The Project Gutenberg EBook of Le Sabotage, by mile Pouget

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Title: Le Sabotage

Author: mile Pouget

Release Date: August 25, 2018 [EBook #57766]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE SABOTAGE ***




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  BIBLIOTHQUE
  du
  MOUVEMENT PROLTARIEN

  XIII

  MILE POUGET

  Le Sabotage

  [Marque d'imprimeur: M R]

  PARIS
  LIBRAIRIE DES SCIENCES POLITIQUES & SOCIALES
  MARCEL RIVIRE ET Cie
  _31, rue Jacob_




BIBLIOTHQUE

DU

MOUVEMENT PROLTARIEN

(Ancienne Bibliothque du Mouvement Socialiste)

Chaque volume, 0 fr. 60

I. _Syndicalisme et Socialisme_, confrence internationale, par V.
GRIFFUELHES, B. KRITCHEWSKY, A. LABRIOLA, Hubert LAGARDELLE et Robert
MICHELS.

II. _La Confdration Gnrale du Travail_, par E. POUGET.

III. _La Dcomposition du Marxisme_, par Georges SOREL, 2e dition,
1910.

IV. _L'Action syndicaliste_, par Victor GRIFFUELHES.

V. _Le Parti socialiste et la Confdration du travail_, discussion par
Jules GUESDE, Hubert LAGARDELLE et Edouard VAILLANT.

VI. _Les nouveaux aspects du Socialisme_, par Ed. BERTH.

VII. _Les Instituteurs et le Syndicalisme_, par M. T. LAURIN.

VIII. _La Rvolution dreyfusienne_, par G. SOREL.

IX. _Les Bourses du Travail et la C. G. T._, par P. DELESALLE.

X. _Voyage rvolutionnaire_, Impressions d'un propagandiste, par V.
GRIFFUELHES.

XI. _Les Objectifs de nos luttes de classes_, par Victor GRIFFUELHES et
Louis NIEL, prface de G. SOREL.

XII. _Le Mouvement ouvrier en Italie_, par A. LANZILLO, traduit par S.
PIRODDI.

XIII. _Le Sabotage_, par Emile POUGET.


Georges SOREL

Rflexions sur la violence

_Deuxime dition_

1 volume in-16 broch, 5 fr.

Imprimerie Cooprative Ouvrire--Villeneuve-St-Georges (S.-et-O.)




BIBLIOTHQUE

DU

MOUVEMENT PROLTARIEN


Cette collection avait t commence sous le titre de Bibliothque du
Mouvement Socialiste parce qu'on avait voulu en faire le complment de
la revue du mme nom.

Cette revue n'tant plus publie par notre maison, nous avons cru bon de
donner un nouveau titre  la Bibliothque pour bien marquer que nous
entendons lui conserver l'orientation qu'elle a eue  son origine.

La Bibliothque du Mouvement Proltarien parat en volumes d'au moins 64
pages, du prix de 0 fr. 60. Elle comprend des tudes descriptives,
historiques, documentaires, thoriques, critiques et biographiques.

Par son format commode et son prix minime, elle s'adresse surtout  ceux
qui n'ont pas la possibilit d'aborder les tudes particulires sur le
mouvement social.




TABLE DES MATIRES


CHAPITRE PREMIER.--Quelques jalons historiques.            3

CHAPITRE II.--La marchandise travail                    22

CHAPITRE III.--Morale de Classe                           27

CHAPITRE IV.--Les procds de Sabotage                    32

CHAPITRE V.--L'Obstructionnisme                           55

CONCLUSIONS                                               65




CHAPITRE PREMIER

Quelques jalons historiques


Le mot sabotage n'tait, il y a encore une quinzaine d'annes, qu'un
terme argotique, signifiant non l'acte de fabriquer des sabots, mais
celui, imag et expressif, de travail excut comme  coups de sabots.

Depuis, il s'est mtamorphos en une formule de combat social et c'est
au Congrs Confdral de Toulouse, en 1897, qu'il a reu le baptme
syndical.

Le nouveau venu ne fut pas, ds l'abord, accueilli par tous, dans les
milieux ouvriers, avec un chaleureux enthousiasme. Certains le virent
d'assez mauvais oeil, lui reprochant ses origines roturires,
anarchiques et aussi son... immoralit.

Malgr cette suspicion, qui ressemblait presqu' de l'hostilit, le
sabotage a fait son chemin... dans tous les mondes.

Il a dsormais les sympathies ouvrires. Et ce n'est pas tout. Il a
conquis droit de cit au Larousse, et nul doute que l'Acadmie,-- moins
qu'elle n'ait t _sabote_ elle-mme avant d'tre parvenue  la lettre
S de son dictionnaire,--ne se rsolve  tirer au mot sabotage sa plus
crmonieuse rvrence et  lui ouvrir les pages de son officiel
recueil.

On aurait cependant tort de croire que la classe ouvrire a attendu,
pour pratiquer le sabotage, que ce mode de lutte ait reu la
conscration des Congrs corporatifs. Il en est de lui comme de toutes
les formes de rvolte, il est aussi vieux que l'exploitation humaine.

Ds qu'un homme a eu la criminelle ingniosit de tirer profit du
travail de son semblable, de ce jour, l'exploit a, d'instinct, cherch
 donner moins que n'exigeait son patron.

Ce faisant, avec tout autant d'inconscience qu'en mettait M. Jourdain 
faire de la prose, cet exploit a fait du sabotage, manifestant ainsi,
sans le savoir, l'antagonisme irrductible qui dresse l'un contre
l'autre, le capital et le travail.

Cette consquence inluctable du conflit permanent qui divise la
socit, il y a trois quarts de sicle, le gnial Balzac la mettait en
lumire. Dans _La Maison Nucingen_,  propos des sanglantes meutes de
Lyon, en 1831, il nous a donn une nette et incisive dfinition du
sabotage:

  Voici,--explique Balzac.--On a beaucoup parl des affaires de Lyon, de
  la rpublique canonne dans les rues, personne n'a dit la vrit. La
  rpublique s'tait empare de l'meute, comme un insurg s'empare du
  fusil. La vrit, je vous la donne pour drle et profonde.

  Le commerce de Lyon est un commerce sans me, qui ne fait pas
  fabriquer une aune de soie sans qu'elle soit commande et que le
  paiement soit sr. Quand la commande s'arrte, l'ouvrier meurt de
  faim, il gagne  peine de quoi vivre en travaillant, les forats sont
  plus heureux que lui.

  Aprs la rvolution de juillet, la misre est arrive  ce point que
  les CANUTS ont arbor le drapeau: _Du pain ou la mort!_ une de ces
  proclamations que le gouvernement aurait d tudier. Elle tait
  produite par la chert de la vie  Lyon. Lyon veut btir des thtres
  et devenir une capitale, de l des octrois insenss. Les rpublicains
  ont flair cette rvolte  propos du pain, et ils ont organis les
  CANUTS qui se sont battus en partie double. Lyon a eu ses trois jours,
  mais tout est rentr dans l'ordre, et le canut dans son taudis.

  Le canut, probe jusque l, rendant en toffe la soie qu'on lui pesait
  en bottes, a mis la probit  la porte en songeant que les ngociants
  le victimaient, et a mis de l'huile  ses doigts: il a rendu poids
  pour poids, mais il a vendu la soie reprsente par l'huile, et le
  commerce des soieries a t infest d'_toffes graisses_, ce qui
  aurait pu entraner la perte de Lyon et celle d'une branche du
  commerce franais... Les troubles ont donc produit les gros de
  Naples  quarante sous l'aune...

Balzac a soin de souligner que le sabotage des canuts fut une
reprsaille de victimes. En vendant la gratte que, dans le tissage ils
avaient remplace par l'huile, ils se vengeaient des fabricants
froces,... de ces fabricants qui avaient promis aux ouvriers de la
Croix-Rousse de leur donner des baonnettes  manger, au lieu de pain...
et qui ne tinrent que trop promesse!

Mais, peut-il se prsenter un cas o le sabotage ne soit pas une
reprsaille? Est-ce qu'en effet,  l'origine de tout acte de sabotage,
par consquent le prcdant, ne se rvle pas l'acte d'exploitation?

Or, celui-ci, dans quelques conditions particulires qu'il se manifeste,
n'engendre-t-il pas,--et ne lgitime-t-il pas aussi,--tous les gestes de
rvolte, quels qu'ils soient?

Ceci nous ramne donc  notre affirmation premire: le sabotage est
aussi vieux que l'exploitation humaine!

Il n'est d'ailleurs pas circonscrit aux frontires de chez nous. En
effet, dans son actuelle formulation thorique, il est une importation
anglaise.

Le sabotage est connu et pratiqu outre Manche depuis longtemps, sous le
nom de _Ca'Canny_ ou _Go Canny_, mot de patois cossais dont la
traduction  peu prs exacte qu'on en puisse donner est: Ne vous foulez
pas.

Un exemple de la puissance persuasive du _Go Canny_ nous est donn par
le Muse Social[1]:

    [1] Circulaire n 9, 1896.

  En 1889, une grve avait clat  Glasgow. Les dockers unionistes
  avaient demand une augmentation de salaire de 10 centimes par heure.
  Les employeurs avaient refus et fait venir  grands frais, pour les
  remplacer, un nombre considrable de travailleurs agricoles. Les
  dockers durent s'avouer vaincus, et ils consentirent  travailler aux
  mmes prix qu'auparavant,  condition qu'on renverrait les ouvriers
  agricoles. Au moment o ils allaient reprendre le travail, leur
  secrtaire gnral les rassembla et leur dit:

  Vous allez revenir travailler aujourd'hui aux anciens prix. Les
  employeurs ont dit et rpt qu'ils taient enchants des services des
  ouvriers agricoles qui nous ont remplacs pendant quelques semaines.
  Nous, nous les avons vus; nous avons vu qu'ils ne savaient mme pas
  marcher sur un navire, qu'ils laissaient choir la moiti des
  marchandises qu'ils portaient, bref que deux d'entre eux ne
  parvenaient pas  faire l'ouvrage d'un de nous. Cependant, les
  employeurs se dclarent enchants du travail de ces gens-l; il n'y a
  donc qu' leur en fournir du pareil et  pratiquer le _Ca' Canny_.
  Travaillez comme travaillaient les ouvriers agricoles. Seulement, il
  leur arrivait quelquefois de se laisser tomber  l'eau; il est inutile
  que vous en fassiez autant.

  Cette consigne fut excute et pendant deux ou trois jours les dockers
  appliqurent la politique du _Ca' Canny_. Au bout de ce temps les
  employeurs firent venir le secrtaire gnral et lui dirent de
  demander aux hommes de travailler comme auparavant, moyennant quoi ils
  accordaient les 10 centimes d'augmentation...

Voil pour la pratique. Voici maintenant pour la thorie. Elle est
emprunte  un pamphlet anglais, publi vers 1895, pour la vulgarisation
du _Go Canny_:

  Si vous voulez acheter un chapeau dont le prix est de 5 francs, vous
  devez payer 5 francs.

  Si vous ne voulez payer que 4 francs, il faudra vous contenter d'un
  chapeau d'une qualit infrieure.

  Un chapeau est une marchandise.

  Si vous voulez acheter une demi-douzaine de chemises  2 fr. 50
  chaque, vous devez payer 15 francs. Si vous ne voulez payer que 12 fr.
  50, vous n'aurez que cinq chemises.

  Une chemise est une marchandise.

  Les employeurs dclarent que le travail et l'adresse sont de simples
  marchandises, comme les chapeaux et les chemises. Trs bien,
  disons-nous, nous vous prenons au mot.

  Si le travail et l'adresse sont des marchandises, les possesseurs de
  ces marchandises ont le droit de vendre leur travail et leur adresse
  exactement comme le chapelier vend un chapeau ou le chemisier une
  chemise.

  Ils donnent valeur pour valeur. Pour un prix plus bas vous avez un
  article infrieur ou de qualit moindre.

  Payez au travailleur un bon salaire, et il vous fournira ce qu'il y a
  de mieux comme travail et comme adresse.

  Payez au travailleur un salaire insuffisant et vous n'aurez pas plus
  le droit  exiger la meilleure qualit et la plus grande quantit de
  travail que vous n'en avez eu  exiger un chapeau de 5 francs pour 2
  fr. 50.

Le _Go Canny_ consiste donc  mettre systmatiquement en pratique la
formule, _ mauvaise paye, mauvais travail!_ Mais il ne se circonscrit
pas  cela seul. De cette formule dcoulent, par voie de consquence
logique, une diversit de manifestations de la volont ouvrire en
conflit avec la rapacit patronale.

Cette tactique, que nous venons de voir vulgarise en Angleterre, ds
1889, et prconise et pratique dans les organisations syndicales, ne
pouvait pas tarder  passer la Manche. En effet, quelques annes aprs,
elle s'infiltrait dans les milieux syndicaux franais.

C'est en 1895 que, pour la premire fois, en France, nous trouvons trace
d'une manifestation thorique et consciente du sabotage:

Le Syndicat National des Chemins de fer menait alors campagne contre un
projet de loi,--le projet Merlin-Trarieux--qui visait  interdire aux
cheminots le droit au syndicat. La question de rpondre au vote de cette
loi par la grve gnrale se posa et,  ce propos, Gurard, secrtaire
du syndicat, et  ce titre dlgu au Congrs de l'Union fdrative du
Centre (parti Allemaniste) pronona un discours catgorique et prcis.
Il affirma que les cheminots ne reculeraient devant aucun moyen pour
dfendre la libert syndicale et qu'ils sauraient, au besoin, rendre la
grve effective par des procds  eux; il fit allusion  un moyen
ingnieux et peu coteux: ... avec deux sous d'une certaine manire,
utilise  bon escient, dclara-t-il, il nous est possible de mettre une
locomotive dans l'impossibilit de fonctionner...

Cette nette et brutale affirmation, qui ouvrait des horizons imprvus,
fit gros tapage et suscita une profonde motion dans les milieux
capitalistes et gouvernementaux qui, dj, n'envisageaient pas sans
angoisses la menace d'une grve des chemins de fer.

Cependant, si par ce discours de Gurard, la question du sabotage tait
pose, il serait inexact d'en dduire qu'il n'a fait son apparition en
France que le 23 juin 1895. C'est ds lors qu'il commence  se
vulgariser dans les organisations syndicales, mais cela n'implique pas
qu'il fut rest ignor jusque l.

Pour preuve qu'il tait connu et pratiqu antrieurement, il nous
suffira de rappeler, comme exemple typique, un mastic clbre dans les
fastes tlgraphiques:

  C'tait vers 1881, les tlgraphistes du Bureau central, mcontents du
  tarif des heures supplmentaires de nuit, adressrent une ptition au
  ministre d'alors, M. Ad. Cochery. Ils rclamaient dix francs, au lieu
  de cinq qu'ils touchaient, pour assurer le service du soir  sept
  heures du matin. Ils attendirent plusieurs jours la rponse de
  l'administration. Finalement, celle-ci n'arrivant pas, et, d'un autre
  ct, les employs du Central ayant t aviss qu'il ne leur serait
  mme pas rpondu, une agitation sourde commena  se manifester.

  La grve tant impossible, on eut recours au mastic. Un beau matin,
  Paris s'veilla dpourvu de communications tlgraphiques (le
  tlphone n'tait pas encore install).

  Pendant quatre ou cinq jours il en fut ainsi. Le haut personnel de
  l'administration, les ingnieurs avec de nombreuses quipes de
  surveillants et d'ouvriers vinrent au bureau central, mirent 
  dcouvert tous les cbles des lignes, les suivirent de l'entre des
  gots aux appareils. Ils ne purent rien dcouvrir.

  Cinq jours aprs ce mastic mmorable dans les annales du Central, un
  avis de l'administration prvenait le personnel que dornavant le
  service de nuit serait tarif dix francs au lieu de cinq. On n'en
  demandait pas plus. Le lendemain matin, toutes les lignes taient
  rtablies comme par enchantement.

