The Project Gutenberg eBook, La Radiologie et La Guerre, by Marie Curie


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Title: La Radiologie et La Guerre


Author: Marie Curie



Release Date: November 3, 2013  [eBook #44098]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1


***START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA RADIOLOGIE ET LA GUERRE***


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Transcriber's note:

      Text enclosed by underscores is in italics (_italics_).

      Four lower case Greek letters appear in the text and are
      represented as follows:

         {a} = alpha
         {b} = beta
         {g} = gamma
         {d} = delta





LA RADIOLOGIE ET LA GUERRE

par

Mme PIERRE CURIE

Professeur  la Sorbonne.

Avec 11 figures et 16 planches hors texte.







Paris
Librairie Flix Alcan
108, Boulevard Saint-Germain, 108
1921




INTRODUCTION


Depuis la dcouverte des rayons X, en 1895, les mthodes de la
radiologie, progressivement labores par les mdecins, ont t
appliques avec succs sous la forme de radio-diagnostic et de
radiothrapie. Les progrs raliss dans ce domaine sont dus, pour une
grande partie,  la perfection des appareils mis  la disposition des
mdecins par les constructeurs. Il tait  prvoir que la radiologie
serait d'un secours puissant pour l'examen des blesss de guerre.
Nanmoins, on peut affirmer, que les services qu'elle a pu rendre  ce
point de vue ont grandement dpass toutes les prvisions. Il en est
rsult, de divers cts, un double effort: d'une part, pour dvelopper
et multiplier les mthodes d'observation radiologique, d'autre part,
pour raliser des installations et des appareillages capables de
rpondre  tous les besoins et  toutes les conditions de travail, dans
les ambulances du front comme dans les hpitaux du territoire. Ainsi
a t constitue la radiologie de guerre dont l'extension n'a cess
d'augmenter jusqu' la fin de celle-ci. Et si l'activit des services
radiologiques s'est, naturellement, ralentie avec la cessation des
hostilits, l'impulsion dont est sorti leur dveloppement ne s'est point
puise; elle reste acquise comme lment d'action organisatrice, pour
tendre  toute la population franaise les bienfaits d'une technique
mdicale dont l'usage tait rest trs limit avant la guerre.

Les circonstances ont fait qu' cette volution, encore inacheve,
j'ai pris une part active. Ayant voulu, comme tant d'autres, me mettre
au service de la Dfense nationale dans les annes que nous venons de
traverser, je me suis presque aussitt oriente du ct de la radiologie
m'efforant de contribuer  l'organisation des services radiologiques
notoirement insuffisants au dbut de la guerre. Le champ d'activit
ainsi ouvert a absorb la plus grande part de mon temps. J'ai eu la
bonne fortune de trouver des moyens d'action. Charge de la direction
technique de l'oeuvre radiologique du _Patronage National des Blesss_,
Socit de Secours fonde sous la prsidence de M.E. Lavisse, j'ai pu,
avec l'aide librale de cette oeuvre, crer un service de Radiologie
auxiliaire du service de Sant Militaire pour les hpitaux des armes et
du territoire. Ce service a pris une grande extension, en raison mme
des besoins auxquels il s'agissait de faire face. Il m'a fallu faire
de nombreux voyages aux hpitaux et aux ambulances, pour vivre de leur
vie et participer  leur travail. Il m'a fallu aussi m'occuper de la
formation de personnel pour les besoins du service.

Je dirai donc dans ce livre sur la Radiologie ce que j'en ai vu pendant
la guerre et ce que j'en espre dans l'avenir.




I

LES RAYONS X


C'est une mthode d'observation merveilleuse, en vrit, que celle qui
nous a permis, pour la premire fois, d'explorer sans le secours de
la chirurgie, l'intrieur du corps humain. La chance inespre de cet
examen direct nous a t apporte par la dcouverte des rayons X que
nous devons  M. Roentgen et qui a eu lieu en 1895.

L'appareil de production de rayons X n'est autre chose qu'un tube ou
ampoule de verre ayant gnralement la forme indique dans la figure I.
Dans le tube pntrent deux pices mtalliques, nommes _lectrodes_,
destines  y faire passer le courant lectrique. Une de ces lectrodes
C, nomme _cathode_ ou lectrode ngative (ple de sortie du courant)
est constitue par une calotte en aluminium, place dans une partie
tubulaire  l'entre de l'espace sphrique. Au centre de celui-ci
se trouve l'extrmit de l'autre lectrode AC nomme _anticathode_
et pouvant remplir le rle d'lectrode positive ou _anode_ (ple
d'entre du courant). Cependant, on lui adjoint souvent une lectrode
supplmentaire A qui est place dans une tubulure latrale et reoit
plus spcialement le nom d'anode. Le tube est tanche et l'on y peut
faire un vide lev, la pression du gaz rsiduel tant, par exemple, de
l'ordre de deux ou trois millimes de millimtre de mercure. Dans cet
tat, le tube prend souvent le nom de _tube_ ou _ampoule de Crookes_, du
nom du savant qui a tudi le passage du courant lectrique dans l'air
extrmement rarfi[1].

[Illustration Fig. 1]

Pour obtenir le passage du courant, il est ncessaire d'employer
une _haute tension,_ c'est--dire d'tablir entre les lectrodes une
diffrence de potentiel de l'ordre de quelques dizaines de milliers de
volts. Tant que la tension ncessaire n'est pas atteinte, aucun courant
ne passe dans l'ampoule, mais ds que la valeur critique de la tension
a t obtenue, le courant commence  passer brusquement, sous forme de
_dcharge disruptive_.

Le passage de cette dcharge est accompagn de phnomnes du plus
haut intrt, mis en vidence par les travaux ingnieux et patients
de nombreux savants, parmi lesquels il convient de citer en premire
ligne Crookes et J.J. Thomson. De la cathode s'chappe un essaim de
particules, bien plus tnues que les atomes eux-mmes, et dont chacune
porte une charge ngative. Ces particules, repousses nergiquement par
la cathode, se trouvent lances comme des projectiles avec une grande
vitesse et viennent frapper l'anticathode en un point nomm le _foyer_.
Ce choc a pour effet d'exciter dans l'anticathode un rayonnement, ainsi
que dans une cloche le choc du battant dtermine l'mission d'une onde
sonore; et ces rayons dont la source est au foyer de l'anticathode sont
prcisment ceux qui ont t nomms rayons X par Roentgen qui le premier
les a observs et tudis.

Les projectiles qui, venant de la cathode, bombardent l'anticathode
et provoquent l'mission de rayons X, ont des vitesses d'autant plus
grandes que la tension ou diffrence de potentiel aux bornes de
l'ampoule est plus considrable; ces vitesses peuvent atteindre et
mme dpasser le tiers de la vitesse de la lumire, elles se chiffrent
souvent par plus de 100.000 kilomtres  la seconde. Chacune de ces
particules a une masse qui, on le sait aujourd'hui, est environ 1.800
fois plus petite que celle d'un atome d'hydrogne. Ces grains minimes
d'lectricit ngative se nomment _lectrons_. Crookes qui avait bien
compris leur nature les avait dsigns par le nom expressif de _matire
radiante_. Les lectrons lancs avec une grande vitesse constituent,
en effet, des rayons de nature matrielle que l'on nomme aujourd'hui
_rayons cathodiques_.

Nous dirons donc que le choc des rayons cathodiques sur une anticathode
provoque sur celle-ci une mission de rayons X.

Quels sont les effets qui ont permis de dcouvrir cette mission? Les
nouveaux rayons ne sont pas directement accessibles  nos sens; nous ne
pouvons ni les voir ni les entendre. Mais c'est leur facult d'exciter
la fluorescence qui a tout d'abord permis de dceler leur prsence.
En plaant en face de l'anticathode un cran recouvert d'une couche
de platinocyanure de baryum, on voit l'cran s'clairer d'une belle
luminosit verte, ainsi qu'il le ferait sous l'action de la lumire
ultraviolette. Ce sont les rayons X qui excitent cette fluorescence en
dehors de l'ampoule de production dont ils traversent la paroi. Ils
peuvent aussi impressionner une plaque photographique au travers d'un
papier noir qui l'enveloppe pour la protger de la lumire.

Ces proprits des rayons X sont prcisment celles que nous utilisons
dans la radiologie. Les rayons traversent, en effet, diffrentes
substances d'autant plus facilement que celles-ci sont moins denses
(plus exactement, le pouvoir pntrant des rayons est d'autant plus
grand que le poids atomique de la substance  traverser est plus
faible). Si un faisceau de rayons X issu du foyer d'une anticathode
atteint un cran radioscopique (cran au platinocyanure de baryum) au
travers d'un objet tel qu'un porte-monnaie en cuir contenant des pices
de monnaie, le cuir est travers trs facilement, sans que les pices
ou la monture mtallique le soient, de sorte que ces parties opaques
de l'objet examin _portent ombre_ sur l'cran et sont ainsi vues au
travers du cuir en _image radioscopique_, alors qu'on ne peut les voir
directement en examinant le porte-monnaie  la lumire ordinaire pour
laquelle le cuir est opaque. Si, dans ce mme essai, on remplace l'cran
par une plaque photographique, celle-ci, dveloppe  la manire
ordinaire, fera apparatre l'image du porte-monnaie, sur laquelle les
parties mtalliques opaques aux rayons X paratront en clair, et les
parties relativement transparentes (cuir) en sombre. La rgion frappe
par les rayons en dehors de l'objet est la plus impressionne et donne
les grands noirs. On obtient ainsi une _radiographie_ qu'on peut
considrer comme un _ngatif;_ un tirage du clich sur papier sensible
fournit un _positif_ dont l'apparence correspond  celle de l'image
radioscopique (voir planche I).

[Illustration: Planche I.--(_ gauche_)--Radiographie d'un porte-monnaie
contenant des pices de monnaie et des clefs. Sur la plaque directement
obtenue, ou ngatif, les parties mtalliques opaques se dtachent en
clair.--(_ droite_)--Positif obtenu avec la plaque prcdente. Les
parties mtalliques se dtachent en sombre. L'image a le mme aspect que
celle qui se produit sur un cran radioscopique.]

Si, au lieu d'examiner un porte-monnaie, nous soumettons  l'observation
une partie du corps humain, par exemple un bras, une jambe, une main,
etc., nous constaterons que les os sont plus opaques aux rayons X que
les chairs.

La raison en est facile  comprendre. Les chairs sont constitues, en
effet, par des matires organiques composes d'lments  faible poids
atomique, tels que l'hydrogne, le carbone, l'azote, l'oxygne (poids
atomiques 1, 12, 14, 16). Mais dans la composition normale des os
entrent en plus des matires minrales, principalement le phosphate de
chaux qui contient comme constituants les lments phosphore et calcium
de poids atomiques 31 et 40. Ce sont ces lments qui dterminent
principalement l'absorption des rayons X par la matire osseuse. Les
os portent ombre en radioscopie, alors qu'ils se dtachent en clair sur
l'image radiographique.

La radioscopie et la radiographie du corps humain fournissent des
contrastes qui permettent de raliser des images d'une grande beaut,
avec de nombreux dtails de structure (planche II).

Et de mme que nous nous trouvons ainsi admis  examiner l'intrieur du
corps humain  l'tat normal, de mme il nous est possible de constater
des aspects anormaux occasionns par un accident ou par une maladie. Si
un objet mtallique a pntr dans le corps  la suite d'une blessure
(balle, clat d'obus), ou bien s'il a t aval par inadvertance,
(bille, sou), la prsence de cet objet  l'intrieur du corps est
rvle sur l'image radioscopique ou radiographique grce  l'ombre
qu'il projette.

Si un os a subi une fracture, la solution de continuit apparatra sur
l'image et fera connatre les dtails de l'accident.

Ainsi se trouve cre une possibilit merveilleuse de diagnostic par la
vision directe qui constitue un bienfait pour le malade et un allgement
de responsabilit pour le mdecin.

Ce service, pourtant considrable, n'est pas le seul que puissent rendre
les nouveaux rayons. L'exprience a montr qu'ils constituent aussi
un agent thrapeutique de haute importance. De tout temps, il a t
habituel d'exprimenter  ce point de vue tout nouvel agent physique. La
souffrance humaine demande imprieusement  tre soulage, et la science
mdicale, encore en grande partie condamne  l'empirisme, ne manque
jamais de tenter un essai qui offre quelque espoir nouveau. On ne tarda
pas  reconnatre que les rayons X produisent des effets physiologiques
trs prononcs. Les premiers exprimentateurs eurent  dplorer des
accidents dont ils ont t, dans certains cas, les premires victimes.
Les rayons X absorbs  forte dose peuvent occasionner des lsions de
la peau dites _radiodermites_, dont l'issue est parfois mortelle. Mais
employs  dose convenable, et suivant des mthodes scientifiquement
labores, ils peuvent, au contraire, produire un effet bienfaisant, et
amener la gurison ou tout au moins l'amlioration de plusieurs maladies
dont la plus grave est le cancer. Il n'est pas ncessaire d'insister sur
l'importance de cette nouvelle ressource de la mdecine scientifique. Le
traitement par les rayons X porte le nom de _radiothrapie_.

[Illustration: Planche II.--Radiographie d'une main (positif). A
l'annulaire une bague d'or trs opaque aux rayons X. Au petit doigt
une bague d'aluminium bien moins opaque: l'ombre de l'os s'aperoit
au travers de cette bague. Au poignet un bracelet de fer avec une
plaque d'aluminium mince, peu visible sur la radiographie en raison de
sa transparence. Les os, bien moins opaques que les bagues, donnent
cependant des ombres trs nettes laissant voir des dtails de structure.
Le contour des chairs se voit faiblement. A ct de la main se trouve un
radiochromomtre radiographi en mme temps que celle-ci. Il indique une
duret de rayons de 6e Benoist.]

La nature des nouveaux rayons qui nous rendent des services aussi
signals est aujourd'hui parfaitement connue. Les rayons X ont la
plus grande analogie avec la lumire bien qu'ils s'en distinguent,
semble-t-il, par les proprits qui viennent d'tre dcrites, et bien
que nous ne puissions pas les concentrer par des lentilles ou les faire
dvier par des prismes. Rappelons ici que la lumire est un phnomne
vibratoire dont les proprits dpendent de la _frquence_ de la
vibration. La lumire visible correspond  des vibrations au nombre de
10^15 environ, soit un million de milliards par seconde. Les
rayons ultra-violets qui ne sont pas visibles ont une frquence plus
grande encore. La frquence des rayons X est environ 1.000 fois plus
grande que celle de la lumire visible, il n'est donc pas tonnant que
leurs proprits diffrent de celles de la lumire.

On constate, entre autres, que les rayons X sont capables de dcharger
un lectroscope, en rendant l'air qui l'entoure conducteur de
l'lectricit. On peut mesurer l'intensit des rayons d'aprs la vitesse
avec laquelle l'lectroscope est dcharg.

La conductibilit communique  l'air par l'action des rayons prend
le nom d'_ionisation._ D'autres gaz que l'air peuvent aussi subir
l'ionisation. L'tude des gaz ioniss a conduit  des dcouvertes
scientifiques importantes, relatives  la nature de l'lectricit et de
la matire.

On voit d'aprs ce qui prcde que les rayons X constituent un
agent nouveau qui a tout de suite acquis une grande importance
scientifique et, de plus, trouv une vaste application mdicale. Par
effet rciproque, il en est rsult un grand effort pour amliorer
la technique de la production et de l'emploi de ces rayons. Les
constructeurs s'attachrent  tablir des types d'appareils, aussi
parfaits que possible, pour la production du courant de haute tension
qui alimente les ampoules, et les ampoules elles-mmes subirent de
nombreux perfectionnements. A la faveur de ces efforts et grce aux
travaux de mdecins spcialistes distingus, la nouvelle Science de
Radiologie se constitua et se dveloppa rapidement, centralise presque
exclusivement dans les grandes villes. Celles-ci bnficirent bientt
d'un certain nombre de belles installations radiologiques, appartenant
soit aux hpitaux publics, soit plus souvent aux mdecins spcialistes.
Mais, jusqu' la guerre, l'emploi des rayons X n'tait point habituel
dans tous les services hospitaliers. Mme  Paris, le nombre des
services radiologiques tait fort restreint; et si des villes comme
Lyon, Bordeaux, etc., possdaient quelques services importants, par
contre, les petites villes de province taient, en gnral, dpourvues
de toute organisation radiologique.

On aperoit immdiatement la rpercussion de cet tat de choses au dbut
de la guerre. L'opinion tout naturellement adopte par les pouvoirs
publics prconisait l'emploi de la radiologie dans les services centraux
militaires de l'arrire, mais ne prvoyait nullement une extension
gnrale de cet emploi  toutes les formations sanitaires des armes et
du territoire. Le Service de Sant militaire avait, d'ailleurs, envisag
le besoin de secours radiologique urgent transportable, assur par des
voitures radiologiques munies de tous les appareils ncessaires; mais
on esprait subvenir aux besoins  l'aide d'un trs petit nombre de ces
voitures.

Il et t difficile, en vrit, de prdire l'immensit des besoins
que fit surgir la guerre dont nul ne pouvait prvoir la dure et la
puissance meurtrire. Et comme l'organisation de la radiologie n'avait
pas t gnralise dans le pays avant la guerre, elle se trouva
ncessairement insuffisante pour les besoins de la Dfense Nationale,
aussi bien au point de vue du matriel qu'au point de vue du personnel.
Cependant le rle de la radiologie surpassa en importance toute
proportion prvue, de sorte que, peu  peu, elle fut indispensable aux
blesss et aux malades, loin ou prs du front. Le manque de prparation
fut compens par un effort considrable accompli par le gouvernement et
par l'initiative prive. Des appareils ont t offerts aux hpitaux par
des donateurs. Des professeurs ou ingnieurs s'occuprent de de leur
installation et de leur mise en service. Ainsi que dans tant d'autres
circonstances, des oeuvres et des particuliers apportrent leur concours
au Service de Sant lequel, de son ct, constitua peu  peu un matriel
radiologique considrable et assura une organisation gnrale du
Service, devenue trs complte dans les dernires annes de la guerre.

Il est rconfortant de se dire que l'effort ralis pour donner aux
blesss les soins auxquels ils avaient droit a produit des rsultats
bienfaisants qui n'ont pas t limits  la dure de la guerre. Cet
effort a conduit directement  reconnatre l'utilit gnrale de la
radiologie; il a contribu  tablir en France une vaste organisation
mettant les bienfaits de la radiologie  la porte de toute la
population.


[Footnote 1: Une ampoule radiologique du type dcrit comprend encore
en gnral, des lments qui, sans tre essentiels au point de vue
thorique, sont cependant indispensables pour assurer la rgularit
du fonctionnement. Tels sont les _dispositifs de refroidissement_ de
l'anticathode laquelle peut s'chauffer jusqu' l'incandescence lors du
passage du courant, et les _rgulateurs de pression_ qui permettent de
faire varier dans certaines limites la quantit de gaz contenue dans
l'ampoule.]




II

COMMENT ON PEUT PRODUIRE LES RAYONS X


Nous avons vu dans le chapitre prcdent que pour produire les rayons X,
il faut faire passer un courant lectrique dans un tube tel que celui
de la figure I, et qu'il est ncessaire de disposer pour cela d'une
_tension_ ou diffrence de potentiel leve. Celle-ci n'est gnralement
pas fournie par les distributions d'lectricit dans les villes. Il
convient donc de transformer le courant de basse tension distribu par
l'usine d'lectricit en courant de haute tension capable d'alimenter
l'ampoule.

Cette transformation de courant est obtenue  l'aide d'appareils
tablis dans ce but par l'industrie lectrique. Tous ces appareils
utilisent le phnomne de l'_induction lectrique,_ mais ne l'utilisent
pas tous de la mme manire. Tous possdent cependant comme partie
essentielle deux circuits lectriques, dont l'un contient une spirale
de gros fil, l'autre une spirale de fil trs fin enroule autour
de la prcdente sans communiquer avec elle. Si dans le premier
circuit, nomm _primaire_, on envoie un courant, dont l'intensit
varie priodiquement,--soit le courant alternatif industriel, soit le
courant continu rgulirement interrompu par un dispositif spcial
nomm _interrupteur_,--il se produit dans le deuxime circuit nomm
_secondaire_ des courants _induits_ de haute tension circulant
alternativement, tantt dans un sens, tantt dans l'autre. Ce sont ces
courants induits qu'on peut employer pour actionner les ampoules.

Bien que les appareils de transformation de courant soient tous bass
sur le mme principe, ils sont nanmoins de types multiples et leur
puissance peut varier dans de larges limites. Je ne dcrirai ici, 
titre d'exemple, qu'un type d'appareil trs couramment employ pendant
la guerre, de puissance modre mais suffisante pour les besoins de la
radiologie de guerre.

Le transformateur de courant T (fig. 2) se compose d'un noyau de fer
doux autour duquel sont disposs deux enroulements (ou _bobines_),
l'un  gros fil pour le primaire (T_1), l'autre  fil fin
pour le secondaire (T_2); l'enroulement secondaire entoure
l'enroulement primaire mais en est entirement spar par un isolant. Un
courant interrompu  intervalles rguliers traverse le primaire, et le
secondaire est le sige de courants induits de haute tension produits 
chaque interruption du primaire.

Le circuit primaire est aliment par une source d'lectricit
convenable, par exemple par une distribution  110 volts de courant
continu ou par un groupe lectrogne pouvant remplacer cette
distribution. Branch aux ples de la source (ou secteur), le circuit
comprend l'enroulement primaire T_1 du transformateur, un
rhostat R qui rgle l'intensit du courant, un ampremtre A qui mesure
cette intensit, un coupe-circuit C et enfin une pice essentielle:
l'interrupteur I. Le modle d'interrupteur le plus employ est la
turbine  mercure[1].

[Illustration: Fig. 2]

Le circuit secondaire comprend l'enroulement secondaire T_2 du
transformateur, l'ampoule productrice de rayons X, une _soupape_ S et un
milliampremtre MA; ce dernier mesure le courant utile. La soupape est
destine  absorber parmi les courants de haute tension produits dans le
transformateur ceux dont le sens ne convient pas au fonctionnement de
l'ampoule, et qu'on nomme _courants inverses_. Quand le courant inverse
passe, le fonctionnement est dfectueux et l'ampoule se dtriore. La
soupape est un tube de Crookes  lectrodes trs dissymtriques, dont
l'une est une tige troitement embote dans une tubulure de verre,
tandis que l'autre est une spirale place dans la partie centrale du
tube; celui-ci porte le nom de soupape, car il laisse passer le courant
trs facilement de la tige vers la spirale, et trs difficilement en
sens inverse,  condition que la faible pression d'air  l'intrieur
soit convenablement rgle[2].

