The Project Gutenberg EBook of Journal de Jean Hroard, tome 2/2
(1610-1628), by Jean Hroard

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Title: Journal de Jean Hroard, tome 2/2 (1610-1628)
       sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII

Author: Jean Hroard

Release Date: May 15, 2014 [EBook #45655]

Language: French

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  JOURNAL
  DE
  JEAN HROARD
  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE
  DE LOUIS XIII




  TYPOGRAPHIE FIRMIN DIDOT.--MESNIL (EURE).




  JOURNAL

  DE

  JEAN HROARD

  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

  DE LOUIS XIII

  (1601-1628)


  EXTRAIT DES MANUSCRITS ORIGINAUX

  Et publi avec autorisation de
  S. Exc. M. le Ministre de l'Instruction publique

  PAR

  MM. EUD. SOULI ET ED. DE BARTHLEMY


  TOME SECOND
  1610-1628


  PARIS
  LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRRES, FILS ET Cie
  IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56

  1868

  Tous droits rservs.




  JOURNAL

  DE

  JEAN HROARD

  SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

  DE LOUIS XIII




ANNE 1610.

  Premire journe de royaut: discours prononc au Palais; dner
  de la Reine: elle refuse de prendre la serviette des mains
  du Roi; le coeur de Henri IV donn aux Jsuites.--Serment de
  fidlit du rgiment des gardes.--Rverie et regrets du Roi
  sur la mort de son pre.--Retour du comte de Soissons.--Mme
  de Verneuil.--Le premier bienfait du Roi.--Crmonie
   Notre-Dame.--Le mmoire des chiens du Roi.--Hroard
  retenu premier mdecin du Roi.--Craintes pour la sret
  du Roi.--Correction faite  deux vers latins.--Supplice
  de Ravaillac.--Bon naturel du Roi pour son premier
  page.--Le Roi fouett.--Du Bourdet et Olyvte.--Visite 
  la reine Marguerite.--Maisons d'Issy.--Chasses dans les
  Tuileries.--Promenade sur la Seine.--Rponse du Roi 
  son sous-gouverneur.--Crainte envers la Reine.--Un lion
  dans les Tuileries; humanit du Roi.--L'imprimeur Robert
  Estienne.--Rponse au marchal de la Chtre.--Poids du
  Roi.--Audience du duc des Deux-Ponts.--Sentence invente
  par le Roi; instinct de la justice.--Eau bnite au corps de
  Henri IV.--Le corps du feu Roi sort du Louvre; dissension
   ce sujet.--Service des officiers du feu Roi.--Dpart
  de M. de Rohan.--Mot sur les ivrognes.--Retour du prince
  de Cond.--Complaisance de la reine Marguerite pour le
  Roi.--Le barbier Renard.--Le garde du Roi.--Les poires de
  Cuisse-Madame.--Soldat aux gardes fait prisonnier.--Chasse
   Meudon; premier coup d'pe  un sanglier.--Grce de
  l'estrapade  un soldat.--Dner  Ruel; le Roi fait le bon
  compagnon.--Crmonie des chevaliers de Saint-Lazare.--Premire
  pierre du pavillon neuf de Vincennes.--Audience du parlement
  de Toulouse.--Les chansons du feu Roi.--Grce  deux
  soldats.--Souvenir du sacre de la Reine.--Premire pierre
  du collge du Roi.--Librairies du collge de Navarre et des
  Cordeliers.--Dpart de M. de Vendme.--Les reliques de la
  Sainte-Chapelle.--M. de Mainville et les chiens pour voleur.--La
  veille des femmes de chambre.--Noise aux Feuillants pour
  les honneurs.--Prise de Juliers.--Audience de l'ambassadeur
  d'Espagne; rvrence de deux Navarrais.--La capitainerie de
  Saint-Germain-en-Laye.--Livre couvert de diamants.--Le Roi
  fouett.--Audience de l'ambassadeur d'Angleterre; signature du
  trait d'alliance.--Serments de Concini.--Dpart du Parlement
  pour le sacre.--Correction du Roi au privilge des emblmes
  d'Horace.--Dpart pour Reims; le Roi en voyage.--Le Roi n'est
  pas grand parleur.--Des Yveteaux et ses leons.--Soldats de
  plomb.--Entre  Reims.--Les musiciens de la chambre.--Crmonie
  du sacre; remarque sur le duc d'pernon.--Le Roi est fait
  chevalier du Saint-Esprit; susceptibilit du cardinal de
  Joyeuse.--Dpart de Reims; le Roi en voyage.--Le Roi touche neuf
  cents malades des crouelles.--Coupe-queue au jeu.--Rception
  de la ville de Paris.--Le comte Henri de Nassau.--Le Roi dne 
  Ruel avec ses frres et soeurs.--Audience de l'ambassadeur de
  Venise.--Le musicien La Chapelle.--Le jeu de _gilet_.--Cimeterre
   la turque.--Les estafiers d'Espagne.--Le Roi fait l'ambassadeur
  de Venise chevalier de l'accolade.--Les deux musiques.--Audience
  de l'ambassadeur de Hongrie.--Marchandises de la Chine.--Gazette
  de Rome.--Le Roi n'aime pas la flatterie.--Deux loups pris au
  bois de Boulogne.--Fianailles de M. de Guise.--Mot sur les
  sermons.--Un chien enrag; traitement contre la rage.--Les
  pelotes de neige.


_Le 15 mai, samedi,  Paris._--veill  six heures et demie,
doucement. M. de Souvr lui baille par crit ce qu'il avoit  dire,
allant au Parlement, qui se tenoit aux Augustins: Messieurs, il a
plu  Dieu appeler  soi notre bon Roi, mon seigneur et pre. Je suis
demeur votre Roi comme son fils, par les lois du royaume. J'espre
que Dieu me fera la grce d'imiter ses vertus et suivre les bons
conseils de mes bons serviteurs, ainsi que vous dira monsieur le
chancelier. A sept heures et un quart lev, bon visage, gai; vtu d'un
habillement bleu. A huit heures et demie djen, il ne sut manger;
bu de la tisane. Il avoit du ressentiment et si[1] l'innocence de
son ge lui donnoit par intervalles quelque gaiet. Men  la messe;
 neuf heures et demie dn. Il est contraint de quitter le dner
pour aller au Palais accompagner la Reine. Il monte  cheval, assur,
_intrepidus, facie serena_, et va par le Pont neuf aux Augustins,
puis  la messe  Saint-Victor. Ramen  deux heures; M. de Vendme
prend la serviette du matre d'htel pour la servir  la Reine, qui
alloit dner; M. de Souvr va  lui, et lui dit qu'il la donne au Roi,
qui la prend soudain. M. de Souvr lui ayant dit que quand la Reine
la refuseroit qu'il ne laisst pas de la prsenter, il y court, la
prsente instamment; jamais elle ne la voulut prendre de sa main. MM.
de la Ville le viennent saluer;  six heures trois quarts soup. Il
va au petit cabinet, l o les Jsuites, en nombre de douze, conduits
par le P. Coton, le viennent saluer et lui reprsentent les grandes
obligations qu'ils avoient au feu Roi son pre, surtout de ce qu'il
leur avoit donn son coeur, lui offrent leur service, et, au partir de
l, vont trouver la Reine, conduits par M. de la Varenne, lequel assura
Sa Majest que le feu Roi lui avoit dit et command qu'il vouloit
qu'ils l'eussent. Sur cette assurance, ils vont en la chambre, o,
ayant mis le coeur entre M. le prince de Conty et le P. Coton, tous
deux  genoux, et aprs par lui dites quelques paroles, ils emportent
le coeur du Roi pour le porter  la Flche. A huit heures et un quart
il dit qu'il est las, est dvtu, mis au lit, pouls plein, gal, pos,
chaleur douce. Il prie Dieu, se joue, s'endort  neuf heures, peu
aprs s'veille et commande  M. de Praux de lui lire une histoire.
Il coute attentivement, ferme les yeux; M. de Praux cesse, croyant
qu'il dormt: _Non, non, je dors pas, lisez_;  neuf heures et demie il
s'endort.

  [1] Pourtant.

_Le 16, dimanche,  Paris._--A huit heures trois quarts djen; il va
donner le bonjour  la Reine puis,  neuf heures, est men  la messe
en Bourbon. Men en carrosse aux Tuileries, en allant par la rue Saint
Honor, il commande  l'exempt: _Faites mettre mes gardes en haie aux
cts de mon carrosse_. M. le duc d'pernon, colonel de l'infanterie de
France, avec M. de Crquy, colonel du rgiment des gardes, et tous les
capitaines du rgiment, tous le genou en terre, lui viennent prter le
serment de fidlit, M. d'pernon portant la parole. Il les remercie et
les embrasse.

_Le 17, lundi,  Paris._--veill  huit heures, pouls plein, gal,
pos, chaleur douce. Sa nourrice, qui avoit couch au ct de son
lit, lui demande ce qu'il avoit  rver; il rpond: _C'est que je
songeois_, puis demeure longtemps pensif. Sa nourrice lui dit: Mais
que rvez-vous? Il rpond: _Dondon, c'est que je voudrois bien que le
Roi mon pre et vcu encore vingt ans. Ha! le mchant qui l'a tu_;
et le jour de devant il avoit dit  Mme de Montglat: _Mamanga, je
voudrois bien n'tre pas si tt Roi et que le Roi mon pre ft encore
en vie_. Lev, vtu, pri Dieu, djen; il va donner le bonjour  la
Reine, puis tudi, crit, tir des armes, dans. Men  la messe en la
chapelle de la Reine.--M. le comte de Soissons arrive, qui, le mercredi
prcdent, s'en toit all malcontent du feu Roi pour n'avoir point
voulu permettre  sa femme les fleurs de lys sur la robe, au jour du
couronnement de la Reine; le Roi et la Reine vont sept ou huit pas au
devant de lui. A six heures et demie soup; arrive Mme de Verneuil, qui
venoit de se jeter aux pieds de la Reine. Amus doucement  fondre du
plomb jusques  neuf heures trois quarts.

_Le 18, mardi,  Paris._--M. de Souvr lui dit qu'il rve la nuit,
et lui demande que c'est qui le fait rver; il rpond: _C'est que
je songe que l'on me chatouille, qu'on me fait comme cela_, dit-il
en se chatouillant. Soup avec prunes de Brignole confites; il en
donne quatre  Mathurine, disant qu'il faut le demeurant pour ses
gentilshommes servants; il donne des drages de fenouil  M. de Souvr
puis  M. de Praslin et  M. de Vitry, capitaines des gardes; c'est le
premier bienfait qu'ils ont eu du Roi.

_Le 20, jeudi,  Paris._--A neuf heures et demie djen, men chez la
Reine, et,  dix heures trois quarts, en crmonie et  cheval our la
messe  Notre-Dame. Il ne se vit jamais une si grande acclamation de
peuple criant: _Vive le Roi!_ et mle de larmes. M. de Paris le reoit
 l'entre, en crmonie; M. le prince de Conty porta l'offrande.

_Le 22, samedi,  Paris._--Men en carrosse aux Tuileries, il fait
prendre une cane dans l'tang par ses chiens, y a got  cheval. Mis
au lit, il commande  M. de Heurles d'apporter du papier et de l'encre:
_crivez_, lui dit-il, _les noms de mes chiens_, et les lui nomme, puis
en baille le mmoire  M. le Grand.

_Le 24, lundi,  Paris._--Men en carrosse aux Tuileries, il se fait
tirer par deux valets de pied dans un petit carrosse  bras, puis y
fait atteler deux de ses bidets.

_Le 25, mardi,  Paris._--A neuf heures et demie djeun; il va donner
le bonjour  la Reine, l o je reus l'honneur du commandement qu'elle
me fit de servir le Roi en qualit de premier mdecin. tudi, crit,
tir des armes, dans; men  la chapelle de l'antichambre de la Reine,
il ne sort point de tout ce jour hors du chteau, sur des avis que l'on
lui avoit donn que ce jour toit prilleux pour lui. Les ambassadeurs
rsidents viennent voir la Reine; il toit prs d'elle et Messieurs et
Mesdames.

_Le 26, mercredi,  Paris._--Son prcepteur lui demande s'il se
ressouvenoit bien de ces deux vers qu'il lui avoit appris, il y avoit
quelque temps, et les lui nomme:

    _Csareos fateor titulos habet Austria multos,
    At Csar verus Carolus unus erat._

Il rpond: _Non, je ne veux pas dire ainsi_, et les rcita ainsi:

    _Csareos fateor titulos habet Austria multos,
    At Csar verus Henricus unus erat[2]._

  [2] Hroard a crit en marge cette note: _Mirus amor in patrem et
  judicium de patre_.

A trois heures got; il a reu les ambassadeurs de l'Archiduc et des
tats.

_Le 27, jeudi,  Paris._--A onze heures et un quart dn; il met des
guignes sches dans sa pochette, htivement, de peur que M. de Souvr
ne s'en apert.--Ce jourd'hui fut tir  quatre chevaux Ravaillac, qui
avoit tu le Roi.

_Le 28, vendredi,  Paris._--Il commande  M. de Drouet, capitaine aux
gardes, de ne faire point partir hors de garde sa compagnie, avant
qu'il et dn. C'toit pour y voir Bompar, son premier page, qu'il
lui avoit donn, sortant hors de page. Il le faisoit voir  chacun,
 la Reine mme, qu'il mena aux fentres, tmoignant en cela son bon
naturel. Mis au lit, il se joue, cause, raille; M. de Praux le veut
reprendre de quelque chose, il lui dit quelque injure.

_Le 29, samedi,  Paris._--Lev, il vient au cabinet, o M. de Souvr
lui ramentoit l'injure du jour prcdent et en fut fouett. Men en
carrosse our vpres aux Chartreux, il se promne aprs au clotre; il
faisoit grand chaud. En soupant il railloit le sieur Du Bourdet, qu'il
avoit connu page de la chambre et qui avoit la tte petite, lui disant:
_Vel tte d'Olyvette[3]; il a le visage fait comme un oiseau[4];
avez-vous fait faire votre tte exprs? Je pense qu'oui._

  [3] Folle de Mme de Guise. (_Note d'Hroard._)

  [4] Il avoit le nez aquilin. (_Note d'Hroard._)

_Le 30, dimanche,  Paris._--Men chez la Reine, puis  la messe, en
Bourbon. Amus jusques  deux heures et demie; men en carrosse  la
Sainte-Chapelle, our vpres,  trois heures et demie, il va au jardin
du bailliage, et sous le petit pavillon a got.

_Le 31, lundi,  Paris._--Lev, il dit en entrant au cabinet: _La Reine
ma mre est veille, laissez entrer tout le monde_. Men en carrosse
 vpres aux Clestins, puis  la Roquette, il y fait un tour, est
ramen par l'Arsenal au Louvre.

_Le 1er juin, mardi,  Paris._--Men  la chapelle de l'antichambre
de la Reine, puis  onze heures trois quarts dn; il oublioit 
boire, comme il advenoit assez souvent. Men en carrosse  vpres, aux
Cordeliers, puis  l'htel de Luxembourg au faubourg Saint-Germain;
il y fait courir un marcassin dans le parc. A sept heures et un quart
soup; il lui faut faire ressouvenir de boire[5].

  [5] Hroard note en ces termes les accs de distraction de Louis
  XIII: _Nota_, pour son naturel.

_Le 2, mercredi,  Paris._--A deux heures trois quarts men en carrosse
 l'htel de Luxembourg au faubourg Saint-Germain[6]; il y court dans
le parc un marcassin apport, avec ses petits chiens;  trois heures et
demie il y a got puis couru un livre. Men chez la reine Marguerite,
il y court un renard port dans le parc.

  [6] Il y retourne encore le lendemain, et y fait courir un petit
  sanglier par ses lvriers  livre.

_Le 5, samedi,  Paris._--Men en carrosse  Issy, il se joue  des
belles et plaisantes maisons (_sic_).

_Le 6, dimanche,  Paris._--A trois heures men en carrosse aux
Tuileries, o il avoit fait porter un sanglier de deux ans donn par
M. de Guise; il met ses bassets aprs, puis des lvriers  livre; ils
le lassent, il se jette dans l'tang, ce qui lui donne beaucoup de
plaisir. Il avoit soif, chaud; M. de Souvr ne lui veut point permettre
de boire.

_Le 9, mercredi,  Paris._--A six heures et un quart soup, peu, par
impatience de s'aller promener sur la rivire;  sept heures et un
quart il entre en bateau couvert, descend jusques au droit de Chaillot,
est ramen de mme, avec des chevaux,  neuf heures.

_Le 10, jeudi,  Paris._--Men  la chapelle de Bourbon et  la
procession dedans la cour du Louvre. A douze heures et demie dn;
M. de Praux, son sous-gouverneur, lui dit sur ce qu'il faisoit grand
chaud, et il avoit chaud: Sire, si Votre Majest a chaud, quand elle
a une serviette blanche elle se peut essuyer.--_C'est tout un, il
n'y a remde, nous en aurons bien d'autres_[7], dit le Roi rsolument
et comme de chose qui devoit advenir. Men en carrosse our vpres 
Saint-Germain-des-Prs. A six heures soup avec impatience de s'aller
promener aux Tuileries; il va  pied jusques aux Tuileries, o il
s'embarque et va jusques au droit de la Savonnerie; ramen par eau 
neuf heures. Mis au lit il se joue, fait des culbutes, fait lire le
livre _De l'tat et affaires de France_ du sieur du Haillan[8].

  [7] Hroard a crit en marge: _Responsum serium fatidicum, quod
  Deus avertat_.

  [8] _De l'tat et succs des affaires de France_, en quatre
  livres; par Bernard Girard, sieur du Haillan, in-8. La 1re
  dition de ce livre est de l'anne 1570; les deux dernires
  ditions, de 1609 et 1613, sont les plus amples. (_Bibliothque
  historique de la France_, par le P. Lelong, tome II, page 767.)

_Le 11, vendredi,  Paris._--A six heures et un quart soup, men 
cheval jusques auprs des Bonshommes, ramen de mme  neuf heures.

_Le 12, samedi,  Paris._--Il donne, pendant son dner, de toutes ses
viandes  un petit nain[9], et le fait servir par ses gentilshommes.
Jou en la galerie, il fait armer sa compagnie (c'toient ses petits
gentilshommes), leur fait prendre des piques qu'il avoit fait faire.
Aprs souper, il va en son cabinet, est tanc par M. de Souvr, auquel
il avoit dit qu'il portoit une pe, mais qu'il ne s'en savoit pas
aider. M. de Souvr le lui fait sentir, le lui pardonne pour l'avoir
dit  lui; mais afin qu'il ne le dise pas  la Reine, il se met 
genoux devant M. de Souvr[10]; l'accord se fait, il en avoit un grand
repentir. Men jouer en la galerie, il est ramen  neuf heures, va
chez la Reine.

  [9] _Voy._ au 26 juin suivant.

  [10] Hroard a crit en marge: Sa crainte envers la Reine.

_Le 14, lundi,  Paris._--Djeun, tudi, crit, tir des armes,
dans, men aux Feuillants par la galerie, ramen par le mme chemin. A
onze heures et un quart dn; il lui faut ramentevoir  boire. Jou en
la galerie, o il fait voler trois cailles par deux de ses merillons.
Soup; men  la galerie et en carrosse jusques  la Savonnerie, puis
 cheval jusques aux Tuileries, o il voit un lion attach contre un
arbre, auquel on jette un chien, qu'il trangla soudain. Cela lui
dplut tant, qu'il s'en mit en colre et commanda que celui qui l'avoit
jet ft chti[11].

  [11] Hroard a crit en marge: Humain.

_Le 15, mardi,  Paris._--Men en carrosse  l'htel du Luxembourg,
il y fait courir un petit sanglier apport. Ramen  six heures trois
quarts, soup; il le faut faire souvenir de boire. Il va se jouer en la
galerie, va chez la Reine.

_Le 16, mercredi,  Paris._--Men  cinq heures au Pr-aux-Clercs, pour
y courir un chat  force de cheval.

_Le 17, jeudi,  Paris._--Men en carrosse aux Tuileries, o il fait
porter ses piques, arquebuses, enseigne, et fait sa compagnie.

_Le 18, vendredi,  Paris._--A huit heures et un quart djen, tudi,
crit, tir des armes, dans. M. Estienne[12] lui apporte quelques
sentences qu'il avoit imprimes par son commandement, de celles qui lui
toient donnes par son prcepteur.

  [12] Robert Estienne III, fils de Robert II, avait t reu
  imprimeur en 1606. Cet ouvrage est inconnu  M. Ambroise-Firmin
  Didot.

_Le 19, samedi,  Paris._--Men en carrosse au village de Issy,  la
maison d'un nomm La Haye; il y pche  la ligne, prend  la deuxime
fois.

_Le 20, dimanche,  Paris._--A neuf heures djeun; il fait manger
son potage  son perroquet jaune. M. le marchal de la Chtre, qui
toit ordonn pour mener l'arme en Clves, lui demanda: Sire, si
je rencontre les ennemis, que vous plat-il que je fasse? Il rpond:
_Donnez la bataille_.

_Le 21, lundi,  Paris._--A sept heures et demie, mis au bain d'eau
tide avec feuilles de vigne, dans la grande chambre: il y a demeur
trois quarts d'heure; mis au lit, o il a demeur une heure, puis lev.
Il va  la messe  l'antichambre de la Reine, puis au cabinet o la
Reine toit au conseil.

_Le 22, mardi,  Paris._--A sept heures et trois quarts mis dans le
bain; il y est demi-heure. Lav le visage[13]; mis au lit, il y est une
heure. Il va en la galerie, arme sa compagnie; il prend le hausse-col
et sa pique, et marche  la tte. Men en carrosse jusques au droit de
Chaillot, il va  la Savonnerie, se y fait peser et se trouve peser
cinquante-trois livres.

  [13] C'est peut-tre la premire fois que Hroard donne cette
  indication. _Voy._ au 8 septembre suivant.

_Le 24, jeudi,  Paris._--Il donne audience au duc des Deux-Ponts,
dput des princes protestants, et  celui des tats de Hollande. Men
en carrosse  Saint-Martin-des-Champs, il y fait attaquer un sanglier
apport; il n'avoit point voulu permettre que l'on le ft combattre 
un lion[14], craignant que le sanglier ne le tut et disant: _Ce seroit
dommage, car ces pauvres gens y gagnent leur vie._

  [14] _Voy._ plus haut  la date du 14 juin.

_Le 25, vendredi,  Paris._--Son prcepteur lui demande s'il lui
plaisoit pas traduire quelque sentence de franois en latin; il rpond:
_Oui, mais j'en veux faire_, prend la plume et crit de son invention
ces mots: _Le sage prince rjouit le peuple_. Peu aprs le prcepteur
lui demande quel toit le devoir d'un bon prince, il rpond: _C'est
d'abord la crainte de Dieu_; et comme il songeoit pour continuer, son
prcepteur ajoute: Et aimer la justice. Le Roi rpart soudain: _Non!
il faut: et faire la justice_. Men chez la Reine puis  la chapelle
de Bourbon, et de l,  midi, en l'htel de Longueville, o il a dn
et fait voler les papillons par une pie-griche. A quatre heures et
demie il sort de l'htel de Longueville pour aller donner de l'eau
bnite au Roi son pre dans la salle basse du Louvre. Messieurs, ses
frres, Monsieur et M. le duc de....[15] portoient sa queue; il y en
avoit cinq. Il toit conduit par MM. les cardinaux de Joyeuse et de
Sourdis[16]. A cinq heures trois quarts men en sa chambre, il suoit 
cause de son habit  capuchon et longue queue  cinq pointes; il est
mis au lit et rafrachi. A six heures trois quarts soup, men chez la
Reine.

  [15] Son nom est rest en blanc.

  [16] _Voy._ la lettre de Malherbe  Peiresc, du 26 juin 1610.

_Le 26, samedi,  Paris._--A six heures got; il va chez la Reine, au
conseil, est ramen  sept heures. Le baron de Montglat vient prendre
cong de lui, demandant s'il lui plaisoit lui commander quelque chose;
qu'il s'en alloit  l'arme de Clves; il lui dit: _Allez, Montglat,
faites bien_. Il avoit un nain nomm Dumont, et passe le temps  faire
semblant de le marier  Marine, naine de la Reine; fait apporter un
contrat et y crit.

_Le 27, dimanche,  Paris._--Men  vpres, aux Bernardins, et de l en
la plaine de Grenelle pour y voir jeter en la garenne une douzaine de
livres, et voir voler et prendre un pigeon par deux merillons. Ramen
 cheval en pourpoint tout dcoup, il faisoit grand vent, et il arriva
au Louvre  six heures et demie, un peu malade.

_Le 29, mardi,  Paris._--Men par la galerie aux Feuillants; il se
joue aux Tuileries, y tire aux oiseaux avec une arbalte  jalet, fort
justement, en abat un, tir avec jugement; il le frappe par l'aile.
Ramen en carrosse  onze heures et un quart, il va chez la Reine.
Dn, jou, amus doucement jusques  trois heures et demie; got,
point bu. L'on devoit sortir le corps du dfunt Roi; il y eut grande
dissension entre les cent gentilshommes et les gardes du corps, qui
faillent  en venir aux mains. Le Roi sort sur une avance qui va de la
petite monte vers la grande salle, est plus de demi-heure  regarder
ce qui se faisoit en la cour; l'on avertit son guide (_sic_), on le
retire. M. de Gondi, vque de Paris, dbat le rang avec la cour de
Parlement; la Cour enfin le pousse devant; le corps sort du Louvre 
six heures et demie, arrive  neuf heures  Notre-Dame. Cependant le
Roi a soup  sept heures et demie; men chez la Reine; amus doucement
jusques  neuf heures et demie.

_Le 5 juillet, lundi,  Paris._--Il s'amuse  tirer de l'arbalte en
s'habillant, en pend une petite  sa ceinture. Men en carrosse chez la
reine Marguerite, il monte  cheval, va  la volerie.

_Le 9, vendredi,  Paris._--Ce matin les officiers du feu Roi ont
commenc  le servir. Men en carrosse  Chaillot, ramen  cheval.

_Le 11, dimanche,  Paris._--M. de Rohan, colonel des Suisses, vient
prendre cong de lui pour s'en aller  l'arme qui alloit en Clves,
et lui demande s'il lui plat de lui commander quelque chose pour
dire  M. de la Chtre, chef de l'arme?--_Dites-lui qu'il fasse
du mieux qu'il pourra._--Mais, Sire, vous plat-il qu'il donne la
bataille?--_Qu'il fasse du mieux qu'il pourra_. A trois heures, got;
men  la Roquette  cheval.

_Le 12, lundi,  Paris._--A trois heures, men en carrosse  Suresnes,
chez le sieur Parfait, contrleur gnral de sa maison, o il a got.

_Le 15, jeudi,  Paris._--A onze heures trois quarts, dn; il fait
donner  boire  son petit chien, qu'il nommoit Gayan, et demande:
_Pourquoi donne-t-on  boire aux chiens?_ Il lui fut rpondu: De peur
qu'ils n'enragent. Il rpart soudain: _Les ivrognes donc n'ont garde
d'enrager, car ils boivent toujours_. Men en carrosse  Madrid[17], 
la chasse au livre et  l'oiseau.

  [17] Hroard crit Madril.

_Le 16, vendredi,  Paris._--A cinq heures et demie M. le prince de
Cond, revenant de Milan et Bruxelles, arrive, lui fait la rvrence et
 la Reine, le genou en terre; l'un et l'autre l'embrassent deux fois.
LL. MM. toient au pied du lit du Roi, dans le balustre, au droit de la
portire. A neuf heures trois quarts dvtu, M. le Prince lui donne sa
chemise[18].

  [18] _Voy._  cette date le _Registre-journal de Louis XIII_, par
  Lestoile.

_Le 19, lundi,  Paris._--A onze heures et demie, dn; il trouve
sur son potage des rognons de poulet demande au gentilhomme servant:
_Qu'est cela?_ Il rpond: Ce sont des tmoins.--_Pourquoi les
appelez-vous des tmoins?_ dit-il en se souriant. Il rpond que c'toit
pour faire la diffrence des mles.--_Ce sont donc les tmoins des
mles._ Men  la chasse  l'oiseau  la plaine de Grenelle puis chez
la reine Marguerite, et  six heures et demie au Louvre. Aprs souper
il envoye secrtement prier la reine Marguerite d'envoyer  M. de
Souvr le prier de sa part  ce que, le jour suivant, il l'exempte de
l'tude,  cause que c'est le jour de Sainte-Marguerite. Elle y envoya
sur les neuf heures; ce fut au grand cabinet de la Reine, ce qui lui
donna sujet de rire.

_Le 22 juillet,  Paris._--veill  sept heures et demie, pouls plein,
gal, pos, chaleur douce; lev, bon visage, gai. Vtu, coup les
cheveux; Renard, son barbier, lui sembloit trop long, il le frappe du
miroir et de coups de poing. M. de Souvr le menace du fouet, et s'en
va au cabinet, o il le fait appeler. _Non_, dit-il, _je n'y irai pas,
il me veut bailler le fouet, mais ne lui dites pas_. Enfin, voyant
qu'il y falloit aller, il dit: _Allez, allez, trtous, que personne ne
demeure ici_ (en sa chambre). C'toit pour les faire intercder pour
lui. Il en eut toute la peur,  la charge de demander pardon  Renard,
qu'il appeloit: _Renard, Renard, venez Renard, pardonnez-moi, je vous
frapperai plus._--Ce jour d'hui ses chevau-lgers entrent en garde prs
de lui, cinquante tous les huit jours; le sieur de la Cure en toit
son lieutenant, et ceci  cause que les grands de la Cour toient fort
accompagns et lui peu.

_Le 23, vendredi,  Paris._--Men en carrosse voler le perdreau, vers
le Roule.

_Le 24, samedi,  Paris._--Men en carrosse jusques  la Savonnerie,
ramen et promen aux Tuileries.

_Le 25, dimanche,  Paris._--Sur ce qu'il entendit une salve
d'arquebusades des Suisses qui faisoient monstre[19], il dit en
s'levant sur sa chaire: _Vel qui est bon, vel qui est bon, allons,
allons_. Il va aux Tuileries et aux Feuillants, joue aux Tuileries.
A dner on lui sert des poires que l'on appelle de Cuisse-Madame; il
demande au gentilhomme servant: _Comme appelle-t-on ces poires?_ Il
rpond: Poires de Cuisse-Madame.--_De Cuisse-Madame, c'est donc des
poires de Cuisse ma soeur?_

  [19] Qui passaient la revue.

_Le 27, mardi,  Paris._--Men en carrosse vers les Clestins, pour
voir des tentes tendues dans l'le, ramen par eau par sous les ponts,
dans un petit bateau qui ne valoit gure,  ce que l'on disoit;
descendu devant le Louvre  sept heures.--Ce jourd'hui sur les trois et
quatre heures fut prins un soldat de la recrue du capitaine Bonouvrier,
capitaine aux gardes, pour avoir dit  l'un de ses compagnons, lui
montrant deux couteaux et le Roi, comme il sortoit pour aller vers les
Clestins: Je voudrois que l'un de ces deux couteaux ft au fond du
coeur du dernier de la race[20].

  [20] Ce jour, dit Lestoile, on prit prisonnier un soldat des
  gardes de la compagnie du capitaine Bonouvrier, qu'on disoit
  avoir parl de tuer le Roi et la Reine... Il fut condamn aux
  galres seulement avec un _retentum_, ainsi qu'on disoit, de le
  jeter dans la mer aussitt qu'il seroit arriv  Marseille.

_Le 31 juillet, samedi,  Paris._--Men en carrosse  la plaine de
Grenelle,  la chasse aux perdreaux.

_Le 1er aot, dimanche,  Paris._--A midi men en carrosse  Meudon,
nonobstant la grande chaleur, pour chasser au sanglier dans le parc, 
cours ouvert. Il toit  cheval. Il y avoit un grand sanglier et trois
btes de compagnie, dans l'une desquelles il donna, de demi-pied de
profond, son premier coup d'pe. A quatre heures il y a got. Ramen
en carrosse et  cheval,  l'entre de la ville. A sept heures il va
chez la Reine, puis soup.

_Le 3, mardi,  Paris._--A trois heures got; il entre en carrosse, va
au Roule, o il est mont  cheval, vole le perdreau. A neuf heures et
demie mis au lit, il s'entretient avec Mme la princesse de Conty et Mme
de Ragny.

_Le 4, mercredi,  Paris._--Men en carrosse  Gentilly. Revenant
par le faubourg Saint-Jacques, o toit loge une partie du rgiment
des gardes, il aperoit une grande troupe de soldats en armes sur
le rempart, assemble pour faire donner l'estrapade  un soldat; le
sachant, il envoie soudain appeler le sergent-major pour lui dire qu'il
donnoit la grce au soldat.

_Le 8, dimanche,  Paris._--A quatre heures et demie men en carrosse 
vpres,  Saint-Sulpice, puis jouer  l'htel de Luxembourg. Ramen 
sept heures, soup, jou en la galerie; il va chez la Reine.

_Le 10, mardi,  Paris._--veill  cinq heures par impatience d'aller
dner  Ruel. Men en carrosse aux Feuillants, il y entend la messe;
djeun. Il monte  cheval, est men  Ruel, y est arriv  neuf
heures. A onze heures dn, bu du vin blanc. Il fait le bon compagnon
avec MM. d'pernon, de Montbazon, le Grand et autres seigneurs  qui il
donnoit  dner, les fait boire  sa sant, boit  la leur. A une heure
il entre en carrosse, va  Suresnes chez M. le contrleur Parfait, y
a got  trois heures. A cinq heures il passe l'eau, monte  cheval,
arrive aux Tuileries  six heures et demie  sept heures au Louvre.
Dvtu, mis au lit, soup. A huit heures lev, vtu, il va chez la
Reine;  neuf heures et un quart dvtu, mis au lit.

_Le 12, jeudi,  Paris._--Men  la chasse aux perdreaux, au Roule.

_Le 13, vendredi,  Paris._--A cinq heures trois quarts men en
carrosse chez la reine Marguerite, puis en bateau sur la rivire, men
prs des Bonshommes.

_Le 14, samedi,  Paris._--Men en carrosse au faubourg Saint-Victor
voir faire la monstre  la compagnie des gardes de la Reine.

_Le 15, dimanche,  Paris._--Men en carrosse  la messe,  Notre-Dame;
men  vpres  Saint-Germain-de-l'Auxerrois;  quatre heures trois
quarts got au doyenn, logis de M. de Souvr. A cinq heures et un
quart men aux Tuileries puis sur la rivire jusques au droit de
Chaillot; ramen dans son petit carrosse dcouvert, tir par six
bidets; M. le Grand et M. de Souvr toient dedans. Arriv au Louvre 
huit heures et un quart.

_Le 16, lundi,  Paris._--Men  dix heures en carrosse  Saint-Ladre
pour y voir faire la crmonie des chevaliers de Saint-Lazare; le sieur
de Nrestang en toit chef de l'ordre; ramen  dix heures. A trois
heures got, men en carrosse our vpres  Piquepusse; puis il monte
 cheval et va  la chasse au perdreau.

_Le 18, mercredi,  Paris._--veill  six heures, lev, gai, il
surprend ses valets de chambre encore couchs, ce dont il est
extrmement rjoui.

_Le 19, jeudi,  Paris._--Il va au bois de Vincennes pour y dner et
mettre la premire pierre du btiment neuf que l'on y faisoit; il ne la
mit pas, pour l'absence de la Reine. Il monte  cheval, est men  la
volerie du perdreau, en prend quatre.

_Le 20, vendredi,  Paris._--Men en carrosse au bois de Vincennes
pour y asseoir la premire pierre de son corps de logis qui est du ct
du parc. Sur la pierre est grav: DU REGNE DE LOUIS TREIZIESME
AAG DE NEUF ANS ET MARIE DE MEDICIS SA MERE ET REGENTE. L'on y
mit quatre pices d'or de sa face et de mme inscription, le tout en
prsence de la Reine. Il fait merveilles de y jeter le mortier prins
dans un bassin d'argent avec une petite truelle d'argent. Ce fait, il
monte  cheval, est men  la chasse.

_Le 21, samedi,  Paris._--Men par la galerie aux Feuillants, il fait
jeter une cane dans le canal, aux Tuileries, y met son petit chien
_Gayan_ aprs.

_Le 22, dimanche,  Paris._--Men en carrosse  vpres, aux
Filles-Dieu. A neuf heures et demie mis au lit, il ne se peut endormir,
a de l'inquitude, appelle M. de Heurles pour lire, enfin  onze heures
il s'endort.

_Le 23, lundi,  Paris._--A huit heures djeun; il monte au cabinet
des livres, a froid, blmit, fait allumer du feu; mains chaudes, le
pouls un peu ht, fort enrou, tudi. A dix heures il est men 
la chapelle de l'antichambre de la Reine puis chez la Reine, et 
onze heures donne audience aux dputs du parlement de Toulouse, le
prsident de Verdun, premier prsident, portant la parole[21]. A neuf
heures dvtu, mis au lit, il dit que la gorge lui fait mal, fait
chanter et jouer du luth le Bailly pour s'endormir.

  [21] _Voy._ le Registre journal de Louis XIII par Lestoile,  la
  date du 21 aot 1610.

_Le 24, mardi,  Paris._--A sept heures drage de rhubarbe une once et
demie, prise partie seule, partie avec de la pomme. Lev en robe, il va
donner le bonjour  la Reine. Il va en la galerie, o il se joue, fait
marcher devant lui ses petits gentilshommes se tenant aux manteaux par
derrire, faisant les chevaux, et lui est le dernier qui touche ce qui
est devant, puis se fait porter et promener au grand pas. A cinq heures
et un quart il se met au lit, o il s'amuse  inventer des engins; la
reine Marguerite le vient voir. Il fait faire la musique de voix et
d'instruments; il parloit de ce qu'il avoit fait chanter des chansons
au Bailly et quelles; M. de Souvr lui demande: N'avez-vous point
fait chanter de celles du feu Roi qui toient pour les amours de Mme
la princesse de Cond et autres?--_Non._--Pourquoi?--_Je les aime
point_, dit-il brusquement.

_Le 25, mercredi,  Paris._--A six heures et demie soup; M. le
marchal de Fervaques prend cong de lui, s'en retournant en Normandie
lieutenant gnral. Il va en la galerie, fait tirer des fuses, va chez
la Reine. Deux soldats des gardes avoient mang des raisins dans les
vignes et pour ce avoient t condamns  tre dgrads et bannis pour
deux ans; il n'eut point de repos tant qu'il et fait avec la Reine
qu'ils en seroient quittes pour un an de bannissement. Sa Majest le
commanda  M. d'pernon.

_Le 26, jeudi,  Paris._--A huit heures trois quarts djeun, tudi,
crit, tir des armes, dans; men par la galerie aux Feuillants et
jou aux Tuileries. Il raconte en dnant, comme au sacre de la Reine
il toit fort mal log  Saint-Denis[22], qu'il avoit en sa chambre un
puits, une cave, un abreuvoir  poules, et une curie au dessous, o
il y avoit un rtelier; que c'toit le logis d'un chanoine, le plus
mauvais de Saint-Denis. Men aux Tuileries par la galerie, il y fait
courir un livre par tous ses petits chiens, leur en fait faire la
cure.

  [22] _Voy._ au 12 mai 1610.

_Le 28, samedi,  Paris._--Men aux Augustins,  la messe,  cause de
la fte[23]. A trois heures men en carrosse en la place du collge
de Cambray pour y mettre la premire pierre du btiment du collge du
Roi[24]; ramen  six heures et demie chez la Reine.

  [23] La fte de Saint-Augustin.

  [24] Le samedi 28, le Roi assit la premire pierre fondamentale
  du nouveau collge que le Roi son pre avoit desseingn faire 
  Cambrai. M. de Sully, qui l'y avoit accompagn, prsenta  Sa
  Majest une truelle d'argent avec laquelle il maonna ladite
  pierre, et y mit quatre mdailles auxquelles son portrait toit
  grav, deux d'or et deux d'argent. (_Journal de Lestoile._)

_Le 29, dimanche,  Paris._--A neuf heures men en carrosse our la
messe au collge de Navarre, il y voit la librairie; en entrant il dit
tout haut: _Que l'on ne drobe rien_. Les coliers lui demandoient un
mois de vacations, il leur en donne pour trois jours; ramen  onze
heures chez la Reine. A trois heures men en carrosse aux Cordeliers, 
vpres, il y voit la librairie[25].

  [25] Le dimanche 29 le Roi alla aux Cordeliers, o tant entr
  dans le rfectoire, prit plaisir  voir dner les moines qui
  cassoient proprement en frres briffaus; les interrogea sur leurs
  vivres ordinaires et rgles de leur couvent et leur fit tout
  plein d'autres questions curieuses et plaisantes, convenantes 
  son ge. Il alla aprs voir la bibliothque, o il fut conduit
  par le P. Cotton et Casaubon, qui entrrent en dispute et
  confrence ensemble de la religion. (_Journal de Lestoile._)

_Le 30, lundi,  Paris._--A trois heures got, men en carrosse vers
Saint-Ouen,  la chasse. A sept heures soup; il va en la galerie, fait
tirer des fuses. M. le chevalier de Vendme veut prendre cong de lui,
pour partir le lendemain avec son frre, allant en Bretagne; et bien
qu'il l'et permis, il se prend tellement  pleurer que le voyage du
Chevalier fut rompu et qu'il demeura prs de lui.

_Le 31, mardi,  Paris._--A trois heures got, bott, men en carrosse
 la Sainte-Chapelle pour y voir les reliques; ce fut la premire
fois qu'il les a vues; puis il monte  cheval, va vers les plaines de
Vaugirard.

_Le 2 septembre, jeudi,  Paris._--Men en carrosse  Conflans, ramen
 sept heures et demie chez la Reine, soup  huit heures. Il railloit
du sieur de Mainville, lui disant: _Mainville, j'ai des chiens qui sont
bons pour voleur; prenez garde  vous!_--Mais, Sire, l'on croira que
vous ne le dites pas en jouant.--_Je dis vrai, je me joue pas._

_Le 3, vendredi,  Paris._--Son prcepteur lui avoit enseign, il y
avoit quelques jours, que l'une des choses que les princes hassoient
le plus, c'toit un vieux serviteur mal rcompens; il lui demande:
Sire, qu'est-ce que les princes hassent le plus? Le Roi, songeant,
dit soudain: _C'est le vice_. A neuf heures dvtu, mis au lit, il
s'amuse  deviser; il envoie querir sa nourrice et lui demande:
_Dondon, avez-vous t chevauche?_ en rougit, ayant apperu qu'il
avoit failli sans y penser, voulant dire: tes-vous de la chevauche?
c'est--dire de la veille, car les femmes de la chambre de la Reine
veilloient  leur tour.

_Le 5, dimanche,  Paris._--On lui avoit amen un enfant de six ans,
jouant du luth et mal: _Il a beau jouer_, dit-il, _il ne m'endormira
pas_, comme souloit faire le Bailly. Men aux Feuillants par la
galerie; M. le chevalier de Vendme et M. de Guise toient  la messe.
M. de Chaux[26], vque de Bayonne, premier aumnier du Roi, demande 
M. de Souvr auquel des deux il bailleroit l'cu pour l'offrande, qui
lui dit que ce n'toit point de son fait. Cependant M. de Guise suit le
Roi allant  l'offrande, et, ne s'tant point trouv d'cu  offrir, M.
de Guise demanda  M. de Souvr s'il lui avoit fait faire cet affront,
qui rpond que non, et que ce n'toit pas de son fait. Lors M. de Guise
se prend  l'vque, lui disant qu'il ne y avoit l personne qui le dt
prcder, qu'il toit un malhabile, un ignorant qui ne savoit pas sa
charge; l'vque au contraire, et dit qu'il s'en plaindroit  la Reine,
M. de Guise aussi, tout le premier (_sic_). A trois heures men en
carrosse  vpres,  Saint-Eustache, puis aux Tuileries.

  [26] Bertrand des Chaux, vque de Bayonne de 1598  1621.

_Le 6, lundi,  Paris._--Men par la galerie aux Tuileries, o il se
joue en diverses faons, se fait promener dans son petit carrosse,
Mesdames avec lui.

_Le 7, mardi,  Paris._--Le sieur de Senneterre apporte la nouvelle
de la prinse de Juliers[27]; le Roi l'entendant dit haut et gaiement:
_C'est moi qui l'ai prins_.

  [27] Par Maurice de Nassau.

_Le 8, mercredi,  Paris._--A six heures et un quart, lev, vtu, il
s'enfuit de del pource que M. de Souvr lui veut dbarbouiller le
visage; il dit qu'il n'est pas _damoiseau_. A neuf heures men en
carrosse  Notre-Dame[28], ramen  onze heures et demie. A onze heures
et trois quarts dn; il raconte comme il a t  Notre-Dame, _o_,
dit-il, _l'on nous a baill d'une messe de quatre heures_. Jou, men 
Saint-Germain-de-l'Auxerrois, au sermon de M. Fenoillet[29], vque de
Montpellier, et  vpres au Louvre.

  [28] Jour de la nativit de Notre-Dame.

  [29] Pierre Fenouillet, vque de Montpellier de 1608  1652.

_Le 10, vendredi,  Paris._--Un seigneur espagnol venu avec le duc de
Feria, lui vient faire la rvrence, et, tout aussitt qu'il l'et
accueilli, le Roi lui dit pour l'entretenir: _Tenez vel le plan de
Juliers_, qui venoit d'tre prins, et il lui montre par le menu les
particularits du sige: Voil ceci, voil cela, voil les Franois,
voil les Flamands, etc.

_Le 11, samedi,  Paris._--A trois heures et demie, le duc de Feria
lui fait la rvrence; il se surpassa en contenance et prolation de
paroles; les paroles furent: _Je remercie le roi d'Espagne mon frre
de la souvenance qu'il a de moi et le prie de s'asseurer que j'aurai
envers lui la mme affection qu'a eue le feu Roi mon pre_; en telle
sorte que les Espagnols en toient tous en admiration, faisant le signe
de la croix; d'eux d'entre eux, qui toient Navarrois, se tranrent
de bien loin, les genoux en terre, lui allant faire la rvrence, et
ne pouvoient lcher sa cuisse qu'ils tenoient embrasse. A six heures
trois quarts soup; mangeant d'une plie de Loire, il demanda comment
les plies nageoient. Quelqu'un rpondit que c'toit de plat: _C'est
donc_, dit-il, _quand elles sont mortes_.

_Le 13, lundi,  Paris._--M. de Frontenac, premier matre d'htel et
capitaine de Saint-Germain-en-Laye, lui dit que la Reine lui avoit t
la capitainerie: _Pourquoi?_ demande le Roi, tonn et fch.--Sire,
c'est pour la donner  mon fils,  la charge que je serai son
lieutenant.--_Le lieutenant baillera donc le fouet  son capitaine!_
Messieurs et Mesdames partent pour aller  Saint-Germain.

_Le 15, mercredi,  Paris._--Il va chez la Reine, qui lui veut donner
des petites besognes, comme des _Agnus Dei_ garnis de diamants; il les
refuse assez brusquement, et toutefois en enfant, et dsire un petit
livre couvert de diamants. Elle l'en refuse, disant que le feu Roi son
pre le lui avoit donn; il le dsiroit pour le mettre en son oratoire;
la larme lui vient  l'oeil.

_Le 16, jeudi,  Paris._--Men en carrosse aux Tuileries, il se promne
dans son carrosse tir par six petits bidets. A six heures et trois
quarts soup; M. du Repaire lui veut reprsenter les raisons pourquoi
M. de Souvr ne trouvoit pas bonne quelque chose qu'il avoit envie de
faire. Il le frappe; M. de Saint-Gran le voit, le dit aprs  M. de
Souvr.

_Le 17, vendredi,  Paris._--Pour avoir, le jour prcdent, frapp M.
du Repaire, il est fouett un peu serr.

_Le 18, samedi,  Paris._--A quatre heures il monte dans un bateau, est
men jusques aux Bonshommes; ramen de mme jusques aux Tuileries.

_Le 19, dimanche,  Paris._--Men par la galerie aux Feuillants, jou
aux Tuileries, ramen  dix heures et demie chez la Reine; dn; il
mange du muscat port du pressoir de Fontainebleau. En mangeant tenant
son couteau d'une main, de l'autre il bat toujours le tambour sur la
table en rvant, et donne  manger  ses chiens _Oul_ et _Griffon_.
A trois heures il reoit le comte de Hamton, ambassadeur d'Angleterre,
venu pour se condouloir et jurer l'alliance.

_Le 20, lundi,  Paris._--A huit heures il monte  cheval, va chassant
dner  Ruel, y fait venir Mesdames. A onze heures trois quarts dn; 
trois heures et demie Mesdames s'en retournent  Saint-Germain et lui
monte  cheval. Il va  Suresnes, chez le sieur Parfait, y a got, est
ramen en carrosse  Paris.

_Le 21, mardi,  Paris._--Le comte de Hamton le vient trouver; il le
mne en sa chambre pour le faire dner avec lui; puis  douze heures et
demie dn. Le Roi fait porter le potage confit  l'ambassadeur, lui
envoie aussi une tourte faite de rognons de poulet; bu du vin blanc 
la sant du roi d'Angleterre. Il envoie  l'ambassadeur ses ortolans,
ne y touche point; bu  la sant des ambassadeurs du vin blanc. Les
ambassadeurs lui envoient dire qu'ils n'oseroient pas prendre la
hardiesse de boire  sa sant, mais qu'ils vont boire l'un  l'autre
pour sa sant. Il les mne en sa chambre, va aux Feuillants  vpres, y
mne les ambassadeurs, qui ont jur l'alliance offensive et dfensive;
 leur requte il signa les articles; ce sont les premiers qu'il a
signs. Jou au jardin des Tuileries, ramen  sept heures.

_Le 22, mercredi,  Paris._--A huit heures et demie djen, tudi,
crit, tir des armes, dans. A quatre heures et demie men par la
galerie sur la rivire, dans un bateau couvert; men jusques aux
Bonshommes, ramen de mme aux Tuileries et de l en carrosse,  sept
heures au Louvre.

_Le 23, jeudi,  Paris._--A onze heures il va chez la Reine, l o, la
Reine assise prs de lui, le sieur Concino, premier cuyer de la Reine,
lui prta le serment de fidlit pour le gouvernement de Pronne,
Montdidier et Roye, lui baisant la main et  la Reine. A quatre heures
et demie men par la galerie aux Tuileries, il fait courir dans la
carrire deux louveteaux par ses petits chiens. A sept heures soup; il
se plaint du ventre, et dit que c'est son pourpoint qui le serre trop;
il toit vrai. Il ne le veut point desserrer qu'il n'aye s si c'est
la volont de M. de Souvr, auquel il l'envoie demander, et qui le lui
permet.

_Le 24, vendredi,  Paris._--Il avoit command, voulant aller au grand
cabinet,  M. Dauzer, l'un des premiers valets de chambre, de faire
sortir ceux qui y toient; il le fait. A sept heures et demie djeun;
pendant son djeuner quelques-uns des gentilshommes ordinaires que le
sieur Dauzer avoit fait sortir s'en plaignent au sieur Dauzer, qui
leur parle un peu brusquement. Il entendoit tout cela et n'en faisoit
pas le semblant. Il monte au cabinet des livres pour tudier; le sieur
Des Yveteaux lui parle sans sujet de cette noise; il l'coute, et
rpond froidement: _Dauzer a parl un peu rudement  eux, mais il les
y faut accoutumer de bonne heure._

_Le 25, samedi,  Paris._--A onze heures et un quart men chez la
Reine, dn; il conteste, comme entendu, sur un cerf mal men qui
toit en la plaine de Grenelle. Les uns disoient qu'il falloit des
levriers: _Ho! non_, dit-il en secouant la tte. On lui dit: Sire, ils
ne le prendroient pas, il gagneroit les devants.--_Il les faut jeter
en tte._ Jou, tudi, etc. A deux heures got; men en carrosse 
la plaine de Grenelle pour courir le cerf dont on lui avoit fait le
rapport. Il monte  cheval, voit donner les chiens et courir le cerf
par la plaine, fait aller M. de Frontenac aprs; le cerf ne fut point
prins. A neuf heures et demie devtu; mis au lit, il s'amuse  railler;
M. de Termes lui faisoit des contes.

_Le 26, dimanche,  Paris._--A sept heures et demie djeun; il envoie
querir ses petits hommes de plomb, en dresse des escadrons sur la table
perce.

_Le 27, lundi,  Paris._--Men  la messe aux Cordeliers, o il a ou
le sermon de P. Fenoillet, vque de Montpellier[30]; ramen  onze
heures chez la Reine, o il a reu le serment du sieur Concino pour
premier gentilhomme de la Chambre, par la dmission de M. de Bouillon.
A onze heures et demie dn; M. le chancelier le vient instruire de ce
qu'il doit rpondre  MM. de la cour de Parlement, qui toient en sa
chambre pour lui dire adieu, s'en allant  son sacre, M. le prsident
Forget porta la parole. A trois heures got; le comte de Hamton,
ambassadeur d'Angleterre vient prendre cong de lui. Amus doucement, 
cause de la pluie, dans la galerie.

  [30] Le Roi entrait ce jour-l dans sa dixime anne.

_Le 29, mercredi,  Paris._--A neuf heures et un quart devtu, mis
au lit, il fait chanter le Bailly; il y avoit aussi un Espagnol qui
chantoit et en espagnol. Mme de Guise lui dit qu'il commandt  Bailly
de chanter en espagnol: _Non, il pourroit faillir; il faut que chacun
chante en son langage._

_Le 30, jeudi,  Paris._--Il y avoit sur sa table de l'tude _Les
emblmes d'Horace_, imprims  Anvers; il s'amuse  lire le privilge
qui toit en cet ordre: Du Pape, du roi d'Espagne et du roi de
France. Il prend la plume et l'encre, et, sans dire mot, il efface
tout couvert d'encre _le roi d'Espagne_, et entre deux, aprs _le
Pape_, il crit _le roi de France_[31], et, sans en faire semblant,
quitte la plume. A trois heures got; men en carrosse au bois de
Vincennes, il va voir son btiment, chasse au parc.

  [31] _Q. Horatii Flacci emblemata, imaginibus in s incisis,
  notisque illustrata, studio Othonis Voeni.--Antuerpi_, 1607,
  in-4. A la fin du livre, l'approbation donne  Anvers le 15
  mars 1607 est accompagne de cette indication: _Privilegiis
  Pontifico, Csareo, Regum Hispani et Gallioe, et Principium
  Belgii, cautum est, ne quis hc emblemata aut alia ejusdem
  auctoris opera imitetur_. L'exemplaire conserv au cabinet
  des Estampes de la Bibliothque Impriale (n T a 11) est aux
  armes de Louis XIII et porte cette correction faite  l'encre:
  _Privilegiis Pontifico, Csareo, Regum Galli et Angli,
  Principium Belgii, etc_.

_Le 1er octobre, vendredi,  Paris._--A sept heures, djeun, tudi,
crit, tir des armes, dans; men par la galerie aux Feuillants,
ramen en carrosse  dix heures et demie chez la Reine. A onze heures,
dn, tudi, etc. A trois heures, got, men en carrosse chez la
reine Marguerite, ramen  six heures et demie.

_Le 2, samedi, voyage._--veill  cinq heures, lev avec allgresse
et impatience de partir pour aller  son sacre. A six heures et demie,
djeun; bott  sept heures, il entend la messe en Bourbon. A sept
heures trois quarts il entre en carrosse et part de Paris pour aller
 Reims. Dn  dix heures  Livry; peu aprs il monte  cheval, est
all  la chasse. A trois heures got  la campagne; arriv  Fresne
par les alles, il se y promne  pied et  cheval. La Reine, qui avoit
dn  Bondy, arrive  cinq heures et demie. A sept heures soup; il
s'amuse en son cabinet  peindre, fait lui-mme ses couleurs sur le
cuivre, peint sur la toile l'Avarice et la Prudence, vtues, assez
bien, y est attentif, fait toutes les actions que sauroit faire un
peintre,  la fin serre lui-mme ses couleurs et ses pinceaux.

_Le 3, dimanche, voyage._--A sept heures trois quarts il part de Fresne
en carrosse et va  Meaux, c'est la premire fois, o il a dn. Peu
aprs il monte  cheval, vient chassant par Trie-le-Port et arrive 
quatre heures  Monceaux. Il se va promener par les alles dans l'tang
vid, va jusques  la bonde; M. de Souvr lui dit par diverses fois
qu'il ne donnoit pas de louanges aux belles choses et mmement  celles
qu'il venoit de voir; se sentant press, il rpond: _Mais, mousseu de
Souvr, savez-vous pas bien que je suis pas grand parleur?_

_Le 4, lundi,  Monceaux._--A sept heures et demie djeun, tudi,
etc. Men  la chapelle puis au parc; men  la chasse en carrosse.

_Le 5, mardi,  Monceaux._--A sept heures et demie djeun, tudi;
son prcepteur lui commena sa leon par la louange des romans, et lui
demanda s'il pensoit pas que la lecture des romans ft pas suffisante
pour instruire un prince: _Non_, rpond le Roi.

_Le 6, mercredi,  Monceaux._--En tudiant il s'amuse  dresser des
escadrons en diverses sortes avec ses hommes de plomb, sur la table
perce; son prcepteur lui dit que, selon Platon, les dieux toient par
dessus les rois comme les rois toient par dessus les hommes et les
capitaines. Il rpond soudain: _Oui, mais il n'y a qu'un Dieu, il y a
plusieurs rois_. Men en carrosse our la messe aux Bonshommes, o lui
sont offerts des raisins par eux; ramen  onze heures et demie, dn;
peu aprs il va jouer  la balle en la galerie.

_Le 7, jeudi,  Monceaux._--Men en carrosse  la chasse du cerf, hors
du bois il monte  cheval, le voit prendre dans la rivire.

_Le 8, vendredi,  Monceaux._--Il disoit  M. de Bellegarde, grand
cuyer, qu'il avoit une arbalte: Sire, dit-il, vous en tirez
bien.--_Non, je tire pas bien, mais peu  peu nous apprendrons._--Il
avoit un jeune garon nomm Csar qui avoit t laquais; il le fit
cocher de son petit carrosse  bidets et l'aimoit, en parloit souvent.
On lui demanda pourquoi il l'aimoit, il rpond soudain: _Pource qu'il
est homme de bien_. Men au parc  cheval, il prend un chevreuil, fait
ce qu'il peut pour faire ruer le petit mulet sur quoi toit mont M. de
Souvr, tchant d'une houssine  atteindre la croupe. M. de Bonnivet le
suivoit  cheval, et il n'y avoit autre que lui; le Roi se retournant
lui dit: _Pourquoi allez-vous  cheval?_--Sire, pource que je n'ai pas
bonnes jambes.--_Il ne faut donc pas que vous veniez ici aprs moi._

_Le 9, samedi,  Monceaux._--Men  la messe en la galerie, il donne
le bonjour  la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse, va
 l'abbaye de Jouarre contre son gr et bien forc; M. de Souvr le y
porta[32]; il faisoit fort mauvais temps de vent et de pluie. Ramen
 cinq heures, il se va promener dans le parc, dans son petit carrosse
 six bidets, que le sieur Constance, cuyer ordinaire, avoit fait
couvrir;  cinq heures trois quarts il va chez la Reine. A huit heures
et demie il toit las; dvtu, mis au lit, il ne veut pas que l'on
ouvre le pied du lit quand il se couche, pour n'tre vu du monde qui
toit en sa chambre, que l'on fait sortir.

  [32] L'y dcida.

_Le 10, dimanche,  Monceaux._--Il s'amuse  mettre en diverses figures
de bataillons ses hommes de plomb sur la table perce, n'en peut partir.

_Le 11, lundi, voyage._--A sept heures djeun, men  la messe, puis
mont  cheval, men  la Trousse, maison du capitaine de la porte; il
y a dn  dix heures trois quarts. A une heure il monte  cheval, et 
quatre heures et demie arrive au chteau de Gandeleu. A six heures et
demie soup; il va chez la Reine. A huit heures et demie mis au lit, il
se fche de ce qu'il y avoit trop de monde en la chambre et dit: _On y
laisse entrer toute sorte de personnes_.

_Le 12, mardi, voyage._--Men  la messe, puis  huit heures il entre
en carrosse et part de Gandeleu; il va au Buisson, maison de M. le
vicomte d'Ouchy[33], prs de Coincy. A une heure il part du Buisson,
est men en carrosse et arrive  quatre heures  Fre en Tardenois,
est log au bourg, chez le grenetier. Il s'en va au chteau, le visite
tout, va au parc aprs les daims; ramen  six heures, il va au-devant
de la Reine, qui arrivoit.

  [33] Eustache de Conflans, chevalier d'honneur de la reine Marie
  de Mdicis; mort en 1628.

_Le 13, mercredi, voyage._--Djeun, tudi, men  la messe, puis en
carrosse au parc, o il est mis  cheval, court les daims, en fait
prendre un pour le faire nourrir. A une heure il part de Fre, entre en
carrosse et arrive  Fismes  quatre heures, est dbott; demi-heure
aprs M. de Souvr lui demande s'il vouloit aller se promener?--_Oui,
mais je ne saurois aller  cheval sans bottes._--Vous irez  pied, il
fait beau aller.--_Ho! non; vel qui seroit beau, j'irois  pied et
l'on me suivroit  cheval!_--Il faut reprendre la botte.--_J'aime
donc mieux que l'on me botte._ A cinq heures et un quart il monte
 cheval, est promen dehors. A huit heures dvtu, mis au lit, il
dit  M. de Souvr, qui tenoit la bougie: _Mousseu de Souvr, sautez
pour voir si le plancher branle_; il toit pesant, et pour couvrir la
raillerie il dit: _Si j'tois debout je sauterois, je le ferois bien
branler._

_Le 14, jeudi, voyage._--veill  cinq heures, doucement, il dit qu'il
n'a point dormi, qu'il a entendu courir la poste toute la nuit, et les
charretiers qui crioient: _Dia_. A sept heures et demie il entre en
carrosse et part de Fismes, se trouve mal en chemin, a mal au coeur; ce
dit, il s'appuye sur M. de Souvr. Il toit lgrement vtu, il faisoit
bien froid et il avoit mal repos la nuit. Il arrive  deux lieues de
Reims .....[34], o il a bien dn;  une heure il entre en carrosse,
et  une demi-lieue de la ville monte  cheval pour son entre; et,
aprs avoir entendu patiemment toutes les harangues, il entre  Reims,
va  Notre-Dame environ les cinq heures trois quarts. On lui prend son
cheval; c'toit un barbe blanc, il le veut ravoir. A sept heures soup.

  [34] Hroard a laiss ce nom en blanc.

_Le 15, vendredi,  Reims._--A sept heures et demie djeun, tudi;
men en carrosse  Saint-Remy, ramen  onze heures, il va chez la
Reine, puis  onze heures et un quart dn. A deux heures et demie men
 Saint-Pierre, o il a got; ramen  cinq heures, il va  vpres 
Notre-Dame. A huit heures trois quarts devtu, mis au lit; l'on parloit
d'une querelle qu'il y avoit entre quelques-uns de la musique et
demandoit-on comment ils se battroient; il rpond: _Il faut qu'ils se
battent avec des luths_.

_Le 16, samedi,  Reims._--Il blme Outrebon, l'un des musiciens de sa
chambre; c'est celui qui le jour prcdent avoit pris querelle contre
Gudron, autre musicien et qui avoit montr  Outrebon: _Mais vel qui
est beau! Outrebon qui se veut battre contre Gudron, et Gudron lui
a montr tout ce qu'il sait_, et le trouvoit fort mauvais. Men en
carrosse  Saint-Nicaise, ramen  dix heures trois quarts. A trois
heures men en crmonie  Notre-Dame pour our vpres et recevoir
l'ordre de confirmation; il est confess par le P. Coton, de la
compagnie des Jsuites, puis  cinq heures et demie reoit l'ordre de
confirmation par M. le cardinal de Joyeuse. Ramen  six heures, il se
joue  atteler ses petits gentilshommes l'un  la suite de l'autre et
les touche devant soi[35].

  [35] C'est--dire qu'il les touche du fouet en les conduisant.

_Le 17, dimanche,  Reims._--veill  cinq heures, lev, men et
couch en son cabinet, dans son lit de parade, o MM. les pairs le
sont venus trouver pour le mener  Notre-Dame pour le sacrer. Il entre
en l'glise  neuf heures et demie, est reu par l'illustrissime
Franois, cardinal de Joyeuse; MM. les princes de Cond, de Conty et
comte de Soissons reprsentoient les ducs de Bourgogne, de Normandie
et d'Aquitaine, MM. les ducs de Nevers, d'Elbeuf et d'pernon les
comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse. Sur les onze heures
fut conduite la sainte ampoule par MM. les marquis de Sabl, baron de
Biron, baron de Nangis et baron de Rabat, porte par Dom Lpagnol,
grand prieur de Saint-Remy; sur midi, il reoit l'onction, est conduit
sur le pupitre. Les pairs le baisent par deux diverses fois; il donne
un petit soufflet  M. d'Elbeuf, gaiement, et essuie sa joue. Il fut
remarqu que, aux deux fois qu'il fut bais par M. d'pernon, il
porta ses deux mains  sa couronne pour l'assurer en sa tte. Il va 
l'offrande, communie; en marchant il tchoit d'attraper la queue du
manteau de M. de la Chtre, qui marchoit devant lui, faisant l'office
de conntable. Il supporta fort vertueusement toute la fatigue de cette
crmonie qui se termina  deux heures et un quart. Ramen, on le
vouloit faire reposer dans un lit; encore qu'il ft un peu las, il dit
qu'il avoit faim. A deux heures et demie dn de la viande de MM. de la
ville, apprte et servie par ses officiers, M. le marchal de Lavardin
faisant la charge de grand matre; bu du vin blanc, il boit  la sant
de MM. les pairs. Il va en sa chambre, se fait mettre au lit, se fait
apporter sa table perce et s'amuse  dresser des bataillons avec ses
hommes de plomb, puis  faire des engins de cartes. A six heures M. de
Souvr le fait lever et vtir un habillement neuf, dont il entre en
mauvaise humeur et s'apaise  la fin. Men chez la Reine;  huit heures
et demie mis au lit.

_Le 18, lundi,  Reims._--A huit heures et demie djeun, tudi;  dix
heures et un quart il monte  cheval, vtu de satin blanc en broderie
d'argent, sur un cheval blanc, est men  la messe  Saint-Remy. A
trois heures trois quarts men  Notre-Dame pour tre fait chevalier du
Saint-Esprit, il entend les vpres;  cinq heures trois quarts il est
fait chevalier par M. le cardinal de Joyeuse, puis fait chevalier M.
le prince de Cond. Le cardinal de Joyeuse ne le voulut pas tre aprs
lui, bien qu'il et t autrement rsolu et qu'il l'et consenti; il
(le cardinal) eut dans l'glise une longue confrence avec le cardinal
de Gondi: l'on eut opinion qu'il lui avoit fait changer d'avis. Quand
le Roi lui demanda pourquoi il le refusoit, il rpondit d'autant qu'il
toit le premier prince de l'glise et qu'il plt  Sa Majest de le
conserver en son droit; le Roi lui dit: _Il faut parler  la Reine ma
mre, je puis pas rsoudre cela_; il ne fut pas fait chevalier. Le Roi
reoit les chevaliers gaiement; comme ils le vont baiser, il prend la
barbe  M. le Grand en riant, en disant: _Vel un honnte homme_.

_Le 19, mardi,  Reims._--A huit heures et demie il entre en carrosse
pour aller dner  Cosson, maison du baron du Tour,  deux lieues
de Reims; il monte  cheval, vole la perdrix, en prend six. Mis
en carrosse, il revient  Reims  cinq heures trois quarts; amus
doucement chez la Reine jusques  huit heures et demie. Dvtu, il
feint de dormir pendant qu'on le devtoit; mis au lit, comme M. de
Souvr et dit: C'est  cette heure  bon escient qu'il dort, il
s'bouffe de rire.

_Le 20, mercredi, voyage._--A sept heures djeun; il ne veut point
aller  la messe  pied et dit: _Vel qui est beau que j'aille  pied
par les rues!_ Et toutefois M. de Souvr insistant, il va  pied  la
messe  Saint-Pierre pour favoriser l'abbesse. A huit heures et demie
il part de Reims  cheval et s'en va dner  quatre lieues de l, 
Cormicy. A une heure et demie il monte  cheval et, chassant par le
Pont--Vesle, arrive  quatre heures trois quarts  Saint-Marcoul[36],
se va jouer sur le prau. A six heures et trois quarts soup.

  [36] Bourg de France en Picardie, au diocse de Laon. Il dpend
  de l'glise de Saint-Remi de Reims: on tient que les rois de
  France y doivent faire un voyage aussitt qu'ils sont sacrs et
  que c'est en ce lieu l qu'ils reoivent le pouvoir de gurir des
  crouelles. (_Dictionnaire gographique_ de La Martinire.)

_Le 21, jeudi,  Saint-Marcoul._--Il va  confesse en son cabinet au P.
Coton, jsuite, puis  huit heures et demie djeun. Il va  la messe
et  dix heures un quart revient en la cour du logis o il y avoit
neuf cents et tant de malades des crouelles qu'il a touchs aussi
srement et dextrement comme s'il s'y ft souvent exerc; il se repose
quatre fois, mais peu, ne s'assit qu'une seule fois. Il blmissoit un
peu de travail, et ne le voulut jamais faire parotre, ne voulut pas
prendre de l'corce de citron. Il demande  un malade d'o il toit,
lui paroissant tranger; le malade rpond: De Lorraine.--_Donnez-lui
un quart d'cu._ C'toit pour tre tranger et qu'il avoit entendu que
l'on en donnoit autant aux trangers. A onze heures et demie parachev;
 onze et trois quarts dn. Il monte  cheval, est men  la chasse.

_Le 22, vendredi, voyage._--A huit heures et demie il monte  cheval,
part de Saint-Marcoul et, par le Pont--Vesle, va dner  Missy;  une
heure il remonte  cheval et va chassant, arrive  cinq heures  Brene.

_Le 23, samedi, voyage._--A sept heures et un quart djeun; il va
 la messe  l'abbaye, puis,  huit heures part de Brene, entre en
carrosse, va  Auchy-la-Ville, o il arrive  dix heures trois quarts;
 onze heures il y a dn. Peu aprs il entre en carrosse, et  quatre
heures et demie arrive  la Fert-Milon; il va aussitt aux jardins. Il
s'amuse  faire des paniers de menu jonc, en fait faire  M. le Grand.

_Le 24, dimanche, voyage._--Il va  la messe  la petite chapelle de
la maison qui toit  M. le marquis de Noirmoustier, puis,  huit
heures et un quart, part de la Fert-Milon en carrosse et va  Tresmes,
maison de M. de Gesvres, secrtaire d'tat, o il arrive  dix heures
trois quarts. Il va aux jardins, aux alles;  une heure trois quarts
il monte  cheval, et par le bac de Tancrou arrive  quatre heures 
Monceaux.

_Le 25, lundi,  Monceaux._--Djeun, tudi, men  la messe  la
chapelle, puis au parc. Men en carrosse  la garenne, il passe le bac
 Trie-le-Port, monte  cheval, voit prendre un loup et une louve.

_Le 26, mardi,  Monceaux._--Dn avec impatience pour la chasse;  une
heure il part en carrosse avec la Reine pour aller  la chasse du cerf.

_Le 27, mercredi,  Monceaux._--A dix heures et demie dn, jou,
tudi;  deux heures il entre en carrosse avec la Reine, est men  la
volerie, o il monte  cheval.

_Le 28, jeudi,  Monceaux._--Men en carrosse our la messe aux
Bonshommes. A une heure il entre en carrosse avec la Reine pour aller 
la chasse du cerf; il faisoit grand froid.

_Le 29, vendredi, voyage._--A huit heures il monte  cheval et va
dner  Meaux. A une heure il monte  cheval, va  la chasse au loup,
et  quatre heures trois quarts arrive  Fresne; dbott, il va aux
jardins. A cinq heures et demie il va au-devant de la Reine, monte en
sa chambre, joue avec elle; elle lui prte de l'argent et lui en donne
le gain pour le donner aux pauvres. Il gagne cinquante cus, les prend,
dit que son souper est sur la table et s'en va[37], son argent dans un
mouchoir; il arrive en sa chambre, montre son gain, s'en rjouit, et
dit que c'est pour donner aux pauvres.

  [37] Hroard a mis en note en marge: Coupe-queue au jeu; c'est
  ce que l'on a nomm depuis: faire Charlemagne, se retirer du jeu
  avec tout son gain.

_Le 30, samedi, voyage._--Il est men  la chapelle, puis entre en
carrosse et, par Mongeay, est men au bois de Vincennes. A deux
heures il entre en carrosse jusques  Piquepusse, o il trouve ses
grands chevaux, monte  cheval et arrive  cinq heures  la porte
Saint-Antoine. Le prvt des marchands et tous les officiers de la
Ville furent au-devant de lui; il fut tir cent canonnades de cent
canons, que M. de Sully avoit fait mettre sur les remparts. Il arrive
 sept heures au Louvre, est dbott, dvtu, se fait mettre au lit.
Soup; il se lve, prend sa robe et ses bottines et se va coucher en la
chambre de la Reine, o il souloit coucher depuis la mort du Roi.

_Le 31, dimanche,  Paris._--A huit heures djeun; men par la galerie
aux Feuillants et jou aux Tuileries; ramen en carrosse  dix heures
trois quarts, il va en la galerie o toit la Reine et,  onze heures
et un quart les dputs de la cour de Parlement, MM. les prsidents de
Blancmesnil (qui porta la parole) et Mol, avec quatre conseillers, le
vinrent saluer; et aussitt MM. des Comptes firent de mme. M. Nicola,
premier prsident, porta la parole, accompagn de M. le prsident de
l'Aubespine. Men  vpres  Saint-Germain-des-Prs, puis men aux
Tuileries; ramen  cinq heures et demie, il va chez la Reine, o il
fait la guerre  M. de Courtenvaux, nouvellement mari, auquel il veut
faire baiser sa femme[38] en prsence de la Reine et lui dit: _Non, je
croirai pas que vous soyez mari, que je ne vous aie vu baiser votre
femme._

  [38] Catherine de Neufville, qui avait pous, par contrat du
  3 mai 1610, Jean de Souvr, marquis de Courtenvaux, fils du
  gouverneur de Louis XIII. Elle fut depuis dame d'atours de la
  reine Anne d'Autriche, et mourut en 1657.

_Le 1er novembre, lundi,  Paris._--A neuf heures men en carrosse  la
messe,  Notre-Dame, ramen  midi;  deux heures men en carrosse au
sermon et  vpres  Saint-Eustache puis aux Tuileries.

_Le 2, mardi,  Paris._--veill  cinq heures il se fait entretenir
tout bas, de peur d'veiller la Reine, par Catherine, femme de chambre,
jusques  six heures. Il donne le bonjour  la Reine, va en sa chambre,
entretient srieusement M. le comte Henri de Nassau, frre du prince
Maurice, de la chasse, des lieux o il y a plaisir  la chasse, comme
Saint-Germain. Men en carrosse  trois heures chez la reine Marguerite.

_Le 3, mercredi,  Paris._--A sept heures mis en carrosse, men  la
messe aux Feuillants puis  Ruel, o il arrive  dix heures; Messieurs,
ses frres, et Mesdames, ses soeurs, y arrivent, et  onze heures ont
dn avec lui. A trois heures remis en carrosse, Messieurs et Mesdames
retournent  Saint-Germain et lui  Paris; il y arrive  cinq heures et
demie.

_Le 4, jeudi,  Paris._--A six heures trois quarts djeun, crit, tir
des armes, dans; son prcepteur toit malade.

_Le 6, samedi,  Paris._--A trois heures et demie il donne audience
au clarissime Vnier, ambassadeur extraordinaire de Venise, pour le
compliment de son avnement  la couronne; il va en la galerie, o il
se met dans son petit carrosse et le fait tirer par deux de ses dogues.

_Le 7, dimanche,  Paris._--Men par la galerie aux Tuileries, o il
fait courir un loup qui se jeta dans l'tang, o il fut pris.

_Le 8, lundi,  Paris._--Il va en la galerie donner le bonjour  la
Reine; on lui prsente un camlon. A onze heures trois quarts dn; il
dit qu'il aimera  btir, voyant de la table travailler les ouvriers
qui couvroient le pavillon des Tuileries du ct de la rivire.

_Le 9, mardi,  Paris._--A sept heures et demie il entre en carrosse
pour aller  la chasse au loup,  Colombes, o il a dn  onze heures.
Une heure aprs il monte  cheval, va courir le loup, le prend, en
court un autre, qui se sauve; ramen et arriv au Louvre  trois heures
et demie. A six heures et trois quarts soup; il me dit qu'il n'a pas
envie de manger et qu'il voudroit bien avoir un lait d'amandes; il
toit las et avoit envie de dormir. Il monte en son cabinet des livres
pour se y jouer avec des petits hommes du palais que M. le marquis
d'Ancre lui avoit donns, mais il dfend de dire que ce ft pour cela;
il y fait monter sa musique de luths, et les fait jouer pendant qu'il
se joue, _quasi aliud agens_. A huit heures trois quarts il va donner
le bonsoir  la Reine.

_Le 10, mercredi,  Paris._--Men par la galerie aux Feuillants, il
court et prend un chevreuil port aux Tuileries.

_Le 11, jeudi,  Paris._--A trois heures men en carrosse  l'Arsenal,
il se joue et court beaucoup au jardin.

_Le 12, vendredi,  Paris._--A deux heures men en carrosse  la
Roquette, o il a couru un cerf qu'il y faisoit nourrir; ramen 
cinq heures, et  six heures soup. Il va chez la Reine, est amus
jusques  huit heures et un quart, a envie de dormir, donne le bonsoir
 la Reine et va en sa chambre, o il est dvtu, puis en son cabinet
joignant la chambre de la Reine, o il a couch. Amus pour l'empcher
de dormir, il prie Dieu, fait jouer de l'pinette La Chapelle,
excellent joueur qui toit  lui, fait chanter le Bailly et jouer du
luth.

_Le 14, dimanche,  Paris._--veill  six heures, lev, vtu, il donne
lui-mme  manger  ses petits oiseaux;  sept heures et demie djeun;
il va en la galerie, o il se joue, fait tirer son petit carrosse par
ses chiens, lui dedans. A huit heures mis au lit; il demande  jouer et
sa musique de peur de s'endormir si tt; jou  gillet[39], aux cartes,
et en jouant il commandoit  sa musique. Quand ils cessoient: _Chantez,
chantez_, disoit-il, ainsi que souloit faire le feu Roi son pre,
duquel il avoit toutes les mmes actions.

  [39] Les rgles de ce jeu de cartes sont encore indiques dans
  l'_Acadmie universelle des jeux_, dition de 1730, page 333.

_Le 15, lundi,  Paris._--A six heures et trois quarts djeun, tudi,
crit, dans; il se ceint d'un cimeterre avec la ceinture  la Turque,
faite d'un tissu et se panadoit; il se met en posture disant: _Je veux
avoir ainsi ce cimeterre quand l'ambassadeur d'Espagne me viendra
voir_. Il demande  jouer au volant en attendant son tireur d'armes.
Men en carrosse  la plaine de Grenelle, o il monte  cheval et court
un livre; ramen  cinq heures, il joue  la poule, jeu de cartes,
avec la Reine.

_Le 16, mardi,  Paris._--Men en carrosse  Meudon, o il a dn,
au chteau;  une heure il va au parc courir un chevreuil. Ramen
en carrosse, il va chez la Reine, et  six heures soup. Il toit
las,  demi endormi; il avoit fait tout ce jour un grand brouillas
(_sic_) et mouillant comme de la pluie. Le duc de Feria, ambassadeur
extraordinaire d'Espagne, lui envoie deux pleins bassins de petits
gants d'Espagne par des valets; il le remarqua, car aussitt qu'ils
furent sortis il dit: _Voyez quelles gens ce sont; ce sont des
estafiers._

_Le 19, vendredi,  Paris._--Il fait chevalier de l'accolade
l'ambassadeur de Venise, venu ambassadeur extraordinaire devers Sa
Majest, avec une incroyable adresse, en prsence de la Reine, qui
voulut y assister; ce fut le premier qu'il aye fait, qui s'en alla si
content qu'il ne pouvoit faire partir sa vue de dessus lui. A huit
heures dvtu, mis au lit, il se fche contre M. de Souvr et lui
dit: _Vous ne m'aimez pas aujourd'hui, vous m'avez dit que j'tois un
enfant._

_Le 20, samedi,  Paris._--Son prcepteur lui demande: Sire, sur quel
prince ou roi commencerez-vous un jour  faire la guerre? Je sais bien
que le Turc est infidle, mais sur quel autre roi?--_Je vous le dirai
pas_, rpond le Roi, gravement[40]; il mettoit en bataille ses hommes
de plomb sur la table verte perce. Il s'amuse  courir aprs ses
petits oiseaux, qu'il avoit mis dehors dans son cabinet des livres.
A huit heures men par la galerie aux Capucins et aux Tuileries; il
voit courir deux loups qu'il avoit fait porter dans la carrire de
l'curie, puis un chevreuil dans le jardin. Ramen en carrosse chez la
Reine  onze heures, puis dn; il est men en carrosse  la plaine
de Grenelle, o il est mont  cheval pour courir le livre; il court
beaucoup.

  [40] Hroard dit: _Graviter, subito et aliud agens_.

_Le 21, dimanche,  Paris._--Men en carrosse  vpres pour la veille
de la Sainte-Ccile. Il va chez la Reine, y joue  gillet, gagne six
cus.

_Le 22, lundi,  Paris._--A sept heures djeun, tudi, crit, tir
des armes, dans; il se met en mauvaise humeur pour ce que M. de Souvr
le vouloit mener  Notre-Dame; il ne vouloit pas,  cause, disoit-il,
qu'il y auroit une grande messe. Oui, Sire, lui dit M. de Souvr,
mais il y aura de la musique, que vous aimez tant.--_Oui, mais il
y en a de deux sortes, il y en a une que j'aime point_; c'toit le
plain-chant. M. de la Noue, gentilhomme, heurta pour entrer, M. de
Souvr commande de lui ouvrir la porte! _H! mousseu de Souvr, je
vous prie que non._--Pourquoi, Sire?--_Pource qu'il me verroit en
mauvaise humeur._ Enfin men en la galerie, puis en carrosse  la messe
 Notre-Dame,  son corps dfendant. A trois heures, aprs avoir donn
audience  l'ambassadeur de Mathias, roi de Hongrie, il est men en
carrosse  vpres, aux Augustins.

_Le 24, mercredi,  Paris._--Men  la galerie et  la boutique d'un
marchand qui avoit des besognes de la Chine; ramen  dix heures, il
entend la messe en son cabinet, puis va au conseil et en sort  onze
heures. A cinq heures il va en la galerie, y fait atteler ses dogues 
son petit carrosse, et fait du carrossier[41]; il va chez la Reine, y
joue au poirier, au grand cabinet.

  [41] Contrefait le carrossier.

_Le 26, vendredi,  Paris._--Il s'amuse  peindre en tudiant.

_Le 27, samedi,  Paris._--veill  deux heures aprs minuit, en
sursaut, criant fort haut: _Madame de Guise!_ Il se rendort jusqu'
six heures trois quarts. A onze heures dn, bu du vin blanc; peu
aprs il demande encore  boire, puis dit tout  coup: _Non, non, j'en
veux point_; il rvoit quelquefois ainsi en mangeant. A trois heures
got, men en carrosse chez la reine Marguerite, jou, couru, saut
au jardin. Ramen  cinq heures, il va chez la Reine, revient en sa
chambre, y voit jouer un Espagnol joueur de gobelets; il dcouvre une
partie de ses jeux.

_Le 30, mardi,  Paris._--A onze heures dn; tout le long du dner et
du souper il s'amuse  jouer du tambour avec son couteau et la queue de
sa cuiller, battant sur la table, sur les vaisselles, sur l'assiette,
sur le cadenat[42].

  [42] Coffret d'or ou de vermeil, contenant le couteau, la
  cuiller, etc., qu'on servait  la table du Roi.

_Le 1er dcembre, mercredi,  Paris._--A sept heures et demie, tudi,
crit, tir des armes, dans. A huit heures men en la galerie, puis en
la chambre d'un marchand qui avoit des marchandises de la Chine. A deux
heures et demie men en carrosse au bois de Vincennes; il faisoit grand
froid. Il chasse au parc,  cheval, est ramen et a got en carrosse.
Pendant son souper il me raconte comme il s'toit chauff, puis en
revenant mis du long du carrosse[43]: _Je me suis couvert des mandilles
de mes laquais, qui toient doubles de frise; cela est chaud; j'tois
si  mon aise!_

  [43] Il s'tait tendu dans le carrosse.

_Le 2, jeudi,  Paris._--A sept heures et un quart il part aux
flambeaux, entre en carrosse, va aux Capucins, o il entend la messe,
puis arrive  Ruel, o il a dn  onze heures, y ayant donn  dner 
Madame,  Mme Christienne et  Mlle de Vendme. Ramen en carrosse, il
arrive  quatre heures et demie;  six heures et demie soup. Il va en
son cabinet, commande  l'huissier de ne laisser entrer personne sans
lui demander son nom et le lui venir dire; il aimoit quelquefois tre
en particulier. Il se fait donner des cartes et des ciseaux dont il les
coupe en diverses faons, va donner le bonsoir  la Reine.

_Le 3, vendredi,  Paris._--A sept heures trois quarts, djeun;
il monte en son tude, se fait lire _la Gazette_ apporte de Rome,
l'coute attentivement, demande ce qu'il n'entend point. Il y avoit une
clause parlant bien de Sa Majest: comme il russissoit; prompt; d'un
esprit vif; amateur des armes et des lettres, et desireux de savoir
toutes choses selon les occurrences et tout au grand contentement des
gens de bien; son prcepteur lui demanda s'il lui plaisoit qu'il la
lt encore: _Non, non_, rpond le Roi, tmoignant (ce qui toit de son
naturel) de n'aimer pas la flatterie.

_Le 4, samedi,  Paris._--A trois heures got; men  la galerie, l
o l'on fait les doubles[44].

  [44] O l'on fabriquait les doubles louis.

_Le 5, dimanche,  Paris._--A dix heures trois quarts dn; il va  la
fentre pour voir entrer en garde les compagnies;  deux heures men en
carrosse aux Bonshommes, ramen de mme.

_Le 7, mardi,  Paris._--Il va  la messe en la chapelle de
l'antichambre de la Reine, puis va sur la balustre de la galerie voir
passer les compagnies qui entroient et sortoient de garde. tudi; men
en carrosse  la verrerie, il y fait plusieurs besognes.

_Le 8, mercredi,  Paris._--Men en carrosse  vpres, 
Saint-Germain-de-l'Auxerrois.

_Le 10, vendredi,  Paris._--Il est men chez la Reine, puis va  la
messe  la chapelle de l'antichambre de la Reine. Jou en la galerie;
il va chez le marchand qui a des besognes de la Chine. Il va donner le
bonsoir  la Reine; mis au lit, il fait chanter des nols.

_Le 11, samedi,  Paris._--veill  cinq heures et demie, il se veut
lever  toute force; M. de Souvr l'empche; enfin, lev  sept heures,
blme, le visage abattu, enrhum. tudi; men par la galerie aux
Feuillants, jou aux Tuileries, ramen en carrosse. Men en carrosse 
la Roquette, il monte  cheval, y court un cerf priv. Mis au lit il
fait chanter des nols.

_Le 12, dimanche,  Paris._--A sept heures et demie djeun; il monte
au cabinet des livres, s'amuse  petites choses. A trois heures men
en carrosse aux Jsuites de Saint-Louis, au sermon et  vpres.
Ramen, il va chez la Reine;  six heures et un quart soup. Peu aprs
il s'endormoit sur sa chaise en attendant M. de Souvr; l'on prend la
chaise  bras et on la fait sauter allant par la chambre; il dit _qu'il
va  courbettes_.

_Le 13, lundi,  Paris._--Men  la volerie, vers les Ternes; il y est
mont  cheval, y a got  la campagne. Ramen en carrosse et  six
heures soup; peu aprs il s'endormoit, il est veill  poursuivre une
chauve-souris qui toit entre dans sa chambre. Il va chez la Reine;
mis au lit il fait chanter et chante des nols.

_Le 14, mardi,  Paris._--Men en carrosse au parc de l'htel de
Luxembourg, au faubourg Saint-Germain, il y court un livre. A
six heures et demie soup, peu, par impatience de voir jouer des
marionnettes. Il va chez la Reine.

_Le 15, mercredi,  Paris._--veill  cinq heures, il est lev, gai et
joyeux de ce qu'il lui avoit t permis de se lever, d'autant que sur
l'empchement il se fchoit, il en pleuroit et disoit que l'on diroit
qu'il est paresseux. A sept heures djeun, tudi;  dix heures mis
en carrosse, bott, men au bois de Boulogne courir le loup, il y en
a pris deux. Ramen  cheval, il parle  tous ceux qu'il rencontre,
demande qui ils sont, o ils vont, etc., comme faisoit le feu Roi. Il
ne y eut jamais enfant qui et tant d'actions de pre qu'il en avoit du
feu Roi.

_Le 17, vendredi,  Paris._--tudi, crit, tir des armes, dans; il
va chez la Reine, qui toit au conseil.

_Le 18, samedi,  Paris._--Il fait courir par ses petits chiens un
livre dans sa chambre. Men en carrosse au faubourg Saint-Germain, en
l'htel de Luxembourg; il y monte  cheval, et court un livre dans
le parc. A cinq heures il va chez la Reine aux fianailles de M. de
Guise et de Mme Henriette-Catherine de Joyeuse, fille de feu Henri de
Joyeuse, dit _Pre Ange_, capucin, et veuve de feu M. de Montpensier.

_Le 19, dimanche._--M. l'vque de Bayonne[45], premier aumnier, le
veut dissuader d'entendre au Louvre le sermon du P. Coton pour aller
our celui d'un jeune docteur  Saint-Paul, o il vouloit aussi aller
our vpres et de l aprs aller  la Roquette. Il rsiste tant qu'il
peut, dit que _ces docteurs sont si longs_, jusques  ce que le dit
sieur vque lui et promis qu'il seroit plus court de la moiti que
celui du P. Coton. Alors il consent, et  deux heures est men en
carrosse  Saint-Paul;  l'entre de la porte il dit  M. de Bayonne:
_Souvenez-vous bien de ce que vous m'avez promis_. Il y entend le
sermon et vpres, puis est men en carrosse  la Roquette, y monte 
cheval, et court un cerf priv dans le parc, avec ses chiens.

  [45] _Voy._ au 5 septembre prcdent.

_Le 20, lundi,  Paris._--Men par la galerie aux Feuillants; il
se joue au jardin des Tuileries, o il se trouve un chien enrag,
qui pilla plusieurs de ses chiens et entre autres son chien favori,
_Gayan_, et celui qui avoit la charge de ses chiens. Il donne un grand
coup de houssine  ce chien enrag, lequel peu aprs s'en venoit tout
droit  lui sans qu'il ft arrt par le sieur de Meurs, enseigne aux
gardes cossois, qui l'arrta avec son bton et le vouloit tuer, si
le Roi, par sa naturelle humanit, ne lui et command de ne le faire
pas. Ramen  dix heures et demie en carrosse chez lui, il raconte
la dconvenue de ses chiens et supplie la Reine de les faire envoyer
 la mer. Sa Majest fait expdier  l'heure une ordonnance pour le
veneur[46];  onze heures il vient pour dner, me fait l'honneur de
m'en dire autant, mais la larme  l'oeil, parlant de son veneur et de
_Gayan_, disant: _Je voudrois ne avoir point men Gayan aujourd'hui aux
Tuileries_.

  [46] Qui avait t mordu.

_Le 21, mardi,  Paris._--Men  la salle, au sermon du P. Coton, puis
aux Tuileries par la galerie.

_Le 22, mercredi,  Paris._--tudi, crit, tir des armes, dans; 
deux heures got. Il est bott, entre en carrosse pour aller  la
volerie; hors la ville, il monte  cheval, vole la corneille, en prend
cinq, vole un chat-huant, qui fut pris.

_Le 23, jeudi,  Paris._--Men en carrosse au bois de Madrid, il y
est mont  cheval, chasse deux loups, vole une corneille, est ramen
en carrosse. Il va chez la Reine;  six heures et demie, soup; il se
chauffe, et, de peur de s'endormir, se fait porter dans sa chambre,
dans sa chaise, en faisant danser ceux qui le portoient.

_Le 26, dimanche,  Paris._--Il est men en carrosse  Saint-tienne du
Mont,  vpres, puis va au parc Sainte-Genevive, o il court un livre
avec ses petits chiens.

_Le 27, lundi,  Paris._--Son aumnier, Bologne, lui demandoit o il
lui plaisoit d'entendre la messe. Il rpond: _Aux Feuillants_. Il avoit
neig; il reconnot que son aumnier se souriant, faisoit le rtif:
_Ho! ho! mon aumnier, vous tes paresseux, je le vois bien. Vous
craignez la neige et moi je y prends plaisir._ Men par la galerie aux
Feuillants, couru au jardin des Tuileries; ramen en carrosse, il va
chez la Reine. A deux heures men en carrosse  Saint-Jean en Grve au
sermon et  vpres, puis chez M. de Roquelaure; il se joue au jardin,
court par la neige, s'en joue.

_Le 28, mardi,  Paris._--Il est men par la galerie aux Feuillants,
puis passe le temps au jardin des Tuileries  coups de pelotes de neige.

_Le 30, jeudi,  Paris._--Il va chez la Reine, o, environ une heure,
il blmit fort et soudain, disant qu'il brle  la gorge et au ventre,
demande  se coucher. Mis au lit, il s'amuse  jouer aux cartes avec M.
de Vendme. Amus  voir un joueur de gobelets, il se fait apprendre
les tours. A cinq heures lev, men chez la Reine, il se joue dans
le grand cabinet avec ses petits,  la chane et  d'autres jeux; 
six heures et un quart soup. tant sur sa chaise perce, il se fait
mettre sa petite table sur un escabeau, devant, et joue aux cartes, au
reversis, contre M. de Vendme et M. son frre, le Chevalier. Il va
chez la Reine, lui donne le bonsoir.

_Le 31, vendredi,  Paris._--Men en carrosse  la Roquette, o il a
couru un cerf priv.




ANNE 1611.

  Passetemps du Roi.--Peu de got pour la danse.--Le gteau des
  Rois.--Crainte de passer pour paresseux.--Querelle du comte de
  Soissons et du prince de Conty; insolence de celui-ci.--Tir
   l'arbalte.--Le Roi en sentinelle.--Ignorance de l'vque
  de Soissons.--Mot du Roi sur la dmission de Sully.--Dner
   Ruel.--Les chiens pour larron.--La foire Saint-Germain
  tenue aux Tuileries.--Le comdien grimacier.--La compagnie de
  petits gentilshommes.--Prfrence donne aux tableaux sur les
  diamants.--Fianailles de Mlle Ricassa; les fornicateurs.--Le
  peintre Bunel; portrait du Roi par Porbus.--Les dames
  rabattues.--Peu de got du Roi pour l'tude.--Oiseaux dresss
  pour le vol.--Sauteurs et joueurs de marionnettes.--Goter
  chez Concini.--Fianailles de Mlle de Liancourt.--Plaisanterie
  sur Atlas.--Sjour  Saint-Germain.--Le Roi fouett.--Retour
   Paris.--Premire pierre de l'glise de Picpus.--Moquerie du
  Roi envers son prcepteur.--Dpart pour Fontainebleau.--La
  galiote du Roi.--Jalousie du Roi.--Les gyptiens ou
  bohmiens.--Familiarit de Concini; pudeur du Roi.--Crmonie
  du Jeudi saint.--Audience du marquis Spinola.--Pques du Roi;
  il touche 660 malades.--Galre neuve du Roi.--Audience du
  parlement de Paris.--Le turc de M. de Guise.--Le Roi n'aime
  pas l'ail comme son pre.--Cong de M. d'pernon.--Moines de
  poterie.--Retour de Fontainebleau  Paris.--Crainte des esprits
  depuis la mort de Henri IV.--Souvenir de la promesse faite
   un soldat.--Visite  M. et Mme Concini malades.--Fte de
  la Pentecte; le Roi touche 1,100 malades.--Mot du Roi  Des
  Yveteaux.--Dpart pour Fontainebleau.--Le nain Dumont.--Maladie
  de M. de Souvr.--La chsse de sainte Genevive.--Chanson d'un
  ballet de Henri IV; pleurs du Roi et de M. de Vendme.--Croyance
  aux esprits.--Le jeu de colin-maillard.--Compassion pour un
  paysan.--Tragdies et farces joues  la Cour.--Gnrosit
  envers un jardinier.--Le rveille-matin.--Dpart pour Paris;
  le Roi  l'htellerie d'Essone.--Rprimande au baron de
  Vitry et au chevalier de Vendme.--Portrait en cire du Roi;
  sa gnrosit envers l'artiste.--Le jeu _Je vous prends
  en ce point_.--Des Yveteaux remplac comme prcepteur du
  Roi.--Sjour  Saint-Germain.--_La Bradamante_ joue par les
  enfants de France.--Dpart du chevalier de Vendme.--Dner
  chez M. de Frontenac.--Dispute avec M. de Souvr.--M. de
  Poutrincourt.--Retour  Paris.--Arrive du nouveau prcepteur
  Le Fvre.--Fte de l'Assomption; le Roi touche 450 malades,
  en est incommod.--Serment des chevins de Paris.--Premire
  leon de M. Le Fvre.--Premire commission donne par le
  Roi.--Le Roi va  la comdie  l'Htel de Bourgogne.--Tours
  d'escamotage.--Le Roi fouett.--Mort de la duchesse de
  Mantoue.--Un chameau dans la galerie du Louvre.--Dispute avec
  M. de Souvr; mot du Roi  son prcepteur.--Anniversaire de la
  naissance du Roi.--Les ortolans des Tuileries.--Dpart pour
  Fontainebleau.--Le royaume des sots.--Bonnet donn au cardinal de
  Bonzi.--Mme de Ragny et les guenons du Roi.--Arrive du prince
  de Cond.--Les arquebuses du Roi; premire arquebusade.--Dicton
  de Bourgogne sur les clystres.--Timothe, arquebusier de
  Rouen.--Adresse du Roi au tir.--Combat des dogues anglais
  contre un ours.--Arrive de la duchesse de Lorraine.--Le jeu
  de remue-mnage.--Arrive du cardinal de Gonzague.--Dpart de
  Fontainebleau pour Paris.--Gasconnade de M. de Souvr.--Mort de
  la reine d'Espagne.--Une chvre savante.--Mort de Monsieur, duc
  d'Orlans.--Le jeu de _quillebouquet_.--Le duc d'Anjou prend le
  titre de Monsieur.--Premire mention du nom de Luynes.--Dpart de
  la duchesse de Lorraine.--Comdies  l'Htel de Bourgogne.--Le
  jeu de billard.--Mots du Roi sur M. de Nevers et sur le prince de
  Cond.--Scne avec M. de Souvr.--Chasses au vol.--Les faiseurs
  d'almanachs.--Mot du Roi sur M. de Vastan; sa discrtion au
  secret.


_Le 1er janvier, samedi,  Paris._--Men  la chapelle Saint-Louis des
Jsuites, au sermon et  vpres.

_Le 5, mercredi._--Mont au cabinet des livres, il s'amuse  tirer un
petit canon lequel il a charg lui-mme de ses carreaux de velours et
d'autres manteaux, se met seul dans le timon et tire. crit, dans 
regret; il n'aimoit pas la danse de son naturel, et si il faisoit bien;
il le fait pour faire les rvrences  M. de Souvr, qui le foroit 
les bien apprendre.--A quatre heures il va chez la Reine; il joue dans
le grand cabinet, met deux flambeaux allums au milieu de la place, et,
allant  passades, passe entre deux avec M. le chevalier de Vendme
et trois ou quatre de ses petits gentilshommes. Il va dans le petit
cabinet, o toit la Reine, qui fit couper un gteau des Rois; M. de
Souvr, qui y toit seul homme, fut le Roi. A six heures et demi soup;
il fait couper le gteau des Rois; l'on demandoit l'endroit de la fve
pour la lui faire tomber: _Non je veux pas, il le faut faire comme il
viendra_; Dieu fut le roi[47].

  [47] La part de Dieu ou des pauvres.

_Le 6, jeudi._--tudi sans savoir qu'il ft fte. Men en carrosse 
Saint-Sverin, au sermon et  vpres, puis au faubourg Saint-Germain,
en l'htel de Luxembourg; il court dans le parc.

_Le 8, samedi._--veill  sept heures, il se plaint, jusques  peu
prs des larmes, de ce qu'on l'avoit laiss dormir si tard[48]. _H
quoi, l'on dira que je suis un paresseux; je me veux pas habiller en
ma chambre, je veux pas que tant de monde me voie, l'on diroit que je
suis paresseux._ Men en carrosse  la plaine de Grenelle, il monte 
cheval, vole la corneille; il faisoit froid, il met pied  terre, et
chemine longtemps.

  [48] Il se levait ordinairement  six heures.

_Le 9, dimanche._--Men au sermon et  vpres  Saint-Merry.

_Le 12, mercredi._--A cinq heures il va chez la Reine, o l'on toit
aprs pour accorder la querelle de M. le comte de Soissons, du jour
prcdent, avec M. le prince de Conty, sur la rencontre inopine de
leurs carrosses, et avec M. de Guise, qui avoit rpondu pour ledit
sieur prince son beau-frre; il coute tout, retient tout, sait tout,
n'en fait pas le semblant.

_Le 13, jeudi._--A onze heures et demie dn; il sort de la table
par impatience d'aller voir sortir et entrer les gardes, et aima
mieux se hter que de les faire attendre, car on lui demanda s'il le
vouloit.--Aprs souper il va chez la Reine, qui toit en son petit
cabinet, en peine pour accommoder la querelle de M. le comte de
Soissons avec M. de Guise; M. le prince de Cond y entre brusquement,
sans aucun respect, et se couvre tout aussitt sans saluer le Roi
autrement, et s'assied; il parle assis  M. de Bouillon. Le Roi va  M.
de Souvr: _Mousseu de Souvr, voyez, voyez Mousseu le Prince; il est
assis devant moi, il est insolent._--Sire, c'est qu'il parle  M. de
Bouillon, et ne vous voit pas.--_Je m'en vas mettre prs de lui pour
voir s'il se lvera_; il s'approche prs, puis encore plus prs, et ne
se levant point, le Roi va  M. de Souvr: _Mousseu de Souvr, avous
pas vu qu'il s'est pas lev; il est bien insolent._

_Le 15, samedi._--veill  sept heures et demie, il se plaint de ce
que l'on l'a laiss dormir si tard, en vient presque aux larmes, disant
que tout le monde dira qu'il est paresseux.

_Le 16, dimanche._--Il monte au cabinet des livres, tire au blanc avec
une arbalte  argelet (_sic_), tire droit et avec jugement. Men jouer
 la galerie,  cause de la neige, et  la messe en Bourbon. A deux
heures men en carrosse avec la Reine au parc de Madrid.

_Le 19, mercredi._--tudi, etc.[49]; il se joue en la galerie, fait
voler le moineau par un perroquet jaune qui toit  lui.

  [49] Le Roi tudie deux fois par jour: aprs son djener, de
  huit  neuf heures, et aprs son dner, de midi  une heure.

_Le 20, jeudi._--A deux heures men en carrosse chez la reine
Marguerite.

_Le 21, vendredi._--Men par la galerie aux Feuillants; il geloit fort
et faisoit grand froid; avant que de sortir de son cabinet, il tira de
six pas d'une arbalte  argelet, contre un petit oiseau, qu'il tua,
l'ayant frapp au milieu de la poitrine; il tiroit justement et avec
jugement.

_Le 22, samedi._--Il s'amuse (pendant son dner)  voir sauter une
fille de cinq ans[50]. Men en carrosse au parc de Madrid, o il a vu
pour la premire fois faire la monstre  sa compagnie de gendarmes,
qu'il avoit tant Dauphin et laquelle fut entretenue.

  [50] Une faiseuse de tours.

_Le 23, dimanche._--Aprs djeuner il monte au cabinet des livres,
prend un bton, se fait mettre en sentinelle par le jeune Lomnie,
qu'il fait caporal, fait demander  M. de la Cure par M. de Praux
s'il connot point ce soldat. M. de la Cure rpond que non.--Il a t
aux guerres de Flandres, dit M. de Praux.--Il a bonne mine, rpond
M. de la Cure, puis adressant la parole au sentinelle: Mon compagnon,
d'o tes-vous?--_De Gtinois_, rpond le Roi.--Comment vous
appelez-vous?--_Capitaine Louis._--Vous tes bien habill; il y a
quelque sergent qui est votre camarade, qui vous fournit ce qu'il vous
faut?--_Oui._--A trois heures et demie il va voir passer la compagnie
de gendarmes allant en garnison  Saint-Denis.

_Le 25, mardi._--A huit heures et demie mis en carrosse pour aller 
la volerie au Bourget, o pour la premire fois il a dn; il faisoit
brouillard et grand froid;  une heure il monte  cheval, vole pour
hron et pour rivire. Ramen  quatre heures trois quarts, il va chez
la Reine.

_Le 27, jeudi._--tudi, etc.; M. l'vque de Soissons, de la maison
des Hennequins  Paris[51], le vient voir; l'on disoit qu'il ne savoit
pas beaucoup. Le prcepteur du Roi le lui dit  l'oreille, et l'induit
 faire prendre un livre latin, et, le lui prsentant lui-mme, lui en
demander l'interprtation; il se y laisse aller.

  [51] Jrme Hennequin, vque de Soissons de 1585  1619.

_Le 29, samedi._--M. de Sully fut, ce jourd'hui, dmis de la garde
de la Bastille et de la surintendance des finances; le Roi dit 
M. de Souvr: _L'on a t Mousseu de Sully des finances?_--Oui,
Sire.--_Pourquoi?_ demande-t-il avec contenance d'tonnement.--Je
n'en sais pas les raisons, mais la Reine ne l'a pas fait sans beaucoup
de sujet, comme elle fait toutes choses avec grande considration. En
tes-vous marri?--_Oui._

_Le 1er fvrier, mardi,  Paris._--Men par la galerie aux Feuillants,
puis mont  cheval; il vole en chemin et  dix heures, arrive  Ruel,
o Madame et Mlles de Vendme et de Verneuil arrivent, et  onze heures
ont dn avec lui. Jou au jardin; il fait voler ses mrillons devant
Madame;  trois heures elles s'en retournent  Saint-Germain en Laye,
et lui arrive  Paris en carrosse  quatre heures trois quarts.

_Le 2, mercredi._--Men en carrosse  vpres, 
Saint-Jacques-de-la-Boucherie.

_Le 5, samedi._--L'on parloit ( son souper) de certains chiens
d'Angleterre, nomms _tommelins_, qui endorment les lapins et d'autres
chiens qui treuvent les larrons, les suivant et les sentant sans les
voir; il dit en s'gayant: _Il faut avoir une meute de chiens pour
larron, nous en prendrons bien._

_Le 7, lundi._--A huit heures trois quarts men, par la galerie, en
la salle des Tuileries, o se tenoit la foire Saint-Germain pour les
joailliers, peintres et marchands de Flandre et d'Allemagne, d'autant
qu'elle toit dfendue au faubourg Saint-Germain,  cause des querelles
de la Cour, et les autres sortes de marchands toient en autres et
divers lieux[52]. Ramen  dix heures et demie, il va  la messe  la
chapelle de l'antichambre de la Reine, puis chez la Reine et  onze
heures et demie dn, tudi, got. Men par la galerie  la foire en
la salle des Tuileries, ramen par le mme chemin  cinq heures. Il
s'amuse (pendant son souper)  voir jouer un comdien qui reprsentoit
seul plusieurs personnages, va chez la Reine.

  [52] En ce mois, la foire Saint-Germain ne se tint point 
  Paris,  cause de la mort du Roi, ce qui ne s'toit point vu
  depuis la Ligue. (_Journal de Lestoile._)

_Le 8, mardi._--Men par la galerie aux Feuillants, puis  la foire
aux Tuileries, comme dessus. Aprs dner il fait armer ses petits
gentilshommes, qu'il appelle sa compagnie, comme il le souloit faire,
et par la galerie s'en va, tabourin battant, enseigne dploye,  la
foire comme dessus, aux Tuileries, la met en garde pour empcher, ce
dit-il, le dsordre. Ramen  cinq heures par le mme chemin et en la
mme faon.

_Le 9, mercredi._--Men par la galerie aux Feuillants, puis  la foire
comme dessus. A deux heures et demie got, men par la galerie  la
foire aux Tuileries; la Reine y toit, lui veut donner une chane de
diamants du prix de sept  huit cents cus; il n'en veut point, dit
mieux aimer des tableaux.

_Le 10, jeudi._--Djeun, tudi, etc., il fait armer sa petite
compagnie, et  neuf heures, par la galerie, les fait aller comme
dessus  la foire aux Tuileries. tudi, got, men  la foire aux
Tuileries; ramen, il va chez la Reine, l o,  six heures et demie,
Mlle Ricassa, l'une des filles italiennes de la Reine, fut fiance au
sieur de Saint-Germain-d'Apchon. Comme le cur, en sa remontrance, eut
parl des peines des fornicateurs, l'on demanda au Roi qui toient
les fornicateurs; le Roi rpond soudain: _Ceux qui mettent la pte au
four_.--Dvtu, mis au lit, pri Dieu, il dit: _Demain il faira mauvais
temps, je ne pourrai sortir, je veux prendre mdecine. Allez dire 
mousseur Hrouard qu'il me fasse donner de ma drage_, et me l'envoie
commander.

_Le 11, vendredi._--veill  sept heures;  sept et demie il prend
drage de rhubarbe purgative, une demi-once; il se joue au lit,
s'amuse  peindre, ayant fait venir Bunel[53], l'un de ses peintres et
excellent. A trois heures lev, il prend sa robe; Frdric Pourbes[54],
flamand, peintre excellent, le tire de sa hauteur pendant qu'il se
joue  des petites besognes. Il s'amuse  faire un potage au lait pour
l'envoyer  Mme de Guise, et autres semblables petits jeux.

  [53] Jacob Bunel, n  Blois, en 1558, charg par Henri IV des
  peintures de la galerie du Louvre.--Voy. _Lettres missives_, VII,
  481.

  [54] Porbus ou Pourbus le jeune s'appelait Franz ou Franois;
  c'est pourtant de lui qu'il s'agit ici. N  Anvers en 1570, il
  mourut  Paris en 1622.

_Le 13, dimanche._--Men en carrosse aux Clestins,  vpres; jou au
jardin; il y a got. Aprs souper il joue aux dames rabattues contre
M. de Longueville, qui perdoit, et le Roi lui dit que le Louvre lui
portoit malheur, d'autant que M. de Longueville avoit dit qu'il gagnoit
toujours chez lui.

_Le 14, lundi._--Men par la galerie aux Capucins; jou au jardin des
Tuileries; il va  la foire comme dessus.

_Le 15, mardi._--A six heures lev, pri Dieu; on lui fait ses cheveux
paisiblement, contre sa coutume; vtu;  sept heures et demie djeun;
il n'tudie point, ayant compos  cette condition pour faire ses
cheveux, et puis dit: _C'est aujourd'hui carme prenant[55]; il
est fte._ Dn peu, par impatience d'aller  la chasse au bois de
Vincennes; il faisoit fort mauvais temps, ingal, de pluie, grle et
vent; il toit gaiement  cheval.

  [55] Mardi gras.

_Le 16, mercredi._--Men par la galerie,  la foire aux Tuileries.

_Le 17, jeudi._--Il s'entretient en soupant des linottes, bruiants[56]
et moineaux qu'il a donns aux sieurs du Plessis-Praslin, de Humires
et de Bonnenan pour les dresser pour mouches et pour papillons; ils les
tiennent devant lui, sur le poing, chaperonns.

  [56] Ou brant, oiseau jaune de la grosseur d'un moineau; on le
  nomme aussi verdier.

_Le 18, vendredi._--Aprs dner il va  la fentre pour voir combattre
sans touches (_sic_) un homme contre un lion.

_Le 21, lundi._--Men par la galerie aux Tuileries, o la foire tenoit
encore.

_Le 22, mardi._--A deux heures bott, men en carrosse au bois de
Vincennes,  la volerie; il monte  cheval, a pris  l'oiseau une
perdrix en vie; ramen en carrosse, il faisoit grand brouillard.--Il
s'amuse (en soupant)  voir des sauteurs et joueurs de marionnettes.

_Le 24, jeudi._--Men chez la Reine, au grand cabinet, o il joue  la
mouche. A une heure et demie men en carrosse au sermon,  Saint-Merry,
puis au faubourg Saint-Germain, chez M. le marquis d'Ancre, o il a
got.

_Le 26, samedi._--A sept heures et demie men en carrosse  la messe
aux Augustins et  la chasse  Meudon, o il a dn; il monte  cheval,
court le chevreuil et chasse jusques  quatre heures; est ramen 
cheval.

_Le 27, dimanche._--Men en carrosse  Saint-tienne-du-Mont, au
sermon, puis se jouer au clos de Sainte-Genevive.

_Le 1er mars, mardi,  Paris._--A une heure bott, men en carrosse 
la volerie; mont  cheval, il va par del le Bourget; ramen  cinq
heures et demie, il va chez la Reine, et  six heures et demie en la
galerie, avec la Reine, aux fianailles de Mlle de Liancourt et de M.
le comte de la Rochefoucauld[57], d'o il s'en va fch en son cabinet
pour ce que l'on ne l'avoit pas fait signer. A sept heures soup; en
soupant il se parloit des fianailles: _Moi_, dit-il, _quand j'ai vu
qu'on me faisoit pas signer, je m'en suis fort bien all  mon cabinet;
je suis fondu comme une pierre_.

  [57] Franois de la Rochefoucauld, Ve du nom, depuis duc de
  la Rochefoucauld, mort en 1650. De sa femme Gabrielle du
  Plessis-Liancourt, il eut douze enfants, dont l'an fut l'auteur
  des _Maximes_.

_Le 3, jeudi._--Il s'amuse, en soupant,  voir des joueurs de
marionnettes; va chez la Reine.

_Le 4, vendredi._--Son prcepteur lui racontoit que Atlas avoit port
le monde sur ses paules, le Roi dit soudain: _Je le porterois bien_,
et il prend sur ses paules un des tomes o toient les cartes du
monde: _Voyez je porte le monde en France_, et prenant l'autre tome:
_J'en porterois bien un autre_[58].

  [58] Il est probable que le mot _atlas_ s'appliquait dj  un
  recueil de cartes gographiques.

_Le 6, dimanche,  Paris._--Il envoie  Saint-Germain quatre dogues
quips en mulets et chargs de coffres, comme si c'toient les mulets
de sa chambre. A deux heures men au sermon  Saint-Andr des Ards,
puis aux Tuileries.

_Le 7, lundi._--A midi il entre en carrosse, et monte  cheval au Roule
pour aller  Saint-Germain-en-Laye; ce fut la premire fois qu'il y
alla roi[59]. Il chasse en chemin  la volerie, et  quatre heures et
demie arrive  Saint-Germain, o il est reu par Messieurs et Mesdames;
soudain il se va promener partout.

  [59] La Reine tait aussi de ce voyage. _Voy._ la lettre de
  Malherbe du 8 mars.

_Le 8, mardi,  Saint-Germain._--A djeuner il s'entretient de la
chasse et  quoi il emploiera le temps: _Nous irons ce matin au parc,
o je fairai bien des choses_. Il vouloit aller  la garenne; en
tant refus, il se consent d'aller au parc; jamais il n'toit oisif.
tudi, men au parc,  dix heures  la messe,  la chapelle du vieux
chteau, ramen  dix heures et demie chez la Reine. Aprs dner il
va au jardin, s'amuse  piocher et rteler[60];  deux heures men
en carrosse  la fort, il est mont  cheval, court deux cerfs, les
prend, se treuve  la mort de l'un sans brosser[61].

  [60] A rtisser; le mot rteler vient plus directement de rteau.

  [61] Sans passer dans les _brossailles_, comme dit Hroard au 22
  juin suivant.

_Le 10, jeudi,  Saint-Germain._--veill, fouett[62], tudi; il va
chez la Reine.

  [62] Il y a cinq lignes laisses en blanc dans le manuscrit
  original. Hroard tait parti la veille et le journal est
  continu par Gurin jusqu'au 19 mars, date du retour d'Hroard.

_Le 11, vendredi._--Il va au vieux chteau[63] voir Madame. Il va  la
chasse, part de Saint-Germain, et arrive  Paris  quatre heures.

  [63] Ce dtail prouve que le jeune Roi demeurait alors au chteau
  neuf de Saint-Germain.

_Le 12, samedi,  Paris._--Men  Piquepusse  vpres, et pour mettre
la premire pierre  l'glise, o il est longtemps  maonner.

_Le 15, mardi._--Il dit qu'il a rv en dormant et song que M. de
Souvr le fouettoit.

_Le 18, vendredi._--tudi, etc.; son prcepteur lui dit assez bas
qu'il n'toit possible pas des plus savants, mais toutes fois qu'il
n'toit pas un homme du commun ne du vulgaire, car on ne l'et pas mis
auprs de Sa Majest[64].

  [64] Des Yveteaux parle de lui-mme et rpond sans doute  une
  observation que lui a faite le jeune Roi, car Gurin a crit en
  marge: _facetum_.

_Le 19, samedi._--A une heure mont en carrosse; hors la ville il monte
 cheval, est men  la garenne de Colombes, voit courir un loup. Aprs
souper il va chez la Reine.

_Le 20, dimanche,  Paris._--Men en carrosse au sermon 
Saint-Barthlemy, puis all aux Tuileries.

_Le 23, mercredi, voyage._--Men  la chapelle de Bourbon, puis  six
heures trois quarts mont en carrosse; il part de Paris, va dner 
Essonne, o il arrive  dix heures. A une heure et demie il entre en
carrosse, arrive  quatre heures et demie  Fontainebleau; c'est la
premire fois qu'il y est arriv roi. Men chez la Reine, qui arriva 
sept heures et demie;  neuf ramen en sa chambre, qui regarde sur le
jardin de la Reine et est contre la chambre ovale en laquelle il naquit.

_Le 26, samedi,  Fontainebleau._--Men  la chasse du cerf,  trois
lieues de Fontainebleau; ramen  six heures, soup. Jou  cachette;
il y fait jouer M. de la Cure, lieutenant de sa compagnie de
chevau-lgers.

_Le 27, dimanche._--Men promener aux jardins et  dix heures  la
messe avec la Reine,  la chapelle de la salle du bal; il va  la
procession. A trois heures il va au sermon  la salle du bal; men au
grand canal, il entre en sa galiote, fait tirer la rame  ceux qui
toient avec lui; ramen par le chenil et les jardins.

_Le 28, lundi._--A quatre heures mont en carrosse pour aller  la
chasse, o, tant arriv, M. de Souvr lui demande s'il veut pas
monter  cheval, et qu'il y a deux haquenes; qu'il choisira.--_Pour
qui sera l'autre?_--Ce sera pour moi.--_Je suis bien aise d'tre en
carrosse_, et il n'en voulut point sortir. C'toit  dessein, afin que
M. de Souvr ne montt point sur sa haquene; c'toit l'une de ses
plus fortes jalousies.--Mis au lit, il parloit des gyptiens[65] qu'il
avoit rencontrs, revenant de la chasse, et dit: _Si on voloit pour
gyptien, le grand prvt seroit un bon gerfaut_. M. d'Aiguillon et M.
le marquis d'Ancre y toient, sa nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre
lui dit, mettant la main sur la nourrice: Sire, il faut que les femmes
qui sont  votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui est un grand
chambellan, et avec moi qui suis premier gentilhomme de votre chambre;
le Roi le regardant en colre, lui tourne le dos, disant ces mots: _Ouy
les vilaines_[66].

  [65] Des bohmiens.

  [66] Hroard a crit en marge: _Nota, nota. Serium et pudicum
  responsum._

_Le 31, jeudi._--Men  neuf heures au sermon, qui fut fait par M.
l'vque de Montpellier[67], puis il lava les pieds aux pauvres.
Pendant la crmonie ou un peu aprs, il voit un archer de ses
gardes qui tirailloit de la toile (_sic_) avec un gentilhomme de
ses ordinaires nomm le sieur de Maivre[68], commande au sieur de
Nrestang, capitaine de ses gardes: _Allez tancher_ (tancer) _cet
archer, qui se prend  un de mes gentilshommes_.

  [67] Pierre Fenouillet.

  [68] Peut-tre de Maure.

_Le 1er avril, vendredi,  Fontainebleau._--A huit heures et demie men
au sermon et au service, o il est jusques  midi. Aprs dner men 
tnbres, et  quatre heures au jeu de paume.

_Le 2, samedi._--Il s'amuse  tirer contre un chardonneret que l'on lui
avoit apport en sa chambre, avec son arbalte  argelet, le frappe en
l'aile par deux fois. Men  la messe,  la salle du Cheval, conduit
par M. le marquis d'Ancre. A trois heures et un quart, il va dans la
chambre de la Reine; elle tant prs de lui, en la ruelle du lit,
reoit le marquis Spinola, qui passoit, s'en allant en Espagne.

_Le 3, dimanche._--A huit heures il va  confesse, en sa chambre, au
P. Coton, jsuite;  neuf heures  la messe, en la salle du Cheval, o
il fait ses Pques;  onze heures en la cour des Fontaines, et touche
les malades pour la deuxime fois; il y en avoit six cent soixante[69].
A midi dn;  deux heures il monte en carrosse, va our vpres  la
chapelle Saint-Louis.

  [69] _Voy._ au 22 mai suivant.

_Le 4, lundi._--veill  huit heures, et sachant qu'il toit si tard,
il pleure, dit que l'on l'appellera paresseux.

_Le 5, mardi._--Men  vpres que l'on a fait dire avant le sermon pour
l'amour de lui, qui vouloit aller  la chasse; bott, men en carrosse
jusques au lieu de l'assemble, mont  cheval  quatre heures et
demie, ramen  six heures.

_Le 8, vendredi._--tudi; M. le chancelier et M. le prsident Jeannin
le viennent voir; il leur montre ses petites besognes, et au dpart
leur donne  chacun un oeuf d'autruche.

_Le 9, samedi._--Il va au jardin de la Reine, s'amuse  faire des
ponts sur l'eau qui toit au bassin de la fontaine, y travaille lui
mme.

_Le 15, vendredi[70]._--Le Roi s'est veill  sept heures et demie,
s'est fch et a grond de ce qu'on l'avoit laiss dormir si longtemps.

  [70] Hroard a crit en regard: M. le Maistre, mdecin du Roi,
  a recueilli ce qui s'ensuit pendant que je suis  Paris ds ce
  jourd'hui. L'absence d'Hroard dure jusqu'au 30 avril.

_Le 16, samedi._--Il s'est promen aux jardins et est all en carrosse
 la Hronnire pour voir la galre neuve et les matelots, quipe de
tout, que M. le gnral des galres[71] lui a fait venir de Marseille,
est revenu  pied par le parc des canaux.

  [71] Philippe-Emmanuel de Gondi, marquis de Belle-Isle.

_Le 17, dimanche._--M. le premier prsident de Verdun[72] et autres
conseillers du Parlement le sont venus trouver et faire la rvrence
au milieu de son djeuner, desquels il auroit ou la harangue et leur
auroit fait sa petite rponse, courte et grave, pour les remercier et
continuer  faire leurs charges et la justice; ce qu'il fait le chapeau
au poing, et ne l'avoit que lev lgrement de dessus sa tte et remis
aussitt,  leur arrive. Il est  prsumer que, songeant  sa rponse,
il s'oublia de son djeuner.

  [72] Nicolas de Verdun, premier prsident du parlement de Paris.

_Le 18, lundi._--M. le premier prsident de Verdun est venu prendre
cong de lui, et a t pri par M. de Souvr d'interroger S. M.,
laquelle a dit  M. de Souvr qu'elle en savoit plus que lui en cas de
petits discours.

_Le 20, mercredi._--Promen aux canaux, il y a fait mettre sa galre
dedans l'eau, avec crmonie, fait tirer les canons, trompettes sonner,
et les forats tirer la rame tout nus; S. M. toutesfois n'y est point
entre, encore qu'elle l'ait demand.

_Le 21, jeudi._--Sur la fin de son dner, il a baill et fait prsent
d'un cheval  Augustin, turc de M. de Guise.

_Le 23, samedi._--Il est all voir jouer au tripot[73], et de l en la
grande galerie voir tirer la bague.

  [73] Au jeu de paume.

_Le 24, dimanche._--Environ les sept heures il monte en carrosse et
va  Arvane, maison de M. de Lomnie, prs de Moret; l il se joue 
passer son temps  pcher. Aprs dner il retourne pcher, et de l va
 la chasse aux toiles, prend un chevreuil en vie et un marcassin d'un
an qui fut tu  coups d'pe, ce dont il fut fort fch. Il revient 
Fontainebleau  six heures et demie, va voir la Reine.

_Le 25, lundi._--Il va au jardin de la Reine, puis aux canaux et sur
l'eau, en la galre.--Aprs souper il est all en sa chambre avec M.
d'pernon, qui l'a entretenu tout le long de son souper.

_Le 27, mercredi._--A huit heures et demie soup; il a fort ri  table,
entretenant M. de Montmorency, M. d'Elbeuf et autres seigneurs; neuf
heures ont sonn lui tant encore  table. Il est all chez la Reine,
et s'est retir  dix heures.

_Le 29, vendredi._--Aprs souper il va chez la Reine, se retire  dix
heures; il s'toit bless au genou en tombant  la chambre de la Reine.

_Le 30, samedi._--Ressentant plus de douleur en son genou que le soir
prcdent et ayant de la peine  s'y bien appuyer, S. M. demeure au lit
pour ce jour-l. A onze heures dn dedans le lit; il a t servi par
M. de Vendme[74].

  [74] Hroard a crit  la fin de cette journe: Je reprends ici
  la suite; j'arrivai  la fin de son dner.

_Le 1er mai, dimanche,  Fontainebleau._--A huit heures et demie
djeun; il se fait servir des aulx, fait semblant d'en vouloir manger,
en fait le bon compagnon[75], et tout  coup: _Je n'en mangerai pas,
mais je m'en frotterai le nez pour baiser madame de Guise_, et il s'en
frotte le nez.--Mis au lit, M. d'pernon prend cong de lui pour aller
en Angoumois; il l'embrasse et le baise par plusieurs fois.

  [75] Pour imiter son pre. _Voy._ au 1er mai 1606.

_Le 5, jeudi._--Men en l'htel de Navarre, o il fait courir des
marcassins qu'il y avoit fait apporter. Il commande  un harquebusier
de ses gardes de tirer un oiseau; il tire, l'afft se rompt, puis le
harquebusier dit au sieur Dauger qu'il et bien voulu que le Roi lui
et donn de l'argent pour le refaire. Dauger le dit au Roi, qui lui
demande: _Le vous a-t-il dit?_--Oui, Sire.--_Je lui en donnerai
quand il ne y pensera pas[76]._--Aprs souper il va chez la Reine, se
dguise, danse le Pantalon devant elle.

  [76] _Voy._ au 16 mai suivant.

_Le 6, vendredi._--Mis au lit, il se fait apporter ses petits moines de
poterie, s'amuse  leur faire des capuchons, les taille, les coud et
dextrement.

_Le 7, samedi._--Il se plaint de douleur au ventre, me commande  lui
faire donner un clystre, signe qu'il sentoit bien de la douleur; on
lui porte le clystre, il marchande avec l'apothicaire. La Reine y
vient, les persuasions n'ont point de lieu; M. de Souvr le menace du
fouet, il prend le clystre; c'est le deuxime qu'il a pris[77].

  [77] _Voy._ au 15 mai 1608.

_Le 10, mardi,  Fontainebleau._--Men en carrosse aux toiles, il y
voit prendre deux ou trois btes de compagnie; on lui vient demander
s'il les vouloit voir tuer.--_Non! si on les veut tuer, que ce ne soit
pas devant moi!_ M. de Praux me l'a dit.

_Le 11, mercredi, voyage._--veill  quatre heures et demie, il
demande quelle heure il est, et lui ayant t dit: _Je me veux pas
encore lever, je veux pas dormir, je me reposerai; dites-moi quand il
sera cinq heures et demie_. Il ne dort point; l'heure venue, il dit:
_Levez moi et faites-moi venir tous les garons de la chambre, je
leur veux commander  chacun ce qu'ils auront  faire_. Il les envoie
aux uns et aux autres de ceux qu'il lui plut, pour les veiller et
leur dire qu'il s'alloit lever:  M. de Vendme,  M. le Chevalier,
son frre,  M. le comte de la Rochefoucauld. A sept heures et demie
il entre en carrosse et part de Fontainebleau pour aller  Paris; il
arrive  Tigery, prs de la fort de Snart,  dix heures trois quarts;
y a dn. A deux heures il part, et  Conflans monte  cheval, arrive 
Paris  cinq heures et demie.

_Le 12, jeudi,  Paris._--Men  vpres aux Chartreux, il y tire de
l'eau au grand puits, en fait tirer  l'ne, y fait combattre _Gayan_,
son chien, contre une fouine.--Mis au lit, il commande  deux valets de
chambre de se mettre chacun  l'un des cts de son lit, pendant qu'il
s'endormiroit. Il craignoit les esprits depuis la mort du Roi son pre,
et en avoit ainsi us depuis ce temps-l quand il se vouloit endormir.

_Le 13, vendredi._--tudi, etc.; il donne audience aux ambassadeurs
d'Espagne, Angleterre et Venise. A cinq heures il est mis sur un bateau
et conduit jusques  l'le des Bonshommes[78].

  [78] Appele depuis l'le des Cygnes.

_Le 14, samedi._--tudi, etc.; men par la galerie aux Feuillants[79],
jou aux Tuileries, ramen en carrosse, il va chez la Reine. A onze
heures et un quart dn; il va jouer en la galerie, tudi. Il demande
 M. Beringhen, l'un de ses premiers valets de chambre, un anneau de
cuivre o il y avoit un cadran; M. de Souvr lui remontre qu'il ne le
falloit pas redemander et le service que Beringhen lui rendoit. Il
coute et ne dit mot, et longtemps aprs il appelle: _Beringhen, je le
vous donne; si je l'eusse fait quand mousseur de Souvr me l'a dit,
vous lui en eussiez eu de l'obligation et non pas  moi_. Il va voir
la reine Marguerite, puis entre en un bateau couvert, est men jusques
prs des Bonshommes; ramen en carrosse.

