Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1603, 15 novembre 1873, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: L'Illustration, No. 1603, 15 novembre 1873

Author: Various

Release Date: December 22, 2014 [EBook #47740]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1603, 15 NOVEMBRE 1873 ***




Produced by Rnald Lvesque










L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1603
SAMEDI 15 NOVEMBRE 1873

[Illustration.]

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.



SOMMAIRE

TEXTE

Histoire de la semaine.
Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand.
La Soeur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par M. Mayne Reid.
Nos gravures.:
Le gnral Changarnier:
Le duc de Broglie lisant le Message du Prsident; Incendie de l'Opra:
L'lectricit  l'Assemble nationale.
La grotte de Royat: Scnes de la vie irlandaise.
Un voyage en Espagne pendant l'insurrection (III).
Les Thtres, par M. Savigny.
Bulletin bibliographique, par M. Jules Claretie.
Exposition de Vienne: vitrine du docteur Pierre, 8. place de l'Opra,
Paris.

GRAVURES

Le gnral Changarnier.
L'ouverture de la session parlementaire: M. le duc de Broglie lisant le
Message du Prsident de la Rpublique  la tribune de l'Assemble
nationale.
L'incendie de l'Opra: dcouverte du cadavre du pompier Bellet dans les
dcombres, aprs l'incendie.
Le nouvel appareil d'allumage lectrique install au palais de
l'Assemble nationale,  Versailles.
Types et physionomies d'Irlande: paysans irlandais se rendant au march.
Le gardeur de porcs.
_La France pittoresque_: la grotte de Royat.
La Soeur perdue, par Mayne Reid (4 gravures).
La vitrine du docteur Pierre,  l'Exposition universelle de Vienne.
Rbus.

[Illustration: Le Gnral Changarnier D'aprs la photographie de M.
Mamoury.]



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

Nous sommes en pleine crise, car il semble que chaque runion de
l'Assemble nationale doive avoir pour effet immdiat de nous faire
subir une crise nouvelle. La proposition de prorogation des pouvoirs du
marchal Mac-Mahon, prsente le jour mme de la rentre avait t
accueillie, nous l'avons dit la semaine dernire, par une majorit de 14
voix. Or, la commission parlementaire charge d'examiner cette
proposition, nomme, comme on le sait, par les bureaux de l'Assemble,
s'est trouve, par suite de la rpartition des voix dans ces bureaux,
tre en majorit hostile aux projets du cabinet actuel. Sept membres
seulement de cette commission, sur quinze, se sont montrs favorables 
cette proposition. Huit s'opposent  son adoption, du moins dans sa
teneur actuelle.

Le diffrend porte toujours sur les lois constitutionnelles, que
l'opposition voudrait, comme le demandait M. Dufaure, faire discuter
conjointement  la question de prorogation, tandis que le cabinet et la
droite dsireraient ne les faire venir qu'en second lieu.

Nous n'en finirions pas s'il nous fallait enregistrer toutes les
manoeuvres de stratgie parlementaire auxquelles a donn lieu cet
imbroglio; constatons seulement que, comme la commission est matresse
de prsenter son rapport quand elle le juge convenable, et que
l'opposition, qui y prdomine, a intrt  faire traner les choses en
longueur, la situation serait sans issue sans des concessions
importantes venant d'un ct ou de l'autre.

La commission s'est prsente  M. le marchal de Mac-Mahon et lui a
demand, par l'organe de M. de Rmusat, son prsident, de trancher les
difficults pendantes par une dclaration en faveur du vote immdiat des
lois constitutionnelles; le marchal a rpondu qu'il devait s'en
rapporter  ses ministres,  l'Assemble elle-mme, et la commission a
d se retirer sans tre gure plus avance qu'auparavant. En attendant,
nous sommes revenus, sauf l'interversion des rles,  la campagne
fameuse de la commission des Trente. Esprons que celle-ci sera moins
longue et plus fconde en rsultats pratiques.

ALLEMAGNE.

Les lections au Landtag ou Chambre des dputs de Prusse, qui ont eu
lieu le 2 novembre, ont eu pour rsultat de laisser, comme par le pass,
une grande majorit au prince de Bismark et au ministre qui reprsente
sa politique. Cependant, la lutte a t trs-vive, et cette majorit,
tout en restant prpondrante, s'est affaiblie de manire  donner 
rflchir aux hommes politiques allemands, qui n'ont pas craint de
froisser les croyances d'une partie notable de la population par des
rformes prmatures dans les rapports de l'tat avec le clerg. Voici,
du reste, comment s'exprime  l'gard de ces lections la
_Correspondance provinciale_, organe officieux du cabinet.

D'aprs les communications reues  ce jour, il ressort,-- l'gard de
la lutte qui donnait principalement leur caractre aux nouvelles
lections,--que les efforts du parti ultramontain ont russi  augmenter
le nombre des membres de la fraction centre (de 63  86), mais non pas
nanmoins dans la proportion que les clricaux pensaient pouvoir
esprer. L'accroissement de ce parti s'est fait d'ailleurs aux dpens
des fractions les plus rapproches de lui.

Le centre de gravit de la Chambre des dputs se trouvera
indubitablement dans le parti libral.

AUTRICHE-HONGRIE.

L'empereur Franois-Joseph a ouvert en personne, le 5 novembre, la
session du nouveau Reichsrath, le premier qui ait t nomm par voie de
suffrage direct de tous les lecteurs et non plus, comme autrefois, par
les dix-sept Dites.

Jamais aussi assemble n'a peut-tre t aussi complte que celle qui
vient de se runir, les quarante-deux dputs tchques de la Bohme et
de la Moravie seulement s'tant abstenus de prendre leurs siges et
persistant dans leur rsistance passive au constitutionalisme allemand.

L'opposition n'est pourtant pas dsarme dans cette Chambre,  laquelle
vont tre soumises des mesures de grande importance. Elle ne pourra pas,
en consquence de l'absence des Tchques, s'opposer aux rformes
constitutionnelles, qui exigent les deux tiers des voix, mais elle sera
en situation, dans des circonstances donnes, de peser sur les
dlibrations.

Le ministre actuel dispose d'une majorit considrable: 228 voix. On
est donc en droit d'attendre qu'il obtiendra sans difficult et sans
troubles l'adoption des mesures annonces par S. M. Franois-Joseph. La
situation politique et financire de l'empire austro-hongrois ne pourra
donc que s'amliorer pendant et aprs la session qui vient de s'ouvrir.

ESPAGNE.

Nous devrions tre habitus aux fausses nouvelles qui nous arrivent
d'Espagne presque chaque jour. Cependant la mystification qui a dfray,
cette semaine, les commentaires de la presse europenne pendant deux
jours, tait de proportions tellement inusites que nous lui devons au
moins une citation. D'aprs une dpche arrive le 9 novembre et date
de l'agence carliste de Bayonne, une grande bataille avait eu lieu entre
les carlistes et les troupes du gouvernement; celles-ci avaient t
mises en droute complte, laissant aux mains des carlistes leur
gnral, Moriones, et quatre canons. Deux jours aprs, on apprenait que
la fameuse bataille n'avait pas eu lieu et que, sauf quelques
engagements partiels, la situation tait toujours  peu prs la mme au
nord de la pninsule.

On annonce de Carthagne que les lections pour le renouvellement de la
junte ont eu lieu le 8 novembre. Le pouvoir suprme a t laiss aux
intransigeants les plus dcids: le journaliste Roque Barcia, le gnral
Contreras, le dput Galvez ainsi que les citoyens Carceles et Lacalle,
entre autres rvolutionnaires, ont t lus. C'est donc la continuation
de la lutte.



Courrier de Paris

Il y a eu des premires reprsentations coup sur coup  trois thtres,
suivies de trois succs. On a constat  quatre glises quinze mariages
dans le beau monde. Les courses d'automne ont servi  inaugurer
l'hippodrome d'Auteuil. Nous avons tous un peu rencontr sur notre
chemin un pauvre-aveugle, qui est notre ami, parce qu'il a t dpouill
par les mmes voleurs qui nous ont mis  nu. Cet aveugle n'est autre,
notez-le, que Georges V, ex-roi de Hanovre, auquel les Prussiens ont
pris son domaine. Deux cent mille pieds de dahlias ont paru sur les
trois marchs aux fleurs. La Bourse a un peu baiss, parce qu'un baron
hbreu l'avait fait trop hausser, un soir. On a vu neiger un peu partout
les innombrables et curieux almanachs de la maison Pagnerre. Avec la
premire dcade de novembre ont commenc les premires soires, les
premiers concerts, les premiers repas de corps.

Tout cela est pour vous recommander de ne pas prendre  la lettre ce que
disent les oiseaux de mauvais augure. Savez-vous qu' distance un galant
homme peut supposer que tout est sans dessus dessous par ici? Tel
provincial s'imagine qu'on ne doit plus s'aventurer sur l'asphalte qu'un
revolver  la main. Nos promenades seraient toutes parsemes de
chausses-trappes ou de piges  loups. Comment exprimer dcemment que ce
ne sont l que contes noirs forgs comme les romans d'Anne Radcliffe
pour donner la chair de poule aux imbciles? Jamais Paris n'aura t
plus calme. Les riches trangers reviennent. Les belles toilettes
reparaissent. De temps en temps, lorsque feu Mathieu (de la Drme)
permet qu'il ne pleuve pas, une lumire soudaine claire la ville en
l'gayant. Le soleil si doux et si dor de ce qu'on appelle l't de la
saint Martin donne pour quelques heures un faux air de Florence ou de
Naples  la longue ligne des boulevards.

Paris, effar par la politique! Eh! mon Dieu, oui, c'est vrai, il existe
parmi nous une vingtaine d'intrigants, plus douze cents ttes 
l'envers, mettez en quinze cents, si vous voulez, qui cherchent sans
cesse  communiquer aux autres le virus de leurs transes et de leurs
colres. Ce fait-l, je n'entends pas le nier. Ceux dont je vous parle
se regardent entre eux comme des chiens de faence. Il est hors de doute
que si chacun d'eux avait le pouvoir de remuer le fameux bouton de J. J.
Rousseau, il tuerait le mandarin. Mais, aprs tout, je le rpte, il
n'y a de ce ct qu'une imperceptible minorit. Ces hommes bizarres, la
masse de la population les regarde d'un mil tour  tour compatissant et
tonn. On a presque l'air de dire en les voyant:

--Quand donc seront-ils guris de la fivre qui les agite?

Pour le reste, les affaires et les plaisirs sont la grande
proccupation, le souci unique. Si cette vrit avait besoin d'tre
dmontre, l'histoire de la semaine serait l comme une preuve que nul
ne saurait rcuser. On a voulu voir si les actrices  la mode se sont
maintenues  leur niveau de l'hiver dernier. On a mesur des yeux le
nouveau champ de courses. Pour le dire en passant, il est bien dessin
et prsente tous les avantages que n'avaient pas les boulingrins un peu
trangls de la Marche, mais que voulez-vous? le trajet n'aura pas de
sitt l'agrment qu'on trouvait  parcourir la grande et magnifique
avenue des Acacias. De la porte Dauphine  Auteuil, le bois de Boulogne
a t coup sans intelligence comme sans piti. On n'a plus devant soi,
tout le long de ce parcours, que de frles baguettes plantes en terre.
C'est dire qu'on y grillera l't prochain. Eh bien, aprs? L'amour du
cheval avant tout.

Je vous l'ai dit, il pleut des almanachs. La seule librairie Pagnerre
vient d'en jeter 500,000 dans la circulation. Il y en a de toutes les
couleurs. Satins, illustrs, coloris, ils ont, en apparence, ce qu'il
faut pour plaire. On me permettra pourtant de leur faire un reproche,
c'est de ne porter la marque d'aucune originalit. Vous pourriez
aisment mettre  l'un la couverture de l'autre sans que l'oeil du
lecteur en ft en rien choqu. Si l'on en excepte le vnrable _Double
Ligeois_, toujours imprim sur papier  chandelles, avec des ttes de
clous, invariablement histori de l'ternelle vignette qui est cense
reprsenter Mathieu Lansberg, on ne voit en eux que les divers tomes
d'un mme petit recueil auquel a t soud le calendrier de l'anne.