Il ne suffit pas de disposer d'une intensit de rayons convenables, il
faut aussi que ces rayons aient un pouvoir pntrant adapt; on dit
alors que l'ampoule a une duret convenable. Il est donc ncessaire
d'avoir un dispositif qui indique la duret de l'ampoule, ainsi qu'un
moyen de faire un rglage pour obtenir la duret dsire. Pour se rendre
compte de la duret, on tablit aux bornes de l'ampoule une drivation
nomme _spintermtre_ (fig. 2) Sp, comprenant une tige mobile en face
d'une pointe. Le courant secondaire peut, soit passer dans l'ampoule,
soit franchir sous forme d'tincelle l'intervalle du spintermtre. Quand
les deux passages offrent la mme facilit, la duret de l'ampoule, est
mesure par cette tincelle dite _quivalente_. L'ampoule est d'autant
plus dure que l'tincelle quivalente est plus longue, c'est--dire que
la tension d'alimentation est plus leve.

Or c'est cette tension qui dtermine le pouvoir pntrant des rayons;
une pntration moyenne correspond  une tincelle quivalente (mesure
avec un spintermtre  pointes mousses) d'environ 10 centimtres de
longueur, et  une tension d'environ 50.000 volts. Les rayons X obtenus
dans ces conditions ont un pouvoir pntrant favorable  la radioscopie
et  la radiographie. Avec des tensions plus leves, on obtient des
rayons X trs durs qui trouvent leur application dans la radiothrapie.
Avec des tensions moins leves, on obtient des rayons X mous qui
traversent difficilement le corps humain[3].

La duret ou rsistance d'une ampoule dpend de la quantit d'air qui y
est contenue. Au cours du fonctionnement il arrive que l'air rsiduel
s'absorbe dans les parois de verre et ceci a pour effet de faire durcir
le tube. Pour remdier  cet inconvnient on dispose de _rgulateurs_
de divers modles qui permettent d'introduire de petites quantits de
gaz dans l'ampoule. Les soupapes ont besoin d'un rglage analogue; quand
elles contiennent trop ou trop peu de gaz, l'effet protecteur qu'on
leur demande n'est pas obtenu. Ce rglage des tubes est trs dlicat et
demande un oprateur habile et exerc[4]. On a reprsent dans la figure
5 un rgulateur de type courant adapt  une ampoule.

Si les tubes ont besoin d'un rglage particulirement soign,
l'appareillage au total exige aussi un entretien constant qui consiste
en un nettoyage des pices et des contacts; c'est seulement  condition
d'observer ces soins que l'on peut obtenir un bon fonctionnement. Il ne
faudrait cependant pas croire qu'un bon appareillage radiologique doive
ncessairement tre fragile; desservi par un bon oprateur, il ne risque
pas de se dtriorer. La radiologie de guerre demande des appareils
robustes, facilement transportables et pouvant tre installs avec
rapidit.

Un appareil correspondant au schma de la figure 2 peut tre tabli
en trois pices principales: transformateur, tableau de commande et
interrupteur, pesant respectivement environ 30, 20 et 25 kilos et
pouvant se transporter aisment. Le transformateur et le tableau sont,
 cet effet, placs dans des botes en bois, de forme adapte, munies
d'anses pour le transport et disposes de manire  remplir un rle
utile dans l'installation. Ces appareils peuvent tre facilement placs
dans une voiture ou expdis par chemin de fer. Dans le premier cas,
il suffit de les immobiliser avec des attaches. Dans le second cas,
il convient en gnral, de les emballer. Pourtant, il m'est arriv, 
plusieurs reprises, de les faire voyager d'urgence, sans emballage, dans
un train, en les installant, avec l'aide des employs, dans la voiture
 bagages, avec quelques prcautions faciles  raliser et suffisantes
pour viter les accidents.

En dehors de ces pices fondamentales, l'appareillage complet comprend
les tubes et les accessoires indispensables. Parmi ces derniers, il
faut citer, en premier lieu, le _pied porte-ampoule_ qui sert  porter
le tube producteur de rayons X et  lui donner toutes les positions
requises par le service qu'il doit remplir. La mobilit du tube est une
condition indispensable de travail utile.

Le bless soumis  l'examen est, le plus souvent, couch sur une
table. Celle-ci est quelquefois une table spciale, munie d'un support
porte-ampoule. Mais quand on dispose d'un pied porte-ampoule convenable,
on peut, au besoin, se contenter d'une simple table en bois,  condition
que le plateau soit permable aux rayons et sans dfauts; pour faire une
radioscopie on place, en effet, l'ampoule sous la table et on observe
sur un cran plac au-dessus du corps l'image obtenue avec des rayons
qui traversent la table et le corps. Il est donc ncessaire que le bois
de la table soit transparent aux rayons, ce qui est le cas des bois de
faible densit sous paisseur modre,--et que ce bois ne contienne pas
de dfauts tels que des noeuds ou des fissures qui ne manqueraient pas
d'apparatre sur l'cran. Quelquefois, la table est simplement compose
d'une planche reposant sur des trteaux.

Un certain nombre d'accessoires de moindre encombrement achvent
de composer un appareillage complet. Leur choix est trs important
quand il s'agit d'une installation qui doit se suffire et qui est
destine  tre transporte. On peut valuer  250 kilos le poids
total d'un appareillage comprenant les appareils de production de
haute tension, deux ou trois ampoules, deux soupapes, une table
lgre, un pied porte-ampoule, une petite provision de plaques et
produits photographiques, un cran radioscopique, quelques chssis,
des rideaux pour faire l'obscurit, quelques appareils de protection
pour l'oprateur, quelques outils, du cble isol et un certain nombre
de petits objets dont l'utilit a t dmontre par l'usage. Le tout
peut prendre place dans une voiture d'assez petites dimensions; des
voitures de place ont mme pu tre utiliss avec succs pour le service
d'installations transportables.



[Footnote 1: Cet interrupteur comprend comme pice essentielle, une
toupie perce de canaux obliques et anime d'une rotation rapide autour
de son axe. Cette toupie plonge dans un bain de mercure contenu dans une
cuve; en tournant, elle aspire le mercure par les canaux et le projette
ensuite au travers de petits orifices placs  sa partie suprieure sous
forme de filet mince qui vient frapper une palette ou _dent_ isole
du vase  mercure. Quand le filet rencontre la palette, le courant
s'tablit dans le circuit primaire, quand il ne la rencontre plus, la
toupie ayant tourn, le courant est interrompu. On a coutume d'adjoindre
 l'interrupteur un condensateur dont les deux armatures sont runies
respectivement aux bornes de l'interrupteur, et qui est destin  rendre
l'interruption plus brusque en absorbant l'tincelle qui se produit  la
rupture. L'interruption du courant ne doit pas avoir lieu dans l'air,
mais dans un milieu rducteur comme le gaz d'clairage, dont on remplit
la cuve tanche de l'interrupteur.]

[Footnote 2: L'emploi de soupapes n'est pas ncessaire, si, au moyen
d'un dispositif convenable, on obtient le redressement des courants dits
inverses; ceux-ci peuvent alors servir  alimenter l'ampoule. Il existe
des types d'appareils qui fonctionnent sans interrupteur: le courant
alternatif de haute tension fourni par un transformateur est redress 
l'aide d'un commutateur et envoy dans l'ampoule.]

[Footnote 3: On emploie couramment, pour reconnatre la duret des
rayons, un petit appareil trs simple nomm _radiochromomtre Benot_.
Le principe de l'appareil consiste  comparer la transparence aux rayons
X d'une mince lame d'argent  la transparence d'une srie de secteurs
d'aluminium d'paisseurs gradues. Pour se servir du radiochromomtre
on peut examiner l'ombre qu'il porte sur un cran radioscopique ou bien
reproduire son image en radiographie comme sur la planche 3. L'aspect de
l'image permet d'apprcier la duret des rayons employs.]

[Footnote 4: Il existe un modle perfectionn d'ampoules bas sur un
principe qui permet un rglage rapide et facile. Ce sont les tubes
Coolidge dont la cathode est constitue par une spirale de tungstne
chauffe  l'incandescence par un courant lectrique. Ces tubes sont
compltement vides d'air. Les rayons cathodiques y sont produits par la
cathode incandescente et la duret, ou rsistance du tube ne dpend
ici que de la temprature de la cathode qui met d'autant plus de rayons
cathodiques qu'elle est plus fortement chauffe. Les tubes Coolidge sont
employs dans des installations de grande puissance.]




III

INSTALLATIONS DANS LES HOPITAUX ET VOITURES RADIOLOGIQUES


Nous avons vu comment est compos un appareillage radiologique. Voyons
maintenant quelles sont les conditions de son installation dans un
hpital o il doit tre utilis.

Pour alimenter le primaire du transformateur, il faut disposer d'une
source d'lectricit pouvant fournir du courant lectrique sous une
tension de 100  200 volts. Nous ne pourrons installer les appareils que
si l'hpital dispose d'une distribution d'lectricit, ou si celle-ci se
trouve  proximit et peut facilement tre amene sur place.

Les distributions de courant que l'on trouve en France ne sont pas d'un
type uniforme. Le courant distribu est soit continu, soit alternatif:
la tension ou _voltage_ prsente galement des diffrences. Il en
rsulte une certaine difficult pour la gnralisation des postes
radiologiques, car les appareils doivent tre adapts  la forme du
courant en divers dtails de leur construction; ils ne peuvent donc
tre considrs comme interchangeables.

Quand aucune distribution d'lectricit ne se trouve dans le voisinage,
on a recours  l'usage d'un _groupe lectrogne_, compos d'une dynamo
actionne par un moteur fonctionnant au gaz ou  l'essence. L'emploi de
groupes  essence s'est particulirement gnralis pendant la guerre,
pour l'clairage et le service radiologique des hpitaux du front. Un
groupe lectrogne pouvant fournir un courant de 25 ampres sous une
tension de 110 volts (puissance 3 kilowatts ou 4 chevaux environ),
convient parfaitement pour alimenter un poste radiologique; on peut mme
se contenter d'une puissance de 1  2 kilowatts pour la plupart des
besoins. Ces groupes ne sont donc ni trs lourds ni trs encombrants,
et peuvent tre transports sur de fortes voitures. La plupart d'entre
eux taient d'un type  courant continu, de sorte que les appareils
radiologiques  courant continu sont devenus galement les plus nombreux.

Les postes radiologiques de ce type ont, d'ailleurs, pu tre aliments,
en cas de besoin, par le courant alternatif fourni par des stations
lectriques. Pour obtenir cette adaptation, on place dans le circuit
primaire une _soupape lectrolytique,_ appareil extrmement simple,
compos de deux lectrodes, l'une en aluminium, l'autre en fer,
plongeant dans une solution de carbonate de soude contenue dans un petit
bac; une telle soupape ne laisse passer le courant que dans un seul
sens, du fer  l'aluminium; elle supprime donc l'une des deux phases du
courant alternatif et convertit celui-ci en courant interrompu, mais de
direction invariable.

Dans de petites villes, plusieurs hpitaux ont eu recours  des groupes
lectrognes, pour suppler  un manque de distribution lectrique. Dans
la zone des armes, ces groupes ont t d'abord peu nombreux, tant que
le Service de Sant tait assur principalement par des ambulances. Mais
le systme des ambulances a t peu  peu remplac par celui de grands
hpitaux en baraquements qui tous utilisaient des groupes lectrognes
pour leur clairage; ces mmes groupes alimentaient les postes
radiologiques.

Quand le problme fondamental de l'alimentation en courant lectrique
a t rsolu, il reste  installer la _salle de radiologie_ ou
_laboratoire radiologique_. Il est ncessaire de disposer pour cela
d'une pice assez spacieuse si possible, dans laquelle on doit pouvoir
faire l'obscurit complte, au moyen de rideaux bien agencs. Dans cette
pice, on installe sur une table ou sur une planche fixe au mur le
transformateur, le tableau de commande et l'interrupteur. On a avantage
galement  y tablir un _trolley_ compos de 2 fils parallles tendu
entre des supports isolants fixs aux murs opposs. On fait communiquer
ces fils avec les ples du circuit secondaire du transformateur, et l'on
s'en sert pour assurer au moyen de contacts glissants, les connexions
avec l'ampoule  rayons X. L'amnagement se compose ensuite de la table
radiologique et du pied porte-ampoule plac auprs de celle-ci (planche
III). Les accessoires sont contenus, si possible, dans une armoire.
Enfin, il faut adjoindre  la salle de radiologie, une chambre noire
pour photographie, pour le dveloppement des plaques radiographiques,
avec installation d'eau et clairage spcial. Il est utile que la
salle de radiologie et le cabinet de photographie aient leurs parois
recouvertes de peinture brune, pour que les dfauts d'obscurit soient
moins  craindre.

[Illustration: Planche III.--Salle de radiographie de l'hpital n
112  Amiens, install en baraquements (anne 1916). On aperoit
l'appareillage, la table de radiographie, le pied porte-ampoule et le
trolley.]

L'installation des appareils dans la salle n'offre pas de grandes
difficults. Une personne comptente peut, en un jour ou deux, suivant
les cas, raliser un amnagement trs satisfaisant.

Au point de vue de leur puissance, les appareils utiliss dans ces
postes fixes aux hpitaux pouvaient tre de types diffrents. On peut,
en particulier, parmi les appareils  interrupteur, distinguer le type
_normal_ et le type _intensif_. Je dsigne par normal un appareil qui
permet d'obtenir dans l'ampoule un courant de deux  trois milliampres
sous une tension d'environ 50.000 volts (10 centimtres environ
d'tincelle quivalente, mesure au spintermtre  pointes de forme
usuelle). Les appareils intensifs permettent d'obtenir une puissance
trois ou quatre fois plus grande. Il existe des appareils plus puissants
encore, qui sont utiliss dans les services centraux importants et qui
permettent d'atteindre 20, 50 ou mme 100 milliampres sous une tension
suffisante pour le travail radiologique.

Avec une grande intensit de rayonnement, on peut obtenir des
radiographies rapides et mme presque instantanes, ce qui est un
grand avantage quand il s'agit de radiographier une rgion qui ne
peut tre immobilise, par exemple la rgion thoracique soumise aux
mouvements respiratoires. L'intensit est galement ncessaire pour
la radiothrapie. Mais si les appareils intensifs ont leurs mrites
incontestables, ils sont, en revanche, plus coteux, plus encombrants et
plus lourds que les appareils normaux.

Au dbut de la guerre, les ressources en radiologie taient tout 
fait prcaires, et il s'agissait de raliser au plus tt un service
radiologique de premire ncessit pour les hpitaux du territoire
et de la zone des armes. L'utilisation des appareils normaux qui
permettent de faire face  la plupart des besoins, et qui, de plus,
peuvent facilement tre transports, s'imposait donc  cette poque.
Partant de ce point de vue, j'ai dirig les ressources du Patronage
National des Blesss presque exclusivement vers la distribution de
ces postes normaux dont environ 200 ont t tablis par cette OEuvre.
A une poque plus avance de la guerre, quand un matriel important
s'est trouv constitu, le Service de Sant distribua un certain nombre
de postes intensifs, mais mme alors il semblait lgitime d'employer
principalement les ressources de l'initiative prive  la distribution
de postes normaux, pour satisfaire aux besoins les plus urgents qui
continuaient  se manifester. Le but qu'il ne convenait pas de perdre de
vue tait, en effet, de procurer le bnfice de l'examen radiologique 
tous les blesss sans exception.

       *       *       *       *       *

VOITURES RADIOLOGIQUES.--J'arrive maintenant  la description du rle
trs important qui a appartenu, dans la radiologie de guerre, aux
voitures radiologiques.

Nous avons vu qu'au dbut de la guerre, l'appareillage radiologique
faisait dfaut, et il paraissait lgitime de rserver les premires
installations fixes aux hpitaux importants. D'autre part, les nombreux
hpitaux militaires et auxiliaires (Croix Rouge) qui se sont constitus
ds le dbut de la guerre et au courant de celle-ci, occupaient dans
bien des cas des locaux de fortune qui ne disposaient pas de courant
lectrique: tel tait, par exemple, le cas de la plupart des coles
dont on sait l'utilisation pour les services hospitaliers. Ainsi des
formations, rpandues dans toute la France pour recevoir les blesss
qui affluaient du front, se trouvaient sans installation radiologique
et sans possibilit d'en tablir une  bref dlai. D'un autre ct, les
ambulances qui ont assur au dbut de la guerre le service de sant des
armes, occupaient des locaux provisoires o l'installation radiologique
paraissait d'autant moins indique que l'on devait toujours s'attendre
 un dpart possible. Ainsi, le plan d'organisation primitif comportait
un fonctionnement gnral des hpitaux et ambulances, en arrire du
front et prs du front, sans le secours de la radiologie. Pourtant quand
apparut clairement l'normit de la tche consistant  soigner les
blesss de cette guerre, l'aide merveilleuse des rayons X fut chaque
jour mieux comprise, mieux apprcie et chaque jour plus demande. C'est
 cette situation que les voitures radiologiques sont venues apporter un
remde et une solution provisoire. Elment actif et bienfaisant, elles
ont assum pendant les premires annes de la guerre la plus grande
partie de la charge du service radiologique.

Une voiture radiologique, gnralement automobile, transporte un
appareillage complet pour l'examen des blesss. Elle doit donc contenir
d'une part, la source d'lectricit, d'autre part, les appareils
principaux ainsi que tous les accessoires indispensables. La production
de courant peut tre assure par un groupe lectrogne install 
poste fixe sur la voiture. Ce groupe ne doit tre ni trs lourd, ni
trs encombrant, cependant, en raison de la puissance qui lui est
demande, il ne peut gure peser moins de 100 kilogrammes. On le place
soit  l'avant de la voiture, soit  l'intrieur de la caisse qui sert
de carrosserie. Au lieu d'employer un groupe lectrogne, on peut se
servir du moteur de la voiture pour entraner une dynamo place 
l'avant ou bien sur le marchepied. Les avantages de ce dispositif se
voient immdiatement: en remplaant le groupe par une dynamo, on rduit
le poids de moiti, et l'on diminue l'encombrement, ce qui permet
d'employer une voiture plus lgre et plus rapide; la dynamo d'ailleurs
cotait beaucoup moins que le groupe et tait beaucoup plus facile 
trouver au dbut de la guerre. On pouvait donc, par ce moyen, quiper
une voiture quelconque, sans mme exiger une carrosserie spciale.

Les appareils principaux, convenablement attachs, peuvent tre
transports dans une carrosserie de limousine qui peut, en outre,
contenir deux ou trois caisses avec les accessoires. On dispose le
tout, de manire  rserver  l'intrieur une place pour le mdecin
radiologiste, tandis qu'un aide prend place  ct du conducteur.

Si la carrosserie est  construire, on rtablit sous forme de caisse,
comme pour une voiture de livraison spacieuse. Elle reoit un
amnagement propre  l'installation des appareils et des caisses. De
plus, il est bon qu'aprs fermeture de la porte, l'obscurit y soit
complte, pour que, en cas de besoin, on puisse y dvelopper les plaques
radiographiques. Les trois personnes qui composent l'quipe occupent la
banquette  l'avant de la voiture.

Bien que l'utilisation du moteur de la voiture pour l'entranement de
la dynamo puisse rendre souvent de grands services, on doit nanmoins
reconnatre que ce systme comporte des inconvnients, dont les
principaux sont la dpense d'essence relativement leve et la ncessit
de faire travailler le moteur de la voiture aussi bien pendant la
circulation entre les hpitaux qu' l'arrt, puisque le moteur doit
entraner la dynamo pendant la dure du service. Une bonne voiture,
entre les mains d'un bon conducteur, peut, d'ailleurs tre ainsi
utilise sans inconvnient. Si, cependant, la voiture circule peu et
travaille la plus grande partie de la journe  l'arrt, l'emploi d'un
groupe lectrogne est plus rationnel et plus conomique.

Au dbut de la guerre, il s'agissait surtout d'assurer un service
rapide, avec les moyens disponibles, tandis que l'essence ne manquait
pas et n'tait gure conomise. La voiture entranant une dynamo par
son moteur tait alors tout indique.

J'ai russi, moi-mme,  quiper 18 de ces voitures, grce  des dons
particuliers et aux ressources du Patronage National des Blesss.
Plusieurs chssis ont t mis  ma disposition par de gnreux donateurs
ou donatrices dont certaines ont bien voulu aussi faire les frais de
l'appareillage. Presque toutes ces voitures, offertes au Service de
Sant  une poque de besoin urgent, ont fait un service considrable,
et si quelques-unes ont t uses, d'autres ont continu leur service
jusqu' la fin de la guerre et mme au del.

Il m'est agrable de rappeler ici que la premire des voitures
radiologiques tablies sur mon initiative a t fournie par l'Union
des Femmes de France et quipe  ses frais. Cette petite voiture
 carrosserie ordinaire, ne portant que l'appareillage strictement
ncessaire, a, sans aucun doute, laiss de nombreux souvenirs dans la
rgion parisienne. Desservie d'abord par un personnel bnvole, anciens
lves de l'cole Normale ou professeurs, ensuite rgulirement attache
au Val-de-Grce, elle a assur seule le service du camp retranch de
Paris pendant la plus grande partie de la guerre, en particulier lors de
l'affluence de blesss qui se produisit en septembre 1914  la suite de
la bataille de la Marne.

Une autre voiture  carrosserie de limousine, quipe aussitt aprs
dans mon laboratoire m'a t d'un secours prcieux pendant toute
la guerre. Elle m'a permis de transporter frquemment du matriel
radiologique demand par des hpitaux de l'arme et du territoire,
ainsi que d'assurer un service temporaire dans diverses circonstances.
La planche IV reprsente l'une des voitures suivantes qui a fourni un
service particulirement intensif dans la zone des armes.

