The Project Gutenberg EBook of Les jardins, le faune et le pote, by 
Auguste Gilbert de Voisin

This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
whatsoever.  You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
www.gutenberg.org.  If you are not located in the United States, you'll have
to check the laws of the country where you are located before using this ebook.

Title: Les jardins, le faune et le pote

Author: Auguste Gilbert de Voisin

Release Date: August 25, 2014 [EBook #46687]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES JARDINS, LE FAUNE ET LE POTE ***




Produced by Clarity, Hlne de Mink, and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
file was produced from images generously made available
by The Internet Archive/American Libraries.)








Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise.




    A. GILBERT DE VOISINS

    Les Jardins,
    le Faune
    et le Pote.




   Il a t tir 100 exemplaires sur hollande Van Gelder
   numrots de 1  100
   pour les Membres protecteurs de la Libre Esthtique.




    A. GILBERT DE VOISINS

    Les Jardins,
    le Faune
    et le Pote.

    [Illustration: logo]

    Edition de la Libre Esthtique

    1903




    DU MME AUTEUR:

    La Petite Angoisse, roman.


    PROCHAINEMENT:

    Pour l'Amour du Laurier, roman.




    _Confrence faite
    par M. A. Gilbert de Voisins
    au Salon de la Libre Esthtique
    le 3 mars 1903._




MESDAMES, MESSIEURS,


Je voudrais vous entretenir de certaines faons qu'il y a de
transcrire un paysage en posie, mais, au lieu de choisir mes exemples
ici et l,  travers notre histoire littraire, je les prendrai, pour
la plupart, dans le dernier livre de vers d'un pote que vous aimez
tous et qui, mieux que nul autre, a su dire la singulire et
pntrante posie des grands parcs disposs en vue d'un noble effet,
des alles que ferme un horizon artificiel coup d'une nymphe
neigeuse, des ifs taills, des colonnades blanches et des jardins bien
disposs. Autant vous le nommer tout de suite, son nom est dj sur
vos lvres, c'est d'Henri de Rgnier surtout que je vous parlerai, son
dernier recueil en main, et, lorsque, par les signes d'impatience que
vous voudrez bien me donner, je comprendrai que ma prose vous lasse,
je vous dirai quelques vers de la _Cit des eaux_; ces vers-l, on les
coute toujours.

Oui, il a su nous rvler de nouveaux aspects du parc de Versailles,
des aspects qui lui sont personnels, mais sa muse, qui se plat sans
doute  peindre plus d'un paysage, fatigue du sable que le rteau
nivelle, va souvent courir dans les forts d'alentour, dans ce bois
sacr, cher aux muses, dont Chavannes nous donna l'image.--Et, l, nul
arrangement, rien de concert, point de marbres, point de
plates-bandes ni de perspective autres que celles que nous prsente la
nature. On dirait que l'homme n'est jamais venu dans cette rgion...
J'entends, l'homme moderne... Mais, coutez!... coutez bien la
brise!... Ce n'est point, aujourd'hui, ce bruit d'ailes rapides
qu'elle fait, ce bruit de fuite et de frlement auquel nous sommes
habitus, qui nous charme pourtant et nous force parfois  frissonner
quand il passe avec le crpuscule... Non! les arbres murmurent de
faon plus distincte  chaque mouvement de l'air, nous entendons mieux
leurs divines paroles, nous en comprenons mme l'inflexion la plus
fine... Et c'est l'hamadryade d'un bouleau qui se plaint de rester
engane, c'est la nymphe d'un chne qui chante d'allgresse parce que
la rose se lve autour d'elle aux premiers sourires de l'aube, et que
cela est beau. Voyez aussi quel magique pouvoir a le gnie potique...
Cette impression que je rends avec peine et de manire insuffisante en
quelques phrases, M. de Rgnier nous la donne, parfaite, en ce vers:

    Ecoute-les! chaque arbre a sa voix dans le vent!

Et, plus loin, par ceux-ci:

    Observe si longtemps le pin, l'orme et le rouvre
    Que le tronc se spare et que l'corce s'ouvre
    Sur la dryade nue et qui rit au soleil.

Vraiment, voil qui s'appelle diviniser un paysage. D'ailleurs, et
quel que soit le procd qu'on emploie, l'tude d'un point de vue,
d'un dcor naturel, ds qu'on le transpose en rhythmes, offre de trs
singulires difficults. C'est l que les potes trbuchent. Tant
qu'il est question de n'mouvoir que par le spectacle de ses passions,
de ses regrets, de ses souvenirs, tant qu'il ne s'agit que de parler
d'espoir ou d'amour, sans plus,--avec certaine facilit et quelque
talent, un pote arrive facilement  tre mdiocre... j'entends par
l,  paratre bon; mais, quand il veut dire ses motions dans leur
rapport avec le monde extrieur, nous montrer sa douleur autre part
que sous une lampe, rire, pleurer, se souvenir en plein air, le front
dans la brise et les poumons gonfls,--c'est alors que les habitants
du Bas-Parnasse dfaillent, et que ceux-l seuls qui ne s'effrayent
pas de l'air des cimes, de cet air difficile  prendre en soi dont
nous parle Byron, donnent leur mesure et se rvlent en leur beau.

       *       *       *       *       *

Il est quelques faons trs diverses de mler la nature  la posie.
Nous en trouvons certaines dans la _Cit des eaux_, et j'aimerais que
vous prissiez got, au long de ces pomes,  considrer les images de
fleurs, de fontaines, de forts et de flots que le pote nous offre,
ainsi que la faon dont il nous les offre et ses manires de les
peindre;--et si j'ai donn comme titre  cette causerie: _Les Jardins,
le Faune et le Pote_, c'est que ces trois mots me semblent convenir
assez bien aux trois modes que M. de Rgnier a de chanter.

Et, d'abord, avons-nous assez entendu divaguer sur
l'automne!--Demandez  douze potes de chanter un mois de l'anne.
Croyez-moi! onze d'entre eux choisiront un mois d'automne. Le douzime
se plaira peut-tre, par bizarrerie,  clbrer fvrier ou mars, et
sans doute qu'il le fera mal. C'est qu'il semble que l'automne soit
plus potique, que le regret aille bien avec les feuilles mortes et
que nous soyons toujours mduss par la complainte o M.
Charles-Hubert Millevoye, pote d'Abbeville, nous tira des larmes en
parlant sinistrement de la chute des feuilles.

