Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1590, 16 Aot 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1590, 16 Aot 1873

Author: Various

Release Date: August 24, 2014 [EBook #46673]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1590, 16 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION

JOURNAL UNIVERSEL

[Illustration]

        RDACTION, ADMINISTRATION, BUREAUX D'ABONNEMENTS
        33, rue de Verneuil, Paris.

        31e Anne.--VOL. LXII--N 1590
        SAMEDI 16 AOUT 1873.

        SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DTAIL
        60, rue de Richelieu, Paris.

        Prix du numro: 75 centimes
        La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
        broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

        Abonnements
        Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
        18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.


[Illustration: M. ODILON BARROT.--D'aprs la photographie de M.
Reutlinger.]



SOMMAIRE

TEXTE: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert
Audebrand.--Nos gravures.--La Cage d'or, nouvelle, par M. G. de
Cherville (suite).--Histoire de la Colonne, par M. Jules Dementhe
(premier article).--Les Thtres.--Bigarrures anecdotiques: l'esprit de
parti (suite).--Le Marchand de coco.

GRAVURES: M. Odilon Barrot.--L'vacuation: Rentre des troupes
franaises  Nancy.--vnements d'Espagne: Sville, attaque des insurgs
par les troupes du gouvernement.--Les Environs de Paris; la
Grenouillre.--Types et physionomies d'Irlande: halte de paysans
irlandais au retour d'une fte.--Le Roitelet, composition et dessin de
Karl Bodmer.--Le Marchand de coco.--Rbus.



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE.

L'entrevue de Frohsdorf et la _fusion_, pour employer le terme consacr,
sont depuis huit jours l'unique objet de toutes les proccupations, de
tous les commentaires de la presse et du public. L'entrevue elle-mme a
t raconte dans ses moindres dtails par les journaux les mieux placs
pour avoir les informations les plus prcises et les plus exactes.
Voici, pour n'en citer qu'un seul, le rcit publi par l'_Union_, rcit
qui concorde, du reste, avec ceux des autres journaux lgitimistes:

En abordant M. le comte de Chambord, M. le comte de Paris dclara ne
pas seulement venir saluer en sa personne le chef de la maison de
Bourbon, mais reconnatre le principe monarchique dont Monseigneur
tait,  ses yeux, le seul reprsentant. Le prince ajouta qu'il
apportait l'assurance que Monseigneur ne trouverait, parmi les membres
de sa famille, aucun comptiteur.

Cette loyale dclaration donna immdiatement  cette premire entrevue
le caractre cordial qu'elle devait conserver, et M. le comte de
Chambord voulut se rendre le lendemain au palais de Cobourg,  Vienne,
chez M. le comte de Paris.

Nous sommes heureux de le constater avec la plupart des journaux: ce
grave vnement et les conditions dans lesquelles il s'est produit a
toute la valeur d'un fait politique. Ce n'est pas une simple union de
famille, c'est l'acte, depuis longtemps dsir par nous, d'un prince
affirmant, au milieu de nos malheurs, la ncessit du principe
hrditaire dans l'ordre monarchique. C'est un exemple qui, nous n'en
doutons pas, sera suivi par ceux dont nous fmes longtemps spars et
que nous esprons trouver dsormais  nos cts et parmi nous.

Ainsi donc, l'accord est complet entre les princes, et le principe
royaliste n'est plus reprsent en France que par une seule famille,
runie tout entire sous l'autorit de son chef naturel. Reste  savoir
quelle sera la marche  suivre pour achever entre les deux partis
royalistes l'accord ds  prsent tabli entre leurs reprsentants et
pour former, grce  la fusion de ces deux partis, une majorit
suffisante pour donner  cet accord tous les rsultats qu'il comporte en
rtablissant la monarchie comme gouvernement dfinitif du pays.

Le _Soir_ a donn  ce sujet tout un programme, presque aussitt
dmenti, il est vrai, mais qui pourrait bien, cependant, n'tre pas
absolument dnu de fondement. Voici, dit ce journal, les informations
que nous avons recueillies, dans des cercles politiques gnralement
trs-bien renseigns, sur le plan adopt par les dputs de la droite et
du centre droit pour arriver  la restauration de la monarchie
fusionne. Nous ne les donnons, bien entendu, que sous toutes rserves:

Ds  prsent,--comme il avait t fait avant le 24 mai,--les trois
groupes de l'extrme droite, de la droite et du centre droit ont donn
pleins pouvoirs aux membres de la commission de permanence, qui les
reprsentent, pour prendre toutes les mesures ncessaires afin d'arriver
au rtablissement de la monarchie.

L'adhsion de ces trois groupes, d'aprs les initis, donnerait dj
280 signatures; maintenant que la rconciliation est faite entre le
comte de Chambord et les princes d'Orlans, il ne s'agirait donc plus
que de s'assurer de nouvelles signatures; c'est l, assure-t-on, ce dont
on s'occupe en ce moment.

Une fois que la majorit serait garantie, la commission de
permanence--immdiatement aprs l'vacuation--runirait l'Assemble
nationale, et l, dclarant que le moment de sortir du provisoire est
venu, on prendrait le plus rapidement possible les dcisions suivantes:

1 La monarchie est le gouvernement lgal de la France;

2 Une commission de trente membres est nomme pour rdiger la
Constitution;

3 L'Assemble nationale se proroge pour deux mois afin de laisser  la
commission le temps d'achever son travail;

4 M. le marchal de Mac-Mahon continuera  exercer, comme
lieutenant-gnral du royaume, les pouvoirs  lui prcdemment confrs.

Le marchal se bornerait  notifier immdiatement aux prfets la
rsolution prise par l'Assemble, en dclarant que rien ne sera chang
dans la faon de gouverner et d'administrer le pays, et ferait appel au
dvouement de tous les hommes d'ordre et de tous ceux qui respectent la
loi pour maintenir la paix publique.

La Commission de constitution se mettrait immdiatement  l'oeuvre, et
alors le comte de Chambord, se trouvant ainsi appel sans condition par
le seul fait du rtablissement de la monarchie, ferait spontanment les
concessions auxquelles il s'est refus jusqu' ce jour, dclarerait 
l'arme qu'elle gardera le drapeau tricolore, et que ce qu'il entend
fonder, c'est la monarchie constitutionnelle avec toutes ses garanties.

Voil le plan dans son ensemble. Nous ne l'apprcions pas; nous le
donnons, bien entendu, sous toutes rserves; mais les informations
manes des groupes lgitimistes et orlanistes sont trop concordantes
pour que nous puissions ngliger de les mettre sous les yeux de nos
lecteurs.

Dmentie presque aussitt que publie, comme nous l'avons dit, la
nouvelle donne par le _Soir_ pourrait bien n'avoir eu d'autre tort que
d'tre arrive trop prmaturment; elle n'est, en tous cas, pas
absolument dpourvue de vraisemblance, et c'est  ce titre que nous
avons cru devoir l'enregistrer.

Notons du reste que les journaux orlanistes, tout en affirmant que ce
plan d'action est purement chimrique, ne donnent aucune information sur
les intentions relles du parti; rpondant  l'article du _Soir_ et 
cette autre nouvelle que les dputs de la droite taient sur le point
de se rendre  Frohsdorf pour engager le comte de Chambord  faire
quelques concessions sur les principes exposs par lui dans ses lettres,
le _Franais_ se borne  ajouter que: Sans doute, on annonce que les
membres importants de la droite ne reviendront pas  Versailles avant
d'avoir confr avec le comte de Chambord; mais on ne croit pas que rien
d'important se passe avant la runion des conseils gnraux.

Or, la session des conseils gnraux s'ouvre lundi prochain, 18 aot, et
durera environ quinze jours. Ce serait donc ds la premire quinzaine de
septembre que, d'aprs le _Franais_ lui-mme, on pourrait s'attendre 
voir se produire quelque chose d'important.

En attendant, quelques dputs de la gauche, dans des lettres adresses
 leurs lecteurs, publient sur la situation des rflexions qui prouvent
qu'ils ne s'en rendent pas un compte bien exact, car ces rflexions sont
empreintes d'une confiance peut-tre bien optimiste en l'avenir de la
Rpublique.

Selon M. Marcel Barthe, par exemple, l'Assemble, quand mme elle se
considrerait comme ayant le droit de restaurer la monarchie autrement
qu'en recourant  des lections gnrales, ne pourra jamais enfanter une
majorit par l'accouplement de la lgitimit et de l'orlanisme.

La doctrine de l'orlanisme, ajoute M. Barthe, est l'oppos de celle de
la monarchie lgitime, car la rvolution de Juillet n'a t qu'une
raction librale contre l'application des principes professs
aujourd'hui par le comte de Chambord.

GRANDE-BRETAGNE.

La session du Parlement britannique a t close le 5 aot par le
discours suivant de la reine:

Milords et Messieurs,

Je suis maintenant dlivre de la ncessit de vous demander de
continuer vos pnibles travaux. En me sparant de vous, je cros que mon
premier devoir est de vous remercier de la promptitude toute dvoue
avec laquelle vous avez pourvu  la dotation de mon fils, le duc
d'dimbourg,  l'occasion de son prochain mariage. Cette union
raffermira, j'en suis sr, l'amiti qui rgne entre les deux empires:
l'Angleterre et la Russie.

Les meilleurs rapports continuent d'exister entre mon gouvernement et
toutes les puissances trangres.

Je puis vous annoncer que la mission de Zanzibar a t mene  bonne
fin; des traits ont t conclus avec Mascate et d'autres tats
indignes, qui prendront des mesures pour rprimer avec plus
d'efficacit la traite des esclaves  la cte orientale d'Afrique.

Il m'a t possible de dterminer d'une manire satisfaisante les
ngociations commerciales que mon gouvernement avait entames, il y a
quelque temps, avec la France. Le trait a t sign le 23 juillet, et,
en attendant la ratification, les traits de 1860 ont t remis en
vigueur.

Les deux pays se sont engags  se traiter mutuellement sur le pied de
la nation la plus favorise, et la taxe diffrentielle sur le pavillon
anglais a t supprime, D'autres dispositions contenues dans le trait
rglent la question des huiles minrales, et aident  l'extension des
relations commerciales.

J'ai galement conclu des traits d'extradition avec l'Italie, le
Danemark, la Sude et le Brsil; les ratifications de ces deux derniers
traits n'ont pas encore t changes; mais on les a cependant dj mis
en pratique. Il n'y a eu aucune difficult dans cette dmarche finale,
et je suis engage dans des ngociations en vue de conventions d'un
caractre semblable avec d'autres tats de l'Europe et ailleurs.

Je continue de me proccuper du soin d'assurer l'effet des clauses du
trait de Washington relatives aux rclamations des nationaux
britanniques contre l'Amrique et aux intrts de nos possessions de
l'Amrique septentrionale.

Messieurs de la Chambre des communes, je suis trs-sensible  la
libralit avec laquelle vous avez pourvu aux diverses charges de
l'tat, et grce  laquelle vous m'avez permis, en mme temps, de
satisfaire promptement aux obligations qui m'ont t imposes l'an
dernier par les arbitres runis  Genve.

Milords et Messieurs,

J'ai remarqu avec satisfaction le progrs que vous avez pu raliser
dans la voie de la diminution des charges publiques en rduisant les
droits sur le sucre et l'_income-tax_ (impt sur le revenu)  un chiffre
plus bas que cela n'avait pu se faire jusqu' ce jour.

L'acte pour l'tablissement d'une cour suprme de justice forme un
chapitre notable de votre travail persvrant. J'espre que sa mise en
pratique en fera apprcier les bienfaits par le pays, au point de vue de
l'expdition moins dispendieuse de certaines affaires urgentes qui
ressortissent  l'administration de la justice. Ses actes pour
l'amlioration de l'ducation (acte de 1870) et pour l'installation des
coles (acte de 1869) tendront, je l'espre,  acclrer, pour le plus
grand bien du pays, la diffusion de l'instruction dans la classe moyenne
comme dans la classe populaire. L'acte relatif  la rgularisation des
chemins de fer et des canaux promet de conduire  un systme plus
harmonieux en ce qui concerne notre rseau national de voies ferres.

J'ai sanctionn avec plaisir l'acte relatif  la navigation marchande
rdig par la commission rcemment dsigne  cet effet.

Je compte sur une diminution des risques auxquels est expose la classe
des navigateurs.

Les revenus ont, jusqu'ici, rpondu aux estimations, et bien que
l'activit du commerce ait t moins considrable dans certaines
branches, pour diffrentes raisons, la situation du pays continue 
s'amliorer visiblement. J'ai la confiance que ces rsultats et tous les
autres bienfaits de la divine Providence trouveront dans nos paroles et
dans nos coeurs la reconnaissance qui leur est due.