  Les auteurs du mastic ne furent jamais connus et si l'administration
  en devina le motif, le moyen employ resta toujours ignor[2].

    [2] _Le Travailleur des P. T. T._, n de septembre 1905.

Dsormais,  partir de 1895, le branle est donn.

Le sabotage qui, jusqu'alors, n'avait t pratiqu qu'inconsciemment,
instinctivement par les travailleurs, va--sous l'appellation populaire
qui lui est reste,--recevoir sa conscration thorique et prendre rang
parmi les moyens de lutte avrs, reconnus, approuvs et prconiss par
les organisations syndicales.

Le Congrs confdral qui se tint  Toulouse, en 1897, venait de
s'ouvrir.

Le prfet de la Seine, M. de Selves, avait refus aux dlgus du
syndicat des Travailleurs municipaux, les congs qu'ils demandaient pour
participer  ce Congrs. L'Union des syndicats de la Seine protesta,
qualifiant avec juste raison ce veto d'attentat contre la libert
syndicale.

Cette interdiction fut voque  la premire sance du Congrs et une
proposition de blme contre le prfet de la Seine fut dpose.

L'un des dlgus,--qui n'tait autre que l'auteur de la prsente
tude,--fit observer combien peu M. de Selves se souciait de la
fltrissure d'un congrs ouvrier.

Et il ajouta:

  Mon avis est qu'au lieu de se borner  protester, mieux vaudrait
  entrer dans l'action et qu'au lieu de subir les injonctions des
  dirigeants, de baisser la tte quand ils dictent leurs fantaisies, il
  serait plus efficace de rpondre du tac au tac. Pourquoi ne pas
  rpliquer  une gifle par un coup de pied?...

J'expliquai que mes observations drivaient d'une tactique de combat sur
laquelle le Congrs serait appel  se prononcer. Je rappelai,  ce
propos, l'motion et la peur dont le monde capitaliste avait tressailli
lorsque le camarade Gurard avait dclar que la minime somme de dix
centimes... dpense intelligemment,... suffirait  un ouvrier des
chemins de fer pour mettre un train, attel de puissantes machines 
vapeur, dans l'imposibilit de dmarrer.

Puis, rappelant que cette tactique rvolutionnaire  laquelle je faisais
allusion serait discute au cours du Congrs, je conclus en dposant la
proposition ci-dessous:

  Le Congrs, reconnaissant qu'il est superflu de blmer le
  gouvernement--qui est dans son rle en serrant la bride aux
  travailleurs--engage les travailleurs municipaux  faire pour cent
  mille francs de dgts dans les services de la Ville de Paris, pour
  rcompenser M. de Selves de son veto.

C'tait un ptard!... Et il ne fit pas long feu.

Tout d'abord, la stupfaction fut grande chez beaucoup de dlgus qui,
de prime abord, ne comprenaient pas le sens volontairement outrancier de
la proposition.

Il y eut des protestations et l'ordre du jour pur et simple enterra ma
proposition.

Qu'importait! Le but vis tait atteint: l'attention du Congrs tait en
veil, la discussion tait ouverte, la rflexion aguiche.

Aussi, quelques jours aprs, le rapport que la Commission du boycottage
et du sabotage soumettait  l'assemble syndicale tait-il accueilli
avec la plus grande et la plus chaleureuse sympathie.

Dans ce rapport, aprs avoir dfini, expliqu et prconis le sabotage,
la Commission ajoutait:

  Jusqu'ici, les travailleurs se sont affirms rvolutionnaires; mais,
  la plupart du temps, ils sont rests sur le terrain thorique: ils ont
  travaill  l'extension des ides d'mancipation, ont labor et tch
  d'esquisser un plan de socit future d'o l'exploitation humaine sera
  limine.

  Seulement, pourquoi  ct de cette oeuvre ducatrice, dont la
  ncessit n'est pas contestable, n'a-t-on rien tent pour rsister aux
  empitements capitalistes et, autant que faire se peut, rendre moins
  dures aux travailleurs les exigences patronales?

  Dans nos runions on lve toujours les sances aux cris de: Vive la
  Rvolution Sociale, et loin de se concrter en un acte quelconque,
  ces clameurs s'envolent en bruit.

  De mme il est regrettable que les Congrs affirmant toujours leur
  fermet rvolutionnaire, n'aient pas encore prconis de rsolutions
  pratiques pour sortir du terrain des mots et entrer dans celui de
  l'action.

  En fait d'armes d'allures rvolutionnaires on n'a jusqu'ici prconis
  que la grve et c'est d'elle dont on a us et on use journellement.

  Outre la grve, nous pensons qu'il y a d'autres moyens  employer qui
  peuvent dans une certaine mesure, tenir les capitalistes en chec...

L'un de ces moyens est le boycottage. Seulement, la Commission constate
qu'il est inoprant contre l'industriel, le fabricant. Il faut donc
autre chose.

Cet autre chose: c'est le sabotage.

Citons le rapport:

  Cette tactique, comme le boycottage, nous vient d'Angleterre o elle a
  rendu de grands services dans la lutte que les travailleurs
  soutiennent contre les patrons. Elle est connue l-bas sous le nom de
  _Go Canny_.

  A ce propos, nous croyons utile de vous citer l'appel lanc
  dernirement par l'_Union Internationale des Chargeurs de navires_,
  qui a son sige  Londres:

  Qu'est-ce que _Go Canny_?

  C'est un mot court et commode pour dsigner une nouvelle tactique,
  employe par les ouvriers au lieu de la grve.

  Si deux cossais marchent ensemble et que l'un coure trop vite,
  l'autre lui dit: Marche doucement,  ton aise.

  Si quelqu'un veut acheter un chapeau qui vaut cinq francs, il doit
  payer cinq francs. Mais s'il ne veut en payer que quatre, eh bien! il
  en aura un de qualit infrieure. Le chapeau est _une marchandise_.

  Si quelqu'un veut acheter six chemises de deux francs chacune, il
  doit payer douze francs. S'il n'en paie que dix, il n'aura que cinq
  chemises. La chemise est encore _une marchandise en vente sur le
  march_.

  Si une mnagre veut acheter une pice de boeuf qui vaut trois
  francs, il faut qu'elle les paye. Et si elle n'offre que deux francs,
  alors on lui donne de la mauvaise viande. Le boeuf est encore _une
  marchandise en vente sur le march_.

  Eh bien, les patrons dclarent que le travail et l'adresse sont des
  _marchandises en vente sur le march_,--tout comme les chapeaux, les
  chemises et le boeuf.

  --Parfait, rpondons-nous, nous vous prenons au mot.

  Si ce sont des _marchandises_ nous les vendrons tout comme le
  chapelier vend ses chapeaux et le boucher sa viande. Pour de mauvais
  prix, ils donnent de la mauvaise marchandise. Nous en ferons autant.

  Les patrons n'ont pas le droit de compter sur notre charit. S'ils
  refusent mme de discuter nos demandes, eh bien, nous pouvons mettre
  en pratique le _Go Canny_--la tactique de _travaillons  la douce_, en
  attendant qu'on nous coute.

  Voil clairement dfini le _Go Canny_, le _sabotage_: A MAUVAISE PAYE,
  MAUVAIS TRAVAIL.

  Cette ligne de conduite, employe par nos camarades anglais, nous la
  croyons applicable en France, car notre situation sociale est
  identique  celle de nos frres d'Angleterre.

                   *       *       *       *       *

  Il nous reste  dfinir sous quelles formes doit se pratiquer le
  sabotage.

  Nous savons tous que l'exploiteur choisit habituellement pour
  augmenter notre servitude le moment o il nous est le plus difficile
  de rsister  ses empitements par la grve partielle, seul moyen
  employ jusqu' ce jour.

  Pris dans l'engrenage, faute de pouvoir se mettre en grve, les
  travailleurs frapps subissent les exigences nouvelles du capitaliste.

  Avec le _sabotage_ il en est tout autrement: les travailleurs peuvent
  rsister; ils ne sont plus  la merci complte du capital; ils ne sont
  plus la chair molle que le matre ptrit  sa guise: ils ont un moyen
  d'affirmer leur virilit et de prouver  l'oppresseur qu'ils sont des
  hommes.

  D'ailleurs, le _sabotage_ n'est pas aussi nouveau qu'il le parat:
  depuis toujours les travailleurs l'ont pratiqu individuellement,
  quoique sans mthode. D'instinct, ils ont toujours ralenti leur
  production quand le patron a augment ses exigences; sans s'en rendre
  clairement compte, ils ont appliqu la formule: A MAUVAISE PAYE,
  MAUVAIS TRAVAIL.

  Et l'on peut dire que dans certaines industries o le travail aux
  pices s'est substitu au travail  la journe, une des causes de
  cette substitution a t le _sabotage_, qui consistait alors  fournir
  par jour la moindre quantit de travail possible.

  Si cette tactique a donn dj des rsultats, pratique sans esprit de
  suite, que ne donnera-t-elle pas le jour o elle deviendra une menace
  continuelle pour les capitalistes?

  Et ne croyez pas, camarades, qu'en remplaant le travail  la journe
  par le travail aux pices, les patrons se soient mis  l'abri du
  sabotage: cette tactique n'est pas circonscrite au travail  la
  journe.

  Le sabotage peut et doit tre pratiqu pour le travail aux pices.
  Mais ici, la ligne de conduite diffre: restreindre la production
  serait pour le travailleur restreindre son salaire; il lui faut donc
  appliquer le sabotage  la qualit au lieu de l'appliquer  la
  quantit. Et alors, non seulement le travailleur ne donnera pas 
  l'acheteur de sa force de travail plus que pour son argent, mais
  encore, il l'atteindra dans sa clientle qui lui permet indfiniment
  le renouvellement du capital, fondement de l'exploitation de la classe
  ouvrire. Par ce moyen, l'exploiteur se trouvera forc, soit de
  capituler en accordant les revendications formules, soit de remettre
  l'outillage aux mains des seuls producteurs.

  Deux cas se prsentent couramment: le cas o le travail aux pices se
  fait chez soi, avec un matriel appartenant  l'ouvrier, et celui o
  le travail est centralis dans l'usine patronale dont celui-ci est le
  propritaire.

  Dans ce second cas, au sabotage sur la marchandise vient s'ajouter le
  sabotage sur l'outillage.

  Et ici nous n'avons qu' vous rappeler l'motion produite dans le
  monde bourgeois, il y a trois ans, quand on sut que les employs de
  chemin de fer pouvaient, avec deux sous d'un certain ingrdient,
  mettre une locomotive dans l'impossibilit de fonctionner.

  Cette motion nous est un avertissement de ce que pourraient les
  travailleurs conscients et organiss.

  Avec le _boycottage_ et son complment indispensable, le _sabotage_,
  nous avons une arme de rsistance efficace qui, en attendant le jour
  o les travailleurs seront assez puissants pour s'manciper
  intgralement nous permettra de tenir tte  l'exploitation dont nous
  sommes victimes.

  Il faut que les capitalistes le sachent: le travailleur ne respectera
  la machine que le jour o elle sera devenue pour lui une amie qui
  abrge le travail, au lieu d'tre comme aujourd'hui, l'ennemie, la
  voleuse de pain, la tueuse de travailleurs.

En conclusion de ce rapport, la Commission proposa au Congrs la
rsolution suivante:

  _Chaque fois que s'lvera un conflit entre patrons et ouvriers soit
  que le conflit soit d aux exigences patronales, soit qu'il soit d 
  l'initiative ouvrire, et au cas o la grve semblerait ne pouvoir
  donner des rsultats aux travailleurs viss: que ceux-ci appliquent le
  _boycottage_ ou le _sabotage_--ou les deux simultanment--en
  s'inspirant des donnes que nous venons d'exposer._

La lecture de ce rapport fut accueillie par les applaudissements
unanimes du Congrs. Ce fut plus que de l'approbation: ce fut de
l'emballement.

Tous les dlgus taient conquis, enthousiasms. Pas une voix
discordante ne s'leva pour critiquer ou mme prsenter la moindre
observation ou objection.

Le dlgu de la Fdration du Livre, Hamelin, ne fut pas des moins
enthousiastes. Il approuva nettement la tactique prconise et le
dclara en termes prcis, dont le compte rendu du Congrs ne donne que
ce ple cho:

  Tous les moyens sont bons pour russir, affirma-t-il. J'ajoute qu'il y
  a une foule de moyens  employer pour arriver  la russite; ils sont
  faciles  appliquer pourvu qu'on le fasse adroitement. Je veux dire
  par l qu'il y a des choses qu'on doit faire et qu'on ne doit pas
  dire. Vous me comprenez.

  Je sais bien que si je prcisais, on pourrait me demander si j'ai le
  droit de faire telle ou telle chose; mais, si l'on continuait  ne
  faire que ce qu'il est permis de faire on n'aboutirait  rien.

  Lorsqu'on entre dans la voie rvolutionnaire, il faut le faire avec
  courage, et quand la tte est passe, il faut que le corps y passe.

De chaleureux applaudissements soulignrent le discours du dlgu de la
Fdration du Livre et, aprs que divers orateurs eurent ajout quelques
mots approbatifs, sans qu'aucune parole contradictoire ait t
prononce, la motion suivante fut adopte  l'unanimit:

  _Le syndicat des Employs de commerce de Toulouse invite le Congrs 
  voter par des acclamations les conclusions du rapport et  le mettre
  en pratique  la premire occasion qui se prsentera._

Le baptme du sabotage ne pouvait tre plus laudatif. Et ce ne fut pas
l un succs momentan,--un feu de paille, consquence d'un emballement
d'assemble,--les sympathies unanimes qui venaient de l'accueillir ne se
dmentirent pas.

Au Congrs confdral suivant, qui se tint  Rennes en 1898, les
approbations ne furent pas mnages  la tactique nouvelle.

Entre les orateurs qui, au cours de la discussion prirent la parole pour
l'approuver, citons, entre autres, le citoyen Lauche,--aujourd'hui
dput de Paris: il dit combien le syndicat des Mcaniciens de la Seine,
dont il tait le dlgu, avait t heureux des dcisions prises au
Congrs de Toulouse, relativement au boycottage et au sabotage.

Le dlgu de la Fdration des Cuisiniers se tailla un beau succs et
drida le Congrs, en narrant avec humour le drolatique cas de sabotage
suivant: les cuisiniers d'un grand tablissement parisien, ayant  se
plaindre de leur patron, restrent  leur poste toute la journe,
fourneaux allums; mais, au moment o les clients afflurent dans les
salles, il n'y avait dans les marmites que des briques cuisant 
grande eau... en compagnie de la pendule du restaurant.

Du rapport qui cltura la discussion--et qui fut adopt 
l'unanimit,--nous extrayons le passage suivant:

  ... La Commission tient  indiquer que le sabotage n'est pas chose
  neuve; les capitalistes le pratiquent, chaque fois qu'ils y trouvent
  intrt; les adjudicataires en ne remplissant pas les clauses de bonne
  qualit de matriaux, etc., et ils ne le pratiquent pas que sur les
  matriaux: que sont leurs diminutions de salaires, sinon un sabotage
  sur le ventre des proltaires?

  Il faut d'ailleurs ajouter que, instinctivement, les travailleurs ont
  rpondu aux capitalistes en ralentissant la production, en sabotant
  inconsciemment.

  Mais, ce qui serait  souhaiter, c'est que les travailleurs se rendent
  compte que le sabotage peut tre pour eux une arme utile de
  rsistance, tant par sa pratique que par la crainte qu'il inspirera
  aux employeurs, le jour o ils sauront qu'ils ont  redouter sa
  pratique consciente. Et nous ajouterons que la menace du sabotage peut
  souvent donner d'aussi utiles rsultats que le sabotage lui-mme.

