The Project Gutenberg EBook of Les femmes et les livres, by Albert Cim

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Title: Les femmes et les livres

Author: Albert Cim

Release Date: August 20, 2014 [EBook #46640]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES FEMMES ET LES LIVRES ***




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typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise.




LES FEMMES

ET LES LIVRES




OUVRAGES D'ALBERT CIM


    Romans et Nouvelles

    _Jeunesse_                                                  1 vol

    _Service de Nuit_                                           1 --

    _Les Prouesses d'une Fille_                                 1 --

    _Les Amours d'un Provincial_                                1 --

    _La Petite Fe_                                             1 --

    _Un Coin de Province_                                       1 --

    _La Rue des Trois-Belles_                                   1 --

    _Bonne Amie_                                                1 --

    _Histoire d'un Baiser_                                      1 --

    _Joyeuse Ville_ (Collection des Auteurs Gais)               1 --

    _Le Clbre Barastol_ (Collection des Auteurs Gais)         1 --

    _Csarin_, Histoire d'un Vagabond                           1 --

    _Jeunes Amours_                                             1 --

    _Farceurs_ (Collection des Auteurs Gais)                    1 --

    _Galante Aventure_                                          1 --


    Ouvrages pour la jeunesse

    _Mes Amis et Moi_ (Couronn par l'Acadmie franaise)       1 --

    _Entre Camarades_                                           1 --

    _Fils Unique_                                               1 --

    _Grand'Mre et Petit-Fils_ (Couronn par l'Acadmie
      franaise).                                               1 --

    _Mademoiselle Coeur d'Ange_                                 1 --

    _Contes et Souvenirs de mon Pays_                           1 --

    _Mes Vacances_                                              1 --

    _Le Petit Lveill_                                         1 --

    _Les Quatre Fils Hmon_                                     1 --

    _La Revanche d'Absalon_                                     1 --

    _Disparu!_ Histoire d'un enfant perdu                       1 --

    _Le Gros Lot_                                               1 --

    _Deux Cousins_ (sous presse)                                1 --


    tudes documentaires

    _Deux Malheureuses_                                         1 --

    _Institution de Demoiselles_                                1 --

    _Bas-Bleus_                                                 1 --

    _Demoiselles  marier_                                      1 --

    _mancipes_                                                1 --


    Bibliographie et divers

    _Une Bibliothque_, l'Art d'acheter les livres, de les
      classer, de les conserver et de s'en servir
      (Couronn par l'Acadmie franaise)                       1 --

    _Amateurs et Voleurs de livres_                             1 --

    _Le Livre_, Historique, Fabrication, Achat, Classement,
      Usage et Entretien (Couronn par l'Acadmie franaise)    5 --

    _Petit Manuel de l'Amateur de livres_                       1 --

    _Le Chansonnier mile Debraux, roi de la Goguette_          1 --

    _En pleine Gloire_, Histoire d'une mystification            1 --

    _Le Dner des Gens de Lettres_, Souvenirs littraires       1 --

    _Bureaux et Bureaucrates_, Mmoires d'un employ des
      P.T.T.                                                    1 --

    _Mystifications littraires et thtrales_                  1 --

    _Rcrations littraires_ (sous presse)                     1 --


[Illustration: Attribu  J.-S. Duplessis (1725-1803).

Portrait prsum de Madame LENOIR.

(MUSE DU LOUVRE.)]




    ALBERT CIM

    BIBLIOTHCAIRE HONORAIRE DES POSTES ET DES TLGRAPHES

    BIBLIOTHCAIRE DE LA SOCIT DES GENS DE LETTRES

    LES FEMMES

    ET LES LIVRES

    PARIS

    ANCIENNE LIBRAIRIE FONTEMOING ET Cie

    E. DE BOCCARD, DITEUR

    1, RUE DE MDICIS, 1

    1919




    _Tous droits rservs.
    Copyright by E. de Boccard, diteur._




    A
    MADAME BLANCHE JABLONSKA,
    NE HENRY MARET.

    _En tmoignage d'une trs respectueuse
    et bien cordiale affection._

    ALBERT CIM.




_Ce livre n'est que le rsum ou l'esquisse d'un travail plus
dvelopp, entrepris par moi depuis longtemps, sur_ les Femmes et les
Livres.

_Aprs quelques pages consacres aux femmes ennemies des
livres,--bibliophobes, selon le terme employ par George Sand,--je
passe en revue, autant que possible dans l'ordre chronologique, les
nombreuses amies des livres ou bibliophiles, non seulement celles qui
ont rassembl d'importantes ou luxueuses collections, mais celles
aussi qui ont laiss tmoignage de leur got pour la lecture et
l'tude._

_Nul n'tant oblig, en matire bibliographique surtout, de croire
quelqu'un sur parole, j'ai indiqu en notes les sources prcises o
j'ai puis mes renseignements, et je prie le lecteur d'excuser les
omissions et les erreurs que j'ai forcment commises._

    A. C.




I

FEMMES BIBLIOPHOBES[1]




I

De tout temps les bibliographes se sont montrs svres  l'gard des
femmes, et les ont considres comme d'instinctives et irrductibles
ennemies des livres. Le plus ancien d'entre eux, celui qu'on peut
considrer comme le pre de la bibliophilie, Richard de Bury
(1287-1345), vque de Durham et grand chancelier d'Angleterre, leur
adresse, presque au dbut de son _Philobiblion_[2], une trs vhmente
mercuriale, qu'il suppose dbite par les livres eux-mmes, et o
ceux-ci numrent leurs plus notables griefs:

A peine cette bte (c'est de ce gracieux nom que l'illustre vque
qualifie ou fait qualifier le beau sexe),  peine cette bte, toujours
nuisible  nos tudes, toujours implacable, dcouvre-t-elle le coin o
nous sommes cachs, protgs par la toile d'une araigne dfunte, que,
le front pliss par les rides, elle nous en arrache, en nous insultant
par les discours les plus virulents. Elle dmontre que nous occupons
sans utilit le mobilier de la maison, que nous sommes impropres 
tout service de l'conomie domestique, et bientt elle pense qu'il
serait avantageux de nous troquer contre un chaperon prcieux, des
toffes de soie, du drap d'carlate deux fois teint, des vtements,
des fourrures, de la laine ou du lin. Et ce serait avec raison,
surtout si elle voyait le fond de notre coeur, etc.

  [1] L'pithte est de George Sand, qui, plus sans doute pour
  plaisanter que pour attester sa haine du livre, ajoutait ce mot
   sa signature. (Voir ci-dessous, p. 26.)

  [2] Chap. IV, p. 39-40; traduction Cocheris.

Le bibliophile Jacob (1806-1884), si expert en ces matires, et
d'habitude si courtois et si indulgent, atteste nettement aussi que
les femmes n'aiment pas les livres et n'y entendent rien: elles font,
 elles seules, l'enfer des bibliophiles:

    Amour de femme et de bouquin
    Ne se chante au mme lutrin[3].

  [3] Cit par Octave UZANNE, _Zigzags d'un curieux_, Les femmes
  bibliophiles, p. 31.


Et M. Octave Uzanne,  qui j'emprunte cette citation, s'crie, de son
ct[4]: Les femmes bibliophiles!... Je ne sache point deux mots qui
hurlent plus de se trouver ensemble dans notre milieu social; je ne
conois pas d'accolade plus hypocrite, d'union qui flaire davantage le
divorce! La femme et la _bibliofolie_ vivent aux antipodes, et, sauf
des exceptions aussi rares qu'htroclites,--car les filles d've nous
droutent en tout,--je pense qu'il n'existe aucune sympathie profonde
et intime entre la femme et le livre; aucune passion d'piderme ou
d'esprit; bien plus, je serais tent de croire qu'il y a en vidence
inimiti d'instinct, et que la femme la plus affine sentira toujours
dans l'affreux bouquin un rival puissant, inexorable, si minemment
absorbant et fascinateur, qu'elle le verra sans cesse se dresser comme
une impntrable muraille entre elle-mme et l'homme  conqurir...
Voyez de quel ton pitoyable une femme minaude cette exclamation digne
de figurer dans le _Dictionnaire des lieux communs_: Mon mari! je le
vois si peu!... Il vit fourr dans ses livres! Ou encore, coutez
cette voix ironique qui soupire bourgeoisement: Si je le laissais
faire, il mettrait ses vilains bouquins jusque dans Mon Salon!

  [4] _Ouvrage cit_, p. 30-32.

Paul Eudel (1837-1911) remarque de mme que la collection (des livres
particulirement) a toujours eu pour ennemies jures nos chres
compagnes: C'est autant de moins, disent-elles pour la toilette et
pour le train de la maison[5].

  [5] Paul EUDEL, _le Truquage_, Livres et Reliures, p. 275 (Paris,
  Dentu, 1887).

Dans son intressant petit volume _Bouquiniana, notes et notules d'un
bibliologue_[6], B.-H. Gausseron (1850?-1914?) dclare, lui aussi, que
les livres, jusque dans la maison du bibliophile, ont un implacable
ennemi, c'est la femme... La femme, l'ennemie-ne du bibliophile.

  [6] Pages 36 et 94.

L'amour des livres, c'est une marque de dlicatesse, mais c'est une
dlicatesse d'homme: les femmes, pour la plupart, ne le comprennent
pas, observe,  son tour, M. Porel[7]. Pour les ouvrages du
dix-huitime sicle, qu'elles veulent acqurir maintenant parce qu'ils
sont  la mode, elles ont t depuis longtemps particulirement
malfaisantes.

  [7] Prface du catalogue de sa bibliothque: dans le journal _le
  Temps_, 25 fvrier 1901.


Dans sa prface de la rimpression de l'opuscule de Charles Nodier
(1780-1844) _le Bibliomane_[8], faite par Conquet en 1894, M. Ren
Vallery-Radot nous avertit galement, et avec une virulente
insistance, de l'irrmdiable antipathie de la femme pour le livre:
... Il y a un plus dangereux encore (que le feu, l'eau, le gaz,
etc.), le plus difficile  vaincre, ennemi de tous les jours, de
toutes les heures, furetant partout, dcid  toutes les luttes
ouvertes ou  toutes les ruses sournoises: la femme. En dehors de
rares et trs nobles exceptions, les femmes sont antibibliophiles. Un
livre,  leurs yeux, n'est pas plus qu'un journal: elles le plient,
elles le froissent, elles le retournent. Un coupe-papier manque-t-il?
elles prennent une carte, une pingle, mme une pingle  cheveux.
S'agit-il de livres rares? le moindre bibelot les intresse plus que
toutes les premires ditions[9]. Elles prfrent un bout de ruban 
la plus exquise reliure. Ne leur confiez pas, en le retirant du rayon
sacr qu'un bibliophile appelait le reliquaire, un petit livre 
faire plir de joie: elles l'ouvriraient en lui cassant le dos. Le
meilleur des maris peut donner la clef de son coffre-fort  sa femme;
il ne doit pas lui donner la clef de sa bibliothque. Il ne faut
jamais laisser une femme seule avec un livre.--Tels devraient tre les
principes de presque tous les bibliophiles maris.

  [8] Pages XI-XII.

  [9] Pourquoi les livres cotent-ils si bon march et les
  bibelots si cher? C'est que les femmes adorent les bibelots et
  qu'elles ne s'intressent pas aux livres. Le bibelot est
  dcoratif, on le met dans son salon, on l'accroche aux murs; tout
  le monde le remarque et s'extasie... (Adolphe BRISSON,
  _Portraits intimes_, Un amateur de vieux livres
  [Xavier Marmier], p. 24.) Ailleurs encore (_le Livre et la
  Femme_, dans _la Rpublique franaise_, 3 octobre 1899), M.
  Adolphe Brisson est revenu  la charge: Les jouissances dues aux
  livres demeurent inaccessibles  la plus belle moiti du genre
  humain. Non seulement elle ne les apprcie pas, mais je doute
  qu'elle les souponne. C'est un domaine qui lui est en quelque
  sorte tranger... Les femmes d'aujourd'hui adorent le bibelot;
  elles recherchent avec fureur les meubles, les faences, les bois
  sculpts, les soies, les dentelles, les ventails, les verres de
  Bohme et de Venise, les porcelaines de Saxe, les bijoux, les
  chiffons, les lustres de cristal taill; elles font des folies
  pour une gouache de Lancret ou une gravure  toutes marges de
  Moreau le jeune. Les livres les laissent indiffrentes. Ils ont
  le tort de ne pas parler aux yeux. On ne les aperoit pas du
  premier coup en entrant dans le salon. Il faut se donner la peine
  de les dcouvrir au fond de la cachette o ils abritent leur
  modestie.

Comme vient de nous en avertir M. Vallery-Radot, les pingles 
cheveux sont frquemment le coupe-papier de la femme;-- moins
qu'elle ne prfre se servir, pour le mme office, de son index ou de
son pouce, ce qui, d'une faon comme de l'autre, taille en dents de
scie les bords du livre.

Ne confiez jamais,  bibliophiles, le soin de couper un livre que
vous tenez en estime particulire  d'autres qu' vous-mmes,
recommande un rdacteur anonyme du _Magasin pittoresque_[10];
dfiez-vous, pour accomplir cette opration si simple en apparence,
mais en ralit si dlicate, de cette main mignonne qui excelle dans
l'art de la broderie, et qui ne connat point de rivale dans mille
travaux lgants. Tout habile qu'elle est, cette main charmante, 
laquelle on peut confier sans crainte la rparation du tissu le plus
fin, vous fera le plus innocemment du monde d'innombrables festons aux
marges que vous voulez respecter; bien heureux si le couteau, en
dviant de la ligne marque, ne tranche cette marge jusqu'au texte, et
perde ainsi  tout jamais un livre qui n'est plus prsentable aux yeux
d'un vritable bibliophile.

  [10] Anne 1875, p. 262; article intitul: _Les ennemis des
  livres_.


Et les papillotes? Combien taient commodes pour cet usage les
feuillets des livres!

Nous avons en main un bel ouvrage o l'on avait coup de quoi se
faire des papillotes, crit Alkan an (1809-1889)[11]. Les femmes
surtout sont les bourreaux des livres. (Il y a bien, ajoute entre
parenthses le mme bibliographe, _quelques_ exceptions).

  [11] _Les livres et leurs ennemis_, p. 15.

J'ai connu un bibliophile qui venait d'acqurir un livre,  la
recherche duquel il tait depuis longtemps, nous conte tienne Mulsant
(XIXe sicle) dans son charmant petit volume _les Ennemis des
livres_[12]. Il eut l'imprudence de le laisser sur la table de son
cabinet. Le lendemain du jour de son acquisition, il trouva sa femme,
entre par hasard dans son lieu de travail, occupe  dchirer les
feuillets de ce livre pour en faire des papillotes aux boucles de ses
cheveux.

  [12] Page 15. Cet lgant opuscule de 64 pages, publi  Lyon,
  chez H. Georg, en 1879, et devenu extrmement rare, est anonyme:
  tienne Mulsant l'a sign: UN BIBLIOPHILE.




II

Mme DE CHATEAUBRIAND (1774-1847) partageait l'aversion de son illustre
poux pour les livres,--aversion singulire et inexplicable, surtout
de la part d'un historien[13].

  [13] Cette antipathie de Chateaubriand pour les livres serait
  incroyable, si elle n'tait avoue et proclame par lui-mme et
  par Mme de Chateaubriand. La quantit de citations rpandues dans
  le _Gnie du Christianisme_, l'_Analyse raisonne de l'Histoire
  de France_, les _tudes historiques_, etc., attestent, au
  contraire, que Chateaubriand avait beaucoup lu et continuait de
  beaucoup lire, surtout des Mmoires sur l'Histoire de France.
  Remarquons aussi que, lorsqu'il fut arrt et conduit  la
  Prfecture de Police, en juin 1832, il ne manqua pas de se faire
  envoyer, par sa femme, des bougies et des livres pour lire la
  nuit. (Cf. _Mmoires d'Outre-tombe_, t. V, p. 521; dition
  Edmond Bir; in-18.)

Le bon abb Deguerry vous aura dit que nous sommes trs contents de
notre appartement, crivait Mme de Chateaubriand  son vieil ami de
Lyon, l'abb de Bonnevie, le 10 juillet 1839. M. de Chateaubriand
surtout en est enchant, parce qu'il n'y a pas moyen d'y placer un
livre: vous connaissez l'horreur du patron pour ces nids  rats qu'on
appelle bibliothques[14].

  [14] Cf. SAINTE-BEUVE, _Chateaubriand et son groupe littraire_,
  vingtime leon, t. II, p. 70-71, note. Dans cette mme note,
  Sainte-Beuve crit: Chateaubriand tait capable, avait surtout
  t capable, dans sa jeunesse, de ces pousses et de ces fougues
  d'rudition; mais il ne savait ni revoir, ni vrifier, ni donner
  le dernier coup d'oeil aux choses. Aussi, dans les parties
  d'ouvrage qu'il a publies dans sa vieillesse, et qui auraient
  exig ce genre d'attention, y a-t-il des erreurs et des
  inexactitudes sans nombre. La plupart des pages rudites qui s'y
  glissent ou qui s'y _fourrent_ lui ont t procures par des
  amis. Lui, il avait une antipathie et une aversion bien
  singulires de la part d'un quasi-historien: il ne pouvait
  souffrir les livres.

  Ce qui n'empcha pas Chateaubriand d'insrer, dans une note de son
  _Itinraire de Paris  Jrusalem_ (t. II, p. 48; Paris, Didot,
  1877), ces trs judicieuses considrations, toujours d'actualit:
  Aujourd'hui, dans ce sicle de lumires, l'ignorance est grande.
  On commence par crire sans avoir rien lu, et l'on continue ainsi
  toute sa vie. Les vritables gens de lettres gmissent en voyant
  cette nue de jeunes auteurs qui auraient peut-tre du talent
  s'ils avaient quelques tudes. Il faudrait se souvenir que Boileau
  lisait Longin dans l'original, et que Racine savait par coeur le
  Sophocle et l'Euripide grecs. Dieu nous ramne au sicle des
  pdants! Trente Vadius ne feront jamais autant de mal aux lettres
  qu'un colier en bonnet de docteur.

  Ajoutons que, malgr son antipathie pour les livres,
  Chateaubriand,--c'est lui du moins qui le raconte,--faillit tre
  nomm par Napolon _surintendant gnral de toutes les
  bibliothques de France_: Il (Bonaparte) dclare  Fontanes que,
  puisque l'Institut ne me trouve pas digne de concourir pour le
  prix, il m'en donnera un, qu'il me nommera surintendant gnral de
  toutes les bibliothques de France, surintendance appointe comme
  une ambassade de premire classe. (_Mmoires d'Outre-tombe_, t.
  III, p. 52; dition Edmond Bir; in-18.)

Mme de Chateaubriand tait adverse aux lettres, selon le mot de son
mari, qui ajoute: Mme de Chateaubriand m'admire sans avoir jamais lu
deux lignes de mes ouvrages. Il advint mme qu'elle vendit au rabais,
petit  petit, au profit de ses pauvres, la bibliothque de son mari,
ce dont celui-ci, d'ailleurs, ne fut pas autrement fch. Ses lectures
se bornaient  quelques ouvrages de pit o elle trouvait ses
dlices. Sa grande affaire, c'tait la charit, c'tait la visite des
pauvres ou l'OEuvre de la Sainte-Enfance, c'tait surtout
l'Infirmerie de Marie-Thrse, fonde par elle et o elle passait
presque toutes ses journes. En fait de livres, ce qui la proccupait
surtout, c'tait de vendre beaucoup de livres... de chocolat. Elle en
avait tabli une fabrique dans son Infirmerie, et ses amis n'avaient
pas le droit de se fournir ailleurs, quitte  eux, pour se consoler, 
l'appeler la _vicomtesse_ _Chocolat_, titre dont elle tait aussi
fire que de celui de vicomtesse de Chateaubriand. Ses succs comme
marchande ne se comptaient pas; il lui arriva mme un jour de faire un
vrai miracle: elle vendit  Victor Hugo trois livres de chocolat, au
prix fort! Il est vrai que Victor Hugo tait jeune en ce
temps-l[15].

  [15] _Mmoires d'Outre-tombe_, t. II, Appendice, p. 595, dition
  Edmond Bir. Voici l'aventure, telle qu'on la trouve dans
  l'ouvrage _Victor Hugo racont par un tmoin de sa vie_
  (1818-1821, p. 239; Paris, Hetzel-Quantin, s. d., in-16): ...
  Mme de Chateaubriand entra dans le cabinet de son mari. Elle
  n'avait jamais paru connatre Victor (Hugo); il fut donc fort
  tonn de la voir venir  lui, le sourire aux lvres, Monsieur
  Hugo, lui dit-elle, je vous tiens, et il faut que vous m'aidiez 
  faire une bonne action. J'ai une infirmerie pour les vieux
  prtres pauvres. Cette infirmerie me cote plus d'argent que je
  n'en ai; alors j'ai une fabrique de chocolat. Je le vends un peu
  cher, mais il est excellent. En voulez-vous une livre?--Madame,
  dit Victor, qui avait sur le coeur les grands airs de Mme de
  Chateaubriand et qui prouva le besoin de l'blouir, j'en veux
  trois livres. Mme de Chateaubriand fut blouie, mais Victor
  n'eut plus le sou.


Mme de Chateaubriand n'estimait gure les livres qu'au poids, crit,
de son ct, Danielo, le secrtaire de Chateaubriand[16]. A dix sous
le chef-d'oeuvre pour qui en voulait! Je connais un bouquiniste, qui,
dans ce commerce, a fait, avec elle, une bonne partie de sa fortune.
C'est ainsi qu'elle dvastait, au profit des pauvres, la bibliothque
de M. de Chateaubriand, si toutefois l'on peut dire que M. de
Chateaubriand et une bibliothque[17]. Lui-mme ne faisait pas grand
cas d'un livre quand il n'en avait pas besoin. Il n'tait pas de ceux
qui, sans se tuer  lire, aiment nanmoins  faire de belles
collections, et se plaisent au luxe distingu d'une belle
bibliothque...

  [16] Cit par Franois FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p.
  197-198.

  [17] Au dbut de la Restauration, Chateaubriand possdait une
  bibliothque, qui fut vendue  Paris,  la salle Sylvestre, rue
  des Bons-Enfants, le 29 avril 1817 et les jours suivants. (Cf.
  _Mmoires d'Outre-tombe_, t. IV, p. 145 et note 1, dition Edmond
  Bir.) Dans un appendice du mme ouvrage (t. VI, p. 563), on lit:
  Peu de temps avant sa mort, Chateaubriand tint  donner  Henri
  de France un dernier tmoignage de sa fidlit. Par une
  disposition _ part son testament_, disposition particulire
  recommande  sa famille, et dont un double fut remis au comte de
  Chambord, il donna  ce dernier le petit nombre de ses livres de
  choix, quelques-uns _annots_, ceux _qu'il relisait_, disait-il,
  afin de servir aux loisirs et  l'instruction du prince.

Je ne crois pas mme qu'il ait jamais eu une dition bien complte de
ses oeuvres.

Quand il avait besoin d'un livre ou d'une recherche, j'tais l pour
aller aux bibliothques publiques...

Mme de Chateaubriand ne se montrait donc nullement merveille des
livres... Elle et t bien fche de perdre son temps  lire...




III

Il y a des femmes, et elles ne sont pas rares, dit-on, qui, non
seulement ne s'intressent pas aux livres, ainsi que le notait tout 
l'heure M. Adolphe Brisson, mais qui empchent les autres de s'y
intresser, qui empchent surtout leurs maris d'en acheter. Tout
argent dtourn de la communaut au profit des libraires ou
bouquinistes est considr par elles comme scandaleusement gaspill et
perdu.

On cite, parmi ces bibliophobes, la marquise de X... (XIXe sicle),
qui, exaspre de la coteuse affection que son mari, un dlicat et
fervent bibliophile, portait  ces maudits bouquins, lui avait
signifi qu'elle n'en voulait plus voir un seul entrer dans la maison:

Assez comme cela!

Le malheureux poux, qui tenait  rester fidle  son culte, avait
fini par s'entendre secrtement avec son libraire, M. T. D....., et 
imaginer avec lui ce stratagme.

Chaque fois que le marquis demandait  ce libraire un volume annonc
sur un de ses catalogues, M. T. D....., au lieu de lui faire porter
cet ouvrage, ou de le lui expdier par la poste, ce qui n'aurait pu
chapper  l'inquisition de la terrible dame, se glissait, le soir,
entre chien et loup, sous la vote de l'htel occup par M. et Mme de
X..., et dposait le livre, trs soigneusement envelopp et ficel,
dans la bote aux ordures, la poubelle de la maison, d'o le
marquis, aux aguets, ne tardait pas  l'aller retirer[18].

  [18] Renseignement verbal fourni par le libraire T. D......

Un exemple analogue nous est cont par un des libraires parisiens les
mieux placs pour tre initis  ces dtails, M. H. Floury, dans une
confrence faite par lui, il y a quelques annes, au Cercle de la
Librairie[19].

  [19] _Bibliographie de la France_, 3 juillet 1908, supplment.
  Confrence sur la Clientle.

Pour beaucoup de femmes, nous dit-il, le libraire est une sorte
d'ennemi; dans nombre de mnages, la vocation du jeune bibliophile n'a
pu rsister  l'preuve du mariage, et, si elle a persist, elle est
devenue, dans beaucoup, l'occasion de conflits. Bien des maris
arrivent  les viter en usant de ruses d'apaches pour introduire 
domicile leurs nouvelles acquisitions.

Nous avons tous, plus ou moins, des clients qui, ayant achet et pay
leurs livres, les laissent en pension chez nous en attendant une
occasion favorable de les faire entrer chez eux, vacances, crmonie,
etc., occasion qui met quelquefois des mois  se produire.

Un amateur de ma connaissance a trouv un moyen lgant de rsoudre
la question en s'improvisant son propre sommelier, sous prtexte qu'il
n'aime pas voir toucher  sa cave; il en a constamment la clef en
poche, et chacun de ses achats descend pralablement aux enfers, pour
tre remont fragmentairement avec la provision de vin du jour. Il
arrive ainsi  drouter tous les soupons, jusqu'au jour o il est
constat que la bibliothque s'est considrablement enrichie de
nombreux titres inconnus jusqu'alors, et o il est oblig de subir la
scne invitable. Mais ces scnes se trouvent, de ce fait, espaces,
notre ami tant trs prudent.


Un libraire de province,--ou, pour prciser, une dame libraire dans un
de nos chefs-lieux dpartementaux,--femme intelligente et lettre,
judicieuse observatrice, trs avertie, comme nous disons
aujourd'hui, me dclarait dernirement sans ambages, avec sa grande
exprience de son commerce, que les femmes sont les pires ennemies
des livres, et,  l'appui de sa formelle et rigoureuse assertion,
elle me contait diverses anecdotes, celles-ci, entre autres:

Un de ses clients, jeune homme riche et aimant  lire, fait un
brillant mariage, et vient, quelques semaines aprs, accompagn de sa
femme, dans le magasin de librairie. Il s'informe des volumes
rcemment parus; on lui en apporte plusieurs, il les feuillette, en
choisit un et l'achte: un volume de 3 fr. 50,--3 francs avec la
remise alors d'usage.

A ce moment, l'aimable et jeune pouse intervient:

Comment! tu dpenses comme a trois francs _pour rien_? Sans mme me
consulter? J'espre bien que cela ne se renouvellera plus!

Une autre fois,  la veille des trennes, arrive un autre jeune
couple, qui dsire un livre illustr pour un garonnet de treize ou
quatorze ans. Le mari avise un volume qui lui semble intressant et
artistement illustr.

Oui, voici qui fera l'affaire. N'est-ce pas, Madame, qu'il est de bon
got? ajoute-t-il en s'adressant  la patronne de la maison.

--Fort bien! Vous ne pouviez mieux choisir, rpond celle-ci.

--Mieux choisir! se rcrie l'pouse avec une sorte d'ironie ou
d'indignation.

Et, saisissant un lourd in-quarto,  la reliure criarde, mais cotant
moiti moins cher, et qu'elle guignait depuis un moment:

Est-ce que celui-ci ne fera pas plus d'effet? Est-ce qu'il ne
conviendrait pas mille fois mieux? Dites, Madame!

La patronne, ainsi interroge, contrainte de prendre parti et somme
de se djuger, tente de se drober, hoche discrtement la tte.

Cependant, insinue le mari, je t'assure, ma chre, que celui-ci...

--Non, non! interrompt la jeune femme. Et, puisque c'est comme a,
tiens, pour nous mettre d'accord, nous ne _lui_ donnerons pas de
livre, _nous lui donnerons un mouton_.

Un mouton  roulettes...  un garon de quatorze ans!


Dans ses charmantes lettres parisiennes, signes le vicomte de
Launay, Mme mile DE GIRARDIN (1804-1855) a fait, il y a plus d'un
demi-sicle, les mmes svres constatations.

Une femme lgante et riche, une femme d'esprit, crit-elle[20],
attend patiemment deux mois pour lire un roman de George Sand, et
l'ide ne lui vient pas de l'acheter [elle prfre avoir recours aux
cabinets de lecture]; et, dans son lgante demeure, vous trouverez
toutes les splendeurs imaginables... Cependant, il est une justice 
rendre  nos jeunes lgantes: elles n'ont point de livres, c'est
vrai, mais elles ont de superbes _bibliothques_, des armoires de
Boule d'un grand prix, auxquelles on a laiss, par respect, le nom
menteur de bibliothque. Mais ne craignez pas que ces belles armoires
restent inutiles; non, certes; on leur donne un trs noble emploi;
voyez, dans celle-ci, les chapeaux, les bonnets et les turbans de
Madame... Au fond des plus petites armoires, sur les tagres, pas un
livre non plus... Vous trouvez des bergers en flacon, des chiens de
porcelaine, des magots chinois... Mais  quoi bon des livres? O
progrs! Que voulez-vous? les jeunes femmes ne lisent plus, et, chose
plus terrible, hlas! celles qui, par exception, lisent encore un
peu... CRIVENT!!

  [20] Mme MILE DE GIRARDIN, le _Vicomte de Launay_, Lettres
  parisiennes, 16 dcembre 1837, t. I, p. 288-289 (Paris, Calmann
  Lvy, 1878).


On connat le mot de la MARCHALE LEFEBVRE, duchesse de Dantzig (XIXe
sicle),--Mme Sans-Gne,--comme elle visitait un htel dont elle
venait de faire l'acquisition. En pntrant dans la pice o le
prcdent propritaire avait install sa bibliothque, et en voyant
les rayons dgarnis de livres, elle se prit  dire,--et ici je cde la
parole au pote-bibliophile Franois Fertiault[21]:

    Lefebvre est peu _lisard_; moi, rien du tout _lisarde_;
    Tiens! dit-elle, achevant son opinion _bizarde_,
    Ces rayons sont trs forts... J'en vas faire un fruitier!

A propos de cette mme grande dame improvise, les Goncourt crivent
dans leur _Journal_[22]:

Penguilly racontait encore que la fameuse marchale Lefebvre, cette
_haute gueule_ de la premire cour impriale, apporta, un beau matin,
le bton du marchal au Muse d'artillerie, et comme le conservateur,
tout en la remerciant, s'tonnait que la famille ne conservt pas une
telle relique: Ah! bien oui, ma famille, vous ne les connaissez
pas!--Et faisant le geste: Ils seraient capables de s'en servir pour
abattre des noix!

  [21] _Les Lgendes du Livre_, p. 27 (Paris, Lemerre, 1886).

  [22] Anne 1867, t. III, p. 170.


D'autres dames imposent aux livres mmes les fonctions les plus
inattendues.

Je me suis permis, Madame, de vous envoyer le volume que je viens de
publier, les derniers-ns de ma Muse, disait  une jeune mre, qui
avait prs d'elle son petit garon g de cinq ans, certain pote,
tonn de n'avoir reu et de ne recevoir aucune nouvelle de cet envoi.

--C'est vrai, Monsieur, veuillez m'excuser: j'aurais d vous
remercier... D'autant plus que vos vers sont dlicieux, sont
ravissants, exquis! J'en suis encore tout extasie... Mais o l'ai-je
donc mis, ce charmant petit volume?

Et l'enfant--enfant terrible!--de rpondre:

Mais, maman, tu sais bien? ce livre, aussitt que tu l'as reu, tu
l'as gliss sous le pied de la table de ton cabinet de toilette...
Elle boitait, et cela t'agaait. Tu te rappelles?[23]

  [23] Renseignement verbal.


Notons, en passant, cette instante et suprme recommandation d'une
autre excellente mre de famille--la femme d'un chroniqueur
scientifique cependant!-- ses deux garons, externes au lyce de...:

Surtout, mes petits amis, ne me rapportez pas de prix! Il y a assez
de livres ici[24].

  [24] Renseignement verbal.

Combien de femmes se comportent avec les livres, les plus prcieux
livres surtout, d'une faon analogue  celle qu'employa la
petite-nice de Callot (1593-1635), la mre de Mme de Graffigny, 
l'gard des admirables planches de cuivre qu'elle avait trouves dans
l'hritage de son grand-oncle!

    Beau legs qu'il m'a fait l! a se tord, a s'encrasse.
    Vite et tt j'aurais d le vendre, l'an dernier.
    Oui, j'ai bien rflchi; ce mtal m'embarrasse...
    Jeanne, fais-moi venir sur l'heure un chaudronnier[25].


  [25] Franois FERTIAULT, _les Lgendes du Livre_, p. 110 et 201;
  et le pote ajoute plaisamment: N'est-ce pas  les dshriter
  toutes?

Oui, mieux vaut vendre tout ce mtal, le racler soigneusement et le
transformer en polons et casseroles.

C'est ainsi que la clbre Mlle MARS (1779-1847) troqua contre cus
sonnants l'admirable bibliothque qui lui venait du marquis de
Chalabre.

Le marquis de Chalabre, qui fut un passionn bibliophile, eut l'ide
peu judicieuse de lguer ses chers livres  la personne la moins
capable de les respecter et de les apprcier, et l'ide, plus
singulire encore, de mourir du dsespoir qu'il prouvait de ne
pouvoir se procurer un volume _qui n'existait pas_, une Bible, qu'en
un moment d'humour, avait invente Charles Nodier[26].

  [26] Gustave MOURAVIT, _le Livre et la Petite Bibliothque
  d'amateur_, p. 28.

Au lendemain ou surlendemain de ce dcs, Mlle Mars se trouva donc
mise en possession de cette bibliothque, qui tait rellement du
plus grand prix; mais Mlle Mars lisait peu ou plutt ne lisait pas du
tout[27]. Elle chargea un de ses amis et familiers, nomm Merlin, de
classer les livres du dfunt et d'en faire la vente.

  [27] A Paris, les femmes ne lisent jamais, dclare formellement
  Balzac, dans sa _Physiologie du mariage_ (Mditation XI, p. 120;
  Paris, Librairie nouvelle, 1876);--ce qui ne l'a pas empch
  d'crire beaucoup _pour_ les femmes.

Merlin s'acquitta de cette mission en toute conscience; il feuilleta
et refeuilleta si bien chaque volume, qu'un jour il entra dans la
chambre de Mlle Mars, tenant trente  quarante billets de mille
francs, qu'il dposa sur une table.

Qu'est-ce que cela, Merlin? demanda Mlle Mars.

--Je ne sais, Mademoiselle, dit celui-ci.

--Comment, vous ne savez? Mais ce sont des billets de banque!

--Sans doute.

--O donc les avez-vous trouvs?

--Mais dans un portefeuille pratiqu sous la couverture d'une Bible
trs rare. Comme la Bible tait  vous, les billets de banque sont
aussi  vous.

Mlle Mars prit les billets de banque, qui, en effet, taient bien 
elle, et eut grand'peine  faire accepter  Merlin, en cadeau, la
Bible dans laquelle les billets de banque avaient t trouvs.

Quant aux autres livres, auxquels il semble que cette aubaine
inattendue aurait d servir de ranon, ils n'en furent pas moins
vendus aux enchres et  beaux deniers comptants, au profit de la
lgataire[28].

  [28] Paul DUPONT, _Histoire de l'imprimerie_, t. II, p. 177;--et
  Alexandre DUMAS, _Mmoires_, t. V, p. 123.


La premire de nos romancires, la plus autorise et la reine de nos
dames crivains, GEORGE SAND (1804-1876), y allait, elle, sans
biaiser, et se proclamait tout franchement _bibliophobe_:

Merci toujours, cher bibliophile, et au revoir. Votre amie, G. S.,
_bibliophobe_!

Ainsi termine-t-elle une lettre date de Nohant, 27 juin 1875, et
adresse au vicomte de Spoelberch de Lovenjoul[29].

  [29] George SAND, _Correspondance_, t. VI, p. 348.

La rponse que fit  Napolon la clbre danseuse BIGOTTINI
(1784-1858) paratra,  plus d'un lecteur, rsumer assez bien la
question des rapports de nombre de femmes avec les livres et leurs
sentiments  ce sujet. Napolon ayant un jour charg Fontanes, grand
matre de l'Universit, d'envoyer un prsent de sa part  la
Bigottini, ledit grand matre fit remettre  cette dame la collection
des classiques--celle de Firmin Didot sans doute--superbement relie.
C'tait, convenons-en tout de suite, un singulier cadeau pour une
prtresse de la danse et de l'amour. Quelques jours plus tard,
l'Empereur, qui avait certainement ses motifs pour dsirer connatre
l'opinion de la Bigottini sur cette offrande, lui demanda si elle en
tait contente, si les choses avaient t convenablement faites:

Pas trop, Sire! rpliqua celle-ci. Il m'a paye en _livres_; j'aurais
prfr en _francs_[30].

  [30] Cf. le journal _le Temps_, 12 novembre 1909, article relatif
   une monographie de M. Flix Bouvier consacre  la fameuse
  ballerine de l'Opra, qui mrita d'tre surnomme la Malibran de
  la danse. La Bigottini passe pour avoir eu quantit d'adorateurs
  et des rejetons de divers lits. Parmi les soupirants, on cite:
  Eugne de Beauharnais; Duroc, le grand marchal du palais, dont
  elle eut deux enfants; le comte de Fuents, dont elle eut une
  fille. Elle eut encore un fils, que d'aucuns attribuaient au duc
  de Berry, mais que M. Flix Bouvier restitue (avec des semblants
  de probabilit)  un archiduc autrichien de passage  Paris.
  Bourbon ou Habsbourg, ce fils vcut jusqu' l'ge de
  quatre-vingt-cinq ans. Il est mort en 1903  Passy, rue des
  Vignes, dans l'htel qu'il avait hrit de sa mre et qui a t
  rcemment dmoli. Associ d'agent de change, il laissa toute sa
  fortune  l'Assistance publique, qui, avec les fonds, a cr, 
  Aulnay-sous-Bois, l'asile Bigottini.




II

FEMMES BIBLIOPHILES




I

Mais, ainsi que le disait tout  l'heure le brave Alkan an, il y a
_quelques_ exceptions, et ce sont ces exceptions, ces femmes qui ont
aim les livres et contribu  les faire aimer, que je voudrais 
prsent passer en revue.


Une des plus anciennes de ces bibliophiles[31] est SAINTE RADEGONDE
(521-587), fille de Berthaire, roi de Thuringe, femme de notre roi
Clotaire Ier, que le pote latin Fortunat a maintes fois clbre et
dont il a crit la vie.

  [31] J'aurais pu remonter plus haut, chercher, dans l'antiquit
  grecque et dans l'antiquit latine, les rares femmes amies des
  livres et des lettres, nommer Aspasie, Leontium, Hypatie, etc. A
  dfaut de ces prliminaires, voici d'intressantes considrations
  empruntes  SAINTE-BEUVE (_Nouveaux Lundis_, t. IX, p. 390):

  Dans l'Antiquit..., si quelques femmes s'prenaient hautement
  pour le talent, pour le gnie, pour la sagesse, c'est parmi les
  femmes libres qu'il les faut chercher, parmi les _htares_ ou
  courtisanes. Aspasie, Leontium, qui s'prirent pour Pricls ou
  pour picure, taient de cette classe brillante et voue  une
  publicit qui tait au don du coeur son plus grand charme et son
  prix. Passons vite. C'est un sujet de thse que je propose 
  d'autres: _la passion littraire et le got de l'esprit chez les
  femmes dans l'Antiquit_. La femme de Mantine, Diotime, qui est
  invoque dans _le Banquet de Platon_, et qui dit de si belles
  choses par la bouche de Socrate, est une initie, une sorte de
  prtresse ou de femme docteur s sciences amoureuses et sacres,
  et elle sort des conditions ordinaires. En gnral, les femmes
  honntes, renfermes dans le gynce, pouvaient orner leur esprit,
  mais elles contenaient leurs prdilections au-dedans. Les Pnlope
  ne filaient et ne brodaient, mme en matire d'esprit, que pour
  leurs poux. Chez les Romains, en ceci assez pareils aux Grecs,
  Calpurnie, la femme de Pline le Jeune, tait assurment une femme
  lettre et des plus cultives par l'tude, mais  l'usage et en
  l'honneur de son mari seulement:  force de tendresse conjugale et
  de chastet mme, elle s'tait faite tout entire  son image,
  lisant et relisant, sachant par coeur ses oeuvres, ses plaidoyers,
  les rcitant, chantant ses vers sur la lyre, et, quand il faisait
  quelque lecture publique ou _confrence_, l'allant couter comme
  qui dirait dans une loge grille ou derrire un rideau, pour y
  saisir avidement et boire de toutes ses oreilles les
  applaudissements donns  son cher poux.

Radegonde tait encore tout enfant, elle atteignait  peine sa
huitime anne, quand, dans un partage de butin et de prisonniers,
elle tomba entre les mains de Clotaire. Sa grce et sa beaut
produisirent sur le roi frank une si vive impression qu'il dcida de
la faire instruire et de la prendre plus tard pour pouse. Elle reut
ainsi, non la simple ducation des filles de race germanique, qui
n'apprenaient gure qu' filer et  suivre la chasse au galop, mais
l'ducation raffine des riches Gauloises. A tous les travaux lgants
d'une femme civilise, on lui fit joindre l'tude des lettres latines
et grecques, la lecture des potes profanes et des crivains
ecclsiastiques. Soit que son intelligence ft naturellement ouverte 
toutes les impressions dlicates, soit que la ruine de son pays et de
sa famille et les scnes de la vie barbare dont elle avait t le
tmoin l'eussent frappe de tristesse et de dgot, elle se prit 
aimer les livres comme s'ils lui eussent ouvert un monde idal
meilleur que celui qui l'entourait[32].

  [32] Augustin THIERRY, _Rcits des temps mrovingiens_, cinquime
  rcit; t. II, p. 146-147 (Paris, Furne, 1868; in-18).

Devenue femme de Clotaire et reine--ou plutt l'une des reines des
Franks neustriens, car, selon les moeurs de la vieille Germanie,
Clotaire ne se contentait pas d'une seule pouse,--elle prit en haine
ses richesses et sa condition, au point que le roi disait: C'est une
nonne que j'ai l, ce n'est pas une reine!

Radegonde fit si bien qu'elle amena l'vque de Noyon  rompre son
mariage,--cet trange mariage tolr et mme consacr par l'glise,
qui ne voulait pas s'aliner les rois franks; et, aprs s'tre mise
sous la sauvegarde du tombeau de saint Martin,  Tours, elle se
rfugia  Poitiers, o, en dpit de la colre et des violences de son
poux, que les influences religieuses ne tardrent pas d'ailleurs 
calmer, elle fonda le monastre de Sainte-Croix. Alors commena, pour
cette pieuse et savante femme, l'existence calme, austre et studieuse
qu'elle avait toujours rve. L'tude des lettres figurait au premier
rang des occupations imposes  toute la communaut; on devait y
consacrer deux heures chaque jour, et le reste du temps tait donn
aux exercices religieux,  la lecture des livres saints et  des
ouvrages de femme. Une des soeurs lisait  haute voix durant le
travail fait en commun, et les plus intelligentes, au lieu de filer,
de coudre ou de broder, s'occupaient, dans une autre salle, 
transcrire des livres pour en multiplier les copies.[33]

  [33] Augustin THIERRY, _ouvrage cit_, p. 157-158.

Les auteurs favoris de Radegonde taient, nous apprend Fortunat[34],
saint Grgoire de Nazianze, saint Basile, saint Athanase, saint
Hilaire, saint Ambroise, saint Jrme, saint Augustin, Sedulius et
Paul Orose.

  [34] Dans Augustin THIERRY, _ouvrage cit_, p. 159, note 2.

Radegonde ne voulut pas demeurer  la tte de la congrgation qu'elle
avait fonde, et elle fit lire pour abbesse une femme beaucoup plus
jeune qu'elle et qui lui tait toute dvoue, Agns, fille de race
gauloise, qu'elle avait depuis longtemps prise en affection.
Volontairement descendue au rang de simple religieuse, Radegonde
faisait sa semaine de cuisine, balayait  son tour la maison, portait
de l'eau et du bois comme les autres; mais, malgr cette apparence
d'galit, elle tait reine dans le couvent par le prestige de sa
naissance royale, par son titre de fondatrice, par l'ascendant de
l'esprit, du savoir et de la bont[35].

  [35] Augustin THIERRY, _ouvrage cit_, p. 159.

Le pote Fortunat,--Venantius Fortunatus,--n en Italie vers l'an 530,
tant devenu l'hte de Radegonde et d'Agns, et se voyant combl par
elles de soins, d'gards et surtout de louanges, se trouva si bien
dans cette retraite qu'il ne songea plus  la quitter. Il s'tablit 
Poitiers, prit les ordres, devint prtre de l'glise mtropolitaine,
et aussi le conseiller, l'intendant et le secrtaire de la reine et de
l'abbesse. La vie que menaient ces trois personnes, vie pieuse et
chaste, mais non triste, tant s'en faut, o le got des choses de
l'esprit, les agrments d'une conversation dlicate, enjoue et
instructive, se mlaient  de joyeux festins, a t raconte jour par
jour par l'picurien Fortunat, qui donne volontiers  la reine et 
l'abbesse les noms de mre et de soeur, et aussi ceux de ma vie, ma
lumire, dlices de mon me, ce qu'on aurait tort d'interprter comme
des tmoignages de charnelle tendresse, nous avertit Augustin
Thierry[36], et ce qui n'tait au fond qu'une amiti exalte, mais
chaste, une sorte d'amour intellectuel.

  [36] _Ouvrage cit_, p. 164.


Si,  Athnes et  Rome, le got des lettres et des choses de l'esprit
tait surtout l'apanage des courtisanes, nous ne voyons gure, dans
les premiers sicles du moyen ge, que des religieuses dignes de
figurer parmi les amies des livres. Aprs sainte Radegonde nous
mentionnerons sainte Gertrude, sainte Odile, sainte Wiborade, et les
abbesses Relinde et Herrade de Landsberg.


SAINTE GERTRUDE (626-659), fille de Ppin de Landen, maire du palais
du roi d'Austrasie, premire abbesse du monastre de Nivelles
(Belgique, Brabant), qu'avait fond sa mre en 645, tait en relations
avec des savants, et elle fit entreprendre  plusieurs d'entre eux de
longs voyages pour se procurer des livres[37].

  [37] Cf. Ludovic LALANNE, _Curiosits bibliographiques_, p. 150.


SAINTE ODILE (657?-720?), qui est une des patronnes de l'Alsace,
tablit, aprs maintes miraculeuses aventures, un couvent dans le
chteau de ses pres, le chteau de Hohenbourg, et imposa  ses
religieuses, issues, pour la plupart, de la noblesse austrasienne et
bourguignonne, l'obligation de copier des manuscrits et de les orner
de miniatures. Aucun monastre de femmes--sauf peut-tre  Poitiers,
o les bonnes traditions de sainte Radegonde avaient pu se
maintenir--ne se livrait alors  ce genre de travail, et le couvent de
Hohenbourg ou de Sainte-Odile conserva longtemps son caractre
artistique, sa savante et glorieuse renomme. Aussi l'imagination
populaire, avide de tout personnifier, a fait de la patronne de
l'Alsace le type du savoir et de l'tude, en mme temps que le modle
de toutes les vertus monacales[38].

