The Project Gutenberg EBook of L'escole des filles, by Michel Millot

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Title: L'escole des filles
       rimpression complte du texte original sur la contrefaon
       hollandaise de 1668

Author: Michel Millot

Release Date: February 12, 2014 [EBook #44877]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ESCOLE DES FILLES ***




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L'ESCOLE DES FILLES.




Tir  150 exemplaires sur papier verg et 8 sur chine, paraphs et
numrots.


No

[Illustration]




    L'ESCOLE
    DES
    FILLES

    DE
    MILILOT

    REIMPRESSION COMPLETE DU TEXTE ORIGINAL

    Sur la contrefaon hollandaise de 1668.

    [Illustration]

    BRUXELLES

    AUX DPENS
    DES DAMES DE LA RUE DES CAILLES.




BIBLIOGRAPHIE ET TEMOIGNAGES


BIBLIOGRAPHIE.

_L'Escole des Filles ou la Philosophie des Dames, divise en deux
dialogues._ AGERE ET PATI. Corrig et augment d'un combat du ... et du
..., d'une (sic) dialogue entre le ... et Perrette, et une instruction
des curiositez dont la methode de trouver est marqu (sic) par les
nombres, suivant les tables. Imprim  Fribourg, chez Roger Bon Temps,
l'an 1668.

In-12 de 224 p. pour le texte et de 32 p. pour l'Epistre, l'Argument
des deux Dialogues, la Table et trois autres pices liminaires, dont
un madrigal  Monsieur Mililot sur son Escole des Filles; mauvais
frontispice grav sur cuivre, reprsentant deux femmes assises; l'une
montre  sa compagne le livre de l'Escole des Filles, grand ouvert
et appuy par le bas sur une table; au premier plan un petit panier
 ouvrage, au fond un lit  colonnes et un petit miroir.--Contrefaon
hollandaise d'un livre imprim pour la premire fois  Paris en 1665,
qui fut brl et son auteur pendu en effigie; l'dition originale,
introuvable, avait un frontispice dessin et grav par Franois
Chauveau, lequel a sans doute servi de modle  l'estampe que nous
venons de dcrire. Guy Patin et Charpentier parlent du livre et de
l'auteur en dfigurant le nom de ce dernier qu'ils appellent l'un
Helot, l'autre Milot.

Voir dans la _Bibliographie des ouvrages relatifs  l'Amour, aux
Femmes et au Mariage_, qui rsume  ce sujet Murr et Ebert, la
nomenclature des contrefaons et traductions hollandaises, toutes
rarissimes, de l'Escole des Filles, au dix-septime sicle. Ce petit
volume a t rimprim plusieurs fois, au dix-huitime et mme au
dix-neuvime, sparment ou dans des recueils, mais avec de nombreux
changements et retranchements. On aurait d y regarder  deux fois
avant de toucher ainsi au premier livre dterminment obscne crit
dans une langue illustre depuis par tant de productions que la
pudeur dfend de citer.


TEMOIGNAGES.

Monet est le premier homme que nous aons pour exceller dans les
portraits en miniatures. J'ai s de lui une particularit assez
curieuse, au sujet de _l'Escole des Filles_, que l'on vient d'imprimer
en Hollande. Monet apprenoit  dessiner  Chauveau, lorsqu'un nomm
Helot, fils d'un lieutenant des cent suisses du roy, vint prier
Chauveau de lui graver un petit sujet; ce qu'il excuta selon l'ide
que l'autre lui en donna, et tel qu'on le voit au devant de _l'Escole
des Filles_, dont Helot est l'auteur. Celui-ci donna son manuscrit  un
libraire du Palais, qui le fit imprimer; il le vendit sous le manteau,
mais la justice aant pris connaissance d'un livre si scandaleux, elle
fit faire des perquisitions pour dcouvrir l'auteur, qui en aant eu
vent, sortit de France. Le libraire aant dclin le nom de celui
qui lui avoit remis le manuscrit, Helot fut pendu en effigie, tous
les exemplaires de son livre furent brlez au pied de la potence, et
le libraire condamn  une peine afflictive. Chauveau, qui ignoroit
l'usage que l'on vouloit faire du sujet qu'il avoit grav pour Helot,
ne laissa pas d'tre inquit. Le bailli du Palais vint le prendre
chez lui, mais comme il n'avoit pas eu communication de _l'Escole
des Filles_, il en fut quitte pour voir casser la planche qu'il
avoit grave, avec dfense  lui d'en graver une seconde, si quelque
imprimeur la lui demandoit. Il s'en faut bien que l'estampe qui est au
devant de _l'Escole des Filles_ que l'on vient d'imprimer en Hollande
soit aussi correcte qu'toit celle de Chauveau. Peu de personnes ont de
celles qui furent brles  Paris avec le livre.

  _Carpenteriana_, ou remarques d'histoire, de morale, de critique,
  d'rudition et bons mots de M. Charpentier, de l'Acadmie
  franoise, in-12, Paris, 1724, p. 79-82.


On a ici pendu en effigie un nomm Milot, avr auteur d'un infame
livre intitul l'_Escole des Filles_, que l'on dit tre tir de
l'Artin.

  Guy Patin  Charles Spon,  la date du 26 juillet 1655, dit. des
  _Lettres_ de 1718, t. 2, p. 123.




    L'ESCOLE
    DES
    FILLES

    OU

    LA PHILOSOPHIE
    DES
    DAMES

    DIVISE EN
    DEUX DIALOGUES
    AGERE ET PATI

    _Corrig et augment d'un combat
    du Vit et du Con, d'un dialogue
    entre le Fouteur et Perrette; et
    une instruction des Curiositez,
    dont la mthode de trouver est
    marque par leurs nombres suivant
    les tables._

    IMPRIM A FRIBOURG
    CHEZ ROGER BON TEMPS

    L'AN 1668




EPISTRE INVITATOIRE AUX FILLES


_Belles et curieuses damoiselles, voici l'Escole de votre sagesse, et
le recueil des principales choses que vous devez savoir pour contenter
vos maris quand vous en aurez; c'est le secret infaillible pour vous
faire aimer des hommes quand vous ne seriez pas belles, et le moyen
ays de couler en douceurs et en plaisirs tout le temps de votre
jeunesse._

_C'est une foible raison, mes dames, que celle de vos mres, pour vous
dfendre de savoir les choses qui vous doivent servir un jour, de dire
qu'elles ont peur que vous en usiez inconsiderement, et il vaudroit
mieux,  mon advis, qu'elles vous en donnassent une pleine licence,
afin qu'en choisissant vous-mmes ce qui est bon, elles fissent
esclater davantage par ce choix votre honestet._

_Aussi je veux croire, mes belles, qu'en ceste Escole vous prendrez
seulement les choses qui vous sont propres, et que celles d'entre
vous qui auront envie d'estre maries auparavant n'useront point de
ces prceptes que quand il en sera temps, l o les autres qui auront
plus de haste et qui prendront des amis par avance pour en essayer,
le feront avec tant d'adresse et de retenue devant le monde, qu'elles
ne tmoigneront rien qui puisse choquer tant soit peu la biensance et
l'honestet. C'est une belle chose que l'honneur, dont il faut qu'une
fille soit jalouse comme de sa propre vie; elle ne doibt non plus estre
sans cet ornement que sans robe, et certainement elle n'a pas l'honneur
et l'esprit du monde quand elle n'a pas l'industrie et l'adresse de
cacher ce qu'il ne faut pas qu'on sache._

_Je vous invite donc, mes belles,  lire soigneusement ces prceptes et
 bien estudier les enseignements que_ SUSANNE _donne _ FANCHON; _ils
sont d'autant plus exquis et considrables qu'ils partent d'une plume
tout  fait spirituelle, et d'un homme de ce temps qui a est aussi
recommandable  la cour par son bel esprit que par sa naissance. Toute
la grce qu'il vous demande pour les instructions gratuites qu'il vous
donne, et toutes les prires qu'il vous fait, c'est d'en faire le rcit
 vos compagnes, et si vous n'en avez point le temps, de les envoyer 
l'Eschole._




ARGUMENT DES DEUX DIALOGUES


Soubs le rgne de Lois treisiesme, d'heureuse mmoire, Robinet, fils
d'un marchand de Paris, bien fait de sa personne et qui pour ses
grandes richesses avoit quitt le trafic de son pre, se mettant 
hanter les bonnes compagnies, devint amoureux d'une jeune fille nomme
FANCHON, belle par excellence, mais un peu trop simple, pour avoir
toujours est nourrie soubs l'aisle de sa mre, qui estoit une bonne
bourgeoise et dans la maison de laquelle il avoit libert de la voir
quand il vouloit. Ayant long temps cach la passion qu'il avoit pour
elle, et voyant qu'il ne la pouvoit gagner  soy, pour sa trop grande
simplicit, il s'avisa de pratiquer une autre fille de son quartier,
nomme SUSANNE, plus exprimente que l'autre, et qui pour estre un peu
moins belle, n'en estoit pas moins savante et spirituelle en amour,
et qui avoit mesme, pour plus de commodit  son dessein, quelque
rapport de parent avec elle. Il fait donc si bien qu'il la gagne 
force de prsens pour luy persuader de mettre l'amour  la teste de sa
cousine, et estant partie  cest effect, ayant premirement instruit
Robinet de ce qu'il devoit faire, elle empaume si bien l'esprit de la
jeune Fanchon, par ses discours comme de fil en esguille, et lui sait
si bien reprsenter les douceurs de l'amour, dont elle jouissait d'une
bonne partie, avec des instructions et des navetez si plaisantes,
qu'elle lui en fait venir l'eau  la bouche, et l'oblige enfin 
consentir que Robinet vienne en cachette lui faire sentir les douceurs
de l'amour. Il arrive  point nomm comme leur discours finissoit, et
Susanne aussitost s'tant retire pour les laisser seuls, il trouve son
escolire sur le lict, qui l'attendoit, dont il jouit  son souhait, et
la dpucelle. Voil le sujet du premier dialogue.

Au second, Susanne estant revenue quelques jours aprs pour savoir
de sa cousine comment elle se trouvoit de ses amours et de son
dpucellage, elle lui en fait rendre un compte exact, et ces
deux filles en suite s'estant engages en des discours qui leur
plaisoient, elles s'arrestent  s'enqurir et examiner tout ce qui
appartient  l'amour et  son jeu, et le font avec des questions si
rares et chatouillantes et plaisantes, si nouvelles, si subtiles et
si convaincantes, qu'elles inspirent l'amour en les lisant, et je
m'asseure que les plus dgoustes de ces dames y trouveront de quoy se
satisfaire.




TABLE MISTIQUE ET ALLEGORIQUE SELON LE SENS MORAL ET LITTERAL DE
L'ECOLE DES FILLES.


DIALOGUE PREMIER.

1. Remarque de l'ge plus propre  marier les filles.

2. Premiers tesmoignages d'amour des garons envers les filles.

3. Rigueurs des mres et sottises des filles qui refusent les garons
et leurs caresses.

4. Filles ignorantes pour ne pas prester l'oreille aux paroles des
hommes.

5. Excellence du plaisir d'amour.

6. Simplicit d'une fille qui ne sait ce que c'est d'amour ny  quoy
il est propre.

7. Prparation aux filles pour l'instruction du plaisir d'amour.

8. Age propre  commencer l'amour aux garons et aux filles.

9. Petite description par parenthse et ncessaire en ce lieu, d'un
homme qui pisse et d'un vit quand il ne bande point.

10. Gnralit du plaisir d'amour, et du grand nombre de personnes qui
s'en meslent, avec une division l-dessus.

11. Des garons et des filles, et comme ils y ont plus de plaisir.

12. Les noms propres des choses qui servent  plus au plaisir d'amour,
et premirement une reprise sur le vit.

13. Discours des coillons.

14. Premiers apprts d'un garon pour donner les plaisirs d'amour 
une fille qu'il aime; et comme cette doctrine est fort importante 
savoir, elle sera rpte diversement en plusieurs endroits de ce
livre, pour choisir laquelle est la meilleure.

15. Reprise deuxime sur le vit, ou description du vit quand il entre
l o il doit entrer.

16. Comme le vit n'entre pas tout d'un coup, et comme cela donne bien
de la peine au garon.

17. Comment s'appelle l'engin de la fille.

18. Comment fait le garon pour pousser le vit dans le con, et du
plaisir que la fille en reoit.

19. Comme le garon a du plaisir  cela, aussi bien que la fille.

20. Reprise troisime, et description plus particulire du vit
qu'auparavant; anatomie intrieure du con, dont il n'est rien si
difficile  esplucher; avec le commencement, la fin et la dure du
plaisir d'amour.

21. De la liqueur d'amour, qui vient  propos en cet endroit.

22. Reprise quatrime, comme le vit se retire aprs la fonction du
plaisir d'amour, et comme la fille le peut faire revenir roide avec la
main.

23. Grandes et diffrentes vertus de la main des filles pour donner du
plaisir aux garons; l o il est insr quelque chose du baiser de la
langue.

24. Premire vertu.

25. Seconde vertu.

26. Du terme gnral de chevaucher, et la diffrence du plaisir d'amour
quand la fille chevauche le garon, et pourquoy, avec la manire
qu'elle tient pour cela.

27. Remde possible et nouveau aux filles  qui le con dmange faute de
vit pour y mettre, en le frottant avec le doigt.

28. Conseil aux filles pour prendre un amy, avec les perfections qu'il
doibt avoir.

29. Raisons qui empeschent les filles de se divertir, et les
rfutations d'icelles.

30. Premire raison.

31. Deuxime raison.

32. Troisime raison.

33. Quatrime raison.

34. Honneur des filles, ce que c'est et comment on en doibt user.

35. Du secret d'amour et comment il est ncessaire, avec les avantages
du monde, et d'une fille qui se divertit.

36. Irrsolutions d'une fille qui manque d'exprience, et le secours
charitable qu'on luy offre l-dessus; l o est contenu une proprit
du plaisir d'amour.

37. Plaisirs d'amour, accompagns de plusieurs autres.

38. Tableau exemplaire pour apprendre  se bien gouverner au lict ou
aux premiers approchements et caresses d'un garon qui va coucher avec
une fille la nuict.

39. Qu'est-ce que foutre, et les diverses faons de chevaucher, et de
celles qu'on peut s'imaginer davantage.

40. Friandise des amoureux pour manger, et une remarque sur
l'impatience du plaisir d'amour.

41. Autres proprits du plaisir d'amour.

42. Combien il se retire de fois, ou combien on peut chevaucher de
coups en une seule nuict.

43. Grande description d'une nuict amoureuse, pour instruire les
filles, et autres circonstances ncessaires  savoir.

44. Comparaison jolie du bruict que fait un vit au con quand il entre
et qu'il sort, et la continuation de cette nuict.

45. Apprentissage ncessaire aux filles pour bien remuer les fesses.

46. De l'jaculation de la liqueur d'amour et comment elle se fait.

47. Mesnage qu'il faut faire de la dernire faveur d'amour, avec
une briefve description et division de tous les plaisirs qui doivent
prcder et accompagner, tant en penses et en paroles qu'en oeuvres.

48. Heureux tat d'une fille qui jouit de tous ces plaisirs, et de la
difficult et de l'art de les apprendre.

49. Exemple de description en un amy.


SECOND DIALOGUE.

1. Remarque des premires lumires d'esprit d'une fille qui se
divertit; sa joye et sa disposition  bien faire.

2. Comment l'esprit s'ouvre en chevauchant.

3. Accoutumance des filles avec les garons.

4. Mthode jolie et spirituelle pour trousser finement la cotte  une
fille sans qu'elle s'en aperoive, ou les premires approches d'un
garon pour chevaucher une fille, comme si de rien n'estoit, avec les
dportements de la fille qui consent; le tout dclar bien au long.

5. Petite description du con, en passant, et la prparation d'un homme
assis pour chevaucher.

6. Description jolie d'une fille qu'on dpucelle, et toutes les
crmonies requises de la fille et du garon.

7. Advertissement, non moins facile que ncessaire, pour ceux qui
dpucellent les jeunes filles.

8. Autre advertissement ncessaire et remarquable sur ce sujet, et de
la disposition du vit et du con l'un dans l'autre.

9. Dernier effort, ou les abois du pucellage.

10. Plaisir qui suit le dpucellage.

11. Posture commode et plaisante pour chevaucher en levrier, le con
derrire.

12. Grand plaisir que reoit une fille qui n'a jamais chevauch,  la
premire descharge qui se fait.

13. Estat de l'homme et de la femme aprs le chevaucher, et les devis
amoureux qu'ils se font.

14. Complaisance remarquable et exemplaire d'un garon qui n'a pas
envie de chevaucher envers une fille qu'il ayme, et la rtribution
rciproque de la fille envers luy.

15. Petit commerce joyeux des amants qui ont chevauch, et les
plaisantes badineries qu'ils se font pour se mettre en humeur.

16. Une jolie faon de chevaucher, et bien circonstancie pour le
ragoust qu'on y trouve.

17. Le chevaucher plus doux et plaisant aprs le dpucellage.

18. Un grand raisonnement sur le plaisir d'amour commenc et non
achev, et comme l'exprience vaut mieux que le discours.

19. Postures plus plaisantes les unes que les autres et pourquoy; avec
une faon commune de chevaucher qui s'appelle _jambes au col_.

20. Plusieurs recherches curieuses et spculatives sur les diffrentes
faons de parler des amants quand ils sont entre eux, et quelques
raisons l-dessus, avec une explication fine et spirituelle des
mots: _enfiler_, _enconner_, _besogner_, _foutre_, _chevaucher_, et
semblables.

21. Point de prrogative ou petite annotation lgre qui s'est glisse
icy en passant, au deseu de l'autheur, et qui n'en mrite pas moins sa
place; comme le mot de _besogner_ emporte le prix sur tous les autres,
et de sa merveilleuse et grande signification.

22. En quels termes les hommes parlent des filles en leur absence.

23. Douces liberts d'amour, qui font rougir les filles de honte aprs
avoir fait, et pourquoy les hommes les agencent en tant de postures
diffrentes.

24. Mthode curieuse et excellente  une fille pour aprendre 
chevaucher juste en un quart d'heure, faisant trois choses, avec la
manire asseure et infaillible de chevaucher sur un coffre quand on
est press.

25. Prparation pour cette mthode curieuse.

26. Excution.

27. De la circonstance plus importante  savoir de cette mthode.

28. Conclusions d'icelle avec quelques instructions l-dessus.

29. Plusieurs recherches sur les divers tempraments des hommes,
et premirement de ceux qui crient en chevauchant, avec les raisons
pourquoy.

30. Comment ils font pour crier si haut, et les inconvnients qui en
peuvent arriver, avec les moyens de s'en garantir.

31. De ceux que l'on fesse pour faire bander.

32. Des chastrez.

33. trange humeur de ceux qui ne disent rien en chevauchant, et au
contraire de ceux qui s'entretiennent doucement.

34. Petite rcapitulation du plaisir d'amour.

35. Instruction mthodique et plus spirituelle que les autres pour
s'entretenir doucement en chevauchant, le plaisir qui en provient, et
les autres privilges d'icelle.

36. Faute de jeunes gens qui manquent de prvoiance en amour et ne
chevauchent pas quand ils veulent.

37. Misres, infortunes et perplexits des amants qui manquent de
commodits pour chevaucher, et les consolations qu'ils reoivent.

38. Suite des incommodits que l'on a  chevaucher quand on est espi,
avec un joly expdient aux filles de chevaucher devant le monde sans
qu'on s'en apperoive, et du cotillon perc par o on passe le vit du
garon dans le con de la fille.

39. Grande circonspection qu'il faut avoir dans le monde en chevauchant
et les maux qui arrivent faute d'icelle.

40. Diverses questions d'amour traites  fond jusques  la fin du
premier dialogue, et le lecteur sera adverty qu'elles sont plus
spirituelles que les prcdentes et partant plus dignes de son
attention; cela soit dit en passant.

41. Distinction des vits en trois diffrentes manires et leurs
diffrentes qualits, et premirement des petits vits.

42. Des grands vits et de ceux qui mettent des bourelets contre leur
ventre.

43. Des moyens vits et de leur bont.

44. Du vit d'amy, le meilleur de tous.

45. Autre description du vit; comment il doibt estre fait.

46. Questions excellentes pourquoy on use de paroles libres en
chevauchant; la dite question est rsolue ailleurs.

47. Le but d'amour est le plaisir du corps, et pourquoy, avec une jolie
explication l-dessus.

48. Comparaison familire des hommes et des btes sur ce sujet.

49. Fin naturelle de l'amour, o les naturalistes se pourront instruire
de la vrit, si bon leur semble, et quel est l'objet d'un amant qui
soupire.

50. Preuve que l'amour se passe en chevauchant et revient faute de
chevaucher, la dite preuve renouvele encore plus bas.

51. Plaisir du corps, et de l'origine des plus belles penses de
l'amour, et de l'erreur que les filles se forment l-dessus.

52. Remde d'amour pour ceux qui ne peuvent chevaucher celles qu'ils
aiment, et de ceux qui chevauchent leur ide.

53. Subtile raison, interrompue cy devant et reprise en cet endroit,
des vilains mots et autres paroles libres d'amour qui se disent en
chevauchant.

54. Autres raisons bien douces pourquoy les amants appellent toutes
choses par leurs noms, et comme toute chose est permis de dire entre
deux amants qui se baisent.

55. Comme on peut aimer l'esprit pour le corps et le corps pour
l'esprit, et la conclusion des recherches sur les hommes.

56. Curiosits inoues sur le sujet des filles et premirement la
crainte frivole qu'elles ont pour la grossesse, avec l'entire solution
de ce doubte, qui ne laisse aucune difficult  vuider.

57. Inventions diverses qu'elles ont de se donner du plaisir sans
crainte d'engrosser.

58. Premirement de statues de femmes pour les hommes.

59. Des godemichis ou vits de velours, de verre, ou autres instruments
pour se fourrer au con.

60. Moyens plus plaisants pour se divertir avec les hommes avec autant
de seuret que cy devant.

61. Circonstance ncessaire pour engrosser, tire de la plus subtile
doctrine des mdecins, facile  viter, avec une exhortation aux filles
 passer par dessus et  se bien divertir.

62. Autres particularits pour engrosser, et les remdes de contraire
ou contre icelles.

63. Raisons pourquoy on serre les fesses en chevauchant, et une
explication l-dessus.

64. Autre question pourquoy les hommes sont plus aises que les femmes
leur touchent l'engin avec la main qu'avec toute autre partie du corps,
et le mrite particulier et de haut got attribu  la main de la
femme.

65. Problme  quoi sert l'estendue du vit derrire les coillons.

66. Raison de la composition naturelle de l'homme et de la femme.

67. Pourquoy on appelle le vit et le con des parties honteuses.

68. Qui prend plus de plaisir  chevaucher de l'homme ou de la femme.

69. Recherche curieuse et naturelle pourquoy le plaisir vient sans
qu'on y pense, et pourquoy l'homme et la femme, sans savoir qu'il y en
ait, souhaitent tant de se joindre, et de l'andrognie.

70. Dfinition de l'amour.

71. Autre dfinition de l'amour par ide.

72. Pourquoy la liqueur d'amour chatouille en sortant.

73. Pourquoy, pendant le dchargement, l'on ne peut rire, et de
l'occupation srieuse de l'me en cet instant.

74. Pourquoy les hommes se plaisent  descharger quelquefois entre les
cuisses, ttons, et ailleurs.

75. Du baiser de la langue, et pourquoy il est si doux et si suave.

76. Pourquoy il est plus doux de chevaucher la femme dessus que
dessoubs, et de la mtamorphose d'amour.

77. Souverain et dernier principe d'amour, qu'une moiti veut s'unir 
son autre moiti.

78. Sommaire et rcapitulation de toutes les choses qui ont t
traittes cy devant, et de plusieurs menues particularitez assez
importantes  savoir.

79. Remerciement  la louange de cette doctrine, avec un aveu des plus
grands privilges de l'amour.

80. Grand plaisir de l'imagination de l'homme qui est chevauch par une
femme, et l'on voit par cette posture rpte tant de fois que l'auteur
y prend plaisir; avec un exemple instructif pour mditer l-dessus.

81. Autre congratulation  l'amour.

82. Explication et recherche non moins utile que plaisante en dernier
lieu, ou le tableau de deux amants propres  se bien donner du plaisir.

83. Introduction  la premire recherche, ou discours ingnieux de
la preexcellence du vit et du con  tous les autres membres, pour le
plaisir qui en provient.

84. Commencement de cette recherche, et premirement de la beaut en
gnral.

85. De la diffrence des beauts, et ce qu'elles doivent avoir pour
tre parfaites.

86. De la beaut particulire de la femme, avec une inscription
mthodique et bien raisonne des moeurs et bonnes qualits qu'elle
doibt avoir tant  l'esprit qu'au corps, et ce chapitre mrite d'tre
leu des filles qui veulent apprendre, pour son utilit.

87. Appellation figure et philosophique du con, et des grands
privilges et de la beaut cy dessus escrite.

88. Description particulire de la beaut de l'homme et des bonnes
qualits qu'il doit avoir.

89. Paragon de la beaut masle et vigoureuse de l'homme  la beaut
molle et dlicate de la femme, et suite de la dernire description.

90. Convenances ncessaires  garder aux deux amants sus dits dans le
temps de l'accouplement pour rendre leur plaisir parfait, avec une
exhortation pour les suivre, et les filles qui voudront s'instruire
prendront ainsy la peine de lire cecy, s'il leur plaist.

91. Rflexion morale et civile sur la malice et l'ignorance de ce
sicle, qui condamne les plaisirs d'amour ouvertement et les approuve
en secret, avec la conclusion finale de cet oeuvre par deux ou trois
petites questions qui ne sont pas hors de propos.

92. Qui sont les personnes les plus habiles  traiter l'amour, les
hommes ou les filles, et d'o naissent les diffrents apptits des
hommes sur ce sujet.

93. Qu'il fait mauvais se jouer aux filles, et pourquoy.

94. Conseil pour s'adresser aux femmes maries.

95. Dernier conseil aux filles pour se marier, pour faire l'amour plus
commodment, et le plaisir qu'il y a d'avoir un amy et un mary tout
ensemble.

96. Rsolution du mariage sur ce sujet.


FIN DE LA TABLE.




_Icy l'auteur fait une excuse trs humble aux filles de ce qu'il se
sert plus souvent des mots de_ foutre _et_ chevaucher _que de pas un
autre; c'est qu'il dit qu'ils sont plus en usage_.


BULLE ORTHODOXE.

_Nostre auguste pre de Priape fulmine anathme contre tous ceux de
l'un et de l'autre sexe qui liront ou entendront lire les prceptes
d'amour, expliquez morallement en la clbre_ Escole des Filles,
_sans spermatiser ou estre stimuls de quelque motion spirituelle
ou corporelle; comme aussi il concde indulgence plnire  tous
les religieux de l'ordre de nature, de corps vereux que la dbilit
de l'ge ou l'action frquente causera, et batise en l'autre monde
les infortuns plerins qui souffriront constamment en cestui cy les
travaux du prilleux voyage de furie_.




A MONSIEUR MILILOT

SUR SON ESCOLE DES FILLES.


MADRIGAL.

        _Autheur foutu d'un foutu livre,
        Escrivain foutu de Cypris,
        Qui dans tous tes foutus crits
        Fais voir que bien foutre est bien vivre,
    Cent arguments foutus dont tu fais tes leons,
        Pour faire foutre en cent faons,
        N'terniseront pas ta plume.
    Non, ce gui te rendra pour jamais glorieux,
        C'est que dans ton foutu volume,
        Par une nouvelle coutume,
        Ta prose nous fout par les yeux._




L'ESCOLE DES FILLES

OU

LA PHILOSOPHIE DES DAMES

DIVISE EN DEUX DIALOGUES




PREMIER DIALOGUE


SUSANNE ET FANCHON, personnages.

_Susanne._ Bon jour, Fanchon.

_Fanchon._ Ha! bon jour, ma cousine, et vous soiez la bien venue. Mon
Dieu! que je suis ravie de vous voir! et quel bon vent vous ameine donc
icy  cette heure que ma mre n'y est pas?

_Susanne._ Rien du tout que pour te voir, m'amie, et causer un petit
avec toy, car il m'ennuyoit, je t'asseure, et il y avoit trop longtemps
que je ne t'avois point vee.

_Fanchon._ Que vous ne m'aviez point vee? Vrayement je vous suis
bien oblige de tant de peine. Et ne vous plaist-il donc pas de
vous asseoir? Vous voiez, il n'y a icy personne que moy, avec nostre
servante.

_Susanne._ Pauvre fille, que fais-tu l? Tu travailles.

_Fanchon._ Ouy.

_Susanne._ Hlas! je pense que c'est l ton plus grand affaire, car tu
ne sors presque point de la maison, et les femmes te peuvent bien venir
voir  ta chambre si elles veulent, car pour les hommes, c'est comme
un couvent de religieuses, et il n'y en entre non plus que s'il n'en
estoit point au monde.

_Fanchon._ Hlas! je vous laisse dire, ma cousine. Mais aussi, que
ferois-je des hommes,  vostre advis, s'il n'y en a point qui pense
 moi? Et puis ma mre dit que je ne suis pas encore assez bonne 
marier.

_Susanne._ Pas bonne  marier (1)! une fille de seize ans, grande et
grasse comme tu es! Voil bien dbut pour une mre qui devroit songer
 ton plaisir autant comme elle a fait au sien. Et o est l'amour et
charit des pres et mres envers leurs enfants? Mais ce n'est point
encore cela que je te voulois dire, car, dis-moy, au pis-aller, es-tu
simple de croire qu'on ne puisse avoir compagnie d'homme sans estre
marie?

_Fanchon._ Nenny vrayement, vous ne me dites rien de nouveau, et ne
savez vous pas aussi qu'il en vient icy assez souvent.