  Le Congrs ne peut pas entrer dans le dtail de cette tactique; ces
  choses-l ne relvent que de l'initiative et du temprament de chacun
  et sont subordonnes  la diversit des industries. Nous ne pouvons
  que poser la thorie et souhaiter que le sabotage entre dans l'arsenal
  des armes de lutte des proltaires contre les capitalistes, au mme
  titre que la grve et que, de plus en plus, l'orientation du mouvement
  social ait pour tendance l'_action directe_ des individus et une plus
  grande conscience de leur personnalit...

Une troisime et dernire fois, le sabotage subit le feu d'un congrs:
ce fut en 1900, au Congrs confdral qui se tint  Paris.

On vivait alors une priode trouble. Sous l'influence de Millerand,
ministre du commerce, se constatait une dviation qui avait sa cause
dans les tentations du Pouvoir. Bien des militants se laissaient
aguicher par les charmes corrupteurs du ministrialisme et certaines
organisations syndicales taient entranes vers une politique de paix
sociale qui, si elle et prdomin, et t funeste au mouvement
corporatif. C'et t pour lui, sinon la ruine et la mort, tout au moins
l'enlizement et l'impuissance.

L'antagonisme, qui s'accentua dans les annes qui suivirent, entre les
syndicalistes rvolutionnaires et les rformistes, pointait. De cette
lutte intestine la discussion, ainsi que le vote sur le sabotage furent
une premire et embryonnaire manifestation.

La discussion fut courte; Aprs que quelques orateurs eurent parl en
faveur du sabotage une voix s'leva pour le condamner: celle du
prsident de sance.

Il dclara que s'il n'avait pas eu l'honneur de prsider, il se serait
rserv de combattre le sabotage propos par le camarade Riom et par
Beausoleil; et il ajouta qu'il le considrait comme plus nuisible
qu'utile aux intrts des travailleurs et comme rpugnant  la dignit
de beaucoup d'ouvriers.

Il suffira, pour apprcier  sa valeur cette condamnation du sabotage
d'observer que, quelques semaines plus tard, il ne rpugna pas  la
dignit de ce moraliste impeccable et scrupuleux d'tre nanti, grce
aux bons offices de Millerand, d'une sincure de tout repos[3].

    [3] Il s'agit de M. Treich, alors secrtaire de la Bourse du Travail
    de Limoges et fougueux guesdiste... nomm peu aprs receveur de
    l'enregistrement  Bordeaux.

Le rapporteur de la Commission de laquelle ressortissait le sabotage,
choisi pour son travail sur la marque syndicale, tait un adversaire
du sabotage. Il l'excuta donc en ces termes:

  Il me reste  dire un mot au sujet du sabotage. Je le dirai d'une
  faon franche et prcise. J'admire ceux qui ont le courage de saboter
  un exploiteur, je dois mme ajouter que j'ai ri bien souvent aux
  histoires que l'on nous a racontes au sujet du sabotage, mais, pour
  ma part, je n'oserais faire ce que ces bons amis ont fait. Alors, ma
  conclusion est que si je n'ai pas le courage de faire une action, ce
  serait de la lchet de ma part d'inciter un autre  la faire.

  Je vous avoue que, dans l'acte qui consiste  dtriorer un outil ou
  toute chose confie  mes soins, ce n'est pas la crainte de Dieu qui
  paralyse mon courage, mais la crainte du gendarme!

  Je laisse  vos bons soins le sort du sabotage.

Le Congrs n'pousa cependant pas les vues du rapporteur. Il fit bien un
sort au sabotage, mais il fut autre que celui qui lui tait conseill.

Un vote eut lieu, par bulletins, sur cette question
spciale--d'improbation ou d'approbation du sabotage--et il donna les
rsultats suivants:

  Pour le sabotage      117
  Contre                 76
  Bulletins blancs        2

Ce vote prcis cltura la priode de gestation, d'infiltration thorique
du sabotage.

Depuis lors, indiscutablement admis, reconnu et accept, il n'a plus t
voqu aux Congrs corporatifs et il a pris rang dfinitivement au
nombre des moyens de lutte prconiss et pratiqus dans le combat contre
le capitalisme.

Il est  remarquer que le vote ci-dessus, mis au Congrs de 1900, est
dj une indication du tassement qui va s'effectuer dans les
organisations syndicales et qui va mettre les rvolutionnaires  un
ple, les rformistes  l'autre. En effet, dans tous les Congrs
confdraux qui vont suivre, quand rvolutionnaires et rformistes se
trouveront aux prises, presque toujours la majorit rvolutionnaire sera
 peu prs ce qu'elle a t dans le vote sur le sabotage,--soit dans la
proportion des deux tiers, contre une minorit rformiste d'un tiers.




CHAPITRE II

La marchandise travail


Dans l'expos historique qui prcde, nous venons de constater que le
sabotage, sous l'expression anglaise de _Go Canny_, dcoule de la
conception capitaliste que le travail humain est une marchandise.

Cette thse, les conomistes bourgeois s'accordent  la soutenir. Ils
sont unanimes  dclarer qu'il y a un march du travail, comme il y a un
march du bl, de la viande, du poisson ou de la volaille.

Ceci admis, il est donc logique que les capitalistes se comportent 
l'gard de la chair  travail qu'ils trouvent sur le march comme
lorsqu'il s'agit pour eux d'acheter des marchandises ou des matires
premires: c'est--dire qu'ils s'efforcent de l'obtenir au taux le plus
rduit.

C'est chose normale tant donn les prmisses. Nous sommes ici en plein
jeu de la loi de l'offre et de la demande.

Seulement, ce qui est moins comprhensible, c'est que, dans leur esprit,
ces capitalistes entendent recevoir, non une quantit de travail en
rapport avec le taux du salaire qu'ils payent, mais bien, indpendamment
du niveau de ce salaire, le maximum de travail que puisse fournir
l'ouvrier.

En un mot, ils prtendent acheter non une quantit de travail,
quivalente  la somme qu'ils dboursent, mais la force de travail
intrinsque de l'ouvrier: c'est, en effet, l'ouvrier tout entier--corps
et sang, vigueur et intelligence--qu'ils exigent.

Lorsqu'ils mettent cette prtention, les employeurs ngligent de tenir
compte que cette force de travail est partie intgrante d'un tre
pensant, capable de volont, de rsistance et de rvolte.

Certes, tout irait au mieux dans le monde capitaliste si les ouvriers
taient aussi inconscients que les machines de fer et d'acier dont ils
sont les servants et si, comme elles, ils n'avaient en guise de coeur et
de cerveau qu'une chaudire ou une dynamo.

Seulement, il n'en est pas ainsi! Les travailleurs savent quelles
conditions leur sont faites dans le milieu actuel et s'ils les
subissent, ce n'est point de leur plein gr. Ils se savent possesseurs
de la force de travail et s'ils acquiescent  ce que le patron qui les
embauche en consomme une quantit donne, ils s'efforcent que cette
quantit soit en rapport plus ou moins direct avec le salaire qu'ils
reoivent. Mme parmi les plus dnus de conscience, parmi ceux qui
subissent le joug patronal, sans mettre en doute son bien fond, jaillit
intuitivement la notion de rsistance aux prtentions capitalistes: ils
tendent  ne pas se dpenser sans compter.

Les employeurs n'ont pas t sans constater cette tendance qu'ont les
ouvriers  conomiser leur force de travail. C'est pourquoi, certains
d'entre eux ont habilement par au prjudice qui en dcoule pour eux, en
recourant  l'mulation pour faire oublier  leur personnel cette
prudence restrictive.

Ainsi, les entrepreneurs du btiment, surtout  Paris, ont vulgaris une
pratique, qui d'ailleurs tombe en dsutude depuis 1906,--c'est--dire
depuis que les ouvriers de la corporation sont groups en syndicats
puissants.

Cette pratique consiste  embaucher un costaud qui, sur le chantier,
donne l'lan  ses camarades. Il en met plus que quiconque... et il
faut le suivre, sinon les retardataires risquent d'tre mal vus et
d'tre dbauchs comme incapables.

Une telle manire de procder dnote bien que ces entrepreneurs
raisonnent  l'gard des travailleurs comme lorsqu'ils traitent un
march pour l'acquisition d'une machine. De mme qu'ils achtent
celle-ci avec la fonction productive qui lui est incorpore[4], de mme
ils ne considrent l'ouvrier que comme un instrument de production
qu'ils prtendent acqurir en entier, pour un temps donn, tandis qu'en
ralit, ils ne passent de contrat avec lui que pour la fonction de son
organisme se traduisant en travail effectif.

    [4] il y a cependant des cas o le vendeur d'une machine ne cde pas
    intgralement  son acheteur la _fonction productrice_ de la dite
    machine. En exemple, certaines machines  fabriquer les chaussures
    qui sont munies d'un compteur enregistrant le nombre des chaussures
    produites et qui sont vendues avec la stipulation que l'acheteur
    paiera _indfiniment_ une certaine redevance par paire de chaussures
    produite.

Cette discordance qui est la base des rapports entre patrons et ouvriers
met en relief l'opposition fondamentale des intrts en prsence: la
lutte de la classe qui dtient les moyens de production contre la classe
qui, dnue de capital, n'a d'autre richesse que sa force de travail.

Ds que, sur le terrain conomique, employs et employeurs prennent
contact, se rvle cet antagonisme irrductible qui les jette aux deux
ples opposs et qui, par consquent, rend toujours instables et
phmres leurs accords.

Entre les uns et les autres, en effet, il ne peut jamais se conclure un
contrat au sens prcis et quitable du terme. Un contrat implique
l'galit des contractants, leur pleine libert d'action et, de plus,
une de ses caractristiques est de prsenter pour tous ses signataires
un intrt rel et personnel, dans le prsent aussi bien que dans
l'avenir.

Or, lorsqu'un ouvrier offre ses bras  un patron, les deux
contractants sont loin d'tre sur le pied d'galit. L'ouvrier obsd
par l'urgence d'assurer son lendemain,--si mme il n'est pas tenaill
par la faim,--n'a pas la sereine libert d'action dont jouit son
embaucheur. En outre, le bnfice qu'il retire de son louage de travail
n'est que momentan, car, s'il y trouve la vie immdiate, il n'est pas
rare que le risque de la besogne  laquelle il est astreint ne mette sa
sant, son avenir en pril.

Donc, entre patrons et ouvriers il ne peut se conclure d'engagements qui
mritent le qualificatif de contrats. Ce qu'on est convenu de dsigner
sous le nom de _contrat du travail_ n'a pas les caractres spcifiques
et bilatraux du contrat; c'est, au sens strict, un contrat unilatral,
favorable seulement  l'un des contractants,--un contrat lonin.

Il dcoule de ces constatations que, sur le march du travail, il n'y a,
face  face, que des belligrants en permanent conflit; par consquent,
toutes les relations, tous les accords des uns et des autres ne peuvent
tre que prcaires, car ils sont vicis  la base, ne reposant que sur
le plus ou moins de force et de rsistance des antagonistes.

C'est pourquoi, entre patrons et ouvriers, ne se conclut jamais--et ne
peut jamais se conclure,--une entente durable, un contrat au sens loyal
du mot: il n'y a entre eux que des armistices qui, suspendant pour un
temps les hostilits, apportent une trve momentane aux faits de
guerre.

Ce sont deux mondes qui s'entrechoquent avec violence: le monde du
capital, le mond du travail. Certes, il peut y avoir,--et il y a,--des
infiltrations de l'un dans l'autre; grce  une sorte de capillarit
sociale, des transfuges passent du monde du travail dans celui du
capital et, oubliant ou reniant leurs origines, prennent rang parmi les
plus intraitables dfenseurs de leur caste d'adoption. Mais, ces
fluctuations dans les corps d'arme en lutte n'infirment pas
l'antagonisme des deux classes.

D'un ct comme de l'autre les intrts en jeu sont diamtralement
opposs et cette opposition se manifeste en tout ce qui constitue la
trame de l'existence. Sous les dclamations dmocratiques, sous le verbe
menteur de l'galit, le plus superficiel examen dcle les divergences
profondes qui sparent bourgeois et proltaires: les conditions
sociales, les modes de vivre, les habitudes de penser, les aspirations,
l'idal... tout! tout diffre!




CHAPITRE III

Morale de classe


Il est comprhensible que, de la diffrenciation radicale dont nous
venons de constater la persistance entre la classe ouvrire et la classe
bourgeoise dcoule une moralit distincte.

Il serait, en effet, pour le moins trange, qu'il n'y ait rien de commun
entre un proltaire et un capitaliste, sauf la morale.

Quoi! Les faits et gestes d'un exploit devraient tre apprcis et
jugs avec le critrium de son ennemi de classe?

Ce serait simplement absurde!

La vrit, c'est que, de mme qu'il y a deux classes dans la socit, il
y a aussi deux morales,--celle des capitalistes et celle des
proltaires.

  La morale naturelle ou zoologique, crit Max Nordau, dclarerait que
  le repos est le mrite suprme, et ne donnerait  l'homme le travail
  comme dsirable et glorieux qu'autant que ce travail est indispensable
   son existence matrielle. Mais les exploiteurs n'y trouveraient pas
  leur compte. Leur intrt, en effet, rclame que la masse travaille
  plus qu'il n'est ncessaire pour elle, et produise plus que son propre
  usage ne l'exige. C'est qu'ils veulent prcisment s'emparer du
  surplus de la production;  cet effet, ils ont supprim la morale
  naturelle et en ont invent une autre, qu'ils ont fait tablir par
  leurs philosophes, vanter par leurs prdicateurs, chanter par leurs
  potes: morale d'aprs laquelle l'oisivet serait la source de tous
  les vices, et le travail une vertu, la plus belle de toutes les
  vertus...

Il est inutile d'observer que cette morale est  l'usage exclusif des
proltaires, les riches qui la prnent n'ayant garde de s'y soumettre:
l'oisivet n'est vice que chez les pauvres.

C'est au nom des prescriptions de cette morale spciale que les ouvriers
doivent trimer dur et sans trve au profit de leurs patrons et que tout
relchement de leur part, dans l'effort de production, tout ce qui tend
 rduire le bnfice escompt par l'exploiteur, est qualifi d'action
immorale.

Par contre, c'est toujours en excipant de cette morale de classe que
sont glorifis le dvouement aux intrts patronaux, l'assiduit aux
besognes les plus fastidieuses et les moins rmunratrices, les
scrupules niais qui crent l'honnte ouvrier, en un mot toutes les
chanes idologiques et sentimentales qui rivent le salari au carcan du
capital, mieux et plus srement que des maillons en fer forg.

Pour complter l'oeuvre d'asservissement, il est fait appel  la vanit
humaine: toutes les qualits du bon esclave sont exaltes, magnifies et
on a mme imagin de distribuer des rcompenses,--la mdaille du
travail!--aux ouvriers-caniches qui se sont distingus par la souplesse
de leur pine dorsale, leur esprit de rsignation et leur fidlit au
matre.

De cette morale sclrate la classe ouvrire est donc sature 
profusion.

Depuis sa naissance, jusqu' la mort, le proltaire en est englu: il
suce cette morale avec le lait plus ou moins falsifi du biberon qui,
pour lui, remplace trop souvent le sein maternel; plus tard,  la
laque, on la lui inculque encore, en un dosage savant, et
l'imprgnation se continue, par mille et mille procds, jusqu' ce que,
couch dans la fosse commune, il dorme son ternel sommeil.

L'intoxication rsultant de cette morale est tellement profonde et
tellement persistante que des hommes  l'esprit subtil, au raisonnement
clair et aigu, en restent cependant contamins. C'est le cas du citoyen
Jaurs qui, pour condamner le sabotage, a excip de cette thique, cre
 l'usage des capitalistes. Dans une discussion ouverte au Parlement sur
le Syndicalisme, le 11 mai 1907, il dclarait:

  Ah! s'il s'agit de la propagande systmatique, mthodique du sabotage,
  au risque d'tre tax par vous d'un optimisme o il entrerait quelque
  complaisance pour nous-mmes, je ne crains pas qu'elle aille bien
  loin. Elle rpugne  toute la nature  toutes les tendances de
  l'ouvrier...