En mme temps que des voitures relativement lgres taient offertes
par l'initiative prive, le Service de Sant quipait des camions
radiologiques  groupes lectrognes dont le nombre, peu  peu, devint
important. Ces quipages, munis d'un matriel trs complet, furent
distribus principalement dans la zone des armes o ils assurrent,
quand ils furent assez nombreux, un service radiologique permanent
et rgulier. Toutefois, dans les dernires annes de la guerre, ce
service ne comportait que peu de dplacements. J'ai dj eu l'occasion
de parler des grands centres hospitaliers qui ont t tablis dans
la zone des armes et qui utilisaient le personnel de plusieurs
ambulances immobilises. A ces formations venaient se joindre les postes
radiologiques mobiles, pour travailler sur place, souvent pendant
plusieurs mois.

[Illustration: PLANCHE IV.--Voiture radiologique et quipe. On voit sur
le marchepied de la voiture la dynamo qui peut tre entrane par le
moteur.]

[Illustration: PLANCHE IV.--Appareillage transport par la voiture
radiologique, dispos pour le fonctionnement. On voit, dans leurs
botes, les appareils qui servent pour transformer le courant de basse
tension fourni par la dynamo, en courant de haute tension propre 
alimenter l'ampoule. On voit, de plus, la table, le pied porte-ampoule,
l'ampoule et la soupape, ainsi que les caisses d'emballage.]

Le mode de fonctionnement des voitures lgres dans la zone des armes
subit une volution analogue. Alors qu' leurs dbuts, elles avaient
 se dplacer frquemment dans un rayon de plus de 100 kilomtres,
en vue de service urgent, plus tard, elles se trouvrent libres de
cette tche par la multiplication des installations radiologiques
fixes et des camions automobiles fonctionnant comme postes demi-fixes.
C'est seulement dans certaines rgions du territoire, que de grands
dplacements ont pu encore rester ncessaires alors que le matriel
tait dj devenu trs abondant aux armes.

voquons ici, en quelques lignes, cette vie des voitures radiologiques,
vie que j'ai pu suivre d'assez prs, pour apprcier l'oeuvre accomplie
par le personnel avec autant d'initiative que de dvouement:

Avise d'un besoin pressant, la voiture radiologique part pour son
service, emportant son matriel complet et sa provision d'essence.
Cela ne l'empche pas de se dplacer  la vitesse de 50 kilomtres 
l'heure quand l'tat de la route le permet. Le personnel se compose
d'un mdecin, d'un manipulateur et d'un chauffeur, mais dans une
bonne quipe chacun fait plus que son mtier. Voici la voiture rendue
 destination; elle tait attendue avec impatience pour l'examen de
blesss nouvellement arrivs  l'hpital. Il s'agit de se mettre au
travail le plus tt possible. On descend les caisses et les appareils
et on les porte dans la salle o l'on s'en servira. Le chauffeur
prpare le groupe ou la dynamo, et tablit au moyen d'un long cble
(25 mtres suffisent, en gnral,  tous les besoins) la communication
avec les appareils que le manipulateur dispose dans la salle. Avec
l'aide d'infirmiers on pose aux fentres les rideaux noirs apports par
la voiture, ou les couvertures de l'hpital. Le manipulateur et son
chef, d'un coup d'oeil, choisissent la disposition des appareils, ils
les placent, ils assemblent les pices dmontables de la table et du
pied porte-ampoule, installent l'ampoule et la soupape, tablissent les
connexions. On remplit la turbine de gaz d'clairage pris  un tuyau ou
apport par la voiture dans une poche  gaz de 25 litres. Un signe au
chauffeur: voici la dynamo en fonctionnement et l'on envoie un courant
d'essai dans l'ampoule. Si elle donne satisfaction, tant mieux; si non,
on procde rapidement  un rglage dlicat, ou bien on prend une ampoule
de secours. On prpare l'cran radioscopique, et toute sorte de petits
accessoires  porte de la main: papier, crayons, gants et lunettes de
protection, fil  plomb; on dispose  l'abri des rayons les plaques et
chssis et on place dans le cabinet de photographie les bains qu'on a
apports; quelquefois le cabinet lui-mme doit tre prpar avec des
rideaux. Enfin tout est prt. Si l'on n'a pas eu de dboires et si l'on
se trouve dans un endroit connu, l'installation a pu tre faite en une
demi-heure. Il est rare qu'elle demande une heure.

C'est le moment de se mettre au travail avec les mdecins et les
chirurgiens de l'hpital ou de l'ambulance. On apporte les blesss sur
des brancards ou bien l'on fait venir ceux qui sont moins atteints. On
fait les examens radioscopiques, on prend des clichs, quelquefois on
opre sous les rayons. Un aide inscrit toutes les observations. Cela
dure autant qu'il est ncessaire, l'heure est oublie, seul importe le
souci d'achever la besogne. Quelquefois un cas difficile occasionne un
retard, d'autres fois le travail progresse rapidement. Enfin, la tche
est finie. On emballe le matriel dans les caisses, et l'on retourne 
son port d'attache, pour recommencer le mme jour ou bien le lendemain.

On comprend facilement que dans ces conditions de travail, une quipe
radiologique pouvait acqurir une exprience considrable ainsi que
l'habitude de se dbrouiller, faire face  toutes les ventualits.
Aussi, quand le service de circulation se fut ralenti en raison de la
multiplication des postes fixes et demi-fixes aux armes, les quipages
mobiles qui avaient rendu les plus grands services ont t constitus
en quipes de perfectionnement pour visiter les nouveaux postes, pour
conseiller le personnel et pour contrler le fonctionnement.

Pour le service de circulation, des voitures lgres sont assurment
d'un emploi plus facile. Aussi je pense, qu' ct des voitures massives
et solides, on devrait toujours conserver un type de voiture trs
mobile pour le secours d'urgence. Parmi les voitures radiologiques du
Patronage, la plus lgre emportait un matriel de 250 kilos, suffisant
pour les besoins; c'tait un petit chssis  carrosserie trs lgre,
pouvant passer dans des chemins troits et circulant avec rapidit;
plusieurs chefs de service aux armes m'ont exprim le vif dsir de
disposer de voitures de ce genre pour un service rapide.

Il convient de remarquer que les voitures radiologiques peuvent, dans
certains cas, utiliser le courant lectrique des hpitaux o elles
viennent travailler. Elles ne servent alors que pour transporter le
matriel et le personnel, et s'il s'agit de petites distances dans une
ville et dans ses environs, une voiture  cheval peut remplacer une
voiture automobile.

Les voitures radiologiques qui ont fourni un travail intensif pendant
la guerre (certaines ont permis d'examiner 10 000 blesss et davantage)
ne sont pas condamnes  disparatre dans la priode de paix. Elles
continueront  tre utilises, d'abord dans les rgions libres,
puis dans toute la France et ses colonies, pour assurer l'examen
radiologique de malades non transportables dans des localits dpourvues
de postes fixes, et pour suppler comme postes de secours aux arrts de
fonctionnement des postes fixes par suite d'accidents. Ainsi pourra-t-on
tirer parti de l'acquit que cette forme particulirement active du
service de radiologie doit  la guerre.




IV

TRAVAIL RADIOLOGIQUE DANS LES HOPITAUX


Quels sont donc les services que l'on pouvait attendre pendant la guerre
de l'examen radiologique d'un bless ou d'un malade? Voici la rponse 
cette question:

La prsence d'un corps tranger: balle, clat d'obus, peut tre
constate, en gnral trs facilement,  l'aide des rayons X. On peut
donc s'assurer si le projectile est effectivement rest dans le corps,
ce qui est, dans bien des cas, matire  discussion, surtout quand il
s'agit de projectiles multiples. Ayant rsolu ce premier point, on peut
aller plus loin et prciser trs exactement la position du projectile,
au moyen de mthodes spcialement tudies dans ce but. Le chirurgien
peut alors procder  l'extraction du projectile avec de grandes chances
de succs. Au contraire, en l'absence de l'examen radiologique, il
arrive souvent que l'extraction ne peut tre tente, ou bien qu'elle
est essaye infructueusement une ou plusieurs fois.

L'examen radiologique est galement trs utile dans le cas de fractures
osseuses. Il permet de se rendre compte de l'aspect de la fracture,
d'effectuer une rduction et d'en suivre les progrs,--de reconnatre la
prsence d'esquilles, d'examiner l'tat des articulations, de surveiller
la formation normale ou anormale de la matire osseuse.

Enfin, on peut se servir des rayons X, non seulement pour leur demander
un renseignement pralable, mais aussi au cours mme des oprations,
pour guider  chaque instant l'action du chirurgien. On dit alors que
l'opration est effectue _sous le contrle des rayons_.

Quand il s'agit d'un malade, l'examen radiologique permet, dans bien des
cas, de reconnatre des lsions internes, telles que des maladies de
l'estomac ou des poumons. L'examen de lsions pulmonaires a eu, pendant
la guerre, une importance considrable. Quand il s'agit d'un homme guri
mais ayant contract une infirmit, on a recours  l'examen radiologique
pour constater celle-ci, en vue d'un certificat de rforme.

On peut affirmer que l'examen radiologique a sauv la vie  un grand
nombre de blesss et en a prserv beaucoup d'autres d'infirmits
futures. Les projectiles qui sjournent dans le corps y occasionnent
souvent des suppurations persistantes, quelquefois des phnomnes
de paralysie; leur extraction sans localisation exacte est souvent
dangereuse. D'autre part, les fractures doivent tre surveilles
trs attentivement pour que la gurison se fasse avec un minimum de
dformation ultrieure.

Nous examinerons successivement les points principaux qui mritent
d'attirer l'attention dans le domaine de la technique radiologique.

       *       *       *       *       *

CARACTRES GOMTRIQUES DE L'IMAGE.--La source des rayons X est au
_foyer_ de l'ampoule productrice; ce foyer tant de petites dimensions,
on peut considrer que la source d'missions est _ponctuelle_. Les
rayons issus du foyer forment donc un cne et, en rencontrant l'cran
radioscopique ou la plaque radiographique, ils dterminent une figure
qui a les proprits d'une _projection conique_.

[Illustration: Fig. 3 et Fig. 4.]

La projection conique a pour effet de donner d'un objet une image
agrandie et dforme, et cela d'autant plus que les rayons sont plus
obliques. L'ensemble de ces dformations rappelle celles bien connues
des ombres dites chinoises que nous observons sur un mur clair
par une lampe ou une bougie, avec interposition d'objets opaques  la
lumire. Les figures 3 et 4 reprsentent l'aspect des ombres projetes
par deux sphres mtalliques de mme volume, par exemple, par deux
balles de shrapnell, ingalement distantes de l'cran ou de la plaque
qui servent de plan de projection. Dans la figure 3, les rayons issus
du foyer F sont, en moyenne, perpendiculaires au plan de projection P.
Les ombres ont des dimensions ingales: la balle B qui est proche du
plan P, donne une ombre  peine agrandie, tandis que la balle B qui en
est plus loigne donne une ombre agrandie dans le rapport de 1  2:
les deux ombres sont  peu prs circulaires. La figure 4 nous montre,
au contraire, l'effet d'une projection oblique; l'ombre de la balle B
est agrandie dans le mme rapport que prcdemment dans la direction
perpendiculaire aux rayons, mais l'agrandissement est plus important
suivant la direction OX qui est la trace sur le plan de projection de
la direction moyenne du faisceau de rayons passant par la balle. De
sorte que, non seulement, la balle parat plus agrandie que dans le cas
prcdent. mais elle parat, de plus, dforme; son ombre s'allonge dans
la direction OX.

[Illustration: Fig. 5.]

Quant  la balle B, trs proche du plan de projection, son ombre est
galement dforme, tout en tant moins agrandie.

Supposons que l'on place une haltre dans une position oblique par
rapport  l'cran radioscopique, qui lui-mme reoit les rayons passant
par cette haltre suivant une direction moyenne oblique. On voit que
l'apparence de l'ombre donnera une opinion inexacte sur la forme de
l'objet; les deux boules paratront de forme allonge, et de dimensions
ingales; la barre de jonction pourra paratre allonge ou raccourcie
selon l'inclinaison qu'elle possde par rapport  l'cran (fig. 5).

[Illustration: PLANCHE V.--p. 46--Radiographie d'une paule. Les parties
des ctes qui sont les plus rapproches de la plaque donnent des ombres
nettes et troites; les parties plus loignes donnent des ombres moins
nettes et largies.]

La planche V nous montre la radiographie d'un thorax, sur laquelle on
reconnat les dformations invitables de la projection. Les ctes
apparaissent trs largies dans leurs portions loignes de la plaque,
par rapport aux portions rapproches de la plaque.

Pour rduire au minimum les dformations des images radioscopiques
et radiographiques, il convient de les obtenir, autant que possible,
en projection normale, c'est--dire en utilisant des rayons, dont la
direction est, en moyenne, perpendiculaire  l'cran radioscopique
ou  la plaque radiographique. Si, par exemple, la plaque est place
sur une table, au-dessus de laquelle se trouve l'ampoule, il est
facile de s'assurer,  l'aide d'un fil  plomb, que la condition est
approximativement ralise. De plus, il y a avantage  appliquer sur
la plaque la rgion  radiographier, de manire  ne point exagrer
l'agrandissement; pour la mme raison, on peut loigner l'ampoule de la
plaque autant que le permet la diminution d'intensit qui en rsulte.

Dans les applications pratiques, la distance de l'ampoule  la plaque ou
 l'cran est d'environ 50 centimtres. Un dispositif spcial permet de
centrer l'ampoule  l'intrieur d'une calotte sphrique tenue dans le
pied porte-ampoule et munie d'un diaphragme opaque  ouverture variable
(fig. 6). Quand le diaphragme est presque entirement ferm, le faisceau
troit de rayons qui passe par son orifice doit tre perpendiculaire
au plan du diaphragme si l'ampoule est bien centre; ce faisceau prend
alors le nom de _rayon normal_ et on doit le diriger vers la partie
centrale de la rgion examine, aprs quoi on peut ouvrir le diaphragme
autant qu'il est ncessaire pour irradier toute la rgion. En rgle
gnrale, le diaphragme est parallle  l'cran radioscopique ou  la
plaque, de sorte que le rayon normal leur est perpendiculaire; on ne
s'carte de cette rgle que dans des circonstances particulires.

[Illustration: Fig. 6.]

RADIOSCOPIE ET RADIOGRAPHIE.--Puisque l'emploi de rayons X nous offre
deux mthodes d'examen, quelles sont les considrations qui doivent
guider notre choix et nos prfrences pour l'emploi de chacune de ces
mthodes?

L'exprience des annes de guerre a grandement contribu  nous clairer
sur la rponse qui peut tre faite  cette question, plus spcialement
en ce qui concerne la radioscopie. Cette mthode d'examen n'tait pas
encore trs employe en France avant la guerre; elle faisait cependant
dj l'objet d'un excellent enseignement fait  l'hpital Saint-Antoine,
par M. le Dr Bclre,--enseignement qui mettait clairement en
vidence la valeur fondamentale des procds radioscopiques.

La comparaison de la radioscopie et de la radiographie peut tre faite
 divers points de vue. Ainsi tout d'abord il est clair que l'examen
radioscopique, ne comportant pas de manipulations de prises de plaques
et de leur dveloppement, doit tre prfr dans tous les cas o il est
important de rduire le temps consacr  l'examen et l'encombrement du
matriel employ. C'est donc ce mode d'observation qui peut rendre
le plus de services lors des affluences de blesss qui se produisent
pendant les batailles, dans les hpitaux du front ou  l'arrire. En
effet,  mesure que la valeur de la radiologie a t reconnue, on a
compris que l'examen radiologique ne devait pas tre rserv  certains
blesss, mais que tous sans exception devaient en bnficier, pour
viter des erreurs de diagnostic, toujours possibles, et des lacunes
d'observation dont les consquences peuvent tre funestes. Compris de
cette manire, l'examen radiologique joue un rle important dj lors du
premier triage des blesss dans les hpitaux d'vacuation; tel bless
qui aurait pu tre sauv par des soins immdiats, succombera si, par
inadvertance, on le soumet  un transport fatigant dans un hpital
loign.

Pendant les longues batailles de la grande guerre la tche des hpitaux
qui recevaient le flot des blesss tait souvent crasante. Jour et
nuit, des quipes de chirurgiens, accompagns de leurs aides, se
relayaient dans une besogne incessante. Il fallait faire face au plus
press, assurer toutes les interventions indispensables, et cependant
renvoyer  l'arrire tous les blesss susceptibles d'tre transports,
pour viter la menace constante de l'embouteillage: encombrement
et impossibilit de recevoir les nouveaux arrivants. C'est lors de
la bataille de la Somme que l'examen radiologique a commenc  tre
pratiqu dans ces conditions si difficiles: des quipes radiologiques
travaillant concurremment avec les quipes chirurgicales et transmettant
aux chirurgiens les rsultats de chaque examen radioscopique.

Ainsi, l'examen radioscopique joue, dans ce cas, le rle de l'examen
d'urgence, le seul que permettent les circonstances, le seul compatible
avec la ncessit de ne point consacrer, en moyenne, plus de quelques
minutes  chaque bless. Pourtant, ce n'est pas l son rle unique;
son application est bien plus vaste, et nous allons facilement nous
rendre compte que _l'examen radioscopique doit, en principe, prcder
l'examen radiographique_, quelles que soient les conditions de travail
particulires de l'hpital, au front ou  l'arrire.

Pour que la radiographie donne un rsultat satisfaisant, il est
ncessaire, en effet, que l'endroit exact de la lsion soit
pralablement connu, de sorte que l'on puisse placer la plaque dans la
position la plus favorable par rapport au corps du bless et donner
ensuite la meilleure direction aux rayons. Mais, le plus souvent, ce
renseignement pralable sur la lsion est trs sommaire, ce dont on peut
donner de nombreux exemples. S'il s'agit d'une fracture, on n'en connat
pas  l'avance l'extension exacte. S'il s'agit de la prsence de corps
trangers, balles ou clats d'obus, la prsomption dont on dispose le
plus souvent consiste  observer un orifice d'entre sans orifice de
sortie correspondant. C'est l une indication bien prcaire, car elle
ne renseigne ni sur le nombre des clats qui ont pu pntrer, ni sur
leur position mme approximative. Il arrive qu'un projectile ne pntre
pas, mais rebondit  la surface. Il arrive, au contraire, qu'il pntre
trs loin de son point d'entre, ayant accompli quelquefois un trajet
vritablement dcevant; il arrive encore qu'ayant pntr, il se dplace
ensuite  l'intrieur du corps.

La radioscopie pratique avec dplacement de l'ampoule le long du corps
du bless permet d'examiner toute l'tendue de la rgion atteinte et
des rgions voisines. Elle permet de dcouvrir tous les corps trangers
qui ont des dimensions de quelque importance, et d'en obtenir la
localisation prcise; elle dtermine l'tendue des fractures et leur
aspect qu'on peut fixer par des dessins nomms _calques_; elle rvle
des lsions pulmonaires ou autres. Souvent, elle suffit pour fournir
un premier renseignement sur l'tat du bless, tout au moins avant son
transport dans l'hpital o il devra sjourner jusqu' sa gurison.
Si l'on juge utile de complter ce renseignement par la radiographie,
celle-ci pourra tre excute en connaissance de cause, sur une rgion
exactement dlimite et avec une plaque de dimensions suffisantes, mais
non exagres.

On pouvait rencontrer, au dbut de la guerre, des services radiologiques
o l'emploi de la radioscopie tait inconnu. On y trouvait  profusion
des plaques de grandes dimensions, 24 >< 30 et 30 >< 40 centimtres.
Un coup d'oeil suffisait pour juger de l'utilisation de ces plaques.
Parfois, il en avait fallu plusieurs, prises successivement, pour
dcouvrir la lsion cherche; d'autres fois, celle-ci occupait un coin
ou une extrmit de la plaque. Avec l'extension de la radioscopie, cet
abus de plaques a disparu; le nombre des plaques utilises par bless
a diminu considrablement, leurs dimensions ont diminu de mme; les
plaques 30 >< 40, fort coteuses et d'un maniement peu commode, sont
devenues d'un emploi rare, cdant la place aux formats infrieurs: 20 ><
30, 24 >< 18 et mme 13 >< 18 centimtres.

Tous ceux qui ont pratiqu la radiologie de guerre, pourraient citer de
nombreux exemples qui prouvent la ncessit de l'examen radioscopique
pralable et dont plusieurs ont t signals dans des publications
spciales. Il m'est arriv de retrouver sous l'omoplate un clat d'obus
qui avait pntr par la face externe du bras et qui avait d ensuite
passer par l'aisselle. Une balle qu'on supposait dans le thorax, a t
trouve dans le bassin. Il est clair que dans ces cas, la radiographie
aurait pu conduire  un chec, sans le secours de la radioscopie. Il
peut en tre de mme quand le projectile situ dans le thorax, se
dplace beaucoup avec la respiration et ne peut tre radiographi qu'au
moyen d'un instantan exigeant un appareil plus puissant que celui dont
on dispose. Enfin, les examens de poumons et les oprations sous le
contrle des rayons, sur lesquels je reviendrai plus loin, utilisent la
radioscopie.

Est-ce  dire que la radiographie doive tre considre comme
superflue? Ce serait, certes, une grande faute, au contraire, que d'en
mconnatre l'importance. La radiographie nous donne des images sur
lesquelles les dtails peuvent tre apprcis avec plus de prcision
qu'en radioscopie. Ces images peuvent tre conserves  titre de
documents toujours disponibles en cas de besoin. La radiographie peut,
de plus, tre pratique avec moins de danger pour l'oprateur, en ce
qui concerne les radiodermites qui peuvent tre provoques par les
rayons. Elle est pratique en plein jour avec des plaques enveloppes
de papier noir. Enfin, la technique de la radiographie n'exige pas
l'intervention constante du mdecin spcialiste; celui-ci peut se faire
aider par un manipulateur plus facilement qu'en radioscopie o la
comptence mdicale est presque constamment exige, sauf dans des cas
particulirement simples.

Ainsi la radioscopie et la radiographie ont chacune leur domaine et
leur utilisation; elles s'entr'aident et se compltent mutuellement, la
radioscopie ayant pour mission l'examen prliminaire, la radiographie
ayant un rle de perfectionnement et d'enregistrement des rsultats.

