The Project Gutenberg EBook of La Puce de Mme Desroches, by Various

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Title: La Puce de Mme Desroches

Author: Various

Editor: Damasse Jouaust

Release Date: September 28, 2014 [EBook #46991]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PUCE DE MME DESROCHES ***




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et n'a pas t harmonise.




    LA PUCE

    DE

    MME DESROCHES

    [Logo]

    PARIS
    _Cabinet du Bibliophile_
    M DCCC LXVIII




    LA PUCE
    DE
    MME DESROCHES

    _CABINET DU BIBLIOPHILE_
    No III




TIRAGE.


     300 exemplaires sur papier verg.
      15            sur papier Whatman.
      15            sur papier de Chine.
       2            sur parchemin.
    -----
     332 exemplaires numrots.

    No ***




    LA PUCE
    DE

    MME DESROCHES

    PUBLIE PAR D. JOUAUST

    [Ornement]


    _A PARIS_
    CHEZ D. JOUAUST, IMPRIMEUR
    RUE SAINT-HONOR, 338

    MDCCCLXVIII




[Ornement]


AVANT-PROPOS


Le seizime sicle a t par excellence l'poque de la posie. Le
mouvement littraire qui se produisit alors entrana tous les esprits
cultivs; la mode fut de faire des vers, et l'on versifia, comme on
aurait fait toute autre chose. Tous, potes, savants, magistrats,
furent pris de l'ardeur de rimer, et chacun voulut enfourcher son
Pgase. Combien restrent en route dans cette course effrne vers le
sommet du Parnasse, nul ne pourrait les compter, l'ingrate histoire ne
nous ayant pas transmis leurs noms. Mais,  ct de ceux dont elle a
pris soin de nous conserver les crits, il en est bon nombre dont
elle a laiss survivre les essais, et souvent il peut y avoir profit
et plaisir  s'arrter  ceux-l.

Une autre cause vient encore expliquer la profusion de rimeurs clos 
cette poque. On ne voyait pas alors, comme aujourd'hui, les talents
se localiser dans une spcialit littraire ou scientifique; souvent
le pote tait un savant, et le savant un pote; il n'y avait pas
entre les diffrentes branches des connaissances humaines cette
sparation profonde qui existe aujourd'hui, et qui souvent se trouve
accentue par des aversions rciproques. L'homme instruit ne voyait
rien d'indigne de lui dans tout ce qui pouvait exercer son
intelligence. Il en fut ainsi pendant longtemps encore; Descartes et
Pascal sont deux exemples merveilleux de cette union des sciences et
des lettres. Nous aurons encore de trs-grands crivains et de
trs-remarquables savants, mais il est peu probable qu'il s'en
rencontre encore qui soient l'un et l'autre  un degr aussi lev.

On devra donc moins s'tonner de voir toutes les pices que nous
rimprimons dans ce volume signes par des personnages connus comme
magistrats, mais fort ignors comme potes. Voici, du reste, en
quelques mots, dans quelles circonstances elles virent le jour.

La haute socit du pays poitevin s'honorait alors de deux dames
appartenant  la ligne des _prcieuses_ de Molire et des _bas-bleus_
de nos jours: c'taient Madelne Neveu, pouse du sieur Desroches, et
Catherine, sa fille. Potes elles-mmes, mais dans une mesure
trs-restreinte, Mmes Desroches runissaient autour d'elles une
socit de potes; c'tait  elles que revenait de droit la primeur du
sonnet nouvellement clos: l'auteur accourait dans le cnacle, 
l'heure dite, pour dbiter ses _petits vers_ devant un auditoire dont
les applaudissements lui taient assurs, car dans chacun de ses juges
il avait un complice en posie dont il devait tre le juge  son tour.

Si l'on tait attir chez ces dames par l'amour des vers, on l'tait
aussi par les charmes de demoiselle Catherine, qui, du reste, ne les
drobait pas trop aux regards, comme nous l'apprend l'aventure de la
puce. Mais Catherine est aussi sage que belle; c'est, au dire de ceux
qui chantent sa beaut, une _roche_ contre laquelle viennent
s'mousser les traits les mieux aiguiss de l'_Archerot idalien_.
Aucun de ses soupirants ne se vante, en effet, d'avoir obtenu d'elle
la moindre faveur, et si parfois, dans la description de ses charmes,
ils s'garent au del de la limite qu'elle a elle-mme assigne 
leurs regards, ils se reprennent de leur tmrit, et se htent, en
honntes rimeurs qu'ils sont, de rentrer dans le devoir:

    _Car la mesme pudeur honneste
    Doit voiler le front du pote
    Comme l'habit couvre le cors._

Conseil excellent pour certains potes de notre temps!

Les Grands-Jours tenus  Poitiers en 1579 furent une nouvelle occasion
de faire briller le mrite de Mmes Desroches; c'est dans leur salon
que se rencontraient tous les magistrats appels dans la ville par
cette solennit. Un jour qu'on tait runi, tienne Pasquier,
apercevant une puce qui s'tait parque au beau milieu du sein de
Mlle Desroches, fit remarquer la tmrit de l'animal. Il s'ensuivit
quelques propos badins, et l'incident se termina par l'change de deux
pices de vers entre Pasquier et Catherine Desroches.

Il n'en fallut pas davantage pour mettre en mouvement l'humeur
potique de tous ces honntes magistrats, qui se prirent  clbrer
la puce en franais, en espagnol, en latin, voire mme en grec.
tienne Pasquier recueillit les diffrentes pices qui se produisirent
dans ce tournoi potique, et c'est leur runion qui constitue le
recueil connu sous le titre de _Puce de Mme Desroches_. Le vrai titre
et t _la Puce de Mlle Desroches_, puisque c'est Catherine qui fut
l'hrone de l'aventure.

On se demanderait volontiers comment des hommes aussi graves que
l'taient les Pasquier, les du Harlay, et tant d'autres, purent
s'exercer sur un sujet aussi frivole. Mais qu'on ne l'oublie pas,
quelque influence que les grands esprits exercent sur les penses et
les opinions de leur temps, ils refltent toujours en eux cette teinte
gnrale qui caractrise une poque et qui est le rsultat de la
marche force des vnements. Or le badinage tait alors le ton de la
socit; on savait _desipere in loco_, et les choses n'en allaient pas
plus mal. Les esprits ne trouvaient pas dans la lecture des journaux
cet aliment que la presse quotidienne nous fournit aujourd'hui avec
tant de libralit; on n'avait pour s'occuper ni le jeu, ni les
courses de chevaux, ces nobles amusements de la haute vie que nous
devons  la civilisation moderne. Au lieu de parier sur un cheval, on
rimait sur une puce. C'tait bien naf sans doute, mais, si l'esprit
ne gagnait pas beaucoup  ce dlassement puril, il en sortait repos,
sans y rien laisser de sa vigueur ni de sa dignit.

Ces productions lgres n'ont pas une telle importance littraire
qu'il y ait lieu de leur consacrer une tude. Nous les donnons donc
sans aucun commentaire, les abandonnant  l'apprciation des lecteurs
qui seront curieux de se faire une ide du bel esprit au XVIe sicle.

Nous ne leur offrirons pas, pour les clairer, l'opinion de Pasquier,
juge et partie dans la question, puisqu'il figure en tte des
chanteurs de la puce, et qu'il qualifie hardiment de _braves potes_
ses confrres en Apollon.

Mais ce qui est peut-tre curieux, c'est de rapprocher de cet loge,
ncessairement exagr, ce que Pasquier dit ailleurs, se plaignant du
trop grand nombre de potes clos de son temps.

On ne vit jamais en la France, crit-il quelque part, telle foison de
potes; je crains qu' la longue le peuple ne s'en lasse. Mais c'est
un vice qui nous est propre, que, soudain que nous voyons quelque
chose succder heureusement  quelqu'un, chacun veut tre de la
partie.

Quoi qu'il en soit, le recueil de la _Puce de Mme Desroches_ a son
intrt, en ce qu'il donne un chantillon du savoir-faire potique des
gens du monde au XVIe sicle. Il porte en lui, ainsi que toutes les
posies secondaires de cette poque, comme un cho affaibli des
accents clatants du chef de la Pliade. L'uniformit du sujet donne 
toutes ces pices une certaine teinte de monotonie, mais la forme en
est toujours agrable, et elles offrent de gracieux dtails.

Nous avons runi dans cette rimpression les deux ditions de la Puce
de Mme Desroches, de 1583, in-4, et de 1610, in-8; mais c'est le
texte de cette dernire que nous avons suivi. Nous avons adopt pour
chaque pice la place qu'il nous a paru le plus logique de lui
laisser. Des titres courants placs en haut des pages nous ont servi 
classer plus clairement les posies par noms d'auteurs.

Quant aux variantes, nous n'avons relev que les principales, laissant
de ct celles qui ne consistaient qu'en de simples mots. On les
trouvera  la fin du volume, page 117, avec la description des deux
ditions.

Nous n'avons pas reproduit les pices latines, grecques et
espagnoles: notre publication ne peut tre intressante que pour
l'tude de la posie franaise, et des vers en langue trangre n'ont
pas de raison d'y figurer.

La _Puce de Mme Desroches_ est devenue un livre rare; elle atteint
toujours dans les ventes un prix assez lev. Nous croyons donc tre
agrable aux littrateurs et aux bibliophiles en donnant aujourd'hui
une rimpression de ce recueil.

    D. JOUAUST.


[Illustration: page titre d'origine]


[Ornement]


AU LECTEUR


Tu en riras, je m'asseure (Lecteur); aussi n'a est fait ce petit
Pome que pour te donner plaisir, et en riras d'avantage, quand tu
entendras le motif. M'estant transport en la ville de Poictiers, pour
me trouver aux Grands Jours qui se devoient tenir sous la banniere de
Monsieur le President de Harlay, je voulu visiter mes Dames des
Roches, mere et fille, et apres avoir longuement gouvern la fille,
l'une des plus belles et sages de nostre France, j'aperceu une Puce
qui s'estoit parquee au beau meillieu de son sein. Au moyen dequoy,
par forme de rize, je luy dy que vrayment j'estimois cette Puce
tres-prudente et tres-hardie: prudente d'avoir sceu entre toutes les
parties de son corps choisir cette belle place pour ce rafraichir,
mais tres-hardie de s'estre mise en si beau jour, parce que, jalouz de
son heur, peu s'en falloit que je ne meisse la main sur elle, en
deliberation de luy faire un mauvais tour, et bien luy prenoit
qu'elle estoit en lieu de franchise. Et estant ce propos rejett d'une
bouche  autre par une contention mignarde, finalement ayant est
l'Autheur de la noise, je luy dy que, puisque cette Puce avoit receu
tant d'heur de se repaistre de son sang et d'estre reciproquement
honoree de nos propos, elle meritoit encores d'estre enchassee dedans
nos papiers, et que tres-volontiers je m'y emploierois, si cette Dame
vouloit de sa part faire le semblable, chose qu'elle m'accorda
liberalement. Cette parole du commencement sembloit avoir est jettee
 coup perdu, toutesfois soigneusement par nous recueillie, meismes la
main  la plume en mesme temps, pensant toutesfois chacun de nous 
part soy que son compagnon eust mis en oubly, ou nonchaloir sa
promesse, et parachevasmes nostre tasche en mesme heure, tombants en
quelques rencontres de mots les plus signalez pour le subject. Et
comme un Dimanche matin, pensant la prendre  l'impourveu, je luy
eusse envoy mon ouvrage, elle, n'aiant encores fait mettre le sien au
net, le meist entre les mains de mon homme, afin que je ne pensasse
qu'elle se fust enrichie du mien. Heureuse certes rencontre et
jouyssance de deux esprits, qui passe d'un long entregt toutes ces
opinions follastres et vulgaires d'amour. Que si en cecy tu me permets
d'y apporter quelque chose de mon jugement, je te diray qu'en l'un tu
trouveras les discours d'une sage fille, en l'autre les discours d'un
homme qui n'est pas trop fol: ayants l'un et l'autre par une
bienseance de nos sexes jou tels roolles que devions. Or voy, je te
prie, quel fruict nous a produit cette belle altercation, ou, pour
mieux dire, symbolization de deux ames. Ces deux petits Jeus potiques
commencerent  courir par les mains de plusieurs, et se trouverent si
agreables que, sur leur modelle, quelques personnages de marque
voulurent estre de la partie, et s'emploierent sur mesme subject  qui
mieux mieux, les uns en Latin, les autres en Franois, et quelques uns
en l'une et l'autre langue. Ayant chacun si bien exploit en son
endroict qu' chacun doit demourer la victoire. Pour memorial de
laquelle j'ay voulu dresser ce trophee, qui est la publication de
leurs vers, laquelle je te prie vouloir recevoir d'aussi bon coeur
qu'elle t'est par moy presentee. De Paris le dixiesme septembre 1582.

[Ornement]



[Ornement]


SUR LA PUCE.

    _Ne nous trompetez plus vostre Troyen Cheval,
    Dont vindrent tant de Ducs,  trompeuses trompettes!
    Vos superbes discours n'ont rien  nous d'egal,
    Puisque une Puce esclost tant de braves Potes._

    E. PASQUIER.


A SCEVOLE DE SAINTE MARTHE.