Et il insistait fort:

  Le sabotage, affirmait-il, rpugne  la valeur technique de l'ouvrier.

  La valeur technique de l'ouvrier, c'est sa vraie richesse; voil
  pourquoi le thoricien, le mtaphysicien du syndicalisme, Sorel
  dclare que, accordt-on au syndicalisme tous les moyens possibles, il
  en est un qu'il doit s'interdire  lui-mme: celui qui risquerait de
  dprcier, d'humilier dans l'ouvrier cette valeur professionnelle, qui
  n'est pas seulement sa richesse prcaire d'aujourd'hui, mais qui est
  son titre pour sa souverainet dans le monde de demain...

Les affirmations de Jaurs, mme places sous l'gide de Sorel, sont
tout ce qu'on voudra,--voire de la mtaphysique,--hormis la constatation
d'une ralit conomique.

O diantre a-t-il rencontr des ouvriers que toute leur nature et
toutes leurs tendances portent  donner le plein de leur effort,
physique et intellectuel  un patron, en dpit de conditions drisoires,
infimes ou odieuses que celui-ci leur impose?

En quoi, d'autre part, la valeur technique de ces problmatiques
ouvriers serait-elle mise en pril, parce que, le jour o ils
s'apercevront de l'exploitation honte dont ils sont victimes, ils
tenteront de s'y soustraire et, tout d'abord, ne consentiront plus 
soumettre leurs muscles et leurs cerveaux  une fatigue indfinie, pour
le seul profit du patron?

Pourquoi ces ouvriers gaspilleraient-ils cette valeur technique qui
constitue leur vraie richesse--au dire de Jaurs--et pourquoi en
feraient-ils presque gratuitement cadeau au capitaliste?

N'est-il pas plus logique qu'au lieu de se sacrifier, en agneaux blants
sur l'autel du patronat, ils se dfendent, luttent, et estimant au plus
haut prix possible leur valeur technique ils ne cdent tout ou partie
de cette vraie richesse qu'aux conditions les meilleures, ou les moins
mauvaises?

A ces interrogations l'orateur socialiste n'apporte pas de rponse,
n'ayant pas approfondi la question. Il s'est born  des affirmations
d'ordre sentimental, inspires de la morale des exploiteurs et qui ne
sont que le remchage des arguties des conomistes reprochant aux
ouvriers franais leurs exigences et leurs grves, les accusant de
mettre l'industrie nationale en pril.

Le raisonnement du citoyen Jaurs est, en effet du mme ordre, avec
cette diffrence qu'au lieu de faire vibrer la corde patriotique, c'est
le point d'honneur, la vanit, la gloriole du proltaire qu'il a tch
d'exalter, de surexciter.

Sa thse aboutit  la ngation formelle de la lutte de classe, car elle
ne tient pas compte du permanent tat de guerre entre le capital et le
travail.

Or, le simple bon sens suggre que le patron tant l'ennemi, pour
l'ouvrier, il n'y a pas plus dloyaut de la part de celui-ci  dresser
des embuscades contre son adversaire qu' le combattre  visage
dcouvert.

Donc, aucun des arguments emprunts  la morale bourgeoise ne vaut pour
apprcier le sabotage, non plus que toute autre tactique proltarienne;
de mme, aucun de ces arguments ne vaut pour juger les faits, les
gestes, les penses ou les aspirations de la classe ouvrire.

Si sur tous ces points on dsire raisonner sainement, il ne faut pas se
rfrer  la morale capitaliste, mais s'inspirer de la morale des
producteurs qui s'labore quotidiennement au sein des masses ouvrires
et qui est appele  rgnrer les rapports sociaux, car c'est elle qui
rglera ceux du monde de demain.




CHAPITRE IV

Les procds de sabotage


Sur le champ de bataille qu'est le march du travail, o les
belligrants s'entrechoquent, sans scrupules et sans gards, il s'en
faut, nous l'avons constat, qu'ils se prsentent  armes gales.

Le capitaliste oppose une cuirasse d'or aux coups de son adversaire qui,
connaissant son infriorit dfensive et offensive, tche d'y suppler
en ayant recours aux ruses de guerre. L'ouvrier, impuissant pour
atteindre son adversaire de front, cherche  le prendre de flanc, en
l'attaquant dans ses oeuvres vives: le coffre-fort.

Il en est alors des proltaires comme d'un peuple qui, voulant rsister
 l'invasion trangre et ne se sentant pas de force  affronter
l'ennemi en bataille range se lance dans la guerre d'embuscades, de
gurillas. Lutte dplaisante pour les grands corps d'arme, lutte
tellement horripilante et meurtrire que, le plus souvent, les
envahisseurs refusent de reconnatre aux francs-tireurs le caractre de
belligrants.

Cette excration des gurillas pour les armes rgulires n'a pas plus
lieu de nous tonner que l'horreur inspire par le sabotage aux
capitalistes.

C'est qu'en effet le sabotage est dans la guerre sociale ce que sont les
gurillas dans les guerres nationales: il dcoule des mmes sentiments,
rpond aux mmes ncessits et a sur la mentalit ouvrire d'identiques
consquences.

On sait combien les gurillas dveloppent le courage individuel,
l'audace et l'esprit de dcision; autant peut s'en dire du sabotage: il
tient en haleine les travailleurs, les empche de s'enlizer dans une
veulerie pernicieuse et comme il ncessite une action permanente et sans
rpit, il a l'heureux rsultat de dvelopper l'esprit d'initiative,
d'habituer  agir soi-mme, de surexciter la combativit.

De ces qualits, l'ouvrier en a grandement besoin, car le patron agit 
son gard avec aussi peu de scrupules qu'en ont les armes d'invasion
oprant en pays conquis: il rapine le plus qu'il peut!

Cette rapacit capitaliste, le milliardaire Rockefeller l'a blme...
quitte, trs srement,  la pratiquer sans vergogne.

  Le tort de certains employeurs, a-t-il crit, est de ne point payer la
  somme exacte qu'ils devraient; alors le travailleur a une tendance 
  restreindre son labeur.

Cette tendance  la restriction du labeur que constate
Rockefeller--restriction qu'il lgitime et justifie par le blme qu'il
adresse aux patrons--est du sabotage sous la forme qui se prsente
spontanment  l'esprit de tout ouvrier: le _ralentissement du travail_.

C'est, pourrait-on dire, la forme instinctive et primaire du sabotage.

C'est  son application qu' Beaford, dans l'Indiana, tats-Unis
(c'tait en 1908), se dcidaient une centaine d'ouvriers qui venaient
d'tre aviss qu'une rduction de salaire s'levant  une douzaine de
sous par heure leur tait impose. Sans mot dire, ils se rendirent  une
usine voisine et firent rogner leurs pelles de deux pouces et demi.
Aprs quoi, ils revinrent au chantier et rpondirent au patron: A
petite paie, petite pelle!

Cette forme de sabotage n'est praticable que pour les ouvriers  la
journe. Il est, en effet, bien vident que ceux qui travaillent aux
pices et qui ralentiraient leur production seraient les premires
victimes de leur rvolte passive puisqu'ils saboteraient leur propre
salaire. Ils doivent donc recourir  d'autres moyens et leur
proccupation doit tre de diminuer la qualit et non la quantit de
leur produit.

De ces moyens, le _Bulletin de la Bourse du Travail de Montpellier_
donnait un aperu, dans un article publi dans les premiers mois de
1900, quelques semaines avant le Congrs confdral qui se tint  Paris:

  Si vous tes mcanicien, disait cet article, il vous est trs facile
  avec deux sous d'une poudre quelconque, ou mme seulement avec du
  sable, d'enrayer votre machine, d'occasionner une perte de temps et
  une rparation fort coteuse  votre exploiteur. Si vous tes
  menuisier ou bniste, quoi de plus facile que de dtriorer un meuble
  sans que le patron s'en aperoive et de lui faire perdre ainsi des
  clients? Un tailleur peut aisment abmer un habit ou une pice
  d'toffe; un marchand de nouveauts, avec quelques taches adroitement
  poses sur un tissu le fait vendre  vil prix; un garon picier, avec
  un mauvais emballage, fait casser la marchandise; c'est la faute de
  n'importe qui, et le patron perd le client. Le marchand de laines,
  mercerie, etc., avec quelques gouttes d'un corrosif rpandues sur une
  marchandise qu'on emballe, mcontente le client; celui-ci renvoie le
  colis et se fche; on lui rpond que c'est arriv en route...
  Rsultat, perte souvent du client. Le travailleur  la terre donne de
  temps en temps un coup de pioche maladroit,--c'est--dire adroit,--ou
  sme de la mauvaise graine au milieu d'un champ, etc.

Ainsi qu'il est indiqu ci-dessus, les procds de sabotage sont
variables  l'infini. Cependant, quels qu'ils soient, il est une qualit
qu'exigent d'eux les militants ouvriers: c'est que leur mise en pratique
n'ait pas une rpercussion fcheuse sur le consommateur.

Le sabotage s'attaque au patron, soit par le ralentissement du travail,
soit en rendant les produits fabriqus invendables, soit en immobilisant
ou rendant inutilisable l'instrument de production, mais le consommateur
ne doit pas souffrir de cette guerre faite  l'exploiteur.

Un exemple de l'efficacit du sabotage est l'application mthodique
qu'en ont fait les coiffeurs parisiens:

Habitus  frictionner des ttes, ils se sont aviss d'tendre le
systme du schampoing aux devantures patronales. C'est au point que,
pour les patrons coiffeurs, la crainte du _badigeonnage_ est devenue la
plus convaincante des sanctions.

C'est grce au badigeonnage--pratiqu principalement de 1902  mai
1906,--que les ouvriers coiffeurs ont obtenu la fermeture des salons 
des heures moins tardives et c'est aussi la crainte du badigeonnage qui
leur a permis d'obtenir, trs rapidement (avant le vote de la loi sur le
repos hebdomadaire) la gnralisation de la fermeture des boutiques, un
jour par semaine.

Voici en quoi consiste le badigeonnage: en un rcipient quelconque, tel
un oeuf pralablement vid, le badigeonneur enferme un produit
caustique; puis,  l'heure propice, il s'en va lancer contenant et
contenu sur la devanture du patron rfractaire.

Ce schampoing endolorit la peinture de la boutique et le patron
profitant de la leon reue devient plus accommodant.

Il y a environ 2.300 boutiques de coiffeurs  Paris, sur lesquelles,
durant la campagne de badigeonnage, 2.000 au moins ont t badigeonnes
une fois... sinon plusieurs. _L'Ouvrier coiffeur_, l'organe syndical de
la Fdration des Coiffeurs a estim approximativement  200.000 francs
les pertes financires occasionnes aux patrons par le procd du
badigeonnage.

Les ouvriers coiffeurs sont enchants de leur mthode et ils ne sont
nullement disposs  l'abandonner. Elle a fait ses preuves, disent-ils,
et ils lui attribuent une valeur moralisatrice qu'ils affirment
suprieure  toute sanction lgale.

Le badigeonnage, comme tous les bons procds de sabotage s'attaque donc
 la caisse patronale et la tte des clients n'a rien  en redouter.

                   *       *       *       *       *

Les militants ouvriers insistent fort sur ce caractre spcifique du
sabotage qui est de frapper le patron et non le consommateur. Seulement,
ils ont  vaincre le parti-pris de la presse capitaliste qui dnature
leur thse  plaisir en prsentant le sabotage comme dangereux pour les
consommateurs principalement.

On n'a pas oubli l'motion que soulevrent, il y a quelques annes, les
racontars des quotidiens,  propos du pain au verre pil. Les
syndicalistes s'vertuaient  dclarer que mettre du verre pil dans le
pain serait un acte odieux, stupidement criminel et que les ouvriers
boulangers n'avaient jamais eu semblable pense. Or, malgr les
dngations et les dmentis, le mensonge se rpandait, se rditait et,
naturellement, indisposait contre les ouvriers boulangers nombre de gens
pour qui ce qu'imprime leur journal est parole d'vangile.

En fait, jusqu'ici, au cours des diverses grves de boulangers, le
sabotage constat s'est born  la dtrioration des boutiques
patronales, des ptrins ou des fours. Quant au pain, s'il en a t
fabriqu d'immangeable,--pain brl ou pas cuit, sans sel, ou sans
levain, etc., mais, insistons-y, jamais au verre pil!--ce ne sont pas,
et ce ne pouvaient pas tre, les consommateurs qui en ont pti, mais
uniquement les patrons.

Il faudrait, en effet, supposer les acheteurs ptris de btise...  en
manger du foin!... pour accepter, au lieu de pain, un mlange indigeste
ou nausabond. Si le cas se ft prsent ils eussent videmment rapport
ce mauvais pain  leur fournisseur et eussent exig  la place un
produit comestible.

Il n'y a donc  retenir le pain au verre pil que comme un argument
capitaliste destin  jeter le discrdit sur les revendications des
ouvriers boulangers.

Autant peut s'en dire du canard lanc en 1907 par un
quotidien,--spcialiste en excitations contre le mouvement
syndical,--qui raconta qu'un prparateur en pharmacie, fru du sabotage,
venait de substituer de la strychnine et autres poisons violents 
d'innocentes drogues prescrites pour la prparation de cachets.

Contre cette histoire, qui n'tait qu'un mensonge,--et aussi une
insanit,--le syndicat des prparateurs en pharmacie protesta avec juste
raison.

En ralit, si un prparateur en pharmacie avait intention de sabotage,
jamais il n'imaginerait d'empoisonner les malades... ce qui, aprs avoir
conduit ceux-ci au tombeau, l'amnerait lui-mme en cour d'assises et ne
causerait aucun srieux prjudice  son patron.

Certes, le potard saboteur agirait autrement. Il se bornerait 
gaspiller les produits pharmaceutiques,  en faire une gnreuse
distribution; il pourrait encore employer pour les ordonnances les
produits purs,--mais trs coteux,--en place des produits frelats qui
s'emploient couramment.

En ce dernier cas, il se dgagerait d'une complicit coupable... de sa
participation au sabotage patronal,--criminel celui-l!--et qui consiste
 dlivrer des produits de basse qualit, d'action quasi nulle, au lieu
des produits purs ordonnancs par le mdecin.

Il est inutile d'insister davantage pour dmontrer que le sabotage
pharmaceutique peut tre profitable au malade, mais qu'il ne peut
jamais,--au grand jamais!--lui tre nuisible.

C'est d'ailleurs par des rsultats similaires, favorables au
consommateur, que, dans bien des corporations,--entre autres celle de
l'alimentation,--se manifeste le sabotage ouvrier.

Et s'il y a un regret  formuler c'est que ce sabotage ne soit pas
davantage entr dans les moeurs ouvrires. Il est triste, en effet, de
constater que, trop souvent, des travailleurs s'associent aux plus
abominables frelatages qu'il soit, au dtriment de la sant publique; et
cela, sans envisager la part de responsabilit qui leur incombe dans des
agissements que le Code peut excuser, mais qui n'en sont pas moins des
crimes.

Un appel  la population parisienne--dont ci-dessous est reproduit
l'essentiel,--lanc en 1908 par le syndicat des Cuisiniers, en dit plus
long sur ce sujet que bien des commentaires:

  Le 1er juin dernier, un chef cuisinier, arriv du matin mme dans un
  restaurant populaire, constatait que la viande qui lui tait confie
  s'tait tellement avarie, que la servir et t un danger pour les
  consommateurs; il en fit part au patron qui exigea qu'elle soit quand
  mme servie; l'ouvrier, rvolt de la besogne qu'on voulait de lui,
  refusa de se faire complice de l'empoisonnement de la clientle.

  Le patron, furieux, de cette indiscrte loyaut, se vengea en le
  congdiant et en le signalant au syndicat patronal des restaurants
  populaires _La Parisienne_, afin de l'empcher de se replacer.

