Project Gutenberg's Varits Historiques et Littraires (10 / 10), by Various

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Title: Varits Historiques et Littraires (10 / 10)
       Recueil de poces volantes rares et curieuses en prose et en vers

Author: Various

Release Date: March 25, 2015 [EBook #48581]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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  VARITS

  HISTORIQUES

  ET LITTRAIRES

  Recueil de pices volantes rares et curieuses
  en prose et en vers

  _Revues et annotes_

  PAR

  M. DOUARD FOURNIER

  TOME X




  A PARIS

  Chez PAGNERRE, Libraire

  M.DCCCLXIII




_L'Oeconomie ou le vray Advis pour se faire bien servir, par le sieur
Crespin_[1].

_A Paris._--M.DC.XLI.

          [Note 1: Nous ne savons rien sur le sieur Crespin, auteur
          de cette pice trs curieuse et fort rare. On verra
          seulement un peu plus loin qu'il toit matre d'htel de la
          marquise de Lezay.]


_A haute et puissante dame Madame la marquise de Lezay_[2].

          [Note 2: Noble dame d'une des meilleures maisons du Poitou,
          anctre du marquis de Lezay-Marnsia, littrateur agrable,
          qui fut dput aux tats gnraux en 1789, et de son fils
          le comte de Lezay-Marnsia, prfet sous l'Empire. Mme de
          Lezay fut,  ce qu'il parot, une dame accomplie, la femme
          forte de l'criture, comme le sieur Crespin le dira tout
           l'heure. Bien qu'elle et,  ce qu'il parot, un grand
          train de maison, sa vie fit si peu de bruit, et donna si
          peu de prise au scandale, que Tallemant ne l'a pas mme
          nomme, Saint-Simon non plus.]

MADAME,

Comme je suis extremement oblig  vostre grandeur, qui m'a receu 
vostre service au temps que j'estois delaiss d'une bonne partie de
mes plus familiers amys; maintenant que je respire le doux air qui
s'exale en moy par vostre faveur, je ne say comme quoy recompenser
ce vray office de charit que vous avez employ en mon endroit, si
ce n'est par des services continuels, suivis d'une parfaite humilit
deu  vostre qualit: ayant desja acquis par vostre bienveillance le
titre de maistre d'hostel, charge de laquelle j'estois indigne[3],
si l'ordre que vous avez estably en vostre maison ne m'y eust dress
et appris; protestant de vostre prevoyance, est le meilleur que
j'aye jamais veu pratiquer, depuis que j'ay l'honneur de servir
les grands; car l'on peut dire avec vrit que vous estes cette
femme que le sage appelle forte, capable d'difier et gouverner
la maison du juste, tant il est vray que toute choses sont en la
vostre prudemment observes: ce que considrant en moy-mesme, je
me suis reprsent l'estat malheureux auquel beaucoup de personnes
se trouvent enveloppez pour n'avoir pas conduit leur msnage assez
dextrement; et sur cette pense, je suis avis de les envoyer chez
vous pour apprendre leur leon, car je sai par bonne experience
qu'ils n'auront pas est deux fois en vostre escole, sans en tirer
un grand profit; mais comme la presse seroit trop grande, je vous
supplie, Madame, de recevoir ce petit trait, que je presente 
vostre grandeur, pour puis apres estre (suivant vostre volont),
eslargy et donn au public, quoy qu'il ne soit digne de vostre
hautesse, si ne laissera il pas de monstrer et apprendre aux nouveaux
maistres d'hostels le contenu de leur charge; vous me le permettez,
Madame, s'il vous plaist, car estant sous vostre protection, il sera
exempt de la censure des medisants, et pareillement receu de beaucoup
d'esprits curieux qui en pourront faire leur profit. Continuant mes
voeux en vous servant fidlement, je demeureray

  Madame,

  Vostre trs humble, affectionn et obeyssant serviteur,

                                                      CRESPIN.

          [Note 3: C'toit, aprs celles de l'intendant et de
          l'aumnier, la plus importante d'une grande maison bien
          rgle. La charge de maistre d'hostel, dit Audiger,
          regarde la dpense gnrale qui se fait journellement dans
          une grande maison, suivant l'ordre qui luy en est donn
          par le seigneur ou son intendant. Pour bien s'acquitter de
          son devoir, il doit estre expert et capable d'establir ou
          maintenir le bon ordre dans une maison, et ne point manquer
           donner  chacun ce qu'il doit avoir, sans augmentation ni
          diminution. C'est  luy de choisir de bons officiers tant
          d'office que de cuisine, et quand ils ne se trouvent pas
          capables ou qu'ils ne font pas leur devoir, les changer
          ainsi que les marchands fournissant pour la bouche ou
          autres, dont il doit prendre connaissance. _La Maison
          rgle_, etc. Amsterdam, 1700, in-8, liv. I, ch. 13.]

       *       *       *       *       *

AU LECTEUR.

Amy Lecteur, mon principal but et dessein par lequel j'ay fait ce
petit trait, que je te presente avec mon humble service, sera pour
te prier de ne point censurer la premire ouverture que je te fais
de mes oeuvres; ains je te prie de le recevoir en bonne part, et
continuer la lecture, qui n'est icy trace que pour t'en servir et
faire par icelle ton profit: t'arrestant au point lequel te fera
voir un tableau, dont beaucoup de personnes ont eu leurs testes
voiles, lesquels, pour ne s'estre pas informez du sujet pourquoy
leurs maisons sont tombes en ruine, se sont trouvez enveloppez dans
de grands embarras traisnant aprs eux diverses adversitez; et tels
revers de fortune viennent bien souvent  cause de la ngligence que
l'on a en ne faisant pas boucher des petits trous, qui,  la longueur
du temps, deviennent plus grands et d'autant plus dommageables. Mais
comme le temps d'apresent leur a fait lever le voile, ils voyent
bien le dsordre de leur maisons lors qu'il n'en est plus temps;
c'est pourquoy j'ay fait ce petit esclaircissement afin de les ayder,
et pour leurs maistres d'hostels nouveaux, qui pourront prendre
d'oresnavant, pour songer  tout; c'est mon dessein, comme estant
port d'affection  te faire service, et comme je suis tout  toy.

                                       Adieu.

       *       *       *       *       *

_L'Oeconomie ou le vray Advis pour se faire bien servir._

Ceux qui depuis vingt ans ont escrit la forme et manire de vivre
parmy les grands, et qui principalement se sont trouvez honorez de
courir en leurs tables et festins, ou bien, comme l'on dit, aux
disners d'amis, et ceux qui familierement se donnent  souper les
uns aux autres, peuvent, en lisant ce petit trait, cognoistre en
partie la vrit, et le sujet de tant de changements et renversements
de cuisines[4] qui se font journellement s maisons des grands
seigneurs; car ce n'est pas seulement entre les personnes de qualit
o se voient ces diverses mutations; mais, descendant de degr en
degr jusques aux moindres, qui, se voyants comme affaiblies par les
excs des tables, se contentent maintenant  ne pas tant ouvrir de
fois leurs bourses pour l'entretien de leurs bouches[5].

          [Note 4: Il y avoit alors dj des modes pour la cuisine
          comme pour les habits. On peut voir dans _les Dlices de la
          campagne_, etc., de Nicolas de Bonnefons, 1655, in-8, la
          liste et la description d'un nombre prodigieux de gteaux,
          rots, plats de lgumes, poissons, crmes, depuis peu  la
          mode.]

          [Note 5: V. sur les excs ruineux de la gastronomie,
          introduite en France, avec tous ses raffinements, par les
          Italiens de la suite des Mdicis, le _Discours_ de Bodin
          _Sur les causes de l'extrme chert_, dans notre t. VI, p.
          160-161.]

Il y a donc maintenant une reforme generale dont la cause en est
assez cogne par aucuns. Pour moy (advertissant un chacun  faire
son profit), je diray que a est par la trop mauvaise conduite de
ceux qui gouvernoient leurs maisons, donnant tout, pour puis aprs
ne rien avoir, achetant  grand prix un petit vent de faveur, qui
se dissipe le plus souvent par la plus simple pluye qui soit en la
moyenne region de l'air, et par ce moyen attirer  eux des gens qui
s'accordent en leurs faits, dits et actions, faisant grande chre 
ceux qui bien souvent les vendent  belle mesure, n'attribuant leur
labeur qu' une parfaite gausserie[6].

          [Note 6: Moquerie, duperie. Le verbe _gausser_ et le
          mot _gausseur_ sont plus employs que _gausserie_, leur
          driv. Il toit toutefois en usage dans cette expression
          proverbiale: _Gasserie_ (pour plaisanterie)  part.
          _Comdie des Proverbes_, Anc. Thtre, t. IX, p. 334.]

Les autres bouleversent les maisons par le jeu, par les dbauches
excessives, despences inutiles qui ne rapportent aucun profit, et
qui ne laisse pas de coter beaucoup, ne se contentant pas de ce
que la nature leur produit: ainsi ils recherchent des nouveautez
surnaturelles, qui ne servent qu' ruyner ceux qui viennent aprs
eux, lesquels bien souvent sont privez de la maison de monsieur
tel,  cause du remboursement de la somme de quatre cens mil escus,
tant du plus que du moins, que ledit tel devoit avoir par contract
de constitution de rente fait et pass en l'estude de tel et tel,
notaires, sans conter les autres parties des marchands en gros et en
dtail; de sorte qu'il se rencontre bien souvent qu'il n'y a pas
de quoy faire inhumer le corps de monsieur tel, lorsqu'il est mort,
contraignant quelquesfois les heritiers de jetter les clefs sur la
fosse[7]. Des crieurs en tels convois ne sont gures occupez; car
ordinairement les curez mesmes y perdent leurs droicts.

          [Note 7: Les hritiers qui renonoient  une succession
          jetoient les clefs de la maison du mort sur sa fosse. La
          veuve qui n'acceptoit pas l'hritage faisoit de mme, et
          de plus dceignoit sa ceinture sur la tombe. V. _Anciennes
          coutumes du duch de Bourgogne_, titre des _Fiefs_.]

Cependant donc que le corps de monsieur tel (qui de riche qu'il
estoit durant sa vie, est devenu aprs sa mort pauvre) est gisant
sur la paille, a le plus souvent pour compagnie le commissaire, le
greffier, le sergent, gens esveillez, qui,  la requeste d'un tel
et d'un tel, pose le sceau jusqu' ce qu'il soit dclar quelque
respondant, ou gardien des meubles. Je vous laisse  penser si, en
cette rencontre, se trouve l quelqu'un qui soit venu trop tard
pour avoir sa part de ce qui luy est deub, et que l'on luy dise que
tout est perdu pour luy et qu'il n'y a rien  esperer, le priant
bien humblement de ne s'en point fascher ains se consoler, que ne
fera-t-il point? Ne donnera-t-il pas monsieur un tel  tous les
diables?

Que si telle chose arrive  quelque maranire[8] ou poissonnire des
halles, de quelle malediction ornera elle point le drap mortuaire
de son debteur trespass? car pour son _libera_, elle invoque les
Diables d'Enfer pour y emporter son ame.

          [Note 8: _Marinire._]

Pareillement, si cela s'adresse  un boucher, gens o la piti
quelquesfois trouve place, quel _De profundis_ dira-il pour le
defunct qui luy a fait perdre son bien? je ne say, mais au moins je
croy que Dieu par luy est bien mal pri: car je croy que celuy qui se
voit frustr de la somme de deux mil livres, il ne peut pas songer 
autre chose qu' sa perte.

Je me suis trouv une fois en pareille rencontre, savoir d'un
boucher, qui, voyant que cette femme pleuroit et se deconfortoit,
voulut se mesler de luy donner quelque consolation, luy disant:
mamie, malheureux sont les personnes qui ont affaires  tels
affronteurs, car j'en suis log aussi bien que vous  la
levrette[9], et attrapp comme un renard[10]; c'est pourquoy vous
ne vous devez tant affliger, car vos pleurs vous ferons pas plutost
payer. Il se rencontra l un marchand de draps qui avoit sa part
aussi bien que ces deux au gasteau, lequel, prenant la parole, dit au
boucher: nous nous devons bien plus affliger, elle et moy, que vous;
lors le boucher, respondant, dit: pourquoy? pour ce, dit le marchand,
que si vous avez livr  M. tel des boeufs, des moutons et des veaux
qui sont mangez, au moins vous a-il laiss les peaux et le reste pour
maintenant en faire vostre profit, et nous n'avons rien, elle et
moy, qui nous puisse d'oresnavant profiter. Ne voyla pas une belle
consolation que se donnrent ces trois personnes.

          [Note 9: Nous ne connaissions pas cette singulire
          locution, et nous n'en comprenons gure le sens. Il peut
          s'expliquer, toutefois, si l'on songe que _levretter_,
          _levrauder_, vouloit dire poursuivre, harceler, et que, par
          consquent, _tre levrett, levraud_, signifioit: _tre
          poursuivi_, _malheureux_. Le premier mot se trouve dans un
          vieux pote, cit dans le _Dictionnaire tymologique_ de
          Nol, t. II, p. 155:

                          ..... Hlas! c'est povret
               Qui, an et jour, m'a si fort _levrett_.

          Quant  _levraud_, il se trouve dans Voltaire: Il est
          un peu extraordinaire, dit-il au mot _Homme_ du _Diction.
          philosoph._, qu'on ait harcel, honni, _levraud_ un
          philosophe de nos jours trs estimable.... Ailleurs, dans
          les _Mmoires sur sa vie_, crits par lui-mme, il dit: Je
          crois qu'il vaut mieux btir un beau chteau, comme j'ai
          fait, y jouer la comdie et y faire bonne chre, que d'tre
          _levraud_  Paris comme Helvtius, etc. Edit. Gotha,
          1790, in-8, t. 71, p. 311.]

          [Note 10: Ici, comme dans le vers de La Fontaine (_le
          Renard et la Cigogne_):

               Honteux comme un renard qu'une poule auroit pris, etc.,

          se trouve un souvenir du _jeu de damier_, o l'on voit
          un pion reprsentant le _renard_, serr de si prs par
          d'autres qui jouent le rle de poules, et si bien enferm
          dans un angle, qu'il ne peut plus ni avancer ni reculer.
          Adry, _les Jeux de l'Enfance_, p. 250-251.]

Or je dis que pour ne point tomber d'un si haut mal, il faut avec
soin vivre avec ordre, et bon mesnage desormais; c'est pourquoy
la plus part des grands, par exemple, doivent mettre une bonne
reigle en leurs maisons; mais comme tous ne peuvent pas songer ny
gouverner comme il faut un mesnage, et que mme il n'est pas bien
seant  leur condition de se mesler de la diversit de leur table,
considerons premierement qu'il est bon d'avoir un homme fidle et
bien experiment en l'oeconomie, qu'il soit absolument et du tout
chef d'hostel[11], et par dessus tous les autres domestiques,
et qui ne rende compte qu'au seigneur de la maison de qui il a
reeu l'ordre de commander: prenant soin qu'il ne s'y passe point
d'amourettes qu'elles ne soient cogneus pour bonne du seigneur
et de la dame, pour autant que sous telles amitiez, il se fait
ordinairement d'estranges droleries, qui bien souvent passent pour
scandaleuses et de nul effet; aussi est-ce le point principal,  quoy
le maistre d'hostel doit prendre garde, car il y va de l'interest et
de l'honneur pour son seigneur, et le maistre d'hostel doit tous les
soirs prendre advis avec les officiers de cuisine, et de faire rendre
compte de la despence du jour, pour puis aprs en rendre compte  son
seigneur devant ses domestiques, et sans passion[12].

          [Note 11: Le mot _chef_ pour premier cuisinier vient de l.]

          [Note 12: C'est ce que dit le sieur Audiger dans le passage
          de sa _Maison rgle_ que reproduit notre note, p. 2.]

Il me souvient en passant d'une maison ou j'estois autrefois,
laquelle estoit toute remplie d'amourettes, que le plus petit jusques
au plus grand estoit entach de cette furieuse maladie; et pour vous
dire la verit, je n'ay jamais vu gens si prompts et charitables 
se secourir les uns les autres en ce sujet, que je puis dire qu'il
n'y a point de religion ou l'on pratique plus cette saincte oeuvre,
tant recommande en un meilleur sujet qu'en cette folie; car tel
aymoit telle, qui croyoit que ce fust par le moyen de telle ou tel
qu'il falloit l'avoir en amiti, et pour ainsi ils n'osoient ou ne
pouvoient s'accuser les uns les autres. Ainsi bien souvent le maistre
d'hostel excusoit le cuisinier et le sommelier, car lorsque Monsieur
disoit que rien n'estoit cuit ou bon, ou que la viande sentoit le
_reland_[13], ou que tout estoit trop sal, le maistre d'hostel,
qui savoit la cause d'o provenoit toutes ses deffectuositez, ne
disoit pas que c'estoit l'amour du cuisinier qui rendoit ainsi les
viandes mal apprestes, mais au contraire faisoit ses excuses envers
Monsieur, disant que c'estoit le temps qui en estoit la cause, ou que
le cuisinier se portoit mal, que le bois estoit vert, que par malheur
il estoit arriv que le pot s'estoit cass en voulant dresser le
potage, qui faisoit que le bouillon n'estoit pas si bon qu'il devoit
estre, d'autant que la graisse estoit perdu, tant y a que toutes les
meilleures excuses qu'il pouvoit trouver pour le cuisinier, il le
faisoit, afin que reciproquement le cuisinier excusat ses deffauts
envers son seigneur, et pour ne pas luy reveler que le maistre
d'hostel se promenoit tous les jours avec sa maistresse, ou bien
qu'il s'estoit fait une bonne collation aux depens du seigneur.

          [Note 13: C'est--dire sentir le _gt_, le _renferm_. V.
          l'_Ancien Thtre_ de la Biblioth. Elzvir., t. VIII, p.
          77.]

Cependant que la fille de chambre carressoit le valet de mesme
condition, que le cocher avec une semblable  luy, que les chevaux,
mal pensez, n'estoient pas le plus souvent visitez de l'escuyer, qui,
pour s'en rapporter au pallefrenier, passoit legerement par dessus la
sujection de sa charge, ayant d'autres affaires plus pressantes en
ville que celle-l. Cependant il donne ou fait donner tout ce qu'il
faut, sans regarder les parties du charon et du mareschal, et mesme
se fait aymer du cocher, afin qu'il ne parle pas du lieu o il a men
monsieur l'escuyer; que s'il tarde trop, il s'excuse sur c'est cecy
ou cela qui en est cause; enfin il dit tout ce qu'il veut, hormis
la forte amiti qu'il porte  une telle, qui enfin voit et sent son
ventre enfler, pour laquelle cause l'un s'en va, et l'autre prend
Guillot pour mary, l'autre prend Perette pour femme; un autre est
en fuite pour l'enfant que l'on luy vouloit donner; l'autre plaide
par devant l'official[14] et jure qu'il n'a jamais fait cela  la
quidante qui veut couvrir son honneur du manteau du mariage; bref
c'est un passe-temps que de voir un tel mesnage en une maison.

          [Note 14: Sur ces procs par-devant l'official, dont
          le rsultat ordinaire toit de forcer le pre 
          prendre l'enfant et  donner une certaine somme, comme
          ddommagement,  la fille engrosse, V. notre t. I, p.
          319-320, note.]

Les cranciers, d'autre part, demeurent sans estre payez, car le
seigneur dit que pour luy il ne doit rien; le maistre d'hostel dit
qu'il donnoit l'argent au cuisinier; le gentilhomme[15] dit que
c'est le cocher qui fait trop de despence quand on le reprend sur
le controle (car tels gens bien souvent ruine la maison). Tout se
say; alors tout ce que peut faire un seigneur est de faire maison
neufve, et en cas ce  bien de la peine; car bien souvent on prend
des personnes qui volle sans avoir des aisles, ce qui n'est pas
plaisant ny agrable; voila pourquoy ceux qui veulent bien ordonner
leur maison doivent premierement considrer leurs revenus, et ce
qu'il faut aux serviteurs tant  gages qu' entretenir, et sur ce
faire compte du reste: choisir des gens qui soient de bonne vie
et sans reproche, et faire ellection d'un maistre d'hostel  qui
donnant l'ordre, luy declare son goust, son revenu, ce qu'il veut
despendre par an, ou par jour, pour sa table ordinaire, et tant pour
l'extraordinaire[16]; tant pour ses habits, tant pour ses plaisirs,
tant pour les gages de ses serviteurs, chacun selon son rang; et afin
d'estre bien servy, il ne faut regarder  dix escus, plus ou moins,
quand l'on cognoist un bon et fidel serviteur. Que tous maistres
faisans cecy se resjouyssent gaillardement avec leurs femmes, qu'ils
soient d'accord de tout ce que veut l'un et l'autre, car c'est ce qui
fait le bon ordre de la maison entre les serviteurs; pour ce que s'il
y a de la dissention entre l'homme et la femme, l'un dit je suis 
Monsieur et l'autre dit je suis  Madame, cependant tout demeure 
faire, et rien ne se fait qu'avec dispute bien souvent.

          [Note 15: C'toit l'homme de compagnie du seigneur: Le
          devoir et fonction d'un gentilhomme auprs du seigneur,
          dit Audiger, est de luy tenir compagnie, de faire les
          honneurs de la maison, d'entretenir les personnes de
          qualit qui luy viennent rendre visite, luy donner la main
          lorsqu'il est malade ou incommod, et l'accompagner  la
          chasse et  la promenade. Il faut qu'il soit lettr, et
          ordinairement, quand on prend un gentilhomme, on cherche
          une personne de science et spirituelle, qui ait toujours
          quelque chose d'agrable dans sa conversation, et propre
           aller complimenter les amis du seigneur sur tous les
          sujets qui se peuvent prsenter. Quand le seigneur monte
           cheval, il a toujours le meilleur cheval aprs luy; il
          mange  sa table, et, pour tout dire en un mot, c'est sa
          compagnie et son favory. _La Maison rgle_, liv. I, ch.
          10.--Pour le reste de la valetaille, ce fainant spirituel
          n'toit qu'une bte  l'engrais; aussi, aujourd'hui encore,
          dans les campagnes, un porc qu'on engraisse s'appelle le
          _gentilhomme_.]

          [Note 16: Audiger,  la suite du passage de sa _Maison
          rgle_ dj cit, donne le dtail de ces dpenses
          ordinaires ou d'_extra_, soumises toutes  la surveillance
          du matre d'htel. Un livre, aujourd'hui trs rare, publi
           Bordeaux en 1624, s'explique aussi longuement sur ce
          dtail domestique; mais il s'attache plutt  la dpense
          des nobles de province qu' celle des grandes maisons de
          Paris. Ce volume a pour titre: _Le sommaire de l'Oeconomie
          de la despence, comment il faut regler la despence selon le
          revenu, et savoir ce qu'on peut despendre, soit par an ou
          par jour, particulirement pour chaque espce de despence_;
          1634, in-8.]

Or comme l'homme et la femme sont unis par le sainct mariage, et que
Dieu les bnit, il faut donc s'aymer puisque Dieu le veut ainsi, et
principalement les gens de condition; il faut que l'homme considre
que la femme est sa chair, et la femme cognoisse que son origine est
de retourner  sa source; avec ce conseil de l'Evangile, qu'il faut
quitter pre et mre pour suivre son mary, c'est un commandement de
Dieu, et que si tant est que la femme soit doue d'un esprit plus
fort que son mary, il faut qu'elle l'attire  soy par mignardise,
et par ainsi luy oster toute occasion de fascherie; comme si un
vouloit tout perdre, sans vouloir toutesfois rien laisser. Je jure,
et il est vray qu'il n'y a point d'homme qui ne se laisse facilement
persuader par sa femme, quand il est par elle traitt doucement.
L'homme semblablement peut beaucoup sur la femme et luy sert d'un
grand soutien, et semblable  un cocher resistant contre les tempetes
qui taschent de bouleverser un bon mesnage; cela fut dernierement
approuv par une dame, laquelle voyant sa fille veufve lui dit ces
paroles: il est vray, ma fille, que vous vous devez  bon droict
affliger, puisque vous avez perdu la plus belle fleur qui faisoit
l'ornement de vostre bouquet.

Quand l'homme voit quelque dfaut provenir du cost de la femme, il
doit aussi, avec une douceur capable de remde, luy remonstrer ses
manquemens, et luy commander avec une authorit mediocre et la prier
de mieux faire  l'advenir, et que ce soit sans se fascher; et en ce
point le mary est plus que le pre et la mre d'icelle, puisque nous
oyons dire ordinairement par les belles mres  leurs filles: c'est
vostre mary, vous estes en sa puissance, faites ce qu'il vous dira.
De mesme le mary peut dire telles raisons  son beau pre,  sa belle
mre.

Sachez sur toutes choses, que pour faire un bon mesnage il est
ncessaire que l'homme et la femme couchent souvent ensemble, et
qu'ils prient Dieu, ainsi que fit jadis Tobie, qu'il luy plaise leur
envoyer des enfans: car par le bonheur d'un enfant, la paix se trouve
ordinairement entre le pre et la mre. Et d'autant que je say qu'il
y a des personnes qui destournent et empeschent l'homme, par je ne
say quel desdain, d'approcher de la femme, je dis qu'il faut chasser
et aneantir tel personne, puisqu'ils se font maistre du mal qui en
peut arriver par aprs.

Or, puisque la charit commande d'aymer son prochain comme soy mesme,
l'homme doit donc aymer sa femme plus que tout autre chose qui soit
au monde, d'autant qu'il l'a joincte avec luy pour fructifier et
remplir la terre d'une semence qui soit agrable  Dieu; cela estant,
tout ira bien. Esgayez donc vos esprits au cours et  la promenade,
tandis que je donneray l'ordre  vostre maistre d'hostel, comme vous
voulez estre servis, selon tel somme par jour, et ce que vous desirez
qu'il vous soit servy, avec l'instruction par laquelle vous voulez
qu'il se comporte en vostre maison, afin de vous oster de peine et de
tracas.

       *       *       *       *       *

_Discours de l'Autheur avec le Maistre d'Hostel._

Monsieur le maistre, cependant que le temps est beau, faisons un tour
de jardin; il y a longtemps que je desire vous entretenir sur le
sujet que Monsieur a de vouloir regler sa maison, et c'est pourquoy
il s'en veut rapporter en vous, et m'a command de vous dire de sa
part son dessein.

Premierement, il a tant  despenser par an, il en veut mettre tant
pour sa table, tant pour ses chevaux, tant pour ses plaisirs et pour
ses habits, et veut qu'il luy reste cela franc par an. Cela est bien
ays  faire, mais il veut donner un metier  tel et marier tel avec
telle[17], et prendre de bonnes et fidelles personnes qui soient
affectionnez  luy faire service; c'est pourquoi il veut que vous
soyez indiffrent  tous et sans exception de qui que ce soit, vous
les teniez sous le joug de l'obissance pour son service; mais comme
la jeunesse est libertine et malayse  corriger, c'est pourquoy
il faut que vous trouviez des moyens propres et faciles, afin d'y
pourvoir, et c'est aussi le principal point de ce que j'ay  vous
dire.

          [Note 17: Les seigneurs avoient alors de ces soins dans
          leur domestique. Ils toient _pres de famille_ autant que
          matres. Audiger, dans la _Prface de la Maison rgle_,
          parle de cette sorte de paternit seigneuriale, et vante
          particulirement  ce sujet la conduite tenue par le prince
          de Cond: Ils doivent tous considrer, dit-il, qu'un vieux
          domestique qui n'est plus en tat d'apprendre un mtier
          ny d'aller servir ailleurs est vritablement digne de
          compassion, et que c'est alors qu'ils doivent s'efforcer
          de lui faire quelque bien, et d'imiter en cela feu M. le
          prince de Cond, qui, suivant le mrite et les services de
          ses anciens domestiques, leur assignoit des pensions ou
          leur donnoit des emplois dans ses terres, o ils pouvoient
          doucement et sans peine passer le reste de leurs jours.]

Premirement, vostre place est au bout de la table; en suite de vous
et  vostre droicte, se doit mettre l'aumosnier[18], si il y en a un;
l'escuyer vis--vis[19], et le valet de chambre aprs. Puis quant
aux officiers, comme les pages[20], le cocher et laquais doivent
suivre, si tant est que la coustume soit qu'ils y mangent, car on
donne ordinairement  tels gens leur argent  despendre par mois, ou
bien ils doivent manger en une table  part, et le meilleur est de
les nourrir que de leur donner leur argent  despendre.

          [Note 18: Tout un long chapitre, le 5e du livre Ier, est
          consacr  l'_Aumnier_ dans la _Maison rgle_ d'Audiger.]

          [Note 19: L'cuyer a son chapitre aussi, le 8e du livre
          Ier, dans l'ouvrage d'Audiger, car, dit celui-ci, sa
          charge tient encore le haut rang parmi les domestiques les
          plus considerez d'un grand seigneur. Elle regarde le soin
          de commander  tous les gens de livre, etc.]

          [Note 20: Lorsqu'il y a des pages dans la maison d'un
          grand seigneur, comme estant gentilshommes, ils ne servent
          qu' luy faire honneur. On ne les met l que pour apprendre
           vivre et  faire leurs exercices. Audiger, liv. Ier,
          ch. 9.--C'toit  qui auroit des pages, mme sans avoir un
          trs grand train de maison. La Fontaine se moque de cette
          prtention quand il dit dans sa fable _la Grenouille qui se
          veut faire aussi grosse que le Boeuf_:

               Tout marquis veut avoir des pages.

          Sarrazin, dans ses _Vers irrguliers  madame la princesse
          de Cond_, parle aussi de la haute noblesse qui seule
          donnoit droit aux doubles laquais et aux pages:

                   Vous verrez bien que ces atours
               Ne sont pas de noblesse  complet quipage
               Qui double le laquais, qui pousse jusqu'au page,
                   Et qui mne carrosse au Cours.

          En 1682, quand fut joue _la Matrone d'Ephse, ou Arlequin
          Grapignan_, la mode en toit un peu passe. Cependant,
          on s'y moque encore des marquis  pages. _Le Thtre
          italien_ de Ghrardi, t. 1, p. 36-40.]

Vous representez le maistre du logis, faisant les hola et empeschant
le desordre; laissez faire la bndiction de la table  l'aumosnier,
et quand la feste de Pasque s'approchera, c'est  vous de dire que
tel et telle fassent leur bon jour, et devez leur commander de
jeusner, afin d'estre mieux preparez pour ce faire, et bien que ce
soit la charge de l'aumosnier de leur montrer ce qui en est, d'autant
qu'il est prestre; mais s'il advenoit qu'il ne fust pas en ces
jours-l en la maison, vous devez, en ces cas, servir de prestre et
de maistre d'hostel, et commencez le premier  estre bon, tout le
reste aprs vous suivra; quand aux autres festes, cela despend de la
volont d'un chacun. Procurez du bien pour les serviteurs, empeschez
tant que vous pourrez les blasphemes et juremens, faites congedier
les amours impudiques, et sans frapper, donnez cong  ceux qui
n'auront jamais voulu obeyr, avec quelque recompense: c'est l le
seul et vray moyen de se faire bien servir.

Et quant  servir sur table[21], il faut prendre garde que si c'est
une table carre, l'on doit servir par quatre plats[22]. Le haut
bout est le lieu le plus apparent du cost droict, ou selon que le
lieu est dispos; mais le plus commun est  main droicte sous la
chemine. Si la table est ronde, il faut prendre garde de servir par
sept, neuf ou treize plats, car c'est l'ordre de la table ronde pour
estre bien couverte; et si la table est longue, il faut poser les
plats en longueur; et faites si bien que vos plats ne soyent pas trop
escartez, et semblablement qu'ils ne se touchent pas et qu'il y ait
diversit entre les viandes, en sorte qu'il ne s'en rencontrent point
de deux faons, c'est--dire blanc, verd, rouge, et noir.

          [Note 21: Dans _les Dlices de la campagne_ de Nicolas de
          Bonnefons, 1655, in-8, les fonctions du maistre d'hotel
          servant sur table sont dcrites en dtail.]

          [Note 22: La grande mode, dit aussi Bonnefons, est de
          mettre quatre beaux potages dans les quatre coins, et
          quatre porte-assiettes entre deux, avec quatre salires
          qui toucheront les bassins des salires en dedans. Sur
          les porte-assiettes, on mettra quatre entres dans des
          tourtires  l'italienne. V. aussi sur cette rgle
          fondamentale du nombre 4 dans les repas, _l'Ecole des
          officiers de bouche_, au chapitre: _Ides qu'on peut se
          former pour servir toutes sortes de repas_.]

Que s'il advient que Monsieur desire traitter quelqu'un
extraordinairement, vous devez recevoir son ordre, et observer de
point en point ce qu'il vous dira; et afin que vous n'y manquiez,
faites un mmoire de vos plats d'entre, de second, d'entre-mets et
de fruict selon la saison. Marchez le premier, et soyez suivy de vos
gens, chacun portant un plat[23], les faisant demeurer en rond; que
le premier descharg passe par autre voye qu'il n'est venu, afin
qu'il ne renverse rien de son compagnon. N'oubliez pas d'escrire
tout ce que vous accepterez, recevrez et donnerez par jour, afin
d'en rendre (le soir de chaque jour, par sepmaine ou par mois) bon
et fidel compte; ayez un tarif, papier de despence, avec poids et
balance, plume et escritoire. Achetez du vin  bon pris et tout du
meilleur, ayez tousjours quelque chose preste  mettre en broche,
et lorsque vous serez aux champs, il faut s'enquester de ceux qui
doibvent par rente des poulles, poulets, pigeons, agneaux et livres,
faisant le tout apporter en la maison; faites saler du lard, et
songez que vous estes comme un pre de famille, et prenez plaisir 
tout cela. Vous ferez souvent aussi reveu dedans la cave avec le
sommelier; c'est tout ce que je vous puis dire, car voil Monsieur
qui revient de la promenade: je m'en vais le saluer et prendre cong
de luy,

          [Note 23: C'est l'ordre suivi dans le repas de Boileau:

                   .....Un jambon d'assez maigre apparence
               Arrive sous le nom de jambon de Mayence.
               Un valet le portoit, marchant  pas compts
               Comme un recteur suivi des quatre facults.
               Deux marmitons crasseux, revtus de serviettes,
               Lui servoient de massiers et portoient deux assiettes.]

Monsieur, ha! vous voil encore? Il est vray, Monsieur, que je me
suis fort promen dans vostre jardin avec monsieur le maistre. Et
bien! Nous avons parl de l'estat de vostre maison, et de vostre
ordre ce qui se trouve bon, c'est pourquoy j'ay dispos monsieur le
maistre  vostre volont. Vous avez eu un beau temps au Cours! Ouy.
Monsieur. Voil vostre souper que l'on a servi, je m'en vay prendre
cong de vous et vous donner le bon soir; Je suis votre trs-humble
serviteur.

Monsieur le maistre, est-il bon que vous voyez un peu comme l'on sert
 la maison des grands et particulirement, pour vostre cuisinier,
qu'il hante Forger, escuyer de la reine, pour les potages[24]; La
Diablerie pour les entres; Nicolas pour les autres mets[25]; George
pour le poisson[26]; Mathieu Pallier peur les ragouts[27]; La Pointe
pour les confitures[28]; Hester pour le linge[29]; avec maistre
Martin pour le boudin. Trois de mes amis sont morts, qui faisoient
bon ypocras et bonne limonade. Espargnez le bien de vostre maistre.
Je me recommande  vous jusques  la premire reveu; et surtout ayez
patez et jambons prs, pour les survenans, et principalement pour les
chasseurs, car c'est le plaisir du maistre du logis.

          [Note 24: C'est  cet officier de bouche, au service d'Anne
          d'Autriche, qu'on devoit sans doute ce fameux potage  la
          reine, fait de quelque hachis de perdrix ou faisan, dont
          parle Nicolas de Bonnefons.]

          [Note 25: C'est le matre Nicolas, clbre cuisinier de
          M. de Valencay, d'abord vque de Chartres, puis promu
           l'archevch de Reims en 1641, l'anne mme o matre
          Crespin vantoit ainsi son cuisinier. Tallemant, dit.
          in-12, t. III, p. 190.]

          [Note 26: C'est Georges, l'cuyer de cuisine de la maison
          du roi, avec lequel Louis XIII apprit si bien  larder. On
          voyoit venir l'cuyer Georges avec de belles lardoires et
          de grandes longes de veau, et une fois, je ne sais qui vint
          dire que Sa Majest lardoit. Voyez comme cela s'accorde
          bien: _Majest_ et _larder_. Tallemant, dit. in-12, t.
          III, p. 68.]

          [Note 27: V. pour la diversit des _ragots_ dans lesquels
          excelloit Mathieu Pallier, _le Cuisinier franois_ de La
          Varenne, Lyon, 1680, chap. des _Entres_.]

          [Note 28: Il y a un livre spcial pour cette partie du
          dessert ou de l'_issue_, comme on disoit alors: _Nouvelles
          instructions pour les confitures, les liqueurs et les
          fruits_, Paris, Sercy, 1692, in-12.]

          [Note 29: Le linge de table importoit beaucoup. L'un des
          axiomes gastronomiques, suivant _l'Art de bien traiter_,
          Paris, 1674, in-12, chap. _Principes_, toit celui-ci: Bon
          pain, bon vin, _linge propre_, et servez chaud. Le linge
          devoit non-seulement tre propre et fin, mais habilement
          dispos. Il y avoit un art particulier de bien plisser la
          nappe, plier les serviettes, etc. On peut se renseigner,
           ce sujet, dans _le Cuisinier franois_ de La Varenne,
          au chapitre: _Manire de plier toutes sortes de linges de
          table et en faire toutes sortes de figures_.]

FIN.




_La Promenade du Cours,  Paris, en 1653_[30].

          [Note 30: Cette pice se trouve dans le manuscrit 4725 du
          supplment franois,  la Bibliothque Impriale, fol.
          328 et suiv. Bien qu'elle ait t publie deux fois dans
          ces derniers temps, d'abord par M. douard de Barthlemy
          dans le _Bulletin du Bibliophile_, mai 1860, p. 1184-1189,
          ensuite par M. Anatole de Montaiglon dans _l'Annuaire
          gnral du dpartement de la Seine pour l'anne 1860_, col.
          810-813, nous n'hsitons pas  la donner ici. Elle est, en
          effet, le complment de celle que nous avons reproduite
          dans notre t. IX, p. 125-135, sous le mme titre. C'est un
          tableau pareil,  vingt-trois ans de distance. La premire
          pice est de 1630, la seconde est de 1653. M. de Montaiglon
          pense qu'il est question, dans celle-ci, non pas du _Cours
          de la porte Saint-Antoine_, mais du _Cours la Reine_,
          tandis que M. Ed. de Barthlemy pense le contraire. C'est
          son avis que nous partageons.

          Le Cours dcrit ici est bien, suivant nous, celui de la
          porte Saint-Antoine, dcrit dj dans la pice de 1630.
          S'il s'agissoit de l'autre, le _Cours la Reine_, il y
          seroit certainement parl de la Seine, qui, par son
          voisinage, en toit le principal ornement. Or, il n'en
          est pas dit un mot, tandis que dans une autre pice, _le
          Cours de la Reyne, ou le grand promenoir des Parisiens_,
          Paris, 1649, in-4, reproduite aussi par M. de Montaiglon
          dans _l'Annuaire_ tout  l'heure cit, col. 802-810, on ne
          manque pas de faire valoir l'agrment que ce voisinage du
          fleuve donnoit  la promenade. D'autres dtails, que nous
          indiquerons au passage, sont encore favorables  notre
          opinion.]


  Prince[31], qui fustes jadis
  Un des saincts du paradis
  Ou petit Dieu d'amourettes,
  Merveille des beaux esprits,
  Et dont le coeur fut espris
  De mille flammes distrtes,

  Escoutez donc ce discours
  Concert dedans le Cours
  Et dans ces objets grotesques
  Dont les jeunes favoris
  Bannissent les vieux maris
  A barbes pantalonesques[32].

  Or pour le moins, s'ils y sont,
  Les pauvres viellards s'en vont
  Ds les cinq heures sonnes;
  Le serein est dangereux
  Et les rendroit catherreux
  En l'hyver de leurs annes.

  Aussitost qu'ils sont partis,
  Les galants sont advertis
  Que les vieillards font retraite.
  A l'approche des amis,
  Les masques et les mimis[33]
  Se donnent  la soubrette.

  Lors, d'un pas doux et coulant
  Les carrosses vont branlant
  Portire contre portire[34];
  Et si le Cours est poudreux[35],
  Les larmes de l'amoureux
  Raffermissent la poussire.

  L s'apprennent tous les maux
  Des domestiques deffauts,
  Par l'envie des coquettes,
  Qu'une telle est du mestier,
  Qu'un autre est banqueroutier,
  Qu'un tel porte des cliquettes[36].

  Les braves  l'oeil fronc
  D'un air demy courrouc
  Font flotter leurs grands panaches,
  Aux portires s'avanant,
  Et guignent tous les passants
  Au travers de six moustaches[37].

  Le mariolet[38] plus hupp
  Fait monstre du point eoupp,
  N'osant dire ce qu'il pense,
  Car il voit le fanfaron
  Menacer de l'esperon
  Au premier pas qu'il s'avance.

  Les visages peinturs
  Sont des amants adors;
  La vieille fait la folastre,
  Couverte d'huile de talq,
  Et, se tenant  l'escart,
  Montre un visage de plastre.

  Les barbes des vieux Gaulois,
  Malgr les svres lois
  De l'aage qui tout consomme,
  Noircissent tous les matins,
  Et sans faveur des destins
  On voit rajeunir un homme.

  Les mignons dlicieux
  Viennent faire les doux yeux
  Aux desseins qui les attendent,
  Et tient-on pour vrit
  Que d'un ou d'autre cost
  Messieurs ont ce qu'ils prtendent.

  Le bourgeois passe riottant
  Et promne en s'esbattant
  Cinq enfants et deux nourrices
  Qui ont plein leurs devanteaux
  De craquelins, de gasteaux,
  De guignons, de pain d'espice[39].

  La soubrette a son dessein
  Et se fait gonfler le sein
  Plus dure qu'un cuir de botte,
  Et veut charmer de cela
  Les yeux de son Quinola[40],
  Qui lui promet une cotte.

  Les discrettes dans le Cours
  Font les doux yeux sans discours,
  Droites comme des pouppes,
  Et leurs amants ajusts
  Ressemblent,  leurs costs,
  Marmots de pommeaux d'espes.

  Les nobles de cent couleurs,
  Estendus parmy les fleurs[41],
  Se paillardent sur la soye,
  Laissant dans le dsespoir
  Le commis vestu de noir
  Qui n'a que la petite oye.

  Un farouche vient au trot
  Et s'en va, sans dire mot,
  Guetter le monde  la porte[42];
  Je crois que le plus souvent
  Il n'y cherche que du vent,
  Et c'est ce qu'il en remporte.

  Quelques braves vont contant
  Quel bruit font en s'escartant
  Les grains mortels des grenades,
  Si bien qu'un bourgeois peureux
  Baisse la teste auprs d'eux
  Comme au bruit des mousquetades.

  L'on y void  certains jours,
  Sans rideaux et sans velours,
  Un vieil coche de la foire
  O l'on void fort librement
  Qu'il a l'air assurment
  D'un bordel ambulatoire[43].

  Il y vient certains censeurs
  Blasmer le sicle et les moeurs,
  Et le luxe des toffes,
  Qui font aller leurs chevaux
  A pas gravement esgaux,
  Pour marcher en philosophes.

  Si bien que Fontainebleau
  N'a point de si vif tableau,
  Encore qu'il en abonde,
  Et de guerres et d'amours,
  Comme on en void dans le Cours
  De la cabale du monde.

  Mais quand le soleil, penchant
  Sur les rives du couchant,
  Replie ses tresses blondes,
  Dont le vermeil nous reluit,
  Et prend son bonnet de nuit
  Pour dormir dessous les ondes,

  Retirons-nous, il est tard;
  Allons prendre nostre part
  Des biens que la terre nous donne,
  Et cherchons en lieu secret
  La bont d'un vin clairet,
  Car le jour nous abandonne.

  Recevez bien ce rcit,
  Pardonnez si je n'ay dit
  Tout ce qui se pouvoit dire:
  Car j'ay craint qu'il n'arrivast
  Que sa lecture ennuyast
  Comme il m'ennuye  l'escrire.

  Ce tableau laborieux
  Est discret et curieux,
  Et fait pourtant bien connoistre
  Aux bons esprits que celuy
  Qui blasme si bien autruy
  Sauroit bien louer son maistre.

          [Note 31: Je ne sais  quel prince l'anonyme s'adresse ici.
          Peut-tre est-ce Gaston?]

          [Note 32: On sait que Pantalon toit, ainsi que Cassandre,
          un des vieillards de la comdie italienne. On peut juger
          de sa barbe vnrable, mais peu vnre, sur la figure que
          M. Maurice Sand a donne de lui au t. II, pl. I, de ses
          _Masques et Bouffons_.]

          [Note 33: C'est le demi-masque, import de la comdie
          italienne, ou pour mieux dire des _mimes_ italiens, dans
          le monde, et nomm pour cela _mimi_. En 1632, il toit 
          la mode dj. Dans l'trange tragi-comdie du sieur de
          Richemond, _l'Esprance glorieuse_, publie cette anne-l,
          nous lisons:

               On la voit  l'glise avec un tour de teste
               Regarder si Phillane a pris garde  son teste,
               Et dit, en souriant,  travers le _mimy_:
               Que j'aime ces beaux nez d'un empan et demy!

          Plus tard, les _mimis_ faillirent l'emporter sur les
          masques, et peu s'en fallut qu'il n'y et querelle entre
          celles qui prfroient les uns et celles qui tenoient pour
          les autres: Les _mimis_ ont failli de se brouiller avec
          les masques, lit-on dans les _Jeux de l'Inconnu_, Rouen,
          1645, in-8, p. 165. Le _mimi_ s'appela ensuite un _loup_,
          parce que d'abord, dit Furetire en son _Dictionnaire_, il
          faisoit peur aux petits enfants. Il ne s'attachoit pas;
          on le tenoit dans la bouche avec un bouton. C'est ce qu'on
          avoit appel d'abord un touret de nez. V. l'_Heptamron_,
          1er janvier, 20e _Nouvelle_.]

          [Note 34: Ils alloient ainsi cte  cte, sur une longue
          file trs serre, ce qui porta malheur au musicien
          Chambonnire. Il avoit, lit-on dans le _Segraisiana_, p.
          79, un carrosse tran par deux mchants chevaux, avec un
          page en effigie et rempli de foin, attach sur le derrire.
          Etant au Cours avec ce carrosse, o les carrosses se
          suivent en marchant lentement, suivant la coutume, les
          chevaux du carrosse qui suivoient le sien, sentant le foin
          devant eux, se mirent  prendre le page par les jambes.
          Quelqu'un, qui s'en aperut, cria au cocher: Prenez
          garde  vos chevaux, ils mangent le page de monsieur.
          Chambonnire logeoit dans ce quartier, et comme ces chevaux
          n'eussent pu faire le voyage du Cours-la-Reine, il ne les
          menoit qu'au Cours de la porte Saint-Antoine. C'est tout
          prs, sur le rempart du Marais, aujourd'hui le boulevard
          Saint-Antoine, qu'il les envoyoit patre. Je vous laisse
           penser, dit Tallemant, en quel estat ils estoient.
          Des escorcheurs les prirent pour des chevaux condamns,
          et, un beau matin, ils les corchrent tous les deux.
          _Historiettes_, dit. P. Paris, t. VII, p. 387.]

          [Note 35: Il l'toit en effet dans les jours de scheresse
          autant que boueux dans les jours de pluie. Richelieu
          avoit eu l'intention de le faire paver, mais n'avoit pas,
          malheureusement, mis ce projet  excution. Tallemant,
          dit. in-12, t. VI, p. 77.]

          [Note 36: Comme les _ladres_, forcs de _cliqueter_
          ainsi pour avertir qu'on ne les approcht pas. Les gens
           _cliquettes_, en devenant plus nombreux, formrent ce
          qu'on appelle encore une _clique_. Le mot _quiquelique_,
          qu'employoient les coliers au moyen ge, avoit dj un
          sens injurieux. _Bataille des Sept arts_, dit. Jubinal, p.
          22 et suiv.]

          [Note 37: La _moustache_ toit la boucle de cheveux pendant
          sur les yeux et sur les joues.]

          [Note 38: C'toit le nom donn depuis Henri IV aux jeunes
          beaux de Paris. Sully, _Oeconomies royalles_, 1re dit.,
          t. II, p. 107. Ce mot se prenoit aussi alors dans le sens
          d'entremetteur. C'toit le _mezzano_ italien. V. _Guzman
          d'Alpharache_, traduct. de Chapelain, 1re part., liv. I,
          ch. 8.]

          [Note 39: Les petits marchands de ces friandises ne
          manquoient pas sur le Cours; mais, pour les avoir bonnes,
          il falloit s'en fournir rue Saint-Antoine, prs Saint-Paul,
          chez Flechmer, l'illustre ptissier qui, suivant Marigny
          en son pome du _Pain bni_, avoit le monopole des pains
          bnits de la paroisse: Le sieur Flechmer, lit-on dans le
          _Livre commode des Adresses_, fait un grand dbit de fines
          brioches, que les dames prennent chez lui en allant au
          Cours de Vincennes.]

          [Note 40: C'est le valet de coeur au _reversis_, et par
          suite en bien d'autres jeux: _La jeune Iris_, dit S.
          Pavin en des stances  Mlle de Svign, que M. Montmerqu
          publia le premier (_Lettres de Mme de Svign_, dit.
          Blaise, 1818, in-12, t. I, p. 195):

               La jeune Iris n'a de souci
               Que pour le jeu de _reversi_;
               De son coeur il s'est rendu matre;
               A voir tout le plaisir qu'elle a
               Quand elle tient un _Quinola_,
               Heureux celui qui pourroit l'tre!]

          [Note 41: C'est--dire dans le jardin voisin du Cours,
          dont parle plus longuement la pice que celle-ci complte
          (V. t. IX, p. 126. V. aussi t. VII, p. 201-202, note).
          Ce dtail, qui ne peut s'appliquer au Cours la Reine,
          suffiroit pour prouver qu'il s'agit ici de celui de la
          porte Saint-Antoine.]

          [Note 42: Porte Saint-Antoine.]

          [Note 43: C'est le nom qu'on donna plus tard aux fiacres,
          et qu'ils ont pour la plupart mrit de garder. Ces
          carrosses, dit Leroux, font ordinairement beaucoup de bruit
          en roulant; ils n'ont point de glaces ni devant ni aux
          portires... Les fiacres (cochers) qui mnent ces carrosses
          sont la plupart des maquereaux, qui connoissent tous les
          lieux de dbauche de Paris... _Dict. comique_, 1718,
          in-8, p. 66.]




_Rapport d'un affid de l'Angleterre,  Paris, en 1655_[44].

          [Note 44: Ce _rapport_, des plus intressants par le dtail
          qu'il donne sur l'tat de la France et sur sa politique
          pendant l'une des annes qui suivirent la Fronde, se
          trouve au _State-paper office_. Il a dj t publi, dans
          _les Archives des Missions_ (anne 1850, p. 470-477),
          par M. Dareste, mais sans aucun des claircissements
          indispensables; c'est ce qui nous engage  le reproduire
          ici. Nous croyons d'ailleurs qu'il sera mieux  sa place et
          moins perdu dans notre recueil que dans l'autre, o ceux
          qui le connaissent vont surtout chercher des documents
          archologiques.--Nous ignorons quel est l'auteur de ce
          rapport, ou pour mieux dire de cette gazette politique. Ce
          devait tre un homme d'importance, ainsi que l'indiquent
          ses relations presque intimes et ses attaches directes avec
          la cour. Il avoit eu part aux confrences de Munster pour
          le trait de Westphalie, comme il le dira lui-mme, et son
          zle pour les intrts de l'Angleterre, son ardeur  vanter
          Cromwell, donnent  penser qu'il toit du parti protestant,
          dans lequel l'Angleterre se recruta d'espions jusqu' la
          rvocation de l'dit de Nantes.]


_5 juillet 1655._--J'ai reu votre lettre, par laquelle j'ai vu ce
qu'on m'offre par mois, jusqu' ce que je me sois fait connatre, ce
que j'accepte.

Mais j'entends que quand on aura vu comment je peux servir, et quels
services je peux rendre, on augmente de beaucoup ma pension.

Je vous prie de bien faire comprendre ceci: qu'on ne peut pas
faire natre les occasions  servir, mais qu'on peut seulement les
embrasser lorsqu'on les trouve. Ce que je dis parce que peut-tre on
pourra s'tonner de la strilit des avis, ce qui procdera du cours
des affaires, et non de ma faute.

Assurez-vous que le prince de Cond ne fera grand'chose cette
campagne, que les Espagnols se tiendront sur la dfensive, et que
nous faisons cette anne de grands progrs partout.

       *       *       *       *       *

_8 juillet._--Prsentement, il n'y a nul changement  attendre en ce
royaume. Les peuples sont accabls de misres, de tailles, de toutes
sortes d'impositions, qu'ils aiment mieux souffrir que la guerre[45].

          [Note 45: On peut lire, sur la misre des populations
          pendant et aprs la Fronde, de 1650  1655, les relations
          des _Missionnaires de M. Vincent_ (saint Vincent de Paul),
          envoys pour examiner la situation des provinces, relations
          qu'une socit semblable  celle qu'on appelle aujourd'hui
          de Saint-Vincent-de-Paul publioit chaque mois, et dont le
          recueil, formant une brochure de 120 pages environ, se
          trouve  la Bibliothque Impriale, L, n 747, in-4. Il
          faut lire aussi,  ce sujet, le seul numro du _Magasin
          charitable_ que possde la Bibliothque Impriale, L,
          759, in-4. Ce numro, d'une publication destine, comme
          l'autre,  dcrire les misres et  mentionner les secours
          apports, est celui du mois de janvier 1653. Enfin, pour
          se renseigner compltement sur l'tat des populations,
          surtout celles de la campagne,  cette poque, il ne faut
          pas oublier _l'Etat sommaire des misres de la campagne
          et besoin des pauvres des environs de Paris_, adress par
          l'abb Fret  l'archevque de Paris, dont il toit le
          vicaire gnral. Cette pice se trouve  la Bibliothque
          impriale, au t. 57e, 3e srie, de la _Collection Choisy_.
          Un document conserv  l'Arsenal, _Recueil de Pices_,
          n 1675 _bis_, relatif  la misre de l'anne 1662, sera
          encore fort bon  consulter.]

La noblesse est tellement ruine, qu'elle n'est pas capable de monter
 cheval pour aucune excution, quelque apparence qui leur puisse
tre prsente d'une plus avantageuse condition[46].

          [Note 46: Les _Relations des missionnaires_ cites tout 
          l'heure font foi de cette misre de la noblesse. On lit par
          exemple dans celle o est dcrite la misre en Picardie et
          en Champagne, pendant l'hiver de 1651: La petite noblesse
          a aussi besoin de secours, n'ayant pas moins souffert que
          les autres, et se voyant sans pain, sans argent, sans
          couverture, et rduite sur la paille, elle souffre encore
          la honte de n'oser mendier de porte en porte; et d'ailleurs
           qui pourroit-elle demander, puisque la guerre a mis
          galit partout: l'galit de la misre!]

Les parlements sont tous asservis, et ceux qui les composent
n'oseroient parler ni rien dire contre le prsent gouvernement[47].

          [Note 47: C'est au mois d'avril de cette mme anne que
          Louis XIV, en habit de chasse, avoit fait au Parlement
          cette visite qui le rappela si brusquement au devoir. V.
          sur cet pisode, presque toujours mal racont et fort
          exagr, _l'Administration monarchique en France_, par M.
          Cheruel, t. II, p. 32-34.]

Les grandes villes ne respirent que le repos, et dtestent tous ceux
qui ont t les auteurs des derniers troubles.

L'Ordre ecclsiastique est tout dpendant de la cour et du favori, de
qui ils ont reu leurs bnfices.

Tous les gouverneurs de places sont attachs de mme  la cour et au
cardinal.

Tous les grands seigneurs se plaignent, et je n'en connais pas un
seul qui soit capable de rien.

Pour Paris, tout le monde dteste le prsent gouvernement, et s'y
assujettit pourtant volontairement.

On a cru que le cardinal de Retz pourroit causer quelque altration
pour le jubil[48], car, venant  tre donn par ses ordres,
l'autorit du roi toit en quelque faon viole, et le jubil tant
refus au peuple, cela devoit, selon toute apparence, causer quelque
sdition; cela n'a point du tout russi: Les grands-vicaires nomms
par le cardinal de Retz ont t mands en cour. Un d'eux a obi et
y est all; l'autre y a t amen par force, et le peuple n'a point
remu. Et quand on auroit pris tous les curs prisonniers, personne
n'auroit rien dit. On voit clairement que dans Paris on veut le
repos, et qu'on ne veut plus entendre  aucun remuement; cela est
certain.

          [Note 48: Le jubil avoit t diffr  cause de l'absence
          du cardinal de Retz, archevque de Paris, rfugi  Rome
          aprs sa fuite de la prison de Nantes. Les contestations
          survenues au sujet du gouvernement du diocse avoient aussi
          t une des causes de ce dlai; mais enfin la nomination
          du cur de Saint-Leu, M. Du Saussay, comme grand vicaire,
          ayant donn  ce gouvernement la rgularit qui lui
          manquoit, on crut pouvoir s'occuper du jubil sans avoir
          besoin des ordres du cardinal-archevque. Ce fut d'autant
          plus facile, que M. Du Saussay, dont la nomination avoit
          t arrache par surprise au cardinal de Retz, toit dans
          les intrts de Mazarin, et tout dispos, pour lui plaire,
           soustraire le gouvernement du diocse  l'autorit de
          l'archevque exil. _Mmoires_ de Joly, 1718, in-12, t. II,
          p. 167-169.]

Quant aux courtisans, ils sont toujours mal contents; mais avec cela,
il dcoule toujours quelque douceur qui les appaise, et nul n'est
capable de rien.

Le marchal de Turenne, qui seul a sens, courage et exprience, est
asservi  la faveur; car, depuis qu'il est mari[49], il a si grande
peur de perdre la fortune de sa famille, qu'il est le valet des
valets de M. le cardinal[50]. Les autres courtisans sont pires que
valets, car ce sont des esclaves.

          [Note 49: Il avoit pous,  la fin de l'hiver de 1653,
          Anne de Nompar de Caumont, fille du marchal duc de La
          Force.]

          [Note 50: C'est pour servir l'intrt de sa famille qu'il
          maria, son neveu, le duc de Bouillon, avec une des nices
          de Mazarin. St-Simon, _Mmoires_, dit. Hachette, in-12, t.
          III, p. 361.]

Pour les princes, le duc d'Orlans est dans sa maison de Blois,
entirement enseveli dans la douceur de la vie champtre[51]. On le
prie de venir en cour, et on ne dsire pas qu'il vienne. Et lui aime
son repos et considre que s'il toit  la cour, il seroit le jouet
des favoris, qui, tous les jours, le rendroient mprisable. Il n'est
point homme ni  faire ni  entendre  aucune entreprise, quand mme
elle seroit assure.

          [Note 51: C'est--dire qu'il s'y livroit  la culture
          de ses jardins, dont cette anne mme son mdecin, Abel
          Brunyer, publioit, pour la seconde fois, la description,
          sous le titre d'_Hortus regius Blesensis_. V. pour la vie
          de Gaston  Blois  cette poque, les _Mmoires de_ Mlle
          de Montpensier, dit. Petitot, t. III, p. 39, 233-234, et
          l'_Histoire du chteau de Blois_, par. M. de La Saussaye,
          1840, in-12, p. 416 et suiv.]

M. le prince de Cond est brave de sa personne, comme vous savez;
mais tout son parti est ici entirement ananti. Il est pourtant trs
certain que s'il avoit un bon succs, il arriveroit ici une grande
rvolution; mais s'il ne gagne une bataille, il n'y a rien  faire
pour lui[52].

          [Note 52: Cond, qui commandoit alors dans l'arme
          espagnole, eut le bonheur de ne pas gagner, contre son roi,
          cette bataille, qui et si fort avanc ses affaires de
          rebelle.]

Le duc de Longueville coute toutes sortes de propositions, mais il
n'est capable de faire aucune bonne entreprise, ni de prendre point
de ferme rsolution[53].

          [Note 53: Il n'en prit pas en effet. Depuis sa sortie de la
          prison, o il toit rest un an avec les princes de Cond
          et de Conti, il ne se mla pas activement aux affaires.]

Tous les autres princes effectifs, ou qui se disent tels, ne sont
capables de rien, et ne sont considrables en quoi que ce soit.

Quant  la cour, le roi, en l'ge o il est[54], prend ses
divertissements  la chasse et  faire l'amour.

          [Note 54: Il avoit alors dix-sept ans passs.]

On lui a fait paratre mademoiselle Mancini[55], pour la plus
accomplie de tout le royaume. C'est une jeune fille de quinze ans,
nice du cardinal, qui a beaucoup d'esprit, mais qui n'est pas
belle[56]. Elle est agrable. Le roi en est amoureux, et peu  peu
il se pourroit porter  l'pouser. Tous ceux qui sont autour de
Sa Majest sont gagns pour lui inspirer une telle pense. Quand
cela lui viendroit dans l'esprit, il n'y auroit personne qui s'y
oppost. Je ne dis pas que la chose se fera ni qu'elle ne se fera
pas[57]; mais messieurs les courtisans se ruent, ou directement ou
indirectement, pour acheminer ce mariage.

          [Note 55: Marie Mancini, marie en 1661 au conntable du
          royaume de Naples, Laurent Colonna, et morte au mois de mai
          1715. La date donne ici aux commencements des amours de
          Louis XIV avec cette nice du cardinal confirme celle qui
          se trouve dans les _Agrments de la jeunesse de Louis XIV_,
          pice ajoute  l'_Histoire amoureuse des Gaules_ (dit.
          elzv., t. II, p. 3), et dment l'opinion de M. Ch. Livet,
          qui prtend que cette passion commena deux ans plus tard,
          en 1657 (_ibid._).]

          [Note 56: Il choisit Mlle Mancini, laide, grosse, petite,
          ayant l'air d'une cabaretire, mais de l'esprit comme
          un ange, ce qui faisoit qu'en l'entendant, on oublioit
          qu'elle toit laide, et l'on s'y plaisoit volontiers. Le
          _Palais-Royal_ dans l'_Histoire amoureuse des Gaules_, t.
          II; p. 31. Le portrait que fait d'elle Mme de Motteville
          n'est pas, sans tre plus flatteur, tout  fait d'accord
          avec celui-ci: Loin d'tre petite, Marie toit grande
          pour son ge, mais mal faite; loin d'tre grosse, elle
          toit maigre  faire peur et dcharne. _Mmoires_ (coll.
          Petitot, 1re srie, t. 39, p. 400-401). Quant  son esprit,
          personne, ni Somaize dans son _Dict. des Prtieuses_ (dit.
          elzv., I, p. 163), ni Mme de Motteville, ne le mettent en
          doute. Celle-ci seulement le trouve rude, emport... mal
          tourn.]

          [Note 57: Elle ne se fit pas, et, contrairement  ce qu'on
          pouvoit penser, c'est Mazarin lui-mme qui l'empcha.
          Il loigna sa nice, et ngocia le mariage du roi avec
          l'infante d'Espagne. Les courriers royaux portrent pendant
          plusieurs mois  Brouage, exil de Marie, les billets du
          prince amoureux. Mazarin le sut, et les lettres qu'il
          crivit alors au roi pour lui reprocher avec nergie de
          compromettre ainsi le rsultat des confrences commences,
          prouvent,  sa gloire, que l'honneur royal lui toit plus
          cher que l'intrt de sa famille. Jamais, dit M. Bazin
          au sujet de ces lettres, dont les originaux existent,
          jamais homme rput vertueux dans l'histoire n'a laiss un
          plus beau document  l'appui de sa renomme. _Hist. de
          Mazarin_, t. IV, p. 424.]

M. le cardinal subsiste, non-seulement parce que le roi l'aime
tendrement, mais il l'estime et il le craint. Et quand la reine
voudroit dtruire les sentiments de Sa Majest, elle ne le pourroit
faire. Le cardinal a en sa main tous les honneurs et biens 
distribuer; il ne faut donc pas s'tonner si l'on s'attache  lui. Le
cardinal n'a point de confident particulier, mais il change suivant
les occasions; il connot fort bien le pas glissant o il est, mais
il aime mieux prir honorablement que de se retirer lchement.

Il n'y a point d'apparence qu'il lui arrive rien ni par poison,
ni par assassinat, ni par disgrce, et, trs assurment, il se
maintiendra; et tout l'Etat demeurera tranquille, except que les
Anglais entrassent en France[58], ou que M. le prince de Cond et
un bon succs: ces deux choses n'arrivant point, cet Etat demeurera
tranquille.

          [Note 58: Ce qui ne fut pas longtemps  craindre, grce
           l'alliance conclue bientt aprs entre Mazarin et
          Cromwell, Em. de Bonnechose, _Hist. d'Angleterre_, t. III,
          p. 349.--Si Mazarin avoit pu vaincre les rpugnances de
          Charles et lui faire pouser sa nice Hortense Mancini,
          les affaires eussent pris une autre tournure; mais les
          cinq millions qu'il offroit en dot ne parvinrent pas 
          dorer suffisamment la msalliance. Charles refusa, et fut
          abandonn.]

On a envie ici d'avoir querelle avec le pape[59], parce qu'on n'a eu
nulle part en son lection[60], et parce qu'on craint qu'il commence
le premier a ter crdit au cardinal, lequel le pape n'estime point,
et il traversera en tout ce qu'il pourra.

          [Note 59: Fabio Chigi, lu pape, le 7 avril prcdent, sous
          le nom d'Alexandre VII.]

          [Note 60: Non-seulement on n'avoit pas eu part  cette
          lection, mais on y avoit nui autant qu'on avoit pu:
          L'opposition de la France  Chigi, dit Retz dans ses
          _Mmoires_ (1719, in-12, t. III, p. 377), toit encore plus
          publique et plus dclare que celle des autres puissances.
          M. de Lionne, neveu de Servien, en parloit,  qui le
          vouloit entendre, comme d'un pdant, et il ne prsumoit
          pas qu'on le pt seulement mettre sur les rangs. Chigi
          ne laissa pas de l'emporter, et cela grce surtout au
          parti dont le cardinal de Retz toit l'me, ce qui ne dut
          certainement pas contribuer  rendre Mazarin plus favorable
          au nouveau pape.]

Pour la maison des Stuarts, en ce royaume, c'est peu de chose.
Charles s'est retir mal satisfait, car il toit dans le dernier
mpris[61]. Le duc d'York est dans les armes[62], comme vous savez,
gagnant sa vie  la sueur de son corps. Il a dsir d'pouser
mademoiselle de Longueville, qui l'aimoit[63]. Le pre n'y a jamais
voulu consentir, parce qu'il auroit fallu nourrir le duc d'York.

          [Note 61: Le prince de Galles, depuis Charles II, durant
          son sjour en France, coutoit bien moins les avis de ses
          plus sages conseillers Clarendon et Osmond, ou mme les
          leons de mathmatiques, et sans doute de despotisme,
          que lui donnoit le philosophe Hobbes, que son caractre
          insouciant et son penchant pour les plaisirs. Ses dettes,
          ses folies, ses amours, se trouvent dans tous les documents
          de cette poque, depuis Tallemant, qui raconte ses
          aventures avec les bourgeoises de Paris, jusqu' Mlle de
          Montpensier, qui, dans ses _Mmoires_, ne cherche pas 
          dissimuler le plaisir que lui causoit ce royal hommage.
          Rathery, _Des relations sociales et intellectuelles
          entre la France et l'Angleterre_, 3e partie. (_Revue
          contemporaine_, 15 oct. 1855, p. 168.)]

          [Note 62: Le duc d'York, qui revint plus tard en France
          sous le nom de Jacques et avec le titre de roi, mais de roi
          dtrn, ennoblissoit au moins son premier exil en faisant
          sous Turenne l'apprentissage de la guerre, comme il devoit
          ennoblir le second par son courage et sa rsignation.
          _Ibid._--Le duc d'York, avec son parent, le clbre prince
          Rupert, qui avoit grade de marchal de camp dans les armes
          du roi, commandoit les troupes irlandaises, au nombre
          de 1372 hommes, formant 28 compagnies, qui avoient t
          incorpors dans l'arme de Turenne. _Memoirs of prince
          Rupert_, 1849, in-8, p. 321.]

          [Note 63: Marie d'Orlans, demoiselle de Longueville, ne
          le 25 mars 1625. Elle pousa, en 1657, Henri de Savoie, duc
          de Nemours. Elle a crit sur la Fronde des _Mmoires_ qui
          ne vont pas, malheureusement, jusqu' cette anne 1655. Il
          et t curieux de savoir si elle avoit aim rellement le
          duc d'York.]

Glocester devoit se faire d'glise pour avoir des bnfices, afin de
subsister[64]. Montaigu[65] gouvernoit tout ce ngoce; tout cela est
dchu.