(Traduit du latin.)

    _Quand je feis ceste Puce en langage Franois,
    Comme oeuvre d'une nuit, mocquer je me pensois.
    Va, Puce, pren ton vol, mais aux ans ne te fie:
    Tu mourras aussi-tost que tost tu pris ta vie._

    E. PASQUIER.


A UN ENVIEUX.

(Traduit du latin.)

    _Peut-estre adviendra-il qu'un babouin d'envieux
    Rongnonnera nos vers: tay toy, sot, ou fay mieux._

    E. PASQUIER.


A MESSIRE ACHILLES DE HARLAY,

Seigneur de Beaumont, Conseiller d'Estat, et President en la grand
Chambre au Parlement de Paris.

    _Pendant que du HARLAY, de Themis la lumiere,
    Pour bannir de Poitou l'espouventable mal,
    Exerant la Justice  tous de pois gal,
    Restablissoit l'Astre en sa chaire premiere,_

    _Quelques nobles esprits, pour se donner carriere,
    Voulurent exalter un petit animal,
    Et luy coler aux flancs les aisles du cheval
    Qui prend jusques au Ciel sa course coutumiere._
    HARLAY, _mon_ ACHILLES, _relasche tes espris,
    Sousguigne d'un bon oeil tant soit peu ces escris:
    Ils attendent de toy ou la mort ou la vie:_

    _Si tu pers  les lire un seul point de ton temps,
    Ils vivront immortels dans le temple des ans,
    Malgr l'oubly, la mort, le mesdire et l'envie._

    E. PASQUIER.

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE DE CATHERINE DES ROCHES


    PETITE _Puce fretillarde,
    Qui d'une bouchette mignarde
    Sucotes le sang incarnat
    Qui colore un sein delicat,
    Vous pourroit-on dire friande
    Pour desirer telle viande?
    Vrayment nenni, car ce n'est poinct
    La friandise qui vous poingt,
    Et si n'allez  l'adventure
    Pour chercher vostre nourriture,
    Mais, pleine de discretion,
    D'une plus sage affection,
    Vous choisissez place honorable
    Pour prendre un repas agreable:
    Ce repas seulement est pris
    Du sang le siege des espris.
    Car, desirant estre subtile,
    Vive, gaye, prompte et agile,
    Vous prenez d'un seul aliment,
    Nourriture et enseignement.
    On le voit par vostre allegresse
    Et vos petits tours de finesse,
    Quand vous sautelez en un sein,
    Fuyant la rigueur d'une main._

    _Quelquesfois vous faites la morte,
    Puis, d'une ruse plus accorte,
    Vous fraudez le doigt poursuivant,
    Qui pour vous ne prent que du vent.
    O mon Dieu! de quelle maniere
    Vous fuiez cette main meurtriere
    Et vous cachez aux cheveux longs
    Comme Syringue entre les joncs!
    Ah! que je crain pour vous, mignonne,
    Ceste main superbe et felonne!
    H! pourquoi ne veut-elle pas
    Que vous preniez vostre repas?
    Vostre blesseure n'est cruelle,
    Vostre pointure n'est mortelle,
    Car, en blessant pour vous guerir,
    Vous ne tuez pour vous nourrir.
    Vous estes de petite vie,
    Mais, aymant la Geometrie,
    En ceux que vous avez espoint
    Vous tracez seulement un point,
    O les lignes se viennent rendre.
    Encor avez vous sceu apprendre
    Comment en Sparte les plus fins
    Ne se laissoient prendre aux larcins.
    Vous ne voulez estre surprise:
    Quand vous avez fait quelque prise,
    Vous vous cachez subtilement
    Aux replis de l'acoutrement.
    Puce, si ma plume estoit digne,
    Je descrirois vostre origine,
    Et comment le plus grand des Dieux,
    Pour la terre quittant les Cieux,
    Vous fit naitre, comme il me semble,
    Orion et vous tout ensemble.
    Mais il faudra que tel escrit
    Vienne d'un plus gentil esprit;
    De moy je veux seulement dire
    Voz beautez et le grand martire
    Que Pan souffrit en vous aymant,
    Avant qu'on vit ce changement
    Et que vostre face divine
    Prit cette couleur ebenine,
    Et que vos blancs pieds de Thetis
    Fussent si gresles et petis.
    Puce, quand vous estiez pucelle,
    Gentille, sage, douce et belle,
    Vous mouvant d'un pied si leger,
    A sauter et  voltiger,
    Que vous eussiez peu d'Atalante
    Devancer la course trop lente,
    Pan, voyant voz perfections,
    Sentit un feu d'affections,
    Desirant vostre mariage.
    Mais quoy? vostre vierge courage
    Aima mieux vous faire changer
    En Puce,  fin de l'etranger,
    Et que, perdant toute esperance,
    Il rompit sa perseverance.
    Diane seut vostre souhait;
    Vous le voulustes, il fut fait:
    Elle voila vostre figure
    Sous une noire couverture.
    Depuis, fuyant tousjours ce Dieu,
    Petite vous cherchez un lieu
    Qui vous serve de sauvegarde,
    Et craignez que Pan vous regarde.
    Bien souvent la timidit
    Fait voir vostre dexterit;
    Vous sautelez  l'impourveu,
    Quand vous souponnez d'estre veu,
    Et de vous ne reste, sinon
    La crainte, l'adresse et le nom._

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE DE EST. PASQUIER,

Advocat en Parlement.


    PUCE _qui te viens percher
    Dessus cette tendre chair,
    Au milieu des deux mammelles
    De la plus belle des belles;
    Qui la picques, qui la poingts,
    Qui la mors  tes bons poincts,
    Qui, t'enyvrant sous son voile
    Du sang, ains du nectar d'elle,
    Chancelles et fais maint sault
    Du haut en bas, puis en haut;
    O que je porte d'envie
    A l'heur fatal de ta vie.
    Ainsi que dedans le pr,
    D'un vert mail diapr,
    On voit que la blonde avette
    Sur les belles fleurs volette,
    Pillant la manne du Ciel,
    Dont elle forme son miel,
    Ainsi, petite Pucette
    Ainsi, Puce pucelette,
    Tu volettes  taton
    Sur l'un et l'autre teton,
    Puis tout  coup te recelles
    Sous l'abri de ses aisselles;
    Or, panche sur son flanc,
    Humes  longs traits son sang;
    Or, ayant pris ta pasture,
    Tu t'en viens  l'adventure
    Soudain apres heberger
    Au millieu d'un beau verger,
    Ains d'un Paradis terrestre,
    D'un Paradis qui fait naitre
    Mille fleurs en mes espris,
    Dont elle emporte le pris,
    Paradis qui me reveille
    Lors que plus elle sommeille:
    L, prenant ton bel esbat,
    Tu lui livres un combat,
    Combat qui aussi l'esveille
    Lors que plus elle sommeille._

    _Las voulut Dieu que pour moy
    Elle fut en tel esmoy!
    Toy seule par ton approche
    Fais esmouvoir cette Roche,
    Que mes pleurs, ains mes ruisseaux,
    Que mes soupirs  monceaux,
    Quelque veu que je remue,
    N'ont jamais en elle esmeue._

    _Ha! mechante, bien je voy
    Que j'ay ce malheur par toy.
    Car, quand folle tu te joues
    Maintenant dessus ses joues,
    Puis, par un nouveau dessein,
    Tu furettes en son sein,
    Et que tu la tiens en transe,
    Madame en toy seule pense,
    Et luy ostes le loisir
    De soigner  son plaisir;
    Ou cette mesaventure
    Pour laquelle tant j'endure,
    Ce mal o suis confin,
    Vient d'un astre infortun
    Qui est entre toy et elle,
    Entre la Puce et pucelle,
    Ayans par un mesme accort
    Toutes deux jur ma mort.
    En toi seule elle se fie
    Comme garde de sa vie.
    Car, si en faisant tes jeux
    Tu la piques, et je veux
    Te tuer, fascheuse puce,
    Au lieu o tu fais ta musse,
    Ell' craint, pour ne rien celer,
    Que c'est la depuceler,
    Et bannir  jamais d'elle
    Ce cruel nom de pucelle.
    Ainsi, par commun concours,
    Vous jouez en moy voz tours,
    Et faut que pour un tel vice
    Mon ame  jamais languisse._

    _Mais toy, Puce, cependant
    Te vas, grasse, respandant
    Dessus le Ciel de Madame;
    Et de l tirant ton ame,
    Tout autant que tu la poins,
    Autant tu luy fais de poins;
    Ains graves autant d'estoilles
    En la plus belle des belles.
    Je ne veux ni du Taureau,
    Ni du Cyne blanc oiseau,
    Ni d'Amphitrion la forme,
    Ni qu'en pluie on me transforme,
    Puis que Madame se paist
    Sans plus de ce qu'il te plaist.
    Pleust or  Dieu que je pusse
    Seulement devenir Puce:
    Tantost je prendrois mon vol
    Tout au plus beau de ton col,
    Ou d'une douce rapine
    Je succerois ta poitrine,
    Ou lentement, pas  pas,
    Je me glisserois plus bas,
    Et d'un muselin folastre
    Je serois Puce idolatre,
    Pinottant je ne say quoy
    Que j'ayme trop plus que moy.
    Mais las! malheureux Pote,
    Qu'est ce qu'en vain je souhaite?
    Cest eschange affiert  ceux
    Qui font leur sejour aux Cieux.
    Et partant, Puce pucette,
    Partant, Puce pucelette,
    Petite Puce, je veus
    Adresser vers toi mes veus.
    Quelque chose que je chante,
    Mignonne, tu n'es mchante,
    Et moins fascheuse, et je veus
    Pourtant t'adresser mes veus.
    Si tu piques les plus belles,
    Si tu as aussi des ailes,
    Tout ainsi que Cupidon,
    Je te requiers un seul don
    Pour ma pauvre ame altere:
    O Puce,  ma Cythere,
    C'est que Madame par toy
    Se puisse esveiller pour moy,
    Que pour moy elle s'esveille
    Et ayt la Puce en l'oreille._


A CATHERINE DES ROCHES.

(Traduit du latin.)


    _Soit que des vers Latins ou des Franois je trace,
    Tu les chantes partout, ores qu'ils soient sans grace,
    Et si ne puis savoir d'o me provient cet heur,
    Si ce n'est que tu veus qu'ils vivent par ta bouche._
    _Je le croy; mais, helas!  fortune farouche!
    Tu fais vivre mes vers et mourir leur autheur._

    E. PASQUIER.


A E. PASQUIER.


    _Vostre encre est de ce just qui change l'homme en Dieu
    Dont Glauque se nourrist quand il quitta son lieu
    Pour les ondes, laissant nostre terre fleurie;
    Comme le clair flambeau de ce grand univers
    Ternit les moindres feus, la grace de vos vers
    Fait mourir mes escris et me donne la vie._

    C. DES ROCHES.


LA MESME DES ROCHES

AU MESME PASQUIER.


    _O second Apollon, je n'eus jamais l'audace
    De penser honorer vostre excellente grace,
    Je say que vostre honneur est hors d'accroissement.
    De vostre beau Soleil je suis l'obscure nue,
    Qui, au lieu d'exprimer vostre gloire cogneue,
    Meurtris de vostre los le plus digne ornement._


A E. PASQUIER.


    _Tu dis, Pasquier, qu'en consultant,
    Sur la puce tu fais des vers;
    Ne plain point le temps que tu pers,
    Puis qu'en perdant tu gagnes tant._

    ACH. D. H.

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE DE BRISSON.

(Traduit du latin.)