       *       *       *       *       *

QUELQUES DTAILS SUR LA RADIOSCOPIE.--Pour tre efficace, l'examen
radioscopique doit tre pratiqu dans de bonnes conditions. L'oprateur
doit disposer d'une intensit de rayonnement suffisante; l'exprience
a montr qu'on peut examiner toutes les parties du corps humain au
moyen d'une ampoule traverse par un courant d'environ 2 milliampres
sous une diffrence de potentiel d'environ 50.000 volts (10 centimtres
environ d'tincelle quivalente au spintermtre  pointes). Mais pour
que l'oprateur puisse se servir utilement de cette intensit, il est
indispensable que son oeil soit adapt  la vision radioscopique par un
sjour dans l'obscurit de plusieurs minutes et mme d'un quart d'heure,
quand la lumire extrieure est trs vive. L'impatient qui n'observe
pas cette rgle ne gagne rien  regarder prmaturment; il n'aperoit
aucun dtail et s'expose  douter du rglage de ses appareils, alors
qu'au bout de quelques minutes l'image radioscopique s'claircit pour
lui comme par miracle. Une bonne obscurit est donc de rigueur dans
une salle o l'on fait de la radioscopie. Si l'on ne veut ou ne peut
faire l'obscurit, l'oprateur peut employer un cran radioscopique 
_bonnette_, dispositif qui permet de garantir compltement les yeux de
la lumire ambiante, en les appliquant sur les deux ouvertures d'une
chambre noire au fond de laquelle se trouve l'cran.

Dans la pratique de l'examen radioscopique, l'emploi du diaphragme
est de la plus grande utilit. On constate, en effet, qu'en rduisant
le champ de vision autour du rayon normal, on augmente dans une large
mesure la nettet de la vision. On pourra, par exemple, distinguer
les dtails des articulations que l'on ne voit pas aussi bien quand
le diaphragme est grand ouvert. On pourra de mme dcouvrir des corps
trangers de petites dimensions dans les rgions paisses du corps o
ils passent facilement inaperus. Le bnfice de la rduction du champ
tient en partie  la suppression des rgions claires environnantes,
en partie  la suppression d'un effet nuisible d aux rayons dits
_secondaires_. Ces rayons prennent naissance dans les parties du corps
traverses par les rayons directs issus du foyer de l'ampoule; ils
forment une sorte de rayonnement diffus qui compromet l'apparition des
contrastes sur l'image, mais dont l'importance est grandement rduite
par le diaphragme quand celui-ci a une faible ouverture.

       *       *       *       *       *

EXAMEN DES FRACTURES.--On peut dire que les soins ncessits par les
fractures d'os ont absorb la plus grande partie du temps consacr
aux blesss dans les hpitaux. Non seulement ces fractures se sont
produites en nombre considrable, mais de plus, elles ont t souvent
trs longues  atteindre un tat de gurison plus ou moins complte et
ont occasionn aux blesss des souffrances longues et souvent cruelles.
Mme quand elles offrent peu de gravit, qu'il n'y a ni esquille ni
perte de matire osseuse, ni suppuration, la rparation qui se fait par
soudure des fragments grce  la formation d'os nouveau demande tout
au moins plusieurs semaines. Aprs un repos suffisant, avec maintien
de l'os fractur dans la position dans laquelle il doit se consolider,
il se forme un _cal_, rgion de soudure trs parfaite dans les cas
les plus favorables. Quand la fracture est grave, quand elle porte
sur des os trs importants, quand il y a eu broiement ou solution de
continuit importante, la gurison est beaucoup plus longue et plus
difficile. Ces terribles fractures dont on a tant vu pendant la guerre,
comportent souvent de nombreuses esquilles qui entretiennent une
suppuration persistante, et ncessitent des interventions de nettoyage.
Les os, trs profondment atteints, ne sont pas toujours en tat de se
reformer; la science chirurgicale russit cependant  obtenir dans bien
des cas des rsultats merveilleux, par l'emploi de greffes osseuses
qui facilitent la soudure en comblant les vides au moyen de portions
d'os sain, et par l'application d'agrafes qui maintiennent en liaison
les fragments d'os jusqu' la rparation. Toutes ces fractures graves
ncessitent des prcautions spciales pour que le cal tant souhait
se forme correctement, de manire  conserver aux fragments d'os une
bonne position, et  ne point entraner de dformations exagres qui
occasionnent des infirmits. La chirurgie dispose pour cela d'appareils
spciaux destins  maintenir en position normale les os fracturs:
gouttires, appareils pltrs, etc.; elle emploie aussi des mthodes de
travail telles que l'extension permanente, frquemment pratique dans
les fractures du fmur.

Dans toutes les phases de ces efforts laborieux pour obtenir la
gurison dans les meilleures conditions possibles, et pour rparer dans
une certaine mesure mme ce qui parat irrparable, le chirurgien a
constamment recours aux rayons X, guide et conseil le plus parfait qu'il
puisse avoir  sa disposition. Le bless est gnralement apport sur un
brancard dans la salle de radiologie et couch sur la table, au-dessous
de laquelle se trouve l'ampoule  rayons X; l'cran radioscopique est
plac sur le corps dans la rgion de la fracture. Le premier coup d'oeil
jet sur la fracture  l'aide de l'cran radioscopique nous apprend
sa gravit, son extension, le degr de dlabrement, l'importance des
esquilles, l'cart des os de la position normale. Cet aspect est
gnralement aussitt fix au moyen d'un dessein fait sur le verre qui
recouvre l'cran et report ensuite par transparence sur un papier
calque.

Pour avoir une opinion juste sur la direction des os, il est utile
de faire deux calques dans des plans diffrents, par exemple une vue
de face et une vue de profil, quand le dplacement du bless est
possible. Et mme si la souffrance prouve par le malade ne permet pas
un retournement, on peut encore dans bien des cas, obtenir un calque
de profil, en plaant l'ampoule au niveau du corps, latralement, de
manire  envoyer les rayons dans une direction horizontale, par exemple
au travers d'une cuisse ou d'une jambe, de l'autre ct de laquelle
l'cran est dispos verticalement. Si l'on a eu soin de bien centrer
l'ampoule, pour oprer avec les rayons voisins du rayon normal, on se
trouvera dans de bonnes conditions pour obtenir des images nettes et
pour tracer des calques corrects.

Les calques obtenus sont conservs comme documents, et il y a lieu d'en
prendre de temps en temps de nouveaux, soit pour suivre les progrs
de la gurison, soit pour constater les rsultats d'une intervention
chirurgicale, destine  nettoyer le foyer de fracture ou  rectifier la
position des os. L'ensemble de ces calques reproduit l'histoire de la
lsion, histoire parfois douloureuse, mais plus souvent rconfortante,
car l'effort persvrant conduit  amliorer dans une large mesure des
cas qui paraissent dsesprs.

Le travail qui vient d'tre dcrit peut se faire par la radioscopie
seule. Toutefois, la radiographie est d'un grand secours, et il est
dsirable de la pratiquer quand les conditions le permettent; elle est
mme, quelquefois, d'une vritable ncessit. Les plaques peuvent tre
prises dans les positions les plus favorables, reconnues  l'aide de
la radioscopie; les dimensions des plaques peuvent donc tre rduites
au strict ncessaire. Le rayon normal passe en gnral par la rgion
centrale de la plaque. L'image obtenue peut tre examine  loisir; elle
offre des dtails plus fins que ceux qu'il est possible de distinguer
en radioscopie. Certaines fractures trs fines, sans dplacement
des fragments d'os, peuvent passer inaperues pour l'observation
radioscopique, mais apparaissent trs nettement sur une bonne
radiographie[1]. Celle-ci peut donc donner un complment d'information
et, de plus, elle fournit,  partir des clichs ngatifs, des tirages
positifs, trs suprieurs en perfection aux calques les mieux dessins
et, de plus, indpendants de l'interprtation du dessinateur.

[Illustration: PLANCHE VI.--Radiographie d'une jambe dans du pltre.
Fracture des deux os avec dplacement. A gauche: vue de face. A droite:
vue de profil.]

[Illustration: PLANCHE VII.--Radiographie d'un avant-bras. Fracture du
radius avec perte de substance. A gauche: vue de face. A droite: vue de
profil.]

Les preuves radiographiques sont obtenues, le plus couramment, en
plaant l'ampoule au-dessus de la table sur laquelle repose le malade;
la plaque est alors introduite entre la table et le corps, enferme
dans un chssis ou enveloppe d'une pochette de papier noir. Mais on
peut aussi placer l'ampoule sous la table, comme pour la radioscopie et
la plaque sur le corps du malade  la place de l'cran radioscopique.
Ce procd est trs avantageux lorsqu'on veut complter un examen
radioscopique par une radiographie, sans perte de temps et sans fatigue
supplmentaire pour le bless, avec la certitude de reproduire sur la
plaque la rgion mme que l'on vient d'observer sur l'cran.

Les planches VI et VII reproduisent des radiographies de fractures
suivant des documents originaux. On peut s'y rendre compte de la
diffrence d'aspect d'images obtenues de face et de profil. Les planches
VIII et IX reprsentent des fractures en voie de gurison, avec
formation de cal.

La radioscopie offre encore, en ce qui concerne les fractures, une
application particulirement intressante. On peut s'en servir pour
procder sous le contrle des rayons,  la remise en position,
c'est--dire  la rduction des os fracturs. Cette rduction faite au
jug, quand on n'opre pas sous ce contrle, prsente quelquefois des
difficults et il y a peu de chance de la russir du premier coup. On
conoit qu'un meilleur rsultat puisse tre obtenu quand on est guid
par la vision directe. Il est ncessaire seulement de voir les os sous
des aspects diffrents, de manire  viter les erreurs rsultant du
manque de perspective. C'est ce qu'on ralise, en dplaant l'ampoule
sous la table dans une direction perpendiculaire aux os; si leur
position relative reste correcte lors de ce mouvement de va-et-vient,
on peut avoir confiance que la rduction a t obtenue d'une manire
satisfaisante.

Il m'est arriv de suivre pendant un temps assez long des fractures
graves soignes en vue d'amlioration progressive. Ainsi, plusieurs
fractures de fmur, qui comportaient primitivement des dplacements
et des chevauchements trs grands ont cd  une rduction
convenablement exerce et se sont consolides finalement dans des
conditions plus favorables qu'on n'aurait os l'esprer. Le progrs de
ces gurisons a t frquemment contrl par la radiographie, et, grce
 la facilit de transport de l'appareillage, tous les clichs de cette
srie ont t pris sur les malades couchs dans leurs lits, avec les
appareils d'extension.

[Illustration: PLANCHE VIII.--Radiographie d'un avant-bras. Fracture
consolide par un cal.]

[Illustration: PLANCHE IX.--Fracture du tibia. Cal lacunaire. Esquilles
osseuses libres.]

Les os qui ont souffert d'une fracture grave, sont sujets  devenir
transparents aux rayons X par suite de la perte de chaux rsultant de la
suppuration. Les os ainsi dcalcifis se voient mieux sur un clich
obtenu avec des rayons mous qu'en radioscopie, et c'est l une raison
srieuse en faveur de l'emploi de la radiographie. La mme observation
s'applique  l'os nouveau ou cal en voie de formation, qui n'a pas
encore accumul les sels de chaux de la constitution normale; un cal
semblable peut passer inaperu sur une image radioscopique.

       *       *       *       *       *

LA LOCALISATION DES PROJECTILES.--Parmi toutes les applications de
guerre de la radiologie, c'est la localisation des corps trangers,
balles ou clats d'obus, qui a excit le plus vivement l'intrt du
public aussi bien que celui des spcialistes chargs des examens
radiologiques. Cet intrt se comprend facilement, car non seulement
il s'agit l d'une opration trs utile dont dpend parfois la vie du
bless, mais, de plus, l'apparition du corps tranger dans le champ de
vision produit un effet particulirement saisissant; la dcouverte de
ce corps et la dtermination de sa position constituent un problme
qui excite  un trs haut point l'ingniosit de l'oprateur. Aussi
les mthodes employes se sont-elles multiplies; leur varit peut
paratre quelque peu dconcertante aux personnes qui connaissent peu la
question. Il est facile cependant de dgager quelques principes gnraux
sur lesquels reposent toutes ces mthodes; c'est  ces principes qu'il
faut accorder une importance prpondrante, plutt qu'aux dispositifs
spciaux dont chacun entre les mains d'un oprateur habile peut rendre
de grands services, sans cependant pouvoir prtendre  reprsenter la
seule mthode efficace,  l'exclusion de toutes les autres. Je dirai
mme qu' mon avis, l'oprateur doit connatre et pratiquer plusieurs
mthodes, car leurs avantages respectifs sont variables suivant le cas 
considrer.

Avant d'aborder l'expos des principes de localisation, demandons-nous
d'abord s'il y a une utilit relle  extraire les corps trangers.
L'opinion des mdecins  ce sujet a subi quelques fluctuations au
cours de la guerre, les uns affirmant qu'un projectile qui ne semble
pas occasionner de perturbation doit tre laiss en repos, les autres
prconisant l'extraction obligatoire.

Il est clair que la question ne peut tre discute utilement sous une
forme aussi absolue. En effet, une premire restriction est  faire,
eu gard aux conditions de l'extraction. Il est prfrable de renoncer
 une extraction non urgente, plutt que de la faire dans de mauvaises
conditions, avec un matriel ou un personnel insuffisant. Si nous
supposons qu' ce point de vue la scurit est complte, on pourra
affirmer, en se basant sur l'ensemble des opinions les plus autorises,
que, tout au moins, quand la blessure est rcente, il y a toujours
intrt  tenter l'extraction.

En effet, les corps trangers sont, dans l'organisme, une cause
frquente de suppurations, soit parce qu'ils ont entran avec eux des
germes d'infection, des dbris de terre ou de vtements souills, soit
mme seulement parce que par leur contact ils irritent les tissus et en
empchent la gurison. D'autre part, quand la plaie est neuve, le trajet
ouvert, l'extraction est souvent trs facile; souvent le chirurgien peut
suivre le trajet, sans dlabrement supplmentaire, quand il est aid
par l'examen radiologique; il peut, dans bien des cas, retirer en peu
de minutes un ou plusieurs clats qui se trouvent dans la plaie. Ainsi,
toute cause d'infection se trouve supprime par une opration facile et
bnigne, alors qu'ayant abandonn un projectile dans la plaie, on risque
la ncessit d'une opration  faire plus tard dans des conditions moins
favorables, souvent avec fivre et suppuration. Ces corps trangers
faciles  atteindre, formaient la grande majorit du nombre total;
l'utilit de leur extraction immdiate a t si bien reconnue par les
chirurgiens que, dans les dernires annes de la guerre, on les oprait
frquemment quelques heures seulement aprs la blessure, dans des
ambulances toutes proches de la ligne de feu. Les blesss ainsi oprs
gurissent trs rapidement.

Quand la blessure est grave, et que le corps tranger a pntr plus
profondment, la dcision  prendre est moins vidente. Certains blesss
ne peuvent, pendant quelque temps, tre oprs sans danger, et il peut
tre plus prudent de s'abstenir de toute intervention. Pourtant, il est
rare que l'on ait intrt  abandonner dans le corps des clats d'obus
ou des balles; il est, en tout cas, vident qu'il n'aurait pu tre
question d'y abandonner des fragments de grosses dimensions, frquemment
observs pendant la guerre (voir planche X). J'en ai vu,  plusieurs
reprises, qui ne mesuraient pas moins de 10 centimtres dans leur
plus grande dimension, et l'on peut s'tonner qu'une masse semblable,
pntrant  la vitesse de quelques centaines de mtres  la seconde, ne
produise pas de rsultats encore plus meurtriers que ceux que nous avons
eu  dplorer.

[Illustration: PLANCHE X.--Radiographie d'une main. On voit un gros
clat d'obus dont la prsence a t rvle par la radiographie.
Fractures de deux os du carpe et du mtacarpe.]

Les clats d'obus peuvent occasionner des troubles, non seulement par
leurs dimensions, mais aussi par leur forme irrgulire, leur surface
rugueuse, leurs artes vives, pointes ou crochets; ils ne sauraient,
mme quand ils sont petits, tre tolrs dans les articulations dont
ils empchent le fonctionnement. On doit de mme, si possible, retirer
de l'oeil le plus petit grain mtallique qui risquerait de compromettre
la vue. Enfin, certains corps trangers mettent le bless en danger
de mort, par le trouble qu'ils apportent dans des rgions vitales
telles que le cerveau, la moelle pinire, le coeur, les poumons, ou par
la pression qu'ils exercent sur les troncs nerveux ou les vaisseaux
sanguins. Dans des cas de ce genre, non seulement l'extraction doit
tre tente, mais il peut mme arriver que le salut du bless par
cette opration soit une question d'heures, et que la plus grande hte
s'impose, ainsi que la plus grande perfection de l'intervention. Je puis
citer comme exemple le cas d'un bless dont la fin paraissait proche
et qui a, nanmoins, pu tre sauv grce  un examen radiologique
logique qui a permis l'extraction d'un clat d'obus situ dans la rgion
postrieure du crne.

Je crois avoir fait comprendre par ce qui prcde l'importance de
l'extraction des projectiles pendant la guerre. Je suis dispose 
croire que cette importance n'a pu encore qu'tre sous-estime, car
les causes de souffrance des blesss ont t multiples et n'ont pu,
dans tous les cas, tre discernes compltement. J'ai gard le souvenir
d'une sance d'examens radiologiques dans un hpital o se trouvait,
entre autres, un jeune bless, dprissant depuis quelques semaines,
avec le bassin fractur. On avait peu d'espoir de le sauver. L'examen
radiologique fut trs pnible, en raison de la difficult de placer ce
pauvre malade qui souffrait cruellement et ne pouvait tre redress.
Ayant pris, tout d'abord, la radiographie du bassin, on procda  la
radioscopie des membres infrieurs. Celle-ci fit apercevoir au-dessus
du genou un clat d'obus de dimensions considrables qui fut repr et
aussitt extrait d'une poche de pus  grande quantit de liquide. On
ne croyait pas sur le moment que cette opration, quoique ncessaire,
aurait une grande rpercussion sur l'tat du bless qui semblait
souffrir surtout de sa fracture du bassin. Pourtant, aprs quelques
semaines, j'appris que, du jour mme de l'opration, l'tat du bless
s'amliora avec rapidit et devint bientt tout  fait satisfaisant.
Le bloc de fonte contenu dans la cuisse avait videmment entretenu une
grosse suppuration et un empoisonnement rgulier de l'organisme; ds que
cette cause d'tat morbide eut disparu, le jeune organisme reprit le
dessus, et le bless qu'on avait jug perdu fut en tat de rparer ses
graves lsions osseuses.

Ayant ainsi reconnu l'importance de l'extraction des projectiles, nous
pouvons aussitt affirmer que pour leur extraction, l'emploi de la
radiologie est indispensable. Cette vrit, peu rpandue au dbut de
la guerre, ne serait plus aujourd'hui conteste par personne; et nul
chirurgien n'accepterait plus aujourd'hui d'oprer un projectile sans
connatre les renseignements fournis par le radiologiste. Trop souvent,
en effet, uniquement guid par la position de la plaie, le chirurgien
a vainement cherch l'clat d'obus ou la balle dont il n'avait pu
apprcier le trajet, parfois considrable; trop souvent, malgr de
multiples entailles et des dlabrements de grande tendue, le projectile
s'est drob  une recherche longue et obstine. Nul n'accepterait plus
de tenter cette aventure dcevante de chercher  ttons et  coups
de bistouri le corps tranger souvent englob dans des tissus qui en
interceptent le contact. Et qui donc, en effet, pourrait s'y rsoudre,
sachant que, grce aux rayons X, il lui est possible de _voir_ de
ses propres yeux l'objet cach et d'avoir une indication exacte de
la position de celui-ci? Seule, la pnurie de matriel et le manque
d'information ont pu, au dbut de la guerre, permettre les oprations
sans examen radiologique pralable, que, plus tard, on et considres
comme criminelles. Ainsi il m'est arriv de faire l'examen du crne d'un
soldat qui avait t trpan pour l'extraction d'un clat d'obus, alors
qu'il avait aussi dans la tte une balle de fusil dont on n'avait pas
souponn l'existence.

Est-ce  dire que, grce  l'emploi des rayons, on sera toujours
assur du succs? Assurment non, car la technique n'est pas encore
parfaite, et l'on peut manquer mme un projectile bien repr par
l'examen radiologique. Mais la proportion des insuccs est change du
tout au tout; au lieu d'oprer  l'aveuglette, on opre  bon escient.
Quand un bon chirurgien est bien renseign par un radiologiste habile,
les insuccs sont une exception et ne se prsentent que dans des cas
difficiles. J'indiquerai dans la suite quelques-unes des conditions qui
peuvent influer sur le rsultat.

Passons maintenant  l'examen des mthodes qui permettent de dterminer
la position d'un projectile.

Remarquons tout d'abord, que cette position ne saurait tre dduite
d'une seule image radioscopique ou radiographique, pas plus que l'ombre
d'un objet sur un mur ne nous fait connatre la position exacte de
cet objet; celui-ci peut, en effet, se dplacer le long de la ligne
qui joint son ombre au foyer lumineux, sans que l'ombre se dplace
apprciablement. Pour juger de la position du projectile, il nous
faudra en principe, _deux images_ radioscopiques ou radiographiques qui
constituent deux _vues_ suffisamment diffrentes l'une de l'autre pour
tre susceptibles d'une interprtation utile.

Au dbut de la guerre, la connaissance de la radioscopie tait trs peu
rpandue; celle de la radiographie l'tait davantage, mais seulement
sous forme de notions trs sommaires. Certains se contentaient 
cette poque de la radiographie simple de la rgion de la plaie, sans
radioscopie pralable. Un clich ainsi obtenu non seulement ne peut
suffire, mais il peut mme conduire une personne non avertie  des
interprtations errones, car les rapports du projectile et des os se
trouvent dforms par le mode de projection conique.

Les oprateurs qui se rendaient compte de l'insuffisance de la
radiographie simple, la compltaient  cette poque par une deuxime
radiographie prise dans une position diffrente; les deux vues
taient prises, en gnral, l'une de face, l'autre de profil. Les
rsultats ainsi obtenus sont trs suprieurs  ce que peut donner
une radiographie simple. Si, par exemple, un clat d'obus est contenu
dans un genou, les vues prises de face et de profil nous apprendront
si l'clat est situ par rapport aux os dans une position antrieure,
postrieure, interne ou externe ou s'il a pntr  l'intrieur d'un os
ou de l'articulation (pl. XI).