          [Note 64: Le duc de Glocester, n en 1640, et le dernier
          des fils de Charles Ier, dont, n'ayant que huit ans, il
          reut les adieux suprmes. Ce fut des trois frres le plus
          intelligent, le plus instruit et le plus srieux. Il mourut
          le 3 sept. 1660.]

          [Note 65: Parmi les plus connus en France des royalistes
          anglois qui se groupoient autour des princes exils, il
          faut citer Montaigu, dont le nom se trouve ml  toutes
          les intrigues du temps, l'ami de Holland et de Buckingham,
          le chevalier passionn de Mme de Chevreuse, non moins
          dvou  la reine de France qu' celle d'Angleterre, qui
          devint dvot en vieillissant, et entra dans l'glise sous
          le nom d'abb de Montaigu. Rathery, _loc. cit._, p. 169.
          V.  la page suivante.]

La reine d'Angleterre est toujours dans le couvent de Sainte-Marie
de Chaillot[66]; c'est une personne dont on ne parle plus dans les
compagnies, comme si elle toit morte. Elle ne parle pas mal du
Protecteur. Il y a peu de jours que je lui ai ou dire qu'en France
nous n'avions pas une telle tte. Elle a auprs d'elle deux Anglais
fort envenims, qui, s'ils pouvoient, voudroient bien tramer quelque
chose contre le Protecteur. Montaigu est toujours  Pontoise,  cinq
lieues de Paris. C'est un petit fou qui s'est fait prtre: il feroit
bien du mal au Protecteur s'il pouvoit, mais il n'est jug ici bon 
rien. Il fait le bigot et grand catholique, mais il n'y croit rien du
tout, mais cela lui sert  vivre.

          [Note 66: Le couvent de la Visitation, qu'elle avoit fond
          trois ans auparavant, et o elle revint mourir en 1669,
          toit le sjour prfr de la veuve de Charles Ier. Elle
          n'toit pas l beaucoup plus riche que pendant l'hiver
          de 1649, alors que le cardinal de Retz avoit t oblig
          de lui envoyer du bois (_Mmoires_, collect. Petitot, 2e
          srie, t. 44, p. 320). Quand vint le jubil dont nous avons
          parl, elle ne put y assister d'une faon digne d'elle.
          Mme de Launay disoit une fois, crit Tallemant, que la
          reine d'Angleterre, faute d'une chaise honnte, n'avoit pas
          fait le jubil en chaise. Je pensay, ajouta-t-elle, lui en
          faire faire une. _Histor._, dit. in-12, t. X, p. 131.]

Le Protecteur est ici fort estim du peuple et des plus senss.

Nos ministres d'Etat les plus signals disent que le Protecteur n'a
point fait de fautes en sa conduite, mais que nous en faisons tous
les jours.

On ne croit pas qu'entre lui et nous il y ait jamais aucun bon et
solide accomodement.

On tient que le Protecteur balancera toujours les affaires sans se
dclarer ni pour ni contre nous.

On croit qu'il entretient le prince de Cond de vaines esprances,
dont on ne verra nul effet.

M. le prince est aussi lass des longueurs par lesquelles le
Protecteur le mne depuis trois ans, sans avoir encore rien fait en
sa faveur.

On ne croit pas que ce soit l'intrt du Protecteur de rien
entreprendre ouvertement contre la France.

On croit qu'il menacera toujours sans rien faire contre nous.

On croit pour certain que M. le prince s'accomodera avec le cardinal,
et que M. le duc d'Enghien pousera une nice que l'on garde ici
pour cela, outre trois autres et un neveu qui viennent bientt.

M. de Candale[67] et M. le grand-matre de la Meilleraye[68], qui
devoient pouser des nices, sont traits fort froidement,  cause
qu'ils ont trop dlibr; et  la fin, il faudra qu'ils les demandent
avec grande soumission, et peut-tre qu'on ne les voudra plus donner,
car elles sont toutes destines pour les grands princes, dedans et
dehors le royaume.

          [Note 67: Louis-Charles Gaston, marquis de la Valette, duc
          de Candale, mort en 1658. V. sur lui une note de notre
          dition du _Roman bourgeois_, p. 73.--Il fut pour beaucoup
          dans la conclusion du mariage du prince de Conti avec une
          des nices de Mazarin; mais quand il dut lui-mme faire un
          mariage semblable, l'affaire choua.]

          [Note 68: C'est son fils qui pousa Hortense Mancini et
          devint duc de Mazarin.]

       *       *       *       *       *

_11 juillet._--Je vous confirme ce que je vous ai dit  plusieurs
fois: c'est qu'on ne peut pas faire natre les affaires, on ne peut
que les dcouvrir.

S'il semble que pour quelque temps je ne serai pas fort utile, ayez
un peu de patience; on verra les services que je pourrai rendre.

Je distinguerai les lettres que je vous crirai en trois parties:
l'une contiendra les nouvelles qui courent; l'autre, le jugement que
je donnerai de l'tat des choses; la troisime, qui sera en chiffre,
portera les avis de consquence, et cela une fois la semaine, et deux
fois, si la matire le requiert.

Je vous ai mand que Landrecies se prendra[69], que M. le prince ne
fera que ravager la campagne; je vous confirme tout cela.

          [Note 69: Cette ville fut prise, en effet, trois jours
          aprs, c'est--dire le 14 juillet 1655, par M. de Turenne.]

Je vous ai mand que le cardinal de Retz, avec le jubil, donne de la
peine; mais cela ne russira  rien et ne causera aucune altration
publique; je vous confirme tout cela.

Le peuple souffrira tout plutt que le trouble.

Le cardinal est mieux affermi que jamais. Le roi est amoureux de sa
nice: les amours s'chauffent; peut-tre il l'pousera; il n'y a
rien de certain en cela.

Les Espagnols ne contentent point, ni le prince de Cond, qui en est
fort las. Si cette campagne lui russit comme les prcdentes, il
s'accommodera avec le cardinal s'il peut. Souvenez-vous bien de cela;
et que quand le prince s'accommodera, cela paratra tout d'un coup,
et que le trait se fera en secret[70], dont cependant je pourrai
avoir connaissance.

          [Note 70: Cette paix du cardinal et du prince ne se fit
          pourtant qu'avec celle des Pyrnes, en 1659, aprs bien
          des difficults de la part de Mazarin.]

J'ai des nouvelles certaines que le marchal de Grammont[71] a
commenc une troite correspondance avec M. le prince par ordre du
cardinal.

          [Note 71: Antoine, qui fut d'abord marchal de Guiche, puis
          marchal de Grammont.]

Pour Rome, je vous confirme qu'on irrite le pape, et qu'on veut tre
mal avec lui, et que le cardinal voudroit tre maltrait par le pape
pour avoir occasion de lui renvoyer son chapeau de cardinal qui lui
seroit pay par l'pe de conntable, qu'il souhaite extrmement[72].

          [Note 72: Nous ne connaissions pas cette singulire
          particularit, qui n'est pas toutefois invraisemblable,
          quand on se rappelle que Mazarin ne fut,  ce qu'on croit,
          jamais ordonn prtre, et qu'il avoit commenc par tre
          capitaine dans les troupes pontificales. Il n'auroit
          fait que revenir  son premier mtier, en supprimant
          bien des grades intermdiaires, car il y a loin de
          capitaine  conntable. Il revint un peu plus tard  une
          ambition un peu plus raisonnable, quoique plus haute:
          C'est, lisons-nous dans un des _Manuscrits Fontanieu_,
          une anecdote sue de trs peu de personnes, et qu'on ne
          trouve crite nulle part, que le cardinal Mazarin, dans
          les derniers moments de sa vie, toit sur le point d'tre
          lu pape. La France, l'Espagne et l'tat de Florence
          luy avoient donn leurs voix; et son lection, par ce
          moyen, estoit sre. M. de Croissy, qui pour lors estoit
          ambassadeur  Rome, l'a dit  plusieurs de ses amis, et
          particulirement  M. le cardinal Fleury, qui me l'a redit
           moy-mesme. Il adjoutoit que la raison que D. Louis de
          Haro donnoit du consentement de l'Espagne toit que le
          cardinal ayant t seul capable du projet et de l'excution
          de la _Jurix-Universelle_, il toit seul capable de la
          soutenir.]

Je vous ai mand tout cela, je vous le confirme. Je vous prie, gardez
bien cette lettre pour vous en bien souvenir, et la faites bien
considrer.

Soyez assur qu'il ne se passera rien de considrable de quoi vous
ne soyez averti par moi. Moquez-vous de toutes les autres nouvelles
qu'on vous mandera, et faites un fondement assur sur ce que vous
recevrez de moi.

Le sommaire de ce que je vous ai mand revien  ceci. Si M. le
prince a un grand avantage, et qu'on fasse quelque diversion, toutes
choses sont ici portes  un grand changement; cela n'arrivant pas,
on souffrira plutt tout que de rien remuer.

On croit qu'aprs la prise de Landrecies le roi reviendra  Paris:

1 Afin que le peuple reoive le jubil par les grands vicaires
nomms par le roi, et non par ceux du cardinal de Retz;

2 Pour faire passer quelques dits pour avoir de l'argent[73];

          [Note 73: Le correspondant est fort bien renseign. Quelque
          temps aprs parut l'dit qui tablit le papier timbr.]

3 Pour faire un changement aux monnaies, lesquelles le roi va mettre
en petit volume, ce qui fche fort le monde; ce changement de monnaie
marque ou mauvais ordre, ou ncessit, ou tous les deux ensemble.

       *       *       *       *       *

_16 juillet._--La lettre manque, voici cependant le _post-scriptum_:

Je vous ai crit ce matin ce que j'avais  vous mander.

Depuis ma lettre crite, j'ai avis assur que le cardinal et le duc
d'York ont eu depuis trois jours de grandes confrences, et qu'ils
ont t jusques  trois heures ensemble, ce qui ne peut tre sans
trs grand sujet.

Je suis assur que le cardinal et le roi d'Ecosse ont commerce
ensemble[74]. Je saurai ce que c'est, et je vous en donnerai avis.

          [Note 74: Le roi d'cosse est Charles II. Ce commerce de
          lettres entre le cardinal et Charles toit sans doute
          relatif au mariage rv par l'un pour marier l'autre 
          sa nice Hortense, non encore pourvue. Cette dernire
          tentative choua, et, le 2 novembre de la mme anne,
          Bordeaux concluoit avec Cromwell, au nom de la France, un
          trait dont l'une des conditions toit l'abandon complet
          des intrts de Charles II.]

Je suis familier avec Montaigu, par lequel je saurai tout, car il
sait le fond des intelligences.

On se prpare  faire un autre sige aprs qu'on aura tabli les
ordres  Landrecies.

Le cardinal est devenu libral: il donne  tout le monde et de fort
bonne grce, et dit qu'il a pargn pour pouvoir avoir de quoi donner.

Sa puissance est tout  fait tablie.

       *       *       *       *       *

_24 juillet._--L'envie que le pape avoit de s'entremettre pour la
paix est fort ralentie; il y a un mois qu'on n'en parle plus.

Ce pape est un homme que j'ai connu  Munster[75]; c'est un
personnage qui n'a nulle mchancet, plein de bonnes intentions, mais
lger d'esprit et changeant: il embrasse tout avec chaleur, puis il
se relche. Ds qu'il s'est vu pape, il a voulu tout rformer  Rome,
faire la paix en la chrtient, attaquer le Turc, btir des glises,
corriger tout l'ordre ecclsiastique, jener, prier, faire aumnes:
tout cela est bon, mais c'est trop  la fois, car il n'a point de
sant. Il a t taill deux fois de la pierre, et le pauvre homme ne
se mesure pas selon ses forces; enfin, un sien confident lui a dit:
Pre saint, voulez-vous durer longtemps? laissez le monde comme il
est.

          [Note 75: Fabio Chigi, avant d'tre pape, avoit en effet,
          comme nonce en Allemagne, pris part aux confrences de
          Munster.]

L dessus, le pape s'est rsolu de n'entreprendre pas tant de
besogne. Pour l'entremise de la paix, il n'en parle plus.

Le cardinal Mazarin le mprise tant qu'il peut, et quand la paix
devroit se faire, ce ne sera pas par son moyen.

Il est pass par ici, depuis trois semaines, un moine jacobin qui
a eu confrence avec le cardinal touchant la paix. C'est un pre
dominicain espagnol.

Pour l'accommodement de M. le prince, il est trs assur qu'il se
traite quelque chose; mais il n'y a rien encore de bien avanc, et je
n'en ai pas bonne esprance.

Assurez-vous sur moi que vous serez bien averti de toutes ces choses.

L'autorit, la faveur et le crdit du Cardinal sont au plus haut
point: je ne vois rien qui le puisse choquer que le Protecteur; c'est
pourquoi il est trs certain que, ou tt ou tard, le Protecteur lui
jouera quelque mauvais tour[76].

          [Note 76: C'est bien ce que craignoit Mazarin; aussi fit-il
          le trait du 2 novembre, dont nous avons parl tout 
          l'heure. Mazarin craignoit surtout une alliance de Cromwell
          avec les protestants de France, vers lesquels, en mai 1654,
          le Protecteur avoit envoy le suisse Stoupe, ou bien encore
          une entente complte et efficace entre lui et Cond. C'est
          ce que celui-ci s'efforoit de conclure depuis 1651, comme
          on le voit par les _Mmoires_ de Lenet, mais sans obtenir
          du Protecteur autre chose que des promesses illusoires.
          Barrire et Lenet, puis aprs celui-ci M. de Saint-Thomas,
          toient les agents de Cond en Angleterre, et travailloient
          en mme temps pour les habitants de Bordeaux, rests
          rebelles  Mazarin, et qui esproient le rtablissement des
          relations commerciales entre leur ville et l'Angleterre.
          Cromwell promit tout et n'accorda rien. De cette manire,
          il ne s'engageoit pas, mais toutefois tenait en haleine
          l'inquitude de Mazarin, qui, lui aussi, avoit ses affids
           Londres, et fut peu  peu, de crainte en crainte, amen 
          conclure le trait de novembre. Un de ses articles secrets
          qui fut excut tout des premiers, toit que les agents
          de Cond et les dlgus de Bordeaux seroient expulss
          d'Angleterre. On peut lire sur toute cette affaire un
          article rempli de renseignements _indits_ dans la _Revue
          nouvelle_, 1er juillet 1846, p. 379-405. Cet article, sign
          P. G., doit tre de M. Pierre Grimblot, qui avoit publi
          dans la mme _Revue_ (15 nov. 1845) un curieux travail:
          _Mazarin et Cromwell_.]

Nous avons assig la Capelle, et faisons en Flandre des progrs,
car la terreur et la lchet a saisi le coeur des Espagnols. En
Italie, nous attaquerons Pavie ou Crmone.

       *       *       *       *       *

_4 aot._--Le roi est parti  la tte de trente mille hommes, et est
entr en Flandres, et a dit  la reine[77] qu'elle n'auroit de ses
nouvelles de quinze jours.

          [Note 77: A la reine-mre.]

On parle diversement de son dessein: les uns croient qu'il veut
prendre Cond[78] et le fortifier, et ruiner Maubeuge.

          [Note 78: Le 18 du mme mois cette place fut en effet
          emporte, et le 25 Saint-Guillain fut pris en prsence du
          roi.]

Les autres, qu'il entrera dans Valenciennes, o il y a un parti form
pour le recevoir[79].

          [Note 79: Ce fut un faux espoir. Valenciennes fut en effet
          assig l'anne suivante; mais Turenne dut abandonner
          l'entreprise  la suite d'un chec que Cond fit essuyer au
          marchal de la Fert, qui resta son prisonnier.]

Les autres, pour entrer bien avant dans le pays et obliger les villes
 son obissance.

En peu de jours on saura son dessein.

Je vous ai pri de me mander si vous croyez que je puisse tre utile
ici: sinon, j'irai en ma maison de campagne jusques au retour du roi
 Paris. Mais si l'on veut que je demeure ici, faites-le-moi savoir.




_Lettre d'un Gentil-homme franois  dame Jacquette Clement,
princesse boiteuse de la Ligue_[80].

_De Sainct Denis en France le 25 d'aoust_

M.D.XC[81].

In-8.

          [Note 80: Cette pice aussi curieuse que rare, et qui
          mriteroit de figurer dans les _Appendices_ de la _Satire
          Mnippe_, est dirige contre les chefs de la Ligue, et
          particulirement contre la soeur de Guise, Catherine-Marie
          de Lorraine, veuve de Louis de Bourbon, duc de Montpensier.
          On sait la part qu'elle prit  l'assassinat de Henri III
          par Jacques Clment. Le nom de dame Jacquette Clment qu'on
          lui donne ici est une allusion directe  cette complicit.
          La duchesse toit boiteuse, comme on le dit ici. V. la
          _Satire Mnippe_, 1740, in-8, t. I, p. 17.]

          [Note 81: Ce jour, 25 aot 1590, le quartier gnral
          d'Henri IV toit  Saint-Denis. Cette date et ce nom disent
          qu'il ne faut pas chercher ailleurs que dans le camp royal,
          et dans l'intimit mme du roi, l'auteur de cette pice
          anti-ligueuse.]


Dame trs curieuse de la charnelle union, il m'est tomb ce jourd'huy
s mains une lettre qu'un badaut de Paris a prsum escrire au roy
trs-chrestien Henry 4[82], Dieu-Donn, aussi pleine d'imprudence
et d'irreverence, comme la venimeuse instruction qu'il a receu
de vous et des autres predicans, traitres pseudoprophtes comme
luy, le luy a permis et enseign;  laquelle je ne daignerois
respondre ny repliquer, comme chose qui n'en merite pas la peine.
Mais, sans m'arrester  ce chien grondant, simple organe de vos
meschantes et mal-heureuses conceptions, j'ay trouv plus expedient
de m'addresser directement  vous, qui estes l'officine de tout
ce qu'il a de mal fait en France, d'o sortent non seulement tous
les libelles diffamatoires que l'on voit trotter par ce royaume,
encontre Dieu et son roy bien-aym, mais o ce forgent encores toutes
les conspirations paricides, rebellions, assassinats, volleries,
extorsions, trahisons, sacrilges, ravissemens, embrasemens et
autres brutales inhumanitez dont la pauvre France est flagelle,
spcialement depuis trois ans, et me semble que vous addresser, et
non  autre, ceste replique, c'est  son point la chose approprier.
Ce pauvre escorcheur d'ames me fait piti en ses forceneries, la
lecture desquelles me fait croire de deux choses l'une, ou qu'il est
halen du vent de vostre chemise (comme sont plusieurs autres), ou
empoisonn de vos sorcelleries, ou pour dire mieux de tous les deux
ensemble; ce qui n'est pas inconvenient, car vostre chair est la
viande plus commune qui soit aujourd'huy dans Paris, comme il nous
fait entendre l o il dit que, malgr les dragons du roy, la bonne
chair s'y trouve  qui y veut employer l'argent, ce qui ne doit estre
entendu d'autre chair que de la vostre, veu que les chairs de cheval
et d'asne (qui sont vos viandes ordinaires) ne peuvent passer pour
bonne chair: aussi que de long temps vous savez comment il la faut
debiter, suivant la doctrine de don Bernardin de Mandosse[83]:

  _A los Moros por dineros,
  A los Christianos de gracia._

          [Note 82: Nous ne savons de quel pamphlet l'auteur parle
          ici. Il toit, sans nul doute, du mme genre que ceux dont
          l'Estoille (V. son _Journal_, dit. Champollion, t. II,
          p. 3) donne la liste, et qui paroissoient imprims avec
          privilge de la Sainte-Union, sign Senault, reveus et
          approuvs par les docteurs en thologie...... Tous discours
          de vaunant et faquins, esgout de la lie d'un peuple.]

          [Note 83: Don Bernardino de Mendoza, ambassadeur de
          Philippe II  Paris.]

La sorcellerie puis aprs, qui est le principal de vos
artifices[84], est si commune en votre pays, que ceux qui y ont
voyag rapportent que de lieu en lieu, et de village en village,
se trouvent des poteaux et pilliers o l'on brusle des sorciers,
et disent les bonnes gens des champs que, quelque justice que l'on
en puisse faire, il n'est possible toutes fois d'en nettoyer le
pays, tant ceste malediction a pris racine en vostre contre; voil
pourquoy on ne doit trouver estrange si, estant sortie d'un tel nid,
vous avez peu si aysement ensorceler le menu peuple franois, assez
credule de nature, et sur qui aviez gaign, vous et les vostres,
telle creance par votre hipocrite douceur et parler emmiell:

    _Che lor pottevi far, con tue parole,
  Creder che fosse oscuro et freddo il sole._

          [Note 84: Allusion aux pratiques de magie tentes par les
          ligueurs contre Henri III, et dont il est parl dans le
          _Journal_ de l'Estoille, en plusieurs endroits, et dans le
          curieux trait, _La Fatalit de Saint-Cloud prs Paris_,
          1672, in-8. art. 8. On faisoit, par exemple, une image
          du roi en cire, qu'on plaot sur l'autel. Aprs avoir
          dit devant l'office des Quarante heures, on la piquoit 
          l'endroit du coeur, disant quelques paroles de magie pour
          essayer  faire mourir le roy.]

Voulez-vous plus grands signes de sorcellerie que de voir les
Franois (qui entre toutes les nations du monde ont emport le renom
d'estre fidles  leurs roys) estre par vous induits  s'eslever
contre le feu roy? le chasser honteusement de sa ville capitale?
blasphemer contre luy? le charger d'oppropres et d'injures? composer
libelles diffamatoires contre Sa Majest, les imprimer avec
privilge? et vendre publiquement, sans punition ny reprehension
quelconque? luy denier l'entre de ses villes, les tailles, le
tribut, et tous les droits que Dieu a ordonnez  son oingt, pour les
donner  un rebelle estranger? Est-ce pas vraye sorcellerie, aprs
l'avoir tax d'estre huguenot, de l'avoir aussi persuad au peuple,
luy qui a gaign deux grandes batailles contre les huguenots[85], y
ayant expos sa propre vie au danger; qui a perscut les huguenots
tant qu'il a vescu, et les a hays jusques  la mort, quoy que vostre
felonnie l'ay contraint de se jetter entre leurs bras, au moins entre
les bras de son frre, le roy qui est  present, pour eslire (comme
dit le philosophe) de deux maux le moindre; luy, dis-je, qui estoit
le plus catholique et religieux roy qui jamais ayt rest en France.
Je ne veux prendre icy sa cause en main pour le deffendre de ce qu'on
luy pourroit imputer touchant le gouvernement de son Estat, comme
aussi ne voudrois-je estre si presomptueux que le blamer ou taxer,
laissant la definition de ceste cause  Dieu,  qui seul appartient,
et non  autre, la cognoissance et jugement des actions d'un roy,
ou bonnes ou mauvaises qu'elles puissent estre; mais seulement,
pour le fait de sa religion, je dis et diray tant que je vive que
la France n'a jamais eu roy plus catholique et religieux que celui
dont nous traittons maintenant, ny plus sevre observateur des
statuts de nostre mre saincte Eglise: les gens de bien qui l'ont
cognu en rendront fidelle tesmoignage. Cependant vos langues l'ont
ainsi persuad au peuple, et incit un jeune moine (deshonneur de
l'ordre S. Dominique) de le tur proditoirement, soubs une feinte
santimonie, tandis que le bon roy l'accueilloit benignement et luy
disoit: _Amice, ad quid venisti_? Helas! s'il eust est heretique,
eust il admis un moyne en son cabinet[86]  heure indue,  heure
que mesmes messeigneurs les princes ny entroient pas[87],  heure
qu'il s'estoit speciallement reserve pour demander  Dieu pardon
de ses fautes, et luy rendre graces des biens qu'il avoit receus et
recevoit journellement de sa saincte bont[88];  la mienne volont
que quelque ange se fut interpos  la fureur des bons Franois qui,
premiers appercevans ce piteux spectacle, et poussez d'un juste
courroux, firent carnage de ce parricide infame; qu'ils se fussent
contentez de le prendre en vie, affin de luy faire recevoir le
supplice esgal  son demerite. La belle histoire que nous eussions
eu par son procs, quant il auroit declar que s'amye Jacquette
l'avoit induit  commettre cest assassinat[89]; quel plaisir 
luy ouyr verbalement reciter les artifices, ruses, desguisemens,
amorces, menes et stratagmes par lesquelles vous mistes peine 
le rendre amoureux de vous; puis aprs, par quels regards lascifs,
quelles mines de visage, contenances et gestes du corps, mignardises
de paroles et attouchemens deshonnestes, vous vintes  bout de luy
prostituer vostre pretendu pudicit, soubs promesse toutes fois
qu'il executeroit ce beau chef d'oeuvre[90]; et finalement, declarer
le vil prix et chetif salaire qu'il avoit receu pour commettre un
meschef si execrable: ha! qu'il auroit bien detest la chert d'un
si brief plaisir achet par la jacture[91] et de son corps et de son
ame. Je croy fermement que avant mourir il auroit fait quelque grande
execration contre vos sortilges bien autres que la demonomanie de
Bodin, un mien amy, est aprs  faire un petit livret de meditations
sur le mistere de la saincte union de Jacques Clement avecques vous,
dame Jacquette, sa bonne partie, qui sera chose,  ce qu'il dit,
fort rare et singulire  voir: car les figures de l'Aretin n'y
seront pour rien contes, tant vostre bel esprit est subtil en telles
inventions; je vous asseure que je seray soigneux de le faire mettre
en lumire pour l'amour de vous, affin que les loanges d'une si
vertueuse dame ne demeurent ensevelies en la fosse d'oubliance. Mais
pour ne point interrompre le fil de nostre discours encommenc, je
diray que, sans point de faute, voyla le plus grand de vos charmes et
la plus grande de vos sorcelleries. L'autre qui vient aprs n'est pas
moindre que la premire, d'avoir persuad au peuple qu'il soit non
seulement licite, mais expedient et bonne oeuvre d'assassiner un roy
trs-chrestien, et que le parricide soit par vous canoniz et mis au
rang des saincts et glorieux martyrs; que lon luy dresse des status
sur les autels sacrez, que lon luy porte des chandelles et offrandes,
et que lon l'invoque pour interceder pour ceux qui portent tiltre de
chrestiens. Si telles impietez paganiques doivent avoir lieu parmi
nous, je diray librement ce que disoit Juvenal[92] en son _Hercule
furieux_:

      _Scelere perfecto, licet
  Admittat illas genitor in coelum manus._

          [Note 85: Les victoires de Jarnac et de Moncontour, gagnes
          en effet par Henri III, alors duc d'Anjou.]

          [Note 86: C'est mme, suivant l'Estoille, la crainte qu'on
          ne dt qu'il chassoit les moines qui lui fit recevoir
          Jacques Clment en toute hte.]

          [Note 87: C'est  huit heures du matin que Jacques Clment
          fut introduit prs du roi.]

          [Note 88: Henri III n'toit pas en prire quand il ordonna
          qu'on introduist le moine, mais sur sa chaise perce,
          ayant une robe de chambre sur ses paules. Lorsque Jacques
          Clment entra, il ne faisoit que se lever de la chaise
          et n'avoit encore ses chausses attaches. _Journal_ de
          l'Estoille, 1er aot 1589.]

          [Note 89: Malheureusement, comme on sait, il fut tu sur le
          champ, avant d'avoir pu rien avouer. Sa nice Jacquette, la
          duchesse de Montpensier, avoua pour lui. Dieu, que vous me
          faites aise, dit-elle quand elle eut appris le crime, et
          en distribuant aux siens des charpes vertes. Je ne suis
          marrie que d'une chose, c'est qu'il n'ait su, avant de
          mourir, que c'est moy qui l'ay fait faire. _Journal_ de
          l'Estoille, mercredi 2 aot 1589.]

          [Note 90: Il est question dans plusieurs crits du temps
          des complaisances de la duchesse pour le futur assassin.
          V. de Thou, t. IV, p. 496. La _Mnippe_ le dit  mots
          couverts, mais transparents. Pour l'encourager, y dit-on
           Mayenne, vous luy promtes vchs, abbayes et monts et
          merveilles, et laisstes faire le reste  madame vostre
          soeur.]

          [Note 91: _Jactura_, perte.]

          [Note 92: L'auteur veut dire Snque, de qui l'on a en
          effet une tragdie d'_Hercules furens_.]

Vous ne trouverez estrange (reverendissime dame Jacquette) si,
escrivant  une femme, je me dispence de parler latin: les moynes et
predicans  qui vous avez affaire tous les jours vous mettent si
souvent la langue latine en bouche, que vous la devez avoir aussi
familire comme la maternelle; or, tout ce que j'ay racont ne
sont que petits peccadilles, pechez veniels parmy vous autres; vos
predicans vous absolvent de tout cela, et, comme dit l'evesque de
Lyon[93] en la _Confession de la foy_, le merite d'estre ligueur est
plus grand que ne sont grandes toutes les offences que le ligueur
pourroit commettre[94]. Voyl une belle confession de foy, et
vrayment digne d'un tel prelat. S'il n'a point d'autre hostie pour
expier l'offence de son double inceste[95], je parie la perte de son
ame; mais que dis-je, son ame? les ligueurs ne croyent aucune ame qui
puisse recevoir ou peine ou salaire en la vie future, laquelle aussi
ils ne croyent point; et plus je m'estudie  rechercher le sommaire
de leur creance, et moins j'y attains. Je pense bien qu'ils croyent
Dieu; aussi font les diables. Ils le croyent et en ont terreur;
mais de croire en Dieu, ils n'y croyent non plus que les diables.
Ils sont d'ailleurs empeschez: l'ambition intolerable, l'insatiable
avarice, l'appetit desordonn de commander, de devenir grand en
peu d'heure, d'accomplir leurs cupiditez deshonnestes, et autres
choses monstrueuses, en excuse leurs esprits et en destourne leur
entendement. Ds le temps de la primitive Eglise, la chrestient a
est infecte de diverses erreurs, heresies et sectes; mais de toutes
icelles la plus pernicieuse,  mon advis, est ceste dernire de la
Ligue, comme celle qui combat directement contre Dieu, contre sa
parole et contre sa volont, pour exterminer les roys, les princes et
la noblesse; et, soubs ombre et pretexte de religion d'affranchir ou
soulager le peuple, tasche  ruyner de fonds en comble la monarchie,
depuis le plus grand jusques au plus petit. S. Paul vous commande
il pas, et S. Pierre tout de mesme, d'obeyr  vos princes quand or
ils seroient meschans et heretiques? Pourquoy donc rejectez vous ce
commandement, et, tournant la truye au foing (comme lon dit[96]),
y apportez vous des gloses et constructions d'Orleans[97]? Dieu
vous commande de rendre  Csar ce qui est  Csar: pourquoy donc
luy refusez vous, vous, le service, l'obeissance, le tribut et
les droits que vous lui devez? Vous me direz (dame Jacquette)
que Nostre Seigneur adjouste incontinent aprs: Et  Dieu ce qui
appartient  Dieu. C'est parler en theologien. Qui vous y met
empeschement? En quel lieu est-ce que le roy empesche l'exercice de
notre religion catholique, apostolique et romaine, de ceux qui sont
en son obeissance depuis son advenement  la couronne? O voit-on
les gens d'glise oppressez ou perscutez? O voit-on les eglises
violes, ou le service divin empesch? A la prinse des faux-bourgs
de Paris,  la Toussaincts derniere[98], quel mauvais acte avez vous
recognu contre les ecclesiastiques ou contre les eglises; demandez
en aux prestres qui y celebrrent messe par tout le jour des Morts?
Mais quel besoin est-il de specifier les lieux? Tant de villes que
Sa Majest a reduictes  son obeissance servent de miroir et en
rendent tesmoignage, mesmes des gens d'eglise qui sont entretenus
journellement auprs du roy, honors et reverez par Sa Majest, trop
plus qu'ils ne sont de vous autres, sectateurs de Judas Iscariot,
qui edifiez les: temples des prophtes semblables  ceux qui les ont
occis. Qu'ainsi ne soit, voyons les deportemens de ceux de vostre
secte: nous trouverons les eglises pilles, les faux bourgs de
Tours, et villainement polues de paillardise jusques derrire le
grand autel[99]; les eglises brusles aux faux bourgs de Chasteaudun,
et le Sainct Sacrement (chose horrible  penser) consomm par
feu;  Quinsy, prs Meaux, l'eglise brusle, et plus de soixante
petits enfants bruslez dans le berceau;  Montereau-faut-Yonne,
 Charlotte-la-Gand, les eglises pilles et desnues d'ornemens,
calices, croix, reliquaires, et, comme disoit le pote ferrarois[100]:

  _Gittato in terra Christo in Sacramento
  Per torgli in tabernacolo d'argento._

          [Note 93: Pierre d'Espignac, archevque, et non vque
          de Lyon, dont on se moque  tant de reprises dans la
          _Mnippe_.]

          [Note 94: Ce sont, en effet, les doctrines dont il fit
          profession en maintes circonstances, notamment  la clbre
          confrence de Surne. V. cette _Confrence_, 1593, in-8,
          p. 83.]

          [Note 95: Pierre d'Espignac avoit deux soeurs, de chacune
          desquelles il avoit un neveu; l'un qui se nommoit Edme de
          Malain, baron de Luz, et l'autre Chaseuil. De Thou, t.
          V, liv. 108, p. 414.--C'est au premier de ces deux fils
          incestueux que l'archevque de Lyon dut de ne pas partager
           Blois le sort du cardinal de Guise. Henri III, qui
          aimoit beaucoup le baron de Luz, lui accorda la vie de P.
          d'Espignac. De Thou, t. IV, liv. 93, p. 378.]

          [Note 96: C'est prendre le contrepied des choses, comme
          l'on feroit si, dtournant la truie du gland qu'elle veut
          manger, on la foroit de se repatre de foin. V. _Ancien
          thtre_, t. V, p. 240; VII, p. 141; IX, p. 86. Ce n'est
          pas de cela dont j'ai  vous parler, dit un personnage du
          _Pdant jou_ (acte II, sc. 9); mais  quoi diable vous
          sert de tourner ainsi la truie au foin?]

          [Note 97: On connat l'ancien proverbe: C'est la glose
          d'Orlans, elle est plus difficile que le texte.]

          [Note 98: Le mercredi premier jour de novembre (1589),
          dit l'Estoille,  la faveur d'un brouillard qui se leva
          comme par miracle, incontinent aprs la prire faite dans
          le Pr aux Clercs  six heures du matin, le roy surprit les
          faubourgs...]

          [Note 99: Il s'agit des horribles scnes qui eurent lieu
          lors de la surprise des faubourgs de Tours en 1589 par
          les troupes de Mayenne. Henri III y courut grand danger
          d'tre pris, et l'et mme t sans l'avis que lui donna un
          meunier qui pourtant ne le connoissoit pas.]

          [Note 100: Le Tasse.]

Que diray-je de Sainct Denys en France, o vous avez ruyn deux
eglises qui estoient proches du rampart; desrob et enlev le tresor
de la grande eglise, que l'ancienne liberalit des roys de France
y avoit amass[101]; et de mesme dit-on que vous avez faict des
reliquaires de Paris, pour convertir l'or et l'argent  vostre
usage. Que diray-je d'autres eglises infinies en ce royaume, o
vos satellites n'ont fait conscience de mettre le feu pour quelque
interest particulier, sans aucun respect ny reverence du Sainct
Sacrement qui estoit conserv en icelles? En quoy vous vous monstrez
plus cruels et barbares envers celuy dont vous usurpez fausement le
tiltre et vous couvrez indignement de son nom, que n'ont fait les
juifs qui le crucifirent: car ceux l comme ennemis le mirent 
mort, et vous autres, zuingliens sacramentaires (comme Judas en le
baisant, c'est--dire en vous disant ses amis), l'avez mis au feu.
Quelles excuses, quelles deffences alleguerez-vous contre ceste
vrit? Certes aucune, sinon que vous n'y croyez point. Qui voudroit
raconter les extorsions et violences faictes par vos partisans aux
gens d'eglise, ce ne seroit jamais faict; qui pourra aller par la
France en orra les clameurs qui montent jusques aux cieux. Par l
appert que vostre saincte religion n'est autre chose qu'un appetit
desordonn d'en avoir, et de dominer soit  droit, soit  tort. O
le beau et precieux pretexte! Certes, tous ceux qui desirent de
nouveaut ont voulu brouiller un Estat, et qui pour ce faire ont
cherch quelque honneste couverture n'en trouveront jamais qui plus
chatouille les aureilles des auditeurs que ceste-cy, et specialement
du menu peuple. Voil une belle religion de conspirer contre les
roys, contre les princes, contre la noblesse, contre l'Eglise, contre
la justice; de pervertir les anciennes loix et statuts d'un royaume,
et bouleverser tout s'en dessus dessoubs,  la confusion et ruyne des
trois Estats, afin de chasser les enfans et heritiers de la maison
pour y introduire et subroger des estrangers et mercenaires; ou, ne
pouvant attaindre  ce but, changer  tout le moins la plus belle, la
plus ancienne et la plus florissante monarchie de la chrestient en
un Estat democratie et populaire. Voyl une plaisante secte d'union
compose de quelques princes estrangers, poussez d'une ambition sinon
loable, aucunement probable, d'autant que, _si violandum est jus,
regnandi causa violandum est_; compose de quelques marrans[102],
de quelques saffraniers[103], de quelques meschans garnemens, que
la rigueur des loix y a jectez, ou le desespoir et la crainte du
supplice les y retient; gens que le bourreau court  force; compose
de quelques moynes affriandez  la chair que vous vendez  Paris,
et de toutes sortes de vauneans et de la lye du peuple; voyl,
dis-je, une belle et plaisante secte, pour s'opposer et contredire
 tous les princes, grands seigneurs et officiers de la couronne de
France, et generallement  toute la noblesse, qui tous sont unis
 l'obeissance et service du roy tres chrestien; et ceux qu'en
premier lieu je devois avoir nommez, messeigneurs les cardinaux,
prelats et gens d'eglise qui servent ordinairement Sa Majest de
leurs prires ferventes et assidues, les sacrifices et oraisons
desquels sont si aggreables  Dieu, que le jour mesme, et  la
mesme heure qu'ils faisoient la procession  Tours pour la sant,
conversion et prosperit du roy, Sa Majest gaigna la bataille 
Sainct Andr[104],  la confusion et totale ruyne de vostre secte.
O est donc maintenant le Dieu que vous voulez opposer au nostre? de
quoy pourront servir toutes vos prophanations et sortileges contre
les devotions, voeux et prires des gens de bien? Nos Dieux ne sont
point d'accord (ce dites vous): ils n'ont garde de s'accorder, car
nous n'avons qu'un seul Dieu, qui est celuy qui vous livra  la
fureur de nostre glaive  Senlis[105],  la deffaitte de Saveuse
et Falandre[106],  la bataille qui se donna en Auvergne le mesme
jour que le roy vous chastia si bien  S. Andr[107]; c'est luy qui
vous a fait tourner le dos en toutes les rencontres qui se sont
faites, et qui vous a fait perdre, depuis l'advenement du roy  la
couronne, tout ce que vous aviez enrichy en Anjou, en Touraine, au
Mayne, en Normandie, en l'Isle de France, et generalement par tout
o Sa Majest a tourn la teste de son arme. C'est luy mesme qui
vous a fait faire un caresme en juillet[108], et qui vous fera porter
la pnitence de vos vieux pchez, si bien tost vous ne venez  la
recognoissance de vos fautes, et  implorer la misericorde du roy,
qui (comme il est la vraye image de Dieu en terre) aussi sa clemence
et misericorde est plus grande mille fois que n'est la multitude de
vos iniquits. Nonobstant toutes, ces choses, vostre predicant brave
et dit que les forces qui sont dans Paris, tant estrangres que de la
ville, sont suffisantes, soubs la conduite du duc de Nemours[109],
pour rembarrer et mettre en desarroy toute l'arme royalle: ces
choses luy sont autant ayses  dire comme elles sont mal-aises non
seulement  executer, mais  croire,  ceux qui savent mieux faire
que de crailler dans une chaire, mesmes aprs tant d'experiences que
nous avons veus de ce peuple, qui le nous ont faict cognoistre tel
que le descrit l'Arioste, disant:

  _Queste non dir squadre, non dir falange,
  Ma turba e popolazzo voglio dire
  Prima che nasca degno di morre._

          [Note 101: Ces pillages  Saint-Denis furent commis en
          septembre 1589 par quelques compagnies albanaises et autres
          troupes que commandoient Rosne et La Bourdaisire, et qui
          avoient commenc par mettre  sac tout le pays d'alentour:
          Montmorency, Deuil, Choisy, Andilly, Montlignon, etc. A
          Sainct-Denis, dit P. Fayet, pillrent l'glise du dict lieu
          et en firent une estable  chevaulx, tellement que l'on
          demeura longtemps sans y clbrer ne dire aulcune messe;
          ils gastrent aussi la spulture de monsieur et madame la
          Conestable, qui estoit une des belles et riches de France.
          _Journal historique de_ P. Fayet, 1852, in-12, p. 75.]

          [Note 102: Ou _marranes_, nom injurieux donn aux juifs
          rengats, et par suite aux Espagnols, dont beaucoup
          passoient pour entachs clandestinement de judasme. Dans
          le dictionnaire franois-espagnol d'Oudin, _Maranno_
          s'entend pour _chrtien de race juive_.]

          [Note 103: Se prenoit pour _banqueroutier_, parce qu'il
          toit d'usage de peindre de jaune leurs maisons, comme
          celle des tratres. Me voil, dit quelqu'un de la _Comdie
          de proverbes_, me voil rduit au bton blanc et au
          saffran, le grand chemin de l'hospital. _Anc. Thtre_, t.
          IX, p. 25.]

          [Note 104: C'est la bataille d'Ivry, gagne par Henri IV
          le 14 mars 1590, et nomme d'abord de Saint-Andr, parce
          qu'elle fut livre entre ce bourg et celui d'Ivry, 
          quelques lieues d'Evreux.]

          [Note 105: Le 27 mai 1589, le duc de Longueville, La
          Noue, Givry et autres, avoient dgag Senlis, o Thor
          tenoit pour le roi et qu'assigeoint les ligueurs.
          Ceux-ci, commands par d'Aumale et Maineville, avoient t
          compltement dfaits.]

          [Note 106: L'Estoille dit Saveuses et Forceville. C'toient
          deux gentilshommes ligueurs de la Picardie, que Chastillon
          avoit battus prs de Bonneval, le 11 mai 1589. Saveuses,
          bless et pris, avoit t conduit  Beaugency, o il mourut
          sans vouloir demander pardon  Dieu, ni reconnoistre le
          roi.]

          [Note 107: Le jour mme de la bataille d'Ivry, en effet,
          c'est--dire le 14 mars 1589, Curton et d'Effiat avoient
          dgag Issoire qu'assigeoit le comte de Randan, et avoient
          ainsi oblig  capituler les ligueurs qui tenoient la
          citadelle.]

          [Note 108: En juillet 1590, la famine commena  tre
          extrme dans Paris assig. La plus grande partie du
          peuple, dit l'Estoille,  la date du 22, commena lors 
          manger du pain d'avoine et de son, ce qui se pratiquoit
          aux meilleures maisons de Paris, qui ne donnoient par
          jour  leurs gens que demie-livre de ce pain. La chair de
          cheval toit si chre que les petits n'en pouvoient avoir,
          et qu'ils toient contraints de chasser aux chiens, et de
          manger des herbes crues sans pain.]

          [Note 109: Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, fils
          de Jacques de Savoie et d'Anne d'Este, veuve de Franois
          de Guise. Il toit par consquent frre utrin du duc de
          Guise.]

Et ne faut que vous mettiez en peine de nous persuader,  nous qui,
assistez du Sainct Esprit, ne pouvons estre deceus par vos fausses
illusions, que vous prenez toutes les incommoditez en patience en
louant Dieu, duquel vous attendez secours en bref, car nous tenons
pour maxime trs certaine que

  _L'honneur que les vicieux
      Font aux Dieux,
  A Leurs Majestez n'agre._

Quoi! vous qui avez encor les mains sanglantes du parricide du feu
roy (heureuse et pitoyable memoire), le sang duquel criera vengeance
devant Dieu, sur vous, sur vos enfans et nepveux, jusques au jour
du jugement, de tant de gens de bien par vous massacrez, noyez,
ranonnez, pillez et exilez; qui n'avez pardonn  sexe, aage ou
qualit; qui avez pollu les temples de Dieu en toutes sortes, jusques
 introduire en iceux les idoles de Jacques Clement[110], et autres
de pareille farine[111], leur deferant les honneurs qui sont deuz 
un seul Dieu, luy offrirez maintenant de l'ancens, des chandelles,
des veuz, des sacrifices, et le demeurant de vos faux dieux luy
sera aggreable holocauste? Vous vous trompez (dame Jacquette) si le
pensez: il faut premierement expier ce parricide; que les principaux
autheurs, conspirateurs et conseillers d'un tel meschef reoyvent la
punition du dernier supplice qu'ils ont demerite; les autres moins
crimineux, consentens, coadherans, et qui ont favoris le party (pour
ce qu'il n'est expedient que tout le peuple meure), aillent en abits
nuptiaux, les pieds nuds, la corde au col, une torche au poing,
jusques  Compiegne[112], reprendre le corps du roy defunct pour le
conduire  Notre Dame de Paris, et luy rendre l le dernier service
accoustum aux roys de France, pour depuis estre port et rendu 
Sainct Denis, le peuple criant misericorde; et aprs que le peuple
aura accomply les penitences qui luy seront enjointes, qu'il aura
renonc  toute heresie, secte, ligue et union contraire  Dieu et au
roy, et qu'il sera retourn au giron de l'Eglise par la confession
de ses fautes et par la communion du vray corps de Nostre Seigneur
Jesus-Christ, qui luy sera administr par les vrais prestres et
curez, non par les predicans de Belial;  ceste heure l (dis-je), je
croiray que Dieu, ayant destourn son ire et ouvert les yeux de sa
misericorde sur vous, recevra vos prires et oraisons, et non plus
tot; que si le nom de Franois, dont vous vous monstrez indignes et
decheus (comme Luciabel aprs s'estre eslev contre Dieu), vous est
si odieux, que vous aymiez mieux faire lection du plus veillacque
Espagnol qui se trouve, que du meilleur huguenot qui soit en France.
Je suis d'advis que, comme juifs ou bohmiens, ou plus tost comme
vrais ligueurs, vous alliez, vagabonds par le monde, chercher
nouvelles habitations en Canada, avecque don Bernardin de Mandosse et
le cardinal Dammi la Dolce, portans chacun une escharpe my-partie de
rouge et de noir, pour marque de vostre cruaut et flonie, et que
vous emportiez avec vous les simulacres de vos nouveaux Mahommet et
Hala: car quant  leurs charongnes et cendres, elles vous seroient
trop malaises  recouvrir; l ils vous feront de nouveaux miracles
et vous donneront de leurs benedictions accoutumes, favorisant
vos entreprises par cy aprs comme par cy devant ils ont fait. Si
vous pouvez emmener avecques vous vos predicans frere Bernard[113],
Rose[114], Panigarole[115], Ginestre[116], Boucher[117], et autres
pseudoprophtes, avecques vostre grand sacrificateur l'evesque
nagures de Lyon, ce seroit un grand bien pour vous et pour nous;
mais il ne faudroit pas laisser en arrire la Junon de vostre
chancelier[118], ny la fille du president de Neuilly, tant ayme de
ses deux pres temporel et spirituel[119]; toutefois, j'espre en la
justice de Dieu, que le maistre des hautes oeuvres leur abregera la
longueur du chemin; suivant cest advis, vous serez exempts d'estre
ou de plus vous dire Franois, ny d'obeyr  un roy franois et trs
chretien, noms qui tant vous sont odieux, et vous asseure davantage
que, comme la France ne lairra d'estre France ni le roy d'estre roy
pour vostre absence, il n'y aura aucun bon catholique qui meine
grand dueil de vostre departie, et qui n'aime trop mieux (comme bons
chrestiens) prier Dieu pour vostre conversion et reduction au giron
de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, lorsque serez absens,
que de vous voir, nouveaux Attiles, flageller l'Eglise de Dieu et ce
royaume, qui seroit trop heureux

                      _Si littora tantum
  Numquam Lotaren tetigissent nostra carin._

          [Note 110: Le jeudi 1er aot 1591, on fit solennellement
          aux Jacobins le service de frre Clment. V. l'Estoille,
           cette date.--On voulut faire encore plus. Quelqu'un de la
          Ligue parla d'lever son effigie sur un pilier de marbre
          dans l'glise Notre-Dame. _Mmoires du duc de Nevers_,
          in-fol., t. II, p. 453.]

          [Note 111: Ces autres idoles sont les Guises:  Tholoze,
          lit-on dans le _Scaligerana_, ils ont fait des statues de
          M. de Guise, les mettoient aux portes des temples, et les
          adoroient et les faisoient pleurer, etc.]

          [Note 112: Henri IV l'y avoit fait transporter le 8
          aot 1589, et l'y avoit laiss en dpt  l'abbaye de
          Sainte-Cornille.]

          [Note 113: Bernard de Montgaillard, dit le
          _Petit-Feuillant_. C'est  Saint-Severin qu'il prchoit le
          plus souvent.]

          [Note 114: Le docteur Roze, vque de Senlis, grand matre
          du collge de Navarre, l'un des prdicants ligueurs les
          plus forcens.]

          [Note 115: Franois Panigarolle, cordelier, vque d'Ast,
          qui tout jeune toit venu en France sous Charles IX, pour
          prcher le massacre, et y toit revenu plus tard pour
          prcher la rebellion.]

          [Note 116: Jean Guincestre ou Lincestre, cur de
          Saint-Gervais, et l'un des plus fougueux ligueurs de Paris.]

          [Note 117: Jean Boucher, docteur de Sorbonne, cur de
          Saint-Benot.]

          [Note 118: Louis de Brz, vque de Meaux, toit
          chancelier de l'Union. Qui toit sa Junon? Je ne sais.]

          [Note 119: Etienne de Neuilly, premier prsident de la cour
          des Aydes, fait prvt des marchands en 1512 par Henri III,
          ce qui ne l'empcha pas de se jeter  corps perdu dans la
          Ligue, avoit une fille d'une grande beaut. Roze, l'vque
          de Senlis, la sduisit et en eut un enfant. On le fait s'en
          accuser ainsi dans la Confession gnrale des chefs de
          l'Union:

               Sous feinte hypocrisie ai cach l'adultre
               De l'enfant que j'ai fait  la belle Neuilly
               Lorsqu'en la confessant, son premier fruit cueilly...]


_Au Duc des Moynes._

SONNET.

P. L. D. B.

  Traistre, sorcier, lorrain, parricide execrable,
  Rebelle, ambitieux, bastard, marraniz,
  Hypocrite, pippeur, empatenostriz,
  Sans Dieu, sans loy, sans foy, atheiste damnable,

  Ne verray-je jamais ton ame insatiable
  Saoulle de flageller le peuple baptis,
  Ou le feu que tu as par la France attiz
  Consommer avec toy ta race detestable?

  Ingrat de Dieu maudit, imitant le vipre,
  Tu as rong le ventre  la France ta mre,
  Et meurdry ses enfans, mesme dans le berceau.

  Le sang qu'as espandu devant Dieu cry' vengeance;
  Dieu te fera mourir par la main d'un bourreau,
  Qui de ton bras tyran delivrera la France.

FIN.




_L'Umbre du Mignon de fortune, avec l'Enfer des ambitieux mondains,
sur les dernires conspirations, o est traict de la cheute de
l'Hte_[120].

_Ddi au Roy par J. D. Laffemas, sieur de Humont_[121].

_A Paris, chez Pierre Pautonnier, imprimeur du Roy._ 1604.

_Avec permission._

          [Note 120: L'Estoille l'appelle Loste. Il toit commis
          principal du secrtaire d'Etat Villeroy, et son
          filleul. Les intelligences qu'il avoit avec les gens
          du roi d'Espagne, auxquels il vendoit tous les secrets
          d'Henri IV, et donnoit mme les copies de ses lettres
          au roi d'Angleterre, au comte Maurice, etc., ayant t
          dcouvertes, il se sauva vers Meaux, et fut trouv mort
          dans la Seine, prs de la Fert, soit qu'il y ft tomb par
          hasard, soit qu'il s'y ft prcipit de dsespoir, soit
          plutt, comme on le pensa gnralement, qu'il y et t
          jet par quelque complice intress  sa disparition.

          Raphin, autrefois un des seize, rfugi en Espagne pour
          la Ligue, l'avoit dcel  l'ambassadeur de France dans
          l'espoir que ce service lui mriteroit de rentrer en la
          grce de son prince; et l'ambassadeur en avoit donn avis
          au roi. _Journal_ de l'Estoille, 24 avril 1604 (dit.
          Michaud, t. II, p. 367).]

          [Note 121: C'est le fameux Isaac de Laffemas, fils de
          Barthlemy de Laffemas, dont nous avons longuement parl,
          t. VII, p. 303-306. Il ne faisoit alors que sortir des
          tudes, et s'amusoit aux vers, comme c'toit l'usage.
          Tallemant dit qu'il avoit de l'esprit. Il a fait,
          ajoute-t-il, plusieurs pigrammes. Il n'y en a gure de
          bonnes que les premires. Il ne parle pas de cette pice,
          qui est fort rare, et de son bon temps, qui fut court. Il
          devint avocat, puis secrtaire du roi, procureur-gnral
          en la chambre des communes, avocat-gnral en la chambre
          de justice, matre des requtes, et lieutenant civil
          au Chtelet de Paris. Dans cette charge, que Richelieu
          lui fit exercer par commission, il acquit beaucoup de
          rputation, dit Tallemant, et ta bien des abus, mais
          il fit surtout force excutions au gr du matre. Il fut
          terrible justicier, mais bonhomme pourtant,  ce qu'il
          parot. Despeisse disoit de lui, suivant Tallemant: _Vir
          bonus, strangulandi peritus_. (_Historiettes_, 1re dit.,
          t. IV. p. 35.) Plus tard, il revint aux vers; il fit en
          rimes, pendant la Fronde, le _Frondeur dsintress_ (1650,
          in-4), qui lui valut de violentes attaques. (C. Moreau,
          _Bibliog. des Mazarinades_, t. I, p. 422).]

       *       *       *       *       *

_Au sieur de Laffemas sur son traict._

  Esprits quy recherchez le moyen de bien vivre,
  Et de vous gouverner  la cour sagement,
  Venez veoir Laffemas, quy donne par son livre
  Aux cupides d'honneur un bon enseignement.

                            PH. D. B.


_A trs chrestien et glorieux Roy de France et de Navarre Henry IV._

Ce n'est pas sans un extreme regret, Sire, que je voue  Vostre
Majest le premier nay de ma plume[122] en si triste et lamentable
subject; mais, pouss et enthousiaz de quelque fureur poetique,
j'ay pens (aprs avoir balanc au poids de mon petit jugement les
dissuations plus grandes quy me detournoient de cette entreprinse
contre les services que je doibs  Vostre Majest) que je ne devois
laisser passer soubz silence les pernicieux desseings des mondains
quy jusqu'icy par leurs flots n'ont peu esbranler le roc de vostre
vertueux et magnanime courage. Autrement j'eusse donn  croire 
plusieurs que la paresse ou nonchalance m'avoient atteint, auxquels
toutesfois je ne desire donner place au prejudice de l'affection que
je porte  vostre Estat. Permettez donc, Sire, qu'en continuation
des services que mon pre vous a faicts[123] et desire faire
encore[124], je face, comme issu de luy, esclorre soubz l'aisle de
vostre aveu ce primice de mes escripts quy, autant profitables que
lamentables, escleirez de vostre regard, penetreront les nues et
desseings brouillez des plus infidles mondains, et enfin vivront
en la bouche de l'ternit, pour chanter avec moy vostre gloire, et
m'occasionner  prier le Ciel me faire naistre de jour en jour de
nouvelles occasions pour tesmoigner  Vostre Majest que je n'attends
plus grand heur au monde que d'estre qualifi jusqu'au tombeau,

  Sire,

  Vostre humble, trs obeissant et trs fidelle serviteur,

                                         ISAAC DE LAFFEMAS.

          [Note 122: Ceci semble dmentir ce que dit Tallemant
          (1re dit., t. IV, p. 32, note) d'une pastorale qu'Isaac
          Laffemas auroit faite  Navarre, tant colier. S'il avoit
          compos cette pastorale, il ne diroit pas que l'ouvrage
          qu'il offre ici au roi est le premier nay de sa plume.]

          [Note 123: Pour ces services trs rels, et aujourd'hui
          trop mconnus, que Barthlemy de Laffemas rendit  Henri
          IV, en qualit de _contrleur-gnral du commerce de
          France_, V. notre t. VII, p. 305, note.]

          [Note 124: Il vivoit en effet toujours; mais, puis par
          ses travaux, si injustement oublis, il mourut  la peine
          l'anne suivante, 1605.]

       *       *       *       *       *

_Ode en faveur de l'Autheur._

STROPHE.

  J'entends le pre des artz
  Appeler de toutes partz
  La troupe heliconnienne
  Pour entendre ce sonneur;
  Bref la cohorte neufvaine
  Luy vient dej faire honneur.

  Il est temps que l'on s'appreste
  De luy couronner la teste
  D'un branchage precieux:
  Sus! sus! que l'on applaudisse,
  Jeunes esprits studieux,
  En ce divin exercice.


ANTISTROPHE.

  Le sommet aonien,
  Et le laurier phebeen,
  Luy sont acquis pour sa gloire;
  Puisqu'il enseigne aux humains
  Le moyen d'avoir victoire
  Contre les efforts mondains.

  Sus! donc, enfants de Minerve,
  Dont les Muses font reserve,
  Venez tous apprendre icy
  Quel sentier il vous faut suyvre
  Pour charnier vostre soucy,
  Et aprs la mort revyvre.


EPODE.

  Muses, mon trs cher soulas,
  Ne vous mettez plus en peyne,
  Car cest enfant de Palas
  A la source d'Hyppocrne.

  De ce nectar doucereux
  Il abreuvera tous ceux
  Qui, aimant la posie,
  Grimpent sur vostre manoir,
  Pour gouster vostre ambrozie
  Et s'enyvrer de savoir.

                            M. GUERRY.

       *       *       *       *       *

_L'Autheur  ses vers._

  Marchez hardis, mes vers, vous avez un bon guide,
  Ne craignez le mespris d'un nombre d'ignorants,
  Si vous n'estes pour eux assez doux et fluide,
  Pour d'autres vous serez plus mignards et coulants.

       *       *       *       *       *

_Au Lecteur._

STROPHE.

  Cherchez le Latonien
  Au throne heliconien,
  Et les filles de mesmoire;
  Au pecazide ruisseau,
  Lecteur, n'accourez pour boire
  En ce traict de leur eau.

  Vous de quy l'esprit s'amuse
  Aux doctrines d'une Muse,
  Ne la cherchez pas icy;
  Mais si vous cerchez des larmes,
  De la peine et du soucy,
  Lisez mes funbres carmes[125].

          [Note 125: Laffemas, par le ton sinistre qu'il prend ici,
          et qu'il soutiendra dans toute cette pice, prlude bien 
          ses futures fonctions de bourreau.]


ANTISTROPHE.

  Fortune jamais aux siens
  Ne donna plus de moyens
  Pour se jouer de leur vie;
  Jamais on n'a veu le sort
  Avoir eu si grant envie
  De chercher aux siens la mort.

  Vomissez vostre rancune,
  Vous tous mignons de fortune[126],
  Car le bonheur d'un Dauphin
  A permis que vostre rage
  Se soit ouverte  la fin,
  Pour vous causer du dommage.

          [Note 126: L'expression _mignon de fortune_ toit consacre
          pour les favoris de roi et de ministre, comme l'toit
          Loste,  qui M. de Villeroy avoit accord toute sa faveur.
          Rgnier, vers le mme temps; les dsignoit ainsi dans sa
          troisime satire, V. 61:

               Du sicle les mignons, fils de la Poule-Blanche,
               Ils tiennent  leur gr la fortune en la manche.]

EPODE.

  Benissons l'honneur des roys,
  Henry, ce vertueux prince,
  Quy, en despit des abboys,
  A conserv sa province.
  Perturbateurs du repos,
  Croyez que tost vostre engeance
  Pour le butin d'Atropos
  Finira dans nostre France.

       *       *       *       *       *

_L'Umbre du Mignon et l'Enfer des ambitieux mondains._

STANCES.

  Je ne recherche point le sable de Pactolle,
  Ny l'arne de Gange ou bien l'or de Cresus,
  Ny moins les grands tresors de l'un ou l'autre polle.
  Mais je cherche plutost le mirouer des vertus.

  O precieux mirouer qu'entre tous biens j'estime,
  Que l'on voit de thresors et de riches moyens
  Au travers de la glace o la vertu domine,
  Plus precieux cent fois que ceulx des Indiens.

  Celuy quy maria les lettres  l'espe,
  Ce puissant empereur, la terreur des meschants,
  Mesprisa les joyaux de parure jaspe
  Et chercha la vertu jusqu' fin de ses ans.

  Je ne dy point heureux les enfants de fortune
  Qui souvent en grandeur se voient eslevez,
  Car, voisinant le ciel, ils imitent la lune,
  Nuageant leurs esprits de mille vanitez.

  Avons-nous rien plus cher au monde avec la vie
  Qu'un honneur bien acquis au champs de la vertu,
  Affin que la memoire en demeure infinie
  A ceux quy nous suivront par ce sentier battu.

  Doncques en quelque lieu o le sort nous attire,
  Ne nous mecognoissons aprs des biens acquis;
  Et plus nous sommes grands, petits il nous faut dire,
  Car c'est l'honneur des grands de se dire petits.

  Toujours l'humilit rend de la gloire aux hommes,
  Plus que s'ils recherchoient la gloire ambitieux:
  Car on n'estime point, en ce sicle o nous sommes,
  Ceux quy pour leurs estaz se rendent glorieux.

  J'ay autrefois apprins ce regime de vivre
  D'un des galants esprits quy soit de nostre temps,
  Et lors je le priay me permestre de suivre
  Sous l'aisle de son nom les beaux enseignements.

  Il ne m'eust pas si tost donn cette licence,
  Que j'allay rechercher les Muses pour appuy,
  Quy, m'ayant donn part  leur juste science,
  Me firent pratiquer ces preceptes de luy.

  Depuis j'ay recherch les sylvestres boccages
  Et les lieux plus affreux des deserts ecartez,
  O j'ay plus exerc mes coustumiers ouvrages
  Que les renseignements que j'avois emportez.

  Ces lieux que la frayeur et l'horreur accompagne
  M'ont avec eux tenu prisonnier pour un temps,
  Ma Muse m'assistoit, et, fidelle compagne,
  De mes afflictions appaisoit les tourments.

  Je m'estois l banny, d'un exil volontaire,
  Pour ne voir plus commestre en France tant de maux,
  Et lorsque je pensois n'avoir plus de misre,
  Ce fut alors que fus plus remply de travaux.

  Car estant esloign de nos plaines gauloises,
  Une peur me saisit de ne les voir jamais,
  Si bien que j'aymay mieux vivre parmy leurs noises
  Que de porter ailleurs de leurs troubles le faix.

  Car en estant absent j'enduray plus de peyne,
  Que present au milieu de ses plus grands effrois,
  Voire qu'il me sembloit mon absence estre vayne,
  Et que je supportois le faix de leurs abbois.

  Je quittay donc pour lors la sylvestre demeure
  O les nymphes faisoient ordinaire sejour,
  Pour venir dans Paris chercher  la mal'heure
  Le sujet de donner  mes carmes le cours.

  Je voulus delaisser les manoirs de plaisance,
  Pour venir  Paris recevoir des douleurs;
  Mais je n'y fus plus tost que je maudis la France,
  Et deploray cent fois ses sinistres malheurs.

  Il semble que le Ciel la destine  produire
  Un tas de malheureux pour le jouet du sort;
  Quy, ne cherchant sinon ce quy leur pourra nuire,
  Reoivent pour guerdon[127] une exemplaire mort.

  Je n'allegueray point pour preuve de mon dire
  Ce foudre des combats, cest ennemy de peur,
  Quy, cherchant son meilleur, ne trouva que son pire,
  Et mourut pour chercher aux enfers plus d'honneur[128].

  Aprs que Thomiris eust de Cyrus la teste,
  Elle l'a feit plonger dans un vaisseau de sang;
  Et ce fier boutefeu[129], au milieu des tempestes,
  Cherche pour s'assouvir avec Cyrus son rang.

  Mais quoy? si le Ciel veut tant malhourer la France,
  Ce n'est pas pour tollir aux hommes la raison:
  Nous avons tous acquis avecque la naissance
  Un sens pour refrener l'humaine passion.

  La France n'en peut mez, c'est l'humaine nature
  Quy fragile en ses faicts, ne se mesure pas,
  Et si quelqu'un feut mal, c'est raison qu'il endure
  Pour son crime commis un horrible trespas.

  Il y a des mortels quy font les autres sages,
  Car chacun ne peut pas suivre un mesme sentier:
  Les uns naissent posez et les autres volages,
  Mais le premier mechant rend sage le dernier.

  La France se voyant, trop plonge aux delices
  Pour avoir son support sur un Mars belliqueux,
  Delaissoit la vertu pour se donner aux vices,
  Mais ce Mars la corrige au bien de nos nepveux.

  Comme on voit le soleil s'obscurcir par la nue,
  Pour devenir aprs clatant  nos yeux;
  Ainsy la France estant de tous ses vices ne,
  Se rendra plus celbre et louable en tous lieux.

  O! que si ces mondains avides de richesses
  Eussent consider, armez de la raison,
  Que le Ciel, quy voit tout, descouvroit leurs finesses,
  Ils n'eussent pas brass si grande trahison.

  Mondains quy s'enyvrez des richesses du monde,
  Allez, suivant les pas de vos predecesseurs;
  Apprenez que celuy quy aux grandeurs se fonde,
  Se va prcipitant au gouffre des malheurs.

  Si j'osois exprimer combien j'ay de constance
  Pour resister au choc du monde et des thresors,
  Je me pourrois vanter d'estre Phenix de France,
  Nay contre les assaults de tous mondains efforts.

  Ce quy plus m'estonna aprs mon arrive,
  Fut ce nouveau Narcys de luy-mesme amoureux.
  Quy, se prcipitant dedant l'onde agite[130],
  N'embrassa que la mort qu'il cherchoit malheureux.

  Sa fin fut bien semblable  celle de Narcisse;
  Toutefois leurs humeurs ne sympathysoient[131] pas:
  L'un estoit vertueux, l'autre rempley de vice;
  Bref, l'un estoit Adon, l'autre Pausanias.

  L'un, amoureux de soy, se miroit dedans l'onde,
  Et, se jettant aprs ce qu'il aymoit le mieux;
  Il perdit le plaisir qu'il esperoit au monde
  Et le contentement qu'il cherchoit en ces lieux.

  L'autre, voulant chercher de Pactolle le sable,
  Se jetta dans les flots contre luy courroucez;
  Quy, luy donnant la mort  Narcisse semblable,
  Rejettrent son corps, de le garder lassez[132].

  O piteux accident! quelle mort, je vous prie,
  Plus cruelle cent fois, avoit-il merit?
  Las! que ne fut-il prins encore plein de vie,
  Afin d'estre puny de sa desloyaut.

  Nul genre de tourment, supplice ny torture,
  N'est encore assez grand pour punir les mondains
  Quy cherchent comme luy la vicieuse ordure,
  Et trament malheureux de semblables desseings.

  O ciel, que ce mignon se devoit bien conduire,
  Aprs la digne charge o on l'avoit admis[133];
  Mais, second Phaeton,  son bien voulut nuire,
  Et tomba dans le sein de l'humide Thetis.

  Helas! s'il eust appris au mirouer de bien vivre,
  Un bon enseignement pour se bien gouverner,
  Chacun l'eut imit, chacun l'eut voulu suivre,
  Et chacun un beau los[134] luy eust voulu donner.

  Un peu de temps aprs sa cheute memorable,
  Je voulus, pour bannir ce souvenir de moy,
  Chercher un pourmenoir plaisant et agreable,
  Et entre autre j'allay dans les jardins du roy.

  C'estoit au mois d'avril[135], lors que Flore nous envoye
  Ce qu'elle a de plus beau dans son sein precieux,
  Lorsqu'on entend Progn quy pour Ithis larmoy,
  Et qu'on voit les pasteurs sauter  qui mieux mieux.

  Je ne fus pas si tost au Parc des Thuilleries[136]
  Qu'un nocturne hibou et deux corbeaux hideux,
  Assistez de serpens et d'affreuses harpies,
  Criant, sifflant, hurlant, furent devant mes yeux.

  Je laisse croire  ceux quy ont veu telle chose,
  Si ceste vision me donna la frayeur;
  Mais ce ne fust pas tout, et ne scay comme j'ose
  Raconter seullement la moiti de ma peur.

  Comme ces noirs couriers du palais de tnbre
  Eurent autour de moy voltig plusieurs fois,
  Le ciel fust obscurcy, et la trouppe funbre
  Des esprits ensouffrez heurloit  haulte voix.