  [79] Le samedi 14 furent faits par toutes les paroisses de
  Paris les services pour l'me du feu Roi. LL. MM. le firent
  aux Feuillants, o elles assistrent. La cour de Parlement ne
  laissa d'entrer et de travailler  l'ordinaire, et n'alla point
   Notre-Dame. Quelque forme de crmonie, mais pitre, se fit 
  Saint-Denis, o le prince de Conti, seul des princes, se trouva.
  (_Journal de Lestoile._)

_Le 16, lundi._--Il va en carrosse  la messe aux Feuillants, puis va
 Saint-Germain-en-Laye, pour voir ses frres et soeurs; y a dn. Il
va partout, aperoit le soldat qui avoit rompu l'afft de sa harquebuse
 Fontainebleau, le 5me de ce mois, l'appelle: _Tenez, vel pour faire
remonter votre harquebuse_. A trois heures got avec Messieurs; il ne
veut point boire, dit qu'il boira au Pecq, entre en carrosse, arrive 
Paris  six heures trois quarts.

_Le 17, mardi._--Men en carrosse  la verrerie, au faubourg
Saint-Germain.

_Le 19, jeudi._--veill  sept heures et demie, il se fait entretenir,
demande si le marquisat de Saluces est plus grand que la Bresse.

_Le 20, vendredi._--Men en carrosse au faubourg Saint-Germain, visiter
M. et Mme Conchino, malades, puis au parc de l'htel de Luxembourg.

_Le 22, dimanche._--Il va  la messe en Bourbon, et  onze heures
touche les malades; il y en avoit environ onze cents. Dvtu, mis
au lit et demi-heure aprs lev, dn. A deux heures et demie men
aux Jacobins, o il entend vpres et la dispute; ils tenoient leur
assemble gnrale[80].

  [80] Le Roi, avec une patience merveilleuse, a ce jourd'hui
  (jour de la Pentecte) touch les malades, que l'on tient avoir
  t jusques au nombre de onze cents. La dernire fois qu'il
  toucha, pour viter que quelque malheureux ne ft rien de mal 
  propos, les malades,  mesure qu'il les touchoit, toient tenus
  par des archers qui toient derrire eux; mais cette fois, pour
  ne faire parotre la dfiance, on s'est content de leur faire
  joindre les mains. Il y avoit eu avis qu'avec cette occasion un
  coquin devoit entreprendre contre la personne du Roi; et l'avis
  venoit du sieur de Vouzay, lieutenant de M. de Chteauvieux  la
  Bastille; si bien que ce M. de Vouzay a toujours t derrire
  le Roi pour prendre garde s'il verroit quelque visage semblable
   celui que l'on avoit dpeint. Tout s'est bien pass, grce
   Dieu. Leurs Majests sont alles cette aprs-dne voir les
  disputes des Jacobins, qui sont ici en nombre infini pour leur
  chapitre gnral. (_Lettre de Malherbe_, du 22 mai.)

_Le 23, lundi._--Il va en carrosse aux Feuillants, aprs monte  cheval
au Pont l'vque et va  Saint-Germain-en-Laye, y a dn. A quatre
heures il entre en carrosse, arrive  Paris  sept heures.

_Le 28, samedi,  Paris._--M. Des Yveteaux, son prcepteur, lui
racontoit comme, le jour prcdent, en l'assemble des Jacobins,
la Sorbonne s'opposa contre un bachelier qui soutenoit que le pape
toit par dessus le concile, et dit qu'il y avoit grande apparence de
croire, comme elle faisoit, que le concile toit par dessus le pape:
_Et moi non_, rpond le Roi, _je crois que le pape est par dessus le
concile_[81].

  [81] Depuis ce 15 jusqu'au 20, on ne disputa point, pour ce
  que tous n'toient point arrivs. Le 20 on recommena, et
  continua-t-on jusques au dernier du mois, qui toit le mardi,
  sans interruption que de deux jours,  cause des thses: _An
  papa super concilium, aut concilium super papam?_ (_Journal de
  Lestoile._)

_Le 30, lundi, voyage._--A six heures trois quarts il entre en
carrosse, part de Paris et arrive  Tigery  dix heures, y a dn.
Parti  trois heures et demie et arriv  Fontainebleau  six heures et
demie.

_Le 31, mardi,  Fontainebleau._--Men  dix heures et demie  la
chapelle de la salle du bal, il va chez la Reine.

_Le 1er juin, mercredi,  Fontainebleau._--Mis au lit, il s'amuse 
se faire entretenir et  jouer d'une petite raquette avec de petites
balles d'or.

_Le 2, jeudi._--A dner il mange un peu d'un petit oiseau rti, que
son nain, Dumont, avoit tu le jour prcdent. Men promener au grand
canal, il va voir la Reine puis M. de Souvr, malade d'une jambe,
s'assied en une chaire prs de lui et lui raconte tout ce qu'il sait.

_Le 5, dimanche,  Fontainebleau._--Men promener vers le canal, ramen
 huit heures et un quart; il sait que la Reine toit  la fontaine du
Tibre (l'on y faisoit de la musique), il y va, est ramen  neuf heures
et un quart, s'amuse  jouer au trictrac.

_Le 6, lundi._--Il va sur le passage du cabinet  la galerie
lambrisse, o il faisoit faire un four pour y faire cuire des
confitures, s'amuse  le voir faire. A huit heures et demie il va voir
M. de Souvr, malade.

_Le 8, mercredi._--Il y avoit plus de trois mois qu'il n'avoit plu; ce
matin il plut un peu. Quelqu'un dit qu' Paris l'on alloit descendre
la chsse de Sainte-Genevive.--_Pourquoi?_--Pour faire venir la
pluie.--_Ho! astheure qu'il pleut_, dit le Roi en souriant. Aprs
dner il va chez la Reine, qui faisoit et s'amusoit  faire faire des
parfums; il y travaille aussi.

_Le 9, jeudi._--Aprs souper il va jouer en la galerie de la Reine, y
entend la musique; M. de Vendme revient d'Anet. Le Roi tant seul prs
de lui, l'on se prend  chanter une chanson d'un ballet du feu Roi, et
 ces mots:

    Dessous la loi
    D'un si grand Roi,

il se spare de M. de Vendme, se prend  pleurer et peu aprs le va
rejoindre, qui pleuroit aussi.

_Le 10, vendredi._--veill  quatre heures, il ne se vouloit plus
rendormir, par apprhension que, le soir prcdent, on lui avoit fait
prendre que Mme de la Renouillre, dcde depuis sept ou huit jours,
avoit t vue revenir  la chambre de la Reine; il se rendort jusques
 huit heures et demie.--Aprs souper il va chez la Reine, joue 
colin-maillard, y fait jouer la Reine et les princesses et dames.

_Le 17, vendredi._--Men aux jardins, il tue un moineau, volant, d'un
bton qu'il tenoit en sa main;  quatre heures il entre en carrosse,
est men aux toiles; elles toient tendues sur un morceau de mchant
bl; le paysan  qui il toit se vient plaindre  lui du dgt de son
bl, qui pouvoit tre de cinq ou six boisseaux. Il lui donne cinq cus
gaiement et par compassion, et un cu  une femme qui lui apporta des
cerises, lesquelles il ne mangea point.

_Le 19, dimanche._--Aprs souper men chez la Reine, puis  la galerie,
o il entend sa musique de la chambre et chapelle, celle de la Reine et
celle de M. de Nevers.

_Le 20, lundi._--veill  une heure aprs minuit: _Je ne puis dormir_,
dit-il, _lisez, d'Heurle_ (son valet de chambre). Il se rendort et
s'veille  trois fois, fait lire encore, rve en dormant: _Chantez_,
et songe  la musique.--Aprs souper il va chez la Reine, et revient 
la galerie lambrisse, o il voit jouer une tragdie franoise et une
farce.

_Le 21, mardi._--tudi, men  la chasse;  cinq heures men jouer au
jeu de paume. Aprs souper il va en la galerie lambrisse, o il voit
jouer une pastorele (_sic_) franoise et une farce.

_Le 22, mercredi._--Men en carrosse sur la route de Moret, il met pied
 terre et se joue sur le chemin et par les brossailles. Aprs souper
il va en la galerie lambrisse, o il voit jouer une farce, puis va
chez la Reine.

_Le 24, vendredi._--Aprs souper il est men au jardin des fruitiers,
o il court un livre avec ses petits chiens; ramen  huit heures et
demie, il fait tirer des fuses en la cour du donjon, puis va chez la
Reine, y joue  _je m'assieds_.

_Le 25, samedi._--Men aux jardins, il leur va dire adieu[82]; M. de
Souvr lui envoie dire qu'il donne sept ou huit cus au jardinier de
la Reine, qui lui avoit donn des abricots et toit pauvre: _Je lui en
donne douze_, dit le Roi, et il les lui donne.

  [82] Le Roi devait repartir le surlendemain pour Paris.

_Le 26, dimanche,  Fontainebleau._--Dvtu, il se fait bailler son
rveille-matin, le met  trois heures; je lui dis qu'il toit bien
matin, il le pousse jusques  la demie, et dit  M. d'Heurles: _D'Hurle
ne y touchez pas, je vous le dis, mais je vous le dis_. Mis au lit, il
se fait lire par M. de Praux, et s'endort  dix heures.

_Le 27, lundi, voyage._--veill  douze heures et demie aprs minuit,
doucement, il demande: _Quelle heure est-il?_ C'toit de soin qu'il
avoit de se lever matin, pour partir de bon matin pour aller  Paris;
il se fait montrer le rveille-matin pour voir si on l'abusoit de lui
avoir dit qu'il n'toit que douze heures et demie, se rendort  deux
heures jusques  trois heures et demie; veill par le rveille-matin:
_a, a, debout, debout_. Lev, vtu,  quatre heures et demie il va 
la messe en bas, et  cinq monte en carrosse et part de Fontainebleau.
Arriv  Essonne  huit heures, _au Lion_, il voit un poulain de deux
mois, demande s'il toit  vendre. L'htesse lui dit qu'oui; enquis du
prix (ce fut dix cus), il les donne. Quelqu'un lui dit que c'toit
trop: _C'est tout un, c'est tout un_; il aimoit naturellement  donner.
Il veut aussi acheter un non et un jeune pourceau: _Nous mettrons
tout ensemble_, dit-il en se jouant. Pendant son dner il fait mener
devant lui le poulain, lui fait donner de la paille, du foin, du
pain, du lait, et commande  un des garons de sa chambre de le mener
 Corbeil, de le y embarquer et qu'il lui baillera de l'argent pour
faire sa dpense et du poulain. Il va aux galeries, y fait monter
l'non et monter dessus M. le chevalier de Vendme, fouette l'non
qui court, et quelque coup chappe sur le Chevalier. A trois heures
got, mont en carrosse. Le baron de Vitry, sortant de l'htellerie,
avoit pris des cerises et les mangeoit dans le carrosse; le Roi l'en
reprend aigrement: _Comment, Vitry, voulez-vous faire des vilainies
ici et gter mon carrosse!_ Peu aprs M. de Vendme se met  manger
des abricots tirs de sa pochette: _Quoi, voulez-vous faire un cabaret
de mon carrosse!_ Il arrive  Paris  six heures et demie, ne se veut
point dbotter pour souper.

_Le 28, mardi,  Paris._--tudi, men chez la Reine, puis  la
chapelle de l'antichambre de la Reine.

_Le 29, mercredi._--Men promener en la galerie, puis en carrosse  la
premire messe de M. de Champvallon, abb de Saint-Victor  Paris et
depuis archevque de Rouen[83], qui fut chante [en Sorbonne].

  [83] Franois de Harlay, abb de Saint-Victor, ne fut archevque
  de Rouen qu'en octobre 1615. Quelques parties du Journal
  d'Hroard ont t recopies par lui aprs coup (Ms. de la
  Bibliothque impriale), ainsi que le prouve ce passage.

_Le 6 juillet, mercredi,  Paris._--tudi, etc.;  trois heures et
demie got, puis il va chez la Reine, lui demande cong d'aller 
Saint-Germain-en-Laye, et dit avoir pri Mme de Guise de l'obtenir.
La Reine lui rpond: Je le veux bien pour l'amour de vous; ce que
je fairai pour vous, je ne le fairai pour personne; mais il faut que
vous demeuriez ici demain pour rpondre le cahier[84] de ceux de la
Religion.--_Madame, vous le fairez bien sans moi; aussi je suis trop
jeune._ Il va en Bourbon voir sa petite curie.--Mis au lit, il se
fait apporter ses montres et son rveille-matin pour les mettre 
six heures, qu'il se vouloit lever pour aller  Saint-Germain voir
Messieurs et Mesdames.

  [84] Les cahiers de dolance de l'assemble de Saumur.

_Le 7, jeudi._--veill  six heures au son du rveille-matin, lev,
etc., djeun, men  la messe en Bourbon, puis  sept heures et demie
il monte en carrosse et  cheval au del du port de Neuilly, arrive 
neuf heures et trois quarts  Saint-Germain;  quatre heures il part 
cheval et arrive en carrosse  Paris  sept heures.

_Le 11, lundi._--A sept heures lev, il va voir mettre l'eau dans la
cuve pour se baigner;  sept heures et demie baign, il fait porter des
petits bateaux, les fait voguer, les charge de roses rouges qui toient
parses sur le bain. A sept heures trois quarts sorti du bain, mis au
lit[85].

  [85] Le Roi dne au lit, y reste jusqu' cinq heures et va
  seulement jouer en la galerie; il ne sort ni ce jour l ni le
  jour suivant,  cause du bain, qui est une exception dans ses
  habitudes.

_Le 12, mardi._--Il va voir mettre l'eau dans son bain, en sa chambre,
y entre  sept heures, parpille les roses rouges sur l'eau, fait
porter de ses petits bateaux, les charge de ses roses mouilles, dit
que ce sont navires qui viennent des Indes, de Goa.

_Le 15, vendredi._--tudi, etc.;  deux heures bott, il entre en
carrosse, va  la chasse au parc du bois de Vincennes, y court un
livre avec des chiens courants.

_Le 16, samedi._--Un certain peintre lui apporte un portrait de cire de
son visage; le Roi lui demande: _Combien en voulez-vous?_--Sire, il
vaut bien deux pistoles.--_En vel sept._--Sire, ma pauvre femme est
bien malade; s'il vous plat de me donner quelque chose pour la faire
assister?--_Tenez, je vous donne tout ce que j'ai_, dit le Roi en
vidant sa bourse; il y avoit encore sept pistoles.

_Le 19, mardi._--Men en carrosse, puis mont  cheval, il va au
derrire de Montmartre voler le perdreau et courir le livre.

_Le 21, jeudi._--Men au jeu de paume couvert, en la rue de Grenelle.
tudi, etc., got, men  la blanque au bout du Pont-Neuf, il tire
une aiguire d'argent.

_Le 22, vendredi._--Il joue en soupant  _Je vous prends en ce point_,
avec ses gentilshommes servants et autres de ses officiers, et  la fin
_Je vous prends tous en ce point_, M. d'Elbeuf le y prend en buvant;
un de ses petits gentilshommes l'en ta[86].

  [86] Les enfants disent aujourd'hui _jouer  la position_, parce
  que la rgle est de garder la position dans laquelle on est
  surpris.

_Le 25, lundi,  Paris._--A dix heures et demie il va chez la Reine, o
elle lui dit qu'elle lui te M. Des Yveteaux, son prcepteur, pour lui
donner M. Le Fvre. Men en carrosse  vpres  Saint-Victor, puis au
jardin de M. Voisin.--Dvtu, mis au lit, M. Des Yveteaux vient prendre
cong de lui; il en a du dplaisir, et l'ayant suppli de lui donner
quelque bague, lui dit qu'il le faut savoir de M. de Souvr[87].

  [87] M. Le Fvre fut en ce temps fait prcepteur du Roi, et M.
  Des Yveteaux, que le Roi aimoit, congdi pour avoir babill
  entre autres de M. d'Ancre et dit que si le Roi pouvoit une fois
  tre majeur, il leur donneroit gens en tte qui auroient plume et
  poil. (_Journal de Lestoile._)

_Le 26, mardi._--A deux heures il entre en carrosse pour aller 
Saint-Germain-en-Laye, arrive  cinq heures. Aprs souper il va chez la
Reine.

_Le 27, mercredi,  Saint-Germain._--tudi, etc.; men au parc, il va
chez la Reine, puis  la chapelle des Grottes. A deux heures men  la
chasse, par la Muette, mont  cheval au bois.

_Le 28, jeudi._--Il crit  M. de Villeroy pour le prier de faire en
sorte que M. Le Fvre, retenu pour tre son prcepteur, ne vienne point
pendant qu'il sera  Saint-Germain. tudi, etc.; il va promener,  la
messe, chez la Reine, qui lui parle de M. Des Yveteaux et lui demande
ce qu'il avoit dit en prenant cong de lui: _Il toit bien en colre;
il me dit qu'il en avoit eu la peine et un autre en auroit l'honneur_.

_Le 29, vendredi._--A six heures il va chez la Reine, o il voit
achever _la Bradamante_[88], reprsente par Madame et autres;  sept
heures et un quart soup.

  [88] Tragdie de Garnier. _Voy._ au 27 avril 1609 et au 2 aot
  suivant.

_Le 30, samedi._--veill  trois heures aprs minuit en crainte du
fouet, pour s'tre, le jour prcdent, opinitr contre M. de Souvr,
sur la rponse qu'il avoit  faire aux dputs de ceux de la Religion
assembls  Saumur. M. d'Heurles, valet de chambre, l'assure que M. de
Souvr ne s'en ressouvient point.--_M'en asseurez-vous?_--Oui, Sire;
l-dessus il s'endort jusques  sept heures.

_Le 31, dimanche._--Il se fait apporter ses arbaltes et va au parc, y
tire  des oiseaux, puis, mont sur un petit bidet, il va au galop; M.
de Frontenac, son premier matre d'htel et capitaine de Saint-Germain,
le mne  la chasse, lui fait voir des chevreuils.

_Le 1er aot, lundi,  Saint-Germain._--Mont  cheval, men au parc, 
la chasse, il ne veut jamais permettre que M. d'Aiguillon le suivt 
cheval; il fut contraint de renvoyer son cheval et de s'en retourner;
le Roi n'est suivi  cheval que de M. de Souvr et de M. de Pluvinel.
Jou, tudi, etc.; got, men en carrosse aux toiles, il prend un
grand sanglier. Aprs souper il va sur la terrasse, fait jeter des
fuses, va chez la Reine, revient  huit heures et demie, se moque de
M. de Verneuil, qui avoit t  la chasse: _Mon frre de Verneuil, qui
a mis la main  l'pe d'une lieue loin et crioit  mon sanglier: A
moi, sanglier, je te tuerai!_

_Le 2, mardi._--A trois heures men en carrosse au vieux chteau, en
la salle du bal, o, en sa prsence, celle de la Reine, des princes,
princesses et seigneurs, de M. le chancelier et prsident Jeannin,
a t reprsente sur le thtre tout accommod la tragi-comdie de
_Bradamante_ par ces personnages: Madame reprsentoit _Marphise_;--Mme
Christienne, _Lonor_, fille de Charlemagne;--_Bradamante_, Mlle
de Vendme;--le baron de Palueau, _Charlemagne_;--Mlle de Renel,
_Aimon_;--Mlle de Vitry, _Batrix_;--Franoise Lecoeur, _Nimes_, duc de
Bavire;--M. d'Aubasine, _Lon_;--Mlle d'Harambure, _Renaud_;--Nicole
Du Tost, _Roger_;--Mlle de Frontenac, _Basile_, duc d'Athnes;--Barbe
Talon, _la Roque_;--Mlle Mercier la petite, _l'ambassadeur de
Bulgarie_;--Mlle de Verneuil, _l'ambassadeur de Grce_;--Mlle Sauvat,
_Hypalque_;--Mlle de Frontenac la petite, _Mlisse_[89].

  [89] _Voy._ la lettre de Malherbe du 4 aot 1611.

_Le 3, mercredi._--tudi, etc.; il s'amuse  faire prendre feu  un
pistolet et refusoit  danser; M. de Souvr l'en presse: _Ce sera donc
 la charge que je tirerai encore un coup_. Il se joue en la galerie, 
cause de la pluie et du tonnerre.

_Le 4, jeudi._--Il fait apporter ses marmousets d'argent, les range
sur son lit[90], dit que c'est la foire Saint-Germain, que ce sont
marchandises qui viennent d'Allemagne, de la Chine. tudi contre son
intention, en est en colre contre M. de Souvr. Environ une heure
arrive M. le chevalier de Vendme, pleurant, se jeter  genoux devant
le Roi, et qui venoit d'en faire autant  la Reine, la suppliant qu'il
mourt aux pieds du Roi et des siens, et de n'aller point  Malte: Ha!
Sire, lui dit-il, ayez piti de moi; la Reine me veut ter d'auprs
de Votre Majest pour m'envoyer  Malte!--_H! qu'avez vous fait 
la Reine ma mre?_--Rien, sire.--_Quoi! irez-vous toujours sur la
mer?_--Oui, sire.--_Gardez-vous bien et soyez le plus fort quand vous
irez  la guerre, et crivez-moi souvent._ C'toit une grande piti
de our ses plaintes et ses larmes pour l'amiti qu'il lui portoit
et l'appeloit: _Zagaye_ (sic): _on me le veut ter pource que je
l'aime_. On ne le pouvoit apaiser; la Reine y arrive, il redouble ses
pleurs; elle tche de le divertir. Sur les deux heures M. le Chevalier
dit adieu, les plaintes redoublent; la Reine fait ce qui se peut
pour l'apaiser et le divertir; on met tout  l'heure le Chevalier en
carrosse, et il est conduit  Paris.--Aprs souper la nourrice du Roi
lui fait des contes; il y prend plaisir.

  [90] Le Roi a une tumeur qui l'empche de se lever.

_Le 5, vendredi._--Men  la chasse du cerf en carrosse, mont  cheval
au laisse-courre; la Reine y va aussi. Ramen  six heures et demie, la
Reine revenant, treuve Monsieur au palemail, au droit de la chapelle,
le monte  cheval devant elle, et le mne jusqu'au btiment neuf; le
Roi marchoit  son ct. Il s'amuse  acheter des petits couteaux d'un
petit mercier, pour les donner aux femmes et filles de la Reine.

_Le 6, samedi._--Le Buisson, qui avoit ses oiseaux pour les champs,
lui apporte deux perdreaux et les veut bailler  M. de Souvr; il les
prend et les met  sa ceinture disant: _Je les veux donner  la Reine,
ma mre; c'est que vous les voulez manger_. M. de Souvr se retire pour
s'asseoir (_sic_): _Ho! vel mousseu de Souvr qui va dire au Buisson
qu'i les y apporte une autre fois, et non pas  moi_, dit le Roi, et en
mangeant ses cerises, il lui en tiroit les noyaux. A sept heures soup;
parlant  un de ses officiers, il lui dit: _Je vous vis tous l'autre
soir aprs un mort; qui toit-ce?_--C'toit, sire, un dlivreur de
vin.--_Comment s'appeloit-il?_--Toussaint.--Le Roi s'adressant  un
de ses ptissiers, qui toit prsent, lui dit: _Vous ne y tiez pas_;
il l'avoua.

_Le 7, dimanche._--A midi il va chez M. de Frontenac, son premier
matre d'htel et capitaine du chteau de Saint-Germain; il y a dn
avec la Reine, Madame, Mme la princesse de Conty, Mme la comtesse de
Soissons, Mme la duchesse de Guise, Mme la douairire de Guise, Mlle
de Vendme, Mme la marquise de Guiercheville, Mme la comtesse de la
Rochefoucauld, Mme de Ragny, Mme de Frontenac. Il avoit une grande
impatience pour tre si longtemps  table, mais le respect de la Reine
le retenoit; il disoit: _Je ne mange rien; puisque je ne mange point,
il faut boire_. Il boit de la tisane, puis demande  la Reine: _Madame,
vous plat-il que j'alle l-haut jouer de l'pinette de madame de
Frontenac_. Enfin, comme la Reine eut achev, il dit: _Madame, je suis
prt_; la Reine se lve, il saute  bas; peu aprs il va en la grande
salle du chteau, avec la Reine et sa suite, pour y voir jouer une
farce par des valets de Messieurs.

_Le 9, mardi._--M. de Fleurence le fait tudier en attendant M. Le
Fvre.

_Le 10, mercredi,  Saint-Germain._--Aprs djeuner, il entre en son
cabinet, on lui discourt; M. de Souvr toit assis sur un bahut, le Roi
se va asseoir prs de lui; c'toit pour le faire lever. M. de Souvr
se lve, le Roi se va remettre en sa chaise, M. de Souvr se rassied.
Il se va asseoir prs de lui; M. de Souvr lui dit alors: Vous tes
revenu ici vous asseoir pour me faire lever, mais je ne me lverai pas
pour tout cela.--_Vous ne devez point faire de comparaison avec moi_,
lui rpond le Roi. Repris par M. de Souvr de ce qu'il s'amusoit  des
jouets d'enfant, il lui promet de ne le faire plus et va fouiller dans
ses coffres lui-mme, les met  part, et commande  M. d'Heurles, l'un
de ses premiers valets de chambre, de les porter  Monsieur, son frre.
Il va chez la Reine, o il rencontre le sieur de Poutrincourt[91], qui
racontoit nouvelles du Port Royal, o il se tenoit en Canada.

  [91] Jean de Biencourt, seigneur de Poutrincourt, avait obtenu
  par lettres patentes la proprit de Port-Royal en Acadie
  (aujourd'hui Annapolis). De retour en France en 1611, il fut tu
  le 5 dcembre 1615 en dfendant pour le Roi Mry-sur-Seine, dont
  il tait gouverneur.

_Le 11, jeudi._--A trois heures et demie il entre en carrosse, part de
Saint-Germain et arrive  Paris  six heures. Aprs souper il va chez
la Reine.

_Le 12, vendredi,  Paris._--Il va chez la Reine, et en montant au
petit cabinet se heurte au genou contre une marche; peu aprs M.
le chancelier emmne et prsente M. Le Fvre  la Reine pour tre
prcepteur du Roi; sur ce la Reine le prsente au Roi, disant ces
mots: Mon fils, vel monsieur Le Fvre, que je vous donne pour votre
prcepteur.--_Madame, j'en suis bien aise._--Il faut que vous lui
obissiez, et faire tout ce qu'il vous dira.--_Je le fairai aussi,
Madame._--C'est un fort homme de bien et bien savant; il faudra bien
apprendre.--_Je le fairai aussi, Madame._ M. le chancelier, prenant la
parole, en dit beaucoup de bien, et ayant parl de le loger o souloit
loger M. Des Yveteaux, le Roi dit: _Non, non; il seroit pas bien, il
faut monter trop haut. Il faut le loger  la chambre o souloit loger
mon frre de Verneuil, dans la tour._ M. Le Fvre entend donner leon
au Roi par M. de Fleurence pour essayer  reconnotre sa porte[92].

  [92] _Voy._ la lettre de Malherbe du 14 aot 1611.

_Le 15, lundi._--Confess par le P. Coton, jsuite;  neuf heures et un
quart men en carrosse aux Augustins, o il a ou la messe, communi
et  onze heures, dans le clotre, touch quatre cent cinquante
malades. Il se treuve foible; il faisoit une extrme chaleur; lav
les mains avec du vin pur et senti du vin, il revient  lui. Ramen 
onze heures et demie; dn; peu aprs, pour le dlasser, dvtu, mis
au lit. A une heure et demie lev, vtu, men en carrosse au sermon 
Saint-Andr-des-Arcs, puis  vpres aux Cordeliers[93]. Ramen  cinq
heures, devtu, mis au lit, soup; il se joue doucement, fait fermer
les fentres et fait poursuivre des chauves-souris qui toient entres.
On veut lui persuader de coucher en la grande chambre, lui reprsentant
que couchant dans son cabinet, faisant si chaud, il seroit en danger
de pleursie, de fivre continue, ou d'une grande maladie; il n'avoit
point voulu coucher dans la grande chambre depuis la mort du Roi, o il
l'avoit ainsi vu, et l'apprhension lui en toit toujours demeure.

  [93] Le lundi 15, le Roi aux Augustins touche les malades; le
  comte de Soissons et le cardinal Du Perron y sont. Le pre Cotton
  tient le Roi une heure  confesse, et au sortir de l le Roi
  fut mis au lit, tant il toit las; l'aprs-dne il retourne 
  Saint-Andr our le sermon de l'abb de Bourgueil, dort tout du
  long. M. de Souvr l'veille, mais pour nant, et demande s'il
  n'y a pas moyen de faire porter son lit au sermon. (_Journal de
  Lestoile._)

_Le 17, mercredi._--Aprs dner, il va chez la Reine, revient en sa
chambre; les nouveaux chevins lui prtent le serment. Il monte au
cabinet des livres;  trois heures got. M. Le Fvre lui donne la
premire leon sur l'institution de l'empereur Basile[94].

  [94] Basile I, dit _le Macdonien_, empereur grec, mort en 886.
  On a de lui un trait de _l'Art de rgner_, traduit en franais
  par Porcheron en 1590.

_Le 21, dimanche._--Men en carrosse, il voit tirer l'anguille au pont
Notre-Dame.

_Le 22, lundi._--Il commande  son nain Dumont d'aller  Villecraine,
lui donne pour le conduire Descluseaux, porte-manteau, pour faire venir
le sieur de Bogne, sieur de Villecraine, devers lui, sur une plainte
qui lui avoit t faite par La Court, valet de chambre de S. M.; c'est
le premier commandement en commission qu'il a donn.

_Le 25, jeudi._--Men en carrosse  la messe  la chapelle Saint-Louis
des Jsuites;  une heure men au bois de Vincennes  la chasse.

_Le 27, samedi._--Men en carrosse au march aux chevaux, o il demande
d'aller pour y acheter un bidet noir, puis aux Tuileries.

_Le 30, mardi._--Il s'amusoit  des petits jouets; M. de Souvr lui
dit: Sire, ne voulez-vous pas quitter ces jeux d'enfant? Vous tes
dj si grand.--_Mousseu de Souvr, je le veux bien, mais il faut que
je fasse quelque chose; dites-le moi, je le fairai._ Men au jeu de
paume de Verdelet.

_Le 31, mercredi._--A six heures et demie il entre en carrosse, va
our la messe aux Capucins pour aller  Saint-Germain-en-Laye par la
chausse, y arrive  neuf heures et demie, au vieux chteau. A onze
heures dn avec Monsieur, Madame, Mme Christienne et Mlles de Vendme
et de Verneuil. Ramen  sept heures  Paris. Mis au lit, il se fait
apporter une petite arbalte  argelet et, avec une petite balle de
plomb, tire pour teindre les flambeaux.

_Le 3 septembre, samedi,  Paris._--Men en carrosse chez la reine
Marguerite, puis  la verrerie.

_Le 8, jeudi._--Men  la messe  Notre Dame, et au sermon et  vpres
aux Carmes.

_Le 10, samedi._--Men en carrosse  Conflans, M. de Villeroy le
supplie de cueillir un fort gros poncire[95]; il ne le voulut point
faire, par discrtion.

  [95] Citron ou limon fort gros et fort odorant.

_Le 11, dimanche._--A deux heures men en carrosse  Piquepusse, 
vpres, ramen  l'htel de Bourgogne, et  six heures trois quarts
soup; il me dit qu'il avoit mal au pied droit, que le mal lui avoit
pris  la comdie. Mis au lit, il se fait porter sa caille prive, lui
donne de la mangeaille.

_Le 12, lundi._--Men en carrosse chez la reine Marguerite. A souper
il se joue d'une balle[96] que lui-mme fait treuver dans son couvert,
puis dans son pain, puis dans un plat, par habilet.

  [96] Probablement une balle de plomb.

_Le 13, mardi._--Il va chez la Reine, y a tudi[97].

  [97] Circonstance exceptionnelle qu'Hroard note en marge.

_Le 14, mercredi._--Entretenu sur le catchisme, men par la galerie
aux Feuillants, jou aux Tuileries.--Men en carrosse  Saint-Eustache,
puis  l'htel de Bourgogne.

_Le 15, jeudi._--Men en Bourbon  la messe, puis au petit jeu de paume
 la rue du Champfleury.

_Le 17, samedi._--Aprs souper il se fait armer des armes compltes
jusques aux pieds, que le prince Maurice lui avoit envoyes, et tout
arm s'en va trouver la Reine.

_Le 18, dimanche._--Exhort par le sieur de Fleurence sur le
catchisme;  trois heures got, men  la comdie  l'htel de
Bourgogne. A sept heures soup; il va chez la Reine, qui toit en son
petit cabinet; il heurte fort; elle ne le trouve pas bon, croyant que
ce ft faute de respect.

_Le 19, lundi._--M. de Souvr lui remontre ce qu'il avoit fait le soir
prcdent, et pour ce sujet il est fouett.

_Le 21, mercredi._--Men en carrosse  vpres  Piquepusse, puis  la
comdie de l'htel de Bourgogne.

_Le 22, jeudi._--Ce matin la Reine reut la nouvelle du dcs de Mme la
duchesse de Mantoue, sa soeur ane[98]; le Roi en pleura.

  [98] lonore de Mdicis, ne en 1566, seconde femme de Vincent
  de Gonzague, duc de Mantoue.

_Le 23, vendredi._--En soupant il parloit d'oiseaux, d'une pie-griche
qu'il avoit, et dit qu'il la vouloit dresser pour voler le moineau,
et un moineau pour le roitelet, et le roitelet pour mouche. Je lui
demande: Et la mouche, sire, que lui fairez-vous voler?--_Je lui
fairai voler le moucheron._

_Le 24, samedi._--Jou en la galerie, il y fait courir devant lui un
chameau que M. de Nevers lui avoit donn, lui fait faire quatre tours
d'un bout  l'autre.

_Le 25, dimanche._--Men en carrosse aux Filles-Dieu et  quatre
heures et demie  la comdie, en l'htel de Bourgogne.--Mis au lit, il
s'endort  la musique de Bailly, chantant et jouant de la lyre avec le
joueur de luth de la reine d'Angleterre, qui en jouoit et chantoit la
basse.

_Le 26, lundi._--veill  une heure aprs minuit, il avoit de
l'inquitude pour avoir ou parler des esprits  son coucher; il les
craignoit.--En tudiant il entre en mauvaise humeur contre M. de
Souvr, qui le reprenoit de ce qu'il s'amusoit; il avoit le chapeau sur
la tte, le Roi lui dit: _Vous avez votre chapeau sur la tte!_--Oui,
et si je le vous terai pas pour cette heure. Ce n'est pas que je sache
ce que je vous dois, qui est cent mille fois plus. Plaignez-vous en
 la Reine.--_Je ne vous terai pas aussi le mien._ M. Le Fvre, son
prcepteur, le voulut aussi un peu presser sur la leon; le Roi lui
dit: _Quoi! et du commencement vous tiez si doux que vous trembliez
tout; et maintenant vous tes si rude!_ Tir des armes  l'accoutume
et dans.--Peu aprs souper il entend les Comdiens franois en sa
chambre; la Reine y toit.

_Le 27, mardi._--Aprs djeuner il est exhort  son corps dfendant,
pource qu'il croyoit ne devoir point tudier,  cause que ce jour toit
celui de sa naissance[99].--Mis au lit, il se fait apporter un petit
navire d'argent et se y amuse diversement, dit qu'il ne se veut point
endormir qu' l'heure pareille de sa naissance.

  [99] Le Roi entrait dans sa douzime anne.

_Le 28, mercredi._--A dner on lui sert une caille, qu'il avoit prise
le jour prcdent  la chasse, et deux moineaux, que le matin il avoit
tus et frapps  l'oeil, aux Tuileries, avec son arbalte  argelet:
_Portez_, dit-il, _cela  Mousseu de Souvr, et dites-lui que vel des
ortolans des Tuileries que je lui envoie_.

_Le 1er octobre, samedi,  Paris._--Men en carrosse chez la reine
Marguerite.--A son souper il reprend un gentilhomme servant qui n'avoit
point encore servi: _Votre serviette n'est pas bien_; et ne la mettant
pas encore bien: _Non, non, il faut la mettre ainsi_, lui dit-il
doucement, comme le lui voulant apprendre.

_Le 3, lundi, voyage._--Il va  la messe en Bourbon;  sept heures il
est mis en carrosse et part de Paris pour aller  Fontainebleau. A
Villejuif il fait acheter un pain d'un sol, met pied  terre, chemine
assez bien en mangeant son pain; arriv  dix heures et demie 
Sauvigny, il y a dn. Il part de Sauvigny  deux heures, arrive  cinq
heures  Villeroy.

_Le 4, mardi._--A six heures djeun, puis men en carrosse, il arrive
 neuf heures et demie  Cly, o il a dn. Il part de Cly et arrive
 une heure et demie  Fontainebleau; il est toujours promen sur le
canal, dans la galerie,  cheval,  pied, dans les jardins jusques 
cinq heures.

_Le 8, samedi,  Fontainebleau._--Men  la chapelle prs de la salle
du bal, puis chez la Reine.

_Le 11, mardi._--A deux heures bott, mont  cheval, men  la chasse
au loup, par del la rivire de Moret.

_Le 12, mercredi._--En soupant l'on parla d'Engoulevent[100] qui toit
prince des sots; il dit: _Annibal_ (l'un de ses nains) _est de ses
sujets, et Danobis_ (l'un des garons de sa chambre). _C'est le plus
grand royaume du monde._

  [100] _Voy._ tome I, page 61, note 88.

_Le 13, jeudi._--veill  deux heures aprs minuit, doucement, il a
peur; c'toit depuis la mort du Roi son pre, qu'il avoit vu dans le
lit[101]. Il fait passer un valet de chambre de chaque ct de son lit,
pour s'assurer, se rendort jusques  quatre; fait de mme, se rendort
jusques  six et demie.

  [101] _Voy._ au 15 aot prcdent.

_Le 16, dimanche._--En la chambre de la Reine, il donne le bonnet de
cardinal  M. l'vque de Bziers, Florentin et grand aumnier de la
Reine, qui fut appel cardinal de Bonzi; c'est le premier cardinal
qu'il a fait.

_Le 18, mardi._--Il fait venir Mme de Ragny, qui craignoit les singes
et les guenons, lui fait peur des siennes. M. le prince de Cond
revient de Guyenne; il le reoit gaiement, et mettant sa main  son
bonnet de nuit, brid par la bande de sa glande[102]: _Voyez_, dit-il,
_je ne saurois ter mon bonnet, il est attach_. Il l'entretient de
bonne faon, lui parle de toutes sortes de choses. A quatre heures
il se remet au lit; tudi; il me fait l'honneur de me demander si
j'crivois toujours ce qu'il faisoit et me commande d'crire comme, la
nuit prcdente, il avoit song que _Courtenvaux avoit une fille que
sa femme avoit faite, et que Haran_ (garon de sa chambre et de ses
chiens) _en avoit t le compre_; et l-dessus il s'en prend  rire.
Il s'endort  la musique du luth et de la voix de Bailly.

  [102] Le Roi avait depuis la veille une glande sous la mchoire,
  et gardait la chambre.

_Le 19, mercredi._--Il prend un clystre fait de lait, de fleurs de
camomille et de sucre blanc; il fait beaucoup de mystres plaisants
avant que de le prendre, dit  M. de Souvr: _Demandez  mousseur
Hrouard si ce qu'on fait prendre par force fait pas mal_. M. de Souvr
le menace du fouet; cette crainte le lui fait prendre, puis il menace
M. de Souvr: _Si j'avois des verges, aussi vrai je vous en fairois
prendre un_. A dner il est servi par M. le chevalier de Guise.

_Le 20, jeudi._--A cinq heures il se lve en robe, se fait porter ses
harquebuses (il en avoit sept), me dit: _S'il venoit des ennemis, vel
bien pour leur faire un beau salve_ (sic). Il prend une des harquebuses
sur son paule, se promne en soldat. A deux heures il a tir une
harquebusade[103] d'harquebuse  rouet, charge  balle, contre un
cyprs qui toit au milieu d'un carr du parterre, sans s'branler
en faon du monde. Il en tire encore une autre sans balle; il ne fut
jamais si content; il avoit desir d'en avoir permission de la Reine,
d'autant que M. de Verneuil en avoit tir.

  [103] Par la fentre de sa chambre.

_Le 21, vendredi._--Il prend du lait d'amandes et l'ayant pris, dit:
_Si tous les clystres toient aussi bons que cela, j'en prendrois
souvent, comme madame de Ragny dit qu'on les prend en Bourgogne_[104].
tudi, il entend la messe dans son lit; dn. Lev, il se joue
doucement  son lapin et  ses deux petits chiens _Tinton_ et _Mourac_,
et  limer du fer. A deux heures tir  balle, de sa harquebuse,
faite  Rouen par Timothe, laquelle lui avoit t donne par M. de
Blainville[105], et il l'appeloit de son nom _la Blainville_. Il tire
au blanc, de cinquante pas, donne  un pouce prs du blanc, puis sur un
geai qui toit en une des premires et prochaines alles du jardin; il
tire de la fentre de sa chambre, de haut en bas, et le frappe en la
tte. tudi, etc., il tire encore de la harquebuse et tue un geai tir
de sa fentre dans le jardin.

  [104] Par la bouche.

  [105] _Voy._ au 31 octobre 1604.

_Le 22, samedi._--A douze heures et demie lev, vtu, t son
bonnet, puis son chapeau, laiss la bande sous sa glande. Pendant
son dner[106] M. le duc de Guise, qui le servoit, lui disoit qu'il
toit venu un Anglois qui avoit des dogues fort furieux et des ours,
et que s'il plaisoit  Sa Majest de lui donner une pension de mille
cus, il lui entretiendroit toute l'anne vingt et cinq dogues qui
lui donneroient du plaisir, et quand il lui plairoit il les feroit
combattre  outrance; et il lui ritra trois ou quatre fois ce mot
d'_outrance_. Le Roi couta tout sans mot dire, jusqu' ce qu'il dit:
_Non, non; point  outrance; non, je veux pas  outrance_; c'toit par
dbonnairet, car il ne vouloit mme pas que les dogues fussent mens
aux toiles, de crainte qu'ils ne fussent blesss. A trois heures il va
en la chambre ovale, pour voir combattre les dogues de l'Anglois contre
un ours.

  [106] Avant de se lever.

_Le 23, dimanche._--Il prend mdecine, sous la promesse de M. de
Souvr qu'il tirera quatre harquebusades; remis au lit, d'o il tire
deux harquebusades qui sortent par la fentre; il y toit fort chaud.
Lev en sa robe et bottines, il tire par la fentre une harquebusade
et tue un geai au jardin; il couchoit en joue du ct droit et miroit
de l'oeil gauche. Sa quatrime harquebusade il la tira du coin de son
cabinet, contre le pavillon du milieu de la galerie et donna dans un
autre trou o il y avoit un nid d'hirondelles, o il tiroit. A trois
heures et demie got; il fait prendre des oiseaux  la glu, fait
dmonter et remonter des canons et des rouets de harquebuses, et en
rgler les charges.

_Le 24, lundi,  Fontainebleau._--A huit heures, sous promesse que lui
fait M. de Souvr de n'tudier point, il prend un clystre.

_Le 25, mardi._--On lui apporte un petit pot de verre o il y avoit de
la crme avec de l'eau de rose pour frotter son nez[107]; il n'en veut
point, nous en fait manger et en donnant  M. de Blainville, guidon de
sa compagnie de gendarmes, qui toit de la Religion: _Tenez, mangez;
vel qui vous faira devenir catholique_. Il s'amuse  clouer les tapis
du pied de son lit avec le tapissier, va chez la Reine.

  [107] O il avoit une inflammation.

_Le 26, mercredi._--tudi, men  la chapelle prs de la salle du bal,
puis chez la Reine; dn. Il donne audience  l'ambassadeur de Savoie;
 trois heures men en carrosse aux toiles.

_Le 27, jeudi._--tudi; on lui montroit la carte d'Espagne et les
avenues de la frontire, il l'tudioit fort attentivement. M. Le Fvre
lui ayant dit que la France toit bien un plus grand, plus beau et plus
riche royaume, le Roi dit: _Si[108] voudrois-je qu'elle ft  moi_.

  [108] Pourtant.

_Le 28, vendredi._--A six heures lev, vtu, bott; on lui dit que s'il
faisoit mauvais temps, il ne pourroit sortir: _Je fairai_, dit-il,
_fermer le carrosse_. On lui rpond: Votre Majest n'y verra goutte
dedans.--_Je fairai allumer des bougies plus tt._ Il va  la messe,
puis entre en carrosse et va  Cly, o il a dn. Il s'amuse  tirer
aux petits oiseaux  la harquebuse, puis est men  la chasse au loup;
il y en avoit trois grands et quatre petits dans l'enceinte. Ramen
 quatre heures,  six devtu, mis au lit,  huit heures et un quart
il s'endort, combattant en soi-mme pour ne s'endormir point tout 
plein, d'autant qu'il n'avoit pas pri Dieu; il demande son aumnier,
et, se trouvant retir, il prie Dieu de lui-mme et s'endort  huit
heures trois quarts.

_Le 30, dimanche._--A trois heures il est parti en carrosse et la
Reine aussi, sur la route de Moret, pour aller  la rencontre de Mme
la duchesse de Lorraine[109], fille de M. le duc de Mantoue. Mme la
princesse de Conty descend pour aller vers elle, de la part du Roi
et de la Reine; le Roi dit: _Dites  madame de Lorraine qu'elle ne
descende pas, qu'elle ne s'incommode pas pour moi et je m'incommoderai
pas pour elle_. Toutesfois elle descend, va vingt-cinq pas  pied et
salue LL. MM., qui mirent pied  terre.

  [109] Marguerite de Gonzague, seconde femme de Henri, duc de
  Lorraine.

_Le 31, lundi._--Men  la chapelle prs de la salle du bal, puis chez
la Reine et aprs se jouer en la galerie lambrisse. Aprs souper il va
en sa chambre, joue  remue-mnage.

_Le 1er novembre, mardi,  Fontainebleau._--Men au jardin du Tibre, il
tue de sa harquebuse une alouette puis un roitelet, ne tire jamais 
faute.

_Le 2, mercredi._--Il dit qu'il ne veut pas djeuner, prie Dieu sous
promesse de n'tudier pas l'aprs-dne.

_Le 3, jeudi._--Men promener au canal et aux jardins, o la Reine mne
Mme de Lorraine pour les lui faire voir. Aprs souper il va chez la
Reine, tire  part, dans le grand cabinet de la Reine, Mme de Lorraine,
Mme la princesse de Conty, Mme de Guise sa mre, M. de Guise, et joue
 remue-mnage; y fait jouer M. de Lorme, premier mdecin de la Reine.
Ramen, devtu, M. de Vaudemont[110] lui donne sa chemise.

  [110] Franois de Lorraine, duc de Lorraine, n en 1624, mort en
  1632.

_Le 4, vendredi._--M. le cardinal Gonzague[111], neveu de la Reine,
arrive.

  [111] Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue en 1612, mort en 1626.

_Le 5, samedi,  Fontainebleau._--veill  cinq heures et demie aprs
minuit, il demande  quelle heure il s'toit endormi[112] et, ayant
compt: _Il se faut lever, c'est assez dormi_. Ses valets de chambre
le veulent persuader de dormir encore, et disent que la Reine leur a
command de ne le lever point qu'il ne soit six heures: _H! comment
est-il possible de faire dormir par force, quand on n'a pas envie_;
lev, djeun, tudi, etc. Aprs souper il va chez la Reine,  sept
heures trois quarts est ramen, prie Dieu, puis descend son oratoire
pour le faire partir le lendemain. Mis au lit, il s'endort  neuf
heures et demie.

  [112] Il s'tait endormi  huit heures trois quarts.

_Le 6, dimanche, voyage._--veill  quatre heures aprs minuit,
il fait lever ses valets de chambre, dit qu'il ne sauroit dormir
par force; lev, bon visage, gai. L'on avoit arrt l'horloge par
commandement de la Reine, il le jugea. Il fait dtendre son lit, aide
 faire ses coffres. A six heures djeun; il va chez M. de Souvr,
qu'il trouve au lit, lui parle de ses harquebuses, qu'il en tirera par
les chemins, lui demande s'il tire bien? J'ai autrefois si bien tir
dit M. de Souvr, que de trois coups je n'ai pas agrandi le trou.--_Il
faudroit tre bien sot pour le croire_, rpond le Roi froidement. Il
est men  la chapelle prs de la salle du bal, puis  neuf heures au
parc, jusques au bout, et aux jardins, _pour_, ce dit-il, _leur baiser
les mains_. Il va chez la Reine, et  une heure part de Fontainebleau
en carrosse, d'o il descend trois fois dans la fort pour tirer de
la harquebuse. A quatre heures il arrive  Melun, va droit au jeu
de paume, puis  un jardin prs de l, y tire trois moineaux d'une
harquebusade. Soup en son logis, il se fait dbotter, puis lui-mme se
met  nettoyer ses harquebuses qui avoient tir.

_Le 7, lundi, voyage._--Il part de Melun;  Villeneuve Saint-George
dn. A quatre heures et demie il arrive  Paris, va  la volerie. A
six heures et un quart soup; piss en un pot de verre, ses coffres
n'toient point arrivs. Il va au-devant de la Reine, qui arrivoit 
sept heures.

_Le 8, mardi,  Paris._--tudi, etc.; men aux Feuillants, jou aux
Tuileries, il tire de la harquebuse aux petits oiseaux, en tue huit,
et deux d'un coup qui toient sur le fate du pavillon. Aprs dner il
ne sort point,  cause du mauvais temps, ne veut point tudier; M. le
marquis d'Ancre y va de la part de la Reine; tudi jusques  quatre
heures; il n'en pouvoit sortir. A souper il raille M. le comte de la
Rochefoucauld pource qu'il s'toit fris, disant: _H! qui est ce
seigneur_ (le fer chaud) _qui a pass par ces cheveux? H! mon Dieu,
qu'il est beau!_

_Le 11, vendredi._--Aprs dner il va chez la Reine, l o
l'ambassadeur d'Espagne annonce le dcs de la reine d'Espagne[113].

  [113] Marguerite d'Autriche, marie en 1599  Philippe III; elle
  tait mre d'Anne d'Autriche, future pouse de Louis XIII.

_Le 12, samedi._--Il envoie au cabinet des livres pour avoir des nols
et chante.

_Le 13, dimanche,  Paris._--Exhort, men aux Tuileries par la galerie
et aux Feuillants. En soupant il voit des bateleurs qui faisoient
monter, descendre le long d'un bton et pirouetter une chvre selle et
bride, un singe dessus; il n'a cesse tant qu'il et achet la chvre;
en donne vingt et six cus en or.

_Le 14, lundi._--Il me fait l'honneur de me dire: _Mes soeurs seront
bien aises de me voir tirer de la harquebuse; toutes ces femmes
crieront: Jsus! Mamanga[114] dira  Monsieur de Souvr pourquoi il me
laisse tirer, et l'ira dire  la Reine ma mre_. A une heure et demie
men en carrosse  Saint-Germain-en-Laye; il y arrive  cinq heures,
 l'arrive va visiter Monsieur, son frre[115], qui toit malade d'un
endormissement avec quelques lgres convulsions; il s'veille, le
Roi lui dit: _Bonsoir, mon frre_.--Bonsoir, mon petit papa; vous me
faites trop d'honneur de prendre la peine de me venir voir. Le Roi se
prend  pleurer, s'en va, et depuis ne le vit plus; il va au btiment
neuf; soup avec M. d'Anjou et Mesdames.

  [114] Mme de Montglat, ancienne gouvernante de Louis XIII,
  l'tait encore de Mesdames.

  [115] _Voy._ la note [394] du 16 avril 1607.

_Le 15, mardi,  Saint-Germain._--tudi, etc.; il va au parc, tire de
la harquebuse, va chez la Reine.--Mis au lit, M. de Souvr lui parle
de la maladie de Monsieur; le Roi demande: _Ne y a-t-il point moyen
de le sauver?_--Sire, les mdecins y font ce qu'ils peuvent, mais il
faut que vous priiez Dieu pour lui.--_Je le veux bien; ne faut-il
point faire autre chose?_--Sire, il le faut vouer  Notre-Dame de
Lorette.--_Je le veux bien; que faut-il faire? o est mon aumnier?_
L'aumnier vient, et dit au Roi: Il faut faire une image d'argent
de sa hauteur.--_Qu'on envoie  Paris tout  cette heure, qu'on se
dpche_, dit le Roi avec ardeur, et puis il prie Dieu, la larme 
l'oeil.

_Le 16, mercredi,  Saint-Germain._--veill  une heure aprs
minuit, il demande des nouvelles de Monsieur, son frre, et se
rendort.--Monsieur d'Orlans, son frre, dcde entre minuit et une
heure, d'un endormissement joint  quelques convulsions; quelque temps
auparavant il disoit qu'il avoit vu en songe un ange qui lui disoit que
son bon papa avoit envie de le voir et qu'il le verroit bientt: Je
l'embrasserai si fort, ce disoit-il gaiement.

_Le 17, jeudi._--Djen, tudi, etc. M. le marquis d'Ancre lui dit
le dcs de Monsieur, son frre; il en demeure saisi, blmit, demeure
pensif, fait ce qu'il peut pour se divertir, dit  M. de Souvr qu'il
die  la Reine  ce qu'il ne lui allt point donner de l'eau bnite;
c'toit par compassion, non par mpris. Il va  la chapelle, puis
chez la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse et part de
Saint-Germain; vers la croix Nanterre il met pied  terre (il toit
bott), entre dans les vignes, il y faisoit fort mol, tire de la
harquebuse, deux coups,  chaque coup abat un pinon au haut d'un
noyer. Il arrive  Paris  cinq heures et un quart, va voir la Reine.

_Le 18, vendredi,  Paris._--Jou aux Tuileries, il tire de la
harquebuse; il en avoit la joue meurtrie, et me dfend d'en dire mot.
Ramen il va chez la Reine.--Ce jourd'hui fut ouvert le corps de feu
Monsieur le duc d'Orlans, en prsence de M. Antoine Petit, premier
mdecin du feu Roi, et M. Jean Haultin, mdecin de Paris, par Elie
Bardin, chirurgien  Paris, et Simon Berthelot, son chirurgien.

_Le 19, samedi._--Il va chez la Reine; elle lui dit: Je vous veux
marier, et lui demande s'il aime mieux Espagne ou Angleterre? Le Roi
s'en sourit sans dire mot, et dit au sieur d'Auger: _Espagne, Espagne_,
pource qu'il y pense plus de grandeur.

_Le 22, mardi._--Il donne audience  quatre ambassadeurs. A quatre
heures il va  Notre-Dame, aux vpres de la Sainte-Ccile. A six heures
et un quart soup; il va en sa chambre, commande  faire un lait
d'amandes, va chez la Reine,  huit heures trois quarts est ramen,
prie Dieu, me demande si le lait d'amandes toit fait. Je lui dis que
oui, mais que s'il lui plaisoit de le remettre au matin,  son rveil,
il seroit meilleur, d'autant qu'il n'avoit pas trop mal soup[116]: _Je
n'ai point soup ne trop, ne trop peu_.--Il est vrai, Sire, mais il
ne y a pas longtemps, et si d'aventure Votre Majest a soif, elle peut
boire  cette heure, et demain matin elle prendra un lait d'amandes
frais, fait  son rveil; elle en faira ce qu'il lui plaira. Il songe
un peu: _Oui, je boirai astheure, et demain je le prendrai au saut du
lit_[117]. Devtu, mis au lit, musique; il envoie querir ses jouets, on
continue la musique. M. le cardinal de Gonzague entre pour l'our; il
en est marri, et a la discrtion de ne se jouer point  ses jouets en
sa prsence. Comme il y eut quatre chansons de chantes, il commande de
lui apporter les jouets aussitt que M. le cardinal sera sorti, et fait
semblant de dormir  neuf heures et demie; aussitt on les lui apporte,
et il dit: _Ho! mon Dieu, que je suis aise; je ne feus jamais si aise_,
et il se met  promener son petit canon[118] sur la table que l'on
approcha de son lit, et s'y amuse jusques  dix heures trois quarts.

  [116] Voici le dtail du souper du Roi tel que le donne Hroard:
  L'eau rose des raisins de Corinthe; potage aux oeufs et au jus
  de citron 20 (cuilleres); potage simple, 4; crtes de poulet, 8;
  poulet bouilli, peu; veau bouilli, 4 (bouches?); la molle d'un
  os; poulet rti rissol de pain, deux pilons et la moiti d'une
  aile; gele, 13 (cuilleres); un cornet de sucre d'abricots; la
  moiti d'un marron au sucre et  l'eau rose; cerises confites, 4;
  pain peu; bu de la tisane; drage de fenouil, assez.

  [117] Hroard a crit en marge: Son humeur quand on remet  sa
  discrtion.

  [118] Que le Roi avait fait lui-mme ainsi que l'afft, dit
  Hroard aux 19 et 20 novembre prcdents.

_Le 23, mercredi._--Il donne audience  cinq ambassadeurs sur le dcs
de Monsieur, son frre.

_Le 24, jeudi._--En l'habillant il va de, del, joue du quillebouquet
(_sic_), porte un chat-huant sur son poing, n'est jamais oisif et
trouve toujours  quoi passer le temps.--Mis au lit, il se joue de son
petit canon, puis fait apporter des nols, chante et fait chanter tous
ceux qui toient autour de lui.

_Le 26, samedi._--Je lui dis le commandement que j'avois de la Reine
d'aller  Saint-Germain-en-Laye pour faire venir ici Monsieur[119]; il
en fut bien aise, et dit qu'il vouloit envoyer son attelage tir par
des dogues.

  [119] _Voy._ la note [496] du 25 avril 1608.

_Le 27, dimanche._--Monsieur, frre du Roi, arrive  Paris  quatre
heures; le Roi lui fait bonne chre.

_Le 28, lundi._--Men en carrosse au collge de Sorbonne; c'est
la premire fois. M. de Harlay, abb de Saint-Victor[120], g de
vingt-quatre ans, prsidoit le rpondant Irlandois qui avoit t
son prcepteur en philosophie. Mis au lit  neuf heures et demie,
il s'endort jusques  onze, qu'il se prend  dire tout haut, 
demi endormi: _Ho! qu'il est beau, qu'il est beau le leurre, le
leurre; Lones, Lones_; c'toit un gentilhomme qui gardoit de ses
merillons[121].

  [120] _Voy._ la note [83] du 29 juin prcdent.

  [121] Charles d'Albert, seigneur de Luynes, depuis conntable de
  France. N en 1578, il avait alors trente-trois ans.

_Le 29, mardi._--tudi, etc.; men chez la Reine, puis  la chapelle
de l'antichambre de la Reine, o Mme de Lorraine lui dit adieu et part
pour s'en retourner en Lorraine.

_Le 30, mercredi._--Men en carrosse  vpres,  Saint-Eustache, puis 
la comdie en l'htel de Bourgogne.

_Le 1er dcembre, jeudi,  Paris._--Men en carrosse aux Tuileries, il
y tire de la harquebuse et tue des petits oiseaux avec de la poudre de
plomb[122].

  [122] De la cendre.

_Le 2, vendredi._--tudi gaiement; quand M. Le Fvre lui demandoit le
cas d'un nom, il lui rpondoit par les doigts, et ayant  rpondre d'un
ablatif, il montre la paume de la main, ne trouvant point de sixime
doigt; dans, tir des armes.

_Le 3, samedi._--Il va  la galerie, o il travaille lui-mme  un
jeu de billard que l'on dressoit.--Mis au lit, il s'endort au jeu de
l'pinette par le sieur de La Chapelle.

_Le 5, lundi._--Il va en la galerie, y joue au billard, va chez la
Reine. Mesdames arrivent de Saint-Germain.

_Le 6, mardi._--Il fait apporter des livres de nols, en chante;
exhort, men par la galerie aux Feuillants, jou aux Tuileries, il y
fait voler ses merillons. Aprs dner il va  la volerie,  la plaine
de Grenelle.

_Le 8, jeudi._--Aprs souper il va en son cabinet, o M. le cardinal
de Gonzague fait faire des pastilles fort odorantes; faut ouvrir les
fentres; puis il va chez la Reine.

_Le 10, samedi._--Il va se promener chez les ouvriers de la
galerie[123].

  [123] Les ouvriers ou artistes, logs au-dessous de la galerie du
  Louvre.

_Le 16, vendredi._--M. le prince de Cond et M. de Nevers le viennent
voir en son tude; M. de Nevers[124] se met  l'entretenir d'une
certaine devise qu'il vouloit faire mettre sur quelque monnoie qu'il
vouloit faire battre; le Roi l'coute patiemment, et rpond froidement:
_Je veux pas qu'elle se dpende en France_. M. le Prince lui dit:
Sire, il faut que Monsieur de Nevers vous donne mille cus pour en
avoir la permission; le Roi lui rpond srieusement: _C'est pas  lui
 me donner, c'est  moi  lui donner!_ Jou,  la galerie, au billard
et  autres passetemps.

  [124] Charles II de Gonzague, duc de Nevers, n en 1580, mort en
  1631.

_Le 18, dimanche._--Il va au sermon en la salle du Louvre, et  vpres
en la chapelle de l'antichambre de la Reine.

_Le 20, mardi._--Men  la galerie  cause du brouillard, il joue au
billard,  barres, va chez la Reine, o il voit M. le prince de Cond
parlant  elle avec action, dont elle rougissoit. Il part, et va dire
 M. le chancelier: _Monseu le chancelier, vel monseu le Prince qui
gourmande la Roine ma mre; il ne faut pas l'endurer, je le veux pas_.

_Le 22, jeudi._--Il ne dsire point tudier les cartes des provinces
d'Ortelius[125], M. de Souvr l'en presse: _Vous tes en colre_.--Je
ne le suis point, mais, je vous prie, tudiez.--_Vous tes en colre;
levez-vous_; il toit assis.--La Reine m'a permis de m'asseoir.--_Je
vous fairai bien lever_, dit le Roi, et il va prendre une chaise qu'il
apporte lui-mme tout contre M. de Souvr, s'assied, sautant dedans et
disant ces mots: _Venez-vous maintenant accomparer  moi!_ M. de Souvr
se lve, et lui, soudain et en riant, s'en va tudier ses cartes. Il
y alla pource qu'il toit contraint, et riant pource qu'il avoit fait
lever M. de Souvr.

  [125] Abraham Ortelius, gographe; il s'agit sans doute de son
  livre sur la France, publi  Anvers, en 1594.

_Le 23, vendredi._--Il va  la plaine de Grenelle,  la volerie, et
voit voler le milan, qui fut pris; c'est le premier qu'il a vu voler;
la Reine y toit.

_Le 24, samedi._--A neuf heures et un quart, pour se garder de dormir,
il fait dtacher l'une de ses guenons qui saute, qui court de, del,
par la chambre; puis va chez la Reine, entend les trois messes de
minuit: c'est la premire fois. A une heure aprs minuit djeun  la
salle du bal: un morceau de saucisse; pain tremp dans de l'hypocras
blanc, un peu, et autant dans du clairet.

_Le 25, dimanche._--Men au sermon et  vpres,  Saint-Jean en Grve.

_Le 26, lundi._--Exhort  l'accoutume par le sieur de Fleurence,
lequel, lui parlant de l'excellence de l'tre, lui dit qu'on disputoit
un problme aux coles  savoir s'il valoit mieux tre et tre damn,
que de n'tre point et tre sauv; le Roi rpond soudain: _J'aimerois
mieux n'tre point_. Men au sermon et  vpres  Saint-Gervais.

_Le 27, mardi._--Exhort  huit heures trois quarts; men par la
galerie aux Feuillants, il va au jardin des Tuileries, fait voler
l'alouette par ses merillons, voit voler le milan, del l'eau et
lui de, qui fut pris. A deux heures et demie men en carrosse au
Pr-aux-Clercs, o il monte  cheval et vole la corneille, jette son
oiseau qui la prit.

_Le 28, mercredi._--Exhort; M. de Fleurence lui discourant de ceux
qui se mlent de deviner, il demande: _Les faiseurs d'almanachs
disent-ils vrai?_ M. de Fleurence ne rpond  la demande.--_Mais quand
ils disent que quelqu'un mourra?_ Il ne rpond point encore, et le Roi
ne demande plus rien. Men  la plaine de Grenelle, pour la volerie
pour corneille.

_Le 29, jeudi._--Men  la verrerie, il fait faire des petites besognes.

_Le 30, vendredi._--Il tudie fort gaiement, examine lui-mme sa leon
latine, s'interroge et se rpond sans faillir, y prend plaisir pource
qu'il entend ce qu'il sait et les raisons de ce que l'on lui demande,
ce qu'il ne faisoit pas auparavant qu'il ne les savoit pas. Il n'aime
pas  ignorer ne  le parotre; dans, tir des armes. Men au bois
de Vincennes  la volerie, il faisoit un grand froid; ramen  cinq
heures, tudi fort bien, gaiement.

_Le 31, samedi._--Sur sa leon, qui toit que: _Justus princeps debet
semper habere in promptu clementiam pro delinquentibus_, M. Le Fvre,
son prcepteur, exagre cette vertu et la loue sur toutes, disant qu'un
prince doit toujours pardonner; il rpond: _Et monsieur de Vatan?_
(prisonnier  la Conciergerie, pour crime de lse-majest). M. Le Fvre
lui dit: Sire, le prince doit toujours pardonner, mais il doit envoyer
aux magistrats le jugement des crimes. Il songe, et pour faire voir
qu'il ne tenoit pas  lui que le sieur de Vastan[126] n'obtnt pardon,
il appelle: _Monsieur de Souvr que je vous die un mot  l'oreille_,
et il lui dit: _La Roine ma mre dit que si on lui pardonnoit, il y
en auroit beaucoup d'autres qui voudroient faire de mme_.--Vraiment,
Sire, lui dit M. de Souvr, voil une parole fort notable. Je demande
 M. de Souvr, tout haut, si le Roi auroit agrable que je l'crive en
mon journal, il dit: _Monsieur de Souvr, dites-le lui  l'oreille_. Il
fait parotre sa discrtion au secret.--Men aux Augustins,  vpres,
puis au Palais, o il achte quantit de petites besognes d'argent.

  [126] Il y a en Berry, crit Malherbe  la date du 25 novembre
  1611, une petite rumeur d'un nomm Vaten, qui, pource que
  l'on avoit pris quelques faux-sauniers en ses terres, a, par
  reprsailles, arrt le fils de M. Robin (fermier gnral des
  gabelles) et le tient encore. Le conseil a donn arrt contre
  lui, par lequel il est dit que sa maison sera rase. Pour moi,
  je crois qu'il aura son pardon, pource que des principaux de la
  Reine sont ses parents.--Florimond Vastan, seigneur du Puy, fut
  excut en Grve le 2 janvier 1612.




ANNE 1612.

  Le Roi communie au jour de l'an.--Fte des Rois.--Son got pour
  la chasse de plus en plus dvelopp.--Vers du Roi.--Ballet des
  trois parties du monde.--Incendie au Louvre.--Sermon de M. de
  Richelieu.--Demande de la main de Madame pour le roi Philippe IV
  par l'ambassadeur d'Espagne.--Quintaine  la place Royale.--Mort
  du duc de Mantoue.--Le Roi visite assez frquemment la reine
  Marguerite.--Voyage  Brie-Comte-Robert.--Accident.--Histoire
  d'une guenon.--Mot  madame de Longueville.--Le duc de Pastrano,
  ambassadeur d'Espagne.--Contrat de Madame.--Bal chez la reine
  Marguerite.--Fte  ce sujet.--Le Roi ne veut pas se mettre en
  deuil noir pour le comte de Soissons.--Le Roi fouett.


_Le 1er janvier, dimanche._--Il ne veut point djeuner, pource qu'il
avoit  communier; exhort,  neuf heures et demie men  la messe 
la chapelle de Bourbon;  dix heures trois quarts en la salle basse du
Louvre, il touche deux cents malades. Men en carrosse au sermon et aux
vpres  Saint-Louis, rue Saint-Antoine.

_Le 5, jeudi._--A six heures et un quart il va chez la Reine, fait
couper devant lui le gteau des rois; il est le roi; j'eus l'honneur
d'en tre.

_Le 7, samedi._--Men en carrosse chez la reine Marguerite et de l
voir M. le prince de Conty, o il a got.

_Le 10, mardi._--En dnant M. de Marsilly[127], matre d'htel, disoit
 M. le chevalier de Guise[128] que jamais hommes n'ont tant aim les
oiseaux que feu M. le cardinal, son oncle, tu  Blois, et feu M. le
marchal de Montmorency; le Roi dit soudain: _Oh! je ne leur en cderai
rien. Je me lve  quatre heures pour les panser_.

  [127] Claude de Poulet ou Paulet, vicomte de Marcilly, seigneur
  de Saint-Germain, capitaine des chevau-lgers de la Reine, puis
  marchal de camp; il commanda, en 1636, le secours de Dourlens.

  [128] Franois-Alexandre-Paris, chevalier de Malte, fils de Henri
  Ier, duc de Guise, et de Catherine de Clves, lieutenant gnral
  en Provence, tu le 1er juin 1614 d'un clat de canon au chteau
  de Baux.

_Le 14, samedi._--En soupant il s'entretient de la volerie. M. de
la Vieuville fils[129], grand fauconnier, lui racontoit qu'un jour,
volant pour corneille, un faucon porte une corneille par terre, et
qu'une autre corneille fondit sur le faucon qui avoit li la premire
et la tenoit lie dessus; le Roi lui dit: _Que ne preniez-vous cette
corneille en vie pour lui faire voler le faucon!_

  [129] Charles Ier, fils de Robert, marquis de la Vieuville, et de
  Catherine d'O: il fut duc et pair, et mourut le 2 janvier 1653.

_Le 16, lundi._--Men au Bourg, il prend un hron pour la premire fois.

_Le 26, jeudi._--Chez la Reine, M. le prince de Cond lui dit  part
qu'il ne crt pas qu'eux, qui toient princes de son sang, eussent
dessein de l'enlever, qu'ils n'en avoient point d'autres que d'exposer
leur vie pour lui.--_Je ne m'en soucie pas!_--Le soir la Reine lui
dit en se jouant, aprs souper: Mon fils, je vous veux marier, le
voulez-vous bien?--_Je le veux bien, Madame._--Mais vous ne sauriez
pas faire des enfants.--_Excusez-moi, Madame._--Et comment le
savez-vous?--_M. de Souvr me l'a apprins._--Le jour il avoit t
question au conseil de son mariage avec l'Infante.

_Le 27, vendredi._--Il toit de fort gaie humeur, veut faire des vers,
et fait ceux-ci:

    Il est aujourd'hui vendredi,
    Dont je ne suis pas marry,
    Car je mangerai du ris
    En la ville de Paris.

    J'ai vu un grenouillon
    Qui aiguisoit un jon
    Pour faire un bton.

_Le 30, lundi._--Il donne audience  l'ambassadeur de Venise et  celui
de Savoie, chez la Reine.

_Le 2 fvrier, jeudi._--Il va en la galerie, o il donne audience au
recteur de l'Universit, qui lui apporte le cierge pour la procession
et par occasion le remercie pour la justice qui lui avoit t rendue
quelques jours auparavant par le Parlement contre les Jsuites.

_Le 7, mardi._--En soupant il s'entretient de la fauconnerie avec le
sieur de Marsilly, qui racontoit au Roi qu'il avoit mis son fils au
collge Montaigu, en la chambre du sieur Grassot, pour lui apprendre
les sciences. Le Roi reprend: _Comment parlera-t-il  lui toute la nuit
comme vous faites aux oiseaux!_

_Le 11, samedi._--Il demande  boire; le servant bronche en avanant le
verre, et renverse de la tisane sur la main et le bras du Roi voulant
prendre le verre; il s'en pique en souriant, et dit: _Je n'ai plus
soif, vous m'avez rafrachi_, et cache ainsi son dplaisir.

_Le 17, vendredi._--Il va chez la Reine, o il se joue  faire ses
petits gentilshommes ambassadeurs de divers royaumes vers la Reine
pour se rjouir du mariage du Roi et de l'Infante; il y en avoit des
topinambours. En soupant l'on parloit de courir la bague et des bons
coureurs; quelqu'un dit que les Gascons y toient excellents et qu'ils
couroient la bague dans le ventre de leur mre, il dit soudain: _Ils
naissent la lance au poing_.

_Le 25, samedi._--Il est servi par M. du Maine, lev en robe, la Reine
le vient voir; la reine Marguerite aussi; il toit un peu malade.

_Le 27, lundi._--A deux heures il donne audience aux ambassadeurs
d'Angleterre et de Saxe.

_Le 29, mercredi._--Lev bon visage, gai, tudi, puis il va chez la
Reine; joue ensuite au billard, va  la volerie au bois de Vincennes,
se trane sur le ventre pour tirer aux oiseaux de vivier qui toient
dans une mare.

_Le 1er mars, jeudi._--Il voit danser le ballet de madame de
Puisieux[130], o il y avoit neuf demoiselles qui reprsentoient les
trois parties du monde.

  [130] Madeleine de Neuville de Villeroy, premire femme de Pierre
  Brulart, fils an du chancelier de Villeroy et appel du vivant
  de son pre, M. de Puisieux.

_Le 6, mardi._--Sur les deux heures il va chez la Reine, o il voit un
carrousel. Un officier des siens, sommier d'chansonnerie, tombe du
haut de la vieille monte, du ct du septentrion, et se tue, et le
feu se met aux combles de la tour, du ct du Pont-Neuf, en la chambre
de garons de sa garde-robe. Le soir il voit danser un ballet  Madame
Christine.

_Le 7, mercredi._--En s'veillant il dit qu'il a song toute la nuit au
feu, qu'il aidoit  l'teindre et qu'il voyoit rompre des lances, comme
il avoit fait au carrousel, la veille. tudi; il n'a point djeun;
son prcepteur, M. Le Fvre, n'y toit point. M. le marquis d'Ancre lui
dit que le sieur de Fleurence, sous-prcepteur, n'toit jamais malade,
comme toit quelquefois M. Le Fvre, et qu'il falloit que je fisse
prendre une mdecine au sieur de Fleurence; le Roi dit: _Il faut donc
que ce soit le jour que monsieur Le Fvre sera malade_.

_Le 9, vendredi._--Il se fait lire un livre de raillerie intitul: _Le
voyage de matre Guillaume en l'autre monde vers Henry le Grand_.

_Le 17, samedi._--M. le grand cuyer arrive, revenant de son
gouvernement de Bourgogne; le Roi lui fait bonne chre avec transport.

_Le 18, dimanche._--Il va  Saint-Andr des Ards, au sermon de M. de
Richelieu, vque de Luon, puis  l'htel et parc du Luxembourg.

_Le 26, samedi._--Devant la Reine et Mesdames, l'ambassadeur d'Espagne
demande Madame en mariage pour le Roi son matre, parlant  la Reine,
puis  Madame, le genou en terre, en mmes et semblables termes:
Madame, l'honneur que j'ai reu du Roi mon Seigneur, au commandement
qu'il m'a donn de recevoir de sa part les assurances de vos bonnes
volonts, surpasse de beaucoup tout ce que je pourrois esprer au
monde, et celui que vous lui faites est le plus grand bien, plus grand
contentement, plus grande flicit et la plus grande joie qui peut
arriver  l'Espagne. La gloire ne m'en est point due, mais il la faut
transporter au Saint-Esprit, qui a prsid en vos conseils.

_Le 3 avril, mardi._--En soupant je lui dis la premire nouvelle que
madame de Guise toit accouche d'un fils[131]. M. de la Cure me
l'envoya dire pour le lui dire; il fait contenance d'en tre joyeux et
envoya bien peu aprs le faire dire de sa part  M. de Souvr par M. de
Humires; il me demande s'il y avoit bien neuf mois.

  [131] Franois de Lorraine, prince de Joinville, n le 3 avril
  1612, mort sans alliance, le 7 novembre 1639.

_Le 5, jeudi._--A une heure aprs midi il arrive en carrosse  la place
Royale, pos sur l'chafaud dress devant la Quintaine pour voir les
entres des tenants et assaillants, faites pour les rjouissances de
son mariage; il y a got,  quatre heures.

_Le 6, vendredi._--Men  la place Royale, comme le jour prcdent.

_Le 7, samedi._--A une heure trois quarts  la place Royale, il voit
courir la bague.

_Le 10, mardi._--A trois heures et demie il va chez la Reine, o il
donne audience au sieur Carlo di Rossi, venant de la part du duc de
Mantoue annoncer le dcs de son pre.

_Le 12, jeudi._--En lui donnant sa chemise  son coucher, on voit que
sa poitrine, son ventre, son dos, se trouvent couverts par-ci par-l de
pustules rouges de petite vrole.

_Le 14, samedi._--Fort gai; il s'amuse  tailler des doublures de toile
pour les chausses de son Robert[132], les coud, et lui taille aussi des
manches de taffetas, se fait jouer du luth par le Bailly, joue lui-mme
dessus; il toit au lit.

  [132] Son singe.

_Le 15, dimanche._--Il prend plaisir  voir sauter son Robert tenant
un petit chien, lui fait donner  dner de ce qu'il lui avoit fait
prparer lui-mme dans ses plats d'ivoire; il taille des habits pour
son Robert, y travaille lui-mme, il les dessine. A neuf heures un
quart lev, il fait le Pantalon par la chambre; l'on faisoit son lit,
il saute dessus pour faire recommencer, mais c'toit pour donner le
temps  ceux qui travailloient  l'habit de Robert, et le finir.

_Le 17, mardi._--Il s'amuse  battre du tabar, puis  faire l'habit de
Robert, y coud lui-mme du passement, y fait travailler Archambaud,
l'un de ses tailleurs, qu'il avoit envoy querir, et l'attendoit avec
impatience, et lui disoit qu'il ne seroit plus tailleur des magots;
il se prend  le gausser doucement, lui reprochant qu'il toit encore
couch avec sa femme. Ensuite il joue  l'oie. Il eut opinion que M. de
Marsilly lui racontoit quelque chose de non vritable: _Ah! Marsilly,
l'criture dit que Omnis homo mendax, et je vous assure que vous l'tes
grandement_.

_Le 19, jeudi._--Il charge ses coffres sur des dogues, les fait aller,
se fait appeler Monsieur par Descluseaux, fait armer huit ou dix de ses
petits de ses harquebuses et de tronons de pique; il est mousquetaire.
L'on parloit d'oiseaux; le jeune de Lones, qui avoit ceux de son
cabinet, dit que M. le marquis de Rosny en avoit un trs-bon, et qu'il
le vouloit donner  Sa Majest, mais qu'il le gardoit: _Oui, il me le
veut donner, mais il le garde_, dit le Roi.

_Le 19, jeudi._--Lev en robe, la Reine le vient voir. S'en retournant,
elle dit: Demain vous n'aurez point de sermon. M. de Souvr rpond
que M. de Fleurence lui en fera un. La Reine sort, et n'entend point
ces paroles qu'il dit: _Oui, Fleurence me dira encore des sottises_.
Fleurence rpond: Sire, j'aime mieux que vous me haez homme de bien
que si vous m'aimiez mchant; je gagnerai aussi bien ma vie en Turquie
qu'auprs de Votre Majest. Tanc aigrement par M. de Souvr, enfin il
s'apaise, ayant assurance de lui qu'il n'en parleroit point  la Reine.

_Le 22, dimanche._--Men chez la Reine, elle dnoit. Quelqu'un lui vint
dire que M. l'vque de Luon ne prcheroit pas, et s'il lui plaisoit
que l'on avertt le pre Coton. La Reine rpond: Oui, mais il n'est
pas prpar.--_J'en suis bien aise_, dit le Roi, _il ne sera pas si
long_. Il chante  la chapelle, et se fait entendre par-dessus tous.

_Le 23, lundi._--M. de Fleurence, par discours, rcite l'histoire de
Silne, premier lgislateur des Locriens, qui avoit fait une loi que
les adultres auroient les yeux crevs. Son fils le premier enfreint la
loi; le peuple pour l'amour du pre le veut dispenser de la peine. Il y
rsiste; mais  la fin, prouvant leur bonne volont, veut que ce soit
 la charge que son fils auroit l'oeil droit crev et lui le gauche.
Le Roi demande  Fleurence: _Savez-vous bien pourquoi il se fit crever
l'oeil gauche._--Non Sire.--_Afin de mieux tirer de la harquebuse._

_Le 24 mardi._--Il va chez la Reine, et avoit envie de s'en aller  la
galerie; il en presse M. de Souvr, qui, causant avec la Reine, faisoit
la sourde oreille. Le Roi va dire  Mme la marquise d'Ancre: _Vel
Monsieur de Souvr qui fait premirement ses affaires, puis il pensera
aux miennes_.

_Le 26, jeudi._--Il toit toujours malade, mais gai; il joue  l'oie
avec MM. de Vendme, le grand cuyer, et d'pernon; la Reine lui donne
un petit coffre de jaspe pour prsent, qu'elle lui avoit promis s'il
prenoit sa mdecine.

_Le 29, dimanche._--Il va  la messe  Bourbon, confess, communi.
Au sermon en la salle, le pre Coton fut court, le Roi lui en faisoit
signe, claquant des mains, mais bas.

_Le 30, lundi._--Il part en carrosse, va  la place Royale pour y voir
courir la bague, dont la course avoit t remise. M. de Rouillat,
gentilhomme gascon, la gagne; il toit neveu de M. d'pernon.

_Le 3 mai, jeudi._--Men  Issy, au jardin de la reine Marguerite, il
pche  la ligne.

_Le 9, mercredi._--Il battoit le tambour contre la table avec sa
cuillre et sa fourchette; M. de Souvr l'en reprend; il s'en fche,
et lui dit: _Vous ne m'aimez pas tant comme fait Galaty_: c'toit le
colonel des Suisses, auquel il venoit de frapper dans les mains avant
djeuner sur la protestation qu'il lui faisoit de son affection.

_Le 14, lundi._--Vtu de deuil[133], il s'en fchoit, touch du
souvenir du Roi son pre. Il prie Dieu, ne djeune point. Mme de
Montglat lui racontoit des actions de son enfance, comme il fut sevr
avec de la moutarde, ce qu'il disoit, et comme elle continuoit:
_Parlons plus de cela, mamanga, parlons de mes harquebuses; qu'on me
les apporte_, et envoye querir les moules et les clefs, et les lui
montre toutes. Il n'aimoit nullement entendre parler de ses enfances.
Il va  la place Royale, en carrosse, chez Chastillon, son topographe,
o il s'amuse  diverses inventions[134].

  [133] Pour l'anniversaire de la mort de son pre.

  [134] Nicolas de Chtillon, d'une famille noble de Champagne,
  encore existante, 1547-1616.--Il construisit la place Royale et
  acheva le Pont-Neuf.

_Le 20, dimanche._--M. de Villeroy prend cong de lui pour aller
trouver MM. les prince de Cond et comte de Soissons. Il va chez la
Reine; il demande quand il partira?--Quand le Parlement aura fait ce
que je leur ai command, dit la Reine. Le Roi rpond: _Madame, envoyez
leur dire qu'ils s'assemblent, et me y envoyez; ils ne me refuseront
point_.

_Le 23, mercredi._--Entr en carrosse, il est surpris de vents
et d'clairs, de tonnerre et de pluie, qui se continue jusqu'
Brie-Comte-Robert, o il arrive  sept heures; le carrossier voulant
rentrer par la ville dans le chteau, le carrosse s'accroche par
l'impriale contre les dents de fer de la herse, de telle faon qu'
grand'peine on l'en peut arracher; les bras du carrosse en furent tout
rompus; cependant il pleuvoit extrmement et fut-on contraint d'en
faire sortir le Roi par le devant du carrosse, qui toit accroch,
et tous ceux qui toient dedans en firent de mme; c'toient MM. de
Vendme, de Verneuil, le chevalier de Guise, le marquis de la Valette,
M. de Souvr, le baron de Vitry, capitaine des gardes.

_Le 29, mardi._--Le marquis de Spinola arrive d'Espagne allant en
Flandre[135].

  [135] Frdric Spinola, gnral de galres de Hollande, frre
  d'Ambroise, l'un des plus grands gnraux de son temps: il mourut
  en 1630 au sige de Casal.

_Le 30, mercredi._--Il donne audience au marquis de Spinola. Il se
fche contre M. de Souvr,  cause d'une fraise empese: il n'aimoit
pas  tre contraint en ses habits. Il fait des chaperons  ses
pies-griches avec du cuir rouge.

_Le 31, jeudi._--Le marquis de Spinola et le comte de Buquois[136]
prennent cong de lui.

  [136] Bucquoy est un bourg avec titre de comt en Artois, prs de
  Bapaume.--Armand de Longueval, comte de Bucquoy, gagna avec le
  duc de Bavire la fameuse bataille de Prague, en 1620, contre les
  Bohmiens protestants rvolts. Le comte de Bucquoy tait dj
  pass, allant de Flandre en Espagne, en octobre 1611, et avait
  salu le Roi et la Reine.

_Le 2 juillet, lundi._--Ce jourd'hui,  sept heures du matin, part M.
le conntable pour s'en aller en Languedoc. Le Roi court aprs les
oiseaux  force et surtout aprs un auriol.

_Le 4, mercredi._--Revenant de Fontainebleau, il s'amuse dans le parc
 faire courir des cochons; il donne cinq cus  un paysan  qui ils
toient, pour ce qu'il disoit que son cochon se mourroit pour ce qu'il
avoit t mordu  l'oreille. Quelqu'un lui dit que c'toit trop: _H!
c'est un pauvre homme;  cette heure qu'il a cinq cus, son cochon ne
mourra plus_, dit le Roi se souriant.

_Le 13, vendredi._--Il va  Montfaucon pour voir prouver des canons de
nouvelle invention.

_Le 22, dimanche._--Men en carrosse le long de la rivire; il avoit
envie d'aller  pied et M. de Souvr ne le vouloit pas. Il avoit fait
mettre une de ses guenons dans le carrosse; il commande  Bagauld, son
artillier, de jeter des fuses. La guenon eut si grand peur, qu'elle
remplit tout d'ordure et particulirement sur le Roi, et lors chacun de
sortir; l'on lave le Roi  la rivire, il fallut couper une manche de
sa chemise tant elle toit gte, et lui bien aise pour aller  pied,
fait jeter des fuses contre les personnes qui passent au chemin 
cheval.

_Le 27, vendredi._--M. le grand cuyer, lui donnant le bonsoir, lui
demande permission d'aller le lendemain voir courir les chiens de M. de
Vendme; Le Roi lui dit: _Si vous avez envie d'aller  la chasse, les
miens courront demain; je vous donne cet avis_.

_Le 31, mardi._--Men  la chapelle Saint-Louis des Jsuites, au sermon
du cardinal de Sourdis; puis  la plaine de Grenelle, o il monte 
cheval, et revient  cheval.

_Le 1er aot, mercredi._--Il dit  M. de Souvr qu'il toit fte et
qu'il ne falloit pas tudier: Oui, sire, mais ce n'est pas fte
d'aptre.--_H Mosseu de Souvr, excusez-moi, je m'en vas le vous
montrer_, et il lui rcite l'histoire de saint Pierre-aux-liens.
M. de Souvr lui dit: Vous l'avez apprinse dans la vie des
Saints.--_Excusez-moi, je l'ai apprinse en l'vangile._

_Le 2, jeudi._--Il va chez la Reine, qui prenoit mdecine; il lui
dit: _Courage, Madame; allons, Madame, courage; courage, Madame_, et
disant courage, il remplissait toujours ses pochettes de drages, et de
cimires (_sic_) de melon, _courage, Madame; il faut qu'ouvrir la bouche
bien grande et jeter dedans_.

_Le 5, dimanche._--Il va  Rueil, o il dne chez le sieur de
Mouisset[137].

  [137] _Voy._ tome I, page 357, note 536.

_Le 9, jeudi._--Mme de Longueville prend cong de lui pour aller
en voyage avec son mari,  Notre-Dame de Montagne, lui disant
qu'elle faisoit beaucoup de miracles. Le Roi dit en souriant  M.
de Longueville: _Elle feroit un grand miracle, si de fol que vous
tes, elle vous faisoit devenir sage_. Le Roi avoit opinion que M. de
Longueville avoit l'esprit un peu gaillard.

_Le 13, lundi._--Men en carrosse au pont Notre-Dame pour voir passer
le duc de Pastrano, prince d'Evoly, ambassadeur d'Espagne, pour
demander Madame en mariage.

_Le 16, jeudi._--A sept heures et demie il donne audience  don Diego
de Selna, duc de Pastrano, qui le salue de la part du roi d'Espagne. Sa
rponse fut: _Je remercie le Roi de sa bonne volont, assurs-le que
je l'honorerai toujours comme mon pre et l'aimerai toujours comme mon
frre_. L'on y avoit ajout: Et que j'userai de ses bons conseils, ce
qu'il ne dit point, soit par oubli ou par dessein.

_Le 18, samedi._--Il entend la musique du duc de Pastrano, deux joueurs
de guitare chantants et un autre qui chantoit. On lui prsente de la
part du duc de Pastrano vingt-quatre peaux de senteur et cinquante
paires de gants. Peu de temps aprs, M. le comte de la Rochefoucauld,
matre de sa garde-robe, lui dit qu'il falloit qu'il les ft garder
pour en donner aux trangers qui le viendroient voir: _Oh! non, ce sera
pour en faire des colliers  mes chiens et des harnois  mes petits
chevaux_.

_Le 21, mardi._--Il s'amuse  faire des bataillons de ses petits
hommes de plomb; le sieur d'Auzeray, l'un de ses premiers valets de
chambre, lui prsente une chaise, lui demandant s'il se vouloit pas
asseoir?--_Il faut pas tre assis quand on est  la guerre et qu'on
met des armes en bataille._ Il va en la galerie, d'o il voit, en
la place, combattre des dogues avec un ours. Bu du vin clairet  son
souper, pource qu'il y avoit des Espagnols.

_Le 22, mercredi._--Jamais oisif, tant sur ses affaires en son petit
cabinet, il fait mettre une bougie allume  la fentre, et tire d'une
arbalte  argelet, et tire la bougie sans l'abattre.

_Le 24, vendredi._--Men  Gentilly chez M. le prsident Chevalier,
amus diversement jusques  cinq heures et demie; il va en la chambre
o M. le prsident Chevalier donnoit  souper  la campagne, et dit:
_Monsieur de Souvr, je veux souper ici_. L'on fait retirer la viande
dj servie, et fait-on porter la sienne; il s'assied, fait asseoir
M. de Souvr et autres qui y devoient manger. Le soir, M. de Souvr
parloit au sieur d'Auzeray pour l'ordre de la chambre du lendemain,
que le contrat du mariage du Roi se devoit signer. Le Roi lui demande:
_Monsieur de Souvr, qui signera?_--Sire, ce sera vous, vous serez
mari demain ici, vous serez mari demain. Le Roi, qui ne rpondoit
mot, dit brusquement et froidement: _Parlons pas de cela, parlons pas
de cela_.

_Le 25, samedi._--A son lever exhort sur Saint-Louis[138]. Il va en sa
chambre, aide  la faire accommoder pour la crmonie du soir. A cinq
heures trois quarts, le duc de Pastrano arrive en sa chambre, o il
l'attendoit, accompagn de la Reine, de Monsieur, de Madame Christine,
du nonce, de MM. les princes du sang et officiers de la Cour; quand
Madame signoit, le Roi la poussoit doucement du coude pour la faire
faillir; il signe le contrat de mariage de Madame.

  [138] Jour de la fte de Saint-Louis.

_Le 26, dimanche._--Men chez la reine Marguerite, qui faisoit la
collation et le bal pour le duc de Pastrano; le Roi y mangea peu et but
un peu de vin. Il fit des merveilles  danser, encore que de sa nature
il ne s'y plaise pas. Il se fit admirer dans toutes sortes d'actions.

_Le 28, mardi._--Il va en la galerie pour voir mettre le feu  une
pyramide pleine de fuses, au mange de M. de Pluvinel, qui toit une
grande place o il l'avoit fait mettre avec prvoyance depuis le jour
prcdent, n'ayant point voulu qu'elle ft dans la cour du Louvre ni
celle des cuisiniers, de peur de faire du mal, ni sur le quai, de
peur du bois et du foin, comme plusieurs lui proposoient. Il va chez
la Reine, o arrive le duc de Pastrano, accompagn de son oncle et du
marquis de Treva, les entretient fort gentillement, et y est jusqu'
onze heures.

_Le 1er septembre, samedi._--Il commence  apprendre  jouer du luth
par Ballard.

_Le 2, dimanche._--Men en carrosse aux Bonshommes du bois de
Vincennes, il y entend vpres; aprs, ne pouvant monter  cheval 
cause de la chaleur, il s'amuse dans le clotre, y languissant, voit un
broc plein de vin et un autre d'eau, des verres ports par des hommes
envoys par les moines. Il prend le verre, fait verser du vin et de
l'eau, en donne  M. de Souvr,  M. de la Cure,  M. l'vque de
Chartres, qui avoit dit vpres, et  plusieurs autres gaiement et  la
soldade pour se dsennuyer; et lui a got.

_Le 8, samedi._--Men  trois heures  vpres 
Saint-Germain-de-l'Auxerrois, il y reconnot ma nice du Val: _Vel
madame Hrouard et sa nice du Val_. Il voit que l'on la pressoit,
s'crie: _H mon Dieu, vel que l'on fera tomber la petite du Val!_ Il
y avoit plus de quatre ans qu'il ne l'avoit vue. Il eut le soin de la
faire mettre en sret.

_Le 9, dimanche._--A quatre heures, en sa chambre, accompagn de la
Reine sa mre, le duc de Pastrano prend cong de Leurs Majests pour
s'en retourner en Espagne.

_Le 22, samedi._--A dix heures men en carrosse  Notre-Dame;
l'jouissance toit incroyable et les acclamations  haute voix.

_Le 23, dimanche._--Sur le point de prendre un clystre, il demande 
prier Dieu; je lui demande ce qu'il avoit demand  Dieu?--_Eh! que je
n'aye point de mal._ Il prend le clystre.

_Le 28, vendredi._--Achev une lettre pour le duc d'York, ne l'ayant
point voulu remettre, quelque chose que lui en ait pu dire M. de Souvr.

_Le 29, samedi._--Men  Argenteuil, il y voit des reliques, va 
Sanois en la maison d'un banquier italien nomm Lumagne.

_Le 2 octobre, mardi._--M. le duc de Mayenne revient d'Espagne[139].

  [139] Il y avait t envoy pour conclure le double mariage de
  l'infant Philippe, depuis Philippe IV, avec Madame lisabeth, et
  de Louis XIII avec Anne d'Autriche.

_Le 7, dimanche._--Il va  Saint-Cloud voir M. d'pernon, malade chez
M. de Gondi.

_Le 11, jeudi._--Il va chez la Reine, o se passoit le contrat de
mariage de Mlle de Mayenne avec le duc de Sforce[140]. L'on ne faisoit
que d'achever de lire le contrat lorsqu'il y arriva; on le lui prsenta
 signer; il ne le voulut jamais signer qu'il ne l'et ou lire, et de
fait il fut lu du tout, puis sign.

  [140] Rene de Lorraine, soeur de Henri, duc de Mayenne, marie 
  Marie Sforce, duc d'Ognano, comte de Santa-Fiore, morte  Rome,
  le 23 septembre 1638.

_Le 12, vendredi._--Il reoit fort bien M. le comte de Soissons
revenant de Normandie.

_Le 15, lundi._--Lev en robe et en bottines; Madame le vient voir;
Mlle de Vendme et lui s'amusent  faire des confitures.

_Le 31, dimanche._--Il va dans son petit carrosse au parc; M. de Souvr
toit devant avec son petit-fils le chevalier de Malte[141], et il
restoit en place. M. de Souvr lui demande qui lui plaisoit qui s'y
mt. Le Roi ne rpond pas: interrog par plusieurs fois, mme silence.
M. de Souvr dit enfin: Sire, voil M. de la Force, capitaine de vos
gardes, vous plat-il qu'il s'y mette?--Le Roi ne dit mot.--Sire, les
capitaines de vos gardes ont accoutum d'y aller du temps du feu Roi
votre pre.--_Ils l'ont accoutum peu  peu; je leur en ferai peu 
peu perdre la coutume._

  [141] Jacques de Souvr, fils du marquis de Souvr, n en 1600,
  reu chevalier de Malte en 1605: il demeura prs du Roi jusqu'en
  1628, qu'il alla  Malte. Gnral des galres de Louis XIV, grand
  prieur de France en 1667, mort le 22 mai 1670,  Paris, o il
  avait fait construire l'htel du Temple.

_Le 1er novembre, jeudi._--Il apprend le dcs de M. le comte de
Soissons, dcd le matin sur les trois heures, en sa maison de Blandy.

_Le 4, dimanche._--Il ne se veut point lever pour ne prendre point un
habit de deuil pour M. le comte de Soissons. Il le vouloit violet. Il
va au sermon, et fait courir un marcassin par ses petits chiens[142].

  [142] Le mme jour mourut Nicolas Le Febvre, prcepteur du Roi;
  il fut saisi d'un frisson dans le cabinet mme du Roi, et ramen
  chez lui, y mourut presque aussitt.

_Le 8, jeudi._--veill doucement, son visage chang par une mdecine
qui lui a t prsente; la prsence de la Reine par deux diverses
fois; menaces de M. de Souvr, par l'espace de deux heures; on ne l'et
pu rsoudre  la prendre, mais plutt  endurer le fouet, et  dix
heures trois quarts fouett bien, sans larmes.

_Le 9, vendredi._--veill doucement, rsolu de prendre sa mdecine;
toutesfois depuis sept heures jusqu' neuf heures et demie il a t
comme le jour prcdent; ni la force, ni la douceur n'y ont servi de
rien, retenu seulement de l'apprhension du mdicament, qui toit d'une
once de casse infuse, de deux drachmes de sn et quatre scrupules
de rhubarbe, et demi-once de sirop de limon et dcoction de chicore
blanche, oseille, buglosse, agrimoine, raisins de corinthe, linnires
de fenouil, de citron et un peu de conserve de violette. Il l'a fallu
tromper; 'a t avec six onces de lait d'amandes et deux drachmes
de diacarthami qu'il a prise, et en a demand davantage. Le soir il
prend sa robe et ses bottines, va en sa chambre voir jouer une comdie
franoise et des farces.

_Le 11, dimanche._--Il va en la galerie  son lever; la Reine avoit
command qu'on lui ft la mine pour n'avoir point voulu prendre sa
mdecine; il s'en aperut ou il le sut, et s'adressant  Mlle de
Vendme, lui dit tout bas: _La Reine ma mre a command que l'on me
fasse la mine, mais ils seroient bien tous tonns si je la leur
faisois_. Soudain il va  Mme la douairire de Guise: _Eh bien, madame
de Guise, tes-vous de celles qui me font la mine?_ et s'en va lui
faisant la moue et le hausse-bec.

_Le 17, samedi._--A une heure men en carrosse au pont de Neuilly, o
il monte  cheval et court un livre avec les chiens de feu M. le comte
de Soissons, qui lui furent donns.

_Le 5 dcembre, mercredi._--On lui prsente une gelinotte de bois; il
la repousse. Le sieur Parfait, contrleur gnral, lui dit: Sire,
c'est une gelinotte de bois.--_Quand elle seroit de fer, je n'en veux
point._

_Le 9, dimanche._--Men en carrosse au sermon et  vpres 
Saint-Germain-de-l'Auxerrois, pour tenir  baptme M. le comte de
Soissons, g de sept ans, avec la Reine sa mre, en la chapelle de la
maison du comte, baptis par M. l'vque de Paris.

_Le 10, lundi._--Il reoit chez la Reine le serment de la charge de
grand-matre de M. le comte de Soissons[143].

  [143] M. le comte fut baptis dimanche dernier, habill d'une
  robe blanche, et nomm Louis par le Roi, qui fut parrain, et la
  Reine marrine (_sic_). Le lendemain il prit le haut de chausses,
  et vint faire le serment de grand-matre en prsence de la Reine,
  dans le cabinet du conseil.--_Lettre de Malherbe_ du 15 dcembre
  1612.

_Le 16, dimanche._--Men en carrosse  Saint-Benot, o il entend le
sermon et vpres; il y blmit, y rougit, se plaint du ventre; remis
et ramen  quatre heures chez la Reine, o il reoit des lettres de
Malte de M. le chevalier de Vendme, et un laneret, qu'il porte sur son
poing, fort content.

_Le 18, mardi._--Il reoit le serment de M. le comte de Soissons pour
le gouvernement du Dauphin.

_Le 23, dimanche._--On lui met une empltre de diapalme sur la jambe
droite sous le genou, enfl par une chute sur la robe de Mlle de
Vendme, garnie de jayet.

_Le 24, lundi._--Il va chez la Reine, en la salle, o il voit danser
sur la corde une petite fille de cinq ans et d'une corde  l'autre.

_Le 31, lundi._--Il s'amuse  faire des gteaux au beurre chez Madame
et avec elle.




ANNE 1613.

  Meurtre du baron de Lux.--Le Roi demande  sa mre la
  grce d'une femme condamne  mort.--Ballet de Mme
  de Guiercheville.--Tragdie d'_Emon_.--Les Rois sont
  gentilshommes.--Trait de justice du Roi.--Le Roi touche
  1,070 malades.--Son got pour la comdie.--Voyage autour de
  Paris.--Accident qu'une gazelle manque de causer.--Cadeau
  du duc de Lorraine.--Mariage de M. de Montmorency et de
  Marie des Ursins.--Pose de la premire pierre de l'aqueduc
  de Roungy.--Passage  Essone.--Le Roi commence  aller aux
  assembles.--Lettre  la Reine.--Le pauvre en sa maison de
  gazon.--Serment de M. d'Ancre comme marchal.--Les sauvages de M.
  de Rasilly.


_Le 5 janvier, samedi._--Le baron de Lux tu par M. le chevalier de
Guise  l'entre de la rue de Grenelle[144]. Le Roi fait jouer une
comdie franoise _De la Folie et de l'Amour aveugle_; il va en la
salle de la comdie.

  [144] Ce meurtre provoqua l'dit du 28 janvier 1613, renouvelant
  des peines svres contre ceux qui se battaient en duel.--Edme de
  Malain, baron de Lux, fils de Joachim et de Marguerite d'Espinas,
  tait conseiller d'tat, lieutenant du Roi en Bourgogne,
  capitaine de cinquante hommes de son ordonnance: une lettre de
  Henri IV, alors roi de Navarre,  M. de Saint-Genis, du 20
  dcembre 1585, porte en propres termes l'ordre de tcher de
  l'attraper et de s'en dfaire. Il fut cependant assez en faveur
  sous son rgne en France, et fut fait chevalier du Saint-Esprit
  en 1597. Henri III l'aimait beaucoup, et il fut un des membres
  du conseil dans lequel fut rsolu le meurtre du duc de Guise 
  Blois. M. de Lux eut l'imprudence de le dire au fils du duc de
  Mayenne, en 1612; le chevalier de Guise le sut, et le tua le 5
  janvier 1613, prs de la barrire des Sergents. C'est  la suite
  de ces vnements que le fils du baron de Lux appela M. de Guise
  en duel, et fut galement tu.--_Voy._ les dtails sur cette
  affaire dans les lettres de Malherbe.

_Le 11, vendredi._--Il va chez la Reine, o il la supplie pour la grce
d'une femme que, deux jours auparavant, il avoit rencontre en revenant
de la chasse, sur le pav de Saint-Denis, condamne  Senlis pour
avoir fait mourir son enfant dont elle toit grosse, laquelle s'toit
jete  ses pieds, demandant grce. Elle toit appelante de la mort au
Parlement, et laquelle le Roi avoit command qu'elle ft mise en un
lieu particulier jusqu' ce qu'il et parl  la Reine, n'ayant pas
voulu qu'elle ft mene  la Conciergerie, disant: _Monsieur de Souvr,
ceux du Parlement la fairoient mourir_. Il parle de cette femme, dit 
M. de Souvr qu'il en parle  la Reine, autant  M. de Bassompierre,
pour la disposer  la grce, en dit des raisons: _Les preuves de la
mort ne sont pas certaines, il toit mort auparavant, elle n'a t
condamne que sur des conjectures_, et, se retournant  sa nourrice:
_Doundoun, dites  la marquise d'Ancre qu'elle dispose la Reine ma
mre  lui donner sa grce_. Avec les sus raisons, et tout cela avec
passion, et de l'inquitude de peur que cette femme mourt; il demeure
pensif, et soudain dit  M. de Souvr, quasi la larme  l'oeil: _Ceci
me met en peine_.

_Le 12, samedi._--Le matin il va chez la Reine, et demande la grce
pour cette femme; il n'oublie pas  s'en ressouvenir; il raconte les
mmes choses que dessus pour sa justification.

_Le 25, vendredi._--En soupant il raille M. de Souvr, qui le pressoit
de manger de quelque sauce: _Ho! ce sont des sauces  la Souvr;
allez-vous-en chez un rtisseur, il vous dira: Monsieur, c'est une
sauce  la Souvr_.

_Le 26, samedi._--Il entre en mauvaise humeur avec M. de Souvr,
dit qu'il est en colre, prie M. le duc de Bouillon, marchal de
France[145], de traiter l'accord et de faire lever la main et jurer
 M. de Souvr qu'il se mettra plus en colre et qu'il oublie tout le
pass. M. de Bouillon le fait, et en cette sorte: Monsieur de Souvr,
levez la main: vous promettez de ne jamais vous mettre en colre tant
que le roi fera bien?--Oui.--Et vous, sire, levez la main: vous
promettez de faire toujours bien?--_Oui._

  [145] Henri de la Tour de Turenne, duc de Bouillon par son
  mariage avec Charlotte de la Marck, hritire de cette maison,
  mort le 25 mars 1623.

_Le 29, mardi._--Parlant de la jupe de chasse d'un de ses gentilshommes
servants, qui toit rouge (la jupe), il dit: _Il y a cinquante ans
qu'elle est faite; c'est la jupe d'un vieux cocher de monsieur le
marchal de Fervaques_. Il s'amuse souvent chez Madame  faire des
laits d'amandes, des massepains.

_Le 2 fvrier, samedi._--M. de Souvr lui parloit d'aller au sermon
dans l'aprs-dne; il y rsistoit, et me fait l'honneur de me demander
s'il toit pas vrai que lorsqu'on avoit mal aux dents il ne falloit
pas aller au sermon? M. de Souvr lui parle d'un prdicateur, nomm
Valadier[146], qui autrefois avoit t jsuite; il y songe un peu,
et dit soudain: _Non, monsieur de Souvr, je ne veux point aller 
Valadier; il ne fait que crier contre Pouillan et contre Beringuan et
les Huguenots_. Beringhen toit l'un de ses premiers valets de chambre,
et Pouillan, nomm Mont-Pouillant[147], l'un de ses enfants d'honneur,
huguenots.

  [146] Pierre Valladier, nomm prdicateur du roi le 26 octobre
  1608; il prcha l'avent de 1612  Saint-Mdric, et en runit les
  sermons en un ouvrage: _La sainte philosophie de l'me_, publi
  l'anne suivante.

  [147] Jean de Caumont, marquis de Montpouillan, fils du duc de
  la Force et de Charlotte de Gontaut, favori de Louis XIII, puis
  ralli au parti protestant, dont son pre tait le chef, et tu
  au sige de Tonneins.

_Le 4, lundi._--M. de Souvr lui avoit fort lou le cidre dont M. le
cardinal du Perron lui avoit envoy une bouteille[148]; il en veut
tter; il en gote dans un verre une gorge et demie pour la premire
fois, et commande qu'on lui en serve  son dner.

  [148] On lit dans le _Perroniana_: Le _citre_ est un excellent
  brvage, sain et dlicieux; on m'en a envoy de la basse
  Normandie, en bouteilles, qui est le plus excellent que j'aie
  jamais b. Il passe en dlices tous les vins et tous les muscats.

_Le 11, lundi._--Il assiste au conseil chez la Reine, o il n'y avoit
que M. le chancelier de Villeroy et le prsident Jeannin avec la Reine;
il y opina, dont la Reine l'exempta de l'tude.

_Le 12, mardi._--Il monte  neuf heures en la chambre de la marquise de
Guiercheville, au-dessus de la sienne, o il voit danser le ballet des
joueurs de courte-boule, par M. le baron de Palluau.

_Le 17, dimanche._--La Reine le veut dissuader d'aller au ballet de M.
de Vendme, qui se devoit danser au Louvre, au-dessus de sa chambre, o
logeoit Mme de Guiercheville, et pour ce qu'il n'aimoit pas  se parer
en crmonie, elle lui dit que s'il y veut aller, il faudra qu'il se
pare: _H! Madame, ce ne seroit pas mon carme-prenant, ce seroit ma
semaine sainte_. Il va au ballet.

_Le 26, mardi._--Il fait jouer dans sa chambre la tragdie de _Emon_,
tire de l'Arioste, par ses petits, la Reine prsente.

_Le 28, jeudi._--Men  deux heures en carrosse  la place Royale, chez
le sieur d'Escure pour y voir rompre en lice.

_Le 1er mars, vendredi._--Faisant des figures de gomtrie, il conteste
contre M. de Fleurence, qui disoit que sa raison toit juste: _Eh oui!
juste comme monsieur de Souvr  tirer de la harquebuse, qui donne 
deux pieds prs du blanc_.

_Le 2, samedi._--La Reine l'envoie chercher pour aller  la comdie
franoise.

_Le 3, dimanche._--Il est entretenu par M. de Nevers sur la guerre de
Hongrie.

_Le 4, lundi._--La nuit prcdente Mme la duchesse de Guise toit
accouche de deux garons envelopps d'une mme peau et n'ayant qu'un
arrire-faix[149].

  [149] Ces deux jumeaux moururent le 19 du mme mois.

_Le 5, mardi._--Impatient de se lever pour aller  la chasse et dner 
Courbevoie, prs du pont de Neuilly, maison du sieur de Serres, l'un de
ses matres d'htel.

_Le 11, lundi._--Il va dehors, tire de cinquante pas  balle seule, au
blanc fait d'un morceau de papier mis au gant du sieur Seton, exempt de
la garde cossoise, tue dix ou douze petits oiseaux, vole et prend le
hron.

_Le 12, mardi._--Men au cabinet des livres, M. de Fleurence, son
prcepteur, le veut persuader de faire quelque figure de mathmatique
avant que de s'aller promener. Il promet de le faire au retour; et
l'autre ne le voulant pas croire, le Roi lui dit: _Tendez la main_; il
y frappe, disant: _Foi de gentilhomme, je le ferai_; c'est la premire
fois qu'il lui a ou faire ce serment. Le chevalier de Souvr l'en
reprend, disant: Sire, vous n'tes pas gentilhomme. Le Roi rpond en
souriant: _Je ne suis pas gentilhomme!_--Sire, vous tes roi.--_Et
les rois sont-ils pas gentilshommes!_

_Le 13, mercredi._--Comme il dnoit, le sieur de Lones, qui avoit les
oiseaux de son cabinet, lui vient dire qu'il y avoit un homme qui avoit
des pigeons, mais qu'il ne les lui vouloit pas bailler, et s'il lui
plaisoit de commander  un archer de ses gardes pour les prendre. Il
ne dit mot, et coutoit quelques-uns qui lui disoient qu'il y falloit
envoyer et que tout toit  lui; quand il dit au sieur de Lones:
_Prenez un archer_, que le Roi lui commanda, _et dites  cet homme
qu'il m'apporte lui-mme quatre pigeons; que je les lui paierai plus
qu'ils ne valent_. Il y va, l'homme apporte ses pigeons; le Roi lui
demande: _Combien voulez-vous de vos pigeons?_--Sire, ils valent bien
dix sols la pice. _Tenez, vel un cu_: en deux demi cus. Il va 
la comdie franoise, o il s'endormoit, ne se pouvoit veiller tant
qu'on le mit sur l'chafaud.

_Le 16, samedi._--Bott  une heure, mis en carrosse au-dessous de
Montmartre, il y monte  cheval et fait voler ses oiseaux, va au moulin
 vent, o il prend et jette les gants et les mouchoirs de chacun,
et les voit emporter au vent. Il mange des oeufs  la coque avec six
apprtes de pain, mange dans sa cuillre pour ce qu'en devisant il
avoit froiss la coquille, dont il se prit  rire, disant: _Oh! oh! je
rve_.

_Le 26, mardi._--Il va  l'htel de Guise voir Mme de Guise en couches.

_Le 31, dimanche._--Il va jouer en la galerie, puis chez la Reine,
aprs ensemble  la messe en Bourbon, et  la procession dans le Louvre.

_Le 2, avril, mardi._--Il va  deux heures chez la Reine;  deux heures
et demie il va chez M. de Saint-Luc et de l  Saint-Eustache, o il
tient son fils  baptme avec Madame; nomm Louis[150]. Got chez M.
de Saint-Luc.

  [150] Louis d'Espinay Saint-Luc, fils du marchal de Saint-Luc
  et d'Henriette de Bassompierre, sa premire femme, nomm 
  l'archevch de Bordeaux, mort en 1644.

_Le 4, jeudi._--A neuf heures, en la grande salle, au sermon de M.
Fenouillet, vque de Montpellier, il lave les pieds aux pauvres; va 
la messe en Bourbon; aux Feuillants, il entend Tnbres.

_Le 7, dimanche._--Il va  la messe en Bourbon, confess, communi,
touch mil soixante-dix malades.

_Le 8, lundi._--A sept heures entr en carrosse, il va  Chantelou, la
premire fois, passant par le Bourg-la-Reine; il y fait acheter des
chauds encore tout chauds, en mange la moiti d'un.

_Le 11, jeudi._--Il va chez la Reine, la voit saigner, vient en
carrosse  Conflans, o il a vu M. de Villeroy.

_Le 12, vendredi._--Il va aux Capucins, o M. de Razilly[151] lui
prsente huit Amricains topinambous, qu'il amenoit de l'le de
Maragnon, l'un desquels et des principaux du pays lui dit en son
langage qu'ils toient venus pour le remercier des prophtes (les
Capucins) et des bons hommes qu'il leur avoit envoys, qu'ils les
dfendroient bien contre leurs ennemis et pour le prier de leur en
envoyer davantage.

  [151] Franois de Rasilly, seigneur des Aumetz, gentilhomme
  ordinaire de la chambre, nomm lieutenant gnral au Brsil,
  colonie dont il essaya vainement la fondation avec ses deux
  frres, demeurs clbres dans les annales de notre marine; il
  devint ensuite marchal de camp et ambassadeur en Savoie. A son
  retour  Paris, il fut reu magnifiquement. Ces Indiens furent
  baptiss; trois moururent au bout de peu de temps, Franois,
  Jacques et Antoine; trois autres survcurent, Louis-Marie,
  Louis-Henri et Louis-Jean. _Voy._ Les lettres de Malherbe du 15
  avril au 23 juin 1613.

_Le 13, samedi._--Men  Berny, maison de M. le Chevalier.

_Le 25, jeudi._--A sept heures et demie, mis en carrosse, il
va  la messe aux Jsuites, en la rue Saint-Antoine et de l 
Champs-sur-Marne, maison appartenant  M. Faure[152], matre d'htel du
Roi, o il a dn.

  [152] Jean Faure, gouverneur de Mirambeau en Poitou, pre de
  l'vque d'Amiens (1653).

_Le 28, dimanche._--Men au cabinet de la Reine, il fait jouer une
comdie par ses enfants d'honneur; ce qui lui arrivoit souvent[153].

  [153] Il ne se passe gure de jour o il n'assiste  une comdie,
  soit franaise, soit italienne, presque toujours chez la Reine,
  quelquefois ailleurs, et souvent il voit aussi danser un ballet.
  D'ordinaire pour l'endormir on faisait jouer du luth par Bailly.

_Le 12 mai, dimanche,  Fontainebleau._--tant au jardin des fruits,
une gazelle vint droit  lui de course pour le heurter; le Roi porte
promptement et  propos son chapeau au-devant du corps, qu'elle
l'enfourna du haut jusques au fond; il est certain que sans cela elle
lui donnoit dans le petit ventre et bien avant. Et Dieu en soit lou!
Ce fut un grand hasard.

_Le 22, mercredi._--Monsieur et Mesdames arrivent  six heures pour
souper.

_Le 23, jeudi._--Il va jouer  la paume; il pleuroit quand il perdoit:
c'est qu'il n'aimoit pas  tre vaincu.

_Le 24, vendredi._--Il dne, et la Reine aussi, chez M. Zamet, boit du
vin des Canaries, fort tremp, qu'il ne trouve pas bon.

_Le 25, samedi._--Il reoit en prsent par le sieur de Champvallon, de
la part de M. et de Mme de Lorraine, un chiquier d'ambre jaune, venu
du cabinet du duc de Juliers.

_Le 27, lundi._--Il va au jardin des Canaux, o il a touch quatre
cent sept malades; sur le midi vient un grand orage de pluie; il toit
couvert de son parasol et ne laisse pas de continuer (il y en avoit
prs du quart), bien aise de patrouiller dans l'eau et du dsordre.
Chang de chemise et d'habit.

_Le 28, mardi._--Il va au conseil pour Mantoue[154], o la Reine
prononce la rsolution de guerre.--_Madame_, dit-il, _je suis bien
aise, il faut faire la guerre_.

  [154] Franois III, duc de Mantoue, tant mort le 22 dcembre
  1612, son frre, le cardinal Ferdinand, s'empara de la tutelle de
  sa nice Marie: le duc de Savoie, aeul de celle-ci, en profita
  pour rclamer le Montferrat; on prit les armes, et les hostilits
  durrent jusqu'en 1617. Ferdinand demeura paisible souverain du
  duch usurp, se fit relever de ses voeux, se maria deux fois
  et mourut en 1626 sans enfants. Son frre Vincent, cardinal
  lui-mme, lui succda.

_Le 6 juin, jeudi._--Il va au jardin; men  la procession,  la messe
dans la salle du Cheval, o tout toit ferm, et y faisoit si grand
chaud qu'il lui en prit une foiblesse; il ne laisse pas d'achever.

_Le 10, lundi._--Il part de Fontainebleau, dne  Melun, attend
Monsieur; la Reine le lui avoit donn  charge. Il dit qu'il a mal aux
dents, ne se veut point coucher, prend du vinaigre et de l'eau tide.

_Le 21, vendredi._--Il va aux Tuileries par la galerie,  cinq heures
et un quart va jouer  la paume. Essuy, bu de la tisane, chang de
chemise; il monte  la chambre de M. de Chteauvieux pour voir jouer
une belle partie  la paume.

_Le 24, lundi._--Il va en carrosse avec la Reine aux Capucins, pour
faire baptiser trois Topinambous par M. l'vque de Paris; ils furent
nomms Louis.

_Le 2, mardi._--Arrive en la chambre de la Reine, pour pouser, M. de
Montmorency, amiral de France[155].

  [155] Il s'agit du mariage de Marie-Flice des Ursins, fille du
  duc de Bracciano, avec Henri de Montmorency, amiral, dcapit 
  Toulouse, en 1632.

_Le 7, dimanche._--Il va chez la Reine  deux heures, entre en
carrosse, va aux vpres aux Chartreux, en part  quatre et va  Issy,
 la maison de la reine Marguerite, s'amuse  pcher et  se jouer de
diverses faons. Ramen pour souper.

_Le 10, mercredi._--Il va  Grenelle, chez M. Leclerc, secrtaire du
Roi, va  Gentilly en la maison de M. le prsident Chevalier.

_Le 13, samedi._--A huit heures il entre en carrosse, va  Roungy[156]
pour les sources de la fontaine et le travail par o on la conduit
 Paris, de l  Cachan, o il a dn en la maison de M. le prince
de Conty; mont  cheval, il va au parc, y court une biche, brosse
hardiment, se jette en l'eau, bien avant; la biche prise, il lui donne
la vie, disant: _On la courra une autre fois_. Il va  Arcueil chez Mme
de Moisse, o il a soup. Arriv  huit heures et demie, il va chez la
Reine et  la comdie franoise; ramen dans sa chambre, il prend la
bougie et s'amuse  lire les billets qui toient en une bergerie en
tapisserie que l'on avoit, sur le jour, tendue en sa chambre[157]; il
toit si gai qu'il ne se pouvoit coucher.

  [156] Rongy ou Rungis, dont les sources sont conduites  Paris
  par l'aqueduc d'Arcueil.

  [157] Sur les tapisseries reprsentant des bergeries (entre
  autres celle des amours de Gombaut et Mace) se trouvaient des
  lgendes ou inscriptions par fois trs-libres, indiquant le sujet.

_Le 17, mercredi._--Il va en carrosse aux fontaines de Roungy, o
arrive la Reine. Le Roi mit la premire pierre  l'embouchure de
l'aqueduc et cinq mdailles d'or et d'argent, de sa face, avec cette
lettre: _Ludovicus XIII Francorum et Navarr rex christianissimus_,
et au revers toit un arc-en-ciel, la figure d'une femme assise en
dessus reprsentant la Reine rgente, sa mre, avec cette lettre: _Dat
peccatum omnibus ather_. Il pleuvoit fort, et c'toit sur les trois
heures. Soup  Gentilly, chez M. le prsident Chevalier.

_Le 21, dimanche._--En l'exhortation le sieur de Fleurence lui explique
ce qu'antrieurement, en la loi mosaque, signifioient les sacrifices
du veau, du chevreau, de l'agneau, du gteau, des colombes et des
tourterelles.

_Le 27, samedi._--Il va  Bagnolet. Il s'amuse  imprimer de ses leons
aux presses d'imprimerie qu'y avoit le cardinal du Perron,  qui
toit la maison[158]. Il va  la comdie franoise.--M. l'amiral de
Montmorency arrive en poste, lui quarantime, au Louvre.

  [158] Malherbe parle de cette imprimerie du cardinal Du Perron
  dans sa lettre du 13 janvier 1614.

_Le 29, lundi._--Il se trouve au coucher de Mme Marie des Ursins avec
l'amiral de Montmorency. Le petit Souvr, chevalier de Malte, s'toit
cach sous le lit et fut fouett.

_Le 19 aot, lundi._--Il part  cheval de Monceaux et tout le matin
chasse aux perdreaux, part de Meaux, va  Fresne.

_Le 21, mercredi._--Il s'amuse  faire des cartes avec le compas de M.
d'pernon.

_Le 24, samedi,  Saint-Germain._--Il monte  cheval, court un cerf,
le premier qu'il a tu, lui ayant donn un coup d'pe dans le coeur.
Il fait porter le cerf dans la salle, de peur du serein, le fait
dpouiller et en fait faire la cure.

_Le 28, mercredi._--Il voit jouer des artifices  feu sur la tour
de Nesle, de la porte d'en face, et d'une tourelle dresse sur la
muraille du parterre devant son cabinet, faits par Jumeau, l'un de ses
artilleurs.

_Le 31, samedi._--veill  une heure aprs minuit, en sursaut, et
avant que de s'veiller, il plaignoit, pleuroit, et disoit: _Eh mon
Dieu! h mon Dieu, prenez ces mille anneaux, prenez-en quarante pour la
Reine, ma mre, et vingt pour moi_. Il s'veille, et se rendort jusqu'
neuf heures et demie.

_Le 2 septembre, lundi._--A une heure dn chez M. Zamet, la Reine
aussi; il va en carrosse  la Roquette, o il a chass, revient 
six heures trois quarts chez le sieur d'Outreville, receveur gnral
du clerg, o il a soup. Il va en carrosse chez M. Phlypeaux[159],
trsorier de l'pargne, pour voir les artifices  feu qui furent faits
dans l'le qui est tout devant la maison; il aimoit cette distraction.

  [159] Raymond Phlypeaux, seigneur d'Herbaut et de la Vrillire,
  n en 1560, trsorier des parties casuelles en 1591, de l'pargne
  en 1599, puis secrtaire d'tat aprs son frre Paul Phlypeaux
  de Pontchartrain, en 1621, mort  Suze, le 2 mai 1629. Ce feu,
  qui reprsenta un char triomphant qui alla, de l'Arsenal, se
  poser quai des Clestins, fut fait par Morel, commissaire de
  l'artillerie, qui s'y dfendit lui-mme contre des assaillants.
  Malingre en donne la description. _Voy._ aussi la lettre de
  Malherbe du 6 septembre.

_Le 10, vendredi._--Pendant qu'on fait ses cheveux, il envoie querir
une petite viole pour s'amuser, ne pouvant jamais rester oisif. Le soir
il va chez la Reine,  la comdie des Italiens.

_Le 17, mardi._--Allant  Fontainebleau, il va  la messe au village;
dne  Chailly, passant par Essonne, se fait donner des petits pts
qu'il voit  l'htellerie du Lion; il descend  pied la descente
d'Essonne; il arrive  Fontainebleau  trois heures; la Reine arrive et
le vient voir  huit heures et demie.

_Le 24, mardi._--tudi; M. le chancelier y assiste, le Roi l'ayant
envoy querir pour cet effet. Le soir chez la Reine, puis  la comdie
italienne.

_Le 29, dimanche._--En se levant il dit qu'il a chaud et toutefois
qu'il tremble, c'toit d'apprhension du fouet, sur ce que le jour
prcdent il avoit rpondu  la Reine que de deux jours il ne la
verroit point,  cause qu'elle ne lui avoit point voulu permettre
d'aller voir le rut; pource que ses gendarmes et ses chevau-lgers
faisoient fuir les btes. Il en avoit demand et obtenu pardon, mais il
ne se tenoit point assur; il va chez la Reine, et demande de nouveau
pardon[160].

  [160] Il est  remarquer combien malgr son ge on le traite
  toujours avec la mme rigueur et comme il tait rest aussi
  craintif que quand Mme de Montglat le fouettait.

_Le 9 octobre, mercredi._--M. de Courtenvaux, pour la premire fois,
donne la chemise au Roi comme premier gentilhomme de la chambre,  la
survivance de son pre.

_Le 16, mercredi._--Il va chez la Reine, qui partit pour aller  Paris
y voir Monsieur, qui toit malade, et lui entre en carrosse pour aller
 l'assemble  Blanchefort, o il a dn.

_Le 17, jeudi._--Il va en son cabinet, crit  la Reine  Paris par M.
de Bonneuil, pour la premire fois depuis qu'il est Roi. Il tudie. M.
le chancelier, M. de Villeroy viennent le voir tudier; il leur montre
la lettre qu'il a crite  la Reine par leur avis, la souscrit: _Votre
trs-humble et trs-obissant fils.--Louis._ Il trouve son seing bien
fait: _Voil_, dit-il, _un bon Louis_.

_Le 19, samedi._--Il va en son cabinet, crit  Paris,  la Reine, par
M. le comte de Rocheguyon, puis s'en va au parc,  cheval et  pied.

_Le 20, dimanche._--Il va au-devant de la Reine, revenant de Paris.

_Le 31, jeudi._--A neuf heures un quart, il monte  cheval, va au parc
dehors, y trouve un pauvre homme qui avoit fait une maison de gazon,
et y logeoit avec sa vache, et vivoit du lait qu'il en tiroit et d'un
peu de choux qu'il avoit sems; il vouloit s'tendre pour planter des
arbres, quelques-uns l'empchoient. Il s'arrta et s'informa de la vie
de ce pauvre homme, lui donna l'aumne, et commanda qu'on n'et point 
l'empcher de planter, et avec passion. Il toit extrmement charitable.

_Le 12 novembre, mardi._--Il va en son cabinet; il faisoit un
trs-mauvais temps de pluie; il dit: _Ah! que voil un beau temps pour
tudier; quand je n'aurois pas envie d'tudier, voil un temps qui me
la feroit venir. M. de Souvr, tudions, devenons savants._

_Le 19, mardi._--Il va chez la Reine, o M. le marquis d'Ancre prte
le serment de marchal de France, o il toit parvenu deux jours
auparavant, par la mort de M. de Fervaques. Il lui dit par discours
qu'il avoit grand sujet d'tre son serviteur, lui qui toit tranger
venu en France sans rien, o il avoit reu tant de bienfaits de Sa
Majest et de la Reine, sa mre, que cela l'obligeoit  demeurer son
serviteur tant qu'il vivroit, et qu'il seroit bien misrable s'il n'en
ressentoit l'obligation. M. de Montmorency, amiral de France, prend
cong du Roi pour aller en Languedoc voir M. le conntable, son pre.

_Le 28, jeudi._--Il va en carrosse au faubourg Saint-Germain voir
Monsieur, en l'htel du Luxembourg, puis chez la reine Marguerite.

_Le 8 dcembre, dimanche._--Il va  la salle du conseil pour assister
aux fianailles du marquis de Sabl et de Mlle de Souvr[161], revient
en courant pour ne point baiser Mme de Gumen, qui n'avoit plus vingt
ans[162].

  [161] Madeleine, fille du marchal de Souvr, marie 
  Philippe-Emmanuel de Laval-Bois-Dauphin, morte le 16 janvier
  1678,  soixante-seize ans. C'est sa vie qu'a crite M. Cousin.

  [162] Madeleine de Lenoncourt, veuve de Louis de Rohan, duc de
  Montbazon, et premire femme de Hercule de Rohan-Gumen, son
  frre; elle tait fille de Henri de Lenoncourt et de Franoise de
  Laval-Bois-Dauphin.




ANNE 1614.

  Les arquebuses du roi, ses trennes.--L'mailleur et le
  tourneur du Roi.--Le Roi n'apprend plus le latin.--Chasses,
  comdies et ballets.--Affaire de M. de Livarot.--Le vin
  bourru.--Audience de M. de Thou.--Vers du Roi.--Incendie chez
  la reine Marguerite.--Mort du conntable de Montmorency.--Revue
  au Pr-aux-Clercs.--Affaires et paix des princes.--Le moine
  bourru.--Le Roi bless au jeu de paume.--Mort du chevalier de
  Guise.--Baptme de Monsieur et de Madame Henriette.--Chasses 
  Saint-Germain.--Voyage du Roi.--Sjours  Orlans,  Blois, 
  Tours.--Les goinfres de la Cour.--Sjour  Poitiers.--Passage
   Angers.--Sjour  Nantes.--tats de Bretagne.--Arrive de
  M. de Vendme.--Retour par Angers.--Hommage d'un habitant
  de Malicorne.--Les ardents.--Sjour au Mans.--Visite du Roi
   Vaugrigneuse, maison d'Hroard.--Rentre  Paris.--Retour
  du prince de Cond.--Majorit du Roi.--Collation 
  Villiers-la-Garenne.--tats-Gnraux de Paris.--Maladie du
  Roi.--Affection croissante pour M. de Luynes.--L'ambassadeur de
  Savoie.--Adjudication d'un office en prsence du Roi.


_Le 1er janvier, mercredi,  Paris._--Il va au cabinet, o il fait
porter toutes ses harquebuses; il y en avoit quarante. La Reine lui
fait apporter grande quantit et de diverses sortes de bagues, de
diamants et de fort belles pices, et  mesure qu'il ouvre les tuis,
il dit: _Ha! Madame, vel qui est trop pour nous_; c'est qu'il et
mieux aim trouver des bagues de moindre valeur et que c'et t
quelque figure.

_Le 2, jeudi._--Il s'amuse  faire travailler son mailleur.

_Le 3, vendredi._--On lui dit qu'il y avoit une mdecine  lui donner,
le voil fch. A sept heures et demie la Reine y vient;  neuf heures
il prend la mdecine, par crainte de la Reine, qui l'avoit menac du
fouet.

_Le 4, samedi._--Il va en sa chambre faire travailler son mailleur.

_Le 5, dimanche._--A son souper il fait couper le gteau des Rois; il
est le roi, en fait donner aux sieurs de Souvr, de Courtenvaux, de la
Cure et de Tresmes.

