Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1607, 13 dcembre 1873, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: L'Illustration, No. 1607, 13 dcembre 1873

Author: Various

Release Date: November 10, 2013 [EBook #44141]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1607, 13 DCEMBRE 1873 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

REDACTION, ADMINISTRATION, BUREAUX D'ABONNEMENTS
22, rue de Verneuil, Paris

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1607 SAMEDI 13 DCEMBRE 1873

SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DTAIL
60, rue de Richelieu, Paris

Prix du numro 75 centimes La collection mensuelle, 3 fr.; le vol.
semestriel, broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois, 18 fr.;--un
an, 36; tranger, le port en sus.

Les demandes d'abonnements doivent tre accompagnes d'un mandat-poste
ou d'une valeur  vue sur Paris  l'ordre de M. Auguste Marc,
directeur-grant.



SOMMAIRE

_Texte_: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert
Audebrand.--La Soeur perdue, une histoire du Gran Chaco (suite), par M.
Mayne Reid.--Nos gravures.--Bulletin bibliographique.--_L'Histoire de
France raconte  mes petits enfants_, par M. Guizot.--Un voyage en
Espagne pendant l'insurrection carliste (VI).--_La Comdie de notre
temps_, par Bertall.--Le dromadaire.

_Gravures_: Procs du marchal Bazaine (6 gravures),--vnements de Cuba;
capture du _Virginius_ par le _Tornado_ dans les eaux de la
Jamaque.--Le monument commmoratif de la bataille de Champigny,
inaugur le 2 dcembre 1873.--Le naufrage de la _Ville-du-Havre_: la
dernire minute.--Thtre de la Gat: Mlle Lia-Flix dans _Jeanne
d'Arc.--L'Histoire de France raconte  mes petits enfants_ (4
gravures).--_La Comdie de notre temps_, par Bertall (39 sujets).--Le
dromadaire: caravane dans le dsert.--L'asile de l'cole de filles de
Dugny--Rbus.



[Illustration: PROCS DU MARCHAL BAZAINE.--La Buvette  Trianon.]



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

La semaine parlementaire a t relativement calme; l'Assemble est enfin
parvenue, dans la huitime sance consacre au mme scrutin,  complter
la commission des Trente charge de l'laboration des lois
constitutionnelles par l'lection de deux membres du centre gauche. La
commission est entre en fonctions ds le lendemain; elle a choisi pour
prsident M. Batbie, et a rempli sa premire sance par une discussion
prliminaire relative  la publicit de ses travaux; il a t dcid que
la presse ne recevrait pas de comptes rendus officiels des sances, mais
que chacun des membres de la commission serait libre de faire aux
journaux, sous sa propre responsabilit, les communications qui lui
paratraient convenables.

L'Assemble a ensuite jug que le moment tait enfin venu de s'occuper
de questions d'affaires; elle a successivement vot, en troisime
lecture, un projet de loi tendant  runir, dans les bureaux
secondaires, le service des postes  celui des tlgraphes; cette mesure
n'est qu'un acheminement vers la fusion complte des deux
administrations, fusion existant depuis quelque temps en Angleterre et
qui ne tardera pas, il faut l'esprer,  s'oprer dfinitivement dans
notre pays, car elle prsente des avantages de toutes sortes. Puis,
aprs une dlibration en deuxime lecture sur une proposition de M. de
Corcelles, relative  la composition des conseils acadmiques,
l'Assemble a abord la discussion du budget. Ce n'est pas la premire
fois que nous ayons  constater le peu de got de la Chambre pour les
discussions d'affaires en gnral, et en particulier pour cette loi de
finances dont le vote annuel constitue cependant la plus importante des
prrogatives parlementaires.

Tandis que le plus mince incident politique est souvent le point de
dpart des sances les plus orageuses, nous voyons une indiffrence
vraiment regrettable accueillir l'expos des besoins financiers de
l'tat et des moyens proposs pour y subvenir. Des chapitres entiers,
comprenant des centaines de millions, sont vols au milieu de
l'inattention et de la lassitude gnrales, et si parfois une
observation se produit, c'est bien rarement une proccupation d'ordre
conomique qui l'a dicte. Mentionnons,  ce propos, la question
adresse par MM. Pelletan et Gambetta  l'occasion du budget des
affaires trangres, et qui a failli prendre les proportions d'un gros
incident. Les deux membres de la gauche rclamaient la publication du
_Livre jaune_, interrompue, pour des motifs faciles  comprendre,
pendant le cours de l'occupation trangre, mais redevenue possible
maintenant que la publicit des archives diplomatiques n'offre plus les
mmes inconvnients. M. le duc Decazes avait, parat-il, mal compris
l'observation, et peu s'en est fallu qu'il ne post la question de
cabinet; mais le malentendu n'a pas tard  se dissiper et l'incident
s'est termin par la promesse de publication du _Livre jaune_ dans un
dlai de quinze jours.

ALLEMAGNE.

La campagne entreprise par le gouvernement allemand contre le clerg
catholique devient chaque jour plus difficile; l'opinitret du cabinet
prussien n'a d'gale que la rsistance nergique des catholiques.

D'aprs la Preussische, Volksblatt, organe officieux de l'administration
l'agitation religieuse a tellement gagn les populations des petites
villes et de la campagne, que l'on commence  avoir des apprhensions
srieuses. On s'efforce, dit ce journal, de rveiller les souvenirs des
anciennes guerres religieuses. Des agents secrets parcourent le pays
sous mille dguisements pour enflammer le fanatisme catholique;
l'exaltation des femmes, principalement, est arrive  son paroxysme. Le
gouvernement use vainement de tous les moyens de rigueur que les lois
rcemment votes, en mai 1873, ont mis  sa disposition; mais il se
heurte contre d'inflexibles rsistances. Il a interdit la publication de
la dernire encyclique du Pape en date du 21 novembre, dont nous avons
donn l'analyse et saisi le _Coelnische Zeitung_ au moment o elle
livrait ce document  l'impression, mesure contre laquelle M. Virchow a
protest dans le Landtag. Les journaux ultramontains se sont vengs en
imprimant une bulle du mois d'avril dernier, qui frappe d'interdit
toutes les glises o se clbrerait le service du vieux-catholicisme. A
Schoenberg, en Silsie, l'autorit prussienne, qui avait interdit le
cur, voulut faire fermer l'glise. Mais, selon le _Vaterland_, de
Munich, la population a trouv un moyen ingnieux de contrecarrer les
intentions de la police: elle a enlev la porte et arrach les gonds, de
sorte que, quand les agents sont arrivs, il leur a t impossible
d'apposer les scells. On voit  quels incidents de tout ordre ce
conflit donne lieu. Le Parlement lui-mme en ressent le contre-coup.
Ainsi le Landtag vient d'adopter, par 351 voix contre 6, une proposition
des ultramontains portant suppression du timbre sur journaux et
almanachs. Le ministre la combattait en objectant que l'on doit
prsenter au prochain Reichstag la loi sur la presse dont il a t
question l'anne dernire, et dont les dispositions ont soulev les plus
vives rclamations. Encourags par ce succs, les ultramontains ont
dpos une motion plus hardie, tendante  l'abrogation des lois
ecclsiastiques votes au mois de mai dernier; ils comptent sur une
grande majorit au prochain Reichstag qui doit tre lu le 10 janvier
1874, et o l'Alsace-Lorraine sera reprsente pour la premire fois. II
se pourrait que Mgr Ledochowski, archevque de Posen, ft l'un des
candidats lus. Cet nergique prlat a refus de donner sa dmission.
Pour se dbarrasser de lui, on songerait, dit-on,  complter les lois
susdites en autorisant le gouvernement  expulser les prtres suspendus
de leurs fonctions par la cour civile ecclsiastique. Mais, pour couvrir
Mgr Ledochowski de l'immunit parlementaire, ses fidles partisans se
proposent de le faire lire,  Schrimm, comme dput au Reichstag. La
lutte, on le voit, ne saurait tre plus srieusement engage, et des
deux cts elle est pousse avec un gal acharnement.

TATS-UNIS.

Le Message prsidentiel a t lu le 2 dcembre au Congrs. Il constate
que la rduction de la dette accomplie durant l'anne, au moyen de
l'excdant des recettes, s'est leve  43 millions de dollars, ce qui
porte l'amortissement total de la dette  300 millions de dollars.

Le Message recommande de restreindre les privilges des banques relatifs
aux avances sur dpts. Il dclare que, tant que les payements en
espces ne seront pas repris, le march aura des moments difficiles. Il
demande instamment au Congrs d'tudier la question de la circulation en
vue de la reprise des payements en espces, lesquels permettraient aux
banques d'user de leurs rserves pour rgler le taux des intrts et
augmenter la circulation dans les moments critiques.

Le Message constate ensuite l'amlioration du commerce tranger, qui
aidera  la reprise des payements en espces.

A propos du _Virginius_, le Message dit que la capture en pleine mer
d'un btiment portant pavillon amricain menaait d'avoir de plus
srieuses consquences, et qu'elle a agit l'opinion publique dans toute
l'Amrique.

Plusieurs passagers qui taient citoyens amricains ont t fusills
sans procdure rgulire. Selon le principe tabli, les btiments
amricains en pleine mer et en temps de paix sont, sous la juridiction
de leur pays.

Toute vexation subie de la part des trangers est un attentat  la
souverainet des Etats-Unis, qui, se basant sur ce principe, ont demand
 l'Espagne de rendre le _Virginius_ et les survivants de l'quipage, de
faire rparation au drapeau amricain et de punir les autorits
coupables.

Le _Virginius_ avait des papiers en rgle et le pavillon amricain.

L'Espagne a tout accord.

Le Message dclare, en terminant, que l'esclavage est la cause du
malheureux tat de Cuba. Il demande au Congrs d'exprimer le voeu que
l'esclavage disparaisse de Cuba, car c'est le seul moyen de rendre
possibles les bonnes relations entre l'Amrique et Cuba. Le gouvernement
amricain n'est pas hostile  l'Espagne, mais l'affaire du _Virginius_ a
produit une indignation telle, que le Prsident a d placer la marine
sur le pied de guerre.

Cette affaire est prsentement en voie d'arrangement satisfaisant et
honorable pour les deux pays.

Le Message constate que les relations de l'Amrique avec les autres pays
sont amicales. L'indemnit de l'affaire de l'_Alabama_ a t applique
au rachat des obligations 5.20 jusqu' concurrence de 15 millions
500,000 dollars.

Le Prsident reconnat les minents services rendus par les commissaires
du tribunal de Genve. Il recommande la cration d'une Cour spciale
compose de trois juges, pour entendre les plaintes des puissances
trangres contre les Etats-Unis. Le Prsident rappelle qu'il a reconnu
le gouvernement espagnol et le flicite d'avoir mancip les esclaves de
Porto-Rico et restitu les proprits amricaines squestres  Cuba.
L'esclavage rgne encore  Cuba, protg par un parti puissant, en
hostilit ouverte contre le gouvernement de Madrid et plus dangereux que
les insurgs. Dans l'intrt de l'humanit, l'influence de ce parti doit
tre dtruite.

L'affaire du _Virginius_ pourrait bien se compliquer prochainement de
l'intervention de l'Angleterre, si toutefois le gouvernement de ce pays
ne consultait que l'opinion publique et en suivait docilement
l'impulsion. Une Note adresse au Foreign-Office par M. Crawford, consul
gnral de la Grande-Bretagne  la Havane, et communique aux journaux,
a inspir au _Times_ un article d'une grande violence et o clate une
vive indignation. Cette Note contient la liste des victimes de
nationalit anglaise excutes  Santiago: on y trouve le second du
navire, un aide-mcanicien, trois chauffeurs, six aides pour le
transport du charbon, deux matres d'htel et trois matelots. Ce sont de
pareils gens employs au service du btiment qui ont t assimils  des
insurgs pris les armes  la main et fusills sans aucune forme de
procs. Jamais les lois humaines n'ont t plus cruellement violes. On
peut donc s'attendre  voir le gouvernement anglais lever de justes et
svres rclamations contre ces barbares excutions. Du ct de
l'Espagne, la situation devient de plus en plus critique. Les nouvelles
sont contradictoires. Une premire dpche de New-York, en date du 4
dcembre, annonait, d'aprs des avis reus de la Havane, que les
principaux chefs des volontaires avaient publi un Manifeste attestant
leur soumission aux autorits et leur confiance dans M. Jovellar,
capitaine gnral de Cuba. Mais le mme jour, une dpche de la Havane
faisait parvenir  Madrid des informations tout opposes. M. Jovellar, y
tait-il dit, avait prvenu le gouvernement espagnol que, vu l'tat
d'exaspration de l'opinion publique, il lui tait impossible de
procder, au moins pour le moment,  l'excution des ordres concernant
la restitution du _Virginius_; il faisait mme entrevoir la possibilit
de vritables catastrophes dans le cas o l'on agirait avec trop de
prcipitation. Enfin, toujours d'aprs la mme source, il avait offert
sa dmission. Aujourd'hui, la scne change. On tlgraphie de Madrid, le
5 dcembre, onze heures cinquante minutes du soir, que les ordres du
gouvernement seront fidlement excuts: le capitaine gnral et le
commandant des forces navales en ont envoy l'assurance formelle.
Toutefois une dpche de New-York, postrieure  la prcdente et date
d'aujourd'hui mme, nous apprend que l'Espagne avait promis de faire
hier la remise du navire, que cet engagement n'a pas t rempli, et
qu'il en rsulte un vif mcontentement. Mais, ajoute-t-on, le cabinet de
Washington est dispos  attendre que cette restitution puisse tre
faite sans blesser la fiert du gouvernement espagnol. C'est seulement
dans le cas ou l'impuissance de celui-ci serait dmontre que l'affaire
serait soumise au Congrs.