  Si jamais j'avois cru un eternel suplice
  Destin aux enfers pour punir les mechants,
  C'estoit lors qu'englouty dans ce noir precipice,
  J'entendis tant de cris et de gemissements.

  Ce ne fut pas la fin, car, aprs tant de plaintes,
  Un umbre m'apparut qui me cria ces motz:
  Mortel, n'aie point peur, mais ecoute mes plaintes,
  Et retourne jouyr du gracieux repoz.

  Je suis cil que Fortune  la roe inconstante
  Esleva pour un temps en grande dignit,
  Quy, se jouant de moy, me donnoit une attente
  Quy nourrissoit mon coeur en la mundanit.

  Sache que j'ay vescu au monde peu d'annes,
  Et qu'aprs y avoir acquis un peu de biens,
  J'ay mechant entreprins de secrettes menes
  Quy m'ont faict tresbucher aux creux Tenariens

  Ce fut l'ambition qui causa ma ruine,
  Et les tourmens cruels que j'endure icy bas;
  Je m'apparois  toy, que la raison domine,
  Affin de te servir de mon triste trepas.

  Las, combien dy je alors  cette ame maudicte
  Tu ressens de tourmens pour t'estre mal conduict;
  Mais quy faict qu'en ce lieu tortur tu habites,
  Et que ton dur tourment tu m'as icy desduict?

  Ces lieux, me respond-il, comme proches du Louvre
  O j'ay faict autrefois tant de tort  mon roy,
  M'ont est designez, affin que par l j'ouvre,
  Et m'en ressouvenant, la bonde  mon esmoy.

  Et je te dy quel est le tourment que j'endure,
  Afin que, vray tesmoing, tu le conte aux humains:
  Qu'ils se representent le mal quy me torture,
  Ils ne trahiront pas leurs princes souverains.

  Combien maudy je, helas! le jour de ma naissance,
  Le temps que j'ay vescu et le jour de ma mort!
  Je maudy mille fois les honneurs de la France,
  Et les biens qu'on acquiert soubz le pouvoir du sort.

  Que ne suis-je avort au ventre de ma mre,
  Ou jeune que ne fus-je englouly par un lyon,
  D'un tygre ircanien, bref qu'une beste fire
  Ne coupa le chemin  mon ambition.

  Plustost, plus tost que d'estre aux Enfers plein de rage,
  Tortur pour jamais de fouet et de marteau,
  Je vy, je meurs vivant, et sans cesse j'enrage,
  Le chef environn de mille couleuvreaux.

  Maudite mille fois ceste race espagnolle[137],
  Quy m'avoit suscit  ceste ambition.
  Va, mortel, les tourments m'enlvent la parolle;
  Souviens-toy seullement qu'elle est ma passion.

  A ces mots il se tut, et la bande infernalle
  A l'instant avec luy se perdit de mes yeux,
  Et chacun d'eux hurlant dans un grotton devalle[138],
  Me laissant estendu demy-mort en ces lieux.

  Jamais pauvre nocher, chapp du naufrage,
  Ne fut plus rejouy se voyant  bon port,
  Que je fus de me voir hors d'une telle rage,
  O l'on vit en mourant d'une eternelle mort.

  J'estois si etonn que je ne saurois dire
  En quelle forme estoit cest esprit malheureux;
  Seullement il suffit que j'ay veu le martyre
  Quy le suit eternel aux enfers tenebreux.

  J'estois tout englouty au milieu des fumes,
  Des souffres et aluns quy le vont tous bruslants;
  Les canons, les mousquets, quy tomnent aux armes,
  Ny la crainte des coups, ne m'etonneroient tant.

  Considerez, mondains, je vous prie, la peyne
  Qu'endure maintenant ce mane[139] des enfers;
  Gardez-vous de chercher une semblable chesne
  Et de vous enchaner en de semblables fers.

  Helas! c'est un grand faict que la fortune tente
  Les mondains, plus jaloux d'honneur que de vertu,
  Et frustre bien souvent l'ambitieuse attente
  Qu'ils ont de surmonter sans avoir combattu.

  J'entends d'avoir gaign par moyen illicites,
  Et n'avoir aspir qu'aux charges et grandeurs,
  Indignes toutes fois d'avoir faict ces poursuittes
  S'ils n'ont eu la vertu d'acquerir ces honneurs.

  Vertu, dy-je, d'o vient ce tiltre de noblesse
  Quy nous rend d'un chacun estimez et cheris,
  Plus que d'avoir acquis cest honneur par richesse,
  Et la richesse encor par malheur mal acquis?

  Alexandre n'est plus, helas! je ne m'estonne
  S'il n'a qu'un successeur en science et valeur,
  Alait de Palas et chery de Bellone;
  Car en ce temps l'on est de vertu amateur.

  Ce prince macedon veit entre les despouilles
  Du puissant Darius des parfums de grand prix,
  Et, se mocquant, disoit: Il musque ses quenouilles,
  Et moy, je chris plus d'Homre les escripts.

  Voulant dire son coeur estre plus heroque
  D'aimer mieux la vertu que l'arabique odeur,
  Quy servoit  musquer de Darius la picque,
  Car il aimoit Homre example de malheur.

  Je sors  mon avril encore de l'tude,
  Et  peine vingt fois ay-je veu le printemps[140];
  Mais si ay-je cherch maintes fois l'habitude
  De passer par vertu le reste de mes ans,

  Lorsque, dissuad en mainte et mainte sorte,
  Je voyois avec moy ung nombre d'escoliers
  Estudier pour se mestre en l'epoisse cohorte
  De ceux quy n'ont suivy les vertueux sentiers.

  Le temps, le temps n'est plus qu'on mettoit la jeunesse
  Au chemin de vertu pour suivre les prudens;
  Celuy-l quy se croist estre issu de noblesse
  Ne recherche aujourd'huy rien que le cours du temps.

  O cours trop corrompu et sem de malice!
  Helas! que ceux quy vont poursuivant les honneurs,
  Poursuivent, malheureux, d'imprudence et de vice,
  Pour se voir en un coup accabl de malheurs.

  Je scay que la plus part de ceux quy estudient
  Cherchent, ambitieux, un chemin d'estre grands:
  L'un aspire aux estats et les autres se fient
  En leurs biens quy les font  jamais ignorants.

         *       *       *       *       *

  Si l'hoste eust recherch, ce mignon dont je traicte,
  Un moyen vertueux pour parvenir un jour,
  Helas! il n'eust pas faict aux enfers sa retraicte,
  Ains bienheureux seroit au celeste sjour.

  S'il eut, s'il eut suivy de son maistre la piste,
  Il n'eut pas convoiteux entreprins tel me faict;
  Mais il ne savoit pas en quoy l'honneur consiste
  (Bienheureux celuy l quy pour son bien le scait).

  Il a seul entrepris contre l'estat de France,
  Et seul pour cest effect il le pace l-bas.
  Je dy depuis son rgne ou bien sa cognoissance,
  Car du pass plus loing je ne parleray pas.

  Que son maistre a regret qu'une ame si mechante
  Aye pris nourriture un temps en sa maison:
  Mais souvent mauvais fruict sort d'une bonne plante[141],
  Et se n'en doibt partant facher outre raison.

  Revivez, personnage ou la France s'appuie;
  Ne vous contrist plus d'un si fresle subject,
  Mais cherchez les moyens d'egayer vostre vie,
  Si vous voulez bannir des Franois le regrect.

  Ils n'ont un tel esmoy que de vous voir en peyne
  Pour un mal que vous seul pouvez consolider;
  Bannissez donc de vous se soucy quy vous gehne,
  Et pour aider l'Etat soignez  vous aider.

  Si vous faictes ce bien maintenant  vous-mme,
  Ce sera desormais pour le bien des Franois.
  Le roy vous en requiert, et, vous aimant, il ayme
  Celuy que ses ayeulx ont chery autrefois.

  Si mes vers m'ont permis de vous faire cognoistre
  Le tourment que j'avois de vostre affliction,
  Pardonnez  celuy que le Ciel a fait noistre
  Pour vous rendre certain de son affection.

  Ma Muse m'a requis ce dernier exercice,
  Qu'elle m'a suscit de faire tout en vers;
  Je ne luy ay voulu refuser ce service
  Bien que son vouloir fust  mon desseing devers.

          [Note 127: Salaire, rcompense.]

          [Note 128: Allusion au marchal de Biron, dcapit deux
          ans auparavant. Laffemas, qui devoit tre un si rigoureux
          excuteur des justices de Richelieu, ne devoit qu'applaudir
           l'une des rares mais terribles svrits d'Henri IV.]

          [Note 129: C'toit le nom qu'on donnoit volontiers aux
          gens en rvolte. Des rebelles qui ravagrent la Champagne
          pendant le rgne de Franois Ier avoient t appels ainsi.
          V. _Chron, de France_ publie par G. Guiffrey, p. 39.]

          [Note 130: Nous avons dit que Loste avoit t trouv noy
          dans la Seine.]

          [Note 131: C'est l'emploi le plus ancien que nous
          connoissions de ce mot, qui semble beaucoup plus moderne.]

          [Note 132: Le corps de Loste, quand il eut t, non pas
          rejet par les flots, mais repch, fut apport  Paris,
          et mis  la basse-gele ou _Morgue_ du Chtelet, o, dit
          l'Estoille, (t. II, p. 367), chacun par curiosit l'alloit
          voir.]

          [Note 133: Nous avons dit qu'il toit commis principal de
          Villeroy.]

          [Note 134: _Los_, louange.]

          [Note 135: Loste fut trouv dans la Seine le 24.]

          [Note 136: Les Tuileries toient alors rellement un parc,
          avec garenne, etc. V. le _plan_ de Gomboust. Une rue, comme
          on sait, sparoit ce parc du chteau, ce qui faisoit dire
           Claude Le Petit dans son _Paris ridicule_, en parlant du
          jardin:

               Mais d'o vient qu'il est spar,
               Par tant de pas, du domicile?
               Est-ce la mode en ce sjour.
               D'avoir la maison  la ville
               Et le jardin dans les faubourgs?

          Il toit naturel que le jeune Laffemas ft sa promenade
          ordinaire aux Tuileries. Son pre avoit ses principales
          plantations de mriers  l'htel de Retz, dont la place
          Vendme occupe aujourd'hui le terrain. Dans les Tuileries
          mme il avoit aussi des plantations et _magnanerie_. V. t.
          VII, p. 308-310, note.]

          [Note 137: Nous avons dit que Loste conspiroit avec
          l'Espagne.]

          [Note 138: Il y avoit en effet dans le jardin des Tuileries
          une grotte en terre cuite esmaille que Bernard Palissy
          avoit encommence en 1570 par les ordres de la reine
          mre, et qui devoit exister encore en 1604. V. un article
          de M. Eug. Piot, et un autre de M. Champollion dans le
          _Cabinet de l'Antiquaire amateur et de l'Amateur_, t. I, p.
          71-72 et 277.]

          [Note 139: C'est la premire fois que je trouve ce mot
          _mane_ employ au singulier. Ronsard l'avoit mis en faveur,
          mais ne s'en toit servi qu'au pluriel. Le premier il avoit
          dit dans les _Amours_, 172e sonnet:

               O nuit,  jour,  _manes_ frygiens!

          et Muret, son commentateur, avoit fort applaudi  ce
          nologisme. Il faut, avoit-il dit, naturaliser et faire
          franois ce mot latin _manes_, veu que nous n'en avons
          point d'autre. _Commentaire sur les Amours de Ronsard_,
          Paris, 1553, p. 205.]

          [Note 140: D'aprs ce vers, o Laffemas dclare qu'en
          1605 il avoit  peine vingt ans, il seroit n en 1584, et
          non pas en 1579, comme on l'a dit partout. Aprs l'avoir
          fait natre cinq ans trop tard, on l'a, par compensation,
          fait mourir au moins deux ans trop tt. La _Biographie
          Universelle_ donne pour date  sa mort l'anne 1660, la
          mme o sa mazarinade _Le Frondeur dsintress_ nous l'a
          montr dans toute la verdeur de son esprit; or, on voit
          dans le _Journal du Parlement_, que Laffemas, redevenu
          matre des requtes, fut accus, dans l'audience du
          19 juillet 1662, d'avoir remis les sceaux  un commis
          de Gunegaud, ce qu'il avoua sance tenante. (Moreau,
          _Bibliog. des Mazarinades_, t. I, p. 425.)]

          [Note 141: Ceci est dit pour justifier le matre de
          Loste, M. de Villeroy, qu'on accusoit d'tre aussi un peu
          Espagnol, et  qui mme le roi le dit un jour en riant.
          L'Estoille, t. II, p. 568. _Le Soldat franois_, qui venoit
          de paratre, avoit en particulier donn quelques atteintes
          sur les menes du ministre avec l'Espagne.]

FIN.




_Rception des Ambassadeurs du roi de Siam, en_ 1686.

Extrait des _Mmoires_ du baron de Breteuil[142].

          [Note 142: Le baron de Breteuil fut introducteur des
          ambassadeurs depuis 1698 jusqu'en 1715. Ses _Mmoires_
          existent en original  la bibliothque de Rouen, _fonds
          Leber_, et la bibliothque de l'Arsenal en possde une
          copie. Dernirement il en a t donn de longs extraits
          dans le _Magasin de Librairie_, par MM. Ch. Roux et
          Frdric Lock, qui pensoient les avoir consults les
          premiers. (V. _Magasin de Librairie_, t. I, p. 120, note.)
          Ils se trompoient; le chapitre que nous publions ici en
          est une preuve; il n'est pas _indit_. La _Revue de Paris_
          l'avoit dj reproduit dans son n du 28 aot 1836, p.
          253-260, sans se vanter d'avoir dcouvert le manuscrit d'o
          elle le tiroit.]


Le 18 juin, trois ambassadeurs du roi de Siam[143], accompagns de
huit mandarins et de vingt domestiques, tant arrivs  la rade de
Brest, furent aussitt visits par le sieur Descluseaux, intendant de
marine. On fit quiper une espce de galre,  laquelle quantit de
chaloupes, ornes de diffrentes parures, se joignirent, pour mettre
les ambassadeurs  terre.

          [Note 143: Le but de cette ambassade toit une alliance
          avec la France, qui vouloit, par l'tablissement d'un
          comptoir au Siam, contrebalancer la puissance des
          Hollandais en Orient. V.,  ce sujet, un rapport de M.
          Monmerqu au _Comit historique_, le 9 aot 1841; la
          brochure de M. t. Gallois, _L'Expdition de Siam au XVIIe
          sicle_, 1853, in-8; l'_Athenum fran._, 18 mars 1854,
          et le _Moniteur_ des 21, 29 et 30 aot 1861.--C'est la
          troisime ambassade qui soit venue de Siam en France.
          La premire, en 1680, avoit pri dans la traverse; la
          seconde toit venue  Versailles, avoit vu le roi dans la
          galerie, mais n'avoit pas eu d'audience. (Henault, _Abrg
          chronolog._, 27 nov. 1684.) C'est au Havre que cette
          seconde ambassade avoit dbarqu.]

A leur entre, ils furent salus de plus de soixante voles de canon,
auquel celui du chteau rpondit. Ils trouvrent  leur descente, sur
le bord de la mer, la bourgeoisie sous les armes. On les conduisit
dans la maison du roi, o ils furent logs avec leur suite, et
traits par le sieur Descluseaux jusqu' l'arrive du sieur Stolf,
gentilhomme ordinaire de la maison du roi, qui avoit amen un matre
d'htel pour leur traitement et pour la dpense qu'on seroit oblig
de faire pendant tout leur sjour en France.

Ce jour-l mme, le premier ambassadeur ne fut pas plus tt dans
la chambre qu'on lui avoit destine, qu'il suspendit la lettre que
le roi de Siam crivoit au roi  une hauteur fort leve au-dessus
de lui. La lettre toit crite sur une lame d'or, les rois de Siam
n'crivant jamais autrement. Elle toit enferme dans trois botes:
celle par-dessus toit de bois de vernis du Japon; la seconde,
d'argent, et la troisime, d'or. Toutes ces botes toient couvertes
d'un brocard d'or, enfermes avec le sceau du premier ambassadeur,
qui toit en cire blanche. Aucun des Siamois ne prit, par respect
pour la lettre, de chambre qui fut au-dessus de celle de cet
ambassadeur, ce qu'ils ont observ par tous les lieux o ils ont log.

Au dpart de Brest, qui fut le 9 juillet, on se servit jusqu' Nantes
de litires, et de l jusqu' Orlans, de voitures ordinaires[144].
Comme il falloit que la lettre du roi, leur matre, ft plus leve
qu'eux, ils faisoient attacher dans le carrosse, au-dessus de leur
tte, un placet sur lequel ils plaoient la lettre.

          [Note 144: Le 18 juillet ils toient  Angers, o ils
          repassrent en s'en retournant le 25 janvier 1687. On
          peut lire, au sujet des ftes qui leur furent donnes 
          l'arrive et au retour, le _registre_ du maire d'Angers,
          M. de la Feaut-Renou, dans les _Archives de l'Htel de
          ville_.]

Le sieur Stolf avoit eu ordre de leur faire rendre tous les honneurs
dans toutes les villes o ils avoient  passer. Les intendants
alloient au devant d'eux; on les saluoit de canon  leur entre; une
compagnie de la bourgeoisie se mettoit sous les armes  la sortie
de leur logis; la chambre des comptes  Nantes envoya des dputs
les complimenter, ce qu'elle ne devoit pas faire. Il faut que les
compagnies en dernier ressort aient des ordres exprs, quand elles
ont  saluer mme des souverains. Les prsidiaux et autres corps, par
tous les lieux de leur passage, envoyrent aussi des dputs leur
faire des compliments. C'toit trop faire pour des ambassadeurs les
corps des villes doivent aller seuls les complimenter chez eux, et
non  la porte de la ville. Ce dernier honneur est rserv aux rois,
aux reines et aux princes, qui n'ont personne au-dessus d'eux, et qui
sont d'un rang distingu.

Il n'y eut qu' Orlans que l'intendant n'alla point au devant des
ambassadeurs et qu'on ne tira pas le canon[145]. On pouvoit cependant
suivre l'exemple des autres villes.

          [Note 145: Dangeau (_Journal_, 2 oct. 1686) parle aussi
          du peu d'accueil qu'on leur fit  Orlans. Ils en furent
          mcontents, et ne se montrrent gure plus satisfaits de la
          rception des autres villes. C'est  Versailles seulement
          qu'ils n'eurent plus  se plaindre: Ils sont, dit Dangeau,
          charms des bonts de Sa Majest. Ils n'toient pas si
          contents quand ils arrivrent  Paris, parce que sur leur
          route il y avoit des lieux o ils n'avoient pas t trop
          bien traits, surtout  Orlans.]

Ils arrivrent  Vincennes le 27 juillet. Le _Mercure galant_[146]
dit qu'ils ne furent point logs au chteau, parce qu'il toit rempli
d'ouvriers. L'auteur se trompe: on ne loge jamais les ambassadeurs
dans le corps de logis du roi, mais ils peuvent tre logs dans les
avant-cours des maisons royales. Le duc de Pastrana, ambassadeur
extraordinaire d'Espagne en 1679, eut  Fontainebleau, dans la cour
du Cheval-Blanc, l'appartement de M. de Louvois, qui toit absent.

          [Note 146: La relation du _Voyage des ambassadeurs de
          Siam_, donne en supplment par le _Mercure galant_, forme
          4 vol. in-12.]

Avant Henri IV, personne n'toit log dans la maison du roi que les
fils naturels, les princesses, qui y logeoient leurs maris avec
elles, le grand-matre de la maison du roi, le premier gentilhomme de
la chambre, le capitaine des gardes et le matre de la garde-robe.
Ces officiers y logeoient avec leurs femmes; les survivanciers de ces
charges y avoient aussi leurs logements. Les cardinaux n'y logeoient
point. Il n'y eut jamais que le cardinal de Lorraine qui, comme pair
de France, y eut un logement marqu  la craie. Les favoris d'Henri
III en eurent aussi. Anne de Montmorency, qui toit grand-matre de
la maison, y avoit un appartement par sa charge; son fils, qui en
avoit la survivance, aprs avoir t fait marchal de France, donna
la dmission de sa charge au duc de Guise, et demanda au roi la grace
de lui vouloir conserver son logement.

Le 30, le sieur de Bonneuil[147] vint  Vincennes faire compliment
de la part du roi aux ambassadeurs. Ils lui donnrent la main. Les
ambassadeurs avoient des Suisses de la compagnie des cent-suisses
de la garde du roi pour empcher aux portes la trop grande foule de
monde qui venoit les voir; ils les eurent pendant tout leur sjour 
Paris[148].

          [Note 147: Il toit alors introducteur des ambassadeurs.]

          [Note 148: Ils en avoient besoin, car la populace se
          montra si peu respectueuse  leur gard, que Seignelay fut
          oblig d'crire  la Reynie, pour qu'il prt  leur sujet
          quelques mesures contre les insultes de la foule. V. dans
          la _Corresp. administ. de Louis XIV_, t. II, p. 575, une
          lettre en date du 18 aot 1686.]

De Vincennes on les mena  Berny, o ils furent assez longtemps,
en attendant leurs ballots, qui avoient t embarqus  Brest pour
Rouen. Ils ne pouvoient se rsoudre  demander audience, que les
prsents qu'ils avoient  faire au roi de la part du roi leur matre,
et ceux qu'ils faisoient de leur chef, ne fussent exposs dans la
chambre d'audience, selon l'usage de leur pays. Tous les ballots
tant arrivs, les ambassadeurs firent leur entre  Paris le 12
aot. Ils partirent ce jour-l de bonne heure de Berny[149], et se
rendirent  Rambouillet[150].

          [Note 149: Ce chteau appartenoit alors  M. de Lyonne,
          ministre et secrtaire d'tat.--Peut-tre, toutefois, au
          lieu de Berny faut-il lire Bercy. La note suivante dira
          pourquoi.]

          [Note 150: Il ne s'agit pas ici du chteau de Rambouillet,
          mais de la maison des _Quatre-Pavillons_, que le financier
          Rambouillet avoit fait construire dans le faubourg
          Saint-Antoine, sur un emplacement corn depuis par la rue
          de Bercy. (Sauval, t. II, p. 287.) Cette maison, qu'on
          n'appeloit que _Rambouillet_, et dont l'enclos produisoit
          les meilleurs fruits des environs de Paris, toit l'endroit
          d'o partoient les ambassadeurs des puissances non
          catholiques pour faire leur entre  Paris. Piganiol de la
          Force, _Descript. de Paris_, t. V, p. 103. M. Walckenaer
          a donn une intressante description de cette maison et
          de ses jardins dans sa notice sur M. de la Sablire, dont
          Antoine Rambouillet toit le pre. _Vie de plusieurs
          personnages clbres_, 1830, in-8, t. II, p. 208-209, 217.]

Le marchal duc de la Feuillade alla avec le sieur de Bonneuil, dans
les carrosses du roi et de madame la dauphine, les prendre. Les
ambassadeurs, tant avertis de leur arrive, vinrent les recevoir
dans la premire pice en entrant de leur appartement, qui toit au
rez-de-chausse. Aprs les civilits rendues de part et d'autre, le
premier ambassadeur monta dans le carrosse du roi, se mit au fond de
derrire,  droite, ayant le duc de La Feuillade  ct de lui; le
sieur de Bonneuil occupa le fond de devant avec le sieur Stolf. Les
deux autres ambassadeurs se placrent dans les carrosses de madame la
dauphine avec le sieur Girault et l'abb de Lyonne, qui devoit servir
d'interprte.

On marcha dans cet ordre:

     Deux carrosses du marchal duc de La Feuillade, remplis de ses
     gentilshommes;

     Quelques carrosses de louage, o les domestiques des
     ambassadeurs toient[151];

     Huit trompettes de la chambre du roi sonnant. Les ambassadeurs
     les avoient demands pour faire honneur  la lettre du roi de
     Siam. Ou a bien voulu leur faire ce plaisir, contre l'usage, les
     trompettes ne sonnant jamais aux entres des ambassadeurs.

     Le carrosse du roi, entour de laquais du marchal duc de La
     Feuillade et de ceux de l'introducteur;

     Le carrosse de madame la dauphine;

     Le carrosse de Monsieur et celui de Madame;

     Les carrosses de la famille royale;

     Les carrosses des princes et des princesses de la maison royale;

     Le carrosse du secrtaire d'tat des affaires trangres[152];

     Le carrosse de l'introducteur.

     Le carrosse du chevalier de Chaumont et de l'abb de Choisy, qui
     avoient t en ambassade  Siam[153];

     Le carrosse de l'abb de Lyonne[154];

     Un carrosse des missionnaires trangers fermoit la marche.

          [Note 151: Il a t dit plus haut qu'ils en avoient vingt.
          Ils sont, dit Dangeau, trois ambassadeurs. Ils ont avec
          eux quatre gentilshommes et deux secrtaires, et mangent
          tous neuf ensemble. Le reste de leur suite n'est que de la
          valetaille.]

          [Note 152: C'toit alors Colbert de Croissy.]

          [Note 153: Il y avoit un peu plus d'un an que Louis XIV
          avoit envoy le chevalier de Chaumont et l'abb de Choisy
          au Siam, auprs du roi Tchaou-Naraia, pour lui rendre
          l'honneur qu'il lui avoit fait par l'ambassade de 1684,
          dont nous avons parl. Partis de Brest le 3 mars 1685, nos
          ambassadeurs toient de retour en France le 18 juin 1686,
          avec les nouveaux ambassadeurs siamois dont il est question
          en ce moment. Chaumont et Choisy publirent chacun une
          relation du _Voyage  Siam_. Celle de l'abb est la plus
          intressante.]

          [Note 154: Artus de Lionne, l'un des fils du clbre
          ministre Hugues de Lionne. Il toit vque de Rosalie et
          avoit t missionnaire en Chine. C'est lui et le pre
          Tachard qui servoient de conducteurs et d'interprtes aux
          ambassadeurs. L'abb de Lionne avoit t du voyage de Siam.]

Les ambassadeurs descendirent  l'htel des ambassadeurs
extraordinaires[155], o tant arrivs, le marchal duc de La
Feuillade les accompagna jusque dans leur chambre; et, aprs
quelques moments de conversation, il se retira. Les ambassadeurs le
conduisirent jusqu' son carrosse, qu'ils virent partir.

          [Note 155: L'ancien htel du marchal d'Ancre, rue de
          Tournon, prs du Luxembourg. Il appartint ensuite  M. le
          duc de Nivernois, qui dut le reconstruire moins monumental,
           cause des catacombes, dans lesquelles son poids l'avoit
          fait s'enfoncer. La duchesse douairire d'Orlans
          l'habitoit en 1814; il sert aujourd'hui de caserne  la
          garde de Paris. Nous avons dj parl de cet htel, t. IV,
          p. 80.]

Ds le soir mme, ils furent traits par prsents. Le sieur
Chanteloup, un des matres d'htel du roi, et un des contrleurs
d'office, furent chargs de leur traitement, qui fut pendant trois
jours et demi; aprs lesquels le matre d'htel qui toit venu 
Brest continua d'avoir soin d'eux. C'est un usage que tous les
ambassadeurs envoys par des matres dont les tats sont hors de
l'Europe sont dfrays, pendant tout leur sjour, aux dpens du roi.

La premire action que le premier ambassadeur fit fut de placer
la lettre du roi son matre, a la ruelle du lit de la chambre des
parades, dans une machine qu'ils appellent en leur langue: _mordoc
pratinan_.

Tous les ambassadeurs mettoient tous les jours des fleurs nouvelles
dessus la lettre du roi, et toutes les fois qu'ils passoient devant
ce _lieu royal_, ils faisoient de profondes rvrences. Ce respect ne
doit point paratre extraordinaire. Tous les vieux courtisans de mon
jeune temps saluoient le lit du roi, en entrant dans la chambre, et
la nef. Quelques dames de la vieille cour les saluent encore.

La fivre quarte qui survint au roi le jour de leur entre fut cause
que l'audience qu'ils devoient avoir le 14 fut diffre.

Le 15 aot, les ambassadeurs se rendirent  Notre-Dame pour voir la
procession qui se fait tous les ans le jour de l'Assomption.

Le roi tant entirement guri, il donna audience aux ambassadeurs le
1er septembre. Le sieur de Bonneuil conduisit, dans les carrosses du
roi et de madame la dauphine,  l'htel des ambassadeurs, le marchal
de La Feuillade, qu'il avoit t prendre chez lui. Les ambassadeurs
vinrent au devant de lui, mais le marchal ne voulut point entrer
dans leur appartement; il reut leurs compliments sur les degrs, et
les pria, parce que l'heure pressoit, de monter dans les carrosses
du roi, de peur d'arriver trop tard. Chacun prit la mme place
qu'il avoit occupe le jour de l'entre, dans la marche de Paris 
Versailles.

Le roi, en envoyant le marchal de La Feuillade, voulut les recevoir
moins bien que les autres ambassadeurs des ttes couronnes,  qui
il envoie des princes trangers, les jours qu'ils ont leur premire
audience: on leur fit valoir le titre de colonel des gardes que le
duc de La Feuillade possdoit.

Sur les dix heures, les ambassadeurs, arrivs  Versailles,
trouvrent dans l'avant-cour du chteau les gardes franaises et
suisses sous les armes, tant celle qui relevoit que celle qui devoit
tre releve, tambours appelants[156]. Ils mirent pied  terre 
la salle de descente des ambassadeurs; ils attendirent l'heure de
l'audience. Aprs s'tre lavs selon leur coutume, ils mirent des
bonnets de mousseline, faits en pyramides, au bas desquels toient
des couronnes d'or larges de deux doigts, qui marquoient leurs
dignits; de ces couronnes, il sortoit des fleurs, des feuilles d'or
minces, ou quelques rubis en forme de grains. Ces feuilles toient
si lgres, que le moindre mouvement les agitoit. Le troisime
ambassadeur n'avoit point de fleurs au cercle d'or de sa couronne.
Les huit mandarins avoient une pareille coiffure de mousseline sans
couronne.

          [Note 156: On les fit accompagner, mme  la monte
          du grand escalier, par le bruit des tambours et des
          trompettes, pour imiter, dit le marquis de Sourches, la
          manire du roi de Siam, qui ne descend jamais  la salle
          des audiences sans cette musique. _Mmoires_, t. II, p.
          162.]

On avoit prpar au bout de la grande galerie du chteau, du ct
de l'appartement de Mme la dauphine, un trne lev de six degrs,
le tout couvert d'un tapis de Perse  fond d'or, enrichi de fleurs
d'argent et de soie. Sur les degrs, on avoit plac de grandes
torchres et de grands guridons d'argent; au bas du trne,  droite
et  gauche, en avant, on avoit mis, d'espace en espace, de grandes
cassolettes d'argent, charges de vases d'argent. On avoit mnag un
espace vide de quatre  cinq toises, o les mandarins qui toient 
la suite des ambassadeurs pussent tre pendant l'audience, sans tre
presss par les courtisans[157].

          [Note 157: De Vis, dans sa 3e partie du _Voyage des
          ambassadeurs de Siam en France_, a donn une planche
          reprsentant ce sige d'argent, comme l'appelle le
          marquis de Sourches. _Mmoires_, t. II, p. 162.]

On marcha  l'audience en cet ordre:

Le sieur Girault  la tte des deux secrtaires de l'ambassade,
nu-tte;

Six mandarins vtus de vestes avec des charpes, le poignard au ct,
leurs bonnets de soie fine en tte, faits en pointes pyramidales;
douze tambours de la chambre du roi, battant la marche;

Huit trompettes de la chambre du roi prcdoient une machine de bois
dor, faite en pyramide, appele _lieu royal_, o la lettre du roi de
Siam toit pose; elle toit porte par des Suisses du rgiment des
gardes; quatre Siamois marchoient autour, avec de grands btons de
deux toises de haut, portant quatre espces de parasols;

Les trois ambassadeurs, de front sur une mme ligne, avec le duc de
La Feuillade  droite, et le sieur de Bonneuil  gauche.

Deux officiers portoient de grandes botes rondes ciseles, avec des
couvercles relevs. Ce sont des marques de leurs titres et de leurs
dignits, que le roi de Siam leur donne lui-mme, en prsence duquel
ils ne paraissent jamais sans ces marques de distinction.

On passa, en cet ordre, par la cour du chteau, o les gardes de la
prvt toient en haie; une partie des cent-suisses de la garde
hors la porte de l'escalier du grand appartement, et l'autre sur les
degrs.

Le sieur de Blainville, grand-matre des crmonies, et le sieur de
Saintot, matre des crmonies,  la tte des cent-suisses, reurent
les ambassadeurs, l'un marchant  droite, et l'autre  gauche dans la
marche.

La machine du _lieu royal_ arrta en dehors de la porte de la salle
des gardes du corps, o elle resta. Le premier ambassadeur en
tira une bote d'or, dans laquelle la lettre du roi de Siam toit
enferme. Il la donna  un mandarin, pour la porter sur une soucoupe
d'or, le faisant marcher devant lui.

Les tambours et les trompettes restrent en cet endroit. Le marchal
duc de Luxembourg, capitaine des gardes du corps, reut les
ambassadeurs  la porte de la salle des gardes, tous en haie et sous
les armes. Il prit sa place ordinaire  droite, en avant, partageant
avec le duc de La Feuillade l'honneur de la main de l'ambassadeur.

A l'entre de la galerie, ceux de la suite et du cortge de
l'ambassadeur se prosternrent, aussitt que le secrtaire ordinaire
du roi  la conduite des ambassadeurs les eut rangs  droite et 
gauche: ils auroient toujours eu le visage contre terre, si le roi
ne leur et permis qu'ils le regardassent. Il dit qu'ils toient
venus de trop loin pour ne leur pas permettre de le voir[158]. Les
mandarins, voyant de loin le roi sur son trne, le salurent sans
ter leurs bonnets, tenant leurs mains jointes  la hauteur de la
bouche. A chaque salut qu'ils faisoient, ils s'inclinoient par trois
diffrentes fois sans sortir de leur place; ce qu'ils firent de
temps en temps, s'approchant du trne, au pied duquel ils se mirent
 genoux. En cette posture, ils salurent le roi par trois profondes
inclinations de corps, aprs quoi ils s'assirent contre terre, et y
demeurrent pendant toute l'audience.

          [Note 158: Il n'toit, du reste, pas fch d'tre vu dans
          sa magnificence. Le marquis de Sourches a dcrit l'habit
          qu'il portoit, habit fait exprs pour cette crmonie, et
          qui, dit-il, valoit mieux que tout le royaume de Siam: Il
          toit  fond d'or, tout chamarr de diamants d'une grosseur
          prodigieuse. _Mmoires_, t. II, p. 163.]

Les ambassadeurs, du moment qu'ils aperurent aussi le roi, firent
trois profondes rvrences, pliant leur corps, et levant leurs
mains jointes  la hauteur de leur tte. Ils marchrent ensuite,
toujours les mains leves, et firent, de distance en distance,
de trs-profonds saluts, jusqu' ce qu'ils fussent arrivs au
pied du trne. Alors le roi, sans se lever, se dcouvrit pour
les saluer[159]. Sa Majest toit accompagne de monseigneur le
dauphin et de Monsieur, de M. de Chartres, de M. le duc de Bourbon,
de M. le duc du Maine et de M. le comte de Toulouse, qui tous se
couvrirent pendant l'audience; elle avoit derrire son fauteuil le
grand chambellan, les premiers gentilshommes de la chambre, les
grands-matres de la garde-robe, et le matre de la garde-robe. Le
chef de l'ambassade, qui tenoit la place du milieu, sans ter ses
mains leves  la hauteur de son visage, fit un compliment au roi.
Les deux autres ambassadeurs toient dans la mme posture et dans la
mme situation que lui.

          [Note 159: Dangeau remarque, pour la plus grande gloire de
          son matre, qu'il n'ta son chapeau qu'une fois ou deux.
          _Journal_, dimanche 1er sept. 1686.]

Son discours fait, l'abb de Lyonne, qui avoit appris la langue
siamoise,  la maison des missionnaires de Siam, s'approcha du roi
pour lui dire la harangue de l'ambassadeur[160];  quoi le roi
rpondit avec des termes trs-honntes. Quand le roi eut rpondu au
compliment de l'ambassadeur, le premier ambassadeur monta sur le
trne, ayant pris la lettre du roi son matre d'un des mandarins qui
le suivoient; il la prsenta au roi, qui se leva pour la recevoir, et
la mit entre les mains de M. de Croissy. Les deux autres ambassadeurs
qui accompagnoient le premier ministre de l'ambassade, tant au
trne, laissrent une marche entre eux et lui. Le roi leur parla
assez de temps, l'abb de Lyonne interprtant ce qui se disoit de
part et d'autre.

          [Note 160: De Viz a donn l'analyse de ce _Discours_ dans
          le _Voyage des ambassadeurs de Siam en France_, 2e partie,
          p. 343-348.]

L'audience finie, les ambassadeurs, avant que de descendre du
trne, firent de profonds saluts qu'ils ritrrent au pied du
trne, pendant que les mandarins saluoient  genoux le roi, tous
pliant le corps; aprs quoi, les mandarins tant levs, ils se
placrent derrire les ambassadeurs, et tous ensemble firent, en se
retirant, les mmes saluts qu'ils avoient faits en entrant dans la
galerie, avec cette discrtion de ne point tourner le dos au roi
que lorsqu'ils virent au bout de la galerie que les courtisans, qui
faisoient haie des deux cts, eussent ferm l'ouverture du passage.

Les ambassadeurs sortirent de la grande galerie, prcds comme
ils toient venus, et accompagns du marchal de La Feuillade, du
marchal duc de Luxembourg[161], qui les quitta  la porte de la
salle des gardes-du-corps.

          [Note 161: Il toit alors capitaine des gardes en quartier.]

Le grand-matre et le matre des crmonies prirent cong d'eux au
bas du grand escalier, et le duc de La Feuillade, avec le comte de
Bonneuil, les conduisant  la salle de descente, ou l'on les vint
prendre peu de temps aprs pour les mener dner en la salle du
conseil, avec table de vingt couverts, dont le duc de La Feuillade
fit les honneurs, les sieurs Bonneuil, Girault et Stolf dnant
avec eux. Aprs le dner, les ambassadeurs eurent une audience de
monseigneur le dauphin, et y furent conduits par le marchal de
La Feuillade, par le grand-matre des crmonies, par le sieur de
Bonneuil, et par l'officier des gardes-du-corps, avec les mmes
crmonies qu'ils avoient t conduits chez le roi. Ils toient
prcds des mandarins, qui firent leurs rvrences avec le mme
respect qu'ils les avoient faites au roi, s'agenouillant ensuite, et
s'asseyant par terre pendant l'audience.

Monseigneur reut les ambassadeurs assis et couvert, et ne se
dcouvrit que dans le temps que les ambassadeurs firent les dernires
rvrences.

Le compliment de l'ambassadeur fini, l'abb de Lyonne le lut en
franais, et servit d'interprte.

Les ambassadeurs ne virent point Mlle la dauphine: elle venoit
d'accoucher[162]. Le duc de La Feuillade, aprs les avoir conduits 
la salle de descente, prit cong d'eux, sa fonction cessant.

          [Note 162: Elle toit accouche la veille d'un nouveau
          fils, le duc de Berry. Elle ne vit les ambassadeurs qu'un
          peu plus tard, lorsqu'ils revinrent  Versailles. Elle les
          reut en dshabill magnifique, tant dans son lit presque
          tout couvert d'un fort beau point de France. De Viz, t.
          II, p. 308.]

Les ambassadeurs allrent, accompagns de l'introducteur, du
grand-matre et du matre des crmonies, du sieur Girault et du
sieur Stolf, chez M. le duc de Bourgogne, chez M. le duc d'Anjou,
et chez M. le duc de Berri, chez Monsieur, chez Madame[163], les
visitant tous les uns aprs les autres dans leurs appartements avec
les mmes crmonies.

          [Note 163: Ils virent Monsieur et Madame  Saint-Cloud, o
          ils retournrent le 7 pour le duc de Chartres.]

Leurs visites faites, ils partirent pour Paris dans les carrosses
du roi, sans tre accompagns du duc de La Feuillade; les gardes
franaises et suisses tant,  leur passage, sous les armes, tambours
appelants.

Ce mme jour,  leur retour, le prvt des marchands les envoya
prier, par le greffier de la ville, de vouloir se trouver,
le lendemain, au feu d'artifice qu'on devoit tirer devant
l'Htel-de-Ville pour la naissance de monseigneur le duc de Berri;
mais comme il ne parla qu'au chef de l'ambassade, qui se mettoit au
lit, l'ambassadeur s'excusa de ne pouvoir rendre rponse qu'aprs
avoir confr avec les autres ambassadeurs. Le lendemain, ils
envoyrent dire qu'ils ne pouvoient prendre aucun plaisir qu'ils ne
se fussent auparavant acquitts, envers les princes et princesses, de
leurs devoirs.

Le 7, ils allrent  Saint-Cloud voir M. de Chartres et Mademoiselle,
et firent ensuite les autres visites, sans observer les mmes
rvrences qu'ils avoient faites  monseigneur le dauphin,  Monsieur
et  Madame.




_Lettres de Mme de La Fayette  Mme de Sabl[164]._

          [Note 164: Nous ne donnons pas ces lettres pour indites,
          loin de l; nous prouverons en effet tout  l'heure
          qu'elles sont connues et ont t publies bien avant
          l'poque o l'crivain qui pensa les avoir dcouvertes
          commena leur rputation par quelques extraits qu'il en
          donna. Les originaux existent au dpartement des Manuscrits
          de la bibliothque impriale, dans un des quatorze
          portefeuilles que le docteur Valant, ami de madame de
          Sabl, avoit forms avec les lettres qu'elle lui laissoit
          recueillir parmi celles qu'on lui crivoit chaque jour.
          Ces portefeuilles, auxquels la passion d'tude dont notre
          poque s'est prise  juste raison pour le XVIIe sicle
          a donn tant de prix, furent dposs par Valant  la
          bibliothque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prs, o ils
          passrent, pendant la Rvolution,  la bibliothque de
          la rue de Richelieu, o ils font partie du fonds appel
          _Rsidu de Saint-Germain_. Celui o se trouvent les huit
          lettres qui vont suivre porte le n 4. Ds l'anne 1821,
          un trs-ardent dpisteur de manuscrits et d'autographes
          curieux, J. Delort, mit la main sur le prcieux paquet
          et le publia tout, en y joignant un _facsimile_, dans le
          tome I, p. 217-223, de son livre bizarre _Mes Voyages aux
          environs de Paris_. Personne ne seroit all certainement
          les chercher dans ce coin, o, publies, elles toient
          moins en vue que, manuscrites et indites, dans les
          portefeuilles de la bibliothque impriale. C'est l que
          les retrouva M. Sainte-Beuve, pour qui, comme pour tout le
          monde, la dcouverte et la publication de Delort taient
          non avenues. Plusieurs lettres de cette adorable paresseuse
          dont madame de Grignan disoit  sa mre: Elle ne vous
          criroit pas dix lignes en dix ans; dont madame de Svign
          crivoit: Elle est fatigue de dire bonjour et bonsoir;
          et qui disoit elle-mme: C'est assez que d'tre! Des
          lettres de madame de La Fayette! quelle bonne fortune!
          M. Sainte-Beuve se hta donc de copier, et de publier,
          avec quelques extraits des autres, la plus longue et la
          plus importante dans son article sur madame de La Fayette
          (_Portrait_, 1842, in-18, p. 71-73). Il ne manqua pas de
          dire, ce qu'il croyoit sincrement, que le tout toit
          _indit_. M. Grusez le pensa de mme, et, reproduisant
          dans sa notice de madame de La Fayette et au tome IV du
          _Plutarque franais_, p. 304, note, la lettre donne par
          M. Sainte-Beuve, il eut soin de lui faire honneur de la
          dcouverte. Depuis est venu M. V. Cousin, avec son livre
          sur _madame de Sabl_, o les lettres avoient leur place
          tout naturellement marque d'avance. Les citations faites
          par M. Sainte-Beuve le gnrent. S'il et su que la
          dcouverte et la premire publication toient de Delort
          ds 1821, il et t plus  l'aise et ne se ft pas priv
          de la principale lettre, qu'il vita de peur d'avoir l'air
          d'emprunter quelque chose  M. Sainte-Beuve. Il crut se
          ddommager en publiant quelques-unes de celles que le fin
          critique n'avoit pas compltement reproduites, ou qu'il
          avoit simplement effleures. Il les donna comme _indites_,
          bien que Delort les et aussi publies. Aujourd'hui nous
          donnons  notre tour tout le paquet. On y trouvera les
          lettres cites par M. Sainte-Beuve, celles aussi qu'a
          cites M. Cousin, et de plus celles que Delort seul a
          reproduites. Comme lui, nous les transcrirons toutes
          avec la vritable orthographe de madame de La Fayette, 
          laquelle MM. Sainte-Beuve et Cousin ont substitu la leur.]


I

                                         Ce mardy au soir[165].

          [Note 165: Cette lettre, dont nous ne savons pas la date,
          n'a t reproduite ni par M. Cousin ni par M. Sainte-Beuve.]

Vous ne songez non plus  moy qu'aux gens de l'autre monde, et
je songe plus  vous qu' tous ceux de celui-cy. Il m'ennuie
cruellement de ne vous point voir, j'ay est quinse jours  la
campagne[166], c'est ce qui m'a empesche d'aller un peu vous
empescher de m'oublier. Si vous vouliez demain de moy, j'yrois
disner avec vous,  condition qu'il n'y aura ny poulet, ny pigeon
d'extraordinaire[167]. Si vous avez affaire demain, donns-moi un
autre jour.

          [Note 166: Elle y alloit souvent passer ainsi des
          quinzaines, pour tre, dit madame de Svign, comme
          suspendue entre le ciel et la terre. En 1672, c'est 
          Fleury-sous-Meudon qu'elle se retiroit, sans doute dans la
          maison qui, depuis, appartint  Panckoucke.]

          [Note 167: Chez madame de Sabl, mme lorsqu'elle fut dans
          sa retraite voisine de Port-Royal,  Paris, la cuisine
          toit des plus fines. Elle tenoit cole de friandise, dit
          M. Cousin, qui le prouve par quelques extraits des lettres
          de La Rochefoucauld, un des gourmets de cette table, un
          des lves de madame de Sabl en l'art de la marmelade et
          des confitures. _Madame de Sabl_, 2e dit., p. 105.--Il
          sera parl tout  l'heure des potages que La Rochefoucauld
          mangeoit chez Mme de Sabl. D'Andilly avoit donn  la
          marquise la recette d'un des plus dlicats. On la trouve
          dans ses lettres manuscrites,  la Bibliothque impriale,
          sous ce titre: _Pour faire une cuelle de panade_. M. P.
          Paris, dans son dition de Tallemant, t. III, p. 122, a
          reproduit cet chantillon de la gourmandise  Port-Royal.]

       *       *       *       *       *

II

                                            Ce jeudy au soir[168].

          [Note 168: Cette lettre, des plus importantes, a, je ne
          sais comment, chapp  M. Cousin et  M. Sainte-Beuve.]

Voil un billet que je vous suplie de vouloir lire, il vous instruira
de ce que l'on demande de vous. Je n'ay rien  y adjouster, sinon que
l'homme qu'il l'escrit[169], est un des hommes du monde que j'ayme
autant, et qu'ainsi, c'est une des plus grandes obligations que je
vous puisse avoir que de luy accorder ce qu'il souhaitte pour son
amy. Je viens d'arriver  Fresne, o j'ay est deux jours en solitude
avec madame du Plessis[170]; en ces deux jours-l, nous avons parl
de vous deux ou trois mille fois; il est inutile de vous dire comment
nous en avons parl, vous le devins aisement. Nous y avons leu
les _Maximes_ de M. de La Rochefoucauld[171]: Ha Madame! quelle
corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le coeur, pour estre
capable d'imaginer tout cela! J'en suis si espouvante, que je vous
asseure que si les plaisanteries estoient des choses srieuses, de
telles maximes gasteroient plus ses affaires que touts les potages
qu'il mangea l'autre jour chez vous[172].

          [Note 169: C'est--dire _qui l'crit_. Cette fois, madame
          de La Fayette n'avoit pas crit elle-mme, elle avoit
          dict,  qui? je ne sais, mais c'toit assez souvent son
          habitude, et toute main alors lui toit bonne.]

          [Note 170: Madame du Plessis-Gungaud, chez laquelle
          madame de Svign, madame de La Fayette, Arnaud d'Andilly,
          etc., alloient souvent dans ce beau chteau de Fresnes,
          prs de Meaux, illustr plus tard par Daguesseau. V.
          _Lettre_ de Svign, 1er aot 1667.]

          [Note 171: Elles toient encore manuscrites. L'auteur les
          avoit communiques  madame de Sabl, qui,  son tour, sans
          avoir l'air d'agir en son nom, les communiquoit  ceux ou
           celles qui lui paraissoient le plus capables d'en juger.
          V. les _Lettres_ de La Rochefoucauld dans l'dit. de ses
          _Oeuvres_. Blaise, 1818, in-8, p. 220 et suiv. Mme de
          Sabl exigeoit, dit M. Cousin (p. 149), que l'on n'en tirt
          pas de copie et qu'on lui envoyt par crit son opinion,
          puis elle montroit toutes ces lettres  La Rochefoucauld.
          Que dut-il dire de celle-ci, o se trouve le jugement le
          plus violent qu'on ait certainement port alors contre son
          livre, mme dans le camp des femmes, dont les critiques sur
          ce point toient pourtant unanimes, avec plus ou moins de
          vivacit dans la forme? M. Cousin, se faisant fort d'une
          phrase qu'on trouvera vers le milieu de la lettre suivante,
          dcide, contre Aim Martin, que madame de La Fayette, loin
          d'approuver le systme de La Rochefoucauld, lui toit
          absolument contraire, et dclare que, par consquent, les
          notes, presque toujours admiratives, qu'on trouve aux
          marges d'un exemplaire qui appartint  M. de Cayrol, ne
          peuvent avoir t crites par elle. (_Madame de Sabl_, 2e
          dit., p. 174.) Si, aprs ce que dit l'loquent crivain,
          le doute pouvoit tre encore permis, il tomberoit devant
          la lettre reproduite ici, et qu'il est si regrettable que
          MM. Sainte-Beuve et Cousin n'aient pas connue. C'est la
          meilleure de leurs armes qu'ils ont laisse chapper.]

          [Note 172: M. de La Rochefoucauld toit en effet, nous
          l'avons dit, trs-friand des potages de Mme de Sabl, et
          de ses ragots. Sans cela mme, pas de _maximes_! Il lui
          falloit un potage par paragraphe. Voila, lui crit-il un
          jour en lui envoyant son manuscrit, voil tout ce que j'ai
          de _maximes_; mais, comme on ne fait rien pour rien, je
          vous demande un potage aux carottes, un ragot de moutons,
          etc.Ces potages gtoient les affaires du moraliste, s'il
          faut en croire madame de La Fayette; mais quelles affaires?
          et prs de qui? Affaires d'amour et prs d'elle-mme. Nous
          verrons tout  l'heure que la liaison s'engageoit alors
          entre madame de La Fayette et La Rochefoucauld. En dpit
          des potages et des _maximes_, elle fut bientt noue. Les
          _maximes_ mme, qui pouvoient la rompre, y servirent par
          les occasions de discussions qu'elles amenrent entre
          l'auteur et sa spirituelle adversaire, entre le corrompu
           convertir et l'aimable prcheuse: C'est, dit fort bien
          M. Sainte-Beuve, c'est cette ide de corruption gnrale
          qu'elle s'attacha  combattre en M. de La Rochefoucauld, et
          qu'elle rectifia. Le dsir d'clairer et d'adoucir ce noble
          esprit fut sans doute un appt de raison et de bienfaisance
          pour elle, aux abords de la liaison troite.]

       *       *       *       *       *

III[173]

          [Note 173: Cette lettre a t publie tout entire par
          M. Cousin, _La Marquise de Sabl_, 2e dit., p. 173. M.
          Sainte-Beuve, _Portrait_, 1842, in-18, p. 75, n'en a donn
          que la premire moiti.]

Vous me donneris le plus grand chagrin du monde, si vous ne me
montris pas vos Maximes[174]. Madame du Plessis m'a donn une
curiosit estrange de les voir; et c'est justement parce qu'elles
sont honnestes et raisonnables que j'en ay envie, et qu'elles
me persuaderont que toutes les personnes de bon sens ne sont
pas si persuades de la corruption gnrale que l'est M. de La
Rochefoucauld. Je vous rends mille et mille grces de ce que vous
avs faict pour ce gentilhomme[175], je vous en irai encore remercier
moy-mesme, et je me serviray toujours avec plaisir des prtextes que
je trouveray pour avoir l'honneur de vous voir; et si vous trouvis
autant de plaisir avec moy que j'en trouve avec vous, je troublerois
souvent vostre solitude.

          [Note 174: Comme celles de La Rochefoucauld, elles toient
          manuscrites et parurent bien plus tard, quelques mois aprs
          la mort de madame de Sabl. En voici le titre: _Maximes de
          madame la marquise de Sabl, et Penses diverses de M. L.
          D._ Paris, 1678, in-12.]

          [Note 175: Celui dont il est parl dans la lettre
          prcdente,  qui elle l'avoit dicte.]

       *       *       *       *       *

IV[176]

          [Note 176: Ce billet a t donn par M. Cousin, p. 103,
          note.]

Il y a une ternit que je ne vous ai veue, et si vous croys,
Madame, qu'il ne m'en ennuy point, vous me faittes une grande
injustice. Je suis rsolue  avoir l'honneur de vous voir quand vous
seris ensevelie dans le plus noir de vos chagrins; je vous donne le
choix de lundy ou de mardy, et de ces deux jours l, je vous laisse
 choisir l'heure, despuis huit du matin jusques  sept du soir. Si
vous me refuss aprs toutes ces offres l, vous vous souviendrs au
moins que ce sera par une volont trs dtermine que vous n'aurs
voulu me voir, et que ce ne sera pas ma faute[177].

                                            Ce dimanche au soir.

          [Note 177: La marquise se faisoit celer ainsi
          trs-hermtiquement pour tout le monde. Ces jours-l,
          l'abb de la Victoire l'appeloit, dit Tallemant, feu
          madame la marquise de Sabl (t. II, p. 329); et La
          Rochefoucauld lui crivoit: Je ne sais plus d'invention
          pour entrer chez vous, on m'y refuse la porte tous les
          jours....]

       *       *       *       *       *

V[178]

          [Note 178: Billet reproduit aussi par M. Cousin, p. 103,
          note.]

                                                 Ce mardy au soir.

De peur qu'il n'arrive quelque changement  la bonne humeur o vous
estes, j'envoye vistement savoir si vous me vouls voir demain,
j'yray chs vous incontinent, aprs disn, car je vous cherche seule;
et si vous envisags des vissittes, remetts-moy  un autre jour: il
est vrai qu'il faut que vous ays de grands charmes ou que je ne sois
gure sujette  m'offenser, puis que je vous cherche aprs tout ce
que vous m'avs fait.

       *       *       *       *       *

VI[179]

          [Note 179: Ce billet n'a pas t cit par M. Cousin.]

                                                         Ce mardy.

Vous devs me har de ne vous avoir pas escrit, ds hier au matin que
Madame[180] m'a command expressement de vous faire des compliments
de sa part, et de vous dire que si elle ne fust point sortie si tard
des Carmlites, elle auroit est vous faire une vissitte. Je lui dis
tout ce que vous m'avis ordonn. Madame de Saint-Loup[181] ne luy
avoit point parl de vostre grande lettre ny de vostre billet; voil,
ce me semble, ce que vous m'avis ordonn de savoir. Si vous me
commandis autre chose, vous verris avec quelle exactitude je vous
obirois.

          [Note 180: Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orlans,
          dans l'intimit de laquelle madame de La Fayette vcut
          long-temps, et dont elle a crit la vie.]

          [Note 181: C'toit une demoiselle de La Rocheposay, qui
          avoit pous le partisan Le Page, et qui s'toit appele
          madame de Saint-Loup, d'une terre achete en son nom, par
          son mari, dans le Poitou. Elle toit de la cour d'Henriette
          d'Angleterre, et fort galante. M. de Vardes fut son premier
          attachement, puis vint le tour de Candale. Mais, dit un
          jour celui-ci  Saint-Evremont, qui nous l'a rapport,
          elle avoit t aime et avoit aim, et, comme sa tendresse
          s'toit puise dans ses premiers amours, elle n'avoit
          plus de passion vritable. Ses affaires n'toient plus
          qu'un intrt de galanterie, qu'elle conduisoit avec un
          grand art, d'autant plus qu'elle paroissoit naturelle, et
          faisoit passer la facilit de son esprit pour une navet
          de sentiment.Saint-Evremont, _Oeuvres_, 1806, in-8, t.
          II, p. 309.--Elle finit par se convertir en de curieuses
          circonstances qu'a racontes Tallemant. Edit. P. Paris, t.
          III, p. 44, 141.]

       *       *       *       *       *

VII[182]

          [Note 182: M. Sainte-Beuve et M. Cousin n'ont pas parl de
          ce billet.]

Je ne voulois rien que vous voir, Madame; mais je me plains bien que
vous ne me regardis que comme une personne qu'il ne faut voir que
dans la joye, et quy n'est pas capable d'entrer dans les sentiments
que donne la perte d'une amie; il s'en faut peu que je ne sois
offence contre vous, et je croys que je le serois si je ne savois
qu'en l'estat o vous estes, il faut plustot vous plaindre que se
plaindre de vous; je vous asseure que je vous plains aussi autant
que vous le devs estre, et que je comprends  quel point la perte
de madame la comtesse de Maure vous est douloureuse[183]. Si vous
revoys cette personne, ays la bont de la faire souvenir de parler
 l'autre; il ne me paroist pas qu'on luy ait encore rien dit.

          [Note 183: Anne Doni d'Attichy, comtesse de Maure, qui
          avoit longtemps t une des filles d'honneur de la
          reine-mre, toit la plus intime amie de madame de Sabl,
          dans le voisinage de laquelle elle toit venue loger au
          faubourg Saint-Jacques. Elle mourut  la fin d'avril
          1663, date prcieuse pour nous, puisqu'elle nous sert 
          prciser  peu prs quelle peut tre celle de ces billets,
          qui durent se suivre  un assez court intervalle, sauf,
          toutefois, celui qu'on va lire, et qui est sans doute de
          deux annes plus tard.]

       *       *       *       *       *

VII[184]

          [Note 184: C'est cette lettre que M. Sainte-Beuve trouve
          si curieuse, comme fixant l'poque o la liaison de M. de
          La Rochefoucauld et de madame de La Fayette dut s'engager,
           bas bruit, avec ces demi-soins qui s'efforcent de
          tenir encore  l'cart l'indiscrtion et de dpister les
          clairvoyants.]

                                                 Ce lundy au soir.

Je ne pus hier respondre  vostre billet, parce que j'avois du
monde, et je croys que je n'y respondray pas aujourd'hui, parce que
je le trouve trop obligeant. Je suis honteuse des louanges que vous
me donns, et d'un autre cost, j'ayme que vous ays bonne opinion
de moy, et je ne veux vous rien dire de contraire  ce que vous en
penss. Ainsi, je ne vous respondray qu'en vous disant que M. le
comte de Saint-Paul[185] sort de cans, et que nous avons parl de
vous une heure durant, comme vous savez que j'en say parler. Nous
avons aussi parl d'un homme que je prends toujours la libert de
mettre en comparaison avec vous pour l'agrment de l'esprit[186].
Je ne say si la comparaison vous offense; mais quand elle vous
offenseroit dans la bouche d'une autre, elle est une grande louange
dans la mienne, si tout ce qu'on dit est vray. J'ay bien veu que
M. le comte de Saint-Paul avoit ouy parler de ces dits-l, et
j'y suis un peu entre avec luy; mais j'ay peur qu'il n'ait pris
tout srieusement ce-que je luy en ay dit. Je vous conjure, la
premire fois que vous le verrs, de lui parler de vous-mesme de
ces bruits-l. Cela viendra aisment  propos, car je lui ay donn
les Maximes, il vous le dira sans doute; mais je vous prie de luy
en parler bien comme il faut, pour le mettre dans la teste que ce
n'est autre chose qu'une plaisanterie[187]. Je ne suis pas assez
asseure de ce que vous en penss pour respondre que vous dirs bien,
et je pense qu'il faudroit commencer par persuader l'ambassadeur.
Nanmoins, il faut s'en fier  vostre habilet; elle est au-dessus
des maximes ordinaires, mais enfin persuads-le; je hays comme
la mort que les gens de son ge puissent croire que j'ay des
galanteries[188]. Il me semble qu'on leur paroist cent ans ds que
l'on est plus vielle qu'eux, et ils sont touts propres  s'estonner
qu'il soit encore question des gens; et de plus, il croirait plus
aisment ce qu'on luy diroit de M. de la R. F.[189] que d'un autre.
Enfin, je ne veux pas qu'il en pense rien, sinon qu'il est de mes
amis, et je vous suplie de n'oublier non plus de luy oster de la
teste, si tant est qui le l'et, que j'ay oubli vostre message. Cela
n'est pas gnreux de vous faire souvenir d'un service en vous en
demandant un autre.

  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

          [Note 185: Fils de madame de Longueville, n le 29 janvier
          1649,  l'htel de ville, et qui avoit pour cela le nom de
          Paris dans ses prnoms. Il fut tu au passage du Rhin en
          1672. A l'poque o fut crite cette lettre, il ne pouvoit,
          d'aprs ce que dit de lui madame de La Fayette, avoir moins
          de seize ou dix-sept ans, ce qui nous amne  l'anne 1665,
          date admise par M. Sainte-Beuve, et qui correspond  celle
          o furent publies les _Maximes_.]

          [Note 186: On devine qu'il s'agit de La Rochefoucauld.]

          [Note 187: Madame de La Fayette tient  son ide sur le
          peu de srieux des Maximes (V. le billet n 2). Maintenant
          surtout qu'il y a pour elle intrt de coeur  ce que M.
          de La Rochefoucauld ne puisse tre accus de scheresse
          d'me, elle cherche a faire croire et  se persuader que
          les Maximes, dont cette scheresse railleuse et sceptique
          est le principal dfaut, ne sont qu'une plaisanterie.]

          [Note 188: M. Sainte-Beuve a fort bien remarqu que ces
          mots charmants rpondent exactement  cette pense de
          la _princesse de Clves_: Madame de Clves, qui toit
          dans cet ge o l'on ne croit pas qu'une femme puisse
          tre aime quand elle a pass vingt-cinq ans, regardoit
          avec un extrme tonnement l'attachement que le roi
          avoit pour cette duchesse de Valentinoy. Cette ide-l,
          dit M. Sainte-Beuve, toit, comme on voit, familire 
          madame de La Fayette. Elle craignoit surtout de parotre
          inspirer la passion a cet ge o d'autres l'affectent. Sa
          raison dlicate devenoit une dernire pudeur. Elle n'avoit
          que trente-deux ans alors, La Rochefoucauld en avoit
          cinquante-deux.]

          [Note 189: Elle n'ose plus crire le nom tout entier. C'est
          une nuance infinitsimale qui n'a pas t conserve dans la
          transcription de M. Sainte-Beuve, ce qui nous tonne de sa
          rare dlicatesse.]

       *       *       *       *       *

Je ne veux pas oublier de vous dire que j'ay trouv terriblement de
l'esprit au comte de Saint-Paul.




_La nouvelle manire de faire son profit des Lettres, traduitte en
franois par J. Quintil du Tronssay, en Poictou_[190].

_Ensemble: le Pote-Courtisan._

_A Poictiers._

1559.--In-8.

          [Note 190: Cette pice, qui est on ne peut plus rare, a
          soulev pour nous des questions fort curieuses et fort
          dlicates. Elle figure, ainsi que _Le Pote courtisan_,
          qui est  la suite, dans les _Oeuvres_ de Joachim du
          Bellay. Le recueil de ce pote publi en 1560, in-4, par
          Frdric Morel, sous ce titre: _La Monomachie de Goliath,
          ensemble plusieurs autres oeuvres potiques de Joachim du
          Bellay, Angevin_, la reproduit, p. 41 et suiv.; elle se
          trouve aussi dans l'dit. de 1574, in-8, 1re part., p.
          288, mais cette fois avec une mention qui manquoit dans
          l'dition prcdente: _Traduction d'une pistre latine sur
          un nouveau moyen de faire son proufit des lettres_. De
          qui est cette ptre latine? C'est ce que nous n'avons pu
          dcouvrir. Quel est, d'un autre ct, le vritable auteur
          de la traduction? Est-ce du Bellay, dont les oeuvres s'en
          enrichirent? Est-ce Quintil du Tronssay, dont le nom figure
          ici sur la premire publication qui en ait t faite? C'est
          ce que nous n'avons pu savoir davantage. L'opinion, la plus
          probable,  laquelle nous nous sommes arrts, c'est que
          J. Quintil du Tronssay et Joachim du Bellay ne font qu'un
          mme personnage. Du Bellay est le nom, Quintil du Tronssay
          serait le pseudonyme. Ce ne peut tre en effet autre chose;
          nulle part ce nom ne se retrouve. Nous connaissons bien 
          la mme poque un du Tronchet et un du Tronchay (V. l'abb
          Goujet, t. XI, p. 135; XII, 115, 299); mais l'un s'appelle
          Bonaventure et l'autre Georges, ce qui exclut l'initiale J.
          Quant  _Quintil_, c'est un nom cicronien de fantaisie,
          que tout le monde pouvoit endosser, mais que du Bellay plus
          que personne avait intrt  prendre; voici pourquoi. En
          1551, le Parisien Charles Fontaine avoit crit contre _La
          Dfense et illustration de la langue franoise_, publie
          l'anne prcdente par du Bellay, une critique assez plate,
          mais souvent juste, intitule d'abord _Quintil horatian_,
          puis _Quintil censeur_ quand on la rimprima, en 1574,  la
          suite de l'_Art potique franois_ de Sibilet. Du Bellay
          ne rpondit pas; mais ayant, quelques annes aprs, donn
          de l'ptre latine sur _La Manire de faire son profit des
          lettres_, la traduction en rimes franoises reproduite
          ici, et dont plus d'un trait va droit  Charles Fontaine,
          il aura cru bon de prendre le pseudonyme de _Quintil_,
          consacr par Fontaine lui-mme, et de le combattre ainsi
          sous son propre pavillon. Ce procd n'toit pas contraire
          aux habitudes de du Bellay. Dans son premier recueil, dat
          d'octobre 1549, il avoit emprunt  Ronsard sa manire,
          comme ici  Fontaine son pseudonyme, et il en toit rsult
          entre Ronsard et lui un petit diffrend fort bien racont
          par M. Sainte-Beuve, d'aprs Bayle, Cl. Binet et Guillaume
          Colletet. (_Tableau historique et critique de la posie
          franoise au XVIe sicle_, 1843, in-18, p. 338.)--Il ne
          faut pas s'tonner que du Bellay ait joint  son sobriquet
          latin un autre, pseudonyme poitevin, et qu'il ait fait
          imprimer  Poitiers cette premire dition de deux de ses
          meilleures oeuvres. Le Poitou fut autant qu'Angers o
          il naquit, et Paris ou il mourut, la patrie de sa muse.
          Peut-tre y possdoit-il un bien, fief ou mtairie portant
          ce nom de Tronssay, dont il se fait ici une signature.
          Une chose plus certaine, c'est qu'il alla souvent 
          Poitiers. Il en revenoit un jour de l'anne 1548, lorsqu'il
          rencontra dans une htellerie Ronsard, qui, ds lors, lui
          fut li d'amiti. Il y eut toujours des amis. G. Aubert,
          qui recueillit ses oeuvres, toit de Poitiers.--Nous ne
          reviendrons pas sur l'auteur de l'ptre latine, dont
          la premire de nos deux pices n'est que la traduction.
          Peut-tre est-ce du Bellay lui-mme, qui fut en latin aussi
          bon pote qu'en franois. Il se pourroit toutefois qu'il
          et traduit le latin d'un autre. Il ne trouvoit pas cette
          tche au-dessous de lui. Ses _Courtisanes repenties et
          contre repenties_ sont traduites du latin de son ami le
          _Tolosain_ P. Gilbert, sur lequel on peut lire une note
          excellente de M. de Montaiglon. (_Huit sonnets de Joachim
          du Bellay_, 1849, in-8, p. 17-19.) J. du Bellay survcut
          bien peu de temps  la publication des deux pices donnes
          ici. Il mourut le 1er janvier 1560, frapp d'apoplexie,
          quoiqu'il n'et que trente-cinq ans: Ceux, lisons-nous
          dans la traduction du _Thtre universel_ de Jehan Bodin,
          par Franois de Fougerolles, p. 885-886, seul livre o se
          trouve ce dtail que personne n'y avoit encore repris; ceux
          qui sont sujets  l'bullition de sang, avec inflammation
          du cerveau, sont en danger d'tre suffoqus, en la pleine
          lune, par la force des esprits qui le dilatent jusques 
          crever, comme il arriva  Joachim du Bellay, pote de mon
          temps, lorsqu'il s'en retournoit en sa maison, venant de
          souper.]