_Le 7, mardi._--Il tudie en l'histoire, n'apprend plus le latin[163].

  [163] Sa Majest est hors du latin, crit Malherbe  la date du
  16 janvier.

_Le 8, mercredi._--M. de Souvr lui fait prendre une jupe de chasse,
fourre de martre; il la prend  regret, disant que tous ceux qui le
verront se moqueront de lui, qu'il est habill en paysan. Il conteste
jusques  une heure et demie, entre en carrosse et va voler le milan 
la plaine de Grenelle, o il monte  cheval, prend le milan.

_Le 10, vendredi._--Il va chez la Reine puis au cabinet des livres, o
il fait venir un jeune homme allemand, excellent tourneur, fait dresser
un tour, y travaille.

_Le 12, dimanche._--A neuf heures il monte  la chambre de Mme la
marquise de Guiercheville, au-dessus de la sienne, et la Reine aussi,
o ils voient danser un ballet[164].

  [164] Il y eut hier un ballet au Louvre, en la salle de Mme de
  Guiercheville; mais ce ne furent que quelques domestiques du
  Roi. (_Lettre de Malherbe_ du 13 janvier 1614.)

_Le 13, lundi._--Il entre en carrosse, va  la chasse  la plaine
de Grenelle, o il monte  cheval; la Reine y vient, il vole de ses
merillons, et fait tout ce qu'il peut pour donner du plaisir  la
Reine, et tant que ses merillons en devinrent rebuts; ce dont il fut
extrmement marri, n'et t que c'toit pour donner du plaisir  la
Reine.

_Le 15, mercredi._--Il va  la comdie italienne.

_Le 21, mardi._--Il va en son cabinet, puis chez la Reine et  la
comdie italienne.

_Le 23, jeudi._--Il va chez la Reine et,  dix heures, en la salle du
ballet, en revient  deux heures et demie aprs minuit[165].

  [165] Nous vmes jeudi au soir le ballet attendu si longtemps,
  duquel la vue ne rpondit pas  la dpense qui en avoit t
  faite, que l'on estime  plus de dix mille cus... Je ne vous en
  dirai autre chose, sinon que ce fut un dsordre le plus grand du
  monde, de quoi toutefois les balletants ont occasion de remercier
  Dieu, car toute l'invention n'en valant gure l'argent, la
  faute du mal est rejete sur le peu de place qu'il y avoit pour
  le danser. M. de Plainville, capitaine des gardes, ne voulant
  dsobliger personne, laissa entrer tout ce qui se prsenta, et se
  trouva l'enceinte des barrires si pleine, qu'un seul homme et
  eu de la peine  y passer. La Reine  son arrive, voyant cette
  multitude, se mit en la plus grande colre o je la vis jamais,
  et s'en retourna, rsolue qu'il ne seroit point dans: l-dessus
  on fit retirer et coucher le Roi. Toutefois pour ce qu'
  quelques-uns il fut dit  l'oreille que cette retraite n'toit
  que pour faire sortir le monde, et que s'il se trouvoit place,
  on le danseroit; peu de gens prirent l'alarme, et fallut qu' la
  fin les archers dissent tout haut que tout le monde sortt et
  que le Roi toit au lit. Cela ayant fait faire quelque place,
  mais bien loigne de ce qu'il et fallu pour tant de danseurs
  et de machines, la Reine revint, et le Roi aussi, qui toit dj
  couch, et alors le ballet fut donn tellement quellement, et
  non comme il est dcrit dans le discours qui s'en est imprim.
  (_Lettre de Malherbe_ du dimanche 26 janvier.) Cette lettre porte
  par erreur la date du dimanche 27e de janvier.

_Le 24, vendredi._--A une heure il entre en carrosse, va  la rue
Saint-Merry, chez M. l'vque de Beauvais[166], voir son cabinet.

  [166] Ren Potier de Blancmesnil.

_Le 26, dimanche._--Aprs souper il va en son cabinet, chez la Reine,
puis  la comdie italienne, et aprs voit un petit ballet de la ville,
dans en sa chambre.

_Le 28, mardi._--A six heures soup; il mange du veau rti de quatre
mois, nourri de lait au jus d'orange[167]; c'est la premire fois. Il
va chez la Reine,  la comdie italienne, revient  huit heures trois
quarts.

  [167] Dans un pome manuscrit qui a pour titre: _Explication de
  toutes les grottes, rochers et fontaines du chteau royal de
  Versailles_, ddi  Louis XIV (Bibl. Imp., fonds de Versailles,
  n 168), l'auteur de ce pome, C. Denis, dit en parlant de la
  Mnagerie de Versailles:

      Pour la bouche du Roi l'on y nourrit des veaux
      De lait et jaunes d'oeufs, excellents et fort beaux.

_Le 30, jeudi._--L'ambassadeur d'Angleterre prend cong de lui
pour s'en retourner et porter l'accord fait du mariage de Mme
Christienne[168]; M. d'pernon et ses trois fils le viennent voir.--Il
va chez la Reine,  la comdie italienne, et  neuf heures et demie
va  la salle voir un ballet de dix de ses petits enfants d'honneur,
appel les Divers.

  [168] Ce mariage ne se fit pas.

_Le 1er fvrier, samedi,  Paris._--Il s'amuse  tourner des petites
pices d'ivoire sous un excellent ouvrier allemand[169] qui lui avoit
dress un tour.--Mis au lit, il dit tout son office, pour gagner temps
pour le matin suivant qu'il avoit  communier.

  [169] _Voy._ au 10 janvier prcdent.

_Le 2, dimanche._--A neuf heures trois quarts il va  la messe, en
Bourbon, revient  dix heures trois quarts en la grande galerie, o il
touche quatre-vingts malades.

_Le 3, lundi._--Il va chez la Reine, et  dix heures trois quarts
 la salle du bal y voir danser un ballet de la ville, de Guitrot
l'espagnol, et le combat des chats et des rats.

_Le 4, mardi._--Il va  la foire Saint-Germain et  la comdie
italienne.

_Le 6, jeudi._--Il s'amuse  tourner de l'ivoire, fait des vases.--Il
va  la comdie italienne.

_Le 10, lundi._--Il va  la messe en Bourbon, puis en carrosse jouer 
la paume, au jeu de Grenelle.

_Le 12, mercredi._--A une heure et demie il entre en carrosse, va  la
foire.--Mis au lit, il envoie qurir ses harquebuses  sa garde-robe,
pour les faire voir  M. de Termes[170]; il y en avoit cinquante-cinq.

  [170] M. de Termes, le vendredi 7e de ce mois, fit serment de
  premier gentilhomme de la chambre. (_Lettre de Malherbe_, du 13
  fvrier.)

_Le 13, jeudi._--Il va en son cabinet, prend une cresserelle[171] sur
son poing, et va en la galerie lui faire voler un moineau. Mis au lit,
il envoye  sa garde-robe pour qurir ses armes et les montrer  M. le
Grand; il s'endort  sa musique de voix et de luths.

  [171] Oiseau de proie, du genre faucon.

_Le 16, dimanche._--A huit heures et un quart djeun; il n'y eut
point d'exhortation. Le jour prcdent, la Reine le dfendit au sieur
de Fleurence[172].--Aprs souper il va chez la Reine, puis revient en
sa chambre o se prsente le sieur de Liverot, de la maison d'Oraison
en Provence, pour le remercier de la grce qu' sa prire il avoit
obtenu de la Reine, sur ce qu'il avoit querell dans sa chambre; le
Roi lui dit gravement: _La Reine ma mre vous a donn la grce, vous
ne l'eussiez pas eue sans moi, mais soyez une autre fois plus sage_;
paroles dites de son mouvement[173].

  [172] Prcepteur du Roi.

  [173] Voici comment ce fait est racont par Malherbe: M. de
  Lyvarrot, dont vous aviez pu our l'emprisonnement  la Bastille,
  pour un souffle qu'il avoit donn dans l'antichambre de la Reine
  ( un nomm La Fert-Silly, de Normandie), a eu aujourd'hui sa
  grce, et est venu dans le cabinet remercier Sa Majest. Le
  Roi s'toit all coucher, et n'y avoit au cabinet que Mme la
  princesse de Conty et Mme de Guise. M. de Souvray s'est approch
  de la Reine et lui a dit quelque chose  l'oreille, et lors il
  s'est tourn vers M. de Lyvarrot qui s'est jet  deux genoux aux
  pieds de la Reine et a parl fort bas. Il n'a gure parl, que la
  Reine lui a dit: Levez-vous; il a toutefois toujours continu
   genoux. Comme il a eu fort peu parl, la Reine lui a dit: Une
  autre fois soyez plus sage. Il a encore dit quelque chose, 
  quoi la Reine a rpondu par deux fois: Je sais bien cela.
  Voil tout ce que j'en ai ou, encore que je fusse tout auprs,
  sinon qu'il la supplioit trs-humblement de lui pardonner: aussi
  n'a-t-il dit autre chose, car je l'ai su de lui-mme, lorsqu'il
  a t hors de la prsence de la Reine. (_Lettre  Peiresc_ du
  16 fvrier 1614.) M. L. Lalanne ajoute en note: L'affaire ne se
  termine pas l; le 17 janvier 1615, un duel eut lieu  Bictre
  entre La Fert et Lyvarrot qui y fut bless  mort.

_Le 18, mardi._--Aprs souper il va en sa garde-robe choisir les armes
qu'il veut porter[174].

  [174] Le Roi montre une extrme envie d'aller  la guerre,
  et devant hier il se fit armer de toutes pices, avec un tel
  contentement de se voir en cet quipage, que s'tant mis au lit,
  il ne voulut pas laisser son casque, et disputa longtemps qu'il
  dormiroit mieux avec ce casque qu'avec son bonnet de nuit; mais
  enfin il se laissa aller aux remontrances qu'on lui fit de le
  quitter. (_Lettre de Malherbe_, du 20 fvrier 1614.)

_Le 28, vendredi._--Il va aux Tuileries puis au jeu de paume de
Grenelle; essuy chez M. Leclerc, il y a got, a bu du vin blanc
bourru, tremp, et du vin clairet tremp, trouve l'un et l'autre bien
fort[175].

  [175] Hroard note en marge: Vin bourru, premire fois. Le vin
  bourru est du vin blanc nouveau. Malherbe crit  la date du 1er
  avril 1614: Depuis que le Roi a pris le vin et quitt le latin,
  sa sant et son embonpoint croissent  vue d'oeil.

_Le 1er mars, samedi._--M. le prsident de Thou, prenant cong de lui,
s'en allant dput vers M. le prince de Cond  Mzires, le Roi lui
dit, mettant ses deux mains sur ses paules: _Allez, et dites  ces
messieurs-l qu'ils soient bien sages_.

_Le 6, jeudi._--M. Beringhen me racontoit que le Roi parloit en
dormant, au commencement de son dormir[176], et disoit: _Jetez ce
chapeau par dessus la muraille; h! jetez, jetez par dessus la rivire
qui passe  Bayonne; que ne l'a-on mis  la Bastille_. Le Roi l'entend,
et dit: _C'est que je demandois pourquoi on n'avoit pas mis mon frre
de Vendme dans la Bastille; il a ouvert mes dpches que j'envoyois 
M. de Montbazon, il les a ouvertes[177]!_

  [176] C'est--dire la veille au soir.

  [177] M. de Vendme est  sa maison d'Anceny, sans aucune
  troupe; cette maison est  dix lieues par del Angers, sur la
  rivire de Loire, o il a mis un petit bateau pour apprendre ce
  qui passera sur la rivire, sans toutefois faire jusqu'ici autre
  mal. Vous savez qu'il avoit fait dtrousser un paquet du Roi 
  M. de Montbazon; il s'en est excus  la Reine par une lettre
  qu'il lui a crite; mais je ne crois pas qu'elle en soit fort
  satisfaite: la Reine dit tout haut qu'il s'est fait criminel de
  lse-majest pour un morceau de papier. (_Lettre de Malherbe_,
  du 10 mars 1614.)

_Le 10, lundi._--Mis au lit, il s'amuse  faire des vers et donne
le sujet pour en faire aux sieurs de Termes, de Courtenvaux et de
Montglat, sur une marcassine nourrie  sa cuisine par Bonnet, porteur
d'eau, qui se tua d'une chute. La marcassine coucha toute la nuit
contre le corps (du porteur d'eau), et le cherchoit toujours depuis
tre enterr; elle se laissa mourir de faim, n'ayant jamais voulu
manger, quelque soin que l'on en prt. Le Roi fit ces quatre vers:

    Il y avoit en ma cuisine
    Une petite marcassine,
    Laquelle est morte de douleur
    D'avoir perdu son gouverneur.

_Le 20, jeudi._--Il va au jeu de paume de Grenelle, puis voir le
cabinet du sieur de La Chapelle, son joueur d'pinette.

_Le 24, lundi._--Il va  la volerie au del du Bourget,  cheval, 
pied.--Mis au lit, il s'amuse  jouer au trictrac.

_Le 27, jeudi saint._--Il va au sermon, en la salle, fait par M.
l'archevque d'Aix[178], lave les pieds aux enfants, va  la messe en
Bourbon.

  [178] Paul Hurault de l'Hpital.

_Le 30, dimanche, jour de Pques._--A neuf heures et un quart il va
 la messe en Bourbon, revient en la grande galerie,  dix heures et
trois quarts, o il a touch quatre cent quarante malades, et  onze
heures et demie dn. Il va en carrosse au sermon, aux Carmes, puis 
vpres  Saint-Victor. A huit heures devtu, il joue au renard et aux
poules sur ses affaires.

_Le 31, lundi._--Mis au lit, il se lve pour voir l'curie de la reine
Marguerite qui brloit devant son logis[179], l'envoie visiter par un
gentilhomme nomm le sieur de la Plasse.

  [179] De l'autre ct de la Seine.

_Le 2 avril, mercredi,  Paris._--Men en carrosse hors la porte
Saint-Michel, il monte  cheval et va  la volerie  Antony et vers
l'tang de Massy, vole et prend deux poulettes d'eau, jette l'oiseau,
les prend, et l'entreprend contre l'opinion d'un chacun. Ce vol n'avoit
jamais t entrepris.

_Le 3, jeudi._--Il va en carrosse hors de la porte Saint-Antoine,
pour voler des poules d'eau qui toient dans le foss, puis va au
Mesnil-Montant et de l  Belleville-sur-Sablons, pour y voir les
sources des fontaines qui viennent  Paris.

_Le 6, dimanche._--Il va chez la Reine, puis,  une heure et demie, en
carrosse aux Chartreux,  vpres, puis  Issy,  la maison de la reine
Marguerite, y tire de la harquebuse et blesse un merle auprs de lui,
comme il chantoit; il demande au sieur Renard, l'un de ses chirurgiens,
s'il guariroit bien, et le lui baille.

_Le 7, lundi._--Mis au lit, l'on lui rapporte le dcs de M. le
conntable[180]; il en demeure touch, et dit: _Il y en aura beaucoup
qui demanderont cette charge, mais il ne la faut donner  personne_.

  [180] Henri Ier, duc de Montmorency; son successeur, Charles
  d'Albert de Luynes, ne fut nomm qu'en 1621.

_Le 10, jeudi._--Il va au Pr-aux-Clercs voir faire monstre  sa
compagnie de chevau-lgers.

_Le 11, vendredi._--A dner le sieur de Blainville, cornette de la
compagnie de Sa Majest, lui dit: Sire, la Reine m'a fait l'honneur de
me commander que dornavant mes compagnons soient en armes quand nous
irons l'accompagner. Le Roi rpond soudain: _Pourquoi? Le peuple de
Paris pensera que j'ai peur quand il verra cela. Je n'ai point peur,
je ne les crains point_, entendant parler des princes qui s'toient
retirs mal contents de la Cour.--Sire, j'estime que le peuple en sera
bien aise, voyant le soin que l'on aura de bien conserver la personne
de Votre Majest.--_S'ils venoient, les battrions-nous pas?_--Sire,
ils auroient un grand avantage sur nous.--_Quel?_--Autant qu'il y
en a d'avoir un pourpoint de toile  un de fer. Le Roi, ayant un peu
song, rpond: _Bien, mais dites-leur que, sortant et entrant en la
ville, qu'ils mettent leurs manteaux sur leurs armes_.

_Le 13, dimanche._--Il va  Issy, chez la reine Marguerite, chemine
fort  pied, monte au haut de la montagne.

_Le 15, mardi._--Mis au lit, M. le Grand lui ayant racont en l'oreille
ce qui s'toit pass  Soissons pour la paix avec M. le prince de
Cond, il n'en fait parotre en son visage aucune marque de joie ne
de tristesse, et se prend  entretenir la compagnie; et, chacun tant
retir, il nous dit  M. de Praux et  moi: _La paix est faite,
je crois que ce sont les prires des quarante heures qui en sont
cause_[181]; le sieur de Praux, prenant la parole, le confirma en
cette crance.

  [181] La paix entre la Reine et les princes fut signe le 15 mai
  suivant  Sainte-Mnehould.

_Le 16, mercredi._--Il va chez la Reine, donne audience  l'ambassadeur
de l'Empereur.

_Le 18, vendredi._--Il va en carrosse hors la porte Saint-Michel, o il
monte  cheval et va prs de Vaugirard, o il chasse au chien couchant,
tire et tue une perdrix; c'est la premire fois qu'il a fait cette
chasse.

_Le 20, dimanche._--A onze heures il va chez la Reine, la voit saigner
et piquer deux fois[182].

  [182] Je fus hier au Louvre, mais je n'y appris rien,  cause
  que l'on ne voyoit point la Reine, et n'y entra homme quelconque
  que le Roi. (_Lettre de Malherbe_, du 22 avril.)

_Le 22, mardi._--A trois heures il entre en carrosse, la Reine aussi,
va au Pr-aux-Clercs o il monte  cheval, pour voir le rgiment des
gardes en quatre bataillons, puis met pied  terre, et fut bien deux
heures, allant  l'un puis  l'autre, leur voyant faire les exercices.

_Le 26, samedi._--A dner, il demande s'il a bu, n'a fait que rver en
dnant, parlant ou chantant.

_Le 28, lundi._--Il va en la galerie, fait les exercices, trs-bien,
veut tre mousquetaire; il a trente-deux petits gentilshommes. tant
sur ses affaires, il s'amuse  monter des horloges, qui avoient des
ressorts  faire prendre feu  la poudre.

_Le 1er mai, jeudi,  Paris._--Il va  vpres aux Bonshommes, puis 
Auteuil, au jardin de M. Brouay, pcher  un petit vivier et dnicher
des merles.

_Le 2, vendredi._--A huit heures lev, il dit avoir song que l'on
lui tiroit du sang, mais dit que ce n'toit que de l'eau; c'toit sur
le temps que M. le prince de Cond dbattoit pour avoir Amboise; M.
Vignier[183] en revient ce matin.

  [183] Claude Vignier, prsident au parlement de Metz, ngociateur
  de la Reine prs du prince de Cond. Il ne tenoit qu' Amboise,
  que la Reine avoit fait quelque difficult de bailler. (_Lettre
  de Malherbe_, du 3 mai.)

_Le 3, samedi._--Il va chez la Reine,  la chapelle de son antichambre,
puis au conseil tenu pour savoir si Amboise seroit baill pour sret 
M. le prince de Cond, jusques aprs la tenue des tats. Il fut rsolu
qu'il le seroit.

_Le 7, mercredi._--Il va chez la Reine, puis monte en haut,  la
chambre de MM. les premiers gentilshommes de la chambre, o il fait les
exercices de sa compagnie; celui qui les fait faire c'est le sieur de
l'Hostelneau[184], lieutenant au rgiment des gardes.

  [184] Jean de l'Espez, seigneur de l'Hostelneau, etc., depuis
  capitaine major au rgiment des gardes franaises.

_Le 15, jeudi._--veill  sept heures et un quart, il raconte comme
il avoit song qu'il toit en la petite galerie, o il avoit trouv le
moine bourr[185], qui tenoit un petit diable noir ressemblant  un
singe par une laisse tenant  un collier qu'il avoit au col; qu'il dit
au moine bourr qu'il lui prtt ce petit diable pour faire peur  Mme
de Guise; que s'tant approch de lui, lui a command de ne s'approcher
pas, lui disant: Va-t'en au diable; qu'il s'en va, qu'il alla trouver
la Reine, sa mre, et parla  elle  l'oreille, qui lui commanda
d'aller faire peur  Mme de Guise.

  [185] Ou moine bourru, fantme, revenant, qui tait un objet
  de superstition. Ce fantme, ajoute M. Littr, tait ainsi
  dnomm parce qu'on le reprsentait vtu de bourre ou bure.
  Malherbe crivait  Peiresc, le 8 janvier 1613: Nous avons ici
  un compagnon du moine _bourr_,  qui l'on avoit donn le nom de
  _Tasteur_; l'on dit que c'toient bons compagnons, qui avoient
  des gantelets de fer, et au bout des doigts des ergots de fer, de
  quoi ils fouilloient les femmes, et qu'il y en avoit  tous les
  quartiers.

_Le 18, dimanche._--A neuf heures lev, vtu, il va  la messe en
Bourbon, revient  dix heures trois quarts; entrant  la cour du
Louvre, il prend du pain, boit du vin fort tremp, touche huit cent
sept malades. A midi dn; il va chez la Reine. A deux heures il entre
en carrosse, va au sermon et  vpres aux Cordeliers[186], puis se
promener  Issy.

  [186] Dimanche dernier, le comte de Crissey vint apporter au Roi
  une lettre de M. le Prince. Le Roi toit tout au haut du Louvre,
  en une fentre qui regarde sur la cour; comme on le lui vint
  dire, il commanda qu'on allt querir M. de Souvray, qui toit
  all dner et n'toit point revenu, afin qu'il le lui prsentt.
  M. de Souvray venu, on fit entrer cet ambassadeur, qui dit au
  Roi que M. le Prince lui baisoit trs-humblement les mains et
  lui avoit baill cette lettre pour lui rendre, avec commandement
  de l'assurer qu'il toit son trs-humble serviteur. Le Roi
  rpondit: Que fait-il? Comme se porte-t-il? Et l-dessus lut la
  lettre; puis dit  M. de Souvray qu'il vouloit aller our vpres
  aux Cordeliers, ce qu'il fit sans dire autre chose au comte de
  Crissey. (_Lettre de Malherbe_, du 20 mai.)

_Le 19, lundi._--Il va en carrosse aux Chartreux, o il fait hter ses
vpres, puis va  Vanves, au logis du sieur de Montescot, o il court
un chevreuil.

_Le 23, vendredi._--Il va par la galerie aux Tuileries, o il a tir
au blanc avec la harquebuse;  six heures et demie il y a soup, au
pavillon ancien.

_Le 25, dimanche._--Il va au sermon en la chapelle de Bourbon, puis
en carrosse  Vanves, chez le sieur Prevost, puis chez le sieur
de Bevilliers et aprs chez le sieur Du Tillet; got chez M. de
Bevilliers.

_Le 28, mercredi._--A sept heures et un quart il entre en carrosse,
va  la messe aux Bonshommes, puis  Saint-Cloud o il arrive  dix
heures. A dix heures et un quart dn au logis de M. de Gondi; il va
par les jardins, aux fontaines, aux grottes; tir et tu beaucoup de
petits oiseaux  la harquebuse. A une heure et demie il va au bois
de Boulogne, o il a chass, tir, tu des oiseaux, entre autres un
auriol[187] et une orfraie.

  [187] Nom vulgaire du loriot.

_Le 30, vendredi._--Il va en son cabinet des livres, o il s'amuse 
faire diverses figures de bataillons avec des figures de plomb, sur une
table perce.

_Le 31, samedi._--Aprs dner il va en la galerie, va faire ses
exercices en armes. A sept heures M. le duc de Longueville arrive de
Soissons, aprs la paix, lui fait la rvrence. Soup, il va chez la
Reine, revient  huit heures trois quarts[188].

  [188] M. de Longueville est arriv aujourd'hui sur les cinq ou
  six heures du soir; il est all descendre chez M. le comte de
  Saint-Pol, et de l s'en sont venus, sur les sept heures, chez le
  Roi. Sa Majest toit sur le perron qui est au bout de la galerie
  dore, o vous vtes recevoir les ambassadeurs d'Espagne pour le
  mariage. Comme M. de Longueville est entr dans la galerie, il
  n'y a pas eu fait une douzaine de pas, que le Roi est sorti du
  perron et est venu au-devant de lui, et l'a rencontr plus prs
  de la porte que de l o il toit parti... M. de Longueville a
  fait quelque petite harangue, et le Roi une rponse encore plus
  courte... Le Roi lors s'en alloit souper; M. de Longueville a t
   la moiti de son souper, o il ne s'est parl que de propos
  communs. De l M. de Longueville s'en est all aux Tuileries
  voir la Reine; cela m'a tromp, car je m'imaginois qu'il seroit
  avec le Roi jusques au retour de la Reine, et que de l le
  Roi allant chez la Reine, comme il fait tous les soirs aprs
  souper, le mneroit avec lui... Comme M. de Longueville eut vu
  le Roi, et lui eut tenu compagnie jusques  la moiti de son
  souper, il s'en alla aux Tuileries trouver la Reine; elle toit
  au bout de la grande alle, o elle oyoit chanter le Villars et
  un page que la reine Marguerite y avoit amens; la Reine toit
  debout. M. de Longueville, aprs deux grandes rvrences, lui
  baisa le bas de la robe. Elle lui fit signe avec la main qu'il
  se relevt, ce qu'il fit et se retira deux pas en arrire, sans
  dire mot quelconque. Lors la Reine lui dit: D'o tes-vous parti
  aujourd'hui? Il rpondit qu'il toit parti de Trie,  cinq
  postes d'ici. Puis elle lui dit que la barbe lui toit venue, et
  qu'il la falloit couper: ce fut l tout le discours. La Reine
  toit masque, qui fut cause que l'on ne put rien juger de sa
  passion par son visage. (_Lettres de Malherbe  Peiresc_, des 31
  mai et 1er juin.)

_Le 1er juin, dimanche,  Paris._--Il va en carrosse au jeu de paume
de Grenelle, o il est frapp sur les dents d'un coup de balle, par le
chevalier de Souvr; il saigna un peu.

_Le 4, mercredi._--A cinq heures lev, impatient de partir pour aller
 Ruel;  six heures djeun,  six et demie il entre en carrosse, va
 la messe aux Feuillants, arrive  neuf heures et demie  Ruel, o
il a dn, s'amuse dans la maison. A quatre heures il monte  cheval,
tire de la harquebuse tout  cheval, tue quantit de petits oiseaux, va
chez un menuisier, y fait faire deux petits chssis de son dessein, y
travaille lui-mme, puis y pend tous les petits oiseaux.

_Le 5, jeudi._--On lui dit la mort du chevalier de Guise[189]; il en
blmit, dit en tre fort marri, et un tmoignage de son intrieur fut
qu'il dit: _Il toit toujours auprs de moi; je n'allois jamais  la
chasse qu'il ne vnt avec moi._--Il va par la galerie  vpres, aux
Feuillants; jou aux Tuileries, puis il va en carrosse  l'htel de
Guise.

  [189] Franois-Alexandre-Paris de Lorraine, tu le 1er juin 1614,
   Baux en Provence, par l'explosion d'une pice de canon.

_Le 7, samedi._--Il fait ses exercices en armes,  la galerie; tudi.
Il va jouer en son jeu de paume couvert; ce fut la premire fois aprs
avoir t couvert[190].

  [190] C'est--dire depuis que ce nouveau jeu de paume avait t
  couvert.

_Le 12, jeudi._--Il va en carrosse chez la reine Marguerite[191].

  [191] Mme mention pour le lendemain 13 juin.

_Le 15, dimanche,  Paris._--A onze heures et demie il va chez la
Reine, puis dn. MONSIEUR est baptis et la petite MADAME en la
chapelle qui est dans la tour de l'antichambre de la Reine, sur le
midi, par M. le cardinal de Bonzy. Les parrain et marraine de MONSIEUR
ce fut M. le cardinal de Joyeuse et la reine Marguerite, et son nom
_Gaston-Jean-Baptiste_; de MADAME ce fut MADAME, soeur ane du Roi,
et M. le cardinal de la Rochefoucauld, et son nom _Henriette-Marie_. Il
va  vpres  Saint-Eustache, puis joue en son jeu de paume.

_Le 21, samedi._--Il part  six heures et un quart en carrosse,
va  la messe aux Feuillants, et, chassant en chemin, tire de la
harquebuse tout  cheval, aux petits oiseaux; arrive  neuf heures
 Saint-Germain-en-Laye.--Il va au jeu de paume, puis au foss du
btiment, o il fait un terrier. A cinq heures et demie soup; peu
aprs il monte  cheval, passe la rivire, va  la garenne, chasse aux
panneaux et aux levriers, revient  huit heures, crit  la Reine. Peu
aprs devtu; tant sur ses affaires, il s'amuse  imprimer sur de la
cire d'Espagne la gravure d'un Hippocrate et d'un lion, que j'avois en
bague[192].

  [192] _Voy._ au 26 avril 1608.

_Le 22, dimanche,  Saint-Germain._--Il va  la chapelle de la
terrasse, puis monte  cheval et va surprendre M. de Souvr et M. de
Frontenac qui djenoient  la petite maison du ct de Carrires. A
une heure et demie bott, il monte  cheval, va au parc, y court un
cerf et le prend. C'est la premire fois qu'il a couru le cerf dans le
parc, guid par M. de Frontenac, premier matre d'htel et capitaine de
Saint-Germain.--La Reine arrive, il va au-devant.

_Le 23, lundi._--Il va chez la Reine, tudi. A trois heures il passe
l'eau, va chasser  la garenne en carrosse. Aprs souper il se va
promener sur les terrasses, va voir le feu de la Saint-Jean, sur le
pav du prau.

_Le 25, mercredi._--Bott  douze heures et demie, il entre en carrosse
jusques au laissez-courre, guid par le sieur baron de Palluau, fils du
sieur de Frontenac, court le cerf, le voit plusieurs fois, et se trouve
 la mort. C'est la premire fois qu'il a couru le cerf dans la fort;
il courut, sans relayer, deux heures et plus.--Aprs souper il va chez
la Reine, au parc, fait faire la cure du cerf, jette des fuses sur la
terrasse.

_Le 26, jeudi._--Aprs souper il va au parc, au-devant de la Reine, et
 neuf heures  la comdie italienne, dans la galerie du ct du parc.

_Le 28, samedi._--tudi, got, il va au parc,  la comdie italienne.

_Le 29, dimanche._--Il va  la comdie italienne,  l'entre de l'alle.

_Le 30, lundi._--Il va  la galerie, au conseil.

_Le 1er juillet, mardi,  Saint-Germain._--A dix heures et demie il va
chez la Reine et au conseil, en la galerie, l ou il fut rsolu qu'il
partiroit demain pour aller  Paris et de l  Orlans.

_Le 2, mercredi._--Il va chez la Reine et chez le sieur Francino,
fontainier. Il part de Saint-Germain-en-Laye, en carrosse,  trois
heures et demie, et, par les bacs, va  Surnes, en la maison du sieur
Parfait, l'un des contrleurs de sa maison, o il a soup. A huit
heures et demie il entre en carrosse, et arrive  Paris  neuf heures
et un quart, va chez la Reine.

_Le 4, vendredi,  Paris._--A onze heures il va chez la Reine, au
conseil, en la galerie, o les corps des compagnies furent mands pour
leur commander d'avoir soin de la ville pendant son voyage.

_Le 5, samedi, voyage._--A sept heures et demie il entre en carrosse,
part de Paris pour aller  Orlans, arrive  dix heures et demie 
Longjumeau, o il a dn, va  Chanteloup, voir les chevaux de M. de
Brves, qui lui donne une haquene, puis arrive  cinq heures et demie
 Olinville.

_Le 6, dimanche, voyage._--A une heure parti d'Olinville en carrosse,
arriv  Etampes  quatre heures et un quart. A sept heures et demie la
Reine arrive, il y va.

_Le 7, lundi, voyage._--Il va  la messe  Notre-Dame, puis  huit
heures part d'tampes, arrive  dix heures et un quart _au Bard_[193],
 Angerville, o il a dn. Parti  deux heures et demie, il arrive 
Toury  six heures, _ l'cu de France_.

  [193] Nom de l'enseigne d'une auberge.

_Le 8, mardi, voyage._--A huit heures il part de Toury, arrive 
Langallerie  dix heures. Dn; il va au jardin tirer de la harquebuse
aux petits oiseaux; M. de Souvr le mne jouer aux cartes dans une
grange, il s'y ennuie. Il n'aimoit pas les jeux oisifs, s'en va faire
traire les vaches; il ne pouvoit demeurer oisif. Il part de Langallerie
 trois heures en carrosse, monte  cheval en chemin, rencontre bien
six mille hommes en armes, par troupes, arrive  cinq heures trois
quart  Orlans, va  Sainte-Croix, o le _Te Deum_ fut chant, revient
loger  la grande maison.

_Le 9, mercredi,  Orlans._--Il va aux Capucins, va chez la Reine,
puis jouer  la paume.

_Le 10, jeudi,  Orlans._--Il va  la messe  Sainte-Croix, va chez la
Reine;  quatre heures et demie il entre en carrosse et va au Poutil,
maison du sieur d'Escures, o il a soup, la Reine aussi. A neuf heures
il rentre en carrosse, revient  Orlans.

_Le 11, vendredi,  Orlans._--Il va  la messe aux Rcollets, puis
jouer  la paume. tudi;  trois heures et demie il entre en carrosse,
va au Poutil, o il a got, revient  sept heures et demie, va chez la
Reine.

_Le 12, samedi,  Orlans._--Il tire au blanc,  la harquebuse, avec
les harquebusiers de la ville, donne au rond noir, autour de la
cheville, du premier coup; va au jeu de paume.

_Le 13, dimanche,  Orlans._--Il va chez la Reine, au jeu de paume,
puis  la messe  Sainte-Croix.

_Le 14, lundi, voyage._--Il va  la messe, puis  la porte d'Illier,
monte  cheval et part d'Orlans  neuf heures et un quart, et va, pour
tre mal guid, jusques au faubourg de Meung, revient  Saint-Til, o
son dner toit prt. A deux heures il entre en carrosse et  cinq
heures et un quart arrive  Beaugency, va jouer  la paume, revient au
chteau  six heures.

_Le 15, mardi, voyage._--A huit heures et un quart il entre en carrosse
et va  Chambord;  demi-chemin il est mont  cheval et a chass.
Arriv  onze heures et un quart, dn, il va visiter le chteau, fut
partout, le trouve beau, va pcher. A deux heures et demie il entre en
carrosse, et  six heures arrive  Blois, va  l'glise, en fut fch
pour ce qu'on lui dit aprs que ce n'toit point un vch. On lui dit
que c'toit une glise de fondation royale; il se contente, puis va au
chteau.

_Le 16, mercredi,  Blois._--Il va par la grande alle,  pied,  la
Noue, o s'toit loge Mme de Guise la douairire, pour n'avoir voulu
loger au chteau,  cause de feu M. son mari[194]; le Roi commanda que
l'on ne dt pas qu'il y et t. Il revient  la messe aux Capucins,
puis  onze heures chez la Reine, o se tenoit le conseil. Aprs dner,
il va chez les horlogers, la Reine aussi.

  [194] Henri Ier de Lorraine, dit _le Balafr_, assassin au
  chteau de Blois, le 23 dcembre 1588.

_Le 17, jeudi,  Blois._--Soup en la salle des tats; peu aprs
il monte  cheval, et va au-devant de la Reine, qui toit alle au
promenoir[195]  la Noue.

  [195] A la promenade.

_Le 18, vendredi, voyage._--Il va  la chapelle du chteau,  huit
heures et un quart entre en carrosse, part de Blois, et  onze heures
arrive  Pont-Levoy, o il a dn. Parti  une heure, il arrive 
quatre heures  Montrichard, va se promener, tire de la harquebuse, va
chez la Reine.

_Le 19, samedi, voyage._--A huit heures et demie il part de
Montrichard et va  la Bourdaisire, o il a dn  midi. Il part 
trois heures en carrosse,  un quart de lieue monte  cheval, ayant
trouv en chemin plus de six mille habitants en armes. Entr  Tours,
il va  Saint-Gatian, et puis,  sept heures et un quart, loger en
l'htel de Samblanay.

_Le 20, dimanche,  Tours._--Il va en carrosse jouer au palemail, puis
 Saint-Gatian. Il va  vpres au Plessis; M. de Lansac, capitaine du
chteau, donnoit la collation. Il revient en carrosse;  sept heures
soup, il va en sa chambre, puis  l'abbaye Saint-Julien, our la
comdie franoise, donne par M. de Courtenvaux qui y logeoit.

_Le 21, lundi,  Tours._--Il va chez la Reine, puis en carrosse 
Saint-Martin, revient  onze heures. tudi, etc.; il va en carrosse
au Plessis et  Saint-Cme, o il a fait terrir des blaireaux, a fort
travaill. Aprs souper il va  Saint-Julien,  la comdie franoise
donne par M. de Courtenvaux.

_Le 22, mardi,  Tours._--Il va  la messe aux Capucins et  vpres 
Marmoutiers, puis au Plessis trouver la Reine, o Mme de Lansac lui
donnoit la collation. Aprs souper il va  Saint-Julien,  la comdie
franoise.

_Le 23, mercredi,  Tours._--Il va en carrosse aux Jacobins, puis au
clos de la Bourdaisire, et aprs jouer au palemail. A quatre heures et
demie il va en carrosse sur le quai de la Fre tirer de la harquebuse,
au blanc, avec les harquebusiers de la ville, gagne le blanc. Mis au
lit, il s'endort  la musique de luths et de voix.

_Le 24, jeudi,  Tours._--Il va aux Carmes, au palemail;  trois heures
et demie men en carrosse au Plessis, o il fait chasser ses petits
chiens. Aprs souper il va chez la Reine, puis  la comdie franoise.

_Le 25, vendredi,  Tours._--Il va  la messe  Saint-Martin;  deux
heures et demie il va en carrosse pour mettre la premire pierre  la
porte de...[196] sur la rivire, puis  Marmoustier.

  [196] Ce nom est rest en blanc.

_Le 26, samedi, voyage._--Il part de Tours, va  Cousires, o il a
dn  dix heures. A trois heures il entre en carrosse, et  six heures
arrive  Sainte-Maure.

_Le 27, dimanche, voyage._--Il va en carrosse  l'glise, puis part et
arrive  onze heures au port de Piles, o il a dn. A une heure et
demie il entre en carrosse, et  Ingrande,  trois heures et demie,
got; il monte  cheval, et  six heures arrive  Chtellerault, va
jouer  la paume. Aprs souper il va chez la Reine, achte beaucoup de
besognes de coutellerie et de diamants du pays, disant que c'toit pour
envoyer  ses enfants qui toient  Saint-Germain-en-Laye; c'toient
Monsieur, son frre, et Mesdames, ses soeurs.

_Le 28, lundi, voyage._--veill  quatre heures par le bruit des
passants et du charroi, il entend les injures qu'ils s'entredisoient,
s'en rit. A sept heures et trois quarts il entre carrosse;  une lieue
environ, dans la garenne, il y a la fontaine de Nerpuis, sur la main
droite, o le sieur de l'Isle-Rout donnoit  djeuner  plusieurs
de ses amis de la Cour, bons compagnons. Le Roi les voyant, demande
que c'est; on lui dit: C'est l'Isle-Rout qui donne  djeuner aux
goinfres de la Cour.--_Je y veux aller_, dit-il; il met pied  terre,
et dit gaiement, faisant du bon compagnon: _, j'en veux tre des
goinfres de la Cour_, se prend  djeuner, mange deux perdreaux,
l'estomac de deux poulets, un peu d'une langue de boeuf; M. de la Cure
servoit les plats  cheval. Le Roi dit en sautant: _Adieu, mon hte_,
rentre en carrosse, et arrive  Jauln, o,  une heure, il a dn. Il
entre  cheval, sous le pole,  six heures et demie  Poitiers, va 
Saint-Hilaire.

_Le 29, mardi,  Poitiers._--veill  une heure en sursaut, il se veut
lever sans dire la cause; ses valets de chambre, les sieurs de Heurles
et Armaignac, l'en veulent empcher, croyant qu'il rvt: _Laissez-moi,
laissez-moi_, dit-il; il se lve en chemise et ainsi veut aller 
la salle. Remis au lit, il se rendort jusques  neuf heures et un
quart. Lev, bon visage, etc., il va chez la Reine, puis en carrosse 
Saint-Pierre, revient  onze heures, ne sort point du logis,  cause de
la chaleur, jusques  cinq heures et demie, va jouer  la paume.

_Le 30, mercredi,  Poitiers._--Il va tirer au prix des harquebusiers
de la ville, donne du premier coup dans la cheville; il donne le prix,
c'toit une charpe,  celui qui avoit fait le meilleur coup aprs lui.

_Le 31, jeudi,  Poitiers._--Il va  la messe  Sainte-Croix, va en
sa chambre, chez la Reine; tudi. A trois heures et demie il va
au Palais, voir jouer une pastorelle (_sic_) par les coliers des
Jsuites, la Reine aussi.

_Le 1er aot, vendredi,  Poitiers._--Il va  la messe  Saint-Pierre,
revient  onze heures et un quart chez la Reine, au conseil. Il va
 vpres aux Jacobins, entre en leur jardin. Mis au lit, il joue au
tric-trac.

_Le 2, samedi,  Poitiers._--Il va en carrosse  la messe,  la
Trinit, revient chez la Reine, va  la chasse, joue  la paume. Aprs
souper il va chez M. de Souvr, qui se trouvoit mal, y joue au piquet.

_Le 3, dimanche,  Poitiers._--Il va aux Cordeliers en carrosse, va
jouer  la paume, puis  la messe aux Carmes et  vpres aux Cordeliers.

_Le 4, lundi, voyage._--A sept heures trois quarts il part de Poitiers,
 demi-lieue rencontre le marquis de Coeuvres, revenant de Bretagne,
portant assurance de l'affection et fidlit de M. de Vendme, et
obissance au service de Sa Majest. _Ho! quelle obissance! il n'a pas
encore dsarm_, dit le Roi. Il reoit froidement M. de Coeuvres, et,
refusant de recevoir la lettre dudit sieur de Vendme, la fait bailler
et lire  M. de Souvr, o toient les mmes termes, o aussi il redit
les mmes paroles. Il arrive  neuf trois quarts au Breuil, o il a
dn, puis  quatre heures entre en carrosse, et  cinq heures et demie
arrive  Mirebeau, va au jeu de paume, au jardin, chez la Reine.

_Le 5, mardi, voyage._--Il va  Notre-Dame, part  huit heures et demie
de Mirebeau, et arrive  dix heures et demie  Aubourg, o il a dn.
Arriv  Loudun, il va  l'glise et de l,  sept heures et un quart,
chez M. d'Armaignac, l'un de ses premiers valets de chambre, o, de son
mouvement, il voulut aller souper. Il revient en son logis, et va  la
comdie franoise.

_Le 6, mercredi, voyage._--A huit heures djeun; il va  cheval  la
messe,  Notre-Dame-de-Recouvrance, puis encore un peu djeuner chez
le sieur d'Armaignac, ayant su qu'il en donnoit aux sieurs de Termes
et de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre. Il entre en
carrosse, et part de Loudun  huit heures trois quarts, et arrive  dix
heures trois quarts  Bellecave, o il a dn. Il arrive  six heures
et demie  Saumur, va  Notre-Dame de Nantilly et  la ville, va chez
la Reine.

_Le 7, jeudi, voyage._--A neuf heures et demie il entre en carrosse
sans djeuner, va  Saint-Florent, o il est arriv  dix heures et
demie, va  la messe, puis,  onze heures et un quart, dn au lieu du
djeuner, donn par M. de Souvr,  qui toit l'abbaye. Il monte au
chteau, va chez la Reine, et  neuf heures revient  Saumur.

_Le 8, vendredi, voyage._--Il va  Saint-Pierre,  la messe, puis
en carrosse jusques au-dessous du pont o, pour la premire fois
qu'il a fait voyage sur l'eau, il entre dans le bateau  six heures
et demie et part de Saumur. Il arrive  onze heures et un quart 
Saint-Mathurin-sur-Loire; durant le chemin il ne fut jamais assis ni
en repos, fait charger ses pistolets, tire et les baille  tirer en
salve contre d'autres de sa suite qui toient en autres bateaux; il
fait faire et fait lui-mme de petites fuses qu'il fait tirer dans
le bateau et dans l'eau. Le peuple toit amass  diverses troupes
sur les bords de la rivire, avec larmes et grandes acclamations de
joie et de _Vive le Roi_; un peu au-dessous de Roziers, il s'avana
environ cinquante ou soixante femmes dans l'eau jusques au genou, pour
approcher plus prs du bateau et le voir. Il arrive  quatre heures
et un quart au Pont-de-C, va chez le sieur Bodinet, o il change de
chemise et d'habit, entre en carrosse et,  une maison de la ville,
monte  cheval, et arrive  Angers  six heures et un quart. Aprs
avoir ou toutes les harangues, il va  l'vch, puis en son logis, et
aprs souper chez la Reine.

_Le 9, samedi,  Angers._--Il va  la messe aux Carmes, au jardin, chez
la Reine, puis jouer  la paume.

_Le 10, dimanche,  Angers._--Il va  la messe  Saint-Maurice, puis
va voir le chteau. A trois heures il va  vpres, puis voir un combat
naval et des artifices  feu.

_Le 11, lundi, voyage._--A sept heures il entre en carrosse et part
d'Angers, va  la messe  la Bamette, entre en bateau, et  deux heures
trois quarts, par mauvais temps de vent et de pluie, il arrive 
Ingrande. Dans le bateau il mange du pain bis du batelier et du boeuf
bouilli pris  un cabaret, sur le bord de l'eau; il met dix pistolets
sur une petite planche, comme canons en batterie, accommode des mches
au bout des fourchettes, et y met le feu, les faisant tirer en salve.
Le vent toit si contraire qu'il sort du bateau, et ayant envoy devant
ses carrosses, il trouve celui de M. le marquis de Saint-Chamond, se
met dedans, part d'Ingrande, et avant que se mettre dans le carrosse,
se voyant mal accompagn, ses gendarmes et chevau-lgers tant alls
devant, il charge lui-mme deux pistolets de deux balles chacun. A sept
heures il arrive  Ancenis, au chteau.

_Le 12, mardi, voyage._--A huit heures il part d'Ancenis en carrosse,
est mis  cheval pour le mauvais chemin, et arrive  midi  Maulve, o
il a dn. A trois heures il rentre en carrosse, et  six heures arrive
 Nantes, au chteau; aprs souper il va chez la Reine.

_Le 13, mercredi,  Nantes._--Il va chez la Reine, puis  la messe aux
Minimes, va en bateau voir pcher.

_Le 14, jeudi,  Nantes._--Il va  la messe aux Minimes, va chez la
Reine, tudie, puis va aux Chartreux.--Mis au lit  neuf heures, il dit
son office pour communier le jour suivant.

_Le 15, vendredi,  Nantes._--Il va  la messe  Notre-Dame par la
poterne, revient  onze heures et demie, et dans la cour du chteau
touche six cents malades. A trois heures il va en carrosse  vpres,
aux Chartreux. Mis au lit,  dix heures et demie, il s'endort en rvant
et parlant: _Donnez-moi mon horloge, et tt_; et autres propos jusques
 une heure, sans s'veiller.

_Le 16, samedi,  Nantes._--Il va, par la poterne,  la messe aux
Minimes, va chez la Reine, puis sur l'eau, aux les, et  onze heures
arrive sur la fosse,  la maison des marchands, o il a dn. Il
regarde de ses fentres le prparatif qui se faisoit pour son entre.
A ct de son logis il y avoit un petit chafaud couvert, o il toit
assis dans sa chaise, et l les corps de la ville lui faisoient les
harangues. A cinq heures mont  cheval, mis sous le dais, il fait son
entre par la porte Saint-Nicolas, et va  Saint-Pierre. A sept heures
il arrive au chteau, va jouer  la paume.

_Le 17, dimanche,  Nantes._--Il va  vpres aux Minimes, puis jouer 
la paume;  six heures il va sur la rivire, descend jusqu' la fosse
et revient  sept.

_Le 18, lundi,  Nantes._--Il va  la messe aux Minimes et de l entre
en carrosse, va  Chassay, maison de M. l'vque de Nantes, o il a
dn. Il revient  six heures et un quart  Nantes, va chez la Reine.

_Le 19, mardi,  Nantes._--Il va sur la terrasse o est la treille, y
a djeun. Vtu pour aller ouvrir les tats de la province, il va chez
la Reine, o les dputs des tats le viennent prendre. Il y va  dix
heures et un quart, accompagn de la Reine, o il pronona ces mots du
sien, et autres que ceux qu'on lui avoit baills par crit: _Messieurs,
je suis venu ici avec la Roine, ma mre, pour votre soulagement et
repos. Monsieur le chancelier vous tmoignera le demeurant_. Il en
revient  douze heures et un quart; dn.--Aprs souper il va en sa
chambre, fait danser les passepieds et branles de Bretagne aux violons
qui toient venus jouer devant lui.

_Le 20, mercredi,  Nantes._--A cinq heures il va  la fosse, pour voir
le combat de deux galiotes et autres petits vaisseaux.

_Le 22, vendredi,  Nantes._--tudi, etc.; il va  la messe aux
Jacobins, revient  onze heures et demie chez la Reine, o M. de Retz
arrive, lui fait la rvrence, s'excusant si plus tt il n'toit venu
lui faire la rvrence. Le Roi ne lui rpond rien; le gnral des
galres remarquant cela dit audit de Retz qu'il falloit passer outre
et demander pardon; M. de Retz en prend l'occasion au sortir de la
chambre, et lors le Roi lui rpond: _Quand vous me le tmoignerez par
effets, je vous aimerai aussi_. A deux heures et demie il entre en
carrosse, et va  Chassay.

_Le 23, samedi,  Nantes._--A deux heures et demie il va en carrosse 
la Touche, o il a got.

_Le 24, dimanche,  Nantes._--Il va jouer  la paume, est un peu bless
d'un coup de balle sur l'orbite de l'oeil droit par le chevalier de
S....[197], puis va  la messe aux Minimes. A deux heures et demie il
va en carrosse se promener, tire de la harquebuse et tue un oiseau dans
la rivire, par-dessus le cheval.

  [197] Le nom est rest en blanc.

_Le 25, lundi,  Nantes._--veill  trois heures, doucement, il ne se
peut rendormir, fait lire, enfin  quatre heures se rendort jusques 
huit. Il va jouer  la paume, puis  la messe  Saint-Pierre;  deux
heures et demie il va  vpres, puis au bal  l'htel de ville, o il
a vu danser avec plaisir les danses du pays. A huit heures et demie
il voit, de sa chambre, jouer les artifices  feu faits sur un petit
bateau par le sieur Morel.

_Le 26, mardi,  Nantes._--A onze heures et demie dn; M. de Vendme
arrive sur son dner. Le Roi le salue froidement, et comme il et fait
un simple gentilhomme, sans se retourner. Sire, lui dit M. de Vendme,
je n'ai voulu faillir  venir trouver Votre Majest, aussitt que j'en
ai reu le premier commandement, et pour l'assurer que je n'ai point
d'autre volont que d'tre son trs-humble et trs-obissant serviteur,
dsirant de le tmoigner par le sacrifice de ma vie. Le Roi, la voix
tremblante et la face blme de colre, lui rpond: _Servez-moi mieux
pour l'avenir que vous n'avez fait par le pass, et sachez que le plus
grand honneur que vous ayez au monde c'est d'tre mon frre._--Je le
crois ainsi, dit M. de Vendme. Le Roi va en sa chambre puis chez la
Reine, o il mne M. de Vendme, revient en sa chambre, change d'habit,
est bott, entre en carrosse, et va en la plaine Saint-Julien pour y
voir (lui  cheval) le rgiment nouveau des Suisses.

_Le 27, mercredi,  Nantes._--Il va hors la ville,  cheval, faire
voler ses merillons, fait plusieurs autres chasses  la harquebuse,
aux grenouilles, revient  quatre heures trois quarts, donne audience 
l'ambassadeur d'Espagne.

_Le 28, jeudi,  Nantes._--Il va  la messe  Saint-Pierre et  onze
heures et demie chez la Reine, o l'vque de Dol parle au nom des
tats, qui remercient LL. MM. et font don de 400,000 livres au Roi et
de 50,000  la Reine. A midi dn; il va chez la Reine, donne audience
 tous les dputs particuliers des tats, selon les bailliages. Il va
jouer  la paume, fait courir par ses bassets un jeune cerf dans les
fosss du chteau.--Mis au lit, il s'endort au luth et  la voix du
sieur Bailly.

_Le 29, vendredi,  Nantes._--Dormi avec inquitude, par impatience
de lever matin pour aller  la chasse; il va  la chasse avec ses
merillons.--Aprs souper il va en sa chambre, o Messieurs des Comptes
viennent prendre cong de lui; M. de Souvr l'instruisant de ce qu'il
avoit  leur rpondre, ayant su qu'ils devoient venir, lui dit de leur
rpondre qu'il toit fort content de leur service, et qu'ils eussent 
continuer: _Bien, bien, mousseur de Souvr_, lui rpond le Roi, puis
il se retire  part, et dit au sieur de Heurles, l'un de ses premiers
valets de chambre: _Monsieur de Souvr me baille des harangues que je
ne veux pas dire comme il me les dit. Je doute que tous m'ayent bien
servi._

_Le 30, samedi, voyage._--A sept heures et demie il entre en carrosse
par le petit pont, va  la messe aux Bonshommes et part de Nantes en
carrosse. Il va  la tour d'Oudon, o il a dn. A cinq heures il
arrive  Ancenis, est dbott, va jouer au jeu du billard au village,
revient  six heures; la Reine arrive. Mis au lit, il fait chanter deux
pages de la musique pour s'endormir; M. de Vendme vient pour le voir
et demande  M. de Pluvinel si le Roi dormoit; M. de Heurles, premier
valet de chambre, va ouvrir doucement le rideau pour le savoir; le Roi
lui demande tout bas: _Qu'est-ce?_--Sire, c'est M. de Vendme qui
vient voir Votre Majest.--_Dites que je dors._

_Le 31, dimanche, voyage._--A sept heures il monte  cheval, part
d'Ancenis et va jusques  Ingrande, o il entre en carrosse jusqu'
Saint-Georges, o il a dn et got. A trois heures il entre en
carrosse et part de Saint-Georges; en chemin,  cause de la chaleur
fort grande, il se fait descendre dans la fort pour prendre le frais.
Prs d'Angers il monte  cheval, et entre  Angers  sept heures, me
dit qu'il avoit mal  la tte, qu'il et mieux aim se coucher que
souper, si son lit et t arriv.

_Le 1er septembre, lundi,  Angers._--veill  sept heures et un
quart, lev, etc., il reoit le sieur de Bonnevau, gouverneur du
Pont-de-C, contre qui il avoit t fch. Il va en carrosse jouer
 la paume, puis  la messe aux Cordeliers, revient  onze heures
chez la Reine, s'amuse sur une tringle du lit de la Reine, revtue de
velours,  danser dessus comme s'il et dans sur la corde, en tenant
la pareille aux mains, pour le contrepoids. A deux heures il entre en
carrosse, et va au Pont-de-C, au chteau, o il a got, se promne
partout, revient  six heures trois quarts.

_Le 2, mardi, voyage._--Il entre en carrosse  six heures et demie,
va hors la ville  la messe  Saint-Cyre, puis part en carrosse
d'Angers, passe par le verger pour voir la maison, et  onze heures
et un quart arrive  Duretal, o M. le comte de Schomberg lui fait
festin. Il va chez la Reine, puis  la galerie, o il s'amuse  faire
et  faire faire des fuses avec des tuyaux de chaume; et parce que le
vent qui venoit d'une porte ouverte remuoit les fuses mises sur des
planches o il faisoit la trane pour leur donner le feu, il ferme la
porte lui-mme et commande  un archer du corps de ne laisser entrer
personne, qui que ce soit. Il advient qu'il donne passage au sieur
Emmanuel, gentilhomme aragonois et l'un de ses ordinaires, de faon que
le vent passant remue ses fuses; il part de la main, va  l'archer:
_Pourquoi avez-vous ouvert la porte? je le vous avois dfendu! je
vous fairai casser._--L'archer s'excusant dit que c'toit un de ses
compagnons qui venoit de sortir et, sur cette occasion, ce gentilhomme
toit entr.--_Mais je vous avois dfendu de laisser entrer personne_;
et se tournant au sieur Emmanuel, mettant son chapeau au poing, il lui
dit gracieusement: _Ce n'est pas que je ne veuille bien que vous ne
soyez entr, j'en suis bien aise, mais c'est que je lui avois dfendu
de laisser entrer personne_. A six heures il entre en carrosse, et
arrive  six heures  la Flche, va au jardin, chez la Reine.

_Le 3, mercredi,  la Flche._--Il va au jardin voler des petits
oiseaux avec ses merillons, va  la messe, puis au collge des
Jsuites, o, en la grande salle, fut reprsente la tragdie de
_Godefroy de Bouillon_, et  quatre heures en la grande alle du parc,
devant la Reine, la comdie de _Clorinde_, revient  cinq heures, joue
 la paume.

_Le 4, jeudi, voyage._--A huit heures il entre en carrosse, part de la
Flche et arrive  dix heures et un quart  Malicorne. Un habitant de
Malicorne lui baille un arc de Brsil et six flches, pour un hommage
dont il avoit titre, qui portoit qu'autrefois un roi de France, passant
et logeant  Malicorne, donna  un de ses prdcesseurs quelque devoir
qu'il devoit au Roi, lequel le lui quitta le lui ayant demand,  la
charge qu'au lieu dudit devoir il payeroit un arc et six flches.--Il
va chez la Reine, joue aux checs en sa chambre, va  la pcherie  un
quart de lieue, court, va longtemps  pied.

_Le 5, vendredi, voyage._--On lui raconte comme le corps de garde des
Franois avoit t en alarme, pour un nombre infini d'ardents qui
paroissoient en diverses figures de batailles et approchant jusques
auprs de la sentinelle qui faillit  tirer, disparurent peu aprs;
qu'un pourvoyeur se trouva parmi ces ardents avec toutes les frayeurs
du monde. Autres disoient que c'toient des sorciers et qu'il y en a
beaucoup en cette contre-l[198]. A sept heures djeun; il va en
carrosse  la messe, et part aprs de Malicorne et va  Nages, o il a
dn. Il se met  la fentre et se joue, jetant des petites pommes 
ceux qui passoient. A trois heures il entre en carrosse, et, par le
faubourg de la Couture, fait son entre au Mans, reoit les harangues,
et  sept heures va  Saint-Julien, puis en sa chambre.

  [198] Il parut audit Malicorne, la nuit que le Roi y fut, plus
  de huit cents feux qui avanoient et reculoient comme si c'et
  t un ballet. (_Mmoires de Bassompierre._)

_Le 6, samedi, au Mans._--Il va jouer  la paume, va en carrosse
 Saint-Vincent, abbaye de moines o l'lection s'observe par
triennalit; aussitt que le Roi eut vu l'abb, il observa qu'il
n'avoit point de suite et le dit  M. Des Maretz, son aumnier, qui lui
en rend soudain la raison. A deux heures il entre en carrosse, et va 
Beaulieu, abbaye o il tire de la harquebuse aux lapins.

_Le 7, dimanche, au Mans._--Il va au jeu de paume, puis  la messe, 
l'abbaye de la Couture. Aprs dner il va en sa chambre, y fait monter
un fort petit mulet qu'on lui avoit donn, fait porter de l'avoine et
lui en donne lui-mme. Il va chez la Reine  deux heures, au sermon 
Saint-Julien, puis en carrosse  Notre-Dame-des-Prs,  vpres, s'amuse
 tirer de la harquebuse aux oiseaux.--Mis au lit, il est entretenu par
le sieur de Palmot-Sancy des singularits de la mer Australe, parlant
des poissons volants et comme ils se prenoient.

_Le 8, lundi, au Mans._--Il raconte comme il avoit song qu'il voyoit
des poissons volants et appeloit de Heurles, son premier valet de
chambre; il dormoit et parloit; il toit hors des draps sur le milieu
du lit, se vouloit lancer pour en aller prendre; remis au lit sans
s'veiller jusques  sept heures trois quarts. Il va chez la Reine,
puis  la messe  Saint-Julien, va jouer  la paume, va  vpres aux
Augustins.

_Le 9, mardi, voyage._--Il monte  cheval, et part du Mans  sept
heures, va chassant, et arrive  onze heures  Connar, o il a dn. A
sept heures et un quart il fait son entre,  cheval, sous le pole, 
la Fert-Bernard.

_Le 10, mercredi, voyage_[199].--Il part de la Fert-Bernard, et 
onze heures arrive  Nogent-le-Rotrou, o il a dn. Il va jouer  la
longue paume.

  [199] M. Bodinet, apothicaire du Roi, a recueilli ceci,  cause
  de mon indisposition, dit Hroard  cette date. Il partit sans
  doute le mme jour pour Vaugrigneuse, o le Roi lui fit une
  visite le 15 septembre suivant. Hroard ne reprend lui-mme son
  journal que le 29 septembre.

_Le 11, jeudi, voyage._--Il va  la messe, entre en carrosse, part de
Nogent et arrive  onze heures  Champron, o il a dn. A trois heures
il monte  cheval, et en chassant arrive  sept heures  Courville;
aprs souper il va chez la Reine.

_Le 12, vendredi, voyage._--Il part de Courville  cheval, et  cinq
heures et demie fait son entre  Chartres, va  la grande glise. A
sept heures soup; il va chez la Reine.

_Le 13, samedi,  Chartres._--Il va jouer, va  la messe, chez la Reine.

_Le 14, dimanche, voyage._--Il va  la messe, monte  cheval, part
de Chartres, va au gu de Lor, o il a dn, arrive  six heures 
Saint-Arnoul.

_Le 15, lundi, voyage._--A sept heures et un quart il part de
Saint-Arnoul en carrosse, passe par Angervilliers et l nous fait
l'honneur non espr ne attendu, et de son propre mouvement, de venir
 Vaugrigneuse, l'ayant rsolu au partir de Saint-Arnoul et ne l'ayant
voulu remettre  l'aprs-dne. Il arrive  neuf heures et demie, va
au jardin, au clos; djeun de ce qui se trouva de prt: des raisins
noirs, d'une fricasse de poulet, assez; la chair de trois ctelettes
de mouton en carbonade; d'un pt de livre, beaucoup; pain de la
maison, beaucoup (il le trouva si bon qu'il en fit prendre et emporter
trois); bu du vin clairet fort tremp. A dix heures trois quarts il
entre en carrosse, et s'en va  Limours o, environ midi, il a dn.
A deux heures il rentre en carrosse, et, par Brys, va  Chilly sur
Longjumeau.

_Le 16, mardi, voyage._--A sept heures et demie il entre en carrosse
et va au Bourg-la-Reine, o il a dn. A trois heures il monte 
cheval, et  cinq heures arrive aux faubourgs de Paris, parmi une
multitude de peuple incroyable des deux cts, jusques auprs du
Bourg-la-Reine, va  Notre-Dame, et au Louvre  huit heures.

_Le 18, jeudi,  Paris._--A deux heures il va  Madrid, o il a got.

_Le 20, samedi._--Il va  Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur et
Mesdames, ses soeurs.

_Le 29, lundi,  Paris._--Il va au bois de Vincennes, revient, et sur
les cinq heures,  l'entre de la rue de la Tixeranderie, rencontre
M. le prince de Cond, qui revient en poste, le fait entrer en son
carrosse. Je reviens  quatre heures et reprends.

_Le 1er octobre, mercredi,  Paris._--Il va par la galerie aux
Tuileries et  la messe aux Feuillants, puis chez Haran, qui avoit ses
chiens, qui avoit prpar le djeuner, y a mang d'un pt de livre et
une saucisse. Il revient  dix heures  la galerie, au conseil, et y
tient le conseil comme majeur[200]; ce fut le premier.--Mis au lit, il
fait voeu  Notre-Dame-des-Vertus s'il peut, le lendemain, au Palais,
prononcer sans faire faute ses paroles pour sa majorit.

  [200] Le roi tait entr le 28 septembre dans sa quatorzime
  anne.

_Le 2, jeudi._--Il va chez la Reine, est fort rsolu, et  dix heures
monte  cheval pour aller  la cour de Parlement, pour se dclarer
majeur, o il pronona hautement, fermement et sans bgayer, ces
paroles  l'assemble: Messieurs, tant parvenu en l'ge de majorit,
j'ai voulu venir en ce lieu pour vous faire entendre que, tant majeur
comme je suis, j'entends gouverner mon royaume par bon conseil,
avec pit et justice. J'attends de tous mes sujets le respect et
l'obissance qui est due  la puissance souveraine et  l'autorit
royale que Dieu m'a mise en main; ils doivent aussi esprer de moi
la protection et les grces qu'on peut attendre d'un bon roi, qui
affectionne sur toutes choses leur bien et repos. Vous entendrez plus
amplement quelle est mon intention par ce que vous dira monsieur le
chancelier.

_A la Reine_: Madame, je vous remercie de tant de peine que vous
avez prinse pour moi; je vous prie de continuer, et de gouverner et
commander comme vous avez fait par ci-devant. Je veux et entends que
vous soyez obie en tout et partout, et qu'aprs moi et en mon absence
vous soyez chef de mon conseil.

Il revient en carrosse  trois heures et demie, fort gai, se veut
coucher, ne veut point dner. Mis au lit, il se fait apporter des
petits jouets; got; il s'amuse  peindre sur des fonds de botes de
sapin. A neuf heures et un quart, il s'endort  la musique.

_Le 3, vendredi,  Paris._--A trois heures il dit qu'il a en
l'imagination les crmonies du jour prcdent: l'ordre, les rangs, les
alles, les venues des uns et des autres, en dormant, que cela trouble
son dormir; il se rendort jusques  six heures. Lev, djeun, il va
jouer  la paume, va  la messe en la chapelle de Bourbon, puis chez la
Reine, au cabinet des livres.

_Le 5, dimanche._--Il va accomplir le voeu qu'il avoit fait mercredi,
 son coucher,  Notre-Dame-des-Vertus[201], y va en chassant, revient
 cinq heures, va chez la Reine. Mis au lit, il s'endort  dix heures
jusques  onze; veill en sursaut,  demi, il se lve sur le lit,
disant: _Je le veux, je le veux, mais Soupite_ (le nom de son premier
valet de chambre en quartier).--Mais, que voulez-vous, sire?--_Aller
 mes affaires_; il s'veille, et rit de son songe.

  [201] Aujourd'hui Aubervilliers, prs de Saint-Denis.

_Le 10, vendredi._--A sept heures et un quart djeun; il voit en la
cour des cuisines le pourvoyeur, qui dlivroit le poisson, y va, voit
faire la dlivrance, en fait passer, encore qu'ils ne fussent pas de la
mesure, donne deux cus  l'huissier du bureau.

_Le 11, samedi._--tudi, etc.; il va chez la Reine, est bott, va
voler hors la porte Saint-Martin, revient au jeu de paume, va sur le
gu de Grve, o l'on avoit commenc le pont, y plante la premire
pierre, y met deux pices d'or et autant d'argent, avec ces devises:
l'une d'un pont commenc et imparfait: _Ripa regnaturus utraque_; et
l'autre d'un pont heurt des flots, pour la Reine: _Sic illa immota
procellis_.

_Le 12, dimanche._--Il va  la galerie, o il joue au billard.

_Le 13, lundi._--Il va vers le Roule o il monte  cheval, court et
prend deux livres, met pied  terre, mne lui-mme son cheval, ne
veut mme permettre que Charlot, l'un de ses valets de pied, le mne;
auquel, pour s'tre trouv seul auprs de lui, il donna un demi-cu.
Il s'en va  Villiers-la-Garenne, chez Mlle Brisset, o il fait sa
collation, entre en la cuisine, met M. le comte de la Rocheguyon 
la porte pour huissier, et lui se fait porter des oeufs, ayant t
auparavant au poulailler pour en prendre. Il donne deux cus  une
femme qui lui en apporta six et un poulet, se prend  faire des oeufs
perdus et des oeufs pochs au beurre noir, et des durs hachs avec du
lard, de son invention. M. de Frontenac, premier matre d'htel, fait
une oeufmeslette[202]; le Roi commande au petit Humires de prendre
un bton et de servir de matre d'htel, au sieur de Montpouillan
d'huissier,  d'autres de prendre des plats et lui prend le dernier
et marche ainsi  la salle, o toit M. de Souvr, auquel il avoit
command d'attendre ce qu'on alloit lui servir. Il fait l'essai du plat
qu'il portoit, s'assied, gote de l'omelette, peu, un peu de raisin
noir, pain bis, beaucoup; point bu. Il revient  cinq heures, va en la
galerie de Bourbon jouer au billard. Aprs souper il va chez la Reine;
M. de Nevers y arrive, il lui fait froid accueil.

  [202] C'est ainsi qu'Hroard crit toujours le mot omelette.

_Le 15, mercredi._--Il va au conseil, monte en sa garderobe, s'amuse
 ses harquebuses; en mme temps il arrive dans la cour de la rumeur
entre les pages et laquais de M. de Guise et de M. de Nevers, sur la
prfrence que dbattoient leurs cochers. M. de la Force, capitaine
des gardes, tant l prs du Roi, va dire: Il me semble que l'on
crie: Tue, tue. Soudain le Roi dit hardiment: _Chargeons  balle;
pour le moins ils ne nous prendront pas sans verd_. Il descend  la
galerie, s'amuse lui-mme  travailler avec le menuisier  dresser le
jeu de billard; sur les six heures M. de Nevers y vient, le supplie
de l'excuser de ce que ses gens avoient fait: _Je le trouve pas bon;
je m'en sens offens!_--M. de Nevers lui demande s'il lui plat qu'il
les mettra s mains de qui il commandera.--_Non, je leur pardonne pour
cette fois, mais que ils ne y retournent plus._

_Le 16, jeudi._--Il va au conseil des finances, en la galerie.

_Le 22, mercredi._--Il va en la galerie jouer au billard; tudi[203].
Il va  la messe en Bourbon,  la forge de Bourbon et  son curie,
puis au jeu de paume.--A souper, son pourvoyeur se plaignoit de la
perte qu'il faisoit pour la viande qu'il avoit tue, ne sachant pas que
l'on dt manger du poisson,  cause du jene extraordinaire command
pour l'assemble des tats; le Roi se retourne  M. Testu, matre
d'htel, lui commandant et parlant par compassion: _Que l'on la lui
passe, que l'on la lui passe_.--Le matre d'htel rpond qu'il n'y a
pas de fonds.--_Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas
du vtre._--Le matre d'htel vouloit repartir, le Roi reprend, fch:
_Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas du vtre_.

  [203] Ce mot revient maintenant trs-rarement dans le journal.

_Le 25, samedi._--Jou  la cligne-mussete[204], avec les sieurs de
Termes, de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre, et les
sieurs comtes de la Rochefoucauld, matre de la garde-robe, et de la
Rocheguyon.

  [204] On dit aujourd'hui _Cligne-musette_ ou _Cache-cache_.
  _Musette_, dit M. Littr, est une altration pour _mussette_,
  cachette.

_Le 26, dimanche._--A neuf heures et un quart il entre en carrosse, et
va aux Augustins, pour la procession gnrale, revient  trois heures
et demie. Devtu, mis au lit, il s'amuse  faire des petits canons
lui-mme, et le rouage aussi. A six heures et demie soup dans le lit;
en soupant quelqu'un dit que MM. du clerg des tats avoient pri M.
le cardinal de Joyeuse de prsider en leur chambre par honneur; qu'il
toit le doyen des cardinaux, et que c'toit une qualit de telle
prminence que si Sa Majest toit  Rome, il la prcderoit. Le Roi,
aprs avoir un peu rumin et branlant la tte, dit: _Nous sommes en
France;  Rome comme  Rome!_--Lev en robe et bottines, il va chez la
Reine, revient, s'amuse  faire jouer  _Ma compagnie me dplat_ et 
faire chanter sa musique.

_Le 27, lundi._--Il va chez la Reine et,  trois heures et un quart,
en la grande salle basse de Bourbon,  l'ouverture des tats gnraux,
o il a prononc ces paroles hautement, distinctement et avec une
belle action: Messieurs, j'ai dsir de voir cette grande et notable
assemble au commencement de ma majorit, pour vous faire entendre
l'tat prsent des affaires, pour tablir un bon ordre par le moyen
duquel Dieu soit servi et honor, mon pauvre peuple soulag, et que
chacun puisse tre maintenu et conserv en ce qui lui appartient, sous
ma protection et autorit. Je vous prie tous et vous conjure de vous
employer comme vous devez pour un si bon oeuvre. Je vous promets
saintement de faire observer et excuter ce qui sera rsolu sur tout
ce qui sera avis en cette assemble. Vous entendrez plus amplement ma
volont par ce que vous dira monsieur le chancelier. La Reine toit 
sa main droite, Monsieur  sa gauche, M. de Mayenne, grand chambellan,
 ses pieds; au-dessous M. de Fronsac, faisant la charge de grand
matre pour M. le comte de Soissons. Le sieur de Marquemont a parl
pour le clerg, le baron du Pont-Saint-Pierre pour la noblesse, et le
sieur Miron, prsident aux Enqutes et prvt des marchands, pour le
tiers tat. A cinq heures et demie le Roi est sorti;  six soup. Il
va chez la Reine, revient  huit heures trois quarts; mis au lit, il
s'endort au son des rgales[205].

  [205] De ses orgues. _Voy._ tome I, page 280, note 439, et au 8
  novembre suivant.

_Le 29, mercredi._--Il va par la galerie aux Tuileries, fait voler ses
merillons au premier parterre, va  la messe aux Capucins, puis chez
Haran[206], o il fait cuire des oeufs et les donne. Il revient  dix
heures et demie en carrosse, va chez la Reine, se plaint de douleur
de tte, les mains, le nez froids, dit qu'il a peine  respirer, se
couche sur des placets, se met vtu sous la couverture du lit de la
Reine; dn avec la Reine. A quatre heures pouls plein, un peu ht,
par colre passagre[207] du soir prcdent, sur ce qu'on lui avoit dit
que M. de Souvr vouloit empcher que le sieur de Luynes n'entrt en
sa chambre, jusques  prier la Reine de lui ter M. de Souvr, qu'il
ne pouvoit plus durer avec cet homme-l. Sur les six heures le pouls
ondeux, plus repos;  neuf heures lev, men en robe et mis dans son
lit, en la grande chambre.

  [206] _Voy._ au 1er octobre prcdent.

  [207] Hroard dit: _Ephemera ab ira_.

_Le 30, jeudi._--Remis au lit aprs dner, il envoie querir des
couleurs chez son peintre Bunel, s'amuse  les faire sur l'ardoise et
 peindre. A quatre heures lev en robe, il fait porter dans sa chambre
le billard qui toit en la galerie, joue au billard, voit danser un
petit ballet  Madame.

_Le 31, vendredi._--Il va chez la Reine;  une heure le froid le prend,
avec une lgre douleur extrme au ct droit des ctes, va  la
salle du conseil  deux heures, o il donne audience aux dputs des
tats qui venoient le supplier de se trouver, pour le jour d'aprs,
 leur communion aux Augustins, l o tous les trois ordres toient
assembls. Aprs il va en sa chambre, est devtu, mis au lit  deux
heures et demie. A trois heures, le froid pass, il entend vpres, la
Reine y tant. Peu aprs il demande  se jouer, dit que s'il ne s'amuse
 quelque chose qu'il deviendra mlancolique; il se fait donner sa
camisole et son petit manteau, et fait porter sa petite table et des
cartes. Il en fait des canons, souds avec de la cire d'Espagne, les
charge de poudre et de papier, y met le feu; ils tirent sans crever.

_Le 1er novembre, samedi,  Paris._--veill  sept heures et demie,
la langue rouge, gorge sche; il dormoit la bouche ouverte, le nez
empch. Il s'amuse  faire des canons et des chteaux de cartes.
Lev, il s'amuse assis  se jouer, va jouer au billard, fait jeter en
fonte[208]. La Reine le vient voir; il joue du tabourin en forme de
tabar, tout en action.

  [208] Sans doute par un mailleur. _Voy._ au 4 novembre suivant.

_Le 2, dimanche._--Lev en robe, il fait tirer ses canons faits de
cartes  jouer, de son invention, qui ne crevoient point, chargs de
poudre et de papier, monts sur des affts de cartes; joue du tambour.

_Le 3, lundi._--Vtu de son habit de ratine et de sa robe, il joue au
billard, fait voler sa pie-griche, s'amuse diversement et gaiement.
La Reine le vient voir; ils voient jouer des joueurs de marionnettes.
Il fait faire sur-le-champ un ballet qu'il fait danser, dans une heure
aprs,  huit de ses petits enfants, devant la Reine. Mis au lit, il
s'endort au son de la lyre par le sieur Bailly.

_Le 4, mardi._--Lev en robe, il joue au billard, fait travailler
un ouvrier en mail, lui fait faire des figures et autres besognes
pour en faire une blanque[209], fait voler des petits oiseaux  ses
pies-griches. La Reine le vient voir.

  [209] Une loterie.

_Le 5, mercredi._--Il se relve de sa maladie, va chez la Reine, puis
 la chapelle de son antichambre. tudi; il dit qu'tant malade
au lit et faisant voler des petits oiseaux en sa chambre par ses
pies-griches, il faisoit voeu aux pauvres d'un quart d'cu pour chacun
qu'elles prendroient. Il descend en sa chambre; avant que d'aller jouer
 la paume on lui vient dire que l'ambassadeur de Savoie desiroit de
le voir: _Qu'il attende! Monsieur de Savoie a bien fait attendre mon
ambassadeur monsieur de Rambouillet_. C'est que le soir prcdent, peu
devant son souper, M. de Crquy, qui venoit de Dauphin, lui avoit
racont comme M. de Savoie avait envoy dire  M. de Rambouillet qu'il
ne prt point la peine de passer plus outre que Turin, o il toit
arriv, craignant qu'il ne ret de l'incommodit d'aller  son arme
o il toit, prs de Verceil. Il voit l'ambassadeur de Savoie, puis
va au jeu de paume, o il est peu de temps, va jouer au jardin, o il
fait courir un levraut par _Valet_, son bon pagneul, puis va au jardin
devant sa chambre.

_Le 6, jeudi._--Il dit qu'il a song que le sieur de Luynes, un
gentilhomme qu'il aimoit, toit habill  la suisse, avoit des chausses
jaunes dcoupes, une grosse brayette verte et une grande fraise
pareille  celle des femmes, et qu'il jouoit du fifre; et que sa
matresse aussi toit habille  la suisse et jouoit du tabourin, et
qu'elle savoit bien jouer l'abattis[210], mais non pas le fredon (ce
qu'il disoit sans dessein). Il le racontoit  tout le monde, et me
commanda de l'crire. Il va chez la Reine et au conseil, puis va  la
chasse au Roule, o il monte  cheval, fait voler le cochevis[211] par
ses merillons.

  [210] L'_abattis_ et le _fredon_ doivent signifier diverses
  manires de battre du tambourin, et l'quivoque faite sans
  dessein par Louis XIII, mais remarque par Hroard, justifie
  l'opinion de M. Littr, qui voit dans _fredon_ l'tymologie de
  _fredaine_.

  [211] L'alouette.

_Le 8, samedi._--Il va chez M. de Souvr pour y voir faire des
meraudes, se y plat et en toutes sortes de besognes et inventions,
fait un cabochon de rubis fort bien et beau, revient  deux heures au
conseil. Mis au lit, il dit tout son service (divin) ayant  communier
le jour suivant pour toucher les malades, s'endort au son de ses orgues.

_Le 9, dimanche._--A neuf heures et demie il va  la messe en Bourbon,
communie, et  dix heures trois quarts, en la grande galerie du Louvre,
touche trois cent vingt malades. A onze heures et demie dn;  deux
heures et demie il entre en carrosse, va  vpres aux Jsuites, rue
Saint-Antoine.

_Le 11, mardi._--Il va  Notre-Dame-des-Vertus,  vpres, fait voler
ses merillons.

_Le 12, mercredi._--A une heure il va chez M. le commandeur de Sillery,
qui faisoit festin  la Reine, o il mangea des abricots secs et autres
confitures, puis s'en alla aux Tuileries.

_Le 16, dimanche._--Il va  vpres  Saint-Germain-de-l'Auxerrois, puis
va voir la reine Marguerite.

_Le 17, lundi._--Il s'amuse diversement, monte en sa garde-robe, o il
fait nettoyer toutes ses harquebuses, pour les montrer  M. le Grand,
qui devoit arriver, revenant de Bourgogne. Aprs souper il va chez la
Reine et  la comdie franoise.

_Le 18, mardi._--Il va au conseil, s'amuse, avec la plume et l'encre, 
faire des chevaux qui tirent un canon,  faire des arbres et une petite
glise, et une marie de village, et ne laisse pas d'couter et faire
rallumer par plusieurs fois les chandelles teintes, sur l'adjudication
d'un office de trsorier de France  Montpellier.--Mis au lit, il
s'endort  la musique des voix et des luths.

_Le 21, vendredi._--tudi; la leon lui semblant trop longue,
il demande  M. de Fleurence: _Si je vous donne une vch,
accourcirez-vous mes leons?_--Non, Sire. Il ne rpondit rien.--M.
le grand cuyer arrive au souper du Roi, revenant de son gouvernement
de Bourgogne; il le reoit avec une allgresse non pareille, s'avance
au-devant de lui: _Il y a longtemps que je vous attends_, lui dit-il,
l'ayant embrass un coup sur l'autre, et il le mne chez la Reine.

_Le 28, vendredi._--Il va  Gaigny voir une maison qu'il avoit achete
3,500 cus et donne  Haran, qui avoit ses chiens.

_Le 1er dcembre, lundi._--Il va en la galerie, chez le marchand de la
Chine, o il a achet des toffes et des meubles; va chez la Reine,
puis au conseil.

_Le 2, mardi._--Il va au logis de M. de Souvr, rentre en carrosse, et
va  la messe aux Jsuites, en la rue Saint-Antoine, puis revient au
bois de Vincennes, va  Villemunde, o il dne chez M. Leclerc[212].

  [212] M. Leclerc tait fils de Mme Leclerc, veuve d'un meunier
  des environs d'Ivry, et qui, en 1590, donna au Roi une forte
  somme avec laquelle il put payer les Suisses, qui menaaient de
  s'loigner, et gagner cette bataille dcisive. Henri IV anoblit
  ce jeune homme et lui donna une charge de conseiller au parlement
  de Paris. Ce fut la souche des Leclerc, marquis de Lesseville,
  qui subsistent encore en Champagne aujourd'hui.

_Le 8, lundi._--Il monte au cabinet des livres, s'amuse  faire des
vers sur le nez de M. de Luynes[213].

  [213] C'est la premire fois qu'Hroard n'crit pas Loynes.

_Le 12, vendredi._--Il mange presque tous les jours du beurre de
Bretagne donn par M. de Montmartin. Il va au conseil, joue au billard,
travaille peu.

_Le 19, vendredi._--Il va  Auteuil, pour voir la maison qu'il vouloit
acheter, o il se joue longtemps, va au parc de Madrid, rentre en
carrosse. En revenant, au droit des Ternes, le carrosse se rompt, il va
un long temps  pied, rentre dans le mme carrosse racoustr, rentre et
joue  un petit billard qu'il avoit fait faire. Le soir il va chez la
Reine.

_Le 21, dimanche._--Il va  deux heures au sermon, 
Saint-Jacques-la-Boucherie, puis  l'htel de Bourgogne, o il a mang,
comme il m'a dit, quatre ou cinq petits choux, achets par M. de Luynes
chez le ptissier.

_Le 30, mardi._--Il va chez la Reine, va par la galerie aux Tuileries;
il y faisoit mol. Chauss, sch, il revient par le mme chemin, va
chez la Reine. Le soir encore chez la Reine et  la comdie franoise.

_Le 31, mercredi._--Il va chez M. de Souvr, joue  la paume, va aux
vpres aux Cordeliers. Le soir il va chez la Reine, puis revient en son
petit cabinet; confess par le pre Coton.




ANNE 1615.

  Le jour de l'an.--M. de Bonneval et le lieutenant gnral de
  Luzarches.--Ballet de M. le Prince.--Clture des tats.--Discours
  du Roi.--Soup du Roi  Ptonville.--Inondation de la Seine
  dans le jardin des Tuileries.--Le Roi va constamment  la
  comdie et danse des ballets.--Cong des tats.--Mort de la
  reine Marguerite.--Son enterrement.--La paulette.--Remontrances
  du parlement.--Premire pierre de la statue de Henri IV au
  Pont-Neuf-des-Augustins.--Procession de Sainte-Genevive  cause
  de la scheresse.--Le Roi commence  apprendre l'quitation.--Il
  visite la Bastille.--Dn aux champs avec des seigneurs de la
  cour.--Voyage de Guyenne pour son mariage.--Il dne  Amboise,
  chez M. de Luynes.--Chenonceaux.--Poitiers.--Le Roi joue
  encore aux petits soldats.--Ruffec.--Angoulme.--Rception
  des dputs du parlement de Bordeaux.--Arrive en bateau
   Bordeaux.--Fianailles, par procuration, de Madame
  avec le roi d'Espagne.--Sjour.--change de princesses 
  Saint-Jean-de-Luz.--Hardie entreprise du cardinal de Sourdis
  pour sauver un condamn.--Entre du Roi et de la Reine.--Cadeau
  et chevaux du roi d'Espagne.--Ballet espagnol.--Les deux poux
  jouent aux petits jeux.--Le Roi ferre un cheval.--Excuses
  du cardinal.--L'olla podrida.--Le champ de bataille de
  Coutras.--Ftes de Nol  Aubeterre.--La vie du Roi toujours la
  mme.


_Le 1er janvier, jeudi._--Lev, bon visage; il va  la messe  Bourbon,
revient en la galerie o il touche deux cent trente malades. Il va au
sermon et aux vpres  Saint-Louis.

_Le 3, samedi._--Il va chez la Reine bott,  onze heures trois quarts
chez M. de Souvr pour le hter  dner. A midi il entre en carrosse,
va  la volerie, monte  cheval  la plaine de Grenelle jusques auprs
du Bourg-la-Reine, vole et prend le milan, le hron et la corneille,
dit au sieur de Luynes, gentilhomme qu'il aimoit: _Lones, dites 
monsieur de Plainville_ (capitaine des gardes) _qu'il ne laisse pas
approcher de moi beaucoup de personnes quand je chasse; pourtant
dites-lui qu'il ne se fche pas, si je me mets quelquefois en colre_,
puis le lui dit  lui-mme, lui disant qu'il y a accoutum son
compagnon.

_Le 5, lundi._--Il va chez la Reine,  deux heures au conseil, o M.
l'vque d'Angers parla contre l'autorit du parlement; il tire les
Rois, donne la fve  Dieu, puis  soi, avec les sieurs de Grammont, de
la Cure et Despraux.

_Le 6, mardi._--Il va au conseil, o le clerg, par l'vque d'Angers,
demandoit que le parlement ne connt plus des affaires d'tat, que le
premier avocat gnral ft ecclsiastique, que l'arrt donn le jour
prcdent au conseil ft cass, qui portoit que S. M. voqut  soi
en affaires, et cependant dfend au parlement de signer leurs arrts:
qu'ils ne partiroient pas de l qu'en leur prsence il ne ft cass.
M. le prince de Cond en voulut parler. Le cardinal du Perron lui dit
qu'il le rcusoit; et comme il voulut rpondre, le Roi se lve de sa
chaise et va au sieur Prince, et lui dit: _Monsieur, je vous prie,
n'en parlez plus_, et se retournant  d'autres: _puisqu'ils rcusent
Monsieur le Prince, ils me voudront aussi rcuser_[214].

  [214] Les dputs des tats parlrent derechef au Roi avec
  une insolence effroyable. _Voy._ dans le _Journal d'Arnauld
  d'Andilly_, le rcit de cette sance, page 25.

_Le 22, jeudi._--La Reine le vient voir, et lui apporte les provisions
pour le chteau d'Amboise, que M. le Prince, auquel il avoit t baill
en garde jusques  la tenue des tats, lui avoit renvoyes par M. le
duc de Ventadour[215]. Il les reoit en claquant des mains et disant:
_J'en suis bien aise_.

  [215] Anne de Lvis, gouverneur du Limousin, lieutenant gnral
  en Languedoc, mort en 1622.

_Le 31, samedi._--Il tudie et reste en la galerie, il pleuvoit; 
trois heures le fils du landgrave de Hessen le vient saluer[216]. Il va
au conseil,  six heures chez la Reine, le soir aussi, et  la comdie
franoise.

  [216] Probablement Othon, fils de Maurice, landgrave de
  Hesse-Cassel et d'Agns de Solms, lui-mme administrateur
  de Hirschfeld, n le 25 dcembre 1594, mort le 7 aot 1617,
  sans postrit, quoiqu'ayant t mari deux fois.--Son frre
  Guillaume, qui succda  son pre, ne naquit que le 14 fvrier
  1602.

_Le 4 fvrier, mercredi._--Il va chez la Reine  deux heures et demie,
donne audience  messieurs du tiers tat, faisant plainte de ce que le
sieur de Bonneval en Limosin avoit battu  coups de bton le lieutenant
gnral du Luzerche[217] au sortir des Augustins, o les tats gnraux
se tenoient. Le roi le renvoya au parlement. Il va aprs en carrosse
 la foire Saint-Germain-des-Prs, o il a achet quatre harquebuses,
ayant mpris toutes autres sortes de marchandises. Le soir il va chez
la Reine et  la comdie franoise.

  [217] Henri, seigneur de Bonneval, trouvant M. de Chavailles,
  lieutenant gnral d'Usarche en Limousin, lu malgr lui aux
  tats,  la sortie des Augustins, le 3 fvrier, le roua de coups
  de bton, puis se retira chez M. d'pernon et retourna chez lui
  en Limousin. Malgr les rclamations du Tiers et du Parlement,
  cette affaire n'eut pas de suite et Bonneval eut un rgiment en
  1615.

_Le 11, mercredi._--A quatre heures et demie aprs minuit, veill
doucement; il tudie ce qu'il devoit prononcer pour la clture des
tats. Lev  six heures, il monte au cabinet des livres, tudie
l'espagnol[218].

  [218] Le 12, le Roi mande au Louvre le prsident du Parlement et
  quelques conseillers, pour les interroger sur les dmarches de M.
  le Prince prs d'eux et leur dfendre de le recevoir  l'avenir
  aux enqutes et de le laisser parler au Parlement d'affaires
  d'tat. (_Arnauld d'Andilly._)--Le 25 M. le Prince va s'excuser
  prs du Roi.

_Le 22, dimanche._--A onze heures et demie il va en la salle pour voir
le ballet de M. le Prince, aprs avoir dormi longtemps chez la Reine.

_Le 23, lundi._--A trois heures et demie, accompagn de la Reine, il
part et va en la salle de Bourbon pour la clture des tats, o parla
pour le clerg M. de Richelieu, vque de Luon; M. le baron de Seneay
pour la noblesse, et M.[219], prvt des marchands et prsident aux
enqutes pour le tiers tat. Le Roi leur dit ces paroles: _Messieurs,
je vous remercie de vos tant bonnes volonts. Je fairai parotre par
les rponses qui vous seront faites le dsir que j'ai de servir Dieu et
soulager mon peuple, de protger un chacun, de rendre la justice  tous
mes sujets et de faire en sorte que vous soyez tous contents_[220]. Il
se couche  neuf heures, et s'endort jusques  cinq heures et demie
aprs minuit.

  [219] Robert Miron, prsident aux requtes du Palais, ambassadeur
  en Suisse, intendant du Languedoc, mort en 1641,  soixante-douze
  ans; il tait frre de Franois Miron, galement prvt des
  marchands en 1604, lieutenant civil, mort le 4 juin 1609.

  [220] _Voy._ le _Mercure franois_, t. III, p. 463, pour les
  dtails de cette sance.

_Le 26, jeudi._--Il va par la galerie aux Tuileries, conduit sa chelyte
(_sic_), tire par un cheval, au harnois sem de sonnettes, fait mettre
dedans M. le marchal de Souvr, et M. le Grand, y prend grand plaisir
et  se renverser sur la neige. Le soir chez la Reine,  la comdie
franoise.

_Le 4 mars, mercredi._--Le soir,  sept heures trois quarts, il
s'habille en masque, fait des ballets  cheval, mont sur des escabeaux
qui plient, puis danse  pied, puis fait jouer la comdie des Juifs.

_Le 6, vendredi._--Il va chez la Reine  midi, entre en carrosse, va
 la chasse, monte  cheval hors la porte Saint-Martin, vole et prend
la corneille, arrive au Bourget, et  l'entre du bourg, entre en la
maison du sieur de Hurles, nomme Petonville, se chauffe. Il faisoit
grand froid; il va en la cuisine, fait faire des omelettes, des
beignets, des oeufs perdus; ce fut lui qui les fit et en mange un peu,
dont il a got. Puis il remonte  cheval, et va jusqu'au Pontyblon,
o il vole le hron et le prend.

_Le 19, jeudi._--Il va aux Tuileries, tire des harquebuses  des petits
oiseaux; la rivire toit si grosse qu'elle toit dans le jardin, il y
fait venir un bateau, se met dedans et se fait conduire, se met dans
son carrosse et se fait tirer par quatre boucs. Le soir il va chez la
Reine, puis s'en va avec elle, pour voir danser le ballet de Madame que
la Reine faisoit faire. Il revient  quatre heures aprs minuit.

_Le 24, mardi._--Il va chez la Reine, au conseil, o les tats des
trois ordres ont leur cong.

_Le 27, vendredi._--Ce jour mourut la reine Marguerite, entre onze
heures et minuit, en son htel, rue de Seine, au bord de l'eau; on lui
a trouv une grosse pierre dans le fiel[221].

  [221] Elle laissa 100,000 livres aux pauvres et 200,000 cus
  de dettes; ses bijoux valaient 30,000 cus, et le reste de ses
  meubles 6,000  peine. Ce matin, dit Malherbe,  la date du 28
  mars, la chambre de la Reine toit si pleine de ses cranciers,
  que l'on ne s'y pouvoit tourner.

_Le 28, samedi._--Vtu de deuil violet, pour la mort de la reine
Marguerite de Valois.

_Le 2 avril, jeudi._--Il va aux Tuileries, revient  deux heures au
conseil, o l'on rpondoit les cahiers des tats.

_Le 9, jeudi._--Il va chez la Reine, o, sur les huit heures, M. le
commandeur de Sillery revient d'Espagne, y porter le portrait du Roi et
un bracelet de diamants[222].

  [222] _Voy._ la lettre de Malherbe du 23 mars 1615.

_Le 10, vendredi._--Il entre en carrosse  quatre heures pour aller au
faubourg Saint-Germain donner de l'eau bnite  la reine Marguerite;
MM. de Guise, de Mayenne et d'Elbeuf lui portoient la queue[223].

  [223] Comme il fallait trois personnages portant la queue du Roi
  et qu'il n'y avait que deux princes du sang, M. de Cond et M.
  de Soissons, MM. de Guise et de Longueville se disputrent la
  troisime place; la Reine dcida pour Guise; M. de Longueville
  partit alors pour Amiens, et les deux princes se retirrent; il
  fallut les remplacer, et on choisit ceux dont on lit ici les noms.

_Le 19, dimanche, jour de Pques._--Il va la messe aux Feuillants,
touche les malades, va  vpres aux Chartreux; communi, confess au P.
Coton.

_Le 26, dimanche._--Il va chez la Reine, o M. le prince de Candale
prte le serment de premier gentilhomme de la chambre. Il va au sermon
 Saint-tienne-du-Mont, revient au petit jeu de paume  la rue
Champfleury. Rentr, il joue au billard.

_Le 28, mardi._--Il va au conseil, et ensuite au cabinet des livres, o
il s'arme d'une cuirasse, brassards et un habillement de tte, fait de
ferblanc. Il tudie ainsi arm.

_Le 5 mai, mardi._--Il va chez la Reine, au conseil, monte  la forge,
va chez M. de Verneuil, revient  quatre heures et demie par la
galerie, s'amuse, sur la balustre du bout de la premire galerie, 
jeter des quarts d'cu, pour faire entre-battre de pauvres garons qui
toient en bas.

_Le 11, lundi._--La Reine avec lui tient conseil, et donne audience 
messieurs de la cour des aides et chambre des comptes, venant pour le
supplier de remettre le droit annuel que l'on appelle la paulette[224];
pendant l'audience le dessous prs du sige de Leurs Majests tout d'un
coup s'abaissa.

  [224] Droit annuel pay au souverain pour rendre les charges
  hrditaires: les parlements firent une grande opposition  la
  vrification de l'dit d'institution de l'anne 1605, et il fut
  mme d'abord publi seulement  la chancellerie. Louis XIV en
  ordonna le rachat et l'amortissement par l'dit de dcembre 1709.
  On appela cet impt la _Paulette_ du nom de Paulet, son premier
  traitant et encore la _Palotte_ de celui de Palot, successeur
  de Paulet.--M. le prsident de Nicola harangua pour la chambre
  des comptes et M. le prsident Chevalier pour la cour des aides;
  c'est pendant le discours du dernier que deux solives du plancher
  s'croulrent.

_Le 12, mardi._--Il va chez la Reine au conseil, o par arrt le droit
annuel de la palotte est rtabli.

_Le 26, mardi._--Il va au conseil  trois heures et demie, o vinrent
messieurs du parlement, en nombre d'environ quarante ou davantage,
porter quelques remontrances par crit qu'ils avoient  faire,
lesquelles furent lues en prsence de Leurs Majests. A cinq heures et
demie, le conseil fini, il monte en sa forge,  dix heures prend son
habit de ratine, s'amuse  faire brandiller dans un lit de sauvage[225]
le petit chevalier de Souvr, le sieur de Blainville, de Montpouillant
et M. de Candale.

  [225] Un hamac.

_Le 28, jeudi._--Il entre en carrosse avec la Reine, va au sermon et
aux vpres  Saint-Nicolas-des-Champs, revient  cinq heures  la
galerie, au parterre. Le soir il fait jeter des fuses le long de la
rivire.

_Le 31, dimanche._--Il va chez la Reine, la voit saigner; elle le fut
des deux bras. Il faisoit grand chaud.

_Le 2 juin, mardi._--A quatre heures il entre en carrosse, va au
Pont-Neuf des Augustins, y met la premire pierre de l'architecture qui
se faisoit pour la statue  cheval du feu Roi[226].

  [226] Ce pont, commenc en mai 1578, fut achev en 1604 sous la
  direction de Guillaume Marchand. La statue, du socle de laquelle
  Louis XIII posa la premire pierre, fut faite, le Roi et les
  bas-reliefs par Francheville de Cambray; le cheval, envoy par
  Cosme de Mdicis, fut coul par Jean de Bologne.

_Le 17, mercredi._--A sept heures il entre en carrosse et va 
Plaisance, maison de M. le Charron, trsorier de l'extraordinaire des
guerres, o il a dn.

_Le 18, jeudi._--Il va  la messe  Bourbon et  la procession en la
cour du Louvre, va au sermon aux Jsuites de Saint-Louis.

_Le 21, dimanche._--Il entre en carrosse, va prs de l'Htel-Dieu pour
voir passer la chsse de sainte Genevive, descendue pour la trop
grande et trop longue scheresse; les lgumes, grains et bls brls.
Ce fut la premire fois qu'il l'a vue descendue et en procession.

_Le 23, mardi._--Il va  l'htel de ville pour voir le feu de la
Saint-Jean.

_Le 6 juillet, lundi._--Il va par la galerie au-dessous, en l'endroit
du grand parterre, o M. de Pluvinel[227], l'un de ses cuyers,
trs-excellent en cette science, lui montre  monter  cheval pour la
premire fois, un petit cheval noir nomm _le Couchon_, va le pas, le
trot et courbettes, et passades, en rond, en battues, en avant, aussi
juste qu'il n'y avoit  redire; fit autant sur un cheval barbe de M. de
Guise, tant intelligent de la conduite, du talon et de la main, de la
houssine, et fermet du corps, qu'un chacun en toit en admiration. Je
dis ceci  la vrit et sans flatterie, et que tel s'en ft trouv qui
en et appris un an durant, qu'il n'et si parfaitement fait, ayant la
grce et prestance sur tout.

  [227] Antoine de Pluvinel, gentilhomme dauphinois, est le premier
  qui ouvrit en France des _acadmies_ selon la mode italienne.
  Il fut d'abord cuyer du duc d'Anjou, qu'il suivit en Pologne;
  Henri IV lui confia sa grande curie, le nomma son chambellan,
  sous-gouverneur du Dauphin et ambassadeur en Hollande. Il fut 
  son retour gouverneur du duc de Vendme, et il mourut  Paris,
  le 24 aot 1620, laissant des travaux trs-curieux sur l'art de
  l'quitation.

_Le 12, dimanche._--Il va chez la Reine  trois heures, entre en
carrosse, va en la place Royale, chez le sieur d'Escures, la Reine sa
mre aussi, pour voir la compagnie de gendarmes de Monsieur, qui se
trouva  la tte, et sur les quatre heures got de la collation du
sieur d'Escures.

_Le 13, lundi._--Ce jourd'hui, aprs dner, Monsieur a t mis entre
les mains de M. de Brves.

_Le 15, mercredi._--Il va par la galerie au mange, va en carrosse,
et la Reine aussi,  la Bastille, pour en tirer douze cent mille
livres[228], va par toute la Bastille, ne voit point M. le comte
d'Auvergne[229].

  [228] La chambre des comptes ayant refus cinq fois les lettres
  patentes du Roi pour extraire cette somme de la Bastille, un
  arrt du conseil dcida le 14 qu'on passerait outre, et le Roi y
  alla en effet le 15 avec sa mre et tous les grands de la cour.

  [229] Le Roi ne vit point M. le comte d'Auvergne, il n'y eut que
  la Reine. Comme il fut fait venir, on fit trouver bon au Roi de
  s'aller promener; comme il revint, on avertit le prisonnier de se
  retirer. (Lettre de Malherbe du 17 juillet.) _Voy._ dans cette
  lettre les dtails sur la descente du Roi et de la Reine mre 
  la Bastille.

_Le 18, samedi._--Il faisoit une des plus excessives et des plus
touffantes chaleurs qu'on et senties de mmoire d'homme. Il s'en
plaint, va au mange. On l'ventoit un peu, cependant il va chasser 
une heure.

_Le 21, mardi._--Il va  Champs, soudain au parc, monte sur une petite
butte, couverte en pavillon, o il fait porter son petit lit, le
fait monter et dresser et y aide lui-mme, va trouver les seigneurs
qui l'avoient accompagn, qui dnoient, MM. les ducs d'Uzs[230],
de Montbazon, le marchal de Souvr, les sieurs de Bassompierre, de
Saint-Gran, de Haillier[231], de Vitry et autres, se met  table parmi
eux. Ils boivent tous  sa sant. Il but  eux tous du vin clairet
fort tremp; retourne  sa butte, se couche dans son lit. Il se fait
entretenir par ces seigneurs de propos srieux, s'amuse  ses fuses.
Il revient  Paris souper.

  [230] Emmanuel de Crussol, chevalier d'honneur de la reine Anne
  d'Autriche en 1615, chevalier des ordres du Roi en 1619, mort le
  19 juillet 1657.

  [231] Franois de l'Hpital, seigneur du Hallier, frre du
  marchal de Vitry, fut nomm vque de Meaux par Henri IV; mais
  il prit la profession des armes, fut capitaine des gardes, et
  devint marchal de France en 1643; il mourut le 20 avril 1660,
  aim et estim des rois Louis XIII et Louis XIV pour sa fidlit
  incorruptible.

_Le 22, mercredi._--Il court, pour la premire fois, la bague sur la
place Royale: de deux courses, deux bonnes atteintes.

_Le 29, mercredi._--Au mange il court la bague et gagne le prix, qui
toit une montre d'horloge.

_Le 6, aot, jeudi._--Il va chez la Reine, au conseil, o MM. du
parlement et de l'htel de ville viennent par son commandement, pour
recevoir ses commandements durant son absence.

_Le 7, vendredi._--Tous les matins il va au mange. Il donne, aprs
son dner, audience aux dputs de province, envoys par les tats du
pays pour dsavouer leurs dputs envoys aux tats gnraux, sur ce
qu'ils avoient demand le concile de Trente[232]. M. Miron, prvt des
marchands, et les colonels de la ville prirent cong de lui.

  [232] Le mariage du Roi avait excit une vive sympathie en
  France; les Rforms seuls s'y opposrent de toutes leurs forces,
  et obtinrent mme qu'on retardt l'union jusque aprs la runion
  des tats gnraux, esprant qu'il en surgirait quelque obstacle.
  Les tats se sparrent sans rien rsoudre.

_Le 13, jeudi._--Ce matin le Roi tant encore au lit, et nous parlant
 lui, le tonnerre tomba dans la rue des Polies, devant l'htel de
Sipierne, o j'tois log; ma nice Claude du Val, encore couche, vit
passer l'clair et entendit comme le bruit d'une fuse.

_Le 15, samedi._--Il va  confesse, en son cabinet, au P. Coton, touche
trois cent cinq malades, va  la messe aux Feuillants,  vpres 
Notre-Dame.

_Le 16, dimanche._--Il va avec la Reine  la Bastille tirer de l'argent
pour son voyage de Guyenne[233]. En se couchant, il fait mettre son
rveille-matin  trois heures et demie.

  [233] Le Roi venait en tirer une somme de 1,300,000 livres pour
  armer un nombre suffisant de troupes.

_Le 17, lundi._--A six heures et trois quarts il entre en carrosse, et
part de Paris pour le voyage de Bordeaux, va  Chartres dner  dix
heures _au Dauphin_.

_Le 20, jeudi,  Orlans._--Il loge en la maison de M. de Beaumont,
bailli d'Orlans, la Reine loge  la grande maison.

_Le 24, lundi._--Il arrive  Amboise pour la premire fois; M. de
Luynes, gouverneur de la place[234], lui donne  dner. La Reine
arrive, il va au-devant, la mne en la salle o le sieur de Luynes lui
donne le festin. Le Roi dit qu'il ne veut pas souper, et cependant
mangea quelques grains de raisin. Il toit assis au-dessous de Madame,
et la servoit.

  [234] Il venait d'tre pourvu de cette charge.

_Le 25, mardi._--Il va chez la Reine, donne audience  messieurs les
dputs de la cour de parlement de Paris, sur la prison du prsident Le
Jay[235], et aux dputs de l'assemble tenue  Grenoble par ceux de
la Religion[236]. Le soir la Reine part pour aller souper et coucher 
Chenonceaux.

  [235] Le prsident Le Jay avait t arrt le 17, jour du dpart
  du Roi; on le conduisit au Louvre, et comme le Roi tait parti,
  on le mena  la suite du cortge; Mme Le Jay prsenta aussitt
  requte au parlement, et une dputation de quatre prsidents
  et six conseillers fut dpche vers la cour. Quand on sut le
  dpart de Louis XIII, l'agitation redoubla, le prince de Cond
  crivit pour l'exciter encore, et on expdia  Poitiers MM.
  d'Ons-en-Bray, Courtois et Pelletier. Le prsident Le Jay fut
  relch presque aussitt.

  [236] Le 28 le Roi reut les dputs rforms de l'assemble de
  Grenoble, et souscrivit  leur demande, le 12 septembre.

_Le 27, jeudi._--Il va au Plessis, o M. de Lansac lui a donn la
collation, va le soir  l'abbaye Saint-Julien, o M. de Courtenvaux
lui a donn  souper, revient  onze heures  Tours. Il y voit M. du
Plessis-Mornay.

_Le 31, lundi._--Il arrive  Poitiers, o il dne et soupe[237].

  [237] Pendant son sjour  Poitiers, le Roi publia une
  dclaration, date du 10, par laquelle il privait le prince de
  Cond et ses adhrents de tous biens et honneurs, comme criminels
  de lse-majest. Le prince avait quitt la cour en juillet et
  lanc, le 9 aot, un violent manifeste contre les membres du
  conseil du Roi.

_Le 2 septembre, mercredi._--Il se rend  Saint-Maure, et va en
carrosse aux Jsuites, o l'on reprsente devant lui des jeux dont le
sujet toit _l'Assemble des Dieux_ pour se rjouir de son mariage. Le
soir il va chez la Reine.

_Le 3, jeudi._--Le Roi va  Chtellerault, o M. de Sully le vient
saluer, et il regagne Poitiers.

_Le 14, lundi._--A deux heures chez la Reine, au conseil, puis 
Crotelles; il revient souper[238].

  [238] Madame tait malade de la petite vrole et la Reine
  galement. La cour demeura  Poitiers jusqu'au 28; mais le Roi
  changea aussitt de logis, et alla prs de la porte de la ville.

_Le 21, lundi._--Il va chez la Reine, revient  deux heures, va en
carrosse  vpres,  quatre heures en la grande place, o il monte 
cheval, et en fait manier, va au jeu de paume, puis chez la Reine  six
heures.

_Le 28, lundi._--Il va chez la Reine, se trouve un peu mal, a des
tranches. J'tois parti, l'on me renvoie querir; il est fch de ce
qu'il sait que 'avoit t en son nom, s'en fche contre M. de Souvr,
qui l'avoit fait, disant que tout le monde penseroit qu'il ft malade.
Il part de Poitiers avec la Reine  deux heures.

_Le 30, mercredi._--Il part de Couay avec la Reine, arrive  cheval 
Ruffay, au chteau, se promne aux jardins, soupe, va voir la Reine.

_Le 1er octobre, jeudi._--Il passe la Charente, et arrive  Angoulme 
sept heures trois quarts.

_Le 7, mercredi._--Il arrive  Bourg, o messieurs les dputs de la
cour du parlement de Bordeaux viennent lui faire leur soumission.
Il entre en un bateau couvert que messieurs de la ville lui avoient
envoy; la Reine, Madame et autres princesses dedans. Il dit qu'il veut
souper de ce qu'il avoit command lui-mme; auprs du gouvernail il
accommode une serviette sur un petit ais, a soup. Il arrive  Bordeaux
par la porte de Salinires, va en carrosse  l'glise Saint-Andr et 
l'vch, o il logea.

_Le 12, lundi._--La Reine vient au conseil; il va ensuite se promener,
et conduit la Reine en son logis chez le trsorier Martin, et dloge du
chteau du Haa; il s'amuse le soir  ses harquebuses.

_Le 16, vendredi._--Il va au mange de M. le cardinal de Sourdis, puis
chez la Reine.

_Le 17, samedi._--Madame a t fiance en la galerie du logis du Roi,
devant la Reine et le Roi, en l'vch, par M. de Sourdis, archevque
de Bordeaux, et M. de Guise, par procuration du roi d'Espagne[239]. Le
Roi reconduit la Reine en son logis.

  [239] L'infant d'Espagne, Philippe-Dominique-Victor, n le 8
  avril 1605, tait dans sa onzime anne; et Madame (lisabeth de
  France), ne le 22 novembre 1602, dans sa treizime anne.

_Le 18, dimanche._--A trois heures il sort  pied, en crmonie, va
accompagner Madame  l'glise, o elle fut pouse par M. le cardinal
de Sourdis  M. de Guise, qui avoit la procuration du roi d'Espagne. Ce
mme jour le Roi fut pous  Burgos par M. le duc de Lerme[240].

  [240] Franois de Roxas de Sandoval, duc de Lerme, etc., premier
  ministre de Philippe III; devenu veuf, il se fit donner en 1618
  le chapeau de cardinal; disgraci alors, il mourut en 1625.--Le
  duc de Guise avait conduit Madame jusqu'au milieu de la Bidassoa
  et y reut l'Infante, qu'il amena  Saint-Jean de Luz, o M. de
  Luynes lui remit une lettre du Roi.

_Le 20, mardi._--La Reine dit brusquement adieu  Madame, de peur des
larmes.

_Le 21, mercredi._--Le Roi va chez M. de Beaumont-Menardeau, conseiller
d'tat, o Madame toit loge pour lui dire adieu; cela ne fut pas
sans soupirs et sans larmes jusques aux cris. A onze heures elle entre
en carrosse, elle se met sur le devant auprs du Roi, accompagne de
Mlle de Vendme, de Mme de Conty, Mmes douairire de Guise et duchesse
de Guise, Mme de Montmorency; traversent ainsi toute la ville, non
sans faire parotre des larmes et des sanglots retenus, et sortent
par la porte Saint-Julien. A une demi-lieue de l il fut mis pied 
terre; ce fut lors que la nature fit jouer ses plus forts ressorts,
larmes, sanglots, soupirs, et cris mls avec les baisers et les
embrassements, tels qu'ils ne se pouvoient sparer; chacun faisant de
mme, mu par les larmes de ces jeunes princes, hormis Don Inego de
Calderon, ambassadeur d'Espagne, qui avoit ngoci le mariage, qui les
regardoit d'oeil sec, tchant de rompre ces accolades, criant  haute
et puissante voix: Allons, allons, princesse d'Espagne. Le Roi s'en
revint tout pleurant chez la Reine; il fut jusques  deux heures aprs
midi sans pouvoir apaiser son deuil ni ses larmes. Il revient  deux
heures et demie, se plaignant de douleur de tte, et me dit: _C'est
d'avoir pleur_.

_Le 27, mardi._--Sur la nouvelle apporte par le sieur d'Adonville,
du quartier de M. de Luxembourg, par le marchal de Bois-Dauphin, le
chevalier de Souvr lui demanda s'il y avoit eu beaucoup de morts?--_Il
y en a eu trois._--Ce n'est gure!--Le Roi dit: _C'est encore trop,
ils sont tous mes sujets; ils reviendront, et me feront service_.

_Le 31, samedi._--Il va chez la Reine, puis monte en son petit
carrosse, va en la maison du prsident de Lane, la Reine aussi; il y a
got.

_Le 1er novembre, dimanche,  Bordeaux._--Il va  la messe et 
confesse  Saint-Andr, y a communi, y touche les malades, va aux
vpres, au sermon, aux canaux qui sont derrire l'archevch, o il
avoit fait porter un esquif et une nacelle, se met dedans et tire 
l'aviron lui-mme.

_Le 4, mercredi._--Il s'amuse  inventer des trbuchets de cartes pour
prendre les mouches.

_Le 9, lundi._--Ce jourd'hui fut fait l'change des princesses 
Saint-Jean de Luz.

_Le 10, mardi._--Il crit  la Reine-Infante,  Bayonne, par M. de
Luynes:


  Madame, ne pouvant, selon mon desir, me treuver auprs de vous, 
  votre arrive en mon royaume, pour vous mettre en possession du
  pouvoir que vous aurez ici, comme de mon affection  vous aimer
  et servir, j'envoie vers vous Luynes, l'un de mes plus confidents
  serviteurs pour, en mon nom, vous saluer et vous dire que de moi
  vous tes attendue avec impatience pour vous offrir moi-mme l'un
  et l'autre. Je vous prie donc de le recevoir favorablement et de
  croire ce qu'il vous dira de la part,

    Madame,
    de votre plus cher ami et serviteur.
    LOUIS.

  A Bordeaux, le 9e novembre 1615.


crit dans son lit, en souffrant.

_Le 13, vendredi._--Le sieur de Luynes revient de Bayonne avec une
lettre de la Reine.

_Le 17, mardi._--En ce mme temps M. le cardinal de Sourdis, archevque
de Bordeaux, mont sur un cheval d'Espagne et la croix porte devant
lui, suivi de plusieurs seigneurs de qualit, gentilshommes et autres,
va  la Conciergerie, fait rompre  coups de gros marteaux les
ferrures, o le gelier fut tu, et tire hors des prisons le sieur de
Vaucastels, condamn  perdre la tte, n'attendant que l'excution,
ayant de gros fers aux pieds; il le fait mettre dans un carrosse,
l'accompagne jusques  la rivire, le fait mettre dans un bateau et le
fait sauver[241].

  [241] M. de Hautcastel tait condamn par la grand'chambre du
  parlement pour crimes normes. On pria instamment le Roi
  d'accorder l'abolition de la peine; mais le Parlement intervint
  et obtint le maintien, et on dcida que l'excution aurait lieu
  le soir mme. Mis en chapelle, le jsuite qui lui fut donn pour
  confesseur dclara qu'il avait tant de fautes sur la conscience
  qu'il fallait attendre au lendemain; des amis avaient d'ailleurs
  loign les deux bourreaux  prix d'argent. Force fut de cder,
  et aussitt l'archevque arriva bott et peronn avec une grosse
  escorte; il fit enfoncer les portes, en tira Hautcastel, le mit
  dans un bateau et le bnit. Le parlement alla se plaindre au Roi,
  qui dclara se charger de l'affaire; la cour fulmina un arrt
  contre le cardinal, avec dcret de prise de corps.

_Le 19, jeudi._--Il crit  la Reine par le marchal de Roquelaure.

_Le 21, samedi._--Il monte en carrosse pour aller incognito au-devant
de la Reine, arrive  Castres, distant de cinq lieues de Bordeaux, la
voit par une fentre, comme elle entroit en carrosse, assez longtemps;
elle part. Le Roi quelque temps aprs, et  deux lieues de la ville,
sur un beau chemin, fait arrter son carrosse au droit du sien, et,
marchant doucement, la regardoit, puis peu aprs se prend  lui dire
gaiement, en se montrant du doigt et tout haut: _Io son incognito, io
son incognito, touche, cocher, touche_. A une lieue de l, il monte
 cheval, ses chevaux tant las, arrive  Bordeaux  sept heures.
La Reine infante arrive  huit heures; il va dans son antichambre
et monte sur un haut dais; il y avoit six  sept marches  reposoir
et trois chaises en haut. Mme la princesse de Conty reut la Reine
infante au pied du degr; la Reine mre va  deux pas dans la salle
pour la recevoir, et la mne au Roi, qui descendit deux degrs et la
reut; mont, il s'assied au milieu, la Reine mre  droite et la
jeune  gauche; aprs il reut les dames espagnoles de la suite. On
fut un quart d'heure ensemble; puis  neuf heures le Roi et sa mre la
conduisent dans sa chambre, et il revient chez lui.

_Le 22, dimanche._--Vers une heure, il va chez la Reine qui
s'habilloit, lui prsente M. de Souvr et puis moi, n'en peut sortir.
Elle eut besoin d'une plume incarnate pour mler avec une blanche; le
Roi lui prsente son chapeau, o il avoit des deux, lui disant qu'elle
en prt ce qu'elle en voudroit. Elle le fait, le lui rend, et soudain
il lui dit: _Il faut que vous me donniez aussi un de vos noeuds_, qui
toient incarnats. Elle, se souriant, le lui donne, il l'applique en
faon d'enseigne au pied de sa plume.

_Le 25, mercredi._--A quatre heures il va  Saint-Andr, fait le tour
de l'glise, entend la messe, et se fait la crmonie accoutume avec
la Reine; ils entendent la messe. Il revient  cinq heures et demie,
conduit la Reine en sa chambre; il toit las, va en la sienne, se
couche et soupe au lit  six heures trois quarts. M. de Grammont et
quelques jeunes seigneurs lui faisoient des contes gras pour l'assurer;
il avoit de la honte et une haute crainte, enfin ils l'assurent. Il
demande ses pantoufles, et prend sa robe et va  la chambre de la Reine
 huit heures, o il fut mis au lit auprs de la Reine sa femme, en
prsence de la Reine sa mre;  dix heures un quart il revient aprs
avoir dormi environ une heure et fait deux fois,  ce qu'il nous dit;
il y paroissoit, le g.... rouge[242].

  [242] Hroard remplit scrupuleusement ses fonctions de premier
  mdecin du Roi en enregistrant ces dtails, qui se retrouvent
  dans un document intitul: _Ce qui s'est pass lors de la
  consommation du mariage du Roi_. Voy. _Revue rtrospective_, 1re
  srie, tome II, page 252.

_Le 29, dimanche._--Il fait son entre  Bordeaux avec la Reine, sa
femme,  deux heures, sur un chafaud fait exprs au coin de la maison.
Il reoit les harangues et le serment des corps de compagnies de
Bordeaux, puis fait son entre, arrive  l'vch, conduit la Reine en
sa chambre, et soupe aprs[243].

  [243] Le Roi tait magnifiquement vtu et couvert d'un cappot
  tout brod en or. Le matin le Roi se leva de bonne heure, et
  aprs la messe s'en alla avec une suite peu nombreuse sur le
  port des Chartreux, o les jurats lui offrirent le bateau sur
  lequel il s'embarqua, accompagn de quatre autres portant ses
  gardes et alla dbarquer devant une maison, prs du thtre,
  o il dna. A deux heures arriva la Reine, conduite par MM.
  de Guise et d'Elbeuf; Malingre raconte trs-longuement cette
  magnifique rception. Le soir il y eut un splendide banquet
  au Chteau-Trompette, d'o l'on revint en bateau  Bordeaux,
  assister  un feu d'artifice.

_Le 30, lundi._--Il descend en la cour, o il voit vingt chevaux
d'Espagne, que le roi d'Espagne lui avoit envoys pour prsent, tous
caparaonns de toile d'or. Il n'y en avoit que dix-neuf, le vingtime
s'toit noy en chemin, disoit-on. Il en fait monter quelques-uns.

_Le 1er dcembre, mardi._--Il va chez la Reine, o il voit danser un
ballet  l'espagnole par les filles de la Reine; elle en toit aussi;
puis ils se mettent  jouer des petits jeux comme on fait en France, ce
qui toit aussi d'Espagne. Puis il revient, et se met au lit.

_Le 4, vendredi._--Il va  midi en carrosse chez la Reine, sa mre,
ne veut pas aller aux Jsuites pour y voir reprsenter en comdie _le
mariage de Salomon_, va  la chasse, revient chez sa mre.--Pendant que
le soir il toit sur sa chaise perce, M. d'Elbeuf lui demanda s'il
avoit vu les jeux des Jsuites?--_Non, j'aime bien leurs jeux quand ils
prchent bien, mais je n'aime pas ces petites badineries._

_Le 5, samedi._--Il va chez la Reine, puis chez la Reine, sa mre, et
au conseil.

_Le 6, dimanche._--Il va chez la Reine,  l'htel de ville, o
messieurs de la ville lui donnrent une belle collation de confitures.
Il en mangea peu.

_Le 8, mardi._--Il va chez le sieur de Bissouze, hors la ville, pour
voir des feux d'artifice qui y avoient t faits sur des bateaux par
Gerumeau et par Bagaud, artilliers du Roi. Il revient chez la Reine 
six heures.

_Le 10, jeudi._--A dix heures et demie il monte  cheval sur celui qui
se nommoit _le Soleil_, cheval de couleur isabelle et lequel, du vivant
du feu Roi, il nomma _le beau cheval de papa_, va au Parlement tenir
son lit de justice, accompagn des ducs d'Elbeuf, d'Uzs, d'pernon,
du comte de Saint-Paul, des marchaux de Brissac et de Souvr. Il fut
plaid une cause de fermiers du pied fourchu, qui vouloient faire
payer les nouveau-ns; le Roi dcida de son mouvement en faveur des
innocents, disant: _Je veux que mes sujets le gagnent contre moi_.

_Le 12, samedi._--Il donne audience,  trois heures,  un ambassadeur
du Moscovite, venant rechercher l'amiti du Roi et lui offrir la
sienne; l'ambassadeur demande avant que parler que le Roi se lve et
puis lui donne sa main  baiser; le Roi fait l'un et l'autre.

_Le 14, lundi._--Il se va jouer  la galerie vers dix heures, va  la
cour, prend plaisir  y courir, se mouille  la pluie  patouiller, et
entre  l'office de son ptissier; le trouvant travaillant, il y fait
une petite tarte au coing et une autre  la pomme, y prend de la farine
et se joue  fariner aucuns des passants.

_Le 17, jeudi._--Il part de Bordeaux par la porte de Salinires,  neuf
heures, et va souper  Cron.

_Le 18, vendredi._--Il va dehors par le village et mauvais chemin, en
son curie, va par toutes les chambres portant lui-mme un flambeau;
il pleuvoit, va  l'table, trouve le marchal qui ferroit un cheval,
y met lui-mme trois clous, retourne en son logis. Le lit de la Reine
mre n'toit pas arriv au soir  Libourne; il lui envoie le sien, et
se fait tendre un petit lit de camp, port par les mulets, y travaille
lui-mme. Il n'y avoit pas de draps, il fait prendre les couvre-chefs
et en fait coudre huit ensemble, faisant mettre pour couverture une
courtepointe de taffetas en double et le tapis de velours de sa table
par dessus; il s'y couche.

_Le 19, samedi._--M. le cardinal de Sourdis est venu, et,  deux
genoux, lui a demand pardon[244]. Le Roi lui dit: _Oui je vous
pardonne,  la charge de ne faire plus telles choses_.

  [244] _Voy._ au 17 novembre prcdent.

_Le 21, lundi._--Chaque jour aprs son dner il va chez la Reine sa
mre et chez la Reine sa femme. Il soupe d'une olla-podrida, faite 
l'espagnole de plusieurs sortes de viandes, beaucoup.

_Le 22, mardi._--Il part de Libourne, arrive  Coutras, va voir le
champ o fut donne la bataille de Coutras, gagne sur M. le duc de
Joyeuse par le Roi son pre[245]. Le soir chez la Reine et chez sa mre.

  [245] Henri IV n'tait que roi de Navarre lorsqu'il remporta, le
  20 octobre 1587, la victoire de Coutras, o le duc de Joyeuse
  perdit la vie.

_Le 24, jeudi._--Il part de la Rochechalais, et arrive  Aubeterre. Il
se met vtu sur son lit pour dormir, jusques  la messe de minuit.

_Le 27, dimanche._--Il va chez la Reine sa mre, puis chez la Reine
sa femme, va  la cuisine de bouche, et fait dresser lui-mme
l'olla-podrida pour son dner. Il va chez la Reine avant de se coucher.

_Le 29, mardi._--A trois lieues avant la Rochefoucauld le carrosse du
Roi verse; il n'y eut pas de mal, que M. de Souvr qui se blessa au
bout du nez contre une pierre.

_Le 30, mercredi._--Il va chez la Reine, puis  la chasse  l'oiseau,
revient donner audience aux dputs de la Religion sur la demande
qu'ils faisoient de la paix[246].

  [246] Les journes sont absolument les mmes depuis son mariage.
  Il continue  prendre ses repas seul et  dormir seul.

_Le 31, jeudi._--Il va  la messe, puis  la garenne, o il court et
prend cinq lapins, avec des livres, revient  dix heures chez la
Reine, dne ensuite. Il va aprs chez la Reine, au conseil, gote 
trois heures et demie, va promener aux jardins, revient  cinq heures
chez la Reine sa mre. A six heures soup; le soir il va chez la Reine
sa femme; revient  huit heures.




ANNE 1616.

  Retour du chevalier de Vendme  Suivray.--Accident au carrosse
  du Roi.--Tours.--Accident  Tours, dans la salle du Conseil o se
  tenait la Reine mre.--Heureux hasard qui prserve le Roi.--Le
  cardinal Ubaldini.--Le Roi joue aux petits soldats.--Confrences
  de Loudun.--Intimit croissante de M. de Luynes.--Blois.--M.
  Brulart remet les sceaux au Roi.--Entre  Paris.--La Reine
  va  Saint-Germain.--Retour du prince de Cond.--Ambassade
  du roi d'Angleterre.--Le Roi a une convulsion.--Arrestation
  du prince de Cond.--Ballet.--Acquisition du domaine de
  Courcelles.--Le Roi reoit les officiers des milices de Paris
  pour les rassurer contre des bruits de dsarmement.--Il chasse
  trs-souvent.--Envoy turc.


_Le 1er janvier, vendredi,  Verneuil._--Il communie, puis touche
soixante-huit malades dans la cour du chteau. Il va chez les Reines,
retourne chez les Reines aprs son dner, va au sermon, aux vpres,
gote, va  la chasse. Le soir il retourne chez les Reines.

_Le 4, lundi,  Suivray._--M. le chevalier de Vendme revient de son
voyage de Malte; le Roi lui fait bonne chre, ne le peut laisser aller
changer d'habits, pour tre tout mouill de la pluie.

_Le 7, jeudi._--Il arrive  Poitiers avec les deux Reines.

_Le 10, dimanche,  Poitiers._--Il va en la grande place pour voir
passer le rgiment et la compagnie de gendarmes de M. du Bellay.

_Le 17, dimanche,  Poitiers._--Il va chez la Reine sa mre, va tenir
avec elle  baptme le fils de M. le comte de la Rochefoucauld, le
nomme Louis[247], va chez le comte  quatre heures,  la collation.

  [247] Fils du premier duc de la Rochefoucauld et de Gabrielle
  du Plessis-Liancourt; il devint vque de Lectoure et abb de
  Saint-Jean-d'Angely, et mourut le 5 dcembre 1654.

_Le 22, vendredi._--Dpart de Poitiers.

_Le 23, samedi,  Chtellerault._--Il va  la messe, puis va tendre des
piges aux petits oiseaux,  la neige; il faisoit un extrme froid, y
dure patiemment. Aprs son dner il va chez sa mre et au conseil, sur
le retour de M. de Nevers, M. de Boissac[248] et M. de Villeroy devers
M. le Prince. Il monte en sa chambre  sept heures et demie.

  [248] Pierre de Boissat, gentilhomme ordinaire de la chambre du
  Roi, mari en 1610  Charlotte de Villars.

_Le 25, lundi._--Il part de Sainte-Maure, arrive  Confrres, o il
a got, fait faire des beignets et une omelette au lard par le P.
Barthlemy de Crochart, cordelier, natif de Bedarride en Provence, y
aide lui-mme et mange un peu de l'un et de l'autre. Il rentre en son
petit carrosse, le conduit lui-mme plus d'une lieue. Le carrosse se
rompt, il se met dans celui de M. le comte de la Rocheguyon. Arriv 
Tours, il va au jardin, au lieu de se chauffer; il faisoit un extrme
froid.

_Le 29, vendredi,  Amboise._--Il se va promener, faisant tirer  ses
chiens d'Artois des petits canons achets  Tours,  l'inventaire de la
Bourdaisire.--Il entend la messe, dne  dix heures et demie, promne,
voit ses petits chevaux attels au carrosse, pour ce qu'il ne vouloit
partir qu' une heure, et qu'un mauvais orage de neige survint, qui
les fait remettre dans l'curie.--L'on a remarqu que ce fut un coup
de Dieu, d'autant que s'il ft parti  cette heure-l, sans doute il
ft t descendre  Tours, chez la Reine sa mre, et s'y ft trouv
entre deux et trois heures qu'elle toit au conseil, que le plancher
de sa chambre fendit. Elle se trouva sur l'endroit de la poutre, M. le
chancelier derrire elle, MM. le comte de Soissons, d'pernon et M. de
Villeroy  ct, qui tombrent sans beaucoup se blesser, et d'autres,
comme les sieurs de Bassompierre[249], marquis de Villaines[250],
marquis de Sabl, marquis de Nangis et autres.--A une heure il entre en
carrosse, le conduisant par la ville, et arrive  trois heures un quart
 Tours, va chez la Reine, sa mre puis chez la Reine.