COURRIER DE PARIS

Ceux qui aiment  faire un tour au Jardin des Plantes ont recueilli de
ce ct-l une rumeur des plus inquitantes. On a d'assez mauvaises
nouvelles de l'hippopotame. Si l'amphibie n'est pas positivement malade,
il est bien prs de l'tre. On peut le comparer  l'un de ces viveurs du
jour dont les lgants du boulevard disent, un soir, en hochant la tte:
Un tel est en train de remercier son boulanger. L'hippopotame n'a pas
de boulanger attitr. Il a bien mieux. Il est l'objet de la plus tendre
sollicitude de la part de l'honorable M. Chevreul, directeur gnral du
Jardin. Or, depuis cinq ou six jours, sans se soucier du chagrin qu'il
peut causer  l'illustre savant, l'hippopotame s'obstine  refuser toute
nourriture.

Quand on va des perroquets aux panthres, on rencontre un vnrable
vieillard, ple, dsol, tout dsorient: c'est justement M. Chevreul.
Il se frappe le front comme pour s'interroger.

--Eh! qu'a-t-il donc? se demande-t-il. Que signifie un refus si
opinitre? Je calme les tigres, j'gaie le zbre, je parviens  donner
de la grce aux ours. Cet enfant de Sumatra me fera mourir avec la
persistance de ses ides noires!

Tout le long de l'tablissement, on se creuse la tte. Il s'agit de
savoir si ce malaise soudain ne rsulterait point de l'trange climat
qu'il fait chez nous cet t, ou bien encore s'il n'y aurait point dans
ce cas quelque bouffe de mlancolie cause par le spectacle de ce qui
se passe en politique, en littrature ou en industrie. N'oublions pas
qu'un trs-fin observateur, qui n'est autre que le voyageur Levaillant,
a constat une observation prcieuse: il a vu que l'hippopotame a les
nerfs d'une trs-grande susceptibilit et, par consquent, une tendance
prononce  l'lgie, comme les Parnassiens.

Dans le premier moment, on avait cherch  combattre l'affection dont
souffre le malade en faisant des sacrifices qu'on ne prodigue pas
d'ordinaire aux htes du Jardin des Plantes. Ainsi deux seaux de glace
avaient t jets dans la bauge o il prend ses bains de chaque jour.
C'tait une attention dlicate. Tout bon coeur s'y serait montr
sensible. L'hippopotame n'a pas boug. On a cherch alors  moustiller
son apptit. M. le directeur a fait apporter des melons d'eau dont le
sujet est toujours si friand; on y a ajout une corbeille de framboises.
Rien n'y a fait. La mlancolie a persist. Il faudra aller jusqu'aux
pches de Montreuil, peut-tre mme jusqu'au raisin noir de Malaga.
C'est ce qu'a dit M. Chevreul non sans frmir, car enfin c'est beaucoup
s'avancer, puisque Malaga est continuellement en tat d'insurrection et
qu'on n'en fait plus venir du raisin comme on veut.

George Sand passe les vacances en Auvergne, accompagne des deux petites
filles de M. Maurice Dudevant, son fils. Toutes les trompettes de la
presse se htent d'annoncer le fait dans une fanfare de deux lignes. Il
n'en faut pas plus pour rafrachir l'esprit de ceux qui sont fatigus
des striles proccupations de la politique. Vous est-il arriv, un
jour, de voir  la devanture de Goupil un crayon dj ancien de Thomas
Couture? L'esquisse faisait pendant  une autre tude reprsentant la
figure de Branger et retraait une tte de vieille femme. Un front
bomb, assez large, des cheveux encore fort pais mais tout parsems de
fils d'argent et s'chappant autour du cou en boucles assez indociles,
un grand oeil rond, le nez calme et tonn d'un mouton du Berry, la
bouche sensuelle, bienveillante, le menton un peu exigu, rien d'une
Corinne de Mme de Stal ni d'un ange fatal de Byron non plus. Telle
tait l'image de George Sand en 1850, je crois. Vingt-trois ans ont
pass sur le monde. L'illustre femme a peu chang. En 1873, c'est encore
cette mme tte du crayon, un peu plus charnue sans doute, un peu plus
marque aussi, comme disent les comdiens. Nous voil bien loin de
l'admirable portrait qu'a grav Calomalta vers 1835, une belle tte
brune, le visage d'une pleur mate, le cou reposant sur des attaches
aristocratiques, le front trs-hardi, clair, anim par de grands yeux
bien fendus. Tout cela potis par une montre de rverie fort en vogue
alors, et gay par une branche de jasmin de Florence habilement noye
dans les plus beaux cheveux noirs qu'on et vus depuis ceux de Mme
Tallien. Que voulez-vous? tout passe et tout passe vite ici-bas, et
pourtant la flamme qui vivifiait cette argile n'a pas cess de ptiller
et de rayonner! Gens d'Auvergne, approchez-vous de la voyageuse;
regardez-l de prs; causez un instant avec elle, et vous verrez que le
temps n'a pas tout enlev et qu'il reste toujours beaucoup de jeunesse
dans cette prodigieuse nature d'artiste.

Dix ou douze beaux vers de Victor Hugo ont suffi pour rendre clbre
dans les deux mondes la petite Jeanne (voyez par exemple l'_Anne
terrible_). Dans une page, George Sand a parl de ses deux
petites-filles de manire  ce qu'on s'intresse toujours  elles. Il
s'agit d'une chasse aux chenilles faite en dcembre 1872, en pleine
Valle-Noire: Le temps de prendre _Jeannette_ une pelle--main, et me
voil prte. Vous savez bien tous ce que c'est que _Jeannette?_ Non? Si
je vous dis que c'est la _bote de Dillnius_, cela vous paratra bien
pdant. Je pense comme vous d'avance et j'aime bien mieux ce bon petit
nom champtre que les amateurs de botanique sans prtention ont donn 
la bote de fer blanc peinte en vert qu'ils passent  une courroie et
qu'ils portent sous le bras, pour rapporter de la promenade les plantes
de quelque intrt sans qu'elles soient fltries. (_Impressions et
Souvenirs._)

La botanique, l'entomologie, les plantes, les scarabes, ce n'est pas
tout. Attendez: Mon fils fauche avec dextrit pendant que ses filles,
assises sur des souches de chnes coups, o j'ai tendu mon manteau,
djeunent gaiement...

Aprs le goter, on avance dans le bois. Le petit monde trotte  ravir
et ramasse mille objets dont il connat la destination fantastique;

Impossible de comprendre pourquoi les poches se remplissent de pierres
et de branches mortes qu'on voit reparatre le lendemain et qui figurent
dans les jeux, comme si ces pierres et ces broussailles apportes de la
promenade avaient une valeur ou une signification particulire. Le
moment du dpart aussi est adorablement dcrit,  la manire de J. J.
Rousseau. A peine en voiture, les petites filles s'tendent sur leur
banquette. On les enveloppe et, tenant leurs poupes dans leurs bras,
elles ne font qu'un somme jusqu'au gte. Mais quel apptit  dner et
quel bal, le soir, jusqu' neuf heures!

George Sand a dj parcouru l'Auvergne trois ou quatre fois, ainsi qu'on
peut le comprendre en lisant _Mlle de la Quintinie_, ce livre qui est
peut-tre moins un roman qu'un pamphlet. Les beauts tranges de ce pays
injustement ddaign des touristes ont sduit ce grand esprit. Tout le
long de la contre, les ruines forcent le passant  rver; les souvenirs
historiques arrtent le voyageur comme le monstre de Thbes arrtait
OEdipe. Suis-je bien renseign en disant que George Sand va trouver par
l le sujet d'un pendant  _Mauprat_, son chef-d'oeuvre sans contredit?

L'Auvergne, les Pyrnes, le Jura, tout cela est bien dlaiss 
prsent. Il parat que la mode exige qu'on donne la prfrence aux bains
de mer. Allez donc  la mer, surtout s'il y a par l une maison de jeu,
une table de trente-et-quarante, une roulette et tout ce qui s'ensuit. 
la mer, en ce moment, quelques types  ne pas oublier sont surtout
visibles. Entre autres l'homme dcor d'un ordre tranger.

Cet homme est de haute taille, mis avec plus de correction que
d'lgance. Redingote verte ou bleue, mais toujours boutonne jusqu'au
menton, de faon qu'on ne puisse pas manquer de voir ce qu'il porte  la
boutonnire. Sa dcoration consiste d'ordinaire en un ruban jaune ou
ponceau auquel est attach un animal hraldique quelconque: un lphant
en or, un aigle rose, un lopard en diamant.

Le ruban de l'lphant produit une trs-grande sensation, mme 
Trouville.

D'o vient cet homme?--Nul ne le sait.--Que sait-on de lui?--Il ne sonne
mot.--Que fait-il?--Il ne joue pas, il ne se baigne pas, il ne fume pas,
il se promne.--Que veut-il?--Il ne se lie avec personne. Tout son tre
sue le mystre. Les yeux les plus exercs se trompent sur sa race. Des
Allemands disent: C'est un Slave. Des Russes: C'est un Allemand. Des
Franais: C'est un Valaque. Des Roumains: C'est un Franais.

On fait de mme sur sa position sociale autant de conjectures qu'il a de
cheveux sur la tte. Les femmes, pourtant si perspicaces, ne parviennent
pas  trouver le mot de l'nigme. Il en est qui murmurent:--C'est un
grand spculateur.--D'autres disent:--C'est un espion.
D'autres:--C'est un inconsol.--D'autres, et mme le plus grand
nombre:--C'est le btard d'une tte couronne.--On aurait plus vite
fait de dchiffrer un paquet d'hiroglyphes.

L'homme  l'lphant d'or ou  l'aigle rose arrive le premier aux eaux
et se retire le dernier. Sa prsence aura intrigu la saison toute
entire. On entend parfois dire de lui,  voix basse: Les gendarmes
eux-mmes n'ont pu savoir qui il est. En dernire analyse, ce n'est pas
un lphant, c'est un sphinx qu'il devrait porter  sa boutonnire.

Il vient de mourir une femme qui a occup jadis une trs-grande place
dans le monde parisien. Vous avez devin que je veux parier de Mme la
duchesse Decazes, ne de Sainte-Aulaire. pouse de ce Bordelais dli
qui avait t tour  tour le protg de Mme Laetitia, le favori de Louis
XVIII et l'intime de Louis-Philippe, elle s'tait de bonne heure carte
de la politique pour ne s'occuper que d'art et de plaisirs mondains.
Pendant tout le temps que son mari a t grand rfrendaire de la
Chambre des pairs, c'est--dire pendant une quinzaine d'annes, elle
avait russi  donner au vieux et morne palais du Luxembourg une
physionomie fort anime. Dans son salon, o l'on ne se piquait pas trop
de bgueulerie, les potes, les peintres et les musiciens l'emportaient
en nombre sur ce qu'on appelle le grand monde.

Un charmant travers de la duchesse Decazes avait ameut, un jour, contre
elle, on ne sait pourquoi, tout ce qu'il y avait dans Paris d'artisans
en pigrammes. Tournant tout d'un coup  l'idylle, Mme la grande
rfrendaire avait tabli un chalet suisse dans ses jardins et, au
milieu de ce chalet, on apercevait deux jeunes vaches du Charolais
qu'elle nourrissait de sa main. Ces deux vaches furent bientt la fable
de Paris. --Mme la duchesse Decazes fait du beurre, s'criait Alphonse
Karr dans les _Gupes_.--Non, reprenait Nestor Roqueplan, dans les
_Nouvelles  la main_, ce n'est pas du beurre, c'est du fromage.--Mon
Dieu, ajoutait H. de Balzac, qui s'occupait dj des _Jardies_, Mme la
duchesse fait du beurre, du fromage et de l'engrais; vous verrez qu'elle
fera bientt des veaux.--Vous voyez qu'on n'y mettait pas de
mesure.--Les petits journaux, alors impitoyables, supputaient ce que
pouvait coter  l'tat la fantaisie helvtique de Mme la duchesse
Decazes.--Femme d'esprit, l'pouse du grand rfrendaire se mlait
d'crire de temps en temps une Nouvelle ou un Conte.--Une gazette de
l'extrme droite, s'emparant pour la circonstance de la manire du
marquis de Bivre, disait alors: Toutes les fois que Mme la duchesse
Decazes veut laisser tomber une page de sa plume, elle a bien soin de
commencer par la lettre I (par la laiterie).

--Tout cela n'a pris fin qu' la rvolution de Fvrier.