_Almanachs nouveaux! Les plus menteurs sont les plus beaux!_ s'crient
les colporteurs  travers les campagnes. Heureux quand ils s'entendent 
mentir, car, pour le moins, ils amusent leur monde; c'est toujours a de
gagn. Mais non, l'almanach aussi est devenu grave, sentencieux,
dogmatique. Durant quarante annes, un prjug d'cole consistait 
penser que le peuple apprend  lire dans les almanachs; Jrmie Bentham
avait mis cette supposition-l  la mode. S'appuyant l-dessus, on
s'arrangeait pour faire, chaque anne, un peu avant la saint Sylvestre,
de petits livres savantasses et secs auxquels il fallait donner le plus
possible un faux nez d'encyclopdie. Les plus beaux gnies ne
ddaignaient pas de mettre leurs plumes au service de l'entreprise, ide
trompeuse comme tant d'autres. Dans les almanachs, le peuple ne
cherchera jamais que les foires et marchs et des fariboles pour le
faire rire. Nanmoins on fit, sous la direction de M. Charles Blanc,
l'_Almanach du mois_, petit livre qui paraissait douze fois l'an,
conformment aux douze signes du Zodiaque; Lamennais y donna des pages
magnifiques; Cormenin y enseignait la science du droit; F. Arago y
racontait la marche dsastres; David (d'Angers), quittant le ciseau, y
crivait la vie de Thorwaldsen. Il s'y trouve une lgante et sublime
rverie de Georges Sand sur les souffrances du jeune Hamlet, prince de
Danemark, dont l'illustre femme, sans grand souci de l'histoire, faisait
un noble et fier chevalier de la dmocratie. Hlas! tout cela, c'tait
un tas de perles jetes au nez des pourceaux! Le peuple n'y mordait pas.
Il prfrait de beaucoup l'_Almanach astrologique_ d'Eugne Bareste, ou
Barestadamus, qui ne lui disait que des calembredaines.

Nos pres, pousss par le bon sens natif de la vieille famille
franaise, aujourd'hui trop mle, aimaient et cultivaient aussi
l'almanach; oui, mais c'tait seulement pour eux un moyen d'amusement ou
un procd de critique. Du petit livre annuel, ils faisaient une sorte
de rallonge  la comdie ou  la satire. Voil pourquoi, voil comment
Rivarol faisait le _Petit almanach des grands hommes_; Grimod de la
Reynire, l'_Almanach des gourmands_; Dorat-Cubires, l'_Almanach des
Grces_, et je ne sais plus qui l'_Almanach des farceurs_. Recueillez
vos souvenirs. L'_Almanach des Muses_, allant de Louis XV  Charles X,
sans s'inquiter des secousses politiques et militaires du temps, est un
des plus curieux monuments de la littrature nationale. Beaucoup de
coqs, voire quelques geais de l'art dramatique ont trouv dans ce fumier
de la posie, plus d'une topaze, plus d'un saphir dont ils ont orn leur
thtre, qui ne vaudrait peut-tre pas grand'chose sans ces
enjolivements. Mais tout cela est pass de mode et ne saurait renatre.
Le journal a absorb l'almanach. Avant peu il aura aval le livre et
ceux qui s'adonnent encore  la chevaleresque folie de vouloir en faire.

Chez nos voisins de l'autre ct du Rhin l'almanach, au contraire, est
en pleine floraison. Tous les ans,  Nol, on en fait pour une quinzaine
de millions. Il n'y a pas de soign que le ct typographique, comme
chez nous; la partie littraire est, avant tout, l'objet d'un grand
souci. On s'adresse aux plus grands noms. Lisez la _Correspondance
d'Henri Heine_, et vous verrez que l'auteur de _Lutce_ tait sollicit
de vingt cts  la fois, ds le mois de septembre, pour donner  prix
d'or quelques pages  des almanachs. Presque tous ses petits pomes, si
piquants, si burlesques, si vifs ont paru, un  un, dans ces recueils
avant de former une gerbe.--Et mme j'ai aujourd'hui cette bonne fortune
de pouvoir intercaler ici une de ces petites machines, absolument
indite en France, un pome de cinquante vers charmants qu'un rfugi
allemand, mon ami S***, a bien voulu traduire pour vous et pour moi.
Pome, conte, apologue, satire, ce sera tout ce que l'on voudra. Ce dont
je suis sr c'est que a n'ennuiera personne.

LE PAYSAN ET LE FARFADET.

Il y avait une fois un paysan appel Truphme.

Le paysan alla  la foire de Leipzig et y fit l'emplette d'un farfadet.

Ah! c'tait un beau farfadet! Le grand Goethe en eut donn mille
thalers, tant le sujet tait bizarre; matre Cornlius, le peintre en
renom, l'aurait achet plus cher pour cette raison que le gnie: lui
aurait appris l'art de ne pas tre avare de couleur. Le peuple de Berlin
l'eut pay plus cher encore, en ce que le farfadet, persifleur
intrpide, aurait trouv moyen de se moquer publiquement du roi de
Prusse et de son casque surmont d'un paratonnerre.

Le paysan ne l'avait pris que pour amuser sa maison.

Au logis, Truphme put voir qu'il amusait trop son monde.

Vingt-quatre heures ne s'taient pas coules qu'il avait chang la
mnagre en grande coquette de thtre. Du garon de charrue il faisait
un raisonneur, barbouill de philosophie. Le chien du berger lui-mme
tait dj en train de subir une mtamorphose; il se changeait en
herboriste capable de rivaliser avec M. de Humboldt.

--Maudit farfadet! dit le paysan,--et il l'enferma dans sa grange.

Dans la grange, tout fut bien vite brouill et embrouill. Les vesces
se mlrent au bl; l'avoine ne fit plus qu'un avec le colza.

--Je ne vois qu'un moyen de me dfaire de ce drle, dit Truphme.

Et il mit le feu  la grange dans la pense de le faire brler. Mais en
sortant, au moment de fermer la porte, comme il fouillait dans sa poche
pour y prendre la clef, il y trouva le farfadet qui riait aux clats.

--Ah! ah! ah! mon matre! Que je le remercie de m'avoir rendu la
libert!

De dsespoir, Truphme le paysan s'est noy dans son puits.

Voil ce que c'est que de mal choisir ou de trop bien choisir, quand on
va  la foire de Leipzig pour y acheter un farfadet.

Mme Urbain Rattazzi est en ce moment  Rome, o elle passera, dit-on,
les premiers mois de l'hiver.--A ce sujet htons-nous de fermer une
blessure que nous avons involontairement faite.

Il y a un mois, dans un de nos _Courriers_, nous avons parl d'une fte
que la princesse aurait donne, lors de son passage  Paris, un souper,
un concert. Rien de tout cela. On nous avait mal renseign. En revenant
d'Italie, Mme Urbain Rattazzi n'a reu dans son htel qu'un petit nombre
d'amis et avec toute la dcence et tout le recueillement qu'impose aux
personnes bien nes un veuvage de date rcente. La princesse sait trop
ce qu'elle doit  la mmoire de l'homme d'tat dont elle porte le nom
pour laisser effacer ses souvenirs par les clats de la vie mondaine.

Un petit homme, la barbe grise, du feu dans les yeux, une fleur  la
boutonnire, le chapeau sur l'oreille, de l'entrain, de la gaiet, un
grand et profond amour de l'art, tel est Gustave Mathieu. J'aurais pu
parler de lui, il n'y a qu'un instant,  propos des faiseurs
d'almanachs. Il a fait de ces petits livres, en effet; son nom
paraissait l'y obliger.

Dans ce pays trois Mathieu sont fournis.

Comme aurait pu le dire Voltaire en rajeunissant son vers sur Gentil
Bernard: Mathieu Lansberg, Mathieu (de la Drme), Mathieu (de la
Nivre), trois noms d'almanach, tous fort populaires. Mais, quant  ce
qui est du troisime, il y aura une aurole de plus. Ce Gustave Mathieu
est un vrai pote; il tient  la main une lyre d'ivoire et d'airain des
plus sonores. Voil, tout compte fait, vingt-cinq ans qu'on connat ses
chants d'amour, de bataille et d'art. Celui des typographes de France
qui a le plus de renom pour les belles oeuvres, Louis Perrin, de Lyon,
vient de runir en faisceau les pomes et les idylles de cet autre
Robert Burns et, sous ce titre: _Parfums, Chants et Couleurs_, il en a
fait une dition de luxe, la coqueluche des bibliophiles. Cela est conu
dans le format in-4, sur papier de Hollande, avec le caractre italique
des Aldes, bref, un trsor. Un pote populaire qui ne peut tre achet
que par des bourses aristocratiques!

        Non loin du pays de Gascogne,
        Mon pre avait un vieux chteau.
        ...................................................
        Mon aeul tait rossignol,
        Ma grand'mre tait hirondelle.

Attendez donc! En 1849 en des temps semblables  ceux que nous
traversons, il y avait au passage Jouffroy un immense estaminet o
fonctionnaient, chaque soir, trois cents pipes endiables, pendant qu'
l'une des extrmits de la salle, cachs dans ce nuage de tabac,
s'poumonaient sur un petit thtre, aux maigres sons d'un piano, six
ou sept chanteurs vous  la romance,  la chansonnette et  la ballade.
On ne les regardait gure. Le bruit des conversations, des tasses, des
talons de bottes couvrait les notes fausses. Mais, vers dix heures du
soir, quand la foule et la fume taient compactes, vous voyiez
apparatre un homme trange. A son aspect silence soudain. Les pipes les
plus actives cessaient de fonctionner; on avalait la fume des cigares.
Le garon servant s'arrtait, son cruchon  la main, comme Sisyphe
oubliant de rouler son rocher. --Voil Darcier! disait-on.--Darcier,
c'tait le Frdrick-Lematre de Pierre Dupont et de Gustave Mathieu.

--Tiens! s'criait Gavarni, il doit avoir du chien dans le ventre,
celui-l.

Et c'tait vrai. Sa figure exprimait dj le caractre du personnage
dont il se disposait  chanter la sombre, ou nave, ou joyeuse, ou
lamentable odysse. Il entrait en scne, il agissait, il gesticulait, il
parlait en chantant, mais avec une telle verve, une telle profondeur de
sentiment, une passion si vraie, en entrelardant son chant d'ornements
si extraordinaires, de notes si imprvues, de cris sauvages, d'clats de
rire, de mlodies dsoles, de sons touffs, tendres, dlicieux, qu'on
se sentait pris, mu, boulevers. Ah! ce Darcier tait un artiste,
allez!

Pour cadrer avec ses allures de bohme, il avait deux potes, Pierre
Dupont, qui lui a donn  chanter les _Louis d'or_, Gustave Mathieu, qui
l'a pris pour interprte de _Jean Raisin_, de _Chante-clair_, et de
cette autre jolie chanson dont je vous citais tout  l'heure quatre
vers. Aprs avoir lectris la salle par ces stances, Darcier se mettait
 boire une chope et  fumer une pipe  une table de ce caf comme un
simple mortel. Et on l'accueillait, et on le choyait, et on l'crasait
d'applaudissements.

--Il est l'initiateur d'un art nouveau! disait-on.

Il y avait alors un pauvre diable du nom de Charles Gille, qui se
croyait pote.

Il s'est tu, depuis lors, ne se sentant pas la force de soutenir la
lutte de la vie.

En ce temps-l, s'inspirant d'un dessin pique de Charlet, il avait fait
une cantate sur les volontaires de 92:

        V'l l'bataillon de la Moselle en sabots,
                 V'l l'bataillon de la Moselle!

Darcier avait voulu faire lui-mme la musique de cette Tyrtenne. Quand
il la chantait, il y mettait tant de vhmence, qu'au second couplet la
salle entire se levant, demandait  courir aux armes.

Darcier avait sa lgende.

A l'ge de douze ans, il se trouvait un jour, je ne sais pourquoi ni
comment, dans une glise de Paris dont le grand Delsarte dirigeait les
choeurs! L'enfant fut frapp par l'accent profond de certaines notes du
matre. Il alla l'attendre  la porte, et l'abordant, tout mu:

--M'sieu, lui dit-il, je n'ai pas de voix; mais si vous vouliez... si
vous vouliez me donner des leons, je crois que je finirais par bien
chanter tout de mme.

Il avait une fort jolie voix, au contraire, mais il supposait qu'il n'en
fallait pas, qu'il ne fallait que de la volont pour bien chanter.

--Eh bien, mon ami, rpondit l'habile et savant professeur, viens me
voir. J'aime les _toqus_; tu m'as l'air d'en tre un. Je te prends pour
lve.

Delsarte, en effet, lui apprit la musique et le chant. Quand vint l'ge
de la pubert, il lui dfendit de chanter jusqu' la mue complte de sa
voix; Darcier ne tint compte de la dfense et gta probablement un
organe qui, tel que nous l'avons entendu jadis, il y a vingt-deux ans,
avait pourtant encore du charme, de la puissance, sinon de la fracheur.
Puis, il prit sa vole en province, o, tout en mettant en action le
Roman Comique de Scarron, il devnt pass matre en fait d'armes. Il
donnait indiffremment des leons de bancal, d'espadon, de briquet, de
latte, d'pe, de bton, de savate ou de piano. Revenu  Paris  l'heure
de l'orage rvolutionnaire, il tait le premier tnor de cet estaminet
lyrique que je cherchais  esquisser tout  l'heure. Duprez, Roger,
Lablache, tous les grands chanteurs allaient l'entendre, et Meyerbeer,
chose inoue! descendant de son Olympe musical pour aller vider un bock
dans le _boui-boui_ du passage Jouffroy, s'criait:

--J'aimerais  faire une ode-symphonie pour ce gosier-l!

