Project Gutenberg's tudes sur L'Islam et les tribus Maures, by Paul Marty

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Title: tudes sur L'Islam et les tribus Maures
       Les Brakna

Author: Paul Marty

Release Date: December 22, 2013 [EBook #44488]

Language: French

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                           TUDES SUR L'ISLAM
                                 ET LES
                             TRIBUS MAURES




               COLLECTION DE LA _REVUE DU MONDE MUSULMAN_


                               PAUL MARTY


                           TUDES SUR L'ISLAM
                                 ET LES
                             TRIBUS MAURES


                               LES BRAKNA


                                 PARIS
                         DITIONS ERNEST LEROUX
                        28, RUE BONAPARTE (VIe)

                                  1921




                      A MONSIEUR LE COLONEL GADEN

                        GOUVERNEUR DES COLONIES

           COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT GNRAL EN MAURITANIE


    _Respectueux hommage._
    PAUL MARTY.




LES BRAKNA




LIVRE PREMIER

=HISTOIRE GNRALE=




CHAPITRE PREMIER

LES ORIGINES. INVASIONS BERBRES (_anhadja_) ET ARABES (_Hassanes_)


J'ai donn dans mon ouvrage L'mirat des Trarza les traditions
historiques et lgendaires relatives au sjour dans la basse Mauritanie
du premier peuple que nous y voyons install,  l'aurore de son
histoire, vers le dixime sicle: le peuple bafour.

On retiendra seulement que ce peuple, qu'il soit noir, comme le veulent
plusieurs traditions maures, ou d'extraction juive, comme le croit M.
Gaden, vit mettre un terme  son indpendance par la pousse des tribus
berbres anhadja du Sud marocain. La plus grande partie de ces Bafour
descendit vers le fleuve Sngal; ils le traversrent et refoulrent 
leur tour vers le sud, les peuples soc de la rive gauche du Sngal.

D'autre part, certaines fractions bafour restrent sur les lieux, aprs
avoir fait acte de soumission, et payrent tribut aux vainqueurs.
Plusieurs lettrs maures affirment que ces Bafour asservis sont, dans
le Trarza, les actuelles fractions zenaga Id Rarla des Lemradin, et
dans le Brakna, les Ahel Ramouch, qui sont tantt chez les Zombot du
Trarza et tantt dans le Chamama du Brakna, les uns et les autres
tributaires des mirs. Il est plus vraisemblable que les Bafours
primitifs n'ont pas seuls donn naissance  ces fractions, d'ailleurs
mtisses, mais qu'ils ont contribu par fusion avec des lments
maures,  les former au cours des sicles.

Le mouvement almoravide a pour principaux effets d'introduire la race
berbre et la religion islamique jusqu'aux abords du fleuve Sngal.
Dsormais toute la rgion saharienne qui est au nord du fleuve, ou plus
exactement au nord du Chamama, devient le territoire des parcours des
berbres lemtouna et de leurs innombrables troupeaux. C'est le sort
du pays brakna actuel, comme celui du Trarza. Les tribus qui vivent 
la frange mridionale de la rgion saharienne vont, par leur contact
quotidien avec les Nigritiens, se teinter fortement de noir. Ceux-ci
remontaient d'ailleurs beaucoup plus haut qu' l'heure actuelle,
n'ayant pas perdu le souvenir du temps o ils dominaient jusque dans
l'Agan et sans doute plus au nord encore. Dans ce Brakna toucouleur, 
chaque puits,  chaque oued,  chaque pturage,  chaque lieu dit mme,
le nom maure est accompagn d'un nom poular. De multiples traditions et
lgendes locales y sont attaches, qui seraient des plus utiles pour
la reconstitution historique du pays et qu'il est regrettable de voir
disparatre  chaque gnration.

    [Illustration: JEUNE FILLE BRAKNA.]

Au sud, c'est--dire entre les dernires dunes sahariennes et le
fleuve, dans cette zone d'inondation et de cultures qu'on appelle
le Chamama et o seuls les Mlaniens peuvent vivre et travailler,
l'lment noir continue  subsister; mais les relations avec ses
voisins blancs seront plus d'une fois tendues, et pratiquement ces
cultivateurs qui passent d'ailleurs le plus facilement du monde d'une
rive  l'autre, vivront dans un demi-tat de dpendance, jusqu'au jour
o les invasions arabes viendront troubler cet quilibre politique et
social, chasser la majeure partie des Noirs vers le sud, asservir les
autres et accaparer les terres.

C'est Abou Bekr ben Omar qui,  la tte de bandes lemtouna, Djodala
et Messoufa, descendues du sud marocain par la sebkha d'Idjil, fit,
entre 1062 et 1087, la conqute de l'empire bafour prcit. On retrouve
aujourd'hui, _sous ce mme nom_, leurs descendants en basse Mauritanie:
les _Lemtouna_ dans le Brakna, l'Assaba et le Tagant; les _Guedala_
(ex-Djodala) dans le Tiris et le Brakna, o, comme on le verra, les
campements haratines des Oulad Abd Allah sont dnomms haratines Igdala.

Il y avait videmment dans cette invasion berbre bien d'autres tribus
que les anctres des actuels campements guedala et lemtouna. Comme
on peut dj le constater dans l'Afrique du Nord, aprs un sicle
d'occupation, certaines fractions des peuples envahisseurs se sont
accrues dmesurment et ont fini par tre dsignes sous leur nom
propre, perdant ainsi leur nom gnral de tribu, et arrivant mme
quelquefois  le remplacer chez les autres fractions.

En ce qui concerne le Brakna, il y a donc bien d'autres tribus que les
campements cits plus haut, qui soient d'origine berbre.

Il y a: 1 une grande partie des fractions tributaires, plus
spcialement appeles zenaga (ou lahma, viande; ou ashab, gens)
chez les guerriers, et telamides chez les marabouts; 2 toutes les
fractions proprement maraboutiques (zouaa, tolba). On en verra la
liste plus loin de ces fractions qui sont aujourd'hui les seules
lettres, se sont attribu, des origines, soit chrifiennes, soit
pour le moins arabes: c'est l une question de mode, une sorte de
snobisme universel dans le monde islamique, blanc ou noir. On ne
nie pas la plupart du temps provenir du haut pays marocain et tre
d'origine lemtouna et anhadja, mais on dclare qu'il ne faut pas
confondre ces tribus, berbres si l'on veut par leur habitat, avec les
autres tribus berbres, les vraies, les autochtones marocaines, les
Chleuh. Les Chleuh sont des aborignes. Les anhadja-Lemtouna sont les
descendants de tribus arabes, immigres d'Orient en Afrique du Nord,
les uns peu aprs l'hgire, les autres mmes antrieurement  l'islam,
ce qui explique leur islamisation tardive. On donne comme cause de leur
tablissement pr-islamique au milieu des Berbres que le roi Friqicha,
qui les avait  sa solde, les abandonna dans le Moghreb, au cours de
ses expditions  travers le monde. Ces Arabes taient fils de Tobbaa,
qui s'tait enfui de chez ses frres d'Orient. Par ces explications
les plus intelligents d'entre les lettrs maures (Cheikh Sidia, par
exemple) esprent concilier dans leur esprit leur indubitable origine
berbre marocaine et leur traditionnelle arrive dans le Sahara
mridional avec les bandes d'Abou Bekr ben Omar, d'une part, et leur
vif dsir de se rattacher, envers et contre tout,  une souche arabe
d'autre part. On trouvera dvelopp plus loin, dans la notice consacre
 chaque tribu, le rcit lgendaire de ces origines.

Quant  l'usage de parler zenaga, il est compltement tomb en
dsutude dans les tribus brakna. En dehors du Trarza, on ne le
trouve plus en Mauritanie. Mais le dialecte maure qui porte le nom
de hassania, c'est--dire langue des hassanes, Arabes des invasions,
et qui s'est substitu par droit de conqute  la langue zenaga a
t fortement marqu par l'empreinte de cette dernire langue. On
y trouvera plus spcialement une foule de noms de lieux, de flore,
de faune, des termes concernant la vie matrielle, etc., tous mots
constituant une onomastique spciale au pays, et que les Arabes ont d
emprunter aux tribus qu'ils trouvaient sur les lieux et soumettaient 
leur domination.

A tous ces titres et attendu que les traditions, forges par les
zouaa, pour se donner des origines chrifiennes, himyarites ou
qorechites, ne reposent sur aucune prcision et leur sont contestes
formellement par les hassanes trs souvent par leurs propres frres,
marabouts comme eux, on peut conclure que les tribus maraboutiques
maures sont pour la trs grande majorit des Berbres, soit descendant
des hordes guerrires qui suivaient Abou Bekr ben Omar, ce qui
est admis par les intresss mmes chez les Medlich, Tendra et
Tadjakant (Trarza), chez les Diediba (Brakna), chez les Ida Ou Ach
(Tagant-Assaba), et chez les Mechdouf (Hodh), soit issus des familles
ou des individualits qui, par la suite, vinrent chercher fortune dans
la Mauritanie zenagua.

       *       *       *       *       *

A la fin du quatorzime sicle, se place un vnement considrable qui
allait changer la face de la Mauritanie. Cet vnement, gnrateur de
la situation actuelle, est l'arrive dans l'Ouest saharien des bandes
d'origine arabe. Cette introduction de smites, nomades guerriers et
pillards, dans un milieu berbre, devait tre une cause de troubles;
et comme elle devait se renouveler, les immigrants, quoique moins
nombreux, allaient dompter les Berbres, leur imposer leurs conditions
et modifier leur tat social.

Je ne reviendrai pas sur l'histoire des Arabo-hassanes. Elle a t
faite dans mon ouvrage L'mirat des Trarza et avec plus de dtails
encore dans Les tribus maures du Sahel et du Hodh.

On retiendra seulement ceci: les groupements hassanes, qui, vers 1400,
envahissent la Mauritanie sont au nombre de deux, issus des deux fils
de Hassan: Oude et Delim.

De Delim sont issus les Oulad Delim, dont il n'y a pas lieu de
s'occuper ici.

C'est d'Oude que sont sorties les tribus hassanes qui peuplent le
Brakna, celles-l mmes qui portent ce nom,  l'exclusion de toutes les
autres tribus maraboutiques zenaga ou haratines, qui peuvent habiter
les pays Brakna (trab brakna), mais ne sont pas dites telles. Voici ces
origines d'aprs les traditions gnrales et les gnalogies donnes
universellement,  quelques variantes prs. Ce tableau rsume les
donnes de la tradition maure. Il tablit la filiation arabe de ces
tribus, leur parent avec leurs cousins du Sahara et leur rattachement
commun  Oude, fils de Hassan.

                               Hassn.
                                 |
   ______________________________|______________________________
  /                                                             \
                   |                             |           |
                 Oude.                        Delim,      Hamma,
     ______________|__________________        anctre     anctre
    |         |           |           |         des         des
  Marfar,   Rizg,     Mohammed.    Arrouq.    O. Delim.  Berabich.
  anctre   anctre       |           |
   des       des        Daoud,       Daoud,
  Merafra.  O. Rizg.  anctre des  anctre des
    |                 Oulad Daoud  Oulad Daoud
    |                  Mohammed.     Arrouq.
  Othman.
    |__________________________________________________
    |                            |           |         |
  Omran.                       Yahia,      Antar,   Rehhal,
    |                          anctre     anctre  anctre
    |___________                des         des      des
    |           |             O. Yahia     Oulad    Rehahla.
  Heddaj.    Mohammed,       ben Othman.   Nacer.
    |       anctre des
    |       O. Mohammed
    |     et des O. Mbarek.
    |_______________________
    |             |         |
  Barkenni,    Terrouz,  Khouaou,
  anctre des  anctre   anctre
  Brakna.        des     des Khouaouat
               Trarza.   (disparus).




CHAPITRE II

LA DOMINATION DES HASSANNES OULAD RIZG

(XVe SICLE)


Le quinzime sicle parat domin: dans le Tiris et dpendances, par
les descendants et bandes de Rizg, fils d'Oude, fils de Hassan; dans
l'Adrar et le Hodh, par les descendants et bandes de Daoud, autre fils
d'Oude.

Les Oulad Rizg, comme les appelle la tradition, comprenaient les
campements de ses cinq fils,  savoir les Oulad Mezzouq, les Oulad Ad,
les Djaafar, les Sekakna et les Rehamna (ou Rehamin), respectivement
issus ou dpendants de Mezzouq, Ad, Djaafer, Sekkoun et Rahmoun, fils
de Bassin.

Des Oulad Rizg, il convient de dire que subsistent aujourd'hui dans le
Trarza, mais fort amoindries numriquement et politiquement, quelques
petites fractions, restes hassanes indpendantes: les Oulad Moussa,
les Oulad Beniouk, les Oulad Khalifa, les Oulad Ben Ali, qui marchent
dans le sillage des Oulad Ahmed ben Dmn. Les autres: Oulad Ad,
quelques tentes Bassin, sont fondus chez les Arrouejat du Trarza, dans
diverses tribus du Brakna et du Gorgol, ou bien encore sont telamides
des Ahel Barik Allah; et enfin quelques tentes Rehamna et Zeberat
qui ont t rduites  la suite de guerres malheureuses,  l'tat de
tributaires des Oulad Ahmed ben Dmn. Ils sont guerriers nanmoins et
marchent en rezzou avec leurs suzerains.

Les Oulad Rizg et les Agcharat (ceux-ci sont des Oulad Daoud) taient
appels alors Arabes Reguetat, c'est--dire, dans la terminologie
maure, Arabes qui occupent un territoire inhabit, sorte de zone
neutre, sise entre deux tats auxquels elle n'appartient pas.

Cette explication philologique claire singulirement le rle qu'au
quinzime sicle les envahisseurs arabes, installs approximativement
dans l'Aftout, vont jouer, tant vis--vis des Berbres du Nord (Tiris
et Adrar) que des Noirs du Sud (Chemama, Gorgol et Tagant).

Aux Berbres du Nord, ils font sentir leur prsence par de nombreux
pillages et par toute sorte d'avanies. J'en ai fait le rcit dans
L'mirat des Trarza et n'y reviendrai pas.

Cet effacement des Berbres parat tout  fait regrettable. S'ils
avaient voulu rsister fermement aux envahisseurs, leur nombre et leurs
richesses leur permettaient facilement de dompter ces quelques pillards
et de les rejeter au loin ou de les assimiler. La civilisation berbre,
pratique et progressiste, valait bien les coutumes arabes, ngatives
ou oppressives, issus d'un nomadisme invtr, impropre  toute
volution srieuse. Au point de vue conomique, le Sahara occidental,
mthodiquement mis en valeur par la tenacit pre et presque cupide
du Berbre, serait vraisemblablement beaucoup plus riche qu'il ne
l'est maintenant. Ce n'tait pas seulement sur les tribus berbres que
s'exeraient les pillages des hassanes. Les peuples noirs qui vivaient
 ce moment sur la rive droite du Sngal et mettaient en valeur le
Chamama, le Gorgol et mme le Tagant, avaient aussi  souffrir de leurs
dprdations.




CHAPITRE III

LA DOMINATION DES OULAD MBAREK

(XVIe SICLE)


Pendant que les Oulad Rizg faisaient sentir leur prpondrance, une
autre branche, issue galement d'Oude, se multipliait et allait
conqurir, vers la fin du quinzime sicle, la suprmatie politique.
Il s'agit des Merafra, ainsi nomms parce qu'ils descendent de Marfar,
fils d'Oude, et frre par consquent de Rizg et de Daoud.

Ces Merafra n'ont pas laiss un souvenir trop abhorr. Leur nom, pass
dans le langage courant, est synonyme aujourd'hui, chez les Tolba, de
guerriers valeureux et relativement honntes.

Ils se prsentent, ds le premier jour, sous la forme de deux bandes:
l'une compose de la famille et des amis et fidles de Mohammed, fils
d'Omran, fils d'Othman, fils de Marfar. Ce sont les Oulad Mbarek.
L'autre compose des familles, amis et fidles du frre de Mohammed,
le nomm Heddaj, fils d'Omran, fils d'Othman, fils de Marfar. Cette
dernire bande, commande par les trois fils d'Heddaj: Terrouz,
Barkenni et Khaou, est encore immobilise par les dissensions
intestines. Elle n'apparatra dfinitivement constitue en corps de
tribus, sous le nom de Trarza, Brakna et Khouaouat, qu'un sicle plus
tard, c'est--dire vers la fin du seizime sicle.

Au commencement de ce seizime sicle donc, la suprmatie du Tiris
passe aux Oulad Mbarek. Ce n'est probablement pas sans rsistance que
leurs cousins Oulad Rizg leur cdrent la place. Ni l'histoire ni la
tradition n'en ont conserv le souvenir, de mme qu'elles ne font pas
connatre si ces bandes de Merafra arrivaient alors en Mauritanie
en envahisseurs, ou si, venus un sicle plus tt avec les premiers
hassanes, elles avaient cr et s'taient formes sur les lieux mmes.

De la domination des Oulad Mbarek pendant le seizime sicle, la
tradition zouaa ne nous cite que quelques faits, visant naturellement
l'oppression qu'ils faisaient subir aux marabouts.

Je n'y reviendrai pas, en ayant fait le rcit dans L'mirat des
Trarza.

Les Oulad Mbarek allaient passer,  la fin du seizime sicle,
au second plan de la scne politique du Tiris, en attendant que,
quelques annes plus tard, ils migrassent vers le Hodh, o ils
constituent aujourd'hui la tribu que l'on connat. Cette chute
parat rsulter des intrigues et des ruses des zouaa exasprs qui
surent mettre aux prises le groupement des Oulad Mbarek et celui des
Trarza-Brakna-Khouaouat.

Les Yaqoubn, c'est--dire les deux actuelles tribus tachomcha:
Id Eqoub et Ahel Barik Allah (Trarza), alors camps  Tin Mejouk,
allaient amener le dnouement en refusant de payer leur tribut. Ahmed
Doula, leur chef, dont la famille existe toujours, vint faire part 
Oudek, chef des Oulad Mbarek, de la dcision de la tribu. Le Chauve,
surnom d'Oudek, prit aussitt ses dispositions pour razzier les
rebelles. Ceux-ci, qui regrettaient leur attitude de rvolts, ainsi
qu'il rsulte des paroles que leur adressa Ahmed Doula: Mes discours
 Oudek nous ont grandement nui, s'taient groups autour du saint
vnr, Habib Allah ben Yaqoub, et lui demandrent le secours de ses
prires. C'est alors que l'on apprit l'attaque imminente du camp
d'Oudek par les guerriers Brakna: les Oulad zenagua. Oudek, qui
tait prcisment l'hte du faqih Habib Allah, lui confia ses bagages
et partit au secours des siens. Le combat se livra  Aguiert; et Oudek
y fut tu par Al-Ograra ben Al-Afna, dont la famille vit toujours dans
sa tribu des Oulad Abd Allah (Brakna). Les Zouaa taient sauvs.

Le faqih Habib Allah, qui est manifestement l'artisan de cette heureuse
diversion, n'eut garde d'oublier de renvoyer  la famille d'Oudek les
bagages qu'il avait en dpt. Quant  la femme d'Oudek, Kartoufa,
 l'annonce de la mort de son mari, elle monta  son campement d'In
Saraer sur un tachot (balanites cogytiaca) et fit entendre sans trve
des gmissements. L'arbre en a gard le souvenir, et fut ds lors
appel le Tichtaa de Kartoufa.

Les Oulad Mbarek disparaissent de Mauritanie  la fin du seizime
sicle, et c'est  ce moment que s'lvent les Trarza-Brakna dans la
rgion, qui depuis a port leur nom.




CHAPITRE IV

LES ORIGINES DES BRAKNA


Le tableau gnalogique ci-aprs, dgag des branches collatrales,
permet de saisir d'un coup d'oeil les origines des Brakna.

                        Hassan.
                          |
                        Oude.
                          |
                        Marfar.
                          |
                        Othman.
                          |
                        Omran.
                          |
                        Heddaj.
   _______________________|_________________________________
  /             dbut du quinzime sicle).                 \

          Barkenni,                        Terrouz,
      anctre des Brakna.              anctre des Trarza.
              |
           Mellouk.
              |
           Kerroum.
           ___|_________________________________________
          |                            |                |
    Abd Al-Jebbar.                 Abd Allah,       Al-Yatim,
      ____|___________            anctre des      anctre des
     |                |        _Oulad Abd Allah_.    _Litama_
  Mohammed, etc.    Ahmed,                           (Gorgol
  Biri, etc.      anctre des                       et Assaba).
  anctre des     _Oulad Ahmed_.
  _Oulad Biri_.

Au quinzime sicle, c'est--dire peu aprs l'arrive des premiers
hassanes dans la haute Mauritanie, les fils de Heddaj: Barkenni et
Terrouz, qui conduisaient leur groupement d'envahisseurs, jusqu'alors
uni, durent se sparer  la suite de querelles intestines, nes 
propos de partage de butin.

Le groupe des fils et serviteurs de Barkenni, se dveloppant au cours
du quinzime sicle, devait constituer le peuple Brakna, que nous
voyons apparatre  la fin du seizime sicle seulement. Les Trarza se
formaient de la mme faon.

Trarza et Brakna dpouillent, comme il a t dit, les Oulad Mbarek de
leur suprmatie et les repoussent vers l'est. Ils vont dsormais et
jusqu' nos jours rester chacun matre dans leur rgion.

Le quinzime sicle est approximativement rempli par les trois
gnrations: Barkenni, Mellouk fils de Barkenni, et Kerroum fils de
Mellouk, sur lesquels nous n'avons aucun renseignement.

Au dbut du seizime sicle, par les trois fils de Kerroum on voit se
constituer les tribus d'origine brakna: _a_) Abd Al-Jebbar donnera
naissance par son fils Ahmed aux _Oulad Ahmed_ et par son fils Biri
ould Mohammed aux _Oulad Biri_.

_b_) Abd Allah donnera naissance aux _Oulad Abd Allah_, qui sont les
seuls qui portent dans le langage courant des tribus le nom de Brakna.

_c_) Al-Yatim est l'anctre ponyme des _Litama_.

Il y a donc  l'heure actuelle quatre tribus vritablement brakna; les
Oulad Biri, les Oulad Ahmed, les Oulad Abd Allah, les Litama.

Les Oulad Biri habitent les confins du Trarza et du Brakna. Dans cette
marche neutre, ils ont subi l'influence des Trarza plus fortement
et sont, depuis un sicle, et sous notre rgime mme, compris dans
l'orbite trarza. Ils ont d'ailleurs vers dans le maraboutisme. Mais
ils n'ignorent pas leur origine brakna et  ce titre ont toujours
conserv avec ces tribus, et notamment avec les Oulad Ahmed, leurs
cousins plus immdiats, comme on le voit par le tableau prcit, et
leurs voisins, des relations troites de sympathie et d'alliance.

Les Litama ont appuy vers l'est et,  demi assujettis par les Id Ou
Ach,  demi fondus dans l'lment ngre, ils font aujourd'hui, sur les
bords du Sngal et du Gorgol, figure de Zenaga.

Seuls les Oulad Abd Allah et les Oulad Ahmed sont rests vrais fils de
Barkenni, guerriers pillards, hassanes mcrants et chefs politiques du
pays  qui ils ont donn leur nom. Et encore seuls les Oulad Abd Allah
ont-ils conserv l'appellation de leur anctre ponyme, puisque seuls
ils sont dits Brakna.

J'ai dcrit dans mon mirat des Trarza, d'aprs le Chiam az-Zouaa
les luttes engages et menes  bien par les Brakna et Trarza contre
les Oulad Rizg, au dbut du dix-septime sicle. Les hassanes des
premires invasions furent soumis et asservis.

Les Zouaa, qui avaient pour le moins soutenu les vaincus de leurs
sympathies, furent trs affects de leur dfaite et, craignant des
reprsailles, eurent un moment la pense de s'enfuir avec eux. Le
dpart de l'Aroussi, le plus acharn de leurs ennemis, les rassura.
Ils restrent donc, mais les discussions qui les agitrent alors
provoqurent un dclassement de tribus. Le Chiam az-Zouaa donne la
liste de ces nouveaux groupements et, en ce qui concerne les Brakna,
signale que les Beni Iddan Abiaj, des Tachomcha, allrent se joindre, 
cette date, aux Diediba.

Les fils de Kerroum, qui,  la tte du groupement brakna et avec
l'assistance des Trarza, avaient rduit les Oulad Rizg, entendaient
bien chausser leurs bottes. Ils invitrent donc les Berbres 
acquitter entre leurs mains les redevances coutumires. Ceux-ci, dit
le Chiam az-Zouaa, mirent la plus tenace obstination dans leur refus
et finirent par avoir gain de cause.

La chose parat fort douteuse, mais ce qui est plus trange encore,
c'est la prtention qu'affectent les Zouaa d'avoir reu des gages de
prix des hassanes. Al-Mokhtar, fils d'Abd Allah ben Kerroum, l'anctre
ponyme des Oulad Abd Allah (Brakna), tait venu offrir un chameau
de choix  Al-Fadel (Sidi-l-Falli), fils de Mohammed ben Dman. Il
fut rencontr par Ahmed ben Dmn (Trarza), qui  sa vue s'empressa
de courir chez les siens et leur fit comprendre qu'il valait mieux
faire des cadeaux aux Zouaa que de prlever sur eux des tributs. A la
suite de ce discours, les Oulad Dmn se prcipitrent chez les Zouaa
avec tellement de rapidit, qu'ils devancrent les Oulad Abd Allah et
purent effectuer avant ceux-ci la remise de leurs prsents. Le Chiam
az-Zouaa ne manque pas de tirer la morale de ce rcit: Ce sont ces
bons procds qui sont la cause de la situation leve que les Oulad
Dmn ont conserve jusqu' ce jour: il leur faut donc honorer les
descendants de Sid Al-Fadel.

Il n'est pas impossible que les Brakna, comme les Trarza, aient fait
des cadeaux aux Zouaa. La chose se passe encore de nos jours entre
deux pillages de campements tolba. Mais il est  croire que les
hassanes continuaient, malgr toute l'obstination des Berbres, 
prlever sur eux le tribut. On en trouvera la confirmation dans la
haine que Sid Al-Fadel, qui parat avoir t  ce moment le personnage
maraboutique le plus en vue des Zouaa, portait aux hassanes. Je hais
les Merafra, disait-il; car ils extermineront mes descendants. Une
guerre terrible doit incessamment clater entre eux.

La prdiction n'allait pas tarder  se raliser. Sid Al-Fadel
comprenait bien que les deux peuples arabes et berbres ne pouvaient
vivre ainsi sur le pied d'galit, et puisque les Berbres,--son
peuple,--ne voulaient pas assurer leur dfense, les armes  la main, il
fallait qu'ils s'inclinassent devant les guerriers.

Le Chiam az-Zouaa signale un dernier trait: Sid Brahim, le chef
des Aroussin, n'avait pas abdiqu toute prtention sur les Zouaa.
Du nord o il campait, il envoya un jour son fils Al-Habib,  la tte
d'une forte bande, prlever le tribut auquel il croyait avoir droit.
Les Zouaa concentrrent leur force  Tin Goufanin; mais plus confiants
dans la ruse que dans la force, ils demandrent conseil  Lamin, fils
de Barik Allah. Ils lui promirent par tente un tribut d'une livre de
grain (moudd) et d'une mesure de beurre fondu, s'il les dbarrassait
des hassanes. Le marabout prit quatre piquets, rcita sur chaque piquet
un verset du Coran, et les planta aux quatre coins du rassemblement
tachomcha. Aprs quoi il ordonna aux jeunes gens d'aller galoper autour
de l'ennemi, cependant que l'un d'eux: Abd Allah ould Kadda, des Id
ag Jemouella, dou d'un organe sonore, poussait des commandements
retentissants, auxquels la troupe rpondait par des acclamations
prolonges.

Il parat que ce spectacle impressionna tellement les Aroussin, qu'ils
levrent le camp et se retirrent en fuyards.




CHAPITRE V

LA GUERRE DE BABBAH ET LES IMAMS BERBRES


Les graves vnements qui allaient se drouler en Mauritanie, vers
le milieu du dix-septime sicle, devaient bouleverser compltement
les tribus maures et tablir d'une faon dfinitive les conditions
de la vie sociale telles que nos anctres les ont vues vers la fin
du dix-septime sicle, et telles que nous les voyons nous-mmes
aujourd'hui.

A cette date, politiquement, les Berbres, sans opposer de rsistance
militaire, essaient de tenir tte aux prtentions des hassanes, tantt
par leur obstination implacable  refuser tout tribut, tantt par des
offres de cadeaux, qui peuvent carter momentanment l'orage en semant
la division chez l'ennemi.

La politique du grand marabout et imam, Nacer ad-Din, allait tre le
signal de profondes modifications. Ports un instant au pinacle par la
volont de fer de ce saint homme et unis sous sa baraka, les Berbres
faillirent triompher et exterminer les hassanes. La mort de Nacer
ad-Din, les divisions qui suivirent, rduisirent  nant leurs succs.
Ce sont l des aventures de marabouts, qui se sont renouveles maintes
fois jusqu' nos jours.

J'ai dcrit longuement, dans _L'mirat des Trarza_, la guerre de
Babbah, comme l'appelle la tradition maure, ses diverses pripties,
la fin de la lutte, ses consquences. Il n'y a pas lieu d'y revenir ici.

Il suffit de rappeler que les tribus maraboutiques du Brakna ne
surent pas s'unir contre l'ennemi commun. Seuls les Diediba semblent
s'tre engags  fond  la suite de l'imam national. Les autres ou se
dsintressrent de la lutte, ou se prtendirent contraints de tenir
tte aux hassanes locaux. Les Brakna, au contraire, marchrent en bloc
avec leurs cousins Trarza, fournirent des contingents et des subsides
et immobilisrent leurs marabouts.

Les Diediba, au cours de la lutte vers 1668, firent une fois bande
 part et faillirent provoquer une scission en levant un anti-imam,
Nahoui ben Agd Abd Allah, contre Mounir ad-Din, frre de Nacer ad-Din
et cinquime imam. L'accord se fit et Mounir resta en titre, Nahoui
fut son Khalifa officiel. Il ne put malheureusement faire prvaloir
ses avis sur ceux de Mounir, jeune homme inexpriment, et tous deux
par bravade acceptrent avec des forces infrieures le combat que leur
offraient les hassanes. Ils furent tus  Dokol,  20 kilomtres en
amont de Dagana, et les troupes tailles en pices (vers 1670).

On ne sait pas  quelle tribu appartenaient ce Nahoui, candidat
des Diediba, et son frre Agd al-Mokhtar, qui fut le sixime et
dernier imam. Il parat tabli qu'ils taient originaires d'une tribu
maraboutique du Brakna, probablement des Diediba. C'est sur le
territoire brakna, en effet, que se droulrent les derniers incidents
de la lutte (1670-1674). L'imam fit d'abord des courses, souvent
heureuses, contre les Oulad Abd Allah, les Oulad Mbarek et les Litama.
Le suprme combat s'engagea  Tin Ifdadh, prs d'Ouezzan, dans l'Agan
(Brakna septentrional). Agd Al-Mokhtar, son frre Imijen, et les
derniers guerriers zouaa y prirent.

On connat le trait de paix qui intervint, en 1674,  Tin Iefdadh. En
voici, d'aprs la tradition brakna, les trois principales clauses: 1
Les Zaoua donneront l'hospitalit  tous les Merafra qui viendront la
leur demander, et cette hospitalit durera au moins trois jours.

2 Les Zaoua feront parvenir chez lui (_id est_, sans tratrise et en
lui donnant des montures) tout hassani qui leur demandera son chemin.

3 Les hassanes auront droit au tiers de l'eau des puits, lors de
l'abreuve des animaux.

Les Diediba comptrent parmi les tribus les plus prouves, et se
virent affects comme vassaux-marabouts aux Oulad Abd Allah mmes.
Cette alliance a dur jusqu' nos jours inclus. Les hassanes sont
rests fidles  leurs tolba, comme ceux-ci l'taient  leurs Arabes;
ils se sont mutuellement port secours, au fil de leur histoire, et
l'occupation franaise les a fait fuir ensemble vers le nord, unis
jusque dans la chute de l'ancien rgime.

On remarquera, en terminant, combien jusqu' cette fin du dix-septime
sicle la berbrisation a t profonde dans la basse Mauritanie. La
plupart des noms de lieux et mme de personnes sont des noms berbres.
Tout individu,  ct de son nom arabe, a son nom berbre ou zenagui,
sous lequel, dans le langage courant, il est plus gnralement dsign.
La langue en usage est encore le berbre. Mais, avec la conqute
hassane, l'arabe va prendre le dessus et refouler insensiblement langue
et coutumes berbres. La langue berbre n'est plus parle du tout
aujourd'hui sur le territoire brakna.




CHAPITRE VI

LA BRANCHE ANE DES MIRS BRAKNA: OULAD NORMACH


C'est  cette date (deuxime moiti du dix-septime sicle) que se
constituait dfinitivement l'mirat des Brakna. Il est ncessaire de
donner tout d'abord le tableau gnalogique des premiers Brakna de la
tente princire.

                             1. Abd Allah,
                      anctre des Oulad Abd Allah
                           (seizime sicle).
         ___________________________|_________________________
        |                 |        |         |         |      |
  2. Mohammed,          Bakar.  Mansour.  Mokhtar.  Naggad.  Eli.
  Dix-septime sicle.
        |_________________________________
        |                 |               |
  3. Normach,           Siyed,        Oubbech.
  anctre des          anctre
  Oulad Normach.     Oulad Siyed.

D'Abd Allah, l'anctre ponyme des Oulad Abd Allah, c'est--dire des
Oulad Normach et des Oulad Siyed, on ne sait presque rien. Il vcut au
seizime sicle, et eut six fils: Mohammed, Bakar, Mansour, Mokhtar,
Naggad et Eli.

Mohammed, son successeur, est le chef de la tente o va se fixer le
commandement pour plus d'un sicle dans la descendance de son fils an
Normach (1650-1766 environ), puis dans la descendance de son fils cadet
Siyed (1766-1903). Un troisime fils de Mohammed, Oubbech, a laiss
une postrit qu'on retrouve en partie chez les Normach, mais surtout
chez leurs tiab. Sa descendance est constitue en grande partie par les
Koumba et se trouve reprsente par des femmes et par Eli ould Ahmed
ould Omar.

Bakar, deuxime fils d'Abd Allah, parat avoir t un grand chef de
guerre. Il vcut au dix-septime sicle et on peut en induire de l que
c'est lui qui conduisit les Brakna  la guerre contre les marabouts;
mais la tradition est muette sur ce point. Il mourut en 1680. Sa
descendance ne comprend plus que deux tentes chez les Normach et une
tente chez les Oulad Ahmed.

De Mansour, troisime fils d'Abd Allah, la descendance, qui fut jadis
puissante et nombreuse, s'est fondue dans les campements de ses frres
et aussi chez les Oulad Siyed.

Celle de Mokhtar, quatrime fils d'Abd Allah, a disparu.

Celle de Naggad est actuellement en trs grande partie chez les Tiab
Oulad Normach; une tente se trouve chez les Normach mmes.

La postrit d'Eli, dernier fils d'Abd Allah, a migr vers l'est. Elle
constitue l'actuelle tribu des Oulad Eli, qui nomadise sur le Gorgol et
dans l'Assaba.

Il faut maintenant revenir aux deux fils de Mohammed ould Abd Allah:
Normach et Siyed, anctres ponymes de leur descendance et double
branche qui fut successivement  la tte du Brakna.

Mais ici, pour pouvoir suivre jusqu' nos jours le cours des vnements
historiques, il faut avoir sous les yeux les tableaux gnalogiques des
deux branches.

Branche ane: les Oulad Normach.

                            3. _Normach_,
                       anctre des O. Normach.
                                  |
                      4. Heba (Mohammed Al-Heba),
                              [+] 1728.
                                  |
                       5. Ahmed (Ahmed Heba).
                             [+] 1762.
                   _______________|_____________
                  |                             |
               6. Eli                       7. Ahmeada,
          (entre 1762-1780).                 vers 1780.
         _______________________________________|
        |               |                       |
    Mohammed.     Mokhtar Cheikh.           Hiba, etc.
                        |          _____________|__________
                        |         |                        |
                     Brahim.   Mokhtar.                Mohammed.
     _____________________________|_____         __________|________
    |       |       |        |          |       |         |         |
  Brahim.  Hiba.  Bakar.  Mohammed.   Lobat,    Hiba.    Sidi   Mokhtar.
                                      chef               Ahmed.
                                      actuel.             |
                                                       Mohammed.


Branche cadette: les Oulad Siyed.

                           Siyed.
                             |
                       Seddoun (Brahim).
                     ________|__________
                    |                   |
            Aghrich (Mohammed).     M'Khatir.
                    |
                 Mokhtar.
         ___________|______________________________
        |                |                         |
        1.               2.                        |
  _Mohammed._      _Sidi Eli 1er_,           Sidi Mohammed.
  [+] vers 1800.  vers 1800 [+] 1818.       _______|_______________
        |                |                 |             |         |
        |                3.                4.            |         |
      Aghrich.    _Ahmeddou 1er_,    _Mokhtar Sidi_,  Mohamm.   Mokhtar.
                   1818 [+] 1841.        1842.           |         |
                         |                 |             |         |
                         7.                |             |         5.
                  _Sidi Eli II_,     Moh. Al-Habib.  Moh. Sidi.  _Moh._
                  1858 [+] 1893.           |             |      _Rajel._
                         |              Othman.      Mohammed.
                         |
            _____________|_______________________________________
           |             |          |       |         |          |
  8. _Ahmeddou II_,   Mokhtar,     Moh.   Bakar.   _Habib_,    Sidi
       1893-1903.     [+] 1884.   Krara.             chef    Mohammed,
     ______|_____________           |               actuel.    1903.
    |         |          |          |
    Ould   M'hammed.   Sidi      Mokhtar.
   Assas.             Bakar.
  [+] 1907.

Au sujet des rgles de la dvolution du pouvoir, disons tout de suite
que la conception de l'hrdit avec partage n'a jamais t en vigueur
chez les Brakna. Ce fut en principe l'ide de l'hrdit par anesse
qui domina, tempre par l'usage, en vigueur dans les pays islamiques,
que le frre cadet ou l'oncle pouvait succder  l'mir dfunt. Ici, ce
dernier usage ne fut appliqu que dans le cas de minorit du fils de
l'mir prcdent. Et encore son clan ne considrait-il le gouvernement
du collatral que comme une rgence, tout au plus un mirat
transitoire, car, ds sa majorit, le fils rclamait ses droits, et ses
partisans taient tout de suite prts  l'aider  les faire valoir.

Normach vcut approximativement vers la fin du dix-septime sicle. La
tradition rapporte qu'il prit part aux derniers vnements du Cherr
Boubbah (1674). Son tombeau se trouve prs de Mal. A cette date, les
Brakna, de l'aveu de tous les chroniqueurs et annalistes maures, sont
les matres politiques du pays et tous les autres hassanes gravitent
dans leur orbite. Les Trarza eux-mmes devront attendre jusqu' Ali
Chandora, pour se dgager de la suzerainet politique des Brakna.

Vers cette poque, une tradition relate que les Brakna et les Id
Echelli furent en guerre. Ils se livrrent un violent combat au rocher
de Tajala, en plein Amatlich, en 1689.

Le fils de Normach, Heba, de son vrai nom Mohammed Al-Heba, est 
cheval sur le dix-septime et le dix-huitime sicle. On ne sait que
peu de choses sur son compte.

Ali Chandora et Heba eurent de nombreux dmls. C'est  cette date
que les Trarza vont se dgager de la suprmatie brakna, alors tablie
sur tous les hassanes du Sud mauritanien.

Ali Chandora s'tant rendu  Fez, accompagn d'Abd Allah Maham, fils
d'Al-Qadi, le grand Cheikh Ida Ou Ali de Chingueti, y reut l'accueil
le plus favorable du sultan et en ramena des contingents marocains qui
lui permirent d'abord de se rendre dfinitivement matre du Trarza et,
ensuite, de conqurir son indpendance vis--vis des Brakna.

Les Brakna, matres politiques de la rgion, furent dfaits et
repousss. Le P. Labat rapporte que leur mir, qui venait faire la
rcolte de la gomme dans les bois d'acacia contests et la vendait 
l'escale du Terrier-Rouge, fut assailli par Ali Chandora et s'enfuit
dans la direction du Rekiz (lac Cayar des Noirs). La tradition complte
ces victoires de l'mir trarza, en relatant que, par la suite, les
Brakna conclurent avec lui des traits d'alliance et de soumission.

Les hostilits devaient reprendre par la suite. Elles amenrent la
mort d'Ali Chandora, qui s'tait avanc  la poursuite des Brakna en
retraite jusqu' Bogh. Certains disent qu'il aurait t tu dans un
combat livr  l'mir Heba lui-mme. D'autres qu'il fut empoisonn
dans la nuit qui suivit le combat. La tradition est unanime  relater
qu'il a t enterr un peu au-dessus de Bogh (le Dibango des
Toucouleurs), sur une dune o l'on montre encore son tombeau, ou du
moins l'emplacement de son tombeau, prs d'un petit bosquet (1727).

Heba ne devait pas tarder  le suivre dans la tombe. Le pome d'Ibn
Khalna dit qu'il mourut peu aprs le sultan Moulay Ismal et l'mir Ali
Chandora, soit donc vers 1728. Ce pome l'appelle cheikh des Arabes,
chef des bandes, lion de la bourse, homme  la belle prestance. Son
tombeau est  Belaoua.

Il faut ajouter qu'une autre tradition affirme que ce Mohammed Al-Heba
du pome n'est pas le chef normachi, mais le chef Oulad Eli, son
homonyme et contemporain.

Le fils et successeur de Heba fut Ahmed. Par une contradiction
frquente chez les Maures, son nom, Ahmed ould Al-Heba, devint Ahomel
Heba. Jusqu'alors, les Oulad Abd Allah avaient t  la tte de
la confdration merafra, c'est--dire des Arabes envahisseurs, de
la postrit de Marfar ould Oude ould Hassn. Cette confdration,
qui par son union et la solidarit de ses membres avait ralis
la conqute de la Basse Mauritanie et l'asservissement des tribus
berbres, comprenait, outre les Trarza qui vivaient, depuis la fin des
hostilits, dans une quasi autonomie, les Brakna, les Oulad Mbarek, les
Oulad Ghouizi et les Oulad Nacer. Il est  peu prs certain qu'avec
le temps, et ds la fin du dix-septime sicle, la prpondration des
Oulad Abd Allah, tente princire des Brakna, tait devenue surtout
nominale.

Mungo-Park, qui passait dans le Sahel de Nioro en 1796, entendait
encore parler du haut prestige des Il-braken.

C'est sous les rgnes de Heba et de son fils Ahomel que se produisit
la scission. De cette sparation est ne la situation qui a dur
jusqu' nos jours. Il y a deux versions au sujet de cette scission des
Merafra, l'une, maure, recueillie par Duboc, l'autre, toucouleure,
dcrite par Sir Abbas; mais il est certain que cette scission ne fut
rendue possible que par les coups fcheux qu'Eli Chandora porta au
prestige des Brakna.

D'aprs la version maure, ce fut Maham Mokhtar ould Nasri qui fut
l'auteur du conflit. Il s'y prit d'une faon originale.

La djemaa des zenaga, compose des parents de la mre de Maham Mokhtar,
refusa d'obir  Ahomel Heba. Pour les soumettre, ce dernier quitta
l'Adrar et vint avec de nombreux partisans  Baghdad,  environ 8
kilomtres de Tijikja, o nomadisait le campement rvolt. Ahomel Heba
tait trs orgueilleux et d'une susceptibilit rare.

Ds son arrive, les zenaga, sur les conseils de Mokhtar, lui
envoyrent une ambassade pour solliciter la paix; puis lui-mme se
prsenta alors  Ahomel Heba, son cousin, avec quelques jeunes gens
des Merafra, et feignant d'tre trs mal avec les zenaga, demanda en
son nom et au nom de ses amis que les ambassadeurs leur soient remis
pour les tuer; avec insistance, il promit de leur payer le prix que
fixerait Ahomel Heba, lui assurant qu'il ferait une bonne affaire.
Furieux que des membres de sa famille le croient capable d'agir ainsi,
navr que l'on ait  l'assimiler  un trafiquant, considrant qu'on lui
avait fait dans le Tagant la plus grande insulte qui pouvait tre faite
 un homme de son rang, il jura de ne plus reparatre dans ce pays et
d'abandonner  leur sort les populations qui y habitaient.

Il rentra alors dans l'Adrar et les Merafra se divisrent en
plusieurs branches ne reconnaissant plus l'autorit du successeur de
Barkenni. Chacun garda le nom de son anctre ponyme, qu'elle portait
dj,  titre d'unit intgrante de la confdration, et devint, sous
ce nom, une tribu indpendante. On eut donc dsormais les Oulad Abd
Allah (Brakna), les Oulad Mbarek, les Oulad Ghouizi, les Oulad Nacer.

Voici maintenant la version toucouleure, vue du ct du fleuve, et
telle qu'elle est rapporte par le distingu traditionnaliste Sir
Abbas. Elle diffre peu d'ailleurs de la version maure.

    Les Oulad Abd Allah (c'est--dire l'ensemble des Merafra dsigns
    sous le nom de la tribu dirigeante) taient les seigneurs
    du Chamama. Ils foraient leurs voisins, tels que les Id Ou
    Ach,  leur verser des tributs. Les Id Ou Ach leur donnaient
    annuellement un poulain. Les Touabir, les Oulad Ad et tous ceux
    de rang social modeste, qui vivaient auprs d'eux, taient frapps
    de contributions. Cet tat de choses dura jusqu' la bataille
    d'Al-Harekat, localit du Tagant,  l'Est de Tijikja, et o se
    trouve depuis fort longtemps le tombeau d'Ilou Yaladi Diad Padiq,
    pre de Foullal. Cette bataille mit aux prises les Oulad Abd Allah
    et les Id Ou Ach. Lorsque ceux-ci aperurent qu'ils n'taient pas
    de taille  lutter loyalement contre leurs adversaires, ils mirent
    en commun toutes leurs ruses et en usrent pour les diviser. Cela
    leur porta bonheur. Les Oulad Al-Ghouizi et les Oulad Mbarek
    migrrent vers Nioro et Kayes. C'est alors que se produisit le
    conflit entre Oulad Eli et Oulad Yatim. A l'accord, qui rgnait au
    sein des Oulad Abd Allah, se substitua une hostilit cordiale. Ils
    ne se mettaient d'accord que rarement et pour un laps de temps trs
    court. Les Id Ou Ach profitrent de leurs discordes intestines
    pour s'affranchir de leur joug. C'est ainsi qu'ils cessrent de
    payer le tribut annuel d'un poulain.

L'mir Ahmed Al-Hiba eut les relations suivantes avec le grand saint
des Oulad Dman: Mohammed Al-Yadali, thaumaturge, orateur et fcond
crivain.

Le griot-danseur de l'mir, anctre des actuels Ahel Manou, avait
compos un pome o il glorifiait son matre. Sous couleur de
commentaire d'un de ses propres pomes, Mohammed Al-Yadali fit une
satire amre du pome du griot, reprenant les expressions de louange
exagre qu'il avait employes pour l'mir, et les appliquant lui-mme
au Prophte.

Quand il apprit ces faits, Ahmed Al-Hiba se fcha et profra des
menaces  l'encontre du pote. Mohammed Al-Yadali, qui ne tenait pas
 en attendre l'excution, se hta de venir trouver l'mir. Celui-ci
lui fit des reproches: Comment peux-tu dmarquer le pome qui m'a t
adress? Comment oses-tu en dtourner le sens sur un autre que moi? Tu
as fait l quelque chose de grave. Le marabout rpondit simplement:
J'ai transport vos louanges vers quelqu'un (Mahomet) qui est meilleur
que moi et que vous.

La colre de l'mir tomba, et il lui fit don d'un chameau, s'engageant
 ce tribut en son nom et au nom de ses successeurs jusqu'au jour du
jugement dernier. Par la suite, leurs relations furent tout  fait
cordiales, et le pote dmani composa  la louange d'Ahmed ould Heba
et de sa maison une trs logieuse qacida[1].

  [1] La traduction de ce pome a t donne dans le _Bulletin du
  Comit d'tudes historiques de l' A. O. F._, 1920.

Les derniers jours d'Ahmed Al-Heba furent encore agits par des luttes
entre les Oulad Ahmed, allis aux descendants des Oulad Rizg et l'mir
Mokhtar ould Omar, des Trarza (vers 1758). Les Oulad Ahmed vaincus, et
qui s'taient avancs en territoire trarza, furent refouls vers les
pays brakna.

Les luttes intestines qui avaient dchir la confdration merafra
allaient se produire au sein mme des Oulad Abd Allah et amener leur
scission: 1 en les tribus Normach et Siyed, telles que nous les
trouvons aujourd'hui dans le Brakna; 2 en Oulad Eli et Litama, tels
que nous les trouvons dans le Gorgol et l'Assaba.

A Ahomel Heba, mort en fvrier 1762, d'aprs le pome d'Ibn Khalina,
et enterr  Nagu, dans l'Aoukar, succdrent d'abord son fils an
Eli, ensuite son fils cadet Ahmeada. Une autre tradition dit que
Ahmeada est le fils, non le frre d'Eli. Le tombeau d'Eli se trouve 
Al-Qadra dans le Raag et celui d'Ahmeada,  Tijam dans l'Agan.

C'est sous le commandement de ces deux chefs, c'est--dire dans les
annes qui suivirent 1782, que se produisirent ces graves vnements.
Jusqu' cette poque, les Normach nomadisaient en hivernage prs de
la Sebkha de Tidjiniakout, et autour de Talorza et d'Achamin, situ
 une journe de marche au nord de la Sebkha. La saison sche les
amenait, comme la plupart des tribus dans le Tiris. Avec Ahmeada, ils
se fixrent dans l'Aftout pendant la saison sche, et dans l'Agan,
pendant l'hivernage. Les luttes intestines qui clatrent  cette
date provoqurent un exode plus mridional encore: les Oulad Eli, les
Oulad Al-Yatim et les Oulad Siyed allrent s'installer  Guimi. Ils
se battirent entre eux, comme ils s'taient battus avec les Oulad
Normach. Les Oulad Al-Yatim, commands par Sebouli, furent vaincus
et migrrent  l'est du Gorgol, dans la rgion qui depuis a pris
leur nom: le Litama. Les Oulad Eli les y suivirent peu aprs, et
s'installrent auprs d'eux dans la valle infrieure du Gorgol.

Les Normach et les Siyed, rests seuls en prsence, se partagrent le
pays: les premiers nomadisrent dans la haute rgion entre Guimi et
l'Agan; les autres se fixrent dans la partie mridionale du Brakna,
de Guimi au lac d'Aleg et jusque dans le Chamama. Cette division amena
l'indpendance des Siyed vis--vis des Normach. Leur chef, Mokhtar ould
Aghrich, entendit comme son pre Aghrich l'avait dj tent, ainsi
qu'on le verra plus bas, tre l'gal,  tous points de vue, de son
cousin Ahmeada, et tre l'mir des Oulad Siyed comme Ahmeada tait
l'mir des Oulad Abd Allah.

Mokhtar mourut, d'aprs Golberry, en 1766. C'est du moins ce qui
ressort de son texte. En 1766, le chef des Brachknaz mourut, et Hamet
Moktar, son fils, devint, par droit de naissance et de succession,
chef et roi des deux tribus des Maures-Brachknaz et Darmanke. Il se
pourrait d'ailleurs que cette succession vacante ft due, non  la mort
de Mokhtar, chef des Oulad Siyed, mais  celle d'Ahmeada, chef des
Oulad Normach et mir des Brakna.

La chose est de peu d'importance d'ailleurs. Toujours est-il que c'est
en 1766, ou autour de cette date, que les chefs Oulad Siyed, branche
cadette de la dynastie, prennent dfinitivement figure d'mirs de
Brakna.

Ce fut la situation politique et gographique respective des deux
tribus qui amne ce curieux rsultat. Les Europens de Saint-Louis,
tant Franais qu'Anglais, tant de l'administration que du commerce,
s'habiturent dfinitivement  traiter avec les Oulad Siyed, qui
commandaient les voies d'accs au fleuve dans cette rgion du Chamama,
et  les considrer comme les vrais et seuls matres du pays, 
l'exclusion des Normach, dont ils ignoraient l'existence ou qu'ils
considraient comme une fraction soumise aux Oulad Siyed. L'mir des
Siyed fut pour eux le vritable mir du pays, et c'est  ce sultan
des Brakna, Mohammed ould Mokhtar lui-mme, que nous voyons les
Anglais payer, ds avant 1767, les coutumes annuelles et c'est avec lui
que le Gouverneur de Repentigny va conclure le premier trait que nous
avons conserv (1785). On comprend que les chefs Oulad Siyed ne firent
rien pour dtromper les gens de Saint-Louis. On devine mme qu'ils
aidrent, de toutes leurs forces,  la confusion.

Par la suite et avec le temps, leur usurpation fut confirme; la
prescription leur fut acquise  leurs propres yeux, aux yeux de
l'ensemble des tribus maraboutiques, et aux yeux mmes ou peu s'en faut
des Oulad Normach. Ceux-ci en effet, dpossds de leur commandement
depuis un sicle et demi, n'ont lev, depuis notre occupation, que des
prtentions fort timides. Ils parlent de leur commandement comme d'une
chose fort lointaine,  proprement parler comme d'un droit historique
et prim, souvenir glorieux du pass.


C'est  Aghrich que la tradition Brakna, dj signale par Faidherbe
en 1864, attribue l'honneur d'avoir nou officiellement les premires
relations commerciales avec les Franais, d'avoir entam et protg la
traite de la gomme, et enfin de l'avoir canalise par les escales du
Coq[2] et du Terrier Rouge[3]. Elles allaient devenir, pendant deux
sicles, les marchs ncessaires de la gomme du Brakna, et mme, au
moins pour la premire, le march intermittent du Trarza, quand les
nombreuses guerres que nous dmes entretenir avec cette confdration
guerrire amenrent sa fermeture.

  [2] L'escale du Coq, sise  la pointe de l'le  Podor,  10
  kilomtres en aval de Podor-Ville, tait sur la rive gauche.
  C'tait une escale commune aux Trarza et aux Brakna, quoique
  l'mir du Brakna en et gnralement la surveillance.

  [3] L'escale du Terrier-Rouge tait spciale aux Brakna. Elle
  tait sise  50 kilomtres en amont de Podor et sur la rive
  droite.

Le service que rendit ainsi Aghrich  son peuple, ou plutt sans
doute la tradition diplomatique qui se cra chez nous de ne traiter
qu'avec ce prince, puis avec les membres de sa famille, qui se dirent
ses successeurs rguliers, et de ne donner qu' celui-l les pices de
guine des coutumes, qui formaient le plus clair des revenus de l'mir,
contriburent puissamment, ainsi qu'il a t dit,  tablir, d'une
faon dfinitive, la dvolution de l'mirat brakna. Cette dignit va se
perptuer dans les Ahel Aghrich, les Lakariches, comme les appellera
en 1824 Ren Cailli.

Les escales classiques, surtout le Coq, conservrent leur importance
pendant tout le dix-huitime sicle. Quand en 1744, par l'initiative
de l'intelligent directeur de la Compagnie, David, les Franais
s'installrent  Podor, ce village devint l'escale officielle des
Brakna et le terrain neutre des ngociations. Abandonne quelques
temps, lors de l'occupation anglaise de Saint-Louis (1758) l'escale
reprit peu aprs, avec les Anglais mmes, son importance et ne la
perdit plus. Le chef du village tait, comme dit Ren Cailli (1824),
Ministre du Roi auprs de cette autorit franaise. Mais l'escale
relle, le march des transactions, o les navires jetaient l'ancre, o
se runissaient traitants sngalais et vendeurs maures, chefs Oulad
Abd Allah, marabouts locaux et dlgus du grand Borom de Saint-Louis,
o seul pouvait s'effectuer la traite de la gomme et le commerce des
autres produits, tait situe au confluent terminal du fleuve et du
marigot de Dou,  ce Coq, clbre pendant deux sicles dans nos
annales sngalaises. Le dix-neuvime sicle, plus libral dans la
rglementation conomique, devait voir les transactions s'effectuer
d'un bout  l'autre du fleuve, et ces escales de l'ancien rgime
dprir et disparatre.

    C'est, au dire de Golberry, l'ancienne Compagnie des Indes qui
    avait fond l'usage des coutumes annuelles, payes aux chefs
    maures, voisins du Sngal, et aux princes, chefs et rois des
    nations noires, avec lesquelles le commerce exigeait des relations.

    Quand les Anglais devinrent matres du Sngal par une suite des
    vnements de la guerre de Sept ans, pour l'avantage de leur
    commerce, ils suivirent l'usage de faire des traits d'alliance
    et de bonne intelligence avec les princes maures et les princes
    ngres... Ils avaient une sorte de registre manuscrit qui contenait
    dans le plus grand dtail les motifs, l'numration et l'ordre des
    coutumes qu'on devait payer annuellement aux chefs de ces nations
    africaines, les poques o ces coutumes devaient tre dlivres,
    des notes relatives  l'importance respective de ces chefs et de
    ces nations, des instructions sur les rgles qu'il fallait suivre
    en dlivrant ces coutumes, et des observations politiques sur le
    commerce de cette partie de l'Afrique.

On voit  quel point les Anglais, matres s arts politiques,
poussaient leur documentation. Leur habilet dans l'action n'tait pas
moindre. Ils ne ddaignaient pas les moyens d'agiter ces hordes des
Maures, de les animer l'une contre l'autre, de les balancer, de les
contenir et de leur inspirer rciproquement des jalousies.

Golberry, qui eut l'occasion d'avoir un de ces registres politiques
de l'administration anglaise pendant le temps qu'ils ont possd
le Sngal, c'est--dire, depuis 1760 jusqu'en 1779, en a traduit
certains passages intressants.

Voici le texte concernant le Brakna:

    Coutumes  payer  Hamet Moktar, chef des deux tribus maures de la
    famille Agrichy.

    Am-Hamet-Moktar est chef des tribus maures Ouled Abdallah,
    communment appels Brachknaz et Darmanko, qui forment la famille
    Agrichy. Le commerce de la gomme avait engag de payer annuellement
    des coutumes  ce roi maure; elles furent augmentes  l'poque,
    o l'on demanda la permission d'riger un fort  Podhor, avec un
    village attenant, dont les habitants auraient autant de terres
    qu'ils croiraient ncessaire d'en cultiver dans les environs du
    fort.

    Cette coutume fut paye rgulirement jusqu'en 1765; alors les
    Franais abandonnrent le fort et le village. Mais en consquence
    d'un accord fait avec Am-Hamet-Moktar, le fort de Podhor fut
    rtabli ainsi que le village, en 1772, avec les mmes privilges.

    A l'poque de ce rtablissement, il fut convenu que les coutumes
    que les Franais taient dans l'usage de payer au chef des Maures
    Brachknaz seraient aussi rtablies, mais que Hamet Moktar ne
    pourrait les rclamer qu' commencer du mois d'aot 1775, parce
    qu'alors seulement la reconstruction des forts et village de Podhor
    serait achev.

    Le but de rtablissement de Podhor n'est pas seulement d'entretenir
    la bonne intelligence et le commerce avec les Maures brachknaz
    et darmanko, mais aussi d'acqurir par l, assez de poids et
    d'influence sur les Foulhas-Peuls, qui sont les habitants natifs
    de la contre; prvenir les hostilits et les pillages qu'ils
    faisaient tous les jours sur le commerce des Blancs et autres
    marchands de l'le Saint-Louis du Sngal: surtout pendant le
    voyage de Galam et au retour de ce voyage, les brigandages et les
    hostilits de ces ngres menaaient de la perte entire du commerce
    dans ces districts.

    Cette circonstance prouve suffisamment l'importance et l'utilit
    de ce fort, l'avantage de son tablissement et de son entretien,
    et des coutumes payes  Hamet Moktar pour la protection qu'il
    s'engage de donner  l'tablissement de Podhor contre les Foulhas.

    Coutume annuelle qui sera paye au roi Hamed Moktar, chef de la
    famille Agrichy, aussi longtemps que subsisteront le fort et
    l'tablissement de Podhor.

      Cinquante-quatre pices de guine,
      Huit pices de silsie,
      Quinze ancres de poudre,
      Six fusils de traite,
      Deux cents pierres  fusil,
      Deux cents balles,
      Onze longues barre de fer,
      Douze filires de rassades,
      Trente piastres,
      Une livre de clous de girofle,
      Un coffre de bois avec un cadenas.

    On rendra aussi des honneurs aux rois et chef des Maures Trarshaz
    et Brachknaz, quand ils se rendront  l'le de Saint-Louis du
    Sngal.

    Am-Hamet Mokhtar Agrichy, roi des Maures Brachknaz et Darmanko,
    sera salu de cinq coups de canon de la mme batterie, en arrivant
    et en partant.

    Il est d'usage de nourrir certains chefs du continent aux dpens du
    roi, quand ils viennent  l'le du Sngal, bien entendu qu'ils n'y
    restent que pour arranger quelque affaire avec le Gouverneur.

    C'est ainsi que tout tait prvu et arrang  l'gard de ces chefs
    maures avec lesquels il est important, pour l'avantage du commerce,
    de s'entretenir en bonne harmonie, et en bonne intelligence.

La fort des gommiers, qui tait reconnue officiellement aux Brakna,
tait celle d'Al-Fatak, comme la fort de Lebiar tait celle des Id Ou
Al-Hadj (Darmanko), et la fort du Sahel celle des Trarza. En ralit,
ces bois de gommiers n'taient que les principales et plus riches
agglomrations d'acacias, et on faisait la cueillette de la gomme
un peu partout dans tous les boqueteaux d'irouar qui couvrent le
territoire de la Basse Mauritanie.




CHAPITRE VII

LA BRANCHE CADETTE DES MIRS BRAKNA: OULAD SIYED


1.--_Mohammed ould-Mokhtar_ (1766, [+] vers 1800).

Mohammed ould-Mokhtar, petit-fils d'Aghrich, peut tre considr comme
le premier mir de la branche cadette des Oulad Abd Allah: les Oulad
Siyed. Il apparat dans la tradition comme le successeur d'Ahmeada,
fils ou petit-fils d'Ahomel Heba, des Normach. C'est vers 1766 que se
produisit cette substitution.

Depuis deux gnrations dj, les Oulad Siyed taient tablis entre le
lac d'Aleg et le fleuve. On sait par la tradition que Mokhtar, pre de
Mohammed, a t enterr  Oumm Djeljel, prs de Regba, et que Aghrich,
son grand-pre, mort de maladie, a t enterr  Taboumlib, prs
d'Ouezzan. Quant  Seddoum, pre d'Aghrich, il fut tu au cours d'un
rezzou et fut enterr  Oumm Abboun, dans le Zemmour. Le tombeau de son
pre, Siyed, l'anctre ponyme, se trouve dans l'Agan.

Les Oulad Siyed et,  l'occasion, les Oulad Normach se signalaient
par d'incessantes incursions dans le Fouta. Les _Chroniques_ de Sir
Abbas signalent une longue et cruelle guerre de sept ans que le Cheikh
Souleman Bal et les derniers souverains de la dynastie de Tenguella
soutinrent contre les pillards Oulad Abd Allah, vers 1770.

Le document anglais prcit, de 1767, donn par Golberry, relata qu'
cette date dj les coutumes sont payes  Mohammed ould Mokhtar.

Un peu plus tard, en 1785, quand les Anglais ont d vider les lieux,
un document officiel franais nous atteste  nouveau la prsence de
Mohammed ould Mokhtar  la tte de l'mirat brakna.

Le 10 mai 1785, Mohammed ould Mokhtar, roi, dit le texte franais,
sultan, dit le texte arabe, des Brakna, signait sous les auspices et
protection du gouverneur, comte de Repentigny, avec le sieur Durand,
directeur gnral de la Compagnie de Commerce du Sngal, un trait
d'amiti et de rglementation de la traite de la gomme.

Il tait rgl en substance dans cet acte, o le texte franais dforme
toujours le nom de l'mir en Ahmed Mokhtar:

    _a_) La Compagnie a le droit d'tablir un comptoir  Podor et
    d'autres comptoirs dans tout autre point du territoire d'Ahmed avec
    libert entire de traite sur toutes matires.

    _b_) Ces tablissements sont sous la sauvegarde spciale de
    Mohammed Mokhtar.

    _c_) Suppression de tout commerce direct ou indirect avec les
    Anglais, avec gratification  l'mir chaque fois qu'il arrtera une
    caravane allant chez les Anglais de Portendik.

    _d_) Promesses des bons offices de l'mir pour l'activit de la
    traite, la fixation du kantar au plus bas prix et  la plus haute
    mesure possible, l'aplanissement de toutes difficults.

    _e_) Versement d'une coutume annuelle: 1  l'mir (400 pices de
    Guine, 100 fusils fins, 200 barils de poudre de 2 livres, etc.,
    sans oublier une moustiquaire, plus une pice de guine par huit
    kantar mesures et conduits  bord; 2  Sidi Eli, frre du roi (14
    pices de guine, etc.); 3  la femme du roi (8 pices de guine,
    etc.); 4  Fatma, soeur ane du roi (4 pices de guine, etc.);
    5  chacune des quatre jeunes soeurs de Mohammed Mokhtar et  sa
    fille (2 pices de guine); 6 au premier ministre (5 pices de
    guine, etc.); 7 pour les soupers de Sidi Ely et des marabouts
    qu'il loge chez lui (1 mouton et 2 bouteilles de mlasse); 8 pour
    sa suite (id). Tous ces objets payables un tiers au commencement de
    la traite, un tiers au milieu, et un tiers  la fin.

Le total des coutumes verses aux Brakna tait valu, en 1787, d'aprs
le livre de comptes de la Compagnie,  5.598 livres.

L'mir Mohammed ould Mokhtar, alli aux Id Ou Ach, soutint une lutte
implacable contre son voisin Eli Kouri du Trarza. Un combat violent,
dit Mohammed Youra, s'engagea prs du puits d'In Temadhi (un peu avant
1786, anne de la mort d'Eli). Les Trarza vaincus durent prendre
la fuite vers l'ouest. Aprs une course perdue, ils arrivrent 
Kheroufa, clbre alors par un grand arganier. Rejoints en ce point
par Homeada ben Ali, descendant d'Ahmed ben Dmn, et par un parti
de guerriers, ils firent face  l'ennemi. Le sort changea. Les
Trarza reprirent le dessus et poursuivirent  leur tour les Brakna,
qui se htrent de tourner bride vers l'est. La tradition rapporte
qu'au puits de Djefaf les fugitifs rencontrrent un campement de
tolba qui abreuvaient leurs boeufs. Un des guerriers brakna, fatigu
de cette course perdue, sauta sur une vache pour continuer sa
route, mais celle-ci fit un bond et jeta  terre l'homme qui tomba
malencontreusement, montrant que, sous sa chemise, il n'y avait pas de
culotte, ce qui fit rire tout le monde.

La lutte devait prendre des proportions plus grandes encore par
l'entre en scne des Foulhas (Toucouleurs sans doute), allis des
Brakna. Nous fmes, en 1786, dcrit Golberry, les tmoins oisifs et
inutiles de l'explosion qui fermentait depuis plusieurs annes.

    En 1785, Hamet-Mokhtar, roi des Brachknaz, homme  la fois lche,
    orgueilleux et insolent, parce qu'il tait soutenu par le roi des
    Foulhas, enleva la femme favorite d'Eli-Kouri, et sut si bien
    s'attacher cette femme qu'elle fit dclarer  son premier matre,
    qu'elle se sparait  jamais de lui.

    Les hostilits recommencrent l'anne suivante. Eli Kouri provoqua
    Mohammed ould Mokhtar. Le combat s'engagea, en octobre 1786,  20
    lieues de Saint-Louis. Eli Kouri fut vaincu et tu.

    Le vainqueur Mohammed ould Mokhtar ne fut pas exempte de souci, car
    peu aprs le Siratick-almami attribuant la victoire  ses 400
    guerriers prtendit faire la loi, non seulement aux Trarshaz, mais
    aussi aux Brachknaz, aux Darmanko, aux rois ngres ses voisins, et
    mme aux Franais du Sngal.

Golberry constate encore en 1785-1787 que les Darmanko (= Ida Ou
Al-Hadj, du Trarza), ont pour les Brakhknaz un attachement et une
dfrence qui ne se sont jamais dmentis; que leur chef tmoignait le
plus grand respect pour Hamet-Mokhtar (Mohammed Mokhtar), chef des
Brachknaz, qu'il le reconnaissait comme roi, comme gnral de la
nation, comme le pre de la famille des Agrichys; que, dans toutes les
circonstances, les intrts de ces deux tribus sont toujours runis,
toujours compris dans les mmes traits, et que le roi des Brachknaz
discute, agit, conclut tout seul pour ces tribus germaines, sans que
jamais il y ait aucune rclamation, aucune opposition de la part des
Maures Darmanko.

Golberry qui a vu  peu prs juste l'immigration des hassanes (les
Maures Oulad, comme il les appelle, oubliant le mot principal: Hassan)
fait venir ensemble du Nord les Brakna et les Ouled El-Hadj. Ces
tribus, dit-il, n'en formaient autrefois qu'une seule, ce qu'il
faut entendre non au sens des origines ethniques, puisque les Brakna
sont Arabes, et les Ida Ou Al-Hadj, Berbres, mais au sens de la
confdration d'une tribu guerrire et d'une tribu maraboutique. Mieux
encore, l'intrt conomique explique cette alliance du dix-huitime
sicle, qui a disparu par la suite. Golberry signale avec justesse
cette cause: Ils s'attriburent la possession du territoire compris
entre celui des Trarchaz et le Ludamar, l'exploitation des forts (de
gomme) d'Al-Fatack et d'El-Hiebar, ainsi que plusieurs mines de sel,
situes dans ces dserts de sable.

Mohammed ould Mokhtar eut les honneurs de la correspondance
qu'adressait rgulirement Boufflers  Mme de Sabran. Il est vrai
que la relation de Boufflers est loin d'tre flatteuse pour l'mir
brakna et que si celui-ci avait pu se douter du jugement ironique du
Gouverneur, il aurait t moins ravi de l'entrevue. Mais peut-tre
cette impression dfavorable est-elle due  la chaleur de 50 Raumur,
 l'ombre, que Boufflers eut  supporter, ayant eu l'ide fcheuse
de faire son voyage au mois d'avril (1787). L'mir maure lui parut
misrable et rapace.

Il dit encore: C'est un homme fort puissant, mais fort doux et en mme
temps fort dvot. Il n'aime que les femmes et les prtres, et passe sa
vie le plus qu'il peut  Podor pour tre loin de son camp, loin de ses
ennemis. Il habite une mauvaise chambre du fort avec une femme en titre
et trois ou quatre dames d'honneur qui en manquent de temps en temps,
livr aux conseils de ses marabouts qui lui laissent faire toutes ses
sottises et toutes ses fredaines, pourvu qu'il porte une centaine de
leurs petits scapulaires qu'ils appellent gris-gris, et qu'il fasse
par jour environ huit  dix prires ridicules sur une peau de mouton
qu'on tend  ses pieds. Le reste du temps, il converse--cela s'appelle
palabrer--sur les intrts de sa prtendue couronne et le rsultat de
tous ses palabres est de demander des prsents et des secours qu'on
ne lui donne que le moins qu'on peut, d'emprunter au tiers et au
quart des toffes, des fusils et d'autres marchandises, sous prtexte
d'une guerre  soutenir, mais qu'il donne par le fait  tout ce qui
l'entoure... Sa figure est assez belle; il ressemble  une sainte face
dont la couleur aurait beaucoup pouss au noir. Il est plutt drap
qu'habill d'une manire trs pittoresque, presque toujours en blanc.
Du reste, il a absolument la dgaine d'un roi fainant et, qui plus
est, d'un roi mendiant.

Les deux interlocuteurs changrent des cadeaux. Boufflers reut
pour sa part un cheval du fleuve. Aprs quoi, il confirma l'alliance
traditionnelle et s'empressa de venir  Saint-Louis.

Le 29 mars 1793, an II de la Rpublique, un dcret de la Convention
nationale interdit toute relation avec l'mir. En voici le texte:

    La Convention nationale, voulant obtenir la rparation des
    vexations que Hamet Moktar, chef de la tribu des Maures
    braknas, s'est permises envers les Franais qui sont alls dans
    ce pays pour faire la traite de la gomme, Dcrte ce qui suit:

    Article premier.--Il sera signifi  Hamet Mokhtar, chef de la
    tribu des Maures Braknaz, que la Nation franaise ne lui paiera
    plus aucune coutume, et cessera toute relation de commerce
    avec lui jusqu' ce qu'il ait rpar les vexations qu'il s'est
    permises envers les Franais et qu'il ait donn des otages, qui
    rpondent de sa conduite pour l'avenir.

    Art. II.--Il est dfendu provisoirement  tout btiment
    franais de faire aucune traite de gomme  l'escale qui est
    sous la domination d'Hamet Mokhtar; le conseil excutif est
    autoris  tablir sur la rivire un btiment arm qui fera
    respecter cette dfense.

L'mir ne conut aucune fiert de cette marque d'attention spciale de
notre Convention nationale. Les dmarches qu'il se hta de faire et les
assurances qu'il donna pour l'avenir firent surseoir  ce dcret, mais
l'excution allait en tre dcide quelques annes plus tard.

En 1799, en effet,--une dlibration du 14 ventse, an 7, nous
l'atteste,--des envoys d'Amar Koumba, mir des Trarza, se prsentaient
devant le Commandant (Blanchet) et les principaux habitants du Sngal
(Comi, Pellegrin, Pierre Dubois, Blandin fils, etc.), assembls en
la maison du Gouvernement, et informaient les Franais de la part
de leur matre que l'mir Brakna se prparait  faire la guerre au
Sngal et qu'il avait dput son fils Aghrich  Amar Koumba pour lui
communiquer sa rsolution et le presser de se joindre  lui. L'mir des
Trarza avait refus, et la rupture des bonnes relations avec les Brakna
en tait rsulte.

Comme suite  cette dlibration, Amar ould Koumba tait remerci au
nom du Gouvernement franais et recevait un prsent extraordinaire,
tandis que Mohammed Mokhtar voyait mettre  excution contre lui les
mesures hostiles prescrites par la Convention.

Mohammed Mokhtar disparaissait peu aprs (vers 1800).


2.--_Sidi Eli Ier_ (vers 1800, [+] 1810).

L'mir Mohammed ould Mokhtar fut remplac,  sa mort, par son frre
Sidi Eli (vers 1800). C'est dans cette branche cadette que s'est
perptu le commandement.

Les relations de Sidi Eli avec les Franais furent cordiales. On le
voit intervenir en mdiateur, au dbut de 1806, entre les Franais et
le Fouta agit par la rvolution musulmane. Ses bons offices aidrent
 la conclusion du trait du 4 juin 1806, o il apparat comme premier
ministre de l'almamy Abdoul-Qadir, Roi des musulmans du Fouta.

Les prliminaires du trait portent en effet: Au nom de Dieu et de S.
M. Impriale Napolon Ier, paix, amiti et bonne intelligence entre
tous les habitants du Sngal, et ceux du pays Fouta, qui seront tenus
de part et d'autre, aprs la ratification d'Almamy, de se conformer
aux conventions et rglements prescrits et arrts dfinitivement par
le gnral Blanchot, commandant pour S. A. M. I., d'une part, et de
l'autre par _Sidi Eli, fils de Mokhtar Agrisse, chef de la tribu_ des
Bracknas, charg des pouvoirs d'Almamy...

Pour reconnatre ces bons offices, le Gouvernement franais lui versa,
pendant les deux annes o il se maintint encore au Sngal, une
coutume d'honneur. Cette coutume devait tre reverse  son fils
Ahmeddou dans le trait de 1819. Elle continua d'tre paye jusqu'
Faidherbe. On le trouvera en annexe dans l'tat des coutumes de 1840,
donn  titre d'exemple.

Mais ce qui apparat  cette heure, c'est que les Maures brakna,
tant guerriers que marabouts, aprs avoir considrablement aid au
succs du parti torodo et de la rvolution religieuse du Fouta (fin
du dix-huitime sicle), vont conserver pendant tout le dix-neuvime
sicle une influence considrable sur les dirigeants du peuple
toucouleur tant du Fouta occidental (Toro, Lao) que du Fouta oriental
(Yrlab, Ebyab, Bossa).

On a conserv de Sidi Eli le trait pass, le 7 juin 1810, avec le
lieutenant-gouverneur Maxwell, reprsentant de l'autorit anglaise,
qui venait de conqurir le Sngal. Ce trait est identique au trait
que passa le mme jour le lieutenant-colonel Maxwell avec l'mir des
Trarza. Il est  remarquer que pour la premire fois les mirs brakna y
reoivent leur titre exact: chef d'une tribu des Brakna, c'est--dire
les Oulad Siyed.

Les dispositions de ce trait sont beaucoup moins minutieuses que celle
des traits franais. Le principe des coutumes est reconnu, mais la
liste en est dresse individuellement pour chaque btiment arrivant 
l'escale, aprs entente entre le capitaine et le subrcargue et le chef
maure. Une copie de cette liste reste entre les mains des deux parties
contractantes.

En l'absence de l'mir, c'est Mohammed Sidi, son premier ministre qui
le remplace.

A la disparition des Anglais, Sidi Eli s'empressa de renouer les
relations avec les Franais. Ma joie a t  son comble, crivait-il
en 1817 au colonel Schmaltz, en apprenant votre arrive au Sngal;
et il ajoutait immdiatement: Remettez  mes envoys la coutume que
les Franais omirent de payer, lors de la prise du Sngal par les
Anglais, ainsi que celle dont ces derniers s'emparrent, l'anne
passe, dans l'affaire du btiment de Fara Blondin.


3.--_Ahmeddou Ier_ (1818-1841).

Ahmeddou Ier succda  son pre Sidi Eli, au dbut de 1818. Le tombeau
de ce dernier se trouve  Arroug, dans le Chamama.

Il faisait, ds les premiers jours, la preuve de sa bonne volont, en
offrant ses services au gouverneur, qui avait alors des difficults
avec certaines tribus peul et avec des villages du Oualo. On lui fit
tenir des secours en armes et en munitions. Il passa le fleuve avec
quelques bandes et pilla plusieurs villages ennemis et par-dessus le
march Nguik, qui nous tait dvou. Cette guerre s'accompagna de
pamphlets, suivant la coutume maure. A une satire, que nous n'avons
pas, et qui fut envoye sur Sidi Eli aux gens de Nguik, ceux-ci
rpondirent:

    Dieu lui-mme a dfendu aux malfaiteurs de se trouver face  face
    avec ses serviteurs.

    Eli s'il amne la destruction sur le pays de son pre, doit tre
    repouss par les honntes gens.

    N'est-ce pas dj assez qu'il ait t cause de la ruine de notre
    village et de celui de Ouadan?

    Nous, gens de Nguik, nous ne saurions tre contents d'Eli si le
    Gouvernement n'en est pas content lui-mme.

    Que lui et sa bande viennent dans notre village et nous les
    chasserons sans retard.

    Et pourquoi Nguik ne les chasserait-il pas? N'ont-ils pas amen la
    ruine sur Nguik?

Au mme moment, des combats victorieux contre ses voisins Trarza:
Oulad Dmn, Oulad Sassi, Ahel Attam asseyaient son influence et sa
rputation.

Le 20 mai 1819, Ahmeddou confrait  l'escale du Coq avec le colonel
Schmaltz, commandant pour le roi et administrateur du Sngal et
dpendances. Un trait tait sign le mme jour.

Le prambule constate la conduite juste et irrprochable, tenue par
Ahmeddou envers les traitants de Saint-Louis, le grand intrt qu'il
a de se conserver en bonne intelligence avec les Franais, et--ici
nous retrouvons Schmaltz et ses projets de colonisation agricole--les
immenses avantages, qui rsulteraient infailliblement pour lui, son
pays et ses sujets, si le systme de colonisation projet sur la
rive gauche du fleuve, tait en mme temps excut sur le territoire
considrable et populeux qu'il possde sur la rive droite. Cette belle
prose coulait en vain, car elle n'est pas traduite dans le texte arabe
du trait.

Voici les principales dispositions de cet acte:

    _a_) Ahmeddou, roi de la tribu des Bracknas, s'engage  favoriser
    par tous les moyens la traite de la gomme et tout autre commerce;

    _b_) Maintien des coutumes sur les bases anciennes;

    _c_) Ahmeddou s'engage  se conformer aux rglements, pris par
    le commandant pour empcher la fraude, et  ne jamais arrter ou
    suspendre la traite, avant d'en avoir rfr au commandant et
    reu sa rponse. Ces dispositions sont nouvelles et tmoignent de
    l'emprise de plus en plus profonde de l'autorit franaise.

    _d_) Neutralit d'Ahmeddou dans les guerres au Sngal;

    _e_) Ahmeddou invite (!) le commandant franais  diriger sur son
    pays des sujets du roi de France pour y former, conjointement avec
    les siens des tablissements de culture, comme ceux qui taient
    alors tents sur la rive gauche dans le Ouale;

    _f_) Cession  la France des territoires propres  la formation
    d'tablissements agricoles;

    _g_) Autorisation de construire des forts et d'y mettre des
    garnisons;

    _h_) Maintien au fils de la coutume d'honneur verse au pre, Sidi
    Eli.

Schmaltz professait pour Ahmeddou une grande estime et cherchait 
l'intresser  ses plans de colonisation. Il crit de lui au ministre,
le 27 mai 1820, alors que pourtant ses bonnes relations avec l'mir
sont dj rompues. Ce prince avait toujours paru distingu, parmi les
Maures, par des penses plus grandes, une inclination toute favorable
 adopter les ides des Europens. Sa justice svre et sa loyaut
avaient ramen l'ordre dans son escale et gagn la confiance des
traitants.

Schmaltz signale encore que l'mir avait un vif dsir d'obtenir la
concession d'une nouvelle coutume annuelle, appartenant en propre 
l'an de ses enfants, et non divisible entre les princes comme le sont
les autres. Il esprait par ce moyen fixer la royaut dans sa famille,
en raison de la prpondrance que donneraient  l'hritier prsomptif
les richesses dont il pourrait disposer. On ne sait qui du courtisan
Schmaltz ou du cupide Ahmeddou eut, le premier, cette ide gniale.

Malgr ces bons rapports, malgr la ncessit qui s'imposait 
Ahmeddou, en guerre avec les Id Ou Ach, de s'appuyer sur nous pour
viter les dfections de nombre de ses gens et pouvoir tenir tte  ses
ennemis, l'mir se laissa entraner par les excitations religieuses et
xnophobes des Foulhas. L'anne prcdente (1819), Schmaltz avait
cr le poste de Baquel et montr sa volont de faire la traite dans
le haut fleuve, en s'en tenant rigoureusement aux termes des actes
passs avec les almamys du Fouta et sans autre condition. Les choses
s'envenimrent trs rapidement. Schmaltz, qui tait venu en fvrier
1820  Podor, pour clairer la situation et faire cesser les attaques
des convois, ne put rien obtenir et fut bientt lui-mme assailli.

Il croyait pouvoir compter sur Ahmeddou, avec qui il avait eu plusieurs
entrevues  Podor mme, et qui l'avait assur de son dvoment. Il n'en
fut rien. Ahmeddou se laissa entraner par l'exemple des Trarza et des
Poule-Toucouleurs qui, les premiers, sous la conduite de leur mir Amar
ould Mokhtar, non reconnu par nous, les autres sous le commandement
de l'almamy Sir, de Tierno Moli et de l'liman Bou Bakar, tentaient
d'ameuter tout le pays contre nous, au lendemain de la roccupation
de la colonie. On escomptait mme la coopration du damel du Cayor.
Toutes ses bandes envahirent le Oualo, qui venait de conclure avec
nous un trait de commerce et d'amiti et dont le brak restait fidle
 ses engagements. Une petite colonne marcha de Saint-Louis  leur
rencontre. Elle se renfora d'auxiliaires ouolofs, chassa les pillards
du Oualo, et envahit  son tour les abords du Fouta. Deux villages
furent dtruits par l'artillerie de la flotille fluviale. Les Maures se
htrent de repasser le fleuve. La paix fut conclue aussitt avec les
Foutank. Les pourparlers s'engagrent avec les Trarza et les Brakna,
mais ce n'tait plus Schmaltz qui les devait faire aboutir.

Le 25 juin 1821, un nouveau trait de commerce et d'amiti tait sign
avec Ahmeddou. L'auteur en tait le capitaine de vaisseau Le Coup,
successeur de Schmaltz. Il y est dit en substance:

    _a_) Ahmeddou s'engage  favoriser par tous les moyens la traite de
    la gomme et tout autre commerce;

    _b_) Maintien des coutumes, verses tant par le commerce que par le
    Gouvernement, mais le payement en sera effectu  Saint-Louis  la
    fin de la traite. Pas de traite, pas de coutumes;

    _c_) En cas de difficults entre la France et le Toro sngalais,
    transfert de l'escale hors de la porte des Foutank;

    _d_) En cas de discussion de l'mir avec un traitant, suspension
    de la traite pour ce seul commerant. Rglement de la question par
    l'mir et l'assemble des traitants;

    _e_) Neutralit des Brakna dans les guerres sngalaises et
    reconnaissance de la proprit des habitants de Saint-Louis sur le
    Oualo;

    _f_) Projets d'tablissement de culture, notamment de coton, dans
    le Chamama. Dispositions rciproques  ce sujet.

Ce trait scellait l'alliance de Saint-Louis et des Brakna. Il tait
la rcompense des services rendus par Ahmeddou, qui, sur les dsirs du
gouverneur, avait attaqu le village de Dialmath, tu un homme, fait
prisonnier trois autres, et effectu un certain nombre de pillages.
L'liman Bou Bakar tait ainsi puni d'avoir arrt un navire, qui
allait faire la traite  l'escale du Coq.

Les relations continurent, trs ingales comme toujours, avec le chef
des Brakna. Le baron Roger en trace, le 28 aot 1824, un portrait moins
flatteur que celui de Schmaltz: Amedou, chef des Maures Braknas, est
du caractre le plus perfide, et pour l'avidit, il ne le cde  aucun
Maure. Il faut l'couter, accueillir mme ses propositions, en lui
promettant de riches rcompenses, en cas de succs, mais on doit bien
se garder de rien lui dlivrer d'avance, c'est un vritable escroc.

Il constate en mme temps que Sidi-Aba, un des principaux chefs chez
les Brakna, esprit remuant, avide, menace d'abolir l'escale de Bakel,
qui fait depuis longtemps ombrage  celle des Brakna, soit qu'il
veuille favoriser celle-ci, soit qu'il ait le projet d'en tablir une
pour son compte, soit qu'il cherche seulement  se faire acheter.
Il est accompagn et conseill par un nomm Moks, ancien ministre
disgraci de l'escale des Brakna, fripon, rus, qui connat bien les
Europens et qui peut faire beaucoup de mal.

C'est peu aprs, en fin 1824, que Ren Cailli fit dans le campement
brakna le sjour qui devait le prparer  jouer son rle de jeune
gyptien dans la traverse de l'Afrique, de Bok  Tanger. Il arrivait
 Podor, le 29 aot 1824, et en repartait immdiatement avec les
agents de Hamet-Dou qui revenaient de Saint-Louis, o ils avaient
touch les coutumes. Il s'installa misrablement dans le campement de
Mohammed-Sidy-Mectar, grand marabout du roi et chef de la tribu des
Dhidhibe. Il venait en effet se mettre  l'cole de ce saint homme,
dans le but, disait-il, de se convertir  l'Islam.

Aprs une visite, trop longue  son gr,  l'mir, dont le camp
pouvait contenir  peu prs 100 tentes et de 4  500 habitants
il revint chez son marabout, s'arma d'une planchette  nonner le
Coran, et  chanter les louanges du Prophte. Il vcut ainsi neuf
mois, bouscul par les uns, relativement bien trait par les autres,
s'entranant inlassablement  la terrible aventure dans laquelle il
allait se jeter, et qui a fait de lui le premier de nos explorateurs
par l'nergie et la force du caractre.

Au dbut de mai 1825, s'tant rendu compte qu'il lui fallait des
subsides pour se constituer une faade respectable en tribu, il
descendit  Saint-Louis, et demanda un secours au gouverneur. Des
offres insuffisantes lui furent faites. La mort dans l'me, Cailli dut
abandonner son double projet de retourner achever son ducation dans le
Brakna et de partir  travers le Sahara par Oualata et Tombouctou.

Ses compagnons brakna, comprenant alors qu'ils avaient t dups par
son faux zle pour la religion musulmane, l'abreuvrent d'injures et
s'en retournrent bredouilles.

Ren Cailli s'est plaint avec amertume--et non sans raison--de n'avoir
pas t soutenu par l'administration. Il faut reconnatre au moins que
celle-ci,  son insu, veilla sur lui pendant son quipe au Brakna, et
fit comprendre  Ahmeddou que ses sujets tablis  Saint-Louis taient
garants de la scurit du voyageur.

Cailli a laiss au tome Ier de son Journal plusieurs chapitres
consacrs  l'ethnographie des Maures. S'ils souffrent, par le manque
de mthode habituel de l'auteur, de certains dfauts littraires, et
notamment d'une exposition convenable, ces renseignements n'en sont
pas moins d'une sincrit et d'une vracit parfaites. C'est peut-tre
encore  l'heure actuelle ce qui a t crit de plus juste et de plus
intressant sur les moeurs et les coutumes maures.

Retenons simplement ici:

    Chacune de ces tribus (brakna, qu'il vient d'numrer) a son
    chef particulier et indpendant. Hamet-Dou est reconnu roi par
    le Gouvernement franais; c'est  lui que l'on paye les coutumes
    pour favoriser la traite de la gomme; il reoit celles que payent
    les navires traitants; mais les marchandises qui en proviennent
    sont partages entre tous les chefs et les princes, et ceux-ci les
    distribuent ensuite  leurs sujets. Les marabouts ne reoivent rien
    des princes.

    Ces tribus se font souvent la guerre entre elles et peuvent
    l'entreprendre sans le consentement du roi. La couronne n'est
    hrditaire qu'autant que le roi laisse en mourant un fils majeur:
    s'il meurt sans enfants, et mme s'il ne laisse que des fils
    mineurs, la couronne revient  son frre qui la conserve jusqu' sa
    mort; alors, s'il y a eu des fils mineurs du roi prcdent, l'an
    rentre dans ses droits et reprend la couronne de son pre.

