Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0061, 27 Avril 1844, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: L'Illustration, No. 0061, 27 Avril 1844

Author: Various

Release Date: July 10, 2014 [EBook #46245]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 27 AVRIL 1844 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION,
JOURNAL UNIVERSEL.

[Illustration.]

N 61. Vol. III.--SAMEDI 27 AVRIL 1844
Bureaux, Rue de Seine 33.

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 f.--6 mois. 16 f.--Un an, 30 f.
Prix chaque N 75 c.--La collection mensuelle br., 2 f. 75 c.

Ab. pour les Dep.--3 mois, 9 f.--6 mois. 17 f.--Un an, 32 f.
Pour l'tranger,            --  10          --     20           --   40



SOMMAIRE

Histoire de la semaine. _Chambre valaque; Vue des tangs prs
Saint-Mitre; Portrait de lord Abinger._--Courrier de Paris.--Salon de
1844 (3e article) _Portraits de M. le baron Pasquier, chancelier de
France, prsident de la chambre des pairs, par M. Horace Vernet; de M.
le comte de Rambuteau, pair de France, par M Henry Scheffer; de M.
Valentin de La Pelouze directeur de l'ancien Courrier Franais, par M.
Uzanne; Vue gnrale du Nazareth en Galile, par M. Monfort, la Poste
aux Thoux, par M. Lepoittevin; l'arcade de Hunes, prs de Florac
Cvennes, par M. Marandon de Moniyet_.--Acadmie des Sciences. Compte
rendu des travaux pendant le dernier trimestre de 1843 et du premier
trimestre 1844. _Trois gravures_.--De l'Administration des Postes, et de
la rforme postale. _Tri des lettres de Paris; tri des lettres pour les
dpartements et l'tranger; les chargements de la malle-poste; Intrieur
de la grande cour de l'Administration des Postes; facteur urbain et
facteur rural._--Le Dernier des Commis Voyageurs. Roman par M. ***.
Chap. V. Rvlations.--Carthagne des Indes, souvenir de l'Expdition
dirige par le contre-amiral de Mackau en 1834. (Suite et fin.)
_Portrait de don Hilario Lopez, gouverneur de Carthagne: Entrevue du
vice-amiral de Mackau et du gnral Lopez_. Nivellement de Paris. _Cinq
gravures_.--Le Juif errant. _Caricature par Cham_.--Modes. _Trois
Gravures_.--Rbus.



Histoire de la semaine.

[Illustration: Chambre des tats de Valachie.]

[Illustration: Vue des tangs d'Engrenier et de Pourra, prs de
Saint-Mitre.]

Il semble vraiment que les Chambres s'en vont. Les curies portugaises
voient ajourner sans cesse la reprise de leur session; les corts
espagnoles voient rglementer sans elles la libert ou plutt
l'esclavage de la presse, et attendent le jugement des chefs de leur
opposition constitutionnelle; et voil que ce que nous n'avions pu
annoncer que comme au dire de la _Gazette d'Augsburg_, se trouve
aujourd'hui confirm: la Chambre des tats de Valachie a t brusquement
close. Un trait avait t pass entre le czar et le prince BiBesco pour
l'exploitation Gnrale des mines du pays. Le czar se chargeait de
fournir les trente mille ouvriers, c'est--dire les trente mille soldats
ncessaires  l'excution de l'entreprise.--L'assemble a vu l une
occupation consentie et dguise, et a ficel le trait comme
inconstitutionnel. Le prince Bibesco voulait recourir, dit-on, aux
moyens de rigueur. Aprs rflexion, il s'est born  dclarer que les
travaux de l'Assemble taient termins pour cette anne, et  congdier
les membres des tats.

[Illustration: Portrait de lord Abinger.]

Autant il est dplorable de voir les gouvernants s'insurger ainsi contre
les limites poses  l'exercice de leur pouvoir, et qu'eux mmes avaient
reconnues, autant il est pnible, au point de vue de la lgalit, de
voir des populations, que l'on est quelquefois dispos  absoudre, si
l'on ne consulte que les sentiments de l'humanit, amenes par la
misre, ou par un tat de souffrance plus forte que leur rsignation, 
entrer en collision avec l'autorit. Nous avons dit les tristes scnes
dont le bassin du Rive-de-Ger a t le thtre. La justice informe; nous
n'avons pas, quant  prsent,  en reparler. A Saint-Mitre, commune de
l'arrondissement d'Aix (Bouches-du-Rhne), un soulvement gnral s'est
manifest parmi la population. Voici les faits. Il y a trois ans que fut
ferme une galerie qui servait de communication entre un tang dit
l'tang d'Engrenier, et un autre dit l'tang du Pourra. Depuis ce
moment, des pidmies constantes, causes par l'manation de miasmes
dltres, rgnrent dans le pays, et sur une population de douze cents
habitants, deux cents avaient dj t moissonns par la mort. En vain
le conseil de prfecture avait ordonn que la galerie ft ouverte: sa
dcision tait demeure sans effet. Bien que la population aise et
migr, le nombre des victimes croissait parmi ceux que leur peu de
ressources condamnait  vivre prs de ce cloaque. Enfin, quand la mesure
de la rsignation fut remplie, quand on eut vu qu'il n'y avait
qu'indiffrence et lenteur  faire excuter les ordres de l'autorit
comptente, le dsespoir s'empara de ces pauvres gens; ils ont eux-mmes
excut l'arrt de la justice, sans violence aucune, mais avec ardeur.
Qu'on nous juge maintenant, a crit un d'eux au _Mmorial des
Pyrnes_, et qu'on nous juge tous, car nous avons tous mis la main 
l'oeuvre. Nous ne disions pas, nous n'avons jamais dit: Prisse
l'industrie plutt que l'un de nous! notre courageuse longanimit l'a
prouv de reste; nous disions: Secourez-nous, nous prissons! et sur
douze cents que nous tions, prs de deux cents sont morts... Nous avons
bien besoin d'un prompt remde! Si l'on doit nous punir, nous courberons
la tte; car, dans notre emportement fbrile, nous avons commis, nous le
sentons, un acte coupable; mais, en nous punissant, nos juges ne
pourront s'empcher de reconnatre qu'il y a parfois dans la vie de bien
fatales ncessits, de bien tristes exigences. Cinq compagnies de la
garnison de Marseille ont t successivement diriges vers les tangs,
et une vive anxit rgnait dans la ville, o la triste nouvelle d'une
collision entre la troupe et les malheureux habitants de Saint-Mitre et
produit la plus triste sensation. Ceux-ci avaient tabli une large
estrade sur laquelle ils avaient plac les femmes et les enfants,
attendant ainsi l'attaque de la force arme dont on les menaait. Le
maire de la ville des Martiques, voisine des lieux, avait dclar que si
la consigne des troupes tait de svir envers ces malheureux, ou de les
empcher de se sauver de la mort, il donnerait sa dmission plutt que
de loger les troupes dans sa commune. Les femmes avaient dtermin ces
infortuns  la rsistance; mais, le 16, on est venu annoncer que le
gouvernement permettait l'ouverture de la galerie jusqu' nouvel ordre.
M. lu sous-prfet d'Aix a alors quitt Saint-Mitre, o la joie tait
gnrale. Les troupes ont galement quitt Les Martigues le 17, pour
retourner  Marseille.

Nous avons en terminant, la semaine dernire, mentionn rapidement la
discussion rengage  la chambre des dputs sur la l'affaire de Tati,
et la suspension nouvelle de ce dbat, sur l'annonce faite par M. le
ministre des affaires trangres du dpt sous les yeux de la Chambre de
documents nouveaux. Il avait t annonc que le jour de la reprise de
ces interpellations serait fix aprs qu'on aurait pu prendre
communication des pices dposes. La lecture de celles-ci demandait peu
de temps, car le rapport du M. Bruat et certaines autres pices, dont
l'existence et l'intrt sont constats, n'en font pas partie;
nanmoins, personne n'a encore song  demander la fixation d'un jour
prochain pour reprendre cette discussion. Le ministre la recherche peu,
et l'opposition, qui sait que _la Ditug_ a quitt le port de Papiti en
mme temps que _le Jonas_, qui a amen M. Reine, laisse au btiment de
l'tat, marcheur un peu lent, le temps d'arriver, esprant que tous ses
officiers ne seront pas rendus aussi silencieux que l'aide du camp de M.
l'amiral Du Petit-Thouars.

Samedi dernier, un dbat trs-grave a t soulev  la chambre des
dputs par le rapport de quatre-vingt-dix ptitions de membres du
divers consistoires de l'glise rforme, demandant la libert des
cultes. Dans l'tat actuel de la lgislation, ou plutt par suite de
l'application abusive qui est faite de l'art. 291 du Code pnal et de la
loi sur les associations, l'art, 5 de la Charte se trouve en quelque
sorte abrog, ou du moins la libert de culte qu'il garantit a besoin
encore de l'approbation du prfet, ou du commissaire de police. Il n'est
ni constitutionnel, ni, disons-le, dcent qu'une restriction pratique de
cet ordre soit impose  un droit aussi respectable et aussi
solennellement reconnu. S'il a besoin d'tre rglement, c'est par une
loi spciale qu'il faut lu faire; et ce n'est point dans des runions de
conspirateurs, ou d'hommes qui ont intrt  se cacher, qu'il faut voir
des analogies aux inspirations et aux exercices de la foi. La
commission,  l'unanimit, par l'organe du son rapporteur, M.
d'Hersonville, aprs un expos de faits qui justifiait les rclamations
des ptitionnaires, concluait au renvoi du leurs ptitions  M. le
ministre de la justice et des cultes. Le principe inscrit dans la Charte
a t nergiquement soutenu par M. de Gasparin, qui,  l'appui du son
argumentation, a cit des faits nombreux, des faits significatifs; et
par M. Odilon Barrot, dont la protestation loquente contre une
interprtation qui subordonne constamment un droit garanti par la Charte
 l'autorisation pralable, c'est--dire au bon plaisir de la police, a
vivement impressionn l'assemble. Nous avons entendu, avec regret, M.
Martin (du Nord) et M. Hbert s'efforcer de combattre ces conclusions,
et M. Dupin an amoindrir la question pose, sans doute dans l'espoir
bienveillant, mais mal entendu, de rendre moins rude l'chec au-devant
duquel le ministre tait all. Deux preuves ont t dclares
douteuses; mais, au scrutin, 107 voix contre 91 ont prononc le renvoi
propos par la commission, et combattu par M. le garde des sceaux.

Lundi, la chambre des dputs a ouvert la discussion gnrale sur le
projet de loi relatif  la rforme des prisons. Chaque jour elle a
entendu plusieurs dfenseurs et plusieurs adversaires du systme
propos. MM. Corne, Taillandier et Gustave de Beaumont, ont
successivement t couts avec intrt par la Chambre, dans le
dveloppement de leurs arguments en faveur du projet. Parmi les dputs
qui l'ont attaqu, MM. de Sade et Carnot ont particulirement su obtenir
l'attention de l'assemble. M de Peyramont a galement prononc un
discours qui a occup une grande partie de deux sances, et dans lequel
l'orateur a pass en revue les dclarations du jury qui peuvent, depuis
la loi de 1832, dmontrer qu' ct de ses immenses avantages, la
facult de dclarer l'existence du circonstances attnuantes prsente
bien quelques inconvnients. On voit qu'il n'y avait pas beaucoup
d'opportunit dans ce discours; il n'y avait pas non plus beaucoup de
logique, mais il y avait du talent, et la Chambre l'a cout d'autant
plus volontiers sans doute que, comme il tait en dehors de la question
dont elle tait occupe depuis trois jours, il lui fournissait une
distraction agrable. La vritable discussion a ensuite repris son
cours. Ce qui nous a surpris dans le dbat extrieur auquel la presse
s'est livre de son ct, c'est l'acrimonie que quelques-uns de ses
organes y ont apporte. Nous qui croyons sincrement  la bonne foi de
ceux qui combattent la loi comme de ceux qui la soutiennent, nous avons
vu avec tonnement qu'on accusait des hommes honorables qui se sont
prononcs en sa faveur d'employer les ressources de leur esprit 
dissimuler les vices d'un systme qu'ils ne peuvent au fond, leur
dit-on, regarder comme bon; c'est--dire qu'on leur accorde tout le
talent qu'ils voudront, pourvu qu'ils conviennent qu'ils n'ont pas du
conscience. Il est difficile sans doute, pour tout le monde, de se
dfendre de toute passion personnelle dans les discussions politiques,
mais en vrit il faut en avoir du reste pour en reporter autant dans
les discussions d'affaires.

Lundi, de son ct, la chambre des pairs a ouvert chez elle la
discussion sur la loi de la libert de l'enseignement. Au Luxembourg,
les discours ont t des volumes. Le premier n'a pas t le moins
remarquable: il tait l'oeuvre de M. Cousin. C'est une dfense complte
et habilement prsente de l'Universit; c'est en mme temps une vive
critique de l'article 17 tout entier, tant du paragraphe inintelligible
et impraticable par lequel le ministre a termin cet article, que du
seul dont la commission propose le maintien, et qui accorde aux coles
secondaires ecclsiastiques une position trop favorablement
exceptionnelle pour ne pas rendre la concurrence avec celles-ci bien
difficile aux collges de l'tat et des villes, et aux tablissements de
plein exercice qui sont tous soumis  des charges et  des conditions
lourdes et svres. Dans les sances suivantes MM. de Saint-Priest et
Rossi ont galement fix l'attention de la Chambre. Ils ont fait, eux
aussi, l'loge de l'Universit; et le dernier s'est montr compltement
favorable au projet, mme  l'art. 17, du moins par ses conclusions, en
contradiction, il est vrai, sur ce point avec bon nombre de ses
meilleurs arguments. Le projet a t combattu, au contraire, par
quelques orateurs, avec plus de rserve sans doute que n'en avait mis M.
de Montalembert dans son attaque d'avant-garde, mais dans un esprit qui
se rapproche de celui qui l'avait inspir. M. Beugnot particulirement a
prononc dans ce sens un discours qui est l'expos des motifs d'un
projet de loi en vingt-trois articles qu'il compte, dit-on, prsenter de
concert avec MM. Sguier, Barthlmy et de Gabriac, en opposition au
projet d loi du ministre et  celui de la commission. Tout annonce que
la chambre du Luxembourg est pour un long temps engage dans cette
discussion.

Le bruit a gnralement circul cette semaine que le ministre, ayant la
conscience du danger que le dsaveu de l'amiral Du Petit-Thouars lui
faisait courir auprs des hommes mmes qui lui ont prt jusqu'ici
l'appui le plus persvrant, ngociait avec l'Angleterre pour que cette
puissance,  laquelle une compensation serait offerte, trouvt bon le
maintien de notre prise de possession des les de la Socit; on a dit
que l'le de Saint-Domingue pourrait faire les frais de cette entente
cordiale, et que l'ancienne partie franaise de l'le serait reprise par
nous, tandis que l'Espagne cderait  l'Angleterre ses droits sur ses
anciennes possessions, pour la couvrir de sommes qu'elle lui doit. Nous
savons bien que cette dernire puissance sait toujours obtenir
satisfaction de ses dbiteurs, et nous devrions lui cder notre crance
sur l'Espagne pour l'expdition de 1823; mais il faut attendre pour
savoir ce qu'il y a de vrai dans ces incroyables arrangements
diplomatiques auxquels beaucoup de personnes ont cependant ajout
foi.--Des interpellations ont t adresses dans le Parlement aux
ministres de la reine, pour savoir si le dsaveu de l'Angleterre avait
t assez complet,  l'occasion de tous les actes rvolutionnaires et de
tous les actes du barbarie dont les ministres et les agents du
gouvernement espagnol viennent de se rendre auteurs ou responsables.
Ceci semble tre une critique amre des tmoignages de sympathie
politique qui viennent d'tre changs en monnaie de dcorations entre
le cabinet des Tuileries et celui de l'Escurial.--Le procs d'O'Connell
marche d'ajournements en ajournements. On pense, aujourd'hui que, si
tant est qu'on arrive  prononcer la condamnation, on rendra suspensif
l'effet de l'appel des condamns, et qu'on s'arrangera ensuite pour que
l'poque  laquelle on devrait statuer sur cette requte nouvelle soit
indfiniment recule.--Le Parlement s'est occup des moyens de poursuite
 mettre  la disposition des Anglais cranciers de ceux de leurs
compatriotes qui habitent la France. Si l'on en croit cette discussion,
tous les _gentlemen_ qui se trouvent  Paris n'y seraient pas uniquement
amens par le dsir libre et spontan de visiter la patrie des
beaux-arts et des belles manires. D'aprs un relev statistique qui
vient d'tre distribu tout rcemment aux chambres anglaises, au mois de
janvier dernier, soixante-six mille Anglais avaient leur rsidence en
France, sans compter  peu prs 55,000 visiteurs accidentels. Leur
dpense chez nous tait value  125 millions du francs,--Lord Ashley a
dclar dans la chambre des communes que lorsque viendrait la troisime
lecture du bill des manufactures, il demanderait que la dure du travail
ft de onze heures par jour jusqu'en 1847 et qu'il esprait que cette
modification serait appuye par le ministre. Sir Robert Peel n'a pas
contredit lord Ashley.--Un journal vient de faire le relev des
traitements des grands fonctionnaires et dignitaires anglais. Sir Robert
Peel a, comme premier lord de la trsorerie, 150,000 fr.; quatre autres
membres du cabinet ont 125.000 fr. chacun; d'autres ne reoivent que des
sommes moindres, mais fort rondes encore. Lord Abinger, premier baron de
l'chiquier, dont nous avons annonc la mort dans notre avant-dernier
numro, et dont nous donnons le portrait aujourd'hui, recevait 175,000
fr.; le lord premier juge de la cour du banc de la reine en touche
202,500; le lord grand chancelier d'Angleterre, 350,000, et le lord
lieutenant d'Irlande, 500,000.

Que dire de l'Espagne? Rien; car il faudrait apprendre  nos lecteurs
qu'on s'attendait  Madrid  la condamnation  mort de M. Madoz, dput,
et que le dfenseur choisi par lui a t arrt pour avoir vivement
embrass sa dfense. Toutefois nous ne pouvons rsister au dsir de
transcrire les termes dans lesquels le journal _el Mundo_ a fait ses
adieux  ses abonns: Hier le gouvernement a publi un dcret
concernant la libert de la presse; en consquence de ce dcret, _el
Mundo_ cesse de paratre  partir d'aujourd'hui.

