Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1604, 22 novembre 1873, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
whatsoever.  You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
www.gutenberg.org.  If you are not located in the United States, you'll have
to check the laws of the country where you are located before using this ebook.



Title: L'Illustration, No. 1604, 22 novembre 1873

Author: Various

Release Date: December 26, 2014 [EBook #47783]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1604, 22 ***




Produced by Rnald Lvesque










L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1604
SAMEDI 22 NOVEMBRE 1873

[Illustration.]

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.

[Illustration: L'AMIRAL TRHOUART]

SOMMAIRE

TEXTE

Histoire de la semaine.
Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand.
Nos gravures:
Panorama de la bataille de Rezonville, 16 aot;
Mort de l'amiral Trhouart;
Charles Gounod;
La femme  deux ttes;
_L'hiver._
La Soeur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par M. Mayne Reid.
Un voyage en Espagne pendant l'insurrection (IV).
Inauguration du monument lev  Henri Brevire, de Forges-les-Bains
(Seine-Infrieure.)
Mlle Belocca.
_Histoire des Astres._
Les Thtres, par M. Savigny.
Bulletin bibliographique.
Inauguration de la statue du gnral Belgrano,  Buenos-Ayres.

GRAVURES

L'amiral Trhouart.
Le procs du marchal Bazaine: Panorama de Gravelotte et de Rezonville;
Plan de la bataille de Rezonville;
Carrires du Caveau, prs de Gravelotte;
Mle de cavalerie  Rezonville;
Charles Gounod.
_Millie-Christine ou la femme  deux ttes._
_L'hiver_, d'aprs le tableau de M. Toulmouche.
Mlle Anna Belocca.
Buste du sculpteur Brevire, rcemment inaugur  Forges-les-Bains.
Histoire des Astres (4 gravures).
La statue du gnral Belgrano, rcemment inaugure  Buenos-Ayres.
Rbus.



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

La grande bataille parlementaire dont le pays tout entier attendait
l'issue, s'est termine mercredi par la victoire du cabinet et de la
droite, qui l'ont emport  une majorit de 68 voix. Cette majorit
s'est prononce pour le contre-projet Depeyre.

Aux termes de ce projet, les pouvoirs du marchal Mac-Mahon sont
prorogs pour sept annes; ils continueront  tre exercs par lui avec
le titre de Prsident de la Rpublique et dans les conditions actuelles
jusqu'aux modifications qui pourraient y tre apportes par les lois
constitutionnelles; enfin, l'examen de ces mmes lois sera confi  une
commission de trente membres nomme au scrutin de liste dans les trois
jours qui suivront la promulgation de la loi.

Ce vote a eu lieu  la suite d'une discussion qui s'est prolonge
jusqu' deux heures, dans la nuit de mercredi  jeudi. Au moment o nous
crivons, les apprciations qu'il soulvera n'ont pas encore eu le temps
de se produire; nous devons donc nous borner  rappeler sommairement les
phases qu'a suivies le dbat depuis huit jours. On sait que le dsaccord
entre la majorit de la commission et la minorit portait principalement
sur deux points: la dure de la prorogation, que huit membres de la
majorit voulaient fixer  cinq ans au lieu de dix et la condition
suspensive portant que la prorogation ne deviendrait effective qu'aprs
le vote des lois constitutionnelles. Cette dernire disposition n'avait
t adopte par la majorit qu' la suite d'une visite faite par la
commission au Prsident de la Rpublique et dont nous avons rendu
compte. D'une dclaration vague du marchal en faveur des lois
constitutionnelles, l'opposition avait affect de faire un acquiescement
pur et simple  ses vues; et, comme  la suite de l'entrevue de
Frohsdorf, on esprait avoir rsolu en quivoquant sur un malentendu. Le
gouvernement a cru qu'un nouveau Message prsidentiel tait ncessaire
pour prciser la situation, et au moment o M. Laboulaye allait soutenir
le rapport de la commission, M. le duc de Broglie montait  la tribune
pour donner lecture de ce Message, qui repoussait par avance les
conclusions du rapport. Ce coup de thtre inattendu a indubitablement
contribu  mettre fin  bien des hsitations. Malgr l'attitude dcide
de la commission qui a dclar maintenir le rapport dans son texte
primitif, malgr les efforts des membres de l'opposition, malgr
l'abstention du groupe bonapartiste et de quelques-uns des membres de
l'extrme droite, le gouvernement l'a emport, comme nous l'avons dit
plus haut, aprs une des discussions les plus ardentes dont la Chambre
nous ait encore donn le spectacle. Il faut lire dans son entier ce
dbat mmorable dont nous renonons  donner l'analyse; constatons,
seulement, en terminant, que la doctrine de l'appel au peuple a subi,
dans cette mme journe, un chec dont elle mettra longtemps  se
relever, car elle n'a pu runir en tout que 88 voix.

Le _Temps donne un tableau trs-intressant des chiffres du scrutin du
19 novembre compar  ceux du 5 novembre. Au 5 novembre la proposition
de M. Dufaure a t repousse par 365 voix contre 348. La majorit
gouvernementale tait de quatorze voix. Le 19, l'article 1er du projet
de loi Depeyre a t vot par 383 voix contre 317; la majorit s'est
donc leve au chiffre de 66 voix.

Voici les noms des membres du centre gauche qui, le 5 novembre, ont vot
pour la motion Dufaure et qui le 19, en revanche, ont vot avec la
majorit de la droite. Ce sont MM. Alfred Andr (Seine), Bompard,
Czanne, gnral de Chabron, du Chaffaut, Couin, Houssard, de Leslapis,
Marchand, Michel, Max-Richard, Piccon, Pourtals, Saint-Pierre
(Calvados), Sebert, Voisin. Total, 16.

Se sont abstenus dans le mme groupe les membres dont les noms suivent
et qui, le 5 novembre, avaient vot pour la motion Dufaure: MM.
Brenger, Bergondi, Brice (Ille-et-Villaine), Casimir Prier, gnral
Chareton, Gailly, Michel-Ladichre, Wolowski. Total, 8.

Le 5 novembre, 16 bonapartistes avaient vot avec la gauche. Le 19, dans
le vote sur l'article 1er on n'en compte que 8 qui aient vot contre. Ce
sont MM. Abbatucci, Bollinton, Eschassriaux, Galloni-d'Istria, Gavini,
Rouher, de Vaton, Vast-Vimeux. MM. Andr (Charente), Ganivet, Arthur
Legrand, Roy de Loulay ont vol pour le gouvernement. Se sont abstenus:
MM. Ginoux de Fermon, Haentjens, Levert, comte Murat et Prax-Paris.
Tolal, 5. Ajoutons que M. Herv de Saisy qui, le 5 novembre, avait vot
avec la droite, a vot le 19 avec la gauche dans tous les scrutins.

Si on compare maintenant le scrutin sur l'article premier au scrutin sur
l'ensemble du projet, qui a t vot par 378 voix contre 310, on trouve
qu'un certain nombre de membres du centre gauche et de bonapartistes,
qui avaient vot contre l'article premier, se sont abstenus. Ce sont MM.
Abbatucci, Amat, Arbel, Bernard (Charles), Boffinton, Cunit, Ducarre,
Eschassriaux, Galloni-d'Istria, Gavini, Lecamus, marquis de Malleville,
Ntieu, Rouher, Salvy, de Valon, Vast-Vimeux. En revanche, plusieurs
membres du centre gauche, qui s'taient abstenus dans le premier scrutin
ont vot contre l'ensemble du projet: ce sont MM. Brenger, Casimir
Prier, gnral Chareton, Gailly, Michel-Ladichre et Wolowski. Deux
dputs du mme groupe, qui avaient vot avec la droite, pour l'article
1er, ont vot avec la gauche contre l'ensemble du projet, ce sont MM. J.
de Lasteyrie et Marchand.

Quelques membres de l'extrme droite se sont spars de leurs collgues.
M. Dahirel a vot contre l'article 1er et contre l'ensemble du projet.
MM. de Belcastel, de Cornulier-Lucinire, marquis de Franc-lieu, le
gnral du Temple se sont abstenus dans les deux scrutins.

Un dcret convoque, pour le 14 dcembre prochain, les lecteurs de
l'Aude, du Finistre et de Seine-et-Oise.

TATS-UNIS.

Un conflit extrmement grave et qui va probablement prcipiter le
dnouement de l'insurrection dont l'le de Cuba est le thtre depuis
prs de quatre ans, vient d'clater entre les tats-Unis et l'Espagne.
Une dpche parvenue  New-York, il y a huit jours, annonait qu'un
navire charg de contrebande de guerre  destination des insurgs de
Cuba, le _Virginius_, avait t captur par l'escadre espagnole de
blocus et conduit  Santiago, o, aprs un jugement sommaire, la plus
grande partie de l'quipage avait t passe par les armes. Or, cet
quipage se composait de citoyens amricains et anglais, et le
_Virginius,_ au moment de la capture, naviguait sous pavillon des
tats-Unis. De l, grande motion dans toute l'tendue de la rpublique
amricaine; on sait quelles convoitises la reine des Antilles a toujours
excites chez les hommes politiques amricains; l'acte de barbarie
commis  Santiago venait de faire surgir l'occasion de satisfaire enfin
ces convoitises; l'insulte faite au pavillon national, l'impuissance du
gouvernement espagnol  en rprimer les imprudents auteurs,
fournissaient au gouvernement de Washington un prtexte tout trouv pour
se faire justice lui-mme par une intervention directe. Aussi l'opinion
se pronona-t-elle avec nergie dans ce sens: malgr les protestations
d'innocence du cabinet espagnol, le prsident tirant donnait l'ordre
d'armer immdiatement la flotte amricaine et les forts de la cte
mridionale; en mme temps, il dclarait que la question finale tait
rserve au Congrs, appel  se runir dans quelques jours, mais qu'il
prenait dores et dj toutes les mesures ncessaires pour le cas o
cette dcision aboutirait  la guerre. Telles sont, rsumes en quelques
mots, les informations acquises jusqu' prsent sur ce grave incident.

Le Congrs doit s'assembler le 1er dcembre, et il est possible qu'un
arrangement  l'amiable se produise avant cette date, mais on assure que
dans le cas contraire la majorit du Congrs se prononcerait rsolument
pour la guerre, et en attendant le cabinet amricain a nettement dclar
qu'il considrerait comme insuffisante, de la part de l'Espagne, toute
rparation qui ne serait pas accompagne de l'arrestation immdiate des
auteurs des excutions.

Nous avons dit plus haut qu'une partie de l'quipage du _Virginius_ se
composait de marins anglais. L'Angleterre est donc, elle aussi,
intresse dans la question, mais on parat apprcier plus froidement
les choses de l'autre ct du dtroit.

S'il est incontestable que des excutions sommaires comme celles qui ont
eu lieu  Santiago constituent des actes indignes de peuples civiliss,
il faut ajouter aussi que les rgles du droit des gens applicables au
cas particulier du _Virginius_ ne laissent pas que de prsenter une
certaine obscurit. Des trangers qui prennent une part active  une
guerre civile perdent jusqu' un certain point le bnfice de leur
nationalit et doivent renoncer, par ce seul fait,  la protection de la
mre patrie. Quoi qu'il en suit, l'Angleterre a immdiatement envoy un
navire de guerre dans les eaux de Santiago, mais elle parat dcide 
attendre, avant d'agir, des explications compltes de la part du cabinet
de Madrid.



COURRIER DE PARIS

Si vous aimez les monstres, rjouissez-vous, il en pleut. Hier
l'Homme-Chien et Fedov, son fils; aujourd'hui la femme  deux ttes.
Quatre ou cinq autres sont en route. Tenons-nous-en  ce que nous venons
de voir. Jamais la nature n'aura cr une bizarrerie plus en dehors des
lois connues. Ce sont deux corps lis entre eux par un os, un seul
sacrum. Quand on entre dans l'enceinte o se montrent ces demoiselles,
on aperoit deux ttes rachitiques, mais souriantes. Distinctes par le
haut,  partir du buste, elles ont l'air de ne faire qu'une par les
membres infrieurs. Mesdemoiselles Millie et Christine sont des tres
hybrides en tout: leurs traits incorrects, leurs lvres paisses, leurs
cheveux crpus, non moins que la teinte de leur peau, disent assez que
ce sont des multresses. L'originalit du phnomne consiste dans deux
faits qui ont l'air de se contredire et qui dconcertent,  ce qu'on
dit, les philosophes et les physiologistes. Chacune des deux ttes est
diffrente; elle peut penser librement, suivant son caprice ou le jeu de
sa volont. Ainsi l'une chante tandis que l'autre se contente de parler.
Voil un point acquis. Aussitt qu'il s'agit du bas du corps, la
sensation devient commune, et l'exercice de la pense n'est plus qu'une
fonction fraternelle. Par exemple, pincez l'une des deux  la jambe
gauche, toutes deux prouveront la mme douleur. Qu'on cherche 
balancer une des jambes les trois autres se mettent en danse, et vous
avez une valse aussi rapide que celles qu'on excute  Valentino.

Sterne, voyant qu'un nain difforme avait amass cent dollars rien qu'
montrer sa bosse, s'criait, ainsi qu'on se le rappelle: Heureux les
mal btis! Celui qui fait voir mesdemoiselles Christine et Millie peut
se rpter le mot de l'humoriste. Elles sont mieux que mal bties, les
deux jeunes filles, puisqu'elles ont la chance de former un monstre.
Quel trsor, en effet, il y a dans cette distraction de la nature! On
raconte que, l'autre soir, Christine disait  sa soeur: Nos affaires
vont bien. Sous peu, nous aurons un htel et une voiture  quatre
chevaux. Millie soupirait. Elle aurait rpliqu que deux voitures
seraient mieux, si la chose tait possible.