_Susanne._ Qui sont-ils donc, ces hommes-l? car je n'en vois point.

_Fanchon._ Qui ils sont? ah! il y a premirement mes deux oncles,
mon parrain, monsieur de Beaumont, mon cousin de la Mothe, et tant
d'autres.

_Susanne._ Hol! c'est bien de ceux-l que j'entends! ce sont des
parens, ceux-l, mais je dis des estrangers, moy.

_Fanchon._ Et bien! des estrangers, n'y a-t-il point du Verger, du
Moulin, monsieur de Lorme et le jeune monsieur Robinet, que je devois
nommer le premier, car il y vient assez souvent, luy, et me dit
assez de fois qu'il m'aime et bien d'autres choses o je ne comprends
rien. Mais  quoy me sert cela? je n'ai pas plus de plaisir avec ces
hommes-l qu'avec ma mre et ma tante qui me font rire quelquefois, et
j'ayme mieux qu'il n'en vienne point du tout, que de voir ces simagres
qu'ils font (2); car quand je parle  eux, ils sont toujours avec plus
de crmonie et me regardent avec des yeux comme s'ils avoient envie de
me manger, et au bout du compte ne me disent point un mot qui vaille;
et quand ils s'en retournent,  leur dire, ils sont aussi peu contents
comme quand ils estoient venus, et voil bien de quoy me contenter;
pour moy je suis lasse de tant de faons.

_Susanne._ Mais ne te disent-ils pas quelquefois que tu es belle, et ne
te veulent-ils pas baiser ou toucher en quelque endroit?

_Fanchon._ Ho! ouy bien pour cela, ma cousine; mais Dieu! qui est-ce
qui vous l'a donc dit? Je pense que vous devinez ou que vous estiez
derrire eux quand ils me parloient, car je vous asseure que c'est la
plus grande partie de ce qu'ils me content, de dire que je suis belle,
et quelquefois ils approchent leur bouche de la mienne pour me baiser
et me veulent mettre les mains sur les ttons; ils disent bien qu'ils
prennent plaisir  toucher cela, mais pour moy je dis que je n'y en
prends pas.

_Susanne._ Et les laisses-tu faire quand ils veulent faire ces
actions-l?

(3) _Fanchon._ Vrayement nenny, car ma mre m'a dit que ce n'estoit pas
bien fait de souffrir ces choses-l.

_Susanne._ H! que tu es innocente quand je t'coute parler, et que tu
es encore ignorante en tout ce que tu dis.

_Fanchon._ Et qu'est-ce donc  dire cela, ma cousine? et y a-t-il
quelque chose  savoir que je ne sache point?

_Susanne._ Il y a tout, et tu ne sais rien.

_Fanchon._ Dites-le moy donc, de grce, afin que je l'apprenne.

_Susanne._ Voil ce que c'est d'escouter toujours une mre et prester
jamais l'oreille aux paroles des hommes.

_Fanchon._ Et qu'est-ce que les hommes nous apprennent tant, ceux-l
qu'on dit estre si mchants.

(4) _Susanne._ Hlas! je le say depuis peu, ce qu'ils nous apprennent,
 mon grand plaisir. Ils ne sont pas si meschants que tu penses, mon
enfant, mais tu es aussi esloigne de le savoir qu'un aveugle de
voir clair, et tant que tu seras prive de leur compagnie et de leurs
conseils, tu seras toujours dans une stupidit et ignorance qui ne te
donnera jamais aucun plaisir au monde. Car, dis-moy, en l'estat o tu
es, comme une fille qui est toujours avec sa mre, quel plaisir as-tu
que tu me puisses dire?

_Fanchon._ Quel plaisir? j'en ay plusieurs, ma cousine. Je mange quand
j'ay faim, je bois quand j'ay soif, je dors quand j'ay sommeil, je
ris, je chante, je danse, je saute, je vais me promener quelquefois aux
champs avec ma mre.

_Susanne._ Tout cela est bel et bon, mais tout le monde n'en fait-il
pas de mme?

_Fanchon._ Et comment donc, ma cousine, y a-t-il quelque sorte de
plaisir que tout le monde n'a pas?

(5) _Susanne._ Vrayement ouy, puisqu'il y en a un que tu n'as pas,
lequel vaut mieux que tous les autres ensemble, tout ainsi que le vin
vaut mieux que l'eau de la rivire.

_Fanchon._ Je demeure maintenant d'accord que je ne sais pas tout, ma
cousine, et ne sais non plus quel est ce plaisir dont vous me parlez,
si vous ne me le montrez autrement.

_Susanne._ Mais est-il possible que ces hommes  qui tu parles si
souvent, et particulirement monsieur Robinet, ne t'en ayent rien dit?

_Fanchon._ Non, je vous asseure, ma cousine; si c'est quelque chose de
bon, ils n'ont pas eu la charit de me le dire.

_Susanne._ Comment, si c'est quelque chose de bon! C'est la meilleure
chose du monde. Mais ce qui m'estonne plus que le reste, c'est que
monsieur Robinet ne t'en ayt rien dit, luy qui t'a toujours montr
plus d'affection que les autres; il faut que tu luy ayes rendu quelque
desplaisir.

(6) _Fanchon._ Hlas! au contraire, ma cousine; il le sait bien, et
quand il soupire et se plaint auprs de moy, bien loin que ce soit
moy qui luy cause ce mal, je luy demande toujours ce qu'il a et luy
proteste toujours de bon coeur que je voudrois pouvoir quelque chose
pour son soulagement.

_Susanne._ Ah! je commence  cette heure  comprendre votre mal 
tous deux. Mais quand il dit qu'il t'aime, ne luy dis-tu point que tu
l'aimes aussi?

_Fanchon._ Non, ma cousine, car  quoy cela serviroit-il? Si je croiois
que cela fust bon  quelque chose, je le luy dirois, mais comme il
n'est bon  rien, je ne me saurois contraindre  luy dire.

_Susanne._ Voil qui t'a trompe, pauvre fille, car si tu luy avois
dit que tu l'aimes, il t'auroit infailliblement monstr le plaisir que
je te veux apprendre, mais il n'a eu garde jusques icy, puisqu'il luy
estoit impossible  moins que tu ne l'aimasses.

_Fanchon._ Certes, vous me dites l une chose estrange, ma cousine, que
pour aimer un homme de la sorte, on doit avoir tant de plaisir; car il
me semble que quand j'aimerois Robinet et cent mille autres avec luy,
je n'y en aurois pas davantage qu'en ne les aimant point.

_Susanne._ Cela seroit bon  dire, grosse sotte, si on estoit toujours
 se regarder, mais que penses-tu? dame, on se touche quelquefois.

_Fanchon._ Mais je l'ay aussi touch plusieurs fois, et bien d'autres
garons aussi, mais je n'ay point eu pour cela plus de plaisir.

_Susanne._ Tu ne touchois que les habits, mais falloit toucher autre
chose.

_Fanchon._ Oh! de grce, ma cousine, ne me faites plus languir, si vous
m'aimez, car je n'entends rien  tout cela; dites moy navement ce que
je devois faire pour estre si contente avec luy.

(7) _Susanne._ Pour ne te plus tenir en suspens, tu dois savoir qu'un
garon et une fille prennent ensemble le plus grand plaisir du monde,
et si cela ne leur couste rien du monde.

_Fanchon._ Ha! ma cousine, que j'ay desj d'envie de le savoir. H!
qu'est-ce, et comment est-ce?

_Susanne._ Donne toy patience, et je te diray tout. N'as-tu jamais veu
un homme qui fust tout nud?

_Fanchon._ Non, jamais en ma vie; j'ay bien vu quelquefois des petits
garons.

(8) _Susanne._ Tout cela n'est rien; il faut qu'ils soyent grands, tout
au moins de l'ge de dix et sept ans, et que la fille en ayt quinze.

_Fanchon._ Cela estant, non, je n'en ay donc point veu.

_Susanne._ Escoute, ma pauvre cousine, je t'aime trop pour te rien
celer: n'en as-tu pas veu quelqu'un qui pisst, et cest affaire avec
quoy il pisse?

(9) _Fanchon._ Ouy, bien cela, ma cousine; j'en ay une fois vu un dans
la rue qui pissoit contre une muraille, et qui tenoit quelque chose en
la main que je ne pouvois deviner, et comme il me vit venir du long du
mur, il se retourna vers moy, et me fit voir comme un bout de boudin
blanc qui estoit assez long, dont je m'esmerveillai que je n'en avois
point de pareil.

_Susanne._ Et c'est tant mieux, pauvre ignorante, que tu n'en ayes
point, car cela feroit que tu ne pourrois recevoir ce grand plaisir,
mais je te diray encore  ceste heure bien des choses dont tu seras
encore plus estonne.

_Fanchon._ Ma cousine, vous m'obligerez, mais que je vous dise encore
ceci auparavant: n'y a-t-il que les garons et les filles qui peuvent
avoir ce plaisir?

_Susanne._ Vrayement, nous sommes bien loin de compte, il y en a
de toutes les faons (10); il y a premirement donc les garons et
les filles, et il y a les messieurs et les dames, qui est une autre
faon, et de plus les maris et les femmes, mais tout cela s'appelle
communment les hommes et les femmes.

_Fanchon._ N'y a-t-il pas de diffrence entre eux pour ceste chose-l?

_Susanne._ Le mary et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n'est
pas encore si bon que les autres,  cause qu'il est plus ordinaire et
que c'est leur pain quotidien; car c'est la difficult et la raret qui
rend cela un petit meilleur, d'o vient que les femmes, pour prvenir 
tout, quand elles sont maries elles ont toujours des messieurs qui le
leur font en cachette,  cause que le mary ne le veut pas et qu'il en
seroit jaloux s'il le savoit.

_Fanchon._ Et pourquoy ne le veut-il pas?

_Susanne._ C'est un autre fait, et nous le dirons tantost pourquoy,
mais le mary va bien chercher aussi ailleurs quand il est dgoust de
sa femme, et tesmoin ton pre qui a donn le plaisir  Marguerite, la
servante que vous avez chasse. C'est pour cela que vous eustes tant de
bruict dernirement au logis. H bien! ta mre, qui est encore belle
et qui sait cela, penses-tu qu'elle n'ait pas quelques messieurs, en
secret, qui lui viennent faire?

_Fanchon._ Je ne sais pas, ma cousine, mais les messieurs et dames,
qu'est-ce?

_Susanne._ Celui-l est bien-plus plaisant que les autres. Les
messieurs, ce sont des personnes bien faites, mariez ou d'ge pour
l'estre, qui cherchent  donner le plaisir aux femmes, et Paris en est
tout plein; et les dames sont les femmes maries ou veufves qui sont
encore belles, et la plupart de grande condition,  qui les messieurs
viennent donner le plaisir chez elles.

_Fanchon._ Vous me surprenez, ma cousine; et les garons?

(11) _Susanne._ Les garons et les filles, c'est le plus plaisant de
tout, parce qu'ils sont plus frais et plus jeunes et que la jeunesse
est bien plus propre  cela. Mais desquels dirons-nous,  ton avis,
pour t'instruire?

_Fanchon._ Ma cousine, disons des garons, qu'il y a plus de plaisir.

_Susanne._ Des garons, soit. Premirement, il faut que tu saches que
cest engin avec quoy les garons pissent s'appelle un _vit_.

_Fanchon._ Ah! vous jurez, ma cousine.

_Susanne._ Patience, non fait; h! que tu es importune et qu'il faut
bien vrayement que tu ostes tous ces scrupules, si tu veux que je te
die quelque chose dont tu seras tantost ravie.

_Fanchon._ H bien! j'escouteray tout ce que vous voudrez.

(12) _Susanne._ Je dirai encore _cul_, _con_, _vit_ et _coillons_.

_Fanchon._ H bien! il n'importe.

_Susanne._ Cest engin donc avec quoy les garons pissent s'appelle
un _vit_, et quelquefois il s'entend par le _membre_, le _manche_, le
_nerf_, le _dard_ et la _lance d'amour_, et quand un garon est tout
nud, on voit cela qui lui pend au bas du ventre, comme une longue tette
de vache,  l'endroit o nous n'avons qu'un trou pour pisser.

_Fanchon._ Oh! quelle merveille!

(13) _Susanne._ De plus, il y a deux ballottes dessoubs, qui pendent
dans une bourse, qui s'appellent deux _coillons_, mais il ne faut pas
les nommer devant le monde, et qui sont de la forme,  les toucher,
de deux grosses olives d'Espagne; et tout cela est environn d'un
poil frisott, de mesme qu'aux filles, et qui sied bien  le voir 
l'entour.

_Fanchon._ Je comprends ce que vous me dites, ma cousine, mais pourquoy
est-il fait comme cela aux hommes, et  quoy leur peut-il servir? ce
n'est pas seulement pour pisser, autrement ils n'en auroient pas plus 
faire que nous.

_Susanne._ Tiens, m'amour, c'est avec cela qu'ils nous donnent ce
plaisir, car quand un garon aime bien une fille (14), voici comment
il luy fait quand il la rencontre seule en quelque part. Il se
met  genoux devant elle et luy demande, le plus gracieusement du
monde:--M'aimez-vous bien, ma bonne? car je vous aime bien aussi;--et
tandis qu'il luy dit cela, il la regarde avec des yeux mourants,
comme s'il avoit envie  se tuer pour elle, et si la fille luy
dit:--Ouy,--alors il se relve, et la prend de force de corps, et
la porte sur le lict, o il la couche  la renverse, et puis il luy
trousse la cotte et la chemise, et luy fait ouvrir les cuisses bien
large, pendant qu'il dnoue l'aiguillette de son haut-de-chausse pour
se descouvrir aussi. Et quand il a fait, il se couche comme cela sur le
ventre de la fille, et lui fourre, dans le trou par o elle pisse, ce
long engin, avec le plus grand plaisir et dlice du monde.

_Fanchon._ Je suis grandement estonne de ce que vous me contez l,
ma cousine. Mais comment peut-il faire pour entrer l dedans cest
engin qui est si mol et si flasque? Faut donc qu'il l'enfonce avec les
doigts.

(15) _Susanne._ H! pauvre idiote! il n'est pas toujours si mol quand
cela arrive. Au contraire, quand il le fait voir  la fille, il est
tout chang et ne paroist plus ce qu'il estoit auparavant; il est
grossi et allong de moiti, il est dur et roide comme un baston, et
 force de se bander comme je dis, il y a une peau vers le bout qui se
retire contre le ventre et descouvre une teste qui est faite comme un
gros bigarreau rouge, et cela est plaisant  toucher au possible.

_Fanchon._ Et quand il bande, comme vous dites, c'est alors qu'il le
fourre dans le trou de la fille?

(16) _Susanne._ Vrayement ouy, car il ne le pourroit autrement, mais
c'est encore un autre plaisir de voir la peine qu'il se donne pour le
faire entrer, car cela n'entre pas tout d'un coup, comme tu pourrois
imaginer, mais petit  petit, et le garon est quelquefois tout en
eau avant que le tout soit dedans,  cause que le trou de la fille
n'est pas assez large, et c'est l encore o il y a du plaisir, parce
que la fille sent l'engin du garon qui l'entr'ouvre  force et qui
frotte fort contre les bords du con, ce qui la chatouille doucement et
voluptueusement.

_Fanchon._ J'aurois peur, au contraire, que cela ne luy fist du mal.

_Susanne._ Point du tout, mon coeur, et cela luy fait grand bien. Il
est bien vray que le premier coup de vit que l'on luy donne, en le luy
mettant dedans, elle sent une petite cuisson,  cause qu'elle n'y est
pas accoustume, mais par aprs, cela ne fait plus que chatouiller et
exciter le plus grand plaisir du monde.

(17) _Fanchon._ Et l'engin de la fille, comment l'appelez-vous?

_Susanne._ Je l'appelle un _con_, et quelquefois il s'entend par le
_bas_, le _chose_, le _trou mignon_, le _trou velu_, etc. Et quand un
garon fait cela  une fille, cela s'appelle _mettre vit au con_, ou
bien l'on dit qu'il la _fout_, la _chevauche_, et les garons nous
apprennent  dire cela quand ils nous tiennent. Mais garde-toi bien
d'en parler devant le monde, car on dit que ce sont des vilains mots
qui font rougir les filles quand on les leur prononce.

(18) _Fanchon._ O! je n'ai garde, vrayement, mais comment fait donc le
garon, ma cousine, pour faire entrer cest engin roide dedans le con?

_Susanne._ Il n'a pas plus tt adjust dans le trou de la fille, qu'il
le pousse du croupion, et puis se retire un peu arrire, puis repousse
plus fort avant, et la fille pousse aussi de son cost, pour l'enfiler
mieux, tant que le tout soit dedans, et elle sent cependant remuer les
fesses du garon qui est dessus elle.

_Fanchon._ Il faut donc qu'il remue toujours, sans arrester aucunement?

_Susanne._ Vrayement ouy.

_Fanchon._ Et comment fait-il donc pour pouvoir remuer si  propos en
le faisant entrer petit  petit?

_Susanne._ Tiens, voil, comme il fait, regarde comme je remue, et
tandis qu'elle le voit ainsi remuer, elle l'embrasse, elle le baise
 la bouche, elle le touche  l'estomach, tantost aux fesses et aux
cuisses, l'appelant son coeur et son me, et sent cependant son vit
qui luy entre dans le con avec la plus grande douceur qu'on se puisse
imaginer.

_Fanchon._ Vrayement, ma cousine, il me semble que je voudrois bien
esprouver cela de la faon que vous dites; je pense pour moy que j'y
aurois bien du plaisir, et les filles, certes, doivent bien estre
obliges aux garons qui leur font de telles choses. Mais n'y ont-ils
pas aussi du plaisir (19), eux qui se donnent tant de peine pour en
faire aux autres?

_Susanne._ Comment penses-tu donc? vrayement ouy, et ils le leur
tmoignent assez. Quand ils pasment d'aise sur elles en leur faisant,
on ne leur entend rien dire autre chose sinon:--H! mon coeur, h!
m'amour, je me meurs; et fais, je n'en puis plus, fais vite,--et le
plaisir de la fille est bien plus grand, quand elle voit que celuy qui
luy fait est bien aise, que s'il n'estoit pas; car si le garon donne
du plaisir  la fille, il faut bien que la fille en donne aussi au
garon.

_Fanchon._ C'est ce qui est bien raisonnable, ma cousine, et cela
estant, je pense que les filles sont bien longtemps  se tenir les
garons dessus; car si c'estoit  moy, je ne laisserois jamais sortir
cest engin qui fait tant de bien dans le mien.

_Susanne._ O! que cela n'est pas comme tu penses.

_Fanchon._ Et comment donc?

_Susanne._ Parce que l'on finit de faire aprs quelque temps, aprs on
recommence.

_Fanchon._ Mais je croiois que cela duroit tousjours, sans finir, et
tant que l'on vouloit, et qu'il ne falloit que mettre cet engin l
dedans.

_Susanne._ C'est ce qui te trompe, cousine, et il est bien mieux de la
faon que je te le vais dire.

_Fanchon._ Expliquez-moi donc cela, en un mot, comment cela se fait,
et pourquoy il finit et recommence, et qu'est-ce qui fait que l'on
ressent ce plaisir, le vit estant dedans le con de la fille, puisqu'en
y mettant le doigt ce seroit bien quelque chose.

(20) _Susanne._ Premirement, tu doibs savoir que cest engin du garon
a une peau par dessus, douillette et unie, qui donne du plaisir  la
fille quand elle y touche avec la main. Il est dur et plein de nerfs
par dedans, et l'on sent cela par dessous la peau, qui est mouvante,
en le frottant haut et bas, fors et except devers la teste, qui est
compose d'une glande de chair tendre et dlicate et qui ressemble
proprement, comme j'ay dit, un gros bigarreau rouge. Par dessous et
le long de cet engin, il y a un tuyau qui paroist enfl comme une
grosse veine et qui aboutit  la teste, l o il y a une petite fente
en long, comme d'un coup de lancette, et qui est tourne de mesme sens
comme celle du con. Pour la fille, je ne sais comment elle est faite,
mais on dit qu'elle a un engin par dedans, fait comme celui du garon.
Or voicy ce qui arrive quand la fille reoit le vit au con (c'est le
mot): la peau du vit rebourse, qui ne peut entrer, et le membre coule
par dedans toute la teste; le garon cependant pousse tousjours avec
le cul le membre, qui est press parce qu'il est trop gros, dans le
conduit de la fille; cela fait que la peau qui le couvroit, et qui
ne luy a descouvert que la teste, vient  frotter par dessous contre
le tuyau que j'ay dit. A mesure qu'il pousse et retire le cul pour
le faire entrer, la fille aussi, qui rsiste, sent le frottement, et
celuy que la peau et l'engin du garon luy font dans son conduit,
tout cela leur ameine du plaisir, avec les autres caresses qu'ils
se font. Enfin,  force de frotter et de remuer le cul de part et
d'autre, il arrive que tous deux viennent  s'eschauffer d'aise par
une petite dmangeaison et chatouillement qui leur vient le long de
leurs conduits. Le garon en avertit la fille et elle le garon; cela
les oblige  frotter plus fort et  remuer plus viste les fesses. Le
chatouillement cependant s'augmente toujours, et, par consquent,
le plaisir, lequel enfin devient si grand petit  petit, qu'ils en
soupirent d'aise et ne peuvent parler que par eslans; ils clignottent
des yeux, et semblent expirer en s'embrassant de plus fort en plus
fort. Alors le chatouillement les saisit de telle sorte que l'on les
voit pasmer d'aise et  petites secousses (21)  mesure qu'ils viennent
 descharger par les conduits ce qui les chatouilloit si fort, qui est
une liqueur blanche et espaisse comme bouillie, qu'ils rendent tous
deux l'un dans l'autre, avec un dlice qui ne se peut exprimer.

_Fanchon._ Il faut, ma cousine, que ce plaisir soit bien furieux,
puisqu'il les fait tant oublier de ce qu'ils sont. Mais qu'arrive-t-il
par aprs?

(22) _Susanne._ Rien davantage. Tous deux sont contents pour ce coup,
et le vit, qui estoit droit auparavant, sort du con tout lasche et
abattu.

_Fanchon._ Cela est estrange, et ne leur prend-il point envie de
recommencer?

_Susanne._ Quelquefois, quand,  force de baisers et d'attouchements,
le vit se dresse, ou que la fille vient  le redresser avec la main,
car alors, ils le remettent encore une fois dedans et esprouvent le
mme plaisir.

_Fanchon._ Comment, s'il estoit abattu, une fille le pourroit-elle bien
redresser?

_Susanne._ Ouy dea, avec la main, en le frottant doucement, et si tu
savois les vertus (23) de la main de la fille, et combien elle a de
pouvoir  donner du plaisir aux garons, tu en serois esmerveille.

_Fanchon._ De grace donc, ma cousine, dites-moy comment et en quelle
rencontre cela arrive.

_Susanne._ Voicy comment il arrive: quelquefois que le garon et la
fille sont seuls dans une chambre ou dans un jardin, il n'importe point
o, et s'entretiennent de choses indiffrentes, le plus souvent ils ne
pensent point  se faire bien aises ny  se donner du plaisir,  cause
de quelque autre soucy qu'ils auroient en tte, et le garon voudroit
seulement baiser une fois la fille avant de s'en aller, comme par
manire d'acquit. La fille qui est faite  cela, si tost qu'elle sent
la bouche du garon contre la sienne, vient  pousser petit  petit sa
langue en pointe dedans, et la fait frtiller contre ses lvres avec
un grand ragoust; que cela met en humeur le garon, qui la prie de
recommencer. Alors, la fille peut prendre un autre plaisir, qui plaist
aussi encore au garon, et ayant regard tout autour d'elle si personne
ne la voit, elle met la langue aussitost dans la bouche du garon
(24). Tandis qu'elle luy fait cela, elle le baise, coulant sa main sur
son engin, qu'elle prend dans la braguette, et quand elle l'a patin
quelque temps, de mol qu'il estoit auparavant, elle le fait devenir dur
comme un baston. Et on ne sauroit dire pourtant comme cela se fait
ny par quelle vertu, car elle le frotte seulement deux ou trois fois
par dessus la peau, et le garon qui sent cela ne sauroit s'empescher
de dresser, quand il voudroit. Et comme il faut que tout se fasse par
ordre et dans les rgles du plaisir, et que la fille est assez bien
instruite  cela, si tost qu'elle l'a fait ainsi droit, elle le retire
hors de la braguette, et le regarde et luy donne une petite secousse
pour l'achever, et puis le laisse ainsi tendu en estat, pour s'en
servir en aprs.

_Fanchon._ Ho! ho! je ne pourrois retenir tout cela, et faut-il, ma
cousine, qu'une fille sache toutes ces choses?

_Susanne._ Et bien d'autres encore; ce n'est pas l tout, et quand elle
a demeur quelques temps ainsi, elle essaye un autre plaisir pour faire
encore au garon.

_Fanchon._ Encore!

(25) _Susanne._ Ouy, encore; elle lui met la main sur les ballottes
qu'il a au-dessous de cest engin et les soulve mignardement en les
passant et repassant doucement entre les doigts, et quand elle a fait
en cest endroit, elle lui vient manier les fesses et les cuisses, en
gravonnant entre ses poils, revient  luy branler l'engin, en sorte que
la teste, qui est tout en sueur, s'allonge et redresse et ressemble
un qui voudroit vomir et qui ne peut. Mais le garon ne sent aucune
douleur de cela, au contraire: il est si ayse qu'il ne peut parler;
il pousse le cul en avant, pour que la fille luy fasse toujours; il
obit  tout ce qu'elle veut et semble qu'il escoute tout ce qu'elle
luy fait, et  voir comme son visage est attentif  toutes les caresses
qu'elle lui dpart de sa main, il semble qu'elle le gratte bien o il
luy dmange et qu'il n'a point d'autre soucy au monde que celui-l.
Mais par aprs, quand il se voit chevauch par elle qu'il devroit
chevaucher luy mesme,  dame, c'est alors qu'il est bien plus ayse,
et que cela luy est presque aussi doux  supporter que comme s'il
deschargeoit continuellement.

(26) _Fanchon._ Certes, voil bien des sortes de plaisirs, et je ne
sais si je pourray bien retenir tout. Et comment fait donc la fille,
ma cousine, pour chevaucher le garon quand il est si ayse?

_Susanne._ C'est alors qu'il se couche  la renverse, et que la fille
monte dessus et se remue dessus luy.

_Fanchon._ Ho! ho! voil encore une autre faon, et l'on fait donc ce
doux jeu en bien des postures?

_Susanne._ De plus de cent, vois-tu, et l'on y prend plaisir  toutes,
mais tu le sauras plus  loisir.

_Fanchon._ Et pourquoy le garon a-t-il plus de plaisir quand il est
chevauch de la fille, que quand il chevauche?

_Susanne._ C'est qu'il dit qu'il luy est bien oblig de tant de peine
qu'elle prend, et qu'il juge mieux par l de sa bonne volont; et
il dit qu'il se veut soumettre  elle par humilit et qu'il n'est
pas digne de prendre le dessus, et la fille, qui est pleine de
reconnaissance, elle fait un grand effort sur son courage.

_Fanchon._ Aussi vrayement elle le doibt, car voil une grande civilit
du garon.

_Susanne._ Et qui est continue jusqu' la fin, car il ne se remue en
faon du monde et luy laisse faire  elle ce qu'elle veut, qui n'y a
pas moins de plaisir cependant que luy.

_Fanchon._ Cela estant, ma cousine, il me semble que la peine qu'elle
prend luy doit estre bien agrable, car vous m'avez mise tout en humeur
 vous entendre seulement dire qu'elle se remue ainsi sur le garon.

_Susanne._ J'ay bien encore une autre raison que celle-l, mais
j'attendray  la dire jusqu' ce que tu sois mieux instruite des choses
que tu doibs savoir auparavant.

_Fanchon._ Grand mercy, ma cousine, vous aurez la bont donc de me
l'apprendre. Cependant, puisque nous sommes en discours, dites-moy
pourquoy, la pluspart des nuicts, je sens des dmangeaisons en cet
endroit ( savoir au con) qui ne me laissent presque point dormir. Je
me tourne, je me vire d'un ct et d'autre, sans que, cela se puisse
appaiser. Qu'est-ce qu'il me faudroit alors?

(27) _Susanne._ Il te faudroit un bon gros vit nerveux, et le fourrer
dedans ta nature pour y faire le doux nectar qui appaiseroit ta
chaleur. Mais,  faute de cela, quand cela te adviendra, il faut le
frotter avec le doigt quelque temps; aprs tu sentiras le plaisir de la
descharge.

_Fanchon._ Avec le doigt! est-il possible?

_Susanne._ Ouy, avec le doigt du milieu, en faisant sur le bord comme
cela.

_Fanchon._ Certes, je ne l'oublieray pas. Mais,  propos, ma cousine,
ne m'avez-vous pas dit que vous avez ce plaisir quelquefois?

_Susanne._ Ouy dea, quand je veux, et c'est un garon que j'aime bien
qui me le donne.

_Fanchon._ Vrayement, je le pense, et il faut bien qu'il soit vray que
vous l'aimiez, car vous dites qu'il ne se peut autrement; mais que je
suis esmerveille! et cela vous fait-il donc bien ayse?

_Susanne._ Si ayse que je n'en puis plus.

_Fanchon._ Et comment ferois-je pour en avoir un qui m'en fist autant?

(28) _Susanne._ Il en faut prendre un qui t'aime bien, qui soit discret
et qui n'en dise mot  personne.

_Fanchon._ Et qui pourrois-je prendre,  vostre avis, qui fust propre 
cela?

