The Project Gutenberg EBook of Lendemains de Guerre des Flandres  la Meuse, by 
Ren Gobillot

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Title: Lendemains de Guerre des Flandres  la Meuse

Author: Ren Gobillot

Illustrator: E. Tatin

Release Date: December 4, 2013 [EBook #44346]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LENDEMAINS DE GUERRE DES ***




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  LENDEMAINS DE GUERRE
  DES FLANDRES A LA MEUSE


  DOUZE DESSINS REHAUSSS

  DE

  E. TATIN


  COMMENTAIRE DE REN GOBILLOT


  D.-A. LONGUET
  IMPRIMEUR-DITEUR
  A PARIS

  1920




LENDEMAINS DE GUERRE
DES FLANDRES A LA MEUSE


La renaissance de la vie dans les villes martyres, telle est la trs
noble et rconfortante pense que M. Tatin s'est propos d'exprimer dans
les douze dessins rehausss qui font l'objet de ce recueil.

Fantassin, puis artilleur aprs qu'une blessure l'et oblig  un
changement d'arme, il a pu au cours de sa campagne de cinquante mois
accumuler croquis, documents, tableaux; mais, au milieu des amas sans
nom o les pierres de France chantaient encore la chanson de tous les
souvenirs qui dormaient en elles, M. Tatin a senti vibrer en lui une
motion profonde qui l'incitait  traduire en mme temps que l'horreur
matrielle des ruines, la forte esprance manant des choses qui ne
veulent pas mourir.

Cette pense, il l'a rendue avec la science et la conscience d'un talent
qui cherche dans son intime sensibilit l'inspiration cratrice, et dont
le faire original claire de larges teintes lumineuses un dessin ferme
o la plume sait trouver souvent les accents du burin.

Son oeuvre, toutefois, n'et t rserve qu' quelques privilgis, si
M. Tatin n'avait eu la pense de faire reproduire ses planches afin
d'accrotre le nombre de ceux qui seraient appels  en jouir.

                                   *
                                  * *

Parler de la barbarie germanique est presque devenu un lieu commun. En
1915 dj, un rapport officiel stigmatisait ainsi les procds de
l'ennemi: On peut dire que jamais une guerre entre nations civilises
n'a eu le caractre sauvage et froce de celle qui est en ce moment
porte sur notre sol par un adversaire implacable... Les faits qui nous
ont t rvls accusent dans la mentalit allemande, depuis 1870, une
tonnante rgression.

Cette opinion fut confirme par les trois annes de guerre qui suivirent
et au cours desquelles la mare allemande, dans ses mouvements de flux
et de reflux, a port de nouveau ses ravages, en certains points du
front, avec une perfection destructrice qui n'avait jamais encore t
atteinte.

De la mer aux Vosges, aux champs de Flandre, d'Artois, de Picardie, de
Champagne, de Lorraine, les cits meurtries se succdent, jalonnant la
voie douloureuse, sacre par tant de morts, de sang, de souffrances et
de ruines, au long de laquelle se disputrent les destines de la
France.

La justice voulait qu'hommage ft rendu aux vaillantes blesses qui
portrent si lourdement le poids de l'invasion et qui, par leur
rsistance, vitrent que la souillure en ft porte plus avant. Leurs
plaies bantes sont l pour affirmer qu'elles furent hroques sous la
mitraille autant qu'elles savaient tre, aux jours heureux, maternelles,
accueillantes et douces.

Suivant les caprices du front, parcourons les douze stations de notre
plerinage.

Tout d'abord, voici Lens! vritable vision de cauchemar, o l'oeuvre de
destruction a atteint son maximum, o tout ce qui n'a pu tre enlev a
t bombard et min, o les galeries ont t noyes et les
installations rases.

Cette ville dont les origines se perdent dans le lointain des temps
gallo-romains, avait t,  l'poque mdivale, le sige d'un comt
florissant et devint,  la fin du XVe sicle, place forte entre les
mains de l'Espagnol.

Le 20 aot 1648, elle assista  la belle victoire que Cond remporta sur
l'arme de Sa Majest Catholique, et, quelques annes plus tard, la paix
des Pyrnes la fit rentrer dans la communaut franaise.