Par malheur, la fortune faite, une section ne pourrait tre pratique.
Toute opration chirurgicale tente amnerait une dissolution de
socit, c'est--dire la mort. Cela ne ferait gure le compte de
l'impresario qui les promne  travers les pays civiliss et bien
payants. Ajoutez que les savants y perdent leur grimoire. Ils ne savent
plus que dire. Les savants! ils sont justement le dsespoir des deux
petites ngresses. Il n'est pas de torture  laquelle ils ne les
soumettent. J'ai dit qu'ils les pinaient. Pincer, c'est le prlude
oblig  leurs expriences. Tous les pincent donc, chacun  son tour.
Cinq ou six les ont frappes sur le dos ou sur le ventre. On en voit de
plus zls, de plus enrags, devrais-je dire: ceux-l leur enfoncent des
aiguilles dans la chair. En en voyant entrer tout  coup une
demi-douzaine dans l'enceinte, un homme d'esprit disait au Barnum:

--Voil les acadmiciens: serrez votre phnomne!

Paris s'amuse de tout. Cette monstruosit ne lui dplat pas, au
contraire. Au fond, il n'y a pas  s'tonner. On a vu mieux que a. En
d'autres temps, pas fort loigns du ntre, les mmes aberrations
anthropologiques pullulaient. Nous n'avons pas oubli Ritta-Christina,
le monstre de Sassari, comme on l'appelait. A la mme poque, on amenait
par ici de l'extrme Orient les jumeaux Siamois, lesquels ont laiss une
trace encore plus profonde dans le souvenir des contemporains.

Ils n'taient relis l'un et l'autre que par une membrane, ces deux
frres. Henri Meunier, srieux ce jour-l, les a dessins d'aprs
nature. Chacun avait sa pleine libert d'esprit au point d'exclure tout
soupon d'une unit intellectuelle.

Si on parlait  l'oreille de l'un, l'autre n'entendait pas. Des sels
volatils appliqus aux narines de l'un n'moustillaient en rien l'odorat
de l'autre. En pinant la jambe de l'un, on ne faisait ressentir aucune
sensation  l'autre.

Mais les savants ne perdaient pas de vue la membrane. Le mme docteur
Nlaton qui vient de mourir, n'tant alors qu'un simple disciple de
Dupuytren, demanda la permission de piquer la membrane rien qu'avec la
pointe d'une pingle. Les Siamois confessrent alors qu'on les blessait
tous deux.

--Est-ce que cette membrane communique au cerveau et au coeur? demandait
la science.

D'ordinaire les simples jumeaux, ceux que George Sand appelle les
_bessons_, se ressemblent fortement, aussi bien au moral qu'au physique.
Les deux Asiatiques confirmaient absolument cette rgle. Mme figure,
mme son de voix, mme dcoupure de membres. En regard de ces analogies,
ajoutez l'habitude qu'ils avaient contracte d'agir simultanment.
Rendant la traverse, en arrivant de Siam en Europe, ils couraient et
sautaient sur le navire avec une excessive agilit, sans s'embarrasser
jamais. Bien mieux, ils montaient aux mts aussi vite qu'aucun matelot
du bord. On les voyait rarement se parler, et le concert avec lequel ils
agissaient tait presque instinctif. En jouant aux dames, jeu qu'ils
avaient appris avec une grande facilit, ils dcidaient leurs coups sans
aucune hsitation. Dans le cours de la partie contre un adversaire,
c'tait tantt l'un, tantt l'autre qui poussait les pions. Ils
paraissaient donc avoir les mmes plans et ils s'accordaient toujours
sur la dame  jouer. On voulut les faire jouer l'un contre l'autre, ils
s'y mirent; cela allait, mais cela allait mal, lentement, sans vigueur.
Un des esprits les plus brillants de l'poque fut frapp de ces faits et
s'en empara. J'ai nomm Jules Janin, qui a crit alors le joli roman:
_Un coeur pour deux amours_, l'un des succs de la _Revue de Paris_.

Ces pauvres Siamois ont t, comme les deux multresses, martyriss par
la science.--Si nous coupions la membrane qui les runit? disaient
sans cesse les savants, qui ont la monomanie de couper toujours quelque
chose. Mais l'honnte personnage qui exhibait les deux frres, effray 
bon droit, intervenait avec nergie afin de s'opposer  l'opration.

--Messieurs, disait-il, ce serait m'enlever mon pain!

M. Bischoffsheim, un des plus riches banquiers de Paris, vient de mourir
 la suite d'une opration douloureuse. Tout son or n'a pu le garantir
d'une maladie d'entrailles. Les soixante millions du personnage
faisaient naturellement grand bruit dans le monde o l'on s'amuse.
C'tait  qui leur ferait les yeux doux. En prenant de l'ge, le
financier tournait quelque peu au protecteur des arts, ce qui revient 
dire qu'il achetait, chaque anne, pour cent mille francs de tableaux,
se montrait aux pices en vogue, aux courses,  l'Htel des ventes, et
donnait de temps en temps  dner  une petite poigne de reporters. Il
n'en faut pas plus  prsent pour jouir de son vivant du renom de
Mcne. C'est M. Bischoffsheim qui a fait construire, rue Scribe, le
petit thtre de l'Athne, le mme o ce pauvre gros Dsir tait si
amusant dans une bluette lyrique intitule _Fleur-de-Th._

Moiti Franais, moiti Allemand, comme presque tous les hbreux qui
touchent  la finance (c'tait un isralite, et un des mieux entendus en
affaires), on faisait son loge au moyen de la formule banale: Ah!
dame, c'est un fils de ses oeuvres. Sous ces quelques mots, il y avait
bien quelques sous-entendus. La chronique du dard de vipre voulait
donner  comprendre qu'il avait commenc l'difice de son immense
fortune par un ngoce et par des astuces de gagne-petit. Le ngoce,
c'aurait t d'abord l'action de porter sur le dos une balle de
colporteur; les ruses, elles auraient consist  donner un trs-rapide
et trs-profitable essor  l'art du courtage.

Enfin les bonnes langues dont Paris est pav ne manquaient point
d'ajouter que ce prodigue tardif avait commenc par tre un hroque
Harpagon. Jusqu'au jour o il est devenu srieusement millionnaire, le
vin n'aurait jamais figur sur sa table. Poussant la patience jusqu'au
gnie, il se contentait de la pure et claire liqueur que la baguette
d'Aaron fit jadis sortir du rocher d'Horeb.

Au joli temps o nous voil, aussitt qu'il vient  disparatre un homme
qui tenait un peu de place dans le monde, la mode veut qu'on le dissque
pendant huit jours au moins  l'aide de tous les procds de l'analyse.
Le bistouri de la mdisance ne s'arrte plus. Comme on cause  tort et 
travers! Peu importe qu'on ne dbite que des fables, pourvu qu'on dise
du mal! Les intrpides divulgateurs de secrets que les bons amis de la
veille! Plusieurs ont donc racont les dbuts financiers de ce Crsus.
Savez-vous d'o seraient venus ses premiers bnfices? D'une association
avec le monde diplomatique. En France, un prjug bizarre permet pour
ainsi dire de frauder les droits de douane et d'octroi. C'est bien jouer
que de duper le fisc. Le futur banquier, graissant la patte aux
plnipotentiaires, aurait obtenu de tels et tels ambassadeurs de mettre
sous enveloppe des cachemires au lieu de dpches internationales. Quel
joli coup, sceller la contrebande avec le cachet des protocoles! Mais il
y aurait prs de quarante ans de a; c'est presque aussi loign de nous
que l'histoire de Riquet--la-Houppe ou que la lgende du Chat-Bott!

Au fait, dans ce Paris o il se fait de si gros coffres-forts, plus
d'une maison opulente a, comme le Nil, des sources lointaines et
mystrieuses. On nous a dit, par exemple, qu'un autre gros banquier
(celui-l est Suisse) a d le point de dpart de ses quarante millions 
un stratagme de Scapin. La chose est plaisante. On ne nous en voudra
probablement pas de la reproduire ici, surtout si nous paississons si
bien le voile de l'anonyme que nul ne parvienne  le soulever.

En 1835 donc, M. Z*** acheta pour dix mille francs de gants de Paris,
qu'il voulait revendre  Londres. La douane anglaise taxait alors les
marchandises trangres selon leur valeur et sur l'estimation faite et
dclare par le propritaire. Si, pour payer de moindres droits, on fait
une dclaration infrieure  la valeur relle, la douane, pour prvenir
et punir la fraude, prend le propritaire au mot; elle s'empare de sa
marchandise en la payant au prix qu'il l'a estime. M. Z***, ayant
dclar que ses gants valaient cinq mille francs, on lui compta la somme
et on garda les gants.

C'tait une mauvaise affaire. M. Z*** inscrivit  son actif cinq mille
francs de perte et les frais de voyage; puis il songea au moyen de se
rattraper et de faire rendre gorge  la douane britannique. Ce moyen il
le trouva, et voici comment il s'y prit pour l'excuter. II s'associa
avec un de ses amis, car il fallait tre deux pour bien conduire
l'entreprise. Les deux associs achetrent donc pour quarante mille
francs de gants. Aprs s'tre partag la marchandise d'une certaine
faon et par gale portion, ils partirent pour l'Angleterre, chacun de
son ct. L'un dbarqua  Douvres, l'autre  Bristol. A Douvres, on
ouvrit le ballot de gants et on demanda  M. Z*** pour combien il y en
avait.

--Pour quinze mille francs, rpondit-il.

La douane examine  la loupe la qualit des gants, compte les paquets et
les garde en payant les quinze mille francs dclars.

A Bristol, mme histoire.

L'affaire faite, M. Z***, qui tait  Douvres, partit pour Bristol et se
croisa  moiti chemin avec son associ qui se rendait  Douvres. Chacun
avait quinze mille francs anglais dans son portefeuille.

Au bout d'un temps dtermin, la douane vend aux enchres les
marchandises saisies et achetes. M. Z***, arriv  Bristol, attend
patiemment le jour de la vente. Ce jour venu, il se rend  la salle des
enchres; les gants sont proposs sur la mise  prix de quinze mille
francs; les enchrisseurs se prsentent; M. Z*** fait son offre et prend
un paquet de gants qu'il examine avec une grande attention; puis il
s'crie:

--Voil une chose trange! Ce paquet ne renferme que des gants de la
main gauche; voyez, messieurs, et montrez-moi un autre paquet? Celui-l
de mme, et ce troisime aussi!

On examine tous les paquets; ils ne contiennent que des gants de la main
gauche.

--Que voulez-vous que nous fassions de a? reprend le spculateur. Il
n'y a pas assez de manchots dans la Grande-Bretagne pour placer vingt
mille gants de la mme main. D'un autre ct, il serait bien difficile
et bien coteux d'aller les appareiller  Paris, o ils ont t
fabriqus.

Cela tant dit, les enchrisseurs se retirent; les offres cessent. On
met lesdits gants au rabais et M. Z*** se les fait adjuger pour six
mille francs.

A Douvres, mmes scnes. Tous les gants de Douvres taient de la main
droite.

Aprs avoir conclu leur double march, les deux spculateurs se
retrouvent  Londres; les gants de la main droite rejoignent ceux de la
main gauche. Dix-huit mille francs ont t bnficis sur la douane. De
plus, les vingt mille paires de gants n'ont pas pay un penny de droit
et ont t vendues trs-avantageusement pour servir de complment de
toilette aux belles ladies et aux jolies misses aux yeux bleu de mer.

Et voil comment M. Z... a commenc la srie de ses quarante millions.

Il n'est bruit dans le monde littraire que des lettres posthumes de
Prosper Mrime, lesquelles vont paratre trs-prochainement. On est
dj fort occup  lire la dernire oeuvre de l'incomparable conteur:
Dernires nouvelles. Quant  la correspondance en question, elle abonde,
parat-il, en rvlations piquantes et inattendues. On y apprend, par
exemple, que, ds l'anne 1864, l'auteur de _Colomba_ avait pous, en
secret, la comtesse de Montijo, mre de l'impratrice Eugnie. A la
vrit, on souponnait depuis longtemps le fait. Trois lettres
l'tablissent formellement. Tout cela fait d'autant mieux comprendre ce
qu'on lit sur le manuscrit de la _Chambre bleue_, ce conte  la Boccace
qui nous vient par les _Papier trouvs aux Tuileries_. Je veux parler de
cette signature curieuse: _Le fou de l'impratrice_, Prosper Mrime.

A l'adresse des peintres de notre temps.

Un travers, une faiblesse de ces artistes consiste  ne vouloir tre
critiqus que par ceux qui se connaissent expressment en peinture. La
chose date de loin, dira-t-on, puisqu'il en est dj question dans la
biographie d'Apelle. Mais de nos jours elle a rellement pris trop
d'importance.--Voici un trait, tout rcent, qui dmontre combien ce
prjug des peintres est peu fond. Le premier venu peut juger un
tableau et le bien juger.

Dimanche dernier, en parcourant les galeries du Louvre, X... se trouvait
derrire un groupe de _gens de maison_, domestiques de tout calibre
merveills  l'aspect de tant de belles toiles.

Le tableau de Drolling pre, _Un intrieur de cuisine_ y fixa longtemps
les regards des visiteurs en livre.

--Quelles marmites  donner envie de tter au pot-au-feu!

--Quelles belles casseroles bien tames et bien reluisantes!

--Voil des carottes comme il n'y en a pas sur la table d'un roi!

--C'est fcheux, observa une chambrire: le manche de ce balai est trop
long et trop gros; on ne pourrait s'en servir.

Vrification faite, la critique est exacte.

Exgse, o vas-tu?

Philibert Audebrand.



[Illustration: LE PROCS DU MARCHAL BAZAINE.--Panorama de Gravelotte et
de Rezonville.]