Enfin, une dernire dpche date de Philadelphie, 9 dcembre, annonce
que des arrangements dfinitif' ont t pris pour que la restitution du
_Virginius_ et des prisonniers survivants se fasse le 18 dcembre. On
assure que la frgate amricaine _Worcester_ sera charge de recevoir le
_Virginius_  la Havane, et que la frgate _Jumata_ aura mission de se
rendre  Santiago pour prendre les survivants  son bord.

L'insurrection de Carthagne parat sur le point d'arriver  son terme;
la ville et les forts ont t trs-prouvs par le bombardement
entrepris par les troupes du gouvernement; les vivres se font rares dans
la place et les insurgs ont d faire sortir les bouches inutiles; huit
cents femmes et enfants ont t transports  Pormau, o ils se trouvent
dans un tat de dtresse tel que l'amiral Yelverton, commandant
l'escadre anglaise mouille devant le port, a crit  M. Castelar pour
intercder en leur faveur. Cependant les insurgs pensent qu'ils peuvent
encore tenir un mois s'ils restent unis entre eux. Les forts et les
batteries n'ont que trs-peu souffert. On croit que lorsque les
munitions seront puises, une grande partie des insurgs tenteront de
s'ouvrir un passage  l'aide des vingt-cinq canons Krupp qu'ils
possdent, et qu'ils iront  travers les montagnes rejoindre les
carlistes. Les autres essayeront de s'chapper  bord de la _Numancia_.



Courrier de Paris

M. Paul Fval se prsente aux suffrages de l'Acadmie franaise, o il y
a, pour le quart-d'heure, deux fauteuils  donner. Si j'avais  broder
une rclame, je ne manquerais pas de dire que le candidat est,
littrairement parlant, un homme incomparable. En dix ou douze lignes
bien senties, il serait dmontr par A plus B qu'il enfonce le pass,
qu'il domine le prsent et que l'avenir ne lui viendra pas  la
cheville. Croyez que je n'ai rien  tenter de semblable. Je ne veux
parler de M. Paul Fval que comme un spectateur pourrait le faire d'un
acteur estim de tel thtre qu'il voit se hasarder sur une scne
nouvelle.

A coup sr, M. Paul Fval devrait tre de ceux qu'on se dispense de
_black-bouler_. Mais l'Acadmie a une douane  laquelle elle tient
mordicus. Vous objecterez tout ce qu'il vous plaira.--Voil un conteur
de la meilleure race. Il a fait pour la Bretagne ce que Walter Scott a
fait pour l'Ecosse et George Sand pour le Berri. Uniquement proccup du
soin de faire des loisirs  ceux qui s'ennuient, il a crit, en
trente-cinq ans, trois cents volumes encore debout en ce moment. Parmi
ses livres, il en est deux qui ont fait un grand bruit, les _Mystres de
Londres_, peinture saisissante des bas-fonds de la socit anglaise, et
un pisode de notre histoire, le _Bossu_ qui, transform en drame, a
rcr Paris pendant deux cents soires. Tout cela tant bien vu, la
nomination de ce galant homme devrait passer, ce semble, comme une
lettre  la poste.

Ce sera le contraire qui arrivera, je le crains, du moins. Au quai
Conti, il n'y a que l'envers du juste qui ait le dessus. Quand, par
hasard, on admet un homme qui crit, c'est que ces vieux messieurs se
sont fait violence. Ou bien ils ont cd  la force de l'opinion, ou
bien ils ont eu peur que leur corporation vermoulue ne soit devenue une
pelote trop pingle d'pigrammes. Il y a un troisime cas bien connu,
mais qu'il faut rappeler sans cesse; ils cdent devant la table: A-t-il
un bon cuisinier? Voil cinquante ans que c'est le meilleur des titres.
Le laurier de la cuisine attire le laurier apollonien.

Sur les dernires annes de sa vie, Thophile Gautier, candidat quatre
fois congdi, rapportait le mot de l'un d'eux, pendant l'une de ses
trente-neuf visites:

--Comment! monsieur, vous avez publi vingt-cinq volumes! Ah! monsieur!

La mimique du vnrable et le rythme de son reproche ne pourraient tre
exprims par aucune langue humaine. Il fallait entendre l'auteur du
_Tricorne enchant_ raconter cette scne d'un si haut comique.
Vingt-cinq volumes, pomes, romans, critique, voyages, histoire,
n'tait-ce pas bien fait pour effrayer l'imagination d'un vieillard qui,
en sa vie entire, n'avait pu que faire des annotations et des prfaces,
et tout au plus une petite plaquette o il est avanc que le mouchoir de
poche n'existait pas chez les Grecs du temps de Pricls. Mais pour M.
Paul Fval, ce serait bien une autre paire de manches! Il a crit trois
cents volumes. Rien qu' cette rvlation, l'immortel est capable d'en
avoir un coup de sang!

Ajoutez que ces trois cents volumes sont des romans. Une belle denre,
les romans! Ces Nestors les ont tous dans une sainte horreur. On a beau
leur rappeler le mot charmant de Philippe: J'aime mieux que l'Espagne
ait _Don Quichotte_ que deux provinces de plus; on leur citera en vain
nos gloires les plus nobles et les plus pures commenant par l, comme
Jean Racine, leur dieu, qui a commenc par traduire _Thogne et
Charicle_, et ils crieront toujours: A la porte, le roman; c'tait
l'enttement de feu Villemain: Si Le Sage se prsentait ici, _Gil Blas_
 la main, je prierais Le Sage de s'en retourner.

Pour ne parier que des temps o nous sommes, voyez combien ils ont t
impitoyables pour les romanciers. Non-seulement ils n'ont pas voulu
entendre parler de Frdric Souli ni d'Eugne Sue, ces deux matres du
genre, mais encore ils ont rejet M. de Balzac, le prodigieux auteur de
la _Comdie humaine_. Lorsque Prosper Mrime s'est prsent, il a t
bien entendu que c'tait en vue de sa traduction de Salluste et de
quelques rapports sur des inscriptions. Lon Gozlan, ce Benvenuto
Cellini de la Nouvelle, Mry, qui nous a lgu sur l'Inde et sur la
Chine des crits si attachants, Thophile Gautier, dont je parlais tout
 l'heure, autant de noms, autant de candidats rejets. Pour Alexandre
Dumas, l'homme aux mille romans, il savait son fait d'avance; il n'a
jamais eu un seul instant la pense de se prsenter  un seul d'entre
eux.

Encore une fois il ne faut pas tre un bien grand sorcier pour prvoir
ce qui va survenir. Il existe toujours en quelque coin obscur un
complaisant qui a fait jadis, pendant vingt ans, la partie de piquet
d'un ancien premier ministre; c'est celui-l qu'on choisira. Il se peut
encore qu'on lise un professeur fameux pour avoir mis une couverture
nouvelle  Blaise Pascal ou bien au prsident Hnault. Au pis aller, on
se rabattra sur un avocat illustre pour n'avoir jamais t imprim. A la
vrit, aprs l'avoir fait sortir de l'urne, on dira qu'on voudrait bien
l'y remettre; c'est encore l une de leurs allures.--En tout cas, vous
le verrez bien, ils condamneront M. Paul Fval  faire le
pied-de-grue.--L'ombre du pauvre Philarte Chasles pourra lui tenir
compagnie.

Un de ces jours, qui sait? aujourd'hui peut-tre, J. Claretie, usant de
son droit de critique, vous parlera d'un livre posthume, dj fort
prn: _Lettres  une Inconnue_. Si je m'aventure  m'occuper de cette
nouveaut, ce n'est point, bien entendu, pour marcher sur les
plates-bandes du confrre. Ces deux volumes fourmillent d'anecdotes, de
mots piquants, de bruits du monde; voil pourquoi je me hasarde  leur
faire quelques emprunts, toujours permis aux fureteurs de la chronique.
Lettres curieuses, pas prcisment difiantes! Celle qui se prsente la
premire est sans date; on peut conjecturer qu'elle est de 1839,
peut-tre de 1840. En ce temps-l, Prosper Mrime, ne songeant pas
encore  devenir un personnage, n'tait rien, pas mme acadmicien. Il
n'avait pas encore termin _Colomba_; il vivait sur le bruit flatteur de
ses incomparables nouvelles et du _Thtre de Clara Gazul_. La dernire
est tout prs de nous, du 23 septembre 1870; Mrime tait mourant 
Cannes; il avait vu sombrer la France et tomber le second empire, auquel
il s'tait attach pour des raisons tout  fait intimes. On sait, en
effet, qu'un mariage secret le liait  Mme de Montijo, la mre de
l'impratrice.

En vingt ans de temps, il s'tait pass peu d'vnements dans la vie de
ce studieux sybarite, mais avec quelle verve et quel esprit dgag il
savait voir ce qui se passait chez les autres! Mais d'abord, qu'est-ce
que l'Inconnue? Une marquise, une grande dame marie; c'est tout ce
qu'on en apprend et on n'en saura jamais plus. Dans l'origine, ils se
traitaient en camarades; Prosper Mrime l'appelait son cher ami
fminin. En 1842, il lui disait: Si je ne me trompe, nous nous sommes
vus six ou sept fois en six annes, et, en additionnant les minutes,
nous pouvons avoir pass trois ou quatre heures ensemble, dont la moiti
 ne rien nous dire. On croirait qu'il s'agit d'une aventure de bal
masqu.

Il raconte tout  cette inconnue, ses ennuis, ses plaisirs, ses
insomnies, surtout ses impressions de voyage. Par exemple, en parcourant
la Grce, pour affaires de son commerce, c'est  savoir pour faire de
l'archologie, il s'amuse tout le premier du style qu'on emploie sur son
passeport. Il grisonne et il le dit. Au milieu de tout cela, je suis
devenu bien vieux. Mon firman me donne des cheveux de tourterelle; c'est
une jolie mtaphore orientale pour dire de vilaines choses.
Reprsentez-vous votre ami tout gris. Une autre fois, tant de retour,
il raconte une soire dans laquelle il a pu prsenter Mlle Rachel, alors
dbutante,  Branger; c'tait chez un ministre du roi Louis-Philippe;
Lamartine, Victor Hugo et M. Thiers taient l, et, bien qu'il s'agisse
de tragdie, il faut voir comme la scne devient bouffonne!

Messieurs les romanciers et les peintres de moeurs dcriront le second
empire tant qu'il leur plaira; on est en droit d'affirmer qu'ils n'en
viendront pas autant  bout que ce railleur, donnant la description du
bal de Mme la duchesse d'Albe (1er mai 1860).

C'tait splendide. Les costumes taient trs-beaux. Beaucoup de femmes
trs-jolies et le sicle montrant de l'audace. 1 On tait dcollet
d'une faon outrageuse par en haut et par en bas aussi. A cette
occasion, j'ai vu un assez grand nombre de pieds charmants et beaucoup
de jarretires dans la valse. 2 Croyez que, dans deux ans, les robes
seront courtes, et que celles qui ont des avantages naturels se
distingueront de celles qui n'en ont que d'artificiels. Il raconte
ensuite le ballet des Elments, un des triomphes du rgne. Seize dames
de la cour, en courts jupons, couvertes de diamants. Les Naades
taient poudres avec de l'argent, qui, tombant sur leurs paules,
ressemblait  des gouttes d'eau. Les Salamandres taient poudres d'or.
Il y avait une Mlle E*** merveilleusement belle. La princesse M*** tait
en Nubienne, peinte en couleur bistre trs-fonc, beaucoup trop exacte
de costume. Au milieu du bal, un domino a embrass Mme de S***, qui a
pouss les hauts cris. La salle  manger avec une galerie autour, les
domestiques en costume de pages du XVIe sicle, et de la lumire
lectrique, ressemblait au _Festin de Balthazar_ dans le tableau de
Wrowthon.--Y a-t-il beaucoup de coups de burin qui vaillent ces coups
de plume?

En bon courtisan, le snateur parle aussi de Napolon III, qui, en
raison de son mariage avec la comtesse, tait son beau-fils.

L'empereur avait beau changer de domino, on le reconnaissait d'une
lieue; l'impratrice avait un burnous blanc et un loup noir qui ne la
dguisaient nullement. Beaucoup de dominos, et, en gnral, fort btes.
Le duc de *** se promenait en arbre, vraiment assez bien imit.--Ce
pauvre duc! Mrime ne le lche pas, et je n'ose point rpter tout ce
qu'il met sur son compte.

Un autre rcit trs-caractristique, c'est celui de la premire
reprsentation de l'opra de Richard Wagner, rue Le Peletier.

Un dernier ennui, mais colossal, a t _Tannhaser_. Les uns disent que
la reprsentation  Paris a t une des conventions secrtes du trait
de Villafranca; d'autres, qu'on nous a envoy Wagner pour nous forcer
d'admirer H. Berlioz. Le fait est que c'est prodigieux. Il me semble que
je pourrais crire demain quelque chose de semblable, en m'inspirant de
mon chat marchant sur le clavier d'un piano. La salle tait
trs-curieuse. La princesse de Metternich se donnait un mouvement
terrible pour faire semblant de comprendre et pour faire commencer les
applaudissements qui n'arrivaient pas. Tout le monde billait; mais,
d'abord, tout le monde voulait avoir l'air de comprendre cette nigme
sans mot. On disait, sous la loge de Mme de Metternich, que les
Autrichiens prenaient la revanche de Solfrino. On a dit encore qu'on
s'ennuie aux rcitatifs et qu'on se _tanne aux airs._--Un des plus
illustres de l'Acadmie franaise se _fendant_ d'un calembourg.--Allons,
je n'irai pas plus loin.