Tous les gouvernements de l'Europe semblent devoir entrer avant nous
dans la voie de la rduction de l'intrt de leur dette ou de son
remboursement. La Russie elle-mme nous devance. On lit dans la _Gazette
officielle_ du royaume de Pologne, sous la date du Saint-Ptersbourg:
Tous les fonds 5% du trsor seront retirs de la circulation, et il
sera rserv aux porteurs du ces titres la facult de les changer
contre les fonds 4%, ou d'en demander la valeur nominale en numraire.
La banque de Pologne est charge de la conversion des fonds 5% en 4%, et
la commission des finances et du trsor a mis,  partir du 20 mars (1er
avril), des fonds 4% au porteur jusqu' concurrence de la valeur
correspondante au fonds d'amortissement.

Depuis la suppression brusque et nergique des janissaires,
Constantinople n'avait jamais t le thtre d'un coup d'tat pareil 
celui qui vient d'y tre excut. Tous les musulmans avaient t invits
 se runir dans les diverses mosques;  mesure qu'ils se rendaient 
cet appel, des officiers chargs du recrutement, et  la disposition
desquels la garnison avait t mise, faisaient saisir tous les hommes
jeunes qu'ils jugeaient propres au service militaire. Ceux-ci taient
conduits  bord des bateaux  vapeur du gouvernement, qui les
transportaient  la caserne de l'le de Halki. Le lendemain, un conseil
form  cet effet, a de nouveau fait un choix parmi ces prtendus
volontaires, et ceux qui avaient plus de trente ans, comme aussi ceux
qui taient domicilis  Constantinople, ont t mis en libert. Les
autres, dont on value le nombre  15,000, sont destins  remplacer les
soldats qui ont fini leur temps de service et qu'on doit renvoyer chez
eux. Le soir mme a t lu dans les mosques un firinan par lequel il
est formellement dfendu aux musulmans de s'entretenir de cette mesure,
avec menace de la punition la plus svre. Pendant tout le temps que
cette presse a dur, le sultan est demeur enferm dans son palais,
dfendu par une force imposante.

Le prince Maurice de Nassau, frre du duc rgnant et officier au service
de l'Autriche dans un rgiment de hussards, assistait  une partie de
chasse, en Hongrie, chez l'un des principaux magnats du pays. A la vue
de la brutalit presque froce avec laquelle ce dernier maltraitait deux
pauvres rabatteurs, frapps  terre et demandant grce, le jeune
officier, dans un mouvement d'indignation irrflchie, leva sur le
magnat le fusil dont il tait arme, et l'tendit lui-mme  ses pieds.
Le prince Maurice est un jeune homme de vingt-quatre ans. On se demande
devant quel tribunal les lois de l'Autriche vont porter l'instruction de
cette malheureuse affaire.

Les obsques du feu roi de Sude ont d tre clbres le 20 
Stockholm. Les tats gnraux se runiront au mois de juillet. L'dit de
convocation paratra aprs les obsques. L'on croit que le nouveau roi,
Oscar 1er, sera couronn  Stockholm dans le mois d'aot, et 
Christiania vers la fin de septembre.--Le prince de Wasa vient d'crire
de Darmstadt  tous les souverains de l'Europe, pour dclarer que, s'il
ne croit pas devoir, dans les circonstances actuelles, faire valoir ses
droits  la couronne de Sude, il n'entend pas nanmoins y renoncer, et
qu'il se rserve de les revendiquer dans telle autre occasion qu'il
jugera convenable.--Le nouveau canal de Trollhoata, qui compltera la
jonction des deux mers, sera ouvert le 20 du mois prochain.

Il vient d'tre pourvu  la vacance de quelques siges piscopaux. M.
Manglard, cur de Saint-Eustache,  Paris, est nomm vque de
Saint-Di; monseigneur l'vque de Gap, dont l'tat de sant motive
cette translation, est nomm vque de Verdun; M. Dpery, vicaire
gnral de M. l'vque de Belley, est nomm au sige de Gap; M. Fabre
des Essarts, vicaire gnral capitulaire de Blois, est nomm vque de
cette ville; enfin M. Ruissas, archiprtre de la mtropole de Toulouse,
est nomm vque de Toulouse.

La mort ne perd pas son temps. Nous n'avions pas eu encore jusqu' ce
jour autant de noms  inscrire sur nos tables funraires. L'Institut de
France et le Conservatoire royal de musique ont perdu le clbre auteur
d'_Aline_, du _Dlire_, de _Montano et Stphanie_, et de tant d'autres
oeuvres lyriques qui feront vivre le nom de Berton. Il avait puissamment
contribu  fonder cette belle cole franaise dont le Conservatoire
perptue les prcieuses traditions.--M. de Compigny, ancien officier
gnral, qui sigea au ct droit de la chambre des dputs, de 1815 
1827, est mort galement dans un ge avanc.--Madame la duchesse de
Lorges, ne de Tourzel, vient, au contraire, d'tre enleve  sa famille
dans sa trente-huitime anne.--Citons encore M. le lieutenant gnral
baron Ledru des Essarts;--monseigneur Diaz Perino, religieux de l'ordre
des dominicains, et vque de [illisible] morque;--et M. le comte
d'Exa, membre du conseil gnral de l'Aude.--M. Reynold, gouverneur du
Missouri, s'est tir un coup de pistolet au coeur.--Enfin M. le comte de
Fossombroni, savant distingu et premier ministre du grand-duc de
Toscane, est mort  Florence  l'ge de quatre-vingt-neuf ans, que peu
de premiers ministres atteignent dans l'exercice de leurs fonctions.



Courrier de Paris

La plus importante nouvelle, la nouvelle qu'on change depuis trois ou
quatre jours en se donnant la main, la voici: Rachel est malade! Cela
remplace le bonjour et le comment vous portez-vous, qui sont d'usage
ternel; c'est variation.

Mademoiselle Rachel est tombe malade, en effet, et dans une
circonstance qui a rendu le fait de sa maladie plus singulier et plus
grave. On tait  la veille de la premire reprsentation d'une tragdie
nouvelle: _Catherine II_, de M. Romand. L'illustre actrice devait jouer
le principal rle; elle avait accept avec ardeur, il y a six mois, des
mains de M. Romand lui-mme. Pendant trois autres mois, les acteurs, et
mademoiselle Rachel  leur tte, s'taient livrs  une tude laborieuse
et assidue de l'ouvrage de M. Romand. Le public tait prvenu et
attendait avec impatience cette ronde tentative de sa tragdienne
favorite dans une pice indite. La _Judith_ de madame Girardin n'avait
point, comme on sait, prouv sans rplique l'autorit de mademoiselle
Rachel de son succs dans les oeuvres de nouvelle fabrique. Que ce soit
faute de madame de Girardin, personne ne le conteste; mais enfin
l'preuve n'avait pas tourn compltement  l'honneur de l'actrice. On
comptait donc sur _Catherine II_ pour une revanche, et la curiosit
tait vivement excite: le Thtre-Franais rvait un grand succs; dj
M. Romand se voyait front ceint du laurier triomphal. Tout  coup se
rpand bruit sinistre: Rachel ne jouera pas! Rachel est en danger!
L'effroi gagne le thtre, les acteurs se regardent d'un air atterr et
M. Romand est sur le point de s'vanouir; figurez-vous un homme auquel
on enlve un amour, un bonheur, une gloire qu'il touchait du doigt et
qu'il croyait tenir.

M. Romand a jou en tout ceci le rle de Tantale, qui voit l'onde
chapper  sa lvre altre.

Il va sans dire qu'on a fait courir mille bruits sur cette subite
indisposition de mademoiselle Rachel. Il y en a de nature ne se pouvoir
tre rapports; il en est d'autres qui peuvent se dire tout haut, et au
besoin s'imprimer. Celui-ci est du nombre: mademoiselle Rachel aurait
une rancune contre le Thtre-Franais, qui lui a refus de donner une
reprsentation au bnfice de sa petite soeur Rbecca et de son frre
Raphal.--Ou bien encore: mademoiselle Rachel, au moment suprme et sur
le point de livrer bataille, a eu peur d'une dfaite et a recul;
l'ombre de _Judith_ s'est dresse devant elle.

Il nous rpugnerait de croire que mademoiselle Rachel a du cder  ce
point  des calculs personnels; ce serait de l'gosme tout pur, et du
plus condamnable; tenir, en effet, un pauvre auteur en haleine pendant
six mois, prendre  d'honntes comdiens leur temps et leur travail,
leurrer un thtre, c'est--dire une entreprise importante, de l'espoir
d'un succs ou tout au moins d'un puissant appui pour l'obtenir, et tout
 coup lcher prise, par une crainte pusillanime, par un ressentiment
puril, par un caprice, ce serait plus qu'un coup de tte, ce serait une
mauvaise action, et nous n'oserions pas croire que mademoiselle Rachel
en ft capable. Mieux vaut donc s'en rapporter au bulletin de M. le
docteur en mdecine; car la mdecine affirme que mademoiselle Rachel est
trs-positivement et trs-srieusement malade; il lui faut du repos et
un long repos; Hippocrate dit six mois, Quintillien un an; les mieux
informs se placent entre ces deux opinions.

Quoi qu'il en soit, cette catastrophe imprvue jette la dsolation au
Thtre-Franais; s'il avait quelque autre bien pour prendre patience et
pour se consoler! mais tout lui manque  la fois; ce n'est pas seulement
_Catherine II_, ce n'est pas seulement mademoiselle Rachel, ce sont
toutes les branches, si on peut ainsi dire, sur lesquelles il avait mis
son espoir de salut pour cette saison de printemps et d't; la censure
a pris le Thtre Franais  partie et lui fait, depuis un an, des
blessures profondes; il semble que ce soit un duel  mort. _Les Btons
flottants_, qui dfinitivement ne seront pas jous, _une Conspiration
sous le rgent_, drame de M. Dumais, sont rests sur le champ de
bataille! La censure, sans cris de piti, les a dvors tout crus.

Dans cette extrmit, le Thtre-Franais crie  l'aide et sent dprir
semaine par semaine, jour par jour, heure par heure: il meurt faute de
pices nouvelles, il meurt faute d'auteurs heureux, il meurt par ce qui
n'est pas et par ce qui est en lui; et cette rpublique dlabre demande
un roi; une main ferme peut la relever de ses ruines: le
Thtre-Franais est en si mauvais tat que ce recours  un despotisme
ne pourrait pas rendre sa position pire, et qu'en demandant un roi, il
ne risque point de renouveler la fable des grenouilles.

Puisqu'il nous est permis de mler le sacr au profane, parlons de
monseigneur Louis Belmas, mort rcemment vque de Cambrai. M. Belmas
tait un homme d'esprit, un homme aimable, et un excellent homme; il
tait en outre vque tolrant et clair; l'Empereur l'estimait
particulirement; il faisait plus encore, il l'aimait avec prfrence
sur tous les autres grands dignitaires de l'glise. Pendant sa longue
carrire, le bon vque ne dmentit jamais, par aucune action, par
aucune parole, ce glorieux tmoignage de l'affection du grand homme; son
diocse lui voua un vritable culte, et Cambrai l'adorait. Un jour, en
1829, le bruit se rpandit que M. Belmas avait le projet de quitter ses
ouailles et le se retirer dans le Haut-Languedoc, o il tait n.
Aussitt toute la ville inquite alla le trouver, le suppliant de ne pas
causer cette douleur de sa retraite et de son dpart  sa chre ville de
Cambrai; il y eut des supplications, il y eut des larmes; si bien que
l'excellent vque ne put rsister  ces tmoignages unanimes d'une
affection cordiale, Eh bien! dit-il, plein d'une vive motion, je
mourrai au milieu de vous. Il a tenu parole, et mourut dernirement 
Cambrai, regrett et bni.

Une nice de M. Belmas, mademoiselle Donat, a eu l'ide pieuse de
consacrer la mmoire de son oncle par une oeuvre d'art, qui pt tre
acquise aisment par les nombreux amis qu'il possdait et par les
citoyens de Cambrai qui gardent chrement le souvenir de ses vertus. Une
mdaille vient d'tre frappe dans cette intention; elle reprsente, sur
la face, le portrait de M. Belmas, tte fine et bienveillante; de
l'autre, les insignes de sa dignit. Mademoiselle Donat a command cette
mdaille  ses frais; et, en femme distingue, qui comprend combien la
beaut du travail donne du prit  un pareil hommage, elle a choisi pour
l'excuter M. Depaulis, notre habile graveur, lequel y a mis toute la
conscience et toute la puret de son rare talent.--Allons, artistes et
potes, voil qui est bien! Un grand homme est mort, ou bien un pieux
vque descend dans la tombe; toi, monte ta lyre; loi, prends ton burin
ou ton pinceau; chantez la gloire et consacrez la vertu! Quel plus bel
usage peut-on faire de la corde harmonieuse et de l'ternel airain?

Il y a, au Gymnase, un acteur du nom de Delmas; l'vque du Cambrai
tait son oncle; toutefois, pour ne pas trop compromettre l'vangile
avec le vaudeville, le comdien a chang la premire lettre de son nom
et mis un D  la place du B. Delmas est un honnte homme et un honnte
acteur; il est probable que le jour o il aura rempli son dernier rle
ici-bas pour aller, dans l'autre monde, rejoindre son brave oncle,
l'vque de Cambrai ne fera pas le rigide, et que Belmas tendra la main
 Delmas et lui donnera sa bndiction. Branger est de cet avis.

Comment de Cambrai sommes-nous arrivs au Gymnase et d'un vque 
comdien? Quoi qu'il en soit, nous y voici, et autant vaut profiter de
l'occasion pour annoncer l'abdication dfinitive de M. Delestre-Poirson,
directeur; les batailles livres par M. Delestre-Poirson aux auteurs
dramatiques ont fait assez de bruit depuis longtemps, et le Gymnase a
pay trop rudement les frais de la guerre, pour qu'on n'apprenne pas
avec plaisir que cette retraite de M. Poirson va faire refleurir la
paix; ce n'est pas prcisment une paix  tout prix, mais une paix du
prix de trois cent et quelques mille francs que M. Poirson-Delestre
recevra pour panser ses blessures; beaucoup se gurissent  moins.

Le successeur de M. Poirson s'appelle M. Montigny; il est directeur du
thtre de la Gaiet, je crois, o il fait jouer force mlodrames; je ne
sais mme si, de temps en temps, il n'en compose pas pour son propre
compte; c'est un homme complet, comme on voit. M. Montigny possde-t-il
une eau merveilleuse pour rendre la sant aux malades? a-t-il dcouvert
une pondre de Perlimpinpin pour ressusciter les morts? Cela est 
dsirer, et lui servirait dans la circonstance; si le Gymnase n'est pas
tout  fait mort, en effet, en vrit il est bien malade. Mais il y a de
la ressource; les auteurs proscrits vont revenir au bercail, et M.
Scribe a promis de faire des vaudevilles pour fconder de nouveau le
terrain; et quel thtre ne runit pas quand M. Scribe s'en mle? Il est
vrai que le Gymnase est le thtre de ses premires amours, et que les
premires amours ne se recommencent gure ou se recommencent mal.

--Ce pauvre M. Kirsch ne s'est pas dcourag; il a tent une seconde
ascension; mais cette seconde aventure n'a pas mieux russi que la
premire; un coup de vent est survenu et a jet le ballon  bas. M.
Kirsch s'est livr  un violent dsespoir; c'tait  faire piti.
Pourquoi, en effet, un coup de vent, qui vient l tout exprs miner une
esprance? Jusque-l, le ciel s'tait montr calme et clment; le jour
tait magnifique; le soleil clatait splendidement dans l'azur; il n'y a
eu qu'un seul coup de vent dans la journe, et c'est ce pauvre M. Kirsch
qui l'a reu  bout portant, ce vent contraire n'aurait-il pas aussi
bien pu souffler un quart d'heure avant ou un quart d'heure aprs? Heur
et malheur! Tandis que M. Kirsch chouait, d'autres, peut-tre au mme
instant, lanaient leur ballon gonfl du vent de la vanit et de la
sottise, et allaient aux nues! Choisir le vent, avoir le vent pour soi,
c'est le secret de bien des ascensions et de bien des renommes, de
beaucoup de ballons et de fortunes.--Enfin la troisime tentative de M.
Kirsch a russi; on annonce que le vent lui a t favorable mercredi
dernier.

--Mademoiselle Djazet vient de perdre sa mre, ge de quatre-vingt six
ans passs, ce qui n'annonce pas que Frtillon soit tout  fait dans son
printemps. Le convoi de cette bonne femme, qui avait eu l'honneur de
concevoir et de mettre au monde une des plus spirituelles, des plus
clbres, des plus adores, des plus populaires actrices de ce temps-ci,
avait attir une foule considrable d'artistes de toute espce, de
directeurs de thtre et de comdiens. On dit mademoiselle Djazet
trs-profondment afflige de la mort de sa vieille mre; c'est que
Frtillon a du coeur, Frtillon est une bonne fille de toutes manires.

--On a fait grand bruit, ces jours derniers, d'un certain aigle noir qui
s'est montr tout  coup dans le ciel parisien. L'aigle, dployant ses
ailes, planait sur la ville immense; et tous les regards, surpris, de le
regarder. D'o vient-il? Est-ce un prsage? On a fini par dcouvrir
que l'oiseau merveilleux s'tait tout simplement chapp de la maison de
M. Vairmaire, rue de Grenelle-Saint-Honor, o on le tenait en cage.
Cependant l'aigle ne s'est pas laiss reprendre il jouit de sa libert,
il se nourrit aux frais de la ville du Paris. L'autre jour il s'est
abattu sur un chien, dans la rue Mouffetard, et en a fait son djeuner,
ou peu s'en faut,  la barbe de la foule bahie; et hier le
_Constitutionnel_ l'a dcouvert au dessus des tours de Notre-Dame,
soupant avec un corbeau. Sous l'empire, personne n'aurait fait attention
 cet aigle, nous en avions tant! Mais aujourd'hui que tant de poulets
d'Inde passent pour des aigles, on s'tonne de voir par hasard un aigle
vritable.

--L'Angleterre possde en ce moment un nain extraordinaire surnomm
Tom-Thumb ou Tom-Pouce. Ce nain se montre partout. Un journal anglais
prtend que Tom-Thumb fait dix mille francs de recette par semaine, tant
la curiosit publique est, en ce moment, excite  son profit. Il est
vrai que la reine Victoria raffole de Tom-Thumb et s'en divertit
beaucoup. La ville prend l'exemple de la cour, les valets imitent le
matre, les sujets singent le souverain: de l le succs de Tom-Thumb.
Mais que demain S. M. Victoria se lasse du nain et s'amuse d'un gant,
adieu mon pauvre Tom-Thumb; Goliath aura la chance, et le nain sera
honni.--Tom-Thumb est attendu le mois prochain  Paris; nos nains
politiques et littraires lui prparent une rception fraternelle et
digne de sa petitesse.