NOS GRAVURES


Panorama de la bataille du Rezonville, 16 aot

Le gros de l'arme franaise tait tabli sur le plateau ondul et
parsem de gros bouquets de bois, limit  l'est par le ravin de la
Mance qui dbouche  Ars, et  l'ouest par une ligne lgrement concave
allant de Vionville  Doncourt par Saint-Marcel, et qui marquait le
front des bivouacs. Au nord, les ondulations continuent  perte de vue
jusqu'au ruisseau de l'Orne; mais au sud, sur la gauche de la route de
Verdun par Mars-la-Tour, le terrain est plus accident. Des bois pais
couvrent les pentes qui descendent vers la Moselle, ainsi que les deux
gorges profondes qui, aprs leur runion  Gorze, se prolongent jusqu'
Novant; toutefois,  hauteur de la route, ces gorges ne prsentent
aucun obstacle et ne forment encore que deux grandes rives  contours
adoucis, dans lesquelles la cavalerie et l'artillerie peuvent voluer
aux allures vives jusqu' plus de 2 kilomtres au sud de Rezonville. Le
ravin de la Mance est profond et encaiss; les pentes comprises entre la
lisire des bois de Saint-Arnould et des Ognons, les ravins de Gorze et
d'Ars sont inaccessibles  des troupes nombreuses, obliges de suivre
les deux routes qui longent les ravins ou les chemins peu praticables
qui sillonnent les bois.

[Illustration: Plan de la bataille de Rezonville.]

Cette courte description du terrain fait comprendre les difficults que
les Allemands avaient  vaincre pour oser tenter un grand mouvement
tournant, afin de venir se placer sur les communications de l'arme
franaise, aprs avoir sacrifi plus de vingt mille hommes pour
l'arrter dans sa marche sur Verdun. L'insistance que M. le duc d'Aumale
a mise  faire ressortir les ngligences ou les fautes qui ont rendu
possible le mouvement des Prussiens, nous dispense de revenir sur ce
triste sujet; mais, pour l'dification du public, nous allons exposer
succinctement les mesures prises par le comte de Moltke pour assurer la
russite d'une marche de flanc des plus audacieuses et profiter ainsi du
retard apport  la retraite de l'arme du Rhin par la sanglante
bataille de Borny, livre le 14 aot et qui s'est prolonge jusqu' neuf
heures du soir.

Le 1er corps Manteuffel et la 3e division de cavalerie Groeben furent
laisss sur la rive droite de la Moselle pour former le cordon
d'investissement et s'opposer  toute tentative d'attaque de ce ct,
tentative devenue improbable  cause de l'armistice consenti par le
gouverneur de Metz, gnral Coffinires, pour procder  l'inhumation
des braves tombs  Borny. Les 7e et 8e corps, Zastrow et Groeben, de la
1re arme de Steinmetz, et la 1re division de cavalerie Hartmann prirent
position  cheval sur la Seille, au sud de Metz, pour couvrir le
mouvement tournant dont l'excution tait confie  la deuxime arme,
prince Frdric-Charles. Cette deuxime arme comprenait, en commenant
par le corps le plus rapproch de Metz: le 3e corps d'Alvensleben II, le
10e corps Voigts-Rhetz, les 5e et 6e divisions de cavalerie Rheinbaben
et Mecklembourg, la garde royale commande par le prince Auguste de
Wurtemberg, le 4e corps d'Alvensleben I, le 12e corps saxon sous les
ordres du prince royal de Saxe, en rserve derrire le 10e.

[Illustration: LE PROCS DU MARCHAL BAZAINE.--Carrires du Caveau, prs
de Gravelotte.]

Par suite d'une ngligence vivement releve dans l'acte d'accusation et
par M. le duc d'Aumale, mais dont la responsabilit est surtout
imputable  d'autres qu'au marchal Bazaine, les quatre ponts permanents
de la Moselle, en amont de Metz, savoir: le pont suspendu de Novant et
les ponts en pierre de Pont--Mousson, Dieulouard et Marbache restrent
intacts. Les Prussiens avouent dans leurs documents officiels que les
ponts de Novant et de Pont--Mousson leur furent de la plus grande
utilit, et qu'ils doivent en partie  leur conservation d'avoir pu
lutter pendant toute la journe du 16 entre Mars-la-Tour et Gravelotte.
Les dbats de Trianon nous ont appris que pendant la journe du 15 les
Prussiens dfilrent en masses profondes sur ces deux ponts et que le
lendemain ils furent utiliss pour l'vacuation de leurs nombreux
blesss.

De Pont--Mousson  Novant, les Prussiens jetrent huit ponts de
campagne; le 13 aot, un  Pont--Mousson; le 15, un  Champey; le 16,
trois en aval de Champey et deux en amont et en aval de Novant; dans la
nuit du 16 au 17, un huitime pont fut jet  hauteur d'Arry,  2
kilomtres en amont de Novant.

[Illustration: Mle de cavalerie  Rezonville.]

Le 15 aot, le corps d'Alvensleben II et la division de cavalerie
Mecklembourg traversrent la Moselle  Novant et poussrent jusqu'
Gorze; le corps Voigts-Rhetz, la cavalerie Rheinbaben et la brigade des
dragons de la garde franchirent la rivire  Pont--Mousson pour aller
coucher  Thiancourt. Le gnral Rheinbaben poussa ses cavaliers jusqu'
Puxieux et Chambley,  moins d'une lieue au sud de Mars-la-Tour et de
Vionville, o ils eurent un engagement avec la division de cavalerie du
marquis de Forton. L'ensemble des forces prussiennes sur la rive gauche
de la Moselle formait, le 15 au soir, un effectif total de 70,000 hommes
avec 192 canons.

Pendant que les Allemands, parfaitement dirigs par leur habile chef
d'tat-major, avanaient avec une merveilleuse rapidit, l'arme
franaise cheminait dans le dsordre le plus regrettable  travers les
rues tortueuses de Metz ou sur l'unique route de Longeville 
Gravelotte, assigne par Bazaine  tous ses corps d'arme. Cette fatale
journe du 15, plus funeste qu'une bataille perdue, marque le
commencement de cette srie de malheurs inous qui devaient accabler
l'arme du Rhin et la faire disparatre dans une catastrophe sans
prcdents. Les dbats du conseil de guerre ont appris que, pour divers
motifs, les positions occupes par les troupes de Bazaine, le 15 au
soir, taient les suivantes: la division de cavalerie de Forton 
Vionville, poussant ses avant-postes vers Mars-la-Tour, Puxieux et
Trouville; en arrire d'elle, la division de cavalerie de Valabrgue,
place de faon  pouvoir soutenir celle de Forton; le 2e corps Frossard
avait la division Bataille le long des crtes qui s'tendent de Flavigny
vers Vionville, presque perpendiculairement  la grande route;  sa
gauche, la 1re brigade de la division Verg, avec la 2e brigade en
retour d'querre, face au bois de Saint-Arnould et se reliant  la
brigade Lapasset qui forme l'aile gauche du gnral Frossard. Le 6e
corps, Canrobert, form sur deux lignes, couvre l'espace compris entre
la droite de la division Bataille et le village de Saint-Marcel; la
division Lafont-Villiers  sa gauche  la route de Verdun et se relie
par le seul rgiment du gnral Bisson  la division Tixier, poste entre
la voie romaine et Saint-Marcel; la division Levassor-Sorval est tenue
en rserve derrire Rezonville; l'artillerie des deux corps couvre les
ailes et remplit tous les intervalles, mais Canrobert n'a que
cinquante-quatre pices au lieu de cent vingt et pas une seule
mitrailleuse. Les grenadiers de la garde taient  gauche de Gravelotte,
les voltigeurs  droite, prs d'une grande ferme appele la Malmaison.

Le 16 aot,  9 heures 1/2 du matin, la bataille commenait par
l'attaque de la division de Forton qui se repliait devant des forces
suprieures pour prendre position devant le bois de Villers, le dos  la
chausse romaine. Le corps d'Alvensleben se dploie alors suivant un
grand arc de cercle enveloppant l'angle form par le corps Frossard; de
nombreuses batteries crasent de feux la division Bataille qui a son
chef grivement bless et se voit dans la ncessit de battre en
retraite. Ce mouvement de retraite dcouvre la droite de la division
Verg qui recule  son tour derrire Rezonville; la brigade Lapasset put
conserver ses positions.

Bazaine est au milieu du danger et dirige ses troupes avec un calme
auquel le gnral de Rivires lui-mme rend un clatant hommage dans son
rapport, et une intrpidit que le vaillant Bourbaki a taxe de tmrit
devant le conseil de guerre. Pour ralentir l'attaque des Prussiens, le
marchal fait avancer le 3e lanciers, puis les cuirassiers de la garde
qui chargent avec un courage admirable et perdent vingt-deux officiers,
deux cent huit cavaliers et deux cent quarante-trois chevaux. Pendant
que la cavalerie se dvoue avec son abngation ordinaire, les grenadiers
et zouaves de la garde marchent rapidement sur Rezonville pour remplacer
le corps Frossard. Mais avant leur arrive, le marchal Bazaine et le
gnral Frossard ont failli tre enlevs par une charge des 11e hussards
prussiens et 17e hussards de Brunswick de la division Rheinbaben. Les
grenadiers n'tant pas assez nombreux pour remplir l'espace laiss vide
par les divisions Bataille et Verg, on leur adjoint une brigade de la
division Levassor-Sorval. Les voltigeurs de la garde, sous les ordres du
gnral Deligny, quittent la Malmaison et se placent face au bois des
Ognons pour protger la gauche de la ligne de bataille que Bazaine
croit,  tort, fortement menace.

Vers les 2 heures de l'aprs-midi, il se passa un incident des plus
remarquables qui mrite d'tre signal. Le gnral d'Alvensleben, dont
l'infanterie tait trs-incommode par des batteries du 6e corps
tablies le long de la chausse romaine, prescrivit au gnral de Bredow
de les faire taire avec sa brigade de cavalerie. En excution de cet
ordre, M de Bredow traverse la route de Verdun, en arrire de Vionville,
forme sa brigade en deux chelons perpendiculairement  la voie romaine;
trois escadrons du 7e cuirassiers constituent le premier chelon de
gauche; trois escadrons du 16e uhlans l'chelon de droite. En un clin
d'oeil ils sont sur les batteries dont ils saluent les servants; puis
ils traversent les lignes du 6e corps au milieu des fantassins tourdis
d'une pareille imptuosit. Au moment o ils remontent sur leurs chevaux
essouffls la pente gauche du ravin de Gorze, le gnral de Forton les
aperoit et lance contre eux ses cuirassiers et ses dragons.
Compltement entours, les cavaliers prussiens sont taills en pices;
sur plus de huit cents hommes, treize officiers, soixante-dix
cuirassiers et quatre-vingts uhlans chappent seuls au carnage. Telle
est, pour les Franais, l'origine de la lgende des cuirassiers _blancs_
de Bismark dtruits  Rezonville. Les Allemands appellent cette charge
audacieuse la _chevauche de la mort._

Le 3e corps prussien et la cavalerie taient  bout de forces quand; un
peu aprs 2 heures, le corps Voigts-Rhetz arrivant  tire-d'aile de
Thiancourt entrait en ligne pour sauver son voisin d'un dsastre. La
lutte acharne, mais circonscrite autour de Rezonville, allait se
transformer en une bataille gigantesque par l'arrive successive de
nombreux renforts qui vinrent prolonger la ligne de bataille sur une
tendue de plus de 8 kilomtres, du bois des Ognons  la ferme de
Greyres. Nous allons entrer dans quelques dtails, car il a t
beaucoup parl  Trianon de tous ces mouvements et du retard que les
corps Leboeuf et Ladmirault, qui avaient combattu  Borny, mirent 
paratre sur le champ de bataille du 16.

Par suite de l'encombrement des routes, le 3e corps Leboeuf n'avait pu
gagner Verneville dans la soire du 15. Oblig de passer par le mauvais
chemin qui, du ban Saint-Martin passe par le col de Lessy, remonte 
partir de Chtel-Saint-Germain le ravin de ce nom jusqu' hauteur de la
ferme de Leipzig, d'o il gagne obliquement le village de Verneville, le
marchal Leboeuf avait arrt ses soldats extnus  la nuit tombante.
Les divisions Monlaudon, Aymard et Navral s'tablirent ple-mle entre
Verneville et le mont Saint-Quentin, la division Metman coucha au milieu
des charrois de toute nature au ban Saint-Martin et  la maison de
Planche sur la route de Thionville.

Le 16 aot,  11 heures du malin, la tte de colonne du 3e corps
cheminait pniblement en avant de Verneville quand son chef entendit le
canon de Rezonville. Aussitt il dirige la division Aymard sur
Saint-Marcel et la place  l'aile droite de Canrobert; la division
Navral se range en bataille sur le prolongement de celle du gnral
Aymard. A peine en position, ces deux divisions engagent une lutte des
plus vives avec la brigade Lehmann du corps Voigts-Rhetz. Le marchal
Bazaine, toujours inquiet de sa gauche, arrte la division Monlaudon et
l'envoie reconnatre le ravin d'Ars dans lequel, suivant la pittoresque
expression du gnral, elle ne rencontra pas un chat.

Le gnral Ladmirault avait fait bivouaquer son corps d'arme  Woippy,
 l'exception de la division Lorencez qui, conformment aux ordres
fcheux du commandant en chef, s'tait emptre au col de Lessy au
milieu des convois de l'administration. Parti au jour, Ladmirault prit
sur lui de ne pas suivre le mauvais itinraire qui lui tait indiqu et
se dirigea, prcd de sa cavalerie, par la bonne route de Saulny sur
Saint-Privat-la-Montagne et Sainte-Marie-aux-Chvres. Vers 11 heures, la
division Grenier, arrive  Saint-Ail, fut tout tonne d'entendre une
furieuse canonnade, car aucun avis ne lui tait parvenu des graves
vnements qui se passaient sur la gauche de l'arme. Nanmoins,
Ladmirault, en homme de coeur et d'exprience, modifia encore son
itinraire et, au lieu de marcher sur Doncourt, il marcha sans
hsitation sur Bruville; en mme temps, il fait prvenir le gnral de
Cissey, dont les troupes se reposaient un peu  Sainte-Marie-aux-Chnes.
Celles-ci accourent  marche force et suivent de prs la division
Grenier qui a dpos ses sacs pour aller encore plus vite. Un peu aprs
4 heures, les deux divisions du 4e corps occupent, en bel ordre de
bataille, la crte un peu accidente qui s'tend de Saint-Marcel 
Bruville, et s'avancent de l vers la ferme de Greyres et Mars-la-Tour.