Philibert Audebrand.



[Illustration: Le GNRAL DE COLOMB, SUBSTITUT. LE GNRAL POURCET,
COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. PROCS DU MARCHAL BAZAINE.--L'ACCUSATION.]

[Illustration: Marchal Bazaine. Me Lachaud. Me Lachaud fils. PROCS DU
MARCHAL BAZAINE.-LA DFENSE.]



LA SOEUR PERDUE

Une histoire du Gran Chaco

(Suite)

Les pierres furent disposes et arranges par Gaspardo en forme de
muraille grossire. Bien que construite dans l'obscurit, elle tait
assez forte pour rsister aux attaques d'un animal quelconque,
l'lphant except. Or, comme il ne se trouve pas d'lphants dans le
Chaco, les voyageurs semblaient n'avoir plus rien  craindre.

Tel tait l'avis de Gaspardo qui encore une fois partit  la recherche
de son briquet.

J'ai un bout de chandelle de cire, dit-il; que Dieu me le pardonne,
je l'avais ramass dans l'glise de l'Asuncion. Elle avait t allume
sur le corps de ma pauvre vieille mre, et je dsirais la garder comme
souvenir. _Ay Dios!_ qui et jamais pens que ce serait en pareille
circonstance que j'aurais  la rallumer? Mais il est malsain de manger
dans l'obscurit. Je n'ai jamais aim cela; ce qu'on mange ne vous
profite pas quand les yeux n'en ont pas leur part.

Gaspardo affectait de parler avec bonne humeur. Il connaissait le lourd
fardeau qui pesait sur le coeur de ses jeunes compagnons et il esprait
l'allger en les dtournant un peu de leurs penses. Mais aucun d'eux ne
fit chorus  sa bonne volont; il battit donc le briquet et le cierge
fut enfin allum.

C'tait un gros bout de cierge, long d'environ six pouces et fabriqu
avec la cire de l'abeille sauvage qu'on emploie dans les glises du
Paraguay. Sa flamme brillante clairait tous les objets contenus dans la
caverne, les voyageurs, leurs chevaux, leurs bagages et le jaguar tendu
mort  l'entre, dont la peau jaune mouchete se dtachait sur le fond
sombre du rocher.

Mais  peine la flamme eut-elle pris toute sa vigueur, que les yeux des
voyageurs eurent la trs-dsagrable surprise d'tre subitement arrts
par la vue d'une seconde peau de jaguar, non moins mouchete, mais bien
plus brillante que la premire. C'tait un second jaguar, non pas mort
celui-l, mais vivant et bien vivant, couch sur un bloc de rocher 
l'extrmit la plus recule de la grotte!

Il avait au moins deux fois la taille de celui qui avait t tu et son
aspect tait dix fois plus effrayant. Au premier coup d'oeil, on le
reconnaissait pour le mle dont Gaspardo avait parl.

C'est le mle! dit-il aussitt que la lumire du cierge lui eut permis
de le distinguer. _Santissima!_ et nous nous sommes donns bien du mal
pour nous assurer sa compagnie!

Ses compagnons ptrifis par la surprise gardaient le silence.

_Carrai_! grommela le gaucho entre ses dents. Je m'tonne qu'il soit
rest si longtemps tranquille. Il faut que la tormenta ait
singulirement modifi son humeur. Qui peut savoir ce qui se passe dans
sa tte, et ce qui cause son immobilit. Ne nous y fions pas. L'envie
peut lui prendre subitement de sauter sur nous et un animal de cette
taille, mes enfants, se moquerait autant d'une balle que d'un coup de
cravache. Regardez-le, il est presque aussi gros qu'un de nos chevaux!
On ne fait pas deux miracles dans la mme journe.--Une balle qui le
blesserait seulement au lieu de le tuer ne ferait que le rendre plus
formidable.

Les deux jeunes gens tenaient  la main leurs carabines.

Faut-il faire feu nanmoins? demandrent-ils.

--Gardez-vous-en bien, sur votre vie! mieux vaudrait essayer de lui
cder la place, si l'tat de terreur, de stupfaction, d'engourdissement
o la tormenta met souvent les animaux les plus nergiques et les plus
violents devait nous en laisser le temps. J'entends la pluie tomber par
torrents, mais cela ne fut rien, tout plutt qu'une rencontre avec un
gaillard comme celui-ci. S'il pleut c'est que la poussire est
abattue,--et c'est le principal. Nous pourrions peut-tre nous en tirer
personnellement en lui abandonnant nos montures, et en filant pour notre
compte par la lucarne que nous avons laisse  notre barricade... Elle
ne suffirait pas  le laisser passer,--mais nous avons autant besoin de
nos montures que de nous-mmes et d'ailleurs ce serait une lchet que
de livrer nos bonnes btes  ce brigand-l. Il n'y a pas deux partis 
prendre. Ouvrons notre barricade, dfaisons de nos mains l'ouvrage de
nos mains. Dtruire est plus facile que de btir.--A l'oeuvre donc. Que
Cypriano qui a une bonne arme fasse sentinelle. Si le jaguar bouge visez
 l'oeil, mon enfant!

Et tandis que Ludwig tenait le cierge, Gaspardo dont la force musculaire
tait double par l'imminence du danger se mit  dmolir sa muraille.

Ds qu'une ouverture fut pratique, suffisamment grande pour leur livrer
passage ainsi qu' leurs chevaux, le gaucho carta les ponchos et jeta
un regard au dehors.

Cependant, tenu en respect par Cypriano, qui le couchait en joue, ou
sous le poids encore de l'moi que lui causait la tourmente, le jaguar
n'avait pas boug. Ses yeux fixes et brillants n'avaient pas quitt ceux
de Cypriano. L'intrpide enfant n'avait pas bronch. Mais le moment le
plus prilleux devait tre celui de la retraite. Il en est de l'animal
comme de l'homme, tout ce qui ressemble  une fuite de son adversaire
est comme un signal d'attaque qu'il reoit.

A ce moment une exclamation du gaucho attira l'attention de Ludwig.

Qu'y a-t-il, Gaspardo? lui demanda-t-il.

--Il y a, rpondit Gaspardo avec un geste de dsespoir, il y a qu'il n'y
a pas moyen de sortir. Regardez!

L'eau s'tait leve de six pieds au-dessus de son premier niveau et
elle coulait en bas de la caverne avec la violence d'un torrent, le
courant balayait jusqu' l'entre de la grotte et ne laissait pas un
pouce de sentier par lequel les hommes et les chevaux pussent oprer
leur retraite. Toute issue tait videmment coupe. La circonstance
tait critique, car rester dans la caverne, c'tait rester  la
discrtion du jaguar.

Le ciel, en s'clairant, projetait jusqu'au fond de l'antre une faible
lueur qui leur permettait d'apercevoir l'affreuse bte couche dans sa
redoutable immobilit. Il semblait qu'avertie par un secret instinct de
l'impossibilit o taient dsormais ses victimes de lui chapper, elle
et jusque-l contempl avec un imperturbable ddain la vanit de leurs
efforts.

L'ouragan se calmait. Les grondements du tonnerre s'loignaient. Le
moment approchait o l'animal allait retrouver son habituelle frocit
et bondir soit sur les hommes, soit sur leurs montures.

La lutte tait donc devenue invitable. En dsespoir de cause, Gaspardo
et les deux jeunes gens se tenaient prts au combat. La carabine  la
main, leur couteau de chasse entre les dents, Ludwig et Cypriano
n'attendaient que l'ordre de faire feu. Gaspardo hsitait encore  le
donner; videmment, il et tout prfr  une rencontre o l'un d'entre
eux, tout au moins, pouvait perdre la vie; quand tout  coup, posant bas
sa carabine, il se mit  chercher quelque chose avec une fivreuse
impatience dans une des sacoches de son recado.

Il se souvenait d'y avoir cach une fuse du genre de celles dont on se
sert pour exciter les taureaux au combat. Il avait pris cette prcaution
dans la prvision que cela pourrait lui servir, pour tonner et amuser
ou terrifier suivant l'occasion les Indiens. C'est un vieux tour des
gens des frontires et qui est souvent couronn de succs parmi les
sauvages.

Ne bougez pas, murmura-t-il  l'oreille de ses amis, ne quittez pas la
place o vous tes. Laissez-moi faire. J'ai mon ide.

Tous deux conservrent leur place  l'entre de la caverne, semblables 
deux sentinelles silencieuses.


CHAPITRE IX

AU HASARD

Quoique encore sous l'empire d'une grande motion, Ludwig et Cypriano
taient fort intrigus, et se demandaient du regard ce qui avait bien pu
passer dans la cervelle de leur ami.

Les moments taient trop prcieux pour que le gaucho songet  prolonger
leur attente. Il s'avana rapidement vers le cierge que Ludwig avait
fix dans une des anfractuosits de la caverne,--et leur ayant
recommand de se coller contre les parois,--pour laisser libre l'entre
tout entire, il approcha de la flamme du cierge la mche de sa fuse et
la lana sur le jaguar. Ce fut comme une illumination soudaine: la
lumire clatante suivie d'un sifflement aigu s'tait lance comme un
serpent de feu sur l'animal, l'avait atteint au flanc et s'tait
attache  sa peau en tournoyant comme un soleil et en l'inondant
d'tincelles.

C'tait videmment le premier feu d'artifice qu'on et jamais tir en
son honneur.

Poussant un formidable rugissement qui fit frmir les parois du rocher,
l'norme animal effar bondit d'pouvante sur sa couche, et en trois
bonds traversant la caverne et tranant derrire lui comme la queue
enflamme d'une comte, il alla se prcipiter dans le torrent.

C'tait assurment ce qu'il avait de mieux  faire pour teindre la
fuse qui sifflait entre les poils de sa fourrure, et pour dbarrasser
nos voyageurs de sa fcheuse compagnie.

En un instant, son corps fut hors de vue, enlev par le courant du ravin
dbord. Gaspardo, mont sur le roc o tait tout  l'heure le jaguar,
criait du fond de la grotte:

Pour cette fois, Muchachos, nous pouvons nous mettre  table; je
suppose que nous ne risquons plus d'tre drangs!

Ludwig et Cypriano ne pouvaient revenir de l'trange et expditive faon
dont le gaucho les avait tirs d'affaire.

On ne pense pas  tout, rpondit modestement le brave homme. J'aurais
d commencer par l, et ni vous ni moi ne nous serions corchs les
mains  faire et  dfaire nos inutiles fortifications.

Ludwig et Cypriano regrettaient bien un peu de ne pas avoir abattu le
jaguar mle, comme Gaspardo avait abattu la femelle; mais ils ne
voulurent pas gter la joie de leur ami, qui tait cent fois plus fier
de son expdient qu'il ne l'et t du coup de fusil le mieux russi.

Quand nos voyageurs eurent achev leur repas, la tempte avait
compltement cess.

La _tormenta_ diffre du _temporal_; la premire disparat aussi
rapidement qu'elle est venue, l'autre se termine graduellement et est
suivie par des brumes qui remplissent l'atmosphre et par une fracheur
humide qui parfois dure plusieurs jours. Il n'en est pas ainsi d'une
vritable tempte de poussire. Elle arrive sans tre prcde de signes
autres que ceux connus seulement des initis, ceux par exemple que
Gaspardo avait lus dans la corolle des fleurs de l'arbre baromtre, et
elle cesse aussi soudainement, sans avertir autrement du moment o elle
prend fin.

Lorsqu'ils revinrent  l'entre de la grotte et regardrent au dehors,
il n'y avait pas plus de traces de l'ouragan que s'il n'et jamais
exist. Au-dessus de la berge oppose de l'arroyo, ils pouvaient
distinguer un espace de ciel d'une belle nuance azure, et par les
rayons de lumire qui plongeaient dans le vallon, ils voyaient que le
soleil brillait aussi pur qu'avant d'avoir t obscurci par les nuages
pais de la poussire.

Cette terrible lutte des lments avait dur en tout une heure. Ils
l'auraient considre comme un rve s'ils n'eussent eu sous les yeux,
s'tendant sur les pentes du terrain, les traces de sa furie; des arbres
dracins, d'autres oscillant, des branches brises et dchires, des
bouquets d'arbustes couchs comme des roseaux, enfin,  leurs pieds, un
torrent cumant remplaant le mince ruisseau que leurs chevaux avaient
travers  gu une heure  peine auparavant.

Sans cet obstacle tort srieux, ils auraient immdiatement repris leur
voyage, mais d'un seul coup d'oeil, ils en avaient reconnu
l'impossibilit. Comme le paysan de la fable, mais avec plus de raison
puisqu'ils n'avaient devant eux qu'un fleuve improvis et accidentel,
ils devaient attendre le moment o les eaux baisseraient.

Nous n'en avons pas pour longtemps, mes enfants, dit le gaucho, en
remarquant leur impatience, et en essayant de les encourager.

--Non, continua-t-il, aprs tre rest un instant les yeux fixs sur le
torrent, pas pour bien longtemps. Ce dbordement, n de la tourmente qui
l'a produit, baissera aussi vite qu'il s'est lev. Il est dj tomb de
plus d'un demi-pied; voyez les traces qu'il a laisses sur les pierres.