Duprez est revenu de Londres passablement charg de bank-notes: il se
promenait triomphalement hier dans sa calche, par le plus beau soleil
du monde.

--M. Raoul, clbre fabricant de lunes, vient de mourir; c'tait un
industriel trs-ingnieux et d'un grand mrite; ses lunes avaient une
rputation europenne; le serpent de l'envie avait cherch vainement  y
mordre.

--L'Acadmie Royale de Musique prpare un opra nouveau: _Richard en
Palestine_; la musique est de M. Adolphe Adam, qui voudrait bien tre de
l'Institut, et fait, pour cela, claquer le fouet du _Postillon de
Longjumeau_. M. Adam finira par arriver au relais.

--Le bruit court de la prochaine ouverture,  la salle Ventadour, d'un
thtre espagnol. On prtend qu'Espartero en est le directeur; mais on
prtend tant de choses!

Et cependant, allez au jardin des Plantes respirer le parfum des
amandiers en fleur.



Salon de 1844.

3e article.--Voir t. III, p. 33, 71, 84 et 103.

Notre collaborateur M. Bertall a fait sa revue pittoresque. Une petite
vacance a eu lieu pour le Salon, vacance chre  beaucoup d'artistes,
pendant laquelle ils crivent  M. le directeur afin d'obtenir _une
meilleure place_, comme si la justice de leurs rclamations pouvait leur
donner droit  les voir accueillir. La vacances finie; quelques uns se
rjouissent; on les a mieux placs. D'autres se lamentent plus encore
que lors des premiers jours de l'exposition: on les a mis dans un jour
faux, on leur a donn une mauvaise trave; M. le directeur, par amiti,
leur a jet le pav de l'ours. Le public voyait peu leur oeuvre, et,
depuis qu'ils ont rclam, le public ne la voit plus du tout.

Les changements rcemment oprs dans la disposition des tableaux n'ont
fait que doubler notre tche,  nous: une heure, au moins, nous avons
err, cherchant nos noms bien connus, sans les trouver, cherchant, sans
les dcouvrir, des oeuvres qu'avaient signales nos confrres. Pauvre
critique! quel dsappointement n'a pas t le tien! Et cependant les
innovations sont peu nombreuses.

Le lecteur n'a pas besoin d'tre clair  ce sujet, et s'il nous
prenait fantaisie de lui en faire part, sans doute il nous adresserait
la phrase terrible: Avocat, passez dluge;--critique, ne vous rptez
pas. Reprenez la promenade  l'endroit o nous nous sommes quitts. Rien
de moins, mais rien de plus. Or le public a tant d'erreurs, tant de
pchs, tant d'omissions  nous pardonner, que nous nous garderons bien,
pour si peu, de l'indisposer.

Avant d'aller rendre visite au portrait de M. Pasquier, arrtons-nous
devant l'oeuvre de M. Jadin. Si nous considrions les peintures de M.
Jadin comme des tableaux, au lieu de voir en eux des panneaux
d'appartement, nous serions en droit d'tre un peu svre  l'gard de
ce peintre. Mais nous les prenons comme il nous les donne. Le panorama
d'une chasse se droule devant nos yeux. D'abord voici le portrait
authentique et collectif de _la meute_, appartenant  M. le comte Henri
Greffullie; puis voici _le Rendez-vous_, auquel personne ne manque. _Le
Hallali_ est la mise en scne d'un fait rcent; un sanglier forc charge
le cheval de M. le prince de W.... Enfin, _la Course aux lvriers_ est
vive et trs-mouvemente.

Cette srie de panneaux, envoys cette anne au Salon par M. Jadin, a de
l'intrt pour tout le monde: qu'on juge de la joie qu'prouvent les
chasseurs en la regardant! Comme ils prennent avidement connaissance de
cette histoire peinte d'une chasse! Il y a tel pisode, reproduit par M.
Jadin, qui a le pouvoir de rappeler aux amateurs un dbch qui date de
vingt ans. _Ralph et Zeph_, lvriers  l'entranement, sont deux
portraits fort ressemblants sans doute. Ce dont il faut savoir gr  M.
Jadin, c'est de sa facilit  grouper chasseurs, batteurs de bois,
chiens et gibier. Nous le rptons, son envoi se compose de panneaux, et
comme panneaux ils sont assez termins.

Nous sommes maintenant devant l'oeuvre de M. Horace Vernet, devant le
portrait de M. le chancelier Pasquier, qui est, sans contredit, une des
plus remarquables oeuvres du Salon.

A quoi bon parler de l'habilet avec laquelle ce portrait est peint? M.
Horace Vernet  une rputation telle, qu'il suffit de nommer ses
tableaux pour que le public sache  quoi s'en tenir sur leur mrite. Le
portrait de M. Pasquier brille par la ressemblance, par le naturel de la
physionomie, par la dignit simple de la pose: le grand chancelier,
revtu du son grand costume, est occup  dpouiller le scrutin.

Non loin du portrait de M. le chancelier Pasquier, se trouve le portrait
d'une autre sommit parisienne peint par une autre sommit dans les
arts. Nous voulons parler du portrait de M. Rambuteau, prfet de la
Seine, par M. Henri Scheffer, oeuvre large, svre et consciencieuse,
comme sait les faire l'auteur de _Charlotte Corday_. Le portrait de M.
Jourdan, par le mme, a une valeur gale sous le rapport de l'art, et
plat moins comme ressemblance.

Les trois portraits de M. Alexis Prignon ont en, et devaient avoir un
immense succs, car il est difficile de peindre avec plus de charme et
plus de got; celui d'un lve de l'cole Polytechnique, par M. Pichon,
est un des meilleurs du Salon; ceux de M. Lon Viardot appartiennent 
la bonne cole; ceux de M. Charlier prouvent chez l'auteur une grande
habilet et beaucoup de savoir-faire dans les ajustements. Quant au
portrait de M. V. de la Pelouze, par M. Uzanne, nous le reproduisons 
deux titres: il est bien peint, et fait connatre  nos lecteurs un
homme qui a tenu pendant vingt-cinq ans un rang honorable dans la
presse: l'ancien directeur du _Courrier franais_, le collaborateur et
l'ami de Chtelain.

[Illustration: Portrait de M. Pasquier, chancelier de France, prsident
de la Chambre des Pairs, par M. Horace Vernet.]

Madame Eugnie Grn, dans son portrait de M. A... G... a dploy une
grande habilet de pinceau, ainsi que dans sa _Tte d'tude_, place
sous le n 863. Enfin, les onze portraits-miniatures de M. Maxime David
ont droit  l'attention des connaisseurs.

Il nous souvient de Montaigne visitant la tasse, qui obtint un grand
succs dans une des expositions prcdentes; cette oeuvre fit jeter les
yeux depuis sur tout ce qui est sorti de l'atelier de M. Louis Gallait.
Eh bien! nous avons peine  le reconnatre cette anne, tant son envoi
est infrieur  ce qu'on peut attendre d'un peintre qui a fait ses
preuves. La _Prise d'Antioche par les Croiss_ est une toile  effet, et
qui ressemble beaucoup trop  un cinquime acte d'opra; au reste, rien
n'gale la verve avec laquelle elle est compose, le dsordre est au
comble parmi les musulmans. Deux pendants, _Bonheur_ et _Malheur_, n'ont
pas un mrite gal. Le _Bonheur_, c'est--dire la mre heureuse
regardant jouer ses enfants et paraissant possder tous les biens que la
fortune et la sant peuvent donner, est d'un coloris conventionnel, d'un
dessin faiblement tudi. Le _Malheur_, reprsent par une jeune femme
presque en haillons mettant ses enfants  peine vtus sous la protection
de la croix, est bien suprieur au pendant, quoique peint dans le mme
genre; la tte de la mre a une expression poignante qui saisit. Dans le
salon carr, le portrait de M. Dubois est parfaitement peint. Que M.
Louis Gallait nous pardonne notre svrit; nous savons quel est son
talent, et voil pourquoi nous exigeons davantage.

Deux frres, MM. Achille et Lon Benonville, ont expos, et obtiennent
un succs gal.

Le premier s'est inspir de ces beaux vers d'Andr Chnier sur
l'infortune d'Homre:

                                         Et sur une pierre
        S'asseyait; trois pasteurs, enfants de cette terre,
        Le suivaient, accourus aux abois turbulents
        Des molosses; gardiens de leurs troupeaux blants.
        Ils avaient, retenant leur fureur indiscrte,
        Protge du vieillard la faiblesse inquite
        Ils l'coutaient de loin, et s'approchant de lui...

Comme le pote, le peintre a t bien inspir, et il a envoy de Rome un
beau paysage historique, compos et rendu avec bonheur, notamment sur
les premiers plans; une certaine uniformit d'excution fait seule tort
 l'ensemble du tableau. _Homre abandonn dans l'le de Sicos et
accueilli par des bergers_ est une oeuvre qui honore le jeune laurat de
l'Institut. Le _Souvenir de la valle de Narni_, par le mme, seul
beaucoup moins l'cole que le paysage d'_Homre_, et nous fait esprer
que M. Achille Renouville possde une vritable originalit.--Son frre,
M. Lon Renouville, a expos une _Esther_ remarquable en tous points,
d'une couleur brillante, d'un dessin habile.

Un autre laurat de l'Institut, M. Jean Murat, mrite nos loges pour
ses _Lamentations de Jrmie_, tableau o se remarquent des qualits de
premier ordre et de malheureux dfauts. Il est inutile de s'appesantir
sur ce tableau expos dj aux Beaux-Arts; c'est bien le peintre
d'_Agar_ qui l'a compos. Allez dans la galerie des gravures: _Agar dans
le dsert_, grav avec talent par M. Alexandre Manceau, vous prouvera
que M. Murat pche sous le rapport de l'imagination, mais que son dessin
est d'une puret extraordinaire.

Que reprocherons-nous  MM. Schopin, mile Signol, Serrur et Gosse?

A M. Schopin, son _Don Quichotte et les Filles d'auberge_, qui manque de
caractre autant que sa _Virginie au bain_, autant que ses deux sujets
sur _Manon Lescaut_, autant que ses deux sujets sur _les Mystres de
Paris_. Certainement, M. Schopin a de l'habilet et du faire; mais il
ressemble  ces acteurs qui sont toujours les mmes. Quel que soit le
sujet qu'il traite, ses moyens ne changent jamais. Les deux sujets de
Manon Lescaut, traits par M. douard Schwind, ont des qualit plus
relles que ceux de M. Schopin.

A M. mile Signol, ses deux portraits historiques, qui ne nous
permettent pas de croire que son talent soit multiple et puisse briller,
notamment  peindre des chevaux. Le _Portrait questre de Godefroy de
Bouillon_ et le _Portrait questre de saint Louis_ sont des toiles de
genre, moins la grce et l'agrment. Les deux autres portraits non
questres de M. mile Signol nous plaisent davantage!

A M. Serrur nous ne reprochons que l'insuffisance de verve, car son
_Dvouement d'un bourgeois d'Abbeville_ renferme d'excellentes parties.
Le fait qu'il a traduit sur la toile est une des plus belles pages de
l'histoire de la bourgeoisie en France. Les Anglais s'taient empars
d'Abbeville; un bourgeois, nomm Ringois, refusa de les aider  dominer
ses concitoyens: il fut enlev et conduit, charg de chanes,  Douvres.
On le plaa sur le parapet d'une tour qui dominait la mer.
Reconnaissez-vous pour votre matre douard III? lui cria-t-on.--Non,
rpondit Ringois, je ne reconnais pour matre que Jean de Valois. Il
fut jet la mer. M. Serrur a rendu cet pisode avec talent; mais
pourquoi ses groupes ne sont-il pas poss avec plus d'assurance;
pourquoi sa couleur n'a-t-elle plus de brillant? La _Contemplation_ fait
honneur  M. Serrur.

A M. Gosse nous souhaiterions plus d'ampleur dans la manire, et on
pourrait alors l'appeler le Casimir Delavigne de la peinture. Les
oeuvres du pote ont souvent t par lui traduites en tableaux. Un jour,
nous avons aperu les _Enfants d'douard_; un autre jour,  l'ouverture
du Salon de 1844, nous voyons Louis XI aux pieds de saint Franois de
Paule.

[Illustration: Portrait de M. de Rambuteau, par M. Henri Scheffer.]

[Illustration: Portrait de M. Valentin de la Pelouze, directeur de
l'ancien _Courrier Franais_, par M. Uzanne.]

Ce dernier tableau est bien compos, et rempli de dtails
consciencieusement peints. _Matre Adam et le prince de Gonzague_ est un
intressant pisode agrablement rendu. La femme de matre Adam, en
introduisant le prince auprs de son mari, plus occup de ses vers que
de son travail, lui dit: Voyez, monseigneur,  quoi mon paresseux de
mari s'amuse au lieu de travailler.--Ingnieuse moiti! Ton paresseux de
mari s'occupait  faire ses fameuses chevilles. Le portrait expos par
M. Gosse est remarquable; c'est tout ce que nous en pouvons dire.
Justice vient d'tre rendue tardivement  M. Thophile Blanchard; un de
ses paysages vient d'tre plac dans le Salon dor. Nul, plus que cet
artiste, ne sait donner une ide de la nature dans ses plus simples
comme dans ses plus merveilleux aspects. La _Vue prise sur les bords de
l'Oise_ a des qualits sans nombre qu'obscurcissent  peine des dtails
parfois un peu ngligs. La _Vue prise  Noisy_ est d'un effet
saisissant. M. Blanchard appartient  cette cole de paysagistes qui ne
corrigent pas la nature par l'imagination, et qui ne manquent pas,
cependant, de la copier, en lui laissant sa posie et sa vigueur. Il en
est de mme de M. Eugne Lepoittevin pour les scnes animes. Jamais sa
verve ne s'puisera, du moins tout nous porte  le croire. Avez-vous vu
une _Embarcation (dite la poste aux choux) venant approvisionner un
poste de flibustiers sur la cte_? Y a-t-il quelque chose de plus
habilement touch, de plus spirituellement fait? Et le _Renseignement_
donc! Ce tableau fait plaisir, tout plac qu'il est  ct des Marilhat
et d'un Tony Johannot; c'est qu'il est plein de bonhomie, et que les
accessoires en sont charmants. _Les Fruits d'automne_ ne sont pas le
moins agrable des tableaux de M. Eugne Lepoittevin, qui tous ont un
air de parent que bien des gens appellent uniformit, et que nous
considrons comme le style. M. Lepoittevin a un talent fin, coquet et
facile; il fait un feuilleton en peinture, soit; mais qu'importe, s'il
amuse? O s'arrtera M. Achard? Personne ne le sait, et lui-mme moins
que le public peut-tre, tant ses tudes sont srieuses et suivies. Quoi
qu'on puisse dire pour dcourager les travailleurs, la rputation
rcompense tt ou tard les hommes dont les capacits sont relles. En
1840, personne ne connaissait M. Achard; en 1844 M. Achard est,  bon
droit, regard comme un excellent paysagiste. Trois vues et un paysage
forment son exposition. Les trois vues sont prises dans le Hameau de
Sainte-grve, ou aux environs. Il serait difficile de surpasser Achard
pour ce qui concerne les terrains et les collines rocailleuses, qu'il
peint avec une tonnante vrit. Une chose lui manque encore, c'est le
feuiller de ses arbres de premier ou second plan.

[Illustration: La Poste aux Choux, par M. Eugne Lepoittevin.]

Aucune vue n'a plus de charnu; que la _Vue gnrale du village de
Nazareth, en Galile_, par M. Alphonse Montfort.

[Vue gnrale du village de Nazareth, en Galile, par M. Alphonse
Montfort.]

Non-seulement la couleur en est bonne, mais encore le point de vue est
bien choisi. Le groupe d'hommes, de chameaux et de boeufs a du
mouvement, et, par-dessus tout, la lgret des tons dans le ciel, la
grce dans les lignes et la transparence de l'horizon font de ce tableau
une charmante page.

M. Marandon de Montyel a expos cette anne trois paysages, _Son
Souvenir du pays Vaud_ et son _Vieux chteau de Creceils_ sont de petite
toiles qui n'ajouteront rien  la rputation! de cet habile artiste,
mais la Cascade de Retie prs de Florence attire  juste titre
l'attention des connaisseurs. Cette nature pre et sauvage convenait
bien au talent nergique et austre de M. Marandon de Montyel. C'est un
tableau qui lui fait d'autant plus d'honneur qu'on y remarque encore des
progrs incontestables. M. Marandon de Montyel deviendra bientt, s'il
continue  marcher du mme pas, un de nos meilleurs peintres de
paysages.

Les Rives de l'_Albarine_, par M. douard Hostein, peuvent tre
regardes comme le plus beau paysage qu'il ait expos depuis longtemps,
soit pour la grandeur, soit pour le fini avec lequel il est fait. La
_Valle de la Sane_, et les _Rives de la Sane_, du mme peintre, sont
moins complets, sans tre indignes de son talent.--_Le Paysage_ de M.
Troyon a beaucoup d'air; c'est un des plus pittoresques endroits de la
fort de Fontainebleau. Le tableau appel _Dessous de fort_, et dans
lequel M. Troyon reprsente un chasseur tirant un canard sauvage, est
certainement rempli de beauts du premier ordre; mais la lumire n'est
pas lumineuse (qu'on nous pardonne ce plonasme qui fait comprendre
notre pense); le plan de gauche s'efface beaucoup trop.--_Un Village
des tats romains_, peint dans un genre tout  fait oppos, par M.
Sabatier, a de la grandeur et de l'air, quoique petit et bien rempli; le
_Site des Pyrnes_, dont la couleur est tout  fait charmante, n'a que
le dfaut d'avoir certains reflets roses qu'on ne s'explique pas.

On doit des loges;  madame Louise Strubberg, pour son Lac de
Retournemer (Vosges); cette artiste a profit des leons de M. Horace
Vernet, son illustre matre;-- mademoiselle Clmence Dimier, pour son
_Saint Jean crivant l'Apocalypse dans l'le de Patmos_, tableau d'un
style lev;-- M. Adrien Lain, garon de bureau au ministre de la
marine, pour ses _Naufrags_, sujet trait avec une vigueur remarquable,
et pour sa belle _Vue des environs de Marseille_. M. Lain pourra
devenir un peintre de mrite reconnu;-- M. J.-J. Champin, pour ses
grandes et magnifiques aquarelles, qui laissent loin derrire elles une
foule de paysages peints  l'huile;-- M. mile Lonele, pour son
Soutenir du lac de Guarda, plein de couleur, et o l'inexprience du
peintre est le seul dfaut;-- M. Paul Gourlier, pour ses deux paysages.
Son _Enfance de Bacchus_ est un beau tableau, o le feuillage est
seulement un peu trop dcoup; son _Paysage_ est charmant et d'une
largeur de composition  la Corot.

