Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0066, 1 Juin 1844, by Various

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Title: L'Illustration, No. 0066, 1 Juin 1844

Author: Various

Release Date: September 3, 2014 [EBook #46765]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0066, 1 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION,

JOURNAL UNIVERSEL,


[Illustration.]

        N 66. Vol. III--SAMEDI 1 JUIN 1844.
        Bureaux, Rue de Seine 33.

        Ab. pour Paris.--3 mois, 8 f.--6 mois, 16 f.--Un an, 30 f.
        Prix chaque N 75 c.--La collection mensuelle br., 2 f. 75 c.

        Ab. pour les Dp--3 mois, 9 f.--6 mois, 17 f.--Un an, 32 f.
        Pour l'tranger         --    10            --    20          --    40



SOMMAIRE.

Jacques Laffitte. _Portrait de Jacques Laffitte; Obsques de Jacques
Laffitte._--Histoire de le Semaine.--Exposition des produits de
l'Industrie (6e article). Agriculture. _Machine  faucher de M. Gargan;
Charrue de M. Le Bachelle; Crible  plan inclin, Hache-Paille et
Concasseur, par Quentin-Durand_.--Chronique musicale. Antigone et les
Chanteurs espagnols. _Duo de Casta diva_, par M. Ojda et mademoiselle
Masson; _Duel de deux fanfarons andalous; Scne de Contrebandiers.
Dernire scne d'Antigone; six costumes_.--Le dernier des Commis
Voyageurs, roman par M. XXX. Chap. X. L'ancien et le moderne. Chap. XI.
A Lyon.--Les Sales d'asile (2e article). _Entre des enfants dans la
salle d'asile Cochin; la Prire; la Lecture; Vue gnrale intrieure: le
Jury._--Acadmie des Sciences. Compte rendu. Sciences
mdicales.--Courrier de Paris.--Thtres. Thtre-Franais: Catherine
II, tragdie en cinq actes et en vers, de M. H. Romand. _Scne du 3e
acte; Mdaillon de mademoiselle Rachel avec son fac-simil_. Palais
Royal. Le Troubadour omnibus. _Les douze arrondissements de
Paris._--Bulletin bibliographique.--Modes.--Amusement des Sciences. _Une
Gravure._--Rbus.



Jacques Laffitte.

Toutes ces gloires qui avaient clat  la voix de Napolon, toutes ces
vertus civiques qu'avait appeles hors des rangs de la foule la grande
voix de notre rvolution; gnraux d'arme, grands citoyens, tous
meurent, tous s'en vont.

[Illustration: Jacques Laffitte]

Hier Paris entier, au nom de la France, rendait hommage  l'un des
enfants de la rvolution de 1789,  l'un, des auteurs de la rvolution
de 1830. En 1767, Bayonne avait enregistr la naissance du fils d'un
charpentier; Paris, hier, l'a suivi  sa dernire demeure aprs une vie
marque par les travaux les plus assidus, par les faveurs, les revers et
les retours de la fortune, par les dignits les plus minentes, par
l'amour le plus tendre pour le pays, par un entier dvouement  la
France dans les jours de gloire comme dans les jours malheureux, par la
bienfaisance envers toutes les infortunes, par la bienveillance mme
envers ses ennemis.

Jacques Laffitte, dont nous n'avons point  retracer la vie, car elle
est crite presque tout entire dans notre histoire, est du petit nombre
de ces hommes que les partis, alors mme qu'ils se respectent assez peu
pour les calomnier, pour les outrager de leur vivant, sont forcs, par
un dernier reste de pudeur, d'honorer, de glorifier  leur mort. Nous
assistons  ce spectacle; nous n'avons donc point  le louer; ceux qui
le dchiraient hier encore se sont chargs aujourd'hui de son oraison
funbre. Nous n'avons en quelque sorte qu' le dfendre contre leurs
loges.

[Illustration: Convoi de Jacques Laffitte.]

Ds le matin, le tambour a retenti dans les rues de Paris, appelant aux
armes les citoyens commands pour la crmonie funbre, et conduisant
aux abords de l'htel offert  M. Laffitte par une souscription
nationale, les troupes de la garnison qui devaient en occuper les abords
et former la haie du cortge. Le gouvernement, pour rendre hommage au
grand citoyen, n'avait pas voulu, sous le rapport des honneurs
militaires, qu'il ft considr comme un simple lgionnaire; il avait
voulu voir en lui l'ancien prsident du conseil des ministres, et,  ce
titre, qui permettait d'ailleurs de conjurer toute crainte de dsordre,
le cortge militaire a t compos de six bataillons d'infanterie, de
deux escadrons de cavalerie, d'une batterie d'artillerie, sous les
ordres d'un marchal de camp, d'un bataillon et d'un escadron de la
garde municipale  cheval.

Bientt aprs, les salons de l'htel, son jardin, sa cour, se sont
trouvs remplis par le concours des dputs, des pairs de France, des
notabilits de la science, de la littrature, des arts, de la finance et
de l'industrie. Trois membres du cabinet, M. le marchal prsident du
conseil, et MM. les ministres du commerce et des finances, s'y taient
rendus. Des trangers de distinction taient aussi prsents.

A midi et demi, le cortge s'est mis en marche. Le cercueil avait t
dpos sur un char funbre tran par quatre chevaux, derrire lequel on
portait la croix de simple membre de la Lgion d'honneur et la croix de
Juillet, seules dcorations du dfunt. Les cordons du pote taient
tenus par MM. Sauzet, Odilon Barrot, d'Argout, Lebaudy, l'un des chers
de la maison J. Laffitte et Cie, MM. Dupin an, Arago, Thiers et
Branger marchaient derrire le char. Les dputs, une dputation de la
ville de Rouen, dont M Laffitte tait reprsentant, des groupes nombreux
de gardes nationaux sans armes, appartenant  la ville de Paris et  la
banlieue, des citoyens de toutes les classes, des dputations des
coles, une dputation d'ouvriers du chemin de fer de Rouen avec une
bannire, une autre d'ouvriers imprimeurs; tout cela marchait un peu
confusment d'abord, mais se rangeait ensuite.--Trois voitures de la
cour, qui avaient amen des aides de camp du roi et de la reine,
suivaient; une voiture en grand deuil tait dsigne comme appartenant 
madame la duchesse d'Orlans.

Le cortge a suivi la rue Laffitte, le boulevard, la rue de la Paix, la
place Vendme, en passant  droite de la colonne, et la rue.
Saint-Honor, jusqu' l'glise Saint-Roch. L'entre dans l'glise n'a
pas eu lieu sans quelque confusion, tant la foule tait considrable;
mais dans l'glise, le service a t clbr au milieu du plus grand
recueillement. La nef tait tendue de noir;  la croise de l'glise
s'levait une riche estrade surmonte d'un baldaquin  huit pans d'o
descendaient quatre longs rideaux en velours noir doubls d'hermine; des
toiles d'argent et le chiffre du dfunt formaient les seuls ornements;
des feux funbres brlaient aux angles du catafalque. La messe a t
chante, avec accompagnement d'orgue, par les chantres ordinaires de
Saint-Roch; les solos ont t excuts par M. Alexis Dupont, avec un
accent qui a vivement impressionn les assistants.

Il tait une heure et demie quand on est entr  l'glise; sorti  deux
heures et demie, le cortge s'est reform aussitt dans le mme ordre.
MM. Odilon Barron, Sauzet et d'Argout s'taient retirs, et les cordons
du pole taient tenus par MM. Thiers, Dupin an, Arago et Branger.

Le cortge, qui grossissait  chaque rue, de la foule qui attendait sur
son passage, a suivi la rue Saint-Honor, la rue Richelieu et les
boulevards; il a fait le tour de la colonne de Juillet, et s'est rendu
au cimetire du Pre-Lachaise par la rue de la Roquette. Sur toute la
ligne immense qu'il a parcourue, les trottoirs des rues, les
contre-alles des boulevards taient encombrs; pas une croise n'tait
vide; les toits des maisons, les arbres des boulevards taient couverts
de spectateurs.

Il tait plus de cinq heures lorsque la tte du cortge est arrive au
cimetire, o des mesures avaient t prises pour le maintien du bon
ordre. Le caveau destin aux membres de la famille Laffitte est plac au
bout d'une petite avenue, voisine du rond-point au milieu duquel s'lve
le monument de Casimir Prier. On a pens que ce lieu ouvert
conviendrait, mieux pour prononcer les discours, et  l'arrive du char
funbre, le cercueil a t descendu et plac sur une estrade prpare 
la hte. Un cercle s'est form, et aprs les salves excutes par
l'artillerie et l'infanterie, le silence s'tant tabli, M. Pierre
Laffitte a prononc un discours que son motion a souvent interrompu.
C'est le plus ancien ami de Jacques Laffitte, c'est son frre, a-t-il
dit, qui prend la parole devant vous. La voix altre de M. Pierre
Laffitte a permis  peine aux personnes les plus rapproches de saisir
quelques mots; des marques de sympathie ont accueilli ce tmoignage
d'affection fraternelle.

M. Arago a pris ensuite la parole. Il a racont la vie de M. Laffitte,
en y rattachant un tableau des temps qu'il avait traverss. Des marques
d'une chaleureuse sympathie ont accueilli le passage o il a montr M.
Laffitte sollicit de toutes parts pour le choix d'un gendre, allant
chercher le fils d'un des hommes qui avaient illustr la France dans ses
grandes luttes, et qui tait tomb victime des ractions. L'orateur a
aussi sem son discours de quelques anecdotes touchantes.

D'autres discours ont t prononcs par MM. Visinet (de Rouen) et
Garnier-Pags. Enfin M. Dupin an a dit un adieu touchant  cette tombe
dont on s'est ensuite loign.

A la sortie du cimetire, une ovation qu'on a voulu dcerner  Branger,
en dtelant les chevaux de la voiture dans laquelle il venait de monter,
a fait craindre un moment une collision. Mais l'intervention de la force
arme, et plus encore les exhortations de ce fidle ami de Laffitte, ont
fait comprendre aux jeunes gens qui s'taient avancs qu'ils lui
devaient de le laisser tout entier  son deuil, et de se retirer comme
lui en silence.



Histoire de la semaine.

La loi sur l'enseignement secondaire a t vote par la chambre des
pairs; 85 boules blanches ont donn une majorit  cette loi; 51 boules
noires ont protest contre son admission. Ce dernier chiffre est bien
lev sans doute, pour un chiffre d'opposition au Luxembourg; mais, il
en faut convenir, il le parat bien plus encore quand on songe que la
mme urne a vu se runir et se confondre les boules blanches de M.
Villemain et de M. de Montalembert, de M. Barthlmy et de M. de
Montalivet. Lorsqu'une coalition de ce genre veille des craintes et des
manifestations aussi nombreuses dans une assemble o les opinions sont
bien calmes et les passions habituellement bien teintes, que de boules
noires ne doit-elle pas rencontrer dans un pays o, il ne faut pas se le
dissimuler, les fils des croiss ne sont pas en majorit. Nous sommes
donc, plus que jamais, ports  croire, et nous nous pensons autoriss 
dire que, pour avoir t trs-pnible et trs-long, le dbat n'en sera
pas moins strile: et que si, pour la forme, on croit devoir porter au
palais Bourbon, dans le courant de cette session, le projet adopt, on
ne se souciera pas de le faire arriver  l'tat de rapport ni cette
anne, ni aucune autre anne de la lgislature.

La chambre des dputs a entendu dvelopper, samedi dernier, la
proposition relative aux conditions de cens que quelques conservateurs
dsirent de voir imposer  la facult de translation du domicile
politique. Cette proposition a t prise en considration, en quelque
sorte  l'unanimit; mais des motifs bien diffrents ont dtermin ce
vote uniforme. Pour les uns, c'tait un moyen de jouir en paix, dans
leur arrondissement, de la majorit qu'ils sont arrivs  s'y crer, et
de ne pas avoir  redouter que des dplacements d'lecteurs, que des
mutations d'inscription viennent crer des chances  un rival. Pour les
autres, cette proposition, qui restreint sans profit et sans
compensation la libert de l'lecteur, tout inadmissible qu'elle est,
offre toutefois un avantage, celui de fournir l'occasion de remettre en
question notre lgislation lectorale, que les amis politiques des
auteurs de cette motion dclaraient, il y a peu de mois, une arche
sainte qu'il fallait conserver intacte. Il y a donc eu calcul des deux
cts; il est probable que le bon ne sera pas, en dfinitive, celui des
nombreux parrains de la proposition. Quant  ses adversaires, le dmenti
que le parti conservateur vient de se donner est une bonne fortune, dont
l'effet moral pourra leur profiter un peu plus tt, un peu plus tard.

Lundi s'est engag, dans la mme enceinte, un de ces dbats solennels
qui marquent d'ordinaire les premiers temps d'une session, mais que l'on
voit rarement captiver encore l'attention d'une chambre runie depuis
six mois. La gravit de quelques questions trangres; l'enchanement
fatal des concessions faites, sans compensation aucune,  l'Angleterre
par le cabinet actuel, dans la question de la Nouvelle-Zlande, dans
celle de Tati et  l'occasion des rapports  tablir avec la Chine,
tout cela, le souvenir de l'effet produit par la brochure de M. le
prince de Joinville, et le talent de M. Berrier, qui a pos le dbat,
lui ont donn d'abord une importance et concourront  lui valoir un
retentissement qui ne le cdera en rien  ceux des plus grands jours
oratoires du commencement de la mme session. Mais aprs une rponse de
M. Guizot et une rplique de M. Billault, qui avaient maintenu la
discussion  cette mme hauteur, aprs quelques mots fort graves de il.
Lanjuinais, qui tendaient  prouver que l'art de grouper les chiffres
n'est employ dans le budget de la marine que pour persuader  tort au
pays que le dveloppement ncessaire est donn au matriel de ce
dpartement; aprs ce premier combat, qui avait rempli deux sances, M.
Thiers est mont mercredi  la tribune. Son discours a roul en entier
sur les affaires de Montevideo. Jamais cet homme d'tat n'avait su mieux
captiver l'attention de la Chambre, n'avait rendu plus claire la
proposition qu'il avait  dvelopper, et mieux fait suivre  son
auditoire la srie de faits et de mesures sur lesquels il se fondait
pour condamner le ministre. Il a rappel que les nationaux que nous
comptons sur les bords de la Plata, et dont M. le ministre de la marine
avait dit la veille une poigne de Franais, taient au nombre de quinze
 dix-huit mille; que presque tous ceux qui se trouvaient en tat de
porter les armes les y avaient prises  l'instigation du gouvernement
franais, pour faire une diversion contre Rosas, auquel nous avions
alors satisfaction  demander. Il a montr que si cette lgion trangre
ne s'tait pas dissoute aprs le trait que nous avions sign, c'est que
nous avions laiss Rosas violer immdiatement ce trait, attaquer
l'indpendance de Montevideo, gorger des Franais sur la rive orientale
de la Plata, et tenir assige depuis quinze mois entiers la ville o se
trouvent runis nos compatriotes, leurs familles et tous leurs intrts.
Il a montr nos premiers agents diplomatiques franais, ceux qui avaient
t le plus  mme de suivre et d'apprcier les faits, dsavous par le
cabinet et remplacs par d'autres agents dont les premiers actes ont t
de dclarer dnationaliss ceux qu'il tait de leur devoir de dfendre,
et de rompre avec l'tat dont nous avions stipul l'indpendance, pour
se mettre  la suite de l'homme qui s'tait fait un jeu de nos
stipulations et de la vie des ntres. Il a demand la mdiation entre
Montevideo et Buenos-Ayres, ou de concert avec l'Angleterre, ou sans
elle si elle refuse de s'en mler. Il a demand enfin que le blocus ft
lev et interdit  Rosas comme violateur des engagements pris avec nous.
M. le ministre des affaires trangres, qui ne pouvait se dissimuler
l'effet produit sur la Chambre par cet expos accusateur, a demand,
pour pouvoir y rpondre, que la parole lui ft accorde le lendemain;
mais sur l'observation faite par M. Thiers que le lendemain, lui, qui
sans doute aurait  rpliquer au ministre, serait loign de la Chambre
par des devoirs que plus que personne il avait  remplir; sur la motion
faite par M. Odilon Barrot de faire trve un jour  tous dbats
politiques pour se runir dans un seul et mme sentiment, et rendre tous
ensemble un hommage funbre  l'un des principaux fondateurs de notre
libert, la discussion a t ajourne au vendredi. Au moment o nous
mettons sous presse, M. Guizot vient de rengager le dbat. Force nous
est donc de renvoyer  notre bulletin prochain l'analyse du complment
de cette discussion si grave.

Nous avons dit les dangers qu'avait courus, les difficults que n'avait
pas su conjurer le chef d'expdition de la province de Constantine. M.
le gouverneur gnral, qui en a entrepris une de son ct contre les
Kabyles de l'est obissant encore  Ben-Salem, a, le 12, rencontr un
rassemblement de 8  10,000 Kabyles, aux environs de Delhys, qui a t
dfait par cinq bataillons faisant partie de la colonne expditionnaire
et par 600 chevaux arabes, soutenus par 80 chevaux de notre cavalerie.
La perte des Kabyles, dans cette premire affaire, a t value  300
ou 350 hommes. Elle ne nous a cot que 3 hommes tus et environ 20
blesss.--Le 17, la mme colonne a eu un nouvel et srieux engagement.
L'ennemi a laiss encore 3  400 hommes sur le terrain; mais, dans cette
journe, nous avons eu  dplorer la mort de 40 des ntres, dont
l'officier de zouaves, et nous avons compt 60 blesss dans nos rangs.

Nous avons donn la premire nouvelle du soulvement du Valais. En une
semaine, ce canton a t remu de fond en comble par des vnements fort
graves, dont le mouvement se fera sentir plus loin. L'insurrection
vritable, qui tait une raction bien calcule, est partie du sein mme
du grand conseil; et, avec l'appui du conseil d'tat, elle a soumis par
la force des armes le parti qui lui rsistait. Ce parti, appel la Jeune
Suisse, avait fait, en 1840, une rvolution, un mouvement victorieux
qui, en changeant l'injuste disposition par laquelle le Haut-Valais
tait matre du Bas-Valais, plaa ses hommes de talent  la tte des
affaires. Profitant de la circonstance favorable d'un vorort catholique,
le Haut-Valais organisa un coup de main pour rtablir cet ancien tat de
choses, puis rclama une intervention, que les cantons de Vaud et de
Berne refusrent au vorort, se fondant sur leur manire de comprendre le
pacte qui ne donne pas au canton-directeur, mais  la dite seulement,
une telle initiative dans les affaires cantonales. Au mme instant, la
leve en ruasse de la Vieille Suisse se fit, aide par les milices
rgulires du gouvernement. Tout tait prpar pour cela. Les compagnies
du Bas-Valais, qui se portaient sur Sion, se laissrent prvenir, et
l'arsenal fut livr  leurs adversaires. Ceux-ci, d'ailleurs, trouvaient
des auxiliaires sur le territoire, mme de leurs ennemis. Plusieurs des
valles transversales du Bas-Valais et leurs montagnards appartenaient 
la Vieille Suisse et surtout au clerg. Ce sont ces paysans qui, posts
derrire les colonnes _Jeunes Suisses_ en marche sur Sion, leur ont
coup la retraite lorsqu'elles se repliaient devant les Hauts-Valaisans,
ont intercept leurs communications avec Saint-Maurice, et les ont
forces  se dissoudre en les mettant entre deux feux. Il y a eu un
combat acharn au passage d'un torrent nomm le Trient. Les vaincus ont
d se sauver  travers le Rhne et les montagnes, avec mille prils. Ils
se sont rfugis dans le canton de Vaud, qui avait dj donn asile 
leurs familles effrayes. Les populations vaudoises, fort agites,
voulaient se mler  la lutte et secourir leurs voisins. On a eu
beaucoup de peine  dompter l'lan gnral. Mais des troupes ont t
places sur la Frontire, et le conseil d'tat du canton de Vaud a
envoy en Valais l'un de ses membres avec une mission conciliatrice. Il
s'agit maintenant de protger le sort des vaincus dans leurs personnes
et dans leurs biens; car leur cause politique est perdue pour le moment,
et leur position, leur prcdente conqute, anantie. Le Haut-Valais a
des troupes dans tout le pays. Il est de nouveau le matre. Comment
usera-t-il de cette grande victoire, qui en est une aussi, dans toute la
Suisse, pour le parti catholique et pour le parti conservateur? C'est la
question grave qui reste  rsoudre.

Oscar 1er, roi de Sude, de Norvge, des Goths et des Vandales, vient de
rendre une ordonnance beaucoup moins ridicule que ce prambule: il a
rvoqu le dcret du 10 dcembre 1812, qui,  la suite des vnements de
1809 et 1810, interdit toute communication avec la famille de
Gustave-Adolphe,  laquelle la couronne venait d'tre retire. Cette
ordonnance est motive sur la confiance que le nouveau roi a dans
l'attachement de la nation pour lui et pour sa dynastie, et sur la
conscience de la puret de ses intentions propres. C'est l une noble
action et un bon exemple.