  [249] La Reine, dit Bassompierre, vint aprs son dner en sa
  chambre, o arrivrent peu aprs MM. le Comte (de Soissons), de
  Guise et d'pernon, et tant d'autres aprs eux qu'ils firent
  enfoncer le plancher de la chambre, o je tombai avec vingt-sept
  autres personnes, du nombre desquels MM. le Comte, d'pernon, de
  Villeroy, d'Aumont, et plusieurs autres tombrent aussi. La Reine
  demeura sur une poutre, qui tint ferme, et, passant par dessus
  son lit, sortit de la chambre. Je fus bless  l'paule et  la
  cuisse, et eus deux des petites ctes enfonces, dont je me suis
  senti longtemps depuis.

  [250] Brandelis de Champagne, marquis de Villaines, conseiller
  d'tat, reu chevalier du Saint-Esprit en 1599.

_Le 31, dimanche,  Tours._--Il donne  dner au cardinal Ubaldini,
auquel il venoit de donner le bonnet[251], avant de se coucher, vtu de
ses habits de ratine. Il s'amuse diversement dans son cabinet.

  [251] Il tait alors nonce en France.

_Le 3 fvrier, mercredi._--Il dresse une petite collation de confitures
sches pour la Reine, qui le devoit venir voir  deux heures. Aprs,
remis au lit, il s'amuse  faire des bataillons de diverses sortes,
avec ses petits hommes d'argent.

_Le 6, samedi._--La Reine sa mre loge  la Bordesiaire[252]; il va la
voir; M. d'pernon prend cong de lui malcontent, ce disoit-on.

  [252] La Bourdaisire, chteau appartenant  Marie Babou, fille
  de Georges Babou, comte de Sagonne, chevalier des Ordres, marie
  en fvrier 1602  Charles Saladin de Savigny d'Anglure, vicomte
  d'toges. Elle tait dame de la Bourdaisire par la mort de son
  neveu Georges II, tu en duel  Bordeaux, en 1615, par le comte
  de Barrault, tant capitaine de cent hommes d'armes de la maison
  du Roi.

_Le 7, dimanche._--Il va  midi,  cheval,  Saint-Gatian,  Tours,
en crmonie, et la Reine aussi, dans sa litire dcouverte, pour y
recevoir l'pe et le chapeau que le Pape lui avoit envoys et  elle
_la Rose d'or_.

_Le 8, lundi._--Il crit  Mme la princesse d'Espagne, sa soeur.

_Le 9, mardi._--Il va  la chambre de M. de Luynes, le trouve  table.

_Le 11, jeudi._--Les bouchers d'Amboise lui viennent prsenter un boeuf
gras, d au seigneur par eux tout  pareil jour.

_Le 14, dimanche._--Il fait danser un ballet par cinq ou six de ses
enfants d'honneur; la Reine y vient.

_Le 15, lundi._--Il danse un ballet lui-mme devant la Reine.

_Le 28, dimanche._--Il va au mange, M. de Pluvinel ayant t mand
exprs.

_Le 9 mars, mercredi._--Il va  cheval  la chasse, au Plessis, demande
au sieur du Fay, l'un de ses gentilshommes ordinaires, quelle heure
il toit; il rpond qu'il n'toit qu'une heure.--_Vous me dites qu'il
n'est qu'une heure pour ne point rompre mon plaisir; il y a plus de
demi-heure qu'elle est sonne. Je m'en veux aller, il faut que je
sois  deux heures au conseil_, pour la rsolution des articles de la
confrence de Loudun[253].

  [253] On devait traiter  Loudun de l'accommodement avec le
  prince de Cond, qui, ligu avec les Rforms, avait commenc les
  hostilits; les confrences s'ouvrirent le 30 fvrier 1616, et
  aboutirent  l'dit de pacification de Blois, du mois de mars,
  scell le 2 mai, jour de la rentre du Roi  Paris.

_Le 16, mercredi._--Il va en carrosse chez la Reine sa mre, puis au
Plessis o il se met en caleons pour crosser dans le prau du parc,
fait crosser M. le prince de Joinville et M. d'Elbeuf.

_Le 18, vendredi._--Il va au Plessis, o, dans la basse-cour, il
joue  la balle force, puis s'amuse  conduire son petit carrosse
avec deux de ses six petits chevaux fauves, les fait tourner autour
d'un puits couvert en ardoises et d'une grosse balle de plomb sur
de vieilles charpenteries. En conduisant ce carrosse, il s'amuse 
regarder le sieur de Liancourt, son premier cuyer, qui s'amusoit  en
conduire un autre; la flche va donner et heurter l'un des piliers de
la charpenterie si fort qu'elle tombe et le comble sur un des chevaux
qui toit  droite, qui se trouva enseveli dessous, et le Roi se jeta
dextrement au ct gauche du carrosse, si dextrement qu'il se garantit
du danger avec la grce de Dieu et fut recueilli par le capitaine la
Tour, Corse de nation et l'un de ses ordinaires; car sans cela il se
trouvoit dessous la ruine. Soudain, sans apparence d'tonnement, il se
jeta  terre en disant: _Ce n'est rien_.

_Le 23, mercredi._--Il va au conseil, tenu sur la dernire rsolution
des articles de la confrence, ports et remports par M. de
Pontchartrain, secrtaire d'tat. Le soir il s'amuse  faire et 
crire lui-mme un rle de capitaine de carabins.

_Le 24, jeudi._--Il va jouer au palemail, joue quatre parties contre M.
le chevalier de Vendme. Le soir il s'amuse  faire les exercices des
gens de pied.

_Le 27, dimanche._--Entretenu avec M. d'Elbeuf, qui lui reprsentoit
le contentement qu'il avoit  la guerre, et de se voir  la tte d'une
arme de trente mille hommes, le Roi dit: _Oui pour un prince_. Il se
parloit alors de la paix avec le prince de Cond.

_Le 5 avril, mardi._--Il va chez M. de Luynes, o dnoit M. de Souvr,
y mange des poulets lards, boit trs-bien et  diverses fois de
l'hypocras tout pur. Il retourne, aprs la chasse, en haut du chteau,
 la chambre de M. de Luynes, o il a got, part d'Amboise et arrive 
Tours  sept heures, chez la Reine sa mre.

_Le 7, jeudi._--Il fait cardinal de Lorraine l'archevque de Reims[254].

  [254] Louis de Lorraine, fils de Henri _le Balafr_, tu  Blois;
  n le 22 janvier 1575, archevque de Reims aprs son oncle,
  mort le 21 juin 1621; il eut plusieurs enfants de Charlotte des
  Essarts, depuis femme du marchal de l'Hpital.

_Le 9, samedi, au Plessis._--Il achve son fort, et y fait venir des
petits canons tirs par des chiens, l'un desquels fait difficult
de passer outre sur une planche qui faisoit du bruit. Il le bat
rudement et en colre; l'ayant quitt, le reprend: le chien passe
sans difficult; lors il dit froidement et de faon srieuse: _Voil
comme il faut traiter les opinitres et les mchants_, et, lui donnant
du biscuit, _et rcompenser les bons, les hommes aussi bien que les
chiens_.

_Le 14, jeudi._--Sur les trois  quatre heures les Reines le viennent
voir; il leur fait voir son fort, dont il n'avoit pas boug, encore
qu'il et fort plu et grl, s'tant mis  couvert sous une table qu'il
y avoit fait porter et lever. Son humeur toit infatigable.

_Le 16, samedi._--Il va au conseil, donne audience  l'ambassadeur du
duc de Neubourg, revient  son fort, fait toutes sortes d'exercices. La
Reine sa mre y vient; il tire et salue  son arrive, y donne lui-mme
le morion  M. le duc d'Elbeuf.

_Le 18, lundi._--A sept heures et demie soup, et la Reine avec lui;
c'est la premire fois qu'ils ont mang ensemble. Il ramne la Reine en
sa chambre, revient en la sienne  huit heures trois quarts[255].

  [255] Le Roi et la Reine mre vont  Amboise et  Blois,  cause
  de la maladie qui rgnait  Tours.

_Le 20, mercredi._--Il va chez M. de Luynes, qui donne  dner  la
compagnie, y fait ripaille et donne sur l'hypocras assez mal tremp.
A trois heures et demie il va au clos, o le sieur de Luynes donne la
collation au Roi et  la Reine. Il va, il vient, il travaille fort, et
passe trois fois la rivire  pied, sans s'essuyer ni scher; le soir
il s'amuse  faire jeter des fuses sur la terrasse par ses fentres.

_Le 21, jeudi._--Il arrive  Blois;  cinq heures la Reine arrive, et
le vient voir dans sa chambre, accompagne de la Reine sa mre.

_Le 28, jeudi._--Il entre dans une colre extrme de ce qu'on lui avoit
drob sa linotte extrmement brune, a opinion que c'toient quelques
Espagnoles qui toient  la Reine; fait rouler son petit canon par
le cabinet pour leur faire du bruit, et dit que, n'toit la crainte
d'veiller la Reine sa mre, qu'il le tireroit contre la porte de la
chambre, qui toit celle mme de son cabinet; envoie acheter un cadenas
et l'attache  la porte.

_Le 29, vendredi._--Il va  l'assemble  Burie, o il a dn. Il se
met  jouer aux cartes,  cause de la pluie et de la grle.

_Le 1er mai, dimanche._--Il va  la chambre de la Reine sa mre, o
messire Nicolas Brulart, fait chancelier de France par le feu Roi,
remet les sceaux entre les mains du Roi[256]; il n'y avoit qu'eux
trois, ayant fait sortir tous ceux qui toient dedans.

  [256] Il avait t fait garde des sceaux en dcembre 1604, et
  devint chancelier, le 10 septembre 1607. Il les reprit le 23
  janvier 1623 et les rendit le 2 janvier suivant. Il mourut au
  chteau de Sillery, prs de Reims, le 1er octobre 1624. Il eut
  pour successeur Guillaume du Vair, qui ne garda les sceaux que
  peu de mois et devait ses disgrces au marchal d'Ancre.--On
  prtend qu'en rapportant les sceaux le chancelier Brulart fit
  pleurer le Roi, en lui exprimant ses regrets.

_Le 8, dimanche._--Il arrive  Fontainebleau  onze heures;  cinq
heures la Reine arrive; il la reoit, la mne en sa chambre et  la
salle du bal.

_Le 16, lundi._--Il quitte Fontainebleau, dne  Bourg-la-Reine, y
trouve la Reine, s'habille, se pare; bott, il monte  cheval sur
_Soleil_, son beau cheval et celui du feu Roi, voit un bataillon de dix
mille hommes parisiens qui toient venus au-devant pour le recevoir.
M. de Liancourt, premier cuyer et gouverneur de Paris, et M. Miron,
prvt des marchands, lui disent seulement: Que Sa Majest soit la
bien venue! Il entre  Paris  sept heures et demie, va  Notre-Dame,
o le clerg le reoit et une partie du parlement; rend grces  Dieu,
remonte  cheval, arrive au Louvre  huit heures, chez la Reine sa
mre. Le soir il fait sceller en sa prsence la commission de garde des
sceaux pour M. du Vair, et en reoit le serment.

_Le 20, vendredi._--Il va courir un chevreuil aux Tuileries, avec ses
petits chiens. A neuf heures le duc de Mayenne lui fait la rvrence,
la face ple; les ducs de la Trmouille, de Bouillon prsents. M. de
Mayenne, portant la parole, lui dit: Sire, nous venons nous jeter
entre vos bras, suppliant trs-humblement Votre Majest de croire
que nous sommes ses trs-honors, trs-obissants et trs-fidles
sujets.--_Venez, soyez les bienvenus, je suis bien aise de vous voir_;
et soudain il change de propos en disant: _Je courrai un chevreuil_.

_Le 22, dimanche._--Il va  la messe  Bourbon, revient en la grande
galerie, o il touche mille soixante-six malades. La Reine le voit pour
la premire fois.

_Le 26, jeudi._--Il va  Issy, voir l'une des maisons de feu la reine
Marguerite, qu'il avoit achete.

_Le 29, dimanche._--Il va au sermon  Saint-Germain-l'Auxerrois, o il
avoit fait prsenter le pain bnit, le matin,  la premire messe.

_Le 6 juin, lundi._--M. le marchal d'Ancre arrive revenant d'Amiens,
le salue; le Roi le fait mettre dans son carrosse  Neuilly, et arrive
 Paris  sept heures chez la Reine sa mre; puis il va chez la Reine.

_Le 7, mardi._--Il donne audience  messieurs du parlement et 
l'ambassadeur de Malte. Il va aux Tuileries, y court  pied un
chevreuil,  outrance.

_Le 8, mercredi._--Il va chez la Reine sa mre, puis chez la Reine,
enferme  la clef les femmes espagnoles, pour avoir, le soir prcdent,
t les clefs des coffres  Louise, fille de sa nourrice.

_Le 14._--A midi il donne audience  la cour de parlement, en corps,
faisant plainte de ce que les prisons du grand Chtelet avoient t
rompues par le comte de Vitry, capitaine des gardes, la nuit, et
en avoit enlev le sieur de Beauvau, accus et convaincu de fausse
monnoie[257].

  [257] Le sieur de Beauvau tait fils d'un gentilhomme lorrain,
  qui eut la tte tranche aux grands jours,  Poitiers. Defontis,
  lieutenant criminel, le saisit et le mit au Chtelet; le Roi
  donna un ordre  M. de Vitry pour l'en retirer; le geolier
  refusa, et  minuit Vitry alla avec des gardes forcer l'entre.
  Beauvau fut graci, et le parlement en fut pour ses plaintes.

_Le 17, vendredi._--Il va  la foire du Landit,  Saint-Denis.

_Le 19, dimanche._--Il va  Saint-Germain-en-Laye; Monsieur, son frre,
dne avec lui. Il lui donne de ses viandes avec un soin et action de
pre.

_Le 20, lundi._--Il va au parc, et,  l'exemple de quelques-uns de ses
petits gentilshommes, quitte son pourpoint, se coiffe de son mouchoir,
dbride et desselle son cheval, lui donne  manger du foin nouveau pris
dans le pr, tout cela par galanterie.

_Le 26, dimanche._--Il reoit en sa chambre,  cinq heures et demie, le
comte d'Auvergne sortant des prisons de la Bastille aprs douze ans;
le genou en terre, il lui demande pardon. Le Roi le veut faire lever,
il ne veut point; le Roi lui dit: _Vous avez failli deux fois; je vous
pardonne_; le comte lui demande une pe, le Roi la lui donne.

_Le 1er juillet, vendredi._--La Reine ce jour, pour la premire fois,
se fait servir  la franoise.

_Le 4, lundi._--Il va  la rue de Jouy, chez M. de Fourcy, intendant
des btiments, o il a got; puis va  Saint-Gervais, o il a pos la
premire pierre du portail de l'glise[258].

  [258] lev sur les dessins de Salomon de Brosse, architecte
  gnral des btimens du Roi et de la Reine mre. C'est par erreur
  que l'on donne  cet architecte le prnom de Jacques.--_Voy._ A.
  JAL, _Dictionnaire critique de biographie et d'histoire_, page
  285.

_Le 8, vendredi._--La Reine vient pour la premire fois 
Saint-Germain-en-Laye trouver le Roi, qui y toit depuis le matin; elle
toit avec la Reine mre.

_Le 9, samedi._--Il mne la Reine aux grottes pour la premire fois, y
fait mouiller quelques Espagnoles et Espagnols. Il se va promener, fait
jeter des fuses, va  la rivire; on le rencontre presque toujours
courant sans se lasser; il avoit chaud et toit sur les dents.

_Le 11, lundi._--Il va  l'assemble  Joyenval, en passant par le
bourg de Saint-Germain.

_Le 13, mercredi._--Il va  l'assemble  Maisons, o il dne, va
courir un cerf  cheval, le rduit  non-plus, et s'il et eu un cheval
frais, il l'et tu, l'ayant couru plus de trois cents pas l'pe  la
main. Il court plus de trois heures, va aux toiles, va  Chambourcy, o
il a got. Le soir il va chez la Reine sa mre.

_Le 15, vendredi._--LL. MM. quittent Saint-Germain.

_Le 18, lundi._--Il va au logis du sieur de Maisonnette, capitaine du
jardin des Tuileries, o il fait la cuisine, va au conseil ensuite.

_Le 20, mercredi._--Ce jour, avant midi, le corps de Marguerite de
Valois, dernire du nom, appele la Reine Marguerite, fut enlev de la
chapelle qu'elle avoit fait difier derrire sa maison, au faubourg
Saint-Germain, sur la rivire, et port  Saint-Denis, accompagn
seulement de deux archers de la garde du corps du Roi. Les moines
faisoient difficult de le recevoir, craignant que ce ne ft une
feinte,  cause du peu de compagnie; enfin il fut reu et mis dans
la chapelle des Valois, que la reine Catherine de Mdicis a fait
construire, o son corps a t mis, et celui du roi Henri III.

_Le 27, mercredi._--Le prince de Cond arrive  Paris aprs la paix; 
six heures il arrive au Louvre; on ne l'attendoit que le jour suivant.
Le Roi va chez la Reine mre, et il le trouve chez la Reine[259]. Le
soir il va chez la Reine sa femme.

  [259] Hroard a laiss ici une ligne en blanc.

_Le 28, jeudi._--Le Roi va chez la Reine mre, M. le Prince y vient; le
Roi s'y trouve mal, tourdi par la grande chaleur qu'il faisoit dans
la chambre de la Reine. A quatre heures il va chez la Reine sa femme,
qui lui avoit prpar la collation, ne y touche point en tout; mais se
couche et se repose. A quatre heures et demie il se trouve mieux, va
aux Tuileries, y court un faon de biche avec ses petits chiens.

_Le 1er aot, lundi._--Il va chez le Gaignier, faiseur de litire de la
Reine, en la rue de la Croix du Tiroir, pour voir passer l'ambassadeur
d'Angleterre; envoie querir des confitures sches par le marquis de
Mortemart, en a beaucoup mang. A six heures trois quarts, milord de
Haes, ambassadeur d'Angleterre extraordinaire, arrive fort par et
bien accompagn, et, passant par le Pont-Neuf, va loger  l'htel de la
reine Marguerite, au faubourg Saint-Germain.

_Le 7, dimanche._--Vtu et par  cinq heures, en sa chambre, il
donne audience au milord de Haes, ambassadeur pour se rjouir de son
mariage[260].

  [260] Jacques Hay, baron de Saley, comte de Carlisle; il venait
  aussi entretenir le Roi d'un projet de mariage entre le prince de
  Galles et Madame Christine.

_Le 9, mardi._--Il va au mange, o se trouve l'ambassadeur
d'Angleterre.

_Le 1er septembre, jeudi._--Sur les onze heures, M. le prince de Cond
fut arrt en la chambre de la Reine mre, venant du conseil, par M. de
Thmines, lui disant que c'toit par commandement du Roi; sur ce que
M. le Prince lui demanda s'il l'osoit bien entreprendre, il le mne
en bas, au logement neuf, que la Reine mre avoit fait accommoder
pour elle-mme. Gard par M. d'Elbne, commandant de la compagnie des
chevau-lgers de Monsieur, avec une douzaine de ses compagnons[261]. Le
Roi ne veut pas dner.

  [261] La Reine mre fit arrter le prince de Cond parce qu'il
  continuait ses menes et menaait de reprendre les armes.--_Voy._
  tous les dtails dans le Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 194 et
  195.--Ce jour-l le Roi reut la cour souveraine, le prvt des
  marchands et les ambassadeurs, pour leur expliquer la cause de
  cette mesure.

_Le 2, vendredi._--Il s'amuse  faire la garde lui-mme, se couche sur
la paillasse, s'endort. Descluseaux, qui faisoit le caporal, l'veille,
le tire par les pieds hors de la paillasse, le met en sentinelle, o il
se rendort. Descluseaux le y trouve, le met en prison; ce fut en son
lit.

_Le 7, mercredi._--A onze heures il monte  cheval, accompagn
de la Reine sa mre, et va au Palais, o il parle en ces termes:
_Messieurs, vous saurez par monsieur le garde des sceaux les raisons
pour lesquelles je suis venu m'asseoir en ce lieu._--C'toit sur
l'emprisonnement de M. le Prince.

_Le 14, mercredi._--Il fait chevalier de l'accolade l'ambassadeur de
Venise, qui prenoit cong pour s'en retourner.

_Le 27, mardi._--Il va chez la Reine sa mre, o il voit danser un
ballet  la Reine.

_Le 8 octobre, samedi._--Ce matin courut un faux bruit que M. de
Vendme ou M. de Bouillon avoit t tu; quelqu'un le disant devant lui
avec semblant de joie, le Roi dit froidement et srieusement: _Je ne me
rjouis pas de la mort d'autrui_.

_Le 16, dimanche._--Il va chez la Reine tout langouri, va  la
chapelle de la Tour, puis chez la Reine sa mre, revient  midi fort
gai et tout chang, et me dit que la Reine sa mre lui avoit dit qu'il
prendroit mdecine demain matin, et qu'il y toit tout rsolu puisque
c'toit avec un lait d'amandes, comme j'avois accoutum de les lui
faire prendre, et qu'il y avoit quatre jours qu'il sentoit du mal, mais
ne l'osoit dire, de peur de prendre une mdecine noire.

_Le 19, mercredi._--Il va le soir  la comdie franoise.

_Le 22, samedi._--Il va chez la Reine sa mre, la trouve  table qui
dnoit, y a mang beaucoup de pain de Mlle de Vendme, seul et avec de
la bouillie de la Reine. Il va  la plaine de Grenelle, puis revient
chez sa mre et chez la Reine.

_Le 27, jeudi._--Le soir il recorde son ballet[262].

  [262] Mme mention pour le jour suivant.

_Le 31, lundi._--Il toit malade, dit qu'il sent ses pieds comme s'il
les avoit enfls, se plaint de la colique; bu de l'eau cuite avec du
julep rosat, mis une ponge abreuve de dcoction sur sa douleur.
Un quart d'heure aprs je l'entends rler et ronfler fort haut, j'y
accours; je le trouve la bouche en bas, contre son bras, je le lve,
le porte en terre, et le doigt en la bouche pour lui ouvrir les dents,
tant que le sieur de Piolive lui met le manche de son couteau en la
bouche; perd les sens; vin, eau-de-vie, promen, eau-de-vie, toujours
promen; l'accs dure environ un demi quart-d'heure; remis au lit;
c'toit une convulsion. A huit heures soup en prsence de la Reine sa
mre.

_Le 1er novembre, mardi._--Il est saign pour la premire fois,  la
basilique du bras droit, par Mnard, chirurgien de la Reine sa mre.

_Le 2, mercredi._--Il continue  se plaindre, est entretenu par des
contes que lui fait sa nourrice, se fait changer de lit.

_Le 5, samedi._--Lev en robe et en bottines, il va faire lever M.
de Luynes au cabinet, et se couche sur son matelas, o il s'amuse
sans dormir jusques  prs de trois heures, se plaint en se couchant,
disant: _Je ne saurois dormir, je vois bien que je rve_; soudain il
s'endort jusques  une heure aprs minuit.

_Le 9, mercredi._--Lev en robe, il promne un peu. Remis au lit, il
s'amuse  crire lui-mme le ragot des mauvais bouffons de la cour.

_Le 10, jeudi._--Sa premire sortie; il va par la galerie aux
Tuileries, puis chez la Reine et chez la Reine sa mre; va en son
cabinet des armes.

_Le 22, samedi._--Il va en la grande galerie, accompagn d'un exempt
des gardes, du sieur de Mataret, gouverneur de la ville et chteau
de Foix, et d'un autre. Regardant  tout s'il toit suivi, il se met
assez avant en l'une des fentres qui regardoit sur la rivire, quand
le marchal d'Ancre entra, accompagn de plus de cent personnes, et
s'arrta aussi  une des fentres sans aller vers le Roi, se faisant
faire la cour par tous, tte nue; mais il savoit bien que le Roi toit
l, car on lui avoit dit, l'ayant demand en la chambre. Il s'en va aux
Tuileries, le coeur plein de dplaisir.

_Le 27, dimanche._--Il monte en la chambre du sieur de Luynes, o il
s'habilla de l'habit et pantalon qu'il devoit porter  son ballet. Ce
ballet fut le premier qu'il dansa tant Roi. A six heures un quart il
soupe avec les onze qui toient de son ballet avec lui. Il se met au
milieu de la table. Il s'amuse  railler premirement  table avec la
compagnie, peu aprs se met sur le lit o il s'endort doucement environ
deux heures. veill en sursaut, en colre, demandant son pe pour
combattre Abimlech, et crioit: _a, a! Abimelech_;[263] il se prit 
rire. Dans  onze heures trois quarts son ballet, sa musique s'tant
fait attendre deux heures, ce dont il toit fort fch. L'entre toit
de Pantalon; il en toit. Il dansa son ballet extrmement bien, alla
prendre la Reine, la mena danser aux branles et se retira  deux heures
et demie aprs minuit.

  [263] En rvant  Abimlech, le Juge froce d'Isral, le Roi
  est peut-tre encore sous l'impression du _dplaisir_ que lui a
  laisse, quelques jours avant, l'insolence du marchal d'Ancre.

_Le 2 dcembre, vendredi._--Il va chez la Reine  sept heures du soir,
et y joue  divers jeux jusqu' neuf; il chante souvent des psaumes le
soir.

_Le 5, lundi._--Il va  la chasse aux plaines du Roule, o il monte
 cheval; vole le cochevis qui se sauve dans un grenier, o il monte
par une chelle et sa troupe aussi, y font des embches, et prennent
l'oiseau qui se sauve dans son chapeau. Il revient chez la Reine et
chez sa mre. Le soir il va encore chez la Reine; en se couchant il
chante des Nols.

_Le 12, lundi._--Il va chez la Reine et chez la Reine sa mre, fort
blme, revient et me dit qu'il avoit failli  tomber chez sa mre, s'il
ne se ft appuy.

_Le 15, jeudi._--Il entre en carrosse et s'en va aux Ternes, qu'il
avoit achets. Le soir il revient en sa chambre o il fait danser un
ballet que la Reine faisoit faire  ses filles. Il va chez la Reine sa
mre, o il voit encore danser.

_Le 18, dimanche._--Il va  Courcelles, prs du pont de Neuilly, qu'il
vouloit acheter du sieur Galand, avocat au parlement.

_Le 19, lundi._--Impatient pour aller  Courcelles, il y fait porter
des mousquets pour un fort qu'il y vouloit faire btir; il fut d'abord
en toile cire et en bois.

_Le 20, mardi._--Il vient dans la galerie, ayant mand  venir tous les
colonels, capitaines, lieutenants, enseignes et quarteniers pour les
assurer de sa volont, contraire  ce que, par bruit commun, on leur
faisoit croire qu'il les vouloit dsarmer; il va chez la Reine aprs.

_Le 22, jeudi._--Impatient pour aller  sa maison de Courcelles,  midi
il entre en carrosse. Arriv  Courcelles, il monte sur la butte, o
il avoit fait un fort; il n'y avoit que la charpenterie qu'il avoit
fait couvrir d'une toile cire, en attendant l'ardoise. Il s'arme d'un
corselet et d'un morion, et d'une pique. La Reine y toit venue; elle
y monte et le trouve en faction; il lui donne la collation aprs lui
avoir fait voir tout l'ordre de la garde du fort, revient  cinq heures
 cheval chez la Reine sa mre.

_Le 23, vendredi._--Il monte au cabinet des armes, o il s'amuse  des
modles de quelques machines pour tirer et pour hausser, que l'on y
montroit. Il va aprs chez la Reine sa mre, o il donne audience  un
Turc portant des lettres du Grand-Seigneur pour demander la justice
des Morisques Gravatins chasss d'Espagne, qui furent vols et fort
maltraits, passant par la France. Ce Turc toit natif de Valence en
Espagne et rengat. Le soir il apprend son ballet pour danser au jour
de carme-prenant.

_Le 24, samedi._--Confess par le P. Coton,  onze trois quarts il va 
la chapelle de la Tour, o il entendit les trois messes et communia.

_Le 26, lundi._--Il va encore  Courcelles, s'amuse avec ses petits
gentilshommes  faire la garde du fort, y a got, revient chez la
Reine.

_Le 27, mardi._--Il s'amuse  chanter en concert et avec les rgales,
sur lesquelles jouoit le sieur de la Chapelle.

_Le 29, jeudi._--Il va chez la Reine, puis chez la Reine sa mre, entre
en carrosse  douze heures et demie, et va  Courcelles, o il fait
ses exercices. Il y a got, va sur le bord de la rivire  pied, tire
 des oies avec un canon sur une fourchette, en tue une, en blesse
une autre, va  pied au long de l'eau, tire sur des pigeons, en tue
et continue au long de la muraille jusques aux vignes, o il monte 
cheval et s'en revient.




ANNE 1617.

  Ballets.--Chasses.--Mariage de Mlle de Soissons avec M.
  de Longueville.--Baptme de Mlle de Pluvinel.--Retour du
  chancelier de Sillery.--Jeux militaires du Roi.--Meurtre du
  marchal d'Ancre.--La Reine mre.--Courses  Saint-Germain
  et  Fontainebleau.--Mort de la marchale d'Ancre.--Portrait
  du Roi par Fernand.--Nombreuses courses du Roi aux environs
  de Paris.--Il touche par grce quatre Espagnols.--Mariage de
  M. de Luynes.--Le prince de Cond sort de prison.--Dpart
  pour Rouen.--Mantes.--Gaillon.--Pont-de-l'Arche.--Entre 
  Rouen.--Dieppe.--L'htesse de l'cu de Bretagne.--Retour
   Rouen.--Mort de M. de Villeroy.--Rception des cours
  souveraines.--Assemble des Notables.--Retour  Saint-Germain.


_Le 1er janvier, dimanche._--Confess, communi, touch quatre cent six
malades.

_Le 4, mercredi._--Il va chez la Reine, y recorde son ballet.

_Le 12, jeudi._--Vtu de son habit de ratine et de sa robe, il s'amuse
 dresser une batterie de petits canons qu'il avoit lui-mme fondus 
sa forge, dresse la garde autour des canons et fait tout ainsi que s'il
et t  une arme.

_Le 15, dimanche._--Par pour aller au bal chez la Reine sa mre, il y
descend  neuf heures et demie, o il y eut bal et y dansa, et revint 
deux heures aprs minuit.

_Le 19, jeudi._--Il recorde son ballet deux fois dans la journe.
Entretenu le soir en se couchant, il dit qu'il n'aime plus la chasse;
les deux jours prcdents, il n'y avoit point eu de plaisir. Il faisoit
mauvais temps.

_Le 22, dimanche._--A neuf heures et demie il va chez la Reine sa
mre, pour y voir le ballet de M. le comte d'Auvergne, en revient  une
heure et demie aprs minuit.

_Le 29, dimanche._--Il va souper en la chambre de M. de Luynes, aux
Tuileries, qui boit  sa sant. Le soir il donne son ballet, qui ne
commence, par suite de difficults, qu' deux heures et demie, et entre
dans la salle de bal avec beaucoup de peine,  cause de la foule du
monde, o il se trouve une demoiselle qui se prend  ses chausses,
disant: Si vous entrez, j'entrerai.--Il entre, et danse le ballet
dont le sujet toit _les Amours d'Armide et de Renaud_; cela dure
jusques  cinq heures[264].

  [264] Discours au vrai du ballet dans par le Roi le dimanche
  29e de jour janvier 1617, avec les dessins, tant des machines et
  apparences diffrentes que de tous les habits des masques; par
  Durand, Paris, P. Ballard 1617, in-4. L'auteur tait un pote
  qui finit, peu aprs, en place de Grve pour un pamphlet contre
  le duc de Luynes.

_Le 2 fvrier, jeudi._--Mis au lit, il s'amuse  faire habiller huit ou
dix des siens de certains habits qui avoient servi  d'autres ballets,
les fait danser au violon, lui jouant du tambour.

_Le 4, samedi._--Il va  la volerie, en l'tang de Massy et 
Longjumeau, o il prend le hron dans le jardin de matre Jehan
Philippy, chirurgien ordinaire de Sa Majest. Le soir il va voir jouer
une tragi-comdie espagnole par les filles de la Reine.

_Le 6, lundi._--Il fait encore la collation chez le sieur Philippy,
mange des cerises sches, en met dans sa pochette. Aprs son souper il
va chez la Reine, o il s'endort, sur deux escabeaux qui plient et un
oreiller, jusques  prs d'onze heures;  minuit il va chez la Reine sa
mre, o il voit danser un ballet de la Reine; revient  une heure.

_Le 7, mardi._--Il va chez la Reine sa mre, o il voit danser le
ballet du prince de Joinville, en revient  deux heures aprs minuit.

_Le 11, samedi._--Il va aux Tuileries o il court un chevreuil avec
ses petits chiens, va aux Feuillants. En dnant il me dit qu'il ne se
trouve pas bien, qu'il rle, a l'estomac pesant, et est dgot; il
toit enrhum, dit qu'il pense qu'il auroit besoin de prendre quelque
chose. Aprs son dner il va chez sa mre, chez la Reine, retourne aux
Tuileries. Avant de se coucher il va chez la Reine sa femme, jusques 
onze heures.

_Le 19, dimanche._--Il s'amuse doucement, gaiement, fait battre  coups
de poing les petits pages de la musique, et puis leur donne un cu 
chacun.

_Le 21, mardi._--A une heure et demie il entre en carrosse, va vers les
Bonshommes, o il fait conduire des petites pices de canon et tire aux
corneilles. Il en tue une; c'toit une nouvelle sorte de chasse.

_Le 2 mars, jeudi._--Il va  sa forge, puis aux Tuileries, puis en la
place Royale, voir la compagnie de la Reine sa mre.

_Le 4, samedi._--Il s'amuse  faire son quipage pour ce qu'il veut
partir pour son voyage. Le soir il va chez la Reine.

_Le 5, dimanche._--Il va chez la Reine sa mre, o se passa le contrat
de mariage de Mlle de Soissons avec M. le duc de Longueville[265].

  [265] Louise, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et
  de Anne de Montafi, marie le 30 avril  Henri d'Orlans, duc de
  Longueville, n en 1595, mort le 11 mai 1663; elle mourut le 9
  septembre 1637; sa fille unique pousa le duc de Savoie-Nemours,
  et son mari se remaria avec Anne-Genevive de Bourbon-Cond.

_Le 2 avril, dimanche._--Il va chez la Reine, chez la Reine sa mre,
va chez M. de Pluvinel, l'un de ses cuyers prs de sa personne, en
l'absence de M. de Souvr, et de l  Saint-Thomas du Louvre pour tenir
 baptme sa fille avec Madame[266]; y a got  la collation.

  [266] Gabrielle de Pluvinel, fille du premier cuyer et de Marie
  de Mancel, marie: 1  Simon Marion, baron de Druy, fils du
  contrleur gnral des finances; 2  Charles de Biancourt, fils
  de M. de Potrincourt, gouverneur du Canada; 3  Charles de Poix;
  ces deux derniers furent cuyers en chef d'acadmie, comme M.
  de Pluvinel.

_Le 13, jeudi._--Il va au conseil et deux fois chez M. de Luynes, en sa
chambre.

_Le 17, lundi._--Il va chez la Reine, laquelle ce jourd'hui fut saigne
du pied droit, en prsence du docteur de la Serva, son premier mdecin,
et du mdecin du duc de Mantoue. Le Roi va la voir le soir.

_Le 24, lundi._--Le marchal d'Ancre tu sur le pont du Louvre entre
dix et onze heures du matin[267].

  [267] Hroard a laiss dans son journal une page en blanc.

_Le 25, mardi._--M. le chancelier de Sillery[268] arrive, et, mand par
le Roi, va chez la Reine. Il se rend seul au conseil, pour la premire
fois avec ses secrtaires.

  [268] Il fut mis alors  la tte du conseil par suite du
  changement de politique extrieure, dont M. de Luynes devint le
  matre.

_Le 28, vendredi._--Il va  la chambre de M. de Luynes, chez la Reine
chez sa mre.

_Le 3 mai, mercredi._--A deux heures et demie le Roi descend dans
l'antichambre de la Reine sa mre, pour lui dire adieu. Elle part pour
Blois, et lui pour le bois de Vincennes[269].

  [269] La Reine mre, en apprenant le meurtre du marchal, avait
  dit: J'ai rgn sept ans; il ne faut plus penser  d'autre
  couronne qu' celle du ciel. Elle demeura quelques jours encore
  au chteau, mais se voyant abandonne, elle demanda  se retirer
   Blois, o Richelieu, alors secrtaire d'tat, l'accompagna.
  Elle y fut bientt tenue prisonnire et s'chappa, grce au duc
  d'pernon, dans la nuit du 21 au 22 fvrier 1619; elle se retira
  alors  Angers, et se dclara pour les mcontents.--Le Roi vit
  sa mre dans l'antichambre le jour de son dpart; elle pleura,
  ils se parlrent assez vivement, et le Roi se retira de peur de
  faiblir. Il alla coucher  Vincennes extrmement accompagn.
  Hroard a encore laiss ici une page blanche.

_Le 7, dimanche._--Il voit Mesdames, ses soeurs, qui toient venues le
visiter. Il s'amuse  voir combattre des dogues et des ours. Il va chez
la Reine le soir, revient chez lui, et s'amuse  dmonter des canons de
harquebuses.

_Le 8, lundi._--Il va au conseil, puis au parc,  son fort.

_Le 10, mercredi._--A son parc, il fait sentinelle sur le bord du
foss,  l'avenue de la porte, le mousquet sur l'paule. Il devoit
dfendre le fort, et M. de Rohan le devoit attaquer; cela est diverti
et la trve publie  son de trompe.

_Le 12, vendredi._--Il donne audience au nonce[270].

  [270] Le Roi revient de Vincennes le 13, se confesse au pre
  Arnoux, touche des malades, reoit le compliment des cours
  souveraines pour la mort du marchal d'Ancre.

_Le 14, dimanche._--Il va  la messe  la chapelle de Bourbon,
communie, touche sept cent quatre malades. Il va chez la Reine  deux
heures, puis au sermon. Le soir encore chez la Reine.

_Le 17, mercredi._--Il va chez la Reine, en la galerie, o il donne
audience  des ambassadeurs, va au conseil aprs. Le soir chez la
Reine; il revient  onze heures trois quarts.

_Le 27, samedi._--Il part de Paris et va  Saint-Germain en Laye,
arrive  deux heures au chteau neuf, va se promener partout, va par
les terrasses, et  pied  la garenne. Il revient  huit heures trois
quarts, dcrit de sa main et donne les relais, pour le lendemain, 
courre le cerf.

_Le 29, lundi._--Il revient  Paris, soupe  la Chausse, maison de M.
le prsident Chevalier, va trouver la compagnie qui soupoit, se met
entre M. de Mayenne et M. de Nevers. A sept heures et un quart il entre
en carrosse  Paris, va chez la Reine  huit heures et demie, puis va
se mettre au lit  neuf heures trois quarts[271].

  [271] Le 30 il reut dans la grande galerie du Louvre M. de Guise
  fort accompagn et lui dit: Mon cousin, vous m'aviez bien dit
  qu'il fallait nous dfier du marchal d'Ancre; mais il n'tait
  pas encore temps.

_Le 1er juin, jeudi._--A Rueil dn; il va s'asseoir  table avec la
compagnie, y mange peu, va aux grottes, y mouille, y est mouill,
revient  six heures chez la Reine, puis va souper et revient chez la
Reine.

_Le 4, dimanche._--Comme on lui reprochoit de ne pas aller voir la
Reine, il rpondit que cela l'_chauffoit_.

_Le 5, lundi._--Il avoit cess de jouer  la paume pendant quelque
temps; il s'y est remis.

_Le 6, mardi._--Il ordonne de son quipage de canons qu'il veut faire
mener  Fontainebleau; va en son curie, au conseil, chez la Reine. Le
soir il va chez la Reine.

_Le 7, mercredi._--Il entre en carrosse  cinq heures et part de Paris
pour aller  Fontainebleau, arrive  huit heures et demie  Essonne,
o il dne. A dix heures et un quart il rentre en carrosse jusqu'
Pont-Thierry, o il prend le petit,  quatre personnes, et le conduit
lui-mme au grand trot jusques  la fort, et de l par ses petits
cochers jusques  Fontainebleau, o il arrive  une heure et demie.
Dbott, il va jouer  la paume, puis se va promener jusques  cinq
heures, puis soup. Il va encore se promener;  huit heures mis au lit.

_Le 8, jeudi._--Il se va promener derrire le chenil,  travers les
bls et les sables,  pied, va chez la Reine; va en carrosse,  la
garenne d'Avon, fouiller aux renards et aux blaireaux, de l fait tout
le tour du parc  pied, peu dedans le carrosse, revient et se met dans
une nacelle sur l'tang. Il va chez la Reine, puis se promener.

_Le 20, mardi._--Il va chez la Reine, au conseil, puis en la chambre
ovale, donne audience au marquis de Lancy, ambassadeur extraordinaire
de Savoie pour le remercier de sa bonne volont  son secours. Aprs
son souper, mis au lit, lev, vtu lgrement, il descend au jardin,
s'amuse  faire la garde, se fait mettre en sentinelle, reoit le
commandement du sergent (c'toit Descluseaux), y est jusques  une
heure aprs minuit.

_Le 23, vendredi._--Il voit jouer les artifices faits pour la
Saint-Jean.

_Le 24, samedi._--Il s'amuse le soir  des fuses et  chanter, va chez
la Reine et en revient  minuit.

_Le 26, lundi._--Le soir il se va promener, fait mettre le feu  toute
la paille vide des paillasses, va chez la Reine,  neuf heures fait
descendre son lit, ne se couche point, descend au jardin, o il est
jusques  une heure trois quarts, se jette sur une paillasse, o il est
dormant lgrement, tout vtu.

_Le 27, mardi._--Il part de Fontainebleau, arrive  Paris  dix heures
et demie[272].

  [272] Jamais la cour n'avait t si grosse; on y compta
  trente-quatre princes et princesses.

_Le 30, vendredi._--Il va enfin chez la Reine de huit heures  minuit
et demi.

_Le 2 juillet, dimanche._--Il va  Saint-Germain-en-Laye.

_Le 5, mercredi._--A trois heures il donne audience  M. l'ambassadeur
d'Espagne, puis va jusques au clos de M. de Frontenac.

_Le 6, jeudi._--Il va courir le cerf, revient disant qu'il a grand
faim, va chez la Reine, qui n'avoit pas dn et y a mang et encore
dn. Le soir il retourne chez la Reine, et vient se mettre au lit 
huit heures trois quarts.

_Le 8, samedi,  Saint-Germain._--Il va  l'assemble  Maisons,
ensuite  la chasse voir mourir le cerf, puis va chez la Reine; 
huit heures pans, mis au lit. A pareille heure la marchale d'Ancre
dcapite et brle en Grve,  Paris; on lui en parla si souvent et si
longtemps qu'il fut en continuelle apprhension[273], sans se pouvoir
endormir jusques  trois heures et demie aprs minuit, qu'il s'endort
jusques  huit heures un quart.

  [273] Un passage de la lettre que Malherbe crivait  Peiresc
  le 25 juin 1617 peut donner une ide du ton,  la fois ironique
  et cruel, avec lequel on parlait au jeune Roi du supplice de la
  marchale d'Ancre. Peiresc tait attendu de Provence  Paris et
  Malherbe lui disait, prs de quinze jours avant son arrive et
  avant l'excution: Pour la Conchine, je crois que vous aurez
  loisir de la voir _en ses beaux atours_, car,  ce que m'ont
  dit des gens qui le doivent bien savoir, la chose ira jusques 
  samedi.

_Le 10, lundi._--veill  six heures aprs minuit comme il l'avoit
command, il va  Saint-Germain-en-Laye o il a dn; revient en
carrosse  Paris  dix heures et demie. Dbott et, jusques  une
heure, amus, il va au conseil, au jeu de paume, chez la Reine;  cinq
heures et demie soup, puis chez la Reine, il en revient  neuf heures
et demie, et est mis au lit.

_Le 15, samedi._--Il va chez la Reine, et donne audience aux
ambassadeurs de Venise et de Savoie, va au parc, y fait mettre son
petit canon et fait mettre un chapeau contre une motte de terre, y
pointe sa petite pice de deux cents pas, donne demi-pied  ct, main
droite, et  la deuxime fois donne dedans. Il va vers les Bonshommes,
o il a got; bu dans son chapeau du vin clairet et de l'eau; il fait
boire ainsi M. de Guise et d'autres.

_Le 24, lundi._--Il va sur la rivire faire pcher le cormoran, le soir
chez la Reine,  la comdie en la galerie.

_Le 25, mardi._--Il va chez la Reine, puis va vers les Bonshommes;
baign  la rivire, la premire fois depuis qu'il est Roi, enrou
aprs.

_Le 27, jeudi._--Il va  Saint-Germain, se baigne  la rivire  main
droite, vers la pointe de l'le de la Garenne, y est un quart d'heure.

_Le 31, lundi._--Le matin baign en sa chambre. Le soir il entend la
comdie en sa chambre.

_Le 2 aot, mercredi._--Au bain en sa chambre, il est peint par
Fernand[274], peintre excellent, tant dans l'eau. Le soir il voit
jouer la comdie.

  [274] Ferdinand Elle, dit Ferdinand, l'un des plus excellents
  peintres de portraits qui ayent paru en France, dit Mariette.
  Son fils Louis Ferdinand Elle, connu aussi sous le nom de
  Ferdinand, fut l'un des premiers membres de l'Acadmie royale de
  peinture en 1648, et mourut en 1689, g de soixante-dix-sept ans.

_Le 4, vendredi._--Il va aux Tuileries, o il fait courir trois renards
par ses petits chiens; l'on y avoit apport les renards. Le soir il va
chez la Reine.

_Le 15, mardi._--Il va au sermon du P. Arnoux, jsuite, voit la Reine
en la maison o il fait la collation; c'toit  Saint-Germain.

_Le 25, vendredi._--Il part de Paris pour aller  Lsigny et au bois
de Piple; il arrive  une heure, va aux Fontaines, se trouve las, se
couche sur un matelas, court un blaireau aprs.

_Le 29, mardi._--Il va sur l'tang (il faisoit une extrme chaleur)
revient  Paris. Il se plaint de tranches au ventre, ce qui l'empche
d'aller dner au faubourg Saint-Honor, chez M. de Vendme, et de tenir
 baptme son fils.

_Le 2 septembre, samedi._--Il va chez la Reine, puis part de Paris
pour aller  Nanterre chasser  la garenne du Vsinet, arrive 
Saint-Germain par les terrasses, va jouer  la paume au jeu du bourg,
puis se promener.

_Le 3, dimanche,  Saint-Germain._--Il va au vieux chteau pour
voir l'endroit o le tonnerre vient de tomber. C'toit auprs de la
chapelle, au-dessus de la vote du chteau, d'o il remonta de la cour
aprs avoir pirouett autour de trois ou quatre personnes qui y toient.

_Le 6, mercredi._--Il va chez la Reine, fait tirer des fuses dans le
prau, joue aux barres, va  l'assemble  Joyenval, y dne, ayant fait
quatorze lieues dans le jour sans tre aucunement las, ayant chass
beaucoup.

_Le 8, vendredi,  Saint-Germain._--Confess par le P. Arnoux, il va
 la chapelle de la terrasse, o il entend la messe, communie, entend
encore la grande messe, puis touche quatre Espagnols malades, par
grce,  cause des maladies qui avoient cours. Il va chez la Reine
aprs son dner, et  deux heures  l'glise, au village, au sermon du
frre Paolo di Cesena, Italien, gnral des Capucins, qui prcha en son
langage, et y entend vpres, revient  quatre heures. Il va au prau
jouer aux barres, puis chez la Reine; mis au lit, il crit lui-mme et
donne les relais pour courir le cerf le jour d'aprs.

_Le 9, samedi._--Il part de Saint-Germain, va  l'assemble en Vsinet,
o il dne. A Maisons, le Roi y passe en bac, revient  Paris  quatre
heures. Il va chez la Reine aprs son souper, revient  huit heures.

_Le 10, dimanche._--Le Roi va voir le gnral des Capucins.

_Le 11, lundi._--Il va chez la Reine, o se font les fianailles de
M. de Luynes avec Mlle de Montbazon[275]. M. l'archevque de Tours,
auparavant vque de Bayonne, y fit la crmonie.

  [275] Marie de Rohan, fille d'Hercule, duc de Montbazon, et de
  Madeleine de Lenoncourt, remarie  Claude de Lorraine, duc de
  Chevreuse.

_Le 13, mercredi._--A son lever il monte en la chambre de M. de
Luynes, et  cinq heures le mne  la chapelle de la Tour, prs de
l'antichambre de la Reine, o, par M. l'archevque de Tours, il est
pous. Aprs son dner il va chez la Reine, au conseil, va au souper
que donne M. de Luynes.

_Le 15, vendredi._--Ce jourd'hui,  midi, M. le prince de Cond a
t sorti de la Bastille et men au bois de Vincennes avec Madame sa
femme[276].

  [276] Charlotte-Marguerite de Montmorency, morte le 2 dcembre
  1650.

_Le 21, jeudi._--Il va mettre la premire pierre au pont Saint-Michel.
En ce temps-l il alloit souvent  l'assemble de Joyenval.

_Le 22, vendredi._--Mis son habit de satin; il recorde son ballet, va
chez la Reine, va au conseil, puis part pour Saint-Germain.

_Le 23, samedi._--Il va  l'assemble  Maisons; le Roi passe la
rivire  gu devant la maison de M. le prsident Chevalier, courant
aprs le cerf.

_Le 25, lundi._--Il va  l'assemble  Vaucresson, y dne, soupe 
Saint-Germain.

_Le 26, mardi._--Il revient  Paris, va chez la Reine.

_Le 8 octobre, dimanche,  Saint-Germain._--Il va par la terrasse 
pied  la garenne, o il chasse aux lapins  coup de sa petite pice,
en tue un par la tte.

_Le 18, mercredi._--Chez la Reine, dans la chapelle de la Tour, il y
tient  baptme le fils an de M. de Vendme, duc de Mercoeur, avec la
Reine[277].

  [277] Louis, fils an de Csar, duc de Vendme. Il tait n en
  1612, pousa en 1651 Laure Mancini, nice du cardinal Mazarin,
  puis devenu veuf fut cr cardinal en 1667, et mourut en 1669.

_Le 24, mardi._--Il donne audience aux ambassadeurs de Venise et de
Savoie, qui prennent cong.

_Le 27, vendredi._--Il va  l'assemble  Joyenval, o il a dn,
arrive  neuf heures et demie, va faire la recette de son poisson, et
donne dix cus au pourvoyeur et une pistole  ses serviteurs.

_Le 1er novembre, mercredi._--Il touche les malades en la galerie; 
onze heures il va chez la Reine.

_Le 11, samedi._--Il va chez la Reine, au conseil;  midi il entre en
carrosse, part de Paris allant  Rouen, arrive  Saint-Germain, il
pleuvoit. Il s'amuse  faire lui-mme un petit fourneau de forge, de
brique et de mortier.

_Le 14, mardi._--Il part de Saint-Germain;  l'entre du bourg, M.
d'pernon, revenant de Guise, lui fait la rvrence. Il soupe  Mantes
pour la premire fois, y joue  la paume; il dne  Fresnde.

_Le 15, mercredi._--Il arrive  Vernon pour la premire fois, y dne,
arrive  Gaillon[278], va soudain  pied visiter le jardin, puis soup.

  [278] Gaillon appartenait aux archevques de Rouen, et le
  cardinal d'Amboise y fit construire un magnifique chteau entour
  d'un parc. _Voy._ les _Comptes du chteau de Gaillon_, publis
  par M. Deville dans la collection des _Documents indits sur
  l'Histoire de France_.--Louis XIII trouva le chteau si beau
  qu'il songea  l'acheter.

_Le 16, jeudi._--Il va en son cabinet, au conseil, o il n'y avoit que
le prsident Jeannin.

_Le 23, jeudi._--Il part de Gaillon et va  Pont-de-l'Arche pour la
premire fois;  Rouville dn. Il va  Pont-de-l'Arche, o le sieur de
Marsillat lui donne la collation de confitures.

_Le 24, vendredi._--Il part de Rouville pour aller  Rouen, la premire
fois,  quatre heures, sans crmonie, va descendre  l'glise de
l'vch, o il fut reu par M. de Harlay, archevque. A cinq heures 
Saint-Ouen o il logea[279].

  [279] Le Roi refusa le pole et aussi le serment oblig des Rois,
  entrant  Notre-Dame de Rouen, de conserver les privilges du
  pays.

_Le 25, samedi._--Il va  la messe et aux vpres  Saint-Ouen. Il
pleuvoit, il languit et s'amuse  jouer au volant en son cabinet.

_Le 27, lundi._--Il part de Rouen pour aller  Dieppe, dne  Tote et
soupe  Baqueville, va se promener partout.

_Le 28, mardi._--Il arrive  Dieppe pour la premire fois, va au
derrire de son logis pour y voir la mer, va voir le port.

_Le 29, mercredi._--Il monte  cheval, va au-dessus du Pollet, monte au
fort de Lunes,  main gauche sur le bord de la mer, o il fait mouiller
et mouille lui-mme, faisant avancer le piquet. M. le duc de Mayenne
rencontra un piquet qui le fit tomber et fut couvert d'eau.

_Le 30, jeudi._--A son dner, Mathurine[280] y emmne son htesse qui
dit au Roi: Dieu vous donne bonne vie et longue, Sire; autrefois
j'ai bais votre pre, mais je vois bien que je ne vous baiserai pas.
Que Dieu vous bnisse, Sire, et vous maintienne longuement. C'toit
l'htesse de l'cu de Bretagne. Il retourne au bord de la mer, fait
jeter dans l'eau le sieur de Frasque, cuyer de la Reine, et le sieur
Bernard, s'amuse, achte beaucoup de petites besognes.

  [280] Folle du roi Henri IV.

_Le 1er dcembre, vendredi._--Il part de Dieppe, soupe le lendemain 
Rouen.

_Le 4, lundi._--Il va  la messe  Notre-Dame, et puis faire
l'ouverture des Notables qu'il avoit fait venir pour donner ordre
aux affaires de l'tat, et pronona ces mots: _Messieurs, j'ai dit
mon intention  monsieur le chancelier; il vous la fera entendre;
asseyez-vous_.

_Le 5, mardi,  Rouen._--Il va au collge des Jsuites, pour voir les
prparatifs qu'ils avoient faits pour jouer des jeux.

_Le 10, dimanche._--Il va chez M. de Luynes, va au conseil,  la messe
 Saint-Ouen.

_Le 12, mardi._--Il entre en carrosse, va  l'htel de Ville  sa
collation. Ce jourd'hui M. de Villeroy est dcd,  quatre heures
aprs midi.

_Le 17, dimanche._--Dn chez M. de Luynes; il ne boit pas du muscat.

_Le 23, samedi._--Il donne audience  M. le prsident de
Hacqueville[281], accompagn de M. le prsident Fayet, dputs de
la cour du parlement de Paris, pour faire remontrances pour la
continuation du droit annuel  messieurs des comptes, cour des aides de
Paris et trsorier de France.

  [281] Jrme de Hacqueville, seigneur d'Ons-en-Bray; il devint
  premier prsident du parlement de Paris en 1627, et mourut le 4
  novembre 1628.

_Le 26, mercredi._--Il reoit les avis par crit des notables. M. le
cardinal du Perron porta la parole.

_Le 28, samedi._--Il va au conseil, o toient les princes, ducs et
pairs et officiers de la couronne, pour lui communiquer les avis
de l'assemble et demander le leur. Le lendemain il donne cong 
messieurs les notables, au conseil. A deux heures messieurs de la cour
du parlement prennent cong de lui.

_Le 29, vendredi._--Il part de Rouen aprs l'assemble, et dne  Pont
de l'Arche, revient souper  Gaillon, et y a couch.

_Le 30, samedi._--En chassant il arrive  Mantes, o il soupe et couche.

_Le 31, dimanche._--Il va  la messe  Notre-Dame et  sept heures
entre en carrosse, et part de Mantes; va  Fresne, o il arrive  neuf
heures et o il a dn: ensuite il va  cheval en chassant jusques
 Saint-Germain-en-Laye, o il arrive  deux heures et un quart. La
Reine, qui ne faisoit que d'arriver[282], le reoit  l'entre de la
salle; il va chez la Reine, puis au petit cabinet de la galerie, o il
s'amuse  faire des fuses. A six heures et demie soup; il va aprs
chez la Reine, en revient  huit heures trois quarts.

  [282] La Reine n'avait pas accompagn le Roi  son voyage de
  Normandie.




ANNE 1618.

  Le journal d'Hroard devient plus concis.--Intimit croissante
  avec M. de Luynes.--Le Roi visite Madrid, et y va loger.--Cong
  donn aux Notables mands de Rouen.--Soupers chez M. de
  Luynes; remarques d'Hroard.--Ballets.--Incendie au palais de
  Justice.--Mort de la duchesse de Nevers.--Uniformit de la
  vie du Roi.--Plaintes des ducs et pairs contre le garde des
  sceaux.--Le Roi donne la barette  M. de Gondi.--Il va  Grosbois
  chez le comte d'Auvergne.--M. de la Rochefoucauld nomm grand
  aumnier.--Le Roi  Soissons.--A Coucy.--Le cardinal de Savoie.


_Le 3 janvier, mercredi._--Il va en carrosse  la garenne, o il vole
et court des livres avec ses lvriers, revient  cinq heures, par les
terrasses, chez la Reine, o il a got d'un gteau au beurre fait par
Mme Blier.

_Le 4, jeudi._--A sept heures, veill par Beringhen, fort gai, il va 
l'assemble  Joyenval, y dne. Courant le cerf, il rencontre un petit
porte-panier, lui fait dployer toute sa marchandise, et l'achte,
laissant le marchand bien joyeux, qui pensoit que ce fussent des
voleurs; il fut bien aise de lui avoir fait cette peine. A onze heures
il va au laissez-courre; il avoit fort gel; courant, il en voit qui
tremblent, ne court plus, s'en revient et va chez la Reine, se couche 
sept heures trois quarts.

_Le 6, samedi._--Soup en la chambre de M. de Luynes, il va aprs  la
comdie franoise.

_Le 10, mercredi._--Il va chez la Reine, puis  la chambre de M. de
Luynes, qui devoit donner la collation de confitures, va  la cuisine,
o se proposoit de souper M. de Luynes, et demande  souper au
cuisinier, se fait porter un couvert, et a soup.

_Le 11, jeudi._--Il donne audience  l'ambassadeur de Savoie, va chez
la Reine et chez Mme de Conty qui donnoit la collation, o il n'a rien
mang.

_Le 18, jeudi._--Hors la ville, par la Porte neuve, il va  pied
jusques  Chaillot, faisant mener son petit canon par ses petits
suisses. M. de Castille lui donne des petits canons de fer, faits en
Suisse, et la collation. Il va chez la Reine, soupe, retourne chez la
Reine, chez M. de Luynes; revient  neuf heures et demie.

_Le 19, vendredi._--Il va  Madrid, visite tout le logement du chteau,
le fait lui-mme marquer pour y aller loger, revient chez la Reine; le
soir encore chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 23, mardi._--Il va chez la Reine, au conseil, dne, donne audience
 l'ambassadeur de Venise, puis entre en carrosse et va  Madrid pour y
loger; ce fut la premire fois.

_Le 25, jeudi._--Il prend un mrillon sur le poing et va  pied
dans le bois, vers la Muette, revient tout  l'entour de la muraille
du parc, va chez la Reine; va aprs  la chasse vers la plaine de
Saint-Denis.

_Le 26, vendredi._--Aprs avoir t au conseil, il va se promener
et faire travailler  un fort qu'il fait faire prs de la porte, 
l'avenue du pont de Neuilly.

_Le 28, dimanche._--Il chasse jusque par del du pont de Saint-Cloud;
il toit  cheval; il faisoit un extrme froid. Il l'avoue contre sa
coutume, et demande  se chauffer; il va chez la Reine, puis chez M. de
Luynes, o il a soup; revient  huit heures.

_Le 29, lundi._--Il va travailler  son fort, revient pour le conseil
o il donne cong aux notables qu'il avoit mands pour l'assemble
tenue  Rouen; puis retourne travailler  son fort, va lui-mme querir
et conduire des gazons; il faisoit grand froid.

_Le 31, mercredi._--Aprs son dner, il va travailler  son fort, 
deux heures revient au conseil;  trois s'en va vers Longchamp  la
volerie, revient  quatre heures, travaille encore  son fort, puis va
chez la Reine, o il mange quelques beignets qui se y faisoient.

_Le 2 fvrier, vendredi._--Il va  confesse au pre Arnoux[283],
 la messe  la chapelle de la Tour, o il communie, et, dans la
grande galerie, touche cent six malades; va au sermon et aux vpres 
Saint-Sverin, puis chez la Reine.

  [283] Luynes voulant avoir quelqu'un  lui auprs du Roi fit
  congdier en 1617 le pre Coton, confesseur du Roi et de la
  Reine mre, et choisit le pre Arnoux pour le remplacer.
  Fontenay-Mareuil et le marquis de Montpouillan ne l'pargnent pas
  dans leurs Mmoires.

_Le 4, dimanche._--Il va chez la Reine, puis va souper chez M. de
Luynes et les princes et autres seigneurs avec lui, revient  neuf
heures.

_Le 11, dimanche._--Soup chez M. de Luynes; _confusion_[284].

  [284] _Voy._ au 18 fvrier suivant. Hroard a mis cette mention
  en marge.

_Le 12, lundi._--Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, y recorde son
ballet.

_Le 15, jeudi._--Il va chez la Reine et chez M. de Luynes qui soupoit,
y recorde son ballet, revient  minuit.

_Le 18, dimanche._--Soup chez M. de Luynes; un peu de confusion.

_Le 20, mardi._--Il va chez la Reine et chez M. de Luynes, o il
recorde son ballet  neuf heures trois quarts; il revient en la salle,
o il voit danser un ballet fait par M. de Nemours; revient  une heure
et demie.

_Le 22, jeudi._--Soup chez M. de Luynes et dans son ballet.

_Le 25, dimanche._--Il monte dans la chambre de M. de Luynes, o Mme de
Luynes donna  souper  la Reine, laquelle  minuit y dansa son ballet.
A deux heures aprs minuit le Roi s'en revient.

_Le 27, mardi._--Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes, o il
danse encore un petit ballet, appris en trois jours.

_Le 28, mercredi._--Il va chez la Reine, au sermon du P. Arnoux en
la grande salle; amus ensuite diversement jusques  six heures; il
retourne chez la Reine aprs son souper jusques  huit heures et demie.

_Le 2 mars, vendredi._--Il donne audience aux ambassadeurs de Mantoue
et de Savoie.

_Le 7, mercredi._--veill  cinq heures et demie par M. Beringhen,
son premier valet de chambre, pour bailler les clefs des reliques qui
sont  la Sainte-Chapelle, de peur du feu qui s'toit mis au Palais,
et brl toute la grande salle. Il commena  deux heures aprs minuit
par le logis du prvt de l'le[285]. Lev en robe, il va en la galerie
pour voir le feu; remis au lit  six heures. Dans la journe, il va en
carrosse  l'Arsenal.

  [285] Le feu dura de quatre  six heures du matin; la grande
  salle fut en totalit dtruite, avec la premire chambre des
  enqutes.

_Le 13, mardi._--Il va chez M. de Mayenne le visiter sur la mort de Mme
de Nevers, sa soeur, s'tant vtu de deuil noir pour le gratifier.

_Le 22, jeudi._--Il entre en carrosse, va  la chasse vers les plaines
de Saint-Cloud, par la pluie, la grle et le tonnerre et clairs; il
entre dans une ferme, o quelques-uns s'toient retirs, qui mangeoient
du pain bis et du beurre sal de la fermire. Il revient ses bottes
pleines d'eau, qu'il fallut fendre pour le dbotter, va aprs chez la
Reine.

_Le 30, vendredi._--Il va en la cour, o il voit un prsent de la reine
d'Angleterre: c'toient six chevaux et une meute de quarante chiens. Il
va aprs chez la Reine et au conseil; le soir encore chez la Reine[286].

  [286] Chaque matin le Roi va au mange, chaque jour au conseil,
  plusieurs fois dans le jour chez la Reine, presque chaque soir
  chez M. de Luynes. Il ne se trouve plus d'indications d'tudes;
  le Roi ne s'occupe que de chasse et d'armes. En ce temps l,
  dit Bassompierre, le Roi qui toit fort jeune, s'amusoit  faire
  petits exercices de son ge, comme de peindre, de chanter,
  d'imiter les artifices des eaux de Saint-Germain par de petits
  canaux de plumes, de faire des petites inventions de chasse, de
  jouer du tambour,  quoi il russissoit fort bien.

_Le 22, dimanche._--Il va en la galerie, o il fait faire les exercices
lui-mme  ses petits suisses;  quatre heures trois quarts il revient
en la ruelle de son lit, reoit la plainte de certains ducs sur leur
prsance avec M. le garde des sceaux, et la plainte particulire de M.
d'pernon contre le garde des sceaux[287].

  [287] Du Vair, qui avait repris les sceaux de Claude Mangot  la
  mort du marchal d'Ancre.--Ce jour l le Roi tait souffrant.
  _Voy._ dans les Mmoires de Bassompierre le rcit de cette scne.

_Le 24, mardi._--Il va chez la Reine, o, dans le cabinet, il entend un
vque grec clbrant la messe  la grecque. Il va ensuite au jeu de
paume, revient au conseil, puis dne, va aprs chez la Reine, puis aux
Tuileries par la galerie. A quatre heures il retourne au conseil, soupe
 sept heures, aprs va patre ses mrillons, et revient se coucher 
neuf heures.

_Le 25, mercredi._--Il va chez la Reine, et  une heure entre en
carrosse, et part de Paris. Il va  Vanves, loge en la maison de M.
Prvost, seigneur de Saint-Germain[288], soupe et couche  Vanves.

  [288] Prsident au parlement de Paris.

_Le 10 mai, jeudi._--Dans la fort de Saint-Germain il court le cerf,
le prend  quatre heures et demie, et se trouvant seul, accompagn
seulement de M. du Hallier-Vitry[289], capitaine de ses gardes du
corps, et du baron de Palluau, son premier matre d'htel, il dit:
_Puisque je suis seul  la mort du cerf, c'est  moi  aller querir
une charrette pour le porter_. Il pique, et s'en va vers le bourg, en
arrte une et la ramne, fait donner la cure en la cour; il va chez la
Reine avant son souper.

  [289] Franois de l'Hpital, connu depuis sous le nom de marchal
  de l'Hpital.

_Le 20, dimanche._--Il va en carrosse  Notre-Dame pour donner le
bonnet de cardinal  M. Henri de Gondi, vque de Paris[290].

  [290] Le Roi retourne  Saint-Germain, et y reste jusqu'au 13
  juin.

_Le 1er juin, vendredi._--Il va  l'assemble  Herbelay; il est
mouill et,  la chapelle de la terrasse, se trouve pris de foiblesse.

_Le 3, dimanche._--Il va  la chapelle de la terrasse, a froid, se fait
faire du feu, et touche pourtant treize cent dix malades en l'alle du
palemail.

_Le 11, lundi._--A une heure il donne audience au colonel Stechimbourg,
colonel de la cavalerie lgre de Hollande, venant de la part du comte
Maurice, prince d'Orange.

_Le 18, lundi._--Il part de Paris et va  Gros-Bois, o M. le comte
d'Auvergne lui a fait donner  dner.

_Le 30, samedi._--Il va jouer en son antichambre au billard;  onze
heures va  l'tang; il faisoit grand chaud. M. le duc d'Uzs vient 
lui de la part de la Reine; il entre en la boue pour le faire aller 
lui, et le fit[291].

  [291] Le Roi tait all  Lsigny le 23. Il partit le 12 juillet
  pour Saint-Germain.

_Le 1er juillet, dimanche._--Il va  onze heures trois quarts au devant
de la Reine, qui vient dner ici;  cinq heures la Reine s'en retourne
 Paris. Il soupe chez M. de Luynes[292].

  [292] Il est  remarquer qu'Hroard devient de plus en plus
  insignifiant; il raconte minutieusement les chasses et les
  promenades du Roi, ses repas, mais ne donne plus que rarement un
  dtail digne d'tre relev.

_Le 6 aot, mercredi._--Il se baigne dans la rivire  Asnires, et
soupe  la Planquette.

_Le 8 septembre, samedi._--A une heure dn, o M. le cardinal de la
Rochefoucauld dit le _Benedicite_ comme grand aumnier, dont, le matin
du jour prcdent, il avoit prt le serment.

_Le 10, lundi._--Il donne l'ordre du Saint-Esprit  M. de la
Rochefoucauld, qu'il avoit fait grand aumnier[293].

  [293] Le Roi va le 11  Lsigny et le 15  Monceaux.

_Le 15, samedi._--Il dne  Monceaux; la Reine y arrive pour la
premire fois.

_Le 25, mardi._--Il va  Villers-Cotterets pour la premire fois avec
le cardinal de Retz.

_Le 28, vendredi._--Il va  la messe aux Chartreux  Bourg-Fontaine, a
visit toute la maison et le lieu, y a dn.

_Le 1er octobre, lundi._--Il arrive  Soissons pour la premire fois,
va  l'glise Notre-Dame, revient au chteau, o il a log, va de l
visiter les retranchements faits durant le sige;  six heures il va
souper au logis de M. de Luynes.

_Le 4, jeudi._--Il quitte Soissons, dne  Chavignan et soupe  Laon
pour la premire fois, va  l'glise et se promener.

_Le 5, vendredi._--M. de Luynes me dit que le Roi lui avoit dit le soir
avant que de s'endormir que depuis quelques jours en se couchant, ou
aussitt qu'il toit couch, il avoit froid.

_Le 6, samedi._--Il part de Coucy, en chemin mange du raisin en un
village o l'on faisoit la vendange, et a tt un peu du vin doux[294].

  [294] Le 9 le Roi retourne  Coucy, et revient le 12  Soissons.

_Le 10, mercredi._--Il va en l'glise, o il eut un peu de foiblesse,
blmit, sua  la figure, revient, chauff, blme[295].

  [295] Le Roi part le 16 de Soissons, couche  Villers-Cotterets,
  le 17 dne  Nanteuil et couche  Dammartin.

_Le 18, jeudi._--Il arrive  Paris[296].

  [296] Le 24 le Roi va  Saint-Germain, et en revient le 26.--Le
  28, comdie chez la Reine.

_Le 6 novembre, mardi._--Le cardinal de Savoie arrive peu accompagn,
venant pour remercier le Roi pour le secours qu'il avoit reu pour les
vnements de Verceil[297].

  [297] Il venait en France non-seulement pour remercier Louis XIII
  des secours envoys contre les Espagnols  Verceil, mais aussi
  pour conclure le mariage de son frre avec Madame Christine,
  soeur du Roi.

_Le 7 novembre, mercredi._--Il donne audience au duc de Montlon, qui
prend cong pour s'en retourner en Espagne; va chez la Reine,  deux
heures, en sa chambre, donne audience au cardinal de Savoie[298].

  [298] Le Roi mne M. le cardinal de Savoie  Saint-Germain le 13,
  et lui fait tout visiter, le mne  la chasse et lui fait courir
  un cerf avec cent veneurs et cent chiens. Le 28 le Roi retourne 
  Saint-Germain jusqu'au 10 dcembre.

_Le 15, jeudi._--Il va  l'assemble  Forqueil, y mne le cardinal de
Savoie, qui a dn et couru avec lui.

_Le 29, jeudi._--Il va par la galerie aux Tuileries, o il s'informe,
d'un archer des gardes du corps, de la comte qui avoit t vue le
matin avec une longue queue.

_Le 21 dcembre, vendredi._--Il va aux Feuillants, o il se fait un
grand concert de musique.

_Le 29, samedi._--Il va  la volerie vers Massy, fait volerie plnire,
y mne M. de Vaudemont[299] et le cardinal de Savoie, revient chez la
Reine, soupe, monte chez M. de Luynes, o il voit jouer une comdie
franoise.

  [299] Franois de Lorraine, comte de Vaudemont, fils du duc
  Charles II et de Claude de France.




ANNE 1619.

  Fianailles de Madame Christine de France.--Mariage de Mlle
  de Vendme.--Baptme du fils de M. de Puisieux.--Le prince
  de Savoie.--Intimit croissante avec M. de Luynes.--Mariage
  de Madame Christine.--Ballet.--Dpart de la Reine mre de
  Blois.--Audience des cours souveraines avant le dpart
  du Roi.--Voyage de Touraine.--Rception de M. de Luynes
  chez lui.--Ambassadeur de Hollande pour le meurtre de
  Barnevelt.--Ambassade d'Angleterre; d'Alger.--Les dputs
  de l'assemble gnrale du clerg.--Serment du marchal
  de Praslin.--Une couleuvre.--Entrevue avec la Reine
  mre.--Entrevue du prince de Cond; son pardon.--Discussion
  du prince de Cond et de M. de Soissons pour la serviette
  du Roi.--Fte chez M. de Luynes.--Dpart de la princesse de
  Pimont.--Vendme.--Le Roi raccommode lui-mme une roue de sa
  voiture.--Chartres.--Mantes.--Le Roi touche trois Portugais.--La
  compagnie des mulets.--M. de Tavannes et le jugement du
  capitaine des mulets.--Serment du marchal de Cadenet.--Retour
   Paris.--Les dputs de l'assemble de Loudun.--Promotion de
  chevaliers du Saint-Esprit.


_Le 5, janvier, samedi._--Il va chez la Reine, puis monte chez M. de
Luynes, o il fait les Rois. M. le comte de la Rocheguyon fut le roi.

_Le 9, mercredi._--Il monte  la chambre de M. de Luynes, o il recorde
son ballet; aprs son souper il va chez la Reine et encore chez M. de
Luynes,  la comdie.

_Le 11, vendredi._--A sept heures, dans sa chambre, Madame Henriette de
France[300] est fiance et le contrat sign fait entre [Victor-Amde]
de Savoie,  la poursuite de [Maurice] de Savoie, cardinal, son frre.

  [300] Hroard se trompe, c'est de Christine de France, ne le 10
  fvrier 1606, qu'il s'agit; le mariage fut clbr le 10 fvrier.

_Le 20, dimanche._--Il va  la chapelle de la Tour, o Mlle de Vendme
est pouse  M. le duc d'Elbeuf[301]. Aprs son souper, il va chez la
Reine et chez Mlle de Vendme pour lui faire la guerre.

  [301] Catherine-Henriette, fille de Henri IV et de Gabrielle
  d'Estres, lgitime en 1597, marie  Charles II de Lorraine,
  duc d'Elbeuf, morte le 20 juin 1663.

_Le 25, vendredi._--Mis au lit, pri Dieu. A onze heures ou environ,
sans qu'il y penst, M. de Luynes vient pour le persuader de coucher
avec la Reine. Il rsiste fort et ferme, par effort jusques aux larmes,
y est emport, couch, s'efforce deux fois comme l'on dit, _hc omnia
nec inscio_. A deux heures il revient; dvtu, mis au lit, il s'endort
jusqu' neuf heures du matin[302].

  [302] Le Journal d'Arnaud d'Andilly dit que le Roi coucha pour la
  premire fois cette nuit-l avec la Reine. M. de Luynes le porta
  dans ses bras. M. de Beringhem (qui mourut trois semaines aprs)
  portoit le flambeau. Stphanille, femme de chambre espagnole,
  sortit de la chambre et Mme de Bellire, premire femme de
  chambre de la Reine, y demeura seule. _Voy._ aussi les Mmoires
  de Pontchartrain et _Le Roi chez la Reine ou histoire secrte
  du mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche_, par M. Armand
  Baschet, 1866, in-12.

_Le 3 fvrier, dimanche._--Il va en carrosse chez M. de Sillery,
chancelier de France, o toit log M. de Puisieux, son fils[303] et
de l va  Saint-Eustache o il prsente  baptme le fils du sieur
de Puisieux[304] avec Mme la comtesse de Soissons; revient chez M.
le chancelier, o il a got. Il revient  cinq heures trois quarts,
monte chez M. de Luynes, o il recorde son ballet. Aprs son souper il
retourne chez M. de Luynes,  la comdie, puis va chez la Reine  une
heure.

  [303] Pierre Brulart, vicomte de Puisieux, du vivant de son
  pre, secrtaire d'tat, mari  Charlotte d'tampes-Valenay,
  tait veuf sans enfants en 1613 de Madeleine de Neuville de
  Villeroy.--Puisieux est un village, tout  ct de Sillery, prs
  de Reims, rig plus tard en marquisat.

  [304] Louis Brulart, n en 1619, marquis de Sillery, fils
  an du prcdent, mort le 19 mars 1691, ayant pous en
  1638 Marie-Catherine, fille ane de Franois V, duc de la
  Rochefoucauld.

_Le 6, mercredi._--A sept heures le prince major de Savoie arrive avec
son frre le prince Thomas[305], en poste, tant partis de Pouilly, et
salue le Roi en son cabinet. Le Roi le mne chez Madame, qu'il venoit
pouser, puis chez la Reine.

  [305] Thomas-Franois de Savoie, prince de Carignan, n le 21
  dcembre 1596, mort le 22 janvier 1656, ayant pous Marie de
  Bourbon-Soissons.

_Le 9, samedi._--Il va visiter sa fauconnerie au Bourg-la-Reine avec le
prince de Pimont[306] et ses frres, revient  cinq heures, va chez
la Reine;  huit heures Madame Christine de France fut fiance en la
chambre du Roi, par M. le cardinal de la Rochefoucauld, grand aumnier
de France. Le Roi va ensuite chez M. de Luynes, o il a soup.

  [306] Victor-Amde, fils an du duc Charles-Emmanuel, n le 8
  mai 1587, duc en 1630, mort le 7 octobre 1637; sa femme, Madame
  Christine, vcut jusqu'au 27 dcembre 1663.

_Le 10, dimanche._--Il va chez la Reine,  la chapelle de la Tour, o,
entre dix et onze heures, fut pouse Madame Christine de France au
prince de Pimont, et presque  la mme heure environ de sa nativit.
Le Roi monte le soir chez M. de Luynes, o on m'a dit qu'il a fort
gaiement soup. A dix heures, il conduit Madame Christine en sa
chambre, et y est tant que le prince fut couch et quelque temps aprs.
A minuit il va chez la Reine, et en revient  deux heures.

_Le 12, mardi._--Il soupe chez M. de Luynes et donne le souper  tous
ceux qui toient de son ballet, s'y est habill et a descendu  la
salle o,  minuit, il a dans son ballet[307].

  [307] Vers pour le ballet du Roi reprsentant les adventures de
  Tancrde en la fort enchante, par Bordier, 1619, in-4. _Voy._
  pour toutes ces ftes, le _Mercure franois_ de 1619, p. 86.

_Le 19, mardi,  Saint-Germain._--Il va au bois et  la volerie, et
revient par le moulin d'en bas, o le meunier, le prenant pour un
fauconnier, couroit aprs lui, disant et opinitrement que c'toit lui
qui lui avoit pris sa poule;  quoi il prenoit plaisir et  le faire
contester.

_Le 23, samedi._--Il reoit des nouvelles que la Reine sa mre, toit
partie de Blois[308] le vendredi au soir, va ensuite chez M. de Luynes,
et le lendemain  Paris.

  [308] _Voy._ plus haut la note 269, page 210. C'est dans la nuit
  du 21 au 22 fvrier que le duc d'pernon fit chapper la Reine
  mre.

_Le 18 mars, mardi._--A dix heures et demie du soir lev, vtu en robe,
il va chez la Reine _cum voluptate_[309].

  [309] A dater de cette poque, chaque fois que le Roi va chez la
  Reine, Hroard met en marge des chiffres significatifs.

_Le 8 avril, jeudi,  Saint-Germain._--Il va au conseil, puis  la
chapelle du vieux chteau, au service pour la mort de l'Empereur[310].

  [310] Mathias, archiduc d'Autriche, roi de Hongrie, fils de
  Maximilien II et frre de Rodolphe II, fut lu aprs lui le 13
  juin 1612; il adopta son cousin Ferdinand, archiduc de Gratz, et
  mourut le 10 mars 1619.

_Le 27, mardi._--Il va  Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur, son
frre, malade.

_Le 29, jeudi._--Il va au conseil, donne audience au nonce, 
l'ambassadeur de Lorraine.

_Le 1er mai, mercredi,  Saint-Germain._--Il va par les terrasses  la
garenne, voir faire la monstre  sa compagnie de chevau-lgers, o le
sieur de la Cure, qui l'avoit commande en lieutenance sous le feu
Roi, s'en dmet au profit du sieur de Brantes[311].

  [311] Lon d'Albert, seigneur de Brantes, puis duc de Luxembourg
  et de Piney; il tait frre du conntable de Luynes.

_Le 5, dimanche._--Il donne audience  messieurs des compagnies
souveraines de Paris, qu'il avoit mands pour leur commander ce qu'il
y avoit  faire pendant le voyage qu'il alloit faire en Touraine, pour
les diffrends de lui et de la Reine sa mre[312].

  [312] Le Roi part de Saint-Germain le 7, couche  Linas le 8,
   tampes le 9; il y sjourne  cause de l'Ascension, le 10 
  Toury, le 11  Orlans, le 16  Blois, le 17  Amboise.

_Le 12, dimanche._--Pendant son voyage de Touraine, il soupe au
Pontil, en la maison du sieur d'Escures, premier matre d'htel de
Monsieur, qui a donn le souper au Roi.

_Le 19 mai, dimanche,  Amboise._--Il a touch cinq malades espagnols,
 la prire de la Reine, d'autant qu'il ne toucha point  cause des
bruits de peste.

_Le 20, lundi._--Il va aux Arpentils, o il a dn, donn par M. de
Luynes; c'toit sa maison.

_Le 28, mardi._--Le Roi arrive  Tours, o M. de Brenne lui apporte des
lettres de la Reine mre; il le renvoie le surlendemain sans lettres,
mais avec des compliments.

_Le 1er juin, samedi._--Il donne audience  un dput de messieurs
des tats des Pays-Bas sur le fait de l'excution  mort du sieur de
Barnawelt[313].

  [313] Jean d'Olden-Barneveldt, avocat gnral des tats de
  Hollande et principal ministre de la Rpublique: il fut charg
  de plusieurs ambassades en France, et occupa constamment le
  premier rang dans les affaires de son pays; mais ayant pris parti
  pour une secte dite des Arminiens et des Remontrants, contre
  les Gomariens ou les contre-Remontrants, le prince d'Orange se
  pronona pour ces derniers; on en vint aux armes, et Barneveldt
  fut pris et dcapit le 13 mai 1619.

Le 4 juin le Roi va au Lude: la Reine  Notre-Dame des Ardilliers de
Saumur, et le 5 au Verger, d'o elle revient  Tours.

_Le 10, lundi._--Baign en la rivire de Loire, au-devant de
Marmoustier[314].

  [314] Le 16 le Roi va  Amboise et en revient le 19,  cause de
  M. de Mayenne.

_Le 19, mercredi._--Il reoit M. de Mayenne venant de l'arme de
Guyenne.

_Le 20, jeudi._--Il donne audience au chevalier Hernet, ambassadeur
extraordinaire d'Angleterre et  un chaoux turc venant d'Alger; il
toit rengat natif de Martigues[315].--Il me fit l'honneur de me dire
qu'il toit sorti l'aprs-dne, mais qu'ayant senti la chaleur qui
lui donnoit  la tte, il s'toit vite retir  l'ombre, et que le
soir prcdent, lorsqu'il se coucha, il avoit mal  la tte, qui lui
donnoit de l'inquitude et qu'il ne me l'avoit pas voulu dire. Il avoit
t longtemps sur la rivire du Cher  tirer aux oiseaux, puis dans la
prairie, o il se mouilla fort,  cause de ce qu'il avoit beaucoup plu.

  [315] A ce moment la France tait en paix avec les corsaires des
  tats Barbaresques,  cause des prparatifs de M. de Guise dans
  les ports de la Mditerrane. Un trait avait t presque conclu
  en 1618 par l'envoy, le baron d'Allemagne.

_Le 24, lundi._--Le prince de Pimont revient d'Angoulme.

_Le 25, mardi._--A cinq heures et demie, il salue Mme la princesse de
Pimont, sa soeur, qui arrive.

_Le 27, jeudi._--Il part du Plessis, va  Azay, en la maison de M. de
Lansac, o il dne, et en revient le 29[316].

  [316] Depuis quelques jours le Roi, dans les villes diverses
  qu'il traverse, va  la comdie vers cinq heures et demie,
  avant son souper. La Reine tait avec lui. Il s'amuse avant de
  s'endormir  chanter en concert des hymnes de l'glise, ne manque
  jamais la messe et les vpres dans l'glise principale du lieu o
  il est.

_Le 2 juillet, mardi._--Cejourd'hui matin mourut, au Pont de la Mothe,
prs de Tours, le colonel Galati, Suisse[317] qui avoit si bien fait
 Arques du vivant du feu Roi. Il se leva, disoit-il, pour aller voir
le Roi au Plessis; ayant fait deux tours de chambre, il lui prend une
foiblesse; tant mis sur le lit, la parole lui revient et deux jours
aprs il dcda, g de plus de quatre-vingts ans.

  [317] Gaspard Gallaty, colonel des Suisses  Arques, o il
  demeura constamment prs du Roi. Le duc de Rohan, partant pour
  Juliers avec un beau rgiment suisse, ajoute dans une lettre du
  29 juin 1610  M. de la Force: Le bon homme Galatty fait encore
  ce voyage.

_Le 5, vendredi._--Il se relve en robe, fait porter des paillasses,
ne se couche pas jusques  une heure aprs minuit, aprs avoir fort
jou, pass son temps, fait manger les confitures qui toient dans ses
coffres  Marais, Boulanger, etc., fait veiller ceux qui dormoient
sur les paillasses en leur faisant passer un ftu sur le visage, et
avant leur avoit barbouill les mains avec de l'encre; s'endort tout
vtu sur une paillasse.

_Le 8, lundi._--Le Roi tant  Amboise, le comte Henri de Nassau
arrive, venant de Flandre[318].

  [318] Louis-Henri, depuis prince de Nassau-Dillembourg, fils du
  comte Georges de Nassau et de milie de Sayn, n le 9 mai 1594,
  gnral dans l'arme sudoise, mort en juillet 1662.

Le Roi va le 3  Amboise et en revient le 9, o il reoit le duc de
Nevers. Le 16 il y retourne, jusqu'au 19.

_Le 22, lundi._--Le Roi donne audience en sa chambre  messieurs de
l'assemble gnrale du clerg, et leur donne cong.

_Le 1er aot, jeudi._--Il arrive  Tilly, maison de M. le comte du
Lude[319];  onze heures et demie il prend son harquebuse sur l'paule
et va  pied  l'tang d'Heume, o il a chass sur l'eau dans son petit
bateau et tu beaucoup de gibier de son harquebuse, nonobstant la pluie
et le vent; revient  cheval[320].

  [319] Timolon de Daillon, comte du Lude, n en 1600, mari en
  1622,  Marie Feydeau.

  [320] Le Roi va le 8  Amboise, et en revient le 12; il y
  retourne avec la Reine, du 17 au 21.

_Le 13, mardi._--tant au Plessis, il va dans la journe  la comdie
franoise et le soir  la comdie espagnole.

_Le 24, samedi._--M. de Praslin a prt le serment de marchal de
France[321].

  [321] Charles de Choiseul, marquis de Praslin, mort le 1er
  fvrier 1626, lieutenant gnral en Champagne.

_Le 26, lundi, au Lude._--Pendant ce voyage il s'est baign fort
souvent ou  la rivire ou dans son cabinet, et a continu de se
montrer trs-attentif pour la Reine. Il ne manque presque jamais,
quoiqu'en voyage, de tenir le conseil, et assiste souvent  la comdie
espagnole. Il va gnralement chez la Reine le matin et le soir.

_Le 3 septembre, mardi._--En arrivant  Tours, il fait tirer en salut
dans son bateau l'harquebuse de M. de Beaumont, mestre de camp; elle
creva tout auprs du Roi et il en eut la main toute froisse, et le
sieur de Touvion fut bless  la face.

_Le 5, jeudi._--Il part de Tours  neuf heures et demie, et va 
Cousires au-devant de la Reine mre, qui y avoit couch revenant
d'Angoulme; y arriva  onze heures et demie. M. de Montbazon vint
au-devant de lui, le conduisit par le bois au jardin, aux alles o
toit la Reine mre; elle vient au-devant de lui, l'embrasse, le baise,
se prend  pleurer, lui aussi, sans parler l'un et l'autre; aprs
souper il va chez la Reine, puis va voir la Reine mre, loge  l'htel
de la Bordesire[322].

  [322] La Reine s'tait retire dans un chteau du duc d'pernon
  en Angoumois; M. de Richelieu qui pour l'avoir suivie  Blois
  avait t relgu le 9 avril 1618  Avignon, fut charg d'aller
  la trouver et de la dcider  voir le Roi. Cette entrevue n'eut
  aucun rsultat.

_Le 12, jeudi._--Il va pour tirer de l'harquebuse sur les plaines de
Saint-Avertin, chassant  pied  main gauche d'une croix, sur le chemin
pour aller  Cousires; n'tant que sept  huit, pars autour de lui,
il s'leva une grosse couleuvre, longue d'environ de quatre pieds, d'un
vieux chaume, et venant droit  lui  grands lans. Il ne la voyoit
point; on lui crie qu'il et  prendre garde; il la voit  six pas
prs, saute en arrire, et en mme temps couche en joue son harquebuse
et la tue, l'ayant coupe en plusieurs pices.

_Le 19. jeudi._--Il va chez la Reine sa mre, et prend cong d'elle,
part de Tours, et va  Amboise. La Reine mre va  Chinon.

_Le 22, dimanche._--A onze heures et demie il va chez M. de Luynes, qui
faisoit le festin  messieurs les princes de Pimont et  Mesdames, qui
devoient partir le jour d'aprs.

_Le 23, lundi._--Madame Christine de France, princesse de Pimont,
part pour aller en Pimont. Il l'accompagne en carrosse environ
une demi-lieue, revient en diligence qu'il treuve au bout du pont
d'Amboise, la conduit lui-mme au galop, et arrive  dix heures trois
quarts  Onzain, o il a dn.

_Le 24, mardi._--Il arrive en chassant  Vendme pour la premire fois,
et va visiter le chteau, y monte  pied et visite tout.

_Le 25, mercredi._--Il part de Vendme, va  Claye, o il arrive  dix
heures et demie,  cause que la roue de son petit carrosse s'toit
rompue au-dessous d'une montagne o il y avoit un bois et aprs une
descente pierreuse; il prend une hache, lui-mme coupe un arbre,
l'accommode, et remet la roue dans le fer, puis s'en va.

_Le 7 octobre, lundi,  Mantes[323]._--Il mange une petite grappe de
raisin de Corinthe, de ceux qui viennent de lui tre prsents par l'un
de ses mdecins, qui toit M. Le Tilien, demeurant  Mantes. Il part de
Mantes, arrive  Marcines, maison de M. le chancelier Brulart, sieur de
Sillery, o il a dn et couch.

  [323] Le Roi avait quitt Chartres le 3, tait arriv le 4 
  Montfort, en passant par pernon, et le 5  Mantes.

_Le 10, jeudi._--Il arrive  Compigne pour la premire fois, y loge,
et va  Saint-Cornille.

_Le 12, samedi._--Il va de Compigne  Mouchy, maison de M. de Humires.

_Le 14, lundi._--Retour  Compigne; conseil.

_Le 17, jeudi._--Il va en son cabinet, o je lui demandai s'il
toucheroit des malades; il y avoit de la peste  Paris.--_Non, mais ces
gens-ci me pressent si fort, si fort; parlez  eux, ils me perscutent
si fort. Ils disent que les Rois ne meurent point de la peste_ (en
colre); _ils pensent que je sois un Roi de cartes: parlez-leur_,
dit-il au pre Arnoux.

_Le 18, vendredi._--Il part pour Chantilly.

_Le 20, dimanche,  Chantilly._--A trois heures, dans le petit cabinet
de la tour de sa chambre, il reoit M. le prince de Cond et Mme sa
femme sortant de prison du bois de Vincennes, d'o ils toient partis
 onze heures, conduits par M. de Luynes. D'abord M. le Prince met les
deux genoux en terre, il demande pardon; ce qu'on put entendre du Roi
en le relevant fut qu'il falloit oublier toutes les choses passes, et
que M. le Prince rpondit C'est ce que je demande. Mme la Princesse
en fit autant, mais le Roi la releva, n'attendant pas qu'elle et
les genoux en terre, et la baisa et Mme de Ventadour, qui l'avoit
accompagne. Le Roi va montrer  M. le Prince ses oiseaux;  quatre
heures ils se sparent.

_Le 22, mardi._--Retour  Compigne.

_Le 1er novembre, vendredi._--Il touche trois Portugais malades des
crouelles, aux Minimes.

_Le 2, samedi._--Revenant au quartier des mulets de Monsieur, son
frre, il reoit une grande plainte de nombre de paysans contre le
capitaine des mulets, sur ce qu'il ne leur payoit que quatre sols par
mulet, lui qui en avoit vingt. Il le condamne  tre pris au corps,
ramen au village, et  payer plus qu'il n'avoit convenu avec les
paysans. Il ordonne pour premier prsident M. de Tavannes[324], M. de
Grissac, gentilhomme de la vnerie, M. des Chapelles qui avoit le vol
du cahier pour greffier, et quelques autres pour la capture, et assista
 l'excution; fait fouetter un des garons de ce capitaine qui faisoit
le rieur et le suffisant[325].

  [324] Guillaume de Saulx, comte de Tavannes, fils an du
  marchal, chevalier des Ordres et l'un des plus fidles partisans
  de Henri IV, mort en 1631.

  [325] Le Roi quitte le 4 Compigne, et va le 5  Monceaux; dne
  le 10  Coupevray, couche  Lsigny, et va le 15  Fontainebleau:
  il va le 21  Villeroy; la Reine  Paris.

_Le 13, mercredi._--Il va  sept heures du matin chez M. de Luynes,
en sort pour l'accompagner, allant  Paris au parlement, pour faire
enregistrer ses provisions de duc et pair.

_Le 24, dimanche._--Il a bu de l'hypocras de cidre de Vaugrineuse; le
soir il envoya querir un gobelet et une bouteille d'hypocras de cidre,
en boit deux coups, et en fait boire  tous ses gentilshommes prsents.

_Le 5 dcembre, jeudi._--Il va au conseil, chez la Reine, chez M. de
Luynes. A trois heures il donne audience au comte de Furstemberg[326],
ambassadeur extraordinaire de l'Empereur pour avoir secours contre les
Bohmes.

  [326] gon, comte de Furstemberg, n le 21 mars 1588, l'un des
  principaux gnraux de l'Empire, mort le 24 aot 1635.--A ce
  moment la Bohme tait en insurrection par suite de la rbellion
  des protestants de ce royaume; la bataille de Prague (1620) mit
  fin  ces troubles.

_Le 8, dimanche._--Il va en son cabinet, o il reoit le serment de
M. du Cadenet[327], frre de M. de Luynes, pour l'tat de marchal de
France. La Reine part pour aller  Paris.

  [327] Honor d'Albert, seigneur de Cadenet, auteur de la branche
  des ducs de Chaulnes, dignit qui lui fut confre en 1621; il
  mourut le 31 octobre 1649, ayant pous Claire d'Ailly, comtesse
  de Chaulnes, dame de Pquigny.

_Le 10, mardi._--Il arrive  Paris  quatre heures, et va chez la Reine.

_Le 20, vendredi._--Il donne audience aux dputs de l'assemble de
Loudun lui prsentant leurs cahiers.

_Le 25, mercredi._--Il va aprs dner  sa petite chambre, o entrent
M. le prince de Cond, les sieurs de Tavannes, d'Andresy, de Flochet,
et se parloient de mots qui dpassoient la gaillardise; le Roi dit: _Je
ne veux point que l'on dise des salets et des vilainies._--Peu aprs
il commanda au P. Arnoux de prcher son sermon.

_Le 27, vendredi._--A cinq heures et demie le Roi voulant souper, M. le
comte de Soissons, grand-matre, voulut prsenter la serviette; alors
M. le prince de Cond la lui veut ter, l'autre s'en dfend. Sur ce
diffrend le Roi envoie querir Monsieur, son frre, auquel M. le Comte
la donna, qui la servit au Roi[328]; il va chez la Reine.

  [328] _Voy._ le dtail de cette scne dans le Journal d'Arnauld
  d'Andilly, page 457.

_Le 31, mardi._--A deux heures il entre en carrosse, et va aux
Augustins pour faire les chevaliers du Saint-Esprit[329].

  [329] La promotion fut de cinquante-neuf chevaliers




ANNE 1620.

  Festin des Rois.--Le Roi manque de se noyer.--Mariage de M. de
  Cadenet.--Ballet.--Indisposition de la Reine.--Le Roi fait une
  omelette.--Il tue un aigle.--_Ballet des ivrognes._--Mariage
  de M. de Liancourt.--Le Roi va  Amiens.--Fianailles du jeune
  duc de Guise et de Mlle de Bourbon, et de son frre avec Mlle
  de Luynes.--Jubil.--Conte du Roi.--Il est mordu par un de ses
  chiens.--Il couche avec M. de Canaples.--Baptme de Mlle de
  Bourbon.--Feu de la Saint-Jean.--Dpart pour Rouen.--Le duc de
  Longueville.--Sige de Caen.--Prise du chteau.--Le Mans.--Le
  Roi fait arborer sa cornette.--Combat du Pont-de-C.--La
  Reine mre se soumet.--Sjour  Tours; la Reine s'y
  rend.--Revue.--Saintes.--Bordeaux.--Navarreins.--Le gouverneur
  de Sale.--Bazas.--Voyage  Abbeville.--Offrande due par les
  habitants.--Calais.


_Le 1er janvier, mercredi._--Il va encore aux Augustins pour les
chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit,  deux heures et demie, y a
dn, au festin royal.

_Le 2, jeudi._--Il va encore aux Augustins,  la messe des chevaliers
pour les morts[330], y a dn au festin, et aprs le dner va tenir le
chapitre.

  [330] La fte de l'ordre du Saint-Esprit se tenait tous les ans,
  le 1er janvier, et le lendemain un service tait clbr pour les
  chevaliers morts dans l'anne.

_Le 4, samedi._--Aprs son souper il joue au hre avec quelques princes
et plusieurs seigneurs.

_Le 5, dimanche._--A six heures trois quarts il va chez M. de Luynes,
o il a soup, au festin des Rois.

_Le 13, lundi._--Il va chez la Reine, o il assiste aux fianailles de
M. de Cadenet et de Mlle de Pquigny, faites par Mgr le cardinal de
la Rochefoucauld, et monte aprs chez M. de Luynes, o il recorde son
ballet.

_Le 23, jeudi._--Il part de Lsigny et va  Gros-Bois, o M. le comte
d'Auvergne lui a fait le festin, revient  Paris et le soir recorde son
ballet chez M. de Luynes. Il va chez la Reine  huit heures.

_Le 28, mardi._--Il va  pied jusqu' l'le vis--vis des Bonshommes,
o il tue une quantit de gibier  l'harquebuse, va chez la Reine, puis
chez M. de Luynes, o il recorde son ballet.

_Le 29, mercredi._--Il reoit en son cabinet M. le marchal de
Lesdiguires; il recorde son ballet chez M. de Luynes, et le soir voit
danser chez lui un ballet de la ville[331].

  [331] Il mange fort souvent des truffes  l'huile, beaucoup
  de fruits confits, boit toujours du houblon, prend beaucoup
  d'exercice, et s'amuse encore comme un enfant.

_Le 30, jeudi._--A une heure il va par la galerie aux Tuileries  pied
et en l'le devant les Bonshommes, passe  Grenelle, revient pour
passer l'eau, fait dteler un cheval aveugle d'un chariot, l'attache
 son petit bateau, qu'il faisoit toujours porter dans une charrette,
se met dedans, le fait tirer par le cheval allant amont la rivire;
le cheval se sentant battu aux jambes, se prend  courir et  prendre
l'cart, de telle faon que le bateau se ft renvers dans la rivire,
n'et t que le sieur de Raux, lieutenant des gardes du corps, coupa
promptement la corde.

_Le 2 fvrier, dimanche._--Il va chez la Reine, en son cabinet des
armes. A deux heures il entre en carrosse, va aux Feuillants, au
sermon et  vpres, o le chevalier Helver, ambassadeur d'Angleterre,
renouvelle l'alliance avec le Roi, offensive et dfensive. Le soir chez
la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 5, mercredi._--Il va chez la Reine qui toit fort malade de fivre
continue, double, tierce, n'en veut aucunement sortir pour aller
prendre l'air. Il revient souper, va encore chez la Reine, monte aprs
chez M. de Luynes, revient  dix heures se coucher.

_Le 6, jeudi._--Amus diversement, il ne sort point,  cause de la
maladie de la Reine, de laquelle il toit vivement touch.

_Le 11, mardi._--Il va en carrosse  la foire de
Saint-Germain-des-Prs; va chez la Reine, au conseil.

_Le 14, vendredi._--Il va  six heures en carrosse  la volerie 
Roissy, y a dn. Le Roi m'avoit command de demeurer prs de la Reine.

_Le 17, lundi._--Il part de Juilly, arrive au Bourget portant un grand
faucon sur le poing, ayant le vent  la face et la pluie sur le dos. Il
entre  l'htellerie, lui onzime, fait lui-mme une omelette avec du
pain et autres choses, fort paisse, la fait rissoler, en mange un peu
et a bu un coup de vin fort tremp; arrive  Paris, et va chez la Reine.

_Le 18, mardi._--Il va au Palais pour la vrification de quelques
dits;  dix heures va en la grande salle, o il voit danser le ballet
de M. le prince de Cond; on l'appeloit _le Ballet des ivrognes_.

_Le 19, mercredi._--Il va chez la Reine, se plaint de lassitude,
s'assied contre sa coutume, va au conseil.

_Le 20, jeudi._--Il assiste dans le grand cabinet de la Reine aux
fianailles de M. de Liancourt, premier cuyer de la Reine, avec Mlle
de Schomberg[332].

  [332] Jeanne de Schomberg, fille du marchal comte de
  Montreuil et de Franoise d'Espinay-Duretal, marie  Roger du
  Plessis-Liancourt, duc de la Rocheguyon, ne en 1601, morte le 14
  juin 1674.

_Le 26, mardi._--Avant son souper furent faites en sa prsence les
accordailles du fils an de M. de Guise avec Mlle de Bourbon, fille
ane de M. le prince de Cond[333], et du fils pun de M. de Guise
avec la fille de M. de Luynes[334].

  [333] Anne-Genevive, fille du prince de Cond et de Charlotte
  de Montmorency, ne le 27 aot 1619.--Franois de Lorraine,
  prince de Joinville, n le 3 avril 1612; ce mariage ne fut jamais
  clbr. Le prince mourut le 7 novembre 1639, sans alliance,
  et sa fiance pousa, le 2 juin 1642, Henri d'Orlans, duc de
  Longueville: elle mourut le 15 avril 1679.

  [334] Anne-Marie d'Albert, fille du duc de Luynes et de Marie de
  Rohan-Montbazon.--Henri de Lorraine, n le 4 avril 1614, depuis
  duc de Guise; ce mariage ne fut pas non plus clbr. M. de
  Guise mourut le 2 juin 1664 sans alliance et sa fiance, le 21
  septembre 1646, galement sans avoir t marie.

_Le 3 mars, mardi._--Il va chasser  Ouarthy, o il arrive  quatre
heures et demie. A une lieue de Clermont, il voloit une corneille, une
aigle fond pour la prendre et la tenoit, et l'lve en haut. Le Roi
demande son harquebuse; on la lui baille n'tant charge que de poudre
et de plomb. Il la tire en l'air de la hauteur d'un clocher, et lui
rompt l'aile droite; elle tomba  bas de ses pieds; il la fait prendre
et mener  son logis.

_Le 4, mercredi._--En chassant il arrive  Breteuil, et y tue un aigle,
va souper, au rfectoire, des viandes de btes tues depuis quatre
jours, livres, perdrix, canards, aigles; il ne fait qu'en sentir une
tranche.--Je ne me trouvois pas  ces dbauches; ce fut une mascarade.

_Le 9, lundi,  Amiens._--Entre midi et une heure il va  pied hors de
la citadelle pour voir tout ce qui se passa durant le sige fait par le
Roi, son pre[335], s'informe particulirement, comme une personne fort
exprimente, jusques aux menues particularits, tant des assaillants
que des assigs, et spcialement il demande: _O toit le logis du
Roi mon pre?_ et s'y alla mettre dedans. C'toit dans un portail  la
Magdeleine s'en informant spcialement du sieur de Praslin et de la
Cure, qui toient au sige.

  [335] La ville d'Amiens, prise par les Espagnols le 11 mars 1597,
  ne fut rendue au roi Henri IV, aprs un long sige, que le 25
  septembre de la mme anne.

_Le 27, vendredi,  Fontainebleau._--Il entend le sermon en la grande
salle, puis part  Avon gagner le jubil; plusieurs fois il y va  pied
pour gagner le jubil.

_Le 29, dimanche._--A la chapelle en la grande salle, communi; 
vpres,  Avon. Il revient en chassant, tue des perdrix avec son
harquebuse.

_Le 31, mardi._--Il va chez la Reine, entre en carrosse  dix heures et
demie, part de Fontainebleau, et va  Valery, maison de M. le prince de
Cond, o il a soup.

_Le 9 avril, jeudi._--Il part de Fontainebleau, et arrive  neuf heures
et demie au Bois-Malesherbes, o il a dn.

_Le 17, vendredi._--Amus diversement  faire des contes, il raconte
au pre Arnoux des miracles invents tout  l'heure, qui en rioit, et
y prenoit plaisir. Le Roi en dit un des visions de saint Antoine, que
le diable lui apparut en un corps sans tte, les jambes faites comme un
virebrequin, et une flte au cul.

_Le 1er mai, vendredi._--Il va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 17, dimanche._--Il entre en carrosse, va chez M. d'Escures,  la
place Royale, o il a dn.

_Le 22, vendredi._--Il part de Paris, et va  Fresne.

_Le 26, mardi._--Le Roi revient  Paris.

_Le 31, dimanche._--Il est mordu au-dessus du gras de la jambe, prs du
jarret, par un chien des siens qui s'entrebattoient; la morsure petite
et point profonde; mis dessus de la thriaque avec du vin.

_Le 1er juin, mardi._--Le sieur de Canaples, pun du sieur de Crquy,
colonel du rgiment des gardes[336], mari en Lorraine avec Mlle de
Combalet, se trouve avec le Roi chez M. de Luynes. Ils vont coucher en
la chambre, en un lit de Mme la marquise du Montlaur[337]. Le Roi y
boit un coup de vin clairet fort tremp, aprs leur avoir fait beaucoup
de malices, et s'en revient  onze heures trois quarts.

  [336] Charles II de Crquy, second fils de Charles de Crquy,
  duc de Lesdiguires par son mariage; il fut tu au sige de
  Plombires, le 15 mai 1630. Il pousa Anne du Roure, fille de
  Claude, seigneur de Combalet, et de Marie d'Albert de Luynes.

  [337] Marie de Montlaur, marie  Jean-Baptiste d'Ornano, marquis
  de Montlaur, marchal de France en 1626, mort l'anne mme, en
  prison  Vincennes. Il tait en 1620 gouverneur de Monsieur, duc
  d'Orlans.

_Le 3, jeudi._--tant  Montfort, il va  la Neufville, maison de M. de
Bellengreville[338], grand prvt de l'htel, o il a dn.

  [338] Joachim de Bellengreville, seigneur de Neuville, chevalier
  des Ordres, mort le 15 mars 1621.

_Le 4, vendredi._--Il part de Montfort, va aux Menus, maison
appartenant  M. Bernard, matre d'htel du Roi, o il a dn.

_Le 8, lundi._--Il va au cabinet des armes;  trois heures, fut fait au
dpartement de la Reine, mre du Roi, le baptme de Mlle de Bourbon,
fille de M. le prince de Cond, et nomme Anne par la Reine; son
compre fut M. le duc de Luynes[339].

  [339] C'est celle qui venait d'tre fiance au prince de
  Joinville. _Voy._ plus haut la note 333, page 243.

_Le 23, mardi._--A six heures et demie il entre en carrosse, va 
l'htel de ville pour le feu de la Saint-Jean, y met le feu lui-mme,
revient  neuf heures, va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 27, samedi._--Il va chez M. de Luynes, o il se jouoit une comdie.

_Le 28, dimanche._--Il va jusqu' l'le Maquerelle, o il s'amuse 
tirer de la harquebuse.

_Le 30, mardi._--Il retourne  l'le Maquerelle, o il s'est baign.

_Le 7 juillet, mardi._--A cinq heures trois quarts il entre en
carrosse, part de Paris pour aller  Rouen, arrive  deux heures 
Pontoise pour la premire fois.

_Le 10, vendredi._--Il part d'Escoucy, arrive  Rouen; il venoit sur
quelques bruits d'motion,  la suscitation de M. de Longueville.

_Le 11, samedi,  Rouen._--Il va  la messe  Saint-Ouen, puis
au parlement, o il interdit M. de Longueville du gouvernement de
Normandie.

_Le 13, lundi._--Il va  Pont-Audemer et  Honfleur pour la premire
fois.

_Le 15, mercredi._--Il se rend de Dive  Escouyville, o il dne,
buvant du vin clairet moins tremp qu' l'ordinaire, de son
commandement, disant gaiement qu'il le falloit ainsi puisqu'il alloit
 la guerre. Il va au conseil aussitt aprs dner, puis s'arme, prend
son hausse-col pour la premire fois. Il part d'Escouyville  onze
heures et demie, en venant reconnot la place du chteau de Caen,
conduit particulirement par M. le prince de Cond et M. de Luynes. A
trois heures il arrive  Caen, et tient conseil, fait sommer le chteau
par le sieur Galeteau, conduit par un trompette.

_Le 17, vendredi._--Le chteau se rend. Il leur envoie le marquis de
Mouy et M. de Crquy leur donner abolition.

_Le 18, samedi._--Il va au chteau, o il visite tout et partout,
jusques aux plus petites choses.

_Le 22, mercredi._--Il va voir le cabinet d'un nomm Bourgeois.

_Le 2 aot, dimanche, au Mans._--Il va  vpres, o il a un sol de
distribution, suivant un ancien fonds donnant ce  chacun qui seroit
assis aux chaires hautes, le premier dimanche du mois.

_Le 4 mardi._--Il part de la Suse  neuf heures et demie, monte 
cheval et fait arborer sa cornette blanche pour la premire fois.

_Le 6, jeudi._--Dn  Duretal, chez M. le comte de Schomberg.

_Le 7, vendredi._--Il faisoit une chaleur excessive, et il toit vtu
d'un collet de buffle double et doubl de satin;  une heure il s'arme
de sa cuirasse et commande de s'armer  tous ceux de sa troupe, monte 
cheval  une heure trois quarts sur _l'Armville_, cheval d'Espagne, et
part de Frellassay, et va pour voir gagner les barricades au faubourg
du Pont-de-Sc. Il le vit et faire la charge avec telle furie et
rsolution, favorise du canon  la tte par les rgiments des Gardes
et de Picardie qu'il ne s'en est jamais vu de pareil. Il s'en revient 
huit heures trois quarts, soupe  Brin. Il faisoit grand chaud, et il
en a beaucoup souffert. C'est le premier combat qu'il a vu faire, et
le plus chaud et le plus heureux dont on eut il y avoit longtemps ou
parler.

_Le 8, samedi._--Il entre au Pont-de-Sc, et va au chteau.

_Le 13, jeudi,  Brissac._--Conseil; il part  quatre heures et demie
 cheval pour aller au-devant de la Reine sa mre, venant d'Angers.
A deux quarts de lieue il l'attend; environ six heures elle arrive,
descend de sa litire, le Roi tant  trente ou quarante pas d'elle. Il
s'avance, elle se dmasque; il la baise une fois seulement, Monsieur
aprs, qu'elle baise deux fois, puis M. le prince de Cond, et aprs
M. de Luynes. Les paroles qui furent dites, je ne les sais pas. Cette
crmonie ne dura pas longtemps. Le Roi remonte  cheval, elle en sa
litire; le Roi gagne le devant, l'attend  l'entre du chteau. Elle
descend, se dmasque, le Roi la baise et la conduit en sa chambre, puis
s'en vient souper  sept heures et demie; il retourne chez elle le soir
jusqu' neuf heures.

_Le 15, samedi._--Il touche, en la chapelle de Brissac, deux jsuites
portugais.

_Le 16, dimanche._--Il prend cong de sa mre  neuf heures du soir; sa
mre vient chez lui le soir jusques  dix heures et demie, lui au lit.

_Le 22, samedi._--Il part de Poitiers pour aller voir la Reine  Tours.

_Le 23, dimanche, au Plessis-les-Tours._--Il trouve la Reine arrive la
veille au soir, lui raconte les effets de son voyage, lui montre les
cartes et logements de son arme, couche avec elle de dix heures  une
heure trois quarts.

_Le 31, lundi._--Il part de la Tricherie, arrive  Poitiers; la Reine
arrive aussi; il va la voir.

_Le 3 septembre, jeudi._--Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, 
deux heures monte  cheval et va  la plaine de la Curnille, o il a
vu toute l'infanterie de son arme d'environ dix mille hommes, la fait
voir  la Reine. Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 5, samedi._--La Reine mre arrive  Poitiers  sept heures.

_Le 7, lundi,  Poitiers._--Il va  la salle du Palais, o il voit
des jeux reprsents par des coliers des Jsuites. Aprs souper il
va chez la Reine, o arrive M. le duc de Mayenne, lequel, portant un
genou tout bas en terre, dit ces paroles: Sire, je suis venu ici pour
supplier Votre Majest de juger de moi par mes intentions et non par
mes actions, et s'assurer que je n'ai jamais eu et n'aurai jamais autre
volont que de lui rendre toute sorte d'obissance et telle qui lui est
due par un trs-humble et trs-fidle serviteur. Le Roi lui rpond:
_Je suis bien aise de ce que vous vous tes mis en votre devoir; quand
vous ferez mieux  l'avenir que vous n'avez fait, j'oublierai ce qui
s'est pass_. Il s'en va  la fentre, lui donne loisir de saluer la
Reine et la compagnie, puis revient  lui, et l'entretient ainsi que
s'il n'y et jamais eu noise. Il va chez la Reine sa mre, appelle M.
de Mayenne, qui se reculoit, et le fait entrer devant.

_Le 10, jeudi._--Il part de Lusignan, arrive  la Motte-Saint-loi, o
M. de Parabre lui donne  dner.

_Le 15, mardi._--Arriv  Saintes pour la premire fois, en son
cabinet, il donne audience  messieurs les dputs du parlement de
Bordeaux.

_Le 19, samedi._--Il arrive  Bordeaux par la porte du Chapeau-Rouge,
va en carrosse  l'vch, et  une heure demande  dner.

_Le 28, lundi._--Il part de Bordeaux, va pour la premire fois 
Cardillac, maison de M. d'pernon, qui donne  dner au Roi[340].

  [340] Le duc d'pernon venait de faire sa soumission.--Le
  Roi faisait ce voyage pour unir le Barn  la couronne (dit
  d'octobre), le mettre sous le ressort du parlement rig alors 
  Pau et faire restituer les biens ecclsiastiques usurps par les
  huguenots, ce qui causa la guerre de religion de l'anne suivante.

_Le 12 octobre, lundi._--Il arrive  cinq heures  Roquebert, trouve
en chemin des soldats qui emportoient du foin et un paysan qui alloit
aprs. Il y va, et le fait remporter par ceux mmes qui l'avoient pris,
et commande deux archers de sa garde pour les accompagner sur le lieu
o ils l'avoient pris, ou bien qu'ils eussent  le payer.

_Le 15, jeudi._--Il arrive  quatre heures et demie  Pau, le rgiment
des gardes marchant devant lui  cheval. En la cour du chteau, la cour
de parlement, en robe rouge, lui demande pardon du refus qu'ils avoient
fait  la vrification de son dit sur les revenus ecclsiastiques. Il
leur rpond: _Servez-moi mieux  l'avenir, et j'oublierai le pass_.

_Le 17, samedi._--Il arrive  quatre heures  Navarreins, visite toute
la ville, y fait entrer quatre compagnies du rgiment de ses gardes,
en met dehors la garnison et le sieur de Sale, gouverneur depuis l'an
soixante-neuf, mis par la reine Jeanne,  pareil jour que le comte de
Montgommery l'avoit pris en son nom et mis dehors les catholiques,
aprs la bataille qu'il gagna  Orths sur M. de Tarride.

_Le 19, lundi._--A trois heures, dans la salle basse du chteau,
il prte le serment de prince de Barn en l'ouverture des tats du
pays qu'il y avoit assembls, jura les privilges du pays et eux
pareillement le serment accoutum.

_Le 20, mardi._--A neuf heures il va  la procession pour le
rtablissement de la messe, qui a lieu  l'glise, devant le chteau.

_Le 25, dimanche._--Il part aux flambeaux de Bazas, et arrive  sept
heures au pont de Laugon, pour se y embarquer. Son bateau n'tant point
arriv, il y va au-devant  pied, assez loin, et s'embarque pour aller
coucher  Bordeaux.

_Le 28, mercredi._--Il va  la messe, et  onze heures et un quart va
chez M. de Luxembourg[341], o il a dn, va  la chasse, au chteau,
revient  quatre heures au conseil, retourne chez M. de Luxembourg en
festin.

  [341] Lon d'Albert, seigneur de Brantes, frre du duc de
  Luynes, mari, en juillet 1620,  Charlotte-Marguerite, fille
  et hritire de Henri de Luxembourg, duc de Piney, mort le 25
  octobre 1630. Elle se remaria avec Henri de Clermont-Tonnerre, et
  c'est leur fille qui donna les duchs de Piney et de Luxembourg 
  la famille de Montmorency.

_Le 5 novembre, jeudi._--Il gote  Amboise chez M. Langlois, fourrier
du corps, d'une omelette que lui-mme avoit faite, et  l'oignon, boit
deux coups d'un vin fort tremp, monte  cheval, se trouve mal d'un
tourdissement, de lassitude et de mal au coeur, a envie de vomir,
beaucoup d'cume, avec un peu d'motion et douleur de tte, se plaint,
va au pas, eut froid, gagne Escures, va  la cuisine, apprte le souper
pour les autres, sa bouche chauffe, soupe d'une rtie au sucre et se
met au lit.

_Le 7, samedi._--Il arrive  cheval, fort gai,  Paris,  midi, au
Louvre, salue la Reine sa mre, la Reine, Madame. Il va chez M. de
Luynes, o il dne, couche avec la Reine pendant une heure.

_Le 21 dcembre, lundi._--Il arrive  Abbeville pour la premire fois.
Entre des gens de guerre; les habitants vont au-devant de lui pour lui
offrir trois boeufs, trois mesures d'avoine, et trois poinons de vin.
C'est le devoir des habitants, d au Roi la premire fois qu'il vient 
Abbeville.

_Le 31, jeudi,  Calais._--Il s'amuse  voir ceux qui vont  la mer
pour la premire fois, pour s'prouver, part de Calais; passant par
Marquise, il se fait donner un pain sortant du four, en mange la
crote. tant prs de Boulogne, il va sur la rive de la mer, attendre
les bateaux qui revenoient de la pche, arrive  Boulogne  quatre
heures trois quarts, soupe une heure aprs. Il avoit fait acheter une
plie, en mange le dos[342].

  [342] Bassompierre se trompe lorsqu'il dit dans ses _Mmoires_:
  Le Roi finit heureusement l'anne 1620  Paris.




ANNE 1621.

  Festin des Rois.--Ballet d'Apollon.--Rupture de la trve
  des Pays-Bas.--Querelle du cardinal de Guise et de M. de
  Nevers.--Mort du roi d'Espagne Philippe III.--M. de Luynes
  conntable.--Dpart pour le midi.--Orlans.--Blois.--Entrevue
  avec la Reine mre.--Mot du Roi aux habitants de
  Parthenay.--Le Roi va reconnatre Saint-Jean-d'Angly.--Les
  assigs tirent sur le Roi.--Sjour au camp.--Les
  prisonniers rochellois.--Capitulation de Saint-Jean.--De
  Pons.--De Bergerac.--Sige de Clrac.--Mort du marchal
  de Termes.--Prise de la ville.--Le Roi y tient les
  sceaux.--Moissac.--Piquecos.--Commencement du sige
  de Montauban.--Mort du duc de Mayenne.--La Reine 
  Moissac.--Montauban secouru.--Entrevue de MM. de Luynes
  et de Rohan.--Messieurs du Clerg viennent faire un don
  au Roi.--Attaque de Montauban.--Un laquais tu  dix pas
  du Roi.--Leve du sige.--Le Roi va  Toulouse.--Sige de
  Monhurt.--Sa prise.--Maladie du conntable de Luynes.--Sa
  mort.--Indiffrence du Roi.--Son dpart.--Il arrive 
  Bordeaux.--Rception.--Libourne.


_Le 1er janvier, vendredi._--Il reoit un ambassadeur extraordinaire de
l'Archiduc[343], envoy pour le visiter.

  [343] Albert, archiduc d'Autriche, prcdemment cardinal et
  archevque de Tolde, mari en 1598,  Isabelle-Claire-Eugnie,
  fille du roi Philippe II, et gouvernante des Pays-Bas.

_Le 5, mardi,  Amiens._--Il va au cabinet de ses oiseaux;  cinq
heures trois quarts va chez M. de Luynes, o il a soup  six heures et
demie, au festin des Rois, qu'il donnoit. J'ai appris qu'il mangea fort
et but six ou sept fois de l'hypocras fort tremp. Il l'avoit lui-mme
fait mettre dans la bouteille; c'toit pour faire boire et mettre en
train la compagnie et spcialement M. d'Elbeuf, qui buvoit le vin sans
eau.

_Le 12, mardi._--Il va chez la Reine et,  sept heures,  la comdie
italienne.

_Le 15, vendredi._--Il va au conseil, o messieurs de la cour du
parlement le viennent trouver.

_Le 16, samedi._--A onze heures il monte  cheval, et va vers les
plaines du Roule, o il fait volerie gnrale de toute sa fauconnerie.
Les Reines[344] et Madame y toient.

  [344] Il y a plusieurs jours qu'il visite rgulirement la Reine
  sa mre.

_Le 13 fvrier, samedi._--A neuf heures il entre en carrosse, bien
qu'il ft un extrme froid; ce fut sur le rapport que l'on lui vint
faire qu'il y avoit un loup  la garenne de Colombes; il le court, le
prend, revient  quatre heures chez la Reine, puis chez la Reine sa
mre. Le soir  la comdie italienne.

_Le 15, lundi._--Il va  la chapelle de Bourbon, entre en carrosse,
part de Paris pour aller  la chasse, va  Versailles, o il a dn,
par aprs monte  cheval, part de Versailles, et en chassant arrive 
Saint-Germain-en-Laye.

_Le 18, jeudi._--Il va chez M. de Luynes, chez la Reine, chez sa mre,
va  Bourbon  deux heures, y recorde son ballet, et  sept heures M.
de Liancourt, premier cuyer, lui a donn  souper en la galerie. Le
cardinal Bentivoglio[345], nonce, y soupa. Je n'y tois pas; j'appris
qu'il n'avoit pas trop mang, mais bu trois coups d'hypocras fort
tremp. A une heure aprs minuit, il y danse son ballet d'Apollon[346],
revient  quatre heures et demie aprs minuit.

  [345] Guy Bentivoglio, n  Ferrare, en 1579, dont le frre, le
  marquis Guy, soutint Csar de Ferrare contre le Pape. Paul V le
  nomma cardinal pendant sa nonciature en France; tout faisait
  supposer qu'il remplacerait Urbain VIII sur le trne pontifical,
  quand il mourut, le 7 septembre 1644, pendant le conclave.

  [346] Les vers furent encore rims par Bordier, auteur du ballet
  de 1619; c'est sans contredit l'un des plus licencieux de
  l'poque.

_Le 19, vendredi._--Il va  la chapelle de Bourbon, o il donne le
bonnet de cardinal au nonce Bentivoglio, le fait dner avec lui.

_Le 20, samedi._--Il va chez la Reine, au conseil, donne audience aux
dputs des Pays-Bas pour la rupture de leur trve[347], va chez la
Reine sa mre, chez M. de Luynes,  la comdie italienne le soir, puis
chez la Reine.

  [347] La trve entre l'Espagne et les tats-Gnraux expira le 10
  avril, et l'archiduc Albert essaya vainement de la proroger; il
  mourut cette mme anne, le 13 juillet.

_Le 21, dimanche._--A neuf heures il va en la salle de Bourbon, o il
danse derechef son ballet, revient  une heure aprs minuit.

_Le 2 mars, mardi._--Il va chez la Reine; amus diversement jusques 
onze heures trois quarts qu'il va  la grande salle de Bourbon pour y
voir danser le ballet de la Reine, qui commena entre minuit et une
heure. Il revient  quatre heures aprs minuit; mis au lit, puis lev,
il va chez la Reine.

_Le 10, mercredi._--Il va en la galerie, y joue au billard, M. de
Longueville avec lui. Il va aprs au sermon.

_Le 18, jeudi._--Il va aux Rcollets poser la premire pierre de leur
glise  Saint-Germain.

_Le 24, mercredi._--Ce jourd'hui matin fut la querelle de M. le
cardinal de Guise et de M. de Nevers, au logis de M. Guynet, au rapport
d'une affaire dont ils toient en diffrend.

_Le 25, jeudi,  Saint-Germain._--Il va  la chapelle des terrasses,
touche un jsuite  la fin de la messe, aprs va chez M. de Luynes. La
grande neige, le vent, le mauvais temps l'empchent de sortir; il va
de , de l, joue aux checs, au billard; tout cela ne le contentoit
point. Il va chez M. de Luynes, revient souper  six heures; retourne
chez M. de Luynes, et se couche  neuf heures.

_Le 28, dimanche,  Paris._--Aprs souper il va chez M. de Luynes, o
il demeura jusques  prs d'une heure aprs minuit, en attendant la
nouvelle de M. le cardinal de Guise, qu'il envoya prendre par le sieur
de la Vieuville, capitaine des gardes du corps, pour le mener  la
Bastille. Il revient, est dvtu, mis au lit, peu aprs s'en va chez la
Reine.

_Le 29, lundi._--Il va  la volerie vers le Bourget et le Blancmesnil.

_Le 31, mercredi._--Il va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, o il
dclare M. de Luynes conntable de France, et retourne chez la Reine,
o il le dclare.

_Le 2 avril, vendredi._--Il reoit au conseil le serment de M. de
Luynes pour la charge de conntable; il lui donne l'pe en le
baisant[348].

  [348] La charge tait vacante depuis la mort du duc de
  Montmorency en 1614; le duc de Mayenne essaya vainement
  d'empcher qu'on donnt cette dignit suprme  un homme qui
  ne savoit pas ce que pesoit une pe. La crmonie se fit
  pompeusement dans la grande galerie, en prsence de toute la
  cour. Aprs un discours du chancelier, le Roi prsenta lui-mme
  au duc une pe nue dont le poignard et le fourreau taient
  enrichis de diamants; le duc d'Anjou, frre du Roi, la lui
  ceignit.

_Le 8, jeudi._--Nouvelle de la mort du roi d'Espagne.

_Le 10, samedi._--Il va chez la Reine avec le marquis de Mirabel et le
cordelier confesseur d'elle, lui annoncer le dcs du roi d'Espagne
en ces termes, en espagnol: _Je viens de recevoir prsentement des
lettres d'Espagne o l'on m'crit que pour certain le Roi votre pre
est mort._--Puis il monte  cheval et va  la chasse.

_Le 11, dimanche,  Fontainebleau._--Il touche les malades, va  pied 
l'hermitage de la Madeleine,  une lieue de Fontainebleau.

_Le 29, jeudi._--Il va  la chasse  la volerie, entre en une maison de
village pour se scher; il toit fort mouill de la pluie.

_Le 30, vendredi._--Il va  la chambre de ses oiseaux. A onze heures,
nonobstant la pluie qu'il eut toujours, il part du bois Malesherbes et,
en chemin, rencontre d'aventure  la campagne un faon qu'il court 
force; il fut tu  coups d'pe[349].

  [349] Comme les protestants se remuaient de nouveau et qu'outre
  une assemble assez sditieuse  la Rochelle, ils s'taient
  empars de Privas et de quelques autres places, le Roi se dcida
   aller les rduire; il se mit en route le 1er mai. Hroard ne
  mentionne pas le jour de ce dpart.

_Le 3 mai, lundi._--Il va  la comdie franoise  Orlans, part
d'Orlans dans le bateau, le lendemain matin  huit heures, dne dans
le bateau; arrive  Blois  quatre heures, va au conseil. Le soir il va
chez la Reine aprs son souper[350].

  [350] Hroard ne mentionne pas le passage du Roi  Saumur, dont
  il enleva le gouvernement  du Plessis-Mornay.

_Le 14, vendredi._--Il va chez la Reine, chez le conntable (M. de
Luynes) au conseil, reoit la Reine sa mre,  trois heures, laquelle
s'en retourne coucher  Bourgueil.

_Le 16, dimanche._--Il va voir la Reine sa mre, qui toit venue de
Bourgueil pour lui dire adieu.

_Le 18, mardi._--Il arrive de Thouars  Parthenay pour la premire
fois, ne veut pas du dais, dit qu'il est assez assur de la fidlit
des habitants; il craignoit la crmonie.

_Le 29, samedi._--Il part de Niort, va  Chizay, va chez le
conntable, monte  cheval, va voir passer l'artillerie qui toit 
Briou, en fait tirer douze canons pour les faire entendre  ceux de
Saint-Jean-d'Angly[351].

  [351] Le Roi rduisit, outre Niort, Parthenay avant d'arriver 
  Saint-Jean.

_Le 30, dimanche._--Il touche des malades et loge au chteau de la
Thibaudire, au bourg de Chizay, se confesse, va  l'glise et touche
les malades; revient ensuite dner.

_Le 31, lundi._--Il dne d'un demi-pain de munition, sans boire, chez
M. de Lesdiguires  Saint-Julien; puis, avec lui et le conntable, il
va reconnotre la ville de Saint-Jean-d'Angly.

_Le 2 juin, mercredi._--Il tient conseil en l'glise de Saint-Julien,
et fait sommer M. de Soubise de lui rendre la place et de se rendre.
Il a rpondu tre trs-sujet et serviteur du Roi, mais ne la pouvoir
rendre, la place lui ayant t commise par le sieur de Rohan, son
frre, en sa garde.

_Le 3, jeudi._--A deux heures il va  Aulnay voir la Reine; y allant 
cheval, tant sur une hauteur avec M. le conntable et le marchal de
Praslin, sur une fourche de chemin, doutant quel chemin ils prendront,
sur cette dispute ils s'arrtent. Cela donne loisir aux assigs de
pointer un canon sur eux; comme ils commencent  dmancher sur la main
droite, par l'avis de M. de Praslin, ils virent la balle, et elle tomba
 dix pas devant le Roi, qui n'en demeura non plus mu que de rien. Il
arrive  cinq heures  Aulnay.