A la mme heure, le corps Voigts-Rhetz tout entier vient appuyer la
gauche d'Alvensleben et recueillir les dbris de la brigade Lehmann
crase. La brigade Wedell, compose des 16e et 57e d'infanterie
prussienne, et qui faisait partie de la division Schwartzkoppen, marche
sur la ferme de Greyres; crase par un feu terrible, elle tourbillonne
et essuie des pertes fabuleuses: le 16e rgiment a quarante-trois
officiers sur quarante-huit et mille trois cent quarante et un hommes
hors de combat; le 57e est presque aussi maltrait.

Pour sauver ce qui reste de cette malheureuse brigade, les dragons de la
garde se dvouent et perdent  leur tour les deux tiers de leur
effectif; avec les six escadrons qui chargrent on put  peine en
reconstituer deux le lendemain de la lutte. Le corps Ladmirault allait
atteindre Mars-la-Tour quand le gnral de Redern runit de vingt-sept 
vingt-huit escadrons et se lana  corps perdu sur la droite des
Franais.

A la vue de cet ouragan de chevaux, le gnral Ladmirault appelle  lui
toute la cavalerie dont il peut disposer; le brave Legrand du 4e corps
arrive avec les 2e, 7e hussards et 3e dragons; du Barail avec son seul
rgiment, le 2e chasseurs d'Afrique; de France avec les dragons et les
lanciers de la garde; enfin Leboeuf prte gnreusement la division
Clrembault, compose des 2e, 3e et 10e chasseurs, 2e et 4e dragons. A 6
heures eut lieu, aux environs de la ferme de Greyres, le choc  jamais
mmorable de ces deux masses comprenant au moins neuf mille cavaliers de
toutes armes. Le rsultat dsir fut obtenu par les deux partis en
prsence: les Prussiens arrtrent la marche victorieuse des divisions
Cissey et Grenier; nos cavaliers empchrent l'ennemi de dborder la
droite franaise et de gagner la roule de Conflans alors encombre de
bagages et de chevaux de main. Nanmoins, il est avr que le succs de
la droite franaise tait complet; les Allemands avouent qu'ils ont d
se rallier en arrire de Trouville,  une lieue de la roule de Verdun,
et le gnral Ladmirault a dclar au conseil qu'il esprait recevoir
l'ordre de continuer la bataille le 17 au point du jour. Laiss sans
instructions, il se replia  la nuit sur la hauteur de Bruville et y
bivouaqua sous la protection de la division Lorencez qui venait enfin de
le rejoindre. Entre minuit et une heure, il reut l'ordre de battre en
retraite sur Amanvillers.

Le corps d'Alvensleben s'tait maintenu entre Vionville et le bois de
Saint-Arnould, malgr les pertes normes qu'il subissait depuis le
matin. Sa position n'en tait pas moins critique et il allait tre
cras quand les 8e et 9e corps, qui avaient pass la Moselle  Novant,
envoyrent  son secours onze bataillons, plusieurs batteries et des
caissons pour rapprovisionner son artillerie  bout de ressources. Le
8e corps prit position sur la lisire du bois de Saint-Arnould, le 9e
s'engagea dans le bois des Ognons; ils furent contenus par la brigade
Lapasset, la garde impriale et des fractions du corps Frossard que l'on
avait plac en rserve prs de Gravelotte, face au bois des Ognons.

A 7 heures du soir, le prince Frdric-Charles ordonna un suprme effort
contre Rezonville, la clef de nos positions; mais il choua, grce  la
tnacit de notre infanterie et  l'nergie des cavaliers de Valabrgue.
La division Monlaudon, revenue du ravin d'Ars. prit une part glorieuse
et sanglante  ce terrible pisode.

La nuit tait dj obscure lorsque, un peu avant 9 heures, un bruit de
chevaux et des hurrahs se firent entendre au milieu du silence que
troublaient seuls les gmissements de plus de vingt mille blesss.
C'tait une dernire charge excute par les hussards rouges de la
brigade Rauch contre le malheureux village de Rezonville,  moiti
dtruit par l'incendie et par les obus.

La plume est impuissante  dcrire une lutte dans laquelle les deux
armes firent prouve d'une grande solidit et de brillantes qualits
militaires; il faut parcourir ces champs funraires pour en bien
comprendre toute l'horreur. Nous avons publi, en 1871, dans
l'_Illustration_, un rcit de notre visite aux champs de bataille sous
Metz, rcit accompagn de dessins de notre ami Darjou. Aujourd'hui nous
laisserons la parole aux chiffres qui ont une loquence indiscutable.
L'arme franaise perdit le 16 aot huit cent trente-sept officiers et
seize mille cent vingt-deux hommes; le corps Frossard rduit  deux
divisions et demie est compris dans ce total pour cinq mille deux cent
quatre-vingt-six hommes; celui de Canrobert pour cinq mille six cent
cinquante-huit. Les pertes des Prussiens s'levaient  sept cent deux
officiers et environ seize mille hommes, sur lesquels les corps
d'Alvensleben et Voigts-Rhetz en perdirent plus de douze mille.
Rcemment, les Allemands n'ont plus mentionn qu'une perte de cinq cent
quatre-vingt-un officiers et quatorze mille deux cent trente-neuf
hommes; sans doute ils auront dfalqu quelques officiers et soldats
ports disparus ou trop lgrement blesss pour entrer  l'ambulance ou
lazaret de campagne, pour nous servir de l'expression allemande.

Dans la nuit, le marchal Bazaine replia son arme sur la position de
Rozrieulles-Saint-Privat par des motifs soumis en ce moment 
l'apprciation du conseil de guerre. Au jour, le mouvement de retraite
s'effectua sous la protection de la division Metman, non engage la
veille et qui prit position  Gravelotte.

Le marchal Bazaine a mis en ligne: les 2e et 6e corps en entier,
quarante-cinq mille hommes; le 3e corps, moins la division Metman,
reste  Verneville, trente mille; le 4e corps, moins la division
Lorencez, vingt mille; la garde et des batteries de la rserve gnrale,
environ quinze mille; total cent-dix mille hommes. Les Prussiens ont
engag: les 3e et 19e corps en entier, soixante-quatre mille hommes; les
quatorze rgiments des 3e et 6e divisions de cavalerie, les deux
rgiments des dragons de la garde, dix mille; la brigade Bex du 8e
corps, avec cavalerie et artillerie, six mille; le rgiment de
grenadiers n 11 de la 18e division et la 1re brigade de la 25e division
du 9e corps, huit mille; total quatre-vingt-huit mille hommes.

Il faut observer que la supriorit numrique des Franais n'tait
manifeste qu' leur aile droite, prs de Mars-la-Tour et, le 17 au
matin, il est hors de doute que les Allemands eussent reu plus de cent
mille homme de renfort, car dans les dbats de Trianon, il semble que
l'on n'ait pas song aux huit ponts supplmentaires jets par l'ennemi
avant la matine du 17.

A. Wachter.


Mort de l'amiral Trhouart

L'amiral Trhouart est mort, le 8 novembre dernier,  Arcachon, o le
soin de sa sant l'avait conduit, il y a quelques mois.

N  Vieuville dans l'avant-dernire anne du XVIII sicle, il avait
dbut comme mousse dans la marine. C'est en assistant aux derniers
combats de l'Empire qu'il conquit ses premiers grades. En 1828, la
bataille de Navarin le fit lieutenant de vaisseau. Capitaine de corvette
en 1837 et de vaisseau en 1843, il fut alors appel  commander la
station navale de la Plata.

Ici se place un des faits les plus remarquables qui ait illustr notre
marine de guerre.

De concert avec l'escadre anglaise, le capitaine Trhouart fora le
passage d'_Obligado_, dfendu par une forte estacade et des batteries
formidables. Il avait son pavillon sur le _Fulton_. Son tat-major fut
mis entirement hors de combat et l'quipage rduit de plus de moiti.
Dans une situation si critique, le commandant restant matre de lui,
ordonna par signal  un des avisos de se porter sur l'estacade. Cette
manoeuvre dcida du succs de la journe.

Sorti victorieux de ce combat, le capitaine Trhouart nomm
contre-amiral le 15 fvrier 1846 et appel au commandement d'une
division navale lors de l'expdition de Rome. Vice-amiral le 2 avril
1851, prfet maritime du 2e arrondissement, un dcret de l'Empereur
l'appela le 31 octobre 1855 au commandement de l'escadre de Crime en
remplacement de l'amiral Bruat qui venait de mourir, et ce fut lui qui
fut charg du rapatriement de l'arme d'Orient, tche dans laquelle il
montra les plus hautes capacits.

Appel en 1858 au conseil d'amiraut, Trhouart fut lev en 1809  la
dignit d'amiral de France. Du 13 aot 1859 au 4 septembre 1871, il
sigea au Snat, et un dcret imprial l'avait le 12 aot 1860 nomm
grand'croix de la Lgion d'honneur.

On sait que l'amiral Trhouart avait t dsign pour prsider le
premier conseil de guerre charg de juger le marchal Bazaine. L'tat de
sa sant depuis longtemps affaiblie l'obligea de dcliner cette mission.

Immdiatement aprs la mort de l'amiral, son corps a t transport
d'Arcachon  Paris, o on le dposa dans la crypte de l'glise
Saint-Louis des Invalides, en attendant la crmonie des obsques, qui a
eu lieu lundi dernier. C'est M. l'archevque de Paris qui a donn
l'absoute. Les cordons du char funbre taient tenus par le marchal
Canrobert, les vice-amiraux de Dompierre d'Hornoy et Larrieu et le
gnral Plissier.

Parmi les personnages qui ont assist  la crmonie, citons MM. le
prince de Joinville, les vice-et contre-amiraux Lafont de Ladbat,
Touchart-Lafosse, Jurien de la Gravire, La Roncire le Nourry, Coupvent
des Bois, de Lapelin, Duperr, Pothuau, Jaurs, Saisset, Krantz et
Chopart; le ministre de la guerre; les marchaux Canrobert et Leboeuf;
les gnraux de Cissey, de Ladmirault, de Geslin, Frbault, Vinoy; le
colonel d'tat-major d'Abzac, reprsentant le marchal de Mac-Mahon; MM.
Lon Renault, Ferdinand Duval, F. Barrot, de Royer, Schneider, de
Quatrefages, Leverrier, etc.

Le dfil des troupes s'est effectu suivant l'ordre accoutum devant la
grille d'honneur de l'esplanade des Invalides. A une heure et un quart,
une salve de onze coups de canon annonait la fin de la crmonie.


Charles Gounod

L'art a ses poques glorieuses, ses temps heureux et fconds qui voient
clore par groupes les gnies qui l'illustrent. Si le XVIe sicle a eu
en Italie sa pliade de peintres et de sculpteurs, si la France de Louis
XIV a salu cette foule d'crivains qui la font si grande que nous
doutons que l'avenir puisse jamais l'atteindre dans sa potique
grandeur, la musique a eu  son tour son avnement, son incomparable
expansion. Dans le demi-sicle compris de 1790  1840, elle compte des
hommes comme Mozart, Cimarosa, Spontini, Rossini, Beethoven, Weber,
Mendelsohn, Meyerbeer: jours bnis dans lesquels Boieldieu, Hrold et
Auber n'apparaissent qu'au second rang. Ces grandes individualits ont
disparu; la musique n'a plus de nos jours un nom qui gale ces matres
d'un pass si prs de nous, mais nous nous consolons en songeant que cet
art ne s'est pas teint puisqu'il se glorifie encore des opras de
Flicien David, de Thomas et de Ch. Gounod, et que leurs oeuvres
acclames par nous affirment  l'tranger la supriorit actuelle de
notre cole franaise.

Nul plus que Charles Gounod n'a contribu  ce mouvement. Ses ouvrages
ont trouv en Angleterre, en Allemagne, en Italie, l'accueil chaleureux
qu'ils ont eu chez nous. Le _Mdecin malgr lui, Faust, Romo et
Juliette_, ont pris le premier rang dans le rpertoire de tous les
thtres. Ils ont conquis la popularit qui tait due  cet esprit fin
et dlicat,  ce gnie tout de tendresse et de posie qui a traduit dans
un art chaleureux et mouvant l'me de Goethe et de Shakespeare dans
l'amour de Marguerite et dans la passion de Romo et de Juliette.
L'inspiration du matre s'est empare du public, mais en dehors mme de
cette foule qui applaudit  son oeuvre, les gens de got, ce que
j'appellerai les lettrs de la musique, font une place exceptionnelle
dans l'art  l'auteur de _Faust._

Il la mrite par le soin avec lequel est traite chaque partie de ses
ouvrages, par la science qui les dirige, par le travail exquis qui
relve et vivifie son orchestre plein de lumire, et anim de
dlicatesses infinies.