Pourtant, malgr ce perfectionnement important, l'interprtation exacte
restait encore difficile et incertaine, car chacune des images tait
dforme par la projection, gnralement oblique. De plus, il existe
des rgions qui, en raison de leur paisseur, ne se prtent pas  la
radiographie de profil; c'est ce qui a lieu pour le thorax, le bassin et
la rgion lombaire. On peut dire, au total, que le systme de clichs de
face et de profil, sans radioscopie pralable, entrane une consommation
de plaques et de temps, tout  fait en disproportion avec la valeur
des rsultats obtenus. Les chirurgiens  qui l'on donnait ainsi un
renseignement incomplet sans qu'ils aient pu, en gnral, se rendre
compte des erreurs d'interprtation possibles, ont t trs frquemment
dus par la vaine recherche de projectiles dont ils croyaient connatre
la position par les vues radiographiques; leur confiance dans la
valeur de l'examen radiologique a t diminue d'autant, et il a t
quelquefois difficile de la rtablir  nouveau. Cette radiographie
nous a compltement tromps disait, je m'en souviens, l'un d'eux
avec une conviction profonde, aprs une opration manque qui l'avait
particulirement affect. La radiographie tait, il est vrai, innocente,
cependant le chirurgien tait tout de mme fond de se plaindre.

[Illustration: PLANCHE XI.--Radiographie d'un genou. Petit clat
d'obus; les deux plaques permettent de se rendre compte de sa position
approximative. La radiographie de profil montre que l'clat est  une
trs faible profondeur  l'avant du genou, circonstance dont on ne
peut se rendre compte sur la radiographie prise de face. A gauche: vue
de face.--A droite: vue de profil.]

Tout procd de localisation prcis exige que la position du projectile
puisse tre indique par une figure gomtrique simple, ayant, autant
que possible, des rapports avec des repres anatomiques lis au corps,
tels que les repres osseux. La localisation peut tre faite par la
radioscopie seule ou par la radioscopie suivie de radiographie. Sauf
dans des cas d'impossibilit, la radioscopie doit toujours tre faite en
premier lieu, parce qu'elle nous renseigne immdiatement sur la position
approximative du projectile et parce que, dans bien des cas, elle
suffit seule pour obtenir une localisation rapide et prcise. Si l'on a
ensuite recours  la radiographie pour obtenir des rsultats encore plus
parfaits, celle-ci se fait dans de bonnes conditions et n'utilise que
des plaques de dimensions rduites.

L'observation radioscopique pralable comprend, tout d'abord, la
recherche du projectile. Le bless est le plus souvent couch sur la
table au-dessous de laquelle se trouve l'ampoule; l'cran radioscopique
est plac au-dessus du corps du bless. L'oprateur explore la rgion
dans laquelle on souponne la prsence du projectile, en amenant
l'ampoule au-dessous de cette rgion et en actionnant le diaphragme,
de manire  restreindre le champ de vision autour du rayon normal,
pour examiner tel ou tel dtail. Le plus souvent, les projectiles
s'aperoivent facilement comme des taches sombres sur le fond clair
des chairs, mais dans certains cas, la recherche prsente quelques
difficults, soit qu'il s'agisse de petits grains, soit que l'ombre du
projectile se projette sur celle d'un os, soit encore que la rgion
 examiner soit paisse et opaque, comme la rgion lombaire. Plus
l'examen parat difficile, plus il est ncessaire d'obtenir de l'oeil sa
sensibilit maximum, par un sjour suffisant dans l'obscurit.

Un oprateur exerc peut faire rapidement cette exploration
prliminaire; elle lui apprend s'il y a prsence d'un ou plusieurs corps
trangers et elle lui permet de marquer approximativement leur position,
afin de procder  leur localisation prcise. Celle-ci est obtenue
par des procds qui utilisent soit le dplacement du bless, soit le
dplacement de l'ampoule, dans le but d'obtenir deux vues du projectile
qui permettent d'en rapporter la position  des repres marqus sur la
peau. Voici la description de quelques-uns de ces procds.

Une excellente mthode de localisation radioscopique est la _mthode des
axes_. L'oprateur observe le projectile sur l'cran radioscopique pour
une certaine position du bless; il marque sur la peau le point d'entre
A et le point de sortie A' du rayon normal qui passe par le projectile P
(fig. 7). Il se sert pour cela d'index opaques dont l'ombre se confond
avec celle du projectile. On obtient ainsi un _axe_ AA' sur lequel se
trouve le projectile, dans une vue prise, par exemple, de face. S'il est
possible de tourner le bless, on recommence la mme opration dans une
vue de profil et l'on obtient un deuxime axe BB' qui coupe le premier
au point mme P o se trouve le projectile. Pour mieux interprter le
rsultat, on reproduit la figure gomtrique forme par les extrmits
des axes marqus sur la peau, et l'on tend entre ces points des fils qui
matrialisent les axes (fig. 8). Quand on ne peut tourner le bless
pour obtenir le deuxime axe, on dplace l'ampoule de manire  faire
varier le point d'entre et le point de sortie du rayon qui passe par le
projectile. Sur la figure 9 F et F' sont les deux positions successives
du foyer de l'ampoule; AA' et BB' sont les axes relatifs  ces positions.

[Illustration: Fig. 7--Fig. 8--Fig. 9]

La reproduction de la figure AA'BB' se fait facilement, en mesurant sur
la peau au compas les distances des points A, A', B, B' et en utilisant
ces distances pour la construction du quadrilatre form par les quatre
points.

La mthode des axes peut tre pratique avec une ampoule dpourvue de
diaphragme, dont la prsence est cependant trs utile au point de vue de
la prcision des rsultats et de la protection de l'oprateur contre les
rayons mis par l'ampoule.

La figure tant construite, on peut mesurer la distance du projectile P
 l'un quelconque des 4 repres, et l'on sait ainsi que l'on trouvera
le projectile, en pntrant par exemple,  partir du point A dans la
direction AA, sur une profondeur gale  AP. Le point d'accs choisi
est celui qui est le plus rapproch du projectile quand les conditions
anatomiques le permettent; sinon, c'est celui qui offre, au point de vue
chirurgical, l'accs le plus facile.

La mthode des axes peut s'appliquer  tout le corps, mais elle est
particulirement indique pour l'examen des membres. Quand il s'agit de
projectiles assez superficiels, dont la profondeur de pntration dans
les membres ne dpasse gure 2 centimtres, cette mthode permet une
extraction trs rapide et trs facile, sans qu'il soit mme ncessaire
de construire le graphique. Et comme les projectiles peu profonds ont
t trs nombreux pendant la guerre, la mthode des axes a trouv une
application trs tendue. Cette mthode a, d'ailleurs, servi aussi pour
la localisation de projectiles plus profonds, et en ce cas, son emploi
a t associ avantageusement avec celui d'un compas spcial, dont je
dirai quelques mots plus loin.

_Mthode de la double image_.--Cette mthode consiste  obtenir pour le
projectile deux images qui correspondent  deux positions diffrentes
de l'ampoule, et  en dduire la position relle du projectile. Voici
comment on peut oprer par la radioscopie seule.

L'ampoule tant place sous la table que traversent les rayons, dirigs
de bas vers le haut, on amne l'ampoule dans une position telle que
le rayon normal passe par le projectile; c'est ce qui arrive quand
l'ombre de celui-ci se voit au centre de l'ouverture du diaphragme.
On marque alors sur la peau le point de sortie du rayon normal et on
donne  l'ampoule un dplacement connu (10 centimtres par exemple),
paralllement  l'un des bords de la table. L'image du projectile se
dplace sur l'cran, et ce dplacement peut tre mesur. La profondeur
du projectile au-dessous de l'cran se dduit alors d'une construction
gomtrique simple (fig. 10).

[Illustration: Fig. 10]

Soit _x_ cette profondeur;

{d} la distance du foyer F de l'ampoule  l'cran;

D le dplacement FF' du foyer de l'ampoule; _d_ le dplacement OO' de
l'image sur l'cran.

                 _d_
On a _x_ = {d} _______.
               _d_ + D

En retranchant de la profondeur ainsi calcule _x_, la distance de
l'cran  la peau (gnralement trs petite), on trouve la profondeur
du projectile au-dessous de la marque trace sur la peau. Ce rsultat
n'est valable, bien entendu, que pour la position actuelle du bless.
Cette position aura donc t choisie bien rgulire, de manire  tre
facilement retrouve.

La mthode convient parfaitement pour la localisation de projectiles
situs dans le thorax, la rgion lombaire ou le bassin. On valuera
la profondeur  partir de la face antrieure ou postrieure du corps,
suivant que le projectile est plus rapproch de la premire ou de la
seconde.

Si  partir des extrmits d'une rgle divise de longueur {d} on porte,
de part et d'autre, le dplacement de l'ampoule D et celui _d_ du
projectile et qu'on joigne les points ainsi obtenus F' et O' par une
ligne droite ou un fil tendu, on lit sans calcul la profondeur du
projectile indique par le fil sur la rgle.

La double image est d'une excellente utilisation en radiographie. On
prend sur une mme plaque deux preuves qui correspondent aux deux
positions de l'ampoule. Pour cela, il convient d'abord d'excuter la
radioscopie pour amener le rayon normal  passer parle projectile; la
premire preuve est prise dans cette position. Ensuite, on effectue le
dplacement de l'ampoule et on prend sur la mme plaque une deuxime
preuve, sans que la plaque ait t dplace. Dans certains cas, on
prfre prendre les deux preuves pour deux positions de l'ampoule,
symtriques par rapport  la verticale qui passe par le projectile (fig.
11). L'cart des deux images peut se mesurer avec une grande prcision
sur la plaque (pl. XII).

[Illustration: Fig. 11 p. 80]

Contrairement  ce que l'on aurait pu craindre, la prise de deux
radiographies sur une mme plaque ne donne point lieu  une confusion
exagre, et l'on distingue trs bien les dtails relatifs  chacune des
images.

[Illustration: PLANCHE XII.--Radiographie d'un thorax. Deux poses sur
la mme plaque avec dplacement latral de l'ampoule aprs la premire
pose. On voit la double image de deux clats d'obus et d'une croix de
plomb servant de repre. On peut mesurer avec prcision le dplacement
de chaque image.]

[Illustration: PLANCHE XIII.--Radiographie d'une main contenant 4 clats
d'obus. Fracture d'un mtacarpien.]

Radiographie de la mme main avec dplacement d'ampoule
perpendiculairement  la direction des os. La face dorsale de la main
repose sur une plaque. D'aprs le dplacement de l'image des os et de
celle des clats, on peut juger que l'clat qui se projette entre le
4e et 5e mtacarpien est palmaire; les autres sont dorsaux. Ces
indications ont suffi pour leur extraction.]

La mthode de la double image permet de situer le projectile par rapport
 des repres anatomiques. Les os, comme le projectile, donnent deux
images dont l'cart permet de juger de la profondeur. Ainsi l'on peut se
rendre compte si un projectile est plac au-dessus ou au-dessous d'un
os voisin, indication particulirement prcieuse dans bien des cas.
On en voit l'exemple dans la radiographie d'une main (planche XIII)
contenant plusieurs clats d'obus; le clich double obtenu permet de
reconnatre les clats situs sur la face palmaire et ceux situs sur
la face dorsale car, pour les premiers, le dplacement de l'image est
plus petit que pour l'os voisin, tandis que pour les derniers il est,
au contraire, plus grand. Aucune autre mthode n'aurait pu fournir ce
renseignement important d'une manire aussi simple et aussi rapide.

La mthode du dplacement de l'image a reu de nombreux
perfectionnements destins  en rendre l'application plus facile, 
viter tout calcul et  rduire au minimum les mesures indispensables.
Certains dispositifs ont t particulirement en faveur dans les
formations sanitaires (dispositifs de l'cran perc, du diaphragme 
deux fils, etc.) Cette mthode est aussi pratique en combinant un
dplacement de l'ampoule avec une rotation de celle-ci autour de son axe.

       *       *       *       *       *

LOCALISATION ANATOMIQUE.--Quel que soit le procd de localisation
employ, il risque d'tre insuffisant, s'il n'est pas accompagn de
renseignements d'ordre anatomique. Le chirurgien n'a pas uniquement
besoin de connatre la position gomtrique du projectile; il lui faut
savoir comment celui-ci est plac par rapport aux os et aux muscles
de la rgion. L'oprateur doit donc s'appliquer  le documenter aussi
compltement que possible.

L'examen radioscopique accompagn de dplacements de l'ampoule ou du
malade, permet  un radiologiste expriment de recueillir de nombreux
renseignements sur la situation du projectile. Par exemple, en examinant
le mouvement respiratoire des ctes, on se rend compte si un projectile
situ dans leur rgion se trouve en dehors ou en dedans du thorax. De
mme, en essayant-de mobiliser le projectile, on arrive quelquefois
 savoir qu'il se trouve dans tel muscle. Une connaissance srieuse
de l'anatomie est une condition importante de bon rendement pour le
travail du radiologiste. Dans les services radiologiques de guerre l'on
manquait souvent de mdecins radiologistes et le service tait alors
assur par un manipulateur; ceux d'entre eux qui avaient fait des tudes
de sciences naturelles ont t tout particulirement apprcis par les
chirurgiens,  qui ils pouvaient donner des indications efficaces.

_Observation stroscopique_.--Si le radiologiste est oblig d'avoir
recours  des procds varis pour connatre la position d'un
projectile, c'est que la simple vision de l'image radioscopique ou
radiographique ne peut le renseigner aussi compltement que le
pourrait la vision directe; l'avantage de cette dernire est d'utiliser
simultanment les deux yeux pour obtenir l'effet du relief. Un effort
trs ingnieux a t fait pour procurer le mme avantage au radiologiste.

Pour cela, on prend deux preuves de la rgion  radiographier, sur deux
plaques diffrentes, et avec deux positions diffrentes de l'ampoule
distantes de quelques centimtres. Ces clichs sont ensuite observs
dans un appareil spcial, nomm stroscope, qui fait voir l'un des
clichs directement, tandis que l'autre est vu par rflexion dans un
miroir; les deux images se superposent et donnent une impression de
relief tout  fait saisissante. On voit immdiatement quel parti on
peut tirer de ce mode d'observation qui est d'un grand secours pour
l'interprtation anatomique de l'examen radiologique. On peut, par ce
moyen, apprcier la position des projectiles par rapport aux os et
reconnatre les aspects compliqus de certaines fractures.

La radiographie stroscopique a t applique  quelques dispositifs
de localisation. On a aussi essay d'obtenir directement la vision
radioscopique en relief, par l'emploi de _deux ampoules_ comme sources
de rayons simultanes. On obtient ainsi des rsultats trs intressants,
mais l'appareillage, ncessairement plus compliqu, n'a pu encore tre
gnralis.

       *       *       *       *       *

COMPAS ET APPAREILS INDICATEURS.--Quand une localisation a t faite
par un bon spcialiste et que les renseignements anatomiques ont t
soigneusement consigns, l'extraction du projectile est, le plus
souvent, facile. Mais il subsiste toujours des cas, o le projectile ne
peut tre trouv facilement. Il en est ainsi quand le projectile est
trs petit ou quand il est englob dans des tissus au point d'chapper
au contact de la pince. Il en est encore ainsi quand il est profondment
enfonc dans les chairs et que, pendant l'opration, celles-ci se
dforment. Enfin, il en est toujours ainsi quand l'opration est
dangereuse et qu'elle risque de lser des lments vitaux. Aussi, bien
des chirurgiens sont heureux de pouvoir bnficier du secours d'un
appareil indicateur qui les guide pendant l'opration.

Parmi ces appareils, il faut signaler en premier lieu, les divers
_compas radiologiques_ munis d'une aiguille indicatrice. Quand
l'appareil a t rgl et appliqu sur le corps du bless, l'aiguille se
dirige vers le projectile qu'elle doit atteindre quand elle est enfonce
dans la plaie d'une quantit connue.

Avant la guerre, on connaissait dj le compas trs prcis du Dr
Hirtz utilisant une mthode radiographique d'image double[2].

[Illustration: PLANCHE XIV.--Plaque modle pour une extraction de
projectile au moyen du compas de Hirtz. On voit la double image du
projectile et de chacun des trois repres. On a effectu sur la figure
la construction qui dtermine les positions du projectile et des repres
en projection horizontale. (Cette plaque a t obligeamment prte par
M. le docteur Hirtz.)]

[Illustration: PLANCHE XV.--Compas de Hirtz en position
opratoire.--Compas de Debierne en position opratoire.]

De nombreux compas ont t invents et construits pendant la guerre[3].
Je ne pourrais songer  les dcrire tous. Ils ont tous pu rendre service
dans la main d'oprateurs habiles. J'ai eu  constater une illusion
frquente relative  l'amlioration des services de radiologie; elle
consistait  demander instamment tel compas, avec la conviction que, ds
le jour o le service en possderait un, les localisations deviendraient
parfaites. Certains semblaient croire  la vertu des compas souhaits
comme si ces appareils avaient pu effectuer la localisation par leurs
propres moyens. Il tait difficile quelquefois de faire comprendre aux
intresss qu'il fallait avant tout amliorer les connaissances de
l'oprateur en matire de radiologie.

En dehors des compas radiologiques, d'autres appareils indicateurs
eurent des succs plus ou moins prononcs. On utilisa des sondes faisant
partie d'un circuit tlphonique dans lequel un son se produisait quand
la sonde venait  toucher le projectile. On utilisa aussi des appareils
avertisseurs munis d'un tlphone actionn par une bobine dans laquelle
un courant d'induction se produisait  l'approche du projectile. Enfin,
on se servit beaucoup d'un appareil d  M. le Dr Bergoni,
appareil qui reut le nom d'_lectro-vibreur_, en raison de la curieuse
vibration excite dans un clat d'obus de fer, par l'approche d'une
bobine  noyau de fer parcourue par un courant alternatif. Cette
vibration permet au chirurgien de reconnatre au travers d'une certaine
paisseur de chair la prsence du projectile. On se servit aussi de
l'lectro-aimant, pour extraire de petits grains de fer situs dans des
organes dlicats tels que les yeux.

       *       *       *       *       *

OPRATION SOUS LE CONTRLE DES RAYONS.--La multiplicit mme des
appareils prcdemment cits prouve que l'on cherchait constamment 
augmenter la scurit des extractions de projectiles, et  s'affranchir
des difficults qui se rencontraient de temps en temps. C'est  ce dsir
qu'on doit attribuer l'extension progressive des mthodes d'opration
sous le contrle des rayons dites, plus brivement, oprations sous le
contrle.

Une opration sous le contrle peut tre faite de deux manires. Le
chirurgien peut oprer au grand jour, tant constamment guid par un
radiologiste qui observe au moyen d'une bonnette (voir p. 56); ou
bien, au contraire, l'opration est faite  une faible lumire rouge
ou violette que l'on supprime de temps en temps pour permettre au
chirurgien, assist du radiologiste, d'examiner lui-mme sur l'cran
la rgion qu'il opre. Dans les deux cas, le contrle doit tre
_intermittent_, c'est--dire que les rayons ne doivent tre donns
que pendant de courts intervalles de temps, entre lesquels peut se
poursuivre le travail chirurgical  l'aide des renseignements obtenus;
on vite ainsi la dtrioration de l'ampoule, et le danger des rayons
pour l'oprateur se trouve attnu.

La mthode d'opration sous le contrle est applicable, comme nous
l'avons dj vu plus haut,  la rduction des fractures; mais elle
a t principalement employe pour l'extraction des projectiles.
Elle a trouv,  ce point de vue, des adhrents enthousiastes et a,
d'ailleurs, rendu des services incontestables.

Examinons, toutefois, les conditions d'application de cette mthode, ses
avantages et ses inconvnients.

L'opration sous contrle consiste  observer sur l'cran un projectile
dont la position est connue par une localisation pralable. En mme
temps on fait pntrer dans la plaie une pince coude destine  saisir
le projectile. Quand l'ombre de l'extrmit de cette pince s'aperoit
sur l'cran au contact du projectile, cette extrmit peut cependant
tre plus haut ou plus bas que celui-ci, ce dont on s'assure en
dplaant l'ampoule; les deux ombres se sparent si le contact n'existe
pas effectivement, elles restent superposes, si la pince est au but.
De plus, d'aprs le dplacement relatif des deux ombres, on peut juger
si la pince doit tre remonte ou descendue. Ainsi guid, le chirurgien
arrive rapidement  amener la pince sur le projectile et il ne reste
plus qu' extraire celui-ci de la plaie. Si l'opration est conduite
correctement, le dlabrement est rduit au minimum et le travail peut
tre fait dans un champ de vision restreint, limit par l'ouverture
du diaphragme, de sorte que le chirurgien et le radiologiste ne sont
exposs aux rayons que dans une faible mesure, surtout s'ils ont soin de
couper les rayons pendant chaque instant de travail o la vision n'est
pas indispensable (contrle intermittent).

Remarquons cependant que malgr l'observation la plus stricte des
conditions indiques et malgr l'emploi de moyens de protection dont
je parlerai plus loin, le danger de l'absorption de rayons par les
oprateurs ne se trouve pas supprim, mais seulement attnu. Quand on
fait un grand nombre d'oprations par jour et que l'on n'observe pas
les prcautions avec assez de soin, ce danger devient trs srieux. De
plus, l'emploi d'oprations sous le contrle comporte encore un autre
inconvnient: la prsence dans la salle d'opration de l'appareillage
radiologique qui ne se prte pas  la strilisation complte demande
par la technique opratoire moderne. Enfin, dans le cas o le chirurgien
tient  observer lui-mme, l'opration chirurgicale est faite  l'aide
d'un clairage trs prcaire, rouge ou bleu, alors que, cependant, on
peut affirmer, en gnral, qu'une salle d'opration n'est jamais trop
bien claire.

Eu gard  ces inconvnients, il y a lieu de se demander dans quelle
mesure la grande vogue des oprations sous le contrle est justifie par
l'utilit de la mthode.

On peut remarquer, tout d'abord, que, dans bien des cas, les chirurgiens
ont t pousss vers les oprations sous le contrle par les dboires
qu'ils avaient eu dans la recherche de projectiles et par la dfiance
qu'ils ont conue  l'gard des mthodes de localisation, pratiques
dans leur service. Les conversations que l'on pouvait avoir  ce
sujet avec des chirurgiens, prouvaient, dans bien des cas, qu'ayant
t frquemment mal renseigns, ils ne croyaient gure  la valeur
des renseignements qu'on leur offrait. Si alors, pour la premire
fois, ils se trouvaient en relation avec quelque personne capable
de localiser exactement un projectile et de leur en expliquer la
position, les premiers succs obtenus leur paraissaient tenir du
miracle, et le scepticisme cdait  la confiance la plus complte.
Mais si cet vnement tardait  se produire, plus d'un chirurgien se
disait, qu'aprs tout, s'il pouvait _voir_ le projectile, il saurait
bien le prendre avec sa pince. Ainsi ont dbut de nombreux essais
d'oprations sous le contrle, mais le raisonnement qui y a conduit,
quoique plausible en apparence, tait insuffisant pour assurer une bonne
excution.

