoit fort
une bonne ttine de boeuf routie, & mise  la sauce douce. Mais
n'oubliez pas le beurre: c'est la douceur d'entre les jambes.

MADAME. Vous tes si sage, que vous tes fou.

L'AUTRE. Ho, ho, gardez-vous de prononcer, ainsi que fit Charlotte 
Blois; durant les tats, que nous tions avec ce moine de Bourmoyen, qui
rioit tant avec trois nonnains. Le voyant ainsi rigolant, je dis tout
haut, ce moine est fort crt & frtillard aprs ces nonnains. Voire,
dit Charlotte, il est fou trois fois la semaine.

DENIS. Sec, frere Jean, il le feroit neuf fois,  chacune trois fois,
sans les autres; outre cela il aime bien besogne d'glise faite.

MICLEOT. Il n'en est pas toujours si ardent; il est feru, comme un chien
d'un bton. Si on lui dit: allez  l'glise. Qui y est? Ils y sont tous.
Ils sont donc assez. Une autre fois: qui y est? Il n'y a personne. Je
n'y ferois rien tout seul.

HSIODE. Vous vous tez tromp du lieu: cettui-l toit de Mermoutier,
c'est--dire de _la mer des motiers_.

DENIS. Non toit.

HSIODE. Si toit.

DENIS. Vous avez menti bien humblement.

HSIODE. C'est vous, si je puis.

DENIS. Mais bien vous, sans vous faire tort.

HSIODE. Mais vous, sans pch, comme disoit mon compere Guillaume. Et
bien, mon ami tant gai, o est le temps que nous besongnions ces belles
garces,  & l, sans offenser dieu?

MADAME. Paix, paix.

HSIODE. Bien je reviens, je le sais, je ne dis rien sans en tre bien
inform, & tout de mme que l'toit _Hrode qui radote_: & par ma digne
conscience qui est aussi nette de mensonge, que d'ulcere le corps d'un
vrol.




BNDICTION.

IX. MADAME. N'oubliez pas le beurre, encore une fois.

SAPHO. On dit que les femmes sont grandes parloires; mais vous l'avez
gagn  ce coup sur moi; & est venu  propos, parce que cela est cause
qu'encore aux carmes,  Paris, on crie: (_n'oubliez pas le beurre._) Or
donc Solde, ayant reproch  sa femme qu'elle ne feroit jamais de
beurre net, parce qu'elle n'toit pas si propre que mademoiselle de
Lausnai, (qui, pour aller au priv, prenoit son masque, sa devantiere &
tout son harnois  chevaucher, pour mieux serrer les poings,
c'est--dire, chier; d'autant qu'une femme, faisant du gros, serre les
poings; faisant du menu, elle les dilate. Mais, belles dames, ne soyez
dgotes de beurre,  cause de ce que je dirai; ainsi que le fut la
fille du prsident de notre ville, qui fut plus d'un an sans en manger,
parce qu'elle avoit oui beautems raconter; comme ayant couru plusieurs
postes, & tant  Moulins, il prit un parchemin, (C'toit le contrat de
mariage de la dame de la poste) & le couvrit de beurre qu'il se posa au
cul, qu'il avoit tout effleur sans croupiere. Ce beurre ne fut jamais
mang: celui de Solde fut fait avec beaucoup de propret. Elle avoit
pris une chemise blanche, une gorgerette, un garderobe; bref elle toit
en beau point, & si propre qu'un jeune coureur de fortune l'et
volontiers encoche. Ainsi ajoppe & bien lave, elle se mit environ son
beurre. Son mari tout merveill, considroit cette grande aventure: &
dja esproit que sa femme le feroit mentir, tant son cas toit propre.
Le beurre tant prt, mis en livres, demi-livres, quarterons, & n'y
restant plus que la petite faon dessus; (c'est que les biens-disans
disent _le verbe_, _le garbe_, ou comme vous voudrez.) Cette jolivet
s'y faisoit avec un petit bois taill, qui toit envelopp dans un linge
net, & mis sur le badaut. Badaut est un engin qui tient au plancher; &
ainsi plusieurs badauts y a qui ainsi pendent vis--vis. La Solde,
voulant prendre ce petit bois sur ce badaut, monta sur une selle  trois
pieds. Qu'au diantre soit celui qui fit la maison, o fut mari le pere
de l'vque, lequel sacra le prtre, qui maria la mere de celui qui
forgea la cogne dont fut coup le bois o fut manch le pic, dont on
releva la terre, pour planter l'arbre, duquel fut faite la premiere
selle  trois pieds. Comme cette pauvre femme, si propre, s'lana de
dessus sa sellette; voil cette abominable selle qui va broncher, & ma
pauvrette: ayant une jambe en l'air, & autre assez prs, qui coula avec
la selle, va faisant une petite ruine, sans se dpcer, & tomba si 
point, pour n'tre pas offense, que son cul donna en plate forme, & si
proportionnment dans sa gidelle sur son beurre, qu'elle le remit en
chaos, dfaisant toutes ces figures distinctes; & le repatrit
malheureusement par la pesanteur de son fessier, qui, de la roideur du
coup, tampa l'impression de ses fesses si abondamment, que le beurre en
fit la vnrable remembrance en creux.

RABELAIS. Vous avez vu des culs relevs; si vous en voulez voir de
creux, faites faire tel essai; il n'y a rien de si propre  mouler
fesses fermes, que beurre frais. Je l'ai appris des Ecossois
Insubriens, qui se dlectent  la vue des fesses, parce que l est la
parfaite beaut qui ne se hle point. Ho! dit matre Jrme, vous m'avez
bless; & l, le nez; je n'y joue plus. Achevez.

SAPHO. La solde bien tonne, se rsolut en sa disgrace; & pour rparer
son dsastre, se mit  arracher de son cul  belles mains, le beurre qui
y toit attach.

HYPOCRATE. Mais les chymiques disent qu'ils cherchent les esprits: & de
l il sembleroit que vous voulussiez conclure que les femmes ayant plus
de cul, eussent plus d'esprit que les hommes.

CELSUS. Cela est vrai, & y parot. Qu'ainsi ne soit; une fille de sept
ans pissera plus gros que ne fera un garon de dix-neuf, comme tant
plus coupable, & partant ayant davantage de jugement.

ORONCE. Vous ne mettez en avant que des redites. Que pensez-vous? Croyez
que plusieurs savent ce qui se fait ici. Qu'y ferez-vous,
puisqu'aussi-bien tout ce qui est dit ailleurs est pris d'ici, qui est
la source de toutes sciences? J'ai tudi plus de cinquante ans en ce
livre, tant je l'ai trouv de savoir inpuisable.

L'AUTRE. Boute, mon ami, boute; cris tout ce que nous disons; tu
transcris & nous rcitons par coeur; & puis un bon oeuvre n'est jamais
prescrit.

PRICIAN. Ceux qui disent: j'ai vu ceci ou cela autre part, sont des
chtifs averlans. Quand on mange d'un chapon, est-ce le chapon qu'il y a
plus de cent ans qui fut mang & chi?

QUELQU'UN. O que vous dites bien, sage vieillard, que vous avez un bel
ge.

L'AUTRE. Ne vous dplaise; je vous dis que vingt-cinq ans est un plus
bel ge; & n'en dplaise  Caton, qui disoit tantt qu'il toit si bon
compagnon, qu' l'ge de soixante ans il le faisoit encore deux fois.

CATON. O! lourdaut mignon, mon ami; c'est une fois en t, & l'autre en
hiver. J'aimerois autant le vieil mdecin qui me nommoit son fils, quand
il me voyoit, & je l'appellois _pater_, parce qu'ils sont relatifs: il
disoit qu'en son vieil ge il le faisoit mieux que jamais, d'autant
qu'il y toit plus long-tems, & y prenoit beaucoup plus de peine; &
qu'aussi son instrument toit plus fort que sa jeunesse, parce que jadis
il se bandoit seul; & maintenant, encore qu'ils fussent deux, si n'en
pouvoient-ils venir presque  bout.

CETTUI-CI. Tandis que nous tenons ce mdecin, je veux dire comme il me
gaussa l'anne que je me fis chanoine; sur quoi vous pourrez apprendre
pour votre usage, un des plus exquis secrets de ce monde, nature tant
restitue; ce fut en la prsence d'un mdecin & d'un financier. Il me
dit donc: il y avoit un badin (_notate verba, & colligite signa_; ainsi
disons-nous, nous autres Latins) qui ayant fait une grande remontrance 
son fils, sur ce qu'il devoit devenir, lui proposa l'infidlit des
marchands, la dloyaut des gens de justice, les impostures des
mdecins, toutes les voleries des financiers, la tromperie des artisans,
la perfidie des prcepteurs, touchant au vif ceux qui, de toutes ces
sortes, ne sont pas gens de bien. Puis aprs, il lui demanda quelle
condition il vouloit suivre? Le fils ayant justement pens, lui dit: mon
pere, je ne veux aucun de ces tats que vous avez dit; je desirerois
tre de la vacation de ceux qui portent des peaux de veau sur le bras
gauche. A cela je rponds: grand merci, monsieur; hachez menu, la chair
est dure; touchez-le doucement, je hais la peau dlicate, ne le sanglez
pas si fort, qu'il ne pette. A cela il me tend la main (or avoit-il
femme jeune & belle encore;) j'avance main; & prenant la sienne, je lui
dis bien humblement: voici la main de celui qui, dieu merci, a besongn
mademoiselle votre femme, ou n'a tenu qu' lui. Je parlois de la sienne;
& il ne l'entendoit pas. Et d, pourquoi est-ce que nous portons
l'aumuce? c'est--dire, cette peau sur le bras. (Cette peau de veau, 
propos de vous, qui disiez tantt... Or l, dites. Le bon homme toit
tout pensif de ce que je lui avois dit, aussi-bien que mon procureur,
qui a belle jeune femme, auquel parlant des femmes, je lui dis: par mon
serment, cousin, j'ai besongn votre femme aussi-bien que vous. Il est
vrai, peuple ententif, parce que je ne le besongne jamais, ni elle
aussi: je les avois donc besongn l'un comme l'autre.) Alors je dis 
mon mdecin: il faut que je vous le dclare, pour vous ter de songerie;
c'est signe que nous ne mourrons pas en la peau de veau comme vous
autres.

PROPERCE. Que ne savois-je ces belles rponses, & ces doctrines! Je suis
fort dplaisant, & meurs de regret, que je n'attendis  crire, pour
tre le secrtaire de ce simpose, qui m'et plus apport de rputation,
que n'en auront tous les crivains, toutes les critures & tous les
crits ensemble. Or c'est tout un; j'ai la copie des discours, tant
verbaux que couchs par crit, comme disoit notre avocat: je me tiens 
mes demandes faites par requtes verbales, desquelles la copie est en
mon sac. Et voil comment je me tiens aussi  ces futures sentences qui
sont ja crites. En outre, je prvois pour tout que ce banquet sera le
grand, unique & universel sur tous autres, & monarque des simposes
oecumniques.

ZOROASTES. Je suis tout mu d'esprit prophtique, & connois devant &
derriere qu'ici se rsoudront toutes les questions du monde; ainsi qu'il
est ordinaire, que sans le boire & le manger, on prend, on a pris &
prendra occasion d'enseigner cela qui est tout parfait; & comme la
vrit & la vanit, l'excellence & la sottise s'affrontent, l'un &
l'autre se pratiqueront en ce lieu; & on verra souvent la gloire
proposer  son client l'honneur du premier lieu  la mangeoire, comme
aux privs publics, on s'entre-fait place honorable pour fianter
glorieusement; & mme  Genve l'assiette, pour poser le fondement, est
aussi nette que le tranchoir sur lequel vous mangez.




TEXTE.


X. Comme j'tions ententifs: & qui sommes nous? Je sommes ce que je
sommes; je jouons. Et que jouons je? Je jouons ce que j'ons. Et
qu'ons-je? J'ons ce que j'ons. Ons-je en jeu. Si je n'y ons, j'y fons.
Foin, ces Parisiens-ci me troublent. Paix, ou que la merde vous puisse
baiser.

GUALTER. A propos, si vous tiez en prison environn d'trons,
qu'aimeriez-vous mieux, ou en sortir par amiti, ou par force? Par
amiti; il faudroit donc les baiser les uns aprs les autres. Par force;
il faudroit donc leur donner  chacun un coup de dent. Et vous,
taisez-vous, que j'acheve; & que nous prenions garde  tant de parfaites
doctrines. Quelques-uns de la compagnie, pour faire une pause
rcrative, se donnerent le petit mot du guet. C'toit la fleur des plus
sages, qui firent un complot de gaiet, pour faire rire la compagnie; &
allerent en une autre chambre, inventer une comdie  l'Italienne. Je
vous dirai qui furent ceux-l,  la charge que, si vous le dites, &
qu'il m'en soit fait quelque reproche, le diable vous emporte. C'toient
Socrates, Plutarque, Rabelais, Gaguin, Luther, Ronsart, Pindare, Marot,
& quelques autres de mme farine & pareils brans, & assez sages & fous
pour contenter le monde.

LUCIEN. Quelle diffrence mettez-vous entre farine & bran, vu que la
plupart de ceux-ci sont, comme dit l'autre, tourns en farine de diable?

L'AUTRE. Vous ne changerez jamais, encore que notre bon ami Pithagoras
vous ait fait passer par son alambic; si est-ce que vous tes toujours
de mme; & je crois que c'est vous qui en tes la vraie farine de
diable, d'autant que Dieu vous fit bon comme farine, & vous tes mchant
comme bran. Et afin que vous le sachiez, je vous dirai d'o vient ce
dictaire; je me dpcherai, afin que le bon homme ait son sac. Il y
avoit un pauvre petit paysan, qui avoit quantit d'enfans, & n'avoit
point de pain pour leur donner, pour lors que la famine pressoit. Une
nuit s'tant endormi de tristesse, il songea qu'il trouva le diable qui
le consola, & lui dit que, s'il vouloit, il lui donneroit de quoi
bailler  dner  son menu peuple, & l-dessus le mena en une fort
obscure o il lui montra de grands sacs pleins de farine. Le paysan
bahi & aise, dit: mais comment trouverai je ce lieu, si j'en pars? Le
diable lui dit: eh! chie auprs, pour le remarquer. Le triste pauvre
homme s'effora, & fianta dans le lit, plus que six ladres constips ne
feroient par un clystere enforc de quadruple dose de fine bndicte. A
son rveil, il trouva le bran, en quoi s'toit rduite toute cette
diabolique farine.

LUCIEN. Mais encore, puisque vous y tes, dclarez-nous un peu d'o
vient ce bon mot, _afin que le bon homme ait son sac_.

GUEVARRE. Cela avint en Anjou, en un bois qui est prs de la
Rochefouque. Un gentilhomme avoit fort recherch une demoiselle du pays,
sienne voisine, qui ne l'osa accommoder de son ustensile, parce que la
commodit ne s'y offroit pas, & que possible, lorsqu'il le vouloit, il y
en avoit quelqu'autre (& notez, qu'il n'y a que ces deux raisons, avec
celle qui a t dite tantt, qui empchent les femmes de prter leur
gnomon.) Un matin cette demoiselle, ayant affaire en une sienne mtairie
(possible alloit-elle voir un de ses amis) passant  travers ce bois,
fut rencontre du gentilhomme, qui alloit giboyer & n'avoit en main que
son arquebuse. Le gentilhomme prit la rencontre, & dit  celle-ci:
vraiment, il y a assez long-temps que vous m'attermoyez. Je vous prie
que ce soit  cette heure; il y a toute occasion  propos. Hlas! lui
dit-elle, que pensez-vous faire? Attendez  une autre fois. A cette-ci,
&  une autre, tout sera bon. Mais quoi! je suis en manteau; je me
salirai toute. Ce gentilhomme, levant la tte, vit un pied-gris passant
auprs d'eux, lequel avoit un sac. Il le prit, & lui dit: compere,
attendez-moi. Ayant ce sac, il le lui montra. Et bien, dit-il, voil
pour mettre sous vous. Elle, se voyant presse, & qu'il falloit passer
par-l, en dpit qu'elle le vouloit bien, lui dit: l donc, dpchez,
afin que le bon homme ait son sac. Achevez, je vous prie. Socrates,
comme le plus fou (ainsi disent ceux qui passent une porte: _je passerai
le premier comme le plus fou_; _erg_, les autres fous en leur prsence,
 leur nez, & sans contredit. Mon sot de valet ne fut pas si sot. Un
soir qu'il falloit porter la chandelle, pour clairer aux gens d'honneur
qui sortoient, il ne vouloit jamais passer devant, disant que l'honneur
ne lui en appartenoit pas. Cette petite bande entra de mme, & le sire
Socrates marchant en gravit pose, comme monsieur le chantre de Paris
aux bonnes & nobles ftes, ayant touss, & s'tant monocordis sur son
geste, prpar en pompe minoise, aprs avoir remu sa trogne
scientifique, ainsi que voulant annoncer quelque grande chose avec un
accent admirable, va dire: hem, hem, hem. JE SUIS. Et ainsi qu'il
faisoit une trop grande pose prsidentale, pour exciter  motion
audienciere, la reine d'Egypte, qui vraiment y toit par honneur, se
fchant d'attendre si long-temps, ajouta  son propos, UN SOT. Tout le
monde, jusques aux anges & aux serpens, sans les pierres et les cailloux
qui en creverent, se mit  rire si fort, que la mule du Cur de Saint
Eustache en foira de si pure joie, que la vie lui en faillit par le
fondement. Ainsi la farce fut gte & tout le cidre rpandu, & la
gentillesse remise  une autre fois; & chacun fit comme aux nces.

ARNOB. Vraiment, Socrates mon ami, tu devois bien y aller. Et que
diable! tu es fat, de te faire moquer de toi, sous ombre de l'opinion
que tu as d'tre savant & sage, plein de doctrine comme la gibeciere
d'un hermite frais tondu. Voil ce que c'est, tu es prsomptueux; parce
que tu n'as fait toute ta vie que chanter aux latrines avec les
couillaux.

BARLET. Parlez net.

ARNOB. Je pensois dire _lettrain_ avec les choriaux, ma langue a suivi
l'usage commun. Ne savez-vous pas qu'il y a des glises, o les
chanoines ont des vicaires qui font pour eux, & sont dits choriaux?
Mais, parce que ce nom est rude, les filles ont invent de dire
couillaux; comme celle qui disoit qu'elle ne vouloit pas que l'on
tournt son nom, de peur que l'on n'y trouvt quelque couillonnerie:
elle vouloit dire quelque coyonnerie. C'est tout un, la douceur en
vient.




SINODE.


XI. Par la vertu de l'herbe de la Saint-Jean, penses-tu qu'il te sied
bien de faire le fou? Ces grands sages n'ont point d'esprit  boufonner;
ils ont l'chine trop plate, le col trop roide & la cuisse trop avale,
& s'ils s'en veulent mler, cela avient, comme une huiliere  coffer
une reine, tellement qu'ils trbuchent si roide, qu'ils paroissent fous
de haute alkimie, & au-del. Tandis que Csar coutoit ceci, son
laquais, qui depuis fut roi d'Espagne, toit derriere lui, pour avoir de
la chair. Etant importun, il se retourna, & lui dit: cap de biou, mon
laquais, je vous donnerai mornifle: & tout sert. Si tu veux de la chair,
prens-toi au fesses.

BOECE. Il a mis cela en effet, & est cause qu'il y a tant de dames
bossues, d'autant qu'il savoit en plusieurs lieux que celles qu'il
attraperoit, il les happeroit aux fesses; comme tant les plus
savoureuses & mieux faisandes, joint qu'il toit assez ais parce
qu'alors les dames n'avoient point de culotte. Il est vrai, (oui; je ne
dis point comme les autres fois, quand je mentois par oi dire. Je l'ai
vu): c'est que pour crainte que cela n'avnt, plusieurs ont fait faire
des calleons, ou brides  fesses, afin de se garantir; & les autres,
qui n'avoient pas cette industrie, pour sauver leur cul, craignant la
dent laquasme, ont mis la chair de leurs fesses sur leurs paules. Cela
est donc cause des bossues. Vraiment, si elles engendroient leurs
semblables, bientt le monde seroit bossu. Fi, fi; il ne le faut faire
qu'aux belles; la bosse leur sert de grace: & puis tous choses sont
choses. Sec, gardez-vous de cheoir, madame Safy, il y a un grand trou
devant vous; si vous mettez le pied dedans, vous vous gterez.

MADAME. En d, si vous aviez le nez dedans, & deux autres de mme autour
des deux yeux, vous auriez une belle paire des lunettes.

BOECE. Taisez-vous; vous tes belle. Que sera cela? Les belles se font
prier, & les laides prient; chacun fait ce qu'il peut pour vivre.
Pourquoi faire des lunettes?

CSAR. Pour mieux voir.

BOECE. De quoi voit-on le plus?

CSAR. Des yeux.

BOECE. Si votre nez toit en mon cul, vous ne verriez que des fesses.

LE BON HOMME. Que voici de sentences accomplies! Que vous tes heureux,
vous qui les savourez, tandis que ceux-l boivent sans nous ouir; & je
gage que; vous auriez beau dire, ils ne l'entendroient pas, d'autant que
ceux qui oient en beuvant, tiennent de la ladrerie, comme le tient &
afferme Janotin, matre apothicaire, du mtier dont il se mle.

SOCRATES. En d, vous avez mieux dit qu'un four, & n'avez pas la goule
si grande. Pourquoi fait-on des fours?

ELPHIS. C'est pour cuire du pain.

SOCRATES. Voire, le niais! C'est pour cuire.

ELPHIS. Va te promener; & me dis la raison, qui fait que l'on boit les
uns aux autres?

SOCRATES. C'est parce que celui qui boit perd la parole, & devant qu'il
lui avienne mal, prie que l'on l'assiste s'il lui survenoit danger;
tandis qu'il est ainsi entre la vie & la mort, comme une ame qui sort de
purgatoire, ou qui pense y aller. Je ne m'y connois encore gure; je
suis  pardonner, parce que ce pauvre homme possible est prt  se
noyer.

L'AUTRE. O vous trois fois pleins de batitude, qui, accomplissant votre
flicit, venez lire, tudier & mditer ici nuit & jour, pour trouver la
pierre philosophale, que j'ai cache en ces traits plus finement,
occultement, clairement, & patepeluement, que ne firent oncques Gebert,
Thophraste, Lulle, ou autres affineurs; mais de meilleure grace, & de
front plus minon, pour la rendre plus aise  trouver, & divertir les
beaux esprits qui consument trop de temps au feu; & les inciter plus
gament  poinonner leurs intellects, qui, pleins de concupiscence
clestes, s'agitent aprs ces fideles commentaires. Et encore,
messieurs, un mot en passant. L, croyez-vous, dites, que toutes ces
bonnes gens fussent ici, & que ceux du temps  venir y toient? Nous
avons cel les noms de quelques-uns, de peur qu'ils fussent reconnus, &
que plusieurs allassent au-devant, quand ils viendroient, pour leur ter
leur argent, comme font les gentilshommes, en tems de paix. Or je vous
avertis que j'en dirai un; voire sans rien nommer, c'est que, d'ici 
plusieurs jours, l'empereur entendra le midi; il sera fils d'onze
heures; il mettra le midi  une heure, comme  Ble en sottise (je
cuidois dire _en Souisse_) Pardon, Souissercons; je vous tiens pour gens
de bien, deussai-je mentir. Le petit diable de la nouvelle toile vous
puisse chatouiller, pour vous faire rire. Et d, vous en grincez dja
les dents. En ce tems si tranquille de cette benote aventure impriale,
personne ne fondra dispute ni secte, que pour se rjouir sur
l'intelligence de ces mmoires, qui seront diviss en dix-sept parties,
 l'honneur des dix-sept Provinces philosophiques; & on les reverra avec
une attention. Mme il y aura devant ou aprs un beau joyeux petit
prlat de Basse-Bretagne, qui traduira ce code en toutes langues, depuis
celle de boeuf, jusques  celle de carpe pour le carme, & mettra par
rles les colomnes de cet original, de peur des fausses positions, afin
de secourir les enfans de la science, & y fera-t-on des commentaires,
comme sur une pannere d'air, une aulne de tems, une poigne d'ombre, &
une coude de vessi, bon, chaud & humide, frayant comme un limaon sans
coque. Mais quelque difficile galopin de pifays me viendra faire ici
une distinction, (je parle ici des hrtiques comme de chiens, parce que
les gens de bien rient toujours comme  eux tous seuls, auxquels la joie
appartenant & prenant en bonne part, louent l'intention telle que je
l'ai, qui est de profiter comme une poule gare au renard) & pensera,
ce clabaut, me montrer quelque faute ou erreur, d'autant qu'il ne
l'entend pas; ou bien il est une bte, parquoi se faut taire, de peur de
honte: si on oit ou voit quelque gentillesse, il ne la faut point juger;
mais en rire & l'admirer, comme les Italiens & Espagnols qui font la
finesse. Or, que ce mignon ne me fche point. Que s'il le fait, cordi,
morgoi, sand, &c. Je sais bien que je rapporte tout  propos; & ainsi
que je lui dirai qu'il est un sot, par maniere de dire; & moi, pauvre
pifre, me prens-tu pour un apprivoiseur de mouches? Que l'aze te puisse
saillir en place. C'est une belle chose de savoir tout! C'est que notre
langue franoise est la plus ample de toutes. _Sic probo._ Elle a le
plus de termes, pour remarquer la copulation, qui est cause que tout est
produit. _Erg_, elle est la plus produisante.

BARRELETTE. Voil dit cela; & si vous tes si pauvre de ne l'entendre
pas, je vous le ferai entendre.




TOME.


