Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1609, 27 dcembre 1873, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: L'Illustration, No. 1609, 27 dcembre 1873

Author: Various

Release Date: November 24, 2013 [EBook #44277]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1609, 27 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

RDACTION, ADMINISTRATION, BUREAUX D'ABONNEMENTS
28, rue de Verneuil, Paris

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1609
SAMEDI 27 DCEMBRE 1873

SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DTAIL
60, rue de Richelieu, Paris

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel, broch, 18 fr.;
reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois, 18 fr.;--un an, 34 fr.;
tranger, le port en sus.

Les demandes d'abonnements doivent tre accompagnes d'un mandat-poste
ou d'une valeur  vue sur Paris  l'ordre de M. Auguste Marc,
directeur-grant.



SOMMAIRE

TEXTE

Histoire de la semaine.
Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand.

Nos gravures:

La veille du 1er janvier (fin).
La Soeur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par H. Mayne Reid.

Revue littraire; les Livres d'trennes (II), par M. Jules Claretie.

Bibliographie.

_La Nature_, revue des sciences en 1873.

[Illustration: M. AGASSIZ.]



SOMMAIRE

GRAVURES

M. Agassiz;
L'le Sainte-Marguerite;
Le mle de dbarquement;
Le fort et les prisons;
Vue de la pointe de la Croisette.
Thtre des Varits: _Les Merveilleuses_, comdie en cinq actes de M.
Victorien Sardou.
_La premire leon. Un regard en passant_, d'aprs les tableaux de M.
Boutibonne.
Les tortues de mer  Paris: dcapitation d'une grosse tortue.
_La Soeur perdue_, par M. Mayne Reid (4 gravures).
Nouvelle boue de sauvetage lumineuse (systme Silas), gravure extraite
du journal _la Nature_.
Rbus.



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

La politique chme; au dehors pas plus qu'au dedans nous n'avons cette
semaine  signaler aucun vnement d'une importance vraiment srieuse;
il semble qu'au moment o l'anne finit, chacun se recueille pour jeter
un regard en arrire et se prparer aux luttes nouvelles que nous
rserve l'avenir. L'Assemble nationale vote  la hte les derniers
articles du budget avant de prendre le cong de quelques jours qu'elle
s'est octroye  l'occasion de la nouvelle anne; le calme qui prside 
cette discussion a  peine t troubl par quelques incidents presque
aussitt termins que soulevs, mais dont quelques-uns mritent d'tre
signals.

Notons d'abord la prsentation, par M. Clapier, du projet de loi relatif
 la nomination des maires, dont l'Assemble a vot l'urgence et qui a
t inscrit  l'ordre du jour immdiatement aprs le budget; nous avons
parl plusieurs fois dj de ce projet; il nous suffira donc de dire que
le travail de la commission a eu pour rsultat de faire subir plusieurs
modifications importantes  la rdaction primitivement propose par le
gouvernement. Ainsi, M. le ministre de l'intrieur acceptait pour le
gouvernement l'obligation de prendre les maires dans les conseils
municipaux: telle tait la rgle gnrale. Ce ne devait tre qu'en cas
de dmission ou de rvocation qu'ils auraient pu tre choisis hors des
conseils; La commission va plus loin: elle autorise le gouvernement 
les prendre  sa volont, soit dans le conseil, soit en dehors de
celui-ci, avec cette seule restriction, assez bnigne, que dans ce
dernier cas il sera ncessaire de recourir soit  un arrt du ministre
de l'intrieur pour les communes o la nomination est laisse aux
prfets, soit  un dcret dlibr en conseil des ministres, pour les
communes o la nomination est rserve au gouvernement, c'est--dire
dans tous les chefs-lieux de dpartement, d'arrondissement ou de canton.
Une seconde diffrence porte sur la nomination des agents de police.
Dans son projet, le gouvernement l'enlevait aux maires  qui elle
appartient actuellement pour toutes les communes auxquelles la loi du
24-29 juillet 1867 (article 23) n'est pas applicable, c'est--dire
celles qui ont moins de 40,000 mes de population: il se l'attribuait 
lui-mme sans aucune exception. La commission a maintenu le droit des
maires, non pas toutefois dans son intgrit. D'abord, elle subordonne
leur choix  l'agrment des prfets et sous-prfets; elle a, de plus,
modifi l'article 12 de l'excellente loi du 18 juillet 1837, en vertu
duquel le maire _suspend_ et _rvoque_ ces agents municipaux; ils
pourront toujours, comme par le pass, tre suspendus par le maire; mais
le prfet seul aura le droit de les rvoquer: la loi les place ainsi 
peu prs dans les mmes conditions que les gardes champtres. Grce  ce
double compromis, l'accord s'est tabli entre le gouvernement et la
commission, et la majorit considrable qui s'est manifeste, tant en
faveur de l'urgence, que de la mise  l'ordre du jour pour le terme le
plus proche, permet de croire que l'Assemble ratifiera et votera la loi
dans sa teneur actuelle.

Dans sa sance du 19, l'Assemble a adopt un amendement tendant 
porter de 162,400 francs  300,000 francs la somme alloue au prsident
de la Rpublique pour frais de reprsentation. Cette augmentation de
crdit, destine  donner plus d'clat aux rceptions officielles du
prsident pendant son sjour au palais de l'Elyse, intressait trop,
directement le commerce parisien pour ne pas tre favorablement
accueillie par toutes les fractions de l'Assemble; malheureusement il a
fallu que les passions politiques, inopportunment remises en jeu par
une observation intempestive, vinssent gter ces bonnes dispositions; 
propos d'une question toute financire, on a parl du retour du
gouvernement  Paris; on a voqu le souvenir de la Commune, et c'est au
milieu d'un conflit d'invectives qu'a fini cette discussion o tout le
monde tait d'accord en commenant.

Signalons, pour terminer, l'interpellation adresse au gouvernement par
la gauche au sujet d'une convention rcemment intervenue entre le
ministre des finances et le mandataire de l'ex-impratrice pour la leve
du squestre qui pse sur la liste civile de Napolon III. En attendant
la discussion en sance publique, porte  l'ordre du jour aprs la loi
sur la nomination des maires, M. Deseilligny, ministre du commerce, a
fourni  la commission du budget quelques explications sur la question.
Le ministre a ajout que les signataires de la convention avaient cru se
conformer  ce qui s'tait fait  l'gard de la liste civile de
Louis-Philippe, et avaient pens qu'il tait de haute convenance, en
dehors de tout parti politique, de soulager la situation douloureuse o
se trouvait l'impratrice au point de vue pcuniaire.

Il a ajout que le gouvernement avait, en cela, le droit d'agir sans
recourir  l'assentiment de l'Assemble, attendu que le squestre avait
t mis par un simple dcret du gouvernement de la dfense nationale, et
qu'il suffisait, par consquent, d'un nouveau dcret pour dfaire ce
qu'un dcret avait fait.

AUTRICHE.

Les journaux de Vienne contiennent quelques renseignements sur les lois
ecclsiastiques qui vont tre prochainement prsentes au Reichsrath par
le gouvernement. On n'en compte pas moins de dix-sept, et quelques-unes
d'entre elles auront une grande importance, notamment celle qui prononce
l'abolition complte et dfinitive du concordat conclu avec la cour de
Rome le 18 aot 1855. On sait que cette convention tablissait la
censure ecclsiastique sur les livres, ce qui tait la ngation absolue
de la libert de la presse: elle donnait aux vques la surveillance de
toutes les coles, mme laques; elle confrait  l'piscopat une
entire indpendance vis--vis du gouvernement; non-seulement tous les
actes mans du Saint-Sige pouvaient tre publis dans l'empire sans
aucune ncessit d'obtenir le _placet_ royal, mais encore les
archevques et vques avaient la facult de convoquer aussi, sans
autorisation du gouvernement, soit des conciles provinciaux, soit des
synodes diocsains: double libert qui leur est refuse en France par
les articles 1 et 4 du titre Ier de la loi du 18 germinal an X (8 avril
1802), plus connue sous le nom d'articles organiques, contre lesquels,
du reste, on le sait, le Saint-Sige n'a cess et ne cesse de protester.
Les lois ecclsiastiques que prpare le gouvernement autrichien
rgleront en outre le mariage civil, les patronats, la surveillance des
sminaires, etc.; elles contiendront aussi des clauses relatives  la
condition des vieux-catholiques. Sur cette dernire question, on
s'attend  des dbats assez vifs, et dj les adeptes de cette petite
glise ont adress au gouvernement une demande tendante  faire
reconnatre  l'vque Reinkens, Prussien et vieux-catholique, un droit
de juridiction ecclsiastique en Autriche. Cette requte insolite a t
repousse.

ITALIE.

Sa Saintet le pape a tenu, le 22 dcembre, un consistoire dans lequel
il a nomm cardinaux:

Mgr de Nascimento de Moraes Cardoso, patriarche de Lisbonne; Mgr
Guibert, archevque de Paris; Mgr Rgnier, archevque de Cambrai; Mgr de
Simor, archevque de Gran; Mgr de Tarnoczy, archevque de Salzbourg; Mgr
Chigi, nonce apostolique  Pans; Mgr Mariano Darrio y Fernandez,
archevque de Valence; Mgr Mariano Falcinelli Antoniacci, nonce du
Saint-Sige  Vienne; Mgr Alex. Franchi, nonce du Saint-Sige  Madrid;
Mgr L. Oreglia de Santo-Stefano, nonce du Saint-Sige  Lisbonne; le R.
P. Tarquini, de la Compagnie de Jsus; le R. P. Martinelli, des moines
de Saint-Angustin. Dans le mme consistoire, le Pape a nomm aussi
quatre vques _in partibus infidelium_ et trois vques en Italie.

Il a nomm aussi:

Mgr Olteanu, vque de Gran-Varadin (Hongrie); Mgr Corona, vque de
Saint-Louis de Potosi; Mgr Hillion, vque du cap Hatien.

TATS-UNIS.

L'affaire du _Virginius_ vient d'entrer dans une phase nouvelle et assez
imprvue; ce sont maintenant les tats-Unis qui font droit aux
susceptibilits de l'Espagne.

On sait que, d'aprs la convention relative au _Virginius_ le
gouvernement espagnol devait prouver avant le 25 dcembre,  la
satisfaction des tats-Unis, que ce vaisseau n'avait pas le droit de
porter le pavillon amricain, et qu'ainsi il avait t lgalement saisi.
D'aprs une dpche de Washington, le procureur gnral des tats-Unis a
admis la preuve comme valable, le _Virginius_ n'ayant obtenu ses papiers
qu'au moyen d'un faux tmoignage. Le cabinet de Washington s'est dclar
prt  accepter les consquences de ce fait.

Nous ne savons encore quelles en seront toutes les consquences, mais il
est certain que la dcision du procureur gnral des tats-Unis est un
vritable succs pour le gouvernement de M. Castelar et qu'elle fait le
plus grand honneur  l'impartialit de la magistrature amricaine.



COURRIER DE PARIS

Celui qui cderait au dsir de faire l'oraison funbre de l'anne
n'aurait pas  se donner beaucoup de peine. Il lui suffirait de quelques
mots, genre sombre. Cette anne est de celles qu'on ne regrette pas.
A-t-elle t assez absurde! S'est-elle montre assez maussade, assez
ennuyeuse, assez ennuye! Elle a vu s'oprer deux ou trois rvolutions
parlementaires aussi insipides qu'elle-mme. Pendant sa dure, Paris a
reu la visite d'un prince d'Orient, couleur de suie, tout couvert de
diamants mais qui ne donnait que des salamalecks. L'hippopotame du
Jardin des Plantes a succomb  des peines de coeur; M. Ernest Renan a
fait paratre l'_Antchrist_; trois acadmiciens sont morts; le chapeau
des femmes a redoubl de bizarrerie; un grand thtre a brl; un vilain
procs s'est dnou, trs-peu flatteur pour nous tous; enfin, en guise
de couronnement, il nous est arriv une charrete de monstres.

Tel est le bilan de 1873.

Mil huit cent soixante-treize vient de rendre le dernier soupir ou peu
s'en faut. Eh bien, regardons devant nous; l est l'esprance. Quel
lendemain nous attend? L'avenir est riche de promesses; c'est un
capitaliste qui a son portefeuille plein de lettres de change. Dj la
nouvelle anne, celle qui commencera dans quatre jours, semble vouloir
ne ressembler en rien  sa devancire. On a beau dire que le commerce ne
va pas, elle a l'air de lui forcer la main. Quelle foule dans les rues!
L'argent, qui est de retour, vous le savez, circule tout le long de la
ville. Personne n'a les mains vides; chacun porte son sac de bonbons ou
son polichinelle.