MOY A TOY.

_Salut._

  Quant  ce que tes vers frissonnent de froidure,
  Que tes labeurs sont vains, et que pour ta pasture
  A grand'peine tu as un morceau de gros pain,
  Voire de pain moisi, pour appaiser ta faim;
  Que ton vuide estomac abboye, et ta gencive
  Demeure sans mascher le plus souvent oysive,
  Comme si le jeusner exprs te feust enjoinct
  Par les Juifs retaillez[191]; que tu es mal en poinct,
  Mal vestu, mal couch: Amy, ne pren la peine
  De faire dsormais ceste complainte vaine.

  Tu sais faire des vers, mais tu n'as le savoir
  De pouvoir par ton chant les hommes decevoir:
  Car le dieu Apollon avec le dieu Mercure
  S'assemble, ou autrement de ses vers on n'a cure.
  Mercure, par finesse et par enchantement,
  Dedans les cueurs humains glisse secrtement;
  Il glisse dans les cueurs, il trompe la personne,
  Et d'un parler flatteur les ames empoisonne:
  Avec tel truchement peut le dieu Dlien
  Possible quelque chose, autrement ne peut rien.

  Celuy qui de Mercure a la science apprise,
  En cygne d'Apollon bien souvent se deguise;
  Encore que le brait d'un asne, ou la chanson
  D'une importune rane[192] ait beaucoup plus doulx son.

  Veulx-tu que je te montre un gentil artifice
  Pour te faire valoir? Pousse-toy par service;
  Par art Mercurien trompe les plus rusez,
  Et pren  telz appas les hommes abusez:
  Tu feras ton profit, et bravement en point
  De froid, comme tu fais, tu ne trembleras point.

  Premier, comme un marchand qui parle navigage,
  S'en va chercher bien loing quelque estrange rivage.
  Afin de trafiquer et argent amasser,
  Tu dois veoir l'Italie et les Alpes passer,
  Car c'est de l que vient la fine marchandise
  Qu'en bant on admire, et que si hault on prise.
  Si le rus marchand est menteur asseur,
  Et s'il sait pallier d'un fard bien color
  Mille bourdes qu'il a en France rapportes
  Assez pour en charger quatre grandes chartes;
  S'il sait, parlant de Rome, un chacun estonner;
  Si du nom de Pavie il fait tout resonner;
  Si des Vnitiens que la mer environne,
  Si des champs de la Pouille il discourt et raisonne;
  Si, vanteur, il sait bien son art authoriser,
  Louer les estrangers, les Franois mespriser;
  Si des lettres l'honneur  luy seul il reserve
  Et desdaigue en crachant la franoise Minerve[193].

  Il te faut dextrement ces ruses imiter,
  Le savoir sans cela ne te peut profiter.
  Si le savoir te fault, et tu entens ces ruses,
  Tu jouyras vainqueur de la palme des Muses.
  Ne pense toutefois, pour un peu t'estranger
  De ces bavardes soeurs, que tu sois en danger
  De perdre tant soit peu: tu n'y auras dommage,
  Car aux Muses souvent profite un long voyage.
  Tu en rapporteras d'un grand cler le renom,
  Et de saige savant meriteras le nom.
  Mais si tu veux icy te morfondre  l'estude,
  Chacun t'estimera fol, ignorant et rude.

  Doncques en Italie il te convient chercher
  La source Cabaline, et le double Rocher,
  Et l'arbre qui le front des potes honore.
  Mais retien ce prcepte en ta memoire encore:
  C'est que tu pourras bien Franois partir d'icy,
  Mais tu retourneras Italien aussi,
  De gestes et d'habits, de port et de langage,
  Bref, d'un Italien tu auras le pelaige,
  Afin qu'entre les tiens admirable tu sois:
  Ce sont les vrays appas pour prendre noz Franois.
  Lors ta Muse sera de cestui la prise
  Auquel auparavant tu servois de rise.

  Il sera bon aussi de te faire advoer
  De quelque Cardinal[194], ou te faire loer
  Par quelque homme savant, afin que tes loenges
  Volent par ce moyen par des bouches estranges.
  Mais il faut que le livre o ton nom sera mis
  Tu donnes  et l  tes doctes amys.
  Ainsi t'exempteras du rude populaire,
  Ainsi ton nom partout illustre pourras faire:
  Car c'est un jeu certain, et quiconque l'a seu,
  Jamais  ce jeu l ne s'est trouv deeu,
  Surtout courtise ceulx auquelz la court venteuse
  Donne d'hommes savants la loenge menteuse,
  Qui au bout d'une table, au disner des seigneurs,
  Deplient tout cela, dont furent enseigneurs
  Les Grecs et les Latins, qui de faulses merveilles
  Emplissent, ignorans, les plus grandes oreilles,
  Et abusent celuy qui par nom de savant
  Desire, ambitieux, se pousser en avant.

  Ces gentils reciteurs te loront  la table,
  Non comme au temps pass, aux horloges de sable[195];
  Ilz ne ddaigneront avec toi practiquer
  Et avecques tes vers les leurs communiquer,
  Puisque tu as le goust et l'air de l'Italie,
  Mais rendz leur la pareille, et fay que tu n'oublie
  De les contre-loer; aussi quant  ce point
  Le tesmoing mutuel ne se reproche point,
  D'en user autrement ce seroit conscience.

  Surtout je te conseille apprendre la science
  De te faire cognoistre aux dames de la court
  Qui ont bruit de savoir. C'est le chemin plus court,
  Car si tu es un coup aux dames agrable,
  Tu seras tout soubdain aux plus grands admirable.
  Par art il te convient  ce point parvenir,
  Par art semblablement t'y fault entretenir;
  Il te fault quelques fois, soit en vers, soit en prose,
  Escrire finement quelque petite chose
  Qui sente son Virgile et Ciceron aussi[196];
  Car si tu as des mots tant seulement soucy,
  Tu seras bien grossier et lourdault, ce me semble,
  Si par art tu ne peux en accoupler ensemble
  Quelque peu: car icy par un petit chef-d'oeuvre
  Assez d'un courtisan le savoir se descoeuvre.

  Je ne veulx toutefois qu'on le face imprimer,
  Car ce qui est commun se fait desestimer,
  Et la perfection de l'art est de ne faire
  Ains monstrer ddaigner ce que faict le vulgaire.
  Mesmes, ce qui sera des autres imprim,
  Afin que tu en sois plus savant estim,
  Il te le fault blasmer[197]; mais il te fault estre
  Des loeurs  propoz pour tes ouvraiges lire.
  Et n'en fault pas beaucoup. Avec telles faveurs
  Recite hardiment aux dames et seigneurs,
  Tu seras savant homme, et les grands personnages
  Te feront des presens, et seras  leurs gages.
  Mais si tu veulx au jour quelque chose venter,
  Il fault premirement la fortune tenter,
  Sans y mettre ton nom, de peur de vitupre
  Qu'un enfant abortif porte au nom de son pre;
  Car en celant ton nom, d'un chacun tu peux bien
  Sonder le jugement, sans qu'il te couste rien.
  D'autant que tels escripts vaguent sans congnoissance
  Ainsi qu'enfans trouvez, publiques de naissance.
  Mais ne faulx pas aussi, si tu les voids loer,
  Maistre, pre et autheur, pour tiens les advoer.

  Le plus seur toutefois seroit en tout se taire,
  Et c'est un beau mestier, et fort facile  faire,
  Le faisant dextrement. Fay courir qu'entrepris
  Tu as quelque pome et oeuvre de hault pris,
  Tout soudain tu seras montr parmy la ville
  Et seras estim de la tourbe civile.

  Un vieulx ruz de court naguires se vantoit
  Que de la republique un discours il traitoit;
  Soudain il eut le bruit d'avoir puis Romme,
  Et le savoir de Grce, et qu'un si savant homme
  Que luy ne se trouvoit. Par l il se poussa,
  Et aux plus haults honneurs du palais s'avana,
  Ayant mouch les roys avec telle practique,
  Et si n'avoit rien fait touchant la republique.
  Toutefois cependant qu'il a est vivant,
  Il a nourry ce bruit qui le meit en avant.
  Jusqu' tant que la mort sa ruse eut descouverte,
  Car on ne trouva rien en son estude ouverte,
  Ains par la seule mort au jour fut revel
  Le fard dont il s'estoit si longuement cel.

  Quelque autre dit avoir entrepris un ouvrage
  Des plus illustres noms qu'on lise de nostre age,
  Et j douze ou quinze ans nous deoit par cet art;
  Mais il accomplira sa promesse plus tard
  Que l'an du jugement. Toutefois par sa ruse
  Des plus ambitieux l'esperance il abuse:
  Car ceulx-l qui sont plus de la gloire envieux,
  Le flattent  l'envy, et tachent, curieux,
  De gaigner quelque place en ce tant docte livre
  Qui peut  tout jamais leur beau nom faire vivre.
  Ce trompeur par son art trs riche s'est rendu,
  Et son silence aux roys chrement a vendu,
  Noyant en l'eau d'oubly les beaux noms dont la gloire
  Seroit, sans ses escripts, d'ternelle mmoire:
  Car les Parthes menteurs, faulx, il surmontera,
  Et nul (comme il promet) n'immortalisera;
  Mais il peindra le nez  tous, et pour sa peine
  De les avoir trompez d'une esperance vaine,
  Dessus un cheval blanc ses monstres il fera
  Par la ville, et du roy aux gages il sera.

  C'est un gentil apas pour les oyseaux attraire,
  Ce que d'un autre dit le commun populaire,
  Qui par les cabaretz tout exprs delaissoit
  Quatre lignes d'un livre, et outre ne passoit
  Avec un titre au front, qui se donnoit la gloire
  D'estre le livre quart de la franoise histoire.
  Qui doncques, je te pry, nyra que cestuy cy
  Ne soit des plus heureux sans se donner soucy,
  Qui quatre livres peult de quatre lignes faire,
  Qui du doy pour cela est montr du vulgaire,
  Qui pour cela de France est dit l'historien,
  Et auquel pour cela on fait beaucoup de bien[198]?

  J'ay, filz d'un laboureur, discouru brefvement
  Tout ce facheux propoz, moy qui ay bravement
  Delaiss les rasteaux pour m'attacher aux Muses.
  Tu pourras par usage apprendre d'autres ruses;
  Or  Dieu, pense en moy, et pour attraper l'heur
  Suy Mercure, qui est le plus fin oyseleur.

          [Note 191: Il veut dire _retaillats_, pithte ordinaire
          accole alors au nom des Juifs convertis. C'est, dit
          Laurent Joubert, c'est un Juif ou un Turc qui a quitt sa
          religion, que les siens nomment depuis _retaillat_, comme
          nous disons _rvolt_; mais c'est en autre sens et pour
          autre occasion. Quand on le tailla premirement, quand on
          le circoncit, et depuis on le retaille pour couvrir le
          prpuce. _Les Erreurs populaires_, 1585, in-8, 2e part.,
          p. 157.]

          [Note 192: De _rana_, grenouille. Le nom de _rainette_ en
          est venu pour certaine espce de pommes, vertes comme la
          petite grenouille d'arbre, que l'on continue d'appeler
          aussi _rainette_. La rue _Chantereine_,  Paris, se nomme
          ainsi d'aprs une tymologie pareille. Elle remplace un
          marais o coassaient les grenouilles ou _raines_. Qui dit
          _Chantereine_ veut dire _Chantegrenouille_.]

          [Note 193: Tout ce passage va droit  Charles Fontaine,
          fils de marchand, qui entreprit le voyage d'Italie pour
          faire sa cour  Rene de Ferrare, et qui en rapporta,
          en mme temps qu'une grande admiration pour ce qu'on y
          crivoit, un grand mpris pour notre littrature nationale,
          pour la _franoise Minerve_, comme il est dit ici. Du
          Bellay devoit d'autant plus s'indigner de ce mpris de
          Fontaine pour nos muses franoises, qu'il avoit surtout
          clat dans le _Quintil horatian_, dont le but toit la
          critique de sa _Dfense et illustration de la langue
          franoise_. Au sujet du voyage de Fontaine en Italie, dont
          font foi plusieurs de ses lgies et de ses pigrammes,
          on peut consulter la _Bibliothque franoise_ de l'abb
          Goujet, t. XI, p. 120-121.]

          [Note 194: Ici du Bellay critique moins Charles Fontaine
          qu'il ne se critique lui-mme. Fontaine toit all en
          Italie  la suite d'un _belliqueur_, ainsi qu'on le voit
          par quelques vers de l'_Elgie sur la mort de sa soeur_,
          et Joachim y avoit suivi un cardinal son parent, portant
          le mme nom que lui, et patron de Rabelais avant d'tre le
          sien.]

          [Note 195: Allusion  un usage du Pnyx d'Athnes, o, 
          l'poque de Pricls, quiconque avoit la parole ne devoit
          la garder que pendant un certain espace de temps, mesur
          sur l'horloge de sable, ou sur le clepsydre. On voulut
           l'Assemble constituante, ds les premires sances,
          prendre une mesure semblable contre la loquacit des
          orateurs. M. Bouche fit une motion, dite _du sablier_,
          tendant  faire restreindre, pour chaque orateur, le droit
          de parole  cinq minutes seulement. Un sablier de cinq
          minutes aurait t plac devant le prsident, et personne
          n'auroit d laisser  son flux de paroles un cours plus
          long que celui du sable tombant d'un bassin dans l'autre.
          Quelques phrases spirituelles de M. de Clermont-Tonnerre
          firent rejeter cette proposition, que l'Assemble avoit
          d'abord trs-favorablement accueillie.]

          [Note 196: Ceci va droit encore  Charles Fontaine et 
          son _Quintil horatian_, o il se montre si pdantesquement
          infatu du latin d'Horace, de Virgile et de Cicron.]

          [Note 197: C'est ce que Fontaine avoit fait contre la
          _Dfense et illustration de la langue franoise_, et ce que
          du Bellay ne lui avoit pas pardonn.]

          [Note 198: J'ignore  qui du Bellay faisoit allusion tout 
          l'heure, lorsqu'il parloit: de ce magistrat qu'un livre sur
          la _Rpublique_, sans cesse promis, jamais publi, avana
          si bien dans les honneurs; et de cet autre crivain qui se
          fit une mme fortune par le livre, toujours en esprance,
          o quiconque lui auroit fait du bien auroit eu un loge;
          mais je crois volontiers que l'historien dont il parle ici
          doit tre Denys Sauvage, qui, nomm historiographe par
          Henri II, n'crivit pourtant rien sur le rgne de ce roi.]

FIN.

       *       *       *       *       *

_In editione latina hc omissa fuerant._

  Area sed foelix potiusque hc aucupis illex
  Quod fecisse alium narrat plebecula tota,
  Urbis qui quandoque in diversoria nota
  Venerat, ingressus conclave relinquere fuerat
  Ut multi legerent non ferme plura quaternis
  Versiculis, titulo charta minioque notata.
  En liber histori jam quartus in ordine Gall,
  Quis neget hunc nullo foelicem quso labore.
  Bis duo cui totidem peperere volumina versus?
  Monstrari hinc digito, scriptorque hinc dicier esse
  Gallorum histori, atque hinc maxima premia ferre[199].

          [Note 199: Ces vers, dont l'avant-dernier paragraphe de
          la pice franoise est la traduction, ne se trouvent pas
          dans les ditions de du Bellay, non plus que le reste de
          l'ptre latine.]

       *       *       *       *       *

_Le Pote courtisan._

  Je ne veulx point icy du maistre d'Alexandre
  Touchant l'art potiq' les preceptes t'apprendre;
  Tu n'apprendras de moy comment joer il fault
  Les misres des roys dessus un eschafault[200];
  Je ne t'enseigne l'art de l'humble comoedie
  Ni du Monien la muse plus hardie;
  Bref, je ne montre icy d'un vers Horatien
  Les vices et vertuz du pome ancien,
  Je ne depeins aussi le pote du vide.
  La court est mon autheur, mon exemple et ma guide[201];
  Je te veulx peindre icy comme un bon artisan
  De toutes ses couleurs l'Apollon courtisan,
  O la longueur surtout il convient que je fuye,
  Car de tout long ouvraige  la court on s'ennuye.

  Celuy donc qui est n (car il se fault tenter
  Premier que l'on se vienne  la court presenter)
  A ce gentil mestier, il fault que de jeunesse
  Aux ruses et faons de la court il se dresse;
  Ce precepte est commun, car qui veult s'avancer
  A la court, de bonne heure il convient commencer.

  Je ne veulx que longtemps  l'estude il pallisse,
  Je ne veulx que resveur sur le livre il vieillisse,
  Fueilletant studieux tous les soirs et matins
  Les exemplaires grecs et les autheurs latins.
  Ces exercices l font l'homme peu habile,
  Le rendent catareux, maladif et debile,
  Solitaire, facheux, taciturne et songeard;
  Mais nostre courtisan est beaucoup plus gaillard.
  Pour un vers allonger ses ongles il ne ronge,
  Il ne frappe sa table, il ne resve, il ne songe,
  Se brouillant le cerveau de pensemens divers
  Pour tirer de sa teste un miserable vers,
  Qui ne rapporte, ingrat, qu'une longue rise
  Partout o l'ignorance est plus authorise.

  Toy donc qui as choisi le chemin le plus court
  Pour estre mis au ranc des savants de la court,
  Sans macher le laurier, ny sans prendre la peine
  De songer en Parnasse, et boire  la fontaine
  Que le cheval volant de son pied fist saillir,
  Faisant ce que je dy, tu ne pourras faillir.

  Je veulx en premier lieu que sans suivre la trace
  (Comme font quelques uns) d'un Pindare et Horace,
  Et sans vouloir comme eux voler si haultement,
  Ton simple naturel tu suives seulement.
  Ce procs tant men, et qui encore dure,
  Lequel des deux vault mieulx, ou l'art, ou la nature,
  En matire de vers  la court est vuid:
  Car il suffit icy que tu soyes guid
  Par le seul naturel, sans art et sans doctrine,
  Fors cet art qui apprend  faire bonne mine;
  Car un petit sonnet, qui n'ha rien que le son,
  Un dixain  propos, ou bien une chanson,
  Un rondeau bien trouss, avec une ballade
  (Du temps qu'elle couroit[202]), vaut mieux qu'une Iliade.
  Laisse-moy donques l ces Latins et Gregeoys
  Qui ne servent de rien au pote franois,
  Et soit la seule court ton Virgile et Homre,
  Puis qu'elle est (comme on dict) des bons esprits la mre.
  La court te fournira d'arguments suffisants,
  Et seras estim entre les mieulx disants,
  Non comme ces resveurs qui rougissent de honte,
  Fors entre les savants des quelz on ne fait compte.

  Or, si les grands seigneurs tu veulx gratifier,
  Arguments[203]  propoz il te fault espier.
  Comme quelque victoire, ou quelque ville prise,
  Quelque nopce, ou festin, ou bien quelque entreprise
  De masque, ou de tournoy: avoir force desseings,
  Des quelz  ceste fin tes coffres seront pleins.

  Je veulx qu'aux grands seigneurs tu donnes des devises[204]
  Je veulx que les chansons en musique soient mises;
  Et  fin que les grands parlent souvent de toy,
  Je veulx que l'on les chante en la chambre du roy.
  Un sonnet  propoz, un petit pigramme
  En faveur d'un grand prince ou de quelque grand'dame,
  Ne sera pas mauvais; mais garde-toy d'user
  De mots durs ou nouveaulx qui puissent amuser
  Tant soit peu le lisant: car la doulceur du stile
  Fait que l'indocte vers aux oreilles distille,
  Et ne fault s'enquerir s'il est bien ou mal fait,
  Car le vers plus coulant est le vers plus parfaict.

  Quelque nouveau pote  la court se presente:
  Je veulx qu' l'aborder finement on le tente;
  Car s'il est ignorant, tu sauras bien choisir
  Lieu et temps  propoz pour en donner plaisir;
  Tu produiras partout ceste beste, et en somme
  Aux despens d'un tel sot tu seras galland homme.

  S'il est homme savant, il te fault dextrement
  Le mener par le nez, le loer sobrement,
  Et d'un petit soubriz et branlement de teste
  Devant les grands seigneurs luy faire quelque feste,
  Le presenter au roy, et dire qu'il fait bien
  Et qu'il a mrit qu'on luy face du bien.
  Ainsi, tenant tousjours ce pauvre homme soubz bride,
  Tu te feras valoir en luy servant de guide;
  Et, combien que tu sois d'envie poinonn,
  Tu ne seras pour tel toutefois soubsonn.

  Je te veulx enseigner un aultre poinct notable,
  Pour ce que de la court l'eschole c'est la table[205];
  Si tu veulx promptement en honneur parvenir,
  C'est o plus saigement il te fault maintenir.
  Il fault avoir tousjours le petit mot pour rire;
  Il fault des lieux communs qu' tout propoz on tire
  Passer ce qu'on ne sait, et se montrer savant
  En ce que l'on ha leu deux ou trois soirs devant.

  Mais qui des grands seigneurs veult acquerir la grace
  Il ne fault que les vers seulement il embrasse,
  Il fault d'aultres propoz son stile dguiser,
  Et ne leur fault tousjours des lettres deviser.
  Bref, pour estre en cest art des premiers de ton age,
  Si tu veulx finement joer ton personnage,
  Entre les courtisans du savant tu feras,
  Et entre les savants courtisan tu seras.

  Pour ce te fault choisir matire convenable
  Qui rende son autheur aux lecteurs agreable,
  Et qui de leur plaisir t'apporte quelque fruict.
  Encores pourras tu faire courir le bruit
  Que, si tu n'en avois commandement du prince,
  Tu ne l'exposerois aux yeulx de ta province,
  Ains te contenterois de le tenir secret,
  Car ce que tu en fais est  ton grand regret.

  Et,  la verit, la ruse coustumire,
  Et la meilleure, c'est ne rien mettre en lumire,
  Ains, jugeant librement des oeuvres d'un chacun,
  Ne se rendre subject au jugement d'aulcun,
  De peur que quelque fol te rende la pareille,
  S'il gaigne comme toy des grands princes l'oreille.

  Tel estoit de son temps le premier estim,
  Duquel si on eust leu quelque ouvraige imprim,
  Il eust renouvel peut-estre la rise
  De la montaigne enceinte; et sa Muse prise
  Si hault auparavant eust perdu (comme on dict)
  La reputation qu'on luy donne  credit.

  Retien donques ce point, et si tu m'en veulx croire,
  Au jugement commun ne hasarde ta gloire;
  Mais, saige, sois content du jugement de ceulx
  Lesquelz trouvent tout bon, auxquelz plaire tu veux,
  Qui peuvent t'avancer en estats et offices,
  Qui te peuvent donner les riches benefices,
  Non ce vent populaire et ce frivole bruit
  Qui de beaucoup de peine apporte peu de fruict.
  Ce faisant, tu tiendras le lieu d'un Aristarque,
  Et entre les savants seras comme un monarque.
  Tu seras bien venu entre les grands seigneurs,
  Des quelz tu recevras les biens et les honneurs,
  Et non la pauvret, des Muses l'hritage,
  Laquelle est  ceulx-l reserve en partage,
  Qui, dedaignant la court, facheux et malplaisans,
  Pour allonger leur gloire accourcissent leurs ans.

          [Note 200: Dans le sens de thtre. C'toit celui qu'il
          avoit alors le plus communment. Ces provinces, dit
          Nicolas Pasquier, _liv. VIII_, _lettre 2_, serviront d'un
          chafaud tout public et sanglant, ou se joueront tous les
          actes de cette grande tragdie.]

          [Note 201: Le mot _guide_ toit alors du fminin dans
          toutes ses acceptions, comme il l'est encore dans le sens
          de _rne_ pour conduire les chevaux. V. t. I, p. 75.]

          [Note 202: Le genre de la _ballade_, qui commenoit 
          n'tre plus en faveur, eut une sorte de rveil au XVIIe
          sicle; mais Trissotin toutefois pouvoit dire avec raison 
          Vadius:

               Ce n'en est plus la mode, elle sent son vieux temps.]

          [Note 203: _Argument_ est ici dans le sens de sujet de
          pice.]

          [Note 204: On sait de quelle importance furent les
          devises jusqu'au XVIIe sicle, o elles jouoient dans
          les carrousels le rle qu'elles avoient eu dans les
          tournois, et figuroient comme un dernier dbris des temps
          chevaleresques. Dans les _Entretiens d'Ariste et d'Eugne_,
          par le P. Bouhours, le VIe leur est tout entier consacr.
          Les grands seigneurs recouraient aux potes pour leur faire
          des devises, dont beaucoup furent des plus ingnieuses,
          comme on le voit par les citations du P. Bouhours. Les
          auteurs gardoient pour eux-mmes quelque chose de leur
          marchandise, ils s'toient presque tous donn des devises,
          qu'ils apposoient sur leurs oeuvres, et qui souvent en
          toient la seule signature. V. G. Guiffrey, _Pome indit_
          de Jehan Marot, 1860, in-8, p. 126, note.]

          [Note 205: C'est dans les festins,  l'issue, c'est--dire
          au dessert, qu'on chantoit les chansons nouvelles, comme
          cela se fait encore dans les provinces, et que les auteurs
          essayoient leurs ouvrages par des lectures  haute voix.
          Les comiques y jouoient leurs farces. Cotin, dans sa
          _Satire des Satires_, reproche  Boileau d'aller avec son
          Turlupin, c'est--dire avec Primorin, son frre, et non pas
          avec Molire, comme on l'a prtendu, gagner ainsi, par ses
          bouffonneries, de bons dners chez le sot campagnard.
          Montfleury, dans l'_Impromptu de l'htel de Cond_ (sc. 3),
          fait un reproche du mme genre  Molire. _Il a_, fait-il
          dire  l'un de ses personnages,  propos de l'_Impromptu
          de Versailles_, qui, suivant lui, n'toit rien moins qu'un
          impromptu,

               Il a jou cela vingt fois au bout des tables,
               Et l'on sait, dans Paris, que, faute d'un bon mot,
               De cela, chez les grands, il payoit son escot.]

FIN.




_Comment se faisoit une ducation au XVIe sicle_

(Fragment des Mmoires de M. de Mesmes)[206].

          [Note 206: Les _Mmoires_ dont ce fragment et le suivant
          font partie sont du clbre homme d'Etat Henry de Mesmes,
          qui joua un si grand rle sous Henri II, Charles IX
          et Henri III, tant en France qu'en Italie, o il fut
          administrateur de la rpublique de Sienne, au nom d'Henri
          II. Ces _Mmoires_, qui sont adresss  son fils, existent
          manuscrits  la Bibliothque impriale. Ils n'ont jamais
          t publis. On les connat par l'analyse et les extraits
          que publia le _Conservateur_ de 1760, t. IX, 2e partie,
          et surtout par le _fragment_ qu'en donna Rollin dans son
          _Trait des Etudes_, liv. II, ch. 2, art. 1er (dit. in-4,
          t. I, p. 122). Ce morceau trs-intressant est le mme que
          nous reproduisons ici, le premier, mais avec plus d'tendue
          que dans la reproduction de Rollin, et une plus grande
          exactitude de texte. Rollin le devoit  une communication
          que M. le prsident de Mesmes, de l'Acadmie franoise,
          mort en 1723, lui avoit faite de ces _Mmoires_, qui
          n'toient pas encore sortis de la famille pour entrer  la
          Bibliothque de la rue de Richelieu. Il en existoit trois
          manuscrits: celui dont nous parlons, un autre aux Missions
          trangres; et enfin un troisime chez les Sguier.]


I

Mon pre[207] me donna pour prcepteur J. Maludan, Limosin, disciple
de Dorat[208], homme savant, choisi pour sa vie innocente et d'ge
convenable  conduire ma jeunesse jusques  temps que je me susse
gouverner moi-mme, comme il fit; car il avana tellement ses tudes
par veilles et travaux incroyables, qu'il alla toujours aussi avant
devant moi comme il toit requis pour m'enseigner, et ne sortit
de sa charge sinon lorsque j'entrai en office. Avec lui, et mon
puin, J.-J. Mesmes, je fus mis au collge de Bourgogne ds l'an
1542[209] en la troisime classe; puis je fis un an, peu moins,
de la premire. Mon pre disoit qu'en cette nourriture du collge
il avoit eu deux regards: l'un  la conservation de la jeunesse
gaie et innocente; l'autre  la scholastique, pour nous faire
oublier les mignardises de la maison, et comme pour dgorger en
eau courante. Je trouve que ces dix-huit mois au collge me firent
assez bien. J'appris  rpter, disputer et haranguer en public,
pris connoissance d'honntes enfans dont aucuns vivent aujourd'hui;
appris la vie frugale de la scholarit, et  rgler mes heures;
tellement que, sortant de l, je rcitai en public plusieurs vers
latins et deux mille vers grecs faits selon l'ge, rcitai Homre
par coeur d'un bout  l'autre. Qui fut cause aprs cela que j'tois
bien vu par les premiers hommes du temps, et mon prcepteur me menoit
quelquefois chez Lazarus Bafus[210], Tusanus[211], Strazellius,
Castellanus[212] et Dansius[213], avec honneur et progrs aux
lettres. L'an 1545, je fus envoy  Tolose[214] pour tudier en
lois avec mon prcepteur et mon frre, sous la conduite d'un vieil
gentilhomme tout blanc, qui avoit longtemps voyag par le monde.
Nous fmes trois ans auditeurs en plus troite vie et pnibles
tudes que ceux de maintenant ne voudroient supporter. Nous tions
debout  quatre heures[215], et ayant pri Dieu, allions  cinq
heures aux tudes, nos gros livres sous le bras, nos critoires et
nos chandeliers  la main. Nous oyions toutes les lectures[216]
jusqu' dix heures sonnes, sans nulle intermission; puis venions
dner aprs avoir en hte confr demi-heure sur ce qu'avions crit
de lectures[217]. Aprs dner nous lisions, par forme de jeu,
Sophocles ou Aristophanus ou Euripides et quelque fois Demosthnes,
Cicero, Virgilius, Horatius[218]. A une heure aux tudes;  cinq, au
logis[219],  rpter et voir dans nos livres les lieux allgus,
jusqu'aprs six. Puis nous soupions et lisions en grec ou en latin.
Les ftes,  la grande messe et vpres. Au reste du jour, un peu
de musique et de pourmenoir. Quelque fois nous allions dner chez
nos amis paternels, qui nous invitoient plus souvent qu'on ne nous
y vouloit mener. Le reste du jour aux livres; et avions ordinaire
avec nous Hadrianus Turnebus[220], Dionysius Lambinus[221], Honoretus
Castellanus, depuis mdecin du roi; et Simon Thomas, lors trs-savant
mdecin. Au bout de deux ans et demy nous leumes en public demy
an  l'cole des Institutes; puis nous emes nos heures pour lire
aux grandes coles et leumes les autres trois ans entiers, pendant
lesquels nous frquentions aux ftes les disputes publiques, et je
n'en laissai gure passer sans quelque essai de mes dbiles forces.
En fin des bancs, tnmes conclusions publiques par deux fois, la
premire, chacun une, aprs deux heures; la seconde trois jours
entiers, et seuls avec grande clbrit; encore que mon ge me
dfendt d'y apporter autant de suffisance que de confidence.....
Aprs cela, et nos degrs pris de docteurs en droit civil et canon,
nous prmes le chemin pour retourner  la maison; passmes  Avignon
pour voir milius Ferratus[222] qui lors lisoit avec plus d'apparat
et de rputation que lecteur de son temps. Nous le salumes le
soir de l'arrive, et il lui sembla bon que je leusse en son lieu,
lendemain matin, jour de saint Franois, et que de foy prenant la loi
o il toit demour le jour prcdent. Il y assista lui-mme avec
toute l'escole, et tmoigna  mon pre par lettres latines de sa main
qu'il n'y avoit pas pris dplaisir. Ce mme fut  Orlans.....

          [Note 207: Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roissy,
          lieutenant civil au Chtelet, puis matre des requtes,
          premier prsident au Parlement de Normandie, conseiller du
          roi, etc. Il mourut en 1569.]

          [Note 208: Jean Daurat, qui fut professeur au Collge de
          France, et l'un des bons grecs de ces temps-l, comme on
          disoit alors. Il toit du Limousin, comme Maludan son
          lve. Il toit, au dire de Ronsard, la source qui a
          abreuv tous nos potes des eaux pierriennes, ou bien,
          comme il disoit encore, le premier qui a destoup la
          Fontaine des Muses par les outils des Grecs. Claude Binet,
          _Vie de Ronsard_ (_Archives curieuses_, 1re srie, t. 10,
          p. 371).]

          [Note 209: Il n'avoit alors que dix ans. Le collge de
          Bourgogne, o on le mettoit ainsi, datoit du XIVe sicle.
          Il devoit son nom  la comtesse Jeanne de Bourgogne, qui
          l'avoit fond en 1331 pour vingt pauvres coliers de sa
          province et comt. L'Ecole de mdecine en occupe la place.]

          [Note 210: Lazare de Baf, pre du pote, qui avoit t
          ambassadeur de France  Venise et en Allemagne, sous
          Franois Ier, et  qui l'on doit de curieux traits latins:
          _De re vestiaria_, _De re navali_, etc. On se runissoit,
          en cercle de savants, chez Lazare de Baf, comme on se
          rassembla plus tard en une sorte d'acadmie chez son fils
          Antoine (v. t. VIII, p. 31-33, note). Ronsard toit des
          assidus chez Lazare de Baf. Quoiqu'il loget bien loin,
          aux Tournelles, comme gentilhomme des Ecuries du roi, il
          s'en venoit  la nuit avec son ami le baron Carnavalet,
          jusque dans le quartier de l'Universit, o demeuroit Baf.
          Il y trouvoit toujours nombre de savants, et notamment
          Jean Daurat, honneur du pays Limosin, qui habitoit la
          mme maison, comme professeur de grec du fils de Baf. Cl.
          Binet, _Vie de Ronsard_, loc. cit.]

          [Note 211: C'est le clbre hellniste Jacques Toussaint,
          qui se faisoit appeler en latin Tussanus. Il mourut en
          1547.]

          [Note 212: Il ne faut pas le confondre avec le mdecin
          Honor Castellan, dont il sera parl plus loin. Celui-ci
          est Pierre du Chtel, lecteur et bibliothcaire de Franois
          Ier, qui, vque de Tulle, grand aumnier de France, mourut
          vque d'Orlans en 1552.]

          [Note 213: Pierre Dans, qui fut premier professeur de grec
          au Collge de France.]

          [Note 214: Son pre y avoit profess la jurisprudence,
          et il avoit  coeur que son fils ft instruit et mme
          professt o lui-mme avoit enseign.]

          [Note 215: C'est en effet l'heure o la cloche sonnoit pour
          le rveil. A cinq heures, tout le monde devoit tre rendu
          dans les salles, et assis sur la jonche de paille qui
          servoit de litire scolastique. V. dans l'_Hist. de Paris_,
          par Flibien, t. III, p. 727, preuves, le rglement du
          collge Montaigu pour 1502.]

          [Note 216: Le professeur, dit M. J. Quicherat, au t. I
          de son _Histoire de Sainte-Barbe_, savoit se traner sur
          le livre, quel qu'il ft, qui passoit pour contenir la
          science. Il _lisoit_ et ses lves _coutoient_, suivant
          l'expression employe alors pour dire faire un cours,
          suivre un cours. H. de Mesmes a dit tout  l'heure que
          son frre et lui toient _auditeurs_. Les premiers matres
          du collge Royal ne s'appelrent pas professeurs, mais
          _lecteurs_.]

          [Note 217: Ces confrences toient ce qu'on appeloit la
          _rparation_, exercice o les coliers se recordoient l'un
          l'autre l'objet de la leon suppose, jusqu' ce qu'ils
          fussent en tat de la rpter dans les mmes termes.]

          [Note 218: Ces lectures par forme de jeu duroient une
          heure. C'toit la seule rcration qui suivoit le
          dner. Elle toit au diable, dit Robert Goulet en son
          _Heptadogma_, ch. 3, l'avantage de trouver les esprits
          inoccups.]

          [Note 219: Henry de Mesmes et sen frre n'etoient pas
          ce qu'on appeloit _convicteurs_ ou _portionistes_,
          c'est--dire pensionnaires, ou boursiers. Ils toient des
          _martinets_ ou externes libres, la classe la plus nombreuse
          d'coliers qui hantt alors les coles.]

          [Note 220: Le savant Adrien Turnbe, qui fut en effet
          professeur  Toulouse, avant de diriger  Paris
          l'imprimerie Royale, pour les livres grecs.]

          [Note 221: Denis Lambin, qui aprs avoir profess 
          Toulouse, en mme temps que Marot son ami, et plus tard son
          ennemi, suivit  Rome le cardinal de Tournon, et revint
          professer le grec  Paris, au collge Royal. Il resta l'ami
          d'Henry de Mesmes. Il lui ddia ses _Commentaires sur
          Cicron_, et attesta dans l'pitre ddicatoire qu'il lui
          devoit ce que ses observations contenoient de meilleur.]

          [Note 222: Emile Ferret, ou Ferretti, de Castel Franco,
          qui, aprs avoir t secrtaire de Lon X, enseigna le
          droit aux coles de Valence et d'Avignon, o il mourut le
          14 juillet 1552, avec le titre de conseiller au Parlement
          de Paris, que lui avoit confr Franois Ier. On a de lui
          _Juridica opera_, 1598, in-4.]

Nous fmes  Paris le 7 novembre 1550.

Lendemain je disputai publiquement ez escoles de droit en grande
compaignie, presque de tout le parlement, et trois jours aprs je
pris les points pour dbattre une rgence en droit canon, et rptai
ou lus publiquement un an ou environ. Aprs cela il sembla bon  mon
pre de m'envoyer  la cour avec le garde des sceaux, depuis cardinal
Bertrandy, pour me faire cognotre au roi[223]...

          [Note 223: Pour rsumer mon sentiment sur les dures tudes
          du XVIe sicle, et ajouter quelques faits  ceux qui
          prcdent, je ne puis m'empcher de citer quelques lignes
          d'un discours prononc par H. Rigault  la distribution des
          prix du Lyce Louis-le-Grand en 1854, et recueilli dans
          ses _Oeuvres compltes_: Et, dit-il aprs avoir dcrit
          l'horrible vie du collge Montaigu, et sa rude discipline,
          et cependant eu ces jours terribles, on voyait accourir
          en foule une jeunesse prte  tout souffrir, la faim,
          le froid et les coups, pour avoir le droit d'tudier.
          Un pauvre enfant qui devait un jour devenir principal
          de Montaigu, Jean Stondonck, venait  pied de Malines 
          Paris pour tre admis  cette svre cole, travaillait
          le jour sans relche, et la nuit, montait dans un clocher
          pour y travailler encore aux rayons gratuits de la lune.
          C'tait le temps hroque des tudes classiques, le temps
          ou Ronsard et Baf, couchant dans la mme chambre, se
          levaient l'un aprs l'autre, minuit dj sonn, et, comme
          le dit un vieux biographe, Jean Daurat, se passaient la
          chandelle pour tudier le grec, sans laisser refroidir
          la place. C'est le temps o Agrippa d'Aubign savait
          quatre langues et traduisait le _Criton_ de Platon avant
          d'avoir vu tomber ses dents de lait. Aujourd'hui, les
          moeurs scolaires sont plus douces et les matres s'en
          applaudissent les premiers. La place du grand fouetteur
          _Tempte_ est supprime dans l'Universit, et le dlicat
          Erasme vanterait les bons lits et la bonne chre de la
          jeunesse moderne. Mais, ajoutait Rigault apostrophant
          directement les lves, mais le savoir est-il aussi
          prcoce? J'en connais beaucoup d'entre vous qui ne
          traduiraient pas le _Criton_, et qui ont pourtant leurs
          dents de sagesse.]

       *       *       *       *       *

II[224]

          [Note 224: Rollin, aprs avoir transcrit dans le _Trait
          des tudes_ la premire partie du morceau qui prcde, dit
          en note: Le mme manuscrit rapporte une belle action de M.
          de Mesmes, qui refusa une place considrable que le roi lui
          offroit, et par ce gnreux refus la conserva  celui qui
          l'avoit occupe jusque l. Le rcit de cette belle action
          se trouve dans le fragment qui suit.]

Mon pre ne reut qu' force l'honneur de l'tat de conseil priv,
qui n'toit pas vulgaire alors; mais sur ce qu'il remontroit sa
vieillesse et impuissance, le roi Charles rpliqua: C'est ce qui me
fait vous prier d'en tre, pour viter le blme que ce me feroit si
vous mouriez sans en tre.

Le roi Franois Ier lass de feu _Rus_, son avocat au parlement
de Paris, il manda mon pre, pour lors frachement venu  Paris,
pour lui donner cet office, lequel aussi rudement que svrement
lui contesta qu'il ne feroit pas bien de dpouiller son officier
sans crime, et qu'il pourroit, lui vivant, autrement vaquer.--Mais
c'est mon avocat; chacun prend celui qui lui plat; serai-je de pire
condition que le moindre de mes sujets?--C'est, dit-il, l'avocat du
roi et de la couronne, non sujet  vos passions, mais  son devoir.
J'aimerois mieux gratter la terre aux dents que d'accepter l'office
d'un homme vivant.--Le roi excusa cette libert de parler et la
loua, et changea de conseil, de sorte que trois jours aprs l'avocat
Rus se vint mettre  genoux devant mon pre en son tude, l'appelant
son pre et son sauveur aprs Dieu. Je n'ai, dit-il, rien fait pour
vous, ne m'en remerciez point, car j'ai fait  ma conscience, et non
 votre satisfaction.




_Les larmes et complaintes de la Reyne d'Angleterre sur la mort de
son Espoux,  l'imitation des quatrains du sieur de Pibrac, par David
Ferrand._

_A Paris, chez Michel Mettayer, imprimeur ordinaire du Roy, demeurant
en l'isle Nostre-Dame, sur le Pont-Marie, au Cigne._

M.DC.XLIX.

In-4[225].

          [Note 225: Cette pice, qu'on range parmi les _mazarinades_
           cause de sa date et de son format, est on ne peut plus
          rare. (C. Moreau, _Bibliogr. des mazarin._, t. II, p.
          105.) M. Brunet, qui l'avoit omise dans les deux premires
          ditions de son _Manuel_, ne l'a pas oublie dans la
          troisime. V. t. II, 2e partie, p. 1230. Il l'avoit
          connue par l'excellent livre de M. Ed Frre, _Manuel du
          bibliographe normand_, t. I, p. 462.--L'auteur, David
          Ferrand, est le mme  qui l'on doit la _Muse normande_,
          recueil en patois normand, dont les 28 parties sont
          si difficiles  runir. V. un article de M. Rathery,
          dans l'_Athenum_ du 12 fv. 1853, et un autre de M. C.
          Moreau, dans le _Bulletin du Bibliophile_, janv. 1862,
          p. 811. David Ferrand s'y distingue comme homme d'esprit
          original, mais non comme imprimeur. Je ne sache rien de
          plus mal imprim et sur plus affreux papier que cette
          _Muse normande_ du lettr typographe de Rouen. La pice
          reproduite ici n'est pas la seule qu'il ait compose en
          franois, mais je ne lui en connois point d'autre imprime
           Paris. Elle suivit sans doute de prs la mort de Charles
          Ier, dont elle est la complainte. Il fut excut, comme on
          sait, le 9 fvrier 1649. Elle est un tmoignage du grand
          trouble et de l'indignation que ce supplice jeta en France
          dans les esprits. Plusieurs autres crits du temps font foi
          de la mme proccupation douloureuse, et sont empreints du
          mme sentiment de vengeance. Ds le mois de fvrier, le
          _Banissement du mauvais riche_, in-4, contenoit des vers
          sur l'excution du roi d'Angleterre. Le 18 mars, Renaudot
          crivoit  Saint-Germain: _La dplorable mort de Charles
          Ier, roi de la Grande-Bretagne_; puis Franois Preuveray
          publioit: _Les dernires paroles du roy d'Angleterre, avec
          ses adieux aux princes et princesses ses enfants_, et aussi
          les _Mmoires du feu roy de la Grande-Bretagne, crits
          de sa propre main dans sa prison... traduit de l'anglois
          en nostre langue par le sieur de Marsys_. 143 p. in-4.
          G. Sassier faisoit parotre en mme temps, en in-4 de
          12 pages: _Les justes soupirs et pitoyables regrets des
          bons Anglois sur la mort du trs-auguste et trs-redout
          monarque Charles, roy de la Grande-Bretagne et d'Hibernie,
          etc_. D'autres ne s'en tenoient pas aux lamentations, et,
          comme je l'ai dit, crioient vengeance. Ainsi, l'on vit
          parotre chez Arnould Cottinet: _Exhortation de la Pucelle
          d'Orlans  tous les princes de la terre de faire une
          paix gnrale tous ensemble pour venger la mort du roi
          d'Angleterre par une guerre toute particulire_. Un anonyme
          s'indignoit en latin, dans 4 pages in-4 que publirent la
          veuve Pepingn et tienne Maucroy: _Dir in Angliam, ob
          patratum scelus, 9 februarii 1649_. Il demandoit qu'on ft
          la paix partout, afin de mieux faire la guerre aux deux
          peuples maudits: les Turcs et les Anglois. Un autre crit
          du mme genre, _Relation vritable de la mort barbare et
          cruelle du roy d'Angleterre_, se terminoit par un appel aux
          rois pour qu'ils ne missent pas de retard  venger leur
          frre de la Grande-Bretagne, et par cette apostrophe  la
          mer: Et toi, Ocan, qui couronnes cette le malheureuse,
          que ne vomis-tu tes eaux pour la bouleverser. Quelques-uns
          tournoient la chose tout autrement, et faisoient de cette
          mort une menace pour le petit Louis XIV. Dans _La France
          ruine par les favoris_, et dans la _Lettre d'un fidle
          Franois  la reine_, on prsage au roi le sort de Charles
          Stuart, et  sa mre celui de Marie de Mdicis. Un autre
          plus sens: _Raisonnement sur les affaires prsentes,
          et leur diffrence de celles d'Angleterre_, tablit
          judicieusement que la triste comparaison entre nos troubles
          et ceux de la Grande-Bretagne toit absurde, puisque
          chez nous il ne s'agissoit gure que d'une question de
          finances et de tyrannie fiscale. Tout le monde s'mut,
          mme les protestants, qui, craignant qu'on ne leur ft un
          crime de ce qu'avoient si cruellement os les sectaires
          anglois, firent publier  Paris et  Rouen: _Remontrance
          des ministres de la province de Londres adresse par eux
          au gnral Fairfax et  son conseil de guerre douze jours
          avant la mort du roy de la Grande-Bretagne_. Ils vouloient
          prouver par cette publication que l'infamie de cette
          excution n'toit en rien imputable  la religion rforme,
          puisque ses ministres avoient t des premiers  rclamer
          contre la sentence.]


  Pleine d'ennuys et de rudes atteintes,
  O tout puissant, escoute mes clameurs!
  Le grand excez de mes divers malheurs
  Me fait vers toy adresser ces complaintes.

  Dans le contour de la machine ronde,
  Parmy le Scythe, et peuples plus pervers,
  Bien qu'il y ayt eu maints malheurs divers,
  Je ne crois point en avoir de seconde.

  Mon accident attaint jusqu' l'extresme,
  Et ne se peut trouver pareil courroux:
  Ayant perdu mon trs fidelle espoux,
  Lequel j'aimois plus encor que moy-mesme.

  Comme deux luths de mesme consonnance,
  Estant touchez, rendent mesmes accords,
  Ainsi vivoit, sans avoir nuls discords,
  Son coeur Anglois avec celuy de France.

  Les fruits coneuz de nostre mariage
  Monstrent assez quels estoyent nos desseins;
  Nous les pensions voir un jour souverains.
  Mais comme nous ils sentent cet orage.

  Et vous avez rompu cette armonie,
  Maudits sujets sans croyance et sans foy:
  Quand vous avez fait mourir vostre Roy,
  M'avez-vous pas ensemble ost la vie?

  Vous m'eussiez fait sans doute le semblable
  Quand je quiltay vostre rivage Anglois[226]
  Pour m'enfuir en celuy des Franois,
  Bien qu'en nul point je ne fusse coupable.

  Auparavant que sortir d'Angleterre,
  L'on a chass mes Prestres et amis;
  L'on a briz jusqu' mon Crucifix,
  Et mes Autels l'on a jette par terre[227].

  Un faut semblant de Foy, d'hypocrisie,
  Vous a caus cette rbellion:
  Chacun esprit fait sa Religion;
  Vous voguez tous au flot de l'heresie.

  Le Ciel pour vous appreste ses tempestes;
  Vous ne voyez vos malheurs  present.
  Asseurez-vous que ce sang innocent
  Retombera quelque jour sur vos testes.

  Traistre Ecossois, mais plustost double traistre,
  Le Roy s'estoit jett entre vos bras;
  Pour de l'argent, ainsi comme Judas,
  Vous avez pris et vendu vostre maistre[228].

  Il n'est permis  la puissance humaine,
  Pour cas qu'il soit, d'attenter  son roy;
  Aussi n'est-il escrit en nulle loy:
  Dieu seul le peut de sa main souveraine.

  Peux-tu choquer de ce Dieu la presence,
  Peux-tu, meschant, estre encor plus que Dieu:
  Si sa justice opre en quelque lieu,
  Ce n'est le roy, mais plustost ton offense.

  Sur tous les roys Dieu est souverain maistre;
  Et si quelqu'un est injuste ou tyrant,
  Ne peut-il pas de son bras tout puissant
  En un clin d'oeil lui arracher son sceptre?

  Ne peut-il pas l'escraser d'un tonnerre
  Sans le laisser dessus un lict mourir;
  Ne peut-il pas encore le punir
  De ses fleaux: peste, famine et guerre?

  Quand tu n'aurois qu'au coeur la souvenance
  (Tout tel qu'il soit, qu'il est oingt du Seigneur),
  Tu ne devois faire telle rigueur,
  Puisque l'effet surpassoit la puissance.

  Ceux qui ont leu leur souvienne de l'Arche,
  D'un qui voulut y apposer sa main.
  Ce n'estoit pas avec mauvais dessein;
  Il fut puny, bien qu'il fust Patriarche.

  Nul ne doit estre au monde sanguinaire.
  L'on voit fluer le sang des massacrez!
  Songez qui touche  des vaisseaux sacrez
  Se voit puny de la mesme manire.

  Vous n'avez mis seulement en deroute
  Ce vaisseau saint beny du Tout Puissant;
  Mais vrays gloutons d'un digne et royal sang
  L'avez succ ensemble goutte  goutte.

  Quand il passa parmy la populace
  Pour contester qu'on l'accusoit  tort,
  Elle crioit qu'on le mist  la mort:
  Maudits sujets naiz de maudite race.

  Rougissez donc de cet arrest injuste;
  Je veux qu'il soit deriv du commun.
  C'estoient corbeaux dont le cri importun
  Tendoit aprs le sang d'Abel le juste.

  Vos predicans, qu'en ces vers je ne flatte,
  Pour s'exempter de ce meurtre inhumain,
  Par leurs escrits ils se lavent la main;
  Mais ils le font ainsi que fit Pilate.

  Si je voulois tracer un paralelle
  A cet Aigneau qui mourut innocent,
  Verroit-on pas mesme faux jugement;
  Mais sur ce point je veux caller ma voille.

  A ton seigneur la vie ne desrobe,
  Parce qu'il peut devenir ton amy:
  David le fit  Saul son ennemy,
  Se contentant de luy couper sa robbe.

  Vous avez leu,  race miserable,
  La saincte loy du grand Dieu souverain:
  Nul ne se doit souiller de sang humain,
  Car il deffend d'occire son semblable.

  Bien vray qu'il dit que l'homme pour son vice,
  Y persistant, est digne du cercueil.
  La dent pour dent, ainsi que l'oeil pour oeil[229],
  Ce sont decrets de la saincte justice.

  Mais mon espoux, vray monarque trs-sage,
  A-t-il jamais tremp sa main au sang;
  A-t-il jamais fait un acte meschant,
  Pour desgorger sur son chef telle rage?

  Vous l'accusez selon votre heresie
  D'un changement de loy: c'estoit  tort.
  Il protesta, prest de souffrir la mort,
  Qu'il n'eut jamais ce point en fantaisie.

  Il protesta encore davantage
  Qu'il a est tousjours vostre soustien;
  Mais comme on dit: Qui veut noyer son chien,
  On le feint estre atteint de quelque rage.

  Peuple insolent, deschargez-vous encore
  (Comme insensez) dessus son royal sang;
  Ces rejeitons conceus dedans mon flanc
  Sont les sujets qu' present je dplore.

  Estrange cas, triste metamorphose:
  Je ne pensois jamais voir ma maison
  Tomber aux lacs de vostre trahison;
  Mais l'on propose, et le seul Dieu dispose.

  Disposez donc,  divine clemence,
  De ces sujets comme de mes douleurs;
  De mes enfants dechassez les mal-heurs,
  Et dessus tout, donnez-moy patience.

  Adieu, grandeurs! adieu, toutes richesses!
  Et les faveurs de ce val terrien:
  Le vray Dieu est tout le souverain bien;
  Le possdant, on n'a point de tristesses.

  Je laisse  luy d'en faire la vengeance:
  Le droit royal dpend du souverain.
  Il remettra mon sceptre dans ma main;
  Je crois en luy: il en a la puissance.

  Le temps present mon esperance aterre,
  Ce m'est un ver qui ronge mon esprit:
  Car maintenant je suis, comme on m'a dit,
  _La reyne en paix au milieu de la guerre_.

  Mais neant-moins je say que ta malice
  Se trouvera punie en ce bas lieu:
  Les jours ne sont limitez devant Dieu,
  Soit tost ou tard il en fera justice.

  Le sang royal dont j'ai pris ma naissance
  Fera peut-estre un jour que le Franois,
  Se ressentant des ruses de l'Anglois,
  De son forfaict en prendra la vengeance[230].

  Tousjours dans l'air ne regne la tempeste,
  Tousjours la mer n'a ses flots irrits,
  Tousjours ne s'ouvre Opis[231] de tous costs;
  Un vain penser n'est toujours dans la teste.

  Souvent le foible endure l'injustice,
  Plusieurs ressorts en donnant les moyens;
  Mais neant-moins tous les princes chrestiens
  Sont obligez de punir la malice.

  Dieu, dont l'effet est toujours admirable,
  Et qui seul est scrutateur de nos coeurs,
  Peut susciter de deux vieilles rancoeurs
  En un moment une paix agreable[232].

  C'est un espoir, comme toute la France
  L'aspire aussi pour soulager son faix.
  O Souverain! donne-nous donc la paix:
  Nous esperons une mesme allegeance.

          [Note 226: La reine d'Angleterre, quinze jours aprs tre
          accouche d'une fille  Exeter, s'toit embarque pour
          la France, qu'elle ne devoit plus quitter: c'toit au
          commencement de 1644. (_Journ._ d'Ol. d'Ormesson, t. I, p.
          224.) Elle habita le vieux chteau de Saint-Germain, le
          Palais-Royal, puis le couvent de la Visitation,  Chaillot.
          (V. plus haut, p. 45, note.) La misre fut souvent grande
          pour elle et pour tous ceux qui l'avoient suivie. On en
          fit un crime  Mazarin; on alla mme jusqu' dire qu'il
          avoit par ses spoliations ajout encore  la pnurie de ces
          Anglois rfugis. La _Mazarinade_ lui dit:

               Va rendre compte au Vatican
               . . . . . . . . . . . . . .
               De ta sincrit farde.
               Des Angloys qui n'ont point de pain,
               Que tu laisses mourir de faim;
               Et de leur reine dsole
               De ses bagues par toi voles,]

          [Note 227: Ceci n'est-il pas une allusion  l'nergique
          mesure prise par Charles Ier lui-mme contre les Franois,
          gentilshommes, chapelains, etc., qui composoient la maison
          de la reine  Londres, et dont les prtentions turbulentes
          avoient soulev de grands mcontentements  la cour et 
          la ville? Le roi les runit tous un soir et leur intima
          l'ordre de partir sur-le-champ; ce qui fut fait, et sans
          le moindre retard, car les voitures toient prtes. Afin
          que la reine ne ft rien pour s'opposer  ce dpart de
          ses amis, le roi l'avoit trane dans son appartement et
          l'y avoit enferme. Sa colre, qui fut terrible, ne put
          heureusement se porter que contre les vitres, qu'elle
          brisa. Une lettre de M. Pory  M. Mead, conserve  la
          _Bibliothque Harlienne_, manuscr. n 383, donne  ce
          sujet de curieux dtails. La reine, au moment o ceci se
          passa, n'avoit pas moins de quatre cent quarante personnes
          attaches  sa maison, ce qui, suivant une lettre du
          temps, entranoit une dpense de 240 livres sterling par
          jour. Revenue de sa colre, Henriette pria, supplia, et
          fit supplier par Bassompierre, qui toit alors notre
          ambassadeur  Londres. Charles n'accorda rien. Le roy,
          dit Bassompierre dans une lettre insre au t. III de ses
          _Ambassades_, est si rsolu  ne restablir aucun Franois
          auprs de la reyne sa femme, et a est si rude  me parler
          lorsqu'il m'a donn audience, qu'il ne se peut davantage.
          D'aprs une lettre de lord Dorchester  M. de Vic, l'un des
          agents de l'Angleterre  Paris, il parotroit que le roi
          refusa mme un mdecin franois  la reine, bien qu'il ft
          dj arriv  Londres avec l'autorisation de la reine-mre.
          Quoique tout cela se ft pass depuis bien longtemps,
          Henriette et ses amis renvoys en France ne devoient pas
          l'avoir oubli, et leur rancune devoit tre toujours vive
          contre ceux dont les criailleries avoient pouss le roi 
          cette extrmit. Il faut lire sur toute cette affaire un
          chapitre fort intressant des _Curiosities of litterature_
          de d'Israli; on en trouve une traduction dans l'_cho
          britannique_ du 10 janv. 1835, p. 47-53, sous ce titre:
          _Histoire secrte du roi Charles Ier et de la reine
          Henriette de France_.]

          [Note 228: Le 27 avril 1646, le roi toit venu d'Oxford se
          confier  la loyaut des cossois, camps  Kelham. Peu de
          jours aprs il toit livr  Fairfax.]

          [Note 229: _Oculum pro oculo, et dentem pro dente._
          Exod., ch. 21, verset 24.]

          [Note 230: On a vu plus haut que plusieurs crits du mme
          temps mirent un voeu semblable.]

          [Note 231: C'est la desse sanguinaire  laquelle on
          sacrifioit des victimes humaines et qui n'avoit d'autels
          que dans la Tauride.]

          [Note 232: Ces deux vieilles _rancoeurs_ sont les haines
          envenimes de la France et de l'Espagne, qui depuis si
          long-temps toient en guerre. David Ferrant voudroit
          qu'elles fissent la paix pour s'en aller combattre ensemble
          la nation rgicide. C'toit l'avis de beaucoup de bons
          esprits en ce temps-l, notamment de M. d'Ormesson, qui,
          aprs avoir appris l'excution du roi Charles, crivit dans
          son _Journal_: C'est un exemple pouvantable entre les
          roys, et jusqu' prsent inou, qu'un peuple ait jug et
          condamn son roy par les formes de la justice, et ensuite
          excut. Tout le monde doit avoir horreur de cet attentat;
          et si les rois de France et d'Espagne toient sages, ils
          devroient faire la paix entre eux et joindre leurs armes
          pour restablir cette maison royale dans son trosne.
          _Journal d'Oliv. Lefevre d'Ormesson_, publi par Chruel
          (Docum. ind.), 1860, in-4, t. I, p. 678.]




_La rjouissance des femmes sur la deffence des tavernes et
cabarets._

_A Paris, de l'imprimerie de Chappellain rue des Carmes, au collge
des Lombards._

M.DC.XIII.

_Avec permission_[233].

Pet. in-8.

          [Note 233: La _dfense_ qui fait l'objet de cette pice
          fort rare n'toit pas chose nouvelle en 1613. Elle n'toit
          que renouvele comme la plupart des prescriptions du mme
          genre, qui, formules vingt fois, n'toient pas le plus
          souvent observes une seule. De tout temps, notamment sous
          Henri III, cabarets et tavernes avoient t interdits. Au
          mois d'octobre 1576, Claude Hatton crit dans ses Mmoires
          (t. II, p. 879): Renouvellement de la dfense faite par
          le roi d'aller boire jour et nuit dans les tavernes. On
          n'y alla pas moins. L'an d'aprs, au mois de mars, nouvel
          dit, dat de Blois, qui n'eut pas de rsultat plus dcisif
          (Isambert, _Anciennes Lois franaises_, t. XIV, p. 320). A
          Rouen, cependant, ou, la mme anne peut-tre, une mesure
          semblable avoit t prise par arrt du parlement, les
          cabarets coururent de vrais risques. On avoit imagin, pour
          empcher les buveurs de s'y rendre, une taverne ambulante
          qui alloit leur porter,  doses modres et  courtes
          stations, les rafrachissements dont ils ne pouvoient se
          passer dans leurs ateliers. Ce fut pendant quelque temps un
          vrai prjudice pour les vraies tavernes, o l'on ne prenoit
          plus la peine d'aller chercher ce que, tout en obissant
           la loi, on avoit chez soi sans se dranger. Une pice
          trs-rare, pet. in-8, vendue 65 francs en 1844,  la vente
          de Nodier, qui en avoit fait la matire d'une trs-curieuse
          notice (_Bullet. du Bibliophile_, juillet 1835), fut,  ce
          propos, publie _ Rouen, au portail des libraires, par
          Jehan du Gort et Jaspar de Remortier_. Voici le quatrain
          qui lui sert de titre:

               Le discours dmonstrant sans feincte
               Comme maints pions font leur plainte,
               Et les tavernes desbauchez,
               Par quoy taverniers sont faschez.

          Les cabarets eurent pourtant leurs consolations  Rouen
          comme partout. Ils se rouvrirent peu  peu, et la taverne
          ambulante, qu'on appeloit _triballe_ ou _trimballe_,
          disparut. A Paris, ils n'avoient jamais eu de chmage
          complet, que je sache, pas plus aprs les dits de Henri
          III qu'aprs celui de Louis XIII dont il est question
          ici. Quelques annes aprs, Messieurs de la taverne
          relevoient si bien la tte, qu'un anonyme croyoit bon de
          publier en leur nom une trs-curieuse requte: _Les justes
          plaintes faites au roy par les cabaretiers de la ville
          de Paris sur la confusion des carrosses qui y sont et de
          l'incommodit qu'en reoit le public_, par le sieur D. L.
          P., 1625, in-8.--Sous Louis XIV, il y eut aussi plus d'un
          dit de temprance. Ainsi, par un rglement de 1666, les
          cabarets durent tre ferms  six heures, depuis le 1er
          novembre jusqu' Pques, et  neuf heures dans les autres
          saisons. En 1705, les suisses et portiers des maisons et
          htels vendant vin en gros ou en dtail, soit  pot ou
           assiette, reurent, par arrt du conseil, l'ordre de
          cesser ce commerce, mais n'en tinrent compte,  ce qu'il
          parot, car, sur la demande des cabaretiers eux-mmes,
          pour qui c'toit une prjudiciable concurrence, il fallut
          le ritrer plus tard par un autre arrt du 15 mars 1737.
          Voltaire, dans sa lettre  madame de Bernire, du 28
          novembre 1723, a parl de ce commerce que les suisses
          faisoient  la porte des htels: Vous avez, lui dit-il,
          un suisse qui ne s'est pas attach  votre service pour
          vous plaire, mais pour vendre  votre porte de mauvais
          vins  tous les porteurs d'eau qui viennent ici tous les
          jours faire de votre maison un mchant cabaret. Il y a
          encore dans beaucoup de villes de l'tranger des _pensions
          suisses_. Leur nom vient de cet usage, qui disparut  la
          Rvolution avec les suisses des htels.]


Ce n'est pas d'aujourd'huy que la prudence des hommes a est
surmonte par la force du vin, que le vin a rendu leurs actions
ridicules, leur a faict perdre leur fortune, et leur a servy de
honte et d'infamie.

No n'eust si tost cultiv, ou plustot pressur le raisin, que ses
enfans, se riant de son insolence inacoutume, il ne payast luy mesme
le tribut de son ouvrage.

Comme le vipre donne l'estre  celuy qui luy donne la mort, ainsi
No mist le vin au pouvoir et en la cognoissance des hommes, lequel
pourtant fut cause de la mauvaise opinion que ses enfans eurent de
son yvresse.

Ce n'est pas assez  l'homme de n'offencer en public, ou plus tost
de ne recevoir le chastiment de ses offences, mais de ne servir
de mauvais exemple  ceux auquel il doit servir d'instruction et
d'enseignement.

Le vin traisne aprs luy force autres vices, et Dieu ne seroit tant
offenc si les hommes n'estoient commandez du vin.

sa resina[234] follement sa primogeniture  son frre pour des
lentilles; je croy que la faim ne luy fit pas faire ceste faute,
qu'il ne fust prevenu du vin.

          [Note 234: Pour _rsigna_, _cda_. C'est l'ancienne forme
          du mot. V. _Ancien thtre_, t. II, p. 52; III, p. 129.]

Le roy des Caldens voulut forcer la femme d'Abraham, aprs estre
assoupy de vin, et le lendemain il luy demanda pardon de l'offence
qu'il luy avoit voulu faire, et tana mesme ses porte-poulets de luy
avoir mis cest amour en teste.

David fit tuer Urie aprs avoir festin avec Bersabe, et fit
pnitence de la faute qu'il avoit commise.

Herode fit trencher la teste  S. Jean-Baptiste, enyvr de vin et
passionn des beautez de sa soeur. Laissons l'Ecriture  part;
venons chez les payens, lesquels ne se debordoient qu'ez jours des
baccanalles, autrement de la feste de Bacchus, o, suffoquez de vin,
ils n'avoient autre Dieu que leur desbauche, ny autre vertu que leur
desordre. Il est vray que les femmes estoient les premires  ceste
feste, o maintenant les hommes seuls font sacrifice  Bacchus; je ne
say si quelque femme y sacrifie aussi.

Alexandre eust laiss une plus grande estime de sa personne s'il ne
se fust laiss emporter par le vin, et s'il a eu de la gloire d'avoir
est continent  l'endroit des femmes et des filles de Darius, il
estoit tellement assoupy de vin, qu'il estoit incapable d'amour.

Les Lacedemoniens, pour faire har l'yvresse  leurs enfans,
faisoient ennyvrer leurs valets, afin qu'ayant leur insolence 
contre-coeur, ils eussent la sobrit en plus grande recommandation;
mais les hommes de maintenant ne se contentent pas seulement de
servir de rise au public, mais encor de mauvais exemple  leur
postrit, et bien que tous n'ayent les crochets, si ont-ils les
bastions des crocheteurs ou le rouleau des patissiers pour endurcir
le dos de leur femme.

Vous ne voyez pas tant de casse-museaux[235] chez les patissiers
que chez les yvrongnes, ny tant d'oeufs pochez au beurre noir aux
cabarets que d'yeux pochez chez ceux qui font gloire et coustume de
les frequenter.

          [Note 235: C'toit une espce de petits choux fort
          dlicats, faits d'une pte molle, et qui par consquent
          n'toient appels casse-museaux que par antiphrase.
          Peut-tre avoit-on dit d'abord _cache-museaux_ parce que la
          figure de celui qui en mangeoit s'y perdoit dans la pte.
          Au XVIe sicle, c'toit dj une friandise fort gote.
          Dans la _Farce nouvelle, trs-bonne et trs-rcrative pour
          rire des Cris de Paris_, le Sot crie entre autres chose:

                       Casse-museaulx
               Chaulx, casse-museaulx chaulx.

                            (_Ancien thtre_, t. II, p. 213.)]

Les femmes auront, les unes des cotillons de taffetas ou si gras ou
si deschirez qu'elles auront honte de les porter, cependant que leur
petit ordinaire ira; les maris iront aux champs, aux jeux de boules
et billars, et souvent  des lieux infames, despencer en un jour ce
qui suffirait  leur mesnage pour un mois.

Jadis Marc-Anthoine, voyant son arme fatigue, et pour l'aspret des
chemins, et pour la soif insuportable qu'elle enduroit, ne voulut
boire, afin qu' son modelle tous les soldats prinssent patience.
Messieurs de la police, voyant le desordre de tant de desbauchez, et
les mauvais mesnages des yvrongnes  l'endroit de leurs femmes, ont
tary ceste fontaine, c'est- dire ont deffendu les tavernes, afin que
chacun soit content de son ordinaire.

Ils ne beuvaient verres de vin qu'ils ne tirassent autant de larmes
de yeux de leurs femmes et de leurs enfans, lesquels marquez  la
teste et au visage savoient mieux les forces des bras de leurs maris
et de leurs pres que celle du vin, encores que le vin surmontant
l'homme, il soit surmont de la femme et la femme des blandices de
ses enfans.