  [38] Ren MNARD, _l'Art en Alsace-Lorraine_, p. 242.


C'est  une abbesse de ce couvent de Sainte-Odile,  HERRADE DE
LANDSBERG (....-1195), que l'on doit les monuments les plus importants
de la peinture alsacienne au moyen ge; c'est elle qui, notamment,
composa et calligraphia de sa propre main le clbre _Hortus
deliciarum_, sorte d'encyclopdie des connaissances humaines au point
de vue religieux, admirable manuscrit de 648 feuillets, orn d'un
grand nombre de dessins et de figures colories, qui formait le plus
prcieux joyau de la bibliothque de Strasbourg, et a pri, en 1870,
durant l'incendie allum par les obus prussiens.

Herrade connaissait le grec et le latin et plusieurs langues
vivantes; elle lisait non seulement les saintes critures et les Pres
de l'glise dans le texte original, mais Aristote, Platon et Cicron;
elle enseignait aux jeunes filles confies  ses soins la grammaire,
la gomtrie, l'astronomie, etc. Elle tait pote, et grand pote,
parat-il, et chantait en vers latins les louanges de Dieu; elle
mettait elle-mme en musique ses pieux cantiques, et excellait  jouer
de divers instruments.

Quant  son talent de calligraphe et de miniaturiste, elle le tenait
de l'abbesse qui l'avait prcde dans le gouvernement du monastre de
Hohenbourg, de l'abbesse RELINDE (....-....), au dire d'une tradition.
Il existe, dans l'ancien clotre de Hohenbourg, crit M. Grard[39],
un monument qui nous rappelle l'abbesse Relinde. C'est un bas-relief
du douzime sicle, reprsentant Relinde et son amie Herrade  genoux
devant la Vierge, qui tient l'enfant Jsus dans son giron. Les deux
abbesses soutiennent un livre, emblme de leur savoir et de leurs
travaux, qu'elles dposent comme un hommage aux pieds de la Vierge. Ce
tmoignage de la double fraternit dans la science et dans la pit
qui lia les deux saintes femmes a t pos par Herrade. J'y aperois
la preuve que Relinde a prpar avec Herrade l'oeuvre qui a illustr
sa jeune compagne. Ce livre, solennellement offert par la matresse et
son lve chrie  la mre de Dieu, n'est-ce pas le _Hortus
deliciarum_ lui-mme?

  [39] _Histoire des artistes de l'Alsace pendant le moyen ge_,
  dans Ren MNARD, _ouvrage cit_, p. 18-31, o l'on trouve de
  nombreux et intressants dtails sur le _Hortus deliciarum_,
  l'exemple le plus complet des traditions byzantines dans la
  miniature, et plusieurs reproductions de dessins ou de
  miniatures provenant de ce clbre manuscrit et calqus avant sa
  destruction.--On pourrait rappeler encore ici le nom de l'abbesse
  du monastre de Gandersheim (Brunswick), ROSWITH ou ROSWITA (Xe
  sicle), auteur de posies religieuses crites en latin, et de
  celle du monastre de Saint-Rupert de Bingen (prs de Mayence),
  SAINTE HILDEGARDE (1098-1180), qui composa, sous le titre de
  _Jardin de sant_, un rpertoire de recettes mdicales, souvent
  des plus bizarres. Hildegarde, exalte mystique, s'est
  principalement occupe de botanique et d'histoire naturelle.


Antrieurement  Herrade de Landsberg, au dixime sicle, vivait une
autre religieuse, une sainte, originaire de la Souabe, SAINTE WIBORADE
(_Weibrath_, femme sage et de bon conseil), vierge et martyre, pour
laquelle on a revendiqu le glorieux titre de patronne des
bibliophiles. C'est le baron Ernouf qui a formul cette
revendication, il y a une cinquantaine d'annes[40].

  [40] _Bulletin du bibliophile_, 14e srie, 1860, p. 1429-1446;
  article intitul: _Une martyre bibliophile_.

Sainte Wiborade, qui appartenait  une riche et puissante famille, se
retira dans une cellule voisine du monastre de Saint-Gall, et
s'occupa  broder et orner les toffes destines  couvrir les
nombreux et somptueux manuscrits que possdait ce monastre. Une horde
de barbares et de paens, des Hongrois, ayant envahi le pays, la noble
recluse courut chez les moines en poussant ce cri, qui remplissait
d'enthousiasme le baron biographe, et mrite encore la reconnaissance
de tous les bibliophiles:

Sauvez d'abord les livres! Cachez-les! Vous vous occuperez ensuite de
mettre  l'abri les vases sacrs!

Est-ce cette prfrence qui valut  Wiborade un si prompt
chtiment,--ou une si soudaine rcompense cleste? Tant il y a que,
les barbares partis, cette grande et passionne amie des livres fut
trouve morte dans sa cellule, la tte fracasse par trois coups de
hache, et baignant dans son sang.




II

Les anciens ducs de Bourbon avaient runi, dans la capitale de leur
duch,  Moulins, une collection de livres qui s'enrichit de plus en
plus et devint, au quinzime sicle, une des plus belles et des plus
considrables qu'on pt voir.

La femme de Louis Ier de Bourbon, MARIE DE HAINAUT (....-1354),
possdait dj de beaux livres: son nom se lit sur un manuscrit du
roman de _Lancelot_ qui se trouve aujourd'hui  la Bibliothque
nationale[41]. Le vritable fondateur de cette bibliothque des ducs
de Bourbon,  Moulins, fut un petit-fils de cette princesse, Louis II
dit le Bon (1337-1410).

  [41] Cf. Eugne ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 3.


La soeur de Louis II, JEANNE DE BOURBON (1338-1378), qui pousa notre
roi Charles V, le crateur de notre Bibliothque nationale, tait,
avant mme son mariage, une fervente bibliophile. Entre autres
trsors, elle apporta en dot  son mari une vingtaine de manuscrits
prcieux, richement relis, qui contriburent  former le premier
fonds de la Bibliothque que ce prince rassembla plus tard dans la
grosse tour du Louvre[42]. On est mme tent d'admettre que c'est
elle qui inspira  Charles V ce got pour les livres dont ce monarque
a donn de si grandes preuves. En tout cas, et selon la locution
connue, elle n'y a pas nui, ce qui est quelque chose.

  [42] Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 67-68.


MARGUERITE DE FLANDRE (1350-1405), pouse du duc de Bourgogne Philippe
le Hardi, ...partageait les nobles gots de son poux, avait sa
bibliothque  part, o les _Belles-Lettres_ comptaient 54 volumes,
dont 39 romans; la _Thologie_, 45; les _Sciences et Arts_, 26;
l'_Histoire_ et la _Jurisprudence_, chacune 6[43].

  [43] Gustave MOURAVIT, _ouvrage cit_, p. 415.


CHRISTINE DE PISAN (1363?-1431?), toute jeune, lisait dj Virgile et
Cicron dans leur texte. Elle tait venue en France  l'ge de cinq
ans, amene par son pre, Thomas de Pisan, conseiller de la
rpublique vnitienne, appel  la cour de Charles V, en qualit de
conseiller ou d'astrologue du roi. Elle reut une brillante ducation
et tudia surtout l'antiquit. A quinze ans, elle pouse un
gentilhomme picard, Etienne du Castel, qui la laisse veuve 
vingt-cinq ans avec trois enfants. Aprs s'tre adonne  l'tude par
got et par plaisir, elle s'y livre alors par ncessit; elle a
recours  sa plume pour gagner sa vie et celle de ses enfants. Elle
crivit quantit d'ouvrages, dont une chronique du rgne de Charles V,
_le Livre des faits et bonnes moeurs du roi Charles V_, qui a t
rimprime dans la _Collection des Mmoires relatifs  l'histoire de
France_ de Petitot et Monmerqu et dans celle de Michaud et Poujoulat,
et est encore souvent consulte[44].

  [44] Cf. LAROUSSE, _Grand Dictionnaire_;--MICHAUD, _Biographie
  universelle_;--Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
  France_;--etc. Je profite du nom de Christine de Pisan,
  originaire de Venise, pour remarquer que, de mme que j'ai laiss
  en dehors de mes recherches les femmes bibliophiles de
  l'antiquit, je ne m'occupe qu'accidentellement des bibliophiles
  trangres  la France. Sur les femmes qui ont aim les livres et
  cultiv les lettres en Italie,  l'poque de la Renaissance, on
  trouve d'intressants dtails dans l'ouvrage de M. Lefebvre
  Saint-Ogan, _De Dante  l'Artin_, principalement au chapitre X,
  p. 249-281 (Paris, Quantin, 1889). Dans son _Roland furieux_,
  l'Arioste donne une longue liste d'illustres italiennes amies des
  lettres, liste reproduite par M. Lefebvre Saint-Ogan, dans ledit
  volume, p. 254.


Christine de Pisan s'tait retire dans un monastre, et elle y vivait
depuis vingt ans, raconte-t-on, lorsqu'elle entendit parler de Jeanne
d'Arc; elle sortit de son silence pour faire, en l'honneur de la
Vierge du triomphe, des vers qui furent sa dernire oeuvre et
couronnrent dignement sa vie[45].

  [45] Charles ROZAN, _Petites Ignorances historiques et
  littraires_, p. 82, note 5.


La duchesse MARIE DE BERRY (....-1434), fille d'un frre de Charles V,
apporta  son poux, le duc de Bourbon Jean Ier, quarante et un des
plus beaux manuscrits que son pre avait runis dans son chteau de
Mehun-sur-Yvre. Ces livres lui furent compts pour une somme de 2500
livres tournois dans la succession de celui-ci. Les autres furent
malheureusement disperss par les cranciers de ce prince[46]... Cet
amour des livres, la duchesse Marie le transmit  son fils et  son
petit-fils, les ducs Charles Ier et Jean II, qui furent l'un et
l'autre de grands bibliophiles.

  [46] Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 68-70.


La femme de l'infortun Charles VI, ISABEAU DE BAVIRE (1371-1435),
jugea convenable, malgr ses scandaleux dbordements, de placer un
exemplaire de la _Somme des vices et des vertus_ en l'glise des
Innocens  Paris, afin que ceste matire fust sceue comme souveraine
de tous ceulx qui l le vouldroient lire. En 1398, fut faite pour
elle une traduction de la Passion, dont il y a trois exemplaires[47].
Nous voyons aussi que la reine Isabeau ne se sparait point de ses
livres en voyage, ses comptes ou factures l'attestent  plusieurs
reprises: ...Articles vendus par Pierre du Fou (1387), coffretier et
huchier,... un coffre de bois garni de cuir pour porter en chariot les
livres et romans de la Royne[48]...

  [47] Cf. Lopold DELISLE, _le Cabinet des manuscrits_, t. I, p.
  50.

  [48] Cf. Gustave MOURAVIT, _ouvrage cit_, p. 378;--et A. DE
  CHAMPEAUX, _le Meuble_, t. I, p. 76-77.


YOLANDE DE FRANCE (1434-1478), fille de Charles VII, soeur de Louis
XI, femme d'Amde IX, duc de Savoie, enleve par Charles le Tmraire
aprs la dfaite de Morat, aimait passionnment les livres, les arts
et le luxe. Tout comme aujourd'hui nos grandes lgantes de Londres
et de Berlin, elle faisait venir ses robes de Paris, et elle avait
en quelque sorte  ses gages un orfvre et un enlumineur de missels.
Les livres de sa bibliothque, contenus dans trois coffres qui la
suivaient partout, sont dignes d'une me qui ne craignait pas de se
blesser aux pines de la vie pour leur drober une fleur, comme
disait si joliment le rimeur Marquet. On voyait, dans cette
bibliothque, les _ptres_ de Snque, les _Tusculanes_ de Cicron,
Valre-Maxime, Dante, saint Bernard, le _Vieil Digeste_, la
_Consolation_ de Boce, les _Chroniques de Savoie_, le livre de _la
Belle Hlne_, les _Cent Nouvelles_ en toscan, quatre _Bibles_, et
quantit de missels  miniatures[49].

  [49] Cf. COMMINES, _Mmoires_, p. 766, dition Chantelauze;--et
  _le Magasin pittoresque_, avril 1869, p. 111.


ANNE DE FRANCE (1462-1522), fille de Louis XI, marie  Pierre de
Bourbon, sire de Beaujeu, avait fait de trs belles nourritures
(tudes, ducation), nous dit Brantme[50], et n'y a gures eu dames
et filles de grande maison de son temps qui n'aient appris leon
d'elle, estant alors la maison de Bourbon l'une des grandes et
splendides de la chrestient.

  [50] _OEuvres compltes_, Recueil des Dames, t. X, p. 273
  (Bibliothque elzvirienne).

C'est  Anne de France[51], qu'on attribue cette galante et fameuse
comparaison. Une de ses demoiselles d'honneur s'tant laiss sduire,
ayant fait la folie aux garons, Anne lui reprocha sa faute et lui
demanda pourquoi elle avait ainsi manqu  ses devoirs. La jeune fille
lui ayant rpondu que l'autre lui avait fait par force, Anne lui fit
la comparaison d'une espe desgaisne, qui ne se peut jamais
engaisner si le fourreau se remue de et del, et ne demeure ferme;
ainsi est-il d'une femme en cela, et lui en fit monstrer l'exprience
de l'espe devant elle et toutes les dames et filles[52], de faon 
leur donner  toutes une leon.

  [51] Et aussi  lisabeth d'Angleterre et  Catherine II de
  Russie: cf. BRANTME, _ouvrage cit_, t. X, p. 272, note 2.

  [52] BRANTME, _ouvrage cit_, t. X, p. 272; et _Vies des dames
  illustres_, p. 263 (Paris, Garnier, 1877).


PHILIPPE DE GHELDRES ou PHILIPPINE DE GUELDRE (1463-1547), fille
d'Adolphe d'Egmont, duc de Gheldres ou Gueldre, et de Catherine de
Bourbon; duchesse de Lorraine par son mariage avec le duc Ren II,
devenue veuve en 1508, s'enferma, quelques annes plus tard, au
couvent de Sainte-Claire de Pont--Mousson, o elle vcut dans la plus
austre retraite.

Elle avait runi une bibliothque asctique, qui, aprs sa mort, fut
conserve par les soeurs de Sainte-Claire, et ne fut disperse qu' la
Rvolution[53].

  [53] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _les Femmes bibliophiles de
  France_, t. II, p. 368.


ANNE DE BRETAGNE (1477-1514), femme de Charles VIII, puis de Louis
XII, rois de France.

Elle avait t nourrie (leve) par Mme de Laval, trs habile et
accomplie dame, qui lui avait est donne par le duc Franois, son
pre, pour gouvernante[54]. Sa librairie (bibliothque) se
composait de treize  quinze cents volumes, dont les livres conquis en
Italie par Charles VIII formaient la plus grande partie[55].

  [54] BRANTME, _ouvrage cit_, t. X, p. 5.

  [55] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 374.

Le _livre d'heures_ d'Anne de Bretagne, manuscrit rempli de miniatures
d'une admirable excution, est universellement connu. On peut
considrer ce manuscrit comme le testament de la miniature franaise
expirante, a dit un juge autoris[56]. L'image de la vertueuse pouse
de Louis XII, coiffe  la mode de son pays, entoure de sa patronne,
de sainte Ursule et de sainte Hlne (ou sainte Marguerite?),
suffirait pour faire mettre ce volume hors de pair. Cinquante et un
grands sujets en couvrent les pages, sans compter une multitude de
dessins d'ornement, de fleurs, de fruits, etc. Ces chefs-d'oeuvre,
d'abord attribus  Jean Poyet, disciple de Jehan Fouquet, sont,
d'aprs Lopold Delisle, de Jehan Bourdichon, painctre et valet de
chambre de monseigneur (Louis XII), qui, en vertu d'un mandement dat
de Blois, le 14 mars 1508, reut la somme de mille cinquante livres
tournois, pour avoir, dit la reine, richement et somptueusement
histori et enlumyn une grans Heures pour notre usaige et service, o
il a mis grant temps[57].

  [56] LECOY DE LA MARCHE, _les Manuscrits et la Miniature_, p. 240
  (Paris, Quantin, s. d.).

  [57] Cf. ID., _ouvrage cit_, p. 242.

Paul Lacroix reproche  Anne de Bretagne d'avoir eu pour la posie,
et comme toutes les princesses de son temps, un got trs vif, il est
vrai, mais peu dlicat... Anne de Bretagne ne montrait pas beaucoup
de finesse en ses jugements, pervertis par la mauvaise influence des
rimeurs flamands et bourguignons sur la littrature franaise...[58].

  [58] Paul LACROIX (bibliophile Jacob), _Louis XII et Anne de
  Bretagne_, p. 381-382.

Souvent, continue-t-il, Anne de Bretagne, environne de ses dames,
dans une salle _pare_, accueillait le livre et l'auteur: celui-ci,
vtu du costume doctoral, robe noire  larges manches, le chaperon
fourr sur l'paule, venait s'agenouiller devant la reine, tel qu'il
s'tait fait peindre par un enlumineur au frontispice du manuscrit
qu'il prsentait reli en velours avec fermoirs d'argent. Souvent un
des potes valets de chambre demandait une audience pour rciter une
pice de vers en forme de pangyrique sur quelque sujet dsign par la
reine, sur quelque question de morale, de religion ou de fantaisie,
que la reine avait laiss tomber,  la veille ou bien  table.
C'taient les seuls instants accords  la lecture et aux _devis_, le
jour aux heures de repas, le soir parmi les travaux de quenouille et
d'aiguille; l, un secrtaire lisait,  voix haute et claire, des
romans, des histoires, des lgendes de saints, des posies; l,
docteurs et savants dissertaient et disputaient, avec toutes les
ressources de la dialectique; l, chaque auditeur s'instruisait en se
rcrant.

Comme si elle et pressenti l'avnement de notre _fminisme_ moderne,
Anne de Bretagne aimait  entendre et  faire l'apologie du sexe
fminin, qu'elle avait pris  coeur d'exalter bien au-dessus de
l'autre sexe, en le protgeant contre les attaques des potes; elle
s'tait place  la tte des dames contemporaines, par ses vertus, son
esprit et sa force d'me; elle voulait faire partager  son sexe, dans
la socit, la position d'estime et de respect qu'elle avait acquise 
la Cour; car elle supportait impatiemment l'injustice des hommes 
l'gard des femmes. Elle chargea donc ses potes de venger la
_maternelle secte_, et de lui faire des champions bards et cuirasss
de rimes:  ce signal, les reprsailles commencrent contre tous les
livres satiriques faits en haine ou en mpris des femmes, surtout
contre le _Roman de la Rose_, dont le continuateur, Jean de Meung,
avait, dit-on, t fustig par les dames de la cour de Philippe le
Bel,  cause de ses audacieuses pigrammes, attentatoires  l'honneur
fminin[59].

  [59] Paul LACROIX, _ouvrage cit_, p. 386-387.


GABRIELLE DE BOURBON (....-1516), fille de Louis Ier, comte de
Montpensier, marie en 1485 avec Louis II, duc de la Trmoille, fut
aussi une des femmes les plus distingues de son temps, et cultiva les
lettres avec succs[60].

  [60] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 366.


LUCRCE BORGIA (1480-1519) avait reu une forte instruction. Elle
savait l'espagnol et le franais, assez de latin pour lire au Vatican
les lettres du pape Alexandre VI, son pre; assez de grec pour
s'intresser  toutes les tudes philhellnes de la Renaissance. Elle
tait bonne musicienne. Elle dessinait, et Ferrare a longtemps admir
ses broderies de soie et d'or. Peut-tre tait-elle pote, s'il faut
en croire les _canzone_ espagnoles adresses  Bembo. Gregorovius veut
que son instruction religieuse ait t trs soigne. Le fait est que,
dans l'inventaire de sa bibliothque (class dans les archives de
Modne), figurent, outre le brviaire, les psaumes, les vangiles, les
_Lettres_ de sainte Catherine de Sienne, _le Miroir de la Foi_, Dante,
_la Lgende des saints_, et une _Vie du Christ_ en espagnol[61].

  [61] _Le Courrier littraire_, 10 mars 1877, p. 12, article
  intitul: _Lucrezia Borgia_, sign: M. CORIOLIS.

Un jour Pierre Bembo, le cardinal-pote, ami de l'illustre imprimeur
Alde Manuce, de Venise, et familier de sa maison, entra
mystrieusement dans le cabinet d'Alde; il tait accompagn d'une
femme  la taille imposante, au regard froid et clair,  la chevelure
blonde, longue  lui servir de manteau. Seigneur Aldo, dit cette
visiteuse, je n'ai pas voulu passer  Venise sans voir l'un de ses
plus grands hommes. Votre imprimerie vous cote plus qu'elle ne rend,
m'a-t-on dit; permettez-moi de m'associer  votre noble entreprise, et
de vous aider de mes deniers, de ma protection au besoin. Alde
accepta avec empressement ces offres surprenantes, et partout il
clbra les mrites, les vertus immacules, de cette patronne
inattendue. C'tait dona Lucrezia Borgia[62].

  [62] Cf. Auguste VITU, _Histoire de la typographie_, p. 92
  (Paris, Delagrave, 1892).


MARGUERITE D'AUTRICHE (1480-1530), fille de Maximilien d'Autriche,
gouvernante des Pays-Bas, a laiss un grand nombre de posies, restes
manuscrites.

Fiance d'abord au dauphin de France (Charles VIII), puis  l'infant
d'Espagne, Marguerite d'Autriche n'pousa ni l'un ni l'autre, et
faillit prir dans une furieuse tempte en se rendant auprs de son
second fianc. C'est au milieu de ce danger suprme qu'elle se composa
l'pitaphe maintes fois cite:

    Ci-gt Margot, la gente demoiselle,
    _Qu'eut_ deux maris et _si morut_ pucelle.
    (_et pourtant mourut..._)[63]

  [63] Cf. Franois FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p. 341;--et
  LAROUSSE, _ouvrage cit_.


SUZANNE DE BOURBON (1491-1521), fille d'Anne de France et pouse du
fameux conntable, dont les biens, aprs sa trahison, furent
confisqus au profit de la couronne, aima les beaux livres, 
l'exemple de sa mre[64].

  [64] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 363.


Bibliophile aussi JACQUETTE DU PESCHIN (XVe sicle), marie, en 1416,
 Bertrand, seigneur de la Tour, comte d'Auvergne et de Boulogne[65].

  [65] Cf. MORRI, _le Grand Dictionnaire historique_, article
  Tour, t. X, p. 279 (Paris, Libraires associs, 1759);--et Joannis
  GUIGARD, _Nouvel Armorial du bibliophile_, t. I, p. 171.




III

Ernest Quentin-Bauchart, qui a crit un ouvrage de grand luxe et d'une
importance capitale sur les femmes bibliophiles des seizime,
dix-septime et dix-huitime sicles, en cite environ cent vingt et
examine leurs bibliothques surtout au point de vue de la reliure, de
l'lgance et de la richesse des volumes[66]. Malgr le titre donn
par lui  son oeuvre, il nous avertit,--et il convient de rappeler ici
cet avertissement,--que ce titre n'est pas exact: Beaucoup de grandes
dames ont eu des livres aux sicles passs, mais _presque toutes_ en
ignoraient le contenu, et le titre de bibliophile ne leur est gure
applicable. Le livre acquis, reli et rang avec plus ou moins de
mthode dans une armoire luxueuse, l'effet tait produit, et elles
s'en tenaient l[67].

  [66] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _les Femmes bibliophiles de
  France_, XVIe, XVIIe et XVIIIe sicles; Paris, Damascne-Morgand,
  1886; 2 vol. in-8. Nombreuses planches de reliures aux armes,
  reproduites en hliogravure. Tirage  350 exemplaires. J'ai dj
  eu et j'aurai encore frquemment et amplement recours  ce grand
  ouvrage, ainsi qu' celui de Joannis GUIGARD, _Nouvel Armorial du
  bibliophile_, Guide de l'amateur des livres armoris; Paris,
  mile Rondeau, 1890, 2 vol. in-8. Une partie du tome I du _Nouvel
  Armorial_ (pages 87-210) est tout entire et exclusivement
  consacre aux femmes bibliophiles ayant fait apposer leurs
  armoiries sur leurs livres.

  [67] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, Avertissement, t.
  I, p. 3.

Joannis Guigard, dans son _Nouvel Armorial du bibliophile_[68], fait
absolument la mme remarque et les mmes rserves: Ici, le mot
_bibliophile_ ne veut pas dire que les personnes auxquelles il
s'applique,  quelques exceptions prs, aimaient et recherchaient les
productions de l'intelligence humaine  la faon des d'Hoym, des La
Vallire, des Charles Nodier, et autres bien connus, anciens et
modernes: non. Les exigences du temps, les usages de la socit
d'alors, imposaient en quelque sorte aux femmes, et mme aux hommes du
monde, la ncessit d'une bibliothque. On avait des livres moins pour
les jouissances de l'esprit que pour les satisfactions de l'oeil:
c'tait un meuble...[69]. C'est pourquoi, conclut notre bibliographe,
nous avons tendu le sens du mot, afin de comprendre toutes les femmes
dont nous avons trouv les armes sur des volumes.

  [68] Tome I, p. 87.

  [69] Ces considrations s'appliquent surtout  la socit du
  dix-huitime sicle: voir plus loin, p. 240, une note relative 
  la bibliothque de Mlle Le Duc.

Cette rserve formule une fois pour toutes, et que nous prions le
lecteur de ne pas oublier, nous continuerons, de notre ct,  donner
 ces princesses ou patriciennes ce nom de bibliophile que la
plupart d'entre elles ne mritent que trs imparfaitement.


La premire mentionne par Ernest Quentin-Bauchart est LOUISE DE
SAVOIE (1476-1531), rgente de France et mre de Franois Ier et de
Marguerite d'Angoulme.


Auteur de l'_Heptamron_, des _Marguerites de la Marguerite_, etc.,
MARGUERITE D'ANGOULME (1492-1549), aussi bien que sa nice MARGUERITE
DE SAVOIE (1523-1574), et sa petite-nice MARGUERITE DE VALOIS
(1552?-1615), la reine Margot, premire femme de Henri IV, furent
toutes trois de grandes amies des livres et des lettres.

Il y eut au seizime sicle les trois Marguerite, remarque
Sainte-Beuve[70]: l'une, soeur de Franois Ier et reine de Navarre,
clbre par son esprit, ses Contes dans le genre de Boccace, et ses
vers moins amusants;--l'autre Marguerite, nice de la prcdente,
soeur de Henri II, et qui devint duchesse de Savoie, trs spirituelle,
faisant aussi des vers, et, dans sa jeunesse, la patronne des nouveaux
potes  la Cour;--la troisime Marguerite enfin, nice et
petite-nice des deux premires, fille de Henri II, premire femme de
Henri IV, et soeur des derniers Valois. C'est la _reine Margot_.

  [70] _Causeries du lundi_, t. VI, p. 182. Au quinzime sicle,
  nous avons eu une autre Marguerite,  qui nous devons un
  particulier et clbre tmoignage de son affection pour les
  lettres; c'est MARGUERITE D'COSSE (1424-1444), fille du roi
  d'cosse Jacques Ier, qui fut la premire femme de Louis XI,
  alors dauphin. Ayant un jour aperu le pote et chroniqueur Alain
  Chartier endormi sur une chaise, elle s'approcha de lui et lui
  donna un baiser, chose dont s'estant quelques-uns esmerveills,
  parce que nature avait enchss en lui un bel esprit dans un
  corps laid, la princesse leur rpondit qu'elle n'avait pas bais
  l'homme, mais la bouche d'o sortaient tant de _mots dors_.
  Marguerite d'cosse, qui avait douze ans quand elle pousa Louis
  XI, et qui mourut  vingt ans, trouva si peu de bonheur dans ce
  mariage qu'elle s'cria,  ses derniers instants: Fi de la vie!
  qu'on ne m'en parle plus! (LAROUSSE, _ouvrage cit_;--Ludovic
  LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.)

Tout en travaillant  quelque ouvrage d'aiguille, Marguerite
d'Angoulme, qui avait adopt pour devise une fleur de souci tourne
vers le soleil, avec cette lgende: _Non inferiora secutus_ (ne
s'arrtant pas aux choses de la terre)[71], avait coutume de garder
prs d'elle un secrtaire qui lui faisait la lecture (histoire ou
posie le plus souvent), ou  qui elle dictait quelque mditation
qu'il mettait par escrit[72].

  [71] P. L. JACOB, notice en tte de l'_Heptamron_, p. IV (Paris,
  Delahaye, 1858).

  [72] BRANTME, _ouvrage cit_, t. X, p. 284, note 2.--Sur
  Marguerite d'Angoulme, voir Flix FRANK, _Dernier voyage de la
  reine de Navarre Marguerite d'Angoulme, soeur de Franois Ier,
  avec sa fille Jeanne d'Albret, aux bains de Cauterets_ (1549)
  (Paris, Lechevalier, 1897; in-8, 112 pages).

Le mme chroniqueur, parlant de la reine Margot, nous dit[73] qu'elle
est fort curieuse de recouvrer tous les beaux livres nouveaux qui se
composent, tant en lettres sainctes qu'humaines; et quand elle a
entrepris  lire un livre, tant grand et long soit-il, elle ne le
laisse ni s'arreste jamais, jusqu' ce qu'elle en ayt veu la fin, et
bien souvent en perd le manger et le dormir. Elle-mesme compose fort,
tant en prose qu'en vers...

  [73] BRANTME, _ouvrage cit_, t. X, p. 247.

On sait que la reine Margot possdait parfaitement la langue latine.
Lorsque les Polonais, envoys en ambassade  Paris, lui vinrent faire
la rvrence, il y eut l'vesque de Cracovie, le principal et le
premier de l'ambassade, qui fist l'harangue pour tous, et en latin,
car il estoit un savant et suffisant prlat. La reine lui respondit si
pertinemment et si loquemment, sans s'aider d'aucun truchement, ayant
fort bien entendu et compris son harangue, que tous en entrrent en si
grande admiration, que d'une voix il l'appelrent une seconde Minerve
ou desse d'loquence[74].

  [74] BRANTME, _ouvrage cit_, t. X, p. 205.

On l'appelait aussi volontiers chez elle _Vnus-Uranie_[75], ce qui
lui faisait bien des surnoms.

  [75] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cit_, t. VI, p. 191.

Elle aimait les beaux discours sur des sujets relevs de philosophie
ou de sentiment. Dans ses dernires annes, pendant ses dners et ses
soupers, elle avait ordinairement quatre savants hommes prs d'elle,
auxquels elle proposait, au commencement du repas, quelque thse plus
ou moins sublime ou subtile, et, quand chacun avait parl pour ou
contre et avait puis ses raisons, elle intervenait et les remettait
aux prises, provoquant et s'attirant  plaisir leur contradiction
mme...[76].

  [76] SAINTE-BEUVE, _ouvrage cit_, t. VI, p. 191.

Ce qu'il faut rappeler  l'honneur de la reine Marguerite, ajoute
Sainte-Beuve, dans la conclusion de son article[77], c'est son esprit,
c'est son talent de bien dire, c'est ce qu'on lit  son sujet dans les
Mmoires du cardinal de Richelieu: Elle toit le refuge des hommes de
lettres, aimoit  les entendre parler; sa table en toit toujours
environne, et elle apprit tant en leur conversation qu'elle parloit
mieux que femme de son temps et crivoit plus lgamment que la
condition ordinaire de son sexe ne portoit.

  [77] _Ouvrage cit_, p. 200.

Tallemant des Raux nous conte que la reine Margot estoit belle en sa
jeunesse, hors qu'elle avoit les joues un peu pendantes et le visage
un peu trop long. Jamais, continue-t-il, il n'y eut une personne plus
encline  la galanterie. Elle avoit d'une sorte de papier dont les
marges estoient toutes pleines de trophes d'amour; c'estoit le papier
dont elle se servoit pour ses billets doux. Elle parloit phbus selon
la mode de ce temps-l, mais elle avoit beaucoup d'esprit. On a une
pice d'elle qu'elle a intitule: _La Ruelle mal assortie_, o l'on
peut voir quel estoit son style de galanterie.

Elle portoit un grand vertugadin qui avoit des pochettes tout autour,
en chascune desquelles elle mettoit une boiste o estoit le coeur d'un
de ses amants trespasss; car elle estoit soigneuse,  mesure qu'ils
mouroient, d'en faire embaumer le coeur. Ce vertugadin se pendoit tous
les soirs  un crochet qui fermoit  cadenas, derrire le dossier de
son lict.

Elle devint horriblement grosse, et avec cela elle faisoit faire ses
quarrures et ses corps de jupe beaucoup plus larges qu'il ne falloit,
et ses manches  proportion... Elle estoit coiffe de cheveux blonds
d'un blond de filasse blanchis sur l'herbe; elle avoit t chauve de
bonne heure. Pour cela, elle avoit de grands valets de pied blonds que
l'on tondoit de temps en temps...

Durant ses repas, elle faisoit tousjours discourir quelque homme de
lettres. Pitard, qui a escrit de la morale, estoit  elle, et elle le
faisoit parler assez souvent...

Et Tallemant termine son historiette de la reine Margot par cette
gauloise anecdote:

J'ay ouy faire un conte de la reine Marguerite qui est fort plaisant.
Un gentilhomme gascon, nomm Salignac (Jean de Gontaut, baron de
Salignac), devint, comme elle estoit encore jeune, esperdument
amoureux d'elle, mais elle ne l'aimoit point. Un jour, comme il luy
reprochoit son ingratitude:

Or a, luy dit-elle, que feriez-vous pour me tesmoigner vostre amour?

--Il n'y a rien que je ne fisse, respondit-il.

--Prendriez-vous bien du poison?

--Ouy, pourvu que vous me permissiez d'expirer  vos pieds.

--Je le veux! reprit-elle.

On prend jour; elle luy fait prparer une bonne mdecine fort
laxative. Il l'avale, et elle l'enferme dans un cabinet, aprs lui
avoir jur de venir avant que le poison oprast.

Elle le laissa l deux bonnes heures, et la mdecine opra si bien
que, quand on luy vint ouvrir, personne ne pouvoit durer autour de
luy[78].

  [78] TALLEMANT DES RAUX, _les Historiettes_, t. I, p. 101-106
  (Paris, Techener, 1862). Une aventure analogue survint  l'abb
  de Voisenon (1708-1775), devenu passionnment amoureux d'une dame
  Potron, dont le mari s'avisa, dans un dner, de servir au galant
  abb certain plat copieusement et tratreusement assaisonn. Dans
  son roman _Si jeunesse savait_ (chap. XXII), Frdric Souli a
  aussi eu recours  ce relchant procd. (Cf. B. JULLIEN,
  _Thses d'histoire_, p. 472 et suiv., et p. 475, note 1.)


ANTOINETTE DE BOURBON-VENDME (1494-1583), qui pousa, en 1513, Claude
de Lorraine,--fils de Ren II, le vainqueur de Charles le
Tmraire,--premier duc de Guise, et fut la mre de toute cette ligne
des Guises qui donna tant de soucis aux derniers Valois, au point que
ses petits-fils faillirent enlever la couronne  Henri IV, dont elle
tait la grand'tante,--Antoinette de Bourbon-Vendme possda une
bibliothque nombreuse dont la plupart des volumes avaient t relis
par le clbre Nicolas ve. Quelques-uns portaient sur les plats son
chiffre form d'un V et d'un A enlacs (Antoinette de Vendme),
accompagn d'un autre chiffre compos de deux [Grec: LL] (_Lorraine_)[79].

  [79] Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 70-72. Sur cet usage de
  mettre en lettres grecques ses initiales sur le plat des livres,
  voir douard FOURNIER, _l'Art de la reliure en France_, p. 147
  (Paris, Dentu, 1888).


MARIE D'ANGLETERRE (1497-1534), troisime femme de Louis XII, roi de
France. On cite deux beaux manuscrits qui lui ont appartenu[80].

  [80] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  382-383;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 88.


LONORE D'AUTRICHE (1498?-1558), soeur ane de Charles-Quint;
devenue veuve d'Emmanuel le Grand, roi du Portugal, elle pousa, en
1530, Franois Ier, veuf de Claude de France[81].

  [81] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 387.


CLAUDE DE FRANCE (1499-1524), fille ane de Louis XII, reine de
France par son mariage avec Franois Ier[82].

  [82] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 384.


DIANE DE POITIERS (1499-1566): c'est  elle que revient en partie
l'honneur d'avoir cr la magnifique bibliothque d'Anet[83].

  [83] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 62 et suiv.




IV

ANNE DE BOLEYN ou BOULEN (1500-1536), dont on connat la fin tragique,
a laiss un exemplaire du Nouveau Testament (dition de Tyndall),
conserv aujourd'hui au _British Museum_, et dont les tranches portent
son nom en grandes lettres rouges[84].

  [84] Cf. Ludovic LALANNE, _Curiosits bibliographiques_, p. 286.

Sur les derniers moments de cette princesse, victime des passions du
roi d'Angleterre Henri VIII, son mari, voici quelques mouvants
dtails que Bossuet, dans son _Histoire des variations_[85], a
emprunts  l'historien anglais Burnet:

  [85] Livre VII (_OEuvres choisies_, t. III, p. 13; Paris,
  Hachette, 1865).

La malheureuse espra en vain de flchir le roi, en avouant tout ce
qu'il voulait. Cet aveu ne lui sauva que le feu. Henri lui fit couper
la tte. Le jour de l'excution, elle se consola, sur ce qu'elle avait
ou dire que l'excuteur tait fort habile; et d'ailleurs,
ajouta-t-elle, j'ai le cou assez petit. Au mme temps, dit le
tmoin de sa mort, elle y a port la main et s'est mise  rire de tout
son coeur, soit par l'ostentation d'une intrpidit outre, soit que
la tte lui et tourn aux approches de la mort; et il semble, quoi
qu'il en soit, que Dieu voulait, quelque affreuse que ft la fin de
cette princesse, qu'elle tnt autant du ridicule que du tragique.

Si habile et si endurci que ft l'excuteur, deux fois, parat-il, il
essaya de lever la hache, et deux fois ses bras dfaillirent, car Anne
le regardait.

Oh! milord, dit-il  Thomas Cromwell, si elle me regarde toujours, je
ne pourrai jamais frapper.

Il fallut qu'Anne dtournt sa tte charmante, pour que le bourreau
reprt du coeur et accomplt sa fatale mission[86].

  [86] Gilbert BURNET, _Histoire de la rformation en Angleterre_,
  dans LAROUSSE, _ouvrage cit_, article Boulen ou Boleyn.


CATHERINE DE MDICIS (1519-1589), rassembla, dans sa somptueuse
rsidence de Saint-Maur-des-Fosss, une excellente bibliothque,
qu'elle mettait  la disposition des savants:

    Ceste royne d'honneur, de telle race issue,
    Soigneuse, a fait chercher les livres les plus vieux,
    Hbreux, grecs et latins, traduits et  traduire,
    Et par noble despense elle en a fait reluire
    Son chasteau de Saint-Maur, afin que sans danger
    Le Franois fust vainqueur du savoir estranger[87].

  [87] RONSARD, _le Bocage royal_, dans BRANTME, _OEuvres
  compltes_, t. X, p. 77, note 1.


ANNE DE LORRAINE (1522-1568), marie, en 1540, au prince d'Orange, et,
en secondes noces, en 1548,  Philippe, sire de Croy[88].

  [88] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 388.


FRANOISE-RENE DE LORRAINE (1522-1602), abbesse de Saint-Pierre de
Reims et du royal monastre de Montmartre[89].

  [89] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 390.


Mme JEAN D'AUBIGN, Catherine de l'Estang, mre d'Agrippa d'Aubign
(1530?-1550?), morte dans sa vingtime anne, en donnant le jour 
son fils, a laiss un volume, un saint Basile en grec, annot de sa
main, et qui atteste l'rudition de cette jeune femme[90].

  [90] Cf. le journal _le Temps_, 21 mai 1914, article sign Samuel
  Rocheblave.


On voit au _British Museum_ une Bible franaise, imprime  Lyon en
1566, qui a appartenu  la reine LISABETH D'ANGLETERRE (1533-1606).

Les livres de cette princesse, dit Ludovic Lalanne[91], taient en
gnral relis avec un grand luxe, comme le montre l'inventaire de son
trsor, fait la seizime anne de son rgne. On y remarque surtout le
_Golden Manual of prayers_, reli en or massif, et qu'elle portait
suspendu  sa ceinture par une chane d'or. Sur un des cts est
reprsent le jugement de Salomon; sur l'autre, le serpent d'airain
entour des Isralites blesss. Ce livre, dans l'inventaire, est
valu  cent cinquante livres sterling.

  [91] _Curiosits bibliographiques_, p. 287.


L'infortune JEANNE GREY (1537-1554), morte si jeune et si
courageusement, qui lisait le _Phdon_ en grec, et  qui l'amour de
l'tude et de la science faisait oublier ses malheurs, a droit aussi
d'tre mise au nombre des plus nobles amies des livres[92].

  [92] Cf. Franois FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p. 340.


DIANE DE FRANCE, duchesse d'Angoulme, fille lgitime de Henri II
(1538?-1619)[93].

  [93] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  392;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 117.


MARIE STUART (1542-1587), estant en l'aage de treize  quatorze ans,
desclama devant le roy Henry, la royne et toute la Cour, publiquement
en la salle du Louvre, une oraison en latin qu'elle avoit faicte,
soubtenant et deffendant, contre l'opinion commune, qu'il estoit bien
seant aux femmes de savoir les lettres et arts libraux.

Songez--c'est toujours Brantme qui parle[94]--quelle rare chose
c'estoit et admirable de voir ceste belle et savante reine ainsi orer
(parler: d'o prorer) en latin, qu'elle entendoit et parloit fort
bien; car je l'ai vue l; et fust si curieuse de faire faire 
Antoine Fochin (Fouquelin), de Chauny en Vermandois (et l'adresse [il
ddie cet ouvrage]  ladite reine), une rhtorique en franois, que
nous avons encore en lumire... Aussi la faisoit-il bon voir parler,
fust aux plus grands ou fust aux plus petits. Et tant qu'elle a est
en France, elle se rservoit tousjours deux heures du jour pour
estudier et lire: aussi il n'y avoit gures de sciences humaines
qu'elle n'en discourt bien. Surtout elle aimoit la posie et les
potes, mais sur tous M. de Ronsard[95], M. du Bellay et M. de
Maisonfleur, qui ont fait de belles posies et lgies pour elle, et
mesme sur son partement (dpart) de la France, que j'ai vu souvent
lire  elle-mesme en France et en cosse, les larmes  l'oeil et les
souspirs au coeur.

  [94] _Ouvrage cit_, t. X, p. 112 et suiv.

  [95] Voyez, dans les _OEuvres_ de Ronsard, la place importante
  qu'il fait  Marie Stuart.

Elle se mesloit d'estre pote, et composoit des vers, dont j'en ai vu
aucuns (quelques-uns) de beaux et trs bien faicts, et nullement
ressemblants  ceux qu'on lui a mis  sus avoir faicts (qu'on lui a
attribus) sur l'amour du comte Baudouel (Bothwell): ils sont trop
grossiers et mal polis pour estre sortis de sa belle boutique. M. de
Ronsard estoit bien de mon opinion en cela, ainsi que nous en
discourions un jour, et que nous les lisions. Elle en composoit bien
de plus beaux et de plus gentils, et promptement, comme je l'ai vue
souvent qu'elle se retiroit en son cabinet, et sortoit aussitt pour
nous en monstrer  aucuns honnestes gens que nous estions l[96]. De
plus, elle escrivoit fort bien en prose, surtout en lettres, que j'ai
vues trs belles et trs loquentes et hautes.

  [96] Ses posies ne sont pas arrives jusqu' nous. On ne connat
  gure d'elle qu'une pice, trs touchante complainte, publie par
  Brantme (t. X, p. 118-120), et quelques stances. (Note de
  l'dition de Brantme de la Bibliothque elzvirienne, t. X, p.
  114.) Quant aux clbres _Adieux de Marie Stuart  la France_:

    Adieu, plaisant pays de France,
            O ma patrie
            La plus chrie,
    Qui as nourri ma jeune enfance!
    Adieu, France; adieu, mes beaux jours;
        Etc., etc.,

  ils ne sont pas de Marie Stuart, mais du polygraphe Meusnier de
  Querlon (1702-1780). (Cf. STAAFF, _la Littrature franaise_, t.
  I, p. 28.)


LOUISE DE LORRAINE (1553-1601), fille de Nicolas de Lorraine, comte de
Vaudmont et de Marguerite d'Egmont; femme de Henri III, roi de
France.

Devenue veuve, elle se retira dans son chteau de Chenonceaux, et y
rassembla une bibliothque compose de livres splendidement
relis[97].

  [97] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p.
  615;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 89.


La soeur de Henri IV, CATHERINE DE BOURBON (1559-1604), qui pousa
Henri II de Lorraine, duc de Bar, avait tudi les langues anciennes,
l'hbreu mme, et tait aussi habile  chanter qu' toucher du luth.
Elle vcut longtemps au chteau de Pau, et en enrichit notablement la
bibliothque. On y remarquait surtout une belle collection de
classiques grecs et latins, de rares manuscrits et quantit de lettres
autographes des principaux personnages de l'poque.

La plupart des livres de Catherine de Bourbon, dit le bibliographe
Joannis Guigard[98], taient relis  la manire de Clovis ve, qui,
bien certainement, a d travailler pour elle. Beaucoup d'entre eux
portaient sur les plats six doubles C entrelacs formant croix, avec
une flamme au centre, le tout dans un ovale feuillet.

  [98] _Ouvrage cit_, t. I, p. 119.


MARIE DE JARS DE GOURNAY (1565-1645), qui est reste clbre surtout
par son affection et son culte pour Montaigne, dont elle devint la
_fille d'alliance_. Elle publia, en 1595, une dition complte des
_Essais_, qu'elle rdita quarante ans plus tard[99].

  [99] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 395.

Tallemant des Raux a consacr  Mlle de Gournay une de ses amusantes
_historiettes_[100], et je ne rpterai pas ici la farce que lui
jourent,  elle et  Racan, deux endiabls amis de ce pote, et que
j'ai conte dans mes _Mystifications littraires et thtrales_[101].
Voici, en revanche, une originale et trs juste remarque de critique
littraire faite par Mlle de Gournay, et cite et confirme par
Sainte-Beuve:

La vraie touche des esprits, c'est l'examen d'un nouvel auteur; et
celui qui le lit se met  l'preuve plus qu'il ne l'y met[102].


  [100] Tome II, p. 151-154 (Paris, Techener, 1862).

  [101] Pages 152-159 (Paris, Fontemoing, 1913).--Cf. aussi
  TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. II, p. 158 et suiv.
  (Racan).

  [102] Dans SAINTE-BEUVE, _Chateaubriand et son groupe
  littraire_, t. II, p. 116, 21e leon.


GABRIELLE D'ESTRES, duchesse de Beaufort, matresse de Henri IV
(1571?-1599)[103].

  [103] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 159.


MARIE DE MDICIS (1573-1642), deuxime femme de Henri IV, donna aussi
des preuves de son amour pour les livres[104].

  [104] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 610.


CATHERINE DE BOURBON, marquise d'Isle, fille de Henri de Bourbon
(1574-1594)[105].

  [105] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 111.


La PRINCESSE DE BOURBON-CONTI, Louise-Marguerite de Lorraine, fille du
duc de Guise, dit le Balafr, marie en secondes noces au marchal de
Bassompierre (1577-1631)[106].

  [106] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 116.