    VOUS, _grenouilles et souris,
    Animes des escris
    Du grand Prince des Potes,
    Heureuses vrayment vous estes._

    _Toy, Passereau fretillard,
    Caress du vers mignard
    De Catulle,  que ta vie
    Est  jamais annoblie!_

    _En cas semblable voit-on,
    Petit Coussin, ton renom
    Eternis par le stile
    Du grave-docte Virgile._

    _Et toi, Puce, dont la main
    De quelque autheur incertain
    Immortalisa la gloire
    Dans le temple de memoire._

    _Mais cela n'esgalle point
    Nostre Pucette, qui poingt
    Ceste charnure marbrine
    De la docte Catherine._

    _Si ton heur tu cognoissois,
    Qu'heureuse, Puce, serois,
    De voir  l'envi ta vie
    Par deux braves mains cherie!_

    _Que si l'on marque les tours
    Que tu brasses tous les jours,
    Et ta petite pointure,
    Seul moien de ta pasture,_

    _Soudain l'on sent dans ses os
    Une flamme, ains un Chaos,
    On sent son ame envahie
    D'envieuse jalousie,_

    _Voyant, Puce, que tu peus
    En mille beaus petits lieux,
    Bannis de nostre lumiere,
    Seule t'y donner carriere,_

    _Qu' toy il loist seulement,
    S'il te plaist, impunement
    Prendre folle ton adresse
    Dans le sein de ma maistresse,_

    _O que tu as de beaus traicts
    De plaisir dont tu te pais,
    Et dont se diversifie
    Le doux apas de ta vie,_

    _Car, s'il te vient  propos,
    Tu vas prendre ton repos,
    Ainois te mets en dommage
    Dessus son tendre visage._

    _L tu piques son oeil rond,
    Voltiges sur son beau front,
    Sur ses levres tu te poses,
    Pareilles aux belles roses;_

    _Ou, s'il te vient  desir,
    Tu vas tes esbas choisir
    Dessus sa gorge albastrine
    Ou sur sa large poictrine._

    _De l tu viens suoter
    Deux tetons pour t'alaicter,
    Et l, petite friande,
    Se trouve aussi ta viande._

    _Soule d'un bon repas,
    Tu prens ton deduit plus bas,
    La part qui m'est, helas! close,
    Et que nommer je ne t'ose._

    _Bref, Pucette, s'il te plaist,
    Rien d'elle cach ne t'est;
    Quelque endroit o tu te porte,
    L t'est ouverte la porte._

    _Tu peus exercer tes tours
    Par tout o tu prens ton cours:
    Il n'y a voile ni robe
    Qui tes plaisirs te desrobe._

    _Tu peus estancher sans fin
    La soif et la longue faim
    Dont tu te trouves saisie
    De Nectar et d'Ambrosie._

    _Voila, Puce, les presens
    De fortune que tu sens;
    Mais tu as pris en partage
    Un bien plus grand advantage:_

    _Estant celebr ton nom
    D'un Phebus, d'une Clion,
    Et que chacun d'eux te pousse
    Au ciel, de sa plume douce;_

    _Estant celebr ton nom
    Du Palatin Apollon,
    D'un vers gaillard dont il lou
    Les tours que l'Amour lui jou;_

    _Estant celebr ton nom
    D'une vierge de renom,
    Qui merite d'avoir place
    Au haut sommet de Parnasse._

    _Ainsi, Puce,  qui mieux mieux
    Ils te trompettent tous deux,
    Se faisant chacun  croire
    D'en rapporter la victoire._

    _Un homme chante ton heur,
    Une vierge ton honneur;
    Les Roches encor te sonnent,
    Et les palais pour toy tonnent,_

    _Et font courir jour et nuit
    Par cet univers ton bruit,
    Pour voir une belle vierge
    Qui te serve de concierge._

    _Est-il aux Grands Jours venu
    Quelqu'un qui ne t'ayt cogneu
    Par les douces chansonnettes
    De ces renommez Potes?_

    _C'est pourquoy chacun de nous
    T'estime heureuse sur tous;
    Mais il y a bien encore
    Un point qui plus te decore:_

    _C'est que doux t'est le plaisir
    Soit de vivre ou de mourir;
    O point qui vraiment surpasse
    Tout autre de long espace!_

    _Car, si le sort inhumain
    Te fait mourir de la main
    De nostre gente pucelle,
    Veus-tu une mort plus belle?_

    _Et si, par un autre sort,
    Tu meurs de ta belle mort,
    Y a-t'il tombe plus belle
    Que le sein d'une pucelle?_

    _Quand les Parques de mes jours
    Auront devid le cours,
    Vueillez,  dieux, que je tombe
    Sous une si noble tombe._

    E. PASQUIER.

[Ornement]


A UN ENVIEUX.

(Traduit du latin de Brisson.)


    _Je ne doute, envieux, que d'une dent maligne
    Tu mordras nos escrits comme une chose indigne,
    Et diras que ces jeuz feurent pris pour object
    Par nous, dedans Poictiers, par faute de subject.
    La troupe qui battit par plaisir ceste enclume
    Consulte, et, pour autruy, met la main  la plume,
    Quand ta langue est muette et que tu n'as le don
    D'escrire, de plaider et faire rien de bon._


AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)


    _Ne mesdy, nous lisant, ou je veux que tu saches
    Que Puce deviendras et rat, si tu nous fasches._


AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)


    _Toy qui n'as main ny langue, es-tu bien si os
    De mordre cil qui mesle  son estat ces jeus?
    Le mesdire de nous absens t'est bien ais:
    Si nous ne te plaisons, fay quelque oeuvre de mieux._


AUTRE.

(Traduit du latin de Brisson.)


    _Je me veux gouverner d'un folastre caquet,
    Et non estre un Caton sourcilleux au banquet;
    Que dedans nos repas la gaillarde franchise,
    La rencontre  propos, soit entre nous permise.
    Maintenant, me jouant sur la Puce, je viens
    M'esjouir  ta table avecq' toy et les tiens.
    Je te veux mal, Lecteur sobre, qui ne t'esgayes,
    Et me mocque de toy par escrits pleins de bayes._




[Ornement]


LA PUCE DE JOSEPH DE L'ESCALE.

(Traduit du latin.)


    PUCELETTE _noirelette,
    Noirelette pucelette,
    Plus mignarde mille fois
    Qu'un aignelet de deux mois,
    Et mille fois plus mignonne
    Que l'oisillon de Veronne,
    Comme pourra mon fredon
    Immortaliser ton nom?_

    _Pucelette noirelette,
    Noirelette pucelette,
    Diray-je que nostre bien
    Est petit au pris du tien,
    Lors que quand tu veux tu baise
    La bouche de ma mauvaise,
    Et moy je ne saurois pas
    En avoir aucun soulas,
    Sans plus je nourris ma vie
    D'une impatiente envie?_

    _Diray-je que nostre bien
    Est petit au pris du tien,
    Quand, cache sous l'enflure
    De ceste belle vouture
    Qui leve en rond son sein,
    Tu rassasies ta faim,
    Mordillant, audatieuse,
    Sa gorge delicieuse;
    Puis, sautelant tout autour
    De ce beau palais d'amour,
    Plaine de delicatesses,
    Plaine de douces liesses,
    Tu fais mille et mille jeus
    Dessus son sein amoureux;
    Et elle, sentant ta playe,
    Tousjours en embusche essaye
    De te prendre, et va jurant
    Ta mort si elle te prent.
    Mais d'un saut promt et agile
    Tu trompes sa main subtile,
    Et tu t'enfuys droit au lieu
    O Amour, ce petit Dieu,
    Asseur fait sa retraicte,
    Sa retraicte plus secrette,
    Et o un autre ne peut
    Arriver s'il ne le veut;
    Qu'oncques la main ny la veu
    N'ont ny touche ny veu,
    Et dont le penser sans plus
    Me fait devenir perclus._

    _Pucelette noirelette,
    Noirelette pucelette,
    Diray-je que nostre bien
    Est petit au pris du tien,
    Quand, lors qu'un doux somme presse
    Les beaux yeux de ma maistresse,
    Seule tu cognois combien
    L'archerot Idalien
    Lui fait endurer de peine,
    De peine douce inhumaine;
    Seule tu sais ses desirs,
    Seule tu oys les soupirs
    Dont seule, sous la nuit brune,
    Les astres elle importune.
    Puis, de de l, courant
    Et sautelant, et errant
    Dessus les rares merveilles
    De ses beautez nompareilles,
    Tu cueille un heur dont les dieux
    S'estimeroient bien heureux.
    Lasse en fin tu te reposes
    Sur ceste gorge de rozes,
    Et entre cent mille appas
    Tu goustes un tel soulas
    Qu'yvre de sa mignardise,
    Tu mourrois soudain prise,
    Si ma belle, te sentant,
    Ne t'alloit point poursuivant.
    Bien heureuse sera l'heure
    Quand il faudra que je meure,
    Si, comme toy, je me meurs
    Entre ces douces douceurs._

    _Pucelette noirelette,
    Noirelette pucelette,
    Si d'aventure je veux
    Baiser sa bouche ou ses yeux
    Pendant que le sommeil flate
    Sa paupiere delicate,
    Garde de la mordiller,
    De peur de ne l'esveiller.
    Ainsi, pucette noirette,
    Noirelette pucelette,
    Puisse tu dedans les Cieux
    Luire entre les moindres feux,
    Estoille guide asseure
    Des soldats de Cythere._

    COURTIN DE CISSE.

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE D'ANTHOINE LOISEL.

(Traduit du latin.)


    J'ESCOUTE _ja piea, et si lis  part moy
    La Puce qu' l'envy trompeter je vous voy,
    Enjalouzez du los de l'incertain Pote.
    Quoy me tairay-je seul? mon Beaumont je souhaite,
    Si tu le trouves bon, abandonner le frein,
    Puis qu'ainsi le permet le bon Pere Martin:
    Il n'y a nul si fier, ou si dur qui retive._

    _Je voy ce grand torrent de l'elloquence vive,
    Cest azile commun de l'ancienne loy,
    Au milieu du public se desrober  soy,
    Pour corner en tous lieux de la Puce la gloire;
    Je voy ce deux fois n, REN fils de memoire,
    Quittant le triple droit dont il s'est annobly,
    Mettre de son Anjou la coustume en oubly,
    Et faire d'une Puce un bien grand orateur
    Et Pote. Car quant  toy, premier auteur,
    Qui as fait que voions la Puce sauterelle,
    Toy dis-je qui premier dressas cette querelle,
    Ce n'est rien de nouveau: d'autant que des neuf seurs
    Et Graces en naissant tu suas les douceurs,
    Ayant du saint Laurier la temple couronne,
    Si qu'arrivant icy comme un nouvel Orfe,
    Tu flechis les rochers, fais que ta dame ainsi
    Qu'un Echo te respond, tu luy respons aussi.
    Dont chacun estonn choisit ce mesme titre,
    Mangot, Rapin, Tournebe, et ce nouvel arbitre,
    Et celuy qui de Marthe emprunta le saint nom,
    Celuy qui de l'Escale a encor le surnom,
    Auquel Dieu octroya et l'esprit et l'usage
    De s'expliquer en trois manieres de langage.
    Ja void on dans Poictiers Apollon le divin
    De tous estre chant comme vray Poitevin,
    Et prendre ce surnom quittant c'il de Pythie._

    _Je me trompe: une image en mes sens mal bastie
    D'un object fantastic vainement me repaist:
    Ce n'est point, croyez-m'en, une Puce, ce n'est,
    Si de bien augurer j'ay le nom de mon pere._

    _Cette saffre Sapphon du monde l'impropere.
    Vilaine, infame, duite  tremousser son corps
    Ingenieusement en mil honteux accors,
    Jalouse des vertus qui logent en la belle,
    Qui les hommes en meurs et doctrine precelle,
    Non fille vrayement, mais un Dieu Poitevin,
    Envoya de Lesbos son Demon sur le Clin,
    Qui se voulut voiler d'une noire vesture,
    De la Puce empruntant l'habit et la figure,
    Pour d'elle practiquer quelque folastre amour.
    Habile il obeit, et sans aucun sejour
    Se fait leger et noir tout ainsi qu'une Puce,
    Et sous ce masque l dedans son sein se musse,
    La prend  l'impourveu, et d'un doux aiguillon
    La pique doucement, ores sur le teton,
    Or' sur tous les endroits de son beau corps voltige.
    Et peut estre se perche au plus pres du beau tige
    (Que nul n'osa jamais, tant fut-il chaste, voir)
    Pensant par ses attraicts la vierge decevoir._

    _Je le say, je l'ay veu sans offenser ma veue,
    La fille fut espointe, et doucement esmeu,
    D'un feu tout virginal, dout les traces je vis.
    Elle ne s'oubliant recourt aux doux devis
    De Pallas,  sa plume, ensemble  sa quenouille:
    Ne permets,  Pallas (dit-ell'), que je me souille.
    Ce dit, ses pensements restent aussi entiers
    Comme font ces grands rocs, ou Roches de Poictiers.
    Ainsi sur les papiers veillant et sur la laine,
    Ell' vainquit le Demon de Sapphon la vilaine,
    Et la Puce-Demon en l'air s'esvapora._

    _Ou si c'est une Puce, elle ne s'engendra,
    Comme les autres font, d'une vilaine ordure,
    Ains est du chien d'en haut la vraie creature,
    Descendue du ciel avec Astre icy,
    Astre de Poictiers et Poictou le soucy,
    Laquelle avecq' Harlay par un commun office,
    Desirant restablir l'ancienne justice,
    Tout soudain le logis du grand Harlay a pris,
    Et la Puce le sein d'une sage Cypris.
    L'une et l'autre jouant diversement son roolle,
    A fait aux beaux esprits, renaistre la parolle,
    Qui trompettent d'un ton et chant au ciel ravy
    La Puce, la Pucelle, et l'Astre  l'envy,
    Tellement que la Puce et Pucelle sont prestes
    D'estre au ciel, par nos vers, deux beaux Astres celestes._

    E. PASQUIER.


CHANSON.