Et il dsigna du doigt un endroit que l'eau boueuse avait mouill et
dont elle s'tait dj retire. C'tait bon signe. Tous trois
retournrent donc dans la grotte pour y empaqueter leurs bagages, donner
quelques soins  leurs montures, sur lesquelles la tourmente avait agi
autant que sur le jaguar, et se prparer  reprendre leur route.

Aussitt cette besogne termine, le gaucho se donna sur la poitrine, en
guise de _mea culpa_, un coup de poing qui en et abattu un autre que
lui-mme.

Santo Dios! je perds la tte, s'cria-t-il, c'est piti de laisser ce
beau jaguar derrire nous. Sa peau vaudrait de l'argent si quelqu'un la
portait au march. Comme le mle tait beau! Jamais je n'en ai vu un
plus magnifique. Ah! si votre....

Il s'arrta brusquement.

Mayne Reid.

(La suite prochainement.)



NOS GRAVURES

Procs du marchal Bazaine

LA BUVETTE DES TMOINS.

Au moment o paratront ces lignes, le verdict du 1er conseil de guerre,
vers lequel en ce moment toute la France a les yeux tourns, sera
prononc ou bien prs de l'tre. Le M. le gnral Pourcet a commenc la
lecture de son rquisitoire, qui s'est prolonge jusqu' la fin de
l'audience du 5 dcembre. Le 6, la parole a t donne  la dfense, qui
la gardera certainement au moins aussi longtemps que l'accusation. C'est
donc vers la fin de la semaine que, selon toute vraisemblance, le sort
de l'accus sera fix. L'auditoire, est-il besoin de le dire? est plus
nombreux que jamais et, ajoutons-le, il trahit par sa physionomie plus
grave et plus rserve l'imminence du dnoment de ce grand drame.
Chacun en effet, comprend qu'au moment o la justice va parler, il doit
refouler, au moins en public, ses impressions propres et attendre en
silence qu'elle prononce le mot suprme. Il est vrai qu'il se ddommage
 la suspension de l'audience. La buvette des tmoins, que reprsente
notre dessin, est le lieu o s'changent volontiers les commentaires. On
y rappelle les arguments de l'accusation et ceux de la dfense, on les
compare entre eux, et on cherche  en dgager la consquence. Mais l
encore, mme en s'aventurant sur ce terrain glissant, on use de rserve
et l'on ne sort pas de la stricte mesure que rclament les convenances.

L'ACCUSATION.

Les membres qui composent le parquet dans le procs Bazaine sont au
nombre de huit, savoir:

M. Alla, greffier titulaire du premier conseil de guerre, auquel on a,
pour la circonstance, adjoint M. Castres, greffier en retraite. A gauche
de MM. Alla et Castres se tient le marchal des logis de la garde
rpublicaine qui a le titre d'appariteur, et remplit des fonctions
analogues  celles des huissiers dans les cours d'assises.

Puis viennent, devant la table o sont assis les membres du parquet, M.
le gnral Pourcet, puis M. le commandant Martin, chef de bataillon en
retraite, et qui assiste de droit aux dbats en sa qualit de
commissaire du gouvernement titulaire prs le premier conseil de guerre,
M. le gnral de division de Colomb, jeune avec son grade, car il n'est
g que de quarante-neuf ans. Sorti de Saint-Cyr en 1844, il a conquis
tous ses grades en Afrique,  l'exception du dernier, qu'il doit  sa
belle conduite  l'arme de la Loire. Son titre officiel est: substitut
du commissaire spcial du gouvernement, M. Pourcet.

Tout  fait  gauche sont assis deux jeunes capitaines, M. Avon, du
corps d'tat-major, et M. Boisselier, de l'infanterie. Ces messieurs
n'ont pas de titre officiel; en ralit ils sont adjoints  M. le
gnral Pourcet pour les immenses travaux que ncessitent l'examen et la
manipulation d'un dossier fabuleusement volumineux.

LA DFENSE.

Le marchal Bazaine a confi, on le sait, le soin de sa dfense,  Me
Lachaud, assist de son fils et du colonel Villette, aide de camp du
marchal.

Nous avons parl de ce dernier en donnant son portrait, il y a quelques
semaines; nous n'avons donc pas  y revenir. Quant  M. Lachaud fils, le
temps lui a fait dfaut pour travailler  l'aurole dont il ne peut
manquer un jour ou l'autre de ceindre son front, si tant est que le
proverbe soit vrai; mais pour le moment il ne brille encore que des
rayons de la gloire paternelle, assez grande, aprs tout, pour contenter
deux ambitions, mme exigeantes.

Me Lachaud a aujourd'hui cinquante-six ans. N  Treignac (Corrze) le
25 fvrier 1818, il exerait sa profession d'avocat  Tulle, lorsque Mme
Lafarge le choisit pour dfenseur. Ce fameux procs commena sa
rputation, qu'acheva d'tablir le procs Marcellange. C'est alors que
Me Lachaud vint  Paris, o il ne tarda pas  prendre au barreau
parisien une des premires places. Il brilla surtout devant la cour
d'assises, o son loquence naturelle, admirablement servie par une voix
aussi souple que sympathique et des facults mimiques trs-dveloppes,
lui assura un grand ascendant aussi bien sur les juges que sur
l'auditoire. Parmi les affaires qu'il y plaida, citons les affaires
Pavy, de Preigne, Carpentier, Lescure, de Merci, Lemoine, Taillefer et
Troppmann.

Nous pouvons maintenant ajouter  cette liste l'affaire Bazaine, qui
prime incontestablement toutes les autres, aussi bien par la position
leve de l'accus, que par les circonstances exceptionnelles qui ont
donn lieu  l'accusation.

P. S.--Au moment de mettre sous presse, nous recevons la nouvelle que le
1er conseil de guerre vient de rendre son arrt, que nous n'attendions
pas si tt. Mais le conseil a sig de neuf heures du matin  neuf
heures du soir, le 10; et dans cette sance si longue ont eu lieu la fin
de la plaidoirie de Me Lachaud et les rpliques. A quatre heures et
demie, les dbats ont t clos et  neuf heures moins un quart, aprs
une dlibration qui n'a pas dur moins de quatre heures, le conseil
rentrait en sance, rapportant son verdict. Quatre questions lui avaient
t poses.

lre question.--Le marchal Bazaine est-il coupable d'avoir, en octobre
1870, capitul, son arme tant en rase campagne?

2e question.--Cette capitulation a-t-elle eu pour rsultat de faire
poser les armes  sa troupe?

3e question.--Le marchal Bazaine a-t-il trait verbalement ou par crit
avec l'ennemi, sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir
et l'honneur?

4e question.--Le marchal Bazaine, mis en jugement sur l'avis du conseil
d'enqute, est-il coupable d'avoir capitul avec l'ennemi, rendu la
place qui lui tait confie, sans avoir puis tous les moyens de
dfense dont il disposait et sans avoir fait tout ce que prescrivaient
le devoir et l'honneur?

A ces quatre questions, chacun des membres du conseil ayant rpondu
affirmativement, le marchal Bazaine a t condamn  l'unanimit  la
peine de mort, avec dgradation militaire.



La capture du "Virginius".

Nous recevons, par la voie des tats-Unis, une intressante
correspondance sur le _Virginius_, dont la capture par le croiseur
espagnol le _Tornado_, a eu pour rsultat de crer, entre l'Espagne et
les tats-Unis, le grave conflit que nous avons dj eu occasion de
signaler.

Le _Virginius_ est un vapeur  roues, entirement en fer, de 100
tonneaux de capacit et d'une longueur de 220 pieds. Il a t construit
en Angleterre, en 1864, pendant la guerre de la scession, pour le
compte des confdrs, qui l'employaient  forcer le blocus des ctes
des tats du Sud.

Captur, avec un chargement de coton, par les forces fdrales, lors de
la prise de Mobile, il fut vendu aux enchres, aprs la guerre, par le
gouvernement des tats-Unis et achet pour le compte de l'insurrection
cubaine, qui venait d'clater. Le _Virginius_ reprit aussitt son
aventureuse carrire; mont par un quipage dtermin, sous le
commandement de Joseph Fry, un Louisianais, il venait s'approvisionner 
New-York d'armes et de munitions qu'il allait ensuite dbarquer sur la
cte cubaine. Vingt fois il avait failli tre pris par les croiseurs
espagnols et vingt fois il leur avait chapp, grce  la prsence
d'esprit de son hardi capitaine, dont la rputation tait devenue
lgendaire. Enfin, le 31 octobre dernier, il fut aperu par le vapeur
espagnol le _Tornado_ au moment o il arrivait au but d'un nouveau
voyage de ce genre; ds qu'il se vit reconnu, le capitaine Fry fit force
de voiles et de vapeur pour s'chapper, car il n'tait pas arm de
manire  accepter la lutte avec un navire de guerre; malheureusement le
_Virginius_ tenait la mer depuis plus d'un an; le mauvais tal de sa
coque avait diminu sa vitesse d'autrefois, et pour comble de malheur,
on tait  bout de combustible; vainement on jeta la cargaison
par-dessus bord pour s'allger, vainement on entassa dans les fourneaux
les boiseries, les caisses dfonces et jusqu' des barils de lard qui
se trouvaient  bord, le _Tornado_ gagnait de vitesse et, aprs une
chasse de huit heures, le _Virginius_ tait rejoint au moment o il
arrivait en vue de la Jamaque, o il eut pu se rfugier sous la
protection du drapeau britannique. On sait le reste et comment
l'quipage du _Virginius_, conduit  Santiago, paya de sa vie son audace
tant de fois heureuse. La gravure que nous publions aujourd'hui montre
les deux navires au moment o le _Virginius_,  bout de forces, amne
son pavillon et se met en panne pour recevoir le canot du Tornado.

Nous reviendrons dans notre prochain numro sur la sanglante tragdie de
Santiago qui a t l'pilogue de ce drame, et nous publierons  ce sujet
d'autres dessins que nous avons reus trop tard pour les faire paratre
aujourd'hui.



Inauguration du monument de Champigny

Le 28 novembre un grand courant d'enthousiasme rgnait dans la capitale.
C'est que quelques jours auparavant, la nouvelle de la victoire
remporte sur les Prussiens  Couliniers par l'arme de la Loire, s'y
tait rpandue et que le gouvernement, sous la pression de l'opinion
publique, se dcidait enfin  faire un effort srieux en vue de briser
le cercle d'investissement et de donner la main  la jeune arme qui
s'avanait  notre secours.

En consquence, une grande sortie tait dcide. Trois proclamations
aussi retentissantes qu'elles furent vaines, annoncrent l'vnement au
public.

On sait comment tout ce beau mouvement avorta. L'arme, qui devait
passer la Marne dans la nuit du 28 au 29 novembre, ne put le faire, les
ponts se trouvant trop courts! Il fallut attendre vingt-quatre heures.
L'ennemi mis en garde par cette inexcusable faute, prit ses mesures en
consquence. Il ramassa ses forces sur le point menac, et au lieu de le
surprendre et de le culbuter, ce fut une grande bataille qu'il fallut
lui livrer en avant de Champigny.

Nanmoins le village fut enlev et l'ennemi oblig de reculer jusqu'au
parc de Coeuilly. Mais les morts taient nombreux. La journe du 1er
dcembre fut employe de part et d'autre  les ramasser.

Le 2, les Prussiens reprirent l'offensive, refoulant d'abord nos troupes
qui finalement regagnrent toutes leurs positions. Mais, puises par ce
double et pnible effort de deux jours de bataille, qu'avec un peu de
prvoyance on leur eut pargn, elles taient incapables, pour continuer
leur marche, d'en faire un troisime, dans des conditions de difficults
beaucoup plus grandes encore. Dans la nuit du 2 au 3 on leur fit donc
repasser la Marne, abandonnant ce plateau de Champigny, deux fois
conquis au prix de tant d'efforts striles et de sang inutilement
rpandu.

C'est sur ce plateau, au bord de la route de Paris, que s'lve le
monument inaugur le 2 de ce mois. M. Vaudremer, architecte de la ville
de Paris, en est l'auteur. C'est une pyramide en pierre grise, assise
sur un soubassement et portant sur l'un des cts un bouclier o l'on
voit un guerrier bless s'appuyant sur l'autel de la patrie. Au-dessus,
on lit ces mots: _Dfense de Paris_; au-dessous: _Bataille de
Champigny_, 30 novembre, 2 dcembre 1870. De l'autre ct de la pyramide
est la devise de la ville de Paris: _Fluctuat nec mergitur_.



[Illustration: VNEMENTS DE CUBA.-Capture du _Virginius_ par le
_Tornado_ dans les eaux de la Jamaque.]

[Illustration: LE MONUMENT COMMMORATIF DE LA BATAILLE DE CHAMPIGNY,
INAUGUR LE 2 DCEMBRE 1873.]Le naufrage de la "Ville-du-Havre".



Nous n'avons pu qu'annoncer dans notre dernier numro l'pouvantable
catastrophe de la _Ville-du-Havre_, rpute le plus vaste des paquebots
aprs le _Great-Eastern_. Les relations qui nous sont parvenues nous
permettent de donner  nos lecteurs un rcit du dsastre.