Le baraquement des boulevards n'a plus rien de sa rusticit originelle;
on a encore enjoliv sa mise en scne. Seulement il abuse du _jouet de
l'anne_, un affreux poussah qu'on nomme l'_Oncle Sam_ et qui rappelle
trop l'auteur de la pice de ce nom. Partout ailleurs, de longues files
de boutiques ambulantes s'tablissent sur les trottoirs; c'est  peine
si l'on peut marcher au milieu de cet encombrement.--Nous rencontrons M.
de Laboulaye, occup  acheter un cornet de pralines, sans doute afin
d'adoucir quelqu'un de ses voisins de la Chambre. L'honorable
pamphltaire dit tout haut: --Ah! dame, nos moeurs deviennent
amricaines. La dmocratie coule par ici  pleins bords comme 
New-York.--Presque en mme temps le comte Orloff sort d'un bazar, suivi
d'un lphant en baudruche. Des malins s'crient: --Il doit y avoir un
rbus diplomatique l-dessous. Que veut faire de cet lphant
l'ambassadeur du czar? Le comte Orloff a  amuser un petit garon et
deux petites filles; voil toute l'nigme.

Aux alentours du jour de l'an, aussitt que la nuit arrive, quelque fe
invisible lve sa baguette en l'air et le coup d'oeil change. Les
talages s'illuminent de mille feux. Au gaz municipal se marient les
bougies du petit commerce en plein vent. Vingt mille lanternes de
couleur contribuent  faire un jour nocturne d'une lueur fantastique.
Cette fois, M. de Laboulaye trouverait qu'on n'est plus  New-York mais
 Pkin.--Tous les cercles sont clairs avec un luxe inusit.--Une mode
nouvelle  noter  propos des cercles.--Vous savez que tous ces
tablissements ont, le soir, un dner sous forme de table d'hte.

A ce dner, en ce moment, l'usage veut qu'on ne commence plus par le
classique vermicelle ni par le tapioca dsormais trop enfantin. Tout
cela cde le pas  la soupe  la tortue rehausse de gingembre. Voil
une clef pour les flneurs; depuis un mois la foule stationne  la
devanture des marchands de comestibles; on y est en extase devant
d'normes amphibies. Ces tortues sont le rgal du jour.--_Turtle-soup_,
dit-on en faisant la grimace, autant  cause du mot qu'on ne sait pas
prononcer qu'en raison du mets effroyablement pic.

Pour le coup, Paris devient une parodie de Londres.

Au temps de Vad, la cour et les beaux esprits allaient aux Halles; de
nos jours, le monde aux gants roses va  l'Htel des Ventes, qui est
dcidment l'endroit de Paris le plus affair. Que de choses on y aura
vendues, cet hiver! Une mondaine, Mme A***, une des princesses de la
cocotterie, tant morte, on a apport par l tout ce qu'elle a laiss.
C'tait une succession uniquement mobilire, des appartements en bois de
rose, l'argenterie, les bijoux, la cave, deux voitures, du linge, la
toilette, des objets d'art, le tout valu  un million. Un million rien
que pour des meubles! Si vous voulez prter l'oreille, des chos de
l'htel vous diront que les seules robes ont form le chiffre de 300 000
francs. Voil un luxe dont les honntes gens n'ont assurment aucune
ide. C'est un trait de moeurs  noter. Les familles les plus riches
frissonnent rien qu' la mention de ce fait. O sont alles toutes ces
robes? tant d'toffes neuves, elles serviront de rechef, mais  qui
serviront-elles? Qui peut affirmer que ce ne sera pas aux plus honntes
femmes?

J'ai dj dit un mot de la vente des livres d'mile Gaboriau. Ce brave
garon, frivole en apparence, tait mordu, au fond, d'un srieux dsir
d'apprendre. Il se passionnait pour l'histoire et il s'tait mis 
rechercher les vieilles ditions des crivains graves. Nous lui avons
entendu dire  lui-mme qu'il estimait sa bibliothque  6,000 francs,
au bas mot. C'est tout au plus si les enchres auront fourni la moiti
de cette somme. Des livres, de vieux livres, voil une superfluit dont
notre socit n'est gure friande. Donnez-lui pour 300,000 francs de
robes,  la bonne heure.

Sur la fin de la semaine, on a pu constater un certain empressement 
propos des oeuvres de M. Carpeaux, le sculpteur. Marbres, terres cuites,
bronzes se sont bien vendus. Nanmoins la tte horrible de l'Ugolin des
Tuileries n'a pas trouv d'amateur. Il y a bien trop de mivrerie dans
les allures du jour pour qu'on puisse aimer le Dante comment avec de la
terre glaise. Un comte qui mange ses fils sans couteau ni fourchette, un
Italien de la Renaissance, plus anthropophage qu'un Carabe de Fenimore
Cooper, ce n'est gure tentant d'ailleurs comme bibelot  mettre sur une
tagre. En revanche on a fait fte au modle d'un autre groupe non
moins fameux, mais plus dcollet. Vous avez compris que nous parlons de
cette sarabande effrne, la Danse, qui figure sur le seuil du nouvel
Opra, o, du matin au soir, elle scandalise tous les bons bourgeois
passant par l. Trois concurrents se disputaient ce morceau; on l'a
adjug  8.000 francs.--Cette mme dbauche d'art, un des principaux
confiseurs avait demand  l'artiste la permission d'en faire une
rduction en sucre candi ou en chocolat. Avouez que c'et t d'une
trs-heureuse actualit  l'heure des trennes. Le sculpteur n'a pas
voulu. On lui a dit:

--Monsieur, vous refusez de voir votre nom dans toutes les bouches.

Beauvallet, de la Comdie-Franaise, vient de mourir  Passy, 
soixante-douze ans. Il tait fort bien dou; par malheur, il a abus de
la facilit que lui avait donne le sort pour vouloir faire trop de
choses  la fois. Bon comdien, tragdien passable, il se piquait aussi
d'tre pote, ce qui l'a pouss  faire des vers qui ne devaient pas
vivre. A ses premiers dbuts dans la vie, il avait commenc par tudier
la peinture chez Paul Delaroche. Un jour que Casimir Delavigne visitait
l'atelier, on lui amena l'lve qui se mit  dclamer des vers, une des
Messniennes, celle o trois femmes, trois Muses, apparaissent 
Napolon pour lui prdire tout  tour sa grandeur et sa chute.

--Mon cher monsieur, dit l'auteur des Vpres siciliennes, il se peut que
vous fassiez quelque chose en peinture; cependant je suis sr que vous
russiriez au thtre.

Il n'en fallut pas plus pour enflammer la tte du jeune homme.
Beauvallet jeta l ses crayons et sa palette pour aller au
Conservatoire; aprs les tudes indispensables  un dbutant, il fut
engag  l'Ambigu, o il joua, non sans succs, le drame d'alors. En ce
temps-l, le boulevard oscillait entre les oeuvres de la vieille cole
sentimentale et les premires tentatives du romantisme. Le nouveau venu
trouva moyen de se mettre en relief dans ce genre bizarre; il se fit un
nom en jouant _Caravage_, une histoire arrange de peintre italien. Sa
belle prestance, une voix de tonnerre, un soin merveilleux dans l'art de
s'arranger un costume, ne pouvaient manquer de le faire mettre en
vidence. Le Thtre-Franais ne pouvait manquer de lui ouvrir
trs-prochainement ses portes. Un jour, en 1833, quand Victor Hugo donna
_Angelo, tyran de Padoue_, ce fut  Beauvallet qu'il confia le principal
rle. Il avait  ct de lui, pour lui donner la rplique, deux des
grandes actrices de l'poque, Mlle Mars et Mme Dorval. Il fallait
entendre le superbe podestat lorsque, s'avanant sur la scne, d'un air
tout  la fois effray et menaant, il rcitait le grand monologue sur
le Conseil des Dix. Sans mentir, c'tait  donner la chair de poule.

Beauvallet avait mis tant d'originalit dans ce rle qu'on n'a plus
consenti  le voir jouer par un autre. La parodie se chargea, suivant la
mode du temps, de donner une suprme sanction  son triomphe. Le
Vaudeville, qui n'tait qu'un thtre gai, ne s'inquitant que de faire
rire, avait mis  l'tude une farce intitule _Cornaro ou le tyran pas
doux_. Ce susdit Cornaro, personnage correspondant  celui du drame,
devenait une charge des plus amusantes, grce  Lepeintre jeune, le plus
gros des comdiens. Il criait  tue-tte, celui-l, mme pour demander
ses pantoufles. Faire trembler tout le monde autour de lui tait sa
joie. C'tait pour cela qu'Arnal, l'invitant  parler en sourdine, lui
disait:

--tes-vous le cousin du bourdon Notre-Dame?

Quelle voix! ah! quel creux! Vous effrayez madame.

Et Cornaro de rpondre sur un ton plein de mignardise:

--Je n'ai que le dsir d'tre son beau valet.

Depuis vingt-cinq ans, Beauvallet avait abord le rpertoire classique,
tragdie et comdie. Trs-soigneux, correct, il y tait fort
applaudi.--On a dit mille fois que, de tous les artistes, le comdien a
la vie la plus ingrate, en ce qu'il ne laisse rien aprs lui.

--Bast! rpliquait Sheridan, ayez la patience d'attendre deux ou trois
sicles, et vous verrez ce qui restera des autres!

Il se passe un fait bizarre au sujet des trennes. Tandis que s'accrot
le nombre de ceux qui en demandent, on voit de plus en plus des ratures
se dessiner sur la liste de ceux qui en donnent. Parmi les premiers, on
signale surtout deux nouvelles recrues: l'employ du tlgraphe qui
apporte les dpches et le clerc d'huissier qui remet le papier timbr.
Quant  ceux de l'autre catgorie, ce sont de spirituels sceptiques qui
profitent des moyens de locomotion dont dispose notre XIXe sicle pour
filer et disparatre. Dix ou douze jours d'absence suffisent. On dit:
J'ai un procs en Bretagne, ou bien: Mon vieil oncle de Beauvoisis
vient de mourir d'une coqueluche rentre; et l'on s'en va passer une
quinzaine  Nice. Un voyage d'agrment et une bonne affaire tout  la
fois.

Trois acadmiciens qui se sont rencontrs, jeudi soir, au foyer de
l'Odon, se contaient  demi-voix leurs peines  propos du jour de l'an.
Rien de plus curieux que leurs plaintes  cet gard.

--Figurez-vous, disait l'un d'eux qui avait un bonnet de soie noire sur
la tte, figurez-vous que seize personnes nous poursuivent pour nous
demander chacune la mme chose; comprenez que cette chose ne nous
coterait rien, pas mme la moiti d'un centime et que nanmoins nous ne
pouvons la donner tant que a.

--Qu'est-ce donc?

--Eh! pardieu, un fauteuil.

En effet, il y a trois fauteuils  donner en janvier et seize candidats
qui demandent  les avoir; et tous les seize, suivant l'usage
immmorial, sont individuellement le premier moutardier du pape, ou, si
vous voulez, un homme du bois dont on fait les dieux. Ces dignes
acadmiciens voudraient bien se sauver quelque part, mais leur grandeur
et les jetons de prsence les retiennent au quai Conti.

Il n'y a pas fort longtemps, dans cette divine baraque au palais
Mazarin, il y avait un des Quarante qui n'entendait pas raillerie 
propos d'argent  donner. C'tait Lemontey, l'auteur de l'_Histoire de
la Rgence_.

Un certain jour de l'an, un des garons de l'Institut vint voir
l'historien; il le salua, la casquette  terre, et tendit la main.

Lemontey lui donna une pice de dix sous.

--Comment! rien que a? dit le garon en grommelant entre ses dents.

--Hein! qu'est-ce que c'est? riposta l'immortel furieux. Cinquante
centimes, un demi-franc, ce n'est rien? Eh! malheureux, c'est la quatre
cent millime partie de deux cent mille francs, par consquent de dix
mille livres de rente. Eh! je voudrais bien tre garon de l'Institut
pour en recevoir autant, moi!

P.-J. Proudhon comprenait les trennes d'une autre faon.

L'anne qui a prcd la mort du clbre dialecticien, M. E. Dentu, son
diteur et son voisin, se prsenta chez lui le matin du jour de l'an.

Aprs avoir chang une poigne de main avec lui, il lui montra un petit
paquet envelopp de papier gris.

--Qu'est-ce que c'est que a? dit Proudhon.

--Deux poupes que je vous demande la permission d'offrir  vos deux
petites filles.

En entendant ces mots, l'auteur du livre _De la Justice_ entra tout 
coup dans une colre des plus violentes.

--Des poupes  mes filles! Non, mon cher monsieur, non; je vous le
dfends positivement. Savez-vous l'enseignement qui rsulterait de ce
cadeau? L'amour de l'alanguissement, la coquetterie, la paresse, le
got du luxe, peut-tre de la luxure. C'est bon pour les duchesses,
c'est bon pour les bourgeoises. Tenez, si voulez faire un prsent  ces
enfants, apportez-leur quelque chose d'utile, un d  coudre, des
ciseaux, un paquet d'aiguilles. Qu'elles aient  la main un objet qui,
de bonne heure, leur rappelle qu'elles sont filles de la misre et de la
philosophie et qu'il faut qu'elles songent sans cesse  pouser le
travail!

 certains gards cet esprit de prvoyance se retrouve en grand dans un
mot de Mme Ltitia Bonaparte, la mre de Napolon.--Longtemps prouve,
n'ayant eu de 1790  1799 que 1,500 fr. pour soutenir sa modeste maison
et nourrir ses trois filles, Caroline, Elisa et Pauline, la brave femme
ne pouvait pas se rsoudre  jeter l'argent par les fentres.