De sa premire oeuvre  sa dernire, _Jeanne d'Arc,_ le talent de M.
Gounod ne s'est pas une fois dmenti dans son respect pour l'art et pour
lui-mme. Le succs n'a pas toujours t gal, mais la rputation du
matre n'a jamais t compromise: elle a grandi d'oeuvre en oeuvre,
depuis la _Sapho_, joue en 1850, jusqu' ces choeurs et ces morceaux
d'orchestre trs-chaleureusement applaudis dans _Jeanne d'Arc_, en
passant par les choeurs d'_Ulysse_, par la _Nonne sanglante, la Reine
de. Saba, le Mdecin malgr lui, Philmon et Baucis, Faust, Mireille,
Romo et Juliette, la Colombe, Gallia_ et _Jeanne d'Arc._

M. Charles Gounod, membre de l'Institut, est n  Paris, le 17 juin
1818.

M. Savigny.


Le rossignol  deux ttes

Nous donnons dans le prsent numro le portrait de Mlle
Millie-Christine, le nouveau phnomne qui fait en ce moment courir tout
Paris, D'abord nous avions cru  quelque supercherie, mais, aprs avoir
vu, nous avons t convaincus. Ce phnomne est donc bien rel, et, pour
ce qui le concerne, nous renvoyons le lecteur  notre _Courrier de
Paris._


L'hiver

TABLEAU DE M. TOULMOUCHE.

Artistes et potes ont clbr  l'envie les blancs frimas et les forts
couronnes des neiges de dcembre: pour M. Toulmouche, le peintre des
intrieurs mondains, l'hiver, c'est Paris avec ses joies, ses soires et
ses ftes, c'est la richesse et le luxe promenant leurs lgances sur
les tapis moelleux des salons tincelants de mille lumires. Voyez cette
jeune femme magnifiquement pare, qui attend le moment de monter en
voiture pour se rende au bal; elle avance vers la chemine le bout d'un
pied mignon, tandis que de son ventail ouvert elle s'abrite contre les
ardeurs d'un foyer trop vif: les cheveux ngligemment relevs et orns
d'une simple fleur, les paules nues, pourquoi laisse-t-elle pendre
ainsi ce joli bras qui n'est pas encore gant? Entend-elle dj le
murmure approbateur qui saluera son entre ou bien regrette-t-elle
l'absence de celui  qui seul elle aurait t heureuse de paratre belle
et digne d'tre admire?--Coquetterie ou amour, deux sentiments qui sont
bien de la femme, et auxquels fait involontairement songer la vue de
cette jeune personne, reprsente ainsi pensive dans tout l'clat de sa
parure et de sa beaut.



LA SOEUR PERDUE

Une histoire du Gran Chaco

(Suite)

Le chef lui-mme s'tait charg de placer sa captive sous le vent et la
dernire de tous. D'un geste vif, mais cependant respectueux, il l'avait
enleve de son cheval et couche sur le sol, en lui disant dans son
langage, qu'elle comprenait:

Ne bougez pas, ne remuez pas, tournez votre visage contre la terre et
ne craignez rien: ceci vous protgera.

Tout en parlant, il avait t de dessus ses paules son manteau de
plumes; il en tourna l'extrieur en dedans et l'tendit sur la tte et
les paules de la jeune fille.

Francesca s'tait soumise machinalement  la volont de son ravisseur;
mais elle n'avait pu rprimer un frmissement de dgot en se sentant
dans les bras du misrable qui avait laiss accomplir et peut-tre
ordonn le meurtre de son pre.

Ces prcautions taient  peine prises que l'ouragan clatait dans toute
sa furie et culbutait ceux des chevaux qui avaient refus de
s'accroupir.

L'avis du vaqueano  ses hommes de couvrir leurs yeux n'tait pas
superflu. En effet, la tormenta ne soulve pas seulement de la
poussire, elle roule dans les airs, elle emporte avec elle jusqu' du
gravier et des pierres.

En outre, cet embrun solide, ml de particules salines, est tellement
subtil et pntrant qu'il produit tout  la fois la ccit et la
suffocation.

L'ouragan augmenta de violence pendant une heure; le vent rugissait aux
oreilles des voyageurs et le sable dchirait leur peau.

Parfois son souffle tait tel qu'il tait impossible aux gens de se
maintenir  terre, mme en s'y cramponnant avec les ongles; au-dessus et
autour d'eux brillaient et s'entrecroisaient sans interruption les
clairs; l'atmosphre tait en feu et le tonnerre grondait, tantt en
dtonations courtes et rapides, tantt en dcharges mles de hurlements
prolongs.

Puis arrivrent des torrents d'une pluie froide comme si elle et
travers les sommets neigeux des Cordillres.

Au bout d'une autre demi-heure, le nuage sombre avait disparu, le vent
s'tait apais aussi rapidement qu'il s'tait lev: la tormenta tait
passe.

Le soleil brilla bientt dans un ciel de saphir, aussi serein que s'il
n'avait jamais t intercept par l'ouragan.

Les jeunes Tovas, dont les corps ruisselaient d'eau, et dont beaucoup
d'entre eux taient meurtris et ensanglants, se relevrent. Avec
l'insouciance de leur race, ils furent bientt debout, se secouant,
s'tirant  qui mieux mieux, visitant chacun des membres de leurs
chevaux pour savoir s'ils taient en tat de reprendre leur course.--A
un signal de leur chef, ils jetrent leurs jergas sur le dos de leurs
montures, et se tinrent prts  recevoir l'ordre de se mettre en marche.

Francesca s'tait tenue immobile et comme insensible  tout sous le
manteau du jeune chef. Quand il vint  elle pour reprendre possession de
cet insigne de sa grandeur, il n'obtint pas d'elle un regard. Ayant,
avec l'aide d'un de ses hommes, fait mine de vouloir la replacer sur sa
selle, d'un geste plein de ddain elle l'carta, et lgre comme un
oiseau, elle se retrouva  cheval. Un cri d'admiration chappa  toute
cette horde: elle tait  leurs yeux digne d'tre leur reine, celle sur
laquelle l'effroyable tourmente avait pu passer comme sans la toucher.

Cependant tout tait prt, et ses ravisseurs, sautant sur leurs
montures, poursuivirent leur route  travers la plaine balaye par les
eaux, et continurent leur marche vers la tolderia de leur tribu, dans
le mme ordre de marche qu'auparavant. Abandonnons-les.

[Illustration: CHARLES GOUNOD]

[Illustration: MILLIE-CHRISTINE ou LA FEMME A DEUX TTES.]

[Illustration: L'HIVER.--D'aprs le tableau de M. Toulmouche.]

Bien loin de l, sur la berge d'une rivire, se dresse un bivouac; un
feu de campement brille gaiement; trois hommes sont assis autour de lui.

Ces hommes viennent de passer la nuit en cet endroit; quelques bagages
sont pars  et l, et prs d'eux trois chevaux non sells sont encore
attachs  leurs piquets.

Deux de ces hommes sont  peine entrs dans l'ge de la virilit; le
troisime est plus g, il a environ trente ans.

Il n'est pas besoin de dire quels sont ces trois voyageurs: le lecteur
aura devin Gaspardo, Ludwig et Cypriano.

Nous l'avons dit, Mme Halberger avait elle-mme exig que son fils
accompagnt son cousin et Gaspardo. Ils ne seraient pas trop de trois
pour la tche qu'ils entreprenaient, et quant  elle, dans son estancia,
sous la garde de ses fidles pons, elle ne devait courir aucun danger.

Ils ne sont encore que sur le bord du Pilcomayo,  une journe de
distance du point de dpart de leur expdition. Ils sont arrivs en cet
endroit en suivant les traces des assassins. Fatigus par leur marche
rapide et par deux nuits sans sommeil, ils ont camp sur la piste.

Suffisamment reposs par leur halte, ils se prparent maintenant 
reprendre leur route ds qu'ils auront achev le djeuner qui s'apprte.

Sur une pierre plate presque rougie par la chaleur des tisons, une
certaine quantit d'pis de mas est en train de griller (1). Enfil
dans un _asador_ ou broche et rtissant devant la flamme est un rti
qui, d'aprs nos usages europens, semblerait peu apptissant. C'est un
singe, un des _guaribas_ (2) qui, attirs par la flamme, ont eu pendant
la nuit la tmrit de s'approcher du feu de bivouac, comme pour se
mettre  la porte de la carabine de Gaspardo. Il servira de pice de
rsistance pour le repas matinal des voyageurs. Ils ne sont pas  court
de vivres, car ils ont emport avec eux du boeuf sal; mais Gaspardo a
un faible pour le singe rti et le prfre au _charqui._ D'ailleurs, ils
veulent mnager leurs provisions.

      [Note 1: Le mas est une nourriture trs en usage chez les
      Paraguayens et les autres habitants du pays du Parana.]

      [Note 2: Une des nombreuses espres d'_ateles_ ou singes
      hurleurs.]

Il y a aussi sur les cendres un vase dans lequel chante un liquide dont
les bouillonnements menacent de renverser le couvercle. C'est de l'eau
avec laquelle ils vont prparer leur th, le vritable _mat_ du
Paraguay; trois tasses en noix de coco, munies de leurs _bombillas_ ou
tubes d'aspiration, sont places sur l'herbe en attendant le moment de
s'en servir.

Disperss au milieu des bagages, recado, selles, jergas, caronas,
caronillos, cinchas, cojinillos, ponchos et sobre-puestos (3), outre
trois paires de bolas, trois lazos, trois couteaux de chasse et trois
fusils, se trouvent des vivres de tout genre.

      [Note 3: Les articles compris dans le harnachement d'un cheval de
      gaucho forment un curieux catalogue. Sous le nom gnral de
      recado ou selle, nous avons: 1 Le _caronillo_, peau de mouton
      place directement sur le dos du cheval; 2 la _jerga primera_,
      morceau de tapis d'environ 1 mtre carr, dpos sur le caronillo;
      3 la _jerga secunda_, morceau plus petit, de la mme toffe,
      tendu sur la partie infrieure de la jerga primera; 4 la _carona
      de vaca_, environ 1 mtre carr de cuir de vache non tann tendu
      sur les tapis; 5 la carona de suela, morceau de mme grandeur de
      cuir tann ornement avec des estampages; 6 le _recado_
      proprement dit, qui est la charpente de la selle, rembourre de
      paille et couverte de cuir estamp; 7 la _cincha_, ou sangle,
      faite d'une paisse bande de cuir cru, et serre, non par des
      bandes, mais par des anneaux de fer au travers desquels passe la
      courroie qui sert  la tirer; le _corrion_. La cincha s'tend
      par-dessus la selle et embrasse tous les articles dj mentionns;
      8 Le _cojinillo_, appel quelquefois _pellon_, qui est un drap de
      laine, noir ou blanc, recouvrant le tout et recouvert lui-mme par
      le _sobre-puesto_; 9 le _sobre-puesto_, petit morceau de tapis ou
      de peau de loup tal sur le cojinillo; 10 la _sobre-cincha_,
      courroie resserrant le tout et attache par une boucle. En outre,
      il y a le _chapendo_, bande d'argent qui traverse le front du
      cheval; le fiador ou bricole trs-orne autour de son cou, et le
      _pretal_, brillante ceinture argente qui est de proportions
      colossales et passe devant sa poitrine. En ajoutant les triers,
      on aura l'quipement complet de la monture d'un gaucho.]

Malgr cette abondance, la joie ne rgne pas dans le camp; bien que les
voyageurs soient affams, l'odeur de la viande rtie et l'arme de la
_yerba_ ne les gayent pas; tous les trois ont le coeur rempli de noires
penses.

Leur expdition n'est ni un divertissement, ni une promenade, ni une
chasse. Ils poursuivent des assassins et des ravisseurs, ils ont hte de
continuer  les suivre. Aussi leur djeuner est-il bientt expdi. Les
deux jeunes gens sont dj debout, le pied sur l'trier. Que fait donc
le gaucho, son repas fini? Quelle raison pouvait-il avoir de s'attarder
auprs du bivouac?

Les jeunes compagnons, impatients, se demandaient du regard le motif
d'une lenteur  laquelle Gaspardo ne les avait pas habitus. Sans doute
le soleil tait  peine lev, car il ne dpassait pas encore la cime des
arbres; mais dans un voyage de la nature de celui qu'ils avaient
entrepris, cela ne justifiait pas une perte de temps inutile. Ils
avaient bien remarqu pendant leur djeuner que, tout en sellant les
chevaux, les traits de Gaspardo, si ouverts d'ordinaire, avaient une
expression inaccoutume de souci ou de rflexion. Quelque chose le
proccupait,  ct mme de la douleur qui leur tait commune  tous, et
certes ils savaient que le fidle gaucho l'prouvait aussi vivement
qu'eux-mmes. Mais qu'tait-ce? Il avait  plusieurs reprises quitt le
feu et mme le djeuner pour parcourir le terrain dcouvert qui
s'tendait aux environs. Il s'tait chaque fois arrt auprs d'un
certain arbre et avait sembl examiner cet arbre avec une attention
singulire.

Au dernier moment mme, le pied lev pour se mettre en selle,  leur
grand tonnement, il s'tait rendu une fois encore auprs de ce mme
arbre et, pendant qu'ils se faisaient part de leurs observations, il
tait encore occup  l'examiner. Qu'avait donc cet arbre de si
intressant pour le gaucho?

C'tait un arbre de taille mdiocre avec de lgres feuilles vertes qui
le dsignaient comme appartenant  l'espce des mimosas, et aux longues
branches duquel pendaient des grappes de belles fleurs jaunes. Le regard
du gaucho s'arrtait sur ces fleurs, et les jeunes gens pouvaient
distinguer dans toute sa contenance les signes persistants de
l'inquitude.


CHAPITRE VII

L'ARBRE BAROMTRE

De quoi s'agit-il donc, Gaspardo? demanda enfin Cypriano cdant  son
impatience, nous devrions dj tre loin d'ici, nos moments sont
prcieux.

--Je le sais, patron; mais si cet arbre dit vrai, s'il n'est pas un
menteur, nous aurions tort de nous presser. Venez ici! Et regardez ces
fleurs.

Quittant leurs chevaux, les jeunes gens s'approchrent de l'arbre et
examinrent ses grappes embaumes.

Qu'ont donc de particulier ces fleurs? reprit Cypriano, je n'y vois
rien d'trange.

--Moi j'y vois quelque chose, dit Ludwig qui avait reu de son pre
quelques leons de botanique. Ces corolles sont  demi fermes et elles
ne l'taient pas il y a une demi-heure. Je les ai remarques et elles
taient en plein panouissement.