[Illustration: Cascade de Rouves prs de Florac (Cvennes), par M.
Marandon.]

Enfin, et pour ne pas oublier les aquarellistes et peintres de fleurs,
nous citerons des _Fruits_, jolie aquarelle de mademoiselle Amlie
Patal; le _Vase de fleurs et ananas_, de madame lisa Champin; deux
cadres de _Fleurs_, de madame Clmentine Thierry. Des noms de femmes se
trouvent presque seuls sous notre plume, mais notre conscience de
critique est sauve; nous mettons en ceci plus de justice encore que de
galanterie.



Acadmie des Sciences.

COMPTE RENDU DES TRAVAUX PENDANT LE DERNIER
TRIMESTRE DE 1843 ET LE PREMIER TRIMESTRE DE 1844.

(Voir t. I, p. 217, 234, 238; t. II, p. 182, 198, 343 et 594: t. III, p. 26 et 58.)

I.--Sciences mathmatiques pures.

Les communications relatives  la haute analyse deviennent chaque jour
plus nombreuses; nous ne pouvons mme pas les indiquer toutes ici. Il
nous suffira du citer les noms de MM. Cauchy. Liouville. Lain et
Chasles, comme ceux des membres ou des correspondants de l'Acadmie qui
ont contribu  enrichir les _Comptes rendus_ des rsultats de leurs
travaux. Nous avons vu, avec un plaisir que partageront sans doute tous
les amateurs de l'lgance gomtrique, M. Chasles poursuivre avec un
rare bonheur les incursions que ses mthodes lui permettent de faire sur
un terrain qui semblait n'tre abordable que pour les analystes. Ce
savant a trait par des mthodes purement gomtriques les questions
difficiles relatives aux primtres des lignes courbes, et il est arriv
 des rsultats fort curieux sur les proprits gnrales des arcs d'une
section conique dont la diffrence est rectifiable.

[Illustration.]

La _lemniscate_ est une courbe devenue clbre dans la gomtrie
moderne. Cette combe que nous reprsentons ici, a la figure d'un 8, et
est symtrique par rapport aux deux axes AH, CD. Elle est du quatrime
degr, et jouit de proprits fort curieuses: elle est quarrable, et son
contour peut tre partag gomtriquement en parties gales. Etudie
successivement par le gomtre italien Fagnano, par Euler, et par MM.
Gauss, Abel, Jacobi, Lejeune-Dirichlet, etc., elle a t le sujet d'un
mmoire de M. Liouville, qui a dmontr d'une manire gnrale que les
quations relatives  cette division du primtre se rsolvent par
radicaux.

Les acadmiciens peuvent tre utiles aux progrs de la science par un
certain genre de travail qui est essentiellement dans leurs
attributions, et, o ils peuvent du reste montrer autant de talent et de
profondeur que dans des mmoires originaux. Nous voulons parler des
rapports qui leur sont demands pour les communications faites 
l'Acadmie. Nous avons remarqu les rapports trs favorables de M.
Cauchy, sur des mmoires de haute analyse par M. Laurent, officier du
gnie, et par M. Cellrier. Nous avons trouv moins d'intrt, au point
de vue scientifique, dans le rapport du mme savant sur un jeune
sourd-muet qui possde une connaissance trs-tendue des sciences
physiques et mathmatiques. M. Lam a fait aussi un rapport
trs-approbatif sur un mmoire de M. Bertrand, relatif aux surfaces
orthogonales.

Parmi les mmoires adresss  l'Acadmie, nous citerons ceux de MM.
Catalan sur les surfaces dveloppables; de Saint-Venant sur une mthode
nouvelle d'interpolation applicable aux questions de physique et de
mcanique exprimentale; Bertrand, sur les surfaces orthogonales;
Wautzel, sur l'intgration des quations diffrentielles linaires, etc.

II.--Sciences mathmatiques appliques.

_Mcanique molculaire_.--Une note de M. Lamarle, ingnieur des ponts et
chausses, sur la flexion des pices charges debout, sera, conformment
aux conclusions d'un rapport de M. Liouville, insre dans le _Recueil
des Savants trangers_.

Quant aux travaux extrmement remarquables que M. de Saint-Venant, qui
est aussi ingnieur des ponts et chausses, a soumis au jugement de
l'Acadmie, et qui ont pour but le perfectionnement des parties les plus
importantes de la mcanique molculaire, en ce qui concerne leur
application  l'art des constructions, nous n'hsitons pas  les
regarder comme devant oprer une rvolution dans l'enseignement de nos
coles savantes. Il suffira du citer  l'appui de notre assertion les
conclusions suivantes du rapport de M. Cauchy:

Les divers mmoires de M. de Saint-Venant nous paraissent justifier
pleinement la rputation que cet habile ingnieur, qui a toujours occup
les premiers rangs dans les promotions  l'cole Polytechnique, s'est
acquise depuis longtemps. Nous les croyons trs-dignes d'tre approuvs
par l'Acadmie, et insrs dans le _Recueil des Mmoires des Savants
trangers._

_Astronomie_.-Nous avons regrett que les _comptes rendus_ officiels
n'aient fait qu'une brve mention des intressantes recherches
entreprises par M. Arago, dans le but de dterminer en nombres les
affaiblissements comparatifs qu'il faut faire subir au disque de Jupiter
et  ses satellites pour amener leur disparition, aussi bien que des
dernires observations faites  l'Observatoire relativement 
l'excentricit apparente du disque de Saturne, considr dans la
direction du petit diamtre de l'anneau.

Nous avons  numrer, parmi les communications astronomiques, celles
MM. Cauchy sur l'application du calcul des limites  l'astronomie; de M.
de Pontcoulant, sur la thorie de la lune; de M. Le Verrier, sur la
thorie de Mercure; de M. Bravais, sur la translation de notre systme
plantaire  travers l'espace; de M. Largeteau, qui a dress des tables
abrges pour le calcul des quinoxes et des solstices; de M. Mauvais,
sur la comte tlescopique dcouverte par lui, etc.

Notre systme plantaire vient encore de faire l'acquisition d'un nouvel
astre, pour quelque temps au moins. Nous voulons parler de la comte
dcouverte, le 22 novembre dernier, par M. Faye, jeune astronome attach
 l'Observatoire de Paris. Les premires observations n'taient pas
favorables  la dtermination de l'orbite,  cause de l'extrme lenteur
du mouvement apparent de la comte. Aussi remarquait-on de notables
diffrences entre les lments paraboliques calculs par deux habiles
astronomes, M. Valz, directeur de l'Observatoire de Marseille, et M.
Plantamour, de Genve.

Cependant  mesure que les observations se multipliaient, M. Faye
reconnaissait que la parabole tait compltement insuffisante pour
reprsenter la suite des positions que la comte avait occupes, et il
annona qu'il dterminerait l'orbite elliptique, aussitt que l'tat du
ciel permettrait, de suivre le nouvel astre dans des lgions
suffisamment loignes de celles o on l'avait d'abord aperu. M. Faye
s'attachait donc  multiplier des observations devenues extrmement
difficiles par la faiblesse de la comte, lorsqu'on apprit qu'un lve
de M. Gauss, le docteur Goldschmidt, avait dj calcul une orbite
elliptique en se servant d'une des observations de Paris et de celles du
1er et du 9 dcembre, faites  Altona. Les rsultats de ce calcul,
modifi d'abord par M. Faye, qui avait obtenu une plus grande
approximation, puis par M. Plantamour, et, en dernier rsultat, par M.
Goldschmidt lui-mme, sont les suivants, que nous avons essay de
reprsenter sur la figure ci-jointe.

S est le soleil; E T E' est l'cliptique o l'orbite terrestre, et les
points E, E' sont les quinoxes, c'est--dire ceux o la terre se trouve
le 21 mars et le 22 septembre. La comte dcrit autour du soleil une
ellipse A C B D, dont cet astre occupe un des foyers. Le plan de cette
ellipse ne concide pas avec celui de l'orbite terrestre: mais il ne
fait avec ce dernier plan qu'un angle de 11 21' 28", 4. La rencontre des
deux plans a lieu suivant la ligne D C, C est le _noeud ascendant_, D le
noeud descendant. Le mouvement de la comte est _direct_, c'est--dire
qu'il s'opre, comme celui de toutes les plantes, d'occident en orient,
suivant la direction B D A. La partie D A C de l'orbite marque en
pointill est au-dessous du plan de l'cliptique; la partie C B D
marque en trait plein est au-dessus.

[Illustration.]

La plus courte distance S A de la comte au soleil, ce que l'on appelle
la _distance prihlie_, a eu lieu le 17 octobre dernier. La longitude
du prihlie, o l'angle E S A, est de 49 44' 57", 9; la longitude du
noeud ascendant C, compte dans le sens D A C, est de 209 26' 7", 8.

En prenant pour unit la moyenne distance S E du soleil  la terre, on
trouve que la distance prihlie S A est de 4,6923773; que la distance
aphlie S B est de 5,8986733. Le grand axe A B de l'ellipse dcrite par
la comte est donc seulement 7 fois 6 diximes environ le rayon moyen de
l'orbite terrestre; le petit axe est G fois 5 diximes ce mme rayon;
l'excentricit ou plutt le rapport entre la distance du soleil au
centre de l'ellipse et le demi grand axe est de 0,5541125.

Le mouvement moyen sidral diurne est de 479",8125; et la rvolution
sidrale est de 2700,884, ou de sept ans et cinq mois environ.

Ces divers lments numriques sont parfaitement d'accord avec les
rsultats des observations directes.

Nous avons trac sur notre figure, en conservant leurs proportions, les
orbites _moyennes_ supposes circulaires des diverses plantes, Mercure
M, Vnus V, Mars M, les quatre plantes tlescopique t, Jupiter J.
L'espace nous a manqu pour complter l'orbite de Saturne S, et pour
tracer celle d'Uranus.

On voit que l'orbite de la comte est extrmement voisine de celle du
Jupiter  une longitude qui diffre peu de celle du noeud ascendant C.
La plus petite distance des deux orbites qui, nous le rptons, ne sont
pas dans le mme plan, est de 0.1199 en prenant toujours pour unit le
rayon moyen S E de l'orbite terrestre. Quoique Jupiter et la comte ne
se soient pas trouvs au mme moment en ces points les plus rapprochs
de leurs orbites, celle-ci n'en a pas moins d ressentir l'attraction
puissante de l'astre voisin, et on peut affirmer qu'elle a prouv du
graves perturbations qui ont altr la rgularit de sa marche
elliptique. On peut donc supposer que le nouvel astre prsente un cas
analogue  celui du la fameuse comte de Lexell, dont l'orbite
parabolique fut transforme par l'attraction de Jupiter, en une orbite
elliptique, et redevint plus tard parabolique par l'action perturbatrice
de la mme plante. C'est ce qui expliquerait comment on ne trouve, dans
les catalogues, aucune orbite qui ressemble compltement  celle de
cette comte  courte priode. C'est aussi pour ces divers motifs que
nous avons lev des doutes sur la dure de l'acquisition qu'a faite
notre systme plantaire.

III.--Sciences physiques et chimiques.

_Thermomtre_.--On connat les ingnieux instruments dont M. Walferdin a
enrichi la physique exprimentale depuis plusieurs annes. Ses
thermomtres  dversement et son thermomtre mtastatique sont des
appareils de haute prcision qui ont dj rendu des services notables
dans une foule de questions relatives  la physique du globe et  la
mtorologie. M. Person a entam, au sujet de la construction de ces
instruments, une discussion de principes et de priorit, qui nous parat
n'avoir pas t close en sa faveur.

_Communications diverses_.--MM. Pinaud, Masson, Choiselat et Ratel,
Gandin, etc., ont fait de nouvelles recherches sur la photographie. M.
Biot a continu ses belles recherches de physique optique, et M.
Becquerel ses travaux sur l'lectro-chimie.

_Hliostat de M. Silbermann_.--Le nouvel hliostat imagin par M.
Silbermann an et excut dans les ateliers de M. Soleil, est un
instrument fort remarquable, d'une construction nouvelle, qui a t le
sujet d'un rapport trs-approbatif de M. Rgnault.

Rappelons d'abord que l'on nomme _hliostat_ un instrument au moyen
duquel on parvient  maintenir dans une direction sensiblement
constante, un rayon solaire rflchi sur un miroir. Cette ncessit
d'obtenir un appareil m par un mouvement d'horlogerie qui maintienne le
rayon rflchi constamment dans la mme direction, se manifeste dans la
plupart des expriences d'optique, o l'on introduit le rayon par une
petite ouverture pratique dans le volet d'une chambre noire.

Farenheit, S'Gravesande et M. Gambey ont t les inventeurs d'hliostats
de diffrents systmes; et malgr la supriorit de celui qui est d 
M. Gambey, l'appareil de S'Gravesande se trouve encore  peu prs
exclusivement dans la plupart des cabinets de physique. Mais ce dernier
hliostat, mme aprs les perfectionnements qui y ont t apports par
Charles et par Malos, demande encore, dans son installation, des
ttonnements assez longs ou quelques calculs.

[Illustration.]

Le nouvel hliostat de M. Silbermann prsente les avantages de celui de
M. Gambey; mais la construction en est simplifie, le prix
considrablement moindre, et les rparations, devenant beaucoup plus
faciles, sont  la porte du premier horloger venu.

La figure que nous en donnons est emprunte aux _Annales de Chimie et de
Physique_, numro de mars 1844. mn est le miroir mtallique plan qui
doit rflchir dans une direction constante le rayon O H, tandis que la
position O I du rayon incident varie avec l'heure. On voit que ce miroir
est support suivant une ligne mdiane, par deux fourchettes articules
aux extrmits de cette ligue mdiane elle-mme. De dos, la queue af
normale au plan de ce miroir est perce d'une rainure dans laquelle se
meut constamment le sommet du quadrilatre articul acfd, quadrilatre
dont les cts dl, ac, pris sur les fourchettes de support, sont gaux.
Si donc on a orient l'instrument de manire que son axe P P et la
direction L R soient dans le plan du mridien, ce qui sera facile
lorsque l'on aura trac sur un plan horizontal la mridienne M M; que
l'axe P P soit dirig suivant l'axe du monde, ce qui n'offre pas plus de
difficult quand on connat la latitude du lieu, et qu'on emploie le
tube gradu I F; et qu'enfin le cercle de dclinaison J J' ayant t
pouss sous la ramure ii jusqu'au degr gal  la dclinaison actuelle
du soleil, on fasse tourner autour de l'axe P P' le cercle, la rainure
et l'aiguille e qui y est attach, jusqu' ce que cette aiguille marque
sur son cadran l'heure vraie du lieu; il est clair que le mouvement
d'horlogerie, plac dans l'intrieur de la bote H, fera tourner le plan
du miroir mn sans que la normale O N au centre O du miroir cesse de
diviser en deux parties gales l'angle I O R du rayon incident et du
rayon rflchi, et par consquent celui-ci aura bien la direction
constante L O R.

Un appendice, que nous n'avons pas indiqu sur notre figure pour ne pas
trop la compliquer, permet de vrifier favorablement si le rayon
incident a pris la direction convenable, il permet aussi de se passer de
la connaissance d'une des trois donnes; la direction du plan mridien,
l'heure vraie, la dclinaison.

En rsum, l'hliostat de M. Silbermann mrite de figurer dans tous les
cabinets de physique, et la modicit de son prix lui donnera accs dans
les collections des simples amateurs dsireux de rpter les plus
curieuses expriences de l'optique.

Communications diverses relatives  la chimie.--Ces communications ont
t si nombreuses que nous devons renoncer mme  les numrer. Nous
citerons seulement MM. Biot, Margueritte, Lewy. Persoz, Deville,
Souberan, Beaudrimont, Leblanc, Favre, Boullay, Cahours, Remy, Auguste
Laurent, Madagoti, etc., comme les auteurs des travaux prsents 
l'Acadmie.

M. Dumas a lu des rapports trs-favorables au sujet d'un travail de M.
Cahours sur l'huile volatile de _Gaultheria procumbens, et d'un mmoire
remarquable de M. Eugne Chevandier sur la composition de diffrents
bois et le rendement annuel d'un hectare de forts.

IV.--Gologie et minralogie.

On doit  M. lie de Beaumont une comparaison fort curieuse des
montagnes de la terre avec celles de la lune. M. le baron de Strantz,
tout en s'applaudissant de voir ses ides en accord avec celles de M.
lie de Beaumont, avait revendiqu la priorit pour une communication de
ce genre faite par lui  la Socit silsienne,  Breslau, en 1844; mais
M. de Strantz ignorait que le premier travail de M. de Beaumont sur ce
sujet avait t communiqu, ds 1829,  la Socit Philomatique.

M. E. Robert annonce qu'il a trouv dans les falaises de Saint-Valery de
Caux une espce d'ammonite. La prsence de ce fossile dans la craie
blanche est un fait curieux,  ct duquel on peut ranger la dcouverte
d'une hamite dans la craie  Hellemmes de Meudon, dcouverte due aussi 
M. Robert.

M. Dufrnoy a lu un rapport approbatif sur un mmoire de M. Rozet,
concernant les volcans d'Auvergne.

Un mmoire de M. Fournet, sur l'influence de la pression dans les
phnomnes gologico-chimiques nous a paru un des travaux les plus
intressants qui aient t prsents  l'Acadmie.

Nous citerons encore les tudes sur les terrains de la Toscane, et sur
les gtes mtallifres qu'ils renferment, par M, Murat; une note sur le
terrain jurassique de l'Aube, par M. Leymerie; deux mmoires de M.
Collegno, l'un sur les terrains secondaires du revers mridional des
Alpes, l'autre sur les terrains diluviens du revers mridional des
Alpes.

M. Dufrnoy a communiqu, un fait fort curieux relatif  une obsidienne
de l'Inde, qui a clat avec dtonation au moment o on la sciait. Il
est trs-probable que cette substance vitreuse avait subi  l'extrieur
un refroidissement brusque qui lui avait fait subir une mollification
molculaire analogue  celle des larmes bataviques.

(_La suite  un prochain numro._)



De l'Administration des Postes et de la Rforme postale.