Si l'attention s'est porte depuis quelques annes sur l'Inde anglaise,
sur les expditions militaires qui y ont t faites et sur les
gouverneurs gnraux qui ont t plus ou moins brusquement appels 
rgner  Calcutta, ce qui se passe dans la partie de l'Inde qui confine
la Perse ne mrite pas moins qu'on l'observe. La Russie, qui, en 1837,
n'avait pu, en prtant  la Perse, sa vassale, ses officiers et ses
armes, lui conqurir la place de Hrat, tait depuis arrive sans bruit
au mme but par d'autres moyens. Yar Mohamed, qui, en 1841,  la mort du
shah Kamzan, s'tait empar de Hrat, a aussitt reconnu solennellement
la suzerainet de la Perse. Voil donc  quoi devait aboutir la
courageuse dfense de sir Potinger. Mais ce n'est pas tout: un envoy'
d'Yar Mohamed, le nouveau khan de Hrat, s'est prsent le 24 dcembre
1843  Caboul, o il a ngoci et conclu le mariage de la fille de son
matre avec le fils de Dost-Mohamed, le vainqueur des Anglais. Il se
forme ainsi solennellement une alliance appuye par la Russie, dans le
but de runir toute l'Inde centrale contre les oppresseurs de l'Inde
orientale.

Si le rsultat, si mme les dtails bien exacts des vnements d'Hati
ne nous sont pas encore connus, nous savons un peu mieux les causes qui
ont servi de prtexte  cette crise. Une lutte trs-vive entre
l'Assemble et les ministres, des reproches d'inconstitutionnalit
adresss  ceux-ci, une tentative de leur part pour se dbarrasser de la
censure des reprsentants, une rpartition de la reprsentation trouve
ingale par certaines parties de l'le, notamment par la partie
espagnole; l'ambition de la part de Santo-Domingo,  raison de son
ancienne illustration, d'tre la capitale et le sige du gouvernement,
ont t autant de causes qui ont concouru  amener les vnements qui
ensanglantent encore la rpublique hatienne. Le mouvement des Cayes,
qui s'est propag jusqu' Jrmie, a institu un nouveau pouvoir qui se
place sous l'gide de la constitution et en rclame toutes les garanties
contre le gouvernement de Port-au-Prince et son prsident le gnral
Hrard, qui combat en ce moment l'insurrection dans la partie espagnole,
et n'a pas succomb, comme en avait couru le bruit, au milieu de tant de
bruits contradictoires.

Un nouveau complot de ngres pour arriver  la libert vient d'clater 
la Havane. Les journaux de Londres ont publi des correspondances de
Cuba annonant que quarante-cinq ou cinquante Anglais avaient t
arrts par ordre du gouvernement, jugs et excuts, comme compromis
dans cette affaire, que trois cents autres taient en ce moment dtenus,
attendant leur jugement, et n'ayant que trop lieu de craindre le sort de
leurs malheureux compatriotes. Les nouvelles reues au Havre
contredisent les excutions annonces. Quant aux dtentions, elles
paraissent plus vraisemblables; mais on peut douter de l'exactitude du
chiffre. Du reste, le gouvernement espagnol doit tre clair sur les
vellits de l'Angleterre pour la possession de l'le de Cuba, par le
rle que jouent les agents de la Grande-Bretagne dans cette colonie, et
par ces rcits exagrs  dessein pour se crer d'apparents griefs. Que
le cabinet de Madrid prpare donc lui-mme l'affranchissement, s'il veut
djouer srement toutes ces menes.

Le ministre portugais vient d'tre modifi. M. Costa Cabral en fait
toujours partie; mais il a choisi de nouveaux collgues, tous pris dans
le parti absolutiste prononc. L encore la libert ne pourra renatre
que des excs du pouvoir.

La chambre des dputs nous promet encore deux sances qui offriront
tout le piquant des questions personnelles. M. Charles Laffitte vient
d'tre rlu  Louviers pour la quatrime fois, et pour la quatrime
fois il va falloir se prononcer sur la validit de l'lection. Les faits
et la position tant demeurs les mmes depuis la dernire annulation,
on annonce que la proposition sera faite de voter sans
Discussion.--L'autre dbat sera relatif  M. Jourdan, prfet de la
Corse, que la cour royale de Bastia avait renvoy devant la Chambre
d'accusation pour des actes d'administration incrimins. Le conseil
d'tat a refus de donner l'autorisation ncessaire pour la poursuite
d'un fonctionnaire public. Ces actes sont aujourd'hui dnoncs  la
Chambre par deux ptitions. Une Commission, qui a examin l'une d'elles,
conclut  l'ordre du jour; l'autre conclut au renvoi au ministre. La
chambre va avoir  se prononcer entre ces deux conclusions
contradictoires.

Un sinistre accident est arriv mardi soir prs de Gentilly,  la porte
de Paris. Des ouvriers taient occups dans une carrire en exploitation
aux environs, quand tout d'un coup, vers la fin de la journe, un
boulement considrable eut lieu et ensevelit ou coupa la retraite 
sept d'entre eux. Ceux qui avaient pu se sauver coururent aussitt
avertir les autorits de la commune, qui se rendirent sur les lieux du
sinistre, accompagnes d'un grand nombre de travailleurs, et l'on se mit
immdiatement en mesure de faire les fouilles ncessaires pour arriver 
la dcouverte des sept hommes qui avaient disparu. Aprs trente-six
heures de travail, on a entendu la voix des malheureux ensevelis. On put
leur faire passer du pain et de l'eau-de-vie. Bientt aprs ils taient
rendus  leurs familles. Mais par une fatalit cruelle, alors qu'on
arrachait  la mort ces sept hommes qu'on pouvait regarder comme perdus,
on a eu  dplorer la perte d'un de leurs librateurs, victime d'un
boulement partiel.



Exposition des Produits de l'Industrie.

(5e article.--Voir t. III, p. 49, 133, 164 et 180.)

AGRICULTURE.

_Labourage et pturage sont les deux mamelles de l'tat._ Nous avons
rapport, dans un de nos prcdents articles, cette maxime du grand
ministre d'Henri IV, maxime qui servait de point de dpart  toute sa
science conomique, axiome duquel il a fait dcouler, comme corollaire,
la protection claire dont il entoura l'agriculture. Ne devons-nous pas
aujourd'hui inscrire en tte de ce que nous avons  dire de la science
agricole, cette maxime trop oublie de nos jours, et rappeler  nos
gouvernants qu'il ne suffit pas, pour prsider aux destines d'une
grande nation, d'encourager le commerce et l'industrie, mais que c'est
surtout l'agriculture qu'ils doivent mettre en honneur, le territoire de
la France dont il faut amliorer et augmenter la production; car c'est
derrire la charrue que l'tat a, de tout temps, trouv ses dfenseurs,
et le pays ses approvisionnements. Depuis quelques annes, disons-le, on
semble entrer dans la voie des encouragements: les amliorations
agricoles attirent l'attention publique; mais qu'il y a encore loin de
l  la vritable science,  la saine exploitation du sol! Pour une
ferme remarquable, combien de milliers d'hectares prsentent un
spectacle dplorable; pour une exploitation intelligente, combien de
mthodes routinires, combien de forces perdues, gaspilles!
L'imagination recule  se rendre compte de cette immense activit
dpense en pure perte, de ces essais aveugles ou infructueux, parce que
la science fait dfaut!

N'est-ce pas encore aujourd'hui le cas de dire avec Olivier de Serres et
dans son langage naf: _On laisse le cultivement de la terre  de
pauvres ignares, d'o vient qu'elle est si souvent adultre._ Oui, il
est temps que l'agriculture soit estime ce qu'elle vaut, et qu'elle
compte pour quelque chose dans les intrts et les destines du pays.
Elle est loin de nous, il est vrai, l'poque o, dans le royaume de
France, la libre circulation des grains tait interdite, et o Paris
pouvait mourir de faim sans que le Limousin pt venir  son secours et
le faire participer  son abondance. Aujourd'hui, il n'y a plus de
barrires de douanes, mais il y a encore ignorance, et c'est surtout
l'ignorance qu'il faut combattre; quoi de plus affligeant, en effet, que
de voir une source aussi immense de richesses nationales prir entre les
mains qui devraient les faire valoir! La superficie de la France est de
52,700,279 hectares, consacrs, dans les proportions suivantes, aux
divers genres de culture:

        Terres labourables                       25 559 152 hectares.
        Prs                                              1 831 621
        Vergers, jardins                                643 698
        Cultures diverses                              951 934
        Landes, ptis, bruyres                  7 799 672
        tangs, mares, canaux d'irrigation.     209 431
        Bois                                              7 122 315
        Vignes                                           2 134 822
        Forts                                           1 209 133

Total des superficies imposables. 50 765 078 hectares.

Ce tableau fait comprendre l'intrt de premier ordre qu'il y a 
amliorer la culture des terres labourables; leur superficie, qui s'est
lgrement accrue par le dfrichement des terres incultes et des bois,
doit suffire  la nourriture d'une population qui va sans cesse en
augmentant. Nous devons dire du reste que les progrs de l'agriculture,
quoique lents, ont permis dj de subvenir avec la mme quantit de
terres en culture, aux besoins de trente-quatre millions d'habitants, l
o il y a un demi-sicle vingt-cinq millions d'individus vivaient
misrablement. A quoi donc a tenu ce progrs? Nous n'hsitons pas  dire
que c'est  la division des proprits, qui a fait qu'il y a eu un
intrt attach  chaque parcelle de terre, et un intrt d'autant plus
vivace, que le propritaire n'a souvent pas d'autre moyen d'existence.
Nous savons que beaucoup d'conomistes, et surtout les conomistes
anglais, se sont levs avec force contre ce morcellement indfini des
terres. Nous savons qu'un rformateur moderne, frapp des inconvnients
que prsente en ralit la culture morcele, a propos de vastes
associations agricoles, o chacun conserve son intrt propre, tout en
concourant au bien-tre de tous. Nous sommes loin de regarder la division
extrme des terres comme exemple d'inconvnients, et nous serons les
premiers  appeler sur ce point de sages rformes. Mais nous disons que
le premier rsultat de la proprit est d'attacher l'homme au pays, de
faire qu'il ne passe plus indiffrent au milieu de ses semblables, car
il peut se dire avec orgueil qu'il n'est point un membre inutile de la
grande famille, que lui aussi il travaille _pro aris et focis_; et ce
sentiment de dignit qui l'ennoblit  ses propres yeux le moralise et le
rend ami de l'ordre et du progrs. Quant  la culture en commun, sans
pousser le systme jusqu' la cration d'un phalanstre, nous dirons
qu'il existe en France une localit o les habitants ont mis en commun
tout ce qu'ils pouvaient mettre sans renoncer  leur proprit,  leur
individualit. Leur territoire, considr comme appartenant  un seul, a
t couvert d'un rseau de routes si admirablement traces, que chacun
peut arriver  son champ directement. Au moyen d'un fonds commun, ces
chemins sont toujours entretenus en parfait tat de viabilit. Cette
localit, c'est celle que M. de Dombasle a illustre, c'est Roville, et
c'est une des plus riches de France.

Les efforts d'hommes instruits et dvous pour populariser la science
agricole n'ont cependant pas t tout  fait infructueux, nous serions
injustes de ne pas le reconnatre; un fait seul suffira d'ailleurs pour
le prouver. Dans les temps o la plus aveugle routine condamnait les
terres  rester en jachres ou  se reposer, comme on disait alors, une
anne mauvaise amenait une famine et des dcs multiplis. Maintenant
que le systme des assolements est mieux entendu, qu'on a multipli les
prairies artificielles, introduit dans la culture les plantes pivotantes
propres  la nourriture des bestiaux, cultiv en quantit la pomme de
terre et la betterave, on offre  l'homme et aux animaux une nourriture
plus varie, produite par des plantes que ne peuvent pas frapper  la
fois de strilit les mmes intempries des saisons, et des lors les
grandes famines sont presque impossibles. Ainsi les disettes de 1789 et
1793 sont moins redoutables que celles de 1812 et 1817, et ces disettes
ne sont plus que des cherts en 1830 et 1831.

Que faut-il donc  l'agriculture pour progresser? Il lui faut encore,
nous devons le dire, bien des choses, dont nous allons indiquer
quelques-unes en passant. D'abord le crdit foncier. Une des plaies de
l'agriculture en France est le systme hypothcaire: beaucoup de bons
esprits se sont proccups de cette grave question, et se sont apitoys
sur le sort des infortuns cultivateurs rongs par les dettes
hypothcaires: on a propos, pour remdier  ce mal, un grand nombre de
remdes qu'il n'entre pas dans notre cadre de dvelopper en ce moment.

Ensuite l'instruction pratique. Une des amliorations le plus vivement
rclames est la cration de _fermes-modles_ dans tous les grands
centres agricoles du royaume, o viendraient se former des jeunes gens
qui, recevant l une instruction spciale, substitueraient avec
discernement les nouvelles mthodes  la routine. La France peut devenir
le grenier de l'Europe; mais il faut que l'agriculture y soit honore et
appuye, que les encouragements et les rcompenses aillent chercher
l'homme qui laboure lui-mme son champ, aussi bien que le riche
agriculteur qui amliore sur une grande chelle.

Une rforme  faire marcher de front avec celle du systme hypothcaire
est l'abolition de l'impt du sel appliqu aux besoins agricoles C'est
la une des graves questions o se trouve engag l'avenir de
l'agriculture. En effet, qui ne sait l'influence du sel sur la graisse
des bestiaux? L o la mer a pris soin, en se retirant, de laisser du
limon salin, se trouvent les prs les plus beaux et les plus fameux
bestiaux de France. Cette reforme se ralisera tt ou tard, car
l'agriculteur, l'conomiste et le consommateur la rclament galement.

Enfin, ce qui manque encore  l'agriculture, ce sont de bons instruments
pour la culture et les rcoltes. Nous avons  examiner aujourd'hui si
les machines prsentes  l'exposition cette anne ont fait faire un
grand pas  la science pratique qui occupe aujourd'hui tant de bras en
France.

Commenons par signaler l'absence de l'homme qui a le plus fait pour
l'agriculture, d'un homme que la mort a enlev il y a peu de mois, et
qui,  toutes les expositions prcdentes, tenait le premier rang parmi
ceux qui s'occupent de la science agricole. M. de Dombasle avait tabli
 Roville une fabrique d'instruments aratoires perfectionns, et on y
venait de loin; et mme des pays trangers, entendre le bienveillant et
savant cultivateur, admirer ses crations et acheter ses instruments. Il
n'avait pas laiss une seule partie de l'agriculture en arrire: tout,
depuis la charrue qui ouvre le sillon o le bl doit germer jusqu'au
moulin qui doit le rduire en farine, depuis la plantation de la
betterave jusqu' sa transformation en sucre, avait t l'objet de ses
tudes et de ses heureuses combinaisons. Il est mort; mais, aprs lui,
de nombreux lves conservent ses traditions, et amliorent dans tous
les pays du monde la culture et le sort des cultivateurs.

Ce que nous avons remarqu en grande quantit  l'exposition, ce sont
des charrues: chaque contre veut avoir la sienne, chaque cultivateur
qui rflchit et raisonne fait son invention; mais, nous devons le dire,
bien peu nous ont paru avoir atteint le but, qui est d'ouvrir un sillon
bien gal et bien droit, et du diminuer le travail de l'homme et des
animaux employs  manoeuvrer la charrue. Quoique toutes les charrues ne
soient pas galement propres  tre employes dans les mmes
circonstances, en raison de la diversit des terrains, il y a cependant
des conditions gnrales auxquelles toutes doivent satisfaire. Une des
plus perfectionnes, celle qui a fix l'attention publique et attir 
son auteur, simple garon de ferme, les encouragements et les
rcompenses, est la charrue Grang; nous voudrions qu'il nous ft permis
de donner  nos lecteurs une description succincte de cet ingnieux
instrument, et ils verraient, en le comparant  ceux exposs cette
anne, que les combinaisons auxquelles se sont arrts les exposants ne
prsentent pas,  beaucoup prs, les mmes avantages; mais notre cadre
ne comporte pas cette description.

Nous nous bornerons  dcrire une charrue nomme par son auteur, M. Le
Bachelle, araire avec support. L'auteur a cherch  runir les
conditions qui doivent avoir pour rsultat la moindre rsistance
possible, au moyen du mode de rpartition du frottement et de la
pression exerce par la terre qu'ouvre le soc de la charrue. Cette
rpartition consiste  faire participer au frottement, dans une gale
proportion, toutes les parties de l'instrument qui contribuent au
dplacement de la terre. En outre, et par la raison qu'il est impossible
d'excuter convenablement tous les genres de labour avec la mme
charrue, l'auteur a dispos la sienne de manire  pouvoir employer des
versoir de diffrentes formes. Le mode de traction adopt pour cette
charrue est le mme que pour l'araire, qui, comme on sait, est priv
d'avant-train: mais on peut  volont y adapter un support, dans les cas
assez nombreux o l'araire a besoin d'tre maintenu; ce qui fait
participer cet instrument aux avantages de l'araire et de la charrue
ordinaire. Ajoutons que pour juger une charrue, c'est  l'oeuvre qu'il
faut la voir, et pas seulement dans un concours, mais dans une
exploitation courante. Nous nous garderons donc bien de recommander
celle dont nous venons de parler plutt que telle autre; nous avons
seulement voulu signaler quelques ingnieuses combinaisons qui nous ont
sembl la distinguer.

Quand la terre a t ouverte, il faut y rpandre la semence; on connat
le mode barbare gnralement suivi dans les campagnes, qui consiste 
jeter la semaille  la main et  faire ensuite passer la herse sur les
endroits ainsi ensemencs. Par cette mthode, on a calcul qu'on perdait
environ les deux tiers de la semence; aussi ne doit-on pas tre surpris
de voir un grand nombre de machines  semer  l'exposition; nous ne nous
arrterons pas  les examiner. Le problme  rsoudre est de dposer
avec mesure et une parfaite galit la semence dans le sillon et  le
recouvrir immdiatement. Mais il faut que la force dpense pour obtenir
cet effet ne prsente pas une augmentation de prix sur le systme actuel
avec semaille  la main et recouvrement par la herse.

Puis viennent dans l'ordre des saisons, les machines  faucher, 
moissonner,  battre le bl.

M. Lanu, avocat, a expos une machine  moissonner, compose d'une paire
de grands ciseaux porte sur des roulettes: les deux branches des
ciseaux sont deux longues tiges de fer, termines par une poignets, que
l'homme manoeuvre debout. De plus, sur les lames des ciseaux sont deux
petites tringles de fer, qui dterminent, comme il convient, le
renversement du bl coup. Nous ignorons la valeur de cet instrument,
qu'il sera bon de voir fonctionner.

M. Gaigan a expos un faucheur mcanique. C'est une brouette  trois
roues, deux grandes au milieu et une petite en avant. Autour de la
petite roue et  gale distance l'une de l'autre, il y a trois faux qui
tournent  la fois et sont places aussi prs de terre que l'on veut: le
mouvement est donn par la marche de la brouette. Pour cette machine,
comme pour la prcdente, il faudrait assister  des essais. Cependant
nous avons entendu dire  de bons agriculteurs qu'ils n'ignoraient pas
que cette machine pt servir l o le foin est d'un prix lev.

Quant aux machines  battre le bl, il y en a un grand nombre: nous nous
bornerons  citer celles de M. Boulet, de M. Mittelette, de M. Lagrange,
de M. Midy et de M. Mothes de Bordeaux; cette dernire parat runir les
suffrages des connaisseurs, parce que le bl y est battu en ligne
droite, au lieu de l'tre en ligne courbe, ce qui permet de conserver la
paille autant que possible. Dans cette machine comme dans les autres, le
bl est attir par des rouleaux adducteurs.

L'innovation importante est d'avoir une aire mobile, qui rapproche ou
loigne la couche de bl  battre, suivant que cette couche est plus ou
moins paisse.

Il nous reste  entretenir nos lecteurs des machines de M.
Quentin-Durand, qui a mont  Paris un atelier de machines agricoles
perfectionnes et d'un prix tellement modr, quelles sont abordables au
plus pauvre agriculteur. Nous avons chois, pour en offrir les dessins 
nos lecteurs, trois des machines les plus intressantes, ce sont le
hache-paille rotatif, le concasseur franais et le crible  plan
inclin. Le hache-paille est d'invention anglaise, mais il a t
perfectionn et grandement amlior par M. Quentin-Durand. Il a trois
lames cintres en hlice, et montes sur un cylindre en fonte. Le
tranchant de ces lames passe et glisse obliquement sur une entretoise
horizontale et prs de deux cylindres tournant en sens contraire, et
dont l'un est cannel. Ces cylindres servent  amener la paille sous les
couteaux. Il y a un avantage bien reconnu dans l'agriculture,  hacher
la paille pour en nourrir les bestiaux, et notamment les moutons, qui la
mangent avec avidit dans cet tat.

[Illustration: Charrue de M. Le Bachelle.]

[Illustration: Machine  faucher de M. Gargan.]

Le concasseur franais diffre du concasseur anglais  cylindres
cannels, en ce que les cylindres y sont remplacs par des cnes
cannels en hlices et tremps; il est moins difficile  manoeuvrer, ne
peut se dranger par la maladresse de l'ouvrier, et les cannelures
trempes permettent de raviver plusieurs fois les artes des hlices. Ce
concasseur sert pour l'orge des brasseurs, l'avoine, et mme pour la
fverole et le bl de Turquie.

[Illustration: Concasseur, par M. Quentin-Durand.]

[Illustration: Crible  plan inclin, par M. Quentin-Durand.]

Nous ne parlerons pas ici des diverses inventions relatives au nettoyage
du bl. Il y a un grand nombre de tarares qui produisent d'assez bons
effets, et M. Quentin-Durand en a expos un qu'il intitule moulin
ventilateur cribleur, et dans lequel il a introduit de notables
perfectionnements. Mais nous donnons le dessin d'un nouveau crible 
plan inclin, qui se compose d'une trmie et de deux grilles
superposes: la premire arrte les pierres et les ordures, qui se
runissent, au moyen de deux baguettes inclines, dans une blouse qui
les expulse; la seconde reoit le bl, et laisse passer  travers ses
mailles trs-fines la poussire; la trmie est soutenue par une chelle
en arc-boutant, qui permet  l'ouvrier de monter avec un sac ou un
panier, et de la remplir. Ce crible a t adopt pour les magasins des
rgiments de cavalerie. Un ouvrier peut, au moyen de ce crible, nettoyer
vingt hectolitres de grain par heure.