Il n'tait pas rare, en effet, de voir des oprations sous le contrle
faites sans localisation srieuse pralable, sans l'emploi du
dplacement d'ampoule et  diaphragme grand ouvert, sans autre guide que
l'ombre du projectile et de la pince sur l'cran radioscopique. Dans
ces conditions, on trouve le projectile, parfois mme trs vite, si
celui-ci est situ  une faible profondeur, si on peut le mobiliser avec
les doigts ou s'il est facilement atteint par la voie du trajet. Mais si
les conditions sont plus difficiles, la recherche devient une question
de chance, elle est quelquefois d'autant plus dcevante que le but reste
constamment visible; et pendant que la recherche se prolonge, les rayons
inondent les mains et la figure de l'oprateur, ainsi que le corps du
malade. On pourrait citer de frquents exemples de ces oprations mal
conduites; entre autres, le cas d'un bless ayant une plaie  l'paule,
 qui l'on fit une entaille considrable sur la face antrieure; ne
trouvant pas le projectile, on le chercha du ct de la face postrieure
avec non moins de dlabrement et tout aussi peu de succs, aprs quoi
la recherche dt tre abandonne; le projectile se trouvait dans la
tte de l'humrus, rsultat que l'on aurait pu prvoir  l'aide d'une
localisation pralable faite avec quelque soin.

On peut donc dire qu'il y a un danger rel  pratiquer l'opration sous
le contrle sans les garanties qu'elle exige.

Quand toutes ces garanties sont acquises et que l'opration est conduite
d'une manire irrprochable, l'avantage de la mthode n'est pas encore
ncessairement vident. Il est vrai que la plupart des projectiles
peuvent tre extraits trs rapidement sous le contrle avec un
dlabrement minime; mais ce rsultat est tout aussi bien obtenu dans des
oprations ordinaires faites d'aprs de bonnes localisations. Y a-t-il
donc des cas o l'opration sous le contrle bnficie d'une supriorit
relle?

Il ne parat pas douteux que de tels cas existent effectivement, et
l'on peut citer en premier lieu les oprations faites en trs grand
nombre dans les hpitaux du front pendant les jours de batailles, o il
importe de ne point perdre une minute. La radioscopie peut alors tre
immdiatement suivie de l'extraction sous le contrle, et les blessures
tant trs rcentes, une localisation trs sommaire est gnralement
suffisante pour que la pince aille cueillir le projectile, quelquefois
en moins d'une minute. Mais mme en dehors de ces terribles journes
d'hcatombes, l'opration sous le contrle doit tre considre comme
une mthode de secours, applicable  tous les cas o un insuccs est
 craindre, et, de plus, particulirement dsigne dans certaines
circonstances. Elle seule permet de mener  bien l'extraction de
nombreux clats qui se trouvent parfois dans la mme plaie et qu'il est
presque impossible de localiser et de marquer individuellement. Elle
est aussi trs indique pour la recherche de projectiles susceptibles
de se dplacer dans les tissus; elle a t applique avec succs 
l'extraction de ceux situs dans les poumons. Il est utile aussi
d'avoir recours  cette mthode quand le projectile situ dans une
rgion tendue de chairs, par exemple, dans les muscles du haut de la
cuisse, ne peut tre localis avec une grande prcision, eu gard 
la dformation des chairs, et se trouve cependant  une assez grande
profondeur, de sorte que sa recherche prsente des difficults.

Au total, la mthode d'opration sous le contrle est trs prcieuse
dans bien des cas, sans qu'il paraisse ncessaire d'en prconiser
l'emploi exclusif.

       *       *       *       *       *

DANGER DES RAYONS X ET DISPOSITIFS DE PROTECTION.--Les rayons X qui
nous rendent des services si prcieux sont loin d'tre inoffensifs, et
c'est  leurs dpens que ceux qui les ont manis en premier lieu ont
expriment leurs effets physiologiques. Ces rayons agissent sur les
tissus du corps humain, plus particulirement sur la peau. Absorbs
 forte dose ils provoquent des affections dites radiodermites qui
se manifestent  la manire de brlures. Cependant, la personne qui
reoit les rayons ne ressent aucune douleur qui puisse l'avertir qu'elle
est expose  un effet nocif. De plus, la radiodermite n'apparat pas
aussitt que cet effet a t produit, mais seulement quelque temps
aprs, subissant en quelque sorte une priode d'incubation d'autant
plus courte que l'effet a t plus profond. Les radiodermites gurissent
d'autant plus difficilement que l'action des rayons a t plus intense
et plus prolonge; elles peuvent tre incurables et ont, dans un certain
nombre de cas, provoqu la gangrne et la mort.

Il est donc trs important de connatre exactement le danger, afin d'en
prserver les oprateurs et les malades, sans renoncer aux bienfaits de
la radiologie. La scurit est obtenue, d'une part, grce  l'emploi
d'appareils de protection, d'autre part, grce  une srie de rgles que
l'on doit s'imposer quand on manipule les ravons.

Toute matire  fort poids atomique est opaque aux rayons X et peut
protger contre ces rayons; le plomb est particulirement utilis 
ce point de vue;  l'aide de feuilles de plomb et de sels de plomb on
prpare des crans protecteurs et des tissus opaques. L'ampoule est
place dans une cupule opaque, munie d'un diaphragme galement opaque,
de sorte que les rayons ne s'chappent gure que par l'ouverture du
diaphragme. L'oprateur dispose d'un tablier opaque pour la protection
de son corps, de lunettes opaques aux rayons (mais transparentes  la
lumire) et de gants opaques pour la protection des yeux et des mains.
Enfin l'cran radioscopique est recouvert d'une glace paisse en
cristal, opaque aux rayons X parce que contenant des sels de plomb[4].

En ce qui concerne la salle de radiologie, il y a lieu de remarquer que
les dimensions de celle-ci ont une importance trs relle. Les parois de
la salle qui reoivent les rayons X diffusent ceux-ci et les renvoient 
l'tat de _rayons secondaires_. Ces rayons sont d'autant plus nuisibles
que les parois sont plus rapproches; de sorte que dans une petite
pice, l'oprateur est plong dans un bain de rayons de faible intensit
dont l'effet prolong peut cependant devenir nuisible. L'opacit de la
cupule et du diaphragme est, en effet, relative; une faible fraction du
rayonnement traverse ces appareils auxquels on ne peut donner un poids
trop considrable; l'effet des rayons qui les traversent est accru par
la diffusion sur les parois de la pice,  moins que celle-ci n'ait des
dimensions assez vastes.

Examinons maintenant quelles sont les conditions de travail qui offrent
le moins de danger. On peut dire, que, sauf exceptions, la radiographie
n'est  craindre ni pour le malade ni pour l'oprateur. A condition de
russir les preuves et de ne point s'obstiner  recommencer plusieurs
fois de suite un clich manqu, on ne risque point de donner pour la
radiographie une dose de rayons exagre. D'autre part, l'oprateur
qui a rgl les appareils pour l'obtention du clich, peut se tenir 
distance de l'ampoule quand celle-ci est en fonctionnement; il ne reoit
presque pas de rayons directs et si la pice est assez grande, il n'a
pas  craindre les rayons diffuss.

Le cas de la radioscopie est tout  fait diffrent, et c'est elle qui
a occasionn jusqu'ici presque toutes les radiodermites. L'oprateur,
pench sur l'cran, cherche  distinguer les dtails qui l'intressent;
il oublie facilement le temps et prolonge l'observation; il oublie aussi
les prcautions ncessaires, rejette le gant de protection rigide,
manipule les accessoires avec la main nue, se sert de ses doigts pour
indiquer  quelque autre personne les dtails du champ de vision.
Comme rsultat, le malade est expos au danger, et l'observateur
l'est encore bien davantage s'il lui arrive de faire de nombreux
examens radioscopiques pendant quelque temps. C'est donc seulement en
s'obligeant  observer des rgles trs strictes que l'oprateur peut
chapper aux dangers de la radioscopie.

Ces rgles sont trs simples, d'ailleurs. Elles consistent  ne jamais
donner les rayons un instant de plus qu'il n'est indispensable et  ne
jamais s'exposer aux rayons directs. L'oprateur doit donc s'adapter 
la vision radioscopique par un sjour dans l'obscurit, ensuite donner
les rayons par intermittence, les coupant pendant chaque manoeuvre pour
laquelle ils ne sont pas ncessaires. Il doit trouver rapidement 
diaphragme ouvert la rgion  examiner, et rduire aussitt le champ
de vision autant qu'il est possible. Pour examiner, il peut viter de
recevoir les rayons dans les yeux et placer ceux-ci un peu en dehors
du faisceau. Toute manipulation doit tre faite  l'aide d'outils
convenables, sans que les mains pntrent dans le champ des rayons,
 moins d'tre suffisamment protges; _l'oprateur ne doit jamais
apercevoir l'ombre de ses mains nues sur l'cran._

De cette manire, on peut rduire considrablement le danger de
radiodermite, qui pendant la guerre a t une menace srieuse aussi
bien pour les radiologistes que pour les chirurgiens oprant sous le
contrle. Cependant ce danger subsiste dans une certaine mesure pour
tous ceux qui pratiquent la radioscopie d'une manire trs continue.
Il tait difficile d'viter l'abus de travail radioscopique pendant
la guerre, mais en temps de paix aucune organisation rationnelle ne
doit imposer ni tolrer des abus de ce genre; la radioscopie ne doit
tre pratique qu'en quantit limite et avec une intensit de rayons
limite. Avec une bonne adaptation, une intensit de 2  3 milliampres
dans l'ampoule sur une diffrence de potentiel d'environ 50.000 volts
est, en gnral, suffisante.

Le malade reoit ncessairement les rayons directs; on doit donc
seulement veiller a ne point en abuser. Une cause d'abus frquente
est la prsence de plusieurs personnes qui se communiquent leurs
observations. C'est une question de conscience que de limiter l'examen
au strict ncessaire. Le malade n'est averti du danger par aucune
douleur, c'est donc  l'oprateur  songer  le mnager.

Les blesss de guerre qui n'avaient encore jamais t soumis  l'examen
radiologique, craignaient, en gnral, cet examen et demandaient si on
les ferait souffrir. Il fallait parfois les rassurer et leur promettre
qu'ils ne souffriraient pas plus que d'une photographie. Plus tard,
quand l'usage de la radiologie ft gnralis, beaucoup d'entre eux
taient dj familiariss avec les rayons. Pourtant, jusqu' la fin de
la guerre, il m'est arriv de voir des soldats blesss qui n'avaient
encore jamais subi d'examen radiologique et qui demandaient avec
inquitude ce qu'ils avaient  craindre de ces appareils  l'aspect
inusit.


[Footnote 1: Tel est le cas de la fracture dite des chauffeurs;
fracture du poignet par retour de manivelle.]

[Footnote 2: Sur la mme plaque, on obtenait deux preuves pour deux
positions de l'ampoule au-dessus de la table d'opration. Les pieds
des verticales abaisses sur la plaque de chacune des deux positions
du foyer de l'ampoule, taient marqus par des repres reproduits dans
la radiographie. De plus, on avait soin de radiographier sur la mme
plaque trois repres placs en des points marqus sur la peau, choisis
de prfrence sur des saillies osseuses. La plaque dveloppe offre
deux images du projectile et deux images de chacun des trois repres.
Par une construction gomtrique simple, on dtermine sur la plaque la
projection horizontale du projectile et de chaque repre. On calcule
ensuite par le dplacement de chaque image, la hauteur du projectile et
de chaque repre au-dessus de la plaque. On peut alors rgler le compas
de manire que ses trois pointes reposent sur les trois repres et
qu'une aiguille indicatrice se dirige vers le projectile. La planche XIV
reprsente un clich Hirtz avec la construction gomtrique. L'image du
compas est vue dans la planche XV.]

[Footnote 3: Au-dessous du compas de Hirtz on voit dans la planche XV
l'image d'un compas trs simple destin  oprer par la radioscopie et
plus spcialement par la mthode des axes. Il est construit et rgl de
telle manire que quand deux pointes A et B reposent sur les extrmits
d'un des axes, l'aiguille se dirige vers le projectile (compas
Debierne).]

[Footnote 4: La protection peut tre rendue encore plus efficace,
dans certains cas, grce  des dispositifs spciaux. Ainsi, en vue
d'oprations sous le contrle, l'ampoule est parfois place dans une
bote  paroi de plomb, munie d'un orifice pour la sortie des rayons.]




V

PERSONNEL RADIOLOGIQUE


Je crois avoir fait comprendre dans les chapitres prcdents la valeur
des mthodes de la radiologie de guerre. J'ai expos aussi le rle de
l'outillage ncessaire pour l'application de ces mthodes. Il convient
maintenant d'aborder une question d'importance fondamentale, qui est
celle du personnel radiologique.

Quelle que soit la valeur de l'appareillage et des mthodes, c'est
du personnel charg de leur utilisation que dpend, en dfinitive,
le rendement efficace. L'appareillage radiologique doit tre mani
par des mains expertes, et les mthodes doivent tre appliques avec
intelligence; sinon, les rsultats ne rpondent, en aucune manire, au
but  atteindre. Autrement dit, la radiologie est un mtier, que l'on ne
peut exercer sans l'avoir appris.

Le personnel radiologique, proprement dit, comprend les mdecins
radiologistes et les manipulateurs. De plus, il convient d'insister sur
le rle du chirurgien et sur la ncessit d'une collaboration troite
entre le chirurgien et le radiologiste.

Au dbut de la guerre, les conditions relatives au personnel taient
aussi prcaires que celles concernant l'appareillage. Il y avait 
Paris et dans les autres grandes villes de France un certain nombre de
mdecins radiologistes parmi lesquels des spcialistes trs comptents.
Ceux-ci n'auraient pu, en aucun cas, former un contingent suffisant pour
les besoins, mais comme, de plus, ces besoins n'avaient pas t prvus,
ils furent, pour la plupart, mobiliss dans des services sans rapport
avec leur spcialit. Quelques-uns seulement furent affects, ds le
dbut, aux voitures radiologiques ou aux Services centraux; les autres
ne retrouvrent que plus tard une affectation conforme  leurs aptitudes.

Il n'existait pour les mdecins radiologistes aucun entranement les
initiant au Service radiologique pratiqu dans les conditions spciales
cres par la guerre. Un tel entranement aurait pu tre prvu par le
Service de Sant militaire. On peut aussi concevoir que si la France et
possd dj une organisation de radiologie pour la campagne et pour les
centres d'usines, on aurait pu tout naturellement disposer d'un certain
nombre de mdecins radiologistes trs habitus  travailler dans des
circonstances varies et capables de faire face aux difficults de la
situation nouvelle.

Il y a en effet, une grande diffrence entre le travail du mdecin
radiologiste dans une ville, avec un appareillage install  poste fixe
et,  proximit, des constructeurs ou des ingnieurs toujours prts 
rectifier un dfaut de fonctionnement,--et le travail sur une voiture
radiologique, ou mme avec un appareil fixe, dans un coin retir o
l'on ne peut esprer aucune aide d'un autre que de soi-mme. On voit
immdiatement qu'il faut, pour russir, une relle connaissance des
appareils, de leur manipulation, de leur rglage,--ainsi qu'une facult
d'initiative pratique qui n'accompagne pas toujours la comptence. Ces
qualits pratiques et efficaces ont grandement fait dfaut au dbut de
la guerre, tandis qu'au point de vue purement technique, ce qui a le
plus manqu, c'tait l'habitude de la radioscopie et la connaissance
des principes de localisation. On rencontrait aux hpitaux des mdecins
radiologistes trs familiers avec la radiographie, mais n'ayant jamais
fait une radioscopie, ne pouvant ni rgler ni faire fonctionner sans
aide l'appareil dont ils devaient se servir et ne connaissant aucun
procd de localisation. Il est juste de dire que, l comme ailleurs,
l'effort individuel suppla souvent au manque de prparation; beaucoup
de mdecins surent acqurir les connaissances qui leur manquaient et
perfectionner leur technique.

Si le personnel mdical tait insuffisant et, pour une part,
insuffisamment prpar, le personnel subalterne de manipulateurs
n'tait gure constitu. Le manipulateur est l'aide qui fait fonctionner
les appareils pour le mdecin radiologiste; c'est lui qui entretient
l'appareillage en bon tat, dveloppe les plaques, manipule le
porte-ampoule, rpare les dfauts de l'installation lectrique. Son rle
est, en principe, celui d'un ingnieur technicien; quand il est affect
 un poste mobile, il doit, comme le mdecin, tre particulirement
actif, habile et dbrouillard.

Une confusion s'est d'ailleurs introduite, ds le dbut, dans la
conception du rle des manipulateurs. Il a fallu en donner, tout
d'abord, aux mdecins chargs des voitures et aux services principaux.
Or, le personnel disponible se rduisait  un petit nombre d'infirmiers
militaires ayant quelque connaissance des appareils. On chercha donc
d'urgence les manipulateurs indispensables et on en trouva parmi les
ingnieurs et les professeurs mobiliss dont quelques-uns taient
au courant de la technique, tandis que d'autres purent l'assimiler
rapidement, grce  leur instruction adquate. C'est ainsi que les
meilleurs manipulateurs furent dsigns, pour la plupart, sur les
indications. fournies par le Patronage National des blesss: des
physiciens qui, en territoriaux, gardaient les ponts et les voies
furent achemins dans les laboratoires de radiologie ou affects aux
voitures. Parmi ces hommes de haute culture, anims d'un grand dsir
d'tre utiles, beaucoup devinrent des oprateurs de premier ordre et
s'appliqurent  acqurir la technique de la radiologie de guerre,
tout en compltant leurs connaissances en anatomie. Et bien qu'en
principe, ils n'eussent jamais d oprer autrement qu'en aidant les
mdecins radiologistes, nanmoins en pratique, devant la pnurie de ces
derniers, ils ont souvent t seuls  assurer le service radiologique
d'une formation sanitaire, cette charge leur ayant t confie par le
chirurgien ou le mdecin chef qui avaient apprci la valeur de leur
collaboration.

De mme, entre les manipulateurs affects aux voitures radiologiques et
les mdecins chargs de celles-ci, il s'tablit dans certains cas, une
collaboration si troite, qu'en cas de travail extrmement soutenu, le
service tait assur totalement et alternativement par chacun d'eux.

On voit, par ces exemples, comment le rle du manipulateur, dans le
cas de la radiologie de guerre, a pu subir une extension qui allait
parfois jusqu' une indpendance de travail presque entire. Cet tat
des choses qui et t entirement anormal en temps de paix, tait li
aux conditions dans lesquelles les mdecins chefs des hpitaux et les
chirurgiens sont entrs en relation avec la radiologie. Ceux-ci, tout au
dbut de la guerre, n'avaient, en gnral, qu'une confiance trs limite
dans l'utilit de la radiologie. Parfois, ils en refusaient ouvertement
le secours, par crainte d'encombrement et de perte de temps. Le plus
souvent, ils la considraient comme applicable dans les grands centres
seulement,  l'arrire du front, conformment  l'opinion adopte alors
par la Direction du Service de Sant.

Il ne suffisait pas,  cette poque, d'offrir l'appareillage
radiologique aux hpitaux: toute une ducation tait  faire. Dans des
hpitaux du front surchargs de blesss, tel chef de service n'acceptait
pas l'installation de rayons X, parce qu'il la considrait comme un luxe
et parce qu'il n'en ralisait pas l'efficacit bienfaisante.

Pour peu qu'au premier essai d'adjonction d'un service radiologique 
une formation les rsultats se soient montrs mdiocres, le scepticisme
se trouvait augment. Si, au contraire, quelque oprateur actif et
intelligent, tantt un mdecin, tantt un manipulateur, tantt quelque
particulier civil, professeur, ingnieur, pharmacien, lve d'une cole
suprieure,--russissait  rendre quelques services rels au moyen d'un
appareil radiologique parfois bricol  grand'peine avec des lments
disparates,--aussitt la confiance la plus complte venait remplacer
les prventions ultrieures. Ds lors, l'avenir de la radiologie tait
assur dans cette formation,  condition de bnficier des services
de celui qui en avait fait reconnatre les bienfaits; tout changement
paraissait devoir tre funeste au fonctionnement du nouveau service.
C'est seulement avec le temps et avec le dveloppement des comptences
que ce point de vue trs particulier fut peu  peu abandonn et que
commencrent  se faire sentir les effets d'une organisation centrale
qui se constituait peu  peu  la Direction du Service de Sant.

J'tais moi-mme charge de la direction du Service radiologique de la
Croix Rouge (U.F.F.), et j'avais, de plus, assum auprs du Patronage
National des Blesss, la tche d'tablir, aux frais de cette OEuvre, des
installations radiologiques, partout o il y en avait un besoin urgent.
A ce double titre, j'ai pris part  l'effort des premires annes et
j'ai accompli, dans ce but, de nombreux voyages, transportant presque
toujours du matriel radiologique, soit en voiture, soit en chemin de
fer. Ces voyages comportaient gnralement l'installation provisoire
ou dfinitive d'appareils et l'examen des blesss de la rgion. Mais
ils permettaient, de plus, d'acqurir une documentation sur les besoins
les plus urgents de la rgion considre et sur les moyens propres 
amliorer la situation.

Il tait facile de constater, en particulier, que le personnel comptent
faisait presque toujours dfaut. Il fallait faire par ses propres moyens
l'installation des appareils et quand celle-ci venait d'tre tablie,
il tait presque toujours ncessaire d'en expliquer le fonctionnement
dans tous les dtails soit au mdecin soit  quelque manipulateur de
bonne volont et d'intelligence vive qui, au prix d'un travail intensif,
assimilait rapidement cette technique nouvelle pour lui.