XII. Entendez donc que les btes chevalines saillent, les nes
baudouinent, les chiens couvrent, les pourceaux souillent, les chevres
forboucsient, les taureaux vtillent, les beliers empreignent les
brebis, les cerfs rutent, les poissons fraient, les cocqs cochent, les
chats margaudent. Cherchez les autres; j'ai hte. Mais que font les
hommes avec les femmes? Ils font. Quoi font? Cela: proprement, c'est le
faire. Je dirois bien comme disoit hier madame, qui se promenant en
l'isle sauta un foss, & je lui aidai, & sa coeffure demeura: vraiment,
dit-elle, se remontant de tte; j'ai perdu je ne sais quoi; je laisse
tomber ma coifoutre, c'est--dire, ma _coeffe, outre_ ce foss. Encore
n'est-ce pas tout; j'en hais ce fat qui vient blmer notre entreprise, &
me dit: vere; Socrates n'a pu y tre avec vous o l'on boit & mange,
puisqu'il est mort. Va, prophete de Mahon; il y a long-temps que tu
aurois le cul corch, si les veaux portoient croupieres. Ne sais-tu pas
bien qu'il y a provision pour tous? Les chairs des btes sont pour ceux
qui ont corps & ames; & si les bons trpasss nous sont venus voir; ne
seront-ils point ftoys? Tu admets les banquets des dieux; tu y fais
des songes creux, & les admire: & nous ici, riant de ta sotise, nous
avons recouvr de ces cuisinieres du temps pass; qui savent apprter
cette viande nomme PHEROS, mangeaille de dieux, & bches de desses,
qui se fait de divers apprts & parties des ames de btes assommes,
lesquelles par ce moyen sont consommes. Sachez que ces douillettes ames
toutes chaudes, sont fort dlicates, & tant assaisonnes de fumes &
quintessence de nos sauces  l'ombre de votre feu,  l'odeur de vos
pices, aux vapeurs de votre rti, & de toutes les dlices du monde,
faisant bonne chere, elles sont confites en got trop dlectable. Voire,
oserois-tu point dire que; sitt que l'animal est jugul, c'est pour te
faire plaisir & t'apprendre; (comme disoit la vieille  Jean Hardi. Ce
compagnon toit un de nos closiers, qui avoit une belle jeune femme. Il
avoit aussi une vieille servante: tous trois n'avoient qu'un lit. Une
fois, que sa femme s'toit leve pour aller pisser, cettui-ci, ne s'en
tant apperu, & dsirant vacuer nature ritillante, se jetta sur la
vieille, pensant que ce ft sa femme. Comme il s'en fut avis, il cuida
s'ter. La vieille lui dit: ne bougez, ne bougez: ce n'est pas pour bien
que vous me fassiez, ce n'est que pour vous _apprendre_.) Si vous en
parlez davantage, vous gterez tout; vous rendrez honnie toute la
doctrine des collges; & n'y aura plus de plaisir de s'tudier aprs les
fadaises de la science des potes anciens. Si vous dclarez ainsi le
secret des esprits, vous troublerez l'apothose, (je voulois dire: _vous
dcouvrirez le pot aux roses_.) Pensez-vous que ce soit bien fait? Je ne
dirai pas tout: non, je ne veux que reprendre ceux qui pensent que
l'animal, tant comme mort, le soit; & pour l'amour de vous, je ne vous
ferai qu'une dmonstration. L'ame du brochet ne s'en ira jamais, que le
brochet ne soit cuit, d'autant qu'elle veut tre mange plus
cordialement par quelques beaux esprits. Qu'ainsi ne soit; ne voyez-vous
pas s cuisines des grands, que l'on en met le coeur sur le bout de la
table, pour voir si le corps sera cuit? Certes ce coeur remuera, tant
que la cuisson soit parfaite. Je me retiens par le bon, vraiment; & je
fais bien, parce que je dirois choses & autres, au prjudice des bons
garons, qui n'ont conscience qu'en apparence, & cependant cuident que,
tandis qu'ils sont dispos, ils accommodent  coeur gai ces fillettes,
depuis que l'on en a fait conscience, & que ces hrtiques ont parl de
rformer, comme ceux de Geneve qui veulent que ceux, qui vont demeurer
en leur ville, aient lettre d'habitation authentique; & toutefois ils
ne veulent pas qu'on habite. Nous n'avons point eu de bien, depuis que
les talons des souliers ont t aculs, & les andouilles ont pu la
merde. (En tout honneur, il est aussi ais que de dire, jeu sans
vilnie, quand on dit _feutre  fourche_, & _fourche  feutre_.) Et les
secrets ayant t ainsi tals devant le monde, les gentillesses sont
alls au bourdel, & les excellences se sont changes en vtilles. Et
voil que c'est de parler devant le monde; par quoi je ne veux plus rien
dire de rare: d'autant que, si je continuois, je dirois tant de choses,
que, force de les tudier, le monde deviendroit fou comme vous.

CASSIODORE. C'est ce que je vous disois; il est vrai que, quelque peine
que j'aie prise  mettre tout d'accord, en tirant le bon bout de mon
ct, & que, prostituant ainsi les sciences, on a parl des doctrines en
la prsence intelligible des femmes, on n'a vu que des hrsies, & les
hmorrodes en sont chutes au fondement, & les barbes ont t pirement
faites que ci-devant. Et y regardez; vous ne verrez plus de barbes bien
faites, parce que l'on n'y entend plus rien. De mon jeune temps, on
alloit gaiement & sans artifice chez l'mouleur; & on avoit la barbe
faite en deux coups, mettant une joue sur la meule, & puis l'autre,
aprs cela faisoit frac, rest, zest; une barbe toit faite toute prte.

XILANDER. Vraiement, vous tes un beau danseur! C'toient de belles
barbes! Elles toient faites en queues d'hirondes, & les cheveux comme
l'cuelle d'un ladre. Laissons-l les laques, auxquels je ne me plais
point. Je vous dirai bien que, de mon temps, les gens d'glise avoient
la barbe rase; & je vous dirai une remarque: c'est que, quand le pape a
la barbe grande, les prtres la veulent avoir de mme; s'il a le menton
ras, les prtres le veulent aussi; parce que chacun prtend au papal.
Ainsi donc les sages portoient leurs barbes; les ras n'avoient garde de
les porter, puisque le menton toit ras; la barbe te toit demeure
chez le barbier. A cela fut pris Hauteroue, chanoine de S. Martin de
Tours. (Il faut tout dire, de peur des garces qui nous coutent, parce
que la frquence de toutes femelles y abondoit jadis, avant notre
rformation, ainsi qu'aux autres lieux.) Il y songeoit; & le fit
parotre, un matin que l'on le vit barboy; & un autre chanoine le
voyant, lui dit: monsieur, vous avez aujourd'hui donn de l'eau bnite 
la barbe te. Lui, comme _reus_, va dire: _per meam_, je ne la connois
point. A cela, je jugeai de l'innocence de tous les autres, qui se
passent de garces, comme un bon procureur d'critoire.

L'AUTRE. J'en prends  tmoin mon compere Livet, procureur au chtelet
de Paris, qui ne laissoit jamais son critoire. Il avint, par
malencontre de bas avis, que madame sa femme, voyant un gai, gaillard &
jeune maure, eut envie d'en tre couverte. Elle le fit entrer; &, pour
remdier  un mal d'estomac qu'elle avoit, elle le fit coucher sur elle.
Ce qu'elle en faisoit, toit qu'elle considroit que sa peau, vu sa
nation, seroit plus chaude que celle d'un Franois. Le jeune homme ayant
t l assez long-tems, fut remerci & salari de son bon office, o il
n'y avoit point de mal, vu que cela tendoit  la sant. Mais que c'est
des impressions! Il lui avint que son mari venant  la copuler, elle qui
se souvint du maure, en engendra un; ce qui parut, quand elle accoucha.
Sa commere voyant  son enfantement, cette aventure si noire, l'en
avisa; & la pauvrette lui dit sa friande imagination;  quoi la bonne
commere & amie pourvut, & s'en alla au chtelet faire appeller Livet,
qui venu lui dit: h bien, ma mie, qu'avons-nous? Un beau fils, lui
dit-elle; mais je vous prie, dites-moi en conscience, mon compere,
n'avez-vous jamais accol ma commere, que vous eussiez votre critoire 
votre ct? O que si ai, plus de trente fois. Vraiment, vous avez bien
besongn! Je m'en doutois bien; voil, il est chut de l'encre dedans, si
que vous avez fait un enfant noir comme un maure.

TIBERE. Que vous avez belle envie d'chapper.




ALLGATION.


XIII. Or , belles entendoires, qui tous avez hte pour amasser des
argumens cornus, & changer vos thmes; pourquoi est-ce que les gens
d'glise ont en plusieurs lieux, comme jadis, le menton ras?

CASSIODORE. Foin sans blasphmer.

TIBERE. Je ne veux plus nommer personne; venez voir qui y sera: c'est
trop se dclarer. Qui sont les gens d'glise?

XILANDER. H d, ce sont les prtres.

TIBERE. Ne vous dplaise, par la gorge, ce sont les images qui y sont
jour & nuit, qui jenent sans cesse, comme y tant idoines. Toujours ils
ne font point ce qu'il ne faut point faire; ils s'abstiennent & sont
tels que doivent tre vrais gens d'glise.

SOCRATES. _Distinguo_, s'il vous plat: votre mule pisse: elle se
morfondra par le fondement. Telles gens d'glise sont toujours en un
tat comme les rois du palais, y habitant sempiternellement de
sempiternit lapidaire; mais ceux dont vous parlez, ne sont gens
d'glise que par adoption. J'entends parler des corps anims, qui vont &
viennent  l'glise pour la servir, qui sont hommes vifs; & toutefois
qui sont intellectement comme nous sommes, vivans de la vie du monde,
bien qu'ils soient boivans & mangeans, & chians & pissans; lesquels
toutefois sont hommes sains & mortifis, & de saison; lesquels pour
n'tre affects en apparence publique, sont dits morts par excellence,
vu la mine. Et de fait, on les nomme morts, pour autant que l'outil qui
perptue la vie, leur est boucl par la vertu de certaines paroles
confrantes ordre supernaturel; & ainsi l'usage naturel leur est
interdit par voeu. Ils s'en rasoient le menton, afin que le regret
qu'ils ont de n'oser ni vouloir frquenter la douceur du monde ne part
aucunement, joint qu'ils doivent tre joyeux, (_venite exultemus_) & que
leur tat est une joie perptuelle, laquelle il faut faire parotre,
encore qu'elle ne ft pas. C'est la cause pour laquelle ils se font
raser le menton, parce qu'il semble qu'un homme, ainsi rpar du minois,
rie toujours. Et y prenez garde; & s'il n'est vrai, que de quinze jours
ne puissiez-vous aller  vos affaires. De-l est venu & procd ce canon
du concile de Quarante: le prtre fera sa barbe en couene de lard, afin
qu'il paroisse toujours riant, friant, fringant, _donec, &c_.

CATON. C'est pourquoi le bon homme Hugonis toit toujours joyeux.

ALBERT LE GRAND. Voire, ce moine l'toit vraiment; & de fait, il toit
gros & gras, comme un mtin qui tete deux fesses, il toit ample autant
que le cul d'un ministre qui accouche en libert. Une fois qu'il passoit
prs de S. Avoye une belle demoiselle le voyant, dit  une autre par
admiration: que voil un moine qui est gros! Il l'ouit, d'autant que,
ses membres tant proportionns, il avoit belles oreilles, & lui
rpondit: mademoiselle, il y a long-temps que je fusse accouch, si
j'eusse trouv une sage-femme.

L'AUTRE. Pourquoi est-ce qu'on appelle _sages-femmes_ celles qui
reoivent les enfans, & ont le gouvernement des pays-has.

HLIODORE. C'est parce qu'elles voient de grands cas. Je me souviens que
j'tois encore bien vieil, la cour de parlement tant  Tours, que de
bons garons firent une galantise  une sage-femme. Ils mirent un gars,
en guise de femme prte d'accoucher, dans un lit; & firent venir une
sage-femme, qui, mettant la main dessous les draps, & trouvant son
braquemart, dit tout haut: courage, l'enfant viendra bientt; j'en tiens
le bras. Elle le vouloit remettre, sans qu'elle reconnt ce que c'toit:
or devinez. (Un jour je pissois contre une muraille; & une belle dame me
regardoit; je lui dis: devinez ce que je tiens, & vous l'aurez.)

CATON. Encore faut-il que je me souvienne de ce bon homme Hugonis, qui a
t mon matre, d'autant que les huguenots faisoient bruit par la
France. Que le diantre y avise, puisque les autres n'en veulent rien
faire; bran, cela m'est chapp. En ce temps-l que j'tois si fort
tudiant, ce mien matre hantoit ce bon prince catholique, le pere de
cette pauvre dvoye, qui a tant fait disputer. Il avint un jour, que le
basque tant  la porte de notre prince, Hugonis vint heurter; je le
suivois. Comme on eut demand: qui est-ce? Je dis; c'est notre matre
Hugonis. Le basque va dire  monsieur: c'est matre Conin, qui est
l-bas, qui veut parler  vous. Quoi! dit monsieur, ce pipeur? Va lui
dire qu'il aille autre part faire ses tours de passe-passe. Un jour
durant, il fut estim hrtique; mais cela passa, par une prdication
que j'en fis tout chaudement, tellement que ceux qui cuidoient que
monseigneur sentt mal de la foi, furent rsolus; & le tout se tourna en
rise domestique.

ERASME. Cela me fait souvenir de ce que me dit frere Lucas.

CATON. Quoi! qui? frere Lucas qui avoit mal au chose, & on le lui coupa,
si que, le cas lui tant t, il n'est plus que frere Lu?

ERASME. Non, ce n'est pas cela; je parle bien d'un docteur: c'est de
celui qui,  ma rception, me prit par la main, & me dit: mon frere, mon
ami, _doctissime baccalaure_, j'ai une parole de trs-grande consquence
 vous dire: c'est que vous sentez mal de l'hrsie.

CATON. Que lui rpondites-vous?

ERASME. Je me mis en colere; & lui dis que mon ne toit plus sage que
lui. Il me fit appeller; & je lui prouvai mon dire: parce que mon ne
venoit bien de la riviere tout seul ayant bu; & lui, il le falloit
rapporter de la taverne, quand il avoit trinqu. Je gagnai mon procs,
faisant quinaut le juge, en lui demandant: pourquoi est-ce que mon ne
va  pied? Il ne le sut dire; & je lui ai enseign, disant: c'est parce
qu'il n'a point de cheval comme vous, monsieur le Juge. Il se
trmoussoit comme une pie en gsine, & me dit: regardez  qui vous
parlez; je suis gentilhomme. Il me remcha cette parole, tant descendu
du sige: & alors ne le craignant plus, je lui dis: vraiment vere, si
tous les gentilshommes du monde avoient les jambes casses, vous ne
lairiez pas de courir. Mais je suis gentilhomme; oui, je veux bien que
vous le sachiez. Si j'avois pour un liard de telle noblesse dans le
ventre, je prendrois pour cinquante cus de rhubarbe, pour la chasser.
Le Juge dit: si je remonte en mon sige, je vous ferai affront. Vous me
feriez comme le Juge de la Fleche, qui condamna un homme  tre pendu &
trangl, sauf son recours contre qui il verroit bon tre. Aian,
rpondit-il, encore un coup, ne me fchez pas. Bien, lui dis-je, pour
vous appaiser, je vous veux apprendre un secret. Pourquoi est-ce que les
femmes pissent, quand elles en ont envie? Vous voil  pied des raisons,
le cul aussi prs de terre qu'un ptissier qui n'a que faire. C'est
parce qu'un autre ne sauroit pisser pour elle. Et moi je chierois bien
pour vous.

CATON. Fi, fi, cela se sentiroit mieux & plutt que l'hrsie.

SOCRATES. Comment la sent-on?

ERASME. Il faut mettre le nez au cul de l'hrtique, & en retenir le
got & l'odeur; puis aller sentir au cul des bons Docteurs & Cordeliers,
pour voir s'ils sentiront de mme. Mais n'allez pas sentir au cul des
minimes; je pense qu'ils flairent horriblement le clystere,  cause que
leur cul est une sentine d'huile perptuelle.

NRON. Comme vous parlez impudemment! Il semble qu'il n'y a ici qu' se
dtraver en sales paroles, & que toute honntet & vergongne soit
perdue.

DIOGENES. Tout est permis ici; nous sommes pair  compagnon: on doit
faire & dire ici tout ce qu'on peut & pense.

ALEXANDRE. Vous y perdriez, pauvre homme, parce que, si tout toit
permis, je vous battrois bien  cette heure, pour me venger de
l'affront, que, l'anne qui vient, vous me ftes en Grece.

DANEAU. Est-ce en _graisse_ dure ou fondante, de quoi vous parlez?
Certes je suis en suspens, quand j'en oi parler,  cause des grges qui
engraissent les personnes pour les faire mourir, & les autres les
engraissent pour les faire vivre.

ROBERT ETIENNE. Je ne m'en soucie pas: je voudrois avoir trouv un bon
moyen de m'engraisser; je me porterois bien. En d, je suis aussi maigre
que le vendredi or, & aussi dfait que la semaine peneuse; & d, je
suis aussi maigre qu'un millier de clous.

JOLIVET. Il faut donc que vous alliez en un pays que j'ai frquent, que
vous appreniez ce que les gens de-l font, pour s'engraisser. Vraiment
ils sont-l toujours gras & en bon point, comme de beaux petits moines
de bonne toffe. Les moines sont gras comme de belles vaches portantes;
mais les vaches ayant vell, elles deviennent maigres, & les bons moines
qui n'ont point vell, sont toujours gras. Je parle aux doctes sorets,
harengs sorets & massorets.




AVIS.


XIV. En ce pays que je vous dis, tout y est gras; mme aussi les jours
maigres y sont graisss: & je vous dirai une belle invention, que m'ont
apprise ceux qui font exercice. Ces bonnes gens prennent les jours
maigres ds la veille, & les chtrent, puis les mettent en mue. Je ne
fus jamais si tonn, que quand j'y vis monsieur de carme en une grande
mue, o trois vieilles croupieres l'apptoient des ptons de blanc de
chapons. Vraiment il n'toit plus, comme je l'avois vu autrefois  Rome;
il toit gras & refait comme le chien d'un vielleux; il toit si
engraiss, que la graisse lui sortoit par les yeux, comme les puces
sautent dans un four qui sue de froid.

DIOGENES. Vous parlez de suer; & en quel temps est-ce que les vis suent?

CESAR. Fi, fi, vous tes salaud.

MADAME. Oui, je l'entends comme vous; je dis jeu sans vilnie, comme
nous disons nous autres filles; c'est quand il menace de pluie, que la
vis de notre grenier sue, & qu'elle est relente, & si le noyau de la
vis, ou la vis mme est de pierre, tant mieux, elle en durera davantage,
ainsi que celle des tuileries.

DIOSCORIDES. Vraiment, l'autre jour que j'y tois, je voyois des dames
Parisiennes, qui admirent cet ouvrage, y montant, elles relevoient leurs
cottes & s'entredisoient? madame, ma mie, que voici une belle entre de
vis! Jean voire, leur dis-je  deux belles, que puissiez-vous jamais
n'tre  votre aise, que je, n'en aie fait la preuve par essai naturel.

HLIODORE. C'est votre souverain bien que ces imaginations, & plus
encore quand vous en tenez la cause: je ne dis pas les imaginaisons: il
faudroit avoir les doigts bien subtils. Il est vrai que ces esprits
familiers, ainsi montant, sont de bonne rencontre & facile accs.

JAMBLIQUE. Ne parlez point des esprits, je m'y suis trop rompu la tte,
& n'en ai su venir  bout.

L'AUTRE. Ce n'est que votre faute, d'autant que le familier s'approche
aisment. Et qui en sait plus que moi? Vere, vere, ce sont abus que vos
contes de loup, d'esprits fantastiques.

CARDAN. Vous vous paillardez lanternirement sur l'loquence, & faites
ainsi admirer la suite d'une vaine rencontre d'esprits: ce qui se trouve
inepte & fat, sans fruit, cela n'tant que rverie: & pourtant je vous
dis que vos frivoles conceptions ne sont rien au prix de la douceur &
mignonne rencontre, non d'esprits qui ne sont pas, mais d'essences
vraies. Et n'y a rien tel, pour le contentement, que la formelle
embrassade d'un esprit familier, incube ou succube, _id est_, femelle
pour nous, & mle pour les dames, qui les appellent _foulons_, qui vont
la nuit fouler le monde, & leur presser la rate.

L'AUTRE. Vos contes sont fadaises, & ne sont que folles fantaisies; mais
la ralit temporelle, sensitive & communicable d'une vrit perceptible
est la perfection produisante bon & singulier effet de dlices, bien
loin des penses mlancoliques, qui sont persuades par crainte, folie
ou sotte curiosit. Il y en a tant qui desirent des esprits familiers;
jamais personne n'en eut faute: l'ayant voulu autrement, nul n'a os
entamer le propos ni la piece, ni congner ou laisser congner en
l'entame ou entameure. Il faut tout dire; ceux qui sont savans s'y
connoissent; & puis dites,  vous qui vous macerez: le diable me tente.
Tu nous la bailles belle! C'est votre propre nature nerveuse, qui
s'excite selon la loi naturelle vte & sainte; & vous faites semblant de
ne l'entendre pas. Il faudroit, afin que ce que vous dites ft vrai, que
le diable vous soufflt au jaret, comme il fit  Andocids, ainsi qu'on
le pratique aux veaux. Cependant, cruels hypocrites, vous ne voulez pas
donner gloire  madame nature qui opere; vous aimez mieux en faire
auteur le diable; & ainsi vous lui faites hommage, lui attribuant une
puissance qui est en vous. C'est grande piti! Cela vient de la folle
spculation. Et ces messieurs les parfaits rforms, qui coursoient leur
bonnet selon leur fantaisie! Qu'ainsi ne soit; je le prouverai par
raison; il n'y a homme, tant soit-il dbile, qui ne le fasse mieux qu'un
diable, encore que l'on dise: il le fait en diable. Ce qu'il faut
entendre sainement. C'est--dire: il le fait autant (quand c'est un bon
faiseur) comme un diable seroit desireux de le faire, s'il savoit ce que
c'est. On ne dit point en diablesse; aussi les mles font tout: les
femmes font comme gueux; elles ne font que tendre leur cuelle.

DARIUS. Appellez-vous cela une cuelle? Quand le cancre de mer prit les
levres du cas de madame, il n'avoit  ce conte pris que le bord d'une
cuelle.

MADAME. Sachons cette mene, je vous prie.

DARIUS. Je le veux. Monsieur le gouverneur, (alors nous habitions un
port de mer) tant  la ville, ainsi qu' tels seigneurs le menu peuple
fait force prsens, reut, de quelques pcheurs, un prsent d'une
pannere de fort beaux cancres vifs tous choisis (on dit _beaux_ les
plus gros; ainsi toit un fort bel homme, le gros Chenu d'Orlans, qui
toit gros comme une pipe; & tel monsieur de la Contiere d'Anjou, qui se
faisoit porter sur une charrette, ne pouvant aller  pied, & qui, un
soir de vendredi saint, voulant jener, mangea seulement un boisseau de
pruneaux, ce qui tint si peu de place en son ventre, qu'il cuida
dfaillir de faim avant minuit; ainsi toit une belle femme la dame des
Carneaux). Mondit seigneur, ayant reu ces cancres, les fit poser prs
de la chemine. Tandis qu'il s'amusoit, un des cancres se glissa, & se
rampant, s'enlassa entre une tapisserie & la muraille. Les autres furent
ports  la cuisine, pour y tre trousss comme mugette. La nuit que
chacun dormoit, ce matre cancre, ayant affaire d'eau, & la sentant 
l'odeur marine, va au pot  pisser, o il se rangea en si peu qu'il y
avoit; & ainsi gliss au fond du pot, s'y tenoit, attendant misricorde.
Quelques heures aprs, madame et envie de se consoler  la dcharge de
ses reins chargs d'urine, dja tire en la vessie, dont la pesanteur
par filandres tire  soi les roignons, qui se dlectent de son
vacuation; & prenant le pot, s'tant un peu releve, se flanqua dessus,
de peur de pisser au lit; & ainsi madame...

ARCHIMEDE. (Baisez-la au cul, si c'est la vtre, tandis que je
chercherai la mienne; c'est une regle de gomtrie.

DARIUS. Petit follet, laissez-moi en paix; il n'est pas possible que
vous me fchiez, comme vous le desirez; il n'y a qu'un moyen de me faire
taire: prenez un rateau, & me baillez des dents au cul; & j'aurai tant
de douleur, que je me tairai). Voil donc madame, qui laisse aller l'eau
de la goutiere naturelle entre les arcs-boutans des crevasses physiques,
& pissant roide comme une pucelle qui n'ose, arrousa de cette liqueur
frache & chaudement mouve le paillard cancre, qui soudain se dilate &
releve; en ouvrant un de ses bras, qui est de telle condition que
s'tant ouvert & pris  quelque sujet, il ne le laisse point. Que
prit-il, bonnes gens? A l'aide! Il trouva & prit. Quoi? Cela est si
dlicat & mignon, que je n'ose le dire. Il happa & serra le bord, le
limbe, la levre, l'ornement, la mchoire, cette fente mignarde,
extrmit minente qui se releve en crte de foss, au bas du ventre
fminin sur le devant, pour faire honneur aux babines du chose de
madame. Cela est si sensible, qu'elle s'en cria si haut, qu'elle
veilla son mari, qui lui demanda ce qu'elle avoit. Hlas! dit-elle, je
suis perdue. Elle soupiroit, & n'osoit le dire. Toutefois sa douleur lui
fit dclarer que quelque fantaisie la mordoit au bord de son cas.
Monsieur, en bon mari, ayant fait apporter la chandelle, & vu l'effet s
parties naturelles de la femme: paix, ma mie, paix, dit-il; je lui ferai
bien lcher prise; je sais le secret: il ne faut que souffler contre. Il
se mit  souffler; & le cancre, levant l'autre bras, l'empoigna  la
levre d'auprs le nez. Il faisoit beau voir cette remembrance. Il avoit
le nez bien prs du cela de sa femme; il pouvoit bien voir si d'autres y
toient: il n'et pas t cocu sans avis. Le valet de chambre, qui
survint avec des ciseaux, coupa les deux bras du cancre, mit monsieur &
madame en libert.

MADAME. J'eusse bien voulu voir la grimace qu'ils faisoient. Je ne sais
si cette femme avoit envie de rire, voyant l'humilit de son mari.

PETRONIUS. Cela me fait souvenir de la fortune de frere Jean Laille
notre bon ami.




COMMENTAIRE.


XV. Un jour, proche des avents, allant  Angers, il ne put attrapper la
ville, si qu'il coucha chez une bonne femme qui le connoissoit de longue
main: s'il m'en souvient, c'toit chez la jeune Coibaude. Comme il fut
au lit, on lui mit sur la selle d'auprs le chevet un pot de nuit: or
sur la mme chaire, il y avoit une ratiere quarre & creuse en rond; ce
n'toit pas de celles qui ont une porte, mais un ressort qui serre le
rat par le milieu du corps: cet engin-l, qui a pour le moins demi-pied
de diametre, & est en cube, toit fort tendu & le ressort fort band.
Frere Jean se rveilla, pour faire de l'eau; & prit cet engin par le
bord, cuidant que ce fut un vaisseau  pisser, & y prsenta son outil,
qui s'avanant donna jusques  la dtente; parquoi le ressort chappa, &
prit le pauvre cas du cordelier, qui sentit plutt cela que le jour. Il
se prit  crier si haut, que Lucifer s'en ft veill; & on lui apporta
de la chandelle pour le dgager. La chambriere en rioit d'aise, d'autant
qu'elle toit bien venge d'une autrefois qu'il logea l-dedans; c'toit
en t; & parce qu'il y avoit presse, lui qui toit des amis, coucha en
la chambre basse, o la bonne femme & sa chambriere couchoient en
l'autre lit. Ce mignon se leva, pour prendre l'air; la nuit toit un peu
noire; il appella la chambriere: marquise, je suis gar: je te prie,
viens me qurir. Cette pauvrette se leve, & va  lui, qui avoit trouss
sa chemise & lev fort haut le bras. Prens-moi la main, je te prie. Elle
ttonnoit & trouva son bout. Hlas, ce dit-elle, que vous avez les
doigts gros! ho, & c'est votre bras. Il n'y a point de main! &
qu'est-ce? en d, je n'en ferai rien. Elle lui tira une secousse, & le
laissa l.

SIMLER. Matre Jean Pinaut, ministre de Genve, m'a cont qu'il lui en
prit autant  Chamberi.




DISTINCTION.