[Illustration: Hache-Paille, par M. Quentin-Durand.]

Nous voudrions que des hommes comme M. Quentin-Durand, qui a consacr sa
vie  des amliorations conomiques, fussent signals  la
reconnaissance publique par les soins du gouvernement; et nous rptons,
en terminant,  ceux qui sont  la tte de l'administration de
l'agriculture, qu'il faut prodiguer les encouragements  la science
agricole, et qu'ils doivent se rappeler qu'une des grandes solennits de
l'empire chinois est le jour o l'empereur mne de sa main la charrue en
prsence de toute sa cour.



Chronique musicale.

_Antigone_, tragdie de Sophocle, traduite en vers franais, par MM.
Meurice et Vacquerie. Musique des choeurs par M.
Mendelssohn-Bartholdy.--Les Chanteurs espagnols.

_L'Illustration_ a dj racont par quelle srie de vicissitudes a pass
cette oeuvre antique, et quelles preuves il lui a fallu subir avant
d'arriver devant le public, un public franais du dix-neuvime sicle!

L'entreprise tait hardie, et plus d'un directeur aurait recul 
l'aspect de tant de difficults et de prils. Celui de l'Odon s'est
obstin. Grces lui en soient rendues! Le brillant rsultat qu'il a
obtenu prouve  quel point les proccupations de l'intrt matriel sont
encore loin d'avoir teint parmi nous le got des plaisirs de l'esprit,
le culte raisonn, srieux, sincre de l'art.

[Illustration: Scnes espagnoles: M. Ojda, mademoiselle Masson.]

Il et t sans doute matriellement impossible de reprsenter cette
simple et noble tragdie d'Antigone comme on la reprsentait jadis dans
Athnes, et de reproduire le spectacle grec sans aucune modification.
Les thtres anciens taient des cirques immenses, o le peuple tout
entier venait s'asseoir. L'acteur se perdait au milieu de cet espace:
ses traits s'effaaient dans l'loignement, et tous ces mouvements de
physionomie, qui, chez nous, sont la source de si beaux effets, ne lui
taient d'aucun secours. Il tait oblig de se grandir, de s'exagrer en
tout, pour qu'il y et moins de disproportion entre lui et les objets
qui l'environnaient, le cothurne l'exhaussait de plusieurs pouces; il
allongeait ses bras par des gantelets, il s'paississait la taille, il
s'affublait d'un masque beaucoup plus grand que son visage, et dont la
bouche, toujours ouverte et revtue de lames de mtal, doublait la
sonorit naturelle de sa voix. En un mot, l'acteur antique n'tait, en
ralit, qu'un grand mannequin dans lequel un homme s'enfermait pour lui
donner le mouvement et la parole.

L'usage, les moeurs, et la loi elle-mme, dfendaient aux femmes de
paratre en public sur un thtre, et l'on peut facilement conclure de
ce qui prcde que l'habit et la forme du masque devaient suffire pour
indiquer le sexe des personnages.

La dclamation des Grecs n'tait point _parle_, comme chez nous, mais
_chante_: elle consistait en une suite d'intonations rgulires, et se
dveloppait au son de la lyre, qui en dirigeait les inflexions. C'tait
une sorte de rcitatif qui, d'ailleurs, devait diffrer essentiellement
du ntre par sa marche et par son caractre. Nous savons seulement qu'il
tait coup quelquefois par des ritournelles instrumentales, comme notre
rcitatif oblig.

[Illustration: Duel entre deux fanfarons andalous:--MM. Ojda et
Cacrs.]

[Illustration: Scne de Contrebandiers espagnols.]

[Illustration: Dernire scne d'_Antigone_; Cron pleurant sur le corps
de Hmon, son fils.]

[Illustration: Costumes: Ismne, Mlle Vollet. Tirsias, M. Rouvire.
Eurydice, Mlle Dupont, Cron, M. Bocage. Antigone, Mlle Bourbier. Hmon,
M. Milen.]

Quant  leur chant proprement dit, on ne peut s'en faire aujourd'hui
qu'une ide approximative en coutant certains chants religieux dont
l'origine remonte aux premiers temps de l'glise. Mais qui oserait
soutenir que le cours de dix-huit sicles, les rvolutions politiques,
l'invasion des races septentrionales et la longue barbarie du moyen ge
ne les ont pas profondment altrs?

Il fallait donc prendre un parti, et ne tenter que ce qui tait
possible. C'est ce qu'a fait l'administration de l'Odon avec beaucoup
de tact et d'intelligence.

La dcoration, rduite aux proportions de la scne moderne, reproduit en
petit la dcoration antique. Au fond, le palais du roi thbain;  droite
et  gauche, deux entres qui s'ouvrent l'une vers la ville, et l'autre
vers la campagne. Sur le devant, l'avant-scne, plus basse que la scne
de quelques pieds, et destine aux volutions du choeur. Au milieu de
l'avant-scne, l'autel de Bacchus, en l'honneur duquel ces solennits
taient clbres. Puis un double escalier qui runit la scne et
l'avant-scne.

Les costumes ne sont pas moins exacts que la disposition du thtre. Ils
ont t dessins par M. L. Boulanger, d'aprs les modles antiques qu'on
a eu lieu d'estimer les plus fidles.

La traduction suit l'original pas  pas, phrase pour phrase, souvent
mme vers pour vers. Elle ne se borne pas  rendre le sens du pote
grec: elle reproduit jusqu' un certain point la couleur de son style,
la nature de ses images, la forme et l'allure de ses priodes, l'lan de
ses mouvements passionns Le travail qu'avaient entrepris MM. Meurice et
Vacquerie prsentait des difficults effrayantes: ils les ont surmontes
avec un rare bonheur.

Non pas qu'ils n'aient subi quelquefois de dures ncessits, et fait, de
parti pris, quelques sacrifices. C'est un rude labeur que de faire
entrer de force dans un moule nouveau des penses qui ont dj reu
antrieurement une autre forme! Souvent l'arrangement et le bon choix
des mots en souffre, et aussi l'harmonie du vers. Mais ce qu'on aurait
le droit de reprocher  MM. Meurice et Vacquerie dans un ouvrage
original, il faut les en louer dans une traduction. Ils se sont oublis
en prsence de leur auteur; ils se sont immols  Sophocle: noble
dvouement qu'on ne saurait trop applaudir!

Au surplus, ces sacrifices dont nous parlons ont t rares. Leur ouvrage
abonde en vers heureux, et il y en a de trs-remarquables. Jamais pote
ancien ou moderne,--Virgile except,--n'a t traduit en franais avec
une prcision plus simple  la fois et plus lgante.

Rien de moins compliqu que le drame de Sophocle; rien qui soit plus
pauvre d'vnements et de pripties, et plus tranger  tous ces moyens
d'effet qu'a invents l'art moderne. Une seule question s'y dbat:
Polynice recevra-t-il, ou non, les honneurs de la spulture? Cron l'a
condamn  errer ternellement sur les bords du Styx, et menace de mort
quiconque enfreindra ses ordres: Antigone se dvoue. On la saisit, on
l'amne au tyran, qui ordonne son supplice.

Aprs le crime vient l'expiation. Hmon, le fils unique et chri du roi,
aimait Antigone: il va se tuer sur son cadavre. La reine apprend la mort
d'Hmon, et se poignarde  son tour en maudissant son poux. Cron reste
seul, vaincu, bris, appelant la mort  son secours, et dj plus mort
que les morts, comme il dit lui-mme.

Voil tout; mais n'est-ce point assez? et n'imagine-t-on pas quel
puissant intrt doit s'attacher  cet hroque dvouement de la fille
d'OEdipe, et au potique dveloppement des nobles passions qui
l'animent? Et quand le roi, si longtemps cruel et inflexible, reparat 
la fin, rapportant dans ses bras le corps inanim de son fils; lorsque,
agenouill devant ce cadavre sanglant, il coute l'esclave qui lui
apprend la mort de sa femme, et qu'il reste l, courb sous la main des
dieux, abattu, gmissant, et criant quatre fois _Malheur!_ ne voit-on
pas combien un tel spectacle et une si grande leon doivent frapper
l'imagination des hommes?

Il ne faut donc pas que l'on s'tonne de la foule qui assige chaque
soir les abords de l'Odon, ni du respect religieux avec lequel on
assiste au lent dveloppement de cette action si simple et si
attachante, ni des motions qui agitent l'auditoire, et des transports
d'admiration qu'il fait clater pour ces sublimes beauts du pote grec,
auxquelles des potes franais viennent de rendre la vie et la jeunesse.
L'art grec n'a pas une allure aussi rgulire que le ntre,  beaucoup
prs, ni des formes aussi savamment tudies; mais le fond fait oublier
la forme, et, de quelque manire qu'on les prsente, les grandes
penses, les nobles passions et les beaux vers font toujours leur effet
sur les esprits dlicats de tous les pays.

Quel malheur que le travail de M. Mendelssohn n'ait pas la mme valeur
que celui de MM. Meurice et Vacquerie! Sans faire prcisment de la
musique grecque, on pouvait essayer du moins de s'en rapprocher. Il nous
en reste quelques chantillons: nous connaissons le principe de leur
tonalit, qui n'avait rien de commun avec la ntre, et, si la tradition
ecclsiastique n'a pas fidlement conserv les habitudes musicales
d'autrefois, elle met du moins sur la voie l'artiste savant et
consciencieux qui en voudrait tenter la restauration. M.
Mendelssohn-Bartholdy pouvait en essayer une  peu prs semblable 
celle qu'excutent nos architectes modernes,  qui deux colonnes ronges
par le temps et un pan de muraille  demi croul suffisent quelquefois
pour reconstruire sur le papier un monument antique.

M. Mendelssohn n'a pas pouss l'ambition si loin. Il est rest dans la
tonalit moderne. Il a fait de la mlodie, du rhythme, de l'harmonie, de
l'instrumentation modernes, et c'est au point de vue moderne que son
oeuvre doit tre examine.

M. Mendelssohn est un homme d'un grand talent et qui a dj fait ses
preuves. Nous n'avons pas besoin de dire que son instrumentation est
habilement traite, que ses voix sont gnralement bien disposes, que
son harmonie est trs-correcte. Cela est connu d'avance: un ouvrage de
M. Mendelssohn ne saurait tre autrement. Mais y a-t-il dans celui-ci, 
une dose suffisante, de l'inspiration, de la verve, du mouvement, de
l'expression, de l'intrt mlodique ou harmonique? Nous voudrions bien
dire: oui, et notre respect pour la vrit nous oblige  dire: non.

Que cela est beau! s'criait-on de toutes parts dans une runion o
Chapelain venait de lire un pome de cette clbre Pucelle, aujourd'hui
si compltement oublie. Sans doute, dit tout bas la duchesse de
Longueville en touffant un billement; c'est bien beau mais c'est bien
ennuyeux!

La bruyante admiration que certains auditeurs,  la premire
reprsentation, prtendaient prouver pour les choeurs d'_Antigone_,
nous a remis en mmoire l'histoire de madame de Longueville et son
observation si navement judicieuse.

Nous n'analyserons pas les sept ou huit morceaux que renferme la
partition de M. Mendelssohn. Nous serions exposs  rpter trop souvent
les mmes remarques elles mmes reproches. Peu d'invention mlodique,
peu ou point d'expression, rhythmes lourds et monotones... Mais
n'insistons pas sur des vrits pnibles, et terminons, en faisant une
exception pour le choeur du cinquime intermde, l'hymne  Bacchus, qui
a du moins une partie des qualits dont les autres morceaux sont
dpourvus.

--Il y a eu dernirement, au Thtre-Italien, une reprsentation
curieuse  quelques gards. Deux chanteurs espagnols, MM. Ojda et
Cacrs, ont excut plusieurs morceaux d'un opra espagnol, compos 
Madrid par M. Basili. L'introduction de cet opra ouvrait la marche. Ce
sont des contrebandiers runis dans une posaja, qui boivent, chantent,
et aussi se querellent et se gourment un peu, ce nous semble. La musique
de M Basili rend avec une certaine vivacit ces divers incidents.

Un autre morceau de ce compositeur a fix l'attention de l'auditoire.
Une cantatrice excute la cavatine de _Norma_. Un dilettante castillan
ne peut contenir son admiration, et l'exprime en chantant de la manire
la plus plaisante, pendant que la prima donna poursuit sa tche avec un
sang-froid imperturbable. Ainsi l'air tragique de _Norma_ devient tout 
coup un duo bouffe. Cette ide est originale, et l'effet du morceau est
assez piquant.

Il est  regretter seulement que les airs espagnols aient tous le mme
rhythme et la mme physionomie. Toujours du plaisir n'est plus du
plaisir, dit Zadig.--Toujours du bolro... Mais respectons les gots
d'autrui, mme quand nous ne les partageons pas.



Le dernier des Commis Voyageurs.

(Voir t. III, p. 70, 86, 106, 118, 138, 150, 170, 186 et 202.)

X.

L'ANCIEN ET LE MODERNE.

Jeune homme, poursuivit Potard en donnant  sa voix un accent de plus
en plus solennel, vous vous tromperiez trangement si vous ne voyiez
dans ma confidence que le dsir de vous distraire et d'intresser votre
curiosit. Voici bien des annes que ce secret demeure enseveli dans mon
coeur, et vous tes le seul homme en faveur de qui je me sois dparti de
ma rserve. C'est la fatalit qui le veut; ce secret doit tre dsormais
le vtre comme le mien. Il est des choses qu'il fallait vous apprendre
avant de vous demander compte de vos intentions et de vos desseins.
Maintenant, monsieur Beaupertuis, rpondez-moi d'une manire
catgorique, avec franchise, avec loyaut. Songez-vous  mettre 
couvert l'honneur d'une jeune fille que vous avez sduite?
Consentez-vous  pouser ma Jenny, l'enfant d'Agathe? Voyons,
expliquez-vous.

Pendant tout ce rcit, douard avait eu le temps de prendre une
dtermination et de prparer son rle. Aussi fut-ce de l'air le plus
naturel du monde qu'il rpondit;

Mais vraiment, pre Potard, je ne sais ce que vous voulez me dire!
L'amour paternel vous gare; en quoi puis-je tre ml  tout ceci?

--Jeune homme, reprit le voyageur en s'emparant de ses deux mains,
prenez-y garde, votre sang-froid m'exaspre. Voil une dissimulation qui
est bien de notre poque! L'hypocrisie  ct de la trahison!

--Monsieur Potard! s'cria Beaupertuis s'animant  ce reproche.

--A la bonne heure, vous vous fchez; j'aime mieux . Jeune homme, vous
devez penser qu' mon ge on ne se jette pas dans les choses 
l'tourdie. Les modernes sont des rous, je le sais; mais ils n'en sont
point encore  peloter les anciens. Donc, pas de mauvaises dfaites; ce
serait du temps perdu. Traitons ceci d'aprs les procds d'autrefois,
s'il vous plat. Dites-moi tout uniment non, et je verrai ce qui me
reste  faire; mais quant  battre la campagne et  me glisser entre les
mains, ne l'esprez pas, Beaupertuis! Je vous tiens, saprelotte, et je
ne vous lcherai pas.

--Monsieur Potard, reprit le jeune homme d'un ton calme, vous tes mont
et prvenu; vous tes le jouet d'un malentendu et d'une mprise; cela
excuse  mes yeux ce que vos paroles peuvent avoir de blessant. Parlez
donc, expliquez-vous avec plus de dtail, et que je sache au moins sur
quoi vos soupons sont fonds.

En prononant ces mots, douard avait pris des airs si diplomatiques et
un aplomb si tudi que l'irritation du voyageur ne lit que s'en
accrotre.

Ah! il faut des preuves? s'cria-t-il; nous marchons le code  la main;
je joue au magistrat! Encore la mthode moderne! Les sducteurs
d'aujourd'hui se mettent en rgle avec la loi! A moins de les prendre la
main dans le sac, ils se tirent de qualit. Trs-bien! Vous voulez des
preuves, monsieur Beaupertuis? alors coutez!

--J'coute! rpondit douard sans rien perdre de sa tranquillit.

--Je veux bien, jeune homme, que vous ayez une pauvre ide de la
perspicacit de vos chefs de file. Le mpris de l'ge et de l'exprience
est encore une invention rcente; mais il ne faut pas en abuser. Par
exemple, si simple que soit un homme, croyez-vous qu'il puisse se
mprendre sur le motif qui vous guidait, lorsque je vous surpris dans ma
maison, sur le palier de mon appartement?

--Mais il me semble, dit douard, que je vous donnai alors une
explication, et qu'elle parut vous satisfaire.

--Vous voyez que non, Beaupertuis. Et plus tard, quand nous emes quitt
la place Saint-Nizier pour aller loger aux Brotteaux, pensez-vous que je
me sois tromp sur l'apparition nocturne qui troublait mon repos? Vous
entriez alors chez moi  la faveur des tnbres, jeune homme, et par le
chemin des voleurs.

--L'accusation est grave, monsieur; quelles sont vos preuves? rpliqua
douard avec son calme imperturbable.

--C'est cela, des preuves! toujours des preuves! Procd moderne! Nous
sommes ici comme aux assises. On fait un appel  la conscience d'un
homme, et il vous rpond par des arguments d'avocat. Vous verrez qu'il
faudra dsormais faire constater les sductions par huissier, et fournir
le tmoignage judiciaire du dshonneur de nos enfants! Oh! les modernes!
les modernes! Mais o avez-vous donc le coeur, malheureux!

--Voyons, pre Potard, dit douard en l'interrompant, ne vous exasprez
point ainsi. Vous tes la victime d'une illusion, c'est tout ce que je
puis vous dire. Voici trois ans que je n'ai pas mis les pieds  Lyon.
Toujours en voyage! toujours!

--Je vous attendais l, jeune homme. C'est vrai: vous tes un tacticien
habile; quand le moderne se mle d'intriguer, il n'y pargne pas la
faon. Vous avez dress ce finaud d'Eustache, et il vous sert  dpister
les chiens. Pour tromper un Argus incommode, rien ne vous a cot, ni
les lettres venues de loin, ni le timbre de la poste, ni la complicit
de votre commis. Ah ! vous nous prenez donc pour des buses, pour des
oies domestiques, pour des pingouins? ajouta le voyageur en se croisant
les bras avec indignation. Est-ce que vous vous imaginez que nous sommes
ns d'hier, jeune homme, et que nous ne voyons pas des ficelles qui sont
grosses comme des cbles?

Potard tait si videmment mont, que Beaupertuis, malgr toute son
assurance, n'osa pas l'interrompre d'une manire ouverte, et se contenta
de jeter les yeux  droite et  gauche comme un homme qui voudrait
quitter la partie.

Ah! des preuves! poursuivit son interlocuteur; il vous en faut
absolument? Cherchons donc s'il n'en existe pas quelqu'une. Qui sait si
le hasard, dans sa justice aveugle, n'aurait pas trahi le coupable?

douard devint plus attentif et examina le vieux voyageur avec dfiance.
De son ct, Potard cherchait  le pntrer avec un regard plein de
menace et d'ironie. En mme temps il tendait la main vers l'oreille
gauche du jeune homme.

Qu'avez-vous donc l, monsieur? lui dit-il.

Beaupertuis ne put se dfendre d'un moment de trouble; mais ce ne fut
qu'un oubli imperceptible, la dure d'un clair.

O donc, monsieur? rpondit-il froidement.

--Ici, poursuivit Potard avec quelque impatience, sous mon doigt;
touchez donc votre cartilage.

Le jeune homme, comme pour se rendre  l'invitation de Potard et avec
une insouciance affecte, porta la main  son oreille.

Bah! dit-il, une corchure!

--Une corchure! s'cria Potard dont les yeux s'enflammaient de colre.
Bien trouv! explication moderne! Monsieur, monsieur, ajouta-t-il en
s'chauffant, les corchures ne laissent pas des cicatrices de ce
calibre: c'est un trou de grenaille que vous avez l, monsieur; et ce
trou, c'est mon fusil qui l'a fait, la nuit o vous sorttes de chez moi
 la drobe, en fuyant devant ma vengeance comme un filou, comme un
malfaiteur.

--Vous m'injuriez gravement, monsieur Potard, dit Beaupertuis avec
quelque fiert.

--Vous n'tes pas au bout, jeune homme, et vous me tranerez en police
correctionnelle si cela vous convient. Genre moderne; vous tes digne
d'en user. Voyez-vous, je vous ai conduit ici avec l'intention de vous
prendre par les sentiments. C'est dans ce but que je vous ai racont mes
aventures et les circonstances romanesques au milieu desquelles ma Jenny
est ne. Je voulais vous toucher, vous amener ainsi  un aveu. En me
dpouillant entirement pour ma fille, je croyais faire une part
suffisante  la question d'intrt, et je comptais sur votre
dsintressement pour ajouter ce qui peut manquer de ce ct. C'tait
une exprience; il s'agissait de savoir si vous aviez de l'me: j'ai
trouv chez vous un caillou en place du coeur.

--Monsieur!

--Oui, monsieur, et vous n'tes pas le seul. C'est encore une dcouverte
moderne; l'gosme et l'intrt ptrifient tout aujourd'hui. Voici un
quart d'heure que je vous observe: vous n'avez pas eu un seul lan
gnreux, pas une inspiration naturelle. Vous avez tout calcul; vos
gestes, vos paroles, votre contenance.