Encores entre les Allemans, les Bretons, les Flamans et les Anglois,
les femmes vont  la taverne avec leur mary, o elles les empeschent
de s'ennyvrer, ou elles les assoupissent; de sorte qu'ils ont plus
envie de dormir que de frapper, et sans autre crmonie, vont le
lendemain prendre du poil de la beste. Mais les Franois et les
estrangers francisez n'esloignent leurs maisons que pour estre
esloignez de leurs femmes, afin d'avoir la libert du vin et de ce
qui peut rire  leurs desbauches.

Vous en verrez une brigade de trois, de quatre, de plusieurs
quelquefois: les uns iront  la taverne par rencontre, et pour cela
n'en traicteront pas mal leurs femmes; les autres en feront coustume,
pour n'estre point coustumiers d'avoir la paix  leur logis. A
leur retour, toutes choses les mieux faictes leur sembleront des
imperfections, et fonderont le subject de leur noise sur une escuelle
renverse, ou sur une serviette plie de travers.

A ce coup, mes commaires, rejouyssons-nous; M. Martin viendra bien
chez nous, mais baston[236] ny sera pas; il sera dans les tavernes,
ou bien au Chastellet pour arrondir les espaules des yvrongnes.

          [Note 236: Depuis longtemps dj Martin-bton toit connu
          dans les mnages, o, comme tiers, il prenoit haut la
          parole  chaque dispute. Dans la _Farce du Badin_ (_Anc.
          th._, t. I, p. 278), celui-ci dit,  propos d'une femme
          fourbe:

               Si elle te triche, voicy
               Martin-baston qu'en fera
                   La raison.

          Si _Martin_ toit le bton, _Martine_ toit l'pe.
          Quiconque, fait dire Brantme au vieux capitaine
          pimontais de ses _Rodomontades espagnolles_, quiconque
          aura affaire  moy, il faut qu'il ait affaire  _Martine_
          que me voyl au cost. _Oeuvres_, dit. du Panthon, t.
          II, p. 16.]

Nos marys ne craignent pas cela, ils ont des retraictes
particulires, plus dangereuses que les tavernes. Jean, il n'y a pas
longtemps que nous sommes maries, nous serions bien marries qu'ils
suyvissent la piste des autres; il vaut mieux qu'ils aillent aux
champs, nous en serons plus libres que de hanter ainsi ces diseurs
de collibets qui les font devenir mchans. Esjouyssons-nous que les
tavernes soient fermes, et qu'on aille qurir  pot et  pinte[237]
nous en boirons nostre part, et cognoistrons la beste qui nous fait
tant de peine[238].

          [Note 237: Les dfenses contre les tavernes n'atteignoient
          pas les marchands de vin qui vendoient  pot, et que
          l'on n'avoit jamais confondus avec les cabaretiers. Les
          marchands de vin, crivoit Colbert le 16 octobre 1681  M.
          de Mirosmnil, qui n'avoit pas  ce propos fait excuter
          comme il convenoit le rglement des Aydes dans la ville
          de Vitry, les marchands de vin ne peuvent vendre en
          dtail qu' huis coup et pot renvers, et les taverniers
          et cabaretiers peuvent vendre du vin, donner  manger
          ou souffrir que l'on mange dans leur maison. _Corresp.
          administ. de Louis XIV_, t. III, p. 290.]

          [Note 238: Dans la pice rouennoise du XVIe sicle que nous
          avons cite en commenant, les femmes se rjouissent aussi
          de ce que dsormais, vu la dfense de boire ailleurs qu'au
          logis, elles auront leur part  la ripaille:

                 Si un voisin avec son familier
               Se veut esbattre, ainsy que de raison,
               Il est contraint de boire en sa maison
                 Et d'envoyer querir du vin  pot.
               Par ce moyen, en tout temps et saison,
               Femme et enfant ont leur part  l'escot.]

Un certain pote s'estrangla d'un ppin de raisin: si les yvrongnes
en pouvoient faire autant, nous serions releves de peines, mes
commaires les mal maries; mais le diable est bien aux veaux quand
 eux, et non pas aux vaches quand  nous, puisqu'on ne nous tette
plus, de ce que plus ils en boivent et mieux s'en portent. Si quelque
homme qualifi, ncessaire  une republique, avoit fait le moindre
excez que font les yvrongnes, il luy en cousteroit la vie, et ils
en vivent davantage, pour fortifier ce proverbe: _Plus de vieux
ivrongnes que de vieux medecins_. Je le croy, parce qu'il y a plus
d'yvrongnes que de medecins.

Prions seulement que ceste ordonnance ne porte son appel en croupe,
que les commissaires l'effectuent, et pour nostre profit et pour
nostre consolation, et ainsi nous aurons la pais chez nous; car si
elle est observe, nous aurons plus de biens et moins de coups. Nous
sommes le plus souvent marques  l'_H_, pour monstrer que nostre
peau est tendre; on ne le jugeroit pas  nostre mine reforme comme
la tirelire d'un enfant rouge.

L'utilit est si grande, nostre repos si longtemps reconneu, que
toutes les femmes doivent  jamais respecter les magistrats. Ce qui
se consommoit s tavernes en un jour sera suffisant pour entretenir
la maison un mois. Le mary seul se ressentoit de ceste despence
excessive, ou si nous en ressentions quelque chose, c'estoit plustot
le fleau que le fruict,  nostre dommage qu' notre utilit. A ceste
heure, la femme, les enfans se ressentiront de l'espargne qui se
fera, et auront leur part au profit aussi bien qu' la peine; les
cabaretiers, enrichis de nostre labeur, sucoient le meilleur de
nostre aliment, et souvent pour un qui venoit saol des tavernes, il
y en avoit cinq ou six  la maison qui crioyent  la faim. Tout le
monde mettait la main  l'oeuvre pour subvenir  la nourriture du
mesnage, et le mary seul consumoit l'argent que la femme, les enfans
et les serviteurs prenoient peine de gagner.

C'est une oeuvre de misericorde aux magistrats d'avoir prevu et
prevenu la necessit de tant de pauvres femmes et enfans, que la
honte empeschoit de demander leur vie, et qui pourtant travailloient
assez pour la gaigner.

Chantons _te rogamus_, desj le Ciel _audit nos_, et le peuple est
secouru de la prudence des magistrats.

Si quelqu'un pouvoit venir jusques  l'esgalit des biens, ce seroit
un grand coup pour nous, parce que nous avons autant d'ambition que
les plus huppes, tout le monde seroit vestu esgalement comme 
Spartes, l'homme iroit  la femme, et les vivres seroient communs;
par ainsi personne n'en abuseroit  nostre dam.

Laissons l ceste superstition, c'est assez si nous n'avons plus les
espaules frottes d'huille de cottret[239], et que nous ne jeunions
plus souvent que le caresme, pourveu qu'on nous laisse esbaudir
 nostre tour; ils seront bien camus si nous ne leur tirons les
vers du nez, et pourroient avoir les testes si legres qu'il nous
seroit besoin de les appuyer avec des fourches; le temps viendra
que les femmes seront amazones; puis que le vin est deffendu, elles
combattront avec la lance et l'eau.

          [Note 239: On voit que cette huile fameuse, tant redoute
          des paules, n'est pas baptise d'hier. Oudin en parle dans
          ses _Curiositez franoises_ au mot _Huile_, et elle a son
          article dans le _Dictionn. du Bas Langage_, t. II, p. 52.]

Trefve  nos testes comme au vin: quand nous fusmes maries, ce ne
fut pas pour nous frapper par la teste; si vous abusez des nopces
pour les mettre en noises, vous en pourrez estre chastiez, et pour
avoir irrit l'amour, possible aurez-vous la mort, ou du moins, si
on ne vous coupe la teste, on vous l'alongera de deux doigts. A la
fin on est puny de son meffaict: qui se rend indigne de pardon en
perseverant  son mal est expos  l'ire et  la vengeance de celuy
qu'il a offenc.

Nous voil (Dieu mercy et la police) libres de la fureur du vin;
qu'un accident de fivre chaude nous delivre de la fureur des mauvais
maris, afin qu'ayant quelque repos le reste de nos jours, nous
commencions  gouster une felicit que nous n'avons encor peu trouver
en mariage: autrement malerage pour nous.

FIN.




_Vers d'Erasme  sainte Genevive, traduit en vers franois par E. Le
Livre_ (1611)[240].

          [Note 240: Cette pice fort rare se trouve  la suite
          de _l'Ordre et crmonie observe tant en la descente
          de la chasse de madame saincte Geneviefve, patronne de
          Paris, qu'en la procession d'icelle_, par E. Leliepvre. A
          _Paris_, chez Jean Du Carroy, imprimeur, demeurant en la
          rue de Rheims, prs le collge, 1611, pet. in-8.--C'est la
          traduction exacte et presque littrale quoiqu'en vers, du
          petit pome qu'Erasme composa en l'honneur de la patronne
          de Paris, dont l'intercession l'avait guri de la fivre
          quarte: _D. Erasmi Roterodami div Genovef prsidio a
          quartana febri liberati carmen votivum, nunquam ante hoc
          excusum. Parisiis excudebat Christianus Wechelus, sub sento
          Balilenti, in vico Jacobo, anno M.D.XXXII_. L'dition
          de Paris, dont nous venons de donner le titra, est on ne
          peut plus rare. Erasme avoit publi son pome  Ble, chez
          Froben, dont alors il toit l'hte, puis en mme temps 
          Fribourg, chez Jo. Emmens, et  Paris, chez Ch. Wechell.
          Panzer n'a cit que l'dition de Ble. M. Ap. Briquet, dans
          une note du _Bullet. du Bibliophile_ (janv. 1859, p. 53),
          a fait valoir la raret de l'dition de Fribourg, mais
          personne n'a parl de celle de Paris, dont nous possdons
          un exemplaire. Il toit du reste naturel qu'un pome
          fait en l'honneur de sainte Genevive et sa publicit
          spciale dans la ville dont elle est la patronne.--Je ne
          sais quel est le E. Leliepvre, auteur de la traduction
          reproduite ici. Toutefois, comme ce pome, par sa nature
          un peu mdicale, ne devoit pas rpugner  la muse d'un
          mdecin, je croirois volontiers que notre traducteur en
          rimes n'est autre que Elie Lelivre, de qui l'on connot
          deux ouvrages devenus fort rares: _Officine et jardin de
          chirurgie militaire, contenant les instruments ncessaires
           tous chirurgiens_, etc., Paris, Robert Colombel, 1583,
          pet. in-8; _Epydimyomachie, ou Combat de la peste, avec,
          le rglement politique, et douze tables dmonstratives
          des choses naturelles et contre nature_, Paris, Robert
          Colombel, 1581, pet. in-12.]


  O saincte Geneviefve,  qui je m'estudie
  D'offrir ces vers promis que mon coeur te ddie,
  Favorise mes voeux, arrousant le canal
  De mon esprit tary, tant que d'un chant gal
  A tes mrites saincts, je raconte ton ayde.
  Donne m'en le pouvoir toy qui seurement aide
  Le peuple qui t'invoque en tous les saincts endroits
  Par o s'estend la Foy et sceptre des Franois.
  Mais surtout celuy-l t'est aym par o Seine
  Roulle ses flots meslez avec la blanche areine,
  De Marne qui l'acroist et l'accolle  travers
  Les vergers pommoneux, et parmy les prez vers,
  Et entre les cousteaux renomms les plus nobles
  En fertiles et beaux et genereux vignobles;
  Et par o ce grand fleuve et superbe et luysant
  Va d'un cours plantureux les plaines arrousant
  Qui foisonnent de fruits, et, tranchant la contre,
  Se haste d'aller faire  Paris son entre.
  Paris, chef des citez, o du gauche cost
  Ses ondes  l'approche adorent la cit
  O sur toutes paroist l'eglise Nostre-Dame;[241]
  Et  coup se fendant, ses rives il entame
  Et comme avec deux bras les serre estroitement,
  Et d'un dvot reply se flechit humblement
  Devant la Vierge mre eu sa plaisante islette
  Puis, retournant  soy d'une course plus preste,
  Il vogue allaigrement au trs plaisant terroir
  O tu naquis heureuse en trs heureux manoir,
  Dans un petit village, heureux par ton issue,
  O se tournant en deux en passant il salu
  Le Monastre sainct sepulchre des grands Rois,
  Sacr  sainct Denis, apostre des Gaulois.
  Par ces vallons retors il se recourbe et erre,
  Et se recostoyant arrouse enfin la terre
  Des ondes qu'il respand des cornes de son front,
  Et dirois que ses flots  regret s'en revont[242].
  A bon droit les Franois honnorent tous Nanterre,
  Qui faict monstre aux passans au milieu de sa terre,
  O saincte, de ton bers[243] et des sainctes liqueurs
  De la fontaine vive et propice aux langueurs[244]:
  Mais par sus tout Paris, peuplade nompareille,
  Se sent infiniment heureuse par la veille
  Et patronage,  vierge, ou c'est que de ta part
  Avec la vierge mre un bonheur se dpart
  Sans qu'elle en soit en rien jalouze qu'avec elle
  Tu face l dedans garde perpetuelle.
  L bien haut esleve  la cime du mont,
  Tu descouvres de loin les plaines jusqu'au fond,
  Et repousses les maux qui menacent la France.
  Mais icelle au milieu de la ville s'avance
  D'embrasser en piti les habitans piteux,
  Oyant les pleurs et cris des pauvres souffreteux;
  Et l, comme elle sait son cher fils pitoyable,
  Tu l'imites aussi son espouse amiable.
  Tandis vous deffendez ensemble, en voeux pareils,
  Les saincts Estats unis, le Conseil des Conseils,
  Le parlement sacr, mais surtout la province
  Et le Roy trs-chrestien et trs-auguste Prince,
  Les uns qui sainctement dcouvrent les secrets
  Au peuple trs-dvt des mistres secrets!
  Les autres qui par loix quitables rgissent
  La ville o maintes gens, merveille! se policent.
  C'est donc de voz bienfaitz qu'on ne voit aujourd'hui
  Peuple florir ailleurs au-dedans de cestuy.
  Mais,  saincte, il est temps que je te remercie
  Pour avoir recouvr par tes mrites vie,
  Et veux, un entre mille et mille retirez
  De mort par ton secours, t'offrir ces vers sacrez.
  L'hivernallet frisson d'une fivre infuiable[245],
  Qui le quatriesme jour revient presque incurable,
  M'avoit dj pass jusques au fond des os,
  Lorsque le mdecin requis pour mon repos
  Me console et promet que telle maladie
  Ne sera qu'ennuieuse et sans perte de vie.
  Il m'esjouit autant que s'il m'eust en effect
  Dict que dans quatre jours je pendrois au gibet,
  Car il me semble avis que le mal recommence
  Quand aprs si longs ans[246] j'ai bien la souvenance
  Que ce peu langoureux en ma prime verdeur
  Me geina tout un an, dont je n'avois au coeur
  Que desir de la mort, la quelle, bien que blesme,
  N'est si triste qu'un mal dict du medecin mesme.
  Alors,  saincte Vierge, il me souvient de toy
  Et d'un espoir trs bon je confirme ma foy,
  Remuant en mon coeur ces secrtes penses:
  O pouse de Dieu, qui vierge lui agres,
  Et qui durant qu'icy la vie eut si beau cours
  Souloit toujours donner aux malades secours,
  Et qui peux ores plus, aprs que le ciel mesme
  T'a donn prs de Dieu ta demeure suprme;
  Icy, icy regarde et chasse de mon corps
  La lente fivre quarte et la banny dehors:
  Rends moy, je te supply, et moi-mesme  mon livre
  Sans la joye du quel je ne saurais plus vivre.
  Car je pense qu'il est plus ais de mourir
  Une fois que fivreux par tant de jours languir.
  Mais ce n'est rien qu'icy je te fasse promesse:
  Aussi tu n'as besoin de notre petitesse,
  Ainsy je chanteray le loz de ton bienfaict.
  A peine sans parler j'avois ce voeu parfaict,
  Mais sans plus,  part moy, au secret de mon me,
  Je diray grand merveille, et si n'y aura blasme,
  Je retourne  l'estude et dispos et gaillard
  Sans aucun sentiment de langueur de ma part
  Ni de lente frisson de sa fivre scieuse.
  Sept jours passoient dj que la fivre odieuse
  Se devoit remonstrer, mais tout le corps devient
  Plus frais qu'auparavant. Le mdecin revient
  Admirant le miracle, il me visage en face,
  Il visite ma langue et faict produire en face
  De l'urine qu'il void, puis me taste le poux,
  Et me trouvant tout sain, il dict: Qui t'a recous[247]
  De la fivre si tost, Erasme, et quelle grace,
  Et quel Dieu t'a rendu le bon air de ta face?
  Quiconque est le bon sainct qui t'a si bien guery,
  Il en sait plus que moy, bien que je sois nourry
  En l'art de medecine, et n'en a plus affaire.
  Le nom du medecin je ne veux jamais taire:
  C'est Guillaume Le Coq[248], lequel estoit alors
  En la fleur de ses ans, jeune encore de corps,
  Mais plus ag que moy ez vieilles bonnes lettres,
  Philosophe parfaict entre les plus grands maistres,
  Aujourd'huy tout chenu et charg de vieux ans,
  Il est presque ador de tous les courtizans.
  Prs du grand roy Franoys entre les plus illustres,
  Comme un astre esclatant de mille et mille lustres,
  Et jout l du bien de ses divers labeurs,
  Dignement respect des princes et seigneurs[249].
  Or, je produiray donc devant ta saincte image,
  O vierge (mon secours), son grave tesmoignage
  De la sant ree et de la vie encor.
  A la debilit de mon fragile corps,
  Combien que tout l'honneur de ce bien appartienne
  Du tout  Jesus-Christ, mais (vierge trs-chrestienne)
  Il t'a donn cet heur avecques luy l haut,
  Pour luy avoir compleu au monde comme il fauct,
  C'est de sa grce aussi qu'aprs ta chre vie
  Quoique morte tu peux guerir la maladie,
  Comme par charit tu feis en ton vivant.
  C'est ainsy que le veut ton espoux tout pouvant.
  Il luy plaist d'eslargir par toy ses dons et graces,
  Et de se voir lou par toy en tant de places,
  Prenant plaisir de luire au temple transparent
  De ton corps qu'il esleut, comme un jour esclairant
  Au travers de la vitre, et comme une fontaine
  Pousse par des canaux sa source pure et saine.
  Ce point me reste seul, que j'obstienne de toy
  Par ta saincte prire ( vierge) que sur moy
  Ce blasme ne soit mis, de quoy par si long terme
  J'ay differ ce voeu, pay de foy trs-ferme.
  Endure, je te prie, qu'il te soit adjoust
  Ce beau cantique deu  ton los mrit
  Et  tant de blasons, d'honneurs et de louanges
  Et lettre de ton nom, que les peuples estranges,
  Ny latins, ni Gregeois, ni aultres nations,
  Ne cogneurent jamais plus de perfections
  En vierge de renom; que par ta modestie
  Et par ta chastet la grce est departie,
  A ton pouvoir parmy les bienheureux espritz
  N'auront pas plus que toy de gloire en paradis.

          [Note 241: L'le Notre-Dame, aujourd'hui l'le Saint-Louis,
          qui appartenoit alors tout entire au chapitre de la
          cathdrale.]

          [Note 242: Santeul, dans son inscription pour la pompe
          du pont Notre-Dame (_Opera omnia_; 1698, in-8, t. I, p.
          344), parle aussi de cet amour que la Seine a pour Paris,
          dont ses flots ralentis semblent ne pouvoir quitter le
          voisinage. Voici la traduction de ces vers de Santeul par
          P. Corneille:

               Que le Dieu de la Seine a d'amour pour Paris!
               Ds qu'il en peut baiser les rivages chris,
               De ses flots suspendus la descente plus douce
               Laisse douter aux yeux s'il s'avance ou rebrousse:
               Luy mesme  son canal il desrobe ses eaux,
               Qu'il y fait rejaillir par de secrettes veines,
               Et le plaisir qu'il prend  voir des lieux si beaux
               De grand fleuve qu'il est, le transforme en fontaine.]

          [Note 243: C'est la plus ancienne forme du mot _berceau_,
          qui n'en est du reste que le diminutif. On disoit aussi
          _bercelet_, comme on le voit par un passage du _Recueil des
          histor. de France_, et _bercerole_, joli mot employ par
          Pasquier, _Recherches_, liv. V, ch. 32.]

          [Note 244: C'est le puits de la maison du pre de sainte
          Genevive, dont on avoit fait une fontaine sacre. Le P.
          Lallemant, dans la _Vie_ de la sainte, dit qu'on faisoit
          boire de l'eau de ce puits  Charles VI pendant sa maladie.]

          [Note 245: Erasme toit venu achever ses tudes  Paris,
          dans l'infect et redoutable collge de Montaigu, qu'il a
          tant maudit en ses _Colloques_, quand sa nature dlicate
          tant extnue par la mauvaise nourriture, poissons
          pourris, oeufs gts, etc., et par l'humidit des chambres,
          il se trouva pris de la maladie dont il parle. V. dans
          l'dit. de Leyde, in-fol., ses _Lettres_, p. 1479.]

          [Note 246: C'est en effet fort tard, lorsqu'il avoit
          soixante-cinq ans, qu'Erasme fit  sainte Genevive ce
          remerciement pour la gurison dont il lui avoit t
          redevable prs d'un demi-sicle auparavant. Il avoit t
          guri en 1492, et il ne remercioit qu'en 1532! encore son
          remerciement toit-il intress. Erasme se sentoit vieux,
          malade; et vieillesse et maladie ne lui avoient rendu la
          mmoire du bienfait qu'avec un secret dsir de recourir
          une seconde fois  la divine bienfaitrice. Comme tant de
          dbiteurs en retard, il ne payoit que pour avoir de nouveau
          le droit d'emprunter.]

          [Note 247: Secouru, sauv. V. _Anc. thtre_, t. VIII, p.
          191.]

          [Note 248: _Guihelmus Copus_, dit le texte; E. Lelivre
          traduit donc mal en crivant Lecoq. Le mdecin dont parle
          Erasme est Guillaume Cop, qui vint de Ble, sa ville
          natale,  Paris, du temps de Louis XII. Il fut mdecin de
          ce roi, puis de Franois Ier, et traduisit une partie des
          oeuvres de Galien et d'Hippocrate.]

          [Note 249: Lors qu'Erasme parloit ainsi de son mrite et
          de sa vaillante vieillesse, Guillaume Cop n'avoit plus que
          peu de mois  vivre; il mourut, cette mme anne 1532, le 2
          dcembre.]

FIN.




_La Doctrine de la nouvelle devotion cabalistique, compose des
veritables maximes que la nouvelle secte (forme depuis peu dans Lyon
par un barbier estranger, natif du cont de Bourgogne, d'o il tasche
de l'estendre aux environs au grand dommage de la vraye et ancienne
pit) observe constamment, dans la pratique et methode quelle
tient  conduire les mes, par l'Oraison mentale, apparemment  la
perfection, mais en effet  la folie, ou du moins  la simplicit, et
 tirer  soy leurs biens, dans la bourse qu'il pretend estre commune
 tous._

_Le tout mis en forme de simple posie, sans fiction ou priudice
aucun de la verit, pour la substance des choses, afin qu'il soit
appris plus aisement et agrablement de ceux qui ont encore quelque
soin de ne perdre ny leurs ames ni leurs biens._

_Seconde edition._

_Ils se vendent en rue Mercire,  l'escu de Venise._

M. D. C. LVI[250].

          [Note 250: Pice lyonnoise on ne peut plus rare, qui
          n'existoit pas dans la bibliothque de M. Coste, et que
          Brunet n'indique pas mme dans la nouvelle dition si
          perfectionne de son _Manuel_. Elle doit tre l'oeuvre
          de quelque jsuite de Lyon, vengeant ainsi son ordre des
          attaques de la secte moiti jansniste et moiti vaudoise,
          mise en scne dans la personne du barbier franc-comtois
          son aptre. Quoiqu'ennemie des jsuites comme on le verra,
          cette secte singulire avoit de leurs allures, et si
          Molire, qui toit alors  Lyon, en connut les adeptes,
          ce qui est probable, ils purent lui servir pour plusieurs
          traits de son _Tartufe_. Ce n'est pas  Lyon seulement
          que s'toit tablie cette _dvotion cabalistique_ dont
          l'illuminisme avoit, comme on le dira plus loin, de
          nombreux rapports avec celui des Rose-Croix d'Espagne; elle
          s'tendoit aux environs jusque dans le Pimont, o elle se
          rattachoit aux derniers dbris des Vaudois, et de l'autre
          ct jusqu'au Puy, en Velay.]


_Le Decalogue de la nouvelle devotion._

  1. Un seul directeur aimeras
     Et le croiras aveuglement.

  2. Tous tes pchez tu luy diras
     Quoiqu'il soit barbier seulement.

  3. Les dimanches tu te rendras
     A Sainct-Pierre fidellement.

  4. Tes instructeurs honoreras
     Afin qu'ils vivent longuement.

  5. Chose aucune tu ne feras
     Sinon de leur consentement.

  6. Femme et fille leur fieras
     Sans en avoir nul pensement.

  7. De ton bien ne disposeras
     Que selon leur commandement.

  8. Pour la secte tu mentiras
     A bonne fin licitement.

  9. Certains jours tu te contiendras
     Au mariage mesmement.

  10. Des biens d'autruy tu jouras
     Comme eux des tiens communement.

       *       *       *       *       *

_Les Commandements de la nouvelle confraternit._

  1. Mentale oraison tu feras
     Tant jours festez que jours ouvrants.

  2. Tous tes pchez confesseras
     A ceux du party seulement.

  3. Et ton Crateur recevras
     Trois fois dans huit jours resglment.

  4. Loy oeuvre de chair ne feras
     Ny vendredy pareillement.

  5. Jours de jeunes tu garderas
     A demy mesme t'enyvrant[251].

  6. Dans le party femme prendras
     Et chez les autres nullement.

  7. Au barbier disme payeras,
     Luy fiant ton bien pleinement.

          [Note 251: Chose arrive. (_Note de l'auteur._)]

       *       *       *       *       *

_Instruction aux predicants de la secte nouvelle_[252].

  Ces maximes tu garderas
  De point en point exactement.
  Assez matin messe diras
  Pour dejeuner secrettement.
  Un bon bouillon avalleras
  Et deux jaunes d'oeuf sobrement,
  Aprs quoy de mesme prendras
  Deux noix confittes seulement[253].
  Cela fait, tu ne manqueras
  De prescher courageusement.
  Du livre commun tireras
  Ce qu'il faut dire entierement.
  Tous nos dogmes enseigneras
  Pour les idiotz doctement.
  Des doctes conte ne tiendras
  S'ils ne sont de ton sentiment;
  Mais aux simples croire feras
  Qu'ils ont beaucoup d'entendement,
  Par o leur persuaderas
  De faire oraison hardiment.
  L'esprit de Dieu tu leur diras
  Aimer les simples seulement.
  A tes auditeurs promettras
  De vivre en sant longuement.
  De tous biens les asseureras
  Et du ciel infailliblement.
  Soubmission d'eux requerras
  D'esprit et de corps mesmement.
  Biens en commun sonner feras
  Pour se sauver asseurment;
  Ce point tu recommanderas
  Comme le grand commandement.
  De la part de Dieu promettras
  Tout pour total delaissement.
  Parfaite oraison jureras
  Suivre cest abandonnement.
  Le ciel pour terre donneras
  Comme doit faire bon marchand.
  Vicaire et cur blasmeras.
  En secret et publiquement,
  Except ceux que tu verras
  S'accorder  ton sentiment.
  De ceux-cy tu te serviras
  Pour te prosner journellement.
  Mentale oraison louras
  Comme onzime commandement.
  La vocale reprouveras
  Comme un petit amusement.
  Petit office deffendras,
  Et chapelet galement.
  Gagne-petit l'appelleras
  Qui n'est bon que pour un enfant.
  A toutes les femmes diras
  Comme  tous hommes hardiment
  Que le ciel tu leur fermeras
  S'ils n'obissent humblement.
  D'enfer tu les menaceras
  S'ils ne font tout aveuglement.
  Leur couche leur interdiras
  Pour aller au Saint Sacrement.
  A quoy tu les obligeras
  A ton gr plus ou moins souvent,
  Et fortement prohiberas
  D'en user jamais autrement.
  Aprs toy livres porteras
  Pour en vendre  denier content,
  Et sur un chacun gaigneras
  Plus que ne feroit un marchand:
  Car tout le lucre qu'y feras
  Se fait pour Dieu licitement.
  La bourse commune enfleras
  De tout gain indifferemment.
  Plus de biens y ramasseras,
  Meilleur sera ton traittement.
  Au Bruno vogue donneras,
  Vers les plus despourveus d'argent.
  L'Introduction louras
  Aux femmes principalement.
  Mais les Thoniels tu mettras[254]
  A deux doigts du firmament.
  A tout propos tu chanteras
  Que c'est un docteur eminent;
  Mais pour l'oraison tu diras
  Qu'il n'en est point de plus savant.
  Autre que toy ne permettras
  En debiter publiquement,
  Et ton gain ne partageras
  Avec aucun autre marchand.
  Comme un fol tu descrieras.
  Si quelqu'un d'en vendre entreprend.
  Nul billet tu ne donneras
  Qu' ceux du party nommment;
  Les autres tu ne permettras
  S'en pourvoir que chez ton ageant[255],
  Ny le libraire nommeras
  Qui nous les vend uniquement.
  Par puissance tu chasseras
  Qui les revendroit autrement.
  Travaillant tu conserveras
  Ta sant fort soigneusement.
  Trois heures tu confesseras[256],
  Aprs quoy pas un seul moment;
  Le restant congedieras
  Quoiqu'il t'en conjure instamment.
  Chaque semaine un jour prendras
  Pour te reposer doucement,
  Et ton embonpoint ne perdras
  Pour le donner trop de tourment.
  Au sortir de la chaire[257] iras
  Te faire secher promptement.
  Un bon feu te procureras
  Pour empescher l'enroement.
  Deux devotes tu meneras
  Pour te frotter soigneusement;
  Mais pour l'exemple tu feras
  Que le tout soit secrtement.
  Ce faisant tu reformeras
  L'Eglise apostoliquement,
  Et dans peu de temps luy rendras
  Son lustre et premier ornement.
  Des champs  la ville viendras
  Plein comme un oeuf fait fraischement;
  Sur ton cheval tu porteras
  Du temporel abondamment.
  Dans l'me tu tesmoigneras
  Rapporter grand contentement.
  Si tu veux, alors escriras
  Livres de grand emolument[258],
  Et justement le signeras
  De _L'Amour divin l'Instrument_.

          [Note 252: Ces predicants n'taient pas forcment des
          prtres; ils pouvoient tre pris parmi les lacs. C'est
          ce qui explique qu'un barbier pt tre aptre dans
          cette religion. Par cette admission des lacs dans la
          prdication, elle se rattache  celle des Vaudois.]

          [Note 253: C'toit alors une des friandises, une des
          chatteries  la mode. Voir ce qui en est dit dans les
          _Nouvelles instructions pour les confitures, les liqueurs
          et les fruits_, Paris, Sercy, 1692, in-12.]

          [Note 254: Bruno et Thoniel toient sans doute deux des
          aptres de la cabale.]

          [Note 255: Agent.]

          [Note 256: Sur ce point, la nouvelle cabale s'loigne
          des doctrines vaudoises, qui proscrivent la confession
          auriculaire.]

          [Note 257: Ceci nous ramne aux ides des Vaudois, qui
          vouloient le retour  l'organisation et  la puret de la
          primitive Eglise.]

          [Note 258: _Emolument_ toit un terme de pratique, qui
          s'employoit alors dans le sens de _gain_, _profit_, etc.]

       *       *       *       *       *

_Instruction du directeur general aux femmes maries de la Caballe._

  De bon matin te lveras
  A la mme heure rglement;
  Au galetas[259] tu monteras
  Pour mediter plus hautement;
  Ta famille y recueilleras
  Sans souffrir qu'aucun soit absent;
  Mais en peine ne te mettras
  Si quelqu'un medite en dormant.
  De ce lieu tu ne bougeras
  Que le temps coul pleinement;
  De l pour rien ne sortiras
  Quand il presseroit grandement.
  Ton oraison n'interrompras
  Quelque cause le demandant.
  Beaucoup moins du tout l'obmettras
  Pour ne pecher mortellement.
  Quand un des tiens reconnoistras
  Parler contre ce document,
  De ta maison le chasseras
  Comme du demon l'instrument.
  Les pedagogues recevras
  Veu mon billet tant seulement,
  Aveuglement tu les prendras
  Comme envoy du firmament.
  De luy les points ecouteras
  Soir et matin en te levant.
  Mesme respect tu luy rendras
  Comme  moy personnellement.
  Dans ta maison rien ne feras
  Sans consulter mon lieutenant,
  Et plus mal ne le traitteras
  Que s'il estoit ton propre enfant.
  A ton mary n'oberas
  Qu' ta volont seulement.
  Cependant tu travailleras
  De le posseder pleinement;
  Du mariage luy diras
  Que c'est certes un sacrement,
  Mais par addresse tascheras
  De l'en degouter doucement[260].
  L'oraison tu luy prescheras
  Comme un plaisir plus innocent;
  Le devoir luy refuseras
  Sur l'accez du Saint-Sacrement.
  Le mesme aux festes tu feras
  Pour les chaumer plus saintement;
  Par l tu le degouteras
  Et n'auras de luy plus d'enfant.
  Ceux que desj possible auras,
  S'ils sont enfans tant seulement,
  En pension tu les mettras
  A beau conte en mon logement,
  Et plus ne l'en soucieras,
  Mais de prier uniquement.
  A moy tu t'en rapporteras,
  J'en auray soin fidelement.
  S'ils sont grands, tu commenceras
  D'agir imperieusement,
  Pleine authorit tu prendras
  Pour les conduire absolument;
  Aux miens tu les obligeras
  De se confesser rglement,
  Et tu les desheriteras
  S'ils ne le font exactement.
  Le mesme au serviteur diras
  Et servantes pareillement.
  Puis ton mary tu rangeras
  Par piet subtilement:
  De l'enfer souvent parleras
  Pour luy troubler l'entendement;
  Comme toy le disposeras
  A suivre notre reglement.
  Ta maison  Dieu gagneras
  Si j'en suis matre absolument.
  Cela fait, les clefs saisiras
  Du cabinet[261] et de l'argent;
  De tous les biens disposeras
  Par la clef de ce document;
  Avec l'oraison tu feras
  Plus qu'on ne fait communement
  Coffre et cabinet ouvriras
  Et non pas le ciel seulement;
  Mais ingrate tu ne seras
  A ton directeur bienfaisant,
  Par qui chez toi gouverneras
  Biens et mary pareillement;
  A moy donc tu te soumettras
  Pour ta conduitte entierrement.
  Jusqu' la mort tu regneras,
  Si je te dresse uniquement.
  Ta maison commune rendras
  A tous ceux de mon regiment.
  Ton argent propre ne diras,
  Mais le tiendras indifferent.
  Plus volontiers le donneras
  Au plus petit commandement,
  Que pour t'enrichir ne prendras
  Ce qui t'est d bien justement;
  Chez moy tribut apporteras,
  Preuve de ton destachement.
  Chemises, linceuls[262] donneras
  Pour vestir mes gens du Levant.
  L'argent mesme n'espargneras
  Sans esperer remboursement,
  Car  grand honneur tu tiendras
  De fournir  ce qu'on pretend.
  Aucune aumosne ne feras
  Aux capucins absolument.
  Hermite et moine escarteras
  Par un: Dieu vous doin[263]! seulement,
  Jusques  ce que tu sauras
  Qu'ils parlent de nous autrement,
  Les jesuites furas
  Comme je les crains grandement;
  De mes secrets ne leur diras
  Pas mme le plus innocent.
  Par cela seul tu les craindras
  Qu'ils me veulent mettre  nant,
  Au grand directeur tu feras
  Ta confession sechement.
  Tous tes pchez tu luy diras
  A l'oreille confidemment;
  De tout pire rien ne craindras
  Pour ton meilleur gouvernement,
  Et boiser de paix recevras
  Comme seau de ce sacrement.
  Continence tu garderas
  Avec ton mary frequemment[264],
  Et pour ce faire te mettras
  Dedans un sac separement.
  Nul domestique ne prendras
  Que de nostre main seulement.
  D'artisan ne te serviras
  Qui ne soit de nostre element.
  Bien moins les tiens allieras
  A qui de mediter n'apprend.
  Vis au reste ainsi que voudras:
  En observant ce reglement,
  Tout droit au ciel tu t'en iras,
  N'en doute mie, asseurement
  Aprs la mort y monteras
  Beaucoup plus viste que le vent.
  Mais reprouve tu seras
  Si tu ne gardes ton serment.

          [Note 259: La caballe,  ce qu'il parot, se recrutoit
          volontiers chez les pauvres gens, et par l se rapprochoit
          encore des Vaudois, qu'on avoit appels d'abord les
          _pauvres de Lyon_.]

          [Note 260: Tout ceci et ce qui suit se rapproche de la
          doctrine d'Orgon et de son matre l'_illumin_ Tartufe:

               Et je verrois mourir frre, enfant, mre et femme,
               Que je m'en soucierois autant que cela.]

          [Note 261: _Cabinet_ est ici, bien entendu, dans le sens
          qu'il avoit alors, _meuble  tiroir_, etc. Sur ce mot et
          sur le sens, toujours mal compris, dans lequel Alceste
          l'employa (_Misanthrope_, acte I, sc. 2), voir notre dit.
          des _Chansons de Gautier Garguille_, p. 192.]

          [Note 262: Draps de lit. Il se disoit indiffremment dans
          l'une et l'autre acceptions, crit M. Lon de Laborde,
          et je ne sache pas quelque chose de plus philosophique.
          _Notice des maux_, documents et glossaire, p. 365.]

          [Note 263: Pour: _Dieu vous donne_. Cette forme se trouve
          trs-souvent jusqu' la fin du XVIe sicle et mme plus
          tard, comme on le voit ici. Une lettre de Montaigne 
          La Botie se termine par exemple ainsi: Monsieur, je
          supplie Dieu qu'il vous doint trs heureuse et longue
          vie. Selon Gnin, dans un article que ses _Rcrations
          philologiques_ n'ont pas reproduit, _doint_ n'est qu'une
          forme de subjonctif, forme isole qui n'appartient pas 
          un verbe. C'est la traduction, le calque du latin _duint_,
          qui lui-mme est dj un archasme dans Trence. _Nouvelle
          Revue encyclopdique_, juin 1847, p. 218.]

          [Note 264: Chose conseille et pratique.]

       *       *       *       *       *

_Chanson nouvelle de la Boutique Barbifique, sur l'air_: AH FRIPONNE!
AH COQUINE!

      Vien , ma Musette,
  De longtemps tu n'as chant,
      Ne sois pas muette.
  Pour la confraternit.
  Un venerable ouvrier
    Implore ton mestier
  A l'honneur de sa boutique
  Barbifique, barbifique,
      Car c'est un barbier,

      Suy donc le menage
  D'un si celbre artisan,
      Apprens-nous l'usage
  Qu'il en sait faire  present.
    Tant de divers outils
    Si nets et si gentils,
  N'estant plus une boutique
  Barbifique, barbifique,
      A quoi servent-ils?

      Tout change d'usage,
  Les outils les plus cruels,
      Rasoir et badinage
  Deviennent spirituels.
    Sainte conversion
    A depuis peu, dit-on,
  Sceu faire d'une boutique
  Mechanique, mechanique,
      Maison d'oraison.


LE RASOIR.

      Le fer barbifique,
  Savant  raser menton,
      Aime qu'on l'applique
  A faire autre section.
    Le tranchant acr,
    D'un empire ador
  Rompt le noeud du mariage
  Sans veusvage, sans veusvage,
      Du ciel vener.


LA LANCETTE.

      Cette pointe aige,
  Qui tiroit le sang du corps,
      Devient la sangsu
  Dont on saigne les thresors;
    Car celuy qui n'a rien
    Qu'il puisse dire sien
  Porte jusqu' la lancette,
    La lancette, la lancette,
      Pour avoir du bien.


LE BISTORI[265].

      Mais  ce miracle,
  Qui de vous n'aura pas ry,
      Q'un nouvel oracle
  Perce tout d'un bistory[265]?
    Il ouvre bourse et coeur,
    Comme aposthme meur,
  D'o comme pus il retire
  Par empire, par empire,
      Un fonds de bonheur.

          [Note 265: C'est la premire forme de ce mot, alors
          nouveau. Il se rapproche ainsi davantage du nom de la ville
          de Pistoie (_Pistoria_), o, suivant Huet, les premiers
          _bistoris_ furent fabriqus.]

LA SONDE.

      Ce n'est qu' la pierre
  Qu'on ordonne de sonder[266],
      Ce barbier empierre
  Qui pretend le seconder.
    La nouvelle oraison,
    Qui fait perdre raison,
  Veut qu'en vertu de la sonde
  Tout se fonde, tout se fonde,
      Dans une maison.

          [Note 266: Les sondes de toutes sortes, mme celles qu'on
          croyoit n'avoir t inventes que deux sicles plus
          tard, toient dj employs par les praticiens, et mme,
           ce qu'il parot, par les barbiers qui se mloient de
          chirurgie. Antoine Guainer dit, par exemple, au chap. 15 de
          son Trait _De orthetica et calculosa passione_, compris
          dans son grand ouvrage _Tractatus de febribus_, etc., 1573,
          in-fol.: Qu'on se serve d'une fine bougie de cire, ou
          d'une petite verge d'argent ou d'tain. Il devanait, je
          le rpte, de prs de deux cents ans ce M. Daran, dont les
          sondes-bougies faisoient dire au marquis de Bivre qu'il
          prenoit des vessies pour des lanternes, et qui fut, grce 
          elles, d'un si grand secours pour J. J. Rousseau dans son
          infirmit. V. les _Confessions_, 2e partie, liv. VIII.]

LES PINCETTES.

  Sans faire la taille
  Par cruelle incision,
      Il met  la taille
  Son association.
    Sans tenailles il prend,
    Et jamais il ne rend,
  S'il porte dans les cassettes,
  Les pincettes, les pincettes,
      Pour happer l'argent.


LE COSTIC.

      Cette pierre ardente,
  Qui nous brle sans douleur,
      D'oraison fervente
  Ressemble  la sainte ardeur:
    L'une oste sentiment,
    Et l'autre entendement,
  Pendant qu'un barbier applique,
  Sans replique, sans replique,
       L'onguent de Tiran[267].

          [Note 267: Je ne sais quel est cet onguent caustique,
          mais il doit tre du genre de ceux dont il est parl
          dans les _Secrets du sieur Alexis, Pimontois_, 1561,
          in-8, 2e part., liv. I. Les caustiques violents toient
          fort employs en chirurgie, surtout depuis l'invasion
          des maladies vnriennes. Bayle a tir de leur usage une
          mtaphore nergique pour expliquer la nature corrosive de
          son dictionnaire: C'est, disoit-il, un caustique violent,
          qui, aprs avoir consum les chairs baveuses d'une plaie,
          carie les os et perce jusqu' la moelle.]

LE BOETIER.

      La boette partie
  En carrets bien prattiquez,
      Ne se voie remplie
  Que d'onguents sophistiquez.
    Femmes et villageois,
    Ignorants du narquois[268],
  Sont pris sans addresse ou force,
  A l'amorce,  l'amorce,
      D'un barbier contois.

          [Note 268: _Le narquois_, c'est l'argot. On entend par
          ce mot _narquois_, dit La Monnoie dans le glossaire de
          ses _Nols bourguignons_, dit. Fertiault, p. 4-334, un
          trompeur, un filou.... et comme ces narquois se sont
          fait un langage particulier, ce langage a t dit le
          _narquois_. Il y a dans Tallemant, dit. in-12, t. I, p.
          220, un exemple de ce mot  propos de M. d'Angoulme, dont
          l'humeur d'escroc toit bien connue: Un jour, crit-il,
          qu'on disoit  feu Armentires que M. d'Angoulme savoit
          je ne sais combien de langues: Ma foi, dit-il, je croyois
          qu'il ne savoit que le narquois.]

LE PEIGNE.

      De plus,  son peigne,
  Arm de dents et cornu,
      On dit qu'il enseigne
  Un employ bien inconnu,
    Il ajuste les moeurs
      Des petits directeurs;
  Mais ce peigne ecorche et blesse
    La richesse, la richesse,
      De ses sectateurs.


LES CISEAUX.

      Ce nouveau menage,
  Qui veut que tout ne soit qu'un,
      Fait un autre usage
  De ces ciseaux en commun;
    Il trenche avec un mot
    Jusqu' la chair du pot,
  Et tout ce qu'il dit s'observe,
  Sans reserve, sans reserve,
       De tous aussi-tost.


LA SAVONETTE.

      Il fait l'me nette
  De tous ses plus confidents,
      Par la savonette,
  Qui lave ses penitents;
    Mais l'esprit decevant
    Passe bien plus avant,
  Car il degraisse la bourse
  Sans resource, sans resource,
      Qu'il remplit de vent.


LE RELVE-MOUSTACHE.

      Pour donner courage
  A l'esprit qui depuis peu
      Est hors du village,
  O jamais bien n'a repu,
    Aprs que le rasoir
    A bien fait son devoir,
  Il fait, pendant qu'on le cache,
  La moustache, la moustache,
       Puis il le fait voir.


LES VERGETTES.

      Ses suppots fidelles,
  Pour la pluspart des oysons,
      Remplument leurs aisles,
  Ne vivants que d'oraisons;
    Ils sortent du debris,
    On les voit noirs de gris,
  Et, tant jours ouvriers que festes,
  Les vergettes, les vergettes,
      Grattent leurs habits.


LA BROSSE.

      Or, comme leur teste,
  Qu'on destine aux grands emplois,
      Pour lever la creste,
  Est crasseuse en villageois,
    D'abord un bon frater,
    Par l'ordre du pater,
  Prend dans un tiroir la brosse,
  Rude et grosse, rude et grosse,
      Pour les en frotter.


LE FRISOIR.

      Mais ces testes viles,
  Sans science et sans vertu,
      Seroient inutiles
  A ce grand corps pretendu,
    Si, faute du dedans,
    Les dehors evidents
  N'ont une mine ajuste
    Et frise, et frise,
      Sous les fers ardents.


LE FROTTOIR.

      Si, parmy la peine
  D'une longue mission,
      L'ouvrier perd haleine
  Dans la prdication,
    Crainte de se tuer,
    Pour se trop remuer,
  Une suivante dvote
    Sche et frotte, sche et frotte,
      S'il vient  suer.


L'EMPLASTRE.

      D'ailleurs cette secte,
  Ayant de principes faux,
      Ainsi qu'un insecte
  Tout compos de dfauts,
    Ne voulant les guerir,
    Mais les faire courir,
  Il faut employer l'emplastre
    Et le plastre, et le plastre,
      Pour nous les couvrir.


LES VENTOUSES.

      La race est petite
  Et de taille  remper bas,
      Le chef en depite,
    Car il ne pretend pas;
    Il pousse donc avant
    Cet insecte bavant,
  Et par la ventouse sche,
  Quand il presche, quand il presche,
      Il l'enfle de vent.


LE MIROIR.

      Mais les femmelettes,
  Dans ce miroir enchant,
      Sans prendre lunettes,
  Prennent toutes de beaut,
    Et ce charme trompeur
    Qui les flatte d'erreur,
  Les fait voir pleines de grce;
  Mais en glace, mais en glace,
      Gt tout leur bonheur.


LE BASSIN.

      Les femmes rases
  Sans le travail du barbier,
      Par belles menes,
  Vont  foule  cet ouvrier;
    Mais il n'est pas mal fin,
    Car, visant  sa fin,
  Les prend au col pour les faire,
    En prire, en prire,
      Cracher au bassin.


LE BANDAGE[269].

      Si la procedure
  De ce nouveau directeur
      Fait quelque rupture,
  D'un delire par malheur,
    Il n'en a plus de soin,
    Puisqu'il n'espre point
  De le pouvoir par bandage
  Faire sage, faire sage,
      Comme il a besoin.

      A tant ma Musette,
  Sur un air harmonieux,
      Dit  son pote
  Les points les plus curieux.
    Le barbier et ses gents,
    En bien peu de moments,
  Pourront voir icy la liste
  Creteniste, creteniste,
      De leurs instruments.

          [Note 269: Le mot usuel en mdecine toit _brayer_. C'toit
          une invention trs-ancienne. V. Du Cange, au mot _bracca_.
          Les _brayers_ toient d'acier. On en donnoit pour rien,
          chez les Grands-Augustins, aux pauvres gens attaqus de la
          _hergne_.]

       *       *       *       *       *

_Aux Dames de l'oraison faite au Puy, et se chante partout._

     A la minuit se coucher d'ordinaire,
     Aprs avoir ensemble fait grand chre,
  1  Beu des sants et fait le reveillon,
     Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?

     On fait intrigue, on cajole, on se moque,
  2  Le double sens nullement ne vous choque,
     Vous en riez, et le trouvez fort bon:
     Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?

     Vous vous piqus d'une belle conqueste,
  3  Et tous les soirs vous les passez en feste,
     Vous puisez le savoir de Crepon[270]:
     Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?

     Le directeur vous presche penitence,
  4  Monsieur Tenant en crie  toute outrance,
     Pourtant tousjours on vit de la faon:
     Est-ce le fruit qu'apporte l'oraison?

     Vous accordez de si belle manire
  5  Le monde, Dieu, le plaisir, la prire,
     Qu'il n'en est point de si bon compagnon
     Qui ne voulust ainsi faire oraison?

     Je pourrois bien dire quelque autre chose,
  6  Mais par respect je me tais ou je n'oze,
     Car je veux croire, aprs cette leon,
     Que vous ferez un peu mieux l'oraison.

          [Note 270: C'est le meilleur ptissier du Puy. (_Note de
          l'auteur._)]

Si quelqu'un est curieux d'avoir une plus grande lumire sur les
points de pratique qui ne sont que touchez et indiquez plustot
qu'expliquez et prouvez dans cette introduction, il pourra voir
quelques autres petits traitez qui ne sont encore qu'escrits et
qui sont entre les mains de ceux qui ont desir d'avoir une plus
parfaite connoissance du proced de la caballe par leurs actions
particulires, comme sont:

     1 L'Entrevue et la Conference des Hermites de Beaunan et du
     Mont-Cindre, voisins de Lyon;

     2 Les Rapports d'une extrme opposition dans la chose,
     nonobstant l'affinit des noms du cretenisme et du
     christianisme[271], rangez en deux colonnes par thses et
     antithses;

     3 Les Rapports de ressemblance entre les illuminez d'Espagne,
     qui parurent l'an 1623,  Seuille et Cadix, dont les auteurs
     y furent brulez, et les illuminez de Lyon en ce temps par les
     propositions de ceux-l, et les pratiques et actions de ceux-ci
     opposes et confrontes en deux colonnes;

     4 L'Apologie de la nouvelle caballe, o il est respondu aux
     principales accusations dont on la charge;

     5 La docte et ingnieuse lettre d'un veritable chanoine de
     Saint-Just  un de messieurs de Sorbonne sur le sujet des
     nouveaux illuminez de Lyon;

     6 L'Addresse methodique pour decreteniser un esprit et
     detacher de corps un membre qui n'est ny ensorcell ny tout
      fait encore depourvu de raison, attendant une plus ample
     declaration du tout, dans l'oeuvre burlesque de la boutique du
     cretenisme et dans le serieux de l'anatomie, ou dissection de
     la nouvelle caballe, sous le pretexte specieux de l'oraison
     mentale, partage en trois sections, dont la premire traitte
     et prouve par raison et par exemple une douzaine de ses maximes
     principales; la deuxime, de mesme le secret et la fin o vise
     la caballe[272], qui, estant la premire dans le dessein qui
     est l'ordre de la pretension, ne paroistra nantmoins que la
     dernire en effet dans l'ordre de l'execution quand le mal sera
     plus fort que le remde; la troisime traitera de l'esprit de la
     caballe, qui agit et meut diversement tout le corps, selon les
     divers usages qu'il fait de ses membres differents pour abboutir
     et arriver au but o tout cet appareil conspire d'une haleine...

          [Note 271: L'affinit de _chrtien_ et de _crtin_, donne
          ici pour rire, est cependant srieuse. Le second n'est
          qu'un driv du premier. F. Gnin,  qui ce rapport ne dut
          pas dplaire, l'a constat longuement avec une complaisance
          toute voltairienne dans ses _Rcrations philologiques_,
          t. II, p. 163-165; et rcemment, un journal d'une opinion
          diffrente, la _Revue d'conomie chrtienne_ (fvrier
          1862), consacroit ainsi cette tymologie, en faisant valoir
          ce que, sous son apparence ridicule, elle a d'difiant:
          L'origine du mot _crtin_ est  la fois curieuse et
          triste. Fodr a dmontr dans un trait spcial (Turin,
          1792), qu'il drive du mot chrtien. Ils sont en effet
          pauvres d'esprit, incapables de pcher; et les populations
          du moyen ge, pleines de foi, confiantes dans la parole du
          Seigneur qui leur dit: _Beati pauperes spiritu_, adoptoient
          avec charit et se faisoient un bonheur de recevoir 
          leur foyer ces pauvres dshrits de l'intelligence,
          mais prdestins au ciel, choisis pour tre bienheureux,
          en un mot chrtiens par excellence. V. aussi, dans les
          _Annales du Bibliophile_, t. I, p. 22, un curieux article
          de M. Anatole de Montaiglon sur _le nom du pote Guillaume
          Crtin_.]

          [Note 272: V., sur la _Cabale_ de ces _illumins_
          d'Espagne, nos t. I, p. 115, et IX, p. 280.]

FIN.




_Logemens pour la cour de Louis XIII_[273].

          [Note 273: Cette pice, que je crois _indite_ et
          dont la date doit tre l'anne 1636, se trouve dans
          les _manuscrits_ de Conrard, que possde l'Arsenal,
          partie in-4, t. V, p. 1235-1238. Elle est d'un genre de
          plaisanterie qui fut trs  la mode au XVIIe sicle, et
          dont l'esprit consiste dans le rapprochement satirique du
          nom, du rang, du caractre d'une personne avec le nom ou
          la figure de l'_enseigne_ que porte l'htellerie o l'on
          suppose que cette personne est loge. Au moyen ge, c'toit
          un jeu d'esprit dj connu, et dont notamment matre Pierre
          Tasserye s'amusa dans son monologne du _Plerin passant_
          qui prend gte tantt  _l'Escu de France_, tantt 
          _l'Escu d'Alenon_ ou _d'Orlans_, tantt  _l'Escu de
          Calabre_, etc; c'est--dire qui se cherche des patrons
          chez le roi, chez les ducs d'Alenon et d'Orlans, ou chez
          les princes de Calabre. Nous avons analys dans notre
          histoire des _Htelleries et cabarets_, t. I, p. 262-264,
          ce curieux monologue publi par Techener dans la collection
          de _farces_, _moralits_, _sermons joyeulx_, etc.--Un des
          livres les plus curieux de la fin du rgne d'Henri IV, le
          _Paysan franois_, fit sous la mme forme son envoi _ la
          reine_ Marie de Mdicis. _Lors_, dit-il:

               Lors qu' Fontainebleau, distant de mon village
               Six lieux, j'alloy, Madame, vous y pensant trouver,
               Pour ce discours rustic, mais bon, vous presenter.
               Tel, que j'avois ouy ailleurs qu'au labourage.
               Je logeai au _Dauphin_  petit hostellage,
               Ne pouvant  l'_Escu_, pour y peu despencer;
               Ni  la _Fleur de lys_, car il y fait trop cher:
               Hostelleries des grands, non des gens de village;
               Je fus bien toutes fois. Puiss-je, dis-je alors,
               Trouver  me loger au _Dauphin_ tousjours, lors
               Ou qu' la _Fleur de lys_ ou  l'_Escu de France_
               Je ne pourray loger. Or encore, dit-on
               Que l'on est bien traitt et qu'en somme il fait bon
               A l'_Escu Medicis_ ou celuy de _Florence_.

          Sous Louis XIII, comme notre pice le prouve, le
          mme systme de satire  _l'enseigne_ fut adopt, et
          quand arriva le temps des _mazarinades_, il n'toit
          pas encore us. En 1649 parut un pamphlet de six
          pages trs-impertinent, _Les Logements de la cour 
          St-Germain-en-Laye_, in-4; et en 1652, _Le Fourrier d'Estat
          marquant le logis de chacun suivant sa fortune_; puis,
          comme contre-partie de celui-ci: _Le Nouveau Fourrier de la
          cour_. A la fin du rgne de Louis XIV, on revint encore 
          ces _facties_, qu'on fit dbiter, en hors-d'oeuvre, dans
          les farces de socit. Palaprat, qui ne faisoit que les
          remettre au jour, se vanta de les avoir inventes: Pour
          soulager la mmoire des acteurs, dit-il dans son _Discours_
          sur le _Grondeur_, j'imaginois pour leurs rles tout ce qui
          pouvoit tre lu avec grce et en action, comme _lettres_,
          _titres de livres_, ENSEIGNES DE BOUTIQUE, _tiquettes
          de botes_, _et fioles d'oprateurs et de charlatans_,
          etc.; et, par l, j'ose me vanter d'avoir donn l'ide
          de ce qu'on a depuis appel dans le monde: _Logements et
          Bibliothques_, qu'on a tant promenes et sur le thtre
          et ailleurs. Le Sage, dans _Crispin rival_, et Dancourt
          dans _Les Agioteurs_, ont gliss quelques-unes de ces
          plaisanteries sur les logements que Palaprat se vante si
          gratuitement d'avoir inventes.]


Monsieur mon bon amy,

Je ne puis bonnement vous representer la peine que j'ay ee pour
faire marquer tes logemens pour Sa Majest et toute la cour; car,
comme c'est l'ordinaire de nos Franois de ne faire rien qu'avec
precipitation, sans jugement et sans ordre, chacun vouloit estre log
en mesme temps et prendre des logis  ses plaisirs sans respect
ou consideration de qualit ni de merite. Je vous en diray les
particularitez.

Nous avons marqu le logis du roy  l'_Aigle impriale_[274]: mais,
avant que d'y venir loger, il faudra venir aux mains avec des Alemans
qui s'en sont emparez et qui ne veulent point quiter prise. Nous
verrons qui sera le matre. Pour la reyne, nous eussions fort desir
la loger au _Dauphin_[275], je m'asseure que ce logement eust est
fort agrable  Sa Majest, mais il y a je ne say quoi qui l'en
empche; en attendant que cet obstacle soit lev, nous la logerons
 l'_Esprance_, c'est un beau et grand logis. Nous avons marqu le
_Grand Serf_[276] pour Monsieur, et avons bien de la peine  loger
Son minence, car vous savez qu'il a grande suite et force bagage,
et que sa court est aussy grosse que celle du roy. C'est pourquoy
il luy faut beaucoup de lieus. Nous avons marqu l'_Ancre_, la
_Couronne ducale_ et l'_cu de Bretagne_[277], mais on nous a dit
que cela nous suffiroit pas seulement pour la moiti de sa suite,
et qu'il en faudra bien marquer d'autres pour sa personne. Il veut
avoir la _Couronne royale_, mais cela ne se peut, parce qu'il y
revient un esprit qui tourmente le monde. J'estois d'advis de lui
marquer la maison des _Clefs_[278], croyant qu'elle luy seroit plus
propre; mais l'on m'a dit que l'on n'y loge que des Italiens par un
privilge special. Nous avons fait marquer l'_Homme d'argent_ pour M.
le Prince  tout hasard; car nous ne croyons pas qu'il vienne icy,
parce qu'il n'est gures souvent en court[279]. Pour M. le Comte,
on luy vouloit donner la _Cage_[280]; mais ses gens l'ont refus 
cause que le logement est trop melancolique. Ils ont mieux aim la
_Banire de France_. M. de la Vallette s'est fait marquer l'_Epe
royale_[281]. Nous l'avons fait par complaisance, car nous n'estimons
pas que ce logement luy demeure. Il y a longtemps que Monsieur son
pre a desir l'y loger, mais il trouve toujours la place occupe;
possible que la faveur l'y pourra etablir. M. le chancelier est
marqu au _Cerf-volant_[282]; Monsieur son gendre et M. le general
des galres, au _Chameau_[283]. Il y a deux personnes de la faveur
(sans les nommer, c'est le pre Joseph et M. Des Noyers) qui veulent
loger au _Chapeau rouge_[284]; plusieurs desirent ce logement, parce
qu'il est beau; mais, comme ces messieurs sont recommandez de bonne
part, je croy qu'ils y demeureront. Il s'est form un grand conflit
pour le logis de la _Harpe_[285] entre messieurs des finances et
monsieur le grand-matre de l'artillerie[286]. Messieurs des finances
soutiennent que ce logis leur est affect de tout temps; Monsieur
le grand matre allgue deux ou trois raisons par les quelles il
pretend qu'il le doit avoir; outre que c'est une impertinence  ces
messieurs de vouloir resister aux puissances superieures. Enfin,
ils ont trouv bon de s'accommoder et M. de Bulion[287] a fait
dire qu'il ne luy importe pourveu qu'il ait le couvert, et qu'il
s'accomodera au _Mortier_. M. Bouthillier[288] au _Bras d'or_, M. Du
Houssay[289] au _Cheval bard_, M. Cornel[290]  la _Galre_, M.
d'Emery  l'_Ecu de Savoye_[291], et messieurs les secrtaires  la
_Main d'argent_. Mais ce qui nous a travaill le plus, c'est une dame
de haut parage[292] (je ne say si elle est dame ou damoiselle, car
tantt on l'appelle madame, tantt mademoiselle[293]). Elle vouloit
avoir l'_Ecu de Bourbon_[294]; mais la vieille hostesse[295] s'y est
oppose[296], alleguant qu'elle n'est de la qualit requise[297];
bien plus, on avoit jur qu'elle auroit l'_Ecu d'Orlans_; mais
la place est prise[298], de sorte que, n'estimant pas les autres
logis propres pour elle, je croy qu'elle sera contrainte de prendre
l'_Abbaye_[299]. Nous avons bien eu du bruit pour cela; je ne
m'etonne pas si les hostelliers refusent de loger les femmes, car
elles sont trop mal aises  contenter, et donnent souvent de
la peine  leurs hostes. L'on a marqu l'_Ecu de Milan_  M. de
Crquy[300],  la charge qu'il fera deloger les Espagnols qui
l'occupent; il aura de la peine  en venir  bout. J'oubliois un
grand prelat des plus _eminents_ que l'on doit faire loger au _Moulin
 vent_. Il nous reste deux secrtaires d'Estat  loger; nous avons
fait marquer pour eux la _Plume d'or_.

          [Note 274: On toit alors en pleine guerre de Trente ans,
          et ce logement  _l'Aigle impriale_ n'est pas mal trouv,
          pour le roi, au nom duquel Richelieu tchoit d'abattre la
          maison d'Autriche.]

          [Note 275: Ceci prouve que cette pice est antrieure  la
          naissance de Louis XIV, et mme  toute esprance de voir
          Anne d'Autriche nous donner un _Dauphin_.]

          [Note 276: Pourquoi, pour Gaston, cette enseigne du _Grand
          Cerf_? Peut-tre  cause de sa couardise.]

          [Note 277: Ces enseignes: l'_Ancre_, la _Couronne ducale_,
          l'_Ecu de Bretagne_, conviennent bien pour Richelieu, qui
          toit grand amiral, et qui, en mme temps que le titre de
          _duc_ et _pair_, avoit reu le gouvernement de Bretagne.]

          [Note 278: C'est--dire les _Clefs de Saint-Pierre_,
          enseigne du Vatican, demeure du pape. Richelieu n'eut
          jamais l'ambition du trne pontifical; il visa un instant,
          selon Vitterio Siri,  se faire dclarer patriarche de
          France; ce fut tout.]

          [Note 279: Henri II de Bourbon, pre du grand Cond, qui,
          en effet, depuis ses malheureuses campagnes de Dole et
          de Fontarabie, ne venoit plus beaucoup en guerre. Il se
          contentoit d'tre riche, car il toit avare, et par l
          pouvoit bien s'accommoder de loger  l'_Homme d'argent_.]

          [Note 280: Le titre de _M. le Comte_ appartenoit aux comtes
          de Soissons, comme celui de _M. le Prince_ aux ans des
          Cond. Le comte de Soissons, en ce temps-l, n'toit pas,
          comme on sait, des amis du cardinal; et ses manoeuvres de
          rebelle avoient dj failli le faire arrter, et loger
          en effet  l'enseigne de la _Cage_. Rentr un peu grce,
          il avoit obtenu le commandement de l'arme de Picardie,
          dsign ici par la _Bannire de France_. Un peu plus tard,
          il fit cause commune avec Gaston et lana un manifeste
          contre Richelieu, qui riposta par un arrt qui le dclaroit
          criminel de lze-majest. L'arme du comte et celle du roi
          se rencontrrent prs de la Marfe, et le rebelle fut tu.
          Avec lui s'teignit le titre de M. _le comte_, que Louis
          XIV essaya vainement de rtablir en faveur du comte de
          Toulouse. (Saint-Simon, _Mmoires_, dit. Hachette, in-12,
          t. IV, p. 356-357.)]

          [Note 281: Le duc de la Valette, fils du duc d'Epernon, qui
          commandoit alors en Biscaye. C'toit avoir _l'pe royale_.
          Il ne la garda pas longtemps. On sait le terrible procs
          que lui fit Richelieu, et dont une condamnation  mort par
          contumace fut le rsultat.]

          [Note 282: Pierre Sguier, qui venoit d'tre nomm
          chancelier en remplacement de M. d'Aligre. On le loge au
          _Cerf-volant_, sans doute parce que c'toit l'homme le plus
          dispos a suivre tous les vents de la faveur. V., sur lui,
          t. IX, p. 22-26.]

          [Note 283: Le gnral des galres toit Pont-Courlay,
          neveu ou cardinal-ministre. V. t. IX, p. 31.--Loger sous
          l'enseigne du _Chameau_, quadrupde voyageur des espaces
          sans eau, le gnral des galres, seroit un trait de satire
          assez amusant, mais c'est une autre malice moins fine qu'il
          faut chercher ici. Si Pont-Courlay loge au _Chameau_,
          c'est parce qu'il toit bossu, un fort vilain gobin, dit
          Tallemant. (dit, in-12, t. III, p. 53.)]

          [Note 284: Richelieu faisoit des dmarches prs du saint
          sige pour obtenir que le P. Joseph ft fait cardinal, et
          teindre ainsi en rouge l'Eminence grise. Elles n'aboutirent
          qu'en 1638, et quand le chapeau arriva le P. Joseph toit
          mort. V. t. IX, p. 24.]

          [Note 285: _Harpe_ est ici dans un sens argotique, qui fait
          pigramme, contre messieurs des finances, gens toujours
          prompts  _harper_, prendre. V. sur ce mot Fr. Michel,
          _Recherch. sur l'argot_, p. 221.--Molire a nomm Harpin le
          receveur des tailles dans _La Comtesse d'Escarbagnas_.]

          [Note 286: Le grand matre de l'artillerie toit M. de La
          Meilleraye.]

          [Note 287: Il toit surintendant des finances depuis 1632.
          V. t. IX, p. 32.]

          [Note 288: Cl. Bouthillier, qui fut aussi surintendant des
          finances. V. t. IV, p. 22.]

          [Note 289: Trsorier des parties casuelles, qui fut grand
          ami d'Emery et ml comme lui  toutes les affaires. V.
          _Catalogue des partisans_ dans le _Choix des mazarinades_,
          t. I, p. 234.]

          [Note 290: Prsident  la chambre des comptes. V. t. IX, p.
          33-34.]

          [Note 291: Emery toit alors notre ambassadeur prs la cour
          de Savoie.]

          [Note 292: C'est la nice du cardinal, Marie de Vignerot,
          veuve du marquis de Combalet.]

          [Note 293: On disoit que son mariage avec Combalet n'avoit
          pas t consomm, et Dulot avoit fait  ce sujet, avec les
          noms MARIE DE VIGNEROT, cette curieuse anagramme: _Veuve de
          ton mari_. (Tallemant, dit. in-12, t. III, p. 13-14.)]

          [Note 294: Il avoit en effet t question, en 1631 et en
          1632, alors que le comte de Soissons,--qui toit, comme on
          sait, de la maison de Bourbon,--faisoit cause commune avec
          le cardinal, de marier madame de Combalet avec ce jeune
          prince.]

          [Note 295: Mademoiselle de Luc, marie le 7 dcembre 1601
          au comte de Soissons, et mre du prince dont on vouloit
          faire le mari de madame de Combalet.]

          [Note 296: Aubery, dans la _Vie du cardinal_ (liv. IV, ch.
          23), dit au contraire, mais  tort, que c'est madame de
          Soissons qui avoit propos le mariage.]

          [Note 297: Tallemant est du mme avis. Il l'et pouse,
          dit-il, parlant de madame de Combalet et du comte, si elle
          et t veuve d'un homme plus qualifi. (T. III, dit.
          in-12, p. 13.)]