XVI. A cause de quoi, il avient toujours quelque disgrace  ces pauvres
innocents, & leur tombe quelque chec; tmoin celui qui prcdoit 
Dampierre, quand nous y cherchons la pierre philosophale, avec tous ces
barons de Normandie, & que nous bmes le bon vin que Nabot avoit
persuad  monsieur de Chansegr d'y faire apporter, pour en faire de la
poudre de projection. Il y avoit blanc & rouge; c'toit faire la pierre
pour la projection de l'argent & de l'or potable. J'avois avec moi mon
Pierre, qui toit un bon vaurien. Le dimanche venu, nous ouimes le
sermon d'un cordelier qui avoit une ulcere en une jambe; & le thme de
son prchement toit _Modicum_, qu'il rpta plusieurs fois, ce qui fut
cause que mon valet sortit, disant: que diable avons-nous affaire, si le
maudit con lui a fait tort? Les faucons engendrent les mauvais, & les
mauvais les faucons. Quand ce moine fut guri, il s'en alla & prit cong
du cul & de la tte, comme c'toit la coutume: or, toit-il galant de sa
personne, dispos & courageux, (j'ai quasi dit _vaillant_, ce qui
n'appartient qu' nous, chevaliers & cuyers.) Le frere, passant sur
l'tang de la Ferriere, fut rencontr de deux voleurs  pied, qui eurent
envie de son habit, par quoi ils lui dirent: frere, cet habit vous est
trop chaud & importun; baillez-le nous un peu  porter pour votre sant.
Sans faute, dit-il, messieurs, tout est  vous, corps aussi; je vous
supplie me donner cong de me dvtir, & n'outragez point ma pauvre
personne. Ce qu'ayant dit, il met son bton  deux bouts  terre, le
pied dessus, & dvt le froc, qu'il leur jetta aux pieds, puis reprend
son bton, & tout en pourpoint leur dit humblement: messieurs,
prenez-le. Un d'eux se baissant pour l'amasser, le moine lui vint
dcharger un si grand revers de son bton sut l'autre flanc, qu'il
l'envoya bchever du long de la leve. Cette pauliere ainsi dcharge
sur le haut de la personne de ce vilain, qui cheut sur le ventre comme
une grenouille hanche, pouvanta tant le compagnon de l'cras, qu'il
s'enfuit; & le cordelier de le supplier courtoisement de venir au reste.
Le trbuch, qui craignoit le demeurant, disoit: ha, frere Gilles! Mon
bon pere confesseur, je me jouois, vous tes bien rude de ne prendre
rien en jeu! Et le moine s'avana de lui apprendre les dimensions, non
du _baculus_ de Jacob, mais du bton de Gilles, & le pauvret de crier:
hlas, monsieur, pardon! A ce mot de monsieur, il le recommanda  tous
les diables, & s'en alla aussi. Il y a trois sortes de gens qui n'aiment
point  tre appells par leur nom: comme vous diriez chien & chat,
moines, ministres, prtres, putains & bteleurs. Minon & chat,
c'est--dire, monsieur;  cela vous connotrez qu'il faut dire mignon,
monsieur le prieur, notre matre, &c.

OECOLAMPADE. Le docteur de chez nous ne fut pas si habile, quand sa
garce le battit, parce qu'il se laissa gratigner le visage; & le
lendemain, comme on lui demanda qui l'avoit ainsi marqu, il dit que
c'toit un fagot.

EMPEDOCLES. Diantre, quel fagot! C'est possible un fagot de foin, ainsi
que le rapporta matre Alain, qui fut trouv avec une garce; il ne
s'excusa pas comme Denost, qui, au chapitre, quand on le tena qu'il ne
bougeoit d'avec les garces: certes, ce dit-il, je n'y ai pas t depuis
_Quasimodo_. Aussi venoit-il de coucher avec une.

SIMLER. Tu en as toi qui parlois tantt de foin pour chair: mais, si on
te tournoit de langage, te donnant  djeuner, & que pour de la chair on
te donnt du foin, que seroit-ce?

LEON HBREU. Ah! voil bien argument pour un vieil plaideur. Notez que
tout honnte homme ne mange point de morceau de boeuf, ni de morceau de
pourceau. Pourquoi? parce qu'un morceau de boeuf est une poigne de
foin; & un morceau de pourceau, c'est un tron, qui vous puisse servir
de masque  carme prenant.

PERICLS. Les gens ont tort; & celui qui parle a raison; mais il mche
de travers, & si je vous dirai qu'il n'y a gueres qu'il le sait: il ne
le dit encore gueres bien.

EMPEDOCLES. Vous n'avez pas dit, comme on dit monsieur en moine.

SIMLER. Ho, vous en souvient-il? J'tois bien loin. Et que sais-je?
Notez que ceux qui parlent tant des friponniers d'un tat doivent en
tre, en avoir t, ou les avoir trop frquents. J'tois vragnant en
Savoye, o j'coutois parler  son altesse.

VIVES. Et moi  Rome, o j'oyois supplier sa saintet.

CARDAN. Et moi en enfer, o j'oyois dire sa diablerie.

L'AUTRE. Et moi chez notre archevque, o l'on baisoit les mains de son
archiepiscoperie; & il rpondit  son suffragant: j'honore votre
espiscoperie; &  un chanoine: je me recommande  votre chanoinerie.

SIMLER. Je voyois un mignon qui parloit  un jurisconsulte, & lui
disoit: comment se porte votre conseillerie. Aussi sa conseillerie lui
avoit donn  dner. Comme sa majest lui avoit donn sa lettrerie, j'ai
pens dire sa _ladrerie_, soient sauves les jumens. Nous sommes, je dis
vous autres, de grands sots. Je ne pensois pas que cette femme et la
tte si fausse, de taper ainsi son pauvre matre de docteur.

TEXTOR. Je vous prie, parlez bas, & ne vous mariez point de peur d'tre
cocu. Mais je me trompe, j'ois ce beau procureur qui en parle; il est
mari, il est heureux, sa femme est grosse, elle accouchera.

SIMLER. Parlez sobrement des femmes.

TEXTOR. Tu y devois bien venir, toi qui a si belle femme. Par ma
conscience, elle est belle & de mrite, & des plus jolies du monde: & je
suis fch pour elle d'une chose; c'est qu'elle est la femme d'un cocu,
qui a pendu aux fesses les trbillons d'un veau.

SIMLER. Par Hercules,  la fin, tu troubleras ma patience. A ce conte,
tu ferois ma femme putain?

TEXTOR. Si je l'avois couverte, sans doute elle le seroit, & l'aurois
faite telle.

SIMLER. Mais qu'as-tu affaire de dire cela? Tu sais bien qu'elle est
femme de bien;  grand-peine seroit-elle dbauche. Vraiment, elle
n'aime point le dduit; aussi je ne prens pas plaisir d'avoir affaire 
elle.

TEXTOR. J'y en prendrois bien, quant  moi.

SIMLER. Si tu me fches, je te pousserai & te hterai d'aller.

TEXTOR. Je ne veux qu'aller au palais de Paris, pour tre pouss, ainsi
que rpondit Limois au conseiller son matre, qui lui promettoit de le
pousser. Pargoi, monsieur, je serai plus pouss en demi-heure,  la
sortie du chtelet, ou du palais, que ne sauriez me pousser, toute votre
vie. Au reste, pauvre homme, je voudrois que tu m'eusses tant ht
d'aller, que j'eusse pass le mauvais tems.

SIMLER. Encore tu te moques? Va, je veux bien tre cocu; mais si tu me
courouces, je te ferai porter les stigmates des cornes de cocus.

DIOSCORIDE. Voil une drogue dont je n'ai jamais ou parler: apprenez-la
moi, pour la mettre en mon livre.

MADELAINE. Voil cette belle Diotine, qui est enrage de faire leon aux
doctes. Demandez-lui. Toutefois j'en sais plus qu'elle; mon mari me l'a
appris.




PARTIE.


XVII. Quand je tenois cole d'criture  Toulouse, avec les chanoines de
Saint Sernin, d'entre lesquels il y en avoit un qui toit cur l
auprs, & entretenoit la premiere femme de mon mari, laquelle toit
belle. Un jour, j'oyois ce mari qui parloit  elle: d'o viens-tu?
fit-il. Du four, fit-elle. Que faire? fit-il. Un tourteau, fit-elle.
Est-il bon? fit-il. Ttez-y, fit-elle. Est-il chaud? fit-il. Soufflez-y,
fit-elle. Et o, fit-il. A mon cul, fit-elle. Ha putain! fit-il. Ha
cocu? fit-elle. Ha, ha, fit-il. A, a, fit-elle. Voil comment je suis
femme de cocu; & si, je suis femme de bien; ce que l'on ne penseroit
jamais. Cependant je conserve bien mon bon homme en sa qualit, sans
faire faute de mon corps, non plus qu'une nonnain griesche. Si est-ce
pource que je me tenois assez mignonne, on parloit mal de moi; en d, on
avoit tort; c'est parce que je n'eusse su faire que ce qui dja toit
fait. Et puis, comme j'ai appris des docteurs que j'ai frquents jour &
nuit, le cocuage est un caractere indlbile, tenant comme moinerie au
corps &  l'ame d'un profs; & bien plus fort, mais non si visiblement
que merde en derriere de chemise. Et parce que cela toit, je me
contenois fort en devoir, aimant bien mon mari, que je mignardois, tout
ne plus ne moins que si j'eusse t un peu putain. Et de fait, comme,
tant femme, je sais la nature fminine, je vous assure qu'il n'est aux
hommes que d'avoir femmes qui en tiennent tant soit peu: cela est levain
de perfection, pourvu qu'elles n'en soient pres; & ce d'autant que
telles femmes aiment mieux les hommes, & les servent mieux quand ils
sont malades, & avec moins de ddain que ces sottes femmes de bien.
Encore que je traitasse bien mon preud'homme, si est-ce que quelquefois
il se fchoit contre moi: & sur-tout une fois, qu'il me trouva devisant
d'affaires avec un commandeur, qui, pour me gurir du mal de la colique,
m'avoit appliqu sa croix sur le bas de l'estomac, & me disoit 
l'oreille les paroles qu'il y falloit dire pour ma sant. Mon vieillard
eut une fausse impression, dont il me querella; mais je le fis taire. Or
sus paix, c'est assez. Que tu es mchante. Voire, si je ne l'eusse fait
taire, il et huch jusques  demain. Je l'eusse volontiers battu, sans
que dieu & vergogne le dfendent; & y et paru, parce que je lui eusse
fait sentir, non les cornes de cocu, ains celles de sa femme.

MECENAS. Mais quelles sont les cornes d'un cocu, & celles des femmes,
qu'elles fassent ainsi mal?

MADELAINE. Sont les ongles. Il vous faudroit mettre dessus; encore ne
vous en appercevriez-vous, non plus que le pauvre menier qui toit sur
son ne, & fut surpris d'une grande procession, qui le pressoit fort; &
lui, ayant son bonnet  la main, dandinoit, regardant la banniere & les
beaux joyaux. Deux ou trois fripons, approchant de lui, couperent les
sangles de son bt, & soutinrent le bt assez long-temps, portant le
drle, tandis qu'un autre arrta le mulet, le tenant par la queue, comme
une anguille. Quand ils l'eurent assez port, ils le planterent-l; & le
pauvret de crier & hucher: & o est mon ne? O, va le chercher. Or,
puisqu'il faut tout dire, ce bon homme tant mort, j'pouse, pour la
seconde fois, le plus grand sot du monde, tant  cause de lui que de
moi. Je n'ai point honte d'ainsi parler, puisque je ne ments point.
Voil! son ne m'toit contraire: ainsi, par ma finte, il avoit eu deux
autres femmes, dont la seconde toit une des plus femmes de bien de la
terre; & elle ne fut pas si-tt avec lui, que l'astre de cet homme ne la
ranget au point des soeurs. Je dis donc ceci avec toute gloire,  cette
heure que je suis fille pnitente, & qu'il y a du plaisir  raconter les
vieilles vtilles, & que c'est un grand mrite, que de se souvenir de
ses fautes, dont par ainsi la rtribution est grande en pardons,
abondant sur l'iniquit. En ce mien mariage, je me gouvernai en femme de
bien, ne plus ne moins que les dames de Paris, qui ont des intervis.

CESAR. Quels diables sont-ce?

MADELAINE. Vous le saurez tantt. Et ne m'avint qu'une douce infortune,
en quoi je ne fis point de faute, parce que Pichonneau disoit, en
chaire, que ce n'toit point pch, quand on n'en tiroit ni profit, ni
plaisir. Il y eut un beau jeune homme de bonne maison, qui me fit
l'honneur de m'aimer; &, parce qu'il toit fort apparent, crainte que
je fusse cause qu'il lui avnt du mal, je le laissai faire de moi ce
qu'il put, sans que j'y apportasse aucun consentement: aussi je n'y
prenois aucun plaisir. Je le laissois faire  son aise pour le
gratifier, & pour le grand amour qu'il me portoit, afin qu'il ne m'en
penst tant son oblige, & qu'il en prtendt rcompense: je lui
permettois & voulois bien qu'il et tout plaisir qu'il vouloit de moi,
puisqu'il disoit qu'il y en trouvoit, encore que cela ne m'en ft
aucunement.

PORCENA. A qui fait-il plus de bien, aux hommes ou aux femmes?

GEBER. C'est aux hommes, dit Saint-Gelave. A, ha, ha, dit mon compere
Bardou, vous vous trompez; c'est aux femmes. Avisez que si l'oreille
vous dmange, & que la gratiez de votre petit doigt, qui a plus de
plaisir & de bien? N'est-ce point l'oreille? Et puis il y a en la
chanson: _vous aurez sur l'oreille_.

MADELAINE. Je ne sais rien de tout ce que vous dites; vous tes des
causeurs; je ne prends point de plaisir  si peu de chose. Bien que l'on
me l'ait assez voulu persuader,  ce que l'on disoit, & qu'on a dit de
moi ce qu'on a voulu, je me suis pourtant porte en tout honneur.
Pensez-vous qu'une femme ne puisse pas coucher avec un homme, sans
toutes ces badineries l? Pour autant que cet honnte bon seigneur avoit
couch avec moi, & que l'on disoit qu'il y avoit danger, ce que je ne
trouvai onques, je fus  confesse; & comme le prtre m'enqutoit
soigneusement, je rpondis avec un bel excs de contrition de coeur,
selon les pchs que j'avois commis, ajoutant que j'avois fait un
oiseau. Comment, ce me dit-il tout merveill, un oiseau, ma mie? Oui,
monsieur. Le pauvre petit bon homme n'entendoit pas que je parlois d'un
cocu; & de-l vint le proverbe, que depuis on a dit: _pauvre prtre_, vu
la pauvret de cettui-ci en science. Et pour vous faire entendre
l'excellence & la vive nature de cet oiseau, il est convenable de savoir
qu'il ne s'engendre point comme les autres. Il est clos, fait, parfait,
dress & accompli en un moment; il ne faut qu'un coup de bandage. Aussi
monsieur des Flches m'en avoit averti, me voyant deviser avec ce
gentilhomme. Il me dit: par le corbeau du bois, ma mie, ce godelureau te
scellera un passeport sur le ventre. Cela ne s'est pu dtourner; les
destines le vouloient: il est vrai que je l'aimois; & si j'eusse t 
marier, je l'eusse aim pour ami, & non pour mari, d'autant qu'il
n'avoit point de chausse-pied de mariage.

MCENAS. J'ai beaucoup vu & ou des potes  ma table, & en mes
particuliers discours, & infinis philosophes & autres docteurs; mais je
n'avois jamais ou parler de tel outil.

MADELAINE. Ce sont les filles de ville, & sur-tout de Paris, qui parlent
ainsi; & voyant quelque jeune homme qui est pourvu de quelque tat ou
office, elles disent: il a un chausse-pied  con.

MCENAS. Je ne savois pas cela.




SECTION.


XVIII. Bien ai-je ou dire  Philon Juif, quand il me frquentoit, qu'il
avoit demeur en un pays, o les gens maris sont en grand peine, au
prix de ceux de ce pays; c'est que, quand l'homme se veut battre
naturellement avec sa femme, il faut qu'il ait deux serviteurs, ou deux
autres personnes ou amis,  la pareille, qui lui aident & le tournent
sur sa femme, comme quand on perce le noyau moyen ou bouton d'une roue;
& les tours se comptent selon les qualits des personnes, pour faire
mle ou femelle, roi, prince ou empereur. Il est vrai que, si on n'est
pas capable d'engendrer ce qu'on a appos, le bout se trouve si petit,
que l'on ne peut plus tourner. Et de-l est venue l'origine des fils de
putain, btards, avoutres, gueux & pendus; & pour connotre si les tours
sont achevs, il est ais, d'autant que la femme tourne; & c'est le
signe qu'il n'y a plus de quoi virer masculinement. Je m'enquis, avec
ample diligence, de la cause de cette affaire; & je sus qu'en ce pays-l
les femmes avoient leur cas fait  vis; tellement qu'y ayant fait, il
faut retourner, comme disoit dame Jaqueline que son cas sentoit le
revas-y.

MELA. Notre coutume vaut mieux; tant d'artifice est triste; ce n'est
jamais bien fait.

MLANTON. Aussi en faisant, on fait. Mais qui est le sujet le plus
imparfait qui soit au monde? Il y en eut quelqu'un qui dit: ce sont les
cocus, d'autant qu'ils ont cornes, & ne les voit-on point. Ce sont les
chats, ils crient & chousent ensemble; aussi n'y a-t-il animal si
farouche, qui ne s'arrte quand on l'affourche.

L'AUTRE. Voil bien  propos! Vous n'y tes pas, & n'aurez meshui fait.
C'est la femme, d'autant qu'il y a toujours  besogner, & sur-tout 
celle d'un cocu.

MELA. Que diable, vous en voulez bien  ces pauvres cocus! Je pense que
vous le soyez, ou l'ayez t, ou ayez envie de l'tre, comme un beau
financier qui n'a pas pay son tat. Et l-dessus, monsieur le beau
diseur, je vous demande, qu'est ce qu'un cocu? C'est, dit Vigenaire, un
oiseau qui pond au nid d'un autre.

GEBER. C'est bien chi en trois lieux. Il faut,  ce que je vois, que je
vous leve le voile qui empche votre coeur de comprendre les sciences; &
je vous dirai des choses notables. Ce fut par la dclaration de ce
secret, que l'empereur des Turcs me fit si grand, quand je reniai le
christianisme, o je retournai pourtant,  cause que l'on m'apprit la
vrit de la pierre: & pour le sujet propos, il n'y a personne qui vous
en parle plus sainement que moi, & sans passion, d'autant que j'ai t
cocu. Dieu merci, je me porte bien: qu'ainsi soit-il de vous. Et de cela
je m'en trouvois bien, sans m'en fcher, d'autant que j'en tois fort
aise, parce que j'tois toujours le matre: on me craignoit, rvroit &
honoroit. Et qu'avons-nous davantage en ce monde pour l'accomplissement
de nos desirs ambitieux? Or, sachez tous en gros & en dtail, que le
cocu est un animal capable de douceur, humble & pacifique, craint,
redout & honor de sa femme, & des amis d'icelle, desquels il est
considr comme matre du gibier; & ne se faut pas amuser au nom de cet
oiseau, mais d'un autre plus meilleur. Il n'y a guere d'animaux entiers
mles qui aient plus de faveur que le coq (entier est le contraire de
chtr) puisque je vois que vous le voulez savoir; le coq a plusieurs
femmes qu'il fournit & appointe, tant il est dlibr & bon; mais sitt
qu'il est us, les poules le chassent & le battent, & n'en veulent plus,
& ainsi le destinent  chtrerie, & en admettent d'autres vigoureux &
bons. Ces femmes qui couvent & font des cocus, sont de mme naturel que
les poules. Qu'ainsi ne soit, une femme prte  faire l'enfant, crie
comme une poule qui veut pondre: je voudrois tre morte. Etant dlivre,
elle chante comme celle qui a pondu; il n'est que l'tre; cependant que
le coq chante: _qu'un con est cru!_ & s'en rit, disant: je le fais quand
je veux. Ainsi sont nos femmes en leurs actions & desirs, tellement que,
leurs maris tant uss, ou les estimant tels, ou les voulant mnager de
peur de les user, vont  d'autres: en quoi je vous admoneste de la
diffrence du pch mortel & du vniel. Le pch mortel est, si vous
allez voir la femme d'autrui chez lui, & qu'il vous tue; sans faute la
mort sera toute notoire. Faites venir la dame chez vous; le pch sera
vniel. Les dames faisant ainsi le petit divorce vertueux, il ne se peut
faire que les sages amies ne le sachent; parquoi les avertissant de leur
salut, elles leur disent: comment, pauvre femme, ma mie, votre mari est
donc cocuus? Et ce mot venant  tre commun, & qu'aussi on coupe la
queue  ces pauvres innocens, on dit simplement cocu: & certes, sans
mahumtiser, je vous dirai que c'est bien avoir la queue coupe, que de
la mettre en danger d'tre prophane dans un vier public ou commun. Or,
le cocu est un oiseau qui, pour ce qu'il a deux pieds, chante mieux &
plus distinctement que nul autre, ayant de la raison jusques au cul. Que
si cela passoit outre, il ne seroit pas cornard.

ZABAREL. Mais voyez cet alchimiste, comme il avale gros & mche menu! Je
ne sais s'il court comme il attrape. _Corpo di gallina_. J'ai fait tout
ce que j'ai pu, pour savoir & entendre parfaitement la philosophie: mais
je vois que jusques  cette heure, s'il dit vrai, je n'y ai rien
entendu. Il n'est que monnoyeur pour se connotre en billon. Notre ami &
bon matre Aristote ne fait aucune mention de tels oiseaux. Notez bien
ce que je dirai  l'honneur des dames, contre celui de tantt qui les
appelloit btes, afin que l'on n'ait pas opinion que je fusse entach du
pch qui les fait hair. Je dis que ce fat toit tant niais, tant veau
de dme, ne de plat pays, sot d'outre mesure, Badeau de Paris, &
bestion de si grande consquence, qu'il pensoit que ce mot _animal_, fut
 dire _bte_. Il me fit souvenir de feue Conscience, belle courtisane,
qui ne vouloit pas que ma petite chienne ft une crature, & ne lui
plaisoit pas d'tre animal. Hoi, disoit-elle; Bichonne n'est point
crature, & je ne suis point animal. Or, maintenant j'ai reu une grande
lumiere d'entendoire; je suis illumin comme un fallot qui tombe tout du
long d'un degr, & je conois qu'il y a des oiseaux de poing, des
oiseaux de leurre, des oiseaux d'paules, comme ces oiseaux de maons, &
des oiseaux de selle. Les deux premiers, je les laisse  messieurs de la
volerie, autrucherie, fauconnerie, & autres qui savent appliquer le vent
aux ales. Je croyois qu'il y et des autruchers qui portassent les
autruches sur le doigt; & les derniers je les spculerai: d'autant que
je trouve, en les minoisant intelligiblement, une grande, creuse &
profonde sapience, en tant qu'ils se font naturellement, & se procrent
par imperceptible transpiration de substance, faisant une grande
mutation sans changement, acqurant une forme sans altration. O
admirable & pouvantable secret, entre tous les secrets! Ceux qui ainsi
deviennent oiseaux, le sont parfaitement, sans qu'on les touche, sans
qu'ils le sentent, & souvent sans qu'ils le voient ou sachent; de s'en
douter, gare! Il est permis de se douter de tout: n'y a presque homme
qui n'en ait quelque doute. Or, pour tre cocu, il en faut tre capable;
& pour cet effet, il faut avoir une femme pouse; & ne faut pas
seulement avoir gard  la mine ou encolure mystique qu'un homme en peut
avoir,  cause de l'influence sous laquelle il est n, selon son ide
naturelle & prdestine: mais il faut considrer le vouloir & pouvoir
des parties intervenantes en cette mtamorphose, qui agit exactement
autant de loin que de prs. Il n'y a rien en tout de semblable; &,
disent les alchemistes ce qu'ils voudront de leur poudre de projection,
ou cendre  faire des nuances; cela n'est rien au prix, d'autant qu'il
faut qu'il y ait de la prsence, ce qui est le contraire en ceci. Celui
qui aura fait le fou tout le long des jours gras, n'assagira pas le
mercredi par la cendre, si elle ne lui est pose en propre personne
prsente. Et tel sera joyeusement cocu, quand il seroit  l'autre bout
de la terre; & ce en un instant. Cette forme court plus vte que
l'clair. On dit, selon le conte des bonnes femmes, que les tortues
couvent leurs oeufs avec les yeux: aussi font tous animaux, parce qu'ils
ne les laissent pas, si de fortune ils ne les ont perdus, comme la
borgne,  laquelle nous savonmes tous les fauxbourgs du derriere,
l'anne passe. Et bien les oeufs de tortues, auxquels elles ne touchent
point, closent  la fin; & il se fait une mutation formelle, comme il
convient s transformations naturelles, si elles ne sont
chimico-mentales. Ces changemens se voient en ce qui est commun; mais en
ces oiseaux rien n'y parot de chang, ni en la forme, ni s accidens,
ni en la naturelle, ni en l'espece intrinseque, s formes qui se
reoivent sans mutation de substance; encore y a-t-il du mouvement au
sujet de muance. Mais en cettui-ci, soit qu'il s'meuve, ou ne s'meuve
point, & quelque absent qu'il soit, il est pntr, transperc,
outreperc, surpris, enduit, envelopp, & tellement organis en
spcifique & dispose formation, que subitement, subtilement, tout d'un
coup, voil un homme cocu, comme il sera dmontr tantt.




EPTRE.


XIX. NICOLE. J'ai ou autrefois en notre ville de Paris, un prcheur,
(je ne dirai pas de quel ordre, de peur de scandale) qui se mettant 
prcher, fit une ample dclamation des pchs. Comment, disoit-il,
encore celui qui jure, il relche son coeur & demande pardon; celui qui
vole, c'est pour s'accommoder, & ainsi des autres, comme dit notre rime.

    Pere & mere honoreras,
    Afin d'avoir bien de l'argent.
    L'oeuvre de chair n'accompliras,
    Qu'avec les belles seulement,
    Faux tmoignage ne diras,
    Qu'en mariage seulement.

Mais celui qui paillarde, hlas! que fait-il? il fout. Si cela duroit
toute la vie! Que dis-je, toute la vie! S'il duroit un an! Que dis-je un
an! S'il duroit un mois! Que dis-je, un mois! S'il duroit un jour! Que
dis-je un jour! S'il duroit une heure! Que dis-je, hlas! une heure!
Hlas! le puis-je bien dire aux pauvres dvoys? Hlas! quoi? il ne faut
que zac, zac, zac; voil une pauvre ame damne. Aussi monsieur de Senlis
disoit: vive la majest de dieu, vous tes pcheurs. Quoi! Et en ce
pch de luxure? Et que pensez-vous que ce soit? C'est une petite
planche qui n'est pas plus large que deux doigts, sur laquelle tant,
soudain on trbuche. Et dis que tu en as, viel hrtique de tous les
diables. Si vous tes de cette chouserie-l, allez  Genve.

