The Project Gutenberg EBook of Le mnagier de Paris (v. 1 & 2), by Anonymous

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Title: Le mnagier de Paris (v. 1 & 2)

Author: Anonymous

Release Date: October 29, 2013 [EBook #44070]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MNAGIER DE PARIS (V. 1 & 2) ***




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Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve et
n'a pas t harmonise.




                                   LE

                           MNAGIER DE PARIS.




                                   LE

                           MNAGIER DE PARIS,

                                 TRAIT

                   DE MORALE ET D'CONOMIE DOMESTIQUE

                           COMPOS VERS 1393,

                       PAR UN BOURGEOIS PARISIEN,

                               CONTENANT

   Des prceptes moraux, quelques faits historiques, des instructions
 sur l'art de diriger une maison, des renseignemens sur la consommation
du Roi, des Princes et de la ville de Paris,  la fin du quatorzime sicle,
                          des conseils sur le
jardinage et sur le choix des chevaux; un trait de cuisine fort tendu,
       et un autre non moins complet sur la chasse  l'pervier.

                               ENSEMBLE:

L'histoire de Grislidis, Mellibe et Prudence par Albertan de Brescia (1246),
traduit par frre Renault de Louens; et le chemin de Povret et de Richesse,
pome compos, en 1342, par Jean Bruyant, notaire au Chtelet de Paris;

                      PUBLI POUR LA PREMIRE FOIS

               PAR LA SOCIT DES BIBLIOPHILES FRANOIS.

                             TOME PREMIER.

           [Illustration: colohpon LITTERIS PATRIQUE CARUS.]

                                A PARIS,
                      DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,
                          RUE DE VAUGIRARD, 9.

                            M. D. CCC. XLVI.

Le _Mnagier de Paris_ a t imprim aux frais et par les soins de
la Socit des Bibliophiles franois. Il en a t tir vingt-quatre
exemplaires sur _grand papier imprial de Hollande_, de la fabrique de
C. Honig, destins aux membres rsidens de la Socit, plus trois cents
exemplaires en petit papier. Et toient membres de la Socit quand cet
ouvrage fut imprim:

     M. BRARD, receveur gnral des finances  Bourges.

     M. le Comte DOUARD DE CHABROL, ancien matre des
     requtes au Conseil d'tat.

     M. le Duc DE POIX[1], ancien ambassadeur de France en
     Russie.

     M. le Marquis DU ROURE, marchal de camp, membre de la
     Chambre des dputs.

     M. DE LA PORTE.

     M. le Comte DE LA BDOYRE, ancien colonel de cavalerie.

     M. le Comte DE SAINT-MAURIS, introducteur des
     ambassadeurs.

     M. COSTE, conseiller honoraire  la Cour royale de Lyon.

     M. JRME PICHON, _Prsident_.

     M. ARMAND CIGONGNE, ancien agent de change, _Trsorier_.

     M. YEMENIZ, ngociant  Lyon.

     M. le Baron DU NOYER DE NOIRMONT, auditeur au Conseil
     d'tat.

     M. LON TRIPIER, garde des Archives du domaine priv du
     Roi.

     M. le Marquis DE COISLIN.

     M. le Comte DE CHARPIN-FOUGEROLLES.

     M. le Comte LANJUINAIS, pair de France.

     M. ERNEST DE SERMIZELLES.

     M. LE ROUX DE LINCY, pensionnaire de l'Ecole des Chartes,
     secrtaire.

     M. BENJAMIN DELESSERT.

     MADAME la Vicomtesse DE NOAILLES.

     MADAME GABRIEL DELESSERT.

     M. le Baron ERNOUF.

     M. le Comte DE LABORDE, de l'Acadmie des inscriptions,
     membre de la Chambre des dputs.

     M. PROSPER MRIME, de l'Acadmie franaise, inspecteur
     des monuments historiques.

     M. AUGUSTE LE PRVOST, de l'Acadmie des inscriptions,
     membre de la Chambre des dputs.


MEMBRE HONORAIRE.

     M. le Marquis DE CHATEAUGIRON, consul de France  Nice.


ASSOCIS TRANGERS.

     M. le Prince ALEXANDRE LABANOFF, aide de camp de S. M.
     l'Empereur de Russie.

     M. le Baron DE REIFFEMBERG, professeur de l'Universit de
     Louvain, etc.

     M. l'Abb COSTANZO GAZZERA, membre de l'Acadmie de
     Turin.

[Illustration]




TABLE

DES PICES PRLIMINAIRES, DISTINCTIONS, ARTICLES ET CHAPITRES

DU

MNAGIER DE PARIS.


TOME PREMIER.

PRLIMINAIRES.

LISTE DE LA SOCIT DES BIBLIOPHILES.

TABLE DES PICES PRLIMINAIRES, DISTINCTIONS, etc.

NOTICE SUR M. LE DUC DE POIX, par M. L. V. D. N., membre
de la Socit                                                     Page I

INTRODUCTION au _Mnagier_                                          XVII

INDICATION DTAILLE de quelques ouvrages ou documens
manuscrits et imprims cits en abrg dans l'Introduction
et les notes                                                         LXV

CORRECTIONS ET ADDITIONS                                          LXXVII

TEXTE.

PROLOGUE DE L'AUTEUR                                                   1

PREMIRE DISTINCTION.

ARTICLE PREMIER.

Saluer et regracier Dieu  son esveiller et  son lever, et
s'atourner convenablement                                              9

ARTICLE II.

S'accompagner convenablement                                          15

ARTICLE III.

Aimer Dieu, le servir et se tenir en sa grce      Page 16

De la messe, 17.--Contrition, 21.--Confession, 23.--Des
pchs mortels, 28.--Des sept vertus, 53.

ARTICLE IV.

Garder continence et vivre chastement                                 62

De Susanne, 64.--De Raymonde, 68.--De Lucrce, 70.--Des
reines de France, 75, 76.

ARTICLE V.

tre amoureuse de son mari                                            76

D've, 77.--De Sara, 78.--De Rachel, 84.--Du chien
Maquaire, 92.--Du chien de Niort, 93.

ARTICLE VI.

tre humble et obissante  son mari                                  96

Histoire de Griselidis, 99.--Femme laissant noyer son mari,
126.--D've, 128.--De Lucifer, 129.--D'une bourgeoise,
135.--Du bailly de Tournay, 139.--Des abbs et
des maris, 145.--De madame d'Andresel, 148.--Des
maris de Bar-sur-Aube, 153.--D'une cousine de la femme
de l'auteur, 156.--De la Romaine, 158.

ARTICLE VII.

tre curieuse et soigneuse de la personne de son mari                168

Bons traitemens, 168.--Des puces, 171.--Des mouches, 173.

ARTICLE VIII.

tre discrte                                                        177

De Papirius, 179.--De la femme qui pond un oeuf, 180.--Des
maris de Venise, 182.--D'un sage homme parisien
tromp par sa femme, 183.--D'un notable avocat, 185.

ARTICLE IX.

Reprendre doucement son mari dans ses erreurs                        185

Histoire de Mellibe, 186.--De Jehanne la Quentine, 237.


TOME II.

SECONDE DISTINCTION.

ARTICLE PREMIER.

Avoir soin de son mesnage, diligence et persvrance                   1

LE CHEMIN DE PAUVRET ET DE RICHESSE, par Jean Bruyant                 4

ARTICLE II.

Du jardinage                                                          43

ARTICLE III.

Choisir varlets, aides et chambrires, et les mettre en oeuvre         53

Jeune femme parlant grossirement, 60.--Soins de la maison,
61.--Vie  la campagne, 62.--Recettes diverses, 65.--Des
domestiques, 70.--Des chevaux, 72.

ARTICLE IV.

Savoir ordonner dner et soupers                                      80

Le fait des bouchiers et poulaillers, _ib._--Termes gnraux de
cuisine, 87.--Dners et soupers, 91.--Aucuns incidens servans
 ce propos (repas de l'abb de Lagny, noces, etc.), 103.

ARTICLE V.

Commander, deviser et faire faire toutes manires de potaiges,
etc., et autres viandes                                              124

Termes gnraux de cuisine, _ib._--Potages communs sans
espices et non lians, 134.--Potages qui sont  espices et non
lians, 147.--Potages lians de char, 158.--Potages lians
sans char, 171.--Rost de char, 177.--Pasts, 185.--Poisson
d'eaue doulce, 187.--Poisson de mer ront, 194.--Poisson
de mer plat, 201.--OEufs de divers appareils, 206.--Entrems,
fritures et dorures, 210.--Autres entrems, 224.--Saulces
non boulies, 229.--Saulces boulies, 232.--Buvrages
pour malades, 237.--Potages pour malades, 241.--Autres
menues choses qui ne sont de ncessit, 243.--Autres
menues choses diverses qui ne dsirent point de chappitre,
262.

APPENDICE A L'ARTICLE V                                              273

Recettes d'Hotin, cuisinier de monseigneur de Roubais                275

TROISIME DISTINCTION.

ARTICLE II (ET UNIQUE).

Savoir nourrir et faire voler l'esprevier                            279

Chiens espaignols, 281.--perviers niais, 285.--Plumage de
l'pervier, 292.--Affaitement de l'pervier, 295.--Vol des
champs, 301.--Chasse en aot, 305.--Chasse en septembre,
310.--pervier en mue, 311.--pervier branchier et mu
de haie, 314.--Mu et hagart, 317.--Maladies de l'pervier,
319.--De l'autour, 321.--Autres oiseaux de proie,
323.--Maladies des oiseaux, 325.

TABLE ALPHABTIQUE DES MATIRES                                      327

SUPPLMENT AUX CORRECTIONS                                           380




NOTICE

SUR

M. JUSTE DE NOAILLES

PRINCE-DUC DE POIX

CHEVALIER DES ORDRES DU ROI, GRAND D'ESPAGNE DE PREMIRE CLASSE

ANCIEN AMBASSADEUR DE FRANCE EN RUSSIE

ANCIEN DPUT, ETC.

MEMBRE DE LA SOCIT DES BIBLIOPHILES FRANAIS




NOTICE

SUR

M. LE DUC DE POIX[2].

    Multis ille quidem flebilis occidit,
    Nulli flebilior quam _mihi_.....
        Horat., od. XXIV, l. I.


Il est des hommes que le monde ignore et qui passeraient inaperus
grce  l'excs de leur modestie, si leur mrite ne se rvlait 
leur insu par l'utilit de leur vertu. Ces sortes de caractres ne se
manifestent que malgr eux au grand jour, leur sagesse les retient
dans la retraite, et beaucoup finissent, comme l'a dit quelque part
Montesquieu, _sans avoir dball_. Ceux que les liens du sang ou
de l'amiti ont rapprochs d'eux, doivent au monde de les faire
connatre; c'est  la fois un encouragement pour la jeunesse et une
consolation pour l'ge avanc qu'un hommage rendu  ces existences 
la fois leves et modestes, places ainsi  la porte de toutes les
mulations. M. le duc de Poix tait un modle de ce genre de caractre.
L'auteur de cette notice lui tenait par les liens du devoir et de
l'affection: ayant eu le bonheur de jouir de son mrite dans l'intimit
la plus resserre, il ose esprer que cet avantage lui vaudra celui de
le faire connatre avec plus de vrit que personne: c'est son seul
titre  l'indulgence de ceux qui le liront.

Juste-Antonin-Claude-Dominique de Noailles, prince-duc de Poix, naquit
 Paris le 8 aot 1777, de parents tendres et chris dont il tait le
second fils. Son pre le prince de Poix, fils an du vertueux marchal
duc de Mouchy, mort sur l'chafaud en 1794, avait pous la fille du
marchal de Beauvau. Les vertus et les charmes de la princesse de Poix
ont enchant tous ceux qui l'ont rencontre et laiss une sorte de
culte dans les coeurs admis  son intimit. Elle s'occupa de l'ducation
de son second fils d'une faon toute particulire, et l'influence de
cette premire partie de la vie du jeune Juste de Noailles s'tendit
sur le reste de son existence de manire  le modifier fortement:
elle le prserva de la gterie presque invitable  laquelle il tait
condamn par position. Il ouvrit les yeux au milieu des dernires
prosprits de sa famille; lui et son frre, plus g que lui de six
ans, semblaient alors destins aux plus hautes situations du pays.
Ces beaux jours durrent peu: Juste de Noailles en connut pourtant
assez pour garder de prcieux souvenirs de ces derniers moments de la
socit franaise dont le salon de sa mre tait peut-tre le plus
parfait modle. La princesse de Poix rassemblait autour d'elle un petit
cercle d'amis presque tous remarquables par des mrites divers, que sa
supriorit avait distingus ds son entre dans le monde; quelques
femmes, ses amies de jeunesse, modles d'esprit et de grce, des hommes
attachs  la cour ou mls aux affaires et  la littrature, tous
runis par le charme de son commerce, l'entouraient de soins que sa
mauvaise sant rendait consolants pour elle et doux pour ses amis. Le
prince de Poix, mari trs-jeune et dans la plus haute faveur  la
cour, n'tait pas un mari aussi sdentaire que son vnrable pre, mais
il eut toujours le bon got de prfrer  tout la socit de sa femme
et de ses amis.

Cette socit, au dbut de notre terrible rvolution, tait de celles
qui non-seulement ne s'en effrayaient pas, mais dont les voeux et
les opinions favorisaient les premires manifestations du mouvement
rformateur. M. de La Fayette et la brillante jeunesse qui l'avait
suivi en Amrique, bien des grands seigneurs amis de Voltaire et
enthousiastes de Rousseau, beaucoup de courtisans dvous  M. Necker,
tous ces esprits enflamms d'ardeur pour le bien, de dsir des
rformes utiles, anims des plus gnreux sentiments, se livraient
alors  de bien douces esprances et rvaient la rgnration de leur
pays, dt-elle se raliser aux dpens de ces privilges dont ils furent
les premiers  se dpouiller au profit de ceux qui devaient tre leurs
bourreaux.

C'tait l l'esprit du salon o le duc de Poix passa ces premires
annes de la vie qui en dcident presque toujours la tendance. La
princesse de Poix avait t nourrie par son pre, le marchal prince
de Beauvau[3], homme aussi vertueux qu'clair, dans le got de la
littrature et les doctrines de la philanthrophie. Ses amis, MM. de
Lally-Tollendal, de Montesquiou, de La Fayette, Mmes d'Hnin,
de Tess, de Lauzun prenaient comme elle le plus vif intrt aux
dbats politiques du moment. Le prince de Poix tait des plus chauds
partisans de M. Necker; son frre le vicomte de Noailles prit une part
clbre aux gnreuses imprudences du 4 aot. Enfin le jeune Juste
de Noailles fut entour ds le berceau de sentiments et de principes
dont l'impression ne s'effaa jamais chez lui. Il les conserva au
travers de toutes les vicissitudes de nos cinquante dernires annes;
tous ceux qui l'ont connu peuvent se rappeler que les enivrements de
l'empire, les illusions de la restauration et les agitations de 1830
le trouvrent le mme, c'est--dire un ami impartial de l'ordre et de
la libert.

Les horreurs de la rvolution le saisirent dans sa premire jeunesse;
elles furent pour lui une prcoce exprience et l'occasion de devoirs
touchants. Son pre ayant eu le courageux instinct de rester jusqu'au
dernier moment prs de son infortun souverain, fut forc aprs le 10
aot de se cacher et bientt aprs de s'enfuir: sa tte tait mise 
prix. Le marchal duc de Mouchy prit sur l'chafaud avec sa femme,
sa belle-fille et la mre et la grand'mre de cette dernire; le
reste de la famille avait russi  quitter la France. La princesse
de Poix infirme avant l'ge et n'ayant pas voulu migrer, resta donc
seule  Paris avec son fils cadet, dont la tendresse et les vertus
surent lui adoucir tant de maux. Leur vie tait affreuse. Chaque
matin le journal leur annonait la mort d'un parent ou d'un ami, et
chaque jour tous deux se prparaient  de derniers adieux. Juste de
Noailles, en prsence de ces atrocits journalires, tait soutenu
par des sentiments religieux dj puissants, et qui prirent depuis
une teinte d'exaltation naturelle  son ge et dans sa situation. Un
vertueux prtre bien connu avant la rvolution par ses bonnes oeuvres,
le respectable abb de Fnlon, clbrait les saints mystres dans une
cave pour la consolation de quelques mes fidles. Le jeune Juste de
Noailles s'y rendit toujours exactement, plus d'une fois au pril de
sa libert et presque de sa vie, jusqu' ce que son vnrable directeur
et pay ses vertus de sa tte. Au milieu de tant de maux, un got
qui se dveloppa en lui et qui ne le quitta plus, fut, si on peut le
dire, son dlassement. C'tait le got des livres qui devint bientt
une passion. Pouvant  peine disposer de l'argent ncessaire  son
entretien, il s'imposait de pnibles privations pour le satisfaire. Un
estimable libraire rest son ami jusqu' sa mort, aimait  raconter
comment leur connaissance s'tait faite en 1793,  une vente de livres
prcieux. M. de Bure (c'tait son nom) remarqua avec surprise et
intrt un beau jeune homme de dix-sept ans, vtu plus que modestement,
qui montrait des connaissances et une ardeur pour les livres que sa
situation ne lui permettait pas videmment de satisfaire. Attir par
ces apparences et sans savoir le nom du jeune amateur, M. de Bure lui
procura  un prix modr les prcieuses ditions qu'il dsirait. Il
s'ensuivit un change de bons procds qui les attacha  jamais l'un 
l'autre. Mais comme les bonnes actions passaient pour M. de Poix avant
les beaux livres, il vendit sa chre collection sous le Directoire pour
payer une dette contracte par sa mre pendant la terreur.

Lorsque peu aprs ces horribles temps la France commena  respirer, la
jeunesse retrouva quelque mouvement et mme de la gaiet, parce qu'elle
ne saurait s'en passer. Juste de Noailles se livra comme les autres
aux amusements qui runissaient les lambeaux pars de la socit dans
des associations souvent bizarres, mais curieuses  observer. Du milieu
de ce chaos sortaient quelques existences miraculeusement conserves,
et qui commenaient dj  se faire remarquer; Juste de Noailles eut
le bonheur, ds cette premire entre dans le monde, de former des
liens d'amiti qui ne varirent plus. Le plus intime fut avec Adrien de
Mun dont la famille de tout temps lie avec la sienne, s'y tait plus
troitement attache depuis la rvolution. L'esprit dlicat et cultiv
de M. de Mun, son aimable caractre, ses moeurs lgantes l'eussent
fait remarquer en tout temps, mais quel n'tait pas son charme dans ce
moment de dsordre et de licence! Ces deux jeunes gens levs dans des
gots et des sentiments proscrits comme leurs familles, se serrrent
troitement l'un  l'autre, s'accordrent une confiance sans bornes
et se suivirent dans toutes les phases de leur existence pendant
prs de cinquante ans avec une persistance et une affection dont il
y a bien peu d'exemple chez les hommes. Leurs caractres diffraient
tout juste assez pour les rendre le complment l'un de l'autre. M.
de Mun, aussi sage, mais moins grave que son ami, savait allier au
got le plus dlicat la plus folle gaiet. Un ami moins intime, mais
toujours cher et prcieux  Juste de Noailles, ce fut le comte Mol,
dont la jeunesse  la fois aimable et srieuse faisait prvoir son
brillant avenir. Ce peu de Franais migrs  l'intrieur y vivaient
modestement, contents seulement de ne plus souffrir, de pouvoir
esprer et de s'amuser n'importe comment ni avec qui. Les chapps de
la terreur se retrouvaient tout joyeux d'avoir survcu; les migrs
rentraient progressivement; chacun arrangeait l'avenir  son gr. Enfin
le 18 brumaire vint absorber les esprances de tout le monde dans une
admiration gnrale bientt accompagne d'une soumission craintive qui
coupa court aux chimres, en rveillant les ambitions.

La princesse de Poix restait et fut toute sa vie un centre pour les
esprits distingus que le besoin de communication rassemble, quel que
soit l'tat du pays. Les opinions librales de Mme de Poix s'taient
bien modifies par la vue des crimes de la terreur; rien ne pouvait
la consoler de ce qu'elle appelait ses erreurs. La pense qu'elle
avait pu applaudir aux premiers actes d'une rvolution ensanglante
par tant d'horreurs, lui laissait sinon des remords, du moins un
besoin d'ordre qui la soumettait plus aisment que ses autres amis au
despotisme qui pesa bientt sur le pays. Le prince de Poix, toujours
dvou au souvenir de ses rois, resta, comme son fils an, tranger
au nouvel ordre de choses. Son second fils ayant fait, en 1804, un
beau et noble mariage (il avait pous Mlanie de Talleyrand-Prigord,
nice du clbre prince de Talleyrand), dsira, dans l'intrt de
sa descendance, rattacher son existence  celle d'un gouvernement
dont le chef lui avait inspir un vif enthousiasme. Il obtint de
l'empereur la facult de crer un majorat de comte; bientt il fut
nomm chambellan, et sa femme fut dame du palais de l'impratrice
Marie-Louise. Ces diversits d'opinions n'altrrent jamais l'union du
comte de Noailles et de ses parents. Mme de Poix, fidle aux mmes
sentiments que son poux et son fils an, mais avant tout mre sage
et tendre, runissait autour d'elle tous les objets de son affection
dans les relations les plus douces. D'ailleurs les esprits justes
et les bons coeurs s'entendent toujours dans le dsir du bien, sous
quelque forme qu'il se produise. La restauration eut les mmes effets
dans cet intrieur uni et clair. Le comte de Noailles, heureux de
pouvoir servir  la fois son pays et les bienfaiteurs de sa famille,
dut  la bont de Louis XVIII l'ambassade de Saint-Ptersbourg. Il fut
chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, et la comtesse de Noailles dame
d'atour de Mme la duchesse de Berry. Le comte de Noailles porta dans
sa nouvelle carrire la droiture et la raison qui le caractrisaient.
Mais son got le rappelait vers la vie de famille, et il saisit la
premire occasion d'y rentrer, en se retirant des affaires presqu'en
mme temps que le duc de Richelieu, dont il reprsentait la couleur
politique. Le roi permit alors au prince de Poix, lev  la pairie
en 1814, de faire passer  son fils cadet la grandesse d'Espagne.
Depuis ce temps, l'ducation de ses enfants, le soin de ses affaires,
ceux qu'il rendait  une mre adorable et de plus en plus infirme,
remplirent presque exclusivement l'existence du comte de Noailles. Ses
seules distractions taient son got pour les livres et les devoirs de
la charit, seuls emplois qu'il se permt de son superflu. Il n'en fut
distrait qu'en 1827, o le dpartement de la Meurthe le choisit pour un
de ses dputs. Les sentiments qui l'avaient anim ds sa jeunesse le
suivirent sur les bancs de la chambre. Il y porta cet amour d'une sage
libert, ce besoin de morale dans les institutions, qui caractrise
les honntes gens et les esprits clairs de notre temps, et qui et
soutenu tous les gouvernements qui se sont crouls depuis cinquante
ans, si ces gouvernements les eussent sincrement consults. Plus tard,
la manire de voir du comte de Noailles le dtourna de chercher une
nouvelle lection. Dvou par reconnaissance  la maison de Bourbon,
mais se sentant en opposition avec la politique qu'elle adoptait, il en
attendait avec anxit le fatal rsultat. Les grces dont sa famille
et lui-mme avaient t combls, lui firent un devoir de s'loigner
de la cour aprs la rvolution de 1830. Il rentra dans la retraite
en dplorant les malheurs de ses bienfaiteurs et en formant des voeux
pour la prosprit de son pays. Depuis ce temps, consacr plus que
jamais  ses liens intimes, il ne chercha plus de dlassements que
dans les panchements de sa tendre amiti pour le marquis de Mun,
et ses relations avec un petit cercle de connaissances anciennes,
choisies avec ce got dlicat et sr qui tait un des attributs de
son esprit. Ses livres devinrent plus que jamais sa jouissance et sa
consolation. Sa bibliothque, une des plus clbres de France, s'tait
progressivement augmente de prcieuses acquisitions. Les heures qu'il
y passait lui semblaient des moments. Peu de semaines s'coulaient sans
qu'il allt chez ses anciens amis, MM. de Bure, se tenir au courant des
nouvelles de la librairie. La Socit des Bibliophiles, dont il fit
partie ds son origine, ne comptait pas de membre plus intress  ses
travaux; ceux dont il tait charg se faisaient reconnatre  un got
aussi scrupuleux qu'clair.

Le duc de Poix[4] eut en 1834 le malheur de perdre sa mre; ce fut
un grand vnement dans sa vie. Trouvant en elle, avec un sentiment
passionn pour lui, un mrite et des agrments rests sans rivaux, il
s'tait livr, si on peut le dire, avec imprudence,  son affection
pour elle. Cette mre chrie tait son amie intime, l'objet de ses plus
tendres soins, d'un got qui tenait de l'admiration, et son conseil
dans toutes les choses de la vie. Comme elle avait conserv jusqu'
son dernier jour ses facults morales dans leur entier, elle trompait
sur son ge tout ce qui l'entourait; on jouissait avec imprvoyance du
charme de sa socit, sans songer au vide profond que devaient laisser
des communications si charmantes. Tous ceux qui l'ont approche l'ont
plus ou moins senti aprs elle. Qui dut en souffrir plus que ce fils
chri, le bien-aim de son coeur, la source des plus douces jouissances
de sa longue vie! La douleur du duc de Poix dura autant que son
existence; le souvenir de sa mre resta un culte cach qu'il ne spara
plus d'aucune de ses impressions. Il voulut changer de vie aprs cette
irrparable perte, et faire dsormais  la campagne sa principale
rsidence. Ses beaux livres lui parurent alors une magnifique fantaisie
dont la valeur serait mieux employe en travaux utiles. Il s'en
dfit en 1835. La vente eut lieu avec succs en Angleterre[5]. (Les
amateurs franais ont eu depuis ce temps la consolation de s'assurer
que beaucoup des ouvrages rares qui s'y trouvaient sont rentrs dans
notre pays.) M. de Poix aimait pourtant trop l'tude et la littrature
pour se passer d'une bibliothque. Il acquit celle de feu M. Duviquet
et l'augmenta successivement d'acquisitions moins brillantes que par
le pass, mais qui font cependant de cette seconde bibliothque une
collection excellente dans tous les genres[6].

Tout faisait esprer  la famille et aux amis de M. le duc de Poix
qu'il leur serait, ainsi que l'avait t sa mre, conserv au del du
terme ordinaire de la vie. Sa sant florissante, sa vie rgulire,
cette paix de l'me que la pit entretient chez ceux qui l'associent 
toutes leurs impressions, semblaient lui assurer une longue carrire.
Dieu en dcida autrement: une courte et pnible maladie l'enleva le
1er aot 1846,  l'ge de soixante-neuf ans. Ce fut une douleur et
une surprise pour tous ceux qui l'aimaient. Le chagrin en fut pargn
au marquis de Mun, mort deux ans avant son ami; sa famille resta seule
 le pleurer. Elle perdait en lui un chef respectable dont les aimables
qualits faisaient aimer la vertu. Malgr une modestie qui allait
peut-tre jusqu' l'excs, le respect s'attachait  lui et se rpandait
sur ses entours, qu'il protgeait ainsi  son insu. Son influence
les dirigeait du fond de sa retraite, comme le lest d'un navire en
assure invisiblement la marche. Cette religieuse modestie tait le
trait dominant du caractre de M. de Poix. Il ne lui arrivait de la
dominer que lorsque sa conscience lui faisait un devoir de professer
des sentiments honorables ou des opinions utiles; alors on trouvait
en lui la chaleur d'un homme de bien, sans respect humain comme sans
prjugs. Mais habituellement son plaisir favori tait l'tude et les
communications qu'elle procure avec des esprits distingus. Nul ne
rendait une justice plus aimable au mrite d'autrui que M. de Poix; son
approbation flattait d'autant plus qu'il tait dou d'un got exquis,
peut-tre trop dvelopp par l'ducation, car les raffinements du got
procurent plus de mcomptes que de jouissances; mais il ne dpend pas
de certains esprits choisis de se contenter de la mdiocrit en rien,
et M. de Poix tait de ceux qui cherchent sans relche le mieux en
toute chose. Il tait ingnieux dans sa bienfaisance, dlicat dans ses
moindres attentions: ses manires  la fois douces et dignes taient le
modle d'une noble et sage lgance. Ses confrres, les bibliophiles,
n'en perdront pas plus le souvenir que des aimables procds que tous
ont rencontrs en lui, et ils joindront de sincres regrets  la juste
douleur de sa famille et de ses amis.

V. D. N.

Membre de la Socit des Bibliophiles franais.

[Illustration]




LE MNAGIER DE PARIS.




INTRODUCTION.


Quand on tudie l'histoire de la rgence et du rgne de Charles V, de
ce beau rgne si tristement prcd et si tristement suivi, on ne sait
lequel admirer davantage ou des succs politiques et militaires de ce
grand prince, ou du mouvement imprim aux lettres et aux arts par son
intelligente et constante protection. Jet au milieu d'un pays dsuni
et factieux, attaqu victorieusement par un ennemi formidable, sans
argent, sans soldats, Charles s'entourant avec un discernement presque
surnaturel des hommes les plus habiles dans toutes les branches de
l'administration, se cre bientt des ressources suffisantes; il trace
lui-mme aux chefs de ses armes un plan de campagne qui doit ranimer
des troupes dcourages et rendre impossibles  l'avenir les dsastres
de Crcy et de Poitiers. Il sait trouver partout des allis pour la
France et des ennemis pour l'Angleterre, et combat successivement et
heureusement son redoutable adversaire sur tous les points o il a un
intrt ou un ami. Mais les combinaisons si varies et si complexes de
sa politique ne suffisent pas  l'activit de ce puissant gnie. Aprs
avoir rendu  la France sa confiance en elle-mme et son territoire, il
veut encore lui donner la supriorit de l'intelligence et des lettres,
et commence dans sa _librairie_ de la Tour du Louvre la runion des
meilleures productions historiques et littraires. L encore il veut
tre entour d'esprits d'lite: il veut avoir Cicron, Tite Live, saint
Augustin dans sa bibliothque, comme il a du Guesclin, Sancerre et
Clisson dans ses armes, Bureau de La Rivire et Jean Le Mercier dans
son conseil, Arnault de Corbie et Pierre d'Orgemont dans son parlement.
Non content de recueillir les meilleurs ouvrages dj connus, le Roi,
par sa munificence et souvent mme par ses ordres exprs, oblige 
crire tous ceux qui lui semblent capables de donner les meilleurs
traits d'une science ou d'un art quelconque. Aucun sujet, si humble
qu'il soit en apparence, n'chappe  son attention: sa sollicitude
paternelle descend dans tous les dtails. Pendant que le chancelier
Pierre d'Orgemont crit sous son inspiration une chronique modle
de fidlit et d'exactitude historique[7], Charles ne ddaigne pas
d'engager lui-mme le serviteur[8] d'un de ses matres des requtes 
consigner dans un ouvrage spcial le fruit de son exprience sur l'art
d'lever et de diriger les troupeaux, et son _queux_ Taillevent[9],
combl de ses bienfaits, donne sur la cuisine un trait imprim et
consult encore sous le rgne de Henri IV.

Le _Mnagier de Paris_ est videmment un des rsultats du mouvement
littraire du rgne de Charles V et de la tendance qu'avoit alors
prouve chacun, par suite des encouragemens du roi,  crire sur le
sujet qui lui plaisoit le plus et qu'il connoissoit le mieux. L'auteur
avoit vu tout le rgne de ce grand prince, puisqu'il toit  Melun en
1358[10],  Niort en 1373[11], et qu'il avoit connu Aubriot[12] dans sa
puissance, mais il n'crivit que plusieurs annes aprs l'avnement
de Charles VI. Il parle en effet du duc d'Orlans, qui ne peut tre
Philippe de France, frre du roi Jean: 1 parce que ce prince, mort en
1372, ne seroit pas cit comme vivant dans un livre crit aprs la
prise de Niort; 2 parce que l'auteur qui nomme[13] les ducs de Berry,
de Bourgogne et de Bourbon dans l'ordre de leur parent avec le roi,
n'auroit pas, s'il et crit sous le rgne de Charles V, plac l'oncle
du roi avant ses frres; 3 le duc d'Anjou, frre pun de Charles V,
mort en 1384, auroit sans doute t nomm comme ses frres dans cette
numration si elle et t crite avant l'anne de sa mort; 4 il est
fait allusion dans le livre  une sdition que je crois avoir prouv
tre celle de 1382[14]. Si on admet donc (et il me semble impossible
de le nier) que le duc d'Orlans dont il est parl dans le _Mnagier_
n'est pas Philippe frre du roi Jean, il ne peut tre que Louis frre
de Charles VI, et comme ce prince, d'abord duc de Touraine, n'eut le
titre de duc d'Orlans que le 4 Juin 1392[15], il en rsultera que le
_Mnagier_ ne peut avoir t crit avant Juin 1392. Mais il ne sauroit
non plus tre postrieur  Septembre 1394, car l'auteur parle des
juifs _qui sont en France_[16]: or les juifs furent chasss par une
ordonnance en date du 17 de ce mois qui fut promptement excute, mais
 laquelle il et certainement fait quelque allusion en cet endroit de
son livre si elle et mme seulement t rendue lorsqu'il crivoit.

Le _Mnagier de Paris_ fut donc crit entre Juin 1392 et Septembre
1394, et rien dans le texte ne contredit cette date qui me semble
tablie d'ailleurs sur des bases certaines. Ainsi l'auteur parle de
la maison de la reine et _des enfans_, et en effet Isabeau de Bavire
avoit en 1392 trois enfans[17]; ainsi encore il pourroit rsulter d'un
passage du livre[18] que l'anne o il fut crit commenoit en Avril,
et les annes 1392, 1393 et 1394 commencrent toutes trois en Avril.

L'auteur tant assez g en 1358 pour avoir t admis dans la socit
du seigneur d'Andresel, et ayant crit de 1392  1394, devoit alors
toucher  la vieillesse. Il avoit cependant pous depuis peu de temps
une jeune femme de quinze ans qui toit de meilleure maison que lui,
d'une province diffrente et orpheline[19]. Elle lui avoit demand
peu de jours aprs son mariage de ne pas la reprendre publiquement de
ses _dcontenances et simplesses_, mais de rserver ses rprimandes
pour le soir ou tout autre moment dans lequel ils seroient seuls[20].
L'auteur, heureux des bonnes intentions de sa femme, pensa qu'il
valoit mieux prvenir ses fautes que d'avoir  les lui reprocher, et
fit  son usage un trait gnral des devoirs d'une femme marie, avec
l'ide que cet ouvrage pourrait aussi tre utile  ses filles et  ses
amies[21]. Il n'crivit pas sans doute immdiatement aprs son mariage,
mais cependant il toit assez nouvellement mari pour parler  diverses
reprises  sa femme de sa trs-grande jeunesse[22] qui l'obligeoit
encore  tenir auprs d'elle une sorte de dugne ou gouvernante charge
de l'aider et de la diriger dans l'administration de sa maison[23].

Cette diffrence d'ge a pu donner  ses conseils ce caractre de
tendresse paternelle et mlancolique qui s'y fait remarquer. Arriv
au dclin de la vie, prvoyant avec une sage rsignation que sa femme
doit lui survivre, et dsirant qu'elle trouve aprs lui l'appui d'un
second poux, il veut qu'elle apporte  son successeur toute la vertu,
toute la douceur qu'il lui connot, et aussi toute sa sensibilit,
toute sa dlicatesse de jeune fille. Une femme sage, lui dit-il,
doit avoir horreur du sang. Ne voyez jamais couler mme celui d'un
agneau ou d'un pigeon; dfendez  vos suivantes de prononcer jamais
devant vous les mots de _sang_ et de _sanglant_[24]. Il adopte avec
une sorte d'empressement cette ide d'un second mariage de sa femme,
parce que cette ide lui permet d'ter  ses prceptes toute couleur de
dfiance ou d'gosme, et il lui parle en toute occasion de _son mari
qui sera_. Quant  lui, il ne mrite que l'attention, que les gards
les plus ordinaires[25]. Raconte-t-il cette histoire de Grislidis,
modle touchant d'obissance et de rsignation excessive, il se hte
de dire que cette histoire est trop cruelle et ne peut tre vraie;
qu'il est loin de demander un dvouement, une abngation qui ne sont
dus qu' Dieu: Aussi bien, dit-il avec un bonheur d'expression qu'on
remarque plus d'une fois dans son livre, _je ne suis pas marquis et
je ne vous ai pas prise bergre_[26]. Ailleurs, il prvoit le cas o
sa femme pouseroit aprs lui un homme dur et cruel, l'engage  ne
pas se plaindre des mauvais traitements qu'elle en recevroit: Allez
en votre chambre, lui dit-il, pleurez  voix basse et plaignez-vous 
Dieu![27].

De pareils sentimens font aimer l'auteur d'un livre, et on voudroit
pouvoir nommer l'homme qui runissoit de si nobles et de si aimables
qualits. La profonde pit, l'extrme modestie de l'auteur du
_Mnagier_ l'ont sans doute empch de se faire connotre. Il a bien
parl de lui-mme en plusieurs endroits de son livre, mais nous ne
pouvons tirer d'inductions solides de ces passages qu' l'gard de sa
position: aucune n'est assez prcise pour conduire  dcouvrir son nom.

On ne trouve dans le _Mnagier_ aucun trait qui indique le gentilhomme,
l'homme de guerre: on voit, au contraire, qu'il engage sa femme  ne
pas frquenter les grands seigneurs dont la socit _n'est affrente
ni convenable_ pour elle ni pour lui: ailleurs, il parle lgrement,
et seulement en passant, d'un plat compliqu et dispendieux, parce
que, dit-il, _ce n'est pas ouvrage pour le queux d'un bourgeois,
non mie d'un chevalier simple_[28]. Il est donc vident qu'il
appartenoit par sa naissance  la bourgeoisie,  cette bourgeoisie
claire, intelligente et riche dans laquelle se recrutoient l'glise,
le parlement et les finances; Charles V sut y trouver bien des
magistrats savans et intgres, bien des administrateurs habiles levs
ultrieurement par lui  la noblesse et mme  la dignit de chevalier:
nous rencontrerions probablement l'auteur du _Mnagier_ parmi ces
hommes minens, si son nom ne nous toit pas rest inconnu[29].

Il me parot en effet certain que notre auteur fut ml d'une manire
active aux affaires politiques de son temps. Outre qu'il semble peu
croyable qu'un simple bourgeois occup seulement d'affaires de commerce
ou de gestion de proprits, ait pu avoir l'instruction littraire
que prouvent les citations de l'auteur et le nombre des volumes de
sa bibliothque[30], et qu'une sagesse reconnue de son temps[31],
qu'un mrite signal  chaque page de son livre par l'lvation et la
justesse de ses ides, par la clart et l'expression de son style,
aient pu chapper  l'attention de Charles V, il seroit assez tonnant
qu'un bourgeois tranger au gouvernement et eu occasion de citer
Bureau de la Rivire, et surtout si souvent le duc de Berry[32].
Comment se seroit-il trouv  Niort avec ce prince? Comment auroit-il
eu sur la cour, et notamment sur l'tiquette intime impose par
d'importans scrupules aux reines de France, les renseignemens curieux,
uniques, qu'il nous a transmis[33]?

Mais  quelle partie du gouvernement l'auteur a-t-il pu appartenir?
Il toit videmment Parisien et habitoit ordinairement Paris; c'est
ce qui rsulte de l'ensemble de son livre, et notamment des nombreux
passages relatifs au commerce d'approvisionnement de la capitale.
Enfin il parle de la punition de Paris en 1383, en homme qui avoit
vu par lui-mme ces tristes circonstances. D'un autre ct, il avoit
voyag; il avoit t en Beauce, en Picardie,  Niort,  Bar-sur-Aube,
 Chaumont, en Gascogne,  Beziers, en Flandres, et probablement 
Tournay qu'il cite plusieurs fois. On peut prsumer de ces diverses
indications qu'il avoit t employ,  une poque antrieure, dans
les finances militaires (il me semble difficile qu'il se soit trouv
 Melun en 1358, et surtout  Niort, en 1373, avec un autre emploi),
et qu'il avoit ensuite appartenu ou appartenoit encore lorsqu'il
crivoit,  un corps judiciaire rsidant  Paris et ml  la police,
au gouvernement de la ville, tel que le parlement et le Chtelet, dont
les membres toient frquemment envoys comme commissaires dans les
provinces. Il me parot d'ailleurs impossible d'attribuer  un homme
tranger  la magistrature le rcit du repas donn par l'abb de Lagny,
et surtout l'attention avec laquelle est remarque l'tiquette qui y
fut observe entre le prsident, le procureur gnral et les avocats
du roi. Le chapitre si dtaill des noces de Jean Duchesne, procureur
au Chtelet[34]: la recommandation de porter l'pervier aux _plaids_
ou plaidoiries: le mlange de mots latins  certaines parties du
texte franois, mlange frquemment usit dans les rquisitoires et
plaidoiries de ce temps: enfin les mots _et pour cause_ qui terminent
souvent des dlibrations[35] du parlement et qui se trouvent placs 
la fin de quelques recettes du _Mnagier_, me semblent confirmer cette
opinion et lui donner un degr de probabilit qui,  mes yeux du moins,
approche de la certitude.

J'ajouterai que ce style gracieux, prcis et nergique, que quelques
personnes pourraient regarder comme peu compatible avec la scheresse
de la pratique, seroit plutt une sorte de nouvelle preuve de la
profession que j'attribue  l'auteur. Les registres des plaidoiries
du parlement faits par les greffiers sur les discours, probablement
mme sur des mmoires remis par les avocats, sont crits, quand le
sujet le permet, avec une clart, une grce et un esprit tout  fait
remarquables[36] et qui me semblent rappeler le style du _Mnagier_
bien mieux que certains ouvrages crits  la mme poque par des savans
de profession. Ce doit tre l le langage simple et expressif de la
bonne socit parisienne  l'poque o vivoit l'auteur; on y reconnot
dj la prcision et la clart qui caractrisent notre langue. Ce style
si doux dans la belle prire  la Vierge et quand l'auteur n'est anim
que de sentimens tendres, si simple et si vrai lorsqu'il raconte des
scnes de la vie commune, prend une teinte nergique et sombre quand
il veut exprimer la douleur ou l'indignation. Tels sont les passages
o il raconte l'histoire de la bourgeoise qui sauva son mari[37], et
celui o il parle de ces excuteurs testamentaires qui, choisis par les
morts comme leurs meilleurs amis, _mordent en leur char comme tirans,
et s'engraissent de leur sang et de leur substance_[38]; tel est dans
un autre genre le rcit de sa conversation avec une cousine de sa
femme[39], et celui des rcriminations des porte-faix[40]. Plusieurs
fois sa pense est si nettement, si heureusement exprime, qu'on se
demande si l'on auroit pu mieux dire, aux temps o notre langue avoit
atteint toute sa perfection[41].

Ce mrite de style qui existe aussi chez quelques autres crivains
du XIVe sicle (rarement peut-tre au mme degr) est un tmoignage
remarquable en faveur des lumires de cette poque, et c'est encore
l une des indications historiques intressantes que renferme le
_Mnagier de Paris_. Ces indications n'y sont pas rares: on y trouve
 chaque page de ces traits caractristiques qui peignent le sicle
et la nation; on y rencontre aussi frquemment des renseignemens
historiques directs ou anecdotiques. La mention des cartes  jouer, la
plus ancienne que l'on connoisse avec celle du compte de l'argentier
Poupart[42], l'histoire du chien de Niort, celles du mari parisien
tromp, de la bourgeoise qui sauve son mari, du sire d'Andresel, de
l'avocat, de Jeanne la Quentine: les renseignemens sur l'tiquette
suivie par les reines, sur les occupations des femmes: l'article
relatif aux domestiques, les documens statistiques sur les boucheries
de Paris, documens dont je discuterai plus loin la valeur: les
descriptions de repas et ftes nuptiales, dans lesquelles se trouvent
tant de dtails sur les prix des objets ncessaires  la vie[43],
rpandent dans l'ouvrage autant d'intrt que de varit.

Cette diversit des sujets traits dans le _Mnagier_ semble mme
extraordinaire, et l'on a peine  concevoir qu'un mme homme ait runi
des connoissances si diffrentes: mais s'il est certain que notre
auteur connoissoit  fond toutes les matires dont il a parl, il n'est
pas moins vrai qu'il n'a pas crit seul et sans le secours d'autres
livres toutes les parties de son ouvrage. Plusieurs fois il en prvient
le lecteur comme pour Grislidis, l'histoire de Mellibe, le chemin
de Pauvret et de Richesse[44], mais d'autres fois aussi ces emprunts
 des ouvrages trangers se manifestent par des indications moins
prcises. Ainsi, il me parot vident que les parties du _Mnagier_ o
le texte est brusquement interrompu par une remarque critique, ne sont
pas de l'auteur, et que ces remarques qu'on ne sauroit attribuer  des
copistes attendu l'accord des trois manuscrits, se prsentoient  son
esprit pendant qu'il transcrivoit certains ouvrages utiles au but qu'il
se proposoit. Telles sont sans doute plusieurs des recettes contenues
dans les articles II et III de la seconde distinction relatives au
jardinage,  l'enlvement des taches[45] etc.

Cette observation s'applique surtout  la partie culinaire ou
_Viandier_ (articles IV et V de la seconde distinction), et il
me parot impossible d'attribuer  l'auteur la composition premire
du fond de ces articles. Assurment il connoissoit le sujet, et
la multiplicit des objections qu'il fait  son texte prouve
sa _comptence_, mais elle prouve en mme temps sa position de
transcripteur et d'annotateur[46].

Quels sont les ouvrages ou les documens dont s'est servi l'auteur du
_Mnagier_ pour crire cette partie de son livre[47]? On ne s'tonnera
pas que quelques-uns aient pu disparotre, mais il nous est permis
d'en reconnotre deux qu'il a certainement mis  contribution. Le
premier est le livre du clbre Taillevent, crit  une poque un
peu antrieure, et qu'il a d ncessairement connotre; outre les
similitudes forcment existantes entre deux ouvrages crits  la mme
poque et sur le mme sujet, similitudes que j'ai tch de ne pas
confondre avec des emprunts et que je me suis dispens de signaler,
le trait de Taillevent contient quelques recettes videmment copies
par l'auteur du _Mnagier_. Mais un beaucoup plus grand nombre de
ses recettes a t emprunt  un ouvrage dont la plus ancienne
dition connue, imprime  Lyon en 1542, in-8 gothique, pour Olivier
Arnoullet, est intitule _le Livre fort excellent de cuisine_, et
dont on connot une rimpression faite  Paris pour la veuve de Jean
Bonfons, sans date (mais aprs 1566 et avant 1574)[48], de format
in-16, sous le titre de _Grand cuisinier de toutes cuisines_. C'est au
reste  l'auteur de ce dernier volume qu'il faut attribuer la rdaction
originale des recettes communes aux deux ouvrages, car on ne rencontre
dans le _Grand Cuisinier_ aucune des remarques critiques du _Mnagier_,
et l'ordre des recettes classes mthodiquement ici, n'est pas le mme
dans le _Grand Cuisinier_. Or on ne sauroit croire que le premier
diteur de cet ouvrage se soit donn la peine d'tablir un systme ou
un ordre quelconque, bon ou mauvais, dans son dition. Il est visible
qu'il imprimoit sans attention, sans soin, un manuscrit ancien tel
qu'il l'avoit sous les yeux, et le reproduisoit sans modification, sauf
les mots ou les phrases entires chappes  son incurie.

Les reproches que je fais ici au _Grand Cuisinier_ ne surprendront pas
les personnes verses dans la connoissance de nos anciens livres. Elles
savent que les anciennes ditions des textes classiques et religieux,
destines aux hommes studieux et graves, toient faites avec un soin
extrme, tandis que les romans, les posies et tous autres ouvrages
franois moins srieux (surtout ceux qu'on imprimoit aprs la mort
de leurs auteurs), destins aux gens du monde ou au public vulgaire,
toient dits avec une ngligence excessive, au moins quant  la
correction du texte. Cette ngligence est pousse  l'extrme dans
les ditions imprimes des deux ouvrages culinaires que je viens de
citer; aussi, quoiqu'ils m'aient t fort utiles pour diter cette
partie du _Mnagier_, j'aurois bien dsir avoir  ma disposition un
manuscrit du _Grand Cuisinier_ ou _Livre fort excellent de cuisine_,
exempt des fautes de l'imprim, mais il n'en existe pas, et je n'ai
eu cette facilit qu' l'gard du Taillevent[49] dont on connot deux
manuscrits, l'un  la Bibliothque royale, l'autre  la Bibliothque
Mazarine, prsentant entre eux de trs-grandes diffrences et diffrant
aussi tous deux, le second surtout, des imprims.

Malgr la futilit apparente du sujet, je regarde la partie culinaire
du _Mnagier_ comme une des plus importantes du livre. La partie morale
est, il est vrai, trs-bien crite et trs-riche en renseignemens
historiques, mais il existe quelques ouvrages analogues qu'on peut
placer  ct d'elle (le plus important est assurment celui de
Geoffroy de La Tour-Landry[50]). La partie matrielle du _Mnagier_ et
notamment _le Viandier_, beaucoup plus tendu et plus dtaill que
l'ouvrage de Taillevent, est absolument sans quivalent. Aussi ai-je
cru devoir apporter les soins les plus scrupuleux au travail assez
difficile et tout  fait nouveau qu'exigeoit de moi cette partie de
l'ouvrage.

La premire impression qu'on prouve en lisant _le Viandier_ est
l'tonnement de voir presque tous les mets assaisonns de quantit
d'pices et d'herbes aromatiques. Une pareille complication
d'assaisonnemens, si oppose  la simplicit primitive de la nourriture
naturelle de l'homme, est-elle contemporaine de l'tablissement des
monarchies modernes, ou faut-il la faire remonter au moins  ces
poques malheureuses o les Romains poussoient le luxe et la recherche
de leurs tables jusqu'aux raffinemens dcrits par Ptrone? La rponse
 cette question n'est pas douteuse si l'ouvrage curieux qui porte le
nom d'Apicius Coelius a t en effet crit peu d'annes aprs le rgne
d'Hliogabale, comme le savant Lister me parot l'avoir tabli dans la
dissertation place en tte de son dition de cet ouvrage[51]. S'il
en est ainsi, nous devons croire que la cuisine du moyen ge est la
mme que celle de l'empire romain. Les Francs l'auront trouve en
usage dans les Gaules devenues romaines de moeurs et d'habitudes, et
ils l'auront adopte comme ils adoptrent tant d'autres coutumes de
cette population soumise par eux, mais dans laquelle ils ne formoient
qu'une foible minorit. Si Lister et connu l'ouvrage de Taillevent ou
la partie culinaire du _Mnagier_, il ne se seroit pas demand comment
la cuisine moderne (celle qu'il voyoit de son temps) toit devenue
si diffrente de l'antique, si simple en comparaison de celle-ci, et
surtout il n'auroit pas conclu qu'elle avoit t ainsi simplifie
par suite de l'invasion des barbares qui auroient import leurs
habitudes domestiques dans les pays conquis par eux. Taillevent et _le
Mnagier_ offrent tant de similitudes avec le trait d'Apicius en ce
qui concerne l'emploi des pices, qu'on pourrait croire l'_Apicius_
crit au moyen ge, si des recettes de plats inconnus  nos anctres et
indiqus (non dcrits) dans d'autres auteurs anciens, si les noms des
inventeurs de certains mets, qu'un faussaire n'et pu,  l'poque o
remontent les manuscrits d'Apicius, appliquer avec sagacit, si enfin
l'opinion unanime des savans diteurs de ce livre ne sembloient tablir
suffisamment son antiquit.

L'usage immodr des pices s'est prolong jusqu'au rgne de Henri
IV, sans que le systme de la cuisine franoise ait beaucoup
vari[52]; c'est du moins ce qu'on peut conclure de la rimpression
de Taillevent en 1602, d'o il rsulte qu'alors ses recettes toient
encore employes. Mais la simplicit parot s'tre introduite dans
la prparation des alimens sous le rgne de Louis XIII[53]. Entre
le Taillevent rimprim en 1602, et le _Cuisinier franois_ de
Franois Pierre dit la Varenne[54], imprim en 1651, il n'y a aucune
analogie[55]. Cette profonde modification ne peut-elle tre attribue
en partie  la baisse du prix des pices, amene par la multiplication
des relations commerciales? Pour beaucoup d'hommes, le plus grand
plaisir de la possession est d'avoir ce que les autres dsirent
inutilement. Quand les pices ont pu parotre sur toutes les tables, et
quand leur emploi n'a plus t une preuve de luxe et de richesse, on a
peut-tre cess de les estimer autant, et leur usage a t de plus en
plus restreint.

Outre l'intrt gnral que la partie culinaire du _Mnagier_ a de
commun avec l'Apicius et le Taillevent, cette partie prsente en outre,
sur l'ordre et le service des repas, des dtails bien curieux, propres
 claircir divers passages de nos historiens et aussi de quelques
ouvrages littraires[56]. Ces dtails ont manqu  Legrand d'Aussy qui,
faute de les connotre, a donn peu de renseignemens sur cette partie
importante du sujet qu'il traitoit. On peut suppler  cette omission
et se figurer le crmonial et l'ordre d'un grand repas en examinant
et rapprochant entre eux certains passages de l'article IV (p. 114 et
suiv.).

L'auteur nous apprend d'abord que les diffrentes provisions
ncessaires  l'alimentation, confies habituellement  la surveillance
des _cuyers de cuisine_, toient choisies, marchandes et payes
par un ou plusieurs de ces officiers assists des _queux_ ou
cuisiniers[57]. Les mets prpars par les queux toient, en attendant
le moment du service, poss par les aides des cuyers sur un dressoir
plac dans la cuisine. C'est de l qu'ils toient ports sur les tables.

