The Project Gutenberg EBook of Histoires naturelles, by Jules Renard

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Histoires naturelles

Author: Jules Renard

Release Date: November 21, 2013 [EBook #44255]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRES NATURELLES ***




Produced by Laurent Vogel (This file was produced from
images generously made available by the Bibliothque
nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)








JULES RENARD

Histoires naturelles

PARIS

ERNEST FLAMMARION, DITEUR

26, RUE RACINE, 26

_Tous droits rservs._




  Il a t tir de cet ouvrage:
  10 exemplaires sur papier du Japon numrots 1  10,
  et 10 exemplaires sur papier de Hollande numrots 11  20.


DU MME AUTEUR

    Sourires pincs.
    L'cornifleur.
    Coquecigrues.
    La Lanterne sourde.
    Poil de carotte.
    Le Vigneron dans sa vigne.


PARIS.--IMP. E. FLAMMARION, RUE RACINE, 26.




LE CHASSEUR D'IMAGES


Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son
coeur pur et son corps lger comme un vtement d't. Il n'emporte point
de provisions. Il boira l'air frais en route et reniflera les odeurs
salubres. Il laisse ses armes  la maison et se contente d'ouvrir les
yeux. Les yeux servent de filets o les images s'emprisonnent
d'elles-mmes.

La premire qu'il fait captive est celle du chemin qui montre ses os,
cailloux polis, et ses ornires, veines creves, entre deux haies riches
de prunelles et de mres.

Il prend ensuite l'image de la rivire. Elle blanchit aux coudes et dort
sous la caresse des saules. Elle miroite quand un poisson tourne le
ventre, comme si on jetait une pice d'argent, et, ds que tombe une
pluie fine, la rivire a la chair de poule.

Il lve l'image des bls mobiles, des luzernes apptissantes et des
prairies ourles de ruisseaux. Il saisit au passage le vol d'une
alouette ou d'un chardonneret. Puis il entre au bois. Il ne se savait
pas dou de sens si dlicats. Vite imprgn de parfums, il ne perd
aucune sourde rumeur, et, pour qu'il communique avec les arbres, ses
nerfs se lient aux nervures des feuilles.

Bientt, vibrant jusqu'au malaise, il peroit trop, il fermente, il a
peur, quitte le bois et suit de loin les paysans mouleurs regagnant le
village. Dehors, il fixe un moment, au point que son oeil clate, le
soleil qui se couche et dvt sur l'horizon ses lumineux habits, ses
nuages rpandus ple-mle.

Enfin, rentr chez lui, la tte pleine, il teint sa lampe et
longuement, avant de s'endormir, il se plat  compter ses images.

Dociles, elles renaissent au gr du souvenir. Chacune d'elles en veille
une autre, et sans cesse leur troupe phosphorescente s'accrot de
nouvelles venues, comme des perdrix poursuivies et divises tout le jour
chantent le soir,  l'abri du danger, et se rappellent aux creux des
sillons.




LES HIRONDELLES DE CHEMINE


Elles me donnent ma leon de chaque jour.

Elles pointillent l'air de petits cris.

Elles tracent une raie droite, posent une virgule au bout, et,
brusquement, vont  la ligne.

Elles mettent entre folles parenthses la maison o j'habite.

Trop vives pour que la pice d'eau du jardin prenne copie de leur vol,
elles montent de la cave au grenier.

D'une plume d'aile lgre, elles bouclent d'inimitables parafes.

Puis, deux  deux, en accolade, elles se joignent, se mlent, et, sur le
bleu du ciel, elles font tache d'encre.

Mais l'oeil d'un ami peut seul les suivre, et si vous savez le grec et
le latin, moi je sais lire l'hbreu que dcrivent dans l'air les
hirondelles de chemine.




LES PIGEONS


Qu'ils fassent sur la maison un bruit de tambour voil;

Qu'ils sortent de l'ombre, culbutent, clatent au soleil et rentrent
dans l'ombre;

Que leur col fugitif vive et meure comme l'opale au doigt;

Qu'ils s'endorment, le soir, dans la fort, si presss que la plus haute
branche du chne menace de rompre sous cette charge de fruits peints;

Que ces deux-l changent des saluts frntiques et brusquement, l'un 
l'autre, se convulsent;

Que celui-ci revienne d'exil, avec une lettre, et vole comme la pense
de notre amie lointaine (Ah! un gage!);

Tous ces pigeons, qui d'abord amusent, finissent par ennuyer.

Ils ne sauraient tenir en place et les voyages ne les forment point.

Ils restent toute la vie un peu niais.

Ils s'obstinent  croire qu'on fait les enfants par le bec.

Et c'est insupportable  la longue, cette manie hrditaire d'avoir
toujours dans la gorge quelque chose qui ne passe pas.




LA POULE


Pattes jointes, elle saute du poulailler, ds qu'on lui ouvre la porte.

C'est une poule commune, modestement pare et qui ne pond jamais d'oeufs
d'or.

blouie de lumire, elle fait quelques pas, indcise, dans la cour.

Elle voit d'abord le tas de cendres o, chaque matin, elle a coutume de
s'battre.

Elle s'y roule, s'y trempe, et, d'une vive agitation d'ailes, les plumes
gonfles, elle secoue ses puces de la nuit.

Puis elle va boire au plat creux que la dernire averse a rempli.

Elle ne boit que de l'eau.

Elle boit par petits coups et dresse le col, en quilibre sur le bord du
plat.

Ensuite elle cherche sa nourriture parse.

Les fines herbes sont  elle, et les insectes et les graines perdues.

Elle pique, elle pique, infatigable.

De temps en temps, elle s'arrte. Droite sous son bonnet phrygien,
l'oeil vif, le jabot avantageux, elle coute de l'une et de l'autre
oreille.

Et, sre qu'il n'y a rien de neuf, elle se remet en qute.

Elle lve haut ses pattes raides comme ceux qui ont la goutte. Elle
carte les doigts et les pose avec prcaution, sans bruit.

On dirait qu'elle marche pieds nus.




LA DINDE


Elle se pavane au milieu de la cour, comme si elle vivait sous l'ancien
rgime.

Les autres volailles ne font que manger toujours, n'importe quoi. Elle,
entre ses repas rguliers, ne se proccupe que d'avoir bel air. Toutes
ses plumes sont empeses et les pointes de ses ailes raient le sol,
comme pour tracer la route qu'elle suit: c'est l qu'elle s'avance et
non ailleurs.

Elle se rengorge tant qu'elle ne voit jamais ses pattes.

Elle ne doute de personne, et ds que je m'approche, elle s'imagine que
je veux lui rendre mes hommages.

Dj elle glougloute d'orgueil.

--Noble dinde, lui dis-je, si vous tiez une oie, j'crirais votre
loge, comme le fit Buffon, avec une de vos plumes. Mais vous n'tes
qu'une dinde.

J'ai d la vexer, car le sang monte  sa tte. Des grappes de colre lui
pendent au bec. Elle a une crise de rouge. Elle fait claquer d'un coup
sec l'ventail de sa queue et cette vieille chipie me tourne le dos.




LA PINTADE


C'est la bossue de ma cour. Elle ne rve que plaies  cause de sa bosse.

Les poules ne lui disent rien. Brusquement, elle se prcipite et les
harcle.

Puis elle baisse sa tte, penche le corps, et de toute la vitesse de ses
pattes maigres, elle court frapper de son bec dur juste au centre de la
roue d'une dinde.

Cette poseuse l'agaait.

Ainsi, la tte bleuie et ses barbillons rouges  vif, elle rage du matin
au soir. Elle se bat sans motif, peut tre parce qu'elle s'imagine
toujours qu'on se moque de sa taille, de son crne chauve et de sa queue
basse.

Et elle ne cesse de jeter un cri discordant qui perce l'air comme une
pointe.

Parfois elle quitte la cour et disparat. Elle laisse aux volailles
pacifiques un moment de rpit. Mais elle revient plus turbulente et plus
criarde. Et, frntique, elle se vautre par terre.

Qu'a-t-elle donc?

La sournoise fait une farce.

Elle est alle pondre son oeuf  la campagne.

Je peux le chercher si a m'amuse.

Elle se roule dans la poussire, comme une bossue.




CANARDS


C'est la cane qui va la premire, boitant des deux pattes, barboter au
trou qu'elle connat.

Et le canard la suit. Les pointes de ses ailes croises sur le dos, il
boite aussi des deux pattes.

Et cane et canard marchent taciturnes comme  un rendez-vous d'affaires.

La cane d'abord se laisse glisser dans l'eau boueuse o flottent des
plumes, des fientes, une feuille de vigne, et de la paille. Elle a
presque disparu.

Elle attend. Elle est prte.

Et le canard entre  son tour. Il noie ses riches couleurs. On ne voit
que sa tte verte et l'accroche-coeur du derrire. Tous deux se trouvent
bien l. L'eau chauffe. Jamais on ne la vide et elle ne se renouvelle
que les jours d'orage.

Le canard, de son bec aplati, mordille et serre la nuque de la cane. Un
instant il s'agite et l'eau est si paisse qu'elle en frissonne  peine.
Et vite calme, plate, elle rflchit, en noir, un coin de ciel pur.

La cane et le canard ne bougent plus. Le soleil les cuit et les endort.
On passerait prs d'eux sans les remarquer. Ils ne se dnoncent que par
les rares bulles d'air qui viennent crever sur l'eau croupie.




LE PAON


Il va srement se marier aujourd'hui.

Ce devait tre pour hier. En habit de gala, il tait prt. Il
n'attendait que sa fiance. Elle n'est pas venue. Elle ne peut tarder.

Glorieux, il se promne avec une allure de prince indien et porte sur
lui les riches prsents d'usage. L'amour avive l'clat de ses couleurs
et son aigrette tremble comme une lyre.

La fiance n'arrive pas.

Il monte au haut du toit et regarde du ct du soleil. Il jette son cri
diabolique:

Lon! Lon!

C'est ainsi qu'il appelle sa fiance. Il ne voit rien venir et personne
ne rpond. Les volailles habitues ne lvent mme point la tte. Elles
sont lasses de l'admirer. Il redescend dans la cour, si sr d'tre beau
qu'il est incapable de rancune.

Son mariage sera pour demain.

Et, ne sachant que faire du reste de la journe, il se dirige vers le
perron. Il gravit les marches, comme des marches de temple, d'un pas
officiel.

Il relve sa robe  queue toute lourde des yeux qui n'ont pu se dtacher
d'elle.

Il rpte une dernire fois la crmonie.




L'OIE


Tiennette voudrait aller  Paris, comme les autres filles du village.
Mais est-elle seulement capable de garder ses oies?

A vrai dire, elle les suit, plutt qu'elle ne les mne. Elle tricote,
machinale, derrire leur troupe, et elle s'en rapporte  l'oie de
Toulouse qui a la raison d'une grande personne.

L'oie de Toulouse connat le chemin, les bonnes herbes, et l'heure o il
faut rentrer.

Si brave que le jars l'est moins, elle protge ses soeurs contre le
mauvais chien. Son col vibre et serpente  ras de terre, puis se
redresse, et elle domine Tiennette effare. Ds que tout va bien, elle
triomphe et chante du nez qu'elle sait grce  qui l'ordre rgne.

Elle ne doute pas qu'elle ferait mieux encore.

Et, un soir, elle quitte le pays.

Elle s'loigne sur la route, bec au vent, plumes colles. Des femmes,
qu'elle croise, n'osent l'arrter. Elle marche vite  faire peur.

Et pendant que Tiennette, reste l-bas, finit de s'abtir, et, toute
pareille aux oies, ne s'en distingue plus, l'oie de Toulouse vient 
Paris.




LE CYGNE


Il glisse sur le bassin, comme un traneau blanc, de nuage en nuage. Car
il n'a faim que des nuages floconneux qu'il voit natre, bouger, et se
perdre dans l'eau. C'est l'un d'eux qu'il dsire. Il le vise du bec, et
il plonge tout  coup son col vtu de neige.

Puis, tel un bras de femme sort d'une manche, il le retire.

Il n'a rien.

Il regarde: les nuages effarouchs ont disparu.

Il ne reste qu'un instant dsabus, car les nuages tardent peu 
revenir, et, l-bas, o meurent les ondulations de l'eau, en voici un
qui se reforme.

Doucement, sur son lger coussin de plumes, le cygne rame et s'approche.

Il s'puise  pcher de vains reflets, et peut-tre qu'il mourra,
victime de cette illusion, avant d'attraper un seul morceau de nuage.

Mais qu'est-ce que je dis?

Chaque fois qu'il plonge, il fouille du bec la vase nourrissante et
ramne un ver.

Et il engraisse comme une oie.




L'PERVIER


Il dcrit d'abord des ronds sur le village.

Il n'tait qu'une mouche, un grain de suie.

Il grossit  mesure que son vol se resserre.

Parfois il demeure immobile. Les volailles donnent des signes
d'inquitude. Les pigeons rentrent au toit. Une poule, d'un cri bref,
rappelle ses petits, et on entend cacarder les oies vigilantes d'une
basse-cour  l'autre.

L'pervier hsite et plane  la mme hauteur. Peut-tre n'en veut-il
qu'au coq du clocher.

On le croirait pendu au ciel, par un fil.

Brusquement le fil casse, l'pervier tombe, sa victime choisie. C'est
l'heure d'un drame ici-bas.

Mais,  la surprise gnrale, il s'arrte avant de toucher terre, comme
s'il manquait de poids, et il remonte d'un coup d'aile.

Il a vu que je le guette de ma porte, et que je cache, derrire moi,
quelque chose de long qui brille.




LE COQ


Il n'a jamais chant. Il n'a pas couch une nuit dans un poulailler,
connu une seule poule.

Il est en bois, avec une patte en fer au milieu du ventre, et il vit,
depuis des annes et des annes, sur une vieille glise comme on n'ose
plus en btir. Elle ressemble  une grange et le fate de ses tuiles
s'aligne aussi droit que le dos d'un boeuf.

Or, voici que des maons paraissent  l'autre bout de l'glise. Le coq
de bois les regarde, quand un brusque coup de vent le force  tourner le
dos.

Et, chaque fois qu'il se retourne, de nouvelles pierres lui bouchent un
peu plus de son horizon.

Bientt, d'une saccade levant la tte, il aperoit,  la pointe du
clocher qu'on vient de finir, un jeune coq qui n'tait pas l ce matin.
Cet tranger porte haut sa queue, ouvre le bec comme ceux qui chantent,
et l'aile sur la hanche, tout battant neuf, il clate en plein soleil.

D'abord les deux coqs luttent de mobilit. Mais le vieux coq de bois
s'puise vite et se rend. Sous son unique pied, la poutre menace ruine.
Il penche, raidi, prs de tomber. Il grince et s'arrte.

Et c'est le tour des charpentiers.

Ils abattent ce coin vermoulu de l'glise, descendent le coq et le
promnent par le village. Chacun peut le toucher, moyennant cadeau.

Ceux-ci donnent un oeuf, ceux-l un sou, et Mme Loriot une pice
d'argent.

Les charpentiers boivent de bons coups, et, aprs s'tre disput le coq,
ils dcident de le brler.

Lui ayant fait un nid de paille et de fagot, ils mettent le feu.

Le coq de bois ptille clair et sa flamme monte au ciel qu'il a bien
gagn.




LE COCHON


Grognon, mais familier comme si nous t'avions gard ensemble, tu fourres
le nez partout et tu marches autant avec lui qu'avec les pattes.

Tu caches sous des oreilles en feuilles de betterave tes petits yeux
cassis.

Tu es cylindrique et ventru comme une groseille  maquereau.

Tu as de longs poils comme elle, comme elle la peau claire et une courte
queue boucle. Et les mchants t'appellent: Sale cochon!

Ils disent que, si rien ne te dgote, tu dgotes tout le monde et que
tu n'aimes que l'eau de vaisselle grasse.

Mais ils te calomnient.

Qu'ils te dbarbouillent et tu auras bonne mine.

Tu te ngliges par leur faute.

Comme on fait ton lit, tu te couches, et la malpropret n'est que ta
seconde nature.




LE BOUC


Son odeur le prcde. On ne le voit pas encore qu'elle est arrive.

Il s'avance en tte du troupeau et les brebis le suivent, ple-mle,
dans un nuage de poussire.

Il a des poils longs et secs qu'une raie partage sur le dos.

Il est moins fier de sa barbe que de sa taille, parce que la chvre
aussi porte une barbe sous le menton.

Quand il passe, les uns se bouchent le nez, les autres aiment ce
got-l.

Il ne regarde ni  droite ni  gauche: il marche raide, les oreilles
pointues et la queue courte. Si les hommes l'ont charg de leurs pchs,
il n'en sait rien, et il laisse, sans perdre le srieux, tomber un
chapelet de crottes.

Alexandre est son nom, connu mme des chiens.

La journe finie, le soleil disparu, il rentre au village, avec les
moissonneurs, et ses cornes, flchissant de vieillesse, prennent peu 
peu la courbe des faucilles.




LES MOUTONS


Ils reviennent des chaumes o, depuis ce matin, ils paissaient, le nez 
l'ombre de leur corps.

Selon les signes d'un berger indolent, le chien ncessaire attaque la
bande du ct qu'il faut.

Elle tient toute la route, ondule d'un foss  l'autre et dborde, ou,
tasse, unie, moelleuse, pitine le sol,  petits pas de vieilles
femmes. Quand elle se met  courir, les pattes font le bruit des roseaux
et criblent la poussire du chemin de nids d'abeilles.

Ce mouton frise et, bien garni, saute comme un ballot jet en l'air, et
du cornet de son oreille s'chappent des pastilles.

Cet autre a le vertige et heurte du genou sa tte mal visse.

Ils envahissent le village. On dirait que c'est aujourd'hui leur fte et
qu'avec ptulance, ils blent de joie par les rues.

Mais ils ne s'arrtent pas au village, et je les vois reparatre,
l-bas. Ils gagnent l'horizon. Par le coteau, ils montent, lgers, vers
le soleil. Ils s'en approchent et se couchent  distance.

Des tranards prennent, sur le ciel, une dernire forme imprvue, et
rejoignent la troupe pelotonne.

Un flocon se dtache encore et plane, mousse blanche, puis fume,
vapeur, puis rien.

Il ne reste plus qu'une patte dehors.

Elle s'allonge, elle s'effile comme une quenouille,  l'infini.

Les moutons frileux s'endorment autour du soleil las qui dfait sa
couronne et pique, jusqu' demain, ses rayons dans leur laine.




LE CHEVAL


Il n'est pas beau, mon cheval. Il a trop de noeuds et de salires; il a
les ctes plates, une queue de rat et des incisives d'Anglaise. Mais il
m'attendrit. Je n'en reviens pas qu'il reste  mon service et se laisse,
sans rvolte, tourner et retourner.

Chaque fois que je l'attelle, je m'attends  ce qu'il me dise: _non_,
d'un signe brusque, et dtale.

Point. Il baisse et lve sa grosse tte comme pour remettre un chapeau
d'aplomb, recule avec docilit entre les brancards.

Aussi je ne lui mnage ni l'avoine ni le mas. Je le brosse jusqu' ce
que le poil brille comme une cerise. Je peigne sa crinire, je tresse sa
queue maigre. Je le flatte de la main et de la voix. J'ponge ses yeux,
je cire ses pieds.

Est-ce que a le touche?

On ne sait pas.

Il pte.

C'est surtout quand il me promne en voiture que je l'admire. Je le
fouette et il acclre son allure. Je l'arrte et il m'arrte. Je tire
la guide  gauche et il oblique  gauche, au lieu d'aller  droite et de
me jeter dans le foss avec des coups de sabots quelque part.

Il me fait peur, il me fait honte et il me fait piti.

Est-ce qu'il ne va pas bientt se rveiller de son demi-sommeil, et
prenant d'autorit ma place, me rduire  la sienne?

A quoi pense-t-il?

Il pte, pte, pte.




LE CHIEN


On ne peut mettre Pointu dehors, par ce temps, et l'aigre sifflet du
vent sous la porte l'oblige mme  quitter le paillasson. Il cherche
mieux et glisse sa bonne tte entre nos siges. Mais nous nous penchons,
serrs, coude  coude, sur le feu, et je donne une claque  Pointu. Mon
pre le repousse du pied. Maman lui dit des injures. Ma soeur lui offre
un verre vide.

Pointu ternue et va voir  la cuisine si nous y sommes.

Puis il revient, force notre cercle, au risque d'tre trangl par les
genoux, et le voil dans un coin de la chemine.

Aprs avoir longtemps tourn sur place, il s'assied prs du chenet et ne
bouge plus. Il regarde ses matres d'un oeil si doux qu'on le tolre.
Seulement le chenet presque rouge et les cendres cartes lui brlent le
derrire.

Il reste tout d mme.

On lui rouvre un passage:

--Allez, file! es-tu bte!

Mais il s'obstine. A l'heure o les dents des chiens perdus crissent de
froid, Pointu, au chaud, poil roussi, fesses cuites, se retient de
hurler et rit jaune, avec des larmes plein les yeux.




LA SOURIS


Comme,  la clart d'une lampe, je fais ma quotidienne page d'criture,
j'entends un lger bruit. Si je m'arrte, il cesse. Il recommence, ds
que je gratte le papier.

C'est une souris qui s'veille.

Je devine ses va-et-vient au bord du trou obscur o notre servante met
ses torchons et ses brosses.

Je distingue qu'elle saute par terre et trotte sur les carreaux de
cuisine. Elle passe prs de la chemine sous l'vier, se perd dans la
vaisselle, et par une srie de reconnaissances qu'elle pousse de plus en
plus loin, elle se rapproche de moi.

Chaque fois que je pose mon porte-plume, ce silence l'inquite. Chaque
fois que je m'en sers, elle croit peut-tre qu'il y a une autre souris
quelque part, et elle se rassure.

Puis je ne la vois plus. Elle est sous ma table, dans mes jambes. Elle
circule d'un pied de chaise  l'autre. Elle frle mes sabots, en
mordille le bois, ou, hardiment, la voil dessus!

Et il ne faut pas que je bouge la jambe, que je respire trop fort: elle
filerait.

Mais il faut que je continue d'crire, et, de peur qu'elle ne
m'abandonne  mon ennui de solitaire, j'cris des signes, des riens,
petitement, menu, menu, comme elle grignote.




LES LAPINS


Dans une moiti de futaille, Lenoir et Legris, les pattes au chaud sous
la fourrure, mangent comme des vaches. Ils ne font qu'un seul repas qui
dure toute la journe.

Si l'on tarde  leur jeter une herbe frache, ils rongent l'ancienne
jusqu' la racine, et la racine mme occupe les dents.

Or, il vient de leur tomber un pied de salade. Ensemble Lenoir et Legris
se mettent aprs.

Nez  nez, ils s'vertuent, hochent la tte, et les oreilles trottent.

Quand il ne reste qu'une feuille, ils la prennent, chacun par un bout,
et luttent de vitesse.

Vous croiriez qu'ils jouent, s'ils ne rient pas, et que, la feuille
avale, une caresse fraternelle unira les becs.

Mais Legris se sent faiblir. Depuis hier il a le gros ventre et une
poche d'eau le ballonne. Vraiment il se bourrait trop. Bien qu'une
feuille de salade passe sans qu'on ait faim, il n'en peut plus. Il lche
la feuille et se couche de ct, sur ses crottes, avec des convulsions
brves.

Le voil rigide, les pattes cartes, comme pour une rclame d'armurier:
_On tue net, on tue loin._

Un instant, Lenoir s'arrte de surprise. Assis en chandelier, le souffle
doux, les lvres jointes et l'oeil cercl de rose, il regarde.

Il a l'air d'un sorcier qui pntre un mystre.

Ses deux oreilles droites marquent l'heure suprme.

Puis elles se cassent.

Et il achve la feuille de salade.




L'ANE


Tout lui est gal. Chaque matin, il voiture, d'un petit pas sec et dru
de fonctionnaire, le facteur Jacquot qui distribue aux villages les
commissions faites en ville, les pices, le pain, la viande de
boucherie, quelques journaux, une lettre.

Cette tourne finie, Jacquot et l'ne travaillent pour leur compte. La
voiture sert de charrette. Ils vont ensemble  la vigne, au bois, aux
pommes de terre. Ils ramnent tantt des lgumes, tantt des balais
verts, a ou autre chose, selon le jour.

Jacquot ne cesse de dire: Hue! hue! sans motif, comme il ronflerait.
Parfois l'ne,  cause d'un chardon qu'il flaire, ou d'une ide qui le
prend, ne marche plus. Jacquot lui met un bras autour du cou et pousse.
Si l'ne rsiste, Jacquot lui mord l'oreille.

Ils mangent dans les fosss, le matre une crote et des oignons, la
bte ce qu'elle veut.

Ils ne rentrent qu' la nuit. Leurs ombres passent avec lenteur d'un
arbre  l'autre.

Subitement, le lac de silence o les choses baignent et dorment dj, se
rompt, boulevers.

Quelle mnagre tire,  cette heure, par un treuil rouill et criard,
des pleins seaux d'eau de son puits?

C'est l'ne qui remonte et jette toute sa voix dehors et brait, jusqu'
extinction, qu'il s'en fiche, qu'il s'en fiche.




LE BOEUF


La porte s'ouvre ce matin, comme d'habitude, et Castor quitte, sans
butter, l'curie. Il boit  lentes gorges sa part au fond de l'auge et
laisse la part de Pollux attard. Puis, le mufle s'gouttant ainsi que
l'arbre aprs l'averse, il va de bonne volont, avec ordre et pesanteur,
se ranger  sa place ordinaire, sous le joug du chariot.

Les cornes lies, la tte immobile, il fronce le ventre, chasse
mollement de sa queue les mouches noires et, telle une servante
sommeille le balai  la main, il rumine en attendant Pollux.

Mais, par la cour, les domestiques affairs crient et jurent et le chien
jappe comme  l'approche d'un tranger.

Est-ce le sage Pollux qui, pour la premire fois, rsiste  l'aiguillon,
tournaille, heurte le flanc de Castor, fume, et quoique attel, tche
encore de secouer le joug commun?

Non, c'est un autre.

Et Castor, dpareill, arrte ses mchoires, quand il voit prs du sien
cet oeil trouble de boeuf qu'il ne reconnat pas.




LE TAUREAU


Le pcheur  la ligne volante marche d'un pas lger au bord de l'Yonne
et fait sautiller sur l'eau sa mouche verte.

Les mouches vertes, il les attrape aux troncs des peupliers polis par le
frottement du btail.

Il jette sa ligne d'un coup sec et tire d'autorit.

Il s'imagine que chaque place nouvelle est la meilleure, et bientt il
la quitte, enjambe un chalier et de ce pr passe dans l'autre.

Soudain, comme il traverse un grand pr que grille le soleil, il
s'arrte.

L-bas, du milieu des vaches paisibles et couches, le taureau vient de
se lever pesamment.

C'est un taureau fameux et sa taille tonne les passants sur la route.
On l'admire  distance et, s'il ne l'a fait dj, il pourrait lancer son
homme au ciel, ainsi qu'une flche, avec l'arc de ses cornes. Plus doux
qu'un agneau tant qu'il veut, il se met tout  coup en fureur, quand a
le prend, et prs de lui, on ne sait jamais ce qui arrivera.

Le pcheur l'observe obliquement.

--Si je fuis, pense-t-il, le taureau sera sur moi avant que je ne sorte
du pr. Si, sans savoir nager, je plonge dans la rivire, je me noie. Si
je fais le mort par terre, le taureau, dit-on, me flairera et ne me
touchera pas. Est-ce bien sr? Et, s'il ne s'en va plus, quelle
angoisse! Mieux vaut feindre une indiffrence trompeuse. Et le pcheur 
la ligne volante continue de pcher, comme si le taureau tait absent.
Il espre ainsi lui donner le change.

Sa nuque cuit sous son chapeau de paille.

Il retient ses pieds qui brlent de courir et les oblige  fouler
l'herbe. Il a l'hrosme de tremper dans l'eau sa mouche verte. Il ne se
cache que de temps en temps, derrire les peupliers. Il gagne posment
l'chalier de la haie, d'o il pourra, d'un dernier effort de ses
membres rompus, bondir hors du pr, sain et sauf.

D'ailleurs, qui le presse?

Le taureau ne s'occupe pas de lui et reste avec les vaches.

Il ne s'est mis debout que pour remuer, par lassitude, comme on s'tire.

Il tourne au vent du soir sa tte crpue.

Il beugle par intervalles, l'oeil  demi ferm.

Il mugit de langueur et s'coute mugir.




LES MOUCHES D'EAU


Il n'y a qu'un chne au milieu du pr, et les boeufs occupent toute
l'ombre de ses feuilles.

La tte basse, ils font les cornes au soleil.

Ils seraient bien, sans les mouches. Mais aujourd'hui, vraiment, elles
dvorent. Acres et nombreuses, les noires se collent par plaques de suie
aux yeux, aux narines, aux coins des lvres mme, et les vertes sucent
de prfrence la dernire corchure.

Quand un boeuf remue son tablier de cuir, ou frappe du sabot la terre
sche, le nuage de mouches se dplace avec murmure. On dirait qu'elles
fermentent.

Il fait si chaud que les vieilles femmes, sur leur porte, flairent
l'orage, et dj elles plaisantent de peur:

--Gare au bourdoudou! disent-elles.

L-bas, un premier coup de lance lumineux perce le ciel, sans bruit. Une
goutte de pluie tombe.

Les boeufs, avertis, relvent la tte, se meuvent jusqu'au bord du chne
et soufflent patiemment.

Ils le savent: voici que les bonnes mouches viennent chasser les
mauvaises.

D'abord rares, une par une, puis serres, toutes ensemble, elles fondent
du ciel dchiquet sur l'ennemi qui cde peu  peu, s'claircit, se
disperse.

Et bientt, du nez camus  la queue inusable, les boeufs ruisselants
ondulent d'aise sous l'essaim victorieux des mouches d'eau.




LE GRILLON


C'est l'heure o, las d'errer, l'insecte ngre revient de promenade et
rpare avec soin le dsordre de son domaine.

D'abord il ratisse ses troites alles de sable.

Il fait du bran de scie qu'il carte au seuil de sa retraite.

Il lime la racine de cette grande herbe propre  le harceler.

Il se repose.

Puis il remonte sa minuscule montre.

A-t-il fini? Est-elle casse? Il se repose encore un peu.

Il rentre chez lui et ferme sa porte.

Longtemps il tourne sa cl dans la serrure dlicate.

Et il coute:

Point d'alarme dehors.

Mais il ne se trouve pas en sret.

Et comme par une chanette dont la poulie grince, il descend jusqu'au
fond de la terre.

On n'entend plus rien.

Dans la campagne muette, les peupliers se dressent comme des doigts en
l'air et dsignent la lune.




LES GRENOUILLES


Par brusques dtentes, elles exercent leurs ressorts.

Elles sautent de l'herbe comme de lourdes gouttes d'huile frite.

Elles se posent, presse-papiers de bronze, sur les larges feuilles du
nnuphar.

L'une se gorge d'air. On mettrait un sou, par sa bouche, dans la
tirelire de son ventre.

Elles montent, comme des soupirs, de la vase.

Immobiles, elles semblent les gros yeux  fleur d'eau, les tumeurs de la
mare plate.

Assises en tailleur, stupfies, elles billent au soleil couchant.

Puis, comme les camelots assourdissants des rues, elles crient les
dernires nouvelles du soir.

Parfois, elles happent un insecte.

Et d'autres ne s'occupent que d'amour.

Et toutes, elles tentent le pcheur  la ligne.

Je casse, sans difficult, une gaule. J'ai, pique  mon paletot, une
pingle que je recourbe en hameon.

La ficelle ne me manque pas, Dieu merci!

Mais il me faudrait encore un brin de laine, un bout de n'importe quoi
rouge.

Je cherche sur moi, par terre, au ciel.

Je ne trouve rien et je regarde mlancoliquement ma boutonnire fendue,
toute prte, que, sans reproche, on ne se hte gure d'orner du ruban
rouge.




LE CRAPAUD


N d'une pierre, il vit sous une pierre et s'y creusera un tombeau.

Je le visite frquemment, et, chaque fois que je lve sa pierre, j'ai
peur de le retrouver et peur qu'il n'y soit plus.

Il y est.

Cach dans ce gte sec, propre, troit, bien  lui, il l'occupe
pleinement, gonfl comme une bourse d'avare.

Qu'une pluie le fasse sortir, et il vient au-devant de moi. Quelques
sauts lourds, et il s'arrte sur ses cuisses et me regarde de ses yeux
rougis. Si le monde injuste le traite en lpreux, je ne crains pas de
m'accroupir prs de lui et d'approcher du sien mon visage d'homme.

Puis je dompterai un reste de dgot, et je te caresserai de ma main,
crapaud!

On en avale dans la vie qui font plus mal au coeur.

Pourtant, hier, j'ai manqu de tact. Il fermentait et suintait, toutes
ses verrues creves.

--Mon pauvre ami, lui dis-je, je ne veux pas te faire de peine, mais,
Dieu! que tu es laid!

Il ouvrit sa bouche purile et sans dents,  l'haleine chaude, et me
rpondit avec un lger accent anglais:

--Et toi?




LA CHENILLE


Elle sort d'une touffe d'herbe qui l'avait cache pendant la chaleur.
Elle traverse l'alle de sable  grandes ondulations. Elle se garde d'y
faire halte et un moment elle se croit perdue dans une trace de sabot du
jardinier.

Arrive aux fraises, elle se repose, lve le nez de droite et de gauche
pour flairer; puis elle repart et sous les feuilles et sur les feuilles,
elle sait maintenant o elle va.

Quelle belle chenille, grasse, velue, fourre, brune avec des points
d'or et ses yeux noirs!

Guide par l'odorat, elle se trmousse et se fronce comme un pais
sourcil.

Elle s'arrte au bas d'un rosier.

De ses fines agrafes, elle tte l'corce rude, balance sa petite tte de
chien nouveau-n et se dcide  grimper.

Et, cette fois, vous diriez qu'elle avale pniblement chaque longueur de
chemin par dglutition.

Tout en haut du rosier, s'panouit une rose au teint de candide
fillette. Ses parfums qu'elle prodigue la grisent. Elle ne se dfie de
personne. Elle laisse monter par sa tige la premire chenille venue.
Elle l'accueille comme un cadeau.

Et, pressentant qu'il fera froid cette nuit, elle est bien aise de se
mettre un boa autour du cou.




LA SAUTERELLE


Serait-ce le gendarme des insectes?

Tout le jour, elle saute et s'acharne aux trousses d'invisibles
braconniers qu'elle n'attrape jamais.

Les plus hautes herbes ne l'arrtent pas.

Rien ne lui fait peur, car elle a des bottes de sept lieues, un cou de
taureau, le front gnial, le ventre d'une carne, des ailes en
cellulod, des cornes diaboliques et un grand sabre au derrire.

Comme on ne peut avoir les vertus d'un gendarme sans les vices, il faut
bien le dire, la sauterelle chique.

Si je mens, poursuis-la de tes doigts, joue avec elle  quatre coins, et
quand tu l'auras saisie, entre deux bonds, sur une feuille de luzerne,
observe sa bouche: Par ses terribles mandibules, elle scrte une mousse
noire comme du jus de tabac.

Mais dj tu ne la tiens plus. Sa rage de sauter la reprend. Le monstre
vert t'chappe d'un brusque effort et, fragile, te laisse une petite
cuisse dans la main.




LA CAGE


Flix ne comprend pas qu'on tienne des oiseaux prisonniers dans une
cage.

--De mme, dit-il, que c'est un crime de cueillir une fleur, et,
personnellement, je ne veux la respirer que sur sa tige, de mme les
oiseaux sont faits pour voler.

Cependant il achte une cage; il l'accroche  sa fentre. Il y dpose un
nid d'ouate, une soucoupe de graines, une tasse d'eau pure et
renouvelable, une balanoire et une petite glace.

Et comme on l'interroge avec surprise:

--Je me flicite de ma gnrosit, dit-il, chaque fois que je regarde
cette cage. Je pourrais y mettre un oiseau et je la laisse vide. Si je
voulais, telle grive brune, tel bouvreuil pimpant, qui sautille, ou tel
autre de nos petits oiseaux varis serait esclave. Mais grce  moi,
l'un d'eux au moins reste libre. C'est toujours a.




MERLE!


Dans mon jardin il y a un vieux noyer presque mort qui fait peur aux
petits oiseaux. Seul un oiseau noir habite ses dernires feuilles.

Mais le reste du jardin est plein de jeunes arbres fleuris o nichent
des oiseaux gais, vifs et de toutes les couleurs.

Et il semble que ces jeunes arbres se moquent du vieux noyer. A chaque
instant, ils lui lancent, comme des paroles taquines, une vole
d'oiseaux babillards.

Tour  tour, pierrots, martins, msanges et pinsons le harclent. Ils
choquent de l'aile la pointe de ses branches. L'air crpite de leurs
cris menus; puis ils se sauvent, et c'est une autre bande importune qui
part des jeunes arbres.

Tant qu'elle peut, elle nargue, piaille, siffle et s'gosille.

Ainsi de l'aube au crpuscule, comme des mots railleurs, pinsons,
msanges, martins et pierrots s'chappent des jeunes arbres vers le
vieux noyer.

Mais parfois il s'impatiente, il remue ses dernires feuilles, lche son
oiseau noir et rpond:

--Merle!




L'ALOUETTE


Je n'ai jamais vu d'alouette et je me lve inutilement avec l'aurore.
L'alouette n'est pas un oiseau de la terre.

Depuis ce matin, je foule les mottes et les herbes sches.

Des bandes de moineaux gris ou de chardonnerets peints  vif flottent
sur les haies d'pines.

Le geai passe la revue des arbres dans un costume de prfecture.

Une caille rase des luzernes et trace au cordeau la ligne droite de son
vol.

Derrire le berger qui tricote mieux qu'une femme, les moutons se
suivent et se ressemblent.

Et tout s'imprgne d'une lumire si neuve que le corbeau, qui ne prsage
rien de bon, fait sourire.

Mais coutez comme j'coute.

Entendez-vous quelque part, l-haut, piler dans une coupe d'or des
morceaux de cristal?

Qui peut me dire o l'alouette chante?

Si je regarde en l'air, le soleil brle mes yeux.

Il me faut renoncer  la voir.

L'alouette vit au ciel, et c'est le seul oiseau du ciel qui chante
jusqu' nous.




LE GOUJON


Il remonte le courant d'eau vive et suit le chemin que tracent les
cailloux: car il n'aime ni la vase, ni les herbes.

Il aperoit une bouteille couche sur un lit de sable. Elle n'est pleine
que d'eau. J'ai oubli  dessein d'y mettre une amorce. Le goujon tourne
autour, cherche l'entre et le voil pris.

Je ramne la bouteille et rejette le goujon.

Plus haut, il entend du bruit. Loin de fuir, il s'approche, par
curiosit. C'est moi qui m'amuse, pitine dans l'eau et remue le fond
avec une perche, au bord d'un filet. Le goujon ttu veut passer par une
maille. Il y reste.

Je lve le filet et rejette le goujon.

Plus bas, une brusque secousse tend ma ligne et le bouchon bicolore file
entre deux eaux.

Je tire et c'est encore lui.

Je le dcroche de l'hameon et le rejette.

Cette fois, je ne le verrai plus.

Il est l, immobile,  mes pieds, sous l'eau claire. Je distingue sa
tte largie, son gros oeil stupide et sa paire de barbillons.

Il bille, la lvre dchire, et il respire fort, aprs une telle
motion.

Mais rien ne le corrige.

Je laisse de nouveau tremper ma ligne avec le mme ver.

Et aussitt le goujon mord.

Lequel de nous deux se lassera le premier?




LA DEMOISELLE


Elle soigne son ophtalmie.

D'un bord  l'autre de la rivire, elle ne fait que tremper dans l'eau
frache ses yeux gonfls.

Et elle grsille, comme si elle volait  l'lectricit.




LA PIE


Elle tait toute noire; mais elle a pass l'hiver dernier aux champs et
il lui reste de la neige.




L'ARAIGNE


Une petite main poilue crispe sur des cheveux.




LE PAPILLON


Ce billet doux pli en deux cherche une adresse de fleurs.




LA GUPE


Elle finira pourtant par abmer sa taille!




LA PUCE


Un grain de tabac  ressort.




L'ESCARGOT


Dans la saison des rhumes, son cou de girafe rentr, l'escargot bout
comme un nez plein.




LE VER


En voil un qui s'allonge comme une belle nouille.




LA COULEUVRE


De quel ventre est-elle tombe, cette colique?




LES FOURMIS


Chacune d'elle ressemble au chiffre 3.

Et il y en a! il y en a!

Il y en a 333333333333... jusqu' l'infini.




CHAUVES-SOURIS


La nuit s'use  force de servir.

Elle ne s'use point par le haut, dans ses toiles. Elle s'use comme une
robe qui trane  terre, entre les cailloux et les arbres, jusqu'au fond
des tunnels malsains et des caves humides.

Il n'est pas de coin o ne pntre un pan de nuit. L'pine le crve, les
froids le gercent, la boue le gte. Et chaque matin, quand la nuit
remonte, des loques s'en dtachent, accroches au hasard.

Ainsi naissent les chauves-souris.

Et elles doivent  cette origine de ne pouvoir supporter l'clat du
jour.

Le soleil couch, quand nous prenons le frais, elles se dcollent des
vieilles poutres o, lthargiques, elles pendaient d'une griffe.

Leur vol gauche nous inquite. D'une aile baleine et sans plumes, elles
palpitent autour de nous. Elles se dirigent moins avec d'inutiles yeux
blesss qu'avec l'oreille.

Mon amie cache son visage, et moi je dtourne la tte par crainte du
choc impur.

On dit qu'avec plus d'ardeur que notre amour mme, elles nous suceraient
le sang jusqu' la mort.

Comme on exagre!

Elles ne sont pas mchantes. Elles ne nous touchent jamais.

Filles de la nuit, elles ne dtestent que les lumires, et, du frlement
de leurs petits chles funbres, elles cherchent des bougies  souffler.




LE CERF


J'entrai au bois par un bout de l'alle, comme il arrivait par l'autre
bout.

Je crus d'abord qu'une personne trangre s'avanait avec un pot de
fleurs.

Puis je distinguai le petit arbre nain, aux branches cartes et sans
feuilles.

Enfin le cerf apparut net et nous nous arrtmes tous deux.

Je lui dis:

--Approche. Ne crains rien. Si j'ai un fusil, c'est par contenance, pour
imiter les hommes qui se prennent au srieux. Je ne m'en sers jamais et
je laisse ses cartouches dans leur tiroir.

Le cerf coutait et flairait mes paroles. Ds que je me tus, il n'hsita
point: ses jambes remurent comme des tiges qu'un souffle d'air croise
et dcroise. Il s'enfuit.

--Quel dommage! lui criai-je. Je rvais dj que nous faisions route
ensemble. Moi, je t'offrais, de ma main, les herbes que tu aimes, et
toi, d'un pas de promenade, tu portais mon fusil couch sur ta ramure.




UNE FAMILLE D'ARBRES


C'est aprs avoir travers une plaine brle de soleil que je les
rencontre.

Ils ne demeurent pas au bord de la route,  cause du bruit. Ils habitent
les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.

De loin, ils semblent impntrables. Ds que j'approche, leurs troncs se
desserrent. Ils m'accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me
rafrachir, mais je devine qu'ils m'observent et se dfient.

Ils vivent en famille, les plus gs au milieu et les petits, ceux dont
les premires feuilles viennent de natre, un peu partout, sans jamais
s'carter.

Ils mettent longtemps  mourir, et ils gardent les morts debout jusqu'
la chute en poussire.

Ils se flattent de leurs longues branches, pour s'assurer qu'ils sont
tous l, comme les aveugles. Ils gesticulent de colre si le vent
s'essouffle  les draciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne
murmurent que d'accord.

Je sens qu'ils doivent tre ma vraie famille. J'oublierai vite l'autre.
Ces arbres m'adopteront peu  peu, et pour le mriter j'apprends ce
qu'il faut savoir:

Je sais dj regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.




TABLE DES MATIRES


  Le Chasseur d'images
  Les Hirondelles de chemine
  Les Pigeons
  La Poule
  La Dinde
  La Pintade
  Canards
  Le Paon
  L'Oie
  Le Cygne
  L'pervier
  Le Coq
  Le Cochon
  Le Bouc
  Les Moutons
  Le Cheval
  Le Chien
  La Souris
  Les Lapins
  L'Ane
  Le Boeuf
  Le Taureau
  Les Mouches d'eau
  Le Grillon
  Les Grenouilles
  Le Crapaud
  La Chenille
  La Sauterelle
  La Cage
  Merle!
  L'Alouette
  Le Goujon
  La Demoiselle
  La Pie
  L'Araigne
  Le Papillon
  La Gupe
  La Puce
  L'Escargot
  Le Ver
  La Couleuvre
  Les Fourmis
  Chauves-Souris
  Le Cerf
  Une Famille d'Arbres


IMPRIMERIE E. FLAMMARION, 26, RUE RACINE, PARIS.






End of the Project Gutenberg EBook of Histoires naturelles, by Jules Renard

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRES NATURELLES ***

***** This file should be named 44255-8.txt or 44255-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/4/2/5/44255/

Produced by Laurent Vogel (This file was produced from
images generously made available by the Bibliothque
nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License available with this file or online at
  www.gutenberg.org/license.


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
