Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1608, 20 dcembre 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1608, 20 dcembre 1873

Author: Various

Release Date: November 19, 2013 [EBook #44232]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1608, 20 ***




Produced by Rnald Lvesque








[Illustration: L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL]

REDACTION, ADMINISTRATION, BUREAUX D'ABONNEMENTS
22, rue de Verneuil, Paris

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1608
SAMEDI 20 DCEMBRE 1873

SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DTAIL
60, rue de Richelieu, Paris

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr; le vol. semestriel, broch, 18 fr.; reli
et dor sur tranches, 28 fr.

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Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois, 18 fr.;--un an, 36;
tranger, le port en sus.

Les demandes d'abonnements doivent tre accompagnes d'un mandat-poste
ou dune valeur  vue sur Paris  l'ordre de M. Auguste Marc,
directeur-grant.



SOMMAIRE

TEXTE

Histoire de la semaine,

Courrier de Paris, par M. Philibert Audebrand.

P. Blanchard.

La Soeur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par M. Mayne Reid.

Un voyage en Espagne pendant l'insurrection (fin).

La veille du 1er janvier.

Nos gravures:

Procs du marchal Bazaine, le dnoment.

Violettes.

La bourse aux timbres-poste.

Auguste de la Rive.

L'_Histoire de France_, de M. Guizot.

Les excutions de Santiago.

Bibliographie: _Les Merveilles de l'industrie_, par Louis Figuier.



SOMMAIRE

GRAVURES

Procs du marchal Bazaine: Mme Bazaine en prire dans la chapelle de
Trianon, au moment du prononc du jugement;

Lecture de l'arrt au condamn;

La dlibration du conseil de guerre avant le prononc du jugement.

P. Blanchard.

vnements de Cuba: excution de l'quipage du _Virginius_,  Santiago
de Cuba;

Les cadavres fouls aux pieds des chevaux, aprs l'excution.

M. de la Rive.

Types et physionomies de Paris: la petite bourse des timbres-poste aux
Champs-Elyses.

_L'Histoire de France_, de M. Guizot (6 gravures).

_Les Merveilles de l'industrie_, par M. L. Figuier (4 gravures).

Rbus.



[Illustration: PROCS DU MARCHAL BAZAINE. Mme BAZAINE EN PRIRE DANS LA
CHAPELLE DE TRIANON, AU MOMENT DU PRONONC DU JUGEMENT.]



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

Le mmorable procs dont la France entire suivait avec un si poignant
intrt les pripties depuis prs de trois mois est enfin arriv  son
terme: le sort du marchal Bazaine est dcid. A l'unanimit sur toutes
les questions, le conseil de guerre sigeant  Trianon a condamn
l'ex-commandant de l'arme de Metz  la peine de mort et  la
dgradation militaire. Le marchal a refus de se pourvoir en rvision,
mais le conseil tout entier a sign un recours en grce; le duc d'Aumale
l'a remis immdiatement entre les mains du prsident de la Rpublique,
et, ds le surlendemain, le Journal officiel annonait que la peine de
mort tait commue en vingt annes de dtention, et que le condamn
tait dispens des formalits de la dgradation militaire, mais sous
rserve de tous ses effets.

L'Assemble nationale a continu, pendant le cours de cette semaine, la
discussion du budget, qui s'est poursuivie sans autres incidents que la
prsentation d'un certain nombre d'amendements ou d'observations dont
l'examen nous entranerait trop loin. Pendant que cette discussion
suivait son cours en sances publiques, les commissions travaillaient 
l'laboration des nouvelles lois organiques et constitutionnelles. Sur
la proposition de son prsident, M. Batbie, la commission des Trente
dcidait que la loi lectorale serait la premire dont elle aurait 
s'occuper; puis elle nommait une sous-commission d'tudes ayant mission
de faire des recherches prparatoires. MM. d'Andelarre et Pradi ont t
chargs par cette sous-commission de compulser les ouvrages traitant de
l'organisation des pouvoirs publics; MM. Waddington et A.
Lefvre-Pontalis d'tudier, dans les lgislations trangres, les divers
modes de composition des Chambres hautes; M. Laboulaye, de faire un
expos de l'organisation constitutionnelle dans les tats amricains.
D'autre part, la commission charge de la rdaction de la nouvelle loi
municipale a termin ses travaux et entendu le rapport de M. Clapier;
nous avons dj mentionn les dispositions principales de la loi
nouvelle qui ont pour but, on le sait, d'enlever au suffrage universel,
pour le rendre au gouvernement, la nomination des maires, et d'imposer
aux communes les dpenses de police, telles qu'elles auront t fixes
par les prfets; contentons-nous de les appeler rformes fondamentales,
en attendant leur discussion en sance gnrale, o elles doivent
rencontrer, assure-t-on, une assez srieuse opposition.

L'urgence et la gravit des lois constitutionnelles dont la commission
des Trente est saisie ne saurait tre mieux dmontre que par les quatre
lections qui ont eu lieu dimanche dernier dans les trois dpartements
de l'Aude, de Seine-et-Oise et du Finistre. Comme presque toutes celles
qui se sont succd depuis trois ans, ces lections se sont traduites
par des majorits considrables donnes aux candidats rpublicains.
Celle du Finistre, notamment, o M. Swiney l'a emport par 61,000 voix
contre 42,000 donnes  son concurrent, M. Le Guen, est un symptme
trs-caractristique du mouvement qui s'opre mme dans les rgions les
moins accessibles jusqu' prsent aux ides rvolutionnaires, et parat
avoir vivement affect les groupes conservateurs de l'Assemble.

ALGRIE.

M. le gnral Chanzy, gouverneur gnral de l'Algrie, a prononc, le 3
dcembre,  l'ouverture de la session du conseil suprieur de la
colonie, un loquent discours o est expos avec un remarquable talent
tout un plan d'administration, qui a t accueilli avec une approbation
unanime. Ce discours peut tre divis eu deux parties; dans la premire,
l'orateur nonce les principes gnraux de son systme; la seconde est
plus spcialement consacre  l'explication des moyens pratiques
auxquels le gouverneur gnral juge utile de recourir, tels que:
organisation administrative,--colonisation,--grands travaux d'utilit
publique,--entreprises industrielles,--constitution de la
proprit,--forts,--rgularisation des oprations du squestre. Nous
laisserons de ct cette deuxime partie, dont l'examen nous forcerait
d'entrer dans trop de dtails techniques, pour ne nous occuper que de la
premire.

Aux yeux de l'honorable gnral, les dcrets de 1870 contiennent le
programme qu'il importe de raliser au plus vite afin de justifier notre
rimplantation sur le sol africain, et c'est  la recherche des moyens
propres  amener l'assimilation de l'Algrie  la mre patrie que le
conseil suprieur doit consacrer toute son activit, tout son
patriotisme. Au nombre des mesures qui doivent tre appliques le plus
immdiatement, M. le gnral Chanzy place la disparition de cet
antagonisme, plus apparent que rel, entre ce qu'on appelle le rgime
civil et le rgime militaire. Si au lendemain de la conqute, et dans le
but de la consolider, de telles distinctions ont pu tre ncessaires,
indispensables mme, elles n'ont plus aujourd'hui de raison pour
subsister. Je dchargerai, dit M. le gouverneur, dans la limite du
possible l'arme d'une tche qui n'est plus la sienne et qu'elle ne
continue que par devoir; elle restera charge temporairement des parties
o les populations indignes, loignes du contact des Europens,
doivent tre domines et sentir la force pour rester calmes.

Mais, pour l'honorable gnral, il n'y a point et il ne peut y avoir
ici deux rgimes: le rgime civil, le rgime militaire; il n'y a qu'une
pense: celle de tirer de cette magnifique colonie tout ce que la France
et la civilisation attendent de nos communs efforts. Il n'y a et ne peut
y avoir deux territoires avec leurs systmes opposs; il y a une vaste
contre soumise  la France, dans laquelle il nous faut introduire ses
institutions, en tenant compte des prcautions que la sagesse et la
situation nous imposent. Pour moi, dans ce pays, dsormais franais, il
y a les parties qui peuvent et doivent tre assimiles de suite, celles
dans lesquelles les institutions civiles et la justice de droit commun
sont possibles et doivent tre compltes, et celles o le commandement
doit encore s'exercer, parce que seul il peut assurer, si on lui en
laisse les moyens, le bon ordre et la scurit.

On ne pouvait mieux faire comprendre la mission du conseil suprieur et
de l'arme en Algrie, aussi doit-on attendre les plus grands rsultats
de l'application des principes qui guident l'honorable gouverneur
gnral civil de l'Algrie.

En terminant son discours, M. le gnral Chanzy a expos les motifs qui
l'avaient conduit  introduire dans le conseil suprieur les hauts
fonctionnaires chargs des affaires du dpartement ou des territoires
rests sous le commandement militaire, et c'est par un appel au
patriotisme du conseil, que l'orateur a clos son loquent plaidoyer en
faveur de la colonie:

La politique, cette passion qui surexcite, n'a rien  faire dans cette
enceinte, et nous saurons justifier la confiance que le gouvernement qui
nous a nomm et que la population qui vous a dsigns a mise en nous.

TATS-UNIS.

Le diffrend hispano-amricain s'est termin de la manire la plus
heureuse par la reddition aux autorits des Etats-Unis du _Virginius_ et
des survivants de son quipage. Les dtails manquent encore sur la
manire dont s'est opre la restitution ainsi que sur les motifs du
brusque revirement d'opinion qui a permis aux autorits cubaines
d'excuter des conditions d'abord dclares inacceptables. Quoi qu'il en
soit il faut se fliciter de la solution pacifique d'une situation qui
aurait pu, en se prolongeant, amener les plus graves complications.

SUISSE.

Le Conseil fdral de la rpublique helvtique vient de prendre une
dcision qui aura sans doute un grand retentissement dans le monde
catholique. Il a rompu avec le Saint-Sige et congdi le lgat
accrdit comme charg d'affaires auprs du gouvernement suisse.

M. Crsole, prsident de la Confdration, a adress  ce sujet  Mgr
Agnozzi, charg d'affaires du Saint-Sige, une note diplomatique
dclarant que la mesure prise par le Conseil fdral a t dtermine
par la publication de l'encyclique du 21 novembre, qui renfermait des
accusations de la nature la plus directe et la plus grave contre
diverses autorits lgitimement constitues en Suisse et contre
certaines dcisions que ces autorits ont rgulirement prises. Cette
rupture solennelle est certainement regrettable; elle affligera
profondment tous les catholiques modrs, c'est--dire, comme le fait
remarquer le _Journal de Genve_, l'immense majorit des catholiques
suisses, qui n'ont jamais spar dans leur coeur le nom de religion de
celui de patrie.

Les journaux suisses, calvinistes et libres penseurs, applaudissent
naturellement  cette mesure. Ils prennent, de plus, le soin de
l'expliquer et de la justifier. Ils rappellent que depuis longtemps
l'opinion publique, en Suisse, tait peu favorable au maintien de la
nonciature.

On reconnaissait,--disent-ils,--que non-seulement elle ne pouvait offrir
une utilit pratique, mais encore qu'elle n'avait plus de raison d'tre.
Il est de fait que, dans sa grande runion  Soleure, le _Volks-verein_
avait port sur son programme rvisionniste la suppression de la
nonciature, et que la commission du Conseil national avait fait droit 
ce voeu en proposant de l'inscrire dans la Constitution.

L'encyclique de Pie IX n'a donc t, pour le gouvernement des vingt-deux
cantons, qu'un prtexte opportun; la rupture tait prmdite de longue
date.

La rupture des relations entre la Confdration helvtique et le Vatican
ne sera peut-tre pas aussi sensible  la curie romaine que la nouvelle
mesure prise par le gouvernement bavarois, et qui, pour tre beaucoup
moins radicale, constitue cependant une dmonstration caractristique.

Pendant longtemps, on le sait, le clerg avait t tout-puissant en
Bavire,  tel point que le roi Maximilien II tait all jusqu'
subordonner la Constitution au concordat; ce souverain avait dcid que
toutes les fois que le pacte constitutionnel se trouverait en opposition
avec le concordat, celui-ci l'emporterait sur celui-l.

Le gouvernement de Munich vient de dcider que, dsormais, en cas de
conflit entre les lois du pays et la convention conclue avec le
Saint-Sige, c'est la lgislation nationale qui passera la premire.