RENE DE LORRAINE, fille de Henri Ier de Lorraine, duc de Guise,
assassin  Blois, abbesse de Saint-Pierre de Reims (1585?-1626)[107].

  [107] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 120.


La MARQUISE DE RAMBOUILLET (1588-1665) et sa fille JULIE-LUCINE[108]
D'ANGENNES, DUCHESSE DE MONTAUSIER (1607-1671): La marquise lit toute
une journe sans la moindre incommodit, et c'est ce qui la divertit
le plus, au dire de Tallemant des Raux[109], un de ses familiers.

  [108] Mme de Montausier s'appelle Julie-Lucine d'Angennes.
  Lucine est le nom d'une sainte de la maison des Savelles. Sa mre
  et sa grand'mre l'ont port toutes les deux; et, pour
  l'ordinaire, dans cette maison, on adjoustoit tousjours ce nom 
  celuy qu'on donnoit aux filles en les baptisant. (TALLEMANT DES
  RAUX, _ouvrage cit_, t. II, p. 286.)

  [109] _Ouvrage cit_, t. II, p. 285.

Elle a toujours aim les belles choses, crit-il encore[110], et elle
alloit apprendre le latin, seulement pour lire Virgile, quand une
maladie l'en empescha. Depuis, elle n'y a pas song, et s'est
contente de l'espagnol. C'est une personne habile en toutes choses.
Elle fut elle-mesme l'architecte de l'hostel de Rambouillet, qui
estoit la maison de son pre...

  [110] _Ouvrage cit_, t. II, p. 261.

Il n'y a pas au monde de personne moins intresse. Elle dit qu'elle
ne conoit pas de plus grand plaisir au monde que d'envoyer de
l'argent aux gens, sans qu'ils puissent savoir d'o il vient. Elle
passe bien plus avant que ceux qui disent que donner est un plaisir de
roy, car elle dit que c'est un plaisir de Dieu[111].

  [111] _Ouvrage cit_, t. II, p. 264.

Une particularit de Mme de Rambouillet, particularit assez rare 
son poque, c'tait d'apprcier les charmes de la campagne, d'aimer la
nature: Personne n'a jamais tant aim  se promener et  considrer
les beaux endroits du paysage de Paris[112].

  [112] TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. II, p. 280.

Ajoutons qu'elle se montrait, non seulement trs charitable et
gnreuse, comme on vient de le voir, mais de la plus grande
bienveillance, d'une extrme indulgence, envers tous: Personne ne fut
plus aim de ses gens ni des gens de ses amis, que Mme de
Rambouillet[113].

  [113] ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 443.


L'htel de Rambouillet fut, comme on le sait, le rendez-vous de
quantit d'crivains; il fut aussi le quartier gnral des
_Prcieuses_.

C'est de l'htel de Rambouillet que sortit _la Guirlande de Julie_, ce
trs curieux et superbe manuscrit, qui appartient aujourd'hui  Mme la
duchesse d'Uzs. Voici quelques dtails sur la formation et la gense
de ce chef-d'oeuvre.

Le marquis de Montausier, qui se prparait  partir pour l'arme avec
le marchal de Gubriand (1641), avait imagin une galanterie en
l'honneur de Julie d'Angennes, qui lui avait promis de l'pouser ds
qu'il aurait abjur la religion protestante. Il fit peindre sur vlin,
par Robert, excellent miniaturiste, une suite de belles fleurs, que
Julie avait choisies elle-mme, et que les potes de l'htel de
Rambouillet faisaient parler en vers pour clbrer ses grces, ses
talents et ses vertus. Ces pices de posie, crites de la main du
fameux Jarry au-dessous des fleurs, taient signes par le marquis de
Montausier, Arnauld d'Andilly pre et fils, Conrart, Mme de Scudry,
Malleville, Colletet, les trois Habert, Arnauld de Corbeville,
Tallemant des Raux, Gombauld, Godeau, le marquis de Briot, Pinchesne,
Desmarets. Deux pices ne portaient pas de nom: on les attribua
toutes deux au grand Corneille, et Voiture, que Montausier ne pouvait
souffrir, fut seul except dans l'hommage collectif que les amis de
Mme de Rambouillet rendaient  sa fille. Ce prcieux recueil avait
pour titre: _La Guirlande de Julie. Pour Mademoiselle de Rambouillet,
Julie-Lucine d'Angennes_.

Montausier ne quitta pas sans regret Julie d'Angennes, en lui
laissant ce beau livre reli en maroquin et couvert de ses chiffres en
or: il fut fait prisonnier et ne recouvra la libert qu'au bout de dix
mois. De retour en France, il s'empressa d'embrasser la religion
catholique, et se maria enfin, le 4 juillet 1645,  l'ge de
trente-cinq ans, avec Mlle de Rambouillet, qui en avait trente-huit.
Ce mariage, dit Roederer, fut la premire cause qui mit fin  ce
qu'on peut appeler _le rgne de l'htel de Rambouillet_[114].

  [114] Paul LACROIX, _XVIIe Sicle_, Lettres, Sciences et Arts, p.
  184. Voir aussi TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. II, p.
  294.--La _Gazette des beaux-arts_ a rcemment publi un article
  trs dtaill sur la clbre _Guirlande de Julie_; voici un
  rsum de cet article, emprunt au _Mmorial de la librairie
  franaise_ (2 juillet 1914, p. 418-419): On connat trois copies
  manuscrites de _la Guirlande de Julie_, toutes dates de 1641. La
  plus intressante, sur vlin in-folio, appartient aujourd'hui 
  Mme la duchesse d'Uzs. C'est le manuscrit dfinitif et complet
  offert  la belle Julie. M. C. Gabillot vient d'en donner, dans
  la _Gazette des beaux-arts_, l'analyse dtaille et des
  reproductions. Il se compose de huit feuillets prliminaires,
  portant les titres et la miniature qui reprsente la guirlande,
  et de quatre-vingt-dix feuillets, dont chacun contient une des
  vingt-neuf fleurs ou l'un des soixante et un madrigaux dont est
  forme cette double guirlande,  la fois picturale et potique.
  Le texte est d au plus fameux des calligraphes franais, Nicolas
  Jarry, crivain et noteur de la musique du roi; il imita avec une
  perfection incomparable les caractres d'imprimerie. On a soutenu
  que les fleurs elles-mmes taient aussi l'oeuvre de ce mme
  calligraphe; mais la main d'un botaniste et d'un peintre de
  mtier s'y reconnat sans peine. Nicolas Robert, qui dessinait
  des plantes pour les brodeurs, a excut les miniatures de la
  guirlande; elles lui valurent une telle rputation que Gaston
  d'Orlans le prit  son service dans ses jardins de Blois, et
  qu'ensuite Louis XIV lui fit achever le recueil de dessins
  commenc pour Monsieur. Montausier avait confi le soin de la
  reliure  l'un des matres du temps, surnomm le Gascon, qui, de
  son vrai nom, s'appelait sans doute Florimond Badier. C'est une
  reliure double, en maroquin rouge du Levant, orne sur les plats
  et les gardes d'un semis de J. L., initiales de Julie. Aprs la
  mort des Montausier, le manuscrit passa aux mains de leur fille,
  la duchesse de Crussol d'Uzs, puis  Moreau,  Gaignires et 
  l'abb de Rothelin, qui en fit prsent  M. de Boze. En 1784, il
  figurait dans la vente du duc de La Vallire; la duchesse de
  Chtillon le racheta, et, depuis cette poque, il n'est plus
  sorti de la maison d'Uzs.


HENRIETTE DE LORRAINE, fille de Charles de Lorraine, comte
d'Harcourt, abbesse de Notre-Dame de Soissons (1592-1669)[115].

  [115] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 120.


CHARLOTTE-MARGUERITE DE MONTMORENCY, princesse de Bourbon et de Cond,
mre du Grand Cond (1594-1650)[116].

  [116] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  396;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 113.


Mme SGUIER, Madeleine Fabri, femme du chancelier Pierre Sguier
(1597-1683).

Veuve en 1672, Mme Sguier conserva religieusement la magnifique
bibliothque rassemble par son dfunt mari, et la rendit plus riche
et plus belle encore[117].

  [117] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 200.


Autres bibliophiles:

MARIE D'ALBRET (XVIe sicle), femme de Charles de Clves, comte de
Nevers, mort en 1521[118].

  [118] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 383.


LISABETH CRABBE, mre du grand anatomiste Vsale (XVIe sicle).

Vsale a toujours parl de sa mre avec attendrissement et grand
loge. Elle aimait les livres, et tait parvenue  conserver la
bibliothque de famille, les ouvrages de mdecine du pre et du
grand-pre de Vsale, au prix des plus grands sacrifices[119].

  [119] Cf. _la Chronique mdicale_, 1er mai 1914, p. 262.


La COMTESSE DE FROULAY DE TESS, Marie d'Escoubleau de Sourdis (XVIe
sicle)[120].

  [120] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 162.


ANNE DE GRAVILLE (XVIe sicle), belle-mre d'Honor d'Urf
(1568-1625), auteur de _l'Astre_, possda un grand nombre de
manuscrits. En outre, elle arrangea, d'aprs un vieux roman en prose,
le pome d'Archita et Palamon, qui fit sa rputation[121].

  [121] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 386.


La COMTESSE DE LA ROCHEFOUCAULD, Anne de Polignac (XVIe sicle)[122].

  [122] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 170;--et
  Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 59.


CLAUDE DE LA TOUR (XVIe sicle), fille ane de Franois de la Tour,
vicomte de Turenne, marie, en 1535,  Just de Tournon, comte de
Roussillon. Elle tmoigna un grand courage au sige de Tournon,
qu'elle fit lever aux huguenots rvolts. Le roi Charles IX la donna
pour dame d'honneur  sa soeur Marguerite de Valois, reine de Navarre.
Il est longuement question d'elle et de ses filles dans les _Mmoires_
de cette princesse, dont elle partageait la passion pour les
lettres[123].

  [123] Cf. MORRI, _ouvrage cit_, t. X, p. 285;--et Ernest
  QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 393, qui date le
  mariage de Claude de la Tour de 1555, au lieu de 1535.


MARIE DES MARQUETS (XVIe sicle), amie de Ronsard. Il est probable
que Marie des Marquets est cette Marie du deuxime livre des _Amours_,
qui fit oublier Cassandre au pote infidle, et qui fut elle-mme trop
vite oublie pour Sinope[124].

  [124] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 389.


CATHERINE DE ou DU SOLEIL, fille de Franois Mandelot, seigneur de
Pass, gouverneur du Lyonnais en 1571, de la famille du clbre
bibliophile Grolier (XVIe sicle)[125].

  [125] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  392;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 156.


ANNE DE THOU, abbesse de Saint-Antoine des Champs,  Paris, fille
d'Augustin de Thou, prsident au Parlement de Paris, mort en 1544
(XVIe sicle)[126].

  [126] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 203.




V


Nous voici arrivs au dix-septime sicle, et, avec les htes de
l'htel de Rambouillet dont nous venons de parler, nous rencontrons,
parmi les amies des livres, la reine ANNE D'AUTRICHE (1602-1666)[127].

  [127] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 189.


La DUCHESSE D'AIGUILLON (1605-1675), Marie-Madeleine de Vignerot,
nice du cardinal de Richelieu, marie en premires noces  M. de
Combalet, sur laquelle cette mauvaise langue de Tallemant des Raux
conte plus d'une bonne histoire, figure aussi au nombre des femmes
bibliophiles.

On avait fait courir le bruit que le mariage de Mlle de Vignerot avec
Combalet n'avait point t consomm, et le pote Dulot composa cette
anagramme sur cette prtendue virginit: MARIE DE VIGNEROT, _Vierge de
ton mari_[128].

  [128] Cf. TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. II, p. 29.


On a fort mesdit de son oncle et d'elle, rapporte encore
Tallemant[129]; il aimoit les femmes et craignoit le scandale. Sa
nice estoit belle, et on ne pouvoit trouver estrange qu'il vescut
familirement avec elle. Effectivement, elle en usoit peu
modestement; etc.

  [129] _Ouvrage cit_, t. II, p. 29.


CHRISTINE DE FRANCE, fille de Henri IV et de Marie de Mdicis, femme
de Victor-Amde Ier, duc de Savoie (1606-1663)[130].

  [130] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 402.


MADELEINE DE SCUDRY (1607-1701), toute jeune, avait dj la passion
de la lecture, de la lecture des romans principalement, et il lui
survint  ce propos une aventure qu'elle conta depuis  Tallemant des
Raux, et que celui-ci nous a transmise.

Un moine feuillant, qui tait le confesseur de la jeune fille, lui
enleva un jour un roman o elle prenoit bien du plaisir, et offrit
de lui prter un livre plus utile. Au lieu de ce livre si utile et
profitable, il lui apporta un autre roman moins honnte, et o, par
prcautions, il y avait des marques aux endroits les plus
scabreux[131]. La jeune Madeleine ne manqua pas, la premire fois
qu'elle revit le moine, de lui reprocher sa conduite et de lui montrer
ces marques.

  [131] Une fille (Mlle Armenauld) disoit que quand elle trouvoit
  des ordures dans un livre, elle les marquoit pour ne pas les
  lire. (TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, Suite des Naifvetez,
  bons mots, etc., t. VI, p. 330.)

Ah! elles ne sont pas de moi! protesta aussitt le saint homme. Elles
viennent d'une personne  qui j'ai pris ce livre.

Quelques jours plus tard, le moine confesseur rendit  sa pnitente le
roman qu'il lui avait enlev, et dont il avait eu apparemment le
loisir de prendre connaissance, et il dit  la mre de Mlle de Scudry
qu'elle pouvait laisser lire  sa fille tout ce que voudrait celle-ci,
que Madeleine avait l'esprit trop bien fait pour jamais se le laisser
gter, et qu'il n'y avait pas de lectures dangereuses pour elle[132].

  [132] Cf. TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. V, p. 390.

On sait que, par modestie, ou  cause de la rputation de son frre,
dont les livres se vendaient bien, Mlle de Scudry publia ses premiers
et volumineux ouvrages, _Ibrahim_ ou _l'Illustre Bassa_ (1641, 4
vol.), _Artamne_ ou _le Grand Cyrus_ (1649-1653, 10 vol.), _Cllie,
histoire romaine_ (1656, 10 vol.), sous le nom dudit frre, qui avait,
lui, moins de talent qu'elle, mais acceptait de bon coeur cette
substitution[133].

  [133] Cf. TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. V, p. 395 et
  suiv.

N'oublions pas que des lettrs, des gens de got et d'un esprit
dlicat, comme Huet, l'vque d'Avranches, Mnage, Mascaron, etc.,
proclamrent que le _Cyrus_ et _Cllie_ taient des chefs-d'oeuvre, et
qu'ils se complaisaient dans la lecture de ces interminables romans,
si dlaisss et oublis aujourd'hui. Mascaron plaait mme trs
souvent Mlle de Scudry  ct de saint Augustin et de saint Bernard,
et la citait volontiers dans ses sermons.

Ajoutons que Mlle de Scudry tenait chez elle,  Paris, le samedi, une
runion littraire qui fut clbre, et continuait les traditions de
l'htel de Rambouillet[134].

  [134] Le duc de Montausier, gendre de la marquise de Rambouillet,
  tait un des habitus des samedis de Mlle de Scudry. (Cf.
  TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. II, p. 302;--LAROUSSE,
  _ouvrage cit_;--Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
  France_.)


Une particularit bien digne d'intresser tous les amis des livres,
c'est que c'est  l'occasion de Mlle de Scudry qu'il est pour la
premire fois question (on le suppose du moins) de CABINETS DE LECTURE
en France. Voici ce qu'Eugne Muller (1823-1914) relve dans ses
_Curiosits historiques et littraires_[135]:

La premire ide de la location des livres est signale ainsi par
Jacquette (ou Jaquette) Guillaume, femme de lettres du dix-septime
sicle, dans son histoire des _Dames illustres_, publie en 1665:

Ne voyons-nous pas que les livres de Mlle de Scudry sont de plus
grande estime et se dbitent  de plus grands prix que ceux des plus
renomms historiens? Son libraire a tax  une demi-pistole (cinq
francs de notre monnaie actuelle) _pour lire seulement_ une histoire
de cette illustre savante.

  [135] Pages 203-204 (Paris, Delagrave, 1897).

M. douard Fournier, qui n'a pas connu cette particularit de
l'histoire littraire du dix-septime sicle, continue Eugne Muller,
a parl, lui aussi, dans son _Vieux-Neuf_, de la location des livres
par les libraires. Il n'en fait remonter l'origine qu'au dix-huitime
sicle,  l'poque o les romans de l'abb Prvost et de Jean-Jacques
Rousseau passionnaient tous les esprits.


HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, aussi fille de Henri IV et de Marie de
Mdicis, pouse du roi d'Angleterre Charles Ier (1609-1669)[136].

  [136] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 403.


La DUCHESSE DE MONTBAZON, princesse de Gumn (vers 1610-1657)[137].

  [137] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 184.

C'est elle qui inspira  M. de Ranc une si vive passion, et qui a
donn lieu  la lgende fameuse, conte par Saint-Simon[138].

  [138] _Mmoires_, t. I, p. 375 (Paris, Hachette, 1871). Tallemant
  a consacr  Mme de Montbazon une de ses plus savoureuses
  _Historiettes_ (t. IV, p. 4-14), dont il m'est malheureusement
  impossible de citer les plus saillants passages: ... Vous verrez
  si elle a fait mentir le proverbe que bon chien chasse de race.
  C'estoit une des plus belles personnes qu'on pust voir, et ce fut
  un grand ornement  la Cour; elle desfaisoit toutes les autres au
  bal... Dans la grande jeunesse o elle estoit quand elle parut 
  la Cour, elle disoit qu'on n'estoit bon  rien  trente ans, et
  qu'elle vouloit qu'on la jetast dans la rivire quand elle les
  auroit. Je vous laisse  penser si elle manqua de galants... M.
  d'Hocquincourt, ayant gaign une femme de chambre, se mit un soir
  sous le lict de la belle... Quand elle se sentoit grosse, aprs
  qu'elle eust eu assez d'enfans, elle couroit au grand trot en
  carrosse partout Paris, etc.

La princesse de Gumn, morte duchesse de Montbazon en 1657, mre
de M. de Soubise, tait cette belle Mme de Montbazon dont on a fait ce
conte, qui a trouv croyance, que l'abb de Ranc, depuis ce clbre
abb de la Trappe, en tait fort amoureux et bien trait; qu'il la
quitta  Paris se portant fort bien, pour aller faire un tour  la
campagne; que, bientt aprs, y ayant appris qu'elle tait tombe
malade, il tait accouru, et qu'tant entr brusquement dans son
appartement, le premier objet qui y tait tomb sous ses yeux avait
t sa tte, que les chirurgiens, en l'ouvrant, avaient spare; qu'il
n'avait appris sa mort que par l; et que la surprise et l'horreur de
ce spectacle joint  la douleur d'un homme passionn et heureux,
l'avait converti, jet dans la retraite, et de l dans l'ordre de
Saint-Bernard et dans sa rforme. Il n'y a rien de vrai en cela, mais
seulement des choses qui ont donn cours  cette fiction. Je l'ai
demand franchement  M. de la Trappe... et voici ce que j'en ai
appris.

Il tait intimement de ses amis, ne bougeait de l'htel de
Montbazon... Mme de Montbazon mourut de la rougeole en fort peu de
jours. M. de Ranc tait auprs d'elle, ne la quitta point, lui vit
recevoir les sacrements, et fut prsent  sa mort. La vrit est que,
dj touch et tiraill entre Dieu et le monde, mditant dj depuis
quelque temps une retraite, les rflexions que cette mort si prompte
firent faire  son coeur et  son esprit achevrent de le dterminer,
et peu aprs il s'en alla en sa maison de Vret en Touraine, qui fut
le commencement de sa sparation du monde.


La DUCHESSE DE LONGUEVILLE, Anne-Genevive de Bourbon, fille de Henri
II de Bourbon, prince de Cond, et soeur du Grand Cond (1619-1679).

Son esprit, sa beaut, son got pour les choses intellectuelles,
l'influence qu'elle exera sur la socit du dix-septime sicle ont
marqu sa place parmi les femmes clbres de son poque[139], ce qui
ne l'empcha pas de mener longtemps une vie des plus scandaleuses.

  [139] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 396.


La trs jolie madame de Longueville, la future reine de la Fronde,
entretenait avec ses deux frres, le Grand Cond, figure crochue...
trs sinistre figure d'oiseau de proie, la plus bizarre du sicle, et
le prince de Conti, prtre et bossu[140], des relations
incestueuses. Les deux garons naquirent amoureux de leur soeur,
crit Michelet[141]. Cond, perdument, jusqu' lui passer tout,
adopter ses amants, puis jusqu' la har. Conti, sottement,
servilement, se faisant son jouet, ne voyant rien que ce qu'elle lui
faisait voir, dup, moqu par ses rivaux.

  [140] MICHELET, _Histoire de France_, t. XIV, p. 226-227 (Paris,
  Marpon et Flammarion, 1879).

  [141] _Ibid._

On trouve trace, dans les _Rapports indits_ du lieutenant de police
Ren d'Argenson[142], d'une aventurire surnomme _la Princesse_, qui
se prtendait fille du prince de Cond et de sa soeur la duchesse de
Longueville.

  [142] Pages 54, 252, 290, etc. (Bibliothque elzvirienne, Paris,
  Plon, 1891).


La VICOMTESSE DE TURENNE, Charlotte de Caumont de la Force de la Tour
(1623?-1666)[143].

  [143] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 172.


C'tait la femme du marchal de France et grand homme de guerre.


CHRISTINE DE SUDE (1626-1689) estimait que la lecture est une partie
du devoir de l'honnte homme. Elle crivait  Bayle: Je vous impose
pour pnitence qu' commencer du mois prochain vous m'enverrez les
livres nouveaux, en toutes langues, sur toutes sortes de sujets; je
n'excepte ni romans ni satires; surtout s'il y a des livres de chimie,
faites-m'en part au plus tt. Elle adressait  Heinsius les mmes
recommandations: Envoyez-moi les catalogues des livres que vous avez
achets et des manuscrits que vous avez fait copier, et la dpense
pour vous et pour les achats. Je vous ferai tout payer[144]...

  [144] Cf. Franois FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p. 190.

On sait quelles taient les moeurs plus que libres de la reine
Christine; on sait aussi quels taient ses livres favoris, outre les
livres de chimie, dont elle vient de parler. Elle professait, nous
apprend Gui Patin[145], un vrai culte pour Ptrone, qu'elle mettait
au-dessus de tous les auteurs latins, et, dans la fleur mme de sa
jeunesse,  vingt-trois ans, elle savait Martial tout entier par
coeur.

  [145] Cf. Adolphe RETT, _la Revue_ (ancienne _Revue des
  Revues_), 1er octobre 1904, p. 349;--et Gabriel PEIGNOT, _Manuel
  du bibliophile_, t. I, p. 131.

Saumaise tant  Stockholm, et au lit, malade de la goutte, lisait,
pour se dsennuyer, _le Moyen de parvenir_; la reine Christine entre
brusquement chez lui sans se faire annoncer: il n'a que le temps de
cacher sous sa couverture le petit livre honteux (_perfacetum quidem,
at subturpiculum libellum_). Mais Christine, qui voit tout, l'a vu;
elle va prendre hardiment le livre jusque sous le drap, et, l'ouvrant,
se met  le parcourir de l'oeil avec sourire; puis, appelant la belle
de Sparre, sa fille d'honneur favorite, elle la force de lui lire tout
haut certains endroits qu'elle lui indique, et qui couvrent ce noble
et jeune front d'embarras et de rougeur, aux grands clats de rire de
tous les assistants. Huet tenait l'histoire de la bouche de Saumaise,
et il la raconte en ses mmoires[146].

  [146] SAINTE-BEUVE. _Tableau de la posie franaise au seizime
  sicle_, p. 272, note 3.

Ajoutons que Christine de Sude avait la manie d'crire sur ses
livres. Il y a  la bibliothque du Collge romain,  Rome, plusieurs
livres annots de sa main, entre autres, un Quinte-Curce, un
Snque[147], etc.

  [147] Ludovic LALANNE, _Curiosits bibliographiques_, p. 347.


NINON DE L'ENCLOS (1615-1705), qui fut, sinon une amie de la reine de
Sude, du moins une de ses relations,--Christine ne manqua pas de
l'aller voir lors de son voyage  Paris, en 1654,--mrite de ne pas
tre oublie ici. Voltaire lui ayant t prsent par son parrain,
l'abb de Chteauneuf, un des intimes de Ninon, jadis adorateur et
familier de Mme Arouet, elle lui lgua par testament deux mille francs
pour acheter des livres[148].

  [148] CONDORCET, _Vie de Voltaire_, au dbut. (_OEuvres
  compltes de Voltaire_, t. I, p. 1, dition du journal _le
  Sicle_.)

Ce legs n'empcha pas Voltaire de juger plus tard trs cavalirement
et indiscrtement sa bienfaitrice. Dans son ouvrage _la Dfense de mon
oncle_[149], il crit:

Personne n'est plus en tat que moi de rendre compte des dernires
annes de Mlle de l'Enclos... Je suis son lgataire; je l'ai vue les
dernires annes de sa vie (c'est--dire  plus de quatre-vingts
ans), elle tait sche comme une momie. Il est vrai qu'on lui prsenta
l'abb Gdoyn... J'allais quelquefois chez elle avec cet abb, qui
n'avait d'autre maison que la ntre. Il tait fort loign de sentir
des dsirs pour une dcrpite ride qui n'avait sur les os qu'une peau
jaune tirant sur le noir.

  [149] Chap. VIII, D'Abraham et de Ninon de l'Enclos (t. V, p.
  326-327, mme dition). Voir aussi l'opuscule de Voltaire, _Sur
  Mademoiselle de l'Enclos_ (t. IV, p. 717-719, mme dition).

Ce n'tait point l'abb Gdoyn  qui on imputait cette folie; c'tait
 l'abb de Chteauneuf, frre de celui qui avait t ambassadeur 
Constantinople. Chteauneuf avait eu, en effet, la fantaisie de
coucher avec elle vingt ans auparavant. Elle tait encore assez belle
 l'ge de prs de soixante annes. Elle lui donna, en riant, un
rendez-vous pour un certain jour du mois.

Et pourquoi ce jour-l plutt qu'un autre? lui dit l'abb de
Chteauneuf.

--C'est que j'aurai alors soixante ans juste, lui dit-elle.

Voil la vrit de cette historiette, qui a tant couru, et que l'abb
de Chteauneuf, mon bon parrain,  qui je dois mon baptme, m'a
raconte souvent dans mon enfance _pour me former l'esprit et le
coeur_.

Certains des amis de Ninon, Charleval et Miossens, entre autres,
avaient fort contribu  la rendre libertine (incrdule, libre
penseuse, comme nous dirions aujourd'hui). Elle dit qu'il n'y a point
de mal  faire ce qu'elle fait, fait profession de ne rien croire, se
vante d'avoir est fort ferme en une maladie o elle se vit 
l'extrmit, et de n'avoir que par biensance reu tous ses
sacrements. Ils luy ont fait prendre un certain air de dire et de
trancher les choses en philosophe; elle ne lit que Montaigne, et
dcide de tout  sa fantaisie[150].

  [150] TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. IV, p. 420.

C'est Ninon, la moderne Leontium, comme l'appelait
Saint-vremond[151], qui disait qu'elle rendait grces  Dieu tous
les soirs de son esprit, et le priait tous les matins de la prserver
des sottises de son coeur[152].

  [151] L'ancienne Leontium avait t disciple et amie d'picure:
  cf. Saint-vremond, _OEuvres choisies_, p. 430, dition
  Gidel.--Voir aussi ci-dessus, p. 30, note.

  [152] DES MAIZEAUX, _Vie de Saint-vremond_, p. 199 (La Haye,
  Abraham Troyel, 1711).

Encore un joli mot d'elle, et en mme temps une trs judicieuse
constatation: La joie de l'esprit en marque la force[153].

  [153] Dans SAINTE-BEUVE, _Premiers lundis_, t. II, p. 295.


C'est plutt la lecture que les livres mmes qu'a aime et que
recommande et prne, en maint endroit de ses lettres, Mme DE SVIGN
(1626-1696), et toujours de la plus charmante faon, et souvent avec
de fins aperus et les plus sagaces remarques.

Aimer  lire... la jolie, l'heureuse disposition! On est au-dessus de
l'ennui et de l'oisivet, deux vilaines btes[154].

  [154] Lettre du mercredi 14 dcembre 1689; t. IX, p. 353 (dition
  des Grands crivains).

Qu'on est heureux d'aimer  lire![155].

  [155] Lettre du mercredi 15 juin 1689; t. IX, p. 84.

Je plains ceux qui n'aiment point  lire. Votre enfant est de ce
nombre jusqu'ici; mais j'espre, comme vous, que, quand il verra ce
que c'est que l'ignorance  un homme de guerre, qui a tant  lire des
grandes actions des autres, il voudra les connatre, et ne laissera
pas cet endroit imparfait. La lecture apprend aussi, ce me semble, 
crire...[156]

  [156] Lettre du dimanche 17 juillet 1689; t. IX, p. 120.

Je poursuis cette _Morale_ de Nicole, que je trouve dlicieuse... Je
trouve ce livre admirable. Personne n'a crit comme ces messieurs (de
Port-Royal), car je mets Pascal de moiti  tout ce qui est beau...
Nous lisons aussi l'histoire de France depuis le roi Jean; je veux la
dbrouiller dans ma tte, au moins autant que l'histoire romaine, o
je n'ai ni parents ni amis; encore trouve-t-on ici des noms de
connaissance. Enfin, tant que nous aurons des livres, nous ne nous
pendrons pas[157].

  [157] Lettre du mercredi 23 septembre 1671; t. II, p. 369.

...Pour Pauline, cette dvoreuse de livres, j'aime mieux qu'elle en
avale de mauvais, que de ne point aimer  lire; les romans, les
comdies, les Voiture, les Sarrasin, tout cela est bientt puis:
a-t-elle tt de Lucien? est-elle  porte des _Petites Lettres_?
Aprs il faut l'histoire; si on a besoin de lui pincer le nez pour lui
faire avaler, je la plains. Pour les beaux livres de dvotion, si elle
ne les aime pas, tant pis pour elle; car nous ne savons que trop que
mme sans dvotion on les trouve charmants. A l'gard de la morale,
comme elle n'en ferait pas un si bon usage que vous, je ne voudrais
point du tout qu'elle mt son petit nez, ni dans Montaigne, ni dans
Charron, ni dans les autres de cette sorte; il est bien matin pour
elle. La vraie morale de son ge, c'est celle qu'on apprend dans les
bonnes conversations, dans les fables, dans les histoires, par les
exemples; je crois que c'est assez[158].

  [158] Lettre du dimanche 15 janvier 1690; t. IX, p. 413.

...Je ne veux rien dire sur les gots de Pauline (pour les romans);
je les ai eus avec tant d'autres (personnes), qui valent mieux que
moi, que je n'ai qu' me taire. Il y a des exemples des bons et des
mauvais effets de ces sortes de lectures: vous ne les aimez pas, vous
avez fort bien russi; je les aimais, je n'ai pas trop mal couru ma
carrire: _tout est sain aux sains_, comme vous dites. Pour moi, qui
voulais m'appuyer dans mon got, je trouvais qu'un jeune homme
devenait gnreux et brave en voyant mes hros, et qu'une fille
devenait honnte et sage en lisant _Cloptre_. Quelquefois il y en a
qui prennent un peu les choses de travers; mais elles ne feraient
peut-tre gure mieux, quand elles ne sauraient pas lire: ce qui est
essentiel, c'est d'avoir l'esprit bien fait; on n'est pas aise 
gter; Mme de la Fayette en est encore un exemple. Cependant il est
trs assur, trs vrai, trs certain que M. Nicole vaut mieux; vous en
tes charme: c'est son loge; ce que j'en ai lu chez Mme de Coulanges
me persuade aisment qu'il vous doit plaire... Cela suppos, je vous
conjure, ma chre Pauline, de ne pas tant laisser tourner votre esprit
du ct des choses frivoles, que vous n'en conserviez pour les
solides, et pour les histoires; autrement votre got aurait les ples
couleurs[159].

  [159] Lettre du mercredi 16 novembre 1689; t. IX, p. 314-316.


La DUCHESSE DE MONTPENSIER, Anne-Marie-Louise d'Orlans, la GRANDE
MADEMOISELLE (1627-1693), une des plus originales figures du
dix-septime sicle, est digne d'tre inscrite aussi au nombre des
amies des livres.

Ce qui lui a manqu, selon la remarque de Sainte-Beuve[160], c'est le
got, c'est la grce, c'est la justesse: il y a du ple-mle dans ses
admirations: elle prise fort Corneille, elle fait jouer chez elle _le
Tartuffe_, mais elle reoit aussi l'abb Cotin. J'aime les vers, de
quelque nature qu'ils soient, dclarait-elle. Elle se recommande 
nous principalement par ses _Mmoires_, Mmoires vridiques et
fidles, et dans lesquels elle dit tout sur elle-mme ou sur les
autres, navement, hautement, et selon qu'il lui vient 
l'esprit[161].

  [160] _Causeries du lundi_, t. III, p. 524.

  [161] SAINTE-BEUVE, _ouvrage cit_, t. III, p. 525.

On raconte--n'est-ce pas ce terrible bavard de Tallemant des
Raux?[162]--que le carrosse de Mlle de Montpensier se trouvant pris
un jour dans un embarras de voitures, rue Saint-Honor, un mendiant
profita de l'occasion pour venir gmir  la portire:

Ayez piti d'un pauvre homme... d'un pauvre homme qui a perdu toutes
les joies de ce monde?

--Il est donc eunuque? demanda la Grande Mademoiselle.

  [162] C'est  lui que Lordan LARCHEY (_l'Esprit de tout le
  monde_, t. II, p. 263) dit emprunter cette navet.


Mme JEAN DESMARETS, Marie Colbert, soeur du ministre J.-B. Colbert
(1627?-1703)[163].

  [163] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 148.


Une autre soeur de Colbert, CATHERINE COLBERT (XVIIe sicle), figure
aussi parmi les femmes bibliophiles[164].

  [164] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 408.


La PRINCESSE DE COND, Claire-Clmence de Maill, femme du Grand Gond
(1628?-1694)[165].

  [165] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 112;--et
  M.-N. BOUILLET, _Atlas universel d'histoire et de gographie_, p.
  520.


LISABETH DE MELUN, prieure des Dominicaines de Montargis
(1630?-1717)[166].

  [166] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 183.


Mme DE MAINTENON (1635-1719) n'a jamais eu la pense de
former une bibliothque proprement dite; elle avait d'autres
proccupations. Les rares volumes qui lui ont appartenu, crit
Ernest Quentin-Bauchart[167], prsentent du moins le grand avantage
d'avoir t relis par un des matres du temps, Du Seuil, dont la
facture un peu lourde, mais noble, se trouve toujours en harmonie
parfaite avec le caractre des ouvrages qui lui taient confis.

  [167] _Ouvrage cit_, t. I, p. 277.


LOUISE-CHARLOTTE DE LA TOUR, demoiselle de Bouillon (1638-1683)[168].

  [168] Cf. MORRI, _ouvrage cit_, t. X, p. 281;--et Joannis
  GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 171.


MARIE-THRSE D'AUTRICHE, femme de Louis XIV (1638-1683).

Ce n'est que par un excs de complaisance qu'on peut classer cette
reine parmi les bibliophiles. Le got des livres lui tait absolument
tranger, avoue Ernest Quentin-Bauchart[169], et sa bibliothque, qui
contenait de trs jolis volumes  ses armes, mais  laquelle il est
vraisemblable qu'elle ne toucha jamais, fut celle que l'tiquette du
temps lui commandait d'avoir. Elle tait ignorante et niaise, et,
comme on l'a trs bien dit, le roi et le chocolat furent ses seules
passions.

  [169] _Ouvrage cit_, t. I, p. 293-294.


AMLIE DE LA TOUR D'AUVERGNE, religieuse carmlite (1640-1696 ou
1698), soeur de Louise-Charlotte de la Tour, demoiselle de Bouillon,
prcdemment nomme[170].

  [170] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 171.


La MARQUISE DE MONTESPAN (1641-1707), plus clbre par ses relations
avec Louis XIV que par sa bibliothque[171].

  [171] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 301.


Il n'toit pas possible, crit Saint-Simon[172], d'avoir plus
d'esprit, de fine politesse, des expressions singulires, une
loquence, une justesse naturelle qui lui formoit comme un langage
particulier, mais qui toit dlicieux et qu'elle communiquoit si bien
par l'habitude, que ses nices et les personnes assidues auprs
d'elle, ses femmes, celles que, sans l'avoir t, elle avoit leves
chez elle, le prenoient toutes, et qu'on le sent et on le reconnot
encore aujourd'hui dans le peu de personnes qui en restent. C'toit le
langage naturel de la famille, de son frre et de ses soeurs.

  [172] _Mmoires_, t. IV, p. 11 (Paris, Hachette, 1865).

MARIE-CASIMIRE DE LA GRANGE D'ARQUIEN (1641?-1716). Veuve de Jacques
Radziwill, prince Zamoyski, elle pousa, en 1665, Jean Sobieski, roi
de Pologne[173].

  [173] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 123.


Mme DE CAUMARTIN, Catherine-Madeleine de Verthamon (1642?-1722)[174].

  [174] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 143.


HENRIETTE-ANNE D'ANGLETERRE, duchesse d'Orlans, belle-soeur de Louis
XIV (1644-1670)[175].

  [175] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 409.

Dans ses _Mmoires_[176], Mme de la Fayette nous parle en dtail du
charme et de toutes les qualits d'esprit de cette princesse, et trace
d'elle ce joli portrait:

Le changement funeste de cette maison royale (d'Angleterre) fut
favorable en quelque chose  la princesse d'Angleterre. Elle toit
encore entre les bras de sa nourrice, et fut la seule de tous les
enfants de la reine sa mre qui se trouva auprs d'elle pendant sa
disgrce. Cette reine s'appliquoit tout entire au soin de son
ducation, et, le malheur de ses affaires la faisant plutt vivre en
personne prive qu'en souveraine, cette jeune princesse prit toutes
les lumires, toute la civilit et toute l'humanit des conditions
ordinaires, et conserva dans son coeur et dans sa personne toutes les
grandeurs de sa naissance royale.

...La princesse d'Angleterre possdoit au souverain degr le don de
plaire et ce qu'on appelle grces; les charmes toient rpandus en
toute sa personne, dans ses actions et dans son esprit; et jamais
princesse n'a t si galement capable de se faire aimer des hommes et
adorer des femmes.

  [176] Deuxime partie, p. 25-26 (Paris, Jouaust, 1890).


Mlle DE LA VALLIRE (1644-1710) eut toujours aussi le got des livres
et des choses de l'esprit. Retire au couvent des Carmlites du
faubourg Saint-Jacques, elle a laiss des _Lettres_ et des _Rflexions
sur la misricorde de Dieu_, qui ont t souvent rimprimes[177].

  [177] Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
  France_.


La DUCHESSE DE BOUILLON (1646-1714), amie et protectrice de La
Fontaine[178].

  [178] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 411.

Dans une lettre date de Paris, novembre 1687, La Fontaine[179]
constate que la duchesse se plat avec toutes sortes de livres,
pourvu qu'ils soient bons, et, sur le point de terminer sa lettre
par un loge de Mme Mazarin, qui ferait suite ou pendant  l'loge de
Mme de Bouillon, il se ravise et conclut par ce quatrain:

    L'or se peut partager, mais non pas la louange.
    Le plus grand orateur, quand ce seroit un ange,
    Ne contenteroit pas, en semblables desseins,
    Deux belles, deux hros, deux auteurs, ni deux saints.

  [179] _OEuvres_, t. IX, p. 390 et suiv. (dition des Grands
  crivains).


La MARQUISE DE LOUVOIS (1646-1715), Anne de Souvr, femme du ministre
secrtaire d'tat[180].

  [180] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  412;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 179.


La PRINCESSE DE SOUBISE, Anne de Rohan-Chabot (1648-1709)[181],
matresse de Louis XIV, femme vnale et sans scrupules, dont Mme de
Caylus, dans ses _Souvenirs_, et Saint-Simon, dans ses _Mmoires_,
parlent en termes svres:

Mme de Soubise toit trop solide pour s'arrter  des dlicatesses de
sentiment, que la force de son esprit ou la froideur de son
temprament lui faisoit regarder comme des foiblesses honteuses.
Uniquement occupe des intrts et de la grandeur de sa maison, tout
ce qui ne s'opposoit pas  ses vues lui toit indiffrent... Pour dire
la vrit, je crois que Mme de Soubise et Mme de Montespan n'aimoient
gure plus le roi l'une que l'autre. Toutes deux avoient de
l'ambition; la premire pour sa famille, la seconde pour elle-mme.
Mme de Soubise vouloit lever sa maison et l'enrichir; Mme de
Montespan vouloit gouverner et faire sentir son autorit[182].

  [181] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 413.

  [182] Mme DE CAYLUS, _Souvenirs_, p. 88-89 (dition
  Jannet-Picard).

Et Saint-Simon[183]:

Elle (Mme de Soubise) avoit pass sa vie dans le rgime le plus
austre pour conserver l'clat et la fracheur de son teint. Du veau
et des poulets ou des poulardes rties ou bouillies, des salades, des
fruits, quelque laitage, furent sa nourriture constante, qu'elle
n'abandonna jamais, sans aucun autre mlange, avec de l'eau
quelquefois rougie, et jamais elle ne fut ........ comme les autres
femmes, de peur de s'chauffer les reins et de se rougir le nez. Elle
avoit eu beaucoup d'enfants, dont quelques-uns toient morts des
crouelles... Elle mourut  soixante et un an, le dimanche matin, 3
fvrier, laissant la maison de la cour la plus riche et la plus
grandement tablie, ouvrage d tout entier  sa beaut et  l'usage
qu'elle en avoit su tirer.

  [183] _Mmoires_, t. IV, p. 294-295.


ANNE DE BAVIRE, PRINCESSE DE COND, fille d'douard de Bavire et
d'Anne de Gonzague-Clves (1648-1723)[184].

  [184] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 307.

Son mari, fils du Grand Cond, tait un homme singulier et terrible,
une espce de fou, dont Saint-Simon dcrit longuement et
magnifiquement toutes les bizarreries de caractre et les mchancets:

Fils dnatur, cruel pre, mari terrible, matre dtestable,
pernicieux voisin, sans amiti, sans amis, incapable d'en avoir,
jaloux, souponneux, inquiet sans aucun relche, plein de manges et
d'artifices  dcouvrir et  scruter tout..., colre et d'un
emportement  se porter aux derniers excs mme sur des bagatelles,
difficile en tout  l'excs, jamais d'accord avec lui-mme...[185]

  [185] _Mmoires_, t. IV, p. 342.

Sa femme, Mme la Princesse, toit sa continuelle victime. Elle toit
galement laide, vertueuse et sotte; elle toit un peu bossue, et avec
cela un gousset fin qui se faisoit suivre  la piste, mme de loin.
Toutes ces choses n'empchrent pas M. le Prince d'en tre jaloux
jusqu' la fureur, et jusqu' sa mort. La pit, l'attention
infatigable de Mme la Princesse, sa douceur, sa soumission de novice,
ne la purent garantir ni des injures frquentes ni des coups de pied
et de poing qui n'toient pas rares...[186]

  [186] SAINT-SIMON, _ouvrage cit_, t. IV, p. 344.

Elle toit laide, bossue, un peu tortue et sans esprit, nous dit
ailleurs Saint-Simon[187], mais doue de beaucoup de vertu, de pit,
de douceur et de patience, dont elle eut  faire un pnible et
continuel usage tant que son mariage dura, qui fut plus de
quarante-cinq ans.

  [187] _Ouvrage cit_, t. XIII, p. 21.


MARIE D'ASPREMONT (1651-1692)[188], qui,  l'ge de treize ans, pousa
presque clandestinement le duc de Lorraine Charles IV, alors dans sa
soixante-deuxime anne, et fameux par tant de surprenantes et folles
aventures, la figure la plus trange de l'histoire de Lorraine, et
peut-tre de l'histoire gnrale de l'Europe, a-t-on trs justement
dit de ce souverain[189].

  [188] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 34.

  [189] Ernest MOURIN, _Rcits lorrains_, Histoire des ducs de
  Lorraine et de Bar, p. 219 et 283 (Paris, Berger-Levrault,
  1895);--cf. Marquis DE BEAUVEAU, _Mmoires pour servir 
  l'histoire de Charles IV, duc de Lorraine_, p. 267 et suiv.
  (Cologne, Pierre Marteau, 1690).


Mme DACIER (1651-1720), fille du savant philologue Tanneguy Lefebvre
ou Lefvre, marie  un philologue non moins rudit, Andr Dacier, et
elle-mme trs rudite philologue, a rendu de grands services aux
lettres par ses ditions et traductions des auteurs anciens;
malheureusement, son esprit critique et son got furent loin d'tre 
la hauteur de sa science. Son livre _De la corruption du got_, crit
contre La Motte  propos de son imitation en vers de l'_Iliade_ et de
son _Discours sur Homre_, est un modle de mauvais style..., et
d'inintelligence des questions qui se prsentent, remarque B.
Jullien, dans ses _Thses de critique_[190]; et Sainte-Beuve a de
mme,  plusieurs reprises, reproch  Mme Dacier ses erreurs de
jugement et de got[191]. Avant eux, La Harpe s'est aussi montr trs
dur pour cette madame Dacier,  qui Dieu fasse paix, mais  qui les
amateurs des anciens et d'Homre ne pardonneront jamais sa malheureuse
rudition[192]. Etc.

  [190] Page 40 (Paris, Hachette, 1858).

  [191] Cf. _Causeries du lundi_, t. IV, p. 139; t. XII, p. 80; et
  _passim_. Dans son _tude sur Virgile_, p. 303, Sainte-Beuve dit
  encore: Mme Dacier,  qui l'on devait la meilleure traduction
  d'Homre en franais, celle qui permettait le mieux d'en juger
  approximativement, resta marque d'une lgre teinte de
  ridicule; etc.--Voir aussi, sur Mme Dacier, son pdantisme et
  son acrimonie, VOLTAIRE, _Dictionnaire philosophique_, article
  pope, De l'Iliade (t. I, p. 347; dition du journal _le
  Sicle_);--et LA HARPE, _Lyce ou Cours de littrature_, t. I, p.
  67 (Paris, Verdire, 1817). Il ne nous est rien rest, crit ce
  dernier, des invectives que Zole vomissait contre Homre; mais
  elles ne pouvaient gure tre plus grossires que celles dont Mme
  Dacier accable La Motte. On est d'autant plus rvolt qu'une
  femme crive d'un ton si peu dcent, que celui de son adversaire
  est un exemple de modration et de politesse. Etc. Qui croirait,
  aprs cela, que la bouillante hellniste avait pris pour devise
  ce vers de Sophocle: Le silence est l'ornement des femmes?

  [192] _Ouvrage cit_, t. III, 2e partie, p. 372.

La savante traductrice d'Homre, pensant avoir trouv dans les
auteurs grecs toutes les indications les plus prcises sur la cuisine
de l'antiquit, eut l'ide de convier un jour la plupart de ses amis 
un repas qu'elle prpara elle-mme d'aprs les formules anciennes.
Faisant contre mauvaise chre bonne contenance, aprs s'tre efforcs
de simuler une certaine satisfaction de la faon dont ils avaient t
servis, les convives eurent tous bientt la conviction d'tre
empoisonns. Et l'histoire du festin grec de Mme Dacier est reste
lgendaire[193].

  [193] Eugne MULLER, _Voyages  travers l'histoire et le
  langage_, p. 121 (Paris, Delagrave, 1889).