GEBER. Mais encore  ces cocus, que si,  la fin ou plutt, il vient 
le savoir & qu'il s'en fche, il sera un sot, s'ennnuyant de chose qui
ne diminue ni accrot sa substance, parquoi il sera encore plus fat. Il
doit avoir cette gloire en son coeur de l'tre, sans en faire semblant,
d'autant que tels sont honors & bnits; & on se moque de ces pifres,
qui veulent faire les savans, & se tourmentent comme nes trop sangls.
Or jamais les antiques docteurs ne spculerent tant avant, que l'on met
avant ces formes qui sont tant excellentes, notables & mystiques; &
certes ceci est proprement ce qui est & n'est point, & qui s'acheve sans
tre commenc, comme est dit que l'homme & la femme ne sont qu'un corps:
par quoi un ministre & sa femme ne font qu'un: _erg_ un ministre est
mle & femelle. Quant  ces formes, elles n'ont point d'heure: il ne
faut point spculer les astres; les temps ni les momens n'y servent de
rien, qu' y apporter de la commodit; tous instans sont propres  les
faire subsister; & toutes rencontres bonnes  les exciter, pourvu qu'il
y ait de la vigueur aux doux heureux outils de formation naturelle, &
que l'on sache & puisse. O belles contemplations, que vous tes
vigoureuses & grandes? Ces beaux discours me font voler encore plus
outre, connoissant le naturel des bons seigneurs,  qui la fortune donne
de devenir oiseaux; & je m'bahis qu'en France & en Perse, nations tant
symbolisantes, on ne le dsire plus qu'on ne le fait. Je ne le dis pas
sans cause, moi qui suis gentilhomme, & qu'en tels pays chacun desire
l'tre; & pour tre gentilhomme, faut avoir droit de pont-levis; c'est
avoir deux brancards sur le front, lesquels on passe ainsi que la tte
de bcasse bant aux toiles. Beaux oiseaux, vous m'apprenez beaucoup de
bien; je sais  cette heure & tout maintenant, que pour votre seule
occasion, Normandie est appelle le _pays de sapience_, d'autant qu'en
ce pays-l les belles, bonnes, grosses, grasses bcasses y sont nomms
vis de coqs, quasi _vis de cocus_: aussi _vis_ signifie _visage_ en
vieil franois; donques _visages de cocus_, c'est--dire, _vis de coqs_,
sont bcasses, d'autant que leurs ttes sont les propres archetipes
visibles des invisibles visages des cocus. Cette intelligence & propre
interprtoison vous tera de peine, quand vous en orez parler. Si la
belle Dubois (qui servoit madame l'amirale, notre chere & rvre dame;
je ne sais si je dis encore bien, parce que l'ge m'a t la mmoire)
et su ce que nous venons d'apprendre, elle ne ft pas tombe en un tel
inconvnient. Cette demoiselle toit fort agrable  sa matresse, parce
qu'elle savoit une infinit de petites gentillesses & galantises qui
sont communes, & toutefois secretes, mais utiles  la cour. Il avint une
fois qu'il n'y avoit point de compagnie trangere, madame devisoit avec
la Dubois, & lui disoit: ma mie, vraiment je vous aime; j'ai envie de
vous avancer & faire du bien: continuez  me bien servir. Mais encore,
ma mie, qui vous a appris toutes ces gentillesses? Madame, dit elle,
c'est une demoiselle avec laquelle j'ai demeur quelques annes. Comment
la nommoit-on? Excusez moi, madame, je ne vous l'oserois dire. Pourquoi,
ma mie, en avez-vous honte? N'toit-elle point femme de bien? Elle toit
fort honnte & trs-femme de bien; elle avoit une bonne prud'hommie de
femme; mais son nom est trop laid & trop dshonnte  dire: je ne vous
le dirai pas, s'il vous plat, madame. Si vous ne me le dites, je ne
vous aimerai plus; mais dites-le moi, les paroles ne sont point sales.
Puisqu'il vous plat, madame, je le dirai; mais aussi vous m'excuserez.
En d, j'en ai grand honte: elle se nommoit mademoiselle de Courvi. O
ho, ma mie, & est-ce l ce qui vous retenoit? Vous ne savez que mon nom?
Ne savez-vous pas comme je m'appelle en mon surnom, qui est le nom de
notre famille? De Lonvis. H, madame, que votre nom est beau! Voil
comment on apprend, en hantant les sages: ainsi par hantise se forment
les ttes de bcasses & compas mesurant le ciel. Telles sont, ou
peuvent, ou doivent tre les armoiries des doctes;  propos des
entendus, auxquels ainsi en puisse prendre; notamment aux marchands, qui
refusent crdit aux notaires, qui ne croient pas ce que l'on dit; & 
toutes sortes de gens maries, qui parlent de vexer & faire ennui aux
pauvres petites clientes qui font plaisir aux gens de bien. Ainsi puisse
le monde abonder en cocus, afin qu'il s'envole bientt, s'il y est
destin.

AGESILAUS. Quel est l'oiseau qui chante plus haut que le cocu?

ALCIBIADES. C'est l'hirondelle, qui est en la chemine, tandis que les
cocus sont dessous, lesquels elle couvre.




CANON.


XX. Que vous plat-il? J'y tois. Nous faisions si grande chere chez ces
cocus, que nous jettions les portes par les fentres: cela s'entend sans
le dire, comme les heures d'un jeune chanoine.

GEBER. Taisez-vous, causeurs; vous direz quelque folie dont on vous fera
bien repentir.

ALCIBIADES. Taisez-vous vous-mme;  qui vous joue-tu? Mais, encore 
propos, qui est le plus fou de nous deux, ou vous qui lisez & oyez ceci,
ou moi qui vous le propose, ainsi que dit notre fal Socrates Franois?

GEBER. En bonne foi, monsieur, moi qui cris ces galantises, je m'en
donne le plaisir le premier; & y a diffrence entre vous & moi, comme
entre un pourceau & ma philosophie: oui, ne suis-je pas philosophe?
Sachez donc que je fais bonne chere de ceci: puis l'ayant digr, je le
baille  remcher, ainsi que quand j'ai bien dn, je vais fianter; & un
pourceau vient qui en fait son profit.

L'AUTRE. Et cependant qui pensez-vous que je sois, moi qui vous produis
tant de tmoignages de parvenir? vous me pensez faire honte: & j'en
rougirai comme un vaisseau d'albtre. Je veux donc que vous sachiez que
je suis moi; vous, vous tes vous; toi, vous tes toi; & si, je ne m'en
soucie pas. Il est vrai que j'ai regret, pour l'amour des ignorans, de
mettre ceci en la plus magnifique langue du monde; tmoin Charles-Quint,
qui disoit que les Espagnols parloient en glorieux, les Allemans en
charretiers, les Italiens en charlatans, les Anglois en niais
apprivoiss; mais les Franois en princes. Et de fait, il n'y a que ce
livre, & les belles tragdies ou graves histoires, qui aient grace en ce
langage: toutes badineries & contes de jongleur n'y paroissent point.
Voil pourquoi, ayant tant de majest en ceci, lui en donnant davantage,
j'ai grand peur que ceci ne soit difficile, que chacun le cachera, de
peur aussi que les secrets ne soient divulgus; en quoi je crains un
notable accident pour le pauvre peuple, si les destines n'y ont prvenu
& pourvu. Or est-il, & je le sens  la disposition de ma fressure, que
les bons destins m'ont contraint de faire ce que je fais, pour honorer
le monde. Aussi j'eusse mis ce livre en une autre langue; mais tout a
son tour. Si ce n'et t de peur de faire dormir la jeunesse, je
l'eusse mis en la langue de veau; mais quoi! la vicissitude des choses
l'a emport. J'eusse bien dit des chouses, sans que je sais comment il
faut parler, d'autant qu'il n'y a gueres de femmes, qui crivent ce mot
de chose, sans y faillir. Ignorez-vous pourquoi le vulgaire en Grece ne
parle plus grec, en Jude hbreu, en Italie latin; & la cause pour
laquelle ces bons langages ne sont plus vulgaires? Oyez cette vrit que
je prononce. C'est pource que les sciences y sont traites, & sur-tout
la doctrine du maquerellage en latin, & que l'on n'a pas voulu que les
disciplines fussent communes au peuple. Partant, on a cach les langues,
pour, avec leur secret, ne les communiquer qu'aux gens de bien &
d'honneur, ainsi que langues de boeuf  la chemine, qui ne sont pas
pour les gueux, au moins par dlibration, si que le menu peuple n'y
peut toucher. Et ma crainte, qui sans doute aura occasion de durer,
d'autant que ce que je crains aviendra, c'est que ce livre venant  tre
got, savour & digr, on tchera d'abolir le franois; & ter de la
bouche du peuple ce beau langage, de crainte que ces bonnes & meilleures
doctrines ne viennent  tomber entre les mains du populaire, qui,
avenant tel cas, feroit aussi aisment la pierre philosophale que les
doctes, qui sans faute la trouveront s rencontres o nous parlons plus
finement, & disons des choses que des blasphmateurs prendroient en un
autre sens; & pource il les faut bien & diligemment peser. Il y a encore
un autre danger de plus grand mal: c'est que si j'eusse fait ce livre en
grec, la mdecine ft prie; si en latin, les loix eussent t abolies:
& ne s'en est gueres fallu, que je ne l'aie mis en hbreu, pour faire
plaisir aux thologiens, qui seuls eussent eu tout ce labeur, qui est la
quintessence du Coras, des Talmuds, du Sefetholan, du Zoar, & tels
livres faits ou  faire, ce que je n'ai garde, & n'en ferai rien, par
dpit d'un moine huguenot, qui disoit que ceux qui toient en colere, &
ne juroient point, toient hrtiques. Quelque tonsur  poil folet,
quelque docteur confit au serpolet, quelque fabricateur de proslites;
bref, quelque fat se pourra formaliser, & selon sa cervelle
hypocrisifie, dira de moi, de tous mes amis & de ceux qui font tat de
ces pures & parfaites disciplines, & prononcera que nous sommes tous
excommunis, comme une paire de beaux petits couillons sacrs. (Et
pourquoi ceux-la plutt que les autres?) La premiere fois que j'allai en
Normandie, je n'y tois jamais venu, encore que j'en sois, comme je
crois, ou d'autre part; mais que ne vous dplaise, je suis le premier
Manceau qui l'a confess. J'tois avec le sage Bouilli, philosophe
autant naf, qu'un oison pat. Devisant un jour avec sa femme, & lui
disant que par dpit que je ne pouvois devenir riche, je ferois comme
les freres mineurs: je vouerois pauvret. O, ho, dit-elle, monsieur mon
ami, qu'il ne vous vienne point d'envie d'tre pauvre. Si vous l'tiez,
tant de gentilshommes, seigneurs, & autres, tant dames que demoiselles,
ne vous feroient aucun accueil, parce que l'on ne fait plus de cas de
pauvres que de couillons: on les laisse  la porte; jamais n'entrent. De
cela je me souviens qu'il toit vrai; & qu' ce fort jeu, la charrue va
devant les boeufs, comme dit Martial notre ami; & les sacrs encore
davantage, qui n'en osent approcher du tout.

MARTIAL. Vous tes bien tromp d'autant qu'il n'y a gens qui soient plus
sur le cul que moines & gens bnis, ministres & savans qui tudient
assis; & qui au lieu de conserver les saints ordres qui leur ont t
confrs les quittent; & abandonnant l'ordre de dieu, se rangent aux
ordres du diable, qui leur confere grace d'tre plus ribauds que jamais,
& plus putains que les autres gens. Je m'en rapporte  l'antique de
Mairmoutier, qui se plaignoit que tous ses moines toient paillards &
avoient des garces; & voyant passer un jeune dispos, qui traversoit vers
la boulangerie! je gage, dit-il, que mme ce petit rustre en a une. Il
l'appella, & moineau d'approcher. Il lui dit: n'avez-vous pas une garce
comme les autres. Non, monsieur, dit-il, faisant une grande rvrence;
je ne suis pas encore _in sacris_. Margot ma commere, qui mangeoit de
toutes ses dents, s'avisa de ce mot. En d, me dit-elle, vous avez tort
de parler toujours ainsi en latin devant les femmes. Elle toit tant
attentive  mcher, qu'elle n'avoit ou que cette parole; & continuant,
s'adressa  un homme d'glise, & lui dit: est-il pas vrai, monsieur
l'aumnier, qu'il a tort? Dites donc, n'a-t-il pas tort? A vos trois
vis? Et il lui rpondit:  _vostracons_, madame.

MARGOT. Je disois, _ votre avis_, d. Qu'il faut parler sagement devant
vous! Non, je n'en ai qu'un, dont je suis bien empche; chacun me le
demande; je voudrois pouvoir le bailler  rente, afin qu'on ne m'en
importunt plus. Encore si on pouvoit s'en aider sans que j'y fusse,
cela iroit tout le jour.

L'AUTRE. Vous dites que vous n'en avez qu'un; & je ne sais s'il est
entier.

MARGOT. Pour le vrai!...

L'AUTRE. Tout beau! ne jurez pas; & principalement ce juron, qui est
toujours en la bouche des putains, si on vous oyoit, que diroit-on de
vous!

MARGOT. Oui, oui; il est tout entier & joyeux; je n'y eus jamais mal: je
voudrois en tre toute; je n'aurois mal nulle part.

L'AUTRE. Mais pourquoi desiriez-vous donc tantt qu'il ft spar de
vous?

MARGOT. Demandez-le  monsieur Robin, qui a t  Lubec, pour l'amour de
ce qu'il m'en a dit. Je voudrois faire de mme, nous vous le demandons,
monsieur. Nous ne lui avons pas fait dire.

ROBIN. Ecoutez donc ma ratele.




THOREME.


XXI. Lubec est une ville fort bien police, & o il n'y a point de
pauvres; & la raison occasionne en est, de ce que toutes les personnes
ne sont comme ici & surtout pour le commun: de sorte que ceux & celles
qui naissent de bas lieu, n'ont rien entre les jambes; les mles n'ont
qu'un petit tuyau insensible, & les femelles qu'un petit pertuis 
pisser, y ayant s endroits formels de certaines cicatrices  ressort;
esquelles on peut appliquer les outils naturels de gnration, s'il en
est besoin; & tels membres sont conservs par la rpublique avec grande
diligence & soin: si bien qu'il ne s'y en trouve point de vieils,
d'autant qu'ils les accommodent, de sorte que les ouvriers les tiennent
en l'tat de quinze  vingt ans; & tels sont  la maison de ville,
rservs pour les pauvres & moindres personnes: en quoi il est bon 
considrer la sagesse de ce peuple, pour autant qu'il n'appartient pas 
ces cocus d'avoir autant de plaisir & si souvent, que les honntes gens.
De ces outils, lorsqu'il en est ncessit, on les loue; (parquoi on les
appelle _banniers_) qui servent  la commodit des gens de basse
condition, pour avoir des enfans & faire des serviteurs, de peur que
l'engeance s'en perde; & ces conbaniers & vibaniers sont comme fours,
dont chacun paie le louage de ce qu'il en a pris. (Ce n'est point
salauderie de dire ainsi, puis qu'il est permis de dire _confitures_.)
Que s'il avient que ceux qui les demandent, soient si ncessiteux,
qu'ils devinssent gueux, on les leur refuse: par ainsi, vu l'gard de
cette bonne police, il n'y a point de cagnardiers. Mme, ce qui en bien
utile, les valets ni les chambrieres n'en ont point; il est vrai que
_gratis_ on leur en prte en les mariant, aprs avoir bien servi. Aussi
bien souvent avant que les marier, monsieur & madame leur prtent les
leurs par plaisir: ce qui est chose qui fait moult bon voir; & pource
que, quand une chose a servi  quelque sujet, elle s'en sent toujours,
ainsi que quand une chienne a t couverte d'un chien noir, & qu'elle en
ait fait, il aviendra que toujours elle en fera; de mme, dieu sauve la
chretient; il avient  cause de ce prts, qu'il y a de grands seigneurs
qui ressemblent  des valets. Mais retournons aux banniers. Cette loi
est bonne. Aussi quelle apparence y a-t-il que gens de peu, & qui ont
besoin de pain, aient du plaisir, comme prlats & honntes gens? Foin,
foin, tez cela: ce n'est pas le chausse-pied, dont on coule en cet
escarpin. Ce n'est pas tout dit une affete; je ne suis pas content. Qui
est-ce qui a parl des putains? C'est moi, dit Alcibiades. Vous tes,
lui dit-elle, aussi un vrai ruffien. Maudites sont ces sottes, qui le
prtent aux causeurs! Si j'en avois cent, je n'en prterois pas la
moiti d'un  telles gens.

ALCIBIADES. Non d, vous le prteriez tout entier: mais je ne parle pas
de vous; vous tes Tourangelle.

PIERRE L'HERMITE. Ces Tourangelles sont chiches & sujettes cruellement 
l'argent; toutefois, je ne sais s'il y a du mal; mais j'ouis une fois un
Parisien, qui, parlant des Tourangeaux, les appella bougres de Tours.

MADAME. C'est qu'il vouloit dire _bougrans_, pource que les bons
bougrans s'y font.

PIERRE L'HERMITE. Voire, voire! C'est que, durant les guerres des
huguenots, les dames d'Orlans, bonnes catholiques, s'enfuirent  Tours;
& les Tourangeaux, pour les dsennuyer, les couvrirent. Aussi l'on dit
_chiennes & chiens d'Orlans_.

MADAME. Et del est venu ce mchant & dtestable proverbe! Que
voulez-vous dire de couvrir? Quoi! ils couvrirent leurs yeux? Ils leur
donnerent des couvertures?

PIERRE L'HERMITE. Par saint Picot, tu nous la bailles belle! Je dis
qu'ils habiterent & dormirent avec elles.

BOECE. Habiter & dormir n'apportent rien d'extraordinaire.

PIERRE L'HERMITE. Le diantre soit le stoque: (j'ai quasi dit
_sotique_.)

ALCIBIADES. Eh! bien le voici. Habiter est  la rforme; & dormir 
l'hbraque; tellement qu'entre dormir avec une femme, ou habiter en
thologien, c'est faire la belle rage que vous entendez, qui se dit
aussi la _cause pourquoi_.

MADAME. Mais ne m'abusez point; je suis femme de bien; il me faut
satisfaire: achevez, pour effacer l'injure que vous m'avez faite.

ALCIBIADES. Dites-moi quelle diffrence il y a entre les femmes de bien
& les autres: & puis je tcherai  vous contenter.

MADAME. Bien je le veux; aussi-bien ai-je t l'une & l'autre en tout
honneur: voil pourquoi je l'entends; & sinon que je suis use comme la
braguette d'un postillon: le matre vous le dira; j'ai autre chose 
dire.




SOMMAIRE.


XXII. Quand je fus marie, pour tre faite femme de bien, je portai de
mariage plus de dix mille francs que j'avois? ainsi que font plusieurs
filles de bonne maison, gagns  faire plaisir  mes amis. Que plt 
dieu qu'aujourd'hui le monde ft tel! Il n'y a plus de bonnes personnes
pour bien aimer. Il y a quarante ans que l'on m'aimoit de si bon coeur;
voire, de parfaite fressure: & aujourd'hui, on ne fait que feindre. Il
n'y a plus de bons coeurs d'amour; on n'aime plus.

ALCIBIADES. Toutes les vieilles parlent toujours ainsi.

MADAME. Taisez-vous, causeur; & me contentez.

ALCIBIADES. Vous n'avez pas fait tout ce que je vous ai dit.

MADAME. Vous n'avez donc pas cout?

ALCIBIADES. Si vous ne savez que cela, soyez encore autant toutes les
deux, pour en apprendre davantage. Or je vous dis que je ne sais comment
on fera; vu que, si vous en tez environ de demi-pied de place, ce sera
tout un. Toutefois, je vous dirai que j'ai ou dire  un vieil
spculateur, qu'il fit un commentaire sur ce que vous avez dit de cette
diffrence notable; qu'elle est telle que d'un moine  un fou. Ils ont
capuchon tous deux. Aussi femmes ont de quoi contenter tous hommes
capables; mais leurs vaisseaux sont diffrens, d'autant que l'un est 
honneur, & l'autre  dshonneur. Et s'il y a bien pis; c'est que femmes
de bien, souvent ressemblent aux fous, d'autant qu'elles ne savent jouer
que d'une marote; & en fasse son profit qui pourra. Vrai est que bons
ouvriers savent s'aider de plusieurs outils, pour bien faire; & dit-on
que les enfans de femmes, qui font ainsi, ont volontiers le poil de deux
couleurs, ou ont telles ou telles marques dissemblables, au respect des
femmes de bien. Quant aux putains, je vous dirai ce que j'en ai appris,
durant que je hantois la cour emputanne de Perse, & les gens du monde:
j'oyois quelquefois que l'on disoit de quelques grands, qu'ils toient
maris de putains: j'tois si badin, que je croyois que c'toient cocus,
d'autant que le hazard des grands personnages est d'tre cocus
honorablement. La cause que les habiles gens courent cette fortune est,
que l'chet de la tempte tombe volontiers sur les plus hautes pointes:
or j'ai t relev de cette fausse intelligence. Vous devez savoir,
(oui, vous le devez, je vous en montrerai l'obligation) que, du tems des
premiers hommes, il y eut en Msopotamie une dame qui se fit reine
absolue; & tous ceux du pays, qui parloient en hbreu corrompu, la
nommoient _putain_, c'est--dire, madame, en langue babylonienne, comme
dit Balaam en ses tymologies imprimes, avant mille ans, en la Chine.
Notre hte & bon ami en prta le livre  Scaliger, quand il passa par
Tours. Vous trouvez en ce livre, si vous le lisez, que la reine signifie
_demoiselle_; & vesse, vaut autant  dire que _fille d'honneur_: aussi
pour le mystique honneur qu'on porte  l'glise, on appelle leurs
contubernales _vesses_. Depuis ce tems-l, les dames qui ont eu de la
rputation, & ont t grandes par le monde, & releves en honneur, ont
voulu tre putains; nom qui a t fort rvr pour la rvrence porte 
la vnrable antiquit; & n'y a pas long-tems, ainsi que tantt l'a bien
remarqu l'autre, que par honneur, quand on parloit des dames de la
cour, voire des plus sages & honntes, on disoit, pour dnoter cette
honorable assemble, _le bordeau de la cour_. Par cela, belles gens,
vous ne serez plus scandaliss, (je le dis, parce qu'il y en avoit qui
chavissoient les oreilles, comme nes en apptit, d'autant que Platon
n'avoit point reparti, quand il a t appell fils de putain; aussi les
sages ne s'tonnent & ne se formalisent de rien): or d'autant que, pour
parotre en magnificence, il faut triompher, les dames qui toient
putains, _id est_, grandes, triomphoient & alloient  la guerre. Mais
parce que, du commencement,  cause de leur dlicatesse, elles ne se
pouvoient bien accotrer au harnois, pour s'y faonner, elles jotoient
nud  nud avec les hommes, & ainsi en essayoient plusieurs, pour se
rendre plus adroites, accomplies & fermes aux combats, afin de vaincre
heureusement; ces jotes se faisoient bravement. Depuis, les femmes, qui
en ont ou parler, & qui,  cause des troubles, n'ont pas vu clair aux
histoires; & qu'aussi les choses dchent, n'tant pas si roides ni
vigoureuses que celles-l, venoient  la jote pour se rendre leurs
pareilles; & ayant peur en tombant de se blesser, ont fait tendre des
linceuls & beaux draps. Aprs, la paix tant faite, & qu'il falloit
nanmoins entretenir les courages par les exercices, afin d'y avoir plus
de grace, on s'est mis entre deux draps sur de bons lits. Les femmes
communes, je veux dire le reste des autres femmes, qui oyoient parler de
ces jotes, vouloient les essayer; & ainsi voyant qu'il toit licite
d'entrer nud  nud, comme aux tuves, entre deux draps, elles ont rendu
cela si commun, comme vous savez, que depuis, on l'a eu en ddain entre
les vieillards ddaigneux & hypocrites, ou chatemites; & ainsi le mtier
se prophanant, ce beau & vnrable nom de putain est tourn en opprobre
& rise, ainsi que le saint nom de _tyran_ a t vir en mal. Je vous
dirai pourtant que les galants diseurs & crivains, se voulant relever
sur le bien dire, & orner de belles fleurs leurs propos, tirant de
l'antiquit de beaux mots & des dictions tranges, pour avoir de belles
paroles, usent souvent de ce mot de _putain_ en bonne part, & selon sa
vraie signification, comme fait Virgile, usant de ce mot de _tyran_.

MARGOT. Mais encore, dites-nous pourquoi avez-vous parl des femmes de
prtres? est-ce pour dplaire  quelqu'un?

ALCIBIADES. Non, ou je me contamine, je m'abomine, je dteste, je
trentemille, je prcipite, j'horrible, je...

SOCRATES. Oh taisez, taisez-vous; faites-le boire qu'il ne soit enrag:
ne blasphmez point, pour vous facher sans qu'aucun s'en soucie, parlez
amiablement.

ALCIBIADES. Ecoutez-donc; je ne suis plus en colere; elle passe aussi
lgrement qu'un baiser de bien-venu, & avisez  l'antiquit, mere de ce
siecle. Telles dames, comme vous savez, sont subroges aux sages &
saintes vestales. Celles-ci sont donc vestales? Et parce que cela est
rude  dire, on dit _vessailles_; & pour veste, radoucissant ce mot  la
franoise, on dit facilement _vesses_, parce que cela coule plus
doucement en votre nez.

TURPIN. Or ne vous faites point de discours, sur ce qu'ils ont des
femmes ou non; je vous dis & dclare: que qui n'aime point l'animal de
socit, qui ne fait point de cas des femmes, est sot & mchant, ou
sodomite. Si, laissons ces loups-garoux, instrumens de toute souillure,
un homme, qui honntement aime une douce femme, est humble & gracieux:
mais cettui-l qui les rejette, est de qualit d'usurier, mdisant,
malin, ennemi de dieu & des hommes, & qu'il s'aille faire couper le
bout; zest, c'est autant de cas racl. Voil une affaire faite, aux
autres.

POMPONATIUS. Les femmes hantant les gens d'glise, ne sont pas leurs
femmes. Vraiment, vous y tes! Non, elles sont chambrieres, puis femmes,
puis dames & matresses.




STANCE.


XXIII. Ces chambrieres ne sont pas ainsi que celles du monde. Savez-vous
comment elles tiennent serf le petit monsieur, & si c'est avec tout
honneur? Qu'ainsi ne soit, prenez-y garde: quand ce ne seroit qu'un
gueux, si elles parlent de lui, elles diront _monsieur_ sans queue.
Elles ne sont pas comme cette demoiselle, qui, s'estimant plus noble que
son mari, quand elle parle de lui, dit: _celui-l_.

ME. PIERRE DU FOUR-L'VEQUE. Encore que je ne vous fasse que verser 
boire, si me ferez-vous, s'il vous plat, l'honneur de m'ouir, en la
dfense des femmes, dont avez parl, & auxquelles j'ai part. Quand
j'tois vicaire, j'avois une femme  la mode & usage de vicairerie;
depuis, m'tant remis au monde, elle fut ma femme, pouse selon les
droits & usages des autres gens. Quand les femmes du premier ordre ou du
saint, & principalement celles des pauvres prtres, parlent de leur
mnage & proficiat, elles disent, (non point comme femmes absolues,
elles ont bien plus d'honneur au respect de leurs matres; tmoin celle
de messire Blaise, qui, au four, se plaignant de leur petit moyen,
ajoutoit: hlas! encore si ce n'toit nos messes, je ne sais que je
serions), mais ce n'est pas tout, elles se tiennent si bien pour femmes,
que, si celles des vicaires trouvent celles des messieurs, elles leur
feront honneur; & celles des chanoines suivent la dignit & rang de leur
monsieur. Et pensez-vous, vous qui en riez, que cela ne soit pas vrai?
Pour vous le faire croire, je m'en rapporte aux gueux, qui, aux grandes
ftes, les voyant venir de la premiere grand-messe, leur crient ainsi:
nobles chambrieres, ayez piti de moi. Voil, messieurs, ne vous
dplaise; il vaut mieux en avoir chez soi pour s'battre en bon
chrtien, que d'aller, comme mchant voleur, courir  & l, en danger
d'tre pinc au colet, comme Cornu, qui mourant de la vrole, soupiroit,
disant: hlas! je connois maintenant que c'est chose moult sainte &
juste, que vivre de mnage.

ARETIN. _Voi havete molto parlato delle putane; ma tu non hai ben inteso
che  questo; ne sapete l'etimologia della putana, per che voi dobete
saper una ragion maravigliosa, & notare la derivatione di tanto nome 
celebrato, non solamente da noi, ma da tutto il mondo. Ascoltate donque,
e notate che putana si dice, per che gli putte la tana._ Fernel se fcha
de cela, & dit que les choses puants sont ceux de celles qui font des
enfans, d'autant que le cul y passe, merde & tout; mais ceux des putains
sont si souvent brays & savonns, qu'ils ne puent point, & que l'Artin
y mette le nez, pour moult voir.