Reprsentons-nous maintenant une vaste salle tendue de tapisseries ou
d'autres toffes brillantes. Les tables sont recouvertes de nappes
 franges, jonches d'herbes (odorifrantes?); une d'entre elles,
dite _grande table_, est destine aux personnes les plus notables.
Les convives sont conduits  leurs places par deux matres d'htel
qui leur apportent  laver[58]. La grande table est garnie par un
matre d'htel, de salires d'argent, de gobelets couverts dors pour
les plus grands personnages, de cuillers et de quartes[59] d'argent.
Les convives mangent (au moins certains mets) sur des tranchoirs
ou grandes tartines de gros pain[60] jets ensuite dans des vases
dits _couloueres_[61]. Pour les autres tables, le sel est plac dans
des morceaux de pain[62] creuss  cet effet par des officiers dits
_porte-chappes_[63]. Dans la salle est un dressoir garni de vaisselle
et de diffrentes espces de vins; deux cuyers placs auprs de ce
dressoir donnent aux convives des cuillers propres, leur versent le
vin qu'ils demandent, et retirent de la table la vaisselle salie;
deux autres cuyers font porter les vins au dressoir de salle: un
valet plac sous leurs ordres est uniquement occup  tirer le vin
des tonneaux[64]. Les plats formant trois, quatre, cinq ou mme six
services dits mets[65] ou assiettes, sont apports par des valets et
deux cuyers _des plus honntes_. (Dans certains repas de noces, le
mari marchoit devant,[66] avec eux.) Les plats sont poss sur les
tables par un _asseur_[67] assist de deux serviteurs. Ces derniers
enlvent les restes et les remettent aux cuyers de cuisine qui doivent
les mettre  part et les conserver. Aprs les mets ou assiettes, les
tables sont couvertes de nouvelles nappes, et l'entremets est alors
apport. Ce service, le plus brillant du repas[68], se compose de plats
sucrs, de geles de couleur avec armoiries, etc., puis d'un cigne, de
paons ou de faisans revtus de leurs plumes, ayant le bec et les pattes
dors, et placs au milieu de la table sur une sorte d'estrade[69]. A
l'entremets qui ne figure pas dans tous les menus, et  son dfaut,
au dernier mets ou service, succde la _desserte_ (compotes, fruits,
_dessert_[70]); _l'issue_[71] ou sortie de table, compose le plus
souvent d'ypocras et d'une sorte d'oublie dite _mestier_, ou, en t,
l'ypocras tant hors de saison  cause de sa force, de pommes, de
fromages, et quelquefois encore d'autres ptisseries et sucreries[72].
Le _boute-hors_ (vin et pices) termine le repas; on se lave les
mains, on dit les grces, puis on passe dans la _chambre de parement_
ou salon. Les domestiques succdent alors aux matres et dnent aprs
eux. On apporte ensuite aux convives du vin et les _pices de chambre_
(drages, sucre rosat, corces d'oranges confites, etc. V. p. 122, 265
et 274), et chacun se retire alors chez lui.

Il existe encore dans cette partie du _Mnagier de Paris_ un passage
dont l'importance seroit bien grande si l'on pouvoit tre assur
de son exactitude. Je veux parler du commencement de l'article
IV, dans lequel se trouve le relev statistique de la consommation
de Paris. Selon l'auteur, cette consommation, en y comprenant les
animaux tus pour les maisons du roi et des princes, s'levoit 
l'poque o il crivoit  30,316 boeufs; 188,552 moutons; 30,794 porcs,
et 19,604 veaux[73]. Ce passage sembleroit pouvoir fournir un nouvel
lment propre  dterminer le chiffre de la population parisienne 
la fin du XIVe sicle, mais les renseignemens donns en cet endroit
du _Mnagier_ sont-ils exacts? Je ne m'arrterai pas  une premire
difficult, celle que je remarque au sujet du nombre des bouchers de
la grande boucherie que l'auteur fixe  dix-neuf. Quoiqu'un boucher
pt tenir et tnt quelquefois, mais assez rarement, plusieurs taux,
il me parot difficile que les 32 taux de la grande boucherie fussent
tenus par 19 bouchers seulement. Mais, en outre, est-il croyable que la
boucherie de Saint-Germain, compose de 19 taux (13 bouchers, suivant
l'auteur), ne fournt par semaine  la consommation de Paris que 6
boeufs, 2 veaux et 18 porcs de plus que la boucherie du Temple, compose
de deux taux seulement? On peut concevoir que l'auteur ne nomme
pas la boucherie de Saint-Benot, destine peut-tre exclusivement
au chapitre[74]; mais comment ne cite-t-il pas celle de Saint-loi,
tablie en 1358, et qui approvisionnant le riche quartier Saint-Paul,
devoit ncessairement avoir un important dbit? Comment a-t-il nglig
celle de Saint-Marcel, ou s'il l'a confondue  dessein avec celle de
Sainte-Genevive, pourquoi n'en prvient-il pas le lecteur[75]? Comment
enfin, est-il en dsaccord avec lui-mme,  deux lignes de distance,
sur la consommation du duc de Berry[76]? (_douze_ puis _seize_ boeufs,
80 puis 160 moutons). Cette variation est d'autant plus surprenante
qu'un doute, puis une vrification annoncs par l'auteur font compter
le lecteur sur des chiffres exacts et certains.

Je crois que les observations prcdentes sont des prsomptions graves
contre la fidlit de ces renseignemens statistiques[77], mais il est
encore des difficults d'un autre genre qui s'opposeroient  ce qu'ils
pussent tre consults srement pour la fixation du chiffre de la
population parisienne. Il est certain qu' la fin du xive sicle
l'abstinence de viande aux jours maigres toit plus gnralement et
plus strictement observe qu'aux poques o la population de Paris
nous est connue, et qui pourroient servir de termes de comparaison.
Nous ignorons si les boeufs amens alors  Paris toient plus ou
moins pesans qu'aujourd'hui; nous ignorons en outre combien de
livres de viande pouvoit consommer annuellement chaque habitant de
Paris, car la consommation individuelle augmente ou diminue d'une
manire trs-sensible en raison inverse du prix des denres[78],
et le chiffre actuel de cette consommation, fort infrieur  celui
qu'elle atteignoit en 1789, ne sauroit servir de base pour la fin
du XIVe sicle[79]. Enfin l'extrait d'un arrt du
Parlement (t. II, p. 82 dans la note), dans lequel il
est dit que Guillaume de Saint-Yon vendoit vers 1380 dans trois taux
pour 200 livres parisis de viande par semaine est loin de concorder
avec les calculs de l'auteur, et rduiroit de beaucoup le nombre des
animaux abattus par semaine  la grande boucherie, mme en tenant
compte du produit de la vente des peaux, du suif, etc.

La partie culinaire du _Mnagier_ termine l'ouvrage dans les trois
manuscrits qui nous sont connus. Cependant l'auteur avoit annonc dans
son prologue une troisime et dernire distinction devant contenir: 1
des demandes d'batement rpondues par le sort des ds, par _rocs_ et
par _rois_[80]; 2 un trait de la chasse  l'pervier; 3 des demandes
subtiles  trouver ou  deviner, et fondes sur l'arithmtique. De ces
trois articles nous n'avons que celui qui est relatif  la chasse,
encore est-il plac dans la seconde distinction,  la fin de l'article
III et aprs le trait des chevaux. Il semble tonnant que l'auteur qui
dans tout son livre suit avec une exactitude scrupuleuse la division
qu'il a annonce dans son prologue, l'ait nglige aussi compltement
pour cet article. Est-ce donc  lui qu'il faut attribuer cette sorte de
transposition? Cet article est-il le seul de la troisime distinction
qu'il ait crit? Les vnemens ou la mort ont pu l'interrompre dans
son travail et l'empcher d'crire les deux autres articles de la
IIIe distinction, et le trait de la chasse ainsi isol a pu tre
plac par les personnes qui recueillirent le _Mnagier_ aprs le
trait des chevaux auquel il se lioit assez naturellement. Il seroit
encore possible que l'auteur et renonc, depuis qu'il avoit crit son
prologue,  traiter les deux autres articles comme moins utiles  son
but, et qu'il et lui-mme interverti l'ordre annonc, ou enfin que ces
deux articles, termins par lui comme le deuxime, eussent t perdus;
j'avoue que ces deux dernires hypothses me paroissent moins probables
que la premire. J'ai cru,  tout hasard, devoir suivre dans cette
dition l'ordre annonc dans le prologue, et j'ai renvoy  la fin du
livre cet article unique de la troisime distinction.

Il est certain que les deux autres articles, relatifs  des sujets
plus intimes et peu connus jusqu'ici, auroient t plus curieux pour
nous que le trait de la chasse, mais on comprend que l'auteur ait
pu s'occuper de prfrence de ce dernier sujet. A l'poque o il
crivoit, la chasse  l'pervier (et mme celle au faucon, quoique
plus dispendieuse), n'exigeant pas la quantit d'hommes et de chevaux
ncessaires  la vnerie, toit un des divertissemens favoris de la
socit moyenne[81] et passoit pour tre particulirement convenable
aux femmes. Cette chasse se faisoit souvent par une nombreuse socit
de chasseurs et de chasseresses rangs en ligne, et jouissant avec
orgueil des succs de leurs oiseaux. L'auteur du _Roi Modus_ qui
crivoit vers 1360 parle  deux reprises avec enthousiasme des plaisirs
que procuroit cette chasse. _C'est un dduit_, dit-il, _que chascun
puet faire de soy avecques dames et damoiselles.... et doit avoir la
dame aucun qui lui puisse baillier son esprevier quand il aura prins
l'alo ou la pertrix.... Dieux! comme c'est beau dduit, c'est plaisant
dduit que de veoir prendre une alo  l'estourse  bon esprevier!_[82]
Gaces de La Bugne, premier chapelain des rois Philippe de Valois, Jean
II, Charles V et Charles VI, que j'ai eu plus d'une fois occasion de
citer dans ce livre[83], aprs avoir dtermin le train ncessaire 
un _preveteur_, l'engage  chercher un bon pays et des compagnons,
car il auroit t regrettable, selon lui, de chasser seul. Il lui
fait donc trouver belle et bonne compagnie de chevaliers et d'cuyers
_qui n'ont pas  sommes deniers_ (qui ne sont pas trs-riches), de
dames et de damoiselles, et lui fait faire avec eux une chasse dont le
dtail a beaucoup de rapports avec certains endroits de cet article du
_Mnagier_. Il regarde ce divertissement comme bien plus convenable
pour les femmes que la vnerie. Le dduit de chiens, s'crie-t-il,
peut-il donner de tels plaisirs aux dames qu'aussitt on ne mdise
d'elles? Une grande dame qui voudroit conserver sa rputation ne
piqueroit pas des perons au travers des bois, des buissons et des
haies, et n'iroit pas avec plaisir tuer cerfs, loups ou sangliers. Aux
hommes appartiennent tels faits![84]

Au reste,  cette poque o la distinction des rangs trs-marque
dans la lgislation et aussi, en gnral, dans les alliances de
familles, l'toit peut-tre moins que de nos jours dans les relations
de la vie prive, la chasse  l'pervier n'toit pas la seule usite
par les bourgeois. La chasse  l'oiseau en gnral, fauconnerie ou
autourserie, toit une des occasions qui runissoient le plus souvent
des personnes de conditions diffrentes. Gaces de La Bugne en donne
un exemple intressant. Il raconte fort agrablement comment des gens
qu'il appelle _de moyen tat_, mais parmi lesquels il se compte lui,
chapelain du roi, ainsi que des chevaliers (il y avoit en outre des
chanoines, des cuyers ou simples gentilshommes et des bourgeois),
firent ensemble une partie de chasse  l'oiseau qui dura une semaine.
Ils avoient vingt oiseaux et voloient tous les jours au moins jusqu'
midi. Alors ils venoient dner ensemble  une htellerie, et le repas
se passoit joyeusement, sans mdire du prochain et sans convoiter les
richesses d'autrui. Aprs dner, la chasse recommenoit jusqu'au souper
qui toit plantureusement servi[85].

L'auteur du _Mnagier_ avoit sans doute sur la convenance et l'agrment
de la chasse  l'pervier la mme opinion que Gaces de La Bugne,
et c'est l ce qui l'aura dtermin  parler avec dtail de cette
chasse. Son trait est trs-complet et au moins gal en mrite  la
partie du _Modus et Ratio_ relative au mme sujet. Il ne me parot pas
s'tre servi[86] de ce dernier livre, trop rpandu cependant  la fin
du XVIe sicle pour qu'il ne l'ait pas rencontr.
Cependant les deux ouvrages tant presque contemporains et traitant
le mme sujet, plusieurs passages du _Modus_ m'ont t utiles pour
claircir ou complter cette partie du _Mnagier_. J'ai aussi mis
 contribution, dans ce double but, les autres anciens ouvrages de
fauconnerie, pensant que cet article,  cause de l'obscurit d'un art
aujourd'hui si peu connu[87], demandoit  tre clairci avec plus de
dtail que les autres.

       *       *       *       *       *

Quand on a lu le _Mnagier de Paris_, on se demande comment un pareil
ouvrage a pu rester quatre cent cinquante ans sans avoir t connu, ou
plutt sans avoir t cit. Quant  moi, l'existence de ce prcieux
monument historique m'a t rvle seulement par la vente des livres
de M. Huzard[88]. Un manuscrit sur papier du _Mnagier_ figuroit au n
662 de la premire partie du catalogue de cette remarquable collection.
L'examen rapide que j'en fis  l'exposition me fit pressentir le mrite
du livre, et me donna un vif dsir d'en devenir possesseur. Le volume
m'ayant t adjug, je me convainquis en le lisant de l'utilit qu'il
y avoit  le publier. Je crus,  cet effet, ncessaire de rechercher
s'il en existoit d'autres manuscrits. Je n'en trouvai de mentionns
que sur les catalogues des ducs de Bourgogne, publis par M. Barrois
dans sa _Bibliothque protypographique_[89]. Les catalogues des
Bibliothques du Roi et de l'Arsenal ne portent aucune indication du
_Mnagier_: je pensai donc que l'un des manuscrits de Bourgogne, sinon
les deux, pouvoit se trouver  la Bibliothque royale de Bruxelles,
et je demandai  M. le baron de Reiffenberg, auteur de tant de
savantes publications historiques et associ tranger de la Socit
des Bibliophiles franois, de vouloir bien m'clairer sur ce point.
Sa rponse, par suite de diverses circonstances, ne m'tant parvenue
qu'aprs plusieurs mois, je crus pendant quelque temps qu'il falloit
renoncer  l'espoir de dcouvrir un autre manuscrit du _Mnagier_, et
quoique le mien prsentt d'assez notables dfectuosits, la Socit
des Bibliophiles dcida sur ma proposition, dans sa sance du 14 mai
1845, qu'elle donneroit une dition de ce livre, et me chargea de
prparer cette dition sur mon manuscrit, le seul que nous pussions
alors nous procurer. Mais quelques jours plus tard un de mes amis,
connu par quantit de savans travaux historiques, me communiqua un
manuscrit sur vlin du _Mnagier_, contenant 173 feuillets in-folio,
paroissant crit dans la premire moiti du XVe sicle et orn au
commencement d'une miniature reproduite dans cette dition[90]. Je
reconnus bientt que ce volume, qui ne porte pas les armoiries des
ducs de Bourgogne toit cependant, sans aucun doute, le premier des
deux ports aux inventaires de 1467 et 1487, et indiqu sous les nos
836 et 1758 de la _Bibliothque protypographique_[91], et qu'il avoit
certainement servi de modle au copiste du mien. Ce manuscrit, le plus
ancien des trois que j'ai eus  ma disposition, est dsign dans le
cours de mon travail sous le nom de Ms. A.

Peu de temps aprs, M. le baron de Reiffenberg m'crivoit de son
ct qu'un des manuscrits des ducs de Bourgogne existoit en effet 
Bruxelles, et m'envoyoit en mme temps un exemplaire de _l'Annuaire
de la Bibliothque royale de Belgique pour 1843_[92], dans lequel
se trouve, p. 33, un excellent article de lui sur cet exemplaire
du _Mnagier de Paris_. La Socit des Bibliophiles fit alors des
dmarches actives pour obtenir la communication de ce prcieux volume
que M. de Theux, ministre de l'intrieur de Belgique, voulut bien lui
accorder, sous la garantie de M. le marquis de Rumigny, ambassadeur de
France  Bruxelles.

Ce manuscrit sur vlin, que j'ai dsign sous la lettre B, parot
postrieur de quelques annes au prcdent. Le premier feuillet est
orn d'un C initial en or et en couleur, au centre duquel on voit,
comme dans la miniature du Ms. A, l'auteur donnant ses instructions
 sa femme. Ce feuillet est entour de trois cts (en tte, au fond
et en queue) d'une bordure d'arabesques en or et en couleur dans
laquelle se trouve au bas de la page l'cusson de Philippe dit le
Bon ou de Charles le Tmraire, ducs de Bourgogne. Il contient 193
feuillets de format in-folio. La description donne du second manuscrit
de Bourgogne dans les inventaires de 1467 et 1487 tablit que le
manuscrit de Bruxelles est le mme que celui port aux nos 1202 et
1759 de la _Bibliothque protypographique_. Il a t fait avec soin
par un crivain intelligent mais peut-tre trop dispos  corriger les
endroits qui lui sembloient dfectueux; plusieurs corrections ont en
outre t faites aprs coup. Il n'a pas t copi sur le manuscrit A
et en reproduit un autre: il fournit en effet trop de variantes pour
qu'on puisse les attribuer seulement au copiste. Il a probablement
t excut pour Philippe le Bon, mais le Ms. A qui ne porte pas
d'armoiries a pu appartenir  d'autres propritaires avant d'entrer
dans la bibliothque de Bruges.

L'auteur du _Mnagier_ toit trop connu du duc de Berry[93] pour avoir
appartenu au parti bourguignon  Paris, et pour qu'on suppose qu'un
des manuscrits de Bourgogne soit la copie de quelque autre plus ancien
offert par l'auteur au duc Philippe le Hardi ou  son fils Jean sans
Peur. Un semblable hommage auroit plutt t fait au duc de Berry, mais
on ne voit pas figurer _le Mnagier_ sur l'inventaire des livres et
autres objets mobiliers de ce prince dress aprs son dcs. On peut
raisonnablement croire qu'un exemplaire de cet ouvrage aura t trouv
chez un de ces bourgeois riches et considrs qui perdirent la vie ou
au moins leurs biens lors de l'entre des Bourguignons  Paris en 1418,
et qu'il aura t apport alors au duc de Bourgogne par un de ses agens
ou partisans.

       *       *       *       *       *

J'ai dit plus haut que le manuscrit de M. Huzard, qui m'appartient
aujourd'hui et que j'ai dsign sous la lettre C, avoit t copi sur
le Ms. A. Outre la conformit presque parfaite des deux textes, j'en
ai une preuve bien manifeste. Il existe et il existoit videmment
dans le Ms. A avant qu'il et t revtu de sa reliure actuelle, une
transposition de deux feuillets par suite de laquelle le trait de
l'pervier et le passage relatif aux boucheries de Paris se trouvent
mls l'un  l'autre et se coupent rciproquement. L'crivain du Ms. C
a copi ce qu'il avoit sous les yeux, sans voir quelle toit la cause
du dsordre de son texte, et le mme mlange existe dans sa copie,
mais sans transposition, c'est--dire que le sens est interrompu au
milieu de deux pages et non entre la fin d'un verso et le commencement
d'un recto, comme dans le Ms. A. Pour rendre ce dsordre un peu moins
choquant, il a ajout dans un endroit deux mots qui ne me semblent
cependant pas atteindre ce rsultat. Cet crivain, videmment Flamand,
a en outre laiss dans sa copie de nombreuses traces du dialecte qu'il
parloit, crivant souvent _commenche_ pour _commence_, _cousant_ pour
_couchant_, _franchois_ pour _franois_, _cheulx_ pour _ceulx_, etc. On
peut aussi lui reprocher d'avoir oubli quelques membres de phrases; il
a cependant fait au texte cinq ou six corrections assez heureuses et
tout  fait ncessaires au sens.

Le manuscrit C contient 280 feuillets de papier _in-folio parvo_
assez ngligemment mais lisiblement crits, et semble remonter au
commencement du rgne de Louis XI. La premire lettre renferme un
cusson parti, au premier de gueules au chevron d'hermines, et au
second d'hermines au chef de gueules; ces armoiries sont celles des
maisons de Ghistelles[94] et de Roubais[95]. D'aprs les rgles de
l'art hraldique, les femmes doivent porter un cu parti, au premier
des armes de leur mari, et au second des leurs[96]; cet cusson devroit
donc tre celui d'une demoiselle de Roubais marie  un Ghistelles;
mais malgr les recherches les plus attentives, je n'ai pas trouv
qu'une semblable alliance ait eu lieu  l'poque o mon manuscrit
fut crit, tandis que Pierre (ou Rn)[97] seigneur de Roubais,
fils de Jean mort en 1449, et d'Agns de Lannoy, n  Herzelles le
1er aot 1415 et mort le 7 juin 1498, avoit pous Marguerite de
Ghistelles, fille de Jean sieur de Bockde, Lauderburg, etc., et de
Charyte de Gand-Vilain, ne le 14 octobre 1415 et morte le 17 octobre
1498[98]. Suivant le dossier de Roubais au Cabinet gnalogique, ils
n'eurent qu'une fille nomme Isabelle, dame de Roubais et d'Herzelles,
femme de Jacques de Luxembourg, sieur de Richebourg[99], et morte
en 1502. Si l'on admet que l'crivain a pu commettre une erreur
(erreur trs-rare mais qui n'est cependant pas sans exemple[100]), et
placer les premires celles de ces armoiries qu'il devoit mettre les
secondes, l'attribution du volume  Marguerite de Ghistelles parotra
bien fonde. M. de Roubais, fils d'un premier chambellan des ducs
de Bourgogne, et attach lui-mme  leur service[101], avoit toute
facilit pour faire copier un manuscrit de la bibliothque de ces
princes. Une autre circonstance vient encore ajouter  la probabilit
de cette conjecture: dans une espce d'appendice[102] qui est propre 
mon manuscrit, on trouve des recettes qui sont dites avoir t envoyes
par un certain Hotin, cuisinier _qui fut  Monseigneur de Roubais_.
Ces mots indiquent des rapports intimes,  l'poque o ils ont t
tracs, entre la famille de Roubais et le propritaire de ce volume
crit d'ailleurs par un Flamand et d'aprs un manuscrit des ducs de
Bourgogne; il ne me parot donc pas possible d'attribuer l'cusson
de la lettre initiale du Ms. C  d'autres familles qu' celles de
Ghistelles et de Roubais, et par suite, attendu les renseignemens
fournis par les gnalogies de ces deux familles,  une autre personne
qu' Marguerite de Ghistelles, dame de Roubais.

Ce dernier exemplaire n'tant qu'une reproduction du Ms. A, n'a eu
qu'une trs-mdiocre importance pour mon travail d'diteur. J'ai pris
les variantes qu'il offroit, seulement lorsque le sens les justifioit
compltement, et j'ai toujours en ce cas indiqu en note leur origine;
mais lorsque l'un des Mss. A et B, presque galement beaux et soigns,
contenoit une faute vidente corrige dans l'autre, j'ai pris la
meilleure leon, et je n'ai en gnral donn la variante en note que
quand la leon adopte pouvoit laisser quelque doute dans l'esprit
du lecteur. Plus d'une fois j'ai trouv dans ces deux manuscrits des
fautes qui me sembloient faciles  reconnotre et mme  corriger,
mais ces deux volumes ayant t crits hors de la prsence et mme
sans doute aprs la mort de l'auteur, j'ai cru qu'un ou plusieurs
mots propres  changer le sens apparent de la phrase pouvoient avoir
t omis, et je n'ai fait que proposer en note la correction, sans
l'insrer dans le texte. Au reste, la copie faite sur le Ms. C, a t
collationne sur les Mss. A et B, et les premires preuves de chaque
feuille l'ont t de nouveau sur le Ms. B compar au Ms. A toutes les
fois qu'il toit en dsaccord avec l'preuve. J'ose donc esprer que le
texte du _Mnagier_ contiendra peu de fautes graves et sera au moins
sans omissions.

Le lecteur remarquera sans doute que l'orthographe employe dans le
_Mnagier_ varie; par exemple, qu'on y voit successivement _pongne_ et
_poigne_, _aultre_ et _autre_, _tartre_ et _tarte_, etc. Je le prie
de ne pas attribuer ces diffrences  ma ngligence. L'orthographe
tant variable dans chacun des manuscrits que j'avois sous les yeux,
je n'ai pas cru devoir la rendre uniforme et donner une rgularit de
mon fait  un livre qui pourra tre consult par quelques personnes
sous le rapport linguistique. Quant  la ponctuation qui ne figure que
d'une manire trs-incomplte et souvent fautive (surtout quant aux
barres reprsentant les virgules) dans les anciens manuscrits, j'en ai
sobrement us, dans la pense qu'on lui te souvent de sa valeur et
mme toute signification en la multipliant  l'excs.

Cet ouvrage ne devant pas tre lu seulement par des personnes
verses dans notre histoire et notre ancienne littrature, j'ai cru
ncessaire de donner,  la suite de cette introduction, une indication
dtaille des ouvrages ou documens cits en abrg dans le cours
de mes notes, avec une notice succincte de leur contenu quand ils
toient gnralement peu ou mal connus. La table des matires qui
termine l'ouvrage sera, je l'espre, d'une utilit plus gnrale. Je
dois prvenir le lecteur que je ne l'ai pas faite aussi dtaille
pour la partie morale du _Mnagier_ que pour la partie matrielle. Je
l'ai surtout abrge pour l'_Histoire de Mellibe_ et _le Chemin de
pauvret_, qui ne sont pas de l'auteur du livre et y figurent comme
pisodes. _Le Viandier_ m'a fourni un trs-grand nombre de mots; je
n'ai cependant port  la table les noms des animaux, des vgtaux et
des mets que lorsque l'endroit indiqu donnoit sur eux quelques dtails
susceptibles d'tre consults, ou offroit quelque intrt. J'ai donn
aussi dans cette table au moins deux fois chacun des plats cits dans
les _menus_ parce qu'il pouvoit tre utile de faire connotre  quel
moment du repas se servoit tel ou tel mets, et aussi parce que certains
plats ne sont nomms que l.

Il me reste maintenant  remercier les personnes qui m'ont aid de
leurs conseils, et surtout par la communication ou l'indication
des pices utiles  consulter. Je dois d'abord citer M. Paris, de
l'Acadmie des inscriptions, dont l'amiti m'est si prcieuse, et M.
Dessalles, des Archives du royaume. Je nommerai aussi M. Lon Tripier
qui a collationn avec moi la plus grande partie du premier volume;
M. d'Arcy que j'ai eu occasion de mentionner dans une de mes notes,
et qui m'a en outre rendu le service de collationner _le Chemin de
pauvret_ sur le manuscrit du Roi n 7201; je citerai encore M. Duclos,
de la section judiciaire des Archives du royaume. Enfin, l'_Histoire de
Mellibe_ a t collationne par M. Borel d'Hauterive sur le manuscrit
du Roi n 7072^{3.3}.

JRME PICHON.

Paris, 27 mai 1847.


INDICATION DTAILLE

DE QUELQUES OUVRAGES OU DOCUMENS,

MANUSCRITS OU IMPRIMS,

Cits en abrg dans l'Introduction et les notes du _Mnagier de
Paris_[103].


Albric de Trois-Fontaines.

     Chronique attribue  Albric, moine de l'abbaye de
     Trois-Fontaines au XIIIe sicle, et imprime
     dans les _Accessiones historic_ de Leibnitz. Leipsick, 1698, et
     Hanovre, 1700, in-4. Voir sur cette chronique l'excellent article
     de la Bibliothque historique de la France, T. II, n 16,803.

Anselme (le Pre).

     C'est le premier auteur de l'Histoire gnalogique des grands
     officiers de la couronne, revue et augmente par les Pres Ange
     et Simplicien. Je cite la dernire et la plus complte dition de
     Paris, 1726, en 9 vol. in-folio.

Arch. du Roy., reg. K. 220, 1.

     Registre dpos  la section historique des Archives du Royaume,
     contenant les comptes du duc de Berry pour les annes 1370, 1373,
     etc.

Arcussia (d').

     La fauconnerie de Charles d'Arcussia de Capre, seigneur
     d'Esparron, divise en dix parties. Paris, Jean Houz, 1627,
     in-4, fig.

     C'est la meilleure dition de cet excellent ouvrage.

     La _Fauconnerie du roi_ forme la VIe partie.

     La _Confrence des fauconniers_ en est la VIIe.

     Le _Discours de chasse_ (ou _Convy pour l'assemble des
     fauconniers_), prcd d'un titre spcial dat de 1627, forme la
     VIIIe partie.

     La Xe et dernire partie se compose des _Lettres de Philoerax
      Philofalco_, avec titre dat de 1626.

     Ce livre, form de parties imprimes en diffrentes annes et
     souvent mal relies, est difficile  collationner.

Ayala (Pedro Lopez de).

     De la Caa de las Aves et de sus plumajes et dolencias et
     medecinamientos (por Pedro Lopez de Ayala). Ms.

     Ce Trait de fauconnerie, ddi  Gonzalo de Mea, vque de
     Burgos, fut crit vers 1386 par Pedro Lopez de Ayala, grand
     chancelier de Castille, alors prisonnier en Portugal par suite de
     la bataille d'Aljubarota. L'auteur avoit t en France; il parle
     de Charles V, du duc de Bourgogne, du comte de Tancarville, de
     Bureau de la Rivire; il cite aussi beaucoup de grands personnages
     espagnols.

     Je parlerai ailleurs avec plus de dtail de ce Trait instructif
     et curieux. Il n'a jamais t imprim: on en trouve d'assez
     copieuses citations (mais non textuelles) dans la _Caa
     d'Altaneria_ de Diogo Fernandez Ferreira; Lisboa, 1616, in-4,
     volume crit en portugais, qui n'est au reste gure plus facile 
     trouver que les manuscrits d'Ayala.

     Il y a  la Bibliothque royale un manuscrit de l'ouvrage d'Ayala
     (n 8166, in-4), bien crit, mais incomplet de la fin. Je possde
     celui qui toit, en 1803,  la vente de Laserna-Santander, et, en
     1843,  celle de M. Huzard. Il est complet et un peu plus ancien
     que celui du Roi.

Bibliothque des Threuticographes, 1763.

     Cette _Bibliothque_, qui n'est pas un ouvrage sans mrite, est
     des frres Lallemant, libraires de Rouen, et forme le premier
     volume de l'cole de la chasse aux chiens courans de Le Verrier de
     la Conterie. Rouen, 1763, 2 vol. in-8.

Bouchet(G.).

     Recueil de tous les oiseaux de proye qui servent  la vollerie
     et fauconnerie, par G. B.;  Poitiers, par Eng. de Marnef et les
     Bouchetz frres.

     Ce Recueil est le dernier des trois ajouts par de Marnef et les
     Bouchet  leur dition de 1567 de la Fauconnerie de Franchires.
     Guillaume Bouchet s'en avoue l'auteur dans une ddicace qui
     se lit en tte de quelques exemplaires de cette dition. Le
     plus grand nombre des exemplaires contient une ddicace toute
     diffrente, et signe d'Enguilbert de Marnef.

Breuil (Du).

     Thtre des antiquits de Paris. 1612, in-4, fig.

     Le nom de l'auteur doit tre crit _du Breul_.

Bruyre Champier.

     De Re cibaria libri XXII, Jo. Bruyerino Campegio Lugdun authore.
     Lugduni, 1560, in-8.

Calendrier des bergers.

     L'dition de ce livre curieux et bizarre que je cite, et dont je
     possde un exemplaire provenant de M. Huzard, est celle imprime
     par Guiot Marchant le 18 avril 1493, qui est trs-certainement la
     mme que celle dcrite dans le Manuel du libraire comme pouvant
     tre du 18 avril 1488, et encore certainement la mme que celle
     dont un magnifique exemplaire sur vlin existe  la Bibliothque
     du Roi. J'en ai acquis la preuve en comparant mon exemplaire 
     celui de la Bibliothque royale. La marque de Guiot Marchant a t
     recouverte par une miniature, et la souscription supprime.

Champollion, II, 254.

     Louis et Charles, ducs d'Orlans. Paris, 1844. 2 vol. in-8.

Chevaleureux, comte d'Artois.

     Le livre du trs-chevalereux comte d'Artois et de sa femme. Paris,
     Techener, 1837, in-4, figures.

Chevalier de La Tour.

     Voy. l'introduction, et sur les ditions imprimes de ce livre, le
     Manuel du libraire, T. I, p. 649.

     J'ai cit cet ouvrage d'aprs une copie que j'ai fait faire du
     manuscrit du Roi n 7403.

Christine de Pisan.

     Le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V.

     Imprim dans les tomes I et II de la collection des Mmoires pour
     servir  l'histoire de France, par Michaud et Poujoulat.

Chroniques de saint Denis, CXII.

     Les grandes chroniques de France, selon qu'elles sont conserves
     en l'glise de Saint-Denis, publies par M. Paulin Paris. Paris,
     Techener, 1838. 6 vol. in-12 ou 1 vol. in-fol. (CXII est
     le chiffre du chapitre.)

Collect. Leber, XIX, 35.

     Collection des meilleures dissertations, notices, etc., relatifs
      l'histoire de France, par MM. Leber, J.-B. Salgues et J. Cohen.
     Paris, 1826-42. 20 vol. in-8.

Corrozet, d. de 1543.

     La Fleur des antiquits, singularitez et excellences de Paris.
     Paris, Pierre Sergent, 1543. in-16.

     J'ai publi l'anne dernire, dans le Bulletin du bibliophile
     de Techener, une notice sur cette dition de Corrozet; elle est
     prcieuse  cause d'une liste des rues de Paris par tenans et
     aboutissans qu'elle contient; on y a ajout, en outre, presque
     tout l'opuscule intitul _les Rues et glises de Paris_.

Crescens.

     _Le Livre des prouffits champestres_, par Pierre de Crescens, de
     Boulogne-la-Grasse, traduit du latin par ordre de Charles V. Je
     me suis servi de l'dition de Galliot du Pr, de 1533, et aussi
     d'un manuscrit sur papier que je possde de cet ouvrage, et qui
     appartenoit en 1486  Jean Bud, audiencier de France.

Dit des Pays.

     Voir le Manuel du libraire. J'ai consult l'dition de cet ouvrage
     imprime  la suite du _Dialogue du mondain et du clestin_.
     In-16, gothique.

Duchesne Montmorency.

     Histoire gnalogique de la maison de Montmorency et de Laval, par
     Andr Duchesne. Paris, 1624, in-fol.

     Pr. signifie _Preuves_.

Entretiens de Colbert avec Bouin.

     Entretiens de M. Colbert avec Bouin, fameux partisan, sur
     plusieurs affaires curieuses. Cologne, 1701, 3 parties en un vol.
     in-12.

     Ouvrage de Sandras de Courtilz. Ce Bouin, dont le nom s'crivoit
     _Bauyn_, toit de la famille des Bauyn d'Angervilliers et de
     Pereuse.

Flibien.

     Histoire de la ville de Paris, compose par D. Michel Flibien,
     reveue, augmente, mise au jour par D. G. A. Lobineau. Paris,
     Desprez, 1725. 5 vol. in-fol.

Frdric II (l'empereur).

     Reliqua librorum Friderici II imperatoris de arte venandi cum
     avibus; annotationes addidit suas Jo. Gott. Schneider. Lipsi,
     1788-9. 2 vol. in-4, fig.

     Outre le manuscrit dont je vais parler, je me suis servi de cette
     dition, qui ne contient rien de plus, quant au texte, que celle
     de 1596, mais qui est prfrable  cause des excellentes notes
     de Schneider. Il est fcheux que ce savant n'ait pas pu donner
     le texte entier de l'ouvrage. On en connot maintenant deux
     manuscrits complets, l'un donn  la Bibliothque Mazarine par M.
     Leblond; l'autre (du XVe sicle), que j'ai fait
     venir d'Italie en 1837, m'appartient depuis cette poque.

     Ce Trait est le plus tendu et le plus curieux que nous ayions
     sur les oiseaux de proie. Il seroit  dsirer qu'on en donnt une
     dition complte.

G. C.

     Ces lettres dsignent l'ouvrage intitul: _le Grand Cuisinier de
     toutes cuisines_.

Gaces de la Bugne.

     C'est le pome connu sous le titre de _Livre des dduits_,
     commenc en 1359  Redefort en Angleterre, et achev  Paris
     entre 1373 et 1377 (aprs la promotion de Pierre d'Orgemont 
     la dignit de chancelier, et avant la mort du roi douard III
     d'Angleterre), par Gaces de la Bugne, premier chapelain des rois
     Philippe de Valois, Jean II, Charles V et Charles VI, trsorier
     de Saint-Francbourg de Senlis, et cur de Molissent, au diocse
     de Chartres (o il ne rsidoit pas). Il parot tre mort au
     commencement de 1384, d'aprs des renseignemens contenus dans les
     registres du parlement, et que je dvelopperai ailleurs.

     Je le nomme _de la Bugne_, et non _de la Bigne_ ou _de la Vigne_,
     comme on le fait habituellement, parce que son nom est constamment
     crit ainsi dans les registres du parlement o il figure six ou
     sept fois.

     Gaces de la Bugne est cit dans le Pre Anselme (T. VIII, p. 227)
     sous le nom de _Gaces de Chantepie_; mais il n'a jamais t nomm
     ainsi. Il dit lui-mme dans son pome qu'il sortoit des familles
     de la Bugne, d'Aigneaux, de Clinchamp et de Buron, et ne fait
     aucune mention de celle de Chantepie.

     Le Pre Anselme ou ses continuateurs auront cru sur parole la
     personne qui disoit _conserver_ son livre.

     J'ai travaill sur l'dition de son ouvrage imprime  Paris  la
     suite de Gaston Phbus, par Antoine Vrard, in-fol. gothique, sans
     date. Les lettres indiquent les cahiers ou feuilles d'impression,
     et les chiffres le rang que tient dans le cahier le feuillet cit.

Godefroy (Denis).

     Histoire de Charles VI, roi de France, par Jean Juvnal des
     Ursins, archevesque de Rheims, augmente de plusieurs mmoires,
     etc., par Denis Godefroy. Paris, de l'Imprimerie royale, 1653,
     in-fol.

Grand cuisinier de toutes cuisines.

     Voy. l'Introduction, p. XXXIII.

Hist. des grands officiers de la Couronne.

     Voy. Anselme (le P.).

Inventaire de R. Picque, archevque de Rheims en 1389. Reims, 1842,
in-12.

     Ce curieux document fait partie des Mlanges publis par la
     Socit des Bibliophiles de Reims. Malheureusement il n'a pas t
     dit trs-correctement.

J. Reg. 147, 36 (ou autres chiffres).

     Registres du Trsor des Chartes. Le premier chiffre est celui du
     registre; le second celui de la pice.

     La lettre J. avec un seul numro (note sur le sire d'Andresel)
     indique un carton du Trsor des Chartes.

     Section historique des Archives du Royaume.

Jugs, XXXII, 94.

     Arrts rendus au civil par le parlement de Paris. Le chiffre
     romain indique le registre; le chiffre arabe est le numro de
     l'arrt dans l'anne indique.

     Section judiciaire des Archives du royaume.

Juv. des Ursins, in-fol.

     Voyez Godefroy (Denis).

K. 52, 3.

     Registre ou plutt cahier contenant des comptes de la maison du
     duc d'Anjou.

     Section historique des Archives du royaume.

K. reg. 55.

     Comptes de la reine Marie d'Anjou, femme de Charles VII.

     Section historique des Archives du royaume.

Lebeuf, X, 260.

     C'est l'Histoire du diocse de Paris par ce savant abb. Paris,
     1754-8. 15 vol. in-12. Tome X, page 260.

Legrand d'Aussy.

     Histoire de la vie prive des Franois; nouvelle dit., avec des
     notes par J.-B.-B. de Roquefort. Paris, 1815. 3 vol. in-8.

Maison rgle d'Audiger, 1692.

     La Maison rgle et l'Art de diriger la maison d'un grand seigneur
     et autres. Paris, Legras, 1692. In-12.

     Le sieur Audiger, auteur de cet ouvrage rare qui est rest
     inconnu  Legrand d'Aussy, avoit servi la comtesse de Soissons,
     le prsident de Maisons, Colbert, le duc de Saint-Aignan, etc.
     Son livre contient beaucoup de particularits curieuses, et on
     y trouve, entre autres choses, le dtail des attributions des
     diffrens domestiques, et le relev de la dpense annuelle d'une
     grande, puis d'une mdiocre maison. Louis XIV est mme en scne
     dans ce livre, et on ne voit pas sans tonnement la facilit avec
     laquelle on abordoit ce prince. Un des endroits les plus curieux
     de _la Maison rgle_ est celui o l'auteur raconte avec grands
     dtails qu'il prsenta au roi, le 18 janvier 1660, une caisse de
     petits pois.

Matines.

     Plaidoieries civiles prononces aux audiences du matin du
     parlement de Paris. Le plus ancien registre est de l'anne 1395.

     Section judiciaire des Archives du royaume.

Modus.

     Le Livre du roy Modus et de la royne Racio. Nouvelle dition, avec
     une prface par Elzar Blaze. Paris, 1839. Grand in-8, fig.

     J'ai cit cette dition, parce qu'elle est la meilleure de ce
     livre prcieux. Elle laisse nanmoins beaucoup  dsirer, attendu
     qu'elle est imprime dans un caractre soi-disant gothique tout
      fait de fantaisie et  peu prs illisible, qu'elle contient
     beaucoup de fautes, et est absolument sans notes. Mais elle vaut
     encore mieux que les anciennes ditions si rares et si chres, et
     elle est d'ailleurs la seule qu'on puisse se procurer  un prix
     modr.

     Il est fcheux que l'diteur n'ait pas donn en mme temps _le
     Songe de Pestilence_, espce de suite mystique du Modus, compose
     vers 1372, et imprime trs-incorrectement en 1506 sous le titre
     de _Modus et Ratio de divine contemplation_. J'ai cit le _Songe
     de Pestilence_ d'aprs une copie que j'en ai faite sur le beau
     manuscrit du Roi 632^{13}, lequel devra servir de base  toute
     nouvelle dition du Roi Modus.

Morais.

     Le vritable Fauconnier, par messire C. de Morais, chevalier,
     seigneur de Fortille, cy-devant chef du hron de la grande
     fauconnerie. Paris, Quinet, 1683. In-12.

Plaidoieries civiles;--Plaidoieries criminelles du parlement.

     Registres contenans les plaidoieries prononces au civil (ou au
     criminel) devant le parlement.

     Les plus anciens remontent  1364 pour les plaidoiries civiles, et
      1387 pour les plaidoiries criminelles.

     Section judiciaire des Archives du royaume.

Plan de tapisserie.

     Plan en perspective de la ville de Paris (au commencement du
     XVIe sicle), grav par Dheulland en 1756,
     d'aprs un autre grav plus anciennement, qui appartenoit alors
      l'abbaye de Saint-Victor. Ce dernier plan toit le mme qu'un
     autre reprsent sur une tapisserie provenant de la maison de
     Guise, et acquise par la ville de Paris, sous la prvt de M.
     Turgot.

Plan de Turgot.

     Plan de Paris commenc l'anne 1734, dessin et grav sous les
     ordres de messire Michel tienne Turgot, prvt des marchands,
     achev en 1739, lev par L. Bretez, grav par Cl. Lucas, et crit
     par Aubin. 1 vol. in-folio-atlantico de 21 feuilles.

Quadragsimal spirituel.

     Voir, sur les ditions de ce livre bizarre, le Manuel du libraire,
     T. III, p. 881. Je me suis servi de l'dition de Jehan Janot,
     in-4 gothique.

R. 122 (ou 123).

     Je cite ainsi, dans ma note sur la punition de Paris en 1383,
     les registres du Trsor des Chartes portant les nos 122 et
     123, etc., dont j'ai parl au commencement de cette mme note. Le
     second chiffre est celui de la pice.

Recueil manuscrit des pitaphes de Paris.

     Il y a plusieurs copies manuscrites de ce Recueil (fait
     au XVIIe sicle) dans les bibliothques
     particulires. Le plus beau et le plus complet est  la
     Bibliothque du Roi (Cabinet gnalogique). Je me suis servi d'un
     exemplaire en 3 vol. in-4, qui fait partie de mon cabinet. J'ai
     vu plusieurs exemplaires de ce Recueil o manquoient les pitaphes
     de l'glise Saint-Sverin.

Reg. du parlement, plaid. civ.

     Voy. _Plaidoieries civiles_.

Rues et glises de Paris.

     Les rues et glises de Paris, avec la dpense qui se fait chacun
     jour, etc., In-4 gothique. Voy. _Corrozet_.

Sainte-Aulaire.

     La fauconnerie de Franois de Saincte-Aulaire, sieur de La Renodie
     en Prigort, gentilhomme Lymosin. Paris, 1619. In-4.

     L'auteur de ce livre trs-rare dit que son ouvrage a t revu en
     manuscrit par le conntable de Luynes.

Sauval.

     Antiquits de Paris. Paris, 1724. 3 vol. in-fol.

Secousse.

     Mmoires pour servir  l'histoire de Charles II, roi de Navarre.
     Paris, Durand, 1758.--Recueil de pices servant de preuves aux
     mmoires, etc. Paris, 1755. 2 vol. in-4.

Songe de Pestilence.

     Voy. _Modus_.

Table des Mmoriaux de la chambre des comptes.

     Ces tables sont dposes aux Archives du royaume, et renvoient aux
     mmoriaux qui n'existent plus depuis les incendies du Palais. Il
     reste cependant quelques pices recopies sur des expditions ou
     sur des copies _vidimes_ prtes par des particuliers depuis les
     incendies, et aussi diffrens exemplaires d'extraits des mmoriaux
     faits  diverses poques pour des magistrats.

Taillevent.

     Voir, sur les manuscrits connus de cet ouvrage, l'introduction, p.
     XXXV.

     Quand je cite le Taillevent imprim, je parle de la premire des
     ditions du XVe sicle dcrite par M. Brunet,
     dont je possde le seul exemplaire connu (celui de MM. Baron et
     Huzard).

Trsor de dom Villevieille.

     Extraits de chartes, cartulaires et autres documens historiques
     recueillis par dom Villevieille, et classs par noms de famille.
     Ce prcieux recueil est aujourd'hui au Cabinet gnalogique
     (partie de la Bibliothque royale confie  la surveillance si
     comptente et si claire de M. Lon Lacabane).

Trsor de sant.

     Le Thrsor de Sant, ou Message de la vie humaine, divis en
     dix livres, lesquels traictent de toutes sortes de viandes et
     breuvages; faict par un des plus clbres et fameux mdecins de ce
     sicle. Lyon, J. A. Huguetan, 1616, in-8.

     Il doit exister des exemplaires de cette dition avec la date de
     1607, car le dernier feuillet porte: _A Lyon, de l'imprimerie
     d'Estienne Servain_, 1607.

     Il rsulte des termes de la ddicace de cet ouvrage, adresse
     par le libraire  M. de Villars, premier prsident au parlement
     de Dombes, que l'auteur avoit dans ces matires une longue
     exprience _qui l'avoit approch_ (comme mdecin?) _de la premire
     et plus chre personne de ce royaume_ (du roi?), et n'avoit
     pas voulu tre nomm dans l'dition qu'il supposoit devoir
     tre faite de son livre. Il semble qu'il toit mort lorsque le
     libraire crivoit sa ddicace, et je crois cet ouvrage compos au
     XVIe sicle. Il est curieux et rare, et n'a pas
     t connu de Legrand d'Aussy.

Trsor des chartes, 90, 131.

     Ces mots signifient: Registre 90 du Trsor des Chartes, pice 131.

Trsor de Vnerie.

     Pome crit en 1394 par messire Hardouin de Fontaines, chevalier,
     seigneur de Fontaines-Gurin en Anjou. Je compte donner
     incessamment une dition avec notes trs-dtailles de cet ouvrage
     intressant pour l'histoire de la fin du XIVe
     sicle, et aussi pour la province d'Anjou.

     Plusieurs feuilles sont dj imprimes.

Varits historiques.

     Varits historiques, physiques et littraires, ou recherches d'un
     savant, etc. Paris, Nyon, 1752. 6 parties en 3 tomes in-12.

     Recueil de dissertations dj imprimes dans des journaux du
     temps, et qui ne sont pas toutes du mme auteur, comme le titre
     prcdent pourroit le faire croire, mais bien de Lebeuf, Boucher
     d'Argis et autres.

Venette (le carme Jean de), continuateur de Nangis.

     M. Graud, dans l'dition qu'il a donne, pour la Socit de
     l'Histoire de France, des _Chroniques de G. de Nangis et ses
     continuateurs jusqu'en 1368_, Paris, 1843-5, 2 vol. in-8, me
     semble avoir bien prouv que le carme Jean de Venette toit
     l'auteur de la dernire continuation de Nangis.

Viandier.

     Je cite sous ce nom les articles 4 et 5 de la troisime
     distinction, except quand je parle du _Viandier de Taillevent_;
     dans ce cas, c'est l'ouvrage de Guillaume Tirel. Voy. _Taillevent_
     dans cette liste, et l'Introduction, p. XXXII.




CORRECTIONS ET ADDITIONS.


Tome I, page 3, ligne 1, au lieu de _au tel_, lisez _autel_ (pareil).

Page 4, note, au lieu de _dix-huit_, lisez _dix-sept_.

Page 71, note sur les jeux.

     Suivant l'auteur d'un article fort intressant et bien fait,
     insr dans le _Magasin pittoresque_ de fvrier 1847, p. 67, sur
     un volume trs-rare (intitul: _les trente-six Tableaux contenant
     tous les jeux qui se peurent jamais inventer..._ Paris, Nicolas
     Prvost, 1589, in-4 oblong, aujourd'hui en ma possession), le jeu
     de _pince-mrille_ toit analogue  celui de _Je te pince sans
     rire_. On pinoit le bras en disant: _Mrille_ ou _Morille_. La
     partie de l'estampe du volume original qui me parot reprsenter
     le jeu de _pince-mrille_, est ainsi compose: trois jeunes filles
     sont assises: un garon les regarde, et pench vers elles, a la
     main gauche sur leurs genoux ou au moins tout prs. Sa main droite
     est tendue comme pour repousser ou loigner quelqu'un. Il tourne
     le dos  un cinquime joueur plac  distance, qui, le poing
     gauche sur la hanche et la main droite en avant, montre un ou
     plusieurs doigts, comme pour indiquer un nombre aux jeunes filles.

Tome I, page 76, _Item_ l'en dit aussi que les roynes.... jamais ne
baiseront hommes.

     Cependant la noblesse, qui s'est en gnral toujours rapproche
     le plus possible des moeurs de la cour, avoit des principes tout
     diffrens. En 1395, Jeanne de Champflory, femme de Pierre de
     Couveignon, cuyer, plaidant contre son mari, dont elle toit
     spare de fait, disoit qu'il toit devenu jaloux d'elle, _pour
     ce que, par manire des nobles, elle baisoit ses parens_ (_Plaid.
     civiles_, X, 500 et 604, v). Henri Estienne cite encore, dans son
     _Apologie pour Hrodote_ (1735, I, 81), un passage des sermons
     de Menot, relatif au mme usage: Si madamoiselle, dit-il, est
     en l'glise, et arrive quelque gentillastre, il faut (_pour
     entretenir les coustumes de noblesse_), encore que ce soit 
     l'heure qu'on est en la plus grande dvotion, qu'elle se lve
     parmi tout le peuple, et qu'elle le baise bec  bec. _Ad omnes
     diabolos talis modus faciendi!_ Cette mode ne fut cependant pas
     toujours universelle. Sauval raconte (II, 465), qu'une dame de
     Blois, faisant hommage d'un fief, refusa de baiser son suzerain
      la bouche, comme c'toit la coutume entre le seigneur et le
     vassal. Il en rsulta un procs que le suzerain perdit, et il fut
     dcid que l'hommage toit valable.

Tome I, page 131, ligne 1, au lieu de _serait_, lisez _seroit_.

Page 137, note sur Gilles Labat.

     Gilles Labat est dit procureur _gnral_ au parlement dans les
     lettres de rmission qu'il obtint en 1383: j'ai remarqu, t. II,
     p. 104, qu'il ne pouvoit avoir eu cette qualit et qu'il n'toit
     trs-probablement alors que procureur au parlement, comme il
     l'toit encore en 1385 (et en 1397). Je crois pouvoir expliquer
     maintenant comment Gilles Labat, qui n'toit videmment que
     _procureur_ au parlement, est qualifi de procureur _gnral_
     dans un acte man de la chancellerie, et qu'il est difficile
     de supposer fautif. Autrefois le mot _procureur_ signifioit
     simplement _fond de pouvoirs_, et on trouve  chaque instant
     des gens de toutes qualits comparoissant, signant, etc., comme
     _procureurs_ de leurs amis. La qualit de _gnral_ ajout au
     mot procureur signifioit, dans certains cas, que le mandataire
     toit charg de toutes les affaires du mandant; mais elle
     pouvoit signifier aussi, quand elle s'appliquoit  un procureur
     au parlement ou au Chtelet, qu'il toit par tat et non par
     occasion procureur ou mandataire _en gnral_. Cette assertion me
     parot justifie par le passage suivant d'une plaidoirie de 1394,
     qui s'applique, il est vrai, aux procureurs au Chtelet, mais
     qui permet de supposer que les procureurs au parlement, placs
     dans une position suprieure, pouvoient bien aussi recevoir,
     dans quelques occasions, l'pithte de _gnral_. Leur nombre
     tant d'ailleurs illimit, on conoit que cette pithte leur
     ait t encore plus utile qu'aux procureurs au Chtelet (limits
      quarante), pour se distinguer des procureurs ou mandataires
     spciaux:

     Toutes les cours qui ressortissent (au Chtelet) se gouvernent
     selon le stille de chastelet, et pour ce les procureurs qui sont
     _procureurs gnrals_ lans, qui ne font que fait de procuration
     devant le prvost, sont advocas s cours subjetes... En 1378
     ou environ, en Chastelet n'avoit point de nombre (_limit_) de
     procureurs, et pour ce que plusieurs inconvniens s'ensuivoient
     pour la multiplication, par le roy fu orden qu'il n'y aroit en
     Chastelet que quarante _procureurs gnraulx_. Ce fit messire
     Hugues Aubriot, et a dur quinze ans.