_Susanne._ Pour moy, je ne say, je n'en connois point de plus propre
que le jeune Robinet, car il t'aime bien et de plus il est beau et
de bonne grce. Et je l'ay veu une fois baigner en la rivire, o je
fus tout esmerveille, parce qu'il a une belle chair blanche, ni trop
grasse ni trop maigre; il a les cuisses grosses et nerveuses, et les
reins forts et larges, avec un grand et puissant engin par devant,
cotonn d'un poil follet, et toutes ces bonnes qualitez contribuent
beaucoup au plaisir de la fille.

(29) _Fanchon._ Mon coeur, je tremble, je ne say pourquoy, quand je
suis si proche  me porter  cela; mais, ma cousine, n'y a-t-il point
de mal  le faire?

_Susanne._ Et quel mal y auroit-il, sotte? regarde comme je suis.

_Fanchon._ Mais cela n'est-il donc point dfendu?

_Susanne._ Pourquoy dfendu, m'amour? il y a tant de plaisir! et puis
l'on n'en saura rien, car qui est-ce qui le diroit? Je me fie bien
 toy, ne te fieras-tu pas bien  moy? A ceste heure, Robinet n'aura
garde de l'aller dire, parce qu'il est discret; outre que s'il l'avoit
dit, il y perdroit autant que toy, car il ne te verroit plus, et on ne
feroit plus compte de luy parmy la ville.

(30) _Fanchon._ Quel malheur! Mais quand on est mari (quand j'y
pense), un mary ne fait-il pas donc moins cela  sa femme, et s'il
venoit  reconnoistre qu'un autre luy eust desj fait?

_Susanne._ Tu n'as que faire de craindre, car quand cela t'arriveroit,
je te donneray un secret pour qu'il n'y paroisse plus.

(31) _Fanchon._ Mais y a-t-il d'autres filles qui le fassent aussi?
car elles n'oseroient, et puis si on venoit  le savoir, on ne les
marieroit plus par aprs.

_Susanne._ On n'a garde, m'amie, de le savoir, puisqu'elles le font
en cachette, et on ne le sait non plus d'elles que l'on le saura de
toy, ou de moy aussi. Vrayement, il y a plus de la moiti qui le font,
et si par hazard les parents viennent  le savoir de quelqu'une, ils
n'en disent mot  personne, et ne laissent pas cependant de la marier 
quelqu'un qui n'en sait rien.

_Fanchon._ Et Dieu qui sait tout?

(32) _Susanne._ Dieu qui sait tout ne le viendra pas dire et ne
descouvre rien aux autres. Et puis,  bien dire, ce n'est qu'une petite
peccatille que la jalousie des hommes a introduite au monde,  cause
qu'ils veulent des femmes qui ne soyent qu' eux seuls; et croy-moy
d'une chose, que si les femmes gouvernoyent aussi bien les glises
comme font les hommes, elles auroient bien ordonn tout au rebours.

(33) _Fanchon._ Les hommes pourtant,  ce qu'il me souvient avoir
entendu dire  ma mre, ne laissent pas de dire qu'ils font mal comme
nous, et s'ils avoient estably cette loy, comme vous dites, ils ne
l'auroient point establie contre eux-mesmes.

_Susanne._ C'est pour abuser d'autant plus qu'ils en ont fait. Car
s'ils ne s'estoient pas soubmis  ceste loy qu'ils ont invente, les
femmes auroient dit: Ho! ho! et pourquoy ferons-nous mal l o les
hommes n'en font point? Mais cependant ils n'ont pas laiss de se tirer
de pair par une autre raison: c'est qu'ils disent que devant Dieu ce
pch est un pch comme les autres; c'est pourquoy ils font tout de
mesme et sans crainte d'estre punis, non plus que s'ils avoient mang
des oeufs en carme (34). Mais, pour les femmes, ils y ont attach un
certain point d'honneur, afin de les tenir toujours en crainte devant
eux, et une note d'infamie  celles qui contreviendroient aux lois
de cet honneur, laquelle les prive (quand on le sait) de plusieurs
avantages qui sont parmy elles.

_Fanchon._ Quand on ne le sait pas?

_Susanne._ Elles sont aussi honnestes que les autres.

_Fanchon._ Tellement donc qu'il n'y a que la croyance qu'on a de leur
honnestet qui les rende honnestes?

_Susanne._ Non certes, et il vaudroit mieux pour elles qu'elles
eussent ce plaisir et que l'on n'en seut rien, car elles seroient
aussi honnestes que si elles ne l'estoient point et qu'on vnt  se
l'imaginer. Car il faut que tu saches encore qu'il y en a qui sont si
malheureuses que l'on croit d'elles ce qui n'est point, et c'est le pis
qui leur peut arriver que cela. C'est pourquoy, si j'estois d'elles, et
que je visse que je ne pusse oster cette croyance du monde, je voudrois
du moins la rendre vritable en effect et prendre un plaisir qui ne
me cousteroit rien et dont il ne me sauroit arriver pire, outre que
j'empescherois que tant de monde, par un faux et mauvais jugement,
fussent damns, car il n'y a que l'opinion qui fait le mal.

_Fanchon._ Vrayement, c'est bien raisonn, et faire toujours le bien
contre le mal. Et cela estant, si j'estois une fille comme vous dites,
je n'en ferois pas moins pour esteindre la mesdisance, mais le meilleur
 tout cela, comme vous avez desj dit, c'est de se comporter si bien
que l'on vienne  n'en savoir rien.

(35) _Susanne._ Dame ouy, et cela n'est point mal ays quand on a un
amy qui est discret et qui ne se vante de rien, et quand tu auras un
peu accoutume cette vie, tu auras un plaisir non pareil. Quant au
reste des filles, tu en verras cent  l'glise, dans les rues, dans
les compagnies, qui passeront pour honestes, desquelles tu te mocqueras
impunment, d'autant qu'elles n'auront garde de s'aller imaginer cela
de toy. Tu passeras devant elles, selon ta condition, ne parlant que
de choses bonnes et honestes; tu seras loue et estime de chacun,
car la connoissance intrieure de ce que tu auras expriment en
cachette te donnera une certaine petite joye et suffisance de toy-mesme
qui te rendra plus hardie en compagnie et mieux disante; d'o vient
que l'on te prfrera aux autres filles qui sont pour la pluspart
honteuses et stupides. Et il ne se peut faire qu' la fin, parmy tous
ceux qui t'aimeront (envers lesquels tu useras toujours d'une petite
svrit honeste), il n'y en ayt quelqu'un qui donne dans le panneau
pour t'pouser. Cependant tu verras ton amy indiffremment aux lieux
publics et l'entretiendras sans scrupule, goustant avec luy la douce
satisfaction de tromper tant de gens, et le bon de tout cela est
qu'aprs que tu auras bien employ la journe  causer et discourir, et
que tu te seras mise en humeur par les contes et bonnes chres qu'on
t'aura faites, te mocquant en ton me de la sottise de tes compagnes
qui emploient si mal la nuict toutes seules, tu la viendras passer
amoureusement entre les bras d'un amy qui la passera aussi doucement
que toy et fera tous ses efforts de nature pour tascher de satisfaire
ta passion.

(36) _Fanchon._ Certes, vous estes bien heureuse, ma cousine,  ce que
je voy, et il me tarde bien desj que je n'aye commenc de faire comme
vous. Mais comment est-ce que je m'y doibs gouverner, car je ne le
say pas et j'ay besoin de vostre courtoisie et conseil, et si vous ne
m'assistez, je sens bien que je ne feray rien de ce que j'ay le plus 
coeur.

_Susanne._ H bien! voions; mais pour qui est-ce que tu aurois le plus
d'inclination?

_Fanchon._ Pour Robinet, n'en faut point mentir.

_Susanne._ Il faut donc s'arrester  luy et le prendre; il a toutes les
qualitez d'un honeste homme.

_Fanchon._ Mais comment faire cela? je n'ai pas la hardiesse de le luy
demander.

_Susanne._ H bien! je luy diray pour toy ce qu'il faudra; tu n'auras
qu' le laisser faire. Mais sur tout, quand vous serez ensemble une
fois, avisez bien aux moiens de vous revoir souvent, car ce plaisir est
si attachant de soy que depuis qu'on en a goust on ne s'en pourroit
plus passer par aprs.

_Fanchon._ J'entends bien, et quand est-ce que nous commencerons?

_Susanne._ Le plus tost que faire se pourra. Robinet ne viendra-t-il
point te voir aujourd'huy?

_Fanchon._ Je l'attends, ma cousine, et voicy tantost son heure.

_Susanne._ Sans diffrer davantage, il faut le prendre en arrivant. Tu
ne saurois trouver une plus belle occasion que celle-l. Ta mre est
aux champs et ne reviendra qu' ce soir, et il n'y a que la servante au
logis. Pour elle, on trouvera bien moyen de l'employer  quelque chose,
et quand Robinet viendra je luy parleray de toy ce qu'il faut et puis
je m'en iray, et si quelqu'un te viendra demander, tu feras dire que
tu n'y es pas: Voil un lict qui est tout propre  vostre besoigne, et
si l'on le trouvoit gast, tu diras que tu t'es couche dessus. Tu ne
mentiras pas, car, si tost qu'il sera venu, il ne manquera pas de t'y
adjuster d'une faon ou d'autre.

_Fanchon._ Mon coeur, je tremble. Et quand j'y seray, le laisseray-je
faire, ma cousine?

_Susanne._ Vrayement ouy, il le faut laisser faire; il te mettra son
engin dans le tien et te fera bien ayse.

_Fanchon._ Et cependant n'y aura-t-il plus rien  faire aprs cela, et
ce plaisir me viendra-t-il comme  vous?

_Susanne._ Ne te l'ay-je pas desj dit? tu n'auras  faire que ce qu'il
t'enseignera.

_Fanchon._ Je vous demande pardon, ma cousine, c'est que je suis
ignorante. Mais en attendant qu'il viendra, dites-moy un peu, je vous
prie, comme vostre amy vous fait quand vous estes couchs ensemble,
afin que je ne sois pas si novice quand le mien me voudra faire de
mesme.

(37) _Susanne._ Volontiers pour cela. Tu dois savoir que le plaisir de
mettre le vit au con est accompagn de cent caresses et assaisonnements
en amour qui le font trouver meilleur. Une fois entre autres, mon amy
m'en fit esprouver en une nuict la plus grande partie; je ne le vis
jamais tant en humeur qu'il estoit ceste nuit-l.

_Fanchon._ Mais quand il vous approche, comment vous dit-il, comment
vous fait-il?

(38) _Susanne._ Voicy  peu prs la faon qu'il est accoustum d'en
user. Premirement, il me vient voir la nuict, quand tout le monde est
couch, par un petit escalier desrob, et me trouve le plus souvent au
lict, que je suis couche et quelquefois endormie. Lors, sans perdre de
temps, il se dshabille et met la chandelle allume au chevet du lict,
et cela fait, il se couche tout de son long  cost de moy. Quand il a
est un peu de temps  se rchauffer, il s'avise et commence  me dire:
Dormez-vous, m'amie?--et allongeant une main sur mon estomach:--Je
suis si fatigu d'aujourdhuy que je ne me saurois remuer. Et tout
disant cela il me conte sa douleur, et me met la main sur le sein,
et en me maniant les ttons  gogo, me conte tout ce qu'il a fait le
long de la journe. Cependant il manie toujours mes mamelles, et quand
il a fait  l'une il vient  l'autre et puis  toutes deux, et me dit
quelquefois:--Que je suis heureux, m'amie, d'avoir un tel ordinaire.
Lors je le sens qui se tourne sur le ct et qu'il prend la fantaisie,
et je lui dis quelquefois:--Mon coeur, mon amy, je dormirois bien,
laisse-moy. Et lui, sans faire semblant de m'entendre, me met la main
sur le ventre, et quand il trouve la chemise, il la lve et m'appuye la
main sur la motte qu'il pince et frise quelque temps avec les doigts.
Aprs, il met sa bouche sur la mienne et me coule la langue dedans,
et puis il vient me toucher les fesses et les cuisses, et de l il
retourne au ventre, et tantost me succe une des mamelles. Et pour se
donner au coeur joye, parce qu'il est bien ayse de voir, il esloigne
le drap et la couverture, et quand ma chemise l'empesche il me la
fait oster et me regarde partout avec la chandelle. Aprs, il me fait
empoigner son chose, qu'il a roide, et quelquefois me prend  force de
corps et me fait rouler sur luy, tantost dessus, tantost dessous, et me
fait toucher son engin, ores entre les cuisses, ores entre les fesses,
et de l revient  me baiser la bouche et les yeux, m'appelant son
coeur et son me. Ensuite de cela, il me monte dessus, et en me faisant
entrer son gros vit band au con, il me chevauche jusqu' ce que son
foutre me coule au fond de la matrice.

_Fanchon._ Comment dites-vous l'autre mot que chevaucher? il ne m'en
souvient plus.

_Susanne._ C'est  dire qu'il me fout.

_Fanchon._ Vous en estes donc bien ayse?

(39) _Susanne._ Je te laisse  penser! Or, il y a diverses manires
de mettre cest engin-l dans l'autre, ainsi que je l'ay esprouv avec
luy, car tantost il me fait dessoubs, tantost dessus, tantost de cost,
tantost de travers, tantost  genoux par devant, et par derrire comme
si je prenois un lavement, tantost debout, tantost assise. Quelquefois,
quand il est press, il me jette sur une forme, sur une chaise, sur un
matelas ou au premier endroit qu'il rencontre. Et  toutes les sortes
de faons il y a un plaisir diffrent, car son chose entre plus ou
moins et est dispos autrement dans le mien selon les postures qu'il
me fait tenir. La peine n'est pas aussi toujours mal plaisante  cela,
et c'est ce qui nous donne plus d'envie  faire. Quelquefois que nous
nous voyons de jour et que nous sommes seuls, il me fait baisser la
tte sur une forme avec les mains, et me retrousse ma robe par derrire
jusques par dessus ma tte. En cest estat, il a tout loisir de voir et
considrer, et de peur que nous ne soyons surpris, il n'abaisse point
son haut de chausse, mais tire son engin par la braguette, qu'il me
vient montrer, et puis va escouter tout doucement  la porte s'il n'y
a personne, et cela fait, il me fait signe du doigt que je ne bouge
et puis il s'en vient  moy et m'enconne brusquement par dessoubs les
fesses. Eh bien! il m'a jur cent fois qu'il avoit plus de plaisir de
me le faire ainsi  la desrobbe qu'autrement.

_Fanchon._ Certes, il faut qu'il y ait bien du plaisir, ma cousine,
puis qu'il y a tant de faons, car je m'imagine desj bien toutes
celles que vous me venez de dire, et puisque c'est seulement chercher 
mettre un vit dans un con en diverses manires pour le plaisir que l'on
y trouve, il me semble que j'en aurois bien tost imagin d'autres que
celles que vous avez dites, puisqu'il n'y a personne qui n'en puisse
imaginer de nouvelles en la fantaisie. Mais il n'est pas question
 ceste heure de cela. Je voudrois seulement savoir comment vous
passastes ceste nuict avec votre amy, dans laquelle vous eustes avec
luy tant de sortes de plaisirs.

_Susanne._ Ah! ce fut hier que m'arriva ceste bonne fortune, et tu vas
entendre mille folastreries d'amour et qui ne se pratiquent qu'entre
les personnes qui s'aiment beaucoup. Tu as donc  savoir qu'il
y avoit deux nuicts que mon amy n'estoit venu pour me voir, et je
m'impatientois qu'une partie de la troisime fust desj escoule sans
en avoir des nouvelles, lorsque je le vis entrer dans la chambre, avec
une petite lanterne sourde qu'il a tousjours coutume de porter pour
s'clairer, et qu'il tenoit soubs son manteau (40) quelques douceurs et
confitures, pour nous mettre en bonne bouche.

_Fanchon._ Il ne faut pas demander si vous fustes bien ayse alors.

_Susanne._ Or il se deschargea premirement de son paquet, et me
trouvant en cotte, que je n'estois pas encore couche, il la troussa
incontinent, et sans parler, me renversa l sur le lict, me le fit l
sur le champ et me fit taster son gros nerf, qui estoit extrmement
dur, et, en moins de six coups de cul, je me vis arrouze largement de
la liqueur amoureuse.

_Fanchon._ Mais on n'est donc jamais plus ayse que quand ceste liqueur
vient  sortir, et on ne prend jamais tant de peine pour se remuer
qu'afin de la mettre dehors?

_Susanne._ Non certes. Et quand il eut fait (41), je me mets aussi tost
au list, pendant qu'il se deshabilloit, l o je n'avois pas si tost
commenc  fermer les yeux (car il faut que tu saches encore qu'il
n'y a rien qui fasse si bien dormir que cela), quand je le sentis  mon
cost qui m'embrassoit amoureusement et me mettoit le vit  la main. Je
perdis aussitt l'envie de dormir.

_Fanchon._ Mais combien est donc cet engin (42) de temps  se redresser
depuis qu'il est abattu, et combien le met-on bien dedans le con en une
seule nuict?

_Susanne._ Foin, si tu m'interromps toujours. C'est selon les personnes
qu'il y a, vois-tu, et comme ils sont plus esmeus  certains temps
qu' d'autres; car quelquefois il y a des hommes qui feront deux
coups sans desconner, et cela fait grand bien  la fille; d'autres
feront leur descharge sept ou huict coups, dix ou douze; mais cela
n'est pas croyable, et cinq ou six coups raisonnables suffisent pour
la contenter. Il y en a qui ne peuvent faire que deux ou trois coups,
et sont prompts ou longs  descharger. Il faut remarquer que ceux qui
en font le moins rendent plus de liqueur que les autres et donnent et
reoivent plus de plaisir, mais quoy qu'il puisse en estre vray des uns
et des autres, la fille trouve toujours en si peu qu'il y en a matire
d'une trs grande satisfaction. La beaut de la fille contribue aussi
beaucoup  cela et fait faire un coup ou deux davantage, mais il y
a la coustume qui gaste tout et lasse le garon quand il faut faire
cela tous les jours, et alors ce n'est pas mal aller que de le faire
tous les soirs une fois et une autre tous les matins. Voil ce que je
t'avois  dire l dessus. Quand tu m'as interrompue, je ne sai o j'en
tois.

_Fanchon._ C'est alors qu'il vous prit endormie et qu'il vous mit son
engin roide en la main.

(43) _Susanne._ Ah! il m'en souvient  ceste heure. Je ne l'eus
pas plustost senty roide comme il estoit, que je ne songeai plus 
m'endormir, mais respondant  ses caresses, m'appelant son coeur et
son me, nous roulasmes longtemps l'un sur l'autre, entrelassez de bras
et de jambes, et nous dmarames tant que nostre couverture en cheut 
bas; nanmoins, comme il ne faisoit pas froid, nous ne songeames pas
 la ramasser, mais nous eschauffant de plus en plus, il me fit oster
ma chemise en ostant la sienne, et fit cent bonds sur le lict en me
monstrant son vit qui estoit roide. Puis m'ayant demand permission
de folastrer en tous lieux et libert, il rpandit et sema par terre
cent boutons de roses, et me les fit aller ramasser toute nue, au beau
milieu de la place, me tournant d'un cost et d'autre, et considrant
 la lueur du feu et de la chandelle qui estoit en divers endroits de
la chambre les diverses postures que je faisois en me baissant et me
haussant aprs. Il me frotta avec une essence de jasmin par tout le
corps, et luy s'en frotta pareillement; et nous estant remis sur le
lict, nous fismes vingt culbutes pour nous esgayer. En suite de quoy,
me tenant agenouille devant luy, il me consideroit partout, les yeux
ravis en extase. Il exaltoit tantost mon ventre, puis mes cuisses,
puis mes ttons, et tantost l'enflure de ma motte qu'il trouvoit ferme
et rondelette, y portant quelquefois la main, et je ne dis point que
toutes ces petites fantaisies ne me plaisent infiniment. Et puis me
tournant par derrire, il contemploit tantost mes paules, puis mes
deux fesses, et puis me faisant baisser les mains sur le lict, il
montoit  cheval sur mon dos et me faisoit aller; et quand il eut
ainsi demeur quelques temps, il descendit de son cheval, non pas de
cost, mais  reculons (car il ne craignoit pas, disoit-il, que je luy
ruasse des coups de pied), et ainsi tout d'un temps, en descendant son
membre par entre mes deux fesses, il me le fichoit dans mon con. Au
commencement, je me voulois lever et faisois la rtive, mais luy me
prioit, me conjuroit, se dsesperoit, si bien que j'en avois piti;
je me remettois, et luy prenoit son plaisir  me le fourrer dedans et
le retirer tout d'un coup, se dlectant  le voir entrer et sortir,
et (44) cela faisoit un bruict, cousine, comme les boulangers qui
enfoncent leur poing dedans la paste et le retirent soudain, ou comme
les petits enfants qui retirent leur baston de leur canonnire o ils
ont desj mis un tampon de papier.

_Fanchon._ Quel dvergondage,  Dieu! de part et d'autre. Et aviez-vous
du plaisir  cela aussi, vous?

_Susanne._ Pourquoy non? Quand on s'aime bien, ce sont de petites
coyonneries qui plaisent toujours et qui ne laissent pas de chatouiller
un peu, et cela fait passer autant de temps agrablement, outre que
l'on le trouve meilleur par aprs.

_Fanchon._ O bien donc, poursuivez, si vous le trouvez bon.

_Susanne._ Enfin, quand il fut las de me chatouiller de la sorte,
nous allasmes, aussi nuds que nous estions, auprs du feu, o il me
fit asseoir dans une chaise auprs de luy, et aussi tost alla prendre
dans un coin de la chambre une bouteille d'hypocras avec certaines
confitures dont il me fit manger, et je me sentis merveilleusement
restaure. Or cependant que nous mangions, il s'estoit remis auprs
de moy en posture humble et suppliante, et me cajolloit comme s'il ne
m'avoit jamais vue, me contant son martyre et qu'il se mouroit pour
l'amour de moy, avec les plus douces paroles du monde. Si bien que,
feignant d'en avoir piti, je lui ouvrois mes cuisses, ainsi mise que
j'estois, et luy, tenant son engin au poing, se tranoit  genoux entre
deux, disant qu'il le vouloit seulement mettre  couvert. Et ayant
aussi tost pourveu  cela, me tenant enfile sans mouvoir davantage,
ainsi en mangeant toujours nous raisonnions doucement de chaque chose,
et quand il estoit  moiti mang nous le renvoyions de bouche en
bouche. Tant qu'estans lasss de ceste posture nous en recommenasmes
une autre, et tantost une autre, et ainsi  l'infiny, me considrant
partout, et il sembloit qu'il ne l'avoit encore jamais fait et qu'il
ne s'en deust jamais soler. Ensuite de quoy il se ravisa et prit un
verre sur la table, qu'il remplit d'hypocras, et voulut que je beusse
la premire. Je le vuiday entirement, et l'ayant aussitost remply pour
luy il en fit autant que moy. Nous continuasmes deux ou trois fois, en
sorte que les yeux nous ptilloient d'ardeur et ne respiroient que le
combat naturel. Nous fismes donc trve de bonne chre, et retournant 
me caresser, me prist soubs les bras et me fit lever, et quand je fus
debout il fit mine de me chevaucher ainsy, et se trmoussa vers moy
en se baissant et moy vers luy en me haussant; les culs nous alloient
 tous deux comme s'il eust desj le vit au con, et voyant qu'il ne
pouvoit rien faire entrer  cause de l'incommodit d'estre debout, il
m'apprit au moins que ce qu'il en faisoit estoit pour m'enseigner 
remuer les fesses (45) de mesure pour quand nous serions accouplez, et
que le remuement de deux fesses bien accordes, qui s'approchent et se
retirent quand il est temps, est un grand assaisonnement  la volupt.
Il m'apprit ensuite plusieurs autres choses  faire, qu'il trouvoit
agrables devant et pendant le dduit. Que diray-je davantage? il ne
nous manquoit qu'un miroir pour mieux contempler nos postures,  faute
de quoy il me monstroit tous ses membres qu'il avoit les mieux faits,
et vouloit que je les maniasse, prenant autant de plaisir d'estre
touch de moy qu'il en avoit  me toucher. Bref il n'avoit jamais
mis tant d'apprts  me chevaucher comme il fit ceste fois l, et
luy en ayant tesmoign ma pense, je le priay de mettre fin  toutes
choses. Il estoit las de baiser, manier, fouiller et farfouiller,
c'est pourquoy il m'escouta et nostre plaisir ne put souffrir un plus
long delay. Je l'empoignay par le manche et le menay au pied du lict,
o je me couchay  la renverse, l'attirant dessus moy; je m'enconnay
moi-mme son vit dans mon con jusques aux gardes; il faisoit craqueter
le lict en poussant, et je luy repoussois de toutes mes forces. Bref,
tout estoit en agitation parmy nous, et ne pouvions plus rien faire
entrer par le remuement des fesses; je sentois les coillons d'ayse qui
battoient la cadence contre les miennes. Enfin, il eslance de plaisir
contre moy et me dit qu'il alloit faire un grand coup, dont je serois
toute ravie. Je luy dis qu'il se despescht vistement, et nous nous
dismes en suite plus de vingt fois l'un  l'autre: Et tost, m'amour,
mon coeur, et quand feras-tu? lors il commena  faire la descharge et
m'en donna le signal en me baisant et me poussant de force toute sa
langue dans la bouche. Il me semble (46) encore que j'y suis, quand
il eslanca par plus de six fois la liqueur amoureuse en moy, et cela
se faisoit  petites secousses, et chaque secousse me faisoit mourir
autant de fois. Je fis aussi ma descharge avec luy, et pour bien
exprimer quel estoit nostre plaisir, tiens, ma cousine, tu aurois est
ravie en extase en voyant seulement comme il toussoit et se tourmentoit
sur moy dans le temps que nous achevions de fournir notre carrire.

_Fanchon._ Non seulement je le crois, ma cousine, mais je sens une
motion toute pareille dans la description que vous m'en faites, et
pour vous dire franchement mon advis, j'aimerois mieux les conclusions
en ces sortes d'affaires que de m'amuser autant de sortes d'apprts que
vous m'avez l raconts.

(47) _Susanne._ C'est au contraire de ce que tu dis. La conclusion
ne peut manquer, et cela estant, il faut estre plus mesnagre de ce
plaisir, qui autrement seroit de courte dure sans la prparation qu'on
lui apporte. Or si je croyois assez avoir de temps avant que Robinet
fust venu, je te ferois un petit discours qui te serviroit encore bien
d'instruction l-dessus.

_Fanchon._ H! de grce, ma cousine, puisque nous y sommes, achevez, et
faites que je vous aye l'obligation entire.

_Susanne._ Apprens donc qu'il y a cent mille dlices en amour qui
prcdent la conclusion, et lesquelles on ne peut autrement gouster
que dans leur temps, avec loisir et attention, car autre chose est le
baiser que l'attouchement, et le regard que la jouissance parfaite.
Chacun de ces quatre a ses diffrences ou divisions particulires.
Il y a premirement le baiser du sein et de la bouche et des yeux,
bref de tout le visage; il y a le baiser mordant, qui se fait par
l'attouchement et impression des dents dedans la chair; le baiser de
la langue, qui est le plus suave, et le baiser des autres parties du
corps, selon que la fantaisie amoureuse, qui n'a point de bornes, est
capable d'emporter la raison; et chacun de ces baisers a ses gots
diffrents et qui sont capables d'amuser longtemps par la nouveaut
et douceur qui s'y rencontrent. Pour l'attouchement, il est divis
selon la division des membres et ses plaisirs sont aussi diffrents. Le
tton ferme et rebondi remplit agrablement la main et fait aussitost
dresser le vit par imagination d'autre dlices; du tton l'on vient
aux cuisses, et l'on gouste un autre plaisir  sentir deux colonnes
d'albtre, vives et charnues, quand la main se pourmeine autour. Bref,
la main va agissant par tout: tantost sur le ventre plein et arrondy,
tantost sur la motte velue, qu'elle empoigne et tire par les poils,
fouillant et farfouillant des doigts  l'entre du con, en faisant
entr'ouvrir les deux lvres de nature avec des motions vives et
ardentes, et de l faisant le tour par les hanches, elle est emporte
sur les fesses, qui sont d'aimant pour elle et qui l'attirent avec tant
de vertu que l'on voit le membre amoureux se tendre roidement vers le
centre velu qui l'attire. Ce membre aussi a ses plaisirs particuliers
d'attouchement et se plat d'estre log tantost dans la main de la
dame, tantost entre les cuisses, tantost entre les fesses et tantost
entre les mamelles. Si tu savois quel plaisir que c'est, quand un
corps nud se vautre sur un autre et que les bras, les jambes, les
cuisses sont entrelacs les uns parmy les autres d'une douce estrainte,
 la faon des anguilles, tu ne voudrois jamais faire autre chose. Pour
les regards amoureux, il n'y a rien si plaisant  considrer qu'un beau
corps en la personne ayme, la structure de ses membres, ses postures
et ses dispositions lascives; il n'y a rien qui excite davantage au
plaisir, autant  voir qu' estre veu; toutes les passions s'expriment
par l, et l'me se donne entirement  connoistre en furetant les
lieux qui luy sont plus plaisants  voir. A ceste heure, la joye est
si grande de regarder aux yeux de la personne ayme et de luy faire
cependant quelque lascivet au corps, dont elle soit honteuse ou esmue
de quelque autre passion, qu'il n'y a langue humaine qui le puisse
dignement exprimer. Quelle joye aussi de se montrer nud aux yeux de
ce qu'on ayme, et de plus, luy causer ainsi d'abord de l'estonnement
et de la confusion par un spectacle qui ne luy doit donner par aprs
que du ravissement. La jouissance vient ensuite dans son rang, comme
la dernire, et elle doibt donner lieu et temps que ces premires se
soyent passes auparavant, car aprs elle les autres n'ont presque
plus de goust ny de pointe, et elles luy doivent toujours servir
d'avantcoureurs. Or cette jouissance dernire comprend et surpasse tous
les autres plaisirs, et a ses faons particulires de mettre le vit au
con, qui sont de plusieurs sortes: dans le glissement d'un vit dans
un con large ou estroit (et il est toujours plus plaisant qu'il soit
trop estroit que trop large), dans la considration du temps et des
lieux, dans le mouvement prompt ou tardif, dans les delays qu'on prend
pour descharger, dans la quantit de la liqueur que l'on rpand, dans
les accolades et embrassements. Et parmy tout cela, depuis le premier
moment qu'on a commenc  baiser, regarder, toucher et enconner,
jusques  l'entier accomplissement de l'oeuvre, il faut donner place et
entremesler cent mille mignardises et agrments: jalousies et petits
mots, lascivets, pudeurs, frtillements, douceurs, violences douces,
querelles, demandes, responses, remuements de fesses, coups de main,
langueurs, plaintes, soupirs, fureurs, action, passion, gesticulation,
souplesse de corps et instruction d'amour, commandements, prires,
obissance, refus, et une infinit d'autres douceurs qui ne peuvent pas
tre pratiques en un moment (48). Voil ce que je t'avois  dire l
dessus, ma cousine; or regarde donc maintenant si toutes ces sortes de
douceurs et caresses ne sont pas douces  supporter et si je n'ay pas
occasion de me louer de ma bonne fortune qui m'a procur un amy qui en
sait si bien user dans le temps et qui est si raisonnable d'ailleurs.