_Le 5, samedi._--Le matin, en s'habillant, il s'informoit comment
toit fait M. de Navailles, qui sans son passeport toit venu voir
son frre bless d'une mousquetade au coude[352]; l'ayant vu par la
fentre, sortant de la chambre de M. le conntable et s'en retournant
par sa permission, le pre Arnoux entra. Le Roi lui dit: _Je viens de
voir un Navailles qui s'en retourne._--Comment, Sire, le laissez-vous
aller?--_Oui, pour ce que je lui ai donn ma foi: vous eussiez
bien voulu que je l'eusse rompue._--Mais, Sire, il est criminel de
lse-majest!--_C'est tout un; s'il a fait une faute, je n'en veux pas
faire un cent._

  [352] N. de Montault de Navailles; il mourut de cette
  blessure.--Il avait pour frres: Philippe, depuis duc de
  Navailles, mort en 1654, et Bernard, seigneur de Pontous, qui
  prit en 1634, au sige de la Mothe.

_Le 12, samedi._--Il va voir la Reine, loge  Brisembourg; soupe chez
le conntable; couche avec la Reine de dix heures  huit heures moins
un quart.

_Le 18, vendredi._--Au conseil, il pardonne aux prisonniers
rochellois[353] et les renvoie, fait donner  chacun une pe, de
l'argent et des hommes pour les conduire.

  [353] Le 10 mai l'assemble de la Rochelle avait confirm la
  division du royaume en cercles protestants et appel tous les
  religionnaires aux armes.

_Le 19, samedi._--tant  Vervaux, log  Saint-Julien, il va au
conseil; la Reine sa mre, loge  Mata, le vient visiter; le soir il
va chez le conntable.

_Le 23, mercredi._--Il voit le feu des batteries, qui a commenc  six
heures du matin; va aux batteries  onze heures. A ct de lui le baron
de Palluau est bless  la tte et son beau-frre de Carbonnier tu du
mme coup[354].

  [354] M. de Carbonnier avait reu une commission du marchal de
  Thmines, au mois d'avril, pour commander une compagnie.--Antoine
  de Buade, baron de Palluau, dont Hroard a dj parl, sous le
  nom de M. de Frontenac.--C'est ce mme jour que M. de Soubise
  se dcida  traiter, voyant d'une part les munitions manquer et
  d'autre part la trahison prte  clater.

_Le 24, jeudi._--Conseil pour le trait de Saint-Jean.

_Le 25, vendredi._--Conseil o on dcide ce qu'on fera. Au conseil dans
l'aprs-midi, M. de Soubise vient vers le Roi, et demande pardon.

_Le 28, lundi._--Il va  Brisembourg[355];  neuf heures il va chez la
Reine; ne pouvant dormir, ils jouent aux cartes.

  [355] C'est ce jour que le Roi se fit rendre Pons, petite ville
  prs de Saintes, et o le marquis de Chteauneuf commandait.

_Le 1er juillet, jeudi._--Sa mre le vient voir, prend cong de lui
pour s'en aller  Angers.

_Le 6, mardi._--Il part de Cognac pour aller  Barbezieux. Il faisoit
grand froid, il se plaint, portant un pourpoint fort lger. Il va en la
chambre de M. le conntable; se plaint de douleurs de tte.

_Le 8, jeudi._--Il arrive  Cottras en chassant  l'harquebuse; les
gens de Castillon lui apportent les clefs de la ville.

_Le 9, vendredi._--Le soir les habitants sortis de Bergerac demandent
pardon; ils avoient, disent-ils, donn de l'argent pour sortir[356].

  [356] C'est  Bergerac que les villes de la Basse-Guyenne
  envoyrent des dputs au Roi pour leur soumission; le Roi y
  demeura du 13 au 17 juillet; il y laissa M. de Rambures avec son
  rgiment. (_Mmoires de Caumont._)

_Le 10, samedi._--A Saint-milion il loge en l'glise.

_Le 19, lundi._--Il part de Saint-Berthoumion, ne peut passer le petit
ruisseau nomm Tolosat[357], trangement dbord  cause de la grande
et continuelle pluie, attend deux grosses heures durant, attendant
nouvelles du passage, et cependant la pluie invariable en imptuosit
et abondance tombe sur lui, qu'il enduroit, n'ayant jamais voulu se
mettre  couvert, disant que les autres n'y toient point. Aprs avoir
vu qu'il toit impossible de passer le ruisseau, il rebrousse au
dernier lieu et arrive  Hautevigne, maison du baron Fumel[358]. Il
toit neuf heures; il ne se veut essuyer ne dbotter, va  la cuisine,
o il aide aux prparatifs de son dner. Les officiers toient alls la
nuit  Tonneins, et avoient pass avant le dbordement. Le Roi passa le
demeurant de la journe en peine,  cause du mauvais temps, prpara le
souper comme il avoit fait le matin, mais plus abondant, car le matin
l'on n'avoit trouv aucunes choses.

  [357] Ce ruisseau de Tolosat, les villageois le nomment _lou
  gach_, ou gu de Combes. (_Note d'Hroard._)

  [358] Le baron de Fumel, qui enleva l'anne suivante Monflanquin
   M. de Castelnau.

_Le 23, vendredi[359]._--veill  cinq heures par impatience pour
aller voir un combat qui se devoit faire contre ceux de Clrac, o
alloit le marchal de Lesdiguires. Il va chez la Reine, chez M. de
Luynes,  dix heures monte  cheval et va faire les approches devant
Clrac; voit tous les combats qui se firent  diverses fois, o le
marchal de Terme est bless au bras gauche et au poumon du ct
gauche[360]. Il revient  sept heures chez la Reine.

  [359] Le 20 juillet le Roi logea  Tonneins-Dessus, et les 21 et
  23 il fit faire les approches de Clrac, o furent tus plusieurs
  bons officiers. Les habitants de cette ville aprs avoir envoy
  des dputs au Roi, exasprs de la faon dont on avait impos
  une garnison et des conditions aux gens de Bergerac, rsolurent
  de se dfendre jusqu' la dernire extrmit. (_Mmoires de
  Castelnau._)

  [360] Csar de Saint-Lary, baron de Termes, frre du grand cuyer
  duc de Bellegarde, trs-brave et trs-querelleur; il n'avait pas
  voulu ce jour-l prendre de cuirasse; il mourut le lendemain et
  fut grandement regrett, dit Castelnau.

_Le 24, samedi._--M. de Termes meurt  deux heures; la balle, qui
peroit le diaphragme et l'estomac, se trouva contre le coeur sans
l'offenser.

_Le 30, vendredi._--Il va au camp devant Clrac pour voir commencer les
batteries.

_Le 5 aot, jeudi._--Clrac se rend  la discrtion du Roi[361].

  [361] Trois batteries battirent la place pendant quinze
  jours; elle pouvait tenir longtemps encore cependant, mais le
  gouverneur, Peyrebrun de Saint-Orse, se laissa gagner en secret
  et dcida les habitants de se rendre  discrtion. La ville fut
  indignement saccage, malgr la promesse donne; le Roi y fit
  pendre quelques notables, entre autres Lafargue, procureur en la
  chambre de l'dit de Nrac, et son fils, ministre protestant.

_Le 7, samedi._--Il va en la chambre de M. le conntable o il fait
tenir le scel en sa prsence, M. le conntable faisant la charge de
garde des sceaux, accompagn du matre des requtes et autres officiers
du scel. Jugement du Roi sur une lieutenance de _vtrans_, prsente
par Barbereau, huissier de sa chambre. Entendant ce mot, et toutefois
en ayant autrefois entendu parler, il demande: _Qu'est-ce qu'un
vtran?_ Lui ayant t rpondu et pour qui c'toit, il dit: _Cela ne
se donne qu'aux soldats qui le gagnent, et avec beaucoup de peine, et
au pril de leur vie; ceux-ci n'ont point de peine_; il lui fut dit:
Sire, les chanceliers et gardes des sceaux l'ont toujours scell sans
difficult.--_C'est tout un, il le faut renvoyer au conseil_; et ce ne
fut scell.

_Le 17, mardi._--Il quitte Moissac, arrive  Piquecos, chteau
appartenant  M. le marquis de Montpezat[362],  une lieue de Montauban.

  [362] Henri Desprez, marquis de Montpezat, gouverneur du Prigord
  au temps de la Ligue. L'arme passait alors l'Aveyron d'un ct
  avec le Roi, et le Tarn avec le duc de Mayenne.

_Le 30, lundi._--Il va chez M. le conntable[363], assiste au sceau.

  [363] Le Roi va rgulirement deux fois par jour chez le
  conntable, quelquefois davantage.

_Le 1er septembre, mercredi._--Cejourd'hui, entre sept et huit heures
du matin, commena la batterie de trois endroits devant Montauban[364].

  [364] Dans la semaine prcdente on avait excut les travaux. Le
  Roi tablit son quartier un peu  l'cart du ct de Montmirat,
  le duc de Mayenne investit Ville-Bourbon, le prince de Joinville
  et le marchal de Saint-Grant le Monstier. Au quartier de
  Montmirat, o Luynes commandait, se trouvaient les marchaux de
  Praslin et de Cadenet. Son chirurgien crivait alors  sa femme:
  Sachez que je ne cours aucun hasard, monseigneur le conntable
  me faisant l'honneur de m'affectionner et de me tenir toujours
  auprs de sa personne. (_Mmoires de Castelnau._) Les tranches
  termines, le feu commena le 1er septembre sur le bastion de
  Montmirat; le lendemain le marquis de Villars, frre du marquis
  de Montpezat et frre utrin du duc de Mayenne, prit touff par
  une explosion de mines.

_Le 15, mercredi._--Sur les trois heures M. le duc de Mayenne est tu
aux tranches d'une mousquetade dans l'oeil qui lui traversa la tte;
il meurt soudain sans parler[365]. Le Roi va  la chasse.

  [365] Le duc montrait sa tranche au duc de Guise, raconte
  Bassompierre, n'ayant pas de plus grand plaisir que de s'exposer
  ainsi; une balle traversa le chapeau de M. de Schomberg et tua
  raide le duc. Ce fut le marquis de Castelnau qui tira cette
  mousquetade, comme il eut soin de le faire dire au Roi.

Entre minuit et une heure, Montauban est secouru[366].

  [366] Le secours venu du Languedoc et des Cvennes par les soins
  du duc de Rohan, sous les ordres de M. de Beaufort, se composait
  de 1,200 hommes d'lite. Ils tombrent dans une premire
  embuscade aux approches de Montauban, puis dans une autre; mais
  les assigs,  l'aide de feux, les dirigrent et purent faire
  entrer 6  700 hommes. M. de Beaufort fut conduit  Piquecos,
  et le Roi le condamna aux galres; on l'envoya  la Bastille.
  Dans la suite il fut repris  Pamiers par le prince de Cond et
  dcapit par ordre du parlement de Toulouse.

_Le 8 octobre, vendredi._--Ce matin  quatre heures, M. le conntable
alla  Reniers y trouver M. de Rohan, pour traiter d'accord.

_Le 13, mercredi._--Il va au camp, o il a dn chez M. le prince
de Joinville, o il voit la batterie de dix-huit canons contre un
boulevart.

_Le 14, jeudi._--Il se plaint de douleurs de dents, saigne du nez; il
faisoit grand chaud; la douleur cesse. Il n'avoit point saign depuis
la mort du Roi, ou environ.

_Le 17, dimanche._--Il va au camp, y fait porter ses armes  quatre
heures du matin, au quartier de M. de Montmorency, y dne de sa
viande; sant  table avec lui et M. de Luynes seulement et l'abb
Rucelay[367],  neuf heures. A une heure il monte  cheval pour voir
trois attaques qui se devoient faire: l'une du ct o il toit,
l'autre du ct des gardes, et la troisime du ct de la rivire,
sur Ville-Bourbon; ce fut sur les trois ou quatre heures. Il fut tir
de la ville un coup de canon qui tua un laquais  dix pas de lui sans
l'effrayer. Il revient  huit heures.

  [367] L'abb de Ruccella, clerc de la chambre apostolique,
  tait dit Bassompierre, en parfaite intelligence avec le
  conntable de Luynes et l'avait assist jusqu' sa mort. Nomm
  abb de Saint-Maixent, il mourut l'anne suivante, au sige de
  Montpellier.

_Le 18, lundi._--Il va en son cabinet, y donne audience  Messieurs du
clerg, portant la parole M. l'vque de Nantes[368], docte et loquent
personnage, offrant un million d'or pour faire la guerre.

  [368] Philippe de Cospan.

_Le 28, jeudi._--Il va en son cabinet;  midi arrive le milord
Haye, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, qui dne avec M. le
conntable, et  trois heures a son audience du Roi, accompagn
seulement de M. le conntable, dans sa chambre[369].

  [369] Sur cette audience de milord Hay et sur la charge de
  garde des sceaux exerce par le conntable de Luynes (_voy._ le
  journal d'Hroard, au 7 aot prcdent); voici ce que raconte
  Bassompierre: Le milord Hay, ambassadeur extraordinaire de la
  Grande-Bretagne, envoy pour s'entremettre de la paix entre le
  Roi et les huguenots, eut sa premire audience du Roi, aprs
  laquelle il l'alla prendre de M. le conntable. M. de Puisieux,
  selon sa coutume, venoit entendre du Roi ce que le milord lui
  avoit dit  son audience, quand le Roi m'appela en tiers, et me
  dit: Il va prendre l'audience du roi Luynes. ..... Lors le Roi
  commena  dchirer M. le conntable et  en dire tout ce qu'il
  avoit en sa fantaisie, ulcr de ce qu'on avoit adjoint  la
  charge de conntable celle de chancelier.

_Le 31, dimanche._--Il part de Moissac[370].

  [370] Le Roi avait quitt Picquecos quelques jours avant pour
  aller au del de la rivire au chteau de Montbeton pendant
  qu'on emmenait l'artillerie et les bagages. Avant qu'il y ft,
  on canonna Montbeton; mais ds qu'on sut qu'il y rsidait, il y
  eut dfense de tirer de ce ct. En partant le Roi fit incendier
  le chteau. Il laissa  Moissac le duc d'Angoulme avec une
  assez forte division.--Voir dans les _Mmoires de Castelnau_ la
  relation dtaille de ce sige.

_Le 15 novembre, lundi._--Il entre  Toulouse pour y dner, la premire
fois, loge  l'archevch[371].

  [371] Le Roi quitta Montbeton le 14 novembre, alla  Castelnau de
  Frgefont et de l  Toulouse.

_Le 18, jeudi._--Il va collationner en crmonie, en la maison de ville.

_Le 19, vendredi._--Il donne audience  messieurs du Parlement, qui
le supplient de sjourner plus longtemps, pour donner aide  leur
conservation.

_Le 20, samedi._--Il va  quatre heures aux Jsuites, voir jouer la
tragdie d'_Andromde_.

_Le 21, dimanche._--Il fait son entre solennelle; va  Saint-tienne.

_Le 24, mercredi._--Il va en son cabinet, o messieurs du parlement de
Toulouse prennent cong du Roi. Il part de Toulouse en chassant, et
arrive  deux heures  Grenade.

_Le 30, mardi._--Il va au camp devant Monhurt[372] avec M. de Luynes,
o le sieur Desplans prs de lui reut une mousquetade qui lui pera le
manteau, le gant et s'arrta dans le pommeau de la selle de son cheval.

  [372] L'investissement de Monhurt, o commandait le marquis de
  Mirembeau, avait commenc le 17.

_Le 3 dcembre, vendredi._--Il va chez M. le conntable, qui se
trouvoit mal de rhume et fivre, depuis six heures du matin qu'il eut
froid.

_Le 7, mardi._--Il va voir les bateaux couverts pour le sige de
Monhurt, et va au logis de M. de Schomberg  pied; ainsi pendant
plusieurs jours de suite, visitant les tranches et mme gaiement
quitte sa volerie disant: _Je m'en vais chez M. de Schomberg_,
s'amusant pour tromper le dplaisir qu'il avoit de la maladie du
conntable.

_Le 12, dimanche._--Il va au camp pour voir sortir ceux de Monhurt, 
qui il donnoit la vie; ils sortirent un bton blanc  la main[373]; les
femmes et les fils sortirent  part dans des bateaux pour les conduire
 Tonneins. Ce fut un de ses soins particuliers que la ville sera
brle et une potence leve au milieu. Il fait mettre son arme en
bataille et sans armes, de peur que les soldats ne s'entretuent pour le
pillage. Aprs dner il veut aller au camp voir achever la sortie, puis
va  sa volerie.

  [373] Le marquis de Mirembeau, bless ds le dbut, sortit le
  premier sur le rempart, avec un manteau noir et un laurier blanc
   la main, puis le vicomte de Castet, et tous deux firent signe
  qu'ils voulaient parlementer. La ville fut brle le soir.
  (_Mercure franois_, tome VII, p. 928.)

_Le 13, lundi._--Comme il fut dbott en revenant de chez M. de
Schomberg, soudain vient une fausse alarme; il se botte, sort de la
salle et donne l'ordre avec une incroyable rsolution. Un certain
personnage lui dit: Sire, si Votre Majest se veut retirer, l'on peut
faire face avec ses deux cents chevaux.--_Retirer! je veux mourir
plutt que me retirer._

_Le 15, mercredi._--Il quitte Longuetille  cause de la maladie de M.
le conntable, qui meurt  Dumasan,  deux heures[374].

  [374] Il mourut d'une fivre pourpre; Bassompierre assure que le
  Roi ne le regretta pas. Fontenay-Mareuil ajoute que pendant sa
  maladie un seul de ses gens  peine voulait consentir  rester
  prs de lui, et qu'il vit des valets jouer au piquet sur son
  cercueil, au lieu de prtres, quand on l'emporta  Maill en
  Touraine, domaine auquel il avait fait attribuer le nom de Luynes.

_Le 16, jeudi._--Il va voir M. de Luxembourg, frre du dfunt
conntable.

_Le 21, mardi._--Il arrive  Bordeaux pour la troisime fois[375], va
au conseil et reoit toute la cour du Parlement ensemble.

  [375] Le Roi avait laiss dans la province le duc d'Elbeuf et le
  marchal de Thmines avec des troupes.

_Le 22, mercredi._--Il fait M. de Vic[376], conseiller d'tat, garde
des sceaux; le lendemain il reoit son serment.

  [376] Mry de Vic, seigneur d'Ermenonville, tait le plus ancien
  conseiller d'tat lorsque le Roi lui donna la charge de garde
  des sceaux. Il n'en jouit pas longtemps, car il mourut  Pignan,
  entre Montpellier et Pzenas, le 2 septembre 1622.

_Le 25, samedi._--En sa chambre  deux heures, il entend le sermon
du P. Sguiran, jsuite, qui lui avoit t donn pour confesseur 
Saint-Andr.

_Le 31 dcembre, vendredi._--Il arrive  Libourne.




ANNE 1622.

  Dpart de Libourne en chassant.--Barbezieux.--Festin du Roi
  chez M. de Schomberg.--Poitiers.--Tours.--Amboise.--On y
  charge avec des boules de neige les magistrats.--Rception
  des cours de Paris  Bourg-la-Reine.--Entre 
  Paris.--Saint-Germain.--Ballet.--La Reine fait une
  fausse-couche.--Fianailles du comte d'Alais.--Dpart pour le
  Languedoc.--Le jeudi saint  Orlans.--Querelle du marchal
  de Vitry et du duc de Luxembourg.--Blois.--Nantes.--Le
  Roi dit du mal de M. de Luynes.--Combat de l'le de
  Ri.--Niort.--Saint-Jean-d'Angly.--Le Roi affecte de ne
  pas vouloir en regarder les ruines.--Rception des envoys
  suisses.--Sige et prise de Royan.--Reddition de Sainte-Foy
  la Grande.--M. de Caumont la Force traite et est fait
  marchal.--Agen.--Le Roi passe devant Montauban avec son arme
  en bataille.--Assaut et prise de Ngrepelisse.--Rendez-vous de
  l'arme  Campadour.--Sige de Saint-Antonin.--Une balle effleure
  le Roi.--Le duc de Retz bless prs du Roi.--Combat du Roi et du
  prince de Joinville  coups de prunes.--Arrive  Toulouse.--Pose
  de la premire pierre de l'glise des Carmlites.--Rception
   Castelnaudary.--Carcassonne.--Narbonne.--Le Roi
  visite quatre frgates dans le port.--A la rception
  officielle, le cheval du Roi se cabre.--Le Roi
  communie.--Bziers.--Pzenas.--Lunel.--Aigues-Mortes.--Le Roi
  rejoint l'arme  Castelnau.--Le duc de Lesdiguires vient
  prter serment.--Commencement du sige de Montpellier.--M. de
  Caumartin nomm garde des sceaux.--M. d'Ocquerre, secrtaire
  d'tat.--M. de Bassompierre marchal.--Mot du Roi.--Cong du
  prince de Cond; sa conversation avec le Roi.--Reddition de
  Montpellier.--Dpart.--Arles.--Rception brillante.--Course
  de taureaux.--La Sainte-Baume.--Marseille.--La pche du
  thon.--Notre-Dame de la Garde.--Beaucaire.--Assemble des
  tats.--Avignon.--Le duc de Savoie.--Grenoble.--Dner au
  chteau du conntable.--Vienne.--Lyon; le Roi y trouve les deux
  Reines.--Le Roi donne le chapeau  M. de Richelieu.--Fianailles
  de Mlle de Verneuil avec le fils du duc d'pernon.--Le Roi reoit
  sa soeur la princesse de Pimont.--Roanne.--Nevers.


_Le 3 janvier, lundi._--Il part  pied de Libourne  cause du froid, et
un peu aprs monte  cheval, et par un pont de bateaux sur la rivire
d'Isle, arrive  Guitre, s'amusant  chasser en chemin. A quatre heures
il entre au conseil; le conseil tenu, il s'amuse  jouer aux cartes, au
hre, avec aucuns de son conseil et autres.

_Le 5, mercredi._--Il arrive  quatre heures et demie  Barbezieux;
va au conseil, et  six heures et demie a soup chez M. le comte de
Schomberg, qui donnoit le festin de la veille des Rois.

_Le 6, jeudi._--Il arrive  Chteauneuf sur Charente; M. le prince de
Cond lui va au-devant. A trois heures au conseil.

_Le 10, lundi._--En se couchant il s'amuse  faire de la musique et
fait chanter M. le Prince.

_Le 13, vendredi._--Arriv  Poitiers, il s'amuse  ses oiseaux; va au
conseil, s'amuse  jouer jusques  six heures.

_Le 18, mardi._--Il faisoit un temps serein, mais extrmement froid; en
route il met plusieurs fois pied  terre, arrive  Tours  deux heures,
va au conseil  trois.

_Le 19, mercredi._--Il part de Tours et fait une grande partie du
chemin  pied, arrive  une heure  Amboise. Les magistrats de robe
longue le viennent saluer; il avoit neig; incontinent aprs les
harangues, sur leur retraite, on leur fait une charge de pelotes de
neige sur leurs robes et leurs bonnets carrs.--Il soupe au festin
donn dans le chteau par M. le duc de Chaulnes, lieutenant du Roi, au
chteau[377].

  [377] M. de Cadenet avait t cr pair et duc de Chaulnes en
  1621.

_Le 20, jeudi._--Il faisoit grand froid; il part d'Amboise  cheval,
et  un quart de lieue il entre en carrosse. Il arrive  Blois  une
heure, voit M. Truchon, l'un de ses apothicaires, demeurant  Blois,
lui demande: _Truchon, me voulez-vous nourrir, j'ai grand faim_; son
gobelet n'toit pas arriv.

_Le 24, lundi._--Il arrive  une heure  Orlans, o arrive de Paris
M. le comte de Soissons qu'il accueillit fort gracieusement. Il va au
conseil.

_Le 28, vendredi._--Dnant  Bourg-la-Reine, il reoit les compagnies
qui venoient de Paris; part de Bourg-la-Reine  deux heures, voit sept
mille quatre cents hommes, habitants de Paris, posts en armes devant
lui et  cheval, entre  Paris, revenant de Montauban, va  Notre-Dame,
revient  six heures au Louvre, soupe, prie Dieu, va chez la Reine, 
onze heures s'endort.

_Le 29, samedi._--Il va  la messe, puis chez la Reine sa mre. Le soir
 la salle d'en haut,  la comdie italienne.

_Le 4 fvrier, vendredi._--Il part de Paris pour aller 
Saint-Germain-en-Laye, loge chez M. de Frontenac, capitaine du chteau;
log en la basse-cour.

_Le 5, samedi._--Il part de Saint-Germain, va  Pontoise, o il s'amuse
 faire et  manger des beignets; soupant  Cormeille, soudain il va
au gobelet, o il fait faire des petits choux au lait; bu six coups de
vin clairet fort tremp,  la sant des princes qui toient l: MM. les
princes de Cond, de Vendme, son frre le grand prieur. Il revient
dans sa chambre, o il danse aux chansons.

_Le 6, dimanche._--Il va au logis de M. de Vendme, o il a djen;
va  la messe, monte  cheval, part de Cormeille et va  Saint-Denis;
va  la cuisine, dresse les plats, emporte le premier, les princes de
mme, dresse sur table, puis dne, arrive  Paris  deux heures. Il va
chez la Reine; soupe  six heures et demie, puis va en son cabinet  la
comdie italienne, puis au bal, et revient  minuit.

_Le 7, lundi._--Il va en haut  la comdie italienne, y voit un grand
ballet venu de la ville,  onze heures revient se mettre au lit; puis
relev peu aprs, il va chez la Reine.

_Le 10, jeudi._--Il va  la volerie vers Grenelle. La terre toit fort
molle,  cause du dgel et des pluies; son cheval tombe et lui de tout
son long, il ne se fait aucun mal. Il revient chez la Reine sa mre.

_Le 23, mardi._--Il va le soir chez la Reine.

_Le 25, vendredi._--Il entre en carrosse pour aller passer son temps,
part de Paris, arrive  Villemenon, aussitt va  la cuisine, fait
dresser la viande, la met sur table, s'assied avec la compagnie: M. le
prince de Cond, M. de Vendme, M. le grand prieur, son frre, M. le
Grand, M. de Courtenvaux, M. de Blainville, premiers gentilhommes de la
chambre.

_Le 13 mars, dimanche._--Il va  l'assemble  Meulan, o il a dn au
festin fait par Desplans, gouverneur; retourne  Saint-Germain.

_Le 14, lundi._--Il revient  Paris, va chez la Reine, et lui donne M.
de Beauclerc pour secrtaire[378].

  [378] Charles de Beauclerc, sieur d'Achres et de Rougemont,
  secrtaire d'tat de la Reine-mre pendant sa rgence, fils d'un
  trsorier gnral de l'extraordinaire. Henri IV l'avait donn
  comme secrtaire des commandements au Dauphin. Devenu Roi, il le
  cra secrtaire du cabinet et il devint l'intime confident de M.
  de Luynes, qui s'en dgota  cause de sa franchise. Aprs la
  mort du favori, Louis XIII nomma Beauclerc un des deux intendants
  des finances, et le fit secrtaire d'tat en 1624. Richelieu
  ayant reconnu ses hautes qualits voulut le conserver au sige de
  la Rochelle; mais il ne voulut pas quitter le Roi, et mourut 
  Paris, en 1630.

_Le 16, mercredi._--Il va chez la Reine,  ses oiseaux, au conseil. Sur
les trois heures aprs midi la Reine accouche d'un embryon de quarante
ou quarante-deux jours; il va chez elle  six heures trois quarts[379].

  [379] La Reine devint grosse, et l'toit de six semaines, quand
  un soir, Mme la Princesse tenant le lit, la Reine y alla passer
  la soire jusques aprs minuit avec les autres princesses et
  dames du Louvre; M. de Guise, les deux frres de Luynes, M. le
  Grand, Blainville et moi, nous y trouvmes, et la compagnie fut
  fort gaie. Quand la Reine s'en retournant coucher et passant par
  la grande salle du Louvre, Mme la conntable de Luynes et Mlle
  de Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle
  broncha et tomba en ce petit relais du haut dais, dont elle se
  blessa et perdit son fruit. On cla l'affaire au Roi le plus
  que l'on put.... On fit savoir au Roi comme et en quelle faon
  la Reine s'toit blesse, et on l'anima tellement contre les
  deux dames, qu'il dpcha de Toury-la-Fouraine  la Reine pour
  lui mander qu'il ne vouloit plus que Mlle de Verneuil et Mme
  la conntable de Luynes fussent auprs d'elle, et leur crivit
   chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent
   se retirer du Louvre. (_Mmoires de Bassompierre._) Mme de
  Motteville dit seulement que dans les commencements de son
  mariage la Reine se crut devenue grosse, comme elle le crut
  quelque temps, et de s'tre blesse pour avoir trop couru aprs
  la conntable.

_Le 17, jeudi._--Il va chez la Reine,  midi monte  cheval, va  la
volerie vers les plaines du Roule et de Montmartre, revient  cinq
heures chez la Reine sa mre,  sept heures va en sa chambre, o il
fait les fianailles du fils de M. le duc d'Angoulme, le comte d'Als,
et de la fille de M. le marchal de la Chtre[380]. Le soir il va  la
comdie italienne.

  [380] Louise-Henriette, fille unique du second marchal de la
  Chtre et d'lisabeth d'tampes-Valenay, pousa Louis-Emmanuel
  de Valois, comte d'Aletz. Veuve en 1653, elle se remaria avec
  Franois de Crussol, et aprs divorce avec M. Pot de Rhodes,
  grand matre des crmonies.

_Le 20, dimanche._--Il part pour son grand voyage, secrtement, 
cheval, tandis que tout le monde l'attendoit au Louvre pour le voir
passer.

_Le 24, jeudi,  Orlans._--Il va aux Rcollets, o il lave les pieds
aux enfants, va en sa chambre. Querelle de M. le marchal de Vitry et
de M. de Luxembourg dans la chambre du Roi. A trois heures il entre en
carrosse, va gagner les pardons.

_Le 26, dimanche._--Il va dlivrer les prisonniers.

_Le 27, lundi._--Il part d'Orlans, entre en bateau, encore qu'il ft
grand vent et contraire, ne craint pas, djene dans le bateau, met
pied  terre  Beaugency.

_Le 31, jeudi._--Il arrive  Blois, chez la Reine sa mre.

_Le 5 avril, mardi._--Il part de Blois, s'embarque pour Nantes avec M.
de Soubise, arrive  quatre heures  Tours. Log prs de Saint-Julien,
il va chez M. de Souvr, o il a soup.

_Le 7, jeudi._--Il va  l'abbaye de Saint-Florent o il a got. M.
l'vque de Cominges[381], qui en toit abb, lui a donn la collation.

  [381] Gilles de Souvr, fils du marchal; nomm, en 1614, abb de
  Saint-Florent, il quitta en 1623.

_Le 9, samedi._--Il arrive  Ancenis, maison de M. de Vendme, qui
donna le festin fort magnifique.

_Le 10, dimanche._--Reu  Chassay prs Ancenis, par la maison de
l'vque; tant au lit, il y parle de M. le conntable. Il en contoit
bien des choses qu'il lui demandoit, et entre autres qu'il lui dit
qu'il lui falloit donner 4,000,000 d'or; qu'il n'avoit jamais vu tant
de parents.

_Le 13, mercredi._--Il va au conseil, sur le rapport, fait par M. le
Prince, que M. de Soubise avec toute son arme toit entr dans l'le
de Riez.

_Le 14, jeudi._--Il part de Legeay, voit son rgiment des Suisses, ne
laisse pas de chasser  la harquebuse;  onze heures n'ayant rien 
dner, il mange du pain qu'il fait acheter des Suisses et un peu de
fromage dont il n'avoit jamais mang, arrive  Chalan, o il dne.

_Le 15, vendredi,  la Chausse._--M. le prince de Cond lui envoie
demander des secours; il quitte son dner, et dit: _Je y veux
aller!_--Il monte  cheval; va  deux lieues de chemin, couche dans une
petite masure, tout vtu, sur de la paille, sa robe dessus, son manteau
dessous, y dort deux heures par sommes entrecoups, par soin de se
lever pour aller  la guerre[382].

  [382] Sur le temps que, couch sur un mchant lit, le Roi
  confroit du passage avec nous, dit Bassompierre, il arriva
  une grande alarme par tout le camp, comme si les ennemis nous
  fussent venus sur les bras, et en cet instant cinquante personnes
  se jetrent dans la chambre du Roi, qui lui dirent que les
  ennemis venoient  nous. Je savois bien qu'il toit impossible,
  car la mer toit haute, et qu'ils n'eussent su passer; c'est
  pourquoi, au lieu de m'en alarmer, je voulus voir comme le Roi
  la prendroit, afin que, selon sa hardiesse ou son tonnement,
  j'eusse  l'avenir  me gouverner vers lui aux propositions que
  je ferois. Ce jeune prince, qui toit couch sur le lit, se leva
  assis,  cette rumeur, et, avec un visage plus anim que de
  coutume, leur dit: Messieurs, c'est l dehors qu'est l'alarme
  et non dans ma chambre, comme vous voyez, et o il faut aller.
  ..... Je fus ravi de voir l'assurance et le jugement d'un homme
  de son ge, si mr et si parfait. Il se trouva que c'toit une
  fausse alarme.

_Le 16, samedi._--Il se lve  minuit; se fait amener le cheval que
lui a donn M. du Hallier. En la bataille, M. le prince de Cond et le
comte de Soissons  l'avant-garde, M. de Vendme  l'arrire-garde.
Il marche une lieue ou deux en bataille, entre dans une le sans
qu'il y et de gens de guerre. A quatre heures du matin il se trouve
 Saint-Gilles-en-Ri, o le prince de Soubise se sauvoit avec toute
son arme en dsordre. Je remets le demeurant  l'histoire. Ce fut un
coup du ciel d'avoir prserv le Roi engag dans l'le, et d'avoir eu
la victoire sans un seul bless ou fort peu; il y fut tu plus de trois
mille hommes; canons, drapeaux et bagages perdus. A onze heures et
demie  Saint-Gilles, ce fut la plus grande route, dner[383]. Il va le
soir  Aspremont, se dbotte  huit heures, fut vingt heures sans se
coucher et dix-huit  cheval.

  [383] L'le de Ri est un canton du Poitou, entour de marais, et
  o M. de Soubise s'tait retir; le Roi le battit compltement,
  et lui tua 4,000 hommes.

_Le 20, mercredi,  la Roche-sur-Yon._--M. Leclerc, intendant des
finances, lui donne  goter.

_Le 24, dimanche._--Il va  Niort pour la deuxime fois, va au chteau,
o il a dn au festin donn par M. de Parabre, gouverneur de la
ville[384].

  [384] Jean de Baudan de Parabre, lieutenant du Roi en Poitou.

_Le 26, mardi._--Il voit passer le rgiment de Navarre, command par le
baron de Palluau, puis va au conseil.

_Le 28, jeudi._--Il part de Chizay, volant par le chemin, arrive 
trois heures  cheval  Saint-Jean-d'Angly. En entrant il baissa
son chapeau et dtourna sa vue des ruines des murailles, entirement
rases. Aussitt qu'il fut entr, il haussa son chapeau et regardoit
librement partout.

_Le 1er mai, dimanche,  Saintes._--Il va  vpres, et  trois heures
et demie donne audience aux Suisses de Berne et de Zurich.

_Le 7, samedi._--A cinq heures du matin, il monte  cheval et va avec
M. du Hallier, capitaine des gardes, et deux cuyers, aux tranches, o
il fut tir un coup de pice qui tomba  six pas de lui. Il donne cent
cus aux soldats de ses gardes qui entroient aux tranches[385].

  [385] Je fus, rapporte Bassompierre, voir le Roi en son
  quartier, lequel me dit que le lendemain,  quatre heures du
  matin, il vouloit venir  notre tranche, et que je l'attendisse
  au commencement d'icelle,  une longue ligne que je fis toute
  la nuit hausser pour le faire arriver en sret. Il vint donc
  le samedi 7, accompagn de M. d'pernon et de M. de Schomberg:
  c'toit la premire fois qu'il y toit jamais venu. Il me fit
  l'honneur de me dire: Bassompierre, je suis nouveau: dites-moi
  ce qu'il faudra faire pour ne point faillir. A quoi je ne fus
  gure empch, car il fit plus gnreusement que pas un de nous
  n'et fait, et monta trois ou quatre fois sur la banquette des
  tranches pour reconnotre  dcouvert, s'y tenant si longtemps
  que nous frmissions du pril o il se mettoit, avec une plus
  grande froideur et assurance qu'un vieux capitaine n'et su
  faire, et ordonna du travail de la nuit suivante comme s'il et
  t un ingnieur. Je lui vis faire en retournant une action qui
  me plut extrmement; car, aprs tre remont  cheval,  un
  certain passage que les ennemis connoissoient, ils tirrent un
  coup de pice qui passa  deux pieds au-dessus de la tte du
  Roi, qui parloit  M. d'pernon; je marchois devant lui, et me
  tournai, apprhendant le coup que je vis venir pour le Roi. Je
  lui dis: Mon Dieu, Sire, cette balle a failli vous tuer. Il
  me dit: Non pas moi, mais M. d'pernon; et ne s'tonna ni ne
  baissa la tte, comme beaucoup d'autres eussent fait.... J'ai vu
  plusieurs et diverses autres actions du Roi en plusieurs lieux
  prilleux, et dirai sans flatterie ni adulation que je n'ai
  jamais vu un homme, non un roi, qui y ft plus assur que lui.

_Le 9, lundi._--Il va  trois heures et demie au camp, voir une attaque
qui se devoit faire d'un bastion, qui fut rude et dura plus de deux
heures.

_Le 11, mercredi._--Il monte  cheval, va au camp,  la tranche du
rgiment des gardes; il donne la composition  ceux de Royan[386];
revient  la messe sous la tente. Aprs son dner, il va au camp pour
faire accomplir la composition, revient au conseil.

  [386] La place soutint quinze jours de tranches.

_Le 12, jeudi._--Il va au logis de M. de Schomberg, o il a soup.

_Le 25, mercredi._--Il arrive  quatre heures  Sainte-Foy-la-Grande,
qui se remet en son obissance[387].

  [387] M. de la Ville aux Clercs, secrtaire d'tat (plus connu
  depuis sous le nom de comte de Lomnie de Brienne), fut envoy
  par le Roi vers le marquis de la Force, et l'on traita pour
  Sainte-Foy et pour toute la Basse-Guyenne, sans que le marquis
  voult qu'on s'occupt de lui. Le trait fut ainsi conclu, et
  le Roi le jour de son entre donna  M. de la Force le bton de
  marchal de France, avec une large indemnit.

_Le 26, jeudi,  Sainte-Foy._--Il va  confesse au P. Sguin,  la
messe et  la procession  la Fte-Dieu.

_Le 31, mardi._--Il part d'Aiguillon et arrive au Port-Sainte-Marie.

_Le 2 juin, jeudi._--Il va  Agen pour la deuxime fois, va  l'vch,
o M. l'vque[388] lui donne  souper.

  [388] Claude de Gelas, ancien trsorier de la Sainte-Chapelle,
  nomm en 1614, mort en 1630.

_Le 8, mercredi._--A neuf heures il monte  cheval, part de Villemande,
ayant fait mettre en marche son arme en bataille. Passant prs de
Montauban, il a dn  onze heures  Albias, dans un champ labour, au
grand soleil. Il remonte aprs  cheval, va voir les attaques qui se
faisoient  Ngrepelisse, qui avoit refus les portes[389].

  [389] Le sige dura deux jours et la ville fut saccage, parce
  que ses habitants avaient massacr, au mois de janvier prcdent,
  quatre cents hommes de troupes royales.

_Le 10, vendredi._--Il va  la fentre, d'o il voit l'assaut qui se
donnoit  Ngrepelisse, qui fut prise; tout tu et le lendemain brl.

_Le 12, dimanche._--Il va  la messe en la rue, sous le portique de son
logis; monte  cheval. A sept heures il part de las Gardies, village,
passe la rivire de l'Aveyron et arrive  Montricous; va au conseil.

_Le 13, lundi._--Il arrive  la plaine de Campadour, qu'il avoit donne
pour rendez-vous  l'arme, y dne sous des pruniers. A midi il monte 
cheval, et va voir faire un logement au sige de Saint-Antonin[390]. Il
y fut tir un coup de piste, portant balle de plomb de la grosseur d'un
oeuf, qui passa droit et au-dessus de lui. Il arrive  trois heures aux
Granges, et y a soup, en un trs-mchant logis.

  [390] Les habitants de cette ville avaient dj refus en 1621
  de se soumettre au duc de Mayenne, et reurent pour gouverneur,
  quand Sainte-Foy se rendit, le baron d'Eymet, cinquime fils du
  marchal de la Force.

_Le 16, jeudi._--Il va au camp  dix heures, au-dessus d'une batterie
o il y avoit deux coulevrines, en pointe par deux fois, tire sur des
paysans qui remparoient;  la deuxime fois il en tue deux.

_Le 17, vendredi._--Il s'endort  onze heures, entretenu de bons
discours par M. le prince de Joinville et M. de Bassompierre; endormi
jusqu' neuf heures aprs minuit.

_Le 19, dimanche._--A une heure il monte  cheval, va au camp, o il
vit faire une attaque  une corne, qui fut virilement soutenue et
repousse par les femmes,  coups de hallebarde. M. le duc de Retz fut
bless prs du Roi, d'une mousquetade  travers du genou, la balle
demeurant dedans. Il s'en va au conseil, s'en revient fort fch.

_Le 24, vendredi._--Il dne chez M. de Schomberg, puis voit sortir la
garnison de Saint-Antonin, qui se rend  composition.

_Le 25, samedi._--Il arrive  Castelnau de Montmirail, fait un combat
contre le prince de Joinville avec des prunes nouvelles prises aux
arbres, non encore mres[391].

  [391] Comme la traite toit longue, dit Bassompierre, le Roi
  fut contraint, pour attendre les troupes demeures derrire,
  d'y sjourner le 25 ( Castelnau de Montmirail), o nous nous
  amusmes  faire un retranchement entre deux chemins, que nous
  garnmes de noix, et le dfendmes contre le Roi, qui l'attaqua.

_Le 27, lundi._--Il arrive  Toulouse  dix heures, pour la deuxime
fois, y dne, va au conseil, reoit les dputs de la cour de Parlement
et les autres corps des compagnies.

_Le 3 juillet, dimanche._--Il entre en carrosse  dix heures, va  la
messe aux Carmlites, et y met la premire pierre  leur glise, va
ensuite en sa chambre, au conseil, et  quatre heures regarde passer
les processions des pnitents bleus, entre lesquels toit M. le Prince.
A sept heures trois quarts il va chez M. le prince de Joinville, qui
faisoit btir, et y a soup.

_Le 4, lundi._--veill  trois heures et demie aprs minuit, il se
plaint, criant et me disant avoir eu froid tant couch dans le lit, et
fort peu dormi, les yeux chauds et la tte pesante. Lev, blme, il se
sent foible et lass; vtu, bott, pri Dieu, djeun  quatre heures.
Il part de Toulouse et arrive  dix heures et demie  Villefranche de
Lauraguais;  onze heures et demie il se plaint encore des mmes choses
qu'il avoit fait ici dessus; dne pourtant. Il va aprs en sa chambre,
en son cabinet; son lit n'toit pas venu, il se met tout vtu sur une
paillasse qu'on lui avoit apprte de paille frache. A une heure
dvtu, mis au lit, pouls plein, gal, un peu ht, chaleur aux yeux,
douleurs aux tempes et au chignon du col, chaleur cre; il clignotoit,
altr. A deux heures il s'endort jusques  quatre et demie, se trouve
mieux; lev assez gai, soup en son cabinet.

_Le 5, mardi._--Il arrive  Castelnaudary, aprs avoir entendu les
harangues des magistrats au faubourg. Entre  onze heures.

_Le 14, jeudi._--Il arrive  Carcassonne, reoit les harangues, y entre
pour la premire fois, va  l'glise, puis au conseil[392].

  [392] Le 16 le Roi avait envoy au duc de Lesdiguires, g
  de quatre-vingts ans, le brevet de conntable en Dauphin, en
  annonant sa conversion.

_Le 17, dimanche._--Il entre  Narbonne pour la premire fois; harangue
hors la ville. Le sieur d'Effiat[393], cuyer cavalcadour de la grande
curie, portoit devant lui l'pe royale. tant  cheval sous la porte,
ayant la croupire trop serre et tant piqu, il saute les quatre
pieds en l'air; le Roi, surpris, est jet sur le col, se remet si
dextrement qu' peine il y apparut, et ne parut rien  sa contenance.
Il va  pied au port, voir les quatre frgates que M. de Guise avoit
emmenes, puis monte  cheval et fait tout le tour de la ville pour
voir les fortifications.

  [393] Antoine Coeffier, dit _Ruz_, marquis d'Effiat, premier
  cuyer de la grande curie, puis marchal de France, mort en
  1632. Il fut pre du grand cuyer Cinq-Mars.

_Le 18, lundi,  Bziers._--Il s'amuse  jouer aux cartes avec les
sieurs de Montmorency, marquis de Portes, comte de Carmain[394], de
Bassompierre et de Toiras[395] jusques  neuf heures et demie.

  [394] Adrien de Montluc-Montesquiou, marchal de camp, chevalier
  des ordres, comte de Carmain par sa femme, Jeanne de Foix.

  [395] Jean du Caylar de Saint-Bonnet de Toiras, d'abord capitaine
  de la volire de Louis XIII, marchal en 1630 pour la dfense de
  Casal, disgraci par Richelieu et mort en 1636, au service du duc
  de Savoie.

_Le 24, dimanche._--Confess, il va  la messe aux Jsuites; il se
y faisoit une crmonie pour la canonisation du pre Ignace, et y a
communi. Aprs son dner il retourne au sermon aux Jsuites.

_Le 25, lundi._--Il va en sa chambre, s'amuse  peindre au crayon,
ne laisse pas d'entendre ses affaires par M. de Puisieux, secrtaire
d'tat.

_Le 11 aot, jeudi._--Il part de Bziers, va  Pzenas pour la premire
fois, va  la Grange, se y fait mouiller aux grottes; va  la chasse
voler les perdreaux, revient souper.

_Le 15, lundi._--Il part de Frontignan, va  Lunel.

_Le 17, mercredi._--Il va  Semires, o il reoit la ville, et fait
sortir environ douze cents hommes de guerre;  neuf heures et demie M.
le Prince lui a donn  dner.

_Le 19, vendredi,  Lunel._--A quatre heures il va hors la ville voir
le rgiment des gens de pied du fils de M. le Prince, qui venoit de
Berry.

_Le 21, dimanche._--Confess par le pre Sguiran, il va  la messe au
Temple, y entend le sermon de M. Fenouillet, vque de Montpellier.

_Le 22, lundi._--Il va  Aigues-Mortes, va par toute la tour, et par
toute la ville.

_Le 26, vendredi._--A cinq heures il reoit M. le conntable de
Lesdiguires.

_Le 28, dimanche._--Il va au conseil, donne l'pe de conntable  M.
le marchal de Lesdiguires.

_Le 31, mercredi._--Il va  Castelnau, qu'il avoit pris pour
rendez-vous de l'arme, se loge en haut de la montagne, du ct de
Montpellier, et va  une petite maison appartenant au sieur d'Aimerie,
premier consul dans Montpellier, se y accommode lui-mme.

_Le 5 septembre, lundi._--A une heure aprs midi, dvtu, mis au
lit pour dormir, n'ayant rien dormi la nuit  cause du bruit; il ne
dort point. A quatre heures vtu; il donne audience aux dputs de
Marseille[396].

  [396] La tranche avait t ouverte le 2 septembre au matin.
  C'est ce jour qu' la recommandation de la Reine-mre Richelieu
  fut fait cardinal.

_Le 12, lundi._--Il va au conseil, fait sceller en sa chambre et en sa
prsence les provisions de secrtaire d'tat pour M. d'Ocquerre[397]
par la signature de M. de Gesvres, son oncle.

  [397] Nicolas Potier d'Ocquerre, fils du prsident de Blancmesnil
  et de Isabeau Baillet, secrtaire d'tat par la dmission de son
  oncle, Louis Potier de Gesvres, pre du duc de Tresmes, tait
  prsident en la chambre des comptes; il mourut en 1628 au sige
  de la Rochelle.

_Le 23, vendredi._--Il donne les sceaux  M. de Caumartin[398]; pour
motif, le dcs de M. de Vic, dcd  Pignan.

  [398] Louis Le Fvre de Caumartin, fils de Jean, trsorier
  gnral des finances, et de Marie Varlet; il fut d'abord
  prsident au grand conseil; il mourut  Paris, le 21 janvier
  1623, g de soixante-douze ans.

_Le 29, jeudi._--A minuit vtu, bott, il fait prendre les armes, va
au quartier des Suisses dans la hutte d'un colonel, sur les avis du
secours qui devoit venir  Montpellier; sans dormir, il va  la cuisine
de bouche, o il a djeun.

_Le 6 octobre, jeudi._--Il monte  cheval et va voir les trois
rgiments de gens de pied qui arrivoient du Dauphin. M. le conntable
arrive.

_Le 9, dimanche._--Aprs dner il va  son cabinet, o il fait entendre
 M. le prince de Cond la rsolution qu'il avoit prise sur la paix, et
sur ce qu'il vouloit repartir pour le dissuader, le Roi dit: _Il n'en
faut plus parler, je l'ai ainsi rsolu_[399]; l-dessus M. le Prince
demande cong pour aller  Notre-Dame de Lorette, qui lui est accord
et part soudain du logis du Roi, s'en va  Mauguiol et sur la nuit
s'embarque au Thau de Mauguiol, et arrive  minuit  Aigues-Mortes, et
avant le jour il part pour aller  Arles.

  [399] On lit dans une lettre du marquis de la Force  sa femme,
  du 3 novembre 1622, que M. le Prince se plaignant au Roi de
  la paix, Louis XIII lui rpondit que puisqu'il voyoit qu'il
  s'opinitroit  ne la vouloir pas, que s'il ne l'avoit pas faite,
  que plutt que ne la pas faire, il la leur feroit encore beaucoup
  plus avantageuse.

_Le 12, mercredi._--Ce matin, avant que d'aller dner, il fait
M. de Bassompierre marchal de France, par la dmission de M. de
Lesdiguires, fait conntable, disant ces mots en riant devant
messieurs de son conseil: _J'ai promis  Bassompierre, quand il auroit
fait ses affaires, de le faire marchal de France; je le fais et reois
son serment_[400].

  [400] Bassompierre ne dit mot de cette plaisanterie. Suivant
  ses _Mmoires_, le Roi ds la fin d'aot, en donnant au duc de
  Lesdiguires l'pe de conntable, avait en mme temps donn 
  Bassompierre le bton de marchal, en lui promettant d'en faire
  expdier les lettres. Le mercredi 12 (octobre), ajoute-t-il,
  je vins le matin au conseil, et me sembla que le Roi me faisoit
  moins bonne mine que de coutume et ne me parla point. Il toit au
  cabinet de ses oiseaux, et peu aprs dit  la compagnie qu'ils
  vinssent tenir le conseil en sa chambre..... Comme nous entrions,
  M. le garde des sceaux me dit: Je pensois, pour reconnotre les
  obligations que je vous ai, vous envoyer vos lettres parfumes,
  mais le Roi me pressa si extrmement par Bautru, qu'il m'envoya
  hier au soir, que je n'eus pas le temps.--Quelles lettres?
  lui rpondis-je.--Celles de marchal de France, dont vous allez
  prter le serment. Dont je fus bien tonn et rjoui de cette
  nouvelle inopine, et en mme temps le Roi dit ces _mmes_ mots:
  Messieurs, j'ai intention de reconnotre les bons et grands
  services que j'ai reus depuis plusieurs annes de Monsieur de
  Bassompierre, tant aux guerres que j'ai eues qu'en d'autres
  occasions, d'une charge de marchal de France, croyant qu'il m'y
  servira dignement et utilement, etc.

_Le 19, mercredi._--En la cour du logis, assis sur un haut dais, le
seigneur de Calonges, gouverneur dans Montpellier durant le sige,
lui demande pardon au nom du conseil des glises. Il va aprs en sa
chambre, o les dputs des Cvennes en font autant;  cinq heures les
consuls de Montpellier[401].

  [401] Le trait fut sign ce jour, et mit fin  la guerre; il
  confirma l'dit de Nantes, et accorda aux protestants pour places de
  sret Montauban et la Rochelle.

_Le 23, dimanche,  Montpellier._--Il va  la procession gnrale,
entend la messe  la grande loge, va visiter les fortifications[402].

  [402] Deux mille hommes de la ville sortirent en armes au-devant du
  Roi, qui entra dans Montpellier avec pareil nombre de soldats, suivis
  de ceux qui taient sortis; puis il renvoya les siens, n'en gardant
  que deux cents pour ses gardes particuliers.

_Le 24, lundi._--A onze heures dn au festin, chez M. de Luxembourg.

_Le 25, mardi._--Il va au conseil, va aprs au collge du Pape, voir le
cabinet de M. Ramelin, y tient  baptme un garon d'un pauvre homme,
avec la femme de M. le gnral Grille, homme riche.

_Le 28, vendredi._--Il part de Saint-Gilles, passe le Rhne, arrive 
Arles.

_Le 30, dimanche._--Il arrive  Arles, fait son entre, en demeure fort
satisfait. Le peuple crioit en son langage: Vive notre bon Roi Louis,
et l'on lui a ou dire ces paroles: _Dieu vous bnie, mon peuple, Dieu
vous bnie!_ Le soir pensif, il me dit qu'il avoit t triste tout le
jour, joue avec M. de Blainville.

_Le 1er novembre, mardi,  Arles._--Il va  la grand'messe 
l'vch[403], et, en la cour, touche quatre cents six malades. Il voit
courir les taureaux sauvages en la place de l'vch.

  [403] L'vque Gaspard de Laurent, n  Arles, nomm en 1603, mort
  en 1629, reut le Roi dans l'glise de Saint-tienne et le harangua,
   ce que disent les auteurs du _Gallia Christiana_, qui ajoutent
  que tous les dessins de la rception ont t publis par T. Bovis,
  prtre, dans son _Histoire des rois d'Arles_.

_Le 3, jeudi._--Il part d'Arles, va  Salon, arrive  Aix, fait son
entre.

_Le 5, samedi._--Il part d'Aix et va souper  Maximin.

_Le 6, dimanche._--Il va  Sainte-Baulme, o il fait ses
dvotions[404]; y eut froid, y a dn  midi. Il va aprs  Aubaigne.

  [404] C'est le roc situ prs de Saint-Maximin, au haut d'une
  montagne, o la tradition assure que sainte Madeleine fit pnitence
  pendant trente ans; il y a eu de tout temps une chapelle.

_Le 7, lundi._--Il part d'Aubaigne et fait son entre  Marseille  six
heures; va  la Majour, revient souper en son logis.

_Le 8, mardi._--Le matin il va voir pcher aux thons, et il en tue six
avec une corsecque. A deux heures et demie il monte  pied  Notre-Dame
de la Garde, o M. Brayer, qui toit le capitaine, lui a donn la
collation; il revient par Saint-Victor.

_Le 9, mercredi._--Il va  la messe  la Majour pour faire chanter
le _Te Deum_ pour la nouvelle de la bataille navale gagne par M. de
Guise, devant la Rochelle[405], va voir la pche du thon.

  [405] Cette bataille navale avait t gagne le 16 septembre.

_Le 10, jeudi._--Il part de Marseille, arrive en chassant  Aix pour la
deuxime fois, va  l'glise.

_Le 11, vendredi._--Il va  l'glise, o il tient  baptme le fils de
M. d'Oppde[406], premier prsident du Parlement; part aprs dner.

  [406] Jean Meynier, baron d'Oppde, fils du premier prsident qui fit
  excuter en 1551 le jugement prononc contre les Vaudois. Une branche
  de la maison de Forbin a relev ce nom et hrit de cette haute
  charge de magistrature.

_Le 15, mardi._--Il passe  Tarascon, va  Beaucaire,  l'assemble des
tats de la province de Languedoc; il lui est fait entre.

_Le 16, mercredi._--Il passe le Rhne, revient  Tarascon, passe la
Durance  gu, et  trois heures fait son entre  Avignon; loge au
palais.

_Le 17, jeudi._--Il monte  cheval, va  la chasse, o M. le duc de
Savoie le va rencontrer, et revient le menant avec lui, et entre avec
le Roi  Avignon.

_Le 18, vendredi._--Il va aux Jsuites voir jouer des comdies.

_Le 20, dimanche._--Il va en son cabinet, donne audience aux dputs
de l'assemble des tats de Languedoc, M. l'vque de Montpellier[407]
prenant la parole; va chez M. de Luxembourg, o il a dn au festin, 
la maison de M. de Breton. Aprs son dner il va au sermon, puis tient
 baptme le fils de M. de Breton, dont sa femme toit accouche une
heure aprs que le Roi eut fait son entre, avec Mme la duchesse de
Chevreuse.

  [407] Pierre Fenouillet, qui n'tait rentr qu'avec le Roi dans
  Montpellier et l'y harangua.

_Le 21, lundi._--Il entre en carrosse et M. le duc de Savoie avec lui,
et part d'Avignon. A un demi-quart de lieue, M. le duc de Savoie sort
du carrosse, et prend cong de lui, ayant port un genou en terre,
et s'en retourne en Pimont. Le Roi arrive  deux heures et demie 
Caderousse, va au conseil, puis joue aux cartes avant souper.

_Le 28, lundi._--Il fait son entre  Montlimart, puis  Valence, puis
 Romans, part de Saint-Marcellin, par Tullin, Varte, o il s'arrte
 un moulin, y voit forger des pes.

_Le 29, mardi._--Il fait son entre  Grenoble,  quatre heures.

_Le 1er dcembre, jeudi._--Il va  l'glise  sept heures et demie,
monte  cheval, va  Vigile, lieu de plaisance de M. le conntable, qui
lui a donn  dner; aprs dner il revient  Grenoble.

_Le 3, samedi._--tant  Grenoble, il mange chaque jour du fromage de
la Grande Chartreuse, qu'ils lui avoient donn; en mange d'un deuxime,
le trouve bon; il l'toit. Il part de Grenoble  cheval, et monte en
carrosse aux faubourgs  cause du froid.

_Le 5, lundi._--Il fait son entre  Vienne; y soupe.

_Le 6, mardi._--Il arrive  Lyon pour la premire fois, par la Sane,
en bateau,  l'archevch, ayant vu auparavant  la rencontre la Reine
sa mre et la Reine. En arrivant il va en son cabinet, puis au cabinet
de la Reine, et le soir chez la Reine  la comdie franoise; le soir
couch, puis relev, il va chez la Reine.

_Le 8, jeudi._--A une heure il entre en carrosse, va voir la Reine sa
mre, loge  Bellecourt, va  vpres aux Jsuites, revient chez la
Reine.

_Le 10, samedi._--Il va  l'glise, o il donne le bonnet de cardinal 
M. de Richelieu, vque de Luon. Il va chez sa mre, revient chez M.
d'Alincourt;  quatre heures  la comdie italienne.

_Le 11, dimanche._--Il va dner  la Motte, puis fait son entre 
Lyon. Il arrive  l'archevch avec la Reine, dans une litire ouverte
et le visage dcouvert. Il a soup au festin chez M. d'Alincourt.

_Le 15, jeudi._--Il monte  cheval, va  la volerie pour recevoir en
chemin Mme la princesse de Savoie-Pimont, sa soeur, revient  quatre
heures  la comdie italienne.

_Le 20, mardi._--Il passe la rivire de Loire sur un pont de bateaux;
elle toit glace. Il arrive  Roanne  neuf heures. Il avoit fait
dessein d'aller par eau jusques  Briare, pour y faire la fte de Nol;
cet accident de glace le fait changer de dessein. A midi il monte 
cheval, part de Roanne, chassant de la harquebuse.

_Le 22, jeudi._--Il arrive  un mchant village nomm Tolon, y a dn;
 midi il monte  cheval, part de Tolon, en passant sans s'arrter
dans Moulins dehors la ville, et chassant arrive  deux heures 
Villefranche, descend  la Croix-Blanche, et, sans y entrer, monte sur
un autre cheval, fait porter ses oiseaux et sa harquebuse, va  la
chasse vers la rivire d'Allier, revient  quatre heures, s'amuse 
faire des barricades devant et derrire son logis, pour s'occuper, avec
des chariots, et pour y faire faire la garde par ses mousquetaires.

_Le 23, vendredi._--M. le duc de Nevers le vient saluer. Il arrive
 Nevers  trois heures; rception. N'ayant pas voulu entrer, il va
descendre  l'glise, puis au chteau, le visite tout, reoit les
soumissions des magistrats, soupe, servi de neuf services, le festin
donn par M. de Nevers.

_Le 30, vendredi._--Dispute entre les sieurs d'Aiguilly[408] et de
Sourdis[409], enfants d'honneur qui portoient des oiseaux de la
chambre; Aiguilly est appel par le sieur de Longueville. Le Roi le
honnit; les voil en colre. On lui dit qu'il les faut empcher: _Non,
non, qu'on ne les empche pas; laissez-les battre; je les sparerai
bien, je leur ferai trancher la tte_.

  [408] Nicolas Hennequin, baron d'Ecquevilly; il fut depuis pourvu de
  la charge de capitaine gnral de la vnerie, des toiles de chasse,
  tentes, pavillons du Roi et quipages du sanglier.

  [409] Charles d'Escoubleau, depuis marquis de Sourdis, marchal de
  camp et chevalier des ordres; il mourut le 21 dcembre 1666.




ANNE 1623.

  Revue  Charenton.--Entre  Paris.--Disgrce de M. de
  Schomberg.--Ballet des gants et des pygmes.--M. de Beauclerc
  nomm secrtaire de la Reine.--Coucher du Roi  une auberge
  du Bourget.--Ballet des Bacchanales.--Fianailles de M. de
  Lomnie.--Lacune de onze mois dans le journal.


_Le 5 janvier, jeudi._--En chassant il arrive  Pizeaux, voit la
Reine, qui y avoit couch, la trouve prte  partir pour aller coucher
 Fontainebleau. Il chasse tout le jour, et fait les bois avec M.
d'Angoulme.

_Le 8, dimanche._--Il arrive  Lsigny, o M. le prince de Joinville le
traite tant qu'il y est.

_Le 9, lundi._--A la fin de son souper il mange un bouquet de fenouil
sucr avec du sucre candi. J'avois fait faire par le fruitier du foin
sucr, par bouquets de la mme faon. M. de la Vieuville en mangea et
quelques autres; de l la rise.

_Le 10, mardi._--Il arrive  Charenton, o il a dn chez M. de
Verdun[410], premier prsident au parlement de Paris. Aprs son dner,
il monte  cheval et trouve au-devant de lui sept ou huit mille hommes
en armes, gens de pied, en huit bataillons, entre dans la ville,  la
porte Saint-Antoine,  six heures. Il va  Notre-Dame; au sortir, entre
en carrosse, va au Louvre,  huit heures, soupe et aprs va chez la
Reine.

  [410] Nicolas de Verdun, nomm  Toulouse par Henri IV, remplaa 
  Paris M. de Harlay en 1615, et mourut le 16 mars 1627.

_Le 11, mercredi._--Il donne audience  messieurs du Parlement qui le
venoient saluer.

_Le 18, mercredi._--Il va  Saint-Germain, et revient  Paris avec la
Reine sa mre.

_Le 19, jeudi._--Aprs la messe il va chez la Reine sa mre, fait
sortir jusques aux femmes, demeure seul avec elle, M. de la Vieuville,
capitaine des gardes, seul  la porte; ils sont ensemble une heure
entire.

_Le 20, vendredi._--Il va au conseil chez la Reine sa mre, o toient
avec eux M. le chancelier, M. de Puisieux, son fils, o fut le cong de
M. le comte de Schomberg[411], surintendant des finances, qui lui fut
apport par crit par M. Tronon, secrtaire du cabinet.

  [411] M. de Schomberg avait t nomm surintendant en 1619; il venait
  de faire les deux campagnes du midi avec le Roi et avait exerc les
  fonctions de grand matre de l'artillerie devant Clrac et devant
  Montpellier. Le Roi l'avait nomm en 1622 gouverneur du Limousin.
  loign de la Cour en 1623, il y revint en avril 1625, et reut le
  bton de marchal en juin 1625.

_Le 22, dimanche._--A onze heures il fait venir et danser en sa chambre
le ballet de Monsieur, son frre, reprsentant le combat des gants et
des pygmes, fait tenir le bal.

_Le 24, mardi._--Il va au conseil, o il rsoud le conseil des finances
et fait intendant M. de Beauclerc, secrtaire de la Reine.

_Le 27, vendredi._--Il va au Blancmesnil, soupe  sept heures de la
viande de M. d'Ocquerre, secrtaire d'tat, et fils de M. le prsident
de Blancmesnil.

_Le 28, samedi._--Il va  cheval  Louvres en Parisis, et y soupe.

_Le 29, dimanche._--Il revient  Paris, va chez la Reine sa mre et
chez la Reine. Le soir encore chez la Reine, et  la comdie italienne.

_Le 1er fvrier, mercredi._--A deux heures il va au conseil, o il se
fait montrer les tats de sa maison.

_Le 3, vendredi._--Il va chez la Reine le soir.

_Le 7, mardi._--Il va chez la Reine; depuis plusieurs jours il recorde
son ballet chaque jour.

_Le 20, lundi._--Il va  la volerie plnire par les plaines du Roule,
vers celle de Saint-Denis; les Reines et les dames y vont aussi. Elles
s'en reviennent, et lui, sans dcouvrir son dessein  personne, va
au Bourget, loge  une htellerie, y fait lui-mme tout. Il toit en
eau, de peine, change de chemise, soupe  six heures de la viande
qu'un poulailler de Senlis portoit  des conseillers et  Messieurs
des Comptes  Paris, mange peu. Il n'avoit aucuns officiers qu'un
porte-manteau; M. le grand-cuyer de Bellegarde lui fait son lit; il
s'enveloppe dans sa mandille double de panne de soie, et se met sur le
lit.

_Le 23, jeudi._--Il va  la comdie, o il fait aller M. le conntable
de Lesdiguires, et M. Brulart, chancelier de France.

_Le 27, lundi._--Il va de , de l, attendant de danser son
ballet[412], va chez M. le prince de Joinville, grand chambellan, se
jette sur son lit, y dort tout vtu, environ deux heures; commenc 
danser son ballet aprs minuit, fini  cinq heures et demie. Il ne se
couche point, djeune, va  la messe, revient au conseil, dne, part de
Paris et va  Louvres en Parisis, soupe avec des viandes habilles par
Georges, son premier cuisinier.

  [412] Ballet des _Bacchanales_, organis par Bordier; il a t
  imprim  l'Imprimerie royale.

_Le 28, mardi._--Il revient  Paris  cinq heures, va chez la Reine sa
mre, o se font les fianailles du sieur de Lomnie, seigneur de la
Ville-aux-Clercs, secrtaire d'tat, avec Mlle Marie de Marais[413].
Il va en son cabinet, puis en la salle de bal, au bal, et revient 
neuf heures trois quarts.

  [413] Henri-Auguste de Lomnie, sieur de la Ville aux Clercs, depuis
  comte de Brienne. Il eut la capitainerie des Tuileries  la mort du
  duc de Luynes. Il revenait, au moment de son mariage, d'une ambassade
  en Angleterre. Il fut enfin charg des affaires trangres sous la
  rgence d'Anne d'Autriche, et mourut le 5 novembre 1666.

_Le 6, lundi._--Il va  la salle pour voir danser le ballet de la
Reine, le matin.

       *       *       *       *       *

_Ici dfaut la suite du prsent journal durant onze mois douze jours,
avec quelques autres interruptions, remarques aux endroits, qui ont
t misrablement perdus ou pills et vilainement employs par la veuve
femme du feu sieur Hrouard, premier mdecin du roi Louis treizime._




ANNE 1624.

  Lacune des deux premiers mois.--Le Roi chasse et couche 
  Versailles.--Cne de la Reine.--Le Roi se jette  l'eau pour
  en tirer un homme.--Le journal d'Hroard devient beaucoup plus
  court et monotone.--Manoeuvres militaires  Compigne.--Entre du
  cardinal de Richelieu au conseil.--Le comte de Carlisle.--Le Roi
  pose la premire pierre au pavillon du Louvre vers le jardin et
   la fontaine de l'Htel de Ville.--Inscription de Grotius.--Le
  Roi se fait raser pour la premire fois.--Il couche  Versailles,
  que l'on meublait.--Disgrce du surintendant la Vieuville.--M. de
  Schomberg au conseil.--Chute de cheval du Roi.--Feu d'artifice
  pour sa naissance.--t trs-chaud.--Rambouillet.--M. d'Aligre
  chancelier.--Lacune dans le journal.


_Le 6 mars, mercredi._--Il va  Versailles  la chasse, revient au
galop comme il toit all, va chez la Reine sa mre.

_Le 8, vendredi._--Il va  la chasse  Versailles, prend un renard,
fait la cure.

_Le 9, samedi._--Il entre en carrosse et va pour la chasse 
Versailles, y dne, par aprs monte  cheval, va courir un cerf, le
prend, revient de bonne heure et prend un renard. Aprs souper il va en
sa chambre, fait faire son lit, qu'il avoit envoy querir  Paris, y
aide lui-mme.

_Le 10, dimanche._--Il va  la messe, puis courir un renard, aprs
dner monte  cheval et arrive  Paris. Il va chez la Reine sa mre, au
sermon, puis va jouer  la paume.

_Le 18, lundi._--Il va au conseil, donne audience au milord Richi,
ambassadeur extraordinaire d'Angleterre.

_Le 22, vendredi._--Il court le cerf et le loup  Chantilly, en prend
deux de chaque, court aprs un renard.

_Le 29, vendredi._--Il va  Compigne,  la chasse.

_Le 2 avril, mardi._--A sept heures il part de Compigne et monte 
cheval, et commande  son cuyer de bouche de prendre deux ou trois
pices de poisson pour son dner et de le suivre; va  Arton,  Choisy
o il fait faire l'exercice  six compagnies du rgiment des gardes, et
y mle ses mousquetaires qu'il fait mettre pied  terre fort bien, et
 dix heures fait tendre en terre des mandilles, dont il se sert de
nappe, et a dn. Il revient  Compigne, au conseil, aprs son dner.

_Le 4, jeudi saint._--Il va  la chapelle, lave les pieds aux pauvres,
dne  midi; va chez la Reine, lui voit faire sa Cne, revient en sa
chambre et me fait l'honneur de me dire: _Je viens de voir ce que je
n'avois jamais vu_. Il va en sa chapelle  Tnbres;  six heures va
jouer  la longue paume en la cour du chteau. Aprs son souper il va
chez la Reine, se couche, puis se lve, s'amuse  faire des bataillons
avec des jetons, puis se recouche et s'endort.

_Le 7, dimanche, jour de Pques._--Confess, il va  la chapelle  la
messe, y a communi, touche les malades dans la basse-cour; le soir il
va chez la Reine.

_Le 11, jeudi._--A une heure et demie, il monte  cheval et va  la
chasse, court un livre qui passe une petite rivire; il le suit, et
voyant devant un homme de cheval qui faillit  tomber, il se jette dans
l'eau jusqu'au-dessus des bottes. Le sieur de Saint-Michel, celui qui
saisit Ravaillac, descend dans l'eau, le prend aux bras et le porte
au del de la rivire. Le livre revient  passer l'eau, il suit de
mme dans l'eau, revient  six heures. Dvtu, sch, essuy, chang
d'habit; il va au conseil, va chez la Reine, soupe et se couche  neuf
heures.

_Le 12, vendredi._--Il part de Compigne, va dner  Moussy.

_Le 13, samedi._--Couch, il se lve en robe, fait appeller le sieur
d'Argenson[414], fort entendu aux fonctions militaires, et s'amuse 
dresser diverses sortes de bataillons et  en inventer de nouveaux,
tant il est inventif en toutes choses et spcialement aux choses de la
guerre; aprs il va chez la Reine.

  [414] Ren de Voyer, seigneur d'Argenson, depuis conseiller d'tat
  et ambassadeur  Venise, mort  Venise, en 1651. Il fut charg de la
  dmolition de la citadelle de Bergerac et de faire raser plusieurs
  chteaux dans la Marche, l'Auvergne et le Bourbonnais.

_Le 15, lundi._--tant  cheval, son pied lui fait grand mal; il
s'toit plaint la veille du pied droit; dbott, chauss d'un soulier,
il ne laisse pas d'aller  la chasse. Le soir il a une grande douleur 
l'orteil du pied droit; le soir mis dessus des mouillages.

_Le 18, jeudi._--Il va dans la plaine prs de Compigne, o il y avoit
six compagnies de son rgiment des gardes, leur fait lui-mme faire les
exercices. La Reine y toit, M. le comte de Soissons, M. le conntable
et toute la Cour; il faisoit extrmement bien. Il revient  cinq heures
chez la Reine sa mre.

_Le 29, lundi._--Il va chez la Reine sa mre, puis au conseil, o il
donne sance  M. le cardinal de Richelieu[415].

  [415] M. le cardinal de Richelieu, dit Bassompierre  cette date,
  avoit t mis au conseil troit.

_Le 1er mai, mercredi._--Il va jouer  la longue paume, et Monsieur,
qui l'toit venu voir, avec lui;  une heure il dne, et Monsieur avec
lui. Il va  la chasse au loup, a got  la campagne.

_Le 6, lundi._--La Reine sa mre,  Compigne avec lui. Il va au
conseil, donne audience aux Hollandois, va  la comdie italienne;
aprs monte  cheval, va  la chasse.

_Le 8, mercredi._--Couch  dix heures; lev, il va chez la Reine[416],
revient et s'endort jusques  cinq heures et demie aprs minuit.

  [416] Ces mentions significatives sont frquentes.

_Le 26, dimanche de la Pentecte._--Il faisoit une excessive chaleur.
Il touche les malades.

_Le 29, mercredi._--A midi il donne audience  l'ambassadeur de Venise.

_Le 30, jeudi._--Il a got de quatre sortes de vins que M. le duc de
Savoie lui a envoys.

_Le 31, vendredi._--A cinq heures du matin il va  cheval  la chasse,
dtourner un renard avec son limier; c'toit une faon nouvelle qu'il
avoit invente.

_Le 3 juin, lundi._--Il donne audience  M. l'ambassadeur de Danemark.

_Le 4, mardi._--M. le comte de Carlisle[417], ambassadeur anglois,
arrive pour le mariage de Madame, entre quatre et cinq heures.

  [417] James Hay, comte de Carlisle.

_Le 5, mercredi._--A trois heures le comte de Carlisle voit le Roi 
son audience premire; le soir il va chez sa mre et chez la Reine.

_Le 7, jeudi._--Il donne audience  M. le comte de Carlisle seul, aprs
va au conseil, puis chez sa mre; le soir il va chez la Reine.

_Le 10, lundi._--Il va  la chasse au renard, revient  quatre heures
et demie, fait faire les exercices  six-vingts hommes de pied de sa
suite, qu'il arma sur-le-champ des armes ramasses.

_Le 13, jeudi._--Il va chez sa mre, puis donne audience 
l'ambassadeur de Danemark.

_Le 18, mardi._--Les Hollandois prennent cong de lui.

_Le 21, vendredi._--Il va chez la Reine le soir.

_Le 26, mercredi._--Il va  la comdie italienne, puis chez la Reine sa
mre. Il est  son souper; sur la fin l'on dessert du massepain de la
Reine; il n'avoit os en demander, l'coute et le demande  l'officier
qui le desservoit, le prend, et le mange. Monsieur, son frre, y
survient, lui en donne, le jeu l'chauffe; M. de la Vieuville y vient
et M. Bautru[418]. Ils se prennent  la viande, aux poulets; lui en
mange deux cuisses, et d'un poulet d'Inde, du pain assez, et bu un coup
de vin fort tremp. A dix heures et demie il va en sa chambre, ayant
pris cong de la Reine sa mre, et se promne avec M. de Montmorency,
ne se couche point, monte  cheval  une heure et va  Louvres en
Parisis.

  [418] Guillaume de Bautru, n en 1586, d'un conseiller au grand
  conseil; il a t comte de Serrant, conseiller d'tat, introducteur
  des ambassadeurs et plusieurs fois ambassadeur; 'a t de plus l'un
  des beaux esprits du dix-septime sicle, au jugement de Mnage.
  Il mourut le 7 mars 1665.--Son frre, Nicolas de Bautru, comte de
  Nogent, tait capitaine des gardes de la porte.

_Le 27, jeudi._--Il va au Blanc-Mesnil, dpouille son pourpoint, se
met sur son lit  midi et s'veille  quatre heures. Il va jouer  la
longue paume deux heures, puis soupe et se couche  dix heures.

_Le 28, vendredi._--Il monte  cheval  onze heures, part du
Blanc-Mesnil, arrive  Paris  une heure, va au Louvre pour mettre la
premire pierre du pavillon du ct du jardin, avec une mdaille de
la face et du revers du pavillon, avec lettre faite par M. Grotius,
Flamand, homme trs-docte[419]. Au partir de l il est all 
l'Htel-de-Ville, y a got, y met la premire pierre d'une fontaine
que l'on avoit fait venir en la place des eaux de Roungy, puis monte 
cheval, va au galop  Versailles[420], y arrive  cinq heures, va  la
chasse au renard, revient souper  huit heures.

  [419] Hugues de Groot, compromis avec Barnevelt; il fut emprisonn et
  s'chappa par l'habilet de sa femme. Il vint en France, o il obtint
  une pension; il essaya de rentrer dans sa patrie, mais dut s'loigner
  encore et rentra  Paris comme ambassadeur de Sude. Il mourut 
  Rostok, dans le Mecklenbourg, en 1645.

  [420] On trouve dans le registre de la paroisse de Saint-Julien de
  Versailles,  la date du 30 juin 1624, l'acte de baptme d'une fille
  de Franois Mongey, concierge du chteau de Versailles, tenue par
  Nicolas Bautru, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, pour et
  au nom de trs-chrtien Louis treizime de ce nom, roi de France et
  de Navarre, lui tant  son chteau de Versailles. (_Archives de la
  mairie de Versailles._) L'installation de Louis XIII  Versailles est
  fixe  l'anne 1624 par cet acte et par le journal d'Hroard  la
  date du 2 aot suivant. La terre et seigneurie de Versailles ne fut
  cependant achete par le Roi que le 8 avril 1632,  Jean-Franois de
  Gondi, archevque de Paris.

_Le 29, samedi,  Versailles._--Il va  la messe, puis au bois  pied.
Aprs dner il monte  cheval pour aller au laissez-courre d'un cerf,
puis va courir un renard.

_Le 30, dimanche,  Versailles._--Aprs dner il fait faire l'exercice
 ses mousquetaires.

_Le 1er juillet, lundi,  Versailles._--Il chasse au renard, va courir
le cerf qui le mne jusques aux tangs de Marcoussy et revient 
Versailles fort las.

_Le 2, mardi,  Versailles._--Il va  la messe, va faire donner
la cure du cerf  ses chiens, revient au chteau, va faire faire
l'exercice  ses mousquetaires, puis a trac le plan de la basse-cour
de sa maison de Versailles.

_Le 3, mercredi,  Versailles._--Il va  la messe, court le cerf, donne
la cure  ses chiens.

_Le 4, jeudi,  Versailles._--Il chasse au renard.

_Le 5, vendredi._--Il part de Versailles aprs djeuner.

_Le 14, dimanche._--Il fait ses cheveux lui-mme, les sche avec de
la poudre, va  la comdie italienne, s'amuse  lire l'art militaire
d'lian[421].

  [421] _Cl. OEliani et Leonis imperatoris Tactica, gr.-lat., cum
  notis Sixti Arcerii et J. Meursii_; Leyde, Elzevir, 1613, in-4.

_Le 27, samedi, au Plessis._--Il mange d'un djeuner donn par M. de
Huxelles, matre de la maison[422]. Il part aprs le djeuner; il soupe
 Saint-Germain, soudain monte  cheval, et part sur les mmes chevaux
qui l'avoient port et va  Ruel voir la Reine sa mre. Il revient de
mme  neuf heures.

  [422] Jacques du Bl, marquis d'Uxelles, chevalier des ordres,
  lieutenant gnral en Bourgogne, marchal de camp, tu au sige de
  Privas en 1629; il avait pous, en 1627, Claude Phlypeaux, fille de
  Raymond, seigneur d'Herbaut, secrtaire d'tat.

_Le 28, dimanche._--Il va au conseil,  vpres, puis  quatre heures
et demie va en carrosse au coin de l'le, du ct bas de la garenne,
commence  apprendre  nager par M. Galeteau, premier valet de chambre
du Roi et le sieur Descluseaux, porte-manteau du Roi, et y demeure une
heure.

_Le 29, lundi._--Il entre en carrosse, et va baigner  la rivire,
comme le jour prcdent.

_Le 30, mardi._--Il part de Saint-Germain, va  Joyenval dner 
l'assemble.

_Le 31, mercredi._--Lev en robe, il va chez la Reine.

_Le 1er aot, jeudi._--Il se fait raser la barbe pour la premire
fois (il ne y avoit que du poil presque imperceptible), par Franois
Despaux, barbier de la chambre du Roi; il lui rase le menton et les
joues.

_Le 2, vendredi._--Aprs souper il monte  cheval, part de
Saint-Germain; va au du de chacun  Versailles, o il arrive  huit
heures et demie, s'amuse  voir toutes les sortes d'ameublements que
le sieur de Blainville, premier gentilhomme de la chambre, avoit fait
acheter, jusques  la batterie de cuisine[423]. L'on l'a fait coucher
tout vtu sur son lit, lui disant qu'il seroit plus tt prt pour aller
dtourner le cerf.

  [423] Dans un Inventaire gnral des titres du domaine de Versailles,
  manuscrit conserv aux Archives de l'empire (O, 12795, folio 307) on
  trouve l'indication d'un tat des hritages que le sieur Martin vend
  au Roi, situs dans le terroir de Versailles et s environs, et dats
  du 5 et autres jours suivants du mois d'aot 1624.

_Le 3, samedi,  Versailles._--veill  trois heures, il prend son
limier et va au bois pour dtourner le cerf, y est deux ou trois
heures, et revient tout mouill  Marly. Il se jette sur un mchant lit
sans dormir, et aprs dner va courir son cerf, qu'il avoit dtourn.
Il ne le prend point, et revient  Saint-Germain.

_Le 7, mercredi._--Aprs souper il va en son cabinet, prend son habit
de drap, monte  cheval  sept heures et part de Saint-Germain pour
Versailles, o il arrive  neuf heures.

_Le 8, jeudi,  Versailles._--veill  trois heures et demie, il prend
son limier, va  quatre heures au bois dtourner le cerf, revient 
Vaucresson, dne  huit heures, se va coucher sur de la paille, puis
monte  cheval et va courir le cerf.

_Le 10, samedi,  Saint-Germain._--Il est vtu de noir pour le dcs de
M. de Lorraine.

_Le 12, lundi,  Saint-Germain._--Il va  la chapelle des terrasses 
la messe; va  pied  son curie, monte  cheval, va dans la fort,
 la mare aux canes, o il dne sur les paniers, sous un chne, tout
de viande froide. Comme il fut remont  cheval, le cheval du sieur
Soupite, premier valet de chambre, se cabra, qui faillit  lui tomber
sur les paules, n'toit qu'il s'en garantit d'un soudain coup d'peron.

_Le 13, mardi._--Il envoie querir M. le marquis de la Vieuville,
surintendant des finances, dmis de sa charge par la bouche du Roi, qui
commande  M. de Tresmes, capitaine des gardes du corps, de le faire
entrer dans le petit carrosse de Sa Majest accompagn d'un certain
nombre d'archers, et de le faire conduire  Amboise[424].

  [424] Il avait t nomm en 1623; le cardinal de Richelieu le rappela
   la surintendance peu de temps aprs. Il mourut le 2 janvier 1653.

_Le 15, jeudi,  Saint-Germain._--Il communie, touche les malades, va
chez la Reine, au sermon et  vpres. A quatre heures, pour ne savoir
que faire, il est dvtu, mis au lit et s'endort jusques  six heures
et demie. Aprs souper il va chez la Reine.

_Le 16, vendredi._--Il va courir le cerf, revient  cinq heures, fort
hl et mauvais visage; va chez la Reine, puis en sa chambre, o il
reut les serments du prvt des marchands et chevins de Paris; gote
sur le pied du lit et s'endort soudain.

_Le 18, dimanche._--La Reine sa mre toit chez la Reine; il va au
conseil, y tablit M. de Schomberg. Le soir il retourne chez la Reine.

_Le 19, lundi._--Le soir chez la Reine.

_Le 20, mardi._--Il va chez la Reine, revient en sa chambre, me dit
avoir froid, sur les onze heures, et en avoir eu de mme le dimanche
matin. Dvtu, mis au lit; puis lev, il va chez la Reine en son
cabinet, joue aux cartes et fait jouer aussi les princes et seigneurs.
Aprs son souper il retourne chez la Reine, se plaint de lassitude par
tout le corps, provenant du grand travail de la chasse du cerf; fait
faire de la musique jusques  onze heures, et s'endort jusques  deux
heures aprs minuit.

_Le 21, mercredi._--Rendormi jusques  neuf heures, amus jusques 
dix, il entend la messe. A onze heures lev, dn  l'antichambre, il
va aprs en sa chambre; mis au lit sans dormir,  cinq heures il se met
au pied de son lit, y fait mettre la table, et fait jouer les jeunes
seigneurs avec lui. A six heures lev en robe, soup  l'antichambre.
Remis au lit aprs; la Reine le vient voir.

_Le 22, jeudi._--Il va au conseil, puis entre en carrosse et va 
la rivire,  la volerie; il faisoit une pouvantable et effroyable
chaleur, se met sous un arbre  l'ombre sans se travailler. Mis au lit,
relev, il va chez la Reine.

_Le 24, samedi._--Il mange des muscats frais de Montpellier, cueillis
dans la vigne de M. Mariotte, mon beau-frre. Le soir il se promne par
la chambre  cause de la grande chaleur, avant de se coucher, se met au
lit avec inquitude.

_Le 27, mardi._--Il part de Saint-Germain-en-Laye, va voir la Reine
sa mre,  Rueil, y mange d'une tarte aux prunes de la faon du sieur
Franois, cuyer de bouche de la Reine. De l il va au galop jusques 
Versailles, o il monte sur un cheval de pas, et va  Chteaufort, o
il a dn.

_Le 29, jeudi._--A deux heures il va en son curie, o il saigne un peu
du nez pour y avoir frott avec le bout des doigts. A deux heures il
monte  cheval et va  la chasse, revient souper  six heures.

_Le 31, samedi._--Il va en sa garde-robe, bott, va  la chasse.
Courant  toute bride,  son accoutume, son cheval tombe sur le
devant,  chute redouble, et tourne sur le ct; il ne se fait aucun
mal, remonte sur le mme cheval, quelque prire qu'on lui en fasse
faire, et court comme auparavant; revient  sept heures souper.

_Le 29 septembre, dimanche._--Le soir il va chez la Reine sa mre, puis
en face le portail, pour voir jouer les artifices de Morel, l'artiller,
mont sur un cheval tout entour de fusils, qui se promenoit.

_Le 4, vendredi._--Il revient  sa chambre, o il reoit M. d'Aligre,
garde des sceaux  serment de chancelier par le dcs de M. Brulart,
sieur de Sillery, qui dcda le jour prcdent[425]. Puis il monte 
cheval, et va  Chteaufort, o il a dn.

  [425] tienne d'Aligre avait les sceaux depuis le 6 janvier
  prcdent. Disgraci en 1626, on lui retira les sceaux, et il passa
  deux ans au chteau de la Rivire dans le Perche; il y mourut, le 11
  dcembre 1635.

_Le 7, lundi._--A onze heures il monte  cheval, part de Dourdan avec
la pluie, va courir le cerf, court tout le jour ainsi jusques  la
nuit, qu'il se trouve dans les bois de Rambouillet; il ne savoit o
il toit,  cause de l'obscurit de la nuit, ce qui le fait rsoudre,
me dit-il, d'aller tout droit pour pousser  l'aventure. Il trouve
quelques maisons, se y arrte, arrive  Rambouillet tout mouill,
environ les huit heures,  l'htellerie.

_Le 8, mardi._--Le matin il part de Rambouillet, arrive  Versailles 
huit heures, se met au lit, sans dormir, se lve  dix heures; part
de Versailles, court et prend deux livres en chemin, et arrive 
Saint-Germain. Il va chez la Reine, puis  sa chambre.

_Le 9, mercredi._--Le soir il va chez la Reine.

_Le 12, samedi,  Versailles._--Il dtourne le cerf, rentre tout
mouill, change de linge, de chausses et de chaussures, et aprs dner
court le cerf jusques  Porchefontaine; il le laisse dans l'tang et
revient  Saint-Germain.

_Le 14, lundi._--Le soir il va chez la Reine.

_Le 19, samedi,  Saint-Germain._--Il dtourne le cerf le matin, le
court l'aprs-dner; la Reine y toit.

_Le 31, jeudi._--Il n'a point voulu djeuner,  cause du jene du jour;
va  la chapelle des terrasses, revient en sa chambre, puis au conseil,
chez la Reine sa mre. Il dne, puis se va botter en sa garde-robe,
monte  cheval  midi, et va  la chasse au renard; revient  cinq
heures chez la Reine sa mre, aprs va en son cabinet, o il a fait
collation  cause du jene.

_Le 1er novembre, vendredi._--Confess, communi, touch les malades;
il va chez la Reine le soir.

_Le 2, samedi._--Il va chez la Reine sa mre, puis chez la Reine, qui
lui donne  dner  onze heures trois quarts;  une heure il monte 
cheval, part de Saint-Germain[426].

  [426] Depuis quelque temps Hroard ne prend plus les notes que quand
  le Roi reste chez lui; il ne le suit plus dans ses excursions, ou 
  la chasse, aussi y a-t-il un certain dsordre et des interruptions.
  Hroard avait alors soixante-quinze ans, et devait n'avoir plus toute
  la force ncessaire pour suivre le jeune Roi dans ses promenades.

_Le 10, mercredi._--Le soir il va chez la Reine.

_Le 17, dimanche._--Il va en sa chambre, o il reoit la nouvelle
de l'entire rsolution par le comte de Carlisle, ambassadeur
d'Angleterre, sur le mariage de Madame.

_Le 19, mardi._--Il va chez la Reine.

_Le 20, mercredi._--Il part de Paris, va  Crosne.

       *       *       *       *       *

_Ici pareillement dfaut de suite de ce journal jusqu'au mercredi 27
mai mil six cent vingt-six, qui sont dix-huit mois sept jours, qui ont
aussi malheureusement t dissips par sa veuve et ses parents._




ANNE 1626.

  Lacune des cinq premiers mois.--Voyage du Roi avec la
  Reine.--Chartres.--Orlans.--Blois.--Arrestation des
  princes de Vendme.--Tours.--Saumur.--Nantes.--Les
  tats.--Manoeuvres militaires.--Fianailles du duc
  d'Orlans.--Dpart.--Vitri.--Laval.--Le Mans.--Chartres.--Retour
   Paris.--Lacune d'un mois.--Courses autour de Paris.--Lacune.


_Le 28 mai, jeudi._--[427] Il part de Paris pour aller  Versailles.

  [427] Pendant l'intervalle de cette lacune, le Roi n'avait pas
  quitt les environs de Paris. La guerre civile s'tait rveille
  avec violence en Languedoc et en Aunis; la lutte commenait avec les
  Rochellois, soutenus par MM. de Rohan. On avait clbr  Paris,
  par procureur, le mariage d'Henriette de France avec le roi Charles
  Ier d'Angleterre (11 mai 1625). Le 11 fvrier 1625 le Roi donna
  dans la salle du Louvre le ballet intitul: _Les fes de la fort
  de Saint-Germain_, o figurait aussi le duc de Montmorency. C'est
  une donne des plus extraordinaires: Louis XIII y dansa habill en
  espagnol, puis il reprsenta un des assaillants de la fe Alizon.
  Monsieur y dansa dans l'entre des Demi-Feux.

En fvrier 1626, dit de pacification pour les protestants; le 4 mai
on conduisit  la Bastille le marchal d'Ornano, accus d'avoir voulu
brouiller Monsieur avec le Roi, et la Cour eut quelques difficults
pour l'enregistrement d'dits bursaux.--C'est  cette poque que
Monsieur prit le titre de duc d'Orlans et qu'on ngocia son mariage
avec Mlle de Montpensier; l'on commena aussi alors  cabaler contre
Richelieu.

_Le 1er juin, lundi._--Il va au conseil, commande  M. de la
Ville-aux-Clercs d'aller chez M. le chancelier lui demander les sceaux
et les ayant rendus, les donne  M. de Marillac.

_Le 2, mardi._--Il part de Paris pour aller  Blois et va  Chartres,
o il dne; il va au-devant de la Reine sa mre, loge  Chanteloup.

_Le 4, jeudi._--Il arrive  Toury, fort mouill d'un grand orage qui ne
le peut empcher de bcher un renard qu'il prit.

_Le 5, vendredi,  Orlans._--Monsieur, son frre, arrive de Paris et
va voir le Roi. Il va chez la Reine.

_Le 6, samedi._--Il part d'Orlans par eau, dne en bateau, arrive 
Blois  six heures; y soupe et se couche.

_Le 8, lundi._--Il va  la messe au donjon, puis chez la Reine sa mre,
et revient en sa chambre, les pieds tout mouills; il avoit pass dans
l'eau jusqu'au jarret. Il va  la chasse au sanglier; le soir il va
chez la Reine.

_Le 13, samedi._--A trois heures il commande  M. du Hallier, capitaine
des gardes en quartier et  M. le marquis de Mouy[428], capitaine des
grandes gardes, d'aller de sa part arrter M. le duc de Vendme et M.
le grand prieur, son frre[429]. Il les fait prisonniers, on les mne
par eau  Amboise. Aprs le Roi va au conseil, et chez la Reine, sa
mre;  neuf heures il dne, et va en sa chambre, s'endort jusques 
trois heures aprs midi; le pouls un peu ht.

  [428] Louis de la Marck, marquis de Mouy, frre du comte de Brenne,
  capitaine des gardes, premier cuyer de la Reine; il mourut cette
  mme anne.

  [429] Ils furent arrts pour avoir pris part aux cabales de la Cour.
  Csar y perdit le gouvernement de Bretagne; mis en libert en 1630,
  il alla servir en Hollande.--Son frre mourut  Vincennes, le 8 aot
  1629, et on le crut empoisonn.

_Le 25, jeudi._--A huit heures et demie, il entre en carrosse, va 
l'assemble  la route de Beauregard, y a dn dans la fort, sous un
arbre.

_Le 27, samedi._--Le Roi part de Blois pour aller  Tours.

_Le 29, lundi._--Il va faire sa prire  Notre-Dame-des-Ardillers,
puis entre en bateau et va  Saumur; il ne veut point souper.

_Le 3 juillet, vendredi._--Il arrive  Nantes; Monsieur, son frre,
couche avec lui.

_Le 11, samedi._--Il va  la salle des Jacobins, o l'on tenoit les
tats de la province, accompagn de la Reine sa mre, et de Monsieur,
son frre.

_Le 18, samedi._--Il va chez la Reine sa mre, puis au conseil.

_Le 19, dimanche._--Il va dans son cabinet seul, entend M. le cardinal
deux heures durant; aprs va  vpres  Saint-Pierre.

_Le 21, mardi._--Le soir il va chez la Reine.

_Le 22, mercredi._--Il fait venir vingt compagnies du rgiment des
gardes, qui toient alors prs de lui, et les rgiments de trois mille
Suisses, avec les cent de la garde, les fait mettre en bataillon comme
pour se battre.

_Le 31, vendredi._--Il va  l'assemble  Bourgon, o il dne; va  la
chasse, puis chez la Reine sa mre.

_Le 5 aot, mercredi._--Ce jour fut fianc, par M. de Richelieu,
Monsieur Gaston de France, frre unique du Roi, avec Mlle de Bourbon,
fille de feu M. le duc de Montpensier[430].

  [430] Marie de Bourbon, morte le 4 juin suivant. De ce mariage naquit
  Anne Marie-Louise d'Orlans, le 29 mai 1627, souveraine de Dombes,
  duchesse de Montpensier, morte sans alliance, le 5 avril 1693. Gaston
  se remaria avec Marguerite de Lorraine, le 31 janvier 1632.

_Le 6, jeudi._--Il va chez la Reine, sa mre;  onze heures, Monsieur
pouse Mlle de Montpensier, par M. de Richelieu, aux Minimes.

_Le 13, jeudi._--A six heures et demie il va, dans la galiote de M. de
Thoiras, se promener sur la rivire.

_Le 15, samedi._--Confess par le pre Souffren[431]; il va 
Saint-Pierre et communie par M. le cardinal de Richelieu; touche dans
le choeur de l'glise trente-cinq malades.

  [431] _Voy._ la note [442] du 1er novembre 1627.

_Le 18, mardi._--Il va  La Haye, voir M. le cardinal de Richelieu
avant de se mettre au lit, se met en colre, ne se peut apaiser; en
soi-mme, se plaint  moi qu'il avoit tort.

_Le 23, dimanche._--La Reine mre part de Nantes pour aller coucher 
Ancenis; il va l'accompagner.

_Le 24, lundi._--Il part de Nantes, et va[432]  Chevillire, maison de
M. de Crapadoc, y dne.

  [432] Hroard ne mentionne mme pas l'excution du comte de Chalais,
  dcapit  Nantes, le 19 aot.--C'est alors que Richelieu, faisant
  ressortir les dangers dont il tait environn, se fit concder une
  compagnie de gardes.

_Le 25, mardi._--Il part de Chevillire, et va  Chteaubriand; y soupe.

_Le 27, jeudi._--Il part de Bain, et arrive  La Fontaine, maison de M.
le duc de Brissac[433], y dne, s'y promne, y joue.

  [433] Franois de Coss, fils an du second marchal de Brissac et
  de Judith d'Acign; grand pannetier de France, lieutenant-gnral en
  Bretagne, mort le 3 dcembre 1651,  soixante-dix ans.

_Le 31, lundi._--Mis sur son lit pour se reposer et ne savoir que
faire; il part de Fontaine, et arrive  Chteaubourg, puis va  Vitr.

_Le 1er septembre, mardi._--Il fait son entre  Laval.

_Le 3, jeudi._--Il arrive au Mans.

_Le 7, lundi._--Il part de Champoud, et arrive  Chartres.

_Le 13, dimanche._--Il monte  cheval, va voir la Reine sa mre, 
Limours, revient au conseil.

_Le 14, lundi._--Il arrive  Rambouillet, o il a soup et couch.

_Le 16, mercredi._--Il arrive  Versailles.

_Le 17, jeudi._--Il arrive  Paris pour souper, va chez la Reine sa
mre.

_Le 21 septembre, lundi._--Il retourne  Versailles, va  Saint-Germain.

_Le 24, jeudi._--Il va au bois dner sur l'herbe, aux Loges; se met sur
son lit dans la journe. Le soir il va chez la Reine[434].

  [434] Il y a dans le manuscrit une lacune du 25 septembre au 1er
  novembre 1626. Pendant ce temps le conntable de Lesdiguires tait
  mort, le 28 septembre.

_Le 1er novembre, dimanche._--Confess, touch les malades, jou au
palemail et  la longue paume. Il va chez la Reine sa mre.

_Le 2, lundi._--Il part de Saint-Germain, et va  Versailles.

_Le 3, mardi,  Versailles._--Il fait un excellent festin aux Reines
et princesses, o il porta le premier plat, puis s'assied auprs de la
Reine. Il y fit garder un ordre merveilleux, puis leur donna le plaisir
de la chasse. Un livre poursuivi se vint rendre dans leur troupe.

_Le 4, mercredi,  Versailles._--Il va  la chasse.

_Le 15, dimanche._--Aprs dner il part de Versailles, et va, en
chassant aux chiens,  Saint-Germain, o il arrive  une heure, va chez
les Reines, au conseil, et  trois heures monte  cheval pour revenir 
Versailles[435].

  [435] Il y a dans le manuscrit une autre lacune du 20 novembre
  1626 au 1er janvier 1627. Le 19 dcembre 1626, Malherbe crivait 
  Peyresc: Vous avez su le cong donn  Barradas (premier cuyer
  de la petite curie). Nous avons un Saint-Simon, page de la mme
  curie, qui a pris sa place. Le Roi, mercredi dernier, le prsenta 
  la Reine sa mre. C'est un jeune garon de dix-huit ans ou environ.
  La mauvaise conduite de l'autre lui sera une leon. Bassompierre
  parlant aussi de la disgrce de Barradas, dit que l'on avoit mis en
  sa place, proche du Roi, un jeune garon d'assez pitre mine et pire
  esprit, nomm Saint-Simon. C'est le pre de l'auteur des _Mmoires_.




ANNE 1627.

  Le Journal devient de plus en plus concis.--Voyages de plus
  en plus frquents  Versailles.--Mort de Madame.--Maladie du
  Roi.--Dpart pour la Rochelle.--Niort.--La Rochelle.--Le fort
  Louis.--La digue.


_Le 1er janvier, vendredi_.--Confess, touch les malades.

_Le 8, jeudi._--Il part de Versailles, arrive  Paris. Le soir, il va
chez la Reine[436].

  [436] Nouvelle lacune jusqu'au lundi 8 mars. C'est  cette poque,
  dans une assemble de notables qui se tint pendant les mois de
  janvier et fvrier 1627, que Bassompierre, prenant la parole et
  reprochant au Roi la suspension de l'achvement des btiments royaux,
  disait que son inclination n'est point porte  btir, et que les
  finances de la chambre ne seront point puises par ses somptueux
  difices, si ce n'est qu'on lui veuille reprocher le chtif chteau
  de Versailles, de la construction duquel un simple gentilhomme ne
  voudroit pas prendre vanit.

_Le 18 mars, jeudi,  Versailles._--A dner il mange d'un pt que M.
le cardinal de Richelieu avoit envoy  ses mousquetaires.

_Le 7 avril, mercredi._--Il va chez la Reine[437].

  [437] Cette mention significative et, comme nous l'avons dit,
  accompagne de chiffres, se reproduit le samedi 10 avril.

_Le 22, jeudi._--Il part de Versailles, vient  Paris, o M. le duc de
Lorraine le salue en son cabinet.

_Le 23, vendredi._--Il donne audience au cardinal de Spada, nonce[438].

  [438] Bernard Spada, n d'une famille assez obscure de la Romagne, en
  1592, mort le 10 novembre 1661.

_Le 24, samedi._--Il donne audience aux Grisons.

_Le 26, lundi._--Il va chez la Reine sa mre, la voit dner.

_Le 27, mardi._--Il part de Paris, va  Sainte-Genevive-des-Bois.

_Le 15 mai, samedi._--Il part de Paris, va  la chasse au bicorne 
Beaulieu, suivi de M. Flamen; aprs va  Morgemont.

_Le 27, jeudi._--Il va chez la Reine.

_Le 31, lundi._--A Auteuil, soup; il va de Paris  Versailles.

_Le 4 juin, vendredi._--Il va au Louvre voir expirer Madame; aprs part
de Paris, et va  Versailles.

_Le 5, samedi,  Versailles._--Il monte  cheval pour aller voir
Monsieur, son frre,  Saint-Cloud, puis s'en retourne  Versailles.

_Le 16, mercredi._--Il va  Auteuil, o il dne en la maison de M.
Coquet, commissaire gnral de la maison du Roi.

_Le 19, samedi._--Il va  Vaucresson, o il a dn, o Monsieur est
venu le trouver, et ayant donn la serviette au Roi, s'en retourne 
Saint-Cloud.

_Le 23, mercredi._--Il va aux Tuileries, donne de l'eau bnite au corps
de Madame.

_Le 6 juillet, mardi._--Malade, on le fait suer; il se plaint, dit: _Je
suis pris_; il a la fivre, claque des dents.

_Le 14, mercredi._--Toujours malade. M. Charles et M. Bonnart[439] sont
arrivs pour conseil.

  [439] Mdecins consultants.

_Le 20, mardi._--Toujours la fivre, il se plaint de grandes lassitudes.

_Le 29, mardi._--Il est saign par M. Boutin, l'un de ses chirurgiens.
Il va pourtant au conseil, se fait souvent faire de la musique.

_Le 1er aot, dimanche._--Il est encore malade; il a la fivre; il
fait dire la messe; il se lve  dix heures, se fait couvrir et mettre
des bouteilles aux pieds. Il eut froid et dura ainsi avec un peu de
frmissement jusques  douze heures et demie, et durant trois quarts
d'heure eut un peu de sueur, et eut un peu de vigueur;  une heure et
demie fort tremp de sueur, essuy, prend de l'eau purgative, aprs mis
au petit lit,  trois heures got. Le soir soup, puis chang et mis
au grand lit  sept heures.

_Le 15, dimanche._--Toujours la fivre, il prend des demi-bains chaque
jour et des eaux purgatives; ne sort pas.

_Le 19, jeudi._--A trois heures lev, port en chaise jusqu'au del de
la chausse, il part de Villeroy, entre dans la litire de la Reine sa
mre. En chemin il se plaint d'un point du ct gauche dans les fausses
ctes, d'apprhensions, envoie un valet de pied  Paris pour faire
venir M. Bontemps, qui l'a suivi  Olinville, o il soupe et couche.

_Le 21, samedi._--On le saigne au bras gauche, six onces.

_Le 23, lundi._--Il part d'Olinville en la chaise de M. Liancourt.

_Le 24, mardi._--Il entend la messe au lit,  neuf heures se met dans
la chaise, port par des Suisses, part de Paloiseau; en haut de la
montagne d'Igny monte  pied, puis se met dans le carrosse jusqu'
Versailles. A onze heures un quart il arrive, se met auprs du feu,
puis sur son lit,  midi dn  table; puis va en sa chambre, se couche
sur son lit, se fait couvrir les jambes de sa robe fourre, y est
environ une heure, s'amuse  peindre. A quatre et demie il sort  pied,
va  la porte entretenir les soldats du corps de garde, puis entre
dans son petit carrosse tir par un cheval, et va se promener voir son
plant.

_Le 25, mercredi,  Versailles._--Il va  pied  la messe  l'glise,
revient  dix heures et demie, se met sur le lit; dn en son cabinet.
A une heure et demie il entre en carrosse, part de Versailles et chasse
le renard dans le parc de Roquencourt, puis va jusqu' la montagne de
Marly, et  Marly se met dans sa chaise. Il est port jusques au bas de
la monte, o il entre en carrosse, et sur les quatre heures arrive au
btiment neuf,  Saint-Germain.

_Le 28, samedi._--Il part dans son petit carrosse pour aller  la
chasse au sanglier.

_Le 31, mardi._--La fivre disparot. Il prend du lait clair. Il va 
la chasse et au conseil, conduit son carrosse lui-mme.

_Le 12 septembre, dimanche._--Il part de Saint-Germain en Laye aprs
djeuner pour aller  Paris, o il arrive  onze heures, va chez la
Reine sa mre, puis chez la Reine,  midi dne en son cabinet, de sa
viande. A trois heures il rentre en carrosse  cause de la pluie, et
part de Paris pour retourner  Saint-Germain, o il arrive  six heures.

_Le 15, mercredi._--Il alloit mieux et, approuv de tous les mdecins
qu'on avoit appels, il les renvoya, leur donnant cong et les
remerciant. Il va courir le cerf.

_Le 17, vendredi._--Il va en chassant de Saint-Germain  Versailles.

_Le 18, samedi,  Versailles._--Il va  l'glise, puis fait faire
l'exercice  ses mousquetaires.

_Le 21, mardi._--Il part de Versailles, va dner  Chevreuse, et aprs
va  Sainte-Maime.

_Le 25, samedi._--Il part pour Joinville.

_Le 9 octobre, samedi._--Il arrive  Niort[440].

  [440] Le journal ne mentionne pas le dpart du Roi. Depuis quelque
  temps l'arme et la flotte menaaient la Rochelle. Le duc d'Orlans
  arriva au camp form vers le mois d'aot sur la ville, le 15
  septembre.

_Le 13, jeudi,  Aitr[441]._--Il va au Plomb pour voir l'arme
angloise.

  [441] Aytr, village  deux lieues de la ville, o tait le quartier
  gnral.--Le Roi arriva le 12, et prit son logement dans ce village;
  l'arme le salua de toute son artillerie.

_Le 30, samedi._--Il va en sa chambre et au conseil, retenu par le
temps de vent et de pluie, il va  vpres, fait collation, le soir se
couche, ne dort pas, se lve par la chambre par inquitude des troupes
qui, sous la conduite de M. le marchal de Schomberg, devoient passer
du port de Plomb  l'le de R. Il se remet au lit, s'endort jusqu'
quatre heures.

_Le 1er novembre, lundi._--Il va  la messe,  confesse, n'a point
voulu djeuner; va au jardin, o il touche quatre cents malades.
L'aprs-midi il va au sermon du pre Suffren[442].

  [442] Jean Suffren, jsuite, n en 1565; il suivit Marie de Mdicis
  en Angleterre, et mourut en 1641; ses sermons furent publis en 1622.

_Le 5, vendredi._--Il monte  cheval, va au Plomb, o il fait porter
son dner avec la viande de M. le marchal de Bassompierre, et aprs
va au fort Louis[443], o il n'avoit pas encore t, y fait tirer cinq
ou six canonnades contre une barque qui alloit de l'le de R dans la
Rochelle.

  [443] Construit  2 kilom. de la place, au couchant.

_Le 6, samedi._--Il va au conseil avec M. le Cardinal.

_Le 17, mercredi._--Ce jour-l,  trois heures, les Anglois ont lev
les ancres et se sont du tout retirs.

_Le 23, mardi._--Il va au logis de M. le cardinal de Richelieu.

_Le 9 dcembre, jeudi._--Il va plusieurs jours de suite  l'assemble
 Cigoignes, et y dne. Il va voir la digue[444] qui se faisoit pour
troissir le port.

  [444] La digue fut commence le 28 novembre, par Louis Mtezau et
  Jean Tiriot; elle fut acheve au mois de mai suivant par Pompe
  Targon.

_Le 17, vendredi._--Il va en sa chambre, bott;  une heure et demie
monte  cheval, va chez M. le cardinal de Richelieu.




ANNE 1628.

  Danger du Roi en mer.--L'escadre rocheloise.--Le Roi est
  souffrant.--Hroard mand  Aytr.--Dernire journe crite par
  Hroard.--Mort d'Hroard.


_Le 1er janvier, samedi._--Confess, communi, il touche les malades,
va au conseil.

_Le 11, mardi._--Il monte  cheval, va  Maran, o M. de la Musse prend
les notes.

_Le 12, mercredi._--Il va se mettre par eau dans le canal,  la pche;
le vent le porte  la mer, fort en danger. Il revient  quatre heures.

_Le 19, mercredi._--A deux heures aprs minuit veill  l'alarme des
vaisseaux qui sortoient hors la ville, et au bruit de plus de cinquante
coups de canon[445]. Il est inquiet jusques  sept heures, s'endort
deux heures durant; veill  neuf heures, il n'a point djeun;  onze
heures il va en son cabinet, dne.

  [445] Les capitaines Bragneau et Gobert sortirent avec deux
  brlots et six navires pour gagner l'Angleterre, et ils passrent
  heureusement hors de la baie.

_Le 24, dimanche._--J'arrive  Aytr mand en diligence; j'arrive 
neuf heures du soir; le Roi toit couch. Il m'envoie commander de me
trouver le matin  son lever. J'ai l'honneur de le voir  sept heures;
MM. de Gorry, de Chiest, de Guillaume rsolvent ensemble de lui tirer
du sang, ce qui fut excut  neuf heures, saign au bras droit.

_Le 28, vendredi._--Le marquis de Spinola, allant de Flandre en
Espagne, le vient saluer. Il se retire dans le carrosse du Roi comme il
toit venu.

_Le 29 janvier, samedi._--veill  six heures aprs minuit, doucement
lev, bon visage, gai, piss jaune, assez peign, vtu, pri Dieu,
altr, ne veut point de bouillon, prend son julep d'eau d'orge et du
jus de citron; va  la messe, se va promener  pied  la digue, revient
 dix heures; dn, deux pommes cuites sucres, chapon pour potage et
pain bouilli, veau bouilli, la moelle d'un os, potage simple confit
et jus de citron, hachis de chapon avec pain mi, gele, le dedans
d'une tarte  la pomme; une poire confite, trois cornets d'oublie,
pain assez, bu du vin clairet fort tremp, drage de fenouil la petite
cuillere. Va  sa chambre, et  midi va  pied  la Malmte; revient
 quatre heures, va en son cabinet;  six heures soupe, potage et
hachis de chapon, et jus de veau, potage confit avec jus de veau, veau
bouilli, la molle d'un os, les pilons[446].

  [446] Nous avons reproduit cette dernire journe textuellement. Elle
  peut faire juger de ce qu'est le journal d'Hroard dans ses dernires
  annes.


_Ici finit le journal de la vie active du Roi Louis treizime,
exactement dcrit et contenant six volumes, dont le prsent est le
dernier, depuis sa naissance jusqu' ce jour, par Messire Jehan
Hrouard, seigneur de Vaugrineuse, son premier mdecin, qui fut
saisi de maladie  Aitr, au camp devant la Rochelle, le samedi
vingt-neuvime janvier mil six cent vingt-huit, et y dcda le huitime
fvrier en suivant, au service du Roi, son matre,  la sant duquel il
s'toit entirement ddi, g de soixante-dix-huit ans, moins curieux
de richesses que de gloire d'une incomparable affection et fidlit._

_Son corps repose dans l'glise de Vaugrineuse._




APPENDICES.


I.

PITRE DEDICATOIRE DE L'HIPPOSTOLOGIE[447].

  [447] _Voy._ tome I, page 371.

AU ROI.

    SIRE,

L'histoire ancienne et l'ordinaire exprience nous apprend que jamais
on n'a vu les arts ne les sciences tre en valeur, sinon lorsque
les rois en ont fait cas eux-mmes, tant  cette occasion chacun
aiguillonn du desir de bien faire et suivre la vertu pour complaire
 son prince, se promettant par ce mme moyen rendre immortel son nom
 la postrit, et  la fin quelque honorable rcompense acquise 
son mrite. Pour preuve de ceci, c'est l'ordinaire de mettre en jeu
le sicle heureux d'Auguste, qui de son temps a enfant, comme d'une
ventre, un fort grand nombre de savans personnages, pour raison
seulement qu'il se plaisoit aux choses vertueuses, et estimoit ceux
qui par leur savoir, labeur et industrie, avoient rputation entre les
hommes doctes. Notre histoire franoise nous en fournit encore plus en
la personne de ce grand empereur et grand roi Charlemagne, qui n'a pas
plus acquis d'honneur, de gloire et de louange par le nombre infini
de ses conqutes, que par la seule et insigne victoire qu'il eut en
subjuguant l'extrme barbarie qui s'toit engendre sous la rouille des
armes durant l'espace de plusieurs ans, par l'tablissement de cette
incomparable Universit de Paris, l'un des trophes plus remarquables
et plus entiers qui nous demeure de sa mmoire. Et sous le roi
Franois, premier du nom, l'on a vu comme ressusciter et les arts et
les lettres, aprs avoir croupi par tant de sicles sous les tnbres
de l'ignorance et presque ananties pour le peu d'estime qu'en avoient
fait les Rois ses devanciers; ayant laiss  tout le monde une marque
certaine de ses bons mouvemens par la recherche et le ramas qu'il fit
en divers lieux des hommes excellens en toute sorte de doctrine, et
un exemple  tous ses successeurs pour les induire  suivre ou faire
encore mieux en si belle entreprinse. Et pour cette raison, le feu roi
Charles, lequel sur toutes choses prenoit un singulier plaisir  ce
qui est de l'art vtrinaire, duquel le sujet principal est le corps
du cheval, me commanda, quelques mois avant son dcs, d'y employer
une partie de mon tude, pour en dresser aprs quelque instruction aux
marchaux et autres qui travaillent, et sans raison et sans science,
aux maladies des chevaux, au grand regret le plus souvent de ceux qui
par leur ignorance perdent les leurs plus favoris. J'avois dj conu
le gros de l'oeuvre et fait dessein de l'ordre que je devois tenir
pour lever cet difice, quand il dcda; de telle sorte que je me vis
frustr par son trpas de l'esprance que j'avois de rendre tmoignage
de mon ardent dsir  satisfaire et obir au vouloir de mon Roi.
Mais le feu Roi me commanda de le poursuivre, de faon que ds lors
j'en tirai les premiers traits par un recueil sommaire du nombre et
de la figure des os du cheval, leur donnant noms franois pour, puis
aprs, comme sur un premier crayon, reprsenter les vives couleurs,
non-seulement par le discours entier de l'anatomie, mais aussi de tout
l'art vtrinaire. C'est cette pice, Sire, seule de reste du naufrage
que les autres ont fait en cette ville durant ces derniers troubles, et
rserve par ma bonne fortune  Votre Majest, qui ne promet pas moins
que vos prdcesseurs de faveur et de grce  ceux qui, travaillant
pour le public, s'efforceront en tout de faire choses qui vous soient
agrables; et maintenant avec plus d'assurance sous l'abri de la paix
tant honorable que la grce de Dieu vous a donne, ayant dompt,
par le moyen de votre vertu seule et du tranchant de votre pe, ce
monstre pouvantable de nos guerres civiles et rang tellement  la
raison la cause principale, que l'on peut dire avec vrit que, non la
France seulement, mais tout le Monde entier est oblig de son repos 
Votre Majest,  laquelle j'apporte, avec tout le respect, l'honneur
et rvrence que je lui dois, ce peu de mon travail; petit de vrai
pour tre offert  si grand Roi, mais non par aventure du tout 
rejeter, qui considrera l'utilit que le public peut rapporter d'un
tel ouvrage, pour la perfection duquel la vie d'un seul homme  peine
peut suffire. J'espre toutesfois d'en faire voir la besogne parfaite,
avant tout autre qui jamais ait trait cette matire en ce royaume,
ne possible ailleurs, selon l'ordre et la suite que je lui donnerai,
avec l'aide de Dieu et sous le bon plaisir de Votre Majest; et sinon
tout, au moins une bonne partie, laquelle  mon avis pourra servir
d'une ouverture  ceux qui aprs moi voudront conduire  chef une telle
entreprinse. Or, Sire, ayant l'honneur et ce bonheur que d'tre 
vous, je ne vous puis offrir aucune chose dont le fonds ne soit votre,
si est-ce que je m'estimerai des plus heureux, voyant ces premiers
fruits venus de ma culture tre reus de vous d'aussi bon oeil qu'en
toute humilit je les prsente, et autant agrables que de bon coeur je
le desire:

    _Car ce n'est peu de cas pouvoir plaire  son prince._

Dieu par sa sainte grce, Sire, veuille en trs-parfaite sant,
trs-longue et trs-heureuse vie, continuer de plus en plus ses
bndictions sur Votre Majest.

A Paris ce I jour de janvier M. D. XCIX.

    Votre trs-humble, trs-obissant
    et trs-fidle sujet et serviteur,

    JEHAN HEROARD.


II.

DE L'INSTITUTION DU PRINCE[448].

  [448] _Voy._ tome I, page 376. Ce livre a t traduit en latin
  sous ce titre: _De institutione principis. Liber singularis. Ex
  Gallico Joannis Heroardi, Ludovici XIII, filii Henrici Magni
  et Galliarum regis consiliarii et archiatri, in latinum vertit
  Joannes Degorris, consiliarius et medicus regius.--Ex typographia
  Rob. Stephani. M. DC. XVII._


PITRE A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.

    MONSEIGNEUR,

_Je rends grces  Dieu de celle qu'il me fait que je puis voir ce
premier jour de l'an borner si heureusement le cours de votre enfance,
et commencer  vous mettre en dpt entre les mains de la vertu, pour
vous montrer et vous apprendre parfaitement  connotre ses voies; jour
souhait et qui remplit dj toute la France d'espoir et d'allgresse,
vous voyant, ce lui semble, renaissant  vous mme, renatre encore
une fois pour son salut et sa conservation. Ce desir naturel de savoir
tout, qui est en vous, votre bon sens et ferme entendement reconnus
de chacun, et ces germes de pit, d'quit, de prudence, de valeur
et d'humanit, dont la nature a jet la semence  pleine main dans
le fond de votre me, font croire assurment qu'il vous sera facile
de satisfaire  cette esprance publique; et mme quand en suite de
ces bons mouvemens vous aurez  toute heure devant les yeux, pour le
patron de votre vie, les actions vertueuses et faits illustres de
Sa Majest, qui se promet aussi de vous qu' l'avenir vous serez le
support de son ge, et  jamais, comme vous tes maintenant, la joie
de son coeur et sa consolation, l'une des fins plus desires de ses
travaux; et l'autre, de vous rendre si accompli qu'elle puisse recevoir
ce contentement de se voir en ses jours bnite en sa postrit; et
vous estim, au jugement de tout le monde, un fils digne d'un si bon
pre, digne et capable successeur des triomphes et des vertus d'un si
grand Roi. Sa Majest vous a donn des personnages lus par elle-mme
pour vous servir en cette action; et si elle n'a point dsagrable,
ne vous aussi, le seul zle de ceux qui tcheront d'y prter la main
et de contribuer ce qu'ils auront de plus exquis des acquts de leur
industrie, j'oserai esprer que le mien ne sera pas dsavou, s'il est
jug par ses qualits, ainsi que la nature et le devoir les ont graves
bien avant en mon me, depuis l'heure et le point de votre naissance
jusques  ce jour d'hui, que j'ai eu ce bonheur de rendre  votre
personne le trs-humble service o je suis oblig par cette charge,
dont il a plu au Roi d'honorer ma fidlit. Et si ce petit ouvrage, que
je vous offre, peut trouver grce devant vos yeux_, MONSEIGNEUR, _je
vous supplie trs-humblement de me faire l'honneur qu'il soit reu de
vous seulement pour un tmoignage tissu par cette mme affection qui
m'a fait du tout employer le temps  ce que j'en ai d  la conduite de
votre sant, et puis le peu de reste  ce recueil de ce que j'ai pens
qui pourroit tre  l'aventure aucunement utile pour avancer ces vertus
hroques qui font, en si bas ge, dj reluire d'un si beau feu votre
esprit excellent, estimant que de vous servir en cette faon c'toit
servir Sa Majest,  laquelle, comme ns ses sujets, nous devons tous
notre premire obissance_.

_Or_, MONSEIGNEUR, _je prie Dieu qu'il lui plaise de tellement bnir
en vous ce jour de bon augure, que vous puissiez, croissant en ge,
crotre pareillement en toutes sortes de perfections, et vous donnant
jusques au comble des largesses du ciel, de vous favoriser du cours
d'une trs longue et trs heureuse vie, pour le bonheur de votre
sicle, le bien de ce royaume, et l'assurance de l'empire chrtien_.

_A Paris, ce premier jour de janvier mil six cens neuf._

    _Votre trs-humble, trs-obissant et trs-fidle serviteur_,

    HEROARD.


Premire matine.

Au temps que le Roi sjournoit  Saint-Germain-en-Laye, y prenant
quelques jours de ceux-l qu'il employe continuellement aux plus
grandes affaires de son tat, pour les donner  sa sant, usant  cet
effet, par l'avis de ses mdecins, des eaux portes des fontaines
de Pougues, il m'advint un matin de sortir plus tt que je n'avois
accoutum, hors du vieil chteau, o je logeois  l'heure, pour m'en
aller au parc prendre le frais de l'air, en attendant que Monseigneur
le Dauphin ft veill. Or, comme je fus arriv  la chapelle de cette
belle et grande alle o est le jeu de pale-mail, j'avise le Roi qui
avoit achev de boire et commenc de se promener; moi, ne voulant tre
apperu, desireux d'achever tout seul mon entreprise, je me glisse
 travers le bois, sur la main droite, dans un sentier qui ctoyoit
d'assez loin cette alle, o je pensois ne pouvoir tre vu que des
arbres et des oiseaux. Mais ainsi comme la solitude et le silence de
ce chemin troit, couvert de toutes parts, commenoit  ouvrir la
porte de mon imagination et  l'attirer sur la varit des sujets de
discours qui tombe d'ordinaire en celle des courtisans, j'entends sur
ma main gauche je ne sais quelle voix qui sembloit s'adresser  moi,
o, retournant ma face, je vois un chevalier des deux ordres du Roi,
et m'tant approch plus prs de lui, je reconnus que c'toit M. de
Souvr, lequel, m'appelant par mon nom: O allez vous, dit-il, ainsi
vous garer, en fuyant la rencontre de tant de gens d'honneur qui
eussent ce matin fort desir la vtre, pour entendre par votre bouche
des nouvelles de Monseigneur le Dauphin? C'est ce desir qui m'a fait
loigner du Roi, qui se promne au pale-mail, pour vous trouver en
tte, vous ayant apperu de loin prendre parti vers cet endroit; je
vous prie de m'en vouloir apprendre. Si en cela je romps ou retarde
votre dessein, la qualit de mon desir me servira d'excuse.

L'AUTEUR. Monsieur, je ne m'tois pas ce jour d'hui promis tant de
bonheur, comme j'en reois  cette heure en votre compagnie, par ma
bonne fortune, que je fuyois sans y penser, ainsi que vous pouvez
connotre; et ne suis pas si mal appris de penser seulement que vous
ayez besoin d'excuse en une chose qui dpend nument de mon devoir,
puisque le Roi a fait choix de votre personne pour la conduite de son
Dauphin, lorsque sortant du joug des lois de la nature, l'ge l'aura
rendu capable de recevoir celui des bonnes moeurs et de la doctrine.
Il a dormi de bon repos toute la nuit, au rapport de ses femmes de
chambre, qui l'ont veill. Je l'ai vu et laiss dormant fort doucement,
il n'y a qu'une demi-heure.

SOUVR. Mais dites-moi, je vous prie, si vous en avez le loisir, que
jugez-vous de sa sant, et quelle est sa temprature? Pource que
j'ai autrefois entendu des mdecins, qui discouroient ensemble de la
diversit des complexions des hommes, tenir pour maxime en leur art,
que celles de l'esprit suivent celles du corps, et qu'il est impossible
ou malais de les changer que par une longue, assiduelle et contraire
habitude.

L'AUTEUR. Il est vrai, on le tient ainsi en la mdecine; j'aurai, 
mon avis, assez de temps pour y avoir l dessus peu de choses  dire.
Il est n de complexion sanguine, mle de colre, le sang surmontant
celle-ci, et d'un mlinge si proportionn qu'il nous fait esprer en
lui, avec la sant, la longueur de la vie. Quant  l'extrieur, son
corps est si parfaitement form que si vous le considrez en toutes
ses parties, du sommet de la tte jusques aux pieds, il ne s'en peut
marquer aucune qui se dmente; et, quant  moi, il faut que je
confesse de n'avoir jamais vu un corps si accompli, y ayant reconnu et
la vigueur de l'esprit et la force du corps, aller du pair ensemble.

SOUVR. Je m'jouis infiniment de l'assurance que je reois de la sant
et force naturelle d'une personne si ncessaire  cet tat, ds l'heure
et le moment de sa naissance, jugeant par tant de circonstances que
Dieu le nous a donn tel pour s'en vouloir servir longtemps  l'avenir
 notre bien,  la commune utilit et au repos de l'empire chrtien.
Mais vous l'avez jug colre, cela ne me contente point.

L'AUTEUR. Lorsque j'ai dit qu'il est de nature colre, j'en ai parl
en mdecin, non en philosophe moral ou thologien. Les mdecins
considrent quatre parties en la masse du sang: l'aqueuse, la
mlancolique, la colrique, et celle-l qu'ils nomment proprement sang.
De telle sorte qu'ayant jug Monseigneur le Dauphin tre sanguin,
colre de sa temprature, j'ai voulu dire que le sang proprement dit
surmonte en quantit les autres, et la colre aprs; et entendre par la
colre, la partie de toutes la plus chaude, sche et lgre, laquelle
donne de sa nature la promptitude, et aiguise le sang, tout ainsi
que le sang sert de frein et de bride pour retenir, par une douce et
modre qualit, les bouillons effrns de cette brive et ardente
furie. Et par ainsi vous pouvez voir comme de cette couple de qualits
d'humeurs si diffrentes, il en sort une complexion telle que l'on peut
souhaiter pour l'entire sant d'un corps et la bont d'un entendement;
le sang se trouvant en la masse le matre seul de ses autres parties,
ne faisant que des simples et des niais; l'humeur aqueuse seule, que
des stupides et des lourdauds; la mlancolique, que des tristes et des
sauvages, fuyant toute humaine socit; et la colre que des fols,
des furieux et des insenss. C'est pourquoi vous devez prendre  bien
lorsque j'ai dit la colre avoir part en sa temprature.

SOUVR. Me voil plus satisfait que je n'tois, en ce que vous me
faites voir tout le contraire de ce que je tenois pour imperfection,
n'ayant reprsent le naturel d'un Prince qui doit tre doux et capable
de recevoir avec facilit les impressions telles qu'on lui voudra
donner en son bas ge, pour tre  l'avenir, tant homme parfait, et
lors le sang se ressentant un peu de la mlancolie, un Prince bon et
doux, sage, prudent et courageux ensemble, ayant fortifi sa bont
naturelle par bons et saints enseignemens. C'est en quoi je joindrai 
l'honneur que je tiens du Roi, de m'en donner la direction durant sa
premire jeunesse, la grce spciale que je reois de Dieu, d'avoir
 cultiver une si bonne terre, j'espre qu'il m'y assistera de telle
sorte que tout le monde connotra par mes dportemens que Sa Majest
ne s'est point abuse d'avoir s faire lection de ma fidlit,
et reconnotre que j'ai pu la servir en une charge de si grande
importance. Vous direz que je suis trop curieux de demander  quel ge
il sera sevr, et toutes fois je vous prie de me le dire, et ce que
vous en pensez, pour autant que je crois que votre opinion pourra tre
reue parmi celle des autres.

L'AUTEUR. J'estime que vingt mois ou deux ans au plus suffiront pour le
lait; son corps tant d'une telle venue que ce temps-l pass, il ne
feroit que se fondre et s'amaigrir, ayant besoin alors d'une plus forte
et plus solide nourriture.

SOUVR. Quand il sera sevr, pensez-vous qu'il demeure longtemps entre
les mains des femmes?

L'AUTEUR. Je n'en sais rien; c'est chose qui dpend du bon plaisir du
Roi.

SOUVR. Mais quel en seroit votre avis?