En 1834, l'tat de guerre dclare entre la France et les Ouolofs
de Fara Pinda dans le Oualo et les Trarza provoqua la fermeture des
escales du bas fleuve et un afflux considrable de caravanes maures
et de navires saint-louisiens  l'escale du Coq. Aussi une convention
particulire intervient-elle, le 5 mai 1834, entre Ahmeddou et le
capitaine Cailli, reprsentant du gouverneur, pour fixer la traite
de la gomme par des mesures spciales  cette anne-l. Les coutumes
furent prleves sur la quantit de gomme traite et non sur le
jaugeage des btiments (cf. annexe).

Cette anne-l, la traite se fit sous forme d'association en
participation, et par parts gales conformment  une convention qui
fut adopte par les habitants de Saint-Louis et approuve par le
gouverneur (cf. annexe).

A ce sujet, il est intressant de citer une lettre, crite l'anne
prcdente (24 juin 1834) par le gouverneur de Saint-Germain au
Commandant de l'escale des Braknas. Elle tmoigne de l'insatiable
avidit des mirs maures et de l'incurable rivalit des traitants.

    Tchez de faire comprendre  Ahmeddou qu'il ne m'est pas permis
    de faire ce que la loi dfend (de lui faire des avances), et que
    ce qu'il demande est rellement contraire  ses intrts. Invitez
    en mme temps les traitants  lui refuser des avances payables en
    gomme.

    C'est l la vritable origine des mauvaises affaires qu'ils ont
    faites depuis nombre d'annes. S'ils n'avaient pas l'imprvoyance
    de se lier par ses avances, ils seraient libres de changer
    d'escale, lorsqu'ils prouvent des vexations et ils obligeraient
    par l les Maures  tablir entre chaque escale, une rivalit
    de bons procds au lieu de la rivalit d'extorsions qui existe
    aujourd'hui. Cette position, considre dans ses rsultats, est de
    beaucoup prfrable  quelques minces profits qui se font sur les
    avances.

    Je ne saurais trop le rpter: les habitants de Saint-Louis seront,
    du jour qu'ils le voudront, les matres de la traite de la gomme,
    dont ils ne sont que des esclaves. Ils ont malheureusement fait
    choix du premier rle: qu'ils l'abandonnent ds aujourd'hui.
    Le Gouvernement fait pour eux tout ce qui est en son pouvoir:
    conseils, assistance, protection; qu'ils fassent aussi quelque
    chose pour eux-mmes.

Le correspondant du gouverneur, tait le capitaine Cailli, qui,
commandant de l'escale du Coq et charg des relations avec les Brakna,
y fit preuve des plus srieuses qualits de curiosit documentaire,
d'adresse et de tact. Il inaugurait les minents services que jusqu'en
septembre 1847, date de sa mort en rade de Gore, il devait rendre  la
colonie, en qualit d'inspecteur mobile de la Traite et de directeur
des Affaires extrieures. Il n'eut pas dpar ces bureaux arabes qui
menaient alors, avec tant d'clat, la politique indigne de l'Algrie;
on retrouve son action habile dans toutes les ngociations avec les
chefs et les tribus maures, et il en manoeuvre tous les fils  la fois.
Le souvenir de cet officier de talent est conserv par le nom d'une rue
de Dakar.

Un dernier trait devait tre conclu avec Ahmeddou, le 9 mai 1839, par
les soins du capitaine de vaisseau, gouverneur Charmasson. Il avait
pour but de mettre fin aux violences exerces par les Brakna sur les
traitants saisis en fraude de gomme, hors des limites de l'escale du
Coq. Il comportait en substance:

    _a_) Tout traitant, surpris en fraude, sera tenu de payer la mme
    coutume que le navire de mme tonnage commerant lgalement 
    l'escale;

    _b_) Le navire fraudeur sera conduit au Coq ou  Dagana par les
    soins d'Ahmeddou;

    _c_) L'embargo ne pourra tre mis et la coutume perue que par le
    ministre de l'mir;

    _d_) Le btiment fraudeur, arrt par les Franais, sera envoy
    d'office au Coq.

Les pillages commis par les Brakna seront rembourss par les soins de
l'mir au double de leur valeur.

A cette date galement se place l'intervention du Gouvernement pour
obtenir des deux mirs trarza et brakna la cessation de leurs courses
dans le Diolof. Le bour voulut bien s'engager au payement d'un tribut
envers l'mir Mohammed Al-Habib, et le taux en fut fix, en mai 1840,
 200 boeufs, tous les deux ans, mais il ne voulut rien promettre 
Ahmeddou qu'il ne craignait pas. L'tat d'hostilit se maintint ainsi
pendant plusieurs annes. Mais cette solution partielle suffisait au
gouverneur, qui ne cherchait que la possibilit d'tablir en paix un
poste  Mrinaghen.

Le long rgne d'Ahmeddou (1818-1841), s'coula non sans difficults
avec les campements de la branche ane. Elles commencrent avec Ahmed,
fils an d'Ahmeada, qui revendiquait le pouvoir pour les Oulad
Normach, et s'accenturent beaucoup plus avec son frre Mokhtar Cheikh
qui,  sa mort, pris sa succession politique.

Les hostilits durrent plusieurs annes et provoqurent le jeu des
alliances ordinaires Brakna--Id Ou Ach. Les Normach trouvrent des
subsides et des partisans chez leurs allis Abakak. Les Oulad Siyed
firent appel au concours des Chratit, dont Ahmeddou avait pous
une fille. La victoire resta aux Oulad Siyed, et Mokhtar Cheikh
dut s'enfuir dans le Tassaguert, o il meurt vers 1835. Cette mort
n'arrta d'ailleurs pas les hostilits. Ses frres continurent par
intermittence la lutte contre Ahmeddou, et celui-ci s'en plaignait
encore au gouverneur, en 1840, et lui demandait des secours.

Le combat le plus chaud de ces luttes intestines parat avoir t celui
de Youga, que Bouvrel dcrit en ces termes: Les cousins d'Ahmeddou,
Mohammed-Sidi, Mbaoua, Ahmet-Sidi et Mokhtar, jaloux de ce que le roi
touchait les coutumes sans les partager avec eux, lui dclarrent la
guerre et appelrent  leur secours Mohammed Ould-Zoued Ahmed, cheikh
des Douach et pre de Bakar. Les deux armes se rencontrrent  Youaga
(non loin du marigot de Guet-ngur), vaste plaine de dix lieues de
tour, sans arbres et parfaitement unie. La bataille dura trois jours,
et la victoire resta au parti d'Ahmeddou, malgr son infriorit
numrique. Il perdit 54 hommes, et les rvolts 98. Ces derniers
vaincus se rfugirent dans le Tagant. On voit prs de Youga le tombeau
d'un grand marabout, Moctar Ali, prs duquel les marabouts brakna
viennent en plerinage chaque anne. On y voit aussi les tombes des
guerriers morts ce jour-l.

Ahmeddou mourut en 1841, involontairement empoisonn par sa femme,
Lela ment Rassoul, du campement princier des Chratit (Id Ou Ach).
Celle-ci ne lui ayant pas donn d'enfants, il avait pous la fille
d'un de ses haratines, qui lui donna un fils. Ce fut Sidi Eli, qui
ne devait disparatre qu'en 1893, aprs avoir t ml, pendant un
demi-sicle,  l'histoire des Brakna et  notre politique. Or Lela,
jalouse, comme il convient, de l'enfant de son mari et de la famille
de sa co-pouse, qui affichait une attitude blessante  son endroit,
rsolut de faire disparatre ses adversaires. Elle versa du poison dans
la calebasse familiale, alors que son mari tait absent. Mais par une
circonstance fcheuse, il rentra impromptu et but le lait empoisonn
avec un de ses frres consanguins, son fils: Mohammed, et Al-Khedich,
son frre utrin, notable influent des Oulad Siyed. Tous dcdrent.
L'enfant, g de huit ans, et sa mre avaient chapp au danger.

Le long rgne d'Ahmeddou avait popularis ce prince dans le commerce
franais install  Saint-Louis. Entre 1840 et 1850, on voit un
trois-mts, du port de Nantes, dcor du nom de Roi Hameddou
effectuer des transports constants entre la France et le Sngal.


4.--_Mokhtar Sidi_ (1841-1843).

La mort d'Ahmeddou fut le signal de dchirements intrieurs chez
les Brakna. Une partie de la tribu, et notamment les Oulad Normach,
les Oulad Manour et des campements Oulad Siyed, lurent un cousin
d'Ahmeddou, Mokhtar Sidi ould Sidi Mohammed, avec qui nous tions en
relations depuis plusieurs annes, et qui protgeait l'escale de Ga,
transporte ensuite  Cham. La plus grande partie des Oulad Siyed et
le reste des Brakna, guids par Ndiak Mokhtar, vizir d'Ahmeddou Ier,
un vilain homme comme l'appelle le gouverneur Pajol et par Bou Bakar,
fils de Khodih, l'empoisonn, portrent  l'mirat Mohammed Rajel ould
Mokhtar ould Sidi Mohammed, par consquent, cousin aussi d'Ahmeddou et
neveu du prcdent.

La lutte s'engagea aussitt, et chaque parti chercha des alliances. Les
frres d'Ahmeddou et notamment Al-Hiba et Bakar, partisans de Mokhtar
Sidi, allrent lui chercher du secours chez Mamadou Biram, almamy du
Fouta. Les Oulad Siyed n'attendirent pas l'arrive des contingents
noirs. Ils se jetrent sur Mokhtar Sidi et dispersrent ses bandes,
puis, se retournant contre Bakar et Al-Hiba, qui arrivaient avec un
groupe de Toucouleurs, ils les battirent, refoulrent les Toucouleurs
sur la rive gauche, turent Bakar et mirent en fuite Al-Hiba.

Ces luttes intestines arrtaient depuis deux ans la traite. Le
gouverneur p. i. Pageot des Neutires rsolut d'y mettre fin, en
faisant disparatre du territoire brakna l'mir qui ne ralliait pas la
majorit des suffrages Oulad Siyed, tribu en qui nos relations d'un
sicle nous avaient habitus en quelque sorte  voir le corps lectoral
du groupement. Une circonstance heureuse permet d'apprhender, sans
encombre, Mokhtar Sidi.

On venait d'apprendre le 27 janvier 1843 que le prince avait pill
un cotre de Saint-Louis qui avait atterri non loin de son campement.
Cailli partit le soir mme. Il se saisit de Mokhtar Sidi et l'emmena
 Saint-Louis. Quelques temps aprs, le gouverneur Bouet-Willaumez
fit instruire son affaire. Les griefs ne manquaient pas. Mokhtar Sidi
reconnut que c'tait lui qui avait donn l'ordre de couper les routes
et d'intercepter les caravanes de gomme, parce que son rival tait
matre de l'escale. Par ailleurs, le prince avait soulev la haine
d'un certain nombre de traitants en dnonant  Saint-Louis ceux qui
faisaient la traite clandestine de la gomme, et mme en en poursuivant
quelques-uns devant les tribunaux. Il fut ds lors envoy au Gabon, que
nous venions d'occuper l'anne prcdente, et intern au fort d'Aumale.
Il inaugurait ainsi la srie des internements politiques dans cette
colonie, qui devait se perptuer jusqu' nos jours.

Cette mesure eut diverses consquences. Sur les habitants de
Saint-Louis, elle produisit une impression profonde. Ils craignaient
une raction des peuples riverains. Ils croyaient voir leur commerce
ananti; l'inquitude tait  son comble. Il n'en fut rien.

Sur le fleuve, les consquences furent assez inattendues. Les
partisans de Mokhtar furent dans la stupfaction.

    Runis aux chefs du Toro, dit une lettre du gouverneur p. i.
    Laborel,  la date du 28 juin 1844, ils restrent plusieurs jours
    dans l'inaction la plus complte; un choc aussi violent les avait
    tourdis. Ils allaient enfin se dcider  se runir en conseil,
    lorsque l'arrive de l'almamy parmi eux les dtermina  attendre sa
    dcision. Celui-ci, malgr tous ses efforts dans le Fouta (dont il
    tait le chef), n'avait pu parvenir  entraner ces peuples dans la
    querelle, et ne voulant point abandonner ses projets de vengeance,
    il s'tait jet dans le Toro, qu'il esprait encore soulever; l
    il mit tout en oeuvre pour exciter la haine contre les Blancs et
    stimuler les partisans de Moctar. Mais au lieu de l'enthousiasme
    et du dvouement qu'il avait espr il ne trouva qu'irrsolution
    et dcouragement. D'un autre ct l'air rassur des Oulad Sihit[4]
    et les dmonstrations imposantes du Sngal leur inspiraient de
    srieuses craintes.

      [4] C'est--dire des partisans de Mohammed Rjel, dont les Oulad
      Siyed constituaient la principale force.

    Il se dtermina donc  essayer de la voie des ngociations et
    m'crivit une lettre dans laquelle, aprs avoir rejet sur
    les Oulad Sihit toutes les causes de la guerre, il donnait 
    entendre qu'il ne serait plus loign d'entrer en arrangement. Un
    rendez-vous fut ds lors mnag entre lui, M. le commandant Caille
    et les chefs maures. Mais, cette fois comme toujours, il n'eut
    aucun rsultat par la duplicit de ce souverain.

    Quelques jours aprs, grce  ses persvrants efforts, tant
    parvenu  retirer de leur engourdissement les chefs du Toro, il
    les entrana avec lui sur le territoire de la Mauritanie. L, il
    eut  soutenir un combat des plus vifs contre les Oulad Sihit qui
    le battirent compltement, lui turent 113 hommes et lui firent 19
    prisonniers.

    Cet engagement a entran des vnements importants et des plus
    heureux pour notre politique et notre commerce dans le fleuve:
    l'almamy dpossd, et remplac par un autre chef qui ne nous est
    pas hostile; l'orgueil de la rive gauche abattu pour longtemps;
    tous les peuples riverains pouvants et demandant grce.

    Un autre rsultat non moins important que les prcdents, obtenu
    par l'exemple terrible qui vient d'tre donn  ces barbares, c'est
    que les Trarzas, dont vous connaissez l'esprit remuant, avaient
    manifest quelques intentions peu amicales, et qu' cette nouvelle
    ils se sont empresss de rentrer dans l'ordre.

Quant  Mokhtar Sidi, il allait encore faire parler de lui pendant
plusieurs annes. Le 13 septembre 1844, il s'vadait du fort d'Aumale
avec ses deux ministres, ses compagnons de captivit et, qui mieux est,
avec les trois soldats noirs, ses gardes. Il fut oblig de rintgrer
le poste peu aprs, n'ayant videmment rencontr qu'hostilit chez les
sauvages et ftichistes populations noires gabonaises. Mais au poste
mme, mu en fervent musulman, il avait en sa qualit de marabout, dit
un rapport de l'poque, pris un grand ascendant sur le personnel noir
du comptoir.

La surveillance svre qu'on exera sur lui djoua ds lors toute
manoeuvre, mais en mars 1845, on apprenait avec motion  Saint-Louis
qu'un de ses parents tait all  Bathurst pour rclamer la protection
anglaise et solliciter un passage pour aller au Gabon voir ce roi
dchu. J'ignore ce qui lui a t rpondu, dit le gouverneur Thomas,
mais je ne doute pas que si nos voisins peuvent nous jouer un
mauvais tour, ils le feront de tout coeur. Si les deux Gouvernements
s'entendent, il n'en est pas ainsi des particuliers surtout ici o
la concurrence commerciale amne des rivalits continuelles. Et
Thomas fait part de ses craintes de voir les Anglais continuer leurs
manoeuvres, soit du ct de Portendick, soit par le Ouli, afin de
brouiller les Maures entre eux, et,  la faveur de ces dissensions,
d'attirer la gomme  eux, jusqu' l'intern du fort d'Aumale. Cailli
venant de mourir quelques mois auparavant  Gore, Mokhtar espra sa
libert et fit connatre son sort par des moyens inconnus  Paris.
Sans tarder, le 5 mai 1848, Schoelcher, sous-secrtaire d'tat aux
Colonies, crivait au Commissaire du Gouvernement  Saint-Louis,
la lettre ci-aprs, o l'on trouve avec l'idologie et la grande
loquence des hommes du temps un peu de ce robuste bon sens franais,
qui heureusement ne perd jamais ses droits et permet de s'arrter  la
limite des sottises.

    Citoyen Commissaire,

    Depuis le mois de juin 1844, le chef maure Mokhtar Sidy est dtenu
    au Gabon comme prisonnier politique. Je sais que son arrestation,
    opre avec des circonstances que je regarde comme une violation du
    droit des gens, a inspir aux populations du Fouta des haines et
    des dfiances, auxquelles il faut certainement attribuer une partie
    des agressions qu'elles ont depuis lors si souvent exerces sur les
    traitants et les navires du Sngal.

    La Rpublique ne gouverne que par des principes d'honneur et de
    loyaut. Il lui importe de montrer qu'elle n'approuve pas des actes
    de cette nature et qu'elle en rpudie la solidarit. Ce sera faire
    en mme temps de la bonne politique, car nous tmoignerons ainsi
    aux indignes que ce gouvernement entend pratiquer envers eux les
    principes de justice et de loyaut qu'il leur demande  eux-mmes
    de reprsenter dans leurs relations avec lui.

    Je suis instruit d'ailleurs que Mokhtar Sidy tient au Gabon une
    conduite louable et se montre suprieur par son caractre au
    malheur qui l'a frapp.

    Je dcide que ce chef maure sera reconduit au Sngal et qu'il y
    sera laiss en toute libert, sauf  user envers lui de moyens
    avouables pour le combattre et le vaincre, s'il essaye de fomenter
    contre notre commerce et nos intrts de nouvelles coalitions.

    Je ne fixe pas d'ailleurs de termes prcis pour l'excution
    de cette mesure de rparation, vous laissant  en apprcier
    l'opportunit. Mais si un ajournement, qui dpasserait la fin de
    l'anne, vous paraissait indispensable, vous auriez  me rendre
    compte immdiatement de vos motifs et  prendre de nouveau mes
    ordres.

Bien avant la fin de l'anne, les hommes de la Rvolution avaient
disparu, et l'on n'entendit plus parler de Mokhtar Sidi. Comme la
tradition ne relate pas son retour dans le Brakna, il est probable
qu'il a d mourir de sa belle mort au Gabon.

Quant  Mohammed Rjel, il avait t, ds 1843, reconnu officiellement
comme mir, mais sans prjudice des droits du jeune Sidi Eli ould
Ahmeddou Ier, qui,  sa majorit, devait entrer en possession du
commandement de son pre.


5.--_Mohammed Rjel_ (1842-1851).

Mohammed Rjel ould Mokhtar tait le neveu et rival de Mokhtar Sidi.
Son rgne se passa  batailler contre ses concurrents Normach, et
surtout contre le grand mir des Trarza, Mohammed Al-Habib.

Un des frres du Terrouzi, Ahmed Legat, dont l'influence tait
considrable, et qui d'ailleurs tait l'an de Mohammed Al-Habib, mais
n'avait pas revendiqu ses droits, lors de la mort de leur pre, avait
conu le projet de dtrner son frre. Il y tait d'ailleurs pouss par
les Franais, qui pensaient faire ainsi chec  l'mir des Trarza. Il
put rallier  sa cause Mohammed Rjel, qui tait aussi notre alli et
 la tte des bandes Siyed que lui donna le chef berkenni, il attaqua
Mohammed Al-Habib. Celui-ci, soutenu par des contingents ida ou ali, le
battit non sans peine, et pour en finir trouva plus expdient de faire
assassiner, vers 1850, par les Euleb, Ahmed Legat, qui s'tait rfugi
dans l'Adrar. Il entreprit par la suite des campagnes contre les Brakna
et contre l'Adrar, pour les punir de l'appui prt au rebelle.

Dans le Brakna, il avait tent, une premire fois, d'introniser son
protg Mohammed Sidi, qu'il avait ras de ses propres mains (1845).

Voici d'aprs Cailli, le rcit de cette aventure et de ses projets:

    Mohammed El-Habib, roi des Trarzas, fit un voyage chez les
    Bracknas, sous prtexte d'engager les Oulad-Bellis, ses
    tributaires,  rentrer dans leurs pays, qu'ils avaient quitt
    l'anne dernire,  la suite de trois assassinats qu'ils avaient
    commis. Dans ce voyage, il s'arrta quelques jours chez les Oulad
    Hamed o se trouvait le neveu du tratre, Mactar Sidy, jeune homme
    g d'environ quinze ans. Sur la simple demande du chef des Oulad
    Hamed (auquel sans doute il ne manqua pas d'en insinuer adroitement
    l'ide) et de quelques mcontents, partisans de l'ex-roi, il promit
    de le soutenir comme roi des Bracknas. Il chargea ensuite deux
    cavaliers de son escorte de conduire son lu chez les Oulad Sihit
    et les Arralines, nos allis, de les informer de son intention et
    de leur intimer l'ordre de le reconnatre pour leur roi.

    Les chefs des Oulad Sihit protestrent aussitt contre la conduite
    de Mohamed El-Habib et se rendirent auprs de lui, pour lui
    signifier qu'il et  se mler des affaires de son pays et  ne
    point s'occuper de ce qui se passait chez eux.

    Les partisans du neveu de Moctar-Sidy, ayant appris que les Oulad
    Sihit et les Arralines taient chez le roi des Trarzas, s'y
    rendirent aussi pour dfendre leurs droits, et aujourd'hui le bruit
    court que les deux partis n'ayant pu s'entendre, ils se prparent 
    la guerre.

    Que doit-on augurer de cette conduite du Roi des Trarzas et quel
    est son but en agissant ainsi? Soutiendra-t-il son ouvrage et
    aurait-il la prtention de s'riger en potentat sur les autres
    puissances du fleuve et de leur imposer des rois  son gr?

    Les combinaisons vont plus loin: ses sollicitations ritres
    auprs du Gouvernement franais pour obtenir une escale  Ga, les
    promesses et propositions fallacieuses, qu'il a faites l'anne
    dernire aux Oulad Sihit mmes, afin de les brouiller avec Mohammed
    Rajel, tout dmontre jusqu' l'vidence qu'il cherche  faire
    natre de nouveaux troubles  l'escale du Coq dont il mdite
    depuis longtemps la ruine et qu'il veut  toute force nous faire
    abandonner pour en ouvrir une chez lui.

L'mir trarza dut rentrer chez lui, cette fois sans avoir pu arriver 
ses fins.

Au dbut de mai 1846, le gouverneur p. i. Houb visitait les escales du
fleuve. Il tait accompagn de l'inspecteur du Gnie, des directeurs
du Gnie, des Ponts et Chausses et de l'Artillerie, du Prfet
apostolique, de M. Alsace, membre du Conseil d'administration. Il ne
put voir Mohammed Al-Habib, malgr son vif dsir. Il tenait en effet 
essayer d'effacer de son souvenir par une bonne rception la fcheuse
impression laisse dans l'esprit des Maures par l'arrestation du roi
des Braknas. En revanche, il put joindre facilement Mohammed Rjel.
N'diack Mokhtar, ministre du roi des Braknas, raconte-t-il, tait 
Podor, avec quelques autres personnages. Nous les prmes  bord et nous
nous dirigemes vers Mao. Le camp des Maures bracknas tait tabli sur
la rive droite. Le roi vint  bord avec sa suite: plusieurs femmes de
princes et de marabouts les suivirent. J'eus avec le roi et le ministre
une confrence dont je fus pleinement satisfait. Je leur fis au nom du
roi des Franais les cadeaux d'usage. Je leur parlai d'aller visiter
le camp et je rejetai la proposition qu'ils me firent de rester  bord
comme otages. Nous dbarqumes donc tous, prcds de la fanfare et de
ma petite escorte. Aprs un quart d'heure de marche, nous parvnmes
dans le camp; nous nous assmes sur les nattes au milieu d'une
nombreuse et bruyante assistance. Puis,  la nuit, nous retournmes 
bord. Le roi Mohammed Rjel nous envoya un boeuf, un mouton et du lait.
Nous redescendmes le fleuve, emmenant avec nous N'diack Mokhtar et sa
suite, que nous dposmes  Podor.

L'anne 1848 vit un dclassement d'alliances et une intervention
franaise trs prononce dans les affaires maures.

Le jeune Sidi Eli, fils d'Ahmeddou Ier, avait alors une douzaine
d'annes. Trop jeune pour remplacer son pre,  sa mort (1841), il
avait t cart du trne jusqu' ce qu'il ft en ge de rgner, mais
tous les tributaires du pays lui appartenaient et la plus grande partie
des campements lui tait attache, en souvenir de son pre. On a vu
que Mokhtar Sidi avait t limin en 1843. Quant  Mohammed Rjel, il
n'tait qu'un fantoche. Sa conduite, qui ne lui avait gure jusque-l
valu qu'une trs mince considration, lui attira les haines des Oulad
Siyed,  la suite de son alliance avec l'mir des Trarza, et de la
guerre qu'il mena contre eux.

Craignant que le jeune Sidi Eli ne chercht, un jour ou l'autre,  lui
enlever le principal, il cherchait  s'en dbarrasser, mais Sidi Eli
tait lev, loin de l'mir Brakna, par Ould Legat, frre de Mohammed
Al-Habib et parent maternel de l'enfant. A la suite des diffrends qui
clatrent entre les deux princes trarza, Ould Legat se rfugia chez
les Brakna, dans la tribu des Oulad Siyed, o il avait de nombreux
parents par sa femme. Il amenait avec lui le fils d'Ahmeddou. Mohammed
Al-Habib saisit ce prtexte pour donner suite  ses projets d'invasion
et demanda  la tribu de chasser son frre. De son ct Mohammed Rjel,
effray de voir Sidi Eli au sein mme des Brakna, s'unit  l'mir des
Trarza pour attaquer les Oulad Siyed, ses propres parents et sujets.

Au dbut de mai 1849, la mehalla trarza entrait sur le territoire
des Oulad Siyed et les acculait au fleuve, au confluent du marigot
de Dou. Les Brakna se prparaient  une rsistance nergique, quand
leurs zenaga Arallen les abandonnrent dans la nuit du 10 au 11 mai,
et passrent dans le camp ennemi, o se trouvaient avec Mohammed Rjel
tous leurs troupeaux. La situation des Oulad Siyed tait dsespre.
Ils furent sauvs par le citoyen commissaire Du Chateau, qui, 
la nouvelle de l'invasion trarza, tait accouru avec trois bateaux
au secours des Brakna. Je n'avais d'autre but dit-il lui-mme, que
de conserver la concurrence, si utile  notre commerce, entre la
nation des Brakna et celle des Trarza. Avant tout, il importait au
Sngal que l'une de ces deux nations ne ft pas absorbe par l'autre.
L'existence de toutes les deux est plus qu'utile  nos intrts; elle
est indispensable.

Le commissaire en tait si convaincu qu'il tait rsolu  intervenir
par les armes, s'il le fallait, et qu'il n'hsita pas, dans la nuit du
10 au 11 mai,  faire dbarquer des troupes pour tenter une diversion
favorable aux Oulad Siyed. Cette manifestation en imposa  Mohammed
Al-Habib qui n'osa pas attaquer les Brakna.

Ceux-ci, conduits par Bou Bakar ould Khoddich, protecteur du jeune
Sidi Eli, et par Ould Legat, demandrent alors  Du Chateau de
faciliter leur passage sur la rive gauche. C'est ce qu'il fit bien
volontiers, sauvant ainsi la vie  toute la tribu Oulad Siyed. Le mme
jour, hommes, femmes, enfants, tentes, troupeaux, taient sur la rive
sngalaise,  l'abri, sinon de tout danger, du moins d'un massacre
immdiat.

Les deux troupes remontrent alors le fleuve, chacune sur sa rive, les
Brakna s'loignant autant que possible du territoire trarza, les Trarza
guettant les premiers dans l'espoir de les mettre en pices, le jour
o, tt ou tard, ils devraient repasser le fleuve pour rentrer sur la
rive maure. Quant  Du Chateau, considrant que son rle n'tait pas
fini, tant que Mohammed Al-Habib ne serait pas rentr chez lui, il
remontait avec sa flotille le fleuve Sngal, sous prtexte d'aller
palabrer  Podor avec les chefs du Fouta, et empchait ainsi par sa
seule prsence tout engagement d'une rive  l'autre du fleuve.

Les Oulad Siyed ne firent que passer  Podor, mais avant de continuer
leur route sur Guid et Mokhtar Salam, o, disaient-ils, ils taient
assurs de trouver protection, ils demandrent  Du Chateau de prendre
sur ses bateaux tous les enfants. Les gens de Podor, qui ne doutaient
pas du sort que leur rservaient Trarza, Toucouleurs et Peul, pour
avoir donn asile aux Brakna, firent aussi embarquer leurs enfants, et
en outre leurs femmes, au total 300 personnes. Quant aux Brakna, ils
avaient jur entre les mains de Bou Bakar Khoddich qu'aucune de leurs
femmes ne serait embarque, afin de mourir en les dfendant, s'il le
fallait.

Tout le monde se remit en marche;  peine Podor tait-il vacu que
les flammes s'levaient de partout. Toucouleurs et Peul venaient d'y
mettre le feu, puis attaquaient les Oulad Siyed qui leur infligrent
des pertes et continurent leur route. Ils retrouvaient le soir mme,
13 mai,  Mokhtar Salam, leurs familles, dposes l par Du Chateau.

Cependant celui-ci, ayant immdiatement vir de bord, revint  l'escale
du Coq, avec son vapeur, y prit Eliman Bou Bakar, chef du Dimar, dont
l'intervention allait lui tre utile auprs des chefs du Toro, et alla
jeter l'ancre  Yatal, o, en face de la mehalla trarza, se constituait
une forte bande toucouleure et peul. Les Trarza se prparaient 
passer le fleuve, et tous devaient marcher contre les Oulad Siyed pour
les exterminer.

Mohammed Al-Habib ayant demand alors une entrevue  Du Chateau,
celui-ci la refusa, disant que dans le pays Brakna, il n'avait rien 
rgler avec le roi des Trarza, et qu'il le verrait, s'il le voulait,
lors du passage  son escale. Ce refus, puis l'arrive du Basilic,
le second aviso de la flotille, jetrent le trouble dans l'esprit des
Trarza, qui, se considrant hors de chez eux, se sentaient dj moins
de courage. En 24 heures, toute la mehalla se dbandait et rentrait sur
le territoire trarza, suivie de prs par son mir. Les gens du Fouta,
gagns par le palabre, se dispersaient  leur tour.

Quant  Mohammed Rjel, il montait humblement  bord et reconnaissait
ses torts.

Les Oulad Siyed taient sauvs; ils ne pardonnrent pas  Mohammed
Rjel sa conduite indigne, et les conflits recommencrent, mais
localiss cette fois au Brakna. Pour le soustraire  tout danger,
et l'lever dans des sentiments de loyalisme et d'amiti envers les
Franais, Du Chateau se fit remettre le jeune Sidi Eli et pourvut 
son ducation,  Saint-Louis, dans l'esprance que le jeune homme
n'oublierait pas tout  fait les soins dont il tait l'objet, les
services qui lui taient rendus et la protection que le Sngal lui
avait accorde, alors qu'il tait fugitif et malheureux. On le
retrouvera plus tard, sous le nom de Sidi Eli II.

Mohammed Al-Habib ne pardonna pas  Mohammed Rjel sa dfection. En
1851, avec l'aide de contingents ouolofs et toucouleurs, il renversa
cet mir, et le remplaa par Mohammed Sidi neveu de l'mir dchu.

Nos relations avec Mohammed Rjel furent gnralement courtoises. Ce
chef, s'tant plaint  plusieurs reprises que de nombreux commerants
fissent la traite de la gomme, hors des escales ordinaires du fleuve,
 leur retour de Galam, contrairement aux arrts en vigueur, le
gouverneur runit une Commission syndicale, le 15 fvrier 1846. De
l'interrogatoire des traitants signals, il rsulta, ce qui n'tait
pas flatteur pour eux, que si tous ou la majeure partie d'entre eux,
ne se sont pas livrs  cette traite illicite, c'est qu'ils n'ont
point trouv de marchands de gomme, ou bien parce qu'ils manquaient de
marchandises, ou bien encore parce qu'ils n'ont pas pu s'arranger avec
les Maures.

Le commerce est,  cette date, trs florissant. Le commandant Cailli
signalait, le 8 mars, qu'il avait t trait depuis le dbut du mois:

    35.855 kilos de gomme au Coq.
    18.220  ----    ----  aux Trarza.
     1.029  ----    ----  aux Darmankour.

Le montant des btiments tait de 184, dont 51 au Coq, 56 aux Trarza,
et 17  l'escale des Darmankour.

Ces bonnes dispositions de Mohammed Rjel ne l'empchaient pas de faire
quelquefois l'important. A trois mois de l'humiliation rapporte plus
haut, il avait, en bon Bdouin, l'outrecuidance d'crire au gouverneur
qui avait us de l'intermdiaire de commerants: J'ai succd 
Ahmeddou, comme Ahmeddou a succd aux anciens rois. Le bien appartient
 celui qui exerce l'autorit, et c'est aux Oulad Agrich, dont je suis
le chef et reprsentant depuis sept ans; vous ne devez vous occuper que
du roi et c'est  lui que vous devez payer. Le reste ne vous regarde
pas. (4 aot 1848.)

Son autorit ne s'tendit gure d'ailleurs qu'au gros des Oulad Siyed
et aux Oulad Ahmed.


6.--_Mohammed Sidi_ (1851-1858).

Mohammed Sidi tait un autre neveu de ce Mokhtar Sidi qu'en 1842
l'autorit franaise avait dport au Gabon pour ramener le calme dans
le Brakna. Avec son cousin Mohammed Al-Habib, fils de Mokhtar Sidi, il
s'tait rfugi auprs de l'mir des Trarza qui s'tait charg de leur
ducation et les poussa par la suite contre Mohammed Rjel, son ennemi.
Comme Mohammed Al-Habib n'tait qu'un enfant, ce fut Mohammed Sidi qui
rallia dfinitivement les suffrages de l'mir des Trarza et des Brakna
dissidents.

Mohammed Sidi, prtendant pendant tout le commandement de Mohammed
Rjel, erra sans cesse des Id Ou Ach aux Trarza en qute de secours.
En avril 1847, son mariage avec une fille d'Ahmeddou Ier enfla son
parti de campements fidles  l'ancien mir. C'est le signal de sa
fortune. A plusieurs reprises, il vint attaquer son rival. En aot
1848, notamment,  la tte de contingents trarza il atteignit le camp
de Mohammed Rjel et le pillait. Les deux chefs furent blesss: le
premier, d'une balle qui lui emporta deux doigts de la main, l'mir
d'une balle dans le pied. L'mir fut compltement dfait.

A partir de cette date, l'autorit de Mohammed Sidi s'accrot. Mohammed
Rjel, sur les instances du Sngal, est contraint de lui cder le
tiers des coutumes. Ds l'anne suivante l'autorit franaise le traite
comme un vritable Roi, suivant ses propres prtentions. Il est salu
quand il vient  l'escale de salves de coups de canon et y peroit les
coutumes.

En 1850, une intervention en faveur de Mohammed Rjel fut tente par le
gouverneur. Pour faire chec aux bandes allies de Mohammed Al-Habib et
de Mohammed Sidi, il tablit un camp d'instruction  Podor, y fit venir
quelques troupes et s'y transporta de sa personne. Il put se rendre
compte ainsi de la faiblesse de l'mir, que soutenait Ahmed Legat, le
frre rvolt de Mohammed Al-Habib, et dut abandonner sa cause.

Mohammed Sidi ne devait toutefois tre compltement dbarrass de
son rival qu'en 1851, date o son alli Mohammed Al-Habib, mir des
Trarza, battit et mit en fuite Mohammed Rjel.

Le commandement de Mohammed Sidi devait, comme il convient, tre agit
par les agressions d'un nouveau prtendant: Sidi Eli, fils d'Ahmeddou
Ier, qui, parvenu  la majorit, entendait recueillir la succession de
son pre. A la tte de ses partisans siyed et normach, il se heurta 
plusieurs reprises aux bandes siyed et Oulad Ahmed, de l'mir.

Alli de Mohammed Al-Habib, son principal soutien, Mohammed Sidi ne
nous fut jamais trs sympathique. Il perscuta notamment les pourognes
du fleuve,  qui il reprochait leur attachement aux Noirs et  la
France. Aussi fonda-t-on,  plusieurs reprises, des espoirs sur son
rival, Sidi Eli, et lui vint-on en aide dans ses luttes contre l'mir.

Ds avril 1853, on profita d'une brouille de l'mir avec Mohammed
Al-Habib pour faire proclamer Sidi Eli, qui jusque-l avait t
soutenu d'abord par Ahmed Legat, son oncle par alliance, puis, aprs
l'assassinat de celui-ci par les bandes qui marchaient  sa suite.
Mohammed Sidi, abandonn par tous, sauf par le chef d'une fraction
siyed: Mokhtar ould Amar, s'enfuit jusque dans l'Adrar. Sidi Mborika,
fils de Mohammed Al-Habib, le poursuivit plusieurs jours sans pouvoir
l'atteindre. Cette anne-l, Sidi Eli toucha les coutumes, au Coq.

Ce ne fut d'ailleurs qu'un intermde. Aussitt Mohammed Al-Habib rentr
chez lui, Mohammed Sidi revint dans le Brakna, la lutte reprenait entre
les deux prtendants, quand les marabouts ramenrent provisoirement la
paix. L'mir gardait son titre de roi et renouait son alliance avec
Mohammed Al-Habib. Sidi Eli gardait le commandement de quelques tribus.

Les hostilits entre les deux chefs reprenaient en 1854. La politique
active de Faidherbe dans les affaires maures l'amenait, ds la fin de
l'anne,  prendre parti pour Sidi Eli, que les chefs toucouleurs de
Podor lui avaient prsent, contre Mohammed Sidi, alli des Trarza.

Il lui crivait, le 15 novembre 1855, ainsi qu'aux principaux chefs des
Brakna, cette lettre habile:

    Je dsire vivement que Sidi Eli vienne  bout de Mohammed Sidi,
    ce captif de Mohammed El-Habib, qui ruine les Brakna pour faire
    plaisir aux Trarza.

    Les Franais et Brakna ont t des amis de tout temps contre les
    Trarza, except dans ces dernires annes parce que Mohammed
    El-Habib, qui est trs fier, tait parvenu  tromper les Franais.
    Il est temps de rtablir les choses sur l'ancien pied.

    Le fils d'Ahmdou doit tre l'ami des Franais comme son pre. Et
    qu'il fasse comprendre  tous les Brakna qu'ils doivent se runir
    pour former une nation forte et puissante et qui ne soit pas  la
    merci de ses voisins.

    Que Sidi Eli pousse vivement Mohammed Sidi et vienne s'tablir prs
    de Podor. Qu'il demande l'appui des gens de Toro qui sont nos amis.

    Nous allons entrer avec une arme chez les Trarza; nous nous
    placerons de manire que les Trarza ne puissent pas empcher la
    traite des Brakna  Podor. Si Sidi Eli s'arrange avec moi, qu'il
    vienne  Podor ou  bord d'un bateau, quand il voudra, pour qu'on
    le salue et qu'on le reconnaisse comme roi des Brakna. C'est lui
    qui recevra tous les cadeaux pendant la traite.

    L'anne dernire, j'ai donn plus de 25.000 francs  Mohammed
    Sidi et ce n'tait qu'une partie de ce que je voulais lui donner,
    puisque mon intention est de faire cadeau, tous les ans, au roi des
    Brakna d'une pice par mille livres de gomme.

    Mais Mohammed El-Habib a forc son tributaire de lui en donner
    la plus grande partie et d'empcher des Brakna de continuer leur
    commerce.

    Les Trarza sont dj dans la plus grande misre. Nous allons
    achever  les ruiner cette anne.

    Que Sidi Eli s'entende avec les chefs raisonnables de son peuple et
    qu'il me rponde par une bonne lettre pour que nous puissions nous
    arranger.

    Si nous nous arrangeons, je te donnerai des fusils et de la poudre
    et j'enverrai un vapeur au-dessus de Podor.

Mohammed Al-Habib rpondait  cette diplomatie par un coup de matre.
Il provoqua, au dbut de 1856, une grande confrence sous les auspices
du grand Cheikh Sida,  Tindaouja. Une rconciliation gnrale
intervint entre l'mir du Trarza, l'mir de l'Adrar et leurs diffrents
chefs insoumis. L'mir du Brakna, Mohammed Sidi, y apparut aussi et
donna son assentiment  la coalition maure, qui se prparait contre les
Franais. En revanche, notre ami, Sidi Eli, dont les sentiments taient
connus, ne fut pas convoqu.

Faidherbe n'attendit pas l'offensive. Par une proclamation en date du
9 fvrier 1856, il interdisait toute communication avec les Brakna,
qui ne voulaient pas se sparer de Mohammed Al-Habib et attaquait
directement cet mir. Par la suite, il chercha, suivant sa propre
expression,  tirer parti des dissensions qui se manifestaient chez
les Brakna, pour les dtacher de l'alliance des Trarza, et pour faire
chec  Mohammed Sidi qui crait des difficults le long du fleuve et
devant Podor.

Il installa,  cet effet, un camp  Koundy,  une lieue au nord de
Podor, et y mit une garnison d'un bataillon d'infanterie et d'une
section d'artillerie. De ce camp, ses troupes devaient incursionner
pendant plusieurs annes chez les Trarza et les Brakna.

    A la fin de mars 1856, le gouverneur se rendit lui-mme  Koundy
    o il eut une entrevue avec Sidi Eli,  la suite de laquelle
    les troupes du camp se joignirent aux Maures Brakna rvolts
    contre leur roi Mohammed Sidi et pntrrent dans l'intrieur.
    Il s'ensuivit quelques engagements heureux pour nos armes, qui
    cimentrent l'alliance avec Sidi Eli et donnrent  ce dernier une
    plus grande autorit sur ses partisans.

Dans ces diffrentes affaires, les Guedala, les Id Elik, les Tanak
perdirent 4.000 moutons, des boeufs et un certain nombre d'hommes,
dont le fils du Cheikh des Tanak. Des prisonniers furent faits et
conduits  Podor. Sidi Eli restait en selle. En juin, on voulut, pour
en finir, aller enlever, en face de Mbamam, le camp de Mohammed Sidi,
dfendu par les Oulad Ahmed; mais le commandant de Podor, charg de
cette opration, fut mal second par Sidi Eli et ne russit pas. Sidi
Eli n'embrassait en effet notre cause qu'avec une certaine mollesse,
se souvenant qu' diverses reprises, antrieurement, les Franais
l'avaient compromis, puis abandonn pour faire leur paix avec Mohammed
Al-Habib.

Cet chec eut quand mme un heureux rsultat. Mohammed Sidi, inquiet,
se retira vers le nord, et allait rejoindre son alli, vaincu, Mohammed
Al-Habib.

L'anne suivante, les hostilits recommencrent. Mohammed Sidi, que
l'mir du Trarza avait employ auprs de ses amis Toucouleurs pour
les gagner  sa cause, parcourut le Fouta, et rentra bredouille. Il
prit part  toutes les luttes des Trarza contre les Franais ou leurs
allis, et s'attaqua notamment avec des contingents Oulad Ahmed, mais
sans grand succs,  son concurrent. La tradition a conserv les
noms de plusieurs de ces combats qui se succdrent de 1855  1858:
Morliyet, Foni, Lefar, Mbargou, au-dessus de Kadi, Diabdiola, Djiguti
Monadji dans l'Oued, et  Kindelak, au nord-est du lac Rokiz.

Mohammed Sidi avait avec lui les Oulad Ahmed et une partie des Oulad
Siyed, les Normach, les Oulad Eli et les Touabir.

A l'extrieur, chacun des deux partis brakna trouvait pour auxiliaire
chacun des deux partis qui, de semblable manire, divisait les Id Ou
Ach. Sidi Eli s'appuyait sur les Chratit et Mohammed Sidi sur les
Abakak. Flanqu de son ternel tuteur, Sidi, fils de Mohammed Al-Habib,
il allait implorer le secours de l'mir Bakkar, des Id Ou Ach.

Ce fut un coup de main des Oulad Ahmed qui amena la paix gnrale.
Lasss de cette guerre incessante, travaills par Bakkar, chef des
Id Ou Ach, qui venait de conclure un trait avec nous, ils firent
alliance avec les Oulad Dman des Trarza, qui taient en instance de
soumission, et lchant Mohammed Sidi, dcamprent vers l'est. L'mir,
dont ils taient la principale force, eut recours  Mohammed Al-Habib
pour les ramener  l'obissance. Les deux chefs marchrent  leur
rencontre, mais les Oulad Ahmed, nullement intimids, n'attendirent
pas leur venue et les surprirent une nuit, tuant Mokhtar ould Omar,
chef d'une moiti des Siyed, et plusieurs guerriers de Mohammed Sidi,
et faisant prisonniers quelques Trarza qu'ils mutilrent atrocement et
renvoyrent  Mohammed Al-Habib.

C'tait la fin. Les deux mirs demandaient la paix. Avec les Trarza
elle fut signe en mai 1858. Elle entrana celle des Brakna, conclue le
10 juin.

L'mir Mohammed Sidi restait en place, mais comme on prvoyait qu'il
tait  la merci d'un coup heureux de son rival, le Gouvernement
concluait avec tous les deux le trait de commerce et d'amiti, qu'il
venait de passer avec l'mir des Id Ou Ach, Bakkar ould Soued Ahmed,
et qui allait constituer sur le fleuve le rgime des escales qui a
dur jusqu' notre occupation effective.

Sidi Eli, lch partiellement par les Franais, eut recours  la
perfidie, arme accoutume des Maures. Il annonce officiellement sa
soumission. Mohammed Sidi l'accepta, lui fit un accueil bienveillant,
dans le secret espoir de s'en dbarrasser lui-mme et scella la
rconciliation gnrale des Brakna par de grandes rjouissances
(novembre 1858). Quelques jours plus tard, au cours d'une promenade,
Sidi Eli tuait d'un coup de feu l'mir Mohammed Sidi. Il se faisait
immdiatement reconnatre chef des Brakna par ses partisans
enthousiastes, dans le silence apeur du camp adverse; et pousait sans
retard Garmi, veuve de sa victime. Elle devait tre la mre d'Ahmeddou,
le dernier mir et notre adversaire de 1903-1908.

Il y a, en marge de ces intrigues et aventures, une figure curieuse 
signaler: c'est celle de Mokhtar Ndiak, premier ministre des diffrents
mirs brakna, qui se succdrent de 1840  1875. Il assurait  sa
faon l'esprit de suite et la continuit de la politique brakna, en
prcipitant la chute des mirs, mais en maintenant soigneusement sa
personne en place. Il s'annonce dans l'histoire comme le brillant
prdcesseur de celui qui, chez les Trarza voisins, allait porter
pendant un demi-sicle (1860-1910) cet art de la politique  sa plus
haute expression: Khayarhoum.

Le trait, conclu le 10 juin 1858, avec chacun des deux mirs brakna,
comportait les dispositions principales suivantes:

    _a_) Le roi des Brakna reconnat la protection de la France sur
    les provinces sngalaises du Dinar et du Ouolof et s'engage 
    empcher les courses de ses tribus sur cette partie de la rive
    gauche.

    _b_) Rtablissement des relations commerciales. La traite de la
    gomme se fera toute l'anne par les escales de Podor, Sald... Le
    commerce de tous autres produits est libre.

    _c_) Cration d'un droit d'une pice de guine pour 600 kilos de
    gomme trait  Sald (c'est--dire environ 3 p. 100). Ce droit est
    peru par le Gouvernement franais et vers  l'mir.

    _d_) Neutralit absolue du chef brakna dans le commerce entre ses
    sujets et les traitants.

    _e_) Droit pour les Franais de couper du bois chez les Brakna sans
    payer de redevance.

Un acte additionnel  ce trait devait intervenir le 5 juin 1879. On le
verra un peu plus tard.

Pendant tout ce temps, ce rgime a fonctionn normalement et sans trop
de heurts. Une seule difficult s'est souvent prsente, touchant
le versement intgral de la coutume aux mirs. A maintes reprises,
l'avis officiel suivant, ou un avis semblable, parut  Saint-Louis:
Il ne peut y avoir de crdit dans les oprations commerciales avec
ces peuples (maures) qu'aux risques et prils de ceux qui le leur
accordent. L'administration a dj dclar et dclare que ce crdit
n'engagera jamais pour elle la question politique.

Malgr ces dclarations formelles, elle cda souvent, soit en
consentant des avances aux mirs, toujours qumandeurs, soit en leur
faisant des retenues pour payer des cranciers, qui attendaient
vainement le paiement de leurs factures ou pour garantir de pillages
commis par les tribus.

On se doute que les rglements de comptes furent pineux dans ces
conditions et que les mirs, souvent furieux et toujours mcontents, se
livreront plus d'une fois  des reprsailles tant sur les caravanes de
gommes que sur les traitants du fleuve.


7.--_Sidi Eli II_ (1858, [+] 1893).

Sidi Eli ould Ahmeddou prenait, en dcembre 1858, par l'assassinat, le
principat de son pre que sa jeunesse l'avait empch d'occuper, en
1841,  la mort d'Ahmeddou. Sa mre tant une hartana des Oulad Siyed.

Son commandement allait s'tendre sur une dure de trente-cinq ans,
sans que nous ayons jamais eu  nous plaindre srieusement de lui.

Les relations avec le nouvel mir dbutrent toutefois par une certaine
friction. En juin 1859, des bandes brakna passrent le fleuve et
pillrent plusieurs villages du Diolof. Invit  faire rendre gorge 
ses gens, et impuissant  s'excuter, Sidi Eli se vit attaquer dans
son campement par une colonne volante que dirigeait le commandant
Faron. Pris avec tout son monde et son bagage, il dut se soumettre et
restituer les gens, btes et meubles capturs ou pills; il jura en
outre d'observer et faire observer plus fidlement le trait sign
l'anne prcdente.

C'est ici que se place le voyage de l'enseigne de vaisseau Bourrel
et du lieutenant Alioun Sal, des spahis sngalais. Ils partirent
ensemble, le 12 juillet 1860, de Podor et arrivrent peu aprs
au campement de l'mir qui comprenait environ onze cents tentes
appartenant aux Oulad Siid, aux Oulad-Mansour, aux Ahratin-Oulad-Siid
et aux Ahratin-Tanak. Ils y passrent environ trois mois, au cours
desquels Bourrel prit de nombreuses notes et tudia le pays et les
gens, tandis qu'Alioun Sal entretenait sa tche de rconcilier Sidi
Eli avec les Oulad Normach et Ahmed, toujours rebelles  l'autorit
mirale. Il y parvint au moins en apparence, car Brahim ould Ahmeada
fit porter des paroles de paix  l'mir, et celui-ci accepta ses offres
et envoya un beau cheval  Brahim comme tmoignage d'amiti.

Ensuite, Alioun continuait sur le Tagant, o l'appelait une autre
mission, tandis que Bourrel rentrait  Podor, en visitant les
campements maraboutiques.


La maladresse de l'mir, se greffant sur l'animosit de l'mir terrouzi
Sidi Mborika, allait lui attirer des difficults srieuses avec les
Trarza. En fin 1860, il envoya une mission  Sidi Mborika qui venait
de succder  son pre Mohammed Al-Habib. Cette mission tait dirige
par un Zenagui du nom de Khana ould Baabba, qui ne montra dans ses
fonctions diplomatiques qu'une grossiret inoue dans cette socit
maure si police. Sidi le fit arrter et garder  vue, mais Khana,
enfourchant une jument de pur sang de l'mir, s'enfuit  toute hte.
Les pourparlers n'aboutissant pas, Sidi arma ses gens et marcha en
personne contre les Brakna. Il trouva aussitt des partisans sur place,
car les Oulad Normach et les Oulad Ahmed n'avaient pas pardonn  Sidi
Eli l'assassinat de Mohammed Sidi. Eli dut prendre la fuite. Il offrit
des concessions, renvoya la jument, menaa des foudres de son alli le
Gouvernement franais. Rien n'y fit.

Sidi Mborika avait, en effet, contre Sidi Eli un motif de haine
inexpiable. On sait que son pre Mohammed Al-Habib avait fait tuer son
frre Ahmed Legat. Or, le fils d'Ahmed Legat, cousin par consquent
de Sidi Mborika, avait pous la tante de Sidi Eli, et avait t
plac par ce dernier chez les Chratit, du parti de Rassoul, alli de
Sidi Eli et ennemi des Trarza. Ce jeune homme commenait  grandir et
manifestait des projets ambitieux et surtout des desseins de vengeance,
qui n'taient pas sans inspirer de l'inquitude au fils de celui qui
avait fait tuer son pre.

Pour aller jusqu'au bout de son plan, Sidi Mborika devait dtrner Sidi
Eli, et le remplacer par une de ses cratures. C'est ce qu'il fit en
proclamant sa chute et en faisant reconnatre  sa place un cousin de
l'mir renvers: Mohammed Al-Habib ould Mokhtar Sidi, le fils mme de
cet mir que l'autorit franaise avait dport au Gabon en 1842.

Voici en quels termes Sidi Mborika annonait cette transformation
politique au commandant de Podor. Ils prouvent bien quel tait l'tat
de nos relations avec les Maures, sous l'ancien rgime:

    Il ne faut pas chercher  vous mettre au-dessus de moi. Ecoutez
    ce que je vous dis, et vous, commandant, faites-le savoir  M.
    Faidherbe. Dites-vous que vous tes des commerants, qui cherchez
     changer vos marchandises. Vous avez besoin de quelqu'un qui
    surveille les chemins des marchands, qui vendent la gomme et toutes
    les productions de ce pays. Il vous faut un homme qui puisse
    chasser les pillards, qui soit intelligent, puissant et sache se
    faire obir des sujets. Moi, je ne veux qu'amliorer le pays et
    empcher les troubles. Pour cela je ne vois rien de mieux  faire
    que de nommer Mohammed Al-Habib. Ds que ma lettre vous sera
    parvenue, faites avec lui ce que vous faisiez avec les anciens
    princes, qui protgeaient les chemins. Soyez franchement son ami,
    et lui et moi, nous serons tout  fait vos amis.

    Il faut savoir que je suis entirement de son parti dans cette
    circonstance. Si vous tes content et acceptez ce que je vous dis,
    nous aussi, nous serons satisfaits de vous. Si vous n'acceptez pas
    ce que nous venons de vous dire, nous serons irrits contre vous.

Cette belle ptre ne convainquit pas Faidherbe. Sidi, au dire de
celui-ci, employa alors un moyen machiavlique pour nous brouiller
avec Sidi Eli. On avait eu le tort, en 1863, pendant la guerre avec le
Fouta, d'exciter les Brakna contre les Toucouleurs, alors nos ennemis.
Les Brakna ne demandaient pas mieux que de reprendre leurs anciennes
habitudes de pillage sur la rive gauche et, par suite, Sidi parvint
facilement mme, en 1863,  engager une partie des sujets de Sidi Eli,
et principalement les Oulad Ahmed,  exercer leurs pillages  main
arme, mme dans les environs de Podor. Sidi Eli, qui retenait  peine
ses plus fidles sujets, ne put rien faire pour rprimer ceux qui lui
rsistaient ouvertement.

Ne voulant pas aider  la russite du projet de l'mir des Trarza,
en rendant Sidi Eli responsable de ces pillages, et ne pouvant pas,
d'un autre ct, laisser ces pillages et ces assassinats impunis,
le gouverneur donna l'ordre au commandant de Podor de s'emparer des
principaux coupables, s'il en trouvait l'occasion; c'est ce qui fut
fait, et deux d'entre eux, tributaires des Oulad Siyed, convaincus
d'avoir pris part  tous les vols et assassinats faits dans la banlieue
de Podor, furent fusills.

Malgr cet exemple, les Oulad Ahmed enlevrent encore, quelques
jours aprs, les troupeaux de Mao. Sidi Eli se mit immdiatement 
leur poursuite, et leur fit dire que s'ils ne rendaient pas tout de
suite les troupeaux, il allait leur faire la guerre. En effet, le 13
avril, il attaqua leurs camps, mais cette attaque ayant t faite sans
ensemble, fut repousse, et le parti de Sidi Eli essuya des pertes
importantes. Pendant qu'une partie de son arme tait ainsi mise en
droute, une autre bande, charge d'enlever le camp o se trouvaient
les femmes et les bagages, surprenait le chef des Oulad Ahmed, Biram,
le tuait, ainsi que plusieurs autres personnages importants, et faisait
des prises assez considrables.

Les Oulad Ahmed firent alors appel aux Trarza qui se prparrent 
intervenir.

L'mir Sidi Eli tergiversa, batailla, n'aboutit  rien.

Cette situation se traduisit par une anarchie pouvantable. La rive
gauche du Sngal ne tarda pas  en sentir les fcheux effets. Des
bandes d'aventuriers s'abattaient en rezzous sur les villages du Toro
et les pillaient. Ce fut le sort de Dyould-diab, Laboudou, Gamagu,
Diatal, Eidi, Gud, Fouda, Nasli, Diambo, et de plusieurs campements
de Peul Odab.

Toutes nos rcriminations ne servaient de rien, parce que Sidi Eli
tait dans l'impuissance de rprimer les brigandages tant de ses
amis que de ses ennemis. Ce n'est que peu de chose, disait-il en
juillet 1863, et j'ai fait tout ce qu'on peut faire en pareil cas
tant en amendes qu'en menaces de mort. Ceux qui craignaient cette
dernire peine se sont sauvs... Quant aux Toucouleurs de Podor (les
plaignants), je ne demande  Dieu que de les viter, et qu'il ne leur
arrive aucun accident. Au premier tort, ils courent vers le commandant
et me font payer les dgts. Au surplus, eux-mmes ne cherchent qu' me
brouiller avec les Franais.

Du 1er janvier 1862  la fin novembre 1863, il tait ainsi enlev 2.500
boeufs et plusieurs milliers de ttes de petit btail.

L'mir Sidi Mborika, mettant  excution ses projets, apparaissait 
nouveau dans le Brakna, aprs avoir crit au gouverneur une lettre dans
laquelle il protestait de ses bonnes intentions, et o il dclarait
n'intervenir dans les affaires des Brakna que pour rtablir l'ordre, en
substituant  un chef impuissant un chef fort et respect; il pntra
sur le territoire des Brakna, et fit sa jonction avec les Oulad Ahmed.

Le gouverneur, voulant faire encore une tentative en faveur du roi des
Brakna, crivit  Sidi la lettre suivante:

    J'ai reu votre lettre. Vous me dites que vous voulez intervenir
    dans les affaires des Brakna pour assurer la tranquillit du
    pays, pour le bien gnral. Si cela est vrai, il ne nous sera pas
    difficile de nous entendre, car nous aussi nous ne voulons que le
    bien gnral. Mais comment entendez-vous obtenir ce rsultat? On
    nous dit que vous voulez pour cela nommer Mohammed Al-Habib roi
    des Brakna, je ne crois pas que cela soit le moyen d'arranger les
    affaires. Mohammed Al-Habib est un homme qui n'a pas l'habitude du
    commandement; il n'a ni richesse, ni partisans; il ne peut mme pas
    habiter le pays des Brakna; les Oulad Ahmed seuls consentiraient
     le reconnatre et ils sont tout  fait incapables de rtablir
    l'ordre chez les Brakna. Si vous ne leur aviez accord votre
    protection et votre aide, ils se seraient dj sauvs dans le
    dsert. Tous les Brakna sont d'accord avec Sidi Eli, except les
    Oulad Ahmed. Il est donc bien certain que Mohammed Al-Habib ne
    pourrait pas gouverner les Brakna, quand mme vous le nommeriez.
    Il y aurait bientt toute espce de dsordres et c'est  vous,
    naturellement, que nous serions obligs de nous en prendre.

    Vous voyez donc bien que vous allez entreprendre une affaire qui
    vous crera indubitablement des embarras srieux d'o il pourra
    rsulter une chose que nous ne dsirons, ni vous ni moi, la guerre
    entre nous! J'ai reu de France beaucoup de chevaux et de soldats,
    je n'ai jamais eu autant de forces  ma disposition. S'il survient
    des dsordres dans le fleuve, je ne pourrai pas faire autrement que
    d'employer ces forces  rtablir l'ordre. Il y aurait un moyen plus
    simple et plus facile d'arranger les affaires que de suivre cette
    politique dangereuse: ce serait de vous entendre avec Sidi Eli. Si
    vous voulez, je vous ferai entrer en communication avec ce chef; je
    l'engagerai  vous accorder ce qui est juste dans une confrence
    que vous pourriez avoir ensemble et o assisterait un envoy de moi.

Aprs la rception de cette lettre et arriv  hauteur d'Alib, le
roi des Trarza fit faire des ouvertures  Sidi li, en lui disant que
quelques cadeaux arrangeraient l'affaire, et qu'il ne demandait pas
mieux que de le laisser roi des Brakna et de s'en retourner chez lui.
Sidi attendait les rsultats de cette proposition, avant de s'aventurer
davantage dans le pays, lorsque le bruit s'tant tout  coup rpandu
parmi ses troupes que le gouverneur arrivait pour lui couper la
retraite; il y eut une dbandade gnrale, et il opra en deux jours
son retour sur le territoire des Trarza.

Sidi li s'tait rfugi  Tbkout (Sald), o il avait jadis
ouvert une escale et plac comme chef son ami Mohammed ould Heba,
chef des Oulad li et matre du Rag,  qui il abandonnait le tiers
de ses coutumes. Il revint sur la rive droite, regroupa ses bandes
Siyed, Mansour et li, qui ne l'avaient pas abandonn, et assist de
contingents toucouleurs, mis  sa disposition par l'almamy du Fouta,
notre alli, il recommena  batailler.

Dans les derniers mois de 1864 enfin, les Franais, lasss de ces
dissensions, qui portaient un coup fcheux au commerce, russirent 
concilier les deux adversaires. Sous la haute autorit de Faidherbe,
les dlgus des deux mirs: Chems Mohameden Fal, des Ida Ou Al-Hadj,
et Ahmed ould Brak pour le Trarza, Djeddna et Rachid pour le Brakna,
signrent un trait de paix entre les deux confdrations (cf. en
annexe).

Sidi li, se reconnaissant incapable de lutter contre son rival,
achetait la paix au prix d'importants sacrifices: il s'engageait 
verser au roi des Trarza une indemnit de 250 pices de guine, ou leur
valeur en boeufs. Il consentait  ce qu'un quart des droits perus 
son profit sur le commerce de la gomme  Podor ft pay  l'mir des
Trarza.

Moyennant ces concessions, Sidi Mborika s'engageait  laisser les
caravanes se diriger librement soit sur Podor, soit sur Dagana, et 
assurer la scurit des routes. Il reconnaissait Sidi li comme mir
des Brakna et nouait amiti avec lui. Le prtendant Mohammed Al-Habib,
abandonn de son protecteur, vint chercher asile chez les Oulad Dmn
du Trarza. Par la suite, il devait rentrer chez l'mir Ahmeddou, fils
de Sidi li, et y finir tranquillement ses jours ([+] vers 1900).

La disparition du prtendant ne ramena pas d'ailleurs le calme complet
chez les Brakna. Les Normach revendiquaient toujours le droit de
choisir dans leur campement princier l'mir de la confdration. Les
Oulad Siyed entendaient conserver ces droits, acquis par prescription
depuis un sicle. La lutte recommena donc et se poursuivit de longues
annes. Les Oulad Ahmed, par tradition d'indiscipline et d'anarchie, se
joignirent aux Normach et aggravrent le dsordre. Ils furent mme, la
plupart du temps, les seuls adversaires des Oulad Siyed.

Voici, par exemple, ce qu'ils crivaient astucieusement au gouverneur
du Sngal:

    Si nous avons vol vos boeufs et ceux de vos amis ce n'tait point
    pour rompre notre ancienne amiti. Notre ancienne amiti a t
    cause de la guerre qui a eu lieu autrefois entre les Trarza et les
    Brakna. Les Trarza ont t chasss et nous aussi. Alors nous nous
    sommes dtermins  voler dans le pays le plus que nous avons pu
    pour y porter le trouble et forcer Sidi Eli, par restitutions, 
    perdre le revenu qu'il pouvait recevoir des Blancs et des Noirs.
    A prsent, nous sommes revenus dans le pays pour nous mettre
    d'accord avec les Oulad Sed. Ils sont venus nous trouver  Aleb
    pour renouveler notre amiti. Ils se sont entendus avec les Oulad
    Normach pour nous trahir.

    Nous nous sommes sauvs; on nous a poursuivis et on nous a rejoints
    dans un endroit qu'on appelle Chad (vis--vis d'Alod). Nous
    ne pouvions aller plus loin et avons t obligs d'accepter la
    bataille. Nous les avons repousss et poursuivis toute une journe:
    nous en avons tu une quarantaine. Dieu nous a protgs contre leur
    nombreuse arme, compose de tous les Oulad Bed, de tous les Oulad
    Normach, du chef des Oulad Eli, Mohammed ould Eba et d'une partie
    des Touabir. Maintenant nous envoyons vers vous pour renouveler
    l'amiti qui existait entre nous, et nous attendons que vous en
    fassiez autant.

    La preuve que nous avons toujours t vos amis, c'est que nous
    n'avons pas cess de surveiller le chemin des gommiers. Depuis que
    nous avons d quitter le pays jusqu' prsent, nous n'avons jamais
    souffert qu'un de nous ft du mal aux marchands de gomme.

    Les caravanes du haut pays ont toujours pass prs de nous en
    allant et en revenant et jamais nous ne leur avons rien exig ou
    pill.

Des combats aux issues les plus diverses se succdrent pendant une
dizaine d'annes. Sidi li, appuy sur Mohammed ould Heba, chef des
Oulad li de Kadi, et sur les Toucouleurs du Fouta, nos allis,
finit par avoir raison de ses adversaires. Les Id Ou Ach s'taient
partags, suivant leur antique alliance, entre les deux camps et
prirent part  plusieurs de ces rencontres. Aprs les combats des
Maye-Maye et de Khalefi, Sidi li fut dfinitivement victorieux 
Doffa, dans l'Oued (vers 1873).

A partir de cette date, s'il rencontre encore de l'opposition chez ces
irrductibles ennemis, son autorit mirale n'est plus conteste. Les
luttes devaient d'ailleurs reprendre avec une certaine intensit, soit
en 1880 contre les Trarza, soit en 1885 contre les Oulad Normach et
Ahmed, et leurs allis Abakak (Id Ou Ach). On les verra plus bas.

En 1879, les escales vivaient toujours sous le rgime du trait de
1858. Aprs vingt et un ans de paix profonde entre les deux nations,
comme dit le prambule, le moment semble venu d'introduire dans leurs
relations commerciales des modifications en rapport avec les liens
d'amiti des deux peuples. Un acte additionnel fut donc sign, le 5
juin 1879, par le capitaine Louis, reprsentant du gouverneur Brire de
L'Isle, et l'mir Sidi li.

Il y est dit en substance:

    _a_) Il n'y a plus d'escales. Le commerce de la gomme et de tous
    autres produits est libre; il se fera  terre ou  bord, dans les
    anciennes escales ou partout ailleurs.

    _b_) La coutume proportionnelle est supprime. Elle est remplace
    par une indemnit fixe, paye par quarts au moment de la traite.

    _c_) Neutralit absolue de l'mir des Brakna dans le domaine
    commercial.

Une convention, passe le 22 mai 1880, rglait l'indemnit fixe, reste
indtermine dans l'acte additionnel. La quotit en tait de 1.600
pices de guine filature, dont 400 taient distraites au projet de
Mohammed ould Heba, chef des Oulad li et de l'escale de Tbkout
(Sald).

Une autre convention, en date du 13 aot 1886, fixait cette quotit
 2.000 pices, dont un quart pour le chef de l'escale de Tbkout
(Sald), Sidi Ahmed, qui dans l'intervalle avait succd  son pre
Mohammed Heba.


Des incursions des Oulad Dmn en 1878-1879 faillirent rallumer la
guerre entre Trarza et Brakna. Les bons offices du gouverneur, d'une
part, et l'intercession du Cheikh Sidia Baba, qui faisait ainsi ses
premires armes, d'autre part, ramenrent la concorde. L'affaire fut
rgle par indemnits.

Il en fut de mme de plusieurs incursions de Toucouleurs sur des
tribus maraboutiques, et notamment les Tagnit, alors dpendant du
Brakna. L'mir, qui nous savait en dlicatesse avec les gens de Dibango
(Aleba), offrit de faire nos affaires en faisant les siennes. Il
voulait se jeter sur ces Toucouleurs et les piller. L'affaire se rgla
par transaction.

En 1881, Sidi li engagea son ami Mohammed ould Heba, chef des
Oulad li,  s'interposer entre les Franais et Abdoul Boubakar,
chef des Bossa, qui se posait en rvolt. De plus, il adressait
 Abdoul lui-mme une lettre pressante pour l'engager  faire la
paix. Il lanait en mme temps une proclamation dans le Bossa pour
faire comprendre aux habitants que la paix avec les Franais tait
indispensable pour la tranquillit et le bien-tre de leur pays.

En 1885, Sidi li se retrouve pris entre les Trarza et les Id Ou
Ach. Du ct des Trarza et par la pression de Saint-Louis, l'affaire
s'aplanit presque aussitt. li Diombot, mir des Trarza, se dit
exaspr contre son voisin brakna, qui utiliserait contre lui ou tout
au moins laisserait utiliser (notamment par les pillards Oulad Siyed)
les secours que les Franais lui font passer  l'usage des Toucouleurs
du Bossa. En ralit, il veut rtablir sa popularit en baisse, en
conduisant ses hassanes au pillage. Il est d'ailleurs non moins fch
contre les Franais, qui donnent la libert aux captifs, gardent ses
tributaires (Taghredient) sur leur territoire et autorisent les gens du
Cayor et du Baol  garder les biens de ses sujets, qui meurent dans ces
provinces. Encore qu'il et dclar qu'il ne supporterait pas cela
tant qu'il aurait la tte sur son cou, il finit par s'amadouer devant
les menaces que profra le gouverneur  l'annonce des premiers pillages
sur les Oulad Tari.

Mais avec les Id Ou Ach, les affaires allrent plus loin. Une bande
d'Abakak, allis des Oulad Normach, envahit le Brakna oriental sous
la conduite de Nabra (de son vrai nom Brahim), fils naturel de l'mir
Bakkar ould Soued Ahmed. Les campements prirent la fuite, tandis que
Mokhtar, fils an de Sidi li, organisait la rsistance et demandait
naturellement le secours des Chratit, ennemis des Abakak. Il se mit 
la tte de bandes siyed et de quelques Oulad Ahmed; mais, repouss, il
dut prendre la fuite et fut tu au cours de la poursuite par Nabra.

A cette nouvelle, Sidi li lana son second fils Ahmeddou sur les
envahisseurs. Nabra, qui  l'instar du pote arabe chantait: Ce n'est
pas  mes anctres que je dois ma gloire, mais  moi-mme. C'est moi
qui suis un anctre. Je suis Brahim ould Brahim, reut la troupe
brakna  coups de feu. Le combat resta indcis et, suivant la coutume
maure, on se spara sans rsultat.

Nabra finit par rentrer dans sa tribu. Sidi li, rassrn, prit alors
l'offensive lui-mme, et surprit et razzia les partisans de Nabra dans
le Fori. L'affaire en resta l.

Notre alliance avec Sidi li joua en 1891, lors des difficults qui
s'levrent entre le Gouvernement franais et Amar Saloum, mir des
Trarza. Il soutint de toutes ses forces Ahmed Saloum II ould Ali
Diembot, rival suscit  Amar Saloum par les Franais. Il aida  son
triomphe en lui envoyant un groupe de partisans, command par son fils
Ahmeddou.

Cette assistance devait assurer d'excellentes relations, de ce jour
et jusqu' notre arrive, entre Trarza et Brakna. Elles eurent leur
conscration par le mariage du nouvel mir des Trarza avec la fille
de Sidi li: Fatma. Cette union, si heureuse de ce ct, devait par
ailleurs tre funeste  Ahmed Saloum, car sa premire femme Myriam
ould Brahim, jalouse, se retira dans son campement des Oulad Ahmed ben
Dmn, et cette fraction ne tarda pas  passer au parti de Sidi ould
Mohammed Fal, rival de l'mir.

Sidi li ne devait pas voir ces difficults de son gendre. Il mourut
en 1893, sur les bords du fleuve,  Lehroud, en face de Mafou. Il fut
immdiatement et sans difficult remplac par son fils an Ahmeddou.


8.--_Ahmeddou II_ (1893-1903).

Ahmeddou II ould Sidi li tait g de 40 ans environ  son avnement.
Il tait compltement infod aux Oulad Siyed de par ses origines
paternelles et de par ses attaches maternelles: sa mre tait en effet
une Siyeda, Garmi ment Ahmed Fal. Par elle, Ahmeddou se trouvait tre
le frre utrin de Mohammed, fils posthume de l'mir Mohammed Sidi ould
Mohammed.

Vers 1878, l'mir Sidi li avait fait pouser  son fils Ahmeddou
Moumina, fille de son alli Mohammed ould Heba, chef des Oulad li et
protecteur des escales de Tbkout (Sald) et de Kadi. Il en eut un
fils, Sidi li, gnralement connu sous le sobriquet d'Ould Assas, du
nom de sa nourrice.

Moumina, nouvelle Alinor d'Aquitaine, allait par ses mariages
successifs semer la brouille pendant plusieurs annes dans cette partie
du Sud mauritanien.

En 1883, elle dserta le domicile conjugal et se rfugia chez son
pre  Kadi. Puis, en vraie fille de hassane et sans attendre la
rpudiation, elle pouse Nabra, fils naturel de l'mir des Id Ou
Ach, qu'on a vu plus haut et qui, outre l'avantage de sa stature
gigantesque, avait, aux yeux de la vindicative Moumina, le bnfice
du meurtre de Mokhtar, frre de son ex-mari. Ahmeddou, indign, la
rpudia aussitt. L'intrigante ne fut pas trangre aux luttes qui se
droulrent alors entre Brakna et Id Ou Ach.

Quelques annes plus tard, Moumina revint  ses premires amours; elle
lcha Nabra, rintgra le Mahsar des Brakna et eut l'adresse de se
faire pouser une deuxime fois par Ahmeddou. Aprs divers incidents
conjugaux, un nouveau divorce intervint, et Moumina, rendue  la
libert, s'empressa d'aller faire le malheur d'un homme d'glise, le
Kounti Sidi Amar ould Sidi-l-Mokhtar, des Ahel Cheikh.

Cette fugue ne dura pas. La princesse msallie revint, un an aprs,
dans le campement d'Ahmeddou, y pousa son frre Mohammed Al-Habib,
brouilla quelque temps les deux frres, fut rpudie  nouveau, et
finalement, ses charmes taient dsormais inoprants, se retira dans le
campement de son fils Ould Assas: elle y est morte en 1917,  Touizit,
dans le Chamama.

Pour en finir avec les aventures conjugales de l'mir Ahmeddou, il
reste  dire qu'il pousa, en mai 1899, la nice de Rassoul, chef
des Chratit: Fatma ment Cheikh ould li. Il n'en eut qu'une fille:
Garmi, aujourd'hui revenue avec sa mre chez les Chratit. Il rpudia,
peu aprs, cette Fatma et depuis cette date ne vcut plus qu'avec
des filles de ses haratines et captifs, notamment Diould, ancienne
captive enleve au chef des Oulad Normach, et qui a suivi Ahmeddou en
dissidence; Ziza ment Haboub, ancienne captive enleve aux Oulad Ahmed,
marie actuellement  Soumala, dtenu de droit commun  Aleg; et enfin
Ment Baba, Toucouleure. Il en a eu plusieurs enfants: Mohammed, n
vers 1899, Bakar, n vers 1900.

Ahmeddou, autant par son caractre fourbe que par la faiblesse de son
autorit ou plutt de ses moyens, devait nous causer jusqu'en fin 1903,
date de l'occupation de son pays, toutes sortes de dsagrments.

Dans le courant de l'anne 1890, le gouverneur Clment Thomas avait
fait dnoncer  Sidi li la convention de 1886 fixant  1.500 pices
de guine le taux de l'indemnit fixe, remplaant les droits de sortie
sur les gommes. 1.000 de ces 1.500 pices furent accordes  l'mir des
Trarza et il n'en resta que 500, que Sidi li ne voulut point accepter.
Cette mesure avait t prise, parce qu'au cours de la traite des
dernires annes, il avait t constat que Sidi li tait compltement
impuissant  maintenir la scurit de l'escale. Il n'avait plus aucune
autorit sur les tribus rattaches  son groupe, il ne pouvait se
faire obir mme par ses sujets directs. Il laissait faire, si mme il
n'encourageait pas les pillages sans nombre par les gens de son propre
camp.

Durement atteint par cette rduction de sa rente, Sidi li fit de
grands efforts pour arriver  rtablir son autorit. La situation
restait nanmoins tendue, quand il mourut. Avec son fils Ahmeddou, que
l'administration contribua  faire accepter pacifiquement aux tribus,
et qui, plus jeune et plus actif, paraissait inspirer confiance, on
revint  l'ancien tat de choses. On visa  affermir son autorit sur
les Oulad Normach et Oulad Ahmed; on renfora le commandement de ses
reprsentants; on excuta loyalement les conditions du trait du 12
dcembre 1891, conclu d'ailleurs avec lui-mme, reprsentant son pre,
et qui accordait  l'mir brakna une indemnit fixe de 1.000 pices de
guine filature.

On pensa en mme temps utiliser sa vigueur et sa prtendue bonne
volont, en le liguant avec les Ahel Sidi Mahmoud, fchs de se voir
coup les routes de Bakel par les Id Ou Ach, et en jetant un fort
rezzou de ces deux tribus sur le camp de Bakkar ould Soued Ahmed,
mir des Id Ou Ach, qui avait offert l'hospitalit  nos trois
irrductibles ennemis sngalais: Abdoul Boubakar, chef du Bossa; Ali
Bouri Ndiaye, bourba du Diolof, et Amadou Chkou, marabout agitateur.

Toute cette politique fut vaine, et Ahmeddou opposa la force d'inertie,
chre aux Maures. Il fallut en arriver  retenir sur ses coutumes la
ranon des pillages commis par ses gens, ce qui videmment ne fit
qu'augmenter le nombre des razzias et nous brouiller priodiquement
avec Ahmeddou. En mai 1895, dans son indignation, il ferme brutalement
l'escale de Podor. Le voyage inopin du Directeur des Affaires
politiques Merlin lui fit perdre contenance, et il rouvrit aussitt
l'escale.

La grande aventure du principat d'Ahmeddou fut la lutte qui clata
entre les Diediba, marabouts classiques des Oulad Biri, marabouts,
cousins et allis des Oulad Ahmed. Par le jeu des alliances
traditionnelles et des haines invtres, la plupart des tribus trarza
et brakna, tant guerrire que maraboutique, allaient en tre troubles.
N'taient notre prsence et l'influence acquise par notre politique
dans les affaires maures, des luttes interminables eussent  nouveau
ensanglant les confins trarza-brakna. Elles restrent localises aux
Oulad Biri et aux Diediba.

Dj, sous Cheikh Sida Al-Kabir, vers 1860, un incident fcheux, mais
qui n'avait pas d'autre importance que celle des menus faits de la vie
de tribus voisines, tait venu mettre  l'preuve les bons rapports
antrieurs des Oulad Biri et des Diediba. Un individu des Oulad Falli,
Mohammed ould Abd El-Fattah, s'tant pris de querelle avec des zenaga
Diediba, marcha contre eux  la tte de ses gens, les surprit et en
tua seize. Sur l'intervention de Bakkar ould Soued Ahmed, mir des Id
Ou Ach, qui tait aussi par indivis suzerain des zenaga tus, Cheikh
Sida Al-Kabir consentit  payer la da, qui fut fixe  16.000 pices
de guine. L'affaire n'eut donc pas d'autres suites.

Vers 1890, des contestations au sujet de trois points d'eau, Bou
Talhaa, Hasse Al-Afia et Aredekkel, dans l'Amechtil, dont les deux
tribus revendiquaient la proprit, remirent le feu aux poudres. La
question s'aggravait encore du fait de contestations similaires sur
les terrains de la Dabaye du Chamama. De 1890  1900, il se livra une
multitude de petits combats, dont il serait fastidieux de donner le
dtail.

Il suffit de retenir que les hassanes des deux pays prirent
respectivement parti pour leurs marabouts. L'mir du Trarza, Ahmed
Saloum Ier, son parent, Sidi Ahmed ould Bou Bakar Sir, et surtout les
guerriers Oulad Dmn et Euleb, marchrent avec les Oulad Biri. L'mir
du Brakna, Ahmed ould Sidi li, avec ses gens Oulad Abdallah et ses
allis toucouleurs Aleb du Chamama, combattaient pour les Diediba.
Ces passes d'armes peu srieuses entre gens qui faisaient parler la
poudre sans conviction, et cherchaient surtout  vivre aux crochets des
Tolba, sous prtexte de les dfendre, furent plus d'une fois fcheuses
pour les Oulad Biri. Le Cheikh faillit tre enlev en 1896 dans son
camp d'Aouadane, et ne dut son salut qu' la valeur de ses lves
noirs, qui se jetrent avec fureur sur les bandes Diediba et Oulad
Siyed et les exterminrent.

L'intervention de l'autorit franaise amenait une srie de tractations
entre les belligrants: d'abord la paix est conclue, au moins en
principe, en novembre 1896,  Bodel Barka, entre les chefs trarza
et brakna. Le 29 janvier suivant, les dlgus des deux tribus
maraboutiques signent  Podor une dclaration, qui nonce qu'aucune
rparation ne sera accorde de part et d'autre pour les dgts
respectivement commis. Sous les auspices du gouverneur gnral, une
convention est passe,  Saint-Louis, le 9 fvrier 1897 entre les deux
mirs, assists de leurs ministres et conseillers.

Les actes antrieurs prcits y sont confirms: Podor est reconnu
escale brakna, sous l'autorit d'Ahmeddou, mais avec libert
commerciale pour tous les Maures du Trarza. Les deux mirs s'engagent
 faire srieusement la police de leurs tribus. Ahmeddou enfin
autorise les Oulad Biri  habiter et  cultiver sur le territoire des
Brakna qu'ils occupaient prcdemment. Il les autorise notamment  se
rinstaller  Dabaye (marigot de Morghen ou de Koundi).

Une nouvelle convention voulut consacrer avec plus de force encore,
en 1898, les accords tablis l'anne prcdente[5]. Mais pour viter
les difficults qui avaient surgi, les terrains litigieux de Dabaye
furent dclars neutres et placs sous la surveillance spciale de
l'administrateur de Podor. Pendant ce temps, les Toucouleurs de la rive
gauche passaient sur le fleuve et mettaient les terrains en valeur.
Il fut impossible d'obtenir des uns et des autres la bonne volont
ncessaire  des concessions rciproques. Ils ne voulurent mme plus se
voir: Ahmeddou refusa de rendre visite  un marabout. Cheikh Sida ne
voulut point se rendre au campement d'Ahmeddou pour viter de s'y faire
assassiner.

  [5] Pour les textes franais de ces deux conventions de 1897 et
  1898 entre Trarza et Brakna, Cf. L'mirat des Trarza (Annexes),
  par Paul Marty, _in_ collection de la _Revue du Monde Musulman_.

La lutte continua donc de plus belle entre les tribus; elle finit
pourtant par tourner  l'avantage, au moins apparent, des Oulad Biri,
en ce qui concerne les puits du nord. Les Diediba vaincus durent
vacuer, vers la fin de 1899, l'Amechtil et l'Aoukera, mais ils
prirent leur revanche en y venant piller, les annes suivantes, les
campements biri, de sorte que ceux-ci  leur tour durent abandonner
les puits litigieux et se concentrer dans l'Aoukera. Non entretenus,
ces puits tombrent bientt en ruines. En 1903, assurs de l'appui
de Coppolani et profitant de l'tat de l'insoumission de Diediba,
qui ne pouvaient ainsi faire valoir leurs droits, Cheikh Sida fit
roccuper le territoire abandonn et remettre les puits en tat. La
soumission des Diediba allait en 1904, soulever  nouveau le conflit.
Ils demandrent sans tarder  entrer en possession de leurs puits. Les
Oulad Biri protestrent, et comme l'affaire tranait en longueur, les
combats recommencrent de toutes parts, entre haratines et captifs
d'abord, puis entre zenaga, et enfin entre marabouts.

Les autorits des cercles Trarza et Brakna allaient mettre un terme 
ces luttes et procder  un accord entre les tribus.

Sous les auspices du capitaine Gerhardt, commandant le cercle du
Trarza, un arrangement fut conclu, le 7 fvrier 1912, entre Sidi
El-Mokhtar, cheikh des Oulad Biri et Mostafa ould Khalifa ould Ouadia,
principal notable des Diediba, dlgus par eux  ces fins. Le droit
de proprit des puits a t reconnu aux Diediba, mais les deux tribus
auront la jouissance de l'eau, suffisamment abondante pour contenter
tout le monde. Satisfaits de n'avoir pas cd  leurs adversaires
et d'avoir tous  moiti gain de cause, les indignes ont promis
rciproquement de ne pas apporter de gne  l'exercice de leur droit de
jouissance commune; et depuis 1912, ils paraissent avoir tenu parole.

Ahmeddou eut encore  intervenir  plusieurs reprises dans les
dissensions intestines, qui dchirrent les Touabir, de 1896  1900.
A la mort du cheikh de la fraction Anouazir, Cheikh ould Hammadi,
sa succession politique fut dispute entre son fils Hamdel Khalifa
et le chef de la famille rivale Nebat. L'affaire avait d'autant
plus d'importance que les Anouazir sont les fractions princires de
la tribu, et que leur chef est pratiquement le chef de la tribu. La
querelle se maintint peu de temps circonscrite aux deux rivaux: le jeu
des alliances et des haines rciproques amena successivement du ct de
Hamdel Khalifa une partie des autres Touabir, et notamment les Oulad
Al-Kohol, puis Sidi Ahmed ould Mohammed ould Heba, ex-chef des Oulad
Eli de Kadi, rvoqu par nous; du ct d'Ahmed Nebat, le reste des
Touabir et notamment les Oulad Yora, puis M'hammed, chef en fonctions
des Oulad Eli, rival du premier. A partir de 1897, le conflit est
gnral, et des rencontres se produisent  chaque occasion.

L'mir des Id Ou Ach, Bakkar, eut la sagesse de ne pas se laisser
entraner dans le conflit, en arguant que les uns et les autres tant
ses tributaires, il n'avait pas  prendre parti en faveur des uns ou
des autres. Mais Ahmeddou sollicit  plusieurs reprises, et qui avait
d'abord refus, se laissa tenter par les cadeaux de guine des Oulad
Al-Kohol. Il envoya un contingent  leur secours. Les Oulad Yora firent
marcher la cavalerie de Saint-Georges et leurs guerriers, de sorte
que leurs ennemis, y compris la bande d'Ahmeddou, furent compltement
dfaits  Segar. Ils laissaient plus de 100 morts sur le terrain.

L'honneur d'Ahmeddou tait engag: il manifesta l'intention de rduire
 merci les rvolts, ce qui valut immdiatement  ceux-ci le concours
de ses ennemis Normach et Oulad Ahmed. Ses bandes, commandes par
Mohammed Krara, son frre, et Ould Assas, son fils, et composes de
Siyed et de Diediba, marchrent contre les Oulad Yora, en juillet
1901. Ceux-ci, intimids prirent la fuite. L'affaire en resta l et
Hamdel Khalifa fut reconnu chef des Touabir.

A la fin du dix-neuvime sicle,  la veille de notre occupation, la
situation politique tait la suivante: Les Oulad Siyed dominaient de
Zouireth Mohammed (prs Dagana) jusque vers Bogh et dans l'intrieur,
jusqu' Aleg et Chogar. Ils protgeaient surtout les Diediba, les
Tolba Tanak, les Hijaj et les Kounta-khol Bekka.

Les Oulad Normach commandaient sur le fleuve, vers Cascas et la rgion
de Mal. Ils protgeaient les Id Elik, les Soubak, les Ahel Taleb
Mohammed, les Tiab Ould Normach, les Meterambin et les Kounta Ahel Sidi
Amar.

Les Oulad Ahmed descendaient quelquefois jusqu' Bogh et commandaient,
vers Chogar, l'Akel et l'Agan, ils protgeaient les Oulad Biri, les
Ahel Gasri les Draouat. Les Oulad Eli (O. Abdallah aussi) commandaient
vers Kadi et le Raag, et protgeaient les Lemtouna, les Toumodek et
les Hijaj de l'est.

Les Ahel Souid Ahmed (Id Ou Ach) faisaient sentir leur influence
jusqu' Guimi, Mal, l'Aguelat et protgeaient surtout les Tgt, les
Torkoz, les Id ag Jemouella et les Kounta Oulad Bou Sif.

En fait, chaque tribu maraboutique faisait elle-mme sa police
intrieure et extrieure, et ne faisait intervenir les guerriers que
lorsqu'elle ne pouvait pas faire autrement.

Les guerriers pillaient sans vergogne amis et ennemis, prenaient de
force ce qu'on ne voulait pas leur donner, tandis que leurs haratines
et leurs zenaga volaient sans cesse. Les plus voleurs taient les
haratines Oulad Siyed et le zenaga Arallen (rgion de Podor), et les
Touabir (Khat).

On ne pouvait approcher du fleuve sans tre vol. La meilleure police
tait faite par les Ahel Souid Ahmed, qui, voulant se rserver
le monopole du pillage, chtiaient impitoyablement les zenaga,
Hassanes Oulad Talha, Oulad Bou Sif marabouts et autres pillards qui
ranonnaient leurs gens.

Le principat d'Ahmeddou allait prendre fin en dcembre 1903 par
l'occupation franaise.

Ds 1902, et tout en poursuivant sa politique d'apprivoisement en
tribu, Coppolani avait install un fort  Regba  la limite des pays
trarza et brakna, et un autre  Bogh au dbouch sur le fleuve du pays
brakna. Il avait entam avec Ahmeddou des relations pleines d'espoir.
Malheureusement les sympathies qui l'attachaient  Cheikh Sida taient
une forte cause de dfiance pour les Diediba marabouts et conseillers
de l'mir et de ses Oulad Siyed. Coppolani prit son cong en France
dans l't 1903. Pendant son absence, divers traitants, intresss au
maintien de l'anarchie, donnrent  l'mir les plus mauvais conseils et
firent donner les Diediba. Il arriva qu'Ahmeddou, moiti par crainte,
moiti par esprit de rsistance, rassembla ses fidles et ses haratines
et fit dcider l'alliance avec les Id Ou Ach. Il partit aussitt les
retrouver. C'est peu aprs que Coppolani allait prononcer sa dchance
et confisquer ses biens au profit du Trsor (dcembre 1903).