La PRINCESSE PALATINE, Charlotte-lisabeth de Bavire (1652-1722),
femme de Philippe Ier, duc d'Orlans (Monsieur), frre de Louis XIV,
devenu veuf en 1670 par la mort d'Henriette d'Angleterre[194].

  [194] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 349.

C'est elle qui fut la mre du Rgent. On connat sa trs curieuse et
trs libre correspondance, qui a t en partie traduite--car Madame
sut toujours fort mal le franais et employait de prfrence sa langue
maternelle--par l'rudit bibliographe Gustave Brunet (Paris,
Charpentier, 1869; 2 vol.), et par Ernest Jaegl (Paris, Quantin,
1880; 2 vol.).

Saint-Simon a trac d'elle plusieurs portraits; en voici un:

Madame tenoit en tout beaucoup plus de l'homme que de la femme. Elle
toit forte, courageuse, Allemande au dernier point, franche, droite,
bonne et bienfaisante, noble et grande en toutes ses manires, et
petite au dernier point sur tout ce qui regardoit ce qui lui toit d.
Elle toit sauvage, toujours enferme  crire, hors les courts temps
de cour chez elle; du reste, seule avec ses dames; dure, rude, se
prenant aisment d'aversion, et redoutable par les sorties qu'elle
faisoit quelquefois, et sur quiconque; nulle complaisance, nul tour
dans l'esprit, quoiqu'elle ne manqut pas d'esprit...[195]

  [195] SAINT-SIMON, _ouvrage cit_, t. XIII, p. 16. Voir aussi la
  silhouette trace dans le tome VII, p. 363: Madame tait une
  princesse de l'ancien temps, attache  l'honneur,  la vertu, au
  rang,  la grandeur, inexorable sur les biensances. Etc.

Elle-mme, avec sa courageuse franchise, s'est dpeinte en ces termes:

Je dois tre fort laide; je n'ai aucuns traits, de petits yeux, un
nez court et gros, les lvres longues et plates; tout cela ne peut
former une jolie figure; j'ai de grandes joues pendantes et une longue
figure; je suis trs petite, grosse et paisse, le corps et les jambes
courtes; en somme, je dois tre une vilaine petite laideron. Si je
n'avais un assez bon caractre, personne n'aurait pu me souffrir. Pour
voir si j'ai de l'esprit dans les yeux, il faudrait qu'on les regardt
avec un microscope ou tout au moins avec une lorgnette, ou plutt il
faudrait tre sorcier pour le deviner[196].

  [196] _Correspondance de Mme la duchesse d'Orlans, princesse
  Palatine_, 9 aot 1718, t. I, p. 442-443 (dition Gustave
  Brunet).

Elle tait trs peine d'tre femme: J'aurais bien voulu tre un
garon[197].

  [197] _Ouvrage cit_, 18 aot 1718, t. I, p. 445.

La princesse Palatine avait l'habitude de lire chaque jour plusieurs
pages de la Bible, et elle revient souvent, dans sa correspondance,
sur cette lecture:

Je ne manque jamais de lire la Bible; hier je lus les psaumes 54 et
55, les chapitres 14 et 15 de saint Matthieu, et 3 et 4 de saint Jean.
Ce matin, je n'ai pu rien lire, car nous avons t  la chasse du
cerf[198].

  [198] _Ouvrage cit_, 18 avril 1705, t. I, p. 78, et _passim_.

Voici, pour gayer quelque peu mon sujet, une plaisante anecdote
conte par la princesse Palatine, dans une de ses lettres, si
abondamment assaisonnes de gros sel, et qui rappellent  la fois
Tallemant des Raux, Gui Patin et Rabelais.

Le hros est le fils du chevalier de Lorraine, un colier de douze
ans, colier terrible, faisant le dsespoir des bons Pres, et qui,
toute la nuit, se promenait dans le collge, au lieu de dormir dans sa
chambre.

Les Pres, crit la princesse[199], le menacrent, s'il n'y restait
pas la nuit, de le fouetter d'importance. Le gamin s'en va chez un
peintre et le prie de lui peindre deux saints sur les deux fesses, 
savoir saint Ignace  droite, saint Franois-Xavier  gauche; ce que
fait le peintre. L'autre remet bonnement ses hauts-de-chausse, s'en
revient au collge, et commence cent mchantes affaires. Les Pres
l'apprhendent au corps et disent:

Pour cette fois-ci vous aurez le fouet.

Le gamin se dbat et supplie; mais ils lui rpondent que les
supplications n'y feront rien. Alors l'colier se jette  genoux et
s'crie:

O saint Ignace!  saint Xavier! ayez piti de moi et faites quelque
miracle en ma faveur pour montrer mon innocence!

L-dessus, les Pres lui descendent la culotte, et, comme ils lui
lvent la chemise pour le fesser, le gamin dit:

Je prie avec tant de ferveur que je suis sr que mon invocation aura
effet!

Quand les Pres aperoivent les deux saints, ils s'crient:

Miracle! celui que nous croyions un fripon est un saint!

Et ils se jettent  genoux, et ils impriment des baisers sur le
postrieur, et ils runissent tous les lves...

  [199] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orlans_, dition
  Ernest Jaegl; dans la _Revue bleue_, 17 avril 1880, p. 1000.


La DUCHESSE DE NOAILLES, Marie-Franoise de Bournonville (1654?-1748).

Femme d'un esprit suprieur, dit d'elle Ludovic Lalanne. Elle donna
le jour  vingt et un enfants, et mourut  quatre-vingt-quatorze
ans[200].

  [200] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 190;--et
  Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_, article
  Noailles (Anne, comte puis premier duc de).


La DUCHESSE DE LESDIGUIRES, Paule-Franoise Marguerite de Gondi de
Retz (1655-1716)[201].

  [201] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 361.

Elle est surtout connue par son intimit avec l'archevque de Paris
Franois de Harlay, qui la voyait tous les jours de sa vie, ou chez
elle ou  Conflans, dont il avoit fait un jardin dlicieux, et qu'il
tenoit si propre, qu' mesure qu'ils s'y promenoient tous deux, des
jardiniers les suivoient  distance pour effacer leurs pas avec des
rteaux... La duchesse de Lesdiguires n'y couchoit jamais (
Conflans), mais elle y alloit toutes les aprs-dnes, et toujours
tous deux tout seuls. Le 6 aot (1695), il (l'archevque) passa la
matine  son ordinaire jusqu'au dner. Son matre d'htel vint
l'avertir qu'il toit servi. Il le trouva dans son cabinet, assis sur
un canap et renvers; il toit mort[202].

  [202] SAINT-SIMON, _ouvrage cit_, t. I, p. 180.


La duchesse de Lesdiguires avait rassembl une belle bibliothque
dans son htel de la rue de la Cerisaie.


LONORE-MAGDELEINE-THRSE, fille de Philippe-Guillaume, comte
palatin DE NEUBOURG, femme de Lopold Ier, empereur d'Allemagne
(1655?-1720)[203].

  [203] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 122.


La MARQUISE DE CHAMILLART, Isabelle-Thrse Le Rebours, femme du
secrtaire d'tat et ministre de Louis XIV (1657-1731).

Dans son domaine de l'tang-la-Ville, la marquise de Chamillart avait
rassembl une bibliothque fort remarquable[204].

  [204] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 143-144.

Elle tait trs lie avec Mme de Maintenon, dont elle subissait
l'influence et qui lui avait inculqu ses habitudes de pit froide et
de svre tiquette.

Elle aimait la simplicit, et ce got se remarque dans les livres qui
sont jansnistes, et ne portent ordinairement pour toute dcoration
extrieure que son chiffre: deux C entrelacs, frapps en or aux
quatre coins des plats. Les armes sont dans la doublure encadre dans
une simple roulette,  laquelle elle a laiss son nom[205].

  [205] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 6 et
  372-373.


Les filles de Mme de Chamillard:

1 CATHERINE-ANGLIQUE, femme du marquis DE DREUX-BREZ (1683?-1739).

2 MARIE-THRSE, femme du duc DE LA FEUILLADE, marchal de France
(1684-1725?).

3 LISABETH-GENEVIVE, femme du duc DE DURFORT DE LORGES
(1685-1714)[206].

  [206] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 428. Cette troisime
  fille de Mme de Chamillard porte les prnoms de Genevive-Thrse
  dans Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 153.

Saint-Simon, dont cette dernire, la duchesse de Lorges, tait la
belle-soeur, a trac d'elle un vivant, et vigoureux, et superbe
portrait, o nous voyons que cette grande dame tait sans doute encore
plus passionne pour le jeu que pour les riches reliures:

La duchesse de Lorges, troisime fille de Chamillard, mourut  Paris,
en couche de son second fils, le dernier mai (1714), jour de la
Fte-Dieu, dans sa vingt-huitime anne. C'toit une grande crature,
trs bien faite, d'un visage agrable, avec de l'esprit et un naturel
si simple, si vrai, si surnageant  tout, qu'il en toit ravissant; la
meilleure femme du monde et la plus folle de tout plaisir, surtout du
gros jeu. Elle n'avoit quoi que ce soit des sottises de gloire et
d'importance des enfants des ministres; mais tout le reste elle le
possdoit en plein. Gte ds sa premire jeunesse par une cour
prostitue  la faveur de son pre, avec une mre incapable d'aucune
ducation, elle ne crut jamais que la France ni le roi pt se passer
de son pre. Elle ne connut aucun devoir, pas mme de biensance. La
chute de son pre ne put lui en apprendre aucun, ni mousser la
passion du jeu et des plaisirs. Elle l'avouoit tout le plus ingnument
du monde, et ajoutoit aprs qu'elle ne pouvoit se contraindre. Jamais
personne si peu soigneuse d'elle-mme, si dgingande: coiffure de
travers, habits qui tranoient d'un ct, et tout le reste de mme, et
tout cela avec une grce qui rparoit tout. Sa sant, elle n'en
faisoit nul compte; et, pour sa dpense, elle ne croyoit pas que terre
pt jamais lui manquer. Elle tait dlicate, et sa poitrine
s'altroit. On le lui disoit: elle le sentoit, mais de se retenir sur
rien, elle en toit incapable. Elle acheva de se pousser  bout de
jeu, de courses, de veilles en sa dernire grossesse. Toutes les nuits
elle revenoit couche en travers dans son carrosse. On lui demandoit
en cet tat quel plaisir elle prenoit. Elle rpondoit d'une voix qui
de foiblesse avoit peine  se faire entendre qu'elle avoit bien du
plaisir. Aussi finit-elle bientt. Elle avoit t fort bien avec Mme
la Dauphine, et dans la plupart de ses confidences. J'tois fort bien
avec elle; mais je lui disois toujours que pour rien je n'eusse voulu
tre son mari. Elle toit trs douce, et, pour qui n'avoit que faire 
elle, fort aimable[207].

  [207] SAINT-SIMON, _ouvrage cit_, t. VII, p. 60-61.


MARIE-BATRIX-LONORE D'ESTE-MODNE (1658-1718)[208].

  [208] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 124.


La DUCHESSE DE BEAUVILLIERS, ou DE SAINT-AIGNAN-BEAUVILLIERS, fille de
Colbert, femme du duc de Beauvilliers, ami intime de Saint-Simon
(1658?-1733)[209].

  [209] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  413;--SAINT-SIMON, _ouvrage cit_, t. IV, p. 73, et t. VII, p.
  130 et suiv.;--Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
  France_.


La DUCHESSE DE VENTADOUR, Charlotte-lonore-Madeleine de la
Mothe-Houdancourt (1661?-1744)[210].

  [210] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 205.


MARIE-LOUISE D'ORLANS (1662-1689), soeur consanguine du Rgent, qui
pousa le roi d'Espagne Charles II, possdait de beaux livres, qu'elle
faisait timbrer des armes d'Espagne, accoles  celles d'Orlans[211].

  [211] Cf. Eugne ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 49-50.


LOUISE-FRANOISE DE MORTEMART, fille du marchal de Vivonne, abbesse
de Fontevrault en 1704 (1664-1742)[212].

  [212] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 188.


MADEMOISELLE DE BLOIS, Marie-Anne de Bourbon, fille lgitime de Louis
XIV et de Mlle de La Vallire, qui pousa Louis-Armand de Bourbon,
prince de Conti, est cite parmi les femmes bibliophiles
(1666-1739)[213].

  [213] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 416.


De mme pour une autre MADEMOISELLE DE BLOIS, Franoise-Marie de
Bourbon, fille lgitime de Louis XIV et de Mme de Montespan, qui
pousa Philippe, duc d'Orlans, et eut ainsi pour belle-mre la
princesse Palatine (1677-1749): elle aussi eut le got des beaux
livres[214].

  [214] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 5.


MARIE-ANNE-FRANOISE BIGNON DE VERTHAMON (1669?-1739)[215].

  [215] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 207.


La COMTESSE DE VERRUE (1670-1736), la fameuse _Dame de Volupt_, fille
du duc de Luynes, et matresse du roi de Sardaigne Victor-Amde II de
Savoie.

Elle avait la passion des collections d'art, et, lorsqu'elle vint
habiter Paris, elle runit, moiti dans son somptueux htel de la rue
du Cherche-Midi, moiti dans son chteau de Meudon, une des plus
belles bibliothques de son temps, riche surtout en pices de thtre.
Nous en savons la composition exacte grce au catalogue dress par
Gabriel Martin, et qui se trouve  la Bibliothque nationale.

Ses livres, au nombre d'environ 18.000, taient d'un choix exquis,
dit Joannis Guigard[216] et, pour la plupart, habills par les
meilleurs artistes de l'poque.

  [216] _Ibid._

La comtesse de Verrue annotait volontiers ses livres, ce qui prouve
l'attention avec laquelle elle les lisait, et son got pour l'tude:
un exemplaire de l'ouvrage de Lenglet-Dufresnoy, _De l'usage des
romans_, conserv jadis au dpt du Louvre, tait littralement
couvert de notes de sa main[217].

  [217] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 207.

Elle-mme avait compos son pitaphe:

    Ci-gt, dans une paix profonde,
    Cette Dame de Volupt,
    Qui, pour plus grande sret,
    Fit son paradis en ce monde[218].

  [218] Cf. G. DE LRIS, _la Comtesse de Verrue_, p. 208-226 et
  _passim_ (Paris, Quantin, 1881);--et douard FOURNIER, _l'Art de
  la reliure en France_, p. 189.


LISABETH-ROSALIE D'ESTRES, fille de Jean, comte d'Estres
(1672?-1750)[219].

  [219] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 159.


Mme DE CAYLUS, Marthe-Marguerite Le Valois de Villette de Mursay,
nice  la mode de Bretagne de Mme de Maintenon (1673-1729)[220].

  [220] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  418;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 143.


Elle a laiss de trs intressants souvenirs, remplis d'anecdotes, de
portraits, de fines et judicieuses remarques. Sainte-Beuve, qui lui a
consacr un article[221], l'a intitul: _Mme de Caylus et de ce qu'on
appelle_ URBANIT, confirmant un jugement de l'abb Gdoyn qui
trouvait, dans Mme de Caylus, l'image la plus acheve et le plus
parfait modle de l'_urbanit_[222].

  [221] _Causeries du lundi_, t. III, p. 56 et suiv.

  [222] Cf. M. DE LESCURE, _Notice sur la marquise de Caylus_, en
  tte de ses _Souvenirs_, p. 30 (dition Jannet-Picard).


MADEMOISELLE DE NANTES, Louise-Franoise de Bourbon, fille lgitime
de Louis XIV et de Mme de Montespan, femme de Louis III, duc de
Bourbon, prince de Cond (1673-1743).

Elle lisait beaucoup et annotait ses livres, et elle avait rassembl
une intressante bibliothque[223].

  [223] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 320.


De son mariage avec le duc de Bourbon, prince de Cond, Mademoiselle
de Nantes eut plusieurs enfants, dont cinq filles, qui tmoignrent
des mmes gots que leur mre pour les livres:

1 MARIE-ANNE-GABRIELLE-LONORE, religieuse  Fontevrault, puis
abbesse de Saint-Antoine des Champs (1690-1760)[224];

2 LOUISE-LISABETH, dite MADEMOISELLE DE CHAROLAIS; marie, en 1713,
 Louis-Armand DE BOURBON, prince DE CONTI (1693-1775).

  [224] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 113;--et
  M.-N. BOUILLET, _Atlas universel d'histoire et de gographie_, p.
  520-521.

La bibliothque de la princesse de Conti, dont le catalogue, dress
par Prault fils, comprenait 1711 nos, fut vendue  Paris le 14
septembre 1775 et jours suivants. Le catalogue trs rare de cette
bibliothque mrite  bon droit d'tre recherch, crit M. Maurice
Tourneux[225]. On y remarque, au milieu d'une foule de bons livres, un
recueil de pices de l'ancien thtre franais en 50 volumes in-4,
maroquin bleu; une collection singulirement riche de romans,
nouvelles et contes (nos 535-955); et la srie complte du _Mercure_
(y compris les extraordinaires) de 1673  1774, en 853 volumes in-12.

  [225] _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p.
  350.

3 MARIE-ANNE, dite MADEMOISELLE DE CLERMONT (1697-1741);

4 HENRIETTE-LOUISE-FRANOISE-GABRIELLE, dite MADEMOISELLE DE
VERMANDOIS, religieuse (1703-1772);

5 LISABETH-ALEXANDRINE dite MADEMOISELLE DE SENS (1705-1765)[226].

  [226] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  432;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 114-115;--et
  Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_, article
  Cond (Louis III, prince de).


La MARQUISE DE GRIGNAN, Anne-Marguerite de Saint-Amant ou Saint-Amand
(1674?-1736)[227].

  [227] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 164.

Son mari, qui tait petit-fils de Mme de Svign, et fils du
lieutenant gnral ou gouverneur de la Provence, avait reu les
prnoms de Louis-Provence: on lui avait donn, comme  un fils de
souverain, le nom de cette province[228].

  [228] Cf. Paul MESNARD, notice biographique, en tte des _Lettres
  de Mme de Svign_, dition des Grands crivains, t. I, p. 228.

Mlle de Saint-Amand avait dix-huit ans, lors de son mariage, et tait,
au jugement de Mme de Svign, jolie, aimable, sage, bien leve,
raisonnable au dernier point[229]. Au bout de quelques mois, comme il
advient souvent dans ces unions formes par la vanit des uns et les
vues intresses des autres, il y avait dj msintelligence dans le
mnage[230].

  [229] ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 298.

  [230] Cf. Paul MESNARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 298.

Louis-Provence de Grignan, n en 1671 et mort en 1704, brigadier des
armes du roi, fut l'ami de Saint-Simon, et voici en quels termes le
grand mmorialiste parle du marquis et de la marquise de Grignan:

Je perdis un ami avec qui j'avais t lev, qui tait un trs galant
homme, et qui promettait fort: c'tait le fils unique du comte de
Grignan et de cette Mme de Grignan si adore dans les lettres de Mme
de Svign, sa mre, dont cette ternelle rptition est tout le
dfaut. Le comte de Grignan, chevalier de l'ordre en 1688, s'tait
ruin  commander en Provence, dont il tait seul lieutenant gnral.
Ils marirent donc leur fils  la fille d'un fermier gnral fort
riche. Mme de Grignan, en la prsentant au monde, en faisait ses
excuses; et avec ses minauderies en radoucissant ses petits yeux,
disait qu'il fallait bien de temps en temps du fumier sur les
meilleures terres. Elle se savait un gr infini de ce bon mot, qu'avec
raison chacun trouva impertinent, quand on a fait un mariage, et le
dire entre bas et haut devant sa belle-fille. Saint-Amant, son pre,
qui se prtait  tout pour leurs dettes, l'apprit enfin, et s'en
trouva si offens qu'il ferma le robinet. Sa pauvre fille n'en fut pas
mieux traite; mais cela ne dura pas longtemps. Son mari, qui s'tait
fort distingu  la bataille d'Hochstedt, mourut au commencement
d'octobre (1704),  Thionville; on dit que ce fut de la petite vrole.
Il avait un rgiment, tait brigadier et sur le point d'avancer. Sa
veuve, qui n'eut point d'enfants, tait une sainte, mais la plus
triste et la plus silencieuse que je vis jamais. Elle s'enferma dans
sa maison, o elle passa le reste de sa vie, peut-tre une vingtaine
d'annes, sans en sortir que pour aller  l'glise, et sans voir qui
que ce ft[231].

  [231] SAINT-SIMON, _ouvrage cit_, t. III, p. 121-122.


LISABETH-CHARLOTTE D'ORLANS, soeur du Rgent Philippe d'Orlans, et
femme de Lopold Ier, duc de Lorraine (1676-1744)[232].

  [232] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 421.


La DUCHESSE DU MAINE, Anne-Louise-Bndicte de Bourbon, femme de
Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils naturel de Louis XIV et
de Mme de Montespan (1676-1753).

Elle aimait beaucoup les livres, et elle tint  Sceaux une vritable
cour littraire, o Fontenelle, Malzieux, La Fare, Sainte-Aulaire,
Chaulieu, et plus tard Voltaire faisaient avec elle assaut
d'esprit[233].

  [233] Cf. Mme DE CAYLUS, _Souvenirs_, p. 193-194 (dition
  Jannet-Picard);--Mme DE STAAL-DELAUNAY, _Mmoires_, p. 112 et
  suiv. et _passim_ (dition Jannet-Picard);--Joannis GUIGARD,
  _ouvrage cit_, t. I, p. 107-108;--et Eugne ASSE, _les Bourbons
  bibliophiles_, p. 93-94.

Ces gots littraires ne l'empchrent pas de s'occuper de politique,
comme le prouve cette conspiration de Cellamare dont elle fut
l'inspiratrice. Souvent mme, ainsi qu'on l'a remarqu[234], la
littrature fut pour elle le masque de la politique; et l'emblme dont
elle timbrait ses livres tait aussi le ralliement de ses allis, les
chevaliers de la Mouche  miel. Sur ses livres, en effet, taient
frappes des abeilles d'or, avec, autour de leur ruche, cette devise,
tire de _l'Aminte_ du Tasse: _Piccola si ma fa pur gravi le
ferite_ (Je suis petite, mais je fais cependant de graves
blessures),--allusion  la petite taille de la princesse et  l'ordre
galant de la Mouche  miel, qu'elle avait fond en 1703.

  [234] Eugne ASSE, _ibid._


La DUCHESSE DE BRANCAS, Marie-Anglique Frmyn de Moras, femme de
Louis-Antoine de Brancas, duc de Villars, comte de Lauraguais
(1676-1763).

Sa bibliothque, dont le catalogue, dress par Prault, comprenait 750
nos, fut vendue,  Paris, peu aprs la mort de la duchesse, le 14
novembre 1763 et jours suivants[235].

  [235] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 140;--et la
  _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 349,
  article de M. Maurice Tourneux: _Bibliothques fminines au
  XVIIIe sicle_.

La duchesse de Brancas, qui porta longtemps le titre de duchesse de
Villars, a crit ou plutt dict, dans sa vieillesse, de trs piquants
_Mmoires_, qui ont t publis pour la premire fois, en 1802, par
son petit-fils le comte de Lauraguais; puis rdits, en 1865, par
Louis Lacour, et, en 1890, par Eugne Asse.

La duchesse de Brancas tait bien une femme de son poque, et que la
svrit des moeurs n'embarrassait gure. Saint-Simon nous a laiss
d'elle et de son digne poux, qui tait livr  une infme
dbauche[236], ce sanglant et admirable portrait:

Le duc de Villars et sa femme, sans estime rciproque, qu'en effet
ils ne pouvoient avoir, vivoient fort bien ensemble dans une entire
et rciproque libert, dont elle usoit avec aussi peu de mnagement de
sa part que le mari de la sienne, qui le trouvoit fort bon, et en
parloit mme indiffremment quelquefois et jusqu' elle-mme devant le
monde, et l'un et l'autre sans le moindre embarras. Mais elle toit
mchante, adroite, insinuante, intresse comme une crasse de sa
sorte, ambitieuse, avec cela artificieuse, ruse, beaucoup d'esprit
d'intrigue, mais dsagrable plus encore que son mari; et tous les
deux bas, souples, rampants, prts  tout faire pour leurs vues, et
rien de sacr pour y russir, sans affection, sans reconnaissance,
sans honte et sans pudeur, avec un extrieur doux, poli, prvenant, et
l'usage, l'air, la connaissance et le langage du grand monde[237].

  [236] SAINT-SIMON, _ouvrage cit_, t. VIII, p. 438.

  [237] ID., _ibid._

En 1740, la duchesse de Villars, qui, depuis deux ans, portait le
titre de duchesse de Brancas, par suite de la mort de son beau-pre,
avait soixante-quatre ans. C'tait, crit Eugne Asse[238], une femme
 l'esprit gaulois, dont l'anecdote suivante peut aider  se faire une
ide: Hier, M. de Richelieu, raconte d'Argenson[239], donna un grand
souper  sa petite maison, par del la barrire de Vaugirard. Tout y
est en galanteries..., les lambris... ont des figures fort immondes.
Le beau du dbut de ce souper toit de voir la vieille duchesse de
Brancas vouloir voir ces figures, mettre ses lunettes, et, avec une
bouche pince, les considrer froidement, pendant que M. de Richelieu
tenoit la bougie et les lui expliquoit.

  [238] _Mmoires de la duchesse de Brancas_, Prface par Eugne
  Asse, p. XXXI (Paris, Jouaust, 1890).

  [239] _Journal_, 22 novembre 1740 (dition Rathery).


La MARQUISE DE VIEUXBOURG ou DE VIEILBOURG, Louise-Franoise de Harlay
de Cly (1680-1735).

La marquise de Vieilbourg, remarquable par son intelligence et sa
beaut, tait passionne pour les hautes spculations de l'esprit.
Elle avait collig un superbe cabinet d'objets d'art et de curiosit,
et une bibliothque du meilleur got[240].

  [240] Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 208.--Voir aussi
  Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 422.

Cette bibliothque fut vendue aprs le dcs de la marquise, en 1735;
le catalogue, comprenant 1043 nos, avait t dress et rdig en latin
par le libraire et bibliographe Gabriel Martin[241].

  [241] _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p.
  348, article de M. Maurice Tourneux.


La MARQUISE DE VASS, Anne-Bnigne-Fare-Thrse de Beringhen, femme
d'Emmanuel-Armand, marquis de Vass, brigadier des armes du Roi
(1682?-1749).

Sa bibliothque, riche surtout en romans de chevalerie, et dont le
catalogue comprenait 184 articles, fut vendue en 1750, peu aprs la
mort de la marquise[242].

  [242] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  425;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 204;--et la
  _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 349,
  article de M. Maurice Tourneux.


La COMTESSE DE BISSY, Sylvie-Anglique Andrault de Langeron
(1684?-1771)[243].

  [243] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 137.


La DUCHESSE DE LA VALLIRE, Marie-Thrse de Noailles (1684-1784).

Son mari tait le neveu de la matresse de Louis XIV, soeur Louise de
la Misricorde. La duchesse de la Vallire eut deux enfants, dont l'un
fut Louis-Csar, duc de la Vallire, le bibliophile si connu[244].

  [244] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 173-174.


La DUCHESSE DE BOURGOGNE, Marie-Adlade de Savoie (1685-1712)[245].

  [245] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. I, p. 620.

On sait l'influence que la duchesse de Bourgogne, la Dauphine, exera
sur Louis XIV et Mme de Maintenon. Elle avait beaucoup d'esprit
naturel, dit Saint-Simon[246], beaucoup de qualits aimables... Douce,
timide, mais adroite, bonne jusqu' craindre de faire la moindre peine
 personne, et, toute lgre et vive qu'elle toit, trs capable de
vues et de suite de la plus longue haleine, la contrainte jusqu' la
gne, dont elle sentoit tout le poids, sembloit ne lui rien coter. La
complaisance lui toit naturelle, couloit de source; elle en avoit
jusque pour sa cour.

  [246] _Ouvrage cit_, t. VI, p. 230-231.


LISABETH-MARGUERITE-ARMANDE DU PLESSIS ou DUPLESSIS DE RICHELIEU,
dite Mademoiselle de Fronsac, prieure perptuelle des Bndictines de
la Prsentation,  Paris (1686-1744)[247].

  [247] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 195.


Mme LE PELLETIER ou LE PELETIER, Marie-Madeleine de Lamoignon, femme
du ministre d'tat (1687?-1744)[248].

  [248] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 176.


La COMTESSE DE TOULOUSE, Victoire de Noailles, femme du comte de
Toulouse, fils lgitim de Louis XIV et de Mme de Montespan
(1688-1766)[249].

  [249] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 429.


La PRINCESSE DE BAUFFREMONT, Hlne, princesse de Courtenay
(1689-1768)[250].

  [250] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 134.


MARIE-GABRIELLE-LISABETH DU PLESSIS ou DUPLESSIS DE
RICHELIEU (1689-....). Amie des livres, comme sa soeur
lisabeth-Marguerite-Armande (Mademoiselle de Fronsac) prcdemment
nomme, Marie-Gabrielle-lisabeth du Plessis de Richelieu a d'abord
t religieuse  Port-Royal, puis, en 1724, abbesse du Trsor (abbaye
cistercienne du diocse de Rouen)[251].

  [251] Cf. le Pre ANSELME, _Histoire gnalogique et
  chronologique de la maison royale de France..._;--_Gallia
  Christiana_;--et Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II,
  p. 428, qui date de 1714 la nomination de cette religieuse comme
  abbesse du Trsor.


VICTOIRE-MARIE-ANNE DE SAVOIE, marie, en 1714,  Victor-Amde de
Savoie, prince de Carignan (1690-1766)[252].

  [252] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 129.
  Victoire-Franoise, dit M.-N. BOUILLET, _Atlas universel
  d'histoire et de gographie_, p. 753 et 754.


MARIE-URANIE DE NOAILLES, fille du duc de Noailles, pair et marchal
de France, religieuse au couvent de la Visitation de Paris
(1691-1710)[253].

  [253] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 190.


CHARLOTTE-FRANOISE DE DIENNE (1691-....)[254].

  [254] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 150.


LISABETH FARNSE, fille d'douard II Farnse, prince de Parme,
marie, en 1714,  Philippe V, roi d'Espagne (1692-1766)[255].

  [255] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 126.


La DUCHESSE DE BERRY, Marie-Louise-lisabeth, fille ane du Rgent,
Philippe d'Orlans (1695-1719).

On connat sa vie scandaleuse et toutes les folies commises par cette
princesse. Quoique morte trs jeune, et malgr sa dissipation et ses
dbauches, elle trouva le temps de se former une belle et luxueuse
bibliothque[256].

  [256] Cf. Eugne ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 49.

La duchesse de Berry, si connue par ses gots singuliers et
l'excentricit de son caractre, dit de son ct Joannis Guigard[257],
aimait beaucoup les livres; mais, si l'on en croit les _Mmoires_ de
la princesse Palatine, sa grand'mre, elle n'eut gure le temps de les
lire, tant elle avait besoin de divertissements. Quoi qu'il en soit,
ses livres taient nombreux, choisis et bien relis.

  [257] _Ouvrage cit_, t. I, p. 101.


Trois autres filles du Rgent, Philippe II d'Orlans, ont t classes
au nombre des bibliophiles:


LOUISE-ADLADE D'ORLANS, dite MADEMOISELLE DE CHARTRES, seconde
fille du Rgent (1698-1743).

Elle devint abbesse de Chelles, en 1719, pouse de Jsus-Christ, et
c'est  son sujet que le Rgent dclarait tre brouill avec son
gendre[258].

  [258] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 20.


Une autre, LOUISE-LISABETH D'ORLANS, dite MADEMOISELLE DE
MONTPENSIER (1709-1742), qui fut reine d'Espagne, devint veuve en
1724, puis regagna la France en 1725, o elle se plongea dans une
profonde dvotion, fit excuter un assez joli livre d'heures quelque
temps avant sa mort: d'o son titre de bibliophile[259].

  [259] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 26.


Une autre encore, PHILIPPE-LISABETH D'ORLANS, dite MADEMOISELLE DE
BEAUJOLAIS (1714-1734), morte trs jeune et sans alliance, a t,
comme ses susdites soeurs, rpute pour son amour des livres[260].

  [260] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 110.


Bibliophile galement, LOUISE-ADLADE DE BOURBON-CONTI, dite
MADEMOISELLE DE LA ROCHE-SUR-YON (1696-1750)[261].

  [261] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  434;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 116.


LA MARQUISE DU DEFFAND, ne Marie de Vichy-Chamrond (1697-1780)[262].

  [262] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 437.

Sa correspondance, qui est trs volumineuse (2 vol. in-8, dition M.
de Lescure; Paris, Plon, 1865;--3 vol. in-8, dition Sainte-Aulaire;
Paris, Calmann-Lvy, 1877; etc.) est des plus intressantes pour
l'histoire des moeurs et des lettres au dix-huitime sicle. Devenue
aveugle en 1753, Mme du Deffand, chez qui se runissaient nombre
d'hommes et de femmes remarquables, se faisait faire de longues
lectures:

...Je suis oblige de lire cinq ou six heures par jour; je commence 
six heures du matin, et cela dure souvent jusqu' onze heures ou
midi; les insomnies allongent mes jours et abrgent ma vie. On en
pourrait faire une nigme[263].

  [263] Lettre du 22 fvrier 1772; t. II, p. 219 (dition M. de
  Lescure).

Je passe des nuits sans dormir, et ce n'est le plus souvent qu' midi
que j'attrape le sommeil; je me fais lire cinq heures de
suite...[264].

  [264] Lettre du 2 avril 1773; t. II, p. 380 (dition
  Sainte-Aulaire).

Pessimisme et gosme, ces deux sentiments apparaissent frquemment
sous la plume de Mme du Deffand:

Ceux qu'on nomme amis sont ceux par qui on n'a pas  craindre d'tre
assassin, mais qui laisseraient faire les assassins[265].

  [265] Lettre du 8 mars 1767; t. I, p. 415 (dition M. de
  Lescure).

Je jouis d'une sorte de plaisir, qui est d'observer l'orgueil et la
vanit de tout le monde; il n'y a presque personne qui ne prtende 
jouer un rle; il y a peu de bons acteurs[266].

  [266] Lettre du 19 novembre 1771; t. II, p. 87 (dition
  Sainte-Aulaire).

...Le plus beau jour de la vie est celui o on la quitte. Cela
revient  peu prs, Madame,  ce que vous me dites si souvent: que
_le plus grand malheur est d'tre n_[267].

  [267] Lettre de d'Alembert  la marquise du Deffand, 25 juin
  1763; t. I, p. 276 (dition M. de Lescure).

Mme du Deffand dclarait assez cyniquement qu'elle n'avait _ni
temprament ni roman_, ce qui ne l'empcha pas d'tre galante avant
d'tre philosophe[268].

  [268] M. DE LESCURE, notice en tte des _Mmoires de Mme de
  Staal-Delaunay_, t. I, p. 7 (dition Jannet-Picard).

Sainte-Beuve, dans un de ses articles des _Causeries du lundi_[269],
fait grand loge du style et de la valeur littraire des lettres de
Mme du Deffand:

Mme du Deffand est un de nos classiques par la langue et par la
pense... Elle est avec Voltaire, dans la prose, le classique le plus
pur de cette poque, sans mme en excepter aucun des grands
crivains.

  [269] Tome I, p. 412 et suiv.


La MARQUISE D'AMBRES, Henriette-Antoinette de Mesmes (1698-1715)[270].

  [270] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 132.


La MARQUISE DE PRIE, ne Agns Berthelot de Pleneuf (1698-1727)[271].

  [271] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 438.

Fille d'un financier, qui s'tait gorg par bien des mtiers, dit
Saint-Simon[272], cette amie des livres eut une existence trs
mouvemente. En 1713, elle pouse le marquis de Prie, qui fut
ambassadeur  Turin; rentre  Paris, en 1719, et devient la matresse
du duc de Bourbon, qu'elle domina bientt entirement. Elle tait
belle, trs ambitieuse, et quand son amant fut nomm premier ministre
aprs la mort du Rgent, elle exera un pouvoir absolu, dont elle ne
fit gure usage que pour satisfaire ses passions et sa rapacit. Dame
du palais de Marie Leszczynska, qu'elle avait contribu  faire monter
sur le trne, elle voulut faire chasser Fleury, alors vque de
Frjus. Elle choua; le duc de Bourbon fut disgraci (juin 1726); et,
exile en Normandie, la marquise de Prie ne put supporter son malheur
et s'empoisonna l'anne suivante.

  [272] _Mmoires_, t. XII, p. 429; voir aussi pages suivantes;--et
  Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.


La COMTESSE DE GLAS, Henriette-Antoinette de Mesmes (1698-....)[273].

  [273] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 163.

       *       *       *       *       *

La VICOMTESSE D'AUCHY, Charlotte des Ursins (....-1646).

Jamais personne ne fut si avide qu'elle de lectures--lectures en
public--de toutes sortes, comdies, lettres, harangues et sermons
mme, dit Tallemant des Raux[274]. Elle avait le got des runions
littraires, et prestoit son logis avec un extresme plaisir pour de
telles assembles. Elle s'avisa mme de crer chez elle une certaine
acadmie, o tour  tour chacun liroit quelque ouvrage. Cette
acadmie parat n'avoir t, au commencement du moins, qu'une vraie
cohue, selon l'expression de Tallemant, qui y alla une fois, par
curiosit.

  [274] _Les Historiettes_, t. I, p. 228.

On examinait et discutait de singulires questions dans ces sances.
Un jour, un certain Boutard, qui devint dans la suite prsident des
trsories de France,  Montpellier, et qui se plaisait  berner et
mystifier les gens, traita des diverses faons de cracher; il en
trouva cinquante-deux, dont il fit la dmonstration aux dpens du
tapis de pieds de la vicomtesse[275].

  [275] TALLEMANT DES RAUX, _ouvrage cit_, t. IV, p. 135.


LOUISE NOGARET DE LA VALETTE, abbesse  Metz (....-1647)[276].

  [276] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 192.


La DUCHESSE DE VILLARS-BRANCAS, Julienne-Hippolyte d'Estres, marie,
en 1597,  Georges de Brancas, duc de Villars (XVIIe sicle, dcde
aprs 1657)[277].

  [277] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 139.

Trs coquette, et encore plus dvergonde, c'est ainsi que Tallemant
des Raux nous dpeint la duchesse de Villars. C'estoit la plus
grande escroqueuse du monde, ajoute-t-il[278]. Quand il fallut sortir
du Havre, pour ne point faire crier toute la ville, car ils (son mari
et elle) devoient  Dieu et au monde, elle fit publier que tous leurs
cranciers vinssent un certain jour parler  elle. Elle parla  tous
en particulier, leur avoua qu'elle n'avoit point d'argent, mais
qu'elle avoit, en deux ou trois lieux qu'elle leur nomma, des magasins
de pommes  cidre pour dix ou douze mille escus; qu'elle leur en
donneroit pour les deux tiers de leur debte, et une promesse pour le
reste payable en tel temps. Elle disoit cela  chacun avec
protestation qu'elle ne traitoit pas les autres de la sorte, et qu'il
se gardast bien de s'en vanter. Les pauvres gens, les plus contents du
monde, prirent chascun en paiement un ordre aux fermiers de donner 
l'un pour tant de pommes et pour tant  l'autre; mais quand ils y
furent, ils ne trouvrent en tout que pour cinq cents livres de
pommes.

  [278] _Ouvrage cit_, t. I, p. 145.


MARIE-ANNE CHRISTINE DE BAVIRE, femme du Grand Dauphin, fils de Louis
XIV et de Marie-Thrse (....-1690).

Elle avait des gots srieux, aimait les lettres, et elle protgea
Racine[279].

  [279] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 415.


MARIE-CATHERINE LE CAMUS DE NICOLAI (....-1698)[280].

  [280] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 189.


CHARLOTTE D'ALBERT D'AILLY DE CHAULNES, religieuse 
l'Abbaye-aux-Bois, puis  Poissy (....-1707)[281].

  [281] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 130.


LOUISE-ISABELLE D'ANGENNES DE RAMBOUILLET, religieuse, abbesse de
Saint-tienne de Reims, dcde presque nonagnaire (....-1707)[282].

  [282] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 132.


Mme FRANOISE DOUJAT, Madeleine Tiraqueau, dont le mari tait matre
d'htel du roi (....-1709)[283].

  [283] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 151.


La MARQUISE DE LAMOIGNON-BAVILLE, Marie-Jeanne Voysin, marie, en
1674,  Chrtien-Franois Lamoignon, marquis de Baville (....-1727).

Conseiller au Parlement, puis avocat gnral, puis prsident 
mortier, Chrtien-Franois Lamoignon fut nomm membre de l'Acadmie
des inscriptions, en 1704. Comme son pre, il tait li avec les beaux
esprits du temps, et c'est  lui que Boileau a adress sa sixime
ptre. La bibliothque du prsident Lamoignon, qui renfermait
d'importants manuscrits, est passe en Angleterre[284].

  [284] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 169:--et
  Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.

       *       *       *       *       *

DIANE-FRANOISE D'ALBRET, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers de 1650
 1680 (XVIIe sicle)[285].

  [285] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 130.


La COMTESSE DE BERLAYMONT, Marguerite de Lalaing (XVIIe sicle)[286].

  [286] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 137.


Mme NICOLAS BOUCOT, ne Nthine (XVIIe sicle)[287].

  [287] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 138.


La MARQUISE DE BULLION-WIDEVILLE, Marie-Catherine de Beauveau (XVIIe
sicle).

Sa bibliothque contenait une fort belle collection d'oeuvres
dramatiques[288].

  [288] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 141.


HONORE DE BUSSY (XVIIe sicle)[289].

  [289] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 406.


Mme DUGAS DE BOIS-SAINT-JUST, ne Maindestre (XVIIe sicle).

Son mari tait chevin de la ville de Lyon en 1658 et prvt en
1696[290].

  [290] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 153.


Mme LOUISE DE DURFORT, fille de Jean de Durfort, marie, en 1683, 
Jean-Louis de Durfort, son cousin (XVIIe sicle)[291].

  [291] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 153.


La MARQUISE DE FOUQUET, Marie-Jeanne Guyon (XVIIe sicle)[292].

  [292] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 161.


N. DE GROSSOLLES DE FLAMARENS, abbesse des Bndictines (XVIIe
sicle)[293].

  [293] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 165.


La PRINCESSE DE GUMN, marie, en 1617,  Louis VII de Rohan, prince
de Gumn, son cousin germain (XVIIe sicle)[294].

  [294] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 399.


La DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD, femme de l'auteur des _Maximes_
(XVIIe sicle)[295].

  [295] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 406.


MADELEINE DE LRIS (XVIIe sicle)[296].

  [296] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 408.


ERNESTINE DE LIGNE, marie  Jean, comte de Nassau-Dillenbourg-Siegen,
gnral de la cavalerie de Flandre (XVIIe sicle)[297].

  [297] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 178.


CLAUDE DE LORRAINE, fille du duc Henri II de Lorraine, marie en 1634
(XVIIe sicle)[298].

  [298] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 404.


Mme THVENOT, femme de Melchisdech Thvenot, garde de la Bibliothque
du roi (XVIIe sicle).

Melchisdech Thvenot (vers 1620-1692), qui avait beaucoup voyag,
avait rapport en France quantit de livres rares et de manuscrits
prcieux. Il tenait, dans sa maison d'Issy, des runions priodiques,
o chaque invit rendait compte des expriences et dcouvertes
scientifiques qu'il faisait: ce fut l, dit Mnage, l'origine de
l'Acadmie des sciences.

Un neveu de Melchisdech Thvenot, Jean de Thvenot (avec la particule
nobiliaire) (1633-1667), qui fut aussi un infatigable voyageur et qui
mourut en Armnie, passe pour tre l'introducteur du caf en
France[299].

  [299] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 202, et t.
  II, p. 447-448;--MICHAUD, _Biographie universelle_;--Ludovic
  LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_;--etc.




VI


La reine MARIE LESZCZYNSKA, femme de Louis XV (1703-1768).

Cette princesse, victime rsigne, vertueuse, se rfugia dans la
religion et aussi dans le culte des arts. Le roi, dans sa froideur
tait avec la reine d'une rgularit impitoyable. D'Argenson crit:
Il lui fit sept enfants sans lui dire un mot.[300]

  [300] MICHELET, _Histoire de France_, t. XVIII, chap. VII, p. 119
  (Paris, Marpon et Flammarion, 1879).

Non seulement elle s'occupait de peinture, de gravure et de musique,
mais elle lisait beaucoup, mme des ouvrages ardus, principalement des
livres pieux et des rcits historiques. Sa bibliothque, peu
nombreuse, tait compose de volumes traitant surtout de ces deux
sujets: religion et histoire. Ses livres, relis par Padeloup, sont
conservs pour la plupart  la Bibliothque nationale[301].

  [301] Cf. Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 118.

La reine Marie Leszczynska avait fait tablir une petite imprimerie
dans son cabinet, et elle se plaisait  composer et  imprimer de
jolis livres de pit, dont elle faisait cadeau  son entourage. Elle
avait ainsi fait de l'imprimerie un amusement, et mis cet amusement 
la mode[302].

  [302] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 40
  et suiv. et p. 97, note 1.--Voir aussi Antony VALABRGUE, _les
  Princesses artistes_, p. 18 et suiv. (Paris, Dupret, 1888).


La DUCHESSE D'ORLANS, Auguste-Marie-Jeanne de Bade, femme de Louis,
duc d'Orlans, belle-fille du Rgent, bisaeule du roi Louis-Philippe
(1704-1726)[303].

  [303] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 443.


La DUCHESSE DE BOUFFLERS, plus tard DUCHESSE ET MARCHALE
DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, ou MARCHALE DE LUXEMBOURG,
Madeleine-Anglique de Neufville de Villeroy (1707-1787)[304].

  [304] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cit, t. I, p.
  187;--_Correspondance de Mme du Deffand_, t. III, p. 475, et
  _passim_ (dition Sainte-Aulaire);--etc.

Marie en 1721,  quatorze ans,  Joseph-Marie, duc de Boufflers,
mort en 1747, Madeleine-Anglique de Neufville de Villeroy pousa
en secondes noces, en 1750, Charles-Franois-Frdric de
Montmorency-Luxembourg, marchal de France[305]. C'est sur elle
que le comte de Tressan fit la fameuse chanson:

    Quand Boufflers parut  la cour,
    On crut voir la mre d'Amour;
    Chacun s'empressait  lui plaire,
    Et chacun l'avait  son tour[306].

  [305] Sainte-Beuve, qui la qualifie d'arbitre souverain de
  l'usage et de la politesse, dit qu'elle l'avait pour amant dj
  (le marchal de Luxembourg), depuis quelques annes, et n'en
  faisait point mystre: on a des couplets d'elle, o elle s'en
  vante  la face de la premire duchesse de Luxembourg, laquelle
  avait pour ami, de son ct, Pont-de-Veyle, de mme que Mme du
  Chtelet avait Voltaire. Toutes ces passions, toutes ces liaisons
  se mlaient, s'entre-croisaient, et  ciel dcouvert... Les
  moeurs de Mme de Boufflers furent celles du grand monde de son
  temps, c'est--dire plus que lgres. (_Nouveaux Lundis_, t. IV,
  p. 7 et 8.)

  [306] Pour que ce quatrain ft rgulier, il faudrait une rime 
  _plaire_; aussi a-t-on propos diverses corrections, celles-ci,
  par exemple:

/*
    On croyait voir d'Amour la mre;
*/

  ou bien:

/*
    Venant de l'le de Cythre.
*/

  (Cf. _l'Intermdiaire des chercheurs et curieux_, 7 juillet 1899,
  col 2.)


Quand Mme de Boufflers chantait plus tard ce couplet, elle s'arrtait
au dernier vers et disait: _J'ai oubli le reste_. Un jour, elle se
mit  marmotter cette chanson devant M. de Tressan lui-mme, en
disant: Connaissez-vous l'auteur? Elle est si jolie que non seulement
je lui pardonnerais, mais je crois que je l'embrasserais. Tressan y
fut pris comme le corbeau de la fable, et il dit: Eh bien, c'est
moi! Elle lui appliqua deux bons soufflets[307].