Les feuilles librales bavaroises esprent que cette mesure est la
prface de l'abolition complte du concordat.



COURRIER DE PARIS

On a longtemps clbr la tendresse des habitants d'Enghien pour leur
lac. C'tait alors la seule merveille de l'endroit. Un jour, le conseil
municipal avait pos deux plantons aux extrmits de l'amas d'eau;
c'tait afin de surveiller les passants. Dfense d'approcher du lac,
sous peine de mort. On aurait dit le Kisslar-Agha sur le seuil du
srail. Monsieur le maire, faisant sa tourne quotidienne, prenait plus
grand soin du lac que de ses propres yeux. Quand le gros temps menaait,
si le vent jetait sur la rive un grain de poussire ou une feuille
sche, on voyait le magistrat descendre en toute hte sur la grve; il
tirait gravement son mouchoir de sa poche et se mettait  pousseter le
lac, si cher  la commune. Un spectacle si touchant faisait  bon droit
l'admiration de Grard de Nerval, qui venait parfois rver sur ses
bords.

Aujourd'hui Enghien n'a plus  passer par ces transes; son lac est
class, adopt, arriv, comme on dit; il n'a plus ni ses preuves, ni sa
fortune  faire. Cependant, sous un autre rapport que celui de la
feuille jaunie ou de la poussire qui pourrait ternir le miroir de ses
eaux, voil que la mme vigilance jalouse se prsente en ce moment pour
les lacs du bois de Boulogne. L aussi, on est expos  se cogner contre
des sentinelles rbarbatives; il y a une consigne d'un sens absolument
asiatique. Aussitt que la gele blanche arrive, un jeune monsieur,
habill d'ours, ayant un stick  la main, vous crie: Au large!
N'empchez pas la glace de se former. Cet lgant quidam est ce qu'on
appelle un semainier du _Club des Patineurs_.

La semaine passe, les fanatiques du patin ont prouv toute une srie
de fausses joies. Sur la foi de l'almanach, on attendait la glace.
Glera-t-il? ne glera-t-il pas? Un rat de l'Observatoire s'tait quatre
fois peign l'oreille gauche avec sa patte de derrire; c'tait signe
qu'il y aurait pendant dix jours vingt-cinq degrs au-dessous de zro,
juste la temprature du Groenland. Ds ce moment, on signale dans les
rgions aristocratiques un mouvement rapide; ce serait  qui arracherait
ses patins du croc pour courir aux lacs. Tout le long au chemin, les
amateurs faisaient le plus possible la mine des gens de la Finlande
courant sur leurs blocs glacs. Un chien errant qui venait  eux leur
faisait dj l'effet d'un renard bleu de la Laponie. Au bois, il a fallu
en rabattre. Cette gele n'avait rien de srieux. Le rat de
l'Observatoire est un farceur qui a pris plaisir  mettre ainsi dedans
l'lite du beau monde.

Je suis volontiers de ceux qui compatissent aux tristesses du _Club des
Patineurs_, car enfin il a contribu jadis  donner  notre Paris une
trs-grande animation, des ftes, de beaux jours, ou, si vous l'aimez
mieux, de belles nuits. Institu en 1860, en mme temps et dans le mme
local que le Tir aux pigeons, il avait et il a encore, jusqu'en 1885, la
jouissance exclusive d'un bassin construit sur la pelouse de Madrid. Il
disposait et il dispose encore, par surcrot, de deux autres bassins
dans le bois de Boulogne. Tous les grands noms du sport se sont
empresss d'allonger la liste dj brillante de ses fondateurs. Et comme
il arrive toujours en ces sortes de choses, la mode s'en est mle; on
s'est mis  aimer la course en zigzags sur la glace; Paris n'tait plus
qu'un gymnase de patineurs de l'un et de l'autre sexe.

Cherchez bien, vous retrouverez dans quelque coin de votre mmoire
l'image encore vivante d'une de ces soires o de longues files de
voitures conduisaient au bout de l'avenue de l'Impratrice les beaux et
les belles, les fous et les folles, ce qu'on appelle le monde o l'on
s'amuse. En ce temps-l, le _Club des Patineurs_ annonait ses
exercices par une affiche, absolument comme l'Opra annonait un ballet
nouveau et le cirque les dbuts d'une cuyre. Il y avait souvent de
vives surprises. Une fois c'tait une double range de flambeaux,
disposs comme un supplment aux toiles; une autre fois c'tait un
double quadrige des dames de la cour, se prsentant en traneaux russes
comme si l'on et amen la Nwa chez nous.

Ces nuits, le _Club des Patineurs_ a rv de les refaire. Pour y
parvenir, une condition est indispensable: la glace. Il faut que les
deux lacs glent. Jugez de l'impatience des fanatiques! La priode
hivernale va du 15 dcembre au 15 janvier, et encore pas toujours. S'il
doit y avoir des frimas, c'est pendant ce laps de temps, ou bien il n'y
en aura point. Tous les matins,  leur lever, les coryphes du club sont
aux aguets.--O en est-on? Sommes-nous en Sibrie ou toujours en
Picardie? Neige-t-il? Gle-t-il? Y a-t-il de la glace? Interrogez les
astronomes ou les ours blancs du Jardin des Plantes.--Eh bien, jusqu'
ce jour, on a eu beau faire; il n'y a eu que quelques pinces de givre.
Il n'a gel que pour rire.--Eh! mon Dieu! pourquoi ne pas appeler au
bord des lacs tels et tels orateurs de Versailles; les deux nappes d'eau
ne tarderaient pas  tre glaces.

Si les patins sont tristes, la fourchette, par contre, est en plein
mouvement et en pleine allgresse. Pour le quart-d'heure, on ne songe
qu' se mettre  table. Grand dner chez le marchal de Mac-Mahon,
prsident de la Rpublique; grand dner chez M. Buffet, prsident de
l'Assemble nationale; grand dner chez le duc de Broglie,
vice-prsident du conseil des ministres; grand dner  l'ambassade
d'Angleterre; grand dner chez le comte Orloff, ambassadeur de Russie;
vingt-cinq repas de corps; premiers soupers de carnaval, et cetera, et
cetera. Ne craignez rien nanmoins au point de vue des
approvisionnements. Jamais Paris n'aura reu tant de bourriches. On ne
voit partout que grosses ttes: daims, cerfs, sangliers. Le poisson de
mer et d'eau douce arrive par centaines de tonnes. Les marchands de
comestibles commencent mme  exhiber des tortues normes. Gavarni
conseillait la soupe  la tortue aux artistes, aux amoureux, aux
politiques,  tous ceux qui ont besoin d'tre fous. Vous savez qu'elle
ne va pas sans une poigne de gingembre, disait-il. En fait de gibier 
plumes, la gamme est des plus riches. Cela va de l'outarde 
l'allouette, cette succulente messagre du point du jour. Que de
perdreaux on a rtis cette semaine! Et les pts! il y en a une varit
qui prime mme celle des roses! Ajoutons que, dans notre enceinte, il y
a 30,000 cuisiniers toujours sous les armes (il ne faudrait pas compter
moins de 100,000 cordons bleus). Enfin la ville est plus que jamais
celle dont l'auteur de _Gargantua_ a crit: Ici on donne tout  la
tripe (au ventre). C'est probablement pour cette raison qu'a t trac
ce billet, envoy  un diteur:

Retardez, je vous prie, d'un mois, la publication de mon nouveau roman.

Victor Hugo.

Un grand homme qui ne serait pas content du tout, s'il vivait encore,
c'est J.-J. Rousseau. Dans ce mme thtre du palais de Versailles o
Marie-Antoinette se plaisait  faire jouer le _Devin du village_, ces
jours-ci, pendant une sance de l'Assemble nationale, on a tout  coup
interpell l'ombre du citoyen de Genve, et on lui en a dit de toutes
les couleurs. L'auteur de la _Nouvelle Hloise_, tant aim de nos pres,
a donc t trait du haut en bas par les petits-fils. Un jour, on lui a
dress une statue par souscription nationale; un autre jour, il a t
mis au Panthon;  prsent, il serait jet  la voirie, si un zl ne
s'tait pas mis en mesure de brler ses ossements et ceux de Voltaire.
Tel est le revirement des choses humaines. Mais, voyons, puisque ceux
qui discourent si bien aujourd'hui contre lui ne peuvent l'atteindre en
chair et en os, que ne font-ils effacer son nom, imprim aux quatre
coins d'une de nos rues?

Dans des mmoires relatifs au premier empire, on lit qu' cette poque
dj, un mouvement de recul s'tant manifest, ceux qui entouraient la
personne de l'empereur s'emportaient tout haut contre le philosophe.
Napolon n'aimait pas J.-J. Rousseau, qu'il trouvait trop pompeux et
trop rigide; il prfrait Voltaire, cent fois plus accommodant. Pour
mettre fin  la discussion, un soir,  Compigne, dans un souper de
chasse, il dit, en s'adressant  M. Stanislas de Girardin:

--Je ne l'aime pas, votre Jean-Jacques. Il ne peut crire dix lignes
sans y mettre le mot de vertu, et puis c'est lui qui est cause de la
Rvolution.--Il est vrai, se hta-t-il d'ajouter en riant, que j'y ai
attrap le trne.

En finira-t-on avec les papiers posthumes ou soi-disant tels? La mode
veut maintenant que du jour o un crivain de quelque clbrit est
mort, on imprime jusqu' la plus insignifiante des pattes de mouches
qu'il a laisses. Sans doute il arrive parfois que l'histoire littraire
et l'art s'en trouvent bien, ainsi qu'on vient de le voir par la
correspondance de Prosper Mrime avec une Inconnue. Mais pour un succs
combien de platitudes? que d'abus!

Dans les derniers temps de sa vie, voyant que cette pratique tait dj
en honneur, Alfred de Musset mit sa constante sollicitude  s'en
dfendre; il se surveillait lui-mme au point de ne vouloir plus tracer
une ligne.

--Tant pis, disait-il  T***, je ferai  l'avenir mes commandes de vive
voix; je ne veux plus me permettre mme une lettre  mon bottier.

On a su depuis pourquoi le pote tait devenu  ce point hydrophobe
d'encre applique aux petits incidents de la vie. Le catalogue du
libraire G*** a fait l-dessus des rvlations. Un jour, entre autres
lettres curieuses, on en mettait une en vente; c'tait une ptre que
l'auteur de _Rolla_ avait crite de force,  la suite d'un guet-apens.
Le papier en question existe encore. Il figure dans la collection de M.
R***, qui a bien voulu en autoriser la transcription.--La secrte et
lgitime antipathie d'Alfred de Musset pour les paperasses littraires y
est trs-nettement spcifie, ainsi que vous allez le voir.

Nota.--A l'exemple d'Horace, de Martial et de Boileau, il avait t
invit  dner; c'est l le guet-apens. Au dessert, on lui avait plant
 la main une plume de fer, l'instrument du supplice.

D'o le morceau qui suit:

Paris, 5 mars 1849,

D'une maison de la rue des Bons-Enfants.

Sur la mort d'un parapluie,

Ayant, dis-tu, besoin d'un autographe de moi, ton ancien camarade de
collge, tu me demandes de t'crire une lettre. Une lettre! Il faut
qu'elle ait l'air d'tre srieuse et qu'elle ne le soit pas pour tout de
bon. Pour que! motif, sur quel thme aurai-je  faire ainsi une page ou
deux? Je n'en sais absolument rien. Je suis comme un homme que la
patrouille conduirait au violon parce qu'un autre aurait cass un
carreau de vitre au cabaret.

Tu me dis:--Aie recours  quelque truc d'imagination.

Soit.

Eh bien, je me fais auteur en ta prsence, puisque tu m'as mis un
couteau  dcouper sous la gorge; j'imagine, j'invente, je suppose; je
fais oeuvre de pote.

Prenons que je suis un bon bourgeois et que j'aie perdu mon parapluie;
c'est  toi que je m'adresse pour savoir si c'est un parapluie mort ou
encore en vie.

Je te dis donc en propres termes, sur le ton d'un confident du
Thtre-Franais.

Cher monsieur, il vient de m'arriver le plus grand des malheurs: j'ai
perdu mon parapluie.