CHAPITRE VIII

L'OCCUPATION FRANAISE


Arriv  Bogh en fin novembre 1903, Coppolani apprenait qu'Ahmeddou
runissait ses contingents  Aleg, et s'apprtait  s'unir aux Id Ou
Ach pour nous combattre, malgr toutes les promesses de dvouement
faites antrieurement.

Toutes les tribus religieuses armes, et notamment les Diediba,
suivaient ce mouvement concert avec notre vieil ennemi, l'mir Bakkar,
des Id Ou Ach. Toutefois et par opposition de principe, les Oulad
Normach et une partie des Oulad Ahmed, dont les chefs taient venus 
Bogh saluer le gouverneur gnral, de passage au dbut de l'anne,
demeuraient fidles  leurs engagements.

En prsence de cette situation et pour arrter des incursions certaines
vers le fleuve, Coppolani activait l'excution de son programme
d'occupation du pays brakna, simple acte prliminaire de l'occupation
de Tagant.

Le 1er dcembre 1903, il quittait Bogh, accompagn du rsident du
pays brakna, du commandant des troupes du Tagant et d'un dtachement
de spahis. Par la mare de Sarak, il tait sur les bords cultivs du
lac Aleg, le 3. Aucun incident ne s'tait produit sur la route. Une
fraction importante des Diediba, rencontre le lendemain au cours
d'une reconnaissance, et campe sur la rive oppose du lac, apprit
 la colonne la fuite d'Ahmeddou, de ses hassanes, et du reste des
Diediba vers Chogar.

Coppolani leur envoyait aussitt des missaires spciaux pour les
inviter  ne pas quitter le pays. Mais Ahmeddou pouss par ses deux
neveux, deux fils de Bakkar et un certain nombre d'Id Ou Ach, arrtait
ces missaires, groupait ses haratines, quelques contingents Diediba,
Oulad Ahmed et autres dissidents, au total 400 fusils environ, et,
la nuit du 8 au 9 dcembre, se jetait sur le camp des envahisseurs.
Toutes les prcautions avaient t prises. Aprs une vive fusillade,
les agresseurs furent repousss, laissant quelques morts et quelques
blesss sur le terrain. De notre ct, nous avions un tirailleur et
quelques porteurs blesss et deux goumiers tus. Quelques chevaux de
spahis, effrays par les feux de salve, avaient cass leurs entraves
et pris la fuite. Ds l'aube, le commandant des troupes, faisant une
reconnaissance aux environs, rencontrait quelques Oulad Siyed, en tuait
trois et chassait les autres. Il dsarmait le campement des Diediba
prcits et le faisait installer prs du poste pour avoir guides et
moyens de transport sous la main.

Cette agression d'Ahmeddou, commise surtout  l'instigation des Id Ou
Ach, fut le principal fait d'armes de l'occupation du Brakna.

Quelques jours plus tard, le capitaine Chauveaux mettait fin  toute
rcidive en surprenant  Chogar,  40 kilomtres d'Aleg, le campement
d'Ahmeddou et en mettant en droute ses bandes hassanes.

L'action politique de Coppolani s'exera aussitt sur les tribus
religieuses. Les premiers, les Kounta, ennemis invtrs des Id Ou
Ach, vinrent  lui, et promirent de les combattre en liaison avec lui,
ds qu'il s'avancerait vers l'est.

C'est  cette date que fut cr le poste d'Aleg avec toutes les
prcautions dfensives d'usage. Sis sur une hauteur et habilement
fortifi, il tait, pour ainsi dire, imprenable. Au point de vue local,
il domine tout le pays brakna et permet la surveillance de toute la
rgion, comprise entre Aleg, Boutilimit, Podor et Bogh. Au point de
vue politique, il est plac sur la bifurcation des routes du Tagant,
situ  6 jours au nord-est. Ils constituait en plus,  cette date, un
excellent bastion sur le flanc des Id Ou Ach.

La mission de Tagant prit sans plus tarder la direction du nord-est.
Les tribus zouaa du Brakna, dj rallis lui firent ses envois entre
Bogh et Aleg.

Quant  Ahmeddou, il n'abandonnait pas toute rsistance. Dans une
confrence tenue  Agadel, prs d'Acheram, et  laquelle participrent
Ahmeddou, Bakkar et leurs fils, le plan de campagne suivant fut arrt:

Les Id Ou Ach rallieraient tous leurs tributaires et tenteraient
l'enlvement du poste d'Aleg, o ils se fortifieraient solidement. Puis
deux colonnes iraient, l'une  Guelat,  l'est de la rgion du moyen
Mounguel, l'autre  Mbout. Elles s'y installeraient sur des positions
retranches, afin de s'opposer  la pntration franaise. L'occupation
de Mbout parat avoir t  ce moment la grande crainte de Bakkar,
et il joua de cette inquitude pour rallier dfinitivement  lui les
Chratit, toujours frondeurs  l'gard des Abakak, et les Oulad Ad.

Ce plan de campagne n'aboutit pas. La mission d'organisation du Tagant
se mit en marche, accompagne d'un goum o l'on voit figurer,  ct
des chefs trarza, plusieurs chefs brakna: Bakar ould Ahmeada, chef
des Normach; Biram ould Himemed, chef des Oulad Ahmed, et enfin Sidi
Ahmed ould Heba, chef des Oulad Eli, de Kadi. C'tait sur leur propre
territoire que les Id Ou Ach devaient sauver l'honneur de leur nom.

La mission arrivait  Mal, le 1er fvrier, et y installait un poste
fortifi semblable  celui qu'elle venait d'tablir  Mouit. Sis  70
kilomtres  l'ouest d'Aleg et  80 kilomtres au nord de Kadi, Mal
runissait des condition excellentes pour la surveillance du fleuve et
la centralisation des moyens ncessaires au dpart de la mission et 
l'organisation mme du plateau central du Tagant. La rgion, couverte
de lougans, offre des ressources en bestiaux et en cultures. C'est un
plateau bois que traverse un important marigot termin par un lac de
40 kilomtres de circonfrence, o existe toujours une eau limpide, de
qualit excellente.

Les tribus religieuses Id ag Jemouella, Torkoz, Touabir, Toumodok,
Lemtouna, Tgt, Hejaj, et des campements divers, etc., vinrent
aussitt faire leur soumission et demander la protection franaise. Les
Oulad Ahmed, au nombre de 600 fusils, suivirent le mouvement et sur la
demande de Coppolani, s'installrent aux environs de Mal. Plusieurs
autres fractions religieuses, retires entre Mal et la falaise, et
qui attendirent notre installation  Mal pour en faire autant, se
dcidrent quelques jours plus tard, et chapprent non sans peine  la
surveillance des guerriers Id Ou Ach.

Ceux-ci, excits maintenant par Ahmeddou, qui sentait la partie lui
chapper dfinitivement, projetrent d'attaquer soit Mal, soit Mouit.
Ils commencrent par des escarmouches et finirent par investir Mouit
dans la nuit du 16 au 17 fvrier, au nombre de plusieurs milliers.
Ahmeddou menait le bal. Ils furent repousss avec des pertes srieuses
et se retirrent au pied de la falaise du Tagant.

En mme temps, Coppolani n'oubliait pas de faire intervenir puissamment
l'influence de ses amis marabouts. Cheikh Sida vint le trouver
dans son campement, et par sa prsence, ses palabres, ses lettres,
contribua fortement  mettre fin  cette campagne de guerre sainte, qui
commenait  prendre naissance sur le haut fleuve et dans certaines
tribus. Par lui encore et pour satisfaire leur haine nationale, les
Kounta du Brakna et de Tagant, mme quelques fractions Ahel Sidi
Mahmoud, la plupart des campements Chrattit, quelques Tadjakant
se rapprochaient des Franais, ou tout au moins promettaient leur
neutralit.

Le Brakna pouvait ds lors tre considr, sinon comme entirement
pacifi, au moins comme suffisamment en main pour permettre de passer
 la deuxime partie du programme, ou tout au moins de l'amorcer:
l'occupation du Tagant. Aussi, ds le 9 mars 1904, la mission se
mettait-elle en branle vers la falaise. Un dtachement quittait Mal
sous la direction mme de Coppolani; un autre dtachement command par
le capitaine Payn et comprenant plusieurs chefs toucouleurs: Abdoulaye
Kane, Samba, etc., partait de Mouit,  la mme date. Ils faisaient
leur jonction le 11, et le 14 atteignaient  Gour Mal les nombreux
campements hassanes et tolba qui, sous la direction d'Ahmeddou et
d'Othman ould Bakkar, cheminaient vers le Nord-Est pour se rfugier
dans les montagnes de l'Assaba. A l'approche de la colonne, les
guerriers prirent le devant; les marabouts revinrent sur leurs pas avec
de nombreux troupeaux. Par l'humanit de Coppolani, qui fit prendre des
hausses suprieures aux distances apprcies, les pertes des ennemis
furent minimes.

La colonne rentrait, ds le lendemain, sur le territoire brakna, en en
ramenant les habitants.

Le 13 juillet 1904, 120 tentes Oulad Siyed, c'est--dire  peu prs
toute la tribu princire,--nobles et haratines--venait faire, sous la
conduite de Mohammed Krara, frre de l'mir, sa soumission  Bogh.
Ils avaient, dans leur fuite, subi des fatigues normes et taient
compltement puiss. Une quinzaine de personnes taient mortes de
faim. Mohammed Krara, Abd El-Jelil, chef des marabouts Diediba,
qui demandait aussi l'aman, et Cheikh Fal arrivaient peu aprs 
Saint-Louis. Ils apportrent la soumission du Brakna.

Une contribution de guerre de 500 boeufs et de 1.000 fr. leur fut
inflige: elle fut rpartie ainsi:

    Oulad Siyed               102 bovins
    Id ag Fara Brahim         120  ----    3.848 francs
    Id ag Fara                 93  ----    1.987  ----
    Zemarig                    99  ----    2.115  ----
    Ahel Mohammed Othman        5  ----      320  ----
    Tabouit                    60  ----    1.282  ----
    Ahel Negza                 21  ----      448  ----

Dsormais le Brakna reprenait sa vie normale. Les hostilits y taient
closes; tous revinrent en foule travailler ou faire travailler dans le
Chamama. Les derniers irrductibles n'taient plus que des dissidents.

Les vaincus--qui taient les seuls hassanes--n'acceptaient pas
toutefois sans rsistance morale le nouvel tat de choses. Voici, 
titre d'chantillon, la protestation qu'ils adressaient, en fin 1905,
au reprsentant du Gouvernement franais.

    Quoique non producteurs, nous tenions presque tout le commerce
    entre nos mains. Nous faisions les oprations nous-mmes ou par
    l'intermdiaire de marabouts complaisants, qui recevaient pour
    leur salaire un quart de la valeur de la vente. Les acheteurs
    taient les dioula du Diolof ou du Cayor, les marabouts trarza et
    les traitants du fleuve. A part un peu de gomme, la rgion trop
    pauvre fournissait peu au commerce; nous tions donc approvisionns
    par de fructueuses razzias et par les caravanes venues du Nord.
    Les principaux articles de vente, et l'on peut dire les seuls,
    taient les animaux pills (boeufs, chameaux, chevaux, moutons) et
    les captifs. En 1903, les Tadjakant, les Larlal, les Ida Ou Ali
    et les Kounta ont vers sur le march brakna plus d'un millier de
    captifs, par convois qui atteignaient parfois le chiffre de 200.
    Ce trafic tait d'un bon rapport pour tous: vendeurs, acheteurs
    et commissionnaires et l'on a le droit de se plaindre de votre
    surveillance et de votre contrle pour en empcher le retour.

Quant aux irrductibles et aux pillards du Nord, ils se signalaient
encore par quelques petits coups de mains, tels les Oulad Bou Sba,
qui s'emparrent notamment d'un convoi de munitions entre Aleg et Mal,
razzirent les Kounta de Chogar et en s'en retournant pillrent, prs
de Mal, les troupeaux des tribus maraboutiques. D'autres Bou Sba,
ceux-l nos amis, leur donnrent la chasse. A signaler encore,  la
lisire des territoires trarza et brakna,  30 kilomtres au nord-est
de Podor, l'attaque nocturne du poste de Ragba par un rezzou que
dirigeait le fils de Mokhtar Oummou, des Oulad Dmn (Trarza), dans
l'intention de venger son frre, tu quelque temps auparavant par une
de nos bandes toucouleures. Cette attaque fut facilement repousse.

Ahmeddou, presque seul, demandait l'hospitalit  son alli Bakkar, et
se retirait dans les campements Abakak de l'Assaba.

Bakkar press entre la mission, qui prparait sa marche vers le
Tagant, et les tribus Kounta et Oulad Nacer des confins du Sahel, qui
le harcelaient, ne tarda pas  faire des offres de soumission. Elles
ne devaient toutefois pas aboutir immdiatement, car la marche de la
mission fut arrte et l'occupation du Tagant fut ajourne  la saison
sche suivante. Pendant ce temps, Ahmeddou avec ses guerriers Siyed
et ses marabouts Diediba se tenaient dans l'expectative dans les
campements Abakak.

Le meurtre de Coppolani et les vnements qui agitrent en 1905, et
surtout en 1906, le Tagant purent sembler  Ahmeddou et  son fils
Ould Assas une occasion de revanche. Ils comptrent parmi les plus
bouillants guerriers du Chrif, Moulay Dris, envoy par le Maroc pour
tenir l'tendard de la guerre sainte et cimenter l'union des tribus
rebelles. Ils prirent une part active au sige de Tijikja.

En outre, Bakkar ould Ahmeada, chef des Normach se laissait sduire
par les paroles sucres du Chrif et de son entourage, et faisait
dfection en novembre 1906.

Cette dfection se produisait  la suite d'un essai de rglement assez
intempestif, effectu par l'administration entre les Normach et les
Kounta-Ahel Sidi-l-Mokhtar.

A la suite d'une agression, en 1904, des Normach contre les Kounta,
un tribunal compos de trois cadis, condamna les premiers au paiement
d'un certain nombre de da. La saisie des biens fut opre, mais
un reliquat restait d  Sidi Amar, chef des Kounta, qui ne cessait
de rclamer le paiement intgral de la somme fixe. Les deux tribus,
ennemies entre elles, essayaient  tout instant de se nuire. La
situation toujours trs tendue fut dnoue brutalement, en octobre
1906, par une nouvelle agression des Normach contre les Kounta. Une
vritable bataille fut livre, et de part et d'autre quelques individus
restrent sur le carreau. Bakkar prit immdiatement la brousse et alla
donner son adhsion au Chrif.

Ainsi par sa proximit du Tagant, le Brakna subissait, en fin 1906, une
rpercussion assez sensible des incidents de Tijikja.

En novembre, les Oulad Normach dissidents faisaient une incursion
sur le fleuve et pillaient le troupeau du village de Cascas. Le 16
dcembre, ils s'emparaient de trois troupeaux de boeufs, appartenant
aux Peul de Falcand et tuaient un indigne. En mme temps, une bande
de dissidents fort mle tentait d'enlever le troupeau du poste de
Ragba, mais tait repousse avec pertes. Les gens de Bakkar pillaient
peu aprs les campements Id Elik, et notamment celui de leur chef Tig
ould Mon, qui avait prsid le tribunal des cadis prcit.

En mme temps, un petit mejbour d'Oulad Ahmed dissidents, command
par Seneba, ex-chef de la tribu, pntrait sur le territoire brakna.
Rencontr par une reconnaissance entre Chogar et Digguet-Memm, il
s'enfuyait sans accepter le combat.

Ould Assas et sa bande inauguraient cette srie de pillages par
lesquels il allait se signaler pendant deux ans. Il oprait plusieurs
razzias aux environs d'Aguiert, pillait un courrier  Digguet-Memm, et
enlevait des troupeaux aux Touabir M'hamdat et aux Soubak.

En mme temps, le consortium de nos grands ennemis: Ahmeddou ex-mir
des Brakna, Mohammed Mokhtar, chef des Kounta du Tagant et Othman ould
Bakkar, mir des Id Ou Ach, crivait  Cheikh Sidia et  Mohammed
Saloum III ould Brahim, mir des Trarza, pour les inviter  vacuer le
pays trarza et  se joindre  eux-mmes ou tout au moins  les laisser
attaquer en toute libert les Franais et leurs partisans.

Il n'est pas jusqu'aux Id Ou Ach qui ne se missent de la partie. A la
tte d'un rezzou d'Ahel Soued Ahmed et d'Oulad Talha, De ould Bakkar,
frre d'Othman prcit, entrait dans le Brakna par la passe de Tizigui.
Il enlevait  Melga,  20 kilomtres  peine de Mal, un troupeau de 300
boeufs et de 1.200 moutons aux Id ag Jemouella.

Cette recrudescence de mejbour tait due  la dissmination force des
ennemis, provoque par l'arrive  Tagant de la colonne de secours
Michard et par le besoin imprieux o se trouvaient les dissidents de
se ravitailler.

Peu de tribus maraboutiques firent dissidence. Il n'y eut gure que
quelques campements Messouma et Torkoz. Ils se htrent d'ailleurs de
demander l'aman, ds que la colonne Michard eut dispers rebelles et
ennemis du Tagant. Les conditions qui leur furent imposes comprenaient
principalement le paiement d'une amende de guerre proportionne  leurs
ressources, le dsarmement partiel, et la reddition de toutes les armes
 tir rapide.

L'histoire du Brakna se rsume  dater de cette heure, dans la
nomenclature des rezzous et contre-rezzous dont il est le champ
d'oprations. Puis peu  peu les chefs de bandes sont tus, meurent
en exil ou font leur soumission. Le calme s'accrot. A partir de
1910, quand l'Adrar est dfinitivement pacifi, on peut dire que la
tranquillit gnrale n'est plus trouble.

Voici les principaux faits de cette priode; chez les Noirs riverains
du Sngal d'abord.

Le 1er fvrier 1908, le chef du canton du Dmette signalait qu'une
troupe de Maures avait pill  trois reprises le village de Gorel,
situ entre Dinetiou et Dara (Podor), et tait dispose  se jeter sur
Bogh ou Thinel; que quatre indignes avaient t tus ou blesss, et
que d'autres engagements avaient lieu, notamment  Gallol, depuis une
huitaine de jours.

La venue d'Ould Assas et d'une bande de 40 guerriers maures et
pourognes tait galement signale; un pillage d'une centaine de
vaches et d'un millier de moutons tait commis sur des Peul du canton
d'Edy, qui avaient pass le fleuve pour mener leurs troupeaux dans les
pturages de la rive droite.

D'autre part,  Bogh, on annonait successivement le pillage d'un
village de cultures prs de Chabou: le passage d'Ould Assas dans les
campements des Diediba, aux environs d'Aleg, et l'attaque, le 27
janvier, du village de Gorel.

A la suite de ces attaques et pillages, suivis de meurtres qui
provoqurent parmi la population sdentaire des bords du fleuve une
profonde motion, des mesures immdiates furent prises pour exercer une
active police dans le pays.

Le peloton de spahis, command par le lieutenant Corrart des Essarts,
reut l'ordre de se rendre  Bogh et d'excuter des reconnaissances
dans la rgion trouble.

En outre, quelques fusils 74 distribus dans les villages les plus
exposs aux pillages devaient permettre aux habitants de repousser les
attaques ventuelles des petits groupes arms.

A ce moment, Bakkar ould Ahmeada, chef dissident des Oulad Normach,
tait galement signal dans la rgion nord de Bogh. Aprs diverses
tentatives infructueuses de recherches des Mejbour, le lieutenant
des Essarts russissait  tomber, le 27 fvrier,  la mare de Sarrak
(situe  40 kilomtres au nord de Bogh), sur la bande d'Id Ou Ach et
d'Oulad Talha commande par Ould Assas et la mettait en pleine droute.

Ould Assas fut grivement bless et passa plusieurs mois pour mort.
Recueilli et soign par les Diediba, il fut reconduit, sur la fin de
sa gurison dans l'Adrar. Le cadavre pris pour le sien, sur le champ
de bataille, tait celui d'un indigne des Euleb. Trente autres Maures
restaient sur le terrain. Un noir bless et fait prisonnier tait
ramen  Bogh. Cet indigne n'tait autre que l'artilleur bambara qui
avait dsert en 1904, aprs avoir tir sur son chef, le lieutenant
Coupaye; il avait port les armes contre nous en diverses circonstances
notamment, contre les dtachements franais qui ont sillonn le Tagant
en 1905.

Le combat de la mare de Sarrak eut une importance politique
considrable et ramena le calme dans la rgion du Chamama.

Ds lors, la prsence des spahis n'tant plus d'une ncessit urgente
 Bogh, le peloton reut l'ordre d'excuter une tourne de police
dans le cercle du Brakna pour consolider par cette manifestation les
rsultats obtenus.

En mme temps, les prises importantes faites sur les tribus dissidentes
du Gorgol,  Mbout, permirent de rendre aux habitants des villages
riverains du Sngal une partie des biens qui leur avaient t enlevs
par les bandes d'Assas. Un millier de moutons furent ainsi rpartis 
Podor entre les indignes qui avaient t les plus prouvs.


Les pillages, commis sur les _populations maures_, taient moins
importants que ceux dont les indignes du Sngal taient victimes.

Les Id ag Jemouella avaient, le 2 janvier 1907, un troupeau de 60
boeufs enlev,  4 kilomtres du poste de Mal; les Rahahla, camps
dans le Chamama,  proximit des Daba et attaqus par la bande des
Trarza dissidents Oulad Ahmed ben Dmn, avaient deux hommes tus et
un bless; les Tgt, rfugis  150 mtres du poste d'Aguiert, se
voyaient enlever leurs troupeaux par les Oulad Bou Sba; ces derniers
purent tre rejoints par une reconnaissance qui reprit les biens vols,
aprs avoir tu un des pillards.

D'autre part, le chef des Oulad Normach dissidents, Bakkar ould
Ahmeada, attaquait vers la fin de janvier, les Toumoudek de
Sidi-l-Mokhtar; les Touabir M'hamdat, accourus au secours du
campement, contriburent  repousser cette attaque dans laquelle furent
tus 9 hommes: le propre frre de Bakkar, Omar Bou Salif, du ct des
Oulad Normach, et 8 Toumodek et Touabir.

Quelque temps aprs, il pillait le village de Mbagne (mai 1907).
nergiquement poursuivi par le lieutenant Chabre, il est atteint 
Chagour, mais peut encore chapper, abandonnant toutefois une grande
partie de son butin.

Aprs quelques exploits de ce genre, et notamment le pillage dans
la rgion du Mal, le 8 novembre 1907, d'un campement Torkoz qui eut
18 hommes tus et se vit enlever un nombreux btail, Bakkar tait
assassin dans la nuit du 30 dcembre par un de ses hommes,  la
suite d'une altercation violente. 4 hommes de sa bande rentraient
immdiatement  Aleg et faisaient leur soumission.

Le ralentissement des rezzous et surtout l'occupation de plus en plus
efficace du Tagant permirent  ce moment-l la suppression des petits
postes du dbut. C'est ainsi que Guimi et Aguiert disparaissent en fin
1906; Mal, en septembre 1907.

A la mme date, on envisagea un instant l'vacuation d'Aleg et le
transfert de la capitale du Brakna  Chogar. On trouvait Aleg plac
dans de mauvaises conditions hyginiques, et surtout hors du centre
gomtrique des tribus principales. Le choix se portait sur Chogar,
mieux plac pour l'administration des nomades, sis  une vingtaine de
kilomtres des meilleures zones de pturage du cercle, o les chameaux
peuvent sjourner toute l'anne et  4 jours du fleuve seulement.
De plus, la nature trs boise des environs offre en abondance des
matriaux de construction. Ce projet fut ajourn, et malgr qu'il ait
t repris plusieurs fois, n'a jamais abouti.

Le 4 juin 1908, un convoi de ravitaillement, montant vers Aleg, est
attaqu  Azlat par quelques dissidents, conduits, a-t-on dit, par
Seneba. Ils turent les mulets  coups de couteaux et fusillrent
l'interprte noir et plusieurs gardes qui s'taient laisss surprendre.

En novembre 1908, Cheikh vint  Aleg pour saluer le colonel Gouraud,
Commissaire du Gouvernement, et palabrer avec les tribus.

En fin dcembre 1908, et au dbut de 1909, Ahmeddou fait une apparition
dans le Brakna et jusque dans le Chamama pour entraner la dissidence
des tribus, et surtout des Oulad Ahmed. Pourchass, il ne put donner
suite  son projet et s'enfuit.

Par la suite, on voit Hobeb, frre d'Ahmeddou, incursionner aussi dans
le Brakna et se faire donner, mi de gr, mi de force, des cadeaux par
les marabouts ou les Toucouleurs. Il est plusieurs fois mis  mal par
les gens d'Eliman Abou.

Le retour de l'Adrar de la colonne Gouraud, en dcembre 1909, amena la
soumission  peu prs gnrale de tous les chefs rebelles du Trarza
et du Brakna: Ould Ded, Isselmou ould Mokhtar Oummou, Ahmed ould
Bou Bakar, Lobat ould Ahmeada, Sidi Ahmed ould Bou Bakkar, etc., se
prsentent soit  Boutilimit, soit  Aleg par des chasss-croiss
plus ou moins habiles, et dposent les armes. Il ne restait plus en
dissidence que Seneba, qui revenait  son tour quelques semaines plus
tard, et l'mir Ahmeddou, qui, irrductible jusqu'au bout, s'enfonait
vers le sud marocain.

Le 1er juillet 1910, un groupe de pillards enlevait prs d'Aguiert 70
chameaux aux Tgt, et le lendemain pillait une caravane de dioula 
Lekfotar et brlait les correspondances enleves d'un courrier.

Le lieutenant Bourguignon rattrapait les pillards  la passe de
Tizigui, reprenait marchandises et chameaux enlevs et tuait 2
pillards. La leon fut salutaire; elle amena leur soumission presque
immdiatement  Chingueti.

Peuple heureux, le Brakna n'a dsormais plus d'histoire.


Le cercle du Brakna fut constitu dans sa premire forme par un
arrt du Gouverneur gnral du 26 dcembre 1905; il tait form des
anciennes rgions de Mal et de Regba, auxquelles fut jointe la partie
de l'ancienne rgion de Gorgol, situe sur la rive droite de cet oued.
Le chef-lieu en fut Aleg, avec deux rsidences annexes: Bogh et Mal.

Le cercle devait tre remani et dlimit par l'arrt du Gouverneur
gnral, en date du 26 dcembre 1912. Il tait born au nord par le
cercle de Tagant,  l'est par le Gorgol,  l'Ouest par le Trarza, au
sud par le fleuve Sngal, le sparant de la colonie du mme nom. Il
comprenait en cet tat le Brakna proprement dit, ou territoire des
Maures, avec Aleg comme chef-lieu, et le Chamama, zone d'inondation du
Sngal, peupl de Noirs (Toucouleurs), avec Bogh comme chef-lieu.
Aleg restait la capitale du cercle.

Un arrt du 30 juin 1918 a partag le cercle en deux nouveaux cercles,
calqus sur ces deux rgions gographiques: le premier, qui conserve
son nom de Brakna, est le cercle Maure et reste soumis  un officier
(Aleg); le second, qui prend le nom de Chamama, est un cercle Noir, et
se trouve dsormais command par un administrateur (Bogh). Nul doute
qu'un avenir prochain ne mette fin  ce partage inutile, et mme fort
gnant, et ne ramne les choses en leur tat antrieur.

Le Brakna maure actuel comprend quatre grandes rgions naturelles;
_l'Amechtil_, pays des grandes dunes et des puits profonds. Le sol,
surtout sablonneux, est partout trs permable--_L'Agan_, rgion de
dunes et de roches. Les mares et les oglat y sont nombreux, et l'eau y
persiste longtemps, suivant les pluies, et quelquefois toute l'anne.
_L'Akel_, rgion intermdiaire entre les deux autres; le sol assez
compact retient l'eau. Les mares et les oglat y sont nombreux, mais
l'eau ne persiste que pendant deux ou trois mois aprs l'hivernage.
_L'Aftouth_, qui s'tend au nord du Chamama, dont il le spare par
une ligne de dunes de faible altitude. C'est un pays de tamourt
nombreuses (cuvettes, dversoirs de bassins ferms), o l'eau abonde
en hivernage, tandis qu'en t, on la trouve  faible profondeur. Les
principales sont l'Aguiert, Guimi; Chogar-Toro; Lemaoudou; Aleg (bassin
de l'Oued Katchi); Mal, qui se dverse quelquefois dans le Sngal
par le Khat; la rive droite du bassin du Gorgol avec les tamourt de
Dionaba, Chogar-Godel, et enfin les oueds Lgoussi, Mouit, Mounguel.
La rivire la plus importante du Brakna est l'oued Katchi (prononc 
peu prs Katyi, Kaki) dont le cours a environ 170 kilomtres et qui se
jette dans le lac d'Aleg. Les lits de ces tamourt et oueds sont forms
d'une bonne terre alluvionnaire, o les haratines maures font leurs
lougans.

La transhumance des troupeaux est soumise  la rgle gnrale des
tribus du nord immdiat du fleuve: rserver pour la saison sche
les points o l'eau sera abondante et facile  prendre, c'est la
loi du moindre effort. Aussi, ds le dbut de l'hivernage, tout le
monde s'parpille, fuyant les grands tamourt o pullulent mouches et
moustiques. L'oued Katchi est la plus grande rgion d'attraction,
l'herbe et l'eau y abondent et les campements peuvent s'installer sur
les plateaux qui l'entourent, plateaux assez dnuds, d'o le grand
vent chasse les moustiques. Lorsque les premiers froids ont dtruit
les moustiques, que les petites mares sont  sec, on se rapproche
des grands tamourt. Lorsqu'en ces puits l'eau a disparu, on creuse
les oglat. A mesure que la scheresse augmente, beaucoup d'oglat se
desschent. En mai-juin, les tribus sont toutes concentres autour des
4 ou 5 points d'eau principaux; Aleg, Guimi, Mal, le bassin de Gorgol
et autour des grands puits.




LIVRE II

=CHRONIQUE ET FRACTIONNEMENT DES TRIBUS=


Les tribus qui habitent actuellement le territoire brakna sont
d'origine arabo-berbre, comme toutes les tribus de l'Afrique du Nord
et de l'Afrique occidentale.

Certaines sont nettement _d'origine arabe_: ce sont les hassanes[6]
Oulad Abd Allah (I Oulad Normach et II Oulad Siyed) et III, Oulad
Ahmed, qui se rattachent, comme on l'a vu plus haut aux invasions
arabes des quatorzime et quinzime sicles. Leurs gnalogies claires,
simples, incontestes chez eux et au dehors, les lient indiscutablement
 ces grands condottieri qui descendent du Sud marocain. Ce sont eux
d'ailleurs les seuls qui portent le nom de Brakna. Le pays a pris
d'eux le nom de territoire brakna ou territoire des Brakna (trab
Brakna), parce qu'ils en taient les matres politiques, mais ce serait
faire une injure grave aux tribus maraboutiques que de les appeler
Brakna. Elles sont simplement,  leur dire, domicilies sur le
territoire brakna.

  [6] La numrotation indique l'ordre d'tude de ces tribus.

Nos prdcesseurs sur la terre sngalaise avaient, ds le dix-huitime
sicle, fait la distinction, sans toujours bien se rendre compte des
faits. Voici par exemple Labarthe, qui dit: La troisime tribu,
appele Ebraquana, s'tend  l'est de celle Aulad el Hagi... Les
Maures Braknas font partie de la tribu Ebraquana. (1784). Les Maures
Bracknas sont pour lui videmment les hassanes, ou vrais Brakna
commands par Hamet-Mocktard. C'est exact. Mais il fait erreur quand
il veut les insrer dans une tribu Ebraquana. Il n'y a pas de tribu de
ce nom, autre que la premire, quelle qu'en soit l'orthographe, mais il
y a un territoire brakna, o nomadisent d'autres tribus que les Brakna.

La deuxime couche des Brakna est constitue par les tribus _tolba_
ou _zouaa_, dont nous avons fait les tribus maraboutiques et qui
sont plus nombreuses d'ailleurs que les tribus guerrires. Ce sont
les: IV Diediba; V Zemarig; VI Kounta; VII Torkoz; VIII Hijaj; IX Id
Elik; X, Id ag Jemouella, ceux-ci se prtendant Chorfa; XI Tgt; XII
Tolba Tanak; XIII Ahel Gasri; XIV Draouat; XV Tachomcha. Ces tribus
maraboutiques sont toutes d'origine berbre, encore qu'elles se donnent
par del leur ascendance berbre-marocaine une lointaine extraction
arabe. Il est d'ailleurs avr que, soit dans leur pass sud-marocain,
soit depuis les invasions hassanes, quelques gouttes du sang arabe se
sont infuses  leur sang, de mme que du sang berbre s'est rpandu
par les mariages dans les veines des hassanes. Ces tribus berbres sont
en gnral celles qui ont pris part  la grande guerre de Cherr Babbah
(dix-septime sicle), dont l'issue malheureuse les a dfinitivement
mues en marabouts.

Viennent enfin au troisime degr les tribus zenaga proprement dites,
c'est--dire tributaires. J'ai expliqu dans l'_mirat des Trarza_
que zenaga avait perdu son sens originel de anhadja, pour prendre
celui de tributaire, encore qu'il y ait des tributaires qui ne soient
pas anhadja et des zenaga-anhadja qui ne soient pas tributaires.
Il n'y a pas  y revenir ici. Ces tribus zenaga, qui vivaient 
demi-guerrires dans le sillage des hassanes et avaient russi 
se faire respecter d'eux, sont les XVI, Behahat; XVII, Soubak; XVIII,
Toumodek; XIX, Tabouit; XX, Touabir.

    [Illustration: LA MOSQUE D'ALEG.]

Il ne reste  ajouter  cette nomenclature que XXI, le village
sdentaire (daba) d'Aleg, dont la cration ne remonte qu' notre
occupation (fin 1903).

Avant d'entamer l'tude directe de chaque tribu, il faut donner,
au moins pour la perfection de la documentation, les prtendues et
fantaisistes--au moins pour la plupart--origines arabes que se donnent
les tribus du Brakna.

Sont Qorechites: les Oulad Abd Allah (Oulad Normach et Oulad Siyed),
les Oulad Ahmed, les Kounta, les Hijaj.

Sont Himyarites: les Diediba, les Torkoz, les Tgt; les Id Elik, les
Soubak, les Toumodek, les Behahat, les Arallen, les Touabir.

Sont Chorfa: les Id ag Jemouella.




CHAPITRE PREMIER

OULAD NORMACH


1.--_Historique._

On a vu dans la premire partie de cet ouvrage les origines et
l'histoire des Oulad Normach. Jusqu'au milieu du dix-huitime sicle,
en effet, cette dynastie dirige le sort des Brakna et l'histoire de
l'une n'est que l'histoire des autres.

Vers 1780, le pouvoir passe dfinitivement aux Oulad Siyed dans la
personne de l'mir Mohammed ould Mokhtar. C'est  cette branche cadette
qu'est li dsormais le sort de la tribu. Pour continuer  suivre
l'histoire des Oulad Normach, il faut la reprendre  cette date.

Ahmeada, fils ou petit-fils de Ahomel Heba, parat tre mort, ou en
tout cas avoir perdu le commandement de la confdration vers 1780.
Une tradition dit qu'il aurait t assassin par ses gens rvolts. Il
laissait de nombreux enfants, dont les plus connus, pour avoir jou
un rle ou pour avoir laiss une descendance subsistant aujourd'hui,
sont Mohammed, Mokhtar Cheikh, Sidi Ahmed, Hiba et Bakkar. Ces enfants
taient tous en bas ge: ce fut sans doute une raison de plus, qui
permit aux Oulad Siyed de se substituer aux Normach.

A l'intrieur des Oulad Normach, l'anarchie rgna plusieurs annes.
Mohammed, fils an d'Ahmeada, parvenu  l'ge d'homme, refusa de
faire valoir ses droits et se convertit au maraboutisme. Ses jeunes
frres s'taient retirs chez les Oulad Eli de Gorgol, dont le chef
Sidi Heba avait pous leur soeur Fatima Ahmeada. Ds qu'il fut 
l'ge d'homme, Mokhtar Cheikh, deuxime fils d'Ahmeada dcida son
beau-frre  combattre les Oulad Normach et leurs berbres zenaga Oulad
Ad. Il ne subit que des checs et se rendit compte qu'il ne pourrait
par la force assouvir sa haine et venger la mort de son pre. Sidi
Heba essaya alors de diviser les Oulad Normach et leurs tributaires.
Il fit connatre aux premiers qu'il ne leur en voulait pas, et qu'il
ne dsirait que vivre en bonne intelligence avec eux, pourvu qu'ils se
sparassent des Oulad Ad.

Les Oulad Normach allaient accepter, quand Mokhtar Cheikh leur
demanda audience. Ds qu'ils l'eurent mis au courant de leur projet
d'abandonner les Oulad Ad, pour viter la continuation des hostilits
avec les Oulad Eli, il les en dissuada, leur dclarant que cette action
serait indigne de leur pass et de leurs aeux, qui, eux, n'avaient
jamais abandonn leurs vassaux. Il leur fit comprendre que Sidi faisant
une telle proposition, n'avait d'autre but que de les diviser et de
les vaincre en dtail, puisqu'il n'avait pu les anantir, lorsqu'ils
taient runis. Il ajouta que s'il le fallait, pour l'honneur du nom,
il n'hsiterait pas  marcher contre les Oulad Eli eux-mmes, dans les
rangs des Oulad Ad.

Les Oulad Normach auraient t tellement touchs du raisonnement
de Mokhtar Cheikh et de son dvouement  sa tribu d'origine qu'ils
dclarrent qu'ils ne pourraient avoir un meilleur chef que lui, lui
dressrent une tente au centre du campement et lui rendirent l'hritage
paternel.

L'ambition du fils d'Ahmeada, seul chef dsormais des Oulad Normach,
tait satisfaite. Il dclara la guerre aux tribus des rgions voisines,
Trarza, Tagant, et jusque dans le Hodh. Avec les Oulad Siyed il
fut en lutte perptuelle. Il tua ainsi prs de Kadi Sidi Heba son
beau-frre, qui l'avait lev. Il fit si bien qu' la fin de son rgne,
les deux tiers des hommes valides de la tribu taient morts sur les
champs de bataille. Il fut enterr  Chogar.

Son frre Heba ould Ahmeada lui succda.

L'alliance conclue par son prdcesseur avec les Ahel Soued Ahmed, qui
habitaient le Tagant, fut consolide et il leur vint en aide contre les
Chratit, leurs cousins. Il continua la lutte contre les Oulad Siyed et
Oulad Eli et mourut un an aprs, de la variole.

Il fut remplac par son frre, Sidi Ahmed, dont la mre appartenait aux
Ahel Mohammed Ada, famille rgnante de l'Adrar. Celui-ci conclut la
paix avec toutes les tribus originaires de la souche Oulad Abdallah et
elles dclarrent alors la guerre aux Oulad Ahmed, qui, quoique Brakna,
faisaient toujours bande  part.

La guerre ne dura que quelques annes, car les Oulad Ahmed vaincus
demandrent la paix. Ils s'empressrent du reste de la violer en
assassinant Heba ould Sidi Ahmed  Tamourt Nadj.

Les Oulad Ahmed se vengrent, avant mme d'attendre le successeur de
leur chef tu, Brahim ould Mokhtar, qui se trouvait dans le Tagant,
lors de l'assassinat de son oncle. Ils massacrrent prs de Chogar
toute une caravane Oulad Ahmed. Quelque temps aprs, Brahim pousa une
jeune fille des Oulad Ahmed et les deux tribus se rconcilirent.

Pendant tout le temps que dura le commandement de Brahim, Oulad
Ahmed et Oulad Normach vcurent en bonne intelligence, nomadisant
ensemble. Pendant l'hivernage, ils vivaient sur l'oued Katchi  Guimi,
 Tamersnat et dans l'Agan. Pendant la saison sche, ils taient
installs: les Oulad Normach, au nord du Chamama, en face la province
du Lac, dont les habitants taient leurs amis; les Oulad Ahmed, en face
du canton des Aleb.

Toutes deux marchaient ensemble contre leurs ennemis communs, les Oulad
Siyed.

Ces derniers vivaient constamment prs du fleuve, en face du canton de
Toro, qui s'tend de Edi  Podor, et dont les habitants leur taient
aussi dvous que ceux du Lac l'taient aux Oulad Normach.

Quelque temps avant la mort de Brahim ould Mokhtar Cheikh, son cousin,
Mokhtar ould Ahmeada, essaya de lui enlever le commandement. Il ne
parvint qu' oprer une scission dans la tribu. Elle se fractionna en
deux groupements, dont chacun eut un chef indpendant. Celui de Brahim
continua  vivre avec les Oulad Ahmed. Cette situation ne se prolongea
pas au del de deux ans, car,  la mort de Brahim survenue vers 1871,
Mokhtar put runir  nouveau les deux campements et en devint le chef.

La guerre continua avec les Oulad Siyed, entrecoupe par de courtes
priodes de paix.

De 1871  1876, les hostilits furent ininterrompues. Elles aboutirent
 la paix de 1876,  la suite de la victoire de Kharou Eli remporte
par les Oulad Siyed.

La guerre commena en 1878, sur la demande d'un nomm Ali Salim de
Guidab, qui avait eu son pre tu par les Oulad Siyed.

Mokhtar ould Ahmeada ayant accept, la lutte dura quatre ans,  la
suite desquels, Sidi Eli demanda la paix par l'intermdiaire de Sidi
Mohammed Bekka ould Cheikh Sidi-l-Mokhtar. Lorsqu'elle fut conclue,
Oulad Siyed et Oulad Normach runirent leurs campements et nomadisrent
ensemble. Le tamtam de guerre fut confi  Mokhtar ould Ahmeada en sa
qualit de descendant direct de Normach.

Cette entente fut de courte dure, car en 1885, Nabra, fils de Bakkar
ould Soued Ahmed, chef des Id Ou Ach, allis de longue date aux
Oulad Normach, ayant tu, en duel,  Iguig, comme on l'a vu dans la
premire partie, Mokhtar fils d'Ahmeddou chef des Oulad Siyed, ceux-ci
considrrent les Normach comme complices du meurtrier. Les campements
se sparrent et la guerre recommena.

Cette fois-ci, les Oulad Normach s'allirent avec les Trarza al-Biodh;
et les Oulad Siyed eurent les Trarza al-Kohol comme partisans. La lutte
dura cinq ans. En 1890, les amis des Oulad Normach ayant perdu leur
chef Amar ould Salim, rentrrent chez eux.

Mokhtar ould Heba, chef des Oulad Normach, ayant t abandonn par les
Arabes de sa tribu, dont le chef tait son frre Mohammed et qui tait
all vivre prs du fleuve, fut oblig de demander la paix  l'mir
Ahmeddou, des Oulad Siyed.

Ahmeddou la lui accorda et il vcut avec quelques haratines prs de
Chogar et de Guimi, tant que les Oulad Normach furent commands par
son frre, puis par le fils de ce frre, son neveu Mohammed. Celui-ci
vivait aussi en bonne relation avec les Oulad Siyed, dont le chef tait
le mari de sa tante Oum Mouminin mint Heba.

Le jeune chef des Oulad Normach mourut  Cascas, en 1892, et son oncle
ne lui survcut que d'une vingtaine de jours. Ceux des Oulad Normach
qui vivaient avec Mokhtar ould Ahmeada descendirent prs du fleuve
et camprent avec leurs compatriotes. Le chef de la tribu Sidi Ahmed,
vcut en bonne intelligence avec les Oulad Siyed, dont il devint en
quelque sorte un des vassaux. Il est bon de dire que sa parent avec
Ould Assas, fils d'Ahmeddou et de sa tante Oum Mouminin, lui facilitera
beaucoup les rapports avec les Oulad Siyed, dont Ould Assas commenait
dj  suppler le chef.

Pendant ce temps, Bakkar, fils de Mokhtar ould Ahmeada, g de 16 ans,
vivait dans la tribu des Oulad Ahmed avec sa mre Mint Dioghdan. Quand
il fut en tat de porter le fusil, il commena, avec ses camarades du
mme ge des Oulad Ahmed,  piller les Oulad Siyed. En 1898,  la tte
d'une bande dans laquelle se trouvait Brahim ould Ahmomid, ancien chef
d'un campement Oulad Ahmed, Omar ould Bou Salf, Mohammed Brahimat,
et Mokhtar ould Nam, il se rendit au campement des Oulad Siyed et y
tua Mohammed ould Ahmeddou, dont le frre Mohammed Krara avait tu son
frre an Brahim ould Mokhtar ould Ahmeada,  Guimi.

Entre temps, avec les Oulad Biri et les Oulad Ahmed il se battit contre
les Oulad Siyed, les Oulad Normach commands par son cousin Sidi
Ahmed et contre les Diediba. Il ne voulut pas rentrer dans sa tribu,
trouvant dans sa haine pour les ennemis de son pre la volont de vivre
loin des siens, ne voulant pas habiter dans une tribu qui pliait devant
la volont des Oulad Siyed.

En 1901, les Touabir Oulad M'hamidat et les Oulad Yara, battus par
les Oulad Siyed, qui pousaient la querelle des Oulad Kohol allrent
trouver Bakkar chez les Oulad Ahmed et lui demandrent de marcher avec
eux contre leur ennemi commun. Ils trouvrent les Oulad Ahmed  Tamourt
Nadj. Leur chef Ahmomid leur dclara qu'il tait prt  pouser leur
querelle, pourvu qu'ils le reconnaissent comme chef et non Bakkar, qui
dans le campement n'tait qu'un tranger.

Aprs avoir t du mme avis que Ahmomid, Oulad Mohamidat et Oulad
Yara se rcusrent, ds qu'ils furent dans le Chamama avec les
guerriers Oulad Ahmed. Furieux, Ahmomid chercha  se rconcilier
avec les Oulad Siyed. Lorsque sa tribu connut ses dmarches, elle
l'abandonna et se choisit comme chef Brahim ould Ahmomid, son cousin
germain. Pendant ce temps, Sneba tait dans le Tagant. Ds qu'il
apprit les difficults prouves par Ahmomid, il revint chez les
Oulad Ahmed et s'il ne parvint pas  dpossder Brahim, il russit du
moins  lui enlever une partie de ses tentes. Les Oulad Ahmed furent
alors partags en deux campements. En mme temps, Bakkar prenait le
commandement des Oulad Normach en remplacement de Sidi Ahmed, destitu
pour sa faiblesse  l'gard de la tribu ennemie, les Oulad Siyed.

Oulad Normach, Oulad Ahmed, Touabir Oulad M'hamidat et Oulad Yara se
prparrent activement  la guerre contre les Oulad Siyed lors de notre
arrive en Mauritanie en 1903.

C'est alors que l'mir Ahmeddou, ses Oulad Siyed et ses partisans
attaqurent la mission Coppolani  Aleg.

Les ennemis des Oulad Siyed, sous le commandement de Bakkar ould
Ahmeada, firent alors cause commune avec nous.

Mais par la suite, au fur et  mesure de la progression de notre
occupation, plusieurs personnages se dtachrent de notre alliance, et
notamment Bakkar ould Mokhtar.

Aprs avoir pill pendant plus d'un an les tribus du cercle de Brakna,
Bakkar avait pris la route de l'Adrar pour ne pas subir un jugement
prononc contre lui.

Il se signala par ses rezzous jusqu'en janvier 1907, date o il fut
assassin par un de ses compagnons de rapines, Mokhtar ould Leli, des
Oulad Mansour.

_Tableau gnalogique des chefs Normachi actuels._

                              Ahmeada,
               dernier mir Normachi ([+] vers 1780).
                                  |
       ___________________________|__________________
      |             |             |          |       |
  Mohammed.  Mokhtar Cheikh,  Sidi Ahmed.  Hiba.   Bakkar.
                  1845.                      |
      ______________|               _________|________
     |              |              |                  |
  Ahmed.         Brahim.        Mokhtar.           Mohammed.
     |              |              |                  |
     |              |--Mokhtar     |--Brahim,         |--Hiba,
    Eli.            |    Cheikh.   |    tu par       |    tu par
     |              |              |    Ahmeddou      |    les Siyed.
     |              |--Ahmeada.   |    Krara         |
   Ahmed.                          |                  |--Mohammed. [+]
                                   |--Hiba,           |
                                   |    mort en       |--Sidi Ahmed,
                                   |    bas ge.      |    n vers 1882.
                                   |                  |        |
                                   |--Bakkar,         |    Mohammed.
                                   |    n en 1878,   |
                                   |    tu en        |--Mokhtar. [+]
                                   |    dissidence
                                   |    en 1907.
                                   |
                                   |--Mohammed.
                                   |
                                   |--Hiba,
                                        dit _Lobat_,
                                        chef actuel.

A l'heure actuelle, subsistent:

_a_) de la famille de Mokhtar ould Hiba ould Ahmeada, son fils an,
Mohammed, qui vers dans le maraboutisme, a refus le commandement de
la tribu; sa mre n'tait qu'une concubine de Mokhtar; son dernier fils
Hiba, dit _Lobat_, chef actuel de la tribu et qu'on retrouvera plus
tard;

_b_) de la famille de Mohammed ould Hiba ould Ahmeada, frre du
prcdent: Mohammed, n vers 1906, fils de son fils Sidi Ahmed. Il est
lev par sa mre, chez les Oulad Ahmed. Tous ses autres fils ont t
tus, Hiba par les Oulad Siyed  Ouezzou, Mohammed et Mokhtar, un peu
plus tard;

_c_) de la famille de Mokhtar Cheikh ould Ahmeada son
arrire-petit-fils, Ahmed ould Eli et ses deux petit-fils Mokhtar
Cheikh et Ahmeada, fils de Brahim. Ahmed ould Eli, n vers 1908, n'est
qu'un enfant qui a remplac son pre Eli ould Ahmed. Celui-ci, n vers
1876, courageux, loquent, gnreux, tait trs aim de la tribu, qui
esprait en lui un chef. Il fut dissident jusqu'en janvier 1908, date
 laquelle il fit sa soumission. Il est mort vers 1914. Mokhtar Cheikh
est n vers 1865. Il ne descendit du Tagant dans le Brakna, que pour
solliciter l'emploi de chef des Oulad Normach, chaque fois qu'elle se
trouvait vacante. Candidat malheureux, il regagnait toujours son pays
natal, aprs un court sjour dans le Brakna. En 1906, aprs la bataille
de Nimelan,  laquelle il prit part vraisemblablement, Mokhtar Cheikh
partit dans l'Adrar avec les Oulad Soued Ahmed. Mais quelques mois
aprs, ayant vu arriver dans l'Adrar Bakkar ould Ahmeada et la plupart
des membres de sa famille, il vint faire sa soumission pour solliciter
 nouveau le commandement des Oulad Normach. Son frre cadet, Ahmeada,
est n vers 1880. Il vit dans la fraction de sa mre, les Oulad Soued
Ahmed, avec lesquels il partit dans l'Adrar, aprs l'attaque de
Tijikja, o il se distingua;

_d_) de la famille de Mokhtar, dit Badior, fils de Normach subsistent
deux branches issues de ses deux fils: Samba et Ahmed. Le chef de la
premire est Samba ould Mohammed ould Sidi Ahmed ould Abd allah ould
Samba. Les chefs de la seconde sont: Ahmed et Mohammed ould Brahim o...
ould Ahmed;

_e_) de la famille d'Al-Mekhalig ould Normach subsistent plusieurs
tentes, dont les chefs sont Samba et Brahim ould Mokhtar ould Siyed
ould Mokhtar Salem ould Eli ould Amar ould Al-Mekhalig;

_f_) de la famille d'Abd Allah ould Normach, subsiste la tente de Yahdi
ould Amar ould Ahmed Mahmoud ould Eli ... ould Abd Allah;

_g_) les descendants de Siyed ould Normach sont les Tiab ould Normach;

_h_) d'Ahmed ould Normach, le fils an, seul, Baouba, a sa postrit
chez les Normach: les chefs de tentes sont: Mohamed Saloum ould Mbarek
Fal ould Eli Saloum ould Mohamed Saloum ould Baouba, et Amar ould
Mohamed ould Brahim ould Othman ould Baouba. Le fils cadet a laiss
aussi des descendants, qui se sont maraboutiss et fondus chez les
Tagnit.


2.--_Fractionnement._

Les Oulad Normach, victimes de leurs dissensions perptuelles, sont
aujourd'hui rduits  un chiffre infime. Ils comprennent 75 tentes
et 339 individus. Encore de ce chiffre les tiab et les haratines
constituent-ils la plus grande partie.

                    tentes  personnes  bovins   ovins  camelins  nes

  Normach nobles       10         78      34     215        10     6
  Haratines Normach    39        179      23     685         2    17
  Tiab Normach         26         82      58     173         2    17
                       __        ___     ___   _____        __    __
                       75        339     115   1.073        12    40

On remarquera que cette tribu guerrire ne possde pas un seul cheval.
Ce petit fait indique nettement sa dcadence. Ils n'ont pas de marque,
suivant la coutume des guerriers.

Ils nomadisent en hivernage, entre Aleg et Daguet Mm; en saison
sche, au Sud de Mal et aux environs de Dielowar. Leur territoire
de commandement tait compris,  notre arrive, entre Mal, Cascas
et l'oued Katchi. En cas d'insuccs dans leurs luttes contre les
Oulad Siyed, ils refluaient vers le nord: Chogar, Guimi, Aguiert, se
rapprochant ainsi des Oulad Ahmed, leurs allis ordinaires.

Les marabouts des Oulad Normach sont: les Diediba et les Id Elik; ce
sont ceux-ci qui, depuis plusieurs gnrations, ont fourni leurs cadis.
C'tait jadis Tig ould Al-Atig. En 1915, ils l'ont abandonn et usent
maintenant des bon offices du cadi de la deuxime fraction des Id Elik
Kabir ould Al-Aqel, des Ahel Aleg. Au surplus, l'influence religieuse
des uns et des autres est bien minime. On ne rencontre que quelques
Normach pourvus de l'ouird.

Le chef gnral des Normach est actuellement _Lobat_ (de son vrai
nom Hiba ould Mokhtar ould Hiba). Sa mre Oumm Mouminin ment Mohamed
Jerdane est des Oulad Ahmed. Il est n vers 1895, et exerce malgr
sa jeunesse son commandement avec beaucoup de doigt. Encore enfant
 notre arrive, il suivit les siens dans leur dissidence. Il se
trouvait au combat des Touigdaten, prs d'Ajoujt o fut tu le
capitaine Repoux, puis revint dans le Brakna et fit sa soumission aprs
la mort de son frre Bakar. Il repartit en dissidence en fin 1908
avec ses oncles maternels les Ahel Bou Bakkar, des Oulad Ahmed, fit
partie de quelques rezzous dans le Regueba et le Hodh, et se soumit
en fin 1909 avec Mohamed ould Bou Bakkar. Le droit au commandement
lui revenait par hrdit. Deux mois aprs son retour, il en tait
pourvu en remplacement de Mohammed ould Badior, chef intrimaire. Ce
jeune et intelligent pillard de la veille comprit qu'il devait se
rapprocher des Franais pour restaurer sa tribu. Il vint donc habiter
Aleg au dbut de 1912, et suivit pendant plusieurs mois les cours de
l'cole. Puis trouvant que les progrs n'taient pas assez rapides, il
alla faire un an d'tudes  la mdersa de Saint-Louis et deux annes
 la mdersa du Boutizimit. L'ex-chef Mohammed ould Badior assurait
son intrim. Rentr en novembre 1916  Aleg, il suivait quelque temps
encore les cours de l'cole locale, puis jugeant son instruction
termine, il reprenait le commandement de sa tribu. Aujourd'hui il
parle et crit convenablement le franais.

C'est un chef excellent, qui se tient trs bien et qu'il ne faut
pas juger sur son maintien d'ex-colier qui lui fait du tort. Il a
fait preuve pour lui comme pour les siens de beaucoup d'nergie. Son
ambition serait de restaurer le prestige de sa tribu en mettant la
main sur ses anciens tributaires qui lui ont chapp. Mais c'est l
de l'histoire ancienne. Les Touabir veulent bien encore faire des
cadeaux aux Normach, et le 13 novembre 1916 cinq zenaga lui remettaient
officiellement le horma classique, mais ils tiennent par-dessus tout
 leur indpendance recouvre, et nous ne pouvons, malgr toute notre
sympathie pour Lobat et les siens, qu'approuver cette rgnration des
Touabir.

Les notables de la tribu Normach sont: _a_) Mohammed ould Brahim ould
Ahmed, dit Badior (ould Bakkar ould Ali ould Ahmed ould Hiba ould
Normach). Son grand-pre Ahmed fut un guerrier cruel; ses exactions
sur ses zenaga Touabir, dont il pillait sans rpit les troupeaux lui
valut le surnom de Badior qui est le nom d'une maladie qui dcime
les moutons. Mohammed ould Badior, comme on l'appelle communment,
semble avoir jou un rle assez effac avant notre arrive. Il ne
partit jamais en dissidence, non plus que sa famille. Aussi aprs
le dpart de Bakkar ould Mokhtar fut-il nomm chef, comme tant le
notable le plus reprsentatif, il fut remplac au dbut de 1910 par
Lobat, hritier naturel, et assura les intrims de celui-ci pendant
ses absences. Retir dans sa tribu, il y vit aujourd'hui tranquille et
assez besogneux.

_b_) Yahdi ould Amar ould Ahmed Mahmoud ould Eli ould Abd Allah; Ce
personnage, n vers 1848, parat tre le notable le plus important des
Normach. Il est trs renomm pour sa science mdicale et s'tait acquis
dans l'exercice de cet art un beau cheptel de boeufs et de moutons.
Il prit part  Tartonguel  l'chauffoure qui mit aux prises Oulad
Normach et Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar et,  la suite de ces incidents,
fut le principal artisan de la dissidence des Normach. Il fut notamment
le mauvais gnie de Bakkar ould Ahmeada en le dissuadant de se rendre
auprs des autorits du Brakna et en lui conseillant la fuite vers
l'Adrar. Il partit lui-mme peu aprs en dissidence, entranant un
grand nombre de tentes. Il retint Bakkar dans le Nord tant qu'il put et
ne fit lui-mme sa soumission que parmi les derniers. Au cours de son
exil, il fut victime de plusieurs pillages, qui ont considrablement
diminu sa fortune. Il faut signaler dans l'entourage de Yahdi le
forgeron Qassim ould Al-Kehel, intelligent et ouvert, qui parat
n'avoir suivi Bakkar et Yahdi dans l'Adrar que par fidlit  ses chefs.

_c_) Bou Daha ould Qadiri, n vers 1888. Il est issu d'une famille
de Tiab ould Normach redevenue guerrire. Vigoureux, sans fortune,
orphelin, il prit la vie de pillard qui convenait le mieux  son
temprament. Quand cet art devint trop dangereux dans le Brakna il
suivit Bakkar dans l'Adrar et fut de toutes ses razzias. Aprs la mort
de son chef de bande, il fit sa soumission, et depuis cette date s'est
tenu tranquille.

_d_) En dehors des personnalits prcites, il n'y a gure  signaler
que quelques jeunes gens, de plus ou moins d'avenir: Samba ould Siyed,
n vers 1892, neveu de Yahdi, chez qui il vit; Brahim, son frre, n
vers 1895, Abd Er-Rahman leur cousin. Ils ont tous suivi le chef de
famille dans l'Adrar.

Chez les Haratines Oulad Normach, les personnages principaux sont
les deux frres Khanfari (Sidi Bouna), n vers 1878, et Ahmeada, n
vers 1878, fils d'Eliman ould Yarg. Ils ont t tous deux de fidles
compagnons de Bakkar. Dans leur campement vit le fils d'une bonne
famille normach, orphelin de pre et de mre, Mahmoud ould Ebouti. Il
l'a suivi dans sa dissidence comme dans sa soumission.

Les Haratines ne tmoignent que d'une pit fort minime. Rares sont
ceux d'entre eux qui ont reu une affiliation, toujours qadra
d'ailleurs. Ils nomadisent en tout temps sur l'oued Katchi et dans
l'Ouber, entre Aleg et Kadi.

Ils on pris, comme leurs matres hassanes, depuis notre arrive, le
feu lam-alif des Id Elik, contre-marqu d'un trait infrieur, soit
[lam-alif soulign].


Les _Tiab ould Normach_ sont comme leur nom l'indique, les descendants
de guerriers Normach qui, lasss de leur vie d'aventure ou plus
probablement incapables de la continuer en face de dangers trop grands
pour leur courage, ont abandonn le statut des guerriers et ont dclar
vivre en bons et pieux musulmans. Certains campements mnent cette vie
depuis fort longtemps, tels les Ahel Melkhail, qui se convertirent une
gnration aprs Abd Allah; d'autres sont venus  la voie droite tout
rcemment, tels les Ahel Khajaj. Au surplus, le nombre de ces Tiab
varie; s'il augmente tous les jours par l'afflux de nouveaux lments,
il subit aussi des dperditions, car des familles converties n'hsitent
pas  reprendre les armes, quand l'occasion s'en prsente.

Le nom de Tiab Oulad Normach qu'on leur donne n'est pas exact. Il y
a bien des Normach, mais il y a aussi des Oulad Oubbech, frres de
Normach, les uns et les autres Oulad Mohammed. Il y a aussi des Oulad
Naggad, frres des Oulad Mohammed, les uns et les autres Oulad Abd
Allah. Le vrai nom devrait tre Tiab Oulad Abd Allah. Au surplus, le
chef est d'origine neggadi, et non normachi. Mais l'habitude est prise
aujourd'hui.

C'est  la tente des Ahel Bou Bakkar qu'appartient hrditairement le
pouvoir. Aujourd'hui,  cause du jeune ge du reprsentant de cette
famille, le commandement est exerc par Sidi-l-Mokhtar. Abd El-Ouadoud
ould Mohammed Mokhtar ould Abd El-Ouadoud ould Mohammed ould Bou Bakkar
ould Samba ould Siyed ould Normach est n en effet vers 1890 seulement.

Son pre tant mort peu aprs, le commandement fut donn 
Sidi-l-Mokhtar ould Samba (ould M'hammed ould Amar Fal ould Ahmed ould
Mohammed ould Samba ould Neggad). Cette famille compte en effet parmi
les plus influentes, car son anctre Semba ould Neggad, passe pour tre
le premier qui se convertit et donna naissance  la tribu. Ce chef
n'est jamais parti en dissidence et fit sa soumission ds le dbut. Il
remplit trs convenablement ses fonctions, quoique dj g et parfois
radoteur. Il est qadri par l'imposition de Cheikh Sidia, auprs de qui
il est all sjourner quelque temps.

Le matre d'cole de la tribu est Mostafa ould Ahmijen, personnage
insignifiant. Les Tiab Normach envoient la plupart du temps leurs
enfants tudier chez les Diediba, Tagag et Hijaj; mais en ralit, ils
ne se piquent ni de culture ni de pit.

Les notables sont: Mohammed Mahio ould Maef; Mohammed Mokhtar ould
Mohammed Salem; Ahmedou ould Maef.

Jusqu' 1904, les Tiab vcurent sous la dpendance directe du chef
des Oulad Normach et firent donc partie intgrante de cette tribu. Au
dpart de Bakkar, on leur a rendu leur autonomie et ils l'ont conserve
depuis.

Ils apposent le feu lam-alif [lam-alif] sur la cuisse gauche de
leurs animaux, avec comme contre-marques l'outarde [patte
de poule] ou la croix [croix].

Terrains de parcours. Hivernage: entre Guimi et Chogar Gadel, ainsi que
dans l'Agan et Akel. Saison sche:  l'est de Chogar Gadel et Mouit.

Les Tiab Normach n'ont qu'un maigre cheptel. C'est une tribu pauvre et
sans importance, qui n'a rien gagn  revenir  Allah.




CHAPITRE II

OULAD SIYED


_Tableau gnalogique des chefs Siyed actuels._

                          Aghrich.
                             |
                          Mokhtar.
            _________________|_____________________
           |             |                         |
  1. _Mohammed_,   2. _Sidi Eli Ier_,        Sidi Mohammed.
  [+] vers 1804.  vers 1804 [+] 1818.              |
                         |                    _____|___________
                         |                   |                  |
                         |               Mohammed.          Mokhtar.
                         |                   |                  |
               3. _Ahmaddou Ier_,            |                  |
                  1818 [+] 1841.             |                  |
                         |            _______|______            |
                         |           |              |           |
                         |      4. Mokhtar     6. Mohammed    5. _Moh._
                         |         Sidi.           Sidi,     _Rjel_,
                         |           |             1851      1842-1851.
                         |           |          [+] 1858.
                         |           |              |
               7. _Sidi Eli II_,  Moh. Al-Habib,    |
                 1858 [+] 1893.    [+] 1900.        |
                         |           |              |
                         |        Othman.       Mohammed.
                         |                          |
                         |                       Hachem.
             ____________|______________________________________
            |           |         |            |        |       |
  8. _Ahmeddou II_,  Mohktar,  Moh. Krara.  Bakkar.  Hobeb,  Sidi
       1893-1903.   [+] 1884.     |            |      chef    Moh.
            |                     |            |     actuel.    |
            |                     |            |                |
            |                  Mokhtar.     Mokhtar.          Sidi
      ______|______________________                         Mohammed.
     |           |       |         |
   Ould      M'hamed.   Sidi.   Bakkar.
   Assas,
    1907
     |
  Ould Assas.


1.--_Historique._

Il n'y a pas  revenir ici sur l'histoire des Oulad Siyed. Tout ce qui
les concerne a t dit, soit au livre premier Histoire gnrale, soit
au chapitre prcdent, relatif  leurs cousins les Oulad Normach. Il ne
reste qu' rattacher les personnages actuels aux gens et aux vnements
du pass.


L'mir Ahmeddou II ould Sidi Eli est rest l'irrductible ennemi du
dbut. En dissidence depuis 1903, il a recul d'anne en anne devant
les progrs de notre occupation: le Tagant, l'Adrar, la zaoua de
Smara, et finalement, depuis 1909, le Sud marocain l'ont tour  tour
hberg. Il a toutefois esquiss une tentative de rapprochement en
1914. Il s'en fut trouver le cad Aad al-Djerari  Agadir et crivit,
par l'intermdiaire des Gouvernements marocains et aofien,  ses
anciens fidles pour leur demander des subsides. Sa lettre ne trouve
aucun cho dans le Brakna. Bien plus le chef de son ancienne tribu
maraboutique, les Diediba, lui fit cette rponse typique. Le texte
franais est de l'auteur lui-mme.

    De la part de Mustapha ould Ouda et de la Djemah des Djedj ba 
    M. Hamedou ould Sidi Eli.

    MONSIEUR,

    Nous avons l'honneur de vous faire savoir que nous sommes en
    possession de votre lettre que nous avons vivement acclame et
    reue avec grand plaisir.

    Quant  votre observation, on voit clairement que la
    discontinuation de liaisons entre nous ne vous plat pas, mais
    est-ce  nous, Diediba, qu'il faut donner le tort? Nous n'avons
    fait que rester dans nos parages. A l'arrive des Franais, tout
    le monde tait parti en dissidence parce qu'on les croyait plus
    mchants qu'ils ne le sont. Nous autres, nous n'avions t nulle
    part. Nous gardons toujours notre pays de peur qu'en notre absence,
    on ne le confit  un chef tranger, c'est--dire qui n'appartient
    ni  nous ni  notre famille.

    Maintenant la tranquillit est partout. Les Franais donnent  tout
    le monde la libert d'appliquer ses anciennes coutumes. D'ailleurs
    les chefs Arabes ont aujourd'hui le sort qu'ils n'ont jamais eu
    autrefois; on leur obit  souhait et ils ont encore le droit de
    recevoir exactement tout ce que leurs administrs donnaient dans le
    temps.

    Toutes les autres rgions, telles que Trarza et Oulad Bieri, n'ont
    qu'un seul chef  la tte de chacune. Il n'y a que Brakna qui est
    occup par plusieurs chefs, et cela ne tient qu' ce que vous n'y
    tes. A notre avis, il faut revenir pour contenter votre peuple en
    le dirigeant au lieu d'autres. C'est assez abandonn. D'abord les
    Europens sont devenus matres partout; c'est inutile de rsister
    contre eux. Aussi il vaut mieux se soumettre avant d'tre pris par
    force.

    Dans le cas que vous voudrez vous rendre, n'ayez qu' nous le dire
     nous-mmes, pour faire la ngociation avec les Europens.

Devant cette rponse qu'il n'attendait pas, Ahmeddou finit par lcher
le parti Makhzen et se rapprocher d'Al-Hiba. Celui-ci, dans l'esprance
de l'utiliser quelque jour, le trane  sa suite quand il en a besoin,
et l'entretient tant bien que mal. En 1919, Ahmeddou tait camp
dans l'Oued Noun et vivait avec ses gens des libralits des chefs
tekna: Mohammed Yahia ould Hiba, chef des Azouafid, et Mokhtar ould
Nojem, chef des At Lahsen. Ahmeddou est aujourd'hui un vieillard de
soixante-quinze ans. Il parat, vu la situation du Brakna, absolument
inoffensif. Il relve dj de l'histoire. Sa femme Moumina ment
Mohammed ould Heba, mre d'Ould Assas est dcde, en 1917,  Tizouit,
dans le Chamama chez les Oulad Siyed.

Il a laiss comme postrit connue dans le Brakna: 1 son petit-fils
Ould Assas (Sidi Eli) _junior_, fils posthume d'Ould Assas ould
Ahmeddou, le chef des rezzous du dbut. Ce jeune homme, n vers
1907, vit son grand-oncle Hobeb chef de la tribu; 2 et 3 ses fils
M'hammed, n vers 1899, et Sidi, vers 1900, tous deux avec leur pre
dans leur Sud marocain; 4 Bakar, n vers 1900, qui campe tantt chez
son oncle Hobeb, tantt chez Cheikh Fal; 5 une fille Garmi, campe
avec sa mre chez les Chratit de l'Assaba. Elle vient de temps  autre
chez les Oulad Siyed.

Parmi les frres d'Ahmeddou fils de Sidi Eli, il faut citer: 1
Mokhtar, vu plus haut, et tu en 1884 par les Ahel Soued Ahmed; sans
postrit; 2 Mohammed Krara, le meurtrier de Brahim ould Mokhtar ould
Ahmeada, le Normachi. Il est mort en 1904  son retour de Saint-Louis.
Il a laiss deux fils: Mokhtar, n vers 1899, qui campe chez son oncle
Hobeb, et Sidi Eli qui campe chez les Ahel Bou Bakkar (Oulad Ahmed);
et deux filles, dont l'une est marie chez les Tabouit et l'autre chez
les Oulad Ahmed; 3 Mohammed, tu par Bakkar en 1900. Il a laiss un
fils, actuellement en dissidence et une fille, Garmi, jadis marie avec
un Dmni, aujourd'hui divorce; 4 Bakkar, dcd vers notre arrive,
et dont le fils Mokhtar, n vers 1885, partit en dissidence avec son
oncle l'mir Ahmeddou, est revenu avec l'aman, le 23 dcembre 1918. 5
_Hobeb_, chef actuel des Oulad Siyed et qu'on verra plus loin; 6 Sidi
Mohammed, n vers 1879, et tu en 1905 par les Oulad Dmn; il a laiss
un fils: Sidi Mohammed, n vers 1905, et emmen en dissidence par son
oncle l'mir Ahmeddou, chez qui il se trouve toujours, et une fille
Mahjouba. Leur mre Monetou ment Toumoni, hartana, est avec eux dans
l'oued Noun; 7 Fatma, veuve de l'ex-mir du Trarza, Ahmed Saloum II,
et qui a deux enfants: Sidi Eli et Cheikh Saad Bouh; 8 Mouminin, veuve
d'un Id ag Fari.

Dans la branche collatrale, descendance de Sidi Mohammed ould Mokhtar
ould Aghrich, et qui a fourni deux mirs siyed, il faut citer; 1
Mohammed Al-Habib ould Mokhtar Sidi, qui, pre et fils, ont t vus
plus haut. Mohammed al-Habib, qui s'tait retir chez les Oulad Dmn,
rentra par la suite au Brakna et y finit tranquillement ses jours vers
1900, dans le campement d'Ahmeddou. Il a laiss une fille et deux fils:
Othman, n vers 1870, qui est en dissidence avec son parent dans le Sud
marocain, et Mohammed, n vers 1880, qui campa chez les Oulad Siyed; 2
Hachem ould Mohammed ould M'hammed Sidi ([+] 1858); ex-chef de la tribu
pendant trois ans, et relev de ses fonctions. N vers 1888, c'est un
homme apathique, sans autorit et sans prestige. Ses frres et soeurs
sont dcds depuis longtemps.

3 Hamoud, fils de l'ex-mir Mohammed Rjel (1842-1851) et qui n'a pas
de postrit; 4 Boya, soeur dudit Hamoud, qui a pous un Dmni, du
nom d'Amar et en a plusieurs enfants, actuellement chez les Oulad Dmn.

Une branche collatrale plus loigne, celle de M'khetir (frre
d'Aghrich) ould Seddoum ould Siyed subsiste encore de nos jours. Le
chef en est Sidi ould Ahmeddou ould Sidi ould Othman ould Brahim
M'khatir; et les principaux notables: Baouba ould Otham, Brahim ould
Terraza et Amar ould Bakar.

Restent enfin trois branches collatrales, plus loignes encore, et
se rattachent  Sidi Ahmed, Amar Lobat et Eli, tous trois frres de
Seddoum et fils de Siyed.

Leur descendance subsiste  l'heure actuelle et se trouve au bas des
tableaux gnalogiques:

_Tableau n 1._

                        Sidi Ahmed.
                             |
                          Brahim.
                             |
                         Bou Bakkar.
                             |
                        Kheddouch.
                             |
                         Bou Bakkar.
               ______________|_______________
              |                              |
           Othman.                       Mohammed.
       _______|________________              |
      |           |            |             |
  Mohammed.    Sidi Eli.    Brahim       Bou Bakar.
                           dit Bouya.


_Tableau n 2._

                              Amar Lobbat.
                            ______|_______________________
                           |                              |
                        Benioug.                        Barani.
             ______________|___________                   |
            |                          |                  |
        Lamin Fal.                  Hamouna.            Benioug.
            |                          |                  |
            |                       Boustan.            Lamin.
            |                          |                  |
       Mohammed Fal.                 Sidi.             Mokhtar.
            |                          |                  |
         Brahim.                    Mokhtar.         Sidi Ahmed.
            |                          |                  |
      Mohammed Fal.                  Sidi.             Mokhtar.
     _______|__________                |                  |
    |                  |               |                  |
  Brahim.          Ahmed Fal.       Mohammed.        Sidi Ahmed.


_Tableau n 3._

       Eli.
        |
  Soued Ahmed.
        |
    Mohammed.
        |
   Sidi Ahmed.
        |
    Mohammed.
        |
    Mohammed.
        |
     Mokhtar, lve de la mdersa.


2.--_Fractionnement._

Ce fractionnement classique des Oulad Siyed s'est tabli ainsi jusqu'
nos jours.

               { Oulad Siyed proprement dits.
               { Oulad Mansour.
               { Haratines Oulad Siyed.
  Oulad Siyed. { Haratines Oulad Mansour.
               { Haratines Tanak.
               { Aralen.
               { Ahel Ghata, Azafal et Igdala.

Sous notre occupation, les zenaga Aralen et les haratines Ahel Ghata,
Azafal et Igdala ont t constitus en fractions autonomes. Elles n'en
continuent pas moins  vivre dans le sillage de la tribu et en rapports
troits avec elle.

Les Oulad Siyed proprement dits ont pour chefs Hobeb, frre germain de
l'mir Ahmeddou II, fils de l'mir Sidi Eli II, et chef gnral de la
tribu. Il est n vers 1870; sa mre tait Garmi ment Lamin Fal.

A notre arrive (1903), ds que la dissidence de l'mir Ahmeddou fut
avre, Coppolani songea aussitt  donner un chef aux Siyed, rests
fidles et qui formaient un bloc d'attraction. Son frre, Mohammed
Krara fut choisi, et vint  Saint-Louis o il fut agr. Il tait 
peine rentr dans le Brakna qu'il mourait (1904).

On confia alors les fonctions de chef  un intrimaire, Sidi Eli
ould Kheddich (1904-1909). Sa naissance obscure ne lui assura aucune
autorit. Orgueilleux, mais intelligent, il n'osait pas se dclarer en
notre faveur, mais souhaitait tout de mme notre succs. En 1909, ses
exactions et compromissions furent telles qu'on dut l'arrter et le
condamner  cinq ans de prison. Il devait tre graci en 1910.

Il fut remplac alors par son neveu, comme lui cadet loign des Abel
Aghrich: Hachim ould Mohammed Sidi ould M'hammed ould Sidi Mokhtar 
Aghrich. N vers 1896, Hachim tait trs jeune  notre arrive dans
le pays. Il partit avec toute sa tribu aprs l'affaire d'Aleg et
vcut avec elle. Il repartit  nouveau avec son cousin. Lorsque ce
dernier fut tu  Sarak, il venait de quitter le rezzou pour conduire
vers le Nord le butin pris aux Toucouleurs. Il fit sa soumission
au capitaine Bablon,  Boutilimit. Nomm chef trop jeune, Hachim
n'eut pas l'autorit ncessaire pour se faire craindre et obir de
ses gens, notamment des Haratines Tanak et Oulad Mnsour, qui sont
des pillards consomms. Les conseils de son pre lui furent de peu
d'utilit, non plus que ceux de son oncle maternel Sidi Eli ould Othman
ould Bou Bakkar, l'ancien chef. Se sentant peu en selle, il passa le
commandement provisoire  son pre et vint  Aleg suivre les cours de
l'cole locale, puis alla  la mdersa de Saint-Louis.

A son retour, il ne sut pas mieux asseoir son autorit, se signala par
quelques exactions, et finalement dut cder la place, en 1915, au chef
de la famille des Ahel Aghrich: Hobeb, frre d'Ahmeddou.

_Hobeb_ ould Sidi Eli a pous une femme des Kounta. C'est un homme
intelligent et ambitieux, qui, parti en dissidence  notre arrive,
fit sa soumission en 1909, quand il comprit la ruine dfinitive de
l'ancien rgime et se retira chez les Ahel Agd Ammi, des Diediba. Il
se dclara ds lors ennemi d'Ahmeddou, et se sauva  Podor, au risque
de laisser ses gens partir en dissidence, quand l'ancien mir fit son
apparition dans le Brakna. Ce n'tait d'ailleurs, de la part d'Hobeb,
qu'une feinte. Il entrait peu aprs en pourparlers avec les rezzous
et ne fournissait aucun renseignement au dtachement charg de purger
le Chamama des dissidents. Par la suite, il vcut paisiblement, ne se
signalant que par ses comptitions avec Hachim, pour attirer  lui
les anciens zenaga d'Ahmeddou. Il attendait son heure qui sonna en
1915. Il reut alors le commandement des Oulad Siyed. S'il est, de par
sa naissance, universellement accept, Hobeb n'est pas trs aim; il
s'est attir par ses exactions l'animosit des Arallen qui ont demand
et obtenu en 1917, d'tre soustraits  son autorit immdiate. Les Ahel
Ghata se sont galement plaints de lui. Sa jalousie contre Sidi Eli
ould Keddich l'a incit  accuser celui-ci de fomenter des troubles,
ce qui a valu  Sidi Eli une amende et un sjour obligatoire d'un an 
Aleg. Malgr cela Hobeb reste le seul chef possible. Il est d'ailleurs
svrement tenu en laisse. En fvrier 1917, il tait emprisonn sous
l'inculpation de vol de moutons et dissimulation de sommes perues dans
sa tribu pour les orphelins de la guerre. Il fut relch, faute de
preuves, les plaignants ayant arrang l'affaire entre eux.

Hobeb est en excellentes relations avec les chefs trarza, depuis Ahmed
Saloum II, qui avait pous sa soeur Fatma. A la mort de cet mir, en
1905, Fatma est venue chercher un asile avec ses enfants auprs de
Hobeb. Celui-ci est galement dans les meilleurs termes avec Cheikh
Sida.

Le successeur ventuel de Hobeb au commandement des Oulad Siyed est
son neveu Mokhtar[7].

  [7] Hobeb est mort de la grippe au dbut de 1919. Il a t
  remplac par Mokhtar.

Les notables de la fraction sont: Hachim ould Sidi, et Sidi Eli ould
Kheddich, ancien chef; Mohammed ould Kheddich; Brahim ould Lamin Fal;
Bou Bakkar ould Kheddich, vieillard trs vers dans l'histoire du
Brakna, traditionnaliste oral,  qui il ne manque que de savoir crire
pour se faire un nom de savant rput.

La fraction comprend vingt tentes et 102 individus. Elle possde 4
chevaux, 23 bovins, 192 ovins, 13 nes, 4 chameaux.

Les _Oulad Mansour_, descendance fort rduite de Mansour ould Abd
Allah, oncle de Normach et de Siyed, se sont fondus dans ces deux
tribus. Ils constituent toutefois chez les Oulad Siyed une petite
fraction personnelle de 20 tentes, comprenant 74 personnes. Ils
possdent 37 bovins, 346 ovins et 10 nes. Ils n'ont ni un cheval ni un
chameau.

Leur chef est Bakkar ould Hennoun. Un seul notable mrite une mention:
Ould Mohammed Tolba.

Les Haratines Oulad Siyed et Oulad Mansour sont rests fidles  leurs
matres hassanes, qui avaient pour eux un attachement particulier,
car ils taient considrs comme les tributaires de la couronne. Ils
comprennent 32 tentes et 140 mes, et possdent 94 bovins, 1.384 ovins
et 10 nes.

Le chef de la fraction tait, au milieu du dix-neuvime sicle, Samba
Fal ould Douik. Il mourut vers 1875 et eut pour successeur son cousin
Khalil ould Kouar. A celui-ci, mort en 1902, succda le fils de Samba
Fal, Baba qui mourut en 1903. Depuis cette date, le chef est Ahmed ould
Samba Yarg; le chef des Oulad Mansour, Naji ould Amar. Les principaux
notables sont Bouya ould Al-Falli; Bou Bakar ould al-Falli et Aleya
ould Yarg.

Les enfants de ces haratines hritaient jusqu'au degr de cousin
seulement. Au del, la succession tait partage par moitis entre la
couronne et les hritiers naturels.

La redevance due aux hassanes tait une pice de guine filature par
tente et par an.


Les _Haratines Tanak_ se divisent en deux sous-fractions: Zeat et
Oulad Houm, et comprennent 28 tentes et 112 personnes. Ils possdent
105 bovins, 803 ovins et 4 nes.

Ils taient groups,  notre arrive, sous le commandement d'Omar
ould Abber. Ils se partagrent  sa mort, et vcurent ainsi plusieurs
annes. Ils se sont reconstitus avec Tiouley ould Blal.

Le campement Al-Yarg est compos d'anciens captifs, affranchis jadis
par Eli ould Brahalla, chef des Tanak, et donns par lui  Ahmeddou
ould Sidi Fli, mir des Brakna. Ils ne paient pas de redevance fixe,
ce qui est dplorable, car les hassanes leur prennent tout ce qu'ils
veulent.

Les Zeat sont libres, parce que descendants d'un hartani Tanak et
d'une mre libre. Ils doivent une pice de guine ou le lait d'une
vache par tente et par an. Ils sont aussi tenus d'aider leurs patrons
dans l'achat d'un cheval de race.

Les _Arallen_ (au sing. _Aralli_) sont les zenaga guerriers de l'mir
et de quelques parents de l'mir. Ils lui doivent une redevance
annuelle d'une pice de guine ou le lait d'une vache. Leur tradition
leur assigne nettement une origine berbre et les fait frres de
plusieurs tribus anhadja, et notamment des Arouiejat, d'une partie
des Oulad Ad, des Oulad Al-Fari et mme de fractions Tadjakant. Ils
seraient sortis des Aroueijat, au temps d'Aghrich (fin du dix-septime
sicle), et sous la conduite d'Al-Aouaj conquirent leur demi-autonomie
de zenaga guerriers. Ils se sont signals, au cours de ces deux
sicles, par d'incessantes razzias. En 1847, entre autres, nous voyons
dans les archives qu'ils pillaient  plusieurs reprises les troupeaux
d'Eliman Bou Bakkar, qui finissait par passer le fleuve avec 300
Toucouleurs, poursuivait les pillards et reprenait son bien.

Leur chef, Khena ould Mohammed ould Babou ould Al-Aouaj ould Abd Allah
ould Moussa ould Arrali, leur assura pendant plus d'un demi-sicle
(1830 [+] 1870) le prestige de parfaits pillards. Il mourait sans
hritier vers 1870. Les Arallen se fractionnrent alors en deux
groupes sous l'autorit de Mokhtar ould Chouikh et de Chikh ould
Ahmed Tegueddi. A la mort du premier, la Djemaa lut Mokhtar ould
Habib, au lieu du fils du dfunt, Boutou, ce qui accentua encore les
dissensions. Elles ne cessrent de se perptuer avec les deux nouveaux
chefs: Mohammed Foudh ould Al-Falli et Hamoma ould Mokhtar. Vers
1913 enfin, sur nos conseils, un accord est intervenu et la fraction
s'est reconstitue, sous le commandement de Touiguigui d'abord, puis de
Hamoma ould Mokhtar ould Brahim.

Les Arallen ont leurs haratines, ex-captifs qu'ils ont affranchis, et
dont ils possdent les biens: ce sont les Abid Arallen. D'autre part,
la coutume de la fraction veut que les filles n'hritent pas; c'est le
matre hassani qui prend possession de leur part d'hoirie. En revanche,
elles ne paient pas de rafer.

Les notables Arallen sont: Habib ould Al-Khattar; Brahim ould Tegueddi;
Mokhtar ould Hobeb; et Mahfoudh ould Al-Falli.

La fraction comprend 72 tentes et 373 mes. Son cheptel est de 105
bovins, 803 ovins et 4 nes.


Les _Ahel Ghata_, _Azaffal_ et _Igdalen_ sont trois fractions de
haratines Oulad Siyed qui vivent troitement unis depuis plusieurs
gnrations. Ils taient les haratines mmes du Mahsar, au camp royal,
et dpendaient directement de l'mir. A leur retour de dissidence, les
chefs Oulad Siyed se virent pour leur chtiment enlever le commandement
de ces haratines, qui fut donn  Cheikh Fal. Depuis le 1er janvier
1918, cette autonomie a pris fin et les trois fractions, tout en
restant sous l'autorit de Cheikh Fal, ont t rattaches au chef
gnral des Oulad Siyed.

Les Ahel Ghata, dont le nom signifierait qui crient en l'honneur de
l'mir sont d'anciens captifs affranchis par Ahmeddou 1er.

Les Azaffal, dont le nom signifierait qui entourent la tente de
l'mir, taient les hommes de confiance de l'mir depuis plusieurs
gnrations. Leur ancien chef Koueri ould Sgou, a donn sa fille en
mariage  Cheikh Fal. Ils paient une redevance d'une pice de guine ou
le lait d'une vache aux hritiers de Sidi Eli.

Les Igdalen, dits aussi Guedala, sont les descendants des tribus Godala
des auteurs du moyen ge, sous le nom desquels on n'a aucune peine 
retrouver le vocable des Gtules de l're romaine. Il est d'ailleurs
certain que ces Igdalen ne sont qu'une faible partie de la descendance
des Guedala; le reste s'est fondu et a perdu son nom dans d'autres
tribus.

Le chef de ces trois fractions est la personnalit fort intressante
de Cheikh Fal, de son vrai nom Mohammed Cheikh ould Sidi M'hammed ould
M'hamed, lequel anctre tait originaire de Hijaj de l'Est. Sa mre
est une Diedibiya. N vers 1860, Cheikh Fal fut lev  Saint-Louis
par un traitant qui avait t frapp par son intelligence. Il y apprit
 parler le franais,  lire et  crire. Aprs avoir pass toute
sa jeunesse comme boy, garon de magasin, garon de caf, employ
des postes, et portier de la loge maonnique de Saint-Louis, ce qui
donne les raisons pour lesquelles il fait suivre de trois points sa
signature, Cheikh revint dans le Brakna, chez les Oulad Siyed.

Il fut employ, tant le seul Maure sachant parler, lire et crire
le franais, par l'mir Ahmeddou pour traiter ses affaires avec nos
reprsentants. C'est ainsi qu'il put crire  M. de Freycinet, alors
ministre de la Guerre, une lettre trs amicale de collgue  collgue.

Le ministre franais envoya alors  Cheikh Fal, comme cadeau, un canon
bronz de petite dimension. Les ennemis d'Ahmeddou furent consterns de
voir une arme semblable, mise  la disposition de Cheikh Fal.

Au combat de Ouazan, o les Oulad Siyed luttaient contre les Oulad
Normach et les Oulad Ahmed, Cheikh Fal mit le canon en batterie, pointa
et fit partir le coup. Le canon clata, tuant plusieurs hommes et
contusionnant fortement le pointeur; l'arme d'Ahmeddou prit aussitt
la fuite. Mais la dtonation de l'arme avait t telle que leurs
ennemis, pris de peur, se sauvrent en jetant leurs armes, envoyrent
des parlementaires  Ahmeddou, et la paix fut conclue en faveur des
possesseurs du canon.

Cheikh Fal, en 1903, prit part  l'attaque d'Aleg et suivit son chef,
Ahmeddou, dans le Regueba et dans le Tagant.

En 1904, il descendit faire sa soumission. Malgr les marques de
bienveillance, qui lui furent prodigues, il continua  rester en
relations avec Ahmeddou, renseignant les mejbour, et ne fournissant
aucun renseignement pour nous permettre de les atteindre. Il empchait
mme, dit-on, les dissidents en mal de soumission de venir  nous.