Telles sont les choses que m'a rappeles tout  coup le beau livre:
_Parfums, Chants et Couleurs_, de Gustave Mathieu.

Philibert Audebrand.



[Illustration: L'OUVERTURE DE LA SESSION PARLEMENTAIRE.--M. le duc de
Broglie lisant le Message du Prsident de la Rpublique  la tribune de
l'Assemble nationale.]


[Illustration: L'INCENDIE DE L'OPRA--Dcouverte du cadavre du pompier
Bellet dans les dcombres, aprs l'incendie.]



LA SOEUR PERDUE

Une histoire du Gran Chaco

(Suite)

Les sauvages diffraient des Peaux-Rouges du Nord en ce qu'ils ne
portaient ni pantalons ni mocassins. La douceur de leur climat les
dispensait de se couvrir de ces vtements. Les Indiens du Chaco n'ont
pas mme besoin de protger leurs pieds, car il est rare qu'ils foulent
le sol. Leur vritable demeure est sur le dos de leurs chevaux.

De chaque ct de leurs selles leurs jambes nues pendaient, unies comme
du bronze moul, et sculptes comme par le ciseau de Praxitle; la
portion suprieure de leurs corps tait galement nue, mais
contrairement  l'usage de leurs frres du Nord, ces Indiens n'taient
ni tatous ni peints. L'clat d'une peau saine et d'une riche couleur
fonce, quelques coquillages ou des bracelets de graines autour de leurs
cous ou de leurs bras constituaient leurs seuls ornements.

Leur chevelure noire comme l'bne, coupe carrment sur le front,
croissait par derrire en toute libert et couvrait leurs paules de ses
flots abondants; chez quelques-uns, elle tombait jusque sur la croupe du
cheval!

Deux taient habills d'une manire diffrente des autres, les deux
cavaliers monts sur des recados.

Le premier tait un jeune Indien, videmment le chef de la troupe. Il
avait une sorte de ceinture autour des reins, mais par-dessus et
flottant ngligemment sur ses paules, il portait un manteau de forme
analogue  un _poncho_, bien diffrent toutefois du vtement de laine
des gauchos. C'tait la _manta_ en plumes des Indiens, faite d'une peau
de daim prpare et admirablement orne avec le plumage du _guacamaya_
(1) et d'autres oiseaux aux ailes brillantes.

          [Note 1: Oiseau d'un plumage magnifique et appartenant  la tribu
           des perroquets.]

Sur sa tte, il portait un bonnet en forme de casque, fabriqu avec une
peau de cheval tanne, d'une blancheur de neige et entour d'une range
de plumes de _rhea_, plantes verticalement dans un cercle brillant.
D'autres ornements placs sur son corps et autour de ses membres, et le
harnachement de son cheval le dsignaient clairement comme le premier
personnage de la troupe. Il n'avait avec lui que des jeunes gens, mais
lui aussi tait un jeune homme, et bien certainement il n'tait pas
l'an de ses compagnons.

Le seul homme blanc qui se trouvait parmi ceux-ci, et dont nous avons
dit qu'il avait l'air d'un Castillan, offrait  l'oeil un type
vritablement remarquable.--Sur ses traits se lisait une expression de
frocit mlange de ruse qu'on retrouvait d'ailleurs sur la figure du
jeune chef qui chevauchait  ct de lui.

Son vtement tait mi-partie celui d'un civilis et celui d'un Indien,
et on pouvait le prendre lui-mme pour un gaucho fait prisonnier par les
sauvages. Mais telle n'tait pas videmment la situation de cet homme,
car il marchait  la place d'honneur,  la droite du chef. Tout au
contraire, son air et ses actions racontaient une autre histoire, celle
d'un sclrat qui, aprs avoir suivi une carrire de crime dans les pays
civiliss, avait cherch la protection des sauvages et tait devenu
tratre  sa race et aux siens.

La longue lance qui dpassait de beaucoup ses paules montrait sur sa
pointe d'acier une teinte plus rouge que celle de la rouille. C'tait la
couleur vermeille du sang, sche et brunie par les rayons du soleil, et
toutefois encore assez frache pour dnoter que l'arme avait t
rcemment employe. C'tait cette mme lance qui avait perc la poitrine
de Ludwig Halberger.

Si un doute s'tait lev  cet gard, il et bientt t dissip par la
prsence d'une troisime personne qui s'avanait un peu en arrire et
qui videmment tait garde comme une captive. C'tait une jeune fille 
laquelle on et pu donner quinze ans, bien qu'elle n'en et que
quatorze. Elle possdait dj dans toute son attitude certaines grces
de la femme, ainsi que cela arrive frquemment dans l'Amrique
espagnole, o l'adolescence commence plus tt que dans nos froids
climats: un visage d'un ovale dlicat, une bouche mignonne ombre dj
d'un lger duvet, des yeux orns de longs cils avec de fins sourcils
arqus, un teint olivtre et ces formes lgantes dont les dames
andalouses sont si fires: telle tait Francesca Halberger, la fille du
naturaliste.

L'expression suprme de tristesse rpandue sur sa figure ne parvenait
pas  en altrer la beaut. Il est du reste  remarquer que le regard
d'une femme espagnole n'est jamais plus noble et plus fier que
lorsqu'elle est en face d'un danger.

La prisonnire venait de voir son pre tratreusement frapp par la
lance d'un assassin; son dernier cri: Ma fille! ma pauvre enfant!
retentissait encore  ses oreilles; avant mme d'avoir pu se rendre
compte du danger qu'elle courait, elle avait t saisie et mise hors
d'tat d'opposer la fuite  la violence par la horde de ses agresseurs
et s'tait sentie entrane vers un but qu'elle ignorait. Elle montait
encore le petit cheval sur lequel elle avait quitt sa demeure, mais un
des cavaliers indiens s'tait empar de la bride et ne lui permettait
plus de le guider.

La cavalcade s'avanait lentement, elle n'avait pas besoin de se hter,
car une poursuite n'tait pas  craindre. Ceux qui avaient commis cette
cruelle action savaient bien qu'il n'y avait pour eux aucun danger de
reprsailles qu'ils pussent srieusement redouter.

De temps  autre, l'un des cavaliers de la troupe se dressait sur son
cheval et examinait pendant un moment la plaine. Mais cette action ne
provenait pas de la crainte d'une poursuite, c'tait simplement la
satisfaction d'une curiosit.

Cependant une sorte d'inquitude existait au fond des coeurs de ces
sauvages ou tout au moins chez leur chef ainsi que le prouvait le
dialogue chang entre lui et l'homme blanc qui chevauchait  ses cts.
Il se bornait  quelques mots prononcs d'un ton de doute, et dans le
regard de l'Indien on et pu dcouvrir le regret de l'acte qui venait de
s'accomplir.

Les rponses du farouche rengat qui non-seulement l'avait conseill,
mais qui l'avait excut, semblaient avoir pour but de le rassurer.
Fataliste comme tous les Indiens, le jeune chef se contenta de rpondre
aux dernires paroles du misrable qui raillait ses scrupules: Ce qui
est fait est fait, et il poursuivit sa route sans arrter plus
longtemps sa pense sur le remords ou sur le repentir.

La conversation entre les deux sauvages qui formaient l'arrire-garde
fera mieux comprendre le sujet de l'inquitude du chef.

Ils venaient de parler avec une admiration mle de piti de la beaut
de leur captive et des liens d'amiti qui avaient exist entre leur
vieux chef et Halberger.

Nous pourrions bien avoir  regretter ce que nous avons fait, suggra
le plus sage des deux.

--Quel regret? demanda son compagnon. Le pre du jeune chef n'est-il pas
mort?

--Si Naraguana vivait encore, il n'aurait jamais permis cela.

--Naraguana ne vit plus.

--C'est vrai. Mais son fils Aguara n'est qu'un jeune homme encore comme
nous-mmes, il n'a pas encore t lu chef de notre tribu. Les anciens
peuvent tre mcontents; quelques-uns d'entre eux, comme Naraguana,
taient les amis de celui qui a t tu. Qui sait si nous ne serons pas
punis pour cette expdition?

--Ne crains rien, le parti de notre jeune chef est le plus puissant, et
de plus ce _vaqueano_ (2)

          [Note 2: Guide.]

L-bas, fit le sauvage en dsignant le rengat, prendra toute l'affaire
sur lui. Il a dclar qu'il affirmerait que c'est une querelle qui le
regarde seul. Il soutient que le Visage ple qui ramassait des plantes a
eu des torts envers lui. Qui sait si cela n'est pas vrai? Tu sais aussi
bien que moi que le _vaqueano_ possde une grande influence dans notre
tribu; avec sa protection Aguara s'en tirera sain et sauf.

--Esprons-le, rpliqua l'autre. Et si cette jolie crature doit un jour
tre notre reine, ce ne seront pas les guerriers de la tribu qui s'en
plaindront, mais en revanche les jeunes filles Tovas ne seront pas
contentes!

La conversation fut interrompue par un cri venant de l'avant-garde:
c'tait un cri d'alarme, et un moment aprs chaque Tovas, dress sur son
cheval, interrogeait d'un regard inquiet les confins de la plaine.

La jeune fille seule resta immobile sur sa selle; on sentait que dans sa
pense rien ne pouvait ajouter aux horreurs de sa situation; elle tait
indiffrente  de nouveaux coups du sort.

La cavalcade parcourait alors un espace dpouill d'arbres, l'une des
quelques trariesas ou terrains striles qu'on rencontre dans le Chaco.
Cette strilit ne provient pas de la mauvaise qualit du sol, mais du
manque d'eau. Ces espaces sont pendant une partie de l'anne inonds par
les dbordements des rivires voisines, mais l't venu, ils se
desschent et se pulvrisent sous les rayons d'un soleil torride, et
montrent sur leur face un enduit d'un blanc gristre ressemblant  la
gele blanche et qui est le produit d'une efflorescence saline amene
par l'vaporation des eaux (3).

          [Note 3: Cette substance est appele _Salitr_ par les
          Amricains Espagnols. C'est une sorte de salptre. Une
          efflorescence semblable qui couvre les plateaux du nord du
          Mexique, se nomme _Tquisuit._]

Les voyageurs taient entrs dans ce dsert pour viter le dtour caus
par un crochet du fleuve. Quand retentit le cri d'alarme, ils se
trouvaient  environ dix milles du cours d'eau et  peu prs  la mme
distance du bois le plus proche. Ce cri avait t pouss par le rengat
qui marchait en avant et qui aussitt arrta son cheval et se dressa sur
ses triers.


CHAPITRE VI

LA TORMENTA

Rien absolument n'apparaissait! le soleil achevant sa carrire brillait
dans un ciel sans nuage et projetait en noires silhouettes sur la plaine
blanche les ombres des chevaux et des cavaliers. Aussi loin que pouvait
porter la vue on n'apercevait aucun tre vivant, pas mme un oiseau
traversant ce triste dsert.

Mais bien qu'aucun nuage ne se dtacht sur la vote bleue de
l'atmosphre, on pouvait cependant,  force d'attention, dcouvrir une
lgre vapeur dbordant l'horizon lointain, directement en face des
cavaliers.

Elle tait  peine perceptible, toutefois l'oeil exerc du vaqueano
l'avait remarque et y avait lu l'approche d'un danger.

Qu'est-ce donc? demanda le jeune chef en poussant son cheval auprs de
celui du vaqueano.

--Caramba! ne le voyez-vous pas? repartit l'Espagnol en montrant
l'horizon.

--Je vois un petit nuage; rien de plus.

--Rien de plus?

--Non. On dirait plutt de la fume, mais ce ne peut tre cela; il n'y a
pas un brin d'herbe  dix milles  la ronde dont on puisse faire du feu.
Du reste, que pourrions-nous craindre ici, ne sommes-nous pas chez nous?

--Ce n'est ni de la fume ni du feu; c'est bien pis, c'est de la
poussire.

--De la poussire! mais alors elle ne pourrait provenir que du galop
d'une troupe de cavaliers?

--Nous n'avons rien  redouter de ce genre; des hommes? un ennemi?
Allons donc! Aussi n'est-ce de rien de pareil qu'il s'agit. Si ce
n'tait que cela nous pourrions nous mettre  l'abri d'une attaque en
retournant vers les bois. Mais cette poussire n'est produite ni par des
hommes ni par des chevaux. Si mes yeux ne me trompent pas, c'est la
_tormenta_.

--La tormenta! rptrent d'une seule voix tous les Indiens et d'un ton
qui dnotait qu'ils ne connaissaient que trop bien le terrible
phnomne.

--Oui! s'cria le vaqueano aprs avoir examin le nuage encore pendant
quelques secondes. C'est bien la tormenta et pas autre chose.
Maldiction!

Dj l'ombre s'tait sensiblement tendue le long de l'horizon et elle
grandissait rapidement sur le fond bleu du ciel. Elle prsentait une
couleur d'un brun jauntre semblable  un mlange de vapeur et de fume
tel que celui qui provient des flammes  demi-teintes d'un incendie.
Parfois des traits de lumire indiquaient qu'elle tait sillonne
d'clairs.