Ah! c'tait un parapluie superbe! Point de coton, tout en soie. Des
baleines en os de baleine. Un vrai pome. On voudrait me donner les
OEuvres compltes de mes trente-neuf confrres de l'Acadmie franaise
en change de cet incomparable rifflard que je n'accepterais pas.
Voyons, oui ou non, l'avez-vous trouv?

Si vous ne l'avez pas trouv, c'est un parapluie mort; je n'ai plus
qu' acheter une canne-fusil pour me brler la cervelle.

Avant d'en venir l, sachant mon mtier, je voudrais faire son
pitaphe. Mais encore je ne sais pas o je devrais faire graver ces deux
vers, en style lapidaire, puisque j'ignore o reposent ses restes?

N'importe, crivons toujours l'pitaphe.

Ci-gt l'innocent parapluie Que je n'ai jamais vu de ma vie.

Et je signe pour qu'il ne manque rien  l'autographe:

Alfred de Musset,

Qu'est-ce que vous dites de a, amateurs de la littrature
d'outre-tombe?

Et bien, toujours, toujours, toujours des autographes!

Rue Drouot,  l'Htel des commissaires priseurs,  la vente des livres
du pauvre Emile Gaboriau, on a montr le joli billet que voici,
chef-d'oeuvre d'une actrice bien connue.

C'est une interpellation  une modiste.

Paris, le 7 avril 1867.

Madame S***,

Veuillez, je vous prie, me faire sans retard un chapeau exactement
semblable au dernier que vous m'avez fourni.

Compliments empresss.

Hortense Schneider de Grolstein.

Voil qui est drle sans doute, mais il y a des prcdents.

Au commencement de la Restauration, Mme la marchale Soult avait eu
occasion d'crire  Mlle Bourgoin, de la Comdie-Franaise, pour la
prier de venir dclamer des vers  une de ses soires. La duchesse avait
sign son billet: _Sophie de Dalmatie_. Quant  l'actrice, qui avait au
plus haut point l'esprit de rpartie, elle signa sa rponse: _Iphignie
en Aulide_.

--C'est une vieille histoire qui a amus tout Paris pendant huit jours.

Philibert Audebrand.



[Illustration: PROCS DU MARCHAL BAZAINE.--Lecture de l'arrt
au condamn.]



P. BLANCHARD

Le monde des artistes vient de faire une perte nouvelle, et qui sera
plus cruellement sentie  l'_Illustration_ que partout ailleurs. M.
Pharamond Blanchard est mort cette semaine,  l'ge de soixante-neuf
ans. C'tait  la fois le plus rudit et le plus charmant des hommes. Il
causait de toutes choses avec un art infini, il avait des jugements
trs-srs et des anecdotes toutes prtes sur tous les sujets. _Quiconque
a beaucoup vu...._ dit La Fontaine; M. Blanchard avait beaucoup vu et
pour donner raison au fabuliste, beaucoup retenu. Que de fois nous avons
pris plaisir  l'couter! Dans le recueil de lettres de Prosper Mrime
qui vient de paratre sous ce titre, _Lettres  une inconnue_, il est
question d'un M. Blanchard qui tonne Mrime lui-mme et qui le
charme en lui parlant de moeurs et de pays peu connus. C'tait notre
collaborateur et nous pouvons dire notre vieil ami que dsignait ainsi
l'auteur de _Colomba_.

Pharamond Blanchard tait n en 1805  Lyon. Il avait tudi dans
l'atelier de Gros et il avait gard le respect de cet enseignement
solide. En quittant son matre, Pharamond Blanchard avait commenc par
tre peintre de dcors. Nous nous souvenons lui avoir entendu conter
qu'il travailla sous la direction du baron Taylor qui avait install une
sorte de thtre tonnant o les dcorations prenaient, grce  un
systme particulier d'optique, l'intensit de ralit que donne le
diorama. Il y avait  une vue de Jrusalem, aperue du haut d'une
terrasse,  laquelle M. Blanchard avait grandement collabor et qu'il
citait, en causant, comme un de ses titres de gloire.

[Illustration: BLANCHARD.]

J'ai rpt le mot en causant. C'est que cet artiste infatigable, ce
producteur dont on trouverait le nom, on peut le dire, presqu' chaque
page de l'_Illustration_, au bas d'un nombre infini de scnes de
voyages, de paysages, ce peintre tait aussi un causeur exquis, et
j'ajoute, un crivain vritable. Maintes fois, en effet, il a jet sur
le papier, non plus seulement avec le crayon, mais avec la plume des
souvenirs et des impressions de voyages, et toujours il a su intresser
et charmer. Il fallait l'entendre avec sa voix d'une bonhomie railleuse,
tombant de ses lvres argues par un sourire, raconter ses journes de
touriste en Russie, en Orient, au Mexique, en Espagne, au Caucase! Ses
yeux, derrire ses lunettes, prenaient alors une expression ptillante
de douceur malicieuse. Il savait et parlait plusieurs langues et
entremlait ses rcits pittoresques de citations, de dictons, de
proverbes, de refrains exotiques.


[Illustration: PROCS DU MARCHAL BAZAINE.--Salle des runions du
conseil.]


Blanchard tait n voyageur, mais la faon dont il fit son voyage au
Caucase peint tout  fait son caractre et le charme personnel que
possdait ce brave et honnte homme. Il tait parti pour la Russie avec
la mission de rendre compte  l'_Illustration_ des ftes donnes 
Saint-Ptersbourg  l'occasion du sacre du czar. Blanchard envoyait ici
ses croquis et il avait annonc qu'il ne resterait dans le Nord que
quinze jours. Il y resta trois ans. Un gentilhomme russe se prit pour
lui d'une belle amiti et l'emmena, bon gr mal gr, au Caucase. Les
semaines et les mois passaient et Pharamond Blanchard donna deux ans de
sa vie  ce voyage d'o il revint en laissant l-bas des amitis et des
regrets sincres.

Et  propos de voyages, nous n'oublions pas nous-mme l'excursion que
nous fmes ensemble, en 1866, pendant que grondaient en Bohme les
canons prussiens et autrichiens. Nous allmes aux ftes sculaires
donnes pour clbrer la runion de la Lorraine et du Barrois  la
France. De Nancy, nous allmes  Metz qui tait encore Metz la vierge.
Que ce temps-l est loin! Une partie de la Lorraine est prussienne
aujourd'hui, des Bavarois paradent  Metz, devant la statue de Ney, et
notre gai compagnon de voyage, qui, lev bon matin, commenait aussitt
et conduisait jusqu'au soir ses amusantes histoires, Pharamond Blanchard
a disparu, aim de bien des gens et estim de tous.

Nous ne saurions compter tout ce que Blanchard laisse aprs lui d'tudes
de toutes sortes, de travaux achevs, de dessins, de tableaux. Aucune
existence ne fut plus laborieuse et plus digne que la sienne; et
l'_Illustration_ perd l, avec un ami, un de ses plus chers et de ses
plus dvous collaborateurs.

Jules Claretie.



LA SOEUR PERDUE

Une histoire du Gran Chaco

(Suite)

Il allait dire:

Si votre pre avait t l, il ne lui aurait pas laiss remporter sa
fourrure.

En effet, si bon chasseur qu'il ft, Gaspardo avait trop souvent vu
Halberger  l'oeuvre pour douter de ce qu'il et fait  sa place. Il
n'tait pas non plus sans regretter ce beau coup et certes il ne l'et
pas laiss chapper s'il n'et eu  craindre que pour lui-mme, et s'il
n'avait d penser avant tout aux jeunes gens qui lui taient confis.

Il garda donc pour lui le surplus de ses rflexions. Le brave homme ne
voulait pas renouveler la douleur des jeunes gens, en voquant un nom
li  de si chers et si cruels souvenirs.

Caramba! reprit-il aussitt. Il ne sera pas dit que j'abandonnerai
cette tigresse aux fourmis, aux loups ou  toute autre vilaine bte qui
aurait la chance de se promener par ici. Qui sait, d'ailleurs, si nous
ne repasserons pas bientt devant cette caverne? Quoi qu'il en doive
arriver, je tiens  pouvoir un jour ou l'autre rentrer en possession de
cette fourrure. J'ai tout le temps ncessaire pour la dpouiller avant
que l'eau soit assez basse pour nous laisser traverser. Ainsi, 
l'ouvrage.

Tout en parlant il avait dgain son grand couteau de gaucho et se
mettait en devoir de dpouiller le jaguar. L'opration ne dura pas
longtemps. La superbe fourrure avec ses mouchetures d'un noir de jais
cdait rapidement sous ses doigts habiles, et bientt la carcasse de la
bte gisait nue sur le soi.

Quant  cela, les saubas peuvent le prendre et s'en rgaler, dit-il en
montrant la chair encore fumante, et je ne les plaindrai pas; il y a
telle occasion o des chrtiens s'en arrangeraient comme eux; je me
souviens d'un temps o j'aurais t bien aise d'en avoir une tranche 
griller. Oui, mes jeunes matres, dans ce mme Chaco, j'ai vcu une
semaine entire sur la carcasse d'une vizcacha (1) tique, sans compter
le mal que je m'tais donn pour rattraper.

--A quelle poque, Gaspardo? demanda Ludwig, intress malgr sa
tristesse par les paroles du gaucho.

[Note 1: Le Vizcacha (Lagostamus tachodactylus), ressemble  un
gros lapin, mais ses incisives sont plus longues et sa queue est
allonge.]

Ludwig avait les dispositions de son pre; il aimait tout ce qui se
rapportait  la nature ou aux luttes soutenues contre elle.

Ma foi, senorito, l'affaire arriva il y a pas mal de temps. Mais
l'histoire est trop longue pour que je vous la raconte aujourd'hui. Nous
n'avons plus maintenant qu' disposer cette peau de faon  ce qu'elle
puisse scher ici,  l'abri des indiscrets, et puis nous remonterons en
selle.

Prenant alors quelques bouts de corde dans son recado, il pratiqua
quatre petits trous aux quatre extrmits de la dpouille de son jaguar,
et la fixa  l'aide de ses cordes  des stalactites de la grotte, qui se
trouvaient l tout  point pour lui remplacer les clous qu'il n'avait
pas.

C'est vraiment, dit-il en contemplant la peau faisant plafond au-dessus
de sa tte, un schoir digne d'elle. A cette place elle est hors de
porte des saubas et des loups, et si personne qu'eux ne vient fourrer
son nez par ici et se mler de ce qui ne le regarde pas, elle pourra s'y
garder des semaines sans se gter. Les choses ne se dtriorent pas dans
une caverne comme en plein air; je ne sais pas pourquoi, c'est peut-tre
parce que le soleil ne les atteint pas.

Ludwig aurait pu certainement expliquer le phnomne  son ami, mais il
tait un peu tard pour entreprendre son ducation scientifique, et il ne
l'essaya pas. On peut voir d'ailleurs, que pour Gaspardo, l'exprience
remplaait la science.

En regardant une seconde fois au dehors, ils reconnurent que le torrent
avait baiss assez de niveau pour leur permettre d'en suivre le bord.
Aussi, sans perdre plus de temps, ils conduisirent leurs chevaux 
l'entre de la grotte, montrent en selle et se remirent  chercher la
piste des Tovas.

Ils avaient dj descendu le cours du ruisseau jusqu' son embouchure,
et avaient gravi la berge du fleuve, sans tre encore parvenus 
retrouver les traces des cavaliers. L'ouragan de poussire et le dluge
de pluie qui l'avait suivi, avaient effac toutes les empreintes, et le
gaucho semblait fort proccup.

_Maldita_! s'cria-t-il au moment o tous trois appuyant sur leur
bride, s'taient arrts comme d'un commun accord, interrogeant
alternativement le sol et les regards de leurs compagnons. Maldita! pas
plus que moi, vous autres, vous n'avez rien vu?

--Faut-il nous arrter, dit Ludwig, qui voyait bien que ses amis, tout
comme lui-mme, taient fort inquiets de la piste perdue; faut-il
vraiment nous arrter?

--Nous arrter! s'cria Cypriano. Pensez-vous, cousin,  abandonner la
poursuite?

--Non, non; je ne veux pas dire cela.

--Plutt que d'abandonner cette poursuite, continua le jeune Paraguayen
sans attendre la rponse de Ludwig, je passerais le reste de mes jours 
courir dans le Chaco. Je l'ai jur  votre mre, Ludwig; je ne
retournerai  l'estancia que pour y ramener votre soeur.