_Fanchon._ Certainement je reconnois que c'est un art bien difficile
 apprendre que celui-l, ma cousine, et il y auroit bien encore
plus de choses  dire, ce me semble, si l'on demandoit les raisons
particulires de chaque point.

_Susanne._ Vrayement il ne faut pas que tu doutes qu'on n'y puisse
adjouster, et quand je te reverray, j'espre bien de t'en raconter
davantage. Mais parlons encore de mon amy;  propos, que t'en semble,
encore une fois?

_Fanchon._ Je vous dis que vous estes bien heureuse, ma cousine, et que
vostre mrite aussi vous rend digne en partie du bien qu'il vous fait
recevoir.

(49) _Susanne._ Point du tout, mon coeur, car mon mrite ne le rend
point sage comme il est. Tu ne saurois croire au reste la discrtion
qu'il a pour moy: quand nous sommes devant le monde, il n'oseroit
presque me regarder, par respect, et il semble qu'il n'auroit pas la
hardiesse de baiser le bas de ma robe, tant il a peur de m'offenser, et
cependant, il faut advouer qu'il sait si bien bannir le respect quand
il est temps, qu'il n'y a sorte de mignardises et de lascivets qu'il
ne commette et ne fasse commettre, pour me donner du plaisir et  tous
deux du contentement.

_Fanchon._ Eh! paix!

_Susanne._ Qu'y a-t-il donc?

_Fanchon._ Ah! ma cousine, le coeur me bat, et j'entends Robinet qui
vient icy.

_Susanne._ Eh! tant mieux! rjouis-toi; de quoy as-tu peur? Que je
porte desj d'envie  ton bonheur et au plaisir que tu vas recevoir.
Cependant rasseure-toy toujours un petit et te dispose  luy faire
bonne chre de tes faveurs; je m'en vais au devant de luy pour le
recevoir. Tandis que tu l'attendras sur le lict, feignant de travailler
 ton ouvrage, je lui conteray comment il se doibt comporter, afin que
tu ne sois pas surprise. Adieu.

_Fanchon._ Adieu, ma chre cousine, je me recommande bien  vous.


FIN DU PREMIER DIALOGUE.




ADVERTISSEMENT AUX DAMES


_Mes belles dames, il y aura encore quelque chose  profiter icy pour
vous, et aprs avoir content les plus presses dans le prcdent
discours, vous verrez que ce dialogue icy ne mrite pas moins de porter
le titre, sur la fin, de_ la Philosophie des Dames, _pour les belles
et rares difficults qui y sont expliques, que celuy qu'il continue
de porter, de_ l'Escole des Filles. _Je ne doute point, mes dames,
que vous ne soyez assez bien instruites  toutes les mignardises et
dlicatesses de l'amour, et que vous ne sachiez mettre en pratique,
encore mieux que l'on ne sauroit dire, tout ce que l'art et la nature
ont invent de plus ingnieux pour les rendre plus dsirables. Mais il
y en a toujours quelques unes entre vous qui font dshonneur  leur
sexe, et c'est une honte de les voir ainsi belles, grandes et bien
formes qu'elles sont, nanmoins, pour avoir est mal instruites, aprs
plusieurs annes d'escole et d'apprentissage, se tenir immobiles au
lict comme des souches aux plus vifs attouchements, ne respondre que
froidement aux plus chaudes caresses qui leur sont faites, et n'avoir
pas l'esprit de dire seulement ce qu'elles sentent. La faute vient sans
doute de ce qu'elles n'ont pas eu la thorie avant la practique, et
elles mritent pour cela d'estre renvoyes  l'Escole, pour y apprendre
les commencements avec les filles. Pour vous, mes dames, qui estes
montes jusques  la premire classe et qui estes passes maistresses
dans ceste Escole, et qui savez les moyens, quand il vous plaist, pour
enyvrer un amant de vos moindres faveurs et luy faire sentir mille
morts dlicieuses avant qu'il soit venu jusques  la dernire, c'est
 vous que je ddie ces hauts raisonnements, tirs de la plus subtile
doctrine de l'amour. Ils ne sont pas indignes de vostre attention, et
vous y trouverez infailliblement des nouveauts qui occuperont vostre
esprit  les lire et  les examiner, pour peu que vous incliniez aux
belles choses. J'ose mesme croire, mes dames, que vous en ferez vostre
profit, comme j'ay dit, et que dans vos esbats particuliers, ayant
l'imagination remplie de ces agrables ides, ceux qui auront l'honneur
de vous possder prenant part  vos penses, vous unirez vos corps par
de plus douces estraintes et ferez des embrassements plus mols et plus
voluptueux,  vostre grande satisfaction._




L'ESCOLE DES FILLES

OU

LA PHILOSOPHIE DES DAMES




SECOND DIALOGUE

SUSANNE ET FANCHON, personnages.


_Susanne._ A ceste heure que nous voyl seules, conte-moy comment il va
depuis le temps que je ne t'ay point vue.

(1) _Fanchon._ Fort bien, ma cousine, dont je vous rends grces, et en
dpit de ma bonne bigotte de mre qui m'avoit tant de fois presche de
fuir les garons, disant qu'ils ne valoient rien et qu'ils trompoient
les filles, car je vous asseure que celuy que j'ay ne m'a pas encore
trompe.

_Susanne._ Ho! ho! vrayement, il n'auroit gure de coeur et il faudroit
qu'il fust bien malheureux pour en user de la sorte. Mais tu n'es
pas fasche de luy avoir permis ce que tu sais,  ce que je me puis
imaginer?

_Fanchon._ Non, aussi vray, ma cousine, tant s'en faut; et si c'estoit
 recommencer, je le ferois de bon coeur, sachant ce que je say, car
je vous asseure que c'est un grand soulagement d'estre aime, et je
trouve, pour moy, que je m'en trouve mieux de la moiti depuis que je
me suis appliqu la peau d'un garon dessus.

_Susanne._ Tu en es seulement plus gaillarde  te voir comme tu es, et
tu me portes la mine d'estre un jour bien fine et ruse  ce jeu.

_Fanchon._ Ma cousine, ce n'est rien que cela, et j'apprends tous les
jours. On est un peu honteuse au commencement, parce qu'on n'a pas
accoutum de le faire, mais,  la fin, je mettray soubs pieds toute
honte, car mon amy m'apprend peu  peu  n'en point avoir. Il dit
qu'il me veut rendre une des plus habiles filles qui soient capables de
donner du contentement aux hommes.

_Susanne._ O bien! il faut esprer cela de son amiti et de ton bon
naturel. Or, pour t'y porter encore plus, il faut considrer l'avantage
que tu as sur les autres filles, d'avoir un si grand plaisir qu'elles
n'ont point, et t'ouvrir d'ores en avant l'esprit, pour en faire un
petit commerce et considrer les raisons qu'il y a d'en user ainsi.

(2) _Fanchon._ Ma cousine, cela est estrange: depuis que Robinet a
couch avec moy et que j'ay veu et senty les choses, en examinant les
raisons, tout ce que m'a dit par cy devant ma mre ne me paroist plus
que sottises et des contes pour amuser les petits enfants. Comment,
il semble que l'on ne soit garon et fille que pour cela, et l'on ne
commence de vivre au monde que depuis que l'on sait ce que c'est et
que l'on en a goust, et tout ce que les garons et filles font, tout
ce qu'ils pensent, tout ce qu'ils disent, il semble qu'il ne doive
aboutir que l, quelle hypocrisie donc et quelle rigueur  ceux qui le
veulent empescher! Je n'estois bonne auparavant qu' filer et me taire,
et  prsent je suis bonne  tout ce que l'on voudra. Quand je parle
maintenant avec ma mre, je me fonde en raisons et je discours comme
si c'estoit une autre, au lieu qu'autrefois je n'osois desserrer les
dents. Pour ce qui est de cela, l'esprit commence  me venir, et je
mets mon nez dans les affaires o  peine aurois-je pu rien connoistre
auparavant, et quand ma mre y trouve  redire, je luy responds
bravement et luy fais voir son bec jaune; enfin, elle est tout estonne
de me veoir et conoit de l une meilleure opinion de moy.

_Susanne._ Et cependant elle n'a rien descouvert de vos affaires?

_Fanchon._ Non, point du tout. O! qu'elle n'a garde, vrayement; j'y
donne trop bon ordre.

_Susanne._ Mais en quel tat sont-elles  prsent?

_Fanchon._ Trs-bien, ma cousine, except seulement que Robinet ne me
vient pas veoir si souvent que je le voudrois bien.

_Susanne._ Tu es donc bien accoutume avec luy,  ce que je vois?

_Fanchon._ O! qu'ouy vrayement, nous sommes en la meilleure
intelligence du monde.

_Susanne._ Et n'as-tu pas eu un peu de peine auparavant, et n'as-tu pas
trouv estrange du commencement de ses faons de faire?

_Fanchon._ Vous allez tout savoir, et vrayement, si vous m'avez fait
autrefois des contes de plaisir et de chatouillement, j'en ay bien
d'autres tout prts  vous faire  ceste heure; j'ai de quoy vous payer
en la mesme monnoie que vous m'avez fait.

_Susanne._ Dis donc vite, ma connaude, cela ne peut estre mauvais, de
la faon que je me le figure, et quand tu auras dit, par aprs nous
verrons si tu as affaire  un habile homme.

(3) _Fanchon._ Pour commencer donc, la premire fois qu'il me fit cela,
j'estois sur le lict assise o vous m'aviez laisse, comme vous savez,
qui faisois semblant de coudre  mon ouvrage. Quand il entra dans la
chambre, il me salua d'abord et me demanda comment je me portois, et
luy ayant respondu civilement, aprs quelques crmonies faites pour
s'asseoir, il se mit enfin auprs de moy, me regardant fixement au
visage. Je crois qu'il regardoit si je ne me doutois de rien, et aprs
s'estre enquis l o estoit ma mre et  quel ouvrage je travaillois,
il me dit, en tremblant, qu'il vous avoit rencontre sur le degr, l
o vous lui aviez bien dit des choses de moy, si je vous en avois donn
charge. Je ne luy respondis rien, en souriant, et cela lui faisoit
peut-tre penser qu'il en estoit quelque chose; au moyen de quoy, luy
voyant que je demeurois muette et quasi comme interdite, il prit un peu
plus de hardiesse et s'effora de me baiser. Je le laissay faire sans
beaucoup luy rsister, m'estant prpare  tout ce que vous m'aviez
dit. Et s'estant retir aprs pour me considrer, il vit que j'estois
devenue toute rouge de honte et que je n'osois le regarder, ce qui fust
cause qu'en s'approchant aussi tost il me dit:--Tu rougis, m'amour;
baise-moy encore un coup. Et ce disant il me baisa, mais il demeura
un peu plus longtemps  ce baiser qu' l'autre, parce qu'il avoit mis
sa langue dans ma bouche, et, je ne vous mentiray point, ceste faon
de baiser me plaist extrmement. Si bien que voyant que c'estoit une
affaire qu'il faut, et qu' toutes choses il y a commencement, je pris
une ferme rsolution de complaire  tout ce qu'il me feroit.

_Susanne._ Fort bien.

_Fanchon._ Je reus donc sa langue sous la mienne, o il la fit
frtiller longtemps, et demeuray ainsi colle avec luy, goustant, sans
penser  autre chose, le premier plaisir, tandis qu'il glissa sa main
soubs mon mouchoir de col, o il me prit les tetons, qu'il mania l'un
aprs l'autre, et puis la coula dans le sein le plus avant qu'il put.

_Susanne._ Voil un bon commencement.

_Fanchon._ Et la fin n'en sera pas pire; car voyant qu'il ne me pouvoit
atteindre plus avant, il la tira dehors et la posa sur mes genoux,
et toujours en me baisant (4), il leva petit  petit ma jupe avec les
doigts, et me venoit  toucher enfin le dessus de la cuisse.

_Susanne._ Cela s'appelle, comme il faisoit, toujours gagner pays. Je
pense que le coeur lui battoit bien.

_Fanchon._ Vous allez veoir qu'il n'y a gure de filles,  ce qu'on
m'a dit, qui ayent de plus belles cuisses que moy, je puis me vanter
de cela, et qui soient mieux faites que les miennes, car je les ay
blanches, grosses et douillettes.

_Susanne._ Je le say bien, pour les avoir veues et touches.

_Fanchon._ C'est pourquoi il tressaillit d'ayse en les touchant, et
s'estant serr plus fort contre moy en les pressant (5), pour me dire
qu'il n'avoit jamais senty de chair si douce, son chapeau, qu'il avoit
mis sur son genou, tomba  terre, et ayant aussi tost port les yeux en
cest endroit, par curiosit, je vis, le long de sa brayette, une longue
enfleure qui poussoit et taschoit  sortir dehors.

_Susanne._ Ha! carogne, h bien?

_Fanchon._ Je songeay aussi tost  cest engin roide que portent les
hommes pour pisser, comme vous m'aviez dit, et avec lequel il devoit me
donner du plaisir, et je me souvins qu'en entrant dans la chambre je ne
l'avois point veu comme cela.

_Susanne._ C'est qu'il ne bandoit pas alors.

_Fanchon._ Tellement que je me doubtay bien alors que nous passerions
plus outre et que nous ferions quelque chose, ce qui fut cause que
je me levay pour aller fermer la porte, de peur que par hazard nous
ne fussions surpris par la servante, qui estoit en bas. (6) M'ayant
demand o j'allois, et ayant eu peine  me laisser aller, je vis
qu'il rajustoit cela par dedans, et quand je fus retourne (mesme
je descendis pour donner de l'occupation  la servante, afin que
pour quelque bruit elle ne vnt  interrompre nostre plaisir), ainsi
asseure que je fus, je m'en allay droit  luy, qui me sauta au col
ds aussitost qu'il me vit et ne me voulut point laisser asseoir sur
le lict comme auparavant, mais me tira debout entre ses jambes et
m'estraignit de toute sa force, et croiois d'abord qu'il me vouloit
estouffer, et je luy dis ma pense, mais il me dit:--C'est que je
t'aime, mon coeur. Et ainsi disant, il fourra la main derrire par la
fente de ma jupe, et tirant peu  peu la chemise, il fit tant qu'il me
vint  toucher les fesses, lesquelles il trouva fermes et rebondies, et
de l'autre main qu'il avoit libre, il me prit la mienne et s'aventura
en me regardant, de la mettre, comme sans y penser, sur sa brayette.

_Susanne._ O! que tu fais durer cela longtemps!

_Fanchon._ Dame, il estoit pourtant ainsi, et aussi long comme je vous
le dis, ma cousine (7). Je sentis donc cela qui estoit dur et qui se
poussoit en avant contre ma main, et voyant que je n'en tesmoignois
aucun semblant, il se dboutonna par l. Fourrant ma main dedans,
il me dit:--Touche, m'amour; touche, mon coeur. Je vis qu'il estoit
bien ayse que je luy touchasse; je fis donc ce qu'il voulut et me
laissay doucement forcer  lui complaire, et il sembloit qu'il deust
mourir d'ayse  chaque atteinte que je lui donnois, car tantost il me
disoit, en conduisant ma main:--Touche icy, touche l, et plus bas, aux
coillons, m'amie; sens-tu les poils? reviens icy, empoigne et frotte
haut et bas.

_Susanne._ Il me semble que j'y suis.

(8) _Fanchon._ Aprs quoy, il dit:--Je veux que tu le voyes. Et tout
disant cela, il me le fit tirer hors de la brayette, dont je fus
estonne de la forme et grosseur qu'il avoit, car il est fait tout
autrement quand il est dur que quand il est mol. Il s'apereut de mon
estonnement, et me dit:--Tu ne sais pas, m'amour, o il faut que cela
entre, et cependant tu as un endroit sur toy propre  le recevoir.
Lors, s'mancipant tout d'un coup, il me troussa la chemise tout autour
et me descouvrit le ventre et les fesses, se plaisant  les patiner, et
puis tantost il me touchoit du vit les cuisses, tantost les hanches,
tantost revenoit aux fesses et au ventre, aprs entre les poils de ma
rouge motte, et puis incontinent aprs il vint au trou mignon.

_Susanne._ Eh! l donc, je n'attendois que cela.

_Fanchon._ Il me prit, dis-je, par le con, o il s'arresta quelque
temps, me pressant les deux babines l'une contre l'autre et quelquefois
passant les doigts entre les poils qui sont dessus la motte, laquelle
il empoigna aussi, faisant par ce moyen entr'ouvrir la fente de ma
nature. Aprs, il me fit rebuter un peu en arrire, et passa les
genoux entre les miens, et soulevant un peu le cul, dvala son haut de
chausse, et ayant rang sa chemise, il prit son affaire dans sa main et
me fit approcher.

_Susanne._ Or c'est icy qu'il faut bien prendre garde.

_Fanchon._ Je sentis cela roide contre la motte, et je cognus qu'il le
vouloit mettre dedans. Il m'ouvrit premirement les deux babines avec
les deux mains, et poussa deux ou trois coups assez fort et m'eslargit
beaucoup, mais il ne put entrer davantage, parcequ'il me fit mal, et
fut oblig de s'arrester un peu,  la prire que je luy en fis. Et
s'estant un peu mieux rajust que devant, il me fit plus ouvrir les
cuisses et poussa son affaire un peu plus avant, mais je le foray
encore de s'arrester. Il me disoit bien que je prinsse patience, que
ce n'estoit qu'un petit mal, et que quand cela auroit une fois trouv
passage, il n'auroit plus de peine  entrer par aprs; que cela luy
faisoit bien mal aussi comme  moy, mais qu'il se contraignoit pour
l'amour de moy. Je me contraignis donc aussi pour l'amour de luy, et il
en fit entrer deux ou trois doigts  bonne mesure, sans luy rsister,
et me tenant ainsi enconne, il me conjuroit assez de souffrir le
reste. Voyant que je ne voulois pas, il voulut essaier une autre
posture. Il se lve donc et me renverse sur le lict et (9) se couche
sur moy, mais je le sentis trop pesant. Il soulve mes deux cuisses sur
ses deux bras, et ainsi me soulageoit un peu, se tenant debout contre
les bords du lict, car il n'appuyoit pas tant, mais je trouvay toujours
une telle rudesse  me sentir ouvrir par son gros engin, que je ne le
pus souffrir. Dans ceste inquietude, il se retira tout de dedit, et moy
je me vis tout entr'ouverte au bas du ventre.

_Susanne._ Quel plaisir, cousine, et que n'ay-je un tel vit! De bon
coeur, je ne m'en plaindrois point.

_Fanchon._ Patience donc, je ne m'en plaignis pas tousjours aussi
(10). Pour conclusion, il revient et me baise, il manie mon con, il met
le doigt dedans pour veoir ce qu'il a opr, et ne sachant plus que
faire, se met  se promener par la chambre, jurant, maugrant, tandis
que je m'estois recouverte.

_Suzanne._ Le pauvre enfant, il avoit donc bien de la peine?

_Fanchon._ A la fin, il manie piteusement son affaire devant moy, et
il advise un pot de pomade qui estoit sur la chemine; il le prend
aussitost et dit:--Bon, voyl qui nous servira bien. A mesme temps, il
en mit dans sa main et en frotta le manche haut et bas, pour le rendre
plus coulant.

_Susanne._ Il ne faut que cracher dessus et frotter avec la main.

_Fanchon._ Enfin, il s'advisa de cela et ne songea peut-tre pas 
l'autre. Il me fit aussitt mettre en posture dans une chaise et se
mit  genoux devant moy, et la pomade le fit entrer plus avant; aprs
quoy, voyant qu'il ne pouvoit encore rien faire, il me fit lever et
mettre (11)  quatre pattes sur le lict, et s'estant derechef frott de
pomade, il m'attaqua par derrire.

_Susanne._ Que de faons pour un dpucelage! Vrayement mon amy n'en
employa pas tant pour moy, il eut fait en moins de rien et si je ne me
plaignis pas tant.

_Fanchon._ Quoy que c'en soit, l'affaire se passa comme je vous le dis.
Ma robe estoit donc trousse sur le dos, et me faisant roidir l'chine,
je luy prsentay assez beau. Ce nouveau visage l'esmeut si fort qu'il
ne m'escouta plus; il poussa et m'entr'ouvrit avec plus de facilit
que devant, et fit tant  la fin, se remuant de cul et de teste, qu'il
fora la barricade.

_Susanne._ Dieu soit lou du tout, ma cousine; je suis ravie de te voir
eschappe de tous ces petits accidents, venons au reste.

_Fanchon._ Je ne me plaignis pas tant alors que j'avois fait, et je
sentis quelque plaisir, voyant son membre log si  l'estroit dans moy.
D'autre part, il estoit tout glorieux de l'effort qu'il avoit fait,
et n'ayant plus de difficult  vaincre, il m'appeloit son coeur et
s'amie, et me dit qu'il m'alloit faire bien ayse; je sentis pour cela
l'opration naturelle du corps, et son membre allant et venant, avec le
plaisir qu'il avoit, me causa la dmangeaison.

_Susanne._ Bon.

_Fanchon._ Il me demanda si j'estois bien ayse; je luy dis qu'ouy;
il me dit qu'il l'estoit pareillement. Alors, me serrant de plus en
plus fort, me tenant embrasse sur les hanches, se tenant appuy sur
ma croupe, il me touchoit quelquefois d'une main les mamelles et de
l'autre les fesses ou la mothe.

_Susanne._ C'estoit pour luy donner courage.

(12) _Fanchon._ Mon plaisir mourant  mesure qu'il remuoit, et ne me
pouvant plus tenir sur les mains pour l'ayse que j'avois, les bras me
faillirent et je tombay le nez sur le lict.

_Susanne._ Tu ne te cassas point le nez contre la plume?

_Fanchon._ Non, attendez. Il me dit:--Prends garde, sans s'arrter, et
 la fin il fondit d'ayse sur moy, en disant:--Mon coeur, je fous!

_Susanne._ Et comment te trouvas-tu alors avec luy? Ne fis-tu pas aussi?

(13) _Fanchon._ Belle demande! et quel moyen de s'empescher quand cela
vient? Je perdis toute connaissance et fus ravie en pasmoison. Il n'y a
point de sucre ny de confitures qui soyent si doux  la bouche que cela
est au con; le chatouillement se rendit universel par tous mes membres
et fus comme esvanouie.

_Susanne._ Tu ne croiois pas cependant qu'il deust estre si grand?

_Fanchon._ Non, je n'eusse eu garde, ne l'ayant point esprouv. A la
fin, s'estant retir, je me sentis un peu mouille en cest endroit et
je m'essuay avec ma chemise, et je vis aussi que son affaire n'estoit
pas si droit qu'auparavant et qu'il baissoit la tte peu  peu en se
retirant.

_Susanne._ Il n'y a point de double.

_Fanchon._ Cela fait, je me trouvay bien refaite et ne souhaitay rien
plus. Aprs, il me baisa et me parla du plaisir qu'il avoit eu. Je
lui parlay du mien, dont il me tesmoigna estre plus aise que du sien
propre. Nous contasmes longtemps (14) pour savoir lequel avoit est
le plus grand, chacun disant ses raisons, le plus raisonnablement du
monde, pour monstrer le grand ayse qu'il sentoit et qu'il en avoit
eu plus que l'autre. A la fin, nous conclusmes sans nous accorder que
chacun avoit senty le sien; mais il me dit qu'il avoit est plus ayse
du mien et qu'il en avoit reeu  me veoir faire, et moy je luy dis
pareillement.

_Susanne._ Cela n'est pas sans exemple ce que tu dis; car quand on
ayme bien on est plus ayse du plaisir d'autruy que du sien propre.
D'o vient que si le garon veut faire cela  la fille quelquefois
qu'elle n'est pas d'humeur, nanmoins,  cause qu'elle ayme le garon
seulement, elle consent qu'il le luy fasse, non pas pour l'amour
d'elle, mais pour l'amour de luy, qui fait qu'elle luy dit, en se
descouvrant sur le lict:--Sus, mon coeur, prenez de moy vostre bon
plaisir et faites  vostre volont. Et quand c'est le garon qui n'est
pas d'humeur et que c'est la fille qui en a envie, il se soumet  son
vouloir et a la mesme complaisance qu'elle a eu pour luy une autre
fois.

_Fanchon._ Je suis bien ayse de savoir encore cela; j'en feray
souvenir Robinet quelquefois qu'il ne sera pas d'humeur.

_Susanne._ Fort bien.

(15) _Fanchon._ Cependant, de peur qu'il ne vnt quelqu'un, il avoit
remis son haut-de-chausse et s'estoit assis auprs de moy et me contoit
l'obligation qu'il vous avoit, quand il vous rencontra sur le degr,
disant que sans vous il seroit mort d'angoisse pour ne pouvoir plus
attendre, et qu'il y avoit long temps qu'il estoit espris de ma beaut
et qu'il avoit envie de me faire cela, pour la grande affection qu'il
me portoit, mais que jamais il n'avoit os me le dire qu' ceste heure
qu'il en avoit essay. Il ne pouvoit assez louer les bonnes qualits
qui estoient en moy, et qu'il en avoit encore plus reconnu depuis sa
jouissance qu'il n'avoit fait auparavant. C'est pourquoy il voulut
lier avec moy une amiti indissoluble qui fust aussi longue que sa vie;
ensuite de quoy il me fit cent protestations d'amour et de service et
me conjura de l'aimer toujours et de luy estre toujours fidle, me
promettant la rciproque. Et pour donner lieu que cette amiti fust
accompagne des mesme plaisirs que nous venions de prendre, afin que je
n'eusse de regret, il me promit de me renouveller tous les jours deux
fois ce mesme plaisir l'un portant l'autre; dont je le remerciay, et
pour cest effect nous nous avisasmes  nous conduire si secrettement
que personne ne peust s'apercevoir de nostre pratique. Ce qu'estant
rsolu, nous parlasmes d'autre chose, et fouillant dans sa pochette, il
en tira quelques pistaces et mirobolans dont il m'en fit manger, disant
qu'il n'y avoit rien meilleur pour rparer les forces perdues au jeu
d'amour. Tandis que je mangeois, je le priay que je pusse aller en bas
pour veoir o en estoit la servante, et cependant il se mit  chanter
pour oster tout soupon. Je fus quelque temps  revenir, m'estudiant
derechef  l'occuper; je luy dis que ce jeune Robinet m'importunoit
beaucoup et que j'eusse bien voulu en estre despetre.

_Susanne._ Ha! la bonne bte!

_Fanchon._ Et quand je fus remonte je refermay la porte sur moy et
m'en allay  luy qui s'estoit remis sur le lict et qui regardoit son
engin, qu'il avoit presque droit  la main. Si tost qu'il me vit, il le
laissa l et m'embrassa, se plaignant que j'avois trop tard. Il me le
fit toucher encore, parce qu'il n'estoit pas assez dur, et en moins de
rien il s'endurcit soubs mes doigts.

_Susanne._ Cela s'appelle, comme il estoit, bander  vit mollet.

_Fanchon._ Je luy estraignis quelque temps, plus hardie qu'auparavant,
et pris mon plaisir  luy tenir, mesurant la longueur et la grosseur,
et pensant  part moy la vertu que cela avoit de donner tant de
plaisir, et il prenoit aussi plaisir d'en mesurer la grosseur et
longueur. Luy aussitost m'estendit sur le lict  la renverse, et me
troussa mes robes jusques au nombril, se plaisant  me considrer. Je
ne m'opposay point  son dessein. Il me porta d'abord la main au con
et me prit par les poils, et aprs il me tourna sur le ventre pour me
considrer les fesses, et non content de cela, il me tourna et retourna
dessus et dessoubs, me battant et me mouvant, et me fichant quelquefois
les dents dans la chair, et me faisant cent folastreries avec les
doigts. Pendant ce temps l, il m'apprit autant de particularitez
de l'amour et me dit les raisons par quoy il en usoit ainsi. Je
l'escoutois attentivement, dsireuse d'apprendre, et cependant cela, il
avoit redeval son haut de chausse et me mettoit son outil entre les
fesses, ores entre les cuisses, se remuant quelquefois pour veoir, et
m'enseignant de faire pour quand il conjoindroit  moy.

_Susanne._ Le paillard! il y prenoit donc bien du plaisir?