Cependant,  l'endroit o les sauvages s'taient arrts, le soleil
brillait encore avec srnit, et l'air calme et tranquille n'tait pas
agit du moindre souffle.

Mais ce calme n'tait pas sincre; il tait accompagn d'une chaleur
lourde et touffante dont plusieurs d'entre les Indiens s'taient
plaints quelques instants auparavant. Ils venaient  peine de cesser de
parler, chacun des hommes de la troupe avait  peine eu le temps de se
rendre compte du pril qui les menaait, et dj, en moins de temps
qu'il ne faut pour le dire, de violentes rafales d'un vent glac avaient
fondu sur eux avec une telle fureur, que quelques-uns des jeunes gens,
perdant tout  coup l'quilibre, avaient roul  terre, prcipits par
cette force invisible.

Bientt,  la clart radieuse du jour succda, sans transition, une
paisse obscurit comparable  celle de la nuit, et ils s'en trouvrent
comme envelopps. Le nuage de poussire avait pass devant le disque du
soleil et l'avait compltement clips.

Remis de ce premier assaut, quelques-uns proposrent de galoper en
arrire pour aller chercher l'abri des arbres; mais il tait trop tard
pour penser  la fuite; avant qu'ils eussent accompli cette course de
dix milles, la tormenta les et atteints.

Le vaqueano le savait, et il proposa d'agir tout diffremment.

Descendez de vos chevaux, cria-t-il, et tenez-les entre vous et le
vent. Couvrez vos ttes avec vos jergas. Faites-le si vous ne voulez pas
tre aveugls pour toujours. Vite, ou il ne serait plus temps!

Les jeunes Indiens, connaissant l'exprience de leur compagnon au visage
ple, se htrent d'obir. En un instant chacun d'eux, bien entortill
d'aprs la recommandation du guide, s'tait cach derrire son cheval en
s'efforant de maintenir l'animal pour l'empcher de perdre position.

Mayne Reid.

(La suite prochainement.)



NOS GRAVURES


Le gnral Changarnier

Le rle qu'a jou le gnral Changarnier dans l'oeuvre de la fusion, le
projet de prorogation des pouvoirs du marchal de Mac-Mahon, dont il a
pris l'initiative, aprs le renversement de ses esprances de
restauration, ont appel en ces derniers temps trop vivement sur lui
l'attention publique, pour que nous ne nous croyions pas obligs de
donner son portrait.

Le gnral Changarnier est n  Autun, le 26 avril 1793; il est donc
aujourd'hui dans sa quatre-vingtime anne. Sorti de Saint-Cyr en 1815,
il prit part, en 1828, comme lieutenant,  la campagne d'Espagne. La
rvolution de 1830 l'envoya en Afrique, o un heureux combat
d'arrire-garde, en 1826, pendant la retraite de Constantine, fut le
point de dpart de sa fortune. Nomm lieutenant-colonel en 1837, il fut
fait marchal de camp, le 21 juin 1840,  la suite de l'expdition de
Mdah, et en 1843, la rduction des tribus des environs de Tenez, qui
soutenaient Abd-el-Kader, lui valut le grade de gnral de division.

Aprs la rvolution de 1848, il vint offrir ses services au gouvernement
provisoire dans des termes qui tmoignaient de la haute estime qu'il
avait de son mrite personnel. Le gnral Cavaignar, devenu-chef du
pouvoir excutif, lui confia le commandement de la garde nationale de
Paris, qu'il garda aprs l'lection prsidentielle, et auquel il joignit
plus tard celui des troupes de Paris, qu'il perdit lorsque, 
l'Assemble lgislative dont il tait membre, il se montra alors
contraire  la politique de Louis-Napolon. L'Assemble, qui rvait un
coup d'tat monarchique, tenta alors de donner en change  ce Mouck en
expectative, le commandement des troupes destines  veiller  sa propre
sret; mais la tentative ayant chou, le gnral Changarnier, qui
avait tendu solennellement sur la tte des conspirateurs monarchiques,
dans une sance fameuse, cette mme pe protectrice qu'il avait offerte
au gouvernement provisoire, fut impuissant  se protger lui-mme.
Arrt le 2 dcembre, il fut enferm  Mazas comme le premier bourgeois
venu et rentra dans l'ombre o il devait rester vingt ans.

On sait le reste. En 1870, il offrit ses services  l'empereur et
s'enferma dans Metz avec le marchal Bazaine, dont,  deux ans de l, en
mme temps qu'il attaquait le glorieux dfenseur de. Belfort, il devait
faire l'loge en pleine Assemble nationale, o il avait t envoy par
trois dpartements: la Gironde, le Nord et le dpartement de
Sane-et-Loire.

L. C.


Lecture du Message prsidentiel par M. de Broglie  l'Assemble
nationale

Nous parlions tout  l'heure de la proposition Changarnier relative  la
prorogation des pouvoirs du prsident actuel de la Rpublique, M. le
marchal de Mac-Mahon. Cette proposition, comme on l'a dit, a un
prambule: le message prsidentiel, dont M. de Broglie, vice-prsident
du conseil, a donn lecture le 5 novembre dernier,  la sance de
rentre de l'Assemble. C'est aprs le tirage des bureaux,  trois
heures, devant une Chambre qui jamais n'avait vu runi un pareil nombre
de dputs, en prsence de tribunes garnies de toutes les notabilits,
que M. le vice-prsident est solennellement mont  la tribune. On a
remarqu que pendant toute la lecture il s'est tenu tourn du ct de
l'opposition rpublicaine. On eut dit qu'il parlait exclusivement pour
cette portion de la reprsentation du pays, que visait d'ailleurs le
document dont il donnait communication. Son attitude tait fort assure,
sa voix nette bien que faible. Il comptait certainement sur une victoire
complte. La majorit des quatorze voix, rduite  treize le lendemain,
l'a un peu dconcert. Nanmoins, telle quelle, c'tait une victoire,
bientt suivie, comme l'on sait, d'un chec dans les bureaux. Voil donc
M. le vice-prsident du conseil et les trois gauches manche  manche.
Qui gagnera la belle? C'est ce qu'il nous reste  savoir et ce que nous
saurons bientt.


Incendie de l'Opra

DCOUVERTE DU CORPS DU POMPIER BELLET

Le caporal des sapeurs-pompiers Bellet a dj sa lgende, que tout Paris
sait par coeur; mais, comme toute lgende, celle-ci s'carte, un peu de
l'histoire vritable. Nous avons assist au dernier acte de ce lugubre
drame, et nous sommes en mesure de rtablir les faits; le caporal Bellet
est tomb non pas dans la salle, au milieu de la fournaise, comme on
l'avait dit, mais dans un troit espace spar de celle-ci par toute la
profondeur de la scne, et qui servait  la fois de corridor et de loge
de chant; il n'a pas t brl vif, comme on l'avait cru, mais enterr
sous les dcombres, o son cadavre a t retrouv sans une brlure, mais
avec la tte  demi-crase par la chute d'un pan de mur; la mort avait
t instantane. L'endroit d'o le brave sapeur est tomb tait 
quelques mtres seulement de celui o l'on a retrouv son corps; c'tait
la loge des coryphes, o vingt-deux femmes s'habillaient; Bellet devait
rester  la porte de la loge; c'est pour diriger de plus prs le jet de
sa lance qu'il s'est avanc sur le plancher qu'on lui avait signal
comme dangereux et dont la chute l'a entran; il tait alors environ
six heures du matin; le feu tait circonscrit, et l'on se flicitait
dj de n'avoir aucune mort  enregistrer.

Les travaux de dblaiement ncessaires pour retrouver le corps ont d
tre excuts avec les plus grandes prcautions pour viter de nouveaux
accidents; ils ont eu lieu sous l'habile direction de M. Panneau,
inspecteur du btiment de l'Opra. Notre dessin reproduit exactement
l'instant o, aprs vingt-quatre heures de recherches, un dernier coup
de pioche mit le cadavre  dcouvert; celui-ci tait couch sur le dos;
autour de lui, les dcombres taient jonchs des dbris de l'appareil 
lumire lectrique, qui se trouvait  ct de la loge des coryphes,
puis de lambeaux de soie, de mousseline et de fleurs; nous avons
remarqu un mignon soulier de satin blanc encore frais comme s'il allait
tre chauss pour la premire fois, et tach seulement d'une goutte de
sang qui avait rejailli jusque la!


L'lectricit  l'Assemble nationale

La semaine dernire, tous les journaux ont parl du nouveau systme
d'allumage instantan par l'lectricit des trois cent-cinquante-deux
becs de gaz de l'Assemble nationale. Voici sur ce systme quelques
dtails que nous croyons de nature  intresser nos lecteurs.

L'appareil que nous avons reprsent avec un soin minutieux se compose
d'une bobine Rhumkorff, de dimension assez modeste, de la pile, des
contacts et du systme de fils.

Avant de mettre la bobine en jeu, il faut relever un contact  poigne
et lui donner la situation horizontale.

Le courant ne passe dans chacun des dix-huit lustres qu'au moment o
l'oprateur touche le bouton correspondant dans le clavier qu'on voit 
sa gauche. Il fait cette opration avec un excitateur  manche isol
qu'il tient  la main et qui conduit  la pile par une chane analogue 
celle de la timbale des fontaines Wallace.

A chaque coup, l'oprateur tire une grosse tincelle  laquelle
rpondent autant de petites qu'il y a de becs dans le lustre.

Nos lecteurs, qui seront admis dans les tribunes, pourront trs-aisment
se rendre compte de la disposition indique par notre figure. En se
plaant au-dessous du lustre, ils verront facilement le circuit zigzagu
des fils de platine, que le fluide parcourt tous au moment o
l'oprateur touche le boulon de l'armoire.

Notre artiste a dessin l'oprateur au moment o il donne le feu  un
grand lustre de soixante-trois becs. Le circuit spcial  cet appareil
aura donc soixante-trois lacunes, dans lesquelles clateront
soixante-trois tincelles.


[Illustration: VERSAILLES.--Le nouvel appareil d'allumage lectrique
install au palais de l'Assemble Nationale.]


TYPES ET PHYSIONOMIES D'IRLANDE.

[Illustration: Paysans se rendant au march.]

[Illustration: Gardeur de porcs.]

[Illustration: LA FRANCE PITTORESQUE.--La grotte de Royat.]


Comme les deux fils d'un mme bec sont  une distance d'un tiers de
millimtre, le courant passe de l'un  l'autre sans tincelle, et si une
poussire s'y loge le bec ne s'allume pas de toute la sance. Mais ces
accidents sont rares et n'ont rien qui dpare notablement l'ordonnance
rglementaire des lumires.

Ces soixante-trois lacunes d'un tiers de millimtre quivalent
lectriquement  un seul cart de 21 millimtres.

Quoique nos appareils d'induction soient peu comparables aux nuages
orageux qui lancent des rayons d'un kilomtre, une tincelle de 21 mill.
n'est qu'un jeu d'enfant pour nos bobines Rhumkorff les plus modestes.

La pile a, comme on peut le voir, des dimensions formidables. Mais il ne
faut pas croire que sa force lectrique rponde  ce grand dploiement
de surface. Elle ne dpasse point celle de trois couples Bunsen de
dimensions honntes.

Ces gros cylindres en terre poreuse sont bourrs de byoxide de manganse
et de charbon pil, mlange destin  absorber le gaz hydrogne produit
par l'action d'une solution de chlorhydrate d'ammoniaque sur une lame de
zinc.

En homme prudent, M. Gaiffe a install un appareil susceptible de durer
autant que l'Assemble elle-mme. On peut, sans blesser sa modestie ni
son patriotisme, dire qu'il semble avoir eu surtout en vue de construire
une pile dfinitive.

Ces premiers pas de l'lectricit dans l'enceinte lgislative ne
tarderont pas sans doute  tre suivis par d'autres conqutes.

Si les sances deviennent trop tumultueuses, nous conseillerions  M.
Buffet de remplacer son impuissante sonnette par un carillon lectrique.
Il ferait facilement assez de bruit pour rduire au silence les
individualits parlementaires les plus tapageuses.

Comme le nombre des scrutins importants semble devoir aller en
grandissant de jour en jour, il ne serait pas inutile de songer  une
machine  voter qui dispenserait les dputs de dfiler  la tribune; au
lieu de laisser tomber dans l'urne l'expression de leur part de
souverainet nationale, ils l'expdieraient le long d'un fil et
l'enregistreraient  distance _ne varietur._

Pour en revenir au systme d'allumage que nous venons de dcrire,
disons, en terminant, qu'il n'est pas nouveau, comme l'ont crit tous
les chroniqueurs parisiens, jusques et y compris les journalistes
scientifiques, Il y a huit ans, l'allumage du grand amphithtre de la
Sorbonne tait pratiqu par M. Rhumkorff,  l'aide des mmes procds et
avec des appareils analogues. Et depuis longtemps, on n'allume pas
autrement dans les assembles rpublicaines d'Amrique. C'est donc en
ligne droite du Capitole de Washington qu'est venu l'allumage lectrique
 l'Assemble nationale de Versailles.