--Je suis aussi rsolu que vous, cousin, rpondit Ludwig, vous le savez
bien; mais le Chaco est grand, et errer  l'aventure n'aboutirait 
rien. S'il n'y a pas lieu de dsesprer, il y a lieu du moins de
rflchir.

--Nous savons, reprit Cypriano, que Francesca est avec les Tovas. Ils
forment une tribu nombreuse, et une tribu ne se cache pas indfiniment
dans un trou. Les Tovas ne sont pas gens  rester bien longtemps en
place. Il y a toujours parmi eux quelque expdition en route. Nous
finirons bien par en rencontrer une; et il ne nous en faut pas davantage
pour nous remettre sur la voie du groupe principal.

--Hlas! rpondit tristement Ludwig, il peut se passer longtemps avant
que nous rencontrions un tre humain dans cette affreuse solitude. Que
fera ma pauvre mre jusqu' notre retour? Je ne puis m'empcher de
songer  elle, qui est seule, si peu de temps aprs la mort de mon pre,
et avec sa tombe devant les yeux. Elle va croire que nous sommes perdus
aussi. Si nous pouvions du moins lui envoyer quelqu'un pour lui dire que
nous sommes tous bien portants!

La tte du malheureux jeune homme, en prononant ces mots, s'inclina sur
sa poitrine, et une larme qu'il ne put retenir glissa de sa paupire.

Ludwig adorait sa mre. L'ide qu'en leur absence quelque danger pt la
menacer  son tour, le jetait dans une perplexit affreuse. Son coeur
avait t si profondment mu par la douleur dans laquelle il l'avait
laisse  son dpart, qu'il ne pouvait en chasser le souvenir. Le sort
mme de sa soeur, si affreux qu'il pt tre, ne pouvait le tourmenter
davantage. C'tait une innocente enfant, et personne, pensait-il, pas
mme un sauvage, ne devait tre capable de lui faire du mal. Il se
plaisait  croire qu'elle ne courait d'autre danger qu'un prolongement
de captivit. Sans doute, elle aussi, devait tre dvore de soucis;
elle avait vu de ses propres yeux un spectacle plus horrible encore,
s'il tait possible, que celui auquel ils avaient assist; mais Ludwig
qui ne pouvait rien savoir de la mort de Naraguana, comptait encore
fermement que l'amiti que le chef avait toujours eue pour son pre,
serait une sauvegarde pour sa soeur. Dans sa pense, les auteurs du
guet-apens dans lequel avait pri son pre, et qui avait eu pour suite
l'enlvement de Francesca, devaient dj avoir t punis par
Naraguana.--Qui sait mme si, pendant qu'ils couraient  la recherche de
la malheureuse enfant, cet ami fidle et si souvent prouv, ne l'avait
pas rendue  sa mre.--Il se jeta dans les bras de Cypriano.

Cousin, lui dit-il, vous avez t orphelin de si bonne heure, que vous
ne savez pas ce que peuvent tre pour un fils un pre comme le mien, et
une mre comme celle que j'ai peut-tre eu tort d'abandonner  son
dsespoir.

--Je sais, Ludwig, rpondit Cypriano, tout ce que valait, et pour vous
et pour moi, celui que nous avons perdu. Je sais ce que vaut votre mre;
n'a-t-elle pas t une seconde mre pour moi? Je partage votre angoisse.
Je voudrais tre, ainsi que vous, tout  la fois  l'estancia pour y
pleurer avec ma tante, et au coeur de la tribu des Tovas, pour leur
arracher Francesca. Mais entre deux devoirs galement imprieux, il faut
choisir et, le choix fait, il faut persvrer. Votre mre est entoure
de serviteurs fidles cl dvous; Francesca est entre les mains des
assassins de votre pre. Le choix peut-il tre douteux?

Ludwig se redressa sur ses triers, et fixant les yeux dans la direction
probable de l'estancia, il envoya de la main,  travers l'espace, un
baiser  celle qui occupait sa pense.

Ma mre, dit-il, ma chre mre, vous seule pourriez comprendre mes
hsitations, et les absoudre!

Aprs quoi frappant sur l'paule de Gaspardo, qui pendant toute cette
conversation tait rest plong dans de profondes rflexions:

Marchons, dit-il; marchons en aveugles, s'il le faut.

--Pas prcisment en aveugles, senorito! interrompit le gaucho, pas
prcisment. Nous avons un guide, peut-tre n'est-il pas des meilleurs
ni des plus srs; mais enfin, c'est toujours plus et mieux que rien.

--Lequel? s'empressrent de demander les deux cousins.

--Le fleuve! rpliqua Gaspardo. Mon avis est que nous pouvons nous y
fier encore pendant quelque temps. D'aprs les traces laisses par les
brigands jusqu'au moment o nous les avons perdues, je suis persuad
qu'ils ont long le Pilcomayo en le remontant. La tormenta a dur une
heure, et comme nous, ils se seront arrts quelque part. S'ils n'ont
pas quitt le bord de l'eau avant le commencement de la tempte, nous
allons retomber sur leur piste, que le sol humide, mais non plus
dtremp, nous rendra d'autant plus facile  suivre. Si nous la
retrouvons, nous prendrons le galop; et peut-tre atteindrons-nous les
Indiens avant la nuit. Je suis sr qu'ils ont pass ici depuis le lever
du soleil. Evidemment ils ne se pressaient pas, puisqu'ils avaient
relativement peu d'avance sur nous.

--Dieu le veuille, s'cria Cypriano en rponse  l'observation du
gaucho. En avant! reprit-il avec imptuosit; et sans attendre que
Gaspardo et rpliqu, il enfona ses perons dans le ventre de son
cheval et partit le long du fleuve, suivi de prs par ses deux
compagnons.

Mayne Reid.

(La suite prochainement.)



UN VOYAGE EN ESPAGNE
PENDANT L'INSURRECTION CARLISTE

(Fin.)

En quittant Pampelune,  mon tour, pour me rendre  Vitoria, o se
concentrait, m'assurait-on, l'arme du Nord, je pus me convaincre sur
toute ma route de l'effet magique produit par l'ordonnance royale
prcite. Partout je rencontrais des groupes de montagnards qui,
dsertant leurs villages, allaient s'enrler dans des bandes, et cela
ostensiblement et en chantant la chanson basque: _Le retour du roi_.
Dans le train que je pris de Pampelune  Alsasua, sur la ligne de
Saragosse, je fis le voyage avec une centaine de ces enrls
volontaires, qui ne cachaient nullement le but de leur voyage. Arrivs 
Alsasua, ils quittrent le train pour se jeter dans les montagnes, et
cela, malgr la prsence de la brigade de Loma, qui campait  cette
station. Il tait impossible que les chefs de la troupe rgulire
ignorassent l'intention de ces montagnards, arms de btons et portant
des sacs en toile, et qui, du reste, ne se gnaient pas dans leurs
manifestations carlistes. On les laissa nanmoins passer fort
tranquillement.

Cet lan gnral des populations rurales tait imit, au surplus, par
les jeunes gens et les hommes des classes leves. L'aristocratie
carliste elle-mme entretenait et propageait le feu sacr de la guerre
civile. Un des traits principaux qui distinguent les notabilits du
parti lgitimiste en Espagne est leur dvouement sans bornes  la
dfense de leur cause, mme au prjudice de leurs plus chers intrts.
Je n'en citerai qu'un exemple; il pourra donner une ide de la foi
ardente qui les anime  l'gard de leur roi.

A peu de distance de Tafalla s'lve, dans un vallon dlicieux, un
chteau mauresque, ou plutt un palais d't qu'on appelle dans la
contre _el Buen-retiro_ de la duchesse de M***. Me trouvant de passage
dans les environs,  la suite d'une colonne commande par le _cabecilla_
Rada, il me fut donn de visiter cette rsidence vritablement royale.
La duchesse, devenue la providence de l'insurrection, l'habitait de
prfrence  son htel de Madrid. Un officier carliste voulut bien me
prsenter  la jeune chtelaine, ge  peine de vingt-cinq ans et dont
le mari occupait un poste de confiance auprs du prtendant. Elle daigna
nous recevoir dans un salon de forme  demi-circulaire qu'on aurait pu
prendre,  son agencement, aux meubles qui le garnissaient, et surtout 
la lumire du jour qui y pntrait par le plafond  travers des vitraux
de couleurs diffrentes, pour un boudoir ou mieux encore pour un
oratoire.

Aprs une conversation qui dura une demi-heure et dont le sujet
principal fut la campagne qui s'ouvrait sous les auspices du roi en
personne, les rsultats qu'on s'en promettait et les esprances qu'elle
offrait en perspective, la duchesse se leva de son fauteuil moyen ge,
et s'adressant  l'officier et  moi:

--Permettez-moi, messieurs (_senores_), nous dit-elle avec une grce
exquise, de vous faire admirer ma galerie de tableaux.

Et prcds d'un majordome tout galonn qui souleva les portires qui
cachaient l'issue de la galerie, nous y entrmes ensemble. Autant la
lumire du jour tait affaiblie dans son salon, autant elle clatait
dans cette nouvelle pice claire par un ciel ouvert qui avait t
mnag dans toute sa longueur. De chaque ct des murs recouverts de
riches tapisseries apparaissaient deux ranges de tableaux dont le
nombre et la varit blouissaient la vue: et, se faisant notre
cicerone:

--Vous voyez ici, nous dit la duchesse, un tableau de Vlasquez qui fut
command  ce grand matre par un de mes anctres. Ce Murillo a t
peint exprs pour ma famille. Le Ribeira qui vient aprs est le
chef-d'oeuvre de ce peintre; il a t donn  mon bisaeul par notre bon
roi Charles IV.

Et successivement elle passa en revue toutes les toiles, assignant 
chacune d'elles son origine, mettant son avis et nous demandant le
ntre qui, comme on le pense bien, ne diffrait gure de celui de la
duchesse. Nous passmes ainsi en revue une soixantaine de tableaux dont
j'avais hte, pour ma part, de voir la fin. Nous arrivmes devant la
dernire toile, tout rcemment peinte. C'tait le portrait en pied de
Charles VII, le prtendant au trne d'Espagne, qui se trouvait, en ce
moment,  la tte de l'insurrection carliste.

--Je vous prsente, nous dit-elle en s'inclinant profondment devant le
tableau, l'image du roi d'Espagne, en dpit du statut royal, de la reine
Isabelle et de la rpublique fdrale. Dieu, le peuple et le bon droit
sont pour lui, et sa cause lgitime a, pour elle, la fortune et la vie
de tous les bons Espagnols. Sa ressemblance est frappante!

En prononant ces mots, les traits impassibles de la duchesse s'taient
tout  coup anims; ses yeux vifs lanaient des clairs et tout son
corps frle et gracieux s'agitait convulsivement, comme si un esprit
fatidique l'et anim. J'avais devant moi le fanatisme politique dans la
personne d'une faible femme qui personnifiait en ce moment tout son
parri.

La visite des tableaux termine, nous prmes cong de la duchesse de
M***, l'officier, pour aller rejoindre sa bande, et moi, pour continuer
mes excursions de journaliste et de correspondant.

J'arrivais  Vitoria, capitale de l'Alava, le 10 du mois de juillet. Je
m'attendais  y trouver une partie des troupes qui devaient composer
l'arme du Nord et dont la concentration, au dire des journaux
espagnols, s'y oprait depuis plusieurs jours. Quelle dception! Toute
l'arme du Nord se bornait  une simple brigade d'infanterie,  un
dtachement de cavalerie et  une vingtaine de soldats du gnie. Les
populations montraient, au reste, au sujet de l'arme du Nord, et
gnralement  l'gard de tout ce qui touche  la politique et aux
affaires du pays, une indiffrence incomprhensible.

Tandis que dans tous les pays libres, et surtout en France, les masses
se proccupent de la conduite du gouvernement, le peuple espagnol
semble, par son apathie naturelle, se complaire  y rester compltement
tranger. Je puis invoquer comme preuve  l'appui de cette assertion le
peu d'influence qu'exerce la presse priodique sur l'esprit public.
C'est  peine si dans les grands centres on reoit un ou deux journaux;
quant aux petites localits et aux campagnes, le journal y est une chose
inconnue. Aussi ne se publie-t-il  Madrid que cinq ou six journaux qui
aient une certaine importance par leur tirage, tels que la _Epoca, la
Discussion, el Tiempo, la Reconquista_ et la _Correspondencia_: et ils
n'ont cette importance que parce qu'ils sont les organes des quatre
grands partis qui se disputent les destines de l'Espagne. La
_Correspondencia_, le plus rpandu de tous, n'est qu'un _Journal de
faits_ qui ne doit sa grande vogue qu' son habile compilation et  son
extrme bon march.