_Fanchon._ Que vous diray-je davantage? il me fit agencer de cent
postures, m'enconnant  chacune, et me montrant comment il se falloit
tenir pour (16) mieux engaigner le vit, et n'en acheva pas une.
J'appris tout fort aisment, rsolue de le bien retenir. Et m'estant
dispose  son vouloir pour en achever quelqu'une, aprs il s'estendit
sur le lict, la lance droite  la renverse, et me tira sur son ventre.
Je me le fourray de moy-mesme dedans le con et me foray  remuer,
disant que je besoignois. Il se faisoit faire ainsi, me considrant,
et tantost me disoit que je poussasse fort, me baisant, la langue 
la bouche, et tantost m'appelant (17) sa vie et son me, et tantost
empoignant mes fesses, connaut, ma fouteuse, et autres injures  quoy
il prenoit plaisir. Sur la fin qu'il connut que la douceur venoit, il
ne se put empescher de remuer vers moy et moy vers luy; tant qu' la
fin elle vint encore  sortir et nous finismes la carrire avec autant
de contentement que la premire fois.

_Susanne._ Et deux.

_Fanchon._ Je reconnus alors pour vray ce que vous m'aviez dit touchant
les proprits de ceste liqueur, et raisonnant dessus, je disois que
c'estoit un grand (18) bien au monde que d'avoir trouv ceste invention
pour se divertir. Je luy demanday qui estoit le premier qui l'avoit
invente. Il ne m'en seut rien dire, pour ce qu'il n'estoit pas assez
savant, mais cela l'ayant remis en humeur plus belle, luy me dit qu'il
aymoit mieux me le montrer d'effect que de paroles et que l'exprience
vaut mieux que le discours. Ensuite de quoy il me baisa, des baisers il
vint aux attouchements et des attouchements  me mettre le vit au con,
et me le fit encore une fois en levrier, le con derrire.

_Suzanne._ Et trois.

_Fanchon._ Et ceste faon,  son dire, luy plaisoit le mieux et plus
que les autres, attendu que c'estoit ainsi qu'il avoit eu mon pucelage
et qu'il enfonoit son affaire plus avant. Et quelque temps aprs, il
me le fit encore une (19) fois, avant que de s'en aller, ayant ma face
tourne vers la sienne et mes deux jambes leves sur ses paules.

_Susanne._ Et quatre. Comme tu les enfiles! et cela ira-t-il toujours
de mme?

_Fanchon._ C'estoit un premier abord, et il ne pouvoit moins faire,
disoit-il, pour me donner des marques suffisantes de son amour et
amiti.

_Susanne._ Certes, ce sont les meilleures. Et combien fustes-vous de
temps  un tel ouvrage?

_Fanchon._ Jusqu' la nuict, que ma mre n'estoit pas encore venue.

_Susanne._ C'est  dire trois heures ou environ. Certes, c'est plus
d'un coup par heure, et il avoit donc le feu au cul.

_Fanchon._ Quoy que c'en soit, je ne trouvois point que c'estoit trop,
et ce fut bien le moyen de l'esteindre. Du depuis, nous avons continu
tant que l'occasion nous a est favorable et que nous n'y avons reeu
aucun empeschement. Voyl, ma cousine, comme les choses se sont passes
depuis le temps que je ne vous ay veue et ce que j'avois  vous dire
pour ce que vous m'avez demand. Or, dites-moy un peu vostre avis l
dessus.

_Susanne._ Certes, je vois bien  ceste heure que tu es passe
maistresse en ce mestier (20), et que tu n'as plus affaire de personne
pour t'apprendre parler pertinemment des choses.

_Fanchon._ Et pourquoy cela, ma cousine?

_Fanchon._ Comment? tu dis aussi bien en parlant, un outil, un engin,
un membre, un chose, un affaire, un trou, au lieu des mots de vit et
con qui sont leurs vritables noms.

_Fanchon._ Ma cousine, cela ne m'a pas tant coust  apprendre comme
vous diriez bien. Quand nous sommes seuls, Robinet et moy, il veut que
je die vit et con, et quand nous ne faisons que discourir sans faire
autre chose, il veut que je die ces mots l qui sont plus doux et plus
honestes et qui plaisent davantage.

_Susanne._ Tu dis aussi enfiler, enconner, engaigner, besoigner, faire
cela, au lieu de foutre et chevaucher.

_Fanchon._ C'est une mesme bien sance qu'il veut que je garde devant
et aprs qu'il a fait, voulant garder ces gros mots pour quand il est
en humeur.

_Susanne._ Ho! ho! vrayement, le mien n'est pas si crmonieux, et
quand nous sommes seuls il n'a point de paroles si retenues. Mais
sais-tu bien aussi qu'autre chose est dire besoigner, foutre,
chevaucher, qu'enconner, enfiler et engaigner?

(21) _Fanchon._ Besoigner, c'est mettre le vit au con, se remuer et
descharger, et celuy seul dit plus que tous les autres; foutre est
seulement mettre le vit au con et descharger, sans qu'il signifie
remuer; chevaucher, c'est aussi mettre le vit au con et se remuer, sans
qu'il signifie descharger; enfiler, enconner, engaigner, c'est une mme
chose, et simplement mettre le vit au con, sans qu'il signifie les deux
autres.

_Susanne._ Il y a encore d'autres mots qui sont plus doux  prononcer
que ces premiers et qui sonnent mieux  l'oreille, afin que tu ne
t'tonnes pas en compagnie quand tu entendras dire, comme baiser,
jouir, embrasser, possder et tant d'autres, au lieu de foutre et
chevaucher, et ceux l sont bons  dire devant le monde, par honestet,
ou  des amoureux  leurs maistresses, quand ils ne les ont pas encore
instruites par practique. Mais je reviens  la premire explication que
tu as dite, qui est certes aussi fine que j'en ay ouy dire de ma vie,
et quand ce seroit moy, je n'en pourrois point inventer une plus jolie.

_Fanchon._ Passe pour cela, ma cousine, je vous remercie de tant de
faveur; comme vous pouvez voir, je n'y entends point de finesse, mais
je m'estonne qu'il y a tant de fard parmy des choses qu'on les nomme de
cent faons.

_Susanne._ C'est pour les faire trouver meilleures, vois-tu. Car,
par exemple, le mot besoigner, c'est qu'effectivement les hommes
travaillent en nous quand ils nous font cela, et qu' les veoir remuer
et se tourmenter comme ils font, il semble qu'ils prennent un oeuvre
 tche et qu'il y ayt beaucoup  gagner pour eux; enfiler, c'est
qu'ils nous enfilent comme perles; engaigner, c'est que nous avons la
guaine et eux le couteau, et ainsi des autres qui sont plus doux et
ont aussi leurs significations plus douces et spirituelles. Mais, avec
tout cela, penses-tu que quand les hommes sont entr'eux ils usent de
tant de crmonies? O nenni, vrayement; les mmes liberts que nous
avons  nous dire les choses comme elles sont, ils s'en servent (22) de
mesme dans leurs entretiens privs, tellement que s'ils voyent passer
quelqu'une dont ils ont desj jouy, ils ne disent pas simplement: J'ay
bais une telle, mais bien: J'ay foutu une telle, je l'ay chevauche;
ma foi, elle y prenoit plaisir; non (si ce n'est la langue dans la
bouche): Je l'ay possde, j'ay pris les dernires faveurs; ou bien:
Elle n'estoit point dgouste, elle remuoit le cul comme il faut, elle
avoit le con large ou estroit, et se pasmoit d'aise en le faisant.
Quand tu les vois cinq ou six d'une bande sur le pas de leur porte, qui
se tournent et retournent de tous costs pour voir passer les filles
et qui se rient au nez quand ils en voyent quelqu'une qui leur plaist,
c'est comme cela qu'ils parlent entre eux et qu'ils se disent librement
ce qu'ils voudroient bien luy faire. Bref, ils s'entretiennent de nous
dans les mesmes termes comme nous le ferions d'eux si l'occasion s'en
prsentoit.

_Fanchon._ Et comment, ma cousine, ils se disent donc les uns aux
autres ce qu'ils nous font?

_Susanne._ Pourquoy non? quand tout le monde le sait; car ils ne
parlent point de celles dont il n'est point de bruict, comme de toy ou
de moy.

_Fanchon._ Ah! bon donc, mais pourtant je ne me saurois resoudre,
quand j'y pense, que l'on seut de moy ce que Robinet (23) m'a fait
faire, ny qu'il l'allast dire, car il me fait agencer en tant de sortes
de postures que j'en suis honteuse et ne puis m'empescher de rougir par
aprs quand je le regarde.

_Susanne._ Mais ses caresses pour tout cela ne sont-elles pas bien
douces?

_Fanchon._ Ouy, je l'avoue.

_Susanne._ Eh bien donc! que a-t-il d'avantage  tout cela? Ce sont des
ragousts que les hommes prennent, et il leur faut laisser faire; s'ils
ne nous trouvoient pas belles et s'ils ne nous aymoient pas, ils ne
mettroient pas nos corps en tant de sortes de postures, et, pour ainsi
dire,  la capilotade.

_Fanchon._ Il est vray, ma cousine, que je reconnois par l que Robinet
m'ayme, car ce qu'il me fait faire est accompagn de tant d'apprest
et d'inventions de sa part, que quoy que j'en aye de la honte en le
faisant, je n'en ay pourtant point de regret et j'en reois (24) une
satisfaction incroyable. Entr'autres, ces jours passs, il me fit voir
une certaine gentillesse d'esprit dont j'auray  jamais mmoire, parce
qu'elle est judicieuse et plaisante au possible; il la fortifia par
des instructions d'amour si plaisantes et qui sont si judicieuses  mon
gr, que je crois que c'est l le meilleur moyen qu'on puisse trouver
 une fille pour la rendre savante, tout d'un coup,  donner bien du
contentement aux hommes.

_Susanne._ Et n'y a-t-il pas moyen de savoir ce que c'est?

_Fanchon._ Ma cousine, vous en rirez en l'apprenant, et je me trompe
fort si vous ne vous servez de son invention.

_Susanne._ Et quelle est-elle donc?

_Fanchon._ La voicy, sans aller plus loing. Dimanche dernier, il
y a trois jours, il vint me veoir sur les trois heures aprs midy,
pendant que ma mre estoit sortie pour aller aux vespres et qu'elle
m'avoit laisse seule  la maison. Je ne vous diray pas qu'il me fit
cela une fois sur le coffre,  son arrive, estant press, ny toutes
les autres caresses qu'il me fit et devant et aprs, dont je fus
contente  l'ordinaire. Je vous diray seulement qu'aprs avoir folastr
quelque temps entre nous de diverses choses, et ri une bonne fois de
la simplicit de ma mre qui ne s'appercevoit pas de nos folies, nous
revinsmes aux baisers et de l aux embrassements. (25) Et m'ayant
montr sa lance, qui estoit droite, il me prit  force de corps et me
coucha  la renverse sur le lict, o il me troussa la cotte, et m'ayant
fait escarquiller les jambes, il regarda si j'estois bien et me mit
encore un oreiller soubs le cul, pour m'agencer mieux. Aprs, il me
dit de ne point remuer, et ayant pris un petit toupet de bourre qu'il
avoit apport exprs, il me le mit sous la fesse droite; il en prit
un de laine, qu'il me mit sous la gauche, et un autre de coton, qu'il
me fourra soubs le croupion. Aprs, il s'ajusta entre mes jambes et
approcha son vit en regardant, me le mit aux bords de la fente et me
dit que je prisse bien garde  ce qu'il feroit, pour lui obir en tout
ce qu'il m'ordonneroit.

_Susanne._ Voil qui est bien prpar.

_Fanchon._ Encore mieux excut.

(26) _Susanne._ Voyons.

_Fanchon._ Il me dit: Bourre, en poussant, et me fit remuer la fesse
droite; il me dit: Laine, et il me fit remuer la gauche; il me dit:
Coton, et me fit remuer le croupion.

_Susanne._ Bon.

_Fanchon._ Et d'effect il n'estoit pas tant mauvais. Nous reiterasmes
deux ou trois fois sans changer l'ordre ny la mesure, pour me faonner
toujours davantage, ensuite de quoy nous diversifiasmes le mouvement,
et j'avois du plaisir  l'entendre dire: Laine, bourre, coton, bourre,
coton, laine, coton, bourre, laine, coton,  quoy j'obissois fort
exactement. Et pour un simple mouvement qu'il observoit qui estoit le
mouvement droit et du coton, il m'en faisoit exercer trois,  savoir
(27), un droit et deux obliques ou de costire. Quelquefois nous ne
nous pressions pas si fort, pour faire durer le plaisir plus long
temps, et quand je manquois  quelque chose, il me reprenoit doucement,
m'enseignant comme il falloit faire et disant que je remuois tantost la
bourre pour la laine, et tantost le coton pour la bourre et la laine;
au moyen de quoy je lui disois que le coton me plaisoit plus que les
deux autres, dont il me tesmoignoit me savoir bon gr (et en effect
j'avois raison), et s'efforoit de me baiser.

_Susanne._ C'est que le coton faisoit entrer la cheville plus que les
deux autres et par consquent donnoit plus de plaisir.

_Fanchon._ Et par consquent, ma cousine, vous saviez donc bien ce que
c'est et je n'avois que faire de vous le dire.

_Susanne._ Achve, il n'importe, il y aura peut estre quelque chose 
savoir que je ne sais pas.

_Fanchon._ Que vous diray-je davantage? Quand il cessoit de parler je
ne (28) bougeois et il le vouloit ainsi, et quand il disoit: Coton, ou
les autres, moy de remuer aussi tost autant de fois qu'il lui plaisoit
de l'ordonner. Nous continuasmes ainsi jusqu' la fin, et parce que ce
coup lui sembla plus long que les autres et que je fus preste, par deux
fois, de faire auparavant luy, tout autant de fois il me retint et il
m'apprit ainsi comment il faut faire pour retarder le plaisir quand il
avanoit trop et pour l'avancer quand il retardoit. Et quand il fust
prest de descharger, il poussa sa voix plus fort que devant, disant:
Bourre, coton, laine, coton,--et tousjours plustost coton que les deux
autres. Je fus contrainte,  la fin, luy dire qu'il ne criast pas si
fort, crainte que l'on ne nous entendist d'en bas, et que je remuerois
bien sans cela; et nous nous disions tant seulement tout bas l'un 
l'autre, en l'ardeur du plaisir: Et tost, mon coeur, ma vie, ma pense,
m'amour, mon connaud; et pousse donc, et coton, et serre!... et puis je
ne sais plus ce que tout devint.

(29) _Susanne._ Que je hais ces brailleurs-l qui font tant de bruict
et qui n'ont nulle considration. Car il y en a qu'on ne sauroit
faire taire et qui, quand ils ejaculent, en mesme temps ne peuvent
s'empescher de crier, et quand on leur demande pourquoy ils crient, ils
disent que c'est le plaisir.

_Fanchon._ Comment, c'est le plaisir? Est-ce qu'ils prennent plaisir 
crier pour s'y esbattre, ou bien si c'est que le plaisir qu'ils ont les
contraigne  cela?

_Susanne._ Il est encore bon de la faon que tu le dis. Je crois que
c'est la force du plaisir qui les y contraint, et comme il y a des gens
qui crient de douleur quand on les escorche, il y en a aussi qui crient
de plaisir quand on les chatouille amoureusement.

_Fanchon._ Et comment font-ils pour crier si fort?

(30) _Susanne._ Ils sont monts sur les filles comme des saint George,
et tenant le vit au con avec un visage effar, quand ils sentent le
foutre couler, ils s'escrient  haute voix: Eh! la, la, la, la! donne
donc, m'amie, m'amour, mon coeur, ta langue! allonge! et presse fort,
eh! pousse donc! eh! tu ne pousses pas!... Et quelquefois les voisins
qui entendent cela, ou les personnes, du logis, qui n'y sont pas
accoustumez, viennent au secours avec du vin et du vin aygre, croyant
qu'ils se meurent de douleur, et les trouvent aprs la besoigne, qui se
meurent de plaisir. Or, regarde la belle veu que c'est de les trouver
ainsi.

_Fanchon._ Et il n'y auroit pas moins de plaisir  la fille pour cela,
s'ils ne menoient pas tant de bruict ( voir toutes les simagres
qu'ils font). Et cela estant qu'ils ne s'en peuvent empescher, comme
vous dites, je ne voudrois non plus avoir affaire  ces gens l qu'
des cloches, et je tascherois mesme d'viter leur rencontre comme la
peste, tant j'aurois peur qu'ils ne criassent, seulement  me voir,
comme s'ils estoient aprs. Car enfin, il ne tiendroit donc ainsi qu'
scandaliser les pauvres filles, veu qu'ils ne sauroient faire rien que
tout le monde ne sache, et qu'ils n'ont point de honte de tant faire
le fou. Certes, il est bien permis de se divertir autant que l'on peut
et de prendre du plaisir sans scandale, mais non pas de crier ainsi
comme des perdus,  gorge dploye.

_Susanne._ Les filles aussi, pour ne pas mentir, y sont subjettes
quelquefois aussi bien que les hommes, et tandis qu'elles font
bien leur devoir de remuer du croupion et de pressurer la grappe
soigneusement pour faire que le jus en sorte, elles cornent
continuellement  l'oreille de celuy qui est dessus, emportes du
plaisir qu'elles ont: Eh! hau! hau! mon fils, mon mignon, pousse le
donc et mets-y tout! et disent quasi toutes les mesmes choses que les
hommes. Mais pour ceux cy, ils ne sont pas si  craindre comme les
autres sortes d'insensibles et ladres d'amour, que l'on fesse pour
mettre en humeur, et c'est bien l une autre extrmit de malheur que
d'avoir affaire  ces gens l (31); car, pour les premiers, on les peut
corriger un peu,  force de remonstrances, ou s'ils sont incorrigibles,
on les peut mener  la cave, au grenier, dans les bois,  la campagne
et dans des lieux esloigns o ils auront beau faire du bruit avant que
l'on les entende, mais pour ceux cy, ils ne se peuvent amender en faon
quelconque et n'y a point de remde pour les gurir.

_Fanchon._ Quel malheur! et qui sont donc ces ladres l?

_Susanne._ Ce sont des gens qu'il faut fesser pour mettre en humeur.
Ils se despouillent tout nuds en pleine place, et les filles prennent
des verges et leur en donnent sur le ventre et partout et tant qu'elles
voient que leur affaire vient  dresser, et quand l'ont fait dresser
et venir en bon point, elles jettent l les verges, comme si de rien
n'estoit, pour se la fourrer aprs ainsi dans le bas du ventre, et s'en
donnent du plaisir par aprs.

_Fanchon._ Mais ne deschargent-ils pas aussi, eux?

_Susanne._ Vrayement ouy et plus que les autres; on ne les sauroit
tenir par aprs.

_Fanchon._ N'importe, oh! la peute chose quand une fille est assez
malheureuse pour estre oblige de fouetter son amy pour le faire
bander!

(32) _Susanne._ Ceux l que tu voulois dire qui ne deschargent point,
sont les chastrez,  qui on a coup les deux boullettes, et ne sont
bons  rien qu' bander quelquefois, mais en ce pays ci les dames
n'en veulent point du tout et on n'entend pas dire qu'elles leur ayent
jamais fait caresse; si ce n'est qu'au temps pass les dames grecques
et romaines s'en servoient, faute de mieux, pour se faire chatouiller
par le frottement du membre qui estoit roide, et  cause aussi que
cela avoit quelque ressemblance  la vrit. Et encore de prsent,
en Turquie, elles ne laissent pas de s'en servir aussi quand elles en
trouvent, d'o vient qu'on s'est avis depuis peu, pour empescher cela,
de les faire pour eunuques, de leur couper les trois pices _rasibus_.

_Fanchon._ Fi, fi, de ces gens l, ma cousine, n'en parlons point.
Disons plustost de ceux l qui sont bien fournis d'instruments 
fouterie et qui sont propres  donner un plaisir par tout.

(33) _Susanne._ Il y en a d'autres qui ne disent mot et qui ne font que
soupirer d'ayse, mais, il y a une troisime espce d'amoureux qui sont
bien  dsirer, qui ayment s'entretenir bas, et ceux l plaisent bien
davantage  la fille et se dorlotent aussi bien mieux dans le plaisir.

_Fanchon._ Eh l donc! voil comme je les demande. Mais aussi les
filles n'ont-elles rien  tesmoigner de leur cost pendant que les
garons leur font tant de caresses?

_Susanne._ Donne-toy patience; c'est l o je voulois venir, mais il
estoit bon auparavant de te remettre sur ce que nous avions dit. Nous
avons donc dit jusques (34)  cette heure comment on mettoit le vit au
con et comment on ressentoit le plaisir en la descharge, et les autres
satisfactions qui se tirent du baiser, du toucher, du parler et du
regarder, mais nous n'avons pas encore fait d'application particulire
aux lieux o il s'en falloit servir, quand et comment il le falloit
faire, et c'est ce qu'il faut que tu apprennes ce jourdhuy, comme
estant la chose la plus ncessaire et comme estant la seule en quoy
principalement est compris l'art d'aymer, souverainement aux hommes.

_Fanchon._ Ma cousine, cecy doibt estre beau, sans doute, et c'est
aussi ce que j'avois  vous demander.

_Susanne._ Or sus, posons le cas que tu sois aux prises avec ton amy
et que tu ne saches comment te porter  l'escarmouche: (35) il faut
que tu uses envers luy de petites affeteries de la voix, qui sont les
vraies dlices en amour. Par exemple, tandis qu'il remuera sur toy,
dis-lui quelques paroles de douceur et sans contrainte et qui partent
de l'essence du plaisir et de l'amour que tu auras; appelle-le ton
coeur, ton me et ta vie; dis-luy que tu es bien ayse et applique tout
ton esprit  la pense de vostre besoigne. Il y a des certains hlas!
ou ah! qui sont faits si  propos et qui percent l'me de douceur 
ceux qui nous les causent; car nous faisons cecy, penses-tu, non pas
comme les bestes, par brutalit et par ncessit, mais par amour et
par connoissance de cause. Et fais quelque petit grattement de mains
ou petit remuement de croupion qui le comble de joye infinie; si tu
as quelque chose  luy demander, il le faut faire en ce temps-l o
il ne te refusera pas, car il n'y a rien qui ouvre tant le coeur et
la condescendance et confidence et  se dclarer mutuellement ses
penses, comme les actions secrettes de la fouterie, et il s'est trouv
telle fille, qu'on n'auroit pas regarde auparavant,  qui un simple
remuement de fesses a valu l'honneur d'espouser un grand seigneur.
Toutes ces mignardises donc, ainsi practiques, rempliront ton amy
d'une douce rage, et comme il fera son possible pour te contenter, il
t'appellera son me, sa desse, son connaud, son ange, ses yeux. Il
inventera des caresses pour te faire et souhaitera d'estre tout vit
pour se couler tout en toy, et quand son plaisir sera venu au point
qu'il le dsire, il ne manquera point de t'en donner connoissance
par ses soupirs et quelques paroles qu'il ne tranchera qu' demy, en
disant: Je vais faire!... Alors, prends garde soigneusement comme je te
diray.

_Fanchon._ Ainsi feray-je, ma cousine, mais en quelle posture vous
mettrez-vous?

_Susanne._ A l'ordinaire; tu serreras vistement les deux fesses vers
luy, et lui mettant un bras au col, tu le baiseras et tascheras  lui
lancer la langue dans la bouche, comme un dard, et qu'elle vienne
 frayer le dessous de la sienne; tandis que tu coigneras du cul
brusquement devers luy, et retirant ta langue et la repoussant vivement
entre ses dents, en cent faons de mignardises, tantost mince et
tantost espaisse, tu t'enlaceras autour de luy et de bras et de jambes;
et appuiant ta main sur ses fesses, tu avanceras les doigts jusques
 ses ballottes, et trmoussant tousjours du croupion, tu tascheras 
le faire entrer le plus avant que tu pourras. Le reste de la besoigne,
tu le feras aussi bien que moy, et je t'advise seulement qu'en usant
envers luy de ces prparatifs pour le plaisir, il ne saura quelles
caresses te faire par aprs, et quand il te donneroit tout son bien, il
te donneroit encore son me avec, et s'estimeroit, plus que tout cela,
estre encore ton redevable.

_Fanchon._ Ma cousine, je vous remercie de tant de bonts, et je m'en
serviray quand je seray en pouvoir de le faire. Mais, pour le prsent,
il faut un peu laisser couler le mauvais temps qui ne nous donne pas
tant de loisir possible pour jouir de nos amours et auquel je luy
puisse donner toutes les marques de mon affection.

_Susanne._ O bien! arrive quand il pourra, mais sache que c'est la
faute ordinaire des jeunes gens qui ne songent rien qu'au temps prsent
et ne pensent pas  faire durer leurs plaisirs long temps (36) en se
pourvoyant pour cela de moyens utiles et ncessaires. Mais quoy enfin,
ne vois-tu pas Robinet quand tu veux?

_Fanchon._ Nenny, ma cousine, et depuis quinze jours en a que ma mre
a fait porter mon lict en sa chambre, pour raccommoder la mienne, je ne
l'ay veu quasi qu'en sa prsence.

_Susanne._ Et comment as-tu donc fait pour avoir sa compagnie? T'en
es-tu bien peu passer jusques icy?

(37) _Fanchon._ Nenny d, mais je ne l'ay eue que fort rarement, et que
si vous saviez les incommodits que nous avons eues pendant ce temps
l, et que nous allons encore avoir pendant sept  huit jours pendant
que ma chambre doibt estre raccommode, vous en seriez tout estonne.

_Susanne._ Je seray bien aise de les entendre, et selon que tu me
diras je seray encore capable peut estre de te donner du conseil pour
l'avenir.

_Fanchon._ Il y eut hier quinze jours justement que ma mre me fit
aller coucher dedans sa chambre, et depuis n'en ay pas dsempar. Je
le dis ds le lendemain  Robinet et luy fis veoir les incommodits que
nous aurions  nous trouver seuls;  quoy il me demanda s'il n'y avoit
point de moyen  me venir veoir la nuict, en faisant faire une fausse
clef  la porte du petit jardin, mais je luy dis que non, d'autant que
ma mre sort encore moins de la chambre la nuict que le jour et qu'elle
m'entendroit si je voulois sortir. Il me dit que je ferois semblant
d'aller  la garde-robe, et que l, sur le sige, nous ferions nostre
affaire, mais je luy dis que cela ne se pouvoit point, d'autant que
pour aller  la garde-robe il ne faut pas sortir de nostre chambre,
 cause qu'il y en a une au bout de la galerie, o ma mre veut que
j'aille de nuict, de peur de faire du bruict en ouvrant les portes. Ces
raisons le rendirent estonn, tellement qu'il dit qu'il nous falloit
prendre patience et l'occasion aux cheveux quand elle se prsenteroit,
et cependant nous visiter tous les jours.

_Susanne._ C'est  dire que vous avez est autant avancs
qu'auparavant. H bien! qu'arriva-t-il?

_Fanchon._ Sur ceste rsolution, il me vint veoir le lendemain, mais
nous espiasmes en vain l'occasion, sans la pouvoir rencontrer. Le jour
aprs nous fusmes plus heureux, car estant arriv que la servante
estoit sortie, je luy allay ouvrir la porte par le commandement de
ma mre, et me trouvant aussi ardente  cela que jamais, de peur de
perdre le temps et que quand nous serions en haut nous n'aurions pas
trouv la commodit, il me poussa contre le mur, et m'eslargissant les
cuisses, me troussa la cotte qu'il me fit tenir avec les deux mains,
et ayant aproch son vit roide, en se baissant, il me le mit dedans
le con le mieux qu'il put et s'effora de pousser en la plus grande
haste du monde. Je le trouvay bon comme cela, parce qu'il y avoit long
temps que je ne l'avois fait, mais il eut plustost fait que moy, et
comme il voulut se retirer, je le retins et le priay d'attendre que
j'eusse fait aussi. Il en eut la patience, et quand nous eusmes achev,
incontinent nous montasmes en haut, sans que ma mre se doubtast de
rien, sinon que, pour la forme, je luy dis qu'il m'avoit demand si
une certaine personne n'estoit point au logis, parce qu'il ne la
vouloit point veoir. D'autres fois, nous fismes plus commodment,
selon que l'occasion s'en prsentoit, et quelquefois que ma mre
estoit dehors, nous avions beau nous divertir, mais quand elle estoit
au logis ou qu'il y avoit compagnie, c'estoit tout ce qu'il pouvoit
faire de m'enconner une petite fois, pendant qu'elle alloit reconduire
quelqu'un, tantost sur une chaise, tantost sur un coffre, et en cest
estat nous nous pressions fort, et imaginez-vous si je me faisois bien
prier d'ouvrir les cuisses et de me mettre en la posture qu'il vouloit
pour avoir plustost fait. Mais il n'importe, quoy que nous fussions
en crainte, nous ne laissions pas d'avoir bien du plaisir; encore
estions-nous bien heureux quand cela arrivoit, car quelquefois que
nous estions en train de remuer les fesses, nous entendions du bruict
qui nous faisoit dconner, et pensez quelle rage cela nous donnoit.
Quelquefois aussi c'estoit une fausse alarme; nous nous remettions et
quelquefois nous achevions, quelquefois nous n'achevions pas, parceque
quelque autre nous interrompoit. D'autres fois, la prsence de ceux qui
nous regardoient estoit si importune qu'il estoit assez heureux quand
il me pouvoit toucher la cuisse en un jour ou, tout au plus, me mettre
l'engin dans la main; c'estoit encore beaucoup quand nous le pouvions
faire toucher au mien et les faire baiser ensemble. Quelquefois que
nous estions assis sans nous toucher et que personne ne nous regardoit,
il mettoit son manteau audevant et me le faisoit veoir en bon point,
se complaignant avec les yeux, de quoy j'avois si grand piti que je
ne me pouvois saouler de le regarder. Cela m'obligeoit quelquefois 
m'approcher de luy, et tenant ma chemise leve par dessoubs ma jupe,
il couloit la main par la fente de derrire et me touchoit la chair
depuis les fesses jusques aux hanches et tout autour du ventre, et se
consoloit de cela. Or j'avois plus souvent (prvoyant son dessein) ma
robe de dessus  demi trousse, comme ont la plupart des filles quand
elles sont  la maison, et cela faisoit qu'il lui estoit plus facile de
me passer ainsi la main, parceque ma robe, qui couvroit tout, faisoit
penser, quand on le voioit, que c'estoit par dessus la jupe qu'il
m'embrassoit, tellement qu'il luy estoit quelquefois ays de la faire
arriver jusqu'au con dans les attouchements. Il me chatouilloit avec
le doigt; j'avois beau luy faire signe et luy dire  l'oreille qu'il
s'arrestast, il n'en faisoit rien, et pour peu que ma mre eust le dos
tourn ou qu'elle fist un pas  la fenestre, il me faisoit descharger.
Cependant, quand je pouvois, je luy prenois l'engin sous le manteau,
et regardant toujours ma mre, pour peu qu'elle eust destourn, je
luy branlois  luy pendant qu'il me branloit  moy et qu'il me faisoit
aussi descharger. Enfin, sans y penser, et  force d'imagination, nous
trouvasmes une invention (38) pour chevaucher devant le monde sans
qu'on s'en aperoive.