PLAUTE. Il toit bien question que ce maquereau d'Artin nous vnt
troubler & en parler, quarante lieues aprs la premiere parole. Il a
fait comme le prince de del les monts, qui demandant  Paris, per infor
de velurs, & le marchand qui pensoit qu'il dit en prendre grande
quantit, lui dit: bran, bran. Ce seigneur tant sur la montagne de
Tarare, s'en souvint, & demanda  ses gens que c'toit  dire bran. Le
plus hardi lui dit que c'toit merde. Ha, dit ledit seigneur, en ta
gorge, marchand de Paris. C'est lui-mme, qui ayant mang des lentilles
qui lui avoient chaud la goule, & se trouvant en un champ, comme on
lui eut dit: que ce qui s'toit lev toient lentilles; piquez, piquez,
dit-il, qu'elles ne brlent pas les pieds des chevaux.

PIERRE L'HERMITE. Mais rentrons,  propos du mnage de Cornu, qui est de
se tenir constamment  une chose, de peur de pis: toutefois le bon pere
Perault m'a appris qu'il y a trois sortes de chouses, dont il se faut
garder.

TURPIN. Quels chouses?

PIERRE L'HERMITE. Chouses  travailler naturellement; chouses  chouser;
chouses que les femmes portent, sans les laisser  la maison: je ne
saurois mieux dire, si je ne les nommois pas la tte du consistoire. Or,
ces trois chouses sont, l'arm, le trop hant, le pauvre. Gardez-vous du
con arm, de peur d'tre tu, en faisant le pch mortel. Je vous assure
qu'il n'y a point de plaisir  l'tre, non plus qu' se faire pendre,
quand on ne l'a pas accoutum. D'un trop hant, crainte d'avoir
occasions judiciaires.

MARGOT. Qu'est-ce?

PIERRE L'HERMITE. Causes, pour lesquelles on seroit repris de justice,
comme d'avoir chancre, chaudepisse, poulains & vrole renforce; ainsi
passer la basse, moyenne & haute justice: pour  quoi obvier, je vous
dirai qu'il y a un moyen; c'est que vous fassiez comme les chiens, aprs
l'avoir fait, lchez-vous le _casus_: jamais chiens n'ont mal. Aussi
leur cas est d'os, qui est fort propre  faire des cure-dents pour
celles qui ballent ou badinent des doigts autour leur visage, quand on
les sonde, pour savoir si elles ont la matrice close. A propos de chien,
je me souviens de monsieur le commandeur de Compesiers, qui desiroit
tre comme trois sortes d'animaux,  savoir, ainsi que le cigne, qui
plus vieillit & plus embellit; comme le chien, auquel vieillissant le
membre grossit; & tel que le cheval & le cerf, qui plus vieillissent
plus le font. Et d'un affam, (je reviens  nos moutons; j'y pensois
d'autant, que voyant ce poil, je cuidois que ce ft laine) un affam
vous ruinera, il vous engloutira; & si n'en mourrez pas, qui est le pis.
Voil un bel enseignement.

STURMIUS. Ne ferez-vous aujourd'hui autre chose que de parler de ceci?

CESAR. Quoi! de ceci?

STURMIUS. Il faut parler de cela aussi; & en d, qui ne le diroit, on
l'oublieroit, plus on ne le feroit; si plus on ne le faisoit, on ne
mangeroit plus de chapons, ni de lard. Ces rformateurs-ci veulent tout
perdre; & bien je m'en tairai, & le laisserai aux autres, & au matre de
cans, suivant l'avis de ce gentilhomme qui soupa hier cans, qui disoit
qu'il n'appartient qu'au matre de la maison & au coq  le faire.

B. Je m'en souviens: sa fille voyant le coq qui cauquoit les poules 
petit semblant...

CICERON. (Il faut dire _cochoit_, en bon franois, comme tantt le
disoit notre matre Barrelette, parlant de ce que font les autres
animaux; & ainsi que je lui ouis dire en chaire, il protestoit, de
grande douleur, de la faute qui se commettoit au genre humain; c'est que
les grands, & ceux & celles qui ont des juges leurs amis, si d'aventure
vont s'exercer le bout autre part, ou faire amittonner l'ouverture
spculative aprs nature, cela leur est joliment imput  faire l'amour
en tout honneur & galantise. Mais si c'est quelque pauvre diable, cela
sera dit adultere, ou paillardise, ou rapt; & puis vous fiez  ces
Justinians de tous les diables. Or, je les recommande tous  chapitre,
s'ils veulent tre gratifis. Ainsi il faut punir ceux ou celles qui
n'ont de quoi maintenir ou acqurir rputation. Je m'en rapporte  ce
que jadis nous faisions en notre ville de Rome. Si quelque pauvre
preneur de loups toit surpris en la rverbration naturelle, il toit
men en la place publique, & l on lui appliquoit de la poix toute
chaude au cul, qu'aprs on tiroit: & ainsi on lui arrachoit le poil, &
puis en vieil & bon langage htrusque, on le nommoit drle qui avoit la
fesse tondue.) Cette fille, quoi! Dites-nous donc.

STURMIUS. Le coq faisoit mine de donner la venue aux poules, dont cette
fille, qui le voyoit, & en tant fche, pour l'intrt de ces pauvres
poules qui toient trompes, me dit tout haut: voil un coq qui fait
bien l'ivrogne.

BEZE. Il avoit peut-tre l'guillette noue, comme R. qui rechercha
long-tems la belle Marguerite, avec laquelle il fut mari. Mais P. son
corrival, qui toit fch de cette alliance, & qui aimoit la belle, leur
noua l'guillette, si bien que jamais ils ne purent avoir accointance
mystique l'un de l'autre, qui fut cause qu'aprs plusieurs procdures,
R. fut dclar impuissant, & partant dmari; & puis, par le
consentement de tous, P. fut en grace, & mari avec Marguerite. Le soir
qu'ils devoient coucher ensemble, la belle toit alle en la chambre,
pour l'apprter, o ayant vu d'ordre les besongnes, & la tavayole de P.
en y nichant, elle trouva une guillette violette noue, qu'elle prit,
sans que l'on s'en appert. Ayant avis  ce petit mnage, elle descend
& se vint remettre en la troupe, dont elle ne s'toit retire qu'
l'heure qu'on dressoit les tables pour le souper, qui est le tems que
chacun va  ses petites commodits, & les filles pisser. Le soir, comme
on eut bien dans, qu'il ne s'en falloit gueres que l'on ne parlt de
mener coucher la marie, qui se feignoit lasse; P. la vint entretenir:
eh bien! ma matresse, comment vous va? Elle lui rpondit, selon l'avis
qu'elle eut; & se mit  deviser avec lui; sur quoi, elle lui conta
qu'elle avoit t voir son deshabill, & ajouta qu'elle y avoit vu une
guillette noue, dont il se prit  rire. Elle l'enquta qu'il avoit 
rire; & il lui conta qu'il rioit du bien que cette guillette lui avoit
fait tant cause qu'il l'avoit eue. Aprs qu'il lui eut dclar cette
fourbe, elle ne fit mine aucune; aussi se prit  rire, sans dire qu'elle
eut l'guillette. Or il fallut faire collation, & dshabiller la marie.
La marie, tant avec une sienne chambriere d'ge, qui savoit ses
secrets, fit semblant de vouloir aller  la garde-robe; mais elle alla
bien plus loin. Elle, avec cette bonne femme, prit le chemin de la
maison de R. Cependant on la cherchoit; & pensoit-on qu'on l'et
dtourne pour rire, comme souvent il avient. Etant arrive chez R. elle
dnoue l'guillette, & s'entre-communiquerent les douceurs prtendues; &
l'autre fut le plus sot.

TURPIN. Mais elle, d'autant que demeurant avec P. n'et pas laiss de
s'accommoder avec R. comme il avint  notre ami matre Andr, qui, 
cette heure, est sergent. Il avoit une prbende  Chartres, laquelle il
laissa, pour se marier avec une belle fille,  laquelle, au matin de la
premiere nuit de ses nces, il dit: eh bien, ma mie, tu vois comme je
t'aime, d'avoir laiss ma prbende pour t'avoir! En d, vous avez fait
une grande folie; vous deviez garder votre prbende, vous n'eussiez pas
laiss de m'avoir.

BEZE. Elle savoit donc, qu'il y a des chanoines qui fouaillent? Le
penseriez-vous?

NERON. Vraiment, il les feroit beau voir, si cela toit; ils feroient
des enfans qui seroient charretiers, qui meneroient pere & mere  tous
les diables. Pourquoi non ne s'battront-ils avec les femmes?

TURPIN. Avisez-y; & sachez que clotriers, qui n'aiment point les
femmes, sont toujours aprs  relcher quelque vieille hrsie, sous
ombre de dgoiser sur la rformation, parlant des vices qu'ils imputent
aux autres, lesquels sont plus tolrables que les leurs. H bien,
s'accommoder avec femmes n'est pas tant mal que de troubler la
chrtient; & puis, faire tel oeuvre, apporte la batitude: de l vient
qu'on les appelle _bats peres_.

CICERON. C'est bien parl cela, aussi ne faut-il pas dire comme le
commun, qui dit: _beau-pere_. Et certes ils sont bats, c'est--dire,
heureux, d'autant que bienheureux est le pere, qui n'a point la peine de
nourrir ses enfans.

L'AUTRE. H gai, vive l'amour! Il n'est que d'tre quitte, libre, &
jouir de ses amours. Ainsi puissions-nous avoir sant & de l'argent.




ABSOLUTION.


XXIV. Achevons en gens de bien; & laissons ces thologiens avec leurs
vertus thologales. Quant  nous, suivons les quatre cardinales, qui
sont rire, manger, boire & dormir. Telles sont nos vertus. Quant 
celles de ces malheureux thologiens, selon la penarde remarque des
scolastiques, ennemis de nature, elles sont avarice, envie, bithuminie.
Par mon serment, &  propos d'une vertu thologale, je me souviens que
du temps que nous tions hrtiques, & allions au prche, nous ouimes un
bon conte. (J'ai quasi nomm le seigneur qui nous menoit; & j'eusse tout
conchi votre prtoire.) Or nous allions gayement, comme plerins qui
dlogent; & nous dogmatisions, par plaisir, sans pch. Le Preux, ce bon
marchand, toit avec nous, qui venoit frachement d'Allemagne; aussi
toit arriv en hiver. C'est ainsi qu'il avint au boiteux Laurier qui
entra cans; & Multon lui dit: soyez le bien venu; je pense que vous
tes tenu par la pluie; vous tes encore tout tortant. Ha, ha! Le Preux
nous contoit des miracles: qu'avoit fait Paracelse en Germanie. Ho! tu
t'en souviens bien, Couillette mon ami; & vous aussi, Connaut; vous
faisiez le voyage avec nous. Ainsi il nous emplissoit de telles
merveilles, faites  la pointe de la pincette, au ressort de la cornue,
au tintin de l'alambic, &  l'ombre du fourneau; & ainsi amplifiant sa
gloire, nous disoit qu'il avoit guri toutes sortes de maladies. Comme
je lui faisois houette: voire, ce dit-il, il en a mme guri de la
bougrerie. Dieu sauve les chameaux hongrs!

CESAR. Voil de belles dises, de beaux dictons; c'est ce que notre
grand chien abayoit toute la nuit: mais ce qu'a chant notre coq,
entendez-vous bien le jargon des btes?

ULDRIC. Parlez  ce matre, qui parloit tantt en poule.

GEBER. Pourquoi non? Un chien abaye bien  la lune, & une chevre regarde
bien un ministre, & un chien un vque, dont moult il s'bahit.

ERASME. Mot, paix-l: gardez de trop dire; nous avons parl du roi des
alquemistes, n'en disons plus rien.

NERON. Pourquoi? Il n'y a point de danger, puisque, depuis qu'il a
produit ses oeuvres, il a si bien mis l'alquemie en la tte de tout le
monde, que chacun s'en veut mler: il n'y a pas mme les demoiselles &
les petits enfans, qui portent des soufflets  leurs ceintures.

CESAR. C'est bien,  propos d'un vque, venir  un soufflet.

ERASME. Pas tant que vous diriez; & notez ce que je vous dirai. Jadis,
il n'y avoit que les ecclsiastiques qui touchassent aux secrets, &
sur-tout de la pierre philosophale; aussi tous les livres nouveaux qui
en ont t faits, sont issus de couvents. Or est-il que les orientaux
ont eu les sciences les premiers: & comme cette-l venoit, messieurs les
comtes de Lyon l'arrterent, & s'entre-communiquerent ce secret, si que
tous s'y rendirent matres. En signe de quoi, pour tmoigner leur gloire
pour telle invention, ils ont depuis toujours port des soufflets sur la
tte; ainsi sont-ils mitrs comme beaux petits vques portatifs.




ARTICLE.


XXV. Mais pour vous rendre joyeux comme un ne qui a un bas tout neuf,
je vous commencerai encore  vous dire qu'il y a ici plusieurs messieurs
qui se fchent d'tre nomms, parce qu'ils ddaignent la sotte gloire, &
ne veulent pas qu'on estime qu'ils soient pays pour cela. Pensez-vous
que Ciceron soit aise qu'on dise de lui: voil des ptres qu'il a
faites? Non, non; il veut que l'on croie qu'il est avec une belle pe,
faisant le tiercelet d'empereur. Ainsi plusieurs, qui sont gentilshommes
portant les armes, tmoignent par leurs crits que ce qu'ils font, en
vers ou en prose, n'est que pour dire que, s'ils y prenoient autant de
peine que treize, ils en tireroient quelque chantillon. Ceux-l sont
galants; ils ont le laurier des armes, o souvent ils ne savent gueres,
& encore moins aux lettres; d'autant qu'il est mal sant  un guerrier
de savoir.

CUSA. Et puis dites que vous en avez, hrtiques, qui crevez de dpit,
quand vous voyez un homme de bien qui profite, & que vous venez  lire
les authentiques des peres, & vous ne savez qui les a crites.

QUELQU'UN. Or a, pour l'amour que je porte  la bonne chrtient, je
vous veux enseigner une chose notable, & que vous ne trouverez autre
part, parce que ce qui doit tre dit, doit tre ici. Jadis, il y avoit
une sorte de gens qui vivoient quatre fois autant que les autres, il y
en a encore en la hirarchie de double linge.

CICERON. Qu'est-ce  dire?

L'AUTRE. Que tu es sot! Ceux qui ont un surplis, n'ont-ils pas double
linge? Ceux-l sont les secrtaires de vrit. Aussi ont-ils charge de
considrer les femmes grosses, les enfans qui en naissent, afin que,
s'il avient que quelqu'un soit ou grand, ou saint, ils sachent  dire ce
que dja il faisoit dans le ventre de sa mere, encore qu'elle eut vcu
cent ans. H bien, vous ne saviez pas cela? Je vous en dirai bien
d'autres, si vous me voulez promettre de ne vous enqurir plus de nos
amis. Que si vous les savez, & qu'il vous plaise vous en donner au coeur
joie, mettez leurs noms devant les articles de ces dialogues. Ceci, se
fait, parce que nous sommes au plus dlicieux des secrets, & on diroit:
c'est tel ou tel qui les a dcouverts. Il ne le faut pas. Je ne sais si
je me pourrai amancher en discours.

ASCLEPIADES. L, donc, mon mignon du Touret, pour l'amour de la
compagnie, je vous prie ne me reprochez la vieille mode des dames; je
m'en souviens assez. Quand j'tois page de madame Combardavit, il avint
en ce temps-l que nous allions en un voyage d'amour; j'tois
mrillonn comme un sacre; les filles toient alles ployer le toret,
c'est--dire, _pisser_. Or il y en avoit une qui, pour n'avoir eu le
loisir de sortir du chariot, avoit chi en ses queues, sous le nez de
vous. Elle toit en la garderobe, fort empche, & coupoit le derriere
de sa chemise empltre, comme le cataplame d'un goutteux. Je l'piois,
d'autant que c'toit une belle foireuse. Elle qui m'avisa, me va droit
jetter au nez ce qu'elle avoit coup de son derriere. Au diable le
parfum! J'en eus une belle museliere; & dieu merci & vous, vous m'en
faites la guerre.

CESAR. Oh bien, je ne le dirai plus; en d, poursuivez.

ASCLEPIADES. Par mon ance! on pourroit aller autre part, qu'on ne
trouveroit pas un homme si dlibr que moi.

ALEXANDRE. Je voudrois pour la rcompense, cher ami, que tu eusses
pous, c'est--dire, que tu fusses mari  la plus jolie nonnain du
monde.

ASCLEPIADES. Ho, monsieur, pardonnez-moi, s'il vous plat; il ne
m'appartient pas: quoi, c'est la perdrix du monde! Il faut bien pour
colloquer la douer avec le faisan du monde, qui est le chanoine; ainsi
tout ordre aura lieu. H gai, gardez-vous-en: mon pere qui avoit mang
de la vache enrage, & toit dli comme soie fendue en deux, avoit fait
mettre au front de la porte de sa maison:

    Chassez au loin ces prtres & ces moines
    Et ne donnez entre  ces chanoines.

LE BON HOMME. En d, tout ira bien, puisque nous rimons. Monsieur
Bacchus commence  faire mines, aussi-bien que font les moines.

CESAR. Que font les moines?

OECOLAMPADE. Ils font des traits mignons & de fait; toutes bonnes
rencontres & proverbes vieux viennent d'eux, & toutes belles inventions
en sortent: tmoin les moyens de faire hter les jours aux papes,
empereurs & rois. Mais, pour la modestie de Psellus qui me le fait dire,
je passerai outre.

TOSTAT. Vraiment, je vous dirai un bon conte de frere Jean Dissolez, qui
prenoit les poires de bon chrtien du pauvre Tournereau, qui lui disoit:
frere Jean, je vous vois bien. Et frere Jean de mettre au capuchon,
disant: quand tu ne me verras plus, je m'en irai. Le pauvre homme s'en
alla cacher, afin que frere Jean ne le vt plus; comme le gentilhomme de
Bousille, qui se cachoit quand il voyoit les pauvres qui lui droboient
son bois, & disoit, qu'il le faisoit, parce que, s'ils l'eussent vu, ils
n'eussent rien emport. Frere Jean descendu, Tournereau le prit  part,
& lui dit: frere Jean, monsieur le prieur, mon ami, vivons en paix, je
vous prie; ne me drobez plus mes poires, j'aime mieux vous en donner.
Combien m'en bailleras-tu? Je vous en fournirai trois quarterons. Ho,
ho, dit le moine, je n'ai garde de faire ce march-l, j'y perdrois
trop.

BEZE. Sand, celui-l savoit bien le _tu autem_.

TOSTAT. H bien! qui pourra dire ce que cela prtend, s'il n'a t
moine, ou  peu prs?

BEZE. Aussi nul ne peut mdire, ni bien parler d'un tat, s'il n'en a
t, ou s'il n'a trop frquent les compagnons.

TOSTAT. Quand les moines dnent, il y en a un qui est en chaire, qui
leur fait lecture des actions des satrapes; & ainsi lgendant, il
barbillonne les oreilles de ses confreres, qui cassent la bribe, sans
songer  ce que dit ce pauvre lamponnier, qui est l-haut perch sur les
intentions dnoues, bien loin de ce qu'il dit: d'autant qu'il a
l'oreille attentive vers le prieur, qui est sous le dais, ou en la belle
place  mouler des intelligences de tripes; durant quoi il se souvient
par fois de ce pauvre diable qui s'gueule  faute de s'couter, & dit,
en touchant du doigt sur table: _tu autem_; qui est  dire, qu'il
finisse, parce qu' chaque bout de leon on dit cette fin. Si de fortune
ce lecteur est si sot d'avoir plus d'attention  sa lecture qu'au dner,
(_absit_) & qu'il veuille achever jusques au sens parfait, & qu'ainsi il
perde le temps; les autres disent, en concluant chapitralement contre
lui, qu'il n'entend pas le _tu autem_. Ainsi en est-il du reste;
cachez-le.

ASCLEPIADES. Avant que laisser les moines, & devant qu'ils nous oient,
voyez-vous, en voila un qui regarde. C'est le mme que je vis tant
argur, quand notre matre Benot fut pass docteur; il trpignoit, &
venoit aux atteintes: pourquoi il eut un docteur, qui, se fchant & se
tournant, vit ce carme, & pource qu'il faut parler latin, lui va dire:
_iste carmen_. A cela, il se tut; & ne fut plus si impudent, parce qu'on
dit, bran pour les carmes.

CESAR. A cause de quoi?

ASCLEPIADES. Ne savez-vous pas qu'il y a les quatre temps pour les
mendians, ainsi fait au compost. _Post._ Pan. Cru. Lu. Bran. _Quatuor
tempora._ Pan; c'est pour les cordeliers, qui ont une corde toute prte.
Cru; c'est pour les jacobins, qui ont la croix, ils sont riches. Lu;
pour les augustins, qui sont luxurieux,  cause qu'ils portent tantt le
blanc, tantt le noir. Bran, pour les carmes.

BEZE. Quelle diffrence y a-t-il entre son, bran & merde! Je le dirai.

DIOGENES. Son, est pour les cloches, ou bien en vient; bran, pour les
pourceaux, & merde pour les mdecins & pour vous. A, ha, n.

ASCLEPIADES. Voil bien de quoi rire! Laissez-moi conter ce que je
voulois dire. Je vous dirai ce que frere Ambroise le Sen m'a dit d'un
de ses confreres, quand j'tois enfant, & dont je me souviens, comme de
ma premiere chemise, & vous de la premiere fois que vous vous torchtes
le cul tout seul, aprs avoir appris  manger tout seul. Ce confrere
avoit nom Ferrand, qui toit gaillard, & avoit toujours plus d'argent
qu'un chien: parquoi il payoit pour un autre, nomm frere Margeou, qui
savoit dtourner la biche. Voil comment les inventions se trouvent,
pour avoir du crdit. Sur un bon avertissement, ces deux-ci vont
ensemble chez Conscience, qui avoit une chambre garnie d'un lit & d'une
couchette.

PISO. Vous parlez des moines: que ne mettez-vous aussi souvent des
ministres en campagne.

ASCLEPIADES. Ils n'ont encore gures rgn; & puis, s'ils venoient 
prir, ainsi que cela aviendra bientt, d'autant que leur fondement est
foible, & que l'on en trouveroit tant en ce registre, cela feroit
veiller les esprits, pour s'enqurir quelles gens c'toient: & par
ainsi on rveilleroit l'hrsie, qui sera teinte comme feu de paille
dessus l'eau, quand on aura toujours quelque conte de moine qui fera
rire, au lieu de s'aller amuser mlancoliquement  gratigner la
thologie pour en abuser. Or, en la chambre prpare aux moines, il y
avoit un malade  demi guri, qui toit dans la couchette; & le grand
lit fut apprt pour ces deux amis, qui, aprs souper, se retirerent
pour se coucher, & en se dshabillant parlerent de propos de consolation
 ce malade, qui incontinent leur donna le bon soir, & eux  lui, & se
mirent au lit. La dame, qui avoit fait provision pour l'exercice du cas,
avoit baill le mot  la chambriere, qui laissa l'huis ouvert, ayant
fait semblant de le fermer. Quelque petit espace de temps aprs, selon
la diligence qu'en avoit fait Margeou, vinrent deux mignonnes, telles
que celles qui ont ci-aprs t dites chevres  oreilles d'toffe, & se
placerent avec toute humilit auprs des freres qui les attendoient, non
touchs de l'infirmit naturelle, (aussi ce n'est pas de tel biais que
l'on peche, comme certains malotrus de docteurs veulent prouver, pour
dguiser leur puante ambition ou triste avarice) mais en habilet,
gaiet, vigueur & fermet de nature, selon lesquelles ils firent leur
devoir de cognebas, fesser les doucettes, qui s'en trouverent
naturellement bien; tant pour la dlicatesse, que par sympathie, elles
en reoivent s oreilles, par le grand bien que cela fait o il touche.




RISE.


XXVI. Ceux-ci firent mieux tant pour tant, que les deux cordeliers qui
furent en quipage. Mais encore, pourquoi est-ce que les mendians vont
toujours deux ensemble?

SACROBOSCO. Pour se faire compagnie, c'est--dire,

    Hos brevitas senss fecit conjungere binos.

C'est le bon vin de madame, qui me fait ainsi dire. O liqueur
prophtique, bnigne humeur qui nous fais doctes, radoucis nos
adversits, & rjouis les coeurs qui ont faute de consolation salutaire.

CIRUS. Vous ne faites que traverser; que n'achevez-vous, sans tant vous
donner de traverses? Je vois Platon qui s'en fche, parce qu'il y avoit
plus d'ordre chez lui.

CAMBISES. L o il y a tant d'ordre pour dner, il y a du dsordre pour
faire ses affaires.

L'AUTRE. Voil qui va bien, prenant affaire pour office culier.

ASSUERUS. J'avois ou dire que l'on pargneroit les hommes spirituels;
mais tantt la raison m'a bien satisfait; jamais Mammuchan n'en dit de
meilleures. Il est vrai que, si hors d'ici j'oyois ainsi parler  ceux
sur lesquels j'ai pouvoir, je leur passerois le pied par l'paule. Or,
je connois qu'il se faut ici donner carriere. Il est vrai, pource que
nous sommes tous amis, que je souffre tout; & moi-mme je dis des
choses, que je ne souffrirois pas dire  d'autres. Mais il faut aviser
que nous ne pouvons mal dire, ni mal faire, d'autant que nous sommes en
l'tre parfait, &  l'instant qu'il n'y a plus de passions: parquoi nous
nous satisfaisons, & vous aussi, en battant le chien devant le lion;
c'est que nous galoperons les ecclsiastiques, qui sont parfaits en leur
vie, afin d'intimider les ames par les choses qu'ils diront. Or,
regardez au prix, s'il se met aprs nous, comme il nous gtera; & voil
comment on fesse les enfans devant les valets. Donc ces bons messieurs,
fils ans de la sainte maison, ne prendront point en mauvaise part
qu'on tourne la parabole sur eux, afin que leur charit soit reconnue; &
qu'tant innocens, ils veulent bien tre accuss & chtis de ce qu'ils
n'ont pas fait; afin que les coeurs vicieux aient honte, & se corrigent,
voyant la bont de ceux qui portent leurs iniquits.