Dans la mme catgorie se place l'automne du jour, le crpuscule, sur
lequel on a tant de fois draisonn... Il suffit que l'herbe se nuance
d'ombre, que le rire des fontaines se module en plaintes et que la
fleur paraisse plus lumineuse dans son feuillage  mesure que le jour
s'enfuit, pour que les potes sentent en eux-mmes toute une petite
bullition de mots.

Ah! que leur parlez-vous de couleurs vives, de dcors contrasts! Vous
choqueriez leurs mes trop sensibles! On dirait que la mer ensoleille
les aveugle plus que d'autres, qu'ils tiennent volontiers pour une
vertu indiscrte le solennel clat d'un marbre blanc, que certains
couchers de soleil trs sanglants les poumonnent en quelque sorte, et
qu'il est des aubes d'une extraordinaire puret qui leur font perdre
patience. Ils prouvent  l'gard de ces aspects francs et forts de la
nature ce mme malaise qui saisit les mauvais orchestres quand
survient un mouvement trop rapide. En un mot, ils ne savent peindre,
et cela faiblement, que l'anne  son agonie et le jour  son dclin,
parce qu'il leur vient alors une faon de piti molle et de
complaisance affecte qu'ils font passer trs bien pour de
l'inspiration.

Ne croyez pas, je vous en prie, que je veuille un seul instant mdire
de l'automne et du crpuscule qui sont deux institutions excellentes.
Nos plus grands potes leur doivent quelques-unes de leurs plus belles
inspirations, et M. de Rgnier a souvent chant de faon merveilleuse
les ors roux de l'automne et les cendres du jour, mais que
voulez-vous! cela ne laisse pas d'tre agaant que de voir l'automne
et le crpuscule considrs par certains potes sans vergogne comme
des placements de tout repos, sans que pour cela les vers qu'ils en
tirent soient meilleurs,--ils n'ont que cette sduction  laquelle un
lger apprentissage fait facilement parvenir.

Ajoutons que, dans ces paysages d'une mlancolie biensante, on peut
relever un trait que je passais d'abord: ils excitent prodigieusement
la mmoire.--De quoi voulez-vous qu'un pote mineur se souvienne quand
un cruel soleil lui meurtrit le front et lui impose le seul aspect de
son aveuglante splendeur?--En pareilles traverses, il ne songe gure
qu' demander quartier. A l'encontre de ces brutalits, combien il
prise mieux un crpuscule d'automne, qui caresse sa fivre comme une
onde lente et, par sortilge, voque en lui toutes les phrases grises,
opalines ou vert de mousse qu'il a dj lues dans les oeuvres
d'autrui!...

Voil-t-il pas un puissant argument pour qu'il commence son nouveau
pome?

       *       *       *       *       *

Il semble en vrit que, pour parler dignement de la nature, pour la
faire revivre avec toutes les correspondances qui nous rattachent 
elle, il faille prendre un parti, de mme que le peintre, tudiant le
sujet du paysage qu'il va peindre, choisit avec soin son clairage et
son point de vue, afin que rien dans sa toile, ni lignes mal croises,
ni couleurs effares de se trouver cte  cte, ne nuise  l'effet
qu'il veut produire.--En posie le parti, le plus simple serait
peut-tre d'ordonner la nature, de la composer, de la disposer en un
mot suivant les courbes que l'on donne aux jardins. Mais gardez-vous
de croire que ce soit l se faciliter la tche ou enlever  l'oeuvre
de la fivre ou de l'motion.--Simplement, c'est une loi qui s'impose
 l'inspiration, la dirige, la rgle, en modre les carts trop
violents et les foucades inutiles. Par elle, l'motion est resserre
comme dans un tau. C'est,  tout prendre, quelque chose dans le genre
de cette fameuse rgle des trois units que nos dramaturges classiques
acceptrent de si bonne grce, bien qu'elle ft gnante et que la foi
d'Aristote ne laisst pas d'tre douteuse sur ce point,--parce qu'ils
voyaient en elle ce triple lien salutaire qui force  penser plus
longuement et plus puissamment pour que la pense jaillisse plus
claire,--et  sentir plus profondment et non plus  fleur de peau,
pour que la passion soit plus vive.

Je ne relverai mme pas l'absurde critique qui accuse cette mthode
d'tre purement littraire et de manquer de sincrit. C'est l une
fadaise... Nous est-il jamais venu  l'esprit de dire d'un homme qu'il
manque de sincrit parce qu'il a dans ses faons de la courtoisie et
de la mesure?

Cette mthode d'ordonner une description de faon architecturale fut
celle de nos potes didactiques; ils n'obtinrent d'ailleurs que des
rsultats assez pitres, car, s'ils avaient en partage toutes les
qualits de l'honnte homme, ils manquaient par contre de toutes
celles qui font le pote et mme l'crivain.

Pourtant, une loi de ce genre offre un double avantage... D'abord,
comme elle suppose une profonde connaissance de la matire traite,
elle vite ces descriptions faites en chambre, ces forts, ces flots,
ces nuages chants entre quatre murs par un homme qui ne les considra
jamais. Comment voulez-vous que l'on rduise  ses lignes essentielles
un paysage que l'on n'a jamais tudi? On ne peut, videmment, rsumer
que ce que l'on conoit de faon vive et parfaite...

Et d'autre part elle nous vite ce flau de la posie descriptive: je
veux dire le pittoresque.

Ce serait une sinistre besogne que de noter jusqu'o l'abus du
pittoresque a conduit la plupart de nos crivains romantiques!--Veut-on
peindre en des vers une vision presque oublie et qui, reculant trop
dans le pass, a perdu ses contours nets et les ombres qui la
rendaient si vivante. C'est au pittoresque que nous ferons appel
pour un peu la faire renatre.--A ce spectacle que nous avons
trop amalgam, trop compris en nous-mmes et qui s'y est en quelque
sorte fondu, se mlangeront alors des imaginations piquantes...
et voil dj la surcharge!