_Susanne._ Et comment faites-vous cela?

_Fanchon._ Une fois que j'empesois, debout sur la platine, et que
ma mre estoit descendue en bas, il s'approcha aussi tost de moy,
et troussant ma chemise par la fente de ma jupe, tout en discourant
de diverses choses et de la cruaut de nostre destine, il me mit le
manche roide entre les fesses, s'efforant de le faire aller jusques
au con. Je sentis qu'il remuoit l auprs et demeuray attentive  ce
qu'il faisoit, sans songer  ce que j'avois sur la platine, qui estoit
un cotillon de fustaine blanche que je repassois parce qu'il n'estoit
pas assez sec. Voyant qu'il n'y pouvoit arriver, il me mit la main sur
le cul et me dit que je me baissasse, et qu'il prendroit bien garde
s'il venoit quelqu'un, mais en me baissant la fente de ma jupe n'estoit
pas assez longue et luy fit sortir l'engin par la raie du cul, si bien
qu'il me fit redresser, maudissant son aventure, et se contenta de me
descharger promptement entre les fesses.

_Susanne._ Quel dommage!

_Fanchon._ Son ardeur estant appaise, il remit son engin dans sa
brayette, et je m'apperus aussi tost que le feu avoit pris au cotillon
qui estoit sur la platine. Je fis un cry en l'ostant promptement
de dessus, et ma mre arriva sur ces entrefaites, qui me querella
bien fort de ma ngligence et me dit qu'elle ne m'en donneroit point
d'autre. Mais Robinet mit le hol le mieux qu'il put, disant que
c'estoit une flammche qui estoit saute dessus pendant que j'avois
regard  la fentre, et que 'avoit est la faute de luy, qui n'y
avoit pas pris assez garde. Et voil comme l'affaire se passa.

_Susanne._ Mais o est donc cette invention que tu dis?

_Fanchon._ Entendez-moy, la voicy. Deux jours aprs, Robinet vint le
soir au logis et trouva qu'on danoit. C'estoit une petite compagnie
ou rjouissance qui se faisoit pour le jour de la feste de ma mre.
Il avoit trinqu ce soir l plus qu' l'ordinaire, et faisant semblant
qu'il vouloit dormir pendant que tout le monde danoit, il se mit dans
une chaise ou fauteuil bas, et trouvant  point nomm que j'estois
si lasse que je n'en pouvois plus, il me tira par derrire et me fit
asseoir sur luy pour l'entretenir. Je faisois semblant, en l'escoutant,
de regarder les autres, et cependant il me coula la (39) main par la
fente du cotillon et fit tant qu'il vint  me toucher le con. Je sentis
aussitost son affaire roide qui poussoit dessous moy et cela me mit
en humeur de ne luy rien refuser. Il eust bien voulu la passer par la
fente du cotillon et me le dit bas  l'oreille, mais il ne pouvoit
dtrousser le cotillon et n'y avoit pas d'apparence devant tant de
gens. Enfin, en mesurant avec la main combien il s'en falloit que ceste
fente du cotillon n'estoit pas assez longue pour parvenir au con, il
trouva justement  l'endroit qu'il falloit le trou que le feu avoit
fait au cotillon, quand ma mre me querella si fort; il me le dit
incontinent tout bas, et sans perdre de temps, rangeant ma chemise,
poussa son affaire dans le trou et coula tout entre mes cuisses. Je
m'accommoday dessus le mieux que je pus et fis tant qu'il en entra bien
la moiti. Nous fusmes longtemps de la sorte sans rien oprer, car il
n'osoit branler fort; nanmoins, s'aydant le mieux qu'il pouvoit, et
tousjours appuyant doucement du croupion, la compagnie ne s'apereut
point qu'il me avoit rien fait. Pour moy, je me tins ferme sur le
pivot et fis bonne mine jusques  la fin que j'eus assez de peine 
dissimuler le plaisir que je sentois. Il me le fit encore un coup, une
heure aprs, dans la mme posture, et du depuis elle nous a bien servy
et j'ai bni cent fois le cotillon perc pour m'avoir caus tant de
plaisir.

_Suzanne._ Cela estoit pourtant bien dangereux de la sorte, car comment
faisois-tu, quand le foutre couloit dans ton con, pour empescher qu'on
ne reconnust que ton plaisir venoit.

_Fanchon._ Ma cousine, je me contraignois furieusement et grinois des
dents en regardant contre terre.

_Susanne._ Vrayement, c'estoit l un beau moyen! Il ne falloit que
mettre les mains, comme cela, sur le visage et faire semblant d'avoir
mal  la teste.

_Fanchon._ C'est bien dit, ma cousine, mais, que voulez-vous, on n'a
point tout savoir. Je n'ay reeu jusques  ce jour d'instruction que
de votre part, car pour Robinet, hlas! nous n'avons pas eu loisir de
cela; c'est pourquoy vous savez bien tout ce que vous me pouvez avoir
appris.

(40) _Susanne._ Eh bien! demande ce que tu voudras. Qu'est-ce qui
t'empesche? Tu sais bien aussi si je t'ay jamais rien refus; car
comment veux-tu que je te devine si tu ne proposes rien.

_Fanchon._ Ma cousine, de tout ce que nous avons dit des plaisirs, j'ai
recueilly que ceste partie de l'homme qu'on appelle le vit est celle
qui donne le plus de satisfaction  la femme; (41) je voudrois bien
maintenant que me disiez quelles sortes de vits sont les meilleurs et
les plus divertissants.

_Susanne._ Je suis bien ayse que tu me proposes ainsi la chose par
ordre, et nous en viendrons  bout facilement. Tu doibs savoir
premirement qu'il y a des vits de toutes les faons, mais tous
gnralement se rduisent  trois, qui sont petits, grands et moyens.

_Fanchon._ O bon! les petits comment sont-ils?

_Susanne._ Ils sont de quatre  six poulces de longueur et gros 
l'advenant, mais ils ne sont pas de mise quand ils sont si petit, car
outre qu'ils ne remplissent gure le con, n'estant pas assez gros,
c'est que si la dame a le ventre un peu gros ou la mothe un peu trop
grossette, ce qui est une imperfection en elle, ou le trou plac un peu
trop bas, ce qui est un dfaut pareillement, ils ne sauroient entrer
que deux ou trois doigts en profondeur dans le col de la nature de la
femme.

_Fanchon._ Et les grands?

_Susanne._ Les grands escartent et entr'ouvrent trop la dame, par leur
grosseur, et luy font mal, quand mesme elle ne seroit pas pucelle, et
pour la longueur (42) ils atteignent trop avant dans la matrice, d'o
vient qu'il y a des hommes qui sont contraints de mettre des bourrelets
contre le ventre, ou bien la dame y met la main en les recevant, pour
les marquer selon la longueur qu'elle en veut et empescher que le reste
ne passe, et ceux l sont de dix  douze poulces.

(43) _Fanchon._ Et les moyen?

_Susanne._ Les moyens sont de six  neuf poulces et remplissent
justement le conduit de la dame et la chatouillent doucement.
Nanmoins, il y a des femmes qui sont plus ouvertes ou ont de plus
grands cons les unes que les autres, et  celles l il leur faut
un puissant engin, bien dur, long, gros et band, et qui soit bien
proportionn (44)  leur fente naturelle. Mais aprs tout, ma cousine,
soit grands, soit petits, c'est la vrit qu'il n'y a rien de si
savoureux et de si bon que le vit d'amy, et quand un homme que l'on
ayme bien n'en auroit pas plus gros que le petit doigt on ne le
trouveroit meilleur que le plus grand d'un autre qu'on n'aimeroit pas
tant. Cependant (45), pour l'avoir bien fait comme il faut, il doibt
estre gros et renforc sur la culasse, et venir en diminuant vers la
teste.

(46) _Fanchon._ Une autre difficult me survient.

_Susanne._ Et quelle?

_Fanchon._ D'o vient que les hommes, quand ils nous foutent, nous
disent quelquefois des injures et des villaines paroles, au lieu de
nous en dire de plus honestes, car je ne saurois concevoir que l'amour
leur fasse dire cela; c'est enfin toute douceur que l'amour, et qui ne
peut rien faire dire qui ne soit de luy.

_Susanne._ Il est vray, m'amie, et c'est en cela que tu ne le conois
pas. Tout ce qu'ils nous disent d'injurieux et de sale, c'est par
amour, et je m'en vais te (47) monstrer comment. Tu doibs savoir que
la principale cause de l'amour c'est le plaisir du corps, et sans cela
il n'y auroit point d'amour.

_Fanchon._ Ha! je nie cela, ma cousine. Je sais bien tout ce que vous
me direz, qu'il y a des amours brutales; il est vray, mais il y en a
qui ne le sont point aussi, et la diffrence de les connoistre, c'est
que les dernires durent longtemps l o que les autres ce n'est que
feu de pailles; elles sont passagres avec le plaisir.

_Susanne._ Elles sont toutes brutales, m'amie, si tu le prends l, et
je te le prouveray sur le champ, mais donne-moy le temps pour parler.

_Fanchon._ Tant que vous voudrez, ma cousine, je ne vous interrompray
point.

_Susanne._ Le plaisir passe, mon enfant, il est vray, mais le dsir
en revient, et c'est ce qui nourrit l'amour. Ha! parlons tout de bon
et sans feintise, aymerois-tu bien Robinet s'il estoit chastr, et
l'aurois-tu voulu prendre, pour beau et bien fait qu'il puisse estre,
si l'on t'avoit dit qu'il fust impuissant? responds.

_Fanchon._ Non, asseurment.

_Susanne._ _Ergo_, ce qui est vray  ton esgard ne le doibt-il pas
estre aussi vritable quant au sien? tellement que si, tu n'avois point
eu d'engin o loger le sien, si tu n'avois point eu de beaut pour le
faire bander ou qu'il t'eust trouve difforme  son gr, serois-tu si
simple que de t'imaginer qu'il t'eust ayme? et pour qui au reste?
pour tes beaux yeux? si tu n'en avois point? Non, non, cousine, il
faut que tu te detrompes: les hommes n'ayment que pour leur plaisir, et
quoy qu'ils nous tesmoignent le contraire quand ils nous recherchent,
ils ont tousjours leurs dsirs fichez entre nos cuisses, de mesme
que nous  les baiser et accoller, par honte de demander le reste.
As-tu jamais veu les bestes parmy les champs, combien amoureusement
le masle grimpe sur la femelle, le taureau sur la genisse, le cheval
sur la cavale (48)? c'est ainsi qu'il en prend des amours des hommes,
et quelques simagres que fasse un amant devant nous, quelques larmes
qu'il rpande, et quelques protestations d'honneur, d'amiti et de
respect qu'il nous fasse, si le cas y eschet et que nous en soyons
touches, tout cela ne va qu' nous renverser sur le lict, gaigner
le dessus et nous trousser insolemment la cotte, nous saisir d'abord
au poil qui nous croist au bas du ventre sur la mothe, se couler par
force entre nos cuisses, et en nous empoignant  belles mains par
les fesses, nous tirer  eux, malgr que nous le voulions bien. Et
pour tout service qu'ils nous rendent, il nous mettent  la main un
baston de chair (49), gros, long et estendu, dont toute l'ardeur et
l'affection ne va qu' engaigner au bas du ventre, dans un trou fait
exprs pour cela, tandis que nature prompte en nous estre obissante,
malgr nos refus est tousjours preste  le recevoir. Voyl o se
terminent (50) tant de souspirs, tant de plaintes et tant de dsirs,
qui est de s'entrefretiller les uns les autres, et quand ils ont
fretill qu'ils n'en peuvent plus, on voit que ce grand amour se passe
et s'esteint, et ne reprend sa force et vigueur qu' mesure que l'envie
leur revient de recommencer. Il arrive de l que ceux qui ayment le
plus, comme ces amoureux transis, sont ceux qui chevauchent le moins,
et ceux qui trouvent ou chevauchent quand ils veulent n'pousent gure
d'affections particulires pour les filles, ou s'ils ont attachement
pour quelqu'une, leur amour n'a de la violence qu' proportion de la
difficult qu'ils rencontrent  la chevaucher. Cela est estrange que
les filles, pour la pluspart, qui ayment si constamment et qui font de
l'amour un fondement  la vertu, en se chimrisant mille dlicieuses
penses, ne savent pas pourquoy elles ayment, et cest amour qu'elles
ont reu, par une subversion de raison qu'on leur imprime de jeunesse
(51), les sduit si finement qu'elles jureroient bien que ce n'est pas
pour chevaucher, et que leurs dsirs ont une plus noble fin et plus
honeste. Mais cependant, quand ce vient au fait, elles esprouvent le
contraire, et quand elles ont esprouv ce que c'est, au plus loin de
leur pense, et connu la corne avec quoy les hommes choquent, il est
force qu'elles prennent des sentiments plus modrez, et reconnoissent
alors que cest accouplement charnel et grossier est le feu qui les
anime et qu'il est la source et la fin de toutes ces belles penses
et imaginations d'amour spirituelles et esleves, qu'elles croyoient
provenir d'ailleurs que de la matrice.

_Fanchon._ Certes, je ne m'estonne plus, ma cousine, que vous soyez si
habile dans les plaisirs d'amour, puisque vous en savez si bien les
raisons, et je m'estonne comment et o vous les pouvez avoir aprises.

(52) _Susanne._ C'est mon amy qui a prins plaisir  m'instruire, pour
son grand plaisir, et s'il m'a bien dit de plus que devant qu'il eust
couch arec moy, lors qu'il sentoit que mon amour le pressoit trop,
il s'en alloit, contre son gr, veoir quelque fille pour se divertir,
et estant l s'efforoit si fort dessus elle qu'il en estoit allg;
trouvant par une fin contraire  ses dsirs celle de son amour, car,
comme j'ay dit, l'amour a cela de fin et de merveilleux qu'il ne fait
pas penser  chevaucher, et cependant c'est sa seule fin, o de soy il
aspire, et qui seule peut guerir son ardeur. Voil donc qui est rsolu
sur ce point.

_Fanchon._ Fort bien, il ne se peut pas davantage.

(53) _Susanne._ Or, la raison que tu m'as demande pourquoy les hommes,
en faisant cela, disoient des gros mots et villaines paroles, c'est
qu'ils prennent plaisir  nous nommer par les choses qui participent 
leur plaisir davantage et qu'ils ayment le plus, et comme en l'action
de la fouterie ils ont toutes leurs penses attaches au bas de nostre
ventre, de l vient qu'ils ne peuvent s'exprimer qu'en disant: H! ma
connaude, h! ma couillaude, avec telles autres appellations qu'ils
nous donnent selon la pense qui les anime; et la langue, qui pourroit
dire autrement, en est souvent empesche par la trop grande attention
de l'esprit, qui la fait fourcher et luy fait prendre un mot pour
l'autre. En quoy se voit alors la vive peinture  l'esprit de l'objet
aym, et l'me se rjouissant dans ceste connoissance, redouble les
estreintes et les embrassements et fait entendre ces mots en baisant,
dans le murmure et la douce union de deux langues qui se chatouillent,
de: Ma bonne! c'est qu'ils admirent la bont; que nous avons  leur
dpartir nos faveurs; s'ils disent: Ma colombe! c'est qu'ils pensent 
quelque ressemblance que nos caresses ont  celles des colombes; s'ils
disent: M'amour! mon coeur! c'est qu'ils ayment leur dame de passion et
qu'ils luy voudroient couler le membre jusqu'au coeur. Tous des mots
dont ils se servent sont autant de mots hirogliphiques dont chacun
d'eux porte une sentence entire, car s'ils disent: Ma connaude! c'est
qu'elle est bien pourvue de ceste partie en laquelle toute ide d'amour
se convertit, ou qu'ils reoivent un grand plaisir de cet endroit-l;
s'ils l'appellent: Ma couillaude! c'est qu'ils la trouvent forte et
vigoureuse et qui trousse un coillon en masle, ou qu'ils croyent luy
en avoir appliqu deux quand ils la joignent par en bas, et ainsi du
reste. De plus, il y a deux raisons bien douces et gentilles pourquoy
les hommes, quand ils sont aux prises avec nous, appellent toute chose
par leur nom.

_Fanchon._ Savoir.

_Susanne._ La premire, que nous possdant en toute libert, ils
s'gayent  nous dire les mots qui nous font le plus de honte (54),
pour rendre leur victoire plus clbre; la seconde, c'est que leur
imagination estant toute confite en dlices et dans la contemplation
de leur jouissance, ils n'ont pas la parole libre, et suivant la
promptitude de leurs dsirs, ils s'expliquent par monosyllabes; d'o
vient que ce qu'ils appelleroient en un temps: Paradis d'amour,
le centre des dlices ou des dsirs amoureux, le trou mignon, ils
l'appellent simplement un con, et ce mot de con, outre qu'il est
bref et qu'il nous donne  leurs yeux de la confusion et de la honte
(ce qu'ils sont bien ayses de veoir), c'est qu'il renferme en soy la
reprsentation des plus douces conceptions d'amour. Il en est ainsi de
l'engin de l'homme, qu'ils appellent simplement un vit, car autrement
il faudroit dire: ce qui n'a point de nom, un membre viril, le membre
gnital, et autres telles explications sottes et longues, que la fureur
d'amour ne donne point le temps de prononcer. Tellement qu'au lieu de
profrer avec trop de langueur: Allons, ma chre amie, prenez-moy le
membre gnital ou nerf qui me pend au bas du ventre et l'adressez au
centre des dlices de l'amour! c'est plustost dit, dans l'ardeur de
la passion: Sus, m'amour, mets-moy le vit au con! ou bien: Fais que
je te foute, que je te chevauche! L'amour excuse tout, et il n'y a
point de paroles sales  dire entre deux amants qui se baisent estant
 chevaucher l'un sur l'autre; au contraire, toutes celles l, ce sont
des douceurs.

_Fanchon._ Du moins, quand il ne seroit pas vray, ma cousine, vous le
persuaderiez bien,  vous ouyr, et vous en feriez bien venir l'eau  la
bouche, tant vous en savez discourir habilement et avec mignardise.
Mais quoy enfin, aprs tout ce que vous m'avez dit, voudrez vous
infrer que Robinet ne m'aymeroit que pour le corps?

_Susanne._ Je ne dis pas cela absolument (55): il y a de la modration
partout; l'esprit sait bien aussi aymer quelquefois autant que le
corps, de mesme que le corps l'esprit, et je t'apprendray ce que mon
amy m'a confess l dessus. Comme il croit que j'ay de l'esprit, et
du plus fin, il m'a dit que quelquefois, quand il m'avoit entendu
discourir sur des matires releves et honestes, lorsqu'il me pouvoit
tirer  l'escart, il estoit si anim  me chevaucher sur le champ,
qu'il ne pouvoit plus commander  son vit roide, et ce pour la beaut
de mon me; qu'il luy sembloit qu'il me chevauchoit l'esprit en me
chatouillant le corps, tant il prenoit plaisir  chercher ceste me par
le dedans.

(56) _Fanchon._ Je suis contente de cela, ma cousine, et me voyl
suffisamment instruite s amours et coustumes des hommes; mais 
l'esgard des filles, sur qui l'amour n'a pas moins de pouvoir, d'o
vient qu'il y en a qui sont si scrupuleuses de les baiser, quand mesme
on n'en sauroit rien, et que le bon Dieu, comme vous dites, n'y seroit
point offenc?

_Susanne._ Ho! ho! c'est qu'elles ont peur d'engrosser.

_Fanchon._ Et comment, ma cousine, c'est donc cela qui engrosse? et si
j'avois  le devenir par tant de foutre que Robinet m'a mis dedans le
con?

_Susanne._ Va, va, n'aye pas peur; j'aurois trop de piti de toy, si
cela t'arrivoit, et j'ay des remdes en ce cas qui ne te manqueront pas
au besoin.

_Fanchon._ Il faut donc que vous m'en donniez, s'il vous plaist, ma
cousine.

_Susanne._ Ouy, ouy, je t'en donneray quand il faudra, et de plus,
pour t'oster toute crainte, il y a une chose  considrer encore:
c'est que ce malheur n'est pas si extraordinaire qu'on le doibve tant
apprehender. Et combien qu'il y ayt des filles grosses dont on ne
s'aperoit point, au moyen de certains busques et habillements faits
exprs, dont elles se servent, lesquelles cependant ne laissent pas
de se donner bien du bon temps autant qu'elles peuvent avec ceux qui
les ont engrosses. Aussi, voyl bien de quoy! pour neuf mois que
l'on passe en dlices et plaisirs, on n'engrosse qu'une seule fois, et
penses-tu, dame, tous les coups ne portent pas. Non, on est quelquefois
bien un an, voire deux, quatre, six et le plus souvent jamais sans
s'engrosser, et c'est le plus grand hazard du monde quand cela arrive
ou que l'on n'a pas de moyens pour s'en empescher. Au pis aller, on a
tousjours sept ou huit mois pour se prparer, et dans ceste intervalle
on feint des maladies, des promenades, des pelerinages, et quand le
temps est venu on se descouvre  une sage-femme qui est oblige, sur
sa conscience, de tenir le fait cach secret. Un amy vous conseille et
assiste au besoing, on fait des voyages d'un mois ou de six sepmaines,
et quand mesme on serait espie, il ne faut qu'un jour ou deux pour
se descharger. Aprs, vous voyl aussi gaye que Perrot: on enlve
l'enfant, que l'on donne  une nourrice, et tout cela aux despens de
qui l'a fait. Va, va, tu ne connois pas toutes celles qui ont pass par
l, et  qui il ne parot point.

_Fanchon._ Ma cousine, je m'en doubte et ne craindray plus tant ce
malheur, ce me semble, car je me reprsente encore que c'est une
satisfaction bien grande d'avoir mis au monde une crature raisonnable,
qu'on a faite avec une personne qu'on ayme.

_Susanne._ Il est vray cela.

(57) _Fanchon._ Mais aprs tout, ces filles qui sont si timides et
qui ont si peur d'engrosser, comment peuvent-elles donc faire pour se
passer d'hommes, quand l'envie leur en prend et les surmonte si fort
que le con estant tout en chaleur il n'y a aucune allegeance de quelle
faon vous le frottiez?

_Susanne._ Je te diray, cousine, il y en a qui n'ont jamais est
touches d'aucun et qui ne laissent pas pourtant de se bien donner de
bon temps  s'exciter  la volupt, sans crainte de cela.

_Fanchon._ Comment peuvent-elles donc faire?

_Susanne._ J'ai leu dans un livre d'histoire d'une fille de roy, qui
se servoit d'une plaisante invention, au dfaut de vritable masle.
Elle avoit une statue d'homme de bronze, peinte, en couleur de chair
et fournie d'un puissant engin d'une matire moins dure que le reste.
Cest engin estoit droit et creux, il avoit la teste rouge et un petit
trou par le bout, avec deux pendants en forme de coillons, le tout
imit au naturel. Et quand la fille avoit l'imagination eschauffe de
la prsence de ce corps, elle s'approchoit de cest engin qu'elle se
fourroit dedans le con, elle empoignoit les fesses de ceste statue
et les trmoussoit vers elle; et quand ce venoit  descharger, elle
tournoit un certain ressort qui luy sortoit derrire les fesses, et la
statue jettoit incontinent par l'engin une certaine liqueur chaude et
espaisse, blanche comme bouillie, dans le con de la fille, dont elle
estoit arrose et satisfaite pour le coup.

_Fanchon._ De quelle invention l'amour n'est-il point capable, et qui
se seroit jamais all imaginer cela de la sorte?

(58) _Susanne._ Il est pourtant vray cela, et il n'en faut non plus
doubter que de ces hommes qui ont des statues de belles femmes dans
leurs cabinets, qui leur servent  mesme dessein, et les foutent, quand
ils ont le vit roide, par la fente qu'elles ont au bas du ventre, et
qui est profonde  proportion.

_Fanchon._ Il est aussi croyable que l'autre, mais achevez.

(59) _Susanne._ Les filles qui n'ont point le moyen d'avoir des statues
se contentent de gaudemichis ou de simples engins de velours ou de
verre, forms  la ressemblance d'un membre viril naturel, lequel elles
emplissent de laict chaud et s'en chatouillent comme d'un vritable
vit. Les autres se servent avec des cervelas, de grosses chandelles
de quatre  la livre, ou, faute de cela, mettent le doigt au con tant
avant qu'elles peuvent et se font ainsi descharger. Et tant de pauvres
filles recluses malgr elles, et toutes les religieuses qui ne voient
le monde que par un trou, sont bien contraintes d'en user ainsi, et ne
peuvent chasser les tentations autrement, car le foutre estant naturel
comme le manger et le boire, quand elles ont pass quinze ans elles
ne sont plus dans l'innocence, et faut bien qu'elles appaisent leur
chaleur naturelle vitale.

_Fanchon._ Aux autres, ma cousine, cela va sans dire.

(60) _Susanne._ Celles qui ont des amis et qui craignent de s'engrosser
se contentent de les baiser et toucher, et elles souffrent aussi
d'estre baises et touches et mesme que leurs amys leur manient les
fesses, les cuisses, le con, les tetons, la mothe, qu'ils mettent
l'engin auprs le leur, qu'ils les visitent par tout amoureusement,
et qu'ils leur deschargent entre les cuisses, entre les fesses, entre
les tetons ou dans la main. Pour porter dans le con, et s'engraisser
de ce foutre tout le bas du ventre, point de nouvelle; ils les
grattent seulement avec les doigts entre les babines du con, en les
escarquillant et entr'ouvrant, tandis qu'elles les baisent et badinent
de mesme avec leur vit roide entre les mains.

_Fanchon._ Aprs?

_Susanne._ Il y en a de plus hardies qui se laissent enconner et
frtiller, mais d'abord qu'ils veulent descharger, elles sont faites 
cela et le connoissent, et leur donnent un coup de cul et les jettent
dehors. Ainsi elles vont croissant ou diminuant leurs libertez, 
mesure qu'elles sont plus ou moins esprises des dlices de l'amour,
mettant un petit linge  la teste du vit et le laissant descharger
sans dconner, parce que le linge reoit la liqueur d'amour; et les
dernires, qui sont plus hardies que toutes, ne craignent point de
se laisser descharger sans mettre le linge, mais (61) elles prennent
garde, en s'accordant, que ce soit quelque temps seulement l'un aprs
l'autre. Car c'est vrit connue et exprimente de tous les mdecins,
qu'il faut que les deux descharges se passent ensemble pour engendrer
et engrosser; aussi, c'est pour cela que le plaisir en est plus grand
et que la fille en ressent deux  la fois qui luy viennent, qui sont
la liqueur de l'homme, d'une part, et la sienne qu'elle rpand avec
luy, de l'autre. D'o vient qu'il y en a beaucoup parmy elles qui se
mocquent de toutes ces prcautions, et qui ayment mieux recevoir un
plaisir certain et infaillible et que l'on ritre souvent, que de s'en
priver continuellement par la crainte d'une incertaine grossesse. Je
dirois encore mille choses qui font que ceste grossesse n'est rien,
mais croy moy seulement que celles qui ont bien envie de se divertir y
donnent toujours bon ordre, soit que cela arrive ou par empeschement
qu'elles y donnent (comme aussi l'on voit qu'il arrive rarement, et
que de cent filles qui chevauchent en secret, il n'y en a pas deux
qui engrossent), ou que si elles ne peuvent l'viter, qui font du
moins qu'on n'en parle jamais, aprs ou devant le cot. Mais fais en
sorte que ceste crainte ne te vienne pas troubler en tes plaisirs; au
contraire, recherche avec soin le moyen de les augmenter, car tu ne
saurois croire enfin, quand tu l'auras mieux esprouv, combien il
est doux et charmant et qui passe tous les contentemens du monde de
s'abandonner entirement  une personne qu'on ayme, pour en faire  sa
volont.

_Fanchon._ Certes, ma cousine, vous auriez besoin de reprendre haleine
aprs avoir parl si longtemps, mais puisque vous vous en acquittez si
bien, nous n'en demeurerons pas l, car j'ai encore trois ou quatre
petites questions  vous faire, et je ne vous laisse aller sans que
vous ne m'y ayiez rpondu.

_Susanne._ Tu me tiens  ceste heure, et il n'est possible que je te
refuse.

_Fanchon._ Ma cousine, je vous diray donc (62) que je crains d'estre
devenue grosse, et si vous demandez pourquoy, c'est que toutes les fois
que nous avons chevauch, Robinet et moy, il a voulu que nous ayons
descharg ensemble, pour y avoir plus de plaisir, car le combat de
semence contre semence est entirement voluptueux, et je vous demande
si vous ne savez point quelque autre signe que celuy l pour me faire
croire que je ne le sois point?