  Jusqu'ici, l'incident rvle seulement un acte individuel et ignoble
  du patron et un acte de conscience d'un ouvrier; mais la suite de
  l'affaire rvle, comme on va le voir, une solidarit patronale
  tellement scandaleuse et dangereuse, que nous nous croyons obligs de
  la dnoncer:

  Quand l'ouvrier s'est reprsent  l'office de placement du syndicat
  patronal, le prpos  cet office lui dclara: qu' lui, ouvrier, a
  ne le regardait pas si les denres taient ou non avaries, que ce
  n'tait pas lui qui tait responsable; que du moment qu'on le payait
  il n'avait qu' obir, que son acte tait inadmissible et que
  dsormais il n'avait plus  compter sur leur service de placement pour
  avoir du travail.

  Crever de faim ou se faire au besoin complice d'empoisonnement, voil
  le dilemme pos aux ouvriers par ce syndicat patronal.

  D'autre part, ce langage tablit bien nettement que, loin de rprouver
  la vente des denres avaries, ce syndicat couvre et dfend ces actes
  et poursuit de sa haine les empcheurs d'empoisonner tranquillement!

Il n'est srement pas un spcimen unique dans Paris, ce restaurateur
sans scrupules qui sert de la viande pourrie  sa clientle. Cependant,
rares sont les cuisiniers qui ont le courage de suivre l'exemple donn.

C'est que, hlas,  avoir trop de conscience, ces travailleurs risquent
de perdre leur gagne-pain,--voire d'tre boycotts! Or, ce sont l des
considrations qui font tourner bien des ttes, vaciller bien des
volonts et mettent un frein  bien des rvoltes.

Et c'est pourquoi, trop peu nous sont dvoils les mystres des
gargottes,--populaires ou aristocratiques.

Il serait pourtant utile au consommateur de savoir que les normes
quartiers de boeuf qui, aujourd'hui, s'talent  la devanture du
restaurant qu'il frquente sont des viandes aptissantes qui, demain,
seront trimballes et dtailles aux Halles... tandis qu' la gargote en
question se dbiteront des viandes suspectes.

Il lui serait galement utile, au client, de savoir que le potage bisque
d'crevisses qu'il savoure est fait avec les carapaces de langoustes
laisses hier,--par lui ou d'autres,--sur l'assiette; carapaces
soigneusement racles, pour en dtacher le pulpe y adhrant encore et
qui, broy au mortier, est finement dlay par un coulis qu'on teinte en
rose avec du carmin.

De savoir aussi: qu'on fait les filets de barbue avec de la lotte ou
du cabillaud; que les filets de chevreuil sont de la tranche de boeuf,
pimente grce  une marinade endiable; que pour enlever aux volailles
la saveur passe et les rajeunir on promne dans l'intrieur un fer
rouge.

Et encore, que tout le matriel de restaurant: cuillers, verres,
fourchettes, assiettes, etc., est essuy avec les serviettes abandonnes
par les clients aprs leur repas,--d'o contagion possible de
tuberculose... sinon d'avarie!

La liste serait longue,--et combien nauseuse!--s'il fallait numrer
tous les trucs et les fourbis de commerants rapaces et sans
vergogne qui, embusqus au coin de leur boutique, ne se satisfont point
de dtrousser leurs pratiques, mais encore trop souvent, les
empoisonnent par dessus le march.

D'ailleurs, il ne suffit pas de connatre les procds; il faut savoir
quelles sont les maisons honorables qui sont coutumires de ces
criminelles manires de faire. C'est pourquoi nous devons souhaiter,
dans l'intrt de la sant publique, que les ouvriers de l'alimentation
sabotent les rputations surfaites de leurs patrons et nous mettent en
garde contre ces malfaiteurs.

Observons, au surplus, qu'il est, pour les cuisiniers, une autre varit
de sabotage: c'est de prparer les plats d'excellente faon, avec tous
les assaisonnements ncessaires et en y apportant tous les soins requis
par l'art culinaire; ou bien, dans les restaurants  la portion, d'avoir
la main lourde et copieuse, au profit des clients.

                   *       *       *       *       *

De tout ceci il rsulte donc, que, pour les ouvriers de cuisine, le
sabotage s'identifie avec l'intrt des consommateurs, soit qu'ils
s'avisent d'tre de parfaits matres-queux, soit qu'ils nous initient
aux arcanes peu ragotantes de leurs officines.

Certains objecteront peut-tre que, dans ce dernier cas, les cuisiniers
font, non pas acte de sabotage, mais donnent un exemple d'intgrit et
de loyaut professionnelle digne d'encouragement.

Qu'ils prennent garde! Ils s'engagent sur une pente trs savonne, trs
glissante et ils risquent de rouler  l'abme... c'est--dire  la
condamnation formelle de la socit actuelle.

En effet, la falsification, la sophistication, la tromperie, le
mensonge, le vol, l'escroquerie sont la trame de la socit capitaliste;
les supprimer quivaudrait  la tuer... Il ne faut pas s'illusionner: le
jour o on tenterait d'introduire dans les rapports sociaux,  tous les
degrs et dans tous les plans, une stricte loyaut, une scrupuleuse
bonne foi, plus rien ne resterait debout, ni industrie, ni commerce, ni
banque..., rien! rien!

Or, il est vident que, pour mener  bien toutes les oprations louches
auxquelles il se livre, le patron ne peut agir seul; il lui faut des
aides, des complices... il les trouve dans ses ouvriers, ses employs.
Il s'en suit logiquement qu'en associant ses employs  ses
manoeuvres--mais non  ses bnfices--le patron, dans n'importe quelle
branche de l'activit, exige d'eux une soumission complte  ses
intrts et leur interdit d'apprcier et de juger les oprations et les
agissements de sa maison; s'il en est qui ont un caractre frauduleux,
voire criminel, cela ne les regarde point.

_Ils ne sont pas responsables... Du moment qu'on les paie, ils n'ont
qu' obir..._, ainsi l'observait trs bourgeoisement le prpos de la
Parisienne dont il a t question plus haut.

En vertu de tels sophismes, le travailleur doit faire litire de sa
personnalit, touffer ses sentiments et agir en inconscient; toute
dsobissance aux ordres donns, toute violation des secrets
professionnels, toute divulgation des pratiques, pour le moins
malhonntes, auxquelles il est astreint, constitue de sa part un acte de
flonie  l'gard du patron.

Donc, s'il se refuse  l'aveugle et passive soumission, s'il ose
dnoncer les vilenies auxquelles on l'associe, il est considr comme se
rebellant contre son employeur, car il se livre envers lui  des actes
de guerre,--il le sabote!

Au surplus, cette manire de voir n'est pas particulire aux patrons,
c'est aussi comme acte de guerre,--comme acte de sabotage,--que les
syndicats ouvriers interprtent toute divulgation prjudiciables aux
intrts capitalistes.

Cet ingnieux moyen de battre en brche l'exploitation humaine a mme
reu un nom spcial: c'est le sabotage par la mthode de la _bouche
ouverte_.

L'expression est on ne peut plus significative. Il est, en effet certain
que bien des fortunes ne se sont difies que grce au silence qu'ont
gard sur les pirateries patronales les exploits qui y ont collabor.
Sans le mutisme de ceux-ci, il et t difficile, sinon impossible aux
exploiteurs de mener  bien leurs affaires; si elles ont russi, si la
clientle est tombe dans leurs panneaux, si leurs bnfices ont fait
boule de neige, c'est grce au silence de leurs salaris.

Eh bien! ces muets du srail industriel et commercial sont las de rester
bouche close. Ils veulent parler! Et ce qu'ils vont dire va tre si
grave que leurs rvlations vont faire le vide autour de leur patron,
que sa clientle va se dtourner de lui...

Cette tactique de sabotage qui, sous ses formes anodines et vierges de
violences, peut tre aussi redoutable pour bien des capitalistes que la
brutale mise  mal d'un prcieux outillage est en passe de considrable
vulgarisation.

C'est  elle que recourent les travailleurs du btiment qui dvoilent, 
l'architecte ou au propritaire qui fait construire, les malfaons de
l'immeuble qu'ils viennent de terminer, ordonnes par l'entrepreneur et
 son profit: murs manquant d'paisseur, emploi de mauvais matriaux,
couches de peinture escamotes, etc.

_Bouche ouverte_, galement, lorsque les ouvriers du mtro dnoncent 
grand fracas les criminels vices de construction des tunnels;

_Bouche ouverte_, aussi, quand les garons piciers pour amener 
composition les maisons rfractaires  leurs revendications ont avis,
par voie d'affiches, les mnagres des trucs et des filouteries du
mtier;

_Bouche ouverte_, encore, les placards des prparateurs en pharmacie--en
lutte pour la fermeture  9 heures du soir--dnonant le coupable
sabotage des malades par des patrons insoucieux.

Et c'est de mme  la pratique de la _bouche ouverte_ qu'ont dcid de
recourir les employs des maisons de banque et de Bourse. Dans une
assemble gnrale, tenue en juillet dernier, le syndicat de ces
employs a adopt un ordre du jour menaant les patrons, s'ils font la
sourde oreille aux revendications prsentes, de rompre le silence
professionnel et de rvler au public tout ce qui se passe dans les
cavernes de voleurs que sont les maisons de finance.

Ici, une question se pose:

Que vont dire de la _bouche ouverte_ les pointilleux et tatillons
moralistes qui condamnent le sabotage au nom de la morale?

Auxquels des deux, patrons ou employs, vont aller leurs anathmes?

Aux patrons, escrocs, spoliateurs, empoisonneurs, etc., qui entendent
associer leurs employs  leur indignit, les rendre complices de leurs
dlits, de leurs crimes?

Ou bien, aux employs qui, se refusant aux malhonntets et aux
sclratesses que l'exploiteur exige d'eux, librent leur conscience en
mettant public ou consommateurs en garde?

                   *       *       *       *       *

Nous venons d'examiner les procds de sabotage mis en oeuvre par la
classe ouvrire, sans suspension de travail, sans qu'il y ait abandon du
chantier ou de l'atelier; mais le sabotage ne se limite pas  cette
action restreinte; il peut devenir,--et il devient de plus en plus,--un
aide puissant au cas de grve.

Le milliardaire Carnegie, le roi du Fer, a crit:

  Attendre d'un homme qui dfend son salaire pour les besoins de sa vie,
  d'assister tranquillement  son remplacement par un autre homme, c'est
  trop attendre.

C'est ce que ne cessent de dire, de rpter, de clamer les
syndicalistes. Mais, il n'y a pire sourds, on le sait, que ceux qui ne
veulent pas entendre,--et les capitalistes sont du nombre!

Cette pense du milliardaire Carnegie, le citoyen Bousquet, secrtaire
du Syndicat des Boulangers parisiens, l'a paraphrase dans un article de
la Voix du Peuple[5]:

    [5] Dans le numro du 21 mai 1905.

  Nous pouvons constater, crivait-il, que le simple fait de l'arrt du
  travail n'est pas suffisant pour l'aboutissant d'une grve. Il serait
  ncessaire et mme indispensable, pour le rsultat du conflit, que
  l'outillage,--c'est--dire les moyens de production de l'usine, du
  tissage, de la mine, de la boulangerie, etc.,--soit rduit  la grve,
  c'est--dire au _non fonctionnement_...

  Les rengats vont travailler. Ils trouvent les machines, les outils,
  les fours en bon tat,--et ce, par la suprme faute des grvistes qui,
  ayant laiss en _bonne sant_ ces moyens de production, ont laiss
  derrire eux la cause de leur chec revendicatif...

  Or, se mettre en grve et laisser en _tat normal_ les machines et
  outils, est du temps perdu pour une lutte efficace. En effet, le
  patronat, disposant des rengats, de l'arme, de la police, fera
  fonctionner les machines... et le but de la grve ne sera pas atteint.

  Le premier devoir avant la grve est donc de rduire  l'impuissance
  les instruments de travail. C'est l'A B C de la lutte ouvrire.

  Alors, la partie devient gale entre le patron et l'ouvrier, car,
  alors, la cessation du travail qui est _relle_, produit le but
  dsir, c'est--dire l'arrt de la vie dans le clan bourgeois.

  Dsir de grve dans l'alimentation?... Quelques litres de ptrole ou
  autre matire grasse et odorante rpandue sur la sole du four... Et
  rengats ou soldats peuvent venir faire du pain. Ce pain sera
  immangeable, car les carreaux (pendant au moins trois mois) garderont
  l'odeur de la matire et l'inculqueront au pain.

  Rsultat: four inutilisable et  dmolir.

  Dsir de grve dans la mtallurgie?... Du sable ou de l'meri dans les
  engrenages de ces machines qui, montres fabuleuses, marquent
  l'exploitation du proltariat; ce sable fera grincer ces machines,
  encore plus fort que le patron et le contre-matre, et le colosse de
  fer, le pondeur de travail, sera rduit  l'impuissance et les
  rengats aussi...

C'est la mme thse qu'a effleure dans sa brochure _Le Syndicalisme
dans les Chemins de fer_, le citoyen A. Renault, employ de
l'Ouest-tat, thse qui lui a valu, en septembre dernier, d'tre rvoqu
par le Conseil d'enqute, qui en la circonstance, a eu figure de conseil
de guerre:

  Pour tre certain du succs, expliquait Renault, au cas o la majorit
  des employs de chemins de fer ne cesserait pas le travail au dbut,
  il est indispensable qu'une besogne dont il est inutile de donner ici
  une dfinition, soit faite, au mme instant, dans tous les centres
  importants, au moment de la dclaration de grve.

  Pour cela, il faudrait que des quipes de camarades rsolus, dcids,
  cote que cote,  empcher la circulation des trains, soient ds
  maintenant constitus dans tous les groupes et les points importants.
  Il faudrait choisir des camarades parmi les professionnels, parmi ceux
  qui, connaissant le mieux les rouages du service, sauraient trouver
  les endroits sensibles, les points faibles, frapperaient  coup sr
  _sans faire de destruction imbcile_ et, par leur action efficace,
  adroite, intelligente autant qu'nergique, rendraient, d'un seul coup,
  inutilisable pour quelques jours le matriel indispensable au
  fonctionnement du service et  la marche des trains.

  Il faut penser srieusement  cela. Il faut compter avec les jaunes,
  les soldats...

Cette tactique qui consiste  doubler la grve des bras de la grve des
machines peut paratre s'inspirer de mobiles bas et mesquins. Il n'en
est rien!

Les travailleurs conscients se savent n'tre qu'une minorit et ils
redoutent que leurs camarades n'aient pas la tnacit et l'nergie de
rsister jusqu'au bout. Alors, pour entraver la dsertion de la masse,
ils lui rendent la retraite impossible: ils coupent les ponts derrire
elle.

Ce rsultat, ils l'obtiennent en enlevant aux ouvriers, trop soumis aux
puissances capitalistes, l'outil des mains et en paralysant la machine
que fcondait leur effort. Par ces moyens, ils vitent la trahison des
inconscients et les empchent de pactiser avec l'ennemi en reprenant le
travail mal  propos.

Il y a une autre raison  cette tactique: ainsi que l'ont not les
citoyens Bousquet et Renault, les grvistes n'ont pas que les rengats 
craindre; ils doivent aussi se mfier de l'arme.

En effet, il devient de plus en plus d'usage capitaliste de substituer
aux grvistes la main d'oeuvre militaire. Ainsi, ds qu'il est question
d'une grve de boulangers, d'lectriciens, de travailleurs des Chemins
de fer, etc., le gouvernement songe de suite  nerver la grve et  la
rendre inutile et sans objet en remplaant les grvistes par des
soldats.

C'est au point que, pour supplanter les lectriciens, par exemple, le
gouvernement a dress un corps de soldats du gnie, auxquels on a appris
le fonctionnement des machines gnratrices d'lectricit, ainsi que la
manipulation des appareils et qui sont toujours prts  accourir prendre
la place des ouvriers de l'industrie lectrique au premier symptme de
grve.