--Monsieur Potard...,

--Laissez-moi achever, jeune homme, et nous rglerons nos comptes
ensuite. J'ai donc essay de toucher votre coeur: il est rest
insensible. Maintenant, retenez bien ceci: le sducteur de ma Jenny
n'aura de repos ici-bas que le jour o sa faute aura t rpare. Je
n'ai pas plac toutes mes affections sur une seule tte, trembl pour
elle toute ma vie, puis ce que la tendresse d'un pre peut imaginer de
dvouement et de soins, sacrifi  cette enfant mon bonheur, mon repos,
ma gaiet mme, pour que l'oeuvre de tant d'annes vienne se fltrir au
contact d'un Machiavel blas avant l'ge, d'un tartufe, d'un Escobar,
d'un jsuite...

--Monsieur, ces insultes...

--Prenez-les comme vous voudrez, jeune homme, s'cria Potard avec
emportement: je ne rtracte rien. Allez, vous n'tes pas au bout. Ah!
vous voulez ruser avec moi, jouer au fin et me gorger de couleuvres! Eh
bien! je m'attache  vos pas pour ne plus vous quitter: je deviens, ds
aujourd'hui, votre cauchemar, votre spectre, votre statue du commandeur:
je vous entranerai aux enfers s'il le faut, plutt que de vous lcher.
Si vous voulez que nous nous battions, nous nous battrons,  l'pe, au
pistolet,  la carabine, au canon-Paixhans, comme vous voudrez; nous
nous battrons dix fois, vingt fois, trente fois, jusqu' ce que je vous
aie laiss sur le carreau. Vraiment, ce serait un rle trop commode que
celui de sducteur. On aperoit une jeune fille  la promenade, on la
suit, elle a le malheur de remarquer cette attention, l'imprudence d'y
rpondre, et, de faiblesse en faiblesse, elle en vient jusqu' l'oubli
de son honneur. C'est bien: il ne reste plus au suborneur qu' s'en
vanter lchement avec quelques amis, et  voler vers d'autres conqutes.
Voil de vos calculs, messieurs les Lovelaces! Et l'avenir de cette
jeune fille bris en un jour, et les larmes de sang que va verser un
pre en voyant le deuil et la honte assis sur le seuil de sa maison,
tout cela vous importe peu; il n'y a pas mme place dans vos mes pour
le remords. Monsieur Beaupertuis, ajouta Potard en levant la voix avec
vhmence, avec moi il n'en ira point ainsi: vous ne porterez pas aussi
gaiement le poids de votre crime; vous ne m'aurez pas plong dans le
coeur un poignard empoisonn sans que j'essaie de vous rendre mal pour
mal, blessure pour blessure. Plutt que de laisser un pareil outrage
impuni, voyez-vous, monsieur... je ferais un exemple... un exemple
pouvantable... je vous assassinerais.

En prononant ces derniers mots, Potard avait port les mains sur son
interlocuteur et l'avait saisi au collet. Sa figure bouleverse, ses
yeux injects de sang, indiquaient  quel degr d'exaspration il tait
parvenu, Beaupertuis comprit,  la vigueur des phalanges qui le
contenaient, que la partie ne serait pas gale pour lui; sans rien
perdre de son sang-froid, il essaya de conjurer le danger par une
diversion:

Monsieur Potard, dit-il, ne vous laissez pas emporter; cela n'arrange
rien. En aucune manire, il ne me convient de paratre cder  la
violence.

Le voyageur ne lchait pas prise et continuait  secouer le jeune homme
sous son poignet de fer.

J'en aurai le coeur net, s'criait-il, je vous briserai en dix mille
morceaux. Perdre mon enfant! Beaupertuis, vous me pousserez au crime.

Cependant, cette fureur s'tant un peu calme, douard put esprer de se
faire entendre.

Monsieur, poursuivit-il, avant de descendre  une scne indigne de vous
et de moi, peut-tre auriez-vous d vous assurer davantage de
l'exactitude de vos soupons. Et si vous vous trompiez!

--Encore! rpondit Potard que l'impatience regagnait.

--Assez de voies de fait, s'il vous plat, monsieur. Je me mets  vos
ordres. Que vous faut-il? La preuve de votre mprise? je vous la
fournirai.

--Comment cela, jeune homme?

--Chez moi, dans trois jours, le temps d'crire  Lyon. Je vous quitte
peur aller me mettre en mesure.

En mme temps douard fit un pas vers la porte, mais le voyageur le
prvint et lui barra le passage.

A merveille! dit-il, encore une combinaison moderne; une fois hors
d'ici, vous prendriez la clef des champs, et il me faudrait retrouver
votre piste. Le jeu est vieux, monsieur Machiavel, tchez de nous en
servir d'un autre.

--Mais vraiment...

--Non, vous dis-je, je vous tiens, vous ne m'chapperez plus. Il faut
que tout ceci s'claircisse, voyez-vous; je ne suis pas un pre de
comdie. Cependant, causons. Vous demandez du temps, vous en aurez, mais
sans me quitter d'une semelle. Voici ce que nous allons faire.
coutez-moi.

--Je vous coute.

--Nous allons rouler hors de Dijon tous les deux; nous prendrons le
coup pour Lyon. Une fois l, je vous conduis auprs de Jenny et de
Marguerite, et vous vous expliquerez devant elles. Aprs cette entrevue,
si j'ai tort, je vous offrirai toutes les rparations du monde, qu'en
dites-vous?

Pendant que Potard livrait ainsi son dernier mot. Beaupertuis avait
rapidement rflchi, et ce fut sans la moindre hsitation qu'il rpondit
au voyageur;

J'accepte vos conditions.

--Eh bien! venez, s'cria Potard; et pour que Je vous aie toujours sous
la main, nous n'aurons plus qu'une seule chambre. Avec les modernes, il
faut avoir l'oeil ouvert.


XI.

A LYON.

Avant de suivre Potard et son compagnon dans l'preuve dcisive qu'ils
poursuivent, il convient de jeter un coup d'oeil en arrire pour fixer
la situation de quelques personnages du cette histoire.

L'instinct paternel n'avait pas tromp notre hros: sa Jenny avait t
sduite par douard, et cette sduction ne diffrait gure de celles qui
atteignent les jeunes filles du peuple dans leur premier panouissement.
Les circonstances en taient toutes simples, toutes vulgaires;
l'ignorance de l'enfant avait merveilleusement servi les calculs
d'douard; quelques mots d'amour suffirent pour l'exalter et la vaincre.

Comment et-elle rsist? Marguerite n'tait pour elle ni un conseil ni
un guide. Une mre seule peut deviner les premires impressions qui
naissent dans un coeur, surveiller cette effervescence, la dominer et
empcher qu'elle n'aille jusqu' une faute. Jenny avait reu des
lments d'ducation, et Marguerite avait soin de la maintenir dans
quelques pratiques de pit; mais ce qui devait tre une sauvegarde se
changea prcisment en cueil. En fait de lectures, la jeune fille se
sentit bientt entrane vers celles qui parlaient  son imagination et
la peuplaient de hros de fantaisie. Elle lut des romans, et son me
nave fut trouble par les passions fivreuses qui y rgnent. Aussi le
premier regard d'amour que lui adressa un jeune homme fut-il le signal
de sa dfaite; l'occasion seule manquait encore, mais elle ne tarda pas
 se prsenter.

Potard avait sjourn  Lyon, il aurait pu opposer  la sduction les
ressources de l'exprience, carter de Jenny le poison que versent les
cabinets de lecture, dfendre la place contre les ruses des assigeants.
Mais les affaires tenaient le voyageur loign pendant plus de dix mois
dans le cours de l'anne, et sa fille disposait ainsi d'une libert 
peu prs sans limites. D'ailleurs, par la position quivoque qu'il avait
prise, Potard s'tait volontairement priv d'une partie de son ascendant
sur Jenny. Elle l'aimait sans le craindre, et, loin de lui obir, elle
en avait fait l'esclave de ses caprices. Notre hros portait ce joug
avec plus d'amour que de sagesse; les mutineries de son enfant
l'enchantaient, il en provoquait chaque jour de nouvelles; et ce fut
ainsi qu'elle s'leva, libre comme l'air, et contenue seulement par son
excellente nature. Marguerite, quand on la poussait  bout, grondait
bien de temps  autre; mais la bonne femme ne savait pas rsister non
plus aux caresses de sa Jenny. Il suffisait que la jeune fille se jett
dans ses bras pour que la Bourguignonne fondit en larmes et se sentit
dsarme.

Ainsi grandit la fille d'Agathe, marque, comme sa mre, du sceau de la
fatalit. Tous les dimanches, sa nourrice, en bonne chrtienne, la
conduisait  l'glise du Saint-Nizier; cette circonstance, hlas!
prcipita la chute. Au nombre des lgants qui venaient papillonner
autour des fleurs de beaut rpandues dans la nef et dans les chapelles,
douard Beaupertuis tait l'un des mieux gants et des plus assidus. Il
remarqua Jenny, et fit tout au monde pour en tre remarqu. Rien ne
prte autant au trouble des sens que le recueillement du lieu saint, les
parfums qu'on y respire et ces sons de l'orgue, voils ou imptueux, qui
semblent vibrer  l'unisson des cordes de l'me. Bien des passions
mondaines naissent dans une enceinte ou ne devraient clore que des
penses chastes et des inspirations spirituelles. Notre nature est si
prompte au pch qu'elle s'arme de ce qui est destin  la vaincre; tout
lui sert de prtexte; elle se joue des chanes qu'on lui impose. Pendant
que Marguerite, agenouille sur les dalles du temple, le rosaire en main
et la prire sur les lvres, s'absorbait consciencieusement dans ses
devoirs religieux, Jenny changeait avec douard des regards pleins
d'ivresse et les signes d'intelligence  l'usage des amoureux. Une fois
arrive l, rien ne pouvait la dfendre, et sur cette pente glissante
elle roula promptement vers l'abme. Aucune difficult de position,
aucun embarras de surveillance ne la protgeaient; elle n'essaya pas
mme de se garantir d'un pril qu'elle ignorait, et s'abandonna  ce
premier penchant avec l'imprudence du son ge. A seize ans calcule-t-on
jamais?

Ds ce jour douard fut le matre absolu des volonts de cette enfant;
il exera sur elle un empire sans bornes. Elle devint son esclave et ne
s'appartint plus. Ni Potard, ni Marguerite ne furent plus rien pour
elle: elle attendait le mot d'ordre du dehors, prte  tout trahir
plutt que de dplaire  celui qu'elle aimait. Beaupertuis, on l'a vu,
tait un de ces esprits froids qui psent leurs actions et ne se
dterminent qu'aprs un long calcul. Il faonna Jenny  sa guise, la
rendit impntrable pour d'autres que lui, s'en fit un instrument
docile, et l'isola des influences qui pouvaient balancer la sienne.
C'est ainsi qu'il tait parvenu  maintenir dans leurs rapports un
mystre qui en doublait le charme et en garantissait la scurit. La
jeune fille se trouvait fascine  ce point que jamais elle n'avait
interrog douard sur ses intentions, ni tendu sa pense jusqu'aux
consquences de sa faute.

Beaupertuis avait besoin de ce dvouement aveugle: il servait ses plans
et aidait  ses projets. Le jeune homme trouvait dans Jenny une
matresse qu'il lui et t difficile de remplacer; il y tenait donc, et
beaucoup, mais  ce titre seulement. Il avait tout pes, il ne pouvait
pas en faire sa femme. C'tait un jeune homme prudent et avis, comme
tous les enfants du sicle. Il avait calcul une sa figure, sa fortune
et sa position reprsentaient une dot du deux cent mille francs, et il
s'tait dit qu'il ne marcherait vers l'autel qu' ce prix. Encore, en
vritable commerant, tenait-il ses prtentions plus haut afin de
pouvoir au besoin en rabattre quelque chose. En attendant, Jenny tait
une distraction fort convenable, un moyen de passer, sans ennui et sans
impatience, les heures du clibat. A vingt-cinq ans, d'ailleurs, rien
n'est press en fait d'tablissement, douard pouvait prolonger pendant
quelques annes encore cette chasse aux grosses dots et aux riches
hritires. Tels taient les calculs de cet habile jeune homme, et
eussent ils t moins sages, son pre aurait pris soin de les rectifier.
Le chef de la maison Beaupertuis tait un de ces hommes qui n'apprcient
les choses qu'en raison de ce qu'elles rendent, et qui demandent  un
sentiment  quoi il est bon et ce qu'il peut rapporter. Cette race qui
peuple aujourd'hui notre corps lectoral et nos deux Chambres, trouvait
dans le chef et fondateur de la maison Beaupertuis la personnification
complte de ses prjugs et de ses tendances. L'honneur, mot sonore et
creux! l'amour, agrable chimre! Le dvouement, erreur d'un autre ge!
Le dsintressement, utopie! Vive l'intrt! c'est le dieu et le culte
du temps! Hors du domaine des intrts, qu'y a-t-il du rel ici-bas, si
ce n'est la privation et la misre? et sous la royaut de l'argent, quoi
de plus glorieux que de se faire,  force de millions, une place parmi
les seigneurs de l'atelier et de la finance?

Voil dans quelles mains Jenny tait tombe; c'est  ce rle que la
rduisaient les calculs du fils et les opinions bien connues du pre. On
a vu qu'douard ne dmentait pas le sang des Beaupertuis, et quel
honneur il faisait  son auteur sous le rapport de la prudence. C'est ce
que Potard appelait, dans son langage, les procds modernes. Ce brave
garon, tout expansif, ne pouvait pas croire  une habilet si rflchie
et si soutenue. Aussi, quand il sortit avec Beaupertuis du restaurant
borgne o avait eu lieu sa confrence, un doute involontaire s'empara de
son esprit  la vue d'un jeune homme si calme, si matre de lui-mme. Il
eut peur de s'tre tromp, d'avoir obi trop promptement  une premire
impression. Cette hsitation ne fut pas toutefois de longue dure. Il
s'agissait de sa fille, ce motif justifiait tout  ses yeux. Il s'tait
d'ailleurs avanc de manire  ne pouvoir reculer, et trop de
circonstances accusaient douard pour qu'il ne pousst pas jusqu'au bout
cette douloureuse enqute.

Affermi dans ses projets, il ramena donc Beaupertuis  l'htel du
Chapeau-Rouge et l'installa  ses cts, dans sa propre chambre. De
toute la soire il ne lu quitta pas, alla arrter avec lui deux places 
la diligence de Lyon qui devait partir le lendemain, acheva ses
prparatifs dans la soire et ne se coucha que vers minuit. Depuis dix
heures, douard avait pris ce parti, et quand Potard gagna son lit, le
jeune homme tait plong dans un profond sommeil.

Dcidment, je me serai tromp, se dit le vieux voyageur en le
regardant; un coupable ne dort pas ainsi, surtout cte  cte de son
bourreau.

Sur cette rflexion, il s'assoupit, et grce au vin de la Cte-d'Or, il
ne se rveilla qu'au jour. A peine ses yeux se furent-ils ouverts qu'il
les dirigea vers le lit de son compagnon. Les rideaux taient ferms, et
aucun indice ne trahirait la prsence d'un tre vivant. Potard se leva,
alla brusquement vers cette couche... elle tait dserte. Il agita les
sonnettes  les briser; les garons de l'htel accoururent. perdu, il
les interrogea; les rponses taient dsesprantes. douard Beaupertuis
tait parti depuis deux heures; il avait pris une voiture de poste, et
roulait sur la route de Lyon. A cette nouvelle, Potard bondit comme un
tigre bless, s'habilla  la hte, ramassa ses effets ple-mle et alla
se jeter dans un cabriolet de voyage pour s'lancer  la poursuite du
fugitif.

Deux heures d'avance! s'criait-il; avec de l'argent, cela se rattrape.
Postillons, six francs de guides, et si vous crevez un cheval, je le
paie.

Mais douard avait fait le mme calcul, et sa gnrosit dpassait
encore celle de Potard. Le dsir d'chapper  cette poursuite lui
donnait des ailes et lui suggrait une foule d'expdients. Souvent le
vieux voyageur trouvait le relais dmont ou garni seulement de btes
poussives. Il s'arrachait les cheveux de rage, mais son dsespoir ne
rparait rien. Il perdit ainsi huit heures sur le fugitif, qui dtalait
devant lui avec la rapidit de la foudre. Enfin un cabriolet entra au
grand trot dans le faubourg du Vaize, traversa la ville et les deux
fleuves, et vint dboucher sur l'alle sablonneuse des Brotteaux.
Quelques minutes aprs, il descendait sur le seuil de son logement. Au
premier appel, personne ne rpondit; il redoubla avec force; mme
silence Il s'adressa aux voisins, personne ne put le satisfaire; il fit
enfoncer la porte, et se prcipita comme un furieux dans la maison.

O dception! la cage tait vide; les oiseaux venaient de dnicher.

XXX.

(_La fin au prochain numro._)



Les Salles d'Asile.

(Voir t. III; p. 198.)

Nous avons montr dans notre prcisent article la pieuse origine des
salles d'asile. On les a vues civiliser et moraliser un vallon des
Vosges sans que durant de longues annes ce bienfait et cette salutaire
action se rvlassent au reste du pays. On a vu ensuite les efforts
galement ignors, tents  Paris au commencement de ce sicle; puis,
enfin, l'application plus large, parce quelle fut mieux seconde, de
cette mme ide en Angleterre et en France. L'institution s'est depuis
rpandue dans tous les centres de population de ces deux grands tats.
Ds 1835, Strasbourg comptait dix salles d'asile, Lyon, cinq;
Versailles, cinq; un grand nombre d'autres villes en taient dj
dotes. Aujourd'hui, grandes ou petites, toutes les cits ont leur salle
d'enfants, et tout conseil municipal qui a la conscience et
l'intelligence de ses devoirs, inscrit une fondation de ce genre au
premier rang des dpenses de la commune. Le nombre s'en accrot
journellement.

La Suisse, cette contre ardente  saisir toutes les esprances
d'amlioration morale et tous les moyens d'affermir le bonheur et la
prosprit de ses habitants, est une des nations qui entrrent des
premires dans la voie ouverte. Genve et Lausanne fondrent des coles
de petits enfants, qui, diriges, l'une par M. Monod, l'autre par M.
Penchaud, devinrent bientt des tablissements modles, imits dans les
autres cantons.--En Lombardie, s'levrent des _Scuole Infantili_, et,
par une sorte d'extension de l'ide premire de l'institution, plusieurs
de ces coles furent destines aux enfants des parents dans
l'aisance.--A Naples et dans le Pimont, des salles furent galement
ouvertes; mais la Toscane exige une mention particulire pour le zle
qu'elle a apport  multiplier ces fondations, pour leur excellente
organisation et pour les innovations quelle y a introduites.

[Illustration: Entre des Enfants dans la Salle d'asile Cochin.]

[Illustration: La Prire.]

Il y a maintenant  Florence,  Livourne,  Pise et dans tout le grand
duch vingt de ces asiles contenant 2,000 enfants. La dpense annuelle
de chacun de ceux-ci revient  vingt-cinq francs, y compris le loyer de
la maison, le salaire des matres, les gages des domestiques, et la
soupe qui est donne chaque jour  tous les enfants. L les asiles sont,
comme chez nous, institus pour les pauvres. Ils sont gnralement
diviss en deux classes, ayant chacune une salle spare et une
matresse particulire; la premire pour les enfants depuis dix-huit
mois ou deux ans jusqu' quatre ou cinq ans; l'autre pour les enfants de
quatre  cinq ans,  sept ou huit. L'introduction de travaux manuels
dans les asiles en Italie est gnrale, et on procde maintenant  des
essais pour continuer l'habitude de cette industrie prcoce, en donnant
quelques travaux  faire dans les coles primaires. Un comit de
marchands et d'artisans fait partie de la socit pour les asiles 
Florence; ils fournissent aux enfants une besogne facile et leur donnent
plus tard les moyens d'exercer un art ou un mtier. On s'attache  ce
que les travaux manuels des enfants soient de nature  tre longtemps
prolongs individuellement, de manire  ce que l'lment social de la
vie de famille se soutienne paisiblement parmi eux, et que cette jeune
population soit aussi longtemps que possible prserve des dangers des
manufactures. Des exercices de gymnastique dans les rcrations, dans la
classe, des exercices calculs pour dvelopper les facults physiques et
intellectuelles des enfants, sans leur faire prouver la moindre
fatigue; le soin de ne jamais les astreindre  demeurer assis plus d'un
quart d'heure de suite, telles sont les prcautions dont un des effets
les plus frappants est l'amlioration de la sant des enfants qui
frquentent les salles. Les cas de mort dans les asiles sont d'environ
deux ou trois sur cent, tandis que la mortalit des enfants, entre deux
et six ans, qui ne les frquentent pas est  Florence de seize sur
cent.--Les rsultats probables ne s'arrteront pas aux enfants, mais ils
s'tendront jusqu'aux parents.

Une grande partie des enfants reus dans les asiles de Florence viennent
de l'hospice des Enfants-Trouvs, et, sur six cents, quatre cents
appartiennent  cette classe. Une extrme misre avait forc leurs
auteurs  les abandonner; mais aussitt que l'existence des asiles fut
connue, la tendresse paternelle reprit ses droits sur le coeur de ces
malheureux parents; ces infortuns enfants furent appels  goter les
douceurs de la famille et se virent rintgrs dans leur condition
civile. Dans les trois annes antrieures  l'ouverture des asiles, le
nombre des enfants retirs de l'hospice de Florence avait t d'environ
176; mais en 1833, aussitt que les salles furent ouvertes, ce nombre
s'leva  214, et en 1837 il s'accrut jusqu' 404. Peu de faits aussi
fconds en importantes et heureuses consquences ont jamais t mis en
lumire dans la statistique morale d'un pays.