    _Io! belle pepiniere,
    La fidelle jardiniere
    Des fleurs et fruits d'Helicon,
    Chantons, brigade, la gloire
    Des neuf filles de memoire
    Et de leur frere Apollon._

    _Ainois plustost de l'Astre
    Dedans le Poictou r'entre
    Sous Harlay, le grand guerrier,
    Lequel, arm de justice,
    A extermin le vice,
    Ceignant son front de laurier._

    _Chantons encor' la Pucelle
    Qui toutes autres precelle,
    Des vertus le parangon,
    Et cette Puce bien ne
    Qui, sage, s'est obstine
    De fureter son teton._
    _Pucelle en qui la nature,
    Aux autres avare et dure,
    A prodigu tout son beau,
    Pour puis apres, l'ayant faicte
    Une Pandore parfaicte,
    En faire un Astre nouveau,_

    _Jusques  ce qu'elle meure,
    Fay, Astre, ta demeure
    En France au meillieu de nous.
    Si sa mort te donne envie
    De reprendre au ciel ta vie,
    Nous te prions  genous_

    _Que ceste vierge ethere
    Soit un Astre aveq' Astre,
    Et que tu loges aux cieux,
    Pres l'estoille Poussiniere,
    Une estoille Puciniere
    Par un soin devotieux._

    E. PASQUIER.


TRADUCTION

De cinq vers latins signs _Petrus Pithus_.


    _D'une continue concorde
    Phebus avecq' ses soeurs s'accorde:
    Ny la Puce ne nous a fait,
    Tant de Poetes, mais la Roche,
    Qui du Roch d'Helicon est proche,
    A produit cest oeuvre parfait._

    E. PASQUIER.

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE DE CLAUDE BINET,

Advocat en la Cour de Parlement.


    MIGNARDE, _vous avez grand tort
    D'appeller Hercule  la mort,
    A la mort d'une pucelette,
    Qui tant mignardement furette,
    Comme un petit surion d'Essain
    Sur les roses de vostre sein.
    Je veux, je veux qu'on vous appelle
    Du nom de belle et de cruelle,
    Qui pour si petit animal
    Invoquez Hercul chasse-mal;
    Animal dont la petitesse
    Passe des autres la grandesse,
    Soit qu'on fasse comparaison
    Des parcelles de la raison,
    De la souplesse ou de l'astuce
    Qui recommande cette Puce._

    _Belle, si vous aimez le beau,_
    _Voyez quelle gentille peau:
    Ne diriez-vous pas qu'elle est teinte
    Ou des couleurs de l'Hyacinthe
    (Hyacinthe honneur des beaux mois),
    Ou de pourpre, couleur de Roys?_

    _Vrayment si la trouvez gentille,
    Sa proportion plus subtile
    Vous doit inciter  piti,
    Pour luy porter quelque amiti,
    Si comme vous mignardelette,
    Elle est prompte, polie et nette._

    _Laissez vous picquer un petit,
    Sus, la voila en appetit,
    Voyez, belle, voyez, mignarde,
    Comme un guillon elle darde,
    Eguillon en long eguis,
    Et qui pourtant est pertuis,
    Pour couler la douce ambrosie,
    Qu'en vostre sein elle a ravie.
    Je ne la saurois accuser,
    Sinon d'avoir l'heur de baiser
    Si long temps ceste peau tendrette,
    Qui un tel bon-heur ne me prette._
    _Mais, Puce, je t'excuse bien,
    Car par toy nous goustons le bien
    De mille amoureuses delices,
    Quand dans un beau sein tu te glisses,
    Et sais les premiers fruits ravir
    Des filles neuves au plaisir,
    Tantost en baisottant leur face,
    Or sucotant en autre place,
    Aprenant  l'homme grossier
    Comme il faut l'amour varier._

    _Encore que Venus s'en fache,
    Je veux que tout le monde sache
    Que la Puce eut l'honneur premier
    D'inventer le mignard baiser,
    Baiser qu'encor Amour farouche
    N'alloit sucant dessus la bouche,
    Et que Venus n'eut seu sucrer,
    S'elle n'eut veu la Puce encrer
    Sa petite bouche ebenine
    Sur la moitte jou Adonine.
    Depuis la gentille Cypris,
    Ayant le glout baiser appris
    D'une larronnesse languette,
    Languette mutuelle et motte,_
    _Sceut bien  l'envie du Ciel
    Coler deux bouchettes de miel._

    _Que diray-je de sa saignee
    Qui par elle fut enseignee?
    N'en dplaise  l'antiquit,
    La Puce a l'honneur merit,
    Et non le cheval qui se treuve
    Aux bras de l'Egiptien fleuve:
    Car la Puce, tant seulement
    Avec un doux chatoillement,
    Tire sans aucune ouverture
    Le sang ennemy de nature._

    _O petit animant heureux,
    Utile aux hommes et aux Dieux,
    Si or je t'ay sauv la vie
    Des mains de ma douce ennemie,
    Et si je t'ay fait tant d'honneur
    D'estre de deux biens inventeur,
    Succe de ma maistresse belle
    Ce gros sang qui la rend rebelle,
    Si qu'ayant rapur son sang
    D'un courage amoureux et franc,
    D'un oeil semonneur elle attise_
    _Le doux feu de ma convoitise,
    Et qui ne se puisse appaiser
    Que par la langueur d'un baiser._


A E. PASQUIER.

(Traduit du latin de Claude Binet.)


    _Pourquoy louz-vous tant Orphee?
    Pourquoy d'un si brave trophee
    Honorez-vous, Potes saincts,
    Le bruit de sa lyre sonante,
    La voix aussi douce-coulante
    Que le miel des picquans essains?_

    _Pourquoy vostre chanson sacree,
    Qui aux Rois et aux Dieux agree,
    Sonne tant le loz d'Arion?
    Pourquoy vantez-vous le miracle
    De l'Ogygien habitacle
    Basti par la voix d'Amphion?_

    _Et toy_, PASQUIER, _qui par tes carmes
    Coulans de Permesse nous charmes,
    Arrosez du Nectar des Dieux,
    Pourquoy d'une docte faconde
    Vas tu chantant  tout le monde
    Saphon l'honneur des siecles vieux?_

    _H! pourquoy dis-tu que sa grace
    Toutes autres dames surpasse
    En beaut, vertu et savoir:
    Puis qu'en cette belle_ ROCHETTE,
    _Ainois cette belle Rosette,
    Le Ciel ses tresors nous fait veoir?_

    _Cette Claniene Naiade,
    Cette montaignere Oreade
    En sagesse, en grace, en beaut,
    En vertus, en moeurs, en doctrine
    Surpasse la troupe plus digne
    Du mont des neuf soeurs frequent._

    _Ha! mon Dieu! le teint de sa joe
    Et la tresse d'or qui se joe
    Sur son sein en flots ondoyans,
    Et ses yeux deux flames jumelles,_
    _Me font prendre dans leurs cordelles,
    Et ardre en leurs rais flamboyans._

    _Voy ses cheveux que l'Arabie,
    Ny le baume de l'Assyrie,
    N'egalent en bonnes odeurs;
    Cheveux dont Venus la doree
    Voudroit sa teste estre honoree,
    Et non des primeraines fleurs._

    _O beaux filets d'or de Minerve,
    Mon ame se plaist d'estre serve
    De vos noeuds mignardement tors:
    Il luy plaist bien d'estre contrainte
    Par vous d'une si douce estrainte
    Quittant la prison de son corps._

    _Sur tout la neige blanchissante
    Sur son front bien poly m'enchante,
    Et ce beau pourpre Tyrien
    Qui fait vermeiller son visage,
    Et ce double flambeau volage
    Du petit Dieu Cytherien._

    _Or si ces deux levres vermeilles,
    Plus douces que n'est des abeilles_
    _Le miel, et le thim Hyblean,
    Me permettoient un baiser prendre
    Plus sucr que la rose tendre
    Qui croist au champ Pestanean,_

    _Incontinant je rendroy l'ame
    Dedans le beau sein de Madame,
    Et par l'air de ce baiser pris,
    Pasm sur sa levre jumelle,
    Nous ferions, moy et ma rebelle,
    Un doux change de nos esprits._

    _Mais que diray-je de la Grace
    Du reste de sa belle face,
    Et de son fourchelu menton
    Resemblant une poire franche
    Qui va meurissant sur la branche
    Sous l'abry d'un jeune bouton?_

    _Ce beau col de marbre, o Zephire
    Entre mille rameaux soupire,
    Un sang chaudement amoureux,
    Par une volontaire force
    Desrobe mon cueur, et l'amorce
    Sous l'apast d'un mal doucereux,_

    _Et fait que je porte une envie,
    O Puce, au bon heur de ta vie,
    Mais non plus Puce,  mon advis,
    Ains Amour, qui par fine astuce
    Dessous le teint noir d'une Puce
    N'agueres admirer te fis,_

    _Quand d'une subtile cautelle
    Tu vins au sein de la Pucelle,
    Qui d'un ingenieux conseil
    Te permit d'y faire retraite,
    Afin que ta couleur noirette
    Donnast lustre  son blanc vermeil._

    _Et par cette blanche campaigne,
    O poingt une double montaigne
    D'Agathe blanchement douillet,
    Folastrement tu te promenes
    Entre les beautez sur humaines
    De ce sein blanc et vermeillet._

    _Ore d'un plein saut tu te jettes
    Sous les amoureuses cachettes
    De ses esselles mignotant,
    Et entre mille fleurs escloses_
    _Tu flaires ces boutons de roses
    Que tu mordilles sucottant._

    _Puis d'une mignarde secousse
    Ce lait qu'un Zephire entrepousse
    Tu humes  longs traits goulus.
    O Puce, que tu fus heureuse
    Lors que d'un tel bien desireuse
    Loger en ce sein tu voulus!_

    _Ha Dieux! un enfant de sa mere
    Ne peut avoir chose plus chere
    Que le lait de ses deux tetins.
    Jamais Venus dedans Gargaphe
    N'en fit plus au mutin de Paphe
    En ses tendres mois enfantins._

    _Mais puis que d'une pudeur vierge,
    De ses chastes beautez concierge,
    La robe ne doit  nos yeux
    Permettre de voir, ny qu'on sache
    Ce que jalouse elle nous cache,
    Compaigne du bon heur des Dieux,_

    _Il ne faut_, PASQUIER, _que la plume
    Represente dans ce volume
    Ce que l'habit ne laisse hors:
    Car la mesme pudeur honneste
    Doit voiler le front du Poete
    Comme l'habit couvre le cors._

    _Quant  moy, brulant de la flame
    Dont son bel oeil mon coeur entame,
    Je n'en puis longuement parler;
    Mais toy en qui le Ciel assemble
    Les Graces et vertus ensemble
    Pour les Dieux mesmes esgaller,_

    _Tu peux mieux les Graces connoistre
    D'elle, que Minerve a fait naistre
    Merveille unique de ce temps:
    Il suffit, pourveu qu'elle entende
    Que, mourant d'une amour trop grande,
    Je n'ay peu alonger mes chans._

    FRANOIS DE LA COULDROVE.


C. DES ROCHES A CL. BINET,

Sur ses vers latins.


    _Dy moy, Rochette, que fais tu?
    Ha, tu rougis: c'est de la honte
    De voir un portraict qui surmonte
    Ta foible et debile vertu._

    BINET _a voulu dextrement
    Representer une peinture,
    Qui est de celeste nature,
    Et la nommer humainement._

    _Ayant pill dedans les Cieux
    Le pourtraict d'une belle idee,
    Ne voulant comme Promethee
    Irriter le courroux des Dieux,_

    _D'un artifice nompareil
    Il a voil son beau visage
    D'un nom obscur, comme un nuage
    Qui cache les rais du Soleil._

    _C'est afin de n'estre repris,
    Rendant aux hommes manifeste
    Une beaut toute celeste,
    Digne des immortels espris._

    ROCHE, _tu ne saurois user
    D'un autre plus evident signe,
    D'estre de tant d'honneurs indigne,
    Que ne pouvoir t'en excuser._

    C. DES ROCHES.


MACEFER A CL. BINET.

SONET.


    _Ne croy pas, mon_ BINET, _qu'un baiser de Charite
    Face que son esprit, laissant si beau sejour,
    Se place dedans toy, et que d'un mesme tour
    Ton ame s'envolant, dedans son cors habite;_

    _Mais crain que ton esprit, par une sage eslite
    Amorc du baiser nourrisson de l'amour,_
    _Choisissant ce beau cors, sans espoir de retour,
    Pour mieux s'habituer sa demeure ne quitte._

    _Ou bien crain que l'esprit de l'une des neuf Soeurs,
    L'esprit de ma Charite aym de tant de cueurs
    N'attire  sa beaut ton ame enamouree:_

    _Ainsi, mon cher_ BINET, _l'aimant Magnesien
    Attire  soy le fer d'invisible lien,
    Qui le suit amoureux de sa force admiree._

    MACEFER.


AMOUR PIQU.