W. de Fonvielle.


Royat et sa grotte

A peu de distance de la capitale de l'Auvergne, Clermont-Ferrand, se
trouve la curieuse chane des monts Dmes, composs de soixante-dix 
quatre-vingts cnes volcaniques, vastes ampoules souleves en un jour de
convulsion,  la surface du plateau qui occupe le centre de la France.
Ce plateau a une lvation moyenne de 900 mtres, et les cnes ou puys,
qui forment du nord au sud une bande de sept  huit lieues de largeur,
le surlvent de 150  200 mtres. Toutefois le Puy-de-Dme, qui occupe
 peu prs le centre de cette bande, mesure par exception une hauteur de
500 mtres.

Vu de Clermont avec ses flancs verdoyants, sa belle forment, son aspect
grandiose, ce mont fait songer aux sommet des Alpes et des Pyrnes,
surtout l'hiver, alors qu'il est couronn de neiges, car il ne porte
lui, ni neiges ternelles, ni glaciers. Aussi grce  sa beaut a-t-il
mrit de donner son nom au dpartement.

        Si Dme tait sur Dme,
        On verrait les portes de Rome,

disent les gens du pays en parlant de ce puy et de son voisin, le petit
Puy-de-Dme.

L'aspect des puys des monts Dmes est assez triste. La verdure manque
gnralement. Sur leurs pentes arides, l'herbe a peine  pousser et le
soleil en a vite raison. Quelques-uns cependant portent une parure plus
rsistante. Des forts de htres les enveloppent; mais on les compte. Si
l'on arrivait  dix, on pourrait faire une croix.

En revanche, la plupart possdent encore des cratres bien conservs
d'o, aussi bien du ct de la Sioule que du ct de l'Allier,
s'coulrent les laves qui barrrent ou comblrent diffrentes valles,
formrent des lacs et dtournrent le cours des rivires. Ainsi le
charmant lac d'Aydat doit sa naissance aux coules des trois puys de la
Vache, de Lassolas et de Vichatel, qui interrompirent le cours de la
Veyre. Ainsi encore, au nord du puy de Dme, la Sioule fut barre par
les laves runies des puys de Cme et de Louchadire; et cette rivire,
aprs avoir, elle aussi, d'abord form un lac, finit par s'ouvrir un
lit, au-dessous de Pontgibaud, o elle coule maintenant au pied d'une
colonnade basaltique haute de quatorze mtres.

Ces courants de lave, qui ont conserv le nom de _cheire_ que leur
avaient donn les habitants de l'Auvergne, ont plus ou moins envahi
toutes les valles avoisinant les puys d'o ils sont sortis,
quelques-uns s'tonnant mme  une assez longue distance, comme, par
exemple, la cheire vomie par le cratre du Pariou, qui va jusqu'
Fontmort et  Durtol.

Trois ou quatre des puys de Dme ont plusieurs cratres. Celui de Cme
en a deux; celui de la Nugre trois; celui de Montchier quatre: celui de
Barne trois. Ces cratres ont une profondeur trs-variable. Le plus
profond de tous, et de beaucoup, le cratre du puy de Louchadire, a 160
mtres. La moyenne est d'environ 95. C'est, je crois, la profondeur du
cratre du volcan de Graveneyre ou Gravenoire, qui a vers ses laves
dans la fameuse valle de Royat, voisine de Clermont.

Qui ne connat Royat et son tablissement thermal, qui ne date que
d'hier pourtant? Chaque anne s'y donnent rendez-vous de nombreux
baigneurs qui, avec les gologues et les Clermontois ont tant contribu
 populariser les singulires montagnes dont nous venons de parler.

La situation est dlicieuse.

Au fond d'une gorge ombreuse couverte d'arbres superbes coule la
Tiretaine, borde de moulins et de fabriques, qu'animent les eaux de
cette rivire. Une curiosit naturelle y attire les touristes: la
clbre grotte de Royat. Cette grotte est creuse dans une masse de
rochers basaltiques splendides. Elle a 11m de profondeur, sur 8m de
largeur et 3m 50 de hauteur maximum. Sa vote est arrondie en coupole 
ses extrmits, et les parois en sont tapisses de lichens et de
mousses, aux tons verts et noirs,  reflets de velours. Le terrain, form
de lave crase, est rouge. De cette grotte, o l'on jouit en t de la
plus agrable fracheur, jaillissent plusieurs sources limpides et
abondantes qui laissent tomber leurs eaux dans un lavoir, d'o elles
vont ensuite se mler  celles de la Tiretaine.

Royat commence l. Ses premires maisons ont les pieds dans l'eau. Les
autres grimpent le long de la montagne dans un dsordre qui, pour n'tre
pas un effet de l'art, n'en a pas moins des charmes. On dirait un
troupeau de chvres. Certaines semblent vagabonder et rechercher de
prfrence les lieux escarps. Tout en haut est l'glise, qui ressemble
 un chteau fort. C'est, pour continuer la comparaison, le bouc
veillant sur le troupeau. Son sommet, au milieu des arbres, apparat
couronn de mchicoulis appuys sur une srie d'arcs  plein cintre que
supportent des consoles. Un clocher octogonal surmonte le tout. De ce
point, de quelque ct que l'on regarde, on jouit de la plus magnifique
vue. Ici c'est le puy de Dme avec les puys qui lui font cortge; l
c'est le Graveneyre, et dans les brumes le plateau de Gergovie; de cet
autre ct, voil la ville savante, Clermont, et, derrire, le lit de
l'ancien lac, qui est aujourd'hui la riche plaine de la Limagne...

Louis Clodion.


Scnes de la vie Irlandaise

L'Irlande devrait tre un grenier d'abondance, et cependant elle est
pauvre. En vain sa fertilit appelle le travail des habitants,
contraints la plupart du temps de le refuser. C'est que les fermiers
gmissent sous l'oppression de gens d'affaires qui prennent  bail
gnral les terres que leurs propritaires n'osent habiter, non sans
raison. La faim est mauvaise conseillre, comme en tmoignait
dernirement un de nos dessins; _Le meurtre d'un landlord par son
fermier._

Mais aussi quelle misre!

Dans de pauvres cabanes, construites en terre et divises en deux
parties par un mur, vivent btes et gens; les matres grouillant et
couchant ple-mle dans l'un des compartiments; dans l'autre, les btes
domestiques; la vache et la chvre qui donnent leur lait, le mouton sa
laine, le porc sa chair, quelquefois aussi un de ces jolis petits
chevaux que l'on nomme _hobby_. Mais ce sont les plus riches seulement
qui possdent tant d'htes. Beaucoup n'ont qu'une vache ou une chvre,
avec quelques porcs qu'ils ne mangent pas, mais qu'ils vendent, pour
n'arriver pas, la plupart du temps,  payer le montant des redevances
qui les crasent. Leur nourriture habituelle est un pain grossier
d'avoine, des pommes de terre, des oeufs, du lait et quelquefois du
poisson. Quant  leur habillement, on devine ce qu'il peut tre, des
guenilles malpropres, des loques qui pendent, effiloches, le long de
leurs jambes nues. Pour les enfants, c'est  peine s'ils connaissent
l'usage des vtements.

L'excs de la souffrance a produit chez eux ces vices qu'on leur
reproche: la paresse et l'ivrognerie. Car pourquoi travailler si le
travail ne peut amliorer leur sort? Et ns fatalement pour le malheur,
peut-tre sont-ils excusables de demander au whiskey quelques instants
d'oubli. Mais ces vices sont compenss par les qualits les plus rares.
Les Irlandais sont courageux, patriotes, hospitaliers, fidles  la
parole donne, affables, polis et gais malgr tout. Le dimanche est
toujours pour eux un jour de fte. Leur grand plaisir de se runir pour
danser au son de la cornemuse; et si, ce jour-l, le produit du march a
quelque peu rempli leur gousset trop souvent vide, je vous laisse 
penser si le whiskey circule  la ronde! Malheureusement il pousse  la
querelle, et il est rare que la fte se termine sans horions.

L. C.



UN VOYAGE EN ESPAGNE
PENDANT L'INSURRECTION CARLISTE

III

Mon retour  Irun.--Caractre du peuple Basque.--_Les fueros_--Comment
s'opre l'enrlement carliste.--Apparition de la bande du cur
Santa-Cruz.--Le gouvernement se dcide  vouloir rprimer
l'insurrection.--La premire brigade marche contre les carlistes; la
composition et moeurs de ses soldats.

Le 21 fvrier,  dix heures du matin, je rentrai  Irun, de retour de
mon excursion  Vera. Il n'tait bruit, dans la ville, que de
l'insurrection carliste, dont la rumeur publique exagrait l'importance.
Si j'eusse dit qu'elle se bornait, pour le moment,  trois bandes
seulement, composes d'environ 700  800 hommes assez mal arms et plus
mal quips, on m'aurait pris pour un tratre ou un espion qui tait
pay pour dguiser la vrit. J'ai remarqu partout, et principalement
en Espagne, combien il est difficile, dans les questions politiques, de
faire entendre raison  des gens prvenus d'avance et qui ne veulent pas
tre convaincus.

Irun, petite ville d'environ 6,000 mes, trs-commerante et situe 
quelques centaines de mtres de la frontire franaise, renferme trois
_casinos_, qui sont les seuls endroits publics ou l'on s'occupe de
politique. Selon le _casino_ que l'on frquente, les nouvelles du jour
revtent des nuances diffrentes. Dans celui de l'aristocratie de
l'endroit, l'insurrection carliste faisait des progrs tonnants; les
bandes, au nombre d'une vingtaine, formant un effectif au moins de huit
mille hommes, parcouraient dj les quatre provinces, dispersant devant
elles les petits dtachements de troupes rgulires qu'elles
rencontraient sur leur passage.--Dans le casino de l'ayuntamiento, dont
les habitus se composent des libraux, l'insurrection ne prenait pas,
il est vrai, d'aussi grandes proportions; elle ne laissait pas nanmoins
que d'inquiter les amis de la constitution reprsente par le fils
d'Isabelle II.--Dans le _casino popular_, transform en club par
quelques radicaux socialistes et internationalistes, l'insurrection
carliste n'tait, au contraire, qu'un mythe, et dans le cas o elle,
viendrait  se produire aux environs de la ville, les _frres et amis_
taient assez forts pour l'touffer eux-mmes. Cette apprciation de la
nouvelle prise d'armes des carlistes par les divers partis tait, au
reste, la mme dans les autres villes d'Espagne.

Il semble qu'au milieu de ces divisions de partis, et au moment o
commenait  clater la guerre civile, les haines politiques dussent
tre plus exaltes, et, par suite, entraner d'horribles reprsailles.
Il n'en tait pas ainsi; les esprits sont plus calmes dans les pays
basques; les passions personnelles dominent ici la passion politique.

Un mot,  ce sujet, sur le caractre du peuple basque.

Le Basque, en gnral, est laborieux, sobre, trs-religieux, joueur et
grand amateur de la danse. Les bonnes qualits priment, toutefois, ses
dfauts. Son activit pour le travail, soit agricole, soit industriel,
est incontestable. Il suffit d'avoir parcouru la campagne et sjourn
quelque temps dans les villes pour se convaincre que l'agriculture et
l'industrie y sont en trs-grand honneur. Des champs cultivs dans les
valles et jusque sur le penchant des montagnes, produisent trois et
quatre rcoltes chaque anne; des usines et des manufactures tablies
dans les plus petits centres de population, et des mines de fer, de
plomb et d'argent exploites, en temps de paix, par des milliers
d'ouvriers, tmoignent partout de la rputation justement mrite
d'infatigables travailleurs qu'ont acquise le Navarrais, le Guipuzcoan,
le Biscayen et l'Alavais.

Quant aux sentiments religieux du Basque, ils sont peut-tre quelque peu
exagrs. Pour lui, l'glise sur laquelle il reporte toutes ses
affections est le lieu saint par excellence; le prtre, une personne
sacre dont la parole devient, pour lui, une prescription de l'vangile;
la religion, enfin, prdomine dans tous ses actes. Ce qui explique la
richesse avec laquelle sont ornes les glises, la quantit de chapelles
et d'ermitages qui s'lvent partout, et le nombre des ftes des saints
qui sont choisies dans l'anne. J'ai vu dans la mme semaine deux ftes,
sans compter le dimanche, scrupuleusement observes, pendant lesquelles
un ouvrier quelconque n'et pas os prendre un outil pour effectuer le
moindre travail manuel. L'influence de la religion est, en un mot,
absorbante dans ces pays, o les rares incrdules eux-mmes sont forcs
de se plier  ses exigences.