Le 15 novembre,  trois heures de l'aprs-midi, la Ville-du-Havre
quittait son _warf_ de New-York emmenant 135 passagers, 172 hommes
d'quipage et de service et transportant une cargaison de bl, coton,
cuir et graisses. Pendant les premiers jours, la traverse fut
contrarie par le mauvais temps; puis, quand on fut sur le banc de
Terre-Neuve, par un brouillard intense, commun du reste dans ces
parages, dans la crainte d'aborder ou d'tre abord, le capitaine
Surmont dut faire vibrer le sifflet d'alarme de minute en minute, et,
tout le temps qu'il y eut danger, il ne voulut laisser  aucun de ses
officiers la responsabilit des manoeuvres. La journe du 20 fut assez
belle, ce qui permit aux passagers de jouir de la promenade sur la vaste
dunette d'arrire, aux enfants de se livrer  leurs jeux, et, le soir,
quelques amateurs purent s'offrir dans le salon, un concert improvis,
dont la _Dernire pense de Weber_ fut le morceau final. La nuit tant
claire, rien ne paraissant  craindre, le capitaine se dcida 
descendre dans sa cabine pour y prendre quelques heures de repos, mais
aprs avoir donn l'ordre formel de le prvenir du moindre incident.

C'est  partir de ce moment que l'on ne sait plus d'une manire certaine
ce qui s'est pass, ni mme l'heure prcise de la catastrophe. Toujours
est-il qu'entre une heure et deux heures du matin, des ordres de
manoeuvre taient donns, excuts prcipitamment, mais trop tard... la
_Ville-du-Havre_ prouvait une commotion violente, suivie d'une srie de
craquements formidables, se renversait  demi; passagers, officiers et
matelots, rveills en sursaut, et accourus sur le pont, apercevaient la
masse d'un grand voilier qui, ayant enfonc les bordages du paquebot,
laissait les dbris de son trave au milieu de celui-ci. Le navire
abordant tait le voilier en fer, le _Loch-Earn_ (Lac ardent), capitaine
Robertson.

Le capitaine Surmont s'tait lanc sur la passerelle de commandement.
D'un coup d'oeil il comprit que tout tait perdu. La _Ville-du-Havre_
portait au flanc de la chambre des machines une troue large de cinq 
six mtres, profonde de quatre, par laquelle l'eau s'engouffrait en
cataractes bruyantes pour se rpandre dans les profondeurs du btiment
avec des grondements et des clapotements sinistres. On n'avait pas eu le
temps de fermer les cloisons tanches, de telle sorte que les foyers
ayant t teints, chaudires et machines furent immdiatement
paralyses.

Eperdus, les passagers se pressaient sur la dunette d'arrire, les uns 
peine vtus ou dans leur costume de nuit, les autres ayant eu le temps
de se couvrir de quelques vtements ou de prendre avec eux leurs objets
les plus prcieux. A un premier moment, non de dsordre mais seulement
de trouble, succda un certain apaisement, quand on vit le capitaine 
son poste et les officiers se multipliant pour indiquer  chacun ce
qu'il y avait  faire. Dans le court espace de temps coul entre
l'abordage et le naufrage, il y eut des exemples de sang-froid
admirable, de sublime rsignation, de devoir noblement compris. Debout
sur le pont, un petit sac  la main, leurs enfants dans les bras ou se
pressant contre leur pre ou leur mari, des femmes attendaient que les
canots fussent mis  la mer; quelques-unes s'tant agenouilles,
priaient avec ferveur, pendant qu'un prtre catholique leur donnait
l'absolution suprme; des enfants  demi-nus, devinant le pril sans le
comprendre, cherchaient d'instinct un refuge dans les bras de leur mre.

Si la collision avait eu lieu en plein jour, les secours eussent t
plus efficaces, mais la nuit d'une part, la perte de plusieurs des
embarcations de la _Ville-du-Havre_ de l'autre, rendaient le sauvetage
difficile. On venait d'installer une cinquantaine de personnes dans deux
canots intacts, lorsque le grand mt et le mt d'artimon, dj branls,
oscillrent et s'abattirent presque en mme temps, brisant les canots,
tuant et blessant la plupart des malheureux qui dj se voyaient sauvs.
En vain, raconte un matelot, on voulut retirer quelques survivants de
l'amas enchevtr de vergues rompues, de cordages, de dbris de
planches, on n'en eut pas le temps. Ce grave accident prcipita le
dnoment, car la chute des mts fit incliner davantage le paquebot, et
tous ceux qu'il portait sentirent que leur dernire heure tait venue.

Il n'est gure possible de s'imaginer l'horreur du drame dont notre
dessin donne un aperu pris du milieu du navire, entre les deux
chemines, prs de l'escalier de la dunette des premires.

La _Ville-du-Havre_ oscillait comme en proie aux dernires convulsions;
on vit, rapporte un passager, une jeune fille soutenant sa mre et lui
disant: Courage, ma mre, courage, dans quelques minutes nous entrerons
au ciel. Quatre charmantes petites filles encourageaient ceux qui les
entouraient en leur disant: Prions le bon Dieu de nous recevoir auprs
de lui. Rien, raconte M. Lorriaux, ministre protestant, ne peut donner
une ide de la rsignation des femmes pendant cette catastrophe. Un
officier de la marine amricaine avait trois filles qui voulaient prir
avec lui: Je sais, dit-il, en leur adressant le dernier adieu, que la
Providence veut vous sauver, n'allez donc pas contre sa volont. Deux
seulement de ces jeunes filles furent recueillies.

Moins d'un quart-d'heure aprs le choc, la _Ville-du-Havre_
disparaissait sous les Ilots, qui se prcipitrent en tourbillonnant
dans l'immense vide form; et les malheureux renverss dans l'eau, ceux
que la vague ramena  la surface, ou qui plus heureux avaient pu saisir
une ceinture de sauvetage, un tronon de mt, une planche, restrent
ballotts par les vagues, transis,  moiti expirants, mais soutenus
quelques instants encore par cette force surhumaine que donnent l'espoir
et l'instinct de la conservation. La fatalit avait poursuivi le
malheureux navire jusqu' sa dernire minute d'existence; au moment o
il sombrait, un canot charg de femmes et d'enfants fut projet par le
remous sur le tronon du mt d'artimon, crev et submerg.

Le _Loch-Earn_ avait pu se dgager aussitt aprs l'abordage. Bien que
fortement compromis par la perte de son avant, il se soutenait sur
l'eau. Sans perdre un instant, son capitaine fit mettre ses embarcations
 la mer et procda au sauvetage. Les canots n'arrivrent sur le lieu de
la catastrophe qu'aprs la disparition complte de la _Ville-du-Havre_;
ils recueillirent les naufrags et ne quittrent la place que le
lendemain matin  dix heures, quand nulle voix ne vint plus rclamer
assistance, quand aucune victime ne parut surnager, quand enfin rien ne
vint plus rvler que l, quelques heures auparavant, flottait l'un des
rois de la mer. Demeur  son poste, le capitaine Surmont coula avec son
btiment, mais il eut le bonheur de saisir une planche, et vingt minutes
aprs un canot le sauvait.

Passagers et marins recueillis  bord du _Loch-Earn_ taient dpourvus
de tout, la rapidit du sinistre n'ayant permis qu' un trs-petit
nombre d'entre eux de se munir des objets les plus indispensables: ils
furent, de la part du capitaine Robertson et de l'quipage anglais,
l'objet d'une sollicitude des plus touchantes, qu'ils se sont plu 
reconnatre publiquement. Mais quel triste lendemain! Parmi ceux qui se
trouvaient sains et saufs, il y avait une jeune mre qui avait perdu ses
quatre enfants; une petite fille de neuf ans reste seule d'une famille
nombreuse, et quantit d'infortuns qui, en quelques minutes, avaient vu
mourir sous leurs yeux, pre, mre, frre, soeur, mari, amis... Parmi
ces passagers, un, M. James Bishop, avait eu le bonheur d'tre
recueilli, et c'tait la troisime fois, disait-il, qu'il chappait 
une mort imminente: il avait failli prir lors de la chute d'un train de
chemin de fer dans une rivire et  la suite du sautage d'un navire par
une torpille.

 dix heures du matin, un trois-mts amricain, le _Trimountain_, fut
signal; on lui adressa des signaux de dtresse, et le capitaine
Surmont, se rendant aux instances des passagers, qui jugeaient le
_Loch-Earn_ trop endommag pour conserver un supplment de quatre-vingts
 quatre-vingt-dix-personnes, fit passer les survivants sur le navire
amricain,  l'exception d'un passager malade, d'un chauffeur bless et
d'un troisime passager qui voulut garder son compagnon d'infortune.

A qui incombe la responsabilit de la catastrophe? Une enqute nous
l'apprendra sans doute, mais ce qui, suivant les tmoignages dj
recueillis, parait acquis ds  prsent, c'est que le _Loch-Earn_ avait
ses feux rglementaires allums. Son capitaine aurait dit  un passager
qu'tonn de voir devant lui la silhouette d'un grand vapeur ne faisant
aucun mouvement pour viter une rencontre, il crut qu'un ou plusieurs de
ses fanaux taient teints et qu'on ne l'apercevait pas; il courut 
l'avant, s'assura qu'ils brillaient et fit manoeuvrer pour s'loigner du
navire en vue.

A bord de la _Ville-du-Havre_, les vigies de l'avant auraient aperu et
signal le _Loch-Earn_ quelques minutes avant la collision.

Que s'est-il pass alors? l'officier remplaant momentanment le
capitaine s'tait-il assoupi, n'a-t-il pas entendu l'avis qu'on lui
donnait, ou bien ses ordres ont-ils t mal compris du timonier? Les
auteurs principaux du drame ayant pri, il parat difficile de savoir la
vrit, mais des positions respectives du _Loch-Earn_ et de la
_Ville-du-Havre_, au moment de l'abordage, semble rsulter ce fait
capital que cette dernire a d faire une fausse manoeuvre. Dans les cas
de rencontre en mer, c'est le vapeur, plus maniable que le voilier, qui,
suivant les rglements maritimes, doit modifier sa route. Par consquent
la _Ville-du-Havre_ aurait d incliner vers sa droite et si, pendant son
mouvement, elle et t aborde, c'est par son ct gauche ou de bbord
qu'elle et reu le choc. Le contraire ayant eu lieu, c'est--dire que
le voilier s'tant enfonc dans les bordages de droite ou de tribord, il
est permis de penser que le coup de barre, indiqu ou donn, a eu pour
rsultat de faire virer le paquebot vers la gauche, ce qui lui a fait
prsenter le flanc droit au _Loch-Earn_. Si cela est, la responsabilit
de ce dernier se trouverait dgage.

Le _Trimountain_ a conduit  Cardiff les naufrags que le steamer
_Alice_, de Southampton, a ramens ou rapatris en France. Quant au
navire, cause de ce grand malheur, il n'avait pas, ainsi que l'indique
le rapport du capitaine Surmont, de cloison tanche proprement dite,
mais son charpentier avait rpondu, d'en tablir une suffisante pour
permettre de gagner un port. Ces prvisions ne se sont malheureusement
pas ralises, car, assailli par un gros temps, le _Loch-Earn_ a sombr
en mer; son quipage et les trois naufrags qu'il avait recueillis, ont
pu tre sauvs par un btiment anglais se rendant d'Amrique en
Angleterre. Ce dernier naufrage a prsent des incidents aussi
palpitants que celui de la _Ville-du-Havre_.

Terminons en notant un sentiment superstitieux qui subsiste parmi les
populations maritimes de certains ports. Lorsqu'un navire a t dnomm
et baptis, il ne doit plus changer de nom, sans cela Dieu cesse de le
protger. A l'appui de cette croyance, les marins vous citent une longue
srie de navires ayant chang de nom qui, partis pour la haute mer, ne
sont jamais revenus. Aussi beaucoup d'entre eux refusent-ils de
s'embarquer sur les navires _dbaptiss_. Soyez certain que si vous
parlez  quelque vieux loup de mer de la catastrophe de la
_Ville-du-Havre_, il vous rpondra en hochant la tte: On lui avait
chang son nom!

P. Laurencin.



Inauguration de l'Asile et de l'cole de filles de Dugny.

Le village de Dugny (Seine) tait  peu prs inconnu avant la guerre de
1870. Perdu dans la plaine Saint-Denis, entre Stains et le Bourget, il
fallait les dsastres de la dernire invasion pour tirer son nom de
l'oubli. En tant que commune ravage, Dugny mritait, en effet, de fixer
l'attention. Occup par les troupes ennemies ds le 10 septembre 1870,
il a vu partir le dernier soldat prussien le 20 septembre 1871.

Pendant cette occupation, qui a t la plus longue du dpartement de la
Seine, les projectiles, la rapine, la dvastation mme pendant
l'armistice, tout a contribu  la ruine du village.

Grce  l'nergie et au courage de sa population laborieuse, les traces
de la guerre ont  peu prs disparu.

Mais, par suite de ces dsastres, la commune a d faire construire une
salle d'asile et une cole de filles.

La pose d'une plaque commmorative et, plus tard, l'inauguration de
l'difice, ont donn lieu  des crmonies qui ont t entoures d'un
certain clat.

Ainsi, pour ne parler que de la dernire, nous citerons la prsence de
monseigneur l'archevque de Paris, de monseigneur Langenieux, vque de
Tarbes, de M. l'archidiacre de Saint-Denis, de MM. le prfet de la
Seine, le prfet de police, le sous-prfet de Saint-Denis, de M. Artoux,
inspecteur de l'instruction primaire, et enfin de tous les maires des
communes voisines.

Le cortge, qui s'est form chez M. tienne Blanc, maire de la commune,
o tous les invits s'taient runis, s'est rendu  la nouvelle cole.
Une nombreuse assistance l'attendait  son arrive.