          [Note 298: Gaston d'Orlans, qu'on avoit,  ce qu'il
          parot, voulu marier aussi  madame de Combalet, avoit
          pous secrtement, en 1632, Marguerite de Lorraine.]

          [Note 299: Elle n'et fait qu'y retourner, car une partie
          de son veuvage s'toit passe chez les carmlites; elle n'y
          retourna pas. Son oncle, dsesprant de lui donner un mari,
          voulut lui donner un beau titre. Il lui acheta, en 1638, le
          duch d'Aiguillon, dont elle porta le nom jusqu' sa mort
          en 1675.]

          [Note 300: Le marchal de Crqui toit alors aux prises
          dans le Milanais avec le marquis de Leganez. Il n'obtint
          pas ce qu'on lui souhaite ici, il ne dlogea pas les
          Espagnols et ne se logea pas dans Milan.]

FIN.




_Le Louis d'or_[301].

_A Mademoiselle de Scudery._

          [Note 301: Cette pice agrable si souvent imite comme
          l'a dit M. Cousin (_La Socit franoise au XVIIe sicle_,
          t. II, p. 195), ce petit roman montaire, prototype de
          tant d'autres, o l'on a mis en scne cus, schellings et
          mme jusqu' l'humble sou, pour leur faire raconter leur
          histoire, fut trs-remarqu dans la socit des prcieuses,
          dont le rgne finissoit quand il parut. La premire dition
          fut presque contemporaine des _Prcieuses ridicules_.
          Elle ne portoit pas le titre inscrit ici. Voici celui
          qu'on lisoit sur sa premire page: _La Pistole parlante,
          ou la Mtamorphose du louis d'or_, Paris, de Sercy, 1660,
          in-12. L'anne suivante paraissoit une nouvelle dition
          avec le titre nouveau qui est rest: _Le Louis d'or; 
          mademoiselle de Scudry_, Paris, Loyson, 1661, in-12. Nous
          n'en connoissons pas d'autre rimpression spare. Le
          _Louis d'or_ ne fut de nouveau publi que dans le _Recueil
          des Posies du Madame de La Suse_, etc.; et dans celui
          des _Pices choisies tant en prose qu'en vers_, dont La
          Monnoye fut l'diteur anonyme, La Haye, Van Lom, Pierre
          Gosse et Albers, 1714, pet. in-8, t. II, p. 241-272. Ces
          recueils sont rares; les deux ditions isoles du _Louis
          d'or_ le sont encore plus. On nous saura donc gr de lui
          donner place dans ce volume. Il le mrite non-seulement 
          cause de sa raret et de son tour ingnieux et spirituel,
          qui en fait l'crit le moins _prcieux_ peut-tre qui soit
          sorti de l'cole des _prcieuses_, mais aussi  cause de
          l'attention accorde  son auteur Isarn par M. Cousin,
          dans le beau livre cit tout  l'heure, et de l'espce
          de bruit fait dans un journal spcial, autour de ce mme
          Isarn dont M. A. T. Barbier nioit l'existence, tandis que
          M. P. Lacroix soutenoit qu'il avoit bel et bien crit.
          V. _Bulletin du Bouquiniste_, 1858, p. 271, 359.--Isarn
          ou Yzarn, dont on ne sait pas l'autre nom, toit de
          Castres, comme Pellisson, mais beaucoup plus beau, plus
          riche, et mme, ou peu s'en faut, aussi spirituel quand
          il falloit s'en tenir  la galanterie.--Tallemant, qui le
          vit beaucoup chez la femme de son cousin Gdon Tallemant,
          dont la passion pour Isarn fit grand bruit, dit de lui
          (dit. P. Paris, t. IV, p. 389): Garon bien fait, qui
          a bien de l'esprit et qui fait joliment des vers. On
          jugera tout  l'heure de la vrit de ce dernier loge.
          Il eut force aventures galantes, car il se piquoit peu de
          constance, ainsi que nous le ferons voir plus loin en son
          lieu. C'toit un des assidus de la _socit du samedi_
          chez mademoiselle de Scudry ou chez mademoiselle Boquet.
          Dans la fameuse _journe des Madrigaux_ (20 dcembre
          1653), dont Pellisson rdigea le procs-verbal, Isarn
          est prsent, et, comme toujours, place son mot et ses
          petites rimes: Isarn, dit M. Cousin, press de rimer 
          son tour, rpond en vers qu'il lui faut un dlai d'une
          quinzaine, et proteste qu' l'avenir il aura toujours des
          impromptus dans sa poche. Fait-on quelque part gala de
          prcieux ou de prcieuses, dne-t-on, par exemple, chez
          l'vque de Vence, Godeau, soyez sr qu'Isarn est du rgal,
          avec Chapelain, mademoiselle de Scudry et mademoiselle
          Robineau. S'il s'absente de Paris pour aller  Bordeaux,
          il est toujours d'esprit, et de coeur avec ses amis. Ainsi
          au mois d'octobre 1656, Pellisson crit  mademoiselle de
          Scudry qu'il a reu deux billets galants d'Isarn,  qui
          une nouvelle matresse qu'il aime fort ne fait pas oublier
          sa chre socit de Paris. Je ne sais ce qu'il devint,
          ni quand il mourut. Aprs le temps des _prcieuses_, je
          ne trouve plus Izarn. Un personnage de ce nom, commis de
          Seignelay, m'est indiqu, par les _Mmoires_ d'Amelot de
          la Houssaye (t. II, p. 366), comme ayant suivi  Venise ce
          jeune secrtaire d'Etat; mais ce n'est pas le notre, c'est
          un de ses parents.]


  Sapho, qui recevez de mille endroits divers
  Tant de prose galante et d'agrables vers,
      Jettez les yeux sur cet ouvrage:
      De grce, daignez le souffrir;
      Quand j'eus dessein de vous l'offrir,
  Votre seule bont m'en donna le courage!
  Ainsi, rare Sapho, l'ornement de nos jours,
      Sans chercher de plus longs detours,
      Ni sans m'excuser davantage,
      Je vais commencer mon discours:

Ne vous imaginez pas, Mademoiselle, que ce que je vais vous conter
soient des nouvelles particulires de la cour; bien que j'y sois
depuis quelque temps, je n'en sai pas davantage. Les gens aussi
peu considerables et aussi peu empressez que moi la suivent assez
ordinairement sans la voir, ou la voyent bien souvent sans la
connotre. L'autre jour, m'tant retir de meilleure heure qu'
l'ordinaire, dans l'oisivet o je me trouvai, m'amusant  compter
ce qui me restoit d'argent pour mon voyage, il me tomba dans la
pense que, si tant de pices differentes que je tenois avoient du
sens et de l'intelligence dans la tte, dont elles toient marques,
il n'y auroit presque rien qu'elles ne pssent m'apprendre; et que,
l'or et l'argent ayant de tout temps gouvern le monde, on pourroit
savoir par leur moyen des nouvelles de tous les sicles. A peine
avois-je eu cette pense, qu'une pistole d'Italie[302], que j'avois
spare des autres, prenant brusquement la parole pour toutes, me
parla de cette sorte

      Comme je te connois discret,
      Je t'avertis en confidence;
    Mais n'en dis rien, car c'est un grand secret:
  A tort vous nous croyez manquer de connaissance;
      La pluspart des hommes sont fous,
      Car, bien que nous sachions nous taire,
      Nous voyons ce qu'ils font pour nous,
      Et savons ce qu'ils nous font faire.

          [Note 302: Les _pistoles_ toient une monnoie d'Espagne,
          mais il en venoit aussi d'Italie. Elles toient du poids
          des louis et au mme titre et remde. Voil pourquoi Isarn
          a pu indiffremment appeler la pice qu'il fait parler
          _pistole_ ou _louis d'or_. La _pistole_ avoit dj la
          valeur qu'on lui a laisse dans les provinces, o son nom
          est encore employ comme signe montaire. Elle valoit dix
          francs; c'toit aussi le taux du louis. En 1648, pendant
          les premiers temps de la misre de la Fronde, on le fit
          monter jusqu' douze francs; mais, en 1662, le roi le
          rabattit  son ancien taux. En 1689, par ordonnance du mois
          de dcembre, il revint  sa valeur rvolutionnaire et mme
          la dpassa; il fut port  12 liv. 10 sols (_Journal_ de
          Dangeau; dit. complte, t. III, p. 39). Sous la rgence,
          en 1718, il monta d'un tiers; il toit  18 livres, et le
          _double louis_  36. Mon fils, crit la duchesse d'Orlans
          (_Nouv. Lettres_, dit. G. Brunet, p. 150), est venu cet
          aprs-midi, et nous a apport l'arrt qui modifie le cours
          du numraire; le louis d'or vaut dsormais 36 livres. Ceux
          qui ont beaucoup d'argent gagneront joliment. Sous Louis
          XV, il redescendit  30 livres, et le louis simple  15,
          mais ce fut pour remonter  20, puis  24, o nous l'avons
          vu.--Il y a dans la _Muze normande_ de David Ferrand, 26e
          _partie_, une ballade _sur le rabais des Louys_, en 1662.]

Je fus fort epouvant d'une nouveaut si extraordinaire; bien que je
n'ignorasse point que les pistoles se mloient de beaucoup de choses,
je ne savois pas encore qu'elles sussent parler. Mais enfin,
m'tant un peu rassur, je lui repartis: Eh quoi, as tu bien assez
d'esprit pour repondre  toutes les questions que je te ferai?

  Alors, avec ardeur reprenant la parole;
    Je dirai d'or! repliqua la pistole.

Vraiment, lui dis-je, tu ne te contentes pas de parler, tu fais des
vers, et, qui pis est, tu fais des pointes! Mais, puisque te voil
de si belle humeur, je suis prt  t'couter. Je ne serai pas le
premier qui me serai engag dans des dialogues extraordinaires; en
tout cas, puisqu'il y en a dans Lucien d'aussi surprenans, il sera
mon garant. Surtout, si tu me veux plaire, entretiens-moi de diverses
choses dont tu peux avoir connoissance; conte-m'en des galantes
autant qu'il te sera possible, mais au moins que je ne sache rien de
certaines aventures qui ne meritent pas le nom de galanterie, et dans
les quelles les pices de moindre valeur que toi peuvent avoir cours.

    Sur cet article, par avance,
    J'impose un eternel silence
  Aux ecus d'or autant qu'aux ecus blancs,

Ne crains point, interrompit gravement un double louis qui mouroit
d'envie de parler; si nous avions  l'entretenir de quelque chose qui
approcht de l'amour, o l'intrt peut avoir quelque lieu, nous ne
traiterions pas cette matire si grossierement; je ne le parlerois
que de ces dons, utiles et secrets, que l'on appelle generosit
et grandeur d'me; que de ces personnes bien faites et bien
faisantes[303] qui, pour donner courage  leurs galans, travaillent 
leur etablissement et  leur fortune, ou de ces galans industrieux
qui savent faire des liberalitez si  propos qu'on ne sauroit les
refuser; enfin, de tous ceux qui employent leurs richesses pour
l'utilit ou pour le plaisir des personnes qu'ils aiment.

  Qui sait de ses grands biens faire un parfait usage
      Est magnifique en equipage,
      Fait tout avec profusion,
  Tche  donner souvent bal ou colation;
  Que s'il peut engager en quelque promenade
  L'objet dont les beaux yeux l'ont s rendre malade,
  Son carrosse attel de six chevaux de pris
  Fait trembler sous ses pas le pav de Paris;
  Il se met en campagne, et, sans reprendre haleine,
  En d'agrables lieux il conduit l'inhumaine.
  L l'aimable musique et les mets delicats,
  Par des soins diligens, ont devanc leurs pas.
      Cependant, ce train magnifique,
  Tous ces mets delicats, cette aimable musique,
      Ce qui devance ou ce qui suit,
  Et qui gagne le coeur des plus indifferentes,
      Ce n'est que de l'argent traduit
      En cent manires differentes.

          [Note 303: _Bien faisant_, qui toit un mot tout nouveau,
          ne s'crivoit pas alors tout d'une pice. On sparoit,
          comme ici, l'adverbe du participe, de faon qu'ils ne
          fissent jamais compltement corps et pussent garder
          l'allure qui leur toit propre. Ou auroit cru faire une
          faute alors si l'on avoit dit: _plus bien faisant_. On
          disoit, comme fit Voiture dans une de ses lettres: _mieux
          faisant_. Quant  _bienfaisance_, c'etoit un mot cr par
          Balzac, mais qu'on n'employoit pas. Un sicle aprs, l'abb
          de Saint-Pierre le retrouva (V. _Mmoire pour diminuer le
          nombre des procs_, p. 37), et on lui en fit honneur comme
          d'une invention.]

En effet, poursuivit le louis, recevoir ou donner de l'argent est
une chose galement honteuse; mme aprs l'avoir donn, quelques-uns
tchent de le ratraper. Une dame de ma connoissance en usa de cette
sorte assez plaisamment, il y a quelque temps. Aprs avoir fait un
present considerable  son amant, elle le pria,  deux jours de l,
de lui prter tout ce qu'il auroit d'argent en son pouvoir pour une
affaire de consequence qui lui toit survenue.

  Le cavalier, surpris d'entendre ces paroles,
  De sa mourante bourse arracha ses pistoles,
      Et, confus autant qu'interdit,
      Les croyant prter, les rendit.

Toutes fois, continua le quadruple, si tu voulois tre entierement
satisfait, il te faudroit parler  tous ceux que tu viens de remettre
dans ta bourse. Quand nous sommes seuls, comme je suis presentement,
nous ne sommes pas propres  grand-chose ni ne sommes point d'un fort
grand entretien. Cependant, beaucoup de nous ensemble faisons tous
les jours des choses incroyables; et c'est en grande compagnie que
nous avons contribu au gain de plusieurs batailles,  la prise de
plusieurs villes imprenables, et  mille conqutes amoureuses. Il
m'avertit mme de bonne foi que, le plus souvent, la vertu des gens
ordinaires n'alloit que du plus au moins[304];

  Que leur grand nombre avait des charmes si puissans,
  Que souvent la plus prude, et que le plus habile,
  Qui peut resister  deux cens,
  Se laisse emporter  deux mille.

          [Note 304: Isarn, qui toit trs-magnifique dans ses courts
          amours, savoit mieux que personne le pouvoir des pistoles
          bien employes pour la conqute d'un coeur. Dans le _Cyrus_
          (t. VII, liv. iii), o, comme nous verrons, il est peint
          sous le nom de _Thrasile_, on le voit toujours en dpense
          pour quelque matresse: Tantt il luy donnoit le bal,
          une autre fois il la surprenoit par une musique. Si elle
          s'alloit promener et qu'il y fust, il faisoit qu'elle
          trouvast une collation magnifique.]

Je croi fort aisment ce que tu dis, lui repondis-je; mais, quoi
qu'il en soit, j'aime mieux ne m'engager en conversation qu'avec toi
seul, de peur d'embrouiller la chose.--Tu n'as pas tant de tort, me
dit-il; si nous tions plus de deux, nous voudrions peut-tre parler
tous  la fois, comme font assez ordinairement les hommes quand ils
se trouvent plusieurs ensemble. Ecoute-moi donc tout seul, je t'en
conjure, et sois persuad que je te ferai savoir des choses assez
curieuses. Comme je suis d'un or le plus ancien qu'on puisse trouver,
je pourrai te conter mes aventures: car, afin que tu ne t'y trompes
pas, j'ai conserv le mme sens et la mme intelligence que j'ai
prsentement, dans toutes les formes differentes sous lesquelles j'ai
paru. Je fus tir de la mine sous le rgne du dernier Darius, et j'ai
v tout le bouleversement de ce grand empire. Cependant, sans te rien
dire de toute la suite de l'histoire, dont je te fais grce et que
je te pourrois conter ici s'il m'en prenoit fantaisie, il me suffira
de t'apprendre qu'en ce temps-l je portai la figure du conquerant
qui renversa le trne des Perses; et je me contenterai de te faire
savoir, en passant, quelque chose des amours de ce sicle-l, qui
toient tout  fait differentes de celles de celui-ci. Les langueurs,
les plaintes et les desespoirs n'toient point en usage parmi les
courtisans de ce grand prince. Comme c'toient tous gens accoutumez
 de promptes et grandes expeditions, ils avanoient bien plus en
un jour qu'on ne fait maintenant en une anne. Pour te confirmer en
cette verit, souviens-toi de la reine des Amazones.

      Rappelle un peu dans ta memoire
    De Talestris la memorable histoire,
  Qui, pour se delivrer de ce mortel ennui
      Qu'on a toujours de trop attendre,
  Arriva le matin dans le camp d'Alexandre
      Et coucha le soir avec lui.
  Mais depuis est venu le rgne des fleurettes[305],
  Veritable chicane en matire d'amour:
  L'on ne fait qu'en dix ans ce qu'on fit en un jour.
      Encore, dans ces amourettes
      O l'on se brle  petit feu,
  Si l'on trouve jamais ou coquette ou cruelle,
      Ce n'est qu'un pitoyable jeu,
      Et tout se passe en bagatelle[306].

          [Note 305: C'toit le mot qui, depuis quelque temps,
          toit devenu  la mode pour exprimer les _fleurs de bien
          dire_, dont l'amoureux parfume ses paroles pour faire
          accepter son amour. Les livres o ceux dont le coeur ne
          parloit pas d'abondance alloient se fournir de belles
          phrases avoient mme pris pour titre le mot que je viens
          de dire: _Fleurs de bien dire.... pour exprimer les
          passions amoureuses de l'un comme de l'autre sexe_, Paris,
          Guillemot, 1598, pet. in-12; _Les Marguerites franoises,
          ou Fleurs de bien dire_, etc., Rouen, Behoust, 1625,
          in-12. Le Nicodme du _Roman bourgeois_ (dit. elzevir.,
          p. 88), qui estoit un grand diseur de fleurettes, avoit
          cueilli celles qui jonchoient sa conversation avec Javotte
          dans ces _Marguerites franoises_.--Chez les Grecs, on
          disoit, dans le mme sens, [Greek: rda heirein], _parler
          roses_ (Aristoph., _Nues_, act. II, sc. 3). Le Noble a
          voulu chercher une autre tymologie: il a cru que _conter
          fleurettes_, c'toit _compter_  celle qu'on aime une somme
          d'argent, en cette jolie monnoie du temps de Charles VI sur
          laquelle toit marque une petite fleur, florette. Il s'est
          tromp. V. _Lettres_ de madame Du Noyer, 1757, in-12, t.
          III, p. 225.]

          [Note 306: Isarn n'toit pas homme  faire sa pture de
          ces creuses bagatelles; il lui falloit l'amour rel et
          toujours nouveau. Dans le _Cyrus_, o sous le nom de
          Thrasile il est donn pour le type de l'inconstance, on le
          voit tour  tour amoureux de quatre princesses (t. VII,
          liv. III). Cyrus lui en fait reproche, et Thrasile rpond:
          On peut avoir plusieurs amours sans tre infidle.
          S'il n'aimoit qu'un jour, ce jour du moins toit tout de
          galanterie et de magnificences, ainsi que nous l'avons fait
          voir tout  l'heure. Une _Gazette du Tendre_, conserve
          dans les manuscrits de Conrart (in-fol., t. V, p. 147),
          nous donne des nouvelles de son inconstance. Elles sont
          dates d'Oubly: Il arriva icy, il y a quelques jours, un
          estranger (M. Izarn) de fort bonne mine, qui, aprs avoir
          pass de Nouvelle-Amiti  Grand-Esprit, de Grand-Esprit
           Jolis-Vers, de Jolis-Vers  Billet-Galant, et de
          Billet-Galant  Billet-Doux, s'gara en partant de cet
          agrable village; de sorte qu'au lieu d'aller  Sincrit,
          il vint dans notre ville, o il fut un jour tout entier
          sans s'apercevoir qu'il estoit gar. Mais aussy, ds qu'on
          l'en eut fait apercevoir, il partit d'icy avec tant de
          diligence, qu'il y en a qui assurent qu'il a plus fait de
          chemin en deux jours qu'il en n'en avoit fait depuis qu'il
          toit parti de Nouvelle-Amiti. Un peu plus tard, on le
          retrouve  Respect, d'o il part pour Tendre,  la nage.]

Mais, pour te conter par ordre mes aventures, il faut que je te die
que, long-temps aprs la mort d'Alexandre je tombai entre les mains
d'un avare qui, ne se contentant pas de m'enfermer avec plusieurs de
mes compagnons, il nous enterra, ce miserable, dans les fondemens
d'une vieille tour, et mourut enfin sans s'tre servi de son argent
ni sans l'avoir enseign. Nous demeurmes l plusieurs sicles,
jusqu' ce qu'on nous deterra par hazard, en creusant pour avoir les
pierres des murailles sous les quelles nous tions. Nous fmes ainsi
de nouveau remis au jour, mais nous n'y fmes pas plutt que nous
trouvmes une grande difference dans le monde.

      Depuis ce long enterrement,
  Le monde avoit chang de forme et de figure:
      L'on y parloit differemment;
      Tout etoit d'une autre nature.
  Nous n'tions mme plus  l'usage de tous,
  Puisqu'enfin, en sortant de dessous la muraille,
      Jusques  la moindre de nous,
  Parvint  la grandeur d'antique et de medaille.

Aussi fmes-nous recherchez avec soin des curieux, qui nous firent
valoir un prix excessif et qui nous montroient comme le plus rare
ornement de leurs cabinets. Je pense que je serois encore entre
leurs mains, si mon dernier matre, qui se mloit de chymie, me
jugeant d'un or trs-pur, ne m'et voulu multiplier. Je ne sache
point de tourment qu'il ne me ft endurer. Il essaya toutes choses
inutilement; il me fit passer plusieurs fois par le feu;

  Mais il ne fit que s'y morfondre.
  Il eut beau me fondre et refondre,
  Le bon homme fut confondu,
  Car je ne fus rien que fondu.

Je ne demeurai pourtant pas longtemps en cet tat: je fus donn  un
orfvre, qui m'employa  mettre en oeuvre plusieurs diamans de prix,
et fit une bote de portrait magnifique. A peine toit-elle acheve,
qu'un jeune Romain l'achetta pour mettre le portrait de sa matresse.
Au reste, comme l'on ne conte jamais d'histoire pareille  celle-ci
sans qu'il soit  propos de se souvenir de quelques vers, il faut que
je t'en dise, qui ont t traduits en franois, et que j'entendis
reciter  notre cavalier un jour qu'il regardoit le portrait de sa
matresse et qu'il parloit  soi-mme, suivant la louable coutume des
amans:

      Malgr la rigueur de l'absence,
  L'Amour, qui sait charnier la plus forte douleur,
      Vient au secours de ma constance
  Et tient ce doux propos dans le fond de mon coeur:
  Vis en repos, Tircis; ta divine princesse
  Partage en ce moment ta profonde tristesse,
  Et, par mille transports secondant tes desirs,
      Elle te rend avec tendresse
  Et douleur pour douleur et soupirs pour soupirs.
      Alors, dans l'excs de ma joye,
  Je sens dans mon esprit tant de charmes secrets,
      Qu'en quelque rang que je la voye,
  J'abandonne mon coeur aux plus hardis souhaits.
  Amour, qui prens le soin d'une flamme si belle,
      Afin de la rendre immortelle,
  A nos coeurs amoureux donne une mme loi:
      Que je ne vive que pour elle,
      Qu'elle ne vive que pour moi!

Tu jugeras, par ces vers, que c'toit un simple cavalier qui
aimoit une personne fort au-dessus de lui; et je ne l'en dirai pas
davantage, car, en matire de digressions comme de folies, les plus
courtes sont les meilleures. Aussi, sans m'arrter  cette histoire,
je t'apprendrai que je passai entre les mains d'un autre matre, qui
m'employa d'une manire bien differente, quoiqu'au mme usage: il
me fit servir  cinq ou six portraits en moins de rien, et j'eus le
divertissement de voir que tantt la blonde chassoit la brune, selon
que la blonde ou la brune regnoit dans son coeur. J'avois pourtant
bien du dpit de ce qu'il en quittoit quelquefois une belle pour une
laide, car il ne lui importoit pourv qu'il changet. Il ne laissoit
pas, aprs cela, d'avoir des momens bien amoureux; et il me souvient
qu'un jour qu'il attendoit sa dernire matresse, il dit plusieurs
fois d'un air assez languissant, passionne et chagrin:

      Qu'une impatience amoureuse
      Est un supplice rigoureux!
  Qu'une heure qu'on attend, et qui doit tre heureuse,
      Cause de momens malheureux!

      Quoi! Climne n'est point venue?
      Cette ingrate ne m'aime pas;
      Qui pourroit l'avoir retenue,
      Si l'Amour couduisoit ses pas?

Enfin, ce galant homme se lassa de celle-ci comme des autres,
et, quelque temps aprs l'avoir quitte, comme il toit changeant
en tout, il fit faire de sa bote de portrait deux tables de
diamans[307]. Nous fmes ensuite au service d'une dame, qui nous
donna bien du plaisir avec ses faons: elle avoit deux galans, dont
l'un toit fort riche et fort sot, mais faisant grande dpense;
l'autre toit bien fait, plein d'esprit et de coeur, mais marchant 
fort petit train.

          [Note 307: On appeloit _diamant en table_ celui qui toit
          taill de sorte que sa surface restait plane, avec de
          simples biseaux. Ainsi taill et enchss dans l'or, il
          servoit surtout pour les bracelets.]

  Aussi, pour adoucir cette fire inhumaine,
      Ecrire juste et parler bien
      Ne lui purent servir de rien.
      Il perdit ses pas et sa peine;
      Car, par un silence eloquent,
  L'autre, sans dire mot, lui comptoit de l'argent.

Cependant, le rgne de cette belle finit en moins de rien. L'un se
lassa de souffrir et l'autre de payer, et je fus separ des diamans
avec les quels j'avois t depuis longtemps pour tre employ  mille
usages differens. Je fus tantt en bague, tantt en montre, tantt en
chane; mais, sur toutes choses, je devins un des plus jolis cachets
du monde. Je portai la figure d'un petit Amour qui, au lieu d'avoir
son bandeau sur les yeux, l'avoit sur la bouche, et qui, marchant
comme  la drobe, et fort doucement, tenoit une de ses mains devant
son flambeau pour en cacher la clart; ces cinq paroles toient
crites autour:

  Ni le bruit ni l'clat[308].

          [Note 308: M. Cousin, qui a cit ce passage (_La Socit
          franoise du XVIIe sicle_, t. II, p. 195), pense avec
          quelque raison que ce cachet, au discret emblme, est
          une allusion vidente  celui que Conrart, le soir de la
          _journe des Madrigaux_, avoit donn  mademoiselle de
          Scudry: Le gnreux Thodamas, en se retirant, avoit
          donn  Sapho je ne sais quoy, envelopp d'un papier
          bien parfum,  la charge qu'elle ne le regarderoit que
          lorsqu'il seroit parti. Ce je ne sais quoy estoit un cachet
          de cristal, grav du chiffre de Sapho et du sien mls
          ensemble.]

Je pourrois bien te conter ici mille choses si je voulois, mais ma
qualit de cachet m'en empche, et je te puis mme assurer que jamais
personne n'a rien s des mystres dont j'ai t depositaire.

    Mon empreinte, toujours heureuse,
    Ne ferma jamais de poulet,
  Ni ne servit  de lettre amoureuse
    Qui vit eventer son secret.

Il fallut pourtant changer de condition avec le temps. Je fus encore
fondu plusieurs fois, et j'ai servi  plusieurs statues; j'ai t
employ tantt  celle d'un hros, d'un demi-dieu, d'une desse,
d'un homme, et tantt  celle d'un animal. Mais,  la vrit, bien
que j'aye t dans tant de conditions differentes, je n'ai jamais p
devenir or potable, quelque soin qu'on y ait apport: je suis revenu
en monnoye plusieurs fois, et il n'y a point d'usage o je n'aye t
mis: tantt j'ai t employ pour payer, tantt pour prter, tantt
pour donner, rarement pour honorer la vertu, mais plus rarement
encore pour la rcompense d'un pote. Les choses magnifiques qu'ils
disent de tous ceux qui leur peuvent faire du bien leur sont presque
toujours inutiles.

  Leur merite est toujours connu;
  Mais les grands seigneurs sont tranges,
  Et qui subsiste de louanges
  Vit avec peu de revenu.

Mais, pour ne m'arrter pas davantage, il faut que je t'apprenne que
j'ai presque couru toute la terre, que j'ai t sequin en Turquie,
mouton  la grand-laine[309], noble  la rose[310] et jacobus en
Angleterre, double ducat en Espagne; et que je te pourrois compter
mille sortes de choses; mais j'aime bien mieux qu'on m'accuse
d'avoir oubli beaucoup que d'avoir trop dit. Il me suffira donc de
t'apprendre qu'aprs toutes ces aventures, comme je semblois tre
destin au service des dames, je fus remis en oeuvre et fus employ
en une paire de pendans d'oreilles. Je ne fus pas plutt en cet tat,
que je benissois ma bonne fortune, m'imaginant que je ne pouvois
manquer d'tre du secret de la personne que j'allois servir, et je
crus que tous ces petits mots, qu'on disoit si bas, toient des
choses si agrables, que j'aurois un plaisir extrme  les entendre.
Je fus pourtant bien attrap quand je connus que ce n'toit le
plus ordinairement que des secrets que tout le monde savoit, que
de fausses confidences et que des sottises dites avec precaution.
Je m'avisai mme qu'il y avoit certains galans qui parloient  ma
matresse de cette sorte pour faire les importans, ou pour faire
croire  ceux qui les voyoient qu'ils n'toient point mal avec une
dame aussi bien faite. Cependant, comme celle-ci toit fort coquette,
et qu'elle coutoit  droite et  gauche, chacun de nous n'avoit que
la moiti de son secret; ce n'est pas que la pluspart du temps ce
ne ft la mme chose, car ce qui entroit par une oreille sortoit
par l'autre: surtout pour les reprimandes d'une vieille dame qui lui
faisoit souvent des leons. Enfin, je n'aurois jamais achev si je
voulois dire tout ce qu'on entend  l'oreille d'une coquette, et tout
ce que j'appris au service de celle-l! Elle l'toit si fort qu'aprs
avoir tromp tout le monde, tout le monde la quitta.

          [Note 309: C'est un mot que matre Isarn a trouv dans
          Rabelais (liv. I, ch. 8,  3, et liv. III, ch. 2). On
          appeloit ainsi une monnoie d'or fin qui eut cours depuis
          saint Louis jusqu' Charles VII. Elle valoit 12 sols 6
          deniers d'argent, et portoit sur la face un _agneau_, avec
          ces mots autour: _Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,
          miserere nobis_.]

          [Note 310: Monnoie d'or qu'douard III fit frapper en 1344.
          On l'appeloit _noble_  cause de la puret de son or, et _
          la rose_ parce que sur le revers elle portoit la rose de
          Lancastre et d'York. Dans les _Bigarrures de Des Accords_,
          1608, in-12, p. 14, se trouve reprsent un noble  la
          rose  l'effigie de Henri VIII; il valoit alors cent sous,
          d'aprs le taux rgl par l'ordonnance de 1532. Les plus
          beaux toient les _nobles de Raymond_, qu'on appeloit ainsi
          parce qu'on croyait qu'ils avoient t faits avec l'or que
          Raymond Lulle avoit, par oeuvre hermtique, fabriqu pour
          le roi d'Angleterre. V. Delecluze, _Notice sur Raymond
          Lulle_, p. 28.]

  Vous qui pensez avec adresse
  Fourber et coqueter sans cesse,
  Mme chose vous aviendra,
  Autant vous en pend  l'oreille;
  Et quiconque coquetera
  Craigne une avanture pareille.

Enfin, aprs m'tre beaucoup ennuy avec la belle dont je viens de
parler, je faillis  perir absolument, car une demoiselle suivante
nous vola et me separa des emeraudes avec les quelles j'tois depuis
un temps si fcheux; si bien que je fus bris en mille pices et
mis au billon avec quelque passement d'argent[311]. Je ne fus pas
plutt en cet etat qu'il ne tint presque  rien que je ne fusse
donn  ces hommes impitoyables et cruels qui,  force de coups de
marteaux, mettent l'or en feuille ou en couleur. J'tois ananti,
si cette dernire aventure me ft arrive, et je te laisse  penser
le grand plaisir que j'aurois eu, ou quel avantage ce doit tre de
servir  la dorure d'un plancher, d'tre appliqu au derrire d'un
carrosse[312], ou de finir malheureusement sa vie en papier dor! Ma
bonne fortune me garantit de tous ces malheurs, et je suis parvenu
 la dignit et en l'etat o tu me vois, dans lequel je souhaite
de demeurer  jamais. Car, ni l'image de tant de princes que j'ai
porte, ni la figure du grand Alexandre que j'ai conserve durant
tant de sicles, ne m'embellissoit point tant que celle du jeune
heros que je porte aujourd'hui, qui, avec toutes les vertus qui
manquoient  l'autre, et avec encore plus de courage que lui, s'il ne
venoit de donner la paix, auroit trouv la conqute de tout le monde
aise[313].

          [Note 311: Les passements d'or et d'argent venoient d'tre
          interdits par l'ordonnance du 27 novembre 1660, et comme
          notre louis d'or, le billon, o l'on fondoit les pices
          dcries, les attendoit. V. notre t. I, p. 224.]

          [Note 312: Les carrosses o tant d'or se relevoit en
          bosse toient alors un luxe  la mode. Pendant la Fronde,
          on les avoit ddors (_Oeuvres_ de Sarazin, 1696, in-8,
          p. 383), mais ensuite ils ne brillrent que de plus belle.
          En 1706, il fallut contre le scandale de leur dorure une
          dfense du roi. (_Corresp. administr. de Louis XIV_, t. II,
          p. 829.)]

          [Note 313: Un petit roman satirique qui reprit, un peu
          modifi, le titre de cette pice, ce qui l'a souvent fait
          confondre avec elle, bien qu'il lui soit trs-postrieur,
          _Le Louis d'or politique et galant_, 1695, in-12, est
          aussi amer contre Louis XIV vieillissant qu'Isarn est ici
          flatteur pour sa jeune royaut.]

  Aux lauriers immortels qui couronnent sa tte
  Jules vient de mler les myrthes de l'Amour,
  Un calme bien heureux succde  la tempte:
  La Discorde est rentre en son triste sejour.
  Nous ne verrons former nos heureuses annes
      Que de beaux et paisibles jours.
      De nos cruelles destines
  Jules vient d'arrter le pitoyable cours.

Cependant il est temps que je finisse, de peur de t'ennuyer, et que
je te laisse en repos pour ce soir. S'il te prend fantaisie d'en
savoir davantage, tu n'as qu' t'informer  d'autres pices  qui il
sera arriv des choses d'une nature diffrente.

Notre dialogue finit ainsi, et le louis n'eut pas plutt cess de
parler, que je pris la resolution d'avoir, quelques jours aprs, une
pareille conference avec les autres:  quoi je n'aurois pas manqu,
si toute cette bonne compagnie ne se ft bientt separe, et si je
n'esse v, avec un deplaisir tout  fait sensible, qu'il m'tait
impossible de faire de longues conversations, et retenir long-temps
mon argent avec moi.

       *       *       *       *       *

_Reponse de Mademoiselle de Scudery._

Vous savez bien, Monsieur, que je suis accoutume d'entendre parler
des lapins, des fauvettes et des abricots[314]; mais aprs tout je
n'ai pas laiss d'tre surprise de la conversation que vous avez eue
avec votre louis d'or, et je le trouve si bien instruit des choses du
monde que j'en suis tonne.

          [Note 314: Illusion  des fables, allgories et autres
          pices faites sur ce sujet par Mlle de Scudry ou  elles
          adresses. Dans le _Recueil de vers choisis_, 1701, in-8,
          p. 123, on trouve, sous son nom, des stances avec ce titre:
          _La Fauvette  Sapho, en arrivant  son petit bois, suivant
          sa coutume, le 15 avril_.]

  Quand il seroit du temps des premiers jacobus,
  Des nobles  la rose et des vieux carolus,
      Il ne sauroit pas plus de choses.
  Ovide a moins que lui fait de metamorphoses.
  Il fait aux plus galans d'agrables leons;
  Il raille, il fait des vers de toutes les faons.
      Mais ce qu'il fait de plus etrange,
      C'est qu'entre mes mains il se range;
      Car ses frres ne m'aiment pas.
  Ils n'ont aussi pour moi que de foibles appas,
      Et par le mepris je m'en vange.
  Mais pour ce Louis d'or que je reois de vous,
      De qui la gloire est immortelle,
    Qui ne craint plus ni touche ni coupelle,
  Il fait seul un trsor dont mon coeur est jaloux.

Voil, Monsieur, tout ce qu'une malade vous peut repondre; mais
je vous assure que ce n'est pas tout ce qu'elle pense, et que, si
Sapho se portoit bien, elle vous loueroit de meilleure grce et
vous remercieroit avec plus d'esprit. Que say-je mme si, passant
des louanges de votre Louis d'or  un sujet plus relev, elle ne se
sentiroit point inspire de vous parler:

  D'un Louis dont la vie, en merveilles feconde,
  Est l'ouvrage du ciel et le bonheur du monde,
  Dont le bras triomphant et les charmes vainqueurs
  Domptent les nations et captivent les coeurs;
  D'un Jule dont les soins redonnent  la France
  Les jeux et les plaisirs, la paix et l'abondance,
  Qui va faire couler dans nos heureux climats
  Ces larges fleuves d'or, la force des Etats,
  Et gemir de regret le Pactole et le Tage
  Que la Fable a flattez d'un pareil avantage;
  D'un Jule dont les soins ont nos desirs bornez;
  Dont les sages conseils, justement couronnez,
  Font voir  l'univers que la plus belle gloire
  Est de cesser de vaincre au fort de la victoire.

Mais je m'apperois que ce sujet l est trop relev pour moi, et
qu'il vaut beaucoup mieux ne rien dire que de n'en pas dire assez.
Il n'en est pas de mme de vous, Monsieur; au contraire, je vous
exhorte  faire quelque ouvrage plus grand  la gloire de ceux que
vous avez lous en huit vers seulement, car il ne faut pas faire
des portraits en petit d'un grand hros, comme on en fait d'une
matresse, puisqu'on ne doit avoir les uns que pour les cacher, et
que les autres doivent tre vus de tout le monde.

FIN.




_Le Cotret de Mars, avec le fagot, la fascine et le gros bois, pour
feu de joye  la France._

M.DC.XVI.

Petit in-8[315].

          [Note 315: Cette pice est une des plus rares de celles qui
          ont t faites contre le marchal d'Ancre et son entourage.
          Elle rappelle, par le tour qu'y prend la satire, cette
          pigramme contre l'abb Terray, qui, suivant les _Mmoires
          secrets_, couroit Paris au mois de dcembre 1774:

               Grce au bon roi qui rgne en France,
               Nous allons voir la poule au pot:
               Cette poule c'est la Finance,
               Que plumera le bon Turgot.
               Pour cuire cette chair maudite,
               Il faut la Grve pour marmite
               Et l'abb Terray pour fagot.]


  Mars inutile, en temps de tresve,
  Pour ayder  fournir la Grve,
  S'amuse  tailler des cotrets:
  Il y met cinq rameaux en nombre,
  Tirez des halliers[316] de qui l'ombre
  Gaste ainsi nos jeunes forests.

  Tous les cinq sont divers d'escorce,
  De tronc, de matire et de force;
  Mais tous cinq, comme chacun sait,
  Sont propres pour un feu de joye
  Dans le Royaume, afin qu'on voye
  L'effect du pseaume trente-sept[317].

  Le plus gros tizon, qui tout pare,
  C'est l'homme  la fortune rare,
  Roy de _Metz_, sieur de Cadillac[318].
  Il est sec et de bois de tremble,
  Depuis qu'il voit armer ensemble
  Tant d'enquesteurs sur Ravaillac[319].

  Il joint la _Verge_ de Florence[320];
  Mais leur bonheur a difference
  D'un poinct que j'admire souvent:
  C'est que l'un, tournant le derrire,
  A gaign la charge guerrire,
  Et l'autre en poussant le devant.

  Celuy qui sans _O_ rien ne scelle,
  Soubs qui la Justice chancelle[321],
  En est le troisiesme baston,
  Qui, couvert de cire bruslable,
  Fors l'ecorce, a le coeur semblable
  Aux arbres qui portent _Cotton_[322].

  Son _frre_[323]  patte ravissante
  Estoit de race florissante;
  Mais comme son sort est mouvant,
  Luy  qui l'Infante d'Autriche
  Commit son affiquet plus riche
  Est demeur de bois puant.

  S'ensuit pour la cinquiesme pice
  Un surgeon de plus vile espce,
  Mais tant rabot, tant _Dol_[324],
  Qu'il ne le faut pas mettre en cendre;
  Mais pour noyer il le faut prendre,
  Ne meritant d'estre brusl.

  _Bullion_[325] sert de hart pliante[326],
  Fauce, tortu et bien liante,
  A ce trs-mistique fagot:
  C'est la plus dangereuse branche:
  Car avant que le feu la tranche
  N'approcheroit pas un magot[327].

  Soubs cela, comme une fascine,
  Mettez-moy la seiche _Conchine_[328],
  Pour faire un feu clair  la fois,
  Et dessus, si la France unie
  Se veut sauver de tyrannie,
  Le _roy d'Espagne_ pour gros bois[329].

          [Note 316: Si cette pice et t faite aprs l'assassinat
          de Concini, nous croirions qu'il y a encore ici une
          allusion. Le frre du capitaine des gardes, frre de Vitry
          qui porta le premier coup  Concini, s'appeloit Du Hallier.
          (Tallemant, dit. in-12, t. I, p. 192.)]

          [Note 317: C'est dans ce psaume que David parle le
          plus loquemment des disgrces qui l'accablent, et
          dont triomphent ses ennemis: _Quoniam iniquitates me
          supergress sunt caput meum; et sicut onus grave, gravat
          sunt super me_. (Verset 5.)]

          [Note 318: Il s'agit du duc d'Epernon, qui cumuloit le
          gouvernement de Metz et celui de la Guienne, o se trouve
          Cadillac. Dans une autre pice de la mme anne, _Pasquin_,
          ou _Coq  l'asne de Cour_, p. 12, il est aussi parl des
          prtentions du duc  se faire roi dans son gouvernement de
          Metz:

               Il est fin ce vieux roy de Mets....
               Ainsy l'evesque de Coulongne
               Autre fois se fist souverain.]

          [Note 319: On sait qu'il passoit publiquement pour complice
          de Ravaillac; on disoit mme que c'est lui qui avoit port
          au roy le dernier coup de couteau. La tragdie de Legouv,
          _la Mort de Henri IV_, roule tout entire sur cette
          complicit de d'Epernon.]

          [Note 320: Il s'agit d'un des _coglioni_ que le marchal
          d'Ancre avoit  sa solde, et dont nous avons dj parl,
          t. IV, p. 19, 25; mais duquel est-il ici particulirement
          question? Je ne saurois le dire, Le _Pasquil Picard
          coyonnesque_, 1616, in-8, p. 4. parle ainsi en son patois
          de la sequelle italienne que tranoit aprs soi Concini:

               Ce conquerant et monarque d'Ide
               Void tous les jours sa fortune en fume
               Assist par un tas de mors de faim (_sic_)
               Qu'il a choisi, achept de sa main
               Des thresors pris dans la Bastille.
               Voyez qu'il a sa main habile
               A bien compter et par millions
               Soudoyer nombre de Coyons.]

          [Note 321: C'est le nom de Claude Mangot, fait tout
          nouvellement _chancelier_, qui se cache sous ces allusions
           quivoques. Au commencement de l'anne 1616, aprs la
          paix de Loudun, dont le renvoi du chancelier Sillery avoit
          t une des conditions, du Vair, prsident au parlement
          d'Aix, avoit t investi de cette charge. Quelques mois
          aprs il ne l'avoit plus, Mangot l'occupoit  sa place.
          La rsistance de Du Vair aux volonts de la reine et du
          marchal, qui avoient rsolu l'arrestation du prince de
          Cond, et la complaisance de Mangot pour ce mme dsir,
          avoient fait la prompte disgrce de l'un et l'lvation
          inattendue de l'autre. La place de secrtaire d'Etat,
          laisse vacante par Mangot, fut donne  l'vque de Luon,
          qui, lisons-nous dans les _Mmoires_ du marchal d'Estres,
          p. 324, ne fut pas longtemps secrtaire d'Etat sans tre
          considr comme un homme rare, d'un mrite extraordinaire.
          Vous avez reconnu Richelieu. Cela se passoit  la fin
          d'aot 1616. Notre pice, qui fait allusion  Mangot, comme
          chancelier, est donc des derniers mois de cette anne-l.]

          [Note 322: Le clbre pre Cotton, jsuite, qui fut
          confesseur du roi jusqu' l'assassinat du marchal,
          accompli, comme on sait, au mois d'avril 1617.]

          [Note 323: Anne Mangot, frre du chancelier, qui, aprs
          avoir eu quelque part, comme ngociateur, au mariage du roi
          et d'Anne d'Autriche, n'eut cependant pas d'emploi plus
          lev que celui de matre des requtes. Tallemant donne 
          entendre que c'tait un assez faible esprit. (1e dit., t.
          IV, p. 51.)]

          [Note 324: Louis Doll, intendant des finances, l'un des
          hommes qui toient le plus  la complaisance de Concini,
          et par l le mieux en passe pour les hauts emplois.
          Peu s'en toit fallu qu'il n'et les sceaux, deux ans
          auparavant, au moment des tats. Il fut grand bruit alors,
          d'aprs le _Financier  Messieurs des Etats_, 1614, in-8,
          p. 38, de la promesse faicte au seigneur Louis Doll,
          d'estre chancellier de France, de Navarre et des Roynes,
           la premire boutade du marquis, pour les bons advis et
          conseils qu'il baille contre les pouvoirs et authoritez.
          Il mourut  la fin de 1616, peu de temps aprs la mention
          malveillante qui est faite ici de lui.]

          [Note 325: Claude Bullion, dont la fortune commenoit
          alors. Il avoit pris part vers ce temps-l aux confrences
          de Soissons, et l'on avoit parl de lui pour la place
          de chancelier de la jeune reine. (_Lettres de Malherbe
           Peiresc_, p. 434.) Mais, peu aprs, un caprice du
          marchal d'Ancre lui fit tout perdre. Richelieu, qui le fit
          surintendant des finances, le lui rendit, et de reste. Voir
          sur lui t. IX, p. 32-33.]

          [Note 326: La _hart_ est cette branche flexible qu'on prend
          pour lier un fagot. Elle le serre comme la corde sur le cou
          du pendu, de l vient que celle-ci s'appeloit aussi une
          hart. V. _Anc. Thtre_, t. II, 45; VII, 25; VIII, 101; et
          _Caquets de l'Accouche_, p. 172, o se trouve rappel le
          proverbe: La _hart_ sent toujours le fagot.]

          [Note 327: Il y a encore ici quelques allusions au
          chancelier Mangot, qui, dans les chansons et pasquils du
          temps, n'est pas en effet appel autrement que Magot. Au
          bas de l'une des estampes qui parurent aprs l'assassinat
          de Concini, avec ce titre: _Tableau et emblesme de la
          detestable vie et malheureuse fin du maistre Coyon_, on
          lit, entre autres stances satiriques:

               Magot, leur Suon et Barbin,
               Sont tout au plus haut de la roue
               Et au bas quand le Coyon joue
               Vieille-Foy, Du Vray et Nanin.

               Du Vray, Vieille-Foy et Nanin
               Sont maintenant au haut estage;
               Le Coyon n'est plus dans la cage:
               A bas Magot, Suon, Babin.

          _Babin_, c'est Claude Barbin, contrleur gnral des
          finances; _Suon_, c'est l'vque de Luon, Richelieu; _Du
          Vray_, le chancelier Du Vair, congdi; _Vieille-Foy_,
          Villeroy, ministre disgraci aussi; et _Nanin_, le
          prsident Jeannin.]

          [Note 328: La femme de Concini, Elonora Dori, qui se
          faisoit appeler Galiga, parce qu' Florence, dit
          Tallemant (dit. in-12, II, p. 194), quand une famille est
          teinte, pour de l'argent on peut avoir permission d'en
          prendre le nom, et c'est ce qu'elle a fait.]

          [Note 329: Concini toit vendu au roi d'Espagne, qui par
          l semble bien digne  notre satirique d'tre compris dans
          l'autodaf.--Nous avons parl en plusieurs autres pices
          des richesses immenses entasses par Concini, et qui lui
          venoient soit de ses connivences avec l'Espagne, soit de
          la dilapidation de nos finances; nous ajouterons ici une
          note  propos des trsors que, plus de trente ans aprs son
          assassinat, le peuple croyoit encore enfouis dans l'htel
          du marchal, rue de Tournon: Bruit par Paris, crit
          Dubuisson-Aubenay, dans son _Journal_ manuscrit, sous la
          date du 23 avril 1650, qu'hier au soir on travailla par
          ordre de M. le duc d'Orlans dans le jardin de l'htel des
          ambassadeurs extraordinaires, o loge  prsent le duc de
          Damville, comte de Bryon, qui est all en son gouvernement
          de Limousin et y a laiss sa femme: et ce pour chercher
          deux cent mille pistoles qu'un advis, venant d'Italie,
          envoy par une femme, devoient estre caches en terre,
          en ce lieu l, ds le temps que le marchal d'Ancre y
          demeuroit.]

FIN.




_Menipe de Francion, ou response au Manifeste anglois_[330].

          [Note 330: Ce manifeste est celui que le duc de Buckingham
          avoit dat de son bord, le 21 juillet 1627, veille de son
          dbarquement  l'le de R. Il y expliquoit les raisons
          qui avoient dtermin le roi Charles  l'envoyer avec
          une flotte au secours de La Rochelle, par pur zle de
          religion. (Leclerc, La _Vie de Richelieu_, 1724, in-12, t.
          I, p. 301.)--On verra tout  l'heure que, malgr l'exacte
          police de Richelieu, des exemplaires de ce manifeste
          s'toient glisss jusque dans Paris, et se vendoient sous
          le manteau. Le cardinal prit alors le parti d'y faire
          rpondre, et choisit une des bonnes plumes qui fussent 
          son service. Nous connoissons en effet peu de livrets de ce
          temps o il se trouve autant d'esprit et de verve. Il est
          probable que Richelieu fut pour beaucoup dans l'inspiration
          de ce pasquil, peut-tre mme dans sa rdaction, et
          j'assurerois qu'il en fut content. L'auteur, que nous ne
          connaissons pas, avoit pris avec intention le pseudonyme de
          Francion, qui accusoit bien sa qualit de Franois et le
          but tout patriotique de sa rponse. C'toit du reste un nom
          aim de Richelieu. Nous le trouvons port par le personnage
          qui parle pour la France dans la tragdie d'_Europe_, qu'il
          fit en collaboration avec Desmarets.]

_Omne malum ab Aquilone._

  Il ne vint jamais d'Angleterre
  Bon vent, bonne gent, bonne guerre,
  Bonne guerre ny bonne gent;
  Beaucoup plus de plomb que d'argent.
  Pour n'estre attaint du vent de bise
  Qui souffle du bord de Tamise,
  Et de l'infidelle Albion,
  Lisez ce qu'escrit Francion.

_A Paris, chez Jean Bessin, rue de Reims._

M.DC.XXVII.


Il se porte sous la cape, et se distribu au coing des rus, 
l'escart des commissaires. Ce n'est pas un vieux boucquin, boucquin
(_inquam_)[331] comme ces vieux calepins, c'est un livret; il est
de peu de feuillets, dor sur la tranche, couvert de peau de beste
rousse, qui sent un peu mal, ou bien le colporteur qui le cachoit
sous ses aisselles. Un maistre s arts le marchandoit, qui, ne
pouvant souffrir l'odeur, en recherchant la cause, il s'cria:
_Hircum sub alis_[332]. [Greek: Tetragmachalos]. Survint un courtisan
qui dissipa la mauvaise odeur avec son colletin parfum[333].

          [Note 331: Notre Francion joue ici sur le nom du duc de
          Buckingham, que l'on prononoit alors partout en France
          _Boucingant_.]

          [Note 332: Encore une allusion au nom du duc, dont, je
          viens de le dire, la premire syllabe, telle qu'on la
          prononoit, tait bouc.]

          [Note 333: Il toit toujours  la mode, parmi les
          courtisans, de porter de ces collets de peau de daim
          parfum, _coleto de ambar_, dont parle Cervantes (D.
          Quichotte, ch. 23), et qui s'appeloient chez nous _collet
          de fleurs_ ou _collet de senteur_. Mon collet de fleurs,
          dit Montaigne (liv. I, Ch. 22), sert  mon nez; mais, aprez
          que je m'en suis vestu trois jours de suite, il ne sert
          qu'au nez assistant.]

_Pastillos Ruffinus olet, Gorgonius hircum_[334].

Ayant achept ceste droguerie du Pont-Neuf, ce menu fatras, en
la premire page il y avoit en taille doulce un oyseau de proye,
d'un plumage roux, quasi comme ce grand oyseau que l'on porte
 la vollerie pour amasser les jays et agasses[335], que l'on
appelle duc ou ducquet[336]; il estoit un peu plus petit. Il y
avoit un escusson timbr de liseaux comme ceux que les valets de
feste estallent pour le bal le jour de la feste de village, des
bouffantes jartieres[337], et aux entrelas il y avoit en grosses
lettres cette devise: _Honny soit qui mal y pense_. D'un autre cost
estoit une grande desse portant sur le front ces mots: [Greek:
Charos amalthias]; elle estoit guirlande de fleurs blanches trois
 trois, qu'un petit bouc voulloit brouter, mais Mercure de son
caduce luy donnoit sur les cornes, et luy disoit ce quolibet:
_Ce n'est pas pasture de capricorne, c'est le moly des Dieux_ et
la Nephante: je dis le _moly_, et non le _mol lis_. J'admiray ces
figures nigmatiques, et, ayant ouvert le cahier et entam le
discours, je recogneu que c'estoit le ramage d'un oiseau passager
que l'on avoit siffl  la perche, et appris un franois corrompu,
tel que le vieil normand que l'on parloit du temps de Guillaume le
Conquerant, un langage d'outre mer, qui ne venoit ny du Levant, ny
du Midy, mais du Septentrion, de bise ou Soubise[338]. Cet oyseau
s'estoit essor l'aisle sur une roche, et  ses vervelles[339] il
y avoit, en grosses lettres: ROCHE AISLE; il estoit de la grandeur
d'un tiercelet[340], se se disoit souverain de l'aigle, le pelican
des chrestiens, la colombe qui porta le rameau d'olive hors de
l'arche de No, et se donnoit mille autres fanfares et banderolles
de vanit; hagard neantmoins et mal leurr pour gibier sur terre;
fort bon pecheur, neantmoins il ne valoit rien que sur la marine,
car sur terre il estoit _tanquam piscis in arido_; il faisoit
force bruit du battement de ses aisles, comme un cormorant gorg de
poisson quand il sort de l'eau. Ce livre ne portoit le nom de son
pre, et toutes fois il s'appeloit _Manifeste_; l'on l'impute  un
advocat qui de despit quitta le barreau et se mulcta luy mesme, et
comme Icare de sa cheute signala la mer de son naufrage, s'etant
mulct luy mesme[341], il en a pris son nom. Il fut plus heureux en
robbe courte qu'en robbe longue, il se fist ambassadeur volontaire
et sans charge, traffiqua de toille de Hollande et de plusieurs
negoces, grand zelateur de la cause, si savant aux controverses
qu'il faisoit la nicque  Tilenus[342], jusques  disputer la palme
du ministre, messager des grands de son party, furet de cour,
passe-partout. Ce livre apologetique estoit brouill d'un jargon
funeste, injurieux, insolent, digne du poinon de la loy Remnie[343],
un discours de renegat, d'un denatur Franois, d'un parjure  sa
nation, qui fait leon publique en anglois, afin, par le barbarisme
d'une langue baltique, de profaner la puret de la nostre. Ce
manifeste thrasonique, libelle de presomption, comme disoit le
maistre s arts, _projicit ampullas_, etc. Il commence par l'enflure
d'une emphase boucquinesque: _Quelle part les roys de la grande
Bretagne ont tousjours pris des affaires des Eglises reformes de
ce royaume de France? Quelle part,  manifeste!_ Ce n'est pas la
part de Marie Magdelaine ny de Marthe, c'est la part d'Esa, et de
ce mauvais voisin, ce laboureur, _qui superseminavit zizania, etc_.
C'est la part des soldats qui jourent la robbe sans couture, qui
l'ont deschire; la part qu'usurpa Henry VIII, la primogeniture de
S. Pierre, que lui et ses successeurs ont usurpe, et l'ont faict
tomber en quenouille. Mais qui vous a donn l'authorit, homme de
del les mers, de faire le tuteur de ceux qui ne sont ny vos enfants,
ny vos pupilles, ny vos sujets? Pourquoy venez-vous en la maison du
pre desbaucher ses enfants et les soustraire de leur obessance?
Vous responds que c'est le soing des Eglises reformes. _Scilicet
hic superis labor est, ea cura quietos sollicitat._ Vostre Anglicane
est du tout differente de celles de France, elles n'en recognoissent
ny le langage ny les ceremonies; celle de vostre pre Jacques estoit
contraire  celle des puritains et calviniens, qu'il detestoit, se
plaignant de l'avoir voulu estouffer ds le berceau. Vostre Eglise
angloise est contraire en habits, moeurs et police; elle retient une
forme exterieure du clerg: ses evesques sont mitrs et crosss, les
doyens et chanoines portent bonnets, robbes et aumusses, chantent
en vulgaire, solemnisent les festes des apostres et celle de leur
sainct George  cheval, avec les banderolles de leur ordre; et nos
ministres de France sont docteurs en robbe courte, portent le
castor, sont emmantels de panne de soye, peigns et godronns sur
la rotonde, equipps  la mode et qui sortant de la chaise peuvent
entrer au bal au mesme habit qu'ils ont presch. Et puis dites
maintenant que le soing des Eglises de France vous a fait descendre
en Aulnis[344]? Vous avs, dites-vous, recherch l'alliance de
France[345]. Il est vray, c'estoit le plus glorieux advantage que
monarque de l'Europe peust esperer, c'est le surhaussement de vostre
Estat, et le solstice de Vostre Majest. Je lou cette alliance,
je blasme et deteste l'infraction de ceux qui, ayant promis un
temperament politique aux affaires de la religion, et une souffrance
telle quelle aux catholiques, ds le lendemain de arrive de la reyne
leur ont deffendu l'entre de la chapelle  coups de hallebarde, ont
chass son evesque et ses prestres, contre les articles du mariage.
Qui a commenc la querelle[346]? L'on avoit promis de rompre le
fort, ce dit l'Anglois[347], le Franois respond: Vous avis promis
de faire ouvrir la Rochelle et la faire obeyr. Le roy conservoit
ses sujects en la seurt des edicts; ils estoient non seulement
gards, mais amplifis. Et ainsi, Manifeste, pour vous rendre vos
mots, vostre maistre n'estoit elud c'est vous qui avs illud le
nostre, et nous faites des illusions; c'est pourquoy il m'est permis
d'alluder sur vostre nom. Vous luy deviez conseiller le voyage du
Palatinat, le restablissement de on beau-frre en son Estat, usurp
depuis tant d'annes[348]; c'estoit l son Maraton et la glorieuse
lice de ses entreprises, et non pas fomenter des rebelles  leur
prince: il falloit remettre le Palatin. Je vous en dirois davantage
en autre langue, mais vous n'estes pas Latin, moins bon Franois;
je passe pour Romain, et vous Anglois, comme vous le professs et
escrivs en vostre _Manifeste_, que vostre roy a patient au del de
la patience. Il n'a point est moyenneur[349] de paix; elle estoit
auparavant vostre alliance, et si elle a est esbranle depuis, la
cause en est plus manifeste que le nom de vostre satyre. L'on avoit
promis la demolition de Fort-Louys, l'on avoit promis  Louys une
plaine et absolu obessance de ses sujets[350], et une entre en
ses villes sans train limit. Qui a deu commencer  accomplir, ou le
maistre ou le vallet, ou le prince ou le sujet? Le Fort-Louys est une
hostellerie pour loger ceux qui arrivent tard, les portes fermes,
et si l'on ne veut souffrir que le gouverneur de la province loge
en ville, au moins que le bourgeois de la Rochelle luy permette de
demeurer dans les faux-bourgs, ou en la banlieue, et le Manifeste
est si incongru au langage franois qu'il ne veut souffrir les
diminutifs _Roche_, _Rochelle_, _Rochellete_. Chacun peut bastir sur
son fond ce qui luy plaist, et aux villes les plus republiquaines
 la porte d'un mousquet. Le fort n'est qu'un monceau de gazons,
l'on batist tous les jours de nouvelles villes: Nancy, Charleville,
Boisbelle[351], Orange; souffrs que les roys facent ce que fait un
chacun. Le fort est une petite colonie o le brave Arnault avoit
commenc une belle police, que le vaillant et courageux Thoras[352]
avoit amplifie; les bourgeois y entrent librement et seurement, les
villageois y viennent au march; que si l'artisan quitte sa boutique
et fait le mutin, pour luy apprendre le droit civil on luy fait  la
vole quelque petite leon de droict canon, qui faict plus de bruict
que de mal: comme quand il fait trop chauld, le temps se rafraischit
par un ou deux esclats de tonnerre, mais cela n'est que _brutum
fulmen_. Le fort incommode la ville; dittes: la ville incommode le
fort; le puissant foulle le foible. La Rochelle fut jadis un second
d'Anvers, la retraitte de bons et riches marchands, bons Franois,
bons sujets; maintenant elle est remplie d'estrangers, de coureurs,
de picoreurs, la grotte de Cacus, la tasnire des renegats, le bureau
des ranonneurs; depuis deux ans l'on n'en a peu approcher  plus de
vingt lieues  l'entour. Les messagers et ordinaires de Bourdeaux,
Perigueux, Limoges, et tout le Poictou, ont est contraincts de
marcher en trouppe avec escorte; les juges magistrats et conseillers
des cours souveraines ont est pris, destroussez et mis  ranon, et
cependant le Manifeste les figure non comme loups, mais comme brebis,
comme simples colombes, et non comme sacres et vautour: _Introrsum
turpes speciosa pelle decori_. Mais qui a commenc la querelle,
qui le premier a rompu, qui a saisi et arrest les marchands et
les vaisseaux, qui a picour, qui a fourrag, depred, piratis et
pilatis? L'on demandoit  un Lacedemonien comment il avoit est
bless: _Prodente me scuto_. Nostre bouclier, c'estoit la paix,
on l'a perc  l'improviste; l'on a plutost frapp que denonc,
contre le droict des gens, contre les loix sacres des alliances.
Il n'y a nation si barbare qui auparavant que d'armer ne denonce:
l'on envoyoit des herauts que les Romains appelloient _foeciales_:
_Habemus_, disoit l'orateur, _hominem in foecialium manibus educatum,
in publicis foederum religionibus sanctum et diligentem_; ils
renvoyoient les arres et gages de l'alliance, les roys renvoyent
les ordres, et ne font la guerre  pied lev comme les nomades, les
Tartares, qui enlevent d'emble et destroussent sans recognoistre. Il
ne faut plus dire que l'on est surpris _de Gallico_, il faut dire _de
Anglico_.

          [Note 334: Horace, liv. I, sat. 2, v. 27. Au lieu de
          _Ruffinus_ il faut lire _Rufillus_.]

          [Note 335: On sait que c'est l'ancien nom de la pie.]

          [Note 336: Allusion au titre de Buckingham.]

          [Note 337: Allusion  la jarretire qui entoure l'cusson
          d'Angleterre.]

          [Note 338: Allusion par quivoque au duc de Soubise, qui,
          avec son frre an le duc de Rohan, avoit fait alliance
          avec l'Anglois et s'toit mis en guerre ouverte contre le
          roi. Richelieu n'ignoroit rien de ses menes; il savoit
          notamment qu'il avoit fait main basse sur plusieurs
          vaisseaux franais. Pour toute rponse  cet acte de
          rebelle, il s'tait content d'crire, vers le milieu de
          juillet de cette anne,  M. de Maillezais, fera venir
          un commissaire pour raser Soubise. C'tait la demeure
          seigneuriale du duc sur la Charente, prs de Marennes.
          (Avenel, _Lettres, instruct. diplomat. et papiers d'Etat du
          Card. de Richelieu_, t. II, p. 506.)]

          [Note 339: C'toient les anneaux ou plaques que l'on
          attachoit aux pieds de l'oiseau de proie, avec l'empreinte
          des armes du seigueur auquel il appartenoit.]

          [Note 340: On appeloit _tiercelet_ le mle des oiseaux de
          proie: _faucons_, _autours_, _gerfauts_, _perviers_.]

          [Note 341: Malgr cette allusion assez transparente au nom
          de l'avocat  qui le _Manifeste anglois_ toit attribu,
          nous n'avons pu dcouvrir qui il toit au juste.]

          [Note 342: C'est le grand controversiste protestant, le
          Silsien Daniel Tilenus, qui vivait encore  cette poque.
          On l'accusoit d'avoir fait l'_Anti-Coton_, libelle alors
          fameux. V. le _Borboniana_,  la suite des Mmoires de
          Bruys, t. II, p. 271.]

          [Note 343: Encore un jeu de mots; cette loi _Remnie_ n'est
          invoque que parce que l'auteur du manifeste avoit _reni_
          notre cause.]

          [Note 344: Nous avons dj dit plus haut que le principal
          prtexte allgu par le _manifeste_ au sujet de la des
          Anglois  l'le de R toit la dfense des rforms.]

          [Note 345: Le manifeste dclaroit, en effet, que le roi
          de la Grande-Bretagne avoit recherch la soeur du roi de
          France, mais il ajoutoit que le mariage avoit eu lieu
          surtout pour que le roi ft mieux en tat d'appuyer les
          Franois rforms.]

          [Note 346: V.  ce sujet une des pices prcdentes, p.
          165-166.--Au chapitre VI des _Mmoires_ du comte Leveneur
          de Tillires qui toit alors notre ambassadeur  Londres,
          il est aussi parl fort en dtail de la mesure qui fora
          les prtres franois de s'loigner du service de la reine
          femme de Charles Ier, et cette proscription y est en partie
          attribue au duc de Buckingham. On conoit d'autant mieux
          qu'il en soit fait ici mention. (_Mm. ind. du C{te}
          Leveneur de Tillires_, publis par C. Hippeau, 1862,
          in-18, p. 88-150.)]

          [Note 347: Le _manifeste_ se plaignoit de ce qu'au mpris
          des paroles donnes pour les rforms de La Rochelle, et
          des promesses faites au sujet de la dmolition du fort
          Saint-Louis, dans l'le de R, non-seulement on l'avoit
          conserv, mais de plus qu'on avoit augment sa force, et
          mme bti d'autres forts dans l'le.]

          [Note 348: Frdric V, lecteur palatin, s'tant laiss
          faire roi de Bohme, avoit attir contre lui toute la
          puissance des Impriaux, et dans une courte lutte, qui fut
          la premire phase de la guerre de Trente Ans, il avait
          perdu ses deux couronnes d'lecteur et de roi. Retir
          en Hollande, puis  Mayence, avec sa femme Elisabeth
          d'Angleterre, soeur de Charles Ier, il mourut dans cette
          dernire ville, le 22 nov. 1632, peu de temps aprs la
          mort de Gustave-Adolphe, qui avoit entrepris pour son
          rtablissement ce que Francion conseille ici au roi
          d'Angleterre, et qui et tenu compltement sa promesse sans
          le coup mortel dont il fut frapp  Lutzen.]

          [Note 349: Ce mot toit depuis fort longtemps dans notre
          langue avec le sens de _ngociateur_, et, moins noblement,
          d'entremetteur. On lit dans Commines (liv. III, ch. 8):
          Le connestable de Saint-Pol vouloit tousjours estre
          moyenneur de ce mariage. Et dans la traduction du _Gusman
          d'Alfarache_, par Chapelain (2e part., liv. III): Sa bonne
          amie la moyenneuse de leurs plaisirs secrets.]

          [Note 350: Le _manifeste_ prtendoit que cette obissance
          et complte soumission toit obtenue, et par l les
          rforms s'toient rendus dignes d'obtenir  leur tour ce
          qu'on leur avoit promis, notamment la dmolition du fort
          Louis.]

          [Note 351: Sully ayant achet, en 1597, du prince Charles
          de Gonzague, la principaut de Bois-Belle, en Berry, qui
          toit totalement indpendante, y avoit fait construire
          une ville toute neuve, qui conserve encore aujourd'hui la
          physionomie de son poque, et que le vieil ami d'Henri IV
          avoit appele Henrichemont, en l'honneur de son bien-aim
          matre. Ce franc-fief ne fut runi  la couronne qu'en
          1766.]