Au cours de ces voyages j'ai t trs frappe de l'admiration que les
mdecins et les chirurgiens des hpitaux, manifestaient frquemment
pour la vision radioscopique que pouvaient leur offrir les appareils
mis  leur disposition. Plusieurs d'entre eux affirmaient qu'ils
n'avaient jamais aussi bien vu, et que l'appareillage devait tre
exceptionnellement parfait. Or les appareils, quoique effectivement
bons, taient d'un type normal, et la facilit de vision ne tenait qu'au
rglage qui pouvait tre ralis par toute personne bien au courant des
appareils, tandis que, dans la rgion, on n'avait vu jusque-l que
des appareils en fonctionnement dfectueux, manis par des personnes
insuffisamment documentes. Par exemple, dans une localit importante,
o je m'tais rendue pour installer un appareil, le service avait t
fait jusque-l par une voiture radiologique, dirige par un mdecin qui
n'employait jamais de soupapes; l'ampoule fonctionnait donc dans de
mauvaises conditions et l'on ne pouvait rien voir  la radioscopie. Il
m'arrivait aussi d'tre appele d'urgence dans quelque localit isole
pour remdier au mauvais fonctionnement d'un des appareils radiologiques
du Patronage; il suffisait parfois de manipuler l'appareil pendant une
heure pour rtablir le fonctionnement normal; seul, le rglage faisait
dfaut, alors qu'on croyait le transformateur perc et l'ampoule
dtriore.

On peut donner des exemples analogues, en ce qui concerne la pratique
des localisations. Une manipulatrice, place depuis peu de temps dans
un hpital, ayant localis un clat d'obus qui avait travers en le
broyant le fmur d'une cuisse, le chirurgien qui avait eu  se plaindre
de son radiologiste prcdent, ne voulut point chercher l'clat d'obus
du ct o on le lui avait indiqu comme accessible, mais le chercha
d'abord du ct de la plaie. Ne le trouvant point, il se dcida  faire
l'exploration de la rgion indique par l'examen radiologique et retira
aussitt le projectile. Il ne fit aucune difficult pour reconnatre que
s'il n'avait pas suivi l'indication, c'est qu'il n'avait accord aucune
confiance  la localisation; par contre, depuis cet vnement, il se
montra aussi confiant qu'il avait t prvenu prcdemment.

On peut dire, d'une manire gnrale, que dans les premiers temps, les
chirurgiens qui trouvaient un projectile dans la position exacte o il
avait t localis, manifestaient un tonnement et une admiration, comme
 la vue d'un miracle. Il n'est pas douteux que ce ne ft l un rsultat
du manque gnral de comptence et d'adaptation, et cet tat de choses
ne cessa qu'avec l'extension de la radiologie et l'tablissement d'une
collaboration entre les radiologistes et les chirurgiens.

Signalons enfin, que si un manipulateur n'ayant pas fait d'tudes
mdicales, ne peut et ne doit pas remplacer un mdecin, nanmoins,
dans le cas spcial de la radiologie de guerre la collaboration entre
un manipulateur et un chirurgien, tous les deux intelligents et
habiles, pouvait suffire pour les besoins du service. Les oprations
radiologiques  effectuer avaient souvent un caractre principalement
gomtrique, tandis que dans la radiologie du temps de paix le
radio-diagnostic mdical joue un rle prpondrant.

L'extension constante des services radiologiques pendant la guerre
exigeant imprieusement une formation de personnel correspondant, un
enseignement pour les mdecins radiologistes fut cr  l'hpital
militaire du Val-de-Grce sous la direction de M. le Dr
Bclre. Le nombre de mdecins, qui suivirent cet enseignement et
reurent des affectations aux services radiologiques de guerre, fut
environ 300; n'tant pas en nombre suffisant pour suffire  tous les
besoins, ils furent, en gnral, envoys aux armes.

Une cole de manipulateurs fut galement cre par le Service de Sant;
y taient admis seulement des mobiliss appartenant  des classes
relativement anciennes. Le recrutement laissait, en gnral,  dsirer,
en ce qui concerne les aptitudes ncessaires pour recevoir cette
instruction spciale. L'cole forma quelques centaines de manipulateurs
tous utiliss dans les services radiologiques des armes et du
territoire.

Malgr ces mesures, la pnurie de personnel restait extrme et l'on
ne pouvait satisfaire aux besoins. Ayant pu me rendre compte de cette
insuffisance qui menaait de rendre inefficace l'extension des services
radiologiques et la cration de postes nouveaux, j'offris au Service
de Sant de crer  l'Institut du Radium une cole de manipulatrices
choisies parmi les jeunes filles ou jeunes femmes reconnues aptes 
assurer ce service aprs avoir reu une instruction convenable. Cette
proposition fut accepte, et l'cole fut organise, en relation avec
un enseignement pour les infirmires militaires qui fut tabli en mme
temps  l'hpital Edith Cavell, sous la direction de la regrette
Mme Girard-Mangin, Docteur en Mdecine.

L'enseignement tait donn par sries comprenant chacune environ
20 lves. En raison de l'urgence des besoins, la dure des cours
d'une srie tait limite  six semaines ou deux mois. En revanche,
l'enseignement tait trs intensif, les lves tant occupes pendant
toute la journe. L'enseignement comportait une partie thorique,
comprenant les notions lmentaires indispensables (lectricit, courant
lectrique, mesures de courant et de potentiel, phnomnes d'induction,
appareillage radiologique, thorie du fonctionnement des ampoules et des
soupapes, mthodes d'observation radioscopiques et radiographiques).
La partie pratique de l'enseignement consistait en manipulations qui
familiarisaient les lves avec tous les dtails du service radiologique
dont le principe tait expos dans le cours thorique.

En outre, un enseignement lmentaire d'anatomie et de lectures de
clichs radiographiques tait adjoint  l'enseignement technique.

Le recrutement tait assez vari. L'Ecole recevait les infirmires
militaires dont la demande d'admission avait t approuve par leurs
chefs de service; elle accueillait galement des infirmires de Croix
Rouge envoyes par la Socit dont elles faisaient partie. Enfin, un
appel fut fait  des jeunes filles ou jeunes femmes qui pouvaient,
sans tre infirmires, suivre les cours pour devenir manipulatrices de
radiologie dans les hpitaux militaires. Le niveau des connaissances
des candidates n'tait pas uniforme; toutefois, un nombre assez grand
d'entre elles possdaient une instruction assez solide, primaire ou mme
secondaire.

On pouvait se demander ce qu'il serait possible d'obtenir d'un
enseignement technique trs spcial et comprenant des notions
scientifiques assez dlicates et difficiles, cet enseignement
s'adressant  des lves d'un niveau atteignant rarement celui du
baccalaurat ou du brevet suprieur. L'exprience montra que, 
condition de donner  l'enseignement une forme trs pratique, on peut
adapter les notions essentielles de manire  les rendre parfaitement
assimilables pour les lves auxquelles elles s'adressent. Celles-ci
en tirent, d'ailleurs, un profit proportionnel  leur instruction et 
leurs capacits.

L'cole eut un succs presque inespr et forma depuis l'anne 1917
jusqu' la fin de la guerre environ 150 manipulatrices qui reurent des
affectations immdiates, principalement dans les Services du territoire;
quelques-unes, cependant, obtinrent sur leur demande des affectations
aux services des armes. Elles donnrent, en gnral, toute satisfaction
par leur travail. Quelques-unes se trouvrent mme obliges d'assurer un
service radiologique en l'absence de mdecins radiologistes, et firent
face  cette tche avec un effort si consciencieux qu'elles mritrent
l'approbation et la confiance entire de leurs chefs de service.

L'exprience ainsi faite semble trs concluante. Il n'est pas douteux
que le mtier de manipulatrice en radiologie convient parfaitement
bien  des femmes d'instruction moyenne,  condition qu'elles aient de
l'intelligence, de l'activit et une certaine capacit de dvouement
indispensable dans les relations avec les malades.

Encourage par les rsultats obtenus, la Direction du Service de Sant
a dcid la continuation de l'enseignement aprs la guerre, afin de
pouvoir disposer d'un personnel de manipulatrices pour le service
de radiologie des hpitaux militaires en temps de paix. Ce service,
considrablement rduit par rapport aux services de guerre, est
cependant beaucoup plus important que celui d'avant-guerre, par suite
de la conception nouvelle du rle de la radiologie sur laquelle je
reviendrai plus loin. Par un accord tabli avec le Service de Sant,
l'Ecole de Radiologie des manipulatrices continue  fonctionner
provisoirement  l'Institut du Radium. La planche XVI reprsente l'une
des salles de travail de l'Ecole.

[Illustration: PLANCHE XVI.--Salle de travail  l'cole des
manipulatrices en radiologie.]




VI

RENDEMENT ET RSULTATS


Nous avons pu nous rendre compte par l'ensemble des chapitres
prcdents, combien l'effort d'adaptation des services radiologiques
aux besoins de la guerre a t considrable. Il est rconfortant de
constater que cet effort n'a pas t vain. Ses rsultats se traduisent
par la conservation de la vie ou de la capacit de travail  un trs
grand nombre de blesss et, de plus, par une ducation gnrale qui
a permis d'assigner  la radiologie, en tant que moyen de diagnostic
mdical, une place conforme aux services qu'elle est susceptible de
rendre, non seulement en temps de guerre mais aussi en temps de paix.

On peut estimer qu'au cours de la guerre, les services radiologiques,
si prcaires au dbut de celle-ci, ont pris une extension considrable.
Sans doute, l'organisation pouvait encore prsenter des lacunes, et
comme toute oeuvre humaine, elle tait susceptible de perfectionnements
constants; mais le tableau gnral tait en opposition bien frappante
avec la triste situation de la premire anne de guerre.

Au dbut, quelques installations radiologiques  peine,--personnel
compos d'un petit nombre de spcialistes dont les services n'ont mme
pas t utiliss,--ignorance gnrale relativement  l'emploi de la
radiologie,--efforts isols et souvent peu efficaces pour en rpandre
la pratique; et, comme consquence de cet tat de choses, manque des
renseignements les plus indispensables pour soigner les blesss dont le
nombre avait dpass toutes prvisions.

A cette poque, un bless n'tait _jamais_ examin  l'aide de rayons
X dans les premiers jours qui avaient suivi la blessure; il tait donc
_toujours_ opr et transport dans des conditions o le hasard jouait
un rle prpondrant. Combien de blesss furent vacus avec une lsion
qui imposait le repos mais qui est reste ignore; combien d'autres
prirent d'infections que l'on aurait pu viter  l'aide d'une opration
faite  temps avec le concours de l'examen radiologique; combien furent
amputs pour des raisons analogues; combien furent oprs plusieurs
fois sans succs par dfaut d'examen, et durent sjourner pendant de
nombreux mois dans les hpitaux; combien contractrent des infirmits
qui auraient pu tre empches par des soins plus clairs.

Toute personne qui a pu apprcier la rapidit presque merveilleuse avec
laquelle se reconstitue la sant chez des hommes jeunes, ds que la
cause qui entretient la lsion a disparu,--ne peut manquer d'prouver
un regret profond, en pensant  toutes les vies sacrifies en pure
perte et  toutes les capacits de travail dfinitivement compromises,
pour n'avoir pu  temps extraire des corps trangers souills ou
dangereusement situs, ou bien pour n'avoir pas eu de renseignements
suffisants sur les dtails d'une fracture.

Cet tat de choses lamentable a subi progressivement une modification
complte. Le Service de Sant aid par l'initiative prive, put doter
ses formations sanitaires d'appareillages radiologiques. Les postes
fixes, les postes demi-fixes et les voitures se sont multiplis. Vers
la fin de la guerre, toute formation importante possdait non plus un
appareillage, mais un nombre d'appareils proportionn aux services
qui lui taient demands. C'est ainsi que lors de la bataille de la
Somme les grands hpitaux d'vacuation construits spcialement en
vue de batailles dans cette rgion, utilisaient chacun plusieurs
appareils desservis par des quipes de mdecins et de manipulateurs et
fonctionnant, en cas de besoin, d'une manire continue. Chaque poste
avait  sa disposition un matriel suffisant en ampoules, soupapes,
crans, plaques et accessoires divers. Les hpitaux ou ambulances isols
dont quelques-uns ont subsist jusque dans les derniers temps, pouvaient
toujours faire appel  un poste mobile s'ils ne disposaient pas d'une
installation propre. Alors qu'en effet, au dbut de la guerre, les rares
voitures radiologiques ne pouvaient suffire aux besoins et devaient
se contenter d'un htif examen d'un nombre considrable de blesss,
lors d'une de leurs apparitions dans telle rgion,--il est arriv au
contraire, plus tard, que par suite de la gnralisation de services
attachs aux hpitaux, les postes mobiles se sont trouvs dchargs
de tout service intensif et ont pu reprendre leur vritable rle de
postes de secours disponibles  tout instant. Ainsi, l'on s'acheminait
de plus en plus vers l'tat des choses o chaque bless pouvait tre
admis  l'examen radiologique, d'abord, aussitt aprs la blessure,
puis, dans la suite du traitement, chaque fois que l'examen tait jug
utile. En mme temps, les bnfices de l'examen taient de plus en plus
tendus aux malades, plus particulirement  ceux atteints d'affections
pulmonaires.

On conoit qu'une telle organisation comportait au total un nombre
d'examens considrable. Voici quelques chiffres qui peuvent en donner
une ide:

Vers la fin de l'anne 1918 il y avait en service, dans les hpitaux
du territoire et aux armes, plus de 500 postes radiologiques fixes
et semi-fixes, tandis que le nombre des appareils mobiles sur les
voitures, sur les camions de strilisation et sur ceux des ambulances
chirurgicales automobiles tait d'environ 300, dont la plupart aux
armes.

Ces appareillages taient desservis par environ 400 mdecins
radiologistes, aids et en partie suppls par un personnel auxiliaire;
de ce dernier, furent utiliss environ 800 manipulateurs et 150
manipulatrices.

Citons,  titre d'exemple, que pendant l'anne 1915 la 6e
arme possdait sur un front de 70 kilomtres, de Soissons  Montdidier,
3 voitures radiologiques (du Patronage National des Blesss). Cette
mme arme disposait en 1917, lors de l'offensive du Chemin des Dames,
sur un front moiti moins tendu, de Soissons  Fismes, de plus de 50
postes radiologiques. L'une des voitures qui ont assur le service de
cette arme de juin 1915  janvier 1917, a effectu pendant cette poque
environ 10.000 examens sur un nombre de blesss d'environ 7.000.

On pouvait valuer  900.000 environ le nombre des blesss examins aux
rayons X au cours des annes 1917 et 1918, le nombre total des examens
pendant ces deux annes montant  1.100.000.

Ces chiffres tmoignent loquemment de l'activit des services
radiologiques pendant la guerre; ils prouvent que rien n'a t
nglig pour assurer aux blesss et aux malades les soins qui leur
taient dus. On peut, en mme temps, apprcier une fois de plus, les
qualits d'initiative et de persvrance qui ont rendu si efficace
l'effort gnral accompli pendant la guerre, et qui ont ainsi par
aux consquences funestes du manque initial de prparation et
d'organisation.




VII

ORGANISATION D'APRS GUERRE


La constitution du service radiologique de guerre n'est pas seulement
pour nous un motif lgitime de soulagement en ce sens qu'elle correspond
 un devoir accompli envers ceux qui risquaient leur vie pour la dfense
de la patrie commune. Nous devons, en plus, y trouver un enseignement
imprieux pour l'avenir. Nous devons en dduire une organisation d'aprs
guerre dans l'intrt du dveloppement de notre race.

Maintenant que l'ducation sur ce point a t faite, que nul mdecin ou
chirurgien n'ignore plus les bienfaits de l'examen radiologique, et que
cette connaissance est galement rpandue parmi les citoyens qui ont t
soldats et parmi leurs familles,--on ne peut plus revenir  l'ancien
tat de choses o l'emploi de radiodiagnostic tait rserv  des cas
exceptionnels et  des localits exceptionnelles. Il est indispensable
d'assurer  toute la population franaise le bnfice d'une mthode
d'examen aussi prcieuse.

Il est  remarquer, tout d'abord, qu'avec la fin de la guerre, ne se
sont nullement teintes les obligations de solidarit sociale suscites
par celle-ci. Nombreux sont les dmobiliss qui, revenus dans leurs
foyers, ont conserv des souffrances ou des infirmits contractes
pendant le service. A tous ceux-l sont dus les soins qui peuvent
amliorer leur sant et faciliter leur travail; et il est parfaitement
lgitime d'tendre ce droit  leurs familles.

Une obligation analogue est cre par les conditions spciales de vie
dans les rgions libres. La reprise d'activit dans ces rgions est
parfois trs difficile. Les accidents de travail y sont nombreux. Le
poste de secours est un lment essentiel du groupement qui entreprend
la reconstruction des villages dtruits et la mise en valeur des champs
ou des puits de mines. A chaque poste de secours doit tre affect un
appareil radiologique qui en augmente l'efficacit.

Les consquences nfastes de la guerre se font sentir encore de bien
d'autres manires. Il n'est point ncessaire d'insister sur notre bilan
en ce qui concerne le nombre de la population et la sant publique. Nous
savons tous que la France a perdu l'lite de sa jeunesse tant au point
de vue physique qu'au point de vue moral, et que parmi les citoyens qui
ont t pargns svit la tuberculose. C'est la tuberculose encore qui
attaque la vie des jeunes enfants et compromet l'avenir de la race.

Pour conjurer le danger qui menace celle-ci, aucun effort ne doit tre
pargn, et le mot d'ordre doit tre de faire tout ce qui est possible
pour conserver  la France chacun de ses citoyens et pour assurer
le dveloppement des enfants. Dj cette ncessit a t largement
comprise, et un vaste effort a t entrepris pour la cration de
dispensaires antituberculeux et de sanatoriums dans toute la France.
Ces tablissements dont le rle est la lutte contre la tuberculose
ont besoin pour cela de tous les moyens qu'offre la science moderne;
ils doivent, en particulier, disposer d'appareils radiologiques pour
l'examen des lsions pulmonaires et des lsions osseuses.

Les ncessits de l'examen radiologique ne se bornent pas  ces
exemples. Cet examen s'impose dans un grand nombre de cas qui se
prsentent frquemment dans la vie courante; il doit constituer un
procd de diagnostic, non point exceptionnel, mais tout  fait
habituel. Il doit, en particulier, tre employ pour veiller  la sant
des enfants, pour contrler le dveloppement de leur systme osseux et
l'tat des organes internes.

Pour remplir ce rle social, le service radiologique doit tre un
lment exig dans tout hpital, hospice ou tablissement sanitaire de
France, dans les villages comme dans les villes. Une telle organisation
comporte une grande provision de matriel et un personnel correspondant.
La ralisation est facilite par les disponibilits en appareillage qui
rsultent de la guerre et par la formation de personnel qui a eu lieu
pour les besoins del guerre.

Le Service de Sant qui s'est trouv en possession d'un matriel
considrable, a pris la dcision d'affecter celui-ci  ses hpitaux
militaires, et, dans la mesure des disponibilits, aux hpitaux mixtes
ou civils. De plus, les voitures radiologiques ou postes mobiles en bon
tat doivent tre mis  la disposition des centres de rgion pour parer
aux besoins de celles-ci, en se rendant dans les villages o il n'existe
aucun poste fixe. On obtient ainsi un noyau d'organisation qui s'tend
sur toute la France.

En dehors de cette action, il en est une autre, d'initiative prive. Les
oeuvres de guerre, qui disposaient d'appareils radiologiques, en premier
lieu le Patronage National des Blesss, ont voulu complter leur tche
en rpartissant les appareils rendus disponibles dans les hpitaux et
dispensaires, de manire  tablir des centres de service radiologique
ou  conserver ceux qui s'taient fonds pendant la guerre.

Les hpitaux et hospices civils des villes de province ont t, en
gnral, utiliss pour le service des blesss pendant la guerre. A
ce titre, ils ont t pourvus d'installations radiologiques tablies
le plus souvent par l'initiative prive. Il est  remarquer que, dans
presque tous les cas semblables, les municipalits ont demand aprs la
guerre  conserver l'installation et n'ont pas hsit  faire dans ce
but un effort en versant une indemnit  l'oeuvre qui avait fourni les
appareils. C'est l une indication rconfortante du progrs ralis dans
la connaissance gnrale du rle de la radiologie et de la ncessit de
son emploi rgulier.

Ainsi nous pouvons prvoir ds  prsent une organisation assez complte
qui pourra se perfectionner progressivement,  condition de disposer
d'un personnel comptent suffisamment nombreux. Celui-ci doit pouvoir
tre renouvel suivant les besoins. Il est dont important que continuent
 fonctionner les centres d'enseignement pour les mdecins spcialiss
en radiologie ainsi que pour les manipulateurs ou manipulatrices
chargs d'assurer le bon fonctionnement des appareils. Pour rpondre 
ce besoin, un cours de Radiologie a t cr rcemment  la Facult de
Mdecine de Paris.

Il convient aussi d'encourager la fabrication des appareils, des
ampoules, soupapes, crans, etc., afin que les nombreux centres
radiologiques nouvellement crs puissent s'approvisionner facilement en
matriel indispensable.




VIII

RADIOTHRAPIE ET RADIUMTHRAPIE


Dans les chapitres qui prcdent, l'importance de la Radiologie a t
examine au point de vue de son utilisation pendant la guerre et de son
emploi, en principe analogue, en temps de paix. Mais il existe une autre
application des rayons X, dont l'importance est considrable; c'est le
traitement de certaines maladies par les rayons X ou la _radiothrapie_.
A cette mthode de traitement se rattache une mthode analogue utilisant
des moyens entirement diffrents: le traitement par les rayons des
radio-lments ou _radiumthrapie_.

RADIOTHRAPIE.--Nous avons vu dj que les rayons X produisent sur
l'organisme des effets physiologiques qui peuvent tre extrmement
dangereux, mais qui peuvent aussi offrir un moyen de combattre certaines
maladies. Parmi celles-ci, on peut signaler diverses maladies de la
peau: ulcres superficiels, tches de lie de vin, etc.

On peut aussi obtenir des succs remarquables dans le traitement de
tumeurs malignes profondes, en particulier de sarcomes. Ce rsultat est
extrmement important, car on sait quels sont les ravages imputables
au cancer, et combien ce flau est difficile  combattre, malgr les
bienfaits de la technique chirurgicale.