Il est donc de lumineuse vidence que si les grvistes, qui connaissent
les intentions gouvernementales, ngligent,--avant de suspendre le
travail,--de parer  cette intervention militaire, en la rendant
impossible et inefficace, ils sont vaincus d'avance.

Prvoyant le pril, les ouvriers qui vont engager la lutte seraient
inexcusables de ne pas y obir. Ils n'y manquent pas!

Mais alors il arrive qu'on les accuse de vandalisme et qu'on blme et
fltrit leur irrespect de la machine.

Ces critiques seraient fondes s'il y avait de la part des ouvriers
volont systmatique de dtrioration, sans proccupation de but. Or, ce
n'est pas le cas! Si les travailleurs s'attaquent aux machines c'est,
non par plaisir ou dilettantisme, mais parce qu'une imprieuse ncessit
les y oblige.

Il ne faut pas oublier qu'une question de vie ou de mort se pose pour
eux: s'ils n'immobilisent pas les machines ils vont  la dfaite, 
l'chec de leurs esprances; s'ils les sabotent, ils ont de grandes
chances de succs, mais par contre, ils encourent la rprobation
bourgeoise et sont accabls d'pithtes malsonnantes.

tant donn les intrts en jeu, il est comprhensible qu'ils affrontent
ces anathmes d'un coeur lger et que la crainte d'tre honnis par les
capitalistes et leur valetaille ne les fasse pas renoncer aux chances de
victoire que leur rserve une ingnieuse et audacieuse initiative.

Ils sont dans une situation identique  celle d'une arme qui, accule 
la retraite, se rsout  regret  la destruction des armements et des
approvisionnements qui gneraient sa marche et risqueraient de tomber au
pouvoir de l'ennemi. En ce cas, cette destruction est lgitime, tandis
qu'en toute autre circonstance elle serait folie.

En consquence, il n'y a pas plus raison de blmer les ouvriers qui,
pour assurer leur triomphe recourent au sabotage, qu'il n'y a lieu de
blmer l'arme qui, pour se sauver elle-mme, sacrifie ses
_impedimenta_.

Nous pouvons donc conclure qu'il en est du sabotage, ainsi que de toutes
les tactiques et de toutes les armes: la justification de leur emploi
dcoule des ncessits et du but poursuivi.

C'est  cette proccupation des ncessits inluctables et du but 
atteindre qu'obissaient, il y a quelques annes, les employs des
tramways de Lyon qui, pour rendre impossible la circulation des cars,
avec des rengats pour wattmen, coulaient du ciment dans les aiguilles
des rails.

Autant peut s'en dire galement du personnel du chemin de fer du Mdoc
qui se mit en grve en juillet 1908: avant de suspendre le travail il
avait eu soin de couper la ligne tlgraphique reliant les gares et,
lorsque la Compagnie voulut organiser un service de fortune il fut
constat que les organes de prise d'eau des locomotives avaient t
dvisss et cachs.

Un original procd est le suivant, qui fut appliqu  Philadelphie dans
une grande maison de fourrures, une de ces dernires annes: avant de
quitter le travail les ouvriers coupeurs furent invits par le Syndicat
 modifier la grandeur de leurs patrons rgulirement d'un pouce en
plus ou en moins. Chaque ouvrier suivit le conseil, rognant ou
augmentant ses patrons  sa guise... Aprs quoi, le travail ayant
cess des jambes noires furent embauchs sans que les grvistes en
soient mus. Ces jaunes se mirent au travail et ce fut un beau gchis!
Les coupeurs couprent... et rien ne s'accordait! Tant et si bien
qu'aprs avoir perdu beaucoup de dollars, le patron fut dans
l'obligation de rembaucher les grvistes... Chacun reprit son poste et
chacun redressa ses patrons en plus ou en moins.

On n'a pas oubli la formidable dsorganisation qu'apporta au printemps
de 1909 la grve des Postes et Tlgraphes. Cette grve tonna bien des
aveugles volontaires, auxquels chappent les symptmes sociaux les plus
accentus; ceux-l eussent manifest moins de stupfaction s'ils avaient
su que le _Cri Postal_, l'organe corporatif des sous-agents des P. T.
T., dclarait, ds le mois d'avril 1907:

  Vous nous parlez coups de trique, nous rpondrons coups de matraque...
  Ce que vous ne pourrez jamais empcher, c'est qu'un jour, les
  correspondances et les tlgrammes pour Lille aillent faire un tour 
  Perpignan. Ce que vous ne pourrez jamais empcher, c'est que les
  communications tlphoniques soient subitement embrouilles et les
  appareils tlgraphiques subitement dtraqus. Ce que vous ne pourrez
  jamais empcher, c'est que dix mille employs restent  leur poste,
  mais les bras croiss. Ce que vous ne pourrez jamais empcher c'est
  que dix mille employs vous remettent le mme jour,  la mme heure,
  leur demande de mise en disponibilit et cessent le travail
  _lgalement aussitt_. Et ce que vous ne pourrez jamais faire, c'est
  les remplacer par des soldats...

Bien d'autres exemples seraient  citer. Mais, n'crivant pas un trait
de sabotage, il ne peut tre question d'exposer ici les moyens, aussi
complexes que varis, auxquels recourent et peuvent recourir les
travailleurs. Les quelques-uns que nous venons de rappeler suffisent
amplement pour faire saisir sur le vif les caractres du sabotage.

                   *       *       *       *       *

Outre les procds exposs ci-dessus il en est un autre,--qui s'est
passablement rpandu depuis l'chec de la deuxime grve des
Postiers,--et qu'on pourrait qualifier de sabotage par reprsailles.

A la suite de cette deuxime grve, des groupes de rvolutionnaires,
dont les recherches de la police et du parquet n'ont pas russi 
dcouvrir la filire, dcidrent de saboter les lignes tlgraphiques et
tlphoniques, pour protester contre le renvoi en masse de plusieurs
centaines de grvistes. Ils annoncrent leur intention de s'acharner 
ces gurillas d'un nouveau genre tant que les postiers rvoqus pour
faits de grve, n'auraient pas t rintgrs.

Une circulaire confidentielle envoye aux adresses sres que ces
groupes,--ou ce groupe,--s'taient procures, prcisait dans quelles
conditions devait s'oprer cette campagne de sabotage des fils.

  Les camarades qui t'envoient ce papier, disait cette circulaire, te
  connaissent si tu ne les connais pas; excuse-les de ne pas signer.

  Ils te connaissent pour un rvolutionnaire srieux.

  Ils te demandent de couper les fils tlgraphiques et tlphoniques
  qui seront  ta porte dans la nuit de lundi  mardi 1er juin.

  Les nuits suivantes tu continueras sans autre mot d'ordre, le plus
  souvent que tu pourras.

  Quand le Gouvernement en aura assez il rintgrera les 650 postiers
  qu'il a rvoqus.

Dans une seconde partie, cette circulaire contenait un formulaire
dtaill et technique qui exposait les diffrentes faons de couper les
fils tout en vitant d'tre lectrocuts. Elle recommandait aussi, avec
beaucoup d'insistance, de ne pas toucher aux fils des signaux ni aux
fils tlgraphiques des compagnies de chemins de fer et, pour rendre
impossible toute erreur, il tait insist minutieusement sur les moyens
de reconnatre les fils des compagnies de ceux des lignes de l'tat.

L'hcatombe des fils tlgraphiques et tlphoniques fut considrable
sur tous les points de la France et elle se continua sans rpit jusqu'
la chute du ministre Clemenceau.

A l'avnement du ministre Briand il y eut une sorte d'armistice, une
suspension des hostilits contre les lignes tlgraphiques, les nouveaux
ministres ayant laiss entrevoir comme prochaine la rintgration des
victimes de la grve.

Depuis, en diverses circonstances, certains groupes, voulant protester
contre l'arbitraire du pouvoir, ont pris l'initiative de s'adonner 
cette guerre aux fils tlgraphiques et tlphoniques. Voici,  titre
documentaire, l'un des bilans d'un des groupes les plus actifs en ce
genre d'oprations:

  _Septime bilan du groupe rvolutionnaire secret de la rgion de
  Joinville et ses succursales:_

  Fils tlgraphiques et tlphoniques coups pour protester contre
  l'arrestation arbitraire du camarade Ingweiller, secrtaire de l'Union
  syndicale des ouvriers sur mtaux, les poursuites scandaleuses
  engages contre le comit de grve du Bi-Mtal et les condamnations
  prononces le 25 juillet 1910.

  Oprations faites par le comit rvolutionnaire secret de la rgion de
  Joinville et le comit de Seine-et-Oise du 8 au 28 juillet 1910:

  Rgion de Montesson, le Vsinet, Pont du Pecq           78 lignes
  25 juillet.--Route de Melun  Montgeron                 32 --
  25 juillet.--Route de Corbeil  Draveil.                24 --
  28 juillet.--Ligne du P.-L.-M. (Porte de Charenton)     87 --
           Total                                         221 lignes
  Report des 6 prcdents bilans.                        574 --
           Total                                         795 lignes

Jusqu'ici, nous n'avons envisag le sabotage que comme un moyen de
dfense utilis par le producteur contre le patron. Il peut, en outre,
devenir un moyen de dfense du public contre l'tat ou les grandes
compagnies.

L'tat-- tout seigneur tout honneur!--en a dj pti. On sait avec
quelle dsinvolture il exploite les services publics qu'il a englobs.
On sait aussi que les voyageurs du rseau de l'Ouest sont, entre tous,
les plus mal lotis. Aussi,  bien des reprises, un vent de colre a-t-il
pass sur eux et il y a eu alors, en une crise de rvolte, fusion des
classes contre l'tat maudit.

Nous avons assist  un rude sabotage de la gare St-Lazare... mais ce ne
fut qu'un geste d'exaspration impulsif et momentan.

Or, voici qu'un syndicat de dfense des intrts des voyageurs vient,
 fin aot dernier, de se constituer et, ds sa naissance, convaincu de
l'inanit des moyens lgaux, il a (dans une runion tenue  Houilles)
affirm sa volont de recourir, pour obtenir satisfaction,  tous les
moyens possibles et imaginables et s'est dclar partisan d'un sabotage
intensif du matriel.

C'est preuve que le sabotage fait son chemin!




CHAPITRE V

L'obstructionnisme


L'_obstructionnisme_ est un procd de sabotage  rebours qui consiste 
appliquer avec un soin mticuleux les rglements,  faire la besogne
dont chacun a charge avec une sage lenteur et un soin exagr.

Cette mthode est surtout usite dans les pays germaniques et une des
premires et importantes applications en a t faite en 1905, en Italie,
par les travailleurs des chemins de fer.

Il est inutile d'insister pour dmontrer qu'en ce qui concerne
spcialement l'exploitation des voies ferres, les circulaires et les
rglements chevauchent les uns sur les autres; il n'est pas difficile
non plus de concevoir combien leur scrupuleuse et stricte application
peut apporter de dsarroi dans le service.

Le gchis et la dsorganisation furent, en Italie, lors de l'Obstruction
des _Ferrovieri_ fantastiques et formidables. En fait, la circulation
des trains fut presque suspendue.

L'vocation de ce que fut cette priode de rsistance passive fera
saisir toute l'ingniosit de cette tactique de lutte ouvrire. Les
reporters qui vcurent l'_obstruction_ nous en donnrent des rcits qui
ont une saveur que n'aurait pas un expos thorique. Laissons-leur donc
la parole:

  Le rglement veut qu'on ouvre le guichet pour la distribution des
  tickets trente minutes avant l'heure du dpart du train et qu'on le
  ferme cinq minutes avant.

  On ouvre donc les guichets. La foule se presse et s'impatiente. Un
  monsieur offre un billet de 10 francs pour payer un ticket de 4 fr.
  50. L'employ lui lit l'article qui impose aux voyageurs l'obligation
  de se prsenter avec leur argent, compt jusqu'aux centimes. Qu'il
  aille donc faire de la monnaie. L'incident se rpte pour huit
  voyageurs sur dix. Contre tout usage, mais selon le rglement, on ne
  rend pas de monnaie, ft-ce sur un franc. Aprs vingt-cinq minutes,
  une trentaine de personnes  peine ont pris leurs billets. Les autres
  arrivent essouffles, avec leur monnaie. Mais le guichet est ferm,
  parce que le dlai rglementaire est coul.

  Ne croyez pas, toutefois, que ceux qui ont pu prendre leurs billets ne
  soient pas  plaindre. Ils ne sont qu'au dbut de leurs peines. Ils
  sont dans le train, mais le train ne part pas. Il doit attendre que
  d'autres trains arrivent, d'autres trains qui sont en panne  cinq
  cents mtres de la gare. Car, d'aprs le rglement, on a accompli l
  des manoeuvres qui ont dtermin un arrt interminable. Des voyageurs,
  impatients, sont mme descendus pour gagner  pied la gare; mais les
  surveillants les ont arrts et leur ont dress procs-verbal.

  D'ailleurs, dans le train qui doit partir, il y a des tuyaux de
  chauffage  surveiller, et une inspection minutieuse peut durer
  jusqu' deux heures. Enfin, le train s'branle. On pousse un soupir de
  soulagement. On croit toucher au but. Illusion!

  A la premire gare, le chef de train examine toutes les voitures et
  donne les ordres opportuns. On vrifie notamment si toutes les
  portires sont bien fermes. On devrait s'arrter une minute; c'est un
  quart d'heure au moins qu'il faut compter...

Ces incidents, qui se produisirent au premier jour,  Rome et un peu
partout, ne donnent qu'une image, imparfaite encore, de la situation.
Pour les manoeuvres dans les gares et pour la formation des trains de
marchandises, les choses taient bien plus compliques.

Et tout cela entreml d'incidents grotesques ou joyeux  faire pmer
d'aise les mnes de Sapeck.

A Milan, un train s'tait form pniblement aprs une heure et demie de
travail. Le surveillant passe et voit, tout au milieu, une de ces
vieilles et horribles voitures que, par avarice, les Compagnies
s'obstinent  faire circuler. Voiture hors d'usage, prononce-t-il. Et
tout de suite, il faut dtacher la voiture et reformer le train.

A Rome, un chauffeur doit reconduire sa machine au dpt. Mais il
s'aperoit que, derrire le tender on n'a pas plac les trois lanternes
rglementaires. Il refuse donc de bouger. On va chercher les lanternes;
mais, au dpt, on refuse de les livrer, car on rclame un mot crit du
chef de gare. Cet incident prend une demi-heure.

Au guichet se prsente un voyageur avec un billet  prix rduit. Au
moment de timbrer, l'employ demande:

--Vous tes bien M. Untel, dont le nom figure sur le billet?

--Certainement.

--Vous avez des papiers constatant votre identit?

--Non, pas sur moi.

--Alors, soyez assez bon pour trouver deux tmoins qui me garantissent
votre identit...

Toujours au guichet: un dput se prsente.

--Ah! vous tes l'honorable X...?

--Parfaitement.

--Votre mdaille?

--Voici.

--Veuillez me donner votre signature.

--Avec plaisir. Un encrier.

--Je n'en ai malheureusement pas.

--Alors, comment puis-je signer?

Et l'employ, placide et imperturbable de rpondre:

--Je crois qu'au buffet...

Le correspondant d'un grand journal parisien narra,  l'poque, son
burlesque voyage au temps d'obstruction:

  Je me fis conduire  la gare des Termini ( Rome), o j'arrivai juste
   l'heure du dpart rglementaire du train de Civita-Vecchia, Gnes,
  Turin et Modane.

  Je me prsentai au guichet qui tait libre.

  --Suis-je encore  temps pour le train de Gnes? demandai-je 
  l'employ.

  Celui-ci me regarde un moment d'un air tonn; puis, il me rpond avec
  flegme, en scandant les syllabes:

  --Certainement, le train de Gnes n'est pas encore parti.

  --Donnez-moi donc un billet d'aller et retour pour Civita-Vecchia,
  dis-je en lui passant ma monnaie compte par avance.