     Au reste, les procureurs au Chtelet et au Parlement toient plus
     habituellement dits _procureurs_ que procureurs gnraux (voir
     ci-aprs remarque sur la page 116, n 3). Le procureur gnral est
     ordinairement nomm le _procureur gnral du Roi_, et, le plus
     souvent, le _procureur du Roi_.

Page 140, note sur le bailli de Tournay, au lieu de _Il est assez
difficile_, etc., lisez:

     Il me semble que le bailli de Tournay, dont parle ici l'auteur du
     _Mnagier_, doit tre messire Tristan du Bos, personnage assez
     important au XIVe sicle, et premier bailli
     de Tournay. Il avoit d'abord t bailli de Lille, mais il fut
     rappel lors du mariage du duc de Bourgogne, et fait bailli de
     Vermandois. En 1383, il fut envoy par le Roi  Tournay avec le
     comte de Sancerre et autres rformateurs, et nomm alors bailli
     de cette ville. Il est dit dans une plaidoierie de novembre 1385
     que le bailli de Tournay toit du conseil du roi et _sages homs_,
     et avoit gouvern plusieurs bailliages, ce qui s'applique bien
      messire Tristan du Bos, bailli de Lille, puis de Vermandois,
     et mentionn plusieurs fois (le 6 novembre 1392, etc.) comme
     assistant aux sances du Parlement, o viennent les princes et
     le grand conseil. Je crois que c'est bien lui qui figure en
     qualit de matre des requtes dans l'ordonnance de Vernon en date
     de fvrier 1388-9 sur l'organisation de la maison du roi. Les
     requtes de l'htel suivant partout le roi, il semble difficile
     qu'il ait pu cumuler l'emploi de matre des requtes avec celui
     de bailli de Tournay, et il y a lieu de croire qu'il fut nomm
     matre des requtes en mme temps qu'Henry Le Mazier (voy. p. 140)
     fut nomm bailli de Tournay. Il parot au reste avoir plus marqu
     comme magistrat que comme militaire, car les habitans de Tournay,
     pour prouver qu'ils pouvoient bien se dfendre sans bailli royal,
     disoient en fvrier 1394-5 que messire Tristan ayant voulu arrter
     un certain Louis Despis hors de Tournay, avoit vu massacrer
     les Tournisiens qui l'accompagnoient, et avoit t oblig de
     se rfugier dans le clocher de Wertaing. Dix mille habitans de
     Tournay avoient t, en armes, le tirer de l pour l'honneur
     du roi, puis arrter Louis Despis, et brler la ville qui lui
     avoit donn asile. En 1395, il toit prvt de l'glise d'Arras
     (_Plaid. civiles_, X, 483, 515). Messire Tristan du Bos ayant t
     longtemps bailli de Tournay et tant souvent venu  Paris, avoit
     ncessairement eu occasion de se rencontrer avec l'auteur du
     _Mnagier_, magistrat comme lui, ainsi que je crois l'avoir prouv
     dans l'introduction. Il toit encore matre des requtes le 12
     novembre 1400 (_Matines_ III), et plaidoit, en mars 1400-1, pour
     la terre de Beaucamp, mouvante du seigneur de Heilly, qu'il avoit
     achete en 1398.

Page 149, note sur le Sire d'Andresel.

     Des lettres de rmission, accordes en avril 1361  Jean de Melun
     seigneur de la Borde le Vicomte, lettres qui se trouvent dans le
     registre LXXXIX du _Trsor des Chartes_ (pice n
     755) et qui m'ont t signales par M. Grsy, font connotre la
     nature de la rmission accorde  Jean d'Andresel, et donnent en
     mme temps de nouveaux dtails sur sa position et sa conduite en
     1359. Il est dit dans ces lettres que Jean d'Andresel, capitaine
     gnral de Brie, avoit soudoy un certain nombre de gens d'armes,
     pour rsister aux Anglois et Navarrois; mais que la supriorit
     des forces ennemies, et les grands frais qu'entranoit la runion
     d'un corps aussi considrable l'avoient dcid  le dissoudre,
     et  renvoyer les gens d'armes dans leurs garnisons. Il avoit
     ordonn, du consentement des habitans du pays, que les gens
     d'armes seroient pays de leurs gages au moyen d'un subside lev
     par feu dans le pays de Brie, l'impt pay par chaque localit
     tant spcialement et directement affect au payement d'un corps
     dsign d'avance; chaque garnison devoit se tenir prte  marcher
     au premier ordre. On conoit qu'un pareil arrangement ait donn
     lieu  plusieurs dsordres,  plusieurs violences de la part des
     gens d'armes quand l'imposition ne leur toit pas rgulirement
     paye; c'est ce qui toit arriv  Jean de Melun pour les
     troupes sous ses ordres, et il me parot vident que la lettre
     de rmission accorde  Jean d'Andresel devoit avoir (comme je
     l'avois pressenti) un semblable motif.

     On trouve dans Rymer (d. de 1830 T. III), plusieurs pices
     intressantes sur le sjour de Jean d'Andresel en Angleterre. Il
     promit d'abord, avec les autres otages, le 20 fvrier 1361-2, sur
     son honneur et tat de chevalerie, d'tre loyal otage au roi
     d'Angleterre, de taire ses secrets, de demeurer dans une ville ou
     cit quelconque, et de n'en sortir qu'avec la permission du roi,
     sauf qu'il lui toit permis d'en sortir le matin pour s'battre,
     et d'y rentrer au soleil couchant.

     Le 13 mai 1363, Jean d'Andresel, tant aux Jacobins de Londres,
     reut licence et cong d'aller en France _pour aucunes grosses
     besognes touchant la paix_. Il promit  cette occasion de ne
     pas s'armer contre l'Angleterre pendant le sjour qu'il alloit
     faire en France, _et de remettre son corps en otage en la cit de
     Londres_ au plus tard le jour de la Toussaint. Ce fut au reste
     malgr le roi Jean qu'il obtint cette mission. Ce prince avoit
     crit le 26 janvier au roi d'Angleterre, de Villeneuve-ls-Avignon
     o il toit alors, qu'il avoit vu le trait fait entre
     l'Angleterre d'une part, et le duc d'Orlans, ses enfans et son
     conseil de l'autre, et qu'il le confirmoit, sauf qu'il dsiroit
     voir dlivrer Pierre d'Alenon, le comte Dauphin d'Auvergne
     et le sire de Coucy, au lieu du comte de Grantpr, du sire de
     Clere et du _sire d'Andresel_. Le roi d'Angleterre ayant refus
     cet change, le roi lui crivoit encore, le 13 mars[104], qu'il
     confirmoit le trait malgr son refus, mais qu'il n'auroit pas cru
     _que de si petit de chose il lui dt faillir_.

     Froissart a dit que plusieurs des otages du roi Jean n'excutrent
     pas loyalement leurs promesses. Je ne sais si ce reproche est
     fond pour quelques-uns, mais il ne sauroit, en tout cas,
     s'appliquer au sire d'Andresel. C'est ce que prouve la pice
     suivante en date du 16 juin 1365, qui prononce la mise en libert
     dfinitive de Jean d'Andresel dans des termes bien honorables pour
     sa loyaut:

     Le Roy, au noble homme Johan sire d'Andresel, salutz. Par
     contemplation de nostre trs-cher et trs-am frre le duc
     d'Orliens, veuilliantz faire  vous faveur, desport, et grace
     espcial, de nostre certeine science nous confessons que vous avez
     bien et loialment tenuz par devers nous hostage depuis le temps
     que vous nous estoiez baille parmy la paix.

     Et des ore nous vous dlivrons pleinement dudit hostage, et vous
     quitons et absolvons par ces prsentes lettres de toutes promesse,
     foits, seremens, obligations et convenances que fait nous avez 
     cause dudit hostage.

     Et volons et consentons et nous pleist que vous soietz des ore en
     avant francs de vostre persone comme quites et dlivres  plein
     dudit ostage.

     Promettans par nostre foy et serement les choses dessusdites
     et chascune d'icelles tenir et garder, et noun venir encontre:
     toutes autres obligations, promesses, convenances... faites 
     nous et  nos heirs par ladite paix et quantque est compris s
     lettres sur ceo faites demourants toutdis en leur effect, force et
     vertu; asqueles, quant as choses qui ne touchent vostre prsente
     dlivrance, nous ne volons que aucun prjudice se puisse faire en
     temps  venir  cause de cestes nos letres.

     Qui furent faites et donns  nostre chastel de Wyndesore, le
     16e jour de juyn, l'an de grce mil trois cent soixante et
     quint, et de nostre rgne le trente neofisme. (_Rymer_, _d.
     1830_, t. III, p. 604, 685, 694, 700 et 774.)

Tome I, page 171. Supprimez la note 1.

     Voir sur les tranchoirs les nombreux passages indiqus  la table.

Tome I, pages 173 et 174, note sur les verrires.

     Quoique le verre ft relativement d'un assez haut prix  la fin du
     XIVe sicle, il me parot tonnant que l'auteur
     du _Mnagier_, videmment riche, n'ait pas eu de fentres vitres.
     M. Champollion a cit dans ses _d'Orlans_ (IIIe partie, p.
     13), divers documens desquels il rsulte qu'un panneau de verre
     neuf cotoit 4 sols le pied (quarr?) quand il toit peint
     simplement (portant une devise), et 3 sols 6 deniers quand il
     toit sans aucun ornement. En tenant compte de la dprciation de
     l'argent, 3 sols six deniers ne peuvent pas reprsenter plus de 7
     francs de notre monnoie. Il semble donc que c'toit une dpense
     abordable pour les fortunes moyennes. En 1395, Idete des Mars,
     femme en premires noces de matre Jean de Fontaines (voir T. II,
     p. 119), et, en secondes, de Jean Thomas, et fille du clbre
     Jean des Mars dcapit en 1383, louoit 20 francs par an une
     maison dans laquelle il y avoit des fentres vitres (voir mon
     _Mmoire sur les Maillotins_). Comment donc l'auteur du _Mnagier_
     se contentoit-il de parchemin?

Tome I, page 174, ligne 1, Table drcies.

     Les tables toient donc alors seulement poses sur des trteaux.

Tome I, page 221, note 1re, sans doute l'auteur du _Liber de amore_.

     Je n'ai cependant pas trouv ces passages dans le _Livre d'amours
     auquel est relate la grant amour et faon par laquelle Pamphille
     peut jouyr de Galathe, et le moyen qu'en fist la maquerelle_.
     Paris, Vrard, 1494, in-fol.--Les passages cits dans le
     _Mnagier_ doivent donc tre tirs d'un des autres auteurs cits
     dans le Manuel du Libraire au mot _Pamphile_.

Tome II, page 32, vers 1, Et de ceulx qui vestent les rois.

     On lit dans Christine de Pisan, p. 93 de l'dition Poujoulat:

     Il rencontra un de ces ribaulz _vestus d'une roiz_ qui par chemin
     souloyent aler.

     L'auteur de la traduction qui est au bas de la page a rendu ce mot
     par _blouse_. Je ne sais sur quoi il a fond cette interprtation.

Tome II, page 38, colonne 1, vers 22,.... en el.

     Dans ce lieu, l dedans.

Tome II, page 59, ligne 20,.... de males sanglantes fivres.

     L'pithte de sanglant toit frquemment employe dans les
     invectives, sans qu'on puisse bien s'en expliquer le motif.
     C'est ainsi qu'on voit dans le rcit d'une querelle de Pierre de
     Lesclat, clbre conseiller au parlement et confident du duc de
     Berry, avec Raoul Drobille, procureur au parlement, ce dernier
     dire  Pierre: _Je ne doubte toy ne ton povoir! un sanglant ....
     en ta gorge!_ Je crois que c'est de l qu'est reste l'expression
     d'_injure sanglante_.

Tome II, page 64, ligne 12, Par engins d'aisselles.

     Ce doit tre sans doute le pige connu sous le nom de
     _quatre-de-chiffre_.

Tome II, page 73, ligne 6, Ne bube ne malen.

     Peut-tre faut-il lire _mal en_ (mal dedans, _malum ints_).

Tome II, page 89, ligne 7, D'autre part, de l'eaue.

     Mettez deux points aprs _l'eaue_.

Tome II, page 90, ligne 21, La saison des truites commence en....

     Supplez _mars ou mai_, suivant ce qui est dit p. 190.

Tome II, pages 94 et 97.

     Les menus VI et XII sont les mmes,  quelques variantes prs.

Tome II, page 96, menu X.

     C'est un dner de poisson et non de chair, et ce menu est, 
     trs-peu de chose prs, le mme que le XXIVe.

Tome II, page 99, menu XV, Brouet lard.

     Peut-tre est-ce une faute pour _bouli lard_.

_Ib._ Cine (cygne).

     Ce pourroit tre civ.

Tome II, page 100, menu XVI, Drois au persil.

     On appeloit _droits_, en fait de venaison, certains morceaux
     recherchs qu'on mettoit  part pour le seigneur ou matre
     d'quipage quand on dfaisoit le cerf.

Tome II, page 103, n. 1.

     Au lieu de _gros poisson sal_, lisez: marsouin, dit encore en
     anglois _purpoise_. Voy. p. 198.

Tome II, pages 104 et 105, note sur l'abb de Lagny.

     J'ai encore vu un abb de Lagny assistant  l'ouverture du
     parlement le 2 janvier 1387-8.

     L'abb nomm dans le _Mnagier_ ne peut tre le second (Pierre
     II) cit dans la _Gallia christiana_. Il est parl en effet,
     dans une plaidoierie du 18 mai 1391, du prieur de Saint-Thibaut,
     _ prsent_ abb de Lagny. Ces mots indiquent que ce prieur toit
     devenu abb en 1390 ou 91. L'abb de Lagny vivant en 1379 n'toit
     donc plus  la tte de cette abbaye en 1396.

Tome II, page 113, note sur la Pierre-au-Lait.

     La position que j'ai assigne  ce lieu est confirme par deux
     passages des comptes de la prvt de Paris donns par Sauval
     (III, 279 et 348), dans lesquels cet emplacement est dit tenir 
     la ruelle Jean Lecomte (rue Trognon, comme l'a dit Jaillot,--voir
     Corrozet, 1543,--et non rue d'Avignon, comme l'a cru M. Graud),
     et faire face  la ruelle du porche Saint-Jacques. Remarquons
     encore que cette position est encore la mme que celle indique
     par Jaillot pour la fin du XVIIIe sicle (Voy.
     Paris sous Philippe le Bel, p. 257).

     Il est parl  plusieurs reprises de la Pierre-au-Lait dans les
     contes d'Eutrapel. Nol du Fail, auteur de ce curieux ouvrage,
     dit que c'toit de son temps un lieu mal hant et habit par des
     escrocs (f 42 de l'd. de 1585). Il appelle aussi chevins de la
     _Pierre-au-Lait_ des gens habiles  tricher au jeu.

Tome II, page 116, htel de Beauvais.

     Sauval a dit, t. II, p. 109, qu'il ignoroit o toit l'htel des
     vques de Beauvais. Il parot qu'il le dcouvrit depuis, car
     on lit au tome III de ses _Antiquits de Paris_, p. 260, dans
     les comptes de la prvt de Paris que cet htel toit rue du
     _Meurier_ (du franc mrier). Cette rue tant parallle et  peu de
     distance de celle des Billettes, il y a lieu de croire que l'htel
     de Beauvais avoit des portes sur chacune de ces rues.

Tome II, page 116, note 3.

     Ce Jean Duchesne est qualifi procureur gnral (et ailleurs
     _procureur_; voy. p. LXXVIII) au Chtelet, dans un
     arrt du 5 fvrier 1400-1, qui confirma une sentence du prvt
     de Paris dont il avoit appel. Il avoit demand  rembourser,
     moyennant 42 florins  l'cu, 60 sous ou 3 livres de rente qu'il
     payoit annuellement  Louis Blanchet, seigneur de la Queue en Brie
     et premier secrtaire du roi, sur une maison avec dpendances
     qu'il avoit  Romainville.

Tome II, p. 118, note 3.

     Ajoutez: Le Ms. du roi, fonds latin, 4641 B, contient la
     bndiction et le formulaire du crmonial usits en cette
     occasion; je les donne ici, quoiqu'ils puissent se trouver dans
     d'anciens ouvrages liturgiques.

     _Bndictio thalami ad nuptias et als._ (alis?)

     Benedic, Domine, thalamum hunc et omnes habitantes in eo, ut
     in tua voluntate permaneant, requiescant et multiplicentur in
     longitudinem dierum. Per Christum, etc.

     _Tunc thurificet thalamum in matrimonio, postea sponsum et
     sponsam sedentes vel jacentes in lecto suo. Benedicentur dicendo_:

     Benedic, Domine, adolescentulos istos; sicut benedixisti Thobiam
     et Sarram filiam Raguelis, ita benedicere eos digneris, Domine,
     ut in nomine tu vivant et senescant, et multiplicentur in
     longitudinem dierum. Per Christum, etc.

     Benedictio Dei omnipotentis, Patris et Filii et Spiritus sancti
     descendat super vos et maneat semper vobiscum. In nomine Patris,
     etc.

Tome II, p. 119, l. 20, Matre Jean de Fontaines.

     C'est sans doute le gendre du clbre Jean des Mars. (Voir
     ci-dessus remarque sur la page 173 du tome I.)

Tome II, p. 129, l. 10.

     Supprimez la virgule aprs _Nota_.

Tome II, page 134, note 1.

     _lire_ ne peut signifier ici _cosser_, puisqu'il s'agit de vieux
     pois, mais bien _choisir_, _plucher_.

Tome II, page 139, ligne 9, L'en connot les fves des marais.... et
les fves des champs, etc.

     Je pense que les fves des champs sont les _haricots_
     d'aujourd'hui, dsigns encore quelquefois sous le nom de _fves_.

Tome II, p. 154, note 3.

     Lisez _feuillet_ d IV v, au lieu de _feuille_, etc.

Tome II, p. 181, l. 26, le Saupiquet.

     Il y avoit en 1401,  Melun, une prison dite _Saupiquet_, (sans
     doute par une allusion factieuse  cette sauce) _dans laquelle on
     ne se pouvoit tourner_ (Matines III, 68).

Tome II, page 181, note 2.

     Ajoutez: Ou jaunie par la cuisson? L'acception la plus ordinaire
     du mot tann est celle de _couleur de tan_ (feuille morte).

Tome II, p. 202, note 3, sur le mot _auques_, au lieu de _presque_
lisez _aussi_.

Tome II, page 251, n. 5, Et des poales  Villedieu.

     Ce bourg de Normandie est encore nomm sur les cartes
     _Villdieu-les-poles_. Il y a  la Bibliothque royale
     (Manuscrits) d'anciens statuts des poliers de Villedieu.

Tome II, p. 253, n. 5, Dans une curieuse chanson....

     Voici le dernier couplet qui parot avoir t omis par une mprise
     de l'imprimeur dans les _Chroniques de Saint-Denis_:

    L'an mil CCC IIIxx,
    La veille de la Chandeleur,
    Par les clers et maistres divins
    Fus emprisonns  douleur.
    Je croy souvent mues couleur
    Quant ne pues aler  ne l;
    _Envis muert qui apris ne l'a_.

     On trouve  la suite de cette pice deux rondeaux relatifs 
     l'infortun prvt.

     _Rondel  responce H. Aubriot._

    Cent mil fois je vous mercy
    De vostre vraie escripture.
    Semblant me monstrez d'amer, cy:
    Cent mil, etc.
    Mais je ne puis trouver mercy,
    L'universit m'est trop dure:
    Cent mil, etc.

     _Autre Rondel._

    Je croy bien que c'est par mon vice
    Que Dieu cy durement m'acule.
    Oncques-mais d'homme ne vy ce;
    Je crois bien, etc.
    Car je ressemble  l'escrevisse:
    Quand je cuide aler je recule.
    Je crois bien, etc.

Tome II, page 318, note 4, ligne 9, Suivoient en volant les chiens
pendant la qute.

     Cette remarque ne s'applique qu'au vol des champs, ou chasse de la
     perdrix, car, pour d'autres chasses, celles au hron ou au milan
     par exemple, cela se passoit diffremment. On en peut voir le
     dtail dans d'Arcussia.

Tome II, page 322, note 4.

     Ajoutez: Ou peut-tre comme on l'a expliqu au commencement de ce
     trait.

Tome II, TABLE.

     A l'article: _Additions faites au_, etc., ajoutez: _b_, 245.--Aux
     articles AUBRIOT, _Sa maison_ et AYALA,
     ajoutez: _b_, 380.--Ajoutez: _b_, 381, aux articles BOS
     (Tristan du), _Flandres_ et FROISSART, et _b_, 382, 
     _Estampes et  Gingembre_.--Aprs BOILEAU, etc., ajoutez:
     BONAMY, cit, _b_, 380.


(Voir page 380 du tome II, un _supplment aux corrections_).

[Illustration]




LE MNAGIER DE PARIS.




PROLOGUE.


Chre seur, pour ce que vous estant en l'aage de quinze ans et
la sepmaine que vous et moy feusmes espouss, me priastes que je
espargnasse  vostre jeunesse et  vostre petit et ygnorant service
jusques  ce que vous eussiez plus veu et apris;  laquelle appresure
vous me promectiez de entendre songneusement et mectre toute vostre
cure et diligence pour ma paix et amour garder, si comme vous disiez
bien saigement par plus sage conseil, ce croy-je bien, que le vostre,
en moy priant humblement en nostre lit, comme en suis recors, que pour
l'amour de Dieu je ne vous voulsisse mie laidement corrigier devant
la gent estrange ne devant nostre gent aussy, mais vous corrigasse
chascune nuit ou de jour en jour en nostre chambre et vous ramentusse
les descontenances ou simplesses de la journe ou journes passes et
vous chastiasse se il me plaisoit, et lors vous ne fauldriez point 
vous amender selon ma doctrine et correction et feriez tout vostre
povoir selon ma voulent, si comme vous disiez. Si ay tenu  grant
bien et vous loe et say bon gr de ce que vous m'en avez dit et m'en
est depuis souventes fois souvenu. Et sachez sur ce, chre seur,
que tout quanques je say que vous aiez fait puis que nous fusmes
maris jusques cy et tout quanques vous ferez en bonne intention m'a
est et est bon et me plaist et m'a bien pleu et plaira. Car vostre
jeunesse vous excuse d'estre bien saige et vous excusera encores en
toutes choses que vous ferez en intention de faire bien et sans mon
desplaisir. Et sachiez que je ne pren pas desplaisir, mais plaisir,
en ce que vous aurez  labourer rosiers,  garder violettes, faire
chappeaulx, et aussi en vostre dancer et en vostre chanter et vueil
bien que le continuez entre nos amis et nos pareilz et n'est que bien
et onnestet de ainsi passer l'aage de vostre adolescence fminine,
toutesvoies sans dsirer ne vous offrir  repairier en festes ne dances
de trop grans seigneurs, car ce ne vous est mie convenable, ne affrant
 vostre estat, ne au mien. Et quant au service que vous dictes que
vous me feriez voulentiers plus grant que vous ne faictes se vous le
sceussiez faire et que je le vous apreigne, sachez, chre seur, qu'il
me souffist bien que vous me faciez au tel service comme vos bonnes
voisines font  leurs mariz qui sont pareilz  nous et de nostre estat
et comme vos parentes font  leurs mariz de pareil estat que nous
sommes. Si vous en conseillez privement  elles et aprs leur conseil
si en faictes ou plus ou moins selon vostre vouloir. Car je ne suis
point si oultrecuid  ce que je sens de vous et de vostre bien que
ce que vous en ferez ne me souffise assez et de tous autres services
aussi, mais que il n'y ait barat, mesprisement ou desdaing, mais de ce
vous gaittiez. Car jasoit-ce, belle seur, que je congnoisse bien que
vous soiez de greigneur lignaige que je ne suis, toutesvoies ce ne vous
garantiroit mie, car, par Dieu, les femmes de vostre lignaige sont si
bonnes que sans moy et par elles mesmes seriez-vous asprement corrige
se elles le savoient par moi ou autrement; mais en vous ne fais-je
point de doubte; je suis tout asseur de vostre bien. Et toutesvoies,
jasoit-ce, comme j'ay dit, que  moy ne appartiengne fors un petit de
service, si vouldroie-je bien que vous sceussiez du bien et de l'onneur
et de service  grant plant et foison et plus que  moy n'appartient,
ou pour servir autre mary se vous l'avez aprs moy, ou pour donner
plus grant doctrine  vos filles, amies ou autres, se il vous plaist
et en ont besoing. Et tant plus saurez, tant plus d'onneur y aurez et
plus los en seront vos parens et moy aussi et autres entour qui vous
aurez est nourrie. Et pour vostre onneur et amour, et non mie pour
moy servir, (car  moy ne convient mie service fors le commun, encores
sur le moins) ayant piteuse et charitable compassion de vous qui
n'avez, de long temps a, pre ne mre, ne icy aucunes de vos parentes
prs de vous, ne  qui de vos prives ncessits vous puissiez avoir
conseil ne recours fors  moy seul pour qui vous avez est traicte de
vostre parent et du pas de vostre nativit, ay pens plusieurs fois
et intervalles se je peusse ou sceusse trouver de moy mesmes aucune
gnralle introduction lgire pour vous aprendre et par laquelle,
sans moy donner telle charge comme dessus est dit, par vous mesmes
vous peussiez introduire parmy vostre paine et labour. Et  la fin me
semble que se vostre affection y est telle comme vous m'avez monstr le
semblant par vos bonnes paroles, il se peut acomplir en ceste manire,
c'est assavoir que une leon gnrale vous sera par moy escripte, et 
vous baille sur trois distinctions contenans dix-neuf[105] articles
principalment.


LA PREMIRE DISTINCTION.

La premire distinction d'icelles trois est ncessaire pour acqurir
l'amour de Dieu et la salvacion de vostre me et aussi ncessaire pour
acqurir l'amour de vostre mary et donner  vous en ce monde la paix
que l'en doit avoir en mariaige. Et pour ce que ces deux choses, c'est
assavoir la salvacion de l'me et la paix du mary, sont les deux choses
plus principalment ncessaires qui soient, pour ce sont-elles mises cy
premirement. Et contient icelle premire distinction neuf articles.

Le premier article parle de saluer et regracier Nostre Seigneur et sa
benoite mre  vostre esveillier et  vostre lever et de vous atourner
convenablement.

Le second article est de vous accompaigner convenablement, aler 
l'glise, eslire place, vous saigement contenir, or messe et vous
confesser.

Le tiers article est que vous amez Dieu et sa benoite mre et
continuellement les servez et vous mectez et tenez en leur grce.

Le quart article est que vous gardez continence et vivez chastement 
l'exemple Susanne, Lucresse et autres.

Le quint article que vous soiez amoureuse de vostre mary (soit moy ou
autre)  l'exemple de Sarre, Rbecque, Rachel.

Le sixiesme article que vous soiez  lui humble et obissant 
l'exemple de Grisilidis, de celle qui ne voult rescourre son mary de
noyer, et la mre Dieu qui respondit _fiat_, etc., de Lucifer, du
puys, du bailly de Tournay, des religieux et des maris, de madame
d'Andresel, de Chaumont, de la Romaine.

Le septiesme que vous soiez curieuse et songneuse de sa personne.

Le huitiesme que vous soiez taisant pour celer ses secrets  l'exemple
de Papire, de celle qui pont huit eufz, de celle de Venise, de celle
qui revint de Saint Jaques et de l'advocat.

Le neuviesme et derrenier article est que se vostre mary s'essoie
de foloyer ou foloye, que sans rigueur mais doulcement, saigement
et humblement vous l'en retrayez comme Mellibe et dame Jehanne la
Quintine.


LA SECONDE DISTINCTION.

La seconde distinction est ncessaire pour le prouffit du mesnage
acroistre, acqurir amis et sauver le sien; pour secourir soy et aider
contre les males fortunes de la vieillesse  venir, et contient six
articles.

Le premier article est que vous aiez soing de vostre mesnaige,
diligence et persvrance et regard au labour: mectez peine  y prendre
plaisir et je feray ainsi d'autre part afin d'advenir au chastel dont
il est parl.

Le second article est que au moins vous prenez vostre esbatement et
vous sachiez aucun peu congnoistre en curtilliage et jardinaige, enter
en la saison et garder roses l'iver.

Le tiers article est que vous sachiez choisir varlets, portefais,
aides ou autres fortes gens pour faire les dures besongnes qui d'eure
en autre se pevent achever et aussi laboureurs, etc. Et en oultre
cousturiers, cordouaniers, boulengiers, pasticiers, etc. Et par
espcial varlets et chambrires d'ostel embesongner  grains tribler
et remuer, robes nectier, venter et essorer, commander  vos gens de
penser des brebis, des chevaulx: garder et garir vins.

Le quart article est que vous, comme souverain maistre de vostre
hostel, sachiez ordonner disners, soupers, ms et assietes, congnoistre
le fait du bouchier, du poullaillier et savoir congnoistre les espices.

Le quint article que vous sachiez commander, ordonner, deviser et faire
faire toutes manires de potaiges, civs, saulses et toutes autres
viandes; idem pour malades.


LA TROISIME DISTINCTION.

La troisiesme distinction est de jeux et esbatemens aucunement plaisans
pour avoir contenance et manire de parler et tenir compaignie  gens
et contient trois articles.

Le premier article est tout de demandes d'esbatemens qui par le sort
des dez, par rocs et par roys sont avres et respondues par estrange
manire.

Le deuxiesme article est de savoir nourrir et faire voler l'esprivier.

Le tiers article est d'aucunes autres demandes qui regardent compte et
nombre et sont subtilz  trouver ou  deviner[106].

[Illustration]




LE MNAGIER DE PARIS.




PREMIRE DISTINCTION.




ARTICLE PREMIER.


Le commencement et premier article de la premire distinction parle de
adourer et du lever; lequel vostre lever doit estre entendu matin. Et
matin, en l'entendement que l'en peut prendre selon la matire dont
nous avons  traictier, est dit de matines. Car ainsi comme entre nous
gens ruraulx disons le jour depuis l'aube du jour jusques  la nuit, ou
du soleil levant jusques  soleil couchant, les clercs qui prennent
plus subtillement dient que c'est le jour artificiel; mais le jour
naturel qui tousjours a vint quatre heures se commence  mienuit et
fine  la mienuit ensuivant. Et pour ce que j'ay dit que matin est dit
de matines, je l'entens avoir dit pour ce que adonc sonnent les matines
pour faire relever les religieux pour dire matines et loenges  Dieu,
et non mie pour ce que je vueille dire que vous, belle seur, ne les
femmes qui sont maries, vous doiez lever  celle heure. Mais je le
vueille bien avoir dit pour ce que se  ycelle heure vous oez sonner
matines vous louez adont et saluez Nostre Seigneur d'aucun salut,
prire ou oroison avant ce que vous vous rendormez; car  ce propos
sont cy aprs propres oroisons ou prires. Car, soit  celle heure de
matin ou au matin du jour, j'ay cy escript deux oroisons pour vous
 dire  Nostre Seigneur, et deux autres  Nostre Dame propres pour
esveiller ou lever. Et premier s'ensuit celle de mienuit par laquelle,
en ycelle disant, vous regraciez Nostre Seigneur de ce que de sa grce
il vous a donn venir jusques  celle heure. Et direz ainsi:

    Gracias ago tibi, Domine, etc.

C'est  dire en franois: Beau sire Dieu tout puissant qui es un seul
en Trinit, qui estois, es et seras en toutes choses Dieu benoist par
les sicles, je te rens grce de ce que tu m'as daign trespasser
ds le commencement de ceste nuit jusques aux heures matinaulx, et
maintenant je te requiers que tu me daignes, par ta sainte misricorde,
ce jour trespasser sans peschi, tellement que au vespre je te puisse
comme  mon Dieu et  mon Seigneur regracier, adourer et donner salut.

Item s'ensuit l'autre oroison  Nostre Seigneur en disant:

    Domine, sancte pater, etc.

C'est  dire en franois: Beau sire Dieu tout puissant et pre
pardurable qui m'as donn parvenir au commencement de ceste journe par
ta saincte vertu, garde moy d'encourir en aucun pril, si que je ne
puisse dcliner  aucun mortel pchi, et que par ton doulx atrempement
ma pense soit adrce  ta saincte justice et voulent faire.

Item s'ensuit les deux oroisons  Nostre Dame, et premirement:

    Sancta Maria, mater Domini, etc.

C'est  dire en franois: Marie, sainte mre de Nostre Seigneur
Jhesu-Crist, s mains de ton benoit filz et de toy command-je huy et
tout temps mon me, mon corps et mon sens. Sire, garde moy de tous
vices, de tous pchis et de toute temptacion d'ennemy et me dlivre
de tous prilz. Sire doulx Jhesu-Crist, aide moy et me donne sant
d'me et de corps, donne moy voulent de bien faire, en ce sicle
vivre justement et bien persvrer. Octroie moy rmission de tous mes
pchis. Sire, sauve moy en veillant, garde moy en dormant afin que je
dorme en paix et veille en toy en la gloire de paradis.

Item s'ensuit l'autre oroison  Nostre Dame qui est toute en franois:

O trs certaine esprance, dame deffenderesse de tous ceulx qui s'y
attendent! Glorieuse vierge Marie, je te prie maintenant, que en icelle
heure que mes yeulx seront si aggravs de l'obscuret de la mort que
je ne pourray veoir la clart de ce sicle, ne me pourray mouvoir la
langue pour toy prier ne pour toy appeller et que mon chitif cuer qui
est si foible tremblera pour la paour des ennemis d'enfer et sera si
angoisseusement esbahis que tous les membres de mon corps defondront en
sueur pour la peine de l'angoisse de la mort, lors, dame trs doulce et
trs piteuse, me daignes regarder en piti et moy aidier  voir avec
toy la compaignie des anges et aussi la chevalerie de paradis, et que
les ennemis troubls et espovents de ton secours ne puissent avoir
aucun regart, prsumpcion ou souspeon de mal  l'encontre de moy,
ne aucune esprance ou puissance de moy traire ou mettre hors de ta
compaignie. Mais, trs dbonnaire dame, te plaise lors  souvenir de
la prire que je te fais orendroit, et reoy m'me en ta benoite foy,
en ta garde et en ta deffense, et la prsente  ton glorieux filz pour
estre vestue de la robe de gloire et accompaigne  la joieuse feste
des anges et de tous les sains. O dame des anges! O porte de paradis!
O dame des patriarches, des prophtes, des apostres, des martirs, des
confesseurs, des vierges et de tous les sains et sainctes! O estoille
de matin plus resplendissant que le soleil et plus blanche que la noif!
Je joing mes mains et eslieve mes yeulx et flchis mes genoulz devant
toy! Dame trs dbonnaire, pour icelle joie que tu eus quant ta sainte
me se parti de ton corps sans doubte et sans paour et fut porte
prsens les anges et archanges et en chantant prsente  ton glorieux
filz et receue et hberge en la joie pardurable, je te prie que tu
me secoures et me viengnes au devant en icelle heure qui tant fait 
doubter. Quant la mort me sera si prs, dame, soies  m'me confort
et refuge et entens curieusement  la garder, si que les ennemis trs
crueux d'enfer qui tant sont horribles  veoir ne me puissent mettre
au devant les pchis que j'ay fais, mais iceulx soient premirement 
ta prire  moy pardonns et effacis par ton benoit enfant, et soit
mon me par toy, trs doulce dame, prsente  ton benoit fils et 
ta prire mise  la possession du repos pardurable et de la joie qui
jamais ne fauldra! Amen.

Ces oroisons povez-vous dire  matines, ou  vostre esveillier du
matin, ou  l'un et  l'autre, en vous levant et vestant, et aprs
vostre vestir, tout est bien, et que ce soit  jeun et avant toute
autre besongne. Mais pour ce que j'ay dit en vous vestant, je vueil
en cest endroit un petit parler de vestemens. Sur quoy, chre
seur, sachiez que se vous voulez ouvrer de mon conseil, vous aurez
grant regard et grant advis aux facults et puissances de vous et
de moy selon l'estat de vos parens et des miens entour qui vous
aurez  frquenter et repairier chascun jour. Gardez que vous soiez
honnestement vestue, sans induire nouvelles devises et sans trop ou pou
de bouban. Et avant que vous partiez de vostre chambre ou ostel aiez
paravant avis que le colet de vostre chemise, de vostre blanchet ou
de vostre coste ou surcot[107] ne saillent l'un sur l'autre, comme il
est d'aucunes yvrongnes, foles ou non sachans qui ne tiennent compte de
leur honneur ne de l'onnestet de leur estat ne de leurs maris, et vont
les yeulx ouvers, la teste espoventablement leve comme un lyon, leurs
cheveulx saillans hors de leurs coiffes, et les colez de leurs chemises
et cottes l'un sur l'autre et marchent hommassement et se maintiennent
laidement devant la gent sans en avoir honte. Et quant l'en leur en
parle, elles s'excusent sur diligence et humilit et dient qu'ils
sont si diligens, labourieuses et si humaines qu'elles ne tiennent
compte d'elles, mais elles mentent: elles tiennent bien si grant
compte d'elles que s'elles estoient en une compaignie d'onneur, elles
ne vouldroient mie estre moins servies que les sages leurs pareilles
en lignaige, ne avoir moins des salutacions, des inclinacions, des
rverences et du hault parler que les autres, mais plus, et si n'en
sont pas dignes quant elles ne scevent garder l'onnestet de l'estat,
non mie seulement d'elles, mais au moins de leurs maris et de leur
lignaige  qui elles font vergongne. Gardez donc, belle seur, que vos
cheveulx, vostre coiffe, vostre cueuvrechief et vostre chapperon[108]
et le surplus de vos atours soient bien arengement et simplement
ordens et telement que aucuns de ceulx qui vous verront ne s'en
puissent rire ne moquer, mais doit-l'en faire de vous exemple de bon
arroy, de simplesse et de honnestet  toutes les autres; et ce vous
doit souffire quant  ce premier article.




LE SECOND ARTICLE.


Le second article dit que  l'aler en ville ou au moustier vous
accompaigniez convenablement selon vostre estat et par espcial avec
preudes femmes et fuiez compaignie souspeonneuse et jamais femme
souspeonneuse ne approchiez, ne ne souffrez en vostre compaignie; et
en alant ayant la teste droite, les paupires basses et arrestes et
la veue droit devant vous quatre toises et bas  terre, sans regarder
ou espandre vostre regard  homme ne  femme qui soit  destre ou 
senestre, ne regarder hault, ne vostre regard changer en divers lieux
muablement, ne rire, ne arrester  parler  aucun sur les rues. Et
se vous estes venue  l'glise, eslisez un lieu secret et solitaire
devant un bel autel ou bel ymaige, et illec prenez place et vous y
arrestez sans changer divers lieux, ne aler  ne l[109], et aiez la
teste droite et les bolivres tousjours mouvans en disant oroisons ou
prires. Aiez aussi continuellement vostre regart sur vostre livre ou
au visaige de l'imaige sans regarder homme ne femme, peinture ne autre
chose, et sans papelardie ou fiction, ayez le cuer au ciel et aourez
de tout vostre cuer; et en faisant ainsi oyez messe chascun jour et
vous confessez souvent; et s'ainsi le faites et persvrez, honneur
vous sourdra et tout bien vous vendra. Et ce que dit est dessus doit
souffire quant  ce commencement, car les bonnes preudes femmes entour
qui vous repairerez, les bons exemples que vous prendrez  elles tant
par leurs fais comme par leur doctrine, les bons vieulz prestres saiges
et preudomes  qui vous vous confesserez et le bon sens naturel que
Dieu vous a donn vous attraira et donra le remenant quant  ce second
article.




LE TIERS ARTICLE.


Le tiers article dit que vous devez amer Dieu et vous tenir en sa
grce. Sur quoy je vous conseille que incontinent et toutes oeuvres
laisses, vous vous dsistez de boire ou mangier  nuit ou vespre, se
trs petit non, et vous ostez de toutes penses terriennes et mondaines
et vous mettez et tenez alant et venant en un lieu secret, solitaire
et loing de gens et ne pensez  riens fors  demain bien matin or
vostre messe, et aprs ce rendre compte  vostre confesseur de tous vos
pchis par bonne, meure et attrempe confession. Et pour ce que ces
deux choses d'or messe et de confession sont aucunement diffrans,
nous parlerons premirement de la messe et secondement de la confession.

Et quant est de la messe, chre seur, sachiez que la messe a plusieurs
dignits en drois estas ou degrs dont il nous convient parler et vous
esclarcir. Et premirement, aprs ce que le prestre est revestu et
dit son _Confiteor_ et mis en bon estat, il commence sa messe: et ce
appelle-l'en _l'Introite_ de la messe; c'est le commencement ou entre
de la messe, ouquel endroit doit lors chascun homs et chascune femme
refraindre ses penses endroit lui et qu'il ne pense  chose mondaine
qu'il ait oncques mais veue ne oye, car quant li homs ou la femme est
au moustier pour or le service divin, son cuer ne doit mie estre en
sa maison ne s champs, ne s autres choses mondaines et si ne doit
mie penser s choses temporelles, mais  Dieu proprement, seulement
et nuement, et  lui prier dvotement. Aprs _l'Introte_ chante ou
dicte, l'en dit par neuf fois: _Kirie eleison, Christe eleison_, en
signifiance qu'il y a en paradis neuf paires d'anges que l'en dit
_grarchies_, et de chascune paire ou grarchie viennent  celle messe
une quantit et non mie toute l'ordre, mais de chascune une partie. Si
doit chascun prier  ces sains anges qu'ils prient pour lui  Nostre
Seigneur, en disant: O vous, sains anges, qui descendez de la gloire
au Sauveur, pour lui ministrer et servir en terre, priez lui qu'il nous
pardonne nos pchis et nous envoie sa grce.

Aprs, dit-on _Gloria in excelsis Deo_; lors doit-on louer doulcement
Nostre Seigneur en disant: Trs doulx Dieu, glorieux et honnours
soiez-vous, los soiez-vous, benoit soiez-vous, adours soiez-vous,
etc. Aprs dit-on les oroisons des Sains et de Nostre Dame. Si doit-on
prier  la trs doulce mre Dieu et aux Sains qu'ils prient pour
nous, en disant: Trs glorieuse mre Dieu qui estes moienne entre
vostre doulz fils et les pcheurs repentans, priez pour moy  vostre
enfant, et vous, benois Sains de qui on fait mmoire, aidiez moy et
priez avec la dame des anges que Dieu par sa grce me pardoint mes
forfais et enlumine mon cuer de sa grce. Aprs ce, dit-on l'_pitre_
qui est ainsi comme donner remembrance que un messaige vient qui
apporte lettres faisans mencion que le sire de tout le monde viendra
prouchainement. Aprs ce chante-l'en le _gre_[110] ou l'_allluye_
ou le _traict_ en karesme et dit-on la _squence_: c'est dmonstrance
que ce sont les mnestriers qui viennent devant et monstrent que le
Seigneur est j sur le chemin, et qui cornent pour resjor les cuers de
ceulx qui attendent et ont esprance en la venue du souverain Seigneur.
Aprs lit-on l'_Euvangille_; c'est adonc la plus vraie et prouchaine
messaigerie: car ce sont les bannires, les pannons et l'estendart qui
monstrent certainement que adoncques le Seigneur est prs, et lors
se doit chascun taire et soy tenir droit, mettre s'entente  or et
retenir ce que l'Euvangille dit, car ce sont les propres paroles que
Nostre Seigneur dist de sa bouche et lesquelles paroles nous enseignent
 vivre, se nous voulons estre de la mesnie  icellui souverain
Seigneur. Et pour ce doit estre chascun curieux et ententif  or
icelles paroles de l'Euvangille et  icelles retenir. Aprs fait-on
l'offrande en laquelle on doit offrir en la main du prestre aucune
chose en signifiance que l'en offre son cuer  Dieu, en disant: Sainte
Trinit, recevez mon cuer que je vous offre: si le faites riche de
vostre grce. Et en ce disant doit-l'en bailler son offrande. Aprs ce,
quant le prestre se retourne de l'autel il dit que l'en prie pour lui:
si en doit-l'en diligemment prier, car il entre en nos besongnes et
fait oroisons pour nous.

Aprs ce, dit le prestre: _Per omnia secula seculorum_: Et puis:
_Sursum corda_. C'est  dire: levez vos cuers  Dieu. Et le clerc et
les autres respondent: _Habemus ad Dominum_: nous les avons  Nostre
Seigneur. Dont doit-l'en appareillier et avoir son oeil au prestre.
Aprs ce, chante-l'en la louenge des anges, c'est assavoir: _Sanctus,
sanctus, sanctus_. Dont descendent les anges pour appareillier,
avironner et garder la table sur laquelle Dieu descendra et par
son seul regard repaistra ses amis et adonc entend-l'en  veoir
sa venue et se doit-l'en appareillier ainsi comme bons amoureux
subgiez s'appareillent quant le Roy entre en sa cit, et le doit-l'en
amoureusement et en grant joie de cuer regarder et recevoir, et en le
regardant regracier sa venue et luy donner louenges et salus, et en
pense et  basse voix lui faire ses requestes pour obtenir rmissions
et pardons des meffais passs; car il vient  bas pour trois choses:
l'une, pour tout pardonner, se nous en sommes dignes; la deuxiesme pour
nous donner sa grce, se nous le savons requrir; la tierce pour nous
retraire du chemin d'enfer.

Aprs est la _Paternostre_ qui nous enseigne que nous le devons
appeller pre et lui prier qu'il nous pardonne nos meffais ainsi comme
nous pardonnons  nos malfaiteurs les leurs, et aussi lui prions qu'il
ne nous laisse point pchier ne estre tempts, mais nous dlivre de
mal; _amen_. Aprs on dit _Agnus Dei_ par trois fois et prie-l'en 
Dieu qu'il ait mercy de nous et qu'il nous donne paix; qui peut estre
entendu paix entre le corps et l'me, que le corps soit obissant 
l'me: ou paix entre nous et nos adversaires; et pour ce prent-l'en
la paix. Aprs chante-l'en le _post-communion_ et alors on doit dire
et dprier Nostre Seigneur qu'il ne se vueille mie retraire de nous,
ne nous laissier comme orphelins et sans pre. Aprs dit-l'en les
derrenires oroisons et adonc se doit-on retraire et recommander 
la benoite vierge Marie et  elle requerre qu'elle vueille dprier
son benoit chier enfant qu'il vueille demourer avec nous. Et quant
tout est dit et achev et le prestre dvestu, adonc doit-l'en icellui
Seigneur remercier de ce qu'il nous a donn sens et entendement d'avoir
oy sa benoite messe et veu son benoit sacrement qui donne remembrance
de sa benoite nativit et de sa benoite passion et de sa benoite
rsurrection, et luy requrir qu'en persvrant au surplus, il nous
doint vraye et parfaicte rmission. Et adoncques, chre seur, vous
mettez toute seule, les yeux enclins  la terre, le cuer au ciel,
pensez de tout vostre cuer trs ententivement et cordialment  tous
vos pchis pour vous en deschargier et dlivrer  celle heure. Mais
pour vous adviser ds maintenant comment ce sera fait adonc, je vous en
traicteray un petit selon se que j'en say et croy.

Chre seur, veulliez de par moy sur ce savoir que quiconques soit
homme ou femme qui vueille  droit ses pchis confesser au sauvement
de l'me de lui ou d'elle, il doit savoir que trois choses lui sont
ncessaires; c'est assavoir, contriction, confession et satisfacion;
et doit-il ou elle savoir que contriction requiert douleur de cuer en
grans gmissemens et repentances et convient que en grant contriction
et trs humblement le pcheur require pardon et mercy et dprie
trs affectueusement nostre crateur et souverain Seigneur qu'il lui
vueille pardonner ce en quoy il l'a peu courroucier et offendre. Et
sache le pcheur que sans contriction sa prire ne vault riens, puis
qu'il ait sa pense et son cuer ailleurs. Et, chre seur, vous en povez
prendre exemple par un  qui l'en promist donner un cheval pour dire
une _paternostre_, mais qu'il ne pensast autre part, et en disant la
_paternostre_, il se pensa se cellui qui lui donnoit le cheval lui
laisseroit la selle, et ainsi le maleureux perdit tout. Ainsi est-il
de celui qui dprie Nostre Seigneur et ne pense point  sa prire ne 
cellui qu'il dprie, et si a j, par aventure, fait telle chose dont il
a desservi  estre pendu au gibet d'enfer et si s'endort en ce pchi
et n'en tient compte, et s'il estoit jugi en ce chtif monde par un
petit prvost  estre pendu au gibet de fust ou de pierre, ou  paier
une grosse amende qui est moins, et il cuidoit reschapper pour avoir
contriction, pour plourer et pour prier le prvost ou juge, comment
il le prieroit de bon cuer, en grans pleurs, en gmissemens et grans
contrictions de cuer sans penser autre part, et il ne peut mie plourer
ne prier du cuer le grant seigneur, son souverain et son crateur qui
des haultes fenestres de sa pourvance o il est lassus voit toute
l'affection du cuer d'icellui pcheur! Et si scet bien le pcheur que
icellui Seigneur est si piteux et si misricors que pour trs petite
prire, mais qu'elle fust de cuer contrict et repentant, il aroit
tout pardonn; voire mesmes se la sentence estoit j donne contre le
pcheur, et fust ores icellui pcheur condempn  mort, or puet icellui
souverain tout rappeller et quicter, et il n'est prvost ne juge par
de qui pour plourer ne pour prire que le condempn sceust faire,
peust rappeller le jugement qu'il auroit fait contre lui. Or regardez
doncques, belle seur, quelle comparoison est cy! Et encores est-ce pis,
car quant un homs est condempn  mort par le souverain juge, puis
qu'il ne rappelle sa sentence, c'est  entendre que la peine de sa
mort est perptuelle et pardurable, et quant il est condempn par un
prvost, la peine de sa mort ne dure que un moment; dont, belle seur,
n'est-il point de comparoison ne entre la puissance des juges, ne entre
la peine des jugemens. Et pour ce vault-il mieulx, belle seur, plourer
et avoir contriction et adrcier sa prire  cellui qui a puissance
souveraine et absolue que  cellui qui n'a puissance fors que ordonne
et sur certaine forme qu'il ne peut passer. Car icellui juge souverain
est cellui qui  la fin nous examinera et jugera. Et adonc, belle seur,
quel compte lui rendrons-nous des biens de fortune et de nature qu'il
nous a baillis en garde et nous avons tout folement despendu et mis 
nostre usaige et  nostre dlit, sans en avoir riens bailli ne aumosn
 lui ne aux souffreteux honteux et paciens qui pour l'amour et ou nom
de lui nous en ont demand? Se en ce cas il nous argue de larrecin, que
nous l'avons en ce desrob, que respondrons-nous? Item de nostre me
sa fille qu'il nous bailla saine et nette, sans tache et sans ordure,
laquelle nous avons empoisonne par les buvraiges du pch mortel, se
il nous argue de murtre, en disant que nous avons tu sa fille que il
nous avoit bailli en garde, quelle deffence arons-nous? Item de nostre
cuer, nostre corps qui est le chastel dont il nous avoit bailli la
garde et nous l'avons livr  son ennemy, c'est le Dable d'enfer,
quelle excusacion arons-nous? Certes, belle seur, je ne voy mie que,
se la benoite vierge Marie sa mre ne nous sequeurt comme advocate,
que par le bon jugement d'icelui souverain juge nous ne soions pugnis
et enchans au gibet d'enfer pardurablement comme larrons, comme
murtriers et comme traictres, se les chaudes larmes de la contriction
de nostre cuer ne chassent l'ennemy hors de nous en nostre prsente
vie; mais ce se puet ainsi lgirement faire comme l'eaue chaude chasse
le chien de la cuisine.

Aprs la contriction vient la confession qui a six condicions, ou
elle ne vault riens. La premire condicion de confession est que
la confession soit faicte sagement: c'est  dire sagement en deux
manires, qui est  entendre que le pcheur ou pcheresse eslise
confesseur saige et preudomme. Et donc le pcheur doit avoir exemple
et regart  ce que toute crature malade convoite sa sant, et pour sa
sant recouvrer et avoir, dsire plus  trouver le meilleur phisicien
que le moins bon. Et doit icellui pcheur avoir regard que, puis que
crature doit dsirer la sant du corps qui est estour lourgable[111]
et trespassable, par plus forte raison doit-il curer[112] de la noble
me qui est ordonne  recevoir le bien perptuel ou le mal pardurable.
Et pour ce doit eslire trs bon, trs saige et trs excellent phisicien
pour recouvrer tantost la sant de l'me qui est blcie et malade,
car s'il en prent un  l'aventure qui ne lui sache donner le remde de
sa garison, il s'ensuit mort. Et vous le vez par exemple, car quant
un aveugle maine l'autre, ce n'est pas de merveille se ils chent tous
deux en une fosse; dont doit le pcheur ou pcheresse faire pourvance
d'un trs saige et trs clervoyant conseillier qui de tous ses pchis
lui sache donner remde et conseil et qui sache discerner entre l'un
pchi et l'autre pour remde donner et que icellui confesseur ait
toute sa pense et son entente  oyr et concevoir ce que le pcheur
lui dira, et aussi qu'il ait puissance d'absoldre. Et lors doit
icellui pcheur estre avis et avoir pens par avant longuement et
ententivement  tous ses pchis, comme j'ay devant dit, pour savoir
les tous dire et compter par ordre, et par membres et par poins les
deviser  son confesseur et conseillier, et doit avoir douleur au cuer
de ce qu'il fist le pchi et grant paour de la vengence de Nostre
Seigneur, grant honte et grant repentence d'iceulx pchis et avoir
ferme esprance et voulent certaine de soy amender et de jamais au
pchi non retourner, mais les har comme venin, et avoir dsir de
voulentiers recevoir pour sa garison et sant recouvrer et faire
joyeusement la pnitence que le confesseur lui vouldra enchargier.