Les lves de l'cole des filles ont chant, en choeur, un hymne en
remerciement de la visite de monseigneur l'archevque.

M. le maire de Dugny s'est ensuite adress  Monseigneur, pour lui
exprimer la reconnaissance des habitants, heureux et fiers de la
prsence de toutes les autorits dans leur modeste village.

Une jeune fille de l'cole a adress ensuite  monseigneur l'archevque
et  M. le maire un compliment au nom de toutes ses compagnes.

Monseigneur Guibert a pris alors la parole et a tmoign dans des termes
empreints d'un sentiment tout paternel, l'intrt que lui inspire ce
malheureux village, si cruellement prouv pendant la guerre.

Aprs ce discours, Monseigneur a donn la bndiction  l'difice ainsi
qu' l'assistance; puis un choeur, chant par des amateurs, a termin la
crmonie.

Le cortge s'est reform et a reconduit monseigneur l'archevque de
Paris et sa suite chez M. le maire.



[Illustration: LE NAUFRAGE DE LA "VILLE-DU-HAVRE". LA DERNIRE MINUTE.]



La comdie de notre temps, par Bertall (1)

[Note 1: 1 vol grand in-8 illustr. E. Plon et Cie diteurs.]

M. Bertall, dont le premier grand succs fut sa collaboration au _Diable
 Paris_, revient aujourd'hui au genre qui lui valut sa rputation, et
il publie sous ce titre la _Comdie de notre temps_, un livre qui sera,
pour la socit de 1870  1875, ce que le _Diable  Paris_ fut pour le
monde de 1840, avec cette diffrence qu'ici, dans ce nouvel ouvrage,
Bertall tient  la fois la plume et le crayon. Il est l'auteur et
l'illustrateur d'un certain nombre de chapitres tout parisiens, d'une
curiosit et d'un intrt absolus, sur les moeurs actuelles, et, je
n'hsite pas  dire que ce livre, qui nous plaira si fort aujourd'hui,
constituera pour l'avenir un vritable monument o l'on puisera des
notes certaines et originales sur la vie morale de notre poque. Bertall
passe en revue toutes les choses et tous les mondes: le vtement, le
costume, la toilette, les manires, les manies, les types, les
caractres; il tudie les soires et les bals, les dners d'apparat, les
banquets, les artistes, les coulisses (celles de la Bourse et celles du
thtre), les premires reprsentations, les soupers, les glises, la
Chambre et la politique, le jeu et les joueurs, en un mot tout ce qui
constitue la vie mme de ce temps-ci. Quel dommage qu'un observateur
aussi perspicace, dou d'un pareil talent, ne se soit pas trouv 
chaque poque pour nous lguer la _vrit vraie_ et la _vrit vue_ sur
l'poque qu'il traversait! Les croquis de Debucourt et de Carle Vernet
nous en disent long sur le Directoire, les muscadins et les
_merveilleuses_, mais Debucourt pas plus que Vernet n'avaient, comme et
dit Musset, _un joli brin de plume_ emmanch dans le crayon. Bertall, du
moins, s'il enlve lestement un croquis du _gommeux_, y ajoute le texte
et les rflexions morales: Le _gomm_ ou _gommeux_ est l'antithse du
dgomm. Celui donc qui est bien en vue, qui brille, qui est envi pour
sa toilette, sa position, son genre et son chic, est un _gommeux_.
Balzac, qui fut le parrain de Bertall, en littrature et en art, et
applaudi  ces chapitres alertes de la Comdie de notre temps qui
constituent, en somme, la physiologie de la seconde partie du XIXe
sicle: Album, recueil, livre, dit Bertall en parlant de son ouvrage,
quelque nom que l'on veuille bien lui donner, il n'a pas d'ambitions
bien hautes. Il aurait tort de n'en pas avoir, car, sans prtention,
c'est l l'oeuvre d'un philosophe et d'un satirique qui a beaucoup vu,
beaucoup tudi, trs-bien observ, et qui nous donne sous une forme
durable, agrable, charmante, le fruit  point mri de ses observations.

La _Comdie de notre temps_ fera doublement honneur  Bertall, et elle
obtiendra un double succs: oeuvre de piquante littrature, elle sera
classe parmi les plus jolies tudes de moeurs; oeuvre d'art, elle
lguera  l'avenir la physionomie mme de ce temps, avec tous ses tics,
toutes ses lgances, toutes ses habitudes, toutes ses sductions et
tous ses ridicules.

Jules Claretie.



Jeanne d'Arc

Le succs de _Jeanne d'Arc_, que notre collaborateur M. Savigny avait
signal ds la premire reprsentation de ce drame lyrique, qui devient
populaire, s'affirme de jour en jour. L'_Illustration_ lui doit les
honneurs d'une gravure et les lui fait bien volontiers, en s'associant 
la vive sympathie du public pour le pote, M. Barbier, et pour le
musicien, M. Gounod. Elle rend aussi le tribut d'loges d aux
dcorateurs et aux interprtes de cet ouvrage. Elle donne les
principales scnes du drame et dans la dcoration du fort et de la
courtine d'Orlans, au-dessous desquels se dessine le pont de la Loire,
et dans cette vue du parvis et de l'glise de Reims, et dans cet acte o
s'lve le bcher qui doit dvorer l'hrone. Au centre, le dessinateur
a plac le portrait de Mlle Lia-Flix. Bien des rles ont marqu la
carrire dj longue de l'minente artiste. Eleve  cette grande cole
du bien dire que Mlle Rachel a forme autour d'elle et dans sa propre
famille, au milieu de ses soeurs dont elle est aussi une des gloires,
Mlle Lia-Flix a fait, dans une srie de drames jous depuis tantt
quinze ans, une foule de crations qui lui ont mrit une lgitime
rputation et qui lui ont valu la premire place parmi les interprtes
du drame. Jamais le triomphe de Mlle Lia-Flix, mme aux jours de la
_Fille du paysan_, n'a t plus vif et plus grand que dans _Jeanne
d'Arc_. Jamais elle n'a dploy des qualits dramatiques aussi
saisissantes. Mlle Lia-Flix a rsum dans ce rle toute la puissance de
son talent, par l'motion vraie, le sentiment, la noblesse et l'nergie.
Il y a l comme le souvenir de l'illustre tragdienne, et nous avons cru
la voir revivre surtout dans cette scne finale du drame, dans laquelle
Mlle Rachel n'aurait pas arrach plus de larmes et appel  elle plus
d'applaudissements.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

_Les Applications de la physique_, par M. Am. Guillemin.--La librairie
Hachette,  laquelle on doit dj les beaux volumes de science illustrs
qu'elle a dits depuis plusieurs annes avec un vritable dvouement
scientifique: le _Ciel, l'Atmosphre et les grands phnomnes de la
nature, les Voyages ariens, la Terre, le Monde souterrain, les
Phnomnes de la physique_, vient de publier un nouvel ouvrage de M.
Guillemin, qui certainement n'aura pas moins de succs que ses
prdcesseurs.

Aprs avoir racont les phnomnes de la physique, l'auteur vient
aujourd'hui nous en exposer les applications, dans le triple domaine de
l'art, de l'industrie et de la science elle-mme. Quel sujet serait plus
fcond que celui-ci? Le monde n'est-il pas vritablement transform
depuis la dcouverte des agents qui rgissent l'univers? Neuf jours
suffisent aujourd'hui pour traverser l'Atlantique et passer de notre
vieux continent dans le continent dcouvert, il n'y a pas encore quatre
sicles, par Colomb! Quelques jours suffisent pour traverser l'Europe
entire et parcourir l'Asie! En quelques secondes nous envoyons une
dpche d'Europe en Amrique et en recevons la rponse! Merveille plus
surprenante encore: Nous crivons de notre, main un billet de Paris 
Marseille, et 1e fac-simil de notre l'criture se transporte lui-mme
et se reproduit  864 kilomtres de distance! La lune est  96,000
lieues d'ici; nous la rapprochons  48 lieues pour en tudier les
paysages, et l'on s'occupe actuellement de raliser en Amrique le
projet de construire le gigantesque tlescope qui doit la rapprocher  3
lieues.

Le soleil est blouissant; aprs l'avoir pes et mesur, on l'clipse 
volont pour analyser les gaz qui brlent autour de lui avec des flammes
de 30,000 lieues de hauteur.

A la surface de la terre, le microscope nous a rvl l'existence d'un
monde invisible, incomparablement plus peupl que tout ce que nous
voyons de nos yeux autour de nous. Les nuages s'lvent des mers et sont
amens par le veut au-dessus de nos ttes; l'arostat glorieux les
traverse et nous emporte, palpitants d'motion et de bonheur, dans le
ciel toujours pur illumin par le soleil, au-dessus des agitations et
des tourmentes d'ici-bas! Jamais, non jamais, les procs de sorcellerie
du moyen ge ni les routes feriques de l'Orient enchant, n'ont rien
imagin de comparable  la situation scientifique du XIXe sicle, dont
les savants nous gratifient, malgr toutes les sottises politiques, tous
les errements religieux, tous les troubles internationaux qui,
semble-t-il, devraient arrter la marche du progrs.

En dcrivant les applications de la physique, et en les expliquant par
de nombreux dessins, M. Guilledin a mis en vidence cette situation
scientifique, si minemment digne de notre attention. Je rpterai ici
les lignes que j'crivais en souhaitant la bienvenue, il y a neuf ans,
au _Ciel_, du mme auteur: Un vulgarisateur doit tre  la fois
littraire, loquent et familier pour ceux qui l'coutent, savant et
fidle interprte de la science; ceux qui, comme l'auteur de ce livre,
runissent ces facults ont droit  l'estime et  la reconnaissance des
amis du progrs.

Camille Flammarion.

Nous nous bornerons  annoncer aujourd'hui les excellents livres de la
Bibliothque d'ducation et de rcration de la librairie Hetzel; nous
reviendrons  loisir dans notre prochain numro sur l'ensemble de cette
collection, si justement apprcie des familles.--Quatorze nouveaux
ouvrages signs par _MM. Jules Verne, Viollet-le-Duc, P. J. Stahl,
Lucien Biart, Mayne Reid_, et par M. le capitaine de frgate _Louis du
Temple_, illustrs par nos meilleurs artistes, enrichissent aujourd'hui
le trsor littraire de l'enfance et de la jeunesse, avec les deux
volumes de l'anne 1872 du Magasin d'ducation et de rcration de M. J.
Mac, Stahl et Jules Verne.--Nous renvoyons nos lecteurs et nos
lectrices  l'extrait du catalogne de la Bibliothque d'ducation et de
rcration que nous donnons  la fin de ce numro.

L'_Essai loyal en Espagne_, par MM. Louis Teste et Francis Magnard. (1
vol. E. Vatou.)--Le 11 fvrier 1873, les Corts espagnoles ont proclam
la Rpublique. Cette forme de gouvernement s'imposait  la nation, aprs
l'abdication et le dpart du roi Amde. Quelqu'un avait dit en parlant
de ce rgne du prince italien: La royaut sera un expdient jusqu' _la
majorit de la Rpublique_. Majeure ou non, en fvrier 1873, la
Rpublique tait ne et elle fut proclame. D'honntes gens, de bons
citoyens, se mirent  l'oeuvre pour fonder le rgime nouveau, et nul
d'entre eux, je gage, ne se dissimulait les difficults de son oeuvre.
Mais ce n'est pas au moment de la tempte qu'on discute la forme du
bateau de sauvetage. Le brave et probe Emilio Castelar essaya de lutter,
et, jusqu'ici, par quelque dures preuves qu'ait pass l'Espagne, il
faut reconnatre que M. Castelar a fait mieux que des discours. Il a
affirm sa foi par des actes et risqu un peu sa vie chaque jour, ce qui
constitue dj un certain avoir. Sans nul doute la Rpublique, _l'Essai
loyal_, comme disent les auteurs du prsent livre, a vu, en Espagne, de
terribles, d'affreux pisodes; mais, sans compter les anecdotes qu'on
pourrait porter au compte de la monarchie, il faut reconnatre que la
Rpublique avait accept et non cr la situation prsente.

La Rpublique n'a pas craint de faiblir devant la tche qu'Amde a
refuse. Le hideux spectacle donn par un Santa-Cruz ou par les
_intransigeants_ de Carthagne doit-il faire maudire la Rpublique, ce
_gnie fatal_, disent les auteurs, et donner raison au mot d'O'Donnell:
L'Espagne est un bagne en libert? Nous estimons que non. J'ajoute que
O'Donnell est sujet  caution.

Toujours est-il que MM. Teste et Francis Magnard ont voulu
spirituellement railler l'_Essai loyal_ en Espagne, et il faut bien
reconnatre qu'ils y ont russi. En dehors de toute affaire de parti, la
situation de l'Espagne, on doit l'avouer, est tout  la fois tragique et
comdie. Le drame tourne souvent  l'oprette et l'oprette  la
boucherie, sur cette terre dtrempe de sang. Pauvre pays, jadis si
grand et je dirai toujours si grand, car si les mains armes y sont
promptes, les coeurs y sont toujours fiers et les fronts y demeurent
hauts.