          [Note 352: Thoiras, gouverneur pour le roi au pays d'Aunis,
          rendit alors de trs-grands services. Il ne put s'opposer
          au dbarquement des Anglois dans l'le de R, et perdit
          mme un de ses frres dans le combat qui leur fut livr
           la descente; mais, s'tant retir dans le fort Louis,
          il y fit une si belle dfense qu'il donna le temps  MM.
          de Schomberg et de Marillac de dbarquer dans l'le six
          mille fantassins et trois cents chevaux, qui culbutrent
          les Anglois et les forcrent de repartir  toutes voiles
          pour l'Angleterre. Sa Majest, crivit Richelieu le 9 nov.
          1627, surlendemain de cette victoire, a receu en cette
          occasion ce qu'elle attendoit de la bonne conduite et du
          courage de M. le mareschal de Schomberg et des sieurs de
          Marillac et de Thoirax (_sic_), qui sortit de la citadelle
          avec six cents hommes du rgiment de Champagne. Toute
          la noblesse y a si bien fait, qu'il est impossible d'en
          remarquer un seul aux actions duquel on puisse trouver 
          redire. (_Lettres_ de Richelieu, t. II, p. 707.)--Dans les
          _Oeuvres potiques_ de Jean Auvray, 1631, p. 5, se trouve
          un sonnet sur la _Descente des Anglois dans l'Isle de R_,
          et sur leur fuite.]

Il ne falloit point qu'un Achitofel commist deux grands roys, et
prendre le faux pretexte de l'oppression des Eglises reformes.
C'est une fueille blafarde que l'on met sous une hapelourde pour la
faire passer pour diamant[353]. Ce que vous appeliez Eglise, c'est
un ramas de mutins, de libertins, qui tendent  l'anarchie, qui
pour un maistre en veulent plusieurs. Au reste c'est un blasphme
insolent, que l'on a mis l'honneur du roy trs-chrestien  couvert.
Blasphme que le papier ne peut souffrir, dont il rougit de honte,
que l'honneur du plus grand monarque de la chrestient soit mis 
couvert sous l'authorit d'un infrieur. Quand on parle des roys,
des images de Dieu, il faut user de paroles de soye, il ne les
faut approcher qu'avec des parfums et de l'encens. Nul n'ignore la
grandeur du roy de la Grande-Bretagne; en mon particulier j'ay de
l'obligation  l'auguste memoire de son ayeul, et  celle du roy
Jacques, qui me defendit de la supercherie que me voulut faire un
sien ambassadeur puritain. Vous parlez des roys,  Manifeste, comme
nostre maistre s arts expliquant l'oraison _Pro rege Dejotaro_.
Vos comparaisons ne sont pas comme celles que fait Plutarque des
empereurs grecs et romains; vous estes un mauvais gomtre d'egaller
un angle de terre  un grand cercle auquel il n'y a commencement ny
bout. Ne parlons point de nos maistres, nous ne serons jamais leurs
arbitres: le maistre aux arts disoit que _non tutum est scribere in
eos qui possunt proscribere_, et moy,  qui il a appris le latin,
je le traduisois: _Il ne faut point honnir contre celuy qui peut
bannir_. Au reste, vous faites un partage des elements: vous vous
attribuez le trident, les ondes ne sont que pour vous, vous estes
les Jasons, les Tiphis et les Argonautes; Neptune, Eole et les
Tritons sont vos vassaux. Je ne veux desrober la gloire de vostre
nation; vous estes bons pilotes, et nous surmontez en l'oeconomie
de la marine et au soin de bien freter, mais non en l'adresse ny en
la dexterit: nos Normans, Maillouins, Bretons et Olonnois ont fait
des routes plus loing que vous, et Jean Ribault, Dieppois[354], a
montr le chemin  vostre Drach, qui n'a fait que retracer ces pas,
Vostre equipage est bien lest et calfeutr, mais il n'est pas temps
de sonner le triomphe, l'Automne sera le correcteur de son insolence
par le doux poison de ses raisins et de son moust; l'Hyver, avec ses
bourrasques, en sera l'executeur. Tandis que le secours de la terre
se prepare, l'on attend celuy du ciel avec cette allgresse et le
pan d'acclamation:

  O Roy cheri de Dieu, pour lequel fait la guerre
  L'air d'orages esmeu, et ole desserre
  Ses tourbillons arms; pour lequel icy bas,
  Au bruit de ses clairons, les vents font leurs combats.

          [Note 353: Pour savoir qu'on disoit _happelourde_ pour
          pierrerie fausse, il suffit de se rappeler ces vers de La
          Fontaine:

               Tout est fin diamant aux mains d'un habile homme,
               Tout devient _happelourde_ entre les mains d'un sot.

          Plus tard, vers 1657, quand le sieur d'Arce se fut
          enrichi, dans l'enclos du Temple,  contrefaire d'une
          faon merveilleuse les diamants, meraudes, topazes et
          rubis, etc. (_Journal d'un Voy.  Paris en 1657_, p.
          45), on n'appela plus les fausses pierreries que diamants
          du Temple. (V. notre _Paris dmoli_, p. 45.) Comme les
          marchands du Palais en vendoient aussi, on disoit encore
          _bijoux du Palais_. V. _Oeuvres_ de Montreuil, p. 165, 234.]

          [Note 354: J. de Ribault, qui fut envoy dans la Floride
          par Coligny pour y fonder une colonie, et qui y fut
          massacr par les Espagnols. Ses voyages prcdrent de dix
          ans ceux de Drach.]

Vous ferez comme les mousches, qui voltigent pendant la tiedeur de
l'automne, succotent la douceur des fruicts, et aux premiers frimas
tombent de faim et de froid. La vendange de l'isle de R, avec ce
grand curateur des successions vacquantes, avec ses Mores sous le
pampre et sa compagne la dissenterie, et le moust, donneront leurs
premires escarmouches; vous ne vous abstiendrez jamais de la grappe
ny de son jus, car vous estes de l'humeur de l'un de vos princes qui,
condamn par son frre impiteux, choisit le doux supplice en une pipe
de malvoisie[355]; et desj se commence l'eschet,

                        _cito prterit estas.
  Appetit Autumnus, Libitin qustus acerb_.

          [Note 355: Tout le monde sait que le duc de Clarence, frre
          d'Edouard IV, condamn a mort pour rbellion aux ordres
          de son frre, demanda qu'on le noyt dans un tonneau de
          Malvoisie. Ce fait est aujourd'hui contest. V. _L'Esprit
          dans l'histoire_, p. 16.]

Pour vous faire dire vray, que ce que vous avez amen n'est qu'une
poigne de gens, au moins le sera-elle dans trois mois, si tant
vous durez, une poigne _sine pugna_ d'un couteau secret, et d'une
allumelle[356] cache dans le sein de la Providence; car, quant 
ces troupes sur pied,  ces leves que vous marquez en la charte de
vostre manifeste pour l'Allemagne, le maistre s arts, qui est un
peu boucquin et satirique, _dum vellicat aurem_, me disoit: _Hic
fingit pietas acies, simulataque castra_. Mais j'approuve autant
cet armement, comme je condamne vostre invasion en Aunis: l vous
appelle Frederic et vostre soeur Elizabeth, et ses bambins avec leurs
maillots et berceaux; l vous appellent les reliques de Bohme, les
riches despouilles de l'Electorat.

          [Note 356: Petite lame d'pe ou de dague. On lit dans les
          comptes royaux de 1458: Pour une dague  deux taillants
          d'un pi et demi d'alumelle. On saluoit avec l'_alumelle_
          dgane, et de l est venue une singulire erreur de
          l'auteur du Glossaire de l'_Histoire de Paris_. Ayant lu
          dans les registres du Parlement pour 1419: Charles mist
          tantt la main  son allume, faisant semblant de saluer
          nostre dict cousin, etc., il crut que Charles l'avoit
          salu du bonnet, et il mit en note: _allume_, bonnet.
          (De Laborde, _Glossaire des maux_, p. 126.)]

  _Dulces exuvi, dum fata Deusque sinebant;
  Eia, age, rumpe moras_, etc.

Mais oyez la _chamade en rime_ du bonhomme Artus Dsir[357]:

  Bout selle, bouts bas;
  Au choc, au choc et aux combats!
  A l'assaut,  l'assaut, gensdarmes!
  Prens vos lances et vos armes,
  Vos halcrets et vos bombardes,
  Et vous tens dessus vos gardes.
  Quitts le rivage marin
  Et la Tamise, allez au Rein.
  D'estoc, de pistollet, de dague,
  Allez vanger le tort de Prague,
  Rendez luy le Palatinat
  Et l'aneau de l'electorat,
  Et retrouvez en la Bohme,
  Pour Frederic, un diadme.

          [Note 357: Le grand ennemi des protestants, dont les
          nombreux crits, plus empreints de fanatisme que de
          posie, sont catalogus au long dans le tome 35, p. 286 et
          suiv., des _Mmoires_ du P. Niceron. La _Chamade en rime_,
          cite ici, n'est pas indique dans ce catalogue, et comme
          elle est de beaucoup postrieure  l'anne 1577, date au
          _Dsordre et scandale de France_, que l'on croit tre son
          dernier livre, elle permet de croire qu'il vcut beaucoup
          plus tard qu'on ne le suppose. V. encore, sur lui, l'abb
          d'Artigny, _Nouv. Mm. de Littrat._, t. II, p. 49; Viollet
          Le Duc, _Biblioth. pot._, p. 262-264; et notre t. VI, p.
          39.]

Je vous le dis et predis, auxiliaires des Eglises, volontaires des
oppresss, milords protecteurs des bourgeois, et neantmoins cette
rousse pele, et, comme disoit ce maistre s arts excoriateur, _Rupe
pelle_, ne meritoit que vous vinsiez en ce curieux arroy, _in
navibus atque phasellis_. Les Espagnols, aussi glorieux que vous,
viennent _in curribus et equis_, et, pour rimer, _in mulabus et
asellis_, et, certes, encores certes, pour jurer  la reforme, ceste
bourgeoise reforme ne meritoit un secours en si bel arroy, car,
comme rechantoit le maistre aux arts avec sa Penelope:

  _Vix Priamus tanti totaque Troja fuit_.

C'est assez pour un petit Manifeste. Vacations sont donnes, je
m'en vais manger des raisins doux dans ma coste, salutairement,
innocemment, et les defendray mieux que ceux de l'isle de R; et si
quelqu'un passe dessus ma baye, je luy feray souffrir la peine que
fit le bon pre Denis  cet animal petulque et ennemy de ses presents.

  Celui qui a fait cet ouvrage
  Fut Francion de haut courage,
  Qui pour Romain se fait nommer,
  Qui n'ayme le vent d'outre mer,
  De galerne ny de Soubize,
  Ny ce faux pretexte d'Eglise.

FIN.




_Epistre de Madame la Daulphine escripvant  Madame Marguerite_[358].

          [Note 358: Ces vers, dont l'intrt n'chappera
          certainement  personne lorsqu'on les aura lus, et
          surtout lorsque l'on connatra le nom de leur auteur,
          n'ont t imprims, si nous ne nous trompons, que dans la
          brochure  petit nombre publie par M. Frd. Chavannes,
          _Notice sur un Manuscrit du XVIe sicle, appartenant 
          la Bibliothque cantonale de Lausanne_ (Lausanne, 1844,
          in-8), et dans la _Revue de Paris_, du 28 avril 1844,
          P. 278-280, d'une faon mme assez peu correcte. Ils
          sont extraits, ainsi que ceux de Clment Marot, dont le
          mme numro donnait des fragments, d'un manuscrit de la
          bibliothque de Lausanne, formant 282 pages petit in-fol.,
          et provenant de la succession du docteur Favre de Rolle,
          clbre au dernier sicle par sa science et par ses hautes
          amitis. Ce manuscrit ne porte aucune signature, mais on
          voit par certains dtails qu'il dut tre copi par un
          matre d'criture qui vivoit  Genve au temps de Calvin.
          L'criture est d'une assez belle gothique. Passons  la
          question la plus importante. Quelle est la _Daulphine_ dont
          nous donnons ici l'_pistre_? Ce ne peut tre que Catherine
          de Mdicis. On en doute dans un article du _Bulletin de
          l'Alliance des Arts_, 10 mai 1844, p. 347; l'anonyme qui
          crivit l'article de la _Revue de Paris_ n'en est pas
          non plus trs-sr. Quant  nous, nous n'en doutons pas.
          Catherine de Mdicis, c'est Brantme qui l'assure, disoit
          et parloit bon franois, encores qu'elle ft italienne.
          A ceux de sa nation pourtant, continue-t-il, ne parloit
          que bon franois souvent, tant elle honoroit la France
          et la langue. Non-seulement elle savoit parler celui
          de la cour, mais aussi celui du peuple. La Reyne mre,
          lisons-nous dans le _Scaligerana_ (1667, in-12. p. 46-47),
          parloit aussi bien son goffe parisien qu'une revendeuse de
          la place Maubert, et l'on n'eust point dit qu'elle estoit
          italienne. On sait par ses lettres qu'elle crivoit fort
          bien en prose; pourquoi, amie de la posie comme elle le
          fut toujours, n'et-elle pas de mme crit fort bien en
          vers, surtout s'adressant  une muse,  la spirituelle
          Marguerite de Navarre, tante de son mari? L'auteur de
          l'article de la _Revue_ se demande  quelle poque ces vers
          furent crits, et penche pour l'anne 1536. Ce seroit trop
          tt, selon nous. Catherine n'avoit alors que dix-sept ans,
          il n'y avoit que trois annes qu'elle toit en France, et
          elle ne devoit pas, par consquent, s'tre encore rompue 
          toutes les finesses de notre langue. Je prfre pour date
          l'anne 1543. Comme en 1536, le roi est absent de la cour
          avec ses deux fils, et Catherine, dont l'affection ne s'est
          pas attidie, mais dont l'esprit mieux form et le langage
          plus expert peuvent enfin traduire  l'aise la dlicatesse
          de cette affection, est plus  mme qu' tout autre moment
          de sa vie d'crire ces vers excellents, les meilleurs
          peut-tre qui soient partis d'un coeur de princesse. Esprit
          et sincrit, ardeur et grce, loquence et navet, rien
          n'y manque de ces rares qualits dont la plupart semblaient
          si incompatibles avec son caractre.]


  Vous vous pourrez esmerveiller, Madame,
  Dont si soubdain, sans avoir appris d'asme[359],
  Je me suis mis  composer en vers,
  Vu que dormi n'ay sous les arbres verds
  De Parnassus, ni bu en la fontaine
  O puiser fault science si haultaine.
  Peut estre aulcuns n'en seront esbahis
  Et vous diront que je suis du pays
  O de tout temps les neuf Muses habitent[360].
  Elles, pour vray,  rymer ne m'invitent.
  Le grand desir d'envelopper et mettre
  Mes durs regrects en moins fascheuse lectre,
  Et que je say que de nature aymez
  Le son plaisant des vers qui sont rymez:
  C'est ce qui m'a, et si ne say comment,
  Faict devenir poeste en un moment.
  Ce que l'amour qu'a vous j'ay indicible
  M'a fait trouver bien ays l'impossible.
  Helas! tous ceux qui  rymer se peinent
  Les arguments de plaisir entreprennent;
  Mais, pour monstrer ce que faire, je say,
  Me fault escrire en ce mien coup d'essay
  L'ennui que j'ay d'estre loing demoure
  De vous, Madame et soeur tres honoure,
  Sans que esbatz ne me semblent qu'ennuis
  Et que les jours ne me semblent que nuits[361].
  Aulcunes foys avecques habit noir
  Je me proumesne en ce noble manoir,
  Le quel plus grand qu'il ne souloit me semble,
  N'y voyant plus la compagnie ensemble.
  Aulcunes foys au jardin m'en alant,
  Tout  part moy  luy je vais parlant,
  Car vous diriez, tant il croit qu'il agre,
  Qu'il est marri qu'en luy ne me recre.
  Jardin royal, ce dy-je, ta verdure,
  Tes fruits, tes fleurs, tout ce qu'art et nature
  T'a pu donner, n'a ores la puissance
  De me donner un peu d'esjouissance.
  Si tu veux donc qu'aultre chre te fasse,
  Rends moy la fleur quy les tiennes efface,
  Rends moy la noble et franche Marguerite;
  Rends moy aussy de noblesse l'eslite,
  Mon cher espous, qu'elle et moy soulions voir
  Sur grands chevaulx, et faire son debvoir
  A les picquer sur tes alles grandes[362].
  Lors me verras ainsy que me demandes.
  En ce temps l, pour plaisir les picquoit,
  Et sans danger aux armes s'apliquoit.
  Mais maintenant pour le bien de la France
  Et pour honneur prend armes  oultrance.
  Que Dieu luy doint, aprez tout debastu,
  Fortune esgale  sa grande vertu.
  Sur ce m'en vay  ma chambre ou ma salle;
  Lieux desolez, on ny chante ny balle.
  L, devisant,  mes gens je m'adresse,
  Aussy faschez quasy que leur maistresse.
  Tandis, parfoys, devers vous se transporte
  Hoste ou lacquays qui nouvelles apporte,
  Mes lettres prends avec extresme joye;
  Mais tout  coup j'ay si grand peur que j'oye,
  En les lisant, quelque mal advenu,
  Qu'entre ayse et poine est mon cueur destenu.
  Quand j'ay tout leu, et que rien je n'y treuve
  De mal venu, m'est advis que j'espreuve
  L'ayse de ceulx qui ont faict leur voyage
  De sur la mer sans avoir eu orage.
  O plus heureux que Mercure celuy
  Qui dez demain, ou plus tost aujourd'huy,
  Me vouldrait dire, en riant de vray zesle:
  Madame vient; ou: Allez devers elle;
  Et plus heureux celuy qui viendroit dire:
  Henry vainqueur en France se retire.
  Soubs cest espoir en grants devotions,
  Journellement faisons processions.
  Processions, regrects, deuil et soucy
  Sont les esbats que nous prenons icy,
  En attendant la fortune prospre
  Des fils aimez[363] et de l'honour pre.

          [Note 359: De personne, d'_me qui vive_.]

          [Note 360: Ici Catherine se rvle elle-mme par sa patrie
          italienne.]

          [Note 361: Ces vers sur les ennuis de l'absence trouvoient
          un facile cho dans le coeur de cette bonne reine de
          Navarre, qui en a fait de si charmants sur les mmes
          souffrances. Je ne citerai que ces couplets d'une chanson
          de Marguerite, qui se trouve dans un manuscrit appartenant
           M. Fouques, et n'a pas encore, je crois, t runie  ses
          autres posies:

               Si tost qu'il souspire,
               Je fonds toute en pleurs.
               S'il plaint mon martyre.
               Je plains ses douleurs.

               Pas je ne puis vivre
               Si je ne le voy,
               Mon coeur pour le suivre
               S'absente de moy.

               Viens donc, mon amy,
               Approche de moy,
               Passe ton envie,
               Il ne tient qu' toy.]

          [Note 362: Catherine, dans ses regrets, ne devoit pas
          oublier ces nobles exercices du Dauphin, son mari, car
          c'toient ceux auxquels elle-mme se plaisoit le mieux:
          Elle estoit, dit Brantme, fort bien  cheval, et
          hardie, et s'y tenoit de fort bonne grce, ayant est la
          premire qui avoit mis la jambe sur l'aron, d'autant
          que la grce y estoit bien plus belle et apparoissante
          que sur la planchette, et a toujours fort aim d'aller 
          cheval jusqu' l'ge de soixante ans ou plus, qui pour
          sa foiblesse l'en privrent, en ayant tous ses ennuis du
          monde.]

          [Note 363: Ces fils aymez taient le Dauphin, Henri, et
          son frre le duc Charles d'Orlans, tous deux au sige de
          Perpignan, dans les premiers mois de 1543, pendant que leur
          pre toit all rduire une sdition  La Rochelle. En
          1536, date prfre par l'crivain de la _Revue de Paris_,
          le roi et ses fils, nous l'avons dit, toient aussi tous
          en campagne, mais  cette poque Henri n'toit pas encore
          dauphin. Son frre an, Franois, ne mourut en effet cette
          anne-l qu' la fin de l'expdition en Provence contre
          Charles-Quint. Les vers que Catherine auroient faits sous
          l'inspiration de l'absence motive par cette expdition
          ne pouvoient donc tre donns comme tant de la dauphine,
          puisque Catherine ne l'toit pas encore. Le copiste auroit
          dit: _Epistre de madame la duchesse d'Orlans_, seul titre
          qu'elle eut alors. Si donc, pour conclure, Catherine est
          appele madame la Dauphine en tte de ces vers, c'est
          qu'ils sont d'un temps o on l'appeloit ainsi, et par
          consquent d'une poque postrieure  l'expdition de 1536.]




TABLES DES MATIRES

CONTENUES DANS LES 272 PICES FORMANT LES 10 VOLUMES


TABLE MTHODIQUE.

_Pices sur l'glise et le clerg._

Histoire miraculeuse de trois soldats punis divinement pour les
forfaits, violences, irreverences et indignits par eux commis avec
blasphemes execrables contre l'image de M. saint Antoine,  Souley,
prs Chastillon-sur-Seine, le 21e jour de juin dernier pass (1576).
IV, 307.

Le Vray Discours des grandes processions qui se font depuis les
frontires de l'Allemagne jusques  la France (1584). VII, 347.

Sermon du Cordelier aux soldats, ensemble la responce des soldats au
Cordelier (1612). II, 333.

Recit veritable de l'attentat fait sur le precieux corps de N.-S.
Jesus-Christ entre les mains du prestre disant la messe, le 24 mai
1649, en l'eglise de Sannois. III, 11.

Passe-port pour l'autre monde, delivr par les jesuites, moyennant
200,000 florins (29 mars 1650). IX, 337.

Catechisme  l'usage de la cour ecclesiastique de France, contre le
jansenisme (1665). V, 84.

Lettre du sieur d'Aligre au chancelier Seguier, sur une proposition
scandaleuse touchant le pouvoir des papes sur les rois (29 oct.
1660). IX, 339.

Stances sur le retranchement des ftes en 1666. VI, 245.

Sur les revenus des pasteurs. VII, 53.

Le Cochon mitr, dialogue. VI, 209.

Lettre de Calvin, apporte des enfers par l'esprit du sieur Groyer,
aux pasteurs du petit troupeau. VII, 217.

Ordre  tenir pour la visite des pauvres honteux. V, 127.

Satyre contre l'indecence des questeuses (1710). V, 331.


_Lois et Ordonnances._

Edit du roy pour contenir les serviteurs et servantes en leurs
devoirs (1565). VII, 205.

Ordonnance pour le faict de la police et reglement du camp (1568). I,
259.

Arrest de la cour de parlement qui fait deffenses  tous patissiers
et boulangers de fabriquer ni vendre,  l'occasion de la feste des
Rois, aucuns gasteaux (1740). V, 239.

Lettre du roi pour que les arbres du Mai soient pris dans le bois de
Vincennes (1777). IX, 359.

Edit du roy portant suppression des charges de capitaines des
levrettes de la chambre du roy (1787). VI, 181.


_Histoire de France._

L'Entre de la Reyne et de Messieurs les Enfans de France 
Bourdeaulx (1529). VIII, 247.

L'Ordre du combat de deux gentilshommes faict en la ville de Moulins,
accord par le roy nostre sire (1537). III, 93.

L'Interrogatoire et deposition de Jean de Poltrot sur la mort de M.
de Guyse (1563). VIII, 5.

Catalogue des princes, seigneurs, etc., qui accompaignent le roy de
Pologne (1574). IX, 81.

Conspiration faite en Picardie (1576). VII, 315.

Discours sur les causes de l'extresme chert qui est aujourd'hui en
France (1586). VII, 137.

Discours de la deffaicte qu'a faict M. le duc de Joyeuse et le sieur
de Laverdin contre les ennemis du roy  La Mothe Sainct-Eloy (1587).
VII, 211.

Le Vray Discours sur la desconfiture des reistres (nov. 1587). IX,
111.

L'Estrange et veritable accident arriv en la ville de Tours, o la
reyne couroit grand danger de sa vie sans le marquis de Rouillac et
de M. de Vignolles, le vendredy vingt-neufviesme janvier 1616. VI,
303.

Manifeste de Pierre du Jardin, capitaine de la garde, prisonnier en
la conciergerie du Palais, 1619 (pice relative  Ravaillac). VII, 83.

Sommaire Traict du revenu et despenses des finances de France,
ensemble les pensions de nosseigneurs et dames de la Cour, escrit par
Nicolas Remond, secretaire d'Estat (1622). VI, 85.

La Nouvelle Defaicte des croquans en Quercy, par M. le mareschal de
Themines (1624). VII, 323.

Histoire veritable du prix des vivres de La Rochelle pendant le
sige. VI, 23.

Louis XIII au pas de Suse, par Saint-Simon. IX, 327.

La Journe des Dupes, par Saint-Simon. IX, 309.

Lettres de Vineuil sur la conspiration de Cinq-Mars. VIII, 119.

Passage du cardinal de Richelieu  Viviers. VII, 239.

Rapport d'un affid de l'Angleterre  Paris, en 1655. X, 35.

Particularits de la conspiration et la mort du chevalier de Rohan,
de la marquise de Villars, de Van den Ende, etc. II, 301.

Fragments de Mmoires sur la vie de Mme de Maintenon, par le P.
Laguille. VIII, 53.

Sur les Dragonnages en Dauphin. VIII, 217.

Rception des ambassadeurs du roi de Siam, en 1686. Extrait des
_Mmoires_ du baron de Breteuil. X, 99.


_Varits satyriques et autres, pouvant se rapporter  l'histoire de
France._

Brief dialogue, exemplaire et recreatif, entre le vray soldat et le
marchand franois, faisant mention du temps qui court (1576). VI, 329.

Les Choses horribles contenues en une lettre envoye  Henry de
Valois par un enfant de Paris, le vingt-huitime de janvier 1589. VI,
201.

Discours de la fuyte des impositeurs italiens (1589). VII, 261.

Lettre d'un gentil-homme franois  dame Jacquette Clement, princesse
boiteuse de la Ligue, (1590). X, 55.

Les Vertus et propriets des Mignons. VII, 331.

L'Umbre du mignon de Fortune, avec l'Enfer des ambitions mondaines,
sur les dernires conspirations, o est traict de la cheute de
l'Hte (1604). X, 77.

La Rencontre merveilleuse de Piedaigrette avec maistre Guillaume
revenant des Champs-Elyses, avec la genealogique des Coquilberts
(1606). III, 165.

Conference d'Antitus, Panurge et Gueridon (1614). VIII, 279.

Harangue de Turlupin le souffreteux (1615). VI, 51.

Legat testamentaire du Prince des Sots  M. C. d'Acreigne, Tullois,
pour avoir descrit la defaite de deux mille hommes de pied, avec
la prise de vingt cinq enseignes, par monseigneur le duc de Guise
(1615). III, 353.

Extrait de l'inventaire qui s'est trouv dans les coffres de M. le
chevalier de Guise, par Mlle d'Entraigue, et mis en lumire par M. de
Bassompierre (1615). V, 147.

Les Advis de Charlot  Colin sur le temps present (1616). VIII, 237.

Plaisant Galimatias d'un Gascon et d'un Provenal, nomms Jacques
Chagrin et Rufin Allegret (1610). II, 275.

Le Cotret de Mars (1616). X, 259.

Songe (1616). IV, 23.

Les Contre-vrits de la cour, avec le dragon  trois ttes (1620).
IV, 335.

Les Jeux de la cour (1620). IV, 17.

Discours sur la mort du chapelier (tu au sige de Montauban, 1621).
V, 31.

La Grande Division arrive ces derniers jours entre les femmes et les
filles de Montpellier (1622). VII, 247.

Le Coq--l'asne, ou le pot aux roses, adress aux financiers (1623).
IV, 349.

Le Grand Procs de la querelle des femmes du faux-bourg Saint-Germain
avec les filles du faux-bourg Montmartre, sur l'arrive du regiment
des Gardes, avec l'arrest des commres du faux-bourg Saint-Marceau,
intervenu en ladicte cause (1623). IV, 323.

Le Caquet des poissonnires sur le departement du roy et de la cour
(1623). II, 131.

Discours de M{e} Guillaume et de Jacques Bonhomme sur la defaicte de
trente-cinq poules et le cocq (1624). IX, 137.

Le Pasquil touchant les affaires de ce temps (1624). VIII, 347.

Le _Salve Regina_ des prisonniers (1626). VIII, 193.

Le Purgatoire des prisonniers (1626). VIII, 201.

L'Emprisonnement D. C. D. (1626). VIII, 211.

Le Musicien renvers (1626). VIII, 93.

Menipe de Francion, ou Response au manifeste angloys (1627). X, 267.

Le Pot aux roses decouvert du plaisant voyage fait par quelques
curieux au bois de Vincennes  dessein de voir Jean de Werth (1638).
VII, 199.

Logement pour la cour de Louis XIII. X, 225.

La Milliade, satyre contre le cardinal de Richelieu. IX, 5.

Sur l'enlvement des reliques de saint Fiacre, apportes en la ville
de Meaux pour la guerison du derrire du C. de R. VII, 232.

La Passion de M. Fouquet. V, 86.


_Mazarinades._

Catechisme des courtisans de la cour de Mazarin (1649). V, 75.

Les Triolets du temps (1649). V, 5.

Les Contens et Mescontens sur le sujet du temps (1649). V, 335.

La Famine par le sieur de La Valise (1649). VIII, 337.

L'Onophage, ou le mangeur d'asne, histoire veritable d'un procureur
qui a mang son asne (1649). III, 67.

Le Hasard de la blanque renvers et la consolation des marchands
forains (1649). II, 325.

Le Pont-Neuf frond (1652). III, 337.

Les Louanges de la paille (1652). VIII, 325.

Satyre sur la barbe de M. le prsident Mol. VI, 315.


_Paris._

Memoire touchant la seigneurie du Pr-aux-Clercs, appartenant 
l'Universit de Paris, pour servir d'instruction  ceux qui doivent
entrer dans les charges de l'Universit. IV, 87.

Histoire veritable de la mutinerie, tumulte et sedition faite par les
prestres Sainct-Medard contre les fidles, le samedy XXVIIe jour de
decembre 1561. VI, 185.

Deluge du faubourg Saint-Marcel (9 avril 1579). IX, 63.

Vers d'Erasme  sainte Genevieve, traduits en vers franois par E. Le
Liepvre (1611). X, 187.

La Lettre consolatoire escripte par le general de la compagnie
des crocheteurs de France  ses confrres, sur son retablissement
au-dessus de la Samaritaine du Pont-Neuf, narratifve des causes de
son absence et voyages pendant icelle (1612). IV, 235.

Accident merveilleux et espouvantable de desastre arriv le 7 mars
1618, d'un feu inremediable, lequel a brusl et consomm tout le
palais de Paris. II, 159.

Le Feu royal faict par le sieur Jumeau, arquebusier ordinaire de Sa
Majest (1618). VI, 13.

Le May de Paris (1620). VII, 193.

Discours de l'inondation arrive au fauxbourg Saint-Marcel-lez-Paris
par la rivire de Bievre (1625). II, 221.

La Promenade du Cours (1630). IX, 125.

La Promenade du Cours,  Paris, en 1653. X, 25.

Quinzime feuille du Bureau d'addresse. IX, 51.

Nouveaux compliments de la place Maubert, des Halles, du cimetire
Saint-Jean, etc. (1644). IX, 225.

Les Ceremonies faites dans la nouvelle chapelle du chasteau de
Bissestre le 25 aoust 1634. VII, 271.

La Requeste presente  Nos Seigneurs du Parlement... pour la
diminution d'une demie anne des loyers des maisons, chambres et
boutiques (19 juin 1652). VII, 61.

Recit naf et veritable du cruel assassinat et horrible massacre
commis le 26 aot 1652 par la compagnie des fripiers de la
Tonnellerie, en la personne de Jean Bourgeois. I, 179.


_Histoire des villes de province._

Dialogue fort plaisant et recreatif de deux marchands: l'un est de
Paris, et l'autre de Pontoise. I, 79.

Les estranges et desplorables accidents arrivs en diffrents
endroits sur la rivire de Loire et lieux circonvoisins par
l'effroyable desbordement des eaux et l'pouvantable tempeste des
vents, les 19 et 20 janvier 1633. Ensemble les miracles qui sont
arrivs  des personnes de qualit et autres qui ont est sauves de
ces perilleux dangers. VI, 5.

Reglement pour pourvoir aux vivres de la ville d'Orlans (1652).
VIII, 323.

La Doctrine de la nouvelle devotion cabalistique, compose des
veritables maximes que la nouvelle secte (forme depuis peu dans LYON
par un barbier estranger, natif du comt de Bourgogne, d'o il tasche
de l'estendre aux environs, au grand dommage de la vraie et ancienne
piet) observe constamment dans la pratique et methode qu'elle
tient  conduire les ames, par l'Oraison mentale, apparemment  la
perfection, mais en effet  la folie; ou du moins  la simplicit,
et  tirer  soy leurs biens, dans la bourse qu'il pretend estre
commune  tous. Le tout mis en forme de simple poesie, sans fiction,
ou prejudice aucun de la verit, pour la substance des choses, afin
qu'il soit appris plus aisement et agreablement de ceux qui ont
encore quelque soin de ne perdre ny leurs ames ni leurs biens. X, 197.


_Histoire d'Angleterre._

Discours de la mort de trs-haute et trs illustre princesse madame
Marie Stuart, royne d'Escosse. V, 279.

Traduction d'une lettre envoye  la reine d'Angleterre par son
ambassade, surprise prs le Moy par la garnison du Havre de Grace,
15 juin 1591. IV, 353.

Les Larmes et complaintes de la reyne d'Angleterre sur la mort de son
espoux,  l'imitation des quatrains du sieur de Pibrac, par David
Ferrand. X, 161.

Deposition sur la supposition de part de Marie, reine d'Angleterre,
femme de Jacques II. IX, 341.


_Espagne._

Recit veritable du grand combat arriv sur mer aux
Indes-Occidentales, entre la flotte espagnole et les navires
hollandois conduits par Lhermite, devant la ville de Lima, en l'anne
1624. I, 141.

Discours au vray des troubles nagures advenus au royaume d'Arragon,
avec l'occasion d'iceux, et de leur pacification et assoupissement.
I, 169.

Histoire admirable et declin pitoyable advenu en la personne d'un
favory de la cour d'Espagne. I, 95.

Le Patissier de Madrigal en Espagne, estim estre Dom Carles, fils du
roi Philippe. II, 27.

Duel signal d'un Portugais et d'un Espagnol. IX, 47.


_Pays-Bas._

Les Cruels et horribles tourments de Balthazar Grard, Bourguignon,
vray martyr, soufferts en l'execution de sa glorieuse et memorable
mort, pour avoir tu Guillaume de Nassau, prince d'Orange. II, 61.


_Italie._

Discours veritable de l'arme du tres-vertueux et illustre Charles,
duc de Savoie et prince de Piedmont, contre la ville de Genve,
ensemble la prise des chasteaux que tenoyent les habitants de la
ditte ville, par J. K. S., sieur de la Chapelle. I, 149.

La Plaisante Nouvelle apporte sur tout ce qui se passe en la guerre
de Piedmont, avec la harangue du capitaine Picotin faicte au duc de
Savoye sur le mescontentement des soldats franois. VI, 279.

Arrest du conseil des Dix contre Georges Corner. VIII, 303.

Nouvelle de la venue de la royne d'Algier  Rome (1687). IX, 259.


_Hongrie._

Le Triomphe admirable observ en l'alliance de Bethleem Gabor, prince
de Transylvanie, avec la princesse Catherine de Brandebourg. I, 323.


_Turquie._

Discours veritable des visions advenues, au premier et second jour
d'aoust 1589,  la personne de l'empereur des Turcs, sultan Amurat,
en la ville de Constantinople, avec les protestations qu'il a fait
pour la manutention du christianisme. III, 203.

La grande cruaut et tirannie exerce par Mustapha, nouvellement
empereur de Turquie,  l'endroit des ambassadeurs chrestiens, tant de
France, d'Espagne et d'Angleterre. Ensemble tout ce qui s'est pass
au tourment par luy exerc  l'endroit de son nepveu, lui ayant fait
crever les yeux. IV, 273.


_Histoire littraire, Bibliographie, etc._

Ensuit une Remontrance touchant la garde de la librairie du roy, par
Jean Gosselin, garde d'icelle librairie. I, 1.

Role des presentations faictes aux grands jours de l'eloquence
franoise (1634). I, 127.

Memoire sur l'tat de l'Academie franoise, remis  Louis XIV vers
l'an 1696. II, 5.

Nouveau reglement general pour les Nouvellistes. VIII, 261.


_Varits littraires en prose._

Le Diogne franois, ou les facetieux discours du vray anti-doteur
comique blaisois (1617). I, 9.

La Vraye Pierre philosophale, ou le moyen de devenir riche  bon
cempte. V, 359.

Histoire joyeuse et plaisante de M. de Basseville et d'une jeune
demoiselle, fille du ministre de Saint-Lo, laquelle fut prise et
emporte subtilement de la maison de son pre. III, 83.

Histoire veritable du combat et duel assign entre deux demoiselles
sur la querelle de leurs amours. II, 357.

Histoire du pote Sibus. VII, 89.

Le Louis d'or. X, 235.

Lettres de madame de La Fayette  madame de Sabl. X, 117.

Zest-Pouf, historiette du temps. VI, 167.


_Varits littraires en vers._

Epistre de madame la Daulphine (_Catherine de Mdicis_) escripvant 
madame Marguerite (1543). X, 285.

La Bravade d'amour. IX, 71.

La Chasse et l'amour,  Lysidor. I, 65.

L'Innocence d'amour,  Lysandre. II, 365.

L'oeuf de Pques ou pascal,  M. le lieutenant civil, par Jacques de
Fonteny. V, 59.

Epitaphe du petit chien Lycophagos, par Courtault, son conculinaire
et successeur en charge d'office,  toutes les legions de chiens
academiques, par Vincent-Denis Perigordien (1613). IV, 255.

Le Miroir de contentement, baill pour estrenne  tous les gens
maris. II, 13.

La Muse infortune contre les froids amis du temps; par Cl. Garnier
(1624). II, 247.

Les Amours du Compas et de la Rgle, et ceux du Soleil et de l'Ombre.
VII, 287.

Vers pour monseigneur le Dauphin au sujet d'une aventure arrive
entre lui et le petit Brancas. V, 353.

Lettre  tous les seigneurs de la cour, pour leur donner avis de la
mort du singe Macaty. IX, 107.

Requte d'un pote  M. de Valtan, pour tre exempt de capitation.
VIII, 231.


_Pices relatives au thtre et aux farceurs._

Recit en vers et en prose de la farce des Precieuses. IV, 285.

L'Ouverture des jours gras, ou l'entretien du carnaval (1634). II,
345.

Les Estrennes du Gros Guillaume  Terrine, presentes aux dames de
Paris et aux amateurs de la vertu. IV, 229.

L'Entre de Gaultier Garguille en l'autre monde, pome satyrique. IV,
221.

La Surprime et fustigation d'Angoulevent. VIII, 81.

L'Archi-sot, echo satyrique. VII, 37.

Les Estrennes de Herpinot, presentes aux dames de Paris, desdies
aux amateurs de la vertu, par C. D. P, comedien franois. VI, 41.

Combat de Cyrano de Bergerac avec le singe de Brioch, au bout du
Pont-Neuf. I, 277.


_Pices satiriques en vers._

La Nouvelle Manire de faire son profit des lettres, traduitte en
franois par J. Quintil du Tronsay, en Poictou. Ensemble: Le Pote
courtisan (1559). X, 131.

Le Tableau des ambitieux de la cour, nouvellement trac par maistre
Guillaume  son retour de l'autre monde, par d'Esternod (1622). IV,
33.

L'Eventail satyrique, par le nouveau Thophile. VIII, 131.

Le Carquois satyrique, par A. Gaigneu, Forezien. VI, 287.

La Rubrique et fallace du monde (1622). I, 343.

Les Ballieux des ordures du monde. I, 185.

Pasquil de la cour pour apprendre  discourir (1624). II, 264.

L'Onozandre, ou le Grossier Satyre. V, 291.

Description du tableau de Lustucru. IX, 79.


_Moeurs et usages._

La Chasse au vieil Grognard de l'antiquit (1622). III, p. 27.

Le Bourgeois poly, par Fr. Pdoue (1631). IX, 145.

L'Oeconomie, ou le vray advis pour se faire bien servir, par le sieur
Crespin. X, 1.

Une Education au XVIe sicle. X, 151.


_Modes._

Le Gan de Jean Godard, Parisien. V, 173.

Histoire miraculeuse et admirable de la comtesse de Hornoc, flamande,
estrangle par le diable dans la ville d'Anvers, pour n'avoir trouv
son rabat bien goudronn, le 15 avril 1616. I, 163.

Consolation aux dames sur la reformation des passemens et habits.
VIII, 140.

La grande propriet des bottes sans cheval en tout temps,
nouvellement descouverte, avec leurs appartenances, dans le grand
magazin des esprits curieux. VI, 29.

Le Courtisan  la mode. IX, 351.

Le Satyrique de la court (1624). III, 241.

La Revolte des passements. I, 223.

La Faiseuse de mouches. VII, 9.


_Industrie, commerce, agriculture._

Le Plaisir de la noblesse, sur la preuve certaine et profict des
estauffes et soyes... (1605), par B. de Laffemas. VII, 303.

Ennuis des paysans champestres (1614). VII, 295.

Advis de Guillaume de la Portehotteux, s halles de la ville de Paris
(1621). III, 311.

Quatrains au roy sur la faon des harquebuses et pistolets,
enseignans le moyen de recognoistre la bont et le vice de toutes
sortes d'armes  feu et les conserver en leur lustre et bont, par
Franois Poumerol, arquebusier (1631). VI, 131.

Quinziesme feuille du Bureau d'adresse (1er septembre 1633). IX, 51.

Nouveau reglement general sur toutes sortes de marchandises et
manufactures qui sont utiles et necessaires dans ce royaume, par la
Gomberdire (1634). III, 109.

Reglement d'accord sur la preference des savetiers cordonniers. V, 41.

Discours de deux marchands fripiers et de deux tailleurs, avec les
propos qu'ils ont tenus touchant leur estat. V, 189.

La Misre des apprentis imprimeurs applique par le detail  chaque
fonction de ce penible estat. V, 225.

Memoire pour les coeffeuses, bonnetires et enjoliveuses de la ville
de Rouen (1773). IX, 215.


_Varits satiriques sur les plaideurs et les gens de loi._

L'Adieu du plaideur  son argent. II, 197.

Le Pont-breton des procureurs. VI, 253.

Plaidoyers plaisans dans une cause burlesque. I, 349.

Les Grands Jours tenus  Paris, par M. Muet, lieutenant du petit
criminel. I, 193.

Catechisme des Normands. VI, 173.


_Procs curieux, crimes et supplices._

Discours fait au Parlement de Dijon sur la presentation des lettres
d'abolition obtenues par Helne Gillet, condamne  mort pour avoir
cel sa grossesse et son fruict. I, 35.

Arrest notable donn au profit des femmes contre l'impuissance des
maris, avec le plaidoy et conclusion de messieurs les gens du roy
(1626). VI, 307.

Histoire des insignes faussetez et suppositions de Francesco Fava,
medecin italien. II, 75.

Exemplaire punition du violement et assassinat commis par Franois
de la Motte, lieutenant du sieur de Montestruc, en la garnison de
Metz en Lorraine,  la fille d'un bourgeois de ladite ville, et
execut  Paris le 5 decembre 1607. III, 229.

Histoire admirable d'un faux et suppos mari. VIII, 99.

Cas merveilleux d'un bastelier de Londres, lequel, sous ombre de
passer les passans outre la rivire de Thames, les estrangloit. V,
259.

Histoire horrible et effroyable d'un homme plus qu'enrag qui
a esgorg et mang sept enfants dans la ville de Chaalons, en
Champagne. Ensemble l'execution memorable qui s'en est suivie. IV,
217.

Histoire admirable arrive en la personne d'un chirurgien condamn
comme homicide de soy-mesme. IX, 363.

Factum du procez d'entre messire Jean et dame Rene. IV, 75.

Le Faict du procez de Baf contre Frontenay et Montguibert. VIII, 31.


_Fameux voleurs et filoux._

La Vie genereuse des Mercelots, Gueux et Boesmiens, par Peschon de
Ruby, avec un dictionnaire en langage blesquin. VIII, 147.

Rgles, statuts et ordonnances de la caballe des filous reforms
depuis huict jours dans Paris, ensemble leur police, estat,
gouvernement, et le moyen de les cognoistre d'une lieue loing sans
lunettes. III, 147.

La Rencontre des carrabins de M. le duc d'Espernon aux environs de La
Rochelle, ensemble la prise de quatre trouppes de voleurs. VIII, 331.

La Prinse et deffaicte du capitaine Guillery. I, 289.

Reproches du capitaine Guillery faits aux carrabins, picoreurs et
pillards de l'arme de messieurs les Princes. VII, 71.

Recit veritable de l'execution faicte du capitaine Carrefour, general
des voleurs de France, rompu vif,  Dijon, le 12e jour de decembre
1622. VI, 321.

La Prise du capitaine Carfour, un des insignes et signals voleurs
qui soient en France (1622). IX, 267.

Discours de la prinse du capitaine Chapeau et du capitaine de la
Callande, ensemble l'execution qui en a est faicte  Montargy. VII,
227.

L'Estrange Ruse d'un filou habill en femme, ayant dupp un jeune
homme d'assez bon lieu soubs apparence de mariage. IV, 59.

La Moustache des filous arrache par le sieur du Laurens. II, 151.

Les Estranges Tromperies de quelques charlatans nouvellement arrivs
 Paris descouvertes aux despens d'un plaideur, par C. F. Dupp. III,
273.

Placet des amans au roy contre les voleurs de nuit et les filoux.
III, 5.

Reponse des filoux (par Mlle de Scudry). III, 9.


_Courtisanes, chambrires._

Histoire veritable de la conversion et repentance d'une courtisane
venitienne, etc. I, 49.

La Descouverte du style impudicque des courtisannes de Normandie. I,
333.

Le Tocsin des filles d'amour. II, 265.

Histoire veritable et divertissante de la naissance de mie Margot et
de ses aventures. II, 121.

Les Regrets des filles de joie de Paris sur le subject de leur
bannissement. III, 77.

Ballet nouvellement dans  Fontaine-Bleau par les dames d'amour.
Ensemble leurs complaintes adresses aux courtisans de Venus  Paris.
V, 323.

Brevet d'apprentissage d'une fille de modes  Amatonte. VIII, 223.

La Conference des servantes de la ville de Paris, soubs sainct
Innocent, avec protestations de bien ferrer la mule ce caresme pour
aller tirer  la blanque  la foire de Sainct-Germain et de bien
faire courir l'anse du panier. I, 313.

La Permission aux servantes de coucher avec leurs maistres; ensemble
l'arrest de la part de leurs maistresses. II, 237.

La Reponse des servantes aux langues calomnieuses qui ont froll sur
l'ance du panier ce caresme; avec l'advertissement des servantes bien
maries et mal pourveues  celles qui sont  marier, et prendre bien
garde  eux avant que de leur mettre en mesnage. III, 101.

La Maltote des cuisiniers, ou la manire de bien ferrer la mule. V,
243.


_Pices sur les femmes, l'amour et le mariage._

Ordonnances generales d'amour. II, 169.

Le Bruit qui court de l'espouse. I, 305.

Remontrances aux femmes et aux filles de la France. Extrait du
prophte Esaye, au chapitre III de ses propheties. IV, 361.

Les Misres de la femme marie, o se peuvent voir les peines et
tourmens qu'elle reoit durant sa vie, mis en forme de stances par
Mme Liebault. III, 321.

Les Singeries des femmes de ce temps descouvertes; et
particulierement d'aucunes bourgeoises de Paris. I, 55.

Vraye pronostication de Mme Gonin pour les mal-maris, plates bourses
et morfondus et leur repentir. V, 209.

Le Fantastique Repentir des mal-mariez. IV, 311.

Le Purgatoire des hommes mariez, avec les tourments qu'ils endurent
incessament au subject de la malice et mechancet des femmes. IV, 81.

Brief Discours de la reformation des mariages. IV, 5.

Le Pasquil du rencontre des cocus  Fontainebleau. III, 217.

Les Privilges et fidelitez des chastrez, ensemble la responce aux
griefs proposez en l'arrest donn contre eux au profit des femmes.
III, 333.

Remonstrance aux nouveaux mariez et maries et ceux qui desirent de
l'estre, ensemble pour cognoistre les humeurs des femmes. II, 257.

Lettres nouvelles contenant le privilge et l'auctorit d'avoir deux
femmes. III, 141.

Vengeance des femmes contre les hommes. V, 311.

La Tromperie faicte  un marchand par son apprenty, lequel coucha
avec sa femme, qui avoit peur la nuict, et de ce qui en advint; avec
le Testament du martyr amoureux. III, 313.

Les Plaisantes Ruses et cabales de trois bourgeoises de Paris. VII,
19.

Le Conseil tenu en une assemble des dames et bourgeoises de Paris.
V, 299.

Discours nouveau de la grande science des femmes, trouv dans un des
sabosts de maistre Guillaume. VII, 281.


_Varits culinaires, bachiques, etc._

Le Trebuchement de l'ivrongne, par G. Colletet. III, 125.

La Pice de cabinet, dedie aux potes du temps (par E. Carneau).
III, 283.

La Musique de la taverne et les Propheties du cabaret, ensemble le
Mepris des Muses. VI, 343.

La Rejouissance des femmes sur la deffence des tavernes et cabarets.
X, 175.

Institution de l'ordre des Chevaliers de la Joye etabli  Mezieres.
VII, 237.

Les Merveilles et les excellences du salmigondis de l'aloyau avec les
confitures renverses. I, 363.

Privilges des enfants Sans-Souci qui donne lettre patente  madame
la comtesse de Gosier-Sall... pour aller et venir par tous les
vignobles de France. III, 159.

Privilges et reglemens de l'archiconfrerie vulgairement dite des
Cervelles encoques ou des Roatiers. III, 297.

Oraison funbre de Caresme-Prenant, compose par le serviteur du roy
des Melons Andardois. III, 361.

Lettre d'escorniflerie et declaration de ceux qui n'en doivent jouir.
IV, 47.

Les Passe-Port des bons beuveurs. IV, 69.

L'Anatomie d'un nez  la mode. Dedi aux bons beuveurs. V, 133.

Exil de Mardy-Gras. V, 97.

Les de Relais, ou le Purgatoire des bouchers, poulayers, paticiers,
cuisiniers, joueurs d'instruments, comiques et autres gens de mesme
farine. V, 263.


_Magie, aventures surnaturelles, prdictions._

Les Nouvelles admirables lesquelles ont envoyes les patrons des
galles qui ont est transportes du vent en plusieurs et divers pays
et isles de la mer, et principalement s parties des Yndes. V, 159.

Discours veritable de la vie, mort, et des os du gant Theutobocus
(1613). IX, 241.

Examen sur l'inconnue et nouvelle caballe des frres de la
Rose-Croix, habituez depuis peu de temps en la ville de Paris.
Ensemble l'histoire des moeurs, coustumes, prodiges et particularits
d'iceux. I, 115.

Effroyables Pactions faites entre le diable et les pretendus
invisibles (1623). IX, 275.

Histoires espouvantables de deux magiciens qui ont est estranglez
par le diable, dans Paris, la semaine sainte. I, 23.

Discours prodigieux et espouvantable de trois Espaignols et une
Espaignolle magiciens et sorciers, qui se faisoient porter par
les diables de ville en ville; avec leur declaration d'avoir fait
mourir plusieurs personnes et bestail par leurs sorcillges, et
aussi d'avoir fait plusieurs degats aux biens de la terre. Ensemble
l'arrest prononc contre eux par la Cour du parlement de Bordeaux, le
samedi 10 mars 1610. I, 87.

Rencontre et naufrage de trois astrologues judiciaires: Mauregard, J.
Petit et P. Larivey, nouvellement arrivez en l'autre monde. II, 211.

Discours sur l'apparition et fait pretendus de l'effroyable Tasteur.
Dedi  mesdames les poissonnires, harengres, fruitires et autres,
qui se lvent le matin d'auprs de leurs maris, par d'Angoulevent.
II, 37.

Histoire prodigieuse du fantosme cavalier solliciteur qui s'est battu
en duel le 27 janvier 1615, prs Paris. III, 17.

Discours admirable d'un magicien de la ville de Moulins qui avait un
demon dans une phiole, condamn d'estre brusl tout vif par arrest de
la Cour du Parlement. V, 199.

Manifeste et predictions des plus veritables affaires qui se doibvent
passer en France cette anne 1620, par le sieur de la Bourdanire.
VII, 5.

Les Plaisantes Ephemerides et pronostications trs-certaines pour six
annes. IV, 247.


_Mlanges et singularits._

Cartel de deux Gascons et leurs rodomontades, avec la dissection de
leur humeur espagnole (1615). II, 315.

Le Feu de joye de Mme Mathurine sur le retour de M{e} Guillaume de
l'autre monde. VIII, 271.

Le Different des chapons et des coqs touchant l'alliance des poulles,
avec la conclusion d'yceux. IV, 277.

La Destruction du nouveau moulin  barbe. II, 49.

Dissertation sur la veritable origine des moulins  barbe. II, 53.

Le Canard qui mange cinq de ses frres, et qui est mang  son tour
par un colonel. VII, 359.

FIN DE LA TABLE MTHODIQUE.




TABLE ALPHABTIQUE.


  A

  Acadmie franoise (Mm. sur l') en 1696. II, 1.
    --Travail pour son Dictionnaire. _Id._, 6-7.
    --Sa grammaire projete. _Id._, 10.
    --Les jetons de prsence. _Id._, 11; VII, 217-219.
    --Les sances  l'htel Sguier. VI, 215-216.

  _Accidents arrivs sur la rivire de Loire_, VI, 5.

  Acreigne (M. d'). III, 353.

  _Adieu du plaideur  son argent._ II, 197.

  _Advis de Guillaume de La Porte._ III, 311.

  _Advis de Charlot  Colin._ VIII, 237.

  Agnan, comd. de l'htel de Bourgogne. III, 354.

  Albret (Le marchal d'). VI, 213.

  Alchimiste. VI, 289.

  Alenon (Duc d'). IV, 307.

  Alexandre VII (Le pape). X, 43, 51.

  Alger (Catherine de Mdicis veut faire un de ses
  fils roi d'). IX, 259-260.
    --Causes de la conqute d'Alger. _Id._, 250.

  _Algier_ (_Venue de la royne d'_). IX, 259.

  Aligre (Le sieur d'). IX, 339.

  Allemagne (Processions en). VII, 347.

  Allier, rivire. Ses inondations. VI, 7.

  _Aloyau_ (_Merveilles du salmigondis de l'_). I, 363.

  Amant (Claude), assassin. I, 179.

  Amboise (Prisonniers ) sous Louis XIII. VIII, 193.

  Amant (Saint-).

     La pice publie t. VI, p. 343, sous ce titre: _Le Mpris des
     Muses_, est la premire version de celle que Saint-Amand appela,
     plus tard, _Raillerie  part, La Dbauche_. Elle se trouve dans
     ses Oeuvres, dit. Livet, t. I, p. 135, compltement refaite et
     augmente de 23 vers.

  _Amours (Les) du compas et de la rgle_. VII, 287.

     Depuis l'impression de cette pice, nous avons appris qu'elle
     est de Desmarets et qu'elle fut publie dans le _Recueil de
     posies diverses_ donn par La Fontaine, 1671, in-8, t. III, p.
     327.

  Amurat, sultan des Turcs. III, 203.

  _Anatomie d'un nez  la mode._ V, 133.

  Ancre (Le marchal d'). IV, 23; VIII, 237; X, 259, 265.

  Angers. X, 301.

  Angerville (Combat d'). IX, 111.

  Anglais. Invasion de leurs modes et de leur industrie
  en France. II, 53-54.

  Angleterre (La reine d') femme de Charles Ier. X, 161-173, 273.
    --Femme de Jacques II. IX, 341.

  Anglure (M. d'). IX, 105.

  Angoulevent. II, 37; VII, 37; VIII, 81.

  Anne (Dame). III, 338.

  Anne d'Autriche. VIII, 121-122.

  Antitus. VIII, 279.

  Antoine (Saint); outrage fait  sa statue. II, 307.

  Antonio (Don), prieur de Crato. II, 28, 33; V, 287; IX, 47, 48.

  Antraige (Mlle d'). V, 147.

  Antrague (Clermont d'). IX, 99, 100.

  _Archi-Pote des pois pils._ VIII, 81.

  _Archi-sot_ (L'). VIII, 37.

  Ardier, sieur de Vineuil. VIII, 119.

  Arquien (M. d'), commandant de Metz. III, 238.

  _Arrest contre les gteaux des rois._ V, 239.

  _Arrest du conseil des Dix contre George Corner._ VIII, 303.

  _Arrest contre l'impuissance des maris._ VI, 307.

  Asmode. V, 204, 205.

  _Astrologues_ (_Stances contre les_). VI, 291.

  Aubign (Agrippa d'). VIII, 55.

   --     (Constant). VIII, 56.

  Auchy (Charlotte des Ursins, V{sse} d'). I, 128.

  Aumont (La duchesse d'). VI, 237, 240.

  Auneau (combat d'). IX, 118.

  Auvray (Jean).

     La _Promenade du Cours_, publie t. IX, p. 125-126, est de ce
     pote. Aprs l'avoir donne sparment, sans nom d'auteur, il la
     publia dans _ses Oeuvres potiques_, 1631, in-8, p. 39-40.


  B

  Bacot (Philippe), un des peintres verriers qui travaillrent  Anet.
    Sa maison au _Pr aux Clercs_. IV, 137.

  Baf (Antoine), le pote. VIII, 34, 36, 42.

  Baf (Guill.), fils du pote. VIII, 31 et suiv.

  Baf (Lazare de). X, 153.

  Balbani. I, 211; VII, 310.

  _Ballet dans  Fontainebleau par les dames d'amour._ V, 321.

  _Ballieux_ (Les) _des ordures du monde_. III, 185.

  Balzac. VI, 213.

  Banne (J. de). VII, 339.

  Barbets voleurs. IX, 271.

  Barbin (Cl.). X, 264.

  Barradas. VIII, 93.

  Basacle (Anes de). III, 71; V, 292.

  Barreau, chef des croquans. VII, 327.

  Basseville (M. de). III, 83.

  Bassompierre (M. de). V, 147; VIII, 223; IX, 269, 324; X, 166.

  _Bastelier de Londres qui egorgeoit les passans._ V, 250.

  Bazinire (La), financier. V, 90.

  Bautru. VII, 234.

  Baulieu (Ruz de). IX, 95.

  Beauvais Nangis (M. de). IX, 99.

  Beauvais La Nocle.--_Ibid._

  Belin, ecuyer de la reine Marguerite. I, 254.

  Bellay (Joach. du). X, 131.

  Bellerose, acteur. IX, 17.

  Belleville (M. de). IX, 98.

  Bellivre (le chancelier de). IX, 97.

  Betlem Gabor, prince de Transilvanie. I, 323.

  Benjamin (L'cuyer). VI, 118.

  Betoulaud (L'abb). III, 7.

  Beys (Ch.). IX, 6.

     Nous avons dit que la _Milliade_ lui fut attribue. Depuis lors
     plusieurs pices de ses _Oeuvres potiques_ (1651, in-4), p.
     177, 187, 195, nous ont appris qu'il fut mis  la Bastille pour
     un libelle. Peut-tre est-ce pour celui-l.

  Bicestre. VII, 271.

  Bivre, rivire. II, 221; IX, 63.

  Bignon (L'abb). Mmoire sur le dictionnaire de l'Acadmie. I, 8.

  Binet (tienne). I, 128; II, 134.

  Biron (Le duc de). X, 87.

  Bluet d'Arbres. VIII, 81.

  Bocan (Cordier dit), fameux violon. I, 135; VI, 121.

  Bodin (Jean). VII, 138, 143, 145.

  _Bohmiens et gueux._ VIII, 147, 175.

  Boisbelle. X, 276.

  Boisrobert. IX, 17.

  Boisguillot, procureur en 1622. I, 194.

  Bonhomme (Jacques). VI, 53; VII, 300; XI, 138.

  Bonneuil (M. de). X, 103.

  Bontemps (Roger). _Id._, 54.

  Bonzi (Le cardinal). _Id._, 231.

  _Bordeaux_ (_Entre de la reine _). VIII, 247.

  Boucher, cur ligueur. X, 74.

  Boucherat. V, 87.

  Boudin (Marie), sorcire. I, 29.

  Bourdanire (Le sieur de la). VII, 9.

  Bourgeois (Jean), son assassinat. I, 179.

  _Bourgeois_ (Le) _poli_. IX, 145.

  _Bourgeoises de Paris, leurs ruses et cabales._ VII, 19.

  Boux (Guill. Le), vque d'Acqs. VI, 221, 222.

  Brabanon, fameux soudard. VII, 199.

  Brancas (Louis de). V. 363.

  Brandenbourg (Catherine de). I, 323.

  _Bravade d'amour_ (La). IX, 71.

  Breaut (Mme de). III, 266.

     Elle toit fille de M. de Sancy; elle se fit carmlite aprs la
     mort de son mari, tu en Flandre en 1610. (_Mm. de Bruys_, II,
     255.)

  Bressieu (Maurice). III, 50.

  Breteuil (Le baron de). _Extrait de ses Memoires._ X, 99.

  Brves (Savary, sieur de). VII, 86.

  _Brevet d'apprentissage d'une fille de mode._ VIII, 223.

  Brz (M{al} de). IX, 31.

  _Brief discours entre le soldat et le marchand franois._ VI, 329.

  _Brief discours pour la reformation des mariages._ IV, 5.

  Briare. VII, 345, 346.

  Brienne (C{te}). XI, 28, 105.

  Brioch, farceur. I, 277.

  Brique-Razade (M. de). III, 359.

  Brisson (Le prsident). I, 3, note.

  Brissac (Le marchal de). V, 151.

  _Bruit_ (Le) _qui court de l'pouse_. I, 305.

  Bruyre (La). VII, 84.

  Buc (Mlle du), mre du sultan Mahmoud. IX, 261.

  Bude (Louise de). I, 27.

  Buckingham. X, 267 et suiv.

  Bullion (Claude). IX, 32, 33; X, 263.


  C

  Calderon (Don Rodrigue). I, 95.

  Camille (M. de). IX, 102.

  Canada. III, 166.

  Candale (Duc de). I, 239; X, 47.

  _Canard_ (Le) _qui a mang cinq de ses frres_. VII, 359.

  Canillac (Le M{is} de). IX, 100.

  Capitaine des levrettes du cabinet. VI, 181.

  _Caquet_ (Le) _des poissonires_. II, 131.

  Caresme, artificier. VI, 15.

  _Carme prenant_; _son oraison funbre_. III, 361.

  Carlos (Le faux Don). II, 28, 34, 38.

  Carneau (Estienne). III, 284.

  _Carquois_ (Le) _satyrique_. IV, 289.

  _Carrefour_ (_Prinse du capitaine_). III, 148; VI, 321; IX, 267.

  Carr, procureur sous Louis XIII. I, 194, 200.

  _Cartel de deux Gascons._ II, 315.

  _Cas merveilleux d'un bastelier de Londres._ V, 259.

  Castelnau (Le sieur de). IX, 99, 102.

  _Catalogue des princes et seigneurs qui accompagnent le roi de
    Pologne._ IX, 91.

  _Catechisme des Normands._ VI, 173.

  _Catechisme des courtisans._ V, 75.

  _Ceremonies_ (Les) _faites  Bicestre_. VII, 271.

  _Cervelles emouques_ (_Confrairie des_). III, 297.

  Csar, magicien. I, 27.

  Challange, partisan. I, 215.

  Chlons en Champagne. IV, 217.

  Champgaillard (Le)  Paris. III, 44.

  _Chansons_, _Livres populaires_, etc. I, 17, 214, 292; III, 52, 60;
    V, 32, 33, 34, 223, 264; VI, 42, 282, 330; VII, 6, 21, 92;
    VIII, 38, 281, 285, 288, 336; IX, 20, 83, 120, 129, 147, 199, 201;
    X, 145, 147.

  Chanvallon (Jacq. de Harlay de). IX, 101.

  Chapeau (Le capitaine). VII, 227.

  _Chapelier_ (_Discours de la mort du_). V, 3.

  _Chapons et coqs, leur diffrend._ III, 277.

  Charlatans, leurs tromperies. III, 273.

  Charles Ier. I, 39; X, 162, 173.

  Charles II. X, 43, 44, 50.

  Charles, capitaine de voleurs. VIII, 178.

  Charles Emmanuel, duc de Savoie. I, 149.

  _Chasse_ (La) _au vieil grognard de l'antiquit_. III, 27.

  _Chasse_ (La) _d'amour_. I, 65.

  Chastrez (Privilges des). III, 333.

  Chteau-Renaud. VII, 227, 228.

  Chteauvieux (Joachim de). IX, 100.

  Chtel (P. du). X, 154.

  Chaulnes (d'Ailly, comte de). _Id._, 104.

  Chavigny (Bouthillier de). IX, 29, 30.

  Chrier (L'abb). VI, 170, 171.

  _Chirurgien homicide de soi-mme._ IX, 363.

  Choisy (L'abb de). X, 106.

  _Choses horribles contenues en une lettre envoye  Henry de
    Valois._ VI, 201.

  Christine (La reine). VIII, 273, 274, 275.

  Cinq-Mars. VII, 340; VIII, 119 et suiv.

  Clarence (le duc). X, 281.

  Clment (Jacques). X, 56, 60, 72.

  _Cochon mitr_ (Le). VI, 209.

     Nous allons complter par quelques mots ce que nous avons dit
     sur l'auteur prtendu de ce pamphlet. L'auteur de la _Bastille
     dvoile_, avons-nous dit (VI, 210), prtend qu'il s'appeloit La
     Bretonnire, tandis que Le Duchat lui donne le nom de Chavigny;
     or, il se nommait tout  la fois Chavigny et La Bretonnire:
     l'un tait son nom et l'autre son surnom. Quant  sa captivit
     de vingt ans au Mont Saint-Michel, elle est certaine. Sa mort
     est d'une date encore douteuse, mais antrieure  1698, ce qui
     dtruit l'attribution qu'on lui a faite du _Cochon mitre_. Quand
     parut en effet ce libelle? En 1688. Un homme mort en 1698,
     aprs vingt ans de captivit, et qui par consquent toit dj
     prisonnier depuis dix ans quand on le publia, ne peut donc pas
     l'avoir fait. Quoi qu'il en soit, comme La Bretonnire, auteur
     ou non de notre pamphlet, est intressant, voici  l'appui de
     ce que je viens de dire une trs-curieuse note de l'intendant
     Foucault, sous la date de 1698: Le roi ayant fait mettre au
     Mont Saint-Michel le nomm Chavigny, dit La Bretonnire, qui
     faisoit le Lardon de Hollande, je l'ai fait tirer d'une cage
     de bois, o on l'avoit enferm. Il est mort dans cette abbaye,
     o il a t vingt ans. (_Mm. du marq. de Sourches_, 1836,
     in-8, t. I, p. 10).--L'auteur de la _Bastille dvoile_ dit
     que La Bretonnire fut livr par un juif. Nous avons trouv la
     confirmation de ce dtail et le nom du tratre. Dans _Pluton
     Maltotier_, p. 95,  propos d'un passage concernant un auteur
     mort au Mont Saint-Michel, on lit cette note: Le gazetier de
     Hollande trahi par Alvars, le joaillier, qui le livra au
     ministre.

  Coconas. IX, 99.

  _Cocq  l'ne_ (Le). IV, 349.

  _Cocus_; _leur rencontre  Fontainebleau_. III, 317.

  Coeur (Jacques). Son calcul sur le nombre des clochers en France.
    VI, 90, 91.

  Coeuvres (La marquise de). VI, 234, 227.

  Coligny. VIII, 5, 7, 10, 12.

  Colletet (Guill.). III, 125.

  _Combat de Cyrano de Bergerac avec le singe de Brioch._ I, 277.

  _Compas_ (_Les Amours du_). VII, 287.

  _Complainte des courtisannes d'amour._ V, 326.

  Cond (Henri II de Bourbon, prince de). IX, 20; X, 228.

  Cond (Le Grand). X, 17, 40, 52, 53.

  _Conference des servantes de Paris._ I, 313.

  _Conferences d'Antitus, Panurge et Gueridon._ VIII, 299.

  _Confitures (les) renverses._ I, 363.

  _Confiteor de M. Fouquet_. V, 92.

  Conrart, acadmie qui se tient chez lui. I, 127.

  _Conseil entre les dames et bourgeoises de Paris._ V, 299.

  _Consolation sur la reforme des passemens._ VIII, 140.

  _Conspiration faite en Picardie._ VII, 315.

  _Contents_ (Les) _et les Mecontents de ce temps_. V, 325.

  _Contre-Verits_ (Les) _de la cour_. IV, 335.

  Cop (Guill.), mdecin. X, 193.

  Coquet (Jacques). IX, 34.

  _Coquilberts_ (_gnalogie des_). III, 165.

  Coras (Jean de). VIII, 99.

  Cordonniers. I, 193; III, 196, 251; V, 41; VI, 30; VIII, 291.

  Cormier, oprateur du Pont-Neuf. VII, 103.