L'administration des postes offre dans son organisation et son mouvement
une des plus intressantes tudes de la machine administrative de la
France. Les services que rend chaque jour cette administration, dj
bien grands sans doute, seraient augments dans une proportion
incalculable, et offriraient aux affaires et aux relations prives un
accroissement considrable d'avantages et de facilits, si la France se
dcidait enfin  entrer dans la voie, o l'ont prcde, non pas
seulement l'Angleterre, mais des puissances secondaires et des nations
que notre amour-propre national nous fait regarder comme  demi
barbares. De l'autre ct de la Manche, nous voyons ouvrir une
souscription en l'honneur et au profit de l'homme qui a eu le premier et
qui a su faire prvaloir l'ide de la rforme postale, qui cra un
journal pour en dmontrer l'utilit; et cette souscription  dix
centimes va lui constituer une magnifique fortune. Pour nous, nous
regardons faire, nous discutons, et ce n'est que quand les autres
nations, par cette importante amlioration et par toutes celles dont
elles nous donnent l'exemple, auront imprim tout son essor  leur
industrie, que nous nous dciderons peut-tre  prendre un parti qui ne
nous offrira plus alors d'aussi complets avantages, parce que nos
concurrents auront pour eux et contre nous toute l'avance que le temps
leur aura assure.

Prendra-t-on enfin cette anne un parti pour les chemins de fer? Sans
tre sceptiques, nombre de gens en doutent encore. En prendra-t-on un
pour la rforme postale? Une proposition qui pourrait tre amliore a
t prise en considration par la chambre des dputs, nanmoins
personne ne se flatte de la voir aboutir. Qui peut donc s'y opposer?
L'apathie, les habitudes prises, la crainte d'une rorganisation et de
ses fatigues, intrt priv, voil les causes vritables, mais que l'on
tait;--l'intrt du trsor, voil la cause sans fondement, mais que l'on
donne.

En 1839, le nombre total des lettres dans ta royaume-uni de la
Grande-Bretagne et dans ses colonies tait de 75,000,000. Malgr
l'augmentation des affaires commerciales et de la population, il tait,
sinon dans cette dernire aime, du moins dans la priode d'un certain
nombre des annes prcdentes, demeure stationnaire. On pouvait
attribuer cette absence de progrs, qui quivalait, au milieu du
mouvement des affaires,  une vritable dcroissance,  la fraude
presque toujours innocente et personnellement dsintresse que
commettent les voyageurs, dont le nombre, grce aux chemin de fer,
s'tait considrablement accru. La taxe d'une lettre tait gradue en
Angleterre de 20 c.  1 fr. 40 c. La moyenne tait d'environ 90
centimes. On comprend qu'il y avait quelque intrt  viter un droit
aussi lev.

M. Rowland-Hill n'hsita pas  penser que la substitution d'un droit
fixe  un droit variable et progressif, qu'un abaissement considrable
de la taxe, en mme temps qu'ils simplifieraient essentiellement le
service, qu'ils redonneraient la comptabilit  une sorte de compagnie,
et qu'ils augmenteraient les distributions, auraient aussi pour
invitable effet d'augmenter le nombre des lettres par une progression
sensible et rapide; et que les recettes, aprs avoir, sans nul doute,
subi une dpression considrable, se relveraient successivement et
arriveraient sans beaucoup attendre,  rendre le mme chiffre au budget,
ce dernier rsultat obtenu resteront en bnfices tout le produit de
l'augmentation considrable des transactions commerciales et profitable
pour l'tat auxquelles aurait ncessairement donn lieu un norme
accroissement de correspondance.

Le chiffre de 10 centimes fut adopt. Nous croyons savoir que M.
Rowland-Hill le trouvait trop bas; mais cette rduction radicale fut
dfendue par des personnages influents que M. Rowland-Hill avait
convertis  son systme, et qui l'avaient adopt avec tant de chaleur
qu'ils taient ports  le pousser plus loin mme que ne le demandait
l'auteur. Ainsi, moyennant 10 centimes, un lettre va de Londres dans les
possessions de l'Inde ou au comptoir de Chine et _vice versa_.

En 1840, premire anne de l'abaissement de la taxe, au lieu des
75,000,000 de lettres distribues en 1839, sous le rgime prcdent, on
en compta immdiatement plus du double:

        en 1840. . .    . . . 168,000,000
        en 1841. . .    . . . 196,500,000
        en 1842. . .    . . . 208,500,000
        en 1843. . .    . . . 228,500,000

Ce qui est remarquable, 'est que cette progression suit exactement,
anne par anne, la marche ascendante et successive qu'avait prvue M.
Rowland-Hill.--On comprend que malgr l'augmentation des lettres, dont
le nombre se trouve aujourd'hui plus que tripl, il y a une diffrence
fort sensible encore entre le produit d'une taxe de 10 cent., et celui
d'une taxe de 90. Mais l galement les prvisions et les calculs de M.
Rowland-Hill se trouvent compltement confirms par les faits. Il y a
donc confiance  avoir dans la srie de ses hypothses; et le jour qu'il
a prvu et annonc ne se passera probablement pas sans que l'quilibre
des chiffres ait t rtabli.

En France, la moyenne de la taxe des lettres est de 45 centimes;
celle-ci varie de 20 centimes  1 franc 20 centimes, laissant de ct
les lettres de commune  commune dans le ressort du mme bureau, taxes
 10 centimes, et les lettres de Paris pour Paris, taxes  15
centimes--. Souvent il faut y ajouter le dcime rural droit fixe de 10
centimes, quelque soit le chiffre du port principal.--Le tarif actuel
pour le transport de lettres est calcul pour onze zones successives.
Jusqu' 40 kilomtres, les lettres au-dessous du poids de 7 grammes et
demi paient 2 dcimes; de 40  80 kilomtres, 3 dcimes; de 80  150
kilomtres, 4 dcimes, et ainsi de suite. Au-dessus de 200 kilomtres,
la taxe est de 12 dcimes.--Quant au poids, la lettre au dessous de 7
grammes et demi paie port simple; de 7 grammes et demi  10
exclusivement, une fois et demi le port; de 10 grammes jusqu' 15, deux
fois le port; de 15  20 grammes, deux fois et demie le port, et ainsi
de suite, en procdant par une augmentation d'un demi-port par chaque
excdant de 5 grammes. La consquence de ce systme est d'exclure de la
circulation, par la poste du moins, les lettres lourdes, pour une
distance un peu considrable.

Avant d'exposer les motifs qui plaident pour la rforme postale, nous
allons donner une ide de la manire dont se fait le service de Paris.

Tous les habitants de Paris connaissent le bureau de la poste restante,
celui des chargements, et, pour les habitants des dpartements, ces
parties du service ne diffrent de celles qu'ils ont sous les yeux que
par un mouvement plus grand, une animation continuelle. Mais il y a, 
la direction gnrale des postes, bon nombre de portes sur lesquelles on
lit: _Le public n'entre pas ici_; et ce sont prcisment celles qui, en
s'entrouvrant, laisseraient voir le spectacle le plus digne d'attention,
le plus curieux. Elles se sont ouvertes pour nous, et nous allons
pouvoir faire assister notre lecteur aux oprations auxquelles donne
lieu, au mouvement que suit la lettre qu'il vient de jeter  la poste,
ou celle que le facteur va tout  l'heure lui apporter.

Toute lettre mise  une de ces nombreuses botes que l'administration a
rparties dans Paris, est,  l'heure de la leve, porte au bureau de
poste sur l'arrondissement duquel elle a t jete. L, sur toutes les
lettres apportes,  la destination de Paris et de la banlieue, est,
avant tout, appos le timbre qui indique l'arrondissement et l'heure de
la leve; sur toutes les lettres destines aux dpartements est appos
un timbre indiquant l'arrondissement et la date. On fait ensuite trois
paquets diffrents des lettres pour Paris, pour la banlieue et pour les
dpartements, trois natures de dpches sont au mme moments expdies
par tous les bureaux des arrondissements  l'administration centrale, et
transportes par les omnibus des facteurs.

A l'htel des postes, les dpchs pour Paris reoivent l'empreinte d'un
timbre portant _Paris_ et la date du jour, et d'un autre indiquant la
taxe de 15 centimes et l'heure de la distribution. La rapidit de cette
opration, dont la premire partie s'tend galement aux lettres
arrives des dpartements et de la banlieue, est vritablement
prodigieuse; on n'a eu cependant encore jusqu'ici recours  aucun moyen
mcanique; l'agilit et la dextrit de quelques employs exercs ont
suffi aux besoins du service, et ont satisfait  la clrit qu'il
exige.--Les lettres sont ensuite soumise au triage. Les paquets que les
voitures des facteurs, comme ceux que les malles-postes ont apports,
sont subdiviss, pour Paris, entre les neuf arrondissements que compte
la capitale; pour les dpartements et la banlieue, entre les diverses
routes que desservent les malles-postes, et les voitures de la
banlieue.--Vient ensuite la taxation, opration plus longue que toutes
les autres, et qui cependant doit tre excute dans un temps si court
que l'on s'tonne de la rapidit avec laquelle elle s'accomplit, et du
petit nombre d'erreurs auxquelles elle donne lieu.

Pour les deux destinations de la banlieue et des dpartements, le
travail, arriv  ce point, est complet et il ne reste plus, au moment
de l'expdition qu' envelopper chacun des paquets crire sa
destination. Pour les lettres de Paris, au contraire, reste encore 
effectuer une subdivision qui donne lieu  un des tableaux les plus
anims que l'intrieur d'une administration puisse offrir.

[Illustration: Triage des Lettres de Paris.]

Nous avons dit que lettres pour Paris avaient t dj t classes
entre les neuf arrondissements de poste. Il reste  subdiviser le paquet
norme de chacun de ces arrondissements entre les facteurs qui les
desservent. Ces dpches sont  cet effet montes dans un vaste
[illisible] sur la cour principale de l'htel des postes et [illisible]
sur la cour du fond. Neuf tables immenses y sont dresses, un bureau, o
sont assis trois inspecteurs, les domine. A ces neuf vastes tables,
viennent prendre place les facteurs des neuf arrondissements; leur
nombre, pour chacune de ces subdivisions, est de quinze au maximum; ils
sont sous la direction de deux chefs de brigade. Les dpches de
l'arrondissement entier sont remises  ceux-ci, qui en donnent
immdiatement une portion  classer  chacun des facteurs assis autour
de la table spciale au bureau qu'ils desservent, et ayant devant eux un
casier non couvert; chacun dpose dans son casier toutes les lettres du
parcours dont il est charg, et lance dans les casiers de ses camarades,
mme les plus loigns de lui, celles qu'en triant il reconnat tre
pour leur quartier. C'est un feu crois de lettres qui parfois
s'entrechoquent, de paraboles contraires que ces projectiles dcrivent
en mme temps, c'est la pluie d'un bouquet de feu d'artifice par lequel
les facteurs ne sont pas un seul instant distraits, mais qui offre le
spectacle le plus mouvant et le plus curieux  qui ne le voit pas, comme
eux se reproduire plusieurs fois par jour entre deux courses de deux ou
trois heures faites parmi temps de neige ou de canicule.

[Illustration: Triage des Lettres pour les Dpartements et l'tranger.]

[Illustration: Le Chargement de la Malle-Poste.]

Dans le courant de la journe, Paris a six distributions; la banlieue en
compte, plusieurs, variant en nombre selon la classification de petite
et grande banlieue; les dpartements en dehors de ce dernier rayon, que
l'tablissement des chemins d'Orlans et de Rouen a dj tendu au loin,
n'ont qu'un dpart. Un peu avant six heures du soir, les huit omnibus
destins  transporter les facteurs dans leurs arrondissements et  les
descendre, les uns aprs les autres, sur leurs parcours respectifs; les
tilburys de la banlieue, qui sont au nombre de treize, et les seize
malles-postes des dpartements se disposent  rouler vers leurs
destinations. Les malles-postes, atteles dans une arrire-cour
latrale, y reoivent, dans leurs caisses de dpches,  l'aide d'un
long conduit appel vomissoir, dont l'une des ouvertures est place 
l'tage suprieur, les paquets qu'elles doivent emporter. Ceci fait, et
six heures sonnant  l'horloge de l'htel des postes, les hommes de
service annoncent  haute voix, dans la cour principale, o attendent
tous les voyageurs qui vont monter dans les malles, la venue d'une de
ces voitures, qui ne dfilent que successivement. Aussitt les derniers
adieux s'changent; le voyageur est invit par les hommes de
l'administration  s'arracher lestement aux embrassements des siens, et
la sensibilit de ceux-ci est bientt distraite par la ncessit o ils
se trouvent de s'carter vivement pour faire place  une voiture de
facteurs ou  un tilbury de banlieue qui part en mme temps que le
voyageur attendri et regrett.

[Illustration: Intrieur de la grande cour de l'administration des
Postes.]

Revenons  la rforme.

[Illustrateur: Facteur de Paris.]

Une proposition a t faite  la chambre des dputs par un de ses
membres, M. de Saint-Priest; mais cette proposition, l'auteur l'a avou
lui-mme, n'est pas l'expression vraie de sa pense, de l'opinion qu'il
s'est forme par son tude de la question: c'est un moyen d'entrer en
matire, et celui qui lui a sembl le plus propre  ne pas soulever
immdiatement contre lui les partisans assez nombreux du droit
progressif. M. de Saint-Priest a propos deux zones et deux taxes, une
taxe de 20 centimes pour toutes les lettres qui ne franchiront pas un
espace de plus de quarante kilomtres, une taxe de 30 centimes pour
toutes les lettres qui auront une plus grande distance, quelle qu'elle
soit,  parcourir. Si nous voulions combattre cette proposition, nous ne
pourrions mieux faire que de puiser nos arguments dans le discours que
M. de Saint-Priest a prononc, sous prtexte de la dvelopper, et o il
n'a fait nanmoins que produire des considrations et fournir des
preuves en faveur d'un autre systme, le seul bon, le seul simple, le
seul pratique  notre sens, le systme de la taxe unique, qu'il s'est du
reste rserv de soutenir devant la commission charge de faire un
rapport sur son projet de taxe progressive.

La question de la rforme postale, l'auteur de la proposition l'a dit,
chez, nous se prsente comme question sociale, comme question de justice
en matire d'impt, comme question purement fiscale.

Comme question sociale, elle est digne de tout intrt. Nos soldats de
terre et de mer, en faveur desquels il existe un adoucissement de taxe
pour les lettres  eux adresses par leurs familles, en reoivent ainsi
600,000. Ce nombre est bien peu considrable, parce que la taxe est
encore trop forte; mais il est norme, si on le compare  celui des
lettres de la population ouvrire, bien autrement nombreuse cependant,
mais qui ne jouit pas de cette faveur. Trop souvent, a dit M. de
Saint-Priest, un pauvre artisan, attendait avec impatience des nouvelles
d'un enfant loign, est oblig de laisser une lettre  la poste, faute
de pouvoir la payer; car le prix d'une lettre est souvent pour lui le
prix d'une journe de travail; et comme pour ce malheureux il n'est
point d'avances, le prix d'une journe tant distrait de son emploi
ncessaire, la journe du lendemain est une journe sans pain. Les
familles plus aises elles-mmes, par suite de l'lvation de la taxe,
regardent souvent  correspondre; les rapports du fils avec le pre, de
la mre avec la fille, en sont rendus plus rares, et l'absent n'a rien 
y gagner en moralisation, Une socit, dit un auteur anglais, qui
rserve le bagne ou la prison  des commis infidles, et le dshonneur 
la fille qui a perdu le premier des biens, cette socit doit  sa
justice de multiplier, de faciliter par tous les moyens possibles ces
correspondances prservatrices de bien des erreurs, de bien des chutes,
de bien des crimes...

[Illustration: Facteur rural.]

Au point de vue de la rpartition de l'impt, la justice est viole par
la taxe actuelle, par toute taxe progressive. On a dit qu'il tait juste
qu'une lettre payt en raison des frais que son transport occasionnait:
eh bien! nous dclarons que la taxe qui existe aujourd'hui n'a point ce
prix, en quelque sorte, de revient pour base, et qu'il serait impossible,
quintuplt-on le personnel de l'administration des postes, d'arriver
jamais  une apprciation de ce genre, sans avoir  changer le lendemain
le prix qu'on aurait fix la veille, et qui se trouverait modifi par
une adjudication de tel ou tel service de transport faite  un prix plus
lev ou plus bas que prcdemment. Les zones tablies par
l'administration  l'aide d'un compas promen sur la carte sont une base
dtestable pour des calculs auxquels on n'en pourra jamais donner une
bonne. Vous avez d'abord ainsi des distances  vol d'oiseau qui ne vous
font pas tenir compte des courbes sans nombre qui sont dcrites pour se
rendre, par les roules royales, d'un point  un autre. Et puis, que
prouvent vos distances? est-ce que les plus loignes ne contient pas
souvent moins  desservir que des points trs-rapprochs? est-ce que
Marseille, qui donne en droits de postes 1,161,000 fr.  l'tat, ne lui
cote pas en ralit moins que le dpartement de l'Aube, qui ne produit,
que 235,000 fr.? Vous avez en France 1,800 entreprises de dpches: ne
sont-elles pas toutes  des prix ingaux pour les mmes distances, parce
que ces prix sont calculs sur les relations commerciales, sur le nombre
des voyageurs? Est-ce que vous n'avez pas, pour aller 
Brie-Comte-Robert,  six lieues de Paris, un service de dpches qui
vous est si onreux que si vous taxiez le petit nombre de lettres qu'il
transporte en raison de la dpense  laquelle elles vous entranent, le
droit  payer pour elles serait  coup sr beaucoup plus lev que la
taxe que vous devriez, en prenant l mme base, fixer pour les dpches
d'Orlans et de Rouen? Votre base est donc mauvaise: mais nous vous le
reprochons sans amertume, parce que nous reconnaissons qu'il ne peut pas
y en avoir une bonne. Dans le port que paie une lettre, moins d'un
sixime assurment peut tre regard comme lui tant impos pour sa
dpense propre. Tout le surplus est destin  faire face aux dpenses du
personnel gnral, des paquebots, au transport de la correspondance
administrative, qui est pour plus des trois cinquimes dans la
chargement des malles-postes. Or, est-il juste de payer plus pour tre
administr  Marseille qu' Chartres? Et, dans notre systme de
centralisation administrative, judiciaire, qui rend tous les rgnicoles
justiciables de la cour de cassation, du conseil d'tat, comme en une
autre occasion l'a fait observer M. le ministre des finances lui-mme,
est-il quitable que les frais d'un procs soient rendus plus
considrables parce que le plaideur sera plus distant du centre auquel
notre organisation a tout ramen?