Except donc Madrid, les autres villes de province n'ont pas de journaux
politiques ou ne publient, sous le nom de _Diario_, que des feuilles
insignifiantes. Un docteur de la Facult de Salamanque, homme de
beaucoup d'esprit, auquel je faisais part de mes observations sur cette
indiffrence des Espagnols  l'endroit de la presse, me rpondit fort
mchamment:

--En France, le peuple fait trop de politique; en Espagne, il n'en fait
pas assez; mais  tout prendre, j'aime mieux l'indiffrence du peuple
espagnol, car je ne vois pas que les affaires du gouvernement marchent
mieux chez vous que chez nous.

A partir de l'entre du prtendant sur le territoire espagnol, les
carlistes n'ont cess d'agrandir le cercle de leurs oprations
militaires, dont j'ai pu constater, sur les lieux, les diffrentes
phases. Ils se sont rendus matres successivement: d'un ct, de la
route de Pampelune et des contres environnantes, depuis le Bazlan et le
Val-Carlos, le long de la frontire, jusqu'au pont de Behobie; de
l'autre, d'une grande partie du Guipuzcoa et de la Biscaye, du moins de
leurs principaux centres. Estella, qui est une petite place forte, est
tombe et reste en leur pouvoir. Ils tiennent la campagne dans l'Aragon
et la province de Santander, et dans celle de Burgos; leurs bandes
parcourent impunment et sans trouver une trop grande rsistance, les
provinces de Huesca, Lrida, Tarragone et Barcelone.

Aux armes qui leur arrivent de l'tranger, il faut ajouter que les
carlistes, dont l'armement laissait beaucoup  dsirer ds les dbuts de
la campagne, fabriquent eux-mmes des armes dans les pays qu'ils ont
conquis. Ils ont tabli  Vera, dans une ancienne usine mtallurgique,
une fabrique de munitions de guerre o travaillent une centaine
d'ouvriers;  Areso, petite localit situe  trois lieues de Tolosa,
fonctionne une fabrique de canons qu'ils y ont tout rcemment installe;
enfin,  Eibar et  Placencia, anciennes fabriques d'armes appartenant 
l'tat et dont ils se sont empars, on confectionne tous les jours des
fusils, des baonnettes et des sabres. Je dois reconnatre, il est vrai,
que toutes ces conqutes leur ont t facilites par la dsorganisation
de l'arme rgulire, dont il serait trop long de raconter ici les
causes qui l'ont produite.

En rsume, l'arme carliste s'lve,  l'heure qu'il est,  45,000
hommes environ, tant dans les provinces du Nord que dans celles de la
Catalogne; et c'est dans l'espace de huit mois seulement que cette arme
s'est forme, au milieu des embarras et des entraves de toute sorte.
C'est donc contre cette formidable insurrection que le gouvernement de
Madrid a, tous les jours,  lutter.

Quoi qu'il en soit, une prompte solution  cet horrible tat de choses,
se rsumant par la guerre civile et l'anarchie, ne saurait longtemps se
faire attendre,  moins que l'Espagne ne veuille plus compter au rang
des nations civilises. Quatre partis sont aujourd'hui en prsence, et
tous les quatre ont la prtention de donner  ce pays si troubl un
gouvernement rgulier.

--Quel est celui des quatre qui triomphera? demandai-je un jour au mme
docteur de Salamanque qui n'a pas une foi bien robuste dans la libert
de la presse.

--Voici quelle est, me dit-il, mon opinion  ce sujet:

Don Carlos ayant franchi l'Ebre  la tte de ses troupes, en marche sur
Madrid, parviendra-t-il  rallier l'opinion publique, fatigue de
rvolutions et de guerres civiles, et sera-t-il acclam roi d'Espagne,
ainsi que le droit traditionnel peut le lui faire esprer? Alors, c'est
la restauration monarchique qui monte avec lui sur le trne. Ce rsultat
est encore problmatique.

Faut-il croire que les _intransigeants_, qui composent le parti
_communard_ et socialiste, parviendront  tablir le rgime _cantonal_
par le vol, l'incendie et le pillage dont ils viennent de donner tant de
preuves? Je ne le pense point. Nous ne sommes pas encore, en Espagne,
convertis aux ides dmagogiques et matrialistes des libres penseurs.
Ceux-ci ne peuvent donc tarder d'tre dompts, soit par la force des
armes, soit par la force de l'opinion publique.

Le dictateur Castelar espre-t-il pouvoir consolider la _Rpublique
fdrale_, ce rve de quelques milliers d'insurgs qui croient qu'on
transforme une monarchie en rpublique, comme on rsout un problme
d'algbre? C'est bien douteux. Pour arriver  ce but, il lui faut de
l'argent; le trsor n'en a point et le crdit lui fait dfaut.--Il s'est
rserv le droit de destituer les ayuntamientos des provinces et les
municipalits; mais le jour o il portera une atteinte  ces liberts,
dont les populations des provinces sont si jalouses  bon droit, ce
jour-l il aura tout le pays contre lui. Pour ces motifs et pour bien
d'autres, la _Rpublique fdrale_ est loin de pouvoir s'tablir encore
en Espagne.

Il est un quatrime parti qui se cache dans l'ombre, paraissant ne pas
conspirer et qui pourtant s'agite sans bruit et sans armes; c'est celui
du prince Alfonse, fils et hritier de la reine Isabelle. Il ne veut pas
arriver au pouvoir par ses propres forces, mais il compte beaucoup sur
la force des vnements. Le marchal Serrano a t appel  Madrid par
Castelar; est-ce pour travailler  la consolidation de la Rpublique?
Personne ne le pense en Espagne. Serrano est un en-cas que s'est rserv
Castelar pour le jour o ses efforts rpublicains lui faisant dfaut, il
abandonnera,  son tour, le pouvoir, comme ont fait Orense, Pi y
Margall, Figueras et Salmeron. Tout porte  croire qu'alors il mettra le
fardeau de l'tat sur les paules du marchal. Celui-ci acceptera-t-il
cette transmission d'un pouvoir _in extremis_? Cela est possible et mme
probable; mais, dans tous les cas, ce ne sera jamais pour consolider une
rpublique quelconque.

On peut donc, ajouta le docteur, considrer ds  prsent, comme morte,
la Rpublique en Espagne, et le rtablissement de la monarchie comme
invitable.



ALMANACH DE L'ILLUSTRATION
POUR 1874

(Trente et unime anne)

L'Almanach de l'Illustration pour 1874 forme un bel album grand in-8,
magnifiquement illustr et dor sur tranches.--Prix: 1 fr.; par la
poste, 1 fr. 25 c.



[VNEMENTS DE CUBA.--Excution de l'quipage du _Virginius_,  Santiago
de Cuba.]



[Illustration: VIOLETTES]

        Soit d'un poux, soit d'un amant.
        C'est une lettre, assurment,
        Qu'icy, la belle, on vous voit lire;
        J'en juge par votre maintient.
        Mais savoir ce qu'elle contient,
        Bien fin qui pourroit le dire.

        (Posie du XVIIIe sicle.)



[LES EXCUTIONS DE SANTIAGO DE CUBA.--Les cadavres fouls aux pieds des
chevaux, aprs l'excution.]



LA VEILLE DU 1er JANVIER

Pas plus tard qu'hier, je venais de rentrer chez moi, vers huit heures
du soir; le feu tait allum, des livres non coups, frachement sortis
des mains du libraire, m'attendaient sur ma table de travail. C'tait
l'_Histoire d'une maison_, de Viollet-le-Duc; le _Tour du Monde_, de
Jules Verne; la _Famille Chester_, de P.-J. Stahl et William Hughes;
j'allais pouvoir me mettre  l'aise et lier connaissance, sans crainte
d'tre drang, avec les nouveauts de l'anne, quand ma porte s'ouvrit
et mon concierge apparut.

Il faut vous dire que mon concierge, au rebours de la majorit de ses
collgues, est aussi ferr sur la consigne que le plus chevronn des
sergents de l'arme franaise, et met  suivre les instructions de ses
locataires autant d'enthousiasme que les autres en mettent  leur
dsobir. Or, comme j'avais condamn ma porte pour tout le monde, 
commencer par lui, je ne pus rprimer un mouvement de mauvaise humeur
dont le brave homme ne parut pas s'mouvoir outre mesure.

--Faites excuse, Monsieur, me dit-il; mais c'est une lettre sur laquelle
il y a crit trs-press, et le commissionnaire qui l'a apporte a dit
qu'on vous attendait, sans faute, ce soir, rue _Turbot_.

--Vous voulez dire rue Turgot?...

--Je dis, Monsieur, ce que je veux dire... D'ailleurs Turgot n'aurait
pas de sens.

A quoi bon discuter? Je pris le parti de noter le mot et je m'emparai du
billet en question.

Il tait ainsi conu:

Mon cher ami,

Nous t'attendons sans faute ce soir. Il y a grand conseil de famille et
toutes tes lumires ne seront pas de trop. Ne te fais pas attendre; il y
va du plaisir d'Edouard, de Jujules et de Mimi. Si tu ne venais pas,
nous serions forcs de remettre la sance  demain, et le temps presse.

Je vous fais grce du tout  toi de rigueur et de la signature.

L'auteur de ce mystrieux billet est un de mes vieux amis de collge.
Nous avons travers ensemble les plus rudes annes de la vie; le mme
jour nous a vus bacheliers, le mme jour nous a vus entrer lui dans te
barreau, moi dans la presse. Avocat et journaliste, autant dire cousins
germains. Il est vrai qu'il s'est mari et que je suis rest garon; l
cesse l'analogie, mais la paternit est un besoin si imprieux que les
clibataires n'ayant pas toujours de descendance directe sur qui
l'exercer se prennent  aimer les enfants des autres. Jujules tait mon
filleul, sa soeur Mimi, une jeune personne ge de quatre ans accomplis,
se livrait depuis deux ans dj  des prodiges d'quitation sur le bout
de ma botte, et quant  Edouard, l'an de la famille, Dieu sait que de
thmes et de versions le brave petit tait dj venu me soumettre!

Vous pensez bien ds lors que cette invitation ne pouvait pas tomber
dans l'oreille d'un sourd. Le temps d'endosser mon paletot et de prendre
ma canne, j'tais parti, quand mes yeux avisrent l'envoi de mon
libraire.

--Un conseil de famille!  la veille du 1er janvier! Il y va du plaisir
d'Edouard, de Jujules et de Mimi!... Plus de doute; c'est de la grande
question des trennes qu'il s'agit... Je le crois fichtre bien que mes
lumires ne seront pas de trop, ni mes livres non plus. En route!

Plus heureux que certains capitaines, j'avais arrt mon plan de
campagne en un instant. Me voil en route, mon artillerie sous le bras,
et dix minutes aprs je faisais mon entre dans le salon de la rue
Turgot.

Une exclamation joyeuse salua mon apparition. Je ne pris que le temps de
dposer dans un coin mon paquet de livres, de le dissimuler tant bien
que mal sous mon chapeau, et, cela fait, j'offris mes deux mains aux
mains amicales dj tendues vers moi.

Mon ami et sa femme m'avaient attendu en toute confiance.

--Les enfants, me dit-il, ne doivent rien savoir de notre entretien.
Mimi est au lit et dort sur ses deux oreilles; Jujules doit tre en
train d'imiter son exemple. Edouard est en tte  tte avec une version
qui le tiendra jusqu' dix heures au moins. Assieds-toi l; voil un bon
quart-d'heure que la discussion est entame et nous n'avons pu nous
mettre d'accord. Tu seras l'arbitre. En attendant, je donne la parole 
ma femme.