    _Amour, ce mchant petit Dieu,
    Un jour s'en vint aupres du lieu
    O les Poitevines Nymphettes
    Aux rives du Clain doux-coulant
    Chantoient de l'Amour nonchalant
    Les presque inutiles sagettes._

    _Si tost que Cupidon entend
    Des Nymphes le plaintif accent,
    Ha, dict-il, voicy belle prise:
    Ainsi d'un amoureux desir
    La bergere de trop dormir
    Son amy reprend et mesprise:_

    _Alors l'oiseau Cytherien,
    Oubliant son vol ancien,
    Se vint parquer au milieu d'elles.
    C'est icy, dict-il, o il faut
    Esprouver si le coeur me faut
    Et l'effet  mes estincelles._

    _Les Nymphes l'aiant aperceu,
    Comme un enfanon l'ont receu,
    Egar de sa triste mere.
    Ne cognoissant pas qu'il estoit,
    Chacune  tour le baisottoit
    D'une faveur non coutumiere._

    _Amour s'apprivoise, et soudain
    Il cache en sa petite main
    Une flamme vive et segrette,
    Il se mire au sein le plus beau
    Et range son petit flambeau
    En vain sur le coeur de Rochette._

    _De fortune, entre le destour
    De son teton franc de l'amour
    Une Puce faisoit son giste,
    Qui pour son hostesse vanger
    Piqua le bras porte danger,
    Y traant sa marque petite._

    _Soudain Amour, remply de dueil,
    La plaie au bras, la larme  l'oeil,
    S'envolle au secour de sa mere,
    Disant, un petit chose noir
    M'a piqu, vous y pouvez voir
    La flamme et la place meurtriere._

    _C'est, dict-il, c'est un Serpenteau
    Qui va sautellant sur la peau,
    Puce est nomm par les Pucelles.
    Las! je n'eusse jamais pens
    D'un si petit estre offens
    Si pres de mes flammes mortelles._

    _Lors Venus, souriant, voy-tu,
    Vois-tu, dit-elle, sa vertu
    A la tienne du tout semblable?
    Sinon que petit, aux grans dieux
    Et aux humains dardant tes feux,
    Tu fais une plaie incurable._

    CL. BINET.


A ANTHOINE LOISEL.


    _J'ay dit que c'est Amour, le plus rus des Dieux,
    Qui, surpris des beautez de ma belle Charite,
    Se vint loger au sein, o la chaleur subite
    Brula ses ailerons et son coeur Amoureux._

    _De fait sentant griller ses plumes et cheveux,
    Et voyant basaner sa peau  demi cuite,
    Petit Puceau prent forme en la Puce petite,
    Par la mesme couleur voulant tromper nos yeux._

    _Las il estoit  nous, sous un ongle severe
    Je me fusse vang de ma longue misere:
    Mais le finet sauta sur toy, Docte_ LOISEL.
    _Ainsi que Ganymede eslev dessus l'aile
    De l'aigle genereux, par ta plume immortelle,_
    SOLEIL, _tu l'as conduit avec toy dans le Ciel._

    CL. BINET.


A MADAME DES ROCHES.


    _Je ne m'esbahi plus des murs de la Rochelle
    Obstinez contre un Roy, ni du Roc Melusin,
    Puisque contre Amour mesme au pays Poitevin
    Une autre Roche encor se declare rebelle._

    _La Rochelle  son Roy se monstre ore fidelle,
    Lusignan a ploy sous le joug du destin:
    Et vous osez tenir encontre un Roy divin,
    Deffiant jusqu'icy sa puissance immortelle._

    _Amour ayant en vain vostre Roc assieg,
    Ainsi qu'un espion en Puce s'est chang,
    Pour surprendre le fort de vostre tour jumelle._
    _Mais il fut descouvert par maints doctes esprits._
    ROCHE, _ne craignez plus que vostre fort soit pris,
    Quand les enfans des Dieux font pour vous sentinelle._

    CL. BINET.

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE D'ODET TOURNEBUS,

Advocat en la Cour de Parlement.


    PUCE, _qui se fut advis
    Que tu deusse estre tant redite
    Par un vers si favoris
    Du troupeau qui Parnasse habite?
    Et qu'un animal si petit
    Eut peu espoindre les courages
    De tant de savans personnages
    Quy de toy ont si bien escrit?_

    _C'est  bon droit que l'on peut croire
    Que Poictiers est le vray sejour
    Des doctes filles de Memoire,
    Du jeu, des Graces et d'Amour.
    Si quelqu'un ne le croit, qu'il voye
    Ces deux_ ROCHES _qui jusqu'aux Cieux
    Elevent leur chef sourcilleux,
    Qui comme deux astres flamboye._

    _Qu'il oye l'armonieux chant
    De leurs posies divines,
    Et il cognoistra  l'instant
    Que les Muses sont Poetevines.
    Il verra que les vers chantez
    Des Muses qui Poictiers habitent
    Plus que ceux la des Grecs meritent
    Estre par dessus tous vantez._

    _Il cognoistra que ceste troupe
    De deux Muses vaut beaucoup mieux
    Que celle qui loge en la croupe
    De ce mont qui se fend en deux.
    Que donques plus on ne s'estonne
    Si l'on te chante volontiers,
    Puisque dans tes murs de Poictiers
    Les Muses logent en personne._

    _Je say bien que quelque envieux
    Voudra incontinant reprendre
    Les Pomes ingenieux
    Par lesquels on a fait entendre
    Tes plaisirs et tes passetemps,
    Disant que chose si petite
    Comme une Puce ne merite
    Que l'on employe tant de temps._

    _Ce n'est d'aujourd'huy que l'envie
    Vomit sur les bons son venin:
    Elle fit bien perdre la vie
    A ce grand Socrate divin:
    Quand d'une semblable imposture
    Elle disoit qu'il employoit
    Tout son temps lors qu'il mesuroit
    Tes sauts et cherchoit ta nature._

    _Virgile l'ame, le soleil
    Et l'honneur de la Posie,
    Auquel n'y a rien de pareil,
    Des mouches chanta bien la vie.
    Belleau chanta le papillon,
    Et Ronsard, ce divin Pote,
    A chant l'huitre, l'aloutte,
    Le fourmy, le chat, le freslon._

    _Petite Puce, ta fortune
    Surpasse celle des oyseaux,
    Des troupeaux nageans de Neptune
    Et des terrestres animaux,
    Pour avoir eu des Cieux la grace
    De te loger en si beau lieu,
    En ce sein le temple d'un Dieu,
    Ce sein qui tous les seins surpasse._

    _As-tu bien peu sans te brusler
    Fureter entre ses mamelles?
    As-tu bien os te couler
    Dessus ces deux fraises jumelles
    Qui, comme charbons allumez,
    Pourroient soudain reduire en cendre
    La main qui voudroit entreprendre
    De taster ses doux bouts aymez?_

    _As tu bien est si ose
    De te pendre  ses beaux cheveux,
    Sans t'y prendre et estre enlace
    De mille las, de mille neus?
    Veu que le plus brave courage,
    S'il veut tant soit peu s'hazarder
    De les vouloir bien regarder,
    S'empestre en un si beau cordage?_

    _As-tu approch de ses yeux,
    Dedans lesquels amour se jou,
    Et dont il emprunte ses feux?
    As tu peu baiser ceste joue,
    Sans sentir une vive ardeur
    Approchant ses flammes cruelles,
    Qui de leurs vives estincelles
    Consument le plus brave coeur?_

    _Ha vrayment tu es amoureuse,
    Car toujours tu cherches les lieux
    Que cache la vierge honteuse,
    Et qu'elle ne monstre  nos yeux.
    Tu as ce bon heur que de boire
    Du sang de ces membres polis,
    De ce ventre plus blanc que lis,
    De ces cuisses et flancs d'ivoire._

    _Tu as cet heur que de nicher
    Sous les replis de sa chemise;
    Quand tu veux, tu te viens coucher
    Dessus elle en toute franchise.
    Las! que d'hommes souhaiteroient
    De ces faveurs la plus petite:
    Mais tel bien passe leur merite,
    Car par l Dieux ils deviendroient._

    _Puce, je me pers quand je pense
    A tes plaisirs,  tes esbas,
    Lors que doucement tu offense
    Cette Nymphe or' haut, ore bas.
    Je conoi telle jalousie
    Quand je pense  la privaut
    Que tu as  ceste beaut
    Que je reste quasi sans vie._

    _Puce, je sens un petit feu
    S'eprandre au dedans de mon ame,
    Qui tousjours croissant peu  peu,
    En fin me mettra tout en flamme,
    Par l'erreur de ce souvenir
    Qui m'a si fort l'ame offensee,
    Que je n'ay plus d'autre pensee
    Que vouloir Puce devenir._

    _Mais ay-je bien la hardiesse
    De vouloir seulement songer
    De voir  nu telle Deesse,
    Qui encor pourroit bien changer
    Ma forme en celle d'une pierre,
    Tout ainsi que Meduse fit
    Au pauvre Phin qui la vit,
    Eschangeant les noces en guerre._

    _Un party si avantageux
    N'est pour creature mortelle,
    Il appartient sans plus aux Dieux
    De jouyr de chose si belle.
    Anchise baisa bien Venus,
    Mais aussi tost la repentance
    Talonna de pres son offense,
    Quand il se vit estre perclus._

    _Puce, tu as cet avantage
    Que l'homme ne sauroit avoir,
    De jouyr de ce beau corsage
    Et le regarder nu au soir:
    Puis, lors que plus elle sommeille
    Estendue dedans son lit,
    La pinotant un bien petit,
    Tout doucement tu la reveille._

    _Sous le silence de la nuit,
    Lors que reposent toutes choses
    Et que l'on n'entend aucun bruit,
    Tu tastes ses lis et ses roses.
    Puis, te coulant d'un pas larron
    Sur sa poitrine et sur ses cuisses,
    Enyvre de ces delices,
    Tu t'endors dedans son giron._

    _Et puis, quand l'Aurore vermeille
    Encourtine le Ciel de feux,
    Et que cette Nymphe s'eveille,
    Tu ne pers pour cela tes jeux.
    Mais si l'obscurit nuitale
    A est propre  tes desirs,
    Le jour tu sens mesmes plaisirs
    Et une volupt egale._

    _Pleut  Dieu que j'eusse la voix
    Assez forte pour entreprendre
    De te chanter, je ne craindrois
    Apres tant d'autres faire entendre
    Quel est ton plaisir et ton bien,
    Quelles les douceurs de ta vie,
    Qui font que je te porte enuie,
    Pour n'avoir tel heur que le tien._

    _Mais aurois-je bien telle audace,
    Serois-je bien si mal appris,
    De vouloir imiter la grace
    Des vers de ces braves espris,
    Lesquels par leur muse divine
    Et par leurs vers plus doux que miel
    T'ont esleve jusqu'au Ciel,
    Pour t'y faire luire un beau signe?_

    _Serois-ie bien tant hors du sens,
    Serois-je bien si temeraire,
    De vouloir par mes rudes chants
    Les belles chansons contrefaire,
    Que tant de chantres plus qu'humains
    Ont  qui mieux mieux fait rebruire
    Dessus une plus douce lyre
    Que celle des sonneurs Thebains?_

    _Qui oseroit suivre les traces
    Du grand_ BRISSON, _en qui les Cieux
    Ont respandu toutes leurs graces
    Jusqu' rendre jaloux les Dieux?
    Et toy, belle et docte pucelle
    Qui estonnes tout l'univers,
    Qui oseroit suivre les vers
    Que nous trace ta main si belle?_

    _Oserois-je suivre les pas
    D'un_ PASQUIER, _honneur de la France?
    Oserois-je d'un stile bas
    Imiter la grave cadance
    Des doctes chansons de_ CHOPIN,
    _De_ LOYSEL, _honneur de nostre ge,
    Qui a les Muses en partage,
    Et du_ SAINTE MARTHE _divin?_

    _O Puce, que tu es heureuse
    Si tu pouvais sentir ton heur!
    Que tu dois estre glorieuse
    D'avoir_ L'ESCALE _pour sonneur,
    Et mon_ BINET, _ausquels la Muse
    A donn ses riches presens,
    Qui vaincront l'envie et les ans,
    Et le temps qui toute chose use._

    _Je ne suis pas si glorieux
    Ni outre cuid, que je tente
    Imiter les vers doucereux
    Que_ MANGOT _si doctement chante.
    Je laisse  un meilleur que moy,
    Comme  ce gentil_ LACOUDRAYE,
    _Dire d'une chanson plus gaye
    L'heur de ta maistresse et de toy._

    _Et moy cependant en silence
    J'ecouteray les doux accors
    Que ces doctes maistres de France
    Chantent pour un si petit corps:
    Puis que mes chansons ne sont dignes
    De mesler leurs sons discordans
    Parmy les tons si accordans
    De ces belles gorges divines._


LE MESME A LA MESME.

(Traduit de l'italien et de l'espagnol.)


    _J'ay cent fois contempl les beaux yeux amoureux
    De celle qu'on jugeoit en France la plus belle,
    J'ai veu les bors pourprez de sa levre jumelle,
    Qui eust de son baiser mesme tent les Dieux._

    _J'ay veu mille beautez dont l'appas doucereux
    Eut peu ensorceler l'ame la plus rebelle,
    Mais jamais je n'en vi qui fut gale  celle
    Qui rend de ses vertus Poictiers si orgueilleux._

    _J'ay ouy les propos d'une Dame savante,
    J'ay goust les accors d'une voix qui enchante,
    Mais jamais je n'ouy rien qui peust approcher_

    _Des discours excellens et de la voix mignarde
    De_ DES ROCHES, _qui peut transformer en rocher
    Celui la qui l'escoute ou bien qui la regarde._


RESPONSE AU SONNET PRECEDENT

FAITE SUR LE CHAMP.