En 1809, le 2 janvier, la princesse Pauline vint la voir.

--Madame, l'empereur m'envoie vous faire une question.

--Laquelle?

--Combien avez-vous dpens, hier, en fait d'trennes?

--Ma fille, 3,255 francs.

--3,255 francs! Mais je vous avais remis, de la part de mon frre, 30
000 francs pour faire des largesses! Est-ce que vous comptez placer
cette somme?

--Mon Dieu, oui, Paulette.

--Mais pourquoi faire?

--Pourquoi faire? Pour donner, un jour, du pain  tous les rois et 
toutes les reines qu'on a faits dans ma famille!

L'histoire a prouv par trois fois que l'Agrippine d'Ajaccio n'avait pas
si grand tort.

Philibert Audebrand.



NOS GRAVURES

L'ILE SAINTE-MARGUERITE

[Illustration: Le mle de dbarquement.]

[Illustration: Le fort et les prisons.]

[Illustration: Vue de la pointe de la Croisette.]

[Illustration: THTRE DES VARITS.--_Les Merveilleuses_, comdie en
cinq actes, de M. Victorien Sardou.--Dcors de M. Robecchi.--Costumes de
MM. Eugne. Lacoste et Draner.]



Le naturaliste Agassiz

Le 15 dcembre, un tlgramme fort laconique annonait  l'Europe que
le professeur Agassiz venait de mourir  Boston.

Cet illustre naturaliste mrite mieux qu'une mention d'une ligne.
C'tait le digne successeur des Buffon et des Cuvier, et le monde
scientifique a peu de noms  opposer au sien; en Amrique, nous ne
voyons pas qui est capable de prendre sa place.

Agassiz avait migr aux tats-Unis en 1847,  la suite des vnements
politiques dont la principaut de Neufchtel fut alors le thtre. Il
tait dj clbre et s'tait fait connatre au monde savant par un
ouvrage sur les poissons fossiles, publi ds 1842, et qui est rest
classique en gologie, comme le livre de Cuvier sur les mammifres
teints du bassin de Paris, ou le livre de Brongniart sur la flore
fossile des terrains houillers.

N dans le canton de Vaud en 1807, Agassiz avait tudi en Allemagne, et
fut reu docteur  Munich. Il fut nomm professeur d'histoire naturelle
 Neufchtel ds 1838, et publia en franais, en latin ou en allemand
divers ouvrages de zoologie, dont celui que nous avons cit plus haut a
surtout contribu  le faire connatre.

Ses tudes sur les glaciers, qu'il poursuivit avec une ardeur
infatigable, escaladant tous les pics des Alpes, entre les annes 1840
et 1847, confirmrent la rputation qu'il s'tait acquise parmi les
gologues, et l'on peut dire que lorsqu'il quitta l'Europe, son nom
tait dj universellement connu.

Ses deux collaborateurs, MM. Desor et Vogt, Suisses comme lui, ont
continu les traditions du matre. Ils n'ont cess de marcher  la tte
de la science helvtique, et ils l'ont mme quelquefois pousse en
avant, notamment en anthropologie, avec une virilit, une audace qui ont
pouvant en France plus d'un de nos matres officiels.

Agassiz,  peine arriv aux tats-Unis, fut nomm professeur d'histoire
naturelle  l'Universit de Cambridge, prs Boston, et c'est l que,
vingt ans plus tard, nous l'avons rencontr nous-mme, augmentant,
classant sans cesse ses chres collections, et toujours  l'afft de
nouveaux voyages pour faire progresser la science et ouvrir aux
investigations de l'esprit humain des champs jusque-l inconnus.

      [Note 1: Voyage au Brsil, Paris, Hachette. 1868.]

Avec sa femme, qui ne cessa de le seconder dans ses recherches et de
s'associer  tous ses travaux, comme une vraie Amricaine qu'elle tait,
il entreprit le voyage de l'Amazone. On sait quel trsor de faits
curieux il rapporta de cette exploration, et combien il en accrut ses
collections, notamment en ichthyologie. Ce voyage, publi par Mme
Agassiz, a t traduit en franais (1); l'exploration de l'Amazone a t
mme illustre dans le _Tour du monde_, d'aprs les dessins de Mme
Agassiz, qui tenait aussi bien le pinceau que la plume, dans ces
dernires annes, M. Agassiz avait entrepris l'tude du fond des mers,
et fait  ce sujet sur un navire de guerre amricain, que le
gouvernement des tats-Unis avait mis gnreusement  sa disposition,
une srie de travaux fort intressants poursuivis dans l'un et l'autre
ocan, l'Atlantique et le Pacifique. Il tait aussi all de Boston 
San-Francisco par le cap Horn. Il avait espr que sa sant, branle
par un travail incessant, se relverait dans ce long voyage. Il semble
qu'il n'en a rien t, puisque la nouvelle, de sa mort nous est parvenue
au moment o tout faisait esprer que ses amis et la science pourraient
encore le conserver longtemps.

Dans ce voyage de circumnavigation, les dcouvertes d'Agassiz ont t
presque de tous les jours, sur les courants, la temprature des eaux
marines  diverses profondeurs, le fond de la mer, les animaux qui s'y
rencontrent. C'est lui qui a pour la premire fois dmontr que le fond
des ocans est habit  toutes les profondeurs, contrairement  ce qu'on
avait crit. Que d'espces nouvelles en coraux, coquilles, poissons,
plantes marines il avait ramenes de son dernier voyage! Il tait occup
 classer tout cela,  le distribuer,  le faire connatre avec cette
gnrosit toute amricaine qui le distinguait, quand la mort est venue
le surprendre.

Au physique, c'tait un homme de haute taille, fort vigoureux; ses
traits annonaient l'amnit, la bienveillance, et le moral ne dmentait
pas ce que le physique annonait. Il tait ouvert, sympathique, causait
volontiers et facilement, ne disait du mal de personne, pas mme de ses
confrres, ce qui est rare parmi les savants. Il tait, comme tous les
protestants, fort attach aux doctrines religieuses. Spiritualiste, il
faisait volontiers intervenir la Providence dans la cration des
espces, mais cela ne l'empchait pas d'apporter dans les thories
scientifiques beaucoup d'indpendance. Ainsi il tait, en histoire
naturelle, avec les Lamarck, les Geoffroy Saint-Hilaire, les Goethe, les
Darwin, partisan de la variabilit de l'espce humaine et non de
l'unit, comme le voulaient Buffon et Cuvier, et comme quelques
naturalistes, entre autres M. de Quatrefages, le veulent encore
aujourd'hui.

Il faisait bon march des honneurs, et se contentait du titre de
correspondant de notre Acadmie des sciences, n'ayant jamais voulu
accepter de l'empereur Napolon III, qui l'avait connu et apprci en
suisse, ni le titre de snateur, ni celui de professeur au Collge de
France, ni mme celui de directeur gnral du Musum, place reste,
dit-on, vacante depuis la mort de Cuvier. On essaya de le tenter 
diverses reprises et de le fixer parmi nous; toujours il prfra rester
dans sa patrie d'adoption. Rpublicain il tait en Suisse, rpublicain
il demeura aux tats-Unis. Il vient d'y mourir, combl de gloire sinon
d'honneurs, aim de tous, ayant fait de nombreux lves, n'ayant cess
un jour de travailler et de faire progresser la science, qui a t
l'occupation de toute sa vie. C'tait un homme de bien, _vir probus_, au
sens le plus gnral du mot, un de ces hommes qu'on voit toujours partir
avec le plus vif regret, parce que l'on sent combien il sera difficile,
pour ne pas dire impossible, de les remplacer.

L. Simonin.



Le Fort Sainte-Marguerite

L'ex-marchal Bazaine aurait pu tre envoy dans quelque casemate
oublie, dans quelque prison sans pass, ou mme faire le voyage de la
Nouvelle-Caldonie, en compagnie de ptroleurs. L'opinion publique et
t probablement satisfaite de ce chtiment qui plaait ainsi au mme
rang tous ceux qui ont failli faire sombrer le pays! Mais dcidment la
fortune sourit  Bazaine; pendant que nous grelottons dans le Nord, on
l'envoie dans une contre bnie du ciel, inonde, au coeur de l'hiver,
des chauds rayons du soleil, et dlicieusement rafrachie, en t, par
les brises de mer!...

Heureux marchal! La Providence lui assigne mme la prison  jamais
clbre de l'homme au masque de fer. Etrange caprice du destin!
L'innocent martyr du despotisme de Louis XIV a vcu l, le visage
couvert, les traits constamment voils, tenu dans le plus complet
isolement, tandis que le grand coupable de Metz va sans doute passer les
dernires annes de sa misrable vieillesse en captif heureux, entour
peut-tre de quelques-uns des siens, et  coup sr il n'aura pas pour
gouverneur un matre implacable comme Saint-Mars!

Je me trouvais, il y a peu de mois,  Cannes, et de l on voit se
profiler,  quelques milles en face, les les de Lrins, semblables  de
gigantesques entassements. Si l'on tait oiseau, en deux coups d'aile,
on arriverait  Saint-Honorat ou  Sainte-Marguerite. Sans s'armer d'une
longue-vue, il est parfaitement possible de distinguer les rochers
levs qui bordent les deux les, et l'on peut compter jusqu'aux
fentres du fort Sainte-Marguerite.

Une vingtaine de petits bateaux bariols dansaient dans le port de
Cannes, sous la violente caresse du mistral, et demandaient  grands
cris, par la voix de leurs patrons, quelque promeneur complaisant!

--Monsieur! promenade  Sainte-Marguerite! Bon temps! Bon vent! me cria
l'un des bateliers en me priant du geste de descendre.

--Et combien de temps faut-il pour arriver  l'le!

--Oh! monsieur, pas beaucoup! J'y suis all l'autre jour en moins d'un
quart-d'heure!

--Et le vent est bon? repris-je.

--Excellent! monsieur, deux ris aux voiles et nous filons comme
l'clair!

Inutile de dire que le quart-d'heure du brave batelier se changea en
demi-heure, la demi-heure en trois quarts-d'heure et qu'une heure aprs
nous ne touchions pas encore au mle du dbarquement. En revanche,
j'avais eu la mer la plus moutonneuse du monde; nous avions failli tre
rouls par les vagues; mais quelle baie splendide, que de merveilleux
horizons!

J'eus le malheur de descendre du bateau pour tomber entre les mains d'un
vieux sergent qui ne me lcha pas avant de m'avoir cont,--ce qu'il
savait du reste fort mal,--l'histoire de l'le Sainte-Marguerite.

Il m'expliqua que le fort avait t construit sous Richelieu, puis pris
par les Espagnols, qui l'avaient agrandi, et enfin rpar par Vauban.

En rsum, ce btiment serait peu digne d'intrt si la lgende de
l'homme au masque de fer n'tait pas l pour captiver.

Matthioli, c'est le nom que l'on donnait  ce clbre inconnu, avait une
prison que le marchal Bazaine,--l'homme heureux!--ne connatra sans
doute que de vue! La chambre qu'il habita onze annes n'tait claire
que par une fentre du ct du nord, perce dans un mur de prs de
quatre pieds d'paisseur; on y avait mme prudemment adapt trois
grilles de fer places  une distance gale. Cette fentre donnait sur
la mer.

Ce qui fit supposer  quelques indiscrets que Matthioli devait tre
quelque grand personnage, ce sont d'une part les mesures prises par
Saint-Mars pour loigner de lui mme les geliers, et de l'autre
l'espce de respect dont semblait l'entourer le gouverneur.

De plus, on assure que l'homme au masque de fer portait des vtements
recherchs, de fines dentelles, et qu'on lui fournissait des habits
aussi riches qu'il paraissait le dsirer.

Il n'en fallait pas plus pour faire pleuvoir des milliers de
conjectures: C'est un frre de Louis XIV, disent les uns.--C'est le duc
de Beaufort, assurent les autres.--C'est un fils de Cromwell!...

Quelques anecdotes inventes sans doute viennent  la rescousse, et
notre homme, qui n'tait peut-tre qu'un petit gentilhomme sans grande
importance, passe d'emble  la postrit!

Vous connaissez l'histoire du pcheur qui ramasse sous les fentres de
Matthioli une assiette d'argent sur laquelle se trouvaient inscrits
quelques caractres;--le brave homme rapporte sa trouvaille au
gouverneur, qui lui demande s'il a lu les mots crits sur ce plat: Je
ne sais pas lire! rpond navement le pcheur, et Saint-Mars lui dit:
Allez! Remerciez le ciel de votre ignorance!

Un ingnieux historien,  la vue trs-bonne, affirme qu'il y avait sur
ce plat dsormais historique, ces mots: Louis de Bourbon, comte de
Vermandois, frre de Louis XIV, etc.

Si Bazaine jette jamais ses assiettes par les fentres, les pcheurs
d'aujourd'hui les conserveront peut-tre sans scrupule.