La seconde condicion de confession est que si tost que l'en est cheu
en pchi l'en s'en doit hastivement et tost confesser. Car tu ne scez
quant Dieu te touldra la parole et la sant, et pour ce est-il bon que
on s'en confesse souvent. Les truans le preuvent assez qui de jour en
jour et de heure en heure monstrent leurs plaies aux bonnes gens pour
avoir nouvelle aumosne; les blcis monstrent de jour en jour leurs
navreures aux mires pour avoir chascun jour hastif et nouveau remde
de garison; aussi doit le pcheur tantost monstrer et descouvrir son
pchi pour avoir nouveau remde et plus plnire misricorde.

La tierce condicion de confession est que on se doit du tout
entirement confesser et tout descouvrir  une fois et convient
monstrer et ouvrir au mire toute la plaie; il convient tout dire en
trs grant humilit et repentence et n'en riens oublier ne laissier
derrire, et quelque gros morcel qui y soit, il convient qu'il passe
oultre le neu de la gorge. Et se l'orgueilleux cuer du pcheur ne le
veult endurer, face le signe de la croix devant sa bouche afin que
l'ennemy qui lui estoupe les conduis de la parolle s'en aille; et
adonc le pcheur se contraigne  dire l'ort pchi qui tue son me,
car s'il atent plus, il l'oubliera par son attente, et ainsi ne s'en
confessera jamais et par ce demourra en tel pril que pour cause de ce
pchi o il sera demour et dont il ne luy aura souvenu il ne fera
jamais bien qui ne lui soit estaint vers Dieu, s'il n'y met sa grce.
Regardez doncques quel pardon il pourra jamais imptrer par jenes, par
aumosnes, ne par travail de plerinaiges qu'il face, quand il n'est
confs entirement? Regardez comment il qui n'est vray confs, comment
osera-il recevoir son crateur, et s'il ne le reoit, comment il se
doit et en quel pril il se met? Par aventure il cele  celle fois
icellui pchi cuidant s'en confesser une autre fois bien brief, et
il ne regarde mie qu'il est en la puissance de Dieu de lui tollir la
parole quant il lui plaira, ou de le faire morir soudainement quant il
vouldra. Ores s'ainsi est, il sera dampn par sa ngligence et au jour
du jugement il ne sara sur ce que respondre.

La quarte condicion de confession est que l'en se doit ordonnement
confesser et dire ses pchis par ordre et selon ce que la thologie
les met, et doivent estre mis l'un aprs l'autre sans trehoigner[113]
ne entreveschier[114], ne mettre le derrire devant, sans riens polir
ne farder, sans lui deffendre et sans autruy accuser. Et doit le
pcheur dire la condicion du pchi, comment il le pensa, quelle fut la
cause et le mouvement de son penser, comment depuis il a pourchaci,
fait, dit, ou fait faire, le temps, le lieu, pourquoy et comment il le
fist: se le pchi qu'il fist est selon nature ou s'il est fait contre
nature, s'il le fist sachamment ou ygnorament, et doit icellui pcheur
dire tout ce qui par icellui, les circonstances et dpendances peut
grever son me.

La quinte condicion est que on doit confesser tous ses pchis  une
fois, et  un confesseur et non pas  plusieurs confesseurs. L'en ne
doit pas partir ses pchis en deux parties pour dire l'une partie 
un confesseur et l'autre partie  un autre, car la confession ainsi
malicieusement faite ne seroit pas valable, mais seriez plus grant
pcheur en tant comme vous mectriez paine de enginier vostre confesseur
qui reprsente la personne de Nostre Seigneur Jhesu-Crist.

La sixiesme condicion est que on se doit confesser dvotement, et
trs humblement avoir les yeulx vers la terre en signe de honte et
de vergongne que l'en a de son pchi, et la pense et le regart du
cuer au ciel, car vous devez penser que vous parlez  Dieu et devez
adrcier vostre cuer et vos parolles  lui, et  lui requrir pardon et
misricorde. Car c'est cellui qui voit tout le parfont de la voulent
de vostre cuer, ne le prestre n'y a fors que l'oreille.

Or avez-vous oy, chre seur, comment on se doit confesser; mais sachiez
qu'il y a cinq choses qui empeschent confession; c'est assavoir: honte
de confesser le pchi, mauvaise paour de faire grant pnitance,
esprance de longuement vivre, et desprance de ce que l'en a si grant
plaisir au pchi qu'on ne s'en puet partir ne repentir, et se pense-on
que pour riens se confesseroit-on pour tantost rencheoir; et de ce
c'est la mort.

Aprs la confession vient satisfacion que on doit faire selon
l'arbitrage et le conseil du sage confesseur, qui se fait en trois
manires; c'est assavoir en jene, en aumosne ou en oroison selon ce
que vous orrez cy aprs.

Je avoie ci-devant dit que  vous confesser vous estoient ncessaires
trois choses: c'est assavoir contriction, confession et satisfaction,
ores vous ay-je monstr et enseign de mon povoir qu'est contricion,
et en aprs qu'est confession et comment elle se doit faire, et vous
ay un petit touchi des cinq choses qui l'empeschent moult, auxquelles
vous aurez regart et en aurez souvenance s'il vous plaist, quant temps
et lieu sera; et au derrain vous ay monstr qu'est satisfacion. Or
vous monstreray-je pour prendre vostre advis[115] en quoy vous povez
avoir pchi; et prendrons premirement les noms et les condicions
des sept pchis mortels qui sont telement mauvais que auques[116]
tous les pchis qui sont s'en dpendent, et les appelle-l'en mortels
pour la mort  quoy l'me est traicte quant l'ennemi peut le cuer
embesongnier  l'ouvraige d'iceulx. Et aussi, pour vous d'ores-en-avant
contregarder d'iceulx pchis, vous monstreray et enseigneray les noms
et la puissance des sept vertus qui sont contraires aux sept pchis
dessusdis et sont propres mdicine et remde contre iceulx pchis
quant le pchi est j advenu, et si contraires  iceulx pchis que
tantost que la vertu vient, le pchi s'enfuit du tout.

Et premirement s'ensuivent les noms des vices desquels vous vous povez
confesser se vous y avez err, et les noms des vertus sont aprs, pour
icelles vertus continuer par vous d'ores-en-avant:

  Orgueil     est le pchi, la vertu contraire est     Humilit.
  Envie       est le pchi, la vertu contraire est     Amiti.
  Ire         est le pchi, la vertu contraire est     Dbonnairet.
  Paresse     est le pchi, la vertu contraire est     Diligence.
  Avarice     est le pchi, la vertu contraire est     Largesse.
  Gloutonnie  est le pchi, la vertu contraire est     Sobrit.
  Luxure      est le pchi, la vertu contraire est     Chastet[117].

Or avez-vous oy cydessus les noms des sept pchis mortels et aussi des
sept vertus qui donnent remde, or orrez-vous la condicion d'iceulx
pchis de l'un aprs l'autre et premirement des sept pchis, et  la
fin d'iceulx trouverez les vertus qui aux pchis sont contraires et
les condicions d'icelles vertus.

Orgueil est la racine et commencement de tous autres pchis. Le pchi
d'orgueil a cinq branches. C'est assavoir: inobdience, jactence,
ypocrisie, discorde et singularit.

Inobdience est la premire branche, et par celle la personne pert
Dieu et laisse ses commandemens et en dsobissant  Dieu elle fait la
voulent de la char, et acomplist ce que son cuer dsire contre Dieu et
contre raison; et tout ce vient d'orgueil.

La seconde branche qui vient d'orgueil est jactence; c'est quant la
personne est haulse et esleve par orgueil ou des biens ou des maulx
qu'elle a fais ou fait ou pourroit faire. Mais bien et mal, ces deux
choses ne viennent pas de nous. Car le bien que crature fait vient
de Dieu qui est bon et de sa grce, et le mal vient de la mauvaise
condicion de crature et de sa mauvaise nature, pour ce que elle se
trait  la condicion de l'ennemy qui est mauvais. Et certes quant
personne fait bien, pour ce qu'il vient de la bonne pourvance de Dieu
qui est bon, il en doit avoir l'onneur et la gloire, et la personne
faisant bien en doit avoir le prouffit; et du mal nous devons har
l'ennemy qui nous attrait et maine  ce par orgueil.

La tierce branche qui vient d'orgueil est ypocrisie; ypocrisie est
quant la personne fait semblant par dehors qu'elle est pleine de vertus
par dedens et qu'elle fait et dit plus de biens qu'elle ne fait. Et
quant elle voit que l'en cuide qu'elle soit bonne, elle y prent grant
plaisir et vaine gloire. Vaine gloire est le denier au Dable dont il
achte toutes les belles denres en la foire de ce monde et les denres
sont les biens que Dieu a donn  homme et  femme, c'est assavoir
les biens de nature, les biens de fortune et les biens de grce. Les
biens de nature viennent du corps et sont beaut, bont, bon langaige,
bon sens pour entendre, bon engin pour retenir. Les biens de fortune
sont richesses, haultesses, honneurs et prosprits; et les biens de
grce sont vertus et bonnes oeuvres. Tous ces biens vend l'orgueilleux
au Dable pour le faulx denier de vaine gloire. Tous ces biens abat
le vent de vaine gloire. Et dois savoir que en ces biens de grce qui
sont vertus et bonnes oeuvres, comme dit est, est l'omme ou femme par
le Dable tempt en trois manires. L'une quant la crature s'esjost
des biens qu'elle fait; l'autre quant la crature aime  estre loe
de ses oeuvres, et la tierce quant la crature fait les biens en
intencion d'avoir le los et d'estre tenu pour preudomme. Et teles
personnes ypocrites ressemblent l'ort fumier lait et puant que l'en
cuevre de drap d'or et de soie pour ressembler estre plus honnor et
mieulx prisi. Ainsi se cuevrent tels ypocrites qui mettent la bonne
couverture dehors en intencion d'acqurir amis pour avoir plus grant
bien ou plus grant office qu'ils n'ont et dont ils ne sont dignes, et
tel bien que autruy posside qui plus en est digne que eulx. Et de ce
advient souvent qu'ils dsirent et pourchassent la mort de cellui qui
tient l'office  quoy ils bent et ainsi deviennent mauvais murtriers.
Quant il advient qu'ils vivent longuement en telle esprance et n'en
pevent venir  chief, ains meurent en celle folle be[118] o ils
frisent[119] et ardent tous en tel convoiteux espoir, ils chent tout
droit ou font de la paelle[120] ou le Dable fait les fritures d'enfer.
Ainsi leur bienfait est perdu et ne leur vault pour ce qu'ils le font
en male intencion. Hlas! faulse monnoie dont vient ceste[121] Et ceste
troisime branche d'ipocrisie vient d'orgueil.

La quarte branche qui vient d'orgueil si est discorde ou contencion.
C'est  dire quant une personne ne se veult acorder au fait et au dit
des autres personnes et si veult que ce qu'il dit ou fait soit tenu
pour ferme et vray, soit voir[122] ou mensonge, et ce que autre et plus
sage de luy dira soit de nulle value; et tout ce fait vient d'orgueil.

La quinte branche qui vient d'orgueil si est singularit; c'est 
dire quant la personne fait ou dit ce que nul autre ne saroit dire
ou faire et veult surmonter et estre singulier en dis et en fais
excellentement en tout, dont il se fait har et pour ce dit-l'en que
orgueilleux ne sera j sans plait[123], et non est-il. Et tout ce vient
d'orgueil, c'est assavoir inobdience, jactence, ypocrisie, discorde,
et singularit.

Le pcheur ou pcheresse doit commencer sa confession en ceste manire:
Sire qui estes vicaire et lieutenant de Dieu, je me confesse  Dieu
le tout puissant et  la benoite vierge Marie et  tous les Sains de
paradis, et  vous, chier pre, de tous mes pchis lesquels j'ay fais
en moult de manires. Premirement d'orgueil: j'ay est orgueilleux ou
orgueilleuse et ay eu vaine gloire de ma beaut, de ma force, de ma
louenge, de mon excellent aournement, et de l'abilit de mes membres
et en ay donn matire et exemple de pchier  moult de hommes et de
femmes qui me regardoient si orgueilleusement et quant je voie que on
me regardoit je considroie la puissance que mes successeurs auroient
en leur temps, et aussi ma puissance, ma richesse, mon estat, mes amis
et mon lignaige, et comme il me sembloit que nul ne povoit  moy de
toutes ces choses que j'ay cy devant dictes[124], et par ce pchi
d'orgueil je suis cheu ou cheue s branches[125].

La premire branche d'orgueil si est inobdience; car par orgueil
j'ay dsoby  Dieu et ne luy ay pas port honneur ne rvrence comme
 mon crateur qui m'a fait ou faicte et ma donn les biens de grce
de nature et de fortune dont j'ay mserr[126] et mal us et les ay
mis et despendus en mauvais usaiges comme en vanits et honneurs du
monde, sans lui recongnoistre ou mercier, ne pour luy aux povres riens
donner, ains les ay eu en desdaing et en despit et pour ce qu'ils me
sembloient tous deffigurs et tous puans je ne les laissoie aprouchier
de moy, ains me tournoie de l'autre part, afin que je ne les visse.
Je n'ay pas port honneur ne rvrence  mes amis qui sont de mon sang
et de ma char, espcialment  mes pre et mre et les prdcesseurs
dont je suis venu,  mes frres et seurs naturels,  mon mary et autres
bienfaicteurs et souverains, ne  mes autres frres et seurs d've
et d'Adam, car je n'ay nul autre prisi fors moy tant seulement. Et
quant on m'a voulu monstrer mon bien et corrigier de mon mal quant je
l'ay eu fait, je ne l'ay voulu souffrir, ains ay eu en indignacion et
en despit ceulx qui m'ont ce monstr et leur ay est pire aprs et
plus fel que devant, et leur en ay mis sus blasme et vilenie grande en
derrire d'eulx; j'ay sur eulx parl vilainement, et tout ce m'est venu
d'orgueil et de sa branche de inobdience.

Par jactence, qui est la seconde branche d'orgueil, j'ay diligemment
escout le maldire d'autruy et si l'ay creu et voulentiers racont
ou plus vilain entendement[127]. Et aucune fois, pour vengence ou
pour mal, ay-je dit sur autruy ce dont je ne savoie riens. Je me
suis eslev ou esleve et vant de mes maulx que j'avoie fais et dis
et y prenoie grant gloire. Et se on disoit aucune chose de moy qui
appartenist  sens,  bon los, ou beaut et on le deist en ma prsence
et  mon ouie et que ce ne fust  moy, je ne me excusoie pas, qu'il ne
feust en moy, ains me taisoie pour moy accorder et m'y dlictoie et
prenoie grant plaisance. Je me suis eslev ou esleve et ay eu orgueil
des grans despens que j'ay aucune fois fais et des grans oultraiges et
superfluits, comme de viandes grandes et oultrageuses, comme  donner
grans mengiers et belles chambres, assembler grans compaignies, donner
joyaulx aux dames et aux seigneurs et  leurs officiers ou mnestriers
pour estre alos[128] d'eulx et pour dire de moy que je fusse noble et
vaillant et large; certes de povres cratures ne me chaloit-il[129]
rien. Certes, Sire, j'ay afferm aucunes choses estre vrayes de quoy je
n'estoie mie certain et ce faisoie-je pour plaire aux gens prsens qui
devant moy estoient et en parloient et tout ce ay-je fait par jactence.

Par ypocrisie, je me suis faint le saint home ou sainte femme et
monstr grant semblant de l'estre et mis grant peine de en acqurir le
nom devant les gens, et toutesvoies ne me suis-je point tenu de pchier
et d'en faire assez quant j'ay veu que je l'ay peu faire couvertement
et en repostaille[130], et certes aussy ay-je fait du bien aux povres
et des pnitences devant les gens plus pour en avoir leur nom[131] et
leur louenge que pour la grce de Dieu. Et aussi par plusieurs fois
monstroie-je par dehors d'estre en voulent de tel bien faire dont mon
cuer n'avoit voulent, et ce faisoie-je pour avoir le nom du peuple,
jasoit-ce que je sceusse bien que c'estoit fait au desplaisir de mon
crateur. Et aussi me suis-je offert  moult de gens de faire telle
chose pour eulx dont je n'avoie nul talent ne nul corage, et oultre je
tenoie[132] de moy mesmes moult de biens qui n'y estoient mie, et se
aucun peu en y avoit, il ne me souvenoit ne me vouloit souvenir qu'il
venist de Dieu, si comme j'ay dit devant, ne  Dieu n'en savoie-je nul
gr; et tout ce faisoie-je par ypocrisie avec grant orgueil.

J'ay est ferme en discorde et en contencion, qui est la quarte branche
d'orgueil. Car se je commenasse  soustenir aucune chose ou le fait
d'aucune personne, pour soustenir son bien ou pour destruire un autre,
o je me mectoie en grant peine de la dfendre ou confondre, feust
droit ou tort, j'ay en injuriant autruy racont aucune fois aucunes
choses mensongires et les ay affermes estre vraies pour faire 
aucunes gens leur gr et leur faire plaisir; j'ay par despit esmeu
aucunes fois aucunes personnes  ire,  courroux et  discorde dont
moult de maulx venoient aucunes fois depuis; et d'autres ay-je fait
jurer, parjurer et fait mentir, et par les discordes que j'ay mues et
les mensongires paroles que j'ay dictes estre vraies et affermes et
fait jurer et affermer, j'en ay plusieurs personnes moult scandalises
et courrouces par ma dsordonnance. Quant je me suis aucune fois
confess, en ma confession je me suis excus et mectoie mon excusation
premirement, et aprs coulouroie en ma faveur la cause de mon pchi,
ou je mectoie ma deffaulte sur une autre personne et disoie qu'elle
avoit fait la faulte de laquelle j'estoie le plus coulpable, ne je
ne m'encusoie pas, ains disoie: _tel me le fist faire et je ne m'en
donnoie garde_, et en celle manire disoie-je pour moy excuser de mes
pchis lesquels me sembloient trop griefs, et oultre je laissoie
et taisoie les grans et orribles pchis, et encores des petis et
des lgiers que je disoie ne disoie-je mie les circonstances qui
estoient appartenans  iceulx pchis, si comme les personnes, le
temps et le lieu, etc. J'ay longuement demour en mon pchi et par
longue demeure je suis cheue s autres mortels pchis. A l'un de mes
confesseurs[133], et  l'autre qui par aventure me plaisoit mieulx, je
disoie les autres plus grans pchis en intencion d'estre de luy moins
corrigi et avoir maindre pnitence pour la familiarit que j'avoie
avec luy ou qu'il povoit avoir en moy. J'ay dsir vaine gloire en
qurant les honneurs et estre pareil aux plus grans s vestemens, s
autres choses aussi, et ay eu gloire d'estre des haultes personnes
honnor, d'avoir leur grce, estre haultement salue et que honneur et
grant rvrence me fust porte pour ma beaut, pour ma richesse, pour
ma noblesse, pour mon lignaige, pour estre joliement acesme[134], pour
moult bien chanter, dancer et doulcement rire, jouer et parler. J'ay
voulu et souffert estre la plus honnore partout: j'ai est preste
 or divers instrumens et mlodies, enchantemens, as parties[135]
et autres plusieurs jeux qui sont gouliardois[136], dsordonns et
lesquels n'estoient pas de Dieu ne de raison, car je rioie et me tenoie
moult orgueilleusement et en grant esbatement. J'ay voulu avoir et
user de vengence et avoir punicion de ceulx que j'ay seulement pens
qu'ils m'avoient voulu mal ou mal fait et en ay voulu avoir haultement
et estroitement mon dsir acompli, feust tort ou droit, sans les
espargner, ne avoir d'eulx aucune mercy, et ce, chier pre, ay-je fait
par mon orgueil et m'en repens; si vous en requier pardon et pnitence.

Aprs s'ensuit le pchi d'envie, lequel descent d'orgueil. En envie
a cinq branches. C'est assavoir: haine, machinacion, murmuracion,
dtraction et estre li[137] du mal d'autruy et courrouci du bien
d'autruy. Envie est ne du pchi d'orgueil, car quant une personne
est orgueilleuse elle ne veult avoir nul pareil semblable  lui, ains
a envie se aucun autre est le plus hault ou aussi hault que lui en
aucune chose, ou en aucuns biens, ou grces, ou en sciences, ou qu'elle
vaille mieulx que lui, et pour ce elle l'a en grant haine et la het et
s'efforce tousjours de imptrer[138] la louenge et le bien d'autruy
par sa parole et par son blasme: et c'est la premire branche d'envie.

La seconde branche d'envie si est machinacion: c'est  dire quant une
personne porte mauvaises paroles d'aucunes personnes par envie et
recorde mal de l'une personne  l'autre par mauvaises acoustumances en
apetissant le bien d'autruy et en accroissant le mal.

La tierce branche est murmuracion: c'est  dire que le cuer murmure de
ce que plus grant maistre de lui lui commande, ou que on ne lui dit ou
de ce que on ne lui fait pas ainsi comme aux autres, ou elle n'en ose
parler.

La quarte branche d'envie si est dtraction: c'est  dire quant une
personne dit mal et parle en derrire et dit ce qu'il scet de lui et ce
qu'il ne scet pas, et qu'il contreuve et pense comment il pourra dire
chose par quoy il pourra nuire et grever celluy de qui il parle, et
quant il oit mal dire de cellui, il aide  son povoir de le accroistre
et exaulcer, et de ce parle moult griefment quant il voit son point,
pour ce qu'il scet qu'il ne le peut en nulle manire plus dommagier et
scet qu'il ne lui peut restituer sa bonne renomme qu'il luy oste, et
ainsi lui mesmes se met  mort.

La quinte branche si est d'avoir joie du mal d'autruy ou de son
empeschement et destruire  son povoir le bien quand il scet qu'il doit
venir  autruy, et de ce bien il est triste et dolent. Et de toutes
ces choses tu dois dire en ta confession: Sire, en toutes ces choses
que j'ay cy devant nommes j'ay moult grandement pchi; car, de mon
cuer je l'ay pens, et de mon mauvais couraige je l'ay fait, et de ma
faulse bouche je l'ay dit et sem partout o j'ai peu, et se je ay bien
dit de lui ou d'un autre, je l'ay dit faintement et par faintise, et
toutesvoies m'en suis-je mocqu; voire et de ceulx de qui je deusse le
bien et l'onneur garder et le peusse bien avoir fait se je voulsisse,
je l'ay trestourn et converti  mal; et, quant je voie qui mal en
disoit je me mectoie et aloie avec, et me consentoie au mal dire et
affermer  mon povoir du cuer, de la bouche et du corps. Et tout, chier
pre, ay-je fait par mon envie et m'en repens, si vous en requier
pardon.

Aprs envie vient le pchi d'ire qui descent d'envie. Ou pchi d'ire
a cinq branches, c'est assavoir: haine, contencion, prsumpcion,
indignacion et juracion. Haine est quant aucune personne ne puet mectre
autruy en sa subjection ou qu'elle ne puet commander et suppditer
cellui qu'elle vouldroit bien comme plus grant de lui et en vouldroit
avoir la seignourie et la subjection, elle en est dolente et courrouce
et en a le cuer enfl. C'est la premire branche d'ire. La seconde
branche d'ire si est quant en parlant la personne a le cuer enfl 
mal faire et dire et quant elle parle laidement et dsordonnement
par ire contre aucun autre. La tierce branche de ire si est quant
par parler mesles et batailles viennent et dissencions, et lors
la personne doit penser se aucuns de son cost ou d'autre ont est
grevs de chevance ou de corps par ses paroles; car en ce cas seroit
la personne cause de tout le mal qui seroit advenu. La quarte branche
de ire si est quant par ton ire tu as esmeu Dieu par jurer. La quinte
branche de ire si est quant par ton ire tu as esmeu et fait esmouvoir
les autres  courroux, et de ce tu te dois confesser ainsi: Sire, j'ay
le nom de Dieu parjur par mon ire, et de Dieu mauvaisement parl et
de la benoite vierge Marie sa doulce mre et de tous les Sains de
paradis; j'ay eu indignacion contre autres personnes, et par mon ire
leur ay v[139] ma parole; monseigneur mon pre et madame ma mre ay
par mon ire courroucis et despiteusement  eulx parl et par ire les
ay mal regards et dsir la fin de leurs jours; aux povres ay moult
despiteusement parl et par mon ire les ay appell truans. Sire, j'ay
par mon ire esmeu plusieurs  jurer moult vilainement et de moult
vilains sermens; mes serviteurs et moult d'autres ay-je fait esmouvoir
 courroux et les ay esmeus  mal faire. Et ay moult de fois pens 
moy vengier de ceulx que je hayoie et voulentiers les meisse  mal
quant je les avoie  contrecuer se je peusse. Grant pice et long temps
ay-je est en haine, dont je me repens, et pour ce, chier pre, je vous
en requier pardon et pnitence.

Aprs si est le pchi de paresse qui est le quart pchi mortel duquel
si naist et descent oysivet qui est lait blasme et laide tache en
personne qui vueille estre bonne. Car il est dit en l'Euvangille que au
jour du jugement toute personne oyseuse aura  rendre compte du temps
qu'elle aura perdu par son oysivet. Or est grant merveille quelle
dfense les oyseux auront, quant devant Dieu ils seront accuss. En un
autre lieu en L'Euvangille il est dit que la vie du corps oyseux est
ennemi mortel  l'me et monseigneur saint Jrosme dit ceste auctorit:
fay toujours aucune chose afin que l'ennemy ne te treuve oyseux; car il
est coustumier de ceulx qui sont oyseux mectre en ses euvres et en ses
besongnes. Et monseigneur saint Augustin dit ou livre de l'Euvre des
moines que nulle personne puissant de labourer ne doit estre oyseux.
Ce seroit trop longue chose de rciter les dis de tous les saiges
hommes qui blasment oysivet et paresse.

Le pchi de paresse a six branches. La premire branche si est
ngligence, la seconde rancune, la tierce charnalit, la quarte vanit
en cuer, la quinte branche dsespracion, la sixiesme est prsumpcion.

Ngligence c'est quand l'en aime et craint si peu Dieu et en souvient
si peu que parce que on n'en tient ainsi comme nul compte, l'en ne fait
nul bien pour lui ne pour son amour, et de ce faire est-l'en paresseux
et ngligent et l'en n'est mie paresseux de qurir son plaisir et ses
aises. Certes c'est grant pchi que d'estre paresseux de bien faire.
Car il est trouv en l'Escripture que se une personne n'avoit onques
pchi, ne jamais ne pchast, et elle ne feist aucun bien mais laissast
ainsi passer le temps, elle pourroit aller en enfer; et ceste premire
branche de ngligence naist de paresse.

La seconde branche si est quant une personne a rancune en son cuer
contre un autre, et pour la mauvaise voulent qu'elle a  luy,
s'applique  vengence et en ce s'endort et crout[140], et en dlaisse 
faire ses pnitences, ses aumosnes et autres biens. Car tousjours ceste
personne rancuneuse pense  grever celluy qu'elle het, et de jour et
de nuit y met toute sa pense; ainsi dlaisse  faire le bien qu'elle
doit, et c'est la seconde branche qui est en paresse.

La tierce branche de paresse si est charnalit. Charnalit si est quant
l'en quiert le dsir de la char, comme dormir en bons lits, reposer
longuement, gsir grandes matines, et au matin quant l'en est bien
aise en son lit et l'en oit sonner la messe, l'en n'en tient compte et
se tourne-l'en de l'autre cost pour rendormir, et telles gens lches
et vaines ont plus chier perdre quatre messes que une sueur ou un
somme; et c'est la tierce branche de paresse.

La quarte branche de paresse si est vanit: c'est  dire quant une
personne scet bien qu'elle est en pchi et elle est de si vain cuer
qu'elle ne se peut ou ne vuelt ou ne daigne retourner  Dieu par
confession et par dvocion, ains pense et promet tousjours  lui-mesme
de amender sa vie de jour en autre, et si ne se corrige point, ains est
paresseux et ngligent de soi retourner et ainsi ne lui chault de faire
aucun bien et les commandemens de Dieu, si comme bonne personne le doit
faire et garder; et c'est la quarte branche de paresse.

La quinte branche si est dsespracion; c'est une manire de pchi que
Dieu het moult et quiconques est pris en ce pchi il est dampn si
comme Judas qui en dsesprance se pendit, car il cuidoit tant avoir
fourfait envers Dieu que jamais ne peust imptrer de lui misricorde,
et quiconques meurt en ce pchi et n'a point d'esprance de la
misricorde de Dieu il pche contre le Saint Esperit et contre la bont
de Dieu; et pour ce en nulle manire on ne doit cheoir en ce pchi
de dsesprance ne y demourer. Car se tu chiez et fais un trs grand
pchi comme d'ardre maisons et ardre les biens de saincte glise par
force qui est sacrilge, tu fais pis que tous les sept pchis mortels,
mais encores dis-je que la misricorde de Dieu est plus grande 
pardonner. Toutesvoies, se tu te veulx confesser et faire pnitence et
 Dieu retourner, voire se tu avoies fait plus de maulx que langue ne
pourroit dire, ne cuidier, ne cuer penser, si trouveroies-tu en lui
misricorde; et c'est la quinte branche de paresse.

La sixiesme branche si est prsumpcion: c'est quant une personne est
si oultrecuidie et si orgueilleuse qu'elle croit que pour pchi
qu'elle eust fait, ne pourroit faire, elle ne pourroit estre dampne;
et telles gens sont d'opinion telle qu'ils dient que Dieu ne les a
pas fais pour estre dampns. Et ils doivent savoir que Dieu ne seroit
pas juste s'il donnoit paradis aussi bien  ceulx qui ne l'aroient
point desservi que  ceulx qui l'aroient desservi. Ce ne seroit pas
justement jugi que autant en emportast l'un que l'autre, car s'il
estoit ainsi, l'en ne feroit jamais bien, puisque autel guerdon auroit
cellui qui ne serviroit point Nostre Seigneur, comme cellui qui le
serviroit. Certes ceulx qui ainsi le croient pechent contre la bonne
justice de Dieu, contre sa bnignit et sa doulceur. Car combien qu'il
soit plain de misricorde, si comme j'ay dit devant, si est-il juste
justicier, et chacun si est fait pour servir icelluy crateur et pour
faire sa voulent, et ainsi peut-l'en avoir et desservir le royaume de
paradis et autrement non, car qui de son service faire est ngligent et
paresseux, il peche. Et pour ce, tu qui es paresseux te dois confesser
des branches de paresse et dire ainsi. Sire, j'ay aussi err en toutes
les branches de paresse; par ma ngligence ou service de Dieu ay est
lent, paresseux et ngligent en la foy et curieusement pens de l'aise
de ma charongne, et ce que j'ay ouy de l'Escripture je ne l'ay pas
retenu ne mis  oeuvre par ma paresse. Aprs, je n'ay pas rendu grce
 Dieu, si comme je deusse, des biens espirituels et temporels qu'il
ma donns et envois, et oultre je n'ay pas servi Dieu si comme je
deusse, selon les grces et les vertus qu'il m'a donnes. Je n'ay pas
dit ne fait les biens que je peusse avoir dit ou fait et ay est lent
et paresseux ou service de Nostre Seigneur et ay servi et ay est
curieux ou service mondain, et aussi j'ay plus servi  moi et  ma char
et y ay mis plus grant entente que ou service de mon doulx crateur.
J'ay est moult oyseux longuement, dont moult de maulx et mauvaises
penses et cogitacions me sont venues.

Aprs tu dois dire en toi confessant que quant on chantoit la messe,
ou aucune heure, ou quant tu estoies en dvocion, ou en disant tes
heures, tu estoies en vaine cogitacion et mauvaises penses lesquelles
ne te povoient proufiter, ains te nuisoient  ton sauvement. Et pour
ce tu dois dire ainsi: Sire, et quand je apercevoie ces choses, je
ne retournoie pas  Dieu ne me rapaisoie  lui si comme je deusse.
Et oultre, Sire, quant l'en disoit et faisoit le service de Dieu je
jengloie et disoie paroles oyseuses et de telles qui n'appartenoient
pas de parler  l'glise. Sire, j'ay dormi en l'glise quant les autres
prioient Dieu. Sire, aucune fois je ne me suis pas confess quant ma
conscience me remordoit et ramentevoit mon mal, et mesmement quant
j'avois lieu et espace et temps convenable je ne me disposoie pas 
ce, ains disoie en mon couraige, par ma paresse, tu le feras bien
une autre fois ou une autre sepmaine, ou une autre journe, et par
telles attentes et ngligences je oublioie moult de pchis; aprs
par ngligence et par paresse ay-je oubli  faire mes pnitences
enjointes. Je n'ay pas monstr bon exemple  mes gens. Car par ma
trs dshonneste conversacion  qui ils prenoient garde pour ce que
j'estoie leur souverain, je les mectoie en cause de pchier. Sire, et
quand j'ay ouy mes gens jurer vilainement, je ne les ay pas reprins ne
corrigis, ains les ay escouts et l'ay laissi passer par ma paresse.
Aprs, Sire, quant je venoie  confesse je ne m'estoie point par avant
advise de mes pchis que je devoie dire, ne n'y avoie point pens;
ains quant je me dpartoie de ma confession je me trouvoie plus plaine
de pchis que devant et de plus grans, et n'avoie point de diligence
de retourner  mon confesseur, ains passoie ainsi le temps; et tout ce
me faisoit paresse en quoy j'ay demour et m'y suis tenu dont je me
repens; et pour ce, chier pre, je vous en requier pardon et pnitence.

Aprs le pchi de paresse est avarice. Avarice est soi estroitement
tenir, escharcement despendre, avec volent dsordonne et ardeur de
acqurir les biens de ce monde  tort ou  droit, ne peut chaloir
comment, et toutesvoies la raison de la personne scet bien se l'en fait
ou bien ou mal. Certes avarice a moult d'escoliers, comme excuteurs de
testamens qui enrichissent et retiennent les biens des mors qui telle
amour leur monstrrent  leur fin qu'ils les esleurent comme les plus
espciaulx pour avoir la cure du remde de leur salut, et aprs leur
mort ils mordent en leur char comme tirans et s'engraissent de leur
sang et de leur substance: tels gens sont escoliers d'avarice. Aussi
en sont mauvais seigneurs qui par grosses amendes tolent la substance
de leurs povres subjets; hosteliers et marchans qui vendent leurs
choses oultre le juste pris et ont faulx pois et faulses mesures; faulx
plaideurs qui par plait et par barat font dgaster aux gens simples le
leur et les tourmentent s cours des grans seigneurs tellement et si
longuement qu'ils ont d'eulx leur dsir comment qu'il soit. Avarice,
comme dit est, est ne de paresse; quant une personne est paresseuse et
ngligente de faire ou ouvrer ce qui est de ncessit pour son corps
soustenir et ce qui lui est proufitable et par icelle paresse il laisse
et pert  acqurir sa substance, pour refournir sa facult[141] lui
vient convoitise de rapine et voulent de retenir l'autruy injustement
et sans raison. Se tu es riche et puissant et tu as assez et largement
et te doubtes que ton avoir ne te doie faillir et pour ce tu ne donnes
quant il est temps et ncessit aux povres, ou quant tu ne rens ce que
tu as de l'autruy, soit par emprunt ou autrement, mauvaisement acquis,
tu peches en avarice.

Avarice a sept branches: la premire si est larrecin, la seconde
rapine, la tierce fraude, la quarte dcepcion, la quinte usure, la
sixiesme hazart et la septiesme simonie.

Larrecin est quant une personne injustement et de nuit prent aucune
chose sans le sceu et contre la voulent de cellui  qui la chose est;
et c'est la premire branche d'avarice.

La seconde branche d'avarice si est rapine; c'est quant une personne
ravit aucune chose de l'autruy, et quant il l'a, il ne la veult rendre
ou envoier  cellui  qui elle doit estre, ains par avarice le retient
et recelle pour ce qu'elle lui plaist, et s'il l'ot demander par
aventure, si ne la veult-il enseignier, ains la recelle et la muce que
nul ne la puisse trouver.

La tierce branche d'avarice si est fraude: c'est quant une personne,
par dcepcion, par barat ou frauduleusement en l'achat ou vente d'une
chose dit mensonges  la personne de qui elle veult acheter ou vendre,
en lui faisant faulx entendre et que la chose vaille mieulx ou plus
qu'elle ne fait.

La quarte branche d'avarice si est dcepcion: c'est  dire quant une
personne monstre par dehors  aucun chose de belle apparence et le mal
n'appert mie et il le laisse et ne le dit mie et dit et afferme et jure
que la chose est bonne et vraie, et il scet bien qu'il n'est pas ainsi.
Et ainsi font faulx marchans qui mectent le plus bel et le meilleur
dessus et le pire dessoubs et jurent que tout est bon et loyal, et
ainsi est dcepcion, car ils doivent les gens et font faulx seremens.

La quinte branche d'avarice si est usure: c'est  dire quant une
personne preste son argent pour en avoir plus grant somme pour la
longue tenue, ou vent son bl ou son vin plus chier par ce qu'il donne
long terme, et ainsi de toutes autres marchandises desquelles je me
passe quant  prsent, car c'est moult longue chose que de usure et
moult mauvaise.

La sixiesme branche d'avarice si est le hazart: si est quant on joue
aux ds pour gaigner l'argent d'autruy et y a moult de barat, de
convoitise, d'avarice et de dcepcion, si comme faulsement compter et
d'argent prester pour gaigner, comme prester douze deniers pour treize;
et en tels jeux sont fais moult de seremens et de mauvais comme de
jurer Dieu et Nostre Dame et tous les Sains de paradis, et sont fais et
dis moult de maulx: pour ce s'en doit-l'en garder.

La septiesme branche d'avarice si est simonie: c'est  dire quant les
sacremens de sainte glise sont vendus ou achets ou les prbendes
des glises, et tels pchis viennent de clercs et de religieux et
viennent aussi de mal paer les dismes et de pnitences mal faictes et
mal garder les commandemens de sainte glise et de mal distribuer ce
qui doit estre donn pour Dieu.

Le Dable fait six commandemens  l'avaricieux: le premier, que il
garde trs bien le sien; le second, qu'il ne le preste sans acquest,
ne n'en face bien devant sa mort; le tiers, qu'il mengeusse tout seul,
ne ne face courtoisie ne aumosne; le quart, qu'il restraigne sa mesnie
de boire et de mengier; le quint, qu'il ne face miectes ne relief; le
sixiesme, qu'il entende diligemment  acqurir pour ses hoirs.

De toutes ces choses de quoi ta conscience te juge tu t'en dois
confesser, et de tout ce dont tu te sens coulpable et qui regarde le
pchi d'avarice, et dire l'un aprs l'autre par l'ordonnance que
dessus, et  la fin, dois dire: Sire, chier pre, de tout ce que je
vous ay dit que j'ay pchi ou pchi d'avarice, je m'en repens trs
grandement et vous en requier pardon et pnitence.

Aprs le pchi d'avarice vient le pchi de gloutonnie qui est
parti en deux manires: l'une est quant l'en prent des viandes trop
habondamment, et l'autre de parler gouliardeusement et oultrageusement.
Le pchi de trop boire et de trop mengier est le plaisir au Dable.
On treuve en l'Euvangille que Dieu donna povoir au Dable d'entrer ou
ventre des pourceaulx pour leur gloutonnie et le Dable y entra et les
mena en la mer et les fist noer; ainsi entre-il ou corps des gloutons
qui mainent vie dshonneste, et les boute en la mer d'enfer. Dieu
commande  jeuner, et la gloute dit: _Je mengeray_. Dieu commande 
aler au moustier et matin lever, et la gloute dit: _Il me fault dormir;
je fus hier yvre. Le moustier n'est pas livre, il me attendra bien._
Quant elle est  quelque peine leve, savez-vous quelles sont ses
heures? Ses matines sont: _Ha! de quoi burons-nous? Y a-il rien d'hier
soir?_ Aprs dit ses laudes ainsi: _Ha! nous beumes hier bon vin!_
Aprs dit ses oroisons ainsi: _La teste me deult; je ne seray mais
aise jusques j'aye beu_. Certes telle gloutonnie met femme  honte,
car elle en devient ribaude, gouliarde et larronnesse. La taverne si
est le moustier au Dable o ses disciples vont pour le servir et o
il fait ses miracles[142]; car quant les personnes y vont, ils vont
drois et bien parlans, saiges et bien atremps et adviss, et quant ils
reviennent ils ne se pevent soustenir et ne pevent parler: ils sont
tous fols et tous enragis et reviennent jurant, battant et desmentant
l'un l'autre.

L'autre partie du pchi de la bouche est folement parler en moult
de manires, dire paroles oyseuses, vantance, louenge, parjuremens,
contens, murmuracion, rbellion, blasmes. Tu ne auras j dicte si
petite parole dont il ne te conviengne rendre compte devant Dieu.
Hlas! que tu en dis  prime[143] dont il ne te souvient  tierce.
Parlers oyseux sont comme les bates du molin qui ne se pevent taire;
les venteres et les pestrins ne parlent que de soy.

Ce pchi de gloutonnie qui, comme dit est, est parti en deux parties,
a cinq branches. La premire branche si est quant une personne mengue
avant qu'elle ne doit, c'est  dire trop matin, ou avant qu'elle ait
dit ses heures, ou avant qu'elle ait est au moustier et qu'elle ait oy
la parole de Dieu et ses commandemens; car crature doit avoir sens et
discrcion qu'elle ne doit pas mengier avant l'eure de tierce, se ce
n'est pour cause de maladie ou de foiblesse ou pour aucune ncessit
qui  ce le contraigne.

La seconde branche de gloutonnie si est quant une personne mengue plus
souvent qu'elle ne doit et sans ncessit. Car, si comme l'Escripture
dit: Mengier une fois le jour est vie d'ange, et mengier deux fois le
jour est vie humaine, et trois fois ou quatre ou plusieurs est vie de
beste et non pas de crature humaine.

La tierce branche de gloutonnie si est quant une personne boit et
mengue tant le jour qu'il luy en est de pis, par quoy elle est yvre et
prent une maladie dont il lui convient aler couchier au lit et est trs
griefve.

La quarte branche de gloutonnie si est quant une personne mengue si
gloutement d'une viande qu'elle ne la mache point, ains l'engloutit
ainsi comme toute entire et plus tost qu'elle ne doit, si comme dit
l'Escripture de Esa qui fut le premier n de tous ses frres qui se
hasta si de mengier que peu s'en failli qu'il ne se estrangla.

La quinte branche de gloutonnie si est quant une personne quiert viande
dlicieuse tant soit chire[144], et se peut bien faire  moins et
soy restraindre pour plus aidier  un povre ou  deux ou  plusieurs.
Et c'est un pchi de quoy nous trouvons en l'Euvangille du mauvais
riche qui estoit vestu de pourpre, lequel riche mengeoit chascun jour
si largement des viandes et nul bien n'en vouloit faire au povre
ladre, et de luy trouvons qu'il fut dampn pour ce qu'il vesquit trop
dlicieusement et n'en donna point pour Dieu si comme il devoit. Et
de ces choses cy devant dictes tu te dois ainsi confesser: Sire, de
toutes ces choses et de moult d'autres manifestement et souventes fois
j'ay pchi et fait moult d'autres pchier et fait par ma cause faire 
autres. J'ay maintes fois beu sans soif, par quoy mon corps en estoit
pris et pis ordonn et mal dispos, et par ce j'estoie abandonne 
parler plus largement et plus dsordonnement et faisoie les autres
pchier qui prenoient par moy et avec moy plus largement des biens
qu'ils ne faisoient se je ne feusse; de viandes aussy ay-je mengi
sans faim et sans ncessit et maintes fois que je m'en peusse bien
passer  moins, et tant en prenoie que mon corps en estoit aucunes fois
grev et nature en estoit en moy plus endormie, plus foible et plus
lasche  bien faire et  bien ouir, et tout ce venoit par le pchi de
gloutonnie ou quel j'ay pchi comme j'ay dit, et pour ce, chier pre,
je m'en repens et vous en demande pardon et pnitence.

Aprs est le pchi de luxure qui est n de gloutonnie, car quant la
meschant personne a bien beu et mengi et plus qu'elle ne doit, les
membres qui sont voisins et prs du ventre sont esmeus  ce pchi
et eschauffs, et puis viennent dsordonnes penses et cogitacions
mauvaises, et puis du penser vient-on au fait. Et ce pchi de luxure
si a six branches.

La premire si est quant un homme pense  une femme ou la femme 
l'homme, et la personne a en celle pense grant plaisance et s'y
dlicte grandement et y demeure longuement, et par longue demeure la
char s'esmeut  dlectation; non pourtant elle ne pcheroit point
pour le premier esmouvement qui vient soudainement, se la personne
contraignoit son couraige  y obvier et remdier, mais quant la
personne n'y rsiste ne contrarie si tost qu'elle devroit ou pouroit,
ne elle n'a pas en voulent ne en pense de tourner son couraige
autre part, ne de y rsister, ains s'y dlicte et demeure, elle peche
mortelment.

La seconde branche de luxure si est quant la personne se consent 
faire le pchi, et si ne demeure pas en lui, et fait tout son povoir
et quiert le temps et heure et le lieu o elle le pourra faire, et lors
elle ne le puet faire ne accomplir, et non pourquant[145] il lui plaist
moult en son cuer. Combien que charnellement elle ne fait pas le fait,
Dieu dit, et l'Escripture: Ce que tu veulx faire et tu ne peus est
rput pour fait. Et en autre lieu dit l'Escripture: La voulent sera
rpute pour fait advenu, soit bien ou mal. Et ceste seconde branche
et aussi la premire sont appelles _luxure de cuer_. Car il est deux
espces de luxure: c'est assavoir, luxure de fait et luxure de cuer. Et
sont les devant dictes; et luxure de corps est quant le fait y est.

La tierce branche de luxure si est quant une personne n'a point de
femme espouse ou femme n'a point espous d'homme et l'un peche avec
l'autre, comme d'avoir  faire  femme qui n'est en rien lie, ne 
homme qui n'est point li; lors est le pchi appell fornication.

La quarte branche de luxure si est quant une personne a femme espouse,
ou femme a homme espous, et ils brisent leurs fois que ils doivent et
ont promis  garder l'un  l'autre et l'un et l'autre pechent, et qui
pis est, pevent faire faulx hritiers qui succderoient; et tel pchi
est appell avoultire.

La quinte branche de luxure si est quant homme ou femme a affaire
charnelment  sa cousine ou qu'elle soit de son lignaige, soit loing
ou prs, ou  sa mre, ou  celle qui est du lignaige de sa femme, ou
la femme a affaire  celluy du lignaige de son mary; et  femme de
religion benoite ou non, ou en vigille de festes, en temps de jenes
ou de festes, ou le jour que on doit garder, que homme mari ne doit
pas aler  sa propre femme ne  autre, car ce seroit moult grief pchi
lequel Dieu deffent en la loy; ou quant un homme est avec sa femme ou
avec autres contre droit et autrement que honnestement, et ainsi comme
raison l'enseigne en mariaige. Car tout homme peut moult grandement et
en moult de manires pchier avec sa femme espouse. Et, pour ce, dit
Ysaac en l'Escripture que qui est dsordonnement avec sa femme, c'est
 dire pour la convoitise de la char, ou pour son seul dlit, sans
esprance de engendrer ligne, ou en lieu saint, que c'est pchi de
fornication, et pour ce estrangla le Dable les sept maris de Sarra.

La sixiesme branche de luxure si est un pchi qui est contre
nature, comme soy corrumpre par sodomie, duquel pchi nous lisons
en l'Escripture que pour cellui pchi Dieu en print telle vengence
que cinq citez en Sodome et en Gomorre furent destruites et arses par
pluie de feu et de souffre puant, duquel pchi il n'est pas bon
tenir longues parolles pour l'orreur d'icellui pchi, car le Dable
mesmes qui pourchasse icellui pchi en a honte quant on l'a fait. Et
aussi quant une personne se corrompt par lui tout seul en veillant,
et scet bien que c'est contre nature, ou dshonnestement en faisant
atouchemens mauvais par quoy personne soit esmeue et en aucunes autres
manires qui ne sont honnestes  dire, fors en confession. Car chascun
scet bonnement et doit savoir que quant ils font tels pchis, leurs
cuers et leurs penses leur dient bien que c'est contre Dieu et contre
nature. Et pour ce, de toutes ces choses la crature pcheresse doit
ses pchis humblement dire  son confesseur et demander pardon et
dire: J'ay pchi en ces pchis et en grant jour de festes et en
vigilles et peut-estre s vigilles de Nostre Dame, s festes, ou en
karesme, ou en lieu saint comme au moustier, et doit dire une fois ou
deux ou plusieurs et s quels il peche plus que s autres. Et  la fin,
doit dire: Chier pre, j'ay mespris et pchi comme j'ay dit ou pchi
de luxure, et vraiement je m'en repens: si vous en requier pardon et
pnitence.

       *       *       *       *       *

Cy aprs s'ensuivent les noms et les condicions des sept vertus par
lesquelles vertus l'en se puet garder de mortelment pchier, et
premirement:

Humilit est contre orgueil; car ainsi comme orgueil naist de mauvais
cuer orgueilleux et despit, et fait despire, perdre et mectre  mort
le corps et l'me, aussi humilit naist de cuer piteux et fait en ce
sicle honnourer le corps, et l'me mectre en joie pardurable, et pour
ce est humilit compare  la vierge Marie. Ainsi comme orgueil est
compar  folie, en mal respondre, en forcenerie, en peu souffrir,
desloyault ou foiblesse de bien faire, voulent ou pense de mal
jugier par arrogance contre autruy et plusieurs autres mauvaises
branches que tu peus avoir oy cy dessus sur le pchi d'orgueil, ainsi
attrempance pour tout bien escouter, force de cuer de tout doulcement
souffrir, justice pour tout le plaisir de Dieu acomplir sans mal faire
 autruy, ne  ses fais, vs cy quatre penses par quoy humilit
entre et demeure au corps d'omme et deffent que orgueil ne s'y mecte.
Premirement, tu dois penser la vilit et l'ordure dont tu es engendr
en pchi. Secondement, comment tu fus en si grant povret sans me
jusques  tant que Dieu par sa grce te resveilla. Tiercement, comment
tu fus en si grant peine nourris et comment tu mourras, ne scez
l'heure. Quartement, pense souvent quelle joye et quel bien tu auras de
bien faire et quelle peine et quel dommaige tu auras de mal faire. Car
de bien faire tu aras en ce sicle louenge et honneur, et aprs la mort
joie perptuelle sans tristesse, richesse sans povret et sant sans
langueur; pour mal faire  quoy tu mes grant peine et te couste moult 
faire, tu seras en ce sicle mesprisi, en l'autre auras tristesse et
peine prilleuse sans joie, povret sans confort, maladie sans garison.
Pense comment tu dois d'ores  j[146] morir, ne scez quant, ne o
l'me ira: voy comment la nuit et le jour se gaste le temps, et garde
comment tu as ton temps oubli, dont il conviendra que de chascune
heure tu rendes compte d'ores  j; regarde comment tu as le temps
gast en moult de vils pchis et de mauvais; regarde que tu n'as fait
nul bien, et se par aventure tu en as fait aucun, si l'as-tu fait en
pchi mortel et ne te prouffite ne te prouffitera nant.

Amiti est contre le pchi d'envie: car ainsi comme le pchi envenime
et art le cuer de l'envieux, si comme tu as oy dessus, ainsi la sainte
vertu d'amiti qui est le don du Saint Esperit fait le cuer humble et
doubteux; et pour ce l'appelle-on: _don de paour_. La vertu d'amiti
est une doulceur, une rouse et un triacle[147] contre envie: car ainsi
comme envieux est tousjours triste et courrouci du bien d'autruy,
ainsi le bon cuer plain d'amiti est tousjours li des biens de son
prosme[148] et est courrouci et a compassion de ses adversaires.
La vertu d'amiti oste toute envie de cuer et fait l'omme content de
ce qu'il a. Jamais tu n'auroies envie du bien de ton bon amy se tu
l'amoies bien. La vertu d'amiti si se monstre en sept manires ainsi
comme on congnoist l'amour des membres du corps en sept manires.
Premirement, l'un des membres contregarde l'autre qu'il ne luy
mefface: ce commandement est escript que tu ne faces  autruy ce que
tu ne vouldroies qu'il te feist. Aprs, l'un membre souffre l'autre
doulcement, car se l'une des mains fait mal  l'autre, elle ne se
revenchera pas:  ce appert la grant amour et dbonnairet que les
membres du corps ont l'un vers l'autre, car ils ne se courroucent de
riens que l'un face  l'autre, ne ils ne tiennent pas ne ont envie de
riens que l'autre ait ou face; l'un secourt et aide  l'autre  son
besoin sans requerre. Tous les membres aident  leur souverain, c'est
assavoir au cuer: c'est parfaicte amiti sans envie, c'est droite
obissance et charit. Dont tu dois avoir telle pure amiti  ton
prosme qui est ton membre, car nous sommes tous membres de Dieu, et
il est le corps. Dieu en l'Euvangille donne aux povres le ciel, et aux
amiables et dbonnaires la terre: or regarde dont o seront les envieux
et les flons, fors ou tourment d'enfer?