L'AUTEUR. L'ge  deux ans est par trop tendre pour lui ter les
femmes, qui se connoissent mieux et sont beaucoup plus propres que les
hommes  traiter les enfans; voil pourquoi il seroit ncessaire, ce
me semble, de l'en faire servir encore; et ayant dit ci-dessus que le
corps et l'esprit sont en lui d'une force gale, qu'il ft aussi donn
 ce dernier un aliment de sa porte, mettant auprs de sa personne
une Dame honorable et de qualit, instruite  la vertu, nourrie aux
biensances de la Cour, et entendue aux autres qui s'observent entre
les Grands, et suffisante pour lui donner les premires faons jusques
 l'ge de six ans, car lors, ou je m'abuse extrmement, vous lui ferez
goter aisment les vtres, se trouvant plus propre et la cire assez
molle pour les recevoir telles que bon vous semblera.

SOUVR. Jugez-vous qu' cet ge-l il soit d'entendement capable et de
corps assez fort pour supporter la peine et se donner la patience qu'il
faut avoir  recevoir l'instruction? Pour ce que j'ai toujours ou dire
qu'il n'y falloit contraindre les enfans paravant l'ge de sept ans.

L'AUTEUR. Il n'est pas ncessaire de se tenir prcisment  ce
terme-l; la capacit qui se trouve aux enfans en doit faire la
rgle. Monseigneur le Dauphin  l'ge de six ans sera plus avanc
que plusieurs autres ne seront pas  sept, ne possible  huit. C'est
une opinion des folles mres, qui perdent leurs enfans en craignant
de les perdre, sous excuse de leur foiblesse; j'estime que ds lors
qu'un enfant sait parler, connotre et discerner tout ce que l'on
lui montre, il est capable d'instruction, et pourtant il lui faut
alors en premier lieu industrieusement apprendre  craindre et obir;
car par l'obissance on lui fera goter avec plaisir la douceur des
enseignemens dont on voudra l'accompagner pour le conduire  la vertu,
et plus facilement on le dtournera des choses contraires. Ce sera du
devoir de cette Dame qui aura charge de sa premire enfance.

SOUVR. Que lui peut-elle apprendre en ce commencement?

L'AUTEUR. La pte de cet ge est si maniable qu'elle prendra toutes
et telles formes qu'il lui plaira; mais pour ce que naturellement nos
inclinations nous font pencher au vice plutt qu' la vertu, elle le
doit sur toutes choses duire  fort aimer ce que l'on nomme Bien, et
avoir en horreur pareillement ce qu'on appelle Mal; et lui donner la
teinture si bonne de ce premier que les impurits de l'autre ne la
puissent dteindre.

SOUVR. Par quelle voie?

L'AUTEUR. Il faut, ce dit-on, bgayer avec les petits enfans,
c'est--dire s'accommoder  la dlicatesse de leur ge, et les
instituer plutt par la voie de la douceur et de la patience que par
celle de la rigueur et prcipitation, car ici:

      _Patience
    Passe science_;

rcompensant  propos le bien fait par quelque libralit conforme 
son mrite, et chtiant le mal en telle sorte qu'elle leur donne une
petite honnte honte de l'avoir fait; plutt que trop de crainte du
chtiment. Aprs, comme en jouant, il faut lever ces esprits plus
haut, leur faisant admirer les choses qui surpassent nos sens, parlant
souvent  eux de Dieu, et, leur montrant le ciel, leur faire entendre
que c'est lui qui l'a fait, et cr toutes les choses qui se prsentent
 leurs yeux, et tout par le menu. Que Dieu est tout bon, tout sage,
le pre, le matre et le roi de tout ce qui se voit au ciel et sur la
terre; qu'il nous a mis trtous au monde pour l'honorer et le servir
selon sa volont et non  notre fantasie; nous y laisse tant qu'il lui
plat, nous en retire quand bon lui semble; qu'il aime et donne tout
aux bons enfans et bien obissans, et  la fin les met en paradis, o
il les loge avec les anges; chtie les mauvais et dsobissans, et
s'ils ne veulent s'amender, aprs la mort les envoie en enfer avec
les diables, qui les tourmentent ternellement. Que le ciel, o ils
voyent le soleil, la lune et les toiles, est la maison et le palais o
Dieu habite; et que Dieu est si grand et notre esprit si petit qu'il
ne sauroit comprendre sa grandeur; qu'il est immortel et que le monde
doit finir. L'admiration de telles ou semblables choses engendrera en
leur entendement une certaine crainte, laquelle peu  peu fera prendre
racine  ces premires graines de pit que vous aurez sem en cette
nouvelle terre; si bien qu'en peu de temps elle se verra forte pour se
parer contre l'injure et l'inclmence des saisons, c'est--dire contre
les vices et la corruption naturelle des hommes. Il importe beaucoup 
ce que les vaisseaux encore neufs soient abreuvs tout du commencement
d'agrables liqueurs et de suave odeur, d'autant que les premires
impressions y demeurent aussi longtemps comme ils ont de dure; mais
plus encore faut-il avoir ce soin quand c'est pour lever les jeunes
princes, donns du ciel pour servir de lumire et commander dessus
toute la terre.

SOUVR. A ce que je puis voir, vous voulez de bonne heure en faire des
thologiens?

L'AUTEUR. Oui; il est bien raisonnable qu'ils connoissent et
reconnoissent tout le premier celui qui leur donne la vie et la
possession de tout cet univers fait et form pour eux. Et pour ce faire
il me semble  propos de leur dresser certaine forme de prires, pour
les dire soir et matin, afin d'apprendre, par cette accoutumance,  se
ressouvenir de l'hommage qui lui est d par eux, comme  leur Seigneur
dominant, et de les instruire en la crance qu'il faut avoir de lui et
de celle qu'ils ont  retenir de ses commandemens;  celle fin qu'tant
ainsi appris ils ne se puissent garer de cette droite voie, laquelle
conduit les hommes  la vie ternelle.

SOUVR. Ne faut-il pas en mme temps leur apprendre  lire et  crire?

L'AUTEUR. Il est vrai, et que ce soit par ceux-l mme qui en ont le
gouvernement, ou telle autre personne qui sache bien prononcer et bien
crire. Il faut en somme dresser toutes leurs actions  ce qu'elles
approchent de la perfection, autant que l'imperfection de leur nature
permettra d'y atteindre.

SOUVR. Sachant lire et crire, qu'en ferez-vous?

L'AUTEUR. Aussitt qu'ils sauront tant soit peu lire, je suis
d'avis qu'on les exerce dans les Proverbes choisis de Salomon; car
s'instruisant  cette lecture, ils retiendront en la mmoire en mme
temps la substance de tant de beaux enseignemens qui seront mieux reus
et retenus par eux, quand ils sauront que c'est un grand et sage roi
qui en est l'auteur. On peut faire de mme, les mettant sur les autres
livres historiaux contenus en la Bible, o ils liront avec plaisir et
profit tout ensemble, s'gayant par l'histoire et s'instruisant en
beaucoup de choses qui doivent tre sues par des enfans chrtiens, tels
que nous les voulons faire.

SOUVR. Ne trouvez-vous pas bon qu'ils lisent d'autres livres? Car il
me semble que la nature des enfans, comme elle est active et lgre,
est d'aimer la varit.

L'AUTEUR. Excusez-moi, je ne suis point si rude, moi qui conseille la
douceur envers ce petit peuple. Bien je desire qu'ils n'en voient pas
un d'o ils ne puissent tirer quelque profit, ou lire aucune chose qui
ne soit vritable; comme sont en notre temps les Quatrains du sieur
de Pibrac, puis certains auteurs qui ont crit des petits contes sous
des noms feints; mais qui portent leur sens moral, ayant eu intention,
par cette faon d'crire, d'enseigner plaisamment ce qu'ils ont su
des bonnes moeurs. Tel a t, entre les autres, ce fort ancien Esope,
duquel les fables si joliment crites sont parvenues jusques  nous.
Pour rcrer ces esprits tendrelets, qu'on les leur donne  lire et
puis  rciter par coeur, avec le sens couvert dessous le voile de la
fable. Et tout ainsi comme l'on a de divers et honntes moyens pour
rjouir et contenter ces jeunes mes, il ne faut pas faire si peu de
cas du corps, qui en est l'instrument, qu'il n'ait  part ses exercices
et ses battemens, pour en user en temps et lieu; de peur que, par
oisivet, sa force et sant naturelle n'en diminue, s'abtardisse et
se rende inutile ou mal propre  la fin aux fonctions et de l'un et
de l'autre. Et pour ce que les diffrences de passe-temps se doivent
prendre de celles de la nature des enfans, de leurs conditions, des
saisons et des lieux o ils font leur demeure, nous en laisserons
faire  ceux qui en auront la charge, jugeant que s'ils les aiment
comme je fais, il ne se passera aucune chose devant leurs yeux ni
en l'entendement qui puisse tre  propos pour lever cet difice,
qu'ils en perdent le temps ne l'occasion de satisfaire  leur devoir,
et  celui qui nous est ordonn par la commune charit, qui s'tend
principalement envers les plus infirmes. Voil pourquoi je laisserai
faire le demeurant aux femmes, me suffisant pour cette fois d'avoir
tch de satisfaire  votre desir, par la remarque en gnral de
certains points communs, et ncessaires  faire apprendre soigneusement
 toute sorte et condition d'enfans en leur enfance. Il y a quelque
temps aussi que l'horloge a frapp sept heures; je vous supplie de
trouver bon que je me rende  mon devoir, au lever de notre jeune
Prince, avec l'honneur non espr d'avoir si doucement pass une partie
de cette matine en votre compagnie. Et pour cette heure, laissons aux
femmes  faire les enfans; quand cette Dame, gouvernante de Monseigneur
le Dauphin, l'aura fait un enfant poli en la faon, ou encore meilleur
que celle-l que j'ai nagure dite, ce sera  vous, Monsieur, d'un
enfant fait en former un homme, et de cet homme Prince en faonner un
Roi.

SOUVR. C'est l o j'en voulois venir; mon intention n'a pas t d'en
savoir davantage, bien de tirer votre discours  ce dernier sujet. Mais
d'autant que l'heure vous presse, je ne veux point vous retenir plus
longuement et divertir d'un service si ncessaire, pour satisfaire 
ma curiosit. Je me dpartirai de vous pour ce matin, remportant le
contentement d'avoir appris que Monseigneur le Dauphin est n fort
sain, et de corps et d'entendement, et qu'il est pour tre  l'avenir
un Prince merveilleux par la bont de sa nature et de la bonne
nourriture. Adieu donc jusques  demain, car je ne vous en quitte pas.

L'AUTEUR. Puisque c'est par votre cong, je ne puis faire faute de
m'en aller, vous suppliant de disposer de moi et de toutes mes heures
ainsi qu'il vous plaira, aprs m'avoir permis de rserver celles que je
dois au service de notre petit Prince.


Deuxime matine.

Le matin ensuivant, sur les cinq  six heures, voici venir un honnte
homme  moi, me dire de la part de M. de Souvr qu'il m'attendoit au
mme endroit o je l'avois vu le jour auparavant. Je pars pour y aller
et, m'ayant apperu de loin, il commena de me dire tout haut: Je
vous attends ici en bonne dvotion, desireux de savoir quelque bonne
nouvelle de la sant de notre petit matre, et de vous faire aprs
quatre mots de prire. Disposez-vous  satisfaire maintenant et  l'un
et  l'autre.

L'AUTEUR. Monsieur, excusez-moi si j'ai si longuement tard; je ne
m'tois pas prpar  ce voyage. Puis ayant cru, venant ici, que
j'aurois  vous rendre compte de ce qui s'est pass en ces lieux d'o
je viens, j'ai voulu faire un tour en la chambre de Monseigneur le
Dauphin, et m'informer comme il s'toit port durant la nuit, o j'ai
appris comme il avoit bien repos; puis je l'ai vu dans son berceau,
dormant d'un aussi doux repos que celui dont un jour il fera, par
les labeurs du Roi son pre, jouir la France sous la douceur de son
empire. Quant  cette prire dont vous m'avez parl, je la reois pour
un commandement; me voil prt d'y satisfaire en ce que je pourrai, et
de vous servir par tout et  toutes les fois qu'il vous plaira de m'en
mettre  l'preuve.

SOUVR. Je vous remercie pour les bonnes nouvelles et pour la bonne
volont dont vous me voulez obliger. Souvenez-vous que le jour
prcdent vous m'avez mis entre les mains un Prince n et enfant fait,
pour en former un homme et faonner un Roi; et que m'tant enquis
de vous de certains points propres et ncessaires pour instruire le
premier ge, j'ai dsir d'en savoir quelque chose de plus; et ds
hier mme, sans le respect du service que vous devez  Monseigneur le
Dauphin, je vous en eusse fait la prire. Or maintenant, puisqu'il vous
reste un peu plus de loisir, je vous prie qu'il soit tout employ  cet
ouvrage, et l-dessus obligez-moi de votre bon avis.

L'AUTEUR. Ce n'est pas jeu de petits enfans, ne mon gibier.
Pardonnez-moi, Monsieur; vous me prenez possible pour un autre. Il
me seroit fort malsant,  moi qui n'ai l'exprience ne le savoir en
telles choses, de faire le docteur envers un personnage en qui le Roi
a reconnu toutes les qualits et circonstances propres pour le savoir
dextrement manier.

SOUVR. Non certes, je le sens bien, ce n'est ici jeu de petits enfans.
Plus j'en discours en mon entendement, plus je ressens la pesanteur et
reconnois la grandeur de la charge.

L'AUTEUR. Ce n'est pas sans raison, car vous voil maintenant
responsable, non-seulement au Roi, mais  toute la France, en ce que
les Franois tiennent toutes les esprances du repos et de l'aise de
leur postrit, jointes insparablement  la personne de ce Prince
commis  votre prudhommie, pour en dresser un bon et sage Roi, et digne
successeur aux vertus de son pre. Il y faut un soin merveilleux: si
un homme de condition prive n'oublie aucune chose pour faire bien
nourrir et instruire son fils, n pour lui succder tant seulement 
quelque arpent de pr ou malotru demi-quartier d'une mchante vigne,
de combien plus le gouverneur d'un Prince le doit-il surpasser en
vigilance et industrie; et gouverneur d'un Prince  qui les lois et
la nature donnent la succession du royaume de France? Royaume riche
et opulent en toutes choses que l'on peut souhaiter pour l'usage des
hommes; orn de tant de grandes et puissantes cits; plein de noblesse
si valeureuse que le soleil n'en voit point de pareille et de peuple
infini, et peuple si redout qu'il a port et plant son nom sur les
bouts de la terre; et gouverneur d'un Prince auquel par aventure le
ciel rserve la Monarchie, si l'on peut faire jugement vritable de
l'avenir par la disposition et l'tat prsent des affaires du monde.
Ne doutez point que les yeux d'un chacun, de quelque condition, ge ou
sexe que ce puisse tre, ne soient fichs entirement sur vous comme
des sentinelles, pour prendre garde en cette occasion jusques aux
moindres de vos actions; voire les yeux des enfans innocens pendant 
la mamelle, d'o ils semblent parler  vous ainsi: _Nous suons cette
douce liqueur pour donner nourriture et accroissance  notre petitesse,
sous l'espoir que nous verrons reluire en sa saison ce bonheur-l qui
se prpare maintenant par les mains de votre prudence. Que s'il en doit
advenir autrement, que ce doux aliment, tout  l'heure prsente, se
convertisse en puante amertume et poison salutaire, pour nous porter,
 l'instant de nos premiers jours, du berceau dans la bire,  celle
fin de ne voir point le cours de notre vie accompagn sans fin d'une
longue trane de misres._ Bref ils vous rendent redevable du bien, et
coupable du mal qui leur peut arriver de cette nourriture, croyant que
de vous seul dpend et l'un et l'autre.

SOUVR. Tout ce que vous venez de dire, je le tiens vritable et
reconnois combien il importe  cet tat d'avoir un Roi qui soit capable
de le bien gouverner et rparer les brches que les guerres civiles y
ont ouvertes de toutes parts; si d'aventure la longue vie que nous
esprons et desirons tous au Roi son pre, ne lui donne le loisir
de les refaire, et lui laisser aprs, par son dcs, le corps de ce
royaume remis en son entier. C'est cette importance qui me rendra plus
vigilant et soigneux en la charge. Mais revenons au point, et me dites,
je vous prie, quel seroit votre avis sur l'institution de notre jeune
Prince, sans plus vous excuser disant que ce n'est point votre gibier
et que vous tes peu vers aux affaires du monde; car le corps d'un
tat ayant fort grande convenance avec celui de l'homme, j'estime que
ceux de votre profession se peuvent rendre des plus capables pour y
servir, quand il advient qu'ils se rencontrent de bonnes moeurs, issus
d'honnte lieu, institus aux bonnes lettres, ayant de leur nature le
timbre bon, et pass leur premire jeunesse  la suite des Grands et
de la Cour. J'en ai connu autrefois un prs du feu Roi, comme un autre
Nicomachus, ami fort familier et mdecin de Philippe de Macdoine, pre
d'Alexandre le Grand. Il est possible de vos amis, mais il faut avouer
que c'est un patronnage dou de trs-grandes parties pour mriter 
servir prs d'un Roi. Or vous, ayant vcu par l'espace de tant d'annes
auprs des Grands et servi chez les Rois, et convers avec aucuns de
ceux qui, en ces temps, ont eu du maniement aux plus grandes affaires,
il sera vraisemblable que vous aurez pu faire profit de plusieurs
choses remarquables qui nous pourront beaucoup servir  cet ouvrage.

L'AUTEUR. Vous obligez infiniment ceux de cette profession pour
l'honneur qu'ils reoivent par votre jugement, qui leur sera un
prjug contre certains empiriques d'tat, qui les mprisent de
telle sorte, qu' leur opinion ils ne sont bons qu' l'exercice seul
de leur vocation. Car il est bien certain que tout ainsi comme le
corps humain est compos de contraires humeurs et de parties, les
unes simples et les autres mles, les unes principales, les autres
subalternes, et que de la lgitime composition d'icelles s'engendre
la sant du corps, et que celle-ci venant  se dmentir de cette
intgrit s'ensuit soudain la maladie, accompagne de divers accidens,
selon la qualit ou grandeur de la cause: on voit pareillement que
le corps d'un tat, quelque forme qu'il ait prinse, est compos de
mme sorte et se conserve en son entier par une exacte observation
des bonnes et diverses lois, et dchoit aussitt que par ambition,
par avarice ou prodigalit, ou par quelque autre pareille cause, l'on
reconnot leur force dfaillir et fltrir leur vigueur, et s'en aller
en dcadence selon l'effort foible ou puissant d'icelle. Par cette nu
confrence chacun pourra juger si ceux de cette profession, tant tels
que vous avez dit, peuvent tre tenus si peu capables d'tre appels
aux charges de ce corps politique, quand ils seront instruits tant
seulement des formes ordinaires et du biais qu'on prend pour traiter
les affaires; puisqu'ils savent dj avec quel artifice il faut garder
et maintenir le corps en parfaite sant, de quelle prvoyance il faut
user pour dtourner de loin le mal qui le menace, et, quand il est
venu, les moyens de parer  la furie et violence des accidens qui lui
font compagnie, et de les mignarder, gagnant le temps pour empoigner
l'occasion aprs de se prendre  la cause; et  la fin, avec quelle
prudence, discrtion, douceur et patience, il faut refaire et relever
cette pauvre carcasse abattue et fondue par les efforts des temptes
passes.

SOUVR. Je suis fort aise d'avoir entendu de vous ce que j'ai cru, il y
a fort longtemps, et reconnu l'honneur que peuvent mriter des hommes 
qui Dieu a donn la science du ciel pour l'employer  la conservation
de son chef-d'oeuvre, qu'il leur a mis entre les mains, et qui sont
rputs tre des plus savans entre les hommes doctes. Mais revenons 
nos premiers propos, employant le peu de temps que nous avons de reste
 ce sujet o je desire vous engager. Et pour vous ter toute sorte
d'excuse et arrter les termes de ce discours, je me veux obliger 
vous demander ce que j'en veux savoir; vous ne pourrez honntement
refuser de rpondre et  m'en dire votre avis. Dites-moi donc, je vous
prie, de combien et de quelles personnes vous pensez qu'il sera besoin
pour instruire ce Prince.

L'AUTEUR. Vous me serrez maintenant de si prs que je ne puis plus
chapper, et de courir fortune de mon honneur, j'en estimerai moindre
la perte puisque c'est pour vous obir. Il me semble que pour cette
instruction il y en faut deux: un gouverneur et un prcepteur, qui
ayent pour ce regard une mutuelle et rciproque intelligence, et que,
concurrens en dessein, ils le soient aussi en moyens pour parvenir au
but de leurs intentions.

SOUVR. Quel doit tre ce gouverneur, et quel le prcepteur?

L'AUTEUR. Je n'ai que faire de vous dcrire le premier, tant si
navement rprsent dans votre personne, de laquelle Sa Majest
faisant lection pour gouverner cette province, a fait choix d'un
personnage extrait d'une ancienne noblesse, honor de qualits acquises
par la vertu et services recommandables faits  cette couronne; d'un
homme de bien, sage, prudent, de douce humeur et agrable compagnie;
d'un ge vnrable; considr en ses actions, amateur du bien et
ennemi du vice; dou de sa nature d'une douce svrit, et qui saura
trs-bien prendre  propos le temps pour reprendre ce jeune Prince sans
le blmer, et le louer sans apparence de flatterie; se faire aimer et
respecter de lui par le respect de ses bonnes moeurs et de sa bonne
vie. Quant  l'autre, il me seroit plus malais de le trouver que de le
peindre. Je desire pour cette charge un homme mr d'ge et de sens, de
bonne vie et louable rputation; un homme sans reproche et droit en ses
actions, d'honnte extraction, instruit aux bonnes lettres, l'esprit
poli, de courage lev, sans vanit, non pdant, et qui ait autre
dessein que de voler pour bnfice dessus les mares de la Cour, ayant
rendu infme son savoir et sa plume pour en avoir servi aux ministres
de l'impudicit; qui soit d'une agrable conversation, de bon et ferme
entendement; industrieux, aprs avoir bien su connotre le naturel,
l'inclination et la porte de l'esprit de ce Prince,  lui faire
goter la douceur des semences de la pit, des bonnes moeurs et de la
doctrine; ayant fait natre dextrement en son me le desir d'apprendre
et de bien retenir ce qu'il jugera propre; et en somme de telle vie
qu'elle prche  l'gal de ses enseignemens.

SOUVR. Quelles sont les fonctions et de l'un et de l'autre?

L'AUTEUR. Pour celle qui vous touche, je serois trop outrecuid
de prsumer la vous pouvoir apprendre; et si par aventure vous en
reconnoissez aucune pice parmi les propos que nous aurons ensemble,
je vous supplie de le donner  la suite de nos discours plutt qu'
mon intention; car vous savez trop mieux que moi que la fonction du
gouverneur d'un prince est en la conduite de la personne; et comme un
bon pilote  conduire la barque, ayant son oeil toujours veillant,
non-seulement sur lui, mais encore autant ou plus soigneusement sur
ceux  qui Sa Majest aura fait l'honneur d'en approcher, ou  servir
auprs de sa personne,  ce que chacun se maintenant sous cette crainte
en son devoir, il ne voie, il n'entende et ne fasse chose quelconque
qui puisse tant soit peu laisser de la noirceur du vice sur cette
carte blanche. Les enfans,  ces premiers ges ici, pour n'avoir
pas assez de jugement pour discerner exactement le bien et le mal,
pensent que tout cela qu'ils voient qui se fait, oyent qui se dit,
est bien fait et bien dit; et apprennent, par coutume et imitation,
autant ou plus que par enseignemens. De faire cas du prcepteur, qui
de soi-mme tant recommandable, est comme l'un des outils principaux
de cette nourriture; d'autant que ce respect d'honneur fera que le
jeune Prince en concevra meilleure opinion et recevra de lui plus
volontiers l'instruction des moeurs et de la doctrine, en laquelle
consiste sa fonction. En outre vous savez que le gouverneur est en
cette charge comme le matre de la maison, qui se rserve, pour sa
part du mnage, le jardin et les arbres, ayant le soin et le couteau
en main pour y enter du meilleur plant qu'il puisse recouvrer, et la
sarpette au poing afin d'en brancher les sions superflus, lesquels les
empchant de crotre et de se fortifier, dtourneroient ou feroient
avorter l'esprance conue d'en recueillir un jour de trs-bons fruits.
Il lve des palissades pour les mettre  couvert des mauvais vents,
jusques  ce qu'ils soient parvenus  leur juste grandeur, ayant alors
la force d'y rsister eux-mmes. Ainsi c'est  lui qu'appartient la
polissure des actions du Prince, et  prendre soigneuse garde qu'en
aucune faon elles ne se dmentent de la vertu, jusques aux moindres
contenances que doit avoir, et biensances que doit savoir un Prince,
pour s'en servir selon les qualits, grades, conditions, mrites,
nations et autres circonstances des temps, des lieux et des personnes.
Et pour ce, il doit, avec un soin extrme, tellement remparer par
vertueux exemples et saints enseignemens, et si bien, que l'orage et
la violence des mauvais vents des volupts ne le puissent abattre, et
que les vents coulis de la flatterie n'aient point le pouvoir de le
gter et corrompre en sa sve. Le prcepteur en cette oeconomie fera
comme le laboureur qui, ayant dfrich et reconnu la nature de cette
terre, lui donnera toutes ses faons et chacune en sa saison, pour la
couvrir aprs de semence de sa porte; et l'un et l'autre trouvera
en la personne de ce Prince, selon mon jugement, une terre fertile
et fort aise  manier, et par ainsi de plus grand soin; pource que
plus la terre est bonne, plus est elle sujette  produire des ronces
et des mauvaises herbes quand elle est nglige. Je lui fais offre
d'un journal d'o il pourra tirer, fil aprs autre, des conjectures
videntes des complexions et des inclinations de notre jeune Prince;
et, si l'affection se pouvoit transporter, je lui en fournirois 
suffisance et autant que nul autre; voire de cette tendre et cordiale
passion que naturellement les pres ont pour leurs propres enfans.

SOUVR. Il est vraisemblable que votre affection n'est point commune,
vu l'honneur que vous avez eu de le servir assiduellement depuis
l'heure de sa naissance, et employ tout votre temps  reconnotre la
nature de ce beau corps et les dispositions d'une me si gentille; ce
seroient deux grands avantages s'ils se pouvoient trouver en celui
qui doit tre appel pour faire cette charge. Mais je vous prie de
commencer et me dites ce qui se doit apprendre  Monseigneur le
Dauphin, et quel ordre il y faut tenir, sans plus nous carter hors de
cette carrire, si ce n'est que le peu de temps qui nous reste vous
dt empcher d'assister  son lever et nous faire remettre la partie 
demain, comme il me semble tre plus  propos de le faire ainsi. Pour
cet effet je vous attendrai en mon logis un peu plus matin; nous aurons
ce faisant plus de loisir d'en discourir et de jouir plus longuement du
plaisir de la matine. Adieu, bonjour; vous allez voir si Monseigneur
le Dauphin est veill, et moi trouver le Roi, qui est encore au
promenoir.

L'AUTEUR. L'heure de son rveil approche voirement; je m'en irai donc
 son lever par votre cong, et demain je serai chez vous de meilleure
heure.


Troisime matine.

Le jour ne faisoit que de poindre lorsque, m'veillant en sursaut, il
me souvint de l'assignation que M. de Souvr m'avoit donne; si bien
qu'tant prt je pars pour y comparotre et, arriv en son logis, je le
rencontre sur le point de sortir, n'attendant que ma venue.

SOUVR. Vous tes homme de promesse,  ce que je puis voir. Allons dans
la fort; nous y serons plus  couvert des fcheuses rencontres des
fainans de cette Cour. Que vous en semble?

L'AUTEUR. Je n'avois garde de faillir  me trouver ici, puisque vous me
l'aviez command, et crois que vous avez trs-bien jug du lieu pour
employer sans destourbier le meilleur de la matine.

SOUVR. Entrons dans cette route qui ctoie le grand chemin. Voici
place marchande; talez votre marchandise. J'couterai fort volontiers,
avec cette rserve de pouvoir rompre aucune fois votre discours, pour
vous interroger selon les occurrences.

L'AUTEUR. Bien donc, je le ferai puisqu'il vous plat ainsi, et de la
plus loyale, je prie Dieu du plus profond de mon me de m'en donner la
grce, puisque c'est  dessein d'en parer la personne de notre jeune
Prince, n pour rgner un jour sur nos enfans. En voici la premire
pice: Dieu le crateur, aprs avoir dml la lumire d'avec les
tnbres et mis en ordre tout ce bel univers, ptrissant de la boue,
fit son chef-d'oeuvre, formant le premier homme sur le patron de son
image; puis animant de l'esprit de sa bouche cette matire brute, lui
donna la domination sur tout ce qu'il avoit cr sous l'enceinte des
cieux. Cet homme ingrat, dchu de sa perfection par dsobissance,
se fit esclave de la mort, engageant en sa chute la race entire de
tous les hommes  pareille sujtion; mais usant envers sa crature
de la douceur de sa misricorde plutt que de l'aigreur d'un juste
jugement, se contenta pour l'heure de le punir  vie, joignant  sa
condition le travail et la peine, se rservant d'envoyer en ce monde
son Fils unique, selon qu'il l'avoit ordonn en son conseil d'ternit,
pour satisfaire  la coulpe de son pch; et par cette satisfaction
le racheter de la peine ternelle. Par o nous apprenons qu'il n'y
a sorte d'homme qui se puisse prtendre aucunement exempt de cette
loi commune. Les grandeurs mmes et les puissances qu'il a, de grce
spciale, donn aux princes et aux rois, n'ont pu les affranchir de la
rigueur de cette servitude; ayant, ainsi que le commun des hommes, 
natre,  vivre et  mourir, n'tant avantags sur eux qu'en ce qu'il
lui a plu de les choisir pour leur mettre en main, avec autorit, la
conduite et la garde de ses plus chres cratures, les obligeant par
cette prfrence  une plus troite reconnoissance de sa bont. Voil
pourquoi ceux qui sont appels pour instruire les princes doivent
en premier lieu leur apprendre cette doctrine, afin qu'ayant apprins
les foiblesses de leur nature, ils soyent admonests d'lever  toute
heure le coeur au ciel pour demander la force et le secours qui sera
ncessaire,  celui seul qui le leur peut donner, comme il a fait la
vie et l'honneur qu'ils possdent, et duquel, comme du roi des rois,
ils tiennent leurs empires  foi et  hommage. La connoissance de leurs
infirmits, la crainte et la rvrence du suprieur, les rendra gens
de bien et par ainsi plus agrables devant sa face, plus honors et
aims, et obis plus volontiers des peuples, qui deviendront meilleurs
 leur exemple. De ceci nous avons deux choses  recueillir, auxquelles
seules consiste, ce me semble, l'institution que nous voulons donner 
notre petit Prince: l'une est  lui montrer la voie qu'il faut suivre
pour devenir homme de bien; et l'autre la manire de bien faire sa
charge, pour l'exercer lorsque, selon la volont de Dieu, il parviendra
 la royaut. A celle fin que, partant de ce monde, comme sujet aux
lois communes de la nature, il puisse tre assur de l'esprance du
salut ternel, promis et rserv au ciel aux gens de bien par le
Sauveur des hommes, et lui rendre en un mme temps fidle compte de son
administration. Or, recevant Monseigneur le Dauphin en l'ge de six
ans, si le Roi ne change d'avis, vous le prendrez sommairement instruit
de ces premiers enseignemens. N d'une bonne et facile nature, et, si
je ne m'abuse, d'un esprit avanc, arrt, doux et docile, et suffisant
de comprendre cette doctrine avec jugement, vous n'aurez point  y
perdre du temps; mais  si bien le mnager qu'il puisse tre rendu
capable de commander en roi, quand il aura atteint l'ge requis pour
sa majorit. Et commencez par l'institution de sa personne, comme en
personne qui seroit de condition prive.

SOUVR. Que faut-il faire pour ce commencement?

L'AUTEUR. Lui enseigner la parfaite vertu, cultivant ces premires
semences qu'il en a j reues. Cette vertu consiste en la pit et
en la prudhommie; et en ces deux jointes ensemble, la faon d'un
homme de bien, la pit lui apprendra  connotre et craindre Dieu,
et la manire dont il veut tre servi des hommes. Et cette doctrine
de pit tant  plein fond traite dedans les saintes critures
et les crits de plusieurs saints docteurs et savans personnages,
qui ont vcu en divers temps en l'glise chrtienne, il sera, ce me
semble, bien  propos pour cette instruction, d'en dresser l-dessus
un petit _Catchisme_ fort abrg, et qui contienne seulement les
choses ncessaires, et celles que le long et lgitime usage a fait
passer en nature de loi, ayant  prendre soigneuse garde de ne point
faire un superstitieux au lieu d'un homme pie et vraiment religieux;
ne se trouvant aucune chose plus contraire  la religion chrtienne
pure, sans fard et sans macule, comme est la superstition. Celle-l
forme l'homme doux, dbonnaire, hardi et charitable, engendre en lui
l'amour, la rvrence et la crainte de Dieu, et la paix en son me; et
celle-ci le transforme en une bte brute, plein de flonie, de cruaut,
de lchet et bte impitoyable, lui laissant dedans sa conscience
l'inquitude perptuelle qui la remue par la peur et l'effroi qu'il va
s'imaginant de la seule justice et vengeance divine. Or, notre Prince
ayant vivement imprime dedans le coeur la connoissance qu'il faut
avoir de Dieu, et de la sorte dont il veut que chacun le serve, il est
 prsumer qu'il s'y engendrera du tronc de cette souche un provin de
science, tant du bien que du mal, pour savoir faire lection et de l'un
et de l'autre; et que de ce provin prendra naissance la prudhommie,
l'autre partie de la vertu, compagne insparable de la nave pit et
l'querre de l'honneur sur laquelle il faudra qu'il aligne toutes ses
actions, ses moeurs et ses penses, afin de vivre une vie honorable,
contente et vertueuse. L'on connotra qu'il aura retenu cette doctrine,
se rendant modr, ferme, sage, fidle et juste en ses dportemens,
de fait et de parole, avec desir de ne faire jamais envers autrui
ce qu'il ne voudroit point tre fait  soi-mme, le tmoignant par
effet en ses bonnes oeuvres  bon escient, non pas en apparence et
par feintise,  la faon des hypocrites; et n'y a point de doute que
s'adonnant  l'exercice de la pit et de la prudhommie, fortifi par
la grce de Dieu, il ne devienne homme de bien autant qu'un homme le
peut tre, ayant apprins  aimer Dieu parfaitement, et son prochain
comme soi-mme. Mais tout ainsi que les viandes demeurent sans saveur
si elle ne leur est donne par le sel ordinaire, nos actions aussi,
lorsqu'elles ne sont point assaisonnes du sel de la prudence, autre
partie de la vertu, voire la vertu mme, et guide souveraine de ses
autres compagnes, qui nous donne l'intelligence pour savoir discerner
et faire choix selon les circonstances des choses souhaitables, et
de celles qui sont  rejeter tant en nos dportemens privs qu'aux
fonctions publiques, et l'oeil de l'me intelligente qui leur donne
le lustre. Et, comme il sert peu ou point du tout qu'un vaisseau soit
charg de prcieuses et riches marchandises, s'il n'est fourni d'un
vieux routier et suffisant pilote, sous la sre conduite duquel il doit
franchir les dangers ordinaires et frquents sur la mer, et arriver aux
ctes desires, il est aussi trs-malais qu'un homme, tant enrichi
qu'il soit de vertus singulires, se puisse garantir de faire jet
ou d'chouer, ou de faire naufrage au voyage de cette vie, s'il n'a
cette prudence pour le pilote de ses actions, tournant de, del, ou
peu ou prou le gouvernail, faisant hausser ou caler les voiles selon
les vents des occasions qui le peuvent sauver ou perdre, porter ou
l'empcher d'arriver  bon port, aprs tant de hasards et de prilleux
orages courus sur les gouffres du monde. Or d'autant que cette partie
de vertu est une bonne mnagre et plus active que les autres,
n'tant jamais oisive, mais ayant sa nature du tout en l'action,
il est trs-ncessaire de faire prendre  notre jeune Prince cette
htesse chez soi, et pour lui confier le maniement en chef de tous ses
mouvemens, et l'assurer que tant qu'il la conservera en cette autorit,
il ne sauroit faillir, comme il advient le plus souvent  ceux qui la
mprisent et qui tombent par imprudence aux prcipices de leur ruine,
et le persuader  croire fermement que quiconque est assist de la
prudence est assist de toutes sortes de dits.

SOUVR. Vous avez, ce me semble, en peu de termes comprins beaucoup de
choses convenables  notre dessein; mais comment lui apprendrons-nous
cette partie de vertu en ce petit ge, puisqu'elle est toute en
l'action, et que les plus gs, avec travail et soin continuels, 
peine y peuvent-ils atteindre?

L'AUTEUR. Bien que toute vertu en gnral soit une habitude que l'on
acquiert par l'ordinaire accoutumance, et que de toutes les vertus
cette prudence ait meilleure part en l'action que pas une des autres,
et cela de particulier qu'elle ne se peut acqurir par rgles seules et
prceptes, ains par l'exprience que nous prenons des affaires humaines
passant devant nos yeux, et manies par autrui ou par nous-mme, pour y
avoir de l'intrt, ou que ce soit par le rcit de ceux qui les ont ou
conduites ou entendues, ou bien par la lecture des mmoires, des crits
et des livres de ceux qui les ont recueillis pour le profit de la
postrit: si peut-on toutesfois, en retenant ce Prince assiduellement
dedans les bornes des oeuvres vertueuses et comme en se jouant, lui
faire prendre connoissance avec cette prudente et utile matresse, la
lui faisant remarquer de bonne heure dans les succs bons ou mauvais
des actions de son ge, en attendant qu'il ait le jugement nou,
capable de comprendre et entreprendre lui-mme ses affaires; car alors
 ses propres prils, avec plus de certitude il apprendra  devenir
prudent, tant, comme l'on dit, l'homme plus sage et avis revenant de
plaider, ores qu'il soit expdient pour tre tel, qu'il le devienne
plutt par l'exemple des autres que par le sien, et son propre dommage,
suivant la voix de l'oracle franois qui prononce ces vers:

    _Heureux celui qui pour devenir sage
    Du mal d'autrui fait son apprentissage._

Pour cet effet, des moyens proposs celui de la lecture me semble tre
plus commode et plus propre  cet ge, et ncessaire par aventure pour
les plus avancs; d'autant que la vue et la parole le plus souvent
trompent nos yeux et nos oreilles, et par ainsi le jugement, pour
n'avoir pas eu le loisir de bien considrer, n'ayant fait que couler:
l o lisant, l'esprit s'arrte tant et si peu que nous voulons, et,
ce faisant, il comprend mieux et juge plus solidement des causes, des
accidens et des consquences des choses lues; et puis les digrant
tout  loisir avec plus de facilit, les convertit  son usage, qui
est le but o doit viser celui qui, faisant son profit de tout, desire
de se rendre homme prudent et d'acqurir cette vertu utile  des
particuliers, mais profitable et ncessaire comme un autre lment 
ceux qui ont du maniement en la chose publique.

SOUVR. Je conjecture par vos discours que vous seriez d'avis de lui
faire savoir les Lettres?

L'AUTEUR. Il est ainsi, bien que l'on tienne communment qu'il
n'importe pas beaucoup que les princes soient doctes, tant assez
qu'ils fassent cas de ceux qui le sont. J'estime toutesfois que l'un
et l'autre lui sied bien; ayant les Lettres cette vertu de donner
l'embellissement, la vigueur et la force  l'esprit de l'homme, si
elles y rencontrent un bon sens naturel et la tte bien faite; et par
ainsi tre besoin de l'en instruire autant qu'il se pourra, tant
trs-raisonnable que celui qui doit un jour commander  tous, les
surpasse aussi trtous en suffisance. C'est un bien certes plus ais
 souhaiter qu' esprer pour notre jeune Prince, vu le sicle o
nous sommes, o la vieille rouillure d'une cuirasse est plus en prix
que l'excellence de la splendeur et lumire de la doctrine; ce sont
malheurs qui suivent  la queue des guerres intestines. Mais esprons
que le Roi son pre appellera auprs de sa personne des pareilles
lumires  celles-l que nos pres ont vues reluire de leur temps
autour de celle de quelques-uns de ses prdcesseurs; et tout ainsi
comme il travaille incessamment pour le repos et la grandeur de son
empire, qu'il ne sera moins curieux d'pargner quelques heures pour les
donner  son Dauphin, et aviser  faire tout ce qu'on peut imaginer
pour lever ce fils au degr le plus haut de la perfection o l'homme
puisse atteindre par les voies humaines: pour, aprs infinis labeurs
soufferts en cette vie, remporter dans le ciel, pour le comble de
ses trophes, cette joie en son me d'avoir remis entre les mains de
ce cher enfant un royaume assur, florissant et paisible, et de tous
ses sujets l'obligation d'une treinte ternelle de leur avoir laiss
son fils pour successeur, c'est--dire un Prince des plus parfaits et
accomplis, et rtabli en sa personne l'honneur des bonnes Lettres sur
le trne royal, leur estime  la Cour et par toute la France. C'est
toujours acte digne de gloire en un bon pre de laisser un enfant
semblable  soi.

SOUVR. Pensez-vous que les Lettres soient si fort ncessaires  former
l'homme  la vertu? Car j'en ai vu et en connois plusieurs, estims des
plus doctes, aussi mchans, sots et impertinens que l'on en sauroit
voir.

L'AUTEUR. Il est vrai, mais ce n'est pas la faute des Lettres, ains
de ceux qui les savent et qui abusent malicieusement, imprudemment ou
sottement de cette grce non commune. Le couteau est aiguis pour en
trancher la viande et le pain, et l'employer aprs  notre nourriture,
et non pour en tuer aucun. L'on fait donner le fil  l'acier d'une
pe pour sa conservation ou la dfense de son pays, et non pour en
commettre un homicide de guet--pens ou envahir injustement l'hritage
de ses voisins. Le sublim et l'arsenic, poisons mortellement cruels,
n'ont point t donns par la nature pour s'en servir  ces usages o
la dloyaut des hommes a dtourn leur vertu naturelle. Le vin est
ordonn de Dieu pour donner la vigueur, le confort et la joie au coeur
de l'homme, non pour noyer et touffer brutalement le sens et la raison
dans les excs de ce puissant breuvage. Ce n'est donc point le fer,
l'acier, le sublim, l'arsenic, ne la grappe que l'on doit accuser;
ne dtester les Lettres, mais la perversit de ceux qui convertissent
en pestilent poison l'aliment salutaire, et, faisant banqueroute  la
vertu et  leur conscience, changent en un contraire usage la nature
des choses. Que si les Lettres ne donnent d'elles-mmes cette prudence
que nous cherchons pour notre jeune Prince, comme il se trouve beaucoup
de gens fort aviss qui n'en eurent jamais aucune ou bien petite
connoissance, si ont-elles cette proprit de donner la lumire  nos
entendemens, ainsi que l'air illumin l'apporte  notre vue; d'tre
les gardes des magasins o l'on emprunte les outils pour se faire la
voie  la conqute de cette toison d'or; c'est o l'on trouve le ciseau
propre pour baucher, et la varloppe pour aplanir le brut de notre
entendement; ce sont les garde-notes de toutes choses que l'homme peut
comprendre, le rpertoire et le registre des actions humaines, dresss
pour soulager la foiblesse de la mmoire, et d'un usage incomparable 
ceux qui les possdent, et qui en usent sans vanit et sans orgueil,
pour avoir acquis la possession d'une telle richesse.

SOUVR. Il est certain que les hommes de lettres, tant pour l'utilit
que pour le grand contentement qui leur revient de telle connoissance,
ont beaucoup d'avantage, et je reconnois que c'est un trs-riche
ornement en la tte d'un roi, et ncessaire extrmement  l'homme
politique, apprenant par l'histoire les fondemens des plus puissans
et durables tats avoir t jets dessus la base des bonnes lois
construites par des hommes de cette profession, et depuis conservs
et maintenus en leur entier par leurs sages avis: et voyant telles
gens tre appels encore dans les conseils des princes et des rois,
et employs plus souvent que tous autres aux entreprises et dcisions
des plus grandes affaires, et de paix et de guerre. Mais poursuivez et
me dites, je vous prie, par quelle procdure vous le voudriez rendre
savant.

L'AUTEUR. C'toit anciennement une coutume entre les Perses d'avoir,
prs du palais royal, un lieu nomm par eux _la place de Libert_,
et dans son circuit trois grands dpartemens destins  loger
diversement, suivant trois sortes d'ges, tous ceux qui vouloient tre
instruits  la vertu, selon leur discipline. Elle toit spare des
autres habitations, de peur que par le mlinge de la multitude et du
commun des hommes, ils n'eussent  se ressentir des vapeurs de leur
corruption. Or le premier dpartement toit pour les jeunes enfans, o
l'on les intruisoit  rendre la justice, tout ainsi qu'aujourd'hui nous
les mettons dans les collges pour y apprendre les lettres; ayant un
soin singulier  ce que du commencement leurs enfans fussent si bien
nourris qu'il ne leur print jamais envie de vouloir faire, penser, ne
dire ou consentir aucune chose dshonnte et mauvaise. Cyrus, lequel
par sa propre vertu se fit depuis monarque, y fut nourri jusques 
l'ge de douze ans. Pour ces raisons, laissant  part les rigueurs et
la faon de leur discipline, j'aurois  souhaiter un lieu particulier
comme eux, tel qu'il seroit choisi par Sa Majest, pour y laisser ce
jeune Prince jusques  ce qu'il et apprins ce que l'on peut savoir,
pour tre aucunement capable d'apprendre de soi-mme, et tant que l'ge
avec l'instruction et un peu faonn ses actions, form son jugement,
et du tout goutt ces petites humeurs qui accompagnent communment
les premires annes de la vie; ce qui seroit,  mon avis, fort 
considrer en cette nourriture. Car si le Roi trouvoit bon de ne le
voir que par fois, il n'en rapporteroit que le contentement du profit
remarquable qu'il y verroit de temps, et n'auroit pas le dplaisir des
mauvaises crances qui pourroient chapper aucune fois, en sa prsence,
 la foiblesse de son ge. Et si toute la France, qui maintenant
jette les yeux sur ce cher nourrisson, mue d'espoir ou tremblante de
crainte pour ne savoir quel il doit tre  l'avenir, n'en recevroit
aucune impression de mauvais augure, ne de volont d'un sinistre
dessein; comme possible il se pourroit faire, le voyant en public,
par prjug de ces dfauts que l'industrie rforme en la nature.
J'estime toutesfois qu'il le voudra retenir auprs de sa personne,
l o j'espre que, pour l'amour extrme qu'il porte  Sa Majest et
l'incroyable crainte qu'il a de lui dplaire, et sur la connoissance
que je puis avoir acquise de son bon naturel, de la porte et de la
force de son entendement, et assur de votre vigilance, il russira
selon nos voeux et nos esprances. Et pourtant, Monsieur, ne laissez
pas  renforcer vos gardes  ce que la bonne semence que vous aurez
jete dans ce bon fond ne soit enleve par les vents des dbauches,
naturalises aux Cours des grands, et emporte avant, possible, qu'elle
ait t couverte de la terre, ou ne soit touffe par les mauvaises
herbes qu'auront produites les pois sucrs des flatteurs ordinaires qui
ne craindront pas de le perdre, pourvu qu'ils puissent du hasard de sa
perte lever leur fortune.

SOUVR. Je le crois ainsi; mais de quelque faon que Sa Majest en
veuille disposer, je vous prie de me dire ce qu'il vous semble qui se
doit faire.

L'AUTEUR. D'autant que le langage est l'instrument commun  tous les
hommes pour faire entendre les conceptions de leur entendement, et
que ceux-l, soyent anciens ou modernes, qui ont laiss par crit les
sciences, les arts, leurs inventions, observations, les histoires
des nations et des hommes illustres, les ont crites en leur propre
langage, et que les oeuvres de la plupart sont ou se lisent traduites
en langage latin, le seul qui de tous les anciens est plus communment
connu et entendu par toute notre Europe, je suis d'avis de le lui faire
apprendre; et pour cet effet, n'tant plus des vulgaires, lui enseigner
sommairement les prceptes que l'on doit suivre pour le savoir
entendre, le parler et l'crire, sans faire faute, et sans perdre le
temps sur ces principes par les longueurs, dont usent ceux qui ont
mis en trafic l'instruction de la jeunesse. Puis, tant assur sur
ces premires rgles, il sera bon de le jeter dans les auteurs, o il
l'apprenne par l'exercice assiduel d'icelles, et vous verrez que, par
l'usage ainsi continu, il l'apprendra en peu de temps insensiblement,
plutt que par prceptes. Et comme nous voyons des honntes hommes de
ce temps qui envoyent leurs enfans aux pays trangers pour apprendre
les langues, les faisant  ces fins sjourner dessus les lieux o
l'on estime se parler mieux le langage de la nation, jusques  ce
qu'ils l'aient suffisamment appris; croyant que l'eau des fontaines
est toujours plus pure, il faut aussi pour pareil effet l'abreuver
dans la puret des sources de Cicron, jug des hommes doctes, sans
controverse, le plus pur et le plus lgant entre tous les Latins, et
sans en goter d'autre jusques  ce qu'il ait apprins  imiter cet
excellent original. Alors, ayant en main ce passe-partout, de soi-mme
il ouvrira les portes pour entrer chez les autres, empruntera des uns
les douceurs des lettres humaines, des autres les discours vritables
de leurs histoires, de ceux-ci les faons de faire la guerre, de
ceux-l l'industrie des arts, des autres les sciences. Bref, de chacun,
selon les diffrens sujets, il fera son emprunt  jamais rendre; car ce
sont cranciers autres que ceux du change, laissant au dbiteur leur
fond, et le profit  grandissime usure.

SOUVR. Vous l'avez, ce me semble, tranch bien court et clos en peu de
mots beaucoup de besogne.

L'AUTEUR. C'est l'imagination et mon desir qui m'ont fait abrger, me
l'ayant l'un et l'autre reprsent dj totalement instruit. Et  la
vrit, voyant que nous entreprenons d'endoctriner un Prince, non de
faire un docteur rgent, et prvoyant qu'il seroit malais d'avoir un
lieu  part et du temps suffisant pour l'instruire parfaitement de
toutes choses,  quoi la vie entire d'un homme seul ne peut pas mme
suffire, il le faut rendre universel, et  ces fins trouver quelque
sentier plus court que la voie commune. Ce sera donc par abrgs, lui
faisant en iceux apprendre les termes seuls et comprendre en gnral
les sujets des arts, des sciences et des histoires,  celle fin
qu'tant devenu grand il puisse avec intelligence prendre plaisir et
profiter aux beaux discours de toutes sortes d'excellens personnages,
tels qu'un Prince de sa qualit doit ordinairement tenir autour de sa
personne, qui lui seront alors autant de leons, o il puisse s'gayer,
quand il voudra, sur les pices entires. Et, pour ce faire, il sera
besoin d'y tablir un ordre et le garder avec assiduit; l'un rendra la
facilit et l'autre la doctrine; l'ordre sera au partage qui se fera du
temps, en pargnant certaines heures pour les employer du tout  son
tude; le demeurant  ses autres actions, et l'assiduit en l'ordre
continu sans intermission.

SOUVR. Faites-en le partage et me dites comment il les faut employer,
et les autres aussi que vous lui rservez hors de l'tude.

L'AUTEUR. C'est un ouvrage qui se doit conduire  l'oeil; mais
puisqu'il en faut dire quelque chose, prenez quatre heures des
vingt-quatre, deux pour le matin et autant pour aprs midi.

SOUVR. Que doit-il faire le matin?

L'AUTEUR. Qu'il soit vtu et tout prt  sept heures, et puis, suivant
l'avis sacr du Caton Franois:

    _Avec le jour commence sa journe,
    De l'ternel le saint nom bnissant._

Puis se mette  l'tude jusques  neuf, aille aprs prier Dieu en
l'glise, et, au sortir de l, soit libre jusques  onze, heure de son
dner. A une aprs midi qu'il rentre en son tude jusques  trois, puis
soit libre jusques  six, heure de son souper, et son coucher  neuf.

SOUVR. Avant que de se mettre au lit que doit-il faire?

L'AUTEUR.

    _Le soir aussi, son labeur finissant,
    Le loue encor, et passe ainsi l'anne._

Voil l'ordre de la premire journe, le modle des autres. Il n'y
aura rien  changer qu'en tant que son prcepteur le jugera par le
progrs remarquable qu'il aura fait, l'avanant lors dans les crits
du mme auteur ou des autres choisis, enseignant les lettres humaines,
propres  duire les humeurs et les moeurs des hommes  la douceur et 
l'honntet.

SOUVR. Vous n'avez point parl de lui faire savoir la langue grecque,
que je vois en si grande estime entre les hommes doctes?

L'AUTEUR. Non, d'autant qu'elle n'est que pour ceux qui font
particulire profession des lettres et sans usage aujourd'hui, au
respect de la latine; mais on lui apprendra, au lieu de celle-l, les
langues vulgaires des nations voisines, avec lesquelles les affaires
de ce royaume se mlent ordinairement le plus, y employant les
chantillons qui resteront des heures ordinaires, et d'abondant une
heure aux jours de repos.

SOUVR. Vous ne dites rien des potes, desquels le monde fait si grand
cas?

L'AUTEUR. Je vous dirai d'eux ce qu'en dit un ancien: que le Prince ne
doit point ignorer ce qu'ont crit les excellens potes et les grands
philosophes, mais qu'il se doit rendre tant seulement auditeur de
ceux-l et disciple de ceux-ci, jugeant que la solidit et vrit de la
doctrine de ces derniers toit l'instruction des hommes  la vertu; les
vanits et fictions des autres n'tant que pour flatter et complaire
 nos sens, une voie douteuse  leur destruction. Non que je veuille
mettre au rang des destructeurs les premiers potes des anciens Grecs
qui lors toient leurs thologiens, ne ceux qui parmi les Romains nous
ont laiss infinit de beaux enseignemens; car je suis d'avis qu'ils
lui soient interprts aux heures que son prcepteur estimera, sur
sa capacit, tre des plus commodes, mais bien ceux-l, tant anciens
que modernes, qui ont perdu le temps pour le faire aussi perdre
misrablement aux autres, ne l'ayant employ qu' choses vicieuses et
plus que suffisantes  dtourner facilement l'homme de bien du droit
sentier des actions vertueuses, quand, se laissant piper et chatouiller
l'oreille aux cadences de leur mesure, ce poison emmiell met en
dsordre les proportions et doux accords que la vertu a forms dans son
me. Et par ainsi il est trs-ncessaire de rejeter au loin et tels
crits et leurs auteurs de devant sa prsence, comme pestes sans merci
de la simple jeunesse; suivant en cela l'avis du divin philosophe qui,
pour mmes raisons, ne vouloit point qu'ils eussent part ne portion
aucune en sa Rpublique.

SOUVR. Quand il saura le langage latin, tes-vous pas d'avis que l'on
continue  lui montrer aussi, sommairement, les autres arts, comme vous
avez dit?

L'AUTEUR. Oui.

SOUVR. Quels?

L'AUTEUR. Celui qui enseigne  parler avec ornement de langage; et lui
en apprendre seulement autant qu'il en est besoin pour former la faon
de parler et d'crire d'un Prince comme lui, de telle sorte qu'elle
soit pleine, pure, propre, serre, leve en paroles et en conceptions,
et surtout en sa langue, sans y mler en faon quelconque des artifices
dguiss et des affteries de ceux qui parlent en public pour plaire
aux assistans, ou pour les induire, au lieu de vrit,  croire le
mensonge par l'obscurcissement du pur et du lustre d'icelle; tant
telles ou pareilles choses fort loignes de la grandeur et gravit
d'un roi, qui pour tout but ne doit avoir devant les yeux que la
rondeur et la justice. Et d'autant que l'esprit humain est fort sujet
 s'abuser souvent en ses rsolutions, il sera bon qu'il sache quelque
chose de l'art qui enseigne les hommes  bien raisonner,  nettoyer et
dmler la vrit d'avec son contraire, afin de ne se tromper point en
ses conceptions, pour former et affermir son jugement.

SOUVR. Quant aux sciences, quelles lui peut-on apprendre?

L'AUTEUR. Quelques parties de celle qui nous donne  connotre les
choses de la nature, sans s'garer dans les contentions. C'est celle-ci
qui fut jadis tant prise par Alexandre qu'il l'estima ne devoir tre
profane, la rendant commune  chacun, en crivit  Aristote, son
prcepteur, se plaignant de lui pour l'avoir divulgue, ayant voulu
que la prrogative de cette connoissance lui demeurt particulire
par dessus tous les hommes, comme il l'avoit en grandeur de courage,
en puissance et autorit. Et quant  la science de ce qui est par
dessus la nature, d'autant qu'elle est toute contemplative, les
princes et les rois tous destins pour l'action, et ceux de France
mmement plus propres  gagner les batailles qu' mditer ou faire des
harangues, laissons-la pour ceux qui sont vous  la contemplation,
et remplaons des parties les plus utiles des sciences mathmatiques.
Celle des nombres tienne le premier lieu, comme l'entre pour pntrer
 toutes; elle comprend des utilits sans nombre. Puis la gomtrie,
qui fait connotre les proportions et les mesures de toutes choses,
avec leur usage; dfectueuse sans la premire et toutes deux tellement
ncessaires qu'il est fort malais que sans icelles un prince puisse
parfaitement savoir beaucoup de choses appartenant au devoir de sa
charge, en temps de guerre aux fonctions militaires, en temps paisible
 celles de la paix. Que la musique suive aprs, non pour chanter, mais
pour l'couter et prendre plaisir  celle seulement qui instruise et
ne dtruise point, et aye le pouvoir de ramener  son repos son esprit
ennuy de dplaisir, ou travaill du fardeau des affaires; essayant
par icelle, comme il le faut par tous autres moyens, d'entretenir la
consonnance naturelle que ses actions, en si petit ge, nous font
juger tre dans son me, et disposer galement, par une de proportion
de tons et contrepoids diversement gaux, les intervalles ingaux et
mouvemens divers de son esprit  l'exercice de la justice, qui n'est
rien qu'harmonie. Ayant en main le compas et la rgle, faites lui
mesurer le globe de la terre, et reconnotre aprs, par le menu, les
pices de ce grand hritage qui doit choir au temps prordonn tout
entier en sa main; lui en apprendre, se promenant dans son cabinet,
les routes et les voies, afin qu'aprs avoir pareillement prins langue
de l'histoire sur la nature de tant de rgions, des moeurs et des
humeurs, des lois et des coutumes de tant de sortes de nations qui
possdent le monde, il puisse un jour, avec pleine science, btir ses
entreprinses et porter ses desseins sur toute l'tendue de la terre
habitable. Puis, levant son tude plus haut, vers le lieu de son
origine, qu'il monte de degr en degr sur le globe cleste, tenant
au poing les mmes instrumens, dont il mesurera l'immensit et la
construction de ce grand difice, reconnotra les tres de ce divin
palais, les demeures, les promenoirs des deux grands luminaires, les
domiciles des astres et des toiles qui comme vice-rois et lieutenans
du souverain Monarque,  la mesure de leur autorit, selon leurs
diffrens regards ou diverses inclinations, gouvernent sans cesser tout
ce qui est sous eux au demeurant du monde. Il y remarquera la place du
Roi son pre, qui reluira un jour au ciel comme un autre soleil, lui
servant lors de Nord aux actions de sa vie; et prs de lui verra la
sienne, o tous les deux ensemble, et le pre et le fils, aprs avoir
rendu les droits  la nature, chargs d'ans et de gloire, composeront
un astre flamboyant que la postrit nommera d'eux l'_Astre des Rois
de France_. La connoissance enfin de la mcanique lui sera ncessaire,
pour tre la science qui donne les inventions de composer et fabriquer
toutes les sortes de machines, tant ici  remarquer l'inclination
extrme qu'il y a de la nature. Voil le cercle raccourci des arts et
des sciences que l'on peut faire apprendre  notre jeune Prince en peu
d'annes, pourvu que l'on en donne le loisir.

SOUVR. Je le crois, et ne se trouvera par aventure aucun ou peu de
gens qui rprouvent cet ordre, ni  redire  mon avis; si ce n'est en
ce que du commencement vous avez mis l'histoire au rang des abrgs,
qui doit tenir le premier lieu en l'instruction des princes.

L'AUTEUR. Il est vrai, je l'ai fait; mais pour l'instruire de bonne
heure en gros aux affaires de sa maison, puis en celles des autres,
selon l'ordre des temps, avec intention de lui remettre en main
la pice entire aprs l'chantillon. Car je tiens que l'histoire
est l'cole des princes, et que le ntre y doit tre nourri pour y
apprendre  vivre et la manire de bien faire sa charge, et se rendre
meilleur par l'imitation ou dommage des autres. C'est o il trouvera
des yeux pour tous ceux qui seront sous son obissance; c'est une
glace de cristal, le miroir de la vie, o il verra en la personne
d'autrui louer ses actions sans flatterie, et les blmer sans crainte.
C'est un bon conseiller, sans passion, et ami trs-fidle, duquel
il apprendra les dits, les faits et les conseils des princes et des
grands personnages. Sa connoissance est si utile et ncessaire que,
la savoir parfaitement, c'est, vivant notre vie, vivre de celle des
autres qui ont vcu, et acqurir les sicles tout entiers par l'emploi
fait  la lecture d'un petit nombre d'heures, htant notre vieillesse
sans abrger la vie, en tant qu'elle est la vieillesse des jeunes gens;
et par ainsi il trouvera dans cette seule cole la double face de la
prudence dont nous avons parl, laquelle, tout ainsi comme elle voit,
lui fera voir les choses j passes pour se savoir souplement gouverner
sur le train des prsentes et pourvoir aux futures. Et de ce lieu il
tirera ce matre conducteur pour le tenir insparablement auprs de
sa personne et lui donner  faire le mnage de ses actions et de ses
penses, et en effet pour lui confier sa fortune et sa vie. C'est
en somme ce que je pense qui se peut proposer comme un projet pour
l'accomplissement de la premire partie de cette instruction.

SOUVR. Vous le laissez en bonne main; nous avons tous  prier Dieu
qu'assist de sa grce, il lui donne ce guide. Le voil, ce me semble,
savant, instruit par la pit aux choses de la foi; aux bonnes moeurs
par la prudhommie; aux lettres par les arts qui lui ont apprins 
droitement et richement parler, et enseign le droit usage de la
raison, donn par les sciences la connoissance des choses naturelles,
celle des nombres et de leurs effets, tant sur les corps solides que
sur l'entendement humain par leurs proportions et diverses mesures, et
fait, sans partir d'une place, courir toute la terre, puis cheller
les cieux et ouvert les moyens d'en faire les machines, pour  la fin
comprendre par l'histoire l'tat et la nature des affaires du monde.
Mais ne pensez-vous pas que six ans de temps, continu par certaines
heures, puissent suffire  cette tude?

L'AUTEUR. Oui, et sera facile en un esprit docile comme le sien, tant
servi d'un prcepteur soigneux, industrieux et docte, qui l'aime et
qui connoisse exactement son naturel et ses inclinations. Que si
l'on reconnot tre besoin encore de quelque temps, il y peut tre
satisfait, l'empruntant sur les deux annes suivantes.

SOUVR. C'est lors aussi,  mon avis, qu'il faudra commencer  lui
montrer ce qui sera de sa vacation et  lui faire connotre les
affaires, le faisant souvent assister au Conseil, o il verra, selon
les occurrences, mettre en usage tous ses enseignemens. Et, pour ne
perdre aucun temps, que ferons-nous de ces heures-l que vous avez
mises en rserve pour ses autres actions?

L'AUTEUR. Qu'il les emploie  son plaisir et  passer honntement le
temps. Il est bien raisonnable de donner quelque relche  son esprit,
et, ce faisant, avoir gard en mme instant  sa sant, disposition et
force corporelle, laquelle se conservera et s'accrotra par exercices
prins  propos, selon son ge, et qui soient si convenables qu'en
exerant le corps ils gayent l'esprit, et gayant l'esprit ils
exercent le corps.

SOUVR. Quels?

L'AUTEUR. Il y en a de diverses faons, comme est le promener, danser,
sauter, courir, jouer aux barres,  la paume et au pale-mail, se
promener  cheval, la chasse de l'oiseau, celle du livre avec des
lvriers; rservant les autres plus forts et violens  plus grand ge,
comme tenant aucunement de la nature de la guerre. Et tout ainsi que
d'un poison de lent et languissant effet, qu'il s'abstienne des jeux
oisifs et autres passe-temps o le hasard a plus de part que l'honnte
industrie, s'accoutumant  prendre plaisir  toutes sortes d'exercices
biensans  sa qualit, selon les ges et la force du corps, par le
moyen desquels il puisse devenir plus habile et de parotre tel 
la face de tout le monde. Jusques ici nous avons recherch la voie
pour donner  ce Prince la faon d'un homme de bien. Je le vois tel
entre vos mains; mais ce sont vtemens communs  plusieurs sortes
de personnes; il vous faut dsormais de ce Prince homme de bien en
faonner un Roi. Or, d'autant que l'heure de son rveil approche, je
vous supplie de me donner cong. Je verrai cependant les boutiques
mieux assorties, o je prendrai des plus belles toffes pour tailler 
mon retour ses ornemens royaux.

SOUVR. J'en suis content, et, fort content de cette matine, je m'en
irai trouver le Roi. Adieu donc jusques au revoir; je vous ferai savoir
de mes nouvelles.


Quatrime matine.

L'aube du jour commenoit  parotre quand, travaill d'inquitude
pour la chaleur dmesure de la nuit, je me lve en intention d'aller
au parc prendre le frais et l'occasion de donner quelques heures tout
seul  mes penses. Mais, sortant du chteau, je fais rencontre dessus
le pont-levis d'un honnte homme venant  moi me dire que M. de Souvr
m'attendoit dans la fort, au mme lieu auquel, deux jours auparavant,
il m'avoit laiss, avec promesse de me faire savoir de ses nouvelles.
Changeant donc de dessein et de chemin, j'arrive auprs de lui, qui
se promenoit, cart de ses hommes, et l'ayant salu et inform de la
sant de notre jeune Prince: Monsieur, lui dis-je, vous me semblez plus
pensif que d'ordinaire.

SOUVR. Il est vrai, je le suis; car depuis ne vous ai-je vu la
souvenance du sujet et des choses dont nous avons parl, et le desir
extrme d'en entendre la suite me donnent tant d'impatience que j'en
perds le repos, et sans aucun relche jusqu' votre arrive, sur
la crance que vous venez fourni d'outils et de matire propre pour
accomplir l'ouvrage. Continuons donc, je vous prie, et revtons notre
Prince de sa robe royale.

L'AUTEUR. Vous me surprenez, car n'ayant point pens  devoir venir
ici, je ne me suis pas prpar pour pouvoir  mon gr satisfaire
suffisamment  votre esprance ni  moi-mme.

SOUVR. C'est tout un; ne vous excusez point, employez ce qui est sur
vous et me dites quel est le fondement et quelles sont les principales
formes des tats, les parties royales et vertus hroques dont il nous
faut revtir et orner notre Prince.

L'AUTEUR. Tous ceux qui considrent l'ordre que Dieu a tabli sous
soi, en la conduite du monde universel, y reconnoissent visiblement
toutes sortes de cratures sensibles et insensibles, encloses sous les
cieux, tre obliges  obir et sujettes  suivre les inclinations,
l'autorit et les puissances par lui donnes aux corps suprieurs,
et de cette juste correspondance de supriorit et de subjection qui
conserve cet univers, ils font ce jugement que c'est un exemplaire qui
doit tre imit des hommes, pour l'union particulire et gnrale de
l'humaine socit, qui se colle, se lie et s'entretient par le ciment
du COMMANDEMENT et de l'OBISSANCE; la base des tats se djoint et
dissout, se perd et se ruine quand l'injustice se couple  l'un et
le mpris  l'autre. Or les hommes des premiers sicles ayant connu,
ou par instinct, ou par discours, ou par exprience, le besoin de
cet ordre pour leur conservation, en ont lu et lev aucuns d'entre
eux, avec pleine puissance de les rgir et gouverner; et  ces fins,
selon la diversit des occasions, des temps et des affaires, les uns
en ont choisi un certain nombre des plus notables et signals en
prouesse et vertus; les autres ont laiss en commun cette autorit.
Mais les plus sages l'ont confie entre les mains d'un homme seul,
jugeant que cette forme de commander, la premire de toutes, toit
purement naturelle, la meilleure, la plus paisible, plus assure, plus
lgitime, et la plus approchante de la Divinit, ayant par succession
de temps quitt cette sorte d'lection au mrite des princes, donnant
 eux et  leurs successeurs en hritage et les biens et la vie. Et
d'autant que les peuples soumis aux princes de cette condition ont 
les recevoir tels que la nature les donne, c'est un crime sans nom 
ceux qui ont la charge de gouverner leur premire jeunesse si, par
faute de soin et de louable nourriture, ils ne deviennent bons et
capables de leur vacation, la plus difficile certes, mais plus belle de
toutes, ne se trouvant entre Dieu et les hommes rien de si excellent
comme la royaut. C'est ici donc o il vous faut vivement travailler,
tant, par le vouloir de Dieu et le choix de Sa Majest, nomm pour
instruire ce Prince, qui a port conjointement avec sa naissance le
droit hrditaire de ce noble royaume, et l'heur ou le malheur qui lui
doit advenir, selon l'institution bonne ou mauvaise qu'il recevra, de
laquelle vous seul serez garant  tant de milliers d'mes, surtout au
Roi, qui vous donne son fils, ainsi comme un bon pre, pour le nourrir,
non tant pour soi et son plaisir particulier que pour le bien et le
profit commun de tous ses pauvres peuples. Puis donc que la faon de
commander  la royale nous reprsente la divine, et que le Roi est
l'image de Dieu gouvernant toutes choses, voire mme un Dieu humain
en terre, j n'advienne qu'en la personne de ce Prince si cher  cet
tat, au lieu de cette image il se forme un fantme ou quelque Roi
en apparence, semblable  ces grands colosses qui n'ont rien que la
morgue, ne fermet que sous la pesanteur de cette masse oisive dont
il sont composs, et ne paroissent que par l'extrieur, ayant pour
contrepoids le creux de leur poitrine plein de vieille ferraille,
de bourriers et d'ordure, et qui pour n'avoir t plants de droite
ligne dessus leur pidestal, grosses masses muettes, sans mouvement
ne sentiment aucun, penchent premirement, puis tout--coup fondent
dessous leur propre faix. Mais vous n'aurez,  mon avis,  craindre
pour ce regard; car ce Prince tant dj si srement plant dessus le
cube de la vertu, c'est--dire si bien instruit en la connoissance de
Dieu et de soi-mme, et son me hroque tellement balance d'une si
juste proportion par les prceptes de la pit et de la prudhommie,
il faut croire plutt de lui que les appts, les mouvemens et les
secousses des choses vicieuses n'auront jamais assez de force pour le
faire branler, et qu'ainsi faisant, il cueillera les fruits d'un prince
vertueux, ne se trouvant pas seulement homme de bien pour soi, mais
pour tous ceux qui tomberont en sa subjection, lesquels considrant
ses actions, se rgleront eux-mmes sur le patron de sa vertu et de sa
bonne vie:

    _Car les rois sont toujours des peuples les objets,
    Et tels comme ils seront, tels seront leurs sujets._

Cette imitation engendrera dedans leurs coeurs de l'amour envers sa
personne, l'affection, l'inclination et la facilit de ployer sous le
joug de son obissance. Oh! que c'est une sre et fidle garde pour un
roi que son intgrit, l'une des causes principales d'un rgne heureux,
paisible et perdurable!

SOUVR. Dieu lui fera la grce, s'il lui plat, de voir ce que vous
dites; mais puisque notre Prince est ordonn du ciel pour commander 
l'avenir en Roi, quelle est la fin de sa vacation?

L'AUTEUR. C'est le bien du public; car ores que les rois soient ns
pour dominer en terre, de pouvoir souverain, si doivent-ils penser que
ce n'est point par eux, et reconnotre cette confession qu'ils font
au frontispice de leurs crits publics, de tenir leurs royaumes de
la grce de Dieu, qui les oblige par icelle d'avoir le soin du salut
et du bien et sret des peuples, et que c'est abuser de la charge
de prfrer leur intrt particulier  celui de la rpublique, ne
jugeant pas que l'intrt du peuple est le pur intrt du roi, qui ne
diffre du tyran qu'en cette circonstance. Qu'il reoive donc cette
loi venant du ciel pour premire leon, et la retienne tous les jours
de sa vie, en usant envers ses sujets ainsi que Dieu le fait comme bon
pre envers ses cratures, prvoyant et pourvoyant entirement  leurs
ncessits, et qui veut tre par les hommes jalousement qualifi de
cette qualit, les nommer et tenir pour ses propres enfans, que notre
Prince ne la mprise point et en fasse les oeuvres sur le partage qui
lui en sera fait par sa divine volont; n'estimant pas moins honorable
le beau titre de pre du pays que celui-l de roi; car comme un pre
est naturellement le monarque d'une famille particulire, un roi l'est
d'un royaume compos de plusieurs. Sur quoi il considrera qu'tant
n, comme il est, dedans cette royale et ancienne famille qui domine
sur les Franois, c'est pour y tre le matre un jour et commander
sur eux, non point en tranger, les gourmandant outrageusement pour
satisfaire  l'abandon de ses cupidits, mais en pre et en roi, ayant
toujours devant les yeux ces paroles du peuple saint et celles de
son roi: _Nous sommes, Sire, vos os et votre chair, et vous tes mes
frres et ma chair et mes os_; pour y apprendre que le devoir d'un bon
et sage roi, c'est de conduire et gouverner son peuple avec amour de
frre et charit de pre, s'il en veut retirer une franche et prompte
obissance. Nourrissant donc dedans son me une si sainte intention, il
rgira ses peuples, les contenant en leur devoir par une juste galit,
mre, nourrice et gardienne de toutes choses, arm de la JUSTICE et
tenant en sa main cette balance qu'il a porte du ciel  sa nativit,
rendra et fera rendre sans flchir  chacun le sien:

    _Contregardant le bon, punissant le coupable_;

et commencera  exercer en sa personne le pouvoir de cette vertu, comme
premire des fonctions royales, rglant en soi les apptits dsordonns
des passions de l'me, afin qu'tant juste pour soi, il le soit pour
le peuple. Ce seroit entreprendre d'ter au monde le soleil  celui
qui voudroit ter au prince cette vertu que l'on reconnot tre d'une
telle importance qu'un roi en perd sa qualit, et souvent son tat,
par faute de ce fondement, le fondement d'un tat lgitime. Ayant
donc  commencer en soi l'exercice de la justice, et la justice tant
l'effet et la fin de la loi, et la loi l'ouvrage du prince, fait par le
ministre de la raison, qui ne diffre de la justice que de nom, il se
doit rendre exactement soigneux de la bien conserver, en s'obligeant
lui-mme  la loi, reine des hommes et des dieux, c'est--dire engager
toutes ses actions aux conditions d'icelle, sous les rgles de la
raison, vertu particulire que Dieu a mise pour diffrence entre
nous et les btes. Ne fera point comme aucuns princes, par aventure
mal conseills ou peu prudens, qui n'estiment souverain bien en leur
empire que de n'avoir rien par-dessus eux qui leur fasse la loi; sans
considrer que les bonnes lois ce sont les chanes et les liens qui
retiennent en corps les parties de l'difice du royaume, non plus un
royaume, mais un pur brigandage, quand on les voit anantir ou se
lcher sous l'effort du mpris ou de la violence. Cette submission
levera son honneur et ses gloires, et rendra ses sujets plus souples,
voyant leur Prince tout le premier donner les mains  la raison, sous
laquelle il fera des justes lois pour faire vivre ses peuples en sret
sous ce couvert; et comme il en sera l'ouvrier, la garde aussi et
la direction lui demeureront propres en souverainet, pour dominer,
en sorte qu'il ne soit fait aucune injure aux plus accommods, et
empcher que par faveur, par haine ou autre passion, les plus puissans
n'oppressent les dbiles, ains en reoivent tous, selon les lois, un
traitement gal; par ce moyen se rendant immortel, car il est bien
certain que ces deux grandes vertus, Pit et Justice, canonisent les
princes. Fasse peu de nouvelles lois, la multiplicit tant indubitable
marque d'une insigne corruption dans le corps d'un tat; les vraies
lois ce sont les bonnes moeurs. Et puis un jour il doit entrer en la
possession d'un royaume combl de bonnes lois, toutes fois accabl
dessous la pesanteur du tas de ces formalits qui en ont prins la
qualit et occup la place, par la malice industrieuse de quelques-uns,
qui ont rendu vnale la poursuite de la justice, et convertie en un
mtier de sordide dception. C'est un mal envieilli o il faudra qu'il
remdie  temps, avec prudence et bon conseil, faisant faire une
lection de toutes les meilleures lois, pour en garder l'usage.

SOUVR. J'approuve fort cette doctrine; elle est de Dieu, tout juste,
et la justice mme. Mais il n'est pas aussi tant rigoureux qu'il n'en
relche aucune fois pour donner lieu  sa misricorde; et m'est avis
que parfois notre Prince en doit user ainsi, y apportant quelque
adoucissement.

L'AUTEUR. C'est la vrit, et si cette clmence, bien qu'elle semble un
peu gauchir  la justice, ne donne pas moins de lumire et d'assurance
 la grandeur des princes quand ils en usent avec discrtion. Cette
vertu est des plus grandes, toute royale, et conforme  l'humanit,
et, mieux qu' nul autre de tous les hommes, biensante  un roi, qui
est, comme l'on dit, en plein drap pour la mettre en usage, tenant
de pouvoir souverain en sa disposition la vie et la mort de tant
de cratures. Il en usera donc avec jugement, selon les temps, les
personnes, les lieux, la nature des crimes et autres circonstances,
lesquelles par la diversit de leurs changemens peuvent rendre
coupables et faire chtier des hommes qui auront fait quelque chose
louable, et juger mme tre faute un fait advenu d'aventure. Qu'il
pardonne avec mesure, non point  chaque bout de champ, rendant sa
clmence commune; car faire grce sans distinction considrable, c'est
introduire le dsordre et la confusion, et faire planche  la foule des
vices. Ce n'est pas une plus grande cruaut de ne donner aucune grce
que de l'octroyer indiffremment  chacun; si d'aventure la douceur et
l'aigreur balancent au forfait du coupable, qu'il frappe coup sur la
balance, la penchant  l'humanit. Ainsi qu'il soit humain; l'excessive
rigueur est mre de la haine, mauvaise gardienne non-seulement de la
principaut, mais de la propre vie du prince souverain, et recherche
plutt de se faire obir par amour que par crainte, comme Dieu le
demande de nous. Par ces moyens il se rendra aim, et sous cette amiti
assurera sa vie, maintiendra d'une telle faon l'honneur de son tat,
jusques  la vieillesse, qu'il pourra le consigner en mourant  sa
postrit, pour en jouir et le possder en paix jusques  pareil ge:
enseign par exprience qu'il n'y a point de citadelle plus forte
pour un roi que de n'en avoir que faire, comme sera celui qui fera sa
citadelle du coeur ses sujets, auquel les rgimens de gens de pied
et les gardes du corps ne serviront que de parade. Fera punir  la
rigueur les fautes d'importance et prjudiciables  la chose publique;
pardonnera les siennes: car de venger ses injures, bon au particulier,
non  un roi, sans droger  la grandeur de sa majest. Il sera donc

    _Prompt  merci, tardif  la vengeance_;

et se mire pour ce regard dedans les actions du Roi son pre, lequel
donnant par prfrence ses intrts particuliers aux offenses
publiques, n'a point trouv plus de secours en sa grande valeur qu'en
sa rare clmence; ayant par les rayons d'icelle, comme un puissant
soleil, dissip les paisses obscurits et profondes tnbres o ce
pauvre royaume toit enseveli, lui redonnant le jour et la srnit
dont il jouit et s'jouit par toutes ses parties. Il y contemplera
son infaillible Foi qui le fait triompher de tous ses ennemis. Cette
vertu est du tout ncessaire au prince aimant l'honneur, le bien public
et ses propres affaires; c'est la matire dont se fait le ciment du
fondement de la justice, le seul lien le plus troit et plus commun
des conventions des hommes. Cette vertu qui se peut dire la source
des vertus, contient en soi le pouvoir et la force des autres, et
rend le prince trs-assur qui se trouve couvert de ce bouclier 
toute preuve. Que notre Prince en fasse tat, et pense mrement
avant que de promettre et de donner sa foi, mais la maintienne aprs
inviolablement, demeurant ferme comme un rocher en ses paroles et
promesses; et ne tende l'oreille pour se la laisser empoisonner  ces
mes perdues qui le voudroient persuader d'en pouvoir autrement user,
pour l'esprance de la douceur d'un intrt particulier ou profit
dshonnte, ou pour autre sujet, dessous le masque de quelques faux
prtextes, qui, pour cachs qu'ils soient, se dcouvrent  la fin,  sa
honte et ruine. Un prince, voire un homme priv, sans cette vertu c'est
un corps priv d'me. Dieu hait l'homme parjure et l'en punit; Dieu est
fidle, le prince le doit tre puisqu'il en est l'image. Et d'autant
que l'on voit faillir et se perdre le plus souvent les hommes levs en
degr souverain de la bonne fortune, pour se laisser porter lgrement
 l'essor par le souffle des vents imptueux de la prsomption, de
la superbe et de l'orgueil, ddaignant trop outrageusement ce qui se
trouve au-dessous d'eux, voire tout ce qui est gal  eux; que notre
Prince ne fasse pas ainsi, mais dressant ses actions au niveau de la
modestie, vertu gemelle de la clmence, bannisse de son me et de sa
Cour cette peste de vanits tant ordinaire et comme domestique  la
suite des grands, des princes et des rois. Qu'il considre que si
Dieu l'a fait natre d'autre condition que le commun des hommes, que
la puissance qu'il a sur eux ne le rend pas moins homme, ni ptri
d'autre pte; que le plus grand en dignit, ce n'est qu'un peu de
poudre haut leve qui doit tre dans peu de temps ravalle  l'gal
des plus viles; que Dieu surhausse les petits et abaisse les grands,
fait un sceptre d'une houlette et le change quand il lui plat au soc
d'une charrue; qu'au monde il n'y a rien de si fragile que la vie de
l'homme; qu'un fier lion sert souvent de carnage aux moindres animaux
et qu'il n'y a dessous le ciel aucune chose de plus certaine comme
l'incertitude et la mobilit des affaires humaines. Fasse parotre sa
modestie extrieurement, se rendant doux et affable  chacun selon sa
condition, courtois  la noblesse, aux hommes d'ge mmement et aux
vieux cavaliers; car plus un prince est grand en dignit, plus il lve
sa grandeur par cette courtoisie; il suffit de pouvoir. En son parler
fuie le trop et le trop peu, le composant de douceur et de gravit;
d'autant qu'il est bien plus sant de voir aux hommes les oreilles
ardentes  couter les paroles d'un roi ou prince souverain que
languissantes et saoules de l'our trop parler. Ne mente point, loue
le bien, blme le mal aussi, sans toutesfois prendre plaisir  faire
profession d'injurier, de se moquer, ne vertu de mdire. Cela tient
du faquin et du bouffon, et rien du souverain, qui ne doit retenir
en ses actions, ne mme en sa pense, aucune chose de l'obscur du
vulgaire; puis, d'en user ainsi, les courages se piquent, les volonts
s'garent et s'alinent sans retour aucunes fois les plus entires
affections. Soit accessible, mais non commun  ses sujets; soit prompt
et patient  donner audience; coute tout, juge de tout sans passion et
soit considr  faire ses rponses, et jamais n'offense personne de
fait, et ne rebute de parole fcheuse ceux mmement que la nature des
affaires contraindra de parler  lui, ains les coute paisiblement, ne
permettant qu'ils se retirent de devant sa prsence sans en recevoir
quelque contentement, afin que toute l'obligation et le bon en demeure
 lui seul, et le mcontentement, s'il en chet aprs, retombe sur le
dos de ceux qui feront ses affaires, croyant qu'il n'y a moucheron qui
ne porte son ombre, ne si petit chat qui ne porte sa griffe; et qu'il
ne se voit rien au monde de si ferme ne si bien tabli qui ne puisse
tre endommag ou recevoir atteinte par chose plus dbile; et que par
un dpit ou une indignit, aucunes fois, selon l'occasion,

    _Un sujet courageux peut dtruire un empire_.

Qu'il soit propre, non excessif en sa vture, et laisse aux femmes
ces curiosits; la sienne principale soit l'ornement de son me, la
prfrant aux parures du corps. En usera de mme au manger et au
boire, s'accoutumant  tout, mais sans participer aux dissolutions de
ceux qui en font ordinaire. Qu'il fasse rglement en sa maison une
honorable et splendide dpense, et soit toujours accompagn d'une
troupe choisie et magnifique suite. Bref, qu'il compose tellement sa
parole, son port, sa contenance, ses gestes et ses pas, et ses autres
actions, que sa nave et naturelle majest n'en puisse jamais recevoir
aucune fltrissure; car elle est trs-puissante et ncessaire, autant
ou presque plus que la vertu, pour le chef d'un empire. Qu'il soit
libral; la libralit est vertu propre pour un roi; elle consiste en
une lgitime dispensation des rcompenses et bienfaits envers ceux qui
les ont mrits par services louables faits  l'tat ou  sa personne.
C'est l'tai et l'appui d'une juste domination; que notre Prince en
use  la proportion de ses commodits, selon les hommes et le temps,
avec jugement et mesure, de peur que par l'excs et la profusion, la
libralit ne s'puise d'elle-mme, et la source en tarisse, et soit
contraint aprs, pour y fournir, de recourir aux moyens illicites.
Par les mains de cette vertu, le prince garde et retient ceux qui
l'aiment, remet en voie les dvoys et range aucunes fois les plus
fiers ennemis. Et pour autant qu'il n'y a rien aux actions des hommes
de plus brutal et odieux envers Dieu, que de les voir prostituer comme
en dpit de la raison, et se donner en proie  l'apptit des sens,
aux plaisirs de la chair, que notre jeune Prince, pour viter leurs
douceurs trompeuses, suive la chastet, comme l'une des tutrices de la
sant du corps, et l'un des contrepoisons des souillures de l'me; et
d'un mme temps ramne la colre et la dompte du tout; ou se garde du
moins que cette passion ne le transporte et le porte au pch. Qu'il
ne la couve point, ains plutt la fasse parotre, pource que la colre
retenue et cache se forme en haine, et cette haine avec le temps en
desir de vengeance, et ce desir enfin se convertit en cruaut. Et si
d'aventure vous remarquez en lui tant soit peu d'inclination  cette
humeur soudaine, il y faudra soigneusement veiller,  ce que par une
habitude continue, sous la douceur de vos enseignemens, il se rende
le matre de cette passion, de consquence trs-dangereuse quand elle
trouve place dedans l'me d'un roi, qui peut tout ce qu'il veut. Ne le
rudoyez point; il penche plus  la mansutude qui procde du sang, que
vous embraseriez, et ce faisant par succession de temps se corromproit
tout ce qui est en lui de bont naturelle. Roidissez continuellement
contre un homme colre, vous en ferez un furieux. Que si ce Prince
chappe aucunes fois, gauchissez souplement  ses promptitudes, les
arrtant par une vive et gracieuse rprhension qui lui puisse donner
une apprhension honteuse de la faute commise, ou que ce soit par les
exemples des actions d'autrui, par les raisons ou par autres dtours;
mais principalement comme en ses autres imperfections, par le respect
et la crainte du Roi, disposant doucement toutes ses volonts par le
point du devoir et de l'honneur,  faire joug dessous la rvrence de
ce nom seul. Ainsi vous le rendrez  soi, vous le rendrez  la raison,
et  telle crance que vous voudrez qu'il ait, qui sera celle-ci:
Qu'un prince doit avoir touche franche dessus le vice, et ses actions
toutes frappes au coin de la vertu, et qu'en ceux de cette qualit,
il n'y a vice ne dfaut aucun qui soit indiffrent. Car les vices d'un
prince sont plus  craindre que ne sont pas les ennemis naturels de
l'tat; ceux-ici peuvent tre vaincus et dconfis entirement en un
jour de bataille, les autres non, qui font ferme et demeurent en pied
aussi longtemps comme le prince en la lumire de la vie. Les ennemis
ne font qu'effleurer la campagne, mais les vices du prince, c'est en
camp clos une arme invincible, qui perd et qui corrompt les bonnes
moeurs, sape et dtruit les lois, et  la fin renverse de fond en
comble et l'tat et le prince. Pour faire tout ceci, il est besoin
d'avoir un magnanime et gnreux courage, recommandable en tout, mais
non moins estim  subjuguer les sales et vicieuses passions qu'
vaincre et  surmonter les traverses du monde. Or cette magnanimit
est convenable  tout homme, pour abaiss qu'il soit de sa condition,
mais du tout  un prince, et paroissant plus  clair haut leve sur
un trne royal, au milieu d'une Cour, o plus elle se trouve rare,
plus elle est admirable. Que notre Prince donc, qui la tient de sa
nature, ne s'en relche point, pour s'empcher de fondre dedans le
calme de ses prosprits, et de couler  fond durant les tourbillons
de ses mauvaises fortunes, et pouvoir essarter tout d'une main les
superfluits, jusques aux moindres, qui tiendront  son me, s'il aime
Dieu, l'honneur du monde et la conservation d'une honorable renomme,
l'unique but des actions d'un prince, pour la garder sans tache durant
sa vie, et la laisser aprs en hritage  ses enfans, et en exemple
aux princes  venir, par les labeurs de quelques-uns qui auront prins
la peine d'enregistrer ses plus beaux faits pour les donner avec leur
nom  la postrit. Tels instrumens ne lui dfaudront pas lorsqu'il
les aimera, donnant honnte rcompense au mrite de leur vertu; et ce
faisant, n'aura que faire de souhaiter comme Alexandre; pour un Homre
il en trouvera cent qui sacreront son nom, son los et sa rputation 
l'immortalit.

SOUVR. Il est certain que les princes doivent aimer donner du bien et
de l'honneur aux hommes qui font profession des Lettres, lesquels par
leur docte industrie rendent la vie  leur vertu, qui mourroit avec eux
ensevelie au fond d'une ternelle spulture. N'ajouterez vous rien de
plus  ces derniers propos?

L'AUTEUR. Non, Monsieur, en voil pour ce coup la dernire des fleurs
de lys dont nous avons sem le champ de son manteau royal, et en cet
quipage il nous le faut instruire et le rendre capable de pouvoir
dignement  l'avenir tenir le trne de ses pres, lui mettant en la
main le gouvernail pour lui apprendre  conduire l'empire. Or c'est
ici qu'il aura bon besoin de se laisser entirement guider sous la
boussole de la Prudence, dont nous avons parl, il y a quelques
jours, comme tant trs-utile  tout homme aux actions prives, et du
tout ncessaire  celui-l qui tient en chef le timon des affaires
publiques, ayant  emprunter de cette vertu la connoissance des
dtours et des voies par o l'on peut avec dextrit venir  bout ou
se garder de quelque dessein impossible  la force, et  faire comme
le bon pilote qui prend le vent de rumb en rumb pour entrer srement
dedans le port, n'ayant pu l'entreprendre par la plus courte route,
sans danger du naufrage. Mais d'autant qu'il est malais de donner des
prceptes et des rgles particulires pour acqurir cette vertu, et
qu'un chacun s'en doit faire, prinses sur la nature de la diversit
des circonstances de tout cela qui peut tomber aux actions humaines
par l'exprience d'autrui, ou par la sienne propre; et par ainsi
tant trs-difficile qu'un prince souverain puisse tre de soi-mme,
et par les seules forces de son entendement, assez capable de manier
les affaires de son tat, comme il seroit  souhaiter tant pour le
repos de son esprit que le bien de son peuple, il sera ncessaire de
mettre de bonne heure auprs du ntre des personnages de probit et
suffisance reconnue qui en aient le soin, les uns pour le conseil et
pour l'instruire aux affaires, et les autres pour le service et la
conservation d'une si chre tte, et tous ensemble si gens de bien,
qu'il ne se perde pour en tre autrement, aucune chose en lui de
cette bonne et sainte nourriture qu'il a prinse jusques ici. Vous y
tes dj pour la personne, avec autorit de commander en sa maison et
en sa chambre; il vous faut un second en sa garderobe qui soit homme
de qualit, d'ge et de prudhommie, car c'est par ces deux portes que
le vice ordinairement fait son entre, puis dans les cabinets, et de
l glisse son poison dessous les feuilles du plaisir dedans l'me des
jeunes princes, quand ceux qui en portent les cls n'y font pas bonne
garde.

SOUVR. Nous voil maintenant sur un sujet de trs-grande importance
pour l'honneur et le bien de notre petit Prince; mais nous entretenant,
allons vers le jardin pour y apprendre des nouvelles du Roi. Plt-il
 Dieu avoir pu reconnotre quelle en seroit sa volont sur cette
lection; nous serions hors de peine, n'ayant plus qu' la suivre. Il
n'y mettra rien en oubli, tant pre qui aime si chrement ce fils, et
roi si plein d'expriences qu'il ne s'en trouve aucun vivant, ni entre
ceux qui ont vcu, un autre de pareil, qui ait comme lui acquis une
plus grande connoissance en tout ce qui se peut des affaires du monde,
pour avoir, ds ses plus tendres ans, si souvent prouv et combattu
si vertueusement les inconstances de la fortune. Ce n'est pas une
chose des plus aises  un prince de bien savoir faire le choix de ses
serviteurs, et de juger  quels usages ils peuvent tre propres; il y
faut du jugement, de la prudence et de la dextrit, sa rputation, 
mon avis, tant beaucoup intresse en la bonne ou mauvaise lection
d'iceux. Et pource je desirerois de faire remarquer au ntre quelques
indices pour n'y tre point abus, mais principalement certaines
marques pour lui apprendre  reconnotre les flatteurs dessous le
masque d'affection; estimant que la flatterie entrane avec soi toutes
les autres qualits de mauvais serviteurs, et qu'il n'y a aucune sorte
d'infection ne de peste plus dangereuse autour des princes comme
l'haleine de telles gens, suffisante de perdre et de corrompre les
meilleurs, les plus sains et plus fermes, et bien souvent de renverser,
rez pied rez terre, et eux et leurs empires.

L'AUTEUR. Il est certain qu'en cette lection il y va de l'honneur et
du bien, voire j'ajouterai de la vie du prince, qui sont en sret
entre les mains et en la confiance d'un serviteur fidle, aimant son
matre de tout son coeur, sans dissimulation, et sans avoir en sa
pense aucun dessein  son propre avantage. Vous avez bien jug de
l'humeur des flatteurs et des effets de la flatterie, marque assure
d'un bas et lche coeur en ceux qui la recueillent avec plaisir et s'y
laissent piper, autant et possible plus qu'aux autres qui en usent
seulement  dessein de faire leurs affaires. Ce sont ces vermisseaux
qui ne s'attachent qu'aux bois plus tendres et dlicats, c'est--dire
 ceux-l qui sont de plus facile et meilleure nature, comme elle est
plus communment aux premires annes de la jeunesse, qui se laisse
ronger facilement et perdre sans remde par cette vermoulure, si de
bonne heure l'on ne s'en donne garde, tant trs-difficile  dcouvrir,
d'autant que cette vermine porte cache dessous le voile d'amiti
l'amorce venimeuse dont elle fait la prinse de ceux qu'elle pourchasse;
puis en ce qu'il n'est rien tant naturel  l'homme que l'amour de
soi-mme, qui lui aveugle le plus souvent de telle sorte les lumires
du jugement, qu'il ne voit non plus qu'une taupe en plein midi dans ses
plus lourdes actions, et se flatte plus que nul autre dedans l'impur de
ses propres fautes. C'est l'une des plus grives maladies qui puisse
saisir l'entendement humain, qui cependant qu'elle lui dure, ne voit
rien qu' travers le verre de ses fausses illusions, et peu  peu le
fait glisser dedans les piges de la prsomption, meurtrire passion
de la vertu et des ides vertueuses. Mais s'il y a quelque moyen pour
dcouvrir l'hypocrisie de ces galants, en voici quelques uns entre
plusieurs des plus communs,  mon avis indubitables. Vous les verrez en
gnral souplir comme couleuvres et complaire en toutes faons, couler
toujours sans rsistance aucune de fait ne de parole, et surpasser
aucunes fois les vrais amis et plus fidles serviteurs, en soin, en
diligence, et en tout autre tmoignage qui se peut rendre d'une sincre
affection. Ayant connu qu'il n'y a rien entre les hommes qui les oblige
plus troitement que de se voir aims et voir aimer pareillement les
mmes choses qui leur sont agrables, et par ainsi faisant le guet
assiduellement, comme des chiens couchans pour prendre le gibier, et
reconnotre les dfauts de la place sur laquelle ils ont fait dessein,
jugeant que la complaisance est la seule machine propre pour s'en
faire les matres. Ils s'tudient  imiter entirement, et  tromper
en imitant les moeurs, les complexions et les faons de faire, et tous
les exercices o ils s'apercevront que le prince prendra plaisir. S'il
est voluptueux, ils seront des Sardanapales; s'il est d'humeur colre,
ils seront furieux; s'il est mlancolique, ce seront des Timons; s'il
contrefait le borgne, ils se feront aveugles; s'il a la goutte au bout
du doigt, ils feindront de l'avoir noue par toutes les jointures;
si les Lettres lui plaisent, ils auront toujours en parade un livre
pendant  leur ceinture; et s'il se plat  la chasse du fauve ou de
la bte noire, ils porteront dedans leur sein les meutes  douzaines
et, sans partir d'un cabinet, avaleront les forts toutes crues. Ces
gens ici, gens sans honneur, qui n'ont non plus de honte qu'ils ont
de conscience, pleins d'artifices dissimuls et doubles, on les verra
railler, mentir effrontment, mdire, bouffonner et tirer de leur
forge des petits contes pour lui donner  rire, frappant aucunes fois
sur leurs intimes amis et sur eux-mmes, plutt que de n'avoir aucune
chose  lui dire, ne tchant qu' complaire  quel prix que ce soit;
faire parfois de bons offices en public pour tre crus, et assommer
aprs, comme on dit, dessous la chemine; dire du bien pour avoir loi
de nuire, ne parlant qu' demi; tous variables  dessein en leurs
opinions, donnant au noir la blancheur de la neige,  la blancheur la
noirceur de l'bne, et rprouvant, selon l'occasion, ce qu'ils auront
auparavant lou, puis exaltant jusques au neuvime ciel les mmes
choses qu'ils auront rprouves et ravales jusques au centre de la
terre; et, comme vrais coqs de clocher, vous les verrez pirouetter au
gr du vent des volonts du prince, ou, naturels camlons, prendre
le teint, quand bon leur semble, de toute sorte de couleurs si ce
n'est de la blanche, figure de la probit. Ils sont mouvans, actifs
et assidus, et vont chauffant la ceinture  chacun, s'entremlent de
tout. Ils savent faire tout, ils sont tout, ils font tout, et devant
lui les bons valets, faisant valoir impudemment des services non faits
ou  faire, en parole, se prsentant souventes fois sans respect et
sans sujet  des imaginaires, jusques  souffler sur le manteau, ou le
poil ou la plume qu'ils n'y auront point vue. Jamais tant serviables,
voire invincibles, que aux choses dshonntes, ne moins qu'aux
vertueuses; car s'il se parle de porter le poulet, ils lancent la
main tout les premiers pour en faire l'office; si d'envoyer quelqu'un
avancer le piquet, ces vaillans  dessein planent muets et coulent
doucement, se retirant commes limaces sous la vote de leurs coquilles;
ne s'attachent jamais qu' la partie la plus brute de l'homme, ne
chatouillant que les gales de son me, afin de l'loigner tant qu'ils
pourront hors des voies de la raison, pour y planter au lieu une humeur
fainante, mollasse et sans saveur. Boivent souvent sans honte les
affronts qu'ils reoivent de leur effronterie, mais, sans dmordre
leur dessein, suivent toujours de mme leur premire brise, disant
qu'il n'y a qu'eux qui gouvernent la Cour, qui gouvernent le roi.
Entre leurs artifices plus dlis et le charme de la louange dont ils
abusent trangement, nommant monarque le prince qui n'aura que trois
pouces de terre, celui du nom d'Hercule lequel sera sans courage, et du
nom d'Adonis un plus difforme que Thersite; et par la force d'icelui
voit-on aucunes fois, comme se dfiant de leur juste valeur, s'ivrer
et s'endormir les coeurs plus gnreux au rcit de leurs vaillantises,
souffrant mme avec plaisir d'avoir les oreilles grattes de choses
controuves en leur honneur, tant ils ont agrable la mlodie de ces
cautes sirnes, et d'avaler si doucement le breuvage de cette Circ
qui les transforme insensiblement, et rend semblables  la fin aux
compagnons d'Ulysse. Mais le pire de tous est celui qui se plat 
les aimer et  se flatter soi-mme; il n'y a plus alors d'espoir de
gurison pour cette maladie si familire, et comme naturelle  l'esprit
des plus grands, lesquels ayant mis une fois cette foiblesse en vue de
chacun n'ont jamais faute de ces amis de pltre qui accourent  eux de
toutes parts, et les rendent semblables  la fin  la chouette mise
sur la tonnelle, au milieu d'une plaine, environne d'oiseaux de toute
espce, lesquels dessous la douce feinte de leur jargon, gazouillent
et se moquent de son aveuglement et de sa turpitude. Voil ce peu
d'observations qui s'est pour cette fois reprsent  ma mmoire,
touchant cette sorte de faux visages qui, par le grand malheur des
princes et des rois, font leur repaire coutumier au milieu de leurs
Cours, dans leurs conseils, dans leurs palais, dedans leurs chambres,
dedans leurs cabinets, o, en toute saison, elles trouvent de quoi 
faire proie de tout ge; tant ainsi trs-mal ais que leurs enfans y
puissent recevoir telle instruction comme il la faut jusques  l'ge
de jugement, ni possible plus outre, sans ressentir en quelque sorte
l'infection de ces oiseaux de mauvais augure, contre laquelle il ne se
trouve qu'un seul moyen pour prvenir cette contagion.

SOUVR. Par ce que vous m'en avez dit, au pied je reconnois la bte;
mais je vous prie, dcouvrez moi cet antidote pour prserver notre
Dauphin de ce poison si artificieusement dguis.

L'AUTEUR. C'est cettui-ci, dont la proprit fut jadis rvle par
l'oracle, compris en ces trois mots:

    _Connois-toi toi-mme._

SOUVR. Comment en faut-il user?

L'AUTEUR. Quand il entendra quelqu'un louer son nom, admirer ses
vertus, magnifier toutes ses actions, le nommant prince juste, clment,
fidle, libral, courageux, courtois, doux, et galant entre les
dames, et l'honorant de telles ou de pareilles qualits vertueuses,
qu'il entre en soi-mme pour y faire une vive recherche de la vrit,
prouvant ces paroles sur la pierre de touche du jugement intrieur,
qui ne peut s'abuser, pour reconnotre si elles sont de bon ou de
mauvais aloi, et considre  froid s'il ressent en son me du repentir
ou de la honte de n'tre rien moins que cela, la connoissant au
contraire souille d'iniquit, de cruaut, d'infidlit, de sordide
avarice, de brlante colre, pleine de peur, de lchet, et tout--fait
pourrie de passions honteuses et vilaines de la chair; et croie alors
que ce sont des flatteurs insignes qui se moquent de lui  ses dpens,
de ceux de son honneur et de sa conscience. Mais si par son malheur il
nglige de faire cette recherche et en mprise la procdure; s'il prend
plaisir  recevoir pour bons ces faux titres et qualits menteuses,
et si la honte divulgue de son erreur ne le ramne point, ains lui
sert d'un aiguillon plutt que d'une bride, fasse le fin tant qu'il
voudra, le mal est sans remde et son tat en voie de ruine. Or ce sera
de votre soin, Monsieur,  prvenir en lui par une bonne nourriture
tous ces dfauts et les malheurs qui les suivroient de prs. Je veux
esprer pourtant de la grce de Dieu, que ce jeune Prince, durant sa
vie, produira et des fleurs et des fruits par ses entires et saintes
actions qui ne dmentiront aucunement la nature de ce bon plant que
vous aurez ent dessus les sauvageons des premires annes de son ge.

SOUVR. Je le desire et l'espre, et de le voir ainsi quand il sera,
comme vous l'avez dit, instruit en la pit, aux bonnes moeurs et  la
doctrine, y ayant ajout ce qui lui touche de savoir pour se rendre
capable de gouverner dignement un royaume. Mais il est tard, et, ce
sujet de long discours, je suis d'avis de le remettre  demain et que
ce soit au portique de Neptune. Voil aussi le Roi qui se retire par
le jardin, et j'ai  parler  Sa Majest avant son dner. Adieu, il me
faut un peu hter le pas.

L'AUTEUR. Bonjour, Monsieur, je ne faudrai  m'y trouver de bon matin.


Cinquime matine.

A peine il toit jour lorsque je m'veillai, touch de crainte de
faillir  M. de Souvr, et m'tant lev soudain, je m'achemine vers le
portique de Neptune, o je le trouve ne faisant que d'y arriver. Puis,
aprs quelques propos communs, nous promenant, il parla en cette sorte:

SOUVR. Quand je viens  considrer en combien de faons nous sommes
obligs  reconnotre les assistances de la bont de Dieu, celle
qui me touche plus vivement au coeur, comme la principale, c'est la
miraculeuse conservation de la personne du Roi, ayant, depuis l'heure
de sa naissance jusques  celle-ci, prins un soin particulier de
conserver sa vie aboye de toutes parts, contre laquelle on a tant
conspir de fois, et depuis et devant que lui avoir t de dessus
de son chef la couronne d'pines pour y poser une couronne d'or,
lorsqu'il se portoit jusques au centre des prils pour l'assurer  son
prdcesseur, a fait cesser les perscutions ouvertes et caches, dont
le cours de sa vie avoit t suivi sans intermission. Comme fauteur
du droit et protecteur des rois, il a bni ses travaux et ses armes,
en ayant reconquis l'hritage de ses anctres, et par icelles rendu
la paix universelle  ses sujets, domptant ses ennemis tant dedans
que dehors le corps de son royaume, et  la fin pour le comble de ses
faveurs et bndictions, il lui a donn un fils, et un tel fils si 
propos, qu'il semble avoir voulu combler en sa personne sa vieillesse
de joie et de consolation, et arrter en lui pour jamais son repos et
celui de son peuple. En somme, il ne se voit, en tout le cours de cette
vie, que des miracles faits pour le garder et le conduire de sa main
sur ce trne royal qui lui toit dbattu, mais d par les droits de
nature et les lois de l'tat. Or maintenant, encore qu'il travaille,
comme l'on voit, avec tant de soucis au rtablissement de toutes
choses, que la longueur et l'opinitret des discordes civiles avoient
rduites en une trange confusion, il ne faut point douter qu'il ne
pense souvent  la nourriture de son Dauphin, et ne desire comme pre
de le rendre (s'il est possible) accompli comme il est, et comme Roi
d'emporter un jour au ciel l'troite obligation de ses pauvres sujets,
pour les avoir tirs  bord et sauvs du naufrage, avoir tabli leur
repos, et leur avoir enfin laiss, comme il fera, un Roi de sa faon.
Mais pour revenir  nos discours des jours prcdens, je reprendrai le
fil de votre projet, que j'approuve fort; car vous l'avez prins par le
bon bout, disant que la premire sagesse en l'homme c'est de connotre,
aimer et craindre Dieu, pour le servir aprs selon sa volont, et
qu'il faut de bonne heure vivement imprimer cette doctrine en l'esprit
de ce jeune Prince, comme la seule qui produit les vertus, rgle nos
moeurs et nos actions, et engendre la paix et la tranquillit en l'me
de chacun, et celle qui guide nos pas et nous ouvre la porte  la vie
ternelle; qui apprend aux rois  reconnotre les foiblesses humaines,
et Dieu pour souverain sur eux; que c'est lui qui, de pure grce, donne
les sceptres et les retire quand il lui plat, les affermit entre
les mains de ceux qui, avouant cette grce de lui, vivent en gens de
bien et gouvernent leurs peuples en douceur et justice; et comme il
les arrache du poing  ceux qui, par ingratitude la mettant en oubli,
abusent merveilleusement d'une charge divine; et disant qu'il pourra,
sous la clart de ce fanal, cueillir facilement les bonnes moeurs et
vertus hroques, et conduire ses actions en telle sorte qu'il passera
heureusement ses jours, aim, estim et honor de chacun. Puis en ce
que vous proposez qu'il doit savoir les Lettres, sur la connoissance
que vous avez de la porte de son esprit, de l'ordre qu'il y faut
tenir, et du temps qu'il est ncessaire d'y employer; encore,  mon
avis, que le plus grand savoir d'un roi et prince souverain soit
d'tre docte aux bonnes moeurs, aux affaires du monde, et surtout 
ceux de son tat, je le trouve toutes fois bon, sachant combien les
Lettres fournissent de lumires  notre entendement, s'il se rencontre
ferme. Et puis il faut qu'un roi sache de tout, soit excellent par
dessus tous, puisqu'il doit commander  tous. Et enfin le voulant
faire commencer  connotre les affaires  l'ge de douze ans, je
l'estime  propos, et crois qu'en cela vous avez prins ce qui en est
de l'intention du Roi; car, si je ne m'abuse, il voudra lors qu'il
fasse sous lui son apprentissage, et  la vrit il ne sauroit trouver
un meilleur matre, l'tant devenu  ses propres dpens, et de quelle
faon, tout le monde le sait; mais je vous prie de renouer ici le fil
de cette instruction.

L'AUTEUR. Monsieur, le sujet est maintenant tout autre, surpassant
ma capacit et mon exprience. Toutes fois puisqu'il vous plat de
m'engager  cette suite, j'en prendrai le hasard sous votre garantie.
Or donc, prsupposant Monseigneur le Dauphin instruit  la vertu
par votre diligence, dou de qualits requises  un Prince de sa
condition, pour devenir en peu de temps capable de comprendre et de
conduire les affaires de l'tat, il me semble qu'il faut en premier
lieu lui apprendre  connotre en masse quelle est la composition et la
situation de ce royaume, et puis, par le menu, en toutes ses parties,
et comme ce grand corps est compos de nombre de provinces, et ces
provinces de plusieurs grandes villes et superbes cits, d'infinis
bourgs, villages et chteaux: qu'il sache quelles sont leurs forces
et foiblesses, leurs formes d'tablissement, quelles leurs lois et
leurs coutumes, quelles sont leurs commodits ou incommodits; mais
surtout quelles en sont les humeurs des hommes qui habitent toutes ces
places, premire connoissance du prince n ou appel pour commander en
souverain, qu'il ne doit divulguer, ains la garder du tout  soi et
pour ses confidens, comme l'un des plus grands secrets de l'empire.
C'est une connoissance que le Roi s'est tellement acquise par un long
temps, et tant d'expriences qu'il ne la peut mieux recevoir que de
lui, qui le dlivrera, en ce faisant, d'une peine excessive et d'un
grand emploi de temps, l'apprenant de sa propre bouche en moins de
demie heure. Aprs, avec le temps, l'ge et l'usage, il apprendra
lui-mme  pntrer en gnral le naturel des hommes, et en particulier
les inclinations que ses sujets tiendront de la nature, selon les
rgions o ils ont prins naissance, ou lieux de leur demeure, et selon
la diversit de leur condition, ducation et manire de vie en leur
vivre ordinaire; les rois et princes souverains ne pouvant donner
loi qu'avec incertitude, sans cette connoissance, aux nations qu'ils
ont  commander, imitant lors les sages cuyers qui reconnoissent
premirement la bouche du cheval, pour lui donner aprs une embouchure
propre  le conduire et manier selon leur volont. Mais cependant
que l'on lui donne  connotre la nature du peuple, ses changemens,
ses ingalits et mouvemens divers, par o ce Prince puisse juger de
l'instabilit des dominations, tant fondes sur la mobilit d'un
sujet si bizarre, et apprendre que toutes prennent fin, mais plus tt
ou plus tard, selon les bons ou les mauvais moyens, les forts ou les
foibles liens que chaque prince emploie pour tablir et maintenir sa
souverainet; et que cet tablissement et conservation dpend de la
prudence, du bon entendement et de l'exprience du prince souverain,
pour savoir retenir  l'ancre du devoir l'inconstance de ce vaisseau
par les cbles de bonnes lois divines et humaines, et former son
autorit par la bonne opinion dont il rendra aimable sa personne,
admirable par sa vertu, et redoutable par la rputation et la propre
puissance de son tat, non-seulement  ses sujets, mais envers
les peuples voisins et nations lointaines; tant certain que sans
l'autorit il n'y a plus de domination.

SOUVR. Que doit-il faire pour tablir et maintenir cette autorit?

L'AUTEUR. Qu' sa premire entre  la conduite souveraine des affaires
publiques, il donne de si louables impressions de soi qu'il en soit
estim digne de gouverner, non un royaume seulement, mais suffisant
de rgir un empire, conservant en premier lieu par les voies de
la douceur l'ancienne et vraie religion, et telle comme Dieu en a
donn jadis la connoissance  nos prdcesseurs, les rois en tant
les conservateurs et protecteurs, comme portant sur eux en terre le
caractre de son image, et sans outrepasser les termes de la protection
qu'il en prenne le soin lui-mme, comme du premier chef des rglemens
de l'tat politique,  ce qu'elle soit maintenue en son entier, tant
celle qui tient en sret la personne du prince, celle qui est le
salut de l'tat, et seule la seule cause de l'union des hommes. Et
pour ce faire, qu'il nomme aux dignits des personnages de sainte vie
et savoir excellent, afin que ceux qui seront sous leur charge vivant
de mme qu'eux, puissent tre nourris continuellement de l'aliment
de vie par leurs saintes admonitions et discours salutaires. Qu'il
plante aprs, de mme main, la main de la Justice, la fille ane de
la loi entre les lois humaines et celle qui fait rgner les rois; sa
serre est forte pour le maintien de cette autorit sur l'assurance du
repos que les peuples y trouvent par la dispense gale qu'ils voient
qu'elle rend du droit d  chacun, et sans aucun gard de qualit,
de grandeur, de richesse, et par icelle les plus grands retenus dans
les bornes des lois, et les petits en sret dans leur franchise,
contre l'injuste oppression d'une injuste puissance. Et comme il est
ordonn de Dieu, souverain magistrat, qu'il ordonne sous lui un nombre
suffisant de personnes connues par leur doctrine et bon sens naturel,
par leur exprience et bonne conscience, aimant et recherchant plutt
la vrit que la subtilit, pour leur donner  faire cette distribution
selon les lois et les coutumes des pays aux controverses dont ils
seront les juges. Qu'il ne les force point au prjudice de l'quit,
ce seroit faire force  soi-mme; rserve lieu  son pouvoir en cas de
crime seulement, pour le donner  sa misricorde, selon la qualit,
la personne et le temps, ne s'loignant que le moins qu'il pourra
des raisons de la loi. Ainsi rendant  Dieu ce qu'il lui doit, puis
 son peuple la conservation o sa charge l'oblige, il ne faut point
douter que Dieu n'ait soin de la sienne, et qu'il n'attire  soi et
n'arrache l'amour, l'affection et la bienveillance du coeur de ses
sujets, l'une des plus fermes attaches pour assurer sa souverainet.
Or notre petit Prince trouvera en ce royaume que la Religion et la
Justice y ont reu un fort solide fondement et ordre merveilleux par
l'ardent zle de pit et charit de nos prdcesseurs. Ce grand nombre
de monastres que l'on y voit, en rendent tmoignage, anciennement
collges par eux fonds pour y nourrir et lever comme des ppinires
des hommes destins pour enseigner la doctrine; puis ces grands
Parlemens, auxquels souvent les trangers ont tant dfr, qu'ils ont
dsir d'tre jugs par eux en leurs affaires plus douteuses, mme en
causes contre nos Rois, les prfrant aux juges de leurs nations; aprs
tant d'autres lieux particuliers, pars dans l'tendue de l'tat, avec
pouvoir infrieur et subalterne pour rendre la justice; et le royaume
resplendissant de la clart de ces deux luminaires, ne plus ne moins
que ceux du ciel lorsqu'ils clairent tout le monde. Mais il est advenu
en ces derniers temps par une juste permission de Dieu, voulant punir
l'iniquit des hommes, que le feu des guerres civiles s'y est allum
 diverses fois, le dvorant par toutes ses parties, et a dur si
longuement que chacun y a vu l'impression d'un horrible dsordre. Nous
avons  louer Dieu de ce que, par sa grce, Sa Majest en a tranch
le cours, y ayant trouv l'eau beaucoup plus propre que le sang, et
s'il lui plat il parachvera, en rduisant peu  peu par les mmes
remdes tant de difformits  leur ancienne forme; si bien que tous ses
peuples auront  l'en remercier, se voyant  leur aise, par son moyen,
manger le pain en paix avec leurs familles, et plein de bienveillance,
obligs a bnir et le pre et le fils qu'elle leur laissera pour les
rgir et conserver, et  lui la jouissance de la douceur des fruits de
ses longues et laborieuses peines. C'est un grand dpt qu'il recevra
du Roi, et si paisible qu'il n'aura lors qu' le contregarder et
faire en sorte que, sans empchement ne trouble aucun, il en demeure
matre et possesseur tout le temps de sa vie, et le puisse remettre
aprs en pareil tat  la postrit que Dieu lui donnera. Et par
ainsi, reconnoissant qu'il n'y a rien  quoi l'homme s'oblige plus
naturellement qu' aimer ceux qui l'aiment, et desquels il reoit ou
attend de l'honneur et du bien, il retiendra l'affection des peuples,
leur faisant ressentir galement les effets de la sienne par un doux
traitement, mais toutes fois sans prjudicier  son autorit, tellement
balanc de douceur et d'austrit, selon le temps et les occasions,
qu'il en puisse tre aim et craint tout  la fois, ou du moins non
ha, tenant pour vritable que leur nature est telle qu'elle ne peut
souffrir la pleine libert ni supporter l'extrme servitude; la fera
parotre d'ailleurs, faisant si bien qu'aucune chose des ncessaires
 la vie, ou pour autre besoin, ne leur dfaille point, l'tendant
mme jusques  celle des honntes plaisirs. Et me semble que les Rois
leurs aeux, excellens politiques, y ont eu quelque gard, ayant
institu par les meilleures villes des exercices, des jeux de prix et
passetemps publics, pour arrter et dtourner leurs mauvaises penses,
en occupant honntement tant de troupes oisives aux jours que le repos
leur est enjoint en leurs vacations, jugeant qu'il est ncessaire,
pour emmieller le joug, de faire jouer les peuples, les amusant comme
petits enfans avec des poupes. Les bienfaits ont un grand pouvoir
pour retenir les hommes, leur naturel n'tant but pour la plupart que
sur l'utilit. Qu'il les oblige aussi par ces liens, bien souvent plus
troits que la force des armes, mais que ce soit selon les qualits,
les conditions et degrs du mrite, afin que cette rcompense rendue
 la vertu serve d'exemple aux autres qui travaillent pour l'acqurir
et pour la mriter par des voies louables; qu'il ne les donne point 
tout chacun, les yeux bouchs, et de prodigue main, ains par mesure;
l'tat renverseroit plutt pied contre mont que de penser en pouvoir
assouvir la faim insatiable d'un nombre de particuliers. Que ses
bienfaits se prennent de l'pargne qu'il fera de ses revenus et non du
bien d'autrui; il feroit plus de mal-contens qu'il n'en contenteroit.
Ne rcompense galement les bons et les mauvais; il n'y a rien de plus
pernicieux en la conduite d'un tat, tant trop raisonnable que ceux
qui sont si diffrens en moeurs le soient pareillement en rcompenses
et en honneurs. Il n'y a point de peine  retenir et conserver les
bons, mais il est impossible de bien garder ou gagner les mchans,
d'autant que la vertu s'oblige de peu et rien ne peut apprivoiser le
vice; et par ainsi ne les dparte au prjudice des gens de bien, ce
seroit faire effort  leur fidlit et leur donner envie de la changer
selon l'occasion, ou par un dsespoir de se prcipiter  faire mal sous
un tel prtexte, croyant qu'en ce faisant et y continuant, il voudroit
encore leur arracher l'esprance. Que le dpartement qui s'en fera soit
fait en telle sorte que ceux qui recevront ses libralits croient
que ce sont effets de ses bonnes grces et non indices de dfiance et
de crainte qu'il ait d'eux; car les mchans au lieu de s'obliger en
deviendroient plus orgueilleux et plus superbes, ou dissimuleroient,
et, jamais satisfaits, se tiendroient en devoir pour la commodit non
par affection. Et, comme prince prudent et avis, pense toujours par
quels moyens il pourra faire natre et conserver des bons desirs aux
coeurs de ses sujets, pour s'en pouvoir servir aprs facilement et
fidlement en toutes ses affaires. Rende donc le peuple content, fasse
du bien  ceux qui le mriteront, aux Grands surtout, leur donnant
des honneurs et des moyens pour les aider  maintenir avec splendeur
leurs rangs et dignits. C'est d'o s'lvent les matres vents qui
meuvent les temptes sur le calme de cette mer par leurs souffles
contraires, qui portent et perdent le prince et son tat sur les bancs
de la haine et du mpris. Or, des causes les plus puissantes de la
haine des peuples qui les piquotent jour et nuit pour les porter 
la vengeance contre leurs souverains, c'est la cruaut, quand ils
les voient, comme loups acharns, prendre plaisir par trop souvent 
rpandre le sang, et possible innocent, sans distinction d'ge, de
qualit, de mrite, de crime, par des assassinats, par des supplices
nouveaux et peines recherches. Puis l'extrme avarice, germaine de la
cruaut, qui fait har mortellement le prince, s'il advient que la faim
et dsir de l'argent ait si fort envelopp son me, qu'il n'ait pour
tout dessein en sa pense que d'attirer sans cesse et sans ncessit
et sans sujet celui de ses sujets c'est--dire sucer impitoyablement
l'me et le sang du peuple, auquel ter ainsi l'argent et arracher
la vie est une mme chose. C'est d'o prennent leur origine les
perfidies et trahisons, les hommes se persuadant qu'il n'est que d'en
avoir  l'exemple du prince. Mais ainsi que la haine donne l'envie
de se venger et s'accrot peu  peu, retenue  couvert par la seule
crainte, le mpris plus puissant donne la hardiesse de l'entreprendre
et de l'excuter licentieusement et tout--coup, sans y apprhender
ne du danger ne de l'empchement, et lorsque les sujets reconnoissent
le prince se porter envers eux trop mollement et par fainantise
mettre du tout entre les mains d'un serviteur particulier les nerfs
de son autorit, ne demeurant souverain que de nom; ou pour ne tenir
compte de chtier les crimes punissables, commis contre l'tat ou les
particuliers, non pas mme les desseins faits contre sa personne; ou
s'ils le voyent d'esprit pesant, de peu d'entendement, d'humeur muable
et de lgre foi, changeant  tout moment et  tout vent, et qu'il
se sente importun de donner audience, non-seulement aux affaires
communes, ains s'en passer lgrement  celles d'importance, n'ayant
souci pour tout que du prsent et de couler tout doucement sa vie; et
si par un malheur ou par sa propre faute, ce prince tombe en mauvaise
fortune, il leur vient  mpris, les hommes ordinairement ne courant
qu' la bonne; s'il manque aussi d'enfans, les fermes bouleverts de la
domination; s'il a mauvaise grce en son parler et en sa contenance, et
ses actions vulgaires; s'il est fort vieil, us, cass et maladif ou
pour autres causes, mprisent sa personne et dbauchent leurs volonts
pour les soumettre  la puissance d'un autre souverain; mais ses moeurs
dpraves par les volupts, forment le comble de ce mpris, lors mme
qu'elles y fondent si avant qu'il en oublie Dieu, sa conscience et
toutes ses affaires. Je veux croire toutesfois que notre petit Prince
s'chappera facilement de ce naufrage, tant du tout port de sa nature
 la mansutude, et produisant dj des tmoignages videns d'un bon et
fort entendement, si bien que vous n'aurez qu' le conduire doucement
sur cette inclination, entretenant en lui ce que vous y trouverez de
bont naturelle, qui se pourroit par nonchalance diminuer ou perdre,
lui apprenant  cet effet qu'il n'y a rien tant loign du naturel de
l'homme et du devoir d'un roi que d'aimer le carnage; que c'est le
propre des lions, des tigres et des ours, et des btes plus cruelles.
Qu'il y consente rarement et le plus tard qu'il pourra, lors seulement
que pour l'exemple il en sera besoin ou y sera forc par l'urgente
ncessit du salut de la rpublique. Quand il fera punir quelqu'un,
que ce soit sans colre, sans desir de vengeance, ni autre passion
qui lui puisse donner du repentir, considrant que ses sujets ce sont
ses propres membres. Qu'il ne s'en jouisse point et ne s'en moque
point, la moindre contenance galeroit les plus sauvages brutalits.
Que les punitions se fassent selon les qualits des crimes et faons
ordinaires des pays, et qu'elles soient gales contre ceux qui seront
jugs galement coupables; si ce n'est que pour en faire autrement il
y et quelque notable circonstance de l'ge, ou que dans le forfait
il se trouvt quelqu'un envelopp qui ft de noble sang ou de maison
illustre, car il faut lors ou pardonner, ou modrer, ou diversifier la
peine. Qu'il n'ordonne des peines et formes de supplices et jamais ne
les voie excuter; ce seroient des indices de passion s'il ne donnoit
la grce  l'heure mme, due au criminel  la face du prince. Quand
il faudra faire sentir du mal et chtier quelqu'un, laissera cette
charge  ses officiers, mais retiendra pour lui tout seul celle des
grces, des rcompenses et des bienfaits. Qu'il ne laisse accrocher
son me  la racine de l'avarice, et veillez y soigneusement; de son
attouchement elle ternit le lustre des plus belles vertus et nobles
actions, celles des princes mmement avant qu'elles soient nes.
Entre les maux dont elle est si fertile, c'est elle qui produit ces
dangereuses plantes d'exactions et de nouvelles inventions, lesquelles
 la longue schant les pauvres peuples dessus le pied, les portent 
la haine, et de la haine au dsespoir, du dsespoir  la rbellion.
Il est vrai toutesfois que le repos des nations et des tats ne
pouvant subsister sans l'aide des finances, le commun instrument des
affaires des hommes, c'est du devoir des peuples  les contribuer et
 souffrir que la rcolte s'en fasse dessus eux, par le commandement
et sous l'aveu du prince souverain, qui doit aussi les imposer et
faire recueillir  la mesure de leurs commodits, sans violence et
sans dguisement; l'un seroit marque de cruaut et l'autre d'avarice.
Qu'il tonde le troupeau sans l'corcher, s'il veut que la toison
revienne; que ses tributs soient modrs, assis galement, et demands
 une seule fois, non imposs sur un fond dshonnte; se tienne aux
anciens, vite les nouveaux, et de nom et d'effet, autant comme il
pourra, et que la seule ncessit des affaires publiques lui en fasse
la loi. Si elle est si grande qu'elle le force, pour le salut commun,
d'avoir recours aux nouveauts et moyens extraordinaires, ayant fait
reconnotre, non par prtextes dguiss, ains par causes notoires, le
pril de l'tat, c'est aux peuples alors  les donner  double main,
au prince  les contraindre quand ils refuseront, sans en venir, s'il
est possible,  cette extrmit de saisir le troupeau, ne le boeuf,
ne la vache, ne d'enlever le couvert des maisons, ne se prendre aux
personnes pour leur faire pouser l'effroi d'une triste prison, ou
faire souffrir quelque peine. Il choisira des gens de bien pour les
lever et recueillir, et pour les mettre aprs en son pargne, sous la
clef de personnes fidles; et que ce soit un rservoir pour subvenir
aux soudaines meutes et aux affaires de l'tat; les dpense  propos
et les mnage mieux que si c'toit son bien particulier, se rendant
libral tant seulement du sien, mais chiche de celui de la rpublique.
Ainsi faisant il btira un autre trsor dans le coeur de ses sujets,
qui ne tarira point, et se verra par ces moyens extrmement puissant,
pour autant que le prince qui a leur coeur est assur d'en avoir  sa
discrtion la bourse. Or, si la haine peut branler l'autorit d'un
prince souverain, et le mpris a la force de le dtruire entirement,
il doit bander continuellement les nerfs de son entendement  ce qu'il
ne parte de lui aucune chose qui puisse donner prise  cet indubitable
bouleverseur d'tats. Et par ainsi qu'il se rende svre et doux en sa
faon de commander, penchant  la svrit lors mme que les peuples
raviss ou ramens  leur devoir se ressentent encore de la licence
prinse durant le cours de leurs dbordemens, faisant tat que pour ne
vivre en crainte il leur en faut donner ou plus ou moins, en quel temps
que ce soit, donnant ou ramenant la bride selon les circonstances et
les diverses occasions, sans toutefois l'abandonner jamais pour la
fier du tout ou  un seul ou  plusieurs. Qu'il rgne seul, et seul,
avec leurs avis, rsolve ses affaires, tenant en main la balance et
l'pe pour rendre la justice et se faire obir et reconnotre seul
et le matre et le Roi. Donne les charges d'importance auprs de sa
personne aux plus fidles, aux plus capables et anciens serviteurs, et
celles de l'tat aux Grands qui les mriteront, ne les attachant point
comme hritages  la personne, mais  la vertu seule. Qu'il n'en rende
vnale aucune que ce soit; il ne seroit jamais en sret, ses ennemis
pouvant, sur cette planche d'or, trouver entre dans les entrailles de
son tat, voire jusques au fond des lieux les plus privs o il fait
sa demeure. Prte l'oreille favorable aux remontrances de ses sujets
en gnral ou en particulier, comme ses propres affaires, l'ayant
toujours tendue pour celles de l'tat. Soit ferme en ses commandemens,
et ne change lgrement les lois et les coutumes; tant des lois
de mme que des arbres, lesquels pour tre changs et rechangs de
lieu par trop souvent n'en rendent pas leur rapport meilleur. Tout
changement est dangereux et ne le doit-on essayer qu'en choses qui
seront reconnues notoirement mauvaises. Avant que de changer juge
bien mrement jusques aux plus petites circonstances des raisons des
anciennes lois, les confrant aux siennes; que si elles balancent, en
demeure  l'antiquit, ou si le mal est supportable et ne dit mot, de
peur d'un plus grand, qu'il le laisse en repos et ne l'meuve point, si
ce n'est qu'un vident et trs-grand avantage, ou une extrme ncessit
de la chose publique, le forcent  ce faire: et encore alors, imitant
la nature au change des saisons, que ce soit doucement, de temps en
temps, et non  coup, courant aux deux extrmits. Donne  connotre
 ses sujets, par son gouvernement, qu'il les aime et l'tat pour
l'amour d'eux, et n'a chre sa vie que pour leur conservation. Soit
clairvoyant et pourvoyant  toutes ses affaires, craignant d'tre
surprins et mpris, et que la perte et ce mpris ne lui fissent courir
fortune en sa personne ou son tat, ou tous les deux ensemble; elle
en seroit beaucoup plus grive, advenant par sa faute. Et pour autant
que les enfans ce sont les bastions royaux et les fermes courtines de
la royale et souveraine autorit, il sera ncessaire,  mon avis, de
marier ce Prince dans son adolescence, sous l'esprance que Dieu lui
donnera une heureuse ligne, et se divertira d'infinies dbauches par
trop communes  cet ge; il nous fera, s'il lui plat, cette grce
d'en voir Sa Majest en la peine. Forme son port, sa contenance et
son accueil de douceur et de gravit, l'un tant propre pour rgner,
et l'autre pour gagner et conserver les hommes, faisant si bien que
la seule rencontre le rende vnrable et aimable  chacun. Quand il
voudra la dbander et prendre du relche en son particulier, que ce
soit entre peu de ses plus familiers, et toutesfois en sorte qu'il se
souvienne qu'il est roi, et par ainsi doit mettre peine  ne dire,
 ne faire aucune chose indigne d'une si grande dignit. Soit ferme
en ses rsolutions, sans varier lgrement, et toujours vritable;
maintienne ce qu'il promettra, comme tant promis en parole de roi,
et tel que l'on ajoute plus de foi  sa simple parole qu'aux sermens
plus troits et solennels des autres, et la conserve inviolablement
en ses propres prives affaires, car le coeur et la bouche de la foi
d'un prince souverain doivent tenir ensemble. Mais par malheur la
nature des hommes se trouvant ennemie et si contraire  la vertu, qu'il
n'est presque possible de l'ensuivre du tout aux affaires publiques,
les princes sont aucunes fois contraints d'en relcher, ayant connu
par longue exprience qu'il est expdient, pour la garde et conduite
de leurs tats, de biaiser par fois; le ntre le peut faire, mais
pourtant que ce soit toujours pour une bonne fin, qui est  tenir
sa personne assure, maintenir et conserver l'tat contre les ruses
et les dissimulations de ses ennemis. Que si les artifices et les
menes de telles gens lui donnent du sujet de leur rompre la foi,
contrefasse l'aveugle et marchande longtemps auparavant que de le
faire, pour se dfendre seulement et non pour assaillir ne consentir
jamais  l'excution d'une mchancet norme et excrable. Ne laisse
toutesfois si avant accrotre le mal pour fuir une guerre, laquelle il
jugera ne pouvoir viter avec le temps, ne mme reculer sans un grand
dsavantage; en ce cas l s'il rompt la paix, la cause et la ncessit
en justifient la rupture, ayant de droit et de nature  prfrer la foi
qu'il doit  la protection et dfense de ses sujets; puis la guerre
est juste laquelle est ncessaire. Mais tout ainsi que la chose du
monde qui ravale plus bas l'autorit d'un roi et prince souverain,
c'est sa mauvaise et vicieuse vie, il n'y a rien aussi qui l'lve plus
haut qu'une vie contraire. Que notre petit Prince, donn du ciel pour
commander  tant de milliers d'hommes, commence par soi-mme, sachant
que c'est du devoir d'un roi, non de se rendre esclave des dlices
et du plaisir, ains d'asservir sous la puissance de la raison ses
folles, vaines et dbordes passions, et, sous le joug des justes lois
maintenir ses sujets en son obissance. Et qu'il ne croie pas que le
parfait contentement, le repos et l'honneur logent dedans l'oisivet
et l'ordure des volupts, lesquelles  la vrit de premier abord nous
apptent d'une fausse douceur, mais qui nous saoulent tout aussitt
de telle sorte qu'elles nous font enfin ouvrir de toutes parts de
repentance et de douleur, qui nous poursuivent insparablement jusques
dedans la spulture; les qute seulement dans les buissons pnibles
de la vertu. C'est l et non ailleurs que les plaisirs solides sont 
la repose; qu'il ne se flatte et ne s'excuse point  prendre cette
peine, la chasse le mrite bien. Et certes j'estimerois les hommes
malheureux si, ayant invent tant de divers moyens  dompter la fiert
des plus sauvages animaux pour s'en servir aprs, ils s'oublioient
eux-mmes, en se montrant rtifs et moins industrieux  matriser les
amorces du vice, pour donner lieu  l'excellence et  l'usage de la
vertu. En usant de cette faon, quelque dfaut qui se trouve en son
corps, il acquerra la rputation d'un prince trs-prudent, l'amiti de
son peuple, et une telle autorit que son nom seul sera si redoutable
 tous ses ennemis dcouverts et couverts, que le plus grand, le plus
conjur d'entre-eux n'osera pas seulement entreprendre de penser 
lui nuire et l'offenser ouvertement, ne l'essayer par trahisons ou
conjurations et secrtes menes faites sur son tat ou sur sa vie. Mais
ce n'est pas assez d'avoir prvu et donn ordre, en temps de paix,
au dedans de l'tat, pour l'assurance du repos de son peuple et le
maintien de son autorit; car il faut que le prince, oblig de veiller
pour la garde de ses sujets pendant qu'ils se reposent, comme lev sur
une haute tour, fasse la ronde de ses yeux sur les tats des princes
trangers et surtout des voisins, pour en avoir la connoissance de mme
que du sien et en apprendre la nature des nations, l'humeur des princes
dominans et de ceux qui feront leurs affaires, afin de s'assurer
contre les entreprises et les dangers du dehors. Qu'il tienne  cette
occasion, auprs des rois et autres princes loigns ou voisins, et
prs de chacun selon sa qualit, des fidles agens et bons ambassadeurs
qui fassent sourdement et curieusement cette recherche, pour en tre
par eux instruit, suivant les occurrences qui s'offriront durant le
temps de leur lgation, et puis  leur retour pour lui en faire le
rapport si particulier qu'il y puisse fonder un jugement certain sur
les expdiens qu'il devra suivre pour durer avec eux, par leur moyen,
en bonne intelligence, ou pour se prparer ou se dfendre contre leurs
machinations. Et pource que ces charges sont des plus importantes, et
de plus grand poids qu'aucunes de l'tat, entretiendra prs d'eux des
jeunes hommes d'honnte lieu, gentilshommes et autres reconnus propres,
qui se puissent instruire pour y servir  l'avenir, et devenir capables
de succder  ceux qui les prcderont. Et pour autant qu'il n'y a
point de plus utile ne meilleure machine pour assurer la domination
d'un prince souverain, comme est le nombre de bons amis, qu'il se
maintienne en bonne paix avec les rois et princes ses gaux, s'il y en
a, s'efforant de les vaincre en courtoisie convenable  sa dignit;
retienne l'amiti de ses infrieurs par sa protection et gratification,
mais que ce soit en sorte qu'il semble que c'est eux qui lui sont
asservis et non lui leur tributaire. Or, s'il advient que les peuples,
lasss de la douceur d'une profonde paix, mconnoissant la bont de
leur prince, et mprisant ses quitables lois, faites pour leur servir
d'une rgle  bien faire et non de piges dresss  dessein de les
y attraper, comme btes chappes se prcipitent aux conspirations,
aux trahisons, aux factions, sditions, et aux rvoltes gnrales,
et que la rvrence des lois divines, le respect des humaines et la
sacre majest de leur Roi ne les retienne plus; ou si les princes
trangers, abusant de sa courtoisie, faveur et libralit, ne laissent
d'entreprendre ou contre lui ou contre ses sujets, il faut venir aux
armes pour chtier et ranger les premiers, et faire ressentir les
autres de leur discourtoisie et dloyale ingratitude. Ceci dpend de la
prudence militaire, la partie de toutes la plus royale en la conduite
d'un tat, laquelle notre petit Prince doit savoir pour tre galement
instruit aux moyens de la guerre comme en ceux de la paix. C'est une
science qu'il apprendra parfaitement de Sa Majest, qui l'a acquise au
pril de sa vie expose, cent mille fois, desireux de savoir le mtier
de soldat et de bon capitaine, premier que d'tre roi.