  [307] SAINTE-BEUVE, _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 11.

Il est trs frquemment question de la marchale de Luxembourg dans
les _Confessions_ de Jean-Jacques, qui l'avait connue alors qu'elle
tait la duchesse de Boufflers, et  qui elle tmoigna un vif intrt.

Trois grandes dames du dix-huitime sicle, toutes trois grandes amies
des galants plaisirs mais aussi des livres et des lettres, ont port
le nom de Boufflers[308].

  [308] J'en trouve mme une quatrime, bibliophile tout au moins
  celle-ci, la DUCHESSE DE BOUFFLERS, Marie-Anne-Thrse-Philippe
  de Montmorency-Laval (....-....), marie, en 1747, 
  Charles-Joseph de Boufflers, n en 1731, et mort en 1751,  vingt
  ans. Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 138.


Il y eut trois femmes du nom de Boufflers fort clbres et trs  la
mode dans le grand monde et dans le mme temps, crit Sainte-Beuve[309]:
la duchesse de Boufflers... qui changea plus tard son nom contre celui
de marchale-duchesse de Luxembourg. Ce fut la dernire figure tout 
fait en vue de vieille femme et de grande dame imposante dans l'ancienne
socit...

  [309] _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 164-165.

Il y avait encore la marquise de Boufflers, la digne mre du lger et
spirituel chevalier, l'amie du bon roi Stanislas, et qui faisait les
beaux jours de la petite Cour de Lunville  l'poque o Mme du
Chtelet et Voltaire y taient invits. C'est  elle que le bon vieux
roi disait un soir en la quittant et en lui baisant plusieurs fois la
main, devant son chancelier, qui passait pour en tre lui-mme
amoureux: Mon chancelier vous dira le reste. On citait de sa faon
maint couplet, des impromptus de socit, des pigrammes, et peu de
personnes, nous dit La Harpe, ont mis dans ces sortes de bagatelles
une tournure plus piquante. Mais... femme aimable et qu'on aime 
rencontrer dans ce monde-l, elle n'a pas, dans l'histoire de la
socit d'alors, le degr d'importance des deux autres.

La comtesse de Boufflers, qu'on a souvent confondue avec la
prcdente, et qui, sans qu'on veuille en rien faire tort  celle-ci,
lui tait, au dire de bons tmoins, suprieure en figure, en
agrments, en esprit et en raison; qui avait aussi, il faut en
convenir, plus de prtentions qu'elle au bel esprit et  l'influence,
a pour qualit distinctive d'avoir t l'amie du prince de Conti,
celle de Hume l'historien, de Jean-Jacques, du roi de Sude Gustave
III; elle est perptuellement dsigne dans la Correspondance de Mme
du Deffand sous le nom de _l'Idole_: le prince de Conti ayant dans sa
juridiction le Temple en qualit de grand-prieur, la dame favorite qui
y venait, qui mme y logeait et y avait son jardin et son htel
attenant, s'appelait tout naturellement _l'Idole du Temple_ ou, par
abrviation, _l'Idole_.

Voici, toujours empruntes  Sainte-Beuve, quelques anecdotes sur la
comtesse de Boufflers:

Un jour, oubliant qu'elle tait la matresse du prince de Conti, il
lui chappa de dire qu'elle mprisait une femme qui avait (c'tait le
mot d'alors) un prince du sang. Comme on lui faisait sentir
l'inconsquence: Je veux, dit-elle, rendre  la vertu par mes paroles
ce que je lui te par mes actions.

Un autre jour, elle reprochait vivement  son amie la marchale de
Mirepoix de voir Mme de Pompadour, et, se laissant emporter  la
vivacit de l'altercation, elle alla jusqu' dire: Ce n'est, au bout
du compte, que la premire fille du royaume.--Ne me forcez pas de
compter jusqu' trois, rpliqua la marchale. La seconde, en effet,
et t Mlle Marquise, matresse du duc d'Orlans, et, par ordre de
rang ou de prsance, Mme de Boufflers venait la troisime. La
repartie tait cruelle[310].

  [310] SAINTE-BEUVE, _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 178-179.

Si inconstante et lgre qu'elle ft, dans sa jeunesse du moins, la
comtesse de Boufflers est l'auteur d'un curieux code de morale
mondaine et de sagesse virile, voire stoque, qui ne laisse pas
d'tonner sous sa plume, et dont, souvent et certainement, elle aurait
d mieux faire elle-mme son profit:

Dans la conduite, simplicit et raison.

Dans l'extrieur, propret et dcence.

Dans les procds, justice et gnrosit.

Dans l'usage des biens, conomie et libralit.

Dans les discours, clart, vrit, prcision.

Dans l'adversit, courage et fiert.

Dans la prosprit, modestie et modration.

Dans la socit, amnit, obligeance, facilit.

Dans la vie domestique, rectitude et bont sans familiarit.

S'acquitter de ses devoirs selon leur ordre et leur importance.

Ne s'accorder  soi-mme que ce qui vous serait accord par un tiers
clair et impartial.

viter de donner des conseils; et, lorsqu'on y est oblig,
s'acquitter de ce devoir avec intgrit, quelque danger qu'il puisse y
avoir.

Lorsqu'il s'agit de remplir un devoir important, ne considrer les
prils et la mort mme que comme des inconvnients et non comme des
obstacles.

Tout sacrifier pour la paix de l'me.

Combattre les malheurs et la maladie par la temprance.

Indiffrent aux louanges, indiffrent au blme, ne se soucier que de
bien faire, en respectant, autant qu'il sera possible, le public et
les biensances.

Ne se permettre que des railleries innocentes, qui ne puissent
blesser ni les principes ni le prochain.

Mpriser le crdit, s'en servir noblement et mriter la
considration[311].

  [311] Dans SAINTE-BEUVE, _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 227-228.


La DUCHESSE DE MIREPOIX, Anne-Marguerite-Gabrielle de Beauveau-Craon
(1707-1791)[312].

  [312] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 183;--et la
  _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 351,
  article de M. Maurice Tourneux sur _les Bibliothques fminines
  au XVIIIe sicle_.


La DUCHESSE DE MONTMORENCY-BOUTEVILLE, Anne-Anglique de Harlus de
Vertilly (1709?-1769)[313].

  [313] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 186.


La DUCHESSE DE RUFFEC, Marie-Jeanne-Louise Bauyn d'Angervilliers,
veuve en premires noces du prsident de Maisons, ami de Voltaire, et
en second lieu d'Armand-Jean de Saint-Simon, duc de Ruffec, pair de
France, marchal de camp, grand d'Espagne de premire classe
(1711?-1761).

Trs instruite dans l'histoire et les lettres, doue d'un esprit vif
et d'un jugement sr, la duchesse de Ruffec avait rassembl une
collection de livres qui passait, avec raison, pour l'une des plus
remarquables de son temps.

La vente de cette importante bibliothque eut lieu  Paris, le 8 mars
1762 et jours suivants, peu aprs le dcs de la duchesse[314].

  [314] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 198;--et la
  _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 349,
  article de M. Maurice Tourneux.


La DUCHESSE DE BRANCAS ou DE VILLARS-BRANCAS, Louise-Diane-Franoise
de Clermont-Gallerande (1711-1784).

Sa bibliothque, compose de 3000  4000 volumes, tous d'un trs bon
choix, bien conditionns, dont beaucoup taient relis en maroquin, et
qui contenait quelques livres d'histoire naturelle enlumins avec
soin, fut mise en vente  Paris, aprs le dcs de la duchesse, le 28
dcembre 1784 et jours suivants[315].

  [315] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 140;--et la
  _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 350,
  article de M. Maurice Tourneux.


La DUCHESSE DE BRANCAS-LAURAGUAIS, Diane-Adlade de Mailly
(1714-1769).

Sa bibliothque fut mise en vente  Paris le 21 mai 1770[316].

  [316] _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p.
  350, article de M. Maurice Tourneux.


Mme DE WATTEVILLE (ou VATTEVILLE), Marie-Louise-Rosalie Phelypeaux de
Pontchartrain, marquise de Conflans (1714-....)[317].

  [317] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 205.


Mme DUREY DE NOINVILLE, Marie-Suzanne-Franoise-Pauline de Simiane
(1715-....)[318].

  [318] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 153.


La DUCHESSE DE BEAUVILLIERS DE SAINT-AIGNAN, Marie-Suzanne-Franoise
de Creil de Bournezeau (1716-....).

Pieuse et riche, dit le duc de Luynes, la duchesse de Beauvilliers
avait runi un grand nombre d'ouvrages, la plupart sur des matires
religieuses[319].

  [319] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 136.


La PRINCESSE DE LA TOUR D'AUVERGNE, Louise-Henriette-Gabrielle de
Lorraine, dite Mademoiselle de Marsan (1718-....)[320].

  [320] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  443;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 172.--Marsan
  tait une branche de la maison de Lorraine: cf. Ludovic LALANNE,
  _Dictionnaire historique de la France_, article Marsan.


Mme THIROUX D'ARCONVILLE, Marie-Genevive-Charlotte Darlus
(1720-1805).

Marie  quatorze ans  Thiroux, conseiller au Parlement, elle fut
atteinte de la petite vrole  vingt-trois ans, et on la vit alors
abandonner les plaisirs du monde, prendre le costume d'une vieille
femme, et ne plus s'occuper que des plaisirs de l'esprit. Elle tudia
l'histoire, la mdecine, la physique, la chimie, etc., suivit les
cours d'anatomie et de botanique du Jardin du roi, et acquit des
connaissances aussi tendues que varies. Elle runissait dans son
salon les hommes les plus distingus de son temps, et elle a publi de
nombreux ouvrages: romans, histoire, morale, etc.[321].

  [321] Joannis GUIGARD (_ouvrage cit_, t. I, p. 203) donne  Mlle
  Marie-Genevive-Charlotte Darlus le nom de Thiroux de Lailly et
  la fait mourir en 1766.--Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire
  historique de la France_:--MICHAUD, _ouvrage cit_;--LAROUSSE,
  _ouvrage cit_;--etc.


Comme la reine Marie Leszczynska, sa rivale auprs du roi, la MARQUISE
DE POMPADOUR (1721-1764) avait le got des arts, s'amusait  dessiner
et  graver, et on avait constat que le burin de la matresse
triomphait de celui de l'pouse[322].

  [322] Cf. Antony VALABRGUE, _ouvrage cit_, p. 25.


La marquise de Pompadour aimait aussi les livres et la lecture. Elle
protgea les artistes, les philosophes, les savants, et elle a t
l'inspiratrice du got artistique de son poque.

Sa bibliothque tait considrable: la partie du thtre est la plus
complte qui ait exist avant La Vallire[323]. Ses livres, bien
choisis, habills avec soin par Biziaux, qui fut plus tard le relieur
de Beaumarchais, sont tous fort recherchs. Quelques-uns portent une
inscription qui fait sourire quand on pense  la favorite qui les
possda la premire. On lit au-dessus de ses armes: _Menus plaisirs du
Roi!_ C'est un souvenir de leur passage dans l'tablissement o fut
porte, aprs la mort de Mme de Pompadour, une partie de sa
bibliothque[324].

  [323] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 65.

  [324] douard FOURNIER, _ouvrage cit_, p. 193. Encore une
  remarque emprunte au grand ouvrage d'Ernest Quentin-Bauchart
  (Avertissement, p. 3): Diane de Poitiers, Catherine de Mdicis,
  au XVIe sicle,--la Grande Mademoiselle et la comtesse de Verrue,
  au XVIIe,--Mme de Pompadour, au XVIIIe,--sont les seules qui
  aient laiss de vritables bibliothques; et si d'autres, telles
  que Marie de Mdicis, Anne d'Autriche, la duchesse de Bourgogne,
  la marquise de Maintenon, etc., ont possd des livres qui
  jouissent galement d'une grande faveur auprs des amateurs,
  c'est moins  leur valeur intrinsque que cette faveur est due
  qu' la beaut de leur reliure et  leur origine.


Mme de Pompadour s'est, tout comme Marie Leszczynska, occupe
d'imprimerie. Elle fit imprimer  Versailles, dans sa chambre, sous
ses yeux, le _Cantique des Cantiques_ et le _Prcis de l'Ecclsiaste_
paraphrass par Voltaire; elle fit aussi imprimer _Rodogune, princesse
des Parthes_, AU NORD, 1760, in-4, pour l'dition de laquelle M. de la
Fizelire rapporte la curieuse note de M. de Marigny, qui se trouvait
sur l'exemplaire du comte d'Ourche, de Nancy:

Ma soeur eut un jour la curiosit de voir imprimer. Le Roi fit venir
un petit dtachement de l'Imprimerie royale, et l'on fit imprimer dans
la chambre de Mme de Pompadour,  Versailles, et sous ses yeux, la
prsente tragdie de _Rodogune_. Il en a t tir trs peu
d'exemplaires.

Comme l'appartement de ma soeur tait situ au Nord, on a mis pour
lieu d'impression: _Au Nord_.

Elle a grav elle-mme  l'eau-forte, d'aprs Boucher, la planche
qu'on voit en tte du volume[325].

  [325] Edmond et Jules DE GONCOURT, _Mme de Pompadour_, p. 255,
  note 1 (Paris, Firmin Didot, 1888, in-4).


La DUCHESSE DE FLEURY, Anne-Madeleine-Franois (sic) d'Auxy de
Monceaux (1721-....)[326].

  [326] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 160.


La MARQUISE DE GAMACHES, Jeanne-Gabrielle de la Mothe-Houdancourt,
chanoinesse d'honneur du chapitre des dames de Neufville, diocse de
Lyon (1723?-1777)[327].

  [327] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 162.


MARIE-LOUISE DE MONTMORENCY-LAVAL, dernire abbesse de l'abbaye de
Montmartre (1723-1794).

Elle prit sur l'chafaud, durant la Rvolution, et comme elle tait
d'une surdit complte, Fouquier-Tinville fit sur elle ce sinistre jeu
de mots:

Elle a d conspirer, mais elle a conspir sourdement[328].

  [328] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 448.


La MARQUISE DE LA CROIX DE CASTRIES, Marie-Louise-Anglique de Talaru
de Chalmazel (1723-....)[329].

  [329] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 166.


Mme DE CLERMONT, Alison ou Alise Tranquille (1724-1752)[330].

  [330] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 147.


MARIE-AMLIE-CHRISTINE DE SAXE, fille de Frdric-Auguste II, lecteur
de Saxe et roi de Pologne, marie, en 1738,  Charles III, roi
d'Espagne (1724-1760)[331].

  [331] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 127.


La DUCHESSE DE NOAILLES, Catherine-Franoise-Charlotte Coss-Brissac,
morte sur l'chafaud (1724?-1793)[332].

  [332] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 191.


Mme D'PINAY, Louise-Florence-Ptronille d'Esclavelle de la Live,
marquise d'pinay (1725-1783).

Elle avait pous un fermier gnral, et a t l'amie de J.-J.
Rousseau, de Voltaire, de Diderot, de Duclos, de Grimm, de
Saint-Lambert, de l'abb Galiani, etc. Elle a laiss des _Mmoires_,
qui, a-t-on dit, sont peut-tre l'ouvrage qui nous fait le mieux
connatre la socit polie du dix-huitime sicle[333].

  [333] Paul BOITEAU, Introduction aux _Mmoires de Mme d'pinay_,
  t. I, p. 1 (Paris, Charpentier, s. d.).--Cf. aussi Ernest
  QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 449.


MARIE-THRSE-ANTOINETTE D'ESPAGNE, premire femme du Dauphin, Louis
de France, fils de Louis XV (1726-1746)[334].

  [334] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 448.


La MARQUISE DE VASS, Louise-Madeleine Courtarvel de Pez
(1727-1763)[335].

  [335] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 205.


La MARQUISE DE DURFORT-CIVRAC, Marie-Franoise de Pardaillan de
Gondrin d'Antin (1728-1764)[336].

  [336] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 154.


La PRINCESSE DE GRIMALDI, Marie-Christine-Chrtienne de Saint-Simon de
Rouvray (1728-1774)[337].

  [337] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 165.


La DUCHESSE DE NOAILLES, Anne-Claude-Louise d'Arpajon, duchesse de
Mouchy et de Noailles; morte, ainsi que son mari, sur l'chafaud
(1728?-1794)[338].

  [338] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 191;--et Ernest
  QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 450.


La CHEVALIRE ou plutt le CHEVALIER D'ON,
Charles-Genevive-Louis-Auguste-Andr-Timothe de Beaumont d'on
(1728-1810), clbre aventurier, a laiss une bibliothque
intressante[339].

  [339] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. II, p. 451-452.


En 1763, Louis XV l'autorisa ou lui ordonna, on ne sait trop pourquoi,
de porter des habillements de femme, et ce costume, que le chevalier
d'on conserva le reste de sa vie, fit natre, sur la nature de son
sexe, des doutes qui ne furent levs dfinitivement qu'aprs sa mort
et par le procs-verbal de son autopsie. On a de lui treize volumes
d'histoire, d'conomie politique, etc.[340].

  [340] Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
  France_.--Voir aussi une note de la _Correspondance de la
  marquise du Deffand_, dition M. de Lescure, t. II, p. 111, note
  3. Louis Jourdan a publi, sur le chevalier d'on, une sorte de
  roman, _un Hermaphrodite_ (Paris, Dentu, 1861), dont la paternit
  lui a t conteste par Frdric Gaillardet: cf. LORENZ,
  _Catalogue gnral..._ 1840-1865. t. III, p. 47, article Jourdan
  (Louis).


L'IMPRATRICE CATHERINE II, de Russie (1729-1796).

Elle avait orn son esprit et fortifi son caractre par les lectures
les plus srieuses: Tacite, Plutarque, Bayle, Montesquieu, Voltaire,
etc. Voltaire la nommait _la Smiramis du Nord_. Elle attira Diderot 
sa cour, mais ne put l'y retenir que quelques mois. Elle lui vint trs
dlicatement en aide, en lui achetant sa bibliothque au prix de
15.000 francs, mais  la condition qu'il la garderait sa vie durant,
et consentirait  en tre le bibliothcaire avec un traitement annuel
de 1.000 francs. Elle poussa mme la gnrosit jusqu' lui payer
cinquante ans d'avance,--soit 50.000 francs[341].

  [341] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cit_, article Diderot.


Mme D'ALIGRE, Franoise-Madeleine Talon, premire femme du prsident
d'Aligre (1730-1767)[342].

  [342] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 131.


La DUCHESSE DE GRAMONT-CHOISEUL, Batrix de Choiseul-Stainville,
l'altire et imprieuse soeur du duc de Choiseul, ministre de Louis XV
(1730-1794).

Elle possda une belle bibliothque, bien compose, et tmoigna de son
amour pour les arts et les lettres. Il est trs frquemment question
d'elle dans la correspondance de Mme du Deffand.

Incarcre pendant la Rvolution, la duchesse de Gramont (ou Grammont)
fut interroge par Fouquier-Tinville, qui lui demanda si elle n'avait
pas envoy d'argent aux migrs. J'allais dire non, rpondit-elle,
mais ma vie ne vaut pas un mensonge. Elle prit sur l'chafaud,
firement, comme elle avait vcu[343].

  [343] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  108;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 163.


La COMTESSE D'HOUDETOT, lisabeth-Franoise-Sophie de la Live de
Bellegarde (1730-1813), qui tait la belle-soeur de Mme d'pinay, se
plaisait  versifier[344], et elle est surtout connue par sa longue
liaison avec le pote Saint-Lambert, et la passion qu'elle inspira 
Jean-Jacques.

  [344] Elle a mme compos une scabreuse pice de vers, dont
  Diderot parle dans une de ses lettres  Mlle Voland (Lettre XLI,
  30 septembre 1760, t. I, p. 282-283; Paris, Paulin, 1830): Mme
  d'Houdetot fait de trs jolis vers; elle m'en a rcit
  quelques-uns qui m'ont fait grand plaisir. Il y a tout plein de
  simplicit et de dlicatesse. Je n'ai os les lui demander; mais
  si je puis lui arracher un _Hymne aux ttons_ qui ptille de feu,
  de chaleur, d'images et de volupt, je vous l'enverrai.
  Quoiqu'elle ait eu le courage de me le montrer, je n'ai pas eu
  celui de le demander.

La bibliothque de Mme veuve d'Houdetot fut vendue  Paris le 18 mai
1813 et jours suivants. Le catalogue en avait t dress par Merlin.
Le no 596 tait le manuscrit de _Julie ou la Nouvelle Hlose_ (6
vol. in-8) transcrit par Jean-Jacques pour Mme d'Houdetot de 1757 
1758, c'est--dire deux ans avant la publication. La grande nettet
qui rgne dans les six volumes, dit une note de Merlin, atteste le
soin que Rousseau apporta dans ce travail. On peut juger, par une note
de Mme d'Houdetot mise en tte du premier volume, du cas que cette
dame faisait du livre et de l'auteur[345].

  [345] _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p.
  351, article de M. Maurice Tourneux.

La comtesse d'Houdetot avait une belle-fille du mme nom, la
VICOMTESSE D'HOUDETOT, femme aimable, spirituelle, morte de trs
bonne heure; elle laissa quelques vers que ses amis se plurent 
recueillir aprs elle et  faire imprimer en un tout petit volume
(_Posies de la vicomtesse d'Houdetot_, 1782). Or, on y lit en tte
une notice, qu'on sait tre de la plume du cardinal Lomnie de
Brienne. Le prlat, le croirait-on? y loue cette jeune dame de son
incrdulit:

Jamais on n'a vu, dit-il, dans une si jeune personne autant de
philosophie; et cette philosophie influait galement sur ses opinions
et sur sa conduite. Elle n'admettait que ce qui lui paraissait
videmment prouv, aimait  disputer, parce qu'elle avait presque
toujours une opinion  elle, et ne cdait qu' la conviction ou enfin
 la convenance.

Et lorsqu'il en vient  raconter la dernire maladie de cette jeune
femme, le cardinal crit:

Elle craignait la mort parce qu'elle devait la sparer de tout ce qui
lui tait cher. _Ma vie peut tre remplie de peines_, disait-elle,
_mais il est affreux de n'tre rien; je crois la souffrance prfrable
au nant_.

Le cardinal n'ajoute rien qui corrige cette opinion du nant aprs la
mort, ni qui avertisse qu'il ne la partageait pas; c'est qu'il la
partageait en effet, conclut Sainte-Beuve[346].

  [346] _Causeries du lundi_, t. XV, p. 229.


Mme DE SARTINE, Marie-Anne Hardy du Plessis (1730-....).

Son mari tait le lieutenant gnral de police Sartine (1729-1801),
qui, avec un zle opinitre, avait rassembl une collection
considrable de documents sur l'histoire de Paris[347].

  [347] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 200.


MARIE-JOSPHE DE SAXE, seconde femme du Dauphin, fils de Louis XV, et
mre de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X (1731-1767).

Elle fut marie  quatorze ans, et son mari passa sa nuit de noces 
pleurer sa premire femme.

Elle vcut toujours trs retire, et possdait une relle rudition.
Elle avait le got des livres, et elle en imprima elle-mme
quelques-uns, sous la direction de Ch.-J.-B. Delespine, ancien
imprimeur du roi, devenu l'huissier de son cabinet[348].

  [348] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 97.
  En 1758, sous la direction de Delespine, parat un livre excut
   Versailles, dans l'imprimerie de la Dauphine, mre de Louis
  XVI, intitul _lvation du coeur  Jsus-Christ_, etc., _imprim
  de la main de madame la Dauphine_, in-16. (Ambroise
  FIRMIN-DIDOT. _Essai sur la typographie_, colonne 847; Paris,
  Didot, 1851.)


La PRINCESSE DE CONTI, Fortune-Marie d'Este, fille du duc de Modne
(1731-1803)[349].

  [349] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 117.


La DUCHESSE DE VILLEROI ou DE NEUFVILLE DE VILLEROY ou DE
NEUVILLE-VILLEROI, Jeanne-Louise-Constance d'Aumont (1731-1816), a
laiss une trs importante bibliothque, compose surtout de posies
et de romans, et qui se distinguait par la beaut des exemplaires et
l'lgance des reliures. Elle eut, de son temps, une grande
rputation d'indpendance et d'originalit, et fournit des articles
piquants aux _Actes des aptres_ et au _Petit-Gauthier_, deux feuilles
royalistes des premiers temps de la Rvolution. On lui doit aussi une
traduction de l'_Histoire de la Grce_ de Gillies, Goldsmith et Gast,
revue par Leuliette (Paris, 1808, 2 vol. in-8)[350].

  [350] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  454-455;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 189;--et
  LAROUSSE, _ouvrage cit_.


La DUCHESSE DE CRUSSOL, Madeleine-Julie-Victoire de Pardaillan-Gondrin
(1731-....)[351].

  [351] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 148.


MESDAMES DE FRANCE, filles de Louis XV:

MARIE-ADLADE (1732-1800);

VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THRSE (1733-1799);

SOPHIE-PHILIPPINE-LISABETH-JUSTINE (1734-1782).

Madame Adlade (Marie-Adlade), que son pre appelait familirement
_Loque_, apprit l'anglais, l'italien, les hautes mathmatiques, etc.
Au dire de Quentin-Bauchart, c'est la seule des trois qui fut une
vritable bibliophile[352]. Elle faisait relier ses livres en
maroquin rouge.

  [352] _Ouvrage cit_, t. II, p. 131.

Madame Victoire, surnomme de mme _Coche_ par Louis XV, faisait
relier ses livres en maroquin vert.

Madame Sophie, _Graille_ pour son pre, les faisait relier en maroquin
citron[353].

  [353] Cf. Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 123.

Tous ces volumes taient timbrs aux armes de France dans un cu en
losange[354] surmont d'une couronne ducale.

  [354] L'cu des filles non maries a la forme d'un losange; plus
  gnralement elles le portent en ovale. (H. GOURDON DE
  GENOUILLAC, _l'Art hraldique_, chap. I, p. 14; Bibliothque de
  l'enseignement des beaux-arts.)

Les trois soeurs taient de grandes liseuses: elles faisaient, dit le
duc de Luynes, des entreprises de grande lecture, dont elles venaient
 bout[355].

  [355] Dans Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 120.

Les catalogues manuscrits des livres de Mesdames se trouvent
actuellement  la Bibliothque de l'Arsenal. Celui de la bibliothque
de Madame Adlade, dat de 1786, comprend 430 pages et 5286 articles;
il forme un superbe in-folio, crit en belle btarde et en ronde, et
est orn d'un frontispice colori, o Madame Adlade est reprsente
en Minerve, casque en tte, devant un bureau charg de livres, de
cartes et d'instruments de physique.

Notons que Madame Victoire contractait volontiers des emprunts dans
les collections publiques et ne restituait pas toujours ce qui lui
avait t prt. Nombre d'estampes demandes par elle en
communication ne sont jamais rentres, nous apprend un ancien
conservateur de la Bibliothque nationale, Henri Bouchot[356].

  [356] _Les Reliures d'art  la Bibliothque nationale_, p.
  XXI.--Voir aussi, sur Mesdames Adlade, Victoire et
  Sophie,--que l'on connaissait sans envie du bien, sans me, sans
  caractre, sans franchise, sans amour pour leur pre... Madame
  Sophie tait une manire d'automate, aussi nulle pour l'esprit
  que pour le caractre...--le DUC DE LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT,
  _Mmoire sur la mort de Louis XV_, _dans_ SAINTE-BEUVE,
  _Portraits littraires_, t. III, p. 533;--et _Nouveaux Lundis_,
  t. VIII, p. 326, article sur Marie-Antoinette.

Une autre fille de Louis XV, la dernire, Madame LOUISE (Louise-Marie:
1737-1787), qui fut religieuse aux Carmlites de Saint-Denis, tait
encore plus passionne que ses soeurs pour la lecture. A une certaine
poque, Mme Campan la lui faisait cinq heures par jour; et comme ce
n'tait pas sans fatigue, la princesse lui prparait elle-mme de
l'eau sucre, et s'excusait de la faire lire si longtemps, sur la
ncessit d'achever un cours de lecture qu'elle s'tait
prescrit[357].

  [357] Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 122.

C'est Madame Louise, qui, durant ses derniers moments, redevenue
princesse dans son dlire sans cesser d'tre nonne, et croyant
toujours commander  son cocher ou  son cuyer, lui intimait cet
ordre, de sa voix dfaillante: Au paradis, vite, vite! au grand
galop![358].

  [358] Cf. SAINTE-BEUVE, _Nouveaux lundis_, t. VIII, p. 130, note
  1.


La MARQUISE DE LAMETH, Marie-Thrse de Broglie (1732-1819)[359].

  [359] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 169.


La DUCHESSE DE ROHAN-CHABOT, milie de Crussol d'Uzs
(1732-....)[360].

  [360] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 197.


La MARQUISE DE VOYER D'ARGENSON, Jeanne-Marie-Constance de Mailly
(1734-1783)[361].

  [361] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 209.


La DUCHESSE DE MAZARIN, Louise-Jeanne de Durfort (1735-1781).

La vente de ses livres eut lieu  Paris, peu aprs sa mort, le 12
janvier 1782 et jours suivants[362].

  [362] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 182;--et la _Revue des
  livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 350, article de M.
  Maurice Tourneux.


La DUCHESSE DE CHOISEUL-STAINVILLE, Louise-Honorine Crozat du Chtel,
femme du ministre de Louis XV (1735?-1802).

De mme que son pre, que son mari, et que sa belle-soeur, la duchesse
de Gramont-Choiseul, mentionne ci-dessus  son rang chronologique, la
duchesse de Choiseul aima passionnment les livres. Elle protgea les
savants et les gens de lettres et particulirement l'abb
Barthlemy[363]. C'est elle qui, en vrai philosophe de son sicle,
crivait un jour  son amie Mme du Deffand qu'il ne faut parler de
Dieu ni en bien ni en mal[364].

  [363] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  452-453;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 146.

  [364] Lettre  Mme du Deffand, 23 juin 1771 (_Correspondance de
  Mme du Deffand_, t. I, p. 443; dition Sainte-Aulaire).


La DUCHESSE DE RIOCOURT ou RIOCOUR, Madeleine-Jeanne-Claire Morel,
dame de Vitry-la-Ville, Vauciennes, Chappes, etc., baronne du Bois ou
de Boys (1735-1812)[365].

  [365] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 197;--et
  Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.


La PRINCESSE DE COND, Charlotte-Godefride-lisabeth de
Rohan-Soubise, femme de Louis-Joseph, duc de Bourbon, prince
de Cond (1737?-1760)[366].

  [366] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 453.


Mme LE PELLETIER ou LE PELETIER, Louise-Suzanne de Beaupr
(1737?-1762).

Son mari tait prsident  mortier au Parlement de Paris[367].

  [367] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 176.


Mme DE MONTESSON, Charlotte-Jeanne Braud de la Haie de Riou, marquise
de Montesson (1737-1806).

Devenue veuve, en 1769, du marquis de Montesson, elle inspira 
Louis-Philippe, duc d'Orlans, petit-fils du Rgent, une passion si
vive qu'il l'pousa secrtement. Le roi, crit M. Paul
Chaponnire[368], donna son consentement verbal ( ce mariage), 
condition que la marquise ne prendrait jamais le nom de duchesse
d'Orlans ni les armes de la famille. Elle n'en habita pas moins le
Palais-Royal, mais la famille royale s'abstint d'assister aux
spectacles organiss par le duc d'Orlans. Celui-ci, selon un mot de
l'ambassadeur de Naples, ne pouvant faire Mme de Montesson duchesse
d'Orlans, s'tait fait lui-mme M. de Montesson.

  [368] _Madame de Montesson et ses oeuvres anonymes_, dans la
  _Revue des livres anciens_, anne 1894, t. II, p. 111-112.

La marquise de Montesson tait soeur utrine de la mre de Mme de
Genlis, par consquent tante de cette dernire.

Bien que, au dire de sa nice, elle ft d'une ignorance extrme et
n'et pas la moindre instruction, elle eut l'ide singulire de
devenir auteur[369], et elle a compos, aprs avoir sommairement
tudi sans doute les rgles de la grammaire et de la prosodie, un
grand nombre de pices de thtre, qu'elle faisait reprsenter chez
elle, et o elle jouait elle-mme. Elle a laiss une importante
bibliothque qui a t acquise par M. de Soleinne[370].

  [369] Cf. Paul CHAPONNIRE, _ouvrage cit_, p. 112-113.

  [370] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  456;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.

Alexandre Dumas, qui a eu occasion, dans son enfance, d'aller chez Mme
de Montesson et de la voir de prs, donne sur elle, dans ses
_Mmoires_[371], d'intressants renseignements:

Le caractre excellent de Mme de Montesson fit longtemps le bonheur
de ce prince (du duc d'Orlans) et son propre bonheur.

Elle s'occupait de musique et des chasses, dont elle partageait les
plaisirs avec le prince.

Elle avait un thtre dans l'htel qu'elle habitait  la Chausse
d'Antin, thtre sur lequel elle jouait avec lui. Le duc d'Orlans, n
bonhomme et naf, russissait dans les rles de paysan, et Mme de
Montesson dans ceux de bergre et d'amante.

Feu Mme la duchesse d'Orlans avait prostitu cette maison au point
que les dames n'y venaient qu'avec des rserves tudies et suivies.
Mme de Montesson y rtablit le bon ton, la dignit, rouvrit la porte
aux plaisirs dlicats, et ranima le got des arts, du bel esprit, et y
ramena souvent la gaiet et la bonhomie.

  [371] Tome I, chap. I, p. 11. Voir aussi mme tome, chap. XVIII,
  p. 215.

En mourant, Mme de Montesson laissa toute sa fortune au comte de
Valence, qui avait pous Mlle de Genlis. Celle-ci, qui l'appelait sa
_tanttre_, a parl d'elle dans ses Souvenirs, et gnralement, ainsi
que nous l'avons vu tout  l'heure, elle ne la juge pas trs
favorablement. Mme de Montesson, dit-elle encore, jouait  mon gr
fort mal la comdie, parce qu'en cela, comme en toutes choses, elle
manquait de naturel.

Entre autres ouvrages, on doit  Mme de Montesson un recueil intitul
_OEuvres anonymes_ (Paris, 1782-1785, 8 vol. in-8), comprenant des
mlanges et des pices de thtre, qui n'a t tir qu' douze
exemplaires, est devenu trs rare, et,  cause de cette raret, est
recherch des bibliophiles[372].

  [372] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cit_;--MICHAUD, _ouvrage cit_. M.
  Paul CHAPONNIRE (_ouvrage cit_, p. 114 et suiv.) donne en
  dtail la bibliographie des oeuvres de Mme de Montesson.


ANNE-THRSE-PHILIPPINE D'YVE (1738-1814), dame belge, ne 
Bruxelles. Elle fut un des beaux esprits de son temps, dit Joannis
Guigard[373]; ses ides dmocratiques et l'amour du bien la rendirent
clbre en Belgique. Sa bibliothque passait,  juste titre, pour
l'une des plus riches de l'Europe, soit par la raret des ouvrages,
soit par l'excellence de la condition des volumes.

  [373] _Ouvrage cit_, t. I, p. 209-210.


MADELEINE-CHARLES-MILIE LE FVRE-CAUMARTIN DE LA COUR
(1738?-1814)[374].

  [374] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 166.


La MARQUISE DE PIGNATELLI D'EGMONT,
Jeanne-Sophie-lisabeth-Louise-Armande-Septimanie de Richelieu
(1740-1773)[375].

  [375] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 192.


La MARQUISE DE FOUQUET, Hlne-Julie-Rosalie Mancini-Mazarini, dite
Mademoiselle de Nevers (1740-1780?)[376].

  [376] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 161.


Mme DU BARRY, Marie-Jeanne Gomard Vaubernier, comtesse du Barry,
matresse de Louis XV (1743-1793)[377].

  [377] La date de naissance de la fameuse courtisane a t trs
  conteste: les uns ont dit 1744, d'autres 1746. Les Goncourt,
  dans leur ouvrage sur _La Du Barry_, pages 6 et 25 (Paris,
  Charpentier, 1891) ont trait cette question et publi l'acte
  authentique.

  Jeanne, fille naturelle d'Anne Bqus dite Quantiny, est ne le
  dix-neuvime aot de l'an mil sept cent quarante-trois...

Elle tait fille naturelle d'une couturire nomme Bcu ou Bqus, dite
Quantiny ou Cantigny; elle savait  peine lire, et crivait plus mal
encore qu'elle ne lisait.

La Du Barry, quoique fort belle, n'tait gure en tat de former,
seule, une bibliothque, remarque Joannis Guigard[378], elle qui ne
pouvait pas crire un mot sans faire une faute d'orthographe: son
libraire se chargea de la formation de cette bibliothque. On y
remarqua d'abord de bons ouvrages d'histoire, de littrature et mme
de morale; puis des productions plus lgres, que son fournisseur y
fit entrer sans doute pour distraire les instants du monarque blas.
Louis XV, dit-on, parut enchant du got littraire de sa nouvelle
matresse, et, lorsque celle-ci envoya sa collection au chteau de
Versailles, il s'cria: La marquise de Pompadour avait plus de livres
que la comtesse, mais ils n'taient pas si bien relis ni si bien
choisis; aussi nous la nommerons bibliothcaire de Versailles.

  [378] _Ouvrage cit_, t. I, p. 152.

La bibliothque de Mme du Barry, bibliothque sans importance,--des
livres sans intrt bibliographique, mal relis, et qui ne se
recommandent que par la clbrit de mauvais aloi de celle qui les a
possds, dclare Ernest Quentin-Bauchart[379], a t tudie en
dtail par M. Lon de Labessade[380] et par Paul Lacroix.

  [379] _Ouvrage cit_, t. II, p. 190. Elle se composait de 1068
  volumes de toutes grandeurs, dit Paul Lacroix (bibliophile
  Jacob) dans une lettre adresse au _Monde illustr_, 31 mars
  1860, p. 214-215, et cite par douard FOURNIER, _l'Art de la
  reliure_, p. 194, note 1.

  [380] Dans les _Miscellanes bibliographiques_, 2e partie, p.
  103-132 (Paris, Rouveyre, 1879).

La Du Barry inscrivait sur ses livres cette fire, galante et
plaisante devise: _Boutez en avant!_ Ils taient au nombre d'un
millier, et, pour la plupart, relis en maroquin rouge[381]. Parmi ces
volumes, il y en avait parat-il, d'un genre spcial; la noble dame
possdait _un enfer_, qui, dit-on, est devenu la proprit d'un
amateur tourangeau[382].

  [381] Cf. Paul LACROIX (bibliophile Jacob), _lieu cit_.

  [382] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  190-191.

Aimer le livre, l'acqurir, le conserver, lui procurer le vtement et
le couvert, crit M. Lon de Labessade en terminant son tude sur la
bibliothque de la Du Barry, c'est travailler pour l'avenir, c'est
faire oeuvre d'artiste et de savant. Mme du Barry, elle, conserva les
livres; il lui sera beaucoup pardonn, parce qu'elle prodigua avec
intelligence[383] le maroquin et les petits fers. Que la terre lui
soit lgre: elle aima le livre!

  [383] Avec intelligence me semble contestable.


La PRINCESSE DE CHIMAY, Laure-Auguste Fitz-James (1744-1814)[384].

  [384] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 146.


La DUCHESSE DE DURFORT-CIVRAC, Adlade-Philippine de Durfort de
Lorges (1744-1819)[385].

  [385] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 155.


La DUCHESSE DE DURFORT DE DURAS, Louise-Henriette-Charlotte-Philippine
de Noailles (1745-1832)[386].

  [386] Cf. Joannis GUIGARD. _ouvrage cit_, t. I, p. 156.


La DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD, Flicit-Sophie de Lannion
(1745-....). Le duc Franois-Alexandre-Frdric de la Rochefoucauld,
duc de Liancourt, qu'elle pousa en 1764, fut pair de France, membre
de l'Acadmie des sciences, et le fondateur ou promoteur de nombre
d'tablissements utiles[387].

  [387] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 170.


Mme DE GENLIS, marquise de Brulard ou Brulart, ne Stphanie-Flicit
Ducrest de Saint-Aubin (1746-1830)[388].

  [388] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 141.

Mme de Genlis a beaucoup crit[389] et encore plus menti, dans ses
_Mmoires_ et ailleurs. On a trs justement dit d'elle qu'elle tait
le mensonge incarn. Nul crivain peut-tre n'a pouss plus loin le
brigandage littraire que Mme de Genlis. Elle eut,  ce sujet, en
1830, un procs dplorable avec le libraire Roret, diteur de la
collection des _Manuels_. Elle s'tait engage, moyennant 400 francs,
 composer pour lui un _Manuel encyclopdique de l'enfance_. On allait
imprimer le manuscrit, qui avait t pay, lorsqu'on s'aperut qu'il
tait la copie exacte d'un livre du mme genre, publi, en 1820, par
M. Masselin. Il fallut un jugement pour que le libraire obtint la
restitution de son argent[390].

  [389] On n'a jamais t plus dcidment _criveuse_ que Mme de
  Genlis. (SAINTE-BEUVE, _Causeries du lundi_, t. III, p. 25.)

  [390] Ludovic LALANNE, _Curiosits littraires_, p. 142.--Voir
  aussi Honor BONHOMME, _Mme la comtesse de Genlis, sa vie, son
  oeuvre, sa mort_ (Paris, Jouaust, 1885). On trouve dans _Choses
  vues_ de Victor Hugo (anne 1844, le roi Louis-Philippe, p.
  79-82; Paris, Charpentier, 1888), de curieux dtails sur Mme de
  Genlis, que Victor Hugo tenait de la bouche mme de
  Louis-Philippe, ancien lve, comme on le sait, de cette illustre
  dame et matresse femme: C'tait un rude prcepteur, je vous
  jure. Elle nous avait levs avec frocit, ma soeur et moi.
  Levs  six heures du matin, hiver comme t, nourris de lait, de
  viandes rties et de pain; jamais une friandise, jamais une
  sucrerie, force travail, pas de plaisir. C'est elle qui m'a
  habitu  coucher sur des planches. Elle m'a fait apprendre une
  foule de choses manuelles; je sais, grce  elle, un peu faire
  tous les mtiers, y compris le mtier de frater. Je saigne mon
  homme comme Figaro. Je suis menuisier, palefrenier, maon,
  forgeron. Elle tait systmatique et svre. Tout petit, j'en
  avais peur; j'tais un garon faible, paresseux et poltron;
  j'avais peur des souris! elle fit de moi un homme assez hardi et
  qui a du coeur. En grandissant, je m'aperus qu'elle tait fort
  jolie. Je ne savais pas ce que j'avais prs d'elle. J'tais
  amoureux, mais je ne m'en doutais pas. Elle, qui s'y connaissait,
  comprit et devina tout de suite. Elle me traita fort mal. C'tait
  le temps o elle couchait avec Mirabeau. Elle me disait  chaque
  instant: Mais, monsieur de Chartres, grand dadais que vous tes,
  qu'avez-vous donc  vous fourrer toujours dans mes jupons!--Elle
  avait trente-six ans, j'en avais dix-sept.

  Ce qui n'empcha pas, comme le prouve Gaston Maugras, dans
  l'_Idylle d'un gouverneur_ (la comtesse de Genlis et le duc de
  Chartres; Paris, Plon, 1904), ladite gouvernante ou _gouverneur_
  de parfaire l'ducation de son lve jusqu' et y compris la
  suprme ducation de l'amour.

  Les dernires annes de Mme de Genlis, continue Victor Hugo,
  furent pauvres et presque misrables. Il est vrai qu'elle n'avait
  aucun ordre et semait l'argent sur les pavs. Le roi
  (Louis-Philippe) la venait voir souvent; il la visita jusqu'aux
  derniers jours de sa vie. Sa soeur, Mme Adlade, et lui ne
  cessrent de tmoigner  Mme de Genlis toute sorte de respect et
  de dfrence. Mme de Genlis se plaignait seulement un peu de ce
  qu'elle appelait la ladrerie du roi. Elle disait: Il tait
  prince, j'en ai fait un homme; il tait lourd, j'en ai fait un
  homme habile; il tait ennuyeux, j'en ai fait un homme amusant; il
  tait poltron, j'en ai fait un homme brave; il tait ladre, je
  n'ai pu en faire un homme gnreux. Libral, tant qu'on voudra;
  gnreux, non.


La marquise THIROUX DE CROSNE, Anne-Adlade de la Michodire
(1747-....)[391].

  [391] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 203.


La PRINCESSE DE LAMBALLE, Marie-Thrse-Louise de Savoie-Carignan
(1748-1792).

La princesse de Lamballe inspira, comme on le sait, une vive tendresse
 Marie-Antoinette, lui tmoigna un grand dvouement, et fut massacre
 la prison de la Force le 3 septembre 1792.

Elle a laiss un petit nombre de livres, qui sont de condition
mdiocre[392].

  [392] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 223.


La MARQUISE DE MAILLY, Marie-Anne de Talleyrand-Prigord
(1748-....)[393].

  [393] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 179.


La DUCHESSE DE POLIGNAC, Yolande-Martine-Gabrielle de Polastron, femme
du duc de Polignac et gouvernante des enfants de France (vers
1749-1793).

Amie intime et favorite de Marie-Antoinette, qui la combla d'honneurs,
elle, son mari et sa famille, ce qui n'empcha pas le duc et la
duchesse de Polignac d'tre des premiers  migrer et  abandonner
leur bienfaitrice (16 juillet 1789)[394].

  [394] Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.

Elle est range par Quentin-Bauchart[395] et par Joannis Guigard[396]
au nombre des femmes bibliophiles.

  [395] _Ouvrage cit_, t. II, p. 457.

  [396] _Ouvrage cit_, t. I, p. 193. Sans doute par suite d'une
  faute d'impression, Joannis Guigard fait natre la duchesse de
  Polignac en 1739.


MARIE-LOUISE-THRSE DE BOURBON, fille de Philippe, duc de Parme,
femme de Charles IV, roi d'Espagne (1751-1819)[397].

  [397] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 128.


Mme CARLIN LE BRET, ne Hue de Miromesnil (1751-....)[398].

  [398] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 142.


La COMTESSE D'ALBANY, femme du prtendant anglais Charles-douard
Stuart, puis du pote Alfieri, et amie du peintre Xavier Fabre, de
Montpellier (1752-1824).

Elle avait la passion de la lecture, et une passion qui ne fit que
s'accrotre avec l'ge. Dans sa retraite de Florence, aprs sa
promenade matinale aux Cascine, elle se rfugiait au milieu de ses
livres, et ne les quittait pour ainsi dire plus. C'est un grand
plaisir, crivait-elle en dcembre 1802, que de passer son temps 
parcourir les diffrentes ides et opinions de ceux qui ont pris la
peine de les mettre sur le papier. _C'est le seul plaisir d'une
personne raisonnable  un certain ge; car les conversations sont
mdiocres et bien faibles, et toujours trs ignorantes..._ Je passe ma
journe, au moins une grande partie, au milieu de mes livres... Je ne
trouve pas de meilleure et plus sre compagnie: au moins on peut
penser avec eux. _Les livres_, disait-elle encore, _ont toujours
plus d'esprit que les hommes qu'on rencontre_. La comtesse d'Albany
faisait de Montaigne sa lecture habituelle: C'est mon brviaire que
ce Montaigne, ma consolation, et la patrie de mon me et de mon
esprit, dclarait-elle[399].

  [399] Cf. SAINTE-BEUVE, _Nouveaux Lundis_, t. V, p. 437, 424 et
  426; et t. VI, p. 55;--et Edmond et Jules DE GONCOURT, _Portraits
  intimes du dix-huitime sicle_, la comtesse d'Albany, p. 442 et
  446.