Dbonnairet est contre ire. La saincte vertu dbonnairet ou
attrempance veult tousjours paix, quit et justice, sans faire tort 
aucun, sans nullui courroucier, ne avoir haine  aucun, ne nullui ne
het ne desprise. Ainsi comme ire est le feu qui gaste tous les biens
de la maison du cuer flon, ainsi dbonnairet est le prcieux triacle
qui met partout paix et veult quit et justice. Equit a huit degrs
moult bons  compter par quoy le preudomme paisible voit les las et
les engins du Dable qui nous voit et nous ne le vons pas et nous
espreuve griefment en plus de mille manires. Le Dable est philosophe,
il scet l'estat et la manire d'omme et sa complexion et en quel vice
il est plus enclin ou par nature ou par accoustumance, et d'icelle
partie il l'assault plus fort; le colrique de ire et de discorde,
le sanguin de jolivet et de luxure, le fleumatique de gloutonnie et
de paresse, le mlencolieux d'envie et de tristesse. Pour ce se doit
chascun dfendre de ceste part o il scet que son chasteau est plus
foible, pour soy combattre contre cellui vice que il voit dont il est
plus assailli. Le dbonnaire mect partout paix. Paix vaint toute malice
et toute ire. Sans paix nul ne peut avoir victoire. Saint Pol dit que
avec paix toutes autres vertus courent, mais paix court le mieulx,
car elle gaigne l'espe. Toutes vertus se combattent, mais paix a la
victoire, l'onneur et la couronne: toutes servent, mais ceste emporte
le loyer. Justice est l'armeure de paix qui toutes les vaint, comme
dit est. Jasoit-ce que le chevalier soit arm de paix et justice, si
lui convient-il repentence de cuer, vraie confession de bouche et
amende souffisant, et se l'une de ces trois choses y fault, l'armeure
est faulse et cellui qui la porte est vaincu et desconfit, et pert le
loyer de paradis.

Prouesse qui vault autant comme diligence est une sainte vertu contre
le pchi de accide[149] et de paresse: car ainsi comme le bourgois
veille pour acqurir richesses  lui et  ses enfans, le chevalier et
le noble veille pour acquerre pris et los ou monde; chascun selon son
estat en ce sicle veille pour les choses mondaines acquerre. Hlas!
qu'il y en a peu qui veillent pour acquerre les biens espirituels!
Les bons sans vaine gloire  qui le monde ennuie et qui veillent pour
venir devant Dieu sont sages de despire le monde pour les prils et
pour les peines dont il est plain: c'est une forest plaine de lyons,
une montaigne plaine de serpens et de ours, une bataille plaine
d'ennemis traistres, une vale tnbreuse plaine de pleurs, et n'y a
riens estable; nul n'y a paix de cuer ne de conscience, se il veult
croire le monde et amer. Les bons  qui le monde ennuie tendent droit
leur cuer  Dieu o ils pensent  venir et desprisent tous les biens
du monde; mais c'est si grant chose que peu y a de ceulx qui facent
ceste entreprinse[150].... de la persvrance. De ceste vertu, dit
Jhsu-Crist, toutes les autres vertus se combatent: ceste a gaign la
victoire; toutes labeurent: mais ceste emporte le loyer au vespre.

Misricorde ou charit est contre avarice, car misricorde est ainsi
comme de avoir dueil et compassion du mal, de la ncessit ou de la
povret d'autruy, et de lui aidier, conseillier et conforter  son
povoir. Ainsi comme le Dable fait ses commandemens  l'aver[151] tels
comme tu as oy, ainsi le Saint Esperit fait  celui qui a misricorde
ou charit en lui ses commandemens qu'il desprise les biens temporels,
qu'il en face aumosnes, qu'il en veste les nus, qu'il en donne  boire
 ceulx qui ont soif,  mengier  ceulx qui ont faim, qu'il visite les
malades. Ainsi comme l'aver est fils du Dable et lui ressemble, ainsi
le charitable ressemble  Dieu son pre. Ainsi comme avarice pense de
nuit et de jour  acquester et amasser  tort et  droit, ainsi charit
et misricorde pensent  accomplir les sept oeuvres de misricorde.
Hlas! qu'il y fait bon penser et les accomplir de fait, ou de voulent
et compassion qui faire ne le peut de fait! Car nostre grant juge les
nous reprouchera en ses grans jours, et c'est chose qui moult nous doit
mouvoir  charit que la paour de la sentence du jour du jugement o
Dieu dira aux avers: Alez-vous-en avec le Dable vostre pre! et aux
charitables: Mes fils, demourez avec moy. Hlas! quant il les partira
de sa compaignie com grant douleur[152]!

Misricorde a sept branches: la premire est donner  boire et 
mengier aux povres; la seconde est de vestir les nus; la tierce est
prester aux povres quant ils en ont besoing et leur pardonner la debte;
la quarte visiter les malades; la quinte, hbergier les povres; la
sixiesme, visiter ceux qui sont en chartre de maladie; et la septiesme
ensevelir les mors. Et toutes ces choses devez-vous faire en charit
et compassion, pour l'amour de Dieu seulement et sans vaine gloire.
Vous devez faire aumosne de vostre loyal acquest liement, hastivement,
secrtement, dvotement et humblement sans despire les povres en
pense ne en fait. Cellui fait bien qui leur donne tost quant ils lui
demandent, mais encore fait-il mieulx qui leur donne sans demander.

Sobrit est contre gloutonnie: car ainsi comme la sainte vertu de
sobrit est droite mesure contre le pchi mortel de gloutonnie,
ainsi c'est la vertu que le don de sapience donne et plante au cuer
du glouton contre oultrage. Sobrit est un arbre moult prcieux, car
il garde la vie du corps et de l'me; car par trop boire et par trop
mengier meurt-on, et par trop mal parler deult la teste et fait-on
tuer corps et me. Par sobrit vit le corps en ce sicle longuement
en paix, et en a l'me la vie pardurable. Ceste vertu doit-on garder
sur toutes les autres pour les biens qu'elle fait. Premirement,
sobrit garde raison, entendement et sens, et l'omme sans sens est
beste. Cellui qui est yvre et si rempli de vin qu'il en pert raison
et entendement il cuide boire le vin et le vin le boit. Le second est
que sobrit dlivre homme glouton du servaige du ventre  qui il est
serf. Saint Pol dit que moult s'avile qui pert sa franchise pour estre
serf  un seigneur, mais plus s'avile cellui qui se fait serf  son
ventre dont il ne peut yssir que ordure. Sobrit garde l'omme en sa
seignourie, car l'esperit et le sens doivent estre seigneurs du corps
et le corps doit pourveoir  l'esperit. Le glouton par son yvresse et
gloutonnie pert le sens et l'esperit, si qu'il ne scet gouverner le
corps. Le tiers est qu'elle garde bien la porte du chastel afin que
le Dable par pchi mortel n'entre ou corps de l'homme; la bouche
est la porte par o le Dable entre ou chastel pour soy combatre aux
bonnes vertus et y entre par les faulx traistres seigneurs Gloutonnie
et Male-langue qui laissent la porte de la bouche ouverte au Dable.
Ceste vertu a la seigneurie du corps, car par sobrit on maistrie le
corps si comme le cheval par le frain. Sobrit a la premire bataille
de l'ost et garde les autres vertus. Le Dable tempte l'omme par la
bouche, si comme il fist Nostre Seigneur quant il lui dist qu'il feist
de pierre pain et Adam quant il lui fist mengier le fruit. Entre les
autres cratures l'omme a la bouche plus petite selon le corps; homme
a les autres membres doubles: deux oreilles et deux narines et deux
yeulx, mais il n'a que une bouche, et ce nous monstre que l'omme doit
sobrement mengier et boire et sobrement parler. Sobrit n'est autre
chose que droite mesure qui est moyenne entre trop et peu; sur toutes
choses doit avoir l'omme mesure en son cuer, et en son sens qui est
ainsi comme l'oisel qui se justice par les yeulx de sobrit[153], il
s'envole et chiet souventesfois s las de l'oiseleur: c'est du Dable
qui souvent chasse  prendre tel oisel.

Chastet est contre luxure, et est sainte vertu de chastet, c'est
assavoir la conscience toute pure de mauvais pensemens, les membres
purs de tous atouchemens. Et ainsi que les cratures plaines du vil
pchi de luxure ont la conscience plaine et trouble de mauvais
pensemens, le corps et les membres ors et vils de mauvais atouchemens
et sont  Dieu lais et obscurs comme dables, ainsi les chastes ont
le cuer et la conscience clers, nets et luisans et ont clart et
lumire de Dieu. A chastes convient, comme tu as oy, necte conscience
avoir;  avoir necte conscience convient trois choses: la premire
est voulentiers or parler de Dieu; la seconde lui bien et souvent
confesser; la tierce avoir remembrance de la passion Jhsu-Crist et
remembrer pour quoy il mourut, et que tu mourras, que j n'en seras
dlivre; et c'est le premier degr de chastet. Le second degr de
chastet est que on se garde de vilainement parler, car vilaines
paroles courroussent les bonnes meurs. Le tiers degr est de bien
garder les cinq sens corporels: les yeulx de folement regarder, les
oreilles de folement escouter, les narines de soy en souefves choses
trop dlicter et odourer, les mains de folement touchier, les piez de
aler en mauvais lieux; ce sont les cinq portes et les cinq fenestres
par o le Dable vient rober la chastet du chastel de l'me et du
chtif corps. Le quart degr est jeuner et avoir tousjours remembrance
de la mort qui te puet soudainement happer et prendre d'ores  j, se
tu ne t'en gardes. Le quint degr est fuir mauvaise compaignie, comme
fist Joseph qui s'enfouist quant la dame le voult faire pchier. Le
sixiesme degr est d'estre embesogni de bonnes oeuvres; car quant
le Dable treuve la personne oyseuse, il la mort voulentiers en ses
besoignes. Le septiesme degr est de vraye oroison;  oroison sont
ncessaires trois choses: bonne foy, esprance d'avoir ce que on
requiert, dvocion de cuer sans penser ailleurs. Oroison sans dvocion
est messaigier sans lettres. Dieu regarde en prire cuer humble et
dvost et n'a cure de paremens, ne de haulte manire, comme font ces
foles hardies qui vont baudement, le col estendu comme cerf en lande
et regardent de travers comme cheval desr[154].

Et atant, chre seur, vous souffise de cette matire, car le sens
naturel que Dieu vous a donn, la voulent que vous avez d'estre dvote
et bonne vers Dieu et l'glise, les prdications et sermons que vous
orrez en vostre parroisse et ailleurs, la Bible, la Lgende dore[155],
l'Apocalipse, la Vie des Pres[156] et autres plusieurs bons livres en
franois que j'ay dont vous estes maistresse pour en prendre  vostre
plaisir, vous donra et attraira parfondment le remenant au bon plaisir
de Dieu qui  ce vous vueille conduire et entalenter[157].




LE QUART ARTICLE.


Le quart article de la premire distincion dit que vous devez garder
continence et vivre chastement.

Je suis certain que si ferez-vous, je n'en suis mie en doubte, mais
pour ce que je say que aprs vous et moy ce livre cherra s mains de
nos enfans ou autres nos amis, je y mects voulentiers tout ce que je
say, et dy que aussi devez-vous endoctriner vos amies et par espcial
vos filles, et leur dictes, belle seur, pour tout certain que tous
biens sont reculs en fille ou femme en laquelle virginit, continence
et chastet dfaillent; ne richesse, ne beaut, ne sens, ne hault
lignaige, ne nul autre bien ne peut jamais effacer la renomme du vice
contraire, se en femme espcialment il est une seule fois commis,
voire seulement souspeonn, et pour ce maintes preudes femmes se sont
gardes non mie seulement du fait, mais du souspeon, espcialment
pour acqurir le nom de virginit: pour lequel nom les saintes
escriptures de monseigneur saint Augustin et de monseigneur saint
Grgoire et moult d'autres dient et tesmoingnent que les preudes femmes
qui ont est sont et seront, de quelque estat qu'elles soient ou aient
est, pevent estre dictes et appelles vierges. Et monseigneur saint
Pol le conferme en l'onziesme chappitre de ses pistres qu'il fait
secondement  ceulx de Corinte o il dit ainsi: _Despondi enim vos_,
etc. Je vueil, dit-il, que vous sachiez que une femme qui est espouse
 un homme, puis qu'elle vive chastement sans penser  avoir affaire
 autre homme, peut estre dicte vierge et prsente  Notre Seigneur
Jhsu-Crist. De chascune bonne preude femme Jhsu-Crist ou treiziesme
chappitre de l'euvangille de saint Mathieu en une parabole dit ainsi:
_Simile est regnum coelorum thesauro abscondito in agro_, etc. Le rgne
du ciel, dit-il, est semblable au trsor qui est repos dedans un champ
de terre, lequel trsor quant aucun homme qui laboure en fouyant le
descuevre, il le remuce; de la grant joye qu'il en a, il s'en va et
vent tout quanque il a et achte le champ. En ce chappitre mesmes dit
Nostre Seigneur ceste parabole: Le royaulme des cieulx est semblable
 l'omme marchant qui quiert bonnes pierres prcieuses, et quant il
en a trouv une bonne et prcieuse, il va et vent tout quanque il a
et l'achte. Par le trsor trouv ou champ de terre et par la pierre
prcieuse nous povons entendre chascune bonne preude femme; car en
quelque estat qu'elle soit, pucelle, marie ou vefve, elle peut estre
compare au trsor et  la pierre prcieuse; car elle est si bonne, si
pure, si necte qu'elle plaist  Dieu et l'aime comme sainte vierge en
quelque estat qu'elle soit, marie, vefve ou pucelle. Et pour certain,
homme en quelque estat qu'il soit, noble ou non noble, ne peut avoir
meilleur trsor que de preude femme et saige. Et ce puet-on bien savoir
et prouver qui veult regarder aux fais et aux bonnes meurs et aux
bonnes oeuvres des glorieuses dames qui furent du temps de la vieille
loy, si comme Sarre, Rbecque, Lye et Rachel qui furent moulliers aux
sains patriarches Abraham, Ysaac et Jacob qui est appel Ysral, qui
toutes furent chastes et vesquirent chastement et virginalement.

Item,  ce propos nous trouvons escript ou treiziesme chappitre ou
livre fait de Daniel que aprs la transmigracion de Babilonne, c'est
 dire aprs ce que Jchonias[158] le roi de Jhrusalem et le peuple
de Ysral furent mens en prison et chtivet[159] en Babilonne, et
que la cit de Jhrusalem fut destruite par le roy Nabugodonosor, il
ot en Babilonne un Juif preudomme et riche lequel fut nomm Joachin,
et Joachin prist une femme fille d'un autre Juif lequel ot nom
Belchias[160], et la pucelle Susanne, laquelle estoit trs belle et
crmant Dieu; car son pre et sa mre qui estoient justes et bonnes
gens l'avoient moult bien aprise et endoctrine en chastet selon la
loy Moyse. Ce Joachin, mary de Susanne, estoit moult riche et avoit un
moult bel jardin plain d'arbres portant fruis. L venoient communment
esbatre les Juifs pour ce que le lieu estoit plus honnourable de tous
les autres; Susanne mesmes aloit souvent esbatre en ce jardin. Or
advint que deux anciens prestres d'icelle loy furent du peuple establis
juges pour un an, lesquels juges virent Susanne trs belle et tant
qu'ils furent espris et alums de fole amour. Si parlrent ensemble
et regardrent comment ils la pourroient dcevoir, et se accordrent
qu'ils la guetteroient ou jardin dessusdit et parleroient  elle se ils
la trouvoient seule.

Un jour advint que aprs l'eure de midy ils se mussrent en un anglet
de ce jardin: Susanne vint ou dit jardin pour soy laver, selon ce
que leur loy l'ordonnoit, et mena avecques soy deux de ses pucelles
lesquelles elle renvoya en sa maison pour lui rapporter oeille[161] et
oingnemens pour soy enoindre. Et quant les deux vieillars la virent
seule, ils coururent  elle et lui dirent: Coyement[162] seufre ce
que nous voulons faire de toy, et se tu ne le fais, nous porterons
tesmoingnage encontre toy et dirons que nous t'avons trouve en
advoultaire. Et quant Susanne vit et sceut la mauvaisti des juges,
elle proposa en soy mesmes et dist en ceste manire: _Angustie michi
sunt undique_, etc., Dieux! dit-elle, angoisses sont  moy de toutes
pars, car se je fais ceste chose, morte suis comme  Dieu, et se je ne
le fay, je ne pourray eschapper de leurs mains que je ne soie tormente
et lapide; mais mieulx me vault sans meffaire cheoir en leur dangier
que faire pchi devant Dieu. Lors elle cria  haulte voix: les deux
vieillars crirent aussi, tellement que les serviteurs de la maison y
acoururent, et les juges dirent qu'ils l'avoient trouve en prsent
meffait avec un jouvencel lequel estoit fort et viguereux; si leur
eschappa et ne sceurent ne ne peurent congnoistre qui il estoit. De ce
furent les sergens[163] merveilleusement vergongneux et esbahis, car
oncques mais ils n'avoient oy dite telle parole de leur dame, ne veu
mal en elle; toutesfois elle fut emprisonne.

Et l'endemain que les juges furent assis en jugement, tout le peuple
devant eulx assembl pour veoir la merveille, Susanne fut amene en
jugement; ses parens et amis la regardoient, moult tendrement plourans.
Susanne avoit son chief couvert, de honte et de vergongne qu'elle
avoit. Les juges lui firent descouvrir son viaire[164] par grant honte
et despit. Adonc elle plourant leva ses yeulx au ciel, car elle avoit
fiance en nostre Seigneur et ou bien de son ignorance. Adonc les deux
prestres racontrent devant le peuple comment eulx alans esbatans
dedans le jardin avoient veu Susanne entrer en icellui, avec elle deux
de ses pucelles lesquelles elle renvoya et serra l'uis aprs elles; et
disoient que lors estoit venu un jeune homme lequel ils avoient veu
charnellement habiter  elle, et pour ce ils estoient l courus, et
le jeune homme s'en estoit fouy par l'uis, et n'avoient peu arrester
ne prendre fors icelle Susanne qui n'avoit icellui jeune homme voulu
nommer; et de ce meffait nous deux sommes tesmoings, et pour ce meffait
nous la jugeons  mort. Susanne adonc s'escria et dist en ceste
manire: Dieu pardurable, tu es congnoissant des choses rpostes[165]
et scez toutes choses ains qu'elles soient faictes, et scez bien que
contre moy ils portent faulx tesmoingnaige; souviengne-t'en et aies
mercy de moy!

Aprs ce on la mena  son torment, et en passant par une rue, nostre
Seigneur vertua l'esperit d'un jeune et petit enfant appel Daniel
lequel commena  crier  haulte voix: O peuple d'Israel, ceste femme
est juge faulcement, retournez au jugement, retournez, car les
jugemens sont faulx! Adonc le peuple s'escria et firent retourner
Susanne au lieu o le jugement avoit est donn et amenrent les
jugeurs et l'enfant appel Daniel lequel dist tels mots: Sparez moy
ces jugeurs et les menez l'un , l'autre l. Quant ce fut fait, il
vint  l'un et lui demanda soubs quel arbre ce avoit est fait et qu'il
avoit vu l'omme et Susanne faisans leur pchi; et icellui jugeur
respondi: soubs un chesne[166]. Aprs, icellui Daniel vint  l'autre
jugeur et lui demanda soubs quel arbre il avoit veu Susanne soubs le
jeune homme; et il respondi: soubs un arbre appel _Lentiscus_[167].
Lentiscus est un arbre qui rent huille et la racine est une espice
appelle _macis_. Ainsi fut attainte leur menonge, et fut Susanne
dlivre, comme pure et necte, sans tache de mauvais atouchemens. Et
est bien prouv qu'elle estoit bien remplie de la vertu de chastet
quant elle dist ceste parole aux faulx jugeurs: J'aime mieulx cheoir en
vos mains comme s mains de mes ennemis, et mourir sans faire pchi
que faire pchi devant Dieu nostre Seigneur. O femme pleine de foy
et de grant loyault qui crmoit tant Dieu et le pchi de mariage
enfraindre qu'elle voulloit mieulx mourir que son corps vilainement
atoucher! Et certes il est tout certain que les Juifs et les Juifves
qui sont  prsent en ce royaume ont si abbominable ce pchi, et est
telle leur loy, que se une femme estoit trouve en adultre, elle
seroit lapide et tourmente de pierres jusques  la mort selon leur
loy. Mesmes les mauvais tiennent cette loy, et nous la devons bien
tenir, car c'est bonne loy[168].

Autre exemple y a, si comme met Cerxs[169] le philosophe en son livre
nomm des _Eschez_, ou chappitre _de la Royne_, et dit que la Royne
doit sur toutes choses sa chastet garder et endoctriner  ses filles,
car, dist-il, nous lisons de moult de filles qui pour leur virginit
ou pucellaige garder ont est roynes. Pol istoriographe des Lombars
raconte que en Ytalie avoit une duchesse qui avoit nom Raymonde, et
avoit un fils et deux filles. Advint que le roy de Hongrie appel
Cantamus eut dbat  icelle Raymonde et vint devant une sienne ville
et y mist le sige. Elle et ses enfans estoient dedens le chastel, et
si regarda une fois ses ennemis qui faisoient une escarmouche contre
les gens de sa ville qui fort se deffendoient, et entre les ennemis
vit un chevalier qui estoit forment bel. Elle fu tant embrase de
s'amour qu'elle lui manda que secrtement et parmy son chastel elle luy
rendroit sa ville, se il la vouloit prendre  femme. Et le chevalier
dist oyl[170], et aprs ce, elle luy ouvri les portes du chastel, et
il et ses gens y entrrent. Quant ils furent au chastel, ses gens
entrrent par l en la ville et prindrent hommes et femmes et tout ce
qu'ils peurent; et les fils d'elle orent si grant honte et douleur de
sa trason qu'ils la laissrent et s'en alrent, et depuis furent si
bons que l'un d'iceulx enfans qui avoit nom Grimault, c'est assavoir le
plus petit, fut duc des Bienventens[171] et depuis roy de Lombardie. Et
les filles qui ne sceurent fouir doubtrent estre violes des Hongres;
si turent pigons et les mussrent dessoubs leurs mamelles, si que
par l'eschauffement de leurs mamelles la char des pigons puoit, et
quant les Hongres les vouldrent approuchier, si sentirent la puantise,
et s'en refroidirent et desmeurent[172] et les laissrent tantost,
et disoient l'un  l'autre: Fy que ces Lombardes puent! Et  la fin
icelles filles s'enfouirent par mer pour garder leur virginit, et
toutesvoies, pour ce bien et leurs autres vertus, l'une fut depuis
royne de France et l'autre fut royne d'Alemaigne. Icellui chevalier
print icelle duchesse et jeut avec elle une nuit pour son serement
saulver et l'endemain la fist  tous les Hongres commune. Le jour aprs
lui fist ficher un pel ds parmy la nature au long du corps jusques
 la gorge, disant: Tel mary doit avoir telle lcheresse qui par sa
luxure a trahy sa cit et ses gens baills et mis s mains de leurs
ennemis. Et aussi ces paroles fist-il escripre en plusieurs lieux
parmy sa robe, et toute morte la fist attacher et lier aux barrires de
dehors et devant la porte de sa cit afin que chascun la veist, et la
laissa[173].

Encores met-il[174] l un autre exemple de garder son mariage et sa
chastet, et dit que saint Augustin ou livre de la _Cit de Dieu_ dit
(et aussi l'ay-je veu en Titus Livius) que  Romme estoit une dame
moult bonne et de grant et vertueux couraige appelle Lucresse qui
estoit femme d'un Rommain appell Collatin qui convoya et semmoni[175]
une fois  disner avec lui l'empereur Tarquin l'orguilleux et Sexte
son fils; lesquels y disnrent et furent festis et aprs disner se
esbatirent, et Sexte advisa la contenance de toutes les dames qui l
estoient; et entre toutes et pardessus toutes les autres, la manire
Lucresse lui pleut et sa beaut. Par aucune espace de temps aprs, les
gens d'un chastel qui estoit  quatre lieues d'illec, emprs Romme,
firent rbellion contre l'empereur qui ala mettre le sige devant,
et avec lui fut et ala Sexte son fils avec lequel estoient et de sa
compaignie furent plusieurs des jeunes hommes de Romme, entre lesquels
estoit Collatin le mary Lucresse. Long temps furent illec les Rommains
 sige, et un jour qu'il faisoit bel et seryn, estoient assembls
aprs disner  boire ensemble Sexte le fils l'empereur et plusieurs
d'iceulx jeunes hommes romains entre lesquels estoit Collatin, et
prindrent complot ensemble de soupper tantost, et aprs alrent
hastivement  Romme en l'hostel de chascun d'iceulx jeunes hommes
veoir la manire et contenance de chascune de leurs femmes et leur
gouvernement, par tel[176] que cellui duquel sa femme seroit trouve
en meilleur convine[177] auroit l'honneur de logier Sexte le fils
l'empereur en son hostel. Ainsi fu accord, et vindrent  Romme et
trouvrent les unes devisans[178], les autres jouans au _bric_, les
autres  _qui fry?_ les autres  _pince-merille_, les autres jouans
aux _cartes_ et aux autres jeux d'esbatemens avecques leurs voisines;
les autres qui avoient soupp ensemble, disoient des chanons, des
fables, des contes, des jeux-partis; les autres estoient en la rue
avecques leurs voisines jouans au _tiers_ et au _bric_, et ainsi
semblablement de plusieurs jeux, except Lucresse qui dedens et ou plus
parfont de son hostel, en une grant chambre loing de la rue, avoit
ouvriers de laine, et l, toute seule, assise loingnet[179] de ses
ouvriers et  part, tenoit son livre dvotement et  basse chire[180]
disoit ses heures moult humblement; et fut trouv que lors, ne
autresfois que son mary Collatin estoit hors, et en quelque compaignie
ou feste qu'elle feust, il n'estoit nul ne nulle qui la feist dancer
ne chanter, se ce n'estoit seulement le jour qu'elle avoit lettres de
luy ou qu'il retournast la veoir; et lors chantoit et danoit avec les
autres, se feste y avoit. Et pour ce Collatin eust l'honneur de la
venue et loga en son hostel Sexte le fils l'empereur lequel fut servi
de tous les autres et de leurs femmes et apparents, et l'endemain
bien matin fut des dames esveilli, vestu, et oy messe, et le veirent
monter et mettre  chemin. Et  ce voyage fut Sexte moult fort espris
de l'amour de Lucresse et tellement qu'il pensa qu'il revenroit devers
elle acompaigni d'autres gens que des amis d'elle ou de son mary.
Ainsi fut fait et vint au soir en l'hostel Lucresse laquelle le receut
moult honnourablement, et quant le temps vint d'aler couchier, l'en
ordonna le lit  Sexte comme  fils d'empereur, et ce mauvais fils
d'empereur espia o Lucresse gisoit, et aprs ce que tous lans furent
couchis et endormis, Sexte vint  elle, l'une main mise  la poitrine
et l'autre  l'espe, et lui dist: Lucresse, tais toy! Je suis Sexte le
fils  l'empereur Tarquin, se tu dis mot tu es morte! Et de paour elle
s'escria, dont la commena Sexte  prier. Rien n'y vault. Et aprs ce,
 luy offrir et promettre dons et services. Riens n'y vault. Et puis, 
menacier qu'elle se voulsist  luy accorder ou qu'il destruiroit elle
et sa ligne. Rien n'y vault. Quant il vit que tout ce rien n'y valoit,
si lui dist ainsi: Lucresse, se tu ne fais ma voulent, je te tueray et
si tueray aussi un de tes varls, et puis diray que je vous aray tous
deux trouvs couchis ensemble et pour vostre ribauldie vous ay tus.
Et celle qui doubta plus la honte du monde que la mort, si se consenti
se jouer.

Et tantost aprs que Sexte s'en fu al, la dame manda par lettres son
mari qui estoit en l'ost, et aussi manda son pre, ses frres et tous
ses amis et un homme qui avoit nom Brut et nepveu Collatin son mary. Et
quant ils furent venus, elle leur dist moult espouventablement: Sexte
le fils  l'empereur entra hier comme hoste en cest hostel, mais il ne
s'en est pas dparti comme hoste, mais comme ennemy de toy, Collatin!
et saiches qu'il a ton lit deshonnour. Toutesvoies se mon corps est
deshonnour, se n'est pas le cuer, et pour tant me absols-je du pchi,
mais non pas de la peine. Adonc Collatin son mary vit qu'elle estoit
toute ple et descoulore et sa face blanche et toute esploure, car
la trasse des larmes estoit apparant en son viaire des yeulx jusques
aux baulivres, et avoit les yeulx gros et enfls, les paupires mortes
et perses[181] et dedans vermaulx par le dcourement des larmes,
et regardoit et parloit effroyeusement. Si commena  la conforter
moult doulcement et  luy pardonner, et lui monstra moult de belles
raisons, que le corps n'avoit pas pchi puisque le cuer n'y avoit
donn consentement ne pris dlit, et se prist  allguer exemples et
auctorits. Tout ce ne luy pleut; elle luy rompi sa parole en disant
moult asprement: Ho! ho, nennil, nennil! c'est trop tart, tout ce ne
vault riens, car je ne suis jamais digne de vivre; et celluy qui m'a ce
fait, l'a fait  sa grant male meschance se vous valez riens, et pour
ce que nulle ribauldie ne rgne  l'exemple de Lucresse, qui vouldra
prendre exemple au pchi et au forfait, si prengne aussi exemple 
l'amende. Et tantost d'une espe qu'elle tenoit soubs sa robe se fri
parmy le corps et morut devant eulx tous.

Adonc Brut le conseiller et Collatin le mary d'icelle Lucresse et tous
ses amis plourans et dolens prindrent celle espe qui estoit sanglante,
et sur le sang jurrent par le sang Lucresse que jamais ne fineroient
jusques  tant qu'ils auroient Tarquin et son fils destruit, et le
poursuivroient  feu et  sang, et toute sa ligne bouteroient hors,
si que jamais nul n'en vendra  dignit. Et tout ce fut tantost fait,
car ils la portrent emmy la ville de Romme et esmeurent tellement le
peuple que chascun jura la destruction de l'empereur Tarquin et de son
fils, et  feu et  sang. Et adonc fermrent les portes afin que nul
n'issist pour aler adviser l'empereur de leur emprise, et s'armrent
et yssirent dehors alant vers l'ost de l'empereur comme tous forcens.
Et quant ils approchrent de l'empereur, et il ouy le bruit et tumulte
et vit les gens pouldrs[182], et fumes des chevaulx, avec ce que
l'en luy dit, il et son fils s'enfouirent en dsers, chtifs et
desconforts. Sur quoy le Rommant de la Rose dit ainsi:

    N'onc puis Rommains, pour ce desroy,
    Ne vouldrent faire  Romme roy.

Ainsi avez-vous deux exemples, l'un de garder honnestement son
vefvaige, ou sa virginit ou pucellaige; l'autre de garder son mariaige
ou chastet. Et sachiez que richesse, beault de corps et de viaire,
lignaige et toutes les autres vertus sont pries et anichilles
en femme qui a tache ou souspeon contre l'une d'icelles vertus.
Certes en ce cas tout est pri et effaci, tout est cheu sans jamais
relever, puis que une seule fois femme est souspeonne ou renomme
au contraire; et encores, suppos que la renomme soit  tort, si
ne peut jamais[183] icelle renomme estre effacie. Or vez en quel
pril perptuel une femme met son honneur et l'honneur du lignaige de
son mary et de ses enfans quant elle n'eschieve[184] le parler de tel
blasme, ce qui est lgier  faire. Et est  noter sur ce, si comme
j'ay oy dire, que puis que les Roynes de France sont maries, elles ne
lisent jamais seules lettres closes, se elles ne sont escriptes de la
propre main de leur mary, si comme l'en dit, et celles lisent-elles
toutes seules, et aux autres elles appellent compaignie et les font
lire par autres devant elles, et dient souvent qu'elles ne sevent mie
bien lire autre lettre ou escripture que de leur mary; et leur vient de
bonne doctrine et de trs grant bien, pour oster seulement les paroles
et le souspeon, car du fait n'est-il point de doubte[185]. Et puisque
si haultes dames et si honnoures le font, les petites qui ont aussi
grant besoing de l'amour de leurs maris et de bonne renomme le doivent
bien faire.

Si vous conseille que les lettres amoureuses et secrtes de vostre
mary, vous recevez en grant joye et rvrence, et secrtement toute
seule les lisez tout  part-vous, et toute seule lui rescripvez
de vostre main se vous savez, ou par la main d'autre bien secrte
personne; et lui rescripvez bonnes paroles amoureuses et vos joyes et
esbatemens, et nulles autres lettres ne recevez, ne ne lisez, ne ne
rescripvez  autre personne, fors par estrange main et devant chascun,
et en publique les faictes lire.

Item dit-l'en aussi que les Roynes depuis qu'elles sont maries, jamais
elles ne baiseront homme, ne pre, ne frre, ne parent, fors que le
Roy, tant comme il vivra; pour quoi elles s'en abstiennent, ne se c'est
vray, je ne say. Ces choses, chre seur, souffisent assez  vous
bailler pour cest article; et vous sont bailles plus pour raconte que
pour doctrine. Il ne vous convient j endoctriner sur ce cas, car Dieu
mercy de ce pril et souspeon estes-vous bien garde et serez.




LE QUINT ARTICLE.


Le quint article de la premire distinction dit que vous devez estre
trs amoureuse et trs prive de vostre mary par dessus toutes autres
cratures vivans, moiennement amoureuse et prive de vos bons et
prochains parens charnels et parens de vostre mary, trs estrangement
prive de tous autres hommes, et du tout en tout estrange des
oultrecuids et oyseux jeunes hommes et qui sont de trop grant despence
selon leur revenue, et qui, sans terre ou grans lignaiges, deviennent
danceurs; et aussi des gens de court, de trop grans seigneurs, et en
oultre de ceulx et celles qui sont renomms et renommes d'estre de vie
jolie, amoureuse ou dissolue.

A ce que j'ay dit trs amoureuse de vostre mary, il est bien voir que
tout homme doit amer et chrir sa femme et que toute femme doit amer et
servir son homme, car il est son commencement et je le preuve. Car il
est trouv ou deuxiesme chappitre du premier livre de la Bible que l'en
appelle Genesy, que quant Dieu eust cr ciel et terre, mer et air,
et toutes les choses et cratures  leur aournement et perfection, il
admena  Adam toutes les cratures qui eurent vie et il nomma chascune
ainsi qu'il luy pleut et qu'elles sont encores appelles. Mais il n'y
ot crature semblable  Adam, ne convenable pour lui faire aide et
compaignie. Et pour ce dist Dieu adonc: _Non est bonum hominem esse
solum; faciamus ei adjutorium simile ei_. Bonne chose, dist Dieu, n'est
pas que l'omme soit seul; faisons-lui aide qui lui soit semblable.
Donc meist Dieu sommeil en Adam, et adonc osta une des costes de Adam
et rempli le lieu o il la prist de chair, si comme dit Moyses ou
second chappitre de Genesy. Cellui qui fait Histoire sur Bible[186]
dit que Dieu prist de la char aussi avecques la coste, aussi dit
Josephus[187], et nostre Seigneur difia la coste qu'il en avoit oste
en une femme; voire, ce dist l'Historieur, il lui difia char de la
char qu'il prist avecques la coste, et os de la coste, et quant il lui
ot donn vie, il l'admena  Adam pour ce qu'il luy meist nom. Et quant
Adam la regarda, il dit ainsi: _Hoc nunc os ex ossibus meis et caro
de carne mea: hec vocabitur virago quoniam de viro sumpta est_. Ceste
chose, dist-il, est os de mes os et char de ma char, elle sera appelle
_virago_, c'est  dire faicte d'omme. Elle ot nom ainsi premirement,
et aprs ce qu'ils orent pchi, elle ot nom _Eva_ qui vault autant
que _vita_. Car toutes les cratures humaines qui puis ont eu vie
et auront, sont venues d'elle. Encores adjousta Adam et dist ainsi:
_Propter hoc relinquet homo_, etc. Pour ceste chose laissera homme son
pre et sa mre et se aherdera[188]  sa moullier, et seront deux en
une chair; c'est  dire que du sang des deux, voire de l'omme et de la
femme, sera faicte une char s enfans qui d'eulx naistront. L fist
donc Dieu et establi premirement mariaige, si comme dit l'Historieur,
car il dist au conjoindre: _Crescite et multiplicamini_, etc. Croissez,
dist-il, et multipliez et remplez la terre.

Je di adonc, par les raisons dictes et prises en Bible, que femme doit
moult amer son mary, quant de la coste de l'omme elle fut faicte.

Item on lit en l'onziesme chappitre de Genesy que un patriarche appell
Abraham prist  moullier en la cit ou ville de Calde une moult bonne
et sainte dame appelle Sarre laquelle fut depuis princesse souveraine
et premire des bonnes et vaillans dames desquelles Moyses fait mention
en ses cinq livres qui sont les premiers de la Bible. On lit illec que
Sarre vesqui moult saintement et fut trs loyalle et de bonne foy 
son mary Abraham, et obissant  ses commandemens. Et lit-on illecques
que quant Abraham fut parti de Damas pour la grant famine qui estoit
en icelle terre et il deust entrer en Egipte, il dist  Sarre sa
moullier: Je say, dist-il, que les hommes de ceste terre sont chaulx
et luxurieux, et tu es moult belle femme; pour quoy je doubte moult,
se ils scevent que tu soies ma moullier, que ils ne me occisent pour
toy avoir; et pour ce, je te prie que tu vueilles dire que tu es ma
seur et non pas ma moullier, et je le diray aussi, par quoy je y puisse
vivre paisiblement, entre eulx et mes gens et ma mesgnie[189]. A ce
conseil et commandement obi Sarre, non pas voulentiers, mais pour
sauver la vie  son seigneur et  sa gent, et quant les hommes et le
prince d'icelle contre virent Sarre tant belle, ils la prindrent et
la menrent au roy Pharaon qui en ot moult grant joye et la retint,
mais oncques, ne lors ne depuis, en quelconque heure, le roy Pharaon
ne peust venir vers elle qu'il ne la trouvast toujours plourant du
regret qu'elle avoit  son mary, et pour ce, quant le roy Pharaon la
voit en icelluy estat, la voulent et le dsir qu'il avoit d'elle se
tresalloit et changeoit, et ainsi la laissoit. Et pour ce, peut-l'en
dire que pour sa bont et la loiault que Dieu savoit en elle, laquelle
estoit triste et courroucie de ce que on l'avoit oste  son mary, il
la garda et dfendi par telle manire que Pharaon ne pot habiter 
elle et fut moult tourment, et tous ceulx de sa mesgnie, pour Sarre
qu'ils avoient oste  Abraham. L'Historieur dit sur ce chappitre que
tant que Pharaon tint Sarre, il n'ot povoir de habiter  femme, ne tous
ses hommes aussi ne povoient engendrer; et pour ce, les prestres de sa
loy sacrifirent  leurs dieux et il leur fut respondu que c'estoit
pour Sarre la moullier  Abraham que le roy Pharaon lui avoit tolue. Et
quant le Roy le sceut, il manda Abraham qui vivoit bien paisiblement
en sa terre et lui dist: Pourquoi m'as-tu deceu et fait grant mal?
Tu disoies que Sarre estoit ta seur, et c'est ta femme! Prens-la et
l'emmaine hors de ma terre. Lors commanda-il  ses hommes qu'ils le
menassent hors de la terre d'Egipte paisiblement et sans perdre nulle
de ses choses.

On lit ou sixiesme chappitre de Genesy que quant Abraham fut party
d'Egipte, il ala demourer en la terre de Canaen de coste[190] Btel.
Donc regarda Sarre qu'elle estoit brehaigne[191] et ne povoit avoir
enfant, dont elle estoit moult dolente; lors s'advisa qu'elle
bailleroit Agar sa chamberire qu'elle avoit admene d'Egipte, 
Abraham son mary, pour savoir s'elle en pourroit avoir enfant, car elle
doubtoit moult qu'il ne morust sans hoir, et ce dist-elle  Abraham qui
se consenti  faire sa voulent. Et elle lui bailla Agar sa meschine
laquelle conceut tantost un fils dont Sarre ot moult grant joye. Mais
quant Agar la meschine vit et sceut qu'elle avoit conceu de Abraham,
elle despita sa dame et se portoit grossement contre elle. Et quant
elle vit ce, Sarre dist  Abraham: Tu fais mauvaisement encontre moy,
je te baillay ma meschine pour ce que je ne puis avoir enfans de toy,
et je dsiroie que je peusse avoir fils d'elle et de toy lesquels je
peusse nourrir et garder,  la fin que tu ne morusses pas sans laisser
ligne de toy: pour ce que ma meschine Agar voit qu'elle a conceu de
toy, elle m'a en despit et ne me prise rien; Dieu vueille jugier entre
moy et toy, car tu as tort qui sueuffres qu'elle me despite.

Or vons la grant bont et la grant loyault de ceste bonne dame et
sainte femme Sarre. Elle amoit si trs loyaulment Abraham son mary, et
bien savoit qu'il estoit si saint homme et vaillant patriarche, que
il lui sembloit que ce feust doleur et grant dommaige s'il mouroit
sans hoir et avoir fils de son sang, et si voit bien qu'elle estoit
brehaigne et ne povoit concevoir, et pour le grant dsir qu'elle avoit
d'avoir fils de son mary lesquels elle peust nourrir et garder, elle
bailla sa meschine et la fist couchier en son propre lit, et s'en voult
dporter. Quantes dames ou femmes trouveroit-on qui ainsi feissent?
Je croy qu'on en trouveroit peu, et pour ce est Sarre tenue  la
plus loyale  son mary qui fust ds Adam le premier homme jusques 
la loy qui fut donne  Moyse. Mais Agar sa meschine  tort l'eut en
despit quant elle sceut qu'elle eust conceu de Abraham, mais on dit
communment que qui essauce[192] son serf il en fait son ennemy. Mais
Abraham le bon patriarche vit bien et sceut que Agar la meschine avoit
tort, et pour ce il dist  Sarre: Vcy Agar ta meschine, je la mets en
ta main, si en fais ta voulent.

Lors la commena Sarre  approuchier, et la tint vile jusques  tant
qu'elle mesmes, par le commandement de l'ange, se humilia et  sa dame
cria mercy; et Sarre la garda tant qu'elle ot enfant son fils qui
ot nom Ysmal, dont Sarre ot grant joye et le garda et fist garder
moult bien. Aprs ce, nostre Seigneur visita Sarre et s'apparut aussi
 Abraham ou val de Mambr, devant son tabernacle, et lui dist qu'il
auroit un fils de Sarre sa franche moullier, et auroit nom Ysaac, et
ce fils vivroit et sa ligne il multiplieroit ainsi comme les estoiles
du ciel et la gravelle de la mer ou la pouldre de la terre. Encores
dist-il  Abraham: en ta ligne ou semence toutes gens seront beneurs.
Et quant Sarre qui estoit derrire l'uis du tabernacle oy quelle
concevroit, si commena  rire et dist  soy mesmes: je suis vieille
et ancienne, et Abraham aussi; comment pourray-je avoir enfant? Et
merveilles ne fut pas de ce quelle rit et dit ainsi, qu'elle avoit j
plus de quatre-vingts ans, et Abraham en avoit plus de cent. Et Dieu
qui la vit bien rire dist  Abraham: Pourquoy a ris Sarre ta moullier?
Et Sarre qui ot paour respondi qu'elle n'avoit pas ris, et Dieu lui
dist: Je te vis bien rire derrire ton huis; ne sont pas toutes choses
lgires  Dieu quant il les veult faire? Aprs ce, Sarre conceut quant
il pleust  Dieu et enfanta un fils lequel Abraham appella Ysaac, et
le circonci au jour vingtime qu'il fut n. Lors dist Sarre par moult
grant joie: Dieu m'a fait rire, et tous ceulx et celles qui orront dire
que j'ay enfant riront aussi avec moy. Qui creroit, dist-elle, Abraham
se il disoit que Sarre alaitast un enfant qu'elle luy aroit enfant
en sa vieillesse? Et pour certain toutes gens qui oient de ce parler
pevent bien croire et penser que Dieu ama moult Abraham et Sarre aussi
quant il leur fist si belle grce. Mais Abraham estoit si saint et si
bon patriarche que Dieu parla  lui par moult de fois et lui promist
que il mesmes se donroit  sa ligne[193], et aussi ama-il moult Sarre
pour sa grant loyaut et sa grant bont.

Moult bien nourri Sarre son fils Ysaac, et quant il fut si grant
qu'elle le sevra et qu'il deust mengier  la table son pre Abraham,
elle appella ses amis et fist grant mengier et grant feste pour son
fils. Et quant Sarre vit Ysmal le fils Agar l'Egipcienne jouer  Ysaac
son fils, elle dist  Abraham: Chasse hors la meschine et son fils; le
fils de la meschine ne sera pas hoir avecques mon fils Ysaac. Il est
dit en Genesy ou XXIe chappitre: Ceste parole fut moult dure  Abraham,
mais Dieu lui dist ainsi: Ne te semble pas aspre chose de bouter hors
la meschine et son fils; oy la parolle de Sarre et fay tout ce qu'elle
te dira, car en Ysaac ta semence sera appelle. (C'est  dire que de
Ysaac devoit venir la ligne que Dieu avoit promise  Abraham.) Et pour
ce, dit Dieu, que le fils de la meschine est de ta semence, je le feray
croistre en moult grant gent. Donc se leva Abraham au matin et bailla
 Agar la meschine du pain et un bouchel[194] d'eaue et luy mist sur
ses espaules, puis lui fist prendre Ysmal son fils; si lui commanda
qu'elle s'en alast quelle part qu'il luy pleust, et si fist-elle.

Or pourroient, par adventure, penser aucunes personnes que Sarre eust
par mal et par envie enchass Agar sa meschine et Ysmal son fils: mais
qui veult bien considrer la cause, elle n'ot pas tort; Histoire sur
Bible dist ainsi: Sarre vit bien que Ysmal en son jeu faisoit flonnie
 Ysaac son fils; et aussi que, de par esperit de prophcie, elle sceut
et apperceut que Ysmal avoit ymagetes faictes de terre auxquelles il
aouroit comme Dieu et vouloit contraindre Ysaac  ce que les aourast
aussi. Encores considroit-elle et savoit assez que se Ysmal demouroit
tant avecques eulx que Abraham morust, il vouldroit dshriter Ysaac et
avoir sa seignourie par sa force, et pour ce elle fist moult bien de
enchasser la mre et son fils. Et jasoit-ce que j'aye mise l'istoire
tout au long et ne l'aye voulu desmembrer ne descoupler pour ce que la
matire est belle et s'entretient, toutesvoies par icelle peut estre
recueilli  mon propos seulement que Sarre fut trs amoureuse prive et
obissant  son mary en tant qu'elle laissa ses parens et sa terre pour
aler seule de sa ligne avec son mary en estrange terre et de diffrent
langage, et avec ce, elle dlaissa  la prire et pour l'amour de son
mary le nom de moullier ou femme qui est le plus prouchain en affinit,
en amour et dilection, et,  la demande de son mary, prist le nom de
seur; et en oultre que tant comme elle fut hors d'avecques son mary,
tout jour et toute nuit plouroit pour l'amour de son mary; et de
rechief que pour avoir ligne et reprsentacion de son mary aprs la
mort d'icelluy, elle en laissa son lit et le soulas de son mary, et
lui bailla Agar sa chambrire et la fist dame, et elle trs humblement
devint serviteresse et humble servant, sans les autres dbonnairets et
humilits cy dessus escriptes et lesquelles je laisse pour ce qu'il me
semble que ce seroit trop longue rcitation.

Item il est trouv escript ou XXIXe chappitre de
Genesy qui est le premier livre de la Bible, que quant Jacob fut party
de Ysaac son pre et de Rbecque sa mre, de Briseyda[195] leur cit il
ala tant qu'il vint en Msopotamie, prs de la cit de Aram qui estoit
 Laban son oncle. L resta-il de coste un puis auquel les pasteurs
de la terre abreuvoient les bestes, lequel puis estoit couvert d'une
grant pierre plate. Ainsi comme les pasteurs furent assembls entour
le puis, Jacob leur demanda se ils congnoissoient Laban le fils Batuel
qui fut fils Naccor. Les pasteurs respondirent: Oyl, moult bien. Il
leur demanda se il estoit sain et en bon point; ils respondirent: Oyl.
Vois , dirent-ils, Rachel sa fille qui vient abreuver ses bestes  ce
puis. Jacob leur dist: Seigneurs, abreuvez vos bestes, si les ramenez
en la pasture, car il est encores grant heure et n'est pas temps
encores de les mener aux estables. Si comme il disoit ainsi, Rachel
vint au puis, et Jacob leva la pierre du puis: si luy fist abreuver ses
bestes. Lors parla-il  elle et la baisa; si luy dist qu'il estoist
son cousin germain, fils de Ysaac et de Rbecque la seur de Laban son
pre. Et quant Rachel l'ot entendu, elle s'en courust en son hostel et
dist  Laban son pre comment elle ot trouv Jacob son nepveu. Et quant
Laban l'oy, il eust moult grant joie et lui demanda la cause de sa
voye[196] et pour quoy il estoit l venu. Jacob luy dist que c'estoit
pour la paour de Esa son frre qui le vouloit occire pour ce que il
avoit receu la bnisson son pre, mais ce luy ot fait faire sa mre
Rbecque. Lors respondi Laban: Tu es os de mes os et char de ma char,
et pour ce tu pues demourer avecques moy.

Quant Jacob ot demour avec Laban son oncle par l'espace de un mois,
Laban lui dist: Comment que tu soies mon nepveu, ne vueil-je pas que tu
me serves pour nant; dy moy que tu vouldras avoir pour ton service.
Or avoit Laban deux filles: l'ainsne ot nom Lye, celle ot les yeulx
plourans par enfermet; et la plus jeune ot nom Rachel, celle estoit
moult belle et gente de viaire et de corps, et Jacob l'amoit moult. Et
pour ce il dist  Laban: Je serviray  toy sept ans pour Rachel la plus
jeune. Laban respondi: Mieulx vault que je la te donne que  un autre
homme, or demeure doncques avecques moy. Jacob demoura avecques Laban
et le servi sept ans pour avoir sa fille Rachel, et lui sembla que le
terme fut moult brief pour la grant amour qu'il avoit  elle.

Sur ceste chose dit l'Histoire: le terme de sept ans ne luy sembla pas
brief pour la grant amour, mais moult long. Car quant une personne aime
et dsire aucune chose, il luy semble que les termes que il la doit
avoir tardent trop merveilleusement. Mais ce que la Bible dit que les
jours semblrent briefs  Jacob, on peut entendre en ceste manire: il
amoit tant Rachel et luy sembloit tant belle, que s'il deust servir
encores autant pour l'avoir comme il avoit servi, ne lui sembloit-il
pas que il l'eust bien desservie.

A la fin des sept ans, il dit  Laban: Donne moy ma moullier, il est
bien temps que je l'aye. Lors appella Laban tous ses amis et voisins et
fist grans nopces; et quant la nuit fut venue, il mena  Jacob Lye sa
fille l'ainsne et lui bailla une meschine qui ot nom Zelphan pour luy
servir. Et quant Jacob ot jeu[197]  Lye et il la regarda  la matine,
il dist  Laban: Que est-ce que tu as voulu faire  moy? N'ay-je pas
servi  toi sept ans pour Rachel? Pourquoy m'as-tu baill Lye? Laban
respondi: Nous n'avons pas de coustume en ceste contre de bailler aux
nopces la plus jeune devant les ainsnes; attens tant que la sepmaine
des nopces soit passe et puis je te donray l'autre, en telle manire
que tu me serviras encores sept ans pour elle. Lors accorda Jacob ce
que Laban ot dit, et quant la sepmaine fut passe, il prist ainsi 
moullier Rachel  laquelle son pre avoit donn une meschine laquelle
ot nom Balam.

Aucuns veullent dire que puis que Jacob ot prins la fille ainsne
de Laban, il servi autres sept ans pour Rachel avant qu'il l'eust 
moullier, mais ils dient mal. On treuve en Histoire que saint Jrosme
dit: Tantost aprs la sepmaine des nopces faictes pour Lye, Jacob prist
Rachel, et pour la grant joye qu'il en ot, il servi voulentiers les
sept ans ensuivans.

Il est dit en Genesy ou XXIXe chappitre que Jacob ama
moult plus Rachel pour ce que elle estoit plus belle et gracieuse que
Lye qui n'estoit pas si belle, mais pour ce que Dieu ne vouloit pas
qu'il l'eust trop en despit, il la fist concevoir un fils dont elle
ot moult grant joye et l'appela Ruben, et dit ainsi: Dieu a veu mon
humilit, d'ores-en-avant m'en aymera mon mary. De rechief elle conceut
et enfanta un autre fils et l'appela Simon, en disant ainsi: Pour
ce que Dieu m'a oye, il m'a donn encores ce fils. Tiercement, elle
conceut et enfanta un autre fils et dist ainsi: Mon mary se complaira
en moy pour ce que je luy ay enfant trois fils; et pour ce, elle
nomma l'enfant Levy. Quartement, conceut et enfanta un fils et dist:
Orendroit je me confesseray  nostre Seigneur; et pour ce, l'enfant ot
nom Judas et vault autant  dire que confession. Lors cessa Lye qu'elle
n'ot plus enfans jusques grant temps aprs.

Il est escript ou XXXe chappitre de Genesy que Rachel
ot grant envie contre Lye sa seur pour ce qu'elle ot enfant, et elle
se trouvoit brehaigne et ne povoit concevoir. Et pour ce elle dist 
Jacob son mary: Donne moy des enfans, et se tu ne le fais je mourray.
Jacob qui yri estoit respondi: Je ne suis pas Dieu, je t'apreisse
d'avoir enfans de ton ventre. Rachel respondi: J'ay Balan ma meschine,
couche avec elle  ce qu'elle enfante et que je puisse avoir fils
d'elle et de toy. Jacob fist ce que Rachel voult, et Balan conceut et
enfanta un fils. Lors dit Rachel: Dieu a jugi pour moy, si a ma voix
essauce et m'a donn un fils. Pour ce, elle appela l'enfant Dan. De
rechief, Balan ot un fils pour lequel Rachel dist: Nostre Seigneur m'a
compare  Lye, et de ce, le fils ot nom Neptalim.