En Autriche, en Bavire, en Prusse, de nombreux tablissements sont
venus rivaliser avec les ntres. Dans le grand-duch de Saxe-Weimar, il
n'y a pas un village qui ne soit depuis dix ans dj pourvu d'une de ces
salles hospitalires; et le Danemark n'a pas voulu tre le dernier tat
d'Europe  recueillir leurs bons effets.

[Illustration: La Lecture.]

Les tats-Unis d'Amrique entrrent largement dans cette voie, et ds
1835, la seule ville de New-York avait ouvert vingt-sept salles dans
l'intrieur de ses murs.--Les colonies anglaises ne devaient pas non
plus demeurer dpourvues de ces coles pour le premier ge.
Missionnaires de l'enfance, de nombreux matres quitteront leur patrie,
et, parmi eux, deux fils de James Buchanan ont, ds 1829, obtenu des
succs dans le sud de l'Afrique, en dirigeant des _Infant Schools_,
ouvertes aux enfants des Cafres, des Hottentots, et d'autres tribus 
demi sauvages.

[Illustration: Vue gnrale de la Salle d'asile Cochin.]

Il ne nous reste plus maintenant qu' faire connatre l'emploi de la
journe dans nos asiles. Disons, avant de retracer ce qui se passe dans
tous, que, dans un certain nombre seulement, on a fait pntrer le
travail, qui joue, comme nous l'avons fait voir, un si grand rle dans
les tablissements de ce genre en Toscane. Son introduction devrait,
nous le pensons, tre gnrale; nous le voudrions simple, sans fatigue
aucune, peu prolong, pour qu'il ft comme une varit ou mme comme une
distraction des autres exercices; il occupe les enfants, les rend
attentifs, permet d'obtenir du silence, et porte chacun des petits
travailleurs  la rflexion. On peut, pendant ce court labeur, diriger
les penses de l'enfant par quelques rcits, quelques questions, par
l'explication des paroles, des chants et des prires qu'il rpte
journellement.

A Strasbourg, depuis longtemps dj, toutes les petites filles des
salles d'asile en tat de tenir des aiguilles tricotent; le nombre de
paires de bas confectionnes par elles est considrable. Chaque anne on
les distribue en prix aux enfants.

[Illustration: Le Jury.]

Les garons sont occups a parfiler de la soie, qui se file ensuite et
peut se teindre, puis tre tricote. A Lyon, dans quelques autres villes
encore, et dans plusieurs des asiles de Paris, le travail a galement
t adopte comme propre  faire contracter aux enfants une habitude qui,
inculque  cet ge, devient un got, bientt aprs une seconde nature,
et plus lard les doit prserver de la misre et de ses maux. A Paris,
pendant l'anne 1843, plus de huit mille enfants ont t reus dans les
vingt-quatre salles d'asile pendant la journe de travail de leur mre.
Des souscriptions ont permis de fournir aux plus pauvres d'entre eux les
vtements qui leur manquaient. Plus de deux mille huit cents enfants ont
profit de ce bienfait. Aux termes des rglements, les enfants, pour
tre admis, doivent avoir atteint l'ge de deux ans, et n'avoir pas
dpass celui de six. On les y conserve jusqu' sept: mais, par
humanit, on feint souvent de croire  la dclaration peu exacte d'une
mre pauvre, et sur les huit mille enfants accueillis, il en est plus
d'un qui n'a gure plus de dix huit mois, et se trouve par consquent
avoir  justifier, par un air encore plus grave et plus raisonnable que
celui de son ge rel, les six mois dont sa mre l'a vieilli par une
fraude bien excusable, et sur laquelle la situation de la famille
dtermine  fermer les yeux.

Le rglement imprim qu'on remet aux parents qui amnent pour la
premire fois leurs enfants  l'asile, nous fait connatre quelques-unes
des sages mesures qui sont prescrites dans ces tablissements.--Les
parents, avant d'envoyer leurs enfants, doivent, chaque matin, leur
avoir lav les mains et le visage, les avoir peigns, et avoir veill 
ce que leurs vtements ne soient ni trous ni dchirs. De frquentes
inobservations de cette rgle entraneraient le renvoi; mais, chaque
matin,  l'arrive et avant l'entre dans la salle, on passe ce qu'on
appelle la revue des mains, et l'tablissement est pourvu d'une fontaine
et des ponges ncessaires pour rparer les infractions au
rglement.--Les enfants doivent arriver  l'asile  huit heures et demie
au plus tard. Ceux qui se prsentent aprs neuf heures ne sont reus
qu'en cas d'excuse valable.--Chaque enfant doit tre porteur d'un panier
qui contienne sa nourriture pour la journe.

L'heure de l'entre en classe est indique par une cloche.

Aussitt les enfants disperss se runissent, le matre ou la matresse
les place sur deux files. Le matre prescrit le silence et fait faire
_front._ Alors est passe la revue de propret dont nous parlions tout 
l'heure. Lorsqu'elle est termine, le matre donne un coup de sifflet
pour indiquer qu'on va se mettre en marche, et, avec une touche en bois,
il marque la mesure du chant qu'il va entonner. Quand le chant commence,
le matre fait marquer le pas aux lves jusqu' ce une la mesure soit
battue juste, et ce n'est que lorsqu'elle est bien tablie, que l'on se
met en mouvement. Pendant la marche, on veille  ce que les enfante se
tiennent droit et aient les mains jointes derrire le dos. L'une des
marches les plus usites dans les asiles de Paris est celle que Wilhelm a
mise en musique et qui se trouve dans le 16e cahier de son _Orphon_. Le
chant continue jusqu' ce que tous les enfants soient entrs dans les
intervalles des bancs; les premiers arrivs marquent le pas, et lorsque
les derniers sont en place, le matre donne un coup de sifflet en
disant: _Halte!_ Aprs une lgre pause, qui permet de s'assurer si le
mouvement s'est arrt au commandement, le matre dit: _front_. Alors
les enfants, au moyen d'un quart de conversion, font face au milieu de
la classe, en attendant le signal de la prire.

L'usage de la faire rpter, phrase par phrase,  tous les enfants, dit
madame Nau de Champlouis, dans une _Instruction lmentaire pour la
formation et la tenue des salle d'asile_, a beaucoup d'inconvnients, et
surtout celui de rduire  un exercice purement machinal ce qu'un doit
dsirer de rendre une oeuvre de rflexion. J'ai vu, dans quelques
asiles, cet usage remplac par une autre mthode que je lui prfre de
beaucoup. Le matre dit la prire  haute voix, tous les enfants la
suivent en silence; ds qu'un d'eux a prouv qu'il l'a bien retenue par
coeur, il obtient, comme rcompense, de la dire tout haut en place du
matre. J'ai pu remarquer plus d'une fois combien ils attachaient de
prix  cette faveur; bientt tous l'ont rclame  leur tour et s'en
sont montrs dignes. Le but qu'on se proposait par la rptition
immdiate de chaque phrase a t aussi bien atteint, et l'esprit de la
prire a mieux pntr ces jeunes coeurs. L'auteur de cet utile manuel
recommande judicieusement aux matres et aux matresses de ne pas
multiplier les prires, afin d'viter l'inconvnient de rendre, en
quelque sorte, banal ce pieux exercice par sa rptition trop frquente.
Elles doivent, bien entendu, tre courtes, simples, en rapport enfin
avec l'ge le plus tendre.

On comprend que ces coles gardiennes ont presque uniquement pour but
l'ducation des enfants, et qu'on ne doit y avoir en vue leur
instruction que secondairement. Voici donc l'emploi de la journe
prescrit par le _Journal des Salles d'Asile_: Aprs la prire
commencent des chants, les uns vifs et anims, les autres simples et
touchants, qui expriment toutes les ides les plus appropries  la vie
des enfants, aux sentiments et aux habitudes morales dont on veut les
pntrer; puis viennent les volutions, les exercices qui les occupent,
les amusent, les tiennent sans cesse en haleine et en action. Toute
l'instruction consiste en exercices, pour satisfaire au besoin continuel
du mouvement et  la surabondance de vie et d'activit qui sont propres
 l'enfance. Tout exercice ne doit pas durer au del de dix minutes pour
ne point fatiguer l'attention des enfants.--Toute punition corporelle,
ou mme svre, est interdite, les enfants ne devant tre conduits,
surtout dans le premier ge, que par une discipline douce et maternelle.
La seule punition est l'isolement de leurs petits camarades, pendant
quelques minutes. Il s'agit, avant tout, de rendre aimable et de faire
aimer la salle d'asile, le matre ou la directrice, les enseignements
donns, sous la forme de conversations familires, par demandes et par
rponses, ou d'exercices et de jeux. On a beaucoup fait quand on a
dispos l'enfant  se plaire dans la salle d'asile,  s'y trouver
content et heureux,  ne la quitter qu' regret,  y revenir chaque
matin avec empressement.--Pour qu'une seule personne, assiste d'une
seule aide, puisse suffire  la surveillance de deux cent cinquante ou
trois cents enfants, elle les divise en fractions de huit ou dix, mme
de trois ou quatre, sous la direction d'un petit moniteur pour les
garons, d'une petite monitrice pour les filles. De plus, un ou deux
enfants, de deux, trois ou quatre ans, sont confis  un enfant de cinq
ou six ans, qui, tout fier et heureux d'avoir  exercer une sorte de
patronage et d'autorit, donne les soins les plus touchants  ses petite
pupilles, et apprcie d'autant mieux tout ce qui peut leur tre
ncessaire ou agrable, qu'il se rapproche plus de leur ge, qu'il
comprend mieux leur faiblesse, leurs petits chagrins, leurs moindres
dsirs, et fait exactement pour eux ce que la mre la plus tendre et la
plus attentive pourrait faire pour l'enfant le plus chri et le mieux
choy.--Tour  tour, les enfants apprennent  lire les lettres, les
syllabes, les mots, les phrases que la directrice ou le matre trace sur
un grand tableau noir expos  tous les yeux. Ils s'amusent et
s'exercent  compter au moyen de petites billes rondes, de diffrentes
couleurs, figurant les units, les dizaines, les centaines, qui sont
enfiles dans de petites barres de fer: c'est ce qu'on appelle un
boulier.--Les chants reviennent  des intervalles assez
rapprochs.--Les plus gs sont exercs  former les lettres sur le
tableau noir. On peut leur donner aussi quelques autres notions bien
lmentaires (1) d'arithmtique, de gographie, d'histoire naturelle,
d'histoire sainte, mais en vitant avec un grand soin la fatigue, une
attention prolonge et une immobilit qui est contraire  leur
organisation, et qui le deviendrait  leur sant.

[Note 1: Le comit central d'instruction primaire y a introduit cette
anne, avec un plein succs, l'enseignement des poids et mesures, 
l'aide du tableau figuratif de M. Dalechamps, instituteur communal du
onzime arrondissement de Paris.]

On s'est trs-bien trouv de l'pellation chante. Ainsi, toute la
classe chante l'alphabet en suivant les lettres et en les chantant comme
s'il tait question de solfier des notes. Ainsi, sur l'air _Ah! vous
dirai-je, maman?_ au lieu de chanter do, do, sol, sol, la, la, sol, la
classe, en suivant la baguette qui lui montre les lettres, chante A, B,
C, D, E, F, G; le plus faible enfant saisit  la fois la note et la
lettre, et la leon est prise; ou bien, sur l'air d'un accord parfait,
sol, si, r, sol, on indique chaque lettre l'une aprs l'autre:

je vois un A,

je vois un B;

et l'alphabet se trouve ainsi enseign jusqu' Z. L'loquence du geste
est permise dans ce mode de lecture, comme accompagnement de la voix. On
peut, le bras tendu, montrer les lettres du bout des doigts, fermer le
poing, battre la mesure, frapper des mains, lire vite, lire doucement,
lever la voix, la baisser, le tout  commandement; l'oreille s'habitue
 un certain rhythme, le corps est tenu en activit; le mouvement des
bras, celui des pieds, entretiennent la vivacit de circulation, la
plnitude de respiration, la turbulence d'action et la prcision
d'excution; dans tout cet ensemble l'enfant est entran, il vit, il
oublie qu'il apprend  lire; et en effet la lecture n'est pas, comme on
le voit, le seul rsultat de sa leon. Lorsque ce procd fut usit pour
la premire fois par les fondateurs des salles d'asile  Paris, l'un
d'eux s'avisa de dire un jour au ministre de l'instruction publique
(c'tait en 1828): Monseigneur, nous avons le moyen d'apprendre  lire
aux enfants en chantant.--Pourquoi pas en dansant? repartit le ministre,
qui croyait repousser une plaisanterie.--Vous avez raison, monseigneur,
rpliqua l'interlocuteur, _ce serait encore mieux; nous y penserons._
Depuis ce temps il fut mis en usage de gesticuler et de sauter en
mesure, tout en chantant: _Je vois un A._ Cette mthode, dit le _Journal
des Salles d'Asile_, fait la joie de nos petite disciples. Nous
n'assurons pas qu'elle soit la mthode sans pareille, la mthode par
excellence; nous n'afficherons pas sur les murailles qu'elle peut
procurer une lecture courante en vingt leons, mais nous affirmerons
qu'elle familiarise les enfants des salles d'asile avec la connaissance
des lettres, avec celle des sons, avec l'habitude de la mesure, et
qu'elle runit l'utile  l'agrable pour un ge qui a besoin de
mouvement autant et plus que d'enseignement.

La mise en rang des enfants avant leur entre dans la salle, la prire,
la lecture, ont t retracs par le crayon des artistes de
_l'Illustration._ Ils ont voulu donner aussi  nos lecteurs une vue
gnrale de l'intrieur de la salle de l'asile Cochin, et leur y faire
voir jusqu'au lit de camp sur lequel on tend, durant les exercices,
ceux des enfants que le sommeil a gagns. Comme on retient cette jeune
population jusqu'au soir, pour donner aux parents la disposition libre
de leur journe entire, cette prcaution, en quelque sorte maternelle,
a plus d'une fois son utilit.--Enfin un dernier dessin reprsente le
prononc d'une des peines bien lgres dont nous avons parl plus haut.
Les lignes suivantes du _Cours normal_ de M. de Grando expliquent et
font apprcier cette innovation heureuse; On a introduit depuis quelque
temps, disait-il, l'institution d'un petit jury, form par les enfants
eux-mmes, pour prononcer sur les fautes de leurs camarades. Vous
trouverez dans cette institution, employe  propos et avec rserve, un
moyen d'une heureuse efficacit pour faire rflchir les enfants sur la
moralit des actions, et pour les conduire  consulter le tmoignage
intime de leur conscience. Et ce qui nous prouve que la conscience leur
dicte, en effet, naturellement, les rgles du bien et du mal, lorsqu'ils
l'interrogent avec une attention sincre et impartiale, c'est que les
arrts prononcs par ces petite jurys sont ordinairement empreints d'une
quit remarquable.

On a vu que tout est calcul pour que chacun des exercices ft une sorte
de rcration. Mais pour satisfaire au besoin d'air et pour permettre
aux enfants des mouvements plus vifs et plus anims, on les exerce dans
les praux  courir,  gravir,  sauter,  se livrer enfin  des
exercices de gymnastiques simples, qui leur dveloppent les muscles en
les mettant souvent en activit.

C'est aprs une journe ainsi remplie que l'enfant retourne, le soir,
dans sa famille gai, heureux, n'ayant recueilli que des impressions
bienveillantes et morales qu'il reporte au milieu des siens.



Acadmie des Sciences.

COMPTE RENDU DES TRAVAUX PENDANT LE DERNIER
TRIMESTRE DE 1843 ET LE PREMIER TRIMESTRE DE 1844.

(Voir t. I, p. 217, 234, 258; t. II, p. 182, 198, 396 et 394; t. III, p.
26, 58, 134 et 154.)

VII.--Sciences mdicales.

_Anatomie et physiologie._--Une note de M. Lacauchie contient la
description de nouveaux organes appartenant au systme chylifre des
msentres. Ces organes n'existent que dans les replis msentriques du
pritoine; on les suit depuis le commencement de l'intestin jusque dans
le mso-rectum, et leur nombre est d'autant plus grand qu'on les observe
sur un point plus rapproch de l'estomac. Ce sont de petite corps
ellipsodes de plus d'un millimtre de longueur dans le sens de leur
grand axe, transparents, parcourus dans leur centre par une ligne
blanchtre. Placs entre les deux feuillets du pritoine, ils abondent
au voisinage du pancras et vers la fin de l'intestin grle autour de la
glande chylifre dite pancras d'Aselli.

Quelle est la nature, quels sont les usages de ces organes? Ces
questions sont encore  rsoudre. L'auteur de la note pense qu'ils
produisent une matire particulire qui vient se mler au chyle pour le
modifier.

Depuis la publication de cette note, M. Pacini a crit de Pise pour
rclamer la priorit de la dcouverte de ces organes qu'il a dcrite en
1840 et qu'il considre comme des dpendances du systme nerveux. Il les
a rencontrs chez plusieurs mammifres et chez l'homme, sur les nerfs de
la vie animale aux mains, aux pieds comme dans le msentre sur les
nerfs de la vie organique. M. Henle, de Zurich, les a galement
observes chez le chat comme M. Lacauchie et antrieurement  lui. Il
partage les opinions de M. Pacini sur la nature de ces organes.

M. Flourens, en prsentant  l'Acadmie un mmoire sur la moelle
pinire par M. Misco, anatomiste italien, a fait une courte analyse de
ce mmoire. L'auteur conclut de ses recherches qu'au lieu des huit
faisceaux que l'on considre comme formant la moelle pinire, il faut
en compter dix; il dcrit ces faisceaux, dont il a modifi la
nomenclature, suivant un usage que nous ne saurions approuver; ne
serait-il pas, en effet, plus simple et plus juste de donner, seulement
aux deux faisceaux dcrits pour la premire fois, des noms qui les
distinguent des autres, en laissant  ceux-ci les noms sous lesquels on
les a toujours connus et qu'ils ont reus des savants qui les ont
dcouverts. C'est une chose fcheuse pour la science, et notamment en
anatomie, que ce changement de noms qui ne peut que troubler la mmoire
et finit par accumuler sur un seul organe quatre ou cinq dnominations,
au grand dtriment de la clart du style et au grand dsespoir du
lecteur.

On doit  M. Gunsburg l'observation d'un fait curieux d'anatomie
pathologique qui rappelle les cas analogues communiqus par M. Serres en
aot 1843. Nous hsitons cependant  considrer comme une dgnrescence
ganglionnaire le fait observ par M. Gunsburg. A la suite d'un rhumatisme
gnral trs-intense, et pendant lequel les mouvements des membres
taient impossibles, le malade avait recouvr la facult de mouvoir les
bras, mais dans les extrmits infrieures la motilit, resta presque
nulle et finit mme par cesser compltement. La paralysie du rectum et
de la vessie se joignit  celle des jambes; le malade mourut, et 
l'autopsie on trouva les quatre troncs nerveux de la troisime et de la
quatrime paire sacre se terminant de chaque ct, aprs un cours de
douze centimtres,  une tumeur blanchtre de la forme d'une poire,
longue,  droite, de deux centimtres sur un centimtre de largeur et
trois millimtres d'paisseur au milieu; la tumeur de gauche avait
environ le tiers de la droite en grandeur; les deux troncs nerveux ne se
prolongeaient pas au del de la tumeur.

Ces renflements terminaux examins au microscope se composaient de
fibres nerveuses ramifies, entrelaces et comprenant entre elles des
cellules transparentes aplaties, dans lesquelles on distinguait un noyau
et des globules. L'examen des autres nerfs moteurs ni rien offert de
particulier.

Nous serions tents de voir un arrt de dveloppement plutt qu'une
dgnrescence dans ces troncs nerveux termins brusquement. La
dgnrescence ganglionnaire sur un point n'aurait pas fait disparatre
le reste du nerf; d'ailleurs la troisime et la quatrime paire se
rendent principalement aux organes gnito-urinaires et au rectum; leur
altration fait comprendre la paralysie de ces parties, mais les
anastomoses qui les unissent entre elles et au reste du plexus sacr ne
suffisent pas  expliquer la perte complte du mouvement dans les
membres abdominaux dont les nerfs taient  l'tat normal ds leur
origine principale.

MM. Sucquet et Dupr ont prsent  l'Acadmie des mmoires sur
diffrents moyens d'assainir les amphithtres d'anatomie et de
conserver les cadavres. Le procd de M. Sucquet consiste  faire
macrer les sujets dans une solution de sulfate neutre de zinc. M. Dupr
propose de faire pntrer par une des artres principales les substances
antiseptiques, sous forme gazeuse.

M. Maunoir, de Genve, a envoy  l'Acadmie un mmoire sur la
muscularit de l'iris; nous en rendrons compte lorsque la commission
nomme pour l'examiner aura fait son rapport.