La COMTESSE DE PROVENCE, Marie-Josphine-Louise de Savoie, fille de
Victor-Amde III, roi de Sardaigne, marie, en 1771, 
Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, plus tard Louis XVIII
(1753-1810).

Comme son poux, elle eut le got des lettres et des arts. Sa
bibliothque tait compose avec beaucoup d'intelligence, et
comprenait 1665 volumes, la plupart relis en maroquin rouge, qui ont
t disperss  la Rvolution[400].

  [400] Cf. ERNEST QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 314.


Mlle RAUCOURT (1753-1815), la fameuse tragdienne si dcrie pour ses
moeurs, a donn, en certaine occasion, un tmoignage de son affection
pour ses livres.

Aprs avoir fait,  ses dbuts, les dlices de tout Paris, elle
s'tait vue hue sur la scne,  cause de ses scandales, et peu  peu
sa situation tait devenue des plus obres. Avec mille cus de
rente, elle a trouv le moyen de faire pour cent mille cus de dettes
depuis quatre ans qu'elle tait  la Comdie[401].

  [401] Cf. Jean DE REUILLY, _La Raucourt et ses amies_, p. 63-64
  (Paris, Daragon, 1909).


Dans le courant de l'anne 1779, tout fut saisi chez elle; et,
dsireuse de sauver quelques dbris de sa fortune, c'est  ses livres
et  ses estampes que Mlle Raucourt donna la prfrence. Elle fit
transporter chez son intime amie et mule Mme de Sourques, une grande
malle renfermant quantit de livres couverts en maroquin rouge, livres
de thtre et estampes des meilleurs auteurs... Ce fut avec beaucoup
de peine que le commissaire Boullanger en obtint la restitution et la
rintgration au logis de la tragdienne,  la Chausse d'Antin[402].

  [402] Jean DE REUILLY, _ouvrage cit_, p. 217.

Parmi les ouvrages figurant dans la bibliothque de Mlle Raucourt,--et
tous prouvent que cette bibliothque tait des mieux composes,--nous
citerons: le dictionnaire de Trvoux, le dictionnaire de Morri, le
thtre de Corneille, le thtre de Voltaire, Molire, La Chausse,
Grcourt, Racine, Destouches, Boileau, l'_Hlose_ de Jean-Jacques
Rousseau, Regnard, Crbillon, Virgile, Anacron, Sapho[403], etc.

  [403] C'tait fatal! ajoute ici, en note, M. Jean DE REUILLY,
  _ouvrage cit_, p. 218,  qui j'emprunte cette nomenclature, et
  qui donne, en cet endroit, le catalogue dtaill de cette
  bibliothque.


La DUCHESSE D'ORLANS, Marie-Adlade de Bourbon-Penthivre, femme de
Louis-Philippe-Joseph, duc d'Orlans, dit _galit_ (1753-1821).

Elle fut la mre du roi Louis-Philippe et de Madame Adlade
(Eugne-Louise)[404].

  [404] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, p. 458.


Ds son bas ge, Mme ROLAND, Marie ou Manon, Jeanne Phlipon
(1754-1793), tmoigna le got le plus vif pour la lecture. Ainsi que
son matre Rousseau, elle ne sait non plus comment elle apprit  lire:

Vive sans tre bruyante, et naturellement recueillie, je ne demandais
qu' m'occuper, crit-elle dans ses _Mmoires_[405], et saisissais
avec promptitude les ides qui m'taient prsentes. Cette disposition
fut mise tellement  profit que je ne me suis jamais souvenue d'avoir
appris  lire; j'ai ou dire que c'tait chose faite  quatre ans, et
que la peine de m'enseigner s'tait, pour ainsi dire, termine  cette
poque, parce que, ds lors, il n'avait plus t besoin que de ne pas
me laisser manquer de livres. Quels que fussent ceux qu'on me donnait
ou dont je pouvais m'emparer, ils m'absorbaient tout entire, et l'on
ne pouvait plus me distraire que par des bouquets. La vue d'une fleur
caresse mon imagination et flatte mes sens  un point inexprimable;
elle rveille avec volupt le sentiment de l'existence. Sous le
tranquille abri du toit paternel, j'tais heureuse ds l'enfance avec
des fleurs et des livres: dans l'troite enceinte d'une prison, au
milieu des fers imposs par la tyrannie la plus rvoltante, j'oublie
l'injustice des hommes, leurs sottises et mes maux, avec des livres et
des fleurs[406]...

  [405] Tome III, p. 11-12 et 23-29 (Paris, Bibliothque nationale,
  1869).

  [406] Des livres et des fleurs, ce rapprochement, cette
  dualit, se retrouve plus d'une fois dans l'histoire littraire,
  dans la vie et les gots des bibliophiles. C'est d'abord Cicron
  traant le portrait de l'homme heureux: _Si hortum in
  bibliotheca habes, deerit nihil_, crit-il (_Ad familiares_
  [_Varroni_], No 451; CICRON, _OEuvres compltes_, t. V, p.
  411; collection Nisard; Paris, Didot, 1881). Puis Urbain Chevreau
  (1615-1701), qui avait t secrtaire de la reine Christine de
  Sude (dans Charles NODIER, _l'Amateur de livres_, les Franais
  peints par eux-mmes, t. II, p. 83; Paris, Delahays, s. d.): Je
  ne m'ennuie point dans ma solitude, o j'ai une bibliothque
  assez nombreuse pour un ermite, et admirable pour le choix des
  livres... J'y ai des tableaux, des estampes; un grand parterre
  tout rempli de fleurs, des arbres fruitiers; etc. Et M. Octave
  Uzanne (_Nos amis les livres_, p. 268): Seigneur, s'criait un
  ancien, accordez-moi une maison pleine de livres, un jardin plein
  de fleurs! Il semble que, dans cette prire, soit contenue toute
  la quintessence de la sagesse humaine: les fleurs et les livres
  masquent les tristesses de cette vie, et nous font aller en
  souriant, l'oeil gay, l'esprit bienheur, jusqu'au jour de la
  grande chance dfinitive, au vrai quart d'heure de Rabelais.
  Cf. aussi le clbre sonnet de l'imprimeur Plantin (1514-1589)
  sur le Bonheur de ce monde:

    Avoir une maison commode, propre et belle,
    Un jardin tapiss d'espaliers odorants,
    Etc.

  (Cf. mon ouvrage _le Livre_, t. I, p. 181, note 1.)


Avec les livres lmentaires dont on avait soin de me fournir,
j'puisai bientt ceux de la petite bibliothque de la maison. Je
dvorais tout, et je recommenais les mmes lorsque j'en manquais de
nouveaux. Je me souviens de deux in-folio de _Vies des Saints_, d'une
_Bible_ de mme format en vieux langage, d'une ancienne traduction des
_Guerres civiles_ d'Appien, d'un _Thtre de la Turquie_ en mauvais
style, que j'ai relus bien des fois. Je trouvai ainsi _le Roman
comique_ de Scarron et quelques recueils de prtendus bons mots, que
je ne relus pas deux fois; les _Mmoires_ du brave de Pontis, qui
m'amusaient, et ceux de Mlle de Montpensier, dont j'aimais assez la
fiert, et quelques autres vieilleries, dont je vois encore la forme,
le contenu et les taches. La rage d'apprendre me possdait tellement,
qu'ayant dterr un _Trait de l'Art hraldique_, je me mis 
l'tudier; il y avait des planches colories qui me divertissaient, et
j'aimais  savoir comme on appelait toutes ces petites figures:
bientt j'tonnai mon pre de ma science en lui faisant des
observations sur un cachet compos contre les rgles de l'art; je
devins son oracle en cette matire, et je ne le trompais point. Un
petit _Trait des Contrats_ me tomba sous la main; je tentai aussi de
l'apprendre, car je ne lisais rien que je n'eusse l'ambition de le
retenir; mais il m'ennuya, je ne conduisis pas le volume au quatrime
chapitre.

La _Bible_ m'attachait, et je revenais souvent  elle. Dans nos
vieilles traductions, elle s'exprime aussi crment que les mdecins;
j'ai t frappe de certaines tournures naves qui ne me sont jamais
sorties de l'esprit. Cela me mettait sur la voie d'instructions que
l'on ne donne gure aux petites filles; mais elles se prsentaient
sous un jour qui n'avait rien de sduisant, et j'avais trop  penser
pour m'arrter  une chose toute matrielle qui ne me semblait pas
aimable. Seulement je me prenais  rire quand ma grand'maman me
parlait de petits enfants trouvs sous des feuilles de choux, et je
disais que mon _Ave Maria_ m'apprenait qu'ils sortaient d'ailleurs,
sans m'inquiter comment ils y taient venus.

J'avais dcouvert, en furetant par la maison, une source de lectures
que je mnageai assez longtemps. Mon pre tenait ce qu'on appelait son
_atelier_ tout prs du lieu que j'habitais durant le jour; c'tait une
pice agrable, qu'on nommerait un salon, et que ma modeste mre
appelait la salle, proprement meuble, orne de glaces et de quelques
tableaux, dans laquelle je recevais mes leons. Son enfoncement, d'un
ct de la chemine, avait permis de pratiquer un retranchement qu'on
avait clair par une petite fentre; l, tait un lit si resserr
dans l'espace que j'y montais toujours par le pied, une chaise, une
petite table et quelques tablettes; c'tait mon asile. Au ct oppos,
une grande chambre, dans laquelle mon pre avait fait placer son
_tabli_, beaucoup d'objets de sculpture et ceux de son art, formait
son atelier. Je m'y glissais le soir ou bien aux heures de la journe
o il n'y avait personne; j'y avais remarqu une cachette o l'un des
jeunes gens (des jeunes apprentis ou ouvriers employs par son pre,
le matre graveur Phlipon) mettait des livres. J'en prenais un 
mesure; j'allais le dvorer dans mon petit cabinet, ayant grand soin
de le remettre aux heures convenables, sans en rien dire  personne.
C'tait, en gnral, de bons ouvrages. Je m'aperus un jour que ma
mre avait fait la mme dcouverte que moi; je reconnus dans ses mains
un volume qui avait pass dans les miennes; alors je ne me gnai plus,
et, sans mentir, mais sans parler du pass, j'eus l'air d'avoir suivi
sa trace. Le jeune homme qu'on appelait Coursou, auquel il joignit le
_de_ par la suite en se fourrant  Versailles instituteur des pages,
ne ressemblait point  ses camarades; il avait de la politesse, un
tact dcent, et cherchait de l'instruction. Il n'avait jamais rien dit
non plus de la disparition momentane de quelques volumes; il semblait
qu'il y et entre nous trois une convention tacite.

Je lus ainsi beaucoup de voyages que j'aimais passionnment, entre
autres ceux de Renard (Regnard), qui furent les premiers; quelques
thtres des auteurs du second ordre, et le _Plutarque_ de Dacier. Je
gotai ce dernier ouvrage plus qu'aucune chose que j'eusse encore vue,
mme d'histoires tendres qui me touchaient pourtant beaucoup, comme
celle des poux malheureux de La Bdoyre, que j'ai prsente, quoique
je ne l'aie pas relue depuis cet ge. Mais Plutarque semblait tre la
vritable pture qui me convnt. Je n'oublierai jamais le carme de
1763 (j'avais alors neuf ans), o je l'emportais  l'glise en guise
de Semaine sainte. C'est de ce moment que datent les impressions et
les ides qui me rendaient rpublicaine, sans que je songeasse  le
devenir.

_Tlmaque_ et _la Jrusalem dlivre_ vinrent un peu troubler ces
traces majestueuses. Le tendre Fnelon mut mon coeur, et le Tasse
alluma mon imagination. Quelquefois je lisais haut,  la demande de ma
mre: ce que je n'aimais pas; cela me sortait du recueillement qui
faisait mes dlices, et m'obligeait  ne pas aller si vite; mais
j'aurais plutt aval ma langue que de lire ainsi l'pisode de l'le
de Calypso, et nombre de passages du Tasse. Ma respiration s'levait,
je sentais un feu subit couvrir mon visage, et ma voix altre et
trahi mes agitations. J'tais Eucharis pour Tlmaque, et Herminie
pour Tancrde; cependant, toute transforme en elles, je ne songeais
pas encore  tre moi-mme quelque chose pour personne; je ne faisais
point de retour sur moi, je ne cherchais rien autour de moi; j'tais
elles et je ne voyais que les objets qui existaient pour elles;
c'tait un rve sans rveil...

Ces ouvrages dont je viens de parler firent place  d'autres, et les
impressions s'adoucirent; quelques crits de Voltaire me servirent de
distraction. Un jour que je lisais _Candide_, ma mre s'tant leve
d'une table o elle jouait au piquet, la dame qui faisait sa partie
m'appela du coin de la chambre o j'tais et me pria de lui montrer le
livre que je tenais. Elle s'adresse  ma mre, qui rentrait dans
l'appartement, et lui tmoigne son tonnement de la lecture que je
faisais; ma mre, sans lui rpondre, me dit purement et simplement de
reporter le livre o je l'avais pris. Je regardai de bien mauvais oeil
cette petite dame,  figure revche, grosse  pleine ceinture,
grimaant avec importance, et depuis oncques je n'ai souri  Mme
Charbonn. Mais ma bonne mre ne changea rien  son allure fort
singulire, et me laissa lire ce que je trouvais, sans avoir l'air d'y
regarder, quoiqu'en sachant fort bien ce que c'tait. Au reste, jamais
livre contre les moeurs ne s'est trouv sous ma main; aujourd'hui mme
je ne sais que les noms de deux ou trois, et le got que j'ai acquis
ne m'a point expose  la moindre tentation de me les procurer.

Mon pre se plaisait  me faire de temps en temps le cadeau de
quelques livres, puisque je les prfrais  tout; mais, comme il se
piquait de seconder mes gots srieux, il me faisait des choix fort
plaisants, quant aux convenances; par exemple, il me donna le trait
de Fnelon sur l'ducation des filles, et l'ouvrage de Locke sur celle
des enfants; de manire qu'on donnait  l'lve ce qui est destin 
diriger les instituteurs. Je crois pourtant que cela russissait trs
bien, et que le hasard m'a servie mieux peut-tre que n'auraient fait
les combinaisons ordinaires.


MARIE-PAULINE DE LZARDIRE (1754-1835) fut moins une bibliophile
qu'une amie passionne de la science historique. Elle a laiss un
ouvrage considrable, originairement publi en huit volumes, la
_Thorie des lois politiques de la France_, destin  complter une
section de l'_Esprit des lois_ de Montesquieu, et qui a mrit les
loges d'Augustin Thierry. Voici ce que le grand historien crit  ce
sujet:

Il y avait, en 1771, dans un chteau loign de Paris[407], une
jeune personne prise d'un got invincible pour les anciens monuments
de notre histoire, et qui, selon le tmoignage d'un contemporain[408],
s'occupait avec dlices des formules de Marculfe, des capitulaires et
des lois des peuples barbares. Blme d'abord et combattue par sa
famille, qui ne voyait dans cette passion qu'un travers bizarre, Mlle
de Lzardire,  force de persvrance, triompha de l'opposition de
ses parents, et obtint d'eux les moyens de suivre son penchant pour
l'tude et les travaux historiques. Elle y consacra ses plus belles
annes, dans une profonde retraite, ignore du public, mais soutenue
par le suffrage de quelques hommes de science et d'esprit[409], et par
l'ambition, un peu tmraire, de combler une lacune laisse par
Montesquieu dans le livre de l'_Esprit des lois_[410].

  [407] Au chteau de la Verrie (ou de la Vrie, Vende,
  arrondissement de la Roche-sur-Yon). C'est l que naquit Mlle de
  Lzardire. Elle mourut au chteau de la Proutire (mme
  dpartement, arrondissement des Sables-d'Olonne, commune de
  Poiroux), qui appartient encore  la famille de Lzardire.

  [408] GAILLARD, dans le _Journal des savants_, avril 1791.

  [409] Malesherbes, entre autres, qui fit envoyer  Mlle de
  Lzardire des livres de la bibliothque du roi et du couvent des
  bndictins de Poitiers.

  [410] Augustin THIERRY, _Considrations sur l'histoire de
  France_, chap. III, p. 104 (Paris, Furne, 1868).

Bien que termin en 1791, et tout imprim, le grand travail de Mlle de
Lzardire ne put paratre  cette poque, les magasins du libraire
ayant t pills durant une meute et l'dition  peu prs dtruite.
Quelques exemplaires furent recueillis, puis circulrent en 1801; mais
ce n'est que longtemps aprs, en 1844, qu'un frre de Mlle de
Lzardire publia une nouvelle dition, en quatre volumes in-8, de
l'ouvrage de sa soeur[411].

  [411] Cf. ID., _ouvrage cit_, p. 113;--LAROUSSE, _ouvrage
  cit_;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
  France_.


La REINE MARIE-ANTOINETTE, femme de Louis XVI (1755-1793).

Elle avait rassembl deux importantes bibliothques, l'une au petit
Trianon, l'autre au chteau des Tuileries. Ces volumes sont, pour la
plupart, relis en maroquin rouge aux armes de France et d'Autriche
accoles.

Le catalogue de la bibliothque de Trianon a t publi par Louis
Lacour, sous le titre de: _Livres du boudoir de la reine
Marie-Antoinette_ (Paris, Gay, 1862, in-16). Un inventaire de cette
mme bibliothque, dress par ordre de la Convention, a t publi,
d'aprs le manuscrit de la Bibliothque de l'Arsenal, par Paul
Lacroix, sous ce titre: _Bibliothque de la reine Marie-Antoinette au
petit Trianon_. Ces livres furent dposs, en 1800,  la Bibliothque
publique de Versailles, et les doubles vendus, en vertu d'une
dlibration du Conseil municipal de cette ville.

On a prtendu que beaucoup des volumes de la bibliothque de Trianon
taient d'un genre ultra-lger; Ernest Quentin-Bauchart conteste, avec
raison, cette assertion, et estime que ces volumes ne sont pas plus
scandaleux que ceux de tant d'autres grandes dames de cette poque.
Ils n'ont mme rien de scandaleux du tout[412].

  [412] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  279.--Sur cette bibliothque de Marie-Antoinette, on consultera
  avec intrt un article de Jules Janin (sous le pseudonyme
  d'raste), publi dans _l'Indpendance belge_ et reproduit dans
  le journal _le Voleur_, no du 24 octobre 1862, p. 409-411. Il en
  ressort que Marie-Antoinette a possd surtout des livres
  futiles, lgers mme, _Faublas_, par exemple; mais pas de livres
  obscnes, pas de livres scandaleux. On rencontrait, en
  revanche, sur ses rayons, trs peu de chefs-d'oeuvre, trs peu de
  bons ouvrages: rien de Bossuet, rien de Pascal, de J.-J.
  Rousseau, de Buffon, etc.


Les livres de la seconde bibliothque de Marie-Antoinette, de la
Bibliothque du chteau des Tuileries, portaient presque tous, soit
au dos, soit sur les plats, au bas des armes, les initiales couronnes
C. T. [Chteau des Tuileries]. Ils furent transports, en 1793,  la
Bibliothque nationale, o ils sont aujourd'hui[413]. Le catalogue de
cette bibliothque a t dress, et forme un volume manuscrit,
conserv  la Bibliothque nationale; il comprend 146 pages in-4. Dans
l'avertissement plac au dbut de ce catalogue, on trouve
d'intressants dtails sur le classement et le rangement des livres de
la reine:

Son cabinet de livres est compos de dix armoires spares chacune
par une cloison, et chaque armoire contient huit tablettes ou rayons.
Chaque armoire est marque par une lettre de l'alphabet,  commencer
par celle que Sa Majest a  sa main gauche en passant la porte par
laquelle elle va de sa chambre dans sa bibliothque. Cette armoire est
dsigne par la lettre A. Celle qui se trouve  droite de la mme
porte est l'armoire B, et ainsi de suite en faisant le tour jusqu' la
lettre K[414].

  [413] Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 126.

  [414] Cf. ID., _ouvrage cit_, p. 127.


Ce catalogue est divis en deux parties; dans la premire les livres
sont inscrits par ordre de matire, dans la seconde ils sont rangs
par ordre alphabtique. Les divisions par ordre de matire avaient t
faites par le roi lui-mme: Pour ces divisions, on a suivi celles que
le roi a indiques lui-mme, en faisant le premier arrangement des
livres, qui a pargn au bibliothcaire plus de la moiti de son
travail[415].

  [415] Cf. Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 127-128.

Les divisions sont au nombre de quatre: Religion, Histoire, Arts
(Sciences et Arts), Belles-Lettres.

La division de la Religion comprenait d'abord 53 articles, qui, plus
tard, ont t ports  69; l'Histoire, 140; les Sciences et Arts, 60;
les Belles-Lettres, 93. On remarque, dans cette dernire division:
_les Femmes illustres_, de Scudry; _la Princesse de Clves_ et
_Zade_, de Mme de la Fayette; _les Aventures de Tlmaque_; les
_Mmoires du Chevalier de Grammont_, par Hamilton; _Gil-Blas_; les
_Contes moraux_, de Marmontel; presque tous les romans de Mme
Riccoboni; _Robinson Cruso_, _Gulliver_, _Tom Jones_, de Fielding;
_Clarisse Harlowe_ et _Grandisson_, de Richardson; les _Contes_ _de
fes_, de Mme d'Aulnoy; la traduction de Shakespeare, par Letourneur;
etc.


La COMTESSE D'ARTOIS, Marie-Thrse de Savoie, seconde fille du duc
Victor-Amde III, marie en 1773 au comte d'Artois, futur Charles X,
soeur de la comtesse de Provence (1756-1805).

Sa bibliothque, une des plus importantes de l'poque, fut forme par
les soins du littrateur Franois-Flix Nogaret, l'auteur du _Fond du
sac_. Ses livres taient relis en maroquin rouge, avec un simple
trois filets, comme ceux de sa soeur, avec lesquels on les confond
souvent[416].

  [416] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 335.


Le duc de DEVONSHIRE, William (1748-1811), pousa en premires noces
la fille du comte Spencer, GEORGINA (1757-1806), et en secondes noces
la fille de lord Hervey, LISABETH (1759-1824), qui, toutes les deux,
montrrent un vif penchant pour les lettres et les livres[417].

  [417] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cit_, article Devonshire.


LOUISE-ADLADE DE BOURBON-COND, tante du duc d'Enghien (1757-1824).

Elle tmoigna toute sa vie d'une austre pit, fut abbesse de
Remiremont, et vcut pour ainsi dire dans les couvents,--ce qui ne
l'empcha pas d'entretenir, en 1786 et 1787, avec un jeune officier,
M. de la Gervaisais, une correspondance galante, qui a t publie, en
1834, par Ballanche[418].

  [418] Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
  France_, article Cond.

On l'a dite aussi amie des livres.


MADAME LISABETH, Philippine-Marie-Hlne de France, soeur de Louis
XVI (1764-1794).

Sa bibliothque tait la plus considrable aprs celle de la reine
(Marie-Antoinette).

Madame lisabeth, qui prit sur l'chafaud, aprs son frre, vcut
retire, fuyant les plaisirs, s'appliquant avec ardeur  l'tude des
mathmatiques: elle composa mme une table de logarithmes trs
ingnieuse, admire par le savant Lalande[419].

  [419] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 298,
  note 1.


Madame lisabeth, crit de son ct Eugne Asse[420], avait reu une
ducation svre, sous la surveillance de la comtesse de Marsan,
gouvernante des Enfants de France, et surtout de la baronne de Mackau,
sous-gouvernante. C'est  leurs soins patients que fut due la
transformation qui eut lieu dans le caractre de la jeune princesse,
ne emporte et violente: ce fut une rptition de ce qu'autrefois
Fnelon avait fait pour le duc de Bourgogne... Toutefois il est juste
de dire, en ce qui concerne Madame lisabeth, que si l'ducation en
fit la plus vertueuse des princesses, elle laissa subsister en elle
une nergie qu'on aurait souhaite  son frre.

  [420] _Ouvrage cit_, p. 129 et suiv.

Elle reut de Guillaume Le Blond des leons d'histoire et de
gographie, suivit mme assidment les cours de physique de l'abb
Nollet. Le docteur Le Monnier, mdecin des Enfants de France, et le
docteur Dassy lui apprirent la botanique, dans les longues excursions
qu'ils faisaient avec elle dans la fort de Fontainebleau, pendant les
sjours de la cour dans cette rsidence royale. La fille de la clbre
Mme Geoffrin, la marquise de la Fert-Imbault, lui avait donn un
got trs vif pour Plutarque, en composant pour elle une analyse des
_Vies des hommes illustres_.

Devenue,  quatorze ans (1778), matresse de ses actions, elle
s'tait arrang dans sa maison de Montreuil, prs de Versailles, une
vie toute d'tude et de charit pratique.

Elle a, pour secrtaire ordinaire et de cabinet, Chamfort
l'acadmicien; pour page, ce jeune Adalbert de Chamisso de Boncourt,
que l'migration jettera en Allemagne, et qui crira plus tard le
roman de _Pierre Schlemihl_ (1814).

Madame lisabeth aima les livres. Ceux de sa bibliothque taient
lgamment relis, timbrs d'un cusson en losange[421] aux armes de
France, surmont d'une couronne ducale. La Bibliothque de l'Arsenal
en possde un, l'_Office de Saint-Symphorien_, qui rappelle les
habitudes pieuses de la jeune princesse, et qui a d l'accompagner
bien souvent dans ses visites  sa paroisse. Cette glise de
Saint-Symphorien tait celle de Montreuil: glise trs simple, assez
laide, au style de temple grec, surmonte d'une sorte de pigeonnier
carr, o sonnait une unique cloche, dont Madame lisabeth avait t
la marraine. Comme la maison de Montreuil n'avait pas de chapelle, la
princesse s'y rendait  pied par les ruelles, souvent par une crotte
indigne, car l'accs en tait difficile aux carrosses.

  [421] Voir ci-dessus, p. 180, note 3.

C'est  propos de cette glise que Madame lisabeth crivait  Mme de
Raigecourt, un lundi de Pques:

J'ai l'air d'une vraie campagnarde: c'est que je suis  Montreuil
depuis midi. J'ai t  vpres  la paroisse. Elles sont aussi longues
que l'anne dernire, et ton cher vicaire chante _O Filii_ d'une
manire aussi agrable. Des Essarts a pens clater [de rire], et moi
de mme.

Les vraies ftes, les seules ftes mme de l'humble chteau de
Montreuil taient celles de l'tude et de l'amiti. Entre Mme de
Mackau et son vieux matre Le Monnier, qui tous deux habitaient dans
le voisinage, la princesse passait des heures dlicieuses. Le
Monnier, raconte Mme d'Armaill, associait Madame lisabeth  ses
recherches de botanique dans son jardin,  ses expriences de physique
dans son cabinet. Le jeune Chamisso y assistait souvent  la suite de
la princesse, et il en acquit des connaissances qui, plus tard, ne
furent pas inutiles  sa carrire et  sa rputation.

Chez elle, nous voyons souvent Madame lisabeth adonne  de vrais
plaisirs de bibliophile. Plus d'une de ses matines est occupe par le
rangement de ses livres.

Ma bibliothque est presque finie, crit-elle  Mme de Raigecourt;
les tablettes se placent; tu n'imagines pas quel joli effet font les
livres[422].

  [422] Cf. Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 133.


La DUCHESSE DE MONTESQUIOU-FEZENSAC, Louise-Josphine de la Live
(1764-1832)[423].

  [423] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 185.


CHARLOTTE CORDAY, Marianne-Charlotte de Corday d'Armans ou d'Armont,
qui assassina Marat (1768-1793).

Elle tait arrire-petite-nice de Corneille et fut leve  Caen, 
l'abbaye des Dames.

Ses vrais amis taient ses livres, crit d'elle Michelet[424]. La
philosophie du sicle envahissait les couvents. Lectures fortuites et
peu choisies. Raynal ple-mle avec Rousseau. Sa tte, dit un
journaliste, tait une furie de lectures de toutes sortes.

  [424] _Histoire de la Rvolution franaise_, livre XII, chap. IV,
  t. VII, p. 321 et suiv. (Paris, Marpon et Flammarion, 1879).

En quittant le domicile de sa tante,  Caen, pour se rendre  Paris et
y excuter son sinistre dessein, elle distribua ses livres, sauf un
volume de Plutarque, qu'elle emporta avec elle, ajoute Michelet, et,
la veille du 13 juillet, o elle assassina Marat, elle passa le jour
 lire tranquillement les _Vies_ de Plutarque, la bible des forts.

On a trouv un volume ayant appartenu  Charlotte Corday: _Typus
mundi..._, dont le feuillet de garde porte son nom: C. CORDAY
DARMONT[425].

  [425] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 462.


MADAME ROYALE, Marie-Thrse-Charlotte de France, dite Madame Royale,
fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, marie en 1799  son cousin
le duc d'Angoulme (1778-1851).

Elle est mise aussi au rang des bibliophiles par
Quentin-Bauchart[426].

  [426] Cf. _ouvrage cit_, t. II, p. 459.

Dans ses _Mmoires d'outre-tombe_, particulirement dans le tome VI,
pages 139 et suivantes (dition Edmond Bir), Chateaubriand donne
d'abondants et curieux dtails sur la duchesse d'Angoulme.


Mme SWETCHINE, ne Anne-Sophie Soymonoff (1782-1857). C'tait une
grande liseuse, et qui (chose rare chez son sexe) savait lire, ne
perdant rien de ses lectures, crayonnant, crivant  la marge du
livre, prenant des notes, copiant des extraits, rdigeant des rsums,
tenant des journaux intimes, se formant des recueils de renseignements
et d'arguments, dit le critique Jules Levallois[427].

  [427] _La Pit au dix-neuvime sicle_, p. 21 (Paris, Michel
  Lvy, 1864). On possde trente-cinq de ces cahiers d'extraits de
  lectures, nous apprend Sainte-Beuve qui a consacr  Mme
  Swetchine deux importants articles (_Nouveaux Lundis_, t. I, p.
  209-254).

M. de Falloux a racont la vie et publi la correspondance et diverses
oeuvres de Mme Swetchine, qui, de son vivant, a joui d'une grande
rputation dans le monde religieux: il a mme t question de la
canoniser. Elle poussait la pit jusqu'au plus singulier mysticisme,
 l'hallucination ou  l'enfantillage, et nombre d'anecdotes ont
couru  ce sujet. Elle obligea un jour son mari, de vingt-cinq ans
plus g qu'elle,  se priver d'une montre  laquelle il tenait
beaucoup: Il faut vous mortifier! lui dclara-t-elle. Une mouche
tombait-elle dans sa baignoire, elle la retirait de l'eau, la mettait
au soleil, lui faisait reprendre vie: N'est-ce pas une petite
crature du bon Dieu?[428]

  [428] Cf. Jules LEVALLOIS, _ouvrage cit_, p. 31-32;--et
  SAINTE-BEUVE, _ouvrage cit_, t. I, p. 254.


MARIE-AMLIE DE BOURBON, femme de Louis-Philippe Ier, roi des Franais
(1782-1866), est aussi classe au nombre des bibliophiles[429].

  [429] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 100.


De mme, HORTENSE DE BEAUHARNAIS, marie, en 1802,  Louis Bonaparte,
roi de Hollande (1783-1837)[430].

  [430] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 123.


Mme DE TRACY, Sarah ou Sara Newton (1789-1850), femme en premires
noces du colonel puis gnral Le Tort, et en secondes noces du marquis
Alexandre-Csar-Victor-Charles Destutt de Tracy, qui fut ministre de
la marine en 1848-1849 et protesta contre le coup d'tat de Napolon
III.

On a publi d'elle trois volumes d'_Essais, Lettres et Penses_[431],
auxquels Sainte-Beuve a consacr un trs intressant article[432].

  [431] Paris, Plon, 1852; non mis en vente.

  [432] _Causeries du lundi_, t. XIII, p. 189-209.

Mme de Tracy, qui appartenait  la famille du grand Newton, avait la
passion de la lecture et de l'tude, et dissertait longuement sur ce
double sujet avec son amie Mme de Coigny. Mme de Coigny me donne des
leons de prononciation, de ponctuation, et me recommande de faire des
notes sur tout ce que je lis, et d'crire tous les jours ce que je
pense: c'est une faon de savoir si on est bte[433].

  [433] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cit_, t. XIII, p. 195.

C'est  Mlle Newton que l'hellniste Boissonade adressait un jour ce
reproche et ces trs sagaces conseils:

Vous ne savez pas lire. _Vous lisez comme si vous mangiez des
cerises._ Une fois la lecture faite, vous ne pensez plus  ce que vous
avez lu, et il ne vous en reste rien. Il ne faut pas lire toutes
sortes de choses au hasard; il faut mettre de l'ordre dans ses
lectures, y rflchir, et s'en rendre compte[434].

  [434] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cit_, t. XIII, p. 195-196.

Les notes recueillies par Mme de Tracy sont, au point de vue de
l'tude et de la lecture, trs dignes d'attention, des plus
fructueuses, et prouvent bien qu'elle tait loin d'tre bte.

J'ai organis mon travail, et je suis dcide  traduire tout de bon
le livre des _Offices_ de saint Ambroise, dont je n'avais fait que de
courts extraits. Quel bonheur d'avoir de la volont et de l'aptitude
pour une occupation quelconque. Que de charme  voir l, devant moi,
cette multitude de gros volumes que je n'aurai jamais le temps de lire
jusqu'au bout!

...Je retire chaque jour de mes lectures un fruit inapprciable. Je
gote le bonheur d'avoir devant moi une occupation plus longue que la
vie. _Ne pas savoir se crer une occupation srieuse lorsque la
vieillesse commence, c'est vouloir mourir d'une mort anticipe._ Que
font de leur vie les femmes oisives, quand elles ne peuvent plus la
dpenser dans le monde? elles la passent dans leur lit. La vieillesse
est pour elles comme l'Enfer de Dante,  la porte duquel on laisse
toutes les esprances[435].

  [435] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cit_, t. XIII, p. 203-204.

La vraie philosophie, crit-elle encore[436], c'est de prfrer ce
qu'on a, et de voir toutes choses du bon ct. De mme, le vrai
Christianisme consiste  faire  tous les tres anims, btes et gens,
le plus de bien possible, et  attendre la mort sans crainte comme
sans impatience.

  [436] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. XIII, p. 207.

Une trange particularit  signaler  propos de cette femme
remarquable: elle regretta si vivement son premier mari, le gnral
Le Tort, qu'elle s'obstina  garder, assure-t-on, le cercueil du mort
dans sa chambre  coucher, jusque dans les premiers temps de son
second mariage[437].

  [437] ID., _ouvrage cit_, t. XIII, p. 209, note 1.


La PRINCESSE D'ISENGHIEN, Marguerite-Camille Grimaldi
(1790-....)[438].

  [438] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 166.


La DUCHESSE DE BERRY, Marie-Caroline, fille du roi de Naples Ferdinand
Ier, marie, en 1816,  Charles-Ferdinand de Bourbon, duc de Berry,
deuxime fils du comte d'Artois, depuis Charles X (1798-1870).

Elle avait un esprit trs vif et l'amour des lettres et des
arts, remarque Eugne Asse, dans son tude sur _les Bourbons
bibliophiles_[439]. Mme aprs l'assassinat de son mari, frapp d'un
coup de poignard par Louvel,  la porte de l'Opra, en 1820, elle
resta la protectrice des artistes et des gens de lettres. Sa
collection de tableaux et la bibliothque qu'elle s'tait forme au
chteau de Rosny, prs de Mantes, furent galement clbres. Les
vnements de 1830 les dispersrent l'une et l'autre.

  [439] Page 134.

La bibliothque du chteau de Rosny fut une des mieux choisies, des
plus lgantes par ses exemplaires et par ses reliures, que l'on ait
comptes dans la premire moiti du dix-neuvime sicle. Les livres en
taient presque tous timbrs sur le plat recto aux armes de la
duchesse: _de France  la bordure engrle de gueules qui est de
Berry, accol des Deux-Siciles_; sur le plat verso, de son chiffre C
couronn[440].

  [440] Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 134-135.


La vente de cette bibliothque eut lieu en 1837. Le _Catalogue_, o
figurent, sur la feuille de titre, les armes de la duchesse, trs
finement graves en taille-douce, entoures de la cordelire des
veuves et de deux branches de lis, comprend 2578 numros pour les
livres et 74 pour les estampes. La thologie y est reprsente par 141
articles, la jurisprudence par 36, les sciences et arts par 445, les
belles-lettres par 565, l'histoire par 1163; les manuscrits sont au
nombre de 86 et les lettres autographes de 54.

L'auteur de la prface de ce _Catalogue_[441] considre comme
superflu l'loge de cette bibliothque, o chaque article annonce
presque toujours le plus bel exemplaire, enrichi de gravures, de
portraits ou d'une somptueuse et lgante reliure. Les manuscrits
doivent exciter la curiosit  un trs haut degr. Depuis plus de
trente ans, ajoute l'auteur de cette prface, il ne s'est pas prsent
de collection aussi prcieuse sous le rapport de l'antiquit
historique; une grande partie de ces richesses proviennent du clbre
Pithou et ont t recueillies par lui.

  [441] Paris, Bonange pre, Techener et Bataillard, in-8, 264
  pages.

Parmi ces manuscrits nous mentionnerons: le _Code Thodosien_, du
sixime sicle, qu'une note de Pithou (XVIe sicle) dit avoir servi 
Cujas pour sa publication des Codes;--le _Roman de la Rose_, manuscrit
sur vlin, du treizime sicle;--le _Roman de Gaides_, en vers,
manuscrit de la fin du treizime sicle.

Quelques annes avant la mort de la duchesse de Berry, survenue en
1870, eut lieu une seconde vente de manuscrits lui ayant appartenu.
Cette collection avait t distraite de la premire, et ne comprenait
que 35 articles. La vente produisit 98.085 francs. Un seul _Livre
d'heures_--l'incomparable _Livre d'heures_ de Henri II et de Catherine
de Mdicis,--fut adjug au prix de 60.000 francs pour le Muse des
Souverains[442].

  [442] Cf. Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 139;--et Joannis
  GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 106-107.


La COMTESSE DE CHESSY-FOURCY, Madeleine Boucherat (....-1714).

Son mari tait prvt des marchands de Paris en 1684[443].

  [443] Cf. ID. _ouvrage cit_, t. I, p. 161.


La DUCHESSE DE DURFORT DE DURAS, Marguerite-Flicit de
Lvis-Ventadour (....-1717)[444].

  [444] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 154.


Mme DE SGUR, Charlotte-milie Le Fvre de Caumartin, femme du
prsident de Sgur (....-1729)[445].

  [445] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 201.


La DUCHESSE DE NOAILLES, Franoise-Charlotte-Amable d'Aubign, nice
de Mme de Maintenon, pouse du duc de Noailles, marchal de France
(....-1739)[446].

  [446] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 190.


LISABETH DE LA ROCHEFOUCAULD DE ROYE DE ROUCY, religieuse, abbesse de
Saint-Pierre de Reims (....-1744)[447].

  [447] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 170.


La MARQUISE D'ARGOUGES, Franoise Le Pelletier (....-1745)[448].

  [448] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 133.


LISABETH-LONORE DE LA TOUR D'AUVERGNE, abbesse de Thorigny, en
Normandie (....-1746)[449].

  [449] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 172.


La DUCHESSE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Marie-Sophie-Honorate Colbert
de Seignelay (....-1747)[450].

  [450] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 187.


MARIE-ANNE DE LA VIEFVILLE, abbesse de Gomerfontaine (....-1751)[451].

  [451] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 424.


La DUCHESSE D'AUMONT, Victoire-Flicit de Durfort-Duras
(....-1753)[452].

  [452] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 133.


La MARQUISE DE MONTMORENCY-LAVAL, Marie-Thrse de Hautefort
(....-1753)[453].

  [453] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 188.


La COMTESSE ou MARQUISE D'ANGENNES, Marie-Franoise de Mailly
(....-1760).

La vente de ses livres eut lieu  Paris, aprs son dcs, le 21
juillet 1760[454].

  [454] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 132;--et la
  _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 349,
  article de M. Maurice Tourneux.


La MARQUISE DE GALLIFET ou GALLIFFET, Marie-Denise-lisabeth Pucelle
(....-1761)[455].

  [455] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 162.


La DUCHESSE DE LUYNES ET DE CHEVREUSE, Marie Bruslart ou Brlart
(....-1763)[456].

  [456] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 179.


Mme THIROUX DE LAILLY, Claude Buffaut de Millery (....-1766), femme de
Jean-Louis-Lazare Thiroux de Lailly, seigneur d'Arconville
(1682-1742), fermier gnral, puis trsorier gnral de la maison du
Roi, qu'elle avait pous en 1709 et dont elle eut trois fils.

La vente de ses livres eut lieu  Paris, aprs son dcs, le 12 mai
1766 et jours suivants[457].

  [457] Cf. la _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule
  IV, p. 349, article de M. Maurice Tourneux.--Il ne faut pas
  confondre, comme on l'a fait parfois, Mme Thiroux de Lailly, ne
  de Millery, dcde en 1766, avec Mme Thiroux d'Arconville, ne
  Darlus (1720-1805), ni non plus Mme Thiroux de Crosne, ne de la
  Michodire (1747-....).


La MARQUISE DE MANCINI, Gabrielle-Yolande-Claude-Martine de Polastron
(....-1773?)

La vente de sa bibliothque eut lieu  Paris, et sans doute aprs son
dcs, le 26 juillet 1773 et jours suivants[458].

  [458] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 182;--et la
  _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule IV, p. 350,
  article de M. Maurice Tourneux.


Mme DE LA HAYE, Marie-Adlade-Victoire Bouret de Valroche
(....-1776).

Son mari tait fermier gnral[459].

  [459] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 168.


Mme DE L'PINETTE LE MAIRAT ou DE LESPINETTE DE MEIRAT,
Marie-Thrse-Genevive, marquise de Bruyres, Pecquot de
Saint-Maurice (....-1783).

Son mari tait prsident  la Cour des comptes en 1755[460].

  [460] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 177.


La DUCHESSE DE DURFORT-CIVRAC, Anne-Marie de la Faurie de Monbadon (ou
Monbardon?) (....-1786)[461].

  [461] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 155.


La COMTESSE DE VERGENNES, Anne de Vivier (ou du Vivier?)
(....-1787)[462].

  [462] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 206.


La CITOYENNE MONTESQUIEU; peut-tre Franoise-Catherine de
Narbonne,--ou Jeanne-Marie Hocquart (....-1793).

Quel que soit le nom vritable de cette femme, elle a laiss une
importante bibliothque dont Quentin-Bauchart donne la liste des
ouvrages[463].

  [463] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 461.


Mme DE PRUSSE D'ESCARS (ou DE PEYRUSSE DES CARS), Marie-lisabeth de
Lastic (....-1793)[464].

  [464] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 192.


Mme D'ALIGRE, Madeleine-Catherine Boivin de Bonnetot, marie, en 1711,
 tienne d'Aligre (XVIIIe sicle)[465].

  [465] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 131.


MARIE DE BASTARD DE LA FITTE, abbesse du monastre royal de Favas,
diocse de Comminges, en 1722 (XVIIIe sicle)[466].

  [466] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 134.


Mme DE BAUYN D'ANGERVILLIERS, ne Mathefelon (XVIIIe sicle)[467].

  [467] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 135, qui ne donne aucune
  date relative  cette bibliophile.


ANNE-MARIE-LOUISE DE BELZUNCE (ou BELSUNCE), grande prieure de
l'abbaye de Saintes, puis abbesse du Roncerai,  Angers, vers 1709
(XVIIIe sicle)[468].

  [468] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 136.


La VICOMTESSE DE BELZUNCE (ou BELSUNCE), N. de la Live d'pinay
(XVIIIe sicle)[469].

  [469] Cf. ID., _ibid._


Mme BLONDEL D'AUBERS, Marie-Anne de Calonne, soeur du ministre de
Louis XVI (XVIIIe sicle)[470].

  [470] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 138.


HENRIETTE DE BOURBON DE LA GUICHE, dite Mademoiselle de Verneuil,
fille naturelle et lgitime de Louis-Henri de Bourbon,--prince de
Cond, premier ministre de Louis XV (XVIIIe sicle)[471].

  [471] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 168.


Mme GUILLAUME DE BURE, mre des deux libraires de Bure (XVIIIe
sicle).

Deux classes de livres surtout composaient sa prcieuse bibliothque:
les livres de pit et les livres espagnols, crit Silvestre de
Sacy[472].

  [472] _Varits littraires, morales et historiques_, t. I, p.
  246 (Paris, Didier-Perrin, 1884, 2 vol. in-12, 5e dition).


Mme CAMUS DE PONTCARR, Anglique-lisabeth, fille de Geoffroy-Mac
(XVIIIe sicle)[473].

  [473] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 142.


La DUCHESSE DE CHATILLON, Adrienne-Flicit de la Baume Le Blanc de la
Vallire, fille unique du clbre bibliophile, le duc Louis-Csar de
la Vallire, petit-neveu de la matresse de Louis XIV, et qui, mort en
1780,  soixante-douze ans, rassembla, dans son chteau de Montrouge,
la plus riche bibliothque que jamais particulier ait possde en
France[474]. La duchesse de Chtillon avait ainsi reu le got des
livres en hritage[475] (XVIIIe sicle).

  [474] Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_. Le
  duc de la Vallire aimait tellement les livres qu'il passe pour
  ne pas s'tre toujours montr fort scrupuleux sur les moyens de
  s'en procurer, du moins dans sa vieillesse et lorsque sa passion
  tait devenue manie. N'est-il pas arriv maintes fois que son
  valet de chambre reportt le lendemain aux divers marchands les
  bijoux (bibliographiques) qu'il trouvait dans les poches de son
  matre sans que celui-ci les et achets? (Paulin PARIS, _Notice
  sur Tallemant des Raux_, les Historiettes, t. VI, p. 427, Paris,
  Techener, 1862).

  [475] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 145-146.


La MARQUISE CROZAT DU CHATEL; Marguerite Legendre, marie, en 1696, 
Antoine Crozat, marquis du Chtel, receveur des finances  Bordeaux
(XVIIIe sicle)[476].

  [476] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 147.


Mme VEUVE DIEZ (XVIIIe sicle)[477].

  [477] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 150.

Originaire d'une famille espagnole, mre d'un des pres de l'ancien
collge des Jsuites de Paris, ou collge de Clermont, devenu depuis
le lyce Louis-le-Grand, elle fit don  cet tablissement de 72
volumes,--ce qui a paru suffisant  Joannis Guigard pour inscrire le
nom de cette pieuse veuve sur le livre d'or des femmes bibliophiles.


La COMTESSE DU DRENEUC, Catherine de Martin de Champolon (XVIIIe
sicle)[478].

  [478] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 151.


CLAUDE DE DURFORT, religieuse, abbesse de Faremoutier, diocse de
Meaux, et dernire abbesse de cet tablissement, dtruit en 1792
(XVIIIe sicle)[479].

  [479] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 156.


La DUCHESSE DE DURFORT DE LORGES, Marie-Marguerite-Reine de Butault de
Marzan (XVIIIe sicle)[480].

  [480] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 155.


Mme FAURIS, Julie de Villeneuve de Vence, femme du prsident Fauris
(XVIIIe sicle)[481].

  [481] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 159.


La BARONNE DE FONTAINE-CHALANDRAY (ou CHALENDRAI), Marie-Antoinette du
Mas (ou Dumas) (XVIIIe sicle).

Le baron de Fontaine-Chalandray tait receveur gnral des finances de
Lorraine et Barrois en 1749[482].

  [482] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 160.


LA MARQUISE DE KERHOENT, ne N. de Champagne (XVIIIe sicle)[483].

  [483] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 166.


Mme DE LA BORDE (XVIIIe sicle).

La vente de ses livres eut lieu  Paris, le 20 mai 1799 et jours
suivants. Le catalogue, dress par G. de Bure l'an, comprenait 167
numros[484].