  L'employ prend ma monnaie, observe minutieusement et une  une chaque
  pice, chaque sou; il les palpe, les fait sonner pour les vrifier, le
  tout avec une lenteur telle que je lui dis, feignant l'impatience:

  --Mais vous allez me faire manquer mon train!

  --Bah! votre train ne part pas encore...

  --Comment! comment! fis-je.

  --Oui... On dit qu'il y a une petite chose de dtraque dans la
  machine.

  --Eh bien! on la changera!

  --_Chi lo sa?..._

  Je laisse cet homme impassible, et gagne le quai dont la physionomie
  est anormale. Plus de ces alles et venues fbriles, de facteurs,
  d'employs; ceux-ci sont rpartis en petits groupes, parlant posment
  entre eux, ce pendant que les voyageurs font les cent pas devant les
  portires du train ouvertes. Partout rgne le calme d'une petite gare
  de province.

  Je m'approche d'une voiture de premire classe. Une dizaine de
  manoeuvres astiquent les poignes de cuivre, nettoient les vitres,
  ouvrent et ferment les portires pour s'assurer qu'elles jouent bien,
  pousstent les coussins, prouvent les robinets d'eau et les boutons
  de lumire lectrique. Une vraie rage de propret, fait inou dans les
  chemins de fer italiens! Huit minutes ont pass et la voiture n'est
  pas prte encore.

  --_Dio mio!_ s'crie soudain un des manoeuvres, voil de la rouille
  sur les poignes de cette portire!

  Et il frotte la rouille avec une ardeur sans pareille.

  --Est-ce que vous allez nettoyer ainsi toutes les voitures? lui
  dis-je.

  --Toutes! me rpond cet homme consciencieux d'une voix grave. Et il y
  en a quinze  nettoyer encore!

  Cependant, la locomotive n'est pas encore l. Je m'enquiers. Un
  employ complaisant m'assure que le mcanicien est entr au dpt 
  l'heure rglementaire, mais il lui a fallu beaucoup de temps pour
  mettre sa machine en tat, car il a voulu peser les sacs de charbon,
  compter une  une les briques d'agglomr, enfin, inquiet sur certains
  appareils, il a d prier son chef de service de venir discuter avec
  lui,--conformment au rglement!

  J'assiste au dialogue suivant entre un sous-chef de gare et le chef de
  train:

  --coutez, dit le sous-chef de gare, vous savez bien que si vous
  exigez que le train soit form suivant les rglements, on ne partira
  plus.

  --Pardon, chef, rplique l'autre avec calme. Il faut d'abord faire
  respecter l'article 293 qui exige que les voitures  tampons fixes
  alternent entre les voitures  tampons  ressort. Puis, il y a tout le
  train  reformer, car aucun des tampons ne concide exactement avec
  son contraire, comme il est prescrit  l'article 236, lettre A. Les
  chanes de sret manquent en partie  certaines voitures qu'il faudra
  par consquent rparer, comme l'exige l'article 326, lettre B. De
  plus, la formation du train n'est pas faite comme il est prescrit,
  parce que les voitures pour...

  --Vous avez parfaitement raison, s'crie le sous-chef de gare. Mais
  pour faire tout cela, il faut une journe!

  --Ce n'est que trop vrai, soupire le chef de train, goguenard. Mais,
  que vous importe? Une fois en route, la responsabilit pse toute sur
  moi. J'insiste donc pour que le rglement soit respect...

  Finalement un coup de sifflet annonce que la locomotive s'avance,
  s'arrtant longuement  chaque aiguillage pour une longue discussion
  entre le mcanicien et l'aiguilleur. En arrivant sur la voie o notre
  train l'attend, le mcanicien s'arrte encore une fois avec prudence:
  avant d'aller plus loin et d'aborder la tte de son train, il veut
  savoir si les freins des voitures sont en bon tat, s'il n'y a pas de
  lampistes ou d'autres agents sur les toits des wagons... Un accident
  est si vite arriv! Enfin, le mcanicien se dclare satisfait et il
  amne sa locomotive  l'amarrage.

  Nous allons partir?... Allons donc! Le manomtre de la machine doit
  marquer 5 degrs et il en marque 4. D'habitude, on part quand mme et
  la pression monte en route. Mais le rglement exige les 5 degrs au
  dpart et notre mcanicien ne partirait pour rien au monde  4,9
  diximes ce soir.

  Nous finissons par dmarrer avec une heure et demie de retard. Nous
  sortons de la gare avec une sage lenteur, sifflant  toutes les
  aiguilles, longeant six trains en panne  deux kilomtres de Rome et
  dont les voyageurs pestent  qui mieux mieux, et... nous voici sous la
  coupe des contrleurs qui passent leur temps  faire signer les
  voyageurs munis de permis, de demi-permis et de billets circulaires.

  Cependant, premire station. Des voyageurs montent. Les employs
  vrifient lentement la fermeture de toutes les portires, qu'ils
  ouvrent et ferment. Dix minutes se perdent encore. Malgr tout, le
  chef de gare siffle pour le dpart.

  --_Momento!_ lui crie le chef de train. _Momento!_

  --Qu'y a-t-il? demande le chef de gare.

  --Je vais fermer la vitre de ce compartiment, l-bas, comme le
  prescrit l'article 676 du rglement.

  Et il le fait comme il l'a dit!

  On repart... A la gare suivante, nouvelle comdie.

  Il y a l des colis  prendre, neuf malles et cinq valises que le chef
  de train tient  vrifier avant de les admettre--comme il est prescrit
  par l'article 739 du rglement.

  Et nous sommes arrivs enfin  Civita-Vecchia,  minuit 40, avec prs
  de trois heures de retard, sur un parcours qui, d'ordinaire, se fait
  en deux heures...

Voil ce qu'est l'_obstructionnisme_: respect et application, pousss
jusqu' l'absurde, des rglements; accomplissement de la besogne dvolue
avec un soin excessif et une non moins excessive lenteur.

Ceci expos, il n'est pas inutile de connatre l'apprciation porte sur
cette tactique de lutte par le Congrs International des Ouvriers du
Transport, qui se tint  Milan, en juin 1906.

Le rapporteur tait un dlgu autrichien, le citoyen Tomschick:

  Il est trs difficile de dire, dclara-t-il: le Congrs recommande aux
  travailleurs des chemins de fer de se mettre en grve ou d'employer la
  rsistance passive. Par exemple, ce qui est bon et possible en
  Autriche, peut tre mauvais et impossible  excuter dans les autres
  pays...

  Quant  la rsistance passive: Elle est ancienne, elle a t applique
  dj en 1895. Les camarades italiens ont employ la rsistance passive
  bien maladroitement en l'tendant galement aux trains de voyageurs.
  Ils ont ainsi excit la population et c'tait absolument inutile, car
  la circulation des voyageurs n'est pas la partie la plus importante du
  commerce, elle ne vient qu'en deuxime ligne. Pour les chemins de fer
  c'est surtout la circulation des marchandises qui entre en
  considration et il faut frapper les chemins de fer par son arrt. Si
  les camarades italiens avaient fait ceci, ils auraient sans doute
  obtenu de grands avantages. Plus les marchandises s'accumulent, plus
  l'entire circulation est arrte et la consquence en est que les
  voyageurs protestent parce qu'ils doivent rester en dehors et attendre
  en vain leur transport. Dans ces cas les rclamations des voyageurs ne
  s'adresseront pas aux travailleurs des chemins de fer, mais aux
  administrations. En Italie on a pu constater le contraire: la
  population tait contre les travailleurs des chemins de fer.

  Je vous dis que la rsistance passive est bien plus difficile 
  excuter que la grve. Lors de la rsistance passive les travailleurs
  des chemins de fer sont toujours sous le fouet des suprieurs, 
  chaque quart d'heure ils doivent se dfendre contre toute sorte de
  commandements et,  cause du refus de travail, ils peuvent tre
  congdis  chaque moment.

  Prenez tous les fonctionnaires: tout au plus dix sur cent savent les
  instructions, car les employs ne sont pas instruits par leurs chefs.
  Vous pouvez alors vous imaginer combien il est difficile d'clairer et
  d'informer les travailleurs des chemins de fer lors d'une rsistance
  passive.

  Et puis il y a encore une circonstance importante qu'il ne faut pas
  oublier: lors de la rsistance passive on surcharge de travail les
  hommes indiffrents, ils doivent courir continuellement, ils ont peu
  de repos et par la perte de la rmunration kilomtrique ils ont en
  mme temps une diminution de leur gain. C'est pourquoi, nous y
  insistons encore une fois, l'excution de la rsistance passive n'est
  point une tche facile...

Le Congrs ne dsapprouva d'ailleurs pas l'Obstruction: il ne se
pronona pas entre les deux moyens,--la rsistance passive et la
grve,--laissant aux intresss le soin d'user de l'une ou de l'autre,
selon qu'ils le jugeraient prfrable.

Ces rserves du Congrs, au sujet de la rsistance passive en taient si
peu une condamnation que, l'anne suivante, en octobre 1907, les
cheminots autrichiens avaient recours  ce moyen de lutte: l'obstruction
se continua durant une quinzaine de jours et les compagnies furent
obliges de capituler.

Depuis, en maintes circonstances, l'obstructionnisme a t pratiqu dans
les pays autrichiens: entre autres corporations qui y ont eu recours,
citons celles des employs des postes et des typographes.

Ajoutons, avant de conclure, que ce procd de lutte a acquis droit de
cit en Allemagne:  l'approche du jour de l'an 1908 les employs des
grandes maisons d'dition de Liepzig ont us de ce sabotage  rebours
qu'est l'Obstructionnisme. Un journal corporatif exposa les faits comme
suit:

  Ces employs qui, malgr la chert des vivres, devaient travailler 
  des conditions excessivement prcaires, avaient soumis un projet de
  tarif aux patrons demandant un minimum de salaire de 110 marks par
  mois. Les patrons comptant sur le manque d'union des employs (il
  existe 5 syndicats diffrents, dont 1 socialiste), auraient bien voulu
  traner les pourparlers en longueur pour arriver  la morte-saison et
  ainsi pouvoir faire fi des revendications ouvrires. Mais ils avaient
  compt sans la vigilance du Syndicat socialiste qui convoqua tous les
  employs  une runion, o il fut dcid d'adopter le sabotage pour
  forcer les patrons  donner une solution. Le lendemain, les employs
  entrrent dans la rsistance passive, c'est--dire qu'ils
  travaillrent consciencieusement, _sans trop se presser_, recomptrent
  plusieurs fois les factures avant de les expdier, mettant le plus
  grand soin aux emballages, etc., et le rsultat fut que quantit de
  ballots de livres ne purent tre expdis. Les patrons, voyant les
  choses tourner de cette faon, accordrent ds le lendemain
  l'augmentation demande.

Il nous reste  observer que si l'Obstructionnisme a fait ses preuves en
Allemagne, il n'a pas encore,--sauf erreur,--t pratiqu en France.
Cependant, il n'est pas improbable qu'il s'y acclimate... il n'est
besoin pour cela que de l'occasion, de circonstances propices.




Conclusions


Ainsi que nous venons de le constater par l'examen des modalits du
sabotage ouvrier, sous quelque forme et  quelque moment qu'il se
manifeste, sa caractristique est,--toujours et toujours!--de viser le
patronat  la caisse.

Contre ce sabotage, qui ne s'attaque qu'aux moyens d'exploitation, aux
choses inertes et sans vie, la bourgeoisie n'a pas assez de
maldictions.

Par contre, les dtracteurs du sabotage ouvrier ne s'indignent pas d'un
autre sabotage,--vritablement criminel, monstrueux et abominable on ne
peut plus, celui-l,--qui est l'essence mme de la socit capitaliste;

Ils ne s'meuvent pas de ce sabotage qui, non content de dtrousser ses
victimes, leur arrache la sant, s'attaque aux sources mme de la vie...
 tout!

Il y a  cette impassibilit une raison majeure: c'est que, de ce
sabotage-l, ils sont les bnficiaires!

Saboteurs, les commerants qui, en tripatouillant le lait, aliment des
tout petits, fauchent en herbe les gnrations qui poussent;

Saboteurs, les fariniers et les boulangers qui additionnent les farines
de talc ou autres produits nocifs, adultrant ainsi le pain, nourriture
de premire ncessit;

Saboteurs, les fabricants de chocolats  l'huile de palme ou de coco; de
grains de caf  l'amidon,  la chicore et aux glands; de poivre  la
coque d'amandes ou aux grignons d'olives; de confitures  la glucose; de
gteaux  la vaseline; de miel  l'amidon et  la pulpe de chtaignes;
de vinaigre  l'acide sulfurique; de fromages  la craie ou  la fcule;
de bire aux feuilles de buis, etc., etc.

Saboteurs, les trafiquants,  combien patriotes!--plus et mieux que
Bazaine,--qui, en 1870-71, contriburent au sabotage de leur patrie en
livrant aux soldats des godillots aux semelles de carton et des
cartouches  la poudre de charbon; saboteurs, galement, leurs rejetons
qui, entrs dans la carrire paternelle avec au coeur le traditionnel
bonnet  poil, construisent les chaudires explosives des grands
cuirasss, les coques fles des sous-marins, fournissent l'arme de
singe pourri, de viandes avaries ou tuberculeuses, de pain au talc ou
aux fveroles, etc.[6]

    [6] Autre et rcent exemple de sabotage capitaliste:

    Lors du Circuit de l'Est, il fut fait grand tapage, sous prtexte de
    sabotage d'aroplanes. Il est superflu de dcharger les
    rvolutionnaires d'un tel crime. Ils ont en trop haute estime cette
    invention merveilleuse pour avoir song  saboter un aroplane...
    ft-il pilot par un officier.

    Aprs enqute, il a t reconnu que le seul et unique saboteur des
    aroplanes tait un _honnte commerant_... et patriote, comment
    donc!

    On avait command  ce mercanti de l'huile de ricin de premire
    qualit (utilise pour le graissage des moteurs) et il livra, en
    remplacement, du sulforicinate d'ammoniaque, produit infrieur et
    nocif qu'il vendit au taux de l'huile de ricin.

    Sous l'action de la chaleur dveloppe par la rotation excessivement
    rapide du moteur, le sulforicinate d'ammoniaque se dissocia et il se
    forma de l'acide sulfurique dont l'action corrosive fut dsastreuse
    pour les organes mtalliques qu'au lieu de graisser il dtriora et
    immobilisa.

    Ce sabotage capitaliste et pu causer la mort des aviateurs
    Legagneux et le lieutenant Aquaviva...

Saboteurs, les entrepreneurs de btisses, les constructeurs de voies
ferres, les fabricants de meubles, les marchands d'engrais chimiques,
les industriels de tous poils et de toutes les catgories...

Tous saboteurs! tous, sans exceptions!... car, tous, en effet, truquent,
bouzillent, falsifient, le plus qu'ils peuvent.

Le sabotage est partout et en tout: dans l'industrie, dans le commerce,
dans l'agriculture... partout! partout!

Or, ce sabotage capitaliste qui imprgne la socit actuelle, qui
constitue l'lment dans lequel elle baigne,--comme nous baignons dans
l'oxygne de l'air,--ce sabotage qui ne disparatra qu'avec elle, est
bien autrement condamnable que le sabotage ouvrier.

Celui-ci,--il faut y insister!--ne s'en prend qu'au capital, au
coffre-fort, tandis que l'autre s'attaque  la vie humaine, ruine la
sant, peuple les hpitaux et les cimetires.

Des blessures que fait le sabotage ouvrier ne gicle que l'or; de celles
produites par le sabotage capitaliste, au contraire, le sang coule 
flots.

Le sabotage ouvrier s'inspire de principes gnreux et altruistes: il
est un moyen de dfense et de protection contre les exactions
patronales; il est l'arme du dshrit qui bataille pour son existence
et celle de sa famille; il vise  amliorer les conditions sociales des
foules ouvrires et  les librer de l'exploitation qui les treint et
les crase... Il est un ferment de vie rayonnante et meilleure.