Elle ne comptait gure plus de 3.000 habitants quand, en 1850, fut
entreprise l'exploitation des mines qui devait en faire, chez nous, la
mtropole de la houille.

Aujourd'hui, elle est transforme en une solitude dsole digne de
l'Enfer du Dante, en un inextricable chaos d'o surgissent partout,
comme aux abords de la fosse n 4, d'effrayants spectres de charpentes
et de poutres brises mergeant telles les paves du plus sinistre des
naufrages!

Devant le cataclysme qui est pass l, balayant, soulevant, dchirant et
crasant tout, on serait tent de croire la vie  jamais abolie de ces
champs de ruines, si on ne voyait, par endroits, s'chapper du sein mme
de la terre des volutes de fume, indice de la vie qui dj reprend
dans les caves des corons, o des mineurs se sont rinstalls, en
attendant des abris moins prcaires.

Lens resta en pleine zone d'action pendant presque toute la dure de la
guerre. Douai, au contraire, se trouvait au del du front en pays occup
et si la ville eut moins  souffrir du feu de l'artillerie, le barbare,
cependant, ne la voulut pas rendre intacte.

Ce n'tait pas la premire fois, au cours de son histoire, qu'elle
sentait s'appesantir sur elle les rigueurs de la guerre. En 1479, elle
avait oblig le roi Louis XI, qui l'avait investie,  lever le blocus et
sa joie se traduisit par une procession qui devint dans la suite la
clbre fte de _Gayant_.

Dote d'un Parlement, en 1709, par Louis XIV, elle tomba, un an plus
tard, aux mains de l'ennemi, aprs cinquante-deux jours de tranche
ouverte et ne fut reconquise par Villars qu'en 1712.

Elle vcut ds lors partage entre les travaux de sa Cour de Justice et
ceux de son Universit qui subsista jusqu'en 1887. Malgr son activit
militaire, elle tait reste cit paisible aux rues calmes, bordes de
vieux htels; et ainsi la trouva la guerre.

Aprs l'avoir tenue, quatre annes durant, en arrire de ses lignes,
l'ennemi dut l'abandonner brusquement.

Dans sa fuite, par bonheur trop htive, il n'a pu organiser ici la
destruction aussi minutieusement qu'ailleurs. Bien malgr lui sans
doute, les principaux monuments ont t  peu prs pargns. La place du
March, elle, fut moins favorise et les maisons qui formaient sa
couronne sont pour la plupart rduites en poussire.

Sous la garde du beffroi, symbole des liberts municipales, le march
s'organise. Le terre-plein central s'est garni de baraques improvises,
faites de quelques piquets et de lambeaux de bches, sous lesquelles la
foule afflue, tandis que, le long du trottoir, la voiture d'un messager
des environs assure le ravitaillement de ces boutiques de fortune.

Pas plus que la vieille ville parlementaire des Flandres, la cit
archipiscopale du doux Fnelon n'a t pargne.

A Cambrai, le saccage fut plus grand qu' Douai et ne s'accomplit, l
aussi, qu'au dernier instant; toutefois le souvenir de ses grandeurs
passes lui est un gage de rsurrection prochaine. Submerge par le flot
des premires invasions, elle n'en fut atteinte ni dans son activit ni
dans sa richesse. Plus tard, au lendemain de la lutte sculaire, 
l'issue de laquelle lui furent octroyes ses chartes communales, un de
ses artisans dcouvrait, dit-on, le fin tissu dont la fabrication assura
la renomme des mtiers cambrsiens et auquel on conserva le nom de
batiste en souvenir de son inventeur.

Chaudement dispute pendant les XVIe et XVIIe sicles, elle ne fit
retour  la France qu'en 1677 aprs avoir t assige par Louis XIV en
personne.

Sa prosprit d'avant-guerre en faisait pour l'ennemi une proie
souhaitable qu'il pressura, du reste,  merci et qu'il essaya de
dfigurer quand force lui fut de l'abandonner.

La place d'Armes qui constitue le centre du mouvement et des affaires a
t dmolie. Tout ce bel ensemble n'est plus qu'une masse informe de
dcombres, au milieu desquels l'htel de ville, toujours debout,
prsente de multiples et graves blessures.

La cathdrale, coeur de la vie spirituelle, a t, galement, insulte.
Son clocher, ventr  la hauteur du premier tage, se dresse encore
comme par miracle, mais sa bante dchirure le voue  une prochaine
ruine si l'on n'y porte bientt remde.

Parmi les villes meurtries, Arras se place au premier rang, et il faut
remonter  la prise de la place par Louis XI en 1479 pour retrouver
trace d'une dsolation comparable  celle qui, aujourd'hui, s'offre, ici
mme aux yeux.

Les siges de 1640 et de 1654 l'avaient, en effet, laisse, pour ainsi
dire, intacte et les sicles nous l'avaient transmise avec son cachet
espagnol, ses places entoures d'arcades, ses maisons  pignons en
escalier et son merveilleux htel de ville de la Renaissance, qui lui
conservaient son allure noble de capitale provinciale. Qui reconnatrait
ce charmant dcor dans ces pierres effondres et parses, objets de nos
respects et de notre admiration, dans ces faades dchiquetes o se
lisent encore tant d'mouvantes beauts et de fires souffrances?

La pense de ces douleurs est cependant toute notre esprance,
puisqu'elle nous apporte la certitude qu'en ces monuments rside
toujours une vraie vie, impersonnelle sans doute, mais vie humaine
pourtant en laquelle s'incarnent toutes les existences de la cit.

En ces jours d'preuves, plus encore qu'aux heures paisibles et
prospres, l'htel de ville est la maison commune, celle o tous,
jadis, se runissaient pour contribuer  rendre plus active cette vie
municipale dont nos villes du Nord furent toujours si jalousement
fires.

Ici, une chose s'affirme: la volont de renatre. Peu de localits mme
auront fait preuve d'une telle nergie. Dj, en diffrentes rues, des
maisons, de vraies maisons  tages ont t rebties. Activement, on
pousse les travaux de reconstruction et, afin de hter les dblaiements
qui en sont les prliminaires obligs, des voies Decauville ont t
installes dont l'une arrive jusqu'au coeur de la grande place, o se
poursuit, au milieu du sifflement et du haltement des locomotives,
l'oeuvre de reconstitution.

Malgr les difficults de la tche, on sent qu'une invincible tnacit
prside  ces restaurations et c'est le plus sr gage du bel avenir qui
attend demain la ville sortie de ses cendres.

A mi-chemin d'Arras et d'Amiens, Albert vivait  l'ombre de son clocher.

Clbre par son sanctuaire vnr ds le haut moyen ge, la petite ville
constituait un fief qui fut, au temps de Marie de Mdicis, achet par le
ministre Concini, puis transmis, en 1619,  Charles d'Albert, duc de
Luynes.

Agricole et industrielle, elle devait surtout son dveloppement au
plerinage trs frquent de Notre-Dame de Brebires, qui attirait
chaque anne de pieuses foules. Ses habitants disaient d'elle non sans
fiert: C'est la Lourdes du Nord! et la belle basilique btie de 1885
 1895 dans le style romano-byzantin leur donnait, somme toute, raison.

Avec l'obstination malfaisante qu'il mettait  saccager nos
manifestations de beaut et de foi, l'Allemand s'est acharn sur ce
sanctuaire bni o se trouvaient runis  profusion marbres, vitraux,
mosaques.

Toutes ces oeuvres d'art sont rduites en cendres, ainsi que l'admirable
Vierge dore qui, du haut du clocher, offrait son Fils aux adorations.
Longtemps, la statue mutile par les obus resta penche au-dessus du
vide et comme pleurant sur la dsolation de son temple; puis, un jour,
une dernire rafale la fit s'effondrer au milieu des matriaux amoncels
o elle est encore enfouie.

Albert ne fut pas la seule victime de la terre picarde. La vieille
forteresse de Pronne, endormie dans la ceinture de ses remparts, se
contemplait dans son pass, empanach de nobles souvenirs et de grandes
actions.

Ville fodale et place de guerre, elle joua un rle important au moyen
ge. Deux rois de France, Charles le Simple et Louis XI, y furent
retenus prisonniers et ses murailles assistrent aux luttes acharnes
que les armes du Roi livraient aux gens du duc de Bourgogne.

En 1536, Charles-Quint l'assigea et fut repouss grce  l'hrone
Catherine de Poix, dite Marie Four. Un peu moins d'un sicle plus tard,
en 1631, Louis XIII y signa le trait qui prparait la runion  la
France de la Cerdagne et du Roussillon.

Plus prs de nous, en 1870, elle opposa  l'arme prussienne une
rsistance qui lui valut un bombardement de treize jours, la mutilation
de son clocher et la destruction du huitime de ses maisons.

En rcompense de sa valeureuse conduite, le 12 juillet 1914, au cours de
ftes grandioses, la croix de la Lgion d'honneur tait remise 
l'antique capitale du Vermandois. Six semaines plus tard, l'ennemi
paraissait sous ses murs.

Occupe ds le 28 aot 1914, dlivre peu aprs, elle dut  sa proximit
du front de connatre de dures heures.

Du charmant htel de ville et de son porche vot d'ogives, il ne reste
qu'un informe squelette sur lequel s'est cras son lgant campanile.
Sur ces dcombres, l'ennemi avait placard l'inscription suivante qui
voulait sans doute tre spirituelle: Nicht rgern. Nur wundern. (Ne pas
s'irriter, mais seulement admirer.) Or, bien plutt que la
manifestation de la force brutale, ce qu'il convient d'admirer ici,
c'est le rveil de l'activit. Quelques habitants sont revenus que l'on
voit s'approvisionnant aux boutiques improvises en un coin de la place.
Singulier contraste que celui de la vie qui s'acharne  se rimplanter
dans cette dsolation de mort, et que l'on retrouve partout aussi
nergique et frappant!

Sur une riante colline, dont la rivire des Trois-Doms baigne le pied,
s'levait Montdidier, serre autour de ses deux glises, Saint-Spulcre
et Saint-Pierre, jolis monuments du style flamboyant et de la
Renaissance que n'avait pas dflors le sige victorieusement soutenu
par la place en 1636.

Au dire d'un combattant qui y entra  la suite des Allemands, il semble
qu'un formidable tremblement sismique ait secou le coteau. Ce ne sont
que ruines accumules que dominent quelques carcasses d'difices
lamentables, disjoints, branls jusque dans leurs fondations, au milieu
d'arbres hachs, briss, dchiquets.

Paysage chaotique qui donne l'impression de l'anantissement total! Par
bonheur, l'oeuvre de mort n'atteignit pas partout cette plnitude.

Ainsi en fut-il  Saint-Quentin! Sa situation gographique valut  cette
place ds sa fondation des alternatives de bonne et de mauvaise fortune.
Sige d'un vch cr au lendemain du martyre de l'aptre Quintinius,
elle fut rduite en cendres par les Barbares et dut sa rsurrection 
saint loi qui y institua une communaut de clercs avec mission de
veiller sur le tombeau de saint Quentin. Commerce et industrie
profitrent de l'afflux des plerins, qui, ds le Xe sicle, y
achetaient des draps trs rputs.

Son histoire militaire se rsume en deux siges mmorables: celui de
1557, o la ville, aprs avoir rsist hroquement aux retres de
Philippe II d'Espagne, connut les horreurs de la mise  sac et celui de
1870. Elle dut  sa position stratgique d'assister de 1914  1918  un
nouveau pillage, mais cette fois mthodique, systmatique, organis,
puis lorsque furent rduites  nant ses plus florissantes industries et
dvalises ses maisons, de voir employer contre elle l'artillerie et la
sape. Son htel de ville, bijou des XVe et XVIe sicles, avec ses
arcades, ses trois pignons et son campanile, porte de nombreuses
blessures.

Meurtrie aussi et combien dfigure, l'antique collgiale gothique qui
passe  tort ou  raison pour tre au moins en partie l'oeuvre de Vilard
de Honnecourt! Sa masse merge  l'extrmit de la rue Saint-Andr,
elle-mme borde de dcombres.

Ici, les dgts n'atteignent pas seulement la surface, mais encore les
sous-sols et les importants souterrains amnags sous la place ds le
moyen ge en vue de siges ventuels et qui, tous, furent relis entre
eux afin de permettre la circulation  l'abri des avions et des bombes.

Plus pathtiques encore sont les ruines de Soissons, dont l'admirable
cathdrale des XIIe et XIIIe sicles est de tous nos sanctuaires, le
plus gravement touch.

Sa nef n'existe plus, compltement dtruite par le bombardement;
charpente, vote, murs, piliers se sont effondrs et forment  terre un
monstrueux amas qui spare le choeur du grand portail au-dessus duquel
se dresse, tragique, le moignon de la tour du Sud, poignante silhouette
de ruine qui crie vengeance pour la profanation de la Maison de Dieu!

Autour de la cathdrale, mme spectacle! Le coeur de la ville, cible des
batteries allemandes, a t rduit en miettes. Les rues sont bordes de
dbris informes, sur lesquels on n'est pas peu tonn de voir plante de
loin en loin une pancarte indiquant que la boulangerie X, rinstalle
dans tel autre endroit, se tient  la disposition des clients. L'humour,
on le voit, ne perd pas ses droits et se manifeste en donnant un nouvel
exemple de la force d'me qui rgne aux pays dvasts.

A l'arrire-plan, et dominant  l'extrme horizon ce chaos, surgissent
les deux flches de Saint-Jean-des-Vignes que de nombreux projectiles
ont atteint sans le dfigurer, mais en lui laissant de ces cicatrices
profondes qui sont la marque mme du Germain.

Place sur la route des invasions, au milieu d'une plaine environne de
collines, Soissons eut, du XVe sicle  1870, de nombreux siges 
soutenir, mais l'hrosme de sa dfense ne put que rarement
contrebalancer sa trop dfavorable topographie.

Bien que ville piscopale et malgr ses moutiers nombreux, elle formait
un fief laque qui ne fit retour  la couronne qu'en 1734.

Elle tait autrefois le sige d'une gnralit dont dpendait
Chteau-Thierry. La vassale, bien que n'ayant pas t constamment sous
les feux de l'ennemi, a voulu partager le sort de son antique suzeraine.

Tmoin des deux Marne, deux fois occupe et deux fois dlivre, cette
bonne ville que l'on se reprsente assez bien comme doue de la mme
douce et quite indolence qui tait le propre de son fils le plus
illustre, Jean de La Fontaine, a t successivement,  quatre annes
d'intervalle, tire de sa paresseuse existence.

Moins pargne en 1918 qu'en 1914, elle a d son salut  l'arme soeur
de la Jeune Amrique qui fit l ses premires armes et eut la joie,
malgr de lourdes pertes, de voir aussitt la Victoire sourire  ses
glorieux drapeaux.

Bientt la petite ville aura pans ses plaies. Il n'en sera pas de mme
de la grande cit rmoise dont le martyre dura, sans un jour de rpit,
du dbut de septembre 1914  la fin de septembre 1918, soit
quarante-neuf mois pendant lesquels, sur 14.000 maisons ou difices, le
feu de l'ennemi en a dtruit 12.000.

D'abord occupe pendant que se disputait notre premire grande victoire,
Reims, le 13 septembre 1914, avait accueilli triomphalement le retour de
l'arme franaise. Enthousiasme, hlas, sans lendemain! Le 14 septembre,
en effet, les batteries allemandes, installes  Nogent-l'Abbesse, Berru
et Brimont, envoyaient  la ville ses premiers obus et le tir alla
croissant d'intensit jusqu'au 19 septembre, jour o fut incendie la
cathdrale.

Cette rage qui, tour  tour, pendant plus de quatre ans se manifesta
avec une extrme violence, puis se ralentit pour reprendre ensuite comme
obissant  quelque rythme mystrieux, marquait une volont fermement
arrte d'atteindre  la fois l'art et l'me de la France, en dtruisant
le monument dans lequel s'incarnait notre gnie et notre histoire, le
sanctuaire mme de la royaut et de la nation franaise, cri de beaut
suprme jet par le XIIIe sicle, o vibraient et palpitaient tant de
nobles, de vivants, de triomphants souvenirs!

On a pu dire de cet difice avec raison qu'il est notre Parthnon
puisqu'il est l'une des plus pures conceptions du style franais,
l'opus francigenum de nos Pres, en mme temps que le tmoin de nos
Gestes.

L'antique capitale des _Remi_ avait vu Clovis venir recevoir le baptme
et l'onction des mains de saint Remi. La cathdrale vit Jeanne d'Arc,
arrive au terme de sa mission divine, raliser le salut de notre race
en faisant couronner sous ses votes celui qu'on avait surnomm le roi
de Bourges et dont elle avait fait le roi de France.

Vue des ruines de l'archevch, la basilique des Sacres, aurole du
nimbe des martyrs parat encore plus imposante et plus fire! A son
ombre un pauvre arbre dcouronn par la mitraille achve de mourir et
ses feuilles, avant que de tomber, jettent sur les dentelles de la
pierre, un dernier rayon d'or, ultime hommage de la nature  la beaut!

Les Rmois ont puis dans le spectacle de leur cathdrale invaincue une
nergie admirable. Aprs avoir longtemps brav les bombes, vcu, jour et
nuit, la vie souterraine et montr en toutes circonstances, un touchant
attachement aux cendres de leurs foyers, ils durent par ordre suprieur
quitter leur ville. Mais  peine la victoire eut-elle branl le front
de Champagne si longtemps inchang qu'ils rapparurent aussitt afin de
reprendre possession de la terre aime et meurtrie.

Aujourd'hui, ils sont dj 50.000! Ils vivent on se demande comment,
mais les rues bordes de dcombres prsentent une animation de bon
augure. Des baraques juches sur les ruines abritent des magasins. Les
grandes maisons de vins ont repris leurs affaires; les usines
renaissent, des verreries ont rallum leurs fours; des tissages
recommencent  tourner, prs desquels on voit dj quatre ou cinq
teintureries. Merveilleux exemple de ce que peut sur la volont d'un
peuple l'amour du sol et la force des traditions!

Reims avait t la charnire du front de Champagne, Verdun fut la
charnire mme de tout le front de France.

Place forte au centre d'un pays svre que sa situation aux Marches de
Lorraine semble avoir prdestine  tre le champ clos o
s'entrechoqueraient les races, Verdun, l'un des Trois-vchs de jadis,
fut toujours trs convoit. Sa runion  la couronne par Henri II date
de 1552.

Par deux fois, elle vit l'invasion se heurter  ses murs; en 1792
d'abord, puis en 1870, o elle rsista plus de trois mois et ne capitula
qu'aprs avoir tent, par de meurtrires sorties, de rompre
l'investissement.

Ds le lendemain de nos dsastres, elle reprit sa garde sur les Ctes de
Meuse au milieu de cet appareil guerrier qui lui donnait, ds le temps
de paix, une physionomie trs personnelle et vcut en se prparant 
soutenir la premire attaque de l'ennemi; mais elle l'attendait,
sereine, parce que sre d'elle-mme et de ses dfenseurs.

L'avenir justifia sa confiance. Citadelle inviole, au moment le plus
tragique de la lutte, elle incarne en elle la patrie tout entire et son
hroque rsistance est une pope trs pure dans la grande pope
franaise.

Pendant la lutte d'une anne qui se droula autour d'elle, des forts de
Douaumont et de Vaux  la cote 304 et au Mort-Homme, toutes nos armes
participrent  sa dfense et la trouvrent toujours inbranlable malgr
ses brches sans nombre.

Sous ses murs, notre volont de tenir triompha de la volont de
vaincre qui animait l'ennemi. Ce fut vraiment l'instant culminant de la
guerre et la vieille citadelle en est sortie dchire mais glorieuse
aprs avoir assist  la plus effroyable des batailles de la plus
effroyable des guerres.

Au milieu de ses villages tragiques, anantis, pulvriss, de ses bois
rass, de ses campagnes laboures, ventres, houleuses, au sol rid de
petites vagues de terre, Verdun renat.

Bien que protge maintenant par Metz, elle garde son me militaire. Au
printemps de 1919, son aspect voquait encore les grands mouvements de
troupes et les files de camions des heures graves de la bataille avec
l'alternance de ses courants. Mais cette animation, gaie et de bon aloi,
n'est plus domine par l'pouvantable fracas de la lutte acharne o la
mort coupait  pleine faux.

Bientt elle aura recouvr sa vie d'autrefois et avec beaucoup d'autres
soeurs blesses, elle pourra reprendre pour son compte la devise de
Chteaudun, la ville martyre de 1870: _Extincta revivisco!_

                                   *
                                  * *

Ananties, elles revivent! C'est bien l, en effet, le miracle qui
s'accomplit tout au long de notre front martel, o avec le pote on et
t tent de rpter: _Sunt lacrymae rerum!_ Mais ces larmes, parce
qu'elles sont une manifestation de souffrance, sont encore une preuve
d'amour et portent en soi, par le fait mme, des promesses de vie.

Hindenburg avait dit: On ne fait pas la guerre avec de la sensibilit.
Les ruines que sema son arme en sont la dmonstration vivante; mais
dans leur dsarroi, nos pierres crieront plus encore que la barbarie de
l'Allemand, la belle fidlit de nos populations du Nord et de l'Est
qui, mues, elles aussi, de la grande piti de la terre de France,
reviennent dans leurs villes et dans leurs villages afin de rdifier,
sur l'emplacement de leur foyer dtruit, le nouveau foyer o elles
entretiendront, durant une longue paix, le feu sacr de la vie.

  Ce 16e dcembre 1919.

  REN GOBILLOT.




  TABLE DES DESSINS


  1. LENS.--La fosse n 4.

  2. DOUAI.--La place du march.

  3. CAMBRAI.--La cathdrale.

  4. ARRAS.--La petite place, L'htel de ville et le beffroi.

  5. ALBERT.--Les ruines de Notre-Dame de Brebires.

  6. PRONNE.--Place de l'Htel-de-Ville.

  7. MONTDIDIER.--Vue gnrale.

  8. SAINT-QUENTIN.--La Collgiale vue de la rue Saint-Andr.

  9. SOISSONS.--La cathdrale et la rue de la Buerie.

  10. CHATEAU-THIERRY.--Rue du Marchal-Ptain.

  11. REIMS.--La cathdrale vue des ruines de l'archevch.

  12. VERDUN.--Rue Saint-Paul.


TIRAGE LIMIT A 300 EXEMPLAIRES

Exemplaire N : de dpt lgal


MACON, PROTAT FRRES, IMPRIMEURS.




  ILLUSTRATIONS


  _Lens. - Fosse 4. - 26 Aot 1919._
  E. TATIN. 1919.

  _Douai. - Place de l'htel-de-Ville. - 26 Aot 1919._
  E. TATIN. 1919.

  _Cambrai. - Le Campanille vu de la rue St Nicolas. - Aot 1919._
  E. TATIN. 1919.

  _Arras. - La petite place, l'htel de ville et le beffroi._
  E. TATIN. 1919.

  _Albert. Somme. - La Basilique. - Septembre 1919._
  E. TATIN. 1919.

  _Pronne. Somme. - Place de l'htel de ville. - Septembre 1919._
  E. TATIN.

  _Montdidier. - Septembre 1919._
  E. TATIN. 1919.

  _Saint Quentin. - La Basilique et rue Saint-Andr. - Aot 1919._
  E. TATIN. 1919.

  _Soissons. - Rue de la Buerie et la Cathdrale. - Septembre 1919._
  E. TATIN.

  _Chateau Thierry. - Rue du Marchal Ptain. - Mai 1919._
  E. TATIN. 1919.

  _Reims. - La Cathdrale. - Septembre 1919._
  E. TATIN.

  _Verdun. - Place et rue Saint Paul. - mai 1919._
  E. TATIN. _Verdun 1919._





End of the Project Gutenberg EBook of Lendemains de Guerre des Flandres  l
 Meuse, by Ren Gobillot

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LENDEMAINS DE GUERRE DES ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

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