Un peintre d'un grand talent, Chintreuil, lve de Corot, qui vient de
mourir, avait eu des commencements excessivement difficiles. En d'autres
termes, il avait mang de la vache enrage pendant toute sa jeunesse. A
la longue, le talent tait venu, la rputation s'tait fait jour et
amenait le succs. Le paysagiste passait l't aux environs de Paris,
croyant que l'avenir lui souriait.

Il rsidait  Septeuil, dans une jolie petite maison  contrevents
verts, cache sous les arbres. La Fortune, toujours railleuse, lui avait
donn pour jardinier un Calino de premier calibre.

--Tu arroseras le jardin tous les jours, pendant la scheresse, avait
dit le peintre.

--Je l'arroserai rgulirement  quatre heures, aprs avoir fait ma
besogne.

Un jour,  trois heures, le temps se couvre, l'orage clate. Bientt la
pluie tombe  torrents. Il est devenu impossible d'arroser. Le
lendemain, vers deux heures, Chintreuil aperoit le jardinier qui
accourt, l'arrosoir  la main.

--Qu'y a-t-il donc, dit l'artiste.

--Ah! monsieur, je me hte d'arroser. Le temps se couvre. S'il venait 
pleuvoir, je ne pourrais pas faire ma besogne et le jardin en
souffrirait.

_Dernires nouvelles._--L'hippopotame est mort.

--On parle d'un suicide.--L'amphibie a voulu finir  la manire de
Caton.

Philibert Audebrand.



[Illustration: L'VACUATION.--Entre des troupes franaises 
Nancy.--D'aprs un croquis de M. Lvy.]

[Illustration: VNEMENTS D'ESPAGNE.--Sville.--Attaque des
insurgs par les troupes du gouvernement.]



NOS GRAVURES


Odilon Barrot

Encore une des grandes figures du sicle qui disparat. Odilon Barrot
s'est teint  Bougival, le 7 aot,  l'ge de quatre-vingt-deux ans.
Depuis 1814, et dans des positions trs-diverses, il figurait au premier
rang de ce qu'on appelle politiquement et historiquement l'cole
librale. Pour dire tout ce qu'a fait Odilon Barrot dans ce laps de
soixante annes, il faudrait repasser toute notre histoire nationale
depuis la chute de Napolon Ier. Partout on trouve son nom ml aux plus
gros vnements. Et ce nom n'est pas celui qui brille avec le moins
d'clat parmi ceux que retiennent respectueusement les contemporains et
la postrit.

En 1814,  peine mancip brillamment des bancs de l'cole de droit,
Odilon Barrot se montra des plus ardents  rclamer les liberts
publiques dont le gouvernement imprial s'tait toujours montr
profondment ddaigneux. Il accepte la Charte de Saint-Ouen, et y voit
de suffisantes garanties, pourvu qu'on ne fraude pas sur la valeur
intrinsque et sur la signification de ce pacte fondamental. Il va mme
dans sa foi jusqu' s'enrler parmi les volontaires royaux, et il est de
ceux qui auraient combattu pour empcher le succs phmre de l'homme
nfaste qui revenait de l'le d'Elbe.

Ce beau feu ne dure pas longtemps. Les ractions royalistes, et dans le
sens absolu des droits et des licences du trne et de l'autel, auraient
dessill les veux d'un nophyte plus convaincu ou plus naf qu'Odilon
Barrot. Il est avocat  la Cour de cassation, et pendant toute la
Restauration nous le voyons dfendre avec une vigoureuse loquence,
devant la juridiction suprme, les causes nombreuses et dlicates o les
liberts civiles sont engages. Ce n'est plus un voltigeur de Coblentz;
c'est un homme de 1789. Il ne veut pas que nous perdions une  une les
conqutes morales et civilisatrices qui ont cot tant de sang et tant
de larmes aux gnrations antrieures et rpandu tant de ruines fcondes
dans le pays. Avec ce rle nouveau, Odilon Barrot arrive  la
popularit. Son nom est insparable de ceux que la foule prononce avec
respect, avec amour, avec esprance. Du palais de justice, il rayonne
sur le pays. On le voit en tte des adhrents de la socit: _Aide-toi,
le ciel t'aidera!_

On voyait venir de loin la Rvolution de 1830. Quand la rue eut fait son
oeuvre, quand il fallut organiser la victoire, Odilon Barrot tait
devenu un homme dont un gouvernement nouveau ne pouvait se passer. Tour
 tour il est secrtaire de la commission qui sige  l'htel de ville
et tient dans sa main la direction des forces populaires, commissaire
auprs du vieux roi Charles X qui reprend lentement, tristement et avec
une dignit suprme le chemin de l'exil, enfin prfet de la Seine et en
mme temps dput parmi ceux qui vont former la nouvelle gauche. Quoique
fonctionnaire, Odilon Barrot a compris qu'il faut combattre encore si
l'on ne veut pas perdre le fruit des combats antrieurs, et avoir servi
uniquement  faire la courte chelle aux doctrinaires. Ds le premier
jour il a reconnu les adversaires qu'il aura successivement ou ensemble
devant lui pendant dix-huit ans, les Casimir Prier, les Mol, les de
Broglie, les Guizot. Pour un seul des hommes minents dont il ne saurait
partager les ides gouvernementales, il se sent un grand faible de coeur
qui dgnra bien vite en trs-vif et trs-profond attachement. C'est M.
Thiers. L'amiti qui prit naissance dans ces orages ne s'est pas
dmentie un seul jour.

Odilon Barrot quitta la prfecture de la Seine en 1831, aprs le sac de
l'archevch et de l'glise Saint-Germain-l'Auxerrois. Un instant encore
il reparat au palais de justice pour lutter contre les juridictions
exceptionnelles de l'tat de sige. Mais bientt il n'est plus qu'un
personnage parlementaire dont l'loquence pompeuse jettera un vif clat
sur des joutes oratoires auxquelles on ne saurait attacher aujourd'hui
une grande importance. Nous en avons vu l'inanit. Des actes francs,
sincres, loyaux, vaudraient beaucoup mieux que cette emphase de
paroles. Malheureusement tel n'est pas le cachet qui pourra servir 
reconnatre les hommes politiques de notre temps. Bien rares sont ceux
qui, nantis du pouvoir, ne dmentent pas leurs doctrines antrieures.

Odilon Barrot n'a point chapp  cette espce de fatalit. Promoteur
inconscient de la rvolution de Fvrier, il ne devint prsident du
conseil des ministres aprs l'lection prsidentielle que pour tomber
dans l'ornire depuis longtemps battue des ractions et des compressions
aveugles. Ce ministre est rest clbre par la premire expdition de
Rome.

Renvoy du pouvoir sans trop savoir pourquoi, Odilon Barrot se rangea
parmi les boudeurs. Aprs le coup d'tat de dcembre il se glissa dans
la retraite d'o il ne sortit que pour entrer, par dcret,  l'Institut,
et lancer quelques brochures de jurisprudence et de politique
administrative. En 1871, M. Thiers l'avait appel  la vice-prsidence
du conseil d'tat.

En somme, cette existence est excessivement remplie. Mais on peut dire
avec vrit qu'Odilon Barrot a t bien plus un grand nom que tout autre
chose. C'est ce qui donne  sa physionomie un caractres spcial.

Georges Bell.


Correspondance de Nancy

Nancy, 6 aot 1873.

1er aot, 5 aot, voil deux dates dont  Nancy on ne perdra jamais la
mmoire. Le 1er aot, en effet, aprs trois annes d'occupation,
l'ennemi abandonnait enfin la ville, et le 5 la France y rentrait avec
ses chers soldats que l'on n'y avait pas vu depuis si longtemps!

Une proclamation du maire, M. Bernard, si bien avis et si patriote,
avait la veille annonc l'vnement aux habitants. A cinq heures du
soir, un bataillon d'infanterie devait faire son entre dans la ville.

Aussi, le lendemain, quelle fte  Nancy!

Les ateliers, les magasins taient ferms. Toutes les rues par
lesquelles devaient passer les soldats, la rue Stanislas, l'admirable
place du mme nom, la rue Sainte-Catherine, taient pavoises de
drapeaux tricolores, ornes de guirlandes de verdure. L'arc de triomphe
plac  l'entre de la rue Stanislas en tait particulirement couvert.
De tous les villages environnants, les paysans accouraient par bandes
nombreuses, dsireux d'acclamer nos soldats et de saluer notre drapeau.
C'tait partout un indescriptible mouvement.

A quatre heures, le train attendu avec une si fivreuse impatience est
signal et accueilli par les hourrahs de la foule qui encombrait les
abords de la gare. Les soldats descendent de wagon, ils mettent sac au
dos, les tambours battent aux champs et le bataillon s'engage dans la
rue Stanislas, se dirigeant vers la place et la caserne
Sainte-Catherine.

Je vous ai dit combien tait orne pour la circonstance cette place dj
si belle, avec sa bordure de monuments: htel de ville, vch, thtre,
htels privs, sa statue du roi Stanislas et ses fontaines monumentales.
Ds trois heures la compagnie des sapeurs-pompiers, avec sa musique,
avait pris le poste  l'htel de ville, pour rendre les honneurs aux
soldats  leur passage. Aussi, ds que ceux-ci dbouchent sur la place,
la musique se fait entendre, les sapeurs prsentent les armes, les
applaudissements clatent. Tous les chapeaux sont en l'air et des
fentres tombent couronnes et bouquets.

Le maire, plac au balcon de l'htel de ville, avec ses adjoints et le
conseil municipal, avait donn le signal des applaudissements. Jamais je
ne vis telle explosion de joie ni enthousiasme pareil. Je n'ai pas
besoin de vous dire que ce n'a pas t sans peine que le bataillon a pu
s'arracher  ces manifestations patriotiques, et fendre les flots
presss de la foule qui l'entourait. Il put enfin arriver jusqu' la
caserne, o il trouva, vous devez vous en douter, de quoi se bien
rafrachir et se restaurer substantiellement.

Le lendemain Nancy avait repris son calme et ses allures habituelles.
Mais depuis lors tous les visages ont un air de satisfaction et de
srnit qu'ils avaient depuis trop longtemps cess d'arborer. X...


Prise de Sville

L'nergie du gouvernement de M. Salmeron produit les meilleurs fruits,
et dj l'on peut prvoir la dfaite finale, non-seulement des
intransigeants et des cantonistes, mais aussi celle des carlistes et de
don Carlos. Que manquait-il  la Rpublique pour avoir raison d'ennemis
qui n'taient forts que de sa faiblesse et de ses divisions? Une arme
discipline. Elle l'a, et vient de le prouver par la prise de Sville,
presque aussitt suivie de celle de Cadix.

C'est le 28 juillet,  deux heures de l'aprs-midi, que l'attaque de
Sville a commenc. On sait que sous le ministre Pi y Margall, la
populace avait pu s'emparer impunment de toutes les armes et de tous
les canons renferms dans l'arsenal. Ces armes devaient prter dans la
lutte engage une grande force  la rsistance, que dirigeait le gnral
Pierrad. Les soldats de l'anne rgulire, conduits par le gnral
Pavin, ont eu besoin de dployer la plus rare bravoure pour en
triompher. Les insurgs avaient couvert la ville de barricades, et arm
ces barricades de canons. Ils en avaient mis partout. Des pices du plus
fort calibre entouraient la fabrique de tabac, et, dans cet difice, on
avait hiss des canons non-seulement sur les balcons, mais encore sur la
terrasse. Deux heures aprs l'attaque, c'est--dire  quatre heures, les
troupes s'talent dj empares de la station du chemin de fer et de
plusieurs autres points stratgiques. A minuit ils taient matres de la
ville,  l'exception du faubourg de Triana, o s'taient rfugis les
insurgs, aprs avoir successivement incendi leurs positions  mesure
qu'ils les abandonnaient. Ce n'est que dans la journe du lendemain que
l'arme a pu les forcer dans leur dernire retraite.

Dans de pareilles conditions, la lutte devait tre et a t fort
meurtrire. Si les insurgs rsistaient nergiquement, les soldats
avaient un lan admirable. Telle tait l'imptuosit de ces derniers,
que le rgiment de Zamora pntra jusqu'au milieu de la ville  travers
une grle de balles et d'obus, sans se proccuper de savoir s'il tait
ou non suivi par le reste de l'arme.

Le gouvernement insurrectionnel a pu s'enfuir en traversant le
Guadalquivir qui, de la porte de la Barqueta jusqu' l'difice de
Saint-Telme, entoure Sville, sur une tendue d'une demi-lieue. Beaucoup
de maisons ont t brles, ainsi que quelques monuments. Heureusement
ni la cathdrale, si riche et si belle, ni l'Alcazar, n'ont t
atteints.