J'ai dit que le Basque tait joueur et grand amateur de la danse. Le jeu
qu'il affectionne, le jeu national par excellence, est celui de la
_pelota_ (jeu de paume). Il n'est pas de ville, de bourg et de village
o la municipalit n'ait fait lever un haut et large mur dans un espace
carr destin  satisfaire cette passion. L, les dimanches et jours de
ftes, toute la population mle, hommes, jeunes gens et adolescents, se
runissent pour lancer, repousser et relancer une ou plusieurs balles
contre le mur, d'aprs des rgles dtermines d'avance. L'animation des
joueurs, l'habilet dont ils font preuve et les enjeux des parieurs sont
une preuve de l'attrait irrsistible qu'exerce sur eux le _jeu de la
pelota_. J'ai assist  des parties, chose extraordinaire! o la somme
des paris s'levait jusqu' _vingt mille francs!_ Le _juego de la pelota_
ne s'effectue pas seulement en plein air, devant le mur municipal
destin au public; il existe encore, dans toutes les grandes villes, des
endroits particuliers o, dans l'intrieur des maisons, on a construit
un jeu de _pelota_, comme en France on y construit des manges. Ces
sortes d'tablissements sont frquents par les gens de l'aristocratie
ou de la bourgeoisie, qui vont se livrer  l'exercice de la pelota comme
nous, en France, nous allons au caf ou au gymnase avant de prendre nos
repas.

La passion du jeu ne le cde pas, dans le coeur du Basque,  la passion
de la danse,--qui a pour corollaire celle de la musique. Si vous entrez
dans un caf ou casino quelconque rempli de consommateurs calmes et
silencieux (car il est  remarquer que dans les tablissements publics
d'Espagne on n'est pas bruyant comme on l'est dans ceux de France), on
n'est pas peu surpris de voir,  un moment donn, un monsieur fort bien
mis qui, la guitare  la main, s'avance vers le milieu de la salle, et
chante en s'accompagnant de son instrument un air basque cout avec la
plus religieuse attention. Aprs un quart d'heure de musique et de
chant, l'amateur dpose gravement sa guitare et va reprendre
tranquillement sa place, qu'il avait quitt un instant. Quelquefois
c'est le piano, plac derrire le comptoir, qui fait entendre ses
variations sous les doigts d'un artiste improvis sorti du milieu de la
foule des consommateurs. On attribue, au reste, cet usage de la musique
 jets interrompus, dans les tablissements publics,  la sobrit des
habitus, qui est excessive. On consomme peu en Espagne; c'est le
contraire en France.

La guitare est, au surplus, l'instrument indispensable dans tous les
tablissements publics; elle fait partie intgrante de leur mobilier.
Vous la retrouvez dans les _fondas_ (htels), les _posadas_ (auberges)
et les _ventas_ (dbits), avec cette diffrence que dans ces deux
derniers genres d'tablissements, elles ne servent pas seulement  faire
de la musique, mais encore  faire danser les gens.

Vous tes, par exemple, dans une _venta_; arrive un charretier ou un
_carabinero_ (douanier), ou bien un Espagnol quelconque; tout le monde
est guitariste en Espagne; la premire chose qu'il prend, en entrant,
comme dsoeuvrement, est la guitare. Il la pince d'abord lentement; puis
il redouble son doigt progressivement, et, s'animant tout  coup, il
jette des sons et des airs rapides autour de lui, au point
d'enthousiasmer non-seulement les assistants, mais encore les voisins et
les passants de la rue. Tout  coup, la foule fait irruption dans
l'tablissement, et un bal se trouve subitement improvis et dure
souvent une grande partie de la journe.

Mais la danse de prdilection, la danse vritablement populaire et
nationale du Basque est le choun-choun. Deux fifres et un tambourin
composent l'orchestre, qui joue tantt des airs lents et monotones,
tantt bruyants et prcipits, sans transition aucune de la note grave 
la note aige; et au son de ces instruments, on voit se former tout 
coup sur les places publiques, et jusque sur les routes, des rondes et
des chasss-croiss fantastiques, ou danseurs et danseuses
s'accompagnant du claquement de leurs doigts, sautent en cadence et se
trmoussent pendant des heures entires.

Ajoutez  tous ces traits de caractre du Basque espagnol qu'il est
trs-jaloux de son indpendance politique, et que c'est prcisment pour
la conserver qu'il s'insurge en faveur du principe absolu reprsent par
don Carlos, contre le gouvernement rpublicain tabli, qu'il ne veut pas
reconnatre. Expliquons cette apparente contradiction de sa part.

Les anciens rois d'Espagne, anctres du prtendant actuel, avaient
accord aux quatre provinces, en ce moment insurges, sous le nom de
_fueros_, des liberts, des franchises et des immunits dont elles ont
toujours joui jusque sons le rgne de Ferdinand VII. En vertu de ces
_fueros_, elles s'administraient elles-mmes et n'avaient avec le
pouvoir royal ou central d'autres liens que ceux d'une subordination
respectueuse. Celui-ci ne pouvait exiger de ces provinces qu'un impt
annuel librement vot qui reprsentait, pour chacune d'elles, une somme
d'environ deux millions; et de plus qu'un contingent d'hommes limit, en
cas de guerre contre l'tranger. La guerre termine, les hommes
rentraient dans leurs foyers et ne devaient au roi nul autre service
militaire.

Ainsi, en dehors du pouvoir central, les quatre provinces avaient une
organisation particulire reprsente par l'assemble provinciale et les
assembles municipales. Chaque province lisait, tous les deux ou trois
ans, un certain nombre de dputs qui, sous le nom de dputes
provinciaux, discutaient au chef-lieu et administraient les intrts de
la province. L'impt provincial, la construction des routes, l'entretien
d'une garde provinciale comme celle des _miqueletes_ dans le Guipuzcoa,
la nomination des juges, l'entretien des glises, le salaire des
prtres, etc., tout cela rentrait dans les attributions de la dputation
provinciale.

Les municipalits, de leur ct, composes de membres choisis par
l'lection, s'administraient elles-mmes, et ne dpendaient de la
dputation provinciale que pour les affaires gnrales qui se
rattachaient seulement  la province, l'_alcalde_ (maire), ses adjoints,
le juge de paix, le _corrgidor_, etc., taient choisis par la voie du
scrutin. Il n'tait pas jusqu'aux traitements des prtres desservant
l'glise ou les glises de la commune qui ne fussent dans leur
dpendance. Les _fueros_ leur accordaient, en outre, de nombreuses
franchises, telles que la fabrication libre du tabac, de la poudre, du
sel, etc., le transport, sans payer des droits de douane, de toutes
sortes de marchandises, soit  l'intrieur du royaume, soit 
l'tranger. Pendant des sicles, les provinces basques jouirent ainsi
paisiblement de tous ces privilges.

Lorsque le rgime constitutionnel fut tabli en Espagne, il commena par
restreindre une partie des droits dont jouissaient les quatre provinces.
Il les soumit successivement  des obligations qu'il leur imposa
forcment, telles que de contribuer, pour leur part,  l'impt gnral,
de fournir des hommes au contingent de l'arme, de tirer au sort (la
_quinta_), etc.; en un mot, il tenta de leur enlever successivement une
partie de leurs privilges. De l naquit cette rpulsion que les Basques
ont toujours eu pour le rgime constitutionnel et qu'ils manifestent
encore aujourd'hui contre le rgime rpublicain.

Pour eux, les anctres de don Carlos leur ayant accord les _fueros_,
qu'ils ont toujours respects, et celui-ci leur ayant jur de les
maintenir, ils croient qu'ils n'ont qu' se battre pour le descendant
des anciens rois contre la Rpublique, pour rentrer dans la jouissance
de leurs anciens privilges.

Tels sont les motifs qui ont provoqu l'insurrection carliste qui, si
elle ne triomphe pas, est loin encore de vouloir prendre fin.

Vers le 15 de mars, c'est--dire trois mois aprs que j'avais assist 
ses dbuts, elle avait dj pris une trs-grande extension. Les
enrlements se faisaient ouvertement dans les communes des quatre
provinces. Dorronsoro, intendant gnral de don Carlos dans les
provinces et son reprsentant, parcourait toutes les localits de la
Navarre et faisait afficher ou proclamer par les _alcaldes_ l'ordonnance
du _roi_, qui prescrivait la leve en masse. J'ai t plusieurs fois
tmoin de la manire dont s'opraient ces sortes d'enrlements. Le
dimanche, au sortir de la messe, le _corrgidor_ ou valet de ville
donnait lecture de l'ordonnance royale; le public l'coutait
religieusement, et, arrivs dans leurs maisons ou leurs _caserios_
(fermes), hommes et jeunes gens se consultaient ensemble, et le
lendemain allaient se mettre sous les ordres d'un _cabecilla_. En moins
de quelques jours, on recrutait par ce moyen des centaines de
volontaires.

A cette poque parut une bande qui devait bien faire parler d'elle et
qui, tout en rendant d'abord de grands services  la cause de don
Carlos, lui fit un grand tort dans la suite: c'tait la bande du cur
Santa-Cruz, dont j'aurai plus tard  faire connatre les exploits.

Santa-Cruz tait cur d'Hernialde, petite paroisse d'environ 350 mes,
situe aux environs de Tolosa. Rien dans sa personne ne pouvait faire
supposer qu'il y eut en lui l'toffe d'un cabecilla, except une agilit
et une force physique extraordinaires dont il donnait des preuves et qui
le faisaient distinguer dans sa commune. Ag de trente-deux ans, d'une
taille moyenne et d'une physionomie tort peu avenante, Santa-Cruz
n'avait qu'une instruction trs-borne. Les exercices du corps, tels que
le jeu de la _pelota_, le maniement du _maquilla_ (bton basque), et la
course, constituaient ses principales qualits, dont il usait et abusait
trangement dans sa paroisse. Je ne sais s'il fut redevable  ces
qualits physiques de la confiance qu'il inspira aux insurgs de la
contre, toujours est-il que dans l'espace de quelques jours, il put
runir autour de lui une centaine de jeunes gens vigoureux et
dtermins, qui se mirent  sa disposition et formrent le noyau de sa
bande. Aprs les avoir quips et arms d'une manire uniforme, en leur
faisant porter, comme signe de distinction, un coeur brod en rouge sur
le ct gauche de leur jaquette, il se mit  leur tte et commena la
campagne avec eux.

J'aurai l'occasion plus d'une fois, dans la suite de ce rcit, de faire
connatre les singuliers exploits de la bande Santa-Cruz.

L'insurrection faisant de rapides progrs, le gouvernement du roi
Amde, qui jusqu'alors n'avait paru gure s'en proccuper, jugea 
propos de l'arrter dans sa marche en envoyant des troupes contre elle.
Il est de tradition, en Espagne, de n'entrevoir le danger et de ne le
prvenir qu'au dernier moment. A quoi cela tient-il? Un peu 
l'impritie des hommes d'tat au pouvoir et beaucoup au manque d'argent.
J'ai vu le gnral Nouvillas, commandant en chef l'arme du Nord, arrt
 Vittoria, ne pouvant continuer la campagne parce que l'argent de la
solde des soldats vint  lui manquer. Il attendit, pendant cinq jours,
un million que devait lui envoyer le ministre des finances et qui
n'arriva jamais. Nouvillas, du dans son attente, rentra  Madrid.

La premire brigade envoye contre les carlistes de la Navarre fut celle
de Castanon. Je me trouvais  Pampelune lorsqu'elle y arriva, vers le
milieu du mois de mars. Elle tait compose de soldats de la ligne
trs-salement quips, d'une quarantaine de _miqueletes_ (soldats
guipuzcoans), de cinquante soldats du gnie, de vingt _guardias civils_
(gendarmes), de trente cavaliers fort bien monts en chevaux et de deux
pices de campagne servies par une soixantaine d'artilleurs et
accompagnes par autant de mulets.

Elle se dirigea sur la route de Pampelune, du ct de Vera, o les
carlistes occupaient trois localits: Vera, Eychalar et Lessacca. Je la
suivis dans sa marche. A l'approche de la premire de ces localits, les
bandes carlistes, qui n'taient pas en nombre pour rsister  une
attaque de la brigade, se retirrent dans les montagnes et allrent
prendre position sur la montagne qui domine le pont d'Anderlassa,
au-dessus et tout prs de la route que suivaient les troupes rgulires.
Arrives auprs du pont, les carlistes, camps en face, sur le revers de
la montagne, commencrent le feu, pendant que celles-ci prenaient
position pour leur riposter. Pendant cinq heures, on fit feu de part et
d'autre,  une distance telle que sur cent balles, une seule, tout au
plus, portait, tant du ct des insurgs que de celui des rguliers. Au
bout de ce temps le combat cessa, et on releva deux morts et six blesss
du ct de la brigade, et cinq blesss seulement du ct des carlistes.
Je cite ce fait d'armes pour donner aux lecteurs une ide en gnral de
la guerre de partisans, telle qu'elle se pratique en ce moment dans les
provinces du nord de l'Espagne.