SACROBOSCO. Je ne puis tenir mon eau; je vous dirai ce conte de ces deux
cordeliers. Donc, comme nous tions ensemble en Bretagne, l'un d'eux
devisant fit un pet. L'homme de chambre de monsieur lui dit: de quel ton
est-ce, monsieur notre matre! Il rpond: duquel vous le voudrez;
entonnez bien: & voil pourquoi depuis  Chtelleraut on a amanch des
coteaux de la belle corne de couleur. L'an d'aprs, lui & son compagnon
encore novices, allerent  Angers, chez une honnte dame que l'ancien
gouvernoit: si qu'tant entrs, le matre monte en haut, & laisse en bas
avec la chambriere le jeune apprentif. Le bon est que, comme le moine
fut sur madame, le gros trompette, qui s'toit cach sous la chemine,
les voyant aux prises, se mit  fanfarer, dont les amans furent fort
tonns; mais ils appointerent avec ce matre trompette, qui toit venu
un peu devant pour hocher la chambriere, & de peur d'tre surpris,
s'toit cach. Le trompette sorti, & la collation ayant t prise,
monsieur notre matre se mit  la juche. Savez-vous qu'il faisoit, & ce
qu'elle ptissoit. En d, ils toient comme le gueux que vit matre Jean
de Guigni, allant aux nonnains, & passant par sur le pont de St. Eloi.
De fortune le vent fort lui emportoit son chapeau, auquel il mit la
main; mais il ne le put si bien retenir, que le cordon n'chappt:
c'toit sa bonne fortune qui lui induisoit si franche rencontre. Voyant
son cordon chapp, il jetta la vue en bas sous l'arche, o le cordon
toit chu. Vraiment il le vit, & bien autre chose. Que vit-il? Le
spectacle d'immortalit, les effets de concupiscence, le progrs de
gnration, quatre jambons pendus  une cheville, deux animaux encruchs
& soulevs faisant le quadrupede raisonnable, la bte  double ventre,
ou  deux ttes, l'animal  quatre yeux, l'homme femelle, la femelle
mle, le principe de l'engeance anagogique, une femme en proche
disposition d'tre chtre, un homme prt d'tre dcoch. Comme il voit
ce mystere s'effectuant, il dit tout haut: en d, de mon chapeau je
donne la ceinture  celle, ou cil qui a le bout en la jointure;
c'est--dire, je donne mon cordon  qui a le vit au con. Quand l'homme
fut lev, il s'avana pour prendre le cordon: la femme aussi y va, parce
qu'elle le veut avoir. O! ho, dit l'homme, il est  moi. E! h,
dit-elle, c'est  moi, d'autant que j'avois le bout o il a dit; je ne
l'avois pas en l'paule, vous le savez bien; aussi vous l'y aviez mis, &
bout. Voire, dit-il, & moi l'avois-je aux talons? Ne savez-vous pas
bien o je l'avois fich? Vraiment, je ne l'avois pas sur la tte;
j'avois bien autre lieu o l'employer, & o il en faudroit beaucoup pour
l'touper. Mais devinez  qui de droit ce cordon appartient, afin d'en
tre juge)? Le grand cordelier ayant achev son affaire avec la
disposition de sa pte, qui fut leve aussi-tt que le four fut chaud,
ce qui n'avient pas toujours. (Je me reprens, d'autant que toujours le
four est chaud, mais la pte n'est pas leve. Aussi les femmes font
comme les gueux, elles tendent toujours leur cuelle). Aprs ce mystere,
les freres s'en vont; le grand aussi saoul que s'il et mang une vache;
& d, en bonne foi, je crois qu'il y a autant  besongner  une femme
toutes les semaines, comme il y a  manger en un boeuf. Les deux
religieux revenus, il fallut rendre compte chacun de sa villication. Le
grand raconta son dsastre, mais que pour cela il n'avoit pas dlaiss
de faire la cause pourquoi. En aprs, il demanda au jeune ce qu'il avoit
fait, & si par vif effort il avoit vaincu sa concupiscence, en la
foulant sous soi, selon les dlectations de victoire future. Voire, dit
le pauvre, qu'euss-je fait? Cette fille est innocente; elle ne s'aidoit
point, quand, au bas du degr, aprs que la porte fut ferme, & que je
l'eus pousse, je lui levai ses robes, & puis je levai la mienne. En
levant la mienne, la sienne tomboit; puis levant la sienne, la mienne
baissoit; & tant, & tant que vous tes venu, avant que le j'aie pu
approcher. Cette rponse ouie, tous les bons freres soupirerent de
deuil, oyant la btise de cet enfant, lequel fut condamn d'avoir le
petit chapitre, pour se souvenir qu'une autre fois il et  prendre sa
robe  belles dents, quand il leveroit celle d'une fille avec une main,
tandis qu'il foutilleroit de l'autre: ceci s'adresse  ceux qui portent
des soutanes.

CESAR. Mais nous laissons nos deux amis chez Conscience long-temps
dormir.

ASCLEPIADES. Or bien, ayant pass la nuite, ils se leverent assez
matin. Ils observoient ou pratiquoient ce que doivent bien noter
nouveaux maris, c'est de se lever matin pour se reposer. Sur les huit
heures, la dame alla en la chambre visiter le malade, qui avoit le
cerveau creux,  cause qu'il ne l'avoit pas rempli d'humeurs nutritives,
& partant les outils de son intelligence toient dflochs, si qu'il
avoit bien plus veill que dormi. Aprs qu'elle lui eut donn le bon
jour, (ainsi dit-on, & on ne donne rien) & qu'elle l'eut interrog de sa
sant; madame, qui sont ces deux qui ont couch l cette nuit passe? Ce
sont, dit-elle, deux honntes hommes. Or ne savoit-il rien de la
compagnie franoise. Il rplique: ils sont leurs grands diables;
comment! tous les gibets, pourroient-ils tre honntes, qu'ils n'ont
fait toute la nuit que s'entreculbuter de telle rage de cul, que je
pensois que la maison en cherroit! Elle se prit  rire comme toute
honteuse, & ne dit rien pour ce coup, jusqu' ce qu'il le releva de la
mauvaise opinion qu'elle avoit eue par la communication de telle
courtoisie; & ainsi, lui effaant ce scrupule, elle a fait parotre
qu'il se dit beaucoup de choses mal  propos, & surtout des
ecclsiastiques. Amen.




COYONNERIE.


XXVII. THUCIDIDE. Et sur cela, je vous dis donc, que vous avez tort,
d'autant que ce ne fut pas chez Conscience. Je m'y trouvai exprs; &
celle qui fit ce trait toit femme d'un sergent, qui en fit un bien plus
subtil  notre ami Ruart, qu'elle alla voir chez lui, & y dna: puis par
mgarde, s'batit une petite fois  la drobe sans pch, pourvu qu'il
n'y et pas plus de peine que de plaisir. Ceci ne fut que le coup de
l'assignation, qui fut donne au lendemain chez ladite dame. Le
compagnon ne faillit point  se trouver  point nomm, o trouvant
commodit, voulut se patre de ce dont il avoit tir le jour prcdent;
mais elle lui dit que cela n'toit pas sain  jeun, parquoi il dbanda
un cu, pour avoir de quoi repatre. Et afin qu'elle et meilleur
courage, il dit  la belle, qu'il alloit qurir vingt cus qu'on lui
devoit, & la prioit que le djener ft bientt prt. Il y alla, & reut
sans confession. Voil comment les amans ne sont pas toujours menteurs,
comme vous ribauds & rufians, qui vous donnez au diable, en promettant
pour peines de dfaut, & puis tant hors d'avec les fes, vous n'avez
non plus de mmoire que chats, qui ont tant cri en le faisant qu'ils
ont tout oubli. Il revint avec ses cus qu'il fit parotre, cela
faisoit rire la mignonne comme une guenon sur une chemine. (Et je vous
demande en conscience & bonne foi, rpondez-moi, si on vous prsentoit
sur une table deux mille fois autant d'cus que vous en avez, ou bien
cent mille cus comptant, & qu'on vous dt: cela sera vtre, & vous en
pouvez prendre galamment trois poignes en disant gripe minaut sans
rire, c'est--dire, que vous ne rirez point; vous dites qu'oui.

DIOGENES. Vous feriez vos fortes fievres mules; frappez votre nez en mon
cul, c'est ce que je vous baille en trois coups, voire en quatre vises;
mais allez grater votre cul au soleil, & succez vos ongles encore un
coup, si ne l'avez fait.

THUCIDIDE. C'est bien reparti.) Ce mignon prsente de son argent 
madame, qui lui dit qu'il falloit aller sobrement. Vraiment, mon ami, il
faut un peu pargner son argent, dit-elle, il y a plus de jours que de
semaines; nous n'aurons pas trop de tout. Et ainsi le dorlotant
putatiquement & le caressant, il la couillaudoit, couillevassoit,
culbutoit perpathtiquement; si qu'il s'enivroit en cette dlice permise
 gogo, moyennant la dispense ministrale. Et le compagnon fut si bien
culbut, tournoy & fripon, & tant rabatu de concupiscence par la dame,
qu'elle lui ta, sans qu'il le sentt, & bourse & argent. Quelque sotte
l'et laiss, & vous y fiez. Cette mignonne le traita comme Jacques
Adriot fut trait de sa femme.

POGGE. Je vous prie, dites ce conte, qu'il ne vous chappe; & je vous en
dirai quatre en rcompense.

THUCIDIDE. J'ai peur qu'on se fche, parce qu'il y a un peu du prtre, &
un ministre me l'a appris.

POGGE. N'ayez point cette peur; non, jamais on ne s'en fchera; &
surtout les moines, qui ne le prendront pas  coeur, parce qu'on
estimera que ceci sera mensonge, d'autant qu'il y en a tant de sectes,
que devant que l'on sache qui a fait la joyeuset, tout sera pass; &
puis cela sera peut-tre rput  mrite, d'autant que par ce moyen un
homme de conscience ayant foul sous soi la concupiscence, & enfonc le
fort de satan, o il aura cras la tentation, elle s'en sera tellement
alle, qu'il aura les femmes en horreur, jusqu' ce qu'il en ait
affaire, & c'est alors qu'il fera rage de prcher.

THUCIDIDE. Or bien, pour vous faire plaisir, je ferois cette parenthese.
Ce Jacques dont est question, toit un grand abatteur de bois remuant, &
culbuteur de commere, & n'pargnoit rien de ce qui se prsentoit. (Ce
fut lui, & deux autres qui rencontrerent la Ponneuse, qui toit belle &
jeune, mais garce d'un chapelain; & l'enfoncerent dix-sept fois en une
soire,  coupe-cul: puis s'en allerent chacun leurs voies. Le lendemain
cela fut su, d'autant que la fille se plaignoit qu'elle avoit t ainsi
dvergonde; & on le contoit  quelques honntes femmes. En la compagnie
toit la femme d'un prsident, qui, oyant ce conte tant de fois,
rpondit & dit: au diable soit la carogne, tant elle toit aise! Cela
n'aviendroit pas si-tt  une femme de bien.)




EXPOSITION.


XXVIII. La femme de Jacques, triste de ce que son mari alloit ainsi
transportant la provision du particulier, faisant couler partout cette
benote liqueur, dont on baille tant d'argent; & si on n'en trouve point
 vendre au march, alla trouver un de ses amis, pour lui demander
conseil confortatif en son affaire. Cettui-ci, (je ne le vous nommerai
pas, pour la consquence que je porte  l'honneur) lui enseigna ce
secret; c'est qu'il falloit qu' point, mignardement,  propos, avec
industrie politique, elle nout le cas de son mari une seule fois; & que
cela avenu, jamais il n'iroit  d'autres. La femme de Jacques croyant
qu'elle noueroit ainsi pour jamais l'amour de son mari, recevoit ces
mots dors, je devois dire, _coraliss_, comme sentences prophtiques.
Parquoi elle ne faillit point  essayer. Elle prit le bout de son mari,
qu'elle considra manuellement, pour le courber & le nouer. Or est-il,
comme vous savez, belles filles, que les mains fminines sont grilles,
sur lesquelles la chair revient. Ainsi la piece de gnration par cet
attouchement revenoit, grossissoit comme pte en met, & pourtant le
billouart se mettoit en point; &  ce conte, Jacques s'enfiloit avec sa
femme; & tout autant qu'elle fit l'essai  nouer, autant fut faite
l'excution  vtiller: si que ce mari voyant l'importunit des doigts
de sa femme, qui ne faisoient que patiner son pauvre chose, fit bande 
part, de peur que cette friponnerie ne le ft devenir sec comme un
lvrier. La bonne dame en eut du dplaisir, & fit autrement qu'elle ne
pensoit, parce qu'elle ne noua pas le bout, mais elle retint son mari,
qui, depuis, ne fut plus coureux; & puis sa femme accoutume  dodeliner
son cas, ne faisoit autre exercice au lit, que le promener.

POGGE. Dames, qui tes jalouses, empoignez cette suave doctrine. Aussi
femmes sont anges  l'glise, diables en la maison, singes au lit. Ma
commere l'huissiere traita presque de mme son marjolet, que tout
belourd elle renvoya mignardement dcharg, & le conduisit jusques  la
porte, avec des baisers accompagns de faux semblant de regret: cela
s'appelle des baisers de passage. Quand il eut pris l'air, & qu'il fut
au bout de la rue, s'avisa de pisser: pissant, il avoit la main en sa
pochette; & y ttant, la trouva vuide de l'aposthume pcuniaire; le
voil qu'il devint aussi froid qu'un four min. Il retourna chez la
dame, o il entre avec toute mignonne humiliation, & requiert que son
argent lui soit rendu. Ayant fait son entre & requte, il trouva une
femme plus froide que lui, qui fait l'tonne, l'bahie, la dconnue,
ainsi que si elle ne l'et jamais vu. (Voil comme les beaux esprits
savent passer d'une extrmit  l'autre, pour se rformer! Vous faites
tat de votre femme de biennerie, vous autres femmes de bien; &
toutefois vous n'en sauriez faire autant que cette-ci.) Lui qui pense
faire l'effront comme s'il toit matre, ayant t si fat que de btir
sur un grand chemin, veut faire le grand & le commandeur, dit qu'il veut
ravoir son argent; il se dpite & enrage. Elle fait la constante & la
rsolue: il tranche du ruffien, qui a puissance sur une femme; il
tempte & jette  terre son manteau; elle fait l'humble & la discrette,
& plus la femme de bien que si elle s'en ft mle toute sa vie; & sur
ses gestes s'bahit moult de cette apparence, & lui dit: monsieur, que
faites-vous? O pensez-vous tre? Ce n'est pas ainsi qu'il faut vivre
chez les femmes de bien. Quand j'aurai patient, je me fcherai. Merci
dieu, tes-vous hors du sens? Sortez de cans; ou si mon mari vient, il
vous chinera. Ce disant, elle jetta le manteau par la fentre, & cria:
 l'aide, au secours &  la force. Il vint du monde, qui, voyant ce
petit mchant monsieur ainsi dvergond, lui remontrent & le menacent de
la justice, vu son scandale. Le mari pensoit entrer; mais oyant le
bruit, & voyant ce manteau, le prit, & passa outre. Ce qu'il en faisoit,
toit de peur de se courroucer. Ce manteau lui sert aujourd'hui s
bonnes ftes. Le misrable dmantel & dvalis, eut cong de s'en aller
chercher un autre manteau, qu'un moine de saint Julien lui prta;
c'toit un manteau de camelot ond, pour lui faire avoir souvenance que
les ondes de la fortune avoient pass sur lui.

GLICAS. Ce matre causeur nous en a bien cont, de nous proposer un
noeud, d'un cas si court qu'est celui de l'homme. Certes, c'est de quoi
nature l'a retranch, vu que tous animaux l'ont en proportion plus long.
Je m'en crois, & pense ce que m'en a appris Albert le Grand; c'est parce
que toute l'intelligence est  contraire raison l-dedans; par ainsi
vous voyez que fous en ont de belles venues, & les grands personnages en
sont chichement pourvus. Un taureau en a plus que trois hommes; & un
homme a plus d'esprit que cent boeufs.

L'AUTRE. Si vous saviez de quoi est fait un chose viril, vous sauriez
s'il se peut nouer, ou non.

GLICAS. De quoi est-il fait ce badinage d'amour?

POGGE. Les religieuses de Poissi me l'ont appris, ainsi que j'allois 
Longchamp, & en telles autres religions rformes. Voil, je ne nomme
jamais personne, ni lieu, de peur que d'autres y aillent. Il y en avoit
trois qui en disputoient. L'une disoit qu'il toit de nerf, & qu'elle en
avoit eu autrefois une belle nerve, la cour tant  Blois: l'autre dit
qu'il toit de chair courroye, d'autant qu'en le touchant, on le
trouvoit plus mignon  la peau, que le maroquin du levant, & plus
douillet que velours: l'autre dit, qu'il toit de tendons, parce qu'il
tend plus qu'il ne peut. La prieure, qui les avoit ouies, leur dit
qu'elle jugeoit plutt qu'il fut d'os, parce qu'elle en avoit, le matin,
tir la mouelle d'un.

PENAS. Vous vous garez; ce ne furent pas elles; mais bien ces trois,
qui, se promenant au beau jardin de Nantes, trouverent une groseille, &
s'entredemanderent  la dire en latin. Comment le diriez-vous, ma soeur?
La jeune dit, _groselus_; l'autre, _grosela_; & la vieille dit: vous
tes sottes; il faut _gros & long_: mes petits connaux de dmes
charitables.

CHANOURI. C'toit bien trois autres, dont j'tois jadis confesseur.
L'abb de Gastines, qui les aimoit toutes trois, leur promit de leur
envoyer des couteaux de Chtelleraut; pourquoi bien effectuer, il
endoctrina son valet; & l'ayant embouch, lui mit le prsent en la main,
pour le porter aux trois amies. Le valet, qui pensoit, selon que son
matre l'avoit endoctrin, faire si bien que madame n'en sauroit rien,
fut tromp, parce que madame, ayant un message d'amour  faire, y avoit
employ la portiere, au lieu de laquelle elle se tint  la porte, & y
toit, quand l'homme de l'abb y arriva. Il fut surpris; & elle lui dit:
or , Riolan mon ami, que je voie ce que vous avez-l: c'est quelque
chose que votre matre nous envoie. Elle savoit bien que ce n'toit pas
pour elle, d'autant qu'un abb n'et pas os entreprendre sur les
brises de l'vque de Lombes, qui l'aimoit. La dame ayant le paquet,
elle envoya Riolan  la dpense; & mande aux trois mignonnes qu'elles
vinssent; lesquelles, ne se doutant de rien, s'approcherent; & elle leur
montra les lettres & les prsens, leur disant: mes filles bien aimes,
voyez des lettres & un prsent que vous envoie notre bel ami l'abb de
Gastines. Elles lui dirent en toute humilit: c'est possible  vous,
madame, qui le mritez mieux. Non, dit-elle, les lettres en font foi; je
sais bien que vous avez mrit ces joyaux & encore plus: aussi tes-vous
bonnes filles: mais encore il y a, & faut de la considration en tout;
je veux savoir de vous qui est la plus entendue; & pour cause, afin
d'instruire les novices, pour bien entretenir l'ordre & antique faon de
vivre du couvent. Et partant, celle qui rencontrera le mieux  propos ce
qui lui semble de l'action notable de dlectation, & ce qu'elle a
remarqu faisant la cause pourquoi, en faisant son service, jouxte le
brviaire  l'usage de Reims, cette-l aura non-seulement son prsent,
(c'toient couteaux), mais aussi fera des autres  son plaisir. Les
voil toutes trois en cervelle: si qu'guisant le fil de leur
entendement, elles tchent toutes trois  rpondre: l'ane rpondit
qu'elle n'avoit jamais got  sauce si douce, sans sucre: l'autre dit
qu'elle n'avoit oncques rencontr chair si dure, sans os: la tierce
profra qu'elle n'avoit jamais apperu, ni ou, ni senti tant cracher,
sans toussir.

ALAIN CHARTIER. Je pensois que vous y mettriez ma cousine de Montrouge
qui pensoit tre en terme de devenir bte.




EMBLME.


XXIX. Elle avoit vu, s livres de ces nouveaux voyageurs, qu'il y avoit
des gens sauvages qui toient tous velus comme btes infideles. La
pauvre petite se mit tellement cela en tte, qu'un jour changeant de
blanchette, comme rforme qu'elle toit, sans chemise de linge, selon
la coutume de notre temps, (aussi blanchette en thologie, c'est--dire,
chemise de laine) elle s'avisa par mgarde que son pauvre petit chouse
toit chu en pauvret; & que le poil lui avoit perc la peau. Les filles
de prtres n'en ont point  l'ge de dix-huit ans; (je ne suis donc pas
fille de prtre, dit la jeune fille qui l'ouit; j'en ai, & si je n'ai
pas quinze ans). Ma pauvre cousine, ayant vu cet inconvnient, se signa
fort dvotieusement, & devint toute trouble de son sautier. Son
entendement pripatetisa tout du long de la culmination de son
intelligence curiale: si que, depuis, elle fut mlancolifie, que
c'toit une dplorable imaginaison que la sienne. Si les autres
approchoient d'elle, elle, par une humeur saupoudre de tristification,
s'en reculoit. A la fin, elles l'arraisonnerent du dedans, qu'elle avoit
au flux & reflux de conflit compagnable; & leur fit rponse, qu'elle
n'toit pas digne de converser mritoirement parmi l'honorifique bande
de leur socit doucette.

JODELLE. Quand je vous ois ainsi paillarder sur votre outrecuidance, de
bien dire, il m'est avis que vous me pissez aux oreilles! Que diable ne
parlez-vous droit, sans aller lchonnant les friponneries du sot
langage. Je pense, vous oyant, tre auprs du beau S. Jean, racontant
comme il fut chass: _nous appermes le lpore, qui s'toit manifest;
mais parce qu'il se rintgra, nous ne le pmes apprhender_. C'est
comme ces badauds de Paris,  la bataille de Senlis, qui, ayant leurs
btons  feu sur le haut de l'chine, demandoient: _o est l'averse
partie? Elle ne comparotra pas?_ Encore la Goibaude parla mieux, venant
 monsieur le Gouverneur, pour s'excuser de la taxe que l'on avoit
employe pour les fortifications: _monseigneur, je suis une pauvre femme
en veuvesse; je vous prie avoir piti & componction de moi; on m'a trop
cautrise pour les fornications_.

TACITE. Laissez dire notre pote. Que voulez-vous? Le bon preud'homme,
il savate notre langage; toutefois il dit bien, mais il va un peu de
ct.

ALAIN. Vous me dfagoteriez quasi bien tout le menu brouillis de mon
intelligence. Or bien donc, cette fille, leur disant son excuse, ajouta
qu'elle toit indigne d'tre avec elles, parce qu'elle devenoit bte.
L'abbesse voyant cette fille ainsi farouche & toute dilate sur le
progrs de diminution familiere; (ardez, cette curagerie d'loquence ne
peut m'abandonner) en voulut savoir la raison, & sur ce que les autres
filles lui avoient rapport par avertissement. Timor l'appella en sa
chambre: & l'ayant concionnoirement avise qu'il falloit, en
l'humiliation de son devoir, qu'elle enfourcht la vrit, lui demanda
par amour & vesse (foin, je cuidois italienniser, & dire: _amore
volesse_) l'occasion de sa dconvenue. Adonc en gmissant & pleurant des
yeux, elle dit: ma sacre chere dame & preude mere, j'ai bien grande
occasion d'tre en extrmit de marisson, parce que je deviens bte;
j'ai dj un petit minon qui m'est venu entre les jambes. Que je voie.
Elle le montra, exhibant physiquement sa naturet. Alors l'abbesse, pour
repartir par pieces similaires, & rciproque dmonstration, se
dcouvrit, & lui fit parotre sa naturance. Il y avoit un petit
cordelier cach derriere, qui l'avisa, & cria  matre Bastien, en
courant: _magister Bastiane, ego vidi coelos apertos_. Et la fillette de
dire: h qu'est cela, madame? O quelle abondance de bestialit! Ma mie,
ma mie, dit l'abbesse, le vtre n'est qu'un petit minon: quand il aura
autant trangl de rats que le mien, il sera chat parfait; il sera
marcou, margaut & matre mitou... Oho, oho, o... Il n'est pas temps de
s'vacuer  rire; attendez un peu; le mot pour rire n'est pas dit. La
belle s'avisa de demander  frere Etienne de Sanssay ce que vouloit dire
madame, par ces rats & chats; ce que le pauvre corps, par innocence
charitable, & humilit graduelle, & selon la saintet de nos premiers
voeux infrans graces abondantes, lui fit entendre & pratiquer, en lui
faisant naturellement trangler le rat de nature, par le chat mystique
du bas de son ventre, de quoi elle avoit recueilli un fruit mlodieux de
savoureuse dlectation, qui ne devroit appartenir qu' princes &
prtres, si tout alloit d'ordre. Elle toit par ce moyen ingnieusement
dniaise; & sur cette profonde aisance, elle toit, une aprs-dne, 
se promener en grande contemplation, devisant  btons rompus avec une
sienne compagne, qui, oyant ce faux bourdon de musique mentale, lui
demanda  quoi elle songeoit, vraiment, dit-elle, ma soeur, je
pensois... Songez donc ce que vous pensiez bien. Et aussi je vous le
dirai. J'avois les yeux sur cette chevre que voil qui broute. Ma mie,
ma soeur...

JODELLE. C'est ce que disent les menestriers, ramenant la marie du
moutier: _ma mie, ma soeur, quelle douceur en fretillant; recordez-les
avec votre flageol_. Matre Janotin, puisqu'il vous plat, il faut
savoir qu'ils ont dit en la menant: _nous la menons au moutier,
l'ordure, l'ordure, l'ordure du foyer_: mais vous n'y entendez rien;
c'est ainsi qu'ils le font en la menant  l'glise, & jouant au beau
trio: _pucelle la menons_, bis; _encore ne sait-on_, ter; _on ne sauroit
qu'en dire_.

ALAIN. Vous me faites de l'interruption; le ciel vous en punaisira; &
regardez bien que signifie cela. Laissez-moi achever; fou enrag qui ne
m'coute; & plus fou est-il qui s'y amuse. Je voudrois, dit-elle, ma
cousine, tre comme cette chevre. Voire, que tu es sotte! L'anne
passe, tu disois que tu devenois bte, pour un petit poil folet que tu
avois entre tes deux gros orteils; & ores que dis-tu? J'tois bien bte
par le bon vraiment; & d je ne le suis plus. Que c'est que d'enfance!
Ces petites ames seroient du tout heureuses avec leur innocence, si
elles faisoient l'amour, & que les petits enfans couchs ensemble
fissent ce que me fait quelquefois frere Etienne. T'hbahis-tu ma fille?
Je desire tre comme cette chevre; ne t'en merveille point: mais
fais-en tat. Vois tu, si j'tois comme cette chevre, ainsi velue
par-tout le corps, je serois la plus heureuse du monde; d'autant que je
n'en ai pas si grand qu'une petite cuelle, & frere Etienne m'y fait si
grand bien: si j'tois de mme par-tout le corps, il me feroit de mme
par-tout, & je mourrois de fine bonne rage de bien, tant je serois aise.
Les pauvres nonains n'en pouvoient mais: voil pourquoi vous avez tort
de les mler en vos saturniales.

MACROBE. Je n'y saurois que faire, c'est la vrit qui me contraint,
_inter porcula_, comme chez le roi Assurus, o parut l'orgueuil de
Vastit, qui toute sa vie avoit t humble comme une savate de
brunisseur. Je m'en rapporte au confesseur de madame Loyse, laquelle lui
disoit en confession, qu'un moine l'avoit haillonne; qu'il avoit eu
affaire  elle, qu'il s'toit mis dessus elle pour voir de plus loin:
bref, elle disoit qu'il l'avoit f. (j'ai quasi tout dit tant j'ai la
langue  l'usage de prdicateur.) Le confesseur lui remontrant, la
tanoit, disant: comment, ma mie, vous vous tes fait accoster  un
mort? Je ne sais pas quel mort, mais je ne vis ni sentis jamais si bien
remuer. Le cas lui alloit, comme  un qui mouche une chandelle avec les
doits sans mouchettes. De ce ci, toute la belle compagnie se mit  rire,
comme un troupeau de fenesseaux.

COLINET. Voire, ne faut-il pas bien s'battre, & principalement  jeux
auxquels il convient? N'est-il pas dit, _croissez, multipliez &
remplissez la terre_? Et qu'est-ce, sinon qu'il est enjoint par nature
aux petits, de crotre; aux forts & de bon ge comptent, de multiplier,
& aux vieillards, de se laisser mourir pour emplir la terre? Et cela
aussi appartient  ceux qui veulent faire les vieux,  ces idiots,
vous, caffards & inutiles, qui ne font que scandaliser le bon monde de
dieu.

RONSARD. Les rencontres m'en font souvenir, & je dirois bien de la
besongne, sans que le dfunt vque d'Angers ft blm des docteurs,
qu'il s'accommodoit aux textes bnits de l'criture sainte. Que si je
m'y enfonois comme je les sais, je vous donnerois bien du passe-temps;
mais je ne veux pas faire de planche  ces hrtiques qui en feroient
leur profit. J'aime mieux aller  ce bout, gausser avec ces pnaillons
de garons & filles, qui s'battent sans mal penser, chopinant prs ce
buffet, & vogue la galere.