Richard Cortambert.



Varits: "les Merveilleuses", comdie en cinq actes de M. Victorien
Sardou.

Cette fois c'est mon collaborateur M. Morin qui se charge de rendre
compte des _Merveilleuses_, de M. Sardou. Son dessin anim, spirituel et
d'une parfaite exactitude, tient lieu de l'article de thtre. Aussi
bien notre critique  nous serait-elle inutile puisque M. Sardou n'a pas
jug ncessaire d'introduire une action dans sa comdie, qui relve
presque tout entire du dcorateur et du costumier. Quoi? pas le moindre
petit bout d'intrigue? Si vraiment, mais si peu que cela ne vaut pas la
peine d'en parler. Dorlis, que la guerre d'Italie a enlev aux premires
joies de la lune de miel  sa femme Illyrine, retrouve au retour de
Rivoli et d'Arcole, son pouse convolant en secondes noces avec le
citoyen Saint-Amour, chef du cabinet de Barras. Il tait temps, deux
heures plus tard, protge par la loi du divorce, elle devenait madame
Saint-Amour. C'est tout, et cette petite comdie entame  la fin du
quatrime acte se dnoue au cinquime. Il semble que M. Sardou, occup 
faire revivre dans une srie de tableaux vivants les hommes et les
choses du Directoire, et attard longtemps dans les curiosits et les
bibelots du temps, se soit dit: Maintenant que j'ai reconstitu ce
peuple bigarr dans les rues, agit dans les salons cet essaim de
merveilleuses et ce groupe de muscadins, que j'ai plac sur leurs
tagres ce muse archologique des dernires annes du sicle, songeons
un peu  mettre une action dans la pice; si mince qu'elle soit, cela
est toujours assez bon; l'intrt n'est pas l, il est dans cette srie
de tableaux, dans ce panorama des plus mobiles et des plus amusants,
avec ce dcor du premier acte, ce jardin du Palais-galit o s'asseyent
les _incroyables_, le menton cach dans la cravate _cronitique_, avec
_les oreilles de chien_, le chapeau gigantesque en demi-lune, le bas en
tire-bouchon et le bton de houx  la main. L circulent les
carmagnoles, les bouquetires, l se rfugient contre les hues des
_sans-culottes_, les daines _sans-chemises_ que la brutalit de la foule
menace de jeter  l'eau.

Au second tableau, nous sommes sur le perron de la rue Vivienne, o
s'agitent les agioteurs, devant cette boutique de boulanger qui indique
le prix montant et descendant du louis, tiage de la fortune publique.
Au premier tage d'une maison, des joueurs jettent leur or au rteau des
croupiers;  l'entresol, des _marchandes de frivolits_ prlvent des
intrts sur la bonne fortune tente au premier tage. C'est le bruit,
c'est la rue. L'acte suivant nous transporte dans l'htel du financier
Ragot; un bijou, que ce dcor, une merveille de got et d'exactitude,
avec ses pendules, ses candlabres du temps, avec ses siges en forme
d'X, avec ses tasses  th  fond jaune tachet de petites fleurs
noires. L rgnent les _Merveilleuses_, les robes  la _Flore_, les
tuniques  la _Minerve_, la redingote  la _Galathe_, passant par
toutes les nuances, depuis le _Fifi ple effarouch_ jusqu'au _Violet
cul de mouche_. Et les coiffures! Le turban relev avec des plumes
bleues, bonnet Pierrot, bonnet  la Dlie, bonnet  l'Esclavonne. Tout
ce monde fminin caquette et fripe dans ses mains des ventails de crpe
noir lam et paillet d'argent, sur lesquels se montre discrtement
l'effigie de Louis XVI, de la reine et du dauphin, ces ventails au
_Saule pleureur_. Les lgants zazayent de leur petite voix de
femmelette leur parl gazouill et mouvant, et talent leurs habits de
soie raye  queue de morue. MM. de Concourt ont fait dans un excellent
livre l'inventaire par le menu de cette socit du Directoire. Ce
catalogue des choses et des gens, M. Sardou, par une fantaisie d'auteur
dramatique, l'a fait vivre aux Varits. Il a anim les Carie Vernet,
les Debucourt. Cela est fort amusant au dbut, mais fatigue vite chemin
faisant. On feuillette pendant une heure un album de caricatures, mais
toute une soire! c'est un peu long. Et puis, une observation. Comment,
nous voil dans cette socit de l'an de grce 1798, et pas un costume
d'officier ou de gnral? Ce ne sont pourtant pas les militaires qui
faisaient dfaut dans ce monde du Directoire. Il y a l une lacune.

M. Savigny.



Glace et patins: "La premire leon" et "Un regard en passant".

Puisque l'hiver s'obstine  ne pas entrer en scne, faisons tout veill
un rve qui fera tressaillir d'aise les membres du club des patineurs.

Il y a huit jours, le thermomtre est descendu  dix degrs au-dessous
de zro, et depuis lors il s'est rsolument maintenu entre six et huit.
Lacs, tangs, toutes les pices d'eau dormante ont gel, et finalement
la glace a acquis une respectable paisseur.

O bonheur! l'heure heureuse, depuis si longtemps attendue, a donc sonn,
et le moment fortun est venu! Vite, courons, et sans perdre une minute,
au lac, au lac!

Dj sous un ciel gris d'acier, au milieu d'un cercle de grands arbres
tincelants de givre, s'y presse une foule lgante et joyeuse, les
femmes emmitoufles de fourrures, portant le manchon en sautoir; les
hommes vtus du costume de rigueur; bonnet fourr, pelisse, pantalon
collant qui fait valoir les formes et bottes cracoviennes; les uns et
les autres ayant chauss le patin et glissant, se croisant, se
poursuivant sur la glace qu'ils rayent d'un pied plus ou moins habile.

Car s'il en est qui savent proprement faire un dehors, crire
correctement leur nom du bout d'un patin victorieux, il y en a d'autres
aussi qui font beaucoup de fautes d'orthographe, et mme en sont encore
 peler pniblement leur alphabet. Aussi, pour les prsomptueux, que de
msaventures et de chutes, souvent ridicules.

Je ne parle que pour les hommes.

Il est bien entendu que c'est toujours avec grce qu'une femme tombe sur
son pouff, quand cela arrive, ce qui est rare; car, plus timide, ce
n'est que bien soutenue qu'elle se risque  faire ses premiers pas sur
ce terrain glissant, o bientt cependant elle s'lancera, rapide comme
l'hirondelle, en traant comme elle, capricieuse, d'inextricables
mandres.

Quelques-unes cependant ne parviennent jamais  surmonter assez leur
frayeur pour oser chausser le patin, et ce n'est que confortablement et
chaudement tablies dans un traneau qu'elles consentent  fendre l'air,
sous la conduite et la garde de quelque jeune gentleman, avec lequel il
leur est loisible alors d'achever tout  leur aise la conversation en un
autre endroit commence, ou de commencer l'entretien qui sans doute se
terminera ailleurs.

Je n'en jurerais cependant pas, car  quoi le plus souvent tiennent
ici-bas les choses, et de quoi dpendent nos rsolutions les mieux
arrtes? De ceci ou de cela, d'une goutte de pluie, d'un rayon de
soleil, ou encore d'un regard en passant.

Louis Clodion.



Les tortues de mer  Paris.

Il y a longtemps qu'on n'avait vu  Paris des chloniens possdant des
dimensions aussi prodigieuses. Les derniers avaient fait leur apparition
alors que florissait l'empire de l'infortun Maximilien. Depuis lors il
s'est coul moralement plus d'un sicle. Aussi n'est-il pas tonnant
que les tortues de MM. Potel et Chabot aient obtenu un vritable succs
d'estime aussi bien dans la rue Vivienne que sur le boulevard des
Italiens.

Une de ces trangres, rien qu'en agitant ses pattes, a cass innocemment
la glace de la devanture qui la sparait de la rue. Mais ce n'tait pas
pour reconqurir une libert dfinitivement perdue, et dont elle ne
pouvait, dans son tat d'engourdissement, de demi-sommeil, comprendre le
prix.

Ces animaux sont d'une force prodigieuse, et dans leur pays d'origine
d'une tonnante agilit. Ils nagent comme des poissons dans l'Ocan.

C'est surtout lorsque la femelle va pondre ses oeufs que l'on peut
facilement la surprendre et la capturer, ce qui se fait en la retournant
sur le dos, quelquefois  l'aide d'un levier.

L'caille des tortues franches n'a aucune valeur, mais la chair est
trs-dlicate, et il est  dsirer qu'elle figure sur le carreau des
Halles o elle serait trs-rapidement apprcie.

Malheureusement nous sommes si routiniers en matire de gastronomie,
qu'elle est  peu prs compltement perdue pour nous ds qu'elle a servi
 faire du bouillon. Les Anglais, plus pratiques, tirent un excellent
parti de tous les morceaux.

La tortue jouit d'une proprit inestimable pour le transport dans les
pays lointains. On n'a besoin de la fumer ni de la saler, ni de la
placer dans des botes ou dans un garde-manger entour de glace
fondante. Elle arrive vivante des Antilles sans qu'on ait besoin de lui
donner  boire et  manger. On pourrait donc se livrer  une
exploitation rgulire de cette nouvelle matire alimentaire que nous
signalons expressment.

De tous les animaux la tortue est peut-tre celui qui a le cerveau le
moins dvelopp.

Lacpde allait jusqu' prtendre qu'il est de la grosseur d'une
noisette pour un animal pesant 150 kilos.

Mais il n'y a pas, parat-il, d'animal qui soit plus port aux plaisirs
de l'amour. Alors le mle devient froce, et aucun danger ne serait
capable de le dterminer  quitter sa femelle. Mais cela ne dure gure.
Au bout de quelques jours il l'abandonne sans remords, la laissant
regagner pniblement les lots sablonneux o elle dposera ses oeufs, en
grand danger d'tre surprise par les pcheurs qui la guettent. Notre
dessin fait voir les suites invitables de cette surprise. Un aide de
cuisine s'apprte  trancher la tte de la tortue tandis qu'un autre
empche cette tte de rentrer dans la carapace,  l'aide d'un cble et
d'un croc. L'arme des marmitons est l sous les armes, prte 
commencer ses grandes oprations. Jamais mode plus barbare d'excution
n'a t invent. Il faut croire que la tortue a si peu de cervelle
qu'elle ne s'en aperoit presque pas. Car si elle se plaint, c'est si
bas, si bas que jamais personne ne l'a entendue.

W. de Fonvielle.



LA VEILLE DU 1er JANVIER

(Fin)

--Absolument. Et je vais choisir des exemples. Voici Mademoiselle Mimi,
par exemple. J'ai dj dit que je n'entendais pas mdire des
poupes,--le jouet n'empche pas le livre.--La vraie poupe, celle que
l'on peut habiller et dshabiller sans crainte de froisser une robe de
cent francs, qui possde une tte de porcelaine que l'on fait remettre 
neuf par le premier marchand venu du coin quand son propritaire a eu le
malheur de tomber sur le nez, la poupe qui a son trousseau bien simple
de petits bas, de petits pantalons et de petites chemises, que sa maman
blanchit elle-mme, la poupe que l'on mne en voiture et qui fait la
dnette, cette poupe-l est toujours amusante et sera amusante tant que
le monde durera. Mais le soir, quand Mimi viendra sous la lampe demander
 sa maman de lui montrer des images, sera-t-elle contente, oui ou non,
si ces images sont choisies dans un livre  elle,  elle toute seule,
crit pour elle...

--Il y en a donc de ces livres-l.

--Il y en a quarante  l'heure qu'il est, ni plus ni moins, et la
collection des albums de P.-J. Stahl se complte d'anne en anne. C'est
le tableau vivant de l'enfance  tous les degrs, c'est un
chef-d'oeuvre, une galerie sans rivale.

--Mais Mimi ne sait pas lire!...

--Si elle ne sait pas lire encore, elle sait voir au moins; tous les
enfants savent lire dans les livres  images; l'image vue, l'image lue,
on veut savoir au plus juste de quoi il s'agit, et vous tes l, chre
madame, pour lui lire  haute voix les lgendes spirituelles ou
mouvantes que Stahl a donn  traduire en merveilleux dessins au crayon
de Froelich. C'est toute une morale o le code de la premire enfance
est pass en revue article par article.--Il faut aimer son papa, sa
maman et le bon Dieu, voil pour l'me. Il faut manger sa soupe
courageusement jusqu' la dernire cuillere, voil pour le corps. Et
pour la vie pratique: Il ne faut mettre son doigt ni dans son nez, ni
dans les pots de confiture.--Il ne faut pas jouer avec ce qui coupe; les
couteaux ne sont pas un jeu.--Il est abominable d'gratigner son frre,
sa soeur et mme sa bonne.--Il est trs-mal aussi de marcher dans les
ruisseaux, ils ne sont pas faits pour cela.--Il ne faut jamais dire
qu'on n'a pas envie de dormir quand il est huit heures et demie
sonn...

Mon ami et sa femme s'taient mis  rire ds les premiers mots de cette
numration.