La technique de la radiothrapie est quelque peu diffrente de celle qui
convient  la radiologie employe comme mthode d'examen. Pour cette
dernire, en effet, une grande puissance d'action n'est pas toujours
exige; ce n'est qu'exceptionnellement que l'on aura besoin d'une grande
intensit de rayonnement, pour obtenir une radiographie instantane.
De plus, le rayonnement utilis doit avoir un pouvoir pntrant moyen
qui correspond  une tension d'environ 50.000 volts. En radiothrapie,
au contraire, il est, en gnral, ncessaire de faire agir les rayons
jusqu' une certaine profondeur, aussi uniformment que possible, et 
cet effet on emploie, de prfrence, le rayonnement trs pntrant que
l'on peut faire mettre  un tube Coolidge actionn par un appareil
intensif, sous une tension qui peut dpasser 100.000 volts.

Si la radiothrapie demande un appareillage puissant, elle exige aussi
une comptence toute spciale. Les rayons y sont employs avec des
doses parfois considrables, car il s'agit ici de provoquer leur effet
physiologique, au lieu de l'viter, comme dans le cas d'un examen
radiologique. La radiothrapie ne peut donc tre pratique que par un
mdecin spcialiste comptent; elle exige la connaissance approfondie de
l'action des rayons sur les tissus, action qui dpend des conditions de
l'application, lesquelles sont elles-mmes trs varies.

On peut en conclure que la place de la radiothrapie n'est pas en
gnral indique dans les nombreux postes radiologiques normaux faisant
partie de l'organisation radiologique d'aprs guerre, et ne possdant
ni la puissance ncessaire ni un personnel suffisamment spcialis. La
radiothrapie se prte plutt  tre centralise dans quelques services
importants munis d'appareils de grande puissance et placs sous la
direction de spcialistes minents. C'est dans ces conditions que la
radiothrapie a t pratique pendant la guerre, dans les services
militaires; son emploi tait rserv aux Centres de Physiothrapie
du territoire, o l'on envoyait tous les malades susceptibles d'tre
soigns par cette mthode, qui s'est montre, en particulier, trs
efficace pour le traitement de cicatrices vicieuses, d'adhrences,
d'arthrites, de nvrites conscutives aux blessures, etc.

_Radiumthrapie_.--La radiumthrapie est une technique qui a de grandes
analogies avec la radiothrapie, sauf que la source des rayons est
en ce cas diffrente. Les rayons utiliss ne proviennent d'aucun
appareil; ils sont mis spontanment par certaines substances nommes
_radio-lments_ qui existent dans la nature, mais qui ne sont connues
que depuis peu de temps, car leur extrme dilution dans les minerais qui
les contiennent les a fait passer inaperues jusqu' leur dcouverte
rcente. Le plus important de ces corps nouveaux est le _radium_,
lment dcouvert en 1898 par Pierre Curie et par moi. Le radium met
des rayons de plusieurs espces, analogues en tout point  ceux qui sont
produits dans une ampoule de Crookes actionne par un courant de haute
tension. En particulier, l'un de ces groupes, les rayons {g}, possdent
les mmes proprits que les rayons X, mais peuvent atteindre un pouvoir
pntrant encore plus considrable. Ce sont les rayons {g} du radium qui
sont surtout employs pour la radium thrapie.

La source des rayons tant dans la substance, celle-ci est enferme
dans un tube de verre ou de mtal hermtiquement ferm et agit au
travers des parois de ce dernier. La puissance du rayonnement du radium
tant considrable, quelques centigrammes de ce corps sont capables de
produire des effets thrapeutiques importants; ces quantits peuvent
donc tre contenues dans des tubes de trs petites dimensions que l'on
peut placer au voisinage ou au contact des tissus malades ou encore 
l'intrieur de ceux-ci. Ce dernier mode d'utilisation est spcial au
radium et ne saurait tre ralis avec l'aide des rayons X.

Le radium est fabriqu industriellement, mais en raison de son extrme
raret, son prix est trs lev. D'une tonne de minerai moyen, on
n'extrait gure que quelques centigrammes de radium, et chaque
milligramme de ce corps cote environ un millier de francs.

Un autre lment radio-actif ou radio-lment, le _msothorium_ est
galement l'objet d'une fabrication industrielle; ce corps est employ
en thrapie de la mme manire que le radium, mais son activit s'altre
peu  peu, tandis que celle du radium ne subit en plusieurs annes
qu'une modification inapprciable.

Les maladies traites par la radiumthrapie sont, en principe les
mmes que celles que l'on traite par les rayons X. Mais la technique
employe doit ncessairement tre diffrente, puisque le mode d'mission
de rayons n'est pas le mme. Le degr d'efficacit relatif des deux
mthodes peut galement diffrer suivant les circonstances; les rayons
X conviendront mieux, par exemple, pour irradier une lsion  grande
surface, tandis qu'un cancer de l'utrus devra tre trait par un tube
de radium introduit  l'intrieur de la cavit. Il ne serait gure
possible de dire aujourd'hui si qualitativement l'effet des rayons X sur
les tissus est tout  fait quivalent  celui des rayons {g} du radium;
ces derniers constituent un rayonnement ultra-pntrant,  trs haute
frquence, dont l'action physiologique pourrait offrir des caractres
spciaux.

Un autre fait important diffrencie l'emploi du radium de celui des
tubes de Crookes. En dehors des rayons {g}, le radium met encore deux
autres espces de rayons: les _rayons_ {a} et les _rayons_ {b}, dont le
pouvoir pntrant, trs infrieur  celui des rayons {g}, est cependant
suffisant pour qu'ils puissent tre utiliss dans certaines conditions.
Aussi bien les rayons {a} que les rayons {b} sont une projection de
particules animes de trs grandes vitesses et portant une charge
lectrique, positive pour les particules {a} qui ont les dimensions
d'atomes, et ngative pour les particules {b} qui sont identiques aux
lectrons (voir p. 7). Les rayons correspondants sont mis aussi dans
un tube de Crookes o ils prennent le nom de rayons positifs: atomes
chargs positivement, et de rayons cathodiques: lectrons lancs par la
cathode; mais ni les uns ni les autres ne peuvent franchir la paroi du
tube, de sorte qu'on n'a pu les utiliser pour les besoins de la thrapie.

Le pouvoir pntrant des rayons {a} du radium, quoique trs suprieur
 celui des rayons positifs et des rayons cathodiques, est cependant
fort limit; ces rayons peuvent se propager  une distance de quelques
centimtres dans l'air  la pression atmosphrique, mais ils ne
traversent pas plus d'un dixime de millimtre de substance solide
ou liquide, trs diffrents en cela des rayons {g} ou des rayons X qui
traversent le corps humain. Nanmoins, l'utilisation des rayons {a} offre
un intrt particulier, parce que ce rayonnement reprsente environ 90
p. 100 de l'nergie dgage dans l'mission du radium.

Quand cette substance, au lieu d'tre enferme dans un tube, est colle
sur une plaquette, au moyen de trs peu de vernis, le rayonnement mis
se compose de rayons {a}, de rayons {b}, plus pntrants que les
prcdents, et de rayons {g}. L'action superficielle exerce par un
appareil  radium de ce genre (sel coll) est trs intensive et
comparable  une cautrisation.

On peut rendre l'action des rayons {a} plus profonde en diffusant dans
l'organisme la substance qui les met; c'est ce que l'on peut raliser
au moyen d'injections de solutions ou de suspensions fines de sel
de radium qui agissent au contact des tissus par les rayons {a} mis
partout o se trouve la matire active. Les injections de sel de radium
peuvent tre remplaces par des injections d'autres radio-lments dont
l'emploi est plus avantageux; on peut pargner le radium, substance
prcieuse, en utilisant certaines matires radio-actives que le radium
produit constamment et qui peuvent rendre les mmes services que lui,
mais seulement pendant un temps limit. Tel est, par exemple un gaz
radio-actif, nomm _manation du radium_, qui se forme rgulirement
dans le radium et peut en tre extrait  intervalles rguliers; ce
gaz se dtruit peu  peu, suivant une loi dtermine, en mettant des
rayons {a} que l'on peut utiliser si l'manation a t introduite dans
l'organisme, soit mlange  l'air et aspire par inhalation, soit
dissoute dans l'eau et injecte dans les tissus.

L'action des rayons {a} sous cette forme diffuse peut tre trs
nergique. Dans des expriences faites sur de petits animaux, on atteint
facilement des doses mortelles. A dose convenable on obtient des effets
thrapeutiques d'un grand intrt, spcialement caractriss dans le
traitement des arthrites.

L'manation du radium peut aussi tre employe d'une autre manire.
Extraite du radium et libre d'air et de tout gaz tranger, elle occupe
un trs petit volume. On peut alors, au moyen d'oprations spciales, la
transporter dans des tubes de verre de 10  15 millimtres de longueur
et d'un ou deux diximes de millimtre de diamtre. Chacun de ces petits
tubes scells est introduit dans une gaine de platine mince ayant
l'aspect d'une aiguille et pouvant tre insre dans un tissu malade que
l'on veut soumettre au rayonnement. L'manation du radium n'met pas
elle-mme de rayons pntrants capables de traverser la gaine, mais elle
donne naissance  un produit qu'on nomme son _dpt actif_ et qui met
des rayons {g} exactement semblables  ceux qui sont mis par le radium.
Cette ressemblance n'a rien qui doive nous surprendre; en effet, le
radium contient toujours l'manation qu'il produit et le dpt actif de
celle-ci, de sorte que les rayons {g} du radium sont dus en ralit non
pas  cet lment lui-mme, mais  ses drivs qui l'accompagnent. Ainsi
il est naturel, qu'en sparant ces drivs, on puisse sparer en mme
temps le rayonnement {g} et remplacer l'action du radium par celle des
produits auxquels il donne naissance.

On peut comprendre, d'aprs l'expos qui prcde, combien la technique
de l'emploi du radium est varie et combien elle offre de possibilits.
Le champ d'action se trouve encore accru par l'emploi du msothorium qui
forme galement des drivs avec mission de divers groupes de rayons;
certains de ces drivs peuvent tre spars comme dans le cas du
radium. D'autres radio-lments encore pourraient tre utiliss  leur
tour.

Cette technique si riche et si complexe est cependant d'une trs grande
prcision. Les radio-lments peuvent tre doss trs exactement.
Il est vrai que les peses ne sont gure en usage dans ce cas; si
la quantit de matire active  dterminer est, en gnral, bien
faible pour le radium,--quelques milligrammes ou centigrammes par
exemple,--elle est, pour l'manation du radium ou son dpt actif, aussi
bien que pour le msothorium et ses drivs, inaccessible  la pese. En
revanche, des quantits infinitsimales de radio-lments peuvent tre
doses avec perfection par des mthodes de mesures lectromtriques.
Il est facile de mesurer, par ce moyen,  1 p. 100 prs un millime
de milligramme de radium. L'habitude de mesurer exactement les tubes
de radium, de msothorium ou d'manation du radium donne une grande
scurit  la radiumthrapie et forme une _condition essentielle de son
perfectionnement_.

Les mesures de radium sont rapportes  un _talon international_
prpar par moi sous forme d'un tube de verre scell contenant une
quantit pese (environ 20 milligrammes) de chlorure de radium pur.
Par comparaison avec cet talon principal, on a pu tablir des talons
secondaires destins  des services de vrification centraux dans divers
pays. En France, ce service est attach  l'Institut du Radium, o les
quantits de radium, contenues dans les tubes soumis au contrle, sont
dtermines par la mesure de leur rayonnement {g}, comparativement 
celui du tube talon. On mesure de mme les tubes de msothorium, en
comparant leur rayonnement  celui d'une quantit connue de radium.
C'est encore le mme principe qui est appliqu  la mesure de tubes
d'manation, et l'on nomme _millicurie_ la quantit d'manation dont le
rayonnement {g} est gal  celui d'un milligramme de radium lment en
quilibre avec les produits de sa transformation.

_Organisation centrale_.--Afin d'obtenir le maximum de rendement dans
l'utilisation mdicale des radio-lments, des instituts spciaux
ont t crs dans diffrents pays. Ces tablissements possdent des
quantits relativement grandes de radium; certains d'entre eux disposent
de plusieurs grammes de la prcieuse substance. Celle-ci est employe en
partie en tubes scells ou en sels colls; mais la plus grande partie
est, en gnral, conserve en solution; l'manation qui en est extraite
chaque jour est utilise pour les traitements, soit dans de petits
tubes scells, soit dans d'autres appareils de forme approprie, nomms
_applicateurs_. Les traitements ont lieu dans un hpital faisant partie
de l'institution. Mais celle-ci dlivre aussi  l'extrieur des tubes et
appareils  manation aux mdecins qui en font la demande.

On aperoit immdiatement les avantages d'une organisation semblable. Un
Institut central, suffisamment dot, peut runir des moyens d'action
trs efficaces. Il peut dans ses services hospitaliers, traiter un grand
nombre de malades, sans perte de temps et avec la meilleure utilisation
du radium. Il peut centraliser les documents relatifs  ces traitements
et en tirer tout le parti possible. Dans ses laboratoires, il peut
effectuer toutes les mesures et toutes les tudes ncessaires pour
assurer les progrs de la technique: examens biologiques des tissus
malades, mesures de rayonnement, tudes de dispositifs nouveaux, etc.

L'emploi de l'manation permet une grande souplesse dans les
applications; les doses sont variables  volont, ainsi que les formes
des applicateurs; de plus, on peut  volont utiliser l'manation
sous forme de dissolution dans l'eau (eau active) ou encore rpandue
dans l'air (air actif) pour inhalation. Quelle que soit la forme de
l'emploi, celui-ci offre une scurit d'importance fondamentale. La
matire prcieuse, le radium, n'est pas expose  une circulation
dangereuse, pour les besoins du service; tout risque porte uniquement
sur les appareils  manation, dont la valeur est rduite, puisque cette
matire, de dure limite, peut en quelque sorte tre considre comme
un revenu rgulier fourni par le radium, mais diffrent en cela d'un
revenu en espces que l'accumulation ne peut se poursuivre indfiniment,
et qu'il y a tout intrt  utiliser aussi compltement que possible
l'manation que l'on extrait jusqu' son extinction complte.

On voit l'intrt considrable qui s'attache  la cration d'Instituts
nationaux qui centralisent d'ordinaire la radiumthrapie et aussi la
radiothrapie ou traitement par les rayons X. De pareils Instituts
existent dans divers pays; les plus importants se trouvent en Angleterre
et en Amrique. Mais la France, pays de la dcouverte du radium et de
la radiumthrapie, ne possdait avant la guerre aucun Service pour
l'application de cette technique. La France o est ne l'industrie du
radium, ne possdait avant la guerre aucune provision de radium pour
les besoins de la sant publique, se bornant  fournir le radium qui
approvisionnait les instituts trangers.

Pendant la guerre il m'a paru opportun de suppler  cette lacune par
la cration d'un service d'manation destin  subvenir aux besoins
des hpitaux. Ce service a t tabli en 1916  l'Institut du Radium,
d'accord avec le Service de Sant militaire. Le radium utilis tait
celui que j'avais prpar en commun avec Pierre Curie et qui avait servi
avant la guerre pour les recherches scientifiques de notre Laboratoire.
Les ampoules d'manation produites chaque semaine taient utilises pour
le traitement des blesss et des malades dans des hpitaux militaires
et aussi, dans une certaine mesure, dans les hpitaux civils.

Ce premier Service national de Radiumthrapie n'a pu tre abandonn
 la fin de la guerre. Il a, au contraire, pris un dveloppement
nouveau, sous la direction de M. le Dr Regaud, directeur du
Laboratoire Pasteur de l'Institut de Radium, qui ds son retour des
armes y employa toute son activit et toute sa comptence. Ainsi se
trouve constitue en germe la Section de Radiumthrapie de l'Institut
du Radium. Celle-ci ne peut manquer de se complter, grce aux concours
gnreux qui lui sont acquis ds  prsent ainsi qu' ceux qui lui
viendront dans l'avenir.

L'Institut du Radium, cr il y a quelques annes par les efforts joints
de l'Universit de Paris et de l'Institut Pasteur, aura ainsi  assumer
une tche singulirement plus ample que celle  laquelle il avait t
primitivement destin.

Les rsultats obtenus jusqu'ici prouvent combien cette extension est
ncessaire. Les progrs de la radiumthrapie s'affirment chaque jour
plus srs et plus importants. Plusieurs lsions, maladies ou malaises
sont traits couramment avec des rsultats certains. L'une des plaies
les plus terribles de l'humanit, le cancer, cde toujours davantage 
la technique de plus en plus perfectionne des applications du radium
venant complter ou remplacer les ressources de la chirurgie. On peut
dire avec certitude que si la victoire n'est pas encore entire, la
lutte, nanmoins, se poursuit avec des avantages de plus en plus
complets et frquents; la gurison est obtenue dans bien des cas, et 
dfaut de la gurison, une amlioration vient soulager les souffrances
et faciliter la vie des malades. La cruelle maladie n'est pas encore
rduite  l'impuissance, mais elle est efficacement combattue, et tous
les espoirs sont permis.

A l'Institut du Radium incombe la tche de hter cette volution par
la constitution d'une section du radiumthrapie modle, bnficiant
du travail patient de ses Laboratoires,--par des progrs constants de
sa technique et de son information biologique,--par son enseignement,
de plus en plus adapt aux besoins, destin  rpandre largement les
connaissances prcises sans lesquelles la pratique de la radiumthrapie
n'est qu'une erreur et un danger,--par ses travaux de recherche pure,
source de dcouvertes nouvelles susceptibles de porter de nouveaux
fruits. Ainsi l'Institut du Radium aura  remplir un rle social
important, s'ajoutant  sa tche purement scientifique, pour le plus
grand bien de notre pays et de sa capitale.




CONCLUSION


L'histoire de la radiologie de guerre offre un exemple saisissant de
l'ampleur insouponne que peut prendre, dans certaines conditions,
l'application des dcouvertes d'ordre purement scientifique.

Les rayons X dont les merveilleuses proprits ont t, presque aussitt
aprs leur dcouverte, appliques  l'examen du corps humain et  la
thrapie, n'ont eu, nanmoins, dans cette voie, qu'une utilisation
limite jusqu' l'poque de la guerre. La grande catastrophe qui s'est
dchane sur l'humanit; accumulant des victimes en nombre effrayant, a
fait surgir par raction le dsir ardent de sauver tout ce qui pouvait
tre sauv, d'exploiter  fond tous les moyens pour pargner et protger
les vies humaines. Et aussitt nous voyons natre de tous les cts
un effort multiple et vari dont une partie prend pour objet de faire
rendre  l'emploi de rayons X tous les services  prvoir. Ds lors,
ce qui avait paru difficile et problmatique, devient ais et reoit
une solution immdiate; le matriel, le personnel se multiplient
comme par enchantement; tous ceux qui ne comprenaient pas, cdent
et acceptent, ceux qui ne savaient pas apprennent, ceux qui taient
indiffrents, se dvouent. Et un peu d'annes se trouve constitu un
systme rglementaire, o les mdecins et les chirurgiens conoivent
aussi peu la possibilit de ngliger l'emploi de rayons X, qu'ils en
concevaient peu auparavant l'utilisation gnrale. Ds lors, il devient
impossible de limiter au temps de guerre les conceptions qui ont prvalu
d'une manire aussi dfinitive. Le droit  l'examen radiologique, ou au
traitement par les rayons X, est, dornavant, pour tout malade, un droit
gnral et incontest,--et l'on voit prendre naissance une organisation
d'aprs guerre, destine  rendre ce droit effectif et oprant. Ainsi la
dcouverte scientifique aura achev la conqute de son champ d'action
naturel, et aura acquis les moyens d'utilisation  plein rendement.

Une volution analogue aura t accomplie par la radiumthrapie ou
application mdicale des radiations mises par les radio-lments.
Traitement exceptionnel encore jusqu' prsent, elle est l'objet d'un
effort qui tend  la mettre  la porte de tous ceux qui peuvent mettre
en elle leur espoir. Les souffrances et les pertes cruelles ont fait
sentir plus profondment la valeur de la vie humaine. Les ravages
exercs par le cancer appellent une organisation de lutte mthodique
et efficace. Il n'est plus possible de reculer la ralisation qui
s'impose. Et ainsi nous voyons se liguer vers un but commun des concours
convergents: l'Universit de Paris et l'Institut Pasteur encouragent
et appuient l'oeuvre commence par l'Institut du Radium; de gnreux
donateurs apportent leur concours; la ville de Paris et le gouvernement
ne peuvent s'en dsintresser. Dans peu de temps, l'effort gnral aura
port les premiers fruits, la radiumthrapie aura en France une premire
organisation, et ainsi aura t atteint le grand rsultat humanitaire
qui est un des aboutissements de la dcouverte scientifique du Radium.

Que pouvons-nous conclure de cette fortune inespre chue en partage
aux nouvelles radiations que la science nous a rvles  la fin du
XIXe sicle? Il semble que nul spectacle n'est plus propre
 rendre plus vive notre confiance dans la recherche scientifique
dsintresse et  augmenter le culte et l'admiration qu'il convient
de lui vouer. Telle nouvelle source de lumire, fruit des patients
efforts du savant dans son laboratoire, rpandra un jour son clat
sur l'humanit, lui apportant la consolation et l'allgement des
souffrances,--telle autre contribuera  faciliter la vie et l'effort
pacifique vers plus de bien-tre physique, moral et intellectuel. Les
rpercussions de la pense fconde sont illimites. Son champ d'action
dpasse tout horizon connu. Toute collectivit civilise a le devoir
imprieux de veiller sur le domaine de la science pure o s'laborent
les ides et les dcouvertes, d'en protger et encourager les ouvriers
et de leur apporter les concours ncessaires. C'est  ce prix seulement
qu'une nation peut grandir et poursuivre une volution harmonieuse vers
un idal lointain.




TABLE DES MATIRES

INTRODUCTION

    I     LES RAYONS X
   II     COMMENT PEUT-ON PRODUIRE LES RAYONS X
  III     INSTALLATION DANS LES HPITAUX ET VOITURES
          RADIOLOGIQUES
   IV     TRAVAIL RADIOLOGIQUE DANS LES HPITAUX
    V     PERSONNEL RADIOLOGIQUE
   VI     RENDEMENT ET RSULTATS
  VII     ORGANISATION D'APRS-GUERRE
 VIII     RADIOTHRAPIE ET RADIUMTHRAPIE

CONCLUSIONS



***END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA RADIOLOGIE ET LA GUERRE***


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501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
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