Le paysage tait-il compliqu, fait de parties nombreuses, clair
savamment, c'est au pittoresque que nous demanderons une excuse pour
ne point le composer.--C'est encore lui qui nous fera orner de fleurs
un dcor que la nature nous prsenta austre et nu; lui qui met un
vieux banc de pierre  l'endroit o l'on rve et qui dfonce le chaume
d'une cabane dans les bois! Car il faut  certaines gens un dtail o
accrocher leur attention: un dtail joli, prmdit, et qui donne bien
l'illusion d'une ruine, mais en carton-pte. Bientt le paysage tout
entier disparat.--Le dtail reste.--Il est tant d'esprits trop
amateurs de pittoresque qui du dsert ne gardent que l'image d'un
palmier pench sur une tombe rose! Plus d'un a cd au plaisir de
poser une barque pleine de chansons sur un lac dont le beau saphir se
suffisait  lui-mme, et de vanter la seule blancheur d'une corolle
qui, cependant, sduisait par plus d'une vertu.

Enfin, combien une loi fixe et svre excite l'motion! Les mots,
serrs par une syntaxe rigide, donnent leur plus beau son, leur son le
plus significatif et le plus plein; les images, mises  la place
exacte que leur marque une perspective stricte et juste, se
correspondent plus finement et brillent avec plus de magie. On dirait
vraiment qu'ainsi ordonnes elles sont comme ces miroirs qui se
refltent l'un l'autre et dont le ddale pur permet l'illusion!

Disons plus simplement qu'elles sont mieux mises en valeur par un plan
prconu.--Regardez une rose dans sa plate-bande,--elle embaume tout
l'air; certes, elle tait plus pittoresque cache dans son buisson, o
nous l'aurions sans doute compare  une flamme rouge, mais
l'aurions-nous si bien respire?

Il en est d'une motion comme de cette fleur. Pour lui faire rendre
tout ce qu'elle peut donner, mieux vaut la guinder un peu que la
laisser libre, et certaine svrit  son gard est une prcaution
salutaire. Voulons-nous dcrire en vers ce paysage qui nous a touchs?
Disposons-le d'abord avec noblesse et grce, arrachons l'herbe des
chemins, lavons le ciel, et, surtout, veillons aux couleurs de notre
palette.--Les mots sont dangereux  manier, il en est qui reluisent
comme des sous neufs et d'autres qui ont la patine des vieilles
mdailles! Veillons aussi  la forme qu'il faut choisir, car une forme
potique, si lche qu'elle soit, modle toujours un peu l'image  sa
propre image. Si l'motion primitive ne survit pas  ce travail,
croyez bien qu'elle tait mort-ne et ne vaut pas un regret.

       *       *       *       *       *

M. de Rgnier s'est soumis  toutes ces difficults dans cette partie
de la _Cit des eaux_ qui donne son titre au volume et o l'auteur
nous dcrit en vingt-sept sonnets et deux pomes les prestiges de
Versailles, de son parc et de ses souvenirs.

Ordonns, ces pomes le sont au plus haut point. Pour dcrire ces
jardins dessins avec art, o les statues rpondent aux jets d'eau, o
la nymphe reflte dans une vasque verte se mle  son reflet, Henri
de Rgnier a dessin chacune de ses priodes comme un ornement
d'architecture, et l'on dirait que deux pendentifs la terminent avec,
au milieu, le feuillage fig d'un rinceau.

coutez ce sonnet: _La Rampe_. On le croirait dispos par un grand
seigneur  la fois architecte et amateur de jardins:

LA RAMPE

    La double rampe, auprs du bassin que surplombe
    La terrasse de marbre o le buis nu serpente,
    Incurve sa monte et courbe sa descente,
    Et de la vasque en pleurs sanglote l'eau qui tombe.

    La corneille criarde et la blanche colombe
    Alternent, l'une rauque et l'autre gmissante;
    Chaque cyprs, le long de cette double pente,
    Figure un cippe noir d'o le lierre retombe.

    Si tu descends  gauche et si je monte  droite,
    Nous verrons tous les deux, en l'onde dont miroite
    La patine d'or vert qu'teint le crpuscule,

    Toi la desse en fuite et moi le Dieu discret,
    Statue en marche qui s'avance ou qui recule,
    Glisser inversement de cyprs en cyprs.

Dans cette description du parc et de son palais mort, M. de Rgnier
avait eu des prdcesseurs. Je dois dire qu'aucun d'eux, avant le
romantisme, n'avait trouv une inspiration acceptable.

Les vers du _Mercure galant_, les petites chansons, les pomes de
circonstance sont tous d'une merveilleuse pauvret. Il n'y a gure que
des exclamations sur les si beaux jardins de notre roi Louis ou
bien,  propos des statues de desses, quelques joyeusets de notaire
ivre.

Musset, dans ses _Trois marches de marbre rose_, ne nous donna qu'une
plaisanterie charmante. Dans Versailles il a voulu voir le seul ennui
des beaux dimanches o des bourgeois se promnent suivis d'un sillage
d'enfants mal mouchs. Il le dit d'ailleurs avec franchise:

    Je ne crois pas que sur la terre
    Il soit un lieu d'arbres plant,
    Plus dcrit, plus lu, plus chant
    Que l'ennuyeux parc de Versailles.

Comme toujours, nous dcouvrons  et l d'amusants croquis:

    Bosquets tondus o les fauvettes
    Cherchent en pleurant leurs chansons,
    O les dieux font tant de faons
    Pour vivre  sec dans leurs cuvettes.

A la fin de la pice, qui ne laisse pas d'tre un peu longue, il y a
encore de jolis dtails et certaine vocation irrespectueuse des
fantmes du lieu, en attendant la pointe fine que nous esprions bien
avec le dernier vers.

Mais, avant Musset, Thophile Gautier avait parl de Versailles en un
fort beau sonnet. Ce pome est singulier par son sentiment. Au lieu de
voir dans ce dcor ce que l'on y verra plus tard: la belle ruine
moderne et le souvenir de la gloire, Gautier, avec des notations
ingnieuses, s'est plu  relever la seule tristesse de ce lieu vide,
de cette tendue d'arbres, d'alles et d'eaux, jadis si bruyante, et
qui semble avoir perdu son me, manifeste dans le Roi, rival du
soleil:

    Comme une dlaisse  l'cart, sous ton arbre,
    Sur ton sein douloureux croisant tes bras de marbre,
    Tu guettes le retour de ton royal amant.

    Le rival du Soleil dort sous son monument.
    Les eaux de tes jardins  jamais se sont tues
    Et tu n'auras bientt qu'un peuple de statues!

Enfin, Albert Samain, dans une srie de quatre sonnets, fut occup
presque uniquement  nous dire les visions de princesses et de menuets
que lui suggrait Versailles:

    Grands seigneurs paillets d'esprit, marquis de Svres,
    Tout un monde galant, vif, brave, exquis et fou,
    Avec sa fine pe en verrouil et surtout
    Ce mpris de la mort comme une fleur aux lvres!