--Pauvre Mimi! dit la jeune mre, c'est vrai tout de mme que pas plus
tard que ce soir elle s'est dmene comme un beau petit diable en
prtendant que la pendule avanait et que, vrai, il ne pouvait pas tre
huit heures et demie!...

--_Les Commandements du grand-papa_ lui en apprendront bien d'autres. Et
la _Journe de la clbre mademoiselle Lili_, et la _Bote au lait_, et
le _Journal de Minette_, et les _Ides de mademoiselle Rose_, illustres
par Detaille, et la _Rvolte punie_, et _Hector le fanfaron_, et l'_Ours
de Sibrie_, et _Bonsoir petit pre_, et _Toc-Toc_, et _Mademoiselle
Mouvette_, qui est son portrait vivant, sans compter les albums en
couleur qu'elle pourra manipuler  son aise sans courir le risque de
s'empoisonner, au rebours de ces albums anglais, dont les enluminures
grossires ne sont bonnes qu' crever les yeux ou  gter l'esprit.
C'est une maxime  graver en lettres d'or dans le Code des parents, que
prserver les enfants des niaiseries imprimes, c'est accomplir une
oeuvre pie. Voil tout le secret de la bibliothque Hetzel; P.-J. Stahl,
l'auteur applaudi des _Bonnes fortunes parisiennes_, que vous avez lues
tous les deux,  su tremper sa plume, comme je l'ai vu crire quelque
part, dans un encrier rempli de lait sucr; une nourrice qui aurait
pass par l'Acadmie franaise n'aurait pas su trouver plus de
ressources d'esprit et d'imagination que ce pre Gigogne. J'aurais dit
tout cela dans mon article, je puis bien vous le dire  vous, en
attendant.

--Eh! c'est l prcisment ce que j'tais en train de prcher  ma
femme, s'cria mon ami; mais on n'est jamais prophte en son pays. Je
suis heureux de voir ton succs; on ne t'interrompt plus.

L'interrupteur se contenta de sourire et je poursuivis en ces termes:

J'arrive  Jujules. Savez-vous, chre madame, vous qui parliez tout 
l'heure de livres  choisir par-dessus le march, ce que votre petit
homme de huit ans m'a appris, il n'y a pas six mois? J'tais en train de
lui faire, en vous attendant, un petit cours d'histoire naturelle et,
par tourderie ou par ignorance, je ne sais plus au juste, je m'tais
avis de ranger le crapaud parmi les reptiles malfaisants. Double
erreur, le crapaud n'est pas un reptile et le crapaud n'est pas une bte
malfaisante. L-dessus, voil Jujules qui m'interrompt de sa voix la
plus douce:

--Pardon! mon parrain, mais j'ai lu quelque part que le crapaud n'tait
pas un reptile...

--C'est bien, possible; qu'est-il alors?

--C'est un batracien, mon parrain,  moins que le livre n'ait menti.

Le livre n'avait pas menti; mais voyez-vous votre bambin qui en
remontrait  son matre? Je lui demandai le titre de ce bienheureux
ouvrage. C'tait un des classiques du genre: l'_Histoire d'une bouche
de pain_ de Jean Mac.

--Un de mes cadeaux de l'anne dernire,... murmura mon ami.

--Allons? je suis battue sur toute la ligne, et par un enfant encore!
s'cria la jeune femme. C'est de bonne guerre. Je me rends  discrtion.
Que lui donnerons-nous cette anne au savant Jujules?

Je me levai et je m'en fus chercher dans le coin o je les avais dposs
en entrant, l'_Histoire d'une maison_, de Viollet-le-Duc, et la _Famille
Chester_, de P.-J. Stahl et William Hughes.

--Voici deux nouveauts que vous prendrez la peine de lire avant le 1er
janvier. Car ces excellents livres ont le double mrite qu'ils
conviennent aux petits et ne sont pas inutiles aux grands. Je ne veux
pas tre cru sur parole; il faut que vous appreniez par vous-mme quel
soin svre, quels scrupules ont prsid  la formation de cette
bibliothque d'lite. C'est dj beaucoup de savoir qu'un homme tel que
M. Viollet-le-Duc a pris le meilleur de son temps pour apprendre au
grand public comment se btit une maison, ce que la profession
d'architecte exige de clart dans l'esprit et de rectitude dans le
jugement. Nous avons tout  gagner  ces enseignements-l. On apprend 
tout ge et il n'est jamais trop tard pour aller  l'cole. C'est encore
dans un de ces livres que j'ai trouv la maxime suivante: Je ne doute
pas qu'on ne puisse faire un gros livre de ce que tu sais, disait au
campagnard  son fils qui lui revenait du collge tout enorgueilli de
son grec et de son latin; mais je suis assur qu'on en ferait un plus
gros encore avec tout ce que tu ne sais pas.

--Comment l'appelez-vous ce livre-l?

--_Entre frres et soeurs_. Ce sont des causeries scientifiques pleines
de savoir et de bonne humeur; sign Lucien Biart.



[Illustration: LA PREMIRE LEON.--D'aprs le tableau de M. Boutibonne.]

(Publi avec l'autorisation de MM. Goupil et Cie.)


[Illustration: UN REGARD EN PASSANT.--D'aprs le tableau de
M. Boutibonne.]

(Publi avec l'autorisation de MM. Goupil et Cie.)

--C'est l'auteur de ce joli volume de nouvelles que tu as lues avec tant
de plaisir, dans la _Revue des deux mondes_, ajouta mon ami, et qui ont
paru en volume  la mme librairie Hetzel, sous le titre des _Clients du
docteur Bernagius_, et  l'usage des femmes d'esprit.

--C'est cela mme. Ajoutez que nous nous retrouverons constamment avec
des crivains amis. Aprs Viollet-le-Duc, P.-J. Stahl et Lucien Biart,
il faudrait nommer Jules Sandeau et sa _Roche aux Mouettes_,
Erckmann-Chatrian et _Madame Thrse_, Hector Malot et son Romain
_Kalbris_, et d'autres tout aussi connus auxquels j'arriverai tout 
l'heure. Mais ce n'est pas fini. Le 1er janvier de Jujules serait trop
maigre si vous vous borniez  deux livres; vous y ajouterez la _Soeur
perdue_, de Mayne-Reid, qui fait suite aux _Aventures de terre et de
mer_, qu'il a dj reues l'anne dernire, et l'_Histoire du Ciel_, de
Flammarion, qui manque  sa bibliothque. Je me charge de la _Roche aux
Mouettes_, de Jules Sandeau et de _Romain Kalbris_, d'Hector Malot.

--Ah a! s'cria mon ami, du train dont nous y allons, il ne restera
rien pour Edouard!

--Rassurez-vous, la bibliothque d'ducation et de rcration en a pour
tous les ges et pour tous les gots. Edouard est dj un petit homme
srieux. Entre temps, il sait manier trs-convenablement le compas et
l'querre. Tandis que Jujules lui prtera son _Histoire d'une maison_,
Edouard fui confiera en change la collection des _Voyages
extraordinaires_ de Jules Verne...

Mais c'est que je les lis, moi aussi, ces voyages!... s'cria la jeune
femme en me coupant la parole, y en a-t-il de nouveaux?

--Ah! je vous y prends! Que me disiez-vous donc tout  l'heure, que vous
vous en reposiez sur le premier libraire venu du choix de ces lectures?
Jules Verne tout au moins aurait t dsign  l'avance et pour ce seul
aveu il vous sera beaucoup pardonn. Certes oui, il y en a de nouveaux
et ce ne sont pas les moins merveilleux. J'ai apport le _Pays des
fourrures_, dont je puis parle en connaissance de cause, car je l'ai
dj lu dans le _Magasin d'ducation_. Vous avez encore le _Tour du
monde, en quatre-vingts jours_, un chef-d'oeuvre d'invention, une sorte
de conte des Mille et une nuits, avec la fantaisie drgle en moins, et
en plus l'imagination scientifique. Ce sont de fameux pendants  _Vingt
mille lieues sous les mers_, au _Voyage dans la Lune_ et au _Centre de
la terre_,  _Cinq semaines en ballon_, aux _Enfants du capitaine,
Grant_, au _Capitaine Hatteras_, etc. Cet tonnant romancier poursuit un
plan qui consiste  faire faire  son public la dcouverte successive de
toutes les parties du monde et de tous les phnomnes du globe. Nous
avons encore un bon bout de chemin en perspective. Savez-vous ce qu'il
m'a rpondu tout dernirement? Je lui demandais quelles surprises
nouvelles il nous rservait et s'il nous tait permis de compter sur une
deuxime srie aussi riche que la prcdente.

--N'est-ce que cela! me dit-il gaiement, apprenez qu'elle est toute
compose cette srie  venir; il ne me faut plus que le temps de
l'crire.

--Tout va bien, rpliqua mon ami, mais avec tout cela je ne vois pas
pourquoi tu nous a parl du compas et de l'querre d'douard?

--M'y voici. Nous lui donnerons les Sciences usuelles et leurs
applications mises  la porte de tous, par le capitaine de frgate
Louis du Temple. Ce livre-l serait un peu trop srieux pour Jujules; il
fera le bonheur d'douard. Figurez-vous, mes amis, la mcanique et la
gomtrie racontes par un homme qui a appris la science  de pauvres
mcaniciens de la marine,  des gens presque illettrs mais pleins
d'ardeur, de bon vouloir et de dvouement. Ce sera bien le diable si
sous la direction d'un tel matre Edouard ne devient pas un mcanicien
de premier ordre. Je tiens  tre l pour jouir de sa joie quand il
recevra ce magnifique volume, et si vos mains sont trop pleines de
cadeaux pour y joindre celui-l, c'est moi qui m'en chargerai.

--Mais non! dit la jeune femme en riant, je n'accepte pas l'pigramme;
me voil bel et bien convertie, et je vous promets que le n 18 de la
rue Jacob comptera dsormais une cliente aussi assidue que dvoue.
N'abusez pas de votre victoire.

--Ainsi, ajouta mon ami, c'est toute une bibliothque que nous
introduisons dans la famille. Quelle heureuse chance pour moi d'avoir eu
pour auxiliaire un ami dont le mtier consiste prcisment  lire les
livres nouveaux pour guider autant que possible le choix du grand
public. Si grce  toi, le budget des trennes est un peu plus lourd que
de coutume, je ne m'en plaindrai pas.

--C'est encore une erreur, rpondis-je, et ce sera mon dernier mot. Le
plus riche, le plus luxueux de ces beaux livres, les _Contes de
Perrault_, de Dor, qu'il faudra donner  Mimi, dans un an ou deux, ne
cote pas  beaucoup prs ce que cote une soire dans un thtre de
genre, qui trop souvent se trouve tre un thtre de mauvais genre; il
cote moins qu'un joujou vulgaire de chez Giroux, une bote de bonbons
de Roissier, une fleur artificielle  mettre dans vos cheveux, madame,
ou la fume de quelques cigares de choix que monsieur achtera au
Grand-Htel. Direz-vous que ce qui serait trop d'argent pour une chose
qui reste ne serait rien pour une chose qui passe?

--Non! non! s'crirent en choeur mes deux amis, le mari et la femme,
associs et rconcilis dans le mme sentiment. Nous voil d'accord.

--Tout est donc bien qui finit bien, rpondis-je en fermant l'entretien;
cela finit d'autant mieux que mon article est fait. Tant pis pour vous,
je vous prviens que je vais livrer au public toute notre conversation
sans y changer un mot.

--Tu ne nous nommeras pas au moins!

--Je le jure! Je me bornerai  vous soumettre mon procs-verbal et 
signer pour copie conforme:

Prosper Chazel.



LA SOEUR PERDUE

Une histoire du Gran Chaco

(Suite)


CHAPITRE X

ARRTS PAR UN RIACHO.

LES GYMNOTES

Les voyageurs se trouvaient  un mille de distance de leur dernire
halte quand les hautes berges du Pilcomayo commencrent  se dprimer,
puis  s'abaisser jusqu' se mettre presque de niveau avec le fleuve. La
colline qu'ils avaient jusqu'alors suivie se continuait sur l'autre
bord, comme si elle et t coupe par le courant qui formait en cet
endroit une srie de rapides contre lesquels l'eau se brisait en
bouillonnant et avec un bruit assourdissant.

Les voyageurs n'y prtrent pas attention; ils descendirent la pente et
continurent  remonter le cours d'eau.

Ils ne tardrent pas  se heurter contre un obstacle inattendu. C'tait
une sorte de ruisseau lent, un _riacho_ (2) qui dbouchait
perpendiculairement dans le Pilcomayo ou en sortait, suivant la saison
et les caprices de l'inondation. En ce moment il semblait tre immobile,
parce que la rivire principale, subitement enfle par l'ouragan,
arrtait le courant plus tranquille de son affluent. Ses eaux taient
jauntres et comme mles de terre et de sable. Le seul moyen d'en
savoir la profondeur tait d'y entrer  cheval, mais l'exprience tait
dangereuse.