Ds que le combat eut cess, les carlistes revinrent occuper les
villages qu'ils avaient momentanment quitts  l'approche de la brigade
Castanon, tandis que celle-ci continua sa route en avant et alla faire
halte  Irun, o elle vint loger et se ravitailler. C'est l que j'ai
assist  un spectacle offert par les soldats du brigadier Castanon.
Arrivs dans la ville en chantant et en apostrophant les passants, ils
dposrent les armes sur la place de l'_Ayuntamiento_, allrent chercher
leurs rations, qu'ils mangrent en plein air; puis, les uns empruntant
des guitares, se mirent  parcourir la ville en chantant  la faon des
anciens trouvres, tandis que les autres organisrent un bal, entre eux,
o ils passrent presque toute la nuit  danser. Le matin, l'ordre de
dpart tant donn, ce n'est qu'en rechignant qu'ils voulurent se mettre
en route; et la brigade, de retour de sa campagne, rentra 
Saint-Sbastien, sa garnison. Cette campagne avait dur huit jours.

H. Castillon (d'Aspet).



[Illustration: TYPES ET PHYSIONOMIES D'IRLANDE.--Paysans irlandais se
rendant au march.]



LA SOEUR PERDUE

[Illustration: Il y avait l, en tout, une vingtaine d'hommes.]

[Illustration: L'ouragan clatait dans toute sa furie.]

[Illustration: Venez ici, regardez donc ces fleurs!]

[Illustration: La balle, par un hasard providentiel, avait touch droit
au coeur.]



LES THTRES

Vaudeville. _L'Oncle Sam_, comdie en quatre actes, de M.
Sardou.--Gat. _Jeanne d'Arc_, tragdie en cinq actes, de M. J.
Barbier, musique de M. Gounod.--Bouffes-Parisiens. _La Quenouille de
verre_, oprette en trois actes, de MM. Albert Millaud et Moreno,
musique de M. Grisard.

Si vous demandez  un Amricain ce qu'il pense de l'Oncle Sam, il
sourira de votre question; ce qui l'tonne, ce n'est pas que M. Sardou
ait fait une charge  fond de train sur les moeurs des tats-Unis, mais
c'est que vous, vous preniez au srieux cette spirituelle caricature et
que vous traitiez en comdie cette fantaisie d'un homme d'infiniment
d'esprit et de talent. Les critiques de la presse me semblent bien
svres envers M. Sardou; ils lui demandent  lui, auteur dramatique,
les consciencieuses tudes d'un crivain et d'un moraliste; ils lui
reprochent de ne pas nous parler, en scne, de cette Amrique que M. de
Tocqueville, douard Laboulaye, Charles Dickens, Hubner, Hepworth Dixon,
nous ont fait connatre dans leurs livres.

La belle affaire! Comme si le thtre se souciait de la vrit vraie, et
comme si M. Sardou se mettait en peine d'crire une comdie pour faire
suite aux tudes de ses prdcesseurs. Il court sur ce sujet une foule
de lieux communs accepts par nous, une srie de clichs propres 
divertir les honntes gens, qui n'y croient pas du reste. M. Sardou s'en
empare et en tire parti au bnfice de son public, qui applaudit; il a
raison puisque le spectateur mme avant d'entrer dans la salle est dj
son complice.

Pour une bonne moiti des Parisiens, l'Amrique est un peuple de
commerants qui vit de faillites. Il met son honneur  faire des dupes,
et il n'estime que ceux qui s'enrichissent en le trompant. Son sol ne se
compose que de terrains marcageux o la fivre dvore les habitants. Ne
parlez ni de littrature ni de beaux-arts  ces yankees, pour qui le
gnie humain est lettre morte. L'argent est tout pour eux. A peine
connaissent-ils la famille; la socit, ils l'ignorent; chacun pour soi
et le revolver pour tous. Quant au mariage, chacun sait comment il se
pratique; par voie de flirtation. La flirtation, c'est la ressource de
toutes les jeunes filles. Elles gagnent un mari grce  ces coquetteries
dangereuses,  la faon de ces chevaliers du jeu qui, autrefois,
ruinaient les fils de famille avec des ds pips. Vous avez perdu: cote
que cote, il faut payer au tricheur adroit. Ici ce n'est pas la carte,
c'est le mariage forc, et il se trouvera toujours  point nomm un
pasteur d'une religion invente le matin mme, pour donner force de loi
 cette union. En Amrique on fait le mari comme en France on fait le
mouchoir. L'Amricaine, c'est le pick-pocket du mariage. Tout cela n'a
pas le sens commun; mais  nous, qui rions de tout, il nous faut une
Amrique pour rire, et c'est justement celle que M. Sardou nous a
donne. Nous serions bien mal aviss de la lui reprocher, puisque c'est
 nous-mmes qu'il l'a prise.

Voil de bien grandes protestations pour peu de chose; et M. Sardou doit
bien rire sous cape  voir  quelles hauteurs la discussion lve
l'_Oncle Sam_ en l'accusant de manquer  la vrit de l'observation.
Comme si la comdie parisienne en avait jamais fait d'autres.

Il lui plat de donner  son caprice des moeurs ou des habitudes  un
peuple; personne ne l'a jamais chican l-dessus. La comdie a une sorte
de gographie grotesque.

Elle a invent les Anglais touristes de l'opra-comique et du drame;
l'Espagnol avec ses ternelles castagnettes; Venise avec ses espions et
ses mandolines, et les Turcs avec le harem, les grosses pipes, le turban
et le soleil plaqu en passementerie, dans le dos. Qui donc crie  la
caricature? Personne ne rclame pour Madrid, Venise ou Canstantinople.
C'est autour de l'Amrique, maintenant; et du moment o, aprs avoir vu
jouer l'_Oncle Sam_, dont elle a eu, la premire, le bon got de rire,
je ne vois pas ce que nous avons tant  crier. La question est toute
autre. La pice de M. Sardou est-elle amusante? Tout est l.

Eh bien! oui; et n'taient quelques longueurs qui ralentissent
singulirement son action, je lui prdirais pour ma part un trs-grand
succs.

Ces lieux communs dont je vous parlais tout  l'heure et qui nous
servent  railler ce grand pays, servent de fond  cette comdie; disons
mieux,  cette revue satirique, sorte de chronique de petit journal
adroitement mise en scne, avec Samuel Tappleton, l'oncle Sam, marchand
de guano, ngociant de cotons, vendeur d'allumettes, millionnaire pour
le moment et aspirant aux emplois publics,  l'aide d'un journaliste
qu'il achte, d'un Irlandais courtier d'lections, d'un chef de pompiers
marchand de votes, et d'un fils qui parle au peuple au nom de Samuel
Tappleton, et qui en fin de compte se fait nommer aux lieu et place de
son pre. Samuel Tappleton a fait plusieurs fois faillite, ce qui lui
vaut l'estime de ses compatriotes. Voici le pasteur Jddiah, qui voyage
pour la Bible et le _vermuth rparateur_, une liqueur de son invention.
Puis le colonel Nathaniel, l'aptre de cette galit qui n'admet que des
infrieurs, homme sans prjugs, mais qui se fche tout rouge si on
l'appelle monsieur au lieu de colonel. Voici les trois nices de M.
Tappleton: Belle, la femme en premires noces du journaliste Elliot, qui
a divorc pour pouser le colonel Nathaniel, ce dont l'oncle Tappleton a
t inform par dpche tlgraphique, formalit suffisante; Belsev, qui
conduit adroitement le musicien Francis  lui parler d'amour sous les
yeux du pasteur Jddiah en train de djeuner, tourderie dangereuse
pour Francis, puisqu'elle entrane son mariage avec Betsey; Sarah, le
type amricain par excellence, la jeune fille avec laquelle la France
fait ses comdies.

Sarah a pour capital sa jeunesse et sa beaut. C'est la mise de fond de
ce commerant aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Elle tient en partie
double la comptabilit de ses sentiments; quand un prtendant se
prsente, elle l'accrdite dans sa maison; il a un compte ouvert. Reu
tant; pay tant; balance exacte. Si le jeune homme, enivr par le
breuvage de la flirtation, parle d'amour, on lui rpond affaire. Il ne
s'agit pas de savoir s'il aime, mais bien de connatre le chiffre de sa
fortune. Or, il se trouve que Robert de Rochemaure, un jeune Franais
qui voyage en Amrique, est marquis avec cent mille livres de rente. M.
de Tocqueville, que Robert a lu avec passion, n'a pas suffisamment
averti son lecteur, puisque le beau marquis se laisse prendre aux
charmes de Sarah; si bien qu'aprs lui avoir promis mariage dans un
petit billet crit au crayon, le malheureux se laisse _flirter_ et fait
trois jours durant l'cole buissonnire avec cette jeune fille, sans que
la question d'amour ait fait un pas srieux, ce qui met hors de lui le
marquis de Rochemaure, irrit de cette lgret improductive pour un
amant. Mais quel rle joue donc Robert et qu'a-t-il espr? Il se plaint
de ce qu'une Amricaine n'ait pas le dshonneur facile! et il se croit
un honnte homme et il s'tonne que la loi vienne et lui dise; Tu seras
solidaire de ta faute et tu rpareras le mal fait  la rputation d'une
jeune fille compromise par toi! Il se trompe assurment et la comdie de
M. Sardou se trompe avec lui.

Jusque-l elle s'parpillait dans la satire; on ne perd pas plus
gaiement un succs. M. Sardou avait compromis la bataille; il lui
restait le temps d'en gagner une autre; il l'a emporte par une scne
excellente, une scne de vritable auteur dramatique. Le marquis se
trouve seul avec Sarah; il lui reproche sa froideur, et la menace de sa
passion qui est devenue de la folie. Mais cet amour de Sarah, cet amour
 l'amricaine a fait place  l'amour vrai, sincre de la jeune fille.
Sarah aime le marquis; elle se craint elle-mme, elle a peur de l'aimer;
et devant cette candeur, cette vertu, cette palpitation de l'me, le
marquis respectueux oublie la matresse et salue la femme. Voil qui est
fin, dlicat, dramatique, suprieur; le reste avec le guet--pens de
l'oncle Sam, de Fairfax et du pasteur Jddiah, avec le trio de
complices qui veut forcer Robert au mariage ou  une ranon de cent
mille francs, le reste, dis-je, appartient  ce drame que M. Sardou met
si adroitement en action. Le marquis honteux de ce vol de son coeur et
de son argent, refuse d'pouser Sarah.--Alors vous payerez l'amende, dit
l'oncle Sam.--Estimez vous-mme l'honneur de votre nice et envoyez-moi
la note, je payerai.

Le marquis payerait, en effet, si Sarah injustement outrage par un
soupon de complicit ne dchirait elle-mme le petit billet qui
contient la promesse de mariage de Robert; ainsi finirait la comdie
s'il ne nous fallait pas revenir encore aux moeurs amricaines, au duel
 coups de pistolet dans les escaliers et dans les salons d'un htel en
prsence de tous les trangers; duel fort bien rgl du reste et pendant
lequel les glaces du salon volent en clats. Tout ce tapage pass, ce
bouquet de coups de revolver teint, on s'embrasse et le marquis de
Rochemaure emmne Sarah en France, dont les moeurs le rassurent
probablement pour l'honntet de sa femme.

J'ai d ncessairement courter le compte rendu de cette pice, qui vit
plutt d'une srie de tableaux que d'une action scnique; le drame rel
tient peu de place dans l'_Oncle Sam_. Du reste c'est toujours le
procd de thtre de M. Sardou. Le sujet est restreint; les dtails
abondent; dtails charmants, pleins d'ingniosits, de surprises et
d'esprit. Le succs vient de partout, de la mise en scne, des dcors
qui sont superbes, des toilettes qui clipsent le luxe de thtre en ce
genre. Les interprtes ont fait merveille: Parade, Saint-Germain,
Richard, Abel, excellent dans le rle de M. de Rochemaure, Colson,
Georges. Mlle Fargueil, joue avec son incomparable talent de comdienne,
un personnage fort amusant de Franaise qui montre et dmontre cette
lanterne magique amricaine. Mlle Bartet est charmante et toute
sympathique dans le rle de Sarah, et M. Carvalho a trouv au grand
complet un salon de jolies femmes pour le grand jeu de la flirtation.
Voil donc une bonne fortune pour le Vaudeville, depuis longtemps en
qute d'un grand succs. L'espace disparat peu  peu sous notre plume;
pourtant nous ne voulons pas finir sans annoncer le succs de _Jeanne
d'Arc_,  la Gat. Il revenait de droit  cette oeuvre d'un pote
traitant en fort beaux vers ce grand sujet national, cette pope de
Jeanne d'Arc. M. Barbier a mis en scne, en suivant l'histoire, les
actes de cette grande inspire de Dieu qui combattit et mourut pour la
patrie. M. Gounod a ajout  l'art du pote la puissance de son talent.
Nous avons beaucoup applaudi  cette partie de l'ouvrage, surtout  ce
ballet, aux choeurs des soldats et  la marche funbre du cinquime
acte, qui sont crits de main de matre et dont l'effet est des plus
saisissants. Les dcors, les costumes de Jeanne d'Arc sont d'une
incroyable richesse, et quant  Mlle Lia Flix, je ne crois pas qu'une
actrice ait obtenu un pareil triomphe depuis Mlle Rachel, dont elle nous
a rappel parfois l'accent dramatique et la puissance de talent.