Je m'installai au coin du feu, et, sans plus tarder, l'orateur dsign
dbuta en ces termes:

--Figurez-vous, mon ami, s'cria-t-elle, que cet entt de Victor
s'obstine  me contredire, sans l'ombre d'une bonne raison! Il s'agit
des trennes des petits. Savez-vous ce qu'il exige, mon mari? Tout
simplement que pas un joujou n'entre dans la maison. Savez-vous ce qu'il
veut leur donner? Des livres, rien que des livres, mon ami, comme si ce
pauvre Edouard n'avait pas assez  faire toute l'anne de lire ses
livres de classe, comme si Jujules, avec ses quatre heures d'cole par
jour, n'en avait pas plein la tte de ses grammaires et de ses
conjugaisons, comme si mademoiselle Mimi tait d'ge  fourrer son petit
nez dans un alphabet! Est-ce de la raison cela, oui ou non? Rpondez!

--Halte-l, lui dis-je en riant, avant tout verdict, la justice exige du
tribunal que parole soit donne  la dfense.

Mon ami n'eut garde d'obir  l'invitation.

--Demande-lui plutt de t'exposer son systme. Nous ne sommes pas au
bout.

--Mon systme! reprit-elle avec sa volubilit ordinaire, il est
trs-simple, mon systme! Depuis que le monde est monde et que le 1er
janvier est le 1er janvier, les bbs n'en ont pas connu d'autre. Que
leur faut-il  ces chers petits pour tre heureux? De quoi satisfaire
les exigences de leur ge, rien de plus, de quoi jouer, c'est--dire des
jouets. Nous donnerons une belle poupe  Mimi, des soldats de plomb 
Jujules, et un tlgraphe lectrique  Edouard. Une promenade chez
Giroux pour voir les meilleurs des jouets nouveaux, et en moins d'une
heure de temps l'affaire sera faite. Aprs cela, si mon mari tient
absolument  des livres, je ne vois pas de mal, au contraire,  en
mettre quelques-uns par-dessus le march. a ne sera pas long. Qu'ils
soient dors sur tranche, avec de jolies images et une couverture
solide, il n'en faut pas davantage. Il suffit d'crire au premier
libraire venu. Je ne suis pas entte et je ne chicanerai pas sur ces
bagatelles. Mais l, sincrement, croyez-vous que ce soit l'essentiel?

Mon ami me regarda en souriant. La question tait pose avec toute la
nettet dsirable. Je ne pouvais me dispenser d'intervenir, d'autant
plus que si le mari gardait le silence, quoique avocat, c'est qu'il
avait videmment dj dpens le meilleur de son loquence en pure
perte. L o un avocat avait chou, pouvais-je esprer de russir? Je
pris nanmoins mon courage  deux mains et sans plus de prcautions
oratoires:

--Laissez-moi vous le dire, chre Madame, l'arbitre n'est point de votre
avis. Il l'est si peu qu'avant de venir  vous, se doutant bien un peu
de ce qui allait se passer, il a eu soin de se munir de toute une
kyrielle d'arguments relis, en veau. Ils sont l-bas, dans un coin,
sous mon chapeau. Je vais les taler sur la table, nous les
interrogerons en commun, et si aprs cela vous n'tes pas rallie 
l'opinion de votre mari, qui est la mienne, je serai bien surpris et un
peu mortifi, je l'avoue.

--Quoi! vous arriviez donc avec votre sige fait  l'avance!

--Nullement. Et pour vous le prouver, nous allons vider la question sans
recourir  ces prcieux auxiliaires. Voulez-vous que je m'ouvre  vous
en toute franchise, et permettez-vous  un vieil ami de vous dmontrer
que dans votre petit discours de tout  l'heure, il y a presque autant
d'hrsies que de mots?

--Allez! allez toujours!... me dit-elle en riant; voil un dbut qui
promet.

--Je commence. Votre mari n'a pas ouvert la bouche, et vous ne direz pas
que nous nous sommes entendus  l'avance. Ainsi, d'aprs vous, les
joujoux c'est l'essentiel, et les livres le superflu. Je ne veux pas
mdire des joujoux; je ne parlerai mme pas de la dpense. Un ngre qui
tire la langue a sa valeur; polichinelle n'a point dmrit; les soldats
de plomb aligns en bel ordre sur un tapis vert, c'est un jeu rcratif
et inoffensif tout  la fois; la poupe de Mimi n'encourra pas mes
colres, et si le tlgraphe lectrique d'Edouard n'est pas dtraqu en
huit jours, je me ferai un trs-sincre plaisir d'expdier une
dpche...

--Eh bien, alors?

--Eh bien, alors, cela prouve que je sais faire des concessions, moi
aussi. Si votre bourse vous permet de joindre l'utile  l'agrable, rien
de mieux. Mais de grce, ne venez pas me dire que l'utile est la
bagatelle et l'agrable le ncessaire. Savez-vous o vous conduira ce
beau systme? A dpenser tout votre argent pour des superfluits qui
dureront huit jours, et  consacrer quelques sous  ce qui devrait tenir
la premire place dans vos proccupations. Qu'arrivera-t-il? C'est que
vous mettrez une heure  parcourir la boutique de Giroux, et que vous
emploierez deux minutes pour crire  votre libraire de vous expdier
par-dessus le march quelques bouquins  belles images, dors sur
tranche, sans vous inquiter du contenu? N'en avez-vous pas fait l'aveu
tout  l'heure?

--Oh! nous choisirons bien un peu...

--Un peu! Et qui vous dit que ces livres, admis par faveur, par
complaisance, sans grand examen, ne seront pas des htes factieux ou
niais. Vous croyez sincrement que l'enfant est insensible  ces
cadeaux-l. Je pense pour ma part que ce sont ceux auxquels il tient le
plus. En voulez-vous une preuve? Une anecdote vaut souvent mieux qu'un
long plaidoyer. Je crois bien l'avoir dj raconte quelque part, cette
anecdote-l, mais peut-tre ne la connaissez-vous pas?...

--Dites toujours, on vous coute...

--C'tait il y a un an, au 1er janvier. J'assistai  un dner auquel
avait t convie toute une kyrielle d'enfants. Le matre de la maison,
un pre Cigogne par excellence, avait pris soin de placer aux cts
d'une charmante petite fille un petit monsieur de huit ans, bavard comme
une pie, et nous comptions tous sur la rencontre, esprant que ce
voisinage dlierait une langue fertile en saillies inattendues. Mon
bonhomme salua gravement sa voisine, mais ne dit pas un mot. Il semblait
embarrass; on et dit qu'il cherchait dans sa mmoire un bout de phrase
pour entamer l'entretien et qu'il ne le trouvait pas. Nous surveillions
ce petit mange en faisant semblant de ne rien voir, ce qui est la
meilleure faon de bien voir. Enfin notre hros prit son courage  deux
mains;

--Mademoiselle, dit-il tout  coup d'une voix ferme et avec le plus
gracieux sourire du monde, _on met toujours-la valeur  ct de la
beaut_.

Vous entendez d'ici le rire gnral. Cette phrase pompeuse, o les deux
voisins taient galement bien partags, rvlait des qualits
louangeuses qui ne laissaient pas d'tre inquitantes pour l'avenir. O
diable cet tonnant mioche avait-il dnich son madrigal? Je voulus en
avoir le coeur net et, le soir mme, je m'en ouvris  la mre en toute
confidence.

Celle-ci se mit  rire.

--Il n'y a qu'un moyen, me dit-elle, d'lucider la chose, c'est de
consulter sa petite bibliothque. Il a eu, toute la journe, le nez
fourr dans un petit livre qu'il a reu ce matin, un cadeau d'trennes.
Je serais bien sur prise si nous n'y trouvions pas le mot de l'nigme.

On alla chercher le livre, une sorte de keepsake soi-disant  l'usage
des enfants, et  force de tourner et de retourner les pages, je finis
par dcouvrir dans un coin la fameuse dclaration qui nous intriguait si
fort. La phrase tait jete l, sous une vignette emprunte  quelque
almanach, sans prtention aucune, et jamais aucun de nous ne l'et
remarque en une autre occasion. C'tait un pompier qui l'adressait 
une nourrice.--Que pensez-vous de mon anecdote?

--J'attends la conclusion.

--La conclusion est trs-simple; elle se divise en deux parties. La
premire c'est que, dans l'ordre de la lecture, rien n'est insignifiant.
Les enfants ont une mmoire particulire, des tiroirs tout prts, o ils
emmagasinent les moindres mots. Celui-l avait eu la bonne fortune de
plaire  notre hros, et il avait su le mettre  profit. Jugez par cela
du chemin qu'aurait pu faire dans sa cervelle cette littrature de
pacotille, ces livres par-dessus le march dont vous parliez tout 
l'heure. La seconde consquence, c'est qu' cet ge o les ides se
forment, le livre est un conqurant, un sducteur qui peut rivaliser
avec le ngre qui tire la langue et les automates au tambour,  cette
diffrence prs qu'il ne faut pas longtemps pour que la langue du ngre
refuse l'exercice et que les baguettes du tambour se dmnent dans le
vide, tandis qu'avec le livre, pas d'accidents  craindre.

--Je vois o vous voulez en venir, me dit la jeune femme d'un ton plus
srieux que de coutume; mais avouer l'influence souveraine du livre,
n'est-ce pas en dnoncer le danger? O les trouver aujourd'hui ces
histoires amusantes et instructives qui remplacent les jouets, et font,
comme on dit, la joie des enfants et la scurit des parents?

--O? Je m'en vais vous le dire, et si je parviens  vous convaincre, je
ne regretterai pas d'tre venu: Mais remarquez, en attendant, que vous
me faites la partie belle en reconnaissant dj que dans la hirarchie
des cadeaux le livre mrite d'occuper la premire place, le premier
rang?

--Ne vous htez pas de triompher, s'cria-t-elle; j'coute, voil tout.

--Soit. Je continue. Et,  vrai dire, le meilleur moyen de vous
convaincre, c'est de vous dire l'article que trs-probablement j'aurais
crit ce soir, si votre billet n'tait venu me surprendre. De cette
faon, notre conversation nous aura servi  tous les trois. La
discussion me fournira des ides que le tte  tte avec le papier blanc
ne m'aurait fournies que beaucoup plus lentement.

O la trouver, dites-vous, cette littrature du premier ge qui prend
chaque anne plus d'importance dans les charmantes distributions que
ramne le 1er janvier? Eh bien, mes chers amis, la recette est fort
simple: allez-vous-en tous deux frapper au n 18 de la rue Jacob,
prsentez-vous de ma part, demandez le catalogue de la maison, et
livrez-vous en toute scurit  un choix abondant; je vais vous dire
pourquoi vous serez srs de ne pas vous tromper...

--Il y en a donc pour tous les ges dans cette maison-l?

Prosper Chazel.

(La fin prochainement.)



NOS GRAVURES

Procs du marchal Bazaine

LE DNOUMENT

Nous avons, dans notre prcdent numro, consign  la dernire minute
la condamnation  mort avec dgradation de celui qui fut le marchal
Bazaine.

Depuis lors, la clmence du prsident de la Rpublique s'est tendue sur
le condamn, qui avait laiss passer les dlais lgaux sans se pourvoir
en rvision. La peine de mort prononce contre lui a t, sur la
proposition du ministre de la guerre, commue en celle de vingt annes
de dtention, avec dispense des formalits de la dgradation militaire,
mais sous la rserve de tous ses effets. Ajoutons qu'un recours en grce
avait t adress au ministre par tous les membres du conseil de guerre.
Nous constatons simplement ces faits. L'clatante lumire qui s'est
produite au cours du procs a rendu d'avance superflue toute
apprciation.

Cela dit, revenons un peu sur nos pas. Pour expliquer nos gravures, il
est ncessaire que nous entrions dans le dtail des faits qui ont
prcd et suivi le prononc du jugement.

La dlibration des juges militaires, que reprsente notre premier
dessin, a t longue. Elle a dur de quatre heures et demie de
l'aprs-midi  neuf heures moins vingt minutes. L'arrt a t affirmatif
sur toutes les questions,  l'unanimit, ce qui a surpris, car le bruit
courait dans le public que deux des juges taient acquis  l'accus. Au
moment o le conseil s'tait retir pour dlibrer, M. Bazaine avait t
emmen et tait rentr chez lui, aprs avoir stationn un instant dans
le salon des Bouclier. Ce salon, ainsi nomm  cause des quatre tableaux
qui le dcorent, est situ un peu avant l'escalier conduisant 
l'appartement de l'accus. Quelque temps aprs, M. le capitaine Maud'huy
avait fait introduire dans ce mme salon le peloton qui, suivant les
prescriptions de la loi militaire, devait assister en armes  la lecture
du jugement. Et  neuf heures prcises, Me Lachaud allait porter 
Trianon-sous-Bois la nouvelle de la condamnation, que le marchal, qui
tait alors entour des membres de sa famille, reut avec beaucoup de
fermet. Peu aprs, un sous-officier venait le chercher pour le conduire
dans le salon des Boucher, o on l'attendait pour lui donner lecture du
jugement de condamnation.