Le sabotage capitaliste, lui, n'est qu'un moyen d'exploitation
intensifie; il ne condense que les apptits effrns et jamais repus;
il est l'expression d'une rpugnante rapacit, d'une insatiable soif de
richesses qui ne recule pas devant le crime pour se satisfaire... Loin
d'engendrer la vie, il ne sme autour de lui que ruines, deuil et mort.


IMP. COOPRATIVE OUVRIRE, VILLENEUVE-St-GEORGES




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de la Librairie Marcel RIVIRE et Cie

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"Les Documents du Socialisme"

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Albert THOMAS, Dput de la Seine

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III. La Dcomposition du Marxisme, 2e dition, 1910, par Georges SOREL.

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JULES GUESDE, HUBERT LAGARDELLE et EDOUARD VAILLANT.

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VII. Les Instituteurs et le Syndicalisme, par M. T. LAURIN.

VIII. La Rvolution dreyfusienne, par G. SOREL.

IX. Les Bourses du Travail, par P. DELESALLE.

X. Voyage rvolutionnaire, par V. GRIFFUELHES.

XI. Les Objectifs de nos luttes de classes, par V. GRIFFUELHES et LOUIS
NIEL, prface de GEORGES SOREL.

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et PAUL HENRY, 1 vol. in-8 de 216 pages, br. 6 fr.

Race et Milieu social. Essais d'Anthroposociologie, par VACHER DE
LAPOUGE, 1910, 1 vol. in-8 de 393 pages, br. 8 fr.

La Protection de la Maternit, par J. MORNET, 1910, 1 vol. in-8, br. 6
fr.

Le Programme socialiste, par KAUTSKY. Traduction RMY, 1910, 1 vol.
in-8, br. 6 fr.

Le Chmage: causes, consquences, remdes, par H. DE LAVERGNE et P.
HENRY, 1910, 1 vol. in-8, br. 8 fr.

Les Cahiers de 1789 et les classes ouvrires, par ROGER PICARD, 1 vol.
in-8, 1910. 6 fr.

Le travail  domicile: ses misres, ses remdes, par G. MNY, 1 vol.
in-8, 1910. 8 fr.

La fin de l'esclavage dans l'antiquit, par CICCOTTI, traduit par G.
PLATON, 1910, 1 vol. in-8, br. 10 fr.

Introduction  la Sociologie, par G. DE GREEF, prof.  l'Universit
nouvelle de Bruxelles, 2e dit., 1911, 2 vol. in-8. 12 fr.


COLLECTION

"tudes sur le Devenir social"

I. Les illusions du progrs, par GEORGES SOREL, 2e dition augmente, 1
vol. in-16. 3 fr. 50

II. Dialogues socialistes, par ED. BERTH, 1 vol. in-16. 3 fr. 50

III. Karl Marx: l'conomiste, le socialiste, par A. LABRIOLA, traduit
par BERTH. Prface de GEORGES SOREL, 1 vol. in-16. 4 fr.

IV. Rflexions sur la violence, par GEORGES SOREL, 2e dition, 1910, 1
vol. in-16. 5 fr.

V. Le Mythe vertuiste et la Littrature immorale, par VILFREDO PARETO,
prof. d'conomie politique, 1 vol. in-16. 3 fr.

VI. L'Interprtation conomique de l'Histoire, par E. SELIGMAN, traduit
par H.-E. BARRAULT. Prface de GEORGES SOREL, 1 vol. in-16. 3 fr.


BIBLIOTHQUE

DES

Sciences conomiques et sociales

La journe de huit heures, par MARCEL LECOQ, _docteur en droit s
sciences conomiques_, 1 vol. in-16, de 224 pages. 2 fr.

L'Avenir conomique du Japon, par ACHILLE VIALATTE, _professeur 
l'Ecole des Sciences politiques_, 1 vol. in-16. 2 fr.

Cours d'conomie politique, profess au Collge libre des Sciences
Sociales, par PAUL GHIO.--Tome I. _Les Origines_, 1 vol. in-16. 2 fr.

Le Commerce international, par G. LECARPENTIER, _Avocat  la Cour
d'appel, diplm de l'Ecole des Sciences politiques_, 1 vol. in-16. 2
fr.

Les Employs et leurs Corporations. tude sur leur fonction conomique
et sociale, par E. DELIVET, _laurat de la Socit d'conomie politique
de Paris_, 1 vol. in-16. 2 fr.

Le Compagnonnage, son histoire, ses mystres, par J. CONNAY, Prface de
L. et M. BONNEFF, 1 vol. in-16. 2 fr.

Coopration et Socialisme en Angleterre, par BARRAULT et M. ALFASSA.
Prface de CH. GIDE, 1 vol. in-16. 2 fr.

Commerce maritime et Marine marchande, par G. LECARPENTIER, 1 vol.
in-16. 2 fr.

La formation du prix des denres, par A. DULAC (ouvrage couronn par la
Socit des agriculteurs de France), 1 vol. in-16. 2 fr.

La Dmocratie sociale devant les ides actuelles, par ET. ANTONELLI,
_professeur au Collge libre des Sciences sociales_. Prface de PAUL
BONCOUR, 1 vol. in-16. 2 fr.


Ouvrages divers

Allard.--_Esclaves, Serfs et Mainmortables_, n. d. 4 fr.

Bernstein (Ed.).--_La Grve et le lock-out en Allemagne. Leurs forces,
leur droit, leurs rsultats_. Confrence  l'Universit nouv. de
Bruxelles, 1908, gr. in-8. 2 fr. 50

Bernstein, Hueber, Keir Hardie, G.-S. Middleton, A. Octors, M. Olsen, A.
Quist, F. Thies, E. Vandervelde.--_Syndicats et Parti; les expriences
trangres_, br., in-8. 0 fr. 30

Beuchat et Hollebecque.--_Les religions_. tude historique et
sociologique du phnomne religieux, 1 vol. in-16, illust. 2 fr. 50

Colin (P.).--_Aperus sur le vagabondage, effets, causes, remdes_,
1907, 1 vol. in-16, br. 1 fr. 50

_1er Congrs de l'Enseignement des Sciences sociales_. Compte rendu des
sances et texte des mmoires de Gide, Waxweiler, G. Renard, Niceforo,
F. Simiand, Hauser, Deherme, 1901, 1 vol. in-8. 5 fr.

_Ve Congrs national des Syndicats et Groupes corporatifs ouvriers de
France_, tenu  Marseille, du 19 au 22 octobre 1892. Compte rendu, 1
vol. in-8. 1 fr. 50

Delmer.--_Enqute anglaise sur la journe de huit heures_, 1907, in-8,
br. 2 fr.

Draghiscesco (D.), membre de la Socit de Sociologie.--_Le Problme du
Dterminisme social_, 1903, in-8, br. 2 fr. 50

Fesch (P.).--_L'anne sociale conomique_, 1907, 1 vol. in-8, broch. 7
fr. 50

--_L'anne sociale conomique_, 1908, 1 vol. in-8, br. 7 fr. 50

Fournier de Flaix (E.).--_La Statistique des religions_, 1890, in-8 de
54 p. 1 fr. 50

Fromont.--_Une exprience industrielle de rduction de la journe de
travail_, 1 vol. in-16, cart. toile. 3 fr.

Gailhard-Bancel, dput.--_Les retraites ouvrires, l'Assistance aux
vieillards et aux infirmes_. Introduction et notes de M. J. Dusart,
prface du comte de Mun, dput, 1906, 1 vol. in-12, broch. 3 fr.

Goineau (A.).--_Les retraites ouvrires et paysannes. Loi du 5 avril
1910 annote et commente avec le calcul des pensions auxquelles les
intresss auront droit_, 1 vol. in-16, 1910. 1 fr.

Goulut.--_Le Socialisme au pouvoir_, 1910, 1 vol. in-16. 3 fr. 50

Heberlin-Darcy.--_Esquisse d'une socit collectiviste_. tude
sociologique, prface d'Anatole France, 1908, br. in-8. 0 fr. 50

Kurnatowski (G.).--_Esquisse d'volution solidariste_, 1 vol. in-8, br.
2 fr. 50

Lagardelle.--_La Grve gnrale et le Socialisme_, enqute
internationale, opinions et documents, 1905, 1 vol. in-18 de 424 p. 3
fr. 50

Niel (L.), ex-secrtaire de la C. G. T.--_Deux Principes de vie
sociale_. La lutte pour la vie. L'entente pour la vie. 1909, 1 vol.
in-12, br. 0 fr. 75

Poidvin (A.).--_Guide pratique en matire d'accidents du travail_ 
l'usage des patrons, employs et ouvriers, 1 vol. in-16, br., de 216 p.
2 fr.

Saint-Cyr (Ch. de).--_La Haute-Italie politique et sociale_, 1908, 1
vol. in-12 3 fr.

Saint-Georges d'Armstrong (Baron Th. de).--_Concorde internationale_,
avec commentaires et dtails. Lettres crites aux puissances et voeux
dposs au Congrs permanent de l'Humanit dans les annes 1900  1906,
1907, 1 vol. gr. in-8. 4 fr.

Sverac (G.).--_Guide pratique des Syndicats professionnels_, 1908, 1
vol. in-12, br. 2 fr.

Sorel (G.).--_Introduction  l'conomie moderne_, 1 volume in-16 5 fr.

--_Le systme historique de Renan_, in-8. 12 fr.

--_La ruine du monde antique_, in-16. 3 fr. 50

Valmor (G.).--_La loi du nombre_, notre principe de gouvernement, 1908,
1 vol. in-16. 1 fr. 50

--_Les problmes de la colonisation_. 3 fr. 50

Vandervelde (E.).--_Le sort des campagnes s'amliore-t-il? Un village
brabanon en 1833. Ce qu'il est devenu_. 1 vol. gr. in-8, broch. 2 fr.

--_Essais sur la question agraire en Belgique_, 1903, 1 vol. in-12 de
210 p. 2 fr. 50

Vitali.--_La question des retraites ouvrires devant le Parlement
franais_, 1906, 1 vol. in-8, br., 298 p. 5 fr.

Waxweiller (E.).--_Esquisse d'une Sociologie_. 1 vol. in-4 carr, cart.
toile. 12 fr.

--_L'volution de l'ide d'association des salaires aux profits_, 1909,
brochure gr. in-8. 1 fr.

Weber (A.).--_A travers la Mutualit_. tude critique sur les Socits
de secours mutuels, 1908, 1 vol. in-8. 5 fr.


Publication des Lois ouvrires

Accidents du Travail.--Loi du 9 avril 1898, modifie par les lois du 22
mars 1902 et du 31 mars 1905. Loi du 30 juin 1899, accidents agricoles.
Loi du 16 avril 1906, exploitations commerciales. Dcrets
d'administration publique. 1 brochure in-8 de 40 pages. 0 fr. 50

Accidents du Travail.--Arrt du 30 septembre 1905, fixant le tarif des
frais mdicaux et pharmaceutiques en matires d'accidents du travail. 1
brochure in-8. 0 fr. 75

Assistance aux Vieillards.--Instruction du 16 avril 1906 suivie de la
loi du 14 juillet 1905. Dcret du 14 avril 1906 et annexes. 1 brochure
in-8. 1 fr. 75

Bien de famille insaisissable.--Loi du 12 juillet 1909. Dcret du 26
mars 1910 et circulaire, annots et comments par PRANARD et MANGOT,
avec formules, 1 vol. in-16. 1 fr. 50

Bureaux de placement.--Loi du 14 mars 1904 relative au placement des
ouvriers et employs des deux sexes et de toutes professions. 1 brochure
in-8. 0 fr. 50

Caisses d'pargne.--Histoire et Lgislation, par CHEVAUCHEZ, rdacteur
au Sous-Secrtariat des Postes. In-8 br. 1 fr. 50

Caisses de secours contre le chmage.--Dcret du 9 septembre 1905,
prcd d'un rapport du Ministre du Commerce et du Ministre des
Finances. 1 brochure in-8. 0 fr. 50

Conseils de prud'hommes.--Loi du 27 mars 1907, complte des textes et
articles des codes mis en vigueur par la prsente loi. 1 brochure in-8
de 32 pages. 0 fr. 50

Contrat d'association.--Loi du 1er juillet 1901, modifie par celles des
4 dcembre 1902 et 17 juillet 1903, suivie des dcrets des 16 aot 1901,
28 novembre 1902, 14 fvrier 1905, et circulaire ministrielle. 1
brochure in-8 de 46 pages. 0 fr. 50

Distributions d'nergie lectrique.--Loi du 15 juin 1906, suivie de
celle du 25 juin 1895, brochure in-8. 0 fr. 50

Habitations  bon march et petite proprit.--Loi du 12 avril 1906 et
du 10 avril 1908. 1 brochure in-8. 0 fr. 50

Hygine du Travail.--Lois des 12 juin 1893 et 11 juillet 1903 et dcrets
des 29 novembre 1904 et 6 aot 1905, suivis des Dcrets sur l'emploi de
la cruse, couchage du personnel, ateliers de blanchissage. 1 brochure
in-8 de 30 pages. 0 fr. 50

Justice de paix.--Lois des 12 et 13 juillet 1905. 1 brochure in-8. 0 fr.
50

Lgislation lectorale.--Lois et dcrets concernant les lections des
conseillers municipaux, conseillers gnraux, dputs, snateurs, suivis
des lois constitutionnelles, petit volume in-8, broch. 1 fr. 50

Libert de Runion.--Loi du 30 juin 1881, modifie par celle du 28 mars
1907 et annote des textes des 16-24 aot 1790, 19-22 juillet 1791, 18
juillet 1837, 28 juillet 1848, 9 dcembre 1905, art. 25-26. Dcret du 16
mars 1906, art. 49. 1 brochure in-8. 0 fr. 50

Organisation municipale.--Loi du 5 avril 1884 modifie par celles des 4
et 25 fvrier 1901, 7 avril 1902, 8 janvier 1905, 9 dcembre 1905 et
complte par la loi du 22 mars 1890 sur les Syndicats des communes. 1
brochure in-8 de 48 p. 0 fr. 50

Recrutement de l'arme.--Loi du 21 mars 1905, rduisant  deux ans la
dure du service militaire. 1 brochure in-8 de 68 pages. 0 fr. 50

Repos hebdomadaire.--Loi du 13 juillet 1906 et Dcrets d'administration
publique du 24 aot 1906, 13 juillet 1907, 14 aot 1907. 1 brochure
in-8. 0 fr. 50

Retraites ouvrires et paysannes.--Loi du 5 avril 1910, 1 brochure in-8.
0 fr. 50

Socits d'assurances sur la vie.--Loi du 17 mars 1905, dcrets des 30
janvier, 12 mai, 9, 22, 25 juin 1906, notice relative  l'enregistrement
et arrts de juillet 1907 et modles d'tats  produire. 1 vol. in-8 de
104 pages. 2 fr.

Socits civiles et commerciales.--Loi du 24 juillet 1867, modifie et
complte par celles des 1er aot 1893 et 16 novembre 1903, suivie des
lois des 29 juin 1872, 1er dcembre 1875, et dcrets des 9 dcembre 1872
et 10 aot 1896 sur le timbre des socits. 1 brochure in-8 de 36 pages.
0 fr. 50

Socits de secours mutuels.--Loi du 1er avril 1898, modifie et
complte par celles des 31 mars 1903 et 2 juillet 1904, suivie du
dcret du 25 mars 1901. 1 brochure in-8. 0 fr. 50

Syndicats professionnels.--Loi du 21 mars 1884, circulaire ministrielle
du 25 aot 1884. 1 brochure in-8. 0 fr. 50

                   *       *       *       *       *

Indpendamment des Lois mentionnes ci-dessus et dites par nos soins,
la librairie peut fournir par fascicules spars du _Bulletin des Lois_
toutes celles promulgues depuis 1794.


Imp. coop. ouvr. Villeneuve-St-Georges.






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including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search
facility: www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