Dans la _Cit des eaux_, M. de Rgnier semble avoir puis le sujet;
pourtant il chante de prfrence:

    La grandeur taciturne et la paix monotone
    De ce mlancolique et suprme sjour.

Il le dit dans son premier pome: Celui dont l'me est triste chrit
Versailles, mais,

    ... ce qu'il cherche en vous,  jardins de silence,
    Sous votre ombrage grave o le bruit de ses pas
    Poursuit en vain l'cho qui toujours le devance,
    Ce qu'il cherche en votre ombre,  jardins, ce n'est pas

    Le murmure secret de la rumeur illustre
    Dont le sicle a rempli vos bosquets toujours beaux,
    Ni quelque vaine gloire accoude au balustre,
    Ni quelque jeune grce au bord des fraches eaux;

    Il ne demande pas qu'y passe ou qu'y revienne
    Le hros immortel ou le vivant fameux
    Dont la vie orgueilleuse, clatante et hautaine,
    Fut l'astre et le soleil de ces augustes lieux.

    Ce qu'il veut c'est le calme et c'est la solitude,
    La perspective avec l'alle et l'escalier,
    Et le rond-point, et le parterre et l'attitude
    De l'if pyramidal auprs du buis taill.

Ainsi, nous faisons, avec le pote, une longue promenade par les
mandres des jardins et du palais. De temps en temps il s'arrte, un
souvenir charmant vient de passer: une harpe, dans la salle de musique
d'un pavillon, le fait rver de celle qui en touchait jadis les cordes
aujourd'hui dtendues... et c'est alors comme si, par la magie des
vers, une mlodie suranne venait d'clore discrtement:

    Et qui sait si le chant, par la fentre close,
    N'en filtre pas encor, pour charmer l'eau verdie?...

Puis, c'est le peuple des statues dont nous parlait Gautier: Latone
svelte, Encelade au milieu d'un bouillon de fontaine, Neptune avec
son trident, un bassin vert qui reflte une source, un bassin noir
entour des quatre saisons, un bassin rose o se mire l'amour... et la
fte d'eau qui runit les marbres et les bronzes par un concert
d'irisations.

Cela, et tant d'autres pices que je passe, nous donne, majestueuse,
mlancolique et quelque peu solennelle et compasse l'image d'une
nature non point torture, mais guide pour qu'elle n'offre au regard
que de nobles aspects et de beaux points de vue.--Certes, nous sommes
loin de la fort fruste et folle, mais ne demandons au pote que ce
qu'il a voulu nous donner: de beaux vers qui restent dans la mmoire
comme des incrustations, une harmonie de colonnade, un plan de jardin
et, passant sur tout cela, un grand souffle triste.

Je vous vantais les bons effets d'une rgle un peu dure dans la posie
descriptive, mais j'ajoutais qu'en se conformant  elles, les potes
didactiques n'avaient atteint qu' de pitres rsultats. C'est que peu
de sujets peuvent tre traits ainsi, et si Versailles prtait  des
dveloppements balancs,  l'emploi du sonnet,  une srie de pomes
identiques par leur forme,--quand M. de Rgnier s'est tourn vers
d'autres paysages, c'est un nouveau pote qui nous est rvl.

       *       *       *       *       *

Ah! Nous voici dans l'air libre! Nous nous dressons sur les rocs ars
dont un flot tourmente la base, nous marchons dans les clairires sur
un incomparable tapis de mousses et de fleurs. Nous chantons de joie
et, sans trop savoir pourquoi, nous allons coller nos lvres 
l'corce d'un chne et nous plongeons nos bras dans une source comme
pour treindre son onde. De quelle faon tout cela sera-t-il
transpos en art? Comment sera dite notre joie? Quel sera le rhythme
de cette fivre un peu dsordonne qui nous parcourt, et en quel
mirage seront fixes nos imaginations fantaisistes et libres?--Une
cole de potes nous rpond, qui se plut  diviniser la nature. Elle
comprit, ou plutt elle se souvint (les rves de l'Hellade ne
s'oublient pas) que si nous aimons la fort d'un si tendre amour,
c'est qu'elle est encore toute peuple de desses et de dieux, que la
mer chante par la voix des sirnes, que les naades murmurent dans les
ruisseaux et que le faune survit aux campagnes mortelles.

Maurice de Gurin, suivant en cela l'enseignement qu'on lit dans les
pomes de Chnier, chanta plus d'une fois la nature en la
personnifiant. Il crivait un jour sur son cahier de notes quelques
phrases qui semblent vraiment avoir t penses par un homme qui vcut
dans le commerce des dieux:

Une gnration innombrable est actuellement suspendue aux branches de
tous les arbres, aux fibres des plus humbles gramines,--comme des
enfants au sein maternel. Tous ces germes, incalculables dans leur
nombre et leur diversit, sont l, suspendus entre le ciel et la
terre, dans leur berceau et livrs au vent qui a la charge de bercer
ces cratures.--Les forts futures se balancent, imperceptibles, aux
forts vivantes. La nature est tout entire aux soins de son immense
maternit.

On voit aisment le lien qui unit ce fragment aux belles priodes, au
large panthisme,  la divine noblesse du _Centaure_ et de la
_Bacchante_ de Gurin.

A cette source et  celle de quelques pomes d'Hugo sont alls boire
certains potes et prosateurs d'aujourd'hui qui ont dcrit la nature
en la faisant desse.

Ne parlons que de deux d'entre eux. Henri de Rgnier consacre toute la
seconde partie de la _Cit des eaux_  parler des arbres-dieux, des
hommes-chevaux, des flots de la mer o la sirne se couronne d'cume,
et Pierre Lous, dans tous ses contes, nous vanta la nature en sa
divinit.

Je voudrais runir ces deux noms.

La nymphe qui passe dans les contes de Pierre Lous est soeur de celle
que Henri de Rgnier nous montre dans ses pomes.

       *       *       *       *       *

En un passage o Ovide entretient son lecteur d'une mtamorphose,
avant d'engager son rcit il en tire la morale par une faon de
prcaution oratoire tout  fait dplaisante.