Avec le temps, il finit toutefois par se rallier plus franchement,
surtout aprs 1909, o les derniers dissidents disparaissent. Nullement
fanatique, trs au courant des choses de la Mauritanie et des coutumes
indignes, il fut nomm en 1912, en outre de ses fonctions, agent
forestier dans le Chamama. Il y rendit de bons services, mais on a d
finir par le relever de ses fonctions en 1919, aprs avoir maintes fois
constat que sa svrit s'exerait au del de toute mesure sur ses
ennemis, mais que ses amis avaient toute latitude pour commettre les
dprdations qu'ils voulaient. Bavard et intrigant, Cheikh Fal est tout
de mme un homme intressant[8].

  [8] Cheikh Fal est mort de la grippe au milieu de 1919.

Les notables de ces fractions sont: Guenfit ould Amar ould Abid;
Mohammed Fadel Allah; Sliman ould Fadel et Mouboud ould Bel-Ad.

Elles comprennent 45 tentes et 236 personnes. Leur cheptel se compose
de 3 chevaux, 45 bovins, 1 chameau, 923 ovins et 23 nes.

       *       *       *       *       *

Les fractions Oulad Siyed ne se sparent gure dans leurs
transhumances. On les trouve en hivernage, dans les environs de Diguet
Mm, au nord de Chabbour et Kraat-Asfar; en saison sche  Bou Dioud
et Maye-Maye.

Le cheptel de l'ensemble de la tribu est de 7 chevaux, 509 bovins,
6.250 ovins, 5 chameaux, 101 nes. Comme tous les hassanes, les Oulad
Siyed n'ont pas de marque. Quelques-uns ont cependant le feu [qaf]
emprunt aux Diediba, qui sont tous tolba.

La tribu comprend 217 tentes et 1.037 nes (Recensement 1918). Son
cadi particulier est Dida, cadi des Diediba, qu'on verra plus loin.
L'esprit religieux de cette tribu guerrire est des plus faibles.
Il n'y a qu'un nombre infime de gens  avoir reu l'ouird et encore
n'en pratiquent-ils pas les rites. On cite entre autres, Bou Bakkar
Kheddich, Qadri par Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Mostafa ould Cheikh
al-Qadi, des Diediba, et le chef de tribu lui-mme, _Hobeb_, qadri
aussi, par le Cheikh Obed ould Salim.




CHAPITRE III

OULAD AHMED


1.--_Historique._

Au vrai sens du terme, les Oulad Ahmed sont des Brakna, c'est--dire
des descendants de Barkanni. Leur anctre ponyme, Ahmed, est un des
nombreux fils d'Abd El-Jebbar ould Kerroum ould Mellouk ould Barkenni.
Ils sont donc les cousins germains: 1 des Oulad Abd Allah (Oulad Siyed
et Oulad Normach, puisque Mohammed (fils d'Abd Allah et pre de Siyed
et de Normach) et Ahmed ould Abd El-Jebbar sont tous deux petits-fils
de Kerroum; 2 des Oulad Biri, puisque Ahmed prcit et Mohammed, pre
de Biri, sont tous deux fils d'Abd El-Jebbar.

Ce sont donc de vrais Arabes hassanes, du groupe dit Marafra, ou
descendants de Marfar ould Oude ould Hassan.

Au dbut du dix-huitime sicle, les Oulad Ahmed, qui ne s'taient
pas encore spars des Oulad Biri, vivaient avec eux dans l'Iguidi,
entre Khroufa et Boutilimit, en bordure des Trarza, ou entremls 
eux. Quand les Oulad Abd Allah, aprs la conqute du Brakna, vinrent
se fixer dans l'Agan, sous le commandement d'Ahmeada, les deux tribus
appuyrent vers l'Est. C'est l que les Oulad Ahmed trouvrent les
Oulad Abd Allah. Ils ne les quittrent plus, fusionnrent avec eux et
arrivrent  considrer comme un insigne honneur d'tre pris pour les
descendants d'Oulad Abd Allah, origine que les vrais Oulad Abd Allah
leur ont conteste  juste titre.

Des la sparation des Oulad (Mohammed ould Abd Allah en Oulad Siyed et
Oulad Normach), les Oulad Ahmed suivirent ces derniers et s'allirent
 eux par des mariages, contracts presque exclusivement entre hommes
Oulad Normach et femmes Oulad Ahmed. Quoique considrant les Oulad
Ahmed comme des gens infrieurs, les Normach consentirent, par intrt
politique,  leur laisser entendre qu'ils croyaient  une origine
commune. Ils affectaient de prendre pour des liens de fraternit ce qui
n'tait qu'un cousinage. C'est ainsi qu'ils avaient pour eux les gards
et traitements qu'on se doit entre membres de la mme famille. On sait
par exemple qu'il est une habitude chez les Maures, qu'ils soient
guerriers ou Berbres, c'est de ne jamais priser, ni fumer, ni parler
de femmes ou entendre parler d'elles devant un membre de sa famille,
qui ne soit pas de son ge.

Ces flatteries des Normach taient intresses, car, par suite des
guerres continuelles, le nombre de leurs guerriers avait diminu
considrablement et ils devinrent trs infrieurs numriquement  leurs
adversaires: les Oulad Eli et les Oulad Siyed. C'est alors qu'ils
s'allirent avec les Oulad Ahmed en leur faisant des cadeaux, en les
caressant, et en leur laissant piller indistinctement amis et ennemis.

Contrairement aux deux groupes Oulad Abd Allah, les Oulad Ahmed
n'exercrent jamais leur suprmatie sur la mme rgion; ils vivaient
tantt dans l'Agan,  ct d'Ouezzan,  Aleg,  Chogar, dans le
Chamama, prs des Oulad Normach, tantt  Tamourt Nadj, prs des Ahel
Soued Ahmed.

Les Oulad Ahmed pillaient un peu partout, surtout l o il n'y avait
pas de danger, et ils mritrent le surnom qui leur fut donn par les
tribus du Brakna, les corbeaux.

Mollien qui fit, en 1817, le voyage de Podor et qui a laiss sur les
Maures des renseignements, gnralement exacts, fait des Oulad Ahmed
une description peu flatte et non sans fantaisie.

    C'est prs de ce fleuve (Sngal) que l'on rencontre les Oulad
    Ahmed, restes d'une tribu de Bdouins qui a t presque totalement
    extermine. Chasse des bords du Nil, o elle tait tablie, elle
    vint se rfugier sur ceux du Sngal, o elle exera sa fureur
    sacrilge, mme sur les marabouts, crime impardonnable chez les
    Maures. Le roi des Braknas jura leur perte; leur destruction suivit
    de prs sa menace. Rduits  un petit nombre, les Oulad Ahmed se
    font remarquer par un caractre froce; ils le cdent pourtant en
    ce point aux Ouladamins (Oulad Delim) qui errent dans le voisinage
    de Portendic, car ceux-ci sont, dit-on, anthropophages. L'aspect
    d'un Oulad Ahmed respire, comme celui du tigre, une soif de sang
    que rien ne peut assouvir; son regard farouche se promne de tous
    cts, comme pour dcouvrir une proie; sa barbe est rare, mais
    dure et hrisse; son corps est petit, mais plein de vigueur. Son
    costume est comme celui des autres Maures, except qu'il n'a qu'une
    tunique, qu'il serre autour de ses reins avec une ceinture. On
    dirait, en voyant son air froce, qu'il mdite de venger la mort
    de ses anctres et de se soustraire au tribut qu'on lui a impos.
    Le cri de mort que poussaient ces barbares, en pntrant dans un
    camp qu'ils voulaient piller, m'ont dit les Maures, ressemblait au
    rugissement des btes froces; il glace encore d'effroi les Maures,
    lorsqu'on l'imite devant eux.

A notre arrive dans le pays, la rputation des Oulad Ahmed tait
toujours aussi brillante et nous pmes constater, les premiers temps,
qu'elle tait parfaitement justifie.

    On peut dire des Oulad Ahmed qu'ils ont le gnie du mal, crit le
    lieutenant Duboc en 1907. Il n'y a pas de mfait qui se commette
    dans le pays sans qu'on ne puisse y trouver la main de l'un
    d'eux. Ils pillent les caravanes non armes, s'attaquent aux gens
    inoffensifs, volent la rcolte de gomme aux campements de captifs
    qui sont isols dans la brousse, leur enlvent leurs guerbas d'eau
    pour les faire souffrir de la soif. On peut se rendre compte que
    le surnom qui leur fut donn par ceux qui ont  souffrir de leur
    lchet, n'a rien d'exagr.

Avec le temps on a compris que la meilleure solution  cet tat de
choses tait l'utilisation  notre profit de ces qualits guerrires.
Les Oulad Ahmed jouent dsormais un rle de couverture militaire sur le
front du Brakna. Au dbut de 1916, on a form chez eux et avec leurs
meilleurs guerriers trois goums de 8 fusils chacun. Les armes, ainsi
que 600 cartouches, 12 rahla et 24 guerba, ont t confis  Seneba,
chef de tribu, de faon  lui permettre de faire partir directement
ses hommes de son camp de Chogar sur les traces de l'ennemi. Les Oulad
Ahmed se sont ainsi distingus  plusieurs reprises dans la poursuite
des rezzous Reguebat. Ils font de plus de frquentes reconnaissances
sur la ligne Al-Ouasta, In Tichilit, Ouezzan, et envoient les chouf
vers le Nord.

Pour bien comprendre l'historique des derniers vnements et la
situation actuelle, il faut d'abord donner le tableau gnalogique de
la tente princire des Oulad Ahmed.

_Tableau gnalogique._

                                 1. Ahmed,
                              anctre ponyme.
            _________________________|___________________
           |         |        |         |        |       |
  2. Bou Bakkar.  Rouizi.  Al-Afna.  Moummou.  Rouis.  Heddi.
       ____|_________________________
      |              |               |
  Fati Omran.     Behoum.      3. M'hamdat.
                                     |
                                4. Mbodye.
                                     |
                                5. Dadif.
                                     |
                                6. Bou Bakkar.
                                     |
                                7. Sidi.
                         ____________|__________________________
                        |                                       |
                   8. Mbarek.                                 Biram.
                        |                                       |
                   9. Sidi.                                  Ahmomid.
          ______________|___________________________            |
         |           |        |         |           |           |
  10. Seneba.  M'momed.  Mbarek.  Mohammed.  Sidi Ahmed.   Biram.

(1) Ahmed l'anctre ponyme, fils d'Abd El-Jebbar, a de nombreux
frres, Mohammed, l'anctre des Oulad Biri Qrah, Abhoum, Besserin,
Ajem, anctres des petites fractions Ida Qrahoua, Id Abhoum, Ida
Besserin et Ijouam, qui vivent chez les Oulad Biri, et enfin
Al-Gouassi, anctres de la fraction repentie (_tiab_) de ce nom, qui
vit chez les Tagat. Il a en outre six fils: (2) Bou Bakkar, chef
aprs son pre, Rouizi et Al-Afna, Moumou et Rouis dont la postrit
constitua 4 fractions des actuels Oulad Ahmed; Heddi, dont la postrit
est teinte.

(2) Bou Bakkar, fils d'Ahmed, eut 4 fils: Fati, dont la postrit est
teinte; Omram et Behoum dont la postrit s'est fondue chez les Oulad
Ahmed; M'hamdat, qui continua le commandement.

(3) M'hamdat, (4) Mbodye, et (5) Dadif n'ont laiss aucune trace.

(6) Bou Bakar, fils de Dadif, et chef de la tribu vers le milieu du
dix-huitime sicle, est l'anctre de la tente princire actuelle
des Oulad Ahmed: les Ahel Bou Bakkar, et c'est pourquoi on voit les
personnages actuels ordinairement dnomms sous le nom d'Oul Bou
Bakkar, encore que quatre gnrations les sparent de leur anctre.

(7) Sidi, fils et successeur de Bou Bakkar eut deux fils: (8) Mbarek et
Biram, anctres des branches anes et cadette de la tente princire.
C'est de l que partent les dissentiments et rivalits qui ont agit
les Oulad Ahmed pendant la deuxime moiti du dix-neuvime sicle, et
jusqu' nos jours.

A Mbarek succda  la tte des Oulad Ahmed son fils (9) Sidi, et 
celui-ci son fils an (10) Seneba. Nous allons voir successivement
les cinq fils de Sidi, ainsi que leur cousin Biram ould Ahmomid ould
Biram ould (7) Sidi et retracer aussi les vnements actuels.

_Seneba_, n vers 1865, tait chef des Oulad Ahmed  notre arrive;
mais d'un caractre mystique et form  la pit par Cheikh Sida,
son matre, il avait de plus en plus tendance  se dtacher des choses
politiques et  se consacrer  la prire. En fait, c'tait son frre
immdiatement cadet, _H'momed_ qui exerait le commandement. Seneba,
circonvenu par Cheikh Sida, fit sa soumission, ds le dbut. Il fut
nomm chef de goum par Coppolani et reut une mensualit de 300 francs.
Cette allocation lui ayant t supprime, avec la disparition des goums
(1905), Seneba partit en dissidence pour l'Adrar. Il assista  divers
razzis, dirigs contre nos sujets brakna, mais ne semble pas avoir pris
part  la surprise du convoi de ravitaillement d'Aslat (4 juin 1908),
bien qu'on le lui ait reproch. Quelque temps aprs, il partit pour le
Maroc avec un compagnon des Ahel Cheikh Al-Qadi (Diediba) pour faire
le plerinage de la Mecque. Le Diedibi tant mort en route, Seneba
n'eut pas le courage d'aller plus loin: il s'arrta  Fez, revint 
Marrakech, et y vcut assez misrablement. Il demanda l'aman en 1911
et, autoris  rentrer au dbut de 1912, sur la demande de Cheikh
Sida, alla se faire oublier et vivre dans la pit auprs de son
matre spirituel. Nous le retrouverons plus bas.

Au dpart de Seneba, son commandement fut disput entre ses deux
frres, H'momed, dj vu, et  qui sa conduite antrieure envers les
Oulad Siyed, alors qu'il exerait le commandement au nom de Seneba,
avait attir bien des haines, et Mohammed, H'momed fut reconnu, mais
aprs une certaine priode de tiraillements, il abandonna la partie
et se rfugia dans le campement de son cousin Biram ould Ahmomid.
Mohammed, rest seul, se fit bientt har de ses administrs, qui
l'abandonnrent pour la plupart, et allrent planter leurs tentes dans
le campement de H'momed et de Biram.

Les dissensions se perptrrent jusqu' 1908. Les deux partis se
dnonaient eux-mmes  Aleg. Par Biram, on arrivait  prouver, en
mars 1907, que Mohammed avait cach  plusieurs reprises, dans son
campement, Bakkar, le chef des Normach dissidents: et que de plus
il avait pris part lui-mme  des vols  main arme; il fut donc
arrt, ainsi que son jeune frre Sidi Ahmed, et condamn  8 mois de
prison par le tribunal de cercle (1908). Cette aventure rconcilia
les frres ennemis. Par la complicit de H'momed, Mohammed et Sidi
Ahmed ne tardrent pas  s'vader de la prison de Bogh. Ils pillrent
les campements de leurs dnonciateurs et partirent en dissidence en
entranant leurs frres, et notamment l'inquiet et indcis H'momed,
quelques Oulad Ahmed et le jeune Lobat, des Normach. Par la suite,
on revit maintes fois Mohammed dans les razzi qui s'abattirent sur
le Brakna, mais la voix publique prtend qu'il les accompagnait sans
armes, et sans prendre part aux pillages. Nanmoins, plusieurs fois,
des Oulad Ahmed rests loyalistes et attaqus par les dissidents furent
blesss et mme tus; et ces faits soulevrent contre les Ahel Bou
Bakar des haines inextinguibles.

C'est ici qu'apparat Biram ould Ahmomid, chef de la branche cadette,
 la tte de la tribu. Jusqu' cette date, il ne s'tait gure signal
que comme un coupeur de routes et un condottieri. Il accompagnait,
dit-on, Bakkar ould Ahmeada, quand celui-ci, vers 1898, vint
assassiner Mohammed ould Sidi El, frre de l'mir. Vers 1901, mis  la
tte de leur campement par quelques tentes Oulad Ahmed, mcontentes de
Seneba et surtout de H'momed, il fait bande  part et devient chef
ouvert de l'opposition. Il se rallia  nous, ds notre arrive dans le
pays, et commanda plusieurs fois un goum de guerriers Oulad Ahmed. A
ce titre, il reoit une mensualit de 300 francs qui lui est supprime
en 1905. Mais plus prudent que son cousin Seneba, il accepte la chose
sans esclandre. Aprs la fuite de Bakkar, il est accus de complicit
et dport au Sngal. Il vcut paisiblement  Kaolak, et fut graci et
1908. Peu aprs, le dpart en dissidence de ses cousins de la branche
ane le laissait matre de la situation. Il fut lu chef de la tribu.

Son commandement fut des plus mdiocres; aussi, ds le retour de
H'momed, celui-ci fut-il remis  la tte de la tribu (octobre 1910);
mais ce n'tait pas encore la bonne solution, H'momed ayant laiss
trop de haines derrire lui, et n'tant pas au surplus le reprsentant
hrditaire des Ahel Bou Bakkar. Biram fut donc rlu un mois aprs
(novembre 1910), mais cette fois avec deux assesseurs (Sidi Ahmed ould
Boun et Ahmed Louli), chargs de le surveiller et de contrler ses
actes.

Cependant les Ahel Bou Bakar rentraient peu  peu; ce furent d'abord
les deux vads de Bogh: Mohammed et Sidi Ahmed, puis le chef de la
famille, Seneba lui-mme (fin 1911). L'insuffisance du triumvirat,
qui gouvernait les Oulad Ahmed, se faisait sentir de plus en plus. Un
incident combla la mesure. Une occasion s'offrait pour eux de tmoigner
de leur dvouement et de leur adresse: c'tait la capture de Sidi
Lamin ould Bakkar ould Soued Ahmed, chef d'une bande id ou ach qui
oprait  cheval sur les cercles du Tagant, de Gorgol et du Brakna.
Leur goum n'obtint aucun rsultat, alors que les circonstances taient
entirement favorables pour en finir avec ces pillards. On alla donc
chercher Seneba dans sa retraite spirituelle, auprs de Cheikh Sida,
et on l'invita  rconcilier les deux partis rivaux: celui du chef
Biram et celui de H'momed.

Les pourparlers s'ternisrent et donnrent lieu  des chasss-croiss
amusants. Biram et H'momed, inquiets de voir l'influence que Seneba
reprenait rapidement, se rapprochrent. Biram fit des avances et
H'momed y accda en venant planter sa tente chez H'momed. Enfin
l'accord se fit en 1913. L'nergique intervention de Seneba ralisa
l'unit de la tribu, et comme se fut  son profit que la chose se fit,
il fut nomm chef des Oulad Ahmed (fin 1913). Son frre H'momed et son
cousin Biram restaient chefs de leurs campements respectifs. Depuis ce
jour, l'administration des Oulad Ahmed est assure convenablement.

Seneba est aujourd'hui vieux, malade, us. Il faut lui prvoir un
remplaant. Ses candidats seraient ses frres Mohammed et Sidi Ahmed,
avec une certaine prfrence pour le premier. Ahmed Loule, lettr
distingu et notable de poids, se pose aussi en prtendant. Seneba est
des plus instruits pour un guerrier. Il est toujours dans les meilleurs
termes avec Cheikh Sida. Son influence morale s'exerce au del des
Oulad Ahmed.

H'momed, frre de Seneba, est le chef du campement dit Oulad Ahmed
Blancs. Il vit tranquille chez lui et n'a que peu d'autorit.

Mohammed, frre des prcdents, n'a gure fait parler de lui depuis son
retour. Aprs avoir t notre ennemi, de 1903  1905, puis de 1908 
1910, il a servi comme partisan dans le Tagant, et comme chef de goum
pendant la colonne du Hodh. Il s'occupe surtout de chasse, et passe
pour un excellent guerrier actif et audacieux; il tait trs craint de
tous les marabouts locaux, et ses pillages lui valurent la condamnation
prcite. Aujourd'hui il exerce son allant sur les rezzous et ne craint
pas de travailler pour son propre compte. Il vit  part, craint et fort
respect. C'est videmment le seul successeur de Seneba.

Sidi Ahmed, frre des prcdents, semble avoir choisi Mohammed comme
modle. Assez jeune au moment de notre arrive, il se rallia avec
ses frres. Emprisonn en 1908 avec Mohammed et condamn  6 mois de
prison, il s'enfuit avec lui et l'accompagna en dissidence. Il fit
partie des razzi et rentra en fin 1909. Il a servi comme partisan
de mars 1911  mai 1912, et a rendu de trs bons services dans les
recensements du cercle. C'est un trs bon guide, parfaitement au
courant du pays. Charg de conduire un goum contre des pillards Ahel
Soued Ahmed, il n'eut pas assez d'autorit sur ses gens pour obtenir
des rsultats dcisifs. Il fut d'ailleurs choisi  tort pour cette
mission, car il tait apparent par sa mre avec les principaux
pillards.

Biram ould Ahmomid, cousin des prcdents, commande actuellement un
gros groupement Oulad Ahmed, sous l'autorit de Seneba. Il n'a qu'une
valeur guerrire et une autorit relatives. Il passe pour tre un
homme loyal, mais fanfaron et prt  toutes les compromissions pour se
procurer de l'argent. Au demeurant, il n'y a rien  craindre de lui.

Un des frres des quatre Ahel Bou Bakar prcits, Mbarek, a t tu en
1903 au cours d'un combat contre les Id Ou Ach. Sa famille vit chez
Seneba.


2.--_Fractionnement._

Les Oulad Ahmed se divisent en:

    Oulad Bou Bakar ould Ahmed,
    Oulad Bouzi,
    Ahel Heddi,
    Oulad Al-Afna,
    Roussat,
    Oulad Moummou,
    Oulad Akerroumt.

Les six premires fractions sont de pure origine Oulad Ahmed; les
Oulad Akerroumt se rattacheraient  Kerroum ould Mallouk par une autre
filiation que celle d'Ahmed, et ne seraient donc que les cousins des
Oulad Ahmed, mais ils sont aujourd'hui compltement nationaliss dans
la tribu.

Les Haratines Oulad Ahmed se divisent en:

    Ahel Mbarek;--chef: Mohammed ould Eli ould Mahmoud.
    Lembeda;--chef: Mahmoud ould Samba.
    Ahel Ahmed.--chef: Bou Bakkar ould Othman.
    Ahel Bou Sad.--Ahmed Salem ould Mohamedden.
    Oulad Yarg.--Omar Ould Abd El-Beggar.
    Goundaa.--Brahim ould Bella.


Ils n'ont pas de chef gnral. En plus des fractions prcites, un
grand nombre de haratines vivent isols par individus ou par tentes
dans les campements nobles.

Les nobles comprennent 62 tentes et 266 mes; les haratines: 76 tentes
et 339 personnes, soit au total 138 tentes et 605 personnes.

Ils possdent: les nobles: 5 chevaux, 33 chameaux, 50 nes, 87 bovins
et 1.273 ovins; les haratines: 1 chameau, 79 nes, 164 bovins et 3.863
ovins, soit au total, 5 chevaux, 34 chameaux, 129 nes, 251 bovins,
5.336 ovins.

Comme tous les hassanes, les Oulad Ahmed n'apposent pas de marque de
feu  leurs troupeaux.

Leurs terrains de parcours sont: en hivernage, les rives de l'oued
Katchi, les environs de Diguet Mm, et jusqu' Chogar; en saison
sche, le nord de Chogar et quelquefois le sud jusqu' Bogh. Ils ont
t jadis les matres incontests de l'Agan et de l'Akel, vers Chogar
Toro. On leur reconnat encore aujourd'hui cette qualit.

Les notables de la tribu sont: _a_) Mokhtar et Mohammed Mahmoud, fils
tous deux d'Omar ould Bou Salif. Cette famille des Ahel Bou Salif, des
Roussat, est rallie depuis longtemps  nous. L'un de ses membres,
Ahmed Loule, a toutefois march avec nous, et a servi comme partisan
dans de nombreuses occasions. Il suivit le capitaine Bablon  Akjoujt
et lui rendit des services, il fit les colonnes de l'Adrar, du Hodh, et
de Smara, tuant dans cette dernire de sa main un chef pillard. Ennemi
des Ahel Bou Bakkar, il est un peu le chef de parti de l'opposition,
surtout depuis qu'il a chou  l'lection de chef de tribu. C'est
un excellent chef de partisan et un homme dvou. Son cousin, Sidi
Mohammed, se rendit utile au lieutenant Duboc; _b_) Sidi Mohammed
Boun, notable qu'on avait charg de surveiller Biram et qui se laissa
conduire par lui; _c_) Sidi Ahmed ould Dena; _d_) Omar ould Omar Beyat.

Vritable tribu makhzen, les Oulad Ahmed sont arms par nos soins.
En outre du goum rgulirement constitu et dont il a t parl plus
haut, ils fournissent des partisans auxiliaires. C'est pourquoi ils
sont dtenteurs, par nos soins de 71 fusils, dont 31, modle 92, et 20,
modle 74, aux nobles; et 20, modle 74, aux haratines.

Les Oulad Ahmed semblent profiter des bons conseils qu'on leur prodigue
depuis le dbut et portent de plus en plus leur activit vers des buts
plus lucratifs, sinon moins glorieux, que le pillage et la razzia.
Ils s'adonnent de plus en plus aux cultures et surtout  l'levage.
Leurs cultures ont pris, ces dernires annes, une certaine extension
et notamment par le dveloppement des canaux d'irrigation. Ils ont la
coutume,  eux spciale, de partager leurs lougans en longues bandes
orientes nord-sud, et abrites du vent d'est par des plantations de
gonakiers. Ils retardent ainsi, par l'ombre de cette haie bien fournie,
l'vaporation des eaux.

Moins encore que chez les autres hassanes, on remarque chez eux de
manifestations de pit. Le chef de la tribu, Seneba, en est aussi le
marabout. D'tre les cousins et champions des Oulad Biri, tolba par
excellence du Sud mauritanien, il suffit  l'islam des Oulad Ahmed.




CHAPITRE IV

DIEDIBA


1.--_Historique._

Le vocable Diediba (ou Djejiba) est une corruption de Id Ejba, les
fils d'Ejba, prononciation berbre de Id Eilba ou Id Eleb. Les
Diediba sont donc les cousins des Id Eleb, ou Delouba, de Oualata
et du Hodh oriental. Ils sont, de leur propre aveu, d'origine berbre,
tant les parents des Touareg voils du Sahara. Ils se htent
d'ajouter, il est vrai et suivant la lgende fantaisiste des origines
arabes, que par del leur extraction berbre, ils sont, de par Ejba
lui-mme, des Himyarites d'Arabie.

Ejba arrivait du Sous. On ne sait rien sur lui. Ses descendants
habitaient, dans un pass indtermin, l'Azaouad, au nord de
Tombouctou. Des migrations les amenrent successivement vers l'Ouest,
et vers le seizime sicle, lors des invasions hassanes, ils taient
dans l'Agan. Ils prirent part  la guerre de Boubba contre les Oulad
Abd Allah, et furent quasi-extermins. De cette premire unit
diediba, il ne reste aujourd'hui qu'une dizaine de tentes. La
personnalit la plus en vue en serait Ahmed Mahmoud ould Mohammeda,
cadi des Oulad Siyed, qu'on verra plus loin.

La tribu devait tre reconstitue par l'arrive d'immigrants Dedouba,
leurs cousins. Cet lment nouveau, plus fort et plus nombreux,
submergea les vieux Diediba. Cette migration se produisit entre
1670 et 1700 et se prsenta en trois vagues successives: groupement
d'Atjfara Brahim et d'Atjfara (Bakka) qui taient cousins; groupement
de Chems-eddin dit Zamrag. Ce sont les anctres ponymes des trois
principales fractions Diediba: Id Atjfara (ou Id ag Fara) Brahim,
Id Atjfara (ou Id ag Fara) et Zemarig. A remarquer, ds maintenant,
que les Zemarig ont demand et obtenu leur autonomie, et ne font plus
partie, _administrativement_, des Diediba. Les autres fractions
diediba, Ahel ag Ammi Ahel Mohammed Othman, id Ayank, descendent aussi
de ces anctres communs; mais avec le temps et par suite des rivalits
de famille, elles se sont dtaches du tronc principal, tout en restant
incorpores  la tribu.

Le premier arriv des immigrants, Atjfara Brahim, pousa, quelque temps
aprs son arrive dans l'Agan, Fatima, fille d'Aguennoui, le chef des
premiers Diediba. Il devint son vizir et recueillit sa succession.
Il semble bien que ce chef prit part  la guerre de Boubba. Il n'eut
gure pu d'ailleurs agir autrement. D'autres liens patrimoniaux se
nourent alors et amenrent la fusion des deux lments. A la mort
d'Atjfara Brahim, la chose est faite. Son fils Ammi (Mokhtar), anctre
des Ahel Ag Ammi, lui succda sans difficult et fut remplac,  sa
mort, par son frre cadet Abhoum qui devait garder dans sa descendance
la dvolution du commandement et fut l'anctre des Ahel Atjfara Brahim
proprement dits (fin du dix-septime sicle).

Au dix-huitime sicle, la tradition donne comme successeurs d'Abhoum
son fils Mahim; Agd Abd Allah, fils de Maham; et Imijen, fils d'Agd
Allah (cf. plus loin tableau gnalogique). Le dix-neuvime s'ouvre
sur le commandement de Habibouna Ier fils d'Imijen. Il meurt peu aprs,
laissant deux fils: Qadina et Ahmed Babou. Ils furent successivement
les chefs de la tribu, ce qui donne  la postrit de l'un et de
l'autre, des droits au commandement. Le dix-neuvime sicle devait tre
rempli par les conflits, ordinairement suivis de rixes et quelquefois
de meurtres, des deux familles. C'est ainsi que vers 1860 Habibouna II
ould Chebata ould Qadida, assassina Mostafa ould Al-Oudaa Ahmed Babou,
alors chef, pour prendre sa place. Mais, quelques jours plus tard, le
parti adverse prenait sa revanche et l'assassin tait tu,  son tour,
chez les Oulad Siyed par Chebata ould Al-Oudaa ould Mostafa.

A dater de ce moment, les Diediba, outrs de ces moeurs de hassanes,
ont abandonn la branche ane et ne choisissent plus leurs chefs que
dans la tente cadette, celle des Ahel Ahmed Babou.

Les Diediba ont entretenu, au dix-neuvime sicle, des guerres
frquentes contre les Toucouleurs-Aleb. Dans le systme gnral des
alliances Maures-Toucouleures, c'est avec le Toro qu'ils marchrent
traditionnellement.

Si le commandement politique tait dans la fraction Id Atjfara Brahim,
l'autorit religieuse, au moins depuis un sicle, tait dans la
fraction Id Atjfara, et on verra plus loin que le prestige des pontifes
tait aussi fort que celui des Cheikhs et que mme certains visrent 
se substituer  eux.

On a vu dans la premire partie que c'est chez les marabouts
Diedhiba que Ren Cailli vint faire son ducation islamique, en
1824. Il n'eut gure  s'en louer.

Depuis un sicle et par suite tant des rivalits religieuses que des
contestations de points d'eau, les Diediba sont en lutte arme avec
les Oulad Biri. Innombrables sont les combats qui se sont livrs sur
les dunes et autour des puits,  la limite actuelle du Trarza et du
Brakna. Dans mon ouvrage, _L'mirat des Trarza_, j'ai donn un aperu
rapide des derniers conflits et j'ai cit les textes des conventions
de 1897 et 1898, par lesquelles le Gouvernement franais essayait de
mettre fin  cette question brlante.

Cette vieille haine se manifestait encore, en 1908,  propos d'un
incident futile: la trouvaille d'un oeuf d'autruche par un berger
des Zemarig. Quelques Oulad Biri et haratines Oulad Ahmed le lui
disputrent. Une bataille  coups de bton s'engagea, comme il convient
entre marabouts,  qui leur caractre sacr interdit l'usage des
armes. Il y eut de nombreux blesss. Le lendemain, les Oulad Ahmed
intervinrent, et en leur qualit de guerriers, firent parler la poudre.
Cette fois, il y eut des morts; l'affaire fut pniblement arrange.

En octobre 1917, nouvelle bataille entre les tlamides quteurs des
Oulad Biri, conduits par un fils de Cheikh Sida en personne et
plusieurs tentes Diediba. On changea de vigoureux coups de bton.

Les difficults n'ont videmment pas cess  ce jour, et de temps
 autre, mais de plus en plus rarement, des coups sont encore
changs  la limite des cercles trarza et brakna, autour des puits
de Bir el-Barka, Dokhon, Bou Talhea. Des conciliations partielles
interviennent, quand il le faut. En fvrier 1913, les tribus se
mettaient compltement d'accord au sujet des puits de l'Amechtil, qui
les divisaient depuis fort longtemps. Une dlgation Diediba se rendit
chez les Oulad Biri. Ces derniers reconnurent aux Diediba la proprit
des puits contests et les Diediba autorisrent les Oulad Biri  boire
 ces puits.

Un peu plus tard, un accord entre les commandants des cercles du
Trarza et du Brakna rglait la question de Bir el-Barka et de la zone
de nomadisation environnante des Diediba. En voici le texte; il peut
servir de modle pour les nombreux cas de ce genre.

    Les capitaines commandant les cercles du Trarza et du Brakna ont
    runi  Bir el-Barka les chefs, principaux notables et cadis des
    Diediba et Oulad Biri, afin de rgler l'affaire survenue entre
    Diediba et Laghlal au sujet de ces puits. Quelques pineux, jets
    par les Diediba dans le puits, telle fut la cause de l'incident.

    Entre Diediba et Laghlal est survenu un arrangement  l'amiable.
    Les Diediba reconnaissent aux Laghlal les trois quarts du puits et
    gardent le dernier quart. Ils s'engagent, en outre,  le remettre
    en tat. Une convention a t crite par les Laghlal et les
    Diediba, rglant toutes les questions pouvant tre une source de
    litiges entre les deux tribus, au sujet des terrains de culture et
    des puits morts.

    Afin d'viter  l'avenir tout conflit entre Diediba et Oulad
    Biri, le capitaine commandant le cercle du Trarza restreint
    du puits de Bir el-Barka  Dokhon la zone de nomadisation des
    Diediba, tant que les questions litigieuses qui pourraient
    s'lever avec les Oulad Biri, du fait de leur occupation de cette
    rgion, pendant une priode de 12 annes, n'auront pas t rgles.

Il est hors de doute toutefois que l'animosit svit presque aussi fort
que par le pass: les relations sont peu frquentes et peu cordiales.
Un fils de notable Diediba, lve de la mdersa de Boutilimit, dut
tre renvoy par suite de l'hostilit de ses camarades et notamment des
Oulad Biri. Divers jeunes garons Diediba, candidats  la mdersa,
ont bien spcifi qu'ils voulaient aller  celle de Saint-Louis et non
 celle de Boutilimit o ils sont au contact avec des gens qu'ils
n'aiment pas.

Lis de vieille date avec les Oulad Siyed, les Diediba les suivirent
en masse dans leur exode, lors de notre occupation. Seuls quelques
campements, dont plusieurs Id ag Fara et celui mme du chef de la
tribu, Ahmedna ould Qadina, n'eurent pas le temps d'enlever leurs
marchandises et de faire filer leurs troupeaux vers le Nord. Surpris,
ils firent leur soumission sans difficults. Les autres tentes
rentrrent peu  peu, abandonnant l'mir  son sort. La dernire
fraction dissidente fit sa soumission  la fin de mars 1905. Pendant
plusieurs annes encore, ils conservrent leur attachement  l'mir
dchu, et favorisrent ses entreprises ou celle de ses allis dans
le Brakna. Leur chef Ahmedna finit par attirer sur lui les foudres
de l'administration, lasse d'apprendre que son campement tait
le refuge de mejbour. Une certaine raction contre la politique
d'approvisionnement de Coppolani se fait alors sentir. Deux punitions
de prison, dit un rapport de juin 1908, lui (Ahmedna) ont prouv que
nous n'tions plus  la politique des pains de sucre.

Quand Ahmedna dut abandonner dfinitivement la partie et se retirer
dans le Sud marocain, il se trouva encore quatre Diediba pour le
suivre dans son exil.

Aujourd'hui la situation s'est parfaitement rassrne, et ces
incidents ne sont plus que de l'histoire ancienne.


2.--_Chroniques et fractionnement des Diediba._

Les Diediba se divisent  l'heure actuelle en les dix fractions
suivantes:

    Id ag Fara Brahim         272 tentes   1.425 mes
    Haratines id.              56  ----      216 ----
    Id Atjfara                175  ----      561 ----
    Haratines id.              80  ----      344 ----
    Ahel Agd Ammi              61  ----      325 ----
    Haratines id.              82  ----      488 ----
    Ahel Mohammed Othman       45  ----      198 ----
    Haratines id.              22  ----      114 ----
    Id Ayank                   65  ----      283 ----
    Asbat Negza                42  ----      135 ----

    soit au total 900 tentes et 4.089 personnes.

Les _Id Ag Fara Brahim_, qu'on prononce souvent avec rapidit Id
ag Farabrim ou Id Atjfararim, sont, comme on l'a vu, la fraction
princire des Diediba. L'ascendance de la tente du commandement
s'tablit ainsi:

             Atjfara Brahim.
         __________|_________
        |                    |
      Ammi,                Abhoum,
   anctre des          anctre des
  Ahel Agd Ammi.      Ahel Atjfara Brahim.
                             |
                           Maham.
        _____________________|_________________
       |                     |                 |
  Agd Abd Allah.        Agda Maham.     Agd Hab Allah.
       |__________________________________________________
       |                    |                             |
     Othman,               Imijan.                    Mohammed Maham.
   anctre des              |                             |
  Ahel Mohammedden          |                             |
     Othman.         _______|_____________         _______|________
                    |          |          |       |       |        |
             Habibouna 1er.  Al-Qadi,  Akrabat,  Ali,  Mostafa,  Sad,
                    |        \_______________/   \___________________/
                    |            descendance          descendance
              ______|______     dans la tribu.       dans la tribu.
             |             |
          Qadina.     Ahmed Babou.
             |             |
         Chebata.     Al-Oudaa.
             |             |______________________
             |             |           |          |
         Habibouna.     Mostafa.   Chebata.   Qadina.
                           |           |          |
                        Khalifa.   Moh. Fal.   Ahmedna.
                           |           |
                        Mostafa.     Oudaa.

La fraction se divise en les sous-fractions suivantes:

    Ahel Agd Abd Allah,
    Ahel Mohammed Thofel,
    Glagma,
    Ahel Abhoum,
    Ahel Taleb Mohammedden,
    Ahel Monja,
    Ahel Hejab,
    Ahel Agd Hab Allah,
    Id Ag Maham,
    Ahel Agda Nahoui,
    Id Ou Amin.

               { Haratines proprement dits,
    Haratines: { Touarig,
               { Kouar Diediba.

Les Ahel Mohammed Thofeil sont originaires des Ahel Mohammed Othman.

Les Glagma sont originaires du Hodh: le premier qui vint dans le
Brakna, au dbut du dix-neuvime sicle, est un certain Abd Er-Rahman,
la Guelguemi.

Les Ahel Agda Nahoui sont la sous-fraction qui eut l'honneur de donner
l'hospitalit  Ren Cailli, en 1824. Il n'en a pas dit le nom, mais
il a t facile de le trouver, car il a donn le nom de son matre.
Mohammed Sidi-l-Mokhtar, grand marabout du roi. Ce Sidi-l-Mokhtar
ould Mohamedden ould Mostaf ould Agda Nahoui a laiss en effet le
souvenir d'un homme de pit et de science. Son descendant, chef du
campement, est aujourd'hui Abd Allah ould Mohammed ould Abd Allah ould
Sidi Mokhtar. C'est un notable considr.

Les Id Ou Amin, ou Douamin, sont originaires des Hijaj.

Les Touarig sont d'origines diverses, mais surtout Id Ou Al-Hadj. Jadis
libres, ils vivent aujourd'hui avec leurs haratines et se sont ngriss.

Les Kouar Diediba, ou _Noirs des Diediba_, sont, dit-on, les
descendants des Id Agfa (Peul de la rive gauche), qui se seraient
mlangs avec les haratines.

Le chef des Id Ag Fara Brahim, chef gnral en outre des Diediba,
est Mostafa ould (Khalifa ould Mostafa ould) Ai-Oudaa. A notre
arrive en Mauritanie, le chef tait Ahmedna ould Qadina, cousin de
Moustafa. Ahmedna, de son vrai nom Hab Allah, mais plus connu sous
ce sobriquet donn par sa mre; il ne nous donna pas satisfaction.
nergique et obi, il tenait bien en main sa fraction; mais il se
signalait par une sourde opposition  notre autorit, donnait asile au
Mejbour, empchait les Asbat, Tabouit et Id Atjfara, qui se ralliaient
moralement, de venir franchement  nous, et nous faisait espionner
 Aleg. En 1907, c'est dans son campement qu'Ould Assas, le fils
d'Ahmeddou, reut asile, pendant que ses gens prparaient leur razzia.
C'est l que Mohammed Amojin, chef des haratines zemarig et notre
agent, fut attach et frapp et n'chappa  la mort que par la fuite.
On put craindre,  plusieurs reprise, qu'il ne partt en dissidence, et
il l'aurait certainement fait sans la crainte des pillages des Oulad
Yahya ben Othman. Il fut destitu, en 1909, et remplac par Mostafa
prcit.

Mostafa est n vers 1888,  Bou Talhaya. Sa mre, aleha ment Al-Hadj,
est des Ida Ou Ali. Son pre Khalifa tait chef de la tribu, avant
Ahmedna. Lui-mme a pour l'instant un fils, Mohammed Abd Allah, n en
1915. Mostafa tait trop jeune  notre arrive pour jouer un rle; il
ne partit pas en dissidence, sans doute parce que, comme plusieurs
groupements de sa fraction, il n'en a pas eu le temps.

Trs ambitieux, il a vis de bonne heure  un commandement et, vers
1906, fit punir de prison ses partisans qui sur ses instructions,
avaient dans ce but fait quelque agitation. Fort instruit en arabe, il
a voulu savoir un peu de franais et a suivi plusieurs mois les cours
de l'cole d'Aleg. C'est un homme intelligent, nergique et pondr,
qu'il importe de ne pas laisser gagner  la main, comme il en aurait la
tendance. Il s'est rendu coupable, il y a quelques annes, de fraude
dans les recensements: il forait les rles de ses ennemis et diminuait
considrablement ceux de ses partisans. Mostafa aurait quelque tendance
 jouer au chef religieux. Il semble par moments que son dsir est
d'imiter Cheikh Sida. L'opinion publique l'a remarqu, et  plusieurs
reprises le bruit a couru qu'il abandonnerait son commandement
politique et s'y ferait remplacer par une de ses cratures, pour
pouvoir se consacrer  la vie religieuse. Il est actuellement second
par son cousin et Khalifa: Mohammed Abdou ould Mohammed Mostafa ould
Abd Al-Jelil, dit Babia. Ce Mohammed Abdou, n vers 1880, est un homme
actif et intelligent.

Les principales personnalits Id Ag Fara Brahim sont: _a_) Jeddou
ould Habbab ould Qadina, des Ahel Qadina, n vers 1848, et candidat
perptuel au commandement de la tribu. Il est naturellement en fort
mauvais termes avec Mostafa, comme il l'a t avec ses prdcesseurs,
et ne se gne pas pour signaler ses mfaits. _b_) Sidi-l-Mokhtar ould
Cheikh Abd Allah ould Mostafa ould Sidi Mokhtar Ouali. C'est un chrif,
originaire des Id Ag Jemouella, mais il vit avec les Id Ag Fara Brahim,
depuis deux gnrations. C'est un saint homme et un savant professeur.
Son cole coranique est la mieux achalande de la tribu. A son prestige
personnel il joint la baraka de son pre et de son grand-pre, qui
furent des marabouts clbres, et surtout de son aeul,  qui la
renomme donna le nom de Ouali; _c_) Mohammed ould Habib Rahman,
chef d'une sous-fraction et adversaire dclar de Mostafa. Il groupa
longtemps autour de lui les adversaires du chef. Las et inquiet, il a
fini par abandonner la lutte, et par se retirer dans une autre fraction
Diediba.

Les Id ag Fara Brahim sont la fraction la plus importante et la plus
riche de la tribu. Ils campent dans la rgion d'Aleg, des Biar,
d'Arona, de Chogar et de l'Oued.

Leurs haratines ont pour chef Mohammed ould Brahim. Ils campent avec
leurs matres. Quelques tentes passent souvent sur la rive gauche, 
Edy, ou ailleurs. D'autres sont au lougan de Ballel.


Les _Id ag Fara_ se rattachent  Atjfara Bekka, dont la tradition a
laiss tomber le nom de Bekka.

Voici le tableau gnalogique du campement princier.

                      Atjfara (Bekka).
                            |
                          Biaye.
                            |
                         Aoubak.
                            |
                     Al-Mokhtar Nalla.
                      ______|________________
                     |                       |
                Hab Allah.              Abd Allah.
             ________|________               |
            |                 |              |
   Atjfara Ahmed Baba.     Mbalehi.    Maham Taka,
        ____|_______                    descendance
       |            |                  chez les Id ag
  Al-Qadi.       Al-Hadj.                  Fara
                    |
               Cheikh Al-Qadi.
            ________|__________________________
           |                |                  |
  Cheikh Mostafa.  Cheikh Abd Er-Rahman.  Ahmed Mahmoud.
           |
  Mohammed Abd Ad-Jelil.
      _____|_______
     |             |
  Mostafa.  Moh. Mahfoudh.
     |
  Moh. Abd Allah,
  chef de la fraction.

Les Id ag Fara ne sont plus maintenant que deux sous-fractions: Ahel
Qadi et Ahel Hadj Qadi. Toutes les autres se sont fondues en celles-l.

Le chef des Id ag Fara tait,  notre arrive, Mohammed Abd Al-Jelilou
Id Cheikh Mostafa. Il accompagna les Oulad Siyed vers le Tagant, mais
fit vite sa soumission et revint vers ses campements. En mme temps que
les Diediba se voyaient infliger une forte contribution de guerre,
il devait, lui leur chef, passer deux mois  Saint-Louis en rsidence
obligatoire. Chef intelligent et juste, il accepta, quoique ami
d'Ahmeddou, la ncessit de notre domination, maintint la paix chez ses
gens et vcut en bons termes avec nous. Il mourut en mai 1912, et tait
remplac en aot suivant, par son fils cadet Mohammed Mahfoudh; l'an
avait, en effet, refus l'autorit.

Mohammed Mahfoudh est n vers 1882. Ainsi que son frre an, il
partit en dissidence  notre arrive, sjourna un an dans le Regueba,
mais sans porter les armes contre nous, et fit sa soumission avec
sa fraction. Ce sont tous les deux des personnes intelligentes et
instruites. Mostafa s'est confin dans le domaine religieux et, ayant
hrit de l'influence maraboutique de la famille, fait le cadi et le
professeur de la tribu. Il a un fils, Mohammed Abd Allah, qui semble
devoir tre le successeur de son oncle.

Il est  remarquer, en effet, que cette tente est, depuis quatre
gnrations, depuis Cheikh Al-Qadi ould Al-Hadj nommment, une
vritable ppinire de saints marabouts. Cheikh Al-Qadi fut  la fin du
dix-huitime sicle, un des lves du Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir,
le Kounti, auprs de qui il resta six mois. Quelques annes plus tard,
Cheikh Sida Al-Kabir devait le suivre dans cette voie. Il avait 40
ans quand il apprit la mystique et acheva par elle ses tudes. Ce fut
un grand pontife, qui a assur la fortune de sa postrit. Il a t
enterr  Bou Talheya, aux cts de son grand-pre Atjfara Ahmed Baba.
Son frre, Mostafa ould al-Hadj, fut aussi un marabout de renom.

Les enfants de Cheikh Al-Qadi, tous Cheikh rputs, assirent
dfinitivement la situation maraboutique de la famille.

Cheikh Mostafa fut un saint homme, adonn aux choses du ciel, et
qui laissa la direction du temporel  son frre cadet, Cheikh Abd
Er-Rahman. Celui-ci, ds le dbut de juin 1858, se tournait vers
l'autorit croissante de Faidherbe et lui crivait:

    Le but de cette lettre est de vous faire connatre que le pays se
    perd et devient malheureux. Le malheur s'tend sur les habitants
    du pays et sur les trangers. C'est une vrit et c'est trs
    srieux. Il faut que vous songiez  tablir la paix et le bonheur
    sur la terre, et ce sera un bonheur pour vous. La paix n'existera
    qu'aprs la rconciliation des Oulad Sed entre eux. Ordonnez 
    Mohammed Sidy d'agir dans ce sens et venez-lui en aide.

    Cette poque de misre a lev des individus mprisables et en
    a abaiss de respectables. Le dernier des guerriers commet des
    iniquits dans le pays et son chef ne peut l'en empcher, parce
    qu'il craint son inimiti. Mohammed Sidy ne songe qu' tablir la
    paix entre les Oulad Sed et les Chrtiens. De leur rconciliation
    rsultera le bien du pays. Les actions de Mohammed Sidy ne peuvent
    le faire considrer comme l'ennemi des Chrtiens.--Souvent il
    s'est trouv dans l'obligation d'agir malgr lui, parce qu'il
    tait contrari, et que les Oulad Ahmed taient des Trarza et que,
    s'il avait agi autrement, il aurait t mpris.--Aujourd'hui il
    ne songe qu' rconcilier son peuple; alors, ni les Trarza ni les
    Oulad Ahmed n'auraient de pouvoir sur lui.

    Le Gouverneur doit se souvenir de moi, car il est venu  nous
    l'anne dernire.

Le texte arabe de cette lettre est en annexe.

Le troisime des enfants de Cheikh Al-Qadi, Ahmed Mahmoud entretint
aussi une correspondance suivie avec les agents de Faidherbe et tint ce
gouverneur au courant de la politique et des faits et gestes d'Al-Hadj
Omar.

Cette famille a fourni non seulement les chefs politiques de la
fraction, mais trs souvent les cadis et chefs religieux de la tribu.
Sous le couvert de cette influence, ils ont tent  plusieurs reprises
d'accaparer la direction des affaires. En principe rien ne pouvait
tre dcid par le chef politique, sans que le cadi ft consult. Au
contraire, il arriva mme qu'Abd Al-Jelil, grce  l'intrt que lui
portrent les mirs Sidi Eli et son fils Ahmeddou, usurpa les fonctions
d'Ahmedna jusqu' notre occupation. Ce ne fut qu'au dpart d'Abd
Al-Jelil dans l'Adrar avec son protecteur Ahmeddou qu'Ahmedna dut de
pouvoir, en 1903, tre rintgr dans son commandement. Il n'y eut
d'ailleurs aucun mrite, car si son campement n'avait pas fini avec les
autres Id Ag Fara, c'est qu'il n'en avait pas eu le temps.

    [Illustration:
    _A gauche_: CHEIKH M'HAMMED OULD BEKKA, Chef des Ahel Cheikh.
    _A droite_: DIDA, Cadi suprieur des Brakna.]

Les principales personnalits Id ag Fara sont: _a_) Mohammed
Mahmoud ould Al-Mrabet, dit Dida, cadi de la tribu. Dida appartient
 une famille maraboutique trs influente. L'origine de cette
considration remonte  son bisaeul Al-Qadi ouali renomm, qui mourut
vers 1780, et fut enterr  Bou Talheya, o son tombeau est l'objet de
plerinages. Il tait fils d'Atjfara Ahmed Babou, vu ailleurs, et se
rattachait ainsi  la ligne mme d'Atjfara (Bekka). Il laissait quatre
fils: Al-Falli, Oummoui, Babana et Hab qui furent tous de saints
personnages. Hab Allah, mort vers 1815, laissa  son tour plusieurs
enfants dont l'an, Mohammed Mahmoud, mort vers 1862, fit refleurir
toutes les vertus de l'anctre. Aussi lui donne-t-on le surnom de
Mrabet. Son fils Mohammed Abd Allah n'a pas fait parler de lui. Dida
est le fils an de Mohammed Abd Allah. Au surplus voici le schma
gnalogique de cette famille.

            Al-Qadi, [+] vers 1780.
       _______________|_______________
      |          |         |          |
  Al-Falli.  Oummoui.  Babana.    Hab Allah,
                                 [+] vers 1815.
          ____________________________|__________
         |             |             |           |
  Mohammed Mahmoud,  Ahmeddou.  Moh. Mokhtar.  Mostafa.
   dit Al Mrabet
   [+] vers 1862.
         |
  Mohammed Abd Allah.
         |
  Mohammed Mahmoud,
     dit Dida.

Dida est n vers 1884. Sa mre est d'origine Arallen. Parti en
dissidence avec sa tribu, il se soumit avec elle et depuis a eu une
attitude parfaitement loyaliste. Il a t nomm cadi de sa tribu en
1909 et, peu aprs, cadi suprieur du cercle. A ce titre, il jouit
d'une grande influence, encore que les ennemis de Diediba eussent
prfr un cadi qui n'appartnt pas  cette tribu. En 1912,  la mort
d'Abd Al-Jelil et avant la nomination de son fils, il a fait l'intrim
de chef de fraction. Il a, de par ses anctres, de nombreuses relations
dans toutes les tribus du cercle, son pre en effet et surtout son
grand-pre Al-Mrabet ayant t les professeurs et les initiateurs
dont relvent la presque totalit des marabouts et notables de la
rgion. Dida est lui-mme un professeur mrite, en qui on s'accorde 
voir spcialement un juriste de premier plan. Il enseigne le droit 
une trentaine de jeunes gens, surtout Diediba. Sa tente est toujours
plante aux environs d'Aleg. Dida est un homme intelligent, instruit,
dvou, qui nous rend les plus prcieux services. Sa popularit lui
vaut dans sa tribu et ailleurs, plus spcialement chez les Touabir
et Arallen, de nombreux cadeaux. Il est moqaddem qadri par la chane
mystique suivante, qui se rattache aux Kounta: Cheikh Ahmed Babou ould
Al-Hadj; Cheikh Abd Allah ould Mostafa; Cheikh Sidi Mohammed ould
Cheikh Abd Allah; Cheikh Mostafa ould Cheikh Al-Qadi; Cheikh Al-Qadi,
pre du prcdent; Cheikh Sidi Mokhtar Al-Kabir, le Kounti.

_b_) Ahmed Mahmoud ould Mohammedda qui passe pour tre un des
reprsentants de la premire tribu Diediba. Il est n vers 1863 et
a fait ses tudes auprs de Mohammed Abd Allah, pre de Dida. Jadis
cadi des Id Ag Fara Brahim, puis cadi des Diediba par la nomination
de Coppolani,  la suite de la dissidence du cadi de la tribu, il
dmissionna pour que ces fonctions judiciaires ne soient exerces que
par un membre des Ahel Cheikh Abd Allah. Intelligent et fort instruit,
il fut accus, en 1906, d'avoir fait sa cour au Chrif marocain, en lui
faisant don d'une jeune captive. On a pu constater aussi l'lasticit
de sa conscience par la proposition qu'il fit d'affirmer, sous serment
coranique, l'authenticit de pices fausses. Il enseigne le droit et un
peu de thologie  une vingtaine de jeunes gens. Entre temps, il fait
sur Cascas, Bogh et Podor des voyages commerciaux. Il est trs connu,
mais il ne jouit que d'une influence restreinte.

_c_) Cheikh Sidi-l-Mokhtar ould Cheikh Abd Allah ould Mostafa. N vers
1883, il a eu son pre pour professeur, mais son pre lui-mme est un
des lves du grand Al-Mrabet. Il appartient  une tente chrifienne,
tablie depuis plusieurs gnrations chez les Diediba. Parti en
dissidence avec les siens, il fit sa soumission avec eux, mais affecta
longtemps de nous ignorer et resta  l'cart. Il s'est rapproch
avec le temps. Il donne l'enseignement coranique  une cinquantaine
d'lves, et fait quelques cours suprieurs. Son influence religieuse
s'tend surtout chez les Noirs, Toucouleurs et Ouolof, riverains
de Cascas  Saint-Louis. Il a mme quelques telamides d'occasion 
Sierra-Lone, jeunes gens venus ici par hasard et que son renom a
attirs  son ouird. Il voyage souvent sur le fleuve pour son commerce.

_d_) Cheikh Mohammed Mahfoud ould Cheikh Mostafa ould Cheikh Mohammed
Mahmoud. N vers 1884, il a pous Maram, soeur de Dida. Il jouit
d'une renomme locale comme professeur et descendant de Cheikh Al-Qadi.
Son influence s'tend sur les haratines du Chamama,  l'ouest de Bogh.
Il a une trentaine d'lves, grands et petits.

Les haratines Id ag Fara ont pour chef Abd Allah ould Acha. Leurs
terrains de cultures sont dans le Regueba, soit avec les autres
haratines Regueba.


Les _Ahel Ag Ammi_ se rattachent, comme on l'a vu,  Ammi, fils
d'Atjfara Brahim. Ils sont donc en principe Id ag Fara Brahim, mais ils
se sont spars de leurs frres, il y a plusieurs gnrations et ont
pris le nom spcial de leur anctre, laissant celui de la fraction 
la descendance de son frre Abhoum. Ils ne dpendaient donc plus des
Id ag Fara Brahim, comme tous les gens des Tassaguert. Si dans les
Biar, le droit des chefs (Gach, morceau de la poitrine de toute bte
de btail abattue) tait pour les Ahel Oudaa, chez les Tassaguiert, ce
droit tait pay, pour les Ahel Agd Ammi,  la tente princire des Ahel
Habelti.

A notre arrive, leur chef tait Cheikh ould Sidi Lamin (ould Mohammed
ould Habelti... ould Ammi). Il est mort au dbut de fvrier 1912, et
a t remplac, sur lection de la djemaa, par son fils Naji. Naji est
n vers 1890. Sa mre est une Jemouella. Trop jeune  notre arrive,
il n'est pas parti en dissidence. Malgr son jeune ge, il gre son
groupement avec habilet et nergie. Il est second par le notable
Mohammeddou ould Habib Allah ould Mohammedden. Les autres notables les
plus en vue sont: Habib ould Habib, ancien chef de sous-fraction qui
a t condamn le 16 aot 1916  un an de prison, et Mohammed ould
Cheddad, qui l'a remplac comme chef...

Les Ahel ag Ammi n'ont pas de zenaga. Leurs haratines sont sdentaires
 Aroua. Ils cultivent en outre des lougans  Bal, en face de Dara et
de Pat Gallo.


Les _Ahel Mohammedden Othman_ se sont, comme les Ahel Ag Ammi, dtachs
des Ahel Atjfara Brahim pour constituer une fraction indpendante. Ils
se rattachent  Mohammedden ould Othman, quatrime descendant d'Abhoum
fils d'Atjfara Brahim (cf. _infra_ tableau gnalogique). La scission
parat s'tre produite avec le fils ou le petit-fils de Mohammedden,
dans la deuxime moiti du dix-huitime sicle. A cette date, la
fraction, dite aussi des Tessaguert, cessa de donner le gach au chef
des Id ag Fara Brahim et le donna  ses chefs: les Ahel Mekhiyen.

Le chef de la fraction est Hamda ould Sidi ould Abdi ould Mekkiyen
ould Abd Allah ould Mohammed Othman. Sa mre est une Jemouella.
Sa famille jouit d'une excellente rputation dans tout le cercle.
Lui-mme assure son service avec beaucoup de zle et d'adresse. Il est
occasionnellement employ comme assesseur au tribunal de cercle.

La fraction n'a pas de zenaga. Ses haratines sont peu importants et
cultivent avec ceux des Ahel ag Ammi.


Les _Id Ayank_ ne sont pas de pure origine Diediba. Leur anctre
Andach tait un tranger (_halif_) venu s'installer chez Atjfara
Bekka, qui s'y maria et dont la descendance se nationalisa Id ag Fara.
Leur chef est Ali ould Mohammed ould Omar ould Mikhetir ould... ould
Andach. Il a succd, en 1912,  Al-Goumach.

Les Id Ayank n'ont ni zenaga, ni haratines; ils ont de nombreux
chameaux, dont Bakar ould Soued Ahmed se servit souvent contre nous.
Ils nomadisent entre Mal et le Tagant, et ne descendent jamais dans le
Chamama.


Les _Asbat Negza_ devraient s'appeler aujourd'hui simplement Ahel Negza
ou Oulad Negza. Ce vocable d'Asbat est le souvenir d'un tat de choses
qui a subsist pendant la plus grande partie du dix-neuvime sicle et
a aujourd'hui disparu. Il rappelle la confdration des Id Ayank, des
Id ag Jemouella et des Negza. Ces fractions formaient  elles trois un
groupement trs particulariste, qui, tout en s'unissant par des liens
conjugaux, ne fusionna pas. Ils se considraient et on les considrait
comme des allis (Asbat). Par la suite, chacune des fractions a
repris son indpendance.

Negza ould Othman, l'anctre ponyme des Negza, tait originaire des
Oulad Ad du Gorgol, qui ne sont d'ailleurs qu'une colonie des Oulad
Ad du Trarza. Ce sont, comme on le sait, des Zenaga, non tributaires,
et guerriers, d'origine arabo-hassanes et qui ont t asservis par
les invasions hassanes postrieures. Ce Negza, dont le vrai nom tait
Mzadef, vint s'tablir, peu avant 1800, dans le campement de Cheikh
Al-Qadi et fut son disciple empress. Il avait alors 40 ans et tait
suivi de son fils Ali. Il mourut vers 1812, et fut enterr  Aleb
Niatara. Son fils, ayant pous une haratina des Oulad Ahmed, se fixa
dfinitivement chez les Diediba. Les 6 fils d'Ali prirent femmes dans
cette tribu et constiturent l'origine de la fraction. Les Oulad Ahmed
les considrrent pendant un certain temps comme leur zenaga et leur
imposrent un tribut. Mais les Diediba les rachetrent et se les
attachrent comme tlamides. Voici le schma gnalogique de la tente
du commandement:

                            Othman.
                               |
                     1. Mzadef dit _Negza_.
                               |
                            2. Ali.
      _________________________|_____________________________
     |           |         |         |            |          |
  Mahmoud.  3. Soued.  Mohammed.  Brahim.  4. Al-Kouri.  Mokhtar.
                 |                           _____|______
                 |                          |            |
           7. Al-Kouri.                5. Bachir.  6. Mahfoudh.

Les chefs de fraction se succdrent dans l'ordre de numrotation du
tableau. Bachir (5), qui tait mort en 1880, fut remplac par son frre
Mahfoudh ould Al-Kouri. Ce fut lui que Coppolani trouva en 1905 et
confirma dans son commandement,  son retour de dissidence avec les Id
ag Fara. Chef assez apprci d'une tribu de voleurs et de pillards, il
fut plusieurs fois puni pour avoir donn asile  des mejbour, au dbut;
 des prisonniers vads, ces temps derniers. Il fut destitu, en 1917,
et remplac par son cousin Al-Kouri ould Souedi.

Anciens zenaga, devenus tiab, les Asbat Negza se ressentent
aujourd'hui encore de ces origines. Ils ne jouissent que d'une
demi-considration. Ils n'pousent pas notamment les filles des hautes
classes diediba.

Ils suivent tous, aujourd'hui comme il y a un sicle, le sillage
religieux des Diediba. Ils leur ont emprunt leur feu pour les
troupeaux et leur sont, malgr les sollicitations des Zemarig
dissidents, rests fidlement attachs.


Les haratines Diediba doivent leur mancipation  Coppolani.
Affranchis des droits de horma  la suite de la rbellion de leurs
matres, ils furent distribus en autant de campements qu'il y avait de
sous-fractions suzeraines, tablis dans la rgion de Chabbour et placs
sous le commandement de Mohammed Amouijin, des Zemarig.

Par la suite, ce commandement gnral a t supprim et chaque
sous-fraction de haratines a son chef particulier.


Les Diediba ont un beau cheptel de 4.030 bovins, 43.144 ttes de petit
btail et 878 nes. Leurs chameaux sont au nombre de 165,  peu prs
tous chez les Id ag Fara et Id ag Fara Brahim. A ce propos, on peut
remarquer la tendance des Diediba  se partager en deux groupements:
l'un  peu prs uniquement pasteur et nomade, qui campe dans la rgion
du Nord,  Dokhon, etc. Il est compos des deux fractions prcites;
l'autre, camp au Sud, autour du lac, est compos des Ahel Agd Ammi,
des Ahel Mohammedden Othman, etc. Ce sont des nomades  petit rayon et
des cultivateurs en voie de sdentarisation pendant quelques mois de
l'anne.

Le feu des Diediba est le _qaf_ [qaf], qu'ils apposent sur le ct
droit du cou pour les chameaux, sur la cuisse droite pour les bovins.
Ils ont de nombreuses contre-marques: le del [dal] et le _madda_
[madda] chez les Ahel agd Ammi; la patte de poule [patte de
poule] chez les Id ag Fara Brahim; la croix [croix] chez les Id ag
Fara; les signes [T couch  droite] ou [T couch  gauche] dans le
campement Mrabet, etc.

Les Diediba font, par leurs haratines et mme par les plus pauvres
d'entre les personnes de condition libre, de nombreuses cultures dans
la cuvette d'Aleg. Aleg est un point trs important pour les Maures.
C'est un centre de cultures: on y fait un peu de riz et beaucoup de
mil. Les indignes y campent une partie de l'anne. Ils viennent s'y
installer en hiver, aprs avoir termin leurs travaux dans le Chamama;
ils en repartent en automne, au moment des pluies. Il n'y avait ni
villages, ni maisons; Aleg est seulement une grande cuvette o se
rpandent sur une trs grande surface les eaux de l'oued Katchi. La
terre appartient exclusivement  la tribu des Diediba; mais ces
derniers, moyennant des redevances lgres, permettent  d'autres
tribus, telles que les Tendra, les Tagnit, les Hijaj, d'y faire des
cultures.

  Noms des terrains:      Fractions auxquelles appartient la terre:

      Frioua,                   Id ag Fara.
      Al-Mrifeg,                Jeddou Al-Habbab.
      Meifed,                   Ahel Mohamedden Othman.
      Gouissi,                  Ahel Ag Ammi.
      Adimmour,                 Cheikh des Diediba.
      Tichetayat,               Oulamouichm.
      Tidar,                    Id ag Fara.
      Aroua,                    Ahel ag Ammi.

Les territoires de nomadisation des Diediba sont en hivernage:
l'Agan, Chogar, l'oued Katchi, Kra al-Asfar, et le sud d'Aleg; en
saison sche: le lac d'Aleg et Aleg mme, Bir el-Barka, Dokhon, Bou
Telhea, Chabbour, Regba, Ball. Leur point d'eau central tait jadis
Ndokhon, puits rput de 50 mtres de profondeur, dans une dpression
trs boise. A ct du puits, on trouve aujourd'hui les ruines d'une
construction en baraco, que les premires reconnaissances en 1905-1907
trouvrent encore bien conserve. Elle affectait la forme d'un carr
de 25 mtres de ct avec cour centrale. Cette casba avait t difie
alors qu'ils taient les matres du pays. Ils durent l'vacuer  la
suite de leurs luttes avec les Oulad Biri.


Les professeurs les plus rputs des Diediba sont: _a_) le cadi
Dida, camp  Chogar, mais que ses fonctions maintiennent  Aleg la
plupart du temps; _b_) Mohammed Mahmoud ould Mohammedden, camp chez
les Id Atjfara Brahim. Ces deux matres ont t vus plus haut. A leur
clientle maure ordinaire, surtout Diediba, se joignent un certain
nombre de jeunes Toucouleurs. Leur enseignement est d'abord coranique
(ils sont suppls en cette branche par un ou plusieurs adjoints) et
ensuite suprieur: droit, grammaire, thologie, littrature et langue.


Les principaux lieux de plerinage des Diediba sont les tombeaux et
cimetires de leurs anctres: Bou Telheya, o sont inhums Al-Qadi,
Cheikh Ahmed Babou et Hab Allah, etc.; Bir el-Barka, o est inhum
Cheikh Abder-Rahman ould Cheikh Al-Qadi, celui-l mme qui crivait 
Faidherbe la lettre donne en annexe; Ndokhon, o sont enterrs Cheikh
Mohammed ould Babou et Cheikh Qadi ould Ahmed Babou, etc.; Raddeka, o
sont enterrs Mohammed Mahmoud (Mrabet), grand-pre de Dida; Mohammed
Abd Allah, fils du prcdent; Al-Falli ould Al-Qadi; Oummoui, etc.;
Touirsat, cimetire beni, etc.




CHAPITRE V

ZEMARIG


1.--_Historique._

Si administrativement les Zemarig constituent une tribu indpendante,
on a vu ci-dessus qu'ethniquement, ils sont des Diediba. Depuis
l'heure o leur anctre ponyme Chems ed-Din, dit Zemrag, c'est--dire
le fort, rejoignit ses cousins Atjfara Brahim et Atjfara (Bekka)
dans le Brakna, ils ont vcu avec les Diediba et ont fait partie
intgrante de la tribu. C'est de nos jours seulement qu'ils se sont
dtachs d'eux.

La chronique des Zemarig commence donc avec Chems ed-Din, originaire
comme ses cousins, des Diediba ou Id Eleb du Hodh. Une tradition
le fait proprement le fils d'Atjfara (Bekka). Voici le tableau
gnalogique de la tente du commandement:

                                Zemrag.
                 __________________|__________
                |                             |
            Tegueddi.                       Baba Imijan.
          ______|_______             _________|_______________
         |              |           |         |               |
  Taleb Mohammed,    Brahim.    Ba Ahmoud  Agd Elek.  Atjfara Saloum.
    descendance         |       (Zmarig).  \_________________________/
     chez les      Mohammedden.             Quelques tentes chez les
   Oulad Bou Sif.       |                 Oulad bou Sif, le reste chez
                       Amar                       les Zemarig.
                        |
                   Abd El-Qader.
            ____________|______________
           |                           |
       Mohammed.                    Mostafa.
           |                           |
      Sidi-l-Mokhtar.               Chibani.
           |                       ____|_____
           |                      |          |
  Mohammed Sidi, ex-chef.      Tofal.    Limam, chef actuel.

C'est par suite d'un phnomne d'ordre conomique qu'un certain nombre
de tentes Zemarig se sont agglutines aux Oulad Bou Sif. Propritaires
de chameaux, elles ne purent suivre les autres Diediba dans leur lent
flchissement vers le Sud. Obliges de vivre loin du fleuve, elles se
grouprent auprs des Oulad Bou Sif pour tre protges, mais elles
sont restes en bonnes relations avec leurs cousins et ne renient pas
leurs origines.

Les Zemarig ont toujours t considrs un peu comme des parents
pauvres par les autres Diediba.

Les Id ag Fara Brahim taient la fraction qui avait le commandement
politique. Les Id ag Fara possdaient l'autorit religieuse et
judiciaire. Les Zemarig, tiers tat, n'avaient plus qu' obir. Ils
se lassrent de cette situation, et aprs des luttes frquentes avec
les Id ag Fara Brahim, ils s'loignrent d'eux et vinrent se fixer 
Chabour, dans le Chamama. Chasss par les Toucouleurs, ils vinrent vers
Bogh et nomadisrent entre Bogh, Al-Merich, la rivire de Mal, et
Cascas. Ils entrrent dans le systme politique de l'quilibre local en
contractant alliance avec les Toucouleurs de Bogh et en luttant contre
ceux du fleuve. Leur daba tait install prs de Bogh.

Depuis longtemps donc ils vivaient pratiquement spars des Diediba.
A la fin du sicle dernier, ils furent gravement pills par les
Oulad Ahmed; ceux-ci tant les allis des Oulad Biri, les Zemarig se
rapprochrent des Diediba et prirent part aux luttes de cette tribu
contre les Oulad Biri et Oulad Ahmed. Ce rapprochement amena leur
dissidence,  la suite d'Abd Al-Jelil, chef des Id ag Fara, lors de
l'occupation franaise (1904). A leur retour du Tagant ils furent
mis  l'amende  part. Les autres dissidents ayant refus de faire
une rpartition gale pour ces contributions, les Zemarig sentirent
renatre toute leur animosit. Ils demandrent  vivre en dehors de la
tribu et, depuis, ils ont joui de leur autonomie.


2.--_Fractionnement._

Le fractionnement des Zemarig s'tablit ainsi:

    Zemarig libres:        56 tentes           224 personnes.
    Haratines Zemarig:    100  ----            475  ----

    soit au total 156 tentes et 699 personnes.

Le chef tait, lors de notre arrive, en 1903, Mohammed Sidi ould
Sidi-l-Mokhtar, n vers 1848. C'tait un homme intelligent et peu
aim de sa tribu  cause de sa fourberie et de ses exactions. Il
fut destitu, en 1912, pour avoir pill les animaux de ses gens, et
remplac par son cousin Limam.

Par le refus de son frre an, Thofel, d'exercer le commandement,
Limam est chef depuis 1912. Il est n vers 1885. Trs jeune  notre
arrive, il dut suivre le mouvement de dissidence de sa tribu,
mais revint peu aprs. C'est un bon chef, estim et obi par ses
gens. Il est quelque peu apathique. Il a voulu faire un jour acte
d'nergie, mais ce geste ne lui a pas russi: il fut puni d'une peine
disciplinaire pour avoir protest contre la nomination de Dida comme
cadi.

Le commandement est dfinitivement fix dans ce campement, et
spcialement dans la tente des Ahel Abd El-Qader, celui-ci tant le
bisaeul de Limam. C'est pourquoi on leur assigne dans la pratique ce
nom. Limam par exemple n'est dsign que sous le nom de Limam ould Abd
El-Qader. C'est aux Ahel Abd El-Qader que traditionnellement tait
vers le gach ou morceau de poitrine de toute bte abattue. Chez les
haratines Zemarig, c'tait aux Abdi ould Daa.


La djemaa de la tribu comprend:

_a_) Mohammed Sidi, ex-chef, dj vu,

_b_) Thofel, de son vrai nom Mostafa ould Abd El-Qader, frre an de
Limam. N vers 1875, il a fait de bonnes tudes et s'est consacr 
l'asctisme et aux choses du ciel. Il est sur la voie de la saintet.
Il fut, dans les dbuts, puni d'une peine lgre d'emprisonnement.
Aussitt libr, il partit pour l'Adrar, allant offrir ses services
au Chrif Moulay Dris. Aprs un sjour de plusieurs annes, o il put
goter toutes les misres de l'exil, il demanda l'aman et rentra. Il se
tient tranquille maintenant. Il remonte chaque anne vers l'Adrar pour
aller faire la guetna.

_c_) Ahmedou ould Cheikh Mohammed Al-Qadi ould Mohammed Hemar ould
Atjfara Salem. C'est un marabout qadri, qui relve de Cheikh Adallah
des Diediba, et par lui de cheikh Sidi Mohammed son cousin, et de
Cheikh Mostafa ould Cheikh Al-Qadi des Diediba.

_d_) Ahmed ould Babou et _e_) Abdi ould Yahia, notables.

_f_) Mohammed Abd Allah ould Cheikh Mohammed Qadi, qui est mort en
1916. N vers 1870, il avait t le brillant lve et le disciple de
Mohammed Abd Allah ould Al-Mrabet. Il ne partit pas en dissidence
avec sa tribu, mais en 1908 se mit en route pour la Mecque sans
autorisation. A la ralit, il ne dpassa pas l'Adrar et dut bientt
rentrer. Cette incartade lui valut une peine disciplinaire. Cadi de sa
tribu, il jouissait d'une grande rputation et se consacra en dernier
lieu avec beaucoup de zle aux soins de sa charge.

_g_) Il a t remplac par Ahmed Salem, ould Sidi ould Dahi, lve de
Mohammed Abd Allah. Il fait galement l'cole coranique, et quelquefois
des cours d'enseignement suprieur.

Au point de vue religieux, outre les obdiences prcites, il faut
signaler celle de Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Mostafa ould Cheikh
Mohammed Mahfoudh, des Id Atjfara (Diediba), et celle de Cheikh Saad
Bouh, qui s'est exerce ici par son missionnaire Abou-l-Maali ould
Cheikh Ahmed Hadrami, des Tagat. Limam, le chef de tribu, relve de ce
dernier ouird.

Les Zemarig font leur plerinage  Al-Merich et  Azlat (Al-Azlat). A
Merich, on voit le tombeau vnr du grand saint Cheikh Mohammed Abd
Allah ould Cheikh Mohammed Al-Qadi.

Leur cheptel est de 6 chevaux, 347 bovins, 1.000 ttes de petit btail
et 48 nes. Leur feu est le _gaf_, soit [gaf] des Diediba, appos
sur la cuisse droite. Ils ont comme contremarques le _dal_ [dal] sur
le membre intrieur droit, le moulana [moulana] et le [sad]
au-dessus du _gaf_. Cette dernire appartient aux Ahel Abd El-Qader.

Les Zemarig nomadisent entre Azlat et Kra al-Asfar, en hivernage; au
nord-ouest de Bogh avec leurs haratines, en saison sche.

Les haratines des Zemarig sont fort nombreux, plus nombreux mme
que leurs matres et ont fait leur fortune. Ils sont camps dans le
Chamama, au nord-ouest de Bogh, et ne se dplacent que dans un petit
rayon. Ils restent ainsi  proximit de leurs terrains de cultures:
Tienel, Bogh, Chabour, Regba. Ceux-ci appartiennent  la famille de
Bes Moro, du village de Sinthiou Dangd (Sngal), mais depuis notre
installation en Mauritanie, ces Toucouleurs ont cess de rclamer la
location des terrains leur appartenant. En revanche, ils ont d payer
en 1917, 650 francs de diold (droit de location d par le cultivateur)
 Bala Biram, chef du Lao maure, mais c'est  contre-coeur, et ils
assurent que la terre n'appartient pas  Bala (comme le dit Chruy),
mais que ce chef se serait empar de ces domaines lors du trouble qui
suivit l'arrive des Franais, et qu'il les fit travailler par les
Zemarig haratines, qui ne s'taient pas enfuis.

Le chef des haratines Zemarig tait,  notre arrive, Mohammed Amojin.
Il nous tmoigna un dvouement complet. Il tait envoy, en novembre
1906, pour prendre des renseignements sur la marche d'un mejbour,
command par Ould Assas. Dnonc par Ahmedna, chef des Id ag Fara
Brahim, il fut captur, amarr et battu par les dissidents. Il russit
 s'enfuir et, pour se venger, guida le lieutenant Corrard des Essards
 la mare de Tioul-Tiab o tait rassembl le rezzou. Par la suite,
sa tte fut mise  prix par Ahmeddou. Il rendit des services prcieux,
nous fournissant sans cesse des renseignements sur la marche des
rezzous. Les gards qu'on lui tmoigna abusrent son orgueil. Il se mit
 piller ses gens, et sur leurs plaintes fut relev de son commandement
et emprisonn  Bogh (1909). A sa sortie de prison, il a rejoint sa
tribu d'origine, les Id ag Fara.

Il a t remplac par Sambet ould Sambet, homme intelligent et qui
assure convenablement son service.

Les notables de la tribu sont: Ahmed Fal ould Abhoum, Sidi ould Ahmed
Abd et Mokhtar ould Mohammed.

Les haratines Zemarig n'ont qu'une pit superficielle. Certains
cependant se font,  l'instar de leurs matres, confrer l'ouird qadri.
Ils le demandent aussi au Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa ould Cheikh
Mahmoud des Id Elik, qui relve de Cheikh Al-Qadi prcit.




CHAPITRE VI

KOUNTA


1.--_Historique._

Dans mes deux mmoires sur les Kounta de l'Est et les Kounta du
Hodh, j'ai expos les origines et la tradition historique des Kounta.
On ne peut ici qu'y renvoyer, et on les supposera connus.

Trois fractions Kounta vivent dans le Brakna, autour de Guimi, leur
point d'eau commun et le centre de nomadisation: les Oulad Bou Sif,
les Meterambrin et les Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar. Les deux premires
drivent de la mme source: ils descendent de Sidi Mohammed Al-Kounti
As-Sarir (seizime sicle) et proviennent des Kounta du Tagant. La
troisime drive du grand Cheikh Sidi-l-Mokhtar ([+] 1811) par son fils
Baba Ahmed, et provient donc d'abord de l'Azouad, et en dernier lieu du
Hodh.

On n'oubliera pas que ces deux sources se rejoignent au quinzime
sicle en la personne du saint Sidi Ahmed Al-Bekka. En effet, Sidi
Mohammed Al-Kounti As-Sarir, patriarche des Oulad Bou Sif et des
Meterambrin, et Sidi Omar Cheikh, sont frres, fils tous deux du dit
Ahmed Al-Bekka.


A.--_Source Tagant._--Sidi Mohammed Al-Kounti As-Sarir vcut  cheval
sur le quinzime et seizime sicle. Fils an de Sidi Ahmed Al-Bekka,
il hrita de l'autorit politique, laissant  son frre Cheikh Sidi
Omar Cheikh la baraka et l'apostolat. Du Hodh, o son pre tait mort
et avait t enterr, il revint, vers la fin de sa vie, avec ses
campements vers le Tagant, laissant autour de Oualata les tentes de ses
cadets, qui, un peu plus tard, allaient appuyer vers l'Est et migrer
vers le Faguibine et l'Azaouad.

Sidi Mohammed As-Sarir mourut vers 1850, et fut enterr  Kerkach, au
sud-ouest de l'Adrar. Il laissait sept fils qui sont les anctres des
Kounta du Hodh, du Brakna, du Tagant et de l'Adrar. Ce sont: Sidi Bou
Bakar, Sidi Hab Allah, Sidi Oues, Meteramber, Omar Rekkab, Oghal et
Ahmed. Ils sont les anctres des fractions qui portent leurs noms.

Deux fractions Kounta du Brakna se rattachent donc  cette branche: les
Oulad Bou Sif, descendants de Sidi Oues, par son petit-fils Bou Sif;
et les Meterambrin, descendants de Meteramber.

Les _Oulad Bou Sif_ tiennent ce nom de Bou Sif de leur anctre Baba Bou
Sif, petit-fils de Sidi Oues. Baba Bou Sif eut, d'une premier femme
noire, nomme Haoua, les Ouled Bou Sif Al-Kohol (Noirs) qui sont ici
mme et au complet, et d'une autre femme blanche, Lalla Fatma, deux
fils Ahmed et Oues, anctres des Oulad Bou Sif Al-Biodh (Blancs), dont
une partie est ici et dans le Gorgol, et dont les autres constituent la
fraction Oulad Bou Sif du Hodh. Baba Bou Sif a t enterr  Rekhamiat
dans le Tagant.

Les Oulad Bou Sif noirs sont ici depuis le milieu du dix-huitime
sicle, comme on le verra plus loin. Les blancs viennent d'arriver,
il y a quelques annes  peine et depuis notre occupation. On peut
considrer que leur exode n'est pas encore termin.

Le pays propre des Oulad Bou Sif noirs tait l'Agan. Vers 1850,
fatigus par les luttes avec les Id Ou Ach, une partie d'entre
eux alla chercher fortune dans le Hodh et, sur leurs rapports
enthousiastes, le gros de la tribu suivit. Ils en revinrent toutefois
vers 1880, sauf quelques campements qui sont rests dans le Hodh.

En juillet 1904, ils furent pills par les Oulad Bou Sba et perdirent
3.000 chameaux, tout le cheptel. Sidi ould Mohammed ould Ahmed Abd,
leur chef, les dtermina alors  quitter l'Agan o ils vivaient depuis
Sidi Mohammed Al-Kounti, et  migrer vers le Sud. Ils s'tablirent
autour de Guimi. C'est depuis lors que les Oulad Bou Sif ont cess
d'tre une tribu  chameaux pour devenir une tribu  boeufs et surtout
 petit btail.

Leur soumission date du premier jour; cependant plus d'une fois par la
suite, ils ont servi de receleurs au gens de Tagant et de l'Adrar pour
leur produit de leurs pillages et surtout dans le commerce de captifs.

Les _Meterambrin_ tirent leur nom de leur anctre Meteramber dit
l'envelopp, parce qu'il avait l'habitude de s'envelopper des pieds 
la tte dans son boubou. Ses descendants sont donc devenus les fils de
l'envelopp, ou Meterambrin. Son vrai nom, d'aprs une tradition de
l'Azouad, non confirme ici, aurait t Amar.

Les Meterambrin ne semblent pas avoir migr vers le Hodh.

Ils quittrent l'Adrar et notamment Ouadan, leur centre, sous
la conduite d'Abd Er-Rahman, fils de Meteramber, vers la fin du
dix-septime sicle, pour venir se fixer dans l'Agan, qui dsormais
sera le pays mme des Kounta. Il y mourut et fut enterr prs
d'Aguiert, o l'on voit son tombeau, ainsi que celui de son fils et
successeur, Sidi Mohammed Reggad; c'est de celui-ci que date cette
amiti constante et profonde qui va unir les Kounta de cette branche
et les almamy des Fouta. Elle durera jusqu' nos jours. Le Reggad
se signala  la reconnaissance de ses gens, en faisant planter 
Lemaoudou une palmeraie dont subsistent encore quelques dbris.

Sidi Mohammed, qui succda  Mohammed Reggad, son pre, raffermit cette
alliance et ne quitta plus l'almamy Mamadou Biram. La tribu, sauf
deux mois d'hivernage qu'elle allait passer  Lemaoudou, sjournait
constamment dans le Chamama.

Sidi Mohammed fut enterr  Galab Wan-Van, sur le fleuve, et son fils
Mohammed Lamin lui succda. Les bonnes relations entre ce chef et les
almamy furent lgendaires. Il ne quitta, dit-on, ses amis Toucouleurs
qu'une seule fois en 42 ans de commandement.

Ren Cailli eut affaire  un Kounti qui ne pouvait tre que Bou Sifi
ou Meterambri. L'un des marabouts prsents au camp de l'mir Ahmeddou,
quand il y arriva en septembre 1824, Chrif, Kount de nation, lui
proposa d'aller habiter son camp, lui promettant de le considrer comme
un fils. Dj engag avec le chef des Diediba, Cailli refusa cette
offre aimable. Ledit Kount faillit d'ailleurs compromettre Cailli
en le surprenant  crire une page de son journal. Il ne le dtrompa
qu'en usant de ruse et en dclarant que c'taient des chansons, ce qui
ne convainquit qu' moiti le dfiant chrif. Ils vivaient  la fin
du dix-huitime sicle dans le Tagant. Ils asservirent, d'aprs leur
tradition, les Mechdouf qui durent leur payer tribut un certain temps,
mais prirent surtout part avec leurs frres Kounta de ce territoire, et
avec les Oulad Bou Sif qui s'taient joints  eux,  d'indterminables
luttes contre les Ahel Sidi Mahmoud, alors en pleine expansion. Les
confins de la Mauritanie et du Sahel sont  ce moment le thtre de
luttes sanglantes: Arabes hassanes, contre Arabes hassanes (Oulad Nacer
contre Oulad Mbarek), tribus zenaga contre tribus zenaga (Abakak contre
Chratit); marabouts contre marabouts (Kounta contre Ahel Sidi Mahmoud).
L'quilibre politique s'tablit alors, sur la formation de deux
groupes d'alliances, comprenant chacun une tribu arabo-hassane, une
tribu zenaga, une tribu maraboutique,  savoir groupement Oulad Nacer,
Abakak, Kounta, contre groupement Oulad Mbarek, Chratit, Ahel Sidi
Mahmoud. On peut croire que les batailles entre ces marabouts furent
frquentes et sans piti. On fut longtemps sans arriver  une solution
complte, car le vaincu trouvait toujours des renforts parmi ses allis.

Dans le courant du dix-neuvime sicle cependant, la situation se
modifia: les Oulad Nacer refoulaient les Oulad Mbarek et dominaient
politiquement le Sahel occidental (Nioro); les Abakak et les Chratit,
ces frres ennemis, s'unifiaient sous le commandement des Ahel Soued
Ahmed et devenaient la puissante tribu des Id Ou Ach, qui relevaient,
aprs bien des sicles, le prestige du nom berbre. Les Kounta enfin
taient battus par les Ahel Sidi Mahmoud et contraints de vider les
lieux.

La plupart d'entre eux refluaient vers le nord du Tagant et de
l'Adrar. Deux campements: les Meterambrin, issus de la fraction de ce
nom, et les Oulad Bou Sif, immigrs de frache date, se dtachaient
de la tribu-mre et descendaient vers le territoire des Brakna. Les
Meterambrin s'installaient dans le Chamama; les Oulad Bou Sif allrent
d'abord dans l'Aouker, puis descendirent vers l'Agan et Guimi, sous la
pression des rezzous du Nord.

Vers 1890, par suite des hostilits qui existaient entre Meterambrin et
Oulad Normach, leur frre Mohammed Lamin quitta le Chamama et partit
vers le Tagant, d'o il ne revint que dix ans aprs avec Bakar ould
Ahmeada.

Mohammed Lamin ne se rendit jamais  Lemaoudou pour hiverner, la
palmeraie plante par son grand-pre ayant t dtruite par les
Tadjakant, alors en guerre avec les Kounta.

Pendant tout son commandement, il marcha avec Ibra Almamy, fils
d'Almamy Mamadou, chef du Lao, contre les Toucouleurs du Bossa. En
revanche, Ibra le soutint contre les ternels ennemis: les Ahel Sidi
Mahmoud.

Les Meterambrin ont fait leur soumission  Coppolani ds son arrive
dans le Brakna.


B.--_Source Hodh-Azaouad._--Sous le nom _d'Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar_,
on dsigne les descendants et tlamides d'un petit-fils de ce grand
Cheikh Kounti, venu s'installer dans le Brakna, il y a un demi-sicle
environ. On voit une fois de plus combien le nom prestigieux du Cheikh
Sidi-l-Mokhtar domine toute la basse Mauritanie; il a form et consacr
 la fois trois grands pontifes: Cheikh Sida Al-Kabir, Cheikh Al-Qadi,
des Diediba, le principal matre spirituel du Brakna, Cheikh ould
Nenni, un des Cheikh les plus notoires du Tagant. Il a donn en outre
naissance--ici mme et ailleurs-- une importante fraction qui porte
son nom.

Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir laissait  sa mort dans l'Azaouad, en
1811, huit fils numrs dans mon ouvrage _Les Kounta de l'Est_, et
dont le plus brillant successeur spirituel de son pre fut Cheikh Sidi
Mohammed.

Parmi les sept autres, le quatrime, Baba Ahmed, clips par la
renomme de son frre, vint chercher fortune entre 1820 et 1825
environ, dans la Hodh, auprs de ses cousins de lointaine origine
(source Tagant), qui s'y trouvaient dj. Il fut rejoint par un certain
nombre de ses parents et tlamides de l'Azouad, et  sa mort, vers
1840, il laissait dj, sous le nom gnral d'Ahel Cheikh, les noyaux
de trois des actuelles fractions kounta du Hodh (cf. tableau en
annexe).

Baba Ahmed laissait cinq fils; les trois premiers sont les anctres
ponymes des trois fractions Ahel Cheikh prcites du Hodh; du
quatrime, la descendance s'est fondue dans les campements de ses
frres. Le cinquime, Bekka ould Baba Ahmed, est celui-l mme qui
nous intresse. Une partie de sa postrit s'est disperse aussi dans
les campements fraternels, mais deux de ses fils, Sidi-l-Mokhtar et
Sidi Mohammed et un de ses petits-fils Khalifa, ould Al-Abidin, venus
chercher fortune vers l'Ouest, entre 1840 et 1860, ont dfinitivement
abandonn le Hodh et leurs parents,  cette date, et sont les
fondateurs de la fraction Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar qui nous intresse.

Sidi-l-Mokhtar (dit aussi Sidina) ould Bekka ould Baba Ahmed, en qute
d'un tablissement convenable, vint quter vers 1842, chez les Touabir,
disciples des Kounta. Il vcut tantt chez eux et tantt chez les Oulad
Normach, et finalement se fixa dans le Brakna par un mariage avec une
femme des Id Elik. Il en eut deux fils Baba, et Sidi Amar. C'est de
cette poque que date la redevance que les Touabir ont pay et paient
encore aux membres de cette famille: un mouton choisi et une outre de
beurre par an et par troupeau. Sidi-l-Mokhtar devait mourir vers 1887,
 Chingueti, o il tait en voyage. Il fut remplac par son fils an,
Baba, qui mourut tt vers 1891  Kadi. Les fils de Baba tant en bas
ge, ce fut son frre Sidi Amar qui lui succda.

Le second des fils de Bekka ould Baba Ahmed, Sidi M'hammed, vint
chercher fortune sur les traces de son frre, en 1860; il spcifie
lui-mme qu'il arriva dans le Brakna l'anne du meurtre de l'mir
Trarza Mohammed Al-Habib. Il se partagea une dizaine d'annes entre le
campement de son frre, celui des Oulad Siyed et celui de Cheikh Sida
Al-Kabir et de son fils Mohammed Khalifa. Ses voyages, ses cours, ses
vertus lui attirrent un certain nombre de disciples maures et noirs.
Il se fixa avec eux sur la rive droite du fleuve, en face de Podor.
Vers 1886, il remonta vers la zone saharienne et alla s'installer, 
Guimi, o il se trouve encore actuellement.

Quelques annes plus tard enfin, en juin 1883,  la suite de querelles
intestines, les fils de Baba ould Bekka turent leur oncle Abidin.
Ces vnements provoqurent l'exode de plusieurs campements Kounta.
Khalifa ould Abidin s'expatria vers ses oncles du Brakna conduisant
ses fidles. Son pre avait eu, ds son vivant, des vellits
d'immigration. Il n'y donna pas suite. Aprs sa mort tragique et son
inhumation  Nma, ce fut son fils Khalifa qui les ralisa.

Les relations des intrigants Kounta avec l'autorit franaise remontent
 Faidherbe mme. En aot et octobre 1863, ce gouverneur du Sngal
concluait des conventions avec certains notables Ahel Cheikh, fort mal
dtermins  cette date, mais o il est certain qu' ct des Kounta
du Brakna se trouvaient des Kounta de Tombouctou, au surplus, les
uns et les autres de la filiation de Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir.
Ces conventions assuraient une protection rciproque aux voyageurs,
commerants et envoys des deux contractants.

Elles donnrent lieu  une correspondance, aussi abondante
qu'intresse, de la part des Kounta. On remarquera cette ptre
filandreuse, crite le 1er aot 1865, par le Cheikh, jeune alors--Sidi
M'hammed ould Bekka, et o le pieux adolescent s'exerait dj  cette
onction religieuse o cinquante ans aprs, il est pass matre.

       *       *       *       *       *

    Nul ne peut lutter contre la volont divine; nous sommes des amis
    de Dieu et c'est lui qui dfendra notre cause.

    On lit dans le Coran:

    Dieu est le dfenseur de tous les croyants! par consquent celui
    qui a Dieu pour dfenseur ne craint personne.

    Le Prophte a dit aussi:

    Celui qui fait du mal  mon ami m'attaque moi-mme.

    Il n'est pas donn  un homme le pouvoir de se battre avec Dieu, si
    vous admettez cela, continuez donc  tre ami avec nous et traiter
    bien tous ceux qui vont chez vous de notre part et bien plus encore
    ceux qui y rsident et qui sont mes parents, comme nous le faisons
    pour tous ceux qui viennent nous visiter de votre part.

    Dtruisez-vous l'amiti qui existe entre nous?

    Dieu a dit dans le Coran:

    Celui qui dtruit l'amiti de quelqu'un se fait du tort 
    lui-mme.

    Le pouvoir de Dieu est illimit. Ceux qu'il protge sont toujours
    les plus forts. A la fin d'une affaire, c'est toujours le plus
    croyant qui remporte la victoire. Quand Dieu veut dtruire une
    nation, il commande  cette nation de faire du mal  ses protgs.


2.--_Fractionnement._

A.--Oulad Bou Sif Blancs.

Les Oulad Bou Sif Blancs se divisent:

                { Ahel Baba.
                { Ahel Diebaba.
    En libres   { Ahel Maham.
                { Ahel Oues.

                { Zaghoura.
    Tributaires { Brakat.
                { Zkouat.

Les Ahel Baba, Ahel Diebaba (ceux-ci peu nombreux ici) et Ahel Maham
descendent d'Ahmed premier, fils de Baba Bou Sif; le second fils,
Oues, n'est reprsent ici que par deux tentes, les Ahel Oues. Sa
descendance est beaucoup plus nombreuse dans le Hodh.

Parmi les tributaires, les Zaghoura mritent une mention spciale. Ce
seraient des Zenaga, non pas issus de Berbres, mais d'Arabes. Ils
seraient avec les Kounta, depuis le temps de Mohammed Kounti As-Sarir,
et auraient pris part avec valeur  toutes leurs luttes contre les Id
Ou Al-Hadj. Il n'y a pas de Zaghoura dans la rgion de Tombouctou, et
il n'y en a plus dans le Hodh. On n'en trouve que chez les Kounta du
Tagant et du Brakna et dans le Chamama de Bogh.

Les Brakat sont peu nombreux ici. La plus grande partie est dans le
Hodh. Les Zkouat ne sont que 6 tentes. Le plus grand nombre est dans
l'Adrar, tributaires des Kounta de cette rgion.

C'est  mars 1911 que remonte l'arrive des premiers Bou Sif Blancs,
dans le Brakna. A cette date, on voit apparatre un jour, chez les
Bou Sif Noirs de Guimi, un gros campement venant de l'Est sous le
commandement de Mohammed ould Hammadi. Un autre campement de 25
tentes arrive en octobre. Cet afflux d'trangers amena une certaine
perturbation chez les Kounta. Les Bou Sif Noirs taient dbords et
leur chef n'tait pas obi. Les Blancs reconnaissaient en principe
l'autorit de Mohammed ould Hammadi, mais il y avait des dissidents,
comme Sidi Ahmed ould Mokhtar ould Sidi-l-Mokhtar, qui, venu de sa
propre initiative et  la tte de ses gens, entendait garder son
autonomie.

Il fallut rgler la situation au dbut de 1911. Noirs et Blancs furent
spars. Les Noirs restrent sous les ordres de leur ancien chef:
Sidi Ould Ahmed Abd. Les Blancs furent tous placs sous l'autorit de
Mohammed ould Hammadi. De son vrai nom, il s'appelle Mohammed ould
Sidi Mohammed Al-Kounti (celui-ci mort vers Nioro pendant l'exode)
ould Hammadi ould M'hammed ould Ahmed ould Maham ould Baba ould Ahmed
ould Baba Bou Sif. Comme descendant direct, dans la branche ane, de
Baba Bou Sif, c'est  lui que par hrdit revient le commandement de
tous les Oulad Bou Sif Blancs. Il est n vers 1885. C'est un bon chef,
qui s'acquitte correctement de ses devoirs et est aim de ses gens. Il
attribue l'exode des Bou Sif du Hodh, en 1911, au dsir de rejoindre le
pays ancestral: Tagant et Agan.

Cet exode devait d'ailleurs se continuer en 1912: on vit successivement
arriver 30 tentes nouvelles en mars, puis 60 tentes en septembre, aprs
un court sjour dans le Gorgol. Les derniers se prsentrent en aot
1913: ils comprenaient des Ahel Maham, des Zaghoura et des Rekkabat.
Leur arrive donna lieu  certaines difficults au sujet du rglement
d'une da fort ancienne entre eux et les Oulad Nacer. L'affaire fut
rgle par arbitrage.

Les notables de la tribu sont aujourd'hui:

    Sidi Lamin ould Baoubba Kaye,
    Sidi Ahmed ould Abed,
    Sidi ould Ahmed,
    Mohammed ould Khari,
    Al-Jeli ould Mohammed ould M'hammed.

Cet Al-Jeli, n vers 1882, est le cadi de la tribu. Il a fait de
fortes tudes auprs du grand Cheikh de Oualata: M'hamdi ould Sidi
Othman. Il est qadri et a reu l'ouird de Cheikh Ahmed ould Adoubba,
des Bou Sif Noirs du Tagant, qui, par son pre, Cheikh Adoubba, se
rattachait  Cheikh Sida Al-Kabir. Ce Cheikh Ahmed ould Adoubba parat
tre le principal matre spirituel des Bou Sif Blancs du Tagant. On
trouve aussi quelques initiations directes de Cheikh Sida Baba.

Dans la fraction, il faut signaler la prsence de Sidi ould Sidi
Lamin ould Khiarhoum qui, par hrdit, serait le vritable chef des
Rekkabat, encore dans le Hodh. Son attitude est d'ailleurs correcte,
encore qu'il s'efforce d'attirer les Rekkabat dans le Brakna.

Les Bou Blancs ont pour objet de plerinage les tombeaux de leurs
anctres  Kar al-Barka et Ferkach.

Ils comprennent 178 tentes et 556 mes. Leur cheptel se dcompose en 17
camelins, 115 bovins, 6.775 ttes de petit btail et 212 nes.

Leur feu est la marque gnrale des Kounta: le lam-alif.

Leurs terrains de parcours sont: en hivernage: Gaoua et Tachot
ad-Dokhna; en saison sche: Chogar, Gadel, Tendel, Lemaoudou. Quelques
tentes restent dans l'Agan.


B.--Oulad Bou Sif Noirs.

Les Oulad Bou Sif Noirs se divisent en:

                { Ahel Mokhtar ould Baba Bou Sif.
                { Oulad Hab Allah ould    id.
    Libres.     { Ahel Omar ould           id.
                { Ahel Abd Er-Rahman ould  id.
                { Oulad Ad-Daoui.

                { Oulad Al-Hemeiti.
    Tributaires { Oulad Kani.
    Zekhamat.  { Zemarig.

Les Zekhamat sont d'origine Oulad Nacer. Leur anctre ponyme tait le
petit-fils d'Antar ould Nacer par son pre Hossin. Il s'tait install
chez les Kounta du Tagant et y avait cr. La tradition rapporte que ce
guerrier repenti fut le disciple de Sidi Mohammed Al-Kounti et qu'il
fut enterr par la suite aux cts de son matre dans l'Adrar Tmar
(seizime sicle). Un de ses fils, Al-Guellas, alla vivre chez les
Hammonat et s'y fixa. Sa descendance a constitu l'actuelle fraction
des Zekhamat des Hammonat. Les Zekhamat du Brakna sont venus ici du
Tagant avec leurs marabouts au dix-huitime sicle. Ils passent pour
tre des chasseurs consomms.

Les Oulad Heneti se subdivisent en deux sous-fractions autonomes et du
mme nom. Hadoud Al-Kohol est le chef de la premire qui comprend 73
tentes, et Abd Allah ould Ali ould Ahmed, le chef de la seconde, qui
comprend 30 tentes. Les Oulad Kani ont pour chef Mokhtar ould Al-Kouri
ould Al-Hadj et comprennent 74 tentes. Les Zemarig sont originaires de
la tribu du mme nom. Ils se sont spars de leurs frres et ne veulent
plus rien avoir de commun avec eux. Ils comprennent 25 tentes et ont
pour chef Mohammed Abd El-Kerim ould Moma.

Le chef gnral des haratines tait Sidi Ahmed ould Ahmed Jiyed qui,
puni de 6 mois de prison pour exactions, fut remplac par Sidi Lamin,
chef de la tribu, le 16 mai 1916.

A notre arrive, le chef des Oulad Bou Sif Noirs tait Sidi ould
Mohammed ould Ahmed Abd (ould Lamin ould Mokhtar ould Sidi Amar ould
Mokhtar). Sa mre tait une Zemragua. Il ne partit pas en dissidence
et vint s'installer prs de Guimi, o il groupa la plupart de ses
campements et tous les tributaires. Forme de beaucoup de tentes
sans aveu, la tribu a longtemps joui d'un assez mauvais renom qui
rejaillissait sur son chef. Bon chef qui savait se faire obir et ne
rencontrait gure de difficults que chez les Oulad Heneti, Sidi
ould Mohammed ould Ahmed Abu dont le fils Mohammed, dit Chena, avait
t le nab, fut remplac  sa mort par Sidi Lamin ould Lamin (1914).
Sidi Lamin, jeune et sans prestige, ne sut ni se faire obir de ses
administrs ni apprcier par l'autorit franaise. D'ailleurs, cette
fraction est tellement agite de perptuelles dissensions, que l'unit
de commandement est devenue impossible. Il a donc fallu accorder
l'autonomie  chacune des cinq sous-fractions qui la composent, et qui,
cependant, au total, ne comprennent que 131 tentes et 436 mes. Sidi
Lamin fut donc relev de ses fonctions, le 28 octobre 1917. Sidi Ahmed
ould Ahmed Jiyed qui le remplaa fut destitu quelques mois aprs par
la djemaa. L'lection a ramen au pouvoir en 1918, Sidi ould Ahmed. Son
fils Mohammed lui sert de nab.

L'ensemble des Oulad Bou Sif Noirs, libres et tributaires, comprend 333
tentes et 1.200 mes. Ils ont un trs riche cheptel: 126 camelins, 572
bovins, 23.506 ovins, 743 nes. Avec leurs 36 chevaux, ils sont les
mieux monts du cercle. Leur marque est le lam-alif des Kounta, auquel
ils ajoutent comme contre-marque quelques traits sur la joue droite.

Leurs terrains de parcours s'tendent: en hivernage entre Guimi et
Lamaoudou; en saison sche, entre Guimi et les environs de Chogar.

Le personnage religieux le plus important de la fraction est l'ex-cadi
Mohammed ould Sida, n vers 1868. C'est un lve et un disciple de
Cheikh Sida. Longtemps cadi de la fraction, homme simple et paisible,
il a fini par abandonner officiellement ses fonctions. Mais il a
conserv toute son influence, due tant  ses talents personnels qu'au
prestige de ses anctres, et ses cours d'enseignement suprieur, de
droit notamment, en bnficient. Les tribus voisines viennent souvent
le consulter.

On peut encore citer Ahmed ould Adoubba, n vers 1850, professeur
rput, et qui se relie au Cheikh Sidi-l-Mokhtar.

Un personnage politique mrite aussi une mention: Hadoud ould
Al-Kohol, qui,  la tte d'un petit groupe de notables, s'est toujours
signal par son opposition  l'ordre tabli.

La grande majorit des Oulad Bou Sif est qadra et se rattache  l'une
des trois branches suivantes: 1) Cheikh Ahmadou ould Zouin, des Ahel
Babiya, et, par lui,  Cheikh Sida Baba; 2) Sidi Mohammed ould Bekka,
des Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar; 3) Zeini ould Khalifa.

Les Ahel Babiya prcits sont un campement de marabouts instruits, qui
seraient les descendants d'Atjfara Aoubok, des Tinouajiou, Cheikh de
grande valeur qui s'installa chez Baba Bou Sif et fut le prcepteur
de ses enfants. Ils sont aujourd'hui chez les Bou Sif Noirs. Ce sont
d'actifs commerants qu'on voit sur les pistes du Tagant et de l'Adrar
et sur les rives du fleuve. Aux Babiya, il faut ajouter, comme autres
holafa (nationaliss), des Oulad Bou Sif, quelques tentes Tachomcha.


C.--Meterambrin.

Les Meterambrin comprennent 64 tentes et 318 mes.

Leur chef est Limam ould Mokhtar ould Reggad ould Abd Er-Rahman ould
Ahmed ould Mokhtar ould Meterember. On a vu plus haut le rle jou par
chacun de ses ascendants dans l'histoire de la fraction; Limam en est
donc hrditairement le chef. Il est n vers 1880. Il a succd, en
1909,  son oncle Mohammed Lamin ould Sidi Mohammed. Il n'a pas grande
autorit sur ses gens, qui, comme beaucoup de groupements Kounta,
ont des tendances vers la dissociation. Malgr le caractre guerrier
des Meterambrin, Limam se pare d'une grande pit extrieure; il a
plusieurs fois manifest des vellits de dpart pour la Mecque. Il a
pous rcemment Kounta Houa ment Ahmedi, soeur du chef des Oulad Bou
Sif Blancs.

Il est second par son Khalifa Mohammed ould Mbarek. Les notables de la
fraction sont: Seba ould Mohammed Mbarek et Boubout ould Sidi Mohammed.

Le cheptel des Meterambrin comprend 2 juments, 119 bovins, 1.240 ovins,
6 chameaux et 42 nes. Au lam-alif classique des Kounta, ils ajoutent
la contre-marque billahi, soit [billahi].

Leurs terrains de parcours sont: en hivernage, entre Chogar et
Lemaoudou; en saison sche,  l'est de Mal. En mars 1911, ils tentrent
de dboucher dans le Chamama, mais aprs un court sjour, ils
retournrent dans la rgion de Lemaoudou.

Les Meterambrin passent pour tre les plus guerriers des Kounta. Ils
n'attaquaient pas leurs voisins, mais en cas de lgitime dfense,
ils savaient user de leur supriorit arme. A l'gard toutefois de
leurs ennemis hrditaires: Ahel Sidi Mahmoud, ainsi que Tadjakant et
Chratit, leurs allis, ils ne craignaient pas de se montrer agressifs.
Il ne faut donc s'tonner de ne trouver chez eux aucune personnalit
religieuse et de voir cette fraction d'une tribu, qui porte pourtant
un nom maraboutique fameux, faire appel pour les services judiciaires
et cultuels aux bons offices de Tig ould Al-Atig, des Id Elik, qu'on
verra plus loin.

La plus grande partie des Meterambrin habite encore l'Adrar, leur pays
d'origine. Ils n'ont que peu de relations avec leurs cousins du Brakna.

Les Meterambrin ont laiss la plus grande partie de leurs haratines
s'installer sur la rive gauche du Sngal, o ils ont fond
des villages qui dpendent des chefs de cantons du Lao et des
Irlab-Ebyab. Par suite de leurs bonnes relations avec les Almamys
du Fouta, ces haratines cultivrent longtemps pour rien les terrains
que leur donnaient les Toucouleurs. En change, les Maures prvenaient
les indignes du fleuve de l'approche des pillards ou leur donnaient
des indications pour leur permettre de retrouver leurs animaux ou
d'en poursuivre le remboursement. De plus, il y a auprs de Limam des
haratines qui continuent  payer le horma  leurs ex-matres du Tagant.
(Oulad Sidi Hab Allah.)

Une personnalit fminine curieuse mrite une mention chez les
Meterambrin. C'est Belana, fille unique de Mohammed Lamin, l'ex-chef,
et cousine par consquent de Limam. Elle est ne vers 1878 et avait
dj second son pre dans son commandement. Elle continua sa
collaboration  son cousin, successeur de son pre. C'est du reste
grce  elle que Limam put  19 ans prendre le commandement de la
fraction, car un membre d'une famille rivale des Ahel Sidi Mohammed
Reggad voulait l'en carter. Elle djoua les intrigues, en prenant en
main la rgence et en l'exerant  la satisfaction de tous. Elle avait
t marie  Sidi Amar, des Ahel Cheikh, et en avait eu une fille.
Ayant repris sa libert, elle fut sur le point d'tre pouse par
Limam, moins g qu'elle de douze ans, mais leur parent de lait fut un
obstacle dirimant. Aujourd'hui sa tente est plante  ct de celle de
Limam et elle continue  faire sentir son autorit dans la fraction.


D.--Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar.

Les Ahel Cheikh, comme on les appelle communment, sont diviss en
deux sous-fractions, qui ont t nommes fort arbitrairement par notre
autorit: Ahel Sidi Amar et Ahel Bekka. Ces dnominations sont en
usage aujourd'hui chez les intresss.

Les _Ahel Sidi Amar_ ont pour chef Chebani ould Baba ould
Sidi-l-Mokhtar. Ils comprennent 61 tentes et 335 personnes. Leur
cheptel se compose de 2 chevaux, 7 chameaux, 114 bovins, 500 moutons,
72 nes.

Les notables sont: Cheikh ould Taeb, Baba ould Moghar et Jeli ould
Kobbadi.

La fraction passe l'hivernage entre Chogar et Lemaoudou; la saison
sche  l'est de Mal. Au lam-alif des Kounta elle joint comme
contre-marque sur la cuisse droite le feu billahi: [billahi].

Chibani, le chef de fraction, est fils de Baba que nous avons vu
mourir  Kadi en 1891. _Sidi Amor_, son frre, lui avait succd 
cette date. Il fit sa soumission  Coppolani, ds le premier jour, et,
depuis, s'est gnralement bien comport  notre gard. Il tait d'une
grande susceptibilit religieuse et tait loin d'avoir la bonhomie
de son oncle Sidi M'hammed. Trs orgueilleux, il mit  plusieurs
reprise la prtention de cder le commandement de la fraction  son
neveu et  faire donner  son campement une autonomie personnelle. Ses
difficults avec Bakar ould Ahmeada l'amenrent  rgler le diffrend
les armes  la main. Son prestige religieux en souffrit beaucoup. Il
manifesta  plusieurs reprises l'intention d'aller  la Mecque pour se
purifier, mais il n'en fit rien. Au dbut de l'occupation, il essaya de
s'approprier 119 chameaux et 35 boeufs, qui lui avaient ts confis,
et se vit condamner  1.200 fr. de restitutions. Il mourut en fin aot
1912. Il laissait un fils, Sidi-l-Mokhtar, n vers 1908.

Sa succession administrative et spirituelle passa  son neveu, Bambaye
ould Baba (octobre 1912). Bambaye est un surnom maternel. Son vrai
nom est Bekka. Bambaye, n vers 1882, est l'lve des Ahel Cheikh
Mohammed, des Hijaj. Il jouit d'une bonne rputation et sera videmment
dans quelques annes un marabout de renom. Il a toutefois t relev
de ses fonctions pour fautes administratives, en juillet 1915, et
notamment pour avoir disparu avec l'impt de la fraction. Il a t
remplac par son frre Chibani, prcit.


Les _Ahel Bekka_ ont pour chef le vieux Sidi M'hammed ould Bekka,
l'immigrant prcit de 1860. N vers 1840, il n'a jamais quitt
le Brakna, depuis son arrive dans le pays, et s'y est acquis une
influence considrable. Il est certainement le marabout le plus vnr
de la rgion. C'est un homme paisible, modeste, fort instruit, dont les
hautes qualits intellectuelles paraissent malheureusement s'estomper
avec l'ge. Il fut Cheikh des Ahel Bekka depuis l'origine jusqu'
juillet 1912. A cette date, dj vieux et fatigu, il demanda  tre
relev de son commandement, et fut remplac par son neveu, Khalifa ould
Al-Abidin.

Khalifa, n vers 1880, avait t propos par son oncle au choix de la
djemaa et continua  vivre avec lui. Avec assez de bonne volont, il
commit des maladresses, quelques exactions, et s'alina la plus grande
partie des tentes. D'ailleurs, arriv du Hodh en 1909, il n'avait pas
eu le temps de s'imposer et tait encore peu connu. Il fallut lui
donner un remplaant et on n'en put trouver d'autre pour ramener le
calme, que le vieux Sidi M'hammed. Il a donc repris le titre de Cheikh
et en exerce les fonctions par Khalifa.

Sidi M'hammed est un professeur rput; il a autour de lui une
trentaine de jeunes gens, surtout Kounta,  qui il donne des cours
d'enseignement suprieur. Il a reu l'ouird et le titre de moqaddem de
son parent Khettari ould Sidi-l-Bekka ould Hammadi ould Sidi-l-Bekka
ould Cheikh Sidi-l-Mokhtar. Ce Khettari, venu rejoindre dans le Brakna
Sidi-l-Mokhtar ould Bekka, se rattachait  Cheikh Sidi Mohammed, le
protecteur de Laing. Sa descendance est toujours, sous le nom d'Ahel
Khettari, dans le campement de Sidi M'hammed.

Les notables de la fraction sont:

    Mohammed Al-Kouri ould Salek,
    Sidi ould Ali,
    Mokhtar ould Hobeb Allah,
    Sidina ould Kettari.

Les Ahel Bekka comprennent 83 tentes et 598 personnes. Leur cheptel
est de 4 chevaux, 269 bovins, 6 chameaux, 3.348 ttes de petit btail
et 150 nes. Leur feu est le lam-alif contre-marqu du billahi
[billahi]. Ils l'apposent sur la cuisse droite des bovins et sur la
face gauche du cou pour les chameaux.

Leurs terrains de parcours s'tendent: en hivernage, entre Guimi et
Chogar Gadel; en saison sche,  l'Est de Guimi.

Aux Kounta, il faut rattacher un petit groupement qui a longtemps
vcu dans son sillage et sous les ordres de Sidi M'hammed, et qui
est encore en constantes relations avec eux: les Ahel Al-Azrag. Ils
vivaient jadis au Tagant et avaient une palmeraie  Talorza. Quelques
annes dj avant notre occupation, ils descendaient dans l'Agan, prs
des Oulad Bou Sif, pendant la saison sche et ne remontaient dans le
Tagant qu'aux premires pluies. Ils ne se fixrent dans le Brakna que
vers 1905 et se dispersrent de tous cts; toutes les tentatives
faites pour les regrouper ont chou. Sidi Mohammed se voua lui-mme
 ce projet et fit nommer par la djemaa Sidi-l-Ami ould Cheikh ould
Hanna, dit Sida ould Henna, petit-fils d'un marabout de grand renom
et qui bnficiait de la rputation ancestrale. N vers 1882, c'tait
d'ailleurs lui-mme un homme intelligent et instruit avec lequel
les relations furent toujours cordiales. Aprs des dbuts heureux,
l'entreprise choua encore. Les Ahel Al-Azrag, au nombre total de 61
tentes, sont aujourd'hui rpartis dans le Brakna, le Gorgol et le
Tagant, suivant le tableau ci-joint:

    Brakna, groupement Al-Azrag         25 tentes.
     ----   chez les Tagant              3  ----
     ----   chez les Torkoz              1  ----
     ----   chez les Oulad Bou Sif       1  ----
    Gorgol, ----     ----   ----         7  ----
    Tagant (trs disperss)             24  ----

Ce sont des commerants aviss et actifs. Ils prtendent se rattacher
gnalogiquement  Cheikh Sidi Omar Cheikh, le grand marabout Kounti du
seizime sicle.

Les Ahel Cheikh, tant Ahel Sidi Amar qu'Ahel Bekka, vont visiter en
plerinage les tombeaux de leurs anctres, et notamment ceux de: _a_)
Baba ould Sidi-l-Mokhtar  Maouella, prs de Kadi, sur la rive gauche
du Sngal; _b_) Sidi Amar,  Sif al-Fil au sud de Mouit; _c_) Bambaye
ould Sidi Amar, dans le Raag de Kadi.

Comme tous les Kounta, ce sont de grands voyageurs et d'actifs
commerants. Leur centre de ngoce est surtout Kadi.


ANNEXE

TABLEAU GNALOGIQUE DES AHEL CHEIKH (KOUNTA) DU BRAKNA.

                Cheikh Sidi-l-Mokhtar Al-Kabir [+] 1811.
                                   |
                       Baba Ahmed [+] vers 1840.
                                   |
                            Bekka [+] 1853.
        ___________________________|_____________________________
       |                    |                     |              |
  Baba 1879.   Sidi-l-Mokhtar dit Sidina,   Sidi M'hammed,   Al-Abidin.
                     [+] vers 1887.         chef des Ahel        |
                  __________|____________       Bekka.       Khalifa.
                 |                       |
             Baba 1891.             Sidi Amar.
          _______|_______                |
         |               |               |
      Bambaye.       Chibani,      Sidi-l-Mokhtar,
                 chef actuel des    n vers 1908.
                 Ahel Sidi Amar.




CHAPITRE VII

TORKOZ


1.--_Historique._

Les Torkoz se flattent gnralement d'tre d'origine arabe (Beni
Oummiya). Ils rattachent leur anctre ponyme Abd Er-Rahman _Rekkaz_ 
Oqba ben Nfi, le conqurant de l'Afrique du Nord et l'aeul revendiqu
par les Kounta. Voici sa chane gnalogique: Rekkaz ould Bou Bakrin
ould Abd Allah ould Sidi Mohammed ould Sidi Salem ould Sidi Brahim ould
Sidi Othman ould Alioun ould Sidi Abd Allah ould Sidi Jaafer ould Salem
ould Oqba.

Une autre tradition, recueillie chez les tribus voisines et non dnie
par quelques Torkoz, leur donne une origine berbre. Les anctres des
Rakkaz, dit-elle, vinrent, par del l'Adrar, du Sud marocain avec Bou
Bakar ben Omar (onzime sicle). Leurs descendants arrivrent dans
le Sahara occidental, en mme temps que les pres des Medlich et des
Id Ar-Zimbo. Par la suite, les Torkoz qui s'taient cr de belles
palmeraies dans l'Adrar, en furent dpouills puis furent chasss du
pays par les Smassid. Il en reste  peine quelques tentes dans l'Adrar.
Les Torkoz sont les cousins des Chleuh Rekakza et autres qui habitent
l'Oued Noun, o ils sont rests guerriers et  moiti sdentaires, et
galement les cousins des Terkeza, qui habitent l'oasis de Mrebot,
prs de Tindouf. Cette tradition se rapproche certainement de la vrit.

Rekkaz, _id est_ le tapoteur ainsi nomm parce qu'il portait toujours
un bton avec lequel il frappait le sol, vivait au temps de l'imam
Hadrami, c'est--dire vers la fin du seizime sicle et le dbut du
dix-septime sicle. Cette date est bien dtermine par la tradition,
parce qu'elle fait de son fils Ahmed et de son petit-fils Berrek, les
chefs Torkoz pendant la guerre de Boubbah (dix-septime sicle).

Voici le tableau gnalogique tablissant la filiation ethnique de
toutes les fractions torkoz (Brakna, Tagant et mme Hodh et Azaouad) 
l'gard de Rekkaz.

                                         { Ahel Bahmouda.
             {        { Berrek,          { Ida Ou Amar.
             {        {   pre des       { Helalma.
             {        {   Brarka (Aleg). { Ahel Hemid ould Boubah.
             {        {                  { O. Eli Mbarek.
             {        {
             {        {                  { O. Sidi Bou Bakar.
             {        { Sidi Ahmed,      { O. Sidi Reguieg.
             {        {   pre des       { O. Sidi Ahmed Alea.
             {        {   Oulad Sidi     { Ahel Bar (rares).
             { Ahmed. {   Ahmed          { O. Sidi Boussar.
             {        {   (Moudjria).   { O. Sidi Sal.
  Abd        {        {
  Er-Rahman, {        {                  { Belahmar, anctre des
  le Rekkaz. {        { Abd Er-Rezzaq,   {   Oulad Belahmar (Tagant).
             {        {   pre des Ahel  { Renia, anctre des Id ag
             {        {   Abd Er-Rezzaq  {   Renia (Trarza).
             {        {   (Hodh.)        { Talaba, pre des Ahel
             {        {   (Regueba).    {   Sidi-l-Mokhtar et des
             {                           {   Ahel Tahel Ahmed.
             {
             { Mohammed, pre d'Ali Bou Ghareb, qui est l'anctre des
             {   Ghouareb ou Lghouareb (Tagant).
             {
             { Amar, pre de Tiki, qui est l'anctre des Oulad
             {   Tiki (Tagant).

Les premiers Torkoz arrivrent dans le Brakna vers le temps du
Cherr Boubbah, ou peu aprs, c'est--dire  la fin du dix-septime
sicle. C'est de l que date la scission de la tribu. Tribu  chameaux
jusque-l, les nouvelles conditions gographiques la transformrent.
Les fractions du Tagant: Oulad Sidi Ahmed et Ghouareb, gardrent leur
cheptel camelin. Les Brarka et quelques sous-fractions cousines qui
descendaient avec eux vers le sud et s'tablissaient dans l'Aftout
devinrent propritaires de boeufs. Les premiers furent longtemps les
plus riches. Mais, par la suite, les Brarka doublrent leurs richesses
pastorales par le commerce et furent classs les plus fortuns des cinq
fractions.

Les Torkoz assurent qu'ils ne prirent pas part  la guerre de Boubbah,
n'tant arrivs dans le Sud que quelques annes aprs la conclusion de
la paix. Mais les Tolba voisins placent leur arrive avec la fin du
Cherr Boubbah, et disent formellement qu'ils prirent part au combat
final de Tin Yefdan. C'est de ce jour que daterait leur dispersion.
Ils durent, comme les autres tolba, se soumettre au payement d'une
horma, qui fut fort longtemps perue par les Oulad Ahmed et les Oulad
Yahia ben Othman et les Ahel Soued Ahmed sur les fractions torkoz
ressortissant  leur autorit. Par la suite, leur tat s'aggrava
de redevance envers les Ahel Soued Ahmed. Il est vrai qu'avec le
temps les Torkoz du Brakna ont pu se dgager de ces tributs, depuis
longtemps dj en ce qui concerne les Oulad Ahmed, plus rcemment pour
les Abakak,  qui, par transformation de la tradition, ils ne peuvent
encore aujourd'hui refuser, de temps en temps, de lgers cadeaux. On
trouve, d'ailleurs encore, un certain nombre de tentes torkoz dans les
campements Abakak,  qui ils servent de tolba.

En rsum, il n'y a plus aujourd'hui dans le Brakna, en fait de Torkoz,
que la fraction Brarka. Les Oulad Sidi Ahmed, les Ghouareb et les Oulad
Tiki sont dans le Tagant; les Ahel Abd Er-Rezzaq se partagent entre le
Hodh et le Regueba, le Tagant et le Trarza. Il y a mme une fraction
torkoz de 10 tentes chez les Kounta de l'Azouad, dans la fraction
Regagda, sous-fraction des Ahel Sidi Ceddiq.

Les Oulad Sidi Ahmed ont vcu plusieurs annes au Brakna, o ils
s'taient rfugis aprs la perte de leurs chameaux. Ils retournrent
au Tagant, en 1911-1912, mais entendirent conserver l'usage des
pturages du Sud, ce qui amena des conflits avec leurs cousins. Il y
eut des batailles sanglantes entre Oulad Sidi Ahmed, Ghouareb, que
les premiers voulaient empcher de boire  Tindel, dans l'influent du
Gorgol et Brarka. Elle donna lieu aux sanctions suivantes des autorits
du Brakna et du Tagant.

1 Une amende de 500 francs, rpartie entre les principaux membres de
la djemaa, a t inflige aux Oulad Ahmed;

2 D'aprs les mmes dispositions, une amende de 300 francs a t
inflige aux Brarka;

3 Trois Oulad Ahmed, coupables d'avoir tir sur les Brarka, ont t
punis de quinze jours de prison;

4 Les Torkoz ont t dsarms;

5 Leur tribu, sous le commandement de Sidina a t groupe dans un
rayon en rendant la surveillance facile pour le Commandant de Cercle;

6 Une da est paye par les coupables aux Brarka blesss. Elle a t
fixe, suivant les coutumes,  340 pices de guine filature payables,
la moiti en mai et l'autre moiti en aot.

    Aprs entente avec le Tagant, la question de principe fut rgle
ainsi en 1914. Le Brakna, sauf la partie Est-Agan, et le Trarza:
Aguiert, Tin Yarech, Letfotar, sont interdits aux Oulad Sidi Ahmed.
D'autre part, dfense est faite aux Brarka de dpasser la ligne
Ouezzan--Lmedja--Tindel.

Avec les Id ag Jemouella, les relations ont toujours t forts tendues.
Avant et depuis notre arrivs, de sanglants combats ont t livrs
entre ces deux tribus, et, jusqu'en 1915, o une rpression svre
intervint, et jusqu'en mai 1917 o cinq Abakak venus rcolter de la
gomme et pillarder aussi sur le territoire torkoz et qui furent pris
pour des Id ag Jemouella, furent cribls de coups de feu et blesss
 coups de massue. Cette mprise n'eut pas d'autres suites que les
rparations accoutumes.


2.--_Fractionnement._

Les Torkoz du Brakna, c'est--dire la fraction torkoz des Brakna, se
divise en huit sous-fractions.

    Ahel Bou Hammadi,
    Ahel Habrezza,
    Ahel Ammi,
    Ahel Hemid ould Aoubak,
    Ahel Taleb Maham,
    Ida Ou Omar,
    Helalma,
    Tolba.

Les _Ahel Bou Hammadi_ et la sous-fraction suivante: Ahel Habrezza sont
des Ahel Bahmouda. Ils ont pour chef Sidi ould Hammadi, et pour djemaa:
Jiyed ould Oualati; Abd El-Fettah ould Hamida; Hachim ould Oualati.

Les _Ahel Habrezza_ tirent le nom de Habrezza, qui eut une clbrit
marque en son temps, et dont le tombeau se trouve dans le Brakna, en
un point ignor. Ils ont pour chef Mohammed Limam ould Al-Boustami
ould Ahmed Jeddou (ould Ali Menna ould _Habrezza_ ould Ba Ahmouda ould
Berrek), qui est aussi le chef gnral de la tribu. Voici la succession
depuis Habrezza:

                            (1) Habrezza.
                                  |
                            (2) Eli Menna.
              ____________________|____________________________
             |                    |                            |
      (3) Mohammed.          Ahmed Jeddou.                   Amar.
           __|_________           |                         ___|____
          |            |          |                        |        |
  (5) Ahmed Jeddou.  Sidi.  (4) Boustami.               Cheikh.  Ahmoud.
          |                    ___|__________              |        |
          |                   |              |             |        |
    fille marie     (6) Ahmed Jeddou.  Moh. Limam,       Moh.     Moh.
    Sidi Ahmed.            Mostafa.    chef actuel.    Mokhtar.  Lamin.
                           Sidi Ahmed.

Au moment de notre occupation, la tribu vivait sous l'autorit de
la djemaa, les derniers chefs (4) Boustami et (5) Ahmed Jeddou ould
Mohammed, ayant discrdit le commandement par leurs rivalits.
Boustami ayant disparu, ce fut Ahmed Jeddou qui fut port par
l'lection  la tte de la fraction. Il mourut vers 1909 et fut
remplac par (6) Ahmed Jeddou ould Boustami. Les nombreuses plaintes
dont il fut l'objet provoqurent sa dmission en janvier 1911. Il
mourut peu de temps aprs (30 mars 1911).

On put trouver la solution de ce commandement difficile, en sortant
des Ahel Eli-Menna, et (7) Sidina ould Zen ould Bouddia fut nomm
chef, grce  l'appoint des Oulad Sidi Ahmed. Ceux-ci partis au Tagant,
Sidina n'eut plus qu'une minorit dans la tribu. Il fut rapidement
convaincu d'exactions par l'ensemble des Brarka, qui, fidles  leur
campement hrditaire, ne voulaient pas de lui, et rvoqu (fin 1912).

On revint donc aux Ahel Eli Menna, et (8) Mohammed Limam ould Boustami,
frre d'Ahmed Jeddou fut lu. Son lection fut assure par le bloc
des Ahel Bahmouda, Helalma et Ida Ou Amar, mais il eut l'adresse, le
jour mme, de caresser les opposants et de s'attirer leur sympathie.
Depuis ce jour, le calme semble revenu. Mohammed Limam, n vers 1870,
assure trs correctement son service. C'est un marabout vnr et
paisible. Il vit, autour de Mal, en bonnes relations avec ses voisins
et particulirement avec Cheikh Sida. Il a un fils, Boustami, n vers
1905, qui commence  le seconder. Il a un beau troupeau, et passe pour
riche[9].

  [9] Mohammed Limam est mort de la grippe en dcembre 1918.

Les notables de la sous-fraction Habrezza sont: Sidi Ahmed et Mostafa
ould Eli Menna, frre du Cheikh, ses cousins, nomms au tableau
gnalogique, et Alfa ould Khouna.

Les _Ahel Ammi_ ont pour chef Sidi Ould Ammi et pour notables: Cheikh
ould Ammi et Sidna ould Omar. Ils sont Ahel Hemid ould Aoubak, ainsi
que les deux sous-fractions suivantes:

Les _Ahel Hemid ould Aoubak_ sont le noyau d'une fraction, jadis
florissante, et qui a essaim. Leur chef est Abd El-Ouadoud ould Sidi
Brahim et leurs notables sont: Al-Hadj ould Ahmed Maaloum et Ahmed
Maaloum ould Sidi Brahim;

Les _Ahel Taleb Maham_ ont pour chef Sidi Mohammed ould Omar ould
Boudda et pour notable: Ahmoud ould Bachir.

Les _Ida Ou Omar_ ont pour chef: Ali ould Mokhtar, leur djemaa comprend
Mahfoudh ould Boubba; Brahim ould Al-Ouar et Sidi ould Ahmed Bouh.

Les _Helalma_ (au sing. Helalmi) ont pour chef Bouna ould Alioua et
pour notables: Mohammed Sidi ould Al-Hadi et Cheikh ould Taleb Ali.

Les _Tolba_ sont une sous-fraction issue des Oulad Eli Mberrek. Ils
ont pour chef: Abd El-Moumen ould Cheikh Mohammed Mahmoud ould Abd
El-Fettah, et pour notables Abd El-Rafour ould Tolba et Brahim ould
Mohammed ould Taleb Ali.

Les Torkoz nomadisent en saison sche autour du Mal; en hivernage entre
Mal, Guimi et Aguiert.

Leur feu est berek [berek] qu'ils apposent sur la cuisse droite des
animaux. Ils ont plusieurs contre-marques: un trait oblique [/] sur la
joue droite, chez les Ahel Ammi; un trait sur la nuque chez les Eli
Menna, ainsi que l'amama (turban) soit [spirale], sur le barek; un [T]
sur le ct droit chez les Ahel Amar Boudda; et chez la plupart des
gens deux traits parallles [//] sur le ct droit du cou.

Les statistiques de 1917 donnant, pour l'ensemble de la fraction, 208
tentes et 855 mes, 15 quids, 73 camelins, 741 bovins, 8.730 ovins et
262 nes.

Les Torkoz sont, avec les Tagant, les gens les plus commerants du
Brakna. Ils vont  Saint-Louis, Louga, Kaolak, Dakar et jusqu'en Gambie
et en Casamance, pour vendre des milliers de moutons. Ils servent mme
d'intermdiaires  certaines tribus voisines pour la vente de leur
bestiaux.


3.--_Vie religieuse._

Un nom domine la vie religieuse du Torkoz: Mrabet ould Sidi Mohammed
ould Mrabet Abd El-Fettah, tant par son prestige personnel que par
l'hritage acquis de son grand-pre, un des grands pontifes de son
temps.

Mrabet Abd El-Fettah ould Taleb Ali (ould Mohammed ould Ahmed ould Amar
ould Eli Mbarek) remplit l'histoire religieuse des Torkoz et d'une
partie du Brakna pendant toute la premire moiti du dix-neuvime
sicle. Il fut l'lve de deux grands matres: Sidi-l-Mokhtar, des Id
Abhoum (Oulad Biri); Cheikh Menni, des Tagat, l'anctre de la fraction
Ahel Menni. On lui doit la revivification de Diok et un exemple
prcieux. Passant un jour  Diok.  30 kilomtres environ au sud-est
de Moudjria, au cours d'un de ses nombreux voyages dans le Brakna, il
affirma  ses compagnons de route qu'une inspiration divine lui faisait
connatre que ce lieu tait bni du ciel et qu'il le choisissait pour y
vivre jusqu' sa mort et que c'est l qu'il dsirait voir s'lever son
tombeau.

Dieu ayant exauc ses prires, il trouva de l'eau  0 m. 50 en creusant
le sable brlant. Puis il envoya quelques jeunes captifs, ses lves,
chercher des plants de palmiers, qu'ils payrent deux vaches aux Oulad
Sidi Hab Allah, de Kar el-Barka? (Tagant).

Sa plantation termine, Mrabet ould Abd El-Fettah creusa quelques
puits de 8 mtres de profondeur; deux d'eau douce qui lui servirent
pour arroser ses palmiers et pour les besoins de sa famille, et deux
d'eau trs lgrement sale pour ses chameaux. Mrabet, qui avait
dj cinquante ans lorsqu'il s'installa  Diok, y mourait vingt-cinq
ans plus tard (vers 1840). Son tombeau, construit par son fils Sidi
Mohammed, se voit encore prs de la palmeraie plante par Mrabet. C'est
une simple construction en pierre et en banco. Il se trouve exactement
 Mouilah, prs de Diok; il est l'oeuvre de son fils Sidi Ahmed.

Pendant toute sa vie et les dix annes qui suivirent, les palmiers
donnrent une belle et abondante rcolte de dattes. La production ayant
considrablement diminu, les habitants de Diok, courant de nombreux
risques de pillage de la part des Oulad Nacer, qui ravageaient le
pays et tant obligs de donner une large hospitalit aux guerriers
de passage, Cheikh Sidi Mohammed vers 1875, abandonna la proprit
paternelle. Toutefois, il continua de venir tous les ans faire la
rcolte des dattes; mais les arbres laisss sans soin et d'autre part
abms par des troupeaux de singes, ne produisirent plus qu'une rcolte
tous les deux ans.

Vers 1897, Mrabet ould Sidi Mohammed ould Fettah, partagea, pendant
six ans encore, la rcolte avec son oncle Cheikh Mohammed. Puis la
palmeraie fut abandonne compltement en 1903. Ayant appris qu'en
1908 un homme des Ghouareb avait rcolt  Diok, dans la palmeraie
abandonne, deux charges de chameau de dattes, Mrabet revendiqua ses
droits de propritaire et paya  un Alaoui de Tijikja une pice et
demie de guine pour tailler et fconder les dattiers.

La palmeraie de Mrabet Abd El-Fettah qui fut partage entre ses deux
fils, Sidi Mohammed et Cheikh Mohammed Ahmed, tous deux dcds,
comprend aujourd'hui deux proprits distinctes: l'une appartenant 
Mrabet ould Sidi Mohammed, fils unique de Sidi Mohammed et l'autre aux
cinq fils de Cheikh Mohammed, dont l'an porte le nom d'Abd Es-Selam.

En outre, prs de cette palmeraie, quelques dattiers ont t plants
par les frres Brahim et Ahmed Djilani ould Dechar qui, par vnration
pour la mmoire de leur professeur se constiturent les gardiens de son
tombeau mme aprs le dpart de ses fils.

La proprit de ces quelques dattiers a t conteste  l'unique fille
hritire de Brahim et de Ahmed, Douila ment Ahmed-Abd Allah par Mrabet
ould Sidi Mohammed. Ce dernier, en bas ge lors de la plantation des
dattiers, prtendit  sa majorit, que ces arbres ayant t placs dans
un domaine de sa famille sans autorisation, il les considrait comme sa
proprit. L'accord s'est fait aujourd'hui.

C'est ce Mrabet ould Sidi Mohammed ould Abd El-Fettah qui est
aujourd'hui le matre des destines religieuses de la tribu. N vers
1870 d'une mre hijaja, il a fait ses tudes auprs de son pre et
de Cheikh Mohammed Abd Allah ould Mohammed Mahmoud, dans Diediba,
dont il est le disciple qadri, et de qui il a reu les pouvoirs de
moqaddem. Il a fait sa soumission ds l'occupation du pays et n'a
jamais cr de difficults. Son frre fut bien mis en prison, en mars
1911, pour opposition  l'lection du chef et lui-mme ne fut peut-tre
pas tranger aux intrigues du moment, mais il a, depuis ce temps, fait
oublier ce mauvais moment. Les nombreuses aumnes qu'il reoit lui
ont procur de grands biens, mais son hospitalit est large. Il est
le cadi cout et le professeur d'enseignement suprieur de la tribu.
Ses lves varient entre 30 et 50. A ct d'une majorit de Torkoz, on
y trouve des jeunes gens de plusieurs tribus voisines. Sa rputation
dpasse le Brakna et s'tend au Trarza, au Tagant et au Gorgol.

La plupart des Torkoz sont les disciples spirituels, dans la voie du
Qaderisme, de Mrabet; mais parmi les jeunes gens on voit certaines
dissidences se produire et se rallier  Cheikh Sida ou  Saad Bouh.

Le frre de Mrabet, Abd El-Fettah ould Sidi Mohammed, est aussi
un marabout de renom, mais plus occup que son frre des choses
temporelles. C'est un professeur rput, qui a fait ses tudes chez les
Tendra et se rattache au Cheikh Mohammed Abd Er-Rahman ould Mohammed
Salem.

Un dernier nom  mentionner: Mohammed ould Taleb Ahmed, notable fort
cout, et qui est un de ceux qui travaillrent le plus  la runion
des Brarka et des Oulad Sidi Ahmed.

Les Torkoz du Brakna honorent par leurs plerinages les tombeaux de
leurs anctres  Hemmal, Begguert, Mal et Kedouacha.

Ils sont considrs par les Abakak (Id Ou Ach) comme leurs marabouts
cadis et professeurs. Les relations des deux tribus sont tout  fait
cordiales.




CHAPITRE VIII

HIJAJ


1.--_Historique._

Les Hijaj sont une tribu drive des Rehahla. Ils sont donc
d'origine arabo-hassane, puisque Rehhal, anctre ponyme des
Rehahla, est le frre d'Antar, de Yahia et d'Omran, anctres
des Oulad Nacer, des Oulad Yahia ben Othman, et des Trarza et Brakna,
et que ces quatre personnages sont les fils d'Othman ould Ouda ould
Hassan.

En ce qui concerne l'historique des Rehahla et par consquent
l'historique lointain des Hijaj, je ne puis que renvoyer  mon ouvrage
_l'mirat des Trarza_.

C'est de la fin de la guerre de Boubbah que date leur conversion
au maraboutisme; elle rsulte probablement, bien que la tradition
soit muette sur ce point, de la dfaite des Rehahla, hassanes
des premires invasions, et de leurs allis les marabouts, par les
Trarza-Brakna. Un individu des Rehahla, le nomm Samba, premier
anctre connu des Hijaj, ne pouvant plus vivre dans sa tribu vaincue,
vint chercher fortune sur les rives de l'Oued Katchi. Il tait
accompagn d'un de ses cousins, dit Damni, et de plusieurs serviteurs
(fin du dix-septime sicle). Samba eut deux fils: Hamdan et Abd
En-Nebi, qui sont les anctres des deux premires fractions Hijaj.
Damni est l'anctre ponyme de la troisime et dernire fraction des
Douamin.

Il faut,  partir de maintenant avoir sous les yeux le tableau
gnalogique de la tente princire pour pouvoir suivre le cours des
vnements.


_Tableau gnalogique._

                                  Samba.
                    ________________|________________
                   |                                 |
                 Hamdan.                        Abd En-Nabi.
             ______|_______________________________________
            |               |                |             |
          Maham.      Taleb Brahim.     Taleb Amed.     Meskour.
            |               |                |             |
  Al-Hadj Mohammed.  Al-Hadj Hossin.  Al-Hadj Mokhtar.  Mohammed
                                                        Barhoum.
                                                           |
                                                        Mokhtar.
                                                           |
                                                   1. Mohammed Lamin.
                ___________________________________________|
               |                  |                        |
       2. Sidi Abd Allah.      Al-Qadi.             Cheikh Mohammed.
               |              ____|____              ______|______
               |             |         |            |             |
               |          Hamenni.   Mrabet.   Cheikh Ahmed   Mohammed
               |                                  Mahmoud.      Lamin.
         ______|__________________________________________
        |            |          |         |               |
  3. Mahmoud.  4. Mohammed   Mohammed.  Mokhtar.     Moh. Mostafa.
                  Al-Mrabet               |               |
                  [+] 1914.               |               |
                     |                    |               |
                     |--Sidi Abd Allah.   |--5 et 7       |--Ma-l-Anin.
                     |                    |    Mahmoud.
                     |--6. Ahmed.         |
                     |                    |--Hadj Amin.
                     |--Inedji.

Hamdan, qui vcut dans le premier quart du dix-huitime sicle, est le
premier qui ait fait le plerinage  la Mecque et inaugur ainsi ce nom
de Hadj, qui allait devenir celui de la tribu. Il eut quatre fils, dont
l'un, Meskour, est l'anctre de la tente princire des Hijaj. Les trois
autres mirent au monde chacun un fils, Mohammed, Hossin et Mokhtar.
Ces trois cousins firent ensemble le plerinage de la Mecque, vers le
milieu du dix-huitime sicle. Le second, Hossin, mourut  la Mecque
mme et y fut enterr; les deux autres revinrent  bon port et furent
enterrs, aprs une vie embellie par les vertus islamiques, le premier
 Al-Aguilat, prs de Mouit, l'autre  Al-Ouasta. Ce triple plerinage
aurola ce petit campement d'une gloire, assez rare alors, et on se
prit  les dsigner sous le sobriquet de tribu des Hadj ou Hijaj.
Le nom leur en est rest dfinitivement. Et de ce jour-l la tribu se
voua  la vie maraboutique.

La tribu naissante vivait alors dans l'Agan et buvait au puits
d'Oudenech, situ  Zkil, au nord-ouest de Chogar-Toro, et  celui
d'Al-Ouasta, sis  15 kilomtres au nord-ouest du premier.

Il n'y a rien  dire sur les premiers descendants de Meskour, au cours
du dix-huitime sicle. Le commandement est d'ailleurs,  cette poque,
l'objet d'pres comptitions. C'est au dbut du dix-neuvime sicle
qu'il se fixa dfinitivement dans les Oulad Hamdan et dans les Ahel
Meskour par les vertus et le prestige de Mohammed Lamin ould Mokhtar
ould Mohammed Barhoum ould Meskour.

Cette dvolution de l'autorit devait entraner, au cours du
dix-neuvime sicle, des scissions rptes dans la tribu. Une premire
fraction alla s'installer dans le Gorgol; on les y retrouve aujourd'hui
sous ce nom. En 1910, ils ont t runis  la tribu-mre du Brakna.
D'autres retournrent vers les cousins Rahahla et furent asservis
comme eux au tribut. D'autres enfin, mais antrieurement, qui n'avaient
voulu se muer aux marabouts dfinitifs, allrent s'affilier aux Oulad
Eli (Brakna du Gorgol). De nos jours enfin, vers 1902, la fraction
Douamin, qui n'est  proprement parler que cousine des deux, et,  ce
titre a toujours fait preuve d'indpendance, ne voulant pas accepter
l'autorit des Oulad Hamdan, est alle s'incorporer aux Id ag Fara
Brahim, des Diediba. L'accord faillit se faire, il y a quelques
annes, mais, au dernier moment, on ne s'entendit pas et les choses
restrent en l'tat.

Mohammed Lamin est compt comme le premier chef de la tribu,
dsormais constitue en une unit bien vivante. C'est sous son rgne,
semble-t-il, qu'eut lieu la guerre fort dure, rapporte par le Tarikh
de Oualata, et o luttrent d'une part les Oulad Bella et les Masna
de Tichit, d'autre part les Hijaj et les Dehahna allis. Les Hijaj du
Brakna envoyrent des contingents  leurs frres du Nord. Un combat
sanglant, le 19 juillet 1850, mit fin aux hostilits. Aprs Mohammed
Lamin, le pouvoir est rest dans la descendance de son fils an (2)
Sidi Abd Allah. C'est ce Sidi Abd Allah, homme magnifique, avec une
barbe imposante qui descendait jusqu' la poitrine, un vrai patriarche
que visita l'enseigne Bourrel, en 1860, et qui lui fit un si cordial
accueil. Les chefs, ses fils, furent d'abord (3) Mahmoud, mort sans
postrit, et (4) Mohammed El-Mrabet, mort au dbut de 1914.

Mohammed Al-Mrabet tait chef de la tribu lors de l'occupation
franaise. Obi et aim de ses gens, dvou  nos intrts, il fut un
excellent chef qu'on a eu le regret de voir mourir de la variole en
janvier 1914. Il fut remplac par surprise et sous l'influence du grand
marabout de la famille, Cheikh Ahmed Mahmoud, par son neveu (5) Mahmoud
ould Mohammed Mokhtar, au dtriment de ses fils.

De ses fils, l'an, Sidi Abd Allah, ne voulut pas revendiquer ses
droits et les cda  son cadet Ahmed. Ahmed faisait alors ses tudes
chez les marabouts du Nord. Il revint immdiatement et rclama le
commandement. Entre temps, il suivait les cours de l'cole d'Aleg. On
finit par lui donner droit, et en fin 1914, il fut nomm chef de la
tribu.

Mais jeune et lger (6) Ahmed ne sut pas se faire obir; il manqua
totalement de pondration dans son commandement, et dut tre remplac,
en avril 1917 par son prdcesseur (7), Mahmoud ould Mohammed Mokhtar.

Mahmoud, n vers 1862, marabout paisible, n'a qu'une influence limite;
il est simplement le membre le plus notoire de la djemaa. Il a trois
fils: Hamma Lamin, Mohammed et Ahmed; il subit fortement l'influence
de ses frres: Had Amin et Mrabet, et surtout de son cousin, le grand
Cheikh spirituel de la tribu, Ahmed Mahmoud. Le jeune Ahmed, qui avait
commenc par faire quelque opposition et avait t, de ce fait, puni
disciplinairement, est revenu au calme[10].

  [10] Mahmoud ould Mohammed Mokhtar est mort de la grippe en
  dcembre 1918.


2.--_Fractionnement._

Les Hijaj du Brakna se partagent ethniquement et administrativement en
les fractions suivantes:

1 Oulad Hamdan; chef: Mahmoud ould Mohammed Mokhtar; 120 tentes et 580
mes; 200 camelins, 958 bovins, 2.495 ovins, 164 nes;

2 Oulad Abd En-Nabi: premire sous-fraction administrative; chef:
Cheikh ould Taleb Brahim, qui a succd  son frre Jeddou, tous deux
neveux de l'ancien chef Cheikh Mostafa ould Taleb Brahim, vieux et
cass, 9 tentes et 28 personnes; 20 bovins, 270 ovins et 10 nes;
deuxime sous-fraction administrative; chef: Mohammed ould Khalil, 20
tentes et 57 personnes, 131 bovins, 325 ovins et 20 nes;

3 Haratines Hijaj; chef: Kaouri ould Obed; 40 tentes et 160 mes;
74 bovins, 404 ovins et 12 nes. Ces haratines sont pour la plupart
domicilis dans le Chamama auprs de Mbagne. Un petit nombre d'autres
est rest nomade vers Bassi Nguidi.

L'ensemble comprend donc 189 tentes et 831 mes. Le cheptel est de
200 camelins, 1.183 bovins, 3.494 ovins, et 206 nes. Le feu de la
tribu est, comme il convient  ces fils de plerins, la marque Makka
[makka], qu'ils apposent sur la cuisse droite des animaux.

Les Hijaj se partagent, d'aprs leur genre de vie, en deux groupes: les
Oulad Hamdan, ou grands nomades du Nord (Amechtil et Akel) et les Oulad
Abd En-Nabi, rattachs rcemment encore au Gorgol, ou petit nomades du
Sud-Est. On pourrait y joindre le groupe cultivateur des Haratines.

Fraction  chameaux, les Oulad Hamdan nomadisent dans le Nord-Ouest.
En hivernage, ils sont aux environs de Diguet Menn et dans l'Oued;
en saison sche,  Chogar, et aux environs,  Oudnech et  Al-Ouasta.
Ce n'est que de nos jours qu'ils ont pu revenir vers ces puits
ancestraux. Vers 1900, victimes de plusieurs pillages de la part des
Oulad Bou Sba de l'Adrar, ils avaient t obligs de les abandonner et
s'taient cantonns  Diguet Memm et  Chogar Tora. De nos jours, ils
n'chappent pas toujours aux rezzous, mais ils retrouvent en fin de
compte leurs pertes. C'est ainsi que pills par les Reguebat en juin
1914, ils rentrrent peu  peu en possession de leurs chameaux, repris
par le peloton mhariste de l'Adrar.

Fraction  boeuf et  petit btail, les Oulad Abd En-Nebi, ne possdent
pas un seul chameau. Ils nomadisent dans un petit rayon, en hivernage,
vers Al-Kouat et Al-Ousakat; en saison sche,  Bassi Nguidi et 
Bilal.

Le cadi de la tribu est Mohammed Salem ould Jeddou, d'origine Ahel
Babouya, n vers 1865, savant professeur et juriste, lve et disciple
de Mohammed Lamin ould Cheikh Mohammed. D'une famille peu connue,
Mohammed Salem commence seulement  percer grce  sa science et  sa
probit.

Les principaux notables sont: les deux fils de Cheikh Mohammed ould
Mohammed Lamin,  savoir: Cheikh Ahmed Mahmoud et Mohammed Lamin.
Cheikh Ahmed Mahmoud, n vers 1868, est le marabout le plus en vue
des Hijaj. Il passe dj pour tre un ouali. lve et disciple qadri
de son pre, il se rattache par lui aux grands Cheikhs Sidi Mohammed
ould Menni des Tagat, Cheikh Al-Qadi des Dediba, et Sidi-l-Mokhtar
Al-Kabir, des Kounta. Il est fort instruit, possde une bibliothque
bien garnie et distribue l'enseignement coranique et suprieur 
une cinquantaine d'lves, tant des Hijaj que des tribus voisines,
notamment Tadjakant et Id ag Jemouella. Ce Cheikh se confine de plus
en plus dans la pit et le mysticisme; il a fini par se dsintresser
compltement des affaires administratives et du commandement de la
tribu; il abandonne mme souvent son cole  son cadet. Il vit 
l'cart, ermite, plong dans une quasi perptuelle kheloua. Son seul
fils peut alors l'approcher, et quelquefois son frre Mohammed Lamin.
C'est un thaumaturge reconnu, au demeurant le marabout le plus notoire
du Cercle, aprs M'hammed ould Bekka, des Kounta. Son frre, Mohammed
Lamin, n vers 1870, de la mme obdience, trs intelligent et trs
instruit, est moins confin dans le mysticisme. Il dirige avec beaucoup
de savoir une cole de trente lves, o l'on voit,  ct des Hijaj,
des Tadjakant et des Diediba. Quand son frre an disparat dans
sa retraite, c'est prs de cent lves que comprend cette petite
Universit nomade. Les deux Cheikhs ont distribu leur ouird  la
majeure partie de leurs contribules.

Les Hijaj sont tous qadra, relevant de deux obdiences diffrentes,
soit surtout celle de Cheikh Al-Qadi, des Diediba, soit celle de
Cheikh Sida, en dfinitive par consquent de la mme source des Kounta
de l'Azaouad.

Les principaux notables de la tribu sont: chez les Oulad Hamdan,
Mohammed Fal ould Khalil; Mohammed Fal ould Bokhari, Ahmed ould Najid;
Mohammed Abd Er-Rahman ould Sidi; chez les Oulad Abd En-Nabi (1re
sous-fraction) Sidi Abd Allah ould Abadi, et (2e sous-fraction)
Youssef ould Assa et Brahim ould Salek; chez les haratines Ahmed ould
Biyad et Samba ould Al-Yarg.

Le matre d'cole coranique attitr de la tribu est Ahmed Abd Ed-Dam
ould Sidi ould Mokhtar Fal, n vers 1855, vieillard peu intelligent et
mdiocrement instruit, mais honnte, sympathique et trs en confiance.




CHAPITRE IX

ID ELIK


1.--_Historique._

Les Id Elik se prtendent, comme il convient, d'origine arabe, et se
donnent une ascendance ommeade. Ce qui est plus certain, c'est que
l'anctre ponyme, Elik tait un Berbre marabout, qui vivait avec les
siens dans le sillage des Oulad Abd Allah, au seizime sicle. Depuis
une ou deux gnrations au moins, cette sympathie unissait les deux
tribus: Hassane et Zenaga. La tradition est formelle  ce sujet; elle
prtend mme que, ds le temps de Bou Baker ben Omar (onzime sicle),
les deux tribus taient allies, tant venues ensemble d'Arabie, ce
qui est un anachronisme manifeste, puisque les Arabes n'arrivent en
Mauritanie qu'au quinzime sicle. Il est plus probable qu'Elik,
Berbre du Sud marocain, arriva au seizime sicle dans les bandes
Oulad Abd Allah, qui s'abattaient sur la Mauritanie. C'est ce qui
expliquerait l'arrive commune de la tradition historique.

Elik laissait quatre fils: Zar, Badelli, Diaoudiaye et Ab Amrar. La
descendance des deux derniers s'est fondue dans celle de Zar et de
Badelli, et aujourd'hui les Id Elik s'attribuent tous l'une de l'autre
de ces deux filiations.

Zar, de son vrai nom Ishaq, tait l'an. Le commandement devait rester
dans sa famille jusqu' la fin du dix-huitime sicle, o il passa dans
la branche cadette avec Atig, septime descendant de Badelli.

En leur qualit de marabouts, les Id Elik prirent part  la guerre
de Boubbah, au dbut au moins, dans le clan de leurs frres dans la
foi. Mais ils finirent par cder  leur amiti traditionnelle pour les
Oulad Abd Allah, et lchrent les marabouts se rangeant aux cts des
hassanes. La lgende veut que cette trahison ait t consomme  Tin
Yefdad mme, c'est--dire  la dernire et suprme bataille du Cherr
Boubbah.

On raconte en effet que, repousss une premire fois par les marabouts,
les guerriers s'taient retirs au Tagant. Les deux camps, s'tant mis
 nouveau en marche l'un contre l'autre, se rencontrrent  la mare de
Tin Yefdad, au sud d'Ouezzan. Ils se faisaient face depuis plusieurs
jours, quand les Ahel Badelli allrent trouver les chefs guerriers et
leur conseillrent de prendre de nuit le plus d'eau possible dans la
mare, puis de la rendre imbuvable, en y faisant pitiner des animaux,
tranant des branches d'pineux. Ce conseil fut suivi. Puis au matin,
les hassanes attaqurent les marabouts. Repousss, ils revinrent
inlassablement  la charge et puisrent leurs adversaires. A la nuit,
chacun resta sur ses positions, mais tandis que les guerriers buvaient
et se refaisaient, les marabouts mouraient de soif devant la mare. Le
lendemain, incapables de continuer la lutte, ils durent se reconnatre
vaincus et accepter les conditions des guerriers.

Toute cette histoire parat bien fantaisiste. Il n'en reste pas moins
que les Id Elik, marabouts des Oulad Normach, ne leur payent pas
de horma officielle, contrairement  toutes les coutumes maures, et
que les uns et les autres sont d'accord pour reconnatre que cette
situation privilgie remonte  la guerre de Boubbah et aux concours
que les Normach reurent  cette poque des Id Elik. On peut donc en
admettre le principe.

A la fin du dix-huitime sicle, et sans qu'on sache en quelles
circonstances exactement, le commandement passe dans les mains d'Atig
ould Ahmed ould Habid ould Hand ould Mohand ould Malik ould Tegueddi
ould Badelli ould Elik, chef de la branche cadette.

Atig meurt en 1810, laissant deux fils: Cheikh Mohammed Mahmoud et
Moun. C'est  cette date, et par suite des rivalits des deux
fils, qui se constituent le groupement actuel des Id Elik en deux
fractions: Ahel Aleg, Ahel Abary, du nom de la rgion o ces campements
nomadisaient habituellement. On connat Aleg. Abary est le nom d'une
petite rivire du Chamama.

_Tableau gnalogique._

                            Atig, [+] vers 1810.
                          ____________|_____________
                         |                          |
             Cheikh Mohammed Mahmoud,             Moun,
                  [+] vers 1840.                vers 1880.
                         |              ____________|________
                         |             |                     |
                    Mostafa,      Sidi Salem.               Tig.
                 [+] vers 1839.        |                     |
           ______________|             |                     |
          |              |             |--Mostafa.      Ahmed Moun.
  Cheikh Moh. Fal.   Mahfoudh.         |                     |
     _____|________________            |--Abd                |
    |          |           |           |  El-Kerim.       Mahmoud,
  Mostafa.   Naji,    Isselmou.        |                  chef des
           chef des                    |--Ahmed.         Ahel Abary.
           Ahel Aleg.

Cheikh Mohammed Mahmoud, tout en reconnaissant une certaine
indpendance aux Ahel Abary de son frre, conserva encore, nominalement
au moins, le commandement de la tribu. A sa mort, vers 1840, il ne
laissait que des petits-enfants en bas ge, car son fils Mostafa tait
mort un an avant lui. Cette situation permit  Moun, chef des Ahel
Abary, de prendre sa complte autonomie.

Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa ould Cheikh Mohammed Mahmoud a t
un trs pieux, trs influent et trs rput marabout. On trouva son
obdience dans plusieurs tribus maures voisines, et chez beaucoup de
Toucouleurs du Chamama. Il tait chef des Ahel Aleg,  notre arrive,
et conserva le commandement jusqu' sa mort (fin 1912), mais depuis
plusieurs annes dj, il ne s'occupait plus que de choses pieuses et
laissait la direction politique de la fraction (Ahel Aleg)  son fils
Naji et  son frre Mahfoudh. Nous n'emes que peu de rapports avec ce
Cheikh. Il affecta de nous ignorer.

Naji (de son vrai nom Mohammed Mahmoud) a succd  son pre Mohammed
Fal, en fin 1912, tant dans son commandement politique que dans sa
direction spirituelle. A ce titre, il jouit d'un grand prestige dans sa
tribu et au dehors, principalement dans la daba de haratines et dans
les villages toucouleurs du Chamama et peroit de nombreux cadeaux de
toute nature. Trs intelligent, fort instruit, sympathique, Naji, vers
1884, est dj un professeur renomm. Son cours suprieur est suivi
assidment par une trentaine de jeunes gens Id Elik, haratines et
Toucouleurs. Une de ses soeurs a pous un fils de Cheikh Sida; elle
vit actuellement spare de son mari.

La deuxime fraction, les Ahel Abary, sont sous le commandement de
la branche cadette de la tente Atig. A Moun ould Atig, dcd vers
1880, a succd son fils Mohammed Salem, dit Tig ould Latig, qui
s'est teint en 1915,  l'ge de 80 ans. Ce fut un saint homme, trs
vnr, ancien lve de Mohammed Mahmoud le grand Mrabet, et dont
on fit au dbut le cadi du Cercle. Son instruction et son esprit de
conciliation lui avaient acquis une renomme universelle. C'tait de
plus un traditionaliste remarquable et un professeur, autour de qui se
pressaient des enfants de toutes les tribus du Brakna. Il recevait des
aumnes de partout et principalement des Touabir et des Kounta; parmi
ceux-ci, surtout des Meterambrin.

Depuis plusieurs annes, ses facults baissaient et il se faisait
suppler par son fils, Ahmed Mahmoud.


2.--_Fractionnement._

Les Id Elik se partagent en deux fractions se dcomposant  leur tour
en huit sous-fractions.


A.--_Ahel Aleg._

    Ahel Mohammedden al-Habib.--Chef: Naji ould Mohammed Fal.
    Ida Ou Zar.--Chef: Ahmeddou ould Jeddhoum.
    Ahel Taleb M'hammed.--Chef: Bassi ould Abd Al-Latif.
    Njamra.--Chef: Nadji ould Khalifa.
    Haratines.--Chef: Mohammed ould Bidia.

Les deux premires sous-fractions sont seules de pure origine elik: la
premire de Badelli, la seconde de Zar. Les Ahel Taleb M'hammed sont
d'origine bourba, nationaliss (holafa) Elik depuis fort longtemps;
les Njamra sont dans les mmes conditions, mais d'origine medlich.

Ils comprennent 121 tentes et 575 personnes et sont riches de 10
chameaux, 591 bovins, 1.161 ovins et 87 nes.

Les principaux notables sont: Mahfoudh ould Mostafa, oncle de Naji;
et Mostafa, frre an, et Isselmou, frre cadet de Naji. Mostafa,
orphelin de mre, et jaloux des prfrences manifestes par son pre 
Naji s'est retir depuis 1907 chez les Ahem Abary, o il s'est mari.
Isselmou parat devoir tre un savant de quelque envergure.


B.--_Ahel Abary._

    Ahel Mohammedden ould Al-Habib.--Chef: Ahmed Mahmoud.
    Ida Zohra (Zar).--Chef: Mohammed Fal ould Atjfara.
    Haratines.--Beya ould Birama.

Ils comprennent 62 tentes dont 42 pour les gens libres et 20 pour
les haratines, et 352 personnes dont 70 haratines. Ils possdent 11
chameaux, 285 bovins, 644 ovins et 48 nes.

Les principaux notables de la djemaa sont: Sidi Salem ould Al-Altig;
et ses fils Mostafa; Abd El-Karim et Ahmed. Il aurait tendance 
former bande  part dans les Ahel Abary. Sidi Salem est en effet
l'an de Moun, et c'est  lui qu'aurait d revenir le commandement,
s'il n'avait eu la mfiance d'envoyer son frre  Coppolani en 1905.
Mohammed Fald ould Al-Atig; Ahmedou o. Ahmed Chella; Mohammed Lamin
ould Habib; Mohammed Salem ould Obed Allah; Soudani ould Souleman,
Abmojin ould Mojen.

L'ensemble de la tribu comprend donc 183 tentes et 297 personnes, et
possde 21 chameaux, 876 bovins, 1.805 ovins et 135 nes.

La marque commune est le lam-alif qu'ils apposent sur la cuisse droite.
La zone de nomadisation est, en saison sche comme en hivernage, d'Aleg
 Mal. Quant aux haratines, ils sont en hivernage, au sud de Dielowar,
en saison sche, dans le Chamama entre Cascas et Bogh.

Ces haratines taient jusqu' 1912 groups sous le commandement de Beya
ould Birama, qui tait responsable vis--vis des deux chefs. Groups,
ces haratines avaient plus de cohsion et travaillaient mieux. Mais
dvou  Cheikh Mohammed Fal, et de ce fait, assez partial vis--vis
des gens de Tig, son commandement, satisfaisant de par ailleurs,
provoqua des rclamations. Il fut scind, et aujourd'hui les haratines
vivent spars, comme leurs matres.


3.--_La vie religieuse._

Les Id Elik jouissent, entre les diverses tribus maraboutiques
du Brakna, d'un grand prestige religieux, grce sans doute aux
personnalits de renom qu'ils ont fourni  la gnration prcdente:
Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa et Tig ould Latig. De tous les
points du Brakna et du Chamama, on vient complter son instruction
dans leurs tentes, et certaines d'entre elles sont de vraies petites
zaoua nomades. On leur demande, par la mme occasion, l'ouird qadri,
dtenu ici par filiation dans la famille princire, depuis le grand
Cheikh Mohammed Mahmoud ould Atig, qui tait un disciple de choix de
Mostafa ould Al-hadj, frre et lve de Cheikh Al-Qadi des Dediba,
personnage bien connu. Cette obdience rattache, comme presque partout
ailleurs, les Id Elik aux Kounta de l'Azouad, car les deux frres
prcits reurent l'ouird dans le campement du grand Cheikh Kounti,
Sidi-l-Mokhtar, et de sa main mme.

Les principales tribus qui composent la clientle des Id Elik sont:
les Soubk, les Zemarig, les Oulad Normach, les Touabir-Oulad Yarra,
les Tadjakant de M'Bout, les Oulad Hid du Gorgol. Dans le Chamama, sis
 l'est de Bogh, on ne trouve pas de village toucouleur, qui ne compte
quelques-uns de leur talib. Il en va de mme, au moins en partie, sur
la rive gauche. La personnalit la plus notoire de ces disciples noirs
est Amadou Mokhtar, chef du Toro sngalais.

Actuellement le moqaddem en titre est Naji (Mohammed Mahmoud) par
drivation de son pre et de son grand-pre. Cette tente vise avec un
soin jaloux  ce que la baraka ne sorte pas de la famille.

L'influence de Cheikh Sida est assez sensible dans cette tribu. Son
point de dpart est le mariage projet depuis longtemps, et effectu en
1911, d'un fils de Cheikh Sida avec Mariam, dit Maroum, soeur de Naji.
Il y eut des tiraillements. Les Diediba, jaloux de voir les Oulad Biri
s'immiscer dans le Brakna, y firent une grande campagne d'opposition.
Les Kounta s'en mlrent, car Maroum avait t en quelque sorte
promise  Bambaye. La campagne ne fut pas sans succs, car quand Cheikh
Mohammed Fal mourut en fin 1912, Naji ne fut appel par la djemaa  le
remplacer que conditionnellement. Ce mariage ne dura pas d'ailleurs. Le
fils de Cheikh Sida, ayant pous, malgr ces promesses, une deuxime
femme, Maroum revint dans le campement fraternel.

Les deux cadis des fractions Id Elik sont: pour les Ahel Aleg, Kabir
ould Mohammed Salem, n vers 1880, ouvert, assez instruit, mais peu
intelligent; pour les Ahel Abary Sidi Salem ould Oummoui, n vers 1850,
vieillard ouvert et sympathique.

Le cimetire classique des Id Elik, celui qui renferme la plupart de
leurs tombes et o ils vont faire leurs plerinages, est  Tiabba Taba,
prs du lac d'Aleg. On trouve l les tombeaux de tous les anctres des
chefs marabouts actuels.




CHAPITRE X

ID AG JEMOUELLA


1.--_Historique._

Les Id ag Jemouella se disent Chorfa. Leurs anctres arrivrent dans
la haute Mauritanie peu aprs l'poque lemtouna. Un peu plus tard,
ils participent, aux cts du fameux imam Hadrami, aux luttes contre
les Tachomcha. Quand les hassanes envahissent l'Adrar c'est aux Id
ag Jemouella que les Oulad Mbarek ont affaire, et de durs combats
s'ensuivirent. Les Id ag Jemouella passent en outre pour avoir pris
une part active aux diffrentes phases de la guerre de Boubbah (Cherr
Boubbah).

Cette suite ininterrompue de guerres avait puis la tribu; elle
penchait ds lors vers le maraboutisme. Seules, quelques tentes
obstinment guerrires ne voulaient pas se convertir. Elles furent 
peu prs dtruites par les attaques des Litama; les derniers campements
se rfugirent chez les Oulad Eli ould Abd Allah, prirent qualit de
marabouts et s'engagrent  leur payer des redevances.

Une autre tradition brakna, celle-ci extrieure aux Id ag Jemouella,
ne conteste pas l'enchanement de ces faits, mais leur dnie l'origine
chrifienne. Elle relate que les Id ag Jemouella sont les descendants
d'une vieille tribu berbre, tablie dans le Brakna, bien avant
l'arrive des Oulad Abd Allah, et qui perdit son antique puissance
lors des luttes contre ces invasions arabes. C'est  cette date qu'ils
se murent en marabouts, et du mme coup, en chorfa. Cette tradition
parat plus vraisemblable.

Quoi qu'il en soit, l'anctre ponyme de la tribu serait un certain Abd
Er-Rahman, dit Jamal al-Din (beaut de la religion). Il aurait t le
fils, ou tout au moins le descendant, du fameux Sidi Yahia, le grand
saint de Tombouctou, anctre galement des Glagma et des Ahel Taleb
Mokhtar du Hodh. La gnalogie de ce Sidi Yahia est connue et a t
donne ailleurs. Abd Er-Rahman Jamal eut trois fils: Othman, Izzoun et
Edy, et ce sont ceux qui ont donn naissance aux trois groupements
ethniques de la tribu: Oulad Othman, Oulad Izzoun, Oulad Edy.

Le pouvoir se perptua dans la branche ane: celle d'Othman. La
tradition rapporte que son cinquime descendant, Abd Er-Rahman ould
Mohammed ould Yeja, Le dernier hros des temps antiques fut tu  la
bataille de Tin Iefdadh, qui termina le Cherr Boubbah.

Edy, de son vrai nom Youssef, laissa quatre fils: Maham Aboubak, Abd
Allah et Imijen, dont la descendance se retrouve aujourd'hui chez les
Oulad Edy.

Il en est de mme pour Izzoun.

Avec le temps, le pouvoir est devenu hrditaire dans la tente des Ahel
Kebd, branche ane des Oulad Othman. On donne de ce nom de Kebd qui
signifie foie une explication amusante. De mme que le foie est un
viscre qu'on ne peut avoir qu'aprs la mort de l'animal, de mme le
pouvoir ne peut sortir des Ahel Kebd qu'avec leur disparition totale.
Ce Kebd, qui mourut au dbut du dix-neuvime sicle, s'appelait de son
vrai nom Taleb Othman ould Sidi Mohammed ould Taleb Othman ould Al-Alem
ould Othman ould Abd Er-Rahman.

Lors de notre arrive en Mauritanie, les Ahel Kebd n'avaient pas
de membres capables de les reprsenter. La djemaa chargea donc son
prsident, le cadi Abd Allah ould Hamed des Ahel Othman, d'apporter
la soumission de la tribu  Coppolani; par la suite, il conserva son
commandement et l'exera du reste avec intelligence. Aussi, pour
reconnatre les services qu'il lui rendit au cours de sa mission
Coppolani lui accorda-t-il une petite palmeraie prs de Tijikja.

Abd Allah ould Ahmed (ould Belal ould Lamin ould Mohammed Karim ould
Abd Er-Rahman ould Mohammed ould Yeja ould Abd Er-Rahman ould Mohammed
ould Othman ould Abd Er-Rahman Jemal Ad-Din), n vers 1868, riche,
intelligent et instruit, cadi de sa tribu, s'est maintenu chef des Id
ag Jemouella jusqu'en 1914. Son commandement a t troubl par divers
graves incidents.

En 1905, il a  supporter les attaques des Id Ou Ach, qui lui ont
vou un haine froce. Ils dclarent que c'est lui qui est cause de
l'installation des Franais  Mal, en 1904, et le pillent  plusieurs
reprises. La tribu, dchire par les dissensions, finit par se partager
en deux fractions: l'une qui reste range derrire son chef, l'autre
qui subit l'influence de Cheikh Mohammed Mahfoudh, disciple de Saad
Bouh, jeune ambitieux et intrigant, n vers 1878, et qui fut quelque
temps cadi de la tribu. Aprs avoir tent de se faire inscrire  Kadi,
un beau jour, en mai 1906, il part avec six de ses lves vers le Nord.
Il fut trs bien reu par Ma-l-Anin qui lui confia la grance de ses
biens  Atar. Sa disparition a ramen le calme et l'unit dans la tribu.

En juillet 1908, des contestations clatrent entre Lemtouna et Id
ag Jemouella au sujet de l'usage de certains puits. Les Lemtouna
provoqurent  plusieurs reprises des rixes sanglantes.

En 1915-1916, le chef des deux petites fractions hassanes Naji ould
Baji; le fils de l'ancien chef: Ba Naji et deux pillards rputs:
Mokhtar et Naji ould Taeb prennent la brousse et se livrent 
une srie de petits pillages, dans le Brakna et le Raag. Quelques
tirailleurs, insoumis ou dserteurs, se joignent  eux. Enfin, traqus
et pris par les partisans, ils sont jugs et le calme renat.

Dans ces dernires annes, de violents conflits avec les Torkoz
au sujet de pturages et de points d'eau ont amen par une mesure
rigoureuse et intempestive la condamnation de la tribu  27.000 francs
de dommages-intrts envers les Torkoz. Elle est sortie de cette
affaire compltement puise et n'a pas pu encore se relever.

Le mcontentement de la djemaa et de l'administration a ds lors
contraint le Cheikh Abd Allah  se retirer. Dj ds 1911, on avait
cess de faire la prire devant sa tente; il a t remplac par le
reprsentant hrditaire des Ahel Kebd: Sidi Mohammed. Abd Allah s'est
retir sous sa tente et y vit en philosophe paisible.

Dans le dernier tat de choses, les Id ag Jemouella payaient un
rafer aux Oulad Mohammed et un autre aux Oulad Eli du Gorgol.


2.--_Fractionnement._

Les Id ag Jemouella (au sing. Jemouelli) se divisent aujourd'hui
administrativement en dix fractions  savoir:

    Al-Hofra.--Cheikh: Sidi Mohammed ould Kebd (Othman).
    Ahel Bilal.--Cheikh: Hamed ould Hamed (Othman).
    Ahel Mokhtar Mohammed.--Cheikh: Sidi ould Al-Hazzey (Edy).
    Ahel Sidi Youssef.--Cheikh: Taleb Othman ould Sidi (Edy).
    Ahel Taleb Abedi.--Cheikh: Mohammed Fal ould Ahmed (Othman).
    Oulad Tegueddi.--Cheikh: Abada ould Cebbar (Izzoun).
    Ahel Idy.--Cheikh: Baba ould Sidi Cheikh (Othman).
    Ahel Ahmedat.--Cheikh: Cheikh ould Ahmedat (Massanes).
    Ahel Mohammed Sidi.--Cheikh: Brahim ould Brahim (Hassanes).
    Haratines.--Cheikh: Cheikh ould Mokhtar.

Ce fractionnement a t voulu par eux lors de la rorganisation de la
tribu; ethniquement, ils se divisent en trois fractions et quatorze
sous-fractions, conformment aux donnes historiques exposes plus
haut. A savoir:

                 { Ahel Bilal
                 { Ahel Alem
                 { Oulad Othman proprement dits
    Oulad Othman { Ahel Taleb Abedi
                 { Ahel Idy
                 { Id ab Emchif
                 { Id ag Messaad
                 { Oulad ben Brahim

                 { Ahel Bou Daha
                 { Ahel Obed ould Chen
                 { Oulad Tegueddi
    Oulad Izzoun { Id ag Bounka (d'o descend la tente des
                 {   Ahel Cheikh Abd Allah, des Id ag Fara
                 {   Brahim).

    Oulad Edy  { Ahel Sidi Youssef
                 { Ahel Mokhtar ould Mohammed

Les Id ag Jemouella _hassanes_, qui ne sont d'ailleurs gure plus
guerriers que de nom, forment deux sous-fractions, issues des
groupements prcits:

    Id Abd Allah, provenant des Oulad Othman,
    Oulad Edy, provenant de la fraction du mme nom.

Ces deux groupements n'ont plus que quelques tentes, qui vivent mles
soit au tolba, soit surtout aux haratines. Certaines tentes sont alles
chercher fortune chez les Diediba-Asbat Negza et chez les Touabir.
Elles s'y incorporrent vraisemblablement.

Le chef actuel de la tribu est Cheikh Sidi Mohammed ould Moussa ould
Cheikh Mohammed Al-Mokhtar ould Kebd, nomm en 1914. En sa qualit
de reprsentant hrditaire des Ahel Kebd, il jouit d'une autorit
inconteste, et c'est au surplus un personnage dvou; mais la tribu
n'est tout de mme pas en main. Il y a trop d'loquents bavards et
d'intrigants parmi ces chrifiens, d'ailleurs intelligents et ouverts.

Le cadi est Mohammed Mahfoudh ould Naji ould Sidi Youssef, des Oulad
Edy. N vers 1875, c'est un personnage sympathique et instruit. Il
relve dans l'ordre mystique de Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Moustafa
ould Cheikh Al-Qadi, des Diediba.

Les personnalits importantes de la tribu sont: _a_) Al-Mehaba ould
Taleb Imijen, n vers 1880, trs instruit, juriste et traditionaliste;
_b_) Abd Allah ould Hamed ould Abd Allah, n vers 1885, professeur
intelligent et ouvert; _c_) Taeb ould Hassen ould Sidi Ahmed, n vers
1875, professeur de renom; _d_) Mohammed Liman, qui aprs tre rest en
dissidence dans l'Adrar de 1906  1912, fit sa soumission avec les Ahel
Soued Ahmed, et rentr dans le Brakna se signala au dbut par quelque
opposition; _e_) Cheikh Mohammed Mahfoudh ould Cheikh Taj al-Arifin
ould Cheikh Mohammed Lamin, vu antrieurement. Il serait toujours dans
le Sous, o il aurait fait, dit-on, sa soumission au Makhzen et aurait
pous une fille de Hada ould Mouzz, le glorieux pacha de Taroudant.

Le recensement gnral des Id ag Jemouella a donn pour l'exercice
1918: 250 tentes et 2.275 personnes; 7 chevaux, 3 chameaux, 462
bovins, 1.602 ovins et 200 nes. Les marques de la tribu sont soit le
[lamha], commun  tous, et qui s'appose sur la cuisse droite ou
 la naissance de la hanche, soit le narli [T] sur la hanche
et spcial aux Ahel Mokhtar ould Mohammed. On met souvent comme
contremarque un petit dal [dal] sur le lam du [lamha].

La tribu nomadise en hivernage  l'ouest de Guimi et vers Bidi Ngal.
Les haratines sont en outre, en hivernage, au nord-ouest de Mouit et
aux environs de Guimi, en saison sche,  Dielowar et Chogar. Depuis
leur conflit avec les Torkoz, on a interdit aux Id ag Jemouella la
rgion de Mal pour viter tout contact entre ennemis. Ils sont un peu 
l'troit dans la rgion de Guimi. On leur a donn en outre des tamourts
importants et non cultivs au nord de Kra Lemaoudou.

Les tombeaux les plus vnrs sont ceux de: _a_) Mohammed, dit Bilal,
ould Kamin, grand-pre d'Abd Allah ould Ahmed,  Guimi; _b_) Abd
Er-Rahman ould Bilal, fils du prcdent, savant et traditionaliste de
renom, mort vers 1880,  Nouadich (Tagant). Il est l'auteur du pome,
bien connu ici, qui donne en vers lgants la gnalogie des Id ag
Jemouella (Cf. en annexe).

La tribu dans l'ensemble pratique l'ouird qadri. Les moqaddem locaux
sont au nombre de deux: Cheikh Ahmed Salem ould Bou Daha qui relve de
Sidi-l-Mokhtar ould Cheikh Al-Qadi, des Diediba, et Cheikh Abd Allah
ould Mostafa, des Taleb Mohamedden, des Diediba, considr par les Id
ag Jemouella comme un matre.


ANNEXE

POME GNALOGIQUE DES ID AG JEMOUELLA.

    [Illustration: texte arabe.]




CHAPITRE XI

TAGAT


1.--_Historique._

Les Tagat (au sing. Tagati) appartiennent dans la tradition maure  la
souche des Ansar. Leur anctre serait Youssef ould Yaqoub ould Abou
Dojennas, l'Ansari. Par lui, ils seraient les cousins des Id Eboussat.

Les Tagat sont en ralit, semble-t-il, comme tous les marabouts
maures, des Berbres. Leur parent avec les Lemtouna est affirme
par tout le monde et reconnue par eux-mmes. Ils sont originaires de
l'Azaouad et ne vinrent en Mauritanie par le Hodh et le Tagat qu'aux
seizime et dix-septime sicles,  la suite des invasions marocaines.
Un des leurs, Ahmed ould M'hamid, bientt suivi de toute la tribu,
serait venu s'installer  Aguiert, o dominaient alors les Noirs.
Ceux-ci, dit la tradition, cultivateurs et pasteurs, taient alors
fort nombreux et riches dans la rgion d'Aguiert. Ils habitaient des
cases en pierres, dont on ne retrouve plus les dbris aujourd'hui.
L'immigrant accabla ses htes de brimades et fut assassin par
vengeance, l'anne suivante. Chacun resta alors sur ses positions (vers
le dix-septime sicle).

Les nouveaux arrivs ne prirent pas part  la guerre de Boubbah,
n'ayant pas encore eu le temps de faire alliance avec les marabouts.
Ils taient, au contraire, les amis des hassanes,  cause de la
rception cordiale que leur aurait faite Boussam ould Cheboubi, chef
des Oulad Al-Yatim, les futurs Litama (Oulad Abd Allah). Ils se mirent
sous sa tutelle et lui payrent la horma.

A la mort de Boussam, les Litama se scindrent. Dcims par des guerres
continuelles avec les Ahel Mohammed et les Oulad Eli du Gorgol, ils
perdirent la plus grande partie de leurs vassaux et marabouts, dont
les Tagat. Ceux-ci contractrent alliance avec les fractions abakak,
des Id Ou Ach, qui devinrent leurs suzerains en mme temps qu'ils le
devenaient des Torkoz. C'tait  l'poque en effet o les guerriers Id
Ou Ach commenaient  descendre dans l'Aftout et menaaient le Brakna.

Les Tagat, installs  la bordure ouest du Tagant, ont vcu dans cette
situation de tributaires des Id Ou Ach et spcialement des Ahel Soued
Ahmed jusqu' nos jours, tant les fractions  chameaux, nomadisant au
nord, que les fractions  boeufs et petit btail nomadisant au sud.
Ils taient galement bien avec les Oulad Ahmed et leurs campements
reurent plusieurs fois les femmes et les enfants Oulad Ahmed, quand
ceux-ci taient vaincus dans leurs luttes classiques contre les Oulad
Siyed.

La tradition, plus ou moins lgendaire, rapporte que l'anctre ponyme
de la tribu fut un certain Tgt, descendant de Youssef l'Ansari. Il
eut cinq fils, anctres de tous les campements actuels soit du Tagant,
soit du Brakna, soit du Gorgol,  savoir:

                                  Tagt.
   _________________________________|______________________________
  /                                                                \
  Eli,                  Sidi Ahmed,   Eineb,     Aouach,    Atjfara,
  pre des Oulad        pre des      pre       pre       pre
  Eli-Tagat (Gorgol)    Oulad Sidi    des        des        des
  et des  Ahel Cheikh   Ahmed Bou     Id Eneb   Id         Atjfara
  ould Menni (Tagant).  Hajar         (Brakna).  Aouach     Id
                        (Tagant).                (Brakna).  (Brakna).

Les trois dernires sous-fractions descendent de frres germains. C'est
ce qui expliquerait en partie leur union actuelle. Il faut y ajouter
aussi une autre cause: le genre de vie et la richesse pastorale. Les
premires fractions taient surtout des fractions  chameaux, vivant
dans un large rayon de nomadisation; les autres des nomades, de moindre
envergure, dont le cheptel tait surtout de bovins.

Les campements Tagat vcurent longtemps ensemble. A la suite de
disputes avec les Id Atjfara, les Oulad Eli Tagat se sparrent de la
tribu et allrent planter leurs tentes chez les Tadjakant du Gorgol
(dbut du dix-neuvime sicle). Peu aprs,  la mort de leur chef,
Cheikh ould Menni, les Ahel Cheikh ould Menni, qui sont ethniquement
des Oulad Eli, partirent  leur tour et se rapprochrent du Tagant.
A notre arrive cette scission s'accentua. Les Ahel Cheikh ould
Menni furent englobs dans le Tagant; les Oulad Eli dans le Gorgol;
les dernires fractions restrent Brakna. Depuis ce temps, diverses
questions d'intrt et notamment l'affaire de Gadel, ont encore
accentu cette haine entre Tagat du Tagant et Tagat du Brakna. Les
premires considrent comme une injure, dirent-ils, d'tre appels
Tagat, et comme il y a parmi eux quelques tentes, qui descendent des Id
Ar-Zimbo, ils assurent se rattacher  cette tribu du Trarza.

Les Oulad Sidi Ahmed Bou Hajar, ou Oulad Sidi Ahmed des cailloux, n'ont
pas  tre tudis ici, puisqu'ils relvent du Tagant. Ils sont en
excellentes relations avec les Kounta avec lesquels ils cultivaient, et
cette intimit n'est pas trangre  leur glissement vers le nord-est.
Certaines tentes ont des origines chorfa. La fraction aura ds lors une
tendance  voluer vers cette dignit chrifienne.

Restent donc pour constituer les Tagat du Brakna tous les campements,
descendant des trois derniers fils de Tagat, c'est--dire les Id Eneb,
les Id Aouach, et les Id Atjfara.

Remarquons qu'il y a une gnration, deux campements Id Aouach sont
alls s'installer dans le Guidimaka.

Les Tagat n'ont jamais eu,  leur tte, un chef unique pour toute la
tribu, avant notre arrive en Mauritanie. Chacune des sous-fractions
avait un chef indpendant des autres. Toutefois, pour les affaires
concernant toute la tribu, les chefs se runissaient, accompagns
chacun de quelques membres de la djemaa, choisis parmi les plus sages.
Nanmoins, la supriorit numrique d'une sous-fraction, avait une
influence considrable dans les dcisions de cette espce de conseil
de famille. C'est ainsi que les Ahel Ceddiq, la plus importante
sous-fraction de la tribu Tagat a toujours exerc sa suprmatie sur les
actes de la tribu.

En 1868,  dfaut d'un membre de cette famille, capable d'assurer
la responsabilit du commandement de la tribu, un nomm Sidi ould
Ahmed Ralla, des Ahel Taleb Brahim, de la sous-fraction des Ahel Bou
Khiyar, fut choisi pour commander les Id Atjfara. Cet homme qui eut
une supriorit marque sur ses prdcesseurs et sur tous les chefs
maures du Brakna fut assassin en 1892,  Aguiert, par Aminou, fils de
Bakar ould Soued Ahmed. Cet assassinat fut commis par vengeance, car
le chef tagat, anciennement tributaire des Ahel Soued Ahmed, voulant
s'affranchir de la redevance annuelle que fournissait sa tribu, refusa
du mil  celui qui devait devenir son assassin. Il fut remplac par
Mokhtar ould Ben, de la fraction Ahel Bou Khiyar, qui tait le chef des
Tagat, lors de l'arrive de Coppolani en Mauritanie.

Il fut remplac par Cheikh Hadrami, de la famille o le pouvoir tait
hrditaire. A celui-ci, mort en 1899, succda Mokhtar ould Oubba, des
Ahel Bou Khiyar, qui tait en fonctions lors de l'arrive des Franais.

A cette date, les Tagat, comme tous les Maures, ne crurent pas que nous
nous tablirions dans leurs pays  titre dfinitif. Aussi les chefs ne
se drangrent-ils pas, et c'est ainsi que pour paratre faire acte de
soumission et viter d'tre pills par les guerriers de leur race, les
Tagat dpchrent Mrabet ould Abd Ed-Dam  Coppolani.

Mrabet (ould Abd Ed-Dam ould Amar Fal ould Ahmed ould Aouissa ould
Youssef ould Atjafara) se trouvait par hasard dans le campement du chef
des Tagat. Il avait la rputation d'un homme intelligent, sachant mener
parfaitement ses affaires. Il fut donc choisi parmi ses compatriotes
pour les reprsenter. Ils lui donnrent mme un cadeau pour le
ddommager du retard qu'auraient  subir ses affaires du fait de son
dplacement. Coppolani l'agra comme chef. Il est inutile de dire que
par la suite le chef ainsi dpossd par la tribu et par nous, avec sa
complicit propre, protesta et voulut reprendre son commandement. Quant
aux Tagat, se trouvant bien, ils ne rclamrent pas.

Mrabet servit de guide  Coppolani jusqu' Tijikja et incontestablement
lui rendit des services. Par la suite, son attitude fut digne, sans
provocation; il protesta de son dsir de bien faire et se montra
dcid  nous tre utile, ou tout au moins  ne pas faire chec 
notre autorit. Il montra sa souplesse en se faisant seconder par son
prdcesseur Mokhtar ould Oubba dont l'ambition tait de reprendre
ses fonctions de chef et qui intriguait pour faire dpossder Mrabet.
Il est vrai qu' cette date (1906) Mrabet fit dans le Tagant une
absence de trois mois, qui concida fcheusement avec la venue du
Chrif marocain, Si Dris. Il lui aurait fait tenir 150 pices de
guine. Mrabet se dfendit vivement de toute trahison et prtendit que
ses cadeaux n'avaient aucune signification politique, mais avaient
uniquement pour but d'obtenir la restitution de chameaux vols. Il
est certain en tout cas que l'intervention du Chrif lui valut la
restitution d'une partie de son troupeau, pill par les Oulad Delim
 Tidiniakout, et que d'autre part Mrabet ramena avec lui plusieurs
familles dissidentes, et mme quelques tentes du Tagant.

Mrabet avait t puni, en 1913, d'une amende de 100 francs pour
avoir dit que le poste de Moudjria tait command par des Noirs
(interprtes). Connu dans tout le cercle, il tait en relation avec
tous les chefs. C'tait un marabout trs vnr, disciple qadri de Saad
Boudh, et qui caressa longtemps le projet--qu'il ne put raliser--de
faire le plerinage de La Mecque. Il avait manifest  plusieurs
reprises l'intention de dmissionner, et il allait avoir satisfaction,
quand il mourut le 22 fvrier 1918.

Il laissait quatre fils: Abd El-Ouadoud, n vers 1892; Hossin, n vers
1894; Mohammed Ahmed, n vers 1903, et Mohammed, n vers 1908, ainsi
que plusieurs filles, maries  des notables de la tribu.

Il fut remplac par son fils an, Abd El-Ouadoud, que la djemaa lut
 l'unanimit. Six mois ne s'taient pas couls que la djemaa se
runissait  nouveau, destituait Abd El-Ouadoud pour insuffisance et
nommait  sa place Ahmadou ould Habib (ould Mohammed ould Habib ould
Amar ould Namat ould Bou Khiyar ould Youssef ould Atjfara). N vers
1870, Ahmadou est le chef actuellement en fonctions.

Riches pasteurs, les Tagat ont t maintes fois, victimes des
pillards du Nord. Pour ne rappeler que les derniers, ils ont vu leurs
troupeaux enlevs en 1900 par les Oulad Bou Sba, et c'est le dsir
de les recouvrer qui les amena  Coppolani, les premiers de tout le
Brakna, ds 1900. En fin 1906, pillage par les Oulad Delim, qui eut
les consquences relates plus haut. Au dbut de 1907, nouveau pillage
par les Oulad Bou Sba,  Aguiert. La garnison du poste fit une sortie,
reprit les troupeaux vols et tua un des agresseurs.


2.--_Fractionnement._

Les Tagat se divisent ethniquement en les fractions et sous-fractions
suivantes:

               { Ahel Ceddiq
               { Ahel Bou Khiyar
               { Ahel Aouis
    Id Atjfara { Oulad Atjfara
               { Ahel Taleb Brahim
               { Ahel Taleb Bou Maham

               { Ahel Aoubak
               { Ahel Taleb Jeddou
    Id Aouach  { Ahel Amarna Al-Mokhtar
               { Ahel Mokhtar ( Kiffa)

    Id Eneb   { Ahel Taleb Ahmed
               { Ahel Taleb Mohammed

Ces fractions maraboutiques, agites, inquites, intrigantes, se sont
ingnies  troubler leur situation ethnique. Elles se sont aujourd'hui
reconstitues en cinq groupements (rekiz) que l'administration
franaise a respects, et qui sont:

_a_) Ahel Aouissat, forms surtout d'Id Atjfara, soit Aouissat, soit
Taleb Brahim-Cheikh: Abd El-Ouadoud. Notables: Youssef ould Brahim et
Abdou ould Ahmed; 73 tentes et 219 mes.

_b_) Ahel Bou Khiyar, forms surtout d'Id Atjfara, soit Ahel Bou Khiar,
soit Oulad Atjfara, soit Taleb Bou Maham.--Cheikh: Ahmed ould Abd
Ed-Dam.--Notables: Ahmedou ould Yali; Mokhtar ould Bak; Mounir ould
Mohammed Mana.--100 tentes et 670 mes.

_c_) Ahel Ceddiq, forms d'Id Atjfara, surtout Ahel Ceddiq, et
d'Id Aouach, surtout Amarna.--Cheikh: Mohammed Mahmoud ould
Sema.--Notables: Mami ould Mohammed Lamin; Manmoud ould Taleb Amar;
Mohammed Mahmoud ould Sidi-l-Mokhtar.--71 tentes, et 236 mes.

_d_) Id Aouach, comprenant surtout les Ahel Aoubak et Ahel Taleb
Jeddou, qui sont ethniquement Id Aouach.--Cheikh: Mohammed ould
Ahmeddou.--Notables: Mokhtar Fal ould Lamin; Mohammed ould Othman;
Biram ould Bouna.--199 tentes et 578 mes.

_e_) Ahel Taleb Mohammed, qui comprennent  peu prs tous les Id Eneb,
c'est--dire non seulement la sous-fraction Ahel Taleb Mohammed, mais
aussi l'autre: Ahel Taleb Ahmed.--Cheikh: Mohammed Limam ould Al-Hadj
Ahmed; Taleb Ahmed.--Notables: Mohammed Mahmoud Abd El-Rali; Mounir
ould Taleb Maham; Sidi-l-Mokhtar ould Lamin.--61 tentes et 233 mes.

La tribu comprend au total 504 tentes et 1.986 mes. Il faut y joindre
quelques tentes de haratines, dont Thofel ould Alea est le chef.

Un campement: les Ahel Hadj ould Boudda, qui a t rattach aux Id
Eneb, serait d'origine Bassin (zenaga). Leur anctre, tant all  la
Mecque, prit le nom de Hadj, et  son retour s'installa  Chogar-Tora,
o, vivant en bons termes avec les hassanes, il donna naissance  une
nombreuse postrit. Ce campement est dirig depuis plusieurs annes
par un Tmegati, d'origine Brahim ould Cheikh.

On trouve chez les Kounta de l'Azaouad un campement du nom de Tgat,
qui se prtend cousin des Tagat du Brakna. Il comprend cinq tentes, qui
sont installes chez les Ahel Baddi, sous-fraction des Regagda.

La diversit des richesses pastorales des Tagat tendrait  provoquer
de nouvelles scissions au sein de la tribu: les Id Atjfara, gens de
chameaux, voudraient monter plus au nord, tandis que les deux autres
fractions, propritaires de bovins et de lougans, tendraient  rester
dans la rgion des puits et des cultures.

Le cheptel comprend dans son ensemble: 4.280 bovins, 11.551 ovins, 270
chameaux et 613 nes.

La marque gnrale de la tribu est le lam-alif [lam-alif] ou le
[T renvers] qu'ils apposent gnralement sur le cou. Le campement Oulad
Eli n'utilise que le [lam-alif] et quelquefois le [mim-ha]. Beaucoup
de fractions ont leurs contre-marques: les Ahel Ceddiq [ba] [ba-alif]
ou [>--] les Ahel Taleb Brahim; les Ahel Taleb Khiar [lam-kaf]
[T renvers]; les Ahel Mohammed Bou Khiar [ain-dal-dal]; les Ahel Eneb
[lam] [mim-alif]; les Aouissat [>--<]; les Ahel Cheikh ould Manni
[croix]; etc.

Leurs terrains de parcours, avant notre arrive en Mauritanie, taient
les suivants:

Pendant l'hivernage, l'Agan dans sa partie orientale, Letfotar, Touri
Deilil, et Aguiert.

Pendant la saison sche: Aguiert, Gaoua, Choggar-Gadel, Tindel et
Lemaodou. Depuis 1896, poque  laquelle clata la guerre entre les
Abakak et les Oulad Nacer de Kiffa, ces derniers ravageant le pays, les
Tgt n'osrent pas remonter plus haut qu'Aguiert. Pendant plusieurs
annes, ils nomadisrent dans les mmes points, mais n'allrent plus
dans l'Agan. Aujourd'hui leur territoire de nomadisation s'tend,
en tout temps, entre Gaoua, Aguiert, Douira et le Tagant. Aguiert
comporte une trentaine de puits de 5 mtres de profondeur. L'eau,
qui ne s'puise jamais, provient de l'oued par infiltration. Elle
est excellente. Guelata Tindel,  30 kilomtres au nord, est une
grande mare, o l'eau est plus ou moins abondante, suivant les pluies,
jusqu'en janvier; Letfotar,  45 kilomtres au nord-est d'Aguiert, sur
la route de Moudjeria, est un mauvais marigot qui tarit en janvier;
Garouel,  60 kilomtres du sud-est, est une grande source inpuisable,
dans la barrire du Tagant, Gaoua Al-Aouidja,  45 kilomtres au sud,
comprend de nombreux puits de 5 mtres dans le lit de l'oued Gaoua:
Ouazan,  50 kilomtres au nord-ouest, comprend deux puits de 3 mtres,
creuss dans la cuvette au pied du rocher. L'eau est assez abondante
en toute saison. Dikel, Tiyegui, Tidiniakout, sur la piste d'Oujeft,
ont de l'eau en toute saison. Tichilit,  60 kilomtres au nord de
Kreni, comprend plusieurs puits de 2 mtres dans la sebkha. L'eau y est
saumtre.

Les Tagat sont d'industrieux cultivateurs. En mars-avril 1911, ils ont
construit une digue  Chogar Gadel pour faciliter l'inondation de leurs
terrains de culture. Ces terrains sont  partager entre les Ahel Cheikh
ould Menni et les Oulad Eli. Ils ont des plantations de palmiers  2
kilomtres de la palmeraie d'Al-Molah et au confluent du dversoir
de la tamourt de Gadel dans le Gorgol, au lieu dit Dakhfig. Trs
travailleurs, ils ne craignent pas de se mettre  la terre avec leurs
haratines.

Ce sont en outre d'aviss commerants. Ils passent pour les plus
habiles trafiquants du cercle.


3.--_La vie religieuse._

Les Tagat comptent au nombre des marabouts les plus pieux et les plus
lettrs du cercle. Cette rputation semble s'tre assise, au dbut du
dix-neuvime sicle, avec le grand Cheikh Al-Ouali Sidi Mohammed ould
Menni. Cette grande figure, semblable  celle de Cheikh Sida Al-Kabir
ou de Cheikh Mohammed Fadel, qui vivaient vers le mme temps, provoqua
un renouveau de ferveur et d'instruction dans la moyenne Mauritanie
(Tagant et haut Brakna). L'impulsion s'est continue jusqu' nos jours
chez les Tgt, bien que la fraction mme du grand marabout, les Ahel
Cheikh ould Medni, se soit dtache du corps de la tribu, et du Tagant,
o elle est rfugie, vive, dans les plus mauvais termes avec ses
frres Tgt.

Cheikh Al-Ouali ould Menni, qui tait un qadri de l'obdience de Cheikh
Al-Qadi, des Diediba, est mort vers 1850. Son tombeau, au dire de
l'enseigne Bourrel, qui le visita en 1860, tait trs honor. Il tait
gard par un ermite, lve du marabout, qui vivait de la charit
publique et des offrandes faites  son patron. Depuis lors, le gardien
a disparu, mais ce tombeau qui se trouve  Taouna, non loin de Guimi,
est toujours l'objet de plerinages. Le Cheikh a laiss plusieurs
enfants, dont l'tude ressortit au Tagant. Le plus connu d'entre eux
fut Sidi Zin al-Abidin qui rompit dfinitivement avec les Tgt  la
suite de contestations multiples, et quelquefois sanglantes, au sujet
des pturages de la rgion. Il est enterr  proximit de la tamourt de
Gadel, qui envoie des eaux vers le Gorgol, et son tombeau est visit
mme par ses ennemis.

La deuxime grande figure de la tribu est son ancien chef: Cheikh Ahmed
Hadrami ould Mohammed Abd Ed-Dam. C'tait un des principaux telamides
de Sidi Abd Allah ould Hadj Brahim, des Ida Ou Ali, et il exera
longtemps les pouvoirs de moqaddem qadri et chadli. Son tombeau, trs
vnr, est une construction qui s'lve  Al-Aouija de Gaoua.

De ces deux Cheikhs relve un grand nombre de Tgt. Les autres se
partagent entre l'obdience qadra de Cheikh Sida et l'obdience
multiforme, mais surtout tidjana, de Saad Bouh.

Les personnalits notoires de la tribu sont,  l'heure actuelle: _a_)
Cheikh Abd Er-Rahman ould Omar Babana ould Taleb Ahmed, qui vient de
mourir en 1916. N vers 1868, il avait fait ses tudes chez Saad Bouh,
et se soumit ds notre arrive. Il tait un des professeurs de renom
de la tribu, et sa clientle scolaire,  qui il enseignait surtout la
thologie, se recrutait non seulement chez les Tagat, mais encore chez
les Ahel Cheikh ould Menni, les Torkoz, et les Oulad Biri. Il recevait
des aumnes de ces diffrentes tribus; _b_) Cheikh Ahmed Abou-l-Maali,
fils de Cheikh Ahmed Hadrami prcit (ould Ahmeddou ould Mohammed ould
Abd ed-Dam ould Taleb ould Khiyar ould Youssef ould Atjfara ould
Tagat). Il est n vers 1902 et, malgr son ge peu avanc, joue dj
un grand pontife: Sa tte toujours incline, son air compass, ses
pieux et perptuels ronrons assurent dj son renom de pit. C'est
au surplus un bon lettr; _c_) Cheikh Sidi ould Abd Er-Rahman ould
Al-Maaloum, dcd en 1915. N vers 1875, c'tait un des bons lves
de Saad Bouh; il passait pour un excellent professeur et recrutait
ses lves non seulement parmi les Tgt, mais encore chez les Chorfa
du Gorgol, et les Id Ou Ach du Tagant. Ses frquentes tournes du
Trarza au Tagant ne l'avaient pas enrichi; _d_) Mokhtar ould Oubba,
chef des Ahel Bou Khiyar, riche et influent. Il a remplac, au dbut de
1907, Mrabet parti  Tijikja; _e_) Ahmed ould Hamodi, ancien cadi.
Ce personnage fort instruit avait reu de Coppolani des promesses
d'indemnit, qui, par la mort de ce dernier, ne furent pas tenues.
Il en a conserv jusqu' sa mort, survenue en 1914, une attitude
boudeuse; _f_) Brahim ould Omar Babana, fils de l'ancien chef. N vers
1870, il semble avoir dfinitivement abandonn l'attitude religieuse
en licenciant son cole et toute ambition politique en refusant la
succession de son pre. C'est un homme riche, intelligent et ouvert,
qui se consacre tout entier au ngoce et notamment au commerce des
bestiaux. On le voit de Saint-Louis,  Tombouctou. Il fait les convois,
effectue des fournitures, soumissionne aux appels d'offre; _g_) Abd
Ed-Dam ould Hachmi, intelligent, adroit et dvou; il a t employ,
ds le dbut, et notamment par Pein, comme guide et comme convoyeur. Il
est susceptible de rendre encore des services.

Les campements-universits de la tribu sont, outre ceux des Cheikhs
prcits, qui s'adonnent  l'enseignement, les Ahel Taleb Brahim et les
Ahel Mohammed Abd Ed-Dam.

Les tombeaux visits sont ceux des Cheikh susnomms ainsi que les
saints anctres (alihin), enterrs aux cimetires nationaux de Melzem
al-Kouma, Khouimet ad-Douigui; Aguiert Tindel; Sga. Ajouter celui de
Mokhtar Ali,  Youg.

On ne saurait omettre l'influence des marabouts tagat pour le
dveloppement de petites palmeraies locales.

Vers 1833, un marabout du nom de Ahmed ould Sidi Abdallah, des
Aoussat, dfricha  Gaoua une grande tendue de terrain. Ayant pu
pendant cinq ans obtenir une rcolte abondante, il rsolut de se fixer
dans cet endroit. A cet effet, il creusa un puits de 5 mtres  Aouja,
tout prs de Gaoua. Ce puits lui fournit une eau suffisante pour sa
famille et ses troupeaux pendant les cinq annes qu'il vcut dans sa
proprit. Elle suffit aussi  ses enfants qui l'habitrent pendant
quinze ans aprs la mort de leur pre.

Vers 1855, par suite de trois annes successives de scheresse, ces
hritiers de Ahmed ould Sidi Abdallah, ayant en vain essay de percer
une norme pierre qui dfend l'accs de la nappe d'eau, furent obligs
d'abandonner la proprit de leur pre. Ce n'est que vers 1858 qu'un
autre marabout, Cheikh Hadrami prcit, vint s'installer  la place des
enfants du premier occupant d'Aouija. Il fit venir de Kar al-Barka
une vingtaine de plants de dattiers et les planta  Gaoua; il put les
arroser, grce au peu d'eau qu'il trouva dans le puits creus par ses
prdcesseurs.

Le dbit d'eau lui paraissant trop infrieur, il rsolut cote que
cote de percer la roche qui barrait le puits d'Aouja. Il descendit
alors  Saint-Louis o il acheta des outils plus perfectionns que ceux
dont il se servait habituellement. Aprs deux mois d'efforts vains,
il dut se rendre compte de l'inutilit de son travail et l'abandonna.
Il quitta Gaoua, comme l'avaient fait les hritiers d'Ahmed Sidi Abd
Allah, mais ses dattiers ayant pouss, il y revenait de temps  autre
pour les soigner et faire la rcolte.

Les Maures, ne pouvant comprendre la prsence de cette pierre au-dessus
de la nappe d'eau d'Aouija, attribuent l'inutilit des efforts qui
furent tents  deux reprises diffrentes  l'intervention divine due
aux prires de Cheikh Mohammed Zouin, des Ahel Babiya de Tinouajiou,
demeurant chez les Kounta et ennemi de Cheikh Mohammed Hadrami. C'est
parce que ce dernier marabout aurait maudit les entreprises que
pourrait faire son rival, que celui-ci ne put faire mieux  son tour 
Mbal, prs de Ouazan, pour la construction d'un autre puits.

Malgr ce manque d'eau relatif, tout au moins pendant une partie de
l'anne, dix-sept des vingt dattiers fournirent une rcolte abondante 
Cheikh Hadrami et  ses fils jusqu'en 1896, date  laquelle ils durent
abandonner leur palmeraie par crainte des pillages des Oulad Nacer.

Deux de ces dattiers seulement ont continu  donner des dattes de
mauvaise qualit, les autres ayant t brls soit par les pillards,
soit par un feu de brousse. Les hritiers des deux vivificateurs de
Gaoua, Abou-l-Maali, fils de Hadrami, et Abdou et Sida, petit fils
de Ahmed ould Sidi Abd Allah, n'lvent aucune prtention au sujet de
cette proprit.

Il serait  dsirer que l'autorit franaise, qui est  l'abri des
malfices des marabouts brakna, tente  son tour de briser la fameuse
pierre du puits d'Al-Aouija, et y russisse. Ce serait une faon
certaine de fixer les Tagat  Gaoua et le gage de la revivification par
ces industrieux travailleurs d'excellents terrains  palmiers.




CHAPITRE XII

TOLBA TANAK.


Les Tolba Tanak (au sing. Tanaki) sont d'origine berbre avoue. Ils
descendent des Id Ou Ach par un nomm Alea ould Mohammedden ould Eli
ould Mokhtar ould Gueda ould Arouch ould Aboubak ould Amouin, qui
serait venu habiter chez les Oulad Siyed, il y a une centaine d'annes.
Il eut de nombreux fils, dont deux, Mohammed Mahmoud et Mohammedden,
sont bien connus. Ces enfants furent les anctres des Tolba Tanak.

Telle est la source principale du gros des Tanak, tant haratines que
Tolba; mais il y a une autre tradition qui donne  un certain nombre
de tentes une origine arabe; le nom mme de l'anctre ponyme serait
arabe, Tanak ayant t un fils ou plutt un descendant d'Abd Allah, le
chef hassani. Il est certain en tout cas que les Tanak se sont unis, au
cours des gnrations, par de nombreux mariages avec les Oulad Siyed et
les Oulad Mansour, et qu'ils sont donc incontestablement mtisss de
sang arabe.

C'est du temps de la conversion des Tolba Tanak que la scission avec
leurs haratines s'effectua. Jusqu'alors les Tanak avaient t guerriers
et incorpors aux Oulad Siyed. Quand ils voulurent se muer en Tolba,
les Oulad Siyed ne les en empchrent pas, mais ils gardrent leurs
haratines. Cette fraction de haratines Tanak, qui a conserv son nom,
est toujours fraction intgrante des Oulad Siyed.

Tolba Tanak et Oulad Siyed vivent toujours cte  cte et dans
les meilleurs termes. Ils s'unissent trs souvent par des liens
matrimoniaux.

Les Tolba Tanak n'ont pas d'histoire. Faidherbe signale en 1858 que
les Tanak se mettent au service du lam Toro pour intercepter les
communications avec Podor. Il assure, sans autres explications, qu'il
y mit facilement ordre. Depuis notre arrive, un seul incident est 
relater: en mai 1911, une vritable bataille s'engagea  propos d'une
infraction  la coupe de bois qui avait t signale par le chef et
qui entrana des mesures de rpression. Haratines et Tolba mls se
partagrent en deux camps et  coups de pierres et de btons et se
blessrent grivement. Le calme est revenu depuis lors.

Le chef de la tribu est Mohammed Mahmoud ould Sidi ould Mohammedden
ould Alea. C'est un excellent homme, qui a toujours rempli ses
fonctions sans bruit et avec ponctualit. Il n'est jamais parti en
dissidence. Riche, et matre de nombreux clients, il est aim et obi
par les siens.

Les principaux notables sont: Brahim ould Mohammed Mokhtar et Ahmeddou
ould Youns.

Le taleb en renom de la tribu tait Mokhtar Soufi, qui est mort en
1918. C'tait un matre d'cole trs estim. Il n'a pas encore t
remplac.

La tribu comprend 19 tentes et 88 mes. Elle est riche de 73 bovins,
305 ovins, 3 chameaux et 10 nes. Elle a comme marque la djaja
[patte de poule], appose sur la cuisse gauche. Elle nomadise: en
hivernage, dans l'Oued Katchi, du sud d'Aleg jusqu' Chogar; en saison
sche, autour d'Aleg et de Mouit. Les Tanak vont cultiver  Maye Maye,
o ils ont de beaux lougans de mil.

    [Illustration: Mahfoudh,
    Fils de Cheikh Saad Bouh.]

Toutes les tentes sont affilies  l'obdience qadra. La plupart,
comme celle du Cheikh, ont reu cet ouird du Cheikh Sidi-l-Mokhtar ould
Abd El-Jelil, des Tendra, qui par Cheikh Sidi ould Bou Bakar, de la
mme tribu, se rattachait  Cheikh Mostafa ould Al-Qadi, des Diediba.
Les autres se rattachent  la mme source par un autre descendant de
Cheikh Al-Qadi: Cheikh Mohammed Mahfoudh.

Les tombeaux visits sont ceux de leurs saints anctres (alihin); 
Aleg d'abord, o le plus notoire est celui d'Ahmed Fal ould Beraba,
grand-pre maternel de Mohammed Mahmoud;  Maye Maye ensuite, o les
plus honors sont ceux de Dib ould Alea et d'Ahmed Salem ould Youns.




CHAPITRE XIII

AHEL GASRI


Les Ahel Gasri sont une petite tribu de formation rcente. Ils
comprennent deux fractions d'origines diffrentes: _a_) les Oulad
Al-Hadj ould Al-Gasri qui sont d'ascendance lointaine ida ou ali, et
proviennent en dernier lieu de la fraction du mme nom, comprise dans
les Telamides de Cheikh Sida; et _b_) les Ahel Brahim Al-Adib, qui
sont d'ascendance Oulad Ahmed, et se sont convertis et incorpors aux
premiers, lors de leur arrive dans le Brakna en 1913. Par la suite,
quelques tentes Gasri, qui se trouvaient chez les Toumodek, ont demand
 venir se joindre  leurs frres.

Cette petite tribu, en formation dans le Brakna, comprend  l'heure
actuelle 20 tentes et 93 personnes. Elle est riche de 22 chameaux, 50
nes, 191 bovins et 700 ovins. Elle a pour marque le [signe] sur la
hanche droite, mais beaucoup ne l'utilisent pas.

Il y a peu d'annes encore, certaines tentes nomadisaient de prfrence
dans la rgion de Mal, tandis que d'autres allaient dans la rgion de
Bir Al-Barka. Aujourd'hui, ils sont groups, et vont en hivernage entre
Chogar et Chogar-Gadel; en saison sche,  l'ouest de Chogar.

Le chef de la tribu est Mohammed Al-Hassan ould Nouren (les deux
lumires) personnage de peu d'importance.

La djemaa se compose de Brahim ould Salek; Sidi Mohammed ould
Al-Kaouri; Mohammed Lamin ould Mokhtar; Mahmoud ould Abd Er-Rahman.

L'ouird tidjani est pratiqu par tous. C'est le fait de l'importation
des tentes d'origine ida ou ali.




CHAPITRE XIV

DRAOUAT.


Les Draouat (au sing. Draoui) sont une petite tribu, dont l'autonomie
est rcente. Leur anctre est un certain Al-Qassem Ad-Draoui,
c'est--dire originaire de l'Oued Dra, qui serait venu  Chogar dans le
courant du dix-huitime sicle. Il se promena de Chogar  Guimi et 
Aleg, pousant des femmes locales et se constituant un petit campement,
qui vcut par la suite, tantt chez les Diediba, tantt chez les Oulad
Ahmed, tantt chez les Oulad Biri, tantt et fort longtemps chez les
Euleb.

A notre arrive, ils s'taient partags entre les Diediba et les Oulad
Biri. Le groupement camp avec les Oulad Biri fait toujours partie de
cette tribu et comprend une soixantaine de tentes, qui comptent parmi
les telamides de Cheikh Sida. Le groupement camp chez les Diediba
s'en est dtach en 1914 et s'est vu accorder son autonomie.

Le chef de tribu est Cheikh ould M'hamdi ould Sidi-l-Mokhtar ould
Mostafa ould Sidi ould Bediba ould Al-Qassem. La djemaa est compose
de Mohammed Mokhtar ould Tolba; Sidi Lamin ould Othman; Ahmed ould
Hamenni; Abd Allah ould Amar Oummar.

La tribu comprend 18 tentes et 158 personnes. Elle est riche de 251
bovins, 639 ovins et 25 nes. Ses marques sont soit le habara [signe]
qu'elle appose sur la cuisse gauche, soit le qaf [qaf] des Diediba,
appos sur la cuisse droite.

Elle nomadise en hivernage entre Aleg et Lemaoudou, dans l'Oued; en
saison sche, au nord-ouest du lac d'Aleg et  Chogar.

L'obdience prdominante est celle de Mohammed Mahfoudh ould Cheikh
Mostafa, qui par son pre et par son grand-pre se rattache au Cheikh
Mostafa ould Cheikh Al-Qadi. Plusieurs individus se rclament aussi de
l'ouird de Cheikh Sida.

Les matres de renom sont: Mahfoudh ould Tolba pour le premier degr,
et Sidi Lamin ould Othman pour l'enseignement suprieur.

Les Draouat honorent les tombeaux de leurs anctres,  Tifagag, Kremi,
et Taert al-Melazmat, ainsi que ceux des Diediba.




CHAPITRE XV

TACHOMCHA


Les Tachomcha du Brakna sont une petite colonie de la grande
confdration du mme nom, florissant dans le Trarza sous le nom
d'Oulad Dimn, Id Eqoub et Oulad Barik Allah. Ils sont originaires des
Id Atjafara (Oulad Dimn); leur arrive dans le Brakna ne remonte qu'
1906, anne o la misre les chassa de leur pays.

Cette petite fraction de 10 tentes et 46 personnes a gard son
autonomie administrative, encore qu'elle marche dans le sillage des
Aoussat (Tagat). Elle nomadise en tout temps entre Douaa et Aguiert.

Elle est riche de 15 bovins, 745 ovins, 2 chameaux et 12 nes.

Le chef de fraction est Mohamed Oulad Mokhtar ould Mohammed Ahmed. La
djemaa comprend en outre les nomms Cheikh ould Mohammed; Mohammed
Mokhtar ould Ahmed Dadi; Mostafa ould Sidi, qui sont aussi les savants
les plus notoires.




CHAPITRE XVI

BEHAHAT


1.--_Historique._

Les Behahat (au sing. Behahi) sont des Berbres qui, par-dessus
leur origine anhadja, prtendent se rattacher aux Ansar. Leur
habitat tait l'Adrar Tmar, o ils vivaient comme tributaires dans le
sillage des Oulad Ammoui. Chaque vnement politique de cette rgion
trouble, et notamment chaque dcs d'mir, avec les comptitions de
zenaga qu'il entranait, tait pour eux une source de brimades et de
pillages, si bien qu'ils finirent par abandonner leurs matres et
par descendre par petites fractions vers le Sud. Du Tagant, o ils
sjournrent quelque temps, ils vinrent jusque dans le haut Brakna,
o on les trouve aujourd'hui. La premire de ces migrations, dont la
date nous soit bien connue, est celle des Ahel Atrous, qui suivit la
mort du grand mir Ahmed ould Ada (vers 1858). Un quart de sicle plus
tard, lors des troubles, qui suivirent la mort de l'mir Ahmed ould
Mohammed ould Ahmed Ada, trois autres sous-fractions vinrent rejoindre
les Ahel Atrous. Vers 1900,  la mort d'Ahmed ould Sidi Ahmed, quatre
campements se mettent en marche. Entre 1903 et 1905, nouveau dpart
de quatre campements: deux tout d'abord lors du dcs d'Ahmed ould
Sidi-l-Mokhtar, puis deux lorsqu'on apprit l'arrive de Coppolani dans
le Tagant.

Les Behamat furent en effet des premiers  se soumettre. Ils avaient,
il est vrai, suivi tout d'abord les Ahel Soued Ahmed, tente princire
des Id Ou Ach, leurs nouveaux protecteurs, dans leur recul vers
l'Assabat, mais ils les abandonnrent presque aussitt et vinrent faire
leur soumission  Mouit et  Mal. Ils furent autoriss  nomadiser dans
cette rgion et cessrent dfinitivement de remonter vers le Tagant, 
la saison des pluies.

Lorsque Gouraud arriva dans l'Adrar, quelques tentes Behahat, qui
nomadisaient encore entre Tagant et Adrar, demandrent et furent
autorises  se joindre  leurs parents du Brakna (1908). C'est ainsi
que s'est constitue l'actuelle tribu des Behahat du Brakna. Le reste
de la tribu habite toujours l'Adrar.

Zenaga incultes, et au surplus migrs du gros de la tribu, les
Behahat du Brakna ne possdent aucune tradition historique. C'est
sans doute dans les campements de l'Adrar qu'on pourra avoir quelques
renseignements  ce sujet. Ils savent simplement que leur anctre
ponyme tait un certain Behih, qui laissa cinq fils: Othman, Ferzouz,
Hamed, Samba et Merzoug, anctres ponymes  leur tour des cinq
fractions ethniques de la tribu: Athamna, Fraziz, Oulad Hamed, Oulad
Samba et Oulad Merzoug. Par suite des vnements relats plus haut, ces
cinq fractions se sont entremles avec le temps et on ne les retrouve
pas aujourd'hui dans cette forme.

Les Behahat taient, ces dernires annes, en perptuel dsaccord avec
les Torkoz et les Touabir. Ces conflits proviennent surtout de ce que
les Behahat sont  cheval sur les trois cercles de Brakna, du Gorgol
et de l'Assaba. On envisagea un moment de leur imposer l'obligation de
nomadiser en hivernage sur la rive gauche du Kraa al-Asfar, de Digguet
Mm  Aleg; et pendant la saison sche, prs du poste mme. Mais ces
projets n'eurent pas de suite. Un rglement, intervenu en mars 1914,
prescrit  tous les Behahat de rentrer au Brakna et leur a indiqu
la limite exacte du cercle qu'ils ne doivent pas franchir. Toutefois,
aprs entente avec le cercle de Gorgol, ils ont l'autorisation de boire
aux Ogol nord-ouest de Mouit.

Cette rglementation a bien souffert quelques accrocs. C'est ainsi
qu'en dcembre 1916, les Behahat ont d,  la suite d'une bagarre,
payer une forte da  M'Bout. Ils sont d'autre part toujours soumis 
des rafer vis--vis de l'mir de l'Adrar et n'arrivent pas  s'en
racheter.


2.--_Fractionnement._

A notre arrive, le Cheikh de la tribu tait Omar ould Omar Ketch.
Son rle tait difficile. Il n'avait que peu d'autorit par lui-mme,
oblig qu'il tait de tenir compte des deux fortes personnalits, Eli
et Fedila ould Ahmed Atrous. Il devait de plus mnager les gens de
l'Adrar,--nos ennemis,--dont il tait tributaire et qui pouvaient nuire
 ses contribuables, rests sous leur autorit. Il fut remplac  sa
mort, vers 1910, par Brahim ould Omar Ketch.

Brahim assura son service assez correctement, mais sans grande nergie
devant les pillards, et sans grande autorit pour maintenir ses gens
dans l'ordre. Il se signala surtout par d'excellents recensements qui
amenrent une forte plus-value d'impt. Toujours malade, il dut, au
dbut de 1918, donner sa dmission. Il voulut faire nommer  sa place
son neveu Ahmed ould Sida ould Sidi ould Omar Ketch, mais la djemaa ne
le suivit pas dans cette voie et lut Sidi ould Al-Falli (3 mai 1918).
C'est ce dernier qui est actuellement le chef de tribu.

Les Diediba de Brakna comprennent cinq sous-fractions:

    Ahel Omar Ketch        66 tentes      277 personnes
    Ahel Ahmed Atrous      43  ----       174   ----
    Ahel Al-Falli          52  ----       195   ----

Soit au total 238 tentes et 905 personnes. Dans ce nombre sont
comprises quelques tentes chorfa, installes  demeure chez les
Behahat. Les personnalits importantes sont: 1re sous-fraction:
Cheikh Ahmed ould Omar Ketch, Sidi ould Omar Ketch, Eli ould Barhoun;
2e sous-fraction: Cheikh Eli ould Ahmed Atrous, Mohammed ould Miloud,
Mohammed ould Brahim; 3e sous-fraction: Cheikh Sidi ould Al-Falli,
Mohammed Saloum ould Al-Falli, Isselmou ould Barhoun; 4e sous-fraction:
Cheikh Ahmed ould Baba ould Jriou, Mohammed ould Ada, Naji ould
Jrima; 5e sous-fraction: Cheikh Omar ould Omar, Maqam ould Touijer,
Maham ould Gheraba.

Le cheptel de la tente comprend 586 bovins, 21.125 ovins, 28 camelins
et 644 nes. Les gens n'ont gnralement pas de marques. Quelques-uns
ont pourtant emprunt le feu de leurs voisins Torkoz et Tagat.

La zone de parcours est autour de Chogar Gadel, en hivernage; et l'est
de Mal, en saison sche.

Les Behahat de Brakna ont conserv de bonnes relations avec leurs
contribules de l'Adrar. Ils leur donnent asile lorsque ceux-ci viennent
dans le Sud pour se rapprovisionner en mil. De plus,  la priode de
rcolte des dattes, ceux du Brakna vont dans l'Adrar et n'en reviennent
qu'avec une ample provision de ces fruits.

Cette tribu est rfractaire  toute ide de commerce. Aussi, pour
ses achats et pour la vente de ses animaux, a-t-elle recours  un
intermdiaire, gnralement Tagat ou Torkoz.

Zenaga guerriers, les Behahat ont le sentiment islamique aussi
dvelopp que leurs anciens matres hassanes. Ils ne se livrent 
aucune pratique et ne reoivent pas l'ouird, sauf quelques rares
individualits, qui se rclament de l'obdience de Saad Bouh. Ils n'ont
chez eux aucun matre d'cole attitr. Quelques tentes envoient leurs
enfants qurir un rudiment d'instruction chez les marabouts voisins
Tagat ou Torkoz.

On ne peut pas abandonner les Behahat sans dire quelques mots d'une
petite fraction d'origine arabe, les Oulad Bou Lahia, qui, aprs un
sjour de quelque dure dans le Sud mauritanien, est repartie vers
l'Adrar, laissant ici quelques tentes.

Ces Oulad Bou Lahia appartiennent au groupe hassane des Merafra.
Lors de sa scission, ils restrent en entier dans l'Adrar. Ils
quittrent par la suite ce pays, pour venir habiter dans le Tagant prs
des Chratit, leurs partisans. C'est l qu'ils vivaient lors de notre
arrive en Mauritanie. Ils firent leur soumission en 1904  M'Bout, si
tant est que leur retour individuel et effac puisse tre considr
comme une soumission, puis ils quittrent le cercle du Gorgol, pour
venir s'installer dans le Brakna, sans prvenir ni le commandant de
cercle du Gorgol, ni celui du Brakna.

Dix tentes seulement restrent dans le Brakna; 3 avec les Oulad Bou
Sif, 2 avec les Behahat, et 5 choisirent un des leurs, Mohammed Lamin
ould Al-Kouari, comme chef autonome. Il repartit du reste  son tour
pour l'Adrar, quelques annes plus tard. Les trois tentes qui ne le
suivirent pas demandrent  se retirer, une chez les Behaat, et deux
dans le campement de Sidi Mohammed Bekka des Kounta. En un mot, cette
tribu a disparu du cercle et les tentes isoles qui sont restes sont
partages entre les Behahat et les Kounta.

Les Oulad Bou Lahia taient rputs comme les plus pillards de tous les
Maures et les plus impitoyables; aussi taient-ils l'objet du mpris et
de la haine de tous.

Que Dieu les maudisse! telle est l'expression qui est prononce, ds
que le nom de cette tribu est cit ainsi du reste que celui de leurs
parents, les Oulad Talha du Tagant. Bon sang arabe ne saurait mentir.
Ils ont t longtemps les guides des rezzous dans la rgion.




CHAPITRE XVII

SOUBK


Les Soubk (au sing. Soubki) ont des origines trs mles. Le gros
de la tribu est constitu par des zenaga Oulad Normach, qui sont
venus se grouper autour d'un chef religieux migr. D'autres lments
maraboutiques sont venus ensuite s'adjoindre  la tribu naissante.
C'est une formation qui ressemble singulirement  celle des Kounta.

On distinguera donc chez les Soubk trois lments:

1 Des zenaga Oulad Normach, surtout d'origine Touabir Al-Kohol, et
peut-tre aussi des zenaga Oulad Siyed, provenant de chez les Ahel
Oubba. La tradition rapporte que ces Berbres prirent part  la lutte
des marabouts contre les hassanes et furent vaincus avec eux  la
journe de Tin Fefdadh, qui mit fin au Cherr Babbah (1674). C'est  un
campement de ces zenaga que les Soubk devraient leur nom; Soubk ou
Soubka, qui est enterr au nord de Tamerzguid, o ces gens vivaient
alors. Le chef actuel, Brahim Salem, descend de Soubk: Brahim Salem
ould Mohammed Mokhtar ould Abd Er-Rahman ould Al-Kherrachi ould Taleb
Amar ould Ady ould Ibennan ould Soubka.

2 Un grand marabout, d'origine d'Id Eqoub, Mahaouam ould Ioqob, qui
survint chez les Soubk au dbut du dix-neuvime sicle et dont le
renom de vertu et de pit attira les campements disperss de cette
tribu. Par lui elle se reconstitua politiquement et se transforma de
zenaga en tribu maraboutique. La horma n'en restait pas moins due
d'ailleurs au suzerains Oulad Normach, et la situation s'est maintenue
telle jusqu' nos jours. Ce Mahaouma (Mohammed) a t enterr 
Nouakil, aujourd'hui territoire Oulad Biri. Sa tente est reprsente
actuellement par Mohammed Mahmoud ould Mohammed Abd Allah, dit
Al-Ouali, ould Mohammed ould Sidi-l-Falli ould Abd Allah ould Mahaouma.

3 Plusieurs tentes trangres aux Soubk, et notamment des Id Eqoub,
qui, attirs par la rputation de Mahaouma, sont venues vivre en
telamides auprs de lui, puis, avec le temps, se sont fondues dans la
tribu.

Sous l'ancien rgime, les Soubk vcurent partags en deux groupements
autonomes; l'un, groupement  chameaux, vivait dans le Nord aux
puits de Toumbousseri, Al-Mouirja, Tin Ouiss, et aux mars d'Isefag,
Aghmourat et Bou Zeriba, o ils faisaient de belles cultures. On lui
donne le nom de Soubk Sahelin. Le groupement  boeufs vivait dans
le Sud et en portait le nom (Soubk Cherguin). Ils faisaient leurs
cultures dans le Chamama. Les pillages des Reguebat et Oulad Bou Sba
eurent pour effet de rapprocher les deux tronons qui menaaient de
se constituer en units indpendantes. Les Soubk Sahelin durent se
rfugier plusieurs annes (1904-1906) dans le Chamama. Quand ils purent
rentrer dans l'Agan, ils n'oublirent pas le chemin du Chamama et
chaque anne, depuis ce temps, on les y voit revenir. Rciproquement,
certaines tentes des gens du Sud remontent vers le Nord avec leurs
cousins.

Le fractionnement des Soubk s'tablit ainsi:

    Oulad Ibennan.--Chef: Diyna ould Mohammed Cheikh.
    Ahel Hab Allah.--Chef: Mohammed Lamin ould Hambli.
    Haratines.--Chef: Mohammed ould Birou.

Les Ahel Hab Allah sont sortis des Oulad Ibennan, Hab Allah tant un
fils d'Ibennan. Les haratines appartiennent en trs grande majorit aux
Oulad Ibennan.

La tribu comprend 91 tentes et 543 mes. Elle est riche de 95 chameaux,
201 nes, 710 bovins, 2.415 ovins. La marque gnrale des boeufs est le
lam-alif [lam-alif] qu'on contremarque, suivant les campements, des
trois faons suivantes [lam-alif avec + dessus] [lam-alif avec ,
dessous] [lam-alif]. Pour les chameaux on utilise les deux feux
[croix] ou [mim-ha]. Tous ces feux s'apposent sur la cuisse droite.

Les territoires de nomadisation de la tribu sont: en hivernage,
l'Aftout et l'Akel; Oued Katchi, Guimi, Kremi; en saison sche, Hasse
el-Ma, Guimi et Chogar.

A notre arrive, le chef de tribu tait Biyni (Mohammed Al-Mokhtar)
ould Mohammed Cheikh. Il fut, quinze ans durant, un chef convenable
et paisible, mais sans grande autorit. Au dbut de 1918, malade et
incapable d'assurer son service, il fut, sur ses demandes ritres,
relev de ses fonctions. La djemaa lui donna comme successeur, le 3
mai 1918, son cousin Brahim Salem ould Mohammed Mokhtar. N vers 1860,
c'est un homme ouvert, intelligent et sympathique.

Les Soubk sont considrs comme une fraction de professeurs. Tous
leurs matres--et ils sont au moins une quinzaine--sont trs rputs.
Autour d'eux se pressent des tudiants de tout le Brakna, et mme du
dehors, tels les Larlal. Les tentes les plus notoires sont celles de
Mohammed Mahmoud prcit, descendant de Mahaouma; Mohammed Sidi ould
Lamin Fal; et Sidi Ahmed Bekka ould Ahmed Meska.

Dans son ensemble, la tribu relve de l'affiliation qadra. L'obdience
la plus rpandue est celle du Cheikh Mohammed Mahmoud ould Cheikh
Mohammed ould Mohammed Lamin, des Hijaj, qui, par Cheikh Sidi Mohammed
ould Manni, relve de Cheikh Al-Qadi, des Diediba. On trouve encore
quelques telamides des Kounta, quelques autres de Cheikh Sida, et de
moins nombreux encore de Saad Bouk.

A signaler enfin deux ou trois Tidjana, adeptes des Ida Ou Ali.

Un personnage, de peu d'envergure d'ailleurs, Cheikh Al-Khalif ould
Mohammed Fal, a fait parler de lui, il y a quelques annes. Il
s'attribua de lui-mme le titre de Cheikh et eut, pendant un certain
temps, une grande vogue. Puis des discussions surgirent; on lui
contesta son titre; comme il faisait ouvertement pratique de magie,
certaines personnes attriburent  ses malfices la mort de leurs
parents. Bref son ardeur, baissant avec l'ge, il a mis une sourdine 
son action, et se tient tranquille chez lui.


ANNEXE

POME SUR LA JEUNE FILLE SOUBK.

    C'est  Dieu qu'elle appartient la belle fille des Soubk. Elle
    marche noblement, sur les hautes dunes d'Al-Ouaki.

    Elle est massive comme un morceau de sable[11]. C'est une jeune
    fille dlicate. Elle se balance sans cesse laissant croire,
    mais  tort, qu'elle va tomber.

    O perle brillante, plus vivace que les ges. Salut  toi. Je
    t'envoie un souffle parfum, dlicieux comme ton propre parfum.

    En ta figure, nous voyons cette image qui reprsente en mme
    temps l'eau de la vie et l'eau de la mort.

  [11] C'est un compliment, sans le paratre. Les Maures
  engraissent leurs femmes comme les juives de Tunis, et la beaut
  est proportionnelle  l'embonpoint.


_Texte arabe._

    [Illustration: texte arabe.]




CHAPITRE XVIII

TOUMODEK


1.--_Historique._

Les Toumodek (au sing. Toumodeki) sont des Berbres qui se rattachent 
la famille lemtouna. Leur tradition relate que leur anctre, Atjfara,
tait un des frres des Id ag Bambra et Id ag Fara, qui constituent
aujourd'hui l'actuelle tribu des Lemtouna (Gorgol). En ralit, les
Toumodek prexistaient, comme Lemtouna,  l'arrive d'Atjfara, le
Lemtouni. Mais cet immigr, qui arrivait avec ses captifs et ses
troupeaux, infusa un nouveau sang  la tribu qui priclitait. Des
mariages les unirent. La descendance d'Atjfara a prvalu, mais sous
l'ancien nom de Toumodek.

C'est  peu prs vers la guerre de Babbah (dix-septime sicle), qui
amena un reclassement gnral des tribus maures, que ces vnements
survinrent. La tradition relate que les Toumodek prirent part au Cherr
Babbah, mais ne spcifie pas si ce fut dans leur premier ou dans leur
nouvel tat. Il est probable que ce fut dans le premier tat et que
c'est justement l'issue malheureuse de la guerre qui amena le dclin de
la tribu et son relvement par l'afflux d'lments nouveaux.

Comme dans beaucoup de traditions maures, Toumodek, l'anctre ponyme,
aurait eu deux femmes: une blanche et une noire. De celle-ci sont ns
les Toumodek al-Kohol (Noirs) qui sont les Toumodek du Brakna, et dont
on verra plus loin le fractionnement. De la premire sont issus les
Toumodek al-Biodh (Blancs), qui ne sont plus trs nombreux, et sont
dissmins au Tagant, au Gorgol et au Guidimaka. Ils se fractionnent
en Ahel Miloud (ou Ahel Amar ould Miloud) ould Sidi Mohammed; Ahel
Leffot; Ahel Al-Falli. Rien dans leur teint ne distingue videmment les
Toumodek Blancs des Toumodek Noirs.

Le commandement fut exerc, pendant tout le dix-neuvime sicle, par
les Ahel Baye (cf. annexe) descendant du fils an d'Atjfara. Il
devait passer, vers 1885, chez les Ahel Al-Hadi, branche cadette dont
(1) Ahmed ould Mohammed Anina tait le reprsentant (cf. annexe).
Peu avant notre arrive, Ahmed ould Mohammed Anina quitta le Chamama
pour aller vivre plus au nord, vers Sangara Fal. C'est alors le chef
des Oulad Eli, dont dpendaient les Toumodek, fit nommer (2) Mohammed
Mahmoud ould Taleb Amar, des Ahel Baye, comme chef de tribu. Nous le
reconnmes  notre arrive, mais il mourut peu aprs (1905).

Les fils d'Ahmed, ayant suivi leur pre dans le Nord, le commandement
passe  (3) Sidi-l-Mokhtar ould Sidi Ahmed, neveu d'Ahmed; mais, au
bout de cinq mois, ce dernier partit dans le Tagant, se disant malade.

Le choix se porta alors sur la tente cadette des Ahel Al-Hadi, et (4)
Mohammed Anina ould Abd Allah fut lu (1905). Ce Mohammed Anina,
intelligent et ouvert, comprit tout l'intrt qu'il avait  vivre en
bonne intelligence avec nous. Il avait t du reste l'un des premiers
 venir,  la tte de ses gens, prsenter sa soumission  Coppolani.
Malheureusement, s'il tait trs vnr comme marabout, il tait nul
comme chef et sans aucune autorit. Il remplit les fonctions de cadi,
en mme temps que celui de chef de tribu.

Vieilli et us, il demandait depuis longtemps  tre relev, quand on
accda  son dsir, en octobre 1912. Il mourait en janvier 1913. Il
fut remplac par son fils Abd Allah, jeune homme ouvert et instruit,
qui, aprs avoir fait de bonnes tudes auprs de Mohammed Lamin ould
Cheikh Mohammed, des Hijaj, servit plusieurs annes de khalifa  son
pre. Mais avant d'avoir pris possession de son commandement, Abd Allah
commit un faux qui l'carta du pouvoir. Sur un fragment de feuille de
convocation, revtu d'un cachet et de la signature de l'Administrateur
de Bogh, il crivit, en arabe, par ordre de ce rsident, que la rgion
du Khat tait interdite au Toumodek, et il vint apporter ce papier
 Aleg, en accusant du mfait le chef des Touabir-Oulad M'hamdat.
Confront avec Bikel ould Beyyat, Abd Allah dut avouer le faux. Il
fut condamn par le tribunal  six mois de prison, et le projet de
nomination fut arrt.

Il fut remplac dans ses fonctions provisoires par son frre, Mohammed
Abd Er-Rahman. La lutte lectorale se circonscrivit dans les deux
tentes Ahel Al-Hadi, les Ahel Baye n'tant reprsents  cette date
(1913) que par un enfant. Elle fut trs chaude. Ce fut enfin (5) Abd
Allah ould Ahmed qui l'emporta.

Abd Allah ould Ahmed ould Mohammed Anina est n vers 1867, il a fait
d'excellentes tudes auprs de son pre, qui tait lui-mme un lve de
Mohammed Mahmoud ould Habib Allah ould Cheikh Al-Qadi, des Diediba.
C'est un homme intelligent et instruit, qui jouit d'une grande renomme
 cause de sa pit et son honntet et qui enseigne le droit et la
thologie  une trentaine de jeunes gens. Il a prouv, au dbut,
une certaine opposition de la part d'Abd Allah ould Mohammed Anina.
Il aurait mme t victime, ainsi que Mohammed Abd Er-Rahman, d'une
tentative d'assassinat. Depuis la fuite du coupable dans le Hodh, le
calme s'est rtabli.


2.--_Fractionnement._

Les Toumodek du Brakna, ou Toumodek noirs, se partagent en 4 fractions:

    Ahel Ahmed Al-Hadi.
    Ahel Baraka.
    Ahel Baye.
    Ahel Aboubak, groupant 51 tentes et 291 personnes. La fraction
      haratine qui marche  leur suite comprend 71 tentes et 374
      personnes, soit au total pour la tribu 122 tentes et 665
      personnes.

Elle possde le cheptel suivant, qui est surtout la proprit des
fractions libres: 2 juments, 170 vaches, 25 gnisses, 95 boeufs, 25
veaux (soit 316 bovins), 8 chameaux, 2.705 ovins et 53 nes.

Les notables des fractions libres sont:

    Mohammed Mahmoud ould Ahmed Al-Hadi.
    Kalima ould Abd Er-Rahman.
    Abd Allah ould Eli.
    Lbane ould Ahmed Fal.
    Mostafa ould Baba.

La djemaa de la fraction des haratines se compose de:

    Abiaye ould Ahmed Al-Obed, chef.
    Ifra ould Malek.
    Mohammed ould Al-Haouri.
    Mohammed Mokhtar.
    Bilal ould Khammoui.

Les terrains de parcours de la tribu sont: en saison sche, le Gorgol,
et de l'est de Gadel  Mouit; en fin de saison sche et en hivernage,
le nord de Chogar Gadel, et dans l'oued Derga; les haratines restent
dans le Khat du Chamama. Souvent quelques tentes en sortent pour
nomadiser avec les gens libres.

La marque des bestiaux est le fala, exact [fala], ou renvers
[fala renvers], qu'on appose sur la cuisse droite de tous les animaux.

L'ensemble de la tribu est qadri et se rattache  l'obdience des
grands marabouts Ahel Al-Qadi des Diediba. Il y a pourtant quelques
Tidjana, disciples des Ida Ou Ali par Cheikh Ahmed Al-Beddi.

L'enseignement est trs rpandu. La tente des Ahel Al-Hadi s'y
distingue particulirement. Elle a toujours joui dans le pays d'une
grande rputation juridique et elle fournit  peu prs constamment
les cadis de la tribu. Autrefois rien ne se jugeait dans l'Est de
l'Aftouth, sans la prsence de Mohammed Anina ould Ahmed ould Al-Hadi.

C'est  Ra, prs de Mal, que se trouvent les tombeaux d'Al-Hadi, de
son fils, Ahmed, grand saint qui rcitait le Coran tous les soirs,
entre le crpuscule et la nuit tombe, et qui accomplit beaucoup
d'autres miracles, et enfin de son fils Mohammed Anina prcit. C'est
le principal centre des plerinages de la tribu. Les gens aiment  y
faire enterrer leurs dfunts, en cette pieuse campagne.


ANNEXE

GNALOGIE DES TOUMODEK.


A.--LES AHEL BAYE.

                        Atjfara.
                           |
                         Baye.
                           |
                      Ahmed Baba.
                           |
                      Taleb Amar.
       ____________________|_________________
      |                    |                 |
  Ahmed Baba.     2. Mohammed Mahmoud.    Hassan.
      |                    |
  Taleb Amar,         Ahmed Babou,
  n vers 1890.       n vers 1904.


B. LES AHEL AL-HADI.

                                    Atjfara.
                                       |
                                   Mohammed.
                                       |
                              Ammar Al-Khalifa.
                                       |
                                   Al-Hadi.
                                       |
                                     Ahmed.
                        _______________|_________________
                       |                                 |
                Mohammed Anina.                     Abd Allah.
        _______________|_____________              ______|______
       |        |           |        |            |             |
      (1)       |           |        |           (4)            |
     Ahmed.    Abd        Sidi    Sidi-l-    Moh. Anina.     Ahmed.
       |     Er-Rahman.   Ahmed.  Mokhtar.        |             |
     __|________            |        |         ___|___          |
    |           |           |        |        |       |         |
   (5)          |          (3)       |        |       |         |
   Abd    Moh. Mahmoud,  Sidi-l-  Mohammed   Abd     Moh.   Abd Allah,
  Allah.  qui a pous   Mokhtar.  Anina.  Allah.  Ab-Erd     dit
          la soeur de                               Rahman.  Mamatna.
          Mohammed Abd
          Er-Rahman.

Les numros indiquent l'ordre de succession du commandement.




CHAPITRE XIX

TABOUIT


Les Tabouit constituaient jadis une importante tribu, forme,
semble-t-il, d'un noyau arabo-hassane, d'origine Oulad Nacer, autour
duquel s'taient groups de nombreux lments berbres. Avec le temps
elle se dissocia, et l'on en trouve aujourd'hui trois tronons: l'un,
les Ahel Bribich, se disant Chorfa, sont dans l'Adrar; l'autre s'est
incorpor aux Ahel Sidi Mahmoud de Kiffa; le dernier n'est autre que le
groupement Tabouit du Brakna, qui assure tre surtout d'origine Nacer.

Les Tabouit du Brakna, gens  chameaux, ont vcu longtemps dans
l'Aoukar, ce qui explique les nombreuses redevances qu'ils servaient
aux guerriers, car ils devaient acquitter un rafer  tous les
rezzous ou campements guerriers qui passaient par ce carrefour. Avec le
temps, les Tabouit se rapprochrent des Diediba. Ceux-ci, notamment
les Id ag Fara, rachetrent la plupart des horma et rafer des
Tabouit et les prirent  leur compte. Ce rachat devait donner lieu par
la suite,  de nombreux conflits. Les Id ag Fara, et spcialement Abd
El-Jelil, rclament le paiement de la redevance et le remboursement de
leurs frais. Les Tabouit assurent ne rien devoir au Diediba, offrant
de continuer  donner, comme par le pass, de petits cadeaux  leurs
marabouts, mais pas de redevance fixe. Il est certain, en tout cas, que
si les horma et rafer sont contests, la zakat et la hadiya ne le
sont pas, et que les Tabouit l'acquittent sans rechigner.

Le chef de tribu est, depuis notre arrive, Cheikh ould Ali ould Ahmed
Abdou. Il est parti en dissidence avec ses gens, en mme temps que les
Oulad Siyed.

Il revint en mme temps que les Asba et Negza; mais ses gens furent
pills au retour par les Id Ou Ach. Il est riche en btail et en
clients. Il assure assez correctement son service, quoiqu'il ne mrite
qu'une confiance limite, aussi bien dans ses renseignements que dans
ses recensements.

La djemaa se compose des nomms Ahmoud ould Abd Er-Rahman, Ahmed ould
Ahmed Chan, et Chibani ould Abakak.

La tribu comprend 42 tentes et 205 personnes. Elle est riche de 165
bovins, 3.450 ovins et 52 nes.

Le feu est celui de Diediba, le qaf [qaf] qu'ils apposent sur la
cuisse droite ou au cou droit.

Les terrains de parcours sont: en hivernage, l'Oued Katchi et l'est de
Chogar; en saison sche, l'ouest d'Aleg et les environs du lac.

Les Tabouit ne paraissent pas anims d'une grande dvotion, et ce
serait peut-tre la meilleure preuve de leurs origines hassannes. On
y trouve cependant quelques individus pourvus de l'ouird qadri et
relevant du clbre Cheikh Al-Qadi par les marabouts diediba.




CHAPITRE XX

TOUABIR


1.--_Historique._

Les Touabir (au sing. Tibari) sont des Berbres et ne le nient pas,
ce qui est un cas fort rare; mais ils se htent d'ajouter que leurs
ascendants berbres taient, dans le lointain des ges, venus d'Himyar.
Leur anctre ponyme, Tibar, serait arriv dans le pays en mme temps
que l'invasion hassanne des Oulad Abd Allah. Ses descendants ne se
sparrent pas de ces Brakna et devinrent leur zenaga.

Tibar aurait eu trois fils: Assa, qui est l'anctre des Oulad Yarra,
et de certaines tentes Anouazir et Oulad Al-Kohol (Aleg); Harouna,
qui est l'anctre des Houarin et autres Anouazir (Kadi); Deloud,
anctre des Oulad Al-Kohol (Mbout). Comme on le voit, les Touabir sont
aujourd'hui  cheval sur trois cercles: Brakna, Gorgol et Assaba.

Ethniquement les Touabir comprennent donc trois grands rameaux: les
Oulad Yarra, les Anouazir et les Oulad Al-Kohol.

1 Les Oulad Yarra se partageaient en deux fractions: les Blancs
(Al-Biodh) qui marchaient gnralement avec les Oulad Normach; et
les Noirs (Al-Kohol), qui suivaient le sillage des Oulad Siyed. La
sparation daterait du temps de la scission des Normach et des Siyed.
Ces derniers taient dits Noirs parce qu'ils vivaient, comme leurs
suzerains Oulad Siyed dans le Chamama, prs des Toucouleurs, et qu'ils
s'alliaient  ces noirs par des mariages assez nombreux. Avec le temps,
les Blancs ont conserv le nom d'Oulad Yarra, et les Noirs ont pris
celui de M'hamdat. Oulad Yarra et M'hamdat constituent aujourd'hui
les deux fractions Touabir du Brakna.

Les Oulad Yarra comprennent quatre sous-fractions: Oulad Obed Allah,
Al-Khassina, et Agouarir, qui sont chez les Brakna: M'hardat, qui sont
partags entre les Oulad Yarra du Brakna et les Id Enik du Trarza.

Les M'hamdat (primitivement Oulad Yarra al-Kohol) se subdivisent en
Oulad Brahim; Oulad Moumen, Relachat; Mrazig, Ahel Digu, Inmelet,
Al-Hiadna, Ladem et Chebahin. Les Mrazig sont issus des Oulad Brahim;
les Ahel Digu, des Relachat; les Inmelet et Al-Hiadna des
Agouazir. Les Ladem sont venus du Hodh; les Chebani ne passent pas pour
tre de pure origine; certains disent qu'ils viennent de l'Est, et il
est certain qu'on trouve dans la rgion de Sokolo (Sahel soudanais
oriental) une fraction du nom de Chebahin; mais celle-ci assure 
son tour venir de Chebahim du Brakna. _Qui est veritas?_ Une autre
tradition dit que les Chebahin se rattachent  Deloud, dernier fils de
Tibar.

2 Les Anouazir, ou fils de Nizar, fils de Harouna, comprennent les
sous-fractions Zaghoura, Hemamta, Al-Hiadna, Al-Mouajna, Cherourat,
Inmelat, Brarga et Oulad Hommadin. Elles ressortissent au Gorgol et ne
nous intressent pas ici.

3 Les Oulad Al-Kohol comprennent les Oulad Saoud, les Ahel Hennad,
et les Oulad Qrechat. Ils ont vcu dans le Brakna jusqu' la fin
du dix-neuvime sicle. Aprs de longues luttes avec les M'hamdat,
ils furent dfinitivement vaincus en face du village de Fod Eliman
(Lao) et se rfugirent auprs des Oulad Siyed. C'est ce qui explique
qu'ayant li leur sort  celui de cette tribu, ils partirent en
dissidence avec Ahmeddou; alors que leurs frres faisaient leur
soumission. Par la suite, ils s'installrent chez les Tadjakant de
M'Bout. Aprs avoir plusieurs fois manifest l'intention de revenir
dans le Brakna, ils ont fini par rester dans l'Assaba. Ils ne nous
intressent donc plus ici.

Riches, nombreux et guerriers, les Touabir avaient su se faire une
place dans l'ancienne socit maure. Ils taient des zenaga, mais des
zenaga dont les services guerriers taient indispensables  leurs
suzerains, et qui,  ce titre, marchaient  peu prs sur le mme pied
qu'eux et ne leur payaient que peu ou mme pas de redevances. Ils
constituaient l'lment qui faisait pencher la balance en faveur de la
tribu  laquelle ils s'alliaient. En 1821-1822, ils prennent part comme
allis de l'almamy Youssoufou Sir aux luttes intestines du Fouta. Ils
font prisonnier le prtendant, ex-almamy, Abou Bakari Lamin Bul, et
dcident de le tuer. Seule l'intervention de l'Almamy Youssoufou les en
empcha et put faire rendre la libert au prisonnier (Chronique de Sir
Abbas-Soh).

Peu avant notre arrive dans le pays, les Oulad M'hamdat avaient
tt les Oulad Siyed pour se joindre, avec les Oulad Yarra, aux Oulad
Normach et Oulad Ahmed. Grce  cette alliance, Bakar put revenir
de son exil dans le Tagant, rsister aux attaques des Oulad Siyed
et, ds notre arrive, passer  l'offensive. Ainsi donc, les Touabir
jouirent pendant tout le dix-neuvime sicle d'un traitement de faveur,
et s'tant rendus  peu prs indpendants, dominrent dans le Khat.
A nous-mmes, en 1904, ils disaient: Nous ne connaissons que nos
troupeaux et nos fusils.

Ils purent ds lors avoir leur diplomatie personnelle, tant vis--vis
des Franais que vis--vis des Toucouleurs. Ils firent preuve d'un
certain sens politique en entretenant depuis 1850, des relations
pistolaires avec les autorits franaises de Saint-Louis. La djemaa
crivait de temps en temps, donnait des nouvelles, protestait de
ses sympathies et se recommandait  la bienveillance du gouverneur
du Sngal. Mais d'autre part, ils taient en coquetterie avec
les chefs toucouleurs du Bossa, qui nous opposrent une si vive
rsistance. Aussi leur mauvaise rputation tait-elle bien tablie
sur le fleuve. A propos du pillage d'un chaland prs de Cascas, le
_Moniteur officiel du Sngal_ du 27 juin 1865 les dfinit tribu qui
n'obit  aucun des chefs, avec lesquels nous avons des traits et
ne vit que de brigandages. En 1875, allis aux gens du Lao et aux
Irlab-Aledi, ils mettent en droute les gens de Bossa, les Irlab
Diri et les Oulad Ad, de Hamma Heba. Ils en profitent pour piller
le village de Ndulliba. La paix ne fut rtablie que par l'intervention
de Saint-Louis. Quelques annes plus tard, ils nous rendirent des
services, lors des luttes contre Abdoul Bou Bakar, chef rebelle du
Bossa. Poursuivis par les gens d'Ibra Almamy, aids des Touabir Abdoul
fut rejoint  Taghada (prs Kiffa) et contraint de se rfugier chez les
Id ou Ach, o il fut assassin par les Chratit (1891).

Bourrel, qui traversa les campements Touabir, en 1860, dit que c'est
une tribu puissante qui se tient gnralement en dehors de toutes
guerres intestines. Ils sont tributaires, ajoute-t-il, de 4 chefs:
Bakar, mir des Dowach; Brahim ould Ahmeada, chef des Oulad Normach;
Rassoul, chef des Chratit (Oulad Kohol); Sidi Eli, mir des Brakna.
Bakar en possde le plus grand nombre, puis Rassoul, puis Sidi Eli et
Brahim. Depuis cette date, comme on le verra plus loin, les Touabir
se sont rachets de leurs redevances ou ont profit de notre arrive
et de la dissidence de plusieurs de leurs suzerains pour ne plus les
acquitter.


2.--_Fractionnement._

Les Touabir se partagent aujourd'hui en deux fractions autonomes: Oulad
Yarra, Oulad M'hamdat.


A. Les _Oulad Yarra_ comprennent 50 tentes et 295 mes. Ils sont
riches d'une jument, de 3 chameaux, de 295 bovins, de 3.076 ovins
et de 64 nes. Ils n'ont pas de marques spciales et empruntent
gnralement le feu des Id Elik, soit [lam-alif soulign].

La djemaa se compose des nomms Bella ould Amar; Ahmed ould Armohir,
Sidi Mbarek ould Bou Bakar, Hossin ould Talmoudi.

La tribu nomadise en hivernage entre Mal et Guimi; en saison sche, 
Mal et aux environs.

Avant notre arrive, et jusqu'en 1898, le chef de tribu fut Mohammed
Sidi ould Al-Qadri. C'tait un homme fort intelligent et grand
seigneur, mais autoritaire et dur; il mcontenta les Oulad Yarra qu'il
traitait avec mpris et dut abandonner le commandement. En 1907, ils
voulurent l'lire  nouveau, mais comme Mokhtar ould Touil devait
continuer  s'occuper des affaires de la tribu, il ne voulut pas
accepter cette collaboration et refusa. Il nomadisait la plupart du
temps avec les Meterambrin. Il est mort en 1914.

Lors de sa soumission, en 1898, la djemaa lui donna comme successeur
intrimaire Mokhtar ould Deloud ould Mohammed ould Touil, plus connu
sous le nom de Mokhtar ould Touil; il n'tait pas de la famille des
chefs, et c'est pourquoi  plusieurs reprises en 1904,  notre arrive,
puis en 1907, il fut question de le remplacer. Mais ce projet n'aboutit
pas. C'tait un homme intelligent et riche en btail et clients. Il
nous a toujours bien servis, mais fut sans grande autorit sur ses
gens; il vivait dans le sillage des Oulad M'hamdat, conduits eux-mmes
par Sidi Amar, chef et pontife des Kounta. Il est mort en 1915, et son
frre Sidi, et son jeune fils ayant t carts, il a t remplac sur
lection de la djemaa par un notable influent: Ceddiq ould Mokhtar ould
Bokhari.

Ceddiq est un homme ouvert et sympathique, qui dirige bien sa tribu.


B. Les _Oulad M'hamdat_ comprennent 85 tentes et 400 personnes. A
ce nombre il faut joindre 7 tentes et 30 personnes pour les haratines
M'hamdat. Ils sont riches de 2 chevaux, 11 chameaux, 416 bovins, 5.200
ovins et 96 nes.

Le chef de la tribu tait,  notre arrive, Bouha ould Brahim ould
Hab Allah. Il mourut peu aprs, ne s'tant gure signal avec ses
gens que par son opposition  la cration du poste de Mouit, en 1904,
ce qui valut  la fraction une amende de 100 boeufs. Ils abandonnrent
alors le Rag et vinrent dans la rgion de Mal. Le fils de Bouha tant
trop jeune pour lui succder, la djemaa lut Mohammed ould Mokhtar
Salem ould Beyyat, dit Bidiel ould Beyyat. C'est un assez bon chef,
faible pourtant devant ses gens, et qui se laissait jadis guider par
Sidi Amar, des Kounta, et depuis la mort de celui-ci, par les notables
intrigants.

La djemaa se compose de Cheikh ould Mokhtar, Mokhtar ould Ahmedat,
Mohammed ould M'had et Sidina ould Alioua.

Le chef des Haratines est Amojen ould Samba; et les notables
Sidi-I-Abd ould Al-Hartani et Bokhari ould Terko.

La marque des M'hamdat est la mme que celle des Oulad Yarra.

La fraction nomadise en hivernage, entre Mal et Guimi; et en saison
sche,  Mal et aux environs.

Guerriers par profession et par atavisme les Touabir en ont pris les
moeurs, et notamment le ddain pour les choses islamiques. Les gens
disent d'eux: Ils sont comme les hassanes. Il n'y a aucune tente de
sciences chez eux. C'est exact. De mme, il n'y a aucune personnalit
maraboutique notoire. Les coles coraniques vgtant sans lves, quand
un enfant veut pousser ses tudes, il va chez les Kounta ou Diediba
voisins.

Les affiliations religieuses sont donc trs rares. A signaler pourtant
quelques ouird Qadra, relevant soit des Kounta (M'hammed ould
Bekka), soit des Id Elik (Naji), soit des Diediba. Les Kounta sont
en quelque sorte les suzerains religieux des Touabir, surtout des
M'hamdat, qui continuent  leur payer comme jadis une hadiya annuelle
d'un mouton de choix et de 4 litres de beurre par troupeau de moutons.
Les Oulad Yarra acquittant vis--vis de Cheikh Fal des redevances qui
sont autant des horma que des hadiya.

Les Touabir rachtent leur tideur religieuse par une certaine ardeur
au travail manuel. Ce sont de bons leveurs et d'excellents puisatiers.




CHAPITRE XXI

DABA D'ALEG


La daba (ou adaba) d'Aleg n'est autre que le village noir et mtis,
qui s'est constitu au pied du poste militaire. C'est la seule
agglomration sdentaire du Brakna. Elle est de cration rcente, ne
remontant qu' 1904, date de notre occupation du mamelon d'Aleg, et
s'est constitu par l'immigration sporadique de noirs du fleuve, de
captifs librs, de tirailleurs licencis, de haratines en rupture de
vasselage. Elle comprend, en 1918, 40 cases et 149 personnes. Elle est
riche de 3 juments, 41 bovins, 1.177 ovins, 24 chameaux et 17 nes. Ces
troupeaux ne s'loignent pas des environs d'Aleg.

Le chef de la daba est Yro Diakit, n vers 1870, Ou assoulouk
d'origine, gar ici  la suite d'aventures diverses. C'est un brave
homme, trs dvou, et qui rend d'excellents services. Il tient bien en
main cette population aux origines diverses et qui n'a encore acquis
que fort peu le lien et la solidarit collectifs.

Les notables sont: _a_) Tierno Bou Bakar, d'origine foula du
Lab, almamy et matre de l'unique cole coranique qui compte une
douzaine d'lves, enfants de la daba ou de la demi-compagnie de
tirailleurs. On peut dire  ce propos que l'cole franaise voisine,
tenue actuellement par Mamoudou Ba, lve distingu de la mdersa de
Saint-Louis et fils du cadi de Kadi, est bien plus florissante avec
25 jeunes gens, tous Maures. Tierno Bou Bakar, n vers 1870, est un
homme sympathique et relativement lettr; _b_) Harouna Kata; _c_)
Mamadi Kamara.

Toute la population de la daba est musulmane, qu'elle soit d'origine
malink, bambara, diallonk ou toucouleure. Ce sont pour la plupart
d'anciens dioula de kola et de tabac, qui se sont fixs ici, et font
maintenant surtout des lougans. Entre temps et  l'occasion, leur
ancien mtier reparat et on les voit repartir vers le fleuve: Mafou,
Bogh Kadi, soit avec un ne ou un chameau pour y porter des peaux
ou de la gomme et y chercher du mil, du sucre, ou des denres de
fabrication europenne, soit pour y conduire des bestiaux.

A part Tierno Bou Bakar, qui est affili au Tidianisme de Saad Bouh,
les autres habitants de la daba ressortissent aux diffrents ouird
qadra de la rgion: Cheikh Sida, Saad Bouh, marabouts Diediba, Id
Elik, Kounta, etc., Yro Diakit spcialement relev de Bakka, fils
de Bou Kounta de N'diassan (Tivaouane).

Aleg est, depuis 1917, pourvue d'une coquette mosque en banco, avec
minaret, qu'a fait lever le lieutenant Bayart, commandant le cercle.
Elle est utilise par la population locale seulement. Quant aux Maures,
on sait que, fidles  leur coutume, ils ne font jamais la prire
dans une mosque btie, mme quand ils sont  proximit d'un de ces
difices. Cependant les Brakna, que leur service ou leurs affaires
appellent  Aleg, savent apprcier  leur faon cette mosque, en
allant coucher, la nuit, sur la terrasse, pour fuir les moustiques qui
abondent dans la rgion et dont ils ont la plus grande frayeur.




LIVRE III

LE CHAMAMA DU BRAKNA




CHAPITRE PREMIER

NOTES GOGRAPHIQUES


Le Chamama est cette plaine alluvionnaire qui s'tend sur la rive
droite du fleuve Sngal--la rive maure--de l'embouchure du Gorgol
jusqu'au marigot des Maringouins. Il est rparti administrativement
en trois branches, dpendant de trois cercles: Gorgol (province de
Nr); Chamama proprement dit, ou Chamama du Brakna (provinces des
Irlab-Ebyab, Lao Alsyb et Toro) et enfin Trarza. Comme on le voit,
la portion centrale a donn son nom au cercle, dont Bogh est le
chef-lieu. Il y a peu de temps d'ailleurs que ce Chamama de Bogh a t
constitu en cercle. Avant l'arrt du 30 juin 1918, ils constituait
une simple subdivision du cercle du Brakna, et les intimes relations
qui existent entre Maures Brakna et Toucouleurs riverains suffisaient
et suffiront peut-tre encore un jour  justifier cette union.

Au nord du Chamama, s'tend la Draa, rgion de transition vers la haute
Mauritanie, pays des collines rocheuses ou sablonneuses, des ruisseaux
(oued ou marigots), gonfls en hivernage, des forts de gommiers et
d'pineux divers, des bosquets touffus des tamourts ou dpressions,
aqueuses de longs mois, et humides toujours, des aftouh enfin,
plateaux peu levs, o de nombreux troupeaux rencontrent d'abondants
pturages. L'artre centrale en est l'oued Katchi, ou plus simplement
l'oued, et qui se dverse dans la vaste dpression du lac d'Aleg.

Le Chamama qui nous occupe, le Chamama du Brakna[12] s'tend le long du
Sngal du marigot de Baraouagui (25 kilomtres ouest de Podor), au
village de Gognad (marigot de Diorbivol), situ  25 kilomtres est
de Kadi.

  [12] Cf. pour cette section de chapitre la monographie de
  l'Administrateur MRE,  laquelle nous avons fait quelques
  emprunts.

Il est born au nord par la ligne sinueuse des dunes peu leves, dont
le relief limite la zone d'inondation du fleuve. La largeur du Chamama,
qui s'identifie avec la rgion inondable, varie de 2  15 kilomtres.

Il forme donc une plaine allonge, avec de diffrences de niveau de
quelques mtres seulement, qui suffisent  dterminer deux natures
de terrain: 1 les Fond ou parties qui ne sont pas atteintes par
l'inondation et qui sont recouvertes d'arbres, de broussailles et de
pturages; 2 les Colad plus ou moins inonds en hivernage par
les eaux du Sngal, suivant l'importance de la crue du fleuve. Ces
colads, qui forment plus des deux tiers du Chamama, sont d'une grande
fertilit, toujours entretenue par les alluvions: ils constituent un
terrain d'lection pour la culture du gros mil.

Les pluies d'hivernage commencent dans le courant du mois de juillet
et durent jusqu'au 15 octobre. Elles arrivent sous forme de tornades,
d'une faon irrgulire, paraissant plus nombreuses dans la priode
de croissance de la lune. Toutefois leur irrgularit est telle,
que les cultures de dunes, dites d'hivernage (petit mil, pastques,
arachides), semes aux premires pluies, sont d'une russite toujours
problmatique et ne sont considres par l'indigne que comme un
secours supplmentaire et alatoire.

L'importance de la crue du Sngal, dpendant de la quantit d'eau
tombe dans la rgion du haut fleuve, et l'abondance de la rcolte
du gros mil dans les cols tant en raison directe de l'inondation,
cette rcolte est peu influence par les pluies locales. Une anne de
scheresse o les pturages manquent, o les cultures d'hivernage ne
donnent pas, peut fournir une excellente rcolte de mil.

L'arbre qui domine dans le Chamama est le gonakier (amour), que l'on
y rencontre en quantits considrables et dont la graine est utilise
par les Maures  cause de sa grande richesse en tannin. On rencontre
galement le tamarinier (cellaha), une grande quantit d'pineux--dont
quelques gommiers (irouar)--sur les premiers revers des dunes.


Le Chamama est aujourd'hui  peu prs exclusivement peupl et cultiv
par les Toucouleurs (Toro, Alsyb, Lao, Irlab-Elyab) et par les
haratines maures. Ces derniers, presque sdentaires, quoique continuant
 habiter la tente, ont leurs campements tablis ordinairement  la
limite de la rgion sablonneuse.

D'autres races habitrent le Chamama dans le pass: 1 les Ouolof,
probablement au moyen ge. Outre la lgende le yettod, de nombreuses
familles, surtout de pcheurs en a conserv le souvenir. Les Ouolof,
qui taient installs vraisemblablement beaucoup plus dans le Nord,
reculrent peu  peu vers le fleuve, sous la pression des Peul Babab,
et des tribus berbres-maures; 2 les Srres, dont on peut situer la
prsence dans la mme priode. Beaucoup de ruines de village ou des
villages existant encore, ont conserv des noms srres. Les Srres
se retirrent peu  peu vers le Sud du Sngal aprs une srie de
dfaites; 3 Les Sarakoll, qui semblent n'tre venus qu'en trs petit
nombre arrivant de l'Est, et dont on trouve encore deux familles dans
le Lao et les Alsyb.

Ces diffrentes races occuprent rellement le pays, parfois jusqu'au
Tagant. Elles achevrent leur exode, lors des invasions des Peul venant
du Macina, puis des Dniank arrivant du Fouta.

C'est de la fusion de toutes ces races qu'est sorti le peuple
toucouleur. La rvolution islamique de la deuxime moiti du
dix-huitime sicle lui donnait la conscience de son unit nationale et
religieuse. Il la fortifia par de nombreuses luttes contre ses voisins
et particulirement contre les tribus maures, qui n'ont jamais cess
jusqu'au dernier jour, sur les deux rives du fleuve, de piller, de
brler et d'emmener les populations en esclavage.

Aprs une longue priode, l'lment Toucouleur resta  peu prs
implant dans la rgion du Chamama, situe  l'est de Bogh
(Irlab-Elyab, Lao), tandis que les Maures du Brakna restrent matres
dans la rgion ouest (Aleyb Toro), o ils devinrent les propritaires
de la terre. Il en rsulte aujourd'hui que les premiers sont rests
possesseurs du sol de la rgion qu'ils occupent, et qui appartient 
certaines familles. Il est rgi selon la coutume toucouleure, et  la
tte de chaque groupement, se place un chef de terrain. Dans les Aleyb
et le Toro, o l'autorit franaise s'est substitue aux mirs du
Brakna vaincus, la terre est devenue proprit domaniale, Bati. Le
cultivateur n'en jouit qu' titre prcaire. Il ne doit ni la vendre, ni
la cder sans autorisation.

Le chef-lieu administratif et l'agglomration principale du Chamama du
Brakna est Bogh, que les Maures appellent Dibango, ou Doubango.

La population totale est de 19.550 habitants, dont 18.200 noirs et
1.350 haratines maures.




CHAPITRE II

L'ISLAM NOIR


Avant notre pntration sur la rive gauche, les Toucouleurs du Toro et
des Aleyb-- part quelques exceptions chez ces derniers--n'habitaient
pas le Chamama. Les habitants des villages de la rive gauche ne
venaient cultiver qu'avec l'autorisation de l'Emir du Brakna et
moyennant le paiement de droit fix plus ou moins arbitrairement.

En gnral, l'mir faisait percevoir sur les Noirs, autoriss 
cultiver: l'_assaka_ (1/10 de la rcolte), le _dioldi_ (location),
plus un cadeau variable pour avoir le droit de dfricher tout nouveau
terrain. De plus, les cultivateurs devaient payer le _bakh_ ou droit de
protection  certaines familles de guerriers. Chaque colengal (sing. de
_col_) avait un chef de terrain ou Dion colengal qui tait charg
de recueillir ces diffrentes contributions pour les remettre aux
destinataires ou au percepteur de l'mir.

L'mir ne se faisait aucun scrupule de retirer ses autorisations, selon
son unique bon plaisir. La population noire tait administre par la
colonie du Sngal sur la rive gauche o elle habitait.

Au contraire, chez les Toucouleurs du Loo et des Irlab-Elyab, qui
habitaient en assez grand nombre sur la rive droite, o ils avaient
pris pied, lors de la rvolution islamique du Fouta, les villages
s'taient dgags des hassanes et relevaient administrativement des
chefs des mmes provinces de la rive gauche.

Ils y percevaient l'impt de capitation, rendaient la justice, suivant
les lois et coutumes en usage au Sngal.

Du temps des almamys, la justice tait rendue par leurs cadis.

Les chefs de terrains taient lus par la famille, puis agrs par
l'almamy, qui,  ce titre, recevait d'eux de nombreux cadeaux.

Suivant l'origine du terrain et celle de la famille des cultivateurs,
le chef de terrain percevait certains droits: Assaka (impt religieux
du 1/10 de la rcolte); Dioldi (droit variable de location); Thiottigou
(droit de succession, acquitt par l'hritier au chef de terrain);
Doftal (prestation en nature au propritaire). Dans la pratique, le
montant de ces droits allait  l'almamy, au percepteur chef de terrain,
et aux principaux membres de la famille propritaire.

L'almamy disposait plus ou moins arbitrairement des terrains non
encore occups, ainsi que de ceux qui devenaient vacants par suite de
l'extinction de la famille propritaire, en faveur de ses suivants, de
ses cratures, et pour rcompenser ses services rendus  la guerre.

Ce sujet de la proprit immobilire dans le Chamama a t trait
avec une telle documentation, avec une telle prcision par M. Chruy
qu'il suffit ici d'y renvoyer. On trouvera cette tude soit dans les
supplments au journal officiel de l'A. O. F. de mars-avril 1911, soit
en une brochure, dition spciale.

Les Toucouleurs du Chamama paient,  l'instar de leurs frres de la
rive gauche, l'impt de capitation. Il tait fix en 1918  6 francs.
Il a produit, pour 18.200 habitants, dont 13.719 contribuables, 82.314
francs.

Les chefs de provinces touchaient jadis des remises au titre de l'impt
de capitation. Depuis le 1er janvier 1918, ils touchent un traitement
fixe.

Les chefs de village portent gnralement le nom, driv de l'arabe,
d'lima. Ils taient tantt lus par le conseil des notables, tantt
choisis par le chef du Lao ou l'almamy du Fouta, mais dans tous les
cas, on tenait compte du droit hrditaire de certaines familles.
Les mmes principes sont aujourd'hui observs par l'administration
franaise.

La population noire du Chamama du Brakna est entirement toucouleure
et en parle la langue (poular)[13]. On y trouve exceptionnellement
une trentaine de Sarakoll perdus dans la masse des autres indignes
et en ayant pris le langage et les coutumes, et quelques Ouolof que
l'on peut considrer comme des passagers, car ce sont des traitants ou
des ouvriers, dont toutes les relations de famille sont trangres au
pays, et qui arrivent et qui repartent suivant les ncessits de leur
commerce ou de leur travail.

  [13] Cf. sur la langue des Toucouleurs le trs remarquable
  ouvrage de HENRI GADEN, _le Poular_, chez Ernest Leroux, Paris.

Les pcheurs du fleuve, dont l'origine remonte  l'occupation du pays
par les Ouolof, en ont pratiquement perdu le souvenir. Ils parlent le
poular et se considrent comme de cette race,  laquelle ils se sont
d'ailleurs mlangs par de nombreux croisements.


Les Toucouleurs du Chamama se divisent comme leurs frres de la rive
gauche en castes ou classes. On y distingue notamment: les Torodb,
classe qui a fait la rvolution religieuse de la fin du dix-huitime
sicle, qui est rest le parti maraboutique par excellence, et qui est
toujours le milieu o se recrutent les familles dirigeantes du pays;
les Diniankob, ancienne classe prpondrante, rduite au second plan
par les Torodb; les Koliab, clients et serviteurs des deux premires
classes; les Tioubalb, pcheurs du fleuve; les forgerons, Laob,
griots, etc.

Les principales familles sont: dans le Toro, les Kane, famille des
chefs, les Li, les Si, les Tilo; chez les Aleyb, les Vagne et les
Lam; dans le Lao, les Wane, famille des chefs, les Kane, les Li, les
Baro, les Diatys, les Bousso; chez les Irlab, les Ane, les Diallo,
assimils aux Kans, les Li, les Si, les Ba; chez les Elyab, les Li,
les Kane, les Ba.

Les familles d'origine peule, qui sont devenues toucouleures,
c'est--dire qui se sont islamises, instruites s sciences arabes
et allies aux Toucouleurs, ont gard le souvenir de leurs origines.
D'autres groupements peul ont gard au contraire leur caractre
national. Ils ont conserv leur nom et leurs moeurs, leurs habitudes de
nomadisation, leurs richesses en cheptel, leur endogamie; ils se sont
bien islamiss dans l'ambiance locale, mais plus faiblement, et leur
islam est plus ferm aux influences extrieures. Peu d'entre eux sont
affilis  une voie religieuse, et ceux-l ne semblent pas en pratiquer
les rites spciaux.

Certaines familles, comme les Kane, se sont partags les Kane de Yahia
Kane (Irlab, Ebyab maures), sont devenues toucouleures; les Kane
d'Abdoulaye Kane (Irlab-Elyab de la rive gauche) sont rests peul,
ou du moins visent  le rester. Chez les Toucouleurs d'origine peule,
comme chez les Peul rests intacts, on trouve des reprsentants des
trois grandes tribus originelles peul: Ba, Diallo et Bari. Seule, la
quatrime tribu, les Soh, n'est pas reprsente ici.

Les familles d'origine maure ont aussi gard le souvenir de leurs
origines. C'est ainsi que les Wane descendent d'un pre Larlal, qui
avait pous une femme noire, et qui appartenait aux Laral blancs,
crateurs de Ouadan. Son fils Eli s'tablit  Oualalb, auprs des
Toucouleurs Si, Sal, Sar, Thiam et Diop qui lui donnrent le nom de
Wand Dien (l'aurore). Le farba de Oualald  conserv ce nom. On dit
aussi que cette famille prit le diamou de Wane, parce qu'elle s'tait
primitivement installe auprs d'une termitire (Wand).

Les Kane, qui sont originaires du Dimar, assurent que leur antique
village de Dimatch est une corruption de Dimachq (Damas) et que leur
anctre tait un Arabe de Syrie.

Certains Li, passs ensuite sur la rive gauche  Dogo (Matam), assurent
descendre d'Abd El-Malik ould Merouan.

Il faut souligner d'ailleurs fortement que si l'apport du sang maure
est relativement minime dans la formation du peuple toucouleur,
le voisinage, la prdication, l'enseignement, la contrainte mme
parfois des tribus maraboutiques maures voisines ont contribu plus
que tout autre cause  l'islamisation primitive des Foutank,  la
rvolution religieuse qui donne le pouvoir aux no-convertis, et  leur
raffermissement depuis un sicle et demi dans la foi du Prophte.

Au surplus, les tributaires et les groupements toucouleurs ont, ds
le dbut, associ leurs dissensions intestines et nou entre eux des
alliances locales (qism) pour lutter contre des alliances de mme
composition. C'est ainsi qu'il tait classique que les gens du Lao et
les Aleyb taient les allis des hassanes Oulad Normach et Oulad Ahmed
et des marabouts Kounta, notamment des Meterambrin; que le Toro tait
l'alli des Oulad Siyed; les Irlab et Ebyab, les allis des Oulad
Eli--Oulad Naceri; le Bossa, l'alli des Oulad Eli--Ahel Hiba. Une
guerre entre tribus maures entranait souvent l'entre en ligne des
Toucouleurs allis. Il en est de mme dans les luttes entre Toucouleurs.


Les personnalits les plus notoires du Chamama sont actuellement au
nombre de quatre: Tierno Sakho, Eliman Abou, Bala Biram et Yahia Kane.


_Tierno Ahmadou_, fils de Mokhtar Tierno, dit Sakho, du nom de son
village d'origine, est n en 1867,  Sgou, o son pre s'tait tabli
 la suite d'Al-Hadj Omar. Il y fit ses premires tudes et y commena
le droit. Il tudia ensuite la thologie et les sciences sacres 
Nioro et Kolomina, et acheva son ducation chez Al-Harith ould Maham
des Id ab Lahsen. C'est aujourd'hui un homme trs instruit s sciences
arabes et islamiques, et comme on en rencontre rarement chez les noirs,
mme chez les Toucouleurs, qui sont le peuple o l'on trouverait le
plus grand nombre de cette sorte de docteurs. Nomm cadi de Bogh, en
octobre 1905, peu aprs l'occupation, il exerce ces fonctions depuis
cette date avec une autorit et un dvouement inlassables. Intelligent,
ouvert, pondr, il nous a rendu d'inapprciables services. Unissant
 une parfaite science juridique, une connaissance complte du droit
local et des traditions et coutumes maures et toucouleures, il sait
toujours trouver la solution idale qui conciliera les intrts de tout
le monde. Il jouit d'une autorit inconteste mme chez les Maures.
Dans les conflits qui divisent les nomades, anciens matres du pays,
et les Toucouleurs des deux rives, on s'en remet par avance  sa
dcision. On voit des Maures du Trarza, du Brakna, du Gorgol et mme
du bas Tagant le choisir comme arbitre suprme. Son influence lui a
permis de venir en aide,  Yahia Kane, chef des Irlab-Elyab maures,
lors des recrutements intensifs. Il fut mis ensuite  la disposition
du commandant du cercle de Podor pour user de ses bons offices
diplomatiques auprs des villages toucouleurs, rebelles au recrutement
et qui s'armaient. Il y russit parfaitement.

Ahmadou Sakho a reu l'ouird tidiani, en 1890, de Mohammed Fal ould
Baba, des Ida Ou Ali du Trarza; et les pouvoirs de moqaddem du Chrif
alih ould Al-Mekki, originaire d'Orient et qui s'tait install 
Tivouane, o il est mort. C'est au cours d'un voyage  Podor que ce
Chrif qui, par Chrif Makki, le Hossini, se rattachait  Mohammed
Rali, lui confra ce titre.

Ahmadou Sakho tient par intermittence une cole coranique. Il professe
avec plus de continuit l'enseignement suprieur. Il donne des cours
sur l'Alfiya, d'Ibn Bouna, la Rissala, la Soghra et la Ouasta, la
Tohfat et le Prcis  une douzaine de jeunes gens, surtout Toucouleurs
ou haratines.


_Toro._--_Eliman Abou_, chef de la province du Toro maure, est n 
Podor, vers 1858. Son pre Ibrahima Kane tait install  Thioffi, dont
il fut le chef. Il fut un des chefs les plus dvous  notre cause et
reut des autorits du moment de nombreuses attestations que son fils
montre encore avec orgueil. Le commandant de l'artillerie de Podor
tmoigne en 1863 qu'il a aid la colonne de Podor de tous ses moyens;
qu'il a prt gracieusement ses partisans, ses porteurs, ses boeufs;
qu'il a guid la colonne. Il est propos pour la mdaille d'or de
1re classe par le gouverneur du Sngal, qui atteste qu'il est le
seul homme du pays qui se ferait tuer pour le service du Gouvernement
franais.

A la mme date, le chef du bataillon sngalais certifie que, comme
volontaire, il a conduit avec la plus grande bravoure toute la colonne
qui a opr dans le Fouta. Sa conduite au combat de Ndiomou fut
intrpide. Ibrahima Kane serait mort au cours d'une mission, dont il
avait t charg, dans le but d'arrter une insurrection dans le Fouta.

Mis  l'cole des otages de Saint-Louis, son fils Eliman Abou en
sortit comme interprte et fut employ en cette qualit au Soudan. En
1888, il reoit un premier tmoignage de satisfaction du commandant
de Bafoulab. En 1888, il remplit, outre ses fonctions d'interprte,
celles de professeur  l'cole des otages. En 1891, inculp  tort dans
l'assassinat de l'administrateur JEANDET  Podor, il est acquitt, et
est nomm successivement chef des Clob, puis chef des Aleyb dans le
cercle de Podor. En 1900, il est envoy  Paris avec les fils de chefs
et nomm officier d'Acadmie. En 1901, il reoit les flicitations du
gouverneur pour la bonne administration de sa province et du gouverneur
gnral pour le concours qu'il a prt  l'autorit militaire pour
l'organisation des convois de la relve du Soudan. En 1905, il est
percepteur et charg du transit de la Mauritanie. En fvrier 1906,  la
suite de la suppression de la perception de Podor, il tait nomm  sa
fonction actuelle.

La famille d'Eliman Abou a donn le mme exemple d'adaptation: son
frre Mamadou Abdoul est mort  Toulon, en 1882, comme lieutenant
de spahis; son fils an, Racine Kane, n vers 1890, crivain
expditionnaire au Sngal, est sous-officier de tirailleurs aux
armes; le second Abdoul Eliman, n vers 1891, est tantt secrtaire
de son pre, tantt comptable de la maison Oldani  Podor. Il a fait
partie de la colonne de l'Adrar (1908),  la tte des partisans
levs par son pre; le troisime, Ibrahima Kane, n vers 1893, sert
de Khalifa  son pre; le quatrime Ndiak Eliman, n vers 1894, est
comptable de la maison Oldani  Podor. Ils sont tous intelligents,
instruits et considrs dans la rgion. Les plus jeunes sont aux armes.

Eliman Abou a une bonne instruction arabe. Il parle encore et crit
mme suffisamment le franais.

Il a deux femmes lgitimes, personnes de bonne famille, et un grand
nombre de concubines, qui lui ont donn une vingtaine d'enfants qu'il
emploie  la culture de ses lougans. Il possde de beaux troupeaux de
boeufs et de petit btail.

Doyen des chefs du cercle, il dirige avec autorit une province, sinon
trs importante, du moins difficile  commander par suite du mlange
des populations: Toucouleurs et Peul des deux rives, haratines, Maures.

Il est, comme beaucoup de Kane, et par opposition au mouvement omari,
de l'obdience qadra.

Peu de marabouts mritent une mention dans cette province du Toro:
Mamadou Othman, n vers 1875, professeur et almamy de pre en fils 
Thion; Ahmadou Mountaga, petit-fils d'Al-Hadj Omar, n vers 1870,
disciple de Tierno Sakho, sans profession bien dfinie, tour  tour
cultivateur et commerant; Aliou Penda Li, n vers 1860, imam de Mboyo,
disciple tidiani de Mourtada Tal, de passage ici.

Les mosques-diouma de la province sont  Gud et Ndioum, sur la rive
sngalaise.

Le Toro comprend 1.500 habitants dont 930 contribuables. Il tait
inscrit au rle de 1918 pour 5.580 francs. Son chef reoit un
traitement annuel de 900 francs. L'influence islamique s'y est fait
sentir dans l'onomastique locale: on y trouve les villages de Dar
al-Barka, la capitale, Diama al-Ouali, Louboudou et Mdina.


_Lao._--_Aleyb._--_Bala Biram Wane_ est le chef de province du Lao et
des Aleyb. Il est le descendant d'une vieille famille maraboutique,
qui exerait une influence religieuse et politique sur toute la
population du Lao-Formangu. C'est l'almamy Biram qui, chef du Fouta,
porta le renom de la famille  son apoge. Son troisime fils, Abdoul
fut, sous le rgne d'Almamy Madadou, chef du Lao-Hernagu. Le fils
d'Abdoul, Biram, fut un vaillant guerrier, qui marcha longtemps pour
notre cause aux cts d'Ibra Almamy, son cousin germain, dont nous
allions faire, quelques annes plus tard, le chef du Fouta.

Bala Biram, fils an de Biram Abdoul, est n en 1881  Mbouba
(Podor). Son frre an, Ibra Biram, n en 1898, est chef du village
d'Abdallah; ses frres cadets sont: Bokar Biram, n en 1888, interprte
 Atar, et Mamadou Amat, n en 1890, tirailleur aux armes.

Mis  l'cole des fils de chefs, Bala en sortit en 1902 et fut
aussitt nomm interprte  Matam, puis  Bakel. Mis hors cadres
en Mauritanie, il fut interprte  Mal, puis  Aleg. En 1908, il
tait nomm chef du Lao maure; deux mois plus tard, il prenait le
commandement du goum toucouleur qui allait oprer dans l'Adrar avec
la colonne Gouraud. Il s'y conduisit brillamment, fut bless deux
fois, fut l'objet de deux citations  l'ordre et reut la croix et la
mdaille coloniale. En 1912, il accompagnait encore la colonne Patey
dans la colonne du Hodh et l'occupation de Tichit. Au retour de cette
colonne, le chef de la province des Aleyb, Lamin Samba ayant t
destitu, Bala joignit le commandement de cette province  celle du
Lao.

Bala est un chef intelligent et dvou, qui a toujours tmoign d'un
parfait loyalisme, et sait administrer avec beaucoup de tact ses
populations, dont il est trs aim. Les divers recrutements de la
grande guerre se sont effectus chez lui sans  coups. En 1915, il
recevait  cette occasion une mdaille d'honneur de 1re classe. En
1918, il donnait lui-mme le bon exemple et s'engageait  la tte de
son contingent. Il gagna rapidement les galons d'officier.

Bala Biram a deux femmes lgitimes de bonne famille: Khadi Seck, fille
de Bou-l-Mogdad et Fatimata Kane, fille d'Abdoulaye Kane. Il en a eu
plusieurs enfants, encore en bas ge.

Bon arabisant, Bala a aussi d'excellentes connaissances de franais.
Comme les vieilles familles jadis prpondrantes, lors de l'avnement
d'Al-Hadj Omar, et par raction contre son tidjanisme, Bala appartient
au qaderisme.

En dehors de Bala Biram, dont l'influence, quoique d'essence
religieuse, s'exerce surtout dans le domaine politique, il faut citer
parmi les marabouts notoires du Lao-Aleyb, soit qu'ils y rsident
personnellement, soit qu'ils habitent la rive sngalaise et qu'ils
ne comptent ici que des disciples: _a_) Tierno Ali Lam, n vers 1858,
matre d'une cole de 15 lves et disciple tidiani du Cheikh Mortada
Tal; _b_) Tierno Ndiaye, de son vrai nom Alfa Ahmadou, n vers 1870.
C'est l'almamy du Babab, le plus gros village de la rgion qui, avec
ses 4 coles et sa mosque de banco, est un foyer d'islam. Tierno fait
l'cole du premier degr et quelquefois des cours suprieurs. Il est
disciple tidiani, de l'obdience de Tierno Ibrahima Mohammed Mojtaba,
qui fut un des fidles d'Al-Hadj Omar, et revint mourir  Br, dans le
Lao; _c_) Alfa Ahmadou Ndiaye, n vers 1870, almamy de Diould-Diab,
matre de l'cole locale, qui comprend une dizaine d'lves et disciple
tidiani d'Al-Hadj Malik de Tivaouane.

A ct de cette obdience omara, la propagande des missionnaires de
Saad Bouh n'a pas t sans succs. Il faut citer parmi ces personnages,
domicilis d'ailleurs  l'extrieur: _d_) Cheikh Mamadou, pre du
marabout connu de Damga, Abdou Salam; _e_) Cheikh Mamadou Biram Almamy,
cousin de Bala, mort vers 1890 dans un plerinage  la Mecque, et son
disciple Al-Hadj Mamadou Abdou Wane; _f_) Cheikh Mamadou Biram Abdou,
mort  la mme date; _g_) Cheikh Moussa Kamara, du Damga.

Le qaderisme, en dehors du chef de province, comprend quelques adeptes
de Cheikh Sida et de Cheikhs de passage, comme Tourad et Sidi-l-Khir,
des Ahel Taleb Mokhtar du Hodh, et les fidles du Cheikh Mohamed Fal,
des Elik du Brakna, dcd rcemment et que son fils Naji a remplac.

Jusqu' ces temps derniers, une grande figure religieuse rayonnait
dans le Lao: Alfa Mamadou, imam de Oualald (Koliab). Il a affirm
la religion musulmane, dit-on de lui, ce qui est exact; car, par ses
prdications, ses exhortations et son exemple, il a ramen les moeurs
locales  une orthodoxie plus rigoureuse. Il a laiss de nombreux
enfants et disciples, qui, partags sur les deux rives, continuent sa
tradition. Son fils an, Alfa Chibani, lve de Tierno Sakho, vise 
le remplacer. Un de ses disciples, Hamidou Ahmadou, de Diatta (Podor),
cultivateur, matre d'cole et lettr, parat devoir se faire une
renomme locale.

En rsum, le Lao et les Aleyb ont t jusqu' 1850 les disciples
des Cheikhs qadra de Mauritanie. Cette tradition s'est maintenue,
mme sous Al-Hadj Omar, car les adeptes de ce dernier le suivirent au
Soudan. Ce n'est que lors du retour de ces dissidents, dont plusieurs
avaient t les propres disciples d'Ahmadou Chkou,  Nioro, et  la
suite de plusieurs voyages de son frre Mourtada que le tidianisme
s'implanta fermement sur la rive maure. L'inimiti trs vive qui, au
dbut, spara ceux qui taient rests au pays et les nouveaux venus
s'est apaise avec le temps, et les deux rives vivent en bons termes
cte  cte.

La grande mosque du Vendredi pour ces deux provinces se trouve 
Dmette, sur la rive sngalaise.

La population totale est de 7.500 habitants, dont 6.077 contribuables.
Le Lao tait inscrit, au rle de 1918, pour 1.216 francs et les Aleyb
pour 3.461 francs. Leur chef reoit un traitement annuel de 2.800
francs. L'influence locale se fait sentir dans l'onomastique des
villages, tels que Abd Allah Oualo, Abd Allah Dir, Fod Elimane.


_Irlab-Elyab._--Le chef des provinces Irlab et Elyab est Yahia
Kane. N vers 1875  Diaba (Sald), il appartient, tant du ct
paternel que du ct maternel, au meilleur lignage. Du ct paternel,
il est fils de Mamadou Alfa, fils de Alfa Ahmadou Mokhtar, fils
de Tierno Samba, fils de Mamadou, fils de Hamidin Samba. Du ct
maternel, il compte plusieurs almamys et notamment l'almamy Ahmadou,
son bisaeul, et l'almamy Youssouf. Son pre, Mamadou Alfa, servit
d'intermdaire entre le Gouvernement du Sngal et Abdoul Bou Bakar,
lors de la conclusion des traits avec le Fouta. Son oncle, Cheikh
Ndiaye, est cadi suprieur de Matam.

Il a quatre frres dont les plus notoires sont Ahmadou Mokhtar Kane,
ancien lve de la mdersa de Saint-Louis, secrtaire du tribunal de
subdivision des Irlab-Elyab, son khalifa et successeur ventuel; et
Abd-El-Aziz Kane, assesseur au tribunal de cercle d'Aleg. Les autres
poursuivent encore leurs tudes.

Jadis cadi et prsident du tribunal des Irlab-Elyab de la rive
droite, Yahia Kane fut, en fvrier 1906,  la mort de Mamadou Lamin,
nomm chef politique et prsident du tribunal local de la mme province
du mme nom sur la rive maure. Il exera ces deux fonctions jusqu'en
1918, date o il rsilia ses fonctions judiciaires par suite de la
concentration  Bogh de toutes les juridictions de province. Il a reu
une mdaille d'honneur en 1916.

C'est un homme riche et trs considr et un chef qui a de l'autorit.
Il a de nombreux lougans et de beaux troupeaux.

Il a t affili au Qaderisme par Saad Bouh, qu'il a rencontr 
Saint-Louis au cours d'un voyage.

Les principales personnalits maraboutiques des Irlab-Elyab sont:
_a_) Tierno Aliou Oumar, de Davl, n vers 1850, qui, par Tierno
Mamadou Alimou, se rattache au Tidianisme omari. C'est un petit matre
d'cole; _b_) Tierno Mahmoudou Diela de Mbagne, n vers 1856, almamy
d'une mosque de quartier, matre d'une petite cole coranique et
disciple de ce mme Tierno Alimou, de Bokidiav; _c_) Tierno Cir
Ahmed, de Fokone, n vers 1880, matre d'cole, de la mme obdience;
_d_) Tierno Samba, de Serimali, n vers 1876, disciple tidiani
d'Al-Hadj Omar Galleya, qui tait un fidle du grand Al-Hadj Omar.

La mosque du Vendredi des Irlab-Elyab est  Mbagne.

La population totale est de 9.200 habitants dont 6.712 contribuables.
Ils taient inscrits, au rle de 1918, pour 40.272 francs. Leur chef
reoit un traitement annuel de 2.600 francs. L'influence islamique s'y
fait sentir dans l'onomastique de certains villages, tels que Tabata,
Maloum Diaba, etc.




CHAPITRE III

FRACTIONS MAURES


Trois fractions maures habitent en permanence le Chamama du Brakna:
les Tendra, les Id Ar Zimbo, les Haratines Chorfa; trois autres
fractions y envoient leurs haratines cultiver, au moment de
l'inondation: Haratines Id Ab Lahsen, Haratines Tagnit, Haratines Oulad
Biri. Tous ces groupements sont originaires des tribus Trarza du mme
nom. Le total de cette population maure est de 1.350 mes.


_Tendra._--Les Tendra du Chamama sont une colonie de la grande
tribu du Trarza occidental. Ils sont venus dans le pays au dbut
du dix-neuvime sicle, attirs par la richesse des cultures. On y
trouvait, au dbut, les origines sociales les plus diverses: zenaga,
haratines, captifs, et mme marabouts de condition libre,  qui leur
misre imposa cet exode et cette vie infrieure. Avec le temps, la
fusion s'est produite dans cette fraction.

D'autres individualits et mme de petits campements ont rejoint,
au cours du dix-neuvime sicle et jusqu' nos jours, les premiers
migrants. Le plus rcent est celui du Cheikh Abd Allah ould Ahmeddou,
de la fraction Oulad Bou Sidi, venu ici  la suite d'un rezzou Oulad
Bou Sba.

A notre arrive, la fraction tait sous les ordres de Cheikh Ahmed
ould Bachir. Elle fut rattache par Coppolani  la subdivision du
Chamama. A Cheikh Ahmed, dcd en 1916, a succd Ahmeddou ould Cheikh
Mohameddou ould Habib Rahman ould Bou Sari ould Ahmed ould Mohamedden
ould Agd Abhoum, des Ahel Agd Abhoum. N vers 1870, il n'est arriv
ici que vers 1900. Son frre, le vieux Cheikh centenaire Mohameddou,
vit encore dans le Nord, dans la tribu d'origine. C'est un personnage
religieux fort considr. Il est le disciple qadri de Cheikh Ahmed
ould Khalifa, disciple lui-mme de Mostafa ould Cheikh Al-Qadi des
Diediba, qui fut l'lve du grand Cheikh Kounti Sidi-l-Mokhtar.
Cheikh Mohameddou est le marabout de son fils et d'un grand nombre de
Tendra du Chamama.

La plupart des autres tentes, et notamment Cheikh Abd Allah prcit,
n vers 1842, se rattachent  la mme obdience de Mostafa ould
Cheikh Al-Qadi, mais par le canal des Cheikhs Tendra: Mohammed Abd
Er-Rahman ould Mohammed Salem et Sidi ould Bou Bakar.

Il y a enfin quelques Tidjania, relevant de l'obdience d'Ahmed Beddi,
des Ida Ou Ali.

La fraction comprenait au dbut deux sous-fractions: Id Agd Abhoum et
Oulad Bou Sidi. Elles ont contract de si nombreux liens matrimoniaux
qu'elles ont fusionn  peu prs compltement, et ne se distinguent
plus l'une de l'autre.

L'instruction est rpandue dans ces campements de cultivateurs. Chaque
campement a son petit matre d'cole. Le plus considr parat tre
Babba ould Bou Siri, n vers 1860.

Les tombeaux particuliers visits sont: celui de Cheikh Sida ould
Al-Kharachi, mort vers 1917,  Maye-Maye; et celui de Mohammed Abd
Allah ould Al-Hassen, des Tendra du Sahel, venu mourir ici vers
1900,  Bou Naya.

Les Tendra du Chamama ont de beaux troupeaux de boeufs et de petit
btail. Comme ils trouvent de l'eau partout soit dans les marigots qui
sillonnent le pays, soit dans des puisards qu'on creuse en un point
quelconque, ils ont perdu toute habitude de nomadisation. Quand l'un
d'entre eux a, par atavisme, besoin d'une cure de grand air, il va
passer quelque temps dans les campements de la tribu-mre. La marque
des troupeaux est le feu gnral des Tendra [patte de poule],
appos sur la cuisse gauche. Ils ont comme contre-marque un point, ou
le [ha], et aussi le [patte de poule avec point] qu'ils apposent
sur le ct gauche du cou. Ils ont pay en 1916 une zakat de
1.213 fr. 65.

Leurs principaux colad de culture sont: Ammara, les mares de Gondelat,
et Bassat colengal, dans le Toro; Rahahiat Adninaye, Oum Hani et
Berbar. Leur impt achour s'est mont, en 1918,  1.640 francs pour
Ammara, et 540 pour Maye-Maye. Le chiffre de la population dpasse 400
mes.


Les _Id Ar Zimbo_ du Chamama, colonie de la tribu zenaga du mme nom du
Trarza, comprennent deux sous-fractions: Ib Ab Amrar et Oulad Imijen.

Les Ib Ab Amrar sont, par droit hrditaire, sous l'autorit de Mohamed
ould Mohamedden ould M'hamdi ould Abd Allah ould An-Nahoui ould
Djeddana ould Mokhtar ould Ahmed ould Mohamedden ould Sidi Ahmed ould
Amrar, l'anctre ponyme, qui, par son pre Abd Allah ould Mohammed, se
rattachait  Zeneb, femme d'Ali et fille du Prophte. C'est du nom de
Zeneb dform que viendrait le nom de la tribu Zimbo. On voit que
les traditions gnalogiques--fantaisistes videmment au moins pour les
premiers ges--ne se sont pas perdus dans la fraction, malgr son exode.

Mohammed est n vers 1875, et n'occupe les fonctions de chef que
depuis 1900. A notre arrive, son pre Mohamedden, marabout fort
considr et professeur trs rput d'enseignement coranique et de
sciences suprieures, tait Cheikh de la fraction. Il ne voulut pas
par mfiance faire connatre sa qualit et on prsenta  sa place le
hartani Boubba ould Mgari. Celui-ci fut rvoqu quelque temps aprs.
Aprs plusieurs expriences de ce genre, Mohamedden finit par se faire
connatre et dsigna son fils comme Cheikh du groupement. Il en est
aussi l'imam. Depuis ce jour, il n'y a plus eu de difficults.

L'ensemble de cette sous-fraction est tidjani et relve de l'obdience
du Cheikh Ahmed Beddi, des Ida Ou Ali de Djerara. On va souvent lui
faire visite et lui porter des cadeaux.

Leurs lieux de plerinage sont les tombeaux de leurs anctres  Tin
Houmed Debdouba, et Derba, dans l'Aftouth du Trarza.

Leurs colad de culture sont  Tichamamaten, Tabba, Dokhon, Bab Ouinita
et Tenouakoujar. Ils ont pay, en 1918, 760 francs d'achour.

Les Oulad Imijen sont depuis fort longtemps dans le Chamama. Ils ont
perdu le souvenir de leur arrive; ils en attribuent la cause  leur
dsir d'chapper aux perptuels rezzous du Nord.

Leur chef est Khatri ould Ahmed ould Mokhtar ould Abdi ould Imijen.
Cet Imijen, dont le nom est synonyme de Mersoul ou Envoy (de Dieu),
tait le frre d'Amrar, vu plus haut.

Les Oulad Imijen sont affilis en trs grande majorit, et notamment
leur Cheikh Khatri, au Qaderisme de Cheikh Sida. Ils visitent le
cimetire de leurs anctres  Timouzin. Aucun nom de marabout ne mrite
chez eux une mention spciale.

Ils cultivent  Djoueha, dans le Tichamamaten,  Afliou, et aux
environs. Ils ont pay, en 1918, un achour de 1.050 francs.

Les Id Ar Zimbo n'ont que peu de troupeaux et encore sont-ils  peu
prs tous chez les Id Ab-Amrar. Leur marque est [signe], qu'ils
apposent sur la fesse droite des boeufs et de nes. Quelques tentes ont
emprunt  leurs oncles maternels, les Ida Ou Ali, chez qui d'ailleurs,
elles vont quelquefois camper, le feu [signe]. La zakat de 1918 tait
de 104 fr. 10 chez les Id ab Amrar; elle tait nulle chez les Oulad
Imijen. Le chiffre total de la population dpasse 700 mes.


Les _Haratines Chorfa_ sont une colonie d'affranchis des Chorfa de
Nouagour (Trarza); quelques-uns d'entre les Chorfa, misreux et
inconsidrs, sont venus se dclasser, en s'installant chez ces
haratines et en s'alliant  eux. C'est parmi eux qu'est pris le Cheikh:
Lbou ould Moulay Ahmed ould Sidi Ellah ould Ahmed Logman ould Maazouz
ould Mohammed ould Chrif, n vers 1875. C'est ce Mohammed ould Chrif,
originaire de Fez, qui vint le premier dans le pays, peu aprs que le
voyage de l'mir Ali Chandora dans la capitale du Maghreb eut attir
l'attention sur la basse Mauritanie (dbut du dix-huitime sicle).
Venu pour quter simplement, il s'y tablit sans esprit de retour.

Ces haratines relvent par leurs matres de diverses obdiences: soit
qadra de Cheikh Sida ou des Tendra, soit tidjana, du Cheikh Ahmed
Beddi, des Ida Ou Ali.

Leur centre et lieu de cultures est  Diaould, entre le fleuve et le
marigot de Koundi. Ils ont quelques boeufs et des nes qu'ils marquent
soit d'un [patte de poule], sur la cuisse droite, soit d'un grand
trait [------], sur le ct droit du cou. Leur zakat tait de
64 fr. 15 et leur achour de 560 francs pour l'exercice 1918. Ils sont
environ 200 personnes.


Des haratines _Tagnit_, _Id ab Lahsen_ et _Oulad Biri_, il n'y a rien
 dire ici. Ils sont domicilis avec leurs matres dans le haut Trarza
et ne viennent dans le Chamama qu' l'poque des cultures et dans cette
seule intention. Ils ont d'ailleurs t tudis ailleurs (cf. mes
_tudes sur l'Islam maure_), notamment la daba des haratines Oulad
Bri, sise  Mbagnik, sous l'autorit de Dris ould Mohameddou. L'achour
des haratines Tagnit tait, pour l'exercice 1918 et pour le Chamama du
Brakna, de 5.100 francs; celui des Id Ab Lahsen, de 400 francs; celui
des Oulad Biri, de 1.550 francs.




LIVRE IV

COUTUMES SOCIALES ET POLITIQUES




CHAPITRE PREMIER

LA JUSTICE


Conformment  la coutume gnrale des pays musulmans, la justice
civile tait exerce dans les tribus maures du Brakna, au premier degr
par le cadi de tribu, au degr suprieur par le cadi de l'mir. La
dualit politique entrana gnralement deux juridictions suprieures.
Il y avait, au Sud, le Cadi de l'mir des Oulad Siyed qui tranchait les
contestations, nes dans cette tribu et dans les tribus guerrires,
zenaga et maraboutiques, qui ressortissaient  son autorit. Il y
avait, au Nord, celui des Oulad Normach, qui oprait dans les mmes
conditions.

Le cadi tait un marabout, homme de science et de vertu, qui s'imposait
par ses vertus personnelles ou par le prestige de sa famille. Chez les
Oulad Siyed, il tait choisi parmi les Dediba; chez les Oulad Normach,
parmi les Dediba et les Id Elik.

Dans les tribus, le cadi du premier degr tenait ces fonctions de la
voix populaire.

La justice pnale tait administre par le chef politique, ici comme
ailleurs. Mais ce chef ne faisait gure qu'homologuer et excuter les
sentences du cadi et des marabouts, ses conseillers judiciaires.

Dans le Chamama toucouleur, les juridictions s'chelonnent de l'liman
du village au chef de province et  l'almamy suprme.

L'administration franaise a respect, autant que possible, ces
antiques coutumes.

En pays maure, les cadis de tribu, en pays noir, les liman locaux
continuent  tre les juges de pays et de conciliation. Quoique leurs
sentences n'aient pas force de loi, c'est  eux gnralement qu'on
s'adresse et qu'on s'en tient.

Au premier degr, on trouve le tribunal de subdivision, prsid par
un magistrat indigne chez les noirs, par l'adjoint au commandant
de cercle chez les Maures, assist de deux assesseurs. Le tribunal
du Chamama comporte, sous un prsident commun deux chambres: une
pour les Noirs, une pour les Maures, afin que ces deux catgories de
justiciables soient reprsentes dans le tribunal.

Les appels sont interjets devant le tribunal de cercle, que prside le
commandant de cercle assist de deux assesseurs indignes.

En dernier lieu enfin, domine la chambre d'homologation de Dakar,  qui
doivent tre soumises les dcisions prononant une peine suprieure 
cinq annes d'emprisonnement.

Cette organisation judiciaire fait l'objet du dcret du 16 aot 1912,
vritable charte judiciaire de l'A. O. F., et de l'arrt du gouverneur
gnral du 5 octobre 1913, spcial  la Mauritanie.

Le droit appliqu continue  tre, comme par le pass, le droit
musulman, mitig des coutumes locales. Nous n'en avons supprim que les
dispositions contraires  l'humanit et  la civilisation.




CHAPITRE II

LES IMPTS


Les impts, auxquels sont soumis,  l'heure actuelle, les Maures du
Brakna, sont les impts traditionnels d'origine islamique: l'achour et
la zakat.

L'_achour_ est la dixime partie du revenu agricole. Les modes de
fixation diffrent. Voici le premier: on admet par l'exprience qu'un
lougan, ensemenc avec une petite corbeille de 3 kg. 700 de mil,
donne, dans les terrains, dits Wallr et pour les bonnes annes,
100 grandes corbeilles de 7 fois 3 kg. 700, soit 2.590 kilos. Dans les
moyennes annes, ce revenu est seulement de 30 grandes corbeilles,
soit 777 kilos. L'achour sera donc de 259 kilos dans le premier
cas et de 7 kg. 77 dans le second cas. Dans la pratique, on value
toujours faiblement la rcolte, de sorte que ce dixime se rapproche
sensiblement du vingtime.

Dans les terrains colad, la bonne anne donne 60 corbeilles et la
mauvaise 10 seulement.

Voici un autre mode d'valuation: la mesure (moudd) de semence, soit
4 kilos, donne de 8  20 matar, suivant les annes et les terrains.
Le matar tant de 20 moudd, ou 80 kilos, la rcolte varie entre 640
et 1.600 kilos; d'o un kilo de semence produit de 160  400 kilos.
L'achour sera donc de 16  40 kilos par kilo de semence jet en terre.

Les Noirs du Chamama ne paient pas l'achour  notre administration.
Mais cette redevance, qu'ils appellent assaka, dformation de l'arabe
zakat, est encore pay bnvolement par eux et suivant la coutume
ancienne, qui date de leur islamisation,  leurs chefs locaux. La
raison de ce maintien est en effet qu'il ne fait pas concurrence 
notre impt, puisque nous ne les avons astreints qu' l'impt de
capitation. En revanche, chez les haratines, o nous l'avons maintenu,
il est tomb en dsutude, et les chefs toucouleurs ont d renoncer 
le percevoir.

Le total de l'achour pour le Brakna a t, en 1918, de 19.653 fr. 95.
La rpartition par tribu est donne ci-aprs.

Les principaux terrains de culture de chaque tribu sont situs dans
le Brakna, soit autour du lac d'Aleg, soit dans les divers oued, et
notamment l'oued Katchi, qui s'y dversent dans les affluents Chelkha
du haut Gorgol. En outre, chaque tribu envoie ses haratines, et mme
les plus misreux de ses gens libres, cultiver, lors de l'inondation
annuelle, dans les colad du Chamama.

Voici les principales rgions de culture par tribu:

    _Oulad Siyed._--Dans le Chamama:  Ouamal, Zahaf, Zalla
    Draouala-Tlla, Diadia, Lemdeben.

    _Arallen._--Chamama, Al-Megfa.

    _Oulad Normach._--Bour, Dilouar, Chamama (C. de Guiro).

    _Oulad Ahmed._--Chogar, Soubara, Kremi.

    _Behehat._--Youli Chogar, Aguemi, Sdi Lad.

    _Touabir._--Kra Lebkhaine.--Tachot Lehout, Douwal-Al-Khat-Mbota;
    dans les divers colad des Irlab-Pt (Chamama), et dans celui de
    Sawalel (Ebyab).

    _Diediba._--Mbedia, Diont, Arich, Diambet, Maye Maye, Regba Bou
    Dioud, Diongal, Ouamat, Diad, et surtout  Bella et dans le lac
    d'Aleg (Idg Fara Brahim).

    Tenoussat-Id Ayank-Guimfa, Tachot, Touizert, Tijom, Al-Khat,
    Lemchouka, Regba, Lakhchab, Tichilit Ndiaye, Damet, Diadi,
    Maye-Maye, Bou-Diour Balla et surtout dans le lac d'Aleg (Id ag
    Fara).

    Ragg, Khat Lopaj, Toiba, Tiatahaka Bella, Donga Chebour, Arsa, et
    surtout dans le lac d'Aleg (Ahel Mohammedden).

    Lac d'Aleg (Asbat), Maye-Maye, Bella, Arsa, Seksa, Oued Cheddid,
    Diadi Chabour, et surtout  Ouamal, Tiaktachaka, Dongo, et dans
    le lac d'Aleg (Ahel Agd Ammi).

    _Zemarig._--Al-Merich; et dans le Chamama, les colad de Sawar,
    Galadji, Beida, de Wabound, de Thid-Oldi, tous terrains Walald
    du Lao.

    _Tabouit._--Lac d'Aleg et Bella (Chamama).

    _Oulad Bou Sif Noirs._--Tachot Dagana, Tijam, Tegora, Khatal,
    Ouara Boulla, Touizert, Toudimi, Agueni. Ils vont quelquefois chez
    les Id Ag Jemouella.

    _Oulad Bou Sif Blancs._--Sambou Diana, Amer, Borella Tachot
    Dagna.

    _Ahel Cheikh Mokhtar._--Cheikhat, Rour, Oum Agnen Chamama;
    Gondr Nouib, Bidi-Ngal, Amer.

    _Meterambrin._--Abosal, Lamaoudou, Bifdi.

    _Torkoz._--Ouesseni, Mal, Tourtoguel.

    _Hijaj._--Cheikhat, Afougan et surtout Bassi Nguid. Dans le
    Chamama les colad de Doumgal, Diogu, Diarra, les fond Diarra et
    Mamadou (T. des Irlab-Dieri); les terrains de Niokoul et de Sokol
    (Irlab).

    _Id Elik._--Louran, Ogur et Toul de Amer; dans le Chamama:
    Douwal et divers colad des Irlab-Pt.

    _Tagat._--Barkol, Guimi, Aguiert, Agouawa, Chelkhat Riyah,
    Chelkhat Tramoni, Al-Meridi Dora, Laouija, Chga, Farawa, Chogar
    Gadel, O. Ahmoud, O. Agnen, Rekas, Gadel, Bidi Ngal, Bouer, Oum
    al-Karech, Tezekra, Al-Gouissi, et surtout Gaoua.

    _Id ag Jemouella._--Surtout Bidi Ngal et Guimi, et aussi  Lahouar,
    Barkol, Bora et au puits de Chacal.

    _Soubk._--Tenmissat Temat, Aguellet Touya, Dienouga, Al-Khachba,
    Tin Bouzekri, le Chamama pour les Haratines.

    _Toumodek._--Modi Founti, L'Khat; et dans le Chamama, le colengal
    de Sawalel (Elyab) et les terrains de Fokol (Elyab).

    _T. Tanak._--Maye-Maye.

    _Ahel Gasri._--Tartouguel.

    _Tiab Normach._--Guimi.

    _Braouat._--Chelkhat Garich, Lac d'Aleg.

    _Tachomcha._--Avec les Tagat.

    _Dabaye d'Aleg._--Lac d'Aleg.

De plus, ces tribus se reoivent les unes chez les autres.

Enfin, il faut signaler des tribus trangres au cercle qui y viennent
cultiver.

    _Torkoz du Tagant._--A Tendel, Douiat, Diounaba, Wandia.

    _Id Imijen des Oulad Biri._--A Eloskat.

    _Ahel Agmoli de Mbout_, au Chelkhat Rekham.

    _Ahel Cheikh Menn_ (Tagat) du Tagant.--A Agmimi et Gadel.

    La fraction _Kounta_ du Tahani: Ahel Mohammed ould Sidi Lamin, 
    Oude Lafkarrin.

    _Toumodek du Gorgol._--Bou Solif.

Les rgions particulirement frquentes et cultives sont, en dehors
du lac d'Aleg, les points de Maoudou, Tendel, Gadel et Gaoua.

Vaste marcage de 3 kilomtres de long sur 2 de large, dirig de
l'ouest  l'est, et rempli, depuis le dbut de l'hivernage jusque
fin avril, le lit du marigot de _Maoudou_ est creus, en temps de
scheresse, par de nombreux puits de 2  5 mtres. Il est environn
de nombreux lougans et d'excellents pturages, mais la rgion est
tellement infeste de moustiques que, la plupart de temps, elle est
compltement abandonne par les troupeaux maures. Le lac est aliment
par les eaux de l'oued Blektaer aux nombreux mandres.

Le beau lac de _Tendel_, bord des grands arbres de la tamourt, a une
superficie de plusieurs hectares. Il est  quelques pas du Gorgol
dessch. C'est le point de rendez-vous de toutes les caravanes qui
d'Aguiert, de Moudjria, et du Tagant par Garouel descendent vers
le fleuve. Jadis frquent par les rezzous, la rgion de Tendel est
aujourd'hui occupe surtout par les Tadjakant riches de plus de
2.000 chameaux et d'une immense quantit de boeufs, et de ttes de
petit btail. Les campements quittent le Tagant et l'Assaba, aprs
l'hivernage, pour passer la bonne saison dans le Regueba, et entre
le Maoudou-Tendel et Chogar-Gadel. Avec la paix, ils ont pouss dans
l'Agan jusqu' Ouazan, et mme vers Dikel et Tiguegui.

_Gadel_ ne possde la plupart du temps qu'une petite mare d'eau
corrompue. Les Maures prtendent n'avoir jamais pu y trouver de l'eau,
 quelque profondeur qu'ils aient creus, et de guerre lasse, avoir
report leur travail  Gaoua.

_Gaoua_, dans l'oued, consiste en quatre excellents puits, signals au
loin par un maigre dattier et le tombeau de Si Ahmed Hadrami, chef des
Tagat.

La _Zakat_ est la taxe qui grve les troupeaux, pour la valeur d'un
quarantime. Aujourd'hui, pour en faciliter la perception, nous l'avons
fixe, une fois pour toutes,  un taux invariable. Ce taux est, pour
l'exercice 1918, le suivant:

    Juments      7 francs.        Veau         1 fr. 50
    Pouliches    6  ----          Anes         0 fr. 50
    Chevaux      5  ----          Chameaux     2 francs
    Poulains     4  ----          Chamelles    2 francs
    Vaches       2 fr. 45         Chamelon     1 fr. 25
    Gnisses     2 francs         Mouton       0 fr. 15
    Boeufs       2  ----

Le total de l'impt zakat pour le Brakna a t, en 1918, de 67.905. fr.
70. La rpartition par tribu est donne ci-aprs.

On s'est aujourd'hui dfinitivement rang au maintien de l'impt
zakat dans les tribus maures. Universellement accept,  cause de ses
origines religieuses et coutumires, c'est aussi celui qui est le plus
juste, car il grve proportionnellement le revenu, et c'est aussi celui
qui rapporte le plus, car il atteint la principale, l'unique mme
richesse locale: le cheptel. Le prlvement de cet impt a ncessit le
recensement, chaque anne de plus en plus exact, de ce cheptel. Voici
cet tat de recensement pour l'exercice 1918.

    quids 156, dont 112 juments, 7 pouliches, 30 chevaux et 7
    poulains.

    Bovins 17.537, dont 9.606 vaches, 3.415 gnisses, 3.026 boeufs, et
    1.490 veaux.

    Camelins 1.155, dont 233 chameaux, 708 chamelles et 214 chamelins.

    Petit btail: 156.980 ttes.

    Anes: 5.134.

Il faut remarquer que la peste bovine a fait baisser, en 1917, le
cheptel de 3.000 individus, et que, d'autre part, depuis quelques
annes, un mouvement commercial s'est tabli sur la foire de Louga,
et surtout sur l'usine frigorifique de Lyndiane et que la plupart des
boeufs adultes prennent le chemin du Sngal.

Principale richesse des tribus du Brakna, les troupeaux font l'objet de
maintes contestations et rapines, en quoi consiste le principal souci
de l'administration locale. Mais depuis que Mercure s'chappa de son
berceau, le soir mme de sa naissance, pour aller ravir le troupeau
de boeufs de son frre Apollon, les vols de bestiaux sont la monnaie
courante de la vie des peuples pasteurs. Et avec leur flair de nomades
et leurs marques de feu bien connues et donnes plus haut, les Maures
aux longs cheveux retrouvent aussi facilement leurs btes que le Dieu
subtil des pturages de l'Hellade.

Dans le Chamama, il a t longtemps difficile de faire une valuation
mme approximative du nombre d'animaux. La plus grande partie (Peul
du Sngal, Maures du Nord), y viennent parfois de trs loin, quand
l'herbe y est abondante. De plus, les familles toucouleures qui
habitent le pays ont des membres sur les deux rives du fleuve et
leurs troupeaux pturent indistinctement au Sngal et en Mauritanie.
Les animaux ne font donc que passer dans le Chamama, en y sjournant
plus ou moins longtemps. Leur nombre et la dure de leur sjour sont
limits uniquement par l'abondance du pturage. Vers la fin de mai, les
pturages sont puiss. Les troupeaux venus de la rive gauche, aprs
l'hivernage, y retournent, ceux des Maures restent jusqu'aux premires
pluies dans la rgion des dunes voisines, se nourrissent, tant bien que
mal, des maigres plantes dessches qui y restent encore. On a tout
de mme, ces derniers temps, pu tablir un recensement des troupeaux
maures de la rgion. Ce cheptel comprendrait une dizaine de chevaux,
25 juments, 275 boeufs, 595 vaches, 5.268 ttes de petit btail.

Il n'y a pas  revenir sur les zones de pturage, ni sur les marques
et contre-marques de feu, particulires  chaque tribu. Elles ont t
exposes plus haut, dans la notice qui leur a t consacre.

              Tribus.                   Zakat.        Achour.

    Oulad Siyed                        1.379,75      1.696,20
    Arallen                              764,50        541,80
    Oulad Normach                        290,60        102  
    Oulad Ahmed                        1.633,60         63  
    Al-Behahat                        4.864          230  
    Touabir-Oulad M'hamdat            1.745,25        135  
    Touabir-Oulad Yara                 1.061,90         80  
    Oulad Bou Sif Noirs (Kounta)       5.546,65        235  
    Oulad Bou Sif Blancs (Kounta)      1.403           72  
    Ahel Bekka            ----        1.224,95        174  
    Ahel Sidi Amar         ----          386,10        120  
    Meterambrin            ----          495,80        510  
    Tiab Oulad Normach                   166,05        301,80
    Diediba                          15.096,45      3.978,15
    Tagat                             13.626,35      4.947  
    Zemarig                            1.243        1.118  
    Tabouit                              897          124,20
    Soubk                             2.226,55        206  
    Torkoz                             3.329,20        380  
    Hijaj                              3.664,65      1.097  
    Toumodek                           1.156,25        282  
    Id Aj Jemouella                    1.352,65      1.779  
    Id Elik-Ahel Aleg                 1.806,95        160  
    Id Elik-Ahel Abary                  751,80         90  
    Draouat                              644,85         54  
    Ahel Gasri                           584,19         24  
    Tolba Tanak                          223,20        108  
    Tachomcha                            159,65            
    Dabaye d'Aleg                        261,40            
    Oulad Biri Id Imijen                               45  
    Torkoz (du Tagant)                                199,80
    Ahel Ag Moli (de Mbout)                          174  
    Ahel Cheikh Menni (du Tagant)                     350  
    Kounta (du Tagant)                                 42  
    Toumodek (du Gorgol)                               33  
                                      _________     _________
           Totaux                     67.986,20     19.653,95

Dans le Chamama, les Noirs ne sont soumis qu'au seul impt de
capitation. Il est d par toute personne ayant dpass l'ge de 8
ans. Il a augment sensiblement dans ces dernires annes. Il est
actuellement de 6 francs, par an et par tte.

En rsum, les recensements de 1918 donnent: pour le Brakna, 20.829
habitants, se dcomposant en 6.800 hommes, 7.585 femmes, 3.299 garons
et 3.145 filles. Ils versaient 87.640 fr. 15 d'impt achour et zakat.
Pour le Chamama, 18.200 habitants, dont 13.779 contribuables, versaient
82.214 fr. d'impt de capitation.

    [Illustration: DAMES MAURES EN DPLACEMENT.
    Clich du Dr Mercier.]




CHAPITRE III

LES REDEVANCES COUTUMIRES


J'ai tudi longuement dans mon ouvrage _l'mirat des Trarza_ les
origines, la nature et les modalits des redevances coutumires maures:
horma, rafer, bakh. Il suffit d'y renvoyer. On ne trouvera ici que
la liste des redevances particulires, en vigueur dans les tribus du
Brakna,  notre arrive. Plusieurs d'entre elles ont t rachetes sous
notre occupation, conformment  notre souci d'mancipation des uns et
 notre dsir de mnager les droits acquis et les moyens de subsistance
des autres. La varit des espces, dit une circulaire du commissaire
du Gouvernement gnral en Mauritanie (1er novembre 1914), interdit
toute rglementation uniforme. Le taux du rachat devra tre estim
d'aprs le caractre et l'origine de la redevance et aussi d'aprs les
ressources relles du tributaire.

Ce rachat est loin d'tre aussi avanc dans le Brakna que dans le
Trarza, sans doute parce que les autorits locales y ont pouss avec
moins de force; en revanche beaucoup de ces redevances sont tombes
en dsutude par le dpart en dissidence des matres et n'ont pas t
releves  leur retour. Quoi qu'il en soit, il ne sera pas inutile
de connatre les antiques biens de cette sorte de vasselage, qui
unissait tribu hassane  tribu maraboutique ou zenaga. Mme aprs
leur disparition par rachat ou de toute autre faon, ces biens ne
disparaissent pas compltement. Il y faudra plusieurs gnrations.

Les Asba et Negza devaient aux Ahel Bou Bakar des Oulad Ahmed une
redevance de quatre pices de guine par anne et par tente. Les
bnficiaires prtendaient tenir ce droit par hritage des Oulad Biri.
Les tributaires niaient avoir d une horma de ce genre aux Oulad Biri
et par consquent  leurs prtendus ayants droit, les Ahel Bou Bakar.
Ils donnaient l'explication suivante: au dbut du dix-neuvime sicle,
un de leurs anctres avait pous une hartana des Oulad Ahmed. Les
enfants de ce couple firent de temps en temps des cadeaux aux anciens
matres de leur mre. tant les plus forts, les Oulad Ahmed exigrent
ensuite que les cadeaux leur fussent continus, et transformrent
ainsi des actes de gnrosit en un droit de rafer. La redevance,
qui tait encore paye en 1907, subit un rude coup, lors du dpart en
dissidence des Ahel Bou Bakar. Pourtant, dans une confrence tenue
 Aleg, le 30 dcembre 1914, devant le commandant de cercle, il fut
reconnu que le droit des Ahel Bou Bakar tait authentique; et les
Ahel Negza tributaires (12 tentes) s'en rachetrent aussitt par la
livraison de 70 moutons, 4 vaches et 2 nes (paiement effectu le 10
janvier 1915).

Les Tabouit sont tributaires des Ahel Baouba (Oulad Ahmed) et leur ont
pay une redevance annuelle d'un mouton par tente jusqu'en 1897, poque
 laquelle les Tabouit et les Diediba s'allirent pour marcher contre
les Oulad Biri et les Oulad Ahmed. Le conflit trana en longueur,
grce  l'appui des Oulad Siyed. Notre arrive y mit fin. Depuis cette
date, les Tabouit ont cess leurs paiements. Pourtant les discussions
se perptuaient. Une confrence runit les intresss  Aleg, le 23
dcembre 1914. Devant le commandant de cercle, il fut reconnu que les
pillages des Oulad Ahmed eux-mmes, les protecteurs, avaient dgag
leurs tributaires de toute obligation.

Les Ida Ou Ali, du Tagant payaient, depuis plusieurs gnrations, aux
Oulad Ahmed une redevance, destine  assurer la scurit de leurs
caravanes venant dans le Brakna. Cette redevance se montait  trente
mesures de bl et trente mesures de dattes. Elle n'tait pas paye dans
le Brakna. D'aprs les conventions, elle ne pouvait tre exige que
lors de l'arrive des premires caravanes dans la rgion du Brakna,
et n'tait paye que dans le Tagant, o les Ahel Bou Bakar devaient
aller rclamer leurs droits. Elle est, avec notre occupation, tombe en
dsutude.

Les Ahel Menna, des Anouazir du Gorgol, et les Oulad Yara et Oulad
M'hamdat, des Touabir du Brakna, ont pay jusqu' notre arrive en
Mauritanie une redevance d'un mouton ou d'une pice de guine par
tente aux Ahel Amar Beyyat (Ahel Soued Ahmed) pour la protection qui
leur tait accorde par cette famille contre les tribus guerrires du
cercle, et notamment contre les Oulad Ahmed. Ce rafer a fait l'objet
de deux conventions de rachat. Les Touabir se sont librs les premiers
par un acte pass  Aleg le 17 mars 1915. Ils ont vers 340 moutons 
leurs tributaires (130, les Oulad Yarra, 210, les Oulad M'hamdat). Les
Anouazir en ont fait autant le 8 dcembre 1917  Kadi. Ils ont vers
350 francs aux Ahel Amar Beyyat, et 470 francs aux Ahel Ahmed ould Sidi.

Les Brarka et les Rouarib des Torkoz sont devenus, vers le milieu du
dix-neuvime sicle, tributaires des Ahel Brahim Naama (des Oulad
Ahmed), qui avaient achet aux Ahel Sabar les rafer, pays  ces
derniers. Cette acquisition aurait consist en un total de 40 annuits.
Cette redevance qui tait d'un jeune chameau par an, a t paye
jusqu' nos jours. Par un acte pass  Aleg, le 8 janvier 1915, les
tributaires se sont rachets, moyennant le paiement effectu le 5 mai
1915, d'une somme de 200 francs.

Par un acte, pass  Aleg le 1er dcembre 1914, les Haratines Tanak ont
rachet solidairement toutes les horma qu'ils devaient aux Oulad Siyed
sous ces conditions: Livraison de 6 vaches, 4 boeufs, 100 moutons, 2
veaux. La moiti a t livre le jour mme; l'autre moiti, le 1er
juillet 1915. Paiement d'une somme de 365 francs, le 1er janvier 1916,
pour se librer de tous droits de bakh, ou autres, sur leurs terrains
de culture.

Les Arallen payaient aux Oulad Siyed une pice de guine par tente et
par an. Cette redevance remontait, dit-on, au trait qui mit fin  la
grande guerre des hassanes et des zaoua (Cherr Babbah). Par un acte,
pass le 8 dcembre 1914, la djemaa des Arallen s'est rachete aux
conditions suivantes, qui ont t excutes: Livraison de 6 vaches, 7
boeufs, 200 moutons, 2 veaux, 3 nes, le 1er avril 1915. Paiement d'une
somme de 700 francs, le 1er septembre 1915, pour se librer de tous
droits de bakh, ou autres, sur leurs terrains de culture.

Les deux horma prcites (Arallen et Haratines Tanak) furent rparties,
trois jours plus tard, proportionnellement aux titres des ayants droit
et suivant les dispositions suivantes: a) les guerriers Oulad Siyed
prsents reurent intgralement leur part; b) la part des guerriers en
dissidence fut confisque et remise,  titre de secours, aux hritiers
pauvres (mais prsents au Brakna) des guerriers en dissidence, 
Hobeb,  Hachem,  Sidi Ali,  charge pour eux de venir  leur tour
en aide aux sous-hritiers; c) le reste fut rserv pour faire face 
toute revendication lgitime et omise dans la prsente rpartition.

Par un acte, pass le 8 dcembre 1914  Aleg, les hassanes Oulad Siyed
ont libr leurs haratines de toutes leurs redevances traditionnelles
(horma, ghafer, bakh), sans condition aucune. En consquence, sont
abolis, d'une faon dfinitive, les droits et redevances de toutes
sortes, dues par les haratines Oulad Siyed  leurs anciens matres.

Par deux actes, passs  la mme date  Aleg, les hassanes Oulad
Siyed ont procd  la mme libration vis--vis de leurs fractions
tributaires: 1 les Ahel Ghata, Azafal et Igdala; 2 les haratines
Oulad Mansour.

Par une dcision prononce le 10 dcembre 1914,  Aleg, par le
capitaine commandant le cercle, toutes les prtentions  droits de
horma, rafer ou autres, mises par les Oulad Siyed sur leurs anciens
tributaires, Tabouit et Id Ayank, ont t reconnues infondes et
irrecevables, pour les raisons suivantes: 1 le seul ayant droit
Ahmeddou, ex-mir, est toujours en dissidence; 2 lesdits tributaires
ont t pills,  notre arrive dans le pays, par les Oulad Siyed
eux-mmes, leurs protecteurs. En consquence, sont seules susceptibles
d'tre examines les horma particulires de guerriers Oulad Siyed sur
des tributaires isols, ex-haratines ou autres, rfugis ou habitant
chez les Tabouit de Id Ayank.

Par un acte pass  Aleg, le 10 dcembre 1914, les Oulad Normach ont
libr dfinitivement leurs haratines dans les mmes conditions,
exposes plus haut, o les Oulad Siyed avaient libr les leurs.

Les fractions Touabir, soit Oulad Yarra et Oulad M'hamdat du Brakna,
soit Anouazir du Gorgol, devaient chacune aux Ahel Ahmeada (Oulad
Normach) une horma consistant en une brebis laitire et un mouton de
boucherie par tente et par an. Ces animaux pouvaient tre remplacs par
le paiement d'une pice de guine.

Les deux premires fractions se sont libres,  Aleg, en 1914, par
un accord avec leurs suzerains par la livraison de 260 moutons, le 15
janvier 1915 (Oulad M'hamdat) et de 225 moutons le 25 janvier 1915
(Oulad Yarra).

Les Anouazir se sont rachets,  Kadi, en 1915, par le versement
dfinitif de 500 moutons. Ce n'est pas sans difficults que ce dernier
rachat a pu tre conclu. Les Anouazir estimaient en effet qu'ayant
rompu leurs liens avec ces Normach et fait alliance avec les Oulad
Siyed, et ayant tenu tte victorieusement aux Normach, ils taient
librs par le fait de guerre. La solution a pu heureusement tre
dnoues  l'amiable.

Les Anouazir payaient encore une horma de deux moutons et d'une pice
de guine aux Ahel Mohammed ould M'hammed Chen, des Chratit. Mais
l'mir Bakkar, des Id Ou Ach, la leur avait enleve, et c'tait  lui
que, dans le dernier tat de choses, elle tait verse. Un rachat est
intervenu, le 15 dcembre 1916, par le versement dfinitif aux Abakak
de 550 moutons.

C'est dans les mmes conditions qu'est intervenu le rachat des Oulad
Ad vis--vis des Abakak, le 23 dcembre 1916 par le paiement de 400
moutons.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs payaient un rafer d'un jeune
chameau par an aux Ahel Habib. Ceux-ci avaient acquis par achat ce
droit des Ahel Bou Bakar, qui le possdaient de longue date. Par acte,
pass  Aleg le 10 dcembre 1914, Lobbat ould Ahmeada, chef des Oulad
Normach, a reu,  titre de rachat dfinitif de cette fraction, la
somme de 175 francs.

Par un acte, pass  Aleg le 10 dcembre 1914, les hassanes Oulad Ahmed
ont libr de tous droits et sans aucune condition leurs haratines, 
l'exception toutefois des nomms Amar ould Habib Al-Bguer Sad ould
Ngomohid, Miloud ould Mbarek, Sida ould Baye, Samba ould Seneba, Kha
ould Jara, qui s'engagrent  se racheter, moyennant le paiement du
dixime de leur avoir actuel. C'est ce qui fut fait quelque temps aprs.

Les Oulad Al-Heneti, des Zekhamat, devaient aux Ahel Aloun, des
Oulad Ahmed, un rafer d'un chameau par an, que les bnficiaires
tenaient par hritage des Ahel Melitra. Par un acte, pass  Aleg le 16
dcembre 1914, il a t reconnu que Chmat ould Ahmed, chef de la tente
bnficiaire, n'avait pas rempli les obligations de son droit, puisque
les Oulad Ahmed: Biram et H'momed avaient enlev aux Oulad Al-Haneti
sans dfense, 11 chameaux, 2 nes et un troupeau de moutons. Ces
chameaux n'ayant pu tre restitus aux victimes, les droits de Chmat
ont t annuls sans conditions.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs furent jadis condamns  payer une
da  Hamoumou ould Ahmed, chef d'un campement de Oulad Ahmed pour le
meurtre de six de ses gens. Cette da avait t transforme en une
horma annuelle d'un jeune chameau. Par un acte pass  Aleg, le 17
dcembre 1914, lesdits haratines se rachetrent dfinitivement de cette
horma par le versement d'une somme de 250 francs effectu le 15 fvrier
1915.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient au campement de Brahim ould Sidi
Brahim un rafer annuel. Dsireux de se racheter, les Oulad Bou Sif
Blancs du Brakna provoqurent une confrence  Aleg, le 23 dcembre
1914, et se librrent dfinitivement, en ce qui les concerne, par une
somme de 100 francs, qui fut paye le 10 fvrier 1915.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs et les Oulad Al-Heneti devaient 
la tente d'Ahmed Saloum ould Mokhtar Oummou, des Oulad Dmn (Trarza)
un rafer annuel d'un jeune chameau. Par un acte pass  Aleg, le
17 mars 1915, les tributaires se sont rachets dfinitivement par le
versement de 30 moutons pour les Haratines, et de 45 moutons pour les
Oulad Al-Heneti.

Les Haratines Oulad Bou Sif Noirs payaient aux Ahel Soued Ahmed et
Ahel Ahmed Bounan un rafer global et annuel de 3 chameaux. Par un
acte pass  Aleg, le 17 mars 1915, le rachat de cette redevance a t
effectu pour 110 moutons, mles et femelles, d'une valeur moyenne de 5
francs. Le paiement a t effectu le 1er juillet 1915.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient aux Oulad Dmn (Trarza) un rafer
annuel d'un chameau. Par un acte pass  Aleg, le 17 mars 1915,
les deux parties ont reconnu que la fraction Bou Sif du Brakna ne
reprsentait que le quart de la tribu, les autres tant dans le Hodh.
Le rachat du rafer, en ce qui les concerne, a donc t fix  40
moutons, qui ont t livrs le 1er juillet 1915.

Les Id Ayank payaient une horma d'une pice de guine par an et par
tente aux Ahel Soued Ahmed (Id Ou Ach). Par un acte pass  Aleg,
le 17 mars 1915, le rachat a t effectu pour 300 moutons, mles et
femelles, qui ont t livrs le 1er juillet suivant.

Les Oulad Kani (Oulad Bou Sif Noirs) payaient aux Abakak (Id Ou Ach)
un rafer annuel de dix jeunes chameaux. Par un acte, pass  Aleg
le 17 mars 1915, ce rachat a t effectu pour 200 moutons, mles et
femelles, qui ont t livrs le 17 juillet suivant.

Les Oulad Al-Heneti payaient aux Abakak deux rafer de 10 jeunes
chameaux. Par un acte, pass  Aleg le 17 mars 1915, le rachat a
t effectu pour 100 gros et grands moutons, moiti mles, moiti
femelles, qui ont t livrs le 17 juillet suivant.

Les Id Ag Jemouella hassanes payaient aux Ahel Soued Ahmed une horma
d'une pice de guine, marque melis, par tente et par an. Par un acte,
pass  Aleg le 17 mars 1915, le rachat a t effectu pour 3 vaches, 1
boeuf, 85 moutons, qui ont t livrs le 17 avril 1915.

Les Behahat payaient aux Ahel Soued Ahmed (Id Ou Ach), comme
dtenteurs de leurs biens, une horma d'une  quatre pices de guine
par tente et par an, et leur fournissait le lait de plusieurs vaches et
brebis laitires. Par un acte, pass  Aleg le 17 mars 1915, le rachat
a t effectu pour 500 moutons moyens, moiti mles, moiti femelles,
et pour 10 vaches de 3 ans, qui ont t livrs le 16 juin 1915.

Les Tabouit payaient jadis aux Abakak une horma annuelle de 100
moutons. A la requte des bnficiaires, une confrence runit les
intresss  Aleg, le 18 mars 1916. Il fut reconnu que les tributaires
avaient t compltement pills en 1914 par les propres cousins de
Bouna Ould Soued Ahmed: Sidi Mohammed et Mohammed Mahmoud, et
qu'aucune restitution n'avait t effectue. En consquence, par une
dcision du commandant de cercle, en date du mme jour, les Tabouit ont
t dfinitivement librs.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient aux Ahel Soued Ahmed un rafer
annuel de 4 chameaux. La fraction Bou Sif du Brakna ne reprsente que
le quart de la tribu. Aussi le rachat, effectu  Aleg le 16 juin 1915,
a-t-il fix leur part  100 moutons seulement, moiti mles, moiti
femelles, qui ont t livrs le 1er octobre 1915.

Les Meterambrin payaient aux Ahel Soued Ahmed un rafer annuel de 3
jeunes chameaux. Par un acte, pass  Aleg le 16 juin 1915, le rachat a
t effectu pour 40 moutons et 100 moudd de mil (400 kilos), livrs le
1er aot suivant.

Les Brarka des Torkoz payaient aux Ahel Soued Ahmed un rafer annuel
de 2 jeunes chameaux. Par un acte, pass  Aleg le 17 juin 1915, le
rachat a t effectu pour 90 moutons, livrs le 20 aot suivant.

Les Tabouit payaient jadis  l'mir du Trarza un rafer annuel de 60
moutons. L'mir cda ce droit, en reconnaissance de certains services,
 Mohammed ould Mohammed Lefdhil, chef des Oulad Dmn. Khattari, fils
et hritier du bnficiaire, ayant offert aux Tabouit de se racheter,
ceux-ci se sont librs par un acte, pass  Aleg le 13 mai 1918, pour
la somme de 1.000 francs, 250 francs furent verss comptant, le reste
trois mois plus tard.

       *       *       *       *       *

Outre ces horma et rafer collectifs, tous teints  l'heure actuelle,
il faut signaler un grand nombre de horma particulires  des tentes
de hassanes,  percevoir sur des tentes particulires de zenaga et de
marabouts. Les bnficiaires appartiennent soit aux tribus guerrires
du cercle: Oulad Siyed et Oulad Mansour, Oulad Normach, Oulad Ahmed;
soit  des tribus et fractions, extrieures au cercle, telles que les
Ahel Gankou, Oulad Dmn et Euleb (Trarza); Ahel Soued Ahmed (Tagant),
Oulad Hammoni (Adrar). Les haratines appartiennent indiffremment 
toutes les tribus zouaa ou zenaga du cercle. La plus grande partie a
t rachete.

       *       *       *       *       *

Un certain nombre de horma et rafer collectifs sont encore en
suspens, et donnent lieu  discussion,  savoir:

Doivent  l'mir de l'Adrar:

Les Oulad Bou Sif Blancs, un chameau par an;

Les Oulad Bou Sif Noirs (Haratines), un chameau par an; rafer non
accept par les tributaires;

Les Torkoz, un chameau par an;

Les Behahat, une chamelle laitire, cette dernire personnelle 
l'mir Sidi Ahmed.

Doivent aux Oulad Hammouni de l'Adrar: les Behahat, un rafer annuel
d'une chamelle laitire, d'une bande de tente et de 5 calebasses de
beurre.

Doivent aux Euleb de Boutilimit: les Oulad Bou Sif Blancs, 1 chameau
par an; les Oulad Bou Sif Noirs haratines, 1 chameau par an. Les Oulad
Bou Sif Blancs, ayant t pills par leurs protecteurs et ayant eu un
homme tu, se dclarent dgags de toute redevance envers les Euleb.

       *       *       *       *       *

A ct de ces droits, dont la plupart remontent  la capitulation
maraboutique de 1674, qui suivit la suprme dfaite des zouaa 
Tin Iefdadh, il faut citer plusieurs redevances d'ordre religieux,
consenties volontairement par plusieurs tribus  des Cheikhs ou  des
tribus tolba. En voici les principales:

Les Touabir du Brakna et du Gorgol paient un mouton de choix, et une
outre de beurre par campement  Sidi Amar des Kounta.

Les Touabir, soit Oulad M'hamdat, soit Oulad Yara, soit Anouazir,
paient la mme redevance au chef des Id Elik-Ahel Abari.

Les Touabir-Oulad Yara paient la mme redevance au chef des Id
Elik-Ahel Aleg.

Les Oulad Ahmed, soit libres, soit haratines, paient la mme redevance
 la famille de Cheikh Sida.


La da ou prix du sang est universellement connue. Son taux tait dans
le Brakna de 480 pices de guine, sauf pour les Oulad Normach, Oulad
Siyed et Diediba, chez qui il tait seulement de 400 pices. Comme
partout ailleurs, le chiffre lev de cette da n'est pas pay. Il en
va de mme d'ailleurs pour la dot. Un tiers est immdiatement exigible;
pour les deux autres, il y a un dlai, qui pratiquement est sans
terme. Avec le temps, la prescription et la rciprocit des meurtres,
ces reliquats de dette s'teignaient par la confusion juridique. Il y
a tout un tarif pour la srie des diverses blessures; le taux d'une
blessure  la tte est de 20  24 pices de guine, etc.


Les diffrents rafer, qui frappaient les caravanes commerciales,
ont videmment disparu avec l'occupation franaise. C'est mme de
toutes les redevances coutumires celle qui est le plus vite, le plus
compltement, et le plus facilement tombe en dsutude.

Aujourd'hui, le mouvement commercial afflue vers les escales du
fleuve, situes sur deux rives du Sngal. Les deux principales de
la rive droite, pour le Brakna videmment, sont Bogh et Mbagne.
La traite se fait surtout avec les Maures venus de l'intrieur
pour vendre de la gomme, du btail et les menus produits de leurs
industrie (nattes, objets de cuir, etc.) et pour acheter le mil,
les toffes, le th, le sucre, le tabac, les objets de quincaillerie
et verroterie, qui leur sont ncessaires. Les Maures s'adressent,
lorsqu'il est possible, directement au producteur pour leurs achats de
mil; mais le cultivateur, toujours plus ou moins endett, est forc
la plupart du temps de vendre sa rcolte  bref dlai et, de ce fait,
l'intermdiaire, gros acheteur, s'interpose entre le consommateur et
le producteur au grand dtriment des deux. En revanche, la spculation
sur le mil est assez alatoire pour le traitant dont la campagne se
solde parfois par une perte considrable; elle a en outre l'avantage de
rgulariser les cours.

Avec les traitants installs d'une faon permanente, dont certains,
 Bogh, atteignent un chiffre d'affaire de 500 francs par jour, des
boutiques secondaires s'ouvrent d'avril  juillet, saison o la traite
de mil, de la gomme et du btail se fait avec plus d'intensit.

Les traitants importants, au nombre d'une dizaine, ne sont que les
agents des grosses maisons de commerce de Podor et de Saint-Louis. Par
suite de la concurrence, qui a t particulirement prononce, depuis
quelques annes, entre ces diffrentes maisons de commerce, les prix de
vente ont sensiblement baiss.

Le Toucouleur n'est ni un dioula, ni un convoyeur. C'est le Maure de
l'intrieur qui vient chercher ce dont il a besoin; il arrive par
petits groupes ou isolment sans jamais former une grosse caravane. Les
gens de l'Adrar et du Tagant, qui font, pour le compte de nos postes du
Nord, des entreprises de transports et qui reoivent,  ce titre, des
avances de fonds, profitent ordinairement de leur retour pour emporter
sur une partie de leurs animaux les marchandises qu'ils achtent avec
ces avances. Le mil particulirement sert  remplir les bts de charge
(_tarfa_) de leurs animaux porteurs.




CHAPITRE IV

LES HARATINES


Les haratines se prsentent, ici comme ailleurs, sous la forme
d'anciens captifs affranchis (liberti) ou de leurs descendants
(libertini). Une redevance annuelle  l'gard de leurs anciens matres
leur est, la plupart du temps, impose: c'est une des diffrentes
modalits de la horma.

La condition de hartani ne drive que d'une source: la volont
du matre. Nos rglements eux-mmes n'ont pu de leur propre chef
transformer les captifs en haratines. Certains d'entre eux, mrs pour
la libert, se sont affranchis compltement,  l'abri de la lgislation
nouvelle. Mais la plupart n'ont repris qu'une libert fort mitige et
aprs seulement en avoir obtenu l'autorisation de leur matre et avoir
fix, d'un commun accord, la qualit de la horma.

Cette transformation de la condition servile, cette demi-libration,
est la rmunration de services exceptionnels rendus par le captif 
son matre: par exemple, le captif a sauv la vie de son matre ou de
l'un de ses enfants; il a soign ceux-ci pendant leur enfance avec un
grand dvouement; il a fait pour son matre des oprations commerciales
fructueuses; il l'a suivi  la guerre et lui a fait honneur, etc. En
certains cas, drivs du droit musulman ou de la coutume locale, le
matre est presque tenu d'affranchir son captif: par exemple, quand,
dans un mnage de captifs lui appartenant, la femme a deux jumeaux, le
bnfice de la mesure s'applique  l'un des deux jumeaux, plus souvent
encore, surtout dans les tribus maraboutiques, elle s'applique  la
suite d'un voeu ou par expiation de ses pchs.

Ces affranchissements tant trs communs, la socit captive en pays
maure se muait et se mue encore invitablement en classes de haratines
en trois gnrations. La classe servile ne se renouvelait que par
l'afflux de nouvelles individualits.

L'affranchi, souvent nanti d'une vache ou d'un petit troupeau de
chvres, don de son matre ou de ses conomies, s'en va la plupart
du temps planter sa tente dans un campement de haratines, affili 
la tribu de son matre. Il tait avec les hassanes Oulad Siyed; il
migre chez les Haratines Oulad Siyed, et plus spcialement dans la
sous-fraction hartana correspondant  la sous-fraction hassana.
Les deux campements marchent souvent ensemble d'ailleurs ou dans un
voisinage immdiat.

Pendant la priode des cultures toutefois, ils se sparent et les
haratines vont se fixer dans le Chamama, pour cultiver le mil dans
les terrains d'inondation du Sngal. Ce n'est pas d'ailleurs un fait
nouveau pour eux. Ils font, comme haratines, ce qu'ils faisaient
antrieurement comme captifs. Ce campement est la daba.

La redevance se paie au moment de la rcolte, et les suzerains hassanes
ne manquent pas de venir la chercher; le paiement en est effectu en
nature: grain gnralement, souvent aussi pices de guine.

Les terrains ne sont plus trs abondants, ni le courage de ces
affranchis trs entreprenant. Aussi, parmi ces nouvelles recrues de
la libert, beaucoup d'entre elles, au lieu de mriter gnreusement
leur nouveau sort, cdent-elles aux belles promesses des chefs de
canton toucouleurs et se mettent-elles  leur remorque, cultivant leurs
lougans et retombant dans une quasi-captivit, qui ne vaut mme pas la
premire.

Cette question de haratines a soulev, de longue date dj, des
conflits entre matres maures et riverains toucouleurs.

Il y a plus de deux sicles, par exemple, que les premiers captifs ou
haratines des Zemarig, vads de chez leurs matres, sont venus se
mettre sous la protection des Toucouleurs. Ils s'tablirent d'abord 
Demette et s'allirent avec les habitants de ce village. Au dbut du
dix-huitime sicle environ, ils allrent former un village de culture
(daba) non loin de l. En mme temps, les Aleyb mettaient  leur
disposition quelques lougans sur la rive droite du Sngal.

Avec le temps et l'accroissement rgulier de ces Soudanes Zemarig,
ces terrains furent insuffisants. Les Aleyb amenrent leurs htes
auprs du Farda de Oualald, mieux pourvu. C'est alors vers la fin du
dix-huitime sicle que leur fut cd le colengal de Galadji, qui tait
abandonn depuis vingt-cinq ans.

Vers 1870, la scurit, qui rgne alors en Mauritanie, incite
Toucouleurs et Soudanes Zemarig  passer sur la rive droite: ils
viennent s'tablir au village de Thinel, et acquirent de ses
habitants des lougans dans les colad de Thid Oldi, de Guemar, de
Dialcodj et de Dalorga.

Les guerres que soutinrent par la suite leurs patrons Diediba, d'abord
et conjointement avec les Oulad Siyed, contre les Aleyb (vers 1890),
ensuite contre les Oulad Biri (de 1895  1898) contraignirent les
Soudanes Zemarig  migrer deux fois. Ils allrent d'abord dans les
provinces du Lao et des Irlab Elyab, puis s'en revinrent chez leurs
premiers amis de Oualald. A chaque fois, leurs terrains leur furent
rendus par les Toucouleurs, qui les cultivaient pendant leur absence.

A ce moment, les Soudanes Zemarig payaient aux propritaires
toucouleurs les droits ci-aprs:

    1 Le dioldi, soit cinq coudes de guine par cultivateur et par
       an;

    2 L'assaka, ou dixime partie de la rcolte par lougan et par an;

    3 L'aorftal, soit trois journes de travail par an;

    4 Le thiottetigou, droit de succession qui variait entre 2 et 10
       pices de guine suivant l'importance du ou des lougans.

Ces Soudanes Zemarig, ainsi d'ailleurs que ceux des autres tribus
maraboutiques, dpendaient plutt des Toucouleurs, qui leur avaient
donn un asile et des terres, que de leurs matres, chez lesquels ils
n'avaient pas pu vivre. Ces derniers, la plupart du temps, ne pouvaient
mme obtenir ce qui leur tait d qu'avec l'appui de chefs toucouleurs.
D'ailleurs, les Soudanes Zemarig ne se sont installs dfinitivement en
Mauritanie qu'entre 1870 et 1890, et ce fut simplement, semble-t-il,
pour se soustraire  l'impt de capitation, qui allait tre tabli en
territoire franais. Auparavant, ils n'y venaient que pour travailler
leurs lougans. La rcolte faite, ils regagnaient le Sngal, o ils
vivaient plus paisiblement.

Aussi, au dbut de l'occupation, ces groupements de Soudanes
furent-ils considrs comme indpendants des tribus maraboutiques. Des
circonstances historiques contriburent encore  cette mancipation.
A la suite de l'attaque du poste d'Aleg et de la dissidence des Oulad
Normach et des Diediba, Coppolani dclara leurs haratines dgags
de toute redevance. Aussi, pendant plusieurs annes, furent-ils
astreints  payer leur impt directement aux rsidences de Bogh et de
Kadi, tandis que leurs patrons versaient le leur  Mal et  Aleg. Le
dpart de la mission vers le Nord, la mort de Coppolani et les graves
vnements qui suivirent, la rentre des dissidents enfin, permirent
aux hassanes de recommencer leur perception; mais avec le temps, le
mouvement sparatiste a fait du progrs, et cette fois intrieur. Notre
occupation a transform la situation et accentu encore ce mouvement
d'mancipation. Point n'tait besoin d'ailleurs de rglements htifs
pour arriver  ces rsultats. Notre seule prsence, nos prdications
humanitaires, l'accroissement de richesse, le contact avec les
Toucouleurs les produisaient ncessairement.

Cependant, en 1910, sur la rclamation de diffrents chefs de tribus
tolba et hassanes,  qui de lourdes charges de convois et de partisans
taient imposes et qui, par consquent, avaient besoin de leurs
captifs et serviteurs divers pour assurer ce service, les Soudanes
furent rattachs aux tribus de leurs anciens patrons.

Telle est leur situation aujourd'hui (1918), mais elle ne va pas sans
difficults. Les Toucouleurs ne se font pas faute d'attirer plus que
jamais leurs frres noirs, serviteurs ou vassaux des Maures.

On proposa, ds le dbut, de remdier  cette situation en interdisant
aux Toucouleurs de recevoir des haratines maures dans leurs villages.
Cette mesure tait inopportune.

Il convenait, en effet, de s'en tenir aux mesures suivantes, qui ne
sont autres que les rgles de la tradition, lgrement adaptes et
adoucies.

_a_) Obliger tous les haratines d'une mme tribu, ou tout au moins les
pousser  se regrouper en un point choisi,  porte des terrains de
culture qu'on leur allouera et qui faciliteront leur sdentarisation.

_b_) Leur prescrire de se choisir parmi eux un chef de campement et
asseoir fortement son autorit.

_c_) Grouper les diffrents campements haratines, provenant de la mme
confdration maure et portant les noms des diffrentes sous-fractions
dont ils sont issus, sous le commandement d'un mme chef responsable, 
la faon des chefs de canton.

Cette pratique a tendu  fixer les haratines au sol, en leur donnant
le sentiment de la proprit, en leur faisant aimer le pays qu'ils
cultivent et qui devient le berceau de leur famille, en dveloppant
enfin chez eux le sentiment de leur indpendance.

Depuis le dbut de notre occupation, beaucoup de haratines se sont
disperss: leurs daba sont restes tantt attaches au campement
libre et tantt se sont transplantes dans le Chamama et ont t
rattaches aux provinces toucouleures. Pour plusieurs de ceux-ci, le
changement a t minime; ils se sont replacs en quelque sorte dans un
nouveau servage. Les chefs toucouleurs de la rive droite, qui attirent
 eux ces recrues nouvelles, se dfendent en disant que ces Soudanes,
leurs cousins mauriss, ne feront jamais de progrs s'ils restent
sous la dpendance, mme relche, de leurs matres, tandis qu'auprs
d'eux, bnficiant du statut toucouleur auquel ils participent par
leurs origines, leurs moeurs de quasi-sdentaires et leurs nombreuses
alliances, ils feront l'apprentissage de la vie libre et de la
civilisation franaise.

Tiraills entre leurs anciens matres et leurs nouveaux chefs de
canton, leur sort comporte quelques difficults. On ne dplorera qu'
demi cette situation, si cette double redevance qu'ils ont  payer fait
produire  ces paresseux et  ces imprvoyants un double travail.




CHAPITRE V

LA GOMME


La gomme est le principal, sinon l'unique produit que, depuis trois
sicles, les Europens du Sngal sont alls chercher aux escales
maures. Les oprations de cette traite sont bien connues, ayant
t dcrites maintes fois depuis le P. Labat jusqu'aux auteurs
contemporains. Il est inutile d'y revenir ici.

En ce qui concerne le Brakna, on a vu au livre premier la naissance
historique de la traite, et les escales o elle se pratiquait et on
trouvera en annexe les principales tractations officielles auxquelles
elle a donn lieu.

On connat l'explication ingnieuse que Brenger-Feraud a donn 
cette ide dont furent, plusieurs sicles durant, pntrs les Maures,
 savoir que la gomme tait absolument indispensable  la vie des
Franais.

    On s'est souvent demand, avec tonnement, pourquoi les Maures se
    figurent obstinment que la gomme nous est indispensable en France
    pour l'existence mme des populations et que, si nous en manquions,
    des villes entires mourraient de faim; il n'est pas impossible
    qu'une erreur d'interprtation, d'expression, qu'un malentendu,
    en un mot, ait t l'origine de cette croyance. En effet, nous
    trouvons dans les traits de mai 1785, entre Durand, directeur
    gnral de la Compagnie du Sngal et les marabouts Darmankour
    que le titre de pensionnaire du roi tait traduit par un mot qui
    signifie plus exactement fournisseur des vivres de la maison du
    roi (Silvestre de Sacy).

    Or pourquoi ce fournisseur vient-il au Sngal en personne, se
    dirent les Maures, si ce n'est pour un objet tenant directement 
    l'alimentation? Ils durent croire que Durand tait le restaurateur
    du roi comme quelque individu, qu'ils connaissaient bien 
    Saint-Louis, tait le restaurateur des employs de la Compagnie,
    et, par une srie de raisonnements, dont on comprend aisment
    la filire, ils arrivrent  penser que c'tait rellement pour
    nourrir des hommes, et non pour des besoins industriels, que nous
    mettions cette extrme insistance  acheter de la gomme, que nous
    leur recommandions bien de ne pas vendre aux Anglais nos ennemis.

Le fait est exact, et n'est pas spcial aux seuls Id Ou al-Hadj
(Darmankour). Le premier trait avec les Brakna que nous ayons
conserv, le trait avec Mohammed ould Mokhtar, rptant sans doute
des traits antrieurs, traduit pensionnaire du roi, par iaati
ach ahel sultan takoul, ce qui signifie qui donne la nourriture 
manger aux gens du Roi et ce qui est videmment tout le contraire du
sens rel. Ce n'est pas la premire fois que je signale des erreurs
de traduction dans les textes arabes de l'histoire de l'Afrique
occidentale franaise. Si celle-ci parat insignifiante, encore qu'elle
ait pu ancrer chez les Maures des ides fausses  notre gard et les
exciter souvent  nous rsister dans les tractations diplomatiques
ou commerciales de la gomme, d'autres eurent des consquences plus
importantes.