    _Comme la lumiere brillante
    Du soleil, ornement des Cieux,
    Nous rend toute couleur plaisante,
    Eclairant promptement nos yeux,_

    _Si bien que cette splendeur vive,
    Penetrant doucement un oeil,
    Fait que l'objet qui luy arrive
    Luy resemble un autre Soleil,_

    _Ainsi vostre ame sage et belle,
    Ayant tourn long temps vers soy
    Pour voir sa beaut immortelle,
    La pense voir encore en moy._

    _Mais des graces et vertus rares
    Qui vous font admirer de tous,
    Les dieux m'en ont est avares
    Pour les prodiguer dedans vous._

    C. DES ROCHES.

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE DE MACEFER.


    PUCE _qui as entam
    D'un petit bec affam
    Le teton de ma Charite,
    Pour y puiser la liqueur
    Nourrice du petit coeur
    Qui ton petit corps agite,_

    _Du sang que tu y as pris
    Sont animez les espris
    Qui donnent vie  Madame;
    Du sang que tu as suc
    Ores dans ton corps muss
    Tu t'es compose vne ame._

    _Promethe vola le feu
    Qui anima peu  peu
    Le corps de l'homme de terre:
    Du sang que tu as os
    Derober est compos
    L'esprit que ton corps enserre._

    _Mais un vautour ravissant
    Va tous les jours punissant
    Le larcin du vieil Promethe:
    Tu veux par un tel forfait
    Que de ton corps il soit fait
    Une huitiesme Planete._

    _Di moy, qui eust peu penser
    Qu'on voulut recompenser
    D'un loyer si honorable
    Le larcin qui, odieux
    Et aux hommes et aux Dieux,
    Leur a sembl punissable?_

    _Entre le nombre infini
    Des hommes qui ont puni
    Une si cruelle offense,
    Un Lycurge s'est trouv
    Qui ce vice a approuv,
    Et l'a pass en souffrance._

    _Qu'il n'appelle cette fois
    Le Dieu autheur de ses loix
    Fauteur de sa volerie,
    Qui hait encor, ce dit-on,
    Cet ingenieux larron
    Qui vola sa bergerie._

    _Et bien, si tu veux user,
    Pour ton vol authoriser,
    De la regle Laconique,
    Puce, au moins contente toy
    De ce que la douce loy
    Ne punit ton fait inique._

    _Et ne crois que dans les cieux
    D'un courage ambitieux
    Ores ton petit cors saute:
    Car le celeste pourpris
    Ne peut estre juste pris
    D'une si injuste faute._

    _Tu peux bien, pour t'excuser
    De ce tien vol, accuser
    Ceste marastre nature
    Qui veut qu'un sang rougissant,
    Lequel tu vas ravissant,
    Soit ta seule nourriture._

    _Nature, qui t'a donn
    Ton estre, a bien ordonn
    Que tu vivrais de rapine:
    Mais, pour punir ton pech,
    Ell' veut qu'un ongle fasch
    Creve ta foible poitrine._

    _L'effort de ton petit saut
    Ne te peut guinder si haut
    Comme lon te fait accroire,
    Ni des beaux vers le monceau
    Qu'apprend ce docte troupeau
    Au temple de la Memoire._

    _Que si tu veux emprunter
    Des aisles pour y monter,
    Je crains que la cire en fonde,
    Et que, cherchant un bon heur,
    En desastre et en malheur
    Icare tu ne seconde._


SONNET DU MESME.


    _Archer ingenieux qui, par moyens rusez
    Avez en tant de lieux perc mon coeur fragile,
    Qui frappez seurement de la flesche subtile
    Aussi tost que de l'oeil le but o vous visez,_

    _Faites, je vous supply, et si bien m'instruisez,
    Que je puisse percer, par une adresse habile,
    Ce Rocher endurcy, ce rocher qui  mile
    Aprentis de voz ars a mille traits brisez._

    _J'ay tant de fois voulu  ce Roc faire breche,
    Tant de fois decoch de mon arc une fleche,
    Et tant de fois j'ay veu ma fleche reboucher._

    _Faudroit-il, je vous pri, pour luy donner entre,
    Qu'elle eut la pointe humide en lieu d'estre acere,
    Veu que la goute d'eau entame le Rocher?_




[Ornement]


LA PUCE DE RAOUL CAILLER.

POITEVIN.


    BIEN _que plusieurs doctes espris
    T'ayent vant en leurs escris,
    Loans ta vie tant heureuse,
    On n'a point encor toutesfois
    Chant comme tu meritois
    Ce qui te rend plus merveilleuse._

    _Puce, je te veux donc chanter,
    Puce, je te veux donc vanter,
    Si je puis, selon ton merite;
    Puis te donray, t'ayant chant,
    A celle qui a merit
    Une loange non petite._

    _Mais, Puce, pour te bien vanter,
    Mais, Puce, pour te bien chanter,
    Il faut entendre ta naissance:
    C'est la corde qu'il faut sonner
    Auparavant que d'entonner
    Tes mignardises on commence._

    _Ceux l qui te veulent blasmer,
    Ceux qui te veulent diffamer,
    Reprochent que tu prens naissance
    D'un puant et sale sujet,
    Et que tel est souvent l'effect
    Que la cause qui le devance._

    _Mais ce n'est parler contre toy,
    C'est reprendre l'ordre et la loy
    Et le reglement de ce monde:
    Tout ce qui prend commencement
    S'engendre par corrompement,
    En l'air, en la terre et en l'onde._

    _Si tousjours demeuroient entiers
    Du monde les corps semanciers,
    Tout cherroit en un piteux estre:
    Mais de leur putrefaction
    Ressort la generation
    De toutes choses qu'on fait naistre._

    _Dieu veut que d'un corps le tombeau
    D'un autre corps soit le berceau.
    Telle est a bas sa pourvoyance:
    Ces loix  nature il donna,
    Quand de ses doits il ordonna
    Les Cieux et leur nombreus dance._

    _Aussi tout ce grand univers,
    Ce beau bastiment tant divers,
    Est sorti du goufreux desordre
    Du chaos en soy mutin,
    Et dedans le rien d'un rien n,
    Sans pois, sans mesure et sans ordre._

    _Le petit monde, qui comprend
    Toutes les parties du grand,
    De qui prend-il son origine?
    D'un excrement surabondant
    Petit  petit s'amassant,
    Semblable  l'escume marine._

    _Il ne te faut doncques blmer,
    Il ne faut pas te diffamer,
    Ores que tu sois engendre
    De quelques sales excremens:
    Petis sont les commencemens
    De l'oeuvre bien elaboure._

    _Mais plustost loer je te veux,
    Et l'on devroit estre envieux
    De ta naissance si soudaine,
    Veu que les autres animaux,
    Presageant leurs futurs travaux,
    Naissent avecques si grand peine._

    _De peur que par un mouvement
    En un si long retardement
    Leur matiere soit difforme,
    Dans le ventre d'un vaisseau neuf
    Ou dans la coquille d'un oeuf
    Elle a besoin d'estre enferme._

    _Toy, te hastant de veoir le jour,
    Tu ne veux faire long sejour
    Dedans ta bourbeuse matiere:
    Aussi t'est aisment acquis,
    Puce, tout ce qui est requis
    A te faire veoir la lumiere._

    _Sans plus, du Soleil la chaleur
    Et de la terre la moiteur
    Sont requises  ta naissance,
    Aussi la nature se plaist
    A ramener sans autre apprest
    En effect soudain ta puissance._

    _Pour ton espece conserver,
    Tu n'as la peine de couver
    Mille petits oeufs sous ton ventre:
    Et si n'es sujette  la loy
    Des autres bestes, car en toy
    La semence du masle n'entre._

    _Comme sans l'aide de Cypris
    Ton premier estre tu as pris,
    Tu te peux bien passer encore
    (Sans faire hommage  cet enfant
    Qui des hommes va triomfant)
    De celle qu'en Paphe on adore._

    _Heureuse puis que le flambeau
    Qui brule mesme dedans l'eau
    N'attrape ta petite masse;
    Puis que le froid, qui sans repos_
    _Nous va penetrant jusqu'aux os,
    Ta chair tendrelette ne glace._

    _Il est bien vray qu'un autre yver,
    Qu'une grande froideur de l'air,
    Esteint la chaleur qui t'avie;
    Mais ce n'est  toy seulement
    Que la froideur d'un element
    Si penetrant ravit la vie._

    _Le chaud de nature est amy,
    Mais le froid est son ennemy,
    Contraire  toute bonne chose,
    Aux herbes ostant la vigueur,
    Aux bois ravissant leur honneur,
    Et reserrant la fleur esclose._

    _O Puce, qu'heureuse tu es
    De naistre ainsi comme tu nais!
    Mais encor es tu plus heureuse
    De vivre ainsi comme tu vis,
    Sucant le sang dont tu nourris
    Ta petite ame vigoureuse._

    _T'accrochant sur un marbre blanc,
    Tu en fais decouler le sang
    Dont tes levres sont enyvres,
    Ou bien tu baises quand tu veux
    La bouche, le nez et les yeux
    Des pucelettes empourpres._

    _Tu mors et remors le beau sein,
    Les blanches mains et le tetin
    De la pucelle qui s'amuse
    A filer, coudre ou s'attifer;
    Et quand sa main te veut gripper
    Soudain tu descouvres sa ruse._

    _Ja desja preste  t'escacher,
    Elle te roule sur sa chair,
    Mais si bien tu sais te deffendre,
    Que d'un tremoussement divers
    Dans sa chemise tu te perds,
    O tu n'es pas facile  prendre._


SONET DU MESME A MAD. DES ROCHES.


    _Si d'un vers mal-coulant j'ose ennuyer vos yeux
    Et vous faire present de chose si petite,
    Je prie que vostre oeil contre moy ne s'irrite,
    Et supplie vos doits de m'estre gracieux._

    _Madame, un jour viendra que ma main saura mieux
    Coucher sur le papier la loange non dite,
    Que vostre noble esprit sur tout autre merite,
    Quand m'auront esclair vos Soleils gracieux._

    _Ou si j'ay merit vous sentir rigoureuse,
    Embrazez ce papier d'une oeillade flammeuse,
    Vos yeux seront vangeurs du tort qu'on leur a fait._

    _Mais ce n'est au papier que vous vous devez prendre:
    Punissez moy d'avoir os tant entreprendre,
    Pardonnant au papier qui ne vous a forfait._

[Ornement]




[Ornement]


SUR L'APOTHEOSE DE LA PUCE.

SONET.


    DU _meurtrier d'Orion la venimeuse panse
    Et les bras estendus, plus qu'en leur part des cieux,
    Avoient empoisonn tous ces terrestres lieux,
    Si qu'on n'oyoit que mort, que sang, que violence._

    _On void aneantis par la juste balance
    De ce signe nuisant les effets odieux,
    Et le ciel l'a vomi dans le lac stygieux,
    Espoir pour l'avenir de meilleure influence._

    _Pour remplir l'ornement du Baudrier estoil,
    La Puce, humble animant, au lieu vuide a vol,
    Et, fait astre nouvel, aux mois tardifs rayonne._

    _Par l'heureuse faveur des suffrages exquis
    De la docte Pleiade ell' a ce rang acquis
    Et par la douce voix de la belle Erigone._

    DE LA GUERINIRE.

[Ornement]




[Ornement]


LA PUCE DE LOMMEAUD,

SAUMUROIS.


    QUE _vous estes bien abusez,
    Potes qui vous amusez
    A descrire cette puette
    Qui travaille cette Rochette
    Que, sous un petit animal
    Qui jour et nuit luy fait du mal,
    Remplis de fureurs poetiques,
    Vous honorez de vos cantiques!
    Devriez-vous,  bons esprits,
    Graver en vos divins escris
    La Puce qui sans fin mordille
    Cette belle pucelle fille?
    Ell' se musse dans ses cheveux,
    Frisez, retors de mille neus;
    De ses cheveux elle sautelle
    Sur son sein vermeil qui pommelle,
    Puis ell' s'ecoule bondissant
    Sur un petit rond fleurissant,
    Rond vermeillet comme une rose,
    O la puce souvent repose.
    Cessez donques de loanger
    Cette Puce qui veut manger
    D'une charneure si doillette.
    Que d'entre vous quelque Poete
    S'efforce, sans nous le celer,
    Cette dame depuceler,
    (Cette dame toute divine
    Orne de rare doctrine)
    Si d'elle il a quelque piti,
    Ou luy porte quelque amiti._

[Ornement]




[Ornement]


VERS DE PIERRE SOULFOUR,

PRESIDENT.

(Traduit du latin.)


    AUX _Grands Jours n'y a rien d'gal,
    Et rien de petit ne s'y treuve:
    La Puce, un petit animal,
    Loge au Ciel, nous en fait preuve._


A LA PUCE.