Je ne crois pas qu'un pote qui voudrait nous dire aujourd'hui
l'histoire d'une nymphe qu'une trop grande douleur changea en fontaine
ou celle d'un chvre-pieds vaincu par Apollon, considrerait beaucoup
la morale  tirer de son conte.--Un soir que les pins, clairs par le
couchant, lui parurent tragiques et, comme nous le dit Henri de
Rgnier: Semblaient rouges du sang d'un satyre attach, ce pote
crivit _Marsyas_; un jour o quelque source pleurait  longs
sanglots, un autre pote songea  Byblis,  sa douleur,  l'eau
courante et, comme nous le dit Pierre Lous: C'est ainsi que Byblis
fut change en fontaine.

De morale! grand Dieu! pas la moindre. Je vous ai montr tout 
l'heure la nature se composant en jardins, la voici qui se compose en
desse, en femme, en telle apparence demi-divine qu'il lui plaira de
choisir.

Aussi bien, le scrupule d'Ovide tait-il d'une me trop latine. Les
Grecs ne discutaient pas la valeur morale de leurs fables, et le
souci qui proccupait encore certains crivains, il y a deux ou trois
sicles, n'arrte gure, de nos jours, celui qui veut donner un sens
nouveau  des aventures fabuleuses, montrer la nymphe en pleurs au
lieu des sources claires et considrer la nature  travers un rve...
La nature est belle ainsi. Hugo nous l'a dcrite:

    L'homme la voit qui guette au milieu des roseaux,
    Laissant ses cheveux d'herbe ondoyer sur les eaux,
    Elle chante, appuyant  sa hanche caille
    Ses coudes de branchage et ses mains de feuille.

La nature est belle ainsi, mais combien est-il difficile de la bien
concevoir! On ne moralise plus... Ce n'a t que changer de mal! Car
si les auteurs ne prsentent plus d'gipans amateurs d'homlies, s'ils
ont cess de faire tenir aux dieux les discours o se complaisait M.
de Salignac, combien de mthodes indites ont-ils trouves pour
fatiguer qui les parcourt! Ils n'difient pas, c'est fort bien!
Sont-ils moins ennuyeux?--A vrai dire et soit que l'on dcrive les
passions des hommes et le dbat qui les suit, ou que l'appel d'une
orade arrte l'intrigue dans le sentier battu par le galop des
satyres, le conte et le pome o les demi-dieux revivent reste un des
genres les plus malaiss  parfaire. Plus d'un crivain s'y adonna
dont la tentative n'eut point d'excuses, car notez que, mettant un
faune dans un paysage, vous y mettez bien un dieu mais aussi une
chvre. Vous serez forc de considrer l'animal dans le satyre et
rien ne fait plus varier un paysage que la prsence d'une bte.
Regardez un troupeau couch dans une prairie! Vous aurez l sans doute
une impression de noblesse rustique, de repos, d'assurance. Enlevez le
troupeau, votre prairie chantera peut-tre avec toutes ses fleurs.
Mettez un faune dansant, au pied d'un chne. Vous aurez beau faire,
accumuler les symboles et montrer en lui l'image d'un homme ou la
figure d'un dieu, toujours il vous faudra compter avec la chvre
cabre que vous nous avez montre d'abord.

Inutile de vous dire que les potes se sont peu arrts  ces dtails.
Ils avaient un prtexte  chanter (bien ou mal, il n'importe, mais
d'une faon que les lecteurs peu attentifs ou peu renseigns pouvaient
tenir pour originale), ils avaient la partie trop belle pour prendre
des prcautions. Et ce fut en vrit un dbordement.

On en vint  considrer les pomes ou les contes de ce genre comme des
jeux faciles; on put  son aise n'y tre point vraisemblable,
accumuler d'ingnieux dtails qui n'avaient que faire dans la
narration, fixer, d'aprs Athne, la formule d'un parfum ou le rseau
d'une crpide, s'tendre en descriptions, tre ironique et gouailleur
et composer enfin des symboles qui sont, le plus souvent, des faons
obscures pour draisonner.--Peu de potes ont su bien parler de ces
choses; je ne sais qu'un petit nombre de pomes, que trois ou quatre
contes o soit rendue de faon belle et vivante cette vision fabuleuse
de la nature avec tout son mystre et cette prcision dans le dtail
sans laquelle il n'y a l qu'un rve vague et sans intrt. Un jour,
M. de Rgnier, voulant nous dire ce got que certains gentilshommes du
XVIIIe sicle avaient pour l'Italie, ses marbres, ses souvenirs et
l'tonnante lgende qui leur est attache, nous fit une magnifique et
terrible description de centaure. Cela se trouve dans _Monsieur
d'Amercoeur_ et, vraiment, c'est comme si, par sortilge, un bronze
enseveli avait jailli de terre.--Pierre Lous, dans ses contes, dans
_Byblis_, dans _Lda_, dans certains sonnets, nous charme de faon
diffrente, mais aussi vive, et, levant le regard du passage qui
retenait captif, on se demande quelles nrides encore mlanges 
leurs flots, quelles dryades magiciennes concertrent ce philtre dont
il nous grise et qui rend si crdule aux mtamorphoses. Plus
rcemment, M. Marcel Boulenger, l'auteur du _Page_, crivait un conte:
_Le plus rare volcelest du monde_, o nous tait prsent un centaure
dans le dcor inquitant et sauvage d'une fort d'cosse, et l
encore, par le soin que le narrateur prit  composer le paysage en
concordance avec la terrible bte dont il htait la course  travers
bois, nous trouvons ce souci de n'intriguer qu' bon escient et de
lier fortement et par de nombreux liens le monstre  la nature qui le
vit natre. Le noble pote qu'est Mme Henri de Rgnier nous
dcrivait dans un de ses plus rcents pomes cette trange fusion o
la fable ne se distingue plus de la nature:

    --Est-ce la plainte, au loin, des lascives dryades?
    Non! Ce n'est qu'une voix, une unanime voix
    Qui sanglote et qui chante et qui rit  la fois
    Animale et divine, humaine et forestire,
    Long souffle modul de la nature entire,
    Cris des btes, soupirs des hommes et frissons
    Des nymphes...

A l'entendre autrement, une interprtation mythologique de la nature
devient un exercice parfaitement fcheux, passe-temps de mandarin que
les aspects du dehors n'meuvent pas, ni la mer brillante de trop de
rayons, ni le ciel sem de nues, ni les plus neuves d'entre les
fleurs, et qui s'amuse  faonner dans sa chambre de petits dieux en
pltre friable et froid,  l'imitation de l'antique.