      [Note 2: Le _riacho_ de l'Amrique du Sud est un cours d'eau
      tributaire d'une grande rivire. Il ressemble au bayou de la
      Louisiane. En temps d'inondation son courant change de direction
      et revient sur lui-mme.]

Il ne fallait pas songer  tourner pour le franchir au-dessus de sa
source, ni  chercher un gu en le remontant. Le riacho tait droit
comme un canal, et les cavaliers pouvaient le suivre des yeux  travers
la plaine sur une tendue de plus de dix milles prsentant toujours la
mme largeur et probablement la mme profondeur que sous la tte de
leurs chevaux.

Que faire? remonter jusqu' la source aurait exig une demi-journe tout
entire. Cypriano tait trop impatient pour y songer et Gaspardo
lui-mme paraissait mdiocrement dispos  un retard. Essayer de passer
 l'endroit o ils se trouvaient semblait tre une entreprise
hasardeuse; il leur faudrait peut-tre nager. Cependant cette
alternative ne les et pas arrts si le bord oppos avait offert une
pente douce ou quelque point facile qui permit aux chevaux d'aborder.
Mais il n'en tait pas ainsi; au contraire, la berge s'levait
perpendiculairement  plus de deux pieds au-dessus de l'eau, et, sous
l'eau, cette sorte de muraille pouvait tre encore plus profonde. Les
voyageurs taient dans l'impossibilit d'valuer la profondeur  cause
de la coloration de l'eau, consquence de la tormenta, et il n'existait
ni courant ni rides pour les aider  se former une opinion mme
approximative.

Ils restaient indcis sur leurs selles. S'il avait t seul, Cypriano,
dans son impatience, aurait lanc son cheval en plein cours d'eau, mais
Gaspardo avait mis la main sur la bride en lui disant: Patience! il est
bon de rflchir, mme avant de faire une folie.

Ils demeurrent ainsi pendant plus de dix minutes, tantt jetant les
yeux sur le ruisseau, tantt se regardant les uns les autres.

_Gracias a Dios!_ que Dieu soit lou! s'cria tout d'un coup le
gaucho.

Il profra cette exclamation d'un ton si satisfait et avec un tel soupir
de soulagement que ses jeunes camarades comprirent que le problme tait
rsolu et que le moyen de passer tait dcouvert.

Qu'avez-vous imagin, mon bon Gaspardo? demanda Cypriano, toujours le
plus prompt  interroger.

--Regardez l-bas, dit Gaspardo? en montrant de la main l'endroit o
l'affluent runissait ses eaux  celles du fleuve. Que voyez-vous
l-bas, senoritos?

--Rien de particulier, quelques grands oiseaux blancs avec de longs
becs, qui ressemblent  des grues.

--Certainement, ce sont des grues, et mme des grues soldats, des
_garzones_ (3). Eh bien! qu'en pensez-vous?

      [Note 3: Le _garzon_ est la plus grande des grues de l'Amrique du
      Sud. Il possde une hauteur de cinq pieds; ses jambes sont longues
      et grles; son bec pointu est immense; il a sous la gorge un sac
      rouge comme un plican et son plumage est presque d'un blanc de
      neige.]

--Qu'elles nagent?

--Nager! pas le moins du monde. Le garzon ne nage jamais. Elles passent
 gu, senoritos; oui!  gu.

--Eh bien! aprs? fit Ludwig.

--Comment! aprs? Je suis tonn que vous, naturaliste, un savant qui
avez appris  raisonner, vous ne liriez pas la conclusion d'un fait
aussi clair.

--Quelle conclusion? demanda navement le jeune savant.

--La plus simple du monde,  savoir que comme le dit la chanson, si les
canards l'ont bien pass, nous passerons nous aussi le riacho. Les grues
ont de longues jambes, c'est vrai, mais o un garzon peut passer, un
cheval n'est pas oblig de nager. Non, muchachos! nous traverserons 
l'endroit o ces gros oiseaux blancs sont en train de s'amuser. Nous
pourrions mme peut-tre le faire ici, mais cela serait moins sr. Il y
a videmment une barre de sable entre le riacho et la rivire et voil
pourquoi les grues sont  l'eau. J'ajoute que, si elles y sont, ce n'est
pas pour le simple plaisir d'y prendre un bain de pieds. Il est probable
que l'orage a troubl les poissons et les a ramens du large contre la
barre. Les grues, les trouvant l  leur porte, y sont venues  leur
tour. Tout s'enchane  merveille, vous le voyez, et nous n'avons
nous-mmes rien de mieux  faire que de mettre  profit le rsultat de
l'exprience faite par les grues.

Le gaucho avait raison. Les _garzones_ taient activement occups 
pcher; les uns plongeaient leur bec sous l'eau, d'autres, la tte
renverse, montraient sous leur gorge de vastes poches carlates
gonfles par le poisson qu'ils s'efforcaient d'engloutir.

C'est piti de les dranger de leur dner, dit Gaspardo, surtout aprs
le service qu'elles nous ont rendu en nous montrant le gu. Por Dios! Il
nous faut pourtant le faire, il n'y a pas moyen de l'viter. Allons,
senoritos, descendons, nous demanderons en passant pardon  mesdames les
grues de la libert que nous prenons  leurs dpens.

En disant ces mois, Gaspardo se dirigea vers le confluent des deux cours
d'eau, suivi par ses compagnons qui n'avaient fait, comme on le pense,
aucune objection au discours du brave gaucho.

Au bout de deux cents pas, ils arrivaient au territoire de pche des
grues.

Ces grands oiseaux, effrays par l'approche de cratures si diffrentes
de celles qu'ils voyaient ordinairement, se htrent d'avaler le contenu
de leurs poches carlates, puis, agitant leurs grandes ailes au-dessus
de l'eau, s'levrent dans les airs en protestant par leurs cris contre
le drangement qu'on leur causait!

Pendant un moment, ils tournrent au-dessus de la tte des cavaliers en
poussant leurs notes perantes, comme s'ils avaient espr disputer aux
cavaliers le passage du ruisseau. Cependant, quand les chevaux se mirent
 l'eau, ils comprirent que pour le moment leur pche tait finie, et,
cessant leurs bruyantes dmonstrations, ils partirent l'un aprs l'autre
en qute d'une retraite plus tranquille.

Le passage tait tel que Gaspardo l'avait suppos; c'tait une barre
entre le fleuve principal et son tributaire. Ni en aval ni en amont les
chevaux n'auraient pu passer  gu, et mme sr la barre, au point le
plus profond, leurs sangles baignaient dans l'eau.

La distance  parcourir tait de plus de cent mtres, car c'tait 
cette place que le riacho avait sa plus grande largeur.

Ils avaient franchi les deux tiers du passage et se flicitaient dj
d'tre bientt arrivs sur l'autre rive, quand tout d'un coup les
chevaux firent halte en frmissant de la tte aux pieds.

Au mme instant, chacun des trois cavaliers ressentit une commotion
trange et tellement simultane, que leurs exclamations s'chapprent de
leurs trois bouches  la fois comme d'un seul gosier..

Gaspardo seul reconnut la cause de ces chocs imprvus.

Caramba! s'cria-t-il, c'est une raie lectrique. Non pas une, mais
peut-tre un millier! Il y en a tout autour de nous, je le vois bien au
frmissement des chevaux. Donnez de l'peron, senoritos! donnez de
l'peron, ou nos btes paralyses n'atteindront jamais le bord!

Ainsi apostrophs, les jeunes gens piqurent de toute la force de leurs
talons, et leurs montures s'avancrent encore, mais avec inquitude et
une visible irrsolution. Parfois elles essayaient de reculer en dpit
des coups d'peron.

Les cavaliers n'chappaient pas  cette influence. Le fluide subtil
courant le long des membres des chevaux, pntrait dans le systme
nerveux des hommes et leur causait de violentes secousses. Tous les
trois se sentirent d'autant plus troubls, que la force ne pouvait rien
contre l'obstacle bizarre qui s'opposait  leur marche en avant.
Gaspardo seul conservait encore assez de prsence d'esprit pour parler
et agir.

peronnez, criait-il, peronnez! si nous ne gagnons pas le bord
rapidement, les gymnotes auront raison de nous et de nos btes. Nos
chevaux s'enfonceront dans l'eau comme des pierres et nous-mmes, si
nous n'chappons pas  l'influence de ces infernales btes, nous ne
pourrons passer ni  gu ni en nageant. En avant donc, senoritos! Jouez
de la cravache et des perons comme s'il s'agissait du salut de nos
Ames!

Ludwig et Cypriano n'avaient pas besoin d'tre excits. Ils sentaient
parfaitement l'imminence du pril et ne comprenaient que trop que chaque
minute le dcuplait. Tous deux poussaient leurs montures autant que le
leur permettait leur nergie dfaillante.

Gaspardo le premier finit par atteindre le bord; il fut suivi de prs
par Cypriano. Mais quand tous deux, se retournant, jetrent les yeux sur
Ludwig, ils s'aperurent que celui-ci tait rest en arrire d'eux, 
quelques mtres de la rive; son cheval tremblait comme une feuille et
refusait d'avancer. Le cavalier commenait  perdre la tte en voyant
l'inutilit de ses efforts. Tout d'un coup sa monture cessa de bouger.
Le gaucho et Cypriano la virent peu  peu enfoncer. Evidemment Ludwig
tait hors d'tat de la retenir,

Cypriano fit mine de descendre de cheval et de se jeter  l'eau pour
aller au secours de son cousin.

Gardez-vous-en bien, s'cria le gaucho. Vous n'arriverez qu' prir
avec lui. Il y a mieux  faire pour le salut de Ludwig.

En mme temps il dtachait son lazzo de sa selle et le faisait tournoyer
autour de sa selle. Le noeud coulant tomba juste sur les paules de
Ludwig. Le jeune homme enlev de sa bte abordait, cinq minutes aprs,
sain et sauf sur le rivage.

Sans perdre un instant, le gaucho relcha le lazzo, le dtacha
promptement des paules de Ludwig, le fit siffler encore, et le lana
sur le cheval, dont l'arrire-train tait dj sous l'eau.

Cette fois, la boucle largement ouverte tomba sur le cou de l'animal en
entourant dans sa premire moiti la haute selle espagnole qu'il
portait; Gaspardo, assurant solidement le lazzo autour de son poignet et
de son avant-bras, fit faire demi-tour  sa propre monture du ct
oppos  la rive, et l'encourageant de la voix, il la lana d'un lan
vigoureux en avant.


CHAPITRE XI

LE POISSON QUI FAIT DU FEU

Il y eut une lutte violente au milieu du riacho; elle dura peu. Le
cheval de Ludwig reprenait courage en se sentant secouru; il fit un
effort de vigueur pour aider  celui qui tait tent en sa faveur; ses
jambes de derrire, dgages, reprirent bientt leur fonction, et il
finit par prendre terre  son tour.

Le bord de ce cours d'eau bourbeuse prsentait un trange tableau; les
trois chevaux frissonnant semblaient prs de dfaillir, et leurs
cavaliers n'taient gure dans un meilleur tat.

Le plus g des trois conservait encore un peu de force, mais il tait
loin de se sentir aussi solide et aussi alerte que d'habitude. Jamais il
n'avait subi une si violente attaque des gymnotes, et il ne pouvait
s'expliquer leur puissance extraordinaire qu'en l'attribuant 
l'lectricit de la tempte, qui sans doute avait surexcit en elles
l'nergie du fluide.

C'tait l en effet l'explication la plus plausible du fait; la raie
lectrique, parfois compltement inoffensive, est d'autres fois l'animal
le plus dangereux qu'il soit possible de rencontrer au sein des eaux.

Les chevaux furent quelque temps avant de se remettre de l'influence et
des souffrances causes par les dcharges galvaniques des gymnotes. Les
cavaliers et Gaspardo lui-mme avouaient qu'ils se sentaient trs-mal 
leur ai$e. Cependant le gaucho finit par retrouver sa vaillante humeur.
Le succs de sa double pche au lazzo, la premire qu'il et faite en ce
genre, l'avait ragaillardi, et il communiqua un peu de son entrain  ses
deux compagnons. Ils reprirent sans dlai leur voyage, et, tout en
continuant  suivre les bords du Pilcomayo, Gaspardo donnait  ses
jeunes compagnons toutes les observations  sa connaissance relativement
aux singuliers animaux auxquels ils avaient eu tant de peine  se
soustraire.

Les gauchos, dit-il, les appellent des raies: cependant j'ai entendu le
senor Ludovico (il dsignait ainsi le pre de Ludwig) leur donner le nom
de gymnotes (4). Je suppose que c'est celui qui est connu des
naturalistes.

      [Note 4: La gymnote possde une merveilleuse puissance lectrique.
      Les chevaux e! les bestiaux qui passent  gu les marcages ou
      ruisseaux peupls par ces singulires cratures succombent souvent
      sous leurs chocs galvaniques. L'incident que nous rapportons est
      en parfaite concordance avec les phnomnes observs.]

--C'est vrai, rpondit le jeune Ludwig en s'intressant aux paroles de
Gaspardo. C'est l en effet leur nom scientifique.