Mais arrivons  la question fiscale. La perte, dit-on, que le trsor va
avoir immdiatement  subir est vidente, est facilement calculable,
tandis que la compensation que vous lui promettez est incertaine et
douteuse; or, en regard de cette compensation que vous ne sauriez
chiffrer, doit tre porte cette diminution de produits que M. de
Saint-Priest convient devoir tre de 8  9 millions, et que M. le
ministre des finances, lui, estime  12.--Il faut commencer par dgager
la question de ses accessoires. On est d'abord port  penser qu'un
accroissement considrable dans le nombre des lettres va amener une
augmentation correspondante dans le personnel et dans le matriel
roulant de l'administration des postes, et par consquent engendrer des
frais nouveaux; il n'en est rien. Les lettres taxes entrent pour fort
peu dans le chargement des malles, et elles seraient quadruples qu'il y
aurait tout au plus  restreindre les transports de complaisance qui y
sont aujourd'hui autoriss. Quant au personnel des directions, s'il
subissait un mouvement, ce serait plutt pour tre rduit que pour tre
accru. Qu'on se rende bien compte de la simplification de la besogne et
des oprations. Supposons une taxe fixe de 20 cent, avec tolrance de 10
grammes. Plus d'employs  la taxation des lettres; un affranchissement
presque gnral et opr presque constamment,  l'avance, sans le
concours d'employs,  l'aide de petites vignettes imprimes que
l'administration ferait vendre dans ses bureaux et qu'on achterait
comme on achte du papier timbr, par provision et pour les besoins 
venir; moins de comptables, puisque les oprations seraient presque
toutes rduites  une simple numration; moins de facteurs, car ceux-ci
n'ayant presque plus de comptes  faire avec les destinataires, dont les
lettres seraient, pour la plupart, affranchies, pourraient procder avec
beaucoup plus de rapidit  leur distribution.

L'augmentation porterait donc uniquement sur le nombre des lettres. Mais
elle est incertaine, nous dit-on, et si vous descendez  20 centimes la
taxe de chaque lettre, dont la moyenne est aujourd'hui de 45, il vous
faudra arriver  un nombre une fois et un quart plus considrable pour
que le budget ne soit pas en perte.--Ceci est trs-vrai, mais ce qui ne
nous le parat pas moins, c'est qu'en bien peu de temps cet quilibre
sera rtabli, et que, bientt aprs, le budget des recettes y trouvera
son profit, non pas seulement par les transactions de toute espce qui
se convertissent pour lui en droits  percevoir et auxquelles une
correspondance commerciale plus active donnera lieu, mais par
l'augmentation mme du produit des postes. Que se passe-t-il en effet
aujourd'hui? Une distance de vingt myriamtres donne 61 millions de
lettres, tandis qu'une distance de cent myriamtres, c'est--dire une
tendue qui forme les quatre cinquimes du territoire, n'en donne que 19
millions. N'est-il pas vident que si les relations sont plus frquentes
entre les dpartements plus rapprochs, il faut nanmoins chercher, pour
expliquer une disproportion aussi norme, une autre cause, et qu'on la
trouve doits l'lvation des tarifs? C'est, comme on l'a dj dit, une
sorte de douane prohibitive entre les dpartements loigns; c'est une
barrire qu'il faut abaisser.

Avec une taxe fixe et modre, les 61 millions de lettres seront bien
augments encore. Mais nous prdisons aux 19 millions une multiplication
immdiate et norme. Le rapport de ces deux chiffres est la plus forte
preuve que cette confiance est bien fonde.--D'ailleurs l'administration
estime  50 millions le nombre des lettres qui sont portes en fraude et
soustraites  la taxe; l'lvation du tarif n'en est-elle pas la seule
cause, et son abaissement ne ferait-il pas rentrer la presque totalit
de ces dpches dans les botes des bureaux?

M. le ministre des finances, M. le directeur gnral des postes, se sont
fait dlivrer des lettres par MM. les banquiers du Lavis, attestent
qu'ils crivent aujourd'hui toutes les lettres qu'ils ont besoin
d'crire, et que la taxe serait considrablement abaisse, qu'ils
n'criraient pas une lettre de plus. Donc, a-t-on dit, les lettres
commerciales entrant dans la correspondance pour prs des sept
huitimes, si elles n'augmente pas, l'augmentation due aux rapports de
famille sera insensible, et improductive. MM. Lacave-Laplague et Conte
se sont-ils abuss ou ont-ils voulu l'tre? C'est aux banquiers qu'ils
se sont adresss pour avoir ce bon billet. Ne savent-il donc pas que les
ports de lettres levs sont une source de profit qui n'est pas sans
importance pour quelques-uns de ces messieurs? Si dix personnes donnent
chacune  tel banquier de Paris un effet  encaisser  Perpignan,
celui-ci expdie les dix effets  son correspondant par une seule et
mme lettre, et n'en fait pas moins payer dix fois 2 fr. 20 c. pour
l'alle et le retour de la correspondance. En vrit, ce jeu n'en vaudra
plus la peine quand on ne pourra plus compter que des ports de 20
centimes. Les banquiers savent bien aussi que le jour o la rforme
s'introduira  la poste, les conditions crasantes pour les envois
d'argent, tablies  leur instigation et dans leur intrt, seront
compltement changes. Les consulter sur des abus dont ils profitent,
c'est attendre d'eux une bien grande abngation, si ce n'est pas en
esprer des tmoignages en faveur d'un tat de choses qu'on sait bien
tre vicieux, mais qu'on ne se sent ni la force, ni le courage, ni mme
le dsir de modifier. Esprons que la Chambre, qui a repouss les
conclusions du ministre, et qui a pris, malgr lui, en considration la
proposition de M. de Saint-Priest, se livrera  une enqute plus
srieuse. Que le commerce de Paris, ville de fabrique, de Paris,
entrept, que la librairie, que les ngociants commissionnaires soient
consults, et nous sommes bien convaincus que tous seront unanimes 
dire qu'il est de l'intrt des affaires, comme il est de l'honneur du
pays, que nous ne diffrions pas plus longtemps d'introduire chez nous
une amlioration dont dj ont su profiter,  des degrs diffrents,
l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse, la Russie, la Bavire, le
grand-duch de Bade, la Sardaigne et la Lombardie.



Le dernier des Commis Voyageurs.

(Voir t. III, p. 70, 86, 106 et 118.)


V.

RVLATIONS.

Dix jours aprs ce drame ml de mystre, Potard faisait son entre 
Dijon, et en foulait le pav d'un pas rveur et mlancolique, comme un
tre marqu du sceau de la fatalit. En apparence, il tait, rendu aux
affaires; en ralit, il appartenait  des obsessions qu'il ne pouvait
vaincre. Le mme voile pesait toujours sur son intrieur; il avait
quitt Lyon sans que rien ft clairci; il avait d fuir devant une
trahison impntrable et un silence obstin. Aussi et-il t difficile
de reconnatre le joyeux troubadour dans cet homme affaiss, triste,
amaigri, qui se transportait de comptoir en comptoir, de magasin en
magasin, pour y faire machinalement des offres de service. Plus de
verve, plus d'ardeur: Potard allait en tourne comme un vieux soldat va
au feu, par devoir, mais sans lan, presque indiffrent au succs ou aux
revers, en proie  un dcouragement, incurable. Il ne savait plus
prendre parti ni pour la cannelle ni pour le cacao, laissait insulter
ses propres chantillons et leur abandonnait le soin de se dfendre.

Ce qui le jetait dans cet accablement, c'tait le dpit de ne savoir 
quoi se rattacher, ni  qui s'en prendre. On a vu d'intrpides soldats,
qui avaient fait leurs preuves sur les champs de bataille, contenir mal
leur trouble en face d'ennemis invisibles et de dangers mystrieux.
Potard tait dans ce cas: une catastrophe relle l'et affect moins
profondment que le malheur insaisissable dont il semblait tre le
jouet. Cette lutte avec des fantmes l'exasprait; sa colre, sans objet
et sans issue, se retournait contre lui et le livrait aux dsordres
d'une concentration violente. Faute de pouvoir dvorer quelqu'un, il se
sentait dvor lui-mme; il s'agitait, il se consumait peu  peu sous la
tunique ardente du soupon, triste fruit de sa surveillance. Jusqu' ce
que sa haine pt s'attaquer  un tre vivant, il tait oblig d'en
contenir l'essor et d'en essuyer les ravages.

Dans ses courses au sein de la ville, Potard avait  parcourir l'une des
rues qui conduisent  l'glise de Sainte-Bnigne. L, presqu'au tournant
de la place, le voyageur s'arrtait parfois en face d'une maison avec
boutique au rez-de-chausse. Un mercier l'occupait alors, et se
drobait, par la nature de ses attributions,  la comptence de Potard;
mais, sur la faade extrieure, des vestiges mal effacs attestaient que
cette demeure n'avait pas toujours t livre aux cheveaux et aux Y de
la mercerie. Deux pains de sucre trs-distincts, quoique souills par le
temps, et ces mots lisibles encore: _Fabrique de moutarde_, rvlaient
une autre priode d'exploitation et une existence antrieure o
l'picerie et la droguerie avaient rgn sans partage sur ce pignon.
Sans doute le voyageur se reportait  ces souvenirs, quand il adressait
 la vieille enseigne des regards attendris et douloureux. On et dit
que dans cette contemplation muette il cherchait une diversion aux
combats du son me et  l'amertume qui l'inondait. Ce fut l qu'un jour,
 la suite, d'une petite sance d'motions, il rencontra douard
Beaupertuis, qui dbouchait prcisment de la place de Sainte-Bnigne.

Le troubadour ne nourrissait alors contre douard aucune espce de
dfiance. On a vu qu' la suite de sa premire aventure, il s'tait
assur de l'absence du jeune homme; il en fit autant aprs la seconde
apparition nocturne, et son ami Eustache s'empressa de lui fournir lu
preuve que Beaupertuis, encore en tourne, exploitait alors la ville de
Strasbourg. Devenu plus souponneux, Potard ne se contenta pas de
demi-preuves; il voulut voir les pices, vrifia le timbre de la poste,
s'assura enfin de l'_alibi_ comme aurait pu le faire un juge
d'instruction. douard Beaupertuis sortit de cette enqute avec tous les
honneurs de la guerre et entirement rhabilit dans l'esprit du pre
Potard. Aussi, en le rencontrant dans une rue de Dijon, celui-ci
s'empressa-t-il de le prvenir.

Tiens, c'est vous, Beaupertuis! s'cria-t-il en lui prsentant la main;
toujours en route, comme le Juif errant.

Le premier mouvement du jeune homme avait trahi quelque embarras; mais
l'accueil ouvert du troubadour le mit sur-le-champ  l'aise.

Que voulez-vous, pre Potard, on trane le boulet; les affaires sont si
dures!

--C'est parler d'or, Beaupertuis. Le voyageur est fait pour rouler comme
l'eau pour aller  la mer. Mais que vois-je?... ajouta Potard en se
passant la main sur le front comme pour carter un mauvais rve; est-ce
possible!... Ah! mon Dieu!... Ciel!...

Ces exclamations, se succdant coup sur coup, taient accompagnes d'un
bouleversement complet dans la physionomie du voyageur. Les mots
sortaient avec peine de son gosier; un air sombre et farouche avait
remplac ses premiers sourires; son regard, empreint d'garement,
semblait chercher sur la personne d'douard le mot d'une nigme
affreuse; un tremblement, nerveux agitait ses membres, et la pleur
tait descendue sur ses joues, ordinairement si colores. Par un
mouvement brusque, il rejeta la main du jeune homme qu'il avait
jusque-l tenue dans les siennes.

Qu'avez-vons donc, pre Potard? lui dit son interlocuteur avec un
sentiment visible d'inquitude.

--Beaupertuis! rpliqua le voyageur avec un ton solennel; Beaupertuis!
poursuivit-il en levant de plus en plus la voix.

Puis, comme s'il se ft soudainement ravis, il ajouta sur un diapason
plus bas et plus calme:

Ce n'est rien, jeune homme, des blouissements... des vertiges...
Depuis quelque temps, j'y suis sujet. On ne vieillit pas impunment;
j'expie mes vieux pchs.

Evidemment Potard cherchait  se rendre matre de son motion, et il y
parvint. Voici ce qui avait opr cette rvolution subite dans ses
manires: en levant les yeux sur douard, machinalement il les avait
fixs sur l'une de ses oreilles, et une singulire circonstance l'avait
frapp en deux endroits, le lobe portait les traces d'une dchirure.
Potard examina les cicatrices, qui paraissaient fraches encore, et
elles lui semblrent provenir d'un corps menu et rond comme la
grenaille. A cette rvlation, rapide comme la pense, succda un
rapprochement entre ces blessures et le coup de feu essuy nagure par
un mystrieux sducteur. Potard calcula qu'en raison de la position de
la porte du jardin et de la croise d'o il avait ajust l'ennemi,
l'oreille gauche avait pu tre seule atteinte; c'tait  l'oreille
gauche que Beaupertuis portait ces cicatrices. Il n'y avait plus  en
douter, douard tait le coupable; il y avait preuve du flagrant dlit.

Ces impressions, cette dcouverte frapprent l'esprit de Potard avec la
vitesse de l'clair, et il arrta aussitt son plan de conduite. Dans le
premier moment, la colre fut sur le point de l'emporter; mais les
conjonctures taient dlicates et l'affaire demandait des mnagements.
Il fallait obtenir des aveux, et peut-tre la violence tait-elle un
mauvais moyen pour y parvenir. D'un autre ct. Potard n'avait pas une
position entirement nette: avant d'exiger des explications, il lui
restait  faire la preuve des droits qu'il avait  cette confidence.
Depuis longtemps notre hros s'tait prpare  cet vnement; ce secret,
qu'il avait gard jusque-l d'une manire si scrupuleuse, allait lui
chapper; l'heure tait arrive d'une confession complte. Pour que
l'interrogatoire d'douard Beaupertuis n'aboutit pas  un change de
rcriminations ou  des dmentis systmatiques, il fallait commencer par
faire preuve de franchise et prendre l'initiative de la sincrit.
Potard avait t jou, il le sentait; il aurait pu user de reprsailles,
mais ce jeu offrait trop de prils et le cas tait trop grave pour le
rduire aux proportions d'une revanche d'amour-propre. Il rsolut donc
d'y apporter de la prudence et de la grandeur, d'aller au-devant des
objections, de mettre tous les procds de son ct. Ainsi s'expliquent
l'empire qu'il eut sur lui-mme et ce passage soudain d'une irritation
involontaire  une modration calcule. Quand il reprit la parole, ce
fut presque avec un air d'enjouement.

Beaupertuis, dit-il, excusez-moi; je tombe de temps  autre dans des
ides noires; c'est l'ge qui me vaut cela. Et puis, j'ai sur le coeur
quelque chose qui me pse.

--Vous, pre Potard? demanda le jeune homme, dont le trouble augmentait
 chaque instant.

--Oui, douard, moi-mme. Et tenez, je cherchais un confident! Un
confident, cela soulage! Voyons, Beaupertuis, voulez-vous tre le mien?

Sans savoir au juste o Potard voulait en venir, et quel rle
l'attendait lui-mme, en tout ceci, le jeune homme essaya de se
dfendre; il opposa des excuses, prtexta des affaires, se prtendit 
jeun, imagina des rendez-vous, enfin employa mille stratagmes pour
couper brusquement l'entretien. Mais le troubadour avait fait ton plan,
et rien ne pouvait l'en dtourner.

Je le tiens, disait-il  part lui, tu ne m'chapperas qu' bonnes
enseignes. A mon tour, maintenant.

douard eut beau faire, il ne put se dgager. Potard trouvait rponse 
tout et se montrait inflexible.

Voyons jeune homme, disait-il, pas de mauvaises dfaites. On doit bien
une demi-journe de son temps  un ancien. Vous n'avez pas djeun: cela
se rencontre  merveille; je suis  jeun aussi. Ah! parbleu, ajouta-t-il
en montrant sur sa gauche un bouchon d'assez pauvre apparence, voici un
coin o l'on excute avec un certain succs l'omelette au lard; il s'y
trouvera bien une longe de veau pour assortir l'omelette, et quelques
fioles de petit bourgogne pour arroser le tout. Allons, Beaupertuis,
embotez le pas et suivez votre chef de file:

        En avant, marchons,
        Contre les flacons.
        A travers le choc et le bruit des bouchons,
        Volons au rfectoire!

Oh! la fille! s'cria-t-il en entrant dans la taverne et en poussant
devant lui douard, qui se rsignait en victime. Tout ce qu'il y a de
mieux dans l'tablissement; c'est Potard qui rgale!

A ce nom connu, la maison entire s'empressa d'accourir. On vrifia les
existences, on inspecta le garde-manger, et,  force de recherches, on
trouva la base d'un djeuner assez passable. Le troubadour dsirant un
cabinet particulier, on mit la table dans une chambre  coucher du
premier tage, d'o l'oeil plongeait sur la rue et dcouvrait les trois
mots: _Fabrique de Moutarde_, qui semblaient agir sur le coeur de Potard
avec la puissance d'un rvulsif. Quand le repas fut servi et
l'assortiment de liquides mis  la porte des convives, le troubadour
congdia la servante, et, sous l'empire d'un pomard du meilleur
millsime, il commena son histoire:

RCIT DE POTARD.

Jeune Beaupertuis, dit-il, la philosophie enseigne  l'homme la
ncessit de dominer ses passions, et voil pourquoi cette science ne
fait pas gnralement fortune. C'est au point que les philosophes n'en
usent pas pour leur compte et se contentent de l'expliquer aux autres
humains avec la manire de s'en servir. De l il faut tirer deux
conclusions: la premire c'est que tout fils d'Adam a quelque chose sur
la conscience; la seconde c'est qu'en raison de ses fautes il doit se
montrer indulgent pour celles du prochain.

A ces deux vrits, claires comme de l'eau de roche, j'en ajoute une
troisime qui ne l'est pas moins, c'est qu'au nombre des sentiers que
parcourt l'homme ici-bas, il n'en est point qui soit plus glissant que
le sentier des voyages. Je ne veux pas remonter  Joconde ni 
Tlmaque, parce que vous m'opposeriez peut-tre le jeune Anacharsis.
Restons dans le dix-neuvime sicle, qui a tant amlior le voyageur de
commerce, au point de vue de l'anatomie descriptive et de la physiologie
compare. Le voyageur de commerce est une cration de notre poque; non
que l'antiquit en ait ignor les lments, tmoin le joaillier Chardin
qui enfona, dans le dix-septime sicle de notre re, le grand empereur
de Perse pour une partie d'meraudes; tmoin encore le marchand
d'orvitan Marco Polo, qui refit, au treizime sicle, le farouche khan
des Tartares, dans une affaire de thriaque; mais si l'on retrouve le
voyageur de commerce dans ces temps loigns de nous, on peut dite que
c'est comme exception, comme thorie, presque comme mythe. Dfiez-vous
donc, Beaupertuis, de ces rats d'rudition qui se servent des anciens
pour faire passer la vie dure aux modernes; mprisez leurs textes et
privez-vous avec dlices de leurs opinions. Le voyageur de commerce
appartient au dix-neuvime sicle comme la vapeur, comme la navigation
arienne, comme les pompes intimes en caoutchouc, comme les phalanstres
et autres inventions destines au soulagement de l'humanit.