SOUVR. Il est vrai, et bien que tout le monde reconnoisse Sa Majest
pour accomplie en qualits et en perfections autant que l'on peut
souhaiter pour un souverain roi, si faut-il avouer qu'elle surpasse
particulirement en celles de la guerre tout ce qui est vivant, ainsi
que le soleil de sa clart fait les autres lumires. Or, pource qu'il
est prs de midi, brisons sur cette vrit, le demeurant soit pour
demain matin en ce mme lieu. Je me promets encore de vous cette
matine, croyant qu'elle pourra suffire  ce qui reste pour cette
instruction.

L'AUTEUR. Monsieur, je le crois aussi; vous me trouverez ici pour
satisfaire au mieux que je pourrai en ce que vous desirez de mon
service.


Sixime matine.

Aussitt qu'il fut jour, ayant pass la nuit sans reposer pour un desir
extrme que j'avois d'our parachever cette instruction, je me lve
et me rends soudain au portique de Neptune, o peu aprs arriva M. de
Souvr: Bonjour, me dit-il, vous m'avez aujourd'hui prvenu. Puis nous
promenant ainsi que le jour prcdent, il parla en cette faon:

SOUVR. Si les peuples avoient le jugement de reconnotre leur devoir
et le bonheur, quand Dieu leur donne des sages princes pour les
conduire et les garder; et si les rois et autres souverains avoient
la patience de se tenir dedans les bornes lgitimes de leur autorit,
il est certain que plus communment on verroit les royaumes et les
tats durer plus longuement, et plus paisibles, unis par le mastic
d'un quitable commandement, d'une juste submission et de obissance.
Mais les uns et les autres se ressentant en leur conduite de cette
contrarit, dont la masse du monde universel est compose, il ne se
faut point bahir si l'on voit arriver souventes fois le trouble dans
la tranquillit des plus fermes empires, par le dfaut ou de l'un ou de
l'autre. C'est aux rois toutesfois  commencer et  donner l'exemple de
bien faire, ayant, avec cette prrogative d'avoir t choisis par la
grce de Dieu pour commander dessus toute la terre,  porter d'une main
le flambeau de droiture pour clairer les hommes, comme ils portent
de l'autre le glaive de justice pour chtier leur dsobissance,
ne pouvant souhaiter une plus grande rcompense des peines qu'ils
reoivent pendant le temps de leur domination que de se voir volontiers
obis, laquelle ne leur peut faillir quand ils rgneront bien; d'autant
que les bons rois font les sujets de mme.

L'AUTEUR. Il est ainsi, et crois que notre jeune Prince, quand il
suivra les bons et vertueux enseignemens qu'il aura reus de vous pour
apprendre  bien vivre, et observera soigneusement ce qui en fut dit
hier matin, qu'il doit ensuivre pour commander royalement, et maintenir
ses peuples en ferme repos, rgnera si favorablement que ses sujets
un jour se glorifieront en leurs liens, rendant grces  Dieu de
leur avoir donn la vie pour l'user sous la sienne. Qu'il considre
nanmoins, au milieu de la paix, que les choses du monde tant toutes
sujettes  changement, elle se peut troubler, comme il peut advenir
quand le peuple enivr de trop d'aise ou accabl sous le trop de mal,
en se licenciant de gazouiller  tout propos mal  propos des actions
du prince, de sa personne et des affaires de l'tat, se laisse peu 
peu glisser  la sdition ouverte, puis emporter des paroles aux mains,
mais avec plus de dbord et de danger quand les maisons illustres et
les grands du royaume, se trouvant diviss en factions, par haine
ou par ambition, recueillent ses folies et puis font pouser leurs
passions  cette sotte bte, sous le faux de quelques couleurs qui
lui sont agrables. Les brasiers des guerres civiles prenant leur
origine de ces petites tincelles que le prince prudent doit touffer
en graine, punissant les auteurs, denouant industrieusement ce qu'il
ne pourra rompre sans le dommage ou pril de l'tat; car quand leurs
flammes ont prins de toutes parts, il n'y a plus de moyen que par la
guerre ouverte, qui se fait  peu prs en la mme faon que la guerre
trangre. Et par ainsi comme un prince avis qui veut rgner en paix,
en temps de paix au lieu de s'amollir ou s'endormir, qu'il se prpare
pour la guerre, d'autant que la concorde des tats ne s'tablit et
s'entretient pas seulement par la force des lois, mais se prserve
et se conserve par la force des armes, la valeur et la bonne pe du
prince souverain, qui doit, en cette partie de la conduite de son tat,
faire parotre sa prudence par dessus l'ordinaire, tant bien plus ais
de guider la nature en la pleine bonace, que non pas lorsque les vents,
ennemis soufflant contrairement, font lever jusques dedans les nues
les vagues agites sur l'inconstance de ce fier lment. Qu'il fasse
donc peu  peu son premier prparatif, un fond suffisant de deniers
amasss lgitimement, comme un gros de rserve, pour secourir partout
selon les occasions, et rgle ses autres dpenses sur l'ordinaire et
le courant de tous ses revenus; munisse aprs ses arsenaux de toutes
sortes d'instrumens et de machines propres  la guerre, et de matriaux
pour en faire  loisir. Puis, qu'il jette le soin sur la ceinture
de son tat pour y fortifier  bon escient, ou faire de nouveau des
places fortes dessus les avenues, pour empcher l'invasion soudaine
et arrter ou rompre les desseins d'une force ennemie. Si les places
sont  la mer, il garnira les havres et les ports de certain nombre de
navires et de galres, et en chacune dressera des arsenaux remplis de
tout ce qu'il estimera y pouvoir tre ncessaire, non seulement pour
entretenir leur quipage, mais suffisans pour quiper en un besoin
et mettre au vent une puissante arme. Qu'il tablisse en outre dans
chacune d'icelles des arsenaux particuliers et magasins fournis pour
un long temps de choses ncessaires pour faire vivre les soldats et
pour dfendre les places, auxquels on ne touchera point qu'en la
ncessit, ou pour renouveler en leur saison les choses prissables.
Ce sont les portes de l'tat qu'il faut tenir fermes, pour faire que
le prince et ses sujets dorment de bon repos, sous l'assurance de leur
ferme clture; pourvoie aprs  leur sret par un tel traitement fait
 leurs habitans qu'ils ne puissent jamais avoir envie de changer
de condition, et par la force de telle garnison qui suffise  la
garde, entretenant pour cette occasion des rgimens de gens de pied
sous de bons capitaines et vieux matres de camp, pour leur donner 
commander en chef, ou sous ses lieutenans en chacune d'icelles, avec
tel nombre de soldats qui sera ncessaire, selon qu'elles seront ou
d'importance ou de grande tendue, ou selon le sujet qu'en donnera la
ferme ou foible affection des citoyens envers leur souverain, sans se
mler que de leur fait, et de prter main-forte aux magistrats qui la
demanderont pour le maintien de la justice et service du prince. Pour
tenir en devoir ces gens ici, que les appointements et la solde leur
soit entirement paye; ils n'auront point, en ce faisant, d'excuse
de quitter ne de sujet de se plaindre; enjoignant  leur chefs, sous
des svres peines, d'avoir leur nombre toujours complet,  celle fin
que de leur part il ne s'en perde aucune, sur peine de la vie, et
qu'il puisse par ce mme moyen faire un tat certain des hommes qu'il
entretiendra, pour s'en servir selon les occurrences. Mais tout ainsi
que celui qui veut faire un plant d'arbres fruitiers est curieux 
rechercher ceux des meilleures races, le prince le doit tre  faire
lection des hommes dont il voudra fournir ces corps de rgimens de
gens de pied et de gens de cheval; et, bien que l'on puisse faire
flche de tout bois, si se peut-il en gnral marquer certaines
circonstances qu'il doit savoir pour reconnotre ceux qui seront ou
pourroient tre propres pour employer du tout  cette noble profession.
Que notre Prince les apprenne, car c'est ici le fondement des forces de
l'tat. Et pour autant que l'exercice assiduel nous apprend la science
avec l'usage de la guerre, que le soldat y vienne de bonne heure et
choisi de tel ge qu'il n'ait encore l'me tache des teintures du
vice, mais capable d'y recevoir et retenir l'empreinte ou du bien ou du
mal; de corps robuste, nerveux, adroit et vigoureux, pour tre propre
 supporter l'incroyable fatigue des peines de la guerre et advenant
aux exercices militaires; de moyenne stature, qui ne voudroit avoir
gard  la grandeur ou  la petitesse, pour les accommoder  la sorte
des armes dont on les veut armer. Et pource que ne considrer en ce
soldat que la masse du corps, ce seroit le faire ressentir aucunement
de la nature de la bte, il faut qu'il soit accompagn d'un esprit
avis, courageux, assur et cupide de gloire, et que la poudre des
combats et la fume de celle des canons lui soient plus agrables que
les parfums et les molles odeurs de la poudre de Chypre. Qu'il joigne 
son courage les bonnes moeurs, l'honntet et la discrtion, et faisant
gloire d'obir, n'imitant ces bavards, ces Rodomons qui mchent entre
deux trteaux les Ottomans et leur empire; porte sa vie gaiement aux
prils de la mort contre les ennemis, en craignant plus la honte d'un
reproche de dshonneur que les apprhensions d'une mort honorable. Il
trouvera communment ces jeunes gens  faire parmi ceux qui habitent
les champs, les pays montagneux, rudes et difficiles, tenant de la
nature du terroir, comme ns et nourris pour endurer et durer  la
peine, et endurcis  supporter aisment la faim, la soif et le veiller,
les excs des saisons et autres incommodits o la ncessit peut
rduire les hommes. Dedans les villes il en pourra trouver de mme que
ceux-ci, et des gens sans reproche, accoutums  manier et le fer et le
feu, et la pierre et le bois, et  faire mtier de la force du corps,
non employe pour la dlicatesse et la mollesse de la vie. Aprs avoir
ainsi choisi ces jeunes apprentifs, il les mettra parmi les vieux,
dedans les rgimens o c'est qu'ils s'instruiront et vieilleront pour
instruire les autres sous une mme discipline, sans laquelle tout ce
choix seroit nul, ayant besoin d'tre polis et faonns par l'industrie
qui en fait plus et un plus grand nombre que ne fait la nature. Que
ces soldats s'exercent donc continuellement pour apprendre  s'aider
srement et manier facilement les armes dont ils voudront user; qu'ils
apprennent  reconnotre les batteries des tambours et la voix de
leurs capitaines, n'ayant pour but que d'y bien obir, car le courage
autrement leur seroit inutile, et s'accoutument  marcher dispostement,
d'un pas gal, brave et guerrier, si dextrement selon l'ordre donn
qu'ils retiennent toujours leur place en quelque sorte de pays que ce
soit, sans troubler l'ordre ne le rang auquel ils marcheront, prvoyant
tout ce qui peut advenir, comme s'ils toient prts de recevoir ou
d'attaquer, et de fondre dedans les ennemis; prennent plaisir  se
dresser  tirer de l'pe, et s'apprendre  nager,  travailler, aller,
venir, courir, sauter, lutter, porter, jeter pesant, et entreprendre
quelque chose pnible, pour acqurir, s'ils ne l'ont point, la
disposition et la force du corps, ou l'empcher de se rouiller dedans
l'oisivet. Et feront plus s'ils ont le coeur vivement au mtier;
ils apprendront celui de pionnier pour en user eux-mmes avec plus
d'artifice, venant  se trouver en lieu o il en ft besoin, pour se
mettre  couvert et en dfense contre les coups et les surprinses des
ennemis. Que ces messieurs n'en fassent pas les dlicats, car c'est
avec le pic et la pelle que les exploits plus remarquables de la
guerre se sont faits et se font ordinairement. Qu'ils soient discrets,
respectueux, fuyant la vanit de fait et de parole, rien ne se voit
tant loign de la vraie valeur; il doit suffire  l'homme valeureux de
porter en rserve au fond de sa poitrine un courage muet pour le faire
clater  la rencontre des occasions par effets honorables. Que cette
modestie s'tende aussi jusques  leurs vtemens; c'est assez d'tre
propres et bien plus curieux d'avoir le corps couvert de bonnes armes
que de le voir empch dessous le superflu de l'or et de l'argent,
et de toute autre sorte d'toffe prcieuse. S'entretiendront par des
louables occupations pour un divertissement aux penses oisives qui
leur pourroient faire faillir et dtremper la force et la verdeur du
corps et du courage dans les gouffres du vin et de la gourmandise, ou
dans les dissolutions des autres volupts, et de telle faon qu'en peu
de temps ils se verroient du tout inutiles aux fonctions militaires.
Qu'ils s'y exercent donc souvent, se faonnant  tenir l'ordre,  le
changer et rechanger en diverses faons et formes de combats, faits par
petites troupes les uns contre les autres; de telle sorte qu'en toutes
occurrences ils le puissent suivre d'eux-mmes, avec telle facilit
et promptitude qu'elle prvienne la parole du chef. Cet exercice est
du tout ncessaire, comme tant chose reconnue que le dsordre perd
ou relche, ou abat le courage, et que l'ordre le donne, le retient
ou l'lve. De ces soldats ainsi dresss dedans les garnisons et puis
passs par la coupelle des armes, fera ses capitaines, lesquels
joignant  la science l'exprience acquise par les degrs des armes, la
retiendront en cette discipline, rcompensant avec honneur les actions
vertueuses et punissant avec honte et rigueur les plus petites fautes;
ayant apprins  conserver par l'autorit qu'ils ont de commander et
remarqu que peu  peu elle se fond par le trop de douceur envers
l'homme de guerre qui a toujours une secrte volont de l'attirer 
soi, et reconnu pour vritable que la force ne se maintient que par
elle-mme. De ces bons capitaines il fera ses matres de camp, les
clefs des meutes des armes, avec pouvoir de commander sur eux et sur
les rgimens qui leur seront donns, en la mme faon que chacun d'eux
fait une compagnie. Ayant ainsi pourvu aux gens de pied, en fasse
autant avec le mme soin pour les gens de cheval, entretenant un corps
de cette brave et ancienne gendarmerie, l'une des clefs des portes
de l'tat, laquelle de tout temps s'est fait signaler et redouter
par dessus celles de la terre; les faisant vivre et les uns et les
autres en telle discipline sous les lois militaires, que ce soient
des coles d'honneur et de vertu, ouvertes  tous ceux qui tant soit
peu auront l'me touche du vouloir de l'apprendre; particulirement
pour la jeune noblesse, laquelle, au lieu de se dresser  faire un bon
cheval ou  donner un ferme coup de pique, perd aujourd'hui pour la
plupart le meilleur de son ge pour ne savoir o elle puisse ailleurs
honntement exercer son courage et devenir habile  bien servir un
jour son prince et sa patrie. Et l dessus je vous dirai que de tous
les exercices des gens de pied et des gens de cheval, ncessaires au
prince de savoir pour conserver sa vie en un besoin, et bons  faonner
sa grce et rendre adroite sa personne, il faut que le ntre les
apprenne tous, et principalement qu'il s'adonne  la vnerie, d'autant
que je la tiens pour un tre abrg des exercices militaires. Aprs
avoir ainsi dispos ses affaires par le menu pour assurer la frontire
de son tat, qu'il fasse lection des plus grands personnages, et,
s'il se peut, tirs de ces coles, pour en faire ses gouverneurs,
lieutenans gnraux en chacune province, avec autorit d'y commander
sur tout ce qui sera de la force et des armes, pour avoir l'oeil 
ce que l'tablissement par lui donn soit tellement entretenu qu'il
n'en puisse arriver aucune faute, et maintenir le repos et la paix en
leurs gouvernemens, les garder et dfendre contre les factions des
mauvais citoyens, les menes et les efforts des trangers et peuples
ennemis, et au besoin pour tendre la main  la justice, afin de le
couvrir et soutenir contre la violence. Revienne aprs de la frontire
au dedans de l'tat pour y planter l'assurance et la paix, et  ces
fins qu'il suive les moyens dont nous avons parl; fasse garder
exactement ses ordonnances et ses lois; ait l'esprit incessamment tendu
 l'union et concorde de ses sujets. C'est aux tyrans  redouter leur
bonne intelligence, mais aux rois  la dsirer,  la poursuivre et
 la maintenir. Soit amateur de paix, les hommes aiment les princes
pacifiques, et toujours ait de son ct le peuple pour ami, s'il ne
veut faire tat de craindre toutes choses; c'est la fort o se coupe
le bois pour faonner des piques par les ambitieux, ennemis du repos
de la chose publique. Qu'il se comporte avec les Grands de telle sorte
qu'ils ne puissent avoir prtexte ne sujet de se porter au dsespoir,
qui les fasse chapper hors des limites du respect, du devoir et de
l'obissance. S'il reconnot que la haine, l'envie, ou que l'ambition
les tienne diviss, qu'il assoupisse de bonne heure cette division qui
se pourroit glisser avec le temps et s'attacher dans les affections
du meilleur de ses peuples, et tout le mal en retomber sur lui. Ne se
montre point partial, ce seroit ravaler l'autorit de roi, se faire
compagnon et se mettre  l'gal avec ses sujets, ains soit indiffrent
comme tant souverain; chrisse sa noblesse, de laquelle il est chef
immdiatement, lui donnant du bien, des honneurs et des charges;
entretienne ceux qui sont en possession de mnager les consciences et
conduire les mes; jamais n'lve et ne permette de s'lever en son
tat aucun pouvoir si grand qui lui puisse donner ombrage ou jalousie,
et se gouverne envers tous ses sujets avec telle prudence que les uns
ne les autres n'aient pour tout aucune occasion d'en abuser ni sujet de
se plaindre. Ne se confie toutesfois si fort en sa bonne conduite et
son ordre donn pour dominer en paix, qu'il ne veille  toute heure
pour reconnotre  la naissance les causes qui pourroient altrer
ce repos, et si elles procdent seulement du dedans de l'tat ou se
fomentent du dehors, afin d'en arracher soudain les premires racines
par toutes sortes d'inventions et de remdes propres, qui se trouvent
hors de saison lorsque les effets sont dcouverts et reconnus de tout
le monde, et tellement accrus qu'il faut par force recourir  la
force, c'est--dire se disposer  s'opposer  main arme pour arrter
le cours des dsolations et des embrasemens d'une guerre civile, ou
empcher les maux et les calamits d'une guerre trangre. Celle-ci est
 craindre et l'autre  redouter, et faut, s'il est possible, viter
l'une et l'autre; mais s'il juge que ce malheur se rende invitable,
afin de n'entreprendre rien de mal  propos ou tmrairement, qu'il
s'en conseille  Dieu, puis appelle en secret ses plus faux et anciens
conseillers, pour prendre leur avis sur la contrainte qui le pousse
 la guerre, et s'ils approuvent sa rsolution, sur les moyens qu'il
doit tenir pour commencer, et de ceux qu'il lui faut pour soutenir la
longueur de la guerre; puis aprs, seul dedans son cabinet et le genou
en terre, lve les yeux au ciel, ait recours  Dieu; qu'il l'appelle
 garant et protecteur de la justice de ses armes, et le supplie de
vouloir inspirer en son entendement des conseils salutaires pour le
maintien de son bon droit et de son innocence, et de faire pleuvoir et
verser  ruisseaux ses maldictions sur le chef des coupables de tant
de sacrilges, de parricides, d'assassinats, de meurtres et massacres
qui se commettront, de tant de voleries, de brlemens, saccagemens, de
violences et de violemens qui se feront sans respecter l'ge, le sexe
ne la condition, de tant de trahisons, de perfidies et de fleuves de
sang humain qui flotteront de toutes parts, sortant  gros bouillons de
gorges innocentes, et coupables de tant d'autres misres, engeance de
la guerre, s'il y en a ou s'il s'en peut imaginer de plus abominables.
Puis au partir de l, qu'il compose son arme; au premier bruit il
verra natre pais des soldats de toutes parts comme des fourmilires,
tant les Franois sont de nature prompte et encline  la guerre. De
ceux ici il fera ses recrues pour en enfler les corps de ses vieux
rgimens, et au besoin en fera des nouveaux. Mais pour autant qu'un
roi et prince lgitime doit mnager le sang de ses sujets de mme
que le sien, qu'il tire du secours des nations trangres et moins
ambitieuses, qui lui seront amies et sans prtention aucune dessus lui,
ou qui auront intrt en sa cause, et toutefois de sorte que le gros
soit toujours des siens; pourvoie de pareille faon pour les gens de
cheval, afin, du tout ensemble, d'en composer une arme suffisante de
battre ce qu'elle trouvera, d'attaquer et de prendre ce qui rsistera.
Prenne dans son pargne pour satisfaire  l'entretenement, et dans
son arsenal pour la fortifier, un attirail et quipage suffisant
de bonne artillerie, et puis apporte un si grand soin et donne si
bon ordre pour les vivres qu'ils ne puissent manquer, car il ne faut
qu'un jour sans pain pour faire mutiner et prir une arme. Et  la
fin, pour la conduite de ce corps, qu'il lui trouve une bonne tte,
c'est--dire un bon lieutenant gnral, homme de grande autorit et
qualit, de naissance, ou acquise, qui soit sage, vaillant et savant
au mtier, non en papier seulement ou par un our dire, mais par sa
propre exprience apprinse en divers lieux, dans les conseils de paix,
et de guerre, dans les feux des combats, aux embrasures et bouches
des canons et aux prilleux hasards des places assiges; homme d'me
leve, ferme, sans peur, et toujours un, avant, aprs et au fort des
affaires; grand politique, d'un esprit inventif, sage, temporiseur
selon l'occasion, prompt  la prendre, prompt et hardi aux excutions
bien mrement dlibres; qui soit considr, prvoyant, pourvoyant,
qui ne mprise et qui ne craigne rien, et toutesfois n'entreprenant
aucune chose  l'tourdie ou de furie; le repentir suit de prs le
malheur, et le malheur la prcipitation, et puis aux fautes de la
guerre il ne se trouve que malais ou peu ou point de remde; qui
connoisse les moeurs et la nature de ses ennemis, l'esprit, l'humeur et
la porte de celui qui les mne; qui loge dans son me la dbonnairet,
l'humanit et la fidlit, ce sont vertus insparables de celui qui
veut gagner le rang entre les excellens et plus grands capitaines;
qui soit svre justicier, rservant toutesfois  son industrie les
moyens qu'il aura par o il puisse se faire aimer et craindre des gens
de guerre, les outils de sa gloire; qui se rende accessible, gracieux
 chacun avec modration, selon les lieux, la qualit, le rang et le
mrite des personnes, ce sont fortes tenailles pour attirer les coeurs
et les affections, et plus fortes encore s'il se rencontre libral;
ayant cette partie, il fera des miracles, mais en danger de perdre
son honneur et l'arme s'il en est du contraire; qui soit de bonnes
moeurs et bien vivant, craignant que la dbauche et les volupts ne
lui fassent perdre le temps et les occasions de pourvoir aux affaires
de si grande importance qu'il porte sur les bras; qui vive sobrement,
car la sobrit le rendra vigilant et d'esprit prpar pour tout 
toutes heures; ait le don de bien parler pour savoir persuader selon
les occurrences; soit de bon ge et de corps vigoureux, laborieux,
plein de brave courage, le premier  la peine lorsqu'il sera besoin,
autant comme l'autorit de sa charge le permettra, pour en donner
aux siens l'envie de faire comme lui; surtout qu'il soit homme de
bien, tenu pour tre tel d'une commune renomme; et par dessus ces
excellentes qualits, que le bonheur accompagne toujours ses conseils
et ses entreprinses, ce qui se connotra par les heureux succs qui
seront advenus aux charges prcdentes, o lui-mme aura fait reluire
sa vertu et sa bonne fortune; c'est un don fort particulier de la
grce de Dieu, et ncessaire au gnral d'arme, car il se trouve
des personnages trs-accomplis perscuts sans cesse du malheur, et
d'autres si heureux que la chute mme du ciel en un besoin leur seroit
favorable. Or, si notre Prince est lui-mme si heureux de rencontrer
un personnage aimant sa personne et l'tat, orn en tout ou  peu prs
de ces grandes parties, il peut hardiment lui confier son arme, avec
pouvoir, lors mme qu'il sera en pays ennemi ou pays loign, de la
conduire o bon lui semblera, et de l'employer en tous exploits de
guerre, jusques  faire des siges et livrer des batailles, se tenant
assur qu'en la conduite il usera de bon et solide conseil, et que
jamais il ne sera si volage de piloter ses esprances dessus les fautes
que ses ennemis pourraient faire; qu'il saura prendre le temps et le
lieu, et tous les avantages, et donner l'ordre du combat si sagement
qu'il n'arrivera rien qui le puisse engager ou gter ses affaires, et
que jamais il ne s'exposera que le moins qu'il pourra, et lors tant
seulement que pour peu de hasard il y sera port dessus les apparences
toutes visibles d'un trs-grand avantage et victoire assure, ou
qu'une extrme ncessit l'et rduit  ce faire; lui peut laisser
la libert de s'en rsoudre seul par l'avis de ses capitaines, les
tmoins oculaires de sa capacit et de ses dportemens, juges de ses
raisons, de ses conseils et de ses entreprinses, sans le contraindre 
recourir au sien, d'autant que par alles et venues le plus souvent,
lors mmement qu'il est besoin d'user de diligence, le temps se perd,
l'occasion s'coule, les desseins se dcouvrent, et tout tourne 
nant. Ne s'en rserve que le pouvoir de faire la trve et la paix; ce
sont droits de rgale, et se contente d'en recevoir des avis  toute
heure, et de n'avoir pour ce sujet autre souci que d'en favoriser
l'emploi et les effets, et faire en sorte qu'il ne dfaille aucune
chose pour la tenir entire et en tat de demeurer toujours victorieux.
Que si ce Prince devenu grand souhaite quelque jour, par un desir de
gloire ou pour autre sujet, de conduire une arme, que ce ne soit point
au moins  toute occasion; il n'est pas raisonnable qu'un roi ou autre
souverain expose sa personne et prodigue sa vie, la vie de l'tat, en
la prostituant  tout moment aux dangers apparens et douteuses issues
de la guerre; mais que ce soit tant seulement lorsqu'il sera question
du salut de l'empire, car en ce cas il la faut abandonner, comme l'on a
vu faire  Sa Majest en la dernire et longue tragdie qui s'est joue
aux yeux de tout le monde sur le thtre de la France, o par ncessit
elle a reprsent toute sorte de personnages pour la sauver, ce qu'elle
a fait moyennant la puissance et la grce de Dieu. Et si, par la mme
faveur, sous sa conduite ou celle de son lieutenant, contraint  donner
la bataille, il gagne la journe, comme avant le combat, au milieu
et  la fin, il aura rendu preuve de sa vertu et prouesse hroque,
encourageant les siens de parole et d'exemple, fasse voir sa prudence
en bien usant de la victoire; et  ces fins poursuive sagement ses
ennemis qui fuient, de peur que trop presss ils ne reviennent au
combat ne sachant o fuir, et que rduits  cette extrmit, la colre,
la honte, le dpit et le dsespoir ne leur ramne le courage et tant
de hardiesse que de vaincus ils en deviennent vainqueurs: rallie les
pars, marche serr, retienne ses soldats, et les empche de courir et
s'amuser au pillage, jusques  ce qu'il ne paroisse aucun des ennemis
sur le champ de bataille, ne mme  sa vue. Puis sur la mme place
rende grces  Dieu pour lui avoir prserv sa personne, favoris ses
armes et donn la victoire. Qu'il la conserve aprs soigneusement,
comme une chose chre et chrement acquise, y veillant tellement que,
par trop de paresse ou de prsomption, sa rputation ne puisse tre
marque d'aucune fltrissure, donnant le feu  sa chaleur anantie ou
retenant l'imptuosit qui suit le plus souvent les succs favorables
d'un chef victorieux et gnreux courage. En use avec douceur, et,
plein d'humanit, fasse gloire de pardonner aux ennemis qui lui tendent
les mains; puis se comporte avec tant de sagesse et de modestie que le
bonheur ne le rende jamais ddaigneux, arrogant, orgueilleux, insolent,
insupportable  tout le monde, ains qu'il se reprsente l'incertitude
des affaires du monde, les mouvemens soudains et revers de fortune, et
que plus on la voit haut leve au-dessus de la roue, plus elle est
proche de trbucher d'une plus lourde chute; qu'il en arrte le retour
par le coin acr des clous de sa prudence. Mais s'il advient que par
quelque malheur ou disgrce du ciel il perde la bataille, qu'il ne
s'effraye point d'effet ne d'apparence, ralliant, combattant et faisant
tous ses efforts pour amoindrir sa perte, donne le loisir aux siens de
faire leur retraite. Si c'est un lieutenant et qu'il juge la route et
le dsordre demeurer sans remde, alors que l'pe au poing il plonge
dans les gros qui le suivront de prs, leur vendant chrement le gain
de sa prison, ou qu'il meure avec honneur au front de ses canons,
faisant sa spulture dedans la poudre ptrie au sang des ennemis. Si
c'est un souverain, aprs avoir rendu autant de tmoignages qui se
peuvent donner et desirer d'un prince valeureux, cdant pour l'heure
 la fortune, qu'il fasse sa retraite et mette sa personne en lieu de
sret, o il recueillira les planches du naufrage, et tout soudain,
prvenant les faux bruits des ennemis, dpchera devers ses gouverneurs
et autres officiers de ses meilleures villes, vers ses amis, ses
allis et ses confdrs, pour leur donner avis du dsastre advenu,
faisant moindre la perte, et comme Dieu l'a prserv miraculeusement et
rserv,  son opinion,  meilleure fortune pour des occasions encore
inconnues, qu'ils lui en rendent grces particulires et publiques,
et, tout plein de brave courage, qu'il rassure le leur, leur donnant
assurance de pouvoir rparer en peu de temps la brche que le malheur
et non pas la valeur des ennemis a faite  ses affaires. Pour allentir
le cours et le progrs de ce victorieux, qu'il lui mette au devant ses
places bien munies, oppose sa constance ainsi qu'un mur d'airain contre
les touches de l'infortune pour grandes qu'elles soient, les supporte
patiemment et courageusement. L'adversit c'est la pierre de touche
des mes gnreuses et la preuve certaine de ces mes de terre, qui
dsesprent tout et jugent de la perte de l'tat gnral par une simple
atteinte. Qu'il espre toujours, essaye tout, et mette en oeuvre toute
pice pour regagner l'avantage perdu, et  l'extrmit, ne pouvant
faire mieux, d'un courage invaincu, menace de la queue, comme fait
le serpent auquel le voyageur ou le chasseur aura bris la tte; car
tous les hommes sont gaux aux choses qui dpendent des bonnes grces
de la fortune, et sa sance n'a point d'arrt, elle est ambulatoire.
Les succs de la guerre sont incertains et sa chance muable; la
moindre occasion possible le pourra relever de sa chute; son ennemi
par aventure enivr de sa gloire, s'endormira; son arme se lchera
et se dbandera, lasse de la peine; ou il s'engagera pour un long
temps au sige d'une place, et cependant il aura le loisir de renouer
et les moyens de faire nouveaux desseins et des nouvelles forces, les
remettre sur pied, et suffisantes d'en pouvoir rtablir ses dernires
ruines, et derechef se prsenter en armes et bataille range devant
cet ennemi, en lui donnant  choisir ou la paix ou la guerre. Or, par
cette offre de dfi regagnant le dessus, s'il se parle de la paix
qu'il y prte l'oreille, comme utile au vainqueur, et au vaincu utile
et ncessaire. Que chacun d'eux ajourne sa conscience  part, et le
coupable mmement, pour lui reprsenter les horribles effets de leurs
divisions. Si l'un a eu quelque mauvaise intention qui l'ait pouss 
vouloir remuer, et l'autre du sujet de recourir aux armes pour sa juste
dfense, et celui-ci, se voyant le plus fort, poursuive la vengeance,
qu'ils sacrifient leurs passions au repos du public, terminent leurs
querelles et se disposent  une paix qui finisse la guerre; fassent
la trve pour la ngocier, y employant des hommes pacifiques. Que
le vaincu, sans se flatter, reconnoisse en soi-mme sa foiblesse et
toutesfois en la dissimulant, ne se relche et ne se montre point tant
raval de coeur ne de courage que pour l'avoir il consente de faire ou
de promettre aucune chose dshonnte; souffre le souverain dix mille
morts plutt que de souiller son nom et son honneur, en s'obligeant 
des conditions du tout insupportables aux princes de sa qualit; mais
faisant joug sous les lois immuables de la ncessit, qu'il quitte une
partie de ses prtentions par le consentement d'une perte moyenne, pour
viter la honte et le hasard d'une plus grande ou dernire ruine. Que
le vainqueur aussi ne s'enfle pas si fort des vents de sa prosprit,
qu'il en coure fortune, ains se laisse conduire  ceux de la raison qui
lui fera considrer les variables tours et la vicissitude des affaires
humaines, et louer Dieu de l'avoir prfr, lui donnant le dessus
contre son ennemi. Qu'il soit donc traitable en ce trait de paix,
accordant au vaincu facilement ce qu'il peut esprer sans l'engager
 des choses impossibles, il y auroit regret, et le ressentiment lui
feroit pier l'occasion et le temps de la rompre; c'est assez de le
mettre en tel tat qu'il ne puisse plus nuire, sous des conditions
que le vaincu jugera lui-mme supportables. Et d'autant que la paix
est le but de la guerre, et que les sages princes en supportent les
peines sous l'espoir du repos, ce qui se promettra que ce soit sans
feintise,  celle fin que cette paix qui se contractera soit ferme et
assure, et de longue dure; autrement  quoi bon tout cela d'avoir
t ou vainqueur ou vaincu? Bref qu'il fasse partout,  l'exemple du
Roi, reluire sa dbonnairet, n'estimant pas moins que Sa Majest la
gloire acquise par la douceur et la clmence qu'en levant jusques au
ciel des superbes trophes par la voie des armes. Ce sont en somme les
rudimens, comme un projet gnral du mtier de la guerre, que l'on
lui peut apprendre  cet ge. Je ne parlerai point pour cette fois de
l'ordre et faons des batailles qu'il faut donner selon les diffrences
de la nature et assiette des lieux, selon l'ordre et le nombre des
forces ennemies; quand et comment il faut mler ou non les gens de pied
et les gens de cheval, et selon le mlinge des diverses nations qui
sont aux deux armes; de la faon d'entreprendre les siges, comme il
les faut conduire; des finesses, des ruses dont on se peut servir, ne
de plusieurs autres enseignemens et considrations qui sont du corps
de cette connoissance. En voil maintenant assez pour un commencement;
ce sera pour une autre fois, et cependant les livres, les discours,
et puis un jour l'exprience lui apprendront ce qui s'en peut savoir.
Or, il ne suffit pas au souverain d'avoir pourvu  former son tat par
l'tablissement des lois et de la force, il lui faut un Conseil par
les rnes duquel il manie l'empire; de qui le prince est l'me et le
Conseil en est l'entendement. Et comme il ne se voit aucun de qualit
prive et moyenne fortune qui ait assez de suffisance ou puisse avoir
le soin et du loisir pour la conduire seul sans l'aide de quelqu'un,
tant il se trouve d'imperfection et peu d'arrt au jugement humain,
journalier, variant, flottant douteusement en ses opinions, voire le
plus souvent sur un mme sujet par dfaut de nature ou de savoir, ou
de certaine exprience, il ne se faut point tonner si les plus grands
en ont plus de besoin pour maintenir la leur, les rois surtout et
seigneurs souverains, qui reconnoissent bien et se sentent eux-mmes
tenir de la nature commune  tous les hommes, et ne diffrer d'eux
que de condition; et comme celle-ci  mesure qu'elle leur donne d'une
main plus de pouvoir et plus d'autorit, de l'autre elle les charge
de plus de soin et les oblige  des subjections et peines infinies,
pour aviser  la conduite et conservation de tant d'mes qui vivent et
qui leur obissent dessous cette assurance, et par ainsi  rechercher
avec beaucoup de curiosit, de prudence et de jugement, des personnes
capables, non pour rgner avec eux, ains pour les soulager, faciliter
et les aider  soutenir la domination par leurs justes avis, en les
servant d'affection, de conseil et de main. Ce n'est pas une des plus
petites difficults qui se rencontrent aux affaires des princes. Car,
que le souverain ouvre tant qu'il voudra en cette lection les yeux de
sa prudence, ce n'est rien fait s'il n'y a du bonheur, don gratuit du
Ciel et non ouvrage de l'industrie humaine. Qu'il le demande  Dieu
quand il en sera l, puis y emploie son jugement sans passion aucune,
que pour le bien de l'tat, non  dessein de s'en servir  pauler
ses actions vicieuses, favoriser ses fcheuses humeurs et les rendre
ministres excutant  tort et  travers toutes ses fantaisies, c'est
 faire  tyrans et non  des rois et justes souverains. Or, d'autant
que notre petit Prince aura par aventure besoin un jour de faire cette
lite, apprenez-lui ceci, et que tout homme qui doit tre appel pour
le conseil d'un roi doit tre homme de bien, aimant et craignant Dieu,
personne sans reproche, juste, avis, fidle, clairvoyant, et d'un
savoir universel aux affaires du monde et en particulier  celles de
l'tat o il fait sa demeure; homme de sens rassis, d'un esprit modr,
tempr; homme toujours gal, de ferme entendement, arrt, rsolu, qui
ne succombe lgrement aux dsastres publics, et s'il se peut, pour
le plus assurer, ait tt et du bien et du mal, en prouvant l'une et
l'autre fortune. Qu'il doit tre quitable et rond en ses avis, ne les
dguisant point flatteusement pour les accommoder contre le droit aux
passions du souverain ou  celle d'autrui, ou  la sienne, ains qu'il
les doit donner librement et vertueusement, avec la rvrence et le
respect qui se doivent porter en la prsence du prince; lequel possible
 l'heure se piquera de cette libert, mais peu aprs en estimera plus
et louera lui-mme le conseil et le conseiller. Qu'il doit pareillement
tre considr et constant en iceux, non tourdi, opinitre et vain,
voulant faire valoir ses avis pour arrts, ains toujours prpar de les
soumettre aux lois de la raison; d'une humeur repose, respectueux,
gracieux et modeste, maniant les affaires de si douce faon que
ce faisant elle porte partout le tmoignage de son obissance. Se
contenter et de l'honneur et de la part qu'il reoit des affaires,
sans se mler trop curieusement  pntrer le fond de ses intentions,
qui ne doit tre su que du seul souverain. Ne s'ingrer jamais par
ostentation et vanit de parler  lui, ne sans tre appel, si ce
n'toit qu'une affaire presse, dpendant de sa charge ou autrement, le
fort  ce faire; et doit surtout tre secret; c'est le plus sr et le
plus grand secret pour bien servir que puisse avoir le conseiller d'un
prince; et ne donner son me  possder au dsir excessif d'amasser
des richesses, car cette avare passion abaisseroit la planche  la
corruption, et celle-ci sans doute infecteroit aprs sa prudhomie et
sa fidlit. Que s'il se peut trouver un homme avec ces qualits, ou
plus ou moins, doit tre de tel ge qu'il ait pass tous les feux de
jeunesse; que si le corps en est un peu moins vigoureux, l'esprit se
trouvera plus renforc d'exprience, de sagesse et de jugement. Il est
 prsumer qu' cet ge-l sa tte sera mre et ses avis aussi, et tels
qu'on ne pourra dire de lui _qu'il apprend en gtant_, ne penser que,
par outrecuidance, orgueil ou vanit, il les veuille fier  sa seule
prudence, mprisant ceux d'autrui. Ne les donner crus et mal digrs,
pleins de fougue, de feu et de prcipitation, mre mortelle du bon
conseil, des louables desseins et justes entreprinses, ne tout aussitt
qu'il les aura conus en presser l'excution avec impatience. Que notre
Prince donc procde en telle sorte  cette lection que, si pour les
avoir choisis, connus par lui ou de commune renomme, ils ne venoient 
russir tels comme il les a prins, son jugement n'en soit point accus,
mais le reproche fait  cette dloyale et martre fortune qu'il n'aura
mrite. Or ces hommes ici se trouveront dans les Cours souveraines, o
c'est qu'ils sont nourris entre les bras des lois, pour connotre des
moeurs et des affaires de leurs compatriotes, et tellement accoutums
 rendre la justice que cette action semble avoir prins en eux une
habitude naturelle; plus recherchs pour ce conseil, mme pour y tenir
des premiers rangs, s'ils ont acquis la connoissance des nations
et des tats des princes trangers, par l'entremise des affaires
publiques souventes fois traites avec eux, ou pour avoir, en qualit
d'ambassadeurs, rsid prs de leur personne. Le collge des chevaliers
en peut fournir, et bons, comme l'on dit, au poil et  la plume: ce
sont tous personnages qui ont acquis par leur vertu et mrite, au
pril de la vie plusieurs fois hasarde, ce collier honorable duquel
les rois ont signal leur gloire. Les secrtaires assidus auprs des
souverains seront des plus capables; l'assiduelle sujtion qu'ils
rendent  leurs charges fait qu'ils savent les temps et les momens des
volonts du matre, la naissance, la suite et le fond des affaires, et
sont comme les clefs des mystres des princes. Parmi l'ordre puissant
et invincible corps de la noblesse, il s'en peut rencontrer encore
quelques-uns et des plus suffisans, et entre ceux qui ont us la
meilleure partie de leur ge aux honorables professions, ou employe
auprs de ceux qui de leur temps ont mani les plus grandes affaires.
La grandeur de l'tat, la multitude et la nature des affaires doivent
rgler le prince pour ordonner du nombre qu'il lui faut de ces hommes
choisis. Le corps de ce Conseil, ainsi bti des meilleures parties
prinses de ses sujets, fera reluire et estimer partout son jugement et
bon entendement, donnera poids  son autorit et trs-grande rputation
 son empire. Mais ce n'est pas assez d'avoir un Conseil qui ne s'en
veut aider, ou ne s'en servir que de mine, inutile du tout au souverain
qui ne croit que sa tte; qu'il se dispose donc  l'couter et  le
suivre en toutes ses affaires, qui ne se peuvent mrement consulter
que sur le tapis vert; se conseille  propos et prenne garde que, pour
y tre ou trop long ou trop prompt, l'occasion perdue ne perde aussi
ses affaires; coute les conseils et les raisons paisiblement, avec
attention et ferme jugement, sans s'attacher opinitrment aux siennes;
n'use de brigue ne de force pour les faire approuver; trouve bon que
chacun y parle franchement; il se verroit souvent froidement conseill
s'il faisoit le contraire, et d'un esprit indiffrent remarque les
avis, les reoive galement, bons ou mauvais, faisant parotre qu'il
les prend de chacun comme donns en bonne conscience. Et puis aprs,
d'autant que le secret est l'me des affaires, sur le poids des raisons
plutt que sur le nombre, prenne en priv lui-mme avec deux ou trois
sa rsolution pour tre plus secrte, et aussitt prte la main 
l'excution. Que si elle ne reoit pas toujours une fin espre, il
y aura moins de regret que s'il l'avoit seulement prinse avec sa
fantaisie. Que jamais il ne juge par les vnemens ne d'eux ne des avis
et ne les leur reproche point, mais, en considrant qu'il ne se trouve
rien qui soit plus pineux que de conseiller un roi ou autre souverain,
les tienne pour arrts de la Fortune, qui prside sante dessus le
trne des affaires humaines. Qu'il assiste souvent en ce Conseil, car
sa prsence les arrtera tous dans le point du devoir; son oeil et son
oreille tiendront le contrle de leurs dportemens, du biais et de la
chute de leurs opinions, et son bon jugement donnera sonde jusques au
fond de leurs conceptions, sans toutesfois sous quelque prjug ajouter
foi par trop lgrement, ne refuser obstinment  croire ce qu'il verra
ou qu'on lui dira d'eux, ne de tout autre que ce soit. Et, non content
de les our opiner en Conseil, les interroge souvent chacun  part sur
ses affaires ou sur des autres qu'il imaginera; c'est un moyen pour
s'instruire sans peine et en savoir en peu de temps lui seul autant ou
plus que tous ensemble, et faire qu'un chacun d'eux approchant prs de
lui ait toujours l'esprit en garde pour rpondre  propos et satisfaire
sur le champ  ses intentions. Ne favorise ceux qui voudroient usurper
autorit dessus leurs compagnons; il y auroit  craindre que ce support
ne jett  l'cart aucunement leur ancienne intgrit pour la mler
aux passions particulires d'o naissent les cabales tant dommageables
au service des princes. Pour ce regard qu'il les tienne  l'gal;
l'galit est mre de l'accord, et l'accord pre de l'harmonie. Mais
hors de l chacun fasse sa charge, conspirant tous  une mme fin,
c'est au bien de l'tat et du souverain, lequel ainsi comme le grand
ressort doit faire aller d'un mme temps les divers mouvemens de la
machine de l'empire, o, si les uns prsument tant de les vouloir
conduire tous et entreprennent sur les charges des autres, c'est
tirer au bton; tout y demeure court ou le dsordre et la confusion
se ple-mlent aux affaires du prince. Pense pour eux lorsqu'ils n'y
pensent point, s'il les veut obliger  ne penser qu' lui, et leur
donne du bien sans le demander: les services demandent; donner ainsi
c'est obliger et donner doublement; ou ne se fasse tirer par trop
l'oreille quand ils demanderont:

    _D'un bienfait marchand le mrite se perd._

Aprs avoir ainsi dispos toutes choses pour affermir la base de
son autorit, par l'assurance et l'honneur de l'tat, pourvoie 
sa personne, sa maison et sa Cour, faisant un choix considr de
serviteurs fidles et discrets, sans yeux et sans oreilles, qui soient
de bonnes moeurs, de douce humeur, accoutums au service des princes
et des grands, et d'ge convenable  bien faire les charges dont il
voudra les honorer diversement, selon les qualits, pour s'en servir
en sa maison et spcialement auprs de sa personne. Car il importe
extrmement au prince d'tre servi de telles gens, pour ce qu'ils sont
comme premiers dpositaires de sa vie, de tous ses mouvemens secrets
et actions prives. Or,  ce que l'on dit, Sa Majest le relvera de
cette peine, voulant elle-mme faire sa maison lorsqu'elle se rsoudra
de le mettre en vos mains, et lui donner, pour le servir en chacune
des charges, de l'lite des siens, sur le patron desquels il puisse
apprendre  les choisir ailleurs s'il en avoit besoin. En ceci il
ne recevra pas un petit avantage de les prendre du Roi, qui les a
prouvs, d'autant que le hasard se rencontre  l'essai des choses
inconnues. Il est  prsumer qu'il prendra des plus mrs et des plus
gens de bien pour mettre prs de sa personne; leur ge, leur prudhomie
et l'honneur d'tre  Sa Majest lui donneront je ne sais quelle
crainte qui pourra l'empcher ou divertir de beaucoup de jeunesses
qu'il pourroit entreprendre, sduit par le conseil d'un inconnu et
mauvais serviteur, abusant  son dam, pour un profit particulier ou
passion prive, de la facilit et bont de son ge. Aprs l'ordre
donn pour servir sa personne, qu'ayant le soin en mme temps de son
instruction pour les moeurs et les lettres il choisira lui-mme un
prcepteur, et par ainsi capable d'une si grande charge. Puisque Sa
Majest veut qu'il entre en son Conseil  l'ge de douze ans, et qu'il
se faonne et fasse son apprentissage dans cette cole de la chose
publique, depuis cet ge jusqu' celui qui le rendra majeur par les
lois du royaume, afin qu'en ce temps-l il se puisse trouver comme
matre pass, et suffisant d'en prendre la conduite; voulant en outre,
pour le rendre accompli, qu'elle le mettra alors entre les mains de
ses plus confidens qui l'instruiront du fond du secret et du fin de
toutes les affaires. L'on dit aussi que le Roi, lui permettant d'avoir
quelques heures  soi, pour y passer honntement le temps et l'employer
aux exercices vertueux qui soient de sa porte et convenables  sa
qualit, a rsolu de lui donner pour compagnie une certaine troupe de
jeunes gentilshommes, de pareil ge ou sortable au sien, qu'il tirera
des plus grandes et meilleures maisons de toutes ses provinces, jugeant
que cette premire nourriture fournira les semences d'une solide
affection  aimer la personne de ce jeune Prince qui germera dans ces
petites mes, et, croissant peu  peu comme leurs corps, s'levera si
forte que, parvenue  sa maturit, elle lui produira facilement les
fruits d'une fidle subjection et ferme obissance, et qu'un jour ce
seront ses tenans et les arcs-boutans de son autorit; que par leur
bon exemple, leur crdit et la force, ils maintiendront et feront
reconnotre par toutes les parties du royaume, et par mme moyen la
rendront redoutable aux nations trangres. Et comme Sa Majest vous
a destin pour gouverner ce Prince, faonner et conduire sa premire
jeunesse, avec pouvoir sur toute sa maison, il sera ncessaire aussi
que vous ayez l'oeil sur cette compagnie, et preniez garde  ce que pas
un d'eux, ne autre approchant prs de lui, n'haleine dans ses yeux ou
souffle en ses oreilles l'infection du vice naturel que chacun porte de
naissance, car chacun a le sien; vous le verriez en peu de temps plus
vicieux lui seul surpasser tous les autres. Conduisez-le toujours des
yeux et de la main; tenez-en garde de tous cts des espions fidles et
retranchs contre ce mauvais vent, qui teindroit en lui ces petites
bluettes du feu de la vertu, dont la nature a parsem nos mes. Et
pour autant qu'il semble que le mal et le bien, le vice et la vertu,
l'adversit et la prosprit que reoit un tat partent, ainsi que
d'une source, de la maison du prince souverain, il faut que le ntre
sache que ce n'est pas une des dernires parties de sa prudence de
la bien ordonner; et pour ce faire, qu'il commence cet ordre par sa
personne propre, faisant reluire avec sa qualit, sa foi, sa pit, sa
probit, sa temprance, sa justice et sa grce; ses serviteurs, ses
courtisans, et puis tous ses sujets, des plus petits jusqu'aux plus
levs, suivront cette lumire. Les peuples sont imitateurs des rois,
comme persuads que leurs actions commandent  l'gal de la force
des lois. Qu'il donne les premires charges  personnages de grande
qualit, de mrite pareil et d'ge vnrable, et tels qu'il n'en puisse
jamais craindre le repentir, ne recevoir du blme; car telles gens
lui feront de l'honneur, serviront par honneur et non par avarice.
Que chacun d'eux soit maintenu en son dpartement et tous ensemble si
lis d'une commune intelligence que leurs affections conduisent celles
des moindres officiers qui serviront sous eux, pour ne viser pour
tout ailleurs qu'au service du prince. Qu'il reconnoisse aussi cette
fidlit par rcompenses et bienfaits honorables, octroyant librement
ou prvenant dextrement leurs demandes: le service muet, continu,
demande de soi-mme, et la faon dont se donne le bien ou gratification
oblige fort souvent autant ou plus que la valeur de la chose donne. Ne
souffre point que les chefs de ces charges en oppressent les membres,
car ils sont tous  lui, et qu'abusant indignement de leur autorit ils
ne les privent de leurs droits et volent leurs salaires. Il seroit 
craindre que l'indigence et la ncessit n'abattt la foiblesse et la
fidlit de quelqu'un de ceux-l, au prjudice, possible, de sa vie; et
par ainsi qu'il s'enquerre soigneusement des moeurs et des actions de
tous ses domestiques,  celle fin de les tenir toujours en tat de bien
faire, et pour y donner ordre s'il y a de la faute, la punissant en eux
plus rigoureusement pour l'exemple des autres. Que l'on voie souvent
autour de lui des hommes doctes et sages personnages, de toute qualit
et diffrentes professions, pour avoir en tout temps  qui communiquer,
de quoi prendre plaisir, et s'instruire parfois en leurs discours de
diverses sciences; tenant cette maxime de jamais n'approcher de soi,
pour y tre ordinaires, que des gens de bien. D'autant que tout le
monde jugera qu'il est tel que sont ceux qui le servent et vivent en
faveur auprs de sa personne. Ne juge mal de la sincrit de leurs
affections, ne de ses autres serviteurs, pour ne louer toujours ses
conseils, ses desseins, ses faits ou ses paroles, ains trouve bon que,
selon leurs avis, ils les puissent srement rprouver avec modestie.
C'est un avant-coureur  la ruine de celui auquel on n'ose dire la
vrit en aucune faon, de peur de lui dplaire. Fasse distinction
des bons et des mauvais, de ceux qui l'aimeront d'me et de coeur,
pour l'amour de lui-mme, d'avec ces finets qui consentiront tout pour
faire leurs affaires, et cauteleusement le flatteront jusques  ses
penses. Aime ceux-l, rejette ceux ici, comme peste des princes et
de la rpublique; car ces flatteurs ce sont des affronteurs beaucoup
plus dangereux que ceux qui, parmi le commun et les particuliers, font
mtier ordinaire et vertu d'user d'affronterie, tant par eux tout  la
fois le public affront, affrontant la personne du prince. Plante la
paix en sa maison, en dracine la discorde; l'une donne l'accroissement
aux plus petites choses, l'autre ruine de tout point et dtruit les
plus grandes et les mieux tablies. Embrasse la vertu  bon escient
et dteste le vice, y tablisse le premier et en bannisse l'autre; et
ne prsume pas que la royale et souveraine qualit soit couverture
suffisante pour empcher les mauvaises odeurs de sa mauvaise vie;
car, ft-il encav au plus profond d'une caverne, l'on en sentira
l'air, tant des rois ainsi que du soleil, qui pour un temps peut
bien dissimuler, mais non pas drober du tout les rais de sa lumire.
On verra lors toute sa Cour imiter  l'envi ses actions vertueuses,
chacun brlant de passion et fidle dsir abandonner et les biens et
la vie pour le service de ce Prince, qui trouvera, en bien vivant et
bien rgnant, sa personne assure et son tat aussi, en la vertu de
ses amis, l'amour de ses sujets, et sa propre prudence, les lgitimes
et uniques moyens pour conserver et gagner les empires. Voil en peu
de mots une partie des principales considrations qu'il doit avoir en
faisant sa maison. Il nous faut assurer que Sa Majest ordonnant de
celle de notre jeune Prince la fera telle qu'elle servira de rgle, non
 sa Cour et suite seulement, mais  tout le royaume.

Or, si la pit, la prudhomie, le savoir, les vertus hroques, les
bonnes lois, les finances et les amis; et si les armes, le bon conseil,
la prudente conduite et vertueuse vie d'un roi et seigneur souverain
sont pices qui suffisent pour assurer sa domination et empcher que
son tat et son autorit ne voient la ruine, notre Prince aura de
quoi bien esprer, ayant apprins et retenu vos bons avis et vertueux
enseignemens, et plusieurs autres qu'il apprendra pour cette mme
fin,  mesure que l'ge augmentera les forces de son entendement.
Cependant qu'il sache que la preuve infaillible de la bont de son
gouvernement, ce sera l'opulence de ses sujets et leur louable vie;
et quand la crainte de ressentir le dplaisir et l'ennui de sa mort
leur fera souhaiter que la leur la prvienne, et lorsque retirs
chez eux en leur particulier, ils admireront tous et feront admirer
 toutes leurs familles plus sa rare vertu que sa grande fortune. Et
possible Sa Majest, pour couronner cette oeuvre, prendra plaisir
aucunes fois d'employer en la personne de son Dauphin tout ce que le
long temps et la pnible exprience lui ont si chrement apprins, et
plus par aventure qu' nul autre des princes qui vivent sur la terre.
Mais pource que je sais qu'il n'y a rien dessous le ciel qui ne soit
prissable et sujet  sa fin, mme que les grandeurs des plus puissans
empires ont leur point limit, je prie Dieu et le supplie de vouloir
diffrer le dcret final prordonn sur cette monarchie,  ce que la
tempte n'en tombe sur ce Prince, et que jamais elle ne puisse choir
sur les rois de son nom, de le garder et conserver toujours sous
l'abri de ses ailes, gouverner et conduire toutes ses actions, et
lui permettre de rgner aprs Sa Majest paisiblement, heureusement
et  longues annes, favoris de sa bont, aim et craint de ses
sujets, honor, estim et redout de tout le monde; et de pouvoir
enfin, suivant les traces du roi son pre, laisser un jour la France
regorgeante en richesses au milieu de la paix, un doux ressouvenir
de ses bonts dans le coeur de ses peuples, puis en succession 
ses successeurs, du sujet de l'ensuivre et de faire comme lui, et de
la gloire du nom franois et de son renom remplir toute la terre.
Voil, Monsieur, ce que votre dsir et l'affection particulire que
j'ai au bien et au service de ce Prince m'ont fait concevoir pour son
instruction. Je m'estimerai trs-heureux si vous et ceux qui le liront
jugez que j'ai satisfait aucunement  leur gr et  votre esprance;
sinon je vous somme  garant, en attendant que quelqu'un plus solvable
que moi vous dgage de cette obligation. J'aurai toujours fort agrable
une telle dcharge.

SOUVR. Pour moi j'en suis bien content et me sens oblig  vous de
cette confrence.

L'AUTEUR. Monsieur, je suis votre trs-humble serviteur, je reois ces
paroles de votre courtoisie.


FIN DES APPENDICES.




TABLE CHRONOLOGIQUE

DU JOURNAL

DE

JEAN HROARD.


  1601.--Hroard est nomm premier mdecin du futur Dauphin;
    paroles que lui adresse Henri IV.--Naissance du Dauphin 
    Fontainebleau.--Tmoins de l'accouchement.--Description du
    corps de l'enfant; remarque de la duchesse de Bar.--Le Roi
    annonce lui-mme l'vnement.--Dpart des courriers.--Paris
    de Zamet avec le Roi et la Reine.--Premire nourrice.--Le
    Roi manque de laisser tomber son fils.--Visites de grands
    personnages.--Premire chemise; mot de la duchesse de
    Bar.--Avidit de l'enfant.--Seconde nourrice.--Le Dauphin
    transport de Fontainebleau  Saint-Germain en Laye; son
    passage et sa rception  Melun et  Paris.--Visites 
    Saint-Germain; la Reine y vient avec Mme de Guise et la
    Concini.--Arrive du Roi; il se joue avec son fils.--Premier
    mot de l'enfant  sa nourrice.--Arrive des gardes du
    corps.--La marquise de Verneuil  Saint Germain.--Jargon
    du Dauphin; il aime la musique.--Visite des nonces du
    Pape.--Remplacement de la premire nourrice.                    I, 1

  1602.--Le Roi et la Reine  Saint-Germain.--Premier portrait
    du Dauphin fait en crayon par Decourt.--Dpart de la seconde
    nourrice.--La marquise de Verneuil.--Premire sortie.--Autre
    portrait du Dauphin.--M. de Rosny.--Les enfants de
    Gabrielle d'Estres, levs avec le Dauphin, ont la petite
    vrole.--Premires caresses de la Reine.--Portrait fait par
    Quesnel.--Rception d'ambassadeurs.--Premier instinct de la
    chasse.--Premire dent.--M. de Mansan.--Projet de mariage
    avec l'infante d'Espagne.--Lettre du marchal de Biron 
    Mme de Montglat.--motion d'un vieil officier gnral.--M.
    de Mayenne.--Le comte d'Auvergne.--Mme Boursier.--Premier
    vtement.--Concini.--Mot du Roi sur la bouillie.--Tienette
    Clergeon.--Second portrait fait par Decourt.--Singulires
    habitudes donnes  l'enfant.--Le Roi joue  cache cache avec
    son fils, lui fait voir la cure du cerf.--Excution de Biron
    et chute du Roi.--La fte de Saint-Louis.--Nouvelle grossesse
    de la Reine.--Le Dauphin entre dans sa deuxime anne.--Moeurs
    singulires.--Prsents des dputs du Dauphin.--Audience des
    ambassadeurs suisses.--Singulier hommage des courtisans.--Le
    prince de Cond.--Naissance de Madame  Fontainebleau; son
    arrive  Saint-Germain.                                       I, 17

  1603.--Premiers services rendus au Roi.--Rpugnance du
    Dauphin pour son frre naturel.--Premires armes donnes
    par la duchesse de Bar.--Singuliers exemples donns au
    Dauphin.--Mauvais vouloir pour Concini et sa femme.--Le
    Roi menace le Dauphin du fouet.--Charles Martin fait
    son portrait.--M. de Longueville vient demeurer 
    Saint-Germain.--La marquise de Verneuil et son fils; dtails
    singuliers.--Serment de fidlit des magistrats de Paris.--Le
    Dauphin joue au mail.--Mme Hroard.--Premire lettre au
    Roi.--Le P. Coton.--Mme de Verneuil et sa mouche.--Les enfants
    de MM. de Liancourt et d'pernon.--Comment on l'entretient
    de l'infante d'Espagne.--Habitude de Henri IV.--La duchesse
    de Bar.--Dpart du Roi et de la Reine pour la Normandie.--Le
    Dauphin apprend  parler.--Mlle de La Salle.--Mme Concini.--Mme
    de Verneuil.--Prire que rcite le Dauphin.--Il boit 
    l'infante d'Espagne et danse en prsence de l'ambassadeur.--Son
    caractre opinitre; il est fouett pour la premire fois.--Son
    amiti pour Hroard.--Le Dauphin est sevr.--Armes donnes
    par la ville de Moulins.--Mathurine la folle.--Audience du
    conntable de Castille.                                        I, 41

  1604.--trennes du Dauphin.--Visite du Roi; journe
    orageuse.--Bgayement du Dauphin.--Chanson sur La Clavelle
    et Engoulevent.--Chasse du Roi  Versailles.--Les musiciens
    du Dauphin.--Il reoit la croix du Saint Esprit, premier
    prsent du Roi.--Curiosit et dissimulation du Dauphin.--Le
    Roi le fait fouetter.--Le Dauphin fait l'essai des mets
    destins au Roi.--Opinitrets et corrections.--Il voit
    danser un ballet.--Portrait fait au crayon par le fils de
    Dumonstier.--Caractre et ducation du Dauphin.--Il va  la
    Muette,  Croissy,  Poissy.--Singulier langage.--Accueil fait
     M. de Rosny,  son prsent et  sa lettre.--Lettre du Dauphin
    au Roi.--Jalousie envers les enfants naturels du Roi.--Dialogue
    avec le page Labarge.--Scnes avec le Roi et la Reine.--Comment
    on lui parle de son pre; les fous de Cour.--Nouveau portrait
    peint par Charles Martin.--Le journal d'Hroard.--Scne avec
    le Roi.--Arrive des enfants de Mme de Verneuil; dispositions
    du Dauphin pour eux.--Scne avec le Roi et la Reine; page
    fouett  la place du Dauphin.--Les chats du feu de la
    Saint-Jean.--Le cantique de Simon.--Mme de Verneuil.--Visite
    du duc de Lorraine et de ses fils.--Got du Dauphin pour les
    armes et les instruments militaires.--M. de Rosny.--Singulier
    langage qu'on tient devant l'enfant, et ses rsultats.--Nouveau
    portrait fait au crayon par Decourt.--Le livre de Gesner
    sur l'histoire naturelle; le sige d'Ostende.--Portraits en
    cire de la Reine et du Dauphin faits par Paolo.--Le Dauphin
    part de Saint-Germain; son passage  Paris,  Savigny, 
    Villeroy,  Fleury; son arrive  Fontainebleau.--Scnes avec
    le Roi et la Reine.--La poterie de Fontainebleau.--Caractre
    impressionnable de Henri IV; il _blmit_ d'aise en embrassant
    son fils et le fouette lui-mme.--Lit donn par M. de
    Rosny.--Concini.--Le P. Coton.--Costume d't.--Got de plus
    en plus dvelopp pour la musique.--Le fou du Roi.--Tragdie
    anglaise reprsente  Fontainebleau.--Statue du Dauphin
    faite par Guillaume Dupr.--Le danseur de corde.--Portrait au
    crayon fait par Mallery.--Accs facile des pauvres dans les
    cours du chteau.--M. de Favas et sa jambe de bois.--Scne
    avec le Roi.--L'pinette de M. de Saint-Gran.--Envoi 
    l'infante d'Espagne.--M. de Rosny et le service d'argent
    dor.--Journe de colre et ses suites.--Mlle de Guise.--M.
    de Vendme indispose le Roi contre le Dauphin.--Singulires
    conversations.--Continuation de la colre du Roi.--Le lit de la
    Reine.--Le masque de Mme de Montglat.--Dpart de Fontainebleau;
    passage  Melun, retour  Saint-Germain.--Arrestation du comte
    d'Auvergne.--La marquise de Verneuil et la comtesse de Moret
    viennent l'une aprs l'autre  Saint-Germain.--Arrive du
    Roi; souvenir de la scne de Fontainebleau.--Le branle des
    navets.--Le Dauphin recommence  bgayer.--Moyens dont on se
    sert pour le faire obir.--Lutte entre le Roi et son fils.--Le
    Dauphin valet du Roi.--Historiette du fils de M. de la Fon.--Le
    Dauphin quitte les lisires.--Remarques sur les antiquits de
    Rome.--Joujoux de Nol.--Le mari de la nourrice.--Audience des
    tats gnraux de Normandie.--Un joujou d'Italie.              I, 59

  1605.--Devise du Dauphin.--On l'habitue au bruit des armes
     feu.--Lettre  la Reine.--Les figures de la Bible.--Les
    portraits du Roi et de la Reine.--Le livre de M. de La
    Capelle.--Antipathie naissante pour les femmes.--Le valet du
    serrurier.--La comtesse de Moret.--Prsent de la Reine.--Henri
    IV et ses enfants.--Le serment de fidlit.--L'ambassadeur
    d'Angleterre.--M. d'Harambure.--Le pied du cerf et le pied
    de la perdrix.--Les emblmes d'Alciat.--La duchesse de
    Deux-Ponts.--Le valet du bourreau.--Jouets de poterie.--Les
    danses du Dauphin.--Entretien sur l'Infante.--Le peintre
    Martin.--Jouets d'argent.--Premier page.--Le jeu du
    corbillon.--Le baron de Donaw.--Modle en cire d'une statue
    du Dauphin, le sculpteur Desprs ou Dupr.--La chanson de
    Robin.--Jouets de carton peint.--Le Dauphin log au chteau
    neuf de Saint-Germain.--La comtesse de Moret.--Lettre au
    Roi.--Got naissant pour le dessin.--Les fontaines et les
    orgues de Saint-Germain.--Instincts du commandement.--Chanson
    du Dauphin.--Les Espagnols et l'Infante.--Les outils du
    menuisier.--L'esprit de la galerie rouge.--Danger que
    court Hroard.--Conversation sur la chasse, le Louvre,
    etc.--La paye des soldats du Roi.--Le brave Crillon.--Le
    chien _Favori_.--Caractre du Dauphin.--Discours des
    dputs suisses.--La statue d'Orphe.--Les forats.--_La
    belle Corisande_ et son petit-fils.--Les Gascons.--M. de
    Favas.--Jouets de plomb.--Mme de la Trimouille.--Amour
    du Dauphin pour sa nourrice.--Retour au vieux chteau de
    Saint-Germain.--Mlle Prvost des Yveteaux.--Le comte de
    Saure.--Lettre au Roi.--Les prires du Dauphin.--Chanson
    gasconne.--Henri IV couch avec ses enfants; moeurs et
    conversations singulires.--Fianailles du prince de
    Conty.--Enseigne de diamants donne par la Reine.--La musique
    de la Reine.--Le foss et le pont-levis.--Le Dauphin fouett
    par le Roi.--Un coffret flamand.--Le comte de Soissons, M.
    de Rosny et M. de Montbazon.--Batteries des tambours.--Le
    Jaquemard de Fontainebleau.--La famille de Montmorency.--Le
    grand marchal de Lorraine.--Got pour la musique.--Don
    Juan de Mdicis.--Anniversaire de la mort de Henri III,
    usage pour les Dauphins.--Familiarit d'un cul-de-jatte.--Le
    sculpteur Francisco, le peintre Martin.--Entrevue avec la
    reine Marguerite; prsents qu'elle fait au Dauphin et 
    sa soeur.--Le galimatias de Nervze.--Le Saint-Thomas de
    Poissy.--Ouvrages de la Chine et joujoux d'Allemagne.--Lettre
     la reine Marguerite.--Proverbe de Salomon.--Le prsident
    du Vair.--Le ballet du Combat.--Dputs de l'assemble
    de Chtellerault.--Joujoux de Nevers.--Prsent du duc de
    Lorraine.--Le chevalier d'pernon.--Le Dauphin entre dans
    sa cinquime anne.--La reine Marguerite; les livres 
    gravures.--Conversation sur le prince de Galles.--Le frre
    btard de Henri IV.--Chapelets d'Italie.--Mot de l'ambassadeur
    de Venise sur l'Italie.--L'clipse de soleil.--Le nain de
    la Reine.--La chambre de Charles IX.--Lettres au Roi et 
    la Reine.--Mendiants irlandais.--Le livre d'Heures de Henri
    III.--L'histoire de Matthieu.--Portrait en cire du Roi.--Le
    sculpteur Jean Paulo.--Jouets de poterie.--Le Dauphin va
    demeurer au chteau neuf.--La marquise de Verneuil.--Animal
    et bateau rapports du Canada.--Le sang royal et la fleur de
    lys.--Captivit de Henri IV  Saint Germain.--La duchesse
    de Beaufort.--Scne avec le Roi.--Humanit du Dauphin.--La
    carte gallicane de Thevet.--Sympathie entre le Dauphin et le
    Roi.--Henri IV et ses enfants.                                I, 111

  1606.--trennes du Dauphin.--Souvenir de
    Fontainebleau.--trennes donnes par la Reine; remercment
    du Dauphin.--Lettre au fils de Mme de Montglat.--Lettre
    du prince de Galles.--Prsent du duc de Lorraine.--Le Roi
    et la comtesse de Moret  Saint-Germain.--Les piques de
    Biscaye.--Utilit du journal d'Hroard.--Comment dnent les
    laquais.--Habitude du Roi.--Chanson turque.--Parcimonie
    dans laquelle est lev le Dauphin.--Naissance de Madame
    Christine.--Dtail sur la mort de Henri III.--La gographie de
    Mrula.--Le Roi  Saint-Germain.--Le duc de Bouillon.--Premier
    enfant tenu sur les fonts de baptme.--Donation de la reine
    Marguerite au Dauphin.--Dpart pour Paris.--Visite  la reine
    Marguerite.--Dpart du Roi pour le sige de Sedan.--La chapelle
    de Bourbon.--Visite  l'Arsenal et  la Bastille; M. de Rosny,
    le comte d'Auvergne.--Visite au Palais de Justice.--Lettre
    au Roi.--Retour  Saint-Germain.--Prcautions pour la
    sret du Dauphin.--_La Castramtation_ de du Choul.--M. de
    Crillon.--Le feu de joie de la paix.--La nourrice de Charles
    IX.--Inclination aux mcaniques.--Modle du chteau neuf de
    Saint-Germain.--Habitude du Roi.--La belle Corisande.--Le
    Roi et M. de Bouillon.--Got du Roi pour l'ail.--Jalousie
    et opinitret du Dauphin; sa sensibilit.--Premier coup
    de feu.--Moeurs singulires.--Dputation d'un rgiment
    suisse.--Portrait du Dauphin peint par Martin.--Visite de la
    reine Marguerite.--Le Dauphin amoureux; encouragements et
    exemples qu'on lui donne.--Le conntable de Montmorency.--La
    belle Gillette.--Le cardinal de Joyeuse.--Produits de
    la verrerie de Saint-Germain des Prs.--Le marquis
    de Rainel.--Le Roi et son fils.--Accident du bac de
    Neuilly.--Prire du Dauphin.--Le prsident Groulard et
    les dputs de Normandie.--Paroles honteuses.--Le soldat
    Descluseaux.--Le Dauphin log au chteau neuf.--Hommage
    des dputs d'Auvergne.--Les cus de M. de Sully; avidit
    de l'entourage du Dauphin.--Maladies pidmiques;
    vision d'une sentinelle.--L'hiver en t.--Habitude du
    Roi.--Prcautions de salubrit.--Le Roi et le prince de
    Mantoue.--M. de Saint-Aubin-Montglat.--La Reine et la
    duchesse de Mantoue.--Jalousie du Dauphin.--Portrait du
    Dauphin par Francesco.--L'abb de Saint-Germain.--Le cardinal
    de Joyeuse.--Rpugnance du Dauphin  demander.--Dpart de
    Saint-Germain pour le baptme.--Le prisonnier de Chilly.--Les
    portraits de M. de Beaulieu.--Baptme du Dauphin 
    Fontainebleau.--Prsent de M. de Lorraine.--Feu d'artifice.--La
    verrerie de Fontainebleau.--Sjour  Cly.--Lettres au
    Roi.--Le canal de Fleury.--Dtail d'tiquette.--Moeurs des
    laquais de Fontainebleau.--Le Dauphin entre dans sa sixime
    anne.--Avidit de Mme de Montglat.--Ange Cappel.--Songe
    du Dauphin.--Les pages de la chambre; Racan.--Bons mots
    du Dauphin; son respect pour la vieillesse.--Visite 
    la comtesse de Moret.--Le peintre Le Blond.--La mule
    de M. de Roquelaure.--Jeux du Dauphin.--Les dputs du
    Dauphin.--Dispositions pour la chasse.--M. et Mme de
    Rosny.--Combat de dogues, d'ours et de taureau.--Engoulevent;
    rpugnance du Dauphin pour les bouffons.--Mariage du prince
    d'Orange.--Ballet du Dauphin.--Reparties  MM. de Roquelaure
    et de Bassompierre.--Guerre contre la princesse d'Orange.--La
    petite Panjas.--Familiarit avec les soldats.--Le comte de la
    Roche.--Superstition d'Hroard.--Jouets de poterie.--Buffet
    de Franois Ier.--Got pour le dessin; premire leon donne
    par Frminet.--Portrait du Dauphin par Frminet.--Amour et
    attentions d'Hroard pour le Dauphin.                         I, 167

  1607.--Caractre moqueur du Dauphin.--Le gteau des
    Rois.--Mme de Montglat et Mlle d'Agre.--Premire signature
    du Dauphin.--Comment se tient le Roi.--Lettre au Roi.--_La
    Saint-Jean des Choux._--Lettre du Roi.--Dessins et peintures
    du Dauphin.--Prsent de l'archiduchesse d'Autriche 
    Madame.--Oraison du Dauphin.--Prsents que lui fait M. de
    Brves.--Le Roi joue  la paume avec le Dauphin.--Le peintre
    Dehoey.--Premire leon de latin.--Lettre de l'lecteur
    palatin.--Le Dauphin  la crmonie de la Cne.--M. de
    Guise.--Naissance du duc d'Orlans, son thme de nativit.--M.
    de Sully.--Apparition d'un aigle; geste du duc d'Orlans et
    augures que l'on en tire.--Les quatrains de Pibrac.--Got
    croissant du Dauphin pour la musique et le dessin.--Decourt
    fait de nouveau son portrait.--Vtement d't.--Accouchement
    de la comtesse de Moret.--La reine Marguerite.--Relevailles
    de la Reine.--Antipathie pour les Espagnols.--Paillardise
    du Roi.--Produits de la poterie de Fontainebleau.--Portrait
    en cire et mdaille du Dauphin par Paolo et Dupr.--Danse
    d'gyptiens ou Bohmiens.--Rancune du Dauphin contre son
    page.--Rception d'un ambassadeur turc.--Ordres du Roi pour
    donner le fouet au Dauphin.--Mort de M. de Montglat.--Le
    comte de Moret sauv du tonnerre.--Dpart pour Saint-Germain,
    passage  Melun,  Crosne,  Paris,  Saint-Cloud, arrive 
    Saint-Germain.--Mme des Essars.--Familiarits du Dauphin.--La
    peste  Saint-Germain; dpart pour Noisy.--Caractre dissimul
    du Dauphin.--Le Roi  Villepreux.--Lettre et prsent du prince
    de Galles.--Histoires tires de la Bible.--Portrait du pre du
    Roi.--Peu de got du Dauphin pour la danse.--Il entre dans sa
    septime anne.--Portrait de Louis XII.--Lettres de la famille
    ducale de Toscane.--Incendie  Noisy.--Services d'Hroard sous
    Henri III.--Premier seing valable du Dauphin.--Portrait de Du
    Guesclin.--Le duch de Milan.--Peu de got du Dauphin pour
    l'tude.--Lettre au Roi.--Le ballet des Lanterniers.--Retour 
    Saint-Germain.--Baptme de M. et de Mlle de Verneuil.--M. de
    Csi.--Le livre de Vitruve.                                   I, 293

  1608.--Conversation sur le Roi et sur les charges de la maison
    du Dauphin.--Mariage projet du duc d'Orlans.--Accouchement de
    Mme des Essars; mot du Dauphin.--Portraits des grands-pres du
    Dauphin.--Froid excessif.--La volire du Dauphin.--Catchisme
    du P. Coton.--Conversation sur l'Infante; jeux avec les petites
    filles.--M. d'Albigny.--Jeux et langage singuliers.--Pain
    fait avec du bl avari.--Prsent de la reine Marguerite.--Le
    ballet des Falots.--Envoi du Dauphin  l'infante d'Espagne.--Le
    porte-panier.--Dpart de Saint-Germain.--Sjour au
    Louvre.--Visites  la reine Marguerite, au Palais de Justice,
     l'Arsenal.--Dpart pour Fontainebleau.--Le tableau de la
    belle Agns.--Aversion pour M. de Moret.--Figure de Henri IV en
    poterie.--Amiti du Dauphin pour Hroard.--Le chien et le singe
    du Roi.--Crmonies des Rameaux et de la Cne.--Le P. Ange de
    Joyeuse.--Le fou-pote de M. de Roquelaure.--MM. de Mortemart
    et de la Trmoille.--Naissance du duc d'Anjou.--Mot du Roi au
    Dauphin.--Lettre du Dauphin au Roi.--Collation de poterie.--Un
    joujou de Nuremberg.--Mmes de Montpezat et du Peschier.--M. de
    Vic et sa jambe de bois.--Les diffrentes races des enfants
    du Roi.--Got pour la chasse et les chiens.--Le Dauphin
    quitte l'habillement d'enfant.--Contes sur l'Infante.--Le
    premier laquais du Dauphin.--Ses exercices militaires; il
    aime l'odeur de la poudre.--Le sauteur Colas.--Un chien
    cocu.--Mariage de M. de Vendme et de Mlle de Mercoeur.--Mot du
    Roi sur M. de Guise.--Premier bain.--Jalousie du Dauphin.--Le
    docteur de la Palestine.--clipse de soleil.--Le prince de
    Mantoue.--Premire leon d'quitation.--Devise latine, signe
    _Louis_.--Les peintures de Frminet et de Franco.--Lettre 
    la grande-duchesse de Toscane.--Superstition d'Hroard.--Le
    tireur d'pines.--Dpart de Fontainebleau.--Passage
     Melun et  Chaillot.--La comtesse de Guiche et la
    reine Marguerite.--Le partisan Montauban.--Collation 
    Ruel.--Arrive  Saint-Germain.--Le Dauphin entre dans sa
    huitime anne.--Le duc de Mantoue.--Visite  l'abbaye de
    Poissy.--Lettre au Roi.--La comtesse de Mansfeld.--Le Dauphin a
    la rougeole.--Portrait de Jeanne de Naples.--_L'Hippostologie_
    d'Hroard.--Chasse avec le Roi.--Sensibilit de Henri IV.--La
    vaisselle d'argent du Dauphin.--Mot sur le marchal
    de Biron.                                                     I, 303

  1609.--Le livre _De l'Institution du Prince_.--Le gteau
    des Rois.--Farces et comdies.--Le Dauphin copie le
    portrait du Roi.--La gravure de Jupiter.--_La Vnerie_ de
    Du Fouilloux.--Dpart de Saint-Germain pour Paris.--Le
    Dauphin remis entre les mains des hommes.--Usage des
    mouches pour les femmes.--Premire justice du Dauphin; ses
    petits gentilshommes.--Ballet de la Reine.--Prsent de
    M. de Sully.--La foire Saint-Germain.--Visite de Mme de
    Montglat.--Prsent de la reine Marguerite.--Travaux de la
    galerie du Louvre.--Le matre d'armes du Dauphin.--Chasses
    et visites dans Paris.--Mort du Grand-Duc.--Mariage du
    prince de Cond.--La premire leon de Des Yveteaux.--Armes
    de Milan.--Collation chez M. de Mayenne.--Visite 
    Saint-Germain.--Dner  Ruel.--Dpart pour Fontainebleau.--Les
    moulins d'Essonne.--Crmonie de la Cne.--Le grand canal
    de Fontainebleau.--Le Dauphin fouett de verges.--_La
    Bradamante._--Le musicien Pradel.--Les maquereaux.--Passage
     Moret.--Le vin et la tisane.--Le fou du Roi.--Mlle
    de Fonlebon.--Le marchal d'Ornano.--Le Dauphin entre
    au conseil pour la premire fois.--Ftes du mariage de
    M. de Vendme.--Bijou donn par Mme de Mercoeur.--Le
    fou Des Vites.--Dpart de Fontainebleau.--Passage 
    Brie-Comte-Robert.--Vers faits par Hroard sur l'ordre
    du Dauphin.--Passage  Crteil.--Arrive au Louvre.--Le
    jeu de paume du Verdelet.--Bain de rivire.--Service
    de Catherine de Mdicis  Saint-Denis; le trsor, les
    tombeaux.--L'hpital des pestifrs.--Sully et la reine
    Marguerite.--Sjour  Saint-Maur.--Ballet des Sauvages.--Nouvel
    habillement.--Absences de Des Yveteaux.--Prsent du marquis
    de Brandebourg.--Visite  Chaillot.--Mot sur Mucius
    Scvola.--Dpart pour Fontainebleau.--Leon de grammaire.--Le
    Dauphin entre dans sa neuvime anne; souhait du Roi.--Chasse
    avec le Roi.--Lettres  la reine d'Angleterre et au prince de
    Galles.--M. de Souvr et M. Dupont.--Retour  Paris.--Habitude
    du Dauphin.--Antipathie pour Sully.--Nouveau logis au Louvre;
    les chapons de la Reine.--Naissance de Madame Henriette.--Got
    du Dauphin pour le vin.--Les contes de La Clavelle.--Bgayement
    du Dauphin.--Le comte de Chalais.--Lettres  la famille royale
    d'Angleterre.--Compliment  l'ambassadeur de Venise.          I, 375

  1610.--trennes de la ville de Paris.--Compliment
     l'ambassadeur d'Espagne.--Reliques de sainte
    Genevive.--Comdiens, marionnettes et ballets.--M. de
    Pluvinel.--Le Dauphin n'aime pas la flatterie.--Visite 
    Saint-Germain.--Baptme du fils de M. de Tresmes.--Portrait
    du Dauphin par Bunel.--Carrousel, course de bagues et
    ballet.--Mot sur Sully.--Mme de Montglat et M. de Souvr.--La
    nourrice du Dauphin.--Anecdote sur Charles IX.--La marquise
    de Verneuil.--Bruits de guerre.--La crmonie de la Cne.--La
    librairie de Saint-Victor.--Visite  Saint-Germain.--La
    lance de chair.--Plan d'une forteresse.--Les enfants de
    Paris.--M. Aleaume.--Dernier dner avec le Roi.--Ddain pour
    Sully.--Couronnement de la Reine.--Assassinat de Henri IV; mot
    du Dauphin.--Prcautions prises dans la nuit.                 I, 419

  1610.--Premire journe de royaut: discours prononc
    au Palais; dner de la Reine, elle refuse de prendre la
    serviette des mains du Roi; le coeur de Henri IV donn aux
    Jsuites.--Serment de fidlit du rgiment des Gardes.--Rverie
    et regrets du Roi sur la mort de son pre.--Retour du
    comte de Soissons.--Mme de Verneuil.--Le premier bienfait
    du Roi.--Crmonie  Notre-Dame.--Le mmoire des chiens
    du Roi.--Hroard retenu premier mdecin du Roi.--Craintes
    pour la sret du Roi.--Correction faite  deux vers
    latins.--Supplice de Ravaillac.--Bon naturel du Roi pour son
    premier page.--Le Roi fouett.--Du Bourdet et Olyvte.--Visite
     la reine Marguerite.--Maisons d'Issy.--Chasses dans les
    Tuileries.--Promenade sur la Seine.--Rponse du Roi 
    son sous-gouverneur.--Crainte envers la Reine.--Un lion
    dans les Tuileries; humanit du Roi.--L'imprimeur Robert
    Estienne.--Rponse au marchal de la Chtre.--Poids du
    Roi.--Audience du duc des Deux-Ponts.--Sentence invente
    par le Roi; instinct de la justice.--Eau bnite au corps de
    Henri IV.--Le corps du feu Roi sort du Louvre; dissension
     ce sujet.--Service des officiers du feu Roi.--Dpart
    de M. de Rohan.--Mot sur les ivrognes.--Retour du prince
    de Cond.--Complaisance de la reine Marguerite pour le
    Roi.--Le barbier Renard.--Le garde du Roi.--Les poires de
    cuisse-madame.--Soldat aux gardes fait prisonnier.--Chasse
     Meudon; premier coup d'pe  un sanglier.--Grce de
    l'estrapade  un soldat.--Dner  Ruel; le Roi fait le bon
    compagnon.--Crmonie des chevaliers de Saint Lazare.--Premire
    pierre du pavillon neuf de Vincennes.--Audience du parlement
    de Toulouse.--Les chansons du feu Roi.--Grce  deux
    soldats.--Souvenir du sacre de la Reine.--Premire pierre
    du collge du Roi.--Librairies du collge de Navarre et
    des Cordeliers.--Dpart de M. de Vendme.--Les reliques de
    la Sainte-Chapelle.--M. de Mainville et les chiens pour
    voleur.--La veille des femmes de chambre.--Noise aux
    Feuillants pour les honneurs.--Prise de Juliers.--Audience
    de l'ambassadeur d'Espagne; rvrence de deux Navarrais.--La
    capitainerie de Saint-Germain en Laye.--Livre couvert de
    diamants.--Le Roi fouett.--Audience de l'ambassadeur
    d'Angleterre; signature du trait d'alliance.--Serments de
    Concini.--Dpart du Parlement pour le sacre.--Correction du
    Roi au privilge des emblmes d'Horace.--Dpart pour Reims; le
    Roi en voyage.--Le Roi n'est pas grand parleur.--Des Yveteaux
    et ses leons.--Soldats de plomb.--Entre  Reims.--Les
    musiciens de la chambre.--Crmonie du sacre; remarque sur le
    duc d'pernon.--Le Roi est fait chevalier du Saint-Esprit;
    susceptibilit du cardinal de Joyeuse.--Dpart de Reims;
    le Roi en voyage.--Le Roi touche neuf cents malades des
    crouelles.--Coupe-queue au jeu.--Rception de la ville de
    Paris.--Le comte Henri de Nassau.--Le Roi dne  Ruel avec ses
    frres et soeurs.--Audience de l'ambassadeur de Venise.--Le
    musicien La Chapelle.--Le jeu de _gilet_.--Cimeterre  la
    turque.--Les estafiers d'Espagne.--Le Roi fait l'ambassadeur de
    Venise chevalier de l'accolade.--Les deux musiques.--Audience
    de l'ambassadeur de Hongrie.--Marchandises de la
    Chine.--Gazette de Rome.--Le Roi n'aime pas la flatterie.--Deux
    loups pris au bois de Boulogne.--Fianailles de M. de
    Guise.--Mot sur les sermons.--Un chien enrag; traitement
    contre la rage.--Les pelotes de neige.                         II, 1

  1611.--Passetemps du Roi.--Peu de got pour la danse.--Le
    gteau des Rois.--Crainte de passer pour paresseux.--Querelle
    du comte de Soissons et du prince de Conty; insolence de
    celui-ci.--Tir  l'arbalte.--Le Roi en sentinelle.--Ignorance
    de l'vque de Soissons.--Mot du Roi sur la dmission de
    Sully.--Dner  Ruel.--Les chiens pour larron.--La foire
    Saint-Germain tenue aux Tuileries.--Le comdien grimacier.--La
    compagnie de petits gentilshommes.--Prfrence donne aux
    tableaux sur les diamants.--Fianailles de Mlle Ricassa;
    les fornicateurs.--Le peintre Bunel; portrait du Roi par
    Porbus.--Les dames rabattues.--Peu de got du Roi pour
    l'tude.--Oiseaux dresss pour le vol.--Sauteurs et joueurs
    de marionnettes.--Goter chez Concini.--Fianailles de
    Mlle de Liancourt.--Plaisanterie sur Atlas.--Sjour 
    Saint-Germain.--Le Roi fouett.--Retour  Paris.--Premire
    pierre de l'glise de Picpus.--Moquerie du Roi envers
    son prcepteur.--Dpart pour Fontainebleau.--La galiote
    du Roi.--Les gyptiens ou Bohmiens.--Jalousie du
    Roi.--Familiarit de Concini; pudeur du Roi.--Crmonie du
    Jeudi-Saint.--Audience du marquis Spinola.--Pques du Roi;
    il touche 660 malades.--Galre neuve du Roi.--Audience du
    parlement de Paris.--Le turc de M. de Guise.--Le Roi n'aime
    pas l'ail comme son pre.--Cong de M. d'pernon.--Moines
    de poterie.--Retour de Fontainebleau  Paris.--Crainte des
    esprits depuis la mort de Henri IV.--Souvenir de la promesse
    faite  un soldat.--Visite  M. et Mme Concini malades.--Fte
    de la Pentecte; le Roi touche 1,100 malades.--Mot du
    Roi  Des Yveteaux.--Dpart pour Fontainebleau.--Le nain
    Dumont.--Maladie de M. de Souvr.--La chsse de sainte
    Genevive.--Chanson d'un ballet de Henri IV; pleurs du Roi
    et de M. de Vendme.--Croyance aux esprits.--Le jeu de
    colin-maillard.--Compassion pour un paysan.--Tragdies et
    farces joues  la Cour.--Gnrosit envers un jardinier.--Le
    rveille-matin.--Dpart pour Paris; le Roi  l'htellerie
    d'Essone.--Rprimande au baron de Vitry et au chevalier de
    Vendme.--Portrait en cire du Roi; sa gnrosit envers
    l'artiste.--Le jeu _Je vous prends en ce point_.--Des Yveteaux
    remplac comme prcepteur du Roi.--Sjour  Saint-Germain.--_La
    Bradamante_ joue par les enfants de France.--Dpart du
    chevalier de Vendme.--Dner chez M. de Frontenac.--Dispute
    avec M. de Souvr.--M. de Poutrincourt.--Retour 
    Paris.--Arrive du nouveau prcepteur Le Fvre.--Fte
    de l'Assomption; le Roi touche 450 malades, en est
    incommod.--Serment des chevins de Paris.--Premire leon de
    M. Le Fvre.--Premire commission donne par le Roi.--Le Roi va
     la comdie  l'Htel de Bourgogne.--Tours d'escamotage.--Le
    Roi fouett.--Mort de la duchesse de Mantoue.--Un chameau dans
    la galerie du Louvre.--Dispute avec M. de Souvr; mot du Roi
     son prcepteur.--Anniversaire de la naissance du Roi.--Les
    ortolans des Tuileries.--Dpart pour Fontainebleau.--Le
    royaume des sots.--Bonnet donn au cardinal de Bonzi.--Mme
    de Ragny et les guenons du Roi.--Arrive du prince de
    Cond.--Les arquebuses du Roi; premire arquebusade.--Dicton
    de Bourgogne sur les clystres.--Timothe, arquebusier de
    Rouen.--Adresse du Roi au tir.--Combat de dogues anglais
    contre un ours.--Arrive de la duchesse de Lorraine.--Le jeu
    de remue-mnage.--Arrive du cardinal de Gonzague.--Dpart de
    Fontainebleau pour Paris.--Gasconnade de M. de Souvr.--Mort
    de la reine d'Espagne.--Une chvre savante.--Mort de Monsieur,
    duc d'Orlans.--Le jeu de _quillebouquet_.--Le duc d'Anjou
    prend le titre de Monsieur.--Premire mention du nom de
    Luynes.--Dpart de la duchesse de Lorraine.--Comdies  l'Htel
    de Bourgogne.--Le jeu de billard.--Mots du Roi sur M. de Nevers
    et sur le prince de Cond.--Scne avec M. de Souvr.--Chasses
    au vol.--Les faiseurs d'almanachs.--Mot du Roi sur M. de
    Vastan; sa disposition au secret.                             II, 47

  1612.--Le Roi communie au jour de l'an.--Fte des Rois.--Son
    got pour la chasse de plus en plus dvelopp.--Vers
    du Roi.--Ballet des trois parties du monde.--Incendie
    au Louvre.--Sermon de M. de Richelieu.--Demande de la
    main de Madame pour le roi Philippe IV par l'ambassadeur
    d'Espagne.--Quintaine  la place Royale.--Mort du duc
    de Mantoue.--Le Roi visite assez frquemment la reine
    Marguerite.--Voyage  Brie-Comte-Robert.--Accident.--Histoire
    d'une guenon.--Mot  madame de Longueville.--Le duc de
    Pastrano, ambassadeur d'Espagne.--Contrat de Madame.--Bal chez
    la reine Marguerite.--Fte  ce sujet.--Le Roi ne veut pas
    se mettre en deuil noir pour le comte de Soissons.--Le Roi
    fouett.                                                      II, 97

  1613.--Meurtre du baron de Lux.--Le Roi demande  sa
    mre la grce d'une femme condamne  mort.--Ballet de
    Mme de Guiercheville.--Tragdie d'_Emon_.--Les Rois sont
    gentilshommes.--Trait de justice du Roi.--Le Roi touche
    1,070 malades.--Son got pour la comdie.--Voyage autour de
    Paris.--Accident qu'une gazelle manque de causer.--Cadeau
    du duc de Lorraine.--Mariage de M. de Montmorency et de
    Marie des Ursins.--Pose de la premire pierre de l'aqueduc
    de Roungy.--Passage  Essone.--Le Roi commence  aller aux
    assembles.--Lettre  la Reine.--Le pauvre en sa maison de
    gazon.--Serment de M. d'Ancre comme marchal.--Les sauvages de
    M. de Rasilly.                                               II, 115

  1614.--Les arquebuses du Roi, ses trennes.--L'mailleur et le
    tourneur du Roi.--Le Roi n'apprend plus le latin.--Chasses,
    comdies et ballets.--Affaire de M. de Livarot.--Le vin
    bourru.--Audience de M. de Thou.--Vers du Roi.--Incendie chez
    la reine Marguerite.--Mort du conntable de Montmorency.--Revue
    au Pr-aux-Clercs.--Affaires et paix des princes.--Le moine
    bourru.--Le Roi bless au jeu de paume.--Mort du chevalier de
    Guise.--Baptme de Monsieur et de Mme Henriette.--Chasses 
    Saint-Germain.--Voyage du Roi.--Sjours  Orlans,  Blois, 
    Tours.--Les goinfres de la Cour.--Sjour  Poitiers.--Passage
     Angers.--Sjour  Nantes.--tats de Bretagne.--Arrive de
    M. de Vendme.--Retour par Angers.--Hommage d'un habitant
    de Malicorne.--Les Ardents.--Sjour au Mans.--Visite du Roi
     Vaugrigneuse, maison d'Hroard.--Rentre  Paris.--Retour
    du prince de Cond.--Majorit du Roi.--Collation 
    Villiers-la-Garenne.--tats-gnraux de Paris.--Maladie du
    Roi.--Affection croissante pour M. de Luynes.--L'ambassadeur de
    Savoie.--Adjudication d'un office en prsence du Roi.        II, 129

  1615.--Le jour de l'an.--M. de Bonneval et le
    lieutenant gnral de Luzarches.--Ballet de M. le
    Prince.--Clture des tats.--Discours du Roi.--Soup du
    Roi  Ptonville.--Inondation de la Seine dans le jardin
    des Tuileries.--Le Roi va constamment  la comdie et
    danse des ballets.--Cong des tats.--Mort de la reine
    Marguerite.--Son enterrement.--La Paulette.--Remontrances
    du Parlement.--Premire pierre de la statue de Henri IV au
    Pont-Neuf-des-Augustins.--Procession de Sainte-Genevive
     cause de la scheresse.--Le Roi commence  apprendre
    l'quitation.--Il visite la Bastille.--Dn aux champs
    avec des seigneurs de la cour.--Voyage de Guienne
    pour son mariage.--Il dne  Amboise chez M. de
    Luynes.--Chenonceaux.--Poitiers.--Le Roi joue encore
    aux petits soldats.--Ruffec.--Angoulme.--Rception des
    dputs du parlement de Bordeaux.--Arrive en bateau 
    Bordeaux.--Fianailles par procuration de Madame avec
    le roi d'Espagne.--Sjour.--change de princesses 
    Saint-Jean-de-Luz.--Hardie entreprise du cardinal de Sourdis
    pour sauver un condamn.--Entre du Roi et de la Reine.--Cadeau
    et chevaux du roi d'Espagne.--Ballet espagnol.--Les deux poux
    jouent aux petits jeux.--Le Roi ferre un cheval.--Excuses
    du cardinal.--L'olla podrida.--Le champ de bataille de
    Coutras.--Ftes de Nol  Aubeterre.--La vie du Roi toujours la
    mme.                                                        II, 171

  1616.--Retour du chevalier de Vendme  Suivray.--Accident
    au carrosse du Roi.--Tours.--Accident  Tours, dans la
    salle du Conseil o se tenait la Reine-mre.--Heureux
    hasard qui prserve le Roi.--Le cardinal Ubaldini.--Le Roi
    joue aux petits soldats.--Confrences de Loudun.--Intimit
    croissante de M. de Luynes.--Blois.--M. Brulart remet
    les sceaux au Roi.--Entre  Paris.--La Reine va 
    Saint-Germain.--Retour du prince de Cond.--Ambassade du
    roi d'Angleterre.--Le Roi a une convulsion.--Arrestation
    du prince de Cond.--Ballet.--Acquisition du domaine de
    Courcelles.--Le Roi reoit les officiers des milices de Paris
    pour les rassurer contre des bruits de dsarmement.--Il chasse
    trs-souvent.--Envoy turc.                                  II, 191

  1617.--Ballets.--Chasses.--Mariage de Mlle de Soissons avec
    M. de Longueville.--Baptme de Mlle de Pluvinel.--Retour du
    chancelier de Sillery.--Jeux militaires du Roi.--Meurtre du
    marchal d'Ancre.--La Reine-mre.--Courses  Saint-Germain
    et  Fontainebleau.--Mort de la marchale d'Ancre.--Portrait
    du Roi par Fernand.--Nombreuses courses du Roi aux environs
    de Paris.--Il touche par grce quatre Espagnols.--Mariage de
    M. de Luynes.--Le prince de Cond sort de prison.--Dpart
    pour Rouen.--Mantes.--Gaillon.--Pont-de-l'Arche.--Entre 
    Rouen.--Dieppe.--L'htesse de l'cu de Bretagne.--Retour
     Rouen.--Mort de M. de Villeroy.--Rception des cours
    souveraines.--Assemble des notables.--Retour  Saint-Germain.
                                                                 II, 207

  1618.--Le journal d'Hroard devient plus concis.--Intimit
    croissante avec M. de Luynes.--Le Roi visite Madrid et y va
    loger.--Cong donn aux notables mands de Rouen.--Soupers
    chez M. de Luynes; remarques d'Hroard.--Ballets.--Incendie au
    Palais de Justice.--Mort de la duchesse de Nevers.--Uniformit
    de la vie du Roi.--Plaintes des ducs et pairs contre le garde
    des sceaux.--Le Roi donne la barette  M. de Gondi.--Il va 
    Grosbois chez le comte d'Auvergne.--M. de la Rochefoucauld
    nomm grand-aumnier.--Le Roi  Soissons.--A Courcy.--Le
    cardinal de Savoie.                                          II, 221

  1619.--Fianailles de Madame Christine de France.--Mariage de
    Mlle de Vendme.--Baptme du fils de M. de Puisieux.--Le prince
    de Savoie.--Intimit croissante avec M. de Luynes.--Mariage
    de Madame Christine.--Ballet.--Dpart de la Reine-mre de
    Blois.--Audience des cours souveraines avant le dpart
    du Roi.--Voyage de Touraine.--Rception de M. de Luynes
    chez lui.--Ambassadeur de Hollande pour le meurtre de
    Barnevelt.--Ambassade d'Angleterre; d'Alger.--Les dputs
    de l'Assemble gnrale du clerg.--Serment du marchal
    de Praslin.--Une couleuvre.--Entrevue avec la Reine-mre.
    Entrevue du prince de Cond; son pardon.--Discussion du
    prince de Cond et de M. de Soissons pour la serviette du
    Roi.--Fte chez M. de Luynes.--Dpart de la princesse de
    Pimont.--Vendme.--Le Roi raccommode lui-mme une roue
    de sa voiture.--Chartres.--Mantes.--Le Roi touche trois
    Portugais.--La compagnie des mulets.--M. de Tavannes et le
    jugement du capitaine des mulets.--Serment du marchal de
    Cadenet.--Retour  Paris.--Les dputs de l'assemble de
    Loudun.--Promotion de chevaliers du Saint-Esprit.            II, 229

  1620.--Festin des Rois.--Le Roi manque de se noyer.--Mariage
    de M. de Cadenet.--Ballet.--Indisposition de la Reine.--Le
    Roi fait une omelette.--Il tue un aigle.--_Ballet des
    Ivrognes._--Mariage de M. de Liancourt.--Le Roi va 
    Amiens.--Fianailles du jeune duc de Guise et de Mlle de
    Bourbon, et de son frre avec Mlle de Luynes.--Jubil.--Conte
    du Roi.--Il est mordu par un de ses chiens.--Il couche
    avec M. de Canaples.--Baptme de Mlle de Bourbon.--Feu
    de la Saint Jean.--Dpart pour Rouen.--Le duc de
    Longueville.--Sige de Caen.--Prise du chteau.--Le Mans.--Le
    Roi fait arborer sa cornette.--Combat du Pont-de-C.--La
    Reine-mre se soumet.--Sjour  Tours; la Reine s'y
    rend.--Revue.--Saintes.--Bordeaux.--Navarreins.--Le gouverneur
    de Sale.--Bazas.--Voyage  Abbeville.--Offrande due par les
    habitants.--Calais.                                          II, 241

  1621.--Festin des Rois.--Ballet d'Apollon.--Rupture de
    la trve des Pays-Bas.--Querelle du cardinal de Guise
    et de M. de Nevers.--Mort du roi d'Espagne Philippe
    III.--M. de Luynes, conntable.--Dpart pour le
    Midi.--Orlans.--Blois.--Entrevue avec la Reine-mre.--Mot
    du Roi aux habitants de Parthenay.--Le Roi va reconnatre
    Saint-Jean d'Angly.--Les assigs tirent sur le Roi.--Sjour
    au camp.--Les prisonniers rochellois.--Capitulation de
    Saint-Jean.--De Pons.--De Bergerac.--Sige de Clrac.--Mort
    du marchal de Termes.--Prise de la ville.--Le Roi y
    tient les sceaux.--Moissac.--Piquecos.--Commencement du
    sige de Montauban.--Mort du duc de Mayenne.--La Reine 
    Moissac.--Montauban secouru.--Entrevue de MM. de Luynes
    et de Rohan.--Messieurs du clerg viennent faire un don
    au Roi.--Attaque de Montauban.--Un laquais tu  dix pas
    du Roi.--Leve du sige.--Le Roi va  Toulouse.--Sige de
    Monhurt.--Sa prise.--Maladie du conntable de Luynes.--Sa
    mort.--Indiffrence du Roi.--Son dpart.--Il arrive 
    Bordeaux.--Rception.--Libourne.                             II, 253

  1622.--Dpart de Libourne en chassant.--Barbezieux.--Festin
    du Roi chez M. de Schomberg.--Poitiers.--Tours.--Amboise.--On
    y charge avec des boules de neige les magistrats.--Rception
    des cours de Paris  Bourg-la-Reine.--Entre 
    Paris.--Saint-Germain.--Ballet.--La Reine fait une fausse
    couche.--Fianailles du comte d'Alais.--Dpart pour le
    Languedoc.--Le jeudi saint  Orlans.--Querelle du marchal
    de Vitry et du duc de Luxembourg.--Blois.--Nantes.--Le
    Roi dit du mal de M. de Luynes.--Combat de l'le de
    R.--Niort.--Saint-Jean d'Angly.--Le Roi affecte de
    ne pas vouloir en regarder les ruines.--Rception des
    envoys suisses.--Sige et prise de Royan.--Reddition
    de Sainte-Foy la Grande.--M. de Caumont la Force traite
    et est fait marchal.--Agen.--Le Roi passe devant
    Montauban avec son arme en bataille.--Assaut et prise de
    Ngrepelisse.--Rendez-vous de l'arme  Campadour.--Sige
    de Saint-Antonin.--Une balle effleure le Roi.--Le duc de
    Retz bless prs du Roi.--Combat du Roi et du prince de
    Joinville  coups de prunes.--Arrive  Toulouse.--Pose de
    la premire pierre de l'glise des Carmlites.--Rception
     Castelnaudary.--Carcassonne.--Narbonne.--Le
    Roi visite quatre frgates dans le port.--A la
    rception officielle le cheval du Roi se cabre.--Il
    communie.--Bziers.--Pzenas.--Lunel.--Aigues-Mortes.--Le Roi
    rejoint l'arme  Castelnau.--Le duc de Lesdiguires vient
    prter serment.--Commencement du sige de Montpellier.--M. de
    Caumartin nomm garde des sceaux.--M. d'Ocquerre, secrtaire
    d'tat.--M. de Bassompierre, marchal.--Mot du Roi.--Cong du
    prince de Cond; sa conversation avec le Roi.--Reddition de
    Montpellier.--Dpart.--Arles.--Rception brillante.--Course
    de taureaux.--La Sainte-Baume.--Marseille.--La pche du
    thon.--Notre-Dame de la Garde.--Beaucaire.--Assemble des
    tats.--Avignon.--Le duc de Savoie.--Grenoble.--Dner
    au chteau du conntable.--Lyon; le Roi y trouve
    les deux Reines.--Le Roi donne le chapeau  M. de
    Richelieu.--Fianailles de Mlle de Verneuil avec le fils
    du duc d'pernon.--Le Roi reoit sa soeur la princesse de
    Pimont.--Roanne.--Nevers.                                   II, 267

  1623.--Revue  Charenton.--Entre  Paris.--Disgrce de M. de
    Schomberg.--Ballet des Gants et des Pygmes.--M. de Beauclerc
    nomm secrtaire de la Reine.--Coucher du Roi  une auberge
    du Bourget.--Ballet des Bacchanales.--Fianailles de M. de
    Lomnie.--Lacune de onze mois dans le journal.               II, 276

  1624.--Lacune des deux premiers mois.--Le Roi chasse et couche
     Versailles.--Cne de la Reine.--Le Roi se jette  l'eau pour
    en tirer un homme.--Le journal d'Hroard devient beaucoup plus
    court et monotone.--Manoeuvres militaires  Compigne.--Entre
    du cardinal de Richelieu au conseil.--Le comte de Carlisle.--Le
    Roi pose la premire pierre au pavillon du Louvre vers le
    jardin, et  la fontaine de l'Htel de Ville.--Inscription
    de Grotius.--Le Roi se fait raser pour la premire fois.--Il
    couche  Versailles que l'on meublait.--Disgrce du
    surintendant La Vieuville.--M. de Schomberg au conseil.--Chute
    de cheval du Roi.--Feu d'artifice pour sa naissance.--t
    trs-chaud.--Rambouillet.--M. d'Aligre chancelier.--Lacune dans
    le journal.                                                  II, 291

  1626.--Lacune des cinq premiers mois.--Voyage du Roi
    avec la Reine.--Chartres.--Orlans.--Blois.--Arrestation
    des princes de Vendme.--Tours.--Saumur.--Nantes.--Les
    tats.--Manoeuvres militaires.--Fianailles du
    duc d'Orlans.--Dpart.--Vitri.--Laval.--Le
    Mans.--Chartres.--Retour  Paris.--Lacune d'un mois.--Courses
    autour de Paris.--Lacune.                                    II, 303

  1627.--Le Journal devient de plus en plus concis.--Voyages de
    plus en plus frquents  Versailles.--Mort de Madame.--Maladie
    du Roi.--Dpart pour la Rochelle.--Niort.--La Rochelle.--Le
    fort Louis.--La digue.                                       II, 309

  1628.--Danger du Roi en mer.--L'escadre rocheloise.--Le Roi est
    souffrant.--Hroard mand  Aytr.--Dernire journe crite par
    Hroard.--Fin du journal.--Mort d'Hroard.                   II, 315


FIN DE LA TABLE CHRONOLOGIQUE.




TABLE

GNRALE ALPHABTIQUE

DU

JOURNAL DE JEAN HROARD.


  A

  Abbeville, II, 251.
  ABIN (M. d'), I, 27.
  ABIN (Mme d'), I, 22.
  ADONVILLE (le sieur d'), II, 184.
  Agen, II, 275.
  Agen (vque d'), II, 275.
  AGNS SOREL; tableau dans lequel elle est reprsente, I, 323.
  AGRE (Mlle d'), gouvernante de Mlle de Vendme, I, 204, 242,
    296, 312, 316.
  Aigues-Mortes, II, 279, 280.
  Aiguillon, II, 275.
  AIGUILLON (M. d'), I, 26, 82, 277, 328. II, 58, 72.
  AIGUILLY. _Voy._ ECQUEVILLY.
  AIMERIE (le sieur d'), premier consul de la ville de
    Montpellier, II, 279.
  Aix, II, 282.
  Aix (archevque d'), II, 135.
  ALAIS (comte d'), I, 402.
  Albias, II, 275.
  ALBIGNY (M. d'), I, 314, 315.
  ALCIAT, son livre d'_Emblmes_, I, 117.
  ALEAUME (M.), I, 432.
  ALS (comte d'), I, 138, 139, 140. II, 271.
  ALEXANDRE MONSIEUR. _Voy._ VENDME (chevalier de).
  Alger (envoy d'), II, 233.
  ALIGRE (M. d'), garde des sceaux, II, 300.
  ALINCOURT (M. d'), I, 15, 134. II, 284.
  Allemagne (ambassadeur d'), I, 98. II, 137, 239.
  ALSENSE (Pietro), commandeur de Malte, I, 259.
  AMANZAY (M. d'), I, 27.
  Amboile, I, 406.
  Amboise, II, 138, 172, 180, 192, 194, 195, 233, 235, 236, 251,
    268, 298, 304.
  Amiens, II, 198, 244.
  _Amours d'Armide et de Renaud (les)_, ballet, II, 208.
  Ancenis, II, 150, 154, 272, 306.
  ANCHS (le sieur), contrleur chez la Reine, I, 358.
  ANCRE (le marquis, puis marchal d'), II, 36, 55, 58, 59, 87,
    88, 100, 127, 198, 204, 210. _Voy._ CONCINO.
  ANCRE (la marquise, puis marchale d'), II, 103, 116, 213.
    _Voy._ CONCINO (la signora).
  ANDELOT (M. d'), I, 12, 16.
  ANDRESY (le sieur d'), II, 239.
  _Andromde_, tragdie, II, 264.
  Anemont, I, 52.
  Anet, I, 389. II, 66.
  ANG (le sieur), I, 393, 433.
  Angers, II, 150, 155, 248, 259.
  Angers (vque d'), II, 172.
  Angerville, II, 144.
  Angervilliers, II, 158.
  ANGS (M. d'), I, 210.
  Angleterre (ambassadeurs d'), I, 33, 116, 170, 177, 196, 342,
    379, 407. II, 23, 25, 63, 99, 132, 201, 233, 242, 263, 291,
    294, 301.
  Angleterre (ambassadrice d'), I, 184, 408.
  Angleterre (reine d'), I, 409, 418. II, 79, 224.
  Angleterre (roi d'), I, 417.
  ANGOULME (Charlotte de Montmorency, duchesse d'), I, 31, 82.
  ANGOULME (Diane, duchesse d'), I, 400.
  ANGOULME (M. d'), I, 121. II, 271, 287.
  ANGOULME (Mme d'), I, 415.
  Angoulme (ville d'), II, 182, 234, 236.
  ANHALT (prince d'), I, 206, 430.
  ANJOU (duc d'). _Voy._ GASTON-JEAN-BAPTISTE DE FRANCE.
  ANNE D'AUTRICHE, infante d'Espagne, puis reine de France, I,
    34, 35, 38, 54, 57, 67, 79, 89, 94, 100, 118, 120, 123, 131,
    158, 189, 265, 301, 312, 313, 318, 319, 344, 367, 421. II, 98,
    99, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 193, 194, 196, 197,
    198, 199, 200, 201, 202, 203, 204, 205, 206, 207, 209, 210,
    211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 220, 221, 222, 223, 224,
    225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 235, 236, 239,
    240, 241, 242, 243, 245, 246, 248, 249, 251, 254, 255, 256,
    257, 258, 261, 269, 270, 271, 284, 287, 288, 289, 290, 291,
    292, 293, 297, 298, 299, 301, 302, 304, 305, 307, 309, 310, 312.
  ANNERVILLE (M. d'), gendarme de la compagnie du Dauphin, I, 209.
  ANNIBAL, nain de Louis XIII, II, 81.
  Ansatiques (ambassadeurs des villes), I, 98, 253.
  _Antiquits de Rome_ (livre des), I, 107.
  ANTOINE DE BOURBON, roi de Navarre, pre de Henri IV, I, 288,
    308.
  Antony, II, 135.
  ANTRAGUES (M. d'), I, 26.
  ANTRAGUES (Mlle d'), I, 210.
  _Apollon_ (ballet d'), II, 254.
  ARCHAMBAUD (M.), I, 25, 364. II, 102.
  Archiduc (ambassadeur de l'), II, 253.
  Arcueil, II, 123.
  ARDS (baron des), I, 27.
  ARGENSON (le sieur d'), II, 293.
  Argenteuil, I, 153. II, 110.
  Arles, II, 280, 281, 282.
  ARMAIGNAC (M. d'), premier valet de chambre du Roi, I, 347. II,
    148, 149.
  _Armville (l')_, cheval du Roi, II, 247.
  ARNAULD (M.), trsorier de France, I, 82, 98, 112.
  ARNOUL, contrleur de la maison de la reine Marie de Mdicis,
    I, 26.
  ARNOUX (le P.), jsuite, prdicateur, puis confesseur du Roi,
    II, 214, 215, 223, 224, 237, 239, 245, 258.
  Arpentils (les), II, 233.
  ARQUERY (M. d'), I, 23.
  ARQUIEN (M. d'), I, 231.
  ARS (des), page de la chambre, I, 221.
  Arsenal (l'), I, 179, 323, 381, 388, 390, 401, 412, 414, 421,
    424, 425, 426, 432, 434, 435. II, 7, 36, 224.
  Arton, II, 292.
  Arvanne (maison d'), II, 61. _Voy._ Ravannes.
  Asnires, II, 226.
  Aspremont, II, 273.
  _Assemble des Dieux (l')_, comdie, II, 181.
  ASSY (M. le prsident d'), I, 28.
  ASSY (Mme d'), I, 28.
  Aubaigne, II, 282.
  AUBASINE (M. d'), II, 72.
  AUBESPINE (M. le prsident de l'), II, 35.
  Aubeterre, II, 189.
  Aubourg, II, 149.
  Auchy-la-Ville, II, 33.
  AUDE (M.), huissier de chambre de Mme lisabeth, I, 306.
  AUGER (le sieur d'). _Voy._ DAUGER.
  AUGUSTIN, turc de M. de Guise, II, 60.
  Augustins de Paris (couvent des), I, 424, 425. II, 2, 3, 18,
    39, 55, 76, 95, 163, 165, 173, 240, 241.
  Aulnay, II, 258.
  AUNE (baron d'). _Voy._ DONAW.
  Auneau (combat d'), I, 119.
  Auteuil, I, 432. II, 138, 169, 310.
  AUVERGNE (Charles de Valois, comte d'), I, 28, 102, 138, 177,
    179, 232. II, 178, 199, 208, 226, 242.
  Auvergne (comt d'), I, 177, 198.
  AUVERGNE (le fils du comte d'), I, 48, 138.
  AUZERAY (le sieur d'). _Voy._ DAUZER.
  Avignon, II, 283.
  _Avis des amendes (l')_, livre de Du Luat, I, 99.
  Avon, II, 212, 244, 245.
  Aytr, II, 313, 315, 316.
  Azay, II, 234.


  B

  BAGAUD. _Voy._ BAGOT.
  Bagnolet, II, 124.
  BAGOT, artillier du Roi, I, 345. II, 106, 188.
  BAILLY, joueur de luth, II, 17, 18, 20, 25, 37, 79, 82, 102,
    154, 166.
  Bailly (maison de), prs de Versailles, I, 284, 291.
  Bain, II, 306.
  BAJORDAN, page du Roi, I, 336.
  BALLARD, joueur de luth, II, 109.
  Baqueville, II, 218.
  BAR (Catherine de Bourbon, duchesse de), I, 3, 5, 7, 13, 42,
    51, 52.
  BAR (Henri de Lorraine, duc de), I, 52, 76.
  BARBEREAU, huissier de la chambre du Roi, II, 261.
  BARBERINI (le cardinal), I, 270, 285.
  BARBERINO (Monsignor), nonce extraordinaire, I, 15.
  Barbezieux, II, 259, 268.
  BARDIN (lie), chirurgien, II, 89.
  BARENTIN (M.), conseiller de la cour des aides, I, 29.
  BARNEVELDT (Jean), II, 233.
  BARRAULT (M. de), ambassadeur en Espagne, I, 312, 343.
  BASILE (l'empereur), son trait de _l'Art de rgner_, II, 77.
  BASSOMPIERRE (M. de), I, 224, 226, 229. II, 116, 179, 193, 276,
    278, 280, 313.
  BASTIDE (M. de la), capitaine des gardes du duc de Lorraine, I,
    22.
  Bastille (la), I, 32, 231, 232, 381. II, 178, 180, 199, 256.
  BAUTRU (M.), II, 295.
  Bayonne, II, 184, 185.
  Bayonne (vque de), I, 23. II, 20, 43, 216.
  Bazas, II, 251.
  Barn (tats de), II, 250.
  Beaucaire, II, 283.
  BEAUCHNE, sergent aux gardes, I, 91.
  BEAUCLERC (M. de), premier secrtaire du Dauphin, puis
    secrtaire de la Reine, I, 62, 418. II, 270, 288.
  BEAUFORT (Gabrielle d'Estres, duchesse de), I, 161.
  Beaugency, II, 145, 271.
  BEAUGRAND, crivain du Roi, I, 336, 349, 352.
  Beaulieu, II, 310.
  Beaulieu (abbaye de), II, 157.
  BEAULIEU-RUZ (M. de), secrtaire d'tat, I, 6, 210.
  BEAUMONT (comte de), I, 170.
  BEAUMONT (M. de), bailli d'Orlans, II, 180.
  BEAUMONT (M. de), mestre de camp, II, 236.
  BEAUMONT-MNARDEAU (M. de), conseiller d'tat, II, 183.
  BEAUNE (Renaud de), archevque de Bourges, I, 25.
  Beauregard, II, 304.
  Beauvais (vque de), II, 131.
  BEAUVAU (le sieur de), II, 199.
  BLIER (le petit), I, 117.
  BLIER (Mlle), remueuse du Dauphin, I, 36, 43, 64, 78, 130,
    259. II, 221.
  BELLAY (M. du), II, 191.
  Bellecave, II, 149.
  BELLEGARDE (Roger de Saint-Lary, duc de), grand-cuyer, nomm
    _M. le Grand_, I, 21, 30, 92, 94, 178, 184, 267, 269, 317, 331,
    334, 349, 400, 430. II, 5, 15, 16, 27, 32, 33, 100, 103, 106,
    133, 137, 167, 168, 174, 270, 289.
  BELLE-ISLE (Philippe Emmanuel de Gondi, marquis de), gnral
    des galres, II, 60.
  BELLENGREVILLE (M. de), grand-prvt de l'htel, II, 246.
  Belleville sur Sablons, II, 136.
  BELLIVRE (Pomponne de), chancelier de France, I, 8.
  BELMONT (M. de), lieutenant de M. de Mansan, I, 76, 77, 90,
    121, 122, 130, 132, 199, 222, 240.
  BENJAMIN (M.), cuyer du Roi, I, 414.
  BENTIVOGLIO (cardinal), II, 254, 255.
  BRAUD (Mlle), I, 77.
  Bergerac, II, 260.
  BRINGHEN (M. de), I, 55. II, 63, 64, 117, 134, 221, 224.
  BRINGHEN (Mlle), I, 23.
  BERMAN (le colonel), I, 186.
  BERNARD (le sieur), II, 218, 246.
  Bernardins de Paris (glise des), II, 11.
  BERNAY (M. du), conseiller au parlement de Bordeaux, I, 292.
  BERNET (M. de), valet de M. de Montglat, I, 286; porteur de
    Monsieur d'Orlans, I, 306.
  BERNY (M. de), I, 25.
  Berny (maison de), II, 121.
  BERTHELOT (Simon), chirurgien, II, 89.
  BTHOUZAY (Mlle), femme de chambre du Dauphin, I, 80, 358, 359,
    360.
  BTHUNE (M. de), I, 143, 277, 285, 289, 290, 300, 321, 324.
  BTOUZAY. _Voy._ BTHOUZAY.
  BEUVRON (Mme de), I, 20.
  BEVILAQUA (marquis de), ambassadeur de Toscane, I, 290.
  BVILLIERS (le sieur de), II, 139.
  Bziers, II, 278.
  Bziers (vque de), I, 334. II, 81.
  Bezons, I, 106.
  BIGNEUX, page de Mme de Montglat, I, 202, 324.
  BIONEAU (M.), secrtaire du grand-cuyer Bellegarde, I, 26.
  BIRAT (Georges), premier huissier de la chambre du Dauphin, I,
    11, 105, 118, 128, 140, 144, 147, 170, 180, 183, 195, 202, 207,
    213, 214, 221, 222, 259, 268, 272, 274, 304, 306, 308, 310,
    314, 315, 318, 328, 339.
  BIRON (baron de), II, 30.
  BIRON (le marchal de), sa lettre  Mme de Montglat, I, 24, 25;
    son emprisonnement, I, 29; son excution, I, 32; mot du Dauphin
    sur sa mort, I, 374.
  BISSOUZE (le sieur de), II, 188.
  BLAINVILLE (M. de), II, 83, 84, 136, 171, 177, 270, 282, 297.
    _Voy._ OINVILLE.
  Blanchefort, II, 126.
  Blancmesnil (le), II, 256, 288, 295.
  BLANCMESNIL (M. le prsident de), II, 35, 288.
  BLANCMESNIL (Ren Potier de), vque de Beauvais, II, 131.
  Blandy (maison de), II, 111.
  Blois, I, 25, 400. II, 145, 197, 210, 232, 257, 268, 271, 303,
    304.
  BLOND (Le). _Voy._ LE BLOND.
  BODERIE (le sieur de la), I, 418.
  BODINET (le sieur), II, 150, 157,  la note [199].
  BOGNE (le sieur de), sieur de Villecraine, II, 77.
  BOILEAU, joueur de violon et de mandore du Dauphin, I, 22, 62,
    93, 120, 121, 149, 152, 183, 190, 220, 226, 276, 286, 287, 289,
    291, 292, 298, 308, 310, 314, 320.
  BOIS-DAUPHIN (le marchal de), I, 15, 21. II, 184.
  BOIS-DAUPHIN (M. de), I, 26.
  BOISSAC (M. de), II, 192.
  BOISSIRE (M. de la), I, 380, 415, 420.
  BOLOGNE, aumnier de Louis XIII, II, 44.
  BOMPAR (Charles de), page du Dauphin, I, 119, 169, 182, 183,
    222, 247, 252, 269, 309, 328, 329, 355, 357, 362. II, 6.
  Bondy, II, 26.
  BONGARS, matre maon du Roi, I, 108, 119.
  BONIRES (le sieur de), I, 35, 397.
  BONIRES (Mlle de), I, 35.
  BONNART (M.), mdecin du Roi, II, 310.
  BONNENAN (M. de), II, 54.
  BONNET, porteur d'eau de la cuisine du Roi, II, 134.
  BONNEUIL (M. de), II, 126.
  BONNEUIL DE THOU (M. de), I, 213.
  BONNEVAL (le sieur de), II, 173.
  BONNEVAU (le sieur de), gouverneur du Pont-de-C, II, 155.
  BONNIVET (M. de), II, 27.
  BONOUVRIER (le capitaine), II, 14.
  Bonshommes de Chaillot (couvent des), I, 357. II, 8, 22, 23,
    41, 138, 139, 209, 214, 242.
  Bonshommes de Monceaux (couvent des), II, 27, 34.
  Bonshommes de Vincennes (couvent des), I, 430. II, 109.
  BONTEMPS (M.), II, 311.
  BONZI (le cardinal de), vque de Bziers, grand-aumnier de la
    Reine, I, 334. II, 81, 141.
  BOQUET (M.), mari de la nourrice du Dauphin, I, 108, 150, 151,
    252, 276, 293, 304, 306.
  Bordeaux, II, 180, 182, 184, 185, 187, 188, 249, 251, 266.
  Bordeaux (archevque de), II, 182, 183, 185. _Voy._ SOURDIS.
  Bordeaux (dputs du parlement de), II, 182, 249.
  BORGNE (Le), portefaix du Dauphin, I, 292.
  BOUCHAGE (le capitaine du), archer des gardes du corps, I, 113.
  BOUILLON (duc de), I, 23, 177, 182, 184, 206, 267, 392. II, 25,
    49, 50, 116, 117, 198, 202.
  BOULANGER (le sieur), II, 234.
  BOULENGER (M.), matre d'htel, I, 44.
  Boulogne (bois de), II, 42, 140.
  Boulogne-sur-Mer, II, 252.
  BOUQUERON (M. de), prsident au parlement de Grenoble, I, 23.
  BOURBON (Charles, btard de), archevque de Rouen, I, 154.
  BOURBON (Jeanne-Baptiste de), fille de Henri IV et de Mme des
    Essars, I, 307.
  BOURBON (Mlle de), I, 120, 227, 228. _Voy._ ORANGE (princesse
    d').
  Bourbon (htel du Petit-), I, 179, 380, 383, 419, 424, 429. II,
    3, 6, 7, 11, 26, 50, 57, 64, 69, 78, 80, 97, 104, 120, 132,
    135, 139, 160, 162, 163, 167, 171, 174, 177, 198, 211, 254, 255.
  BOURBON-COND (Mlle de), II, 243, 246.
  BOURBON-MONTPENSIER (Mlle de), II, 305, 310.
  Bourdaisire. _Voy._ La Bourdaisire.
  BOURDEILLES (Mlle de), I, 27.
  BOURDEILLES (vicomte de), I, 29.
  BOURDET (le sieur du), II, 6.
  Bourg, II, 182.
  Bourg-Fontaine, II, 227.
  Bourg-la-Reine, I, 388. II, 120, 159, 171, 197, 231, 269.
  BOURGEOIS, huissier de la chambre du Dauphin, I, 306.
  BOURGEOIS (le sieur), II, 247.
  Bourges (archevque de), I, 20, 25.
  Bourget (le), I, 418. II, 51, 55, 135, 174, 243, 256, 289.
  Bourgogne (htel de). _Voy._ Htel de Bourgogne.
  Bourgon, II, 305.
  Bourgueil, II, 257.
  BOURSIER (Louise Bourgeois, dame), sage-femme de la Reine, I,
    2, 28.
  BOUTEVILLE-MONTMORENCY (M. de), I, 138, 139.
  BOUTIN (M. de), chirurgien du Roi, II, 310.
  BOVIER (M.), gentilhomme ordinaire du roi Henri IV, I, 19.
  BRACCIO, cuyer ordinaire de la reine Marie de Mdicis, I, 21.
  _Bradamante_, tragi-comdie, I, 392. II, 71, 72.
  BRAGELONGNE (M. de), I, 27, 46, 168.
  BRAGELONGNE (sieur de). _Voy._ PRVOST.
  BRANDEBOURG (le fils du marquis de), I, 13.
  BRANDEBOURG (marquis de), I, 404, 405.
  BRANTES (Lon d'Albert, seigneur de), II, 232.
  BRAYER (M.), capitaine de Notre-Dame de la Garde, II, 282.
  Brban, I, 402.
  Brene, II, 33.
  BRENNE (M. de), II, 233.
  Bresse (la), runie au Dauphin, I, 226. II, 64.
  Bretagne (dputs de), I, 254, 380.
  Bretagne (tats de), I, 402. II, 152, 153.
  Breteuil, I, 411. II, 244.
  BRETON (M. de), II, 283.
  Breuil (le), II, 149.
  Brvannes, I, 404.
  BRVES (M. de), I, 250, 270, 271, 365. II, 143, 178.
  BREZOLLES (Mme de), I, 148.
  BRIANT (Mme), marchande de draps de soie, I, 155.
  Briare, II, 285.
  Briare (canal de), I, 221.
  Brie-Comte-Robert, I, 398, 406. II, 105.
  _Brigantin_, chien de la Reine, I, 434.
  Brin, II, 248.
  Briou, II, 257.
  BRIQUEIL (comtesse de), I, 26.
  Brisembourg, II, 258, 259.
  Brissac, II, 248.
  BRISSAC (duc de), II, 306.
  BRISSAC (le marchal de), I, 26. II, 188.
  BRISSET (Mlle), II, 161.
  BROCQ (M. du), I, 274.
  BROSSE (le sieur de la), agent du duc de Mantoue, I, 21.
  BROUAY (M.), II, 138.
  BRUEIL (M. de), I, 270.
  BRULART (le chancelier), II, 25, 59, 72, 75, 76, 92, 197, 289,
    300. _Voy._ SILLERY.
  BRULART (M.), abb de Lon, I, 12.
  BRULART (M.), secrtaire d'tat de Henri III, I, 22, 102.
  BRUNEAU, lavandier, I, 105, 106.
  BRUZOLES (Mme de), I, 23.
  Brys, II, 158.
  BUCQUOY (comte de), II, 105.
  BUFFALO (Monsignor del), vque de Camerino, I, 15.
  BUISSEAU (Mme de), I, 26.
  BUISSON (M. du), exempt des gardes, I, 338, 339. II, 74.
  Buisson (maison du), II, 28.
  BUNEL, peintre du Roi, I, 425. II, 53, 164.
  Burgos, II, 183.
  Burie, II, 197.
  BUTEL (Charles), barbier chirurgien, I, 16.
  Buzenval, I, 81.