  Cornay (Chteau de). VII, 16.

  Corner (Georges). VIII, 303.

  Cornuel (Le prsident). IX, 33; X, 231.

  Cotton (le P.). X, 262.

  _Courtisan_ (Le) _ la mode_. IX, 351.

  _Courtisanes_. I, 49, 208, 333; III, 44, 77, 78, 79, 81;
    IV, 48, 240, 325, 326; V, 321, 323, 327, 340;
    VIII, 123, 227, 339, 312; X, 32.

  _Courtisannes d'amour_; _leur complainte_. V, 326.

  _Courtisannes de Normandie._. I, 333.

  _Coutumes, moeurs et usages._ I, 12, 21; III, 57, 58, 129, 309,
    325; VI, 34, 63, 181; VII, 55, 148, 151, 196; VIII, 85, 88;
    IX, 359, 361; X, 7, 30, 146.

  Cramail (Le comte de). I, 135.

  Crespin (Le sieur). X, 1, 23.

  Cressonire (J. de la). IX, 364.

  Crest, ville du Dauphin. VIII, 217.

  Crillon. IX, 100.

  Croates, Cravates. I, 236.

  Crocheteurs, leur gnral. IV, 235.

  Croisilles (L'abb de). I, 135.

  Cromwell (Olivier). X, 43, 53.

  Croquans (Dfaite des). VII, 323.

  Cruaut (La grande) de Mustapha. IV, 273.

  Cruche (Matre). VII, 166.

  _Cuisine_, _vins_, _cabarets_, _conomie domestique_. I, 16, 363, 367;
    II, 335, 336; III, 43, 55, 133, 160, 162, 194, 283, 296, 301, 302,
    312, 318, 361; IV, 37, 47, 50, 51, 52, 53, 55, 70, 71, 195, 231, 260,
    315; V, 11, 36, 49, 50, 70, 112, 139, 150, 193, 239; VI, 25, 162, 358,
    272; VII, 25, 47, 140, 141, 160, 161, 237; VIII, 169, 234; IX, 352;
    X, 2, 6, 9, 13, 19, 22, 23, 175, 185, 179, 182, 200.

  Cyrano de Bergerac. I, 277.


  D

  _Dames d'amour, leur ballet  Fontainebleau._ V, 321.

  Dampierre (Cl. de). IX, 101.

  Dans (P.). X, 154.

  Dandin. VIII, 72.

     Cet individu qui aida Mme de Maintenon dans les soins qu'elle
     prit du premier n des amours de Louis XIV et de Mme de
     Montespan toit sans doute, ainsi que nous le fait remarquer
     notre ami G. Desnoiresterres, de la famille de l'abb Dandin qui
     fut plus tard aumnier du duc du Maine. (_Journal de Dangeau._
     t. I. p. 171.)

  _Dames et jeux_. I, 14, 135; II, 16, 17, 175, 185,
    186, 197, 297, 298, 348; III, 54, 57, 266, 267, 281, 282; IV, 249;
    V, 266, 272, 324; VI, 66, 106, 107, 121, 129, 138; VIII, 233, 282;
    IX, 235; X, 31.

  Daurat (Jean). X, 152, 158.

  _Defaite des croquans en Quercy._ VII, 323.

  Defunctis. II, 162, 163.

  _Deluge s faubourg Saint Marcel._ IX, 63.

  Demout (Le voyageur). III, 165; VII, 119.

  Denis (Vincent), Prigordin. IV, 255.

  Denyeres (Le sieur). III, 93.

  _Deposition de la supposition de part de Marie,
    reine d'Angleterre._ IX, 341.

  _Descouverture du style impudique des courtisannes de
    Normandie._ II, 233.

  _Description du tableau de Lustucru._ IV, 79.

  Desir (Artus). VI, 39; X, 283.

  Desportes (Philippe). II, 250; VIII, 43; IX, 95.

  _Diable_; _son pacte avec les invisibles_. IX, 275.

  _Dialogue d'un amant et d'un ivrogne._ III, 135.

  _Dictons et Proverbes._ I, 313, 314, 337; II, 23, 265, 266, 284, 336;
    III, 23, 34, 64, 198, 281; IV, 8, 9, 10, 143, 229, 252, 332; V, 46,
    72, 79, 271; VI, 32, 53, 55, 179, 300; VII, 79, 108, 200; VIII, 102,
    233, 283; IX, 174, 175, 233; X, 13, 181, 184, 244.

  _Differend des chapons et des coqs._ IV, 117.

  _Diogne_ (_Le_) _franois_. I, 9.

  _Discours de deux marchands fripiers et de deuxmatres tailleurs._
    V. 189.

    --_de la defaite du duc de Joyeuse._ VII, 211.

    --_de l'arme du duc de Savoie devant la ville de Genve._ I, 149.

    --_de la mort du chapelier._ V, 31.

    --_de la desconfiture des reitres._ IX, 111.

    --_de la mort de Marie Stuart._ V, 279.

    --_de la grande science des femmes._ VII, 281.

    --_de deux marchands, un de Paris et l'autre de Pontoise._ I, 75.

    --_de trois Espagnols magiciens._ I, 87.

    --_de M. Guillaume sur la defaite de trente-cinq poules et un
      coq._ IX, 137.

    --_des grandes processions en Allemagne._ VII, 347.

    --_des troubles d'Aragon._ I, 169.

    --_des visions d'Amurat._ III, 203.

    --_du gant Theutobocus._ IX, 241.

    --_d'un magicien de la ville de Moulins._ V, 199.

    --_sur la fuite des impositeurs italiens._ VII, 261.

    --_sur l'inondation arrive au faubourg Saint-Marcel._ II, 221.

    --_sur la prise des capitaines Chapeau et la Calande._ VII, 227.

    --_sur les causes de l'extrme chert._ VII, 137.

    --_sur les lettres d'abolition d'Helne Gillet._ I, 25.

  _Division_ (_La grande_) _entre les femmes et filles de Montpellier_.
    VII, 247.

  _Doctrine de la nouvelle devotion cabalistique_, etc. X, 197.

  Dle (Sige de). IX, 20.

  Domenchin. IV, 148.

  Dongois (Jean), imprimeur. IX, 64.

  Douat, chef des croquans du Quercy. VII. 325, 332.

  _Dragon_ (Le) _ trois ttes_. IV, 335.

  Dragonnages en Dauphin. VIII, 217.

  Ducerceau (Baptiste). IV, 122.

  _Duels_, _armes_, _tournois_, etc. II, 183, 221, 350; III, 20, 24,
    30, 34, 93, 96, 114; IV, 35; V, 441, 194, 215, 216, 301; VI, 13,
    121, 131, 135, 137, 280, 324; VII, 181, 251, 299; VIII, 102, 104,
    255.

  _Duel d'un Portugais et d'un Espagnol._ IX, 47.

  Dujardin, son manifeste. VII, 83.

     Dans un manuscrit intitul _Rflexions historiques sur la mort
     au roy Henri IV_, il est dit que P. du Jardin fut mis en libert
     sans avoir t jug, et qu'il obtint, en outre d'une pension de
     600 livres, des lettres de provision de contrleur des bires 
     Paris.

  Dumoulin (Le ministre). III, 49.

  Dupes (Journe des). IX, 209.

  Duprat (le cardinal). VIII, 250.

  Dupuis (Pierre), fou. II, 273; VIII, 291, IX, 236.

  Dutillet (la). V, 151.


  E

  _Edict du roy sur les serviteurs et servantes._ VII, 205.

  _Education au XVIe sicle_ (_Comment se faisoit une_). X, 151.

  _Effroyables factions entre le diable et les invisibles._ IX, 270.

  _Emprisonnement_ (_L'_) _de D. C. D._ VIII, 211.

  _Enlevement des reliques de saint Fiacre._ VII, 231.

  _Ennuis des paysans champestres._ VII, 295.

  _Entre de la royne  Bordeaux._ VIII, 247.

  _Entre de Gauthier Garguille en l'autre monde._ IV, 221.

  Epernon (Le duc d'). V, 153; VI, 204; X, 229, 260.

  _Ephemerides_ (_Les plaisantes_). IV, 247.

  _Epitaphe du petit chien Lycophagos._ IV, 255.

  Erasme. X, 158, 187, 195.

  Errard. II, 230.

  _Escorniflerie_ (_Lettre d'_). IV, 47.

  Espagne (Ouvriers franois en). VII, 173.

  Espignac (d'). X, 63.

  Estelan (Le comte d'). IX, 6.

  Estoublon (d').

     C'est  lui et  Mme de Brgis qu'arriva l'aventure rappele t.
     IX, p. 185. et mise en conte dans _le Mousquetaire  genoux_. V.
     une note de Saint-Simon dans le Dangeau complet, t. II, p. 135.

  Esternod (d') IV, 33.

  _Estranges tromperies de quelques charlatans._ III, 273.

  _Estrange ruse d'un filou habill en femme._ IV, 59.

  _Estrange accident arriv en la ville de Tours._ IV, 303.

  _Estrenes de gros Guillaume  Perine._ IV, 229.

  _Estrenes de Herpinot._ VI, 41.

  _Etymologies_, _argot_, etc. I, 130, 133, 212, 217, 220, 236, 242,
    284, 305, 306, 310, 335, 347; II, 19, 25, 39, 153, 156, 175, 176,
    177, 178, 182, 189, 204, 238, 242, 262, 268, 279, 292; III, 8, 9,
    62, 84, 88, 104, 136, 145, 146, 168, 173, 187, 191,
  193, 195, 196, 219, 221, 222, 223, 236, 276, 303,
  329, 330, 361; IV, 27, 42, 49, 251, 265, 319; V,
  12, 44, 137, 190, 203, 205, 212, 213, 214, 217,
  219, 223, 235, 244, 250, 260, 271, 311, 324, 340;
  VI, 9, 61, 69, 154, 161, 212, 215, 258, 263, 270,
  271, 282, 289, 293, 296, 324, 342, 343; VII, 5, 6,
  22, 23, 28, 43, 47, 77, 93, 130, 154, 155, 162,
  170, 173, 179, 220, 222, 249, 253, 262, 263, 265,
  266, 285, 325, 359, 361; VIII, 83, 86, 87, 90,
  132, 149, 150, 156, 159, 165, 181, 191, 233, 234,
  241, 293, 294, 299, 300, 306, 310; IX, 75, 92,
  107, 122, 154, 162, 177, 179, 187, 190, 192, 193,
  205, 206, 230, 234, 352; X, 6, 8, 11, 28, 64, 68,
  87, 89, 135, 143, 144, 178, 190, 193, 208, 209,
  215, 220, 222, 223, 230, 240.

  _Evantail_ (_L'_) _satyrique_. VIII, 131.

  _Examen de la cabale de la rose-croix._ I, 115.

  _Exemplaire punition de Franois de la Motte._ III, 333.

  _Exil de mardi-gras._ V. 97.

  _Extrait de l'inventaire qui s'est trouv dans les
  coffres du chevalier de Guise._ V, 147.


  F

  _Factum du procs entre messire Jean et dame
  Rene._ IV, 75.

  _Faiseuse_ (La) _de mouches_. VII, 9.

  _Fait du procs de Baf contre Fontenay et Montguibert._ VIII, 31.

  Famine (La). VIII, 337.

  _Fantastique repentir des mal-mariez._ IV, 311.

  _Fantme qui se bat en duel._ III, 17.

  Faret. III, 130; VI, 344.

  Faust. IX, 287.

  Fava (Francisco). II, 75.

  Ferrand (David). X, 162.

  Feretti (Em.), secrtaire de Lon X. X, 162.

  _Feu de joie de Mme Mathurine._ VIII, 71.

  _Feu_ (Le) _royal_. XI, 13.

  Feuillade (La). _Id._, 233.

  Fevret (Charles), avocat  Dijon. I, 36, 41.

  _Fille de mode_ (_Brevet d'une_). VIII, 323.

  _Filou habill en femme._ IV, 59.

  _Finances, monnaies_, etc. II, 138; III, 34, 35, 42, 45, 174, 178,
    313; IV, 43; V, 7, 83; VI, 24, 61, 69, 77, 80, 81, 85, 86, 87, 104,
    103, 107, 109, 159; VII, 22, 38, 134, 142, 146, 153, 157, 159, 175,
    176, 177, 179, 261, 267; VIII, 231, 234, 250; X, 238, 251.

  _Financiers_ (_Le Pot aux roses aux_). IV, 349.

  Fludd (Robert). IX, 292.

  Fontaine (Ch.). _Quintil Censeur et Quintil Horatian._ X, 132, 136,
    137, 139.

  _Fontainebleau_ (_Ballet des dames d'amour _). V, 321.

    --(_Prise de Carfour _). IX, 287.

    --(_Rencontre des cocus _). III, 217.

  Fonteny (Jacques de). V, 59.

  Fontrailles. VIII, 124.

  For-aux-Dames,  Paris. I, 182.

  Forget le fripier. _Id._, 182, 183.

  Forger (Le cuisinier). X, 21.

  Fouquet. V, 86, 91.
    --Sa passion. V, 86.

  _Fragment sur Mme de Maintenon._ VIII, 83.

  Franois Ier. VIII, 247, 284.

  Frdric V, lecteur palatin. X, 274, 283.

  Fripiers de Paris. I, 181.

  Frontenay. VIII, 31.

  Furetire. VI, 212, 216.

  Furstemberg (Le card. de). _Id._, 232.


  G

  Gadagne (L'abb de). IX, 101, 102.

  Gaigneu (Antoine), pote forsin. VI, 287.

  Galiga (Elonora). X, 264-265.

  _Gan_ (Le) _de Jean Godards_. V, 173.

  Garnache (M. de la). IX, 101.

  Garnier (Claude). II, 254.

  Gassion. V, 26, note.

  Gaston duc d'Orlans. X, 39, 40, 227.

  Gaufridi. IX, 279.

  Gauthier Garguille. IV, 221; IV, 229.

  Genebrard, vque d'Aix. VIII, 276.

  Georges (Le cuisinier). X, 22.

  Genevive (Sainte). X, 187, 196.

  _Gerard_ (_Tourments de Baltazar_). II, 61.

  Gillet (Hlne). I, 25.

  Glocester (Le duc de). X, 45.

  Gobelin (Balthazar), trsorier de l'pargne. I, 7.

  Gobert (Thomas). IV, 188.

  Godard (Jean). V, 173.

  Goguier, procureur sous Louis XIII. I, 194.

  Gonin (Matre). III, 53; V, 209.

  Gonzague (Louis de) duc de Nevers. IX, 95.

  Gosselin (Jean), garde de la librairie du roi. I, 1, 3.

     Jean Gosselin, qui toit de Vire, mourut g de prs de cent ans
     au mois de novembre 1604. Il fut trouv mort dans une chaise
     prs de son feu, tout havi et brl et dj vert. (L'Estoille.
     dit. Michaud, II, p. 379.)

  Gournay (Mlle de). I, 134.

  Gosier Sal (comtesse de). III, 159.

  Grammont (Le marchal de). X, 49.

  _Grands jours tenus par le president Muet._ I, 193.

  _Grognard_ (_La chasse au vieil_). III, 27.

  _Gros-Guillaume; ses trennes  Perine._ IV, 229.

  Groger (Le sieur). VII, 217.

  Guabaston, chev. du guet. VI, 192.

  Guast (Louis de Brenger, seigneur du). IX, 98.

  Gunegaud (Mme du Plessis). X, 120.

  Gueridon. VIII, 279.

  Gurin, bouffon de la reine Marguerite. I, 220.

  Gueux. VIII, 147.

  Guichart (A.) VII, 351.

  Guillaume (Jean) le bourreau. V, 52.

  Guillaume (Matre). III, 365; VI, 129; VII, 281; VIII, 271; IX, 137, 138.

  Guillaume de Nassau. II, 61.

  Guillery (Le cap.). I, 214, 289; VII, 71; V, 333.

  Guise (Le chevalier de). V, 147.

  Guise (Le duc de). VIII, 17 et suiv.; IX, 111.


  H

  Habicot (Le chirurgien). IX, 244, 245.

     V. dans le _Catalogue des sciences mdicales_ de la Bibliothque
     impriale, t. I, p. 425-426, la liste de ses crits sur le gant
     Teutobocus.

  _Harangue de Turlupin le souffreteux._ VI, 51.

  Harlay (Sieur de), archevque de Rouen, puis de Paris. VI, 220.

  _Hazard de la blanque renvers._ II, 325.

  Henri III. VII, 235, 352; IX, 91, 92; X, 59, 60, 66.

  Hricault (Ch. d'). VII, 267.

  Herpinot, farceur. VI, 41.

  Hersent (Charles), docteur en Sorbonne. I, 28.

  Herty (L'), fou de cour. I, 135.

  Hervart (Mlle d'). IV, 307.

  Heudon (Jean). V, 174

  _Histoire de la comtesse d'Hornoc, estrangle par
  le diable._ I, 163.

    --_de la mutinerie de Saint-Mdard._ VI, 185.

    --_de la conversion d'une courtisanne venitienne._ I, 49.

    --_de deux magiciens estranglez par le diable._ I, 23.

  _Histoire de trois soldats qui ont outrag l'image de saint Antoine._
    IV, 307.

    --_du combat entre deux demoiselles._ II, 357.

    --_du fantme qui s'est battu en duel._ III, 17.

    --_du pote Sibus._ VII, 89.

    --_d'un chirurgien homicide de soi-mesme._ IX, 363.

    --_d'un favori de la cour d'Espagne._ I, 95.

    --_d'un homme qui a mang VII enfans._ IV, 217.

    --_d'un suppos mari._ VIII, 199.

    --_joyeuse de M. de Basseville._ III, 83.

  Hornoc (Comtesse d'). I, 163.

  Houel (Nicolas). VI, 64; VII, 274.

     V. sur lui et sur la _Maison de la charit chrtienne_, dont
     il fut le fondateur: Cap, _Etudes biographiques pour servir 
     l'histoire des sciences_, 1857, in-18, p. 84-89; et P. Paris,
     _Les Manuscrits franois_, etc., t. II, p. 369-376.

  Houssaye (Du). X, 231.

  Humbelot, procureur en 1622. I, 194.

  Humires (M. d'). VIII, 119.


  I

  _Impositeurs italiens._ VII, 261.

  _Imprimeurs_ (_Misre des apprentis_). V, 225.

  _Incendie du palais de Paris._ II, 159.

  _Industrie_, _Inventions_, _Commerce_, _Agriculture_. II, 79, 123,
    192, 183, 321, 327; III, 110, 111, 112,
  115, 116, 118-119, 120-122, 166, 182, 190-196,
  314, 315, 316; IV, 109, 113, 114, 136, 231, 327;
  V, 71, 140, 226, 227, 235, 339, 340, 342; VI, 138,
  141; VII, 146, 147, 148, 151, 152, 153, 155, 163,
  164, 165, 170, 182, 185, 189, 295-297-307; VIII,
  149, 165; IX, 153, 160, 164, 178, 215, 217, 254.

  _Innocence d'amour._ II, 365.

  _Institution des chevaliers de la joye._ VII, 237.

  _Interrogatoire de Poltrot._ VIII, 5.

  Inteville (M. d'). IX, 102.

  Invisibles (leur pacte avec le diable). IX, 75.

  Isarn (D'). X, 236, 242, 245.

  Ivry (Bataille d'). X, 69, 70.


  J

  Jacques II. IX, 341; X, 44.

  Jars (Le chevalier de). IX, 13.

  Jay (Le prsident Le). IX, 35, 36.

  Jean (Messire). IV, 75.

  _Jean, son mariage avec Jeanne la Grise._ II, 23.

  _Jeux_ (_Les_) _de la cour_. IV, 17.

  Jocrisse. IV, 281.

  Joseph (Le pre). VII, 232; IX, 22, 23, 24.

  _Journe des dupes._ IX, 309.

  Juif chirurgien. VII, 233.

  Joye (Chevaliers de la). VII, 237.

  Joyeuse (Duc de). VII, 211.

  Jumeau, arquebusier du roi. VI, 13, 135.

  Jusseaume ou Josseaume, marchand. I, 184.


  L

  Lacallande (Le capitaine). VII, 227.

  Lafayette (Mme de). X, 117-129.

  Laffemas (B. de). VII, 303; IX, 52; X, 80.

  Laffemas (J. de). IX, 11; X, 77, 96.

     A cette page, _ligne_ 3 de la note, lisez 1579, au lieu de 1529;
     et _ligne_ 6, lisez 1660 au lieu de 1690.

  Lafontaine (Cit). IV, 46.

  Lagarde (Le cap.). VII, 83.

  La Gomberdire (Le S{r} de). III, 109.

  Laguille (Le P.). VIII, 53.

  Lambin (Denis). X, 156.

  Lambert, musicien. VII, 91.

  Langey (Le marquis de). VI, 307, 309, 312.

  Larivey, astrologue. II, 211.

  Larchant. IX, 93.

  _Larmes et complaintes de la reine d'Angleterre sur la mort de son
    espoux_, etc. X, 161.

  Lauzun (Le duc de). VIII, 69.

  Lavalise. VIII, 337.

  Lavardin (Le S{r} de). VII, 211, 213.

  _Legat testamentaire du prince des sotz._ III, 353.

  Lelivre (Elie). X, 187, 188.

  Lerme (Le duc de). I, 97.

  Le Sage. Le Rodrigue de son _Gil-Blas_. I, 96-113.

  Lescot (P.). Un tableau de lui  Fontainebleau. VII, 148.

  _Lettre de Calvin apporte des Enfers._ VII, 227.

    --_contenant le privilge d'avoir deux femmes._ III, 141.

    --_d'Escorniflerie._ IV, 47.

    --_de M. d'Aligre au chancelier Seguier._ IX, 339.

    --_du gnral des crocheteurs de France._ IV, 235.

    --_de Vineuil sur la conspiration de Cinq-Mars._ VIII, 119.

    --_d'un gentilhomme franois  dame Jacquette Clment, princesse
      boteuse de la Ligue._ X, 55.

     M. Leber (_Bulletin du Bibliophile_, I. 1, n 9, p. 16) met,
     pour la raret et la curiosit, cette pice  peu prs au niveau
     de la _Prosa cleri Parisiensis_, faite dans le mme temps et
     dans le mme esprit, et dont un exemplaire, qui se vendrait au
     centuple maintenant, cota 400 livres  la Bibliothque du Roi
     lors de la vente de l'abb Sepher, en 1786.

    --_sur la mort du grand Macaty._ IX, 107.

  _Lettres de Mme de Lafayette._ X, 117.

    --_patentes sur la plantation d'un mai._ IX, 359.

  Lezay (La marquise de). X, 1-2.

  Lhermite amiral. I, 41.

  Liancourt (Ch. Du Plessis). IX, 101.

  Libertat. II, 297.

  Libaut (Mme). III, 321.

  Ligue (La). Son premier manifeste. VII, 315-322.

  Lima. I, 141.

  Lincestre (cur ligueur). X, 74.

  Lionne (Mme de). VI, 228, 230.

  Lionne (L'abb de).      X, 106.

  _Logement pour la cour de Louis XIII._ X, 225.

  _Loire_ (_Accidents arrivs sur la_). VI, 5.

  Longueville (La duchesse de), morte en 1629. V, 151.

  Lorens (Jacq. du). II, 151.

     M. Ed. Tricotel approuve l'attribution que nous avons faite 
     Du Laurens de _La Moustache des filous enleve_ (_Bulletin du
     Bibliophile_, 1862, p. 1313). Il cite une autre pice de lui qui
     n'toit pas moins inconnue, _La Calotte_, et il reproduit une
     satire _contre le demy-savant_, non comprise dans son recueil
     et ddie  son ami Colletet.

  Loret, auteur de la _Muse historique_. I, 192.

  Loste. X, 77, 89, 97.

  Louis XIII  la journe des Dupes. IX, 309-326.

  Louis XIV. X, 37, 41, 53, 107-115.

  _Louis d'or_ (Le). X, 235.

  Louis XIII au pas de Suze. IX, 327.

  Louvet. III, 173, 178.

     Il toit trsorier de l'argenterie du Roy en 1610.

  Lugoli, lieutenant criminel. I, 199.

  Lumagna (Les). II, 199; VII, 268.

  Luynes (Le conntable de). IV, 19, 20.

  _Lustucru_ (_Description du tableau de_). IX, 79.

  Lyon. X, 197.


  M

  Macassar (Princes de) baptiss  Versailles en 1688. IX, 261.

  Macaty (Singe). IX, 107.

  Macette (Dame). III, 77.

  Machaud. IX, 11.

  Madagascar (Prince de) baptis  Paris. IX, 261.

  Madrigal (Le ptissier de). II, 27.

  _Magiciens estranglez par le diable._ I, 23.

  _Magie_, _superstitions_. I, 25, 29, 87, 115; II, 212, 368; III, 38,
    212-213, 267; IV, 275, 323; V, 66, 162, 167, 168-169, 201, 204,
    267, 269; VI, 202, 289, 291, 294; VII, 253; IX, 275, 281, 285,
    286, 292; X, 57.

  Mai (Plantation d'un). IX, 359.

  Maignelay (La marquise de), grande dvote amie de saint Vincent de Paul.

     C'est elle qui doit tre dsigne sous l'initiale M. au t. I, p.
     129.

  Maintenon (Mme de). VIII, 53.

  Mallot, ministre calviniste. VI, 187.

  _Malmariez_ (_Fantastique repentir des_). IV, 311.

  Mancini (Marie). X, 41.

  Mancini (Hortense). X, 47.

  Mangot (Le chancelier). X, 262, 264.

  _Manire de bien ferrer la mule._ V, 243.

  _Manifeste de ce qui doit se passer en France en 1620._ VII, 5.

  _Manifeste de P. du Jardin._ VII, 63.

  Mansfeld (Le duc de). I, 217.

  Marais, bouffon de Louis XIII. IV, 337.

  Marchand (Le capitaine). IX, 36.

  _Mardi gras, son exil._ V, 97.

  Marguerite (La reine). I, 207; II, 16, 254.

  _Mariages_ (_Rformation des_). IV, 3.

  Marie Stuart (Mort de). V, 279.

  Marie, reine d'Angleterre. IX, 331.

  Marillac, garde des sceaux. IX, 9, 326.

  Marillac (M. de). IX, 8.

  Marion Delorme. VIII, 120, 121.

  _Maris. Arrest contre leur impuissance._ VI, 307.

  Martin Guerre. VIII, 99.

  Mascaron. VI, 222, 223.

  Mathurine, folle du roi. VI, 529; VIII, 271.

  Matignon (M. de). Lettre que lui adresse Charles IX.

  Maubert (Nouveaux compliments de la place). IX, 229.

  Mauclerc, procureur en 1622. I, 194.

  Maure (La comtesse de). X, 126.

  Mauregard, astrologue. II, 211.

  Mauraisin (Nol). VII, 267.

  Mayenne (Le duc de), tu en 1622. VII, 250.

  Mazarin. IX, 322; X, 42, 49.

  Mdicis (Franois de). VII, 333.

  Mdecine. II, 108, 113; III, 170; IV, 82, 251; V, 134, 195, 305;
    VI, 120; VII, 33, 233, 259; VIII, 284; X, 212, 213, 214.

  _Melons Andardois_ (_Roi des_). III, 361.

  _Memoire pour les coiffeuses, bonnetires et enjoliveuses de la
    ville de Rouen._ IX, 215.

    -- _sur le prix des vivres  La Rochelle._ VI, 23.

    -- _touchant la seigneurie du Pr-aux-Clercs._ IV, 87.

  _Menippe de Francion, ou responce au Manifeste anglois._ X, 267.

  Mercelotz. VIII, 147.

  Mercoeur (Le duc de). I, 293; III, 212.

  _Merveilles du Salmigondis de l'Aloyau._ I, 363.

  Mesmer (Claude de). IV, 75.

  Mesmer (H. de). X, 151, 154, 155.

  Mesmer (J. J. de). X, 152.

  Michel, magicien  Moulins. V, 99.

  _Mie Margot_ (_Histoire de_). II, 121.

  Mignet, son livre sur Antonio Perez. I, 169.

  _Mignons_ (_Vertus et proprits des_). VII, 331.

  _Miliade_ (La). IX, 5.

  Milmont (Cur de). IV, 323.

  _Miroir de contentement._ II, 13.

  Miron (Le mdecin). IX, 94.

  _Misres des apprentis imprimeurs._ V, 225.

  _Misres de la femme marie._ III, 321.

  Modes (Dtails sur les). I, 12, 21, 62, 132, 163,
  217, 223, 224-257, 283, 307, 309, 317, 334, 335,
  337, 340, 344, 352; II, 18, 20, 57, 83, 90, 123,
  151, 190, 192, 243, 316; III, 36, 37, 38, 39, 40,
  41, 43, 46, 64, 102, 104, 106, 113, 114, 117, 118,
  119-122, 156, 190, 242, 243, 245, 246, 247, 248,
  249, 250, 252, 253, 255, 257, 267, 268, 269; IV,
  136, 291, 299, 362; V, 68, 99, 124, 135, 149, 180,
  181, 182, 183, 184, 185, 192, 302, 311, 312, 313,
  315, 316, 331, 345, 360; VI, 32, 33, 35, 37; VII,
  9, 11, 15, 17, 25, 29, 42, 46, 51, 94, 99, 101; VIII,
  166, 167, 168-169, 175, 249, 334, 336; IX, 88,
  132, 133, 134, 135, 136, 140, 245, 256, 306; X,
  81, 129, 131, 139, 164, 215, 351, 355, 356; X, 27,
  29.

  Moisset (financier). III, 181-184; IV, 343; VIII, 243.

  Molire cit. I, 224, 235, 248, 347, 352; II, 16, 200; III, 38, 106;
    IV, 9, 10, 285-306.

  Montaiglon (A. de). I, 275; VIII, 195.

  Montbazon (M. de). IV, 337; V, 291.

  Monguibert. VIII, 31.

  Monnerot (financier). V, 91.

  Montaigu (L'abb). X, 45.

  Montigny (Le comte de). VIII, 122.

  Montmaur (P. de). I, 129.

  Montmorin (M. de). IX, 103.

  Montrsor. III, 129.

  _Montpellier_ (_Division entre les femmes et les filles de_). VII, 247.

  Montpensier (Catherine-Marie de Lorraine, duchesse de). X, 55 et suiv.

  Montpezat (M. de). VIII, 171.

  _Monstre_ (_Le_) _ trois ttes_. IV, 344.

  _Moulin  barbe_ (_Destruction du_). II, 49.

  _Moulins  barbe_ (_Origine des_). II, 53.

  _Moustache_ (_La_) _des filous enleve_. II, 151.

  Muet, lieutenant au petit criminel. I, 193.

  _Muse_ (_La_) _infortune_. II, 247.

  _Musicien_ (_Le_) _renvers_. VIII, 93.

  _Musique de la taverne._ VI, 341.

  Mustapha, empereur des Turcs. IV, 273.


  N

  Navarre (Le roi de), Henri IV. VII, 214, 215.

  Nemours (La duchesse de). X, 44.

  Neri en Verbos (Sieur de). Ce que signifie son nom. III, 142.

     Le _Bulletin du Bibliophile belge_, 1863, p. 104-105, s'est
     rencontr avec nous pour l'explication de ce pseudonyme.

  _Nez  la mode_ (_Anatomie d'un_). V, 133.

  Nicolas (Le cuisinier). X, 22.

  Niel (P. de) ou Niert (de) le musicien. IX, 330-331.

  _Noblesse_ (_Plaisirs de la_). VII, 303.

  _Normandie_ (_Courtisanes de_). I, 333.

  Notre-Dame de l'pine. VII, 350-351.

  _Nouveaux compliments de la place Maubert._ IX, 229.

  _Nouvelle de la venue de la roine d'Alger  Rome._ IX, 259.

  _Nouvelle manire de faire son profit des lettres, traduitte en
    franois par J. Quintil, du Tronsay, en Poictou. Ensemble:
    le Pote courtisan._ X, 131.

  _Nouvelles admirables des Indes._ V, 159.

  _Nouvellistes_ (_Rglement pour les_). VII, 261.

  Noyers (De) Sublet. IX, 22, 27.

  Nully (Le prsident de). I, 2; X, 74.


  O

  O (Franois d'). IX, 104.

  _Oeconomie, ou le vray advis pour se faire bien servir_, par le sieur
    Crespin. X, 1-22.

  Olerius, magicien. I, 29.

  _Oeufs de Pques_ (_Les_). V, 59.

  _Ombre_ (_L'_) _du mignon de fortune avec l'enfer des ambitieux
    mondains_, etc. X, 77.

  _Onophage_ (_L'_), _ou le Mangeur d'ne_. III, 67.

  _Onozandre_ (_L'_), _ou le Grossier_. V, 291.

  _Ombre_ (_Amours de l'_) _et du compas_. VII, 287.

  _Oraison funbre de carme prenant._ III, 61.

  _Ordonnances gnrales d'amour, par le baron de Mistingue._ II, 169.

  _Ordonnance pour le reglement du camp._ I, 139.

  _Ordre  tenir pour la visite des pauvres honteux._ V, 127.

  _Ordre du combat fait en la ville de Moulins._ III, 93.

     V., sur ce combat, les _Mmoires_ de Martin du Bellay, liv.
     VIII, fin de l'anne 1537.

  Orlans, Histoire de _la vache  Colas_. II, 39.
    --Le bonhomme Petau. _Id._, 279.
    --La glose d'Orlans. _Id._, 294.
    --Manufactures de soie. VII, 313.
    --Sige par M. de Guise. VIII, 16.
    --Les Siamois  Orlans. X, 102.

  Ordres de chevalerie burlesques. VII, 237-239, 248.

  Ornano (D'), colonel des Gardes Corses. IV, 339.

  Orvietan (l'). VII, 113.

  _Ouverture des jours gras._ II, 345.


  P

  Padel, successeur de Tabarin. III, 151.

  _Paille_ (_Miracles de la_). VIII, 323.

  _Paille_ (_Louanges de la_). VIII, 325.

  Paloiseau (Htel). IV, 184.

  Pamperon, procureur en 1622. I, 191.

  Panurge. VIII, 279.

  Parabre (M. de). I, 299.

  Paris. Les fripiers, I, 181.
    --La Tonnellerie, _id._
    --Rue de la Heaumerie, 182.
    --Rue Tirechappe, 189.
    --Rues des Bourdonnais et de la Limace, _id._
    --Rue du Plat d'tain, _id._
    --Le cabaret de la Table Roland, prs l'apport Paris, I, 195;
        III, 127; VI, 40.
    --Les manteaux rouges voleurs, II, 198; V, 194; VI, 326.
    --La taverne du Pied de Biche, prs le Temple, I, 202.
    --La Cour des Miracles, 203.
    --Palais de la reine Marguerite, I, 207, 219; IV, 132-175; V, 327.
    --Eglise Saint-Bon, I, 209.
    --Moulins  vent hydraulique,  l'le Notre-Dame, _id._, 211.
    --Ile Louviers, 219.
    --Brodeuses du faubourg Saint-Antoine, 240.
    --Bataille de laquais, 283, 285.
    --Charnier des Innocents, 313.
    --Servantes de Paris, I, 313, 321; II, 237; III, 101; V, 243, 244,
        246, 250, 251, 253, 254, 257, 345; VI, 265, 274; VII, 142, 205,
        207; IX, 172.
    --L'officialit, I, 319; VI, 308; IX, 12.
    --Rtisseries du petit Chtelet, I, 367.
    --Boucherie de Saint-Etienne-du-Mont, 369.
    --Concerts de Sainte-Ccile aux grands Augustins, II, 14.
    --Les orgues des Cordeliers, _id._
    --Le feu de la Saint-Jean  la Grve, 15.
    --Le carrefour de Notre-Dame-de-la-Carole, 16.
    --La friperie, 19.
    --Les forges du Pont-au-Change, 23.
    --Les colosses du Pont-Notre-Dame, 40-41.
    --Le petit Chtelet, 43.
    --Le chevalier Tape-cul au Palais-Royal, 44.
    --Les Gobelins, 55, 223, 227, 231, V, 138.
    --Le moulin de Croulebarbe, II, 58.
    --Les coiffeurs, 57.--L'glise

  Saint-Leufroy, 101.
    --Le Fort l'Evesque, 109.
    --Les apothicaires, 115.
    --Le gros Thomas au Pont-Neuf, 125.
    --La Grenouillre, 128.
    --Poissonnires de la place Maubert, 132.
    --Les Feydeau, 138, 139, 140.
    --Saint-Germain-le-Vieil, 149.
    --Incendie du Palais en 1618, 159, 167; III, 127.
    --La table de marbre, II, 161.
    --Les statues des rois au Palais, 162.
    --La pierre-au-let, 169, 173.
    --Les pices du Palais, 159, 179.
    --Cabarets de La Boisselire et de la Coiffier, 202; V, 36.
    --Inondation de la Bivre, II, 221; IX, 63-70.
    --Le copeau de S.-Victor et ses moulins, II, 226.
    --Tanneurs de la Bivre, 229.
    --Bureaux de placement des domestiques, 227.
    --March aux pourceaux de la Butte S.-Roch, 270.
    --Acadmies (_manges_) au faubourg S.-Germain, 271; IV, 188.
    --Le pont aux oiseaux, II, 276.
    --L'le maquerelle, 283.
    --Carrosses en 1619, 282, 284.
    --Les voleurs  la poire d'angoisse, 295.
    --Le tombeau de Commines aux grands Augustins, 297.
    --La Blanque en 1649, 325.
    --Filles du faub. S.-Germain et du Marais, I, 207, 219; II, 346,
        366; V, 323.
    --La foire Saint-Germain, II, 348; IV, 328.
    --Les faubourgs enferms dans la ville en 1634, II, 349.
    --Voleurs sous Louis XIV, III, 5, 8.
    --Le chteau des Porcherons, 31.
    --Le chteau de Vauvert, 31; IX, 290.
    --Le Luxembourg, III, 5-8, 32.
    --Le Huleu et le Champ-Gaillard, 44.
    --La maison du patriarche au faubourg Saint-Marcel, 51; VI, 186, 198.
    --Assembles calvinistes  Popincourt, III, 51.
    --Etat de Paris sous Charles VI, 62.
    --Irlandais  Paris, 62.
    --La tour des Dames, 68.
    --Les pltriers de Montmartre, 70.
    --Le Puits-Certain, le Puits de Rome, 78.
    --L'htel de Montmorency, 99.
    --Le pont Rouge ou pont Barbier, 102.
    --Les tisserands de la Macque, rue de la Tixeranderie, 113.
    --Fabrique de tapisseries de La Planche, 116.
    --Le cabaret de Cormier, 138; VIII, 296.
    --Le pont Alais, III, 142; IV, 226; VII, 39.
    --Filous de la Samaritaine, III, 147-148.
    --Le carrefour Guillori, 150.
    --Filous du faub. S.-Germain et du Marais, 154; IX, 271, 297.
    --L'htel de Scipion Sardini, III, 174; V, 221; VI, 115.
    --Les crocheteurs de la Grve, III, 179.
    --Le quai Malaquais, 179; IX, 297.
    --Supplice  la croix du Trahoir, III, 231.
    --Les Ursulines de la rue Saint-Jacques, 265.
    --Les Carmlites de la rue du Bouloi, 266.
    --Boucheries, 314, 315.
    --Cabarets en 1622, 318-319.
    --Le petit Saint-Antoine, 318.
    --Le crocheteur de la Samaritaine, IV, 27, 235.
    --L'htel Concini, rue de Tournon 30, VIII, 233, IX, 315; X, 106, 265.
    --Marchands de meubles de la rue Frpillon, IV, 48.
    --Asile dans les glises de Paris, 76.
    --Ce qu'on appelait la petite Seine, 90, 97.
    --Le Pr-aux-Clercs, 93, 95; IX, 297.
    --Le carrefour Buci et la rue des Mauvais-Garons, IV, 95.
    --La chapelle Saint-Germain des Orges, au Pr-aux-Clercs, 94,
        97, 99, 100.
    --La rue du Colombier (rue Jacob), 108, 132.
    --La maison de Baptiste du Cerceau, 121-123.
    --La rue des Marais, 125.
    --La petite Genve, 125-126.
    --L'hpital de la Charit, 138.
    --Le cimetire de Saint-Pre, 139.
    --Maison de des Iveteaux au Pr-aux-Clercs, 141-148.
    --Htels garnis du faubourg Saint-Germain au dernier sicle, 151;
        IX, 300.
    --La maison Colletet, IV, 161.
    --La rue de la Sorbonne ou de l'Universit, 182-183.
    --L'htel Tambonneau, 185.
    --Les commencements de la rue du Bac, 193.
    --Les filles de Saint-Joseph, 198.
    --Collge de Reims, 258.
    --L'Htel Montbazon, rue Bthizy, 338.
    --L'impt des portes cochres pendant la Fronde, V, 7, 338.
    --Duels au Pr-aux-Clercs, 44.
    --Le collge de Cambray, 46.
    --Maison de Colbert, rue du Mail, 95.
    --Etablissement pour les pauvres au XVIIe sicle, 128, 129, 130, 131.
    --L'htel Sourdis, 136.
    --Les libraires du mont Saint-Hilaire, 231.
    --Les financiers de la place Vendme, 232.
    --Les crivains des Saints-Innocents, 248.
    --La Valle, 252.
    --La rue des Jeux-Neufs, 266-267.
    --La statue de P. du Coignet  Notre-Dame, 269.
    --La tour de la Commanderie de Saint-Jean de Latran, 322.
    --L'glise Saint-Barthlemy, 335.
    --Feux d'artifice sous Louis XIII, VI, 14.
    --La rue Tiquetonne, 14.
    --Incendie au port au foin en 1618, 16.
    --La boue de Paris en 1616, 37-38.
    --La charit chrtienne, rue de l'Ourcine, 64, VII, 274.
    --Les Quinze-Vingts, VI, 66.
    --Impt  Paris en 1622, 97.
    --Vol de reliques  la Sainte-Chapelle en 1589, 201.
    --Procureurs de la rue des Mauvaises-Paroles, 261.
    --Le trsor de la Bastille, 262.
    --La vote de Nicolas Flamel au cimetire des Saints-Innocents,
        269-270.
    --Procureurs des environs de la place Maubert, 271.
    --Cocus de la rue Quincampoix, 274.
    --Les Nymphes de Jean Goujon  la fontaine des Innocents, VII, 39.
    --Le quartier de la Nouvelle-France, 42.
    --Diminution des loyers pendant la Fronde, 61-68, 365.
    --Les enfants-bleus, 92.
    --Le collge de Lisieux, VII, 93.
    --Charlatans du Pont-Neuf, 103-108.
    --Le may des imprimeurs, 133.
    --Rentes sur la ville en 1586, 159.
    --La promenade au cours de la Porte-Saint-Antoine, 201.
    --Rentes de l'Htel-Dieu (1589), 261.
    --Les Invalides  Bictre sous Louis XIII, 271-279.
    --Magnaneries  l'htel de Retz, 308.
    --Magnaneries aux Tuileries, 309.
    --L'italien Balbani au chteau de Madrid, 310.
    --Plantation de mriers prs de Saint-Thomas du Louvre, 310.
    --Maison de Baf, rue des Fosss-Saint-Victor, VIII, 40.
    --Maison d'Estienne Pasquier sur le quai de la Tournelle, 41.
    --Les filles-bleues de la chausse des Minimes, 71.
    --Logis de Scarron, rue Neuve-Saint-Louis; 73.
    --Maison de la rue de Vaugirard o Mme de Maintenon lve les
        btards du roi, 74.
    --Fours du quai de la Ferraille, VIII, 152.
    --Cour des Miracles, 160.
    --Le Huleu, 223.
    --Bassompire et la lingre de la rue de Bourg-l'Abb, 223.
    --J.-J. Rousseau, rue Pltrire, 233.
    --Nouvellistes aux Tuileries, au Luxembourg, au Palais-Royal,
        au quai des Augustins, aux Clestins; 262-265, 267.
    --Antonio Perez  Paris, 265.
    --La Pomme de Pin et la Croix-Blanche, cabarets, 296.
    --Une inscription du Petit-Pont avant 1718, IX, 11.
    --Le Pont-Marchand, son fondateur, 36.
    --Bureau d'adresses en 1633, et petites-affiches, 51, 61.
    --L'htel de Nemours, 55.
    --L'enseigne de la Femme sans tte, 83.
    --Cours de la Porte Saint-Antoine sous Louis XIII, X, 25, 34, 125, 130.
    --Le jardin de l'Arsenal, IX, 126, 127; X, 31.
    --Le jardin de Dupont  la Roquette, IX, 127.
    --Le March du cimetire Saint-Jean, 229.
    --Les poissardes de Paris en 1644, 230.
    --Les harengres du Petit-Pont, 233-234.
    --Le Mont-Parnasse, 290.
    --Le diable Vauvert, _id._
    --Magie au Marais, 292, 294.
    --Le Luxembourg sous Louis XIII, 314.
    --Le mai de la basoche, 359-361.
    --Le boulevard Saint-Antoine sous Louis XIII, X, 28.
    --Le pavage du faubourg Saint-Antoine, 28.
    --Le couvent de Sainte-Marie  Chaillot, 45, 165.
    --Henri IV surprend les faubourgs de Paris, 65.
    --Famine  Paris, 70.
    --Le jardin ou parc des Tuileries et sa grotte; 91, 93.
    --La maison de Rambouillet au faubourg Saint-Antoine, 164.
    --D'o vient le nom de la rue Chantereine, 135.
    --Le collge de Bourgogne, 152.
    --Le collge Montaigu, 157-159.
    --L'le Notre-Dame, 189.
    --Les diamans du s{r} d'Arce au Temple, 278-279.

  Pasquier (Etienne). I, 364; II, 169.

  _Pasquil de la cour pour apprendra  discourir._ III, 264.

  _Pasquil touchant les affaires de ce temps._ VIII, 347.

  _Pasquil du rencontre des cocus  Fontainebleau._ III, 217.

  _Passage du cardinal de Richelieu,  Viviers._ VII, 339.

  Passard, laquais de l'abb Chrier, le censeur, qui prit son
    nom pour pseudonyme. VI, 170-171.

     V. sur l'abb Chrier un article de M. Guessard (_Corresp.
     litt._, 5. fv. 1858, p. 73-81); et l'_Histoire de la censure
     thtrale en France_, par M.. V. Hallays-Dabot, 1862, in 18, p.
     54.

  Passemens (_La rvolte des_). I, 223.

  _Passeport des bons buveurs._ IV, 69.

  _Passeport pour l'autre monde._ IX, 337.

  _Passion de M. Fouquet._ V, 86.

  _Ptissier de Madrigal._ II, 27.

  Pavillon. II, 2.

  Pedoue (Franois), auteur _du Bourgeois poli_. IX, 146.

     Aux dtails dj donns sur ce factieux chanoine de Chartres
     nous ajouterons qu'on a de lui quelques chansons satiriques,
     entre autres la requte de _l'Ane qui vielle  messieurs du
     chapitre_, publie dans le _Magasin pittoresque_ de 1856, p. 56.

  Pichon de Ruby. VIII, 147.

  Pegenac, docteur de Sorbonne. I, 3.

  Perez (Antonio). I, 169; VIII, 263.

  Perine. Ses trennes. IV, 229.

  Permission (Comte de). VIII, 81.

  _Permission aux servantes de coucher avec leur matre._ II, 237.

  Perdrigeon, marchand. I, 283.

  Perse (Infante de)  Paris en 1666. IX, 261.

  Philippe II, roi d'Espagne. I, 171, 173.

  Pibrac. IX, 94.

  _Pice du cabinet_ (_La_). III, 283.

  Picardie (Conspiration faite en), VII, 315.

  Picotin (Capitaine). VI, 279.

  Piedaigrette. III, 165.

  Piron. VI, 171; IX, 107.

  _Placet des amants contre les voleurs._ III, 5.

  _Plaidoyer dans une cause comique._ I, 349.

  _Plaisantes ruses et cabales de trois bourgeoises._ VII, 19.

  _Plaisante nouvelle sur ce qui se passe en Pimont._ VI, 279.

  _Plaisirs de la noblesse._ VII, 303.

  Planto (Le colonel Otho). IX, 98.

  Pois pilez. VIII, 81.

  Poitou (Acadmie de Larrons en). VIII, 153-154.

  Polichinel. I, 355.

  Pologne (Le roi de). IX, 91.

  Poltrot. Son interrogatoire. VIII, 5.

  Pontalais (Jean du). III, 142.

     Le vrai nom de ce farceur toit Jehan de l'Espine du
     Pont-Alletz, et son surnom _Songe-creux_, comme nous l'avons
     appris par la mention d'un prsent de 223 livres tournois que
     lui fit Franois Ier, devant qui il avoit jou des farces.
     (V. L. Lacour, _Oeuvres de Des Priers_, t. II, 154, note.)
     Ce surnom me fit penser que les _Contredits de Songe-creux_,
     toujours prts  Gringore, bien qu'ils ne fussent pas dans
     sa manire, pourraient bien tre de Pontalais; je le dis dans
     l'_Introduction_ aux _Chansons de Gaultier Garguille_, p.
     lxxix, et peu de temps aprs je fus heureux de voir que M. Ch.
     d'Hricault avoit approuv cette conjecture. C'est sous le nom
     de Pontalais, et non sous celui de Gringore, qu'il a donn des
     extraits des _Contreditz_ dans le t. I, p. 531-540, du recueil
     des _Potes franais_ de M. Crpet. Notre littrature de la fin
     du XVe sicle et du commencement du XVIe retrouve ainsi un pote
     de plus.

  _Pont-Breton des procureurs._ VI, 253.

  Pont-de-Gourlay (M. de). IX, 31; X, 231, 232.

  _Pont-Neuf frond._ III, 337.

  Pontoise. I, 75, etc.

  Porte (De la), grand prieur de France. VII, 217.

  _Pot aux roses aux financiers._ IV, 349.

  _Pot aux roses_ (Le) _dcouvert_. VII, 199.

  Poulet, lettre galante. I, p. 12, note 21.

  Poumerol (Franois). VI, 131.

  Pourchot (Edme). IV, 87.

  _Prcieuses_ (_Rcit de la Farce des_). IV, 295.

  Prestre Jean (Le). V, 162, 163, 164, 165, 167, 171.

  _Prinse du capitaine Carrefour._ IX, 267.

  _Prisonniers_ (Salve Regina _des_). VIII, 193.

  _Prisonniers. Leur purgatoire._ VIII, 201.

  _Privilge des cervelles mouques._ III, 297.

  _Privilge des chastrez._ III, 333.

  _Privilge des Enfants Sans-Soucy._ III, 159.

  _Procession en Allemagne._ VII, 347.

  _Procureurs_ (_Pont-Breton des_). VI, 253.

  _Promenade du Cours._ IX, 125.

  _Proprit des bottes sans cheval._ V, 229.

  _Purgatoire des prisonniers._ VIII, 201.

  _Purgatoire des hommes mariez._ IV, 81.

  _Purgatoire des bouchers, charcutiers_, etc. V, 263.

  Pussort. V, 88-89.

  _Putains  cul_ (Les). VIII, 337.


  Q

  _Quatrains sur les harquebuses et pistolets._ VI, 131.

  Qulus (M. de). IX, 101.

  Quercy. VII, 323.

  _Querelle des femmes du faubourg Saint-Germain avec les filles du
    faubourg Montmartre._ IV, 323.

  _Questions de la cour._ V, 75.

  _Questeuses_ (_Satyre sur l'indcence des_). V, 331.

  Quintil du Tronsay. X, 131.

     Nous avons su par une note de M. Brunet (_Manuel_, nouv. dit.,
     t. IV, p. 1023), que la satire de Quintil, _La Nouvelle Manire
     de faire son profit des lettres_, etc., toit une traduction
     de l'ptre d'Adrien Turnbe, _De nova captand utilitatis e
     literis ratione metrice scripta ad Leoquernum_: Paris, 1859,
     in-8.--M. Brunet ajoute qu'une autre traduction de cette ptre
     fait partie des oeuvres de J. Du Bellay; or nous avons prouv
     que celle de Quintil et celle de Du Bellay sont la mme.


  R

  _Rabelais_ (_cit_). I, 63, 267; II. 197, 240, 241, 283, 297;
    III, 21, 36, 61, 126, 162, 167; V, 274; VI, 39, 257, 282, 283;
    VII, 254; VIII, 87.

  Raconis (Ange de). III, 49.

  Ramus. IV, 93, 94, 104-106.

  Rangouze (Le S{r} de). VII, 131.

  Ranty (M. de). IX, 100.

  _Rapport d'un affid de Angleterre  Paris en 1655._ X, 35-54.

  Ratiers (Confrairie des). III, 297.

  Ravaillac. II, 165; VII, 84; X, 261.

  Razilly (Le voyageur). VI, 118, 355.

  _R_ (_L'le de_). X, 268, 273, 276, 277.

  _Rception des ambassadeurs du roi de Siam en 1686._ X, 99.

  Rcit de la farce des prcieuses. IV, 285.

  _Recit de l'assassinat de Jean Bourgeois par la compagnie des
    fripiers de la Tonnelerie._ I, 179.

  _Recit de l'attentat commis  Sannoy._ III, 2.

  _Recit de l'execution du capit. Carrefour._ VI, 321.

  _Recit du combat sur mer devant Lima._ I, 441.

  _Reconfort des femmes qui se plaignent de leurs maris._ IV, 315.

  _Rgle de la cabale des filous._ III, 147.

  _Rgle_ (_Amours de la_). VII, 287.

  _Reglement pour les nouvellistes._ VIII, 261.

  _Reglement pour pourvoir aux vivres de la ville._ VIII, 323.

  _Reglement sur la preference des savetiers-cordonniers._ V, 41,
    194, note.

  _Reglement sur toutes sortes de marchandises._ III, 109.

  _Regret des courtisanes d'amour._ V, 328.

  _Regret des filles de joie de Paris._ III, 77.

  _Rejouissance_ (_La_) _des femmes sur la deffense des tavernes et
    cabarets_. X, 175.

  Remond (Nicolas). VI, 85.

  _Remonstrance aux femmes et aux filles de France._ IV, 361.

  _Remonstrance aux nouveaux maris._ II, 257.

  _Remonstrance sur la librairie du roy._ I, 1.

  Renaudot (Th.). I, 138; IX, 52-53.

  _Rencontre aux environs de La Rochelle._ VIII, 331.

  _Rencontre de M{e} Guillaume avec Piedaigrette._ III, 165; VII, 267.

  _Rencontre de trois astrologues judiciaires._ II, 311.

  _Reponse des servantes aux langues calomnieuses._ III, 101.

  _Reproche du capitaine Guillery aux carabins._ VII, 71.

  _Requte d'un pote  M. de Vatan._ VIII, 232.

  _Requte pour la diminution des loyers._ VII, 61.

  Retz (Le cardinal de). X, 38.

  _Revenus_ (_Sur les_). VIII, 53.

  _Revolte des Passemens_. I, 223.

  Ribaut (J. de). X, 280.

  Ribre (Le mdecin). VI, 120.

  Richelet. IX, 20.

  Richelieu (Cardinal de). VII, 323, 339; VIII, 320 et suiv.;
    IX, 5, 21, 309-326; X, 227, 228, 262, 264, 268.

  _Riflasoret_ (_Cour de_). V, 97.

  Riolan (Le mdecin). IX, 244-245.

  Ripaille (Chteau de). I, 151.

  Roche (La). IX, 100.

  Rochefort (Le comte de). Le mme dont Sandras de Courtils a
    crit les mmoires. Ce qu'il a dit de l'aventure de Brioch,
    en Suisse. I, 281.

  Rochefoucauld (Le duc de la). X, 117-129.

  Rocheguyon (M. de la). IX, 98.

  Rochelle (La). VI, 23, 27; VIII, 331; X, 274.

  Rocheposay (M. de la). IX, 97.

  Rodrigo (Dom). I, 96, etc.

  Roger-Bontemps. VI, 51.

  Rohan (Le chevalier de). II, 301-314.

     Comme complment de la pice que nous avons donne sur la
     conspiration du chevalier et de Latraumont, voir les _Mmoires
     indits_ de Jean Rou, 1857, in-8, t. I, p. 67, et _Description
     raisonnes d'une collection choisie d'anciens manuscrits_,
     Techner, 1862, in-8, p. 259-261.

  _Rle de presentation faicte aux grands jours
  de l'eloquence franoise._ I, 27.

  Rollin, X, 151, 158.

  Romans, en Dauphin. IX, 242.

  Roquelaure (Antoine de). V, 153.

  Roquette (L'abb). VIII, 59.

  Rose, vque de Senlis. I, 3; X, 74.

  Rose-Croix. I, 115; IX, 280.

  Rose-Croix. I, 115.

  Rostaing (Tristan de). IX, 105.

  Rostein (Le). V, 150.

  Rouen. IX, 215; X, 176-177.

  Rouge-Aureille, prvost. VI, 190.

  Rozeau (Jean) le bourreau. V, 190.

  _Rubrique et fallace du monde._ I, 343.

  Ruggieri, magicien. I, 25.

  Rupert (Le prince). X, 44.

  Ruz, avocat au parlement. X, 158.


  S

  Sabl (Mme de). X, 117-129.

  Saintes (Claude de), vque d'Evreux. IV, 355.

  _Saint Fiacre. Enlvement de ses reliques._ VII, 231.

     Cette pice est attribue dans _le Chevroeana_, p. 231, au comte
     d'Estelan, auquel on prte aussi la _Milliade_.

  Saint-Denis (La ville de). X, 56, 66.

  Saint-Denis (Le baron de). IX, 104.

  Saint-Gran (Le marchal de). IX, 97.

  Saint-Loup (Mme de). X, 125.

  Saint-Luc (Fr. d'Epinal). IX, 102.

  Saint-Paul (Le comte de). X, 127.

  Saint-Sulpice (Le baron de). IX, 105.

  Saint-Vidal (Ant. de la Tour de). Id., 105.

  Saint-Marcel (Inondation du faubourg). Id., 63.

  _Saint-Medard_ (_Mutinerie de_). VI, 185.

  _Saint-Maixent_ (_Combat de_). VII, 211.

  Saint-Simon. VIII, 95, 96; IX, 309 et suiv.

  Saint-Thomas (Mme de). VIII, 121; IX, 16.

  _Salve Regina des prisonniers._ VIII, 193.

  Sancy, ambassadeur  Constantinople. IV, 275.

  Sannoy (Attentat commis ). III, 11.

  Sans soucy (Enfants). III, 159.

  Santeul. X, 189.

  Sardini (Scipion). III, 174; V, 221; VI, 115.

     Pour complter ce que nous avons dit sur son htel, aujourd'hui
     dpendance de l'administration des hospices sous le nom de
     _Maison Scipion_, voir deux excellents articles de M. Anatole de
     Montaiglon dans les _Beaux-Arts_, t. I, 1860, in-8.

  Sarzay (Le S{r} de). III, 93.

  _Satyre contre les petits matres._ V, 31.

    --_sur la barbe du president Mol._ VI, 315.

    --_sur l'indecence des questeuses._ V, 331.

  _Satyrique_ (_Le_) _de la cour_ III, 241.

  Savaron (Le prsident). VI, 74.

  Sagonne (La). V, 154.

  Sault (Le comte de). VI, 224.

  Sauvage (Denis). X, 142.

  Savetiers. V, 41.

  Scarron. VI, 212, 214; VII, 125; VIII, 65, 67, 69.

  Schomberg. IX, 93.

  Scribe (Eug.). VIII, 38.

  Scudry (Mlle de). III, 9; X, 235.

  Sbastien (Don) le faux. II, 28, 30.

  Seguier (Le chancelier). IX, 22, 24, 339; X, 229.

  Servien. IX, 28.

  Sessac (Fr. de). IX, 97.

  Siam (Ambassadeur du roi de). X, 99.

  _Sibus_ (_Histoire du pote_). VII, 89.

  Sillery (Abb de). I, 190.

  Sillery (Le marquis de). V, 151.

  Silly (Henry de). Id., 152.

  Simon le magicien. III, 187; IX, 276.

  _Singerie des femmes de ce temps._ I, 55; II, 196.

  Soissons (Le comte de). X, 228.

  _Soleil_ (_Amours du_). VII, 287.

  _Sommaire sur les revenus de la France._ VI, 85.

  _Songe._ IV, 23.

  Sotz (Prince des). III, 253.

  Soubise (Le duc de). X, 270, 284.

  _Stances sur le retranchement des ftes._ VI, 245; VII, 53.

  _Stances  certain goulu._ VI, 296.

  Sully. X, 276.

  Surne, son vin. III, 133-134.

  _Surprise et fustigation d'Angoulevent._ VIII, 41.

  Suze (Pas de). IX, 327.


  T

  Tabarin. IV, 225; VIII, 288.

  _Tableau des ambitieux de la cour._ IV, 33.

  Tambonneau (Htel). IV, 184.

  Tape-cul. II, 44.

  Tasimghi (Le capitaine). IX, 104.

  Tasse (Le). II, 251.

  _Tasteur_ (_Le_). II, 37.

  Tavannes (Vicomte de). IX, 104.

  _Taverne_ (_Musique de la_). VI, 341.

  Tellier (Charles-Maurice Le), archevque de Reims. VI, 209, 211,
    232-236, 243-244.

  Teragon, sorcier. VI, 203.

  Terny (Chteau de).

  Tess (Marchal de). VIII, 217.

  Thophile (Le pote). IX, 291.

  _Thophile_ (_Le nouveau_). VIII, 131.

  Thmines (Marchal de). VII, 323.

  Thtres. II, 260, 273, 345, 349, 350, 362, 369; III, 53, 141, 156;
    IV, 221, 225, 281, 285-306; VI, 42-43; VII, 41, 44, 45, 115,
    117-122, 167; VIII, 84, 337; IX, 16; X, 26.

  Theutobocus (Gant). IV, 241.

  Thil (Arnaud du). VIII, 99.

  Thoiras. X, 276.

  Thou (De), ami de Cinq-Mars. VII, 341; VIII, 105.

  Thomas (Le gros), arracheur de dents. II, 225.

  Tillires (Le comte Leveneur de). X, 273-274.

  Tirato (Le S{r}). III, 112.

  _Tocsin des filles d'amour._ II, 265.

  _Tours_ (_Accident arriv _). VI, 303.

  Toussaint (Jacq.). X, 153.

  _Traduction d'une lettre envoye  la reine d'Angleterre._ IV, 353.

  _Trebuchement de l'ivrogne._ III, 125.

  Trfou (Pays de). I, 206; IX, 269.

  Treille (Chevalier de la). VIII, 337.

  _Triolets du temps._ V, 5.

  _Triomphe de Betlem Gabor._ I, 323.

  _Tromperie faite  un marchand par son apprenti._ III, 343.

  Trousse (Mlle de la). I, 223.

  Truaumont (La). II, 303.

  Turenne. X, 39.

  Turnbe. II, 155.

  Turlupin. II, 273; VI, 51.


  V

  Vache  Colas (La). II, 39.

     Pour avoir la confirmation et le complment de ce que nous avons
     dit sur ce dicton d'origine orlanaise, voir le _Journal_ de
     L'Estoile, dit. Michaud, t. II, p. 387, et notre lettre insre
     dans le _Bulletin de la Socit du Protestantisme franais_,
     janvier 1859, p. 9-11.

  Van den Ende. II, 301.

  Vanini. IX, 278.

  Varenne (La). V, 150.

  Vattan (M. de), prvost des marchands. VIII, 231.

  Vaudois. X, 197 et suiv.

  Veinant (M.). I, 194.

  _Vengeance des femmes contre les hommes._ V, 311.

  Venise. VIII, 303.

  _Vers d'Erasme  sainte Genevive._ X, 187.

  _Vers pour M. le Dauphin._ V, 353.

  Versailles sous Louis XIII. IX, 314-315.

  _Vertus et proprits des mignons._ VII, 331.

  _Vie genereuse des mercelotz_, etc. VIII, 147.

  Villars (Marquis de). V, 152.

  Villars (Marquise de). II, 301; V, 154.

  Villequier. IX, 93.

  _Vimory_ (_Combat de_). IX, 117.

  Vincent de Paul (Saint). X, 36.

  Vineuil (Ardier de). VIII, 119, 122.

  Viviers (Passage de Richelieu ). VII, 339.

  Voltaire. VI, 251, 271.

  _Vraie pierre philosophale._ V, 359.

  _Vraie pronostication de M{e} Gonin._ V, 109.

  Vrillire (Phelypeaux de la). IX, 28.


  W

  Werth (Jean de). VII, 199; IX, 17.


  Y

  Yveteaux (Des). II, 247; IV, 139, 141.

  Yzarn. V. _Isarn_.

     Ce que nous avons dit sur ce personnage mystrieux se trouve
     confirm dans les _Bigarures calotines_, 1730, in-18, 3e rec, p.
     5-8.


  Z

  Zamet (Jean). VII, 232.

  Zamet (Sbastien). III, 280.

  _Zest Pouf_, historiette. VI, 167.

FIN DU TOME DIXIME ET DERNIER.




TABLE DES MATIRES

CONTENUES DANS CE VOLUME.


   1. L'Oeconomie ou le Vray Advis pour se faire bien
      servir, par le sieur Crespin.                                  1

   2. La Promenade du Cours,  Paris, en 1653.                      25

   3. Rapport d'un affid de l'Angleterre,  Paris, en 1655.        35

   4. Lettre d'un Gentil-homme franois  dame Jacquette Clement,
      princesse boiteuse de la Ligue. De Sainct Denis en France,
      le 25 d'aoust M.D.XC.                                         55

   5. L'Umbre du Mignon de fortune, avec l'Enfer des ambitieux
      mondains, sur les dernires conspirations, o est traict
      de la cheute de l'Hte. (Ddi au Roy par J. D. Laffemas,
      sieur de Humont.)                                             77

   6. Reception des Ambassadeurs du roi de Siam, en 1686.
      (Extrait des _Mmoires_ du baron de Breteuil.)                99

   7. Lettres de Mme de La Fayette  Mme de Sabl.                 117

   8. La nouvelle manire de faire son profit des Lettres,
      traduitte en franois par J. Quintil du Tronssay, en
      Poictou. Ensemble: le Pote-Courtisan.                       131

   9. Comment se faisoit une education au XVIe sicle,
      (Fragment des _Mmoires_ de M. de Mesmes.)                   151

  10. Les Larmes et complaintes de la Reyne d'Angleterre
      sur la mort de son Espoux,  l'imitation des quatrains
      du sieur de Pibrac, par David Ferrand. A Paris, chez
      Michel Mettayer, imprimeur ordinaire du roy, demeurant
      en l'isle Nostre-Dame, sur le Pont-Marie, au Cigne.
      M.DC.XLIX.                                                   161

  11. La Rejouissance des femmes sur la deffence des tavernes
      et cabarets. A Paris, de l'imprimerie de Chappellain,
      rue des Carmes, au collge des Lombards. M.DC.XIII.          175

  12. Vers d'Erasme  sainte Genevive, traduits en vers
      franois par E. Le Livre (1611).                            187

  13. La Doctrine de la nouvelle devotion cabalistique,
      compose des veritables maximes que la nouvelle secte
      (forme depuis peu dans Lyon par un barbier estranger,
      natif du cont de Bourgogne, d'o il tasche de
      l'estendre aux environs au grand dommage de la vraye
      et ancienne piet) observe constamment, dans la pratique
      et methode qu'elle tient  conduire les mes, par
      l'Oraison mentale, apparemment  la perfection, mais
      en effet  la folie, ou du moins  la simplicit, et  tirer
       soy leurs biens, dans la bourse, qu'il pretend estre
      commune  tous. Le tout mis en forme de simple posie,
      sans fiction ou prejudice aucun de la verit, pour la
      substance des choses, afin qu'il soit appris plus aisement
      et agrablement de ceux qui ont encore quelque
      soin de ne perdre ny leurs mes ni leurs biens. Seconde
      edition. Ils se vendent en rue Mercire,  l'escu de
      Venise. M.DC.LVI.                                            197

  14. Logemens pour la cour de Louis XIII.                         225

  15. Le Louis d'or. A Mademoiselle de Scudery.                    235

  16. Le Cotret de Mars, avec le fagot, la fascine et le gros
      bois, pour feu de joye  la France, M.DC.XVI.                259

  17. Menipe de Francion, ou response au Manifeste anglois.
      A Paris, chez Jean Bessin, rue de Reims. M.DC.XXVII.         267

  18. Epistre de Madame la Daulphine (Catherine de Mdicis)
      escripvant  Madame Marguerite.                              285

  TABLE MTHODIQUE des matires qui sont contenues dans
  les 272 pices formant les 10 volumes.                           291

  TABLE ALPHABTIQUE.                                              317


[Notes au lecteur de ce fichier numrique:

--Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont t
corriges. L'orthographe de l'auteur a t conserve.

--Les textes suivants ont t remplacs

----"dlgus de Borderux" par "dlgus de Bordeaux"

----"en 1529, comme on l'a dit partout" par "en 1579, comme on l'a
dit partout"

----"sa mort l'anne 1690," par "sa mort l'anne 1660,"

--Les lettres suprieures unusuelles sont encadres de parenthses.]





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(10 / 10), by Various

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