Or vons grant merveille et signe de grant amour. Rachel avoit si grant
dsir qu'elle eust enfans de Jacob que pour ce qu'elle vit quelle ne
povoit concevoir elle luy bailla sa meschine, et les fils qu'elle en ot
elle ama aussi que s'ils feussent siens propres. Pour ce que Lye vit
qu'elle ne concevoit mais, elle bailla  Jacob Zelphan sa meschine. Le
premier fils qu'elle en ot, Lye le receut  joye et dit: Il me vient
eureusement, et de ce, le fils ot nom Gad. Et quant Zelphan ot l'autre
fils Lye dist: C'est pour ma bonne euret et pour ce toutes femmes me
diront bieneureuse; et ce fils ot nom Aser.

Ou temps de messon Ruben apporta  Lye sa mre mandagores que il ot
trouves en leur champ, et quant Rachel les vit, si les dsira moult et
dist  Lye sa soeur: Donne moy partie des mandagores. Lye respondi: Ne
te souffist-il pas que tu me ostes mon mary, se tu ne me veulx encores
oster mes mandagores? Rachel dist: Je veuil qu'il dorme en ceste nuit
avecques toy pour les mandagores que ton fils a apport. Lye les luy
donna, et au soir quant Jacob revint des champs, elle ala encontre luy
et luy dist: Tu vendras en ceste nuit coucher avecques moy, car je t'ay
achet par les mandagores que ton fils m'ot donn.

De ces mandagores met l'Histoire sur Bible moult d'oppinions. Les
aucuns dient que ce sont arbres qui portent fruit souef flairant
autel que pommes. Les autres dient que ce sont racines en terre, en
manire d'erbe, portans feuilles vers, et ont ces racines figure et
faon d'ommes et de femmes, de tous membres et de chevellure[198].
_Catholicon_[199] dit: Ce m'est advis que bien pevent estre herbes
et racines, et que le fruit vault  femmes brehaignes pour aidier 
concevoir, mais que les femmes ne soient pas trop anciennes.

Celle nuit dormit Jacob avecques Lye, et elle conceut un fils, et
quant elle l'ot enfant, elle dist: Dieu m'a enrichie de ce que j'ay
donn  mon mary ma meschine; et pour ce elle appella son fils le
cinquiesme Ysacar. Puis ot-elle le sixiesme fils; quant elle l'ot
enfant, elle dist: Dieu m'a enrichie de bon douaire  ceste fois, et
encores sera mon mary avecques moy; et pour ce elle appella son fils
Zabulon. Encores ot-elle une fille laquelle ot nom Dinam. Aprs ce,
nostre Seigneur se recorda de Rachel et essaua sa prire; si lui fist
concevoir et enfanter un fils dont elle ot moult grant joye et dist:
Nostre Seigneur a oste ma reprouche. Si appella son fils Joseph, et
dist: Dieu m'en doint encores un autre. Aprs toutes ces choses dessus
dictes, Jacob appella Laban son oncle et lui dist: Donne moy mes
moulliers pour lesquelles j'ay servy  toy quatorze ans, et mes enfans;
si m'en iray en la terre dont je fus n. Laban lui respondi: Je te prie
que tu demeures encore avec moy, car je say bien que par toy Dieu m'a
bny et multipli mes biens. Jacob respondi: Il me convient pourveoir
substance pour moy, pour mes enfans, pour mes femmes et ma famille.

Ores du surplus de l'histoire je me tais, car il ne touche point 
ma matire. Mais par ce que dit est dessus peut estre recueilli la
grant bont des dessus dictes Lye et Rachel qui toutes deux et en un
mesmes temps, elles estans ensemble en un mesme hostel et mesnage,
servoient et servirent Jacob leur mary en bonne paix et en bon amour,
sans jalousie, sans tenon et sans envie, et en oultre elles avoient
laissi leur pays, leur nativit, leur pre, leur mre et leur langage
pour icelluy mary et pour le servir en estrange terre. Et est moult 
considrer la grant amour et l'ardeur que Rachel avoit d'avoir ligne
et remembrance de Jacob auquel elle bailla Balan sa chamberire.

Quantes dames est-il maintenant qui le fissent, ne qui vesquissent
si paisiblement que quant l'une l'aroit, l'autre n'en rechignast
et murmurast, mais encores pis? Car, par Dieu, je cuide qu'elles
batteroient l'une l'autre. O Dieu! quelles bonnes femmes et sainctes
elles furent! Pour nant n'est pas en la bnisson des espousailles
ramenteue ceste parole: _Sis amabilis ut Rachel viro, prudens ut Sarra,
sapiens ut Rebecca_.

Item nous vons en _Thobie_ Xe que Raguel et Anne sa
femme, quant ils mirent hors de leur hostel Thobie le jeune et Sarre
leur fille qui estoit femme d'icelluy jeune Thobie, ils baisirent
icelle leur fille et l'admonestrent qu'elle amast cordialment son
mary et honnourast ses parens, et si fist-elle. Et  ce propos, il est
trouv _Machabeorum_, XI que quant Alixandre oy dire que le roy d'gipte
qui avoit espous sa seur le venoit veoir, il manda par toutes les
universits  son peuple qu'ils ississent de leurs cits et alassent
au devant d'icelluy roy d'gipte pour luy honnorer, et ainsi faisoit
honneur  ses parens quant il honnouroit le mary de sa seur.

Et pour que l'en ne die mie que je ne vueille aussi bien dire des
devoirs des hommes comme des femmes, je di aussi qu'il est escript
_Ad Ephesios_ V que les maris doivent amer leurs femmes comme leur
propre corps, ce n'est mie  dire par fiction, ne par parole, c'est
lalment, de cuer, avecques ce que dit est dessus. Encores, pour
monstrer ce que j'ay dit que vous devez estre trs prive et trs
amoureuse de vostre mary, je mets un exemple rural que mesmes les
oiseaulx ramages[200] et les bestes prives et sauvaiges, voire les
bestes ravissables, ont le sens et industrie de ceste pratique, car
les oiseaulx femelles suivent et se tiennent prouchaines de leurs
masles et non d'autres, et les suivent et volent aprs eulx et non
aprs autres. Se les masles s'arrestent, aussi font les femelles et
s'assieent prs de leurs masles: quant leurs masles s'envolent, et
elles aprs joingnant  joingnant. Et mesmes les oiseaulx sauvaiges qui
sont nourris par personnes qui leur sont estranges au commencement,
puis que iceulx oiseaulx ont prins nourriture d'icelles personnes
estranges, soient corbeaux, corneilles, choues[201], voire lez oiseaulx
de proye, comme espriviers, faucons, tiercelez[202], ostours et les
semblables, si les aiment-ils plus que les autres. Ce mesmes est-il des
bestes sauvaiges, des dommeschs[203], voire des bestes champestres.
Des dommeschs, vous vez que un lvrier, ou mastin, ou chiennet, soit
en alant par le chemin, ou  table, ou en lit, tousjours se tient-il
au plus prs de celluy avecques qui il prent sa nourriture, et laisse
et est estrange et farouche de tous les autres; et se le chien en est
loing, tousjours a-il le cuer et l'ueil  son maistre; mesmes se son
maistre le bat et luy rue pierres aprs luy, si le suit-il balant
la queue, et en soy couchant devant son maistre le rapaise, et par
rivires, par bois, par larronnires et par batailles le suit.

Autre exemple peut estre prins du chien Maquaire[204], qui vit tuer
son maistre dedens un bois, et depuis qu'il fut mort, ne le laissa,
mais couchoit ou bois emprs luy qui estoit mort, et aloit de jour
querre son vivre loing et l'apportoit en sa gueule, et illec retournoit
sans mengier, mais couchoit, buvoit et mengoit emprs le corps et
gardoit icelluy corps de son maistre, au bois, tout mort. Depuis,
icelluy chien se combati et assailli plusieurs fois celluy qui son
maistre avoit tu, et toutes fois qu'il le trouvoit l'assailloit et
se combatoit; et en la parfin le desconfi ou champs en l'Isle Nostre
Dame[205]  Paris, et encore y sont les traces des lices qui furent
faictes pour le chien et pour le champ.

Par Dieu, je vy  Nyort un chien vieil qui gisoit sur la fosse o son
maistre avoit est enterr qui avoit est tu des Anglois, et y fut
men monseigneur de Berry et grant nombre de chevaliers pour veoir la
merveille de la loyault et de l'amour du chien qui jour et nuit ne
se partoit de dessus la fosse o estoit son maistre que les Anglois
avoient tu. Et luy fist monseigneur de Berry donner dix frans qui
furent baills  un voisin pour lui qurir  mengier toute sa vie[206].

Ce mesmes est-il des bestes champestres; vous le vez d'un mouton, d'un
aignel, qui suivent et sont privs de leurs maistres et maistresses
et les suivent et sont privs d'eulx et non d'autres; et autel est-il
des bestes sauvaiges, comme d'un sanglier, un cerf, une biche, qui
ont nature sauvage, suivent et se tiennent joingnans et prs de leurs
maistres et maistresses et laissent tous autres. Item, autel est-il des
bestes mesmes sauvaiges qui sont dvourans et ravissables, comme loups,
lyons, lopars et les semblables, qui sont bestes farouches, fires,
cruelles, dvourans et ravissables; si suivent-ils, servent et sont
privs de ceulx avecques qui ils prennent leur nourriture et qui les
aiment, et sont estranges des autres.

Ores avez-vous veu moult de divers et estranges exemples dont les
derrains sont vrais et visibles  l'ueil par lesquels exemples vous
vez que les oiseaulx du ciel et les bestes prives et sauvages et
mesmes les bestes ravissables ont ce sens de parfaictement amer et
estre prives de leurs patrons et bienfaisans et estranges des autres;
doncques, par meilleure et plus forte raison, les femmes  qui Dieu a
donn sens naturel, et sont raisonnables, doivent avoir  leurs maris
parfaicte et solemnelle amour, et pour ce je vous prye que vous soyez
trs amoureuse et trs prive de vostre mary qui sera.




LE SIXIME ARTICLE.


Le sixiesme article de la premire distinction dit que vous soiez
humble et obissant  celluy qui sera vostre mary, lequel article
contient en soy quatre membres.

Le premier membre dit que vous soiez obissant: qui est entendu  lui,
et  ses commandemens quels qu'ils soient, suppos que les commandemens
soient fais  certes[207] ou par jeu, ou que les commandemens soient
fais d'aucunes choses estranges  faire, ou que les commandemens soient
fais sur choses de petit pris ou de grant pris; car toutes choses vous
doivent estre de grant pris, puis que cellui qui sera vostre mary le
vous aura command. Le deuxiesme membre ou particularit est  entendre
que se vous avez aucunes besongnes  faire dont vous n'ayez point parl
 celluy qui sera vostre mary, ne il ne s'en est point advis, et pour
ce il n'en a riens command ne deffendu, se la besongne est hastive
et qu'il la conviengne faire avant que celluy qui sera vostre mary
le sache, se vous avez plaisir de la faire en aucune manire, et vous
sentez que celluy qui sera vostre mary eust plaisir de la faire en une
autre manire, faictes avant[208] au plaisir de celluy qui sera vostre
mary que au vostre, car son plaisir doit prcder le vostre.

La troisiesme particularit est  entendre que se celluy qui sera
vostre mary vous deffendra aucune chose, suppos que sa deffense soit
faicte  jeu ou  certes, ou que sa deffense soit faicte sur chose de
petit pris ou de grant value, gardez que aucunement vous ne faciez
contre sa deffense.

La quarte particularit est que vous ne soyez arrogant ne rpliquant
contre celluy qui sera vostre mary ne contre ses dis, et ne dictes
contre sa parole, mesmement[209] devant les gens.

En reprenant le premier point des quatre particularits qui dit que
vous soyez humble  vostre mary et  luy obissant, etc., l'Escripture
le commande _Ad Ephesios_ V o il est dit: _Mulieres viris suis subdite
sint sicut domino, quoniam vir caput est mulieris, sicut Christus caput
est Ecclesie_. C'est  dire que le commandement de Dieu est que les
femmes soient subjectes  leurs maris comme  seigneurs, car le mary
est aussi bien chief de la femme comme nostre Seigneur Jhsu-Crist est
chief de l'glise. Doncques il s'ensuit que ainsi comme l'glise est
subjecte et obissant aux commandemens grans et petis de Jhsu-Crist,
comme  son chief, tout ainsi les femmes doivent estre subjectes 
leurs maris comme  leur chief et obir  eulx et  leurs commandemens
grans et petis. Et ainsi le commanda nostre Seigneur, si comme dit
saint Jhrosme, et aussi le dit le Dcret[210], XXXIIIe _Questione,
quinto capitulo: Cum caput_. Et pour ce dit l'apostre quant il escript
aux Hbrieux, ou XIIIe chappitre: _Obedite prepositis vestris et
subjacete eis, etc._ C'est  dire obissez  vos souverains et soyez en
bonne subjection vers eulx. Encores vous est-il assez monstr que c'est
sentence de nostre Seigneur par ce que dit est par avant, que femme
doit estre subjecte  homme. Car il est dit que quant au commencement
du monde Adam fut fait, nostre Seigneur par sa bouche et parole dist:
Faisons-luy aide. Et lors de la coste de Adam fist la femme comme aide
et subjecte et ainsi en use-l'en, et c'est raison. Et pour ce, se doit
bien femme adviser de quelle condition est cellui qu'elle prendra,
avant qu'elle le preigne. Car, ainsi comme dit un povre homs Rommain
qui sans son sceu ou pourchas fut par les Rommains esleu  estre
empereur, quant l'en luy apporta le faudesteul[211] et la couronne
il fut tout esbahy; l'une de ses premires paroles fut qu'il dist au
peuple: Prenez vous tous garde que vous faictes ou avez fait, car s'il
est ainsi que vous m'ayez esleu et je soye demour empereur, sachez de
certain que de l en avant mes paroles seront tranchans comme rasouers
de nouvel esmolus. C'estoit  dire que quiconques n'obiroit  ses
dfenses ou commandemens, puis qu'il seroit ou estoit fait empereur,
c'estoit sur peine de perdre la teste.

Ainsi, garde soy une femme comment ne  qui elle sera marie, car
quiconques, povre ou petit qu'il ait est par avant, toutesvoies pour
le temps  venir depuis le mariage, doit-il estre et est souverain et
qui peut tout multiplier ou tout descroistre. Et pour ce vous devez
plus en mary penser  la condition que  l'avoir[212], car vous ne
le pourrez aprs changer, et quant vous l'aurez prins, si le tenez 
amour et amez et obissez humblement, comme fist Sarre dont il est
parl en l'article prcdent. Car plusieurs femmes ont gaigni par leur
obissance et sont venues  grant honneur, et autres femmes par leur
dsobissance ont est recules et dsavances.

A ce propos d'obissance, et dont il vient bien  la femme qui est
obissant  son mary, puis-je traire un exemple qui fut j pie
translat par maistre Franois Ptrac[213] qui  Romme fut couronn
pote, lequel histoire dit ainsi:

Aux confines de Pimont en Lombardie, ainsi comme au pi de la montaigne
qui devise France et Ytalie, qui est appelle ou pas Mont Vse[214],
a une contre longue et le, qui est habite de chasteaulx et villes
et aourne de bois, de prs, de rivires, de vignes, de foings et
de terres labourables: et celle terre est appelle la terre de
Saluces laquelle d'anciennet seignourist les contres voisines, et
d'anciennet a est gouverne jusques aujourd'uy par aucuns nobles et
puissans princes appells marquis de Saluces, desquels l'un des plus
nobles et plus puissans fut appell Gautier auquel tous les autres de
celle rgion, comme barons, chevaliers, escuiers, bourgois, marchans
et laboureurs obissoient. Icelluy Gautier marquis de Saluces estoit
bel de corps, fort et lgier, noble de sang, riche d'avoir et de
grant seignourie, plein de toutes bonnes meurs et parfaitement garni
de prcieux dons de nature. Un vice estoit en lui, car il amoit fort
solitude et n'acontoit[215] riens au temps  venir, ne en nulle manire
ne vouloit pour lui mariage. Toute sa joye et plaisance estoit en
rivires, en bois, en chiens et en oyseaulx, et peu s'entremettoit
du gouvernement de sa seignourie; pour laquelle chose ses barons le
mouvoient et admonestoient de marier, et son peuple estoit en trs
grant tristesse et par espcial de ce qu'il ne vouloit entendre 
mariage. Une journe s'assemblrent en grant nombre, et les plus
souffisans vindrent  lui et par la bouche de l'un luy dirent telles
paroles: O tu, marquis nostre seigneur, l'amour que nous avons en
toy nous donne hardement de parler fablement. Comme il soit ainsi
que toy et toutes les choses qui sont en toy nous plaisent et ont
tousjours pleu, et nous rputons bieneureux d'avoir tel seigneur, une
chose dfault en toy, laquelle se tu la nous veulx octroier, nous nous
rputons estre mieulx fortuns que tous nos voisins: c'est assavoir
qu'il te plaise encliner ton courage au lien de mariage, et que ta
libert passe soit un peu rfrne et mise au droit des maris. Tu
scez, Sire, que les jours passent en volant sans jamais retourner.
Et combien que tu soies de jeune aage, toutesvoies de jour en jour
t'assault la mort et s'approche, laquelle n'espargne  nul aage, et de
ce nul n'a privilge. Il les convient tous morir, mais l'en ne scet
quant, ne comment, ne le jour, ne la fin. Tes hommes doncques qui tes
commandemens jamais ne refuseroient, te prient trs humblement qu'ils
aient libert de querre pour toy une dame de convenable ligne, noble
de sang, belle de corps, de bont et de sens aourne, laquelle il te
plaira  prendre par mariage, et par laquelle nous esprons avoir de
toy ligne et seigneur venant de toy  successeur. Sire, fay ceste
grce  tes loyaulx subjects, afin que, se de ta haulte et noble
personne avenoit aucune chose, et que tu t'en alasses de ce sicle, ce
ne fust mie sans hoir et successeur, et que tes subjects tristes et
dolans ne demourassent mie sans seigneur.

Ces paroles fines, le marquis meu de piti et d'amour envers ses
subjects leur respondi moult doulcement et dist: Mes amis, vous me
contraignez  ce qui en mon courage ne peut oncquesmais estre; car
je me dlitoie en libert et en franchise de voulent laquelle est
peu trouve en mariage, ce scevent bien ceulx qui l'ont esprouv.
Toutesvoies, pour vostre amour, je me soubsmets  vostre voulent. Vray
est que mariage est une chose doubteuse, et maintes fois les enfans
ne ressemblent pas au pre. Toutesfois s'aucun bien vient au pre, il
ne doit mie pour ce dire qu'il luy soit deu de droit, mais vient de
Dieu de lassus;  lui je recommande le sort de mon mariage, esprant
en sa doulce bont qu'il me octroie telle avecques laquelle je puisse
vivre en paix et en repos expdient  mon salut. Je vous octroye de
prendre femme, mes amis, et le vous promects; mais je la vueil moy
mesmes eslire et choisir, et de vous je vueil une chose que vous me
promectez et gardez: c'est asseurment que celle que je prendray par
mon lection, quelle qu'elle soit, fille de Prince des Rommains, femme
de poste[216], ou autre, vous la doiez amer entirement et honnourer,
et qu'il n'y ait aucun de vous qui aprs l'lection du mariage doie
estre d'elle mal content, ne contre elle groncier ne murmurer.

Lors tous les barons et subjects du marquis furent lis de ce qu'ils
avoient ce qu'ils demandoient, de laquelle chose ils avoient est
maintes fois dsesprs. A une voix remercirent le marquis leur
seigneur et promirent de bon cuer la rvrence et obissance qu'il leur
avoit demand. Grant joie fut ou palais de Saluces, et par le marquis
fut le jour assign de ses nopces auquel il devoit prendre femme, et
commanda faire un grant appareil, trop plus grant que par autre marquis
n'avoit autresfois est fait, et que les parens et amis, voisins, et
les dames du pas ensement[217], fussent semoncs  la dicte journe;
laquelle chose fut solemnement acomplie, et entretant que l'appareil
se faisoit, le marquis de Saluces comme il avoit acoustum aloit en son
dduit chacier et vouler[218].

Assez prs du chastel de Saluces avoit une petite villette en laquelle
demouroient un peu de laboureurs, par laquelle villette le marquis
passoit souventesfois, et entre les dessusdis laboureurs avoit
un vieil homme et povre qui ne se povoit aidier et estoit appell
Jehannicola. A cellui povre homme estoit demoure une fille appelle
Grisilidis, assez belle de corps, mais trop plus belle de vie et
de bonnes meurs: nourrie avoit est de petite vie, comme du labour
de son pre; oncques  sa congnoissance n'estoient venues viandes
dlicieuses ne choses dlicatives. Un courage vertueux plein de toute
meurt en son pis virginal doulcement habitoit; la vieillesse de son
pre, en trs grant humilit, doulcement supportoit et soustenoit,
et icelluy nourrissoit; et un peu de brebis que son pre avoit,
diligemment gardoit et avecques icelles aux champs sa quenoille filoit
continuelment. Et quant Grisilidis au vespre revenoit et ramenoit ses
bestes  l'hostel de son pre, elle les affouragoit, et appareilloit
 son pre et  elle les viandes que Dieu leur donnoit. Et briefment
toutes les curialits et services qu'elle povoit faire  son pre
doulcement faisoit.

Le marquis assez inform par commune renomme de la vertu et grant
bont d'icelle Grisilidis, en alant  son dduit souventesfois la
regardoit, et en son cuer la belle manire d'icelle et sa grant vertu
fichoit et atachoit. Et en la fin dtermina en son cuer que Grisilidis
seroit esleve par lui  estre sa femme marquise de Saluces, et que
autre n'aroit, et fist admonester ses barons de venir  ses nopces au
jour qui estoit dtermin. Icellui jour approucha, et les barons non
sachans de la fille que le marquis avoit advis de prendre, furent
moult esbahis. Toutesvoies, savoient-ils bien que le marquis avoit
et faisoit appareiller riches robes, ceintures, fermaulx, anneaulx
et joiaulx  la forme d'une pucelle qui de corps ressembloit 
Grisilidis. Or advint que le jour des nopces fut venu, et que tout
le palais de Saluces fut peupl grandement de barons, de chevaliers,
de dames et de damoiselles, de bourgois et d'autres gens, mais nulle
nouvelle n'estoit de l'espouse leur seigneur, laquelle chose n'estoit
pas sans grant merveille; et qui plus est, l'eure s'approuchoit du
disner, et tous les officiers estoient prets chascun de faire son
office. Lors le marquis de Saluces, ainsi comme s'il voulsist aler
encontre son espouse, se parti de son palais, et les chevaliers et
dames  grans routes[219], mnestrels et hraulx suivoient.

Mais la pucelle Grisilidis de tout ce riens ne savoit, car ce matin
mesmes elle appareilloit, nettoioit et ordonnoit l'hostel de son pre
pour aler avecques les autres pucelles voisines veoir l'espouse de
leur seigneur. A celle heure que le marquis approuchoit, Grisilidis
apportoit sur sa teste une cruche pleine d'eaue  l'hostel de son pre,
et le marquis  celle heure, ainsi acompaigni comme il estoit, appella
la pucelle par son nom et lui demanda o son pre estoit. Grisilidis
mist sa cruche  terre et  genoulx, humblement,  grant rvrence,
respondi: Monseigneur, il est  l'hostel.--Va  luy, dist le marquis,
et luy di qu'il viengne parler  moy. Et elle y ala. Et donc le povre
homme Jehannicola yssi de son hostel. Le marquis le tira par la main
et le trat  part et puis secrtement lui dist: Jehannicola, je say
assez que tu m'as am tousjours et aimes encores, et ce qui me plaist
 toy doit plaire. Je vueil de toy une chose: c'est assavoir que tu
me donnes ta fille pour espouse.--Le povre homme n'osa dire mot, et
un petit aprs respondit  genoulx, moult humblement: Monseigneur,
je ne doy vouloir aucune chose ou non vouloir fors ce qui te plaist,
car tu es mon seigneur. Le marquis lui dist lors: Entre en ta maison
tout seul, toy et ta fille, car je lui vueil demander aucune chose.
Le marquis entra en la maison du povre homme Jehannicola comme dit
est, et tout le peuple demoura dehors forment esmerveilli; et la
pucelle se mist emprs son pre, paoureuse, honteuse et vergongneuse
de la soudaine survenue de son seigneur et de sa grant et noble
compaignie, car elle n'avoit pas apris de veoir souvent un tel hoste
en leur maison. Le marquis adrea ses paroles  elle et si lui dist:
Grisilidis,  ton pre et  moy plaist que tu soies m'espouse, et je
pense bien que tu ne me refuseras pas, mais je t'ay  demander une
chose devant ton pre; c'est assavoir que ou cas que je te prendray 
femme, laquelle chose sera de prsent, je vueil savoir se tu voudras
encliner ton couraige entirement  toute ma voulent, en telle manire
que je puisse faire de toy et de ce qui touchera  toy,  ma volent,
sans rsonance ne contredit par toy, en fait ne en dit, en signe ne en
pense. Lors Grisilidis, non sans merveille de si grant fait esbahie,
respondi: Monseigneur, je congnoy bien que je ne suis pas digne, non
tant seulement de estre appelle t'espouse, mais d'estre appelle ton
ancelle; mais s'il te plaist et fortune le me prsente, jamais je ne
sauray faire chose, ne ne feray, ne ne penseray, que je puisse sentir
qui soit encontre ta voulent, ne tu ne feras jamais riens envers moy
que je contredie.--Il souffist, dit le marquis qui prist la pucelle par
la main et la mena hors de la maison ou milieu de ses barons et de son
peuple et dist ainsi: Mes amis vez cy ma femme, vostre dame, ceste
amez, doubtez et honnourez, et se vous m'amez, ceste trs chirement
amez. Et  ce que Grisilidis n'apportast avecques soy aucunes reliques
de la vile fortune de povret, le marquis commanda que par les dames et
matrones la pucelle fust despouillie toute nue, ds les pis jusques 
la teste, et tantost revestue de riches draps et paremens de nopces.

On veist lors les dames embesongnes: les unes la vestoient, et les
autres la chaussoient, et les autres la ceignoient: les autres lui
mettoient les fermaulx et cousoient sur ly les perles et pierres
prcieuses: les autres pignoient leur dame et appareilloient son chief
et lui mettoient une riche couronne par dessus qu'elle n'avoit pas
apris, et ce n'estoit pas merveille s'elle estoit esbahie. Qui veist
lors une povre vierge tainte du soleil et ainsi maigre de povret si
noblement pare et si richement couronne et soudainement transforme
par telle manire que  peine le peuple la recongnoissoit, bien se
povoit-on de ce merveillier.

Lors les barons prindrent leur dame et  grant joie la menrent 
l'glise, et l le marquis lui mist l'annel ou doy et l'espousa selon
l'ordonnance de saincte Eglise et usage du pas. Et acompli le divin
office, la dame Grisilidis fut assise sur un blanc destrier et de tous
acompaignie et mene au palais qui retentissoit de toutes manires
d'instrumens. Et furent les nopces clbres, et icellui jour fut
trespass en trs grant joie et consolation du marquis et de tous
ses amis et subjects. Et fut la dame avecques son seigneur et mary
tellement inspire de sens et de beau maintien, de la divine grce
resplendist icelle povre dame Grisilidis en telle manire, que chascun
disoit que non tant seulement en la maison d'un pastour ou laboureur,
mais en palais royal ou imprial elle avoit est enseigne et nourrie.
Et fut tant ame, chrie et honnoure de tous ceulx qui de s'enfance la
congnoissoient que  peine povoient croire que elle fust fille du povre
homme Jehannicola.

La belle estoit de si belle vie et bonne et de si doulces paroles que
le courage de toutes personnes elle attrayoit  elle amer, et non
pas tant seulement les subjects du marquis et les voisins, mais des
provinces d'environ; et les barons et dames pour sa bonne renomme la
venoient visiter, et tous se partirent de lui joyeux et consols. Et
ainsi le marquis et Grisilidis vivoient joyeusement ou palais en paix
et en repos,  la grce de Dieu, et dehors  la grce des hommes, et
s'esmerveilloient plusieurs comment si grant vertu estoit repouse en
personne nourrie en si grant povret; et oultre plus icelle marquise
s'entremettoit sagement et diligemment du gouvernement et de ce qui
appartenoit aux dames, et aux commandemens et en la prsence de son
seigneur, de la chose publique sagement et diligemment s'entremettoit.
Mais quant le cas li offroit des dbas et discors des nobles, par ses
doulces paroles, par si bon jugement et si bonne quit les appaisoit,
que tous  une voix disoient que pour le salut de la chose publique
ceste dame leur avoit est envoie par provision clestielle.

Un peu de temps aprs, la marquise Grisilidis fut enainte et puis
se dlivra d'une belle fille, dont le marquis et tous ceux du pays,
combien qu'ils amassent mieulx qu'elle eust eu un fils, toutesfois
ils en eurent grant joye et furent rconforts. Pass le temps, les
jours passrent que la fille du marquis fut sevre. Lors le marquis qui
tant amoit s'espouse pour les grans vertus qu'il voit tous les jours
croistre en elle, pensa de elle esprouver et de la fort tempter. Il
entra en sa chambre monstrant face trouble et ainsi comme courouci
lui dist ces paroles: O tu, Grisilidis, combien que tu soies  prsent
esleve en ceste plaisant fortune, je pense bien que tu n'as pas oubli
ton estat du temps pass, et comment et en quelle manire tu entras en
cestui palais; tu y as est bien honnoure, et es encores de moy chrie
et ame; mais il n'est pas ainsi du courage de mes vassaulx comme tu
cuides, et par espcial depuis que tu eus ligne. Car ils ont grant
desdaing d'estre subjects  dame yssue de petis parens et de basse
ligne, et  moy qui dsire, comme sire, avoir paix avecques eux, me
convient obtemprer aux jugemens et consentir[220] d'aucuns et pas aux
miens, et faire de ta fille telle chose que nulle ne me pourroit estre
plus douloureuse au cuer, laquelle chose je ne vueil pas faire que
tu ne le saches. Si vueil que  ce faire tu t'acordes et prestes ta
franche voulent et ayes patience de ce qui se fera, et telle patience
que tu me promis au commencement de nostre mariage.

Fines les paroles du marquis qui le cuer de la marquise naturelment
devoient transpercier, icelle marquise, sans muer couleur ne monstrer
signe de tristesse,  son seigneur humblement respondi: Tu es mon
seigneur, et moy et ceste petite fille sommes tiennes: de tes choses
fay ce qu'il te plaist! Nulle chose ne te peut plaire qui aussi ne
doie plaire  moy, et ce ay-je si fichi au millieu de mon cuer que
par l'espace d'aucun temps, ne pour mort, il ne sera effac, et toutes
autres choses se pourroient faire avant que j'eusse mu mon courage.
Le marquis lors, oiant la responce de s'espouse, voiant sa constance
et son humilit, eust en son cuer grant joye laquelle il dissimula, et
comme triste et doloureux se parti de s'espouse.

Aucuns jours aprs ce trespasss, le marquis appella un sien subject
loyal et secret ouquel il se fioit plainement, et tout ce qu'il avoit
ordonn estre fait de sa fille le commist au sergent, et l'envoia 
la marquise. Le sergent vint devant sa dame et sagement dist telles
paroles: Madame, je te prie que tu me vueilles pardonner et que tu ne
vueilles imputer  moy ce dont je suis contraint de faire. Tu es sage
dame et scez bien quelle chose est d'estre soubs les seigneurs ausquels
nulles fois, ne par force, ne par engin, l'en ne peut rsister. Madame,
je suis contraint  prendre ceste fille et acomplir ce qui m'est
command. Lors la marquise en son cuer remembrant des paroles que son
seigneur lui avoit dictes, par les paroles du sergent entendi bien
et souspeonna que sa fille devoit mourir. Elle print en elle cuer
vertueux et se reconforta, vainquant nature, pour sa promesse et soy
acquictier et  son seigneur obissance paer. Et sans soupirer, ne
autre douleur monstrer en elle, prist sa fille et longuement la regarda
et doulcement la baisa et si empraint sur elle le signe de la croix;
si la bailla au sergent et luy dist ainsi: Tout ce que monseigneur t'a
command pense de faire et acomplir entirement; mais je te vueil prier
que le tendre corps de ceste pucelle ne soit mengi des oiseaulx ou
des bestes sauvages, se le contraire ne t'est command.

Le sergent se parti de la marquise, emportant sa fille, et secrtement
vint au marquis et lui monstra sa fille, en faisant relation de
ce qu'il avoit trouv la marquise femme de grant courage et sans
contradition obissant  lui. Le marquis considra la grant vertu de sa
femme et regarda sa fille et  lui prist une paternelle compassion, et
la rigueur de son propos il ne voult pas muer, mais commanda au sergent
ouquel il se fioit qu'il envelopast sa fille ainsi qu'il appartenoit 
l'aise d'elle, et la mist en un panier sur une mule souef portant[221],
et sans nulle demeure la portast secrtement  Boulongne la Grasse  sa
seur germaine qui estoit femme du conte de Pruse, et dist  sa dicte
seur que, sur l'amour qu'elle avoit  luy, elle la feist nourrir et
endoctriner en toutes bonnes meurs, et que si secrtement fust nourrie
que son mary le conte ne personne vivant ne le peust jamais savoir.

Lequel sergent tantost et de nuit se parti et porta la fille 
Boulongne la Grasse et fist son messaige bien diligemment, ainsi comme
il lui estoit command. Et la contesse receut sa niepce  trs grant
joie et fist trs sagement tout ce que le marquis son frre luy avoit
mand.

Passe paciemment ceste tempeste trespersant les entrailles de
Grisilidis laquelle fermement et en son cuer tenoit que sa fille fust
morte et occise, le marquis comme s temps passs se trast devers
s'espouse sans lui dire mot de sa fille, et souvent regardoit la face
de la marquise, sa manire et sa contenance, pour appercevoir et
esprouver soubtillement s'il pourroit veoir en son espouse aucun signe
de douleur, mais nulle mutation de courage ne peut en lui comprendre
ne veoir, mais pareille liesse et pareil service, une mesme amour, un
mesme courage; pareille comme devant estoit tousjours la dame envers
son seigneur, nulle tristesse ne dmonstroit, nulle mention ne faisoit
de sa fille, ne en prsence du marquis, ne en son absence.

Et ainsi passrent quatre ans ensemble le marquis et la marquise en
grant amour et menant vie amoureuse et paisible. Et au chief de quatre
ans, la marquise Grisilidis eust un fils de merveilleuse beaut, dont
le marquis eust parfaite joie et ses amis et ses subjects et tous
ceulx du pas. Quant l'enfant fut sevr de sa nourrice et il ot deux
ans, croissant en grant beault, le marquis lors resmeu de nouvel de
sa merveilleuse et prilleuse espreuve, vint  la marquise et lui dit:
Tu scez et oys j pie comment mon peuple estoit trs mal content
de nostre mariage, et par espcial depuis qu'ils virent que en toy
avoit fcondit et portoies enfans. Toutesvoies oncquesmais ne furent
si mal contens mes barons et mon peuple comme ils sont  prsent par
espcial, pour ce que tu as enfant un enfant masle, et dient souvent,
et  mes oreilles ay oy leur murmuracion, disans en remposnes: faisons
Gautier mourir, et le bon homme Jehannicola sera nostre seigneur, et
si noble pays  tel seigneur sera subject! Telles sentences chascun
jour machinent; pour lesquelles paroles et doubtes, je qui dsire vivre
en paix avec mes subjects, et nantmoins pour la trs grant doubte de
mon corps, suis contraint et esmeu de faire et ordonner de cestui
enfant comme je feis de sa seur, laquelle chose je te dis afin que une
soudaine douleur ne doie perturber ton cuer.

O quelles douloureuses admiracions peut avoit ceste dame en son cuer,
en recordant la vilaine mort de sa fille, et que de son seul fils de
l'aage de deux ans la mort pareille estoit dtermine! Qui est cellui,
je ne dy pas femmes qui de leurs natures sont tendres et  leurs enfans
amoureuses, mais le plus fort homme de courage qui se pourroit trouver,
qui de son seul fils telle sentence peust dissimuler? Entendez-cy,
roynes, princesses et marquises et toutes autres femmes, que la dame
 son seigneur respondi et y prenez exemple. Monseigneur, dit-elle,
je t'ay autresfois dit et encores je le rpte, que nulle chose je ne
vueil, ne ne desvueil fors ce que je say qu'il te plaist. De moy et
des enfans tu es seigneur! En tes choses doncques use de ton droit sans
demander mon consentement. Quant je entray premirement en ton palais,
 l'entre je me dvestis de mes povres robes et de ma propre voulent
et affection et vestis les tiennes, pour laquelle cause tout ce que
tu veulx je vueil. Certainement s'il estoit possible que je feusse
enforme de tes penses et vouloirs avant que tu les deisses, quelles
qu'elles feussent je les acompliroie  mon povoir, car il n'est chose
en ce monde, ne parens, ne amis, ne ma propre vie, qui  vostre amour
se puisse comparer.

Le marquis de Saluces oyant la response de sa femme, et en son cuer
merveillant et pensant si grant vertu et constance non pareille et la
vraie amour qu'elle avoit  luy, ne respondi riens, mais ainsi comme
s'il fust troubl de ce que faire se devoit de son fils, s'en ala la
chire basse, et assez tost aprs, ainsi comme autresfois avoit fait,
envoia un sergent loyal secrtement  la marquise. Lequel sergent aprs
maintes excusations et dmonstrant doulcement qu'il estoit ncessaire 
lui de obir  son seigneur, trs humblement et piteusement demandoit
pardon  sa dame se autresfois il lui avoit fait chose qui lui
despleust, et se encores luy convenoit faire, qu'elle luy pardonnast
sa grant cruault, et demanda l'enfant. La dame, sans arrest et sans
nul signe de douleur, prist son beau fils entre ses bras et sans gecter
larmes ne soupirs longuement le regarda, et comme elle avoit fait de
sa fille, elle le signa du signe de la croix et le bneist en baisant
doulcement et le bailla au sergent en disant: Tien, mon amy, fais ce
qui t'est command, d'une chose[222] comme autresfois, ainois je te
prie, se faire se peut, que les tendres membres de cestui enfant tu
vueilles garder de la vexation et dvoration des oyseaulx et des bestes
sauvaiges.

Le sergent print l'enfant et porta secrtement  son seigneur et lui
raconta tout ce qu'il avoit oy de sa dame, dont le marquis trop plus
que devant se merveilla du grant et constant courage de sa femme, et
s'il n'eust bien congneu la grant amour qu'elle avoit  ses enfans,
il peust penser que tel courage ne procdoit pas d'umanit, mais de
cruault bestiale, et veoit bien clrement que icelle espouse n'amoit
riens soubs le ciel par dessus son mary.

Le marquis envoia son fils  Boulongne secrtement  sa seur, par la
manire qu'il avoit fait sa fille. Et sa seur la contesse de Pruse,
selon la voulent son frre le marquis, nourrist sa fille et le fils
si sagement que onques l'on ne peust savoir de qui lesdis enfans
estoient, jusques  tant que le marquis l'ordonna comme cy aprs
apperra.

Bien peust au marquis de Saluces ainsi crueulx et trs rigoreux mary
souffire la preuve non pareille qu'il avoit faicte de sa femme sans
luy plus essaer ne donner autre torment. Mais ils sont aucuns qui en
fait de souspeon, quant ils ont commenc, ne scevent prendre fin ne
appaisier leur courage.

Toutes ces choses passes, le marquis conversant avec la marquise la
regardoit souventesfois pour veoir s'elle monstroit envers luy aucun
semblant des choses trespasses, mais oncques il n'apperceust en elle
mutation ne changement de couraige. De jour en jour la trouvoit joyeuse
et amoureuse et plus obissant, par telle manire que nul ne povoit
appercevoir que en icelles deux personnes eust que un courage, lequel
courage et voulent principalment estoit du mary, car ceste espouse,
comme dit est dessus, ne vouloit pour elle ne par elle aucune propre
affection, mais remettoit tout  la voulent de son seigneur.

Le marquis ainsi amoureusement vivant avec sa femme en grant repos et
en grant joie, sceust qu'il estoit sur ce une renomme, c'est assavoir
que pour ce que le marquis non advisant le grant lignage dont il estoit
yssus, honteux de ce qu'il s'toit conjoint par mariage  la fille
Jehannicola trs povre homme, vergongneux de ce qu'il avoit eu deux
enfans, il les avoit fait mourir et gecter en tel lieu que nuls ne
savoient qu'ils estoient devenus. Et combien qu'ils l'amassent bien par
avant comme leur naturel seigneur, toutesvoies pour ceste cause ils le
prenoient en haine laquelle il sentoit bien. Et nantmoins ne voit-il
fleschir ne amolier son courage rigoreux, mais pensa encores par plus
fort argument et ennuyeuse manire prouver et tempter son espouse, par
prendre autre femme.

Douze ans estoient j passs que la fille avoit est ne; le marquis
manda secrtement  Romme au saint pre le Pape et fist imptrer unes
bulles saintifies par lesquelles la renomme ala  son peuple que le
marquis avoit congi du Pape de Romme que pour la paix et repos de luy
et de ses subjects, son premier mariage dlaiss et dgect, il peust
prendre  mariage lgitime une autre femme. Laquelle chose fust assez
crable au peuple rude qui estoit indign contre son seigneur. Ces
froides nouvelles de ceste bulle, que le marquis devoit prendre une
autre femme, vindrent aux oreilles de Grisilidis fille de Jehannicola,
et se raisonnablement fut trouble en son courage nul n'en doit avoir
merveille. Mais elle qui une fois d'elle mesmes et des siens s'estoit
soubsmise  la voulent de son seigneur, de son fait franchement
dlibre et conseille, prist cuer en soy, et comme toute reconforte
conclut qu'elle attendroit tout ce que cellui ouquel elle s'estoit
toute soubsmise en vouldroit ordonner.

Lors manda et escript  Boulongne le marquis au conte de Pruse et  sa
seur qu'ils lui amenassent ses enfans, sans dire de qui ils estoient,
et sa seur rescript que ainsi le feroit-elle. Ceste venue fust tantost
publie, et fut la renomme de courir par tout le pas qu'il venoit
belle vierge extraicte de grant lignaige qui devoit estre espouse du
marquis de Saluces.

Le conte de Pruse acompaigni de grans chevaliers et de dames se
dparti de Boulongne et amena avecques luy le fils et la fille du
marquis. Et estoit le fils de l'aage de huit ans et la fille de l'aage
de douze ans laquelle estoit trs belle de corps et de visaige et
preste  marier, et estoit pare de riches draps, de vestemens et de
joyaulx, et  certain jour ordonn devoit estre  Saluces.

Entretant que le conte de Pruse et les enfans estoient au chemin,
le marquis de Saluces appella Grisilidis s'espouse en la prsence
d'aucuns de ses barons et lui dist telles paroles: s temps passs,
je me dlictoie assez de ta compaignie par mariage, tes bonnes meurs
considrant et non pas ton lignaige, mais  prsent, si comme je voy,
grant fortune chiet sur moy et suis en un grant servaige, ne il ne
m'est pas consentu que un povre homme laboureur dont tu es venue ait si
grant seigneurie sur mes vassaulx. Mes hommes me contraignent, et le
Pape le consent, que je prengne une autre femme que toy laquelle est ou
chemin et sera tantost icy. Soies doncques de fort courage, Grisilidis,
et laisse ton lieu  l'autre qui vient. Prens ton douaire et appaise
ton couraige. Va-t'en en la maison ton pre; nulle riens qui soit 
l'omme ou  la femme en ce monde ne peut estre perptuel.

Lors respondi Grisilidis et dist ainsi: Monseigneur, je croie bien,
ou au moins le pensoie-je, que entre ta magnificence et ma povret
ne povoit avoir aucune proportion ne tempration, ne oncques je ne
me rputay estre digne d'estre non tant seulement ton espouse, mais
d'estre ta meschine, et en ce palais cy ouquel tu m'as fait porter
et maintenir comme dame, je prens Dieu en tesmoingnage que je me
suis toujours rpute et dmene comme ancelle, et de tout le temps
que j'ay demour avec toy je te rens grces, et de prsent je suis
appareillie de retourner en la maison mon pre en laquelle je useray
ma vieillesse et vueil mourir comme une bieneureuse et honnorable
vefve, qui d'un tel seigneur ay est espouse. Je laisse mon lieu 
Dieu qui vueille que trs bonne vierge viengne en ce lieu ouquel j'ay
trs joyeusement demour, et puisque ainsi te plaist, je, sans mal et
sans rigueur, me pars. Et quant est  mon douaire que tu m'as command
que je doie emporter, quel il est je le voy. Tu scez bien, quant tu
me prins,  l'issue de l'hostel de mon pre Jehannicola, tu me feis
despouillier toute nue et vestir de tes robes avec lesquelles je vins
 toy, ne oncques avecques toy je n'apportay autres biens ou douaire
fors que foy, loyaut, rvrence et povret. Vecy doncques ceste robe
dont je me despouille, et si te restitue l'annel dout tu me espousas;
les autres anneaulx, joyaulx, vestemens et aournemens par lesquels
j'estoie aourne et enrichie sont en ta chambre. Toute nue de la
maison mon pre je yssis, et toute nue je y retourneray, sauf que ce
me sembleroit chose indigne que ce ventre ouquel furent les enfans que
tu as engendrs deust apparoir tout nu devant le peuple, pour quoy,
s'il te plaist et non autrement, je te prie que pour la rcompensation
de ma virginit que je apportay en ton palais et laquelle je n'en
rapporte pas, il te plaise  commander que une chemise me soit laisse,
de laquelle je couvriray le ventre de ta femme, jadis marquise, et que
pour ton honneur je me parte au vespre.

Lors, ne se pot plus le marquis tenir de plourer de la piti qu'il eust
de sa trs loyale espouse. Il tourna sa face et larmoiant commanda
que au vespre une seule chemise luy fust baille. Ainsi fut fait; au
vespre elle se despouilla de tous ses draps et deschaussa et osta les
aournemens de son chief, et de sa seule chemise que son seigneur lui
avoit fait bailler humblement se vesti, et de ce fut contente, et se
parti du palais nus pis, le chief descouvert, acompaigne de barons et
de chevaliers, de dames et de damoiselles qui plouroient et regardoient
ses grans vertus, loyault et merveilleuse bont et patience. Chascun
plouroit, mais elle n'en gecta une seule larme; mais honnestement et
tout simplement, les yeulx baissis, vint vers l'hostel de son pre
Jehannicola, lequel oy le bruit de la venue de si grant compaignie. Et
pour ce que cellui Jehannicola qui estoit vieil et sage avoit tousjours
tenu en son cuer les nopces de sa fille pour souspeonneuses, crant
que quant son seigneur seroit saoul du petit mariage d'une si povre
crature, de lgier, luy qui estoit si grant seigneur, lui donroit
congi, fut adoncques tout effr et soudainement vint  l'uis et vit
que c'estoit sa fille toute nue, et lors prist hastivement la povre et
dessire robe qu'elle avoit pie laisie, et tout larmoyant acourut
 l'encontre de sa fille laquelle il baisa et revesti et couvri de
sa dicte vieille robe. Et quant Grisilidis fut venue sur le seuil de
l'uis de l'hostel de son pre, elle, sans monstrer aucun semblant de
desdaing ne de courroux, se retourna devers les chevaliers, dames et
damoiselles qui l'avoient acompaigne, et de leur compaignie et convoy
les mercia doulcement et humblement, et leur dist et monstra par belles
et doulces paroles que pour Dieu elles ne voulsissent ne dire, ne
penser, ne croire que son seigneur le marquis eust aucunement tort vers
elle, qu'il n'estoit mie ainsi, mais avoit bonne cause de faire tout
ce qu'il luy plaisoit d'elle qui bien estoit tenue de le souffrir et
endurer. Et aussi voient-elles bien que  elle n'en desplaisoit point,
en elles admonestant que, pour l'amour de Dieu, elles voulsissent amer
lalment leurs maris et trs cordieusement et de toute leur puissance
les servir et honnourer, et que plus grant bien et greigneur renomme
ne meilleure louenge ne povoient-elles en la parfin acqurir, et leur
dist adieu. Et ainsi entra en l'hostel de son pre, et les seigneurs
et dames qui l'avoient convoie s'en retournrent plourans et fort
gmissans et souspirans, tellement qu'ils ne povoient regarder l'un
l'autre ne parler l'un  l'autre.

Grisilidis du tout en tout fut contente; oublieuse et nonchalant des
grans aises et des grans richesses qu'elle avoit eues et des grans
services, rvrences et obissances que l'en lui avoit faictes, se
tint avec son pre  petite vie, comme devant, povre d'esperit et en
trs grant humilit vers ses povres amies et anciennes voisines de son
pre, et vesquit de moult humble conversation. Or peut-l'en penser
quelle douleur et desconfort avoit le povre Jehannicola qui estoit en
sa vieillesse voyant sa fille en un si povre et si petit estat comme
elle estoit, aprs si grans et si haultes honneurs et richesses; mais
c'estoit un merveilleux bien de veoir comment bnignement, humblement
et sagement, elle le servoit, et quant elle le voit pensif, comment
sagement elle le reconfortoit, et aprs le mettoit en parole d'autre
matire.

Moult de jours passs comme dist est, le conte de Pruse et sa noble
compaignie approuchrent, et toutes les gens du pas murmuroient des
nopces du marquis. Le conte de Pruse, frre du marquis, envoia
plusieurs chevaliers devant pour certifier  son frre le marquis de
Saluces le jour de sa venue, et qu'il amenoit avec luy la vierge que
le marquis devoit espouser; car en vrit icellui conte de Pruse ne
savoit riens que les enfans que la contesse sa femme avoit nourris
fussent enfans d'icelluy marquis, car celle contesse de Pruse avoit
la chose tenue secrte vers son mary en nourrissant sa niepce et son
nepveu, et par les paroles de la contesse pensoit le conte que ce
fussent enfans d'estrange pas, si comme par leur belle manire les
enfans le monstroient. Et avoit le conte esprance que puis que la
fille seroit marie au marquis, et les nouvelles en iroient par le
monde, l'en saroit tantost qui seroit le pre.

Lors le marquis de Saluces manda querre Grisilidis, et que tantost elle
venist en son palais; laquelle, sans contradiction vint. Et le marquis
lui dist: Grisilidis, la pucelle que je doy espouser sera demain cy au
disner, et pour ce que je dsire qu'elle et le conte mon frre et les
autres seigneurs de leur compaignie soient honnourablement receus, et
en telle manire que  un chascun soit fait honneur selon son estat, et
par espcial pour l'amour de la vierge qui vient  moy, et je n'ay en
mon palais femme ne meschine qui si bien le sache faire  ma voulent
comme toy, (car tu congnois mes meurs et comment l'en doit recevoir
tels gens, et si scez de tout mon palais les chambres, les lieux et les
ordonnances;) pour ce vueil-je que tu n'aies regart ou temps pass et
n'aies honte de ta povre robe, et que nonobstant ton petit habit, tu
preignes la cure de tout mon fait, et tous les officiers de mon hostel
obiront  toy. Grisilidis respondit liement: Monseigneur, non tant
seulement voulentiers, mais de trs bon cuer, tout ce que je pourray 
ton plaisir feray, ne n'en seray jamais lasse ne traveille, et ne m'en
feindray, tant que les reliques de mon povre esperit demourront en mon
corps.

Lors Grisilidis comme une povre ancelle prist les vils instrumens et
les bailla aux mesgnies, et commanda aux uns  nettoier le palais et
aux autres les estables, enorter les officiers et meschines de bien
faire chascun en son endroit la besongne espciale, et elle emprist 
drcier et  ordonner les lits et les chambres, tendre les tappis de
haulte lice et toutes choses de broderie et devises qui appartenoient
aux paremens du palais, comme pour recevoir l'espouse de son seigneur.
Et combien que Grisilidis fust en povre estat et en l'abit d'une povre
ancelle, si sembloit-il bien  tous ceulx qui la voient qu'elle fust
une femme de trs grant honneur et de merveilleuse prudence. Ceste
vertu, ce bien et ceste obissance est assez grant pour toutes les
dames esmerveillier.

L'endemain, heure de tierce, le conte, avecques luy la pucelle et son
frre et toute la compaignie, entrrent en Saluces. Et de la beault
de la vierge et de son frre et de leur belle manire chascun se
esmerveilloit, et aucuns en y eust qui dirent: Gaultier le marquis
change sagement son mariage, car ceste espouse est plus tendre et plus
noble que n'est la fille Jehannicola.

Ainsi entrrent et descendirent au palais  grant joie. Grisilidis
qui  toutes ces choses estoit prsente et qui se dmonstroit toute
reconforte d'un si grant cas  elle si prs touchant, et de sa povre
robe non vergongneuse,  lie face, vint de loing  l'encontre de la
pucelle et de loing humblement la salua  genoulx, disant: Bien soiez
venue, madame, et puis au fils, et puis au conte, et humblement les
salua aussi en disant: Bien viengnez-vous avec ma dame. Et mena chascun
en sa chambre qui estoient richement appareilles. Et quant ils eurent
veu et advis les fais et les manires de Grisilidis,  la parfin tous
se esmerveillrent comment tant de si bonnes meurs povoient estre en si
povre habit.