MAROT. Mon ami, dites votre _confiteor_, & laissez peter renard.

BEZE. _Quisque fictor fortun su_; c'est--dire, chacun fait ce qu'il
peut pour vivre. Il le faut faire, si on ne le faisoit, le monde
demeureroit vuide, contre l'intention de nature. Ho! madame, rveillez
vous, & notez qu'un con bien mnag,  Paris sur tout, vaut presque
autant qu'une bonne procuration, & mieux que deux mtairies. Filles, je
vous nomme aussi toutes de peur de jalousie, avisez  vos affaires. Je
sais qu'il y en a qui le font pour le plaisir, ce sont celles qui nous
entretiennent: & les autres, pour gagner leur paillarde vie. _Optimum
philosophari, melius vivere._ Et pource, je vous dis que vous mnagiez
bien vos mtairies naturelles.

BAIF. Ho, & ai, compere, comme tu parles! Ne t'avises-tu point des
ordres que tu as?

BEZE. Corps de mordienne, si elles m'importunent un peu, je m'en dferai
bien, & les secouerai comme un ne fait les mouches de ses oreilles.
Qu'as-tu  me venir ici ravauder l'entendoire? Est ce ici le lieu & le
temps d'en parler? Que le diable te puisse casser des noix. Il faut
prendre le temps  propos, ainsi que les gens de justice, quel satan &
rformateur es-tu? Je crois que tes hmorrodes te rendent ainsi
religieux & conscientieux; ta saintet t'poinonne par le cul.

BAIF. Voire, mais avisez  ce que disent nos docteurs: bran, il faut
crier  ce sourdaut, comme pour prendre une taupe.

RONSARD. Tu es un beau faiseur de mines (je cuidois dire de _mimes_); tu
es un grand docteur, tu nous en veux conter; & encore l'crire. Va, va,
j'ai plus us de papier  me torcher le cul, que tu n'en as employ 
crire tout ce que tu pensois savoir.

MADAME. Qu'est-ce l? Est-ce  bon escient?

BAIF. Non, non; ce n'est que pour rire; ne vous fchez pas. Vous pensez
 autre chose, madame; vous rvez, le con vuide.

AUSONE. Je n'avois jamais oi dire cette lgance: bien est-il, que
dernirement tant aux Vallins, on nous prsenta un peu de beurre.
Eschine s'en fcha, & dit  la fermiere, qui nous l'avoit prsent, que,
puisqu'elle toit chiche de beurre, elle avoit le cas grand. Avisez bien
 ceci, mes dames, ainsi que fit la chambriere de Ciceron, laquelle
ayant ou qu'on lui reprochoit qu'elle mettoit trop de beurre en la
pole, pour une fricasse, en retourna qurir abondamment pour clore sa
grande ouverture. Et afin que vous sachiez un secret  propos, je vous
dis que les hommes qui n'ont gueres de manche, sont plus courtois &
gracieux, que les autres qui en ont bonne provision; & ce d'autant que
ces manqueux n'ayant pas tant de quoi payer, il faut qu'ils avancent de
la monnoie du singe. Pour cette cause, quand les demoiselles, filles &
femmes sont ensemble  deviser, & parlant de quelque homme qui ait
abondamment de quoi elles ont affaire, elles disent: cettui-l a un
grand persuasif; il a de quoi faire une belle expression de ses penses
amoureuses; il en a assez, pour faire endver une dgote. Le bon homme
Sand, cur de Claye, qui oyant les demoiselles qui rageoient sur sa
chambre, & cela l'empchoit d'tudier possible, il leur cria: si je vais
l-haut, je vous foutrillerai toutes, tant que je vous ferai enrager.




SOFPASSUC.


XXX. Nous en sommes bien vraiment, nous voil bien: je fais belle forme
juste comme  la bote aux oublies.

MENOT. Il ne falloit plus que cela, pour achever sainte Croix d'Orlans
au moule de la chartreuse de Pavie, o j'ai t nourri cuyer; d'autant
que de page il ne s'en parle point; il n'y a point d'enfans, ils sont
tous grands: on ne fait pas l des enfans, il faut les envoyer tout
faits comme  la cour de parlement, sauf l'honneur de la justice la
bonne dame.

BAIF. Ce n'est pas ce que nous disions; taisez-vous: laissez ces
gens-l. Encore les ecclsiastiques sont traitables; ils ne font
qu'excommunier; cela va & vient comme eau claire: mais ces gens de
justice font tache d'huile, que le diable y ait part, mon ami:
laissons-les; achevons ces contes.

RONSARD. Or, pour vous remettre sur vos chouses, je vous dirai, durant
que la ligue toit en vigueur, on cherchoit  Tours un ligueur; & aprs
plusieurs perquisitions, on alla au clotre le chercher chez une dame,
qui logeoit avec un chanoine. Cette dame n'toit point encore leve.
Elle entretenoit son embonpoint. Un monsieur archer du prvt entra dans
sa chambre l'pe au poing, laquelle raclant contre les carreaux, pour
faire du mauvais, dit tout haut: par la double rouge crte de coq, je
foutrai tout cans, de par le roi. La petite Sevin, qui pour lors toit
avec elle toute tremblante, s'approche de ce fendeur de naseaux, & lui
dit: hlas! monsieur, pour dieu, ne faites rien  madame; elle se trouve
si mal, je vous prie d'avoir patience. Madame qui l'ouit, ouvrit son
rideau, & adressant la parole  la fillette, lui dit: voire, ma mie; &
d, pourquoi non aussi bien qu' vous, puis que c'est de par le roi.

BEROALTE. J'y tois; je m'en souviens comme si c'toit toutes ores; &
aussi-bien que de ce qui m'avint tant encore au ventre de ma mere, un
jour qu'elle rioit avec un prsident, qui l'entretenoit selon les
usances de messieurs de la cour de Bretagne, qui nous viennent voir
durant leur semestres. Il avint que de joie elle fit un pet; je pensois
que ce ft un coup d'artillerie, & que nous fussions assigs: mme ce
monsieur la tabourdoit si fort avec une lance  deux boulets, que je
croyois que c'toit un mouton, que maintenant en honnte architecture de
guerre, on appelle un foutoir. Cela me fit si grand peur, que je sortis
incontinent, & n'y avoit pas plus de quatre mois & demi que ma mere
toit marie: aussi il y en a qui sont de race de faire ainsi leur
premier enfant, qui volontiers ont bon esprit; cela fut cause que je
devins pote.

BELLEAU. Ne le dites pas, s'il n'est vrai.

BEROALTE. Puisque j'en jure, il est vrai; & faut croire un homme de
bien, quand il se parjure. Il y en a beaucoup qui jugent  faux, ainsi
que font nos messieurs de justice, que dieu garde de mal, lesquels font
serment de n'avoir pas achet leurs tats, & toutefois l'argent en est
encore crit en leurs doigts. Ils ne le dirent point; mais qu'ils
prtent de l'argent au roi. Vraiment un matre iroit chercher qui lui
bailleroit de l'argent, pour le servir. Aussi proprement l'argent fait
tout: il fait jurer, sans offenser dieu! il fait que monsieur le juge
couchera avec la femme d'autrui, sans commettre adultere; il fera donner
un arrt le plus mignon du monde. Voil, certes, monsieur; l'argent a si
bien fait, que pour l'avoir envoy & baill  propos, quelques voleurs
des biens du roi ont t librs. Ces voleurs, miens amis (aussi les
potes sont amis de tous, & ennemis de chacun) s'en vindrent, au lieu
d'avoir la corde au col, ce bel arrt au poing, le dernier de septembre.
Visitez les cours, & vous le trouverez, L. C. a ordonn que ceux accuss
& convaincus de larcin, concussion & pculat, seront chtis sans
encourir note d'infamie & punition, &c. Que veut dire, L. C. La cour, le
conseil, la chambre, le chouse, la coyonnerie; tout ce que vous voudrez:
que m'en souciai-je, puisque je n'y sens plus d'intrt; & que jurer ou
non, c'est tout un, si quelqu'un ne se fait partie, afin que monsieur
l'argent vienne loger chez nous. C'est assez interrompre mon dessein; je
voulois vous dire ce qui avint  mon compere Drouet, qui avoit un
procs, pour lequel juger, il fallut tre assur & clairci de certain
point qui ne pouvoit tre connu que par le serment de cettui-ci: il lui
fut dit qu'il ne tenoit plus qu' cela qu'il ne gagnt son procs. Ha!
vraiment, dit-il, l'ai donc gagn; parce que, s'il ne tient qu' jurer,
je jurerai des pieds, des mains, de la bouche; &, s'il est besoin, du
cul, en la prsence de messieurs. Aussi en avoit-il fait son
apprentissage, aux dpens de mon compere Colin, qui lui avoit prt un
chaudron. Colin lui dit: Drouet, rendez-moi mon chaudron. Et quel
chaudron? Si tu tois prcheur, tu ne prcherois que de chaudron. Je te
prie, rends moi mon chaudron. Je n'ai point de chaudron  toi. Colin le
fait appeller. Etant devant Bodion le bon juge, Colin demande son
chaudron  Drouet; & Drouet dit qu'il n'en a point  lui. Bodion lui
commande de jurer sa part du paradis, s'il a ce chaudron. Lui qui n'y
prtendoit possible rien, je ne dis pas au chaudron, se met en tat de
jurer. Comme il juroit, le bon Colin lui disoit tout bas, en le tirant
par le bras: h compere, ne jure pas; h compere, tu perds ton ame. Et
Drouet lui rpondoit en l'oreille: & toi, ton chaudron.

CETTUI-CI. La femme du peintre qui coloroit notre maison, vouloit bien
autrement; parce qu'elle incitoit son mari  jurer, encore que ce ft 
faux, parce qu'il y avoit une utilit apparente. Matre Mathurin avoit
prt dix-sept francs  ce peintre, & les lui demandoit assez
importunment. L'autre, diffrant, enfin est ajourn. Matre Nicolas
notre peintre, qui avoit encore un petit coupeau de conscience, et bien
voulu ne rien payer, parce qu'il y avoit long-temps qu'il devoit. (Il
pensoit tout de mme que faisoit Billonneau de Poictou,  qui monsieur
le chantre avoit prt quarante livres, lesquelles il lui demanda treize
ans aprs. Ho, ho, disoit l'autre, & sa femme aussi, s'en souvient-il?)
Matre Mathurin fait venir son crditeur devant le juge: ces deux ayant
propos leur fait, & dit oui & non, & vere; le juge fit jurer matre
Nicolas, pour savoir la vrit. Cette pauvre bonne personne d'homme
n'osoit, & se feignoit. Sa femme toit derriere, qui lui disoit: jure
vilain, jure, puisqu'il y a  gagner; tu jures si souvent que tu n'y
gagnes rien. S'il et jur, qu'et-ce t?

MENOT. Il et gagn les dix-sept francs qui lui eussent fait profit; &
il en et donn cinq ou six sols aux pauvres, & cela l'et garanti de la
perte de son ame. Savez-vous pas bien qu'en matiere de prudence
humani-monacalo-chanoinesse, un grand tort ou dommage invisible est
rpar & satisfait par un petit bien manifeste, comme s cours, les
prsens font souvent gagner de mchantes causes. Ainsi plusieurs, tant
laques qu'autres, ayant bien drob en cachette, fondent publiquement
de beaux anniversaires solemnels, o ils produisent les fruits mignons
du mammon d'iniquit. Les gens de justice en btissent de beaux
chteaux, qui honorent le royaume; les financiers en parent tout. Et
mme je vous dirai que, si un petit commis de mes fesses a vol dix
cus, incontinent il se fera parotre, quand il ne le devroit qu'avec
une ceinture de broderie; & un mchant procureur fera incontinent btir.
Quant aux conseillers, ils n'y entendent rien; ils ne drobent que
l'cume; ils ne mettent pas la main au fond du pot, si je ne mens. Et
ainsi sont effacs les larcins, monopoles, sacrilges, fraudes, & telles
joyeuses inventions & moyens de parvenir. Vous rvez, & songez creux;
vous gtez tout. Si on sait ce que vous dites, personne n'aura plus
d'envie de faire pis, afin que bien en avienne.

GEBER. Vous proposez une cabale de rver en soupant; je voudrois, tant
je suis ennuy de la fracture de mon fourneau, que nous fussions en tat
parfait de rverie; je serois aise, & n'aurois non plus de mauvaise
passion, que le ptissier Rigole qui songeoit, tant il toit aise en
rvant, que sa grand'mere lui donnoit du fourmage mou.

BACON. Jamais fourmage mou ne gta gorge; non plus que cul chaud ne gte
jamais linge: & je ne ris jamais tant de fourmage mou ou de crme, que
de celle de Manasss, secrtaire du patriarche de Constantinople. Ce
grand esprit, il acheta un jour un fourmage de crme qui ne lui cota
rien. (Je montrois un jour  monsieur le chancelier, o c'toit qu'il
entra trois Flamans au cimetiere des saints Innocens, par la porte de
l'autre ct, dont l'un tomba, & mit le nez en la selle d'une fille qui
venoit de qurir de l'eau. Voil comment je remarque tout, comme le
derriere de votre chemise fait le conte de vos selles.) Manasss ayant
eu en main son fourmage, prit un des chevaliers de la fleur de lys, un
des quinze-vingts, & le pria de dire un _salve_  son intention: pour ce
faire, il lui mit un beau jetton au creux de la main. Le pauvre ayant
accord ses badigoinces, griguenotoit ce _salve_ avec une voix
horrifique,  laquelle Manasss s'accordoit: comme il en fut venu au
verset, qu'il se faut gueuler de crier, & qu'il et ouvert amplement la
gorge, & desserr la gueule assez grande, pour y enfourner un
demi-alloyau de boeuf, les babines tant djointes bien demi-pied,
demeurant ouvertes en cette belle extase de chant royal. Manasss lui va
flaquer ce fourmage mou dans le bagoulier si proprement, qu'il entra
tout, & rien n'en sortit, que ce que malheureusement le triste criard
fit cheoir, estimant avoir la bouche pleine d'une autre mixtion de plus
haut got.

PAUSANIAS. Je pense que ce jour-l toit fait pour rire.




DICTIONNAIRE.


XXXI. Ne vous souvient-il point que rencontrmes la mule de Rabelais? Le
bon homme ne s'en soucioit-il non plus que de celle du pape, ayant assez
d'autres bonnes affaires. Il l'avoit laisse chez Fesandat, imprimeur; &
avoit pri les garons d'y prendre garde, pour la faire boire  ses
heures, comme la truye des carmes. Dja deux ou trois jours s'toient
passs, qu'elle avoit assez b; mais au diantre la goute, parce qu'elle
ne bougea de l'attache, comme un vrai chien couchant. Jean du Carroi,
jeune verdaut, s'avisa de cette bte, & monta dessus  dos sans la
sangler; un autre le voit qui lui demanda la croupe, un tiers encore y
saute; & les voil ainsi que les quatre fils d'Aimon,  chevau sur la
mule sans selle, n'ayant que le chevtre, (que ne lui baillez-vous votre
licou). Ainsi releve de ces suffisans personnages, la bte prit son
chemin  val la rue de saint Jques: passant auprs de saint Benot, au
lieu de s'avancer, sentant l'eau d'une lieue loin: comme vous auriez
l'odeur d'un bon jambon, & s'approchant de l'glise, elle reut une
odeur dbonnaire de l'eau bnite, qui, l'attirant par la conduite
magntique de sa saveur, la fit, en dpit des chevaucheurs; entrer en
l'glise. Il toit dimanche, heure de sermon, o grand monde toit
convenu; & nonobstant ce peuple, & rsistance des baudouineux, la mule,
dure de tte & oppresse d'altration, donne jusques au benoitier, o
elle mit & enfona son horrifique mufle. Le peuple, qui voit
l'effronterie de ce maudit animal, qui par dpit n'engendrera jamais,
pense que ce soit un spectre, portant quelques ames jadis hrtiques,
mais ores pnitentes, qui viennent chercher le doux rfrigratoire des
bienheureux (laissez la boire), & dja chacun pensoit qu'il se feroit
quelque motion (laissez boire la mule) ou autre acte merveilleux de
commotion spirituelle; mais la bte fut modeste, si qu'ayant
lgitimement bien b, selon sa vacation, se retira sans autre crmonie.

ORPHE. Le mulet de Gravereuil toit bien autre; il les faut marier
ensemble. Il y en avoit, qui, voyant la mchancet de cette bte,
disoient que c'toit quelque diable, fauteur d'hrtiques, punissant
leurs ennemis: & cela venoit  propos, parce que, de mon tems, ce prtre
avoit fait effondrer une bonne & ample quantit de huguenots, qu'il
tuoit bravement jusqu' la mort. Un jour, un lu de Tours emprunta ce
mulet, & monta dessus, & adressa ses voies  Langes. Y tant arriv, le
mulet prit le mords aux dents: &, sans se soucier de ce qu'il avoit sur
l'chine, & du profit du roi, se mit  courir par tout  travers hommes,
femmes & enfans; & s'adressant vers la poterie, passa par-dessus pots,
bues, casses, chaufferettes, qu'il brisa, cassa, rompit & gta, comme
un tourdi: puis, ayant fait sa montre, reprit ses erres, emportant le
triste lu, qui eut voulu tre au fond de sa cave, de peur du tonnerre;
& le mulet de courir, sans arrt ni crainte: & comme il couroit, il y
avoit un pauvre homme, qui avoit trouv la bougette d'un autre qui avoit
pass, & l'avoit laiss cheoir. Cet homme, pensant que ce ft cet lu
qui avoit perdu sa malette, lui crioit: monsieur, arrtez-vous; tenez,
voici votre malette. L'lu, pensant qu'il se moqut de lui, & ne se
pouvant arrter, lui crioit: je te ferai pendre, coquin. Le paysan
couroit criant, brayant: monsieur, tenez votre bien. Coquin, tu seras
pendu. Monsieur, tenez, arrtez-vous. Le vilain, voyant qu'il ne
s'arrtoit point, jetta la malette l; & un autre la prit qui s'en
trouva bien, & fit btir une belle maison  Portillon. Le mchant mulet
courut sur les ponts, o tant arriv, il s'arrta aussi mignon qu'un
cochon rti, traitable ainsi qu'un agneau. Monsieur l'lu le mena o il
voulut; mais se ressouvenant de sa peur, il l'alla rendre. Je vous
assure, & m'en croyez, que si ce chevaucheur de mulet n'et t lu, il
se ft rompu le col, & ft all, comme les autres,  tous les diables.
Une autre fois que Gravereuil venoit du Plessis endossant son mulet,
monsieur le mulet voyant l'eau, & y prenant plaisir, y porta son matre,
& laissant  ct le pont sainte Anne, passa  travers l'eau: ce fut 
messire de se tenir serr. Si ce n'et t un prtre qui venoit de
confesser un minime, il toit en danger de prir; mais il toit en trop
bon tat; le diable n'en avoit encore cure. Voil comment le muletier
chappa, se tenant ferme de peur de mouiller ses cheveux. Par dpit de
telles malversations, Gravereuil ayant assembl le conseil de ses amis 
ce connoissans, il fut rsolu que dom mulet seroit chtr; ce qui fut
excut au dtriment des pendiloches qui furent leves. Le mulet guri
se trouva assez humble pour un tems: mais je m'en ris encore; & j'eus ce
plaisir, un samedi matin, que ce vieillard voulant aller aux champs,
monta sur sa bte, qui savoit le chemin de sa cure. Voil qu'il est en
train d'aller. Ce mchant mulet, tant en la rue de la grosse tour,
avisa le chtreux qui l'avoit mancip; aussitt il se ressouvint de
cette opration, & comme il l'avoit malheureusement extermin, lui tant
toute esprance de bndiction mulative. Oubliant selle, bride & matre,
il s'lana aprs; & ne se souciant plus de coups, de guide, & de tout
ce que vous voudrez dire, s'enfona droit & roide vers ce chtreux pour
le dvorer, ouvrant la bouche grande comme un four  ban: & en d, il
l'et diffam & vilipend sans sa feinte. Le pauvre siffleur se sauva en
une maison; & le mulet aprs y porta son matre, qui fut obissant, ne
pouvant chevir de sa bte qui l'emporta aprs le chtreux, qu'il suivit
tout du long d'un escalier, portant toujours son possesseur, qui n'avoit
plus autre esprance que d'avoir le cou rompu. Le chtreux se jetta sur
une pice traversante, o le mulet, qui le voyoit, recanoit trpignant
en la chambre, & bant comme une carpe qui se noie. Ainsi baillant,
ouvrant la bouche grande comme un ministre qui dit son premier sermon,
il fit tant de dsordre en se tremoussant, que les quatre jambes lui
entrerent dans le plancher; & messire Gravereuil eut le cul fort
rehauss, tellement qu'aisment il se put ter de l'encombre o il
toit. Il ne fut point sot; il s'en ta, & laissa l sa bte, qui, aprs
que le pauvre chtreux fut chapp, fut leve par l'industrie de quatre
ou cinq hommes qui l'enleverent. Ce mulet, depuis cette aventure qu'il
ouvrit tant la bouche, mordit comme un chien; aussi ne vivoit-il que de
mordre, pourquoi son seigneur lui fit arracher quatre dents, dont de
dpit il devint pire, & jamais ne bvoit qu'il ne lui prt fantaisie.

HERCULES. Pourquoi est-ce qu'un ne ne boit pas, s'il n'a soif?

CALVIN. Faites votre proposition vive.

HERCULES. Je ne m'bahis; si tu fus hrtique. Va, je te le dirai. C'est
parce qu'il ne boit que de l'eau. Que s'il buvoit du vin, il boiroit 
tout moment, comme un bon thologien: mais _tu venisti sobrius ad
evertendam rempublicam_.

CALVIN. Jamais il n'y eut homme savant, qui n'entendt raillerie, que
toi. Va te faire lanterner, & me regardez; vous voyez votre matre. Mais
que devint ce mulet?

ORPHE. Gravereuil le vendit  un Gascon, qui, tant inform des
conditions de la bte, ne laissa de la bien payer, estimant qu'aisment
il en viendroit  bout, parquoi il l'acheta, & le paya bien
authentiquement; aussi la bte toit de belle apparence & forte. Quand
le Gascon fut dessus, & qu'il l'eut un peu men outre son premier gr,
le mulet s'avisa & emporta mon homme aprs ses propres fantaisies, 
travers haies & buissons, champs & prs, & le menoit, comme un nouveau
Plutus, dans ronces & pines de tous les diables. A la fin, lass ou
remis, le soldat, qui ne pouvoit oublier cette injure, se renfora de
colere, si qu'tant descendu, il lui passa son pe au travers le corps.
Le mulet, sentant ce coup norme, & sa vie dtermine, en appella  la
mule du pape, par la vertu de laquelle il s'vertua, & excdant en
vigueur, frapp comme il toit, il se jetta sur son homme, auquel en
mourant il emporta toute une paule. Le pauvre Gascon se vint faire
panser  Tours de sa morsure, plaie & contusion: mais il ne lui servit
de rien, parce qu'il en mourut, d'autant que l'appareil qui fut mis sur
sa blessure, avoit t appliqu sur la chemise d'une fille, qui toit
pucelle  vingt-cinq ans & demi, & que de l mme on avoit fait le
charpis qui avoit mis le feu par-tout.




LGIE.


XXXII. CSAR. Bien remarqu!

RENE. Devant que vous laissiez ce prtre, je vous l'accompagnerai d'un,
afin qu'il n'aille pas tout seul, & lui baillerai un caillou en la main,
de peur qu'elle ne lui enfle. Il y eut un ministre Breton de Bretagne,
qui courut chez nous une belle fortune. Il se plaignoit fort d'une
douleur de jambe; & ayant pris conseil de son mal, il s'alla coucher. On
avoit oubli de lui bailler un pisse-pot, si que, durant la nuit, ayant
desir d'uriner, & ne trouvant point de vaisseau, il se leva, & s'avisa
d'aller pisser en la cour. C'toit environ la toussaint, en nouvelle
lune. Il sort de sa chambre, & enfile le degr, lequel toit contigu 
celui de la cave, qui n'toit point ferme, tellement que suivant la
vis, il alla tant qu'il trouva terre, qui fut, quand il eut mis le pied
au fond de la cave, o tant, il s'avana trois pas, & pissa abondamment
selon la dsirable vacuation de sa vessie. Voil que, par male tigne,
il s'toit tant avanc, qu'ayant piss il se trouva plus dcharg & plus
veill; pourquoi il veut retourner: sur cette intention il cherche le
noyau du degr & de la sortie ou entre; mais il ne le peut trouver. Le
voil tout gar; il leve les yeux  mont, & s'guisant la vue, il tche
de trouver des toiles; mais il n'avoit garde. Ho, disoit-il, que le
temps est nuble! que le ciel est noir! que l'air est touff! Ho, y, il
fait ici noir comme en une cave. Les nues toient si paisses, qu'il ne
voyoit goutte qui soit. Il se rsout de sortir de ce lieu tant obscur,
qui est la cour,  son avis; mais il ne peut trouver de passage: il va,
& vient, & de tant plus il s'englue. A la fin, il se met  appeller, &
crier qu'on lui portt de la chandelle. Il se mettoit  hucher, puis se
reposoit; plus il huchoit, & moins on s'en soucioit; aussi que sa voix
n'toit point entendue venant de si bas. Aprs qu'il avoit bien cri, il
se taisoit, & coutoit; puis, un peu aprs, il recommenoit. A la fin,
je m'veille & demandai: qui est-l? Il m'entr'ouit, & dit: c'est moi.
Et qui? Moi pauvre ministre. Et o tes-vous? Ici. Et o? je ne sais. A
la fin, la voix me conduisit  la cave, o je le vis tout nud, aussi
bahi que Petou. Qui, tous les diantres vous a mis ici? C'est moi: je
cuidois tre en la cour; & je ne sais comment j'ai descendu si bas. Et
que n'avez-vous pris des souliers? Si j'eusse pens tant y tre, j'eusse
pris mes souliers & ma robe. Mais, pour dieu, menez-moi chauffer; je
transis de froid. Je fus presque en pense de le mettre chauffer en mon
lit: mais l'odeur de ministre me dplat; je m'tonne de celles qui les
aiment tant, & les pousent.

VITRUVE. Mais venez , Rene; faites honte au diable. Ce Breton ne vous
pria-t-il point d'amour en la cave?

RENE. En bonne finte, il n'avoit garde; il ne lui en tenoit; il avoit
trop froid aux pieds. _Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, & le cas
mou, s'il demande  le faire, c'est un fou._ Croyez qu'il avoit la
friandise bien ravalle.

VITRUVE. Il falloit le lui frotter. Voire, _vin chauff & cas frott ne
tendent qu' pauvret_. Ce fut donc  l'autre chambriere  laquelle il
le fit.

RENE. O! vere, en ma conscience, je vous jure qu'elle est une pauvre
petite putain, aussi fille de bien que fut jamais votre mere; & n'y en a
pas une en ces clotres, qui fasse moins faute de son corps. Que si elle
est avec un homme qui l'entretient, h bien, il n'y manque que l'glise;
elle ne laisse d'tre marie: & ce mariage, au dire de nos prcheurs,
est aussi bon que celui des huguenots, qui ne se marient, non plus que
nous,  la messe. Et bien, vous voil bien en peine pour une messe!
Dites ce que vous voudrez; je l'aime bien. Le diable l'emporte, si elle
songe plus en cela qu'une vraie abbesse,  qui dieu en veuille faire
pardon.

VITRUVE. Mais messire Gabriel nous a cont qu'il n'alloit la voir, que
pour en tirer une venue.