  [484] Cf. la _Revue des livres anciens_, anne 1914, fascicule
  IV, p. 351, article de M. Maurice Tourneux;--et l'_Intermdiaire
  des chercheurs et curieux_, 20 juin 1908, col. 926.


La COMTESSE DE LA FEUILLADE, Catherine-Scholastique Bazin de Bezons
(XVIIIe sicle)[485].

  [485] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 167.


La MARQUISE DE LA QUEUILLE, Louise-Jacqueline de Lastic de Saint-Jal
(XVIIIe sicle)[486].

  [486] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 169.


La DUCHESSE DE LA TRMOILLE-THOUARS,
Marie-Maximilienne-Louise-Franoise-Sophie, princesse de Salm-Kirbourg
(XVIIIe sicle)[487].

  [487] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 173.


Mme LE BAS DE MONTARGIS, Henriette-Catherine Hardouin-Mansart, femme
de Claude Le Bas de Montargis, conseiller d'tat en 1722 (XVIIIe
sicle)[488].

  [488] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 174.


Mlle LE DUC, marquise de Tourvoie, danseuse  l'Opra, matresse puis
femme de Louis de Bourbon-Cond, comte de Clermont (XVIIIe sicle).

Elle rassembla un grand nombre d'ouvrages de thologie,--ce qui est
assez trange, vu la profession de ladite marquise,--et habilla
richement ses volumes de maroquin avec dentelles[489].

  [489] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p.
  446;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 174. A propos
  de la bibliothque de Mlle Le Duc, Joannis Guigard crit: La
  _Bibliophilie_... faisait partie de l'existence mondaine au
  dix-huitime sicle. Les grandes dames surtout auraient cru
  manquer  tous leurs devoirs si elles n'avaient pu montrer, dans
  un salon richement orn, des livres aux fers merveilleux des
  Derome ou Padeloup.

Le catalogue des livres de Mlle Le Duc, dat de 1757, et dress par
Prault fils an, libraire, quai de Conty (_sic_), se trouve
actuellement  la Bibliothque de l'Arsenal; c'est un trs beau
manuscrit in-4 de 225 pages.


Mme LEFBURE DE LA BASSE-BOULOGNE, ne N. Couthier (XVIIIe
sicle)[490].

  [490] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 176.


La MARQUISE DE LESTEVENON, Marie-Wilhelmine van der Duyn (XVIIIe
sicle).

Son mari tait ambassadeur de la province de Hollande en France
1740[491].

  [491] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 177.


La COMTESSE DE LVIS-CHATEAU-MORAND, Philiberte de Languet de Gergy
(XVIIIe sicle)[492].

  [492] Cf. ID., _ibid._


La PRINCESSE DE LIGNE, Henriette-Eugnie de Bthisy (ou Bthizy) de
Mzires (XVIIIe sicle)[493].

  [493] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 178.


CUNGONDE DE MAILL DE KERMAVAN (ou KERMAOUEN, ou KERMAN, ou CARMAN),
abbesse de Monr, prs d'Amboise (XVIIIe sicle)[494].

  [494] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 179;--et Ludovic LALANNE,
  _Dictionnaire historique de la France_.


Mme MGRET OU MAIGRET, Franoise-Thomas de Pange, femme de Mgret ou
Maigret, baron d'tigny et de Theil (XVIIIe sicle)[495].

  [495] Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 183.


MARIE-ALEXANDRINE DE MONTJOUVENT, abbesse de l'abbaye de la Dserte, 
Lyon (XVIIIe sicle)[496].

  [496] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 186.


La DUCHESSE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Charlotte-Anne-Franoise de
Montmorency-Luxembourg, marie au duc de Montmorency-Luxembourg
(XVIIIe sicle)[497].

  [497] Cf. ID., _ibid._


La DUCHESSE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Marie-Jeanne-Thrse de
l'Espinay (XVIIIe sicle)[498].

  [498] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 187.


La COMTESSE DE RIEUX, Suzanne-Henriette-Marie de Boulainvilliers de
Bernard (XVIIIe sicle)[499].

  [499] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 137.


Mme ROLAND DE CHALLERAUGE (ou DE CHALLERANGES?), ne N. de Brosses,
femme d'un conseiller au Parlement (XVIIIe sicle?)[500].

  [500] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 198, qui ne
  donne aucune date relative  cette bibliophile. _L'Intermdiaire
  des chercheurs et curieux_, No du 20 juin 1908, colonne 926,
  donne Rolland de Challerange, et non Roland de Challerauge.
  Ludovic Lalanne, dans son _Dictionnaire historique de la France_,
  donne Challeranges.


La MARQUISE DE SAINTE-MAURE, Marie des Chiens de la Neuville (ou
Neufville) (XVIIIe sicle)[501].

  [501] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 198.


La DUCHESSE DE SAULX DE TAVANNES, Marie de Choiseul-Gouffier (XVIIIe
sicle)[502].

  [502] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 200.


MARIE-AUGUSTE DE SULTZBACH, femme de Charles-Philippe de Sultzbach,
son cousin-germain, comte palatin du Rhin (XVIIIe sicle)[503].

  [503] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 122.


La DUCHESSE DE TALLEYRAND-PRIGORD, Marie-Franoise de Rochechouart,
femme de Jean-Charles Talleyrand, duc et pair de France (XVIIIe ou
XIXe sicle)[504].

  [504] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 202, qui ne
  donne aucune date relative  cette bibliophile.


La PRINCESSE DE TALMONT, Marie-Jablonowska, fille du comte
Jablonowski, grand enseigne de la couronne de Pologne; marie, en
1730,  Frdric de la Trmouille, prince de Talmont (XVIIIe sicle).

Elle possdait une belle bibliothque qui fut vendue en 1774[505].

  [505] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cit_, t. II, p. 444.


La MARQUISE DE VALBELLE DE TOURVES, Marguerite-Delphine (XVIIIe
sicle)[506].

  [506] Cf. Joannis Guigard, _ouvrage cit_, t. I, p. 204.


_L'Intermdiaire des chercheurs et curieux_ a publi, dans son numro
du 20 juin 1908[507], et au-dessus de la signature Sy, une liste
d'ex-libris de dames, dont la plupart ont vcu au dix-huitime
sicle.

  [507] Colonnes 926-927.

Voici cette liste, de laquelle je me borne  supprimer les noms
mentionns par moi prcdemment:

    La MARQUISE D'ALIGRE (Mme de Saint-Germain).
    Mme DE BEAUMANOIR.
    --  LISABETH-HENRIETTE DE BESSET.
    --  DE BOUCHARD.
    --  BROCHET DE SAINT-PREST.
    La MARQUISE DE BROGLIE, ne Besenval.
    Mme VIRGINIE CHARDON.
    Mlle CHAUDOT.
    La COMTESSE CHARLES DE DAMAS.
    Mme DE DAMAS, ne Rochechouart.
    --  DU BU DE LONGCHAMP.
    La MARQUISE DE FLEURY, ne du Bois de Courval.
    Mlle L.-E. GUENET DE LOUYE.
    Mme HAUTEFORT DE BERINHEN (Beringhen?).
    --  DE JOANNIS.
    --  CATHERINE HUNTER DE CADIGNAN.
    La DUCHESSE DE LA FORCE.
    Mme de LAIDET, ne du Pont.
    La COMTESSE DE LANGEAC, ne de la Quenille (Queuille?).
    La DUCHESSE DE LA TRMOILLE, ne de la Tour d'Auvergne.
    Mme LE BAS DE GIRANGY.
    LA BARONNE DE LERCHENFELD, ne comtesse de Haslang.
    La COMTESSE DE LIPONA.
    La COMTESSE DE MELLET.
    Mlle DE MORETON DE CHABRILLAN.
    La DUCHESSE DE MOUCHY.
    Mme DE PARIS, ne Boula.
    --  PIGNATELLI, ne Durfort.
    La MARQUISE DE PONS, ne de Brissac.
    Mme DE PREYSING.
    --  ROND.
    --  DE ROUGEMONT.
    --  DE SAINT-GERMAIN, marquise d'Aligny[508].
    --  DE SAUTEREAU-MOINTESSUY.
    Mlle DE SAYVE.
    La VICOMTESSE HENRY DE SGUR.
    Mme SILVA.
    --  DE VASSAL.
    --  DE VINTIMILLE, ne Talbot.

  [508] Au lieu de d'Aligny, peut-tre faut-il lire d'Aligre; voir
  la page prcdente: La MARQUISE _d'Aligre_.




VII


Au dix-neuvime sicle et de nos jours, le nombre des femmes
bibliophiles, presque restreint jusqu'ici  la classe leve, noblesse
et finance, s'est tendu  tous les rangs et est devenu considrable.

Voici d'abord une liste publie par _l'Intermdiaire des chercheurs et
curieux_, dans le numro du 10 juillet 1908[509], signe J.-G. Wigg,
et dont je me borne  ranger les noms dans l'ordre alphabtique:

    Mme D'ALLERAY.
    --  BAILLEU.
    --  BARTET, de la Comdie-Franaise.
    La  COMTESSE X. DE BLACAS.
    La  VICOMTESSE DE BONNEMAINS.
    Mme DE BORNIOL.
    --  MINA DELHOMME.
    --  HLNE DUCH.
    La  MARQUISE DU COUDRAY.
    La  COMTESSE D'ERCEVILLE.
    Mme E.-M. GALLET.
    --  MARIE GEORGEL.
    --  L. GUIONNEAU-PAMBOUR.
    --  HENRY-ANDR.
    --  L.-H. DE LA CONDAMINE.
    --  M.-CH. DE LAMETH.
    --  LANGE.
    --  C. LEBIENVENU-DUBOURG.
    --  L. LE DOULCEUR.
    --  M. LE VERDIER.
    Mmes OU Mlles JEANNE ET JEANNINE MARCHAND.
    Mme MINARD DE VELARS.
    --  MOYE.
    --  MOYNEL.
    La  COMTESSE DE NADAILLAC.
    Mlle ALICE OZY.
    Mme MARIE PASTOR.
    --  RENE PINGRENON.
    --  L. SCHULTZ.
    --  ZO SEILLIRE.
    --  M. SOUVESTRE.
    --  DE STAL.
    La  PRINCESSE DE TALMONT[510].
    Mme THOURNOUER.
    --  VASSE-DUSAUSSAY.
    --  DE VILMORIN.
    --  MARQUISE VINTIMILLE.
    --  WEIGEL, d'Arras.

  [509] Colonnes 34-35.

  [510] Peut-tre la mme que nous avons mentionne p. 244.


La MARQUISE DE LA GRANGE, Constance-Madeleine Nonpart de Caumont de La
Force (1801-1869)[511].

  [511] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 168.


LOUISE-MARIE-THRSE D'ARTOIS, fille de la duchesse de Berry, marie,
en 1845,  Charles III, duc de Parme (1819-1864).

Comme sa mre, qui avait form la belle bibliothque de Rosny,
Louise-Marie-Thrse d'Artois, appele jusqu'en 1830 Mademoiselle,
collectionna des livres: ils taient timbrs de l'cusson en losange,
symbole des filles, aux armes de France, _ la bordure crnele de
gueules_[512].

  [512] Cf. Eugne ASSE, _ouvrage cit_, p. 138-139;--Joannis
  GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 104;--et ci-dessus, p. 180,
  note 3.


La PRINCESSE MATHILDE BONAPARTE, Mathilde Ltitia-Wilhelmine
Bonaparte, fille de Jrme Bonaparte, roi de Westphalie, marie au
prince russe Anatole Demidoff de San-Donato, dont elle ne tarda pas 
se sparer (1820-1904).

Elle tmoigna toujours d'un got trs vif pour les arts et les
lettres; elle excutait notamment des aquarelles; elle exposa au
Salon, de 1859  1867, un certain nombre de portraits et des copies
d'aprs les matres, et obtint une mdaille en 1865. Elle est aussi
l'auteur d'un petit livre, l'_Histoire d'un chien_ (1876)[513].

  [513] Cf. la _Revue universelle Larousse_, anne 1904, p. 81;
  article de M. H. Castets.

Dans son htel de la rue de Courcelles et son chteau de
Saint-Gratien, et, aprs la guerre de 1870, dans son htel de la rue
de Berri, elle reut quantit d'hommes de lettres et d'artistes:
Sainte-Beuve, avec qui elle entretint une correspondance publie par
Jules Troubat, le dernier secrtaire de Sainte-Beuve[514],--Gustave
Flaubert, Thophile Gautier, les Goncourt, Hippolyte Taine, Paul de
Saint-Victor, mile Augier, Gavarni, Jules Sandeau, le critique d'art
Ernest Chesneau, le peintre Hbert, etc., etc.

  [514] SAINTE-BEUVE, _Lettres  la Princesse_ (Paris, Michel Lvy,
  1873, 5e dit.).


Spare  vingt-cinq ans de son mari, le comte Demidoff (Anatole
Demidoff, prince de San Donato, dont elle n'eut point d'enfants, et
qui mourut en 1870), adule, d'un temprament fougueux, la princesse
Mathilde devait avoir fatalement des liaisons de coeur. On en connat
au moins deux avec certitude: la premire, trs retentissante, avec le
comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts sous l'Empire; la
seconde, plus discrte, avec le peintre et pote Claudius Popelin. Si
l'on consulte l'Almanach Gotha de 1879, on y trouve la mention que la
princesse Mathilde avait pous Claudius Popelin, en Angleterre, en
dcembre 1871; mais cette information, dmentie, fut supprime dans
l'Almanach de 1880[515].

  [515] _Revue universelle Larousse_, anne 1904, p. 82; article de
  M. H. Castets.

A dfaut d'une bibliothque clbre, la princesse Mathilde eut un
illustre bibliothcaire, Thophile Gautier,  qui, en le gratifiant de
cette sincure, elle trouva moyen de rendre dlicatement service. On
lit  ce propos dans le _Journal des Goncourt_[516]:

En descendant, ce soir, l'escalier de la princesse, Thophile
Gautier, nomm bibliothcaire de Son Altesse, m'adresse cette
question: Mais, au fait, dites-moi, en toute sincrit, est-ce que la
princesse a une bibliothque?--Un conseil, mon cher Gautier, faites
comme si elle n'en avait pas.

  [516] Anne 1868, t. III, p. 240.


L'illustre tragdienne RACHEL (1821-1858) a t inscrite au nombre des
amies des livres par le pote-bibliophile Franois Fertiault[517].

  [517] Dans son beau volume _les Amoureux du livre_, p.
  341.--Saluons ici, au passage, ce nom de Franois Fertiault, cher
   tous ceux qui ont le culte des livres et des lettres. N en
  juin 1814,  Verdun-sur-Doubs, le cher petit pays, dcd 
  Paris en octobre 1915, c'est--dire dans sa cent-deuxime anne,
  Franois Fertiault, l'auteur des _Amoureux du livre_, des
  _Lgendes du livre_, des _Drames et Cancans du livre_, de la _Vie
  du livre_, des _Soirs du Doyen_, _A cent ans_, etc., a eu le trs
  rare privilge, non seulement de mourir centenaire, mais de
  rester en possession de toutes ses facults, de toute sa finesse
  d'esprit, de toute sa souriante accortise, de toute sa bonne
  humeur et de toute sa bonne grce, jusqu' son dernier jour. Il a
  t longtemps le doyen d'ge de la Socit des gens de lettres,
  et il laisse, dans le monde des bibliophiles et des lettrs, un
  ineffaable souvenir.

Le chroniqueur Paul d'Ivoi, pre du romancier rcemment dcd (1915),
a rendu compte, dans un de ses articles du _Courrier de Paris_[518],
de la vente des objets mobiliers, des livres par consquent, laisss
par Rachel, et voici quelques-uns des renseignements qu'il nous donne
 ce sujet:

La vente des livres a dur deux jours. La premire journe a produit
6900 francs, la seconde  peu prs le double. Les livres qui n'avaient
pas d'autre indication de leur origine que l'estampille de la vente,
le chiffre de Mlle Rachel--un R entour d'un bracelet avec la devise
_Tout ou Rien_,--ces livres-l se vendaient un peu au dessus de leur
valeur. Les livres relis avec le chiffre R imprim  froid sur le
plat se vendaient beaucoup plus cher, environ une fois et demie ou
deux fois leur valeur. Les livres adresss  Rachel par leurs auteurs,
avec envoi autographe de l'auteur  la premire page, se sont vendus
six ou huit fois leur valeur. Enfin les brochures ayant servi  Rachel
pour tudier ses rles, celles surtout qui portaient des annotations
de sa main, ont atteint des prix extrmement levs, de 40  80 francs
chacune. Nous nous bornerons  quelques exemples:

Le _Thtre des Grecs_, traduction du P. Brumoy, avec le chiffre sur
le plat: 160 francs.

Le _Thtre des Latins_, traduit par Leve et l'abb Lemonnier,
chiffre: 135 francs.

Le _Rpertoire du Thtre franais_; Paris, Foucault, 1817: 200
francs.

Le _Thtre de Corneille_; Paris, Didot l'an, 1805: 120 francs.

Les _OEuvres de Racine_, dition Lefvre: 80 francs.

Le _Thtre de Ponsard_; Paris, Michel Lvy, 1852; in-8, avec envoi
autographe: 42 francs.

Le _Thtre d'mile Augier_; in-18, avec envoi autographe: 27 francs.

Le _Thtre d'Alexandre Dumas_; 3 vol. in-18, avec envoi autographe:
41 francs.

_Rosemonde_, tragdie en un acte et en vers, par Latour Saint-Ybars;
in-18, avec envoi autographe: 26 francs.

_Macbeth_, traduction en vers d'mile Deschamps, avec envoi
autographe: 20 francs.

_Charlotte Corday_, tragdie de Ponsard; vol. broch, avec envoi
autographe: 13 francs.

Etc., etc.

  [518] Reproduit dans le journal _le Voleur_, 7 mai 1858, p. 11.


ALICE OZY (1821-1893)[519], que nous avons vue figurer dans la liste
des femmes bibliophiles donne par _l'Intermdiaire des chercheurs et
curieux_, a souvent et longuement occup la chronique de son
poque[520]. De son vrai nom elle s'appelait Julie-Justine Pilloy,
nous apprend Hippolyte de Villemessant[521], et tait fille d'un
bijoutier parisien. Alidor Delzant, qui l'a particulirement connue,
dont elle a fait un de ses hritiers[522], et qui, sans doute avec
raison, car il tait bien plac pour tre renseign  ce sujet,
orthographie toujours son nom avec un i au lieu d'un y, a trac d'elle
le portrait suivant[523]:

Ce n'tait pas une personne vulgaire que Mlle Alice Ozi; elle a tenu
une place dans la chronique littraire, et Thophile Gautier l'a
appele quelque part _l'Aspasie moderne_. Victor Hugo a crit pour
elle des vers exquis. Elle a veill dans le coeur d'un jeune homme
bien dou, Charles Hugo, un amour qui s'est vent, comme un parfum,
dans une suite de pomes gracieux, qui mriteraient d'tre connus...

Elle aimait les lettres, et le jeune major gnral (le duc d'Aumale)
qui prludait, par le got de la posie, aux lauriers acadmiques
qu'il devait aussi conqurir, crivait, sur l'album de Mlle Alice Ozi,
une chanson qu'avait compose un de ses lieutenants M. Lafaguette:
elle avait pour titre _Khradoujah_. Cette copie lointaine des _Contes
d'Espagne_ et des _Orientales_ tait alors fort rpandue. Le jeune
prince l'avait rapporte de l'Algrie, o les soldats en avaient fait
une chanson de marche.

Mais la vraie gloire de Mlle Alice Ozi a t l'amiti que lui avait
voue Thophile Gautier. Il a fait pour elle, d'aprs nature, des
quatrains dignes du voisinage des petits cames de l'_Anthologie
grecque_, et qui n'ont pas t recueillis dans ses posies
compltes...

    Pentlique, Paros, marbre neigeux de Grce,
    Dont Praxitle a fait la chair de ses Vnus,
    Vos blancheurs suffiraient  des corps de desse:
    Noircissez, car Alice a montr ses seins nus!

Villemessant insiste aussi sur la rputation de femme d'esprit d'Alice
Ozy. Cette rputation tait si bien tablie, qu'Alice a pass pour
avoir collabor aux _Causeries_ de l'ancien _Corsaire_, signes
F...[524].

  [519] Dates donnes par la _Revue encyclopdique Larousse_, anne
  1893, colonne 367.

  [520] Voir notamment H. DE VILLEMESSANT, _Mmoires d'un
  journaliste_, Premire srie, chap. VI, p. 134-152;--_Journal des
  Goncourt_, anne 1893, t. IX, p. 114 et 173-174;--Alidor DELZANT,
  _Paul de Saint-Victor_, p. 98-108 (Paris, Calmann Lvy,
  1886);--Louis LOVIOT, _Alice Ozy_ (Paris, Bibliothque
  fantaisiste, 1910);--etc.

  [521] _Ouvrage cit_, p. 135.

  [522] _Mercredi 22 mars 1893._--Aujourd'hui, Alidor Delzant
  vient me voir. Naturellement la conversation est sur l'actrice
  Ozy, dont il vient d'hriter de 50.000 francs, qu'il destine 
  faire trois pensions  trois hommes de lettres. Il hrite aussi
  de papiers, parmi lesquels il y a des correspondances amoureuses
  de Gautier, de Saint-Victor, de Dor, et surtout tout un gros
  paquet de lettres d'About, qu'il dclare tout  fait charmantes
  de passion et d'esprit. Etc. (_Journal des Goncourt_, anne
  1893, t. IX, p. 114-115.)

  _Mercredi 6 dcembre 1893._--... Parmi ces lettres des
  contemporains amants ou amoureux d'Alice Ozy, il y a tout un
  volume de lettres de Charles Hugo, de lettres trs intressantes,
  de lettres trs belles, au moment o Ozy, courtise par le vieil
  Hugo, est prte  lui cder, et o le fils lui crit qu'il ne veut
  pas partager cet incestueux commerce, et qu'il se retire, le coeur
  dchir. (_Ibid._, p. 174.)

  [523] _Ouvrage cit_, p. 98-99.

  [524] H. DE VILLEMESSANT, _ouvrage cit_, p. 149.


Mme DOCHE, Marie-Charlotte-Eugnie de Plunkett, ne  Bruxelles le 19
novembre 1821, morte  Paris le 12 juillet 1900[525].

  [525] Dates donnes par la _Revue encyclopdique Larousse_, anne
  1900, p. 715.


D'origine irlandaise, soeur d'un ancien directeur du Palais-Royal, et
d'une danseuse de l'Opra, qui pousa M. Dalloz, du _Moniteur_,
Eugnie de Plunkett fut leve  Paris, et rsolut, trs jeune, de
devenir comdienne. Elle dbuta le 8 janvier 1838, au Vaudeville, et
pousa, en 1839, le chef d'orchestre et compositeur Doche, dont elle
se spara au bout de quelques annes, et qui mourut du cholra, 
Saint-Ptersbourg, en 1849.

Mme Doche obtint son plus grand succs au thtre dans le rle de
Marguerite de _la Dame aux camlias_ (1852). Elle quitta la scne vers
1879, et vcut depuis lors dans la retraite. Dans son appartement de
la rue Picot,  Paris, elle avait runi des tableaux, des gravures,
des portraits, et quantit de livres rares et curieux. C'est ce qui
lui a valu l'honneur d'tre classe par Joannis Guigard au nombre des
femmes bibliophiles[526].

  [526] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 150;--et la
  _Revue encyclopdique Larousse_, lieu cit.

Mme Doche a possd les dessins originaux de l'dition des _Contes_ de
La Fontaine dite des Fermiers gnraux, et voici, au sujet de ce
chef-d'oeuvre de la librairie, d'intressants dtails[527], qu'on ne
jugera pas dplacs dans cette tude bibliographique.

  [527] Cf. _la Revue_ (ancienne _Revue des Revues_), 1er aot
  1914, p. 336-337; article sur _les Fermiers gnraux_, par Louis
  Ppin.

Cette clbre dition des _Contes_ de La Fontaine, qui porte le nom
des Fermiers gnraux, est prcde d'une notice de Diderot (non
signe), et elle est orne de figures d'Eisen. Elle fut imprime par
les soins et aux frais des Fermiers gnraux, en 1762,  Paris, chez
Barbou, sous la rubrique d'Amsterdam, en vertu d'une autorisation
tacite[528]. La gravure des estampes fut confie aux plus habiles
artistes du temps (Longueil, Choffard, Lemire, Lafosse). Les
quatre-vingts dessins originaux qu'elle comprenait, excuts, les uns
 l'encre de Chine, relevs de plume ou touchs d'une lgre
aquarelle, les autres  la mine de plomb, furent recueillis, dit-on,
par un amateur qui les fit relier en un splendide volume in-8, en
maroquin vert, doubl de tabis et fermant  secret.

  [528] C'est peut-tre le plus beau livre illustr publi au
  dix-huitime sicle, dit M. douard Rahir (_La Bibliothque de
  l'amateur, Guide sommaire  travers les livres..._ p. 261).


Ce volume a son histoire dans les annales des ventes publiques.

Vendu pour la somme de 77.000 livres (en assignats), il finit, aprs
diverses aventures, par tomber entre les mains de Mme Doche, du
Vaudeville, d'o il passa ensuite dans la collection de M. Double. Le
portefeuille  secret avait t remplac par une reliure de Thouvenin.

Ces admirables vignettes, passablement oses, comme on sait, et
moins chastes encore que le texte (on dit que Charles Eisen en fit
amende honorable  sa dernire heure), conformes toutefois  l'esprit
et aux moeurs du temps, offrent cette particularit piquante qu'elles
sont  clefs, c'est--dire que bon nombre des figures qui les
composent ont t dessines d'aprs des modles vivants, non les moins
illustres, facilement reconnaissables aux yeux des contemporains.
C'est ainsi, notamment qu'on a vu Louis XV et Mme de Pompadour dans
_la Chose impossible_, et plusieurs des Fermiers gnraux ou leurs
femmes: Joseph de la Borde dans _le Contrat_, Le Riche de la
Popelinire dans _le Remde_ et ailleurs, Mme Lalive d'pinay dans _le
Berceau_, etc.

L'impression acheve, on fit relier par Derome les exemplaires que
les participants devaient se partager entre eux, en mme temps que
ceux qui avaient t tirs pour divers personnages de marque. Que sont
devenus les uns et les autres? Beaucoup ont pri sans doute, ou sont
rests enfouis dans les bibliothques, ignors de leurs possesseurs.
Toujours est-il qu'on en connat bien peu. On sait, par exemple, que
le duc d'Aumale en possdait un qui avait appartenu  la Dubarry et
qui portait sa devise: _Boutez en avant!_ qu'un autre a t acquis par
M. Quentin-Bauchart, etc. En somme, ils sont rarissimes, et quand, par
hasard, ce bijou d'impression et de gravure apparat  l'Htel des
Ventes, aussitt toute la gent bibliophile d'tre en rumeur. Une lutte
d'enchres effrnes s'engage, et le livre se paie au poids des
billets de banque.


La COMTESSE DE RAYMOND, Marie-Henriette-Franoise, chanoinesse du
chapitre de Sainte-Anne de Munich (1825-1886).

Ne  Agen, la comtesse et chanoinesse de Raymond a lgu aux archives
de Lot-et-Garonne les manuscrits composs par elle, ainsi que sa riche
bibliothque, dont la majeure partie des volumes sont relis en
maroquin rouge et frapps  ses armes[529].

  [529] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 195.


La COMTESSE DE PARIS, Marie-Isabelle-Franoise d'Assise d'Orlans,
fille du duc de Montpensier, marie, en 1864,  son cousin germain
Louis-Philippe-Albert d'Orlans, comte de Paris (1848-....)[530].

  [530] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 113;--et M.-N. BOUILLET,
  _Atlas universel d'histoire et de gographie_, p. 477.


La PRINCESSE DE BAUFFREMONT, Marie-Christine-Isabelle-Ferdinande
Osorio de Moscoso et Bourbon (1850-....)[531].

  [531] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 134.


La PRINCESSE VICTORIA (1868?-....).

La princesse Victoria de Grande-Bretagne, qui vient de clbrer son
quarante-deuxime anniversaire, est renomme en Angleterre comme une
des plus habiles relieurs amateurs.

La princesse possde une petite bibliothque d'ouvrages qu'elle a
relis trs artistement de ses propres mains.

Comme exposante, cette ouvrire princire a dj obtenu plusieurs
prix et distinctions honorifiques sous le pseudonyme de Miss
Matthews[532].

  [532] La _Gazette de France_, dans la _Bibliographie de la
  France_, 19 aot 1910, p. 161.


La MARCHALE et DUCHESSE DE BROGLIE, Louise-Augustine
Salbigothon-Crozat (....-1813)[533].

  [533] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 141.


La PRINCESSE DE GRIMALDI, Marie-Catherine de Brignole
(....-1813)[534].

  [534] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 165.


PHILIPPINE-LONTINE POTIER DE NICOLAI (....-1820)[535].

  [535] Cf. ID., _ouvrage cit_. t. I, p. 190.


LA MARQUISE DE ROUG, Nathalie-Delphine de Rochechouart-Mortemart,
marie en 1777 (....-1828)[536].

  [536] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cit_, t. I, p. 198.


La COMTESSE DE BEAUHARNAIS, Auguste-Eugnie-Franoise, dame
chanoinesse du chapitre royal de Bavire (....-1831)[537].

  [537] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 135.


LA DUCHESSE D'ALBUFRA, Honorine-Antoine de Saint-Joseph, marie en
1808,  Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albufra (XIXe sicle)[538].

  [538] Cf. ID., _ouvrage cit_, t. I, p. 131.


Comme la jolie et avenante Alice Ozy, la non moins belle et smillante
ANNA DESLIONS (ou DLION) (XIXe sicle) se classe parmi les
bibliophiles.

Surnomme Marie-Antoinette,  cause de la ressemblance frappante de
son profil avec celui de cette reine[539], Anna Deslions, qui mourut
jeune, dans une misre complte, eut, en 1869, un procs avec le
grand libraire Fontaine, du passage des Panoramas,  propos d'achats
de livres montant  la somme de 10.000 francs, qu'elle hsitait ou se
refusait  payer. Nous relevons, parmi ces prcieux volumes: un livre
d'heures de 1000 francs, une Bible de 600 francs, une _Imitation de
Jsus-Christ_ de 600 francs, etc., qui firent dire  la galerie que
Mlle Deslions sacrifiait d'une main  Dieu et de l'autre au
dmon[540].

  [539] ZED (comte de Maugny), _le Demi-Monde sous le second
  empire_, p. 52 (Paris, Kolb, s. d.).

  [540] Cf. le journal _le Voleur_, 6 aot 1869, p. 495.


Une autre galante dame du XIXe sicle, ESTHER GUIMONT (....-1879),
surnomme _le Lion_, et que ce surnom ne doit pas faire confondre avec
la prcdente, a possd aussi une bibliothque, mais bien maigre,
sans aucun luxe d'ditions ni de reliures, nous apprend Joseph
d'Aray[541], et dans laquelle on est assez tonn de trouver les
_Classiques latins_ de Panckoucke,  ct des _Questions de mon temps_
d'mile de Girardin, et des _Nouvelles  la main_ de Roqueplan [deux
de ses intimes amis], dont la prsence s'y explique mieux.

  [541] Pseudonyme du docteur Bonnet de Malherbe. _Indiscrtions
  contemporaines, Souvenirs intimes_, p. 390 (Paris, Calmann Lvy,
  1885).

C'est Esther Guimont qui disait: Conoit-on ce Girardin? J'ai huit
cents lettres de lui, toutes compromettantes, et il ne veut pas me les
racheter![542].

  [542] _Journal des Goncourt_, anne 1879, t. VI, p. 59.


Il est fait mention, dans le _Journal des Goncourt_[543], de Mme DE
POIX (XIXe sicle), mre du prince de Poix, qui tait une bibliophile
passionne. Le prince de Poix et sa mre possdaient une collection
qui fut brle, lors de l'incendie du _Pantechnicon_  Londres. Avec
les livres, il y avait aussi quelques tableaux, quelques porcelaines,
et il arriva cela de bizarre, qu'il n'y eut qu'une tasse de Svres qui
resta intacte, mais dont le _bleu de roi_ fut chang en le plus beau
noir du monde: tasse qui fut offerte au Muse de Svres, comme
tmoignage de la solidit de la porcelaine.

  [543] Anne 1893; t. IX, p. 125.


On cite encore, au nombre des dames bibliophiles de notre temps:

    Mme BENJAMIN-DELESSERT[544];
    Mlle DOSNE, belle-soeur de M. Thiers[545];
    La DUCHESSE DE MOUCHY[546];
    La VICOMTESSE DE NOAILLES[547];
    La DUCHESSE DE RAGUSE[548];
    La COMTESSE Cl.-CASALGRASSO SOLAR[549];
    La MARQUISE MARIANA-FLORENZI WADDINGTON[550];

Mme JULIETTE ADAM, qui figure, avec Mme JULIA BARTET, de la
Comdie-Franaise, sur la liste des socitaires du Livre
contemporain.

  [544] Cf. Franois FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p.
  340-341.

  [545] Cf. ID., _ibid._

  [546] Cf. ID., _ibid._

  [547] Cf. ID., _ibid._

  [548] Cf. ID., _ibid._

  [549] Cf. ID., _ibid._

  [550] Cf. ID., _ibid._


Mme RENE PINGRENON s'est beaucoup occupe de la fabrication du livre,
du livre illustr notamment; elle a fait, il y a quelque dix ans, des
confrences sur ce sujet, et a publi de nombreux articles sur les
livres et la vnration qu'on leur doit[551].

  [551] Cf. la _Revue biblio-iconographique_, fvrier 1904, p. 88
  et suiv.


Mais il est une femme qui a droit  une mention toute spciale et 
une place tout  fait  part dans cette galerie, c'est Mlle MARIE
PELLECHET (1840-1900), qui a dress le _Catalogue gnral des
incunables des bibliothques de France_[552], et  qui ses longues et
laborieuses recherches, ses importants et admirables travaux
bibliographiques, ont valu le titre officiel, qu'aucune femme n'avait
reu avant elle, de bibliothcaire honoraire  la Bibliothque
nationale.

  [552] Dont trois volumes sont parus: Paris, Alphonse Picard,
  1897, 1906 et 1909. Ce vaste rpertoire, qui prsente un intrt
  de premier ordre pour ceux qui s'occupent de l'histoire de
  l'imprimerie, formera sept volumes. Chef-d'oeuvre de la nouvelle
  cole bibliographique, a dit Lopold Delisle en parlant de cet
  ouvrage, dans l'introduction du _Catalogue gnral des livres
  imprims de la Bibliothque nationale_, t. I, p. LXXVI. Mlle
  Pellechet n'a pu que publier le premier volume de ce grand
  ouvrage, qu'elle avait entrepris  ses frais, mais dont elle a
  assur l'achvement par un legs spcial. M. Louis Polain continue
  dignement l'oeuvre de celle dont il avait t le collaborateur et
  l'ami. (_Bulletin officiel de l'Union syndicale des matres
  imprimeurs de France_, avril 1914, p. 167, note 2; article de M.
  Paul Lacombe sur l'_Histoire de l'imprimerie en France_.)




ADDENDA


_Page 36, avant Herrade de Landsberg (...-1195), lire_:

La femme de Geoffroi Martel (fils de Foulques Nerra ou le Noir, comte
d'Anjou; Geoffroi Martel: 1006 ou 1007-1060) aimait la lecture, mais
telle tait alors la raret des livres, qu'elle fut oblige de donner
deux cents moutons, cinq quartiers de froment et autant de seigle et
de millet pour avoir un manuscrit renfermant des homlies. (Cf. Victor
DURUY, _Histoire de France_, t. I, p. 247; Paris, Hachette, 1898.)

Tout le monde connat le nom d'Hlose, l'amante passionne d'Ablard
(1101-1164), qui, toute jeune, avait tudi,  l'abbaye d'Argenteuil,
le latin, le grec, l'hbreu et la philosophie. _Per abundantiam
litterarum erat suprema_, dit d'elle Ablard. (Cf. MICHELET, _Histoire
de France_, t. II, p. 324; Paris, Marpon et Flammarion, 1879;--et
VILLENAVE, Notice, en tte des _Lettres d'Hlose et d'Ablard_, p.
10; Paris, Charpentier 1865.)




INDEX ALPHABTIQUE


    ABOUT (Edmond): 255.

    ADAM (Mme Juliette): 267.

    ADLADE (Madame), fille de Louis XV: 179, 180, 181.

    ADLADE (Mme), soeur de Louis-Philippe: 194, 200.

    AGNS (abbesse): 33, 34.

    AIGUILLON (duchesse D'): 85.

    ALBANY (comtesse D'): 196, 197.

    ALBERT D'AILLY DE CHAULNES (Charlotte D'): 150.

    ALBRET (Diane-Franoise D'): 151.

    ALBRET (Jeanne D'): 59.

    ALBRET (Marie D'): 81.

    ALBUFRA (duchesse D'): 264.

    ALDE MANUCE: 52.

    ALEMBERT (D'): 145.

    ALEXANDRE VI (pape): 51.

    ALFIERI: 196.

    ALIGNY (ou ALIGRE?) (marquise d'): 246.

    ALIGRE (tienne D'): 234.

    ALIGRE (Mme D'), Madeleine-Catherine Boivin de Bonnetot: 234.

    ALIGRE (Mme D'), Franoise-Madeleine Talon: 174.

    ALIGRE (marquise D'), Mme de Saint-Germain: 245, 246.

    ALIGRE (prsident D'): 174.

    ALKAN an: 8, 29.

    ALLERAY (Mme D'): 247.

    AMBRES (marquise D'): 145.

    AMBROISE (saint): 33, 224.

    AMDE IX, duc de Savoie: 44.

    ANACRON: 199.

    ANGENNES (comtesse ou marquise D'), Marie-Franoise de Mailly: 231.

    ANGENNES (Julie-Lucine D'): 76, 78, 79, 80.

    ANGENNES DE RAMBOUILLET (Louise-Isabelle D'): 150.

    ANGOULME (duc D'): 220.

    ANGOULME (duchesse D'), dite Madame Royale: 220, 221.

    ANNE D'AUTRICHE: 85, 168.

    ANNE DE BAVIRE, princesse de Cond: 111.

    ANNE DE BOLEYN: 66, 67.

    ANNE DE BRETAGNE: 47, 48, 49, 50.

    ANNE DE FRANCE: 45, 46, 53.

    ANNE DE LORRAINE: 68.

    ANSELME (le Pre): 140.

    APPIEN: 202.

    ARAY (Joseph D'): 265.

    ARGENSON (Ren D'): 93, 136, 155.

    ARGOUGES (marquise D'): 229.

    ARIOSTE: 42.

    ARISTOTE: 37.

    ARMAILL (Mme D'): 218.

    ARMENAULD (Mlle): 87.

    ARNAULD D'ANDILLY: 78.

    ARNAULD DE CORBEVILLE: 78.

    AROUET (Mme): 96.

    ARTOIS (comte D'): 214, 226.

    ARTOIS (comtesse D'): 214.

    ARTOIS (Louise-Marie-Thrse D'), dite Mademoiselle: 249.

    ASPASIE: 29, 30.

    ASPREMONT (Marie D'): 112.

    ASSE (Eugne): 40, 41, 43, 64, 125, 133, 134, 136, 141, 155, 180,
      182, 212, 213, 216, 219, 226, 228, 249.

    ATHANASE (saint): 33.
    AUBIGN (Agrippa D'): 68.

    AUBIGN (Mme Jean D'): 68.

    AUCHY (vicomtesse D'): 147.

    AUGIER (mile): 250, 254.

    AUGUSTIN (saint): 33, 88.

    AULNOY (Mme D'): 214.

    AUMALE (duc D'): 256, 261.

    AUMONT (duchesse D'): 230.


    BADIER (Florimond): 80.

    BAILLEU (Mme): 247.

    BALLANCHE: 215.

    BALZAC (H. DE): 24.

    BARTHLEMY (abb): 183.

    BARTET (Mme Julia): 247, 267.

    BASILE (saint): 33, 69.

    BASSOMPIERRE (marchal DE): 76.

    BASTARD DE LA FITTE (Marie DE): 234.

    BAUFFREMONT (princesse DE), Hlne, princesse de Courtenay:
    139.

    BAUFFREMONT (princesse DE), Marie-Christine-Isabelle-Ferdinande
    Osorio de Moscoso et Bourbon: 262.

    BAUYN D'ANGERVILLIERS (Mme DE): 234.

    BAVIRE (Anne DE), princesse de Cond: 111.

    BAVIRE (douard DE): 111.

    BAVIRE (Marie-Anne-Christine DE): 149.

    BAYLE: 94, 173.

    BEAUHARNAIS (comtesse DE): 264.

    BEAUHARNAIS (Eugne DE): 27.

    BEAUHARNAIS (Hortense DE): 222.

    BEAUJEU (sire DE): 45.

    BEAUJOLAIS (Mademoiselle DE): 142.

    BEAUMANOIR (Mme DE): 245.

    BEAUMARCHAIS: 167.

    BEAUVEAU (marquis DE): 113.

    BEAUVILLIERS (duc DE): 124.

    BEAUVILLIERS (duchesse DE), fille de Colbert: 124.

    BEAUVILLIERS DE SAINT-AIGNAN (duchesse DE): 165.

    BCU ou BQUS (Anne), mre de Mme du Barry: 189.

    BELZUNCE ou BELSUNCE (Anne-Marie-Louise DE) (abbesse): 234.

    BELZUNCE ou BELSUNCE (vicomtesse DE): 235.

    BEMBO (Pierre): 51, 52.

    BENJAMIN-DELESSERT (Mme): 267.

    BERLAYMONT (comtesse DE): 151.

    BERNARD (saint): 45, 88.

    BERRY (duc DE): 27.

    BERRY (duchesse DE), Marie, nice de Charles V: 43.

    BERRY (duchesse DE), fille du Rgent: 141.

    BERRY (duchesse DE), Marie-Caroline, fille du roi de Naples
      Ferdinand Ier: 225-228, 249.

    BERTHAIRE: 29.

    BERTRAND, seigneur de la Tour: 54.

    BESSET (lisabeth-Henriette): 245.

    BIGNON DE VERTHAMON (Marie-Anne-Franoise): 126.

    BIGOTTINI (Mme): 26, 27.

    BIR (Edmond): 9, 11, 12, 13, 221.

    BISSY (comtesse DE): 137.

    BIZIAUX, relieur: 167.

    BLACAS (comtesse X. DE): 247.

    BLOIS (Mademoiselle DE), Franoise-Marie de Bourbon: 125.

    BLOIS (Mademoiselle DE), Marie-Anne de Bourbon: 125.

    BLONDEL D'AUBERS (Mme): 235.

    BOCCACE: 58.

    BOCE: 45.

    BOILEAU: 11, 151, 199.

    BOISSONADE: 223.

    BOITEAU (Paul): 171.

    BOLEYN ou BOULEN (Anne DE): 66, 67.

    BONAPARTE: 11; voir NAPOLON Ier.

    BONAPARTE (Jrme): 250.

    BONAPARTE (Louis): 222.

    BONAPARTE (princesse Mathilde): 249, 250, 251.

    BONHOMME (Honor): 193.

    BONNEMAINS (vicomtesse DE): 247.

    BONNET DE MALHERBE (docteur): 265.

    BONNEVIE (abb DE): 9.

    BORGIA (Lucrce): 51, 52.

    BORNIOL (Mme DE): 247.

    BOSSUET: 66, 211.

    BOTHWELL (comte): 71.

    BOUCHARD (Mme DE): 245.

    BOUCHER, peintre: 169.

    BOUCHOT (Henri): 181.

    BOUCOT (Mme Nicolas): 151.

    BOUFFLERS (Charles-Joseph DE): 158.

    BOUFFLERS (comtesse DE): 160, 161.

    BOUFFLERS (duchesse DE): 156, 157, 158, 159, 161.

    BOUFFLERS (Joseph-Marie, duc DE): 156.

    BOUFFLERS (marquise DE): 159.

    BOUILLET (M.-N.): 104, 129, 140, 262.

    BOUILLON (duchesse DE): 108, 109.

    BOULLANGER, commissaire: 199.

    BOURBON (Catherine DE): 73, 75.

    BOURBON (duc DE): 146.

    BOURBON (Henri DE): 75.

    BOURBON (Marie-Louise-Thrse DE), femme de Charles IV,
      roi d'Espagne: 196.

    BOURBON (Pierre DE), sire de Beaujeu: 45.
    BOURBON-COND (Louis DE): 240.

    BOURBON-COND (Louise-Adlade DE): 215.

    BOURBON-CONTI (Louise-Adlade DE), dite Mademoiselle de
      la Roche-sur-Yon: 143.

    BOURBON-CONTI (princesse DE), Louise-Marguerite de Lorraine: 75.

    BOURBON DE LA GUICHE (Henriette DE): 235.

    BOURBON-VENDME (Antoinette DE): 64.

    BOURDICHON (Jehan): 48.

    BOURGOGNE (duc DE): 216.

    BOURGOGNE (duchesse DE): 138, 168.

    BOUTARD: 147.

    BOUVIER (Flix): 27.

    BOZE (M. DE): 80.

    BRANCAS (duc DE): 134.

    BRANCAS (duchesse DE): 134, 135, 136, 164.

    BRANCAS-LAURAGUAIS (duchesse DE): 165.

    BRANTME: 45, 46, 47, 59, 60, 68, 70, 72.

    BRIOT (marquis DE): 78.

    BRISSON (Adolphe): 5, 6, 15.

    BROCHET DE SAINT-PREST (Mme): 245.

    BROGLIE (marchale et duchesse DE): 263.

    BROGLIE (marquise DE): 245.

    BRUMOY (le Pre Pierre): 254.

    BRUNET (Gustave): 116, 117.

    BUFFON: 211.

    BULLION-WIDEVILLE (marquise DE): 151.

    BURE (Mme Guillaume DE): 235.

    BURE (les frres DE), libraires: 235, 239.

    BURNET (Gilbert): 66, 67.

    BURY (Richard DE): 1.

    BUSSY (Honore DE): 152.


    _Cabinets de lecture_: 89.

    CALLOT: 23.

    CALPURNIE: 30.

    CAMPAN (Mme): 182.

    CAMUS DE PONTCARR (Mme): 236.

    CARLIN LE BRET (Mme): 196.

    CASTETS (H.): 250, 251.

    CATHERINE DE BOURBON: 46, 47, 73.

    CATHERINE DE MDICIS: 67, 168, 228.

    CATHERINE II, impratrice de Russie: 46, 173.

    CATHERINE DE SIENNE (sainte): 52.

    CAUMARTIN (Mme DE): 106.

    CAYLUS (Mme DE): 109, 110, 127, 128, 133.

    CHALABRE (marquis DE): 24.

    CHAMBORD (comte DE): 13.

    CHAMFORT: 217.

    CHAMILLARD ou CHAMILLART (marquise DE): 121, 122.

    CHAMILLARD, ministre de Louis XIV: 122.

    CHAMISSO DE BONCOURT (Adalbert): 217, 218.

    CHAMPEAUX (A. DE): 44.

    CHAPONNIRE (Paul): 185, 187.

    CHARBONN (Mme): 207.

    CHARDON (Mme Virginie): 245.

    CHARLES Ier (duc): 43.

    CHARLES Ier, roi d'Angleterre: 90.

    CHARLES II, roi d'Espagne: 125.

    CHARLES III, duc de Parme: 249.

    CHARLES III, roi d'Espagne: 170.

    CHARLES IV, duc de Lorraine: 113.

    CHARLES IV, roi d'Espagne: 196.

    CHARLES V, roi de France: 40, 41, 42, 43.

    CHARLES VI, roi de France: 44.

    CHARLES VII, roi de France: 44.

    CHARLES VIII, roi de France: 47, 53.