La prise de Sville a produit une panique incroyable parmi les insurgs
de cette province et des autres. Le gnral Pavia, au moment de partir
pour continuer sa campagne, si heureusement inaugure, a t l'objet de
la plus enthousiaste ovation. Son nouvel objectif tait Cadix o, grce
 la dfection des soldats d'artillerie qui se sont runis aux
volontaires hostiles au comit insurrectionnel, le gnral a pu entrer
le 4 aot sans effusion de sang.

L. C.


La Grenouillre

Paris n'est pas encore port de mer, mais les Parisiens ont leur plage
qui remplace Trouville et Dieppe pour les gens occups que leurs travaux
retiennent  Paris, et qui ne peuvent mme pas s'absenter du samedi au
lundi, en profitant des facilits et des prix rduits accords aux
voyageurs par les grandes compagnies de chemin de fer.

Cette _watering place_, pour nous servir d'une expression  la mode,
cette station d't  l'usage des paresseux ou des gens presss n'est
autre que la Grenouillre, situe dans l'le de Croissy. On s'y rend en
une heure  peine par le chemin de fer de l'Ouest (rive droite), et rien
n'est plus curieux que l'aspect de la gare Saint-Lazare un dimanche
d't.

Sur les vastes marches du perron monumental s'agite une foule joyeuse et
bruyante autant que bariole. Les femmes sont en toilettes claires,
retrousses par derrire, en bas de soie de couleur, coquets souliers 
bouffettes, et s'appuient sur de hautes ombrelles-cannes  la Louis XVI.
Elles sont coiffes de petits chapeaux coquets orns de voiles de gaze
blanche, bleue, grise, qui sient  merveille au teint, et leur donnent
l'aspect des miss anglaises affectionnes par le pinceau de Lawrence.

Les _gentlemen_ qui les accompagnent portent la cape de _Christy_, au
rebord suprieur de laquelle est fix un monocle. Ils sont pour la
plupart en vestons courts, velours ou toffe mlange, tenue du matin,
stick ou parasol  la main.

Tout cela tag sur les marches cause, rit, se pressure, s'attend, se
hle, se dispute, se raccommode, guette les arrivants et les arrivantes,
et au coup de cloche traditionnel s'empile dans les wagons, d'o l'on ne
descendra qu' la station de Reuil.

Ici plusieurs moyens de locomotion se prsentent pour gagner cette
bienheureuse Grenouillre, paradis rv de tant d'ves parisiennes et o
abondent les Adams en costume biblique,  cette diffrence prs que la
feuille de vigne traditionnelle est remplace par un caban de couleur.

Les intrpides vont  pied,  travers les prs, tout le long, le long de
la rivire. D'autres prfrent le chemin de fer amricain, qui les
conduit jusqu' Bougival; aprs quoi, on passe le bac. Les plus aviss
s'embarquent  bord d'un des deux petits vapeurs miniatures qui font le
service de l'le de Croissy  la gare. Ce dernier moyen de transport est
de beaucoup le plus agrable et le plus got.

Nous voici arrivs. Quel bruit et quelle foule! Le petit bassin o l'on
barbote et o les inexpriments prennent leur leon de natation,
seulement pas de vessies ou de ceintures de caoutchouc, est plein  ne
pouvoir y bouger. Les grandes nageuses, elles, se jettent courageusement
du haut de la galerie et piquent des ttes ou des plats-dos aux
applaudissements des spectateurs rests sur la rive. Puis elles fendent
l'onde d'une coupe hardie ou font la planche en se laissant balancer
mollement par les remous du petit vapeur qui drape, aprs avoir dpos
sa collection de passagers.

Dans le caf qui est situ  bord d'un ponton flottant, pas une table
n'est libre. On consomme partout la bire, les sodas et l'absinthe; la
desse verte aux reflets d'opale n'est pas nglige non plus quand
sonnent cinq heures. Ici rgne un ple-mle des plus tranges et des
plus pittoresques. Les baigneurs et les baigneuses, en costume de
natation, sont assis cte  cte avec des gens revtus de redingotes ou
des femmes habilles de mousseline ou de soie. Ils viennent encore tout
dgouttants d'eau prendre place aux mmes tables pour y savourer le
ml-cassis et le bitter-curaao, parfois mme pour y jouer aux cartes
et faire un bsigue chinois en trois mille,  deux centimes le point.

Sur les bancs qui bordent la berge sont assis les gens srieux ou celles
d'entre ces grandes petites dames que leur royaut attache au rivage.
C'est l qu'on voyait jadis si frquemment la belle brune Anna Deslion,
au profil de came, qui s'en va mourant de la poitrine  Pau ou quelque
part dans le Midi. L'infortune Espagnole Pepita Sanchez, dont tous les
journaux racontaient dernirement la fin tragique, tait aussi une des
visiteuses assidues de la Grenouillre, o elle venait de sa proprit
situe  Croissy, sur la rive oppose, du ct de Chatou. Il faudrait,
si l'on voulait tre minutieux, citer toutes les demi-mondaines qui ont
honor de leurs pas, clair de leurs yeux ce sjour enchanteur; mais
cette nomenclature nous mnerait trop loin. Regardons plutt un tout
autre lment de public qui ne ddaigne pas de venir jeter un petit coup
d'oeil sur ces ftes dominicales et sur les bats de cette jeunesse
bruyante et tapageuse.

Je veux parler des chtelains et des chtelaines des environs. Les
proprits princires foisonnent aux environs. Beauregard, jadis  lady
Howard; Louveciennes; Marly; les chteaux des Staub, des Cahen d'Anvers;
les villas somptueuses des Sgalas, des Bournet-Aubertot, des Solas, des
Odilon Barrot et cent autres, font de ce coin de valle un des sjours
privilgis des environs de Paris. La finance, la haute banque, la
politique, tout s'est donn rendez-vous en ces lieux charmants. Edmond
About y est le voisin d'Edmond Tarb des Sablons, le jeune et
intelligent directeur du _Gaulois_; le spirituel Dardenne de la
Grangerie n'y manquait pas un bain; et jusqu'aux petits chalets
miniatures qui sont dans l'le mme et qui paraissent autant de
maisonnettes sorties d'une bote  jouets sont habits par des
notorits de la plume, de l'esprit ou du talent.

Si nous nous enfonons dans l'le elle-mme, sous les majestueux
ombrages qui la couvrent, nous trouvons des points de vue exquis, des
chappes charmantes; c'est plus vaste que les Tuileries, et dans la
semaine, quand il n'y a personne, rien n'est comparable aux frais
attraits de cette dlicieuse solitude. L'isolement de l'le de Croissy
lui a prcisment valu plusieurs fois le dangereux honneur d'tre
choisie comme un terrain o l'on pouvait tranquillement, et  l'abri des
gendarmes, vider les affaires d'honneur. Elle a t le thtre de
nombreux duels, dont les plus connus sont ceux de Carie de P... avec M.
Arthur M.... d'une part, et de, M. O.... et le marquis de M.... de
l'autre.

Mais tandis que nous causons, le soir est venu. Peu  peu les htes
joyeux de la Grenouillre l'ont abandonne pour des parages plus sems
de restaurants. Les chtelains des environs sont rentrs _at home_, o
les attendent des repas somptueux servis sur des tables couvertes de
fleurs naturelles caches sous des nappes couleur de la neige et
encombres de cristaux et de l'argenterie qui tincellent.

Plus modestes, les canotiers et leurs dames se sont abattus en voles
affames chez tous les traiteurs du voisinage. L, sous la tonnelle o
grimpent les pois de senteur odorants et les capucines  la robe de
velours orange, on dguste les matelotes, les gibelottes chantes par
Murger, et dans lesquelles, par une vertu particulire, les lapins ont
trois ttes. On boit du petit ginglet dans des cruches de terre brune
vernisse et au goulot desquelles le petit vin au got framboise vient
cumer en mousse lgre. Parfois quelque richard demande du champagne,
on lui sert sur ce prtexte du coco pileptique fait avec du sucre
candi; mais qu'importe, le bouchon part avec bruit, on crie, on s'amuse,
et tandis que l-bas, sous les grands ombrages de l'le de Croissy
dserte, les tourterelles niches roucoulent plaintivement, le choeur
des Parisiens, regagnant le chemin de fer, fait retentir les chos des
accents joyeux de la ballade de la _Mre Angot._

Lon Villiers.


Notes sur l'Irlande.

LA FTE DE SAINT-PATRICK

Le jour de Saint-Patrick au matin est assez joli comme chanson de
circonstance; mais il est pnible de l'entendre  des heures trop
matinales; c'est le cas  Roundwood, petit village du comt de Wicklow.
L'orchestre du village, des _dilettanti_ en habit vert pomme, en bas de
laine attachs par des rubans frips, ont jou ce morceau national sous
les fentres de l'htel depuis quatre heures du matin. Ce sont de
vritables Bachi-bouzouck de l'art. Peu de discipline, un courage  toute
preuve. Rien ne les intimidait: ni la mesure, ni les lois harmoniques,
ni les plaintes de l'auditoire. Nous les avons entendus s'loigner,
s'approcher, faisant tonner la grosse caisse, tirant des soupirs et des
rugissements de leurs instruments primitifs, allant des maisons des
notables au commun et de l  l'htel, pendant plus de quatre heures,
sans relche, tuant le sommeil, comme dit Macbeth, avec leur
interminable jour de Saint-Patrick. Quand nous fmes sur pied, cette
persistance avait dj produit son effet. La grosse caisse titubait sous
l'influence d'une vingtaine de pintes de bire; le trombone pleurait 
chaudes larmes dans son instrument et commenait un discours sur les
malheurs de la patrie. Mais le village n'est pas moins en fte. Presque
tout le monde est catholique; il n'y a donc pas de bataille  esprer:
les Irlandais regardent une bataille range, _a free fight,_ comme le
dnouement naturel d'un jour de fte. Hommes et jeunes garons portent
un brin de Shamrock--trfle--au chapeau. Les petites filles ont une
croix sur l'paule, c'est--dire un rond de papier blanc travers par
des rayons de rubans verts. Les glises sont pleines  l'heure des
matines, et  la crmonie de midi la foule remplit jusqu' la cour des
chapelles, o elle n'entend rien, mais se contente de s'agenouiller, se
lever, se signer avec la rgularit abrupte d'un automate. Un peu plus
tard les rues sont occupes par des groupes de paysans endimanchs: les
fillettes coiffes en bandeaux lisses et luisants, les matrones portant
le bonnet d'un blanc immacul et les longs manteaux de drap bleu. Tous
ont le symbole national, le brin de Shamrock. Et les salutations, les
conversations se croisent. Les gens du village, debout sur le seuil de
leurs maisonnettes, invitent les connaissances  entrer prendre un
_naggin_ de whisky, un verre de bire. A ceux qui appartiennent  la
Ligne de l'abstention, fonde par le clbre Pre Mathew, on offre un
cordial de temprance, boisson rafrachissante avec laquelle on peut 
la rigueur s'enivrer, mais seulement en y mettant quelques heures au
moins. Les public-houses ne se dsemplissent pas. L'lite des buveurs
s'attable en haut, dans des salles basses et mal claires, sur les murs
desquelles il y a invariablement un tableau de Notre-Dame et la Mort,
un portrait de Daniel O'Connell et des images de saints, colories et
ornes de vers trangement badins et familiers. C'est dans ces chambres
que les plus hupps parmi les paysans boivent leur whisky pur, _whisky
toddy_--une sorte de grog chaud--le cordial de temprance ou de la
bire, fumant tout le temps dans ces petites pipes irlandaises
(dhudheens) de terre cimoles, qu'on connat partout o la sainte
Nicotine a fait des proslytes. En bas on boit le _Calamity water,_
nom expressif (eau de malheur), qu'on a donn  la pire espce de
whisky, celle qui est faite de graines nouvelles. C'est du feu liquide.
L'Irlandais le boit pour clore un march, cimenter une alliance, faire
une politesse  son amoureuse, honorer ses morts, enfin  toutes les
occasions que font natre la joie, l'hospitalit, l'amour, le deuil, la
politique. On le boit parce que c'est la seule boisson  bon march. Les
ivrognes s'excusent en chantant que saint Patrick dcouvrit aux gars de
l'Irlande les grandes joies du whisky. Dans tous les cas, ces joies l
ne sont nullement ngliges de nos jours. Le serment qu'on prte en
entrant dans la Ligue de temprance est dclar nul le jour de
Saint-Patrick. Un paysan nous disait solennellement: je me suis saoul 
toutes les ftes de Saint-Patrick jusqu' ce jour, et _avec l'aide de
Dieu_, je serai saoul  toutes celles qui viendront.