M. Teste, qui avait dj publi un livre remarquable sur l'Espagne
contemporaine, et M. Bagnard, qui s'tait si bien imprgn, dans un
voyage, de la couleur du pays, ont prsent un tableau de l'Espagne
rpublicaine qui n'est pas sans rapport avec la _Grce contemporaine_ de
M. About. C'est un pamphlet spirituel, mordant, railleur, o l'_oreiller
de don Nicolas Salmeron_ est mis en scne comme les massacres d'Alcoy,
et,--en faisant la part des tendances du livre,--on ne saurait mieux
peindre et mieux conter. M. Bagnard, dont la plume vive et mordante
aborde avec talent le roman, a donn l  l'histoire le ton de la
chronique arme en guerre. On se plat au style alors mme qu'on se
cabre devant l'opinion politique. Livre  lire, donc, et  garder, car
il est plein d'ides qui appellent la discussion, et de faits, hlas!
qui amnent la rflexion. Que la France jamais ne devienne l'Espagne!

Le _Repos hebdomadaire_, par M. Julien Hayem. (I vol. in-18, Didier et
Cie.)--Voici, je pense, le premier ouvrage d'un crivain qui n'est pas
seulement un homme de lettres, mais tut homme d'action, en ce sens que,
non content d'tre licenci en droit et licenci s-lettres, il s'est
fait encore manufacturier, pour suivre le courant du sicle et obir au
mot d'ordre amricain, _Go ahead!_ M. Julien Hayem a mis pour pigraphe
 son livre sur le _Repos hebdomadaire_ une citation de l'_mile_; Le
grand secret de l'ducation, dit J. J. Rousseau, est de faire que les
exercices du corps et ceux de l'esprit servent toujours de dlassement
les uns aux autres. L'pigraphe donne, en effet, rsume l'esprit du
livre. Il faut du repos  l'homme qui travaille, il faut dtendre la
corde de l'arc si l'on ne veut point qu'il se brise. Le repos dominical
n'est pas seulement une habitude, c'est un besoin. M. J. Haye l'a
parfaitement fait sentir en parlant du respect merveilleux qui s'attache
 ce repos hebdomadaire et concluant que le pass de cette institution
rpond de son avenir. M. Haye a d'ailleurs le bon sens de ne point
demander que cette fte magistrale du dimanche soit rendue obligatoire.
Les moeurs se chargent toutes seules de faire ce que ne feraient
peut-tre pas les dcrets. Qu'on se garde donc, dans l'intrt du repos
hebdomadaire, de substituer,--dit l'auteur de ce livre,-- des
fondements taills dans le roc de l'histoire et appuys sur les besoins
les plus lgitimes du corps et de l'esprit humain, la base fragile et
prissable de l'obligation et de la contrainte lgales.

On voit quel est l'esprit de cette utile monographie. M. Haye, aprs
avoir recherch les origines historiques du repos hebdomadaire,--qui
remontent au sabbat des Hbreux,--rsume l'histoire de la lgislation de
ce bienheureux septime jour, depuis le IV sicle jusqu' la Rvolution;
il examine ensuite l'utilit du repos dominical pour les ouvriers, les
enfants, les adultes; il se demande enfin par quelles institutions on
pourrait propager l'habitude du repos hebdomadaire et en utiliser
l'emploi. Et toujours, dans ces divers chapitres, l'auteur voit et dit
juste et apporte de vives lumires sur la question en litige. M. Julien
Haye a obtenu, avec ce livre, le prix qu'avait mis au concours, en
1871, l'Acadmie des sciences morales et politiques. C'est le plus bel
loge qu'on puisse faire de ce travail solide, trs-curieux sur un sujet
spcial, et crit avec talent, sans phrase et sans recherche, par un
esprit trs-pratique et trs-libre.

_tudes sur la littrature contemporaine_ (quatre sries), par M. Edmond
Schrer. (4 vol. chez Michel Lvy.)--M. Edmond Schrer s'est fait  la
fois, dans la politique et dans les lettres, une place privilgie, hors
de discussion et, si je puis dire, en pleine estime. C'est un esprit
net, solide, un peu froid, mais rudit, plein de penses et ne
sacrifiant rien au faux got en littrature,  la popularit facile, en
politique. Critique littraire au journal _le Temps_, il a depuis dix
ans acquis une autorit inconteste dans ce domaine des tudes
bibliographiques que les rudes vnements de ces annes dernires ont
fait un peu trop dlaisser. M. Schrer a toujours runi (et il a eu
raison) ses articles de journaux et volumes. On et regrett de ne point
retrouver, sous une forme plus durable, ces tudes savantes ou
savoureuses dont on avait fait sa lecture d'un soir. On peut dire de M.
Schrer ce qu'il a crit de Prvost-Paradol: Il improvise des pages
durables.

Jules Claretie.



[Illustration: THTRE DE LA GAT.--Mlle Lia-Flix dans _Jeanne
d'Arc_.]



L'HISTOIRE DE FRANCE
Raconte  mes petits enfants

PAR M. GUIZOT

L'Histoire de France de M. Guizot en est  son troisime volume. Ce
volume ne le cde en rien aux deux qui l'ont prcd. On y retrouve la
mme clart et la mme lgance dans l'exposition des faits. C'est la
mme intelligence nette et vive qui en claire les points obscurs, le
mme esprit ferme qui en dgage la moralit. Il commence avec Franois
Ier pour finir avec Henri IV. Cette priode est l'une des plus
intressantes et des plus dramatiques de notre histoire nationale.
D'abord c'est du commencement du XVIe sicle que date la Renaissance.
Non que le moyen Age ait t une poque de strilit et de dcadence. Il
a son encyclopdiste, le moine Vincent de Beauvais; ses philosophes,
Gerbert, Ablard, Bernard, Robert de Sorbon; il a ses prosateurs,
Villehardouin, Joinville, Froissart, Commynes. Mais au moment o nous
sommes parvenus, une grande rvolution a lieu dans la marche de notre
gnie national. Il quitte sa voie propre, originale, pour

[Illustration: Vincent de Beauvais.]

s'engager dans celle de l'imitation, o vont le pousser peuples et
princes, galement affols des oeuvres et des gloires des socits de la
Grce et de Rome, remises en honneur. C'est encore  cette poque que
remonte la rvolution religieuse opre par Luther en Allemagne, Zwingle
en Suisse et Calvin  Genve et en France, rvolution qui alluma tant de
guerres dans ce dernier pays, et, au nom de Dieu, y fit commettre tant
de crimes. Deux figures se dtachent au point culminant de cette lugubre
poque, les hros de la Saint-Barthlemy, Charles IX et Catherine de
Mdicis. Que de nobles victimes tombes  ct de l'amiral de Coligny,
dans cette nuit sanglante! On sait que ce n'est qu'en abjurant le
protestantisme que le prince de Cond et celui qui devait tre Henri IV
purent sauver leur vie. Mais le Barnais n'tait pas homme  se laisser
lier par cet acte obtenu par la violence. Sous une apparente bonhomie,
c'tait un esprit fin, rus, souple au besoin, peu scrupuleux sur
l'emploi des moyens, et allant avec une invincible tnacit  son but,
qui tait la conqute du royaume et de la royaut. Et lorsque parvenu au
pied du trne, il mil  interroger sa conscience pour savoir si elle lui

[Illustration: Abjuration de Henri IV.]

permettait d'en escalader les marches, il trouva tout naturellement que
Paris valait bien une messe. Un de nos dessins se rapporte  cette
seconde abjuration du roi Henri, qui eut lieu le dimanche 25 juillet
1593. Le roi est reprsent se rendant en grande pompe  l'glise
Saint-Denis. Arriv avec toute sa suite devant le grand portail, il y
fut reu par l'archevque de Bourges, Regnault de Beaune, et tous les
religieux de l'abbaye.--Qui tes-vous? lui demanda l'archevque, qui
officiait.--Je suis le roi.--Que demandez-vous?--Je demande  tre reu
dans le giron de l'glise catholique, apostolique et romaine.--Le
dsirez-vous?--Oui, je le veux et le dsire. A cette parole, le roi se
mit  genoux et fit la profession de foi convenue. Tout tait fini et
Henri IV, suivant son expression, avait fait le saut prilleux. Par
cet acte et la trahison de Brissac, le nouveau roi, mis en possession du
trne, eut vite rduit sous son obissance la Bourgogne, la Picardie et
la Bretagne, qui seules refusaient de se soumettre. Libre dsormais de
soucis de ce ct, il travailla alors nergiquement  la restauration de
l'autorit royale, et par diverses mesures: la destruction des
franchises municipales, les rigueurs de la censure royale,
l'asservissement du parlement et la rforme universitaire, il prpara et
rendit possible la monarchie despotique de Richelieu et de Louis XIV.
Seize ans plus tard, passant dans la rue de la Ferronnerie en son
carrosse o il se trouvait avec MM. de Montbazon et d'Epernon, il
tombait frapp de deux coups de couteau par Ravaillac. Malherbe, alors
attach au service d'Henri IV, a racont dans une lettre cet abominable
assassinat. Tout aussitt, crit-il, le carrosse tourna vers le Louvre.
Le roi fut port en haut par M. de Montbazon, le comte de Curzon en
Quercy et mis sur le lit de son cabinet, et sur les deux heures port
sur le lit de sa chambre, o il fut tout le lendemain et le dimanche. Un
chacun allait lui donner de l'eau bnite. Je ne vous dis rien des pleurs
de la reine; cela se doit imaginer. Pour le peuple de Paris, je crois
qu'il ne pleura jamais tant qu' cette occasion. Tels sont les
vnements retracs dans le troisime volume de l'_Histoire de France_
de M. Guizot. Nous avons dit combien attachante en est la lecture; nous
n'y reviendrons pas. Ajoutons que ce volume qui, on le sait, sort de la
librairie Hachette, est magnifiquement illustr de soixante-quatorze
gravures dessines sur bois par M. de Neuville.

[Illustration: Ablard.]

[Illustration: Charles IX et Catherine de Mdicis. Gravures extraites de
l'_Histoire de France raconte  mes petits-enfants_, par M. Guizot.
(Hachette et Cie, diteurs.)]



UN VOYAGE EN ESPAGNE
PENDANT L INSURRECTION CARLISTE

VI

Nomination des quatre gnraux pour commander l'arme carliste: Ellio,
Dorregaray, Lissarraga et de Valdespina.--Entre de don Carlos en
Espagne.--Appel aux armes.--Le chteau de la duchesse de M***.--Le
journalisme espagnol.--Succs remports par les carlistes.--Situation
actuelle.--Comment pourra se terminer ta guerre civile; solution
probable.

C'est vers le courant du mois de juin, alors que les bandes nombreuses
dissmines en Biscaye, dans le Guipuzcoa et la Navarre, avaient tendu
partout leurs oprations, que la junte de guerre, qui venait de raliser
un nouvel emprunt en Angleterre, jugea  propos de les former en trois
corps d'arme placs sous les commandements de Dorregaray, Lissarraga et
de Valdespina. Je dois constater que ce fut la premire organisation
srieuse qui ait t faite de l'insurrection carliste. Le gnral Ellio
fut plac, en qualit de major-gnral,  la tte de ces trois corps
d'arme.

Un mot sur ces quatre chefs.

Ellio est un vieux gnral bien connu, qui a fait ses preuves pendant la
guerre de Sept ans. Ami et compagnon de Cabrera et de Zumalacarregui, il
a t un des plus braves adversaires du gnral Espartero, commandant en
chef des troupes de la reine Christine, et l'a battu dans plusieurs
rencontres, notamment  la bataille livre aux environs de Vitoria.
Pendant sept ans,  la tte des bandes navarraises, il a parcouru toutes
les provinces du Nord, franchi l'Ebre et fait trembler la rgente jusque
sur son trne. Il connat donc tout le pays envahi encore aujourd'hui
par les carlistes, et nul ne peut mieux que lui savoir tirer un bon
parti de sa topographie. Aussi, les mouvements stratgiques que les
troupes carlistes effectuent en ce moment s'excutent-ils d'aprs le
plan qu'il a trac lui-mme. Ellio est donc,  l'heure qu'il est, l'me
et l'inspirateur de l'insurrection carliste.

Dorregaray, que don Carlos a investi du commandement de la Navarre, est
un officier trs-distingu, d'origine basque, et connaissant, lui aussi,
parfaitement la carte du pays, thtre actuel de la guerre civile. Il
l'a prouv, au reste, d'une manire incontestable,  la bataille
d'Eral, o en faisant mouvoir savamment ses troupes  travers les
montagnes, il parvint  couper la brigade de Novarro de celle de
Cabrinetti; ce qui dcida de la bataille qu'il gagna. On sait que la
bataille d'Eral passe,  juste titre, pour un des plus beaux faits
d'armes de l'insurrection actuelle.

Lissarraga est un ancien lieutenant-colonel de l'arme rgulire, sous
le rgne d'Isabelle II. Aprs la rvolution de septembre 1868, qui
dtrna cette reine, il embrassa le parti de don Carlos. Nomm au
commandement de la Biscaye, il a su concentrer habilement les bandes
qui, dissmines sur divers points, opraient sans ordre et sans but
dtermin d'avance. Il en forma un corps d'arme qui a fait, pendant
plus d'un mois, le blocus de Bilbao, un instant sur le point de tomber
au pouvoir des carlistes.

Quant au marquis de Valdespina, un des plus riches propritaires du
Guipuzcoa et dont le chteau, situ aux environs de Loyola, passe  bon
droit pour une merveille d'architecture; il est trs-aim dans la
contre. Distingu par la noblesse de son caractre, la sincrit de ses
convictions royalistes, sa bravoure et sa loyaut, de Valdespina jouit
de l'estime de tous les habitants des quatre provinces, mme de celle de
ses adversaires politiques. La meilleure preuve qu'on puisse en donner,
c'est le respect qu'ont eu les libraux et les troupes rgulires pour
son chteau qui, quoique plac au centre de l'insurrection, et par
consquent du mouvement des brigades rpublicaines, n'a prouv, de leur
part, aucun dgt. J'ajouterai, en outre, qu'il est un des chefs les
plus actifs et celui qui exerce le plus d'influence sur l'esprit des
populations des provinces insurges.