    CHARLES IX, roi de France: 83.

    CHARLES X, roi de France: 178, 214, 226.

    CHARLES LE TMRAIRE: 44, 64.

    CHARLES-QUINT: 65.

    CHARLEVAL: 97.

    CHAROLAIS (Mademoiselle DE): 129.

    CHARRON: 100.

    CHARTIER (Alain): 58.

    CHARTRES (duc de): 194.

    CHARTRES (Mademoiselle DE): 142.

    CHATEAUBRIAND: 9, 10, 11, 12, 13, 221.

    CHATEAUBRIAND (Mme DE): 9, 10, 12, 14.

    CHATEAUNEUF (abb DE): 96, 97.

    CHATILLON (duchesse DE): 80, 236.

    CHAUDOT (Mlle): 245.

    CHAULIEU: 133.

    CHESNEAU (Ernest): 250.

    CHESSY-FOURCY (comtesse DE): 228.

    CHEVREAU (Urbain): 201.

    CHIMAY (princesse DE): 191.

    CHOFFARD, graveur: 259.

    CHOISEUL (duc DE): 174.

    CHOISEUL-STAINVILLE (duchesse DE): 183.

    CHRISTINE DE FRANCE: 86.

    CHRISTINE DE PISAN: 41, 42, 43.

    CHRISTINE DE SUDE: 94, 95, 96, 201.

    CICRON: 37, 41, 45, 201.

    CLAUDE DE FRANCE, fille ane de Louis XII: 65.

    CLAUDE DE LORRAINE, premier duc de Guise: 64.

    CLERMONT (Mme DE): 170.

    CLERMONT (Mademoiselle DE): 129.

    CLVES (Charles DE): 81.

    CLOTAIRE Ier: 29, 31, 32.

    COCHERIS: 1.

    COIGNY (Mme DE): 223.

    COLBERT: 103, 124.

    COLBERT (Catherine): 103.

    COLLETET: 78.

    COMBALET (M. DE): 85.

    COMMINES: 45.

    COND (princes DE): 81, 92, 93, 104, 111, 128, 184, 235.

    COND (princesses DE): 104, 111, 184.

    CONDORCET: 96.

    CONRART: 78.

    CONTI (princes DE): 93, 125, 129, 160.

    CONTI (princesses DE): 129, 178.

    CORDAY (Charlotte): 219, 220.

    CORIOLIS: 52.

    CORNEILLE: 79, 102, 199, 219, 254.

    COTIN (abb): 102.

    COULANGES (Mme DE): 101.

    COURSOU: 205.

    COURTENAY (princesse DE): 139.

    CRABBE (lisabeth): 82.

    CRBILLON: 199.

    CROMWELL (Thomas): 67.

    CROY (Philippe DE): 68.

    CROZAT DU CHATEL (marquis): 237.

    CROZAT DU CHATEL (marquise): 237.

    CRUSSOL (duchesse DE): 179.

    CUJAS: 228.


    DACIER (Andr): 113, 205.

    DACIER (Mme): 113, 114, 115.

    DALLOZ: 258.

    DAMAS (comtesse Charles DE): 245.

    DAMAS (Mme DE), ne Rochechouart: 245.

    DANTE: 45, 52, 225.

    DANTZIG (duchesse DE): 21.

    DARLUS (Marie-Genevive-Charlotte): 166.

    DASSY (docteur): 216.

    DEGUERRY (abb): 9.

    DELESPINE (Ch.-J.-B.): 178.

    DELHOMME (Mme Mina): 247.

    DLION: voir DESLIONS.

    DELISLE (Lopold): 44, 48, 268.

    DELZANT (Alidor): 255.

    DEMIDOFF (prince Anatole): 250, 251.

    DEROME, relieur: 240, 261.

    DESCHAMPS (mile): 254.

    DES ESSARTS: 218.

    DESLIONS ou DLION (Anna): 264, 265.

    DES MAIZEAUX: 98.

    DESMARETS: 78.

    DESMARETS (Mme Jean), ne Marie Colbert: 103.

    DESTOUCHES: 199.

    DESTUTT DE TRACY: 223.

    DEVONSHIRE (duc DE): 214.

    DIANE DE FRANCE: 70.

    DIANE DE POITIERS: 65, 167.

    DIDEROT: 171, 173, 175, 259.

    DIENNE (Charlotte-Franoise DE): 140.

    DIEZ (Mme veuve): 237.

    DIOTIME: 30.

    DOCHE, compositeur: 258.

    DOCHE (Mme): 257, 258, 260.

    DOR (Gustave): 255.

    DOSNE (Mlle): 267.

    DOUBLE, collectionneur: 260.

    DOUJAT (Franoise): 150.

    DREUX-BREZ (Catherine-Anglique DE): 122.

    DUBARRY ou DU BARRY (Mme): 189, 190, 191, 261.

    DU BELLAY: 71.

    DU BU DE LONGCHAMP (Mme): 245.

    DU CASTEL (tienne): 42.

    DU CHATELET (Mme): 157, 159.

    DUCH (Mme Hlne): 247.

    DUCLOS: 171.

    DU COUDRAY (marquise): 247.

    DU DEFFAND (marquise): 143, 144, 145, 160, 173, 174, 183,
    184.

    DU DRENEUC (comtesse): 237.

    DUGAS DE BOIS-SAINT-JUST (Mme): 152.

    DULOT, pote: 85.

    DUMAS (Alexandre): 25, 186, 254.

    DU PESCHIN (Jacquette): 54.

    DUPLESSIS ou DU PLESSIS DE RICHELIEU (lisabeth-Marguerite-Armande):
      139.

    DUPLESSIS ou DU PLESSIS DE RICHELIEU (Marie-Gabrielle-lisabeth):
      139, 140.

    DUPONT (Paul): 25.

    DUREY DE NOINVILLE (Mme): 165.

    DURFORT (Claude DE), religieuse: 237.

    DURFORT (Jean DE): 152.

    DURFORT (Jean-Louis DE): 152.

    DURFORT (Mme Louise DE): 152.

    DURFORT-CIVRAC (Adlade-Philippine... duchesse DE): 191.

    DURFORT-CIVRAC (Anne-Marie... duchesse DE): 233.

    DURFORT-CIVRAC (marquise DE): 172.

    DURFORT DE DURAS (Louise-Henriette... duchesse DE): 192.

    DURFORT DE DURAS (Marguerite-Flicit... duchesse DE): 229.

    DURFORT DE LORGES (lisabeth-Genevive, duchesse DE): 122.

    DURFORT DE LORGES (Marie-Marguerite... duchesse DE): 238.

    DUROC (marchal): 27.

     SEUIL, relieur: 104.


    EGMONT (Adolphe D'): 46.

    EGMONT (Marguerite D'): 73.

    EISEN (Charles): 259, 260.

    LONORE D'AUTRICHE: 65.

    LISABETH (Madame), soeur de Louis XVI: 215-219.

    LISABETH D'ANGLETERRE: 46, 69.

    EMMANUEL LE GRAND, roi de Portugal: 65.

    ENGHIEN (duc D'): 215.

    ON (le chevalier ou la chevalire D'): 172, 173.

    PICURE: 30.

    PINAY (Mme D'): 171, 175, 260.

    ERCEVILLE (comtesse D'): 248.

    ERNOUF (baron): 39.

    ESPAGNE (Marie-Thrse-Antoinette D'): 171.

    ESTE-MODNE (Marie-Batrix-Elonore D'): 124.

    ESTRES (comte D'): 127.

    ESTRES (lisabeth-Rosalie D'): 127.

    ESTRES (Gabrielle D'): 75.

    EUDEL (Paul): 4.

    EURIPIDE: 11.

    VE (Clovis), relieur: 73.

    VE (Nicolas), relieur: 64.


    FABRE (Xavier), peintre: 196.

    FALLOUX (M. DE): 221.

    FARNSE (lisabeth): 141.

    FAURIS (Mme): 238.

    FAURIS (prsident): 238.

    FNELON: 208, 216.

    FERDINAND Ier, roi de Naples: 225.

    FERTIAULT (Franois): 12, 21, 23, 53, 70, 94, 252, 267.

    FIELDING: 213.

    FIRMIN-DIDOT (Ambroise): 178.

    FLAUBERT (Gustave): 250.

    FLEURY (vque): 146.

    FLEURY (duchesse DE): 169.

    FLEURY (marquise DE): 245.

    FLOURY (H.), libraire: 16.

    FOCHIN ou FOUQUELIN (Antoine): 71.

    FONTAINE, libraire: 265.

    FONTAINE-CHALANDRAY (baron DE): 238.

    FONTAINE-CHALANDRAY (baronne DE): 238.

    FONTANES: 11, 26.

    FONTENELLE: 133.

    FORTUNAT (Venantius Fortunatus): 30, 33, 34.

    FOU (Pierre DU): 44.

    FOUQUELIN ou FOCHIN (Antoine): 71.

    FOUQUET (Jehan): 48.

    FOUQUET (marquise DE), Marie-Jeanne Guyon: 152.

    FOUQUET (marquise DE), dite Mademoiselle de Nevers: 188.

    FOUQUIER-TINVILLE: 169, 175.

    FOURNIER (douard): 64, 89, 167, 190.

    FRANOIS (duc): 47.

    FRANOIS Ier: 57, 58, 59, 65.

    FRANOIS-XAVIER (saint): 118, 119.

    FRANOISE-RENE DE LORRAINE: 68.

    FRANK (Flix): 59.

    FRDRIC-AUGUSTE II, roi de Pologne: 170.

    FRONSAC (Mademoiselle DE): 139, 140.

    FROULAY DE TESS (comtesse DE): 82.

    FUENTS (comte DE): 27.


    GABILLOT (C.): 80.

    GABRIELLE DE BOURBON: 51.

    GAIGNIRES: 80.

    GAILLARD: 209.

    GAILLARDET (Frdric): 173.

    GALIANI (abb): 171.

    GALLET (Mme E.-M.): 248.

    GALLIFET ou GALLIFFET (marquise DE): 231.

    GAMACHES (marquise DE), chanoinesse: 169.

    GAST: 179.

    GAUSSERON (B.-H.): 4.

    GAUTIER (Thophile): 250, 251, 252, 255, 256, 257.

    GAVARNI: 250.

    GDOYN (abb): 97, 128.

    GLAS (comtesse DE): 147.

    GENLIS (Mme DE): 185, 187, 192 et suiv.

    GEOFFRIN (Mme): 216.

    GEORGEL (Mme Marie): 248.

    GRARD: 37.

    GERTRUDE (sainte): 35.

    GHELDRES ou GUELDRE (duc DE): 46.

    GHELDRES ou GUELDRE (Philippe ou Philippine DE): 46.

    GILLIES: 179.

    GIRARDIN (mile DE): 265, 266.

    GIRARDIN (Mme mile DE): 19, 20.

    GODEAU: 78.

    GOLDSMITH: 179.

    GOMBAULD: 78.

    GONCOURT (Edmond et Jules DE): 21, 169, 189, 197, 250, 251, 255, 266.

    GONTAUT (Jean DE): 63.

    GONZAGUE-CLVES (Anne DE): 111.

    GOURDON DE GENOUILLAC: 180.

    GOURNAY (Marie de Jars DE): 74.

    GRAFFIGNY (Mme DE): 23.

    GRAMONT-CHOISEUL (duchesse DE): 174, 183.

    GRANDE MADEMOISELLE (la): voir MONTPENSIER (duchesse DE).

    GRAVILLE (Anne DE): 82.

    GRCOURT: 199.

    GRGOIRE DE NAZIANZE (saint): 33.

    GREGOROVIUS: 51.

    GREY (Jeanne): 69.

    GRIGNAN (comte DE): 131.

    GRIGNAN (Louis-Provence DE): 130, 131.

    GRIGNAN (marquise DE): 130, 131.

    GRIMALDI (princesse DE): 172, 263.

    GRIMM: 171.

    GROLIER, bibliophile: 84.

    GROSSOLLES DE FLAMARENS (N. DE) (abbesse): 152.

    GUBRIANT (marchal): 78.

    GUELDRE ou GHELDRES (duc DE): 46.

    GUELDRE ou GHELDRES (Philippe ou Philippine DE): 46.

    GUMN (princesse DE), duchesse de Montbazon: 90.

    GUMN (princesse DE), pouse de Louis VII de Rohan: 153.

    GUENET DE LOUYE (Mlle L.-E.): 245.

    GUIGARD (Joannis), _Nouvel armorial du bibliophile_: 54, 55
      et suiv., 65, 70, 73, 75, 76, 81, 82, 83, 84, 90, 93, 103, 104,
      105, 106, 109, 120, 121, 122, 124, 125, 126, 127, 129, 130, 133,
      134, 137, 138, 139, 140, 141, 143, 145, 147, 148, 149, 150, 151,
      152, 153, 154, 156, 158, 163, 164, 165, 166, 169, 170, 171, 172,
      174, 175, 177, 178, 179, 182, 183, 184, 188, 189, 191, 192, 194,
      195, 196, 219, 222, 225, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 235,
      236, 237, 238, 239, 240, 241, 242, 243, 244, 249, 258, 262, 263,
      264.

    GUILLAUME (Jacquette ou Jaquette): 89.

    GUIMONT (Esther): 265, 266.

    GUIONNEAU-PAMBOUR (Mme L.): 248.

    GUISE (duc DE): 64, 75, 76.

    GUSTAVE III, roi de Sude: 160.


    HABERT: 78.

    HAINAUT (Marie DE): 40.

    HAMILTON: 213.

    HARLAY (Franois DE), archevque: 120.

    HAUTEFORT DE BERINHEN (ou BERINGHEN?) (Mme): 245.

    HBERT, peintre: 250.

    HEINSIUS: 94.

    HLNE (sainte): 48.

    HENRI II: 58, 70, 228.

    HENRI III: 73.

    HENRI IV: 57, 59, 64, 73, 75, 86, 90.

    HENRI VIII, roi d'Angleterre: 66.

    HENRIETTE-ANNE D'ANGLETERRE, duchesse d'Orlans: 107, 115.

    HENRIETTE-MARIE DE FRANCE: 90.

    HENRY-ANDR (Mme): 248.

    HERRADE DE LANDSBERG (abbesse): 35, 36, 38.

    HERVEY (lisabeth): 214.

    HILAIRE (saint): 33.

    HILDEGARDE (sainte): 37, 38.

    HOCQUINCOURT (M. D'): 91.

    HOMRE: 114.

    HOUDETOT (comtesse D'): 175, 176.

    HOUDETOT (vicomtesse D'): 176.

    HOYM (D'): 56.

    HUET, vque d'Avranches: 88, 95.

    HUGO (Charles): 256.

    HUGO (Victor): 12, 193, 194, 256.

    HUME: 160.

    HUNTER DE CADIGNAN (Mme Catherine): 245.

    HYPATIE: 29.


    IGNACE (saint): 118, 119.

    ISABEAU DE BAVIRE: 44.

    ISENGHIEN (princesse): 225.

    IVOI (Paul D'): 252.


    JABLONOWSKI (comte): 244.

    JACOB (Bibliophile): voir LACROIX (Paul).

    JACQUES Ier: 58.

    JACQUETTE DU PESCHIN: 54.

    JAEGL (Ernest): 116, 118.

    JANIN (Jules): 211.

    JARRY (Nicolas), calligraphe: 78, 80.

    JEAN, roi de France: 100.

    JEAN Ier, duc de Bourbon: 43.

    JEAN II (duc): 43.

    JEANNE d'Arc: 43.

    JEANNE DE BOURBON: 40.

    JRME (saint): 33.

    JOANNIS (Mme DE): 245.

    JOURDAN (Louis): 173.

    JULLIEN (B.): 64, 114.


    KERHOENT (marquise DE): 238.


    LA BDOYRE: 206.

    LABESSADE (Lon DE): 190, 191.

    LA BORDE (Joseph DE): 260.

    LA BORDE (Mme DE): 239.

    LA CHAUSSE: 199.

    LACOMBE (Paul): 269.

    LA CONDAMINE (Mme L.-H. DE): 248.

    LACOUR (Louis): 134, 210.

    LACROIX (Paul) (Bibliophile Jacob): 2, 48, 49, 51, 59, 79, 190, 211.

    LA CROIX DE CASTRIES (marquise DE): 170.

    LAFAGUETTE: 256.

    LA FARE: 133.

    LA FAYETTE (Mme DE): 101, 107, 213.

    LA FERT-IMBAULT (marquise DE): 216.

    LA FEUILLADE (comtesse DE): 239.

    LA FEUILLADE (Marie-Thrse DE): 122.

    LA FIZELIRE (M. DE): 168.

    LA FONTAINE: 108; _les Contes_ de ----, dition dite des Fermiers
      gnraux: 258-261.

    LA FORCE (duchesse DE): 245.

    LAFOSSE, graveur: 259.

    LA GERVAISAIS (M. DE): 215.

    LA GRANGE (marquise DE): 249.

    LA GRANGE D'ARQUIEN (Marie-Casimire DE): 106.

    LA HARPE: 114, 159.

    LA HAYE (Mme DE): 232.

    LAIDET (Mme DE): 245.

    LALANDE: 215.

    LALANNE (Ludovic): 35, 42, 58, 66, 69, 88, 96, 108, 119, 120, 124,
      130, 146, 151, 154, 166, 173, 184, 186, 193, 196, 210, 215, 236,
      241, 243.

    LAMBALLE (princesse DE): 195.

    LAMETH (Mme M.-Ch. DE): 248.

    LAMETH (marquise DE): 182.

    LAMOIGNON (Marie-Madeleine DE), Mme Le Pelletier ou Le Peletier: 139.

    LAMOIGNON, marquis de Baville: 150, 151.

    LAMOIGNON-BAVILLE (marquise DE): 150.

    LA MOTTE: 113.

    LANCRET: 6.

    LANDSBERG (Herrade DE) (abbesse): 35, 36, 38.

    LANGE (Mme): 248.

    LANGEAC (comtesse DE), ne de la Quenille ou de la Queuille: 246.

    LA POPELINIRE: 260.

    LA QUEUILLE (marquise DE): 239.

    LARCHEY (Lordan): 103.

    LA ROCHEFOUCAULD (comtesse DE): 83.

    LA ROCHEFOUCAULD (duchesse DE), Flicit-Sophie de Lannion: 192.

    LA ROCHEFOUCAULD (duchesse DE), femme de l'auteur des _Maximes_: 153.

    LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT (duc DE): 181, 192.

    LA ROCHEFOUCAULD DE ROYE DE ROUCY (lisabeth DE), religieuse: 229.

    LA ROCHE-SUR-YON (Mademoiselle DE): 143.

    LAROUSSE, _Grand Dictionnaire_: 42, 53, 58, 67, 88, 166, 174, 179,
      187, 210, 214.

    LA TOUR (Bertrand, seigneur DE): 54.

    LA TOUR (Claude DE): 83.

    LA TOUR (Franois DE): 83.

    LA TOUR (Louise-Charlotte DE): 104, 105.

    LA TOUR D'AUVERGNE (Amlie DE): 105.

    LA TOUR D'AUVERGNE (lisabeth-lonore): 230.

    LA TOUR D'AUVERGNE (princesse DE): 166.

    LATOUR SAINT-YBARS: 254.

    LA TRMOILLE (duchesse DE): 246.

    LA TRMOILLE-THOUARS (duchesse DE): 239.

    LAUNAY (vicomte DE): 19, 20.

    LAURAGUAIS (comte DE): 134.

    LAVAL (Mme DE): 47.

    LA VALLIRE (duc DE), bibliophile: 56, 80, 138, 167, 236.

    LA VALLIRE (duchesse DE): 138.

    LA VALLIRE (Mlle DE): 108, 125.

    LA VIEFVILLE (Marie-Anne): 230.

    LE BAS DE GIRANGY (Mme): 246.

    LE BAS DE MONTARGIS, conseiller d'tat: 239, 240.

    LE BAS DE MONTARGIS (Mme): 239.

    LEBIENVENU-DUBOURG (Mme C.): 248.

    LE BLOND (Guillaume): 216.

    LE CAMUS DE NICOLAI (Marie-Catherine): 149.

    LECOY DE LA MARCHE: 48.

    LE DOULCEUR (Mme L.): 248.

    LE DUC (Mlle): 56, 240.

    LEFBURE DE LA BASSE-BOULOGNE (Mme): 241.

    LEFEBVRE (la marchale): 21.

    LEFEBVRE ou LEFVRE (Tanneguy): 113.

    LEFEBVRE SAINT-OGAN: 42, 43.

    LEFVRE ou LEFEBVRE (Tanneguy): 113.

    LE FVRE-CAUMARTIN DE LA TOUR (Madeleine-Charles-milie): 188.

    LE GASCON, relieur: 80.

    LEMIRE, graveur: 259.

    LEMONNIER (abb): 254.

    LE MONNIER (docteur): 216, 218.

    LENCLOS ou L'ENCLOS (Ninon de): 96, 97, 98.

    LENGLET-DUFRESNOY: 127.

    LEONTIUM: 29, 30, 98.

    LOPOLD Ier, duc de Lorraine: 132.

    LOPOLD Ier, empereur d'Allemagne: 121.

    LE PELLETIER ou LE PELETIER (Mme), Louise-Suzanne de Beaupr: 184.

    LE PELLETIER ou LE PELETIER (Mme), Marie-Madeleine de Lamoignon: 139.

    L'PINETTE LE MAIRAT ou LESPINETTE DE MEIRAT (Mme DE): 232.

    LERCHENFELD (baronne DE): 246.

    LRIS (G. DE): 127.

    LRIS (Madeleine DE): 153.

    LESCURE (M. DE): 128, 145, 173.

    LESDIGUIRES (duchesse DE): 120, 121.

    L'ESTANG (Catherine DE): 68.

    LESTEVENON (marquise DE): 241.

    LESZCZYNSKA (Marie), femme de Louis XV: 146, 155, 167, 168.

    LE TORT (gnral): 222, 225.

    LETOURNEUR: 214.

    LEULIETTE: 179.

    LEVALLOIS (Jules): 221, 222.

    LEVE: 254.

    LE VERDIER (Mme M.): 248.

    LVIS-CHATEAU-MORAND (comtesse DE): 241.

    LZARDIRE (Marie-Pauline DE): 208, 209, 210.

    LIGNE (Ernestine DE): 153.

    LIGNE (princesse DE): 241.

    LIPONA (comtesse DE): 246.

    LOCKE: 208.

    LOMNIE DE BRIENNE (cardinal): 176.

    LONGIN: 11.

    LONGUEIL, graveur: 259.

    LONGUEVILLE (duchesse DE): 92, 93.

    LORENZ: 173.

    LORRAINE (Charles DE): 80.

    LORRAINE (Claude DE), fille du duc Henri II de Lorraine: 153.

    LORRAINE (Henri Ier, duc DE): 76.

    LORRAINE (Henri II, duc DE): 73, 153.

    LORRAINE (Henriette DE): 80.

    LORRAINE (Louise DE): 73.

    LORRAINE (Nicolas DE): 73.

    LORRAINE (Rene DE): 76.

    LOUIS XI: 44, 45, 58.

    LOUIS XII: 47, 48, 49, 65.

    LOUIS XIV: 80, 105, 107, 109, 115, 121, 125, 126, 128, 133, 138,
      139, 149, 236.

    LOUIS XV: 171, 173, 174, 178, 179, 180, 181, 183, 189, 235, 260.

    LOUIS XVI: 178, 210, 215, 220, 235.

    LOUIS XVIII: 178, 198.

    LOUIS-PHILIPPE, roi de France: 156, 193, 194, 200, 222.

    LOUIS DE FRANCE, dauphin, fils de Louis XV: 171.

    LOUIS Ier, duc de Bourbon: 40.

    LOUIS II, duc de Bourbon: 40.

    LOUIS Ier, comte de Montpensier: 51.

    LOUIS II, duc de la Trmoille: 51.

    LOUISE (Madame), fille de Louis XV: 181, 182.

    LOUISE DE LORRAINE: 73.

    LOUISE DE SAVOIE: 57.

    LOUVEL: 226.

    LOUVOIS (marquise DE): 109.

    LOVENJOUL: voir SPOELBERCH DE LOVENJOUL.

    LOVIOT (Louis): 255.

    LUCIEN DE SAMOSATE: 100.

    LUXEMBOURG (duchesse DE): 157, 159.

    LUXEMBOURG (marchal DE): 157.

    LUXEMBOURG (marchale DE): 156, 158, 159.

    LUYNES (duc DE): 126, 165, 180.

    LUYNES ET DE CHEVREUSE (duchesse DE): 231.


    MACKAU (baronne DE): 216, 218.

    MADAME ROYALE, fille de Louis XVI: 220.

    MADEMOISELLE: voir MONTPENSIER (duchesse DE).

    MAIGRET (Mme): 242.

    MAILL DE KERMAVAN (ou KERMAOUEN, ou KERMAN, ou CARMAN),
      (Cungonde DE) (abbesse): 241.

    MAILLY (marquise DE): 195.

    MAINE (duc DU): 133.

    MAINE (duchesse DU): 132.

    MAINTENON (Mme DE): 104, 121, 127, 138, 168, 229.

    MAISONFLEUR (M. DE): 71.

    MAISONS (prsident DE): 163.

    MALESHERBES: 209.

    MALZIEUX: 133.

    MALLEVILLE: 78.

    MANCINI (marquise DE): 232.

    MANDELOT (Franois), seigneur de Pass: 84.

    MARAT: 219, 220.

    MARCHAND (Jeanne et Jeannine): 248.

    MARCULFE: 209.

    MARGUERITE (sainte): 48.

    MARGUERITE D'ANGOULME: 57 et suiv.

    MARGUERITE D'AUTRICHE: 53.

    MARGUERITE D'COSSE: 58.

    MARGUERITE DE FLANDRE: 41.

    MARGUERITE DE SAVOIE: 57, 58.

    MARGUERITE DE VALOIS (la reine Margot): 57 et suiv., 83.

    MARIE-AMLIE, femme de Louis-Philippe: 222.

    MARIE D'ANGLETERRE: 65.

    MARIE-ANNE-GABRIELLE-ELONORE, religieuse, fille de Mademoiselle
      de Nantes: 129.

    MARIE-ANTOINETTE, reine de France: 181, 195, 210-212, 215, 220, 264.

    MARIE DE HAINAUT: 40.

    MARIE DE MDICIS: 75, 86, 90, 168.

    MARIE-THRSE D'AUTRICHE, femme de Louis XIV: 105, 149.

    MARIGNY (M. DE): 168.

    MARMIER (Xavier): 5.

    MARMONTEL: 213.

    MARQUET: 45.

    MARQUETS (Marie DES): 83.

    MARQUISE (Mlle): 161.

    MARS (Mlle): 24, 25.

    MARSAN (comtesse DE): 216.

    MARSAN (Mademoiselle DE): 166.

    MARTIAL: 95.

    MARTIN (Gabriel), libraire et bibliographe: 126, 137.

    MARTIN (saint): 32.

    MASCARON: 88.

    MASSELIN: 193.

    MATTHEWS (miss): 263.

    MATTHIEU (saint): 117.

    MAUGRAS (Gaston): 194.

    MAXIMILIEN D'AUTRICHE: 53.

    MAZARIN (duchesse DE): 183.

    MAZARIN (Mme): 109.

    MDICIS: voir CATHERINE, MARIE.

    MGRET (Mme): 242.

    MELLET (comtesse DE): 246.

    MELUN (lisabeth DE): 104.

    MNAGE: 88, 154.

    MNARD (Ren): 36, 37.

    MERLIN: 24, 25, 175-176.

    MESNARD (Paul): 130, 131.

    MEUNG (Jean DE): 50.

    MEUSNIER DE QUERLON: 72.

    MICHAUD, _Biographie universelle_: 42, 154, 166, 187.

    MICHELET (Jules): 93, 155, 219, 220.

    MINARD DE VELARS (Mme): 248.

    MIOSSENS: 97-98.

    MIRABEAU: 194.

    MIREPOIX (duchesse DE): 163.

    MIREPOIX (marchale DE): 161.

    MOLIRE: 199.

    MONTAIGNE: 74, 98, 100, 197.

    MONTAUSIER (marquis ou duc DE): 78, 79, 80, 88.

    MONTAUSIER (duchesse DE): 76.

    MONTBAZON (duchesse DE): 90, 91, 92.

    MONTESPAN (Mme DE): 105, 110, 126, 128, 133, 139.

    MONTESQUIEU: 173, 208, 210.

    MONTESQUIEU (citoyenne): 233.

    MONTESQUIOU-FEZENSAC (duchesse DE): 219.

    MONTESSON (marquise DE): 185, 186, 187.

    MONTJOUVENT (Marie-Alexandrine DE) (abbesse): 242.

    MONTMORENCY (Charlotte-Marguerite DE): 81.

    MONTMORENCY-BOUTEVILLE (duchesse DE): 163.

    MONTMORENCY-LAVAL (Marie-Louise DE) (abbesse): 169.

    MONTMORENCY-LAVAL (marquise DE): 230.

    MONTMORENCY-LUXEMBOURG (Charles-Franois-Frdric DE), marchal
      de France: 157.

    MONTMORENCY-LUXEMBOURG (duc DE): 242.

    MONTMORENCY-LUXEMBOURG (duchesse et marchale DE): 156.

    MONTMORENCY-LUXEMBOURG (duchesse DE), Charlotte-Anne-Franoise: 242.

    MONTMORENCY-LUXEMBOURG (duchesse DE), Marie-Sophie-Honorate: 230.

    MONTPENSIER (duc DE): 262.

    MONTPENSIER (duchesse DE), Anne-Marie-Louise d'Orlans,
      dite MADEMOISELLE et la GRANDE MADEMOISELLE: 102, 103.

    MONTPENSIER (Mademoiselle DE), Louise-lisabeth d'Orlans: 142, 202.

    MOREAU: 80.

    MOREAU LE JEUNE: 6.

    MORRI, _Grand Dictionnaire historique_: 54, 83, 104, 199.

    MORETON DE CHABRILLAN (Mlle DE): 246.

    MORTEMART (Louise-Franoise DE): 125.

    MOUCHY (duchesse DE): 167, 246.

    MOURAVIT (Gustave): 24, 41, 44.

    MOURIN (Ernest): 113.

    MOYE (Mme): 248.

    MOYNEL (Mme): 248.

    MULLER (Eugne): 89, 115.

    MULSANT (tienne): 8.


    NADAILLAC (comtesse DE): 248.

    NANTES (Mademoiselle DE): 128.

    NAPOLON Ier: 11, 26.

    NAPOLON III: 223.

    NASSAU-DILLENBOURG-SIEGEN (Jean, comte DE): 153.

    NEUBOURG (lonore-Magdeleine-Thrse DE): 121.

    NEUFVILLE DE VILLEROY ou NEUVILLE-VILLEROI (duchesse DE): 178.

    NEVERS (Mademoiselle DE): 188.

    NEWTON: 223.

    NEWTON (Sarah): 222, 223.

    NICOLAI (Philippine-Lontine Potier DE): 263.

    NICOLE: 99, 101.

    NIEUWERKERKE (comte DE): 251.

    NOAILLES (duc DE): 140, 229.

    NOAILLES (duchesse DE), Anne-Claude-Louise d'Arpajon: 172.

    NOAILLES (duchesse DE), Catherine-Franoise-Charlotte
      Coss-Brissac: 170.

    NOAILLES (duchesse DE), Franoise-Charlotte-Amable d'Aubign: 229.

    NOAILLES (duchesse DE), Marie-Franoise de Bournonville: 119.

    NOAILLES (Marie-Uranie DE): 140.

    NOAILLES (vicomtesse DE): 267.

    NODIER (Charles): 5, 24, 56, 201.

    NOGARET (Franois-Flix): 214.

    NOGARET DE LA VALETTE (Louise) (abbesse): 148.

    NOLLET (abb): 216.


    ODILE (sainte): 35.

    ORANGE (prince D'): 68.

    ORLANS (ducs D'): 115, 126, 132, 141, 142, 161, 185, 186.

    ORLANS (Gaston D'): 80.

    ORLANS (duchesse D'), Auguste-Marie-Jeanne de Bade, belle-fille
      du Rgent: 156.

    ORLANS (duchesse D'), Henriette-Anne d'Angleterre, belle-soeur de
      Louis XIV: 107.

    ORLANS (duchesse D'), Marie-Adlade de Bourbon-Penthivre,
      mre du roi Louis-Philippe: 186, 200.

    ORLANS (lisabeth-Charlotte D'), soeur du Rgent, femme de
      Lopold Ier, duc de Lorraine: 132.

    ORLANS (Louise-Adlade D'), dite Mademoiselle de Chartres: 142.

    ORLANS (Louise-lisabeth D'), dite Mademoiselle de Montpensier: 142.

    ORLANS (Marie-Louise D'), soeur consanguine du Rgent,
      femme du roi d'Espagne Charles II: 125.

    ORLANS (Philippe-lisabeth D'), dite Mademoiselle de Beaujolais: 142.

    OROSE (Paul): 33.

    OURCHE (comte D'): 168.

    OZY ou OZI (Alice): 248, 255-257, 264.


    PADELOUP, relieur: 240.

    PALATINE (princesse), Charlotte-lisabeth de Bavire,
      duchesse d'Orlans, mre du Rgent: 115, 116, 117, 118, 126, 141.

    PARIS (comte DE): 262.

    PARIS (comtesse DE): 262.

    PARIS (Mme DE), ne Boula: 246.

    PARIS (Paulin): 236.

    PASCAL: 99, 211.

    PASTOR (Marie): 248.

    PATIN (Gui): 94, 118.

    PEIGNOT (Gabriel): 94.

    PELLECHET (Mlle Marie): 268.

    PNLOPE: 30.

    PENGUILLY: 21.

    PPIN (Louis): 259.

    PPIN DE LANDEN: 35.

    PRICLS: 30.

    PRUSSE D'ESCARS ou PEYRUSSE DES CARS (Mme DE): 234.

    PTRONE: 95.

    PHILIPPE LE BEL: 51.

    PHILIPPE LE HARDI: 41.

    PHILIPPE V, roi d'Espagne: 141.

    PHILIPPE ou PHILIPPINE DE GHELDRES ou DE GUELDRE: 46.

    PIERRE DE BOURBON, sire de Beaujeu: 45.

    PIGNATELLI (Mme), ne Durfort: 246.

    PIGNATELLI D'EGMONT (marquise DE): 188.

    PILLOY (Julie-Justine): 255.

    PINCHESNE: 78.

    PINGRENON (Mme Rene): 248, 268.

    PISAN (Christine DE): 41, 42, 43.

    PISAN (Thomas DE): 41.

    PITARD: 62.

    PITHOU: 227, 228.

    PLATON: 30, 37.

    PLANTIN, imprimeur: 202.

    PLINE LE JEUNE: 30.

    PLUNKETT (Eugnie DE): 257, 258.

    PLUTARQUE: 173, 206, 217, 220.

    POIX (Mme DE): 266.

    POIX (prince DE): 266.

    POLAIN (Louis): 268.

    POLIGNAC (Anne DE), comtesse de La Rochefoucauld: 83.

    POLIGNAC (duc DE): 195.

    POLIGNAC (duchesse DE), Yolande-Martine-Gabrielle de Polastron:
      195, 196.

    POMPADOUR (marquise DE): 161, 167 et suiv., 190, 260.

    PONS (marquise DE): 246.

    PONSARD: 254.

    PONT-DE-VEYLE: 157.

    PONTIS: 202.

    POPELIN (Claudius): 251.

    POREL: 4.

    POTIER DE NICOLAI (Philippine-Lontine): 263.

    POTRON (Mme): 63.

    POYET (Jean): 48.

    PRAULT, libraire: 129, 134, 240.

    PRAXITLE: 257.

    PRVOST (abb): 90.

    PREYSING (Mme DE): 246.

    PRIE (marquis DE): 146.

    PRIE (marquise DE): 146.

    PROVENCE (comtesse DE): 198, 214.


    QUENTIN-BAUCHART (Ernest), _les Femmes bibliophiles de France_:
      47, 51, 53, 55 et suiv., 56, 57, 65, 68, 70, 73, 74, 75, 81, 82,
      83, 84, 85, 86, 90, 92, 103, 104, 105, 107, 108, 109, 111, 112,
      115, 120, 122, 124, 125, 126, 127, 128, 130, 132, 137, 138, 139,
      140, 142, 143, 146, 149, 152, 153, 156, 166, 167, 170, 171, 172,
      175, 178, 179, 180, 183, 184, 186, 190, 191, 195, 196, 198, 200,
      211, 214, 215, 220, 230, 233, 240, 244, 261.

    QUINTE-CURCE: 96.


    RABELAIS: 118, 202.

    RACAN: 74.

    RACHEL, tragdienne: 252, 253.

    RACINE: 11, 149, 199, 254.

    RADEGONDE (sainte): 29, 30, 32, 33, 34, 35, 36.

    RADZIWILL (Jacques): 106.

    RAGUSE (duchesse DE): 267.

    RAHIR (douard): 259.

    RAIGECOURT (Mme DE): 218, 219.

    RAMBOUILLET (marquise DE): 76, 77, 79.

    RAMBOUILLET: voir ANGENNES.

    RANC (abb DE): 90, 91, 92.

    RAUCOURT (Mlle): 198, 199.

    RAYMOND (comtesse et chanoinesse DE): 261.

    RAYNAL: 219.

    REGNARD: 199, 205.

    RELINDE (abbesse): 35, 37, 38.

    REN II, duc de Lorraine: 47, 64.

    RETT (Adolphe): 94.

    REUILLY (Jean DE): 198, 199.

    RICCOBONI (Mme): 213.

    RICHARDSON: 213.

    RICHELIEU (cardinal DE): 61, 85.

    RICHELIEU (M. DE): 136.

    RICHELIEU: voir DUPLESSIS ou DU PLESSIS DE RICHELIEU.

    RIEUX (comtesse DE): 242.

    RIOCOUR ou RIOCOURT (duchesse DE): 184.

    ROBERT (Nicolas), miniaturiste: 78, 80.

    ROCHEBLAVE (Samuel): 69.

    ROEDERER: 79.

    ROHAN (Louis VII DE): 153.

    ROHAN-CHABOT (duchesse DE): 182.

    ROLAND (Mme): 200-208.

    ROLAND DE CHALLERAUGE (ou DE CHALLERANGES?) (Mme): 243.

    ROND (Mme): 246.

    RONSARD: 68, 71, 72, 83.

    ROQUEPLAN: 265.

    RORET, libraire: 193.

    ROSWITA ou ROSWITH (abbesse): 37.

    ROTHELIN (abb DE): 80.

    ROUG (marquise DE): 264.

    ROUGEMONT (Mme DE): 246.

    ROUSSEAU (Jean-Jacques): 90, 158, 160, 171, 175, 176, 199, 200,
      211, 219.

    ROYALE (Madame): voir MADAME ROYALE.

    ROZAN (Charles): 43.

    RUFFEC (duc DE): 163.

    RUFFEC (duchesse DE): 163, 164.


    SACY (Silvestre DE): 235.

    SAINT-AIGNAN-BEAUVILLIERS (duchesse DE): 124.

    SAINT-AMAND ou SAINT-AMANT (M. DE): 132.

    SAINT-AMAND ou SAINT-AMANT (Mlle DE), marquise de Grignan: 130.

    SAINT-VREMOND: 98.

    SAINT-GERMAIN (Mme DE): 245, 246.

    SAINT-LAMBERT, pote: 171, 175.

    SAINT-PREST (Mme Brochet DE): 245.

    SAINT-SIMON: 90, 106, 109, 110, 111, 112, 116, 120, 122, 124, 131,
      132, 134, 135, 138, 146.

    SAINT-VICTOR (Paul DE): 250, 255.

    SAINTE-AULAIRE: 133.

    SAINTE-BEUVE: 10, 29, 58, 60, 61, 74, 75, 95, 98, 102, 103, 114,
      128, 145, 157, 158, 159, 160, 161, 163, 177, 181, 182, 192, 197,
      221, 222, 223, 224, 225, 250.

    SAINTE-MAURE (marquise DE): 243.

    SALIGNAC (Jean de Gontaut, baron DE): 63.

    SAND (George): VII, 1, 20, 26.

    SANDEAU (Jules): 250.

    SANS-GNE (Mme): 21.

    SAPHO: 199.

    SARRASIN: 100.

    SARTINE, lieutenant gnral de police: 177.

    SARTINE (Mme DE): 177.

    SAULX DE TAVANNES (duchesse DE): 243.

    SAUMAISE: 95.

    SAUTEREAU-MONTESSUY (Mme DE): 246.

    SAVELLES: 76.

    SAVOIE (Victoire-Marie-Anne DE): 140.

    SAVOIE (Victor-Amde DE): 126, 140.

    SAXE (Marie-Amlie-Christine DE): 170.

    SAXE (Marie-Josphe DE): 178.

    SAYVE (Mlle DE): 246.

    SCARRON: 202.

    SCHULTZ (Mme L.): 248.

    SCUDRY: 213.

    SCUDRY (Madeleine DE): 78, 86, 87, 88, 89.

    SEDULIUS: 33.

    SGUIER (Mme): 81.

    SGUIER (Pierre), chancelier: 81.

    SGUR (Mme DE), Charlotte-milie Le Fvre de Caumartin: 229.

    SGUR (prsident DE): 229.

    SGUR (vicomtesse Henry DE): 246.

    SEILLIRE (Mme Zo): 248.

    SNQUE le philosophe: 45, 96.

    SENS (Mademoiselle DE): 130.

    SVIGN (Mme DE): 99, 100, 101, 102, 130, 131.

    SHAKESPEARE: 214.

    SILVA (Mme): 246.

    SOBIESKI (Jean): 106.

    SOCRATE: 30.

    SOLAR (comtesse Cl.-Casalgrasso): 267.

    SOLEIL (Catherine DE ou DU): 84.

    SOLEINNE (M. DE): 186.

    SOPHIE (Madame), fille de Louis XV: 179, 180, 181.

    SOPHOCLE: 11, 114.

    SOUBISE (M. DE): 91.

    SOUBISE (princesse DE): 109, 110.

    SOULI (Frdric): 64.

    SOURDIS (Marie d'Escoubleau DE): 82.

    SOURQUES (Mme DE): 199.

    SOUVESTRE (Mme M.): 248.

    SPARRE (Mlle DE): 95.

    SPENCER (Georgina): 214.

    SPOELBERCH DE LOVENJOUL (vicomte DE): 26.

    STAAFF: 72.

    STAAL-DELAUNAY (Mme DE): 133.

    STAL (Mme DE): 248.

    STUART (Charles-douard): 196.

    STUART (Marie): 70, 71 72.

    SUCHET, duc d'Albufra: 264.

    SULTZBACH (Mme Marie-Auguste DE): 243.

    SUZANNE DE BOURBON: 53.

    SWETCHINE (Mme): 221.


    TACITE: 173.

    TAINE (Hippolyte): 250.

    TALLEMANT DES RAUX: 61, 62, 63, 74, 76, 77, 78, 79, 85, 86, 87,
      88, 90, 98, 103, 118, 147, 148.

    TALLEYRAND-PRIGORD (duchesse DE): 243.

    TALLEYRAND (Jean-Charles): 244.

    TALMONT (princesse DE): 244, 248.

    TASSE (le): 133, 206.

    THVENOT (Jean DE): 154.

    THVENOT (Mme): 154.

    THVENOT (Melchisdec): 154

    THIERRY (Augustin): 31, 33, 34, 208, 210.

    THIERS: 267.

    THIROUX, conseiller au Parlement: 166.

    THIROUX D'ARCONVILLE (Mme): 166, 232.

    THIROUX DE CROSNE (marquise): 194, 232.

    THIROUX DE LAILLY (Jean-Louis-Lazare), fermier gnral: 231.

    THIROUX DE LAILLY (Mme), ne de Millery: 166, 231, 232.

    THOMAS DE PISAN: 41.

    THOU (Anne DE): 84.

    THOU (Augustin DE): 84.

    THOURNOUER (Mme): 249.

    TIRAQUEAU (Madeleine): 150.

    TOULOUSE (comte DE): 139.

    TOULOUSE (comtesse DE): 139.

    TOURNEUX (Maurice): 129, 134, 137, 163, 164, 165, 176, 183, 231,
      282, 239.

    TOURNON (Just DE): 83.

    TRACY (Mme DE): 222, 223, 224.

    TRESSAN (comte DE): 157, 158.

    TROUBAT (Jules): 250.

    TURENNE (vicomte DE): 83.

    TURENNE (vicomtesse DE): 93.


    URF (Honor D'): 82.

    URSULE (sainte): 48.

    UZANNE (Octave): 2, 3, 201.

    UZS (duchesse D'): 78, 79, 80.


    VALABRGUE (Antony): 156, 167.

    VALBELLE DE TOURVES (marquise DE): 244.

    VALRE-MAXIME: 45.

    VALLERY-RADOT (Ren): 5, 6.

    VALOIS (Marguerite DE): 83.

    VASSAL (Mme DE): 246.

    VASS (marquis DE): 137.

    VASS (marquise DE): 137, 171.

    VASSE-DUSAUSSAY (Mme): 249.

    VATTEVILLE (Mme DE): 165.

    VAUDMONT (comte DE): 73.

    VENTADOUR (duchesse DE): 125.

    VERGENNES (comtesse DE): 233.

    VERMANDOIS (Mademoiselle DE): 130.

    VERNEUIL (Mademoiselle DE): 235.

    VERRUE (comtesse DE): 126, 127, 168.

    VERTHAMON (Catherine-Madeleine DE), Mme de Caumartin: 106.

    VERTHAMON (Marie-Anne-Franoise Bignon DE): 126.

    VSALE, anatomiste: 82.

    VICTOIRE (Madame), fille de Louis XV: 179, 180, 181.

    VICTOR-AMDE Ier, duc de Savoie: 86.

    VICTOR-AMDE III, duc de Savoie et roi de Sardaigne: 198, 214.

    VICTORIA (princesse): 262.

    VIEILBOURG ou VIEUXBOURG (marquise DE): 136.

    VIGNEROT (Marie-Madeleine DE): 85.

    VILLARS (duc DE): 134, 135, 148.

    VILLARS (duchesse DE): 134, 135.

    VILLARS-BRANCAS (duchesse DE): 148, 164.

    VILLEMESSANT (Hippolyte DE): 255, 257.

    VILLEROI (duchesse DE): 178.

    VILMORIN (Mme DE): 249.

    VINTIMILLE (Mme DE), ne Talbot: 246.

    VINTIMILLE (marquise): 249.

    VIRGILE: 41, 76, 199.

    VITU (Auguste): 52.

    VOISENON (abb DE): 63.

    VOITURE: 79, 100.

    VOLAND (Mlle): 175.

    VOLTAIRE: 96, 114, 133, 157, 159, 163, 168, 171, 173, 199, 207.

    VOYER D'ARGENSON (marquise DE): 183.


    WADDINGTON (marquise Mariana-Florenzi): 267.

    WATTEVILLE (Mme DE): 165.

    WEIGEL (Mme): 249.

    WIBORADE (sainte): 35, 38, 39.

    WIGG (J.-C.): 247.


    YOLANDE DE FRANCE: 44.

    YVE (Anne-Thrse-Philippine D'): 188.


    ZAMOYSKI (prince): 106.

    ZED (comte de Maugny): 264.

    ZOLE: 114.




TABLE DES MATIRES


    I

    FEMMES BIBLIOPHOBES


                          PAGES

        I                     1

       II                     9

      III                    15

       IV                    21


    II

    FEMMES BIBLIOPHILES

        I                    29

       II                    40

      III                    55

       IV                    66

        V                    85

       VI                   155

      VII                   247


    ADDENDA                 270

    INDEX ALPHABTIQUE      271


ALENON.--IMP. GEO. SUPOT.





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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
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LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

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violates the law of the state applicable to this agreement, the
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trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

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facility: www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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