    _Puce, tu t'es bien abuse
    De te prendre  un tel morceau:
    O penses-tu estre pose,
    Volant sur ce tertre jumeau?_

    _Tu ressemble  ce taon champestre
    Qui droit dessus la peau vola,
    Pour y cuider son bec repaistre,
    Du taureau que Myron tailla._

    _L'airain pur, et non la chair vive,
    Luy repoussa son petit soc:
    O Puce! la blancheur nave
    Que tu picotes, c'est un roc,_

    _Un roc de marbre que la Muse
    A basti loin de Cytheron,
    D'autre artifice et plus grand' ruse
    Que n'est le Taureau de Myron._


TRADUCTION DU LATIN.


    _Ce que la mouche fit au Taureau de Myron,
    Toy, petit animal, tu l'as fait au giron,
    Ou quelque peu plus haut, au sein d'une Deesse.
    Tous deux estes trompez d'une mesme simplesse:_

    _L'un s'est pris  l'airain, l'autre s'abuse au roc.
    Mais toy, plus avis, poussant ton petit soc
    Sur l'yvoire poli de sa chaste mamelle,
    En touchant l'immortel tu te rens immortelle._


APOLLON EN PUCE.


    _O Puce, vien donc mon esprit
    De ta vive fureur attaindre,
    Afin que par le mien escrit
    Ton loz en mon vers puisse empraindre._

    _Puce Muse,  Puce Apollon,
    Je te reclame, il n'y a ame
    Qui n'ait senti ton aiguillon
    Et ton puissant entousiasme._

    _Apollon, jadis, en tirant
    L'oreille de ce grand Virgile,
    Luy donna le stil doux coulant
    Pour chanter Chromis et Mnasile._

    _Ta vertu est certainement
    A celle de Phoebus pareille,
    Tu nous eschaufe galement,
    Chacun a la Puce  l'oreille._

    _O Puce des Puces l'honneur,
    Puce des pucelles compagne,
    Tu as mis en rut et fureur
    La France, l'Itale et l'Espagne._

    _Moymesme qui suis de bien loin,
    Et qui cloche apres la grand' bande,
    Si suis-je attaint du mesme soin,
    Qui me violente et commande._

    _Un Elephant et un Grifon
    Sont plus grands que toy de corsage,
    Mais si nous posons ton renom,
    Tu as bien sur eux l'avantage._

    _Un Elephant, si grand soit-il,
    Ne peut musser sa grandeur vaine
    Au beau sein o toy, plus subtil,
    Puce, tu caches ton ebene._

    _Un Elephant ne pourroit pas,
    Comme l'oyseau porte-tonnerre,
    Par l'air subtil guider ses pas,
    Sans se laisser tomber  terre._

    _Mais toy tu fais encore mieux
    Que cest oyseau qui son oeil darde
    Vers le plus clair flambeau des cieux,
    Car seulement il le regarde._

    _Toy, tu as trop mieux regard,
    Puis franchi d'un brave courage,
    De plein vol, et puis possed
    Le plus bel astre de nostre ge._

    _Volans droit, tu seus te percher
    Sur cette colline jumelle
    O devant toy se vint nicher
    La Muse et la Grace avec elle._

    _Icarus ainsi ne vola
    Avecques sa plume cire;
    Mais en trebuchant il bailla
    Le nom  la mer Icare._

    _C'est pourquoy je ne pense pas
    Que comme une Puce commune
    Tu nous apparaisse icy bas,
    Ton vol ne despend de fortune._

    _Tu es quelque Demon muss
    Finement l, si dire j'ose;
    Tu es Apollon deguis
    Dessous cette Metamorphose._

    _Apollon a jadis hant
    Son Helicon et son Parnasse,
    Et s'en est longtemps content,
    Fuyant le bruit du populace,_

    _Car tousjours a hay les lieux
    O ce sot peuple l'accompagne,
    Et suivi les rocs sourcilleux,
    Et les costaux et la montagne._

    _Estant seul, un jour s'appereut
    Que la Muse avoit fait eschange
    De la roche o le cheval beut
    Avec une autre Roche estrange._

    _Et que mesme elle avoit laiss
    La double roche Parnasine,
    Et son nouveau temple pos
    Dans une Roche Poitevine._

    _Alors droit en Poitou tira
    Et, se formant en une Puce,
    Sur ce double yvoire vola
    Sur lequel  prsent se musse._

    _O Puce, n'est-ce pas cela?
    Je l'ay trouv, c'est par ta grace.
    Ne puisses tu bouger de la:
    A un tel hoste telle place._

[Ornement]




[Ornement]


LA CONTRE-PUCE DE RAPIN.


    PUCE _que tant de bons espris
    Pour sujet de leurs vers ont pris,
    Qui t'ont trouve si habile
    Que, la Muse les chaufant,
    Ils t'ont fait un grand Elefant,
    Par leur invention gentille,_

    _Tu as eu cet heur aux Grans jours,
    Aussi c'est volontiers tousjours
    Le temps que tu te fais conoistre,
    Quand le Soleil plus haut mont,
    Des moites chaleurs de l'est
    Dans la poussiere te fait naistre._

    _Mais s'il se falloit amuser
    A la verit deguiser
    D'une flateuse couverture,
    J'aymerois mieux chanter le poux,
    Qui s'engendre et se paist de noux
    Plus amy de nostre nature._

    _Je dirois la punaise aussi,
    Et le morpion racoursi,
    Qui s'attache  nostre substance;
    Mais je ne sceu jamais traiter
    Un sujet o il faut vanter
    Le mal contre la conscience._

    _Ceux qui t'elevent jusqu'aux cieux
    Toutesfois ne t'ayment pas mieux
    Que moy qui te blasme et despite;
    Et quand visiter les voudras,
    Ils te chasseront de leurs dras,
    Pour belle qu'ils t'ont descrite._

    _Encor dit-on que l'argument
    O ils ont pris le fondement
    De te louer par artifice
    Meritoit mieux d'estre vang,
    Et  ces Grans jours corrig
    Par les voyes de la Justice._

    _On conte que, de guet  pend
    Peu  peu glissant et rampant,
    Du bas o tu fais ta retraite
    Tu t'estois perche en un lieu
    Duquel Prince ni demidieu
    N'aproche la main indiscrette._

    _Entre deux tertres arrondis
    Tu acrochois tes pieds hardis
    Au fonds d'une campagne belle,
    Et apres mille petits sauts
    Et mille cauteleux assauts,
    Tu osois poindre une pucelle._

    _Ainsi que dans un large estang,
    A plain gosier tu beus son sang,
    Et pour reste de ton audace,
    Comme les taons veneneux font,
    Tu fis encor d'un pourpre rond
    Marqueter et rougir la place._

    _Pour une telle cruaut,
    Puce, tu avois merit
    Qu'entre deux presses cristallines
    On te fit le ventre crever,
    Qui s'estoit os abreuver
    De belles liqueurs nectarines._

    _L'assassinat qualifi,
    Par deux tesmoins verifi,
    Te convainquoit d'estre coulpable;
    Mais ceux qui te devoient punir
    Les premiers osent maintenir
    Que ton fait estoit excusable._

    _He! sangsue du cors humain,
    Les deux premiers doits de la main
    Comme sergens te devoient prendre,
    De salive un peu preparez,
    Et les deux pouces acerez
    Par beau millieu te devoient fendre._

    _Le Prince fort bien ordonna
    Qui un gros salaire donna
    Au page qui t'avoit surprise
    Dessus sa robe sautelant,
    Et secrettement te coulant
    Dans le colet de sa chemise._

    _Mais il trompa l'espoir de ceux
    Qui prirent le poux paresseux,
    S'atendans  plus grosse somme:
    Car, comme il respondit, tu viens
    De la sale ordure des chiens,
    Et le poux ne vient que de l'homme._

    _On conte que quand Jupiter
    Se voulut un jour despiter
    Contre ses fermiers de la terre,
    Au lieu o son foudre arriva
    Mille vermines on trouva
    Future domestique guerre._

    _Les taons, les guespes, les cheussons,
    Qui ont des plus picquans fissons,
    Et les Aragnes y nasquirent,
    Les punaises, les morpions,
    Les souris et les scorpions
    Aupres de toy, Puce, en sortirent._

    _Mais entre tous ces animaux
    Qui sont nos plus familiers maux,
    Puce, tu nous fais plus de peine:
    Les autres sont pris aisment,
    Et tu as un fretillement
    Qui empesche qu'on ne te prenne._

    _L'ennemy plus lourd et pesant,
    Encores qu'il soit malfaisant,
    Et toutesfois est moins  craindre:
    A toute heure on le peut domter;
    Mais on doit celuy redouter
    Qui est plus difficile  joindre._

    _Tu nous fais blouir les yeux
    Te remuant en divers lieux,
    Tant tu s agile et rusee:
    La main qui te pense cacher
    Te tournoyant dessus la chair
    Bien souvent se trouve abuse._

    _La Pucelle, qui ne sait pas
    Les lieux o tu prens tes repas,
    S'y trompe une sere entiere:
    La vieille ne fait que jour,
    T'attendant  l'abreuvor
    O elle dresse sa panthiere._

    _Quantefois j'ay veu, au matin,
    De ma maistresse le tetin
    Picot de tes noires traces!
    Et si l j'en voyois l'effet,
    Dieu sait si tu n'avois point fait
    Encores pis en d'autres places._

    _Ceux qui t'ont fait par fiction
    Estre la fille d'Orion
    Ont bien trouv ton origine:
    Car Orion est un pisseur,
    Et tu nais de l'orde espesseur
    Qui se detrampe avec l'urine._

    _Puis ce qu'on faint que Pan t'ayma
    Quand Jupiter te transforma
    En cette petitesse noire,
    Si Pan n'estoit qu'un vieil bouquin,
    Salle et ord, puant et faquin,
    Cel n'est pas fascheux  croire._

    _Quant  moy, je ne te crains rien,
    Car Dieu mercy j'ay le moyen
    D'eviter ta salle morsure:
    Je me say tenir nettement
    Au linge et en l'accoustrement,
    C'est la recepte la plus seure._

    _La chambre souvent balloyer,
    Le haut et le bas nettoyer,
    S'esloigner de tous lieux infames,
    Est le moyen de s'exempter
    De toy, qui ne veut adjouter
    Ne coucher point avec les femmes._

    _Et quand cela je n'aurois point,
    Encores say-je un autre point
    Pour brider ta gueule altere:
    Ds le soir je m'enyvreray,
    Et toute la nuit dormiray
    Sans sentir ta pointe acere._

[Ornement]




[Ornement]


QUATRAINS DE CATHERINE DES ROCHES

AUX POETES CHANTE-PUCES.


    LA _Puce sauteloit au sommet d'une Roche
    D'o premiere elle vid le soleil radieux:
    Puis, dressant vers le Ciel son vol audacieux,
    Plus son pouvoir l'elogne et son desir l'aproche._

    _Lors elle recognoist le danger qui s'apreste,
    Pensant au vol d'Icare, au cours de Phaeton,
    L'un mal-heureux oyseau, l'autre mauvais charton,
    Se repent et reprend d'avoir hauss la teste._

    _O le digne ornement de la parfaite bande,_
    PASQUIER, _de qui le nom, l'oraison et les vers
    Volent par la rondeur de ce grand Univers,
    La Puce maintenant vostre secours demande._

    _Haussez la, grand_ CHOPIN, _de qui la voix exquise
    A souvent content ce fils de Jupiter,
    Ce_ DU HARLAY _qu'on void les hauts Dieux imiter,
    Que tout le monde admire, estime, honore et prise;_

    _Le Pillier, le miroir, l'oracle de la France,
    Qui soutient, represente et anime sans fin
    Peuples, Princes et loix, brise l'air Poitevin,
    Pour conduire la Puce avec plus d'asseurance;_

    MANGOT, _le verd printemps  la vertu chenue,
    Le favory des Dieux, le Mercure facond,
    Qui est premier de tous et n'a point de second,
    La sousleve, et luy fait outrepasser la nue._

    _Que diray-je, _ ESPRIT ORN DE BEAUT DINE,
    _De vos vers doux-coulans, sinon que les neuf Soeurs
    Ont vers dedans eux leurs mielleuses douceurs
    Pour attirer au Ciel la Puce Poitevine._

    _Celuy qui la reprend d'estre injuste et cruelle
    L'honore en la blasmant; il ne fait voir sinon
    Qu'elle est Puce fameuse et digne de renom,
    Et la faisant mourir il la rend immortelle._

    _Ell' a pour son flambeau l'agreable lumiere
    Des deux freres germains par les Muses lus,
    Plus divins mille fois que Castor et Pollus,
    Car ils ne changent point leur lampe journaliere._

    _Cet excellent rameau de la noble racine
    Qui commandoit Verone a voulu prendre soin
    De la petite Puce: aussi elle a besoin,
    Pour monter dans les Cieux, d'une_ ESCALE _divine_.

    _Ainsi qu'elle approchoit du throne de sa gloire,
    Amour la vint saisir. Ce petit affet
    En vain en est jaloux: car il est arrest
    Que les vers de_ BINET _luy donnent la victoire_.