_Susanne._ O qu'ouy, vrayement. Ce n'est pas tout que descharger
ensemble, il faut de plus que la femme, dans le point de la descharge,
si elle veut que le coup porte, tienne les fesses serres l'une contre
l'autre et ne se remue en faon quelconque que tout ne soit fait et
achev. Or, regarde si tu en as us de la sorte.

_Fanchon._ Pour bien serrer les fesses, je les ay tousjours serres,
et je pourrois bien estre grosse de ce coup l, mais pour avoir demeur
immobile comme une souche, au milieu d'un si grand plaisir, nullement,
et c'est ce qui m'est impossible; ainsi j'ay tousjours remu avec le
plus grand apptit du monde.

_Susanne._ Eh bien, cela seul est capable de l'avoir empesch, parce
qu'en se remuant ainsi cela fait aller le foutre de l'homme  et l,
et il ne tombe pas justement au lieu o il devroit dans celuy de la
femme, ce qui fait (63) qu'on engrosse. Mais pour serrer les fesses tu
ne t'en doibs pas estonner parce qu'on ne s'en peut point empescher, ce
qui est de l'essence du plaisir d'amour de les faire serrer ainsi; car
en avanant le cul en avant, elles viennent  se presser l'une contre
l'autre de ncessit et  se faire petites, de la force qu'elles ont
 se joindre, et  mesure qu'elles se serrent ainsi par derrire, la
nature, qui ne fait rien en vain, fait battailler davantage par devant
l'entre de la matrice, en approchant contre l'homme,  cause de la
commodit qu'elle y trouve, et les lvres du con, pour engloutir mieux
le membre viril et se conjoindre ainsi d'autant plus  l'objet aym;
d'o vient que chacune des parties qui souhaite passionnment cette
union, dit tousjours, dans l'action: serre, serre, serre! qui veut
dire: serre par derrire et ouvre par devant, et cela ne manque pas
d'arriver ensuite, ainsi que je l'ay dit.

_Fanchon._ Tousjours en raisonnant avecque vous vous m'apprenez quelque
chose, ma cousine et me voyl toute console  prsent touchant les
difficults de la grossesse, que je n'apprehende plus, tant  cause de
ces raisons l (64) que vous m'avez dites qui la peuvent empescher, que
pour les remdes que vous avez conts. Mais ne me sauriez-vous dire
d'o vient que les hommes sont plus ayses que nous leur touchions le
vit avec la main que toute autre partie du corps? et mesme quand ils
ont tout mis dans la nostre, ils se dlectent encore, en faisant, 
nous sentir la main qui leur patine par derrire les ballottes.

_Susanne._ Cela n'est pas bien mal ays  dcider: c'est qu'un des
plus grands plaisirs qu'ils reoivent est de cognoistre qu'ils nous
en font, comme j'ay desj dit, et c'est en cela que consiste la plus
grande bont de l'amour, qu'il veut partager esgalement tous les biens,
en sorte que l'un n'en ayt pas plus que l'autre. Or, quel meilleur
moyen avons nous de leur faire cognoistre qu'ils nous en font, si
ce n'est en dsignant avec la main l'instrument dont ils se servent
pour nous en donner  gogo? Cela leur faict penser, quand nous leur
touchons, que nous ne nous rebutons pas, et que nous voulons comme
dire en nous-mesmes, tandis qu'ils nous regardent faire: Je prends
plaisir  toucher cela avec la main, parce que c'est tout mon bien
et mon bon-heur, parce que je l'ayme ainsi faict comme il est et que
c'est par luy que je doibs recevoir mon plus grand plaisir. Cela les
oblige bien sensiblement de leur cost, et l'attouchement de la main
est bien plus exquis et qui faict mieux examiner  la femme qui taste
ce que c'est de cest engin, par le soin qu'elle y apporte, que si elle
se servoit de celuy de quelque autre membre. Cest attouchement aussi a
bien plus de suc et de mouelle pour eux et les pntre jusqu'au fond,
et le simple maniement volontaire d'une main blanche et dlicate qui
se promne autour de leur baston pastoral est suffisant pour leur
expliquer tous les mouvements du coeur de leur dame. La main qui
s'applique doucement sur quelque chose est comme le symbole de l'amiti
qu'elle lui porte, comme aussi quand elle s'applique trop rudement elle
est un tesmoignage de haine. Nous touchons ordinairement les choses
que nous aymons avec la main: deux amis se touchent dans la main pour
dire qu'ils s'ayment, mais d'un amour purement spirituel et qui ne
leur permet pas de toucher autre chose; mais celuy de l'homme et de la
femme estant naturel et plus accomply, en ce que le corps et l'esprit y
ont part, ils se touchent aussi l'engin dans la main l'un de l'autre,
pour se dire qu'ils s'ayment, et une femme qui faict et souffre cela
rciproquement  un homme, luy tesmoigne bien plus sensiblement qu'elle
l'ayme que si elle ne le faisoit qu' la main, car nous n'avons rien
de plus cher que les coillons, et je dis, bien plus, que si elle
se laissoit baiser, embrasser, chevaucher, foutre, enconner, en un
mot, descharger le vit en son con, et qu'elle refusast nanmoins de
luy toucher le vit, elle ne luy tesmoigneroit point si vritablement
qu'elle l'ayme que si elle venoit  luy mettre simplement la main
dessus, par affection, et qu'elle refusast par crainte de se laisser
faire le reste. Aussi est cela le comble du plaisir amoureux, quand la
femme ne peut plus rien toucher  l'engin de l'homme qu'elle a tout
dans le sien, elle tasche au moins de luy toucher sur le bord ce qui
luy en reste dehors dans l'union des deux membres, et faict caresse 
ses ballottes (65) qui sont les ministres du plaisir. Il n'y a point
de plus grandes privautez que celles qui se font de la main, et la
nature qui a prvu  cela que l'homme peut recevoir deux plaisirs  la
fois, qui sont celuy du con et de la main, elle luy a laiss une assez
grande partie et espace du vit derrire les coillons, qui ne peut
entrer et qui va rendre jusqu'auprs du cul, afin que la femme peust
luy toucher, mettre la main dessus, gravonner pendant le temps de la
conjonction. Cela monstre bien qu'il n'y a dans la composition de tous
deux (66) rien qui ne soit  dessein et dont il n'y ayt des raisons, si
on les vouloit esplucher, et partant c'est bien abuser des moyens que
la nature nous a donns pour nous contenter que de ne les pas employer
tous selon l'usage pour lequel ils ont est faicts. Je me suis un peu
estendue sur ce discours, parce qu'il me touche  mon esgard et que
c'est l aussi un des plus grands contentemens de mon amy, lorsque nous
sommes nud  nud entre deux draps, lorsqu'il voit que j'ay (67) les
mains bien blanches, que de les appliquer en ce lieu que l'on appelle
improprement honteux, parce qu'il est la cachette du plus grand plaisir
du monde et qu'il nous faict souvent rougir de honte, par trop d'ayse,
quand nous y touchons. Comme aussi je reois une double joye en mon
coeur quand il ne ddaigne pas de me faire les mesmes caresses; car je
te prie, ma chre cousine, quel plus grand dlice de voir un petit bout
de chair flasque pendant au bas du ventre, de son amy, que nous prenons
avec nostre main et qui peu  peu se dresse, tant que tout  coup il
devient si gros qu' peine le pouvons-nous empoigner avec une main, et
la peau en estant si dlicate que l'attouchement de la main seul nous
faict pasmer d'ayse, et lorsqu'il est ainsi bien roide, en le broyant
bien doucement, vous le sentez enflamm de chaleur et d'une couleur
cramoisine qui vous dilecte entirement la veu, tellement qu' force
de le frotter, vous faictes extasier vostre amy et voyez enfin que le
vit vous crache contre les doigts une liqueur blanchastre, tout oppose
en couleur  celle du vit lors qu'il est ainsi en fureur, qui estant
passe faict que nous le laissons vistement tomber en mesme faon que
nous l'avons pris, jusques  ce qu'un peu aprs nous recommencions.

(68) _Fanchon._ Ma cousine, cela va le mieux du monde, mais venons au
reste: je vous prie, qui est-ce qui a le plus de plaisir, de l'homme ou
de la femme, dans la conjonction naturelle?

_Susanne._ Cela est bien mal ays  rsoudre, car si on regarde en
l'escoulement de la semence, qui cause le plaisir, il n'y a point
de doubte que la femme n'en ayt davantage que l'homme, parce qu'elle
sent la sienne, comme j'ay dit, et celle de l'homme en mesme temps,
s'entrerencontrant par un mouvement chaleureux et un peu contraire,
et qui la chatouillent, au fond de la nature, toutes deux ensemble,
l o l'homme ne reoit point de plaisir de celle de la femme, qui ne
coule pas en luy. Mais si on regarde qu'une partie du plaisir consiste
dans la chaleur et dans le tremoussement que l'on a, et que celuy qui
agit, s'il se plaist davantage dans son action que celuy qui ne bouge,
 proportionne raison ayme celuy sur lequel il s'agite, on ne pourra
rsoudre en ce cas lequel des deux est plus content et satisfaict.

(69) _Fanchon._ Et pourquoy est-ce, ma cousine, que le plaisir arrive
de la sorte, et que tous deux, naturellement et sans savoir qu'il y en
ayt, souhaictent tant de se joindre?

_Susanne._ C'est qu'autrefois, remarque bien cecy, l'homme et la femme
n'estoient qu'un, et ils estoient conjoints ensemble par ces deux
membres qui estoient enclos l'un dans l'autre, en sorte que l'homme
ne mouroit point et se reproduisoit continuellement en sa partie qui
estoit sa femme et qu'il empeschoit de mourir. Et du depuis qu'ils
ont est spars l'un de l'autre, la nature, qui se resouvient de sa
dsunion, veut tousjours retourner  soy-mesme, pour avoir l'ancienne
conjonction, et s'efforce, quand elle trouve, de deux corps de n'en
faire qu'un. D'o vient que, pour signe de rjouyssance, elle en pleure
de joye, et il semble en mesme temps que les deux corps ne se doibvent
jamais disjoindre, tant ils sont collez l'un  l'autre, et qu'ils ont
bien repris racine; et peu aprs, elle se retire de tristesse, voyant
que cela n'arrive pas.

(70) _Fanchon._ Ma cousine, qu'est-ce donc que l'amour?

_Susanne._ C'est le dsir d'une moiti pour servir ou s'unir  son
autre moiti.

_Fanchon._ Expliquez-moy cela plus clairement, s'il vous plaist.

(71) _Susanne._ C'est un apptit corporel ou un premier mouvement de
la nature, qui monte avec le temps jusques au sige de la raison, avec
laquelle il s'habitue et se perfectionne en ide spirituelle; d'o
vient que ceste raison examine avec plus de cognoissance les belles
convenances qu'il y auroit que ceste moiti fust unie  son autre
moiti. Et quand la nature est arrive  sa fin, ceste ide ou vapeur
spirituelle vient  se rsoudre peu  peu en une pluye blanche comme
laict, et s'escoule, le long de l'espine du dos, dans les conduits, et
elle devient le plaisir de la chose dont elle n'estoit auparavant que
l'ide.

_Fanchon._ Et pourquoy est-ce que ceste ide chatouille si fort en
passant?

(72) _Susanne._ C'est qu'elle se resjouit sur le point qu'elle est
proche de se communiquer  la chose ayme.

(73) _Fanchon._ Cela est certes bien dlicat et amoureux, et pourquoy
donc ceux qui sont en cest estat ne peuvent-ils rire, veu qu'ils sont
si ayses, sur tout dans le moment que le foutre s'escoule, et qu'il
semble que toutes choses les y convient?

_Susanne._ C'est qu'ils n'ont pas le plaisir dans la teste, et que
toute leur joye est au cul ou bien entre con et coillons.

_Fanchon._ Ha, ha, ha, ha!

_Susanne._ Mais il se peut imaginer encore autrement.

_Fanchon._ Comme quoy?

_Susanne._ C'est que l'me est tire en bas par la force du plaisir
et comme arrache de son sige par la grande attention qu'elle porte
 ceste union si dsire des deux corps, qui se faict en cest endroit;
d'o vient qu'elle ne songe plus  soy et laisse vuides et desgarnies
de sa prsence les fonctions de la raison. Or, l o elle ne raisonne
plus, l aussi elle n'est plus libre, et par consquent elle ne peut
rire, car c'est une proprit de la raison et effect de la libert.
Pour preuve de cela, c'est que, au commencement que ceste ide passe,
l'on esprouve une certaine langueur et assoupissement des sens par
toute la teste, qui est une marque de la privation de l'me qui n'y
exerce plus son pouvoir, tellement qu'il en arrive comme  ceux que la
rencontre d'un cas merveilleux tient suspendus entre l'admiration et
la joye, et qui sont tellement saisis et resserrez par ceste dernire,
qu'ils n'ont plus la libert de s'estendre et ne peuvent se partager
pour en rire.

(74) _Fanchon._ Ma cousine, cela est trop dlicat pour moy du premier
coup, et il mrite bien que nous y fassions reflexion une autre fois.
Mais pourquoy est-ce que les hommes, quand ils ne nous peuvent mettre
le vit dans le con, ils se plaisent au moins de le mettre entre
nos cuisses, entre nos fesses, entre nos tetons, dans nostre main,
et quelquefois nous en saluer le visage et autour du menton? Car
certainement il y a l une espce d'amour aveugle, quoy qu'il n'y ayt
point de vray sentiment, dont je ne saurois m'imaginer la cause.

_Susanne._ C'est bien dit, aveugle, et souviens-toy de ce que nous
avons dit auparavant de l'ide, c'est que ces membres l de la femme
sont aussi bien partie de l'homme que les autres; car l'amour, qui est
aveugle et qui ne sait o se faict la conjonction, ne se soucie pas
pourveu qu'il communique son plaisir en quelque endroit de la femme, ne
demandant que la conjonction de deux parties. D'o vient que quand il
sent cela il s'agite et remue contre elle, et trompe la raison, parce
que l'ide le veut ainsi,  cause de quelque ressemblance que ceste
dite conjonction a avec la vritable naturelle; d'o vient qu'il est
ravy quand il sent quelque chose en la personne ayme qui luy presse
et qui luy frotte l'engin pour l'abuser d'autant plus, soit quand il le
pousse de force entre ses genoux ou soit quand il luy faict serrer les
deux mamelles  l'entour, tandis qu'il faict l'action de se remuer.

(75) _Fanchon._ Ma cousine, c'est assez, et nous n'avons rien dit du
baiser de la langue, qui semble aussi estre une fantaisie.

_Susanne._ Le baiser de la langue, c'est une autre tromperie de
l'amour qui cherche la conjonction en toute chose et en toute sorte
de manires; c'est une image et reprsentation du vit qui entre dans
un con, pour s'unir  sa moiti, et la langue qui glisse en la mesme
guise soubs une autre langue, estant presse  l'entour par les deux
lvres ennemies, l'me est trompe par la ressemblance de cest object.
D'o vient qu'elle veut aussi quelquefois plus de rsistance par
l'opposition des dents, pour mieux imiter ceste douce force que le vit
rencontre par en bas pour s'unir parfaictement au con. C'est pourquoy
il semble alors que le coeur s'exhale par la bouche en souffrant les
caresses qui luy sont faictes, et quand l'amant peut imaginer cela de
soy, que son vit iroit de mesme dans le con de la personne qu'il baise,
laquelle, de son cost, coupe aussi la mesme pense, et qu'un plaisir
est bien plus dlicieux que l'autre, il s'exprime par l aussitost
un doux air qui est comme un tesmoignage de ce que les deux moitis
qui cognoissent le symbole de ceste union de langues souhaicteroient
davantage, d'o vient qu'elles se picottent  et l et pressent de
ces mesmes langues et imitent les plus vaines et nafves gesticulations
du membre viril, et l'imagination se resjouit presque autant de ceste
vaine figure que si le plaisir vritable y estoit conjoint.

(76) _Fanchon._ Ma cousine, je descharge, n'en parlons plus. Et
pourquoy, en dernier lieu, est-il plus plaisant quand la femme est
monte dessus l'homme et qu'elle le chevauche, que quand elle est
dessoubs et l'homme estendu sur tout son corps, ayant tout  point son
vit rougeastre et prest  bander dans son con?

_Susanne._ Je t'ay desj dit cela d'une faon, et le voyl d'une
autre: c'est une autre correspondance de l'amour, laquelle ne vient
pas de ceste considration d'une moiti, comme il arrive dans la
distinction que nous avons faicte de l'homme en deux parties spares,
mais plustost c'est que l'homme et la femme estant considrs comme
deux touts parfaicts, ils dsirent, par la grande affection qu'ils se
portent, de se transformer l'un dans l'autre.

_Fanchon._ Mais il ne faict rien pour cela que la femme doibve tenir le
dessus plustost que le dessoubs.

_Susanne._ Si fait bien! il y faict, et elle le doibt; en voicy la
raison: c'est une proprit donc, de l'amour reconnue, que l'amant
souhaicte que l'amour luy transforme en la chose ayme.

_Fanchon._ Eh bien, je l'avoue.

_Susanne._ Or, en ceste posture o la femme est dessus et l'homme
dessoubs, il y a une ressemblance de ceste mtamorphose, par la
mutation des devoirs qui est rciproque; au moyen de quoy l'homme
se revest entirement des passions de la femme, et ceste posture luy
figure qu'il a chang de sexe, et la femme rciproquement s'imagine
d'estre devenue homme parfaict dans la situation qu'elle luy faict
garder, se sentant esprise du dsir d'en faire les mesmes fonctions;
tellement que l'un ne peut pas s'imaginer estre chang en l'autre,
qu'il ne s'imagine aussi que l'autre soit chang en luy. Il faut
adjouster  cela que si vous les voyiez de loin accoupls comme ils
sont, vous les prendriez l'un pour l'autre; voyl une raison qui me
semble assez pertinente.

_Fanchon._ Et qui a bien du rapport  nostre premire faon de
concevoir et qui la fortifie beaucoup dans mon esprit.

_Susanne._ Quelle?

(77) _Fanchon._ Qu'une moiti dsire de s'unir  son autre moiti.

_Susanne._ C'est un tesmoignage de bont du principe quand les effects
et les raisons de la cause qu'on en tire sont bien deduits.

_Fanchon._ Je suis donc d'advis que nous nous tenions  celui l, ma
cousine, sans en chercher d'autre, car aussi bien nous n'en trouverons
pas de meilleur.

_Susanne._ C'est ce qui me semble, mais cependant remarque donc bien ce
que nous avons dit ce jourd'huy, pour t'en resouvenir, car aprs cela
je ne pense pas qu'on puisse faire d'autres recherches sur l'amour que
celles que nous avons expliques.

_Fanchon._ Faites-moy une petite rcapitulation, je vous en prie.

(78) _Susanne._ Nous avons premirement parl des effects, qui
sont les paroles, les attouchemens, les baisers, les oeuvres, les
conjonctions; nous avons expliqu pourquoy ils se practiquent ainsi,
qui est ce que beaucoup d'autres ne se souviendroient pas de faire,
et nanmoins qui donne un grand prix  la besoigne quand on le sait;
nous avons dit les humeurs diffrentes des hommes et des femmes, leurs
compositions et apptits divers; nous avons descouvert ce que c'estoit
que l'amour, sa nature, ses proprits, ses effects et ses usages,
pourquoy, comment et en quel endroit il agissoit, et les raisons de
tout cela. Et si nous avons oubli quelques choses, elles sont de
peu de consquence, touchant mille petites particularitez que l'on a
accoustum de practiquer et qui diversifient la fonction du plaisir
d'amour pour quelque ragoust que l'on y trouve; ce sont de petites
superficies en luy, qui ne valent pas la peine d'estre touches, et
qui ne prennent leur considration seulement que selon le plus ou
le moins de conformit qu'elles ont  signifier qu'une moiti veut
s'unir  son autre moiti. Comme il y a premirement les postures, qui
sont les embrassemens de plusieurs sortes, il y a les fretillemens,
les secousses, les agreements ou gesticulations, les gmissemens,
souspirs, esvanouissemens, pasmoisons et coups de main, et toutes les
autres caresses que nous avons dites plus amplement  la fin de nostre
premire confrence, tellement qu'il faut finir celle-cy, et remettre,
s'il y a encore quelque chose  dire,  une autre fois.

_Fanchon._ Ma cousine, touchez l, vous me le promettez donc.

_Susanne._ Ouy, ouy, je te le promets; il ne faut point tant de
crmonies.

(79) _Fanchon._ Cela estant, me voyl en repos et je n'ay plus qu'
vous remercier des bontez que vous m'avez tesmoignes jusques  ceste
heure, dont je vous seray ternellement redevable.

_Susanne._ Comme tu complimentes! O la belle chose! et de quoy me
remercieras-tu?

_Fanchon._ De la patience que vous avez eue  m'instruire tout
aujourd'huy,  former mon esprit grossier, qui estoit sans la practique
des choses et sans en concevoir les raisons les plus excellentes. Le
dernier fruict de vostre discours, c'est que l'amour est une source
inespuisable de penses, et que l'on ne sauroit dire de luy tant de
choses bonnes et de raisons qu'il y en a l o vous avez eu la bont
et l'adresse de me conduire peu  peu, des plus communes et des plus
basses jusques aux plus releves.

_Susanne._ Or sus, trefve de compliments, et disons encore cecy:
l'amour a cela d'accommodant qu'il satisfaict entirement tout le monde
selon sa porte: les ignorans par une pleine jouyssance des plaisirs
qu'ils y trouvent sans savoir d'o ils viennent, les habiles gens par
les douces imaginations que l'esprit y conoit en les recevant. Par
exemple, dans ceste posture que l'homme faict tenir  la femme quand
elle monte dessus, combien de douces considrations peuvent satisfaire
l'esprit, causes par le seul eschange mutuel des devoirs et des
volontez qui se practique entre eux; car de chevaucher simplement une
femme qui se laisse faire et que la honte ou la froideur empeschent
de passer outre dans la recherche du plaisir, c'est une satisfaction
commune, et il n'y a que le plaisir de descharger dans son con qui
chatouille les sens de l'un et de l'autre pour un peu de temps. Mais
quand, au lieu de veoir que l'homme se tourmente pour venir au point
dsir, c'est au contraire la femme qui prend ceste peine de chevaucher
et qui prend la peine d'elle mesme de s'engaigner autour de sa forte
et dure lance, en faisant pour cela,  ses yeux, les actions requises
et ncessaires, ! dame, c'est un bonheur qui n'a point d'esgal et qui
les doibt ravir en des contentemens extrmes. (80) Car il voit sur luy
le ventre, le nombril, les cuisses, la mothe, le con et gnralement
tout le corps de sa mieux ayme, qui donne de vifs esguillons  sa
flamme; il voit et sent l'agitation naturelle qu'elle faict sur luy en
luy pressurant amoureusement la plus pretieuse partie de luy mesme;
il l'admire en face, qui faict toutes ces choses; il semble qu'il
doubte, il taste encore pour s'asseurer de son bonheur, il s'escrie
de plaisir chaque coup qu'elle donne, il se transit d'ayse en sentant
ses attouchemens, et estime plus son bon vouloir que le reste, asseur
qu'il est d'en estre aym. Et quand l'amour aprs vient  payer le
tribut deu  leurs contentemens, il voit fondre son plaisir dans ses
yeux, et comparant les clairs rayons qui viennent de ces mmes yeux,
vrais miroirs de l'me, avec les postures et grimaces naturelles
qu'elle faict de son corps, de ses reins, de sa teste, de ses cuisses
et de la partie la plus secrte o il a le contentement de loger
son membre tout entier, croit que ses autres membres, bien qu'ils ne
voyent goutte, ne laissent pas de sentir leur part du plaisir. La femme
aussi, qui est dessus, considre de son cost et faict des reflexions
particulires sur chasque posture, en suite  les conter toutes une par
une, qui a son nom propre aussi bien que ses ragousts diffrents, sur
lesquels on recommenceroit d'icy  dix ans.

(81) _Fanchon._ Ma cousine, ce ne seroit jamais faict qui voudroit
icy rapporter les imaginations de tout le monde, car, pour moy, j'en
puis bien concevoir des autres que celles l, et qui ne me semblent
pas moins douces ny moins remplies de volupt et dlectation; mais
dites-moy seulement une chose, tandis que vous mettez votre coeffe pour
vous en aller.

_Susanne._ Quoy?

(82) _Fanchon._ Quelles sont les qualitez plus requises  deux amans
qui baisent, pour se rendre tout  fait heureux dans la possession
qu'ils ont l'un de l'autre?

_Susanne._ Ha! ma foy, cela ne se dit pas en si peu de temps qu'en
mettant ma coeffe, car il nous faudroit discourir premirement de
la beaut qu'ils doibvent avoir l'un et l'autre, et puis en venir 
d'autres particularitez qui seroient trop longues  deduire maintenant.

_Fanchon._ Et qu'importe, ma cousine, plus vous y serez et plus le
plaisir sera grand. Vous voyl bien malade! pour un quart d'heure que
vous y serez. Soyez en plustost deux et accordez cela  ma prire; car
qu'est-ce qui vous presse si fort? il n'est point encore si tard. Si
c'est que tousjours mesme discours vous dplaise, vous avez beau faire,
car c'est un effect de ma destine aujourd'huy que je ne saurois
entendre parler sinon d'amour.

_Susanne._ Tu auras encore cela de moy, veu que tu le veux, mais aprs
cela n'attends pas de me retenir davantage, m'estant tout espuise de
ce que je savois. C'est pourquoy, aussitost la demy heure passe, 
la premire question que tu me feras, certes, je couperay court et m'en
iray.

(83) _Fanchon._ Ma cousine, je le veux; c'est pourquoy remettons-nous
dans le discours d'amour, et premirement, par o commenceray-je? je ne
say. D'o vient que quand je suis esloigne quelque temps de mon amy,
et que je me reprsente  tout temps la jouyssance que j'aurois de luy,
j'ay une telle imagination et amour pour son vit et ses coillons que,
sans songer  ses autres perfections, je me le figure tousjours tel que
s'il me le fourroit dedans le con avec force et qu'il eust de la peine
 entrer, tellement que mon engin se quarquillant et se desgluant, le
dedans de ma nature me dmangeast furieusement, et qu'enfin entr, je
le sentisse tout au fond proche la matrice, et l oprant par de petits
coups lors que la teste du vit rentre dans la peau et qu'elle ressort
avec rage, tellement que je n'en puis plus? Une telle pense me met en
un tel goust de la fouterie que je ne suis jamais sans y songer, ou 
moins que je tienne son vit dans ma main,  belle poigne, qui se bande
tant qu'il peut.

_Susanne._ Cela est commun  tous ceux l qui ayment, et c'est un
effect de ton dsir qui te met aussi vivement les choses devant
les yeux que si elles estoient en effect prsentes; et par la
reprsentation plustost que tu fais de ce vit que de toute autre chose,
cela faict veoir que toute l'ide de la beaut que l'on renferme
dedans l'object aym et qui consiste dans une belle faon de visage
et agreement des autres membres, lesquels sont incomparablement plus
beaux que les deux natures gnrantes de l'homme et de la femme,
nanmoins est efface et comme soubmise  ceste autre ide qui faict
imaginer le plaisir qu'on a quand un membre s'introduit dans un autre,
tellement qu'elle est seulement une circonstance qui n'est au plaisir
que la dernire et qui ne sert de rien. Par exemple, d'avoir un bel
oeil, une belle cuisse, une belle main, qui pour rendre plus grand le
plaisir que l'on a de mettre le vit dans le con: savoir l'oeil pour
regarder l'action honteuse avec une chaleur vive, et reprsenter 
la personne ayme l'image du plaisir de son me lorsque le grand et
indicible chatouillement arrive; la belle cuisse sert d'admiration 
nos sens, dans la contemplation d'une structure si polie et qui excite
merveilleusement nos apptits sensuels; enfin ceste main blanche,
pourprine et dlicate, est la cause que le vit s'enfle d'une telle
vistesse que nous jugerions, avant que le foutre en soit dehors, qu'il
deust crever: si bien que la beaut de ces parties et des autres cause
un changement tout extraordinaire et incroyable.

(84) _Fanchon._ Ma cousine, je conois ce que vous dites, et puisque
nous sommes sur le chapitre de la beaut, je voudrois que vous m'en
fissiez une description telle que vous la demanderiez si vous vouliez
reprsenter une jouyssance parfaicte et qui fust accompagne de tous
les plaisirs qui peuvent provenir de ceste beaut.

(85) _Susanne._ Volontiers. La beaut consiste en deux choses: dans
les traicts et perfections du corps, et dans les actions qui partent de
luy.

_Fanchon._ J'ayme ces divisions qui sont nettes.

_Susanne._ Tellement qu'il y a des personnes qui ont la beaut du corps
et qui n'ont pas celle des actions, et d'autres qui ont ce certain je
ne say quoy qui plaist en tout ce qu'elles font, et cependant qu'on ne
peut point proprement appeler belles.

_Fanchon._ Cela seroit trop long  disputer, si on y vouloit aller.
Par exemple, Paris est tout plein de personnes qui ont une partie de la
beaut et non pas l'autre, d'autres qui ont toutes les deux, et c'est
de celles l que je demande que vous me fassiez une description qui
soit le plus  vostre gr.

(86) _Susanne._ Je commenceray par la beaut du corps et des actions,
et premirement de celle de la femme.

_Fanchon._ Bon, aprs nous viendrons  celle de l'homme.

_Susanne._ Il y a encore des beautez qui sont plus propres  l'amour
les unes que les autres, et c'est d'une de celles l que je vais faire
la description.

_Fanchon._ Voyons.