       *       *       *       *       *

Alors, qu'est-ce donc au juste qui charme si dlicieusement dans ces
rcits et dans ces vers? Par quels artifices ces potes les ont-ils
faites si mouvantes, leurs narrations fabuleuses? Comment, en
recueillant un genre que les maladroits avaient trop pratiqu,
savent-ils nous tenir si attentifs? Simplement, ce sont de vrais
potes, ils croient  ce qu'ils disent, et, par l'accent de leurs
paroles, par ce ton de sincrit qui emporte tout, nous nous laissons
entraner.

Car,  leur sentiment, les aventures de la fable figurent autre chose
que des historiettes incertaines. Les hamadryades, la troupe des
nrides, les satyreaux voleurs de nids et ceux que le dsir appelle
prs de l'tang des nymphes, les sirnes ailes qui grelottent contre
la plage ou s'battent sur des vagues chevelues, tous ces fantasques
habitants des forts et des flots, ils les sentent vivre, les
entendent pleurer, chanter aussi, et, quand ils coutent leurs
discours, c'est avec la mme foi que le plus pieux berger de
l'Attique.

Voici un sonnet o Pierre Lous nous montre des jeux de faunesses; il
faut assurment qu'il les ait vues de ses yeux pour savoir les dcrire
avec une si charmante aisance.

    Deux faunesses, parmi l'ombre et les herbes bleues
    Se poursuivent au clair de lune vers la source,
    Leurs croupes lestes que bouleverse la course
    Font danser les poils ronds de leurs petites queues.

    Elles galopent, et leurs sveltes pieds de chvres
    Vont dchirant les fleurs et sautant les racines.
    Elles ont aux cheveux, tant un peu cousines,
    Mmes cornes et mme intense flamme aux lvres.

    Mais voici l'eau qui sort d'une caverne noire,
    Elles grimpent aux rocs, se culbutent pour boire,
    Trempent leurs seins aigus entre les hautes pierres,

    Se cambrent, battent l'air de leurs pieds que prolongent
    Les ombres et, pressant leurs mains sur leurs paupires,
    Du sommet des rochers dans la cascade plongent.

Est-il tonnant, aprs cette vocation d'une fantaisie parfois
espigle et toujours si pleine de dsinvolture, que les forts se
peuplent  nos yeux? Marchons un peu dans le sous-bois... Ressuscites
en leur trs relle exactitude du tas de cendres qu'avaient fait les
gens ennuyeux et commentateurs, des formes se lvent et fuient pour
regagner le sein des sources claires et les taillis de lauriers.

Voici le bois sacr plein d'antiques rumeurs; un chvre-pieds danse
sur le tapis que lui tissa la lune, et les desses qu'une corce
comprend agitent leurs mains rameuses  toute brise.

C'est  coup sr une magique influence qui dmaillotta ces momies dj
mlanges  la terre et dont la forme filait entre les doigts, c'est
un puissant sortilge qui sut rendre la vie et la jeunesse  des corps
extnus de vtust, car le secret le plus rare est bien celui de
faire surgir une apparence divine en nos jours que, vraiment, les
dieux visitent peu.

       *       *       *       *       *

Durant les annes o l'on exploita fort cette vertu particulire: la
sensibilit, ce fut un lieu commun de montrer la nature hostile  nos
tristesses comme  nos apptits. C'en fut un autre de la peindre
complice: deux figures d'une mme fatuit. Devant les crations de sa
pense le pote ne veut point tre humble; l'hamadryade qu'il voit
dans le chne devra s'occuper de lui, pote, et le faune qui fait
vivre la clairire devra s'arrter dans sa course pour le plaindre ou
le consoler.

A en croire certains auteurs, les chnes se dresseraient sous leurs
manteaux de lierre pour nous laisser entendre qu'ils sont impassibles,
et, par l, nous insulter; les roses dispenseraient d'aimables parfums
par malice volontaire et perverse, afin que notre conscience puisse
mieux s'engourdir.

Les potes dont nous parlons pensent autrement. Chaque arbre porte en
lui la stature d'un dieu, dit M. de Rgnier; en effet, quand il
traite d'un paysage, le dcor est indpendant des hommes. Il a son
existence propre. L'arbre, le ruisseau, l'tang sont des personnes
vivaces que le pote chrit pour elles-mmes, parce qu'elles sont
verdoyantes, harmonieuses ou pures, et, s'il advient qu'une voix se
fasse entendre, issue d'une source ou qui chante entre deux pierres,
ce n'est pas ses sentiments de mortel dont il croit percevoir l'cho,
mais le bruit des paroles que les nymphes closes lui confient.

Il en est pour tout ainsi. D'un crpuscule  l'autre les arbres se
rpondent; limpide et mystrieux, le choeur se prolonge que murmurent
les ruisseaux; tant que dure la nuit, des ombres fugaces volent sur la
clairire, parfois un Songe les poursuit et si, dans un bosquet plus
noir et mieux cach que tous les autres, on entend brusquement
jargonner, sans doute que ce sont des satyres disputant sur une proie.

Bientt on oublie, tant ces apparitions sylvestres vivent humainement,
que leur essence est demi-divine; le commerce des gipans nous devient
familier, et, tandis que les hamadryades cartent  leur rveil
l'corce des oliviers, l'on est  peine surpris que des eaux
passagres se rvle un bras nu, ondoyant encore, mais dj de chair.

C'est un peu sur ces bases que Pierre Lous a construit tous ses
contes, c'est sur elles qu'Henri de Rgnier a difi l'un de ses plus
beaux pomes dont nous allons voir ensemble des fragments.

       *       *       *       *       *

Le _Sang de Marsyas_ redit la clbre rivalit du Satyre et d'Apollon.

Aprs un prlude en alexandrins o le pote chante la voix des arbres
de la fort, Marsyas nous est prsent. Son portrait, en petits vers
ingaux, a cette grce que nous trouvons dans les croquis des grands
peintres:

    Il tait doux, pensif, secret et taciturne;
    Petit et robuste sur ses jambes,
    L'oreille longue, pointue et grande;
    La barbe brune
    Avec des poils d'argent;
    Ses dents
    Etaient blanches, gales, et son rire
    Rare et bref lui montait aux yeux
    En une clart triste et soudaine,
    Silencieux...
    Il marchait d'un pas sec, brusque et dansant
    Comme quelqu'un qui porte en soi-mme
    Quelque joie clatante et pourtant taciturne,
    Car s'il souriait rarement il parlait peu
    Et toujours en caressant sa barbe brune
    A poils d'argent.

Puis c'est le pays o les satyres habitent. Nous sommes au temps de la
vendange. Couronns de pampres, les faunes entourent le pressoir, la
torche aux mains. Tous sont ivres, sauf Marsyas, qui ne se mle pas 
leurs jeux et reste seul dans son coin:

    Le vin ne coulait pas de sa barbe rougie
    A pourpre claire.
    Il cueillait une grappe et, grave, assis  terre,
    La mangeait dlicatement, grain  grain,
    Et dans sa main
    Jusqu'au bout, une  une, il crachait les peaux vides.
    Il vivait  l'cart auprs d'un bois de pins.

Marsyas a des gots rustiques. Il passe son temps  tresser des
ruches,  imiter sur sa flte un bruissement d'abeilles et surtout 
faire le compte des sources de la fort. Il les connat toutes. Elles
sont aussi diffrentes que des personnes; leurs voix ne peuvent se
confondre. Marsyas tudie chaque inflexion de leur chant. Mais surtout
il triomphe dans l'art de faire les syrinx et les fltes. C'est l sa
plus grande joie:

    Marsyas tait habile et patient.
    Il travaillait parfois  l'aube ou sous la lune
    En caressant
    Sa barbe brune
    A poils d'argent.
    Il savait mille choses sur les faons
    De tailler les roseaux courts ou longs
    Et sur les sons
    Et comment il fallait unir les lvres et faire
    Jaillir la note aigu et claire
    Ou grave, ou douce, ou brve, ou basse,
    Et mnager son souffle afin qu'il ne se lasse
    Et comment il faut tenir son corps,
    Tenir ses bras,
    Le coude en bas,
    Que sais-je encore?...

D'ailleurs, c'est un personnage tout  fait exquis, pourvu qu'on le
laisse tranquille. Il est modeste et, comme les bons potes, dteste
qu'on lui parle de sa musique, et pourtant, quand il pressait la flte
 ses lvres:

    C'tait vaste, charmant, mystrieux et beau
    Cette fort vivante en ce petit roseau!

Ajouterai-je... vous le savez dj, que personne ne l'apprcie. Dans
la foule de ses compagnons un entre tous ne peut souffrir Marsyas,
c'est le vieil Ags; il est envieux, dent et n'a plus qu'une corne;
d'ailleurs, dtestable musicien.

Voil donc le paysage et les acteurs poss. C'est alors qu'Apollon qui
voyageait dans cette contre passe  l'endroit o les faunes font la
vendange.

Le pote dcrit le dieu, un peu fat et content de lui-mme. Assurment
il se sait la figure belle et le divin musicien rayonne avec
outrecuidance:

    Il tait beau  voir, debout dans le soleil,
    Touchant sa lyre d'or d'un grand geste vermeil,
    Magnifique, hautain, solennel et content,
    Auguste; il s'essuyait le front de temps en temps.
    Les cordes de mtal vibraient, fortes et douces,
    Et l'caille ronflait et sonnait sous son pouce,
    Et l'hymne s'levait sur un mode sacr,
    En cadence, dans l'air pacifique et pourpr,
    gale, harmonieuse et large; et, comme en feu,
    La lyre d'or chantait sous le geste du Dieu.

Le petit peuple cornu et fris fait de son mieux pour entretenir le
royal visiteur. On lui joue des airs de flte, on lui chante des duos.
Tout cela est bien mdiocre, mais Apollon, qui n'en est pas  sa
premire preuve, coute avec bienveillance. Pourtant, lorsque Ags
veut se mler au concert, la mlodie qui sort de sa flte est
tellement discordante, tellement rauque, tellement suraigu que le
dieu ne peut s'empcher de sourire... On songe  la srnade de
Beckmesser dans les _Matres chanteurs_.

Alors, pour se venger, Ags parle au dieu de Marsyas. On le fait
venir.--Et  partir de ce moment il faut que je vous cite les vers
mmes du pote qui, avec une mesure et une discrtion rares, au lieu
de nous dcrire l'corchement du satyre et sa mort, a su s'arrter 
temps et voquer pour nous, par son dernier vers, toute la tragdie
qui le suit.

    Il vint.
    On s'cartait sur son chemin.
    Il marchait vite
    De son petit pas sec et prompt,
    Comme quelqu'un qui veut en avoir fini vite.
    Il avait apport sa flte
    La plus petite
    Et la plus juste,
    Faite d'un seul roseau
    Egal et rond,
    Puis il s'assit en face d'Apollon,
    Modeste et les yeux cligns
    Devant le Dieu magnifique et vermeil
    Avec sa lyre d'or debout dans le soleil.
    Marsyas chanta.
    Ce fut d'abord un chant lger
    Comme la brise parse aux feuilles d'un verger,
    Comme l'eau sur le sable et l'onde sous les herbes.
    Puis on et dit l'onde et la pluie et l'averse,
    Puis on et dit le vent, puis on et dit la mer.
    Puis il se tut, et sa flte reprit plus clair
    Et nous entendions vibrer  nos oreilles
    Le murmure des pins et le bruit des abeilles,
    Et pendant qu'il chantait vers le soleil tourn,
    L'astre plus bas avait peu  peu dclin;
    Maintenant Apollon tait debout dans l'ombre,
    Et ddor, et d'clatant devenu sombre,
    Il semblait tre entr tout  coup dans la nuit,
    Tandis que Marsyas  son tour, devant lui,
    Caress maintenant d'un suprme rayon
    Qui lui pourprait la face et brlait sa toison,
    Marsyas bloui et qui chantait encor
    A ses lvres semblait unir un roseau d'or.
    Tous coutaient chanter Marsyas le satyre;
    Et tous, la bouche ouverte, ils attendaient le rire
    Du Dieu et regardaient le visage divin
    Qui semblait  prsent une face d'airain.
    Quand, ses yeux clairs fixs sur lui, Marsyas le fou
    Brisa sa flte en deux morceaux sur son genou.
    Alors ce fut, immense, pre et continue,
    Une clameur brusque de joie, une hue
    De plaisir trpignant et battant des talons.
    Puis tout, soudainement, se tut, car Apollon,
    Farouche et seul parmi les rires et les cris,
    Silencieux, ne riait pas, ayant compris.

Voil un pome que l'on relira chaque fois que la vie trop grise et
son ennui nous feront dsirer un beau rve, non point une de ces
choses vagues qui s'tirent, s'allongent et n'ont ni couleur ni
contour, mais un beau rve vivant et vif qui nous transporte dans un
autre monde o les fruits sont plus savoureux, les ruisseaux d'un plus
pur cristal et le ciel d'un meilleur azur.

       *       *       *       *       *

Il est encore dans la _Cit des eaux_ une partie dont je ne vous ai
point parl et qui, toute compose de pomes lyriques, nous donne une
image de la nature qui n'a point de rapport avec les deux que je viens
de vous dcrire... Et ne croyez pas que je puisse vous en dire
grand'chose, car s'il est possible de disserter sur une mthode
didactique o la nature est vue comme un jardin, sur une mthode
fabuleuse o le faune parat dans les buissons, et s'il est ais de
parler d'esthtique  ces propos, ds que le pote choisit, au lieu de
considrer la nature sous un angle, de parler pour son propre compte,
il n'y a plus  piloguer. On doit se taire. On doit couter.

Ces vers-l, le pote les tire du trfonds de lui-mme, et, si nous ne
vivions en un temps malheureux et dplorable o l'on ne croit plus aux
divinits, je dirais avec tous les gens de bon sens que ces vers-l
sont ns sous le baiser des muses.

D'ailleurs, ils sont faciles  juger. Il ne s'en trouve point de
passables. Ils sont beaux ou n'existent pas! C'est la valeur mme de
l'homme qui y parat. Un pote doit s'apprcier au prix de ses vers
lyriques.

Dans ceux d'Henri de Rgnier, nous voyons la nature vivre et palpiter,
l'oiseau chanter, le fort bruire. Et vraiment nous ne pensons gure
 demander quelle est l'origine et quel est au juste le caractre de
la profonde motion, de la mle beaut qui se dgage d'un pome tel
que celui-ci:

    Ce long jour a fini par une lune jaune
    Qui monte mollement entre les peupliers,
    Tandis que se rpand parmi l'air qu'elle embaume
    L'odeur de l'eau qui dort entre les joncs mouills.

    Savions-nous, quand, tous deux, sous le soleil torride,
    Foulions la terre rouge et le chaume blessant,
    Savions-nous, quand nos pieds sur les sables arides
    Laissaient leurs pas empreints comme des pas de sang,

    Savions-nous, quand l'amour brlait sa haute flamme
    En nos coeurs dchirs d'un tourment sans espoir,
    Savions-nous, quand mourait le feu dont nous brlmes,
    Que sa cendre serait si douce  notre soir,

    Et que cet pre jour qui s'achve et qu'embaume
    Une odeur d'eau qui songe entre les joncs mouills,
    Finirait mollement par cette lune jaune
    Qui monte et s'arrondit entre les peupliers?

Et en voyant ce pote observer si puissamment la nature et en rendre
les beauts avec tant de mystre, si vous le voulez bien,


    MESDAMES, MESSIEURS,

Nous comparerons, pour finir cette causerie, M. Henri de Rgnier  ce
trs fameux Argus, fils d'Arestor, qui portait cent prunelles au front
et considrait le monde avec cinquante d'entre elles tandis que les
cinquante autres taient ensevelies dans un songe.





End of the Project Gutenberg EBook of Les jardins, le faune et le pote, by 
Auguste Gilbert de Voisin

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES JARDINS, LE FAUNE ET LE POTE ***

***** This file should be named 46687-8.txt or 46687-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/6/6/8/46687/

Produced by Clarity, Hlne de Mink, and the Online
Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
file was produced from images generously made available
by The Internet Archive/American Libraries.)

Updated editions will replace the previous one--the old editions will
be renamed.

Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
law means that no one owns a United States copyright in these works,
so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
States without permission and without paying copyright
royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
of this license, apply to copying and distributing Project
Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
and may not be used if you charge for the eBooks, unless you receive
specific permission. If you do not charge anything for copies of this
eBook, complying with the rules is very easy. You may use this eBook
for nearly any purpose such as creation of derivative works, reports,
performances and research. They may be modified and printed and given
away--you may do practically ANYTHING in the United States with eBooks
not protected by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the
trademark license, especially commercial redistribution.

START: FULL LICENSE

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
www.gutenberg.org/license.

Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
Gutenberg-tm electronic works

1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or
destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
1.E.8.

1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement. See
paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
electronic works. See paragraph 1.E below.

1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
works in the collection are in the public domain in the United
States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
United States and you are located in the United States, we do not
claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
displaying or creating derivative works based on the work as long as
all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
you share it without charge with others.

1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
in a constant state of change. If you are outside the United States,
check the laws of your country in addition to the terms of this
agreement before downloading, copying, displaying, performing,
distributing or creating derivative works based on this work or any
other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
representations concerning the copyright status of any work in any
country outside the United States.

1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
performed, viewed, copied or distributed:

  This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
  most other parts of the world at no cost and with almost no
  restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
  under the terms of the Project Gutenberg License included with this
  eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
  United States, you'll have to check the laws of the country where you
  are located before using this ebook.

1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
contain a notice indicating that it is posted with permission of the
copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
the United States without paying any fees or charges. If you are
redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
posted with the permission of the copyright holder found at the
beginning of this work.

1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
any word processing or hypertext form. However, if you provide access
to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
version posted on the official Project Gutenberg-tm web site
(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
provided that

* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
  the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
  you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
  to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
  agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
  Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
  within 60 days following each date on which you prepare (or are
  legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
  payments should be clearly marked as such and sent to the Project
  Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
  Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
  Literary Archive Foundation."

* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
  you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
  does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
  License. You must require such a user to return or destroy all
  copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
  all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
  works.

* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
  any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
  electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
  receipt of the work.

* You comply with all other terms of this agreement for free
  distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
from both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and The
Project Gutenberg Trademark LLC, the owner of the Project Gutenberg-tm
trademark. Contact the Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
electronic works, and the medium on which they may be stored, may
contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
cannot be read by your equipment.

1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from. If you
received the work on a physical medium, you must return the medium
with your written explanation. The person or entity that provided you
with the defective work may elect to provide a replacement copy in
lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
or entity providing it to you may choose to give you a second
opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
without further opportunities to fix the problem.

1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of
damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
violates the law of the state applicable to this agreement, the
agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
remaining provisions.

1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search
facility: www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