Ds l'origine, jeune homme, l'institution a jet tout son clat, et je
crains quelle ne soit sur le chemin d'une dcadence. Permettez-moi d'en
donner deux motifs, l'un matriel, l'autre moral. Motif matriel; le
chemin de fer. Vous le savez, le chemin de fer tend chaque jour  se
substituer aux routes ordinaires, et le wagon menace tous les vhicules
connus, depuis l'humble coucou jusqu'aux superbes messageries. Supposez
donc la France couverte d'un rseau de chemins de fer; du train dont on
les mne, c'est une supposition sans danger. Vous allez de Paris  Lyon
en cinq heures, de Marseille  Paris en dix, de Bayonne  Lille en
Flandre en dix-huit heures. Entre le lever et le coucher du soleil, vous
coupez la France dans sa plus longue diagonale. Trs-bien! j'admire avec
vous le gnie contemporain; il ne lui reste plus qu' prendre la lune
d'assaut au moyen de ballons de sige. Mais, aprs cet hommage rendu 
l'esprit de dcouverte, j'ajoute:--Adieu le voyageur de commerce! Avec
le chemin de fer, son rgne expire; que serait-ce avec le ballon? En
effet, grce  la rapidit des communications, chaque ngociant sera son
propre voyageur. Dans la mme journe, on achtera  Marseille une
partie de poivre et on la revendra  Toulouse; on sera le matin sur les
quais de Bordeaux, le soir  la Bourse de Paris; on fera un tour de
France en une semaine. Le bourgeois mme, moins picier qu'en gnral on
ne le suppose, usera du chemin de fer dans l'intrt de ses
approvisionnements; il ira acheter son beurre  Isigny, ses rillettes 
Tours, son saucisson  Arles, son miel  Narbonne, ses pieds de cochon 
Sainte-Menehould, ses haricots  Soissons, ses fromages au Mont-d'Or,
ses pts de foies  Strasbourg, ses poulardes au Mans, ses ctelettes 
Pressac, ses hutres  Cancale. Or, je vous le demande, au milieu de ces
excs de la locomotion, que deviendra le voyageur de commerce? Il ne lui
restera plus qu' se prsenter sous la roue d'un wagon et  prir en
jetant l'ennemi hors de ses rails. Voil le motif matriel qui pousse 
la dcadence du voyageur.

Le motif moral est plus grave encore. Le voyageur n'est plus national;
son coeur ne bat plus au mot magique de patrie. Beaupertuis, vous tes
jeune, vous n'avez pas connu ce beau temps du voyage, ce temps o il fut
port si haut et devint un quatrime pouvoir. C'est le voyageur de
commerce qui a fait la rvolution de Juillet et expuls la riche
[illisible] du territoire franais. Ne riez pas, jeune homme, ce que je
vous dis est trs srieux. A cette poque, tout voyageur tait une
puissance, un des mille conducteurs de ce patriotisme lectrique qui
ruisselait dans toute la France. Que de Brangers j'ai ainsi colport
jusque dans les plus petits hameaux! que de portraits de Manuel, de
Lafayette et du gnral Foy j'ai rpandus sur ma route! Il faut rendre
cette justice  l'institution, Beaupertuis, que nous tions tous alors
de chauds patriotes ennemis de la tonsure, tous, depuis le voyageur
soieries jusqu'au voyageur en peaux de lapins. Pas d'exceptions, pas la
moindre; la tideur n'tait pas mme permise. Pour ma part, j'ai fait
aux jsuites un tort dont ils ne se relveront jamais, par la manire
dont je chantais _les Hommes Noirs_, avec tous les refrains et
embellissements dont la chose est susceptible. Vous connaissez sans
doute cette plaintive romance, Beaupertuis?

--Qui ne la connat pas, pre Potard? rpliqua le jeune homme.

--Eh bien! jugez de l'effet! Je l'ai file deux mille fois au moins 
table d'hte, sans compter les diligences et les socits particulires.
Comment voulez-vous qu'une congrgation rsiste  de pareils moyens?
Aussi l'ai-je mise en poudre; et c'est votre faute, enfants, si elle
reparat  l'horizon. Oh! le beau temps, douard, le beau temps! quel
enthousiasme! comme on s'entendait alors, et quelle intelligence dans
l'attaque! Rien ne se faisait sans nous: on nous voyait  la tte de
toutes les manifestations publiques. Nous avons cr le champ d'asile,
dot les fils du gnral Foy, renvers de Villle, chass de Polignac.
Pas d'invention qui ne passt par nos mains: les chapeaux  la Bolivar,
les tabatires Touquet, les charpes  la Pluthellne. Et Napolon, que
ne nous doit-il pas! Lui avons-nous prodigu les apothoses! Je ne sais,
grand homme, si dans ta demeure dernire, tu es enchant de tes anciens
aides de camp, gnraux, marchaux et fournisseurs du vivres; mais 
coup sr tu n'es pas mcontent du voyageur de commerce. Il se peut mme
que l-bas tu aies eu connaissance de la manire dont Potard lisait des
sons en ton honneur, et compt les larmes qu'il extirpait des yeux de la
multitude quand il chantait;

        Pauvre soldat, je reverrai la France,
        La main d'un fils me fermera les yeux;

ou bien:

        Parlez-nous de lui, grand'mre,
        Grand'mre, parlez-nous de lui.

Napolon, tu as balanc dans mon coeur l'picerie et la droguette, et
je me flatte que c'est un beau succs.

Mais pardon, Beaupertuis, je m'abandonne malgr moi  mes souvenirs.
Que voulez-vous! l'esprit de nationalit enflammait alors nos poitrines,
et il y avait de l'cho dans toutes les tables d'hte quand on parlait
d'honneur et de patrie. Ce monde n'existe plus; la politique s'est
retire de l'institution. Nous tions des citoyens alors, aujourd'hui
nous ne sommes que des carotteurs. Le marchand de chanes de sret et de
pastilles du srail est devenu notre gal: comme nous, il _allume_
l'acheteur et fait l'article avec succs. Le voyageur ne passe plus sur
les balances de nos destines; les vnements se succdent sans qu'on
s'inquite de ce qu'il en pense. N'est-ce pas l une chute morale des
plus affligeantes? Hlas! nous vivons en un sicle o tout s'en va,
dieux, rois, matres de poste, chapeaux de castor et rverbres: est-il
tonnant que le voyageur de commerce prenne le mme chemin?

XXX.

(_La suite  un prochain numro.)



Carthagne des Indes

SOUVENIR DE L'EXPDITION DIRIGE PAR LE
CONTRE-AMIRAL DE MACKAU EN 1834.

(Suite et fin.--Voir tome III, pages 74 et 128)

Nous nous mmes en qute, parcourant l'difice du haut en bas, ouvrant,
heurtant toutes les portes, le tout inutilement. Tout un cheminant,
j'appris que ces chercheurs d'aventures taient deux officiers de
_l'Hrone_ et le second chirurgien de _l'Astre_ qui, fort ennuys de
la longueur du blocus, avaient tent l'aventure de la montagne. Nous
inscrivmes nos noms au plus haut du monastre, avec la pointe de nos
poignards; puis, aprs nous tre dsaltrs  la citerne, non sans
crainte d'avaler quelque crabe, nous nous prparmes  regagner le
rivage.

Nous avions inutilement furet partout sans russir  rencontrer
quelqu'un, et certes il n'eut pas fallu un grand effort de superstition
pour attribuer notre apparition de la terrasse  quelque spectre d'abb
mcontent de nos rires impies. Au moment d' entamer la descente, je
voulus faire les honneurs de ma mule  l'un de ces messieurs; il n'y
consentit qu' condition de monter en croupe; mais nous avions compt
sans la Nubia. A peine eut-elle senti ce surcrot d'impt sur son
chine, qu'elle mit  rgimber de la plus rude faon.

Il fallut descendre sous peine d'tre dsaronn, et une fois rendue 
son tat normal, la mule redevint docile.

Nous descendmes un  un, la mule en tte. Je recommandai  mes
compagnons d'emboter scrupuleusement le pas avec la monture pour viter
de s'enfoncer dans les fondrires. Nous cheminmes avec beaucoup de
prcaution lorsqu'un bruit croissant derrire nous, nous fit tourner la
tte. Nous apermes alors un cavalier roul dans un large manteau,
descendant  fond de train sur un petit cheval crole; le canon d'une
carabine en bandoulire brillait derrire son chapeau de paille  large
bords. Il approchait si rapidement que c'est  peine si les trois
officiers eurent le temps de se ranger sur le cte du chemin. Nous
avions la main sur nos armes, en garde contre quelque attaque
inattendue; mais l'inconnu passa, avec la promptitude de l'clair, au
milieu de nous sans dire un mot. Il s'vanouit comme un fantme au
dtour d'un massif qui bordait le sentier.

C'est le diable! s'cria l'un des jeunes gens.

--Eh! non, reprit un autre; c'est la garnison qui va se coucher.

Je fis part alors  ces messieurs de la recommandation du gnral Lopez,
et Dieu sait combien de quolibets plurent sur ces malheureux Colombiens,
durant le temps que nous mmes  descendre. Quelque gnreuse que soit
la nation franaise, c'est rarement par le sarcasme qu'elle pargne les
vaincus.

Arrivs sur le rivage, mes compagnons, dont les navires taient les plus
rapprochs de la cte, s'embarqurent pour les rejoindre. Le dernier
canot de _l'Atalante_ tait parti depuis longtemps, et, mouille comme
elle l'tait  plus d'une lieue de la ville, je ne pouvais songer  y
rentrer cette nuit. Je me rendis donc  l'htel du gouverneur, o je
savais qu'un lit m'attendait. Tout le monde tait couch, j'en fis
autant, et la fatigue ne tarda pas  oprer sur mes sens un effet aussi
prompt que l'avait produit le matin la lecture du Camoens.

Le lendemain de grand matin je me rendis  bord de la frgate. A peine
rentr, l'amiral me fit mander; quand je me prsentai  lui, je devinai,
 sa physionomie svre, qu'il se prparait  me tancer d'avoir
contrevenu  ses ordres en demeurant  terre. Heureusement les dtails
que je lui donnai le satisfirent: en effet, tout confirmait ses
esprances d'un dnouement pacifique. Peu de jours aprs, la rponse
dsire arriva enfin de Bogota: elle tait conforme au voeu et  la
dignit de la France. Intimid par le langage de l'amiral et l'attitude
menaante des btiments franais, le gouvernement grenadin avait enfin
compris qu'il tait de son intrt de cder. Voici quelles taient les
conditions imposes: 1 des excuses sur ce qui s'est pass seront faites
 l'amiral  bord de la frgate portant son pavillon, en prsence des
officiers du consul et des principaux habitants de Carthagne; 2 le
consul sera rinstall et indemnise de ses pertes; 3 le pavillon
franais, rarbor sur la maison consulaire, sera salu de vingt et un
coups de canon par les batteries du la place. Cet ultimatum fut accept.
En consquence, tout fut prpar  bord de _l'Atalante_ pour recevoir de
la manire la plus clatante la satisfaction accorde par le
gouvernement de la Nouvelle-Grenade.

II faut avoir vu un navire de guerre de premier rang en grande toilette,
pour s'imaginer ce qu'il y a  la fois de brillant, de majestueux, de
coquet dans l'ensemble de ce pont blouissant de blancheur, de ces
caronades luisantes comme des souliers de bal, de ces vergues
admirablement dresses, de ce grement net et bien roidi sur les
passavants; dans la batterie sont rassembls auprs des pices,  leur
poste de combat, les cinq cents marins de l'quipage, vtus de leurs
chemises blanches avec de petits collets bleus et des charpes rouges; 
l'arrire, l'aspect svre des uniformes des officiers contraste avec
l'clat du costume des matelots. Les cuivres de l'habitacle et des
claires-voies, les faisceaux de piques et de haches d'abordage ptillent
au soleil. C'est une pompe militaire, et le pavillon semble drouler ses
riches couleurs avec plus de majest que de coutume. Chacun est plus
srieux; on se parle  voix basse, mais une satisfaction contenue se
peint sur tous les visages, car la solennit de cette journe rveille
au fond du coeur le sentiment de la nationalit, et l'on est fier d'un
triompha noblement et justement acquis.

Ds le matin, tout ce qu'il y avait de Franais habitant Carthagne,
ainsi que les tat-majors des quatre autres btiments composant la
station, s'taient runis  bord de la frgate amirale. Le pont tait
couvert de monde. A une heure, on signala la barge du gnral. En un
instant, tout le monde fut  son poste, et l'amiral attendit son hte,
entour des cinq commandants de la division et de la foule des curieux.

Quand don Hilario Lopez parut sur le pont, M. de Mackau fit quelques pas
au-devant de lui, l'accueillit et l'invita  descendre dans la galerie.
Nous les suivmes, et ce fut l qu'au milieu d'un silence imposant, M.
de Mackau, ayant le consul M. Barrot  sa droite, coula le discours du
gnral colombien, qui fut fait en espagnol, et traduit ensuite en
franais. Le gnral tmoigna dans les termes les plus explicites le
regret qu'prouvait son gouvernement des offenses qui motivaient la
rclamation de la France, et exprima l'espoir que, par suite de la
dmarche qu'il faisait en ce moment, une parfaite harmonie serait
rtablie entre les deux nations.

La rponse de l'amiral fut faite avec une rare dignit; en voici les
termes:

J'accepte, monsieur le gnral, au nom de mon gouvernement, les excuses
et les regrets que vous avez reu l'ordre de m'exprimer de la part du
gouvernement de la Nouvelle-Grenade,  l'occasion des vnements
pnibles qui ont eu lieu  Carthagne les 27 juillet et 3 aot 1833. Je
me plais  penser comme vous que le temps et le souvenir de la conduite
gnreuse de la France en cette circonstance, ne feront que fortifier
les rapports de bonne intelligence et d'amiti qui vont se trouver
rtablis entre nos deux pays.

Cette scne impressionna vivement tous les assistants. Quand le gnral
colombien pronona les paroles de soumission qui lui avaient t
dictes, une rongeur passagre colora son front ple. C'tait vraiment
piti de voir ce brave multre  la figure grave, sur la poitrine de qui
brillaient les mdailles de toutes les batailles de l'indpendance,
ainsi contraint par le devoir  s'humilier pour effacer l'outrage commis
par un autre.

La rconciliation une fois scelle, la bont naturelle de l'amiral, son
exquise affabilit, adoucirent l'amertume de cet abaissement momentan.
Il fit visiter _l'Atalante_ au gnral, et lui en expliqua lui-mme tous
les dtails. Celui-ci admira la belle tenue de l'quipage et du
btiment, et put se convaincre, en examinant de prs ce formidable
armement, qu'en effet son gouvernement avait pris le parti le plus sage.
Quand don Hilario Lopez prit cong de l'amiral redescendit dans sa
barque, son dpart fut suivi de la salve de coups de canon due  son
rang.

Durant toute cette scne, un respect religieux ml d'une vive motion
nous avait tous tenus silencieux. Le bruit des conversations recommena
aussitt avec les flicitations rciproques sur l'heureuse issue de
cette affaire. Bientt aprs, une escadrille d'embarcations se prpara 
quitter le bord  la suite de l'amiral, qui allait rinstaller le consul
et rendre au gouverneur sa visite.

Les eaux bleues de la baie de Carthagne furent en un instant sillonnes
par une lgante flottille de canots. C'tait plaisir de voir les tentes
blanches et les drapeaux tricolores ondoyer en glissant sous un ciel
tincelant de lumire. On jouta de vitesse, et nous ne tardmes pas 
entrer dans la ville. Une foule nombreuse attendait au dbarcadre; les
balcons taient combles de dames pares, qui semblaient, elles aussi,
fort disposes  se rconcilier. Il est vrai que depuis longtemps la
solitaire Carthagne n'avait reu dans son sein une telle multitude de
jeunes officiers  la tournure dgage,  l'allure militaire, et ces
dames pensrent sans doute qu'il serait de mauvaise politique
d'accueillir de si beaux garons en ennemis.

A l'arrive chez le consul, les couleurs franaises furent hisses sur
le balcon, en grande solennit, et salues par les batteries de la
ville. Un quart-d'heure aprs, l'amiral se rendit, suivi de ses
officiers, chez le gouverneur, qui se montra en grand uniforme, assis
sous un dais, entour, de son tat-major. Les messieurs se levrent
quand l'amiral entra; ils nous cdrent leurs siges avec de grandes
dmonstrations d'amiti, et de nombreuses poignes de main furent
changes. Trs-peu savaient le franais, ce qui tempra beaucoup la
vivacit de la conversation; cependant, ceux qui possdaient notre
langue firent preuve d'une instruction varie; l'un d'eux semblait fort
au courant des fastes de notre marine: avec un raffinement de diplomatie
digne d'un plus grand thtre, il nous rappela le brillant fait d'armes
d'un jeune aspirant franais. S'tant trouv appel, par un concours de
circonstances assez ordinaire  la guerre, au commandement provisoire de
son brick, cet officier fut charge d'une mission importante. A peine
a-t-il repris la mer, aprs avoir rempli son devoir, qu'un navire
anglais est signal. L'occasion tait trop belle pour qu'un marin de
vingt et un ans, avide de gloire, la laisst chapper. Le brick anglais
est attaqu et pris au bout d'une heure d'un rude combat. Le brick
franais se nommait _l'Abeille_, l'anglais amarin par lui s'appelait
_l'Alacrity_, et le prcoce vainqueur tait Armand de Mackau.

Un splendide repas fut offert  l'amiral, et de nombreux tostes  la
prosprit des deux nations furent ports en cette occasion. Le soir,
quand nous revnmes, par une belle unit calme,  bord de _l'Atalante_,
la frgate anglaise qui tait venue surveiller l'affaire salua le
passage des embarcations par une srnade en rgle, o figuraient la
Marseillaise oblige et la Parisienne. Pour leur rendre la politesse,
nous entonnmes de notre mieux le _God save the King_ avec des voix un
peu altres par les libations de la journe. On sait que partout o
s'arrte un btiment de guerre franais, on est sr le lendemain de voir
flotter auprs de lui le pavillon de Saint-Georges. Les Anglais furent
prodigues de dmonstrations amicales  Carthagne, et  la Jamaque, o
l'amiral fit une ensuite courte visite, nous n'emes aussi qu' nous
louer de leur accueil.

[Illustration: Don Hilario Lopez, gouverneur de Carthagne des Indes en
1834.]

Du jour de la rconciliation data pour toute la division une re de
plaisir et d'indpendance; les huit jours qui s'coulrent jusqu'au
dpart de la frgate furent une suite non interrompue de bals, de dners
et de petites ftes. Les gracieuses Colombiennes dployrent toutes
leurs sductions pour garder aussi longtemps que possible des htes
aussi prcieux. Outre les frais d'amabilit que faisaient nos officiers
dans la bonne compagnie, la facilit  dpenser, et l'insouciance
propres aux marins, avaient fait de la prsence de tant d'hommes une
source de prosprit pour le peuple.