    _Qui seroit negligent  si loable peine
    Pour donner  la Puce un gentil ornement?
    Le savant_ LA COUDRAYE _l'habille proprement,
    Ores  la Franoise et or'  la Romaine._

    _Courage, ma mignonne, il faut prendre la place
    Du meurtrier d'Orion, il faut prendre ce lieu
    Qui vous est prpar d'un homme, mais d'un Dieu
    Qui vous y fait guider par les mains de la Grace._

    _L'oyseau favoris de l'archer du tonnerre,
    OEilladant cette Puce avec un doux regard,
    Luy veut prester son dos pour luy servir de chart,
    Et de ses ailerons mignardement l'enserre._

    _Elle est place au Ciel, et le fourier Hygine
    N'a marqu son logis; mais cest oyseau sacr
    Qui fait entre les Dieux ce qui luy vient  gr
    A voulu qu'elle fut un favorable signe._

    _Bien-heureux qui l'aura au point de sa naissance
    Pour son astre ascendant, et bien-heureux aussi
    De qui elle prendra un gracieux soucy,
    Faisant couler sur luy sa celeste influence._

    _Mais qui luy a donn cette chesne dore?
    Vrayment cest_ LE CLAIR OR, _qui par l'eclair luysant
    De ses beaux vers dorez luy a fait ce present,
    Et par l'honneur de luy la Puce est honore._

    C. DES ROCHES.


TRADUCTION DU LATIN.


    _Ne t'estonne d'Ossan endoss sur l'Olympe,
    Ny du Gean qui, fol, vers les estoilles grimpe,
    Puis qu'on voit une Puce escheler le Rocher
    Qui peut de Jupiter la hauteur approcher.
    Pareils faits, non effetz: la terre enclost Typhe,
    La Puce piafant fait des astres trophe,
    Grands parreins les Geans bouleversez des Dieux,
    Puce qui par Pasquier prend son vol jusqu'aux cieux._

    E. PASQUIER.


A PASQUIER.


    _Sur le teton jumeau je vy la Puce prendre
    Et, riant, depucer la pucelle de pris.
    Puce et pucelle ensemble, en tes divins escris,
    Pasquier, tu veux et peux immortelles les rendre._

    FR. D'AMBOISE, ADVOCAT.


RESPONSE.


    _Tu t'abuzes, amy, la Puce ne feut prise,
    Et pourquoy doncq'? D'autant que, sage, elle sautoit
    Sur le sein de Madame, et l le suotoit
    Sans crainte, comme estant en un lieu de franchise._

    E. PASQUIER.


    _Ce n'est point par ma main que la sage pucelle
    De Poictiers doit atteindre  l'immortalit:
    Son savoir, sa vertu, ses meurs et sa beaut
    La rendront  jamais de soy mesme immortelle._

    E. PASQUIER.


VOEU PASTORAL

EN FAVEUR DES POTES CHANTE-PUCES.


    _Celuy qui du_ PASCAGE _emprunte le surnom,
    Celle qui aux_ ROCHERS _donne tant de renom,
    Furent premiers motifs de cette Puce gaye.
    Celuy qui  la Puce encor' a bonne part,
    Et qui d'Amaryllis chante le sainct regard,
    Trouva dans les forests le nom de la_ COULDRAIE.

    _Icy maint bon pasteur diversement voit on
    Graver dans le sainct Roch sous l'a_ BRY SON _sainct nom;
    Icy le bel_ OYSEL _degoiser son ramage,
    Et le pastre_ TOURNEUR _chanter mil beaux coupls,
    Et tous abandonner la Deesse Pals
    Pour faire  qui mieux mieux  une Puce hommage._

    _Icy voit-on le mont de Parnasse_ ESCHELER,
    _Icy le forgeron sainctement_ MARTELER,
    _Icy pour, bien_ BINER, _les riches fruicts renaistre
    Au dessous des_ CHAUX PINS, _et le jeune berger,
    Et_ AMBOISE _des Dieux l'ambrosie_ MANGER
    _Et du mielleux nectar soufvement se paistre._

    _Vous qui hantez les Rochz, les pastiz, les forez,
    Satyres chevrepieds et Faunes, quand orrez
    De voz humbles pasteurs la devote musique,
    Recevez dans vos monts, dans vos prs, dans vos bois,
    D'un favorable accueil, leurs doux sonantes voix,
    Mais gardez que comme eux la Puce ne vous picque._

    E. PASQUIER.


TRADUCTION DU LATIN.

(Voir les Notes.)


    _Sur la Puce maint manoeuvre
    S'est jou: Loisel icy
    En fin sur ton nom descoeuvre
    Une couronne, et ainsi
    La fin couronne ton oeuvre._

[Ornement]




[Ornement]


DESCRIPTION DES DEUX DITIONS

(In-4, 1583, et in-8, 1610)

QUI ONT SERVI A LA PRSENTE RIMPRESSION

_ET VARIANTES PRINCIPALES_


_Page 1._--Notre titre est celui de l'dition in-8. Le titre de
l'dition in-4 est ainsi conu: _La Puce de Mme Desroches, qui est un
recueil de divers pomes grecs, latins et franois, composez par
plusieurs doctes personnages aux Grands Jours tenus  Poitiers l'an
MDLXXIX.--A Paris, pour Abel l'Angelier, au premier pillier de la
grande salle du Palais. MDLXXXIII. Avec privilege du Roy._--A la suite
de ce titre, l'in-8 donne un _Extrait du privilege_, et une ddicace
de Jacques de Sourdrai _ noble et vertueux seigneur Ant. de la P.,
gentilhomme poictevin_, que nous n'avons pas reproduite.

_Page 3._--La prface _au lecteur_ donne par l'in-4 est tellement
diffrente de celle-ci qu'il est impossible d'en indiquer les
variantes. Pasquier ne s'y met pas lui-mme en scne, mais il raconte
l'aventure comme tant arrive  _quelque personnage assez cognu_.

_Pages 6 et 7._--Les deux pices, _Quand je feis_, et _Peut-estre
adviendra-il_, se trouvent, dans l'in-8, aprs la _Puce_ de Pasquier.

_Pages 29 et 30._--Les quatre pices contenues dans ces deux pages ne
sont pas traduites dans l'in-4. Mais il donne aprs elles une pice
en grec, [Grec: Psulls enchhmion], qui ne se trouve pas dans
l'in-8.

Puis viennent ici deux pices non traduites, donnes par les deux
ditions: 1 _Jo. Bineti Bellovaci. J. C. Amatoris et Pulicis
Colloquutio. Cl. Binetus, fratris filius, restituit._--2 _Ren.
Chopini I. C. et in sup. curia advocati Pulex._

_Page 37, vers 16  18._--Variante de l'in-4:

    Ja void on dans Poictiers ce Pote divin
    Celebrer Apollon comme vray Poictevin,
    Qui quitte le surnom pour Poitou de Pythie.

_Page 39, vers 6 et suivants._--La pice finit ainsi dans l'in-4:

    Ou, si c'est une Puce, elle ne s'engendra
    D'une ordure, mais bien de ce beau chien celeste
    Tellement que la vierge et la Puce s'apreste
    De reparer les cieux de deux astres tous neufs,
    Lorsque les Dieux puissans, vaincus de tant de voeus
    Des Potes, mettront au ciel une autre vierge,
    Et qu'ils voudront encor que la Puce y heberge,
    Astres vrayment trois fois et quatre fois heureux
    D'estre honorez a bas et aux celestes lieux.

_Page 40._--La chanson n'est pas traduite dans l'in-4, non plus que
la pice suivante.

Vient ensuite la pice intitule: _Jacobi Mangotii, in senatu
Parisiensi advocati, Pulex_, qui n'est traduite dans aucune des deux
ditions.

_Page 74._--Ici viennent deux pices non traduites: _Ad consultissimos
supremi senatus Gallici patronos in Rupe Pulicem ludentes_,--et
_Raphael Gallodonius in curia Paris. Advocatus_.

_Page 79._--Ce sonnet de Macefer a t supprim dans l'in-8; c'est
pourtant une des pices les mieux tournes. Peut-tre a-t-il d cette
exclusion  la vivacit du dernier tercet; mais alors l'diteur aurait
fait preuve d'une pruderie qui n'tait gure de son temps.

_Page 89._--L'in-8 ne donne pas non plus ce sonnet de la Gurinire;
mais cette fois l'oubli n'tait pas regrettable, et, n'et t le
dsir d'exactitude, nous aurions bien laiss ce fatras potique dans
l'obscurit  laquelle l'avait condamn l'diteur de 1610.--Cette
pice est suivie d'un distique latin du mme, _Ad Pleiada et
Erigonem_, que l'in-8 n'a pas non plus reproduit.

Avant la Puce de Lommeaud se trouve une pice latine, _Pulex ad
Claudium Binetum_, signe _L. Bochellus_.

_Page 93._--Aprs le premier quatrain de Pierre Soulfour vient une
pice latine, _Quid magni peperere dies_.

_Page 100._--Avant la _Contre-Puce_ viennent deux pices, galement
de Rapin: _De pulice Pictavii decantato_, et _De eodem_.

_Page 107._--_La Contre-Puce_ est suivie des quatre pices latines
suivantes: _Nicol. Rapini ad Paschasium epig._,--_Steph. Paschasii ad
Nicolaum Rapinum_,--_Jul. Csaris Bulengeri Juliodunensis in Pulicem
Catharin Rupe Pictaviensis_,--et _F. Coldraii propempticon carmen_.
Les deux dernires seulement sont donnes par l'in-4.

C'est ici que vient dans l'in-4 la _Louange de la Puce_, une assez
longue pice en prose, que nous n'avions pas  reproduire ici, vu
qu'elle n'a aucun rapport  l'aventure de Catherine Desroches.

L'in-4 finit ici, sans donner les pices suivantes,  l'exception des
_Quatrains de Catherine des Roches_, qu'il met aprs le sonnet de la
Gurinire, page 90, et du _Voeu de Pasquier_, qu'il fait venir aprs
le sonnet de Macefer. Ces deux pices sont bien mieux  leur place
dans l'in-8.

Entre le _Voeu_ et la dernire pice se trouve une pice latine
intitule: _In Stephani Paschasii Stephanoplocon_.

[Ornement]




[Ornement]


NOTES


   _Page 36._--Aprs le vers 14e devraient venir deux vers  rimes
   fminines, mais ils ne se trouvent dans aucune des deux ditions.

   _Page 39, vers 10._--Supprimer la virgule qui se trouve aprs
   _Poictiers_.

   _Page 64, vers 18._--_Le_ fourmy. _Fourmi_ a t du masculin, et
   comme tel il s'est crit _fourmis_. La Fontaine l'a encore crit
   ainsi deux fois de suite, pour le besoin du vers, quand il a dit,
   dans la fable _La Colombe et la Fourmis_:

    L'autre exemple est tir d'animaux plus petits.
    Le long d'un clair ruisseau beuvait une Colombe,
    Quand, sur l'eau se panchant, une Fourmis y tombe,
    Et dans cet Ocan l'on eust v la Fourmis,
    Etc...

   Ici les arrangeurs d'ditions  la moderne ont le choix ou de
   faire deux vers faux, ou d'abandonner leur systme.

   _Page 101, vers 15._--Le vers manque d'un pied; il les a tous
   dans l'dition in-4, qui le donne ainsi:

    Pour belle qu'ils t'ayent descrite.

   _Page 115._--Le dernier quatrain fait allusion  une pice latine
   d'Antoine Loisel, qui joue sur le mot grec [Grec: Ztephanos],
   signifiant galement _couronne_ et _Etienne_ (prnom de
   Pasquier). Voici la pice en question:

    IN STEPHANI PASCHASII STEPHANOPLOCON

    _Pausi, ut et Glycer tabulas, variasque coronas,
      Ardorumque jocos secula prisca canunt:
    Sic Stephani et castos Catharin Rupis amores,
      Puliceosque sales, postera suspicient;
    Quos tanta Stephanus noster contexuit arte,
      Ut Stephanoplocon hunc dicere jure queas._

   _Stephanoplocon_ veut dire couronne de fleurs.

[Ornement]




TABLE DES MATIRES
                                                                 Pages

    Avant-Propos                                                     v
    _La Puce, ou jeus poetiques franois et latins. Paris,
      M.DC.X_                                                        1
        Catherine Desroches                                          9
        Etienne Pasquier                                            14
        Brisson                                                     22
        Joseph de l'Escale                                          31
        Anthoine Loisel                                             37
        Etienne Pasquier                                            40
        Claude Binet                                                43
        Odet Tournebus                                              62
        Macefer                                                     75
        Raoul Cailler                                               80
        De la Gurinire                                            89
        Lommeaud                                                    91
        Pierre Soulfour                                             93
        Rapin                                                      100
        Pices diverses                                            108
    Description des deux ditions in-4, 1587, et in-8, 1610
      et variantes principales                                     117
    Notes                                                          121




_Imprim par D. JOUAUST_

POUR LA COLLECTION

DU CABINET DU BIBLIOPHILE

NOVEMBRE 1868


[Ornement]





End of the Project Gutenberg EBook of La Puce de Mme Desroches, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PUCE DE MME DESROCHES ***

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