Il n'y a qu'une trentaine de maisons dans le village, dont une dizaine
sont des dbits de liqueurs. Le commun s'tend devant le principal
htel, l'asile  toute heure de la journe des oies vagabondes, des
cochons et des flneurs. Vers cinq heures, le jour de Saint-Patrick,
cette petite plaine commune est envahie par les htes des cabarets et
les fidles de l'glise. On y a construit un grossier thtre, fait de
vieilles planches et de quelques mtres de toile dchire. On va jouer
un grand drame national dans lequel on dit leur fait aux Saxons. Les
places de parterre cotent six sous, celles du paradis quatre. Mais il
semble que mme ces prix modestes sont au-dessus des moyens de la
majorit. Ou peut-tre la majorit aime-t-elle mieux le whisky que le
drame. Il n'y a qu'une douzaine de patriotes qui entrent assister 
l'humiliation de l'Anglais. Le reste coute les clats de voix des
acteurs, fume, boit et danse la gigue. A la tombe de la nuit on s'en va
par bandes, lentement, savourant les joies du whisky, causant politique,
les vieilles tranant les bambins, les jeunes gars contant fleurette aux
filles. L'Irlande est essentiellement amoureuse. Se battre pour boire,
se battre pour aimer, est une des rgles populaires de la grosse
philosophie picurienne. On la chante sur tous les tons pendant ces
lents retours  travers les brouillards du soir. La marche dure
plusieurs heures. Les hommes ont des gourdes pleines d'usquebangh dans
leurs poches, et arrive  quelque terrain bois, au milieu d'une
clairire, la bande fait halte, s'assied et recommence la fte au clair
de lune. Alors ce sont des histoires racontes par des vieilles en
capuchon bleu, des lgendes tristes avec une pointe de gaiet folle, des
contes merveilleux et fantastiques tirs d'un rpertoire riche comme pas
un en traditions potiques et fabuleuses. On fait apparatre la
_Baushee_, la petite vieille qui annonce une mort prochaine en tapant
aux fentres; on dcrit les bienfaits, les caprices, des bonnes gens,
les fes; puis les hauts faits des Chevaliers de la Branche-Rouge, des
Peep o Day Boys (gars du Point du Jour), les pisodes de la grande
Rbellion, etc. L'enthousiasme dborde en hyperboles enfantines, en
danses pileptiques. La vivacit celtique parat dans tous les gestes,
dans toutes les phrases. On rit et l'on pleure en mme temps.

Il suffit d'un calembour pour faire oublier O'Connell, Emmet, le _Home
Rule_ et le Pape! Il suffit d'une petite sentence sentimentale pour
produire un choeur de _Ocho!_ douloureux, des lamentations sur l'Irlande
martyrise et la maladie des pommes de terre. Et de temps en temps un
grand garon se lve, et avec des gestes furieux entonne un chant
sditieux, le _Wearing of the Green_ (en portant le vert), le _Sham van
Voch_ (la Vieille femme). Ce sont des airs tristes et charmants, nafs
et sauvages, des airs comme en a trouvs le pote Moore, et dont
beaucoup ont fait le tour du monde. Et les paroles qui courent de bouche
en bouche, les jours d'meute, comme une _Marseillaise_ de douleurs
farouches, sont aussi simples que fortes; elles sentent la mer et la
montagne. On chante cela sans peur du _Mounted comtabulary_. La police
ne les attaquerait jamais dans le haut des marais o les paysans sont
les matres. Il faudrait d'ailleurs trs-peu pour convertir ces retours
de foire pastoraux en boucheries terribles: un protestant portant
l'orange  sa boutonnire, un constable, un receveur de contribution.
Tout en chantant les Franais en mer, l'Irlande sera libre du centre 
la mer, les Boys de Wicklow mettraient en morceaux l'intrus avec
l'inconsciente frocit d'une bte qui tue pour manger.


Le Roitelet

Un fouillis de plantes aquatiques sur le bord d'un marais, voil la
scne o M. R. Bodmer, en sa nouvelle composition, a pos ses
personnages: un roitelet et deux demoiselles.

Les demoiselles courent la prtantaine  travers les joncs, les
colchiques et les phalarides. L'une d'elles s'est un instant arrte,
prte  reprendre son vol. L'autre arrive, fendant l'air sur ses ailes
de gaze. Sans doute elle poursuit la premire, qui prend plaisir au jeu.
Question d'amour et passe-temps de coquette. Mais l'idylle menace de
tourner au drame. L'ennemi, un roitelet, est l qui les guette, et tout
entiers  leurs bats, les amoureux imprvoyants ne l'ont pas aperu. Il
est venu sans bruit, et maintenant pos sur une feuille de roseau, il
prend ses mesures pour fondre sur eux. Le haut du corps est pench en
avant, le bec en arrt, les ailes  demi-ouvertes. Sa petite queue
releve avec force indique l'importance qu'il attache au mauvais coup
qu'il mdite et la jouissance qu'il s'en promet. N'en doutez pas, les
demoiselles sont condamnes et le glouton s'en repatra.

Mais un jour o l'autre il portera la peine de sa voracit; un jour o
l'autre, aprs avoir croqu quelque mouche ou quelque vermisseau, il
rencontrera, lui aussi, sur son chemin, sinon

        L'embuscade d'une araigne,

du moins la msangette perfide d'un bambin qui le guettera  son tour,
et il expiera ses noirs forfaits par une captivit qui ne finira
trs-vraisemblablement qu'avec sa vie.

G. P.


[Illustration: LES ENVIRONS DE LA GRENOUILLRE]



LA CAGE D'OR

NOUVELLE

(Suite)

Nullement prpar  un vnement qui pouvait exercer une influence si
considrable sur son existence, le marchand tait en proie  une
indicible motion. Des larmes,--nous voulons croire que seule, la
charit chrtienne les faisait couler,--avaient jailli de ses paupires;
ple, la bouche bante, les yeux gars, il coutait sans l'entendre le
matre de poste, qui, persuad que ce sensible voyageur tenait au dfunt
par les liens de la parent ou de l'amiti la plus vive, lui fournissait
de minutieux dtails sur les pompes de l'enterrement auquel tout Kalouga
avait assist.

L'esprit positif de Nicolas Makovlof eut enfin raison de ces mouvements
dsordonns de son coeur; revenant  la pratique des affaires, il
s'enquit soigneusement du nom, de la qualit, de la position de
l'hritier du boyard, de celui enfin dont il devenait le bien, la chose,
au mme titre que les meubles meublants qui garnissaient le chteau
dlaiss.

Le matre de poste ne pouvait malheureusement lui fournir que des
renseignements incomplets. Le seigneur Laptioukine avait dispos de ses
biens en faveur d'un neveu qui portait le mme nom que lui; mais ce
neveu, un fort mauvais sujet, s'il fallait en croire la rumeur publique,
on le connaissait  peine au domaine, o il y avait longtemps qu'il
n'tait venu. On savait qu'il avait habit Moskow pendant quelque temps;
mais, depuis un an, on ignorait  Kalouga o la dissipation de sa
conduite l'avait conduit.

Le marchand et peut-tre obtenu des informations plus prcises en se
rendant au chteau, dont il n'tait spar que par une vingtaine de
verstes; mais le mot de testament lui remettant en mmoire la vengeance
posthume dont le feu comte avait jur de le poursuivre, le livrait de
plus belle  toutes ses angoisses. videmment, il avait tout  gagner 
se prsenter devant l'hritier sans perdre une minute; si la clause
redoute existait, peut-tre celui-ci ne la connaissait-il pas encore?
Si, au contraire, le mort avait oubli de faire figurer sa rancune
contre son ancien cordonnier dans ses dispositions, Nicolas profiterait
de l'humeur aimable, bienveillante, facile, qui, chez tous les
bnficiaires, est le premier profit de leur hritage, pour obtenir de
son nouveau matre un affranchissement  prix rduit.

Il fit donc doubler le nombre des chevaux de son quipage; il tripla les
pourboires et, grce  ces libralits, le lendemain, au point du jour,
il entrait dans Moskow.

Toujours favorable aux mditations, le roulement de la voiture avait
encore imprim aux siennes une direction des plus louables. Depuis qu'il
avait entrevu la possibilit d'un dnouement honnte, digne et rgulier,
il avait t pris d'une aversion singulire pour la duplicit, pour les
artifices auxquels la ncessit l'avait rduit; dans cette horreur, de
frache date pour le mensonge, il s'tait dtermin, dut-il parcourir la
Russie entire pour retrouver l'hritier,  ne reparatre devant
Alexandra que lorsqu'il pourrait jeter  ses pieds les fers briss de
l'homme  obrosk devenu libre. Aussi lorsque le conducteur prit la
direction de la Tverskaa, lui ordonna-t-il de le conduire  l'htel du
matre de la police.

Tout le monde y dormait encore profondment, et quand Nicolas Makovlof
entra dans la cour, il la trouva dserte et silencieuse; mais, dans
l'tat d'effervescence o il se trouvait, il ne devait pas s'embarrasser
de si peu; il heurta  la porte. Un valet parut encore envelopp de la
fourrure qui lui avait servi de matelas, de couverture et de drap
pendant la nuit.

--Frre, lui dit Nicolas, je voudrais parler  Son Excellence.

--Chien maudit, ne pouvais-tu pas attendre que le soleil fut lev pour
faire un sabbat comme celui-l; crois-tu donc qu'un homme du rang de mon
matre est rveill d'aussi grand matin que les rustres de ton espce?

L'air rbarbatif, l'accent grondeur du domestique ne produisirent aucune
impression sur son interlocuteur; il tira froidement deux roubles de sa
poche et, les glissant dans la main du farouche cerbre:

--L'Excellence est veille, lui dit-il.

La main porta avec vivacit l'argent dans la poche, mais la figure ne
fit pas un mouvement; seulement le domestique s'tait effac pour
laisser passer le visiteur matinal:

--Le frre a dit vrai, murmura-t-il d'un ton moins rude: l'Excellence
est veille.

Au premier tage, le marchand se heurta  un valet de chambre non moins
terrible que son collgue du rez-de-chausse, et qui prenait tous les
saints du calendrier grec  tmoin que le matre n'tait pas chez lui.

Les mmes arguments lui dmontrrent qu'il se trompait au moins de la
moiti; il tait vrai que le dignitaire ne se trouvait pas dans sa
chambre  coucher, mais s'il l'avait quitte, c'tait pour entrer dans
le cabinet o il travaillait.

Dans les pays autocratique, tout se rgle sur l'exemple, bon ou mauvais,
du matre. Le tsar Nicolas, le plus laborieux souverain qu'ait possd
la Russie, tait  la besogne ds cinq heures du matin, et, chez tous
les fonctionnaires de l'empire, c'tait une mulation  qui quitterait
son lit le premier.

Dans l'antichambre, notre hros eut  livrer une nouvelle bataille; mais
les victoires vont par bandes comme les perdrix; la droute de ce nouvel
adversaire fut si complte que, malgr l'orage qui venait de
l'intrieur, il se chargea de pousser le solliciteur dans la pice o se
tenait le matre de la police.

Celui-ci avait entendu le colloque, et, furieux d'tre drang dans la
lecture de la _Gazette de Saint-Ptersbourg_, il fulminait contre
l'importun avant mme de l'avoir aperu.

--Vingt-cinq coups de bton  ce drle, s'criait-il; qu'on le chasse,
qu'on le fustige, et si l'impudent coquin ose rsister, qu'on le fasse
mourir sous le knout.

A la vue de Nicolas, sa colre clata avec un surcrot de violence; mais
celui-ci s'avanait impassible sous cette grle d'apostrophes, rpondant
 chacune d'elles par de profondes inclinaisons qui, comme les injures,
allaient en s'accentuant de plus en plus. Cependant le fonctionnaire fut
le premier  amener son pavillon, en s'arrtant au milieu d'une
exclamation furibonde.

Ses regards venaient de tomber sur un billet de cent roubles dpos sur
un coin de son bureau, et qu'il se croyait bien certain de n'y avoir
point oubli la veille; aussitt comme les deux valets, comme
l'huissier, le tigre se changea en mouton. Il y eut entre eux et lui
cette seule diffrence, qu'il se mit en frais de quelque pudeur pour
oprer sa mtamorphose.

--Allons, puisque vous voici dans la place, restez-y, s'cria-t-il avec
sa plus grosse voix, mais en laissant nanmoins percer dans son accent
une certaine bonhomie; mais du moins dites vite ou que la peste vous
trangle, ne me faites pas trop perdre d'un temps qui appartient 
l'tat!

Nicolas Makovlof exposa humblement sa requte.