M. Foville a prsent  l'Acadmie, par l'entremise de M. Flourens, le
premier volume d'un ouvrage sur l'anatomie, la physiologie et la
pathologie du systme nerveux crbro-spinal, dont le savant secrtaire
a donn une courte analyse. Cet ouvrage a pour objet principal de faire
connatre la structure de la moelle pinire et du cerveau. L'auteur
expose, dans une srie de recherches historiques, les ides des anciens
sur le systme nerveux, et les mthodes successives de dissection
employes depuis Galien jusqu' nos jours. Vient ensuite; un expos de
l'tat actuel de la science, puis une ide, gnrale du systme nerveux
suivie de la description extrieure de la moelle et de l'encphale. Les
diffrences qui sparent le cerveau de l'homme de celui des animaux sont
traces d'aprs la forme extrieure seulement. M. Foville dcrit ensuite
la structure intime de l'axe crbro-spinal, en suivant dans la moelle,
le cervelet et le cerveau les fibres nerveuses et les fibres sensoriales
motrices. Enfin l'tude de certaines dformations artificielles du crne
est jointe  la description de ses formes normales.

M. Flourens a galement fait connatre  l'Acadmie des faits curieux
dont on doit la dcouverte ou l'observation plus complte  M. Coste.
Ces faits se trouvent consigns dans une nouvelle livraison de
l'_Histoire gnrale et particulire du dveloppement des tres
organiss_. Un des plus remarquables est l'existence de chaque ct du
cou du foetus des mammifres et de l'homme mme, de quatre fentes
transversales s'ouvrant dans le pharynx et spares par des cloisons
correspondant aux arcs branchiaux des poissons. Viennent ensuite des
recherches fort intressantes sur le systme vasculaire de l'allantode.

L'Acadmie a reu galement de MM. Jacquart et Maignier une lettre
contenant des dtails sur les recherches dlicates auxquelles se sont
livrs ces deux anatomistes pour clairer une question intressante
d'ovologie. Il rsulte de leurs observations que, dans les premires
semaines de la gestation, l'embryon humain est situ en dehors de la
cavit amniotique et adhre seulement  l'amnios par son extrmit
caudale et sa face dorsale.

--On connat les belles expriences de Raumur et de Spallanzani sur le
suc gastrique et les digestions artificielles. Ces naturalistes se
procuraient le suc gastrique au moyen d'ponges introduites dans
l'estomac d'animaux  jeun, puis expulses par le vomissement provoqu.
Spallanzani s'en procurait souvent en prenant lui-mme un vomitif 
jeun; quelques hommes peuvent mme en rendre presque sans effort et sans
autre provocation qu'une gorge d'eau ou une bouche de pain avale 
jeun; c'tait ainsi que Pinel en rendait jusqu' une demi-livre. On
conoit que de pareilles manoeuvres ne sauraient tre rptes
frquemment sans nuire beaucoup  l'estomac de l'exprimentateur, et
qu'on ne peut se procurer par ces moyens du suc gastrique d'animaux
souvent, en grande quantit et bien pur.

Beaumont, mdecin anglais qui a longtemps observ les phnomnes de la
digestion chez un homme qui portail une fistule stomacale, se procurait
du suc gastrique facilement, et sans nuire  son malade, en introduisant
des ponges par cette fistule.

Tel est le procd que M. Blondlot a mis en usage sur un chien; il a
ouvert une fistule stomacale par laquelle il a pu librement communiquer
avec l'intrieur de l'estomac, et en extraire du suc gastrique ou
diverses substances  diffrents degrs de la digestion. Il a runi ses
observations dans un ouvrage intitul: _Recherches sur les phnomnes de
la digestion et spcialement sur la composition du suc gastrique_. Le
mme chien lui sert depuis deux ans, et, quoique de petite taille, peut
fournir en une fois cent grammes de suc gastrique pur.

M. Blondlot a trouv le suc gastrique constamment acide; cette acidit
parat tenir  la prsence du phosphate acide de chaux; il en a tudi
l'action sur les aliments simples et composs, soit dans l'estomac, soit
hors de l'estomac et sous l'influence d'une temprature artificielle. Le
principe essentiellement actif du suc gastrique parat tre une matire
organise particulire qui fonctionne  la manir des ferments. Son
action n'a lieu qu'en prsence d'un acide et sous l'influence d'une
temprature comprise entre 10 et 40 degrs, MM. Flourens et Payen ont
rpt dans leurs laboratoires les expriences de M. Blondlot, et sont
arrivs aux mmes rsultats. M. Payen est parvenu, par un procd qu'il
n'a pas encore dcrit,  extraire du suc gastrique son principe actif
qu'il propose de nommer _gasterase_ et non _pepsine_, comme le principe
extrait par Schwann et Mller de l'estomac du veau au moyen de l'acide
chlorhydrique.

Une question fort importante souleve par M. Biot est celle de savoir
quelles modifications la fcule prouve quand on la met en contact avec
le suc gastrique par les procds suivis pour les autres substances. En
effet, suivant le rsultat que donnera l'exprience, on saura si le
sucre contenu dans l'urine des diabtiques et analogue au sucre de
fcule est pralablement form dans l'estomac par la dcomposition des
matires fculaces, ou s'il se produit dans l'acte de la formation de
l'urine. On comprend quelle influence peut avoir la solution de cette
question sur le choix du rgime alimentaire  prescrire aux diabtiques.

Il serait encore important, a dit M. Biot, de savoir si certains sels
composs qui agissent sur l'conomie animale quand ils sont ingrs dans
l'estomac, sont simplement dissous par le suc gastrique, ou s'ils sont
dcomposs par lui dans leurs lments constituants. M. Payen, en
promettant de faire des expriences  ce sujet, annonce que, d'aprs les
observations de M. Blondlot, la fcule n'prouverait pas d'altration
dans le suc gastrique.

Une autre question non moins importante pour l'humanit souffrante,
c'est celle de la vertu lithontriptique du suc gastrique. M. Millot,
dans une lettre  l'Acadmie, annonait qu'ayant observ que des calculs
urinaires se ramollissaient ans l'urine de diabtique, il avait essay
de l'action du suc gastrique sur ces calculs et les avait vus s'y
dsagrger quelle que ft leur nature.

M. Leroy d'tiolles, dans une autre sance, en rapportant un passage de
Sennebier, qui rappelle qu'un lve de Spallanzani avait dcouvert la
proprit lithontriptique du suc gastrique, annona qu'ayant voulu
vrifier les expriences faites sous les yeux du grand naturaliste, il
tait arriv  des rsultats tout a fait ngatifs, sauf pour les calculs
alternants dont les couches s'taient spares, mais sans ramollissement
des fragments. Plus tard, M. Leroy d'tiolles ayant plac dans l'estomac
du chien de M. Blondlot un fragment de calcul urinaire du poids de 95
centigrammes, aprs quarante-huit heures de sjour dans l'estomac, ce
calcul ne pesait plus que 80 centigrammes; cette dperdition s'est
opre, dit M. Leroy, sans ramollissement ni disgrgation, mais par une
sorte d'usure superficielle.

Ce dernier rsultat nous semble donner gain de cause  Spallanzani et 
M. Millot; en effet, on sait que dans l'acte de la digestion l'estomac,
par un mouvement qui lui est propre, agite et ressasse pour ainsi dire
les substances qu'il contient, on a mme longtemps, et jusqu'
l'exprience des tubes et des boules creuses de Spallanzani, attribu 
ce frottement des parois de l'estomac la dissolution des aliments que
l'on considrait comme une trituration. Nul doute que, si notre estomac
tait organis comme celui des gallinacs, nous ne pussions comme eux
dtruire  la longue, par des frottements rpts des matires dures,
des noyaux siliceux: mais, sans aller si loin, on conoit que le
frottement des parois de l'estomac, surtout chez le chien, qui digre
facilement les os, puisse dsagrger la superficie d'un calcul dont le
ciment est dissous d'une manire gale  la superficie, il va sans dire
que c'est de la circonfrence au centre, et couche par couche, que la
destruction du calcul doit avoir lieu: et l'on ne peut expliquer que par
cette double action du suc gastrique et de l'estomac l'usure
superficielle dont parle M. Leroy d'tiolles.

Maintenant faut-il de cette exprience conclure que le suc gastrique
inject dans la vessie dbarrassera les calculeux de leurs pierres? Nous
ne le croyons nullement. Entre le suc gastrique d'un chien, dans
l'estomac de ce chien qui en produit sans cesse, et ce suc gastrique
plac  certaine dose dans la vessie d'un homme, entre un calcul plac
dans l'estomac d'un chien, et ne pouvant qu'y diminuer, et ce mme
calcul dans la vessie d'un malade o il est,  proprement parler, chez
lui, o il s'augmente chaque jour et se trouve dans d'excellentes
conditions de conservation, il y a trop de diffrence, et nous ne
pensons pas que le suc gastrique remplace jamais le lithotome et
l'instrument dont on doit la dcouverte  M. Leroy d'tiolles.

M. Scharling a rendu un service aux personnes qui s'occupent
d'expriences sur la respiration, en prcisant les circonstances
principales dont il est important de tenir compte et de faire mention
dans ces expriences.

(_La fin  un prochain numro._)



[Illustration: COURRIER DE PARIS]

Le grand vnement qui occupe Paris depuis quarante-huit heures, c'est
la mort de M. Laffitte. Nous laissons  un autre le soin de raconter
cette vie patriotique et dvoue, et de tracer l'esquisse de ce fin
esprit et de ce caractre aimable et bienveillant; mais un courrier de
Paris ne saurait se mettre en route le lendemain de la mort d'un tel
homme, sans partager le deuil de la ville, sans mettre un crpe  son
chapeau et une fleur funbre  sa boutonnire. Les jours de fte, les
courriers pars de bouquets joyeux et de rameaux verdoyants, s'lancent
bride abattue sur la route et font claquer leur fouet en signe de
rjouissance. Il faut les voir, vils, ardents, intrpides, une main
appuye crnement sur la hanche, et de l'autre agitant dans l'air ce
fouet  triple carillon, leur sceptre et leur pe. Comme ils partent!
comme ils volent! connue ils dvorent l'espace! La poussire
tourbillonne autour d'eux; du pied des chevaux jaillit l'tincelle. Qui
peut les arrter? Ils sont les messagers d'heureuses nouvelles, et les
bonnes nouvelles n'arrivent jamais trop vite. Aussi leur course rapide
ressemble-t-elle  un divertissement: ils ont des gards pour tous les
bouchons, des bons mots pour tous les originaux qui passent, des regards
amoureux et des gaillardises pour toutes les chtelaines d'auberge et
pour les Amaryllis en sabots et en jupon court qu'ils rencontrent le
long du chemin.

Cette joie, cette allure fringante, cette insouciante ardeur nous sont
aujourd'hui dtendues; au moment de partir et de quitter Paris, notre
courrier est arrt par un immense convoi funbre. C'est aujourd'hui
jeudi le 30 mai 1844, et les restes mortels de l'homme aimable, de
l'homme bienfaisant, du citoyen prouv, traversent la ville, escorts
et pleurs par une foule immense. Ailleurs nous vous raconterons les
dtails de cette touchante et vaste solennit de la mort. En ce moment,
notre courrier n'est occup qu' guider son cheval  travers cette
multitude innombrable, le tenant en bride, de peur d'accident, et
cherchant une issue pour gagner l'espace et se mettre en route pour
l'tranger et les dpartements, qui l'attendent.--Silence! voici le char
funbre. Notre courrier s'arrte respectueusement, salue avec tristesse,
et, aprs cet hommage rendu  un homme de bien et cette dette de pit
acquitte envers la mort, il reprend sa course et passe d'un air morne.

Le ciel semble avoir prvu ce grand deuil que Paris devait prouver; il
a gard l'air sombre et le voile lugubre qui le recouvre depuis quinze
jours. Des nuages tristes rendent sa face maussade; une pluie froide
l'inonde. On grelotte  Paris comme au mois de dcembre; Paris a les
pieds mouills, Paris reprend son paletot; et si les groom, les femmes
de chambre et les portires pestent contre cette distraction du mois de
mai qui leur donne, en plein printemps,  brosser des bottes et des
pantalons qui semblent sortis des pieds boueux de l'hiver, les
dcrotteurs en plein vent et en boutique s'en flicitent. Vous le voyez!
le mauvais temps, comme les mauvaises actions, profite toujours 
quelqu'un. C'est pour cela, sans doute,  Jupiter! que tu as ml ce bas
monde de pluie et de soleil, de bien et de mal; ne faut-il pas que tout
le monde vive?

En parlant de vivre, voici une mort singulire et touchante: il y a huit
jours, dans un village voisin de Paris, une jeune fille de seize ans,
nave alerte, panouie, de cette espce joyeuse et rapide qui vole 
travers les prairies, cueille la pquerette et la fleur d'aubpine et
court aprs les papillons; un jeune fille chappant ds le matin  la
sollicitude maternelle qui voulait la retenir, s'cria en sautant
par-dessus la haie voisine: Je vais chercher des nids de fauvettes! La
mre savait son got innocent d'aventures bucoliques et la laissa faire,
bien certaine qu'au retour elle lui rapporterait de son air le plus
heureux, de son sourire le plus frais et le plus doux, quelque bouquet
de fleurs sauvages cueilli dans les bois ou glan dans les prs
verdoyants, sur le bord des fontaines. Quelle joie pour une mre!
Thocrite, Virgile et M. de Florian vous diraient cela mieux que moi.

Elle partit donc... on l'attendit toute la matine; le soir, on
l'attendait encore, et la blanche jeune fille n'tait pas revenue. Qu'y
a-t-il? Que lui est-il arriv? O est ma Tille? Avez-vous vu ma fille?
ma fille! ma fille! au nom du ciel! L'veil est donn, l'effroi se
rpand partout, la mre pleure, les valets, d'un air affair et lugubre,
courent le village et la campagne, interrogeant celui-ci, apostrophant
celui-l: enfin, aprs bien des recherches vaines, aprs un flux et
reflux d'esprances et de terreurs sans nombre, on arrive au pied d'un
bel glantier en fleur, inclin sur une nappe d'eau limpide; et sur
cette onde voile d'arbustes embaums, qu'aperoit-on? un voile blanc,
puis un chapeau de paille agit par la brise comme une fragile nacelle,
et enfin,--le dirai-je?--un cadavre ple et flottant  la surface.
C'tait la jeune fille, ce matin encore vivant de sa vie de seize ans,
c'est--dire avec un horizon charmant devant ses yeux, et qui semblait
l'appeler au loin  un bonheur sans fin.

On approcha du cadavre et on le relira de l'eau;--elle tait bien morte;
nul espoir de ranimer cette joue livide et ce coeur teint;--dans sa
main droite, contracte violemment, la pauvre enfant tenait quelques
restes de mousse, de brins d'herbe et de plumes lgres, tels que les
oiseaux en composent leur nid, tristes dbris mls  une feuille
d'glantier.

Ces arbres fleuris, le chant des fauvettes gazouillant sous leur dme de
feuillage, l'eau murmurante l'avaient attire; et l, sans doute, ravie
et se promettant d'apporter  sa mre les trophes de sa conqute, elle
s tait suspendue  la branche fragile pour saisir et la fleur et le nid
de la fauvette; mais la branche cdant tout  coup et se brisant, la
fleur, le nid et la jeune fille disparurent dans l'eau place l comme
un pige et comme un abme. Qui sait,--mais sommes-nous au temps de la
mythologie?--qui sait si quelque hamadryade, jalouse de voir
l'imprudente venir ainsi dpouiller ses domaines et dtruire l'espoir de
ses htes harmonieux ne brisa point la branche d'une main irrite? ou
peut-tre trompe par une fallacieuse image, la malheureuse jeune fille
s est-elle noye dans l'onde perfide en croyant s'y mirer?

Ce qui suit vous semblera moins potique; mais si la posie est bonne,
la ralit a bien son prix: j'en atteste l'ordre du jour que vient de
rendre M. le gnral Jacqueminot, commandant de la garde nationale de
Paris et de la banlieue: il s'agit de pantalons et non pas d'autre
chose; ce n'est pas le cas d'invoquer la muse de Virgile et d'Ovide. Or,
voici mon histoire de pantalons en deux mots.

Voyant dernirement le soleil en pleine ardeur et les chaudes haleines
du printemps caresser amoureusement la garde nationale, M. le gnral
Jacqueminot l'avait officiellement autorise  prendre ce que nous
autres vieux grognards nous appelons la tenue d't. Le chasseur donc,
et le grenadier, et le capitaine, et le colonel, et le sergent, et le
tambour s'en allaient, d'un pied leste et d'un air pimpant, vtus du
pantalon lger, toile grise ou toile blanche, suivant le poste o ils
devaient avoir l'honneur de se livrer aux ineffables charmes de la
faction et aux attraits dlirants de la patrouille Que vous dirai-je? La
garde nationale tait blanche, depuis quinze jours, comme un acacia en
fleur, et s'panouissait au soleil. Mais la bise a ses malices et la
pluie aime  jouer des tours. Si elles abattent les fleurs par leurs
efforts combins, si elles glacent et tuent les fruits dans leurs
calices, elles n'ont pas plus de respect pour les pantalons blancs des
douze lgions. La seule diffrence, c'est que les fleurs n'ont pas
d'autre vtement que leur enveloppe parfume et fragile:--il faut, bon
gr mal gr, qu'elles y prissent;--tandis que la garde nationale peut
changer de pantalons, et passer  sa fantaisie de la toile glaciale au
drap rconfortant.

M. le gnral Jacqueminot, en Csar prudent, n'a pas manqu de profiter
de cette situation magnifique et de cette double culotte; les pantalons
blancs, tirs de l'armoire par un ordre du jour printanier, viennent d'y
rentrer sur un autre ordre du jour, et le pantalon de drap, recommenant
son rgne interrompu, triomphe en ce moment sur toute la ligne. La garde
nationale est en pleine tenue d'hiver depuis une semaine C'est une
insulte au mois de mai, n'est-il pas juste de lui rendre injure pour
injure? D'ailleurs les pituites, les rhumes de cerveau, les
ternuements, les maux de gorge et le jujube allaient grand train dans
les douze lgions, et il tait temps d'y mettre ordre, sauf  s'aliner
les mdecins et les apothicaires.

Dans le monde politique et parlementaire que M. le gnral Jacqueminot
frquente et dont il est un des hros, n'y a-t-il pas beaucoup de braves
qui changent d'opinion et de parti comme la garde nationale change de
culottes, selon le vent qui souffle?

Ce temps dsagrable, qui contraint les soldats citoyens  se casemater
et  se draper, commence  disperser la foule dpartementale qui s'tait
prcipite sur Paris; en mme temps la pluie fait peur aux hordes qui se
tenaient encore dans leurs foyers, n'attendant que le moment o les
htels garnis et les spectacles parisiens seraient un peu dgags pour
prendre la poste et la diligence, et y faire invasion  leur tour. On
commence donc  respirer dans notre bonne ville de Paris, et  voir
clair dans cette multitude d'trangers qui s'coulent peu  peu et
rentrent chez eux. Paris se tte, s'interroge, se retrouve et
s'aperoit, Dieu merci, qu'il n'est pas devenu tout  fait Bar-sur-Aube
ou Quimper-Corentin.

Nous conseillons cependant  nos chers frres et faux amis des
dpartements qui sont encore ici, de patienter et de ne pas ployer leur
tente tourdiment, et en voici la raison; mademoiselle Taglioni va
donner dcidment six reprsentations  l'Opera; au moment mme o mes
honorables lecteurs liront ces lignes, l'illustre danseuse aura fait sa
premire pirouette et son premier entrechat. La foule y sera, et dj on
s'arrache les yeux pour avoir des loges. Cela ne vaut-il pas la peine de
rester  Paris au risque de forcer madame Marlborough de monter  sa
tour pour voir pourquoi M. Marlborough ne revient pas?

Une sylphide comme Taglioni est une raret; on n'en verra probablement
jamais de pareille. Ce qu'il y a de certain, du moins, c'est qu'aprs
ces six apparitions, personne ne la reverra plus, ni Paris, ni la
province, ni l'Allemagne, ni l'Angleterre, ni l'Ancien, ni le
Nouveau-Monde; mademoiselle Taglioni est dcide  ployer ses ailes et 
faire souche de simple bourgeoise et de mre de famille: assez voltig
comme cela!

Voici les conditions proposes par mademoiselle Taglioni pour ses six
reprsentations, et acceptes par l'Acadmie royale de musique:
mademoiselle Taglioni prlvera deux mille francs sur la recette de
chaque soire; il lui sera, en outre, accord une reprsentation
exclusivement  son bnfice, et dont le total est garanti  quinze
mille francs.

C'est donc une trentaine de mille francs que la sylphide rcoltera en un
mois et emportera sur son aile, au risque d'alourdir un peu son vol. On
se dciderait pour beaucoup moins  aller terre  terre.

Mademoiselle Taglioni, aprs cette dernire apparition, aurait, a-t-on
dit, l'intention de se retirer sur le lac de Cme. Cette nouvelle est
fausse: le lac de Cme sent encore la sylphide et la posie; et
mademoiselle Taglioni est bien rsolue  ne plus vivre que dans la
prose; elle vient de louer,  cet effet, un appartement au Marais, rue
Saint-Louis, tout prs de la rue des Minimes; mademoiselle Taglioni se
propose d'y couler ses heureux jours en paix, se promenant tous les
matins et tous les soirs  la place Royale, et passant son dimanche 
jouer aux dominos au caf Turc.

Ainsi finissent les desses de notre temps!

Un homme de beaucoup d'esprit qui a essay un peu de tout en ce monde.
M. Harel, s'est dcid  essayer de l'loquence acadmique, et ce
nouveau coup d'essai lui a parfaitement russi. Le prix propos l'anne
dernire par l'Acadmie Franaise, et dont l'_loge de Voltaire_ tait
le sujet, vient d'tre donn au travail de M. Harel; ceci ne s'est point
pass sans difficults et sans lutte; non pas que le mrite littraire
de l'ouvrage de M. Harel ft mis en question, mais c'tait le droit de
Voltaire lui-mme aux honneurs d'un loge qui tait attaqu et contredit
par un certain parti philosophique qui a sa part d'influence 
l'Acadmie. Enfin, les voltairiens l'ont emport, et, M. Harel tient sa
couronne. Qu'en vont dire Frron et le pre Garasse?