--Ne bougez pas, fit Gaspardo, et observons encore.

Ses compagnons obirent. Aprs cinq minutes d'examen ils virent que les
corolles des fleurs s'taient encore plus fermes, tandis que les
ptales se recroquevillaient et se crispaient sur elles-mmes.

_Ay Dios!_ s'cria le gaucho, il n'y a plus de doute, nous allons avoir
une tempte, un _temporal_ ou une tormenta (4)!

      [Note 4: Ces ouragans ont un caractre diffrent. Le temporal
      prvient de son approche et est toujours prcd de trois journes
      lourdes et pluvieuses. La tormenta clate soudainement et est
      une espre de typhon.]

-Ah! interrompit Ludwig, c'est, un arbre _ninay_ (5). J'ai souvent
entendu mon pre en parler.

      [Note 5: L'arbre _ninay_ de l'Amrique du Sud appartient  la
      famille des sensitives et prvient toujours de l'approche d'une
      tormenta en fermant les corolles de ses fleurs.]

--Oui, mon jeune matre. Regardez ces fleurs, elles se ferment encore;
dans moins d'une heure nous n'en verrions plus une seule, il n'y aurait
plus que des boutons. Que faire? il serait malsain pour nous de rester
ici, et d'autre part cela n'avancerait en rien notre voyage. Nous ne
savons pas au juste le moment o la tempte arrivent sur nous, mais, 
la faon dont parle ce baromtre, elle promet d'tre violente.

--Mais ne pouvons-nous pas nous abriter dans la fort?

--Ce serait bon pour des Indiens d'aller chercher dans la fort un
remde pire que le mal. La fort! patron! si c'est une tormenta, il vaut
mieux cent fois nous trouver au milieu de la plaine. Nous n'y serons pas
 l'aise, mais nous y serons toujours moins exposs que sous des arbres
dont la chute pourrait nous craser. J'ai vu les plus gros algarrobas
dracins, balays par une tormenta et voltigeant en l'air comme des
plumes d'autruche.

--Quel parti prendre alors?

--Vraiment, rpondit le gaucho, mieux vaut encore monter sur nos chevaux
et courir  toute vitesse devant nous. Voil! ce sera toujours autant de
chemin de fait, et aprs  la grce de Dieu! Allons, mes enfants! en
selle et suivez-moi. Je n'ai pas t pendant trois ans prisonnier des
Indiens du Chaco sans connatre un peu leur pays. Si je ne me trompe,
nous avons chance d'atteindre une grotte qui pourrait nous servir de
refuge sur le bord du fleuve; c'est assez loin d'ici, malheureusement,
mais qui ne risque rien n'a rien. C'est une affaire de temps; et pour
cela prions d'abord la Vierge!

En disant ces mots, le gaucho s'agenouilla, fit le signe de la croix, et
rcita un _pater_ auquel les jeunes gens rpondirent par un _amen._

Maintenant, _muchachos!_ cria le gaucho en se relevant,  cheval et
sauvons-nous!...

A ces mots il sauta en selle, les deux cousins l'imitrent et tous
trois, enfonant leurs perons dans les flancs de leurs montures, ils
eurent bientt laiss derrire eux le feu du bivouac qui ptillait
encore.

Tout en htant de fuir le danger qui les menaait et dont nous avons pu
apprcier l'importance dans le prcdent chapitre, les trois cavaliers
suivaient toujours la piste des sauvages, qui, par bonheur, se dirigeait
vers l'endroit o Gaspardo esprait trouver un abri contre la tempte.
On ne quittait pas le bord du fleuve coup  et l par des hauteurs
plus ou moins abruptes.

Malgr leurs craintes, ils ne pouvaient s'empcher de songer aux
assassins qu'ils poursuivaient. On sait que Ludwig et Cypriano taient
sur ce point d'opinion diffrente, et ils continuaient,  ce sujet, leur
discussion de la veille.

Fort de ses secrets pressentiments, Cypriano tait persuad que les
Indiens appartenaient  la tribu des Tovas et que le ravisseur de sa
cousine n'tait autre que le fils de leur chef; Ludwig, trop confiant,
rejetait cette ide. La chose tait absurde, monstrueuse, impossible.
Naraguana, le vnrable Naraguana, le vieil ami de son pre, son
protecteur depuis si longtemps, pouvait-il tout d'un coup tre devenu un
tratre et avoir consenti  un pareil forfait!

Mayne Reid.

(_La suite prochainement._)



UN VOYAGE EN ESPAGNE
PENDANT L'INSURRECTION CARLISTE

IV

Oprations militaires des Landes et des troupes rgulires.--Arrestation
des trains par la Lande de Santa-Cruz.--Le camp
d'_Achulgui_.--Courriers, espions et fournisseurs des carlistes.--Les
visiteurs du camp d'Achulgui.

Voici quelle tait, vers les premiers jours d'avril, la situation
rciproque des bandes carlistes et des troupes rgulires ou plutt de
l'_arme du Nord_, ainsi qu'on intitulait pompeusement les 114 ou 16,000
hommes inscrits sur le papier et placs sous le commandement en chef du
gnral Nouvilas.

Les bandes, au nombre d'une douzaine, composes en moyenne de 250  500
partisans, sous les ordres de chefs qui ne jouissaient pas encore d'une
trs-grande notorit, opraient sur les divers points de la Navarre, du
Guipuzcoa et de la Biscaye, dans les montagnes, aux environs de Vera,
d'Oyarzun, de Tolosa, de Zumarraga, etc. Toutes leurs expditions se
bornaient  recruter des partisans, faire des rquisitions en vivres et
en argent, couper les poteaux tlgraphiques et  fatiguer les troupes
rgulires envoyes  leur poursuite.

Quant  celles-ci, elle ne se composaient alors,  ma connaissance, que
des brigades de Loma, de Castanon, de Gabrinetti, de Castillo et de
Novarro. Chaque brigade n'ayant qu'un effectif d'environ six cents
hommes, c'taient trois mille hommes tout au plus, qui battaient
constamment les montagnes, depuis Bilbao jusqu' Pampelune et depuis
Saint-Sbastien jusqu' Vittoria. C'taient les mmes brigades que je
rencontrais dans toutes mes excursions. La manire de se battre et de
faire la guerre, de part et d'autre, tait toujours la mme. Une bande
apparaissait-elle ou avait-elle pris position, dans les montagnes de
_las Amescuas_, dans celles d'Oyarzun ou du Bazlan? vite, une ou deux
brigades taient lances  sa poursuite, en ne s'cartant jamais des
chemins battus. Si la bande tait trop nombreuse et dans une position
reconnue inexpugnable, les troupes continuaient leur route, laissant les
bandes fort paisibles dans leurs cantonnements. Si le brigadier jugeait
convenable, au contraire, de livrer bataille et que, de son ct, le
_cabecilla_ voulut bien l'accepter, le combat avait lieu sance tenante;
et pendant un temps plus ou moins long on excutait des feux de
tirailleurs dont le rsultat se bornait rgulirement  quatre ou cinq
morts et  quelques blesss, des deux cts. Aprs quoi la brigade
continuait sa route et la bande restait aussi intacte qu'auparavant,
dans ses positions.

Pendant huit mois j'ai assist  des rencontres de ce genre et,  part
deux ou trois combats srieux, entre autres celui d'Eral, je puis
affirmer que les oprations militaires s'excutaient avec cette
constante uniformit, ne laissant ni vainqueurs ni vaincus.

Le cur Santa-Cruz, qui tait loin d'tre un homme de guerre, vint
changer la monotone stratgie des bandes carlistes et donner  la guerre
civile plus d'activit et plus d'animation. Au lieu d'attendre les
troupes du gouvernement dans les montagnes, il alla  leur devant pour
les arrter dans leur marche. A la tte de sa bande qui, en peu de
jours, de cent hommes s'tait grossie de six cents, il porte partout la
terreur et la destruction. Il arrte les trains des voyageurs sur le
chemin de fer du Nord d'Espagne et intercepte les dpches du
gouvernement, en sommant les mcaniciens et les conducteurs de ne plus
continuer leurs services, sous peine de la vie. J'ai t tmoin d'une
attaque de ce genre excute avec une audace inoue.

C'tait entre Tolosa et Hernani, au tunnel d'Andoain. Le train-poste de
Madrid  Irun passait, en cet endroit, vers les six heures du matin.
Santa-Cruz, qui connaissait parfaitement la contre, sa paroisse tant
situe aux environs, fit poster ses hommes en avant du tunnel, sur les
deux cts de la voie, jusqu' moiti chemin de Tolosa. A peine le train
apparat-il  la vue, qu'ils accueillent par de nombreuses dcharges de
fusil le mcanicien et les wagons des voyageurs, prvenant ainsi le
premier  ce qu'il eut  arrter sa marche. Santa-Cruz avait fait, en
outre, enlever les rails qui se trouvaient  l'entre du tunnel. Le
mcanicien ne tenant pas compte de cet avertissement, continua sa marche
 toute vapeur, et au moment o le train s'engageait dans le
souterrain, il s'effectua un affreux draillement Le mcanicien et le
chauffeur furent tus et un grand nombre de voyageurs contusionns. Il
fallut retirer ces derniers de dessous les wagons renverss. Pendant
cette scne de dsolation, Santa-Cruz, debout sur un monticule contigu 
la voie, contemplait ses officiers et ses soldats visitant tes wagons,
s'emparant des dpches du gouvernement, et s'appropriant mme les
bagages des voyageurs qui taient  leur convenance. La bande disparut
ensuite.

L'attaque des trains ne suffisant pas au genre de guerre inaugur par
Santa-Cruz, il y ajouta l'incendie des gares, la destruction des wagons
et l'enlvement des rails. Les dgts qu'il occasionna, notamment  la
gare d'Andoain, furent tels qu'il rendit l'exploitation de ce chemin
impossible, d'Irun jusqu' Vittoria, c'est--dire sur un parcours de
plus de 120 kilomtres. Depuis cette poque, la circulation n'y est pas
encore rtablie et les troupes du gouvernement n'ont pu employer cette
voie de transport si utile pour elles, au point de vue stratgique.

Santa-Cruz inventa, en outre, de nouveaux genres de rquisitions et de
perscutions pratiques aux dpens des ennemis de la cause dont il se
dclarait le dfenseur ardent.

La junte carliste, dont je ferai connatre bientt le rle qu'elle joue
dans l'insurrection, ne fournissait pas rgulirement aux bandes ni
l'argent ncessaire  leur alimentation, ni les armes dont elles avaient
besoin. Le prtre-cabecilla y pourvut  sa manire. Tous les villages
qui se trouvaient sous sa dpendance, comme ceux qu'il rencontrait sur
sa route, devaient pourvoir  la nourriture et au logement de sa bande.
Aujourd'hui c'tait Vera, demain Lessacca, aprs-demain Eychalar, et
successivement chaque localit ouverte, c'est--dire qui ne se dfendait
pas ou n'avait pas de troupes pour la dfendre, tait journellement
rquisitionne et ranonne. Il allait mme jusqu' faire arrter et
emmener prisonniers, lorsqu'il ne les fusillait pas, les personnes
notables du parti libral, auxquelles il imposait une contribution de
guerre en argent. Lorsqu'il manquait des armes, il s'en procurait en
attaquant, dans leurs propres villages, les volontaires qu'il dsarmait
et dont il s'appropriait les fusils et les munitions. Les volontaires de
Renteria, de Tolosa et d'Oyarzun furent dsarms par ce procd de
surprises.

C'est ainsi que pendant six mois, le cur Santa-Cruz a fait la guerre de
partisans aux frais des habitants mmes du pays insurg.

L'tablissement d'un camp retranch est encore une innovation dont le
mrite revient  cet excentrique cabecilla; je veux parler du camp
d'_Arichulgui_ appel par abrviation _Achulgui._

Ce qu'on nomme camp d'_Achulgui_ est l'ensemble de quatre ou cinq
montagnes spares entre elles par des gorges et des torrents, et
entoures elles-mmes par les hautes montagnes de l'Aya, entre autres
par le pic des _Trois-Couronnes._ Sur ces montagnes, d'une hauteur
secondaire, s'lvent une dizaine de _caserios_ (fermes), habits par de
pauvres cultivateurs. Santa-Cruz rquisitionna ces maisons et y tablit
une centaine d'hommes de sa bande, dans chacune d'elles, et les
transforma en postes-casernes; il fit des cantiniers des propritaires
de ces habitations. Il put loger ainsi jusqu' mille hommes dans ces
divers postes-casernes; et comme ces montagnes constituaient une espce
de forteresse naturelle inaccessible aux troupes rgulires, les bandes
venaient se reposer dans ce, camp, s'y recruter et s'y ravitailler. En
outre, les chefs carlistes pouvaient y envoyer les prisonniers qu'ils
faisaient, ce qui leur tait impossible de pratiquer avant la cration
d'_Achulgui_, n'ayant pas de localit ni de place fixes o ils pussent
les enfermer. Le brigadier Novarro et ses officiers, faits prisonniers 
la bataille d'Eral, y ont sjourn longtemps.

On comprend tout l'avantage que l'insurrection retira de ce camp.
Antrieurement, les bandes expulses des villages par les troupes
rgulires taient forces de vaguer sur les montagnes, de coucher dans
les bois, exposes aux intempries de la saison, sans prjudice des
inconvnients qu'elles avaient pour se procurer des vivres. Leur runion
devenait d'autant plus difficile que les hommes, obligs de trouver des
refuges sous des rochers, dans des grottes et sous des abris faonns en
branches, qu'ils se faisaient, se trouvaient spars entre eux par de
grandes distances. Dans le _camp d'Achulgui_, ils sont abrits, vivent
en commun et communiquent ensemble absolument comme dans une caserne.
Sous ce rapport, le cur Santa-Cruz a rendu un grand service 
l'insurrection carliste.