Grisilidis, aprs ces choses, se trat devers la pucelle et devers
l'enfant, ne de avec eulx ne se povoit partir. Une heure regardoit 
la beault de la fille, et puis du jeune fils la gracieuse manire,
et ne se povoit saouler de les fort louer. L'heure approucha que l'en
devoit aler  la table. Le marquis lors devant tous appella Grisilidis
et  haulte voix lui dist: Que te semble, Grisilidis, de ceste moie
espouse? N'est-elle pas assez belle et honneste? Grisilidis, haultement
et sagement,  genoulx, respondi: Certainement, monseigneur, c'est
la plus belle et la plus honneste  mon gr que je veisse oncques.
Monseigneur, avec ceste pourrez-vous mener joyeuse vie et honneste,
laquelle chose en bonne foy je dsire, mais, monseigneur, je vous vueil
prier et admonester que vous ne vueilliez pas molester ceste nouvelle
espouse d'estranges admonestemens, car, monseigneur, vous povez penser
que ceste est jeune et de grant lieu venue, doulcement nourrie, et ne
les pourroit pas souffrir comme l'autre a souffert, si comme je pense.

Lors le marquis oyant les doulces et sages paroles de Grisilidis et
considrant la bonne chire et grant constance qu'elle monstroit et
avoit tousjours monstr, eust en son cuer une piteuse compassion et
ne se peut plus tenir de monstrer sa voulent, et en la prsence de
tous  haulte voix dist ainsi: O Grisilidis! Grisilidis! je vois et
congnois, et me souffist assez ta vraie foy et loyault; et l'amour
que tu as vers moy, ta constant obdience et vraie humilit sont par
moy esprouves et trs bien congneues et me contraignent de dire que
je croy qu'il n'y a homme dessoubs le ciel qui s'espouse ait tant
esprouve comme j'ay toy. Et lors Grisilidis mua couleur,  tout le
chief enclin[223] par honneste vergongne, pour les grans louenges dont
elle estoit devant tant de peuple loue du marquis son seigneur. Lequel
adoncques larmoyant l'embrassa en la baisant et luy dist: Tu seule es
mon espouse, ne autre espouse jamais je n'aray. Celle que tu pensoies
estre ma nouvelle espouse est ta fille, et cestui enfant est ton fils:
lesquels deux enfans estoient perdus par l'opinion de nos subjects.
Sachent donc tous ceulx qui le contraire pensoient que j'ay voulu
ceste ma loyale espouse curieusement et rigoreusement esprouver, et
non pas pour la contemner ou despire, et ses enfans ay-je fait nourrir
secrtement par ma seur  Boulongne, et non pas occire ne tuer.

La marquise Grisilidis lors oyant les paroles de son mary cheist
devant lui toute pasme  terre, de joie de veoir ses enfans. Elle fut
tantost releve et quant elle fut releve elle prist ses deux enfans et
doulcement les acola et baisa, tellement qu'elle les couvrist tous de
larmes, ne l'en ne les povoit oster d'entre ses bras, dont c'estoit
grant piti  veoir. Les dames et damoiselles joyeusement plourans
prirent leur dame Grisilidis et tantost l'enmenrent en une chambre
et lui dvestirent ses povres robes et vestemens et la revestirent
des autres et la receurent  marquise comme il appartenoit. Lans eut
une telle solemnit et telle joie de ce que les enfans du marquis
estoient retourns  inestimable consolation de la mre, du marquis et
de ses amis et subjects, que par tout le pays la grant joie en fust
respandue, et ce jour ou palais de Saluces eut de piti maintes larmes
respandues, ne ne se povoient saouler de lalment recorder les grans
vertus non pareilles de Grisilidis qui mieulx sembloit estre fille
d'un empereur par contenance, ou de Salemon par prudence, que fille
du povre Jehannicola. La feste fut trop plus grande et plus joyeuse
qu'elle n'avoit est de leurs nopces, et vesquirent depuis ensemble
le marquis et la marquise l'espace de vingt ans en grant amour, paix
et concorde. Et quant est de Jehannicola pre de Grisilidis duquel le
marquis n'avoit fait compte s temps passs pour esprouver sa fille,
icellui marquis le fist translater ou palais de Saluces et l le tint
le marquis  grant honneur tous les jours de sa vie. Sa fille aussi
maria icellui marquis haultement et puissamment, et aussi, quant son
fils fut en aage, il le maria et ot enfans lesquels il vit; et aprs sa
fin gracieuse il laissa son fils hoir et successeur de Saluces,  grant
consolation de tous ses amis et subjects.

Chre seur, ceste histoire fut translate par maistre Franois Ptrac
pote couronn  Romme, non mie pour mouvoir les bonnes dames  avoir
patience s tribulations que leur font leurs maris pour l'amour
d'iceulx maris tant seulement, mais fut translate pour monstrer que
puisque ainsi est que Dieu, l'glise et raison veullent qu'elles soient
obissans, et que leurs maris veullent qu'elles aient tant  souffrir,
et que pour pis eschever il leur est ncessit de eulx soubsmettre du
tout  la voulent de leurs maris et endurer patiemment ce que iceux
maris veulent, et que encores et nantmoins icelles bonnes dames les
doient celer et taire et nonobstant ce les rappaisier, rappeller, et
elles retraire et raprouchier tousjours joyeusement  la grce et
amour d'iceulx maris qui sont mortels, par plus forte raison doivent
hommes et femmes souffrir patiemment les tribulations que Dieu qui est
immortel, ternel et pardurable leur envoie, et nonobstant mortalit
d'amis, perte de biens, d'enfans, ne de lignage, desconfiture par
ennemis, prises, occisions, pertes, feu, tempestes, orage de temps,
ravine d'eaue ou autres tribulations soudaines, tousjours le doit-on
souffrir patiemment et retourner joindre et rappeller amoureusement et
attraiement[224]  l'amour du souverain immortel, ternel et pardurable
seigneur, par l'exemple de ceste povre femme ne en povret, de menues
gens sans honneur et science, qui tant souffri pour son mortel ami.

Et je qui seulement pour vous endoctriner l'ay mise cy, ne l'y ay pas
mise pour l'applicquer  vous, ne pour ce que je vueille de vous telle
obissance, car je n'en suis mie digne, et aussi je ne suis mie marquis
ne ne vous ay prise bergire, ne je ne suis si fol, si oultrecuidi,
ne si jeune de sens, que je ne doie bien savoir que ce n'appartient
pas  moy de vous faire tels assaulx, ne essais ou semblables. Dieu
me gart de vous, par ceste manire ne par autres, soubs couleur de
faulses simulations, vous en essaier! Ne autrement en quelque manire
ne vous vueil-je point essaier, car  moy souffist bien l'espreuve j
faicte par la bonne renomme de vos prdcesseurs et de vous, avecques
ce que je sens et voy  l'ueil et congnois par vraie exprience. Et me
excuse se l'histoire parle de trop grant cruault,  mon advis, plus
que de raison. Et croy que ce ne fust oncques vray, mais l'histoire est
telle et ne la doy pas corriger ne faire autre, car plus sage de moy la
compila et intitula. Et dsire bien que puisque autres l'ont veue, que
aussi vous la vez et sachiez de tout parler comme les autres.

Ainsi, chre seur, comme j'ay dit devant que vous devez estre obissant
 cellui qui sera vostre mary, et que par bonne obissance une
preudefemme acquiert l'amour de son mary, et en la fin a de lui ce
qu'elle dsire: ainsi puis-je dire que par deffault d'obissance, ou
par haultesse se vous l'emprenez, vous destruisez vous et vostre mary
et vostre mesnaige. Et j'en tray  exemple un raconte qui dit ainsi:
Il advint que deux maris eurent contention l'un contre l'autre, c'est
assavoir la femme contre le mary; car chascun d'eulx se disoit estre
le plus sage, le plus noble de ligne et le plus digne, et allgoient
comme fols plusieurs raisons l'un contre l'autre, et si aigrement garda
la femme sa rigueur contre le mary qui au commencement, par aventure,
ne l'avoit pas doctrine doulcement, que pour eschever dommageux
esclandre il convint que amis s'en entremissent. Plusieurs assembles
d'amis en furent faictes, plusieurs reprouches entregects, et nul
remde n'y povoit estre trouv que la femme par son orgueil ne voulsist
avoir ses drois tous esclarcis par poins, et que les obissances et
services que les amis disoient qu'elle devoit faire  son mary lui
fussent mis et escripts par articles d'une part, et autant et autel 
son mary pour elle d'autre part; et  tant devoient demourer ensemble,
se non en amour, ou mains en paix. Ainsi fut fait et demourrent depuis
par aucun temps que la femme gardoit et garda estroitement son droit
par sa cdule contre son mary, ouquel mary, pour pis eschever, il
convenoit avoir ou faindre patience en despit qu'il en eust, car il
avoit pris trop tart  l'amender.

Un jour aloient en plerinage et leur convint passer un foss pardessus
une estroite planche. Le mary passa le premier, puis se retourna et
vist que sa femme estoit paoureuse et n'osoit passer aprs luy; si
doubta le mary que s'elle passoit, la paour mesmes ne la feist cheoir,
et retourna charitablement  elle et la print et tint par la main; et
en la menant du long de la planche, la tenoit, et en parlant  elle
l'asseuroit qu'elle n'eust point paour, et tousjours parloit  elle et
aloit le bons homs  reculons; si chy en l'eaue qui estoit parfonde
et se combatist fort en l'eaue pour eschever le pril de noyer, si
s'arresta et se tint  une vieille planche qui de grant temps pass y
estoit cheute et qui l flotoit, et dist  sa femme que  l'aide de son
bourdon qu'elle portoit, elle tirast la planche au bort de l'eaue pour
lui sauver. Elle luy respondi: Nennil, nennil, dist-elle, je regarderay
premirement en ma cdule s'il y est escript que je le doie faire, et
s'il y est, je le feray: et autrement, non. Elle y regarda, et pour
ce que sa cdule n'en faisoit point mention, elle luy respondi qu'elle
n'en feroit rien, et le laissa et s'en ala. Le mary fut en l'eaue lonc
temps et tant qu'il fut sur le point de morir. Le seigneur du pays et
ses gens passrent par illecques et le virent et le rescouirent qu'il
estoit prs de mort. Ils le feirent chaufer et aisier, et quant la
parole lui fut revenue, l'en lui demanda le cas: il le raconta comme
dessus; le seigneur fist suivir et prendre la femme et la fist ardoir.
Or vez quelle fin son orgueil lui donna, qui par sa grant inobdience
vouloit si estroitement garder sa raison contre son mary.

Et, par Dieu, il n'est pas tousjours saison de dire  son souverain:
Je n'en feray riens, ce n'est pas raison; plus de bien vient d'obir,
et pour ce je tray  exemple la parole de la benoite vierge Marie,
quant l'ange Gabriel luy apporta la nouvelle que nostre Seigneur
s'enumbreroit en elle. Elle ne respondi pas: ce n'est pas raison, je
suis pucelle et vierge, je n'en souffreray rien, je seroie diffame;
mais elle obissamment respondi: _Fiat michi secundum verbum tuum_,
qui vault autant  dire comme: ce qui luy plaist soit fait. Ainsi
elle fut vraie humble et obissant, et par son humilit et obissance
grant bien nous est venu, et par inobdience et orgueil grant mal et
mauvaise conclusion vient, comme il est dit dessus de celle qui fut
arse, et comme on lit en la Bible de ve, par la dsobissance et
orgueil de laquelle elle et toutes celles qui aprs elle sont venues
et vendront, furent et ont est par la bouche de Dieu mauldictes. Car,
si comme dit l'Historieur, pour ce que ve pcha doublement elle eust
deux malditions. Premirement, quand elle s'leva par orgueil et
que elle voult estre semblable  Dieu: pour ce fut-elle abaissie et
humilie en la premire maldition o Dieu dist ainsi: _Multiplicabo
rumnas tuas et sub potestate viri eris, et ipse dominabitur tibi_.
C'est  dire: Je multiplieray tes peines, tu seras soubs la puissance
d'homme, et il aura seignourie sur toy. L'Histoire dit que avant
qu'elle pchast, elle estoit bien aucunement subjecte  homme pour ce
qu'elle avoit est faicte d'homme et de la coste d'icellui, mais icelle
subjection estoit moult doulce et attrempe et naissoit de droicte
obissance et fine[225] voulent, mais aprs ceste maldition, elle fut
de tout en tout subjecte par ncessit et voulsist ou non, et toutes
les autres qui d'elle vindrent et vendront ont eu et auront  souffrir
et obir  ce que leurs maris vouldront faire, et seront tenues de
entriner[226] leurs commandemens. La seconde maldition fut telle:
_Multiplicabo conceptus tuos; in dolore paries filios tuos_. Dist Dieu:
Je multiplieray tes concevemens, c'est  dire: tu concevras plusieurs
enfans en douleur, et en travail enfanteras tes fils. L'Histoire dit
que la maldition ne fut pas pour l'enfant, mais de la douleur que
femmes ont  l'enfanter.

Aussi vez-vous la maldition que nostre Seigneur voult donner pour
la dsobissance[227] de Lucifer. Car jadis Lucifer fut le plus
solemnel ange, et le mieulx am et le plus prouchain de Dieu qui fust
adoncques en paradis, et pour ce estoit-il de tous appell Lucifer,
c'est _quasi lucem ferens_, qui est  dire portant lumire, car au
regart des autres toute clart et toute joie estoit o il venoit pour
ce qu'il reprsentoit et donnoit souvenance d'icellui souverain
Seigneur qui tant l'amoit et dont il venoit et duquel il estoit si
prouchain. Et si tost que icelluy Lucifer laissa humilit et en orgueil
haussa son courage, le mist nostre Seigneur plus loing de luy, car
il le fist trbuchier plus bas que nul autre, c'est assavoir ou plus
parfont d'enfer o il est le plus ort, le pire et le plus meschant des
meschans. Aussi pareillement sachiez que vous serez si prouchaine de
vostre mary que partout o il vendra il portera mmoire, souvenance et
remembrance de vous. Et vous le vez de tous maris, car tantost que
l'en voit le mary, l'en lui demande: comment le fait[228] vostre femme?
Et aussi, quant l'en voit la femme, l'en luy demande: comment le fait
vostre mary? Tant est la femme jointe avecques le mary.

Doncques vez-vous, tant par les jugemens de Dieu mesmes que par les
exemples dessus allgus, que se vous n'estes obissant en toutes
choses grandes et petites  vostre mary qui sera, vous serez plus 
blasmer et punir de vostre dit mary que un autre qui luy dsobiroit,
en tant que vous estes plus prouchaine de lui. Se vous estiez moins
obissant, et vostre chamberire luy feist par amours[229] et service
ou autrement, obissance tellement que en vous dlaissant il convenist
 elle commettre les espciaulx besongnes qu'il vous devroit commettre,
et il ne vous commeist riens et vous laissast derrire, que diroient
vos amis? Que prsumeroit vostre cuer quant il s'en apparcevroit?
Et puis que il auroit tran[230] son plaisir illecques, comment le
pourriez-vous depuis retraire? Certes, il ne serait mie en vostre
puissance.

Et, pour Dieu, gardez-vous que ce meschief n'aviengne, que une seule
fois il prengne autruy service que le vostre. Et doncques vous
soient ses commandemens, mesmement les petis qui de prime face vous
sembleroient estre de nulle valeur ou estranges, tellement attachs
au cuer que de vos plaisirs ne vous chaille fors que des siens, et
gardez que par vostre main et par vous mesmes et en vostre personne
les siens soient achevs; et quant  lui ne  ses affaires qui vous
appartendront, ne souffrez aucun approucher, ne nul n'y mette la main
que vous, et les vostres affaires soient par vous commands et commis 
vos enfans et  vos privs mesgnies qui sont dessoubs vous,  chascun
selon son endroit, et s'ils ne le font, si les en punissez.

Et pour ce que je vous ay dit que vous soiez obissant  vostre mary
qui sera, c'est assavoir plus que  nul autre et pardessus toute
autre crature vivant, peut ceste parole d'obdience estre entendue
et  vous dclaire; c'est assavoir que en tous cas, en tous termes,
en tous lieux et en toutes saisons, vous faictes et acomplissiez
sans redargution tous ses commandemens quelconques. Car sachiez que
puis qu'il soit homme raisonnable et de bon sens naturel, il ne vous
commandera riens sans cause, ne ne vous laissera riens faire contre
raison. Jasoit-ce qu'ils sont aucunes femmes qui pardessus la raison
et sens de leurs maris veulent gloser et esplucher, et encores pour
faire les sages et les maistresses, font-elles plus devant les gens que
autrement, qui est le pis. Car jasoit-ce que je ne vueille mie dire
qu'elles ne doivent tout savoir et que leurs maris ne leur doivent
tout dire, toutesvoies ce doit estre dit et fait  part, et doit
venir du vouloir et de la courtoisie du mary, non mie de l'auctorit,
maistrise et seignourie de la femme qui le doie, par manire de
domination, interroguer devant la gent. Car devant la gent, pour
monstrer son obissance et pour son honneur garder, n'en doit-elle
sonner mot, pour ce qu'il sembleroit  la gent qui ce orroient que le
mary eust accoustum  rendre compte de ses vouloirs  sa femme, ce que
femme ne doit pas vouloir que l'en apparoive, car en tel cas elles se
dmonstreroient comme maistresses et dames, et  elles-mesmes feroient
grant blasme, et grant vilenie  leurs maris.

De rechief, aucunes sont  qui leurs maris commandent faire aucunes
choses qui  elles semblent petites et de petite valeur, et elles
n'ont pas regard  l'encontre de celluy de qui le commandement vient,
ne  l'obissance qu'elles luy doivent, mais  la valeur de la chose
seulement, laquelle valeur elles jugent selon leur sens et non mie
aucunes fois selon la vrit, car elles ne la scevent pas, puisque
l'en ne leur a dicte. Exemple qui peut avenir: Un homme nomm Robert
qui me doit deux cens frans me vient dire adieu et dit qu'il s'en va
oultre mer et me dit telles paroles: Sire, fait-il, je vous doy deux
cens frans lesquels j'ay baillis  ma femme qui ne vous congnoist,
mais je lui ay dit qu'elle les baille  celluy qui lui portera son nom
par escript de ma main, et vez-le-cy. Et  tant se part, et tantost
qu'il s'est party de moy, sans dire le cas, je le commande  garder 
ma femme  qui je me fie, laquelle ma femme le fait lire  un autre,
et quant elle voit que c'est le nom d'une femme, elle en pensant  mal
le gecte ou feu, et par courroux me vient dire qu'elle ne daigneroit
estre ma maquerelle. Cy a belle obissance! Item, je lui bailleray
un festu ou un vis clou ou un caillou qui m'ont est baills pour
aucunes enseignes[231] d'aucuns grans cas, ou un fil ou une vergette
de bois pour mesure d'aucune grosse besongne dont, par oubliance ou
par autre adventure, je ne diray riens  ma femme du cas ne de la
matire, mais je luy bailleray pour garder espcialment; celle n'aura
regard fors  la valeur du fil ou de la vergette et autre compte ne
tendra de mon commandement, en despit de ce que je ne luy auray port
honneur et rvrence de lui dire le cas au long. Et communment telles
femmes rebelles, haultaines et couvertes[232], quant pour monstrer leur
maistrise elles ont tout honni[233], elles cuident, en elles excusant,
faire croire  leurs maris qu'elles cuidoient que ce fust un nant et
pour ce n'ont point fait leur commandement; mais se leurs maris sont
saiges, ils voient bien que c'est par desdaing et despit de ce qu'ils
ne leur avoient pas port telle honneur que de leur dire le cas tantost
et sans dlay, et par aventure ont le commandement en nonchalance par
leur fiert, ne ne leur chault en riens du desplaisir de leurs maris,
mais que[234] seulement elles ayent achoison d'elles excuser et dire:
ce n'estoit riens, mais se ce eust est grant chose, je l'eusse fait.
Et pour tant, ce leur semble, seront excuses, mais il leur semble
mal, car jasoit-ce que lors le mari n'en die rien adonc, toutesvoies
elles perdent tousjours le nom de la vertu d'obissance, et la tache
de la dsobissance demeure long temps aprs dedens le cuer du mary si
attache qu' une autre fois il en souviendra au mary quant la femme
cuidera que la paix soit faicte et que le mary l'ait oubli. Or escheve
donc femme ce dangereux pril, et prengne garde  ce que dit l'apostre
_Ad Hebreos_ XIII: _Obedite_, etc.

Or dit encores cest article que la femme doit obir  son mary et
faire ses commandemens quelconques grans et petis, et mesmes les trs
petis; ne il ne convient point que vostre mary vous die la cause de son
commandement, ne qui le meut, car ce sembleroit un signe de le vouloir
ou non vouloir faire selon ce que la cause vous sembleroit ou bonne ou
autre, ce qui ne doit pas cheoir en vous ne en vostre jugement, car
 lui appartient de le savoir tout seul, et  vous n'appartient pas
de luy demander, se ce n'est aprs,  vous deux seulement et  priv.
Car pardessus son commandement vous ne devez avoir en quelque chose
reculement, reffus, retardement ou dlay, ne pardessus sa deffence
rien faire, corrigier, acroistre, apeticier, eslargir ou estrecier en
quelque manire; car en tout et partout, soit bien, soit mal que vous
ayez fait, vous estes quictes et dlivres en disant: mon mary le m'a
command. Encores, se mal vient par vostre ouvrage, si dit-l'en d'une
femme marie: elle fist bien puis que son mary luy commanda, car en ce
faisant elle fist son devoir. Et ainsi, au pis venir, vous en seriez
non mie seulement excuse, mais bien loue.

Et  ce propos je vous diray une piteuse merveille et que je plain
bien[235]. Je say une femme de trs grant nom en bourgeoisie qui est
marie  une bonne personne, et sont deux bonnes cratures, jeunes
gens paisibles, et qui ont de beaux petis enfans. La femme est blasme
d'avoir receu la compaignie d'un grant seigneur, mais, par Dieu,
quant l'on en parle, les autres femmes et hommes qui scevent le cas,
et mesmement ceux qui hent ce pchi, dient que la femme n'en doit
point estre blasme, car son mary luy commanda. Le cas est tel qu'ils
demeurent en une des plus grans cits de ce royaume. Son mary et
plusieurs autres bourgois furent de par le Roy emprisonns pour une
rbellion que le commun avoit faicte. Chascun jour l'en en coppoit les
testes  trois ou  quatre d'iceulx. Elle et les autres femmes d'iceulx
prisonniers estoient chascun jour devers les seigneurs, plourans et
agenoillans, et les mains joinctes requrans que l'en eust piti et
misricorde et entendist-l'en  la dlivrance de leurs maris. L'un
des seigneurs qui estoit entour le Roy, comme non crmant Dieu ne sa
justice, mais comme cruel et flon tirant, fist dire  icelle bourgoise
que s'elle vouloit faire sa voulent, sans faulte il feroit dlivrer
son mary. Elle ne respondi riens sur ce, mais dist au messaige que
pour l'amour de Dieu il feist par devers ceulx qui gardoient son mary
en la prison qu'elle veist son mary et qu'elle parlast  luy. Et ainsi
fut fait, car elle fut mise en prison avec son mary, et toute plourant
luy dist ce qu'elle voit ou povoit apparcevoir des autres, et aussi
de l'estat de sa dlivrance, et la vilaine requeste que l'en lui avoit
faicte. Son mary luy commanda que comment qu'il fust elle feist tant
qu'il eschappast sans mort, et qu'elle n'y espargnast ne son corps,
ne son honneur, ne autre chose, pour le sauver et rescourre sa vie. A
tant se partirent l'un de l'autre, tous deux plourans. Plusieurs des
autres prisonniers bourgois furent dcapits, son mary fut dlivr. Si
l'excuse-l'en d'un si grant cas que, suppos encores qu'il soit vray,
si n'y a-elle ne pchi ne coulpe, ne n'y commist dlit ne mauvaisti
quant son mary luy commanda, mais le fist, pour sauver son mary,
sagement et comme bonne femme. Mais toutesvoies, je laisse le cas
qui est vilain  raconter et trop grant, (maudit soit le tirant qui
ce fist!) et revien  mon propos que l'en doit obir  son mary, et
laisseray les grans cas et prendray les petis cas d'esbatement.

Par Dieu, je croy que quant deux bonnes preudes gens sont maris,
toutes autres amours sont recules, annichiles et oublies, fors
d'eulx deux, et me semble que quant ils sont prsens et l'un devant
l'autre, ils s'entre-regardent plus que autres, ils s'entre-pincent,
ils s'entre-hurtent, et ne font signe ne ne parlent voulentiers, fors
l'un  l'autre. Et quant ils s'entr'loignent, si pensent-ils l'un
 l'autre, et dient en leur cuer: quant je le verray, je luy feray
ainsi, je luy diray ainsi, je le prieray de tel chose. Et tous leurs
plaisirs espciaulx, leurs principaulx dsirs et leurs parfaictes joies
sont de faire les plaisirs et obissances l'un de l'autre, et s'ils
s'entre-aiment, il ne leur chault de obissance ne de rvrence, fors
le commun qui est trop petite entre plusieurs.

Et  ce propos de jeux et esbatemens entre les maris et les femmes,
par Dieu, j'ay ouy dire au bailli de Tournay[236] qu'il a est en
plusieurs compaignies et disners avecques hommes qui estoient de long
temps maris, et avecques iceulx a fait plusieurs bourgages[237] et
gaigeures de paer le disner qu'ils auroient fait et plusieurs escos et
disners  paer sur condition que d'illecques tous les compaignons de
l'escot iroient ensemble en l'hostel de tous iceulx maris, l'un aprs
l'autre, et celluy de l'assemble qui aroit femme si obissant qu'il
la peust arrangement et sans faillir faire compter jusques  quatre,
sans arrest, contradition, mocquerie ou rplication, seroit quicte de
l'escot, et cellui ou ceulx de qui les femmes seroient rebelles et
rpliqueroient, mocqueroient ou desdiroient, icelluy escot rendroient,
ou chascun autant. Et quant ainsi estoit accord, l'en aloit adoncques
par droit esbatement et par droit jeu en l'hostel Robin qui appelloit
Marie sa femme qui bien faisoit la gorgue[238], et devant tous le mary
luy disoit: Marie, dictes aprs moy ce que je diray. Voulentiers,
sire.--Marie dictes: empreu[239],--empreu--et deux--et deux--et
trois... Adonc, Marie un peu firement disoit: et sept, et douze, et
quatorze! Esgar[240]! vous mocquez-vous de moy? Ainsi le mary Marie
perdoit. Aprs ce, l'en aloit en l'hostel Jehan qui appelloit Agnesot
sa femme qui bien savoit faire la dame, et luy disoit: dictes aprs moy
ce que je diray--Empreu.--Agnesot disoit par desdain: et deux. Adonc
perdoit. Tassin disoit  dame Tassine: Empreu.--Tassine par orgueil
disoit en hault: C'est de nouvel! Ou disoit: Je ne suis mie enfant pour
aprendre  compter. Ou disoit: or , de par Dieu, esgar, estes-vous
devenu mnestrier? Et les semblables. Et ainsi perdoit; et tous ceulx
qui avoient espouses les jeunes bien aprises et bien endoctrines
gaignoient et estoient joyeux.

Regardez mesmes que Dieu qui est sage sur toute sagesse fist pour
ce que Adam, dsobissant et mesprisant le commandement de Dieu ou
deffense, menga la pomme (qui estoit peu de chose  luy que une pomme),
et comment il en fut courrouci; il ne se courroua pas pour la pomme,
mais pour la dsobissance et le petit compte qu'il tenoit de luy.
Regardez comment il ama la vierge Marie pour son obissance. Regardez
des obissances et fais d'Abraham, dont il est parl cy dessus  deux
feuillets prs, qui par simple mandement fist si grans et terribles
choses sans demander la cause. Regardez de Grisilidis, quels fais elle
supporta et endura en son cuer sans demander cause pour quoy, et si
n'y povoit estre apparceu ne considr cause aucune, ne couleur de
cause, proufit  venir, ne ncessit de faire, fors que seule voulent
terrible et espoventable, et si n'en demandoit ne n'en disoit mot, et
dont elle acquist telle louenge que maintenant que sommes cinq cens ans
aprs sa mort, il est lecture de son bien.

Et n'est mie maintenant commencement de faire doctrine de l'obissance
des femmes envers leurs maris. Il est trouv en Genesy, ou XXIXe
chappitre, que Loth et sa femme se partirent d'une cit; Loth deffendit
 sa femme qu'elle ne regardast point derrire ly. Elle s'en tint une
pice, et aprs mesprisa le commandement et y regarda. Incontinent,
Dieu la converti en une pierre de sel, et la demoura, et encores est
telle et sera. C'est propre texte de la Bible et le nous convient
croire par ncessit, ou autrement nous ne serions pas bons chrestiens.
Or vez-vous, se Dieu essayoit adoncques ses amis et ses serviteurs en
bien petites choses, comme pour une pomme l'un, pour regarder derrire
luy l'autre, aussi n'est-ce pas merveille se les maris qui par leur
bont ont mis tout leur cuer, toutes leurs joies et esbatemens en leurs
femmes et arrire mises toutes autres amours, preignent plaisir en leur
obissance, et par amoureux esbatement et  autruy non nuisibles les
essayer.

Et pour ce, en reprenant ce que dessus, comment les maris essaient
l'obissance des femmes, jasoit-ce que ce ne soit que jeu, toutesvoies
 tous qui estoient dsobis et qui par ce perdoient, le cuer leur
douloit de la mocquerie et de la perte, et quelque semblant qu'ils
en feissent, ils en estoient tous honteux et moins amoureux de leurs
femmes qui leur estoient peu humbles, craintives et obissans, ce
qu'elles ne devoient pas estre en tant soit petite chose, toutesvoies
s'il n'y avoit grant cause, laquelle cause elle luy devroit dire en
secret et  part. Et sont aucunes fois les jeunes et fols maris si
meschans que sans raison que par petites et inutiles achoisons[241]
dont les commencemens sont venus par jeu et de nant, et par
continuelles dsobissances de leurs preudefemmes, ils amassent et
amoncellent un secret et couvert courroux en leurs cuers dont pis
vient  tous les deux, et aucunes fois se acointent de meschans et
deshonnestes femmes qui les obissent en toutes choses et honnorent
plus qu'ils ne sont honnors de leurs preudefemmes; adonc, iceulx
maris comme fols se assotent[242] d'icelles mchans femmes qui
scevent garder leur paix et iceulx honnorer et obir  tous propos et
faire leurs plaisirs. Car, ne doubtez, il n'est nul si meschant mary
qui ne vueille estre oby et esjoy de sa femme, et quant les maris
se treuvent mieulx obis autre part que devant n'estoient en leurs
hostels, si laissent comme fols  nonchalance[243] leurs espouses
pour les haultesses et dsobissances d'icelles, lesquelles en sont
depuis courrouces aprs, quant icelles maries voient que en toutes
compaignies elles ne sont mie si honnoures comme celles qui sont
accompaignies de leurs maris qui[244] j, comme fols, sont si fort
par le cuer enlassis que l'en ne les peut descharner[245]. Et l'en ne
peut mie si lgirement reprendre son oisel quant il est eschapp de la
cage comme de garder qu'il ne s'envole: aussi ne pevent-elles retraire
les cuers de leurs maris, quant iceulx maris ont essay et trouv
meilleure obissance ailleurs, et icelles en donnent  leurs maris la
coulpe qui est  elles mesmes.

Chre seur, vous vez que comme il est dit des hommes et femmes, l'en
peut dire des bestes sauvaiges, et encores non mie seulement des bestes
sauvaiges, mais des bestes qui ont acoustum  ravir et  dvorer,
comme ours, loups et lyons: car icelles bestes aprivoise-l'en et
attrait-l'en par leur faire leurs plaisirs, et vont aprs et suivent
ceulx qui les servent, acompaignent et aiment; et fait-l'en les ours
chevauchier, les singes et autres bestes saillir, dancer, tumber et
obir  tout ce que le maistre veult; et aussi par ceste raison vous
puis-je monstrer que vostre mary vous chrira, aimera et gardera se
vous pensez  luy faire le sien plaisir. Et pour ce que j'ay dit, et
j'ay dit voir, que les bestes ravissables sont apprivoises etc., je
dy par le contraire, et vous le trouverez, que non mie seulement vos
maris, mais vos pres et mres, vos seurs, vous estrangeront se vous
leur estes farouche et ne leur soiez dbonnaire et obissant.

Or savez-vous bien que vostre principal manoir, vostre principal labour
et amour et vostre principal compaignie est de vostre mary, pour
l'amour et compaignie duquel vous estes riche et honnore, et se il se
desfuit, retrait ou eslonge de vous par vostre inobdience ou autre
quelque cause que ce soit,  tort ou  droit, vous demourrez seule et
desparie, et si vous en sera donn le blasme et en serez moins prise,
et se une seule fois il ait ce mal de vous,  paine le pourriez-vous
jamais rappaisier que la tache du maltalent ne luy demeure en son
cuer pourtraicte et escripte tellement que jasoit-ce qu'il n'en
monstre rien, ne ne die, elle ne pourra estre de long temps plane ou
effacie. Et se la seconde dsobissance revient, gardez-vous de la
vengence de laquelle il sera parl cy aprs en ce mesmes chappitre
et article, ou  _Mais encores_ etc.[246] Et pour ce, je vous prie,
aimez, servez et obissez vos maris, mesmes s trs petites choses
d'esbatement, car aucunes fois essaie-l'en en trs petites choses, bien
petites, d'esbatement, et qui semblent de nulle valeur pour ce que la
dsobissance d'icelles porte petit dommaige, pour essayer, et par
ce scet-l'en comment l'en se doit attendre d'estre oby s grans ou
dsoby; voire mesmement s choses bien estranges et sauvaiges et dont
vostre mary vous fera commandement soit par jeu ou  certes, si di-je
que vous devez incontinent obir.

Et  ce propos je tray un raconte qui dit: Trois abbs et trois maris
estoient en une compaignie, et entre eulx mut une question en disant
lesquels estoient plus obissans, ou les femmes  leurs maris, ou les
religieux  leur abb; et sur ce eurent moult de paroles, d'argumens
et exemples raconts d'une part et d'autre. Se les exemples estoient
vrais, je ne say: mais en conclusion ils demourrent contraires et
ordonnrent que une preuve s'en feroit loyaument, et secrtement
jure entre eulx par foy et par serement, c'est assavoir que chascun
des abbs commanderoit  chascun de ses moines que sans le sceu des
autres il laissast la nuit sa chambre ouverte et unes verges soubs son
chevet, en attendant la discipline que son abb luy vouldroit donner;
et chascun des maris commanderoit secrtement  sa femme,  leur
couchier, et sans ce que aucun de leur mesgnie en sceussent rien, ne
aucun fors eulx deux, qu'elle meist et laissast toute nuit un balay
derrire l'uis de leur chambre; et dedens huit jours rassembleroient
illecques les abbs et les maris, et jureroient lors d'avoir excut
leur essay et de rapporter justement et loyaument, sans fraude, ce
qui en seroit ensuivi; et ceulx ou des abbs ou des maris  qui l'en
auroit moins oby paieroient un escot de dix frans. Ainsi fut acord
et excut. Le rapport de chascun des abbs fut tel que, sur l'me
d'eulx, ils et chascun d'eulx avoient fait le commandement  chascun
de leurs moines, et  mienuit chascun avoit reviset chascune chambre
et avoient trouv leur commandement acompli. Les maris firent aprs
leur rappors l'un aprs l'autre. Le premier dit qu'il fist, avant
couchier, secrtement le commandement  sa femme qui luy demanda moult
fort  quoy c'estoit bon et que ce vauldroit. Il ne le voult dire.
Elle refusoit adonc  le faire, et il adonc fist semblant de soy
courroucier, et pour ce elle luy promist qu'elle le feroit. Le soir ils
se couchrent et envoirent leurs gens qui emportrent la clart[247].
Il fist adoncques lever sa femme et oy bien qu'elle mist le balay.
Il lui en sceut bon gr et s'endormi un petit, et tantost aprs se
resveilla et senti bien que sa femme dormoit; si se leva tout bellement
et ala  l'uis et ne trouva point de balay, et se recoucha secrtement
et esveilla sa femme et lui demanda se le balay estoit derrire l'uis;
elle luy dist: oil. Il dit que non estoit et qu'il y avoit est. Et
lors elle luy dit: par Dieu, pour[248] perdre la meilleur robe que
j'aye, je ne l'y eusse laissi, car quant vous fustes endormy, les
cheveulx me commencrent  hrisser, et commenay  tressuer et n'eusse
peu dormir tant qu'il eust est en ceste chambre; si l'ay gect en
la rue par les fenestres. L'autre dit que depuis ce qu'ils estoient
couchis il avoit fait relever sa femme, et en grant desplaisance
elle toute courrouce avoit mis le balay derrire l'uis, mais elle
s'estoit revestue incontinent, et parti de la chambre en disant
qu'elle ne coucheroit j en chambre o il fust, et que voirement ils
pussent les ennemis d'enfer venir; et ala couchier toute vestue avec
sa chamberire. L'autre dit que sa femme lui avoit respondu qu'elle
n'estoit venue ne yssue d'enchanteurs ne de sorciers, et qu'elle ne
savoit jouer des basteaulx[249] de nuit, ne des balais[250], et pour
mourir elle ne le feroit, ne ne consentiroit, ne jamais en l'hostel ne
gerroit s'il estoit fait.

Ainsi les moines furent obissans en plus grant chose et  leur abb
qui est plus estrange: mais c'est raison, car ils sont hommes; et les
femmes maries furent moins obissans et en mendre chose et  leurs
propres maris qui leur doivent estre plus espciaulx, car c'est leur
nature, car elles sont femmes; et par elles perdirent leurs maris dix
frans et furent dceus de leur oultrageuse vantance, qui se estoient
vants de l'obissance de leurs femmes. Mais je vous pry, belle seur,
ne soiez pas de celles, mais plus obissant  vostre mary qui sera,
et en petite choses, et en estranges, soit  certes, par jeu, par
esbatement, ou autrement: car tout est bon.

Par Dieu, je veis  Meleun[251] une chose aussi bien estrange, un
jour que le sire d'Andresel estoit capitaine de la ville; car en
plusieurs lieux les Anglois estoient logis  l'environ: les Navarrois
estoient logis dedens le chastel. Et un aprs-disner le dit sire
d'Andresel[252] estoit  la porte et luy ennuyoit et se dmenoit
qu'il ne savoit o aler esbatre pour passer le jour; un escuier luy
dit: Sire, voulez-vous aler veoir une damoiselle demourant en ceste
ville qui fait quanque son mary luy commande? Le sire d'Andresel
lui respondi: oyl, alons. Lors il se prirent  aler, et en alant
fut monstr au sire d'Andresel un escuier duquel l'en luy dit que
c'estoit le mary d'icelle demoiselle. Le sire d'Andresel l'appella et
lui demanda se sa femme faisoit ce qu'il lui commandoit. Et icellui
escuier luy dit: par Dieu, Sire, oy, s'il n'y a villenie grant. Et
le sire d'Andresel luy dit: Je mettray  vous pour un disner, que je
vous conseilleray  luy faire faire telle chose o il n'y aura point
de villenie et si ne le fera pas. L'escuier respondi: Certes, Sire,
elle le feroit et gaigneroie; et par autres plusieurs manires puis-je
gaignier plus honnourablement avecques vous, et par ceste aray-je plus
d'onneur  perdre et paer le disner; si vous prie que vous gaigez
qu'elle le fera et je gaigerai que non. Le sire d'Andresel dit: Je
vous commande que vous gaigiez ainsi que j'ay dit. Adonc l'escuier
obist et accepta la gaigeure. Le sire d'Andresel vouloit estre prsent
et tous ceulx qui l estoient; l'escuier dist qu'il le vouloit bien.
Adoncques le sire d'Andresel qui tenoit un baston lui dit: Je vueil que
si tost que nous serons arrivs, et sans dire autre chose, que devant
nous tous vous direz  vostre femme qu'elle saille pardessus ce baston
devant nous trestous, et que ce soit fait sans froncier ou guigner ou
faire aucun signe. Ainsi fut fait, car tous entrrent en l'hostel de
l'escuier ensemble. Et incontinent la damoiselle leur vint au devant.
L'escuier mist et tint  terre le baston et dit: Damoiselle, saillez
par cy dessus! Elle saillit tantost. Il lui dist: Resaillez! Elle
resaillit encores. Saillez! Elle sailli trois fois sans dire un seul
mot fors que voulentiers. Le sire d'Andresel fut tout esbahi et dit
qu'il devoit et paieroit le disner l'endemain en son hostel d'Andresel.
Et tantost se partirent tous pour aler l; et tantost qu'il fut entr
en la porte d'Andresel, la dame d'Andresel vint au devant et s'enclina.
Tantost que le sire d'Andresel fut descendu, il qui tenoit encores
le baston pardessus lequel la damoiselle avoit sailli  Meleun, mist
icellui baston  terre et cuida pardessus icelluy faire saillir la dame
d'Andresel qui de ce faire fut refusant; dont le sire d'Andresel fut
parfaictement courrouci. Et du surplus je me tais, et pour cause: mais
tant en puis-je bien dire, et le say bien, que s'elle eust acompli le
commandement de son mary, lequel il faisoit plus pour jeu et pour essay
que pour prouffit, elle eust mieulx gard son honneur et mieux lui en
eust pris; mais  aucunes ne vient pas tousjours bien et  aucunes si
fait.

Et encores  ce propos je puis bien dire une chose bien aussi estrange,
que une fois, s jours d'est, je venoie de devers Chaumont en Bassigny
 Paris, et  une heure de vespres me arrestay pour logier en la ville
de Bar sur Aube. Plusieurs des jeunes hommes de la ville maris en
icelle, desquels aucuns avoient  moy aucune congnoissance, vindrent
 moy prier de soupper avecques eulx, si comme ils disoient, et
disoient leur cas estre tel: ils estoient plusieurs hommes jeunes et
assez nouvellement maris et  jeunes femmes, et s'estoient trouvs en
une compaignie sans autres gens sages, si avoient enquis de l'estat
l'un de l'autre et trouvrent par les dis d'un chascun que chascun
d'eulx cuidoit avoit la meilleur et la plus obissant femme de toutes
obissances, commandemens et dfenses, petites ou grans. Si avoient
pour ce prins complot, si comme ils disoient, d'aler tous ensemble en
chascun hostel de chascun d'eulx, et l le seigneur demanderoit  sa
femme une esguille, ou une espingle, ou unes forcettes[253], ou la
clef de leur coffre, ou aucune chose semblable; et se la femme disoit:
_ quoy faire?_ ou: _qu'en ferez-vous?_ ou: _est-ce  certes?_ ou:
_vous mocquez-vous de moy?_ ou: _je n'en ay point_, ou elle ait autre
rplication ou retardement, le mary paieroit un franc pour le soupper;
et se sans rdargution ou dlaier elle bailloit tantost  son mary ce
qu'il demandoit, le mary estoit tenus pour bien eureux d'avoir si saige
femme et obissant, et pour sage homme de la maintenir et garder en
icelle obissance et estoit assis au plus hault et ne paieroit riens.

Et jasoit-ce qu'ils soient aucunes femmes qui  telles menues
estranges choses ne se sauroient ou daigneroient flchir, mais les
desdaigneroient et mespriseroient et tous ceulx et celles qui ainsi en
useroient, toutesvoies, belle seur, povez-vous bien savoir qu'il est
ncessit que d'aucune chose nature se resjosse; mesmes les povres,
les impotens, les maladifs ou enlangours et ceulx qui sont au lit
de la mort preignent et quirent plaisir et joye, et par plus forte
raison les sains. Des uns tout leur dduit est de chasser ou vouler:
des autres de jouer d'instrumens: des autres noer[254], ou dancer, ou
chanter, ou jouster: chascun selon sa condition prent son plaisir;
mesmes le vostre qurez-vous diversement en quelques choses diverses;
doncques, se vostre mary qui sera a telle imagination qu'il vueille
prendre son plaisir ou en vostre service ou en vostre obissance telle
que dessus, si l'en servez et saoulez, et sachiez que Dieu vous aura
fait plus grant grce que vostre mary prengne plaisir plus en vous
que en une autre chose; car se vous estes la clef de son plaisir, il
vous servira, suivra et aimera pour ce, et s'il a plaisir  autre
chose, il la suivra et serez derrire. Si vous conseille et admonneste
de faire son plaisir en trs petites choses et trs estranges et en
toutes, et se ainsi le faictes-vous, ses enfans et vous mesmes serez
son mnestrier et ses joyes et plaisirs, et ne prendra pas ses joyes
ailleurs, et sera un grant bien et une grant paix et honneur pour vous.

Et s'il advient que d'aucune besongne il n'ait point souvenu  vostre
mary quant il s'est parti de vous, et pour ce ne vous en ait parl,
ne command, ne deffendu, toutesvoies devez-vous faire  son plaisir,
quelque plaisir que vous ayez autre, et devez dlaisser vostre plaisir
et mettre derrire et tousjours son plaisir mettre devant; mais se la
besongne estoit pesant et de telle attendue que vous peussiez luy faire
savoir, rescrivez luy comment vous crez que sa voulent soit de faire
ainsi etc. et pour ce vous aiez vouloir de faire  son plaisir, mais
pour ce que en ce faisant tel inconvnient s'en peut ensuir, et telle
perte et tel dommage aussi, et qu'il vous semble qu'il seroit mieulx et
plus honnourable ainsi et ainsi etc., laquelle chose vous n'osez faire
sans son congi, qu'il lui plaise vous mander son vouloir sur ce, et
son mandement vous acomplirez de trs bon cuer, de tout vostre povoir
etc.

Toutes ne font pas ainsi, dont il leur mesvient  la fin, et puis
quant elles sont moins prises et elles voient les bonnes obissans
qui sont bieneures, acompaignes et aimes de leurs maris, icelles
meschans qui ne sont ainsi en guerroient sus  fortune et dient que ce
a fait fortune qui leur a couru sus, et la mauvaisti de leurs maris
qui ne se fient mie tant en elles; mais elles mentent, ce n'a pas fait
fortune: ce a fait leur inobdience et irrvrence qu'elles ont envers
leurs maris qui aprs ce qu'ils ont moult de fois dfailly vers elles
qui leur ont dsoby et irrvr, ne s'y osent plus fier, et ont quis
iceulx maris et trouv obissance ailleurs o ils se fient.

Et me souvient, par Dieu, que je vis une de vos cousines qui bien aime
vous et moy, et si fait son mary, et vint  moy disant ainsi: Cousin,
nous avons telle besongne  faire, et me semble qu'elle seroit bien
faicte ainsi et ainsi, et me plairoit bien; que vous en semble? Et
je luy dis: Le premier point est de savoir le conseil de vostre mary
et son plaisir; luy en avez-vous point parl? Et elle me respondi:
par Dieu, cousin, nennil; car par divers moyens et estranges parlers,
j'ay sentu qu'il vouldroit ainsi et ainsi, et non pas comme je dy,
et j'aroie trop chier de la faire comme j'ay dit. Et vous savez,
cousin, qu'il est maindre blasme de faire aucune chose sans le congi
de son souverain que aprs sa deffense, et je suis certaine qu'il
le me deffendroit et suis certaine qu'il vous aime et tient bonne
personne, et se j'avoie ainsi fait comme je dy, par vostre conseil,
quelque chose qu'il en advenist, puis que je me excuseroie de vostre
conseil, il seroit de lgier appaisi, tant vous aime. Et je luy dis:
puis qu'il m'aime, je le doy amer et faire son plaisir, et pour ce
je vous conseille que vous ouvrez selon son plaisir et mettez lei
vostre plaisir au nant. Et autre chose ne peut avoir et s'en parti
toute courrouce de ce que je ne lui aidie  achever sa voulent qui
estoit toute contraire  la voulent de son mary; et du courroux de
son mary ne luy chaloit puis qu'elle eust est oye  dire: _Vous ne
le m'avez point autrement command etc. vostre cousin le me conseilla
ainsi  faire_. Or vez-vous son courage et comment la femme est bien
entalente de faire un grant plaisir  son mary et quelle obissance
elle luy donne!

Chre seur, aucunes autres femmes sont, qui quant elles ont dsir de
faire une chose en une manire, mais icelle doubte que son mary ne le
vueille pas ainsi, si n'en dure ou pose, et frtille et frmie, et
quant elle apperoit que son mary et elle sont  seul et parlent de
leurs besongnes, affaires et esbatemens, et la femme par aucuns parlers
prouchains  aucune matire enquiert soubtillement et sent de icelle
besongne que son mary entend  faire et poursuivre par autre voie
qu'elle ne voulsist, adonc la femme met son mary en autre propos, afin
que d'icelluy il ne luy die mie oultrement: _de celle besongne faictes
ainsi_; et cautement se passe et met son mary en autres termes et
concluent sur autre besongne loingtaine  celle. Et tantost que icelle
femme voit son point, elle fait faire icelle premire besongne  son
plaisir et ne luy chault du plaisir de son mary duquel elle ne tient
compte et s'atend  soy excuser pour dire: _vous ne m'en avez riens
dit_, car  elle ne chault du courroux ne du desplaisir de son mary,
mais que le sien passe et que sa voulent soit faicte. Et me semble
que c'est mal fait d'ainsi barater, dcevoir et essaier son mary; mais
plusieurs sont, qui tels essais et plusieurs autres font, dont c'est
mal fait, car l'on doit tousjours tendre  faire le plaisir de son
mary quant il est sage et raisonnable; et quant l'en essaie son mary
couvertement et cautement, soubs couverture malicieuse et estrange,
suppos que ce soit pour mieux exploictier, si est-ce mal fait, car
avec son mary l'en ne doit mie besongnier par aguet ou malice, mais
plainement et rondement, cuer  cuer.

Mais encores est-ce pis quant la femme a mary preudomme et dbonnaire
et elle le laisse pour esprance d'avoir pardon ou excusation de mal
faire, si comme il est trouv ou livre des Sept Sages de Romme[255] que
en la cit avoit un sage vefve, ancien de grant aage, et moult riche
de terre et de bonne renomme qui jadis avoit eu deux femmes espouses
qui estoient trespasses. Ses amis lui dirent que encores il prist
femme. Il leur dist que ils la luy quissent et que il la prendroit
voulentiers. Ils la luy quirent belle et jeune et advenant de corps,
car  peine verrez-vous j si vieil homme qui ne prengne voulentiers
jeune femme. Il ot espous: la dame fut avecques lui un an que point
ne luy feist ce que vous savez. Or avoit icelle dame une mre; un jour
elle estoit au moustier emprs sa mre, si luy dist tout bas qu'elle
n'avoit nul soulas de son seigneur et pour ce elle vouloit amer. Fille,
dist la mre, se tu le faisoies, il t'en mesprendroit trop asprement,
car certes il n'est nulle si grant vengence que de vieil homme, et
pour ce, se tu me crois, ce ne feras-tu mie, car tu ne pourroies jamais
rapaisier ton mary. La fille respondi que si feroit. La mre luy dist:
quant autrement ne peut estre, je vueil que tu essaies, avant, ton
mary. Voulentiers, dist la fille, je le essaieray ainsi: il a en son
vergier une ante[256] qui est tant belle et qu'il aime plus que tous
autres arbres, je la coupperay: si verray se je le pourray rapaisier. A
cest accord demourrent et  tant se partirent hors du moustier.

La jeune dame s'en vint  son hostel et trouva que son seigneur estoit
al esbatre aux champs. Si prent une coigne, vient  l'ante, et y
commence  frir  dextre et  snestre tant qu'elle la couppa, et
la fist trononner par un varlet et apporter au feu. Et ainsi que
celluy l'apportoit, le seigneur entra en son hostel et voit celluy
qui apportoit les tronons de l'ante en sa main; le seigneur demanda:
dont vient ceste buche? La dame luy respondi: Je viens oresendroit du
moustier et l'en me dist que vous estiez als aux champs: si doubtay,
pour ce qu'il avoit pleu, que vous ne retournissiez moulli et que
vous eussiez froit, si alay en ce vergier et couppay ceste ante: car
cans n'avoit point de buche. Dame, dit le seigneur, c'est ma bonne
ante! Certes, sire, fait la dame, je ne say. Le seigneur s'en vint en
son vergier et vit la souche de l'ante qu'il amoit tant, si fut iris
assez plus que il ne monstroit le semblant et s'en revint et treuve
la dame qui de l'ante faisoit le feu et sembloit qu'elle le feist en
bonne pense pour luy chauffer. Quant le seigneur fust venus, si dist
tels mots: Ores, dame, ce est ma bonne ante que vous avez couppe!
Sire, dit la dame, je ne m'en prins garde, car certes je le fis pour
ce que je savoie bien que vous venriez tout moulli et tout empluy,
si doubtay que vous n'eussiez froit et que le froit ne vous feist mal.
Dame, dit le seigneur, je lairay ce ester[257] pour ce que vous dictes
que vous le feistes pour moy.

L'endemain la dame revint au moustier et trouva sa mre  laquelle
dit: J'ay mon seigneur essay et coupp l'ante, mais il ne me fist
nul semblant qu'il fust moult iris et pour ce sachiez, mre, que
j'aimeray.--Non feras, belle fille, dit la mre, laisse ester.--Certes,
dist la fille, si feray; je ne m'en pourroie plus tenir.--Belle fille,
dist la mre, puis qu'ainsi est que tu dis que tu ne t'en pourroies
tenir, essaie donc encores ton mary. Dist la fille: voulentiers, je
l'essaieray encores ainsi: il a une levrire que il aime  merveilles,
ne il n'en prendroit nul denier, tant est bonne, ne ne souffreroit pas
que nul de ses varls la chassast hors du feu, ne que nul luy donnast 
mengier sinon luy: et je la tueray devant luy.