Les illustres mariages et les mariages riches continuent  pleuvoir de
tous ctes. Aprs ceux que nous avons annoncs la semaine dernire,
voici venir celui de M. le duc d'Albufra, fils de l'illustre marchal
Sachet, avec mademoiselle Schikler, fille du fameux banquier prussien
mort il y a un an en odeur de millions. Le laurier et le billet de
banque s'entrelacent dans cette affaire.

C'est  la fin du mois qu'douard Donon-Cadot, fils du riche banquier de
Pontoise, et prvenu de complicit dans l'assassinat de son pre,
paratra devant la cour d'assises. M. Chaux-d'Est-Ange plaide pour ce
malheureux jeune homme. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette
terrible aventure, et puissions-nous avoir un innocent  leur montrer!



Thtres.

Thtre-Franais. _Catherine II_, tragdie en cinq actes, de M.
Hippolyte Romand.

On connat la triste et lamentable aventure d'Iwan VI; encore enfant et
appel au trne aprs la mort de l'impratrice Anne, une rvolte le
renversa au bout de quelques mois et mit le sceptre imprial aux mains
de l'indolente et voluptueuse lisabeth; Iwan, devenu une menace et un
danger, fut enferm dans une forteresse; il y vcut pendant vingt ans,
sans relche  sa captivit; un jour enfin, sous le rgne de Catherine
II, on apprit que quelques soldats conduits par un officier, ayant tent
de dlivrer Iwan pour le proclamer empereur, le commandant de la prison
avait tu le prince  coups de sabre, plutt que de le laisser au
pouvoir des rebelles; manire un peu violente de rpondre d'un
prisonnier.

Quand Iwan prit de cette faon tragique, il avait vingt-quatre ans.

Bien que la tragdie de M. Hippolyte Romand porte le nom de Catherine,
Iwan y joue un rle trs-important et pourrait, sans trop de vanit,
rclamer son droit  baptiser l'ouvrage. C'est en effet la captivit,
c'est la mort d'Iwan qui en fait le fond et l'intrt. Seulement, M. H.
Romand s'inquitant fort peu du rcit historique, le modifie  son gr,
le dnature  sa fantaisie, et, au lieu du fait connu, substitue
l'invention romanesque.

[Illustration: _Scne de Catherine II_, 3e acte; Iwan, M. Beauvallet;
Orloff, M. Guyon; Bestuchef, M. Maubant; Catherine, mademoiselle Rachel;
Augusta, mademoiselle Araldi.]

Il suppose Catherine prise d'Iwan et projetant d'en faire son mari et
de l'lever au trne; c'est l une pense peu vraisemblable dans une
femme comme Catherine, qui tenait tant  son autorit achete par
beaucoup de hardiesse et si glorieusement exerce. Mais enfin, prenons
du pote ce qu'il lui convient de nous donner. Catherine aime donc Iwan
et songe  le rendre libre. De son ct Iwan a t sduit par la beaut
de Catherine, qu'il a vue plusieurs fois passer sur un traneau rapide
au pied de sa prison; et mme, si je ne me trompe, les deux amants ont
ou plus d'une entrevue sentimentale sous les verrons; mais par une ide
singulire, et qui n'est peut-tre pas suffisamment digne de la svrit
de la tragdie, Catherine a dissimul son nom et sa personne, et s'est
donne  Iwan pour une certaine princesse Augusta qui fait partie de sa
cour. Iwan donc croit aimer la princesse Augusta et non pas Catherine,
qu'il s'imagine au contraire n'avoir jamais vue.

[Illustration: Mademoiselle Rachel Flix, d'aprs un mdaillon de M.
Adam Salomon.]

Tout irait  souhait, et probablement Catherine pouserait Iwan, mariage
qui ferait bien rire l'histoire, si Orloff n'tait pas l; or, Orloff
n'a pas le moins du monde l'envie de cder  Iwan sa place dans la
confiance de Catherine, et de se dpouiller de son autorit. Il est donc
de son intrt de jeter le trouble entre Iwan et Catherine, en attendant
mieux; c'est ce qu'il fait sans mnagement aucun, et voici  quelle
occasion: Catherine a rsolu de faire sortir Iwan de sa prison et de
l'amener dans son palais; elle veut le prparer par l au bonheur
qu'elle lui rserve. Si j'ai bonne mmoire, c'est  l'aide d'un jeu
fantasmagorique qu'elle le tire de sa forteresse, et qu'elle l'introduit
dans sa cour. Il y a dans tout cela, ce me semble, une espce de
philtre, qui fait d'Iwan une sorte de dormeur veill. Or, voici notre
prisonnier  Saint-Ptersbourg, dans le palais imprial, o Catherine va
venir accompagne de tout l'clat souverain, et suivie du cortge des
courtisans.

Orloff, qui craint pour son pouvoir le rsultat de cette entrevue, a
pris ses prcautions: il est all trouver Iwan dans sa prison, et l il
lui a racont les actions les plus compromettantes pour Catherine.
Orloff, en outre, a remis  Iwan une lettre qui contient des faits
trs-graves sur la mort de Pierre III. Iwan a le coeur ingnu; il
s'indigne, et manifeste pour Catherine une antipathie trs-peu
respectueuse. C'est ce que Orloff demandait, esprant bien qu'
l'occasion il aurait le profit de cette indignation.

Ce profit, en effet, ne se fait point attendre. Iwan, comme nous l'avons
dit, arrive au palais; toute la cour est assemble. Par continuation du
roman de l-haut, Catherine a pos une couronne sur la tte de la
princesse Augusta, pour donner le change  Iwan et lui faire croire
qu'Augusta est l'impratrice. Quant  elle, Catherine, elle continue 
remplir le rle d'Augusta. L'impratrice se promet, sans doute, beaucoup
de satisfaction de ce quiproquo; que de joie quand Iwan apprendra le nom
vritable de celle qu'il aime! quelle charmante surprise quand il saura
qu'il a affaire  Catherine!

Il en arrive tout autrement, et la vertu d'Iwan ne donne pas le temps 
Catherine de se nommer. Voyant venir la princesse Augusta, il s'imagine
trouver en elle Catherine II; le rcit d'Orloff lui revient  l'esprit;
alors il ne se contient plus et adresse  Augusta, sous prtexte qu'elle
est Catherine, les plus vives apostrophes. Cependant la vritable
Catherine est prsente et reoit ce dluge d'accusations en silence et
en continuant  garder, aux yeux d'Iwan, le plus strict anonyme. Je
vouss demande si la cour est scandalise de l'aventure; on reconduit
Iwan en prison sur un signe de l'impratrice; Iwan cependant ne se
retire pas sans avoir montr violemment  la prtendue Catherine
(Augusta) la lettre qu'il tient d'Orloff et qui compromet la vritable
Catherine.--Je ne sais si je me fais comprendre au milieu de cet
imbroglio.

L'insulte a t violente et publique; mais Catherine ne dsespre pas de
ramener Iwan et de conserver son amour; toujours cache sous le nom
d'Augusta, elle se rend prs de lui, dans sa prison. Iwan, encore tout
mu de la scne que nous avons raconte, continue  tmoigner son
loignement pour Catherine; Catherine cherche  l'excuser; c'est sa
propre cause qu'elle plaide sans qu'Iwan s'en doute; celui-ci, qui a
l'enttement de la vertu convaincue, ne recule pas d'une ligne, et la
situation n'est dj plus tenable pour Catherine, quand tout  coup
Orloff arrive; il coutait aux portes sans doute. Orloff, en bon aptre,
fait semblant de vouloir prendre le parti de l'impratrice outrage par
Iwan. Je me dfendrai bien moi-mme! s'crie enfin Catherine pousse 
bout et laissant son amour-propre reprendre le dessus et dominer son
amour.

Quoi, vous tes Catherine! s'crie Iwan.--Oui, rpond-elle. Ds ce
moment tout est dit; il n'y a plus d'erreur possible: c'est  Catherine
elle-mme qu'Iwan s'adresse, et il ne la mnage pas plus maintenant
qu'il ne le faisait en croyant parler  Augusta.

Je n'ai pas besoin de dire que l'amour qu'Iwan ressentait pour la
soi-disant Augusta est compltement dtruit par cette dcouverte qu'il
fait de Catherine dans cette Augusta jusqu'ici adore: autant Iwan
l'adorait, autant il l'excre maintenant. Catherine tente un dernier
effort pour reconqurir ce coeur rvolt; mais elle y perd son
loquence, et Iwan s'amende si peu qu'il va jusqu' la menacer de son
poignard, ce qui est bien fort; que vous en semble?

En mme temps, Iwan conspire contre Catherine et veut la renverser, du
fond de sa prison: ses amis sont tout prts; dans un instant Catherine
sera au pouvoir d'Iwan; il a la complaisance de le lui annoncer.

Iwan se trompe, car Orloff veille; rsolu de se dfaire d'Iwan, de peur
d'un pardon de la part de Catherine, il aposte des gens dvous  sa
cause, et les charge de tuer Iwan; ainsi font-ils. Catherine, sauve par
ce coup de main, n'en donne pas moins un regret  Iwan, en mme temps
qu'elle exprime son mcontentement  Orloff; Catherine dclare ensuite
qu'elle va chercher dans la gloire une compensation aux dceptions de
l'amour.

Telle est la table invente par M. Romand; on peut lui reprocher
l'invraisemblance des moyens, et surtout ce quiproquo peu tragique et
cette substitution de personnes sur lesquels l'ouvrage repose presque
tout entier; peut-tre aussi l'action flotte-t-elle  et l dans le
vague, et les personnages font-ils comme l'action; la marche de l'oeuvre
et les caractres ne sont pas toujours assez nettement indiqus et
soutenus; mais ces dfauts--qui n'a pas les siens?--sont rachets par
des situations trs-vives et trs-dramatiques, par la chaleur des
sentiments et par des parties de style trs-brillantes et
trs-nergiques qui compensent amplement les faiblesses de quelques
tirades incertaines et flottantes. En un mot, _Catherine II_ est un
ouvrage qui n'est point sans taches, mais ces taches s'effacent  ct
de beauts incontestables. Heureux qui a ce partage! Flicitons donc M.
Romand de cette oeuvre, qui honore son talent; flicitons-le du succs
qu'il a obtenu.

Mademoiselle Rachel a reparu, dans le rle de Catherine, aprs une
absence trop longue pour ses admirateurs; mademoiselle Rachel, dans ce
rle, a t fire, imprieuse et pleine de mouvements dramatiques;
Beauvallet (Iwan) l'a trs-tragiquement seconde. Les beaux vers de M.
Romand et mademoiselle Rachel maintiendront _Catherine II_ dans ce
succs du premier jour et ne feront que l'affermir.



THTRE DU PALAIS-ROYAL.--LE TROUBADOUR OMNIBUS!
LES DOUZE ARRONDISSEMENTS DE PARIS, PAR CHAM.

Nous ne sommes plus, grce  Dieu, dans le tragique, tant s'en faut.
Quittons M. Beauvallet, et passons au thtre du Palais-Royal. Le
thtre du Palais-Royal est un garon de bonne humeur, qui est bien loin
de conspirer et d'gorger les gens, comme ce sclrat de
Thtre-Franais, qui tire son poignard  tout propos; lui, au
contraire, divertit son public et met sur ses chagrins, s'il en a, le
baume d'un gros rire  gorge dploye. Telle est le suprme et excellent
spcifique que _le Troubadour Omnibus_ administre en ce moment aux
habitus du thtre du Palais-Royal. Ce troubadour est reprsent par M.
Levassor; quant  son nom ou  son titre d'_Omibus_, il ne l'a pas vol:
c'est bien un omnibus en effet, contenant un peu de tout, chantant,
dansant, dclamant, gambadant, selon la circonstance.

Mon troubadour se trouve au spectacle et dans une stalle d'orchestre. La
troupe tout entire est indispose, et le spectacle va manquer faute de
pices et d'acteurs. Prsent!... dit notre troubadour, quittant son
rle de spectateur et s'offrant au directeur aux abois. Voulez-vous de
la tragdie? en voici; de la comdie? en voil, du ballet, du mlodrame,
de la musique, de la danse? en voici et en voil encore! Vous ne pouvez
pas nous donner les _Trois Quartiers_, comdie de MM. Picard et Mazres?
Je vais vous montrer les douze arrondissements de Paris. Racine et
Corneille sont malades? prenez ma lanterne magique. Et ainsi notre
troubadour console le directeur, et ravit le publie, surpris et charm
de son aplomb, de son savoir et de son trsor de ressources burlesques
et inpuisables.

Il n'y a rien de tel que d'tre tout  tous, et d'avoir plusieurs
muscades dans son sac.

[Illustration: La Halle.--Un poisson qui n'est pas inodore.]

[Illustration: Quartier Notre-Dame-de-Lorette.--Le cauchemar d'une
polkeuse.]

[Illustration: Exposition de l'Industrie.--Inconvnient d'un chapeau
hydrofuge pour un homme qui veut se noyer.]

[Illustration: Le Temple.--Un habit neuf d'occasion.]

[Illustration: Les Champs-lyses.--Une promenade sentimentale sur des
chevaux de louage.]

[Illustration: Les Quais.--Les bains  4 sous.]

[Illustration: cole de Mdecine.--Les semblables traits par les
semblables.]

[Illustration: Faubourg Saint-Antoine.--L'lphant de la Bastille, mang
par les rats, change de place.]

[Illustration: Le Marais.--Un vieil ivrogne engageant ses bottes pour se
mettre sur un bon pied.]

[Illustration: Quartier Mouffetard.--Fabrication d'un cheval au March
aux Chevaux.]

[Illustration: Observatoire.--La Lune observe les Astronomes.]

[Illustration: Gros-Caillon.--Un fumeur heureux de respirer les parfums
du tabac de la rgie.]



Bulletin bibliographique.

_Histoire de la Chute des Jsuites au dix-huitime sicle_ (1750-1782);
par le comte Alexis de Saint-Priest, pair de France. 1 vol. in-8. Paris,
1844. _Amyot._ 7 fr. 50.

_Les Jsuites et l'Universit;_ par M. Gnin, professeur  la Facult
des lettres de Strasbourg (deuxime dition).--Paris, 1844. _Paulin_. 1
vol. in-18. 3 fr 50.

_Lettres sur le Clerg et sur la Libert d'enseignement;_ par M. Libri,
membre de l'Institut.--Paris, 1844. _Paulin._ 1 vol. in-8. 4 fr.

Vers le dclin du dix-huitime sicle, la socit de Jsus fut bannie
des principaux tats catholiques et supprime par le saint-sige, dit M.
le comte Alexis de Saint-Priest au dbut du premier chapitre de son
ouvrage. Quoique cet vnement ait vivement frapp les contemporains,
l'histoire n'en a pas t crite; du moins les faits qui s'y rattachent
ont t prsents sous les plus fausses couleurs. C'est une lacune
vritable dans les annales du dix-huitime sicle; il nous a paru utile
d'y suppler. Nous l'essaierons avec d'autant plus de confiance que nous
pouvons appuyer un rcit impartial sur des documents authentiques. Ce
n'est pas nous que l'on va entendre, ce sont les acteurs mme du drame:
Pombal et Choiseul, Clment XIV et Pie VI, le cardinal de Bernis et le
pre Ricci, Charles III et Louis XV, Frdric et Joseph; puis (nous le
disons  regret),  ct de ces souverains et de ces hommes d'tat, une
femme, une favorite, la marquise de Pompadour.

Voyons donc comment M. le comte Alexis de Saint-Priest a combl cette
lacune qu'il signale dans les annales du dix-huitime sicle.

D'abord, avant de commencer l'examen dtaill de la chute des jsuites,
il croit devoir protester contre une erreur gnralement rpandue, mais
rpandue  dessein. Tous les partis vaincus cherchent au dehors les
causes d'une dfaite dont ils trouveraient le principe en eux-mmes. Les
pangyristes de la socit la montrent succombant  une conspiration
prpare avec art, amene de trs-loin, rendue invitable par des
machinations trs-compliques. A les en croire, les rois, les ministres,
les philosophes se sont ligus contre elle, ou, ce qui est la mme chose
 ses yeux, contre la religion. Dans l'opinion de M. de Saint Priest, ce
point de vue est inexact. Pour renverser le jsuitisme, il n'y a eu,
dans l'origine, ni prmditation, ni plan, ni concert. La philosophie,
pas plus que la politique, ne peut tre accuse de leur chute; le hasard
seul les a perdus Les hommes qui les premiers attaqurent les jsuites
n'taient point les adeptes de la philosophie franaise; ses maximes
leur taient trangres. Des causes toutes locales, toutes
particulires, toutes personnelles atteignirent la socit dans son
pouvoir, si longtemps incontest; et, pour comble d'tonnement, ce corps
si vaste, dont les bras s'tendaient, comme on l'a dit souvent, jusqu'
des rgions nagure inexplores, cette colonie universelle de Rome, si
redoutable  tous, parfois mme  la mtropole; cette socit de Jsus,
enfin, si brillante, si solide en apparence, reut la premire blessure,
non de quelque grande puissance, non sur un des principaux thtres de
l'Europe, mais  l'une de ses extrmits, dans l'une de ses monarchies
les plus isoles et les plus affaiblies.

C'est du Portugal que partit le coup. Le marquis de Pombat, ministre
tout-puissant de Joseph 1er, parvenu  un crdit sans bornes aprs le
tremblement de terre de Lisbonne, ne songea plus qu' excuter les deux
grands projets qu'il avait conus, rabaissement de l'aristocratie et
l'expulsion des jsuites. Les grands ne voulaient pas qu'il devint leur
gal; il rsolut d'tre leur matre. Quant aux jsuites, il les frappait
comme dangereux au bien public, et non comme dangereux  son crdit.
Leur tablissement  la cour de Lisbonne concidait avec le dclin de la
monarchie portugaise. Ils avaient livr le royaume  l'tranger. Ces
deux projets, Bombal parvint  les excuter. Le coup de pistolet tir
sur le roi l'autorisa  faire dcapiter les principaux _fidalgues_. La
noblesse abattue, il accusa les jsuites d'avoir foment la conjuration
trame contre le roi; puis il consulta le saint-sige, et, comme la
rponse de Clment XIII tardait  venir, il enleva aux jsuites
portugais l'instruction de la jeunesse, les fit embarquer de force sur
des btiments de la marine royale et marchande, et jeter sur les ctes
d'Italie; il confisqua tous leurs biens et les dclara runis  la
couronne. Enfin, profitant d'une dmarche imprudente du nonce, il lui
envoya ses passe-ports, et rappela de Rome, avec un clat affect,
l'ambassadeur du Portugal accrdit prs du saint-sige.

Au bruit de la chute des jsuites dans une contre lointaine, leurs
ennemis s'taient partout veills. On s'tonna, en France, de la
facilit avec laquelle l'ordre avait subi son arrt. Le dfaut de
rsistance enhardit l'inimiti; la probabilit du succs doubla le
nombre des adversaires. Il ne fallait qu'une occasion, et, par une autre
loi de l'humanit, l'occasion ne se fit pas attendre: la ruine des
jsuites de France devint invitable; une intrigue de cour l'avait
prpare, un scandale public l'acheva. Madame de Pompadour jura leur
perte parce que les confesseurs du roi refusaient de lui permettre
d'approcher des sacrements  moins qu'il n'loignt de lui l'ancienne
favorite. A la mme poque, la scandaleuse faillite du pre Lavalette,
que la socit fit la faute norme d'abandonner, proccupa vivement
l'attention publique. Non-seulement les jsuites, dclars solidaires
pour la dette de leur suprieur, furent condamns  payer un million
cinq cent deux mille deux cent soixante-six livres et  tous les dpens;
mais dans le cours du procs, on les somma de produire leur rgle,
jusqu'alors soigneusement cache aux regards profanes. Ds lors toutes
les petites questions disparurent: les matresses, les banqueroutes,
madame de Pompadour, le pre Lavalette; tous les accidents de cette
affaire s'effacrent devant la socit elle-mme. Partout on voulut
voir, on voulut toucher ces constitutions mystrieuses (2).

[Note 2: Les fameuses Constitutions des Jsuites viennent d'tre
rimprimes, avec la traduction en regard, d'aprs l'dition de Prague.
1 vol, in-8. Chez _Paulin._ 3 fr. 60.]

Sa matresse demandait en vain  Louis XV l'expulsion des jsuites; il
rsista longtemps: il craignait d'avoir pour ennemis les hommes qui
avaient arm le bras de plusieurs rgicides. Madame de Pompadour mit
alors M. de Choiseul dans ses intrts. Le ministre et la favorite lui
inspirrent des frayeurs plus grandes en lui montrant le peuple et les
parlements prts  se soulever contre la socit de Jsus. Fatigu plus
que convaincu, il cda; toutefois, il ne consentit pas  la destruction
immdiate de l'ordre; il fit crire  Rome pour obtenir une rforme. On
connat la rponse des jsuites:--_Sint ut sint, aut non sint._--Qu'ils
soient comme ils sont, ou qu'ils ne soient plus. Malgr les efforts
d'un parti puissant  la cour, Louis XV dcida (1764) que les jsuites
ne seraient plus.