RENE. C'est un sot de le dire, au respect du matre qu'il sert. Qu'il
aille chez lui, de par le diable. Il est donc de ces gens-l?
L'hypocrite! Je vous prie, quand il chemine, vous ne diriez pas qu'il y
pense. Que ne va-t-il droit? Il va douanant, comme un badin; & trotte de
ct, comme un chien qui vient de vpres. Je dirai  Perrine que vous
l'avez nomme putain.

VITRUVE. Et  qui vous joues-tu? Je sais comme il faut rabattre de tels
coups.

RENE. A l'usage de notre matre, qui, un soir, demanda  ma matresse,
qui servoit le gouverneur log au chteau: ma mie, avez-vous port du
linge  ces putains du chteau. Elle lui rpondit: vraiment, pour un
vieil homme, vous dites de vilaines paroles; il vaudroit mieux vous
taire, ou dire votre patinostre. Voire, dis-je, monsieur, appellez-vous
madame, ses filles, ses soeurs & ses demoiselles putains! O, dit-il, je
ne les pouvois mieux nommer; ne le seront-elles pas bien, si elles
veulent!

DIOGENES. Il y en a beaucoup qui le voudroient bien tre, & ne peuvent
un seul petit coup: par ainsi beaucoup de monde va en paradis par sa
faute.

CATULLE. S'il y avoit autant d'honneur, de grace & de commodit paisible
 tre putain, que d'tre femme de bien, on ne pourroit tenir les
femmes.

AVICENNE. Vous tes importun de ces femmes de bien. Qu'est-ce que peut
faire une femme de bien, que de bruit en une maison! Elles ne font que
rechigner, elles sont ennemies de tout exercice vertueux: bref, ces tant
femmes de bien feront pour dix cus de mnage en une maison, & y feront
pour cent cus de vilenie, tant elles sont seches de courtoisie. Depuis
qu'une femme a jur: par la merci de dieu, je suis femme de bien de mon
corps; on n'en sauroit plus chevir; on ne lui ose plus rien dire.

SENEQUE. Vous n'tes pas recevable  parler des femmes, d'autant que
vous tes jaloux de la vtre.

AVICENNE. Parmagri, eh! de qui voudriez-vous que je fusse jaloux? De ma
mule, de ma chatte, de ma chienne, comme vous de votre chevre; vraiment
je vous les abandonne, aussi-bien tes-vous savetier, vous travaillez en
vieil cuir  racotrer la mere de l'Empereur. Laissez-moi dire, ou je
vous ferai rougir comme un plat d'tain. Pensez vous que, pour si peu de
choses, & qu' si petit cas de piti, une femme soit connue. Il y a des
femmes qui sont enclines  faire la pauvret, par nature qui les induit
vivement  la contenter, qui, au reste, sont les plus justes &
admirables du monde, & ne voudroient endommager autrui. Il est vrai que,
quelquefois, il y en a qui s'accommodent, pour subvenir aux ncessits
de la maison. Vaut-il pas mieux avoir un peu de commodit & faire
plaisir aux honntes gens, que de trancher de la glorieuse & avoir
disette? Sachez l'axiome de Normandie: _plus de profit et moins
d'honneur_. On acquerra assez d'honneur, aprs que l'on aura des moyens.
Il est vrai que je veux mal  celles qui le font pour se venger, comme
la huguenote de Lyon, qui disoit  son mari qui la battoit: va, chien,
vilain, par dpit de toi, grand excommuni, j'irai tant  la messe & me
ferai tant haillonner. Mais j'excuse celles qui le font par honneur, de
peur d'en aller honteusement demander, & qui le font pour honntement
gagner leur vie. Toutefois, je me fache de ce qu'elles ne sont toutes
unies. Il y en a qui sont loches; les autres sont croches, ainsi que me
disoit la feue princesse qui a t nonnain. Les loches deviennent
misrables, tout leur chet du cul, rien ne leur tient, elles sont
vilaines putacieres. Quand aux croches, elles sont sages & prvoyantes;
elles attrappent tout & le retiennent; il ne leur faut pas jetter d'eau
aux fesses comme aux cavalles; elles retiennent bien, elles sont de
bonne sorte, elles sont femmes de bien en dpit des autres, pour ce
qu'elles sont braves, ont du support & de l'argent. Retenez cela,
putains. Que si vous voulez tenir un homme en bride, faites-le bien
payer: ceux qui vous le font pour nant, n'en font compte; ceux qui
l'achetent, font tat de vous, comme on fait entre les bons marchands,
de ceux qui ont de quoi, & sont sujets  large, pour le faire venir.
Quant  Licofron, il en fait suivant la venue que lui bailla celle qui
le pressura l'an pass.

LICOFRON. Je ne la garderai gueres, ce que j'en faisois toit pour
suivre ma destine, qui est,  mon avis, que je le dois faire  toutes
les femmes & filles, & l'ayant fait  cette-l, c'toit autant de fait.
Quand j'aurai accompli ma fatalit, vous serez mon beau-pere, votre
fille est belle & de nos soeurs, & puis, si j'empoigne votre femme...

AVICENNE. Tout beau, la mere & la fille.

LICOFRON. C'est tout un, il n'y a point de lignage en cul de putain,
l'eau claire l'efface. On mange bien en Grece d'une truye dont on aura
mang le cochon.

AVICENNE. Mais voyez comme il appelle ma femme & ma fille putains.

LICOFRON. Prenez que nous ne soyons maris, ni l'un, ni l'autre. Si je
devois accommoder toutes les filles, & vous toutes les femmes, lequel
auroit plus de peine? Ce seroit vous, compere mon ami, parce que quand
j'aurois accotr les filles, il faudroit que, comme  femmes, vous leur
fissiez.

AVICENNE. Mais  qui seroient les enfans?

LICOFRON. Ils seroient  nous, qui serions leurs mignons, ainsi que
beaux petits chanoines.

AVICENNE. Voire, mais les filles ne sont femmes, que le prtre n'y ait
pass.

LICOFRON. D, qu'il faudroit que le trou ft grand; envoyez-les  Rome &
 Angers, il y a assez de prtres pour faire ce qu'ils pourront.

AVICENNE. Vous les voudriez faire putains.

LICOFRON. Et qui le saura? Qui est-ce qui pourra dire, qu'une fille, ou
femme, soient putains que par opinion; s'il n'en a t maquereau, ou par
mchante calomnie, s'il ne l'a besogne.

MENANDRE. Pourquoi est-ce que les chanoines se font nommer _mignons_ 
leurs enfans!

LICOFRON. Parce que mon mignon, mon oncle, mon matre en chanoine;
c'est--dire, mon pere en ministre, comme, monsieur en grand.

STATIUS. Allez leur dire, & vous chauffez  leur feu, & accommodez leurs
pucelles. Ce sont bonnes pucelles d'apparence; mais elles sont femmes en
substance, ayant reu la mme transmutation momentaire, qu'une femme ou
une putain.

JOSEPHE. Il y a plus de trois mille minutes que je suis aprs, pour vous
attrapper  ce point, sans vous interrompre; mais il ne venoit pas 
propos. Vous avez dit qu'il y a des femmes qui le font, & sont femmes de
bien.




RESPECT.


XXXIII. FEU MONSIEUR. J'avois en ma cour un gentilhomme, qui disoit
qu'il avoit trouv sa femme le faisant plusieurs fois. H, gros oison:
c'toit lui, voil comment il le faut entendre. J'aimerois autant mon
premier mdecin, qui, parlant  un de mes matres d'htel, qui se
plaignoit qu'il avoit trop d'enfans; & qu'il et voulu avoir un secret,
pour le faire  sa femme, sans lui faire des enfans. Le mdecin lui en
promit, pourvu qu'il ft le juste prsent. Ce qu'tant accompli, le
mdecin lui dit: mon ami, dfaites au matin ce que vous aurez fait au
soir; ou bien ne le faites jamais  votre femme, qu'elle ne soit grosse.
Monsieur, ce n'est pas cela. Je m'entends bien; je veux dire qu'elle le
fasse, comme font les putains. Pourquoi, je conclus qu'il faudroit
tablir un certain ordre; & puisque vous avez la tte si lourde que vous
ne pouvez entendre, je vous dis qu'il faut qu'elles soient de l'ordre de
sainte Glougourde, qui prtoit son chouse pour une patinostre. Et je
vous dirai, tout proslite que je desire tre: on a parl de la pit:
elle se peut connotre par les effets. J'ai observ que les femmes qui
ont long temps battu leur jeunesse, se venant  retirer de cet tat,
sont plus dvotes que les autres; vous les voyez sans cesse tomber en
oraison, les yeux larmoyans, la bouche pleurante, le cas riant.

STATIUS. Et comment est-ce qu'il riroit:

LICOFRON. Il a une bouche & les levres. Il n'est pas de cela pour rire.

STATIUS. De quoi est-il fait:

LICOFRON. Celui d'une fille est fait de chair de cirons, il demange
toujours; & celui des femmes est de terre de marais, ou d'eau de mer,
parce que le cas d'un homme, qui est de lige, ne peut aller au fond.

AVICENNE. Ce n'est pas-l ainsi que disoit la belle fille, qui vouloit
tre touche au bas du ventre: achevez ces dvotes. Je vous laisse dire,
pour vous avertir que les jeunes filles passant vingt ans, & jeunes
veuves qui n'osent le faire & le voudroient bien, sont toujours prs les
piliers des glises  prier, afin que leur contentement avienne; & les
vieilles pcheresses invoquent  ce qu'il ne leur soit rien imput, pour
l'excs qu'elles en ont eu, au prjudice des autres qui en jenent; & ce
d'autant que toutes, tant nonnains soient-elles, ne pensent qu' cela,
parce que c'est la fin finale, pour laquelle la femme a t faite.

RADEGONDE. Puis qu'ainsi est, je voudrois que mon cas ft un benotier,
afin que tout le monde mt dedans.

LIAN. A ce que je vois, il n'est que de mettre dedans. A ce propos, je
vous dirai de mademoiselle d'Amelie, qui a beaucoup acquis de
rputation, ayant hant la cour toute sa vie, parce qu'elle toit marie
 un impuissant; & elle l'a endur, sans aller  notre-dame des aides;
ou pour mieux dire,  la cour des aides. Elle n'a, tout ce temps-l,
rien mis dedans; & si on ne voyoit en rien son dsastre, tant elle
faisoit bonne mine. Ce premier mari lui a dur dix ans, il faut que vous
sachiez cette vrit. Etant marie  ce bon personnage, la premiere nuit
de ses noces, il la caressa de baisers & de petites mignardises
superficielles; & puis mit la main  une paire d'poussettes de soie qui
toient pendues au chevet du lit, & lui pousseta son cas; ce qu'il fit
deux ou trois fois, & ainsi les passant & repassant par son velu d'entre
les deux gros orteils, la contentoit, sans qu'elle y penst autre
finesse. Le lendemain les amies lui demanderent comment elle se portoit,
& ce qu'elle disoit de ce bon homme. Vraiment, dit-elle, il m'a
pousset trois fois mon cas. O, ho! dirent-elles, vous tes bien, ma
mie. (Ainsi font les dames de Paris, & disent  la nouvelle marie: h
bien, la jeune femme, comment vous portez-vous! Si d'aventure elle est
bien ointe en sa jointe, elle dira: fort bien, madame; j'ai un bon mari,
il me donne tout ce que je demande; si je voulois manger de l'or, il
m'en donneroit. Mais si elle est mal servie: ardez, dit-elle; mon mari
est un grogneux; il est chiche, & ne fait que penser  son avarice.
Hlas! voyez, voil grande piti). Cette-ci n'toit si fine, elle ne
savoit ce que c'toit, & s'bahissoit comment les femmes faisoient si
grand cas de si peu de chose, qu'elle estimoit moins que rien, encore
qu'au dire des dames ce ft beaucoup d'excellence: je laisse  penser ce
qu'elle jugeoit de l'entendement des autres. Il avint que ce bon mari
fut malade; & se voyant prs de sa fin, fit son testament, & donna  sa
femme sa maison, ainsi qu'elle se comportoit, meubles & tout: puis il
trpassa, comme dit l'autre, dont elle fut en grande angoisse, parce
qu'outre cela il toit le meilleur petit bon homme, qui ft d'ici au
saut d'une puce arme. Quelque temps aprs, un brave jeune dispos se mit
 rechercher cette belle veuve, qui, au commencement n'en fit cas,
n'ayant affaire de rien. Ainsi estimoit-elle le bien que peut faire un
homme, qui est plus grand que jamais pere & mere n'en firent; cela, qui
est le bien des autres, ne l'mouvoit point. Or ce que l'amour ne put
exciter, l'ambition l'veilla en cette-ci; d'autant qu'elle considra
que ce jeune homme avoit un beau chausse-pied de mariage, qui seroit
cause qu'tant marie  lui, elle passeroit devant ses soeurs: parquoi y
pensant, elle consentit au mariage tant desir par le jeune homme. Ils
furent donc maris, aux us & coutumes du pays. Ainsi que le prtre leur
dit, (j'y tois) & leur acheva ainsi la benote crmonie: vous, Claude,
vous promettez-bien aimer Marie: Marie, au cas semblable, gouvernerez
bien votre mari Claude autant sain que malade, &c. Cela promis, la belle
emmena son jeune mari en sa maison, o elle lui fit bonne chere; puis
ils coucherent ensemble au mme lit, o le bon homme lui avoit pousset
son cas. Le jeune compagnon n'eut pas la patience d'attendre; mais se
juche sur elle, qui se trouve scandalise de cette faon. Quoi,
dit-elle, me voulez-vous outrager? Etes-vous fou ou enrag! Je veux vous
faire comme votre dfunt mari faisoit. Il ne faisoit pas ainsi; il
prenoit ces poussettes, & m'en poussetoit mon engin; il ne me fouloit
pas comme vous faites; il passoit & repassoit ces poussettes sur la
pre de ce petit foss, que j'ai contre-bas. Vraiment, c'est cela.
Laissez-moi faire, je l'entends mieux que lui; il n'toit pas clerc.
Elle s'y accorda; & comme elle sentit l'embouchement entre les
hipocondres, chose qui lui toit toute nouvelle; hlas! crie-t-elle, mon
ami, pensant aux poussettes, je crois que vous avez mis le manche
dedans. Voil comment il l'accommoda, & s'en vanta. Et toutefois il
n'toit pas si bon compagnon qu'il se disoit; je le sus de la femme de
chambre, qui ouit le discours & les effets. Je lut demandai s'il toit
vrai qu'il et frtill-natur sa femme neuf fois, comme il se vantoit.
Elle, se moquant, secoua la tte, me disant: je voudrois avoir ce qu'il
s'en faut. Depuis cette fortune, la demoiselle s'est reconnue, & n'a
plus t si niaise. De fait, on m'a assur que, comme les autres, elle
aimoit mieux un vit au poing, qu'un bourdon sur l'paule.

ANDOCIDES. Pendant que nous sommes aux noces, demeurons-y.




COUVENT.


XXXIV. J'eusse oubli ceci, si je n'y eusse pens. La bonne femme la
Baudouin marioit sa fille; & l'ayant fiance, vint au soir le notaire
qui avoit pass le contrat, qui disoit que tout toit bien. Mais,
dit-elle, il faut des bans; je vous prie me les crire. Il faut parler
au clerc. Julian mon ami, puisque monsieur le notaire le veut, crivez,
je vous prie, qu'il y a promesse de mariage entre Pierre du Pin, & la
fille de chez nous. Ce gars crivit ce qu'elle dit, & le lui bailla.
Elle porta son fait au cur, qui le mit en sa ceinture. Le dimanche au
matin, publiant ces bans, il dit: il y a promesse de mariage entre
Pierre du Pin, & la fille de chez nous. O, ho! si est-ce, par saint
Jean, qu'il n'y en a point! Chacun s'en rioit, comme on fait au
conclave, quand on a lu un pape.

GRATIAN. Je les vis fiancer, ainsi que le cur les eut fait toucher en
la main, il prit un verre & fit boire le fianc. Or ce fianc avoit eu
la fievre, qui lui avoit chi au bec, si que sa bouche toit un peu
galeuse. Le fianc ayant bu, le cur prsenta ce verre  la fille, qui,
le tenant, jetta ce qui toit dedans, & le tourna. Quoi! dit le cur, ma
mie, vous ne voulez pas boire? C'est votre grace, monsieur: mais s'il
vous plat, donnez-m'en deux doigts dans le cul. Elle entendoit le cul
du verre.

L'AUTRE. Un jour j'tois aux noces vis--vis du cur, qui toit prs de
la marie, laquelle avoit eu de l'usance qu'elle avoit use. Je lui
donnai un croupion qu'elle voulut saucer; & ne trouvant rien en sa
sauciere, dit: monsieur le cur, tremperai-je mon cul en votre sauce?
Trempez, ma mie, trempez. Mais ce cur fut bien tromp.

GRATIAN. Comment?

L'AUTRE. Ce cur toit amoureux de cette fille, de laquelle il avoit
pratiqu le mariage, pourvu qu'aprs il fut reu  faire avec elle
choses & autres, selon l'intelligence dlectable,  quoi la fille
s'accorda, & en avertit son mari, afin qu'il ne le trouvt point
trange, s'il n'y remdioit. Sur cette promesse, le mariage fut fait; &
le mignon de cur s'attendoit de faire goter  la jeune femme de son
fruit de cas-pendu. (Cas-pendu est le cas qui pend; les pommes qui ont
des pendans sont pommes de cas-pendu; & telles sont les pendiloches
naturelles des hommes.

HORACE. Vous faites une quivoque trop dissemblable; je vous entends
bien. Les pendilloires ne sont pas pommes, d'autant qu'elles ont mieux
la figure de prunes; & de fait il y parot, parce que notre jardinier en
disoit, les nomcupant navement. Mademoiselle tant venue au jardin, &
arraisonnant le Jardinier, vit en un prunier de ces prunes qu'on appelle
_billons d'ne_. Jardinier, donnez-moi de ces prunes. Il faut que vous
en ayez, mademoiselle; je m'en vais appeller mon fils; je ne suis pas
assez fort. O Jean!  viens vtement donner ici une secoue de couillons
 mademoiselle. Achevez, s'il vous plat.)

L'AUTRE. Monsieur l'amoureux poursuivit son instance. La jeune marie,
qui, comme toutes nouvelles jeunes femmes font, aimoit son mari encore
pour le bien & aise qu'elle avoit eu d'avoir t accomplie, ne faisoit
gures d'tat de messire Jean, principalement ayant eu l'argent qu'elle
prtendoit. C'toit autant de vinette cueillie. Un jour qu'il la trouva,
il lui dit: sais-tu pas bien que tu m'as promis? Et quoi? De mettre un
de mes membres dans un des tiens. Je le veux, monsieur le cur, mettez
donc votre nez en mon cul, ainsi vous boucherez trois pertuis d'une
cheville. Les petits menus propos lui donnoient esprance que bientt il
l'mouveroit toute vive, par ainsi il se rendoit plus priv & importun,
dont la jeune femme se voulut dfaire moyennant le complot pris avec son
mari, qui fit semblant d'aller aux champs. Par ainsi, monsieur le cur
qui alloit & venoit pour rencontrer la belle, eut assignation de venir
au soir. Sur la brune venant, voici mon cur qui vint; comme elle le
vit: helas! dit-elle, personne ne vous a-t-il vu? J'en suis toute
tremblante. Ma mie tout ira bien, assurez-vous. Et bien, monsieur, vous
soyez le bien venu. Ttons au vin: non, pas encore, Franoise ma mie,
ttons  autre chose avant. Vraiment, vous avez grand hte, si votre
fosset est fait, la piece n'est pas pere. Attendez que nous soyons
couchs, vous aurez assez de quoi vous embesogner; je vous baillerez un
petit endroit, o il y a plus  travailler, qu'il n'y a  moudre en
quatre septier de bled. Soupons vtement, puis, nous nous coucherons.
Cependant il droba quelques baisers, qu'il furta tandis qu'elle apprta
tout. Ils se hterent de souper, puis elle dit: l, couchons-nous; c'est
assez friponner sur la viande morte, c'est trop languir. Jamais le
mignon ne se trouva si aise. Il se jetta bientt au lit, & elle, presque
toute nue, faisoit mine d'aller teindre la chandelle; & musoit un peu,
& il lui disoit: _Franoise, vien tt, voici Jacquemart de bandeliroide
qui vous attend, c'est Perrin boutte-avant, venez tt, il est fort comme
un os; venez qu'il vous serve._ Elle approche comme pour se jetter au
lit, n'ayant plus que sa chemise: ho, dit-elle, je m'en vais ter ma
chemise, mais aussi vous terez la vtre, je ne la pourrois souffrir. Il
l'te, puis elle lui dit: je vais teindre la chandelle, tendez-moi la
main pour vous trouver. Elle faisoit de l'interdite, semblant d'ter sa
chemise, une manche, puis l'autre: foin des puces, bran elles me
mangeront. Le drle prenoit plaisir  la lueur de la chandelle, de voir
ces mysteres qui avoient bonne grace; mais voici bien du changement.
Ainsi que dja cette chemise passoit par-dessus la tte, qu'il voyoit un
beau tableau, on heurta  la porte assez pouventablement. Lors elle
comme surprise: hlas! monsieur, o vous mettrez-vous? Je suis perdue.
D'autre ct, on frappoit, disant: ouvre-moi, Franoise, ouvre vtement,
je suis mort; je te prie, ouvre vte. Elle crioit: mon mari je me leve
en si grand hte, que je ne sais ce que je fais. Cependant elle aidoit
au cur  monter sur un travers, o les poules nichoient. Cela fait,
comme toute hors de soi, elle vint ouvrir la porte  son mari & lui dit:
& o allez-vous si tard? Il est belle heure de venir. Ha! ma mie,
excuse-moi, je suis mort. Ne te fche point: tu ne me verras plus
guerre; je me meurs, envoie qurir monsieur le cur que je me confesse.
Il se tenoit le ventre auprs du feu, comme s'il et eu la colique, &
faisoit semblant par fois de s'vanouir. Il fait appeller des voisins 
l'aide, qui s'assemblent  le reconforter & le mettre sur un lit 
terre. Mais il ne faisoit plus que soupirer & dire: jamais, jamais! H,
compere, prenez courage. Jamais. Ce ne sera rien: or sus, mon ami, l,
aidez-vous. Jamais. Il faut voir monsieur le cur. Jamais. Il vous dira
quelque bonne parole. Jamais. Encore ne faut-il pas se laisser ainsi
aller. Jamais. Il semble que vous ne nous connoissiez point. Jamais.
Voil mon compere cettui-ci, mon cousin cettui-l, qui vous sont venus
voir. Jamais. Quand presque toute la paroisse fut assemble, & que l'on
lui va dire: or a compere, debout, allons au lit; vous y serez mieux.
Et bien que vous faut-il? Adonc, jettant les yeux & dressant la main
vers le cur, il va dire: jamais je ne vis un tel Jean avec mes poules.
Adonc monsieur le cur de se trmousser; & lors les destins  faire
fouetterie lui aiderent  descendre, & le singlerent  droite & 
gauche, sans faire semblant de le connotre. Quelle loi, _canis_! L,
l, disoient les femmes, fessez, fessez, c'est le foulon. Tels sont les
esprits familiers, incubes, sucubes & fes, qui, en phantmes
domestiques, trompent hommes & femmes. Flanquez-lui ces nerfs de boeufs
autour des chines, tant que la peau lui parte.




APOSTILLES.


XXXV. HORACE. Ces femmes disoient tout outre, comme frere Orimont qui
prchoit durant les tats, se mettant en colere contre les usuriers:
sur-tout il raconta que les diables les tenoient en enfer, o ils les
flagelloient, les sanglant avec de grands vits de boeuf. Aprs le
sermon, quelqu'un lui remontra; & sur cette remontrance, il nous
enseigna qu'il y avoit deux temps, qu'il falloit tout nommer par son
nom, ou que l'on avoit cong de tout dire; en innocence, & en colere.
Ainsi, nous, ajota-t-il, qui sommes en chaire, en vraie innocence,
laquelle nous fait venir la sainte colere, ne pchons point, si nous
disons ce qui seroit interdit  un autre. Ainsi devons-nous parler
navement, afin de ne causer aucun doute. Savez-vous pas bien que la
honte est signe de pch? Or nous, qui n'avons pas envie de pcher, si
ce n'est  bon escient, avons occasion, libert & science de tout dire
explicablement; & puis si nous, plein de protection formelle, dguisons
les matieres, on ne croiroit plus; on dira que nous sommes menteurs.
Voudriez-vous que je die, comme les femmes de Blois, v, i, t, pied; c,
o, n, pantoufle? Que si en choses connues de vulgaire, nous apportions
du dguisement, que ferions-nous s inconvniens & contingences de
consquence.

CALIGULA. Le grand cordelier de Poitiers toit donc en colere ou en
innocence, quand prchant les regrets de la mort de l'un de leurs
confreres qui avoit t pendu  Vendme, disoit aux dames en pleine
chaire: voyez, mes dames, comme vos bons peres spirituels sont
accotrs. Et faisant geste d'un homme bien fch, y ajoutoit une
mystique dmonstration, mettant la main gauche  la jointure du bras
droit, qu'il dmenoit comme un encensoir, soupirant disoit, faisant
cette question en complainte plusieurs fois: il m'en pend autant, mes
dames; il m'en pend autant.

TOSTAT. Je le connois ce bon frere. Il aide volontiers de sa faveur 
ceux qui vont aux ordres. Et de fait, un jour qu'un jeune clerc se
prsentoit, monsieur le grand-vicaire, qui n'est pas plus habile que
l'vque, (aussi ce seroit honte) vint pour l'interroger; & ouvrant le
livre, trouve: _angelus tenebat thuribulum_. Or a, dit-il  ce clerc,
qu'est-ce  dire _thuribulum_? Le voil surpris: il cherche en son
cerveau, si l'esprit lui suggrera quelque rponse. Matre Robert, qui
toit derrire le grand vicaire, faisoit signe du bras  ce rpondant, &
lui faisoit le mme mystere que le cordelier. Le clerc considroit
fermement, & voyoit bien que ce matre lui faisoit signe comme les
enfans de choeur  Paris; mais il ne pouvoit bien deviner. Le docteur le
pressant, enfin il va rpondre selon l'apparence du signe: _thuribulum_,
c'est--dire, un vit de mulet, monsieur.

CARLOSTADE. Mon compagnon ne rpondit gueres mieux que moi, quand nous
allmes nous faire exorciser avec Malo. On demande  Liset, sur ce
texte, _quidem habebat villicum_: qu'est-ce  dire _villicum_? Il rpta
le texte; puis ayant pens que c'toit  dire chose, & qu'il le falloit
dire honntement, & que possible le texte parloit d'un adultere, se
ramentevant que c'toit, selon Bocace, mettre le diable en enfer; plein
de belles rsolutions, & pensant aviser les autres d'une science
profonde: dit: _dicam, domine_. L donc, dites, dites; qu'est-ce  dire?
_Habebat villicum_, c'est--dire, il avoit le diable au corps.

BEZE. Si je n'avois peur de blasphmer, je dirois quelque chose de cinq
religieuses qui furent bailles  gouverner  frere Notonville, qui les
engrossa toutes. Comme on l'en tanoit, il dit: _quinque_, &c. tu m'as
baill cinq talens; j'en ai gagn cinq autres. Or sus, n'en parlons
plus; nous serions ici meshui. Sur quoi tions-nous?

ASCLPIADES. Nous tions sur celles qui le font  petit semblant.


_Fin du Tome second._






End of the Project Gutenberg EBook of Le moyen de parvenir, tome 2/3, by 
Franois Broalde de Verville

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Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

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editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
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