A tant s'en dpartirent. La fille s'en revint en son hostel; il fut
tart et fit froit, le feu fut beau et cler et les lis furent bien pars
et couvers de belles coustes-pointes[258] et de tapis, et la dame fut
vestue d'une pelice toute neufve. Le seigneur vint des champs. La dame
se leva encontre luy; si luy osta le mantel et puis luy voult oster les
esperons, mais le seigneur ne le voult pas souffrir, ains les fit oster
 un de ses varls; moult s'offry la dame  luy servir: elle court,
si luy apporte un mantel de deux draps[259] et si luy met sur les
espaules et appareille une chaire[260] et met un quarrel[261] dessus,
et le fait seoir au feu et luy dit ainsi: Sire, certainement vous estes
tout ple de froit, chauffez-vous et aisiez trs bien! Ainsi qu'elle ot
ce dit, si se assit emprs luy et plus bas que luy sur une selle[262]
et estendi la robe[263] de sa pelice, regardant tousjours son mary.
Quant la levrire vit le beau feu, elle vint par sa msaventure, si
se couche tantost sur le pan de la robe et de la pelice de la dame,
et la dame advise emprs elle un varlet qui avoit un grant coustel,
si le sache et en fiert parmy le corps d'icelle levrire qui commena
illecques  pestiller[264] et mourut devant le mary. Dame, fait-il,
comment avez-vous est si ose comme de tuer, en ma prsence, ma
levrire que j'amoie tant?--Sire, fait la dame, ne vez-vous chascun
jour comme il nous attournent? Il ne sera nuls deux jours qu'il ne
conviengne faire bue[265] cans pour vos chiens! Or regardez de ma
pelice que je n'avoie onquesmais vestue, quelle elle est attourne!
Cuidiez-vous que je n'en soye irie? L'ancien sage respondi: Par Dieu!
c'est mal fait et vous en say trs mauvais gr, mais maintenant je
n'en parleray plus. La dame dit: Sire, vous povez faire de moy vostre
plaisir, car je suis vostre et si sachiez bien que je me repens de ce
que en ay fait, car je say bien que vous l'aimiez moult; si me poise
de ce que je vous ay courrouci. Quant elle ot ce dit, si fist moult
grant semblant de plourer. Quant le seigneur vit ce, si ce laissa ester.

Et quant vint  l'endemain qu'elle fust ale au moustier, si trouva sa
mre  laquelle elle dit comment luy estoit advenu et que vraiement,
puisque ainsi bien luy estoit advenu et que ainsi bien lui en eschoit,
qu'elle aimeroit. Ha! belle fille, dit la mre, non feras, tu t'en
pourras bien tenir.--Certes, dame, non feray. Alors dit la mre: Belle
fille, je me suis toute ma vie bien tenue  ton pre, oncques telle
folie ne fis, ne n'en eus talent.--Ha! dame, respondi la fille, il
n'est mie ainsi de moy comme il est de vous, car vous assemblastes
entre vous et mon pre jeunes gens; si avez eues vos joies ensemble,
mais je n'ay du mien joie ne soulas: si me convient  pourchasser.--Or,
belle fille, et se amer te convient, qui aimeras-tu?--Mre, dit la
fille, j'aimeray le chappellain de ceste ville, car prestres et
religieux craingnent honte et sont plus secrets. Je ne vouldroie
jamais amer un chevalier, car il se vanteroit plus tost et gaberoit de
moy et me demanderoit mes gages[266]  engager.--Ores, belle fille,
fais encores  mon conseil et essaye encores ton seigneur. Dist la
fille: Essaier tant et tant, et encores et encores, ainsi ne fineroie
jamais!--Par mon chief! fait la mre, tu l'essaieras encores par mon
los[267], car tu ne verras j si male vengence ne si cruelle comme de
vieil homme.--Or, dame, fit la fille, voulentiers feray encores vostre
commandement, et l'essaieray ainsi: il sera jeudi le jour de Nol, si
tendra mon seigneur grant tinel[268] de ses parens et autres amis, car
tous les vavasseurs de ceste ville y seront, et je me seray assise au
chief de la table en une chaire; si tost comme le premier ms[269] sera
assis, je aray mes clefs mesles s franges de la nappe, et quant je
auray ce fait, je me leveray  coup et tireray tout  moy et feray tout
espandre et verser quanque il y aura sur la table, et puis appaiseray
tout. Ainsi auray essai mon seigneur par trois fois de trois grans
essais, et lgirement rappaisi, et  ce savez-vous bien que ainsi
lgirement le rappaiseray-je des cas plus obscurs et couvers et s
quels ne pourra dposer[270] que par souspeon.--Ores belle fille, dist
la mre, Dieu te doint bien faire!

Adonc se partirent; chascune vint en son hostel. La fille servit
cordieusement, par semblant, et moult attraiement et bien son seigneur,
et moult bel, tant que le jour de Nol vint. Les vavasseurs de Romme
et les damoiselles furent venues, les tables furent drces et les
nappes mises, et tous s'assirent, et la dame fist la gouverneresse et
l'embesongne et s'assist au chief de la table en une chaire, et les
serviteurs apportrent le premier ms et brouets sur table. Ainsi comme
les varls tranchans orent commenci  tranchier, la dame entortille
ses clefs s franges de la fin de la nappe et quant elle sceut qu'elles
y furent bien entortilles, elle se live  un coup et fait un grant
pas arrire, ainsi comme se elle eust chancel en levant; si tire la
nappe, et escuelles plaines de brouet, et hanaps plains de vin, et
sausses versent et espandent tout quanque il y avoit sur la table.
Quant le seigneur vit ce, si ot honte et fu moult courrouci et luy
remembra des choses prcdens. Aussitost la dame osta ses clefs qui
estoient entortilles en la nappe.--Dame, fit le seigneur, mal avez
exploicti!--Sire, fait la dame, je n'en puis mais, je aloie querre
vos cousteaulx  tranchier qui n'estoient mie sur table, si m'en
pesoit.--Dame, fit le seigneur, or nous apportez autres nappes. La dame
fit apporter autres nappes, et autres ms recommencent  venir. Ils
mengirent liement, ne le seigneur n'en fit nul semblant d'ire ne de
courroux, et quant ils orent assez mengi et le seigneur les ot moult
honnours, si s'en dpartirent.

Le seigneur souffri celle nuit tant qu'il vint  l'endemain. Lors luy
dit: Dame, vous m'avez fait trois grans desplaisirs et courroux, se je
puis vous ne me ferez mie le quart; et je say bien que ce vous a fait
faire mauvais sang: il vous convient saignier. Il mande le barbier et
fait faire le feu. La dame luy dit: Sire, que voulez-vous faire? Je ne
fus onques saigne.--Tant vault pis, fait le seigneur, encommencier le
vous convient: les trois mauvaises emprises que vous m'avez faictes, ce
vous a fait faire mauvais sang.

Lors luy fait eschauffer le bras destre au feu, et quant il fut
eschauff, si la fist saignier; tant saigna que le gros et vermeil sang
vint. Lors la fist le seigneur estanchier, et puis luy fait l'autre
bras traire hors de la robe. La dame commence  crier mercy. Riens ne
luy vault, car il la fit eschauffer et saignier de ce second bras; et
commena  saignier: tant la tint qu'elle s'esvanoui, et perdi la
parolle et devint toute de morte couleur. Quant le seigneur vit ce,
si la fist estanchier et porter en son lit en sa chambre. Quant elle
revint de pamoison, si commena  crier et plourer et manda sa mre qui
tantost vint; et quant elle fut devant ly, tous vuidrent la chambre
et les laissrent ambedeux seul  seul. Quant la dame vit sa mre, si
luy dist: Ha! mre, je suis morte; mon seigneur m'a fait tant saignier
que je cuide bien que je ne jouiray jamais de mon corps.--Or, fille,
je pensoie bien que mauvais sang te dmengoit: or me di, ma fille,
as-tu plus talent d'amer?--Certes, dame, nennil.--Fille, ne te di-je
bien que j ne verroies si cruel vengence comme de vieil homme?--Dame,
ol; mais, pour Dieu, aidiez-moi  relever et secourir  ma sant, et
par m'me, mre, je n'aimeray jamais.--Belle fille, fait la mre, tu
feras que sage. Ton seigneur est bon preudomme et sage, aime-le et
sers, et croy qu'il ne t'en peut venir que bien et honneur.--Certes,
mre, je say ores bien que vous me donnastes et donnez bon conseil
et je le croiray d'ores-en-avant et honnoureray mon mary et jamais ne
l'essaieray ne ne courrouceray.

Chre seur, assez souffist quant  ce point, qui a la voulent de
retenir et de bien obir, car sur ceste matire d'obissance, nous
avons cy dessus parl de ce qui est  faire quant le mary commande
petites choses par jeu,  certes ou autrement, et puis de ce qui est 
faire quant le mary n'a command ne deffendu pour ce que  luy n'en est
souvenu, et tiercement des excs que les femmes font pour acomplir leur
vouloir oultre et pardessus le vouloir de leurs maris. Et maintenant
 ce derrire nous parlerons que l'en ne face pas contre la dfense
d'iceulx, soit en petit cas ou en grant, car du faire c'est trop mal
fait. Et je commence s petis cas s quels on doit obir aussi bien;
je le monstre mesmes par les jugemens de Dieu, car vous savez, chre
seur, que par la dsobissance de Adam qui pardessus la dfense de
Dieu menga une pomme qui est pou de chose, tout le monde fut mis en
servaige. Et pour ce je vous conseille que les trs petites choses et
de trs petite valeur et ne fust fors d'un festu que vostre mary qui
sera aprs moy vous commandera  garder, que vous, sans enquerre pour
quoy ne  quelle fin, puis que la parole sera telle yssue de la bouche
de vostre mary qui sera, vous fectes et gardez trs soingneusement et
trs diligemment, car vous ne savez, ne ne devez adonc enqurir, si
ne le vous dist de son mouvement, qui  ce le meut ou a meu: se il a
cause, ou se il le fait pour vous essaier. Car, s'il a cause, donc
estes-vous bien tenue de le garder, et s'il n'y a point de cause,
mais le fait pour vous essaier, donc devez-vous bien vouloir qu'il
vous treuve obissant et diligent  ses commandemens, et mesmement
devez penser que puisque sur un nant il vous treuvera obissant  son
vouloir et que vous en tenrez grant compte, croira-il que sur un gros
cas vous trouveroit-il encores en cent doubles plus obissant. Et vous
vez que nostre Seigneur commist  Adam de luy garder pou de chose,
c'est assavoir un seul pommier, et povez penser que nostre Seigneur ne
se courroua pas  Adam pour une seule pomme, car  si grant seigneur
c'estoit bien pou de chose que une pomme, mais luy despleut pour
la mesprenture de Adam qui si pou avoit prisi son commandement ou
dfense quant pour si pou d'avantage luy dsobissoit. Et aussi vez
et considrez que de tant que Adam estoit plus prs de nostre Seigneur
qui l'avoit fait de sa propre main et le tenoit son famillier et garde
de son jardin, de tant fut nostre Seigneur pour pou de chose plus
aigrement meu contre luy; et puis la dsobissance ne voult sanctifier:
et par semblable raison, de tant que vous estes plus prouchaine et prs
de vostre mary, seroit-il contre vous plus tost et pour mendre chose
plus aigrement courrouci, comme nostre Seigneur se courroua  Lucifer
qui estoit plus prouchain de luy.

Mais aucunes femmes sont, qui cuident trop soubtillement eschapper,
car quant leur mary leur a deffendu aucune chose qui leur pleust
 faire et voulsissent bien faire, elles dlayent et attendent et
passent temps jusques  ce que la deffense soit entr'oublie par le
mary, ou qu'il s'en soit al, ou qu'il est chargi d'autres si gros
fait que d'icelluy ne luy souvient. Et aprs, tantost, incontinent et
hastivement, la femme fait icelle besongne  son plaisir et contre la
voulent et deffense du mary, ou la fait faire par ses gens disant:
faictes hardiement! Monseigneur ne s'en apparcevra j, il n'en saura
riens. Or vez-vous que par ce, ceste est, en son courage et voulent,
pure rebelle et dsobissant, et sa malice et mauvaisti qui riens ne
vallent empirent son cas et dmonstrent plainement son mauvais courage.
Et sachiez qu'il n'est riens qui  la parfin ne soit sceu, et quant
le mary le saura, et apparcevra que celle spare l'union de leurs
voulents qui doivent estre tout un, comme dit est devant, icelluy mary
s'en taira par adventure comme fit le sage de Romme dont il est parl
cy devant en l'article, mais son cuer en sera si parfondment navr que
jamais n'en garira, mais toutes fois qu'il lui en souvendra naistra
nouvelle douleur.

Si vous pry, chre seur, que de tels essais et entreprinses  faire 
autre mary que  moy, se vous l'avez, vous vous gaittiez et gardez trs
espcialement, mais vostre courage et le sien soient tout un, comme
vous et moy sommes  prsent; et ce souffist quant  cest article.




SEPTIME ARTICLE.


Le septiesme article de la premire distinction doit monstrer que vous
devez estre curieuse et songneuse de la personne de vostre mary. Sur
quoy, belle seur, se vous avez autre mary aprs moy, sachiez que vous
devez moult penser de sa personne, car puis que une femme a perdu
son premier mary et mariage, communment  paine treuve-elle, selon
son estat, le second  son advenant, ains demeure toute esgare et
desconseille long temps; et par plus grant raison quant elle pert le
second. Et pour ce aimez la personne de vostre mary songneusement, et
vous pry que vous le tenez nettement de linge, car en vous en est, et
pour ce que aux hommes est la cure et soing des besongnes de dehors, et
en doivent les maris soignier, aler, venir et recourir de  et de l,
par pluies, par vens, par neges, par gresles, une fois moulli, autre
fois sec, une fois suant, autre fois tremblant, mal peu, mal herbergi,
mal chauff, mal couchi. Et tout ne luy fait mal pour ce qu'il est
reconfort de l'esprance qu'il a aux cures que la femme prendra de
luy  son retour, aux aises, aux joies et aux plaisirs qu'elle luy
fera ou fera faire devant elle; d'estre deschaux  bon feu, d'estre
lav les pis, avoir chausses[271] et soulers frais, bien peu, bien
abeuvr, bien servi, bien seignouri, bien couchi en blans draps, et
cueuvrechiefs[272] blans, bien couvert de bonnes fourrures, et assouvi
des autres joies et esbatemens, privets, amours et secrets dont je me
tais. Et l'endemain, robes-linges[273] et vestemens nouveaulx.

Certes, belle seur, tels services font amer et dsirer  homme le
retour de son hostel et veoir sa preudefemme et estre estrange des
autres. Et pour ce je vous conseille  reconforter ainsi vostre autre
mary  toutes ses venues et demeures, et y persvrez; et aussi  luy
tenir bonne paix, et vous souviengne du proverbe rural qui dit que
trois choses sont qui chassent le preudomme hors de sa maison, c'est
assavoir maison descouverte, chemine fumeuse et femme rioteuse. Et
pour ce, chre seur, je vous prie que pour vous tenir en l'amour
et grce de vostre mary, soyez luy doulce amiable et dbonnaire.
Faictes-luy ce que les bonnes simples femmes de nostre pas dient que
l'en a fait  leurs fils quant ils sont enamours autre part et elles
n'en pevent chevir. Il est certain que quant les pres ou les mres
sont morts, et les parrastres et marrastres qui ont fillastres les
arguent, tencent et estrangent, et ne pensent de leur couchier, de leur
boire ou mengier, de leur chausses, chemises, ne autres ncessits
ou affaires, et iceulx enfans trouvent ailleurs aucun bon retrait
et conseil d'aucune autre femme qui les recueille avecques elle et
laquelle pense de leur chauffer  aucun povre tison avec elles, de leur
couchier, de les tenir nettement,  faire rappareiller leurs chausses,
brayes[274], chemises et autres vestemens, iceulx enfans les suivent et
dsirent leur compaignie et estre couchis et eschauffs entre leurs
mamelles, et du tout en tout s'estrangent de leurs mres ou pres qui
par avant n'en tenoient compte, et maintenant les voulsissent retraire
et ravoir, mais ce ne peut estre, car iceulx enfans ont plus cher la
compagnie des plus estranges qui de eux pensent et aient soing que de
leurs plus prouchains qui d'eulx ne tiennent compte. Et puis brayent
et crient, et dient que icelles femmes ont leurs enfans ensorcells,
et sont enchants, et ne les pevent laissier, ne ne sont aises se
ils ne sont avecques elles. Mais, quoy que l'en die, ce n'est point
ensorcellement, c'est pour les amours, les curialits, les privets,
joies et plaisirs qu'elles leur font en toutes manires, et par m'me,
il n'est autre ensorcellement. Car qui  un ours, un lou ou un lyon
feroit tous ses plaisirs, icelluy ours, lou ou lyon feroit et suivroit
ceulx qui ce luy feroient, et par pareille parole pourroient dire les
autres bestes, se elles parloient, que icelles qui ainsi seroient
aprivoises serroient ensorcelles. Et, par m'me, je ne croy mie qu'il
soit autre ensorcellement que de bien faire, ne l'en ne peut mieulx
ensorceller un homme que de luy faire son plaisir[275].

Et pour ce, chre seur, je vous pry que le mary que vous arez vous
le vueillez ainsi ensorceller et rensorceller et le gardez de maison
maucouverte et de chemine fumeuse et ne luy soyez pas rioteuse, mais
doulce, amiable et paisible. Gardez en yver qu'il ait bon feu sans
fume, et entre vos mamelles bien couchi, bien couvert, et illec
l'ensorcellez. Et en est gardez que en vostre chambre ne en vostre
lit n'ait nulles puces, ce que vous povez faire en six manires, si
comme j'ay oy dire. Car, j'ay entendu par aucuns, qui sme sa chambre
de fueilles d'aune, les puces s'y prennent. Item, j'ay oy dire que qui
aroit de nuit un ou plusieurs tranchouers[276] qui feussent pardessus
oins de glus ou de trbentine et mis parmy la chambre, ou millieu de
chascun tranchouer une chandelle ardant, elles s'y venroient engluer
et prendre. L'autre que j'ay essay et est vray: prenez un drap
estru[277] et le estendez parmy vostre chambre et sur vostre lit, et
toutes les puces qui s'y pourront bouter s'y prendront, tellement que
vous les pourrez porter avec le drap o vous vouldrez. Item des peaulx
de mouton. Item, j'ai veu mettre des blanchets[278] sur le feurre[279]
et sur le lit, et quant les puces qui noires estoient s'y estoient
boutes, l'en les trouvoit plus tost parmy le blanc et les tuoit-l'en.
Mais le plus fort est de soy gaittier de celles qui sont s
couvertures et s pennes[280], s draps des robes dont l'en se cueuvre.
Car sachiez que j'ay essai que quant les couvertures, pennes ou robes
o il a puces sont enclos et enferms serrement, comme en male bien
lie estroictement de courroies, ou en sac bien li et press, ou
autrement mis et compress que icelles puces soient sans jour et sans
air et tenues  destroit, ainsi priront et mourront sur heure. Item,
j'ay veu aucunes fois en plusieurs chambres que quant l'en estoit
couchi, l'en se trouvoit tout plain de cincenelles[281] qui  la fume
de l'alaine se venoient asseoir sur le visage de ceulx qui dormoient
et les poingnoient si fort qu'il se convenoit lever et alumer du foing
pour faire fume pour laquelle il les convenoit fuir ou mourir, et
aussi bien le pourroit-l'en faire de jour qui s'en doubteroit, et aussi
bien par un cincenellier[282], qui l'a, s'en peut-l'en garantir.

Et se vous avez chambre ou estage o il ait trs grant repaire de
mouches, prenez petis floqueaux de feuchire[283] et les liez 
filets[284] comme filopes[285] et les tendez, et toutes les mouches
s'y logeront au vespre: puis destendez les filopes et les gectez
hors. Item, fermez trs bien vostre chambre au vespre, mais qu'il y
ait seulement un petit pertuis ou mur devers Orient, et si tost que
l'aube esclarcira, toutes les mouches s'en yront par ce pertuis, puis
soit estoup. Item, prenez une escuelle de lait et l'amer[286] d'un
livre et meslez l'un parmy l'autre, et puis mettez-en deux ou trois
escuelles s lieux l o les mouches repairent, et toutes celles qui
en tasteront, mourront. Item, autrement, ayez une chausse de toille
lie au fons d'un pot qui ait le cul perci, et mettez icelluy pot ou
lieu o les mouches repairent et oingnez-le par dedens de miel, ou
de pommes, ou de poires; quant il sera bien garny de mouches, mettez
un tranchouer sur la gueule, et puis hochez[287]. Item, autrement,
prenez des ongnons rouges crus et les broiez et espraignez le jus en
une escuelle et le mettez o les mouches repairent, et toutes celles
qui en tasteront, mourront. Item, ayez des palettes pour les tuer 
la main. Item, aiez des vergettes[288] glues sur un bacin d'eaue.
Item, aiez vos fenestres closes bien justement de toille cire ou
autre, ou de parchemin ou autre chose[289] si justement que nulle
mouche y puisse entrer, et les mouches qui seront dedens soient tues
 la palette ou autrement comme dessus, et les autres n'y entreront
plus. Item, ayez un cordon pendant et moulli en miel, les mouches y
vendront asseoir, et au soir soient prinses en un sac. En somme, il me
semble que les mouches ne se arresteront point en chambre o il n'ait
tables drcies, fourmes[290], dreouers, ou autres choses sur quoy
ils se puissent descendre et reposer, car se ils ne se pevent aherdre
ou arrester fors aux parois qui sont droites, ils ne s'y arresteront
point, ne aussi en lieu ombrag et moicte. Et pour ce me semble que se
la chambre est bien arrouse et bien close et bien ferme, et qu'il n'y
ait rien gisant sur le plat[291], j mouche ne s'y arrestera.

Et ainsi le[292] garantissez et gardez de toutes msaises et lui donnez
toutes les aises que vous pourrez penser et le servez et faictes
servir en vostre hostel, et vous attendez  luy des choses de dehors,
car s'il est bon, il en prendra plus de peine et travail que vous ne
vouldriez, et par faisant ce que dit est, il aura tousjours son regret
et son cuer  vous et  vostre amoureux service et guerpira tous autres
hostels, toutes autres femmes, tous autres services et mesnages: tout
ne lui sera que terre au regard de vous qui en penserez comme dit est
et que faire le devez par l'exemple mesmes que vous vez des gens
chevauchans parmy le monde, que vous vez que si tost qu'ils sont en
leur hostel revenus d'aucun voyage, ils font  leurs chevaulx blanche
lictire jusques au ventre, iceulx chevaulx sont defferrs et mis au
bas, ils sont emmiells[293], ils ont foing tri, et avoine crible,
et leur fait-l'en en leur hostel plus de bien  leur retour que en nul
autre lieu. Et par plus forte raison, se les chevaulx sont aisis, les
personnes, mesmement les souverains[294],  leurs despens le soient 
leur retour. Aux chiens qui viennent des bois et de la chasse fait-l'en
lictire devant leur maistre, et luy mesmes leur fait lictire blanche
devant son feu; l'en leur oint de sain doulx leurs pis au feu, l'en
leur fait souppes, et sont aisis par piti de leur travail; et par
semblable, se les femmes font ainsi  leurs maris que font les gens
 leurs chevaulx, chiens, asnes, mulles et autres bestes, certes
les autres hostels o ils ont est servis ne leur sembleroient que
prisons obscures et lieux estranges envers le leur qui leur sera donc
un paradis de repos. Et ainsi sur le chemin les maris auront regard
 leurs femmes, ne nulle peine ne leur sera griefve pour esprance
et amour qu'ils auront  leurs femmes auxquelles reveoir ils auront
aussi grant regret comme les povres hermites, les penanciers[295] et
les religieux abstinens ont de veoir la face Jhsu-Crist; ne iceulx
maris ainsi servis n'auront jamais voulent d'autre repaire ne d'autre
compaignie, mais en seront gards, reculs et retards: tout le
remenant ne leur semblera que lit de pierres envers leur hostel; mais
que ce soit continu, et de bon cuer, sans faintise.

Mais aucunes vieilles sont, qui sont ruses et font les sages et
faignent grant amour par dmonstrance de grant service de leur cuer,
sans autre chose; et sachez, belle seur, que les maris sont petit
sages se ils ne s'en apparoivent; et quant ils s'en apparoivent, et
le mary et la femme s'en taisent et dissimulent l'un contre l'autre,
c'est mauvais commencement et s'ensuit pire fin. Et aucunes femmes
sont, qui au commencement font trop bien leur service vers leurs maris,
et leur semble bien que leurs maris lesquels elles voient bien adonc
estre amoureux d'elles et vers elles dbonnaires tellement, se leur
semble, que  peine se oseroient-ils courroucier  elles se elles en
faisoient moins, si se laschent et essaient petit  petit  moins
faire de rvrence, de service et d'obissance, mais, qui plus est,
entreprennent auctorit, commandement et seigneurie, une fois sur
un petit fait, aprs sur un plus grant, aprs un petit un jour, un
autre petit en un autre. Ainsi essaient et s'avancent et montent, se
leur semble, et cuident que leurs maris qui par dbonnairet, ou, par
adventure, par aguet s'en taisent, n'y voient goutte pour ce qu'ils le
seuffrent ainsi. Et certes ce n'est pas bien pens ne servi, car quant
les maris voient qu'elles discontinuent leur service et montent en
domination et qu'elles en font trop et que du souffrir mal en pourroit
bien venir, elles sont  un coup, par la voulent du droit de leurs
maris, trbuches comme fut Lucifer qui estoit souverain des anges
de paradis, et lequel nostre Seigneur aima tant qu'il tollera et lui
souffri faire moult de ses voulents, et il s'enorguilli et monta en
oultrecuidance. Tant fist et entreprist d'autres qu'il en fist trop,
et en despleut  nostre Seigneur qui longuement avoit dissimull et
souffert sans dire mot, et lors  un coup tout luy vint  souvenance.
Si le trbucha ou plus parfont d'enfer pour ce qu'il ne continua
son service  quoy il estoit ordonn et pour lequel il avoit au
commencement acquis l'amour de nostre Seigneur qu'il avoit si grande.
Et pour ce devez-vous estre obissant au commencement et tousjours
persvrer  cest exemple.




HUITIME ARTICLE.


Le huitiesme article de la premire distinction dit que vous sois
taisant ou au moins attrempement parlant, et sage pour garder et
cler les secrets de vostre mary. Sur quoy, belle seur, sachiez que
toute personne qui s'eschauffe en sa parole n'est mie bien attremp en
son sens, et pour ce sachez que savoir mettre frain en sa langue est
souveraine vertu, et moult de prils sont venus de trop parler, et par
espcial quant l'en prent paroles  gens arrogans, ou de grant courage,
ou gens de court de seigneurs. Et par espcial gardez-vous en tous
vos fais de prendre paroles  telles gens; et se par adventure telles
gens se addressent  vous, si les eschevez et laissiez sagement et
courtoisement, et ce sera souverainement grant sens  vous, et sachez
que d'ainsi faire il vous est pure ncessit; et jasoit-ce que le cuer
en face mal, toutesvoies le convient-il aucunes fois mestrier[296],
et n'est pas sage qui ne le puet faire, car il est trouv un proverbe
rural qui dit que aucun n'est digne d'avoir seignourie ou maistrise sur
autruy qui ne peut estre maistre de luy mesmes.

Et pour ce, en ce cas et en tous autres, devez-vous si estre maistre de
vostre cuer et de vostre langue qu'elle soit subjecte  vostre raison,
et advisez toudis devant qui et  qui vous parlerez; et vous prie et
admoneste que soit en compaignie, soit  table, gardez-vous de trop
habondamment parler, car en habondance de paroles ne peut estre qu'il
n'en y ait aucune fois de mal assises aucunes, et dit-l'en aucunes
fois, par esbatement et par jeu, paroles de revel[297] qui depuis
sont prinses et recordes  part en grant drision et mocquerie de
ceulx qui les ont dictes. Et pour ce gardez devant qui et de quoy vous
parlerez, ne  quel propos, et ce que vous direz, dictes  trait[298]
et simplement: et en parlant pensez que riens ne ysse qui ne doie yssir
et que la bride soit devant les dens pour refraindre le trop. Et soyez
bon secrtaire et aiez tousjours souvenance de garder les secrets de
vostre mary qui sera; premier[299] ses meffais, vices ou pchis, se
vous en savez aucuns, clez-les et couvrez, mesmes sans son sceu,
afin qu'il ne s'en hontie, car  peine trouverez-vous aucun que s'il
a aucun amy qui apparoive son pchi, j puis ne le verra de si bon
cuer que devant et aura honte de luy et l'aura en regard. Et ainsi
vous conseille-je que ce que vostre mary vous dira en conseil, vous
ne le revlez point  quelque personne tant soit prive de vous, et
vainquez en ce la nature des femmes qui est telle, si comme l'en dit,
qu'elles ne pevent riens cler, c'est  dire les mauvaises et meschans.
Dont un philosophe appell Macrobe raconte, et est trouv ou livre du
Songe Scipion, qu'il estoit  Romme un enfant, jeune fils, qui avoit
nom Papire, qui une fois avec son pre lequel estoit snateur de Romme
s'en ala en la chambre des snateurs, en laquelle chambre les snateurs
rommains tenoient leur conseil. Et illecques firent serement que leur
conseil nul n'oseroit rvler sur paine de perdre la teste. Et quant
ils orent tenu conseil et l'enfant retourna  l'hostel, sa mre luy
demanda dont il venoit, et il respondi du conseil du Snatoire avec
son pre. La mre luy demanda quel conseil c'estoit; il dist qu'il ne
l'oseroit dire sur paine de mort. Adonc fut la mre plus en grant dsir
de le savoir, et commena maintenant  flater, et en aprs  menacier
son fils qu'il luy dist. Et quant l'enfant vit qu'il ne povoit durer
 sa mre, si luy fist premirement promettre qu'elle ne le diroit 
nulluy et elle luy promist. Aprs il luy dist ceste menonge, c'est
assavoir que les snateurs avoient eu en leur conseil entre eulx, ou
que un mary eust deux femmes, ou une femme deux maris. Quant la mre oy
ce, si luy deffendi qu'il ne le dist  nul autre, et puis s'en ala 
ses commres et leur dist le conseil en secret, et l'autre  l'autre,
et ainsi sceurent toutes ce conseil, chascune en son secret.

Si advint un pou aprs que toutes les femmes de Romme vindrent au
Snatoire o les snateurs estoient assembls, et par moult de fois
crirent  haulte voix qu'elles aimoient mieulx que une femme eust deux
maris que un homme deux femmes. Les snateurs estoient tous esbahis et
ne savoient que ce vouloit dire, et se taisoient et regardoient l'un
l'autre en demandant dont ce venoit, jusques  tant que l'enfant Papire
leur compta tout le fait. Et quant les snateurs oyrent ce, si en
furent tous courroucs et le firent snateur et establirent que jamais
d'ores-en-avant nul enfant ne fust en leur compaignie.

Ainsi appert par ceste exemple que l'enfant masle qui estoit jeune
sceut cler et taire et vada, et la femme qui avoit aage convenable
pour avoir sens et discrtion ne sceut taire ne cler ce qu'elle avoit
jur et promis sur son serement, et mesmes le secret qui touchoit
l'honneur de son mary et de son fils.

Et encores est-ce le pis que quant femmes racontent aucune chose
l'une  l'autre, tousjours la derrenire y adjouste plus et accroist
la bourde et y met du sien, et l'autre encores plus. Et  ce propos
raconte-l'en un conte rural d'une bonne dame qui avoit acoustum  soy
lever matin. Un jour ne se leva mie si matin qu'elle avoit acoustum;
sa commre se doubta qu'elle ne feust malade, si l'ala veoir en son lit
et luy demanda moult qu'elle avoit. La bonne dame qui eut honte d'avoir
tant jeu, ne sceut que dire fors qu'elle estoit moult pesante et malade
et tellement qu'elle ne le sceut dire. La commre la pressa et pria
par amours qu'elle luy dist, et elle luy jura, promist, et fiana que
jamais ce qu'elle luy diroit ne seroit rvl pour rien de ce monde 
nulle crature vivant, pre, mre, seur, frre, mary, ne confesseur, ne
autre. Aprs celle promesse et serement la bonne dame qui ne savoit que
dire, par adventure, luy dist que elle avoit un oeuf ponnu. La commre
en fut moult esbahie et monstra semblant d'en estre bien courrouce,
et jura plus fort que devant que jamais parole n'en seroit rvle.

Assez tost aprs icelle commre se parti et en s'en retournant encontra
une autre commre qui luy emprist  dire dont elle venoit, et celle
tantost luy dist qu'elle venoit de veoir la bonne dame qui estoit
malade et avoit ponnu deux oeufs, et luy pria et aussi l'autre luy
promist que ce seroit secret. L'autre encontra une autre et en secret
luy dist que la bonne dame avoit ponnu quatre oeufs: l'autre encontra
une autre et luy dist huit oeufs, et ainsi de plus en plus multiplia
le nombre. La bonne dame se leva et sceut que par toute la ville l'en
disoit qu'elle avoit ponnu une pannere d'oeufs. Ainsi s'apparceut
comment femmes sont mal secrtes, et qui pis est le racontent tousjours
en pire endroit.

Et pour ce, belle seur, sachiez vos secrets cler a tous, vostre
mary except, et ce sera grant sens, car ne crez pas que une autre
personne cle pour vous ce que vous mesmes n'arez peu ou sceu cler;
et pour ce soyez secrte et clant  tous fors  vostre mary, car 
celluy ne devez-vous riens cler, mais tout dire, et luy  vous aussi
ensemble. Et il est dit _Ad Ephesios_ V: _Sic viri debent diligere
uxores scilicet ut corpora sua_. Ideo ibidem dicitur: _Viri diligite
uxores vestras_; et _Unusquisque uxorem suam diligat sicut se ipsum_,
c'est  dire quel'homme doit amer sa femme comme son propre corps, et
pour ce, vous deux, c'est assavoir l'homme et la femme, devez estre
tout un, et en tout et partout l'un de l'autre conseil ouvrer, et ainsi
font et doivent faire les bonnes et sages gens. Et vueil bien que les
maris sachent que aussi doivent-ils cler et couvrir les simplesses
j faictes par leurs femmes, et doulcement pourveoir aux simplesses 
venir. Et ainsi le voult faire un bon preudome de Venise.

A Venise furent deux maris qui orent trois enfans en mariage. Aprs,
la femme fu gisant au lit de la mort et se confessa, entre les autres
choses, de ce que l'un des enfans n'estoit pas de son mary. Le
confesseur  la parfin luy dist qu'il auroit advis quel conseil il luy
donroit et retourneroit  elle. Icelluy confesseur vint au phisicien
qui la gouvernoit et luy demanda l'estat de la maladie d'elle. Le
phisicien dist qu'elle n'en pourroit eschapper. Adonc le confesseur
vint  elle et luy dist comment il s'estoit conseilli de son cas et
ne voit mie que Dieu luy donnast sant, se elle ne crioit mercy  son
mary du tort qu'elle luy avoit fait. Elle manda son mary et fist tous
vuidier hors de la chambre except sa mre et son confesseur qui la
mirent et soustindrent dedens son lit  genoulx, et les mains joinctes
devant son mary, luy pria humblement mercy de ce qu'elle avoit pchi
en la loy de son mariage et avoit eu l'un de ses enfans d'autre que de
luy: et disoit oultre, mais son mary l'escria en disant: Ho! ho! ho!
n'en dictes plus! Sur ce la baisa et luy pardonna en disant: Jamais
plus ne le dictes, ne nommez  moy ne  autre lequel c'est de vos
enfans, car je les vueil aimer autant l'un comme l'autre si galement
que en vostre vie ne aprs vostre mort vous ne soez blasme, car
en vostre blasme aroie-je honte, et vos enfans mesmes et autres par
eulx, c'est assavoir nos parens, en recevroient vilain et perptuel
reprouche. Si vous en taisiez: je n'en vueil plus savoir afin que l'en
ne die mie que je face tort aux autres deux. Qui que cestuy soit, je
luy donne en pur don, ds maintenant,  mon vivant, ce que le droit de
nos successions luy monteroit.

Belle seur, ainsi vez-vous que le sage homme fleschi son courage pour
saulver l'onneur de sa femme qui redondoit  luy et  ses enfans, et
par ce vous appert que les sages hommes et les sages femmes doivent
faire l'un pour l'autre pour sauver son honneur. Et  ce propos peut
estre trait autre exemple.

Il fut un grant sage homme que sa femme laissa pour aler avec un autre
homme jeune en Avignon, lequel quant il en fut saoul la laissa, comme
il est acoustum que tels jeunes hommes font souvent. Elle fut povre
et desconforte; si se mist au commun pour ce qu'elle ne sceut de quoi
vivre. Son mary le sceut depuis et en fut moult courrouci et mist le
remde qui s'ensuit. Il mist  cheval deux des frres de la femme et
leur donna de l'argent et leur dist qu'ils alassent querre leur seur
qui estoit ainsi comme toute commune en Avignon, et qu'elle feust
vestue de housse et chargie de coquilles,  l'usage de pelerins venant
de Saint Jaques, et monte souffisament, et quant elle seroit  une
journe prs de Paris, qu'ils le luy mandassent. A tant se partirent.
Le sage homme publia et dist partout  un et  autre qu'il estoit bien
joyeulx de ce que sa femme retournoit en bon point, Dieu mercy, de l
o il l'avoit envoye, et quant on luy demandoit o il l'avoit envoye,
il disoit qu'il l'avoit pie envoye  Saint Jaques en Galice pour
faire pour luy un plrinage que son pre  son trespassement luy avoit
enchargi. Chascun estoit tout esbahy de ce qu'il disoit, considr
ce que l'en avoit par avant dit d'icelle. Quant sa femme fut venue 
une journe prs de Paris, il fist parer son hostel et mettre du may
et de l'erbe vert[300] et assembla ses amis pour aler au devant de sa
femme. Il fut au devant et s'entre-baisirent, puis commencrent l'un
et l'autre  plourer, et puis firent trs grant joye. Il fist dire
 sa femme que  tous elle parlast esbatement[301], haultement et
hardiement, et  luy mesmes, et mesmement devant la gent, et qu'elle
venue  Paris alast sur toutes ses voisines l'une aprs l'autre et ne
fist nul semblant de rien que de joye. Et ainsi le bon homme retourna
et garda l'onneur de sa femme.

Et, par Dieu, se un homme garde l'onneur de sa femme et une femme
blasme son mary ou seuffre qu'il soit blasm, ne couvertement, ne en
appert, elle mesmes en est blasme, et non sans cause; car, ou il
est blasm  tort, ou il est blasm  droit: s'il est blasm  tort,
donc le doit-elle aigrement revenchier; s'il est blasm  droit, donc
le doit-elle gracieusement couvrir et doulcement dfendre, car il
est certain que se le blasme demouroit sans estre effaci, de tant
comme auroit plus meschant mary, seroit elle rpute pour meschant et
partiroit  son blasme pour ce qu'elle se seroit marie  si meschant.
Car, tout ainsi comme celluy qui joue aux eschez tient longuement en sa
main son eschec avant qu'il l'assie pour adviser de le mettre en lieu
seur, tout ainsi la femme se doit tenir pour advisier et choisir et se
mettre en bon lieu. Et s'elle ne le fait, si luy soit reprouchi, et
doit partir au blasme de son mary; et se il est en rien tach, elle le
doit couvrir et cler de tout son povoir. Et autel doit faire le mary
de sa femme, comme dit est dessus et dit sera cy aprs.

Je sceus un bien notable advocat en Parlement, lequel advocat avoit
eu une fille qu'il avoit engendre en une povre femme, qui la mist
 nourrisse: et par deffault de paiement, ou de visitation, ou des
courtoisies que les hommes ne scevent pas faire aux nourrisses en tels
cas, fu de ce telles paroles que la femme de l'advocat le sceut, et
sceut aussi que je faisoie les paiemens de ceste nouriture et pour
couvrir l'honneur du seigneur  qui j'estoie et suis bien tenu, Dieu
le gart! Et pour ce la femme d'icelluy advocat vint  moy et me dist
que je faisoie grant pchi que son seigneur fust esclandry et diffam,
et qu'elle estoit mieulx tenue  souffrir le danger[302] de ceste
nouriture que moy, et que je la menasse o l'enfant estoit[303].... la
mist en garde avec une cousturire et luy fist aprendre son mestier et
puis la maria, ne oncques un maltalent ne un seul courroux ou laide
parole son mary n'en apparceut. Et ainsi font les bonnes femmes vers
leurs maris et les bons maris vers leurs femmes quant elles faillent.




NEUVIME ARTICLE.


Le neuviesme article doit monstrer que vous soyez sage  ce que se
vostre mary folloie comme jeunes gens ou simples gens font souvent,
que doulcement et sagement vous le retrayez de ses folies. Primo, s'il
veult soy courroucier ou mal exploitier contre vous, gardez que par
bonne patience et par la doulceur de vos paroles vous occiez l'orgueil
de sa cruault, et se ainsi le savez faire, vous l'arez vaincu
tellement qu'il ne vous pourra faire mal nant plus que s'il fust
mort, et si luy souvendra depuis tellement de vostre bien, jasoit-ce
qu'il n'en die mot devant vous, que vous l'aurez du tout attrait 
vous. Et se vous ne le povez desmouvoir qu'il ne vous courrousse,
gardez que vous ne vous en plaigniez  vos amis ne autres dont il se
puisse apparcevoir, car il en tendroit moins de bien de vous et luy en
souvendroit autre fois, mais alez en vostre chambre plourer bellement
et coyement,  basse voix, et vous en plaignez  Dieu; et ainsi le font
les sages dames. Et s'il est ainsi qu'il se vueille esmouvoir contre
autre personne plus estrange, si le refrenez sagement; et,  ce propos,
est une histoire ou traicti qui dit ainsi[304]:

Un jouvencel appell Mellibe, puissant et riche, ot une femme nomme
Prudence, et de celle femme ot une fille. Advint un jour qu'il s'ala
esbatre et jouer et laissa en son hostel sa femme et sa fille et
les portes closes. Trois de ses anciens ennemis approuchirent et
appoirent escheles aux murs de sa maison, et par les fenestres
entrrent dedans, et batirent sa femme [forment], et navrrent
sa fille de cinq plaies mortels en cinq lieux de son corps c'est
assavoir s pis, s oreilles, ou nez, en la bouche et s mains, et la
laissirent presque morte, puis s'en alrent.

Quant Mellibe retourna  son hostel et vit cest meschief, si commena
et prist  plaindre et  plourer et  soy batre, et en manire de
forcen sa robe dessirer. Lors Prudence sa femme le prist  admonester
qu'il se souffrist[305]; et il tousjours plus fort crioit. Adonc
Prudence se appensa de la sentence Ovide, ou livre _des Remdes
d'amours_, qui dit que cellui est fol qui s'efforce d'empeschier la
mre de plorer la mort de son enfant, jusques  tant qu'elle se soit
bien vuide de larmes et saoule de plorer. Lors il est temps de la
conforter et attremper sa douleur par doulces paroles.

Pour ce Prudence se souffri un pou de temps, et puis quant elle vit son
temps, si lui dist: Sire, dist-elle, pourquoy vous faites-vous sembler
fol? Il n'appartient pas  sage homme de dmener si grant dueil. Vostre
fille eschappera se Dieu plaist: se elle estoit ores morte, vous ne
vous devriez pas pour luy destruire, car Snque dit que li sages ne
doit point prendre grant desconfort de [la mort de] ses enfans, ains
doit souffrir leur mort aussi lgirement comme il attend la sienne
propre. Mellibe respondi: qui est celluy qui se pourroit tenir de
plorer en si grant cause de douleur? Nostre Seigneur Jhsu-Crist mesmes
plora de la mort du ladre son amy.--Certes, dist Prudence, pleurs ne
sont mie deffendus  celluy qui est triste ou entre les tristes,
mais leur est ottroi, car, selon ce que dit saint Pol l'apostre en
l'epistre aux Rommains, on doit mener joye avec ceulx qui ont joye et
mainnent, et doit-on plourer avec ceulx qui pleurent. Mais jasoit-ce
que plourer atrempement soit permis, toutesvoies plorer desmesurement
est deffendu, et pour ce l'on doit garder la mesure que Snque met.
Quant tu auras, dit-il, perdu ton amy, ton oeil ne soit ne trop sec ne
trop moistes, car jasoit-ce que la larme viengne  l'oeil, elle n'en
doit pas issir; et quant tu auras perdu ton ami, pense et efforce-toy
d'un autre recouvrer, car il te vault mieulx un autre ami recouvrer
que l'ami perdu plorer. Se tu veulx vivre sagement, oste tristesse de
ton cuer, car Snque dit: le cuer li et joyeux maintient la personne
en la fleur de son aage, mais l'esperit triste luy fait schier les
os[306]; et dist aussi que tristesse occist moult de gens[307]. Et
Salemon dit que tout ainsi comme la tigne ou l'artuison[308] nuit  la
robe et le petit ver au bois, tout ainsi grive tristesse au cuer. Et
pour ce nous devons porter [patiemment] en la perte de nos enfans et de
nos autres biens temporels ainsi comme Job [lequel,] quant il ot perdu
ses enfans et toute sa substance et eut receu moult de tribulations en
son corps, il dist: nostre Seigneur le m'a donn, nostre Seigneur le
m'a tolu: ainsi comme il le m'a voulu faire, il l'a fait; benoist soit
le nom nostre Seigneur!

Mellibe respondi  Prudence sa femme ainsi: toutes les choses que tu
dis sont vrayes et profitables, mais mon esperit est si troubl que
je ne say que je doie faire. Lors Prudence lui dist: appelle tous tes
loyaulx amis, tes affins[309] et tes parens, et leur demande conseil
de ceste chose, et te gouverne selon le conseil qu'ils te donront, car
Salemon dit: tous tes fais par conseil feras, ainsi ne t'en repentiras.

Adonc Mellibe appella moult de gens, c'est assavoir cirurgiens,
phisiciens vieillars et jeunes, et aucuns de ses anciens ennemis qui
estoient rconcilis [par semblance], et retourns en sa grce et
en son amour, et aucuns de ses voisins qui lui portrent rvrence
plus par doubtance que par amour, et avec ce vindrent plusieurs de
losengeurs et moult de sages clers et bons advocas. Quant ceulx
furent ensemble, il leur recompta et monstra bien par la manire de
son parler qu'il estoit moult courrouci, et qu'il avoit moult grant
dsir de soy vengier tantost et faire guerre incontinent: toutesvoies
il demanda sur ce leur conseil. Lors un cirurgien par le conseil des
autres cirurgiens se leva disant: Sire, il appartient  un cirurgien
que il porte  un chascun prouffit et  nul dommage, dont il advient
aucunes fois que quant deux hommes par malice se sont combatus ensemble
et navrs l'un l'autre, un mesme cirurgien garist l'un et l'autre; et
pour ce il n'appartient point  nous de esmouvoir ou nourrir guerre
ne supporter partie[310], mais  ta fille garir. Jasoit-ce qu'elle
soit navre malement, nous mettrons toute nostre cure de jour et de
nuit, et,  l'aide de nostre Seigneur, nous te la rendrons toute
saine. Presques en ceste manire respondirent les phisiciens, et
oultre adjoustrent avec ce aucuns que tout ainsi comme selon l'art
de mdicine les maladies se doivent garir par contraires, ainsi
doit-l'en garir guerre par vengence. Les voisins envieux, les ennemis
rconcilis par semblant, les losengeurs, firent semblant de plorer
et commencrent le fait moult  aggraver en loant moult Mellibe en
puissance d'avoir et d'amis, et en vituprant la puissance de ses
adversaires, et dirent que tout oultre il se devoit tantost vengier et
incontinent commencier la guerre. Adonc un sage advocat de la voulent
des autres se leva et dist: Beaulx seigneurs, la besongne pour quoy
nous sommes cy assembls est moult haulte et pesante pour cause de
l'injure et du malfice qui est moult grant, et pour raison des grans
maulx qui s'en pevent ensuivre ou temps advenir, et pour la force des
richesses et des puissances des parties; pour laquelle chose il seroit
grant pril errer en ceste besongne. Pour ce, Mellibe, ds maintenant
nous te conseillons que sur toutes choses tu aies diligence de garder
ta personne, et euvres en telle manire que tu soies bien pourveu
d'espies[311] et guettes[312] pour toy garder. Et aprs tu mettras en
ta maison bonne garnison et fort pour toy et ta maison dfendre. Mais
de mouvoir guerre et de toy vengier tantost, nous n'en povons pas bien
jugier en si pou de temps lequel vault mieulx. Si demandons [espace]
d'avoir dlibration, car l'on dit communment: qui tost juge, tost se
repent; et dit-on aussi que le juge est bon qui tost entent et tart
juge. Car jasoit-ce que toute demeure soit ennuyeuse, toutesvoies elle
ne fait pas  reprendre en jugement et en vengence quant elle est
souffisant et raisonnable. Et ce nous monstre nostre Seigneur par
exemple, quant la femme qui estoit prinse en adultre lui fut admene
pour jugier d'icelle ce que on en devoit faire. Car jasoit-ce qu'il
sceust bien qu'il devoit respondre, toutesvoies il ne respondi pas
tantost, mais voult avoir dlibration et escript deux fois en terre.
Pour ces raisons, nous demandons dlibration, laquelle eue, nous te
conseillerons,  l'aide de Dieu, chose qui sera  ton proufit.

Lors les jeunes gens et la plus grant partie de tous les autres
mocqurent[313] ce sage et firent grant bruit, et dirent que tout ainsi
comme l'en doit batre le fer tant comme il est chault, ainsi l'en doit
vengier l'injure tant comme elle est fresche, et se escrirent  haulte
voix: _guerre! guerre! guerre!_

Adonques se leva un des anciens et estendit la main et cria que l'en
feist silence et dist ainsi: moult de gens crient _guerre!_ haultement,
qui ne scevent que guerre se monte. Guerre en son commencement est si
large et a si grant entre que un chascun y puet entrer et la puet
trouver lgirement, mais  trs grant peine puet-l'en savoir  quelle
fin l'en en puet venir. Car quant la guerre commence, moult de gens ne
sont encores ns, qui pour cause de la guerre mourront jeunes, ou en
vivront en douleur et en misre et fineront leur vie en chtivet. Et
pour ce, avant que l'en mueve guerre, l'en doit avoir grant conseil et
grant dlibration.

Quant icelluy ancien cuida confermer son dit par raisons, ils se
levrent presque tous encontre luy et entrerompirent son dit souvent,
et lui dirent qu'il abrgeast ses paroles, car la narration de cellui
qui presche  ceulx qui ne le veulent or, est ennuyeuse; c'est  dire
que autant vault parler devant cellui  qui il ennuye comme chanter
devant cellui qui pleure. Quant ce sage ancien vit qu'il ne povoit
avoir audience, ne se effora plus de parler. Si dit: je vois bien
maintenant que le proverbe commun est vray: lors fault le bon conseil,
quant le grant besoing est[314]. Et ce dit, il s'assist comme tout
honteulx.

Encores avoit en conseil Mellibe moult de gens qui lui conseilloient
autre chose en l'oreille et autre chose en appert. Quant Mellibe eust
oy son conseil, il conceut et advisa que trop plus grant partie se
accordoit et conseilloit que l'en feist guerre; si se arresta en leur
sentence et la conferma. Lors dame Prudence, quant elle vit son mary
qui se appareilloit de soy vengier et de faire guerre, si lui vint au
devant et lui dist moult doulcement: Sire, je vous pry que vous ne
vous hastez et que vous pour tous dons me donnez espace de parler,
car Pierre Alphons[315] dit: qui te fera bien ou mal, ne te haste du
rendre, car ainsi comme plus long temps te attendra ton amy, ainsi
plus long temps te doubtera ton ennemi. Mellibe respondi  Prudence
sa femme: je ne propose point de user de ton conseil et pour moult de
raisons. Premirement, car chascun me tendroit pour fol, se je par ton
conseil et par ton consentement changeoie ce qui est ordonn par moult
de bonnes gens: aprs car toutes femmes sont mauvaises, et une seule
n'est bonne, selon le dit de Salemon: en mil hommes, dit-il, j'ay bien
trouv un preudomme, mais de toutes les femmes je n'en treuve nulle
bonne. Aprs est la tierce raison, car se je me gouvernoie de ton
conseil, il sembleroit que je te donnasse sur moy seignorie, laquelle
chose ne doit pas estre. Car Jhsu-Sirac[316] dit: se la femme a la
seignorie, elle est contraire  son mary. Et Salemon dit:  ton fils,
 ta femme,  ton frre,  ton amy ne donne puissance sur toy en toute
ta vie, car il te vault mieulx que tes enfans te requirent ce que
mestier sera pour eulx que toy regarder s mains de tes enfans. Aprs,
se je vouloye user de ton conseil, il conviendroit aucunes fois que le
conseil fust secret jusques  tant qu'il fust temps de le rvler, et
ce ne se pourroit faire, car il est escript: la jenglerie des femmes ne
puet riens cler fors ce qu'elle ne scet. Aprs, le philosophe dit: en
mauvais conseil les femmes vainquent les hommes. Pour ces raisons je ne
doy point user de ton conseil.

Dame Prudence, aprs ce qu'elle ot oy dbonnairement et en grant
patience toutes les choses que son mary voult avant traire, si demanda
licence de parler et puis dist: Sire,  la premire raison que vous
m'avez avant mise, puet-on respondre lgirement. Car je dy qu'il n'est
pas folie de changer son conseil quant la chose se change ou quant la
chose appert autrement que devant. Aprs, je dy encores plus, car se tu
avoies promis et jur de faire ton emprise et tu la laissoies  faire
pour juste cause, l'en ne devroit pas dire que tu fusses mensongier
ne parjure, car il est escript: le sage ne ment mie quant il mue son
courage[317] en mieulx. Et jasoit-ce que ton emprise soit estable
et ordonne par grant multitude de gens, pour ce ne la convient pas
accomplir, car la vrit des choses et le prouffit sont mieulx trouvs
par pou de gens sages et