Deux ans aprs, au moment o l'Espagne et l'Europe s'y attendaient le
moins, parut  Madrid un dcret royal qui abolissait l'institut des
jsuites dans la Pninsule, et les chassait de la monarchie espagnole.
Quelles furent les causes de cette mesure imprvue? ou ne le sait pas
d'une manire positive. Les jsuites se trouvrent fort embarrasss
d'expliquer la conduite de Charles III, et de justifier cette
fltrissure imprime  leur socit par un prince moral, sincre et
d'une dvotion exalte; ils accusrent les dominicains et le duc de
Choiseul. Quant au roi d'Espagne, il rvla en partie ses motifs 
l'ambassadeur de France, le marquis d'Ossun. Il n'avait contre les
jsuites aucune animosit personnelle; mais l'insurrection de 1766,
l'meute des chapeaux,--lui ouvrit les yeux. Les jsuites l'avaient
fomente, il en tait sr; il en possdait la preuve. Si j'ai quelques
reproches  me faire, dit Charles III (dpche du marquis d'Ossun au duc
de Choiseul), c'est d'avoir trop pargn ce corps dangereux. Puis,
poussant un profond soupir, il ajouta: J'en ai trop appris.
Qu'avait-il appris? il ne le rvla pas.

La procdure contre les jsuites avait dur un an. Jamais secret ne fut
mieux gard; le 2 avril 1767, le mme jour,  la mme heure, en Espagne,
au nord et au midi de l'Afrique, en Asie, en Amrique, dans toutes les
les de la monarchie, les gouverneurs gnraux des provinces, les
alcades des villes ouvrirent des paquets munis d'un triple sceau; la
teneur en tait uniforme. Sous les peines les plus svres, on dit mme
sous peine de mort, il leur tait enjoint de se rendre immdiatement, 
main arme, dans la maison des jsuites; de les investir, de les chasser
de leurs couvents, de les transporter comme prisonniers dans les
vingt-quatre heures  tel port dsign d'avance. Les captifs devaient
s'y embarquer  l'instant mme, laissant leurs papiers sous le scell,
et n'emportant qu'un brviaire, une bourse et des hardes. Ces ordres
furent excuts avec une prcipitation ncessaire peut-tre, mais
barbare. Aprs avoir err pendant six mois sur les mers, sans secours,
sans esprance, accabls de fatigue, dcims par les maladies, repousss
par leur ordre mme, les jsuites espagnols trouvrent enfin dans des
casemates de la Corse un asile misrable, et un sort peu diffrent de
leur dtresse.

Las de toutes les querelles monastiques qui l'occupaient depuis si
longtemps, tonn, indign de leur importance, Choiseul voulut en finir
avec elles  tout prix. Il profita de l'accs de colre du roi
d'Espagne, et lui proposa une dmarche audacieuse, mais dfinitive. Il
l'engagea  demander au saint-sige, d'accord avec la France et Naples,
l'abolition complte et gnrale, la suppression de la socit de Jsus.
L'histoire de ces ngociations remplit entirement les deux chapitres
les plus intressants de l'ouvrage de M. de Saint-Priest. L'affaire de
Parme, la mort de Clment XIII, la runion du conclave, la visite de
l'empereur Joseph II  Rome, l'lvation de Ganganelli, les intrigues du
comte de Florida-Blanca et du cardinal de Bernis, les indcisions de
Clment XIV, tels sont les faits principaux sur lesquels il publie une
suite de renseignements indits que le dfaut d'espace nous empche
d'analyser. Enfin Clment XIV se dtermina  cder aux instances
menaantes de l'Espagne. Le 21 juillet 1773 parut le clbre bref
_Dominus ac Redemptor_. Avant de le signer, Ganganelli avait dit en
soupirant:--La voil donc cette suppression! Je ne me repens pas de ce
que j'ai fait... Je ne m'y suis dcid qu'aprs l'avoir bien pes... Je
le ferais encore, mais cette suppression me tuera... _Questa
suppressions mi dar la morte._

Cette prdiction ne devait pas tarder  s'accomplir. Le 22 septembre
1774, l'infortun Clment XIV expira aprs six mois de tortures.
Personne alors ne douta d'une mort violente, et Rome entire s'cria:
Clment XIV a pri par l'_aqua tofana del Peruggia!_ Les dngations
vinrent plus tard. Bien qu'il n'accuse personne, M. de Saint-Priest
parait convaincu que Ganganelli mourut empoisonn. A l'appui de son
opinion, il cite des fragments curieux de la correspondance du cardinal
de Bernis.

Chose trange, les jsuites, chasss de tous les pays catholiques,
trouvrent dans les pays protestants une ressource inespre. Aprs nous
avoir fait assister aux luttes bizarres de Joseph Il et de Pie VI, M. de
Saint-Priest nous montre, dans un dernier chapitre, les membres de la
compagnie de Jsus niant la lgalit du bref de Clment XIV, en appelant
au futur concile, portant firement les enseignes d'Ignace  la face des
puissances qui les avaient hautement proscrites, trouvant enfin un appui
inespr en Prusse et en Russie, auprs de Frdric et de Catherine.
Tant que les philosophes n'attaqurent que la religion, le roi de Prusse
les avait applaudis et dfendus; le jour o ils abordrent les questions
politiques, il les abandonna; il essaya de les neutraliser en soutenant
de sa main puissante les restes de la socit de Jsus. Quant 
Catherine, elle chercha dans les jsuites des auxiliaires politiques. Sa
confiance en eux ne fut pas trompe: les jsuites la servirent
puissamment dans ses desseins sur la politique. Ce fut dans la
Russie-Blanche que se conserva la ppinire de la socit. Un homme de
talent, reste dsormais teint de ces grands jsuites des derniers
sicles, un successeur vritable des Aquaviva et des Luynes, le pre
Grouber, nomm gnral de son ordre, se maintint dans les bornes d'une
prudente politique. Plus tard, un proslytisme ardent et indiscret fit
bannir les jsuites de l'empire qui leur avait ouvert un si constant
asile; mais leur tablissement dans le Nord ne leur tait plus
indispensable. Dj Pie VII les avait relevs de leur dchance, et la
bulle de ce souverain pontife (Sollicitudo omnium Ecclesiarum), date du
7 aot 1814, en rvoquant le bref de Ganganelli, lui donna un dmenti
formel, et rtablit la socit dans toute l'tendue des deux mondes.

Cette histoire, que M. A. de Saint-Priest termine au 7 aot 1814, MM.
Gnin et Libri la continuent, pour ainsi dire, jusqu' ce jour. La
nature mme de leurs ouvrages ne nous permet pas de les analyser. _Les
Lettres sur le Clerg et sur la libert d'enseignement et les Jsuites
et l'Universit_ sont des documents qu'il faut lire. Ce sont des
collections d'articles publis  diverses poques dans les journaux ou
dans les revues politiques. MM. Libri et Gnin ont depuis longtemps
dclar la Guerre aux jsuites, dont ils signalent les envahissements
redoutables, et cette lutte, ils la soutiennent encore avec autant
d'esprit que de courage. Tantt ils attaquent, tantt ils sont obligs
de se dfendre. Ces deux volumes ne contiennent donc pas une histoire
grave, impartiale, complte de la congrgation de Jsus, depuis son
rtablissement par Pie VII; mais on y trouvera, quelque opinion que l'on
professe d'ailleurs, tous les lments de cette histoire; une masse de
rvlations curieuses qui n'ont pas t dmenties, et un certain nombre
de passages qui rappellent les plus heureuses inspirations de Pascal et
de Voltaire.

_Les Jsuites et l'Universit_ se divisent en trois parties. Dans la
premire, M. Gnin examine le tort que les jsuites font  la religion;
la seconde numre leurs attaques contre l'Universit, et la troisime a
pour titre l'_Enseignement des Jsuites_.

M. Libri a trait les mmes sujets que M. Gnin; mais, au lieu de les
reproduire en quelque sorte, ses _Lettres_ compltent _les Jsuites et
l'Universit_. Elles sont Intitules: 1 De la libert de conscience; 2
Y a-t-il encore des jsuites? 3 Les nouveaux casuistes; 4 Les luttes
de l'Universit contre le clerg; 5 De la libert d'enseignement.--A
cette discussion polmique, M. Libri a ajout plusieurs documents
prcieux, entre autres, le rapport fait par Portalis  la chambre des
pairs, en 1827, sur la ptition de M. de Montlosier.

_L'cole clectique et l'cole franaise,_ par M. Saphary, professeur de
philosophie au collge Bourbon.--Paris, 1844. Joubert. 1 vol. in-8. 6
fr.

Ce livre est un plaidoyer en faveur de l'cole franaise contre l'cole
clectique. M. Saphary attaque M. Cousin, son suprieur, et dfend M.
Laromiguire, son matre et son ami. Il pense, avec Rousseau, que des
gards ne doivent pas l'emporter sur les devoirs. Comme l'illustre
philosophe de Genve, il s'crie: Justice, vrit, voil les premiers
devoirs de l'homme. Toutes les fois que des mnagements particuliers lui
font changer cet ordre, il est coupable.

Le jeune professeur de philosophie du collge Bourbon le dclare
lui-mme: il ne vient pas, en transfuge de l'Universit, servir la cause
de ses ternels ennemis. Mais il appelle de toutes ses sympathies le
concours lgitime et salutaire du clerg de France, qu'on enveloppe,
dit-il, dans une funeste solidarit, et dont l'action religieuse est
affaiblie par le contact qu'on lui suppose avec une congrgation que
m'autorise pas la loi, et que repousse l'esprit public. Aussi lui
conseille-t-il de dsavouer ces liens secrets, cette domination
trangre qu'on lui prte, s'il veut prendre la mesure d'influence qui
lui appartient, et que rclame le bien de la socit. D'un autre ct,
il engage l'Universit  ne pas confondre la cause d'une cole trangre
avec sa cause propre, qui est toute nationale; car il ne convient pas 
sa dignit d'abriter derrire les noms de Descartes, de Bossuet, de
Fnelon, des doctrines antipathiques  leurs doctrines, et dont le corps
piscopal s'est vivement mu, alors qu'il dfendait les prrogatives de
la raison, attaque au sein mme de l'instruction publique. Pour dire,
en un mot, toute notre pense, s'crie M. Saphary, en terminant sa
prface, nous ne voulons ni les jsuites, ni les clectiques; nous
dsirons qu'une direction nouvelle soit donne  l'enseignement
philosophique.

Dans la premire partie de son livre, l'cole clectique, M. Saphary
essaie de prouver que l'clectisme n'a introduit aucune ide neuve dans
la science, ne l'a dlivre d'aucune erreur, et que, n'ayant pas pu
crer, aprs les grands matres de la philosophie, une oeuvre originale,
il s'est vainement efforc de former, de leurs penses diverses, une
doctrine unique qu'ils ne puissent pas dsavouer.

Dans son opinion, l'clectisme est un nom sans ralit. Appliqu aux
sciences, il en devient la dislocation. Il n'a pas de mthode fixe, il
est dpourvu de critrium pour discerner le vrai d'avec le faux; il
propose des transactions; il tend  effacer le caractre de la vrit, 
affaiblir les croyances,  nerver les mes; enfin, il a port le
trouble dans l'Universit, et il a dconsidr la philosophie autant par
ses pauvrets nbuleuses que par ses tmrits provocatrices.

La seconde partie, intitule _l'cole franaise_, est le mmoire
couronn par l'Universit au concours sur la philosophie de
Laromiguire. M. Saphary fait d'abord une esquisse de la philosophie
franaise, telle que l'a prise Condillac des mains de Locke et telle
qu'elle a t enrichie par lui et par ses vrais disciples jusqu'
Laromiguire. Puis il considre successivement _son matre et son ami_
sous trois points de vue: il apprcie tour  tour le philosophe,
l'crivain, l'homme. Ce pangyrique se termine ainsi: Lorsqu'on
pressait ce modle des philosophes de protger au moins son oeuvre
contre les objections qu'on murmurait autour de lui, il rpondait avec
un profond dsintressement: Si mon livre renferme la vrit, c'est en
vain qu'on l'attaquera; sinon, qu'il prisse. Il ne prira pas.

_Catalogue des Livres_ composant la bibliothque de feu M. F.-Frd.
Poncelet.--Paris, 1844. _Delion._ 1 vol. in-8 de 400 pages. 6 fr.

C'est lundi prochain 3 juin que commencera  l'cole de Droit la vente
de la belle bibliothque de feu Frd. Poncelet. Cette vente se
continuera sans interruption jusqu'au 6 juillet. Trente vacations
suffiront donc pour dtruire et dissminer cette magnifique collection
que Poncelet, enlev trop tt  ses amis et  la science, avait mis plus
de quarante annes  amasser. Aucun professeur n'est jamais parvenu 
recueillir une si grande quantit de matriaux rares concernant
l'histoire du droit. La bibliothque particulire de Poncelet renfermait
un nombre considrable d'ouvrages franais, mais surtout trangers, dont
les plus riches collections publiques ne possdaient pas un seul
exemplaire, et dont les titres mme taient inconnus de savants. Il est
vivement  regretter que tant et de si prcieux trsors, runis avec
tant de peine et d'argent, soient disperss en quelques jours dans une
foule de bibliothques particulires, o la plupart resteront  tout
jamais enfouis sans profit pour la science. Heureusement du moins, il en
restera toujours un catalogue bien fait, dans lequel les hommes qui
s'adonnent au droit, ou qui s'occupent d'histoire ou de littrature,
seront srs de trouver une foule d'indications utiles qu'ils
chercheraient vainement ailleurs.

Muse Lambourg.--Une exposition intressante est ouverte en ce moment
boulevard des Italiens, n 4. M. Lambourg y montre tout un cabinet
d'histoire naturelle, plantes, fleurs et animaux de grandeurs
naturelles, excuts en verre et en mail, avec une perfection
d'imitation qui accuse dans cet artiste, outre la possession complte
des procds matriels, un sentiment et un got que nos peintres et nos
sculpteurs admireront, et qui tonneront les gens du monde. Nous
parlerons plus en dtail de cette curieuse exposition; mais ds
aujourd'hui, nous voulons engager nos lecteurs  la visiter. M. Lambourg
ne se borne pas  montrer les produits faonns de son art, il excute
devant les spectateurs des petits chefs-d'oeuvre d'imitation qu'on voit
natre d'une tige de verre expose au feu d'une lampe, sous sa main
habile et sre. C'est un art qu'il enseigne et qui doit, nous en sommes
certains, devenir un art  la mode dans le monde.



Modes.

Les dernires courses de Chantilly nous ont fourni des tudes sur la
mise des hommes, qui est comme toujours emprunte au pays des sportsmen.
Il y a dans l'ampleur des vtements actuels un air britannique
trs-prononc, et l'habit crois, dit  la franaise, n'a de franais
que le nom.

L'habit du soir, en couleur de fantaisie, est  taille large, basques
larges et  grands revers; les manches ont aussi de l'ampleur et sont
ouvertes du bas sans boutons.

[Illustration.]

Les gilets trs-lgants ont une broderie en soutache ou une petite
guirlande de broderie en soie et or le long des devants, et des boutons
espacs allant jusqu'en haut; les plus merveilleux sont en marcassite.

Les pantalons se font assez larges et se mettent avec ou sans
sous-pieds; ils couvrent le pied aux trois quarts.

Voici un costume d'Humann qui montre dans son ensemble les divers
vtements que nous venons de dtailler.

[Illustration.]

La robe de chambre, dessine aussi sur un modle de Humann, est en
velours grenat; elle a sur les devants, autour des poches et des
manches, une broderie en soutache; cette mme broderie fait garniture
au-dessous des poches en forme de fer  cheval; les boutons sont espacs
et poss deux par deux, ainsi qu'on peut le voir sur le modle.

Avec ce costume de chambre, la chemise doit toujours tre sans col, mais
seulement fronce sur un poignet, afin de dgager le col. Le toquet
algrien est brod en ganses d'or et ganses de soie dite soutache de
couleurs tranches.

Pour les jeunes gens, on fait des redingotes droites trs-dgages;
elles ont presque l'air d'un habit; mais gnralement on porte les
redingotes croises  l'anglaise un peu larges,  taille longue et 
ceinture aise.

Les gilets chle, ceux qui sont montants, boutonns, coups en biais
avec de fortes pinces, ont la plus grande vogue. Leurs toffes sont de
couleurs claires, mais rien de tranch dans les nuances ne s'y voit. Il
en est de trs-bien en piqu anglais  cte; d'autres en couleurs crues
parcourues de lignes minces et espaces, bleu clair, mauve ou vert
tranch de noir.

Les cravates en foulard uni pour le matin, et en demi-toilette, le satin
fleuri et la soie cossaise sont toujours ce qu'il y a de meilleur air.

Le seul notable changement dans le costume des hommes, c'est le chapeau:
il est maintenant trs-petit, bas de forme, un peu cintr vers le
milieu; les bords en sont aussi fort petits et relevs sur le ct.



Amusements des Sciences.

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSES DANS LE
SOIXANTE-QUATRIME NUMRO.

I. Rectifions d'abord l'nonc de notre premire question en excluant de
cet nonc les pices de 25 c. et de 50 c., dont les paisseurs
n'atteignent pas un millimtre.

L'paisseur des autres pices de monnaie, depuis l'tablissement du
systme mtrique, est, aussi bien que leur module, fixe en parties
dcimales du mtre. Ainsi les pices de 1 f., 2 f., 5 f., 20 f., 40 fr.,
ont respectivement des paisseurs exprimes en millimtres par les
nombres

1, 1,9, 2,5, 1,25, 1,5.

Les dix premiers millimtres seront donc forms par les combinaisons
suivantes; savoir:

        1 millim. avec 1 pice de 1 fr.
        2                    2              1 fr.
        3                    3              1 fr.,
                         ou 2            40 fr.
        4                    4              1 fr.
        5                    2              5 fr., ou 4 de 20 fr.
        6                    6              1 fr., ou 4 de 40 fr.
        7                   2               5 fr.,  et 2 de 1 fr.
        8                   2               5 fr.,  et 3 de 1 fr.
                       ou  2              40 fr., et 4 de 20 fr.
        9                   2                5 fr.,  et 4 de 1 fr.,
                       ou  6              40 fr.
      10                   4                5 fr.,
                      ou 10               1 fr,,
                      ou   8              20 fr.

Ainsi il y a 20 combinaisons que l'on peut employer pour obtenir les dix
longueurs croissant de millimtre en millimtre, jusqu' 1 dcimtre; et
comme il y en a 3 qui correspondent  cette dernire longueur, les
nombres de celles qui pourront servir pour 11, 12, 13 millimtres seront
triples des nombres que nous avons trouvs pour 1, 2, 3, etc. Il y aura
donc 3 fois 17 plus 3, ou 54 manires de former les longueurs comprises
entre 10 et 20 millimtres. Mais, de plus, on pourra former 12
millimtres avec 8 pices de 40 fr., 15 millim. avec 10 pices de 40
fr., 16 millim. avec 6 pices de 5 fr. et 2 de 1 fr., 18 millim. avec 12
pices de 40 fr., 19 millim. avec 10 pices de 2 fr.

On n'prouvera aucune difficult  continuer cette numration de
dcimtre en dcimtre; mais, comme elle nous entranerait trop loin, il
nous suffira d'avoir indiqu ici la marche  suivre.

[Illustration.]

II. Prenez un paralllogramme articul, tel que ABba form par 4 rgles
en bois gales deux  deux, et mobiles autour des articulations A, R, b,
a. Fixez les milieux F et f des deux plus longues rgles sur un montant
vertical  l'aide de chevilles autour desquelles ces rgles sont
mobiles. Par les milieux des deux courtes rgles fixez solidement deux
traverses GH, LK assujetties  rester perpendiculaires  ces rgles. En
quelque point F ou G de ces traverses que soit fix chacun des deux
poids gaux P et Q, le systme sera en quilibre. Ainsi, mme en donnant
au paralllogramme articul la forme Indique sur la figure par des
traits pointills, l'quilibre aura lieu pourvu qu'il y ait galit
entre les poids P et Q.

Ce singulier appareil, connu sous le nom de _balance de Roberval_,
prsente une espce de paradoxe mcanique, contraire en apparence  la
thorie connue du levier. Le paradoxe disparat bientt quand on
remarque que le paralllogramme articul ABcd n'est pas un levier
unique, mais bien l'assemblage de deux leviers intimement unis l'un 
l'autre. L'explication du fait ne sera pas difficile si l'on admet le
principe trs-gal et trs-simple que deux poids gaux se font quilibre
dans une machine, lorsqu'on la drangeant un peu de la position qu'ils
occupent  un instant dtermin par un mouvement imprim  la machine,
on fait remonter l'un d'une hauteur prcisment gale  celle dont on
fait descendre l'autre. Or, c'est ce qui arrive manifestement dans la
balance de Roberval, ainsi qu'on le voit  l'inspection seule de la
figure.

M. Poinsot, auteur de l'ingnieuse thorie des couples, a donn, dans
ses _lments de Statique_, une autre explication trs-simple et
trs-rigoureuse de la balance Roberval, fonde sur cette thorie. Nous y
renvoyons le lecteur.


NOUVELLES QUESTIONS A RSOUDRE.

I. On demande un procd simple pour compter un million de francs en
pices de 5 francs.

II. Pourquoi une toupie se soutient-elle debout lorsqu'elle tourne,
tandis qu'elle tombe ds que sa vitesse de rotation est puise?

III. D'o vient qu'on tient plus aisment en quilibre sur le bout du
doigt un bton charg d'un poids  son extrmit suprieure, que lorsque
le poids est au bas?



Rbus.

EXPLICATION DU DERNIER RBUS.

L'enseignement de l'Universit a soulev les murmures du Clerg.

[Illustration: Nouveau rbus.]







End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0066, 1 Juin 1844, by Various

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Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
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remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
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