Ce prtre-cabecilla ne s'arrta pas seulement  cette innovation; il
cra des courriers, des espions et des fournisseurs au service des
bandes. Sur tous les points des quatre provinces, dans les villes comme
dans les villages, il avait enrgiment un certain nombre d'individus
chargs de la surveillance des troupes rgulires. Lorsqu'une brigade
tait en marche dans telle ou telle direction, un de ces individus
transform en courrier en portait la nouvelle au cabecilla menac d'tre
attaqu, de sorte que celui-ci connaissait la marche et la composition
des troupes qui allaient  sa rencontre six et huit heures avant leur
arrive  la position qu'il occupait.

Quant au service des espions, il tait organis sur d'autres bases. Les
individus qui le remplissaient se composaient gnralement de mendiants
et de mendiantes dvous au parti. Sous prtexte d'aller demander
l'aumne dans les villes, les villages et les maisons particulires, ils
se rendaient compte de tout ce qui s'y passait d'hostile  la cause
carliste, de ce qu'on y complotait ou prparait contre elle, et allaient
immdiatement en faire leur rapport  Santa-Cruz qui se montrait, je
dois le reconnatre, trs-gnreux  leur gard. Il gratifiait
gnralement un bon espion d'une somme de _vingt-cinq pesetas_ (25
francs). Les courriers et les espions carlistes ont toujours fait le
dsespoir du gnral Moriones, qui leur attribuait la cause de
l'impossibilit o il tait de pouvoir arriver  temps pour attaquer les
bandes. Il prit contre eux, l'anne dernire, des mesures de rigueur qui
n'eurent aucun rsultat.

La cration des _fournisseurs_ eut une toute autre importance que celle
des courriers et des espions. Les bandes en garnison dans un village ou
campes sur la montagne manquaient souvent de vivres et de munitions.
Afin d'viter cet inconvnient trs-prjudiciable  leurs oprations
militaires, Santa-Cruz s'entendit avec des fournisseurs qui, par leur
position sociale et leur situation sur la frontire, pouvaient lui
procurer en vivres et en munitions les quantits qu'il leur demandait.
J'ai connu deux notables commerants, et des plus honorables encore, qui
ont fourni  l'insurrection carliste, pendant six mois, pour plus de
trois millions de vivres, de munitions et d'effets d'habillement. Les
moyens de les faire passer en contrebande taient des plus simples. Les
magasins de ces deux fournisseurs sont tablis sur les bords ou  peu de
distance de la rivire. La nuit, une ou plusieurs barques charges de
vivres, d'habillements et de munitions se dtachent de la rive
franaise, traversent la Bidassoa et vont dposer leur cargaison  un
endroit dtermin d'avance. L se trouvent posts quarante ou
quatre-vingts hommes arms de la bande, et cinq  six charrettes qui les
accompagnent. Le chargement s'opre sans obstacles, et le tout est
transport  sa destination.

Le passage de la contrebande de guerre fut d'autant plus facile, vers le
mois d'avril, qu' cette poque dj la bande de Santa-Cruz avait chass
de la rive gauche espagnole tous les _carabineros_ (douaniers) qui la
gardaient et avait substitu ses hommes  leur place. Je dois constater
que l'insurrection tait arrive alors, avec le peu de ressources dont
elle disposait et  l'aide de _cabecillas_ de second ordre,  son plus
haut degr de dveloppement. On va la voir grandir encore et s'organiser
d'une faon plus formidable,  la suite des vnements politiques qui
vont agiter profondment l'Espagne. Au nombre de ces vnements, qui
serviront puissamment la cause de don Carlos, je dois constater en
premire ligne l'abdication du roi Amde et la proclamation de la
rpublique.

 propos du camp d'_Achulgui_, le fait qui m'a le plus frapp dans une
excursion force que j'y ai faite, c'est le nombre de visiteurs qui s'y
rendent, chaque jour, et principalement les dimanches et les ftes. Ces
visiteurs sont les femmes, les enfants, les soeurs elles frres des
partisans qui y sont casernes; ils viennent leur apporter des habits, du
linge et des vivres. Ces malheureux font souvent huit  dix lieues de
marche  pied  travers les montagnes, par des temps et des chemins
horribles, pour venir voir les membres de leurs familles qui ont
abandonn le toit domestique afin de servir la cause du prtendant. J'ai
assist  plus d'une entrevue entre le mari et la femme, le fils et le
pre, le frre et la soeur, et j'y ai remarqu le sentiment de fatalisme
oriental le plus prononc. Pas une rcrimination de la part de la
famille sur le dpart du chef de la maison; pas une plainte ni un regret
de la part de ce dernier sur sa position de soldat et sur l'abandon du
toit domestique! On causait ensemble pendant huit minutes, les uns
parlant des affaires de la maison, les autres racontant les combats o
ils avaient pris part, et ceux qu'ils allaient affronter encore. Puis,
sans mme s'embrasser, les parents reprenaient le chemin de leurs
villages, en murmurant sans doute ces mots de consolation: _Dieu le
veut!_ et les partisans revenaient  leur poste-caserne reprendre leur
fusil en chantant une chanson de guerre carliste.

Tel est un des traits du caractre des Basques qui composent l'arme de
l'insurrection!

H. Castillon (d'Aspet).



INAUGURATION DU MONUMENT LEV A HENRI BREVIRE
A FORGES-LES-BAINS (SEINE-INFRIEURE).

La petite ville de Forces vient d'inaugurer le monument rig par
souscription  l'un de ses enfants,  Brevire, le _rnovateur de la
gravure sur bois en France._

L.-Henri Brevire, n  Forges-les-Eaux, le 15 dcembre 1797, mort 
Hyres, le 2 juin 1869, tait fils d'un ouvrier potier; il fut lev par
une parente qui le mit en apprentissage chez un graveur en cachets.

La gravure sur bois tait, depuis plus de quatre-vingts ans, tombe dans
l'oubli le plus complet. C'est  peine si, en 1815, on voyait encore
dans un ou deux almanachs de Metz et de Strasbourg, des chantillons de
planches faites _au canif et sur bois de fil_, planches qui s'crasaient
sous la presse et ne pouvaient donner que des preuves informes et en
nombre trs-restreint.

En prsence des tristes rsultats de ce genre de gravure, Brevire eut
l'ide d'essayer de _graver au burin et sur bois debout_.

Le jeune graveur, qui n'avait alors que dix-huit ans, ignorait, comme
tout le monde en France, que depuis vingt ans Bewick, en ngleterre,
avait eu la mme inspiration. La premire vignette obtenue par ce
procd, fut commande  Brevire, en 1815, par F. Baudry, imprimeur 
Rouen. Elle reprsentait les armes de la ville avec les fleurs de lis en
remplacement des abeilles impriales. C'est donc  tort que jusqu'
prsent on a gnralement considr un graveur anglais, Charles
Thompson, comme tant le rnovateur de la gravure sur bois en France.

Cet tranger n'est arriv  Paris qu'en 1817, deux ans aprs la
publication de plusieurs _vues de Normandie_, graves sur bois et debout
par Brevire.

Brevire n'eut d'autre matre que lui-mme.

De 1829  1863, il a grav pour tous les ouvrages de luxe dits par
Curmer, Hetzel, Renouard, Furne, Hachette, Paulin, etc.; il fut le
collaborateur de presque tous les artistes contemporains: Chenavard,
Granville, Meissonier, Dauzats, Decamps, Fragonard, Johannot, Raffet,
Devria, Gavarni, G. Dor, etc. Enfin son oeuvre de graveur se monte 
plus de trois mille pices.

Tel est l'artiste auquel ses concitoyens et ses lves reconnaissants
ont rig un monument dont l'excution a t confie  M. Adeline,
architecte, et  M. Louis Auvray, statuaire. La gravure que nous donnons
de ce monument est dessine d'aprs une photographie de M. Courtin,
bibliothcaire et conservateur du muse de Neufchtel
(Seine-Infrieure).

Fauvez.



[Illustration: Mlle ANNA BELOCCA.]

Mlle BELOCCA

Tout russit  la jeunesse: Voici une jeune fille de dix-huit ans, ne
dans une excellente famille russe. Son pre tait conseiller  la Cour
de Saint-Ptersbourg. Sa profession l'entrane vers le thtre;
inconsciente de sa propre valeur, ignorante des difficults qui
entourent la vie d'artiste, elle s'engage rsolument, sans regarder
derrire elle dans cette carrire dramatique, sur cette scne italienne
de Paris, dont s'effrayent les plus accoutums au succs. Elle cherche
un matre dans M. Strakosch et aprs un an d'tudes elle aborde
courageusement, aprs la Patti, ce rle de la Rosine du _Barbier de
Sville_. Et voyez la fortune rserve  ces audaces de la vingtime
anne! Mlle Belocca conquiert en une soire la situation d'une artiste
que le public aurait depuis longtemps applaudie. C'est que Mlle Belocca
a pour elle ce charme qui fait les succs instantans. Elle est jeune,
elle est jolie. Sa voix de mezzo, soprano joue dans un registre sonore
et partout gal; elle a cette grce, cette fleur de la jeunesse qui
sduit et fait pardonner quelques hsitations du talent qui se forme.
Elle se prte  tous les styles: aux langueurs des chansons russes, aux
caractres de la Rosine, au _Brindisi_ de Maffio Orsini et  l'esprit
des chansons franaises que Mlle Belocca a intercales dans la leon de
chant et que le public du Thtre-Italien a chaleureusement applaudies
en affirmant l'avenir de la jeune artiste, qui, avec une rare modestie,
semble seule encore douter d'elle-mme.

M. Savigny.

[Illustration; Buste du sculpteur Brevire, rcemment inaugur a
Forges-les-Bains.]



HISTOIRE DES ASTRES

PAR J. RAMBOSSON

Que le public intelligent ait dcidment compris l'importance et
l'intrt de l'astronomie, c'est ce qui est dmontr maintenant par le
nombre des ouvrages publis depuis dix ans sur cette science admirable
et par le succs qu'ils ont obtenu. On lit dsormais les livres
d'astronomie popularise avec tout l'attachant plaisir qu'on prouvait
autrefois  la lecture des romans. Je n'en veux pour preuve que le
succs dont la plupart de ces ouvrages ont t couronns, et quoiqu'on
prtende gnralement qu'on soit mauvais juge dans sa propre cause,
j'avouerai nanmoins que j'ai t le premier  m'apercevoir avec
satisfaction de ce succs. Ainsi, la _Pluralit des

[Illustration: Tache vue prs du bord du soleil.]

mondes habits_, dont la premire dition est parue en 1862, est arrive
aujourd'hui  sa vingtime dition franaise, sans compter aussi les
innombrables traductions qu'on en a faites; les _Mondes imaginaires_,
ouvrage qui fait suite au prcdent, sont actuellement  leur douzime
dition; le _Ciel_, de M. Guillemin, publi en 1865 avec un luxe
jusqu'alors inconnu pour les livres de science, approche de sa cinquime
dition (chacune tant de 3500 exemplaires); le petit livre des
_Merveilles clestes_ est  son vingtime mille; le _Soleil_, du P.
Secchi, quoique un peu technique, a t lu par des milliers de lecteurs;
il y a quelques jours encore, le docteur Hoefer vient de faire paratre
une _Histoire de l'astronomie_, etc. La librairie Firmin Didot, connue
principalement depuis le sicle dernier par ses ditions d'auteurs
classiques si soignes, a dj publi l'anne dernire un ouvrage
d'astronomie, savant et original, le _Ciel gologique_ de M. S. Meunier,
dans lequel l'auteur a trait _ex professo_ des arolithes et du rle
encore peu connu qu'ils jouent dans le systme de l'univers.
Aujourd'hui, la mme librairie publie un nouveau livre de M. Rambosson,
l'_Histoire des astres_, auquel je suis heureux de souhaiter la
bienvenue.

[Illustration: Rotation de la terre autour du soleil.]

[Illustration: Christophe Colomb expliquant une clipse.]

[Illustration: Gravures extraites le l'Histoire des astres, par M.
Rambosson. (Firmin Didot fils et Cie, diteurs.)]

[Illustration: Croissant lunaire, six jours aprs la nouvelle lune.]

M. Rambosson, auteur de l'_Histoire des plantes utiles_, des _Lois de la
vie_, des _Pierres prcieuses_, de l'_Histoire des mtores_, a
entrepris dans un nouvel ouvrage d'exposer les notions essentielles de
l'astronomie, et on les trouve rsumes dans les dix-huit chapitres qui
forment l'ouvrage, avec clart et exactitude. On y passe successivement
en revue le soleil, les plantes, la terre que nous habitons, la lune
qui l'accompagne, les comtes, les toiles, les constellations. Aucune
science n'est comparable  l'astronomie par la grandeur des horizons ou
l'importance des faits qu'elle nous dcouvre. Les dernires recherches
relatives aux mouvements propres des soleils dans l'immensit et 
l'analyse spectrale de leur lumire sont vritablement merveilleuses et
capables de confondre l'imagination, mme la plus audacieuse.

Il ne faudrait pas confondre l'_Histoire des astres_, de M. Rambosson,
avec l'_Histoire du ciel_, que j'ai publie rcemment. Dans cet
ouvrage-ci, j'ai prsent une histoire populaire de l'astronomie et des
diffrents systmes imagins par l'esprit humain pour expliquer la
construction de l'univers, depuis l'poque primitive o l'illusion des
sens faisait supposer la terre plate et fixe, jusqu' notre poque, o
nous savons qu'elle vole dans l'espace  raison de 27,500 lieues par
heure. Le nouveau livre de M. Rambosson est plutt une description
qu'une histoire de l'astronomie, quoiqu'il s'ouvre par un rsum
historique. Si le nom d'histoire lui a t donn en titre, c'est sans
doute par une expression analogue  celle dont Pline et Buffon se sont
servis lorsqu'ils ont donn le titre d'_Histoire naturelle_  leur
description des rgnes de la nature.