Quand il pntra dans le salon, la garde tait sous les armes. En face
de lui se trouvaient runis MM. les gnraux Pourcet, commissaire
spcial du gouvernement prs le premier conseil de guerre, et de Colomb,
son substitut, M. le commandant Martin, qui sigeait galement au banc
du ministre public durant les dbats, et MM. les greffiers Alla et
Castres. Une table, occupant le milieu de la pice, les sparait du
condamn. A gauche de cette table tait align le peloton, qui
appartenait au 40 rgiment de ligne. Enfin, derrire le marchal se
tenaient MM. le colonel Villette et le capitaine Maud'huy. Le salon
n'tait clair que par deux lampes places sur la table dont nous
venons de parler.

A l'apparition du marchal Bazaine, la garde porta et prsenta les
armes. Il y avait encore lieu de lui rendre les honneurs dus  sou
grade, car s'il tait condamn, sa condamnation n'tait pas devenue
dfinitive.

--O dois-je me mettre? demanda-t-il au greffier.

--O vous tes, M. le marchal, cela est bien ainsi.

Et M. le greffier Alla, sur l'ordre de M. le gnral Pourcet, donna
aussitt lecture du jugement qui venait d'tre rendu. C'est le moment de
cette scne dramatique que reprsente notre deuxime dessin.

La lecture finie:

--Eh bien! je suis prt. On me fusillera quand on voudra, dit le
condamn s'adressant au gnral Pourcet.

--Monsieur le marchal, rpondit celui-ci, j'ai  vous informer que la
loi vous accorde vingt-quatre heures pour vous pourvoir en rvision
contre le jugement que vous venez d'entendre.

--Ah! Et le dlai commence?...

--Aujourd'hui  minuit pour finir demain  pareille heure.

--C'est bien. Est-ce tout?

--C'est tout.

Et le marchal ayant salu, se retira. Nous ne rentrerons pas avec lui
dans son appartement, o l'attendait sa famille plore. Ici la
situation commande et il est de convenance stricte de s'arrter devant
le huis clos des douleurs intimes. Avant de finir, disons un mot de la
trs-touchante scne que reprsente notre troisime dessin. Alors que le
conseil dlibrait, Mme Bazaine, dvore d'inquitudes, tour  tour
esprant et dsesprant, courut  la chapelle de Trianon; et l,
agenouille, les mains jointes, pria avec ferveur, invoquant le ciel en
faveur de son mari. Le ciel ne l'a pas exauce, ai-je entendu dire. Je
ne suis pas de cet avis. S'il ne lui a pas accord pour l'accus une
chose impossible, encore a-t-il fait entrer dans le coeur de ceux de qui
dpendait son sort, un sentiment de commisration tel, qu'il les a
induits  outrepasser, imprudemment peut-tre, en sa faveur, les limites
extrmes de l'indulgence.

M. Bazaine doit subir sa peine au fort de l'le Sainte-Marguerite.

Cette le est situe en face de Cannes; elle a une longueur de 6
kilomtres environ, sur une largeur moyenne de 1500 mtres. A la pointe
est, se trouve le fort, qui a une garnison de cent cinquante hommes,
seuls habitants de l'le. On sait que c'est au fort Sainte-Marguerite
que fut longtemps dtenu l'homme au masque de fer. Ce fort a galement
servi de prison aux Arabes condamns  la suite des dernires
insurrections d'Algrie. Prs de l'le Sainte-Marguerite se trouve l'le
Saint-Honorat, qui forme avec elle le groupe des les de Lrins, et o
l'on voit les ruines d'un monastre trs-ancien. Elle est aujourd'hui la
proprit d'un Anglais qui l'a achete il y a quelques annes.

Nous reviendrons prochainement, en en donnant quelques vues, sur ces
les et sur le fort Sainte-Marguerite.

Louis Clodion.



Violettes, Tableau de M. Edouard Dubufe.

On se rappelle le succs obtenu par cette charmante composition au Salon
de cette anne; la foule s'y arrtait avec complaisance, et
l'_Illustration_ a pens tre agrable  ses lecteurs, en la faisant
graver et tirer  part, pour la leur offrir.

Sans doute, nous n'avons plus ici le prestige de la couleur, l'harmonie
des tons habilement combins; mais qu'elle est jolie, la _dame aux
violettes_, dans son attitude d'une grce si simple et si vraie! Le
corps se laisse doucement aller sur les moelleux coussins; la belle
songeait sans doute, nonchalamment tendue; sa pense flottait,
indcise, au gr de ses souvenirs ou de ses esprances, quand une lettre
lui est arrive, et l'a tire de son demi-sommeil.

Une lettre! c'est--dire un fait bien crit, bien prcis, alors qu'on
s'abandonnait, en toute srnit, aux doux bercements du rve! Aussi,
comme la tte s'est releve aussitt, comme le front est devenu srieux,
comme le regard parcourt attentivement les lignes traces par la main
d'un cher absent! Ne cherchons pas plus loin; le pote n'a-t-il pas
crit:

                       Savoir ce qu'elle contient,
                       Bien fin qui pourrait le dire?



Les excutions de Santiago

Nous terminons aujourd'hui la publication commence dans notre dernier
numro, des documents qui nous sont parvenus sur le lugubre drame qui a
suivi la capture du _Virginius_. Nous avons dj dit, prcdemment,
combien les nombreuses expditions du _Virginius_ avaient aid
l'insurrection cubaine  se soutenir en l'approvisionnant, en abondance,
d'armes, de munitions et de combattants recruts aux tats-Unis. On peut
juger par l de l'explosion de joie qui se produisit dans la population
de Santiago lorsqu'on vit arriver au port ce pourvoyeur de guerre
civile, sous l'escorte du _Tornado_. Malheureusement on ne se contenta
pas de la manifester bruyamment, cette joie, les cris de vengeance
s'levrent de toutes parts et l'on demanda la mort du capitaine et de
l'quipage. Le gnral Burriel, gouverneur de Santiago, crut devoir
cder aux clameurs de la foule, et aprs une procdure sommaire,
cinquante-trois des malheureux captifs furent condamns  mort et
fusills. Cette boucherie termine, des pices d'artillerie, atteles de
six chevaux, furent promenes sur les cadavres aux acclamations d'une
populace en dlire, jusqu' ce que, broys sous les roues et sous les
pieds des chevaux, ils eussent perdu toute forme humaine. Telles sont
les horribles scnes que reproduisent nos deux dessins; on comprend qu'
leur rcit une indignation gnrale se soit manifeste d'un bout 
l'autre des tats-Unis.



La bourse aux timbres-poste

Bourse, est-ce bien le mot? march exprimerait peut-tre mieux la chose.
Quoi qu'il en soit, bourse ou march, march ou bourse, c'est en plein
coeur des Champs-Elyses qu'ont lieu les oprations dont il s'agit.

On se runit sur le large trottoir qui borde la maison de l'avenue
Gabrielle portant le numro 36. Palais de la nature que couvre en guise
de dme le ciel bleu, quand il n'est pas gris. On a donc devant soi
l'avenue Marignv, avec ses quatre Guignols, et  l'horizon l'entre
principale du palais de l'Industrie, dont une fort d'arbres, en ce
moment nus et grelottants, ne parvient pas  masquer la masse norme.
Industrie d'un bout, commerce de l'autre, ceci nous ramne  nos
moutons, je veux dire  nos timbres.

Le plaisant de l'affaire, ce n'est pas la nature du commerce.
Collectionner des timbres-poste n'est pas plus un cas pendable que de
collection lier des autographes, voire des tabatires ou de vieux pots.
Non, le plaisant et le curieux, c'est le trafiquant lui-mme.
Figurez-vous un march vu par le petit bout de la lorgnette, bourse 
Lilliput. Telle, la bourse aux timbres-poste. En se pressant un peu,
toute l'assemble tiendrait certainement dans une serviette. Petit monde
singulier. Tout  l'heure il courait, sautait et s'en donnait  coeur
joie. Le voil maintenant affair, grave, recueilli. C'est que l'heure
de la bourse a sonn, et comme on dit, les affaires sont les affaires.
Chacun de ces petits bonshommes s'avance, muni d'un album dont toutes
les feuilles sont divises en un certain nombre de compartiments,
alvoles destines  enchsser les timbres suivant un ordre mthodique,
timbres de tous les prix et de tous les pays, de toutes les formes et de
toutes les grandeurs, de toutes les couleurs et de toutes les effigies.
Tous les compartiments ne sont pas remplis. Ces vides indiquent ou les
pices qui manquent  la collection, ou bien celles dont, en prvision
d'une hausse, on se propose d'acqurir au plus bas prix possible un
certain nombre d'exemplaires, pour les revendre ensuite avantageusement,
le moment venu. C'est l le fin de l'opration, notez; car par ce moyen,
et sans qu'il en cote grand chose, on peut arriver  parfaire tout
doucement sa petite collection. Et d'aucuns y arrivent,  ce qu'il
parat. Mais ce sont les malins, ceux-l; et ne croyez pas qu'ils
fassent les finauds! Bien au contraire. A voir leur air innocent et
candide, vous jureriez certainement qu'ils sont du bois dont on ne les a
pas faits. Renards couverts d'une peau d'agneau, ils vont et viennent,
l'oreille  tout, et l'oeil aussi, et prenez bien garde  vos poules!
L, pas de pouf  craindre d'ailleurs, car c'est au comptant que se
traitent toutes les oprations. Et cela posment, sans confusion, sans
le moindre cri. On s'aborde en feuilletant les albums. On compte les
lacunes. Alors:--Je demande ou j'offre tel timbre, y a-t-il vendeur ou
acheteur?--Voil.--Combien?--Tant.--C'est cher.--Il y a hausse.--Jeudi,
ils n'taient qu' tant; trop d'cart.--C'est qu'il s'en est beaucoup
vendu. A prendre ou  laisser.

On prend ou on laisse, selon. Cela dpend du vent qui souffle sur le
march et fait tourner toutes ces petites ttes folles. Et puis, il y a
l aussi, comme ailleurs, des haussiers et des baissiers. Tel timbre est
un jour dprci, qui le jour suivant est port aux nues, et
rciproquement. Ainsi, en ce moment, le Brsil est en faveur, et les
villes hansatiques sont recherches. Demain en sera-t-il encore de
mme? Demandez-le  M. votre fils. C'est peut-tre une des fortes ttes
de la bourse aux timbres. Il est cependant certaines valeurs qui
chappent  toute pression, par exemple le Maximilien, depuis longtemps
hors de prix. Voil o nous en sommes. Allez vous promener aux
Champs-Elyses, vous pourrez voir les voilures de chvres inoccupes,
les chevaux de bois immobiles, Guignol dsespr se battre en vain les
flancs devant des chaises vides; mais pour ce qui est de la bourse aux
timbres, si, ds qu'elle est ouverte, un seul instant vous la voyez
chmer, dites qu'il y a encore des enfants. Hlas! pour ma part, je
commence bien  craindre qu'il n'y en ait plus.

Louis Clodion.



Auguste de la Rive

Auguste de la Rive est fils d'un physicien suisse, n comme lui 
Genve, et qui s'tait consacr comme il devait le faire lui-mme,
presque entirement  l'tude de l'lectricit. Appartenant  une des
plus riches et des plus anciennes familles de la cit de Calvin, Auguste
de la Rive hrita non-seulement de la grande fortune de son pre, mais
encore du talent et des amitis scientifiques qu'il avait formes
pendant la priode la plus orageuse de notre rvolution.

Les premires expriences que le jeune de la Rive vit excuter dans la
maison paternelle furent celles de Davy, et ses premiers travaux
scientifiques furent faits sous la direction d'Ampre. Un de ses
premiers amis fut Faraday, que son pre contribua  tirer d'une
situation voisine de la domesticit, dans des circonstances dignes
d'tre rapportes.