--Laptioukine! dit le fonctionnaire en rvant, Laptioukine, je connais
cela. Ah! oui, un cerveau brl, sur lequel vient de s'arrter la
clmence de notre bien-aim tsar, beaucoup trop misricordieux,  mon
gr. Il y a trois jours que ce jeune fauteur de complots nous est revenu
de Sibrie, o il avait t mis en pnitence. Vous dsirez savoir o il
demeure? Rien de plus simple, mon cher monsieur, car vous comprenez fort
bien qu'il est de mon devoir d'avoir l'oeil sur tous les ennemis de
notre gracieux souverain. Il est vrai que celui-l vient d'hriter d'un
oncle et qu'il n'y a rien de tel que la fortune pour gurir un homme de
la maladie des rvolutions; mais c'est gal, d'ici  quelque temps, il
ne fera pas un geste, un pas, que je n'en sois averti. C'est ainsi que
je sais dj qu'il a lou hier matin une maison  l'angle de la rue de
Novogorod et de la place de Pierre le Grand; c'est l que vous le
trouverez.

Aprs un nouveau salut, le marchand allait se retirer; le matre de la
police le rappela.

--Encore un mot, mon digne ami, lui dit-il; vous savez qu'il est un peu
de mon mtier de me mler de ce qui ne me regarde pas; vous ne m'en
voudrez pas si je vous donne un avis qui m'est dict par la profonde
sympathie que vous m'inspirez, et la crainte que vous ne deveniez la
dupe d'un chenapan. Vous avez, j'en suis sur, quelqu'affaire d'argent 
traiter avec ce Laptioukine; prenez dix srets plutt qu'une; au train
avec lequel ce gaillard-l a dvor son pre, il est clair qu'il ne fera
qu'une simple bouche de son oncle. Et pour finir, mon bon camarade,
n'oubliez jamais que mes petits services vous sont acquis,  quelque
heure du jour et de nuit qu'il vous plaise de les rclamer.

Bien que Nicolas ne se fit aucune illusion sur la part qu'avaient ses
mrites dans la brusque closion de l'intrt que lui tmoignait la
Haute Excellence, il ne se crut point dispens de lui prodiguer les
remerciements.

Quand il et regagn son drowski, au lieu de le diriger vers la rue
qu'on venait de lui indiquer, ce fut au restaurant de la Trotza qu'il
se rendit.

L'ide lui tait venue de faire un peu de toilette avant de se prsenter
devant l'hritier de son ancien matre.


XV

Aprs l'aventure du sterlet, Alexandra se trouvait dans une situation
d'esprit assez complexe.

Elle avait essay de douter; il lui semblait impossible que son mari et
aussi audacieusement abus de sa crdulit; mais une visite  Mme
Babowskine, une de celles qui supportaient le plus aigrement les fugues
rptes de leurs poux, l'avait initie aux dbordements gastronomiques
des prtendus conjurs, et elle avait t force de se rendre 
l'vidence.

Ce dnouement imprvu la laissait encore plus irrite qu'afflige, plus
indigne qu'abattue.

L'exagration avec laquelle sa haine contre le servage s'tait traduite
tait certainement quelque peu factice. Lorsqu'elle s'y tait abandonne
avec ces ardeurs fivreuses, elle avait surtout espr y trouver un
remde contre le penchant par lequel elle se sentait envahie. Elle ne
s'tait pas trompe, le drivatif avait t efficace; si la plaie
n'tait pas entirement cicatrise, du moins elle ne saignait plus, et
il faut bien l'avouer, si condamnable que ft la petite comdie dont
elle avait t la dupe, elle n'tait cependant pas trangre  la cure.

Sous l'aspect tout nouveau que lui prtait le rle romanesque qu'il
s'tait impos, Nicolas Makovlof avait produit une certaine impression
sur l'imagination de sa compagne. L'espce de compassion attendrie qui
avait t jusqu'alors le seul sentiment que celle-ci prouvt pour son
mari s'tait transforme; ce qu'elle ressentait pour lui depuis qu'il
s'tait montr tel qu'elle aurait voulu qu'il ft n'tait certainement
pas encore de l'amour, mais c'tait dj une sympathie assez vive, assez
profonde pour que celle qui l'prouvait sentt que le devoir lui serait
facile, et peut-tre doux lorsque le jour de l'affranchissement serait
enfin venu.

En mme temps et sans s'effacer, le souvenir de l'exil perdait de plus
en plus le privilge de la troubler; elle songeait encore  lui, mais
c'tait avec le pieux recueillement que commande la pense d'un ami que
la mort nous a pris; c'tait pour adresser au ciel quelque fervente
prire dans laquelle elle demandait  Dieu d'allger pour le pauvre
jeune homme les tortures que la Sibrie rserve  ses victimes, de lui
accorder la force de les supporter. Quelle que ft la chaste
susceptibilit de son me, elle ne devait plus s'alarmer de ce culte
religieux pour celui qu'elle considrait comme un martyr.

Maintenant, n'tait-il pas  craindre que cette quitude, de son coeur
ne s'vanout avec l'hrosme de son mari? N'allait-elle pas se
retrouver comme elle tait nagure, c'est--dire sans autre bouclier que
cette rigidit de principes qui, une fois dj, l'avait si
imparfaitement sauvegarde? Cette apprhension s'tait plus d'une fois
prsente  son esprit, et elle ne laissait pas que de l'inquiter.

Cependant ces ides n'taient chez elle que secondaires; le misrable
avortement du rve d'mancipation qu'elle avait caress tait de tous
les griefs que venait de lui donner Nicolas celui qui excitait le plus
vivement son courroux. Si ses dterminations n'avaient pas t exemptes
de quelque proccupation personnelle lorsqu'elle avait exig de son mari
qu'il se vout  cette prilleuse entreprise, elle n'avait pas tard 
s'en affranchir; son caractre passionn n'avait pas longtemps rsist
aux sductions grandioses de cette tche dont le rsultat devait tre la
dlivrance de leurs frres en servage, et son dvouement  cette oeuvre
tait aussi srieux que sincre. Aussi ne se consolait-t-elle pas de
n'avoir point russi  galvaniser la timidit et la passive indiffrence
du pauvre homme; aussi son dpit allait-il jusqu' accuser l'amour du
marchand de tideur, puisqu'il n'avait pas su lui inspirer la rsolution
de conqurir le coeur de celle qui ne lui appartenait encore qu'en vertu
de la fiction lgale.

Maintenant nous devons avouer que si vive que fut son irritation contre
Nicolas Makovlof, elle tait dispose  quelqu'indulgence pour les
fourberies et les mensonges dont il s'tait rendu coupable. Nous le
rpterons encore, il ne faut jamais juger la socit russe, et surtout
les classes secondaires de la socit russe, avec la svrit dont nous
aurions le devoir d'user vis--vis de nos compatriotes. Le sens moral
n'est point absolu dans tous les milieux; sous un rgime oppressif comme
l'tait celui du servage, certains actes blmables, mais dicts par la
ncessit, se trouvent attnus dans leur caractre.

Alexandra connaissait si bien l'empire qu'elle exerait sur l'esprit de
son mari qu'elle n'avait pas perdu l'espoir de l'amener  une excution
un peu moins fallacieuse de ce qui, chez elle, tait pass  l'tat
d'ide fixe. Elle attendait son retour avec une vritable impatience,
lorsqu'un vnement bien inattendu vint la soumettre  une preuve plus
douloureuse encore que celle qu'elle avait dj traverse.

Depuis son mariage elle avait toujours vcu fort retire; comme la
plupart des femmes du commerce moscovite, elle quittait rarement son
intrieur, espce de gynce o les trangres ne pntraient
elles-mmes que dans quelques circonstances solennelles. Mais depuis que
la ncessit d'obtenir quelques claircissements sur les agissements
soi-disant patriotiques de son mari, l'avait mise en rapport avec Mme
Babowskine, celle-ci, qui depuis longtemps dsirait entrer dans
l'intimit de sa riche voisine, n'avait point laiss chapper cette
occasion de se lier avec elle.

On n'observe que trs-peu de caractres mixtes ou intermdiaires chez
les femmes russes; quand ce ne sont pas des anges, ce sont des dmons.
Mme Babowskine appartenait  la seconde de ces deux catgories; si la
nature se ft montre envers elle aussi prodigue de ses dons qu'elle
l'avait t pour Alexandra, Mme Babowskine et fait de Moskow une
succursale de l'enfer; elle et suffi  la peupler de damns.
Heureusement le ciel lui avait refus un appoint indispensable 
l'emploi auquel son temprament la prdestinait, celui des agrments
extrieurs. Petite, maigre, anguleuse, portant sur des paules triques
une tte norme, laquelle exhibait un visage d'un type mongol
parfaitement russi, elle ne trouvait gure, quelle que ft sa bonne
volont, d'autre victime que le mari que la loi condamnait  ce triste
rle; elle s'en ddommageait en le faisant enrager pour dix. Lgre,
frivole, vapore, folle de plaisirs, elle n'avait point t aussi
irrite qu'elle le prtendait des distractions que le marchand de
soieries allait chercher au dehors, mais elle avait accueilli avec un
vritable enthousiasme cet excellent prtexte de s'affranchir de toute
contrainte. Tandis que M. Babowskine s'gayait gastronomiquement avec
les enfants des tnbres, sa moiti se vengeait en figurant dans tous
les bals, dans toutes les ftes, dans tous les spectacles de Moskow.

Il y avait en ce moment au thtre franais de cette ville une actrice
qui faisait fureur, et Mme Babowskine, qui ne manquait pas une seule de
ses reprsentations, vint un jour offrir  Alexandra une place dans sa
loge.

G. DE CHERVILLE.

(_La suite prochainement._)



HISTOIRE DE LA COLONNE

_Premier article._

Nombre d'crits ont t publis sur ce sujet. Mais ils sont trs-peu et
trs-mal connus de notre gnration. A tel point que, sans les
fantaisies iconoclastiques de la Commune, combien d'entre nous ne
reculeraient pas encore devant cette affirmation:--La colonne Vendme
est toute de bronze massif!

L'heure prsente donne  ce monument un regain d'actualit. Le dernier
peut-tre. Profitons-en. Non pour ressasser, en bloc, tous les
renseignements acquis. Mais pour choisir et remettre en lumire les plus
intressants et les plus pittoresques. Un peu de technologie, beaucoup
d'histoire anecdotique. Voil notre plan.

I.--LES PRLIMINAIRES.

Le tribun Cure, et, aprs lui, le conseiller d'tat Portalis s'taient
cris: La France a besoin d'un prince pour n'avoir pas un matre! Ce
cri pouvait passer pour l'expression, un peu bien entortille, des voeux
du pays. Ainsi l'avaient dclar les Chambres. Un mois plus tard, la
Rpublique tait morte et l'Empire tait n. C'tait le 18 mai 1804, un
vendredi.

L'adhsion de la France  la nouvelle forme gouvernementale tait
rpute unanime. Comment ne pas perptuer,  travers les ges, le
souvenir de ce triomphe? Napolon dcide l'rection, sur la place
Vendme, d'un monument commmoratif dit colonne dpartementale. Les
travaux commencent. On pose la premire pierre. Mais les vnements se
sont prcipits. Une nouvelle guerre s'engage. Le 25 septembre 1805, un
premier corps d'arme passe le Rhin  Mayence. Trois mois aprs,
Alexandre 1er et Franois II signaient le trait de Presbourg. C'tait
fini.

Or, de toute la campagne, le baron Denon, membre de l'Institut,
directeur gnral des muses et de la monnaie des mdailles, n'avait pas
quitt l'empereur. A peine les dernires fumes d'Austerlitz se
sont-elles vanouies, qu'il suggre au vainqueur, dans Schoenbrunn, la
pense de remplacer la _colonne dpartementale,_ en cours d'excution,
par une autre colonne, ddie  la Grande-Arme. Ce sera comme un
gigantesque point d'admiration au bout de la merveilleuse priode
militaire que l'empereur vient d'crire  la pointe de l'pe!

On prendra pour type la colonne Trajane. Les circonstances dans
lesquelles celle-ci fut difie ne prsentent-elles pas, avec les causes
et les rsultats de la guerre qu'on vient d'achever, d'clatantes
analogies? Que disent, en effet, les annalistes? coutons-les:

Aprs avoir, une premire fois, dfait les Daces (1), Trajan venait,
par un trait trop gnreux, de leur accorder une paix inattendue.
Cependant, au mpris des conventions, Dcbale, le roi vaincu,
recommence  fabriquer des armes,  construire des forteresses, 
fomenter des ligues. Il va mme jusqu' s'emparer d'une province allie
des Romains. Trajan se remet en campagne et, de nouveau, ses aigles
victorieuses pntrent au coeur de la Dacie.--A son retour, le Snat lui
vote, au nom du peuple, une colonne commmorative de tant de gloire.

[Note 1: Les Daces habitaient la contre connue aujourd'hui sous le nom
de Hongrie.]