Dans l'illustration de cet ouvrage, on remarquera plusieurs gravures
d'aprs l'antique, de belles planches en couleur auxquelles nous avait
dj accoutums l'diteur des _Moeurs et Costumes au moyen ge_, et des
gravures sur bois dont les quatre que nous reproduisons sont un
spcimen. L'une nous explique le mouvement de rotation de la terre
autour du soleil; l'autre nous montre l'clipse de lune annonce par
Christophe Colomb aux indignes de la terre qu'il venait de dcouvrir;
phnomne astronomique qui lui permit d'exercer immdiatement sur eux
l'ascendant qu'un homme de gnie a toujours sur le vulgaire. Une autre
figure reproduit l'observation faite par le P. Secchi d'une tache du
soleil arrive au bord de l'astre, et la quatrime donne une ide de la
beaut de la lune vue au tlescope la veille du premier quartier. Les
personnes qui ne se sont pas encore laiss prendre aux charmes de
l'astronomie n'ont qu' mettre l'oeil un beau soir  l'oculaire d'une
lunette dirige vers la lune en croissant ou en quartier; elles n'en
croiront pas leur vue et se croiront dj transportes dans un autre
monde.

Camille Flammarion.



LES THTRES

Palais-Royal. _Le Chef de division_, comdie en trois actes de M.
Gondinet.--Opra-Comique. _L'Ambassadrice_, Mme Carvalho.--Italiens.
_Don Giovanni._

Nous attendions l'autre soir devant le Palais-Royal le moment o la
sonnette du thtre devait nous annoncer que la nouvelle comdie de M.
Gondinet allait commencer, lorsque passa prs de nous un bon bourgeois
donnant le bras  sa femme. Le couple s'arrta devant l'affiche. _Le
Chef de division!_ dit le mari; a doit tre drle! et sur cette
observation, les deux promeneurs entrrent et se logrent tant bien que
mal dans la salle.

Voici le crdit que ce titre heureux a sur le public. Il est certain que
dans un pays administratif comme le ntre les chefs de division jouent
un grand rle. Ils forment une hirarchie qui se recrute dans une caste.
La France avait par le pass des familles de robe et d'pe, et par le
temps qui court elle a les familles de plume; l tout ce qui est n ou 
natre a appartenu ou appartiendra aux bureaux, comme les enfants des
ctes de la Normandie ou de la Bretagne  la mer; nous avons la
circonscription ministrielle comme la circonscription maritime, et
comme le soldat et le marin, l'employ est un type: Balzac le savait
bien, lui qui a crit une excellente tude de moeurs  ce sujet. Il
relve de la comdie, de la plus gaie et, l'esprit aidant, de la plus
bouffonne; aussi ce bourgeois allch par les promesses du titre avait
raison de dire: a doit tre drle!'

M. Picaud de la Picaudire, cet homme de tenue svre,  la cravate
blanche,  la barbe rase de prs, dont la coiffure a pris un certain
pli, l'oeil un certain regard, la bouche une certaine ligne, est
convaincu qu'il est indispensable  la socit. Les gouvernements
changent, l'homme reste et c'est grce  lui que va le monde
ministriel. Voil bien longtemps qu'on fait des pigrammes sur ces
graves tourdis des bureaux, il se moque des mots qu'on fait et continue
 s'enfermer dans son bureau pour tailler des plumes. Il est d'autant
plus accabl de besogne que ses subordonns ne le comprennent pas et
qu'il biffe chaque jour leur rapport avec cette note au crayon rouge: 
voir de plus haut! La hirarchie! Tout est l pour Picaud de la
Picaudire et s'il s'est choisi une femme, c'est qu'il a reconnu en elle
l'_instinct de l'administration_. Avec quelques petits conseils Mme de
la Picaudire sera la digne compagne du chef de division: gracieuse avec
ses suprieurs, affable avec les gaux, froide avec les subalternes,
aimable avec les inconnus. Cette dernire nuance est des plus
imposantes: la raison en est simple: on sait ce qui peut advenir d'un
ami, on ignore ce que l'on peut attendre d'un tranger. Ce Picaud est un
malin; c'est un Larochefoucauld de cabinet. Je lui livre cette maxime
que j'ai entendue d'un de ses collgues: La reconnaissance n'est pas le
souvenir du bienfait pass, mais le pressentiment du bienfait  venir.
Avec de telles ides, vous devez juger ce que pense Picaud d'un ministre
en place et d'un ministre qui s'en va. Suivant la fortune de ce
suprieur momentan, il place sa photographie sur son bureau de chef de
division, ou il fourre sous la table avec une comique indiffrence cette
prcieuse image:  un autre maintenant. Peu importe l'homme, vive le
ministre!

M. Gondinet a brod de fantaisie spirituelle ce personnage du chef de
division auquel toute la salle a applaudi  coeur-joie pendant tout le
premier acte. Car elle est charmante  son dbut cette comdie qui reste
jusque-l dans la gamme des plaisanteries permises et qui fait
joyeusement de la satire sans arriver  la charge, et, comme pour donner
encore plus d'accent  cette gaiet, l'auteur a gliss dans cet acte un
incident des plus bouffons qui a t le vritable succs de la soire.
Une de ces petites dames,--on l'appelle Dindonnette dans l'intimit:
c'est un mot qui ne dsigne personne, mais qui les comprend toutes,--une
de ces petites dames qui sont ncessaires pour toute comdie du
Palais-Royal qui se respecte, a pous un prince bloutchistan qu'elle
amne  Paris. De peur d'indiscrtion, la princesse a dress la liste de
ses anciens amants et court les prvenir. Mais le khan a demand  son
ambassadeur les noms de quelques personnages marquants pour les dcorer
de son ordre du Plican,  ruban jaune et bleu. Le prince a confondu les
deux listes et le voil dcorant d'un seul coup tous les amoureux de
Dindonnette, talant en scne cette marque distinctive du pass de la
princesse.

Tout allait bien jusque-l et le succs semblait parfaitement assur 
cette comdie, prise  la fois sur le ton de lgre satire et de
bouffonnerie. Malheureusement les choses se sont un peu embrouilles 
l'acte suivant. La note s'est par trop force: cette noce qui tombe dans
le bureau du chef de division pour y boire du champagne et le
transformer en cabinet particulier, ce Picaud perdant la tte au milieu
de ces complications et allant chez le ministre le portefeuille plein de
polichinelles et de manchons de femme, ce chass-crois de solliciteurs,
de gandins et de cocottes dans ces couloirs ministriels, tout cela,
dis-je, s'agite beaucoup sans arriver  un bien grand rsultat comique.
Quelques scnes par-ci par-l d'une finesse charmante; des mots
trs-acrs et trs-heureux, mais de la confusion; le troisime acte ne
nous a pas sembl plus heureux, malgr une scne excellente qui semblait
vouloir ramener la pice  la comdie fine du premier acte, par un
quiproquo dans lequel Picaud de la Picaudire voit son honneur compromis
mme avant le mariage, mais la fantaisie par trop force a repris le
dessus et a fait glisser l'auteur dans la charge.

Malgr ces critiques, qui sont aussi celles du public de la premire
reprsentation, le Chef de division pourrait bien fournir au
Palais-Royal une fructueuse carrire; car cette pice, qui a de la
gaiet, est joue avec un rare ensemble par cette excellente troupe que
Geoffroy conduit au succs. Il est parfait, ce dernier comdien d'une
grande cole de bon sens, de bonne humeur et de franchise. De quelle
faon il porte la cravate blanche! Avec quelle solennit il donne un
ordre et comme il a l'air affair  ne rien faire. Gil-Prs, en habitu
des Italiens o il a gagn un baryton rauque, est superbe. Mlle Juliette
Baron a toujours son clatante gaiet; un cortge de comdiennes
entourent la jolie fiance de M. Picaud de la Picaudire, et Lassouche,
comme une ombre au tableau, met en valeur ce groupe de jolies femmes.

Mme Carvalho a repris le rle de l'_Ambassadrice_ qui servit d'clatant
dbut  la jeune cantatrice. Nous tions alors en 1850; il nous souvient
encore de Mlle Miolan, dont le talent s'annonait si plein de promesses
qu'il devait tenir. La voix tait bien faible, mais elle avait une
lgret, une sret merveilleuses; il fallait une certaine audace  une
virtuose de dix-huit ans pour s'attaquer ainsi  cette partition que
Mlle Damoreau avait chante avec une absolue perfection. Tout russit 
la jeunesse; on n'oublia pas Mme Damoreau, mais on adopta Mlle Miolan.
Sa voix, aujourd'hui un peu fatigue, aprs quelque vingt ans, n'ayant
plus la fracheur de cette jolie voix de la dix-huitime anne, elle
laisse tomber parfois quelques perles de ce riche crin vocal, mais plus
matresse d'elle, plus sre de ses effets et arrivant  la _maestria._
Il fallait ce talent pour sauver cette reprsentation de
l'_Ambassadrice_. Car il faut bien le dire, ce n'est pas l un des
meilleurs ouvrages d'Auber. Et d'abord le pome n'a pas gagn 
vieillir; elle est un peu crite  la diable, cette histoire d'un
ambassadeur qui va chercher une chanteuse au cinquime tage pour en
faire sa femme. C'est un roman d'artiste et de grand seigneur, bien
mince dans le dtail et qui ne se rachte pas par le fond. M. Auber
lui-mme ne l'a gure anim de sa musique que dans quelques morceaux, le
reste a t laiss au talent de la cantatrice. Cette indiffrence honore
Mme Damoreau et Mlle Carvalho, mais je suis convaincu qu'elle nuira plus
tard singulirement  la pice.

Je ne fais que mentionner ici une reprise de _Don Giovanni_, au
Thtre-Italien. Si vous en exceptez M. Padilla, excellent dans quelques
passages du rle de don Juan, et Mlle Krauss, une des meilleures dona
Anna que nous ayons entendue, vous aurez une des excutions les plus
pauvres du chef-d'oeuvre de Mozart. Nous esprons que M. Strakosch, qui
nous promet les _Ruses de femme_, nous consolera par Cimarosa de cette
interprtation dfectueuse de Mozart.

M. Savigny.



Inauguration
DE LA
STATUE DU GNRAL BELGRANO
A BUENOS-AYRES


L'inauguration de ce monument a eu un grand retentissement dans le Rio
de la Plata.

Le nom du gnral Belgrano y jouissait, en effet, d'une popularit bien
mrite,  cause de la part qu'il prit  l'affranchissement de son pays
et  la constitution de la Rpublique dans les quatorze tats dont il
s'est compos jusqu'en 1852.

On sait que, cette anne-l, Buenos-Ayres se spara de la Rpublique
Argentine qui, depuis lors, compte un tat de moins.

C'est en 1816 et en 1817 que le gnral Belgrano obtint ses plus grands
succs militaires, grce  la discipline svre qu'il savait entretenir
dans son arme. En 1816, en effet, il remportait dans le haut Prou des
avantages signals, et battait les troupes royales  Altumba; et,
l'anne suivante, il enlevait plusieurs positions importantes 
l'ennemi,  la suite de sanglants combats qui dcidrent de l'issue de
la lutte. Mais ce n'est pas seulement comme gnral que Belgrano rendit
de grands services  son pays; il lui consacra aussi toute son
intelligence d'homme d'tat, et il fit les plus louables efforts pour y
rpandre l'instruction. C'est lui qui fonda la premire cole
d'ducation scientifique ayant exist  Buenos-Ayres; et il consacra,
malgr sa pauvret, la dotation que le gouvernement reconnaissant avait
cru devoir lui accorder, aprs la victoire de Tucuman,  l'ouverture de
quatre coles primaires, les premires galement que quatre villes,
aujourd'hui capitales de province, aient vu s'ouvrir pour l'ducation de
leurs enfants.

[Illustration: LA STATUE DU GNRAL BELGRANO Prsident de la Rpublique
Argentine, rcemment inaugure a Buenos-Ayres.]

Le gnral Belgrano, bien que n  Buenos-Ayres, tait d'origine
italienne.

M. Sarmiento, chef de la Rpublique, prsidait la crmonie
d'inauguration, et il a prononc  cette occasion un discours
trs-sympathique qui a t couvert d'unanimes applaudissements. La
statue du gnral Belgrano est l'oeuvre de M. Carrier-Belleuse, aid
pour le cheval par un sculpteur d'origine argentine, M. Santa-Colona.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Sous l'impression, des vnements actuels, l'attention de toutes les
personnes qui tiennent  s'instruire et  profiter des leons du pass
se porte naturellement sur l'histoire des vnements qui s'accomplirent
en 1814 et en 1815 et des consquences qu'ils eurent. A ce besoin
rpond, avec un singulier  propos, une dition depuis longtemps
prpare de l'_Histoire des deux Restaurations_, par Ach. de Vaulabelle.
Cette dition, mise en vente d'abord par livraisons et qui se poursuit
sous ce mode de publication, parat maintenant par volumes  la
librairie Garnier frres. Nous croyons rendre service  nos lecteurs en
leur signalant cet important ouvrage. Cette nouvelle dition offre le
mme aspect typographique que l'_Histoire de la Rvolution_ et
l'_Histoire du Consulat et de l'Empire_, de M. Thiers, dont elle forme
la suite. L'auteur a ajout en marge du texte ces manchettes que
prsentent les ouvrages de M. Thiers, et qui sont si utiles pour guider
le lecteur et surtout pour faciliter les recherches. Une suite de
gravures d'aprs les peintres contemporains des vnements enrichit
cette nouvelle dition, qu'on peut tenir pour dfinitive.



[Illustration: Rbus.]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Une grande consolation pour un pre, c'est d'tre entour de ses petits
enfants.










End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 1604, 22 novembre
1873, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1604, 22 ***

***** This file should be named 47783-8.txt or 47783-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/7/7/8/47783/

Produced by Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License available with this file or online at
  www.gutenberg.org/license.


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