Ces quatre chefs, qui connaissent la contre et ses montagnes dans tous
leurs recoins, ont une grande supriorit de stratgie sur les gnraux
du gouvernement, dont la plupart n'ont pas la moindre notion
gographique du terrain sur lequel ils font mouvoir leurs troupes. Ce
qui explique combien il sera difficile  la rpublique de Castelar, en
supposant mme qu'elle puisse disposer de forces suffisantes, d'touffer
l'insurrection. J'estime donc que, dans le cas o elle ne triompherait
pas, l'insurrection peut durer encore bien des annes.

Un mois aprs les oprations vigoureuses entreprises par ces quatre
commandants, la situation du parti carliste parut tre si florissante
que les chefs de l'insurrection crurent pouvoir engager don Carlos, qui
habitait toujours le chteau de Peyrolhade, de venir se mettre  la tte
des troupes libratrices de l'Espagne. En consquence, le 18 du mois
de juillet dernier, le prtendant, escort d'un brillant tat-major,
partit du camp de _Pena-Plata_, franchit la frontire et se rendit 
Vera, o il fut reu avec le plus grand enthousiasme de la part des
populations et de ses troupes accourues sur son passage. Les cloches des
glises sonnrent  toute vole et les curs des paroisses que
traversait le cortge vinrent processionnellement lui prsenter leurs
hommages. Jamais aucun souverain de l'Espagne n'avait t accueilli avec
autant de dmonstrations sympathiques.

Cette entre triomphale et inattendue de don Carlos sur le territoire
espagnol surprit le gouvernement de Madrid, qui ne s'attendait pas  le
voir de sitt se mettre  la tte des troupes insurrectionnelles. On
avait rpandu tant de faux bruits sur le compte du prtendant, que les
uns faisaient voyager  l'tranger et dont les autres avaient annonc
tant de fois la mort, qu'il tait bien permis  Figueras, chef du
pouvoir excutif, d'avoir t pris au dpourvu par cette audacieuse
entreprise. Mais ce qui dconcerta le plus les membres du gouvernement
rpublicain, c'est que don Carlos faisait concider prcisment son
entre sur le territoire espagnol avec les insurrections
internationalistes, fdrales, cantonales et autres qui agitaient
Barcelone, Cadix, Carthagne, Grenade, Sville, et les principales
villes du Midi et du Centre de la Pninsule.

J'tais  Pampelune lorsque la nouvelle de l'entre du roi en Espagne se
rpandit dans le public. Dans cette ville, entirement carliste, elle
fut accueillie avec des transports d'allgresse par tous les habitants
qui manifestaient ouvertement la joie et la satisfaction qu'elle leur
faisait prouver. On l'avait affiche sur tous les murs de la ville
d'une manire tellement ostensible, qu'on n'aurait jamais cru se trouver
dans une cit soumise au rgime rpublicain. Pour ma part, j'en fus
trangement surpris, quoique habitu, depuis longtemps, aux bizarreries
et aux contradictions du caractre espagnol en matire politique. Il est
 remarquer que Pampelune, capitale de la Navarre, est une place forte
de premire classe, possdant une population d'environ seize mille
habitants et une garnison ordinairement assez nombreuse. Celle-ci, dont
l'effectif s'levait  cinq ou six mille hommes de toutes armes, parut
rester compltement indiffrente  toutes ces manifestations politiques.

Tandis que don Carlos s'avanait ainsi dans l'intrieur de la Navarre, 
la tte de son tat-major, et qu'il allait tablir son quartier gnral
 San-Estaban, ses missaires faisaient publier par les _alcaldes_
(maires) et placarder dans les villages et les localits importantes
l'ordonnance suivante, qui n'est autre qu'un appel aux armes, dont je
reproduis la traduction comme tant  la fois un document et une
curiosit historiques.

Ordonnance de Sa Majest le roi Carlos _settimo_, que Dieu garde!

Mes fidles et aims sujets des provinces de la Navarre, du Guipuzcoa,
de la Biscaye et de l'Alava, je vous ordonne par la prsente patente de
prendre les armes et de marcher  la dfense de mes droits sacrs, qui
sont aussi les vtres, afin de reconqurir _vos fueros_, vos privilges
et toutes vos immunits que vous ont octroys mes anctres et que les
gouvernements usurpateurs vous ont ravis.

Sur le vu de la prsente, scelle de mon sceau royal, tout Basque g
de vingt  quarante ans s'enrlera sous ma noble bannire. Il obira aux
ordres des braves et vaillants _cabecillos_ que j'ai investis de mon
autorit. Des armes et des munitions seront fournies  tous. Avec l'aide
de Dieu et le secours de mon pe, nous triompherons des usurpateurs et
nous rtablirons le trne de mon auguste aeul Philippe V. Que mes
fidles sujets des quatre provinces restes attaches  ma cause se le
tiennent pour dit!--MOI, _le roi Carlos settimo_.

Un exemplaire de cette ordonnance me fut donn, le lendemain mme de sa
publication, dans un des principaux cercles de Pampelune, o elle
circulait de main en main. On se la communiquait sur la place de la
Constitution, dans les promenades, et jusque sur les marchs publics,
comme s'il se ft agi d'un acte officiel du gouvernement tabli; avec
plus d'empressement encore, car les actes officiels de ce dernier
taient loin de recevoir de la part des Pampelunais un accueil aussi
empress.

J'avais fait connaissance, pendant le peu de temps que je sjournai dans
la capitale de la Navarre, de deux jeunes gens fort distingus qui
avaient fait leurs tudes  Paris, fils d'un magistrat du tribunal
suprieur de la ville. Quel ne fut pas mon tonnement, lorsque, le
lendemain de la publication de la susdite ordonnance, les deux frres
vinrent me trouver  l'htel pour me faire leurs adieux.

--O allez-vous donc? leur dis-je, tonn de leur dpart prcipit, dont
ils ne m'avaient rien dit la veille.

--Nous allons rejoindre l'arme du roi, me dit l'an,  peine g de
vingt et un ans; voyez l'ordre qui nous enjoint de partir, ajouta-t-il
en me montrant la fameuse ordonnance dont j'avais un exemplaire entre
les mains.

--Comment, lui dis-je, vous allez quitter votre famille, vous sparer de
votre digne pre qui vous adore, pour aller affronter  travers les
montagnes les hasards de la guerre de partisans? Ce n'est pas possible.
Le premier de vos devoirs, ce me semble, est de rester auprs de vos
parents; c'est, au surplus, le conseil que je vous donne en vritable
ami.

--Le roi a parl, me rpondit-il gravement, nous n'avons plus  hsiter.
Notre valise est prte, et dans une heure nous serons sur la route qui
conduit au quartier gnral de Sa Majest, Adieu et au revoir!

Et les deux frres me quittrent pleins de cette foi ou de ce fanatisme
politiques qui animaient les peuples du temps des croisades, et dont les
Basques et les Navarrais semblent avoir conserv, seuls, la tradition.
Quinze jours aprs leur dpart, le plus jeune tomba mortellement bless
 l'attaque de Tolosa, et l'an a t tu, il y a quelques jours, au
sige d'Estella, soutenu contre les troupes de Moriones, qui furent
forces d'abandonner leurs positions.

H. Castillon (d'Aspet).

(La suite prochainement.)



LA COMDIE DE NOTRE TEMPS, PAR BERTALL

[Illustration: Dmarche du commandant de table d'hte.]

[Illustration: Dmarche du Parisien boulevardier.]

[Illustration: Dmarche du campagnard habitu  marcher dans les terres
laboures.]

[Illustration: Dmarche du faubourien.]

[Illustration: Salut jovial.]

[Illustration: Salut  une dame qui reoit beaucoup, en lui demandant la
permission de la conduire au buffet.]

[Illustration: Salut gourm.]

[Illustration: HOMME D'AFFAIRES. Pose zro et retient tout.]

[Illustration: HOMME DE BOURSE.
LA CONNAISSANCE DES COURS
A 52 et demi, j'ai 90 mille de rente, dont 2 sous pour demain.]

[Illustration: Coupe de cheveux et barbe du gommeux (petite gomm).]

[Illustration: Le baron, prfet. Mr pour la diplomatie.]

[Illustration: Si vous avez un service ou un appui  refuser au fils
d'un ancien ami.]

[Illustration: Si vous avez un service ou un appui  demander  un vieil
ami de votre famille.]

[Illustration: En famille.]

[Illustration: Salut du petit crev.]

[Illustration: Salut au matre de la maison.]

[Illustration: Salut protecteur.]

[Illustration: Rationalisme.]

[Illustration: Attitude de l'officier de cavalerie ou du paysagiste.]

[Illustration: Le corset du commandant.]

[Illustration: Madame.]

[Illustration: Jeanneton.]

[Illustration: Mademoiselle.]

[Illustration: En retraite.]

[Illustration: Comme on s'assoit quand on reoit use visite sans
consquence.]

[Illustration: Comme on s'assied quand on est marie nouvellement, et
qu'on va voir une vieille dame influente.]

[Illustration: LA DECLARATION DU VICOMTE.
Au cotillon.
Mademoiselle, sous cet abri qui vous cachera ma rougeur et mon motion,
laissez-moi vous dire que je vous aime; tre votre poux serait le titre
le plus cher  mon coeur!]

[Illustration:--M. le rgisseur vient de me dire que tu ne travaillais
pas assez tes rles, mais que tu avais du ballon. a flatte toujours une
mre.]

[Illustration:--Tu me le remettras dans ma poche.]

[Illustration: Moralit.]

Gravures extraites de la _Comdie de notre temps_, 1 beau volume
richement illustr. (E. Plon, imprimeur-diteur.)



LE DROMADAIRE

On connat deux espces de chameaux, l'une africaine, le dromadaire,
l'autre asiatique, le chameau  deux bosses ou de la Bactriane. C'est
seulement de la premire espce que nous voulons dire quelques mots.

Le dromadaire est l'animal le plus utile qu'il y ait en Afrique. C'est
un ruminant de grande taille, dont les varits sont nombreuses. En
effet, entre un _bischarin_, c'est--dire un chameau lev par les
nomades Bischarins, et le chameau de somme d'gypte, il y a autant de
diffrence qu'entre un cheval arabe et un cheval de trait. Tous, ou peu
s'en faut, ils n'en sont pas moins galement laids. Leurs poils sont
laineux et ingaux ils ont des callosits  la poitrine, aux coudes, aux
genoux et aux chevilles; leur tte surfont est affreuse.

Le chameau est un vritable animal du dsert, que peuvent, grce  lui
seulement, traverser les caravanes qui vont commercer au sud,  l'est et
 l'ouest. Il ne se trouve que dans les endroits les plus secs et les
plus chauds.

Dans les lieux cultivs il perd sa vritable essence. Il est trs-sobre,
a une nourriture exclusivement vgtale et n'est nullement difficile
pour ses aliments. On sait qu'il peut rester longtemps sans boire, mais
non quinze  vingt jours, comme d'aucuns le prtendent. Au bout de six 
huit jours, il est urgent de lui prsenter de l'eau. A voir un chameau
au repos, on ne croirait pas qu'il puisse; rivaliser de vitesse avec le
cheval. Et cependant rien n'est plus vrai. Les chameaux des steppes et
du dsert sont les plus rapides  la course; ils parcourent d'une traite
un espace considrable aussi facilement que nul autre animal domestique.

[Illustration: Le dromadaire.--Caravane dans le dsert. Gravure extraite
de la _Vie des Animaux illustrs_. (J.-B. Baillire, diteur)]

S'il a quelques qualits, en revanche le chameau compte de nombreux
dfauts, parmi lesquels la paresse, la stupidit, une mauvaise humeur
continuelle, l'enttement et l'obstination, la haine ou l'indiffrence
vis--vis de son gardien. Ajoutons qu'il rpand une odeur infecte, et
que son cri est pouvantable.

Le prix d'un chameau varie suivant les localits. Un excellent bischarin
vaut de 300  450 francs de notre monnaie. Un chameau de somme ordinaire
se paye rarement plus de 110 francs. D'aprs nos ides, ces prix
seraient trs-bas; mais dans le Soudan, o l'argent a une trs-grande
valeur, ce sont de fortes sommes. Pour 90 francs, on peut acheter un
jeune chameau, ou un chameau de qualit infrieure. Presque partout, le
prix d'un chameau est le mme que celui d'un ne; dans le Soudan, un bon
ne vaut plus que le meilleur des chameaux.

Les dtails qui prcdent, ainsi que le dessin que nous donnons, sont
extraits du trs-intressant et trs-curieux ouvrage que publie la
librairie J.-B. Baillire: _La vie des Animaux illustrs_ ou description
populaire du rgne animal, compos de plusieurs sries et de plusieurs
volumes grand in-8 colombier, illustrs de 800 figures dans le texte et
de 40 planches tires hors texte sur papier teint.



[Illustration: L'asile de l'cole de filles de Dugny.-(Voy. page 386.)]



Rbus

[Illustration: Nouveau rbus.]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Ne crois point aveuglment les articles des journaux.







End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 1607, 13 dcembre
1873, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1607, 13 DCEMBRE 1873 ***

***** This file should be named 44141-8.txt or 44141-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/4/1/4/44141/

Produced by Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