Franchement, il faudrait avoir l'oeil bien peu courtisanesque pour
n'apercevoir pas, entre les deux expditions, l'une romaine, l'autre
franaise, de nombreux points de similitude. Mmes tant les causes,
mme doit tre l'effet.--Il est vrai que, pour Trajan, c'est au Snat
qu'appartient l'initiative de l'hommage; il est encore vrai que cet
hommage s'adressait non pas seulement  l'empereur qui venait de battre
l'ennemi, mais aussi--s'il faut en croire l'inscription du monument--
l'empereur qui venait d'aplanir de 144 pieds les collines hrissant les
abords du Forum...

Mais pourquoi chicaner?

L'ide du clbre acadmicien sduit l'illustre capitaine, et la colonne
est dcrte.

Elle sera de pierre, revtue de bronze.

Les canons rapports d'Ulm et des arsenaux de Vienne feront, seuls, les
frais du revtement.

Et la campagne de 1805 tournoiera, sur l'airain autrichien et russe,
comme sur les trente-quatre blocs de marbre de la colonne Trajane
tournoie la campagne de 106!

II.--L'excution.

La haute direction des travaux est confie, naturellement,  l'inventeur
de l'ide. M. Denon s'adjoint, comme second, un architecte, M. Gondoin,
qui reste charg des tudes prparatoires et de l'excution de la
colonne.

Tout de suite M. Gondoin se met  l'oeuvre. M. Gondoin labore projets
sur projets. M. Gondoin peine et se travaille. Mais M. Gondoin n'arrive
pas  satisfaire l'Institut, auquel ses plans n'inspirent qu'une
confiance mdiocre. On les trouve d'une possibilit douteuse
d'excution. Bref, le problme inquite les plus oss. Le rsoudre du
premier coup? C'est chose dclare bientt impossible. Si l'on procdait
par ttonnements? Et l'on convient d'excuter, dans un endroit
quelconque, une colonne provisoire. Ainsi pourra-t-on, sur place,
essayer les modles destins au moulage des bronzes. Quel surcrot de
dpense! objectera-t-on. Il n'importe. Et quelle perte de temps! Ceci
est plus grave. L'empereur est press. Le baron Denon, que cette
dernire considration meut singulirement, s'ingnie, cherche et
trouve... M. Lepre, un architecte qu'il avait  ses cts en gypte.

M. Lepre examine tous les projets proposs, coute toutes les
combinaisons: rien ne lui semble pratique. Tout en critiquant, il
conoit d'autres moyens d'excution moins fantaisistes, demande 
rflchir, et, quelque temps aprs, apporte des plans et des mmoires
improviss--tous calculs  l'appui.--Pas un dtail n'est nglig. Pas
une prcaution omise. L'Institut, stupfait, les accepte  l'unanimit,
sans discussion.

Et M. Gondoin de s'crier, en serrant la main de son habile
confrre:--Votre travail, mon ami, me parat parfait. Il est tonnant
qu'en aussi peu de temps vous ayez pu le concevoir, en faire les
calculs, en excuter les plans. Je ne vois rien  y ajouter. Vous serez
charg de tout. Je m'en rapporte  vous.

Est-ce  dire que M. Gondoin se dmettait de ses fonctions en faveur
d'un plus digne? Pas le moins du monde. M. Denon s'tait adjoint M.
Gondoin. M. Gondoin s'adjoignait M. Lepre, et voil tout!

                                             *
                                            * *

[Illustration: TYPES ET PHYSIONOMIES D'IRLANDE.--Halte de paysans
Irlandais au retour d'une fte.]

[Illustration: LE ROITELET.--Composition et dessin de Karl Dormer.]



Autour de ces trois noms se groupent toute une arme de collaborateurs.
Disons les principaux:

Bergeret (Pierre-Nolasque), peintre d'histoire, paysages, genre et
portraits, lve de Vincent et David. Son premier tableau d'exposition:
_Les honneurs rendus  Raphal aprs sa mort_, venait d'obtenir, au
Salon de 1806, un immense succs, consacr par l'acquisition qu'en fit
l'empereur. C'est  Bergeret qu'est confi le soin de composer l'immense
page d'histoire qui doit s'enrouler au ft de la colonne.

Pour traduire ces dessins en bas-reliefs, sont successivement
dsigns:--Bartolini, Beauvallet, Boischot, Boquet, Bosio, Bouillet,
Bridan, Calamar, Cardelli, Mlle Charpentier, Clodion, Corbet, Delaistre,
Deseine, Dumont, Dupasquier, Fortin, Foucou, Francin, Gaule, Grard,
Gois fils, Losta, Lucas, Montoni, Petitot, Picard, Renaud, Rutxiel,
Stouff et Taunai.

Sur les dessins de l'architecte Mazois, Grard sculptera les _Renommes_
qui doivent soutenir, au-dessus de la porte, l'inscription
ddicatoire;--les bas-reliefs des trois autres cts du pidestal seront
excuts, d'aprs les croquis de Zix, par Beauvallet et Renaud.

 Canlers incombent les quatre aigles des angles, et  Gel tous les
ornements d'architecture.

Enfin, quand nous aurons cit l'inspecteur des travaux, Fouilloux, et
les divers entrepreneurs, savoir: Plateau, pour la maonnerie; Lacase,
pour la charpente; Launay, pour la fonte et Rmond, pour la
ciselure,--nous aurons  peu prs puis la liste des cooprateurs de M.
Denon.

Un nom toutefois manque  notre nomenclature, celui de Chaudet. C'est 
lui que la statue qui doit couronner l'difice est commande. Nous y
reviendrons plus tard.

                                             *
                                            * *

Voil donc la besogne distribue. Ds lors l'activit dvorante de
l'homme  qui l'on voue cette apothose semble s'emparer de ceux qui la
lui prparent. L'chafaudage--un chef-d'oeuvre de force et de
lgret--surgit du sol. A partir de ce moment, tous les travaux
marchent se front. Au fur et  mesure que s'lve le massif de pierres,
dessinateurs, sculpteurs, fondeurs et ciseleurs imposent au bronze les
formes requises. La grande proccupation est d'aller vite. Tous les
obstacles sont tourns. C'est ainsi qu'on renonce au moulage des plaques
de bronze en cire perdue, procd usuel, mais d'une lenteur
dsesprante. On y supple par un moyen nouveau, fort ingnieux
d'ailleurs:--les modles de pltre subiront une cuisson; et, grce  ce
recuit rouge, rien de plus facile que de les dgager sans altrer les
moules.

Les calculs de Lepre sont, au reste, d'une prcision tellement
rigoureuse, tout a t si bien prvu, qu'aucun incident matriel
n'entrave l'excution.

Les oprations de la fonte, notamment, s'excutent dans les vastes
ateliers construits exprs par Launay, et  ses frais,  la foire
Saint-Laurent, sans hsitation, sans ttonnement, en pleine scurit.

Les dimensions de chacune des 378 pices de bronze qui doivent tre
coules ont t donnes au fondeur sur autant de chssis, d'aprs les
diffrents contours de la colonne; la diminution progressive du ft et
la forme des bas-reliefs en hlice...

Tout irait donc pour le mieux n'taient certains conflits de
personnalits, invitables quand tant d'amours-propres se trouvent en
prsence.

                                             *
                                            * *

En tte des artistes qui se sont vus aux prises avec le plus de tracas
pendant ce travail, il faut placer Bergeret.

Laissons-le raconter--_lui-mme_--quelques-unes de ses tribulations:

Je vous l'ai dj dit, mon cher ami, j'avais prvu que j'prouverais de
la part des sculpteurs des dsagrments invitables. Pour vous en donner
une ide, je citerai ce qui arriva  M. D..., ancien membre de
l'Acadmie royale. Cet artiste, qui avait eu de la rputation dans son
temps, et qui ne manquait pas de talent comme praticien, mais dans le
got de sculpture du Bernin, fut  la mode dans sa jeunesse. Charg,
comme presque tous les sculpteurs, de faire six panneaux de bas-reliefs
de la colonne, mettant de ct mes dessins, qui devaient lui servir de
modles, il composa de son cru les sujets indiqus, et cela dans le
style que je viens de dsigner... Quand il eut fini, ou cru avoir fini,
il invita M. Denon, M. Lepre l'architecte, M. Chaudet, sculpteur, 
venir voir son ouvrage. Quant  moi, il ne me fit pas cet honneur. Quand
ces messieurs revinrent de chez M. D..., ils taient consterns; il fut
enfin dcid que l'on payerait les bas-reliefs et qu'ils seraient
briss, tant trop disparates, quant au style, avec les autres, pour
pouvoir y faire suite. Ils furent donc dtruits et jets aux moellons,
etc.

Mais ce n'est pas seulement avec les vanits furibondes de ses confrres
en art, qu'il avait  compter. Oyez plutt:

... Les dessins mis  excution dans ce beau et grand monument portent
huit cent quarante-cinq pieds (274m 49) de dveloppement; j'en fis prs
de mille (324m 84) dans l'espace de quatorze mois. Ce surcrot de
travail fut occasionn par des changements qu'il fallait faire, tantt 
la demande d'un prince, tantt  la demande d'un gnral, d'un colonel,
etc., etc., ce qui devenait trs-fatigant et nous faisait perdre un
temps assez considrable.

Aprs une scne fort vive que j'eus  ce sujet avec le gnral Lannes,
qui voulait tre sur le premier plan du bas-relief, quoique rien dans le
programme ne l'indiqut, il me vint en pense de faire arrter les
compositions qui devaient tre excutes, par l'empereur. Je communiquai
mon projet  M. Denon, qui l'adopta et qui effectivement porta un jour 
Napolon une quantit considrable de ces dessins, sur lesquels il fit
apposer _la Griffe du Lion_; ce qui mit fin  des sollicitations qu'il
devenait quelquefois fort difficile d'luder.

                                             *
                                            * *

A ces causes de retard, il faut ajouter les petites raisons d'tat
surgissant de temps  autre. Un de ces incidents mrite d'tre relev.

Si les bas-reliefs du ft devaient tre des tableaux d'histoire, disant
la campagne de 1805 presque jour par jour, ceux du pidestal devaient
tre, pour ainsi parler, des natures-mortes militaires: armes,
uniformes, ustensiles, etc., etc., des armes trangres: trophes
marqus aux chiffres connus F. Il et A. I des deux empereurs vaincus.
Pourquoi, la colonne acheve, n'a-t-on trouv, sur ces bas-reliefs, que
la premire de ces deux initiales?--C'est Launay, le fondeur, qui va
nous l'apprendre:

Napolon, recherchant l'alliance de la Russie, donna par politique
l'ordre d'effacer des bas-reliefs tout ce qui pouvait rappeler les
triomphes de l'arme franaise sur les Russes runis aux Autrichiens.
Nous trouvmes que cet ordre pourrait par la suite diminuer la gloire de
l'arme, car les antiquaires  venir ne voyant sur la colonne que les
dpouilles enleves  l'Autriche, en concluraient qu'elle seule a t
vaincue. Nous prmes la rsolution de consigner ce fait Et afin d'en
tablir une preuve incontestable, nous conservmes, au-dedans des grands
bas-reliefs de la colonne, les marques du triomphe des Franais sur les
armes russes et autrichiennes runies. Preuve que l'on pourra lire au
revers des bas-reliefs--o les chiffres de ces deux puissances se
trouvent accols, comme ils l'taient sur les bas-reliefs avant l'ordre
qui nous fut transmis--lorsque la faulx du temps, qui n'pargne rien,
aura rduit en ruines un monument qui doit, par sa solidit et la nature
de sa construction, traverser une suite de sicles pour ainsi dire
innombrables...

L'empereur, qui venait de divorcer, projetait alors en effet son mariage
avec la grande-duchesse de Russie. D'o ses mnagements  l'endroit
d'Alexandre. Mais le projet n'et pas de suite. Et, chose curieuse!
c'est prcisment la fille de celui dont la dfaite demeurait souligne,
seule, au bronze des bas-reliefs, qu'il devait pouser--prs de cinq
mois mme avant l'inauguration de la colonne!

Jules Dementhe.

(_A suivre._)



LES THTRES

Thtre du Palais-Royal.--_Le Baptme du petit Oscar_, par MM. Eugne
Grang et Victor Bernard.