Ces dames avaient tellement russi  enchaner nos officiers que, s'ils
eussent t les matres, beaucoup d'entre eux eussent jet l'ancre pour
longtemps dans cette Cythre du nouveau monde. Ce qui charmait le plus
nos jeunes gens, aprs l'attrayante familiarit des femmes, c'taient
ces danses interminables, dont on ne peut jamais se lasser, parce qu'on
y trouve sans cesse un nouvel aliment  la volupt et au dsir. La danse
espagnole ne ressemble en rien  la contredanse franaise, si froide et
si guinde, et cela s'explique facilement: le mobile de celle-ci est la
vanit; du moment o,  l'exemple du fameux Trnis, le danseur n'a plus
ambitionn la gloire du pas de zphyr et du jet-battu, la contredanse
est devenue le plus insignifiant des plaisirs. Au contraire, la
contredanse espagnole semble avoir t cre pour inspirer et favoriser
l'amour; le pas est toujours le mme, mais trs-simple;  chaque instant
les mains se joignent, les tailles s'enlacent; des balancs lents et
voluptueux prparent  l'ivresse de la valse, des pauses prolonges
vis--vis l'un de l'autre donnent un champ libre  l'loquence des
regards; et, enfin, la danse termine, le droit conquis par le cavalier
de conserver le bras de sa dame, donne l'occasion aux prfrs ou aux
habiles d'accomplir en une soire telle conqute qui  coterait dans
nos runions crmonieuses tout un hiver de travaux.

Parmi les maisons o nous trouvmes l'accueil le plus empress, nous
comptions celle d'un vnrable snateur de la rpublique. Don Pedro
Nunez rgala les officiers d'un grand bal et d'un concert dans lequel la
musique d'amateurs corcha nos airs nationaux avec une rare intrpidit.
La senorita Teresa, dont les yeux noirs et la grosse dot firent une
assez vive impression sur quelques-uns, aborda la _Marseillaise_ en
franais avec un aplomb et un accent qui faillirent plus d'une fois
compromettre notre gravit diplomatique. Nous n'avions garde de rire,
car le beau sexe se serait cette fois dclar contre nous et la brouille
eut t srieuse. Je ne dois pas omettre de dire que le senor Nunez
tait un ngre pur sang et que la charmante Teresa avait le teint cuivre
rouge d'une franche multresse.

[Illustration: Expdition de Carthagne des Indes, en 1834--Entrevue du
vice-amiral de Mackau et du gnral Lopez,  bord de la frgate
franaise _l'Atalante_.]

On conoit que nos jeunes officiers, sevrs de plaisirs par leur vie de
reclus errants, s'chappassent vers la ville aussitt que le permettait
le devoir. Quelques vieux loups de mer, de ceux qui prtendent que la
terre n'est bonne qu' perdre les navires, murmuraient seuls de cette
dissipation passagre et s'obstinrent  rester  bord. Les matelots, de
leur ct, couraient des bordes par bandes de quinze  vingt, semant
les piastres parmi cette population affame, qui accueillait avidement
ses joyeux vainqueurs, comme une manne tombe du ciel. Parfois, le soir,
je les rencontrais, lorsqu'ils regagnaient leurs canots, se tenant par
le bras et occupant toute la largeur de la rue, battant les murs et
lanant aux votes dsertes du palais de l'inquisition les hardis
refrains de Branger. Les soldats colombiens les regardaient avec un
tonnement stupide; jamais le contact de nos hommes ne put les faire
sortir de leur sobrit habituelle. Des deux parts la discipline fut si
ponctuellement observe, qu'en une occasion seulement deux ou trois
matelots s'oublirent jusqu' rosser la patrouille qui voulait les
arrter.

Il fallut cependant partir. M. de Mackau, durant les huit derniers
jours, avait pu s'assurer par lui-mme de la bonne situation recouvre
par le consul et les Franais tablis  Carthagne. Au moment du dpart,
l'amiral reut du gnral Lopez une lettre qui fait ressortir
honorablement la noblesse de caractre et l'estime mutuelle dont firent
preuve ces deux officiers suprieurs en cette difficile occasion. Cette
lettre est devenue un document historique, et nous cdons  l'envie de
la citer ici:

Gnral,

Il m'est trs-agrable de vous offrir l'pe et le bton de
commandement qui ont t les insignes de ma vie publique. Ils n'ont
d'autre mrite que d'tre demeurs purs entre mes mains en tout temps et
dans toutes les circonstances, pendant la guerre comme en temps de paix,
et d'avoir appartenu  un soldat fidle  sa patrie et  ses devoirs.
Veuillez, je vous prie, monsieur le baron, les accepter comme une preuve
de mon estime pour votre personne.

Hilario Lopez

Le 1er novembre, _l'Atalante_ appareilla pour la Jamaque; bien des
soupirs se mlrent  la brise du dpart; quelques aspirants au coeur
novice encore versrent mme des larmes. Par les belles nuits du
tropique, tandis que la frgate, lgrement incline, glissait paisible
et comme immobile sur une mer murmurante, sous le souffle gal de la
brise alise, les jeunes gens couchs en groupes sur la dunette, les
yeux errants sur le dme toil o fuyait  perte de vue l'immense
pyramide des voiles argentes du navire, changrent longtemps les
confidences et les rcits de merveilleuses aventures. Chacun emportait
un souvenir de cette terre romantique. Chacun en particulier avait
promis de revenir, et pourtant tous se disaient maintenant que sans
doute nul d'entre eux ne remettrait le pied dans cette Carthagne
mlancolique, relgue dans un coin solitaire du globe, reflet obscurci
du pass, tombeau dont l'inscription disparat dj sous les mangles du
rivage.

Le troisime jour de notre dpart, j'tais appuy sur les bastingages,
les yeux flottants sur l'Ocan, qui nous enserrait de son immense
anneau. J'tais triste sans savoir ce que je regrettais; quand on est
jeune, l'me prend racine partout o elle s'arrte. L'aide de camp de
l'amiral, qui cherchait depuis quelque temps  l'horizon avec la
lunette, me dit de lever les yeux. J'aperus alors  une hauteur
prodigieuse, tranchant sur les tons argents du matin, des plaques
blanchtres tincelantes avec des reflets azurs. C'taient les cimes de
Sainte-Marthe, couronnes sous l'quateur de neiges ternelles, que nous
dcouvrions  vingt lieues dans l'est. Ce fut notre dernier adieu 
l'Amrique du Sud.

Alexandre de Jonns.



Nivellement de Paris et du dpartement de la Seine.

TRAVAUX D'ASSAINISSEMENT EXIGS PAR LES
FORTIFICATIONS.

L'administration fait poser, dans les rues et les places de la capitale,
des plaques en fonte dont le dessin ne manque pas d'lgance, et qui
portent une inscription indiquant la hauteur du point o elles sont
fixes au-dessus du niveau de la Seine, et en mme temps au-dessus du
niveau de la mer.

Voici le modle d'une de ces inscriptions. Celle-ci est place sur le
parapet du quai de la Mgisserie, en face de l'ancienne arche Marion.

[Illustration; Plaque (lgende illisible).]

La pose de ces plaques, scelles dans les assises infrieures des
difices dont la destination et la construction solide garantissent la
dure, est le rsultat d'un travail considrable excut par les soins
de l'administration municipale pour tablir le nivellement gnral et la
configuration du sol de Paris. Dj, il y a quelques annes, une
pareille opration avait en lieu; mais les plaques qui avaient t
apposes, dont les dimensions taient plus exigus et la forme beaucoup
plus simple, ne portaient aucune inscription comprhensible. Rien n'en
rvlait l'usage ou le but. Utiles seulement pour les oprations
administratives, elles n'apprenaient rien  la population.

[Illustration: Plan gnral de relief des environs de Paris.]

[Illustration: Coupe du sol de Paris du nord au sud, de la plaine
Saint-Denis  la barrire de l'Enfer.]

[Illustration: Coupe du sol de Paris de l'ouest  l'est, de la plaine de
Passy  la barrire du Trne.]

[Illustration: Coupe du sol de Paris de la barrire de Vaugirard 
Belleville.]

Nous approuvons le nouveau modle adopt. Sans doute, quelques personnes
s'tonneront peut-tre qu'on apprenne ainsi aux passants et aux flneurs
qui s'arrtent sur les quais et les trottoirs,  quelle hauteur ils se
trouvent prcisment au-dessus du niveau de la mer. Mais, sans parler de
l'utilit d'une semblable indication pour toutes les oprations
relatives  l'tablissement des seuils,  la direction et  l'coulement
des eaux,  l'assainissement de la ville, l'inscription intelligible 
tous, grave sur ces plaques, a l'incontestable avantage d'en rendre
galement intelligibles  tous l'usage et la destination. Elle servira
sans doute  les prserver de la destruction rapide qui a fait
disparatre la plus grande partie de leurs devancires, dont le public
ne comprenait pas le but. Ensuite, pourquoi hsiterait-on  faire
pntrer dans le peuple quelques-unes des notions de la science devenues
usuelles, et mises dsormais  son niveau? Loin de perdre  cette
diffusion,  cette vulgarisation, la science au contraire ne peut qu'y
gagner, Le sol de la ville de Paris, qui offre une configuration
gnrale trs-rgulire, prsente cependant dans son nivellement des
variations partielles dont l'tude et la connaissance taient
indispensables pour parvenir  une distribution rgulire des eaux et
des ouvrages d'assainissement. Ce travail considrable est termin,
grce  la persvrance et aux lumires de l'administration municipale.
Mais ne serait-il pas d'une gale utilit qu'une opration semblable ft
excute hors de l'enceinte des barrires, qui peuvent bien tre une
limite administrative, mais non une limite aux travaux utiles et aux
amliorations?

Nous appelons d'autant plus vivement l'attention sur ce point, que
l'excution des fortifications rend indispensable, d'aprs la
configuration gnrale du sol, l'excution trs-prompte de travaux
considrables d'assainissement. L'lvation du dpartement de la Seine
au-dessus du niveau de la mer est de 21 mtres 50 centimtres; la nature
du sol est la mme que celui du vaste bassin de la Seine dont il fait
partie. La base est forme de calcaire marin grossier (pierre  btir)
dont les masses normes s'tendent sous la plupart des communes
environnantes, principalement toutefois sur la rive gauche, et pntrent
sous Paris jusqu' la Seine. Sur les rives du fleuve se trouvent des
cailloux rouls, des terrains atterrissement et de transport, qui
forment les plaines des sablons et de Boulogne, tandis que du nord 
l'est s'lvent les collines de Montmartre, Belleville et Mnilmontant,
entirement composes de gypse (pierre  pltre). Des terrains d'eau
douce forment les plaines de Saint-Denis et de Vincennes.

Le relief du sol, ainsi compos gologiquement, est remarquable. Paris
occupe le fond d'un bassin presque circulaire, entour de collines: au
nord, les hauteurs de Belleville, de Chaumont, de Montmartre, du
Mont-Valrien, se relient avec les minences de Passy, de Chaillot, de
l'toile, des Faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin; au sud, celles de
Meudon, Bagneux, Sceaux, Villejuif, s'abaissent pour former les plateaux
de Bictre, de Gentilly, de Montrouge, et pntrent dans l'intrieur de
Paris pour y former la montagne Sainte-Genevive.

[Illustration: Anciennes plaques indiquant la hauteur du sol  Paris]

Le plan que nous joignons ici, qui dessine le relief de Paris et de la
banlieue, fera mieux comprendre encore cette description sommaire. Pour
ne pas le surcharger inutilement aux yeux, nous n'y avons indiqu en
chiffres que la hauteur des points principaux qui accusent le plus
nettement la configuration du sol, sans inscrire le numro des
diffrentes courbes de nivellement que nous y avons traces. Nous les
avons rtablies sur les trois coupes transversales qui suivent. Nous
devons avertir que, pour rendre le relief plus sensible, nous avons dans
ces coupes calcul l'chelle de niveau dcuple de l'chelle de longueur.

Dans le plan gnral ci-dessus, les chiffres indiquent la hauteur en
mtres, sans fractions de centimtres, des diffrentes lvations du sol
au-dessus du niveau de la Seine. Ce niveau, fix par le 0 d'tiage du
pont de la Tournelle, est  24 mtres 30 centimtres au-dessus du niveau
de la mer; deuxime chiffre qu'il faudrait ajouter au premier, pour
connatre l'lvation totale au-dessus de ce dernier niveau.
L'indication donne est donc celle de la hauteur relle. Mais, pour
donner une ide complte des formules employes dans les travaux de
nivellement, nous avons tabli les coupes transversales d'aprs les
courbes de nivellement adoptes par l'administration municipale. Chaque
sonde de nivellement part d'une ligne fictive reprsentant un plan
horizontal au-dessus du sol, et le numro de la sonde indique le plus ou
le moins de hauteur du point qu'elle rencontre; ainsi, contrairement au
chiffre port sur le plan, plus le numro de nivellement est lev, plus
le sol est bas.

L'examen de ce plan et de ces coupes montre que les barrires actuelles
reposent, pour la plus grande partie, sur des minences qui enferment
circulairement Paris, et vont en s'affaissant progressivement tant dans
l'intrieur qu' l'extrieur; car,  l'exception des buttes des
faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin et de la montagne
Sainte-Genevive, qui appartiennent  la charpente gologique du Sol
souterrain, les autres minences intrieures, telles que celles de
Saint-Hyacinthe et de l'Estrapade sur la rive gauche, et sur la rive
droite, la butte des Moulins, de Bonne-Nouvelle, du Petit-Carreau, des
Petits-Pres, Meslay, etc., n'ont t formes que de terres rapportes.
Ce sont d'anciennes voiries, et elles doivent leur lvation aux gravois
et aux dcombres qu'on y entassait sans cesse.

Sauf ces lgers ressauts qui interrompent l'uniformit de son relief, le
sol de Paris forme donc un vaste bassin dont le mur d'enceinte actuel
couronne la crte. Au del le sol s'incline de nouveau pour se relever
encore et former une seconde enceinte de collines, plus hautes
gnralement que les premires.

C'est prcisment entre ces deux ceintures qu'a t trace l'enceinte
bastionne qu'on excute aujourd'hui, et dont la ligne ponctue sur
notre plan reprsente le contour. Le foss se trouve donc creus dans
une partie basse relativement aux terrains environnants.

On conoit aussitt les consquences de ce trac. Les eaux des communes
et des villages compris entre le mur d'octroi actuel et l'enceinte
fortifie ont leur coulement naturel indiqu d'une manire
irrsistible. Elles se dirigent toutes vers les bastions, dont le foss
se trouverait ainsi le rceptacle de tous les gouts de la banlieue.

Cet tat de choses, dont nous ne pensons pas qu'on se soit encore
occup, prsente une haute gravit. Il est impossible que le foss des
fortifications, qui manque dj lui-mme d'un coulement suffisant, soit
inond de ces eaux croupissantes qui le rendraient un foyer d'infection.
Cependant, emprisonnes comme elles le sont entre les hauteurs qui
forment les boulevards de Paris, et, qui leur barrent ncessairement le
chemin de la Seine, et le mur de fortification qui coupe la plaine, quel
sort attend les communes rurales, puisque la voie naturelle d'coulement
leur est intercepte?

Il y a l une question d'une haute importance sur laquelle se fixera
sans doute l'attention du gouvernement. Nous ne savons quels travaux
d'assainissement il y aurait lieu d'excuter; mais il semble au premier
aspect que dans la plus grande partie de la ligne il serait
indispensable d'tablir un gout latral qui conduise  la Seine les
eaux que les fosss de l'enceinte ne peuvent ni ne doivent recevoir.



[Illustration: Le Juif errant, Caricature par Cham.]



Modes.

Les premires toilettes du printemps semblent indiquer que les hautes
garnitures auront encore la vogue; dans les promenades, au bois, au
salon, nous voyons des robes de soie  deux grands volants, presque
poss  plat, brods en soie au point de chanette  dents dcoupes;
une seconde broderie semblable se trouve au-dessus,  un demi-doigt de
distance; le corsage, trs-peu ouvert, en coeur devant, a un revers
brod de mme que les volants; les manches sont justes  jockeys en
biais brods.

Pour petite toilette de campagne, nous avons vu chez mademoiselle
Clorinde Lelong cette robe en amazone ferme par une range de boutons.

[Illustration.]

Chez soi, pour les matines qui sont encore fraches, il faut avoir une
robe de chambre en cachemire garnie de passementerie.

[Illustration.]

Les cossais sont dlicieux de fracheur, on en fait des robes de
promenade, soit  deux volants, couvrant presque entirement la jupe,
soit garnies de rubans devant ou des ctes. Souvent aussi, et cela est
trs-bien, on ne pose qu'un seul grand volant ayant au bas et  la tte
une ruche de ruban assorti  l'toffe de la robe.

On porte beaucoup de chapeaux de paille  jour, ainsi que des capotes de
soie avec ornements de paille.

[Illustration.]

Les mantelets se portent toujours; mais jusqu' prsent leur coupe et
leur garniture diffrent peu de celles de l'anne dernire. Les taffetas
glacs sont prfrs pour mantelet du matin; le mantelet du soir est
joli en mousseline, doubl de soie, entour d'une dentelle pose  plat
en revers.

Les parures du soir n'offrent pas de grandes nouveauts, mais elles se
compltent par de petits dtails qui leur donnent un aspect tout neuf.
La tunique, par exemple, emprunte tantt une coupe  l'empire, tantt
une coquetterie au sicle dernier quelquefois elle est en gaze lgre,
releve  et l par des bouquets; une autre,  deux jupons ferms, aura
sa seconde jupe releve de cte par une guirlande de roses trmires
varies de couleurs, qui viendra se terminer  la ceinture. Quant aux
tuniques de satin et de pkin, la dentelle est leur plus bel ornement
aussi est-elle souvent employe, et toujours avec succs; les dessins de
dentelles gothiques font toujours mieux s'ils sont poss  plat, car de
cette manire les yeux peuvent suivre la riche lgance d'une guirlande,
et les merveilleux jours dont elle est orne.



Rbus.

EXPLICATION DU DERNIER RBUS.

On assure que les forts qui entourent Paris auront, l'un portant
l'autre, trois cents pices d'artillerie.

[Illustration: Nouveau rbus.]








End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0061, 27 Avril 1844, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 27 AVRIL 1844 ***

***** This file should be named 46245-8.txt or 46245-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/6/2/4/46245/

Produced by Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License available with this file or online at
  www.gutenberg.org/license.


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