--Avez-vous jamais vu de prs un de ces vilains diables? demanda
Gaspardo.

--Non, rpliqua Ludwig, mais j'ai souvent entendu mon pre en parler.

A ces mots de : pre, un nuage passa sur les traits du jeune homme; il
tait vident qu'il ne pensait dj plus aux gymnotes.

Moi, dit Gaspardo, j'en ai vu beaucoup. Prs de l'endroit o j'allais 
l'cole, il y avait une espce de mare qui tait pleine de raies
lectriques, et nous autres enfants nous nous en amusions beaucoup,
quoique nous en eussions trs-peur. Vous allez voir que ce n'tait pas
sans raison. Je me souviens qu'un jour j'assistai  un triste spectacle.
Un vieux boeuf, qui n'avait plus qu'un oeil, s'tait laiss choir dans
cette mare. Les enfants ne doutent de rien; j'avais eu la chance
d'accrocher, avant que la pauvre bte ne ft  vau-l'eau, une corde 
l'extrmit de ses cornes; nous nous mimes une douzaine au moins  tirer
sur cette corde, persuads que nos efforts suffiraient  ramener le
pauvre animal du gouffre o il tait tomb. Naturellement nous n'y
parvnmes pas. Le malheureux boeuf n'en eut pas pour longtemps. Je le
vois encore, aprs s'tre dbattu un instant, s'abmer tout d'un coup
sous l'eau, comme s'il et t frapp d'un coup de foudre invisible.
Jamais je n'oublierai le regard de dtresse qu'il nous jeta avant de
disparatre; ils ont de si bons regards, les boeufs; mais ce que
j'oublierai encore moins, c'est le chtiment inattendu que nous remes
du propritaire du boeuf, dont nous esprions des remerciements,
chtiment d, nous dit-il,  la maladresse de nos efforts.

C'tait le matre d'cole lui-mme, un homme pratique, qui ne se payait
ni de bonnes paroles ni mme de bonnes intentions. Vous vous tes tous
conduits comme des imbciles, s'cria-t-il, en essayant de faire une
chose tellement au-dessus de vos forces. Il fallait crier au secours,
venir me chercher. Je n'tais pas loin et mon boeuf serait encore en
vie. Savoir ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas, connatre la mesure
de ses forces est indispensable  tout ge, et pour que vous vous
souveniez de cette utile maxime, je vais vous appliquer  chacun quelque
chose qui vous la fixera dans la mmoire.

Nous remes tous une demi-douzaine de frules. Jamais correction ne
fut administre avec une plus grande impartialit. Chacun en eut son
compte.

--C'tait un mchant homme ce matre d'cole, s'cria Cypriano...

--Un peu rude, j'en conviens, rpondit Gaspardo, mais c'tait surtout un
homme sens et judicieux. Ces frules m'ont sauv de bien des sottises
dans ma vie, et, s'il faut tout dire, elle vous a t utile  vous-mme.
Je me la suis rappele  propos dans notre caverne, tout  l'heure,
quand il s'agissait d'abattre  coups de fusil notre second tigre.
L'affaire tait chanceuse. C'est grce  la mmorable leon de notre
vieux matre que j'ai donn la prfrence  notre fuse sur une dcharge
d'artillerie dont reflet n'tait pas certain. Pour en revenir  nos
raies lectriques, je ne me doutais pas,  l'poque o s'est passe
l'histoire que je viens de vous raconter, que j'aurais  me tirer
d'affaire avec elles aujourd'hui et dans une circonstance aussi srieuse
que celle d'o nous sortons. Soyez sr, mon cher Ludwig, que le souvenir
du boeuf et de la leon nergique subie  cause de lui m'a inspir
heureusement tout  l'heure, quand je me suis servi de mon cheval comme
d'un remorqueur pour le vtre.

--Pauvre Gaspardo, dit Cypriano, c'est pourtant vrai que nous voici tenu
de bnir le vieux matre d'cole auquel il a d un enseignement si
difficile  oublier.

La conversation continua sur les raies lectriques.

Vous dites que vous avez vu des raies lectriques, cousin, demanda
Ludwig. A quoi ressemblent-elles?

--Le gaucho peut vous le dire mieux que moi.

--A quoi ressemblent-elles, Gaspardo?

--Ma foi, _muchachos_, si l'on me demandait de faire une description de
ces vilaines btes, je rpondrais qu'elles ne ressemblent  rien.
L'animal le plus laid de la cration pourrait tre vex de leur tre
compar. S'il y a de l'eau en enfer, c'est d'animaux comme ceux-l
qu'elle doit tre peuple.

--Tout cela ne nous apprend pas  quoi ressemble une raie lectrique,
interrompit Ludwig, auquel l'amour de l'histoire naturelle faisait
dsirer une description plus prcise.

--Non certainement, rpliqua le gaucho, mais ce n'est pas une chose
aise que de dcrire un poisson qui n'est peut-tre pas un poisson,
quoiqu'il passe son temps sous l'eau.

--Quant  tre un poisson, c'est un poisson, fit le jeune naturaliste,
tout aussi bien que les autres raies, mais quelle est sa forme, sa
couleur? sa dimension?

Mayne Reid.

(_La suite prochainement._)



[Illustration: LES TORTUES DE MER A PARIS.--Dcapitation d'une grosse
tortue.]

LA SOEUR PERDUE PAR MAYNE REID

[Illustration: Le vieux mle gisait inanim.]

[Illustration: De petits hiboux occupaient le sol en commun avec les
quadrupdes.]

[Illustration: Chacun d'eux pench sur le sol.]

[Illustration: La construction en tait toute primitive.]



REVUE LITTRAIRE

LES LIVRES D'TRENNES

II

Parmi tous ces livres gaufrs et dors que le jour de l'an fait natre,
il en est un que je trouve particulirement recommandable, c'est le
_Magasin d'ducation et de rcration_, fond, il y a quelques annes,
par M. J. Hetzel, avec la collaboration spciale de Jean Mac et de
Jules Verne. Le _Magasin d'ducation_ en est arriv maintenant  sa
neuvime anne,  son dix-huitime volume, et la plupart des ouvrages
qu'il a publis, _Les Anglais au ple nord, Les Enfants du capitaine
Hatteras, Le Pays des fourrures_, de Jules Verne, _La Roche aux
Mouettes_, de Jules Sandeau, _Les Contes du chteau_, de Jean Mac, et
les dlicieuses historiettes de P.-J. Stahl, ses contes et rcits de
morale familire, sont rapidement devenus populaires. Je ne sais rien de
plus intressant et de plus curieux que de feuilleter, sous la lampe,
ces volumes o la gravure vient en aide  l'imagination, o le dessin
explique et anime le texte, o les yeux sont charms avant l'esprit. Les
enfants seraient trop heureux si ces beaux livres, ces rcits qui les
captivent, qui les amusent, ces images qui les sduisent, si tout cela
tait fait pour eux seuls. Mais les parents,--ces grands enfants,--y
trouvent aussi leur compte. Il y a, dans le _Magasin d'ducation_, comme
dans toute la bibliothque d'Hetzel, des catgories de lectures pour
tous les ges.

D'abord, le premier ge, qui se plaira, par exemple,  cette capricieuse
histoire de _La Famille Chester_, que P.-J. Stahl a crite en
collaboration avec W. Hugues, ou encore  _La Comdie enfantine_ et aux
jolis dessins de Froment, adorables comme des fresques antiques ou comme
les meilleurs tableaux d'Hamon. En ce genre, _La Bote au lait_, tableau
de la premire commission de Fanchette, est tout  fait une chose
exquise. Les hsitations de Fanchette portant la bote au lait  tante
Rose, ses stations, ses tentations, sa gourmandise bientt punie, tout
cela est rendu avec une dlicatesse infinie, et c'est l une vritable
oeuvre d'art.

Le deuxime ge et la jeunesse ont les rcits didactiques de Jean Mac
et de Viollet-le-Duc, l'_Histoire d'une maison_, entre autres, o
l'minent architecte explique avec beaucoup de clart et d'esprit
comment on s'y prend pour conduire un logis de la base au faite. Il faut
placer aussi dans cette catgorie les romans de Lucien Biart ou du
capitaine Mayne-Reid, les aventures de terre et de mer dont les lecteurs
de l'_Illustration_ ont pu mieux que personne mesurer le mrite,
puisqu'ils connaissent _La Soeur perdue_, ce vigoureux tableau de moeurs
exotiques.

Les parents enfin, ceux qui lisent ces livres par-dessus les paules et
la tte de leurs enfants, ont pour eux _Le Tour du monde en 80 jours_ et
_Le Pays des fourrures_, et la _Gographie de la France_ et les
_Sciences usuelles_, mises  la porte de tous par M. Louis du Temple,
un capitaine de frgate qui crit avec une lucidit tonnante. Elle est
riche, on le sait, cette collection Hetzel, et les dix-huit volumes du
_Magasin d'ducation_ forment,  eux seuls, une bibliothque vritable,
la plus instructive et la plus attachante. Quelle richesse d'inventions,
quelle dpense d'imagination et de talent! Comme ce Magasin est
suprieur  notre pauvre _Journal des Enfants_ qui faisait jadis notre
joie! On y sent  chaque page la main d'un artiste et d'un lettr. Cet
homme-double, c'est Hetzel, le plus fin moraliste, l'crivain dlicat,
l'homme qui sait le mieux ce qui plat le plus  ces critiques svres;
les enfants. Hetzel a vraiment cr tout un genre de livres, et n'et-il
pas droit  la renomme littraire la plus brillante (il en a fait don 
P.-J. Stahl), qu'il mriterait encore d'tre bni des lettres pour avoir
fond en France un genre moral et familier, mais artistique, que la
France ne connaissait pas.

Cette fois, outre les deux volumes annuels de ce _Magasin d'ducation_
dont la collection entire, les deux sries, formeraient la plus
magnifique trenne et la plus intelligente qu'on pt donner, Hetzel
publie plusieurs excellents ouvrages que j'ai grand plaisir  signaler
et d'une faon toute spciale.

C'est, ai-je dit, _La Famille Chester_, de P.-J. Stahl. Cette histoire
de deux petits orphelins, qui ne sont autres que deux malheureux
_rats_ de Londres, et fait sourire J.-J. Grandville. Les dessins sont
de Froelich et ils sont ravissants. C'est l'_Histoire d'une maison_, de
Viollet-le-Duc, avec des illustrations et des figures qui mettent ce
grand art de l'architecture  la porte de tous. C'est le joli volume de
Lucien Biart, _Entre frres et soeurs_, o toutes les menues
connaissances scientifiques indispensables  la conversation sont
enfermes avec beaucoup de talent. C'est, encore une fois, _La Soeur
perdue_, de Mayne-Reid, c'est enfin l'oeuvre de Jules Verne, qui se
trouve augmente de deux volumes, _Le Tour du monde en 80 jours_ et _Le
Pays des fourrures_. Lorsqu'on parle de Jules Verne, il suffit de donner
le titre de son nouveau livre; il a son public, sa spcialit, son
originalit, et personne auprs du public n'a plus de vogue que lui. Le
fait est que ses rcits, o la fantaisie se mle si agrablement  la
science, sont des plus attachants. Je sais des lecteurs qui en sont
fanatiques. _Le Tour du monde en 80 jours_ et _Le Pays des fourrures_
auront certainement, ou, pour mieux dire, ont maintenant le succs des
prcdents ouvrages de l'auteur, _Cinq semaines en ballon_, ou encore
_De la Terre  la Lune_. M. Verne a videmment mis  profit, pour crire
et dcrire son _Pays des fourrures_, les rcits intressants de M.
Hayes, mais il a peint d'une touche toute personnelle ces paysages du
ple, cette mer de glace, ces _icebergs_, et de telle faon qu'on ne
saurait les oublier. Ce dernier livre est l'un de ses bons livres, Il
vaut tout ce que l'auteur a fait de mieux et l'Acadmie pourra fort bien
le couronner, comme elle a couronn les prcdents ouvrages et le
_Magasin d'ducation_ tout entier.

J'ai dit quel petit chef-d'oeuvre c'tait que _La Boite au lait_, de M.
Froment; il faut ajouter qu'Hetzel publie, dans le mme genre,
d'adorables albums, comme _Les Commandements du grand papa_, illustrs
par Lorentz Froelich, et _Les Aventures de Mademoiselle Minette_, qui se
recommandent tout particulirement au public par le nom de l'artiste qui
en a sign les dessins. C'est Coinchon, un brave garon, garde national
de marche au 19 janvier, et tu, comme Henri Rgnault, devant le mur de
Buzenval. Coinchon a fait pour Mademoiselle Minette des tudes de chats
et de chattes absolument russies. Il y avait un vrai talent chez le
malheureux jeune homme. On ne saurait trop louer ces livres-albums, dont
le texte est de P.-J. Stahl, et il faut avoir, pour crire les lgendes
de ces dessins, un talent d'crivain d'une trempe parfaite. Cela n'a
l'air de rien, ces quelques lignes mises au bas d'un croquis de Froelich
ou de Froment, et, pour les tracer, il faut possder  la fois les
qualits les plus rares, la finesse, la simplicit, l'motion, une
certaine tendresse, la science de l'enfance, toutes choses qui ne se
peuvent trouver, on l'avouera, que chez des natures d'lite.