Les Bouffes-Parisiens ont renouvel leur affiche avec _la Quenouille de
verre_, un joli conte dit d'une faon graveleuse, il est vrai, mais
c'est le style de l'endroit. Et puis Mlle Judie et son compre Mme
Peschard ont dit si spirituellement cette comdie dcollete, qu'il a
t beaucoup pardonn  la pice en faveur de ses interprtes aimes du
public. La musique est d'un jeune auteur, M. Grisard, dont l'avenir est
plutt, croyons-nous, dans le genre fin et lgant, que dans le genre
bouffe. Il y a de fort jolis morceaux dans cette partition, mais des
morceaux de demi-teinte; je pense que dans l'ouvrage qui suivra _la
Quenouille de verre_, le talent de M. Grisart, plus en confiance avec le
public, s'accentuera avec plus de franchise.

M. Savigny.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

_Correspondance de Lamartine_, publie par Mme Valentine de Lamartine,
(2 vol. in-8).--_Posies indites de Lamartine_, (1 vol. in-8.) (Chez
Hachette et Cie.)--Mme Valentine de Lamartine vient de nous donner trois
volumes nouveaux d'oeuvres indites du grand pote. Quand je dis
oeuvres, je devrais dire morceaux, car on ne saurait donner le nom
d'oeuvres  ces fragments de pices de vers,  ces lettres,  ces
billets de la vingtime anne, qui sont fort utiles  qui veut crire la
biographie de l'auteur de _Jocelyn_, mais qui n'ajoutent,  proprement
parler, rien  sa gloire. Et pourtant si, la _Correspondance_ de
jeunesse, qui va de 1807  1812, et les posies indites que voici,
servent  nous faire mieux connatre le pote, et, pour un homme comme
Lamartine, tre mieux connu c'est tre plus aim. On peut voir par des
projets de dbuts, premiers rves de Lamartine, combien cette me
ardente aux premires heures de sa vie, dpensait dj de gnie encore
mal form, dans ses essais, dans les balbutiements de sa Muse. On ne
saurait donner, sous peine d'abdiquer toute critique, la tragdie de
_Mde_, qu'on nous prsente ici, et les fragments de _Zorade_, comme
des travaux qui eussent illustr le nom de Lamartine, mais ils n'en sont
pas moins fort intressants au point de vue de l'histoire littraire. Il
est, d'ailleurs, dans les _Posies indites_, des pages d'une valeur
plus haute, et je citerai par exemple ce qui nous reste des _Visions_,
ce grand pome pique, songe inachev de la jeunesse de Lamartine.

Je comprends d'autant mieux le plan de la _Divine comdie_, a crit
Lamartine dans son _Cours de littrature_ que moi-mme, hlas! mille
fois infrieur en conception, en loquence et en posie au grand exil
de Florence, j'avais couru, ds ma jeunesse, une pope, le grand rve
de ma vie, la seule pope qui me paraisse aujourd'hui ralisable, sur
un plan  peu prs analogue au plan de la _Divine comdie_. Il nous
indique ensuite en quelques lignes ce que devait tre ce pome, que
l'_homme_,--et sa destine prsente, passe et future,--emplissaient
tout entier. C'tait en Italie, aprs ces vagues souffrances de nerfs
qui sont la croissance de l'esprit, que ce pome des _Visions_ avait
t projet. Je supposai deux Ames manes le mme jour, comme deux
lueurs, du mme rayon de Dieu; l'une mle, l'autre femelle, comme si la
loi universelle de la gnration par l'amour, cette tendance passionne
de la dualit  l'unit, tait une loi des essences immatrielles, de
mme qu'elle est la loi des tres matriels anims, et ces deux mes,
le pote les promenait, les conduisait, de transfiguration en
transfiguration,  travers les mondes et les sicles, pour les unir
ensuite, en sa pense, dans l'tre parfait. On voit quelle sorte de
mysticisme philosophico-religieux emplissait, alors le cerveau de
Lamartine. La ralit devait, au surplus, rpondre ironiquement  ces
songes dont le pote ne vit jamais la ralisation. Mon pome, dit-il,
aprs que je l'eus contempl quelques annes, creva sur ma tte comme
une de ces bulles de savon colores, en ne me laissant que quelques
gouttes d'eau sur les doigts, ou plutt quelques gouttes d'encre.

Ce sont ces _gouttes d'encre_ qu'on trouvera recueillies dans le volume
des _Posies indites_, et l'on pourra se faire par elles une ide de ce
qu'et t l'pope des amours d'Elo et d'Adha, depuis leur cration
jusqu'au jour du jugement. L'auteur des _Pomes civiques_, M. Victor de
Laprade, qui a crit pour ce volume une prface loquente et attendrie,
est d'avis que le fragment de la huitime _Vision_, intitul le
_Chevalier_, et qu'on publie dans le prsent volume, est un vrai type
de la description et du gnie pittoresque dans Lamartine. A mon avis,
les descriptions de _Jocelyn_, et mme celles de la _Chute d'un ange_,
lui sont bien suprieures. Ce _Chevalier_ de Lamartine est un peu trop
habill, selon mon got,  la mode des _troubadours_ de pendules: le
_cheval_ y est encore un _palefroi_, le _vent_ y porte le nom de
_Zphyre_. Lamartine ne s'est pas compltement dgag l de la
phrasologie classique, ou plutt fausse et fade des potes de l'empire.

Je prfre  ces vers ceux qu'il adresse  l'ombre d'_Alfieri_ ou  Mme
_Ristori_:

        Le marbre de Memnon sentait, bien qu'il ft pierre,
        Mais son me,  soleil, n'tait que la chaleur!
        Nous pleurons, mais, avant de mouiller la paupire
        Ces larmes de nos veux ont roul de ton coeur!

On reconnat, on retrouve l le vritable Lamartine, le pote des
_Mditations_. Il y a bien un autre Lamartine, qui nous est galement
sympathique, c'est celui dont on pourrait dire ce que Sainte-Beuve a dit
de Lamennais, qu'il a saut, _comme  saute-mouton_, du catholicisme 
la dmocratie. C'est le Lamartine tribun, le Lamartine patriote, le
Lamartine homme d'tat. Mais celui-l, dont M. Ch. de Mazade nous a
cont l'existence dans un livre excellent, nous ne le rencontrons point
dans ces premiers volumes. Le Lamartine que voici est semblable,
intellectuellement parlant, au portrait que Flameng a grav pour cette
dition, et qui nous montre un jeune homme de vingt-trois ans, mince,
fluet, admirablement beau, le profil pur, les cheveux friss, vtu de
cet habit  collet haut auquel vous condamnait la mode d'alors. C'est le
Lamartine srieux et rveur, sans doute, mais souriant aussi, de la
_Correspondance_ publie par Mme Valentine de Lamartine.

Ce Lamartine de 1807  1812 est vraiment bien intressant et parfois
bien inattendu: il versifie, il s'amuse, il lit, il aime, il voyage, il
raille, lui qui plus tard ne voudra plus savoir ce que c'est que la
raillerie. Il fait des chansons, lui qui fera des odes. Il improvise sur
l'air: _Femmes, voulez-vous prouver_, etc.

        Que j'aime  voir, dans mon jardin,
        Rougir une rose nouvelle,
        Et dans sa fracheur du matin,
        M'offrir sa parure vermeille!
        Mes amis, entre nous soit dit,
        Ma belle et simple lonore,
        Quand son modeste front rougit,
        Me plat bien davantage encore!

Rapprochez ces verselets des strophes superbes du _Lac_ et des
lamentations du _Crucifix_, et dites-moi si l'on pouvait souponner dans
cet imitateur des potereaux du XVIIIe sicle le grand pote du XIXe.
C'est  ce titre que ces volumes sont particulirement intressants:
nous tudions Lamartine _dans l'oeuf_, si je puis dire. Ailleurs, le
gnie dploiera librement ses ailes. Ici, il les secoue et les essaie,
et, aprs le triomphe d'un grand homme, je ne sais rien de plus
captivant que ses premiers pas et ses premiers cris: l'apothose a son
prix et l'aurore a le sien. Or,  proprement parler, ce qu'on
rencontrera dans cette _Correspondance_, et ces _Posies_, c'est
l'aurore de Lamartine.

_Libration du territoire_, par M. Albert Loustaunan. (Au profit de
l'OEuvre des Alsaciens-Lorrains).--C'est l, avec la pice clbre de
Victor Hugo, tout ce qu'a produit ce grand fait de l'vacuation du
territoire. Quand j'aurai dit que les vers de M. Loustaunan ne valent
pas ceux de V. Hugo, je n'tonnerai personne, mais il y a de l'motion
et un sentiment trs-juste dans ces vers d'un pote, qui s'crie:

        Il n'aura point cess notre asservissement
        Tant que les prisonniers de l'Alsace-Lorraine,
        Nos frres, gmiront sous la verge et la chane
        D'un garde-chiourme allemand!

_Les amours sauvages_, par M. Paul Perret. (1 vol. in-18. Michel
Lvy.)--M. Paul Perret a sign l son meilleur roman peut-tre. Le
contraste entre le caractre d'une femme, qui descend des Sarrazins, et
le milieu provincial o elle est jete est bien saisi, bien peint, avec
des couleurs justes et suffisamment violentes. Ce roman avait dj paru
sous ce titre: La _Sarrazine_. Il mrite d'tre lu et le sera avec
plaisir.

_Les Drames de la fort_, par M. Alexis Bouvier. M. Alexis Bouvier est
un crivain de l'cole _robuste_, une sorte d'Amde Rolland en prose.
Il a publi, depuis un an, des romans vigoureux: _les Pauvres, les
Soldats du dsespoir, Auguste Marette_, des rcits violents, trop
violents parfois, mais mles et hardis. _Les Drames de la fort_ sont de
la mme cole et de la mme venue. Le braconnage, les amours tragiques,
les meurtres dans les fourrs, remplissent ces pages brutales et
solides. Cette sve vaut mieux que bien des anmies, et on lit ces
livres avec plaisir, sans fatigue et souvent avec beaucoup d'motion.

_Une gommeuse_, par Camille Prier. (1 vol. in-18. Dentu.)--_Les
gommeux_ sont les successeurs des _petits crevs_, les hritiers des
_gandins_, les fils des _lions_, les petits-neveux des _muscadins_. Ils
ont chang de nom, selon les temps; mais,  toutes les poques, ils
eussent pu se nommer les _inutiles_ et mme les _nuisibles_. Mme Camille
Prier, quittant ses rcits algriens, a voulu peindre un coin de la vie
parisienne nouvelle. Elle a pris pour hrone (quelle hrone)! une
_gommeuse_ d'aujourd'hui, une _merveilleuse_ d'autrefois. Peut-tre
a-t-elle pouss  l'horrible ce type de femme; peut-tre l'a-t-elle
prsente sous des couleurs trop sombres. Cette _gommeuse_ est pis
qu'une coquine, c'est une criminelle: sa sclratesse dpend de la cour
d'assises. Le roman est d'ailleurs singulirement attachant, et c'est un
bon gros drame dans le genre de ceux qu'aimait ce pauvre Gaboriau. Il y
a un public, et un public passionn pour ces oeuvres.

Jules Claretie.



[Illustration: La vitrine du docteur Pierre,  l'Exposition universelle
de Vienne.]

EXPOSITION DE VIENNE
Vitrine du docteur Pierre
8, PLACE DE L'OPRA, PARIS

Le jury de l'exposition de Vienne vient de dcerner la Mdaille de
Mrite  l Maison du docteur Pierre, consacrant encore, par cette
rcompense de haute valeur, les excellentes qualits de son _Eau_ et de
ses _Poudres dentifrices_, depuis longtemps dj connues et justement
apprcies.

Fonde en 1840, la maison du docteur Pierre est maintenant au premier
rang de son industrie.

Nous donnons ici le dessin de sa vitrine  l'Exposition. On y trouve le
bon got, le fini, l'lgance qui l'ont toujours particulirement
distingue et fait remarquer.

Nota.--La Mdaille de Mrite accorde  la maison du docteur Pierre est
la rcompense la plus leve obtenue par les dentifrices.



RBUS

[Illustration.]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Que de pendules n'ont point rpondu  l'appel pour sonner l'heure de la
libration du sol!...









End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 1603, 15 novembre
1873, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1603, 15 NOVEMBRE 1873 ***

***** This file should be named 47740-8.txt or 47740-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/7/7/4/47740/

Produced by Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