_Susanne._ Je demande une fille  l'ge de dix et huict ans,
mdiocrement grasse, et qui ayt la taille droicte et haute, non
pas trop, l'air du visage noble et majestueux; qu'elle ayt la teste
bien plante, les yeux doux et riants, de couleur noire, la bouche
mdiocrement grande, les dents blanches et bien ranges, le front
plus petit que grand, mais doucement courb dans ce qu'il monstre,
les jous pleines, les cheveux noirs, le tour du visage rond. Je
veux  ceste heure qu'elle ayt le tour des espaules un peu large et
fourny, la gorge pleine et unie, les tetons durs et spars, qui se
soustiennent d'eux-mesmes, les bras gros et postels, la peau non
pas trop blanche ny trop brune mais d'une teinture esgale entre les
deux et qui avec l'embonpoint de la chair qui la faict pousser ne
laisse paroistre aucune rudesse ny tacheture dessus, et je veux qu'
son bras soit joincte une main d'yvoire, qui estant fournie avec
proportion  l'endroit du poignet, vienne en diminuant insensiblement
jusqu' l'extrmit des doigts. Quant aux moeurs, je veux qu'elle
soit proprement vestue, qu'elle soit modeste, gaye dans ses actions,
qu'elle parle peu et finement, et qu'avec tout cela elle paroisse
estre spirituelle, ne disant pas tout ce qu'elle sait, mais laissant
deviner  ceux qui l'escoutent qu'elle entendroit mieux les matires
seul  seul qu'elle n'en faict le semblant devant le monde; si bien
que tous ses discours, soit  dessein ou autrement, ne tendent qu'
donner de l'amour et persuader en mesme temps qu'elle en peut prendre,
se rservant pourtant tousjours devers soy un prtexte d'honnestet
qui ne donnera aucune prise  ses ennemis et qui la mettra  couvert
toutes les fois qu'ils luy en voudront faire le reproche, promettant
affirmativement qu'elle ne sait ce que c'est dont on luy parle
et qu'elle n'y entend point de finesse. Je veux aussi qu'elle soit
sobre  table et aux festins o elle se trouvera, boive peu et mange
mdiocrement, parce que c'est l encore qu'on reconnot mieux l'humeur
d'une fille, selon qu'elle est plus ou moins porte aux autres
plaisirs, et que les discours et les actions y sont ordinairement plus
libres. C'est pourquoy elle prendra garde de ne point faire d'excs, et
si elle est excite  commettre quelques liberts pour donner carrire
 son esprit, il faut qu'elle y soit emporte par l'exemple ou le
consentement de toute la compagnie qui n'y trouvera rien  redire;
autrement elle s'en doibt empescher. De plus, elle doibt savoir
danser, chanter, aymer la lecture des livres d'amour, soubs prtexte
de s'instruire  parler proprement sa langue naturelle, et n'y point
faire de faute; avoir son esprit souple aux belles passions d'amour
qui y sont reprsentes, en sorte qu'elle se laisse captiver comme
pour soy-mesme aux incidens du roman et aux rcits qui sont les plus
capables d'insinuer l'amour dans les coeurs.

_Fanchon._ Cela est bien galand, ma cousine.

_Susanne._ Avec toutes ces dispositions tant intrieures
qu'extrieures, car je n'ay pas encore descrit toutes les perfections
du corps, je veux, quand elle sera dshabille, que l'on voye reluire
toutes les beautez que la robe cache, comme un soleil qui sort d'une
nue, et qu'elle frappe la veu et les sens de celuy qui la regarde,
comme un beau lieu de dlices qui se descouvre tout  plain  celuy
qui le cherche avec impatience et qui le trouve infiniment plus
beau qu'il ne se l'estoit imagin. Je veux, parmy toutes ces grces
qui l'accompagnent, qu'on voye pousser son ventre plein et arrondy,
comme l'escueil dlicieux o se brisent tous les dsirs amoureux; son
estomach sera douillet et charnu; elle aura les pieds petits et bien
mignons et bien tourns en dehors, pour dnoter qu'elle les a bien
placs; la jambe grassette par le milieu, les genoux courts et menus,
la cuisse grosse, en remontant, et bien garnie, o troussent deux
fesses dures et rebondies et spares comme  des statues de marbre;
le croupion court, les hanches larges mdiocrement, le corps menu par
la ceinture, les reins forts et souples, pour le mouvement du con, et
plus que tout cela, une mothe grassette et bien ferme, cotonne d'un
poil brun qui serve de haye et rempart  la fossette, laquelle sera
fendue jusques  six doigts au dessoubs du nombril. Je veux qu'elle ayt
tant de beautez espanches sur le corps, et je veux que la peau en soit
tellement bande, unie et lisse soubs la main de celuy qui la taste,
qu'elle ne se puisse tenir dessus non plus que le pied sur la glace, et
que la faisant glisser tout autour du corps et par entre ses pilliers
de marbre, o l'on ne verra partout pousser aucun poil, elle coule en
un instant d'un lieu en un autre; les deux babines un peu retrousses
et colores d'un rouge attrahant qui passe un peu au dehors entre les
cuisses, que le dedans soit bien repli de peau douillette qui soit
encontinue jusques  l'orifice du ventre, qui soit bien perc pour
jaculer la semence en temps et proportion, afin que, quand le vit aura
forc la premire barrire, ayant reouvert l'entre du con, venant
un peu plus avant, il repousse toutes ces petites tayes et pousse
jusqu'au milieu, o faisant derechef force, tout se puisse excuter
d'un cost et d'autre et donner place  ce vaillant capitaine qui a si
valeureusement advanc jusques au logement du milieu, o y trouvant
la place vide, il brusque la fortune si avant qu'il vienne jusques 
l'entre de la matrice o se fera le combat naturel qui causera tant
de plaisir  ma belle depucelle; bref, je veux qu'elle ayt tant de
beautez que le galant soit (87) desj perdu d'ayse et de transport
avant que d'estre arriv jusques au noir.

_Fanchon._ C'est donc encore ainsi que vous appelez le con?

_Susanne._ Ouy, en paroles de philosophie et couvertes, en prenant la
qualit pour la chose ou le corps.

_Fanchon._ Certainement il pasmeroit de douceur, comme vous dites. S'il
arrivoit qu'il pourroit une fois mettre la main dessus, il n'auroit
point la force d'y mettre autre chose. Quel crve-coeur ce seroit, s'il
venoit  mourir sans avoir peu enfiler tant de beautez ensemble!

(88) _Susanne._ Ma foy, je le pense, mais le plaisir n'est pas moindre
pour la fille quand toutes les qualitez requises se rencontrent en
celuy qui la caresse.

_Fanchon._ Or, voyons donc celles qu'il doibt avoir aussi, et puis nous
ferons un assembl parfaict de ces deux moitis accouples.

_Susanne._ Presque toute la beaut de l'homme consiste en la belle
taille et en la force du corps, non pas en la dlicatesse, comme celle
de la femme. Je veux pourtant qu'il soit propre en ses habits et en
sa personne, qu'il ayt la face grave et majestueuse, les yeux doux
et brillans, le nez un peu grandelet et rien de difforme en tout le
visage. Je veux qu'il soit de l'ge de vingt-cinq ans, un peu plus
maigre que gras, que son poil soit noir et vif, ses cheveux longs, pour
la bonne grce, et bouclez sur les espaules. Il aura le col court et
libre pourtant, l'estomach un peu velu et douillet, s'il se peut; aux
endroits du corps o il n'aura point de poil, comme aux espaules, aux
reins et sur les fesses qu'il aura larges et bien formes, avec un peu
de beaut il faut qu'on remarque beaucoup de force, c'est pourquoy il
fera paroistre ses nerfs quelquefois en se remuant, afin qu'embrassant
bien estroittement sa maistresse, il la porte o il voudra, la jette
sur un lict  la renverse, luy prenne ses deux cuisses sur ses espaules
et la porte en ceste posture, aprs qu'il l'a faict culebuter, et la
demeine comme une marionnette que l'on agence  son plaisir. Car il
arrive bien souvent que le premier soir qu'une jeune pucelle couche
avec un garon qui entend le jeu dont elle est entirement ignorante,
il aura beau la prier, la caresser, luy monter dessus, si elle n'ouvre
pas bien les jambes il est impossible qu'il la puisse bien engaigner,
et bien souvent est contraint de faire la premire descharge sur la
mothe, tellement qu'il faut qu'il ayt la force d'appuyer si fort ses
cuisses sur les siennes qu'elle n'ayt moyen de remuer jusques  ce
qu'elle se sent brouiller les opopondrilles avec son instrument, dont
elle n'avoit point encore accoustum de jouer pour se divertir. Et 
cest effect il aura le pied bien petit et bien plant, la jambe droicte
et advenante et non cagneuse, les cuisses grosses et nerveuses et un
peu velues, et fera cognoistre, s'appuyant dessus, qu'il a beaucoup
de vigueur en tout ce qu'il veut entreprendre. Tu t'estonnes en cest
endroit (89), cousine, mais si tu savois combien ceste beaut masle
et vigoureuse de l'homme a d'attraicts et d'allchemens quand elle
est unie avec ceste autre beaut plus dlicate que la sienne, tu n'en
voudrois jamais gouster d'autre, et particulirement quand elle est
ombrage au dessoubs du nombril d'un poil large et espais, du milieu
duquel on voit sortir un bel ouvrier de nature, fort band, qui  bon
droit mrite estre appel membre, pour sa force et vertu, et qui estant
accompagn de deux battans au dessoubs qui luy servent d'ornement et de
parade, fasse paroistre toute sa beaut, quand il bande,  faire sortir
la petite teste rouge et fendre deux doigts dehors sa peau, qui ne peut
souffrir d'autres attouchemens que la peau dlicate du con d'une fille,
et n'entendant point raillerie en tel estat, il saccage tout ce qu'il
rencontre dans le con d'une tendre pucelle, quand il pousse de vive
force.

_Fanchon._ Quelle douce cruaut! J'enrage.

_Susanne._ Je veux donc que tu saches que je ne donnerois pas un
festu d'un homme, pour beau et bien faict qu'il fust, s'il n'a les
perfections de son manche, et qu'il estonne la femme par son regard
tout enflamm, au premier coup qu'elle doibt estre perce, et voyl
toute la beaut que je requiers en luy, pour l'accomparer  celle de
la femme, car pour les autres vertus qu'il doibt avoir, nous en avons
desj assez discouru dans nos premiers entretiens.

(90) _Fanchon._ Et cela estant, trouvez-vous qu'une jouyssance
consomme de ceux qui sont pourvus de toutes ces belles qualitez doibve
estre accomplie en tous les points?

_Susanne._ Nenny dea, ce n'est pas assez, car je veux de plus que
dans le temps de l'accouplement ils observent les convenances qui
suivent. Je veux que la fille soit un peu honteuse  certaines choses
et que l'homme soit plus hardy; je ne veux pourtant pas qu'elle soit
si honteuse que de luy refuser sottement quelque chose que l'amour
exige d'elle, mais je veux seulement que sa honte tesmoigne qu'elle
n'oseroit faire ce qu'elle voudroit bien, et qu'elle ne serve  son
amy que d'attraicts pour luy donner plus d'envie de faire, de rapiner
des choses que elle luy voudroit refuser ou dfendre. Il faut que
le garon ose tout, car la fille n'a pas bonne grce de tout oser
et est bien ayse d'estre prvenue dans le choix des plaisirs qu'elle
voudroit sentir et qu'elle n'ose dclarer par crainte. C'est pourquoy
il aura l'oeil  tout, et qu'il prenne garde aux moindres indices qui
partent d'elle, soit aux souspirs, aux gestes ou aux paroles ambigus,
pour conjecturer de l le vritable motif qu'elle a et la satisfaire
en ce qu'elle dsire. Au contraire, quand il luy aura mis le vit au
con, comme il n'est plus temps de dlibrer, je veux qu'il la secoue
effrontment et sans garder aucune mesure pour considration d'honneur
ny de biensance, et qu'elle, en le regardant, tienne honteusement
la veu colle sur luy, feignant de s'estonner des douces violences
qu'il commet en son endroit. Et je veux qu'en l'approchement des deux
culs l'eschine du garon se vienne  recourber en arc jusqu'au bout du
croupion, comme  l'endroit o tient par devant la corde de l'arc qui
se tire, qu'en suite elle vienne  s'ouvrir droicte en se relaschant
et que, se rapprochant subitement  son premier estat d'tre courbe,
elle fasse juger que la nature est en souffrance quand elle est ainsi
droicte, et qu'il lui est plus naturel et plaisant de retourner  son
ply. Bref, je veux qu'il n'ayt point autre pense en l'esprit que celle
de practiquer aveuglment tous les moyens qu'il pourra pour l'enfiler
mieux  son advantage; la fille de son cost, pour estre tendre et
dlicate, se plaindra un peu d'abord, par biensance, de l'effort, et
luy dira par forme qu'il luy faict mal, mais pourtant qu'il ne craigne
rien et que le mal soit si grand que le plaisir. Et pour grand que soit
son vit, pourveu qu'il soit assez band pour faire bresche, il entrera
bien dedans, et alors le plaisir en sera tant plus grand par aprs,
de sorte qu'il faut qu'elle soit souple et obissante  ses volontez
et qu'elle ne soit pas si sotte de luy rien refuser de tout ce qu'il
luy demandera pour adoucir son plaisir, car elle seroit bien niaise et
malheureuse d'un contentement qui luy en devroit tant causer. Et luy,
pour cela, sans discontinuer de pousser, luy donnera courage, il la
baisera et l'amadoera par douces paroles, achevant l'ouvrage commenc.
Je veux au reste que la fille soit souple et obissante aux dsirs
du garon, qu'elle s'agence en toutes les postures, qu'elle remue de
toutes les faons, qu'elle fasse de ses mains tout ce qu'il voudra,
bref, que son corps ne soit point  elle et qu'elle ne luy puisse
rien refuser de tout ce qu'il luy voudra demander. Cela luy tournera
tousjours  honneur et profit, de quelque faon que ce soit, car si
elle est ignorante ou qu'elle la veuille faire, comme elle ne devra pas
savoir ce qui est honneste de permettre ou ce qui ne l'est pas, elle
aura tousjours bonne grce de luy accorder tout par amour et de dire
cependant qu'elle ne sait si cela est bien; et si elle est savante
et ruse, au contraire, elle auroit tort d'avoir honte d'une chose
qu'elle auroit desj faicte, et elle seroit bien sotte, encore bien que
malicieuse, de se priver d'un plaisir qui en devroit tant donner  ce
qu'elle ayme. Je veux donc qu'elle soit prive de tous ces scrupules
qui vont directement  la destruction du plaisir. Je ne veux pas non
plus qu'elle fasse sortir avec la main le membre de celuy qui est bien
intentionn  la chevaucher, c'est un trouble qu'elle ne rpareroit
jamais, mais si elle a quelque chose  luy tesmoigner, que ce soit
seulement de bouche, sans user de main mise, et qu'elle l'oblige  user
de plus de douceur envers elle en luy disant ses raisons. Il sera peut
estre sensible  la piti; au pis aller, si elle ne le peut esmouvoir
et qu'elle trouve le membre un peu trop gros, je veux qu'elle se
contraigne pour l'amour de luy, et se laissant surmonter par son propre
amour, qui est plus fort que toutes choses,  mesure qu'elle fera ses
hlas! et ses complaintes, il faut qu'elle l'estraigne de plus en plus
fort et luy laisse deviner, quand elle crie, si c'est de douleur ou de
plaisir.

(91) _Fanchon._ Ma cousine, quand je vous escoute, ces leons sont
bien esloignes de celles qu'une mre faict  sa fille quand elle lui
presche la vertu et l'honnestet.

_Susanne._ Ainsi va le monde, ma pauvre cousine: le mensonge gouverne
la vrit, la raison veut reprendre l'exprience, et les sottises
s'rigent en titre de bonnes choses. La virginit est une trs-belle
chose en paroles et trs-laide en ses effects; au rebours, la
paillardise n'a rien de plus hydeux que le nom et rien de plus doux
que les effects. Les gens maris paillardent aussi bien que les autres,
ils font toutes les mesmes actions et postures, et encore plus souvent
que les garons et les filles; les plus scrupuleux, c'est toujours le
vit au con qu'ils agissent, et la crmonie ne change rien au mistre
d'amour. Mais c'est assez prescher pour un coup, nous ne sommes point
icy pour corriger le monde: il faut qu'il y ayt des fols pour faire
paroistre les sages, et ceux-cy ont d'autant de plaisir  cela qu'ils
sont seuls  le cognoistre et qu'ils se mocquent de la folie des
autres.

_Fanchon._ Ma cousine, c'est bien dit; au lieu de nous instruire, nous
serions les correcteurs sans gages de la folie d'autruy. Chacun vive
 sa mode, et pour nous, achevons ce que nous avons commenc, car il
me semble qu'il n'y a rien de plus plaisant que l'amour, et toutes les
heures qui sont employes  son exercice sont les plus agrables de
nostre vie. Vive un bon gros vit bien nerveux et tendu, vive un joly
petit con, avec sa mothe velue, qui nous causent tant de dlices. Il
n'y a le plus souvent que le foutre qui defaut dedans le vit qui faict
qu'il ne peut pas si bien bander, mais tant qu'il y en a, nostre con
est toujours prest  l'avaller, quand il couleroit en nous tout entier.
Chevaucher trois ou quatre coups ne faict que mettre en apptit; il
faut continuer tant qu'il y en a, pour nous donner du passe temps. (92)
Je voudrois bien encore vous faire une question: qui sont les personnes
le plus propres  traicter l'amour, des femmes ou des filles?

_Susanne._ Ce sont les femmes, et sans doute parce qu'elles ont plus
d'exprience et qu'elles cognoissent mieux les dlicatesses propres 
ceste passion.

_Fanchon._ Et pourquoy est-ce donc qu'il y en a qui ayment mieux les
filles?

_Susanne._ C'est qu'ils prennent plaisir  instruire des innocentes
et qu'ils trouvent bien plus d'obissance en elles dans les faons de
s'agencer, et que leur con n'estant pas si largi, le vit y est plac
plus  l'estroit et donne plus de chatouillement  l'un et  l'autre.

_Fanchon._ Et pourquoy est-ce aussi qu'il y en a qui ayment mieux
chevaucher les femmes?

(93) _Susanne._ C'est, comme j'ay desj dit, qu'elles sont plus habiles
 donner de l'amour, aussi qu'il n'y a pas tant de danger  courir avec
elles comme avec les filles.

_Fanchon._ Et quel danger y a-t-il?

_Susanne._ Le danger est qu'elles peuvent devenir grosses, et c'est ce
qui donne encore de la peine  elles et aux hommes pour empescher qu'on
ne le sache, et quant  eux, il leur en couste bien du bon argent
 la justice, quand on vient  le savoir, et tout au moins quand
il faut payer des nourrices, des loages de chambres, ou des robes,
 cause qu'elles n'ont point le plus souvent de quoy s'entretenir.
Ajoute  cela les ressentimens des parents de la fille, qui se veulent
venger quelquefois quand ils le savent et tirer raison, suivant la
coustume, de ceste offence imaginaire. (94) Mais quand au lieu de
filles ce sont des femmes, dame, le mary sert de couverture  tout, et
on dit tousjours, quoy qu'il en soit rien, que c'est luy qui a faict
la besoigne; outre qu'il ne faut point d'argent pour les entretenir, 
cause que leur maison est desj toute faicte, et pourtant on gouste le
plaisir d'une part et d'autre avec moins d'embarras, et ils y prennent
bien de plus grandes douceurs que s'ils avoyent quelque chose 
craindre.

(95) _Fanchon._ Tellement doncques que je n'ay plus qu' songer de me
marier vistement pour bien passer mon temps et me mettre en l'estat de
n'avoir plus rien  apprehender.

_Susanne._ Dame ouy, quand tu seras ainsi pourveu, tu pourras alors,
aux heures de loisir, quand ton mary n'y sera pas, te divertir
agrablement avec un autre et passer quelquefois de bonnes nuicts
ensemble. A ceste heure, tu n'en aymeras pas moins ton mary pour ce
petit plaisir que tu luy desroberas, tant s'en faut, car s'il falloit
le prfrer  ton ami, tu le ferois asseurement; mais tu gousteras
seulement des embrassemens tantost de l'un tantost de l'autre, et ce
changement de vit te plaira pour le moins autant que si tu ne mangeois
tous les jours que d'une sorte de viande.

(96) _Fanchon._ Ma cousine, si je vous disois qu'il y a desj quelqu'un
qui m'en conte depuis que j'ay goust vos instructions et que ces
gentillesses d'amour m'ont un peu poly l'esprit, me croiriez-vous?

_Susanne._ Est-ce pour le mariage?

_Fanchon._ Vrayement ouy, et quoy donc?

_Susanne._ Laisse moy gouverner ceste affaire, car c'est mon mestier
cela, et c'est un grand hazard, au cas que la personne t'ayme un tant
soit peu, si je n'en viens  bout. J'ay faict des mariages plus d'un,
penses-tu. Mais voyl l'horloge qui sonne; adieu, nous parlerons de
cela  une autre fois.

_Fanchon._ Adieu, ma cousine, en vous remerciant.

_Fanchon._ Adieu, jusques  revoir.

    _Quo me fata trahunt._


FIN DE L'ESCOLE DES FILLES.




LE COMBAT DU VIT ET DU CON ET LES RAISONS DE PERRETTE.




LE COMBAT DU VIT ET DU CON.


    _Un jour un con fringant,  la rouge babine,
    Gros, gras, dur, en bon point, bien refaict de cuisine,
    Amoureux, chatouilleux, estincellant de feu,
    Qui ne demandoit rien que la dance et le jeu,
    Morguoit un pauvre vit, et repliant la joue,
    Grimassant de ses dents, il luy faisoit la moue;
    Mesme, pour l'attirer au combat amoureux,
    L'alloit injuriant, l'appellant rustre, gueux,
    Visage de villain, borgne, camard, jeanfoutre,
    Bref, les mots plus picquants sous desdain passoit outre.
    Ce pauvre vit, paisible, oyant ceste leon,
    Blotti dans sa coquille ainsi qu'un limaon,
    Donnant patiemment  son ire des bornes,
    N'avoit pour tout cela daign lever les cornes,
    Et mettant une bride  son ressentiment,
    On ne l'entendoit pas dire un mot seulement.
    Mais du con ce silence irrite le courage,
    Son ardeur le suffoque, il s'enfle le visage.
    Et pour se soulager et respirer un peu,
    Il est contraint d'ouvrir ses deux lvres de feu.
    Ce fut l qu'il fit veoir une montagne ouverte,
    D'un duvet tremblottant espaissement couverte,
    Et qui depuis le haut de deux costeaux bossus
    Par ondes va roullant ses petits poils moussus,
    Jusqu'au bord d'une fente  la belle bordure,
    Esclatant de vermeille et brillante peinture.
    Une ombre claire et fraische  l'entre de son creux
    Le voiloit, le rendant mignardement affreux,
    Laissant veoir le dedans, de peau grasse et douillette,
    Moins rouge que le drap de couleur fiammette.
    Au fond du val rioient milles petit sillons
    Sur un champ de gras double, maill de rillons.
    D'un trou voisin souffloit une subtile haleine,
    Rafraischissant partout ce beau taillis de layne,
    O tout autour dormoient mille petits amours
    Munis d'autant de pieds que les ans ont de jours.
    Au milieu, la matrice, en forme d'une langue,
    Paroissoit  tout coup vouloir faire une harangue.
    Soudain, dessus le bord avanant son museau:
    --Je suis, dit-elle,  vit, la mort et le tombeau,
    Flasque si l'on te voit tant seulement paroistre.
    Alors le vit, mettant la teste  la fenestre,
    Descouvre un peu le grouin, sans beaucoup s'esmouvoir;
    Tastonnant de la teste, il s'efforce de veoir
    L'ennemy qui se vante ainsi de le soubmettre.
    --Voyons, dit-il, un peu si nous pouvons cognoistre
    Qui vous tes, qui tant d'injures me donnez.
    Et comme il s'avanoit, le con lui crache au nez.
    A ce sensible affront la fureur le surmonte,
    De colre le sang au visage luy monte;
    Il rengaigne pourtant, et faict reflexion
    De quelle sorte il doibt porter ceste action,
    Et son muffle bouffy, vomissant la fume,
    Faict bien veoir que son ame estoit tout allume:
    Il s'enfle, il se roidit, il devient enflamm,
    Et d'un vent de fureur il devient anim;
    Resous de se bien battre et rompre toute trefve,
    Par eslans redoublez son eschine s'eslve.
    Cerchant son adversaire en lion rugissant,
    Il le trouve, il l'attaque, et par un pas glissant,
    En allongeant son coup, il s'engage  la passe,
    Engaignant brusquement le con qui le menace.
    Tout ravy d'avoir joint ce superbe ennemy,
    Il est bien resolu de n'en faire  demy;
    Voulant vaincre ou mourir, il vous pousse et repousse
    Sa lame dans la playe, avec mainte secousse,
    Tel qu'un sanglant boucher qui pousse son couteau
    Par des coups redoubls dans le col d'un agneau.
    Il coigne, il se demeine et de cul et de teste,
    Il s'employe au combat, plus fier qu'une tempeste
    Qui, maistresse des airs, ne cesse d'attaquer
    De la gresle et du feu le sommet d'un rocher.
    Le con s'en prvalant, avec ses saffres lippes
    Lui presse l'estomach, lui faict crever les trippes,
    Luy faict cracher du sang et revomir dehors
    Tout ce que le pauvret avoit dedans le corps.
    Tenant le vit aux crins, il le gourme et pelote
    Et luy donne cent coups de matrice et de motte,
    Tant que le pauvre vit, affoibly de ces coups,
    Sentit diminuer sa force et son courroux.
    Tous ses efforts descheux irritent la blessure
    Dont le con enfour luy crve la tresseure,
    Et d'o soudain sortit comme un torrent de sang
    Que la chaleur avoit chang de rouge en blanc.
    Tous deux esvanouis tomberent en ces termes,
    L'un sur l'autre estendus, barbottant dans les spermes.
    Tel fut donc le combat et l'avantage esgal.
    Mais on dit que du vit la blessure va mal,
    Ayant est frapp d'une lame rouille
    De tant de sangs divers dont elle estoit souille,
    De cancer et vrole_, emplastrum _et_ pulvis,
    _Peste de la sant, mortel poison des vits.
    Joint qu'on dit que le coup lui respond dedans l'ayne,
    O il se pourroit bien former une gangrne.
    Mais on dit que le feu, qui purifie tout,
    Avec deux mois de jeusne en peut venir  bout._


DIALOGUE ENTRE LE FOUTEUR ET PERRETTE.

    LE FOUTEUR.

    _Perrette, dites moy, par forme d'entretien,
    Quand vous foutez, mon coeur, cela vous faict-il bien?_

    PERRETTE.

    _H! doutez vous, monsieur, que cela me chatouille?_

    LE FOUTEUR.

    _Mais dites, aimez vous qu'il degoutte et qu'il mouille?
    Car j'en cognois, parmy le sexe fminin,
    Qui nous disent quasi que le foutre est venin,
    Et n'ayment rien sinon que le membre les frotte._

    PERRETTE.

    _Femme de cest avis n'est qu'une femme sotte
    Et ne sait pas le prix d'une telle action;
    Quatre mots serviront pour sa conviction:
    Toute andouille sans jus, sans graisse et sans substance,
    N'est pas, en croyez moy, trippe pour nostre pance;
    Employez  la terre et les jours et les nuicts
    Et par des soins frquents demandez luy des fruicts,
    Vous avez beau donner vos soins et vostre estude,
    Pour penser triompher de son ingratitude,
    Avant qu'elle vous donne en ses flancs refouills
    Signe par une fleur que vous la chatouillez:
    Si vous ne l'arrosez, la peine est superflue.
    Tout de mesme en est-il d'une femme foutue,
    Car l'humeur du vit est de matrice appet
    Comme eau d'un terroir secq en la plus chaude est;
    Et sans son mission que nature souhaicte,
    Ceste noble action est du tout imparfaicte,
    Et le vit d'un chastr nous seroit aussi cher
    Qu'un gros vit succulent, rubicond, plein de chair.
    Et  quoy serviroient ces fameuses ovales,
    Ces grelots amoureux, ces charmantes cimbales
    Jointes  ce villain qui s'efforce  taston
    De gagner en foutant la part de son tirton?
    Dans ce doux remuement, le cul faict les minutes,
    Les coillons sonnent l'heure au plus bas de la butte,
    Ou bien sans ces deux cy, manquant de contrepoids,
    L'horloge est immobile et la cloche sans voix.
    Ceste blanche liqueur, si douce et tout aymable,
    Rend les dsirs contents et le sort favorable.
    Le poisson nous enseigne, au profond de la mer,
    Le mistre de foutre, et les oiseaux en l'air
    Nous asseurent qu'il faut de ceste admirable onde
    Pour pouvoir provigner la grand' race du monde.
    Ainsi femme qui dit que le vit sec est bon
    Voudroit oster la saulce et le sel au jambon,
    Ce qu'il est de plus doux en toute la nature
    Et qui donne la vie  toute crature.
    Pour punir telle femme et tel vit, dsormais
    Il les faut condamner  ne foutre jamais!_

    LE FOUTEUR.

    _Perrette, vous avez l'apptit bon, sans doute:
    Allez vous en chercher quelque autre qui vous foute._


FIN.




TABLE


    Bibliographie et tmoignages.                           I

    L'Escole des Filles ou la Philosophie des Dames.        1

    Epistre invitatoire aux Filles.                         3

    Argument des deux dialogues.                            6

    Table mistique et allgorique selon le sens moral
    et littral de l'Escole des Filles.                     9

    Bulle orthodoxe.                                       24

    A Monsieur Mililot sur son Escole des Filles,
    madrigal.                                              26

    Premier dialogue.                                      27

    Second dialogue.                                       81

    Le combat du Vit et du Con et les Raisons de
    Perrette.                                             183





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