  C

  CABARET, marchal de forge de Saint-Germain en Laye, I, 119.
  CACHAC (M. de), capitaine de la porte, I, 26.
  Cachant, I, 387. II, 123.
  Caderousse, II, 283.
  CADENET (Honor d'Albert, seigneur de), II, 239, 241.
  _Cadet_, chien du Roi, I, 266.
  Caen, I, 53. II, 247.
  Calais, II, 252.
  CALDERON (Don Inego de), ambassadeur d'Espagne, II, 183.
  CALONGES (M. de), gouverneur de Montpellier, II, 281.
  Cambray (collge de), II, 18.
  CAMILLE, nain de la Reine, I, 137.
  Campadour, II, 276.
  CAMPAGNOL (M.), gouverneur de Boulogne, I, 26.
  CAMPAGNOLS (M. de), capitaine aux gardes, I, 91, 336.
  CANADA (le petit), I, 66, 67, 70, 73.
  CANAPLES (le sieur de), II, 245.
  CANAYE-BRANAY (M.), I, 21.
  CANDALE (M. de), I, 50, 53, 119, 120, 346. II, 176, 177.
  CANIER, soldat aux gardes, I, 200.
  CAPELLE (M. de la), son livre de portraits gravs, I, 114.
  Capucins de Paris (couvent des), I, 399. II, 38, 40, 54, 77,
    121, 123, 164.
  CARAFFA (Denis), nonce en Espagne, I, 270.
  CARBONIER (le sieur de), II, 259.
  CARBONNIRE (M. de), I, 127.
  Carcassonne, II, 277.
  Cardillac (maison de), II, 250.
  CARLISLE (comte de), ambassadeur d'Angleterre, II, 294, 301.
    _Voy._ HAY.
  CARMAIN (comte de), II, 278.
  Carmes de Paris (glise des), II, 78, 135.
  CARNAVALET (Mme de), I, 27.
  Carrire (maison de), I, 52, 127, 184, 366, 373. II, 142.
  Castelnau, II, 279.
  Castelnaudary, II, 277.
  Castelnau de Montmirail, II, 276.
  CASTILLE (conntable de), I, 56, 57.
  CASTILLE (M. de), II, 222.
  Castillon, II, 260.
  CASTILLON (le sieur de), commissaire et secrtaire du
    conntable de Montmorency, I, 115.
  Castres, II, 185.
  CATHERINE, femme de chambre de la Reine, II, 35.
  CATHERINE DE MDICIS, reine de France, I, 400. II, 200.
  CAULET (M.), chirurgien des chevau-lgers du Roi, I, 273, 274.
  CAUMARTIN (M. de), garde des sceaux, II, 279.
  CAVALLI (Marino), ambassadeur de Venise, I, 33.
  CCIL (Guillaume), I, 353.
  CCIL (le fils de milord), I, 391, 392.
  Clestins de Paris (glise des), I, 430. II, 6, 14, 54.
  Celle Saint-Cloud (la), I, 423, 424.
  Cly (maison de), I, 213, 214, 215, 216. II, 80, 81, 84.
  CENAMI (M.), gentilhomme lucquois, I, 277, 356.
  CSAR, cocher de Louis XIII, II, 27.
  CESENA (Paolo di), gnral des Capucins, II, 215.
  CSI (M. de), I, 293, 298, 299.
  Cvennes (dputs des), II, 281.
  Chaillot, I, 81, 356, 357, 359, 405. II, 7, 10, 12, 16, 222.
  Chailly, I, 210, 215. II, 125.
  CHALAIS (le sieur de), I, 417.
  Chalan, II, 272.
  CHALIGNY (comtesse de), I, 365.
  Chambord, II, 145.
  Chambourcy, II, 200.
  CHAMPAGNE, cordonnier, I, 28.
  CHAMPAGNE, garon de garde-robe du Dauphin, I, 305, 306, 364.
  CHAMPAGNE (M. de), lieutenant aux gardes du corps, I, 209.
  Champfleury (jeu de paume de la rue), II, 78, 176.
  Champigny, I, 402.
  Champoud, II, 306.
  Champron, II, 158.
  Champs, I, 403. II, 121, 179.
  CHAMPVALLON (Franois de Harlay de), abb de Saint-Victor, puis
    archevque de Rouen, II, 69, 91, 218.
  CHAMPVALLON (M. de), I, 151. II, 122.
  Chancelier (M. le). _Voy._ BRULART.
  Chansons chantes par le Dauphin, I, 61, 79, 123, 133, 135,
    162, 168, 174, 176, 195, 231, 241, 243, 264, 283.
  Chantelou, II, 120, 143, 304.
  Chantilly, I, 140, 322, 387. II, 238, 291.
  Chapelle aux Ursins (le sieur de la), I, 410.
  CHAPELLES (M. des), II, 238.
  Charenton, I, 10, 277, 356, 406. II, 287.
  CHARLES IX, roi de France, I, 156, 183, 388, 429.
  CHARLES (M.), mdecin du Roi, II, 310.
  CHARLOT, valet de pied du Roi, II, 161.
  CHARMEAUX (sieur de). _Voy._ GUYET.
  CHARPENTIER, valet de garde-robe de Madame lisabeth, I, 296.
  CHARRON (M. le), trsorier de l'extraordinaire des guerres, II,
    177.
  Chartres, I, 388. II, 158, 180, 304, 306.
  Chartres (vque de), II, 109.
  Chartres (vidame de), I, 27.
  Chartreux de Paris (couvent des), I, 383, 387, 388, 416. II, 6,
    63, 123, 136, 139, 176.
  Chassay (maison de), II, 151, 152, 272.
  CHASTAIGNERAIE (M. de la), I, 192.
  CHASTILLON, topographe du Roi, II, 104.
  CHASTRE (Mme de la), I, 100.
  Chteaubourg, II, 306.
  Chateaubriand, II, 306.
  Chteaufort, II, 300.
  Chteauneuf-sur-Charente, II, 268.
  CHTEAUNEUF-LAUBESPINE (baron de), I, 27.
  CHATEAUVIEUX (M. de), I, 15, 157, 179, 180. II, 123.
  Chtellerault, II, 147, 181, 192.
  CHATILLON (amiral de), I, 147.
  Chatou, I, 51, 177, 192, 411.
  CHATRE (baron de la), I, 22, 240.
  CHATRE (marchal de la), I, 38, 343. II, 9, 12, 31, 271.
  CHATRE (Mlle de), II, 271.
  CHAULNES (comtesse de), I, 27.
  CHAULNES (duc de), II, 268.
  CHAUMONT (M. de), I, 409.
  Chausse (la), II, 211, 272.
  CHAUVELIN (M.), I, 390.
  CHAUVET (M.), conseiller au parlement de Toulouse, I, 56.
  CHAUX (Bertrand des), vque de Bayonne, II, 20.
  Chavignan, II, 227.
  CHAZERON (M. de), I, 22.
  CHEMERAULT (Mme de), I, 27.
  Chennevires, I, 403, 406.
  Chenonceaux, II, 181.
  CHERUTH (Georges), ambassadeur d'Angleterre, I, 342.
  CHEVALERIE (M. de la), I, 67.
  CHEVALIER (tienne), secrtaire et trsorier du roi Charles
    VII, I, 323.
  Chevalier (M. le). _Voy._ VENDME (Alexandre, chevalier de).
  CHEVALIER (M. le prsident), I, 144, 431. II, 108, 121, 123,
    124, 211, 216.
  Chevillire, II, 306.
  Chevreuse, II, 312.
  CHEVREUSE (duchesse de), II, 283.
  CHEVRIER (M. de), conseiller au parlement de Grenoble, I, 23.
  CHIEST (M. de), II, 315.
  Chilly, II, 158.
  Chinon, II, 236.
  Chisay, II, 257, 273.
  Choisy, II, 292.
  CHOISY (comte de), chevalier d'honneur de la reine Marguerite,
    I, 198.
  CHOUL (Guillaume du), sa _Castramtation des Romains_, I, 181.
  CHRISTINE ou CHRTIENNE DE FRANCE, nomme _la petite Madame_,
    depuis duchesse de Savoie, I, 174, 177, 181, 185, 187, 191,
    233, 240, 277, 295, 297, 310, 350, 354, 356, 361, 371, 372,
    381, 389, 400, 405, 406, 411, 423, 425, 426, 428, 431, 433.
    II, 5, 20, 22, 23, 35, 40, 56, 69, 72, 77, 88, 91, 100, 109,
    122, 132, 147, 159, 210, 229  la note [300], 231, 234, 236,
    284.
  Cigoignes, II, 313.
  CLAVELLE (_La_). _Voy._ LA CLAVELLE.
  Claye, II, 237.
  Clrac, II, 261.
  CLERC (M. Le), secrtaire du Roi, II, 123. _Voy._ LECLERC.
  CLERGEON (Tienette), fille de chambre de la nourrice du
    Dauphin, I, 30.
  Clermont, II, 244.
  CLERMONT D'AMBOISE (Mme de), I, 22.
  Clves, I, 404, 430. II, 10, 11, 12.
  CLVES (duc de), I, 49.
  _Clorinde_, comdie, II, 156.
  COEUVRES (marquis de), II, 148.
  Cognac, II, 259.
  COLAS, sauteur, I, 346.
  COLIGNON (Mme de), I, 27.
  COLO, comdien italien, I, 351.
  Colombes, I, 429. II, 36, 57, 254.
  COMBALET (Mlle de), II, 245.
  Comdiens anglais  Fontainebleau, I, 88, 91.
  Comdiens franais, II, 80, 112. _Voy._ Htel de Bourgogne.
  Comminges (vque de), II, 272.
  Compigne, II, 237, 238, 292, 293.
  CONCINO (M.), I, 29, 43, 45, 74, 86, 345, 384. II, 23, 25, 64.
    _Voy._ ANCRE (marquis d').
  CONCINO (la signora), I, 12, 43, 53. II, 64. _Voy._ ANCRE
    (marquise d').
  COND (Charlotte-Catherine de la Trmoille, princesse de), la
    mre, I, 26, 37, 120, 402.
  COND (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse de), I,
    396, 397, 411. II, 18, 216, 238.
  COND (Henri de Bourbon II, prince de), I, 26, 37, 53, 68, 178,
    184, 224, 256, 328, 329, 385, 396, 430. II, 13, 30, 31, 49, 81,
    92, 98, 104, 134, 137, 138, 159, 172, 173, 192, 195, 200, 201,
    202, 216, 238, 239, 242, 243, 245, 246, 247, 248, 268, 269,
    270, 272, 273, 277, 278, 280.
  Conflans, I, 400. II, 19, 63, 78, 120.
  Confrres, II, 192.
  Connar, II, 157.
  Conntable (M. le). _Voy._ MONTMORENCY, LUYNES et LESDIGUIRES.
  CONSTANCE (M.), cuyer du Roi, I, 73. II, 28.
  CONTARENO (le clarissime), ambassadeur de Venise, I, 12.
  CONTY (Franois de Bourbon, prince de), I, 3, 21, 48, 134, 256,
    387. II, 3, 5, 30, 49, 97, 123.
  CONTY (Louise-Marguerite de Lorraine, princesse de), I, 146,
    163, 192, 261, 331, 337, 338, 380, 427. II, 15, 74, 85, 183,
    186, 222.
  COQUET (M.), commissaire gnral de la maison du Roi, II, 310.
  Corbeil, I, 68.
  CORBONOIS (M.), I, 25.
  Cordeliers de Paris (glise des), I, 430. II, 7, 19, 24, 76,
    139, 169.
  Cormeille, II, 269.
  Cormicy, II, 32.
  Cosson (maison de), II, 32.
  COTON (le P.) jsuite, confesseur de Henri IV et de Louis XIII,
    I, 48, 49, 87, 148, 149, 312, 391, 428. II, 3, 30, 32, 43, 59,
    76, 103, 104, 169, 176, 180, 206.
  Cottras, II, 259.
  Couay, II, 181.
  _Couchon (le)_, cheval de Louis XIII, II, 178.
  Coucy, II, 227.
  Courance, I, 213.
  Courbevoie, II, 119.
  Courcelles, II, 205, 206.
  COURT (M. de la), exempt des gardes du corps, I, 101, 112, 196,
    199, 209, 210, 215, 282, 283, 284, 349, 350, 351, 352.
  COURTENVAUX (M. de), I, 93, 104, 134, 158, 209, 271, 278, 298,
    370. II, 35, 82, 126, 130, 134, 146, 149, 163, 181, 270.
  COURTOMER (baron de), I, 150.
  Courville, II, 158.
  COURVILLE (M. de), gouverneur des pages de la chambre, I, 70.
  Cousires, II, 147, 236.
  Coutras, II, 189.
  CRAPADOC (M. de), II, 306.
  Cron, II, 188.
  CRQUY (M. de), mestre de camp du rgiment des gardes, I, 142,
    225, 267, 388. II, 166, 245, 247.
  CRESSY (M. de), enseigne, I, 112, 122, 158, 168, 252, 272, 298,
    306, 321.
  Creteil, I, 399, 404.
  CRILLON (M. de), mestre de camp du rgiment des gardes, I, 126,
    133, 163, 182.
  CROCHART (le P. Barthlemy de), cordelier, II, 192.
  Croissy, I, 65.
  CROIX (M. de la), gouverneur de MM. de Mortemart, I, 363.
  Crosne, I, 102, 277, 356. II, 302.
  Crotelles, II, 181.
  CURE (M. de la), lieutenant des chevau-lgers du Roi, II, 14,
    51, 58, 101, 109, 130, 147, 172, 232, 244.
  CYPIERRE (M. de), I, 22.


  D

  DAMPIERRE (M. de), I, 295.
  DAMYN (M.), I, 27.
  DANDOLO, ambassadeur extraordinaire de Venise, I, 55.
  Danemark (ambassadeur de), II, 294.
  DANGEAU (M. de), I, 49.
  DANOBIS, garon de la chambre du Roi, I, 424. II, 81.
  DANORVILLE (M.), beau-frre d'Hroard, I, 149.
  Danseur de corde espagnol  Fontainebleau, I, 90.
  DAUGER (le sieur), II, 62, 89.
  Dauphin (dputs du), I, 35, 36, 226.
  DAUZER (M.), premier valet de chambre de Louis XIII, II, 24,
    108.
  DECOURT (Charles), peintre du Roi, I, 18, 30, 79, 262, 263.
  DELOR, soldat aux gardes, I, 122.
  DESCHAMPS (Mme), I, 24.
  DESCLUSEAUX, soldat aux gardes, puis porte-manteau du Roi, I,
    195, 196, 200, 201, 212, 237, 243, 267, 272, 289, 294, 295,
    336, 341, 345. II, 77, 102, 202, 212, 297.
  DESCURES (le sieur), I, 428. _Voy._ ESCURES.
  DESPAUX, barbier de la chambre du Roi, II, 297.
  DESPLANS (le sieur), II, 265, 270.
  DESPRAUX (le sieur), II, 172. _Voy._ PRAUX.
  DESPRS ou DU PR, sculpteur, I, 119, 121.
  DES VITES, fou normand, I, 383, 398.
  DEUX-PONTS (duc des), II, 10.
  DEUX-PONTS (duchesse des), I, 117.
  DEVIENNE, cuisinier du Dauphin, I, 270, 305.
  Dieppe, II, 218.
  Dive, II, 247.
  _Divers (les)_, ballet, II, 132.
  Dol (vque de), II, 153.
  DONAW (baron de), I, 119.
  DONON (M.), contrleur des btiments, I, 121.
  DORELLE (M. de), gouverneur du jeune Fontaine-Martel, I, 373.
  _Doundoun_ ou _Dondon_ (maman), surnom d'Antoinette Joron,
    nourrice du Dauphin, I, 84.
  DROUET (M. de), capitaine aux gardes, I, 229, 336. II, 6.
  DUBOIS (Guillaume), pote de M. de Roquelaure, I, 306. _Voy._
    GUILLAUME.
  DUBOIS (Mlle), damoiselle de Mme de Vitry, II, 199.
  DUDRACH (Mme la prsidente), I, 19, 26. _Voy._ RIVIRE-DUDRACH.
  DUFOUR, soldat aux gardes, I, 208.
  DUGU (Jean), archer des gardes du corps du Roi, I, 11.
  DU GUESCLIN (Bertrand), son portrait en crayon, I, 292.
  Dumasan, II, 265.
  DUMESNIL (le sieur), I, 182.
  DU MONSTIER (le jeune), peintre, I, 64.
  DUMONT, clerc de la chapelle du Dauphin, I, 188, 206, 234, 244,
    245.
  DUMONT, nain de Louis XIII, II, 11, 65, 77.
  DU PERRON (le cardinal), I, 298, 330, 331. II, 117, 124, 172,
    219.
  DUPONT (M.), prcepteur de M. de Verneuil, I, 410. _Voy._ PONS.
  DUPR (M.), exempt aux gardes, I, 164, 294, 363.
  DUPR (Guillaume), statuaire du Roi, I, 89, 267, 268. _Voy._
    DESPRS.
  Duretal, II, 155, 247.
  DU VAIR. _Voy._ VAIR.
  DU VAL (Mlle). _Voy._ VAL.


  E

  CHAUX (M. d'), vque de Bayonne, I, 23. _Voy._ CHAUX.
  cosse (ambassadeur d'), I, 35.
  ECQUEVILLY (M. d'), enfant d'honneur du Roi, II, 285.
  EFFIAT (le sieur d'), cuyer cavalcadour de la grande curie,
    II, 278.
  gyptiens (danseurs)  Fontainebleau, I, 268.
  ELBENNE (M. d'), I, 34. II, 202.
  ELBEUF (duc d'), I, 27. II, 30, 61, 71, 175, 187, 188, 194,
    195, 196, 230, 253.
  LIAN (art militaire d'), II, 296.
  LISABETH DE FRANCE, nomme _Madame_, depuis reine d'Espagne,
    I, 37, 39, 44, 57, 69, 70, 84, 86, 87, 97, 99, 102, 103, 104,
    105, 113, 114, 116, 120, 122, 127, 134, 136, 139, 140, 141,
    142, 143, 144, 145, 148, 152, 154, 157, 158, 160, 162, 166,
    169, 172, 173, 174, 181, 222, 225, 231, 236, 240, 243, 244,
    246, 249, 250, 252, 265, 277, 279, 285, 286, 288, 293, 294,
    295, 298, 300, 308, 313, 314, 315, 320, 321, 323, 331, 334,
    337, 347, 349, 350, 354, 356, 361, 366, 368, 376, 377, 381,
    384, 385, 389, 400, 405, 406, 411, 423, 425, 426, 428, 431. II,
    5, 20, 22, 23, 35, 40, 52, 56, 57, 69, 71, 72, 74, 77, 88, 91,
    100, 107, 109, 111, 113, 117, 120, 122, 141, 147, 159, 165,
    175, 181, 182, 183, 184, 194, 209, 210, 251, 254.
  Embrun (archevque d'), I, 256.
  EMMANUEL (le sieur), gentilhomme ordinaire du Roi, II, 155.
  _mon_, tragdie, II, 118.
  ENGOULEVENT (Nicolas Joubert, sieur d'), prince des Sots, I,
    32, 61, 227, 228, 387. II, 81.
  PERNON (chevalier d'), I, 151.
  PERNON (les fils de M. d'), I, 22, 50, 77, 114, 119, 151, 211.
    II, 132.
  PERNON (M. d'), I, 22, 24, 48, 120, 267, 339. II, 3, 4, 15,
    18, 30, 31, 61, 62, 104, 124, 132, 188, 193, 217, 225, 250.
  Escoucy, II, 246.
  Escouyville, II, 247.
  Escures, II, 251.
  ESCURES (M. d'), I, 428. II, 118, 144, 178, 233, 245.
  Espagne (ambassadeur d'), I, 23, 48, 54, 61, 268, 419. II, 37,
    63, 87, 100, 107, 153, 183, 213.
  Espagne (prince d'), I, 265.
  Espagne (princesse d'), II, 194. _Voy._ LISABETH DE FRANCE.
  Espagne (roi d'). _Voy._ PHILIPPE III.
  Espagne (reine d'). _Voy._ MARGUERITE D'AUTRICHE.
  ESPINOY (prince d'). _Voy._ LINDRE.
  ESPOIS (M. d'), I, 27.
  Essars (ferme des), I, 290.
  ESSARS (le sieur des), I, 290.
  ESSARS (Mme des), I, 278, 307.
  ESSEX (comt d'), I, 352, 353.
  Essonne, I, 390. II, 57, 68, 125, 126, 212.
  ESTIENNE (Robert), II, 9.
  tampes, II, 143, 144.
  EVOLY (prince d'). _Voy._ PASTRANO (duc de).


  F

  _Falots_ (ballet des), I, 318. _Voy._ _Lanterniers_ (ballet
    des).
  FAURE (M.), I, 195, 403. II, 121.
  FAVAS (M. de), I, 92, 130, 133.
  FAVAS (M. de), le jeune, I, 90.
  FAVEROLLES, page de la chambre du Roi, I, 243.
  _Favori_, chien de la Reine, I, 127.
  FAY (M. du), gentilhomme ordinaire du Roi, II, 194.
  FAYET (le prsident), II, 219.
  FAYET (Mme la prsidente), belle-soeur d'Hroard, I, 28.
  FENOUILLET (Pierre), vque de Montpellier, II, 21, 24, 58,
    120, 279.
  FERDINAND, peintre. _Voy._ FERNAND.
  Fre en Tardenois, II, 28.
  FERIA (duc de), II, 21, 37.
  FERNAND, peintre, II, 214.
  FERRALS (le sieur de), I, 317.
  FERRIER (M. de), dput de l'assemble de Chtellerault, I, 150.
  Fert-Bernard (la), II, 157.
  Fert-Milon (la), II, 33.
  FERVAQUES (le marchal de), I, 29. II, 18, 117, 127.
  FERVAQUES (Mme de), I, 22.
  Feuillants (glise des), I, 383, 390, 412, 413, 416, 421, 434.
    II, 9, 11, 14, 15, 17, 18, 20, 22, 23, 26, 34, 35, 36, 41, 43,
    44, 50, 52, 53, 63, 64, 65, 78, 87, 92, 93, 120, 141, 142, 159,
    176, 180, 209, 228, 242.
  Filles-Dieu (glise des), II, 17, 79.
  Fismes, II, 28, 29.
  FLAMEN (M.), II, 310.
  Flche (la), II, 3.
  FLEURENCE (M. de), sous-prcepteur de Louis XIII, II, 75, 76,
    78, 93, 94, 100, 103, 118, 119, 124, 133, 168.
  FLEURETEAU (M.), matre, de la chambre aux deniers, I, 15.
  Fleury, I, 83, 210, 215, 216.
  FLEURY (M. de), I, 213.
  FLOCHET (le sieur de), II, 239.
  Florence (duc de). _Voy._ TOSCANE.
  _Folie (la) et l'Amour aveugle_, comdie, II, 115.
  FON (M. de la), avocat au conseil, I, 106.
  FONLEBON (Mme de), I, 23.
  FONLEBON (Mlle de), fille de la Reine, I, 23, 338, 396, 397.
  FONTAINE (La), archer du corps, I, 151.
  Fontainebleau, I, 1, 2, 7, 8, 9, 21, 24, 34, 36, 37, 81, 83,
    84, 85, 86, 87, 88, 90, 91, 92, 94, 97, 98, 99, 100, 101, 102,
    103, 107, 112, 126, 138, 168, 208, 209, 211, 212, 213, 216,
    217, 218, 219, 220, 221, 223, 224, 225, 226, 227, 228, 229,
    230, 231, 232, 233, 234, 235, 236, 237, 239, 240, 241, 242,
    243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 252, 253, 254, 255,
    258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265, 266, 267, 268, 269,
    270, 272, 273, 274, 275, 276, 295, 307, 311, 320, 321, 323,
    324, 326, 327, 329, 330, 331, 332, 334, 335, 338, 341, 342,
    343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 351, 352, 353, 354,
    355, 356, 364, 385, 390, 391, 392, 393, 394, 395, 396, 397,
    398, 406, 407, 408, 409, 410, 412, 428. II, 22, 57, 59, 61, 62,
    63, 64, 65, 66, 68, 80, 81, 84, 85, 86, 106, 121, 122, 125,
    126, 197, 212, 213, 244, 245, 256, 287.
  FONTAINE-MARTEL, (le petit), I, 366, 367, 369, 423.
  FONTAINE-MARTEL (Mme de), I, 365.
  Fontaineport, I, 408.
  FORCE (M. de la), capitaine des gardes du corps du Roi, I, 12.
    II, 111, 162.
  FORGET (M. le prsident), II, 25.
  Forqueil ou Forqueux, I, 32, 66. II, 228.
  FOSCARINI, ambassadeur de Venise, I, 322.
  FOUCAULT (M. de), conseiller aux aides, I, 27.
  FOUILLOUX (Jacques du), son livre de _la Vnerie_, I, 378, 379.
  FOUQUET (M.), prsident en Bretagne, I, 27.
  FOURCY (M. de), intendant des btiments, II, 199.
  FRANCESCO, peintre de Ferdinand de Gonzague, I, 206.
  FRANCHEMONT, hallebardier du corps, I, 78, 175.
  FRANCINO, architecte ingnieur des fontaines de Saint-Germain
    et de Fontainebleau, I, 124, 130, 131, 132, 359. II, 143.
  FRANCISCO, modeleur en cire, I, 143, 149.
  FRANCO (M. de), peintre du Roi, I, 353.
  FRANOIS Ier, roi de France, I, 233.
  FRANOIS, cuyer de bouche de la Reine, II, 299.
  FRASQUE (le sieur de), cuyer de la Reine, II, 218.
  FRDRIC IV, comte palatin du Rhin, sa lettre au Dauphin, I,
    254, 329.
  Frellassay, II, 248.
  FRMINET, peintre du Roi, I, 235, 236, 352, 353.
  Fresnde, II, 217.
  Fresnes, I, 389. II, 26, 34, 124, 220, 245.
  FRESNES-CANAYE (M. de), I, 295.
  FRIDRICH (Guillaume), gentilhomme allemand, I, 352.
  FRONSAC (M. de), II, 164.
  FRONTENAC (le petit), I, 61, 68.
  FRONTENAC (les fils de M. de), I, 191.
  FRONTENAC (M. de), premier matre d'htel du Roi, I, 21, 33,
    50, 79, 114, 116, 127, 136, 175, 182, 188, 194, 281, 298, 307,
    308, 316, 361, 364, 365, 370, 378, 379, 423, 424. II, 22, 24,
    72, 74, 142, 161, 269.
  FRONTENAC (Mme de), I, 360. II, 74, 213.
  FRONTENAC (Mme de), abbesse d'Argensol, I, 360.
  FRONTENAC (Mlle de), I, 127, 128, 313, 315, 316, 371. II, 72.
  FRONTENAC (Mlle de), la petite, II, 73.
  Frontignan, II, 278.
  FUMEL (baron de), II, 260.
  FURSTEMBERG (comte de), ambassadeur de l'Empereur, II, 239.


  G

  GAIGNIER (le sieur le), II, 201.
  Gaigny, II, 168.
  Gaillon, I, 300. II, 217, 219.
  GALAND (le sieur), avocat au parlement, II, 205.
  GALAND (Mlle), nourrice du Dauphin, I, 16.
  GALATY, colonel des Suisses, II, 104, 234.
  GALETEAU (M.), premier valet de chambre du Roi, II, 247, 297.
  GALLES (Henri-Frdric, prince de), I, 120, 154; sa lettre au
    Dauphin, 170; 171, 172, 196, 218, 236, 244, 265, 267; sa lettre
    au Dauphin, 285; 342, 352, 403, 408, 417.
  GANDALOUFIN (le sieur), gentilhomme de la chambre du roi
    d'Angleterre, I, 196.
  Gandeleu (chteau de), II, 28.
  GARCIA (Dom), I, 43.
  GARRAULT (M.), trsorier de l'extraordinaire, I, 209.
  GASQUES (M.), dput de l'assemble de Chtellerault, I, 150.
  GASTON-JEAN-BAPTISTE DE FRANCE, duc d'Anjou, nomm _Monsieur_,
    I, 333, 334, 341, 353, 370, 389, 400, 405, 406, 411, 423, 425,
    428, 431, 433. II, 5, 11, 22, 35, 56, 64, 69, 88, 90, 91, 109,
    122, 126, 127, 141, 147, 159, 164, 178, 199, 208, 232, 238,
    240, 248, 288, 293, 294, 305, 310.
  GATINARA (comte de), ambassadeur de Savoie, I, 290.
  _Gayan_, chien de Louis XIII, II, 12, 17, 43, 63.
  _Gazette de Rome_, II, 40.
  Gentilly, II, 15, 108, 123, 124.
  GEORGES, premier cuisinier du Roi, II, 289.
  GERUMEAU, artillier du Roi, II, 188.
  GESNER, son livre des animaux et des oiseaux, I, 80, 103, 105,
    121, 133, 136, 173, 299.
  GESVRES (M. de), secrtaire d'tat, I, 424. II, 33, 279.
  GESVRES (Mme de), I, 12.
  GIAIS (M. de), I, 329.
  GILLES (matre), sommelier du Dauphin, I, 90, 270, 305, 384.
  GILLETTE (Mlle), matresse du marchal de Biron, I, 189.
  GIRARD (M.), I, 159.
  GLASC (Jacques du), archer des gardes du corps du Roi, I, 11.
  GLAST (M. du), cuyer du prince de Galles, I, 285.
  GOBELIN (M.), I, 10, 277, 296, 398.
  GOBELIN (Mme), I, 10.
  _Godefroy de Bouillon_, tragdie, II, 156.
  GODIN, fou, I, 366.
  GONDI (baron de), I, 31.
  GONDI (Henri de), vque de Paris, I, 27, 298, 397. II, 12, 226.
  GONDI (le cardinal de), I, 7, 211, 289, 295. II, 31.
  GONDI (M. de), I, 11, 27, 81, 153, 278, 285, 321, 385. II, 110,
    140.
  GONDI (Mme de), abbesse de Poissy, I, 14, 363.
  GONDRIN (M. de), chevalier de l'ordre, I, 14.
  GONTIER (le P.), jsuite, I, 155, 417, 430.
  GONZAGA (Polyxena), fille de la reine Marie de Mdicis, I, 31.
  GONZAGUE (don Ferdinand de), cardinal, I, 204, 205, 206. II,
    85, 90, 92.
  GORDES (M. de), I, 314.
  GORINI (la signora), I, 53.
  GORRY (M. de), II, 314.
  GOUVILLE (M. de), I, 387.
  GRAMONT (M. de), I, 223. II, 172, 186.
  GRAMONT (le petit), de Franche Comt, I, 279, 309, 310.
  Grand (M. le). _Voy._ BELLEGARDE.
  GRANDMONT (le petit), I, 286. _Voy._ GRAMONT.
  Grand-Seigneur (envoy du), II, 206.
  GRANDSELVE (abb de), I, 50.
  Grange (la), II, 278.
  GRANGE (M. de la), I, 9, 101, 277.
  Granges (les), II, 276.
  GRASSOT (le sieur), II, 99.
  GRATIENNE, femme de chambre de Marie de Mdicis, I, 180.
  Grenade, II, 264.
  Grenelle, I, 413. II, 11, 13, 15, 24, 37, 38, 49, 92, 93, 94,
    106, 123, 130, 135, 171, 203, 242, 270.
  Grenelle (jeu de paume de), II, 132, 134, 141.
  Grenoble, II, 284.
  Grenoble (dputs de l'assemble de), II, 181.
  _Griffon_, chien de Louis XIII, II, 23.
  GRILLE (le gnral), II, 281.
  Grisons (dputs des), II, 310.
  GRISSAC (M. de), gentilhomme de la vnerie, II, 238.
  Gros-Bois, I, 232,  la note [365]. II, 226, 242.
  GROTIUS (M.), II, 295.
  GROULARD (M.), premier prsident de Rouen, I, 9, 194.
  GUADALESTA (marquis de), I, 421.
  GUDRON, musicien de la chambre du Roi, II, 30.
  GUMEN (Mme de), II, 128.
  GURIN (M.), apothicaire du Dauphin, I, 23, 129,  la note [184];
    155, 164,  la note [256]; 203, 222,  la note [350]; 245, 247,
    255,  la note [390]; 262, 272, 275, 293, 306, 373, 395,  la
    note [599]. II, 56, 57,  la note [64].
  GUESLE (M. de la), procureur gnral, I, 27.
  GUESLE (Mme la procureuse gnrale de la), I, 26.
  GUICHARDINI (Piedro), ambassadeur du duc de Toscane, I, 396.
  GUICHEN (Diane d'Andouins, comtesse de), I, 32, 44, 129, 184,
    356.
  GUIDI (le cavalier), secrtaire du grand-duc de Toscane, I, 323.
  GUIERCHEVILLE (Antoinette de Pons, marquise de), dame d'honneur
    de la reine Marie de Mdicis, I, 1, 3, 12, 17, 43, 233, 334.
    II, 74, 118, 130.
  GUILLAUME (M.), II, 315.
  GUILLAUME (matre), fou de Henri IV, I, 70, 88, 196, 198, 218,
    219, 304,  la note [456]; 306, 369, 395. II, 100.
  GUILLAUME DUBOIS (matre), fou de M. de Roquelaure, I, 306, 331.
  GUILLEMEAU, chirurgien ordinaire du roi Henri IV, I, 4, 7.
  GUILLERAGUES (M. de), conseiller au parlement de Bordeaux, I,
    292.
  GUISE (cardinal de), II, 255, 256. _Voy._ LORRAINE.
  GUISE (Catherine de Clves, duchesse de), I, 12, 25, 28, 43,
    100, 154, 338. II, 25, 54, 61, 69, 74, 112, 145, 183.
  GUISE (chevalier de), II, 82, 97, 105, 115, 141. _Voy._
    LORRAINE (Franois-Alexandre Paris de).
  Guise (htel de), II, 120, 141.
  GUISE (Louise-Marguerite de Lorraine, Mlle de), depuis
    princesse de Conty, I, 25, 28, 43, 97, 134, 135. _Voy._ CONTY.
  GUISE (M. de), I, 38, 129, 219, 257, 277, 328, 348. II, 7, 20,
    42, 49, 60, 83, 85, 162, 175, 178, 182, 183, 214, 243, 244,
    278, 282.
  GUISE (Mme de), II, 74, 85, 101, 119, 120, 139, 183.
  Guitre, II, 268.
  GUITROT, baladin, II, 132.
  Guyenne (voyage de), II, 180.
  GUYET (M.), sieur de Charmeaux, prsident de la chambre des
    comptes et prvt des marchands, I, 7, 10.
  GUYNET (M.), II, 255.


  H

  Haa (chteau du), II, 182.
  HACQUEVILLE (le prsident de), II, 219.
  HAILLAN (Bernard Girard, sieur du), son livre _De l'tat et
    affaires de France_, II, 8.
  HALLIER (M. du), capitaine des gardes du corps du Roi, II, 179,
    225, 273, 274, 304.
  HAMTON (comte de), ambassadeur d'Angleterre, II, 23, 25.
  HARAMBURE (baron d'), I, 116.
  HARAMBURE (Mlle d'), II, 72.
  HARAN, garon de la chambre du Roi, II, 82, 159, 164, 168.
  HARIVET, soldat aux gardes, I, 208.
  HARLAY (Achille de), premier prsident au parlement de Paris,
    I, 7, 180.
  HARLAY (M. de), abb de Saint-Victor, II, 91. _Voy._
    CHAMPVALLON.
  HAUCOURT (M. de), I, 37.
  HAULTIN (Jean), mdecin, II, 89.
  HAUTERIBE, joueur de luth, I, 93.
  Hautevigne, II, 260.
  HAY (Milord), ambassadeur d'Angleterre, II, 201, 263. _Voy._
    CARLISLE.
  HLIN (Mlle), femme Lemaire, nourrice du Dauphin, I, 8, 9, 12,
    18.
  HELVER (le chevalier), ambassadeur d'Angleterre, II, 242.
    _Voy._ HERNET.
  HEMS (comte de), ambassadeur d'cosse, I, 35.
  HENNEQUIN (Jrme), vque de Soissons, II, 51.
  HENNEQUIN (M.), sieur de Manoeuvre, I, 28.
  HENRI III, roi de France, I, 142, 144; son livre d'_Heures_,
    157; 175, 291. II, 200.
  HENRI IV, I, 1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16,
    17, 18, 19, 20, 21, 23, 25, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 38,
    39, 41, 42, 44, 46, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 56, 57, 60, 61, 62,
    63, 64, 65, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 83, 84, 85, 86, 87,
    88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103,
    104, 105, 106, 108, 109, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119,
    121, 122, 126, 127, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137, 138,
    139, 141, 142, 143, 144, 145, 148, 149, 154, 156, 157, 158,
    160, 161, 162, 163, 165, 166, 171, 172, 174, 175, 176, 177,
    178, 179, 180, 182, 184, 185, 191, 192, 193, 194, 197, 203,
    204, 205, 206, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219,
    220, 221, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233,
    235, 240, 245; sa lettre au Dauphin, 247; 250, 251, 252, 253,
    254, 255, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265,
    266, 267, 268, 269, 271, 272, 273, 281, 282, 284, 285, 286,
    288, 289, 290, 292, 295, 296, 297, 298, 299, 301, 307, 308,
    311, 313, 317, 318, 319, 320, 321, 322, 325, 326, 327, 328,
    329, 330, 331, 332, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 339, 340,
    341, 342, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 351, 355, 357, 359,
    360, 361, 362, 364, 367, 368, 370, 371, 372, 373, 374, 378,
    379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390,
    391, 392, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 400, 401, 403, 404,
    405, 406, 407, 408, 409, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416,
    417, 418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 427, 428,
    429, 430, 431, 432, 433, 434, 435. II, 3, 4, 11, 12, 18, 22,
    35, 37, 42, 63, 66, 76, 81, 104, 177, 189, 197, 234, 244.
  HENRIETTE, fille de la nourrice du Dauphin, I, 177.
  HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, depuis reine d'Angleterre, I, 414,
    423. II, 5, 22, 56, 69, 88, 91, 122, 141, 142, 147, 159, 210,
    229, 294, 301.
  Herbelay, I, 20, 370. II, 226.
  HERNET (le chevalier), ambassadeur d'Angleterre, II, 233.
    _Voy._ HELVER.
  HROARD (Claude), I, 42.
  HROARD (Jean), seigneur de Vaugrigneuse, mdecin ordinaire,
    conseiller et secrtaire du roi Henri IV, premier mdecin du
    Dauphin, puis du roi Louis XIII, I, 1, 8, 10, 11, 13, 14, 15,
    18, 22, 23, 24, 25, 32, 38, 46, 47, 55, 60, 64, 66, 71, 78, 80,
    90, 106, 118, 122, 124, 126, 129, 130, 132, 138, 139, 142, 147,
    148, 150, 151, 153, 156, 157, 158, 164, 170, 172, 173, 175,
    177, 179, 181, 190, 194, 197, 199, 202, 222, 237, 242, 253,
    254, 255, 268, 270, 272, 273, 275, 276, 282, 283, 287, 288,
    289, 291, 293, 297, 299, 300, 304, 306, 308, 313, 314, 315,
    316, 317, 325, 326, 327, 333, 344, 346, 347, 349, 353, 354,
    366, 367, 368, 371, 372, 374, 376, 377, 378, 380, 395, 398,
    400, 406. II, 5, 40, 53, 56, 60, 61, 62, 78, 81, 82, 87, 89,
    90, 95, 97, 101, 137, 158, 159, 167, 180, 182, 184, 186, 202,
    203, 205, 209, 227, 233, 237, 243, 244, 282, 287, 291, 299,
    306, 315, 316.
  HROARD (Mme), femme du prcdent, I, 121, 124, 133, 150, 158,
    164, 173, 175, 236, 252, 315, 357, 374. II, 109, 290.
  HROARD (Pierre), I, 42.
  HESSEN (le fils du landgrave de), II, 173.
  HEURLES (M. de), valet de chambre de Louis XIII, I, 387. II, 5,
    17, 67, 68, 72, 75, 148, 154, 157, 174.
  HIERONIMO, tireur d'armes du Dauphin, I, 433. _Voy._ JERONIMO.
  HINDRET (Florent), joueur de luth du Dauphin, I, 62, 68, 149,
    152, 155, 189, 190, 195, 199, 201, 207, 241, 244, 245, 248,
    259, 263, 279, 310, 311, 314, 316, 320.
  _Hippostologie (l')_, livre d'Hroard, I, 371. II, 317.
  HOEY (Claude de), peintre, I, 253.
  Hollande (dputs des tats de), II, 10, 293, 294.
  Honfleur, II, 247.
  Hongrie (ambassadeur de), II, 39.
  HPITAL (Paul Hurault de l'), archevque d'Aix, II, 135.
  _Horace (les emblmes d')_, II, 25.
  HOSTELNEAU (M. de l'), lieutenant au rgiment des gardes, II,
    138.
  Htel de Bourgogne (comdies  l'), I, 382, 383, 384. II, 79,
    70, 91, 169.
  Htel de ville de Paris, II, 177, 246, 295.
  Htel-Dieu (l'), II, 177.
  HOTMAN (Marguerite ou Catherine), nourrice du Dauphin, I, 7, 16.
  HUBERT (M.), mdecin du Roi, I, 253, 254, 326.
  HUMIRES (le petit), II, 161.
  HUMIRES (M. d'), I, 26, 379. II, 54, 101, 237.
  HURLES. _Voy._ HEURLES.
  HUXELLES (M. de), II, 296.


  I

  Igny, II, 311.
  INDRET. _Voy._ HINDRET.
  Infante (l'). _Voy._ ANNE D'AUTRICHE.
  Ingrande, II, 147, 150, 154.
  _Institution du Prince (de l')_, livre d'Hroard, I, 376. II,
    320.
  INTEVILLE (M. d'), I, 15.
  _Isabelle_, chienne du Dauphin, I, 187.
  ISABELLE-CLAIRE-EUGNIE, archiduchesse d'Autriche, I, 249.
  ISLE (M. de l'), I, 27, 75.
  ISLE-ROUET (M. de l'), I, 192, 282. II, 147.
  Issy, I, 386. II, 7, 9, 104, 123, 136, 137, 139, 198.
  IVARRA (don Diego d'), ambassadeur d'Espagne, I, 268.
  _Ivrognes_ (ballet des), II, 243.


  J

  JACOB (M.), ambassadeur du duc de Savoie, I, 348, 408.
  Jacobins de Paris (couvent des), II, 64, 65.
  JACQUES Ier, roi d'Angleterre, I, 154, 170, 417, 418.
  JAMIN (le sieur), I, 337.
  Jargeau (dputs de), I, 367.
  Jauln, II, 147.
  JAY (le prsident le), II, 181.
  JEAN (matre), sommelier du Dauphin, I, 305.
  JEAN-BAPTISTE, soldat pimontais de la compagnie de M. de
    Mansan, I, 317, 318.
  JEAN-JACQUES (le sieur), violon de la Reine, I, 107.
  JEANNE, reine de Sicile, I, 369.
  JEANNE D'ALBRET, reine de Navarre, II, 250.
  JEANNE D'ARC, I, 400.
  JEANNIN (le prsident), I, 409. II, 59, 72, 118, 217.
  JERONIMO, tireur d'armes du Dauphin, I, 384, 433.
  Jsuites (glise des)  Paris, II, 41, 121, 167, 168, 177.
    _Voy._ Saint-Louis (glise de).
  Joinville, II, 312.
  JOINVILLE (M. de), I, 82, 328. II, 194, 208, 263, 276, 277,
    287, 289.
  JORON (Antoinette), femme Boquet, nourrice du Dauphin, I, 18,
    36, 37, 84, 94, 95, 96, 100, 106, 108, 113, 114, 120, 131, 133,
    137, 145, 146, 147, 151, 152, 162, 174, 180, 184, 191, 195,
    206, 215, 218, 219, 231, 241, 244, 251, 252, 258, 273, 279,
    280, 286, 294, 320, 355, 359, 376, 401, 428. II, 4, 20, 58, 73,
    116.
  JORON (Louise), femme de chambre du Dauphin, I, 226, 292, 293.
  Jouarre (abbaye de), II, 27.
  JOUARRE (Mme de), I, 130.
  Joyenval, II, 200, 215, 216, 217, 221, 297.
  JOYEUSE (Henriette-Catherine de), duchesse de Montpensier, puis
    de Guise, II, 42.
  JOYEUSE (cardinal de), I, 189, 208, 211, 274, 300. II, 11, 30,
    31, 141, 163.
  JOYEUSE (duc de), II, 189.
  JOYEUSE (M. de), I, 292.
  JOYEUSE (le P. Ange de), I, 330. II, 42.
  _Juifs_ (comdie des), II, 174.
  JUIGNY (le cavalier), ambassadeur du grand-duc de Toscane, I,
    14, 18.
  Juilly, II, 243.
  JULIENNE (Opportune), revendeuse  Paris, I, 188.
  JULIERS (duc de Clves et de), I, 49. II, 122.
  Juliers (prise de), II, 21.
  JUMEAU, artillier du Roi, II, 125.
  Juvisy, I, 390.


  K

  KERRY (Georges), ambassadeur d'Angleterre, I, 170.


  L

  LABARGE, page de Mme de Montglat, I, 68, 69, 70, 74, 75, 77,
    79, 87.
  LABASTIDE (le P.), jsuite espagnol, I, 318.
  La Bourdaisire, II, 146, 192, 193, 236.
  LA CHAPELLE, joueur d'pinette, II, 37, 91, 135, 206.
  LA CLAVELLE, secrtaire de Sully, I, 61, 416.
  LA CONCIE (M.), I, 307.
  LA COURT, valet de chambre du Roi, II, 77. _Voy._ COURT.
  La Flche, II, 156.
  La Fontaine, II, 306.
  LAFOREST, soldat aux gardes, I, 243, 245, 253.
  La Haye, II, 306.
  LA HAYE, prcepteur du chevalier de Vendme, I, 107.
  LA HAYE (le sieur), I, 385. II, 9.
  LAIRS (Mme de), I, 15.
  LAISTRE (M. de), I, 291.
  LA MARTINIRE, prcepteur du marquis de Mortemart, I, 358.
  LANCELIN (Jacques de), sieur de la Rouillre, archer des gardes
    du corps du Roi, I, 11.
  LANCY (marquis de), ambassadeur de Savoie, II, 212.
  Landit (foire du),  Saint-Denis, II, 199.
  LANE (le prsident de), II, 184.
  LANE (le sieur de la), matre d'htel de la reine Marguerite,
    I, 141.
  Langallerie, II, 144.
  Languedoc (tats de), II, 283.
  La Noue, II, 145.
  LANSAC (M. de), I, 298. II, 146, 181, 234.
  LANSAC (Mme de), dame d'honneur de la reine Marguerite, I, 145.
    II, 146.
  _Lanterniers_ (ballet des), des Lanternes ou des Falots, I,
    296, 298, 300, 309, 317.
  Laon, II, 227.
  LA PARISIRE, matre d'htel du Roi, I, 15.
  LARCHANT (Mme de), I, 27.
  La Rochelle, II, 282, 313.
  Las Gardies, II, 275.
  La Touche, II, 152.
  LAUBIGEOIS (M.), I, 28.
  LAUBIGEOIS (Mme), I, 28.
  Laugon, II, 251.
  Laumosne, I, 63.
  LAURAGUAIS (comte de), I, 188.
  Lauraguais (comt de), I, 177.
  LAURENS (M. du), mdecin, I, 8, 15, 208,  la note [316].
  LAUZER (M. de), premier valet de chambre du roi Henri IV, I,
    19.
  LAUZUN (le petit), I, 129.
  Laval, II, 306.
  LAVAL (M. de), I, 22, 29.
  LAVARDIN (le marchal de), II, 31.
  LA VIGNE, archer arquebusier aux gardes du Roi, I, 292.
  LEBEAUCLERC. _Voy._ BEAUCLERC.
  LE BLOND, peintre, I, 222.
  LECLERC (M.), II, 134, 168, 273. _Voy._ CLERC.
  LECOEUR (Franoise), II, 72.
  LECOEUR (Mlle), femme de chambre du Dauphin, I, 19, 147.
  LECOQ (M.), conseiller en parlement, I, 22.
  LE FVRE (M.), prcepteur de Louis XIII, II, 71, 75, 76, 77,
    80, 84, 91, 94, 100, 111,  la note [142].
  Legeay, II, 272.
  LGIER, valet d'Hroard, I, 247.
  LE JAY. _Voy._ JAY.
  LEMAIRE (Mlle). _Voy._ HLIN (Mlle).
  LE MAISTRE (M.), mdecin de Louis XIII, II, 60,  la note [70].
  LENOX (duc de), ambassadeur d'Angleterre, I, 116.
  LPAGNOL (Dom), grand-prieur de Saint-Remy, II, 30.
  LERME (duc de), II, 183.
  LESAGE (le commissaire), I, 27.
  LESDIGUIRES (M. de), depuis marchal et conntable de France,
    I, 218, 226, 388, 391, 407. II, 242, 258, 261, 279, 280, 284,
    289, 293.
  Lsigny, II, 215, 242, 287.
  LE TILIEN (M.), mdecin du Roi, II, 237.
  LE VOY (M.), I, 402.
  LIANCOURT (Charles du Plessis, seigneur de), nomm _Monsieur le
    Premier_, premier cuyer du Roi, I, 36, 49, 180, 206, 363, 368,
    372. II, 195, 197, 254.
  LIANCOURT (Henri ou Roger du Plessis-), fils du prcdent, I,
    363,  la note [544]; 364, 365, 366, 369, 376, 399. II, 243, 311.
  LIANCOURT (les enfants de M. de), I, 49, 50, 195, 206, 338,
    341. _Voy._ PLESSIS-LIANCOURT.
  LIANCOURT (Mme de), I, 27.
  LIANCOURT (Mlle de), I, 27, 50, 338. II, 55.
  LIBERTAT (Mme de), I, 376.
  Libourne, II, 188, 189, 266, 267.
  LIGNY (Mlle de), I, 24.
  Limours, II, 158, 306.
  LINDRE (le comte de), prince d'Espinoy, ambassadeur de
    l'Archiduc, I, 11.
  _Lion_, barbet du Roi, I, 217, 345.
  Lis (abbaye du), I, 410.
  LISLE (la jeune de), I, 343.
  LIVARROT (M. de), II, 133.
  Livry, II, 26.
  LIVRY (sieur de). _Voy._ SANGUIN.
  Loges (les), I, 136. II, 307.
  LONES. _Voy._ LUYNES.
  LOMNIE (le jeune), I, 394. II, 51.
  LOMNIE (M. de), secrtaire d'tat et du cabinet, I, 172, 247.
    II, 61, 289.
  LOMNIE (Mme de), I, 21, 252.
  Longboyau, I, 323.
  Longchamp, I, 388. II, 223.
  Longjumeau, I, 210. II, 143, 208.
  LONGUEIL (Jean de), seigneur de Maisons, I, 367.
  Longuetille, II, 265.
  Longueville (htel de), II, 11.
  LONGUEVILLE (Henri d'Orlans II, duc de), I, 34, 44, 47, 52,
    82, 117, 141, 188.
  LONGUEVILLE (M. de), I, 264, 367, 380, 410, 413. II, 54, 107,
    140, 209, 246, 247, 255.
  LONGUEVILLE (Mme de), I, 33, 146. II, 107.
  LONGUEVILLE (Mlle de), I, 384, 390.
  Lor, II, 158.
  LORME (M. de), I, 27, 171. II, 85.
  Lorraine (ambassadeur de), II, 232.
  LORRAINE (cardinal de), II, 98, 195. _Voy._ GUISE.
  LORRAINE (Charles II, duc de), I, 69, 76, 77, 94, 140, 151,
    171, 212, 343, 404.
  LORRAINE (Franois-Alexandre-Paris de), chevalier de Guise, I,
    11. II, 82, 97, 105.
  LORRAINE (Louis de), abb de Saint-Denis, I, 11. _Voy._
    Saint-Denis.
  LORRAINE (Louise-Marguerite de), I, 12.
  LORRAINE (Marguerite de Gonzague, duchesse de), II, 85, 91.
  LORRAINE (M. de), II, 122, 298, 309.
  LORRAINE (Mme de), II, 122.
  Loudun, II, 149, 194, 239.
  LOUIS X (_le Hutin_), sa spulture  Saint-Denis, I, 401.
  LOUIS XII, son portrait en crayon, I, 289.
  LOUIS XIII, I, 2-47; sa premire lettre au Roi, 48; 49-66; sa
    lettre au Roi, 67; 68-121; sa lettre au Roi, 122; 123-131; sa
    lettre au Roi, 132; 133-147; sa lettre  la reine Marguerite,
    148; 149-155; ses lettres au Roi et  la Reine, 156; 157-159;
    sa lettre au Roi, 160; 161-168; sa lettre au fils de Mme de
    Montglat, 169; 170-179; sa lettre au Roi, 180; 181-213; ses
    lettres au Roi, 214, 215; 216-244; son billet au Roi, 245;
    246-295; son billet au Roi, 296; 297-300; son billet au Roi,
    301; 302-336; sa lettre au Roi, 337; 338-354; sa lettre  la
    grande-duchesse de Toscane, 355; 356-363; sa lettre au Roi,
    364; 365-407; sa lettre au prince de Galles, 408;  la reine
    d'Angleterre, 409; 410-416; sa lettre au prince de Galles,
    417; au roi et  la reine d'Angleterre, 418; 419-436. II,
    2-134; vers composs par lui, 135; 136-183; sa lettre  la
    Reine-infante, 184; 185-316.
  LOUISE (la petite), fille de la nourrice du Dauphin, I, 74,
    286, 306, 309, 310, 314, 318, 355. II, 198.
  Lourcine, I, 9, 10, 277, 348, 356, 410.
  Louvre (le), I, 10, 178, 179, 180, 181, 321, 322, 323, 325,
    379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390,
    399, 400, 401, 405, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 417,
    418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 428, 429, 430,
    431, 432, 436. II, 7, 11, 12, 13, 14, 16, 21, 23, 34, 36, 43,
    54, 92, 97, 109, 118, 120, 139, 159, 167, 177, 198, 200, 251,
    269, 271, 287, 295, 310.
  Louvres en Parisis, II, 288, 289, 295.
  LUAT (Ange Cappel, sieur du), I, 99, 218.
  Luon (vque de), II, 100, 103, 174, 284. _Voy._ RICHELIEU.
  LUDE (comte du), II, 235.
  LUMAGNE, banquier italien, II, 110.
  Lunel, II, 278, 279.
  Lusignan, II, 249.
  LUSSAN (M. de), I, 16, 292.
  LUTEAU (Mlle de), I, 27.
  LUX (baron de), I, 285. II, 115.
  LUX (la petite du), I, 294.
  Luxembourg (htel de ou du), I, 401, 412. II, 7, 9, 15, 42, 49,
    64, 100, 127, 281.
  LUXEMBOURG (M. de), I, 15. II, 184, 251, 266, 271, 283.
  LUXEMBOURG (Mme de), I, 44.
  LUXEMBOURG (Mlle de), I, 44.
  LUYNES (Charles d'Albert, seigneur de), depuis conntable de
    France, II, 91, 102, 119, 164, 166, 169, 171, 180, 184, 185,
    194, 195, 196, 203, 204, 208, 210, 216, 219, 221, 222, 223,
    224, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 236, 238, 239,
    241, 242, 243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 251, 253, 254,
    255, 256, 257, 258, 259, 261, 262, 263, 264, 265, 272.
  LUYNES (Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de), II, 216, 223,
    259. _Voy._ MONTBAZON.
  LUYNES (Mlle de), II, 243.
  LUZERNE (M. de la), I, 279, 420.
  Lyon, II, 284.


  M

  Mcon (le lieutenant gnral de), I, 27.
  Madame. _Voy._ LISABETH DE FRANCE.
  Madame (la petite). _Voy._ CHRISTINE et HENRIETTE DE FRANCE.
  Mademoiselle. _Voy._ VENDME.
  Madrid (maison de), dans le bois de Boulogne, I, 141, 142, 146,
    178, 388, 413, 421, 433, 434. II, 13, 44, 50, 159, 169, 222.
  MAINE (M. du), II, 99. _Voy._ MAYENNE.
  MAINVILLE (M. de), capitaine aux gardes, I, 137. II, 19.
  MAISONNETTE (le sieur de), capitaine du jardin des Tuileries,
    II, 200.
  MAISONROUGE, page de Mme de Montglat, I, 279.
  Maisons, I, 10, 367, 404. II, 200, 213, 216.
  MAIVRE (le sieur de), gentilhomme ordinaire du Roi, II, 58.
  Majour (la), II, 282.
  Malesherbes, II, 245, 257.
  Malicorne, II, 156.
  MALIGNY (M.), I, 27.
  MALISSY (Mme de), I, 28.
  MALLERY, dessinateur et graveur, I, 91.
  MALLEVILLE (M. de), exempt aux gardes cossaises, I, 253, 305.
  Malmte (la), II, 316.
  MALTAIS (le capitaine), I, 27.
  Malte (ambassadeur de), II, 198.
  Mamanga, surnom de Mme de Montglat, I, 81.
  MANGOT (M.), I, 399.
  MANOEUVRE (sieur de). _Voy._ HENNEQUIN.
  MANS (vicomte du), I, 28.
  Mans (ville du), I, 157, 247, 306.
  MANSAN (M. de), capitaine au rgiment des gardes du Roi, I, 6,
    9, 23, 62, 75, 107, 115, 122, 123, 129, 130, 131, 148, 151,
    152, 156, 181, 183, 208, 229, 240, 272, 282, 283, 314, 317,
    369.
  MANSFELD (comtesse de), I, 366.
  Mantes, I, 389. II, 217, 219, 220, 237, 306.
  Mantoue (ambassadeur de), II, 224.
  MANTOUE (Don Vincentio di Gonzaga, prince de), I, 350, 351.
  MANTOUE (duc de), I, 206, 361, 362, 363. II, 101, 210.
  Mantoue (duch de), II, 122.
  MANTOUE (lonore de Mdicis, duchesse de), soeur de la Reine,
    I, 203, 205, 211, 212, 351. II, 79.
  Maquerelle (l'le), II, 246.
  MARAIS (le sieur), II, 234.
  Maran, II, 315.
  MARAIS (Mlle de), II, 289.
  MARCHAUMONT (M. de), I, 27.
  Marcines (maison de), II, 237.
  Marcoussy, II, 296.
  MARETZ (M. des), aumnier du Roi, II, 157.
  MAREUIL (Mme de), I, 429.
  MAREUIL DU VAL (M. de), I, 10, 402.
  MAREUIL DU VAL (Mme de), I, 10.
  MARGUERITE D'AUTRICHE, reine d'Espagne, II, 87.
  MARGUERITE DE FRANCE ou DE VALOIS, reine de France, premire
    femme de Henri IV, I, 140, 141, 142, 144, 145, 146, 148, 153,
    163, 177, 178, 181, 187, 198, 209, 264, 265, 317, 321, 356,
    379, 383, 384, 388, 401, 402, 411, 412, 415, 416, 427, 429,
    432. II, 7, 12, 13, 16, 18, 26, 35, 39, 50, 64, 78, 80, 97, 99,
    104, 109, 123, 127, 135, 136, 137, 141, 167, 175, 198, 200, 201.
  MARGUERITE (la petite), nice de Mme Valon, I, 42, 45, 79, 314,
    319. _Voy._ VALON.
  _Mariage de Salomon (le)_, comdie, II, 187.
  MARIE DE MDICIS, I, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14,
    15, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 38, 39,
    41, 43, 44, 46, 48, 49, 51, 52, 53, 56, 60, 61, 62, 63, 64, 68,
    69, 70, 71, 72, 73, 74, 81, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91,
    92, 93, 94, 95, 97, 98, 99, 100, 101, 105, 106, 108, 109, 113,
    114, 115, 118, 119, 126, 127, 133, 134, 135, 137, 138, 141,
    142, 143, 144, 145, 146, 149, 156, 157, 158, 161, 162, 163,
    169, 174, 178, 179, 180, 181, 185, 191, 192, 203, 205, 206,
    211, 212, 213, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 224, 225, 226,
    227, 229, 230, 231, 233, 247, 248, 253, 254, 255, 257, 258,
    263, 264, 265, 266, 268, 270, 272, 276, 286, 289, 294, 296,
    304, 308, 321, 322, 323, 326, 327, 328, 330, 332, 333, 334,
    336, 337, 340, 341, 343, 344, 345, 347, 348, 355, 361, 362,
    363, 373, 379, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 388, 389, 390,
    391, 392, 394, 395, 396, 397, 399, 404, 405, 406, 407, 410,
    411, 412, 413, 414, 415, 416, 419, 420, 421, 422, 424, 425,
    426, 427, 428, 429, 430, 431, 432, 433, 434, 435, 436. II, 2,
    3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 19, 20,
    22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38,
    39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 55, 56, 57,
    58, 59, 61, 62, 63, 65, 67, 68, 69, 71, 72, 73, 74, 75, 77, 78,
    79, 80, 81, 82, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 97,
    98, 99, 100, 103, 104, 105, 107, 109, 110, 111, 112, 113, 116,
    118, 120, 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 129, 130, 131,
    132, 133, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 142, 143, 144, 145,
    146, 147, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157,
    158, 159, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 167, 168, 169,
    171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 178, 179, 180, 181, 182,
    183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 192, 193, 194,
    195, 196, 197, 198, 200, 201, 202, 203, 204, 205, 206, 207,
    208, 209, 210, 232, 233, 236, 246, 248, 249, 251, 254, 255,
    257, 259, 269, 270, 271, 284, 288, 289, 291, 293, 294, 295,
    296, 299, 300, 301, 304, 305, 306, 307, 310, 311, 312.
  MARILLAC (M. de), garde des sceaux, II, 303.
  MARIN, nain de la Reine, I, 155, 306.
  MARINE, naine de la Reine, II, 11.
  MARIOTTE (M.), beau-frre d'Hroard, II, 299.
  Marly, II, 297, 312.
  Marmoustier, II, 146, 147, 233.
  MARQUEMONT (le sieur de), II, 164.
  Marquise, II, 252.
  Marquise (Mme la). _Voy._ VERNEUIL.
  Marseille, II, 282.
  Marseille (dputs de), II, 279.
  MARSILLAT (le sieur de), II, 217.
  MARSILLY (M. de), matre d'htel du Roi, I, 409. II, 97, 99,
    102.
  MARTIGUES (Marie de Luxembourg, vicomtesse de), I, 207, 344.
  MARTIN, trsorier  Bordeaux, II, 182.
  MARTIN (Charles ou Jehan), peintre, I, 44, 71, 117, 119, 143,
    187.
  MARTIN (matre), preneur de renards du Roi, I, 226, 240, 343,
    393, 409.
  MARTINEAU (M.), I, 22.
  MARVILLER (Franois de), sieur de Meninville, capitaine exempt
    des gardes du corps du Roi, I, 11.
  MASSOIRE (M. de la), I, 299.
  Massy, II, 135, 208, 228.
  Mata, II, 259.
  MATARET (le sieur de), gouverneur de Foix, II, 204.
  MATHIAS, roi de Hongrie, empereur d'Allemagne, II, 39, 232.
  MATHIOLE, son livre sur l'histoire naturelle, I, 142.
  MATHURINE, folle de la reine Marie de Mdicis, I, 56, 69, 198,
    226, 263. II, 4, 218.
  MATTHIEU (Pierre), son _Histoire de France_, I, 157, 158, 171.
  Maubuisson, I, 63.
  Maulve, II, 151.
  MAURE (comte de), I, 432.
  MAURICE (le comte). _Voy._ NASSAU et ORANGE.
  MAURICE, habitant du Pecq, I, 151.
  Maximin, II, 282.
  MAYENNE (Charles de Lorraine, duc de), I, 9, 10, 26, 388.
  MAYENNE (Henri de Lorraine, duc de), fils du prcdent, II,
    110, 164, 175, 198, 211, 218, 224, 233, 249, 262.
  MAYENNE (Rene de Lorraine, Mlle de), fille du prcdent, II,
    110.
  Meaux, II, 26, 34, 124.
  MDICIS (don Juan de), I, 142.
  MDINA-CLI (duc de), I, 54.
  Melun, I, 9, 101, 102, 220, 277, 323, 356, 398, 406, 410. II,
    86, 122.
  MNARD, chirurgien de Marie de Mdicis, II, 203.
  MENELAY (Claude-Marguerite de Gondi, marquise de), I, 27, 282,
    284.
  Mnilmontant, II, 137.
  MENINVILLE (sieur de). _Voy._ MARVILLER.
  Menus (maison des), II, 246.
  MERCIER (Mlle), femme de chambre du Dauphin, I, 42, 43, 186,
    187, 197, 299.
  MERCIER (Mlle), la petite, II, 73.
  MERCOEUR (Catherine de Lorraine, duchesse de), I, 207, 344, 397.
  MERCOEUR (Franoise de Lorraine, Mlle de), depuis duchesse de
    Vendme, I, 207, 344, 347, 348, 354, 355, 377, 397. _Voy._
    VENDME.
  Mercoeur (htel de), I, 413.
  Merlou, I, 63.
  MRULA, sa _Gographie_, I, 175.
  Mesdames. _Voy._ LISABETH, CHRISTINE et HENRIETTE-MARIE DE
    FRANCE.
  MESNIL (Mlle du), I, 10.
  MESNIL (sieur du). _Voy._ SABATHIER.
  Messieurs. _Voy._ VENDME (Csar et Alexandre de).
  Metz (dputs de), I, 26, 316.
  Meudon, I, 62, 209, 210, 295. II, 15, 37, 55.
  Meulan, II, 270.
  Meung (ville de), II, 145.
  MEURS (M. de), enseigne aux gardes cossais, II, 43.
  Mzires, II, 134.
  Milan, I, 208, 294, 425. II, 13.
  Minimes de Vincennes (les), I, 403.
  MIRABEL (marquis de), II, 256.
  _Miraude_, chienne d'Hroard, I, 242, 247.
  Mirebeau, II, 149.
  MIRON (M.), prvt des marchands, I, 82. II, 164, 174, 180, 197.
  Missy, II, 33.
  MISTAUDIN, nain du jeune Liancourt, I, 206, 331, 332.
  Moissac, II, 262, 264.
  MOISSE (Mme de), II, 123.
  MOISSET (M. de), I, 357,  la note [537]; 389. II, 107. _Voy._
    MONTAUBAN.
  MOL (M. le prsident), II, 35.
  Monceaux, I, 281, 403, 404. II, 26, 27, 28, 33, 34, 124, 227.
  Mongeay, II, 34.
  Monhurt, II, 264, 265.
  Monsieur. _Voy._ ORLANS (duc d'), et GASTON-JEAN-BAPTISTE DE
    FRANCE.
  MONSTIER (Du). _Voy._ DU MONSTIER.
  MONTAFI (comte de), I, 27.
  MONTAGNE, chevaucheur d'curie, I, 50, 158.
  MONTAGNE, laquais de Mme de Montglat, I, 241, 242.
  MONTAIGNE. _Voy._ MONTAGNE.
  Montaigu (collge de), II, 99.
  MONTAILLER, tailleur de Mme de Montglat et du Dauphin, I, 198,
    199, 242, 306, 364.
  Montargis, I, 224.
  Montauban, II, 262, 269, 275.
  MONTAUBAN, payeur des rentes de la ville de Paris, I, 357.
    _Voy._ MOISSET.
  MONTBAZON (M. de), I, 136, 176, 206, 208, 274, 298, 316. II,
    15, 134, 179, 236.
  MONTBAZON (Mlle de), II, 216. _Voy._ LUYNES (Mme de).
  MONTECUCULLO (comte de), I, 52.
  MONTLON (duc de), II, 228.
  Montlimart, II, 283.
  MONTESCOT (le sieur de), II, 139.
  MONTESPAN (M. de), capitaine des gardes, I, 340.
  Montfaucon, I, 401, 429. II, 106.
  MONTFAULCON (M.), beau-frre d'Hroard, I, 124.
  Montfort, II, 246.
  MONTGLAT (Franoise de Longuejoue, baronne de), gouvernante du
    Dauphin, I, 4, 6, 9, 10, 11, 12, 15, 16, 17, 19, 20, 21, 22,
    24, 25, 26, 28, 29, 33, 34, 36, 43, 47, 51, 52, 53, 54, 63, 64,
    67, 70, 71, 73, 74, 76, 78, 79, 81, 82, 84, 85, 87, 88, 93, 95,
    96, 99, 100, 101, 104, 105, 107, 112, 113, 115, 116, 117, 118,
    121, 123, 127, 128, 129, 131, 132, 133, 136, 137, 138, 140,
    141, 142, 143, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 156, 157,
    158, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 168, 169, 172, 174,
    175, 176, 177, 179, 182, 183, 185, 186, 187, 188, 189, 190,
    193, 194, 195, 197, 198, 199, 202, 203, 204, 206, 207, 208,
    213, 215, 217, 218, 219, 220, 221, 228, 229, 230, 231, 233,
    234, 235, 240, 241, 242, 244, 245, 247, 248, 249, 250, 251,
    252, 253, 254, 255, 257, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265,
    266, 268, 269, 270, 272, 273, 274, 276, 277, 279, 281, 283,
    284, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 297, 298,
    301, 307, 308, 309, 312, 313, 316, 318, 319, 320, 324, 328,
    331, 334, 339, 340, 342, 345, 347, 349, 350, 353, 355, 359,
    360, 363, 364, 365, 371, 373, 374, 378, 383, 406, 411, 414,
    415, 417, 427. II, 4, 87, 104.
  MONTGLAT (Robert de Harlay, baron de), premier matre d'htel
    du roi Henri IV, I, 10, 11, 39, 42, 43, 78, 79, 183, 235, 250,
    262, 269, 274, 283.
  MONTGLAT (le baron de), fils des prcdents, I, 169, 196, 197,
    214, 230, 245, 246, 298, 373. II, 11, 134.
  MONTGOMMERY (comte de), II, 250.
  MONTGOMMERY (comtesse de), I, 21.
  _Montgommery (le)_, cheval de bataille de Henri IV, I, 270.
  MONTHOLON (M. de), I, 365.
  MONTIGNY (M. de), enseigne-colonelle aux gardes, surnomm
    _Nasica_, I, 30, 74, 86, 90.
  MONTLAUR (marquise de), II, 245.
  MONTMARTIN (M. de), I, 320. II, 169.
  Montmartre, I, 430. II, 70, 120, 271.
  MONTMJAN, soldat aux gardes, I, 132.
  MONTMERAY (Mme de), I, 26.
  MONTMERAY (Mme de), religieuse  l'abbaye de Saint-Avit, I, 26.
  MONTMORENCY (amiral de), I, 27.
  MONTMORENCY (Charlotte-Marguerite de), depuis princesse de
    Cond, I, 139, 140, 385. _Voy._ COND.
  MONTMORENCY (Henri I, duc de), conntable de France, I, 13, 24,
    48, 138, 178, 188, 385, 424. II, 105, 127, 136.
  MONTMORENCY (Henri II, duc de), fils du prcdent, I, 47, 138,
    139, 140, 188, 189, 264, 369. II, 61, 123, 124, 127, 263, 278,
    295.
  MONTMORENCY (Marie des Ursins, duchesse de), II, 124, 183.
  MONTMORENCY (M. le marchal de), II, 98.
  Montpellier, II, 279, 280, 281.
  Montpellier (vque de), II, 21, 24, 58, 279, 283.
  MONTPENSIER (Henri de Bourbon, duc de), I, 3, 22, 35, 92, 121,
    177, 189, 192, 211, 308, 359. II, 42, 305.
  MONTPENSIER (Mme de), I, 60, 189, 308, 330, 332, 334.
  MONTPENSIER (Marie de Bourbon, Mlle de), I, 307, 308, 330, 332.
  MONTPEZAT (marquis de), II, 262.
  MONTPEZAT (Mme de), I, 340, 341.
  MONTPOUILLAN (M. de), enfant d'honneur du Roi, II, 117, 161,
    177.
  Montrichard, II, 145, 146.
  Montricous, II, 275.
  MONTS (M. de), I, 159.
  More (la) de la reine Marie de Mdicis, I, 28.
  More (le petit), fou du Roi, I, 218, 225.
  MOREL, artificier, II, 153, 300.
  Moret, I, 220, 222, 275, 324, 325, 393, 394. II, 61, 67, 81, 85.
  MORET (Antoine de Bourbon, comte de), I, 264, 275, 324, 325,
    341, 394.
  MORET (Jacqueline de Bueil, comtesse de), I, 103, 115, 121,
    122, 140, 172, 221, 265, 276, 293, 298, 324, 325, 330, 335, 338.
  MORIN (Mlle), I, 131.
  MORTEMART (comte de), I, 365, 369.
  MORTEMART (les fils de M. de), I, 332, 334, 346, 347, 352, 356.
  MORTEMART (marquis de), I, 357, 358, 364, 365, 369. II, 201.
  Moscovie (ambassadeur de), II, 188.
  MOTTE (M. de la), I, 27.
  Motte Saint-loi (la), II, 249.
  Mouchy (maison de), II, 237.
  Moulins, I, 196. II, 285.
  Moulins (dputs de), I, 55, 56.
  _Mourac_, chien du Roi, II, 82.
  Moussy, II, 292.
  MOUY (marquis de), II, 247, 304.
  Muette (la), I, 63, 65, 297, 318, 319, 373, 389. II, 71, 222.
  MUSSE (M. de la), II, 315.
  MUSTAPHA-AGA, ambassadeur du Grand-Seigneur, I, 270.


  N

  Nages, II, 156.
  NANAY (M. de), I, 21.
  NANGIS (baron de), II, 30.
  NANGIS (M. de), I, 348. II, 193.
  Nanterre, II, 215.
  Nantes, I, 403. II, 151, 152, 153, 154, 271, 305, 306.
  Nantes (vque de), II, 151, 263.
  Narbonne, II, 278.
  Nasica, surnom de M. de Montigny. _Voy._ MONTIGNY.
  NASSAU (le comte Henri de), II, 35, 235.
  NASSAU (le comte Maurice de), I, 152, 352. II, 35, 78.
  NAUVE (M. de la), conseiller au parlement, I, 22.
  NAVAILLES (M. de), II, 258.
  Navarre (collge de), II, 19.
  Navarreins, II, 250.
  Ngrepelisse, II, 275.
  Nemours, I, 221.
  NEMOURS (Anne d'Este, duchesse de), I, 3, 20, 26.
  Nemours (htel de), I, 387.
  NEMOURS (M. de), I, 184, 277. II, 223.
  NRESTANG (M. de), II, 16, 58.
  NERVZE (Antoine de), pote, I, 139, 145.
  Nesle (la tour de), II, 125.
  Neubourg (ambassadeur du duc de), II, 196.
  Neufville (maison de la), II, 246.
  Neuilly, I, 124, 178, 192, 389, 400, 431. II, 69, 112, 198, 222.
  Nevers, II, 285.
  Nevers (faences de), I, 150.
  NEVERS (M. de), I, 82, 360, 361. II, 30, 67, 79, 92, 118, 162,
    192, 211, 255, 285.
  NEVERS (Mme de), II, 224.
  NICOLA (Jean de), premier prsident de la chambre des comptes,
    I, 7, 278, 357. II, 35.
  NICOLAS, valet d'Hroard, I, 246.
  NICOLE, nice de la nourrice de Mme lisabeth, I, 318.
  NICOLINI (M.), gentilhomme servant de la Reine, I, 355.
  Niort, II, 257, 273, 312.
  NOAILLES (M. de), I, 19.
  Nogent-le-Rotrou, II, 158.
  NOIRMOUSTIER (marquis de), II, 33.
  Noisy (maison de), I, 281, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288,
    289, 290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 364.
  NORIS (Milord), I, 150.
  Normandie (dputs de), I, 109, 194.
  Normandie (voyage en), I, 52.
  NORTH (Milord), I, 150.
  Notre-Dame de la Garde, II, 282.
  Notre-Dame de Paris (glise de), I, 430. II, 5, 12, 16, 21, 35,
    39, 78, 89, 110, 159, 180, 198, 226, 269, 287.
  Notre-Dame de Reims (glise de), II, 29, 30, 31.
  Notre-Dame des Vertus, II, 159, 160, 167.
  NOUE (M. de la), I, 135. II, 39.
  Nourrice du Dauphin (la). _Voy._ JORON (Antoinette).


  O

  OCQUERRE (M. d'), II, 279, 288.
  OINVILLE (M. d'), marchal des logis de la compagnie des
    gendarmes du Dauphin, I, 99, 186, 209. _Voy._ BLAINVILLE.
  Olinville, II, 143, 311.
  OLIVETTE, folle de Mme de Guise, II, 6.
  OLYVETTE, folle de la duchesse de Bar, I, 70.
  Onzain, II, 237.
  OPPDE (M. d'), II, 283.
  ORANGE (prince d'), I, 15, 49, 130, 227, 228, 236. II, 226.
  ORANGE (princesse d'), I, 16, 23, 31, 35, 147, 148, 230, 236,
    265. _Voy._ BOURBON (Mlle de).
  _Oriane_, chienne de Mlle Hroard, I, 253.
  ORIGNY (M. d'), archer du corps, I, 305.
  ORLANS (Monsieur, duc d'), second fils de Henri IV et de Marie
    de Mdicis, I, 258, 259, 260, 262, 263, 264, 265, 266, 268,
    277, 290, 291, 297, 298, 299, 307, 308, 309, 312, 316, 330,
    332, 341, 349, 353, 363, 389, 400, 405, 411, 423, 431, 433. II,
    5, 11, 22, 35, 56, 64, 69, 74, 75, 77, 88, 89, 90.
  Orlans (ville d'), II, 143, 144, 145, 180, 257, 269, 271, 304.
  ORNANO (marchal d'), I, 396, 400, 422.
  ORNU (baron d'), I, 75.
  ORTELIUS (Abraham), gographe, II, 92.
  Orths (bataille d'), II, 250.
  OSSONE (duc d'), I, 57.
  Ostende (sige d'), I, 80, 103, 105, 136.
  OUAILLY (Mlle d'), I, 24.
  Ouarthy, II, 244.
  OUCHY (vicomte d'), II, 28.
  Oudon (tour d'), II, 154.
  _Oul_, chien de Louis XIII, II, 22.
  OUTREBON, musicien de la chambre du Roi, I, 250. II, 30.
  OUTREVILLE (le sieur d'), receveur gnral du clerg, II, 125.


  P

  PAISTRY (M. de), I, 400.
  Palais de Justice (le),  Paris, I, 322. II, 95, 224, 243.
  Palatin du Rhin (l'lecteur). _Voy._ FRDRIC IV.
  PALISSE (Guillaume de la), archer des gardes du corps du Roi,
    I, 11.
  PALLUAU (baron de), premier matre d'htel du Roi, II, 72, 118,
    142, 225, 259, 273.
  PALMOT-SANCY (le sieur de), II, 157.
  Paloiseau, II, 311.
  Panfou, I, 398.
  PANJAS (la petite), I, 230.
  PANJAS (Mme de), dame d'honneur de la duchesse de Bar, I, 5, 71.
  PAOLO (Jean), sculpteur en cire, I, 81, 158, 267.
  Pape (le). _Voy._ PAUL V.
  PARABRE (M. de), II, 249, 273.
  PARDAILLAN-PANJAS (M. de), I, 42.
  PARFAICT (M.), contrleur gnral de la maison du Roi, II, 12,
    15, 23, 112, 143.
  Paris, I, 21, 30, 34, 35, 36, 38, 39, 41, 42, 44, 46, 49, 51,
    62, 63, 64, 79, 81, 91, 104, 106, 109, 117, 121, 125, 127, 135,
    137, 138, 149, 163, 166, 172, 177, 185, 191, 192, 193, 194,
    200, 204, 205, 217, 231, 232, 233, 252, 265, 266, 277, 286,
    299, 338, 344, 348, 356, 372, 378, 379, 390, 392, 394, 400,
    404, 405, 410, 411, 435. II, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11,
    12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 34,
    35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 48, 51, 52, 55, 56,
    57, 63, 64, 65, 68, 69, 71, 75, 77, 78, 80, 87, 89, 123, 126,
    127, 129, 132, 136, 138, 140, 141, 143, 159, 160, 165, 179,
    180, 198, 200, 211, 212, 213, 215, 216, 217, 225, 226, 227,
    232, 239, 242, 245, 246, 251, 254, 269, 270, 288, 289, 291,
    302, 303, 306, 309, 310, 312.
  Paris (vque de), I, 27, 291, 292, 295, 298. II, 5, 113, 123,
    226. _Voy._ GONDI (Henri de).
  PARRY (Thomas), ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, I, 33,
    170.
  Parthenay, II, 257.
  PASSAGE (M. du), I, 23.
  PASSITHEA (la signora), I, 34.
  PASTRANO (le duc de), prince d'Evoly, ambassadeur d'Espagne,
    II, 107, 108, 109, 110.
  _Pataut_, chien du Dauphin, I, 248, 264, 276, 345, 403.
  Pau, II, 250.
  PAUL V, pape, I, 262, 360, 361. II, 194.
  PAULO. _Voy._ PAOLO.
  PAULO (M. de), prsident au parlement de Toulouse, I, 56.
  Pays-Bas (dput des), II, 233, 255.
  PECHIUS (Pierre), ambassadeur de l'archiduc et de
    l'archiduchesse d'Autriche, I, 249.
  Pecq (le), I, 65, 128, 151, 152, 156, 159, 177, 181, 182, 200,
    278, 365, 411.
  PQUIGNY (Mlle de), II, 241.
  PERMISSION (le comte de), I, 67, 75.
  PERRIRE (le sieur de la), exempt aux gardes, I, 130.
  PERRON (Du). _Voy._ DU PERRON.
  PESCHIER (Mme du), I, 340.
  PTAU (M.), conseiller au parlement, I, 28.
  PETIT (Antoine), premier mdecin de Henri IV, II, 89.
  PETIT (M.), archer des gardes du corps du Roi, I, 12, 22.
  Ptonville, II, 174.
  PETTROUSSE, page de Marie de Mdicis, I, 221, 243.
  Pzenas, II, 278.
  PHLYPEAUX (M.), trsorier de l'pargne, I, 168. II, 125.
  PHILIPPE II, roi d'Espagne, I, 426.
  PHILIPPE III, roi d'Espagne, I, 54, 57, 313, 419. II, 21, 100,
    107, 183, 187, 256.
  PHILIPPE-DOMINIQUE-VICTOR, infant d'Espagne, depuis Philippe
    IV, II, 183.
  PHILIPPY (Jean), chirurgien du Roi, II, 208.
  PIBRAC, ses _Quatrains_, I, 173, 189, 205, 217, 225, 260, 285,
    286.
  Picarde (la), seconde nourrice de Madame, I, 185.
  Picpus, I, 405. II, 16, 34, 57, 78, 79.
  PIMONT (prince de), II, 234, 236. _Voy._ SAVOIE (Victor-Amde
    de).
  PIMONT (princesse de), II, 234. _Voy._ CHRISTINE DE FRANCE.
  Pimontais (le), soldat, I, 318. _Voy._ JEAN-BAPTISTE.
  PIERRE, valet de chambre de M. de Ventelet, I, 203.
  PIERROT, garon de la chambre du Dauphin, I, 241.
  Pignan, II, 279.
  Piles, II, 147.
  PIOLANT (Mlle), I, 36, 39, 114, 127, 159, 294, 295, 296, 314,
    315, 373, 377.
  PIOLIVE (le sieur de), II, 203.
  PIOMBINO, comdien italien, I, 353.
  Piquecos (chteau de), II, 262.
  PISANI (M. de), I, 28.
  PISANI (marquise de), I, 28.
  Pizeaux, II, 287.
  Place Royale (la),  Paris, I, 412, 428. II, 101, 104, 118,
    178, 179, 209, 245.
  Plaisance, I, 404. II, 177.
  Planquette (la), II, 226.
  PLANTARD, horloger d'Abbeville, I, 2.
  PLASSE (M. de la), II, 135.
  PLASSIN (M.), I, 60.
  Plessis (le), I, 323. II, 146, 181, 194, 196, 234, 235, 296.
  PLESSIS-LIANCOURT (Henri ou Roger du), I, 363. _Voy._ LIANCOURT.
  PLESSIS-MORNAY (M. du), II, 181.
  PLESSIS-PRASLIN (M. du), II, 54.
  Plessis-Saint-Antoine (le), I, 402.
  Plomb (le), II, 313.
  PLUVINEL (M. de), I, 328, 402, 422. II, 72, 109, 154, 178, 194,
    209.
  PLUVINEL (Mlle de), II, 209.
  POINTE (M. de la), archer du corps, I, 305.
  Poissy, I, 65, 76, 146, 281, 363, 371, 372, 424.
  Poissy (abbesse de), I, 360. _Voy._ GONDI (Mme de).
  Poitiers, I, 20. II, 147, 148, 181, 182, 191, 192, 248, 249,
    268.
  Poitou (voyage en), I, 23.
  POLET (le capitaine), I, 76.
  Pollet (le), II, 218.
  Ponchi, I, 69.
  PONS (M. de), prcepteur de M. de Verneuil, I, 402, 410.
  PONS (M. du), premier consul de Montpellier, I, 150.
  Pont-Audemer, II, 247.
  Pont--Vesle, II, 32, 33.
  Pont-de-C, II, 150, 155, 248.
  PONTCHARTRAIN (M. de), secrtaire d'tat, II, 195.
  Pont de l'Arche, II, 217, 219.
  Pont-Neuf (le), II, 3, 177, 201.
  Pont Notre-Dame (le), II, 77, 107.
  Pont Saint-Michel (le), II, 216.
  Ponthierry, I, 390, 410. II, 212.
  Pont-l'vque, II, 65.
  Pont-Levoy, II, 145.
  Pontoise, II, 246, 269.
  PONT-SAINT-PIERRE (baron du), II, 164.
  Pontyblon, II, 175.
  POPHLECH (baron), I, 43.
  PORBUS, peintre flamand, II, 53.
  Porchefontaine, II, 301.
  PORTES (Jacques de Budos, baron de), I, 339, 342.
  PORTES (marquis de), II, 278.
  Port-Royal en Canada, II, 75.
  Port Sainte-Marie, II, 275.
  POSTECH (le colonel), I, 37.
  Pougues (eaux de), I, 31.
  POUILLAN. _Voy._ MONTPOUILLAN.
  POUILLAY (le sieur de), I, 417, 423.
  Pouilly, II, 231.
  POUSSIN (M.), mdecin du duc de Longueville, I, 45.
  Poutil (maison du), II, 144, 233.
  POUTRINCOURT (M. de), II, 75.
  POYANNE (Mme de), I, 27.
  PRADEL, joueur de viole, I, 392.
  PRASLIN (M. de), I, 116. II, 4, 235, 244, 258.
  Pr aux Clercs (le), I, 431. II, 9, 93, 136, 137.
  PRAUX (M. de), sous-gouverneur de Louis XIII, II, 3, 6, 8, 51,
    62, 68, 137.
  PRCY (M. de), I, 138, 140, 369.
  Premier (M. le). _Voy._ LIANCOURT.
  _Preneurs d'amour_ (ballet des), I, 397.
  PRESSY. _Voy._ PRCY.
  PRVOST (Daniel), sieur de Bragelongne, archer des gardes du
    corps, I, 11.
  PRVOST (le sieur), II, 139, 225.
  PRVOST-BIRON (Mlle), I, 189.
  PRVOST DES YVETEAUX. _Voy._ YVETEAUX.
  Prince (M. le). _Voy._ COND.
  PROUILLY (Mme de), I, 154.
  _Proverbes de Salomon_, I, 149, 160, 173.
  Provins, I, 156, 164.
  PRUNAY (baron de), I, 35.
  _Psalmes de David (les)_, I, 20.
  PUGET (M.), trsorier de l'pargne, I, 22.
  PUISIEUX (M. de), II, 230, 278, 288.
  PUISIEUX (Mme de), II, 100.
  PUSUYNKI (Bartholomo), nonce extraordinaire, I, 32.


  Q

  QUESNEL, peintre, I, 21.


  R

  RABAT (baron de), II, 30.
  RABOUYN (Hugues), huissier de salle, I, 204.
  RACAN, page de la chambre, I, 221.
  RAGNY (M. de), I, 208.
  RAGNY (Mme de), II, 15, 74, 81, 82.
  RAINEL (marquis de), I, 190. _Voy._ RENEL.
  Rambouillet, II, 300, 306.
  RAMBOUILLET (M. de), II, 166.
  RAMELIN (M.), II, 281.
  RAVAILLAC, I, 435. II, 6, 292.
  Ravannes, I, 394.
  RAZILLY (M. de), II, 121.
  R (le de), II, 313.
  RAUX (le sieur de), lieutenant des gardes du corps, II, 242.
  REBOURS (M. de), prsident de la cour des aides, I, 29.
  Rcollets (glise des),  Saint-Germain, II, 255.
  Reims, II, 26, 29, 30, 31, 32.
  Reims (archevque de), II, 195.
  RENARD, chirurgien-barbier du Roi, II, 13, 14, 136.
  RENAUD (M.), procureur du Roi, I, 356.
  RENEL (marquis de), I, 291. _Voy._ RAINEL.
  RENEL (Mlle de), II, 72.
  RENIERS, II, 263.
  RENOULIRE (Mlle de la), premire femme de chambre de la reine
    Marie de Mdicis, I, 4, 179. II, 66.
  REPAIRE (M. du), I, 380. II, 22.
  RETZ (cardinal de), II, 227. _Voy._ GONDI (Henri de).
  RETZ (M. de), II, 152, 276.
  RETZ (Mme de), abbesse de Poissy, I, 65.
  RHODES (M. de), grand-matre des crmonies, I, 211.
  RICASSA (Mlle), fille de la Reine, II, 53.
  RICHARD (le capitaine), I, 62, 78, 80.
  RICHELIEU (Armand-Jean du Plessis), vque de Luon, depuis
    cardinal et premier ministre, II, 100, 103, 174, 284, 293, 305,
    306, 309, 313, 314.
  RICHELIEU (Henri du Plessis, seigneur de), I, 391.
  RICHI (Milord), ambassadeur d'Angleterre, II, 291.
  Riez (le de), II, 272.
  Ris, I, 323.
  RIS (M. de), premier prsident de Rouen, I, 369.
  RISSAY (M. de), I, 26, 432.
  RIVES (Isaac de), sieur de la Rivire, archer des gardes du
    corps du Roi, I, 11.
  RIVIRE (M. de la), cuyer du Dauphin, I, 433.
  RIVIRE (M. de la), premier mdecin du roi Henri IV, I, 1, 8.
  RIVIRE (sieur de la). _Voy._ RIVES.
  RIVIRE-DUDRACH (M. de la), I, 26. _Voy._ DUDRACH.
  Roanne, II, 284, 285.
  ROBERT (le capitaine), I, 91.
  _Robert_, singe du Roi, I, 327, 338, 341, 364. II, 102.
  ROCHE (comte de la), I, 231, 232.
  ROCHE-D'ANJOU (M. de la), I, 369.
  Rochechalais (la), II, 189.
  ROCHEFOUCAULD (comte de la), II, 55, 63, 87, 107, 163, 191.
  ROCHEFOUCAULD (comtesse de la), II, 74.
  ROCHEFOUCAULD (Franois, cardinal de la), I, 329. II, 226, 227,
    231, 241.
  Rochefoucauld (la), II, 189.
  ROCHEGUYON (comte de la), II, 127, 161, 163, 192, 229.
  ROCHEPOSAY (M. de la), I, 27.
  Roche-sur-Yon (la), II, 273.
  ROHAN (M. de), I, 13. II, 12, 211, 258, 263.
  ROHAN (Mlle de), I, 382.
  Roissy, II, 243.
  ROISSY (M. de), matre des requtes, I, 22.
  Romans, II, 283.
  Roquebert, II, 250.
  ROQUELAURE (M. de), I, 15, 94, 97, 221, 222, 223, 229, 384,
    385, 386, 415, 432. II, 44, 185.
  Roquencourt, II, 312.
  Roquette (la), I, 384, 428, 429. II, 7, 12, 36, 41, 43, 45, 125.
  Rosny, I, 30, 198.
  ROSNY (M. de), I, 19, 30, 32, 38, 66, 67, 71, 78, 81, 86, 94,
    124, 136, 137, 150, 162, 179, 180, 182, 209, 225, 227, 228,
    258, 311. _Voy._ SULLY.
  ROSNY (Mme de), I, 124.
  ROSNY (marquis de), II, 102.
  ROSSI (Carlo di), ambassadeur du duc de Mantoue, II, 101.
  Rouen, II, 217, 218, 219, 222, 246.
  Rouen (archevque de), I, 154. II, 218.
  ROUILLAC (M. de), II, 104.
  ROUILLRE (sieur de la). _Voy._ LANCELIN.
  Roule (le), I, 278, 386, 413, 421. II, 14, 15, 16, 56, 161,
    167, 205, 254, 271, 289.
  Roungy (sources de), II, 123, 124, 295.
  Rouville, II, 217, 218.
  Royan, II, 274.
  ROYAN (marquise de), I, 130.
  Roziers, II, 150.
  RUCCELLA (abb de), II, 263.
  Ruel, I, 32, 144, 357, 363, 389. II, 15, 23, 35, 40, 52, 107,
    141, 211, 296, 299.
  Ruffay, II, 182.
  RUMILLY (Mlle de), I, 22.
  RYECH (le sieur), dput de Zurich, I, 37, 38.


  S

  SABATHIER (M.), sieur du Mesnil, I, 47.
  SABL (marquis de), II, 30, 127, 193.
  Saint-Andr des Arcs (glise de), II, 56, 76, 100.
  SAINT-ANGEL (M. de), gouverneur de Mcon, I, 16.
  Saint-Antoine (abbaye du petit), I, 401, 410, 428.
  SAINT-ANTOINE (M. de), cuyer du prince de Galles, I, 236.
  Saint-Antoine (porte), I, 10, 277, 390, 410, 430. II, 34, 136,
    287.
  Saint-Antoine des Champs, I, 388.
  Saint-Antonin, II, 276.
  Saint-Arnoul, II, 158.
  SAINT AUBIN (M. de), I, 160.
  SAINT-AUBIN-MONTGLAT (le sieur de), I, 205.
  Saint-Avertin, II, 236.
  Saint-Barthlemy (glise de), II, 57.
  Saint-Benot (glise), II, 113.
  Saint-Berthoumion, II, 260.
  SAINT-BLANCART (M. de), I, 24.
  SAINT-CHAMOND (marquis de), II, 150.
  Saint-Cloud, I, 11, 34, 81, 82, 138, 278, 289, 321, 357, 379,
    390, 423, 424. II, 110, 139, 222, 224, 310.
  Saint-Denis, I, 400, 429, 435. II, 18, 51, 199, 200, 222, 269,
    289.
  Saint-Denis (abb de), I, 152. _Voy._ LORRAINE (Louis de).
  Saint-milion, II, 260.
  Saint-tienne du Mont (glise de),  Paris, II, 44, 55, 176.
  Saint-Eustache (glise), I, 429, 430. II, 20, 35, 78, 91, 120,
    142, 230.
  Saint-Florent, II, 149.
  SAINT-FUSSIEN (M. de), conseiller de la cour, I, 23.
  SAINT-GELAIS (Mme de), I, 22.
  Saint-Georges, II, 154.
  SAINT-GEORGES (M. de), I, 286.
  SAINT-GEORGES (le comte Henri de), ambassadeur du duc de
    Mantoue, I, 21.
  SAINT-GEORGES (Mme de), fille de Mme de Montglat, I, 194, 199,
    207, 309, 325, 326.
  SAINT-GRAN (M. de), sous-lieutenant de la compagnie des
    gendarmes du Dauphin, I, 55, 93, 248, 324. II, 22, 179.
  Saint-Germain (la foire), I, 247, 313, 382, 383, 424, 425. II,
    52, 132, 173, 243.
  SAINT-GERMAIN (M. de), I, 19.
  SAINT-GERMAIN (M. de), prdicateur, I, 147, 207.
  SAINT-GERMAIN (M. Prvost, seigneur de), II, 225.
  Saint-Germain l'Auxerrois (glise), I, 417, 419, 424, 430. II,
    16, 21, 41, 109, 112, 167, 198.
  Saint-Germain des Prs (abbaye de), I, 387. II, 8, 35.
  Saint-Germain des Prs (hpital de), I, 431.
  Saint-Germain des Prs (verrerie de), I, 190. II, 64, 78, 94.
  SAINT-GERMAIN D'APCHON (M. de), II, 53.
  Saint-Germain en Laye, I, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19,
    20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35,
    36, 37, 38, 39, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52,
    53, 55, 56, 57, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71,
    73, 75, 77, 78, 79, 81, 87, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107,
    108, 109, 112, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 121, 122, 123,
    124, 126, 127, 129, 130, 131, 132, 134, 135, 136, 138, 139,
    140, 141, 142, 143, 145, 146, 148, 149, 150, 151, 152, 153,
    154, 155, 157, 158, 159, 161, 162, 163, 165, 166, 168, 169,
    171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 180, 181, 182, 183, 184,
    187, 188, 189, 191, 193, 195, 197, 200, 201, 202, 203, 205,
    206, 207, 208, 209, 217, 225, 232, 233, 270, 276, 277, 278,
    279, 280, 281, 296, 297, 298, 299, 300, 303, 308, 310, 311,
    312, 313, 314, 315, 316, 317, 320, 325, 355, 356, 357, 358,
    359, 360, 361, 362, 364, 365, 367, 368, 369, 370, 371, 372,
    373, 374, 375, 376, 377, 378, 379, 383, 385, 386, 388, 389,
    400, 403, 405, 411, 413, 423, 425, 428, 431, 433. II, 22, 23,
    35, 52, 56, 57, 64, 65, 69, 71, 72, 74, 75, 77, 88, 89, 90, 91,
    124, 142, 143, 147, 159, 199, 200, 211, 213, 214, 215, 216,
    217, 220, 225, 231, 232, 254, 255, 269, 270, 288, 296, 297,
    298, 299, 301, 307, 312.
  Saint-Gervais (glise), I, 417. II, 93, 199.
  Saint-Gilles, II, 281.
  Saint-Gilles en Ri, II, 273.
  Saint-Honor (porte),  Paris, I, 278.
  Saint-Jacques de la Boucherie (glise de), II, 52, 169.
  Saint-Jean d'Angly, II, 257, 258, 259, 273.
  Saint-Jean en Grve (glise de), II, 44, 93.
  Saint-Jean en l'Isle, I, 410.
  Saint-Jean de Luz, II, 184.
  SAINT-JORY (M. de), conseiller au parlement de Toulouse, I, 56.
  Saint-Ladre (glise de), II, 16.
  Saint-Lazare (ordre de), II, 16.
  Saint-Louis des Jsuites (glise), II, 41, 48, 77, 97, 106,
    171, 177.
  SAINT-LUC (le fils de M. de), I, 267. II, 120.
  SAINT-LUC (M. de), II, 120.
  SAINT-LUC (Mme de), I, 397.
  Saint-Marceau (manufactures du faubourg), I, 431.
  Saint-Marcellin, II, 283.
  Saint-Marcoul, II, 32, 33.
  SAINT-MARTIN (le sieur de), I, 78.
  Saint-Martin (porte), II, 161, 174.
  Saint-Martin des Champs (abbaye de), II, 10.
  Saint-Mathurin sur Loire, I, 149.
  Saint-Maur des Fosss, I, 272, 401, 402, 403, 404, 405, 406,
    427, 431.
  Saint-Merry (glise de), II, 49, 55.
  SAINT-MESMAIN (chevalier de), I, 27.
  SAINT-MICHEL (le sieur de), gentilhomme ordinaire du Roi, I,
    436. II, 292.
  Saint-Michel (porte), II, 135, 137.
  Saint-Nicaise de Reims (glise de), II, 30.
  Saint-Nicolas des Champs (glise de), II, 177.
  Saint-Ouen, II, 19.
  SAINT-PAUL (comte de), II, 188.
  Saint-Paul (glise de),  Paris, II, 43.
  Saint-Pierre de Reims (glise de), II, 29, 32.
  SAINT-PRIVAT, page du Roi, I, 336.
  SAINT-REMI (M. de), conseiller au parlement, I, 293.
  Saint-Remy (glise de),  Reims, II, 29, 31.
  Saint-Sverin (glise de), II, 49, 223.
  Saint-Sixte (abbaye de), I, 291.
  Saint-Sulpice (glise de), II, 15.
  Saint-Thomas du Louvre (glise de), II, 209.
  Saint-Til, II, 145.
  Saint-Victor (abbaye de), I, 430. II, 3, 71, 135.
  Sainte-Baume (la), II, 282.
  Sainte Chapelle (la), I, 180, 427. II, 6, 19, 224.
  Sainte-Croix (glise de),  Orlans, II, 144.
  Sainte-Foy la Grande, II, 275.
  Sainte-Gemme, I, 69.
  Sainte-Genevive (abbaye de), I, 430. II, 44, 55.
  Sainte-Genevive (abb de), I, 432.
  Sainte Genevive (chsse de), II, 177.
  Sainte Genevive des Ardents, I, 421.
  Sainte-Genevive des Bois, II, 310.
  Sainte-Maime, II, 312.
  Sainte-Maure, II, 147, 181, 192.
  Saintes, II, 249, 274.
  SALE (le sieur de), gouverneur de Navarreins, II, 250.
  SALIGNAC (M. de), I, 23.
  SALLE (M. de la), I, 52, 101, 102, 127, 373.
  SALLE (Mlle de la), I, 52.
  SALOMON, tireur d'armes, I, 118.
  Salon, II, 282.
  Saluces (marquisat de), I, 226. II, 64.
  Samaritaine (pompe de la), I, 387.
  Samblanay (htel de), II, 146.
  SANCY (le chevalier de), I, 18, 27.
  SANCY (M. de), I, 23, 24, 26, 28. _Voy._ PALMOT-SANCY.
  SANCY (Mme de), I, 26.
  SANGUIN (M.), sieur de Livry, prvt des marchands, I, 278, 418.
  Sanois, II, 110.
  SARDINI (le jeune), I, 23.
  SAULT (comte de), I, 84.
  SAULX (comte de), I, 271.
  Saumur, II, 149, 305.
  SAUNIER, cuisinier du commun, I, 163.
  SAURE (comte de). _Voy._ SORE.
  SAUVAT, joueur de paume, I, 379.
  SAUVAT (Mlle), II, 73.
  SAVARON (le prsident), prsident  Clermont, I, 198.
  Savigny, I, 82, 83. II, 80.
  Savoie (ambassadeur de), I, 348, 408. II, 84, 99, 166, 212,
    214, 217, 222, 224.
  Savoie (cardinal de), II, 227, 228, 229.
  SAVOIE (duc de), I, 35, 290, 315, 348. II, 166, 283, 294.
  SAVOIE (Thomas-Franois de), II, 231.
  SAVOIE (Victor-Amde de), II, 229, 231.
  Savonnerie (la), I, 432, 435. II, 8, 9, 10, 14.
  Savoyard (le), valet de M. de Verneuil, I, 248.
  Saxe (ambassadeur de), I, 229. II, 99.
  SCALIGER, son livre des _Exercitations_, I, 354.
  SCHOMBERG (Ditrich), I, 21.
  SCHOMBERG (le jeune), I, 21.
  SCHOMBERG (le sieur de), ambassadeur de l'Empereur, I, 21.
  SCHOMBERG (M. de), II, 155, 247, 265, 268, 275, 276, 288, 299,
    313.
  SCHOMBERG (Mlle de), II, 243.
  SCOEVOLA (Mutius), I, 406.
  SBASTIEN (don), roi de Portugal, I, 426.
  Sedan, I, 176, 179, 182, 186, 214.
  SGUIER (M.), ambassadeur  Venise et prsident au parlement de
    Paris, I, 13.
  SGUIRAN (le P.), jsuite, confesseur du Roi, II, 266, 275, 279.
  SELNA (don Diego de). _Voy._ PASTRANO (duc de).
  Semires, II, 278.
  Snart (fort de), I, 410. II, 63.
  SENECEY (baron de), II, 174.
  SENNETERRE (M. de), II, 21.
  Sens (htel de), I, 178.
  SERRES (M. de), matre d'htel du Roi, II, 119.
  SERTA (don Sanches de la), matre d'htel du roi d'Espagne, I,
    54.
  SERVA (le docteur de la), premier mdecin de la reine Anne
    d'Autriche, II, 210.
  SERVON-MAILLER (M. du), I, 139.
  SETON, exempt de la garde cossaise, II, 119.
  SVE (M. de), prsident de la cour des aides, I, 29.
  SEVIN (M.), matre des requtes, I, 27.
  SFORCE (duc de), II, 110.
  SIBILOT, fou de Henri III, I, 305.
  SILNE, lgislateur des Locriens, II, 103.
  SILLERY (le chancelier de), II, 210, 230, 237, 288, 300. _Voy._
    BRULART.
  SILLERY (le commandeur de), II, 167, 175.
  SILLERY (M. de), I, 32, 217.
  SILLERY-BRULART (M. de), I, 25.
  SILLERY-BRULART (Mme de), I, 25.
  SIMON, comdien italien, I, 422.
  Sipierne (htel de), II, 180.
  SOBOLES (M. de), gouverneur de Metz, I, 22.
  SOISSONS (Charles de Bourbon, comte de), I, 3, 35, 39, 136,
    256, 391, 414, 416, 421. II, 4, 30, 49, 104, 111, 112.
  SOISSONS (comtesse de), II, 74, 230.
  Soissons (vque de), II, 51.
  SOISSONS (Louis de Bourbon, comte de), II, 112, 113, 164, 193,
    239, 240, 269, 273, 293.
  SOISSONS (Mlle de), II, 209.
  Soissons (ville de), II, 137, 140, 227.
  SOISY (Mme de), I, 152.
  _Soldat_, chien turquet de Henri IV, I, 327, 332, 342.
  _Soleil_, cheval de Henri IV, II, 188, 197.
  SOMMERIVE (M. de), I, 82, 277.
  Sorbonne (collge de), II, 91.
  SORE (comte de), grand-cuyer de l'archiduc, I, 94, 131.
  SOUBISE (M. de), II, 258, 259, 271, 272, 273.
  SOUPITE, premier valet de chambre du Roi, II, 160, 298.
  SOURDAC (M. de), I, 335.
  SOURDIS (le cardinal de), I, 259. II, 11, 106, 182, 183, 185,
    189.
  SOURDIS (M. de), enfant d'honneur du Roi, II, 285.
  SOUVR (Jacques, chevalier de), II, 111, 119, 124, 141, 177,
    184.
  SOUVR (M. de), gouverneur de Louis XIII, puis marchal de
    France, I, 20, 21, 36, 54, 92, 99, 102, 136, 139, 144, 163,
    170, 172, 177, 179, 180, 181, 209, 213, 217, 220, 233, 251,
    271, 274, 276, 277, 285, 293, 311, 321, 324, 347, 348, 357,
    361, 378, 379, 380, 381, 382, 383, 385, 386, 387, 390, 391,
    392, 393, 394, 395, 396, 397, 399, 403, 404, 406, 407, 408,
    409, 410, 412, 413, 416, 417, 419, 420, 421, 423, 425, 426,
    427, 428, 431, 433, 434, 436. II, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 13, 16, 18,
    20, 21, 22, 24, 26, 27, 29, 31, 32, 38, 41, 42, 48, 49, 50, 51,
    57, 58, 60, 62, 63, 64, 66, 67, 71, 72, 73, 74, 75, 77, 79, 80,
    82, 83, 84, 86, 87, 88, 92, 93, 94, 95, 98, 101, 103, 104, 105,
    106, 108, 109, 110, 111, 116, 117, 118, 127, 130, 142, 144,
    148, 149, 154, 161, 164, 167, 168, 169, 171, 174, 179, 182,
    186, 188, 189, 195, 209, 271.
  SOUVR (Mme de), I, 21, 385, 417.
  SOUVR (Mlle de), II, 128.
  SPADA (le cardinal), nonce, II, 309.
  SPINOLA (marquis de), II, 59, 105, 315.
  STECHIMBOURG (le colonel), II, 226.
  STEFANELLO, comdien italien, I, 353.
  STRALER (Mlle), I, 180.
  SUFFREN (le P.), jsuite, II, 305, 313.
  Suisse (ambassadeurs de), I, 36, 128. II, 274.
  Suivray, II, 191.
  SULLY (M. de), I, 198, 199, 228, 259, 270, 322, 323, 344, 345,
    364, 381, 394, 401, 412, 424, 426, 434. II, 34, 51, 181. _Voy._
    ROSNY.
  SULMO (le comte de), ambassadeur de l'lecteur palatin, I, 19.
  Suresnes, II, 12, 15, 23, 143.
  Suse (La), II, 247.


  T

  TALON (Barbe), II, 73.
  TALON (Louise), fille de la nourrice de Mme Christine, I, 370,
    371.
  TALON (M.), mari de la nourrice de Mme Christine, I, 371.
  Tancrou, II, 33.
  Tarascon, II, 283.
  TARRIDE (M. de), II, 250.
  TASSON (le comte Hercole), ambassadeur du duc de Modne, I, 19.
  TAVANNES (M. de), II, 238, 239.
  TAXIS (Alphonso), ambassadeur en Angleterre, I, 157.
  TAXIS (Hieronimo), ambassadeur d'Espagne, I, 23, 48, 54, 61.
  TAXIS (Juan-Baptiste), ambassadeur d'Espagne, I, 48.
  TERMES (M. de), I, 21, 36, 48. II, 24, 132, 134, 149, 163, 169,
    261.
  Ternes (les), I, 386. II, 42, 205.
  TESTU (M.), matre d'htel du Roi, II, 162.
  THMINES (M. de), I, 13. II, 201.
  THEVET, sa _Carte gallicane_, I, 164.
  Thibaudire (chteau de la), II, 257.
  THOMAS, maon, I, 139.
  THOMAS, suisse de Saint-Germain en Laye, I, 204.
  THOU (M. le prsident de), I, 357. II, 134.
  Thouars, II, 257.
  Tigery, II, 63, 65.
  TIL (Charles du), archer des gardes du corps du Roi, I, 11.
  TILLET (le sieur du), II, 139.
  Tilly, II, 235.
  TIMOTHE, arquebusier de Rouen, II, 83.
  _Tinton_, chien du Roi, II, 82.
  TOIRAS (M. de), II, 278, 305.
  TOLEDO (don Pedro de), ambassadeur d'Espagne, I, 348, 382, 403.
  Tolon, II, 285.
  Tolosat, II, 260.
  Tonneins, II, 260, 265.
  Topinambous (Amricains), II, 121, 123.
  TORIGNY (comte de), I, 365, 366, 367, 369, 380, 381.
  TORNABONI (la), fille de la reine Marie de Mdicis, I, 224.
  TOSCANE (Christine de Lorraine, grande-duchesse de), sa lettre
    au Dauphin, I, 290, 291,  la note [441]; 323, 355.
  TOSCANE (Cme, prince de), I, 290, 323.
  TOSCANE (Cme II de Mdicis, grand-duc de), I, 396.
  TOSCANE (Franois-Marie de Mdicis I, grand-duc de), I, 52,
    169, 290, 308, 310, 323, 385.
  TOST (M. du), mari de la nourrice de Madame lisabeth, I, 243,
    282, 294, 369.
  TOST (Nicole du), II, 72.
  Tote, II, 218.
  Toulouse, II, 264, 277.
  Toulouse (dputs de), I, 56. II, 117.
  TOUN (baron de), grand-marchal de Lorraine, I, 140.
  TOUR (baron de la), I, 27.
  TOUR (baron du), I, 157. II, 32.
  TOUR (le capitaine La), II, 195.
  TOUR (M. de la), I, 384, 413, 415, 420.
  Tours (archevque de), I, 27. II, 216.
  Tours (ville de), II, 146, 147, 181, 192, 193, 195, 233, 235,
    236, 248, 268, 271, 304.
  Toury, II, 144, 304.
  TOUSSAINT, dlivreur de vin, II, 74.
  TOUVION (le sieur de), II, 236.
  Tragdie anglaise reprsente  Fontainebleau, I, 88.
  Tragdie franaise  Fontainebleau, II, 67.
  TRELON (M. de), conseiller au parlement de Toulouse, I, 56.
  TRMOILLE (M. de la), I, 263, 332. II, 198.
  TRMOILLE (Mme de la), I, 130, 141, 332.
  TRESLON (baron de), I, 28.
  TRESMES (M. de), I, 424. II, 130, 298.
  Tresmes (maison de), II, 33.
  TRESNEL (marquis de), I, 410.
  TREVA (marquis de), II, 109.
  Tricherie (la), II, 249.
  Trie-le-Port, II, 26, 33.
  TRIMOUILLE. _Voy._ TRMOILLE.
  TRONSON (M.), secrtaire du cabinet, II, 288.
  TROT (Hans), marchal de Clves, I, 49.
  Trousse (maison de la), II, 28.
  TRUCHON, apothicaire du Roi, II, 268.
  Tuileries (les), I, 10, 178, 179, 321, 380, 382, 383, 388, 390,
    399, 414, 415, 421, 428, 430, 434, 435. II, 3, 5, 7, 8, 9, 11,
    14, 16, 17, 18, 20, 22, 23, 34, 35, 36, 38, 41, 43, 44, 52, 53,
    54, 56, 57, 63, 77, 78, 80, 87, 89, 91, 92, 93, 122, 134, 139,
    141, 159, 164, 167, 169, 174, 175, 198, 200, 201, 204, 208,
    209, 214, 225, 228, 242, 310.
  TUILLERIE (M. de la), matre d'htel du Roi, I, 17.
  Tullin, II, 284.


  U

  UBALDINI, vque de Montepulciano, nonce du pape, puis
    cardinal, I, 317. II, 193.
  URSINS (Marie des), II, 124. _Voy._ MONTMORENCY.
  UZS (duc d'), II, 179, 188, 226.


  V

  _Vaillant_, chien du Dauphin, I, 413.
  VAIR (M. du), premier prsident en Provence, puis chancelier,
    I, 149. II, 198, 225.
  VAL (M. le grand-prvt du), I, 10.
  VAL (Mareuil du). _Voy._ MAREUIL.
  VAL (Mlle du), nice d'Hroard, I, 371. II, 109, 110, 180.
  VALADIER, prdicateur, II, 117.
  VALE (le sieur de la), I, 73.
  Valence, II, 283.
  Valery, I, 228. II, 245.
  _Valet_, pagneul de Louis XIII, II, 166.
  VALETTE (M. de la), I, 64, 74, 77, 378. II, 105.
  Valois (duch de), I, 177.
  VALON (Mme), I, 318.
  VALON (Marguerite), I, 77. _Voy._ MARGUERITE (la petite).
  VALUE (Mlle), I, 189.
  Vanves, II, 139, 225.
  VARENNE (M. de la), contrleur gnral des postes, I, 6, 278,
    307. II, 3.
  Varte, II, 284.
  VASTAN (M. de), II, 94.
  VAUCASTELS (le sieur de), II, 185.
  Vaucresson, I, 378. II, 216, 298, 310.
  VAUDEMONT (Franois de Lorraine, comte de), I, 76, 189. II, 85,
    228.
  Vaugirard, I, 386. II, 19, 137.
  Vaugrigneuse, I, 241, 252, 344, 368, 395. II, 158, 239, 316.
  VAUX (Mlle de), I, 365.
  VEILLARD (M.), I, 291.
  Vendme, II, 237.
  VENDME (Alexandre, chevalier de), nomm d'abord _Alexandre
    Monsieur_, puis _M. le Chevalier_, I, 19, 25, 33, 39, 42, 45,
    47, 49, 51, 62, 68, 69, 70, 87, 89, 107, 112, 115, 116, 122,
    126, 127, 137, 144, 151, 161, 172, 183, 188, 189, 201, 204,
    205, 207, 227, 229, 237, 240, 241, 243, 244, 245, 251, 252,
    253, 261, 263, 264, 266, 287, 298, 318, 319, 321, 332, 334,
    335, 338, 340, 341, 346, 369, 383, 386, 387, 388, 393, 394,
    421, 426, 428, 433. II, 19, 20, 45, 48, 63, 68, 73, 113, 191,
    195, 269, 270, 304.
  VENDME (Catherine-Henriette, nomme Mlle de), depuis duchesse
    d'Elbeuf, I, 19, 25, 28, 49, 51, 68, 69, 70, 74, 79, 87, 104,
    126, 151, 158, 161, 163, 173, 187, 188, 202, 207, 225, 229,
    253, 264, 275, 277, 280, 291, 293, 296, 313, 315, 318, 319,
    321, 323, 335, 338, 347, 348, 354, 358, 363, 366, 367, 373,
    376, 377, 381, 382, 425, 426. II, 40, 52, 72, 74, 77, 111, 113,
    118, 183, 203, 230.
  VENDME (Csar, duc de), I, 33, 49, 69, 73, 83, 87, 93, 98,
    121, 144, 161, 174, 178, 180, 181, 185, 191, 192, 206, 227,
    261, 298, 311, 319, 321, 328, 329, 335, 338, 341, 344, 347,
    348, 354, 378, 383, 397, 402, 403, 414, 422. II, 3, 19, 41, 44,
    45, 61, 63, 66, 69, 103, 105, 106, 112, 134, 148, 153, 154,
    202, 215, 217, 269, 270, 272, 273, 304.
  VENDME (Franoise de Lorraine, duchesse de), I, 402.
  VENDME (Mme de), I, 382.
  VNIER (le clarissime), ambassadeur de Venise, II, 36.
  Venise (ambassadeurs de), I, 33, 50, 55, 155, 322, 361, 362,
    418. II, 36, 38, 63, 99, 202, 214, 217, 222, 294.
  VENTADOUR (duc de), I, 14, 138, 139, 340. II, 172.
  VENTADOUR (Mme de), II, 238.
  VENTELET (M. de), matre d'htel du Dauphin, I, 19, 76, 77,
    108, 123, 140, 149, 168, 185, 190, 233, 240, 283, 300, 304,
    306, 334, 343, 349, 354, 355, 362, 376, 379, 388.
  VENTELET (Mlle de), I, 34, 50, 66, 100, 120, 123, 144, 174,
    185, 196, 215, 219, 234, 282, 291, 319, 327.
  Verceil, II, 228.
  VERDELET, valet de pied du Roi, I, 377.
  Verdelet (jeu de paume du), I, 399, 415. II, 77.
  VERDUN (M. de), premier prsident du parlement de Toulouse,
    puis de Paris, II, 17, 60, 287.
  VERNAY (M. du), prcepteur du petit Liancourt, I, 368, 371, 378.
  Verneuil, I, 12, 17, 20, 219. II, 191.
  VERNEUIL (Catherine-Henriette de Balsac, marquise de), I, 14,
    18, 30, 34, 45, 46, 49, 53, 75, 76, 81, 102, 116, 122, 159,
    171, 197, 341, 426, 429, 433. II, 4.
  VERNEUIL (Gabrielle-Anglique, Mademoiselle de), fille de la
    prcdente, I, 72, 74, 115, 161, 185, 199, 277, 298, 318, 321,
    370, 425, 426. II, 52, 73, 77.
  VERNEUIL (Gaston-Henri, chevalier, puis duc de), frre de la
    prcdente, I, 45, 46, 72, 73, 75, 83, 92, 101, 103, 107, 112,
    114, 115, 117, 121, 130, 132, 142, 143, 144, 159, 162, 165,
    166, 172, 173, 181, 183, 185, 186, 188, 189, 191, 193, 195,
    199, 204, 206, 219, 227, 230, 236, 241, 242, 243, 251, 262,
    277, 280, 282, 283, 284, 288, 297, 298, 300, 305, 312, 315,
    316, 318, 321, 322, 323, 326, 331, 332, 341, 342, 344, 347,
    354, 355, 356, 366, 369, 377, 383, 394, 402, 410, 426, 436. II,
    72, 76, 82, 105, 176.
  Vernon, II, 217.
  Verrerie (la), I, 321.
  Versailles, I, 61, 283, 379. II, 254, 291, 295, 296, 297, 298,
    299, 300, 303, 306, 307, 309, 310, 311, 312.
  Vervaux, II, 259.
  Vsinet (le), I, 65, 298. II, 215.
  VIC (M. de), I, 23, 36, 157, 171, 341, 342, 346. II, 266, 279.
  VIDO (M.), mdecin, I, 8.
  Vienne, II, 284.
  Vienne (archevque de), I, 36.
  VIEUVILLE (M. de la), II, 98, 256, 287, 288, 295, 298.
  VIEUXPONT (Mme de), I, 14.
  Vigile (maison de), II, 284.
  VIGNIER (le prsident), II, 138.
  VILAINES (M. de), I, 394.
  VILETTE (Mme de), I, 21.
  VILLAINES (marquis de), II, 193.
  VILLARS (Jrme de), archevque de Vienne, I, 36.
  VILLARS (M. de), gouverneur du Havre, I, 12.
  VILLARS (Mme de), I, 12.
  VILLE-AUX-CLERCS (M. de la), II, 303. _Voy._ LOMNIE.
  Ville-Bourbon, II, 263.
  Villecraine, II, 77.
  VILLECRAINE (le sieur de), II, 77.
  Villefranche, II, 285.
  Villefranche de Lauraguais, II, 277.
  VILLEGOMBLIN (Mme de), I, 22.
  Villejuif, I, 82, 112, 385. II, 80.
  Ville-l'vque (la), I, 384, 390, 412, 435.
  Villemenon, II, 270.
  Villemunde, II, 168, 275.
  Villeneuve-Saint-Georges, I, 10, 277, 410. II, 86.
  Villepreux, I, 36, 284, 285, 289, 290.
  VILLEREAU, page du Roi, I, 336.
  Villeroy, I, 83, 210, 343. II, 80, 311.
  VILLEROY (le chancelier de), II, 118.
  VILLEROY (M. de), I, 15, 85, 345. II, 71, 78, 104, 120, 126,
    192, 193, 219.
  Villers-Cotterets, I, 50. II, 227.
  VILLESERIN (M. de), cuyer servant de la reine Marie de
    Mdicis, I, 39.
  VILLIERS-HOTMAN (Mlle de), I, 154.
  Villiers-la-Garenne, II, 161.
  Vincennes, I, 386, 401, 402, 403, 404, 405, 414, 430. II, 16,
    17, 25, 34, 40, 54, 55, 70, 77, 94, 99, 109, 159, 168, 210,
    216, 238.
  VIOLETE (M. de la), I, 27.
  VION (M.), matre des comptes, I, 22.
  VIS (comte de), ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie,
    I, 34, 35.
  Vitr, II, 306.
  VITRUVE, son livre des btiments, I, 132, 153,  la note [231];
    183, 299, 301, 314.
  VITRY (M. de), I, 22, 218, 351, 403. II, 4, 68, 105, 179, 199,
    271.
  VITRY (Mme de), fille de Mme de Montglat, I, 75, 183, 194, 280,
    283, 286, 301, 307, 318, 338.
  VITRY (la petite), I, 279, 312, 313, 314, 315, 316, 318, 326.
    II, 72.
  VOISIN (M.), I, 428. II, 71.
  VOULTE (comte de la), I, 138, 140, 364, 365, 366, 367, 369,
    371, 376, 394, 399.


  W

  WARAMBON (comte de), I, 16.
  WITTEMBERG (prince de), I, 347.


  X

  Xaintes. _Voy._ Saintes.


  Y

  Yres (rivire d'), I, 410.
  YORK (duc d'), II, 110.
  YVETEAUX (Mlle Prvost des), I, 131.
  YVETEAUX (Nicolas Vauquelin, sieur des), prcepteur de Louis
    XIII, I, 386, 387, 393, 394, 397, 403, 404, 405, 406, 407, 409,
    426. II, 5, 10, 20, 24, 26, 27, 35, 38, 40, 51, 55, 57, 65, 71,
    76.


  Z

  ZAMET (M.), I, 6, 10, 20, 36, 84, 87, 222, 223, 226, 255, 344,
    407, 426. II, 122, 125.


FIN DE LA TABLE GNRALE ALPHABTIQUE.




A LA MME LIBRAIRIE


    JOURNAL HISTORIQUE INDIT
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    _l'enfance et la jeunesse de Louis XIII_ (1601-1628), publi
    pour la premire fois sur les monuments originaux, et annot
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Typographie Firmin Didot.--Mesnil (Eure).





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(1610-1628), by Jean Hroard

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