Dans le but d'obtenir un plus fort rendement de la gomme, les
indignes dtruisent les gommiers en les saignant. Leur mthode est
une incision parallle  l'axe. C'est cela qui dtermine l'exsudation
la plus abondante. Toute autre mthode ne donne qu'une exsudation
insignifiante, mais ils pratiquent leur incision brutalement,
atteignant et dpassant l'aubier, pratiquant de larges, inutiles et
dangereuses entailles dans le coeur de l'arbre. En mme temps, ils
corcent partiellement l'arbre. Aprs trois ou quatre ans de ce rgime,
l'arbre s'tiole et meurt.

Les instructions qu'on leur donne annuellement, comme les amendes qu'on
ne leur mnage pas, ne les ont jamais corrigs. Voici,  titre de
curiosit et sous sa forme originale, la circulaire envoye d'Aleg par
le commandant de cercle aux dirigeants de tribu, le 28 mars 1911:

    O chefs, parlant des affaires des tribus Brakna, le Colonel,
    commandant les pays maures, vous informe de ce qui suit:

    Les gommiers sont nombreux dans vos pays et y constituent une
    richesse, mais si ces gommiers sont saigns sans intelligence,
    cette richesse vous sera enleve. Il a dit que l'arbre, par
    exemple, tait comme l'homme: si en le saignant, on lui enlevait de
    grands morceaux de chair, il ne tarderait pas  mourir.

    Maintenant nous prparons le moyen de saigner les arbres sans les
    tuer. Tout d'abord, le Colonel vous autorise cette anne  saigner
    les gommiers  votre faon et pour viter de gter vos arbres, il
    vous ordonne:

    1 De ne pas saigner les gommiers qui seraient plus minces que le
       poignet d'une main;

    2 De ne pas couper trop de branches pour s'approcher du tronc de
       l'arbre;

    3 D'enlever peu de fibres sur le tronc de l'arbre et peu sur
       chacune des grandes branches: une largeur d'index au plus;

    4 De ne pas couper l'arbre avec les fibres. Ceux parmi vous, 
       Maures, qui agiront contrairement  cet ordre, seront svrement
       punis et seront, eux et leurs tribus, empchs de ramasser la
       gomme. Vous devez,  chefs de tribus, interdire et ordonner, et
       par consquent empcher ceux qui ramassent la gomme de dpasser
       ces limites.

Les Maures ne songent jamais  remplacer les plants dtruits. Les
graines de gommier tombent  terre et fort peu parviennent  germer. Si
l'on veut que cette branche de l'industrie maure ne prenne pas fin par
la disparition des arbres, il conviendra d'avoir, aux environs d'Aleg
dans un terrain fertile, une ppinire soigneusement entretenue par les
moyens locaux. Cette ppinire distribuera, chaque anne, un certain
nombre de jeunes plants aux tribus, et chaque tribu sera contrainte de
les faire fructifier au centre de leurs territoires de nomadisation.
Les Maures sont trop aviss pour ne pas continuer d'eux-mmes, quand le
premier effort aura t impos.

On pourra d'ailleurs appliquer les mmes procds  la culture des
gonakiers et surtout  la cration et  l'extension de palmeraies.

Le territoire du Brakna tait, en effet, dot de palmeraies dans un
pass peu loign. Il en existe encore des vestiges:

    1 A Diouk,  35 kilomtres au Sud de Moudjria et  la mme
       distance au Nord-Est d'Aguiert. Ils sont la proprit des
       Torkoz. L'humidit naturelle du sol permet aux palmeraies
       de bien venir sans irrigation;

    2 A Maoudou, prs de la tamourt. Cette palmeraie est la proprit
       des Kounta Meterambrin;

    3 A Gaoua, o il parat avoir exist jadis une palmeraie assez
       florissante, qui puisait une eau abondante par les fissures de
       la roche superficielle;

    4 A Talorza,  2 jours au Nord d'Aguiert. Elle est la proprit
       des Ahel Al-Azrag.

Les tribus maures se livrent  peu prs toutes  la cueillette de la
gomme, mais ce sont surtout les tribus maraboutiques qui y dploient le
plus d'efforts. Les plus grands producteurs de gomme sont, par ordre de
grandeur dcroissante, chez les marabouts, les Diediba, les Torkoz,
les Id Elik et les Zemarig; et chez les Hassanes, les Oulad Ahmed.

Les forts de gommiers sont la proprit commune et nul ne peut
prtendre avoir un droit particulier sur telle ou telle rgion.
Cependant, une sorte de prescription s'tablit au profit des campements
qui viennent depuis plusieurs annes cueillir la gomme dans le
mme secteur. Mais ce conflit de droits donne toujours lieu  des
discussions, et souvent mme  des rixes  main arme. Un exemple
historique en est rest: le conflit des Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar
(Kounta) et des Oulad Normach, en 1905-1906. Il aboutit  la
dissidence vers l'Adrar de plusieurs tentes Normach et de leur chef
Bakkar ould Ahmeada.

La saigne entrane des droits sur le gommier au profit du saigneur.
C'est sans doute encore une des raisons pour lesquelles les indignes
saignent vite et mal les arbres. Au lieu d'errer dans la brousse
 la recherche de la gomme et faire ainsi de nombreux kilomtres,
en cherchant  arriver les premiers, ils affirment leurs droits de
proprit par de nombreuses et maladroites entailles. Ds lors, il y a
commencement de travail et par consquent droit indiscutable sur les
produits de l'arbre. Les conflits n'en surgissent pas moins.

La rcolte de la gomme volue d'aprs l'abondance des pluies. Elle est
solidaire aussi du prix des marchs d'Europe, et quand ces prix sont
trop bas, les Maures prfrent ne pas dranger leurs captifs pour un
trop mince profit. Quand les prix s'annoncent rmunrateurs, on les
voit parcourir toutes les forts de gommiers de la rive droite, et mme
passer le fleuve et se rpandre dans les cantons voisins du Fouta et
jusque dans le Ferlo. Les auteurs du sicle dernier et mme de la fin
du dix-huitime sicle signalaient dj ces cueillettes aventureuses.

Les principales rgions de saigne sont:

    Pour les Toumodek: le Khat;

    Pour les Kounta-Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar: Diloar;

    Pour les Kounta-Meterambrin, les Hijaj, les Tagat et les Torkoz:
    Bilal;

    Pour les Oulad Normach: Tadioukel;

    Pour les Id Elik: Jouidal;

    Pour les Oulad Ahmed-Ahel Biram: Tadioukel, prs de Cascas;

    Pour les Oulad Ahmed-Ahel Bou Bakar: Chogar;

    Pour les Touabir-Oulad M'hamdat: Bedou, au Nord, au Sud Ouest de
    Bassi Nguidi.


  PAUL MARTY.




ANNEXES




ANNEXE I

TRAIT AVEC LE ROI AHMED MOKHTAR POUR LA TRAITE DE LA GOMME,
CAPTIFS, etc.

_10 mai 1785._


Au nom du Tout-Puissant, crateur du ciel, de la terre et de tous les
tres vivants:

Sous les auspices et la protection de M. le C{te} Repentigny,
gouverneur pour S. M. le Roi trs Chrtien de France et de Navarre.

Soit notoire  tous ceux qu'il appartiendra ou doit appartenir en
matire quelconque.

Ahmed Mokhtar, Roi des Braknas, d'une part:

J{n} B{te} L{ard} Durand, ancien consul de France, Pensionnaire du
Roi, et Directeur gnral de la Compagnie ayant le privilge exclusif
pour la traite de la gomme dans la rivire du Sngal et dpendances,
d'autre part:

Dsirant toutes parties tablir entre elles une parfaite union, une
amiti constante et des rgles positives sur tout ce qui peut les
intresser pour le commerce en gnral, et surtout pour la traite de la
gomme pendant le temps du privilge de la Compagnie, et tout le temps
encore qu'il plaira  Sa Majest de le prolonger, sont convenus des
articles suivants:


ARTICLE PREMIER.

La Compagnie aura la libert d'tablir, ainsi qu'elle le jugera 
propos, un comptoir  Podor, o elle tiendra des employs et des
marchandises propres  la traite qu'il s'y fait, soit en gomme,
captifs, morfil, et autres objets; elle aura pareillement sa libert
d'en tablir d'autres aux mmes fins dans toute autre partie du pays
d'Ahmed Mokhtar, et d'en dsigner la position qui paratra la plus
avantageuse.


ARTICLE 2.

Ahmed Mokhtar prend le comptoir de Podor, et tous les autres qui
pourraient s'tablir, sous sa sauvegarde spciale, et les garantit de
toutes insultes ou avanies quelconques.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 3.

Ahmed Mokhtar par une suite de l'affection qu'il a et conservera pour
les Franais et par une suite encore des conditions du prsent trait,
jure et promet de n'avoir jamais directement ou indirectement aucune
communication avec les Anglais; il jure de plus et promet d'employer
tous les moyens praticables pour intercepter et supprimer compltement
le commerce que les Anglais pourraient faire avec Portendik, soit avec
ses propres sujets, soit avec toute autre nation ou particuliers qui
passeraient pour cet objet dans son pays.

Cette promesse de la part d'Ahmed Mokhtar, portant non seulement sur la
traite de la gomme, mais encore sur toute autre traite, dont il entend,
veut et promet d'exclure les Anglais.


ARTICLE 4.

En consquence de l'obligation porte dans le prcdent article, et en
retour des bonnes dispositions d'Ahmed Mokhtar. Le Sr Durand, Directeur
gnral de la Compagnie, s'engage pour elle, et promet de lui donner
une gratification, en sus de la coutume, toutes les fois qu'il arrtera
ou fera arrter de la gomme dans le chemin de Portendik, et la fera
conduire  Podor, de manire que la Compagnie puisse tre assure qu'il
n'en sera point vendu  Portendik.


ARTICLE 5.

Ahmed Mokhtar promet et s'engage de faire tous ses efforts pour
procurer annuellement  la Compagnie la traite de gomme la plus
abondante possible.


ARTICLE 6.

Ahmed Mokhtar, considr comme l'arbitre du prix de la gomme et de la
mesure du kantar, promet encore et s'oblige de rgler annuellement le
payement dudit kantar au plus bas prix possible, et de fixer sa mesure
conformment au kantar dont la prcdente Compagnie tait en usage de
se servir.


ARTICLE 7.

Dans tous les temps et dans toutes les circonstances, Ahmed Mokhtar
promet et s'oblige de favoriser en tout les oprations de la Compagnie,
et particulirement la traite de la gomme; il promet encore de la
servir de son influence et de ses bons offices auprs des marchands
maures et tous autres qui auraient  traiter avec elle.


ARTICLE 8.

En retour des dispositions d'Ahmed Mokhtar, le Sr Durand au nom de
la Compagnie, promet et s'engage de le traiter toujours comme un ami
distingu, et de lui accorder la plus grande faveur.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 9.

Le commerce ayant introduit l'usage de payer une coutume  Ahmed
Mokhtar, pour traiter la gomme, les captifs, le morfil et autres objets
gnralement quelconques, dans son pays, et cette coutume ayant vari
suivant les circonstances, elle vient d'tre fixe, tant pour la gomme,
captifs, morfil et autres objets de traite, d'une manire positive et
permanente, par l'article suivant:


ARTICLE 10.

Toutes les fois que la coutume fera traiter de la gomme, le Sr
Durand, Directeur gnral de la Compagnie s'oblige pour elle de payer
annuellement  _Ahmed Mokhtar_.

      400 pices de guine.
      100 fusils fins  un coup.
      200 barils de poudre de 2 livres.
      100 pices de platille.
      100 miroirs de traite.
       20 paires de pistolets  un coup.
       80 barres de fer de 8 pieds.
    1.000 balles.
    3.000 pierres  feu.
      120 mains de papier.
      150 tabatires pleines de girofle.
      150 cadenas.
      150 peignes de buis.
      150 paires de ciseaux.
      150 jambettes.
        2 pices de mousseline.
        1 pice d'carlate.
       50 piastres en argent.
        1 filire d'ambre n 2.
        1 filire de corail n 2.
        2 fusils fins  2 coups.
        2 paires de pistolets  2 coups.
        1 chaudron de cuivre.
        1 moustiquaire.
        1 matelas de crin.
        1 pice de guine tous les 8 kantars-mesures et conduits
           bord.

    [Illustration: texte arabe.]

De plus on lui payera pour des soupers, pendant la traite, 2 pices de
guine tous les huit jours.

    100 pintes de mlasse une fois payes.
     10 pains de sucre une fois pays.


_Pour Sidi ly, frre du Roi._

    14 pices de guine.
     1 fusil fin  2 coups.
     1 paire de pistolets fins  2 coups.
     2 fusils fins  un coup.
     4 pices de platille.
     4 miroirs.
     8 coudes d'carlate.
     6 tabatires pleines de girofle.
     6 cadenas.
     6 paires de ciseaux.
     6 peignes de buis.
     6 jambettes.


_A la femme du Roi._

    8 pices de guine.
    4 pices de platille.
    4 tabatires pleines de girofle.
    4 cadenas.
    4 paires de ciseaux.
    4 peignes de buis.
    4 jambettes.
    4 miroirs.
    8 coudes d'carlate.


_A Fatma, soeur ane du Roi._

    4 pices de guine.
    4 coudes d'carlate.
    4 pices de platille.
    4 paires de ciseaux.
    4 tabatires pleines de girofle.
    4 cadenas.
    4 peignes de buis.
    4 jambettes.
    2 miroirs.

    [Illustration: texte arabe.]


_Aux quatre jeunes soeurs d'Ahmed Mokhtar et  sa fille._

      A chacune,
    2 pices de guine.
    2 pices de platille.
    2 miroirs.
    2 cadenas.
    2 tabatires pleines de girofle.
    2 jambettes.
    2 peignes de buis.
    2 paires de ciseaux.


_Au premier ministre._

    5 pices de guine.
    4 pices de platille.
    4 fusils fins  un coup.
    4 cadenas.
    4 miroirs.
    4 jambettes.
    4 paires de ciseaux.
    4 peignes de buis.
    4 tabatires pleines de girofle.


_Pour les soupers de Sidi ly et des marabouts qu'il loge chez lui._

    1 mouton.
    2 bouteilles de mlasse par jour pendant la traite.


_Pour sa suite:_

    1 mouton.
    2 bouteilles de mlasse.


Tous les objets ci-dessus dtaills, tant pour le Roi que pour les
autres, seront pays; savoir:

Un tiers au commencement de la traite, un tiers au milieu, et l'autre 
la fin.


ARTICLE 11.

Lorsque la Compagnie enverra ses btiments,  l'poque rgle pour la
traite de la gomme,  Podor ou tout autre pays d'Ahmed Mokhtar, si ces
mmes btiments n'taient pas d'une capacit suffisante pour recevoir
toute la gomme qui se prsenterait, le Directeur la fera enlever
successivement par ses embarcations particulires qui la conduiront
dans ces tablissements, soit  Podor, soit ailleurs, de manire
qu'elle aura la facult de traiter en tout temps toutes les parties
de gomme qu'on transportera dans les diffrentes escales de traite du
pays d'Ahmed Mokhtar.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 12.

Au moyen des conventions arrtes et convenues dans l'article 10 du
prsent trait, Ahmed Mokhtar n'aura plus rien  prtendre, et renonce
ds  prsent, pour toujours,  toute autre demande qui sera trangre
 ce qui vient d'tre rgl.


ARTICLE 13.

Demeure convenu que le comptoir de Podor et tous autres qui pourraient
tre tablis ne seront tenus  aucun payement, et qu'ils auront la
facult de traiter annuellement tous les objets qui se prsenteront; il
en sera de mme pour les btiments que la Compagnie pourrait expdier
dans le courant de l'anne pour la traite des captifs, morfil et autres
productions du pays d'Ahmed Mokhtar, le tout en considration de la
coutume arrte par l'article 10.


ARTICLE 14.

Les parties contractantes de part et d'autre promettent d'observer
sincrement, fidlement et de bonne foi, tous les articles contenus et
tablis dans le prcdent trait, sans faire ni souffrir qu'il y soit
fait de contravention directe on indirecte; mais au contraire, elles se
garantissent gnralement et rciproquement toutes ses clauses.

    [Illustration: texte arabe.]

       *       *       *       *       *

_Note de l'auteur._--A la suite de son voyage au Sngal, Durand
a fait paratre un troisime tome, qu'il appelle Atlas et o sont
contenus les traits passs par lui avec les Maures, et 44 planches
dont les 16 premires sont des cartes et des plans et les autres des
gravures fort originales de scnes maures et sngalaises.

De ces planches, seule, la 32e, fort curieuse et des plus fantaisistes,
mrite une mention. Elle reprsente M. Durand recevant  son bord et
donnant  dner au roi Hamet-Moctard et  sa famille.

Dans les trois traits passs par Durand figure celui de l'mir des
Brakna que nous donnons plus haut. Nous l'avons reproduit quand mme
ici, afin que la collection des traits passs par la France avec les
Brakna ft trouve ici au complet, et qu'au surplus l'Atlas de Durand
est  peu prs introuvable.

Une note de l'Atlas relate:

Ces traits sont en franais et en arabe, ils sont prcds d'un
avertissement du citoyen Silvestre de Sacy, professeur d'arabe  la
Bibliothque nationale, qui a bien voulu se charger de revoir le
texte, d'en suivre l'impression  l'imprimerie de la Rpublique,
et qui y a joint des notes aussi savantes qu'indispensables pour
l'intelligence de l'arabe.

Nous nous permettrons ici de combler les lacunes que signale l'illustre
orientaliste dans son avertissement et dans ses notes. Parmi les mots
dont il n'a pu reconnatre l'origine il cite baka, couteau: c'est
le vocable paka ouolof; de mme sit, miroir: c'est le ouolof
sito. Idjin, le vin, c'est sans doute le mot anglais gin. Le
bour Koursi et non Kirsen c'est le matre du trne. Le Kariba
est une dformation de barika, barrique, baril. Les autres fautes,
signales par lui dans le texte arabe, sont des erreurs de copiste.
Elles n'existent pas dans le texte original de nos Archives de Dakar.

De plus, le texte du trait, publi par Durand, porte un article
quinzime et dernier, qui semble bien avoir t ajout aprs coup et
par lui-mme, car il n'existe pas dans le texte officiel et au surplus
tait du plus grand intrt pour sa Compagnie. Le voici:


ART. 15.--En cas de contestations sur l'excution ou l'interprtation
d'un ou de plusieurs articles du prsent trait, les parties
contractantes s'en remettent volontairement et sans retour  la
dcision de M. le Gouverneur du Sngal, et promettent de s'en tenir 
son jugement.




ANNEXE II

DLIBRATION AU SUJET DES PRPARATIFS DE GUERRE DU CHEF DE LA TRIBU
DES BRAKNAS.

_14 ventse, an 7

(1799)._


    LIBERT                                            GALIT

Aujourd'hui quatorzime jour du mois de ventse de l'an VII de la
Rpublique Franaise une et indivisible.

Des envoys de Amar Comba, chef de la tribu des Maures Trarzas, se sont
prsents devant le Commandant et les principaux habitants du Sngal,
assembls en la maison du gouvernement, et ont dit qu'ils venaient au
nom et de la part de Amar Comba instruire le Gouvernement franais que
Ahmed Mokhtar chef des Maures Braknas se prparait  faire la guerre
au Sngal, qu'il avait dput son fils Agris  Amar Comba pour lui
communiquer sa rsolution et le presser de se joindre  lui, mais
que Amar Comba s'tait refus  ses sollicitations, et avait rpondu
qu'il voulait toujours entretenir la bonne intelligence et l'amiti
qui existait entre lui et les Franais; que, d'aprs ce refus, Ahmed
Mokhtar avait rompu toute liaison avec les Trarzas, et paraissait se
disposer  armer contre eux, ainsi que contre le Sngal.

En consquence de ce rapport, le Commandant du Sngal a dclar qu'il
ferait mettre ds ce moment  excution le dcret de la Convention
nationale du 29 mars 1793, an 2e de la Rpublique, relatif  Ahmed
Mokhtar, qui interdit toute relation avec lui, suspend le payement de
ces coutumes, et prescrit les dispositions ncessaires  cet effet;
dcret auquel il avait t sursis d'aprs les dmarches de Ahmed
Mokhtar et les assurances qu'il avait donn pour l'avenir.

En mme temps, le Commandant du Sngal arrte que Amar Comba, chef de
la tribu des Maures Trarzas, sera remerci au nom du Gouvernement de
l'avis amical qu'il a donn  cette colonie, et qu'il lui sera fait en
reconnaissance un prsent extraordinaire.

Fait en la maison du gouvernement de l'Ile du Sngal, les jours, mois
et an ci-dessus.


Sign: BLANCHOT, CORMI, P{re} DUBOIS, MALALLE, BLONDIN fils, PAUL
BNIS, FLAMAND, F{s} PELLEGRIN, H. PELLEGRIN et CHARBONIEZ,
greffier.




ANNEXE III

TRAIT PASS ENTRE LE LIEUTENANT-GOUVERNEUR MAXWELL ET SIDY LY,
CHEF D'UNE TRIBU DES BRACKNAS.

_7 juin 1810._


Soit notoire  tous ceux  qui il appartiendra ou peut appartenir, que
moi Lieutenant-Colonel Ch. W. Maxwell, gouverneur de S. M. Britannique
pour les tablissements du Sngal, Gore et dpendances, d'une part;

Et moi Sidy ly chef d'une tribu des Braknas, d'autre part;

Considrant que depuis quelque temps la traite de gomme dans la rivire
a t interrompue et dsirant de prvenir  l'avenir toutes querelles
et msintelligences et tablir des rglements srs et positifs pour le
bien gnral de toute la traite: nous sommes convenus solennellement
des arrangements suivants: c'est--dire:


ARTICLE PREMIER.

Aussitt l'arrive d'un btiment ou canot quelconque aux escales des
Braknas, le roi Sidy ly prendra des arrangements par crit avec le
Capitaine ou subrcargue, pour les coutumes qui doivent lui tre
payes, dans lesquels arrangements il sera exactement spcifi les
qualits et diffrentes qualits des marchandises convenues pour
lesdites coutumes; il en sera dress deux copies, dont une sera remise
au Capitaine ou subrcargue et l'autre au Roi, ou  toute autre
personne autorise par lui, comme il sera spcifi ci-dessous.


ARTICLE 2.

Le Roi, en son absence, autorisera son premier ministre, qui sera
charg par lui de rgler lesdites coutumes avec les capitaines et
subrcargues suivant les conditions spcifies dans l'article premier.

Le Roi promet solennellement de remplir et se conformer en tout aux
arrangements et conventions qui seront passs par son ministre.


ARTICLE 3.

Les coutumes ainsi fixes seront payes au Roi ou  son charg de
pouvoir, comme il est spcifi dans l'article 2 dans les proportions
suivantes, c'est--dire: un tiers lorsque le btiment aura mesur sa
premire barrique de gomme, un tiers lorsqu'il sera  moiti charg et
l'autre tiers lorsqu'il aura fini sa traite. Un reu sera donn par le
Roi ou par son dput, au Capitaine ou subrcargue, lors du payement du
dernier tiers des coutumes convenues.


ARTICLE 4.

Le Lieutenant-Gouverneur promet et s'engage de faire respecter les
engagements et de faire payer les coutumes ainsi contractes d'aprs
les articles ci-dessus mentionns, et facilitera de tout son pouvoir la
traite de gomme aux escales des Bracknas.

Finalement les deux parties promettent et s'engagent mutuellement de
remplir et excuter fidlement les engagements qu'elles ont contracts
par ces prsents.

Fait et pass au Sngal, le 7 juin 1810.


Sign; SIDY LY, CH. W. MAXWELL, Lieutenant-Gouverneur, CH.
PORQUET, maire, et ED.-O. HARA.

Sngal 13 June 1810, By order of the L{t} Gouv{r} HEDDLE.




ANNEXE IV

TRAIT AVEC AHMED DOU, ROI DE LA TRIBU DES BRACKNAS, ET M. JULIEN
SCHMALTZ, COMMANDANT POUR LE ROI ET ADMINISTRATEUR DU SNGAL ET
DPENDANCES.

_20 mai 1819._


A la gloire du Tout-Puissant, crateur du ciel et de la terre, pre
ternel de tous les tres vivants.

Au nom et sous les auspices de S. M. T. C. le Roi de France et de
Navarre.

J. Schmaltz, Chev{r} de l'ord{re} Roy{l} mil{re} de Saint-Louis et de
l'ord{re} Roy{l} de la Lg. d'hon., Colonel, Commandant pour le Roi et
Administrateur du Sngal et dpendances, d'une part;

Ahmedou, Roi de la tribu du Brackna, d'autre part;

Runis  l'escale du Coq et confrent sur les intrts gnraux tant
des tablissements franais du Sngal que des maures et divers peuples
indignes qui habitent les bords du fleuve;

Prenant en considration, d'une part, la conduite juste et
irrprochable tenue par Ahmedou envers les traitants de Saint-Louis,
depuis qu'il a succd  Sidi ly, son pre, et la confiance qu'une
telle manire d'agir doit inspirer pour la suite; de l'autre, le grand
intrt que ledit Ahmedou a de se conserver toujours et quoi qu'il
puisse arriver, en bonne intelligence avec les tablissements franais
du Sngal et les immenses avantages qui rsulteraient infailliblement
pour lui, son pays et ses sujets, si le systme de colonisation projet
sur la rive gauche du fleuve tait en mme temps excut sur le
territoire considrable et populeux qu'il possde sur la rive droite.

Et dsirant tablir entre eux une union inaltrable, une paix et une
amiti constante et ouvrir aussitt qu'il se pourra des nouvelles
relations tendant  augmenter les ressources et la prosprit, tant
de la France que du pays occup par les Bracknas, sont convenus des
articles suivants:


ARTICLE PREMIER.

Ahmedou, Roi de la tribu des Bracknas, promet et s'engage de favoriser
par tous les moyens qui seront en son pouvoir, la traite de gomme
qui se fait  son escale et tout autre commerce qui pourrait s'ouvrir
par la suite entre les sujets du Roi de France et les siens dans toute
l'tendue de son pays.


ARTICLE 2.

Les coutumes  payer par les btiments qui viendront en traite de gomme
resteront telles qu'elles ont t jusqu' ce jour; et Ahmedou, Roi des
Bracknas, s'engage et promet de se conformer aux rglements que fera le
Commandant pour le Roi pour empcher toute espce fraude, et de veiller
de son ct  ce qu'ils soient strictement excuts par ses sujets.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 3.

Dans aucun cas de discussion entre les traitants et lui, le Roi Ahmedou
n'arrtera ni suspendra la traite, avant d'en avoir donn connaissance
au Commandant, pour le Roi, et d'avoir reu sa rponse.


ARTICLE 4.

Chaque fois que les envoys d'Ahmedou viendront au Sngal pour les cas
prvus dans le livre des coutumes, ils recevront leurs vivres ainsi
qu'il a t rgl par les anciennes conventions.


ARTICLE 5.

Reconnaissant que sa principale richesse provient du commerce que les
Franais viennent faire  son escale, n'ayant pas de plus grand intrt
que de le conserver et voulant par-dessus toutes choses assurer pour
toujours la bonne intelligence qui existe entre eux et lui, Ahmedou,
Roi des Bracknas, s'engage et promet de garder franchement une pleine
et entire neutralit dans toutes les guerres o pourraient entrer les
habitants franais du Sngal, lorsqu'il ne serait pas appel  les
assister ou que des considrations particulires ne lui permettraient
pas de se joindre  eux.


ARTICLE 6.

Ayant entendu parler des tablissements de culture libre, que le
Gouvernement franais se propose de former sur la rive gauche du fleuve
et des traits que le Commandant pour le Roi a dj conclu avec le
Brack et les principaux chefs du pays de Walo,  ce sujet, sentant que
le commerce de la gomme, qui ne soutiendra qu'avec peine la concurrence
de produits plus prcieux, ne peut suffire  un pays tel que celui
qu'il commande lequel s'tend, sur la rive droite, depuis Bakel
jusqu'au marigot de Guerer, frontire du pays de Fouta, pensant que vu
la fertilit du territoire, qui est la mme que celui de l'le  morfil
et le grand nombre d'hommes qu'il peut fournir pour le cultiver, rien
ne serait plus important pour lui et ses sujets que de le mettre en
valeur et d'y retirer le commerce; Ahmedou, Roi des Bracknas, invite le
Commandant pour le Roi,  diriger sur son pays, des sujets du Roi de
France, pour y former conjointement et avec le secours des siens des
tablissements de culture dans toutes les positions qui lui paratront
propres  les recevoir.


ARTICLE 7.

En consquence de l'article ci-dessus, pour son excution et dans la
vue de dterminer ledit Commandant pour le Roi  se rendre au vif dsir
qu'il en a et aussitt que ses autres entreprises les lui permettront,
Ahmedou, Roi des Bracknas, s'oblige et s'engage, ds  prsent, 
cder, remettre et transporter  S. M. le Roi de France en toute
proprit et pour toujours toutes les portions de son territoire qui
paratront, au Commandant pour le Roi, propres  la formation de tous
les tablissements de culture qu'il jugera  propos d'entreprendre par
la suite.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 8.

La tranquillit du pays et la sret des personnes et des proprits
exigeant des mesures de protection suffisantes pour les mettre  l'abri
de toutes incursions de la part des peuples voisins, l'intention et
la bont d'Ahmedou, Roi des Bracknas tant, en outre, du moment o
les Franais s'tabliront chez lui, de ne plus faire qu'avec eux, de
considrer leurs amis et ennemis comme les siens propres, de tenir
svrement la main  ce qu'il ne leur soit donn aucun motif de
mcontentement par ses sujets; il demande qu'il soit construit, dans
son pays, des forts, partout o ils seront jugs ncessaires par le
Commandant pour le Roi et qu'il y soit plac des garnisons qu'exigera
leur dfense, se rservant d'y tre reu en toute circonstance o il
sera forc de pourvoir  sa sret personnelle, par fait de guerre dans
son pays; et qu'il soit pourvu  sa subsistance pendant le sjour qu'il
y fera.


ARTICLE 9.

L'intention du Gouvernement franais tant que tous les tablissements
qu'il formera soient exploits par des bras libres, Ahmedou, Roi des
Bracknas, s'oblige et promet de faire concourir aux dfrichements et
plantations des terres, ainsi qu'aux travaux de toute espce desdits
tablissements les cultivateurs soumis  son autorit et de les fournir
aux mmes conditions que celles faites avec le pays de Walo dont on lui
a donn communication et dont il dclare avoir pleine connaissance.


ARTICLE 10.

En reconnaissance de la conduite juste et irrprochable, tenue
constamment, envers les habitants de Saint-Louis par Ahmedou, Roi des
Bracknas, et en retour des dispositions ci-dessus, de la neutralit
 laquelle il s'est oblig par le prsent trait, ainsi que du dsir
qu'il a tmoign de concourir aux vues du Gouvernement franais et
des engagements qu'il a pris  cet gard; le Commandant pour le Roi,
s'engage et promet de traiter ledit Ahmedou, comme un ami distingu,
tant qu'il persistera dans sa conduite et ses intentions actuelles; de
lui rendre et lui payer les coutumes d'honneur ci-devant accordes 
Sidy ly, son pre, pour avoir contribu  la paix conclue avec le pays
de Fouta, le 4 juin 1806; laquelle sera exigible le 1er aot prochain
et tous les ans dsormais  pareille poque.


ARTICLE 11.

Et quant  ce qui concerne l'invitation par lui faite d'envoyer
des sujets franais former des tablissements de culture dans son
pays, de l'engagement qu'il a pris de cder toutes les portions de
son territoire qui seront juges convenables et de fournir les bras
ncessaires  leur exploitation, etc., etc. Le Commandant pour le Roi
les accepte pour en profiter aussitt que ces entreprises actuelles le
lui permettront;--s'engageant et promettant de lui accorder, en retour
de ses concessions une coutume qui sera fixe pour la traite qu'ils
passeront ensemble, avant de commencer les tablissements et d'accorder
pour les travailleurs qui seront fournis les mmes conditions qui ont
t faites avec Brack et les chefs du pays de Valo.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 12.

Les parties contractantes, de part et d'autre, promettent d'excuter
finalement et de bonne foi tous les articles contenus et tablis dans
le prsent trait, sans faire ni souffrir qu'il y soit fait aucune
contravention directe ni indirecte, se garantissant gnralement et
rciproquement toutes les stipulations y consenties.

Fait quintuple le 20 mai de l'an 1819  bord du brick de S. M.
l'_Isre_ mouill  l'escale du Coq, le tout arrt et convenu en
prsence de M. M. N. G. Courtois, chef de B{on} du gnie et M.
Armand, enseigne des vaisseaux du Roi, l'un et l'autre choisis par le
Commandant pour le Roi; et des sieurs C. Potin et F. Pellegrin dsigns
par Ahmedou, Roi des Bracknas; lesquels ont sign comme tmoins avec
les parties.

_Sign_: COURTOIS et ARMAND.
_Sign_: J{n} SCHMALTZ.

    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE V

TRAIT CONCLU ENTRE LE GOUVERNEMENT DE FRANCE ET HAMET DOU, ROI DE
LA TRIBU DU BRACKNAS.

_25 Juin 1821._


A la gloire du Tout-Puissant, Crateur du Ciel et de la Terre et des
Mers, Pre ternel de tous les tres vivants.

Au nom et sous les auspices de S. M. trs chrtienne, Roi de France et
de Navarre.

Louis-Jean-Baptiste Le Coupe, Chevalier de l'Ordre royal et militaire
de Saint-Louis et de l'Ordre royal de la Lgion d'honneur, Capitaine
des vaisseaux du Roi, Commandant pour le Roi, et administrateur du
Sngal et dpendances, d'une part.

Hamet Dou, Roi de la tribu du Bracknas, d'autre part.

Dsirant tablir entre eux une union inaltrable, une paix et une
amiti constantes, et ouvrir aussitt qu'il se pourra de nouvelles
relations tenant  augmenter les ressources et la prosprit tant de la
France que du pays occup par les Bracknas, sont convenus des articles
suivants:


ARTICLE PREMIER.

Hamet Dou, Roi de la tribu du Bracknas, promet et s'engage de
favoriser, par tous les moyens qui seront en son pouvoir, la traite de
la gomme qui se fait  son escale et tout autre commerce qui pourrait
s'ouvrir par la suite, entre les sujets du Roi de France et les siens,
dans toute l'tendue de son pays.


ARTICLE 2.

Les coutumes  payer par les btiments qui viendront en traite de gomme
resteront telles qu'elles ont t jusqu' ce jour et Hamet Dou, Roi des
Bracknas, s'engage et promet de se conformer aux rglements qu'il fera
d'un commun accord avec le Commandant pour le Roi et administrateur
du Sngal et dpendances pour empcher toute espce de fraude, et de
veiller, de son ct,  ce qu'ils soient strictement excuts par ses
sujets.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 3.

En cas de msintelligence entre le Gouverneur franais et le pays de
Toro, le Roi Hamet Dou s'engage  transporter son escale  Souley
era, entre Bakolle et Faneye pour viter que les btiments en traite ne
soient insults par les habitants de ce mme pays de Toro.


ARTICLE 4.

Dans un cas de discussion entre le Roi du Bracknas ou un de ses sujets
avec un traitant, la traite sera suspendue pour le traitant, et les
intrts des deux parties seront discuts tant par le Roi des Bracknas
ou des envoys que par la majorit des traitants prsents  l'escale.
Dans le cas o l'avis de la majorit des traitants serait en faveur
du particulier qui aurait souffert de la suspension de la traite, ce
particulier indemnis, soit par le Roi des Bracknas, soit par celui
de ses sujets qui aurait occasionn le diffrend; et l'indemnit sera
fixe conjointement entre les traitants et le Roi des Bracknas. Dans
le cas, au contraire, o la majorit des traitants serait d'un avis
favorable au Roi ou  ses sujets, le traitant condamn par cet avis
sera tenu d'un ddommagement fix aussi par les traitants et le Roi des
Bracknas ou ses envoys.


ARTICLE 5.

Chaque fois que les envoys d'Hamet Dou viendront  Saint-Louis pour
les cas prvus dans le livre des coutumes, ils recevront leurs vivres
ainsi qu'il a t rgl par les anciennes conventions.


ARTICLE 6.

Reconnaissant que sa principale richesse provient du commerce que
les Franais viennent faire  son escale, n'ayant pas de plus grand
intrt que de le conserver et voulant par-dessus toute chose, assurer
pour toujours la bonne intelligence qui existe entre eux et lui: Hamet
Dou, Roi des Bracknas, s'engage et promet de garder franchement une
pleine et entire neutralit, dans toutes les guerres o pourront
entrer les sujets du Roi de France au Sngal, lorsqu'il ne serait pas
appel  les assister ou que des considrations particulires ne lui
permettraient pas  se joindre  eux.


ARTICLE 7.

Le Roi Hamet Dou promet et s'engage de respecter et faire respecter
par tous ses sujets, les terres et habitants du pays de Wallo; les
regardant comme faisant partie de l'le et habitants de Saint-Louis.
Il reconnat et garantit en outre au Commandant pour le Roi et
Administrateur du Sngal et dpendances tous les arrangements qu'il a
fait avec les chefs de ce pays et toutes les conciliations stipules
par eux et le gouvernement franais.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 8.

Le Roi Hamet Dou engage le Commandant pour le Roi et Administrateur
du Sngal et dpendances  faire dans son pays des tablissements de
culture: et lui concde  cet effet tous les terrains o il jugerait
convenable de former des habitations et de faire des lougans, lui
promettant d'y contribuer lui-mme de tout son pouvoir, de les
dfendre, respecter et faire respecter. Il promet, en outre, au
Gouvernement franais d'lever des forts ou batteries pour la dfense
et protection des habitants et lougans qui pourront se former par la
suite.


ARTICLE 9.

Le Roi Hamet Dou s'engage  favoriser de tout son pouvoir toutes
espces de cultures, et particulirement, celle du coton sur les
terres qui sont sous sa domination: il promet en outre d'engager et de
porter ses sujets  en cultiver et  en vendre aux btiments qui vont
traiter; et dans le cas o quelques-uns des Noirs dserteraient des
habitations qui pourront s'tablir sur les terres qu'il concde ainsi
qu'il est exprim dans l'article ci-dessus, le Roi Hamet Dou s'oblige
expressment  les faire ramener  leurs propritaires sans aucune
ranon ni rachat.

En retour, le Gouvernement franais s'oblige  rendre au Roi Hamet
Dou ceux de ses sujets ou captifs qui pourraient dserter sur les
possessions franaises.


ARTICLE 10.

Le Commandant pour le Roi et Administrateur du Sngal et dpendances,
accepte au nom de S. M. le Roi de France les offres stipules dans les
articles 8 et 9, par le Roi Hamet Dou; mais seulement pour en profiter
lorsque les circonstances le permettront, et il s'engage d'accorder en
retour de ces concessions, une coutume qui sera fixe par le trait
qu'ils feront ensemble avant le commencement de tous tablissements
quelconques sur les terres du Roi Hamet Dou.


ARTICLE 11.

Moyennant l'excution pleine et entire des conditions ci-dessus le
Commandant pour le Roi s'oblige  payer fidlement les anciennes
coutumes consenties entre le Gouvernement franais et les Bracknas et
fixes dans les livres des coutumes.

Le Commandant pour le Roi entend payer les coutumes  Saint-Louis tous
les ans  la fin de la traite. Dans le cas o la traite aurait t
suspendue ou n'avoir pas eu lieu par la faute des Bracknas les coutumes
seront supprimes pour chaque anne o la traite aura manqu.

    [Illustration: texte arabe.]


ARTICLE 12.

Le Roi Hamet Dou et le Commandant pour le Roi promettent d'excuter,
fidlement et de bonne foi, tous les articles contenus dans le prsent
trait, sans faire ni souffrir qu'il y soit fait aucune contravention
directe ni indirecte, se garantissant rciproquement toutes les
stipulations qui sont consenties.

Fait  Saint-Louis, 25 juin 1821.

_Sign_: LE COUPE.

    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE VI

CONVENTION PASSE ENTRE AMEDOU OULD SIDY-ELLY, ROI DES BRACKNAS, ET
M. CAILLE, CAPITAINE AU 2E RGIMENT DE LA MARINE, REVTU DES POUVOIRS
DE M. LE GOUVERNEUR DU SNGAL ET DPENDANCES.


  Savoir:

Attendu les circonstances extraordinaires dans lesquelles se trouve le
Sngal par l'effet de la guerre, avec les gens de Fara Pinda et les
Trarzas, le Gouverneur du Sngal et le Roi Amedou ne consultant que
la justice, tant pour les habitants du Sngal que pour les marabouts
Bracknas, ont pris les arrangements suivants, qui ne serviront que pour
la traite de 1834, sans qu'ils puissent tre invoqus pour toute autre
traite:

Il sera prlev pour les coutumes d'Amedou:

    1 Une pice de guine par millier de gomme;

    2 Vingt pices de guine par cent milliers de gomme pour son
       ministre;

    3 Le prsent annuel de 100 pices de guine aux 2/3 de la traite;

    4 Quatre bagatelles par cent milliers de gomme;

    5 Soupers du Roi ou du Ministre tous les jours, c'est--dire la
       bagane de kouskous.

Toutes ces coutumes seront prleves pour cette traite seulement, sur
la quantit de gomme traite et non sur le jaugeage des btiments, qui,
cette anne, se rendront en trop grand nombre  l'Escale du Coq, 
cause de la fermeture des Escales du bas fleuve. Le Gouverneur ne veut
retrancher rien des coutumes du Roi Amedou, mais aussi il compte sur
l'quit de celui-ci pour qu'il n'exige pas non plus au del de ce qui
lui revient. C'est d'aprs ce principe de justice qu'il a t dcid
que cette traite serait ainsi rgle, sans rien prjuger sur celle 
venir.

Les btiments du Sngal seront escorts jusqu' l'le de Mahouguesse
et aussitt qu'ils auront dpass cette le, Amedou garantit qu'il
ne leur sera fait aucun mal, se rendant responsable des avaries qui
pourraient provenir d'une attaque de qui que ce soit.

A l'ouverture de la traite il sera fait  Amedou une avance de 720
pices de guines qui devront tre prcomptes sur les premires gommes
traites.

Les parties contractantes, de part et d'autre, promettent d'excuter
fidlement tout ce qui est contenu dans la prsente convention, sans
faire ni souffrir qu'il y soit fait aucune contravention directe ni
indirecte: se garantissant gnralement et rciproquement toutes les
stipulations y consenties.

Fait double le cinq mai mil huit cent trente-quatre,  bord de la
golette de l'tat l'_Agla_, mouille devant le village de Podor,
le tout arrt et convenu entre le Roi des Bracknas et M. Caille,
capitaine au 2e rgiment de la marine, dsign par M. le Gouverneur du
Sngal et dpendances.

  _Signs_: AMEDOU et CAILLE.




ANNEXE VII

ARRT DU GOUVERNEUR DU SNGAL ET DPENDANCES, TOUCHANT LA TRAITE DE
LA GOMME A L'ESCALE DES BRACKNAS.

1834.


SNGAL ET DPENDANCES.

Nous Gouverneur du Sngal et dpendances,

Vu la convention, passe le 5 du courant avec le Roi des Braknas,
touchant l'ouverture de la traite de la gomme;

Vu le projet d'association en participation qui a t discut et
adopt, en notre prsence, par les ngociants et habitants appels par
nous  cet effet;

Vu l'impossibilit o se trouveraient moiti des habitants de faire
aucune affaire dans cette escale, o ils n'ont point de relations, ce
qui pourrait entraner la ruine de plusieurs d'entre eux;

Vu les circonstances exceptionnelles dans lesquelles se trouve la
colonie du Sngal, lesquelles ne permettent pas de suivre les usages
ordinaires du commerce pour la traite des gommes,

Avons arrt et arrtons:


ARTICLE PREMIER.--La traite de la gomme sera ouverte  l'escale des
Braknas.


ART. 2.--Elle aura lieu par forme d'association et par parts gales
conformment au projet mentionn plus haut, auquel nous donnons notre
approbation.

Les personnes qui auront droit  prendre part  l'Association sont les
ngociants inscrits au rle des patentes; les habitants ayant fait la
traite pour leur compte pendant les trois dernires annes.

Auront droit  une demi-part d'intrt celles qui, pendant ces trois
mmes annes, auront fait la traite, mais pour compte d'autrui.


ART. 3.--Les personnes qui voudront s'intresser dans la traite devront
se faire inscrire sur un registre ouvert  cet effet, dans les journes
de dimanche et de lundi 18 et 19 du courant, chez M. l'Administrateur
o l'on pourra prendre connaissance des rglements d'association pour
la prsente anne.


ART. 4.--Nous nous rservons de fixer plus tard le jour de l'ouverture
de la traite et de l'expdition des navires pour l'Escale.

Le prsent sera enregistr  l'Administration et  l'Inspection, publi
et affich partout o besoin sera.

  Saint-Louis, le 17 mai 1834.

  _Sign_: L. PUJOL.




ANNEXE VIII

ANNE 1839

TRAIT CONCLU ENTRE LE GOUVERNEUR DU SNGAL ET AMEDOU ROI DES
BRAKNAS.

_2 mai 1839._


A la gloire du Tout-Puissant, Crateur du ciel, de la terre et des
mers, Pre ternel de tous les tres vivants.

Charmasson, capitaine de vaisseau, officier de la Lgion d'honneur,
Gouverneur du Sngal et dpendances, d'une part,

Et Amedou Ould Sidi ly, Roi des Braknas, d'autre part,

Dsirant mettre un terme aux actes de violence exercs par les sujets
du Roi Amedou envers les traitants saisis en fraude de gomme, hors des
limites de l'escale du Coq,

Conviennent de ce qui suit:


ARTICLE PREMIER.

Tout traitant surpris en dlit de fraude dans l'tendue du royaume des
Braknas, au-dessous d'Haleibey, paiera au Roi Amedou la coutume, sur
le mme pied que les navires du mme tonnage qui commercent lgalement
aux escales. Cette coutume paye, il sera libre de continuer  traiter
 l'escale du Coq, et si l'escale tait ferme, cette coutume comptera
pour la traite suivante.


ARTICLE 2.

Le Roi Amedou fera conduire le navire fraudeur au Commandant de
l'escale du Coq, et dans le cas o les escales seraient suspendues, il
le fera conduire au poste de Dagana.


ARTICLE 3.

L'embargo ne pourra tre mis et la coutume perue que par le ministre
du Roi.


ARTICLE 4.

Tout btiment arrt par l'autorit franaise et convaincu par elle
d'avoir fait en fraude le commerce de gomme sur les ctes du royaume
des Braknas au-dessous d'Haleibey, sera tenu de prendre escale au Coq.


ARTICLE 5.

Le Roi Amedou ayant  coeur d'entretenir la bonne intelligence qui
rgne entre le Sngal et les Braknas, s'engage  faire payer au double
de leur valeur tous les pillages commis sur des btiments franais
ainsi que les dommages qui leur auraient t causs par ses sujets.


Fait quadruple  bord du bateau  vapeur l'_rbe_, devant l'escale du
Coq, le 9 mai 1839.

  _Sign_: CHARMASSON et AMEDOU.

    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE IX


  PORT DE SAINT-LOUIS                                       ANNE 1840

  _Duplicata_            SNGAL ET DPENDANCES.

                       _DEMANDE AU MAGASIN GNRAL_
                        Par le Bureau de la Mairie;

    Pour la coutume du roi et des princes de la tribu des Bracnas.
    Pour l'anne _mil huit cent quarante_. Je dis: pour l'anne 1840.

   Quantit
  en chiffres.     DSIGNATION DES OBJETS

               A AMEDOU, chef des Bracnas.

       54      Guine bleue, cinquante-quatre pices.
        8      Platilles, huit pices.
        6      Fusils de traite, six.
        1      Mousseline, une pice de 14 mtres 26 centimtres.
    14 m. 28   carlate, quatorze mtres vingt-huit centimtres.
        1      Pistolet fin, une paire.
  14 kgr. 670  Poudre  feu, quatorze kilogrammes six cent soixante-dix
                 grammes.
        1      Fusil  deux coups, n 5, un.
      200      Pierres  feu, deux cents.
      200      Balles de plomb, deux cents.
       11      Fers longs, onze barres.
        1      Cuivre, un bassin.
       30      Piastres (Gourdes), trente.
        1      Coffre ferr, un.
       12      Loquis ou autres verroteries, douze fillires.
        1      Ambre, une fillire de cornaline n 2.

               A AMEDOU, pour lui tenir lieu de vivres lorsqu'il est 
                 Podor, par an.

        8      Guine bleue, huit pices.

               A SIDY ELY, pre d'AMEDOU, coutume accorde le 4 juin
                 1806, et maintenue par le trait pass avec AMEDOU,
                 en mai 1810.

       10      Guine bleue, dix pices.
        1      Fusil  deux coups, n 3, un.
        1      Pistolet fin, une paire.
     4 m. 75   carlate, quatre mtres soixante-quinze centimtres.
        1      Mousseline, une pice de 14 mtres 28 centimtres.
   0 kgr. 84   Ambre n 3 ou 4, quatre-vingt-quatre grammes.
        4      Piastres (Gourdes), quatre.
   0 kgr. 183  Corail n 3 ou 4, cent quatre-vingt-trois grammes.

  Saint-Louis, le 8 avril 1840.

  _Le Maire de Saint-Louis_,
    X.

  Vu: _l'Ordonnateur_,
    X.

  Vu: _l'Inspecteur Colonial_,
    vingt-cinq articles,
    X.

  Approuv: _le Gouverneur_,
    CHARMASSON.




ANNEXE X

TRAIT DE PAIX ENTRE LE ROI DES TRARZA ET LE ROI DES BRAKNA (1864).


Sidi-ould-Mohamed-el-Habib, roi des Trarza, reprsent par
Chems-Mohamedoun-Fal et Ahmed-ould-Brak, et Sidi Ely, roi des
Brakna, reprsent par Djidna et Rachid, dsirant mettre un terme aux
hostilits qui les divisent, sont convenus de ce qui suit:


ARTICLE PREMIER.--Sidi Ely s'engage  donner au roi des Trarza 250
pices de guine ou leur valeur en boeufs, chevaux ou tous autres
objets.


ART. 2.--A cette condition, le roi des Trarza accorde la paix  Sidi
Ely, le reconnat comme seul roi des Brakna, et s'engage  respecter et
 faire respecter par ses tribus les sujets et le territoire de ce chef.


ART. 3.--Sidi Ely, reconnaissant que le bon vouloir du roi des Trarza
lui est ncessaire pour protger le commerce des gommes qui se fait 
l'escale de Podor, consent  ce qu'un quart des droits perus  son
profit, sur ce point, soit pay au roi des Trarza.


ART. 4.--Le roi des Trarza, de son ct, s'engage  laisser les
caravanes se diriger librement, soit sur Podor, soit sur Dagana, et 
assurer la scurit des routes depuis Raz-el-Kara jusqu'aux limites de
son territoire dans l'Ouest.

Il accepte galement dans ces limites, c'est--dire jusqu' Podor,
 l'gard du Gouvernement franais, la responsabilit de tous les
pillages qui seraient commis sur la rive gauche, soit par des Trarza,
soit par des Brakna.

Suivent les signatures des fonds de pouvoirs;

CHEMS-MOHAMEDOUN-FAL et AHMED-OULD-BRAK, pour le roi des Trarza;

DJIDNA et RACHID, pour le roi des Brakna.


Le Gouverneur du Sngal consent  la cession faite aux conditions
ci-dessus, par le roi des Brakna au roi des Trarza, du quart du droit
peru sur les gommes  Podor. Cette partie du droit sera livre
directement par le commandant de Dagana au roi des Trarza ou  son
fond de pouvoirs.




ANNEXE XI

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE DE L'EMIR SIDI ELI Ier (1817).


    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE XII

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE DE L'EMIR AHMEDDOU Ier OULD SIDI ELI (1818).


    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE XIII

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE DE L'EMIR MOHAMMED RJEL (1849).


    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE XIV

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE DE L'EMIR MOHAMMED SIDI (1855).


    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE XV

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE DE L'EMIR DES DIEDIBA A FAIDHERBE (JUIN 1858).


    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE XVI

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE COLLECTIVE DES TRIBUS MARABOUTIQUES DU BRAKNA
A FAIDHERBE (1859).


    [Illustration: texte arabe.]


ANNEXE XVI _bis_

_Traduction._


  DOUACH, TADJACANT, MESSOUMA, TORKOS, TAGATH, OULAD-ABIEYRI,
    TNOUADJIOU, KOUNTA ET OULAD-SIDI-AHMET-BOU-HADJAR AU GOUVERNEUR
    DU SNGAL.

Nous envoyons vers vous pour vous prier de nous faire restituer par
les gens du Toro ce qu'ils ont pill  notre caravane et de leur faire
payer le prix du sang des ntres qui ont t tus sans motif l'anne
dernire. On nous a pris 1.000 pices de guine et 65 boeufs porteurs.
Nous avons eu 2 hommes tus et 2 blesss.

Ceux qui ont commis ce pillage sont les gens d'Aloar, de Diama et de
Ngamadji.

Nous vous prions de recevoir favorablement le porteur de cette lettre.

Nous pensons tre lis d'une plus troite amiti avec vous que les gens
du Djioloff, pour la cause desquels vous tes tombs sur les Oulad Siid
(Brakna) lorsque ces derniers ont pill leurs troupeaux.

Rappelez-vous que nous n'avons pas cess d'tre vos amis pendant la
guerre entre vous, les Trarza et les Oulad-Abdallah (Brakna), que nous
n'avons pas cess de vous vendre notre gomme, nos boeufs, nos chevaux,
notre beurre et nos dattes.

Le pote a dit:

Un ambassadeur qui va trouver Hakim-ben-el-Mousili ne retourne pas les
mains vides.

Un autre a dit:

Les chameaux se sont plaint de vous parce qu'ils ont pass beaucoup de
montagnes et dserts pour arriver  vous.

Et un autre:

En allant vous trouver on marche lgrement et en retournant on marche
lourdement charg.

Celui qui crit cette lettre est le nomm
Sidi-el-Mokhtar-ben-Sidi-Mohammed.

Vous donnerez  celui de vos agents qui s'occupera de nous faire
restituer notre bien, la partie que vous voudrez de ces biens.

  (Traduction locale, 1859.)




ANNEXE XVII

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE ET DU CACHET DE L'EMIR SIDI ELI II
OULD AHMEDDOU (1857).


    [Illustration: texte arabe.]

    [Illustration: cachet.]




ANNEXE XVIII

FAC-SIMIL D'UNE LETTRE DU PRTENDANT MOHAMMED AL-HABIB
OULD MOKHTAR SIDI (1864).


    [Illustration: texte arabe.]




ANNEXE XIX

CARTES SCHMATIQUES DU BRAKNA.--RPARTITION PAR TRIBUS DES
TERRAINS DE PARCOURS.


    [Illustration: carte.]




ANNEXE XX

CARTE ADMINISTRATIVE DU BRAKNA.


    [Illustration: carte.]




ANNEXE XXI

BIBLIOGRAPHIE.


_Annales Sngalaises._

_Annuaires du Sngal._

_Archives du Gouvernement Gnral_,  Dakar, et du Commissariat de la
Mauritanie,  Saint-Louis.

_Archives du Brakna et du Chamama_, notamment une notice historique sur
les tribus du Brakna par le lieutenant Duboc, 1908; une monographie de
la rsidence d'Aleg par le capitaine Bonnaud, 1912; une monographie de
la rsidence de Bogh par l'administrateur-adjoint Mre, 1912.

BASSET (Ren).--_Recherches historiques sur les Maures._

BOURREL.--_Voyage dans le pays des Maures Brakna_, in _Revue algrienne
et coloniale_.

CULTRU.--_Histoire du Sngal._

DELAFOSSE.--_Haut-Sngal-Niger._

DELAFOSSE et GADEN.--_Chroniques du Fouta Sngalais._

DURAND.--_Voyage au Sngal._

FAIDHERBE.--_Le Sngal._

GOLBERRY.--_Fragments d'un voyage en Afrique._

ISMAL HAMET.--_Chroniques de la Mauritanie sngalaise._

LABARTHE.--LA JAILLE.--_Voyage au Sngal._

LABAT (le P.).--_Nouvelle relation de l'Afrique occidentale._

LE MAIRE.--_Les Voyages du sieur Le Maire aux les Canaries, etc._

MARTY (Paul).--_tudes sur l'Islam maure._

  ----         _L'mirat des Trarza._

MODAT (Commandant).--_Monographie de l'Adrar._

POULET.--_Les Maures de l'A. O. F._

SAUGNIER.--_Relation de plusieurs voyages faits  la Cte d'Afrique._

WALCKENAR.--_Histoire gnrale des voyages._ 21 volumes. _Afrique
occidentale._ Vol. I-XIII.

Renseignements fournis par M. le Colonel Gaden, Commissaire du
Gouverneur gnral en Mauritanie; par MM. les lieutenants Bouron
(1916-1917), et Bayart (1917-1919), commandant le cercle du Brakna;
par MM. les Administrateurs Mre (1912-1913) et Trnot (1917-1919),
commandant le Chamama.




TABLE DES MATIRES


  LIVRE PREMIER
  =Histoire gnrale.=
                                                                  Pages.
  CHAPITRE  Ier.--Les origines. Invasions berbres (_anhadja_)
                    et arabes (_Hassanes_)                             1
    ----     II.--La domination des Hassanes Oulad Rizg
                    (XVe sicle)                                       7
    ----    III.--La domination des Oulad Mbarek (XVIe sicle)         9
    ----     IV.--Les origines des Brakna                             12
    ----      V.--La guerre de Babbah et les imams berbres           17
    ----     VI.--La branche ane des mirs brakna: Oulad Normach    20
    ----    VII.--La branche cadette des mirs brakna: Oulad Siyed    35
                  1.--Mohammed ould Mokhtar (1766, [+] vers 1800)     35
                  2.--Sidi Eli Ier (vers 1800, [+] vers 1818)         41
                  3.--Ahmeddou Ier (1818-1841)                        43
                  4.--Mokhtar Sidi (1841-1843)                        53
                  5.--Mohammed Rjel (1842-1851)                      57
                  6.--Mohammed Sidi (1851-1858)                       64
                  7.--Sidi Eli II (1858, [+] 1893)                    72
                  8.--Ahmeddou II (1893-1903)                         83
    ----   VIII.--L'occupation franaise                              93


  LIVRE II
  =Chroniques et fractionnement des tribus.=

  AVANT-PROPOS                                                       109
  CHAPITRE  Ier.--_Oulad Normach_                                    112
                  1.--Historique                                     112
                  2.--Fractionnement                                 120
                        Normach nobles                               122
                        Haratines Normach                            124
                        Tiab Normach                                 124
    ----     II.--_Oulad Siyed_                                      127
                  1.--Historique                                     128
                  2.--Fractionnement                                 133
                        Oulad Siyed nobles                           133
                        Oulad Mansour nobles                         135
                        Haratines Oulad Siyed et Oulad Mansour       136
                        Haratines Tanak                              136
                        Arallen                                      137
                        Ahel Ghata, Azafal et Igdala                138
    ----    III.--_Oulad Ahmed_                                      142
                  1.--Historique                                     142
                  2.--Fractionnement                                 151
    ----     IV.--_Diediba_                                         154
                  1.--Historique                                     154
                  2.--Chroniques et fractionnement des Diediba      159
                        Id ag Fara Brahim                            159
                        Id ag Fara                                   163
                        Ahel Agd Ammi                                169
                        Ahel Mohammedden Othman                      170
                        Id Ayank                                     171
                        Asbat Negza                                  171
    ----      V.--_Zemarig_                                          176
                  1.--Historique                                     176
                  2.--Fractionnement                                 178
    ----     VI.--_Kounta_                                           182
                  1.--Historique                                     182
                        A. Source Tagant                             182
                             Les Oulad Bou Sif                       183
                             Les Meterambrin                         184
                        B. Source Hodh-Azaouad                       187
                             Les Ahel Cheikh                         187
                  2.--Fractionnement                                 190
                        A. Oulad Bou Sif Blancs                      190
                        B. Oulad Bou Sif Noirs                       193
                        C. Meterambrin                               195
                        D. Ahel Cheikh Sidi-l-Mokhtar                198
                  ANNEXE.--Tableau gnalogique des Ahel Cheikh
                    (Kounta) du Brakna                               202
    ----    VII.--_Torkoz_                                           203
                  1.--Historique                                     203
                  2.--Fractionnement                                 207
                  3.--Vie religieuse                                 210
    ----   VIII.--_Hijaj_                                            214
                  1.--Historique                                     214
                  2.--Fractionnement                                 218
    ----     IX.--_Id Elik_                                         222
                  1.--Historique                                     222
                  2.--Fractionnement                                 226
                  3.--La vie religieuse                              227
    ----      X.--_Id ag Jemouella_                                  230
                  1.--Historique                                     230
                  2.--Fractionnement                                 233
                  ANNEXE.--Pome gnalogique des Id ag Jemouella    237
    ----     XI.--_Tagat_                                            239
                  1.--Historique                                     239
                  2.--Fractionnement                                 245
                  3.--La vie religieuse                              248
    ----    XII.--_Tolba Tanak_                                      253
    ----   XIII.--_Ahel Gasri_                                       256
    ----    XIV.--_Draouat_                                          258
    ----     XV.--_Tachomcha_                                        260
    ----    XVI.--_Behahat_                                         261
                  1.--Historique                                     261
                  2.--Fractionnement                                 263
    ----   XVII.--_Soubk_                                           266
                  ANNEXE.--Pome sur la jeune fille Soubk           271
    ----  XVIII.--_Toumodek_                                         272
                  1.--Historique                                     272
                  2.--Fractionnement                                 275
                  ANNEXE.--Gnalogie des Toumodek                   276
                        A. Les Ahel Baye                             276
                        B. Les Ahel Al-Hadi                          277
    ----    XIX.--_Tabouit_                                          278
    ----     XX.--_Touabir_                                          280
                  1.--Historique                                     280
                  2.--Fractionnement                                 283
                        A. Oulad Yarra                               283
                        B. Oulad M'hamdat                           284
    ----    XXI.--_Daba d'Aleg_                                     287


  LIVRE III
  =Le Chamama.=

  CHAPITRE  Ier.--Notes gographiques                                289
    ----     II.--L'Islam noir                                       292
    ----    III.--Fractions maures                                   306


  LIVRE IV
  =Coutumes sociales et politiques.=

  CHAPITRE  Ier.--La justice                                         313
    ----     II.--Les impts                                         315
    ----    III.--Les redevances coutumires                         323
    ----     IV.--Les Haratines                                      335
    ----      V.--La gomme                                           341


  ANNEXES

              I.--10 mai 1785.--Trait avec le roi Ahmed Mokhtar
                    pour la traite de la gomme, captifs, etc.
                    (Textes franais et arabe)                       348
             II.--14 ventse an VII.--Dlibration au sujet des
                    prparatifs de guerre du chef de la tribu des
                    Braknas                                          361
            III.--7 juin 1810.--Trait pass entre le
                    lieutenant-gouverneur Maxwell et Sidi ly,
                    chef d'une tribu des Bracknas                    362
             IV.--20 mai 1819.--Trait avec Ahmed Dou, roi de la
                    tribu des Bracknas, et M. Julien Schmaltz,
                    commandant pour le roi et administrateur du
                    Sngal et dpendances (Textes franais et
                    arabe)                                           364
              V.--25 juin 1821.--Trait conclu entre le
                    Gouvernement de France et Hamet Dou, roi de la
                    tribu du Bracknas (Textes franais et arabe)     374
             VI.--Convention passe entre Amedou Ould Sidi-Elly,
                    Roi des Bracknas, et M. Caille, capitaine au
                    2e rgiment de la marine (5 mai 1834)            382
            VII.--1834.--Arrt du Gouverneur du Sngal et
                    dpendances, touchant la traite de la gomme 
                    l'escale des Bracknas (17 mai 1834)              384
           VIII.--Anne 1839.--Trait conclu entre le Gouverneur
                    du Sngal et Amedou Roi des Braknas (Textes
                    franais et arabe) (2 mai 1839)                               386
             IX.--Demande au Magasin gnral par le Bureau de la
                    Mairie, pour la coutume du roi et des princes
                    de la tribu des Bracnas pour l'anne 1840        389
              X.--Trait de paix entre le Roi des Trarza et le
                    Roi des Brakna (1864)                            391
             XI.--Fac-simil d'une lettre de l'Emir Sidi Eli Ier
                    (1817)                                           392
            XII.--Fac-simil d'une lettre de l'Emir Ahmeddou Ier
                    ould Sidi Eli (1818)                             392
           XIII.--Fac-simil d'une lettre de l'Emir Mohammed
                    Rjel (1849)                                     392
            XIV.--Fac-simil d'une lettre de l'Emir Mohammed Sidi
                    (1855)                                           392
             XV.--Fac-simil d'une lettre de l'Emir des Diediba
                     Faidherbe (juin 1858)                          392
            XVI.--Fac-simil d'une lettre collective des tribus
                    maraboutiques du Brakna  Faidherbe (1859)
                    (Textes franais et arabe)                       392
           XVII.--Fac-simil d'une lettre et du cachet de l'Emir
                    Sidi Eli II ould Ahmeddou (1857)                 392
          XVIII.--Fac-simil d'une lettre du prtendant Mohammed
                    Al-Habib ould Mokhtar Sidi (1864)                392
            XIX.--Cartes schmatiques du Brakna.--Rpartition par
                    tribus des terrains de parcours                  393
             XX.--Carte administrative du Brakna                     394
            XXI.--Bibliographie                                      395




TABLE DES ILLUSTRATIONS


                                                                  Pages.
  Jeune fille brakna                                                   2
  La mosque d'Aleg                                                  111
  Cheikh M'hammed ould Bekka, chef des Ahel Cheikh, et Dida,
    Cadi suprieur des Brakna                                        167
  Pome gnalogique des Id ag Jemouella                             237
  Mahfoudh, Fils de Cheikh Saad Bouh                                 254
  Pome sur la jeune fille Soubk (_texte arabe_)                    271
  Dames maures en dplacement                                        322
  Trait avec le roi Ahmed Mokhtar pour la traite de la gomme,
    captifs, etc. (_texte arabe_)                                    349
  Trait avec Ahmed Dou, roi de la tribu des Bracknas, et M.
  Julien Schmaltz, commandant pour le roi et administrateur du
  Sngal et dpendances (_texte arabe_)                             365
  Trait conclu entre le Gouvernement de France et Hamet Dou, Roi
    de la tribu du Bracknas (_texte arabe_)                          375
  Trait conclu entre le gouverneur du Sngal et Amedou, Roi des
    Braknas (_texte arabe_)                                          387
  Fac-simil d'une lettre de l'Emir Sidi Eli Ier (1817)              392
    ----        ----      de l'Emir Ahmeddou Ier ould Sidi Eli
                            (1818)                                   392
    ----        ----      de l'Emir Mohammed Rjel (1849)            392
    ----        ----      de l'Emir Mohammed Sidi (1855)             392
    ----        ----      de l'Emir des Diediba  Faidherbe
                            (juin 1858)                              392
    ----        ----      collective des tribus maraboutiques du
                            Brakna  Faidherbe                       392
  Fac-simil d'une lettre et du cachet de l'Emir Sidi Eli II ould
    Ahmeddou (1857)                                                  392
  Fac-simil d'une lettre du prtendant Mohammed Al-Habib ould
    Mokhtar Sidi (1864)                                              392
  Cartes schmatiques du Brakna.--Rpartition par tribus des
    terrains de parcours                                             393
  Carte administrative du Brakna                                     395


              5049.--Tours, Imprimerie E. ARRAULT et Cie.




                     MISSION SCIENTIFIQUE DU MAROC

                        REVUE DU MONDE MUSULMAN

            =Publie sous la direction de=: A. LE CHATELIER

                           CONSEIL TECHNIQUE:

        MM. A. CABATON.--H. CORDIER.--M. DELAFOSSE.--Cl. HUART.
       P. MARTY.--E. MICHAUX-BELLAIRE.--J. VINSON.--A. VISSIRE.

                    L. BOUVAT, _secrtaire gnral_.
                       L. MASSIGNON, _directeur_.

      Adresser toutes les communications relatives  la rdaction
            M. LOUIS MASSIGNON, 21, rue Monsieur, Paris-VIIe.

                        _Abonnements et vente_:

           =ditions Ernest Leroux=, _28, rue Bonaparte, 28_.


    _La publication de la_ Revue du Monde Musulman _avait t
    ralentie par la guerre. Le volume XXXVII clt cette priode.
    L'anne 1920 comprend cinq volumes: le volume XXXVIII pour le
    premier trimestre, et les volumes XXXIX  XLII pour 1920._

    _L'anne 1921 a repris avec six volumes: un volume tous les deux
    mois._

    _A la_ Revue du Monde Musulman _proprement dite, s'ajoute la_
    Collection de la Revue, _recueil de ses tirages  part, et
    des mmoires originaux trop importants pour trouver place dans la_
    Revue.


                 _REVUE DU MONDE MUSULMAN_, 1907-1920.

  41 volumes in-8, avec de trs nombreuses illustrations
    et cartes. La collection complte (quelques exemplaires
    seulement)                                                 1.000 fr.

  Un volume sparment                                            25 fr.


               COLLECTION DE LA _REVUE DU MONDE MUSULMAN_

        Environ 40 volumes ou brochures in-8, en partie puiss,
                      parus de 1907  1920, dont:

  DELAFOSSE (M.) et GADEN (H.). =Chroniques du Fouta
    Sngalais=, par Sir-Abbas-Soh. Traduction franaise
    avec notes et glossaire (cartes)                           12 fr.  
  DEMORGNY (G.). =Les Institutions de la police en Perse=       3 fr. 50
    ----         =Les Institutions financires en Perse=        5 fr.  
  GADEN (H.). =Le Poular, dialecte peul du Sngal=.
              Tome Ier: I. tude morphologique. II. Textes     15 fr.  
              Tome II: III. Lexique poular-franais            10 fr.  
  GASSITA (R.). =L'Islam  l'le Maurice= (fig.)                2 fr. 50
  HAKKI BEY. =De Stamboul  Bagdad=. Notes d'un homme d'Etat
               turc                                             3 fr.  
  MONTEIL (C.). =Les Khassonk=. Monographie d'une peuplade
                  du Soudan franais. Un fort vol. avec
                  carte et fig.                                15 fr.  
  =Musulmans (Les) franais et la guerre=. Adresses et
    tmoignages de fidlit des chefs musulmans et de
    personnages religieux. Textes en fac-simil et traductions
    ----     I. Afrique Occidentale                             4 fr.  
    ----    II. Algrie et Tunisie                              3 fr. 50
    ----   III. Maroc                                           3 fr.  
  RABINO (H.-L.). =Les Anciens Sports au Guilan= (6 pl.)        2 fr. 50
    ----          =Les Tribus du Louristan=. Mdailles des
                    Qdjrs (2 pl.)                             2 fr. 50
    ---- et LAFONT (F.-D.). =Notes sur la Perse=. Culture de
                              la gourde  ghalin, en Guilan
                              et en Mazenderan                  2 fr.  
    ----                    Culture de la canne  sucre en
                              Mazanderan (pl. et fig.)          2 fr.  
  =Salut (Le) au drapeau=. Tmoignages de loyalisme des
    Musulmans franais. I. Algrie. Textes en fac-simil et
    traduction, avec 20 portraits hors texte                    5 fr.  
  =Honour to the Flag= (_Traduction anglaise avec portrait de
    Lord Kitchener_)                                            5 fr.  
  =Pripiet Znameni= (_Traduction russe_)                        5 fr.  
  VISSIRE (A.). =tudes sino-mahomtanes=, 2 vol. avec fig.
    Chacun                                                      7 fr. 50


                          ARCHIVES MAROCAINES

  Tomes I  VIII. =Mlanges=. 8 volumes in-8.
    T. Ier. BESNIER, _Gographie ancienne du Maroc_.--T. II
    MICHAUX-BELLAIRE et SALMON, _El-Qar El-Kebir_. _Une ville de
    province au Maroc septentrional_ (avec 1 carte et 7 planches).--T.
    III. SALMON, _Les Chorfa Filala et Djebala de Fs_.--T. IV, V,
    VI et VII. MICHAUX-BELLAIRE et SALMON, _Les tribus arabes de la
    valle du Lekkos_.--JOLY, XICLUNA et MERCIER, _Ttouan_ (avec
    planches et illustrations).--N. SLOUSCH, _tude sur l'histoire
    des Juifs au Maroc_.--T. VIII, COUFOURIER, _Chronique de Moulay
    El-Hasan_.--SALMON, _Noms de plantes en arabe et en berbre_. Etc.,
    etc.

  IX, X. =Kitab Elistiqsa=. Quatrime partie. Chronique de la dynastie
    alaouie du Maroc (1631-1894), traduite par EUGNE FUMEY, premier
    drogman de la Lgation de France au Maroc. 2 vol. in-8.

  XI. =Mmoires divers=. In-8, fig.

  MICHAUX-BELLAIRE: Les Musulmans d'Algrie au Maroc.--L'organisation
    des finances au Maroc.--Description de la ville de Fs.--BLANC:
    Khorfa d'Ali Ch-Chtar, etc.

  XII, XIII. =La Pierre de Touche des Ftwas= de Ahmad Al-Wanschars.
    Choix de consultations juridiques des Faqih du Maghreb, traduites ou
    analyses par MILE AMAR. I. Statut personnel. II. Statut rel, 2
    volumes in-8.

  XIV. =Hbro-Phniciens et Judeo-Berbres=. Introduction  l'histoire
    des Juifs et du Judasme en Afrique, par N. SLOUSCH. In-8.

  XV. =Mlanges=. Un volume en 3 fascicules. In-8.

  Le fasc. III comprend: _Touhfat al-Qouddt bi bad Masa'il ar-Rout_
    (Recueil des questions relatives aux bergers et dcisions prises sur
    ces questions par un grand nombre de jurisconsultes). Par le Faqh
    AL-MALOUY. Texte arabe et traduction par MICHAUX-BELLAIRE, MARTIN et
    PAQUIGNON.

  XVI. =Al Fakhr. Histoire des dynasties musulmanes=, depuis la mort
    de Mahomet jusqu' la chute du Khalifat Abbsde de Baghdd (11-656
    de l'Hgire=632-1258 de J.-C.), par Ibn At-Tiqtaq. Traduit de
    l'arabe et annot par mile AMAR. In-8.

  XVII. =Quelques tribus de montagne de la rgion du Habt=, par
    MICHAUX-BELLAIRE. Un volume in-8, fig.

  XVIII. =Mlanges=. Un volume in-8, planches.

  A. PRETI: Le Ras El-Khadir Ghalan.--Les Medrasas de Fs.--A.
    JOLY: L'industrie  Ttouan.--S. BIARNAY et PRETI: Recherches
    archologiques au Maroc.

  XIX. =La Daouhat an-Nchir=, d'Ibn 'Askai. Sur les vertus minentes
    des chaikhs du Maghrib au dixime sicle. Traduction de A. GRAULLE.
    In-8.

  XX. =Le Gharb=, par MICHAUX-BELLAIRE. In-8, 60 planches et tableaux.

  XXI. Nachr al-Mathn de Mouhammad Al-Qdiri, traduite par A. GRAULLE
    et P. MAILLARD. Tome Ier. In-8.

  XXII, XXIII. =Les Habous de Tanger=. Registre officiel d'actes et de
    documents. I. Texte arabe reproduit en fac-simil. II. Analyses et
    extraits, par MICHAUX-BELLAIRE et A. GRAULLE. 2 vol. in-8.

  XXIV. =Nachr al-Mathni de Mouhammad Al-Qdir=, traduite par
    MICHAUX-BELLAIRE. Tome II. In-8.


                       VILLES ET TRIBUS DU MAROC

  Vol I et II. =Casablanca et la Chaoua=. 2 vol. in-8, fig.
    Vol. I. Introduction.--Le pays.--Casablanca.--Les Chaoua.
      --Appendices. In-8                                         20 fr.
    Vol. II. Les tribus.--Casablanca-banlieue.--Mediouna.--Ould
      Ziyn.--Zenata.--Ziyada.--Ould Hriz.--Mdhakra et Ould
      Ali-Mzb et A'chch (Qaba Ben Ahmed).--Ould Sad.--Settat
      et ses tribus (Mzamza.--Ould Bou Ziri.--Ould Sidi Ben
      Doud).--Appendices. In-8                                  20 fr.

  Vol. III. =Rabat et sa rgion=. T. Ier. LES VILLES AVANT LA
    CONQUTE. In-8, fig.
    Premire partie. Histoire. I. Les villes et la rgion.--II.
    Histoire politique et administrative.--III. Relations
    commerciales de Sal avec l'Europe.--Deuxime partie.
    Description. Rabat.--Banlieue.--Sal.--Banlieue de Sal.
    Mehediya. In-8                                               20 fr.

  Vol. IV. =Rabat et sa rgion=. T. II. LES VILLES APRS LA
    CONQUTE. In 8-, fig.
    Organisation du protectorat.--Rabat, la ville
    europenne.--Sal.--Qenitra.--Appendice. In-8                20 fr.

  Vol. V. =Rabat et sa rgion=. T. III. LES TRIBUS. In-8, fig.
    Historique.--Les tribus.--Zaer.--Zemmour.--Beni
    Ahsen.--Cherada. In-8                                        20 fr.

  Vol. VI. =Rabat et sa rgion=. T. IV. LE GHARB (LES DJEBALA).
    In-8, fig.
    Le Gharb (sofyan et Beni Malek).--Khlot et Tliq.--Tableaux
    de commandement du Gharb.--Les tribus des Djebala. Les
    tribus administres des Djebala.--Ouezzan.--Gnalogie
    des Chorfa d'Ouezzan.--Marche des Djebala.--Documents
    statistiques. In-8                                           20 fr.

  Vol. VII. =Tanger et sa zone=. In.-8                           30 fr.


               EDITIONS ERNEST LEROUX, 28, RUE BONAPARTE

                        OEUVRES DE M. PAUL MARTY

        (_Revue du Monde Musulman_ et collection de la _Revue_)

  Vol. I.--=L'Islam en Mauritanie et en Sngal=. 1915-1916,
    in-8, 483 p. avec figures                                  25 fr.  

    La politique indigne du Gouverneur Gnral Ponty.--Cheikh
    Sida et sa Voie.--Les Fadela.--Les Ida Ou Ali, Chorfa
    Tidiana de Mauritanie.--Les groupements tidiana drivs
    d'Al-Hadj Omar (Tidiana Toucouleurs).--Le groupement tidiani
    d'Al-Hadj Malik (Tidiana Ouolofs).--Le groupement de Bou
    Kounta.--Les Mandingues, lment islamis de Casamance.--Chrif
    Younous de Casamance.

  Vol. II et III.--=tudes sur l'Islam au Sngal=. 1917, 2 vol. in-8.

    T. Ier. LES PERSONNES.--De l'influence religieuse des cheikhs
    maures au Sngal.--Les groupements tidianis drivs d'Al-Hadj
    Omar (Tidiana Toucouleurs).--Le groupement tidiani d'Al-Hadj
    Malik (Tidiana Ouolofs).--Les Mourides d'Amadou Bamba.--Le
    groupement de Bou Kounta.--Les Mandingues, lment islamis de
    Casamance.--Chrif Younous de Casamance. 483 p., fig.      25 fr.  

    T. II. LES DOCTRINES ET LES INSTITUTIONS.--Les doctrines
    et la morale religieuse.--Les mosques, sanctuaires et
    lieux de prire.--Les coles maraboutiques.--La Mdersa
    de Saint-Louis.--Rites et pratiques.--L'Islam dans les
    institutions juridiques, les coutumes sociales, le domaine
    conomique. 444 p., fig.                                   25 fr.  

  Vol. IV.--=L'Islam en Guine. Fouta-Diallon=. In-8. 588 p.,
    fig.                                                       35 fr.  

    Les groupements chadela.--Les Diakank Qadra de Touba.--Les
    Tidiana Toucouleurs de Dinguiraye.--Les Tidiana Fouta, etc.

  Vol. V.--=L'mirat des Trarzas=. 1919, in-8, 483 p., fig.    30 fr.  

  Vol. VI, VII, VIII et IX.--=tudes sur l'Islam et les tribus du
    Soudan=. 4 vol. in-8.

    T. Ier. LES KOUNTA DE L'EST.--Les Berabich.--Les Iguellad.
    1918-1919. 385 p.                                          30 fr.  

    T. II. LA RGION DE TOMBOUCTOU (Islam Songa).--Dienn, le
    Macina et dpendances (Islam Peul). Avec fig.              30 fr.  

    T. III. LES TRIBUS MAURES DU SAHEL ET DU HODH              30 fr.  

    T. IV. LA RGION DE KAYES.--Le pays bambara.--Le cercle
    de Nioro                                                   30 fr.  

  Vol. X.--=La Vie des Maures par eux-mmes=. Vol. in-8, 320 p.

  Vol. XI.--=tudes sur l'Islam et les tribus maures=. Les Brakna,
    in-8, 408 p., fig.

  Vol. XII.--=L'Islam  la Cte d'Ivoire=.


              5049.--Tours, imprimerie E. ARRAULT et Cie.


       *       *       *       *       *


    Corrections:

    Page   4: nom remplac par noms (une foule de noms de lieux).
    Page   4: mot par mots (tous mots constituant une onomastique
                spciale).
    Page   9: ahor par abhorr (un souvenir trop abhorr).
    Page  19: Aba par Abd (aux Oulad Abd Allah mmes).
    Page  32: rtablissemnt par rtablissement (A l'poque de ce
                rtablissement).
    Page  37: neleva par enleva (enleva la femme favorite
                d'Eli-Kouri).
    Page  38: les les par les (ont pour les Brakhknaz un
                attachement et une dfrence).
    Page  44: essayaient par asseyaient (asseyaient son influence
                et sa rputation).
    Page  46: au lieu de Poule-Toucouleurs il faut sans doute lire
                Peul-Toucouleurs.
    Page  48: dup remplac par dups (ils avaient t dups par
                son faux zle).
    Page  51: Charmassen par Charmasson (capitaine de vaisseau,
                gouverneur Charmasson).
    Page  54: ajout que (parce que son rival tait matre).
    Page  56: en remplac par on (on apprenait avec motion 
                Saint-Louis).
    Page  56: ses par ces ( la faveur de ces dissensions).
    Page  57: avait par avaient (les hommes de la Rvolution
                avaient disparu).
    Page  58: des par de (qui d'ailleurs tait l'an de Mohammed
                Al-Habib).
    Page  61: nouvel par nouvelle ( la nouvelle de l'invasion
                trarza).
    Page  65: Mahommed par Mohammed (l'autorit de Mohammed Sidi
                s'accrot).
    Page  67: donne par donn (j'ai donn plus de 25.000 francs).
    Page  70: le par les (pour les ramener  l'obissance).
    Page  70: Bakkar ould Soue dAhm ed par Bakkar ould Soued
                Ahmed.
    Page  74: lez par les (chez les Chratit).
    Page  77: nous par vous (comment entendez-vous obtenir ce
                rsultat?)
    Page  78: Sid par Sidi (Sidi Mborika s'engageait  laisser).
    Page  79: Outad par Oulad (se sont entendus avec les Oulad
                Normach).
    Page  81: tributs par tribus (incursions de Toucouleurs sur
                des tribus maraboutiques)
    Page  87: ponts par points (au sujet de trois points d'eau).
    Page  88: se par de (refusa de rendre visite).
    Page  89: reconnnu par reconnu (a t reconnu aux Diediba).
    Page  90: entention par intention (l'intention de rduire 
                merci les rvolts).
    Page  93: CHAPITRE VII par CHAPITRE VIII.
    Page  94: aggresseurs par agresseurs et repousses par
                repousss (les agresseurs furent repousss).
    Page  94: aggression par agression (Cette agression
                d'Ahmeddou).
    Page  97: Dtediba par Diediba (chef des marabouts Diediba).
    Page 100: saisi par saisie (La saisie des biens fut opre).
    Page 104: Sidil-Mokhtar par Sidi-l-Mokhtar (les Toumoudek de
                Sidi-l-Mokhtar).
    Page 116: alls par all (qui tait all vivre prs du fleuve).
    Page 120: Oula par Oulad (Les Oulad Normach).
    Page 120: dissenssions par dissensions (leurs dissensions
                perptuelles). A la mme page, une erreur d'addition
                dans le nombre de camelins est laisse telle quelle
                (12 au lieu de 14).
    Pages 123, 125 (2 fois), 161, 163, 165, 188, 189 et 273:
                Sidi-I-Mokhtar remplac par Sidi-l-Mokhtar.
    Page 123: pu par put (Il retint Bakkar dans le Nord tant qu'il
                put).
    Page 127: On note des diffrences apprciables entre le
                tableau gnalogique des Oulad Siyed prsent ici et
                celui de la page 22. Par exemple, Mokhtar Sidi (le
                quatrime mir dans ce tableau) est montr ici comme
                tant le petit-fils  de Sidi Mohammed. A la page 22 il
                est le fils de Sidi Mohammed.
    Page 130: Soued remplac par Soued (tu en 1884 par les
                Ahel Soued Ahmed).
    Page 131: subsistent remplac par subsiste (Leur descendance
                subsiste  l'heure actuelle).
    Page 132: Beniong par Benioug (fils de Barani dans le Tableau
                n 2).
    Page 135: Hobab par Hobeb (Hobeb n'est pas trs aim).
    Page 140: ses par ces (Les notables de ces fractions sont).
    Page 145: envoie par envoient (Ils font ... et envoient les
                chouf vers le Nord).
    Page 146: aponyme par ponyme (Ahmed l'anctre ponyme).
    Page 149: actss par actes (et de contrler ses actes).
    Page 156: une par un ( ce qui donne  la postrit de l'un et
                de l'autre).
    Page 165: Ckeikh par Cheikh (tous Cheikh rputs).
    Page 171: Abat Negza par Asbat Negza (Les _Asbat Negza_
                devraient s'appeler).
    Page 172: tribu par tribut (et leur imposrent un tribut).
    Page 172: devenu par devenus (Anciens zenaga, devenus tiab).
    Page 175: cimetire par cimetires (les tombeaux et cimetires
                de leurs anctres).
    Page 175: inhums par inhum (o est inhum Cheikh
                Abder-Rahman).
    Page 179: goutter par goter (o il put goter toutes les
                misres de l'exil).
    Page 180: l'auteur mentionne le signe gaf, mais l'image qu'il en
                donne est un qaf sans points.
    Page 182: Sid remplac par Sidi (ils descendent de Sidi
                Mohammed Al-Kounti).
    Page 183: Sidi Mohammed As-Sarir mourut vers 1850: cette date,
                certainement errone, n'est pas corrige.
    Page 184: et et par et (et perdirent 3.000 chameaux).
    Page 186: allianes par alliances (de deux groupes d'alliances).
    Page 189: nous par vous (tous ceux qui vont chez vous de notre
                part).
    Page 194: rejaillissaient par rejaillissait (un assez mauvais
                renom qui rejaillissait sur son chef).
    Page 196: aggressifs par agressifs (ils ne craignaient pas de
                se montrer agressifs).
    Page 197: reprit par repris (Ayant repris sa libert).
    Page 198: sous-fraction par sous-fractions (sont diviss en
                deux sous-fractions).
    Page 206-207: et et par et (entre le Hodh et le Regueba).
    Page 207: Liman par Limam (Ils ont pour chef Mohammed Limam
                ould Al-Boustami).
    Page 207: Le tableau gnalogique de Habrezza est confus au niveau
                des fils de (4) Boustami. La forme donne ici est
                base sur le texte.
    Page 209: notables remplac par notable (et pour notable:
                Ahmoud ould Bachir).
    Page 213: est par et (la runion des Brarka et des Oulad Sidi
                Ahmed).
    Page 217: rapports par rapporte (rapporte par le Tarikh de
                Oualata).
    Page 218: domicilies par domicilis (pour la plupart
                domicilis).
    Page 218: Chamana par Chamama (dans le Chamama auprs de
                Mbagne).
    Page 220: Cheileb par Cheikh (Cheikh Ahmed Mahmoud, n vers
                1868).
    Page 224: Chamana par Chamama (une petite rivire du Chamama).
    Page 224: Mohamme par Mohammed (laissant deux fils: Cheikh
                Mohammed Mahmoud et Moun).
    Page 225: Chamana par Chamama (beaucoup de Toucouleurs du
                Chamama).
    Page 227: oul par ould (Sidi Salem ould Al-Altig).
    Page 232: Ma-I-Anin par Ma-l-Anin (Il fut trs bien reu par
                Ma-l-Anin).
    Page 240: Sied par Siyed (leurs luttes classiques contre les
                Oulad Siyed).
    Page 243: second par seconder (en se faisant seconder par son
                prdcesseur).
    Page 248: un par une (ils ont construit une digue).
    Page 249: de de par de (surtout tidjana, de Saad Bouh).
    Page 264: chef par chez (installes  demeure chez les
                Behahat).
    Page 269: tantes par tentes (La tribu comprend 91 tentes et
                543 mes).
    Page 273: Chamma par Chamama (Ahmed ould Mohammed Anina quitta
                le Chamama).
    Page 276: titre ANNEXE ajout (ANNEXE--GNALOGIE DES TOUMODEK).
    Page 278: zaka par zakat (la zakat et la hadiya ne le sont pas).
    Page 287: dada par daba (Le chef de la daba est Yro
                Diakit).
    Page 290: Alsg par Aleg (la vaste dpression du lac d'Aleg).
    Page 316: puique par puisque (puisque nous ne les avons
                astreints qu' l'impt).
    Page 321: Touabit par Touabir (Touabir-Oulad Yara).
    Page 322: le le par le (pour le Brakna, 20.829 habitants).
    Page 331: Ahmel par Ahmed (payaient aux Ahel Soued Ahmed).
    Page 332: droit par droits (A ct de ces droits).
    Page 337: Diedba par Diediba (leurs patrons Diediba).
    Page 350: Artice par Article (ARTICLE 7.)
    Page 397: Jemonella par Jemouella (Pome gnalogique des Id
                ag Jemouella).
    Annexe VII: le titre de cette annexe, qui manquait dans
                l'original, a t ajout.
    Annexe XIV: 1845 remplac par 1855.
    Annexe XVI bis: cette traduction de l'annexe XVI, place aprs
                l'annexe X dans l'original, a t place ici aprs
                l'annexe XVI.
    Table des matires: dans l'original les annexes XI  XVIII
                portent toutes le numro de page 392, qui est
                maintenu ici.





End of the Project Gutenberg EBook of tudes sur L'Islam et les tribus Maures, by 
Paul Marty

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
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particular state visit www.gutenberg.org/donate

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approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

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