Faraday, tout  fait inconnu et trs-pauvre, dsirait vivement
d'accompagner sur le continent Davy, dont il tait le garon de
laboratoire plutt que le prparateur. Davy consentit, mais  condition
que Faraday lui servirait de domestique pendant tout le temps qu'il
serait sur le continent. Faraday accepta et tint parole. Les trangers
ne pouvaient se douter qu'il y avait un savant immortel sous l'habit de
ce valet.

Davy s'arrta  Prelioxes, bien patrimonial des de la Rive, qui depuis
la Rvolution franaise y pratiquent la plus gnreuse hospitalit
vis--vis des savants de toutes les nations. Davy avait naturellement
amen avec lui son valet, qui le suivit dans une partie de chasse. M. de
la Rive, le pre, ayant eu occasion de s'entretenir avec ce jeune homme,
fut frapp de la profondeur et de la maturit de ses rponses. Il
insista et obtint non sans peine l'aveu de la vrit. Peu satisfait de
cette dcouverte, il insista vivement auprs de Davy pour obtenir de
mettre fin  cette comdie, moins digne encore de celui qui la donnait
que de celui qui en tait victime. Mais Davy resta inbranlable. Il
exigea que le contrat fut excut  la lettre et que Faraday continut
de manger  la cuisine avec les autres domestiques. M. de la Rive, ne
voulant pas rompre avec un ami, prit un terme moyen. Faraday fut servi
seul dans sa chambre, et Auguste de la Rive alla plus d'une fois
partager ses repas. De cette poque date une amiti des plus tendres
qu'aucun nuage n'a jamais obscurcie.

De la Rive pre avait migr en 1794, aprs avoir t retenu quelque
temps en prison. En 1813, il fut un des premiers  proclamer le retour
de Genve  la Suisse.

De la Rive fils resta fidle  la politique paternelle. Quand la
Confdration helvtique se crut menace de perdre la perle du Lman,
Auguste de la Rive fut envoy  Londres comme ministre plnipotentiaire.

Grce  ses hautes liaisons il russit  obtenir du cabinet de
Saint-James la signature d'un protocole secret. L'annexion de Genve 
la France tait dclare un _casus belli._

C'tait la premire fois que de la Rive rentrait dans la vie politique
d'o il tait cart depuis la rvolution de 1846. Systmatiquement
oppos  la guerre du Sonderbund, il avait donn alors sa dmission de
toutes ses fonctions publiques, mme de celles de professeur de physique
 l'Universit.

C'est en 1864 qu'il fut nomm membre associ de l'Acadmie des sciences
 laquelle il appartenait depuis de longues annes en qualit de
correspondant.

A l'issue de la dernire exposition universelle il excuta  Paris mme,
sur une immense chelle, ses magnifiques expriences sur la rotation de
la lumire lectrique soumise  l'action des aimants.



[Illustration: M. DE LA RIVE.]

On lui doit la connaissance de la dorure galvanique.

L'Acadmie des sciences lui dcernait en 1842 un prix de 3,000 francs,
en mme temps qu'elle rcompensait MM. Ruolz et Elkington qui avaient
fait passer cette immense dcouverte dans le domaine de la pratique
commerciale.

De la Rive est le premier physicien qui ait imagin d'employer des
substances insolubles pour dpolariser les piles voltaques. Il a ouvert
la voie suivie par MM. Mari Davy, Leclanch et Grenet.

Enfin on lui doit la dmonstration complte d'un grand fait de physique
gnrale. Couronnant l'difice si largement commenc par Faraday il
porta le coup de mort  la thorie mtaphysique du contact. La grande
doctrine de l'_quivalence des forces naturelles_ lui doit un de ses
principes fondamentaux les plus prcieux.

Ses travaux sont exposs dans son cours d'_lectricit thorique et
applique_, publi il y a seize ans par la maison J.-B. Baillire. Cet
ouvrage magistral n'est point  la veille d'tre dtrn.

Auguste de la Rive tait un journaliste scientifique dans l'acception la
plus leve du mot. Il n'y avait pas de mmoire important qu'il ne lt
et n'tudit en quelque langue qu'il ft crit. Il fut constamment le
plus actif collaborateur des Archives des sciences physiques et
naturelles, aprs avoir publi et rdig tout seul pendant les annes
1841, 1842, 1843, 1844 et 1845 les _Archives de l'lectricit_.

Comme Hausteen et Donats, qui ne l'ont prcd dans la tombe que de
quelques mois, il a consacr ses dernires veilles  l'tude des aurores
borales. Il est un des fondateurs de cette mtorologie cosmique qui ne
vient que de natre, et qui dj ouvre  la science de l'avenir de si
merveilleux horizons!

Il est mort  Marseille,  l'ge de 72 ans, des suites d'une attaque de
paralysie.

W. DE FONVIELLE.



[Illustration: TYPES ET PHYSIONOMIES DE PARIS.--La petite bourse des
timbres-poste aux Champs-Elyses.]



L'HISTOIRE DE FRANCE

DE M. GUIZOT

Dans un premier article, nous avons, la semaine dernire, jet un coup
d'oeil sur le troisime volume de l'_Histoire de France_, de M. Guizot,
qui commence avec Franois 1er pour finir avec Henri IV. Deux mots la
rsument: Renaissance et Rforme. Curieuse poque marque au sceau du
fanatisme religieux, et dont toutes les pages sont taches de sang. Nous
avons dit un mot de ces pieuses horreurs. N'y revenons pas. Aussi bien
si l'auteur, en ce tome troisime, voque bien des figures odieuses, il
nous en montre aussi d'autres qui appellent d'elles-mmes et captivent
le regard. Parmi ces dernires brille en premire ligne celle de
Rabelais, cet illustre bohme qui passa les deux tiers de sa vie 
courir le monde, s'arrtant le temps seulement d'crire les clbres
chroniques que l'on sait, et qui fut non-seulement l'crivain le plus
original et le plus minent de la premire moiti du XVIe sicle, mais
encore sa personnification la plus vivante et la plus vraie. Une

[Illustration: Henri de Guise parcourant les rues de Paris aprs le
massacre de la Saint-Barthlmy.]

[Illustration: HENRI III ET SES MIGNONS.]

autre figure, grande aussi et particulirement sympathique et
intressante est celle de cette gracieuse reine de Navarre, soeur de
Franois 1er, Marguerite de

[Illustration: Marguerite de Valois.]

Valois qui avait, comme l'a dit Marot, corps fminin, coeur d'homme et
tte d'ange. Mais ce qui la fait tant et de si loin briller  nos yeux,
c'est la supriorit de son esprit, son excessive bont, son amour pour
la posie, la protection gnreuse et intelligente qu'elle accorda, elle
catholique,  la rforme. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'tonner des
soupons d'hrsie qui planrent sur elle, et,  parler franchement, je
crois bien qu'au fond elle tait un peu hrtique, il est encore une
chose digne de remarque, c'est qu'au XVIe sicle, o comme dit Anquetil,
les femmes de la cour taient un objet de scandale, Marguerite pouvait
passer pour une vertu,  quelques peccadilles prs que nous ont fait
connatre la muse indiscrte de Marot qu'elle aima, et cette _mauvaise
langue_ de Brantme. La Marguerite des marguerites eut toujours pour son
frre une affection profonde qui, approchant de la faiblesse, s'tendit
parfois jusque sur ses matresses. Ce fut elle-mme qui orna de devises
les bagues donnes par Franois  la belle comtesse de Chateaubriand,
laquelle fut plus reine que Claude-la-Bonne avant la bataille de Pavie,
ce qui ne l'empcha pas, si l'on en croit Varillas, de mourir fort
tragiquement, le roi l'ayant abandonne  son retour. Il nous reste des
ouvrages de la reine de Navarre soixante-douze contes que l'on

[Illustration: Hrtiques condamns au feu et brls en 1546 au grand
march de Meaux.]

attribue en partie  ses amis; le _Miroir de l'me pcheresse_ les
_marguerites de la Marguerite des princesses_, pices recueillies par
Sylvius de la Haie; quelques mystres, des farces, une pice de vers sur
la captivit de son frre, enfin le _Dbat d'amour_ qu'elle composa 
l'ge de cinquante ans et qui n'a pas t imprim.

L. C.

[Illustration: Marie Stuart.]

[Illustration: Rabelais.]

Gravures extraites de l'Histoire de France raconte  mes petits
enfants, par M. Guizot. (Librairie Hachette et Cie.)



BIBLIOGRAPHIE.

Les Merveilles de l'Industrie ou Description des principales industries
modernes, par M. Louis Figuier (1).

[Note 1: Un vol. in-8 illustr de 415 gravures sur bois. Chez Furne et
Jouvet, rue Saint-Andr-des-Arts.]

Combien pourrait-on citer aujourd'hui de personnes ayant une
connaissance, mme superficielle, des procds industriels? Les moyens
varis par lesquels l'homme transforme la matire, pour l'asservir  ses
besoins, sont un secret pour la plupart d'entre nous. Le verre, les
poteries, le savon, le sucre, le sel marin, le papier, les cuirs, etc.,
servent  nos usages,  chaque instant de la vie, et pourtant la
majorit d'entre nous serait fort embarrasse de dire comment se
prparent le verre, les poteries, le savon, le papier, etc. L'industrie
est comme un livre ferm  tous les yeux.

[Illustration.]

Ce livre ferm, M. Louis Figuier prtend nous l'ouvrir. Dans l'ouvrage
nouveau qu'il vient de publier, les _Merveilles de l'industrie_, il
entreprend de rvler aux gens du monde et  toute personne dsireuse de
s'instruire, les oprations des principales industries modernes. Le
volume que nous avons sous les yeux est consacr aux industries
chimiques,  savoir: le verre et le cristal,--les poteries, faences et
porcelaines,--le savon,--les soudes et les potasses,--le sel marin,--le
soufre et l'acide sulfurique. L'auteur dcrit avec soin les oprations
diverses qui servent  la fabrication de ces matires, et l'on est tout
surpris, en lisant ses descriptions, de voir quel intrt peuvent
revtir les matires industrielles traites par un auteur qui a le dsir
constant d'attacher et d'instruire. La masse de renseignements et de
notions utiles contenus dans les notices que nous venons de citer, est
vraiment immense, et leur utilit est d'une vidence sur laquelle il
n'est pas ncessaire d'insister.

Deux mrites nous ont particulirement frapp,  la lecture des
_Merveilles de l'industrie_. C'est d'abord le soin avec lequel l'auteur
expose l'histoire de chaque industrie. Dans la plupart des ouvrages ou
des dictionnaires o ces matires sont traites, l'histoire de chaque
industrie est presque toujours passe sous silence. Dans l'ouvrage de M.
Louis Figuier, au contraire, l'histoire des inventions occupe une place
de premier ordre. L'auteur a toujours soin de remonter jusqu'aux
origines primitives de l'industrie qui l'occupe. Il la prend  son
berceau, chez les anciens, et la suit  travers les sicles jusqu'
l'poque actuelle. C est l une source d'enseignements varis et pleins
d'intrt pour le lecteur.

[Illustration: Une verrerie chez les gyptiens.]

[Illustration.]

La seconde qualit qui nous a frapp dans les _Merveilles de
l'industrie_, c'est la proccupation constante de l'auteur d'clairer le
texte de ses descriptions par le secours du dessin. Chaque opration
tant accompagne d'une figure explicative, renseignement par les yeux
accompagnant sans cesse l'enseignement par la plume, il est toujours
facile de comprendre les explications de l'auteur.

Les gravures qui accompagnent cet article (_la fabrication au verre chez
les Egyptiens,--la fabrications des vitres, le coupage du savon en
pains_), sont de doubles spcimens des nombreuses gravures qui
accompagnent l'ouvrage de M. Louis Figuier, et du genre de dmonstration
figure qui se rencontre  chaque page de ce livre.

Les _Merveilles de l'industrie_ ont t prsentes, avec beaucoup
d'loges,  l'Acadmie des sciences, dans la sance du 15 dcembre, par
M. Dumas, secrtaire perptuel.

Nous n'avons rien  ajouter  ce tmoignage d'estime.

Pierre Paget.

[Illustration: Coupage du savon de Marseille en pains.]

Gravures extraites des _Merveilles de l'industrie_, par Louis Figuier.
(Furne, Jouvet et Cie, diteurs.)



[Illustration: RBUS.]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Libres penseurs ou pieux plerins, la conscience est totalement libre!










End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 1608, 20 dcembre
1873, by Various

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