Sur le vu de l'affiche, les nafs se disaient: Ce sera quelque drlerie
prenant sa source dans le _Baptme du petit bnisse_. Eh bien, non,
rien de semblable.--La chose n'en est pas pour cela plus originale,
croyez-le bien. Il s'agit d'une rengaine tire du _Chapeau de paille
d'Italie_, cette odysse burlesque qui est toujours jeune aprs
vingt-cinq ans de reprise. Seulement il y a ici une inversion d'une
allure assez amusante. Ce qu'on perd, ce qu'on cherche, ce qu'on demande
 tous les chos de la grande ville, ce qu'on ne trouve et ce qu'on
finit pourtant par trouver, ce n'est plus un chapeau de paille, non,
c'est un enfant au maillot, c'est le petit Oscar lui-mme. Le poupon a
t gar ds son premier jour, ni plus ni moins que Coelina, l'enfant
du mystre, dans le roman fameux de Ducray-Duminil. Ajoutez toutefois
que c'est d'une faon infiniment moins sinistre.

Le patron du vieux vaudeville de 1847 tant donn, vous voyez se
drouler d'ici vingt ou trente scnes bizarres qui peuvent prter au
comique d'un pareil sujet. En cherchant le petit Oscar, les personnages
de la pice pntrent un peu partout. C'est un moyen de faire plus d'une
tude de moeurs dans le Paris actuel. Voil comment le thme le plus
burlesque peut mener de bons et joyeux esprits jusque dans les petits
sentiers de la comdie. Les auteurs ont trouv l deux ou trois jolis
mouvements et des mots propres  faire pouffer de rire.

Il n'y a rien de plus  demander au thtre pendant les chaleurs
caniculaires que nous traversons.

A l'orchestre, quelques rieurs un peu plus svres que les autres
s'amusaient  saluer tout haut des moyens, ou, comme on dit en argot de
thtre, des _ficelles_ de l'ancien temps.--Par exemple, il arrive
qu'avant d'tre baptis, le petit Oscar a trois parrains au lieu d'un.
Le pre, la mre et la grand'mre ont choisi chacun celui qui leur
convenait le mieux. Ce conflit de parrains ne manque pas d'amener une
confusion un peu renouvele des quiproquos de l'_Ours et le Pacha_.
Autre chose. Chacun des trois parrains tire  son tour de sa poche le
cadeau traditionnel  faire au filleul, c'est--dire une demi-douzaine
de petites cuillres! Savez-vous ce que c'est que a? Une rminiscence
de Frtillon, une grivoiserie que Mlle Djazet jouait  ce mme petit
thtre au temps jadis. L, il y avait, entre grisettes et commis de
magasin, un dner sur l'herbe, et chacun des convives, en s'approchant
de la pelouse, exhibait de sa poche un fromage de Neufchtel. Trois
fromages de Neufchtel, comme trois demi-douzaines de petites cuillres,
ce sont de ces rptitions qui gaient toujours.

Pour tout dire sur le _Baptme du petit Oscar_, s'il n'est pas
absolument neuf, il est trs-rcratif; il peut marcher fort bien de
pair avec _Climare le bien-aim_, ce qui n'est pas un loge dj si
mince. On va le voir avec plaisir et l'on y revient trs-volontiers.

Il faut ajouter, pour tre tout  fait juste, que cette pochade est
joue avec une grande verve et beaucoup de rondeur par les excellents
comiques de l'endroit.

--Nommons surtout Hyacinthe, Lhritier et Priston.

--On a fait fte  la jolie Mlle Georgette Ollivier.

Philibert Audebrand.



BIGARRURES ANECDOTIQUES

L'ESPRIT DE PARTI

(Suite)

A ct des _Cancans_ et, dans le mme esprit, le _Brid'oison_,
adversaire naturel du _Figaro_, attaquait le pouvoir avec une nergie
croissante  chaque numro. On reste vritablement stupfait de ces
tmrits de plume, quand on les compare avec les timides audaces de
l'opposition actuelle. Et, de fait, si, dans une feuille quelconque,
l'un de nous publiait aujourd'hui comme siennes, aprs les avoir
rajeunies par un changement d'initiales, quelques-unes des
pigrammes--parfois terribles--qui vont suivre, qu'en rsulterait-il?

Une forte amende pour l'imprimeur;

Quelques mois de prison pour le journaliste;

Et, pour le journal, la suppression!

Dites-nous maintenant ce que la libert de la presse--pour laquelle on a
tant combattu--a gagn de terrain depuis quarante ans?

Brid'oison--1832.

Au dernier jeu de la cour, les ministres ont jou, savoir:

                             de la guerre-- l'impriale;
                             de l'instruction publique-- l'oie;
                             de la justice-- pair ou non;
        Le ministre    de l'intrieur-- la mouche;
                             de la manne--a la drogue;
                             des finances--aux dames, avec sa nice;
                             du commerce--au boston; il a tal grande
                                    misre sur la table.

Le ministre des affaires trangres a refus de jouer  la bataille. Mme
la baronne de F.... a continu de jouer  l'ombre.--Le peuple, en
dehors, jouait  la patience.

Un dput du centre disait hier au soir: nous venons enfin de _vautrer_
la liste civile.

On va donner des bals pour les pauvres. La moiti de la France y sera
invite.

_Figaro_ accuse que les arts taient exils des Tuileries sous la
Restauration.--Voil que Figaro se fait Bazile, il calomnie.

On vient d'envoyer de la graine de Persil en province; il pousse dj
des rquisitoires.

Hier au soir, le conseil a fini  minuit. Il ferait bien mieux d'aller
se coucher.

Le _Moniteur_ enlve du front de Louis-Philippe la couronne de lauriers
qui orne les pices de cent sous pour la remplacer par une couronne de
chne. C'est sanglant.

Sous un riflard, une poule mouille peut devenir un coq imparfait.

On parle de svir contre la misre comme agent secret de toutes les
meutes. Ils feraient bien mieux de l'arrter.

On assure que les rpublicains avaient l'intention de faire maison nette
des Tuileries.

Le gouvernement  bon march n'est pas cher  la France.

La Chambre en est venue au point de ne plus distinguer sa gauche d'avec
sa droite.

Les cabinets trangers font leurs orges, le cabinet franais fait ses
foins et le peuple est sur la paille.

On offre une rcompense honnte  qui pourra deviner la politique du
juste milieu.

Il y a des gens qui sont ns coiffs; tmoins les gens  _toupet_: ce
sont les favoris de la fortune.

La gauche ne dit mot, la droite n'en pense pas plus, et le centre
digre; voil un drle de Corps lgislatif; tous ses membres sont
perclus.

Peuple souverain:

        Je, suis tout et je ne suis rien;
        Je fais le mal, je fais le bien;
        J'obis toujours quand j'ordonne;
        Je reois moins que je ne donne;
        En mon nom l'on me fait la toi
        Et quand je frappe c'est sur moi.

La Bourse tait _pleine_ samedi de bruits alarmants sur l'tat de sant
du prsident; mais d'_intrt_ sur la sant de l'tat, la Bourse tait
vide! Infme _agio!_

M. Thiers est un _tat_,  lui tout seul; il n'est cependant que
_Tiers-tat_ de profession...

On parle d'un ministre _extrme-gauche_. Dj bien assez gauche
pourtant est celui que nous avons.

Les insenss! Quand le pouvoir tranait dans le ruisseau, ils n'ont pas
su le ramasser, et maintenant qu'il est  400,000 hommes au-dessus
d'eux, ils esprent y atteindre!

L'tat de sige n'est pas un tat civil.

La convention mettait _hors la loi_; le juste milieu met _en tat de
sige_. Bonnet blanc; blanc bonnet.

Le _plus saint des devoirs_, l'insurrection, qui conduisait nagures aux
honneurs, aux dignits, conduit maintenant au martyre ou  Bictre. Quel
dsastre!

Jules Rohaut.

(_A suivre._)


LE MARCHAND DE COCO

Un type bien connu.

Pour exercer ce petit mtier de la rue et de la saison chaude, pas n'est
besoin d'tre millionnaire. L'outillage est peu de chose. Si pauvre
qu'on soit, on peut donc manifester le dsir et l'espoir de le possder
quelque jour, sans courir le risque d'tre trait de visionnaire.

Que faut-il au marchand de coco?

Une fontaine uniformment agrmente, qu'il porte sur son dos  l'aide
de bretelles. Deux robinets y sont adapts  l'arrire, et, passant le
long des flancs du marchand, viennent  porte de sa main courber
docilement leurs cous de cygne. Sous la fontaine est plac un bton
destin  en supporter le poids lorsque le marchand s'arrte. Puis ce
sont quatre timbales en mtal blanc accroches sur sa poitrine. Ajoutons
une petite sonnette qu'il fait tinter du doigt, tout en allant, pour
appeler la pratique, et c'est tout. Car pour la marchandise, est-ce la
peine d'en parler?

On sait ce qu'est cette boisson plus ou moins rafrachissante, d'un
usage vulgaire dans toutes les grandes villes et qu'on nomme coco. Elle
n'a rien de commun, bien entendu, avec l'eau claire, odorante et fort
agrable au got que renferme avant sa maturit le fruit du cocotier.
Non, c'est purement et simplement une infusion froide de racine de
rglisse, qui n'a pas toujours t rcolte dans la Catalogne. Pour
quelques sous on peut, comme on voit, en fabriquer des tonneaux.

Ainsi outill, le marchand de coco entre en campagne.

Il est de toutes les ftes de la rue, et partout o il y a foule, il y
va. Y a-t-il course ou revue  Longchamps? vous tes sr de l'y
rencontrer. Vous le trouvez aux abords de toutes les promenades, aux
portes de tous les thtres.

coutez... Din! din! din! C'est bien lui, et le voil. A la frache!
qui veut boire? A la frache! Ainsi crie-t-il en se promenant. Accourez
donc, vous dont la soif est grande et la bourse petite. Le marchand est
avenant et le verre profond, et vous en serez quitte pour la simple
bagatelle d'un sou. Mme il fut un temps o pour cette somme vous auriez
pu rcidiver. Aujourd'hui les temps sont durs.

[Illustration: LE MARCHAND DE COCO.]

Le marchand de coco n'a aucune prtention  l'lgance, et il a
gnralement pass l'ge des amours.

Je ne prtends pas pour cela qu'il n'aime plus rien. Le plus souvent son
nez protesterait. EN effet, il a volontiers  la bouche le proverbe: A
petit manger bien boire; mais pas de l'eau. Qu'il y ait dans cette eau
de la racine de rglisse ou du citron, il n'importe. C'est dire qu'il ne
tourne que rarement  son intention le robinet de sa fontaine. Aussi,
lorsqu'ils se rencontrent, comme autrefois les augures, deux marchands
de coco ne peuvent-ils se regarder sans rire.

C. P.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Les _Nouveaux enchantements_, de Mme P. de Saman (1 vol. in-18, chez
Michel Lvy).--Il y a quelques mois, Mme de Saman publiait un volume qui
fit du bruit, beaucoup de bruit, trop de bruit au gr de quelques-uns.
Cela s'appelait les _Enchantements de Prudence_ et l'on y apprenait une
foule de particularits curieuses sur certains hommes, illustres ou non,
de la Restauration et de la monarchie de Juillet. L'auteur, qui tait
une femme, racontait sans sourciller ses aventures avec M. Libri et avec
sir douard Bulwer-Lysson, et elle nous mettait au courant des petits
repas foltres qu'elle faisait, dans un cabaret des environs du Jardin
des Plantes, avec Chateaubriand, qu'on nous montrait chantant du
Branger au dessert. Ce livre trange tait du moins piquant. Il souleva
de vives polmiques. Le fils de l'auteur, M. Marcus Allart, s'en mla,
et les _Enchantements de Prudence_ obtinrent, en somme, un vrai succs
de scandale.

Mme de Saman en profite aujourd'hui pour lancer un second volume, les
_Nouveaux enchantements_. Mais ceux qui y chercheront des rvlations et
des souvenirs sur les contemporains seront parfaitement dus. Ce livre
ne ressemble malheureusement pas au premier; il n'est mme qu'une
spculation de l'auteur qui a pris texte du bruit fait autour des
premiers _Enchantements_ pour livrer au public de vieux articles sur
Pitt, Burke, Diogne, la Chine, l'Inde, etc., et mme des penses
dtaches et des _Nouvelles_ comme l'_Indienne_ et _Jrme ou le jeune
prlat_. Il y a des qualits de style, une science tonnante chez une
femme, des pages agrables dans ce livre, mais l'ensemble est confus et
d'une lecture fatigante.

Ces _Nouveaux enchantements_ n'enchanteront que peu de gens et en
dsenchanteront un assez grand nombre. Le premier livre tait lger,
dbraill, bizarre, soit, mais il tait curieux; celui-ci est ennuyeux.
C'est le dfaut le plus grave qu'on puisse reprocher  un ouvrage qui
porte ce titre: _Enchantements._



RBUS

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Ignorance et routine, voil nos ennemis les plus  redouter.


[Illustration: Nouveau rbus.]











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Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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