Hetzel a donc donn, cette anne comme les annes prcdentes, des
oeuvres de choix, et il en prpare dj de nouvelles, l'_Histoire d'un
ne_, par Stahl, l'_le mystrieuse_, par J. Verne, _Une Mre_, par M.
Legouv, et la _Petite soeur_, par M. de Laprade. Et c'est plaisir de
voir tous les bons esprits et les coeurs haut placs aider dans son
entreprise l'homme qui a su faire ainsi une rvolution dans la librairie
et crer une bibliothque pour les jeunes esprits, qui seront plus
heureux que notre gnration sacrifie et pntreront peut-tre par la
porte au seuil de laquelle nous aurons us nos efforts, dans cette
socit quilibre o le bonheur, dit-on (pourquoi ne l'esprerait-on
pas?) sera mieux rparti entre tous, l'injure de la patrie tant depuis
longtemps venge.

Ce ne sont pas l d'ailleurs les seuls livres d'trennes qu'il nous faut
encore signaler. M. Gaston Tissandier a, depuis un an, fond une sorte
de revue illustre des sciences qu'il appelle La Nature. La premire
anne est finie et forme dj un beau volume d'une utilit et d'un
intrt absolus. MM. Dehrain, Flammarion, C.-M. Gariel,--un esprit
suprieur, un de nos anciens compagnons de classe,--Amde Guillemin, E.
Margoll, etc., composent la rdaction de ce recueil que je n'ai point
qualit pour analyser ou critiquer, mais dont je signale avec plaisir
l'apparition et dont je constate le succs.

M. le marquis de Cherville a publi aussi (chez Didot) un bien joli
volume. On connat son _Histoire d'un trop bon chien_. Cette fois, M. de
Cherville nous conte l'_Histoire naturelle en action_. Il est chasseur,
il est campagnard, il adore les animaux, tout en les abattant d'un coup
de Lefaucheux; mais,  dire vrai, le gibier et lui n'en sont pas moins
bons amis. La preuve en est dans la faon dont il en parle. On n'a pas
plus d'esprit et pas plus d'motion juste et non affecte que n'en a M.
de Cherville en ces pages qui instruisent et qui amusent, et qui
mritent d'tre relues. L'_Histoire naturelle en action_ est un des plus
instructifs recueils de nouvelles qu'on ait publis depuis longtemps.

Et les _Contes du bibliophile Jacob  ses petits enfants_? M. Paul
Lacroix a fait tenir dans ces pages et dans ces quelques rcits toute
l'histoire de France de 1350  1695. Chaque pisode choisi par le savant
auteur de tant de travaux estims forme, si je puis dire, le tableau
d'un rgne ou d'une poque et, de la sorte, le lecteur s'instruit en
s'amusant. Il s'instruit sans le savoir, car, c'est un fait, le public
n'aime pas qu'on lui dise: venez ici, je vais vous apprendre quelque
chose. Il hait d'instinct les magisters. Mais on n'est pas moins
pdagogue ni pdant que M. Paul Lacroix, et ses _Contes du bibliophile
Jacob_, avec leurs dessins trs-tudis et trs-vrais de M.
Philippoteaux mritent, eux aussi, une place d'honneur.

Est-ce tout? Certes non. Je dois signaler encore _Les Merveilles de la
science_, de M. Louis Figuier. C'est un livre plein de faits, groups
avec art et rendus visibles,--j'allais dire palpables,--par des dessins.
M. Figuier nous apprend l tout ce qu'il faut savoir sur le verre, le
cristal, les poteries, les porcelaines, la soude, le savon, les
potasses. Et tout cela est intressant comme un roman. A propos de M.
Louis Figuier, je suis bien en retard avec lui, ou du moins avec ses
_Vies des savants illustres_ qu'il publie en volumes in-18 (ce sera
l'dition dfinitive); je devais depuis de longs mois l'annoncer.

Je ne reviendrai point sur _La Comdie de notre temps_, texte et dessins
par Bertall. Je tiens seulement  ajouter, en manire de post-scriptum,
aprs la notice de l'autre jour, que le livre fait son chemin et que
l'auteur y a trouv son plus grand succs. L'diteur, M. Eugne Plon,
nous a adress depuis un joli volume sign Mustapha, et qui s'appelle
_Voyage autour de ma tente_. Ce sont de petits croquis militaires d'une
valeur rare. Ce pseudonyme de Mustapha cache, je crois, M le capitaine
Lung, l'auteur d'un trs-beau travail sur le _Masque de fer_. Ce sont l
des souvenirs du temps o le soldat avait le droit de rire.
Recueillons-les, semble dire _Mustapha_, et amusons-nous-en encore
jusqu'au jour o il nous sera permis de rire des autres.

M. Plon est encore l'diteur d'une magnifique publication, aujourd'hui
termine, le _Muse des Archives nationales_, o l'on retrouve
catalogus, analyss, reproduits trs-souvent _en fac-simil_, les
incomparables trsors historiques conservs  la rue du Chaume. Tout le
inonde n'a pas le loisir d'aller visiter le muse des Archives et
surtout d'en tudier les richesses. Eh bien, l, on retrouve le Muse
lui-mme, on le possde dans ces pages savantes qui composent,  dire
vrai, un monument littraire et historique tout  fait unique. Passer
des sceaux  l'aspect trange et des signatures bizarres des premiers
rois  l'criture des Henri IV et des Louis XIV, pour s'arrter 
Bonaparte, aprs avoir regard les morceaux de papier dchir trouvs
sur le cadavre de Ption, quel rve! quelle fantastique ralit! Or,
c'est cela, ce sont ces surprises et cette science que ce beau volume,
le _Muse des Archives nationales_, tient en rserve. Il ne nous suffira
pas de l'avoir lou ainsi, rapidement, nous y reviendrons  coup sr.

Il en est, il en sera de mme des _Fables_ de La Fontaine, que vient
d'diter M. Jouaust. La Fontaine illustr par Millet, Stevens, J.-L.
Brown, Detaille, Emile Lvy, etc., et illustr de faon  ce que le
dessin original de l'artiste soit reproduit, si je puis dire, dans sa
ralit mme, voil l'tonnement que nous rservait ce matre
s-bibliophilie. Il a russi et nous prdisons, ds  prsent, un vif
succs  ces _Fables de La Fontaine_, que nous rangeons dans la
catgorie des livres d'trennes, quoique le livre n'ait pas besoin, pour
tre apprci, d'tre un livre d'actualit.

Jules Claretie.



BIBLIOGRAPHIE

_La pluie et le beau temps_, mtorologie usuelle, par Paul
Laurencin.--A lire le titre de ce charmant petit volume, on pourrait
croire  une oeuvre fantaisiste, mais le sous-titre est l pour
rectifier cette impression premire et dterminer le domaine dans lequel
l'auteur introduit le lecteur  son grand profit.

C'est donc de mtorologie qu'il s'agit, c'est--dire de ces phnomnes
curieux dont l'atmosphre est le thtre et qui influent sur ce que,
dans le langage familier, on appelle le _Temps_. L'ouvrage, publi par
J. Rothschild, diteur, et orn de 110 gravures et cartes, est divis en
vingt chapitres, o M. Laurencin, en un style clair, prcis et d'une
lgante simplicit, traite successivement de la composition de l'air,
de la chaleur et des courants atmosphriques, de l'eau dans
l'atmosphre, de la pluie, de ses bienfaits et de ses mfaits, des
orages, du cyclone, de l'arc-en-ciel, des climats, des saisons, etc.,
etc., et montre finalement que tous les phnomnes de la pluie et du
beau temps drivent d'une cause unique: la chaleur solaire, et que,
jusqu' un certain point, on peut prvoir les variations atmosphriques.
Cette possibilit de se rendre compte des chances probables de pluie et
de beau temps, pour une poque dtermine, intresse aussi bien l'homme
de plaisir que l'homme de travail. Aussi sommes-nous convaincus que _La
pluie et le beau temps_, ce rsum aussi succinct que substantiel de
toutes nos acquisitions touchant la science mtorologique, recevra de
tout le monde l'accueil qu'il mrite  tous les titres, c'est--dire le
plus favorable et le plus empress.

P.


Au nombre des trennes les plus belles et les plus utiles, les plus
intressantes et les plus instructives, nous devons placer en premire
ligne un magnifique volume: _le Jardin d'acclimatation illustr_.

L'auteur, M. Pierre Pichot, le sympathique directeur et rdacteur en
chef de la _Revue britannique_, a eu le talent de vulgariser la
zoologie, et son remarquable ouvrage, apprci des savants, est crit
dans un style clair et facile, qui le met  la porte de tout le monde.

Ce splendide livre renferme 25 gravures colories et d'innombrables
vignettes; ce n'est pas seulement un excellent guide du Jardin
d'acclimatation; l'auteur a poursuivi un but plus lev et a russi 
faire un trait complet de zoologie.

Le _Jardin d'acclimatation illustr_ se trouve chez Hachette et au bois
de Boulogne,  la librairie du Jardin d'acclimatation. Son prix est plus
modique qu'on ne pouvait s'y attendre pour une publication aussi
importante. (Broch, 15 fr.; richement reli, 20 fr.)

Il y a deux mois, nous avons vu plusieurs fabricants de machines 
coudre faire grand bruit avec les rcompenses qu'ils avaient obtenues 
l'Exposition de Vienne. Sans vouloir diminuer en rien la valeur attache
aux mdailles de progrs et  celles de mrite, que ces maisons ont
affiches, il nous sera permis de leur opposer une maison qui a t
l'objet de distinctions tout exceptionnelles, dont elle s'est peu
vante. C'est la Compagnie Wheeler et Wilson, de New-York (qui a son
sige  Paris, chez M. H. Seling, 70, boulevard Sbastopol).

Cette importante Compagnie, en outre des mdailles de progrs et de
mrite qui lui ont t dcernes, a seule t recommande par le jury
international pour le _grand diplme d'honneur_. Et dernirement M.
Nathaniel Wheeler, prsident de cette Compagnie, a t dcor de
l'_ordre de Franois-Joseph_, comme rcompense de services minents
rendus  l'industrie de la machine  coudre,--la seule dcoration
accorde  Vienne  un fabricant de machines  coudre.

Cette double distinction place videmment la Compagnie Wheeler et Wilson
au-dessus de toutes les compagnies rivales, et comme  Paris en 1867, o
l'unique mdaille d'or pour ce genre de fabrication lui a t dcerne,
elle a remport la victoire sur tous ses concurrents.



LA NATURE

REVUE DES SCIENCES EN 1873

La nouvelle publication que M. G. Tissandier a fonde cette anne, avec
le concours de nombreux crivains scientifiques, a obtenu de la part du
public l'accueil dont elle tait digne. Nous sommes persuad que le
premier volume qui vient de paratre, et qui comprend le tableau du
progrs en 1873, comptera parmi les livres les plus apprcis de
l'poque du jour de l'an. Les principaux collaborateurs de _La Nature_:
MM. le Dr. Bertillou, H. Blerzy, Ch. Boissay, Bontemps, P.-P. Dehrain,
C. Flammarion, W. de Fonvielle, C.-M. Gariel, F. Garrigou, J. et M.
Girard, A. Guillemin, Dr. Joly, S. Meunier, E. Margoll, E. Menault,
Vignes, Zurcher, etc., sont trop connus du public pour que nous ayons 
faire l'loge de leurs travaux. Nous prfrons emprunter  _La Nature_
la description fort intressante de la nouvelle boue de sauvetage 
lumire inextinguible, dont un de nos compatriotes, M. Silas, est
l'inventeur.

[Illustration: Nouvelle boue de sauvetage lumineuse (systme Silas).
Gravure extraite du journal la Nature.]

Cette boue est forme, comme l'indique la gravure contre, d'une sphre
mtallique contenant du phosphure de calcium. Un homme tombant  la mer
pendant la nuit, on jette  la surface de l'eau la boue Silas. L'eau
pntre dans la sphre creuse, dcompose le phosphure de calcium donnant
naissance  un dgagement abondant d'hydrogne phosphor. Ce gaz
s'chappe par un tube suprieur, mais il a la proprit remarquable de
brler spontanment au contact de l'air, sans que l'eau puisse
l'teindre. Une flamme vive, brillante claire le naufrag et le guide
tandis qu'il serait irrvocablement perdu si nulle lumire n'apparaissait
au milieu des tnbres!

La Nature abonde en faits de ce genre, elle nous donne l'expos complet
des vnements scientifiques rcents, des dcouvertes importantes, ses
belles et nombreuses illustrations en font une publication minemment
attrayante, et digne  tous gards des plus grands loges.



[Illustration: nouveau rbus.]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Le commerce est le lien des nations.






End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 1609, 27 dcembre
1873, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1609, 27 ***

***** This file should be named 44277-8.txt or 44277-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/4/2/7/44277/

Produced by Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License available with this file or online at
  www.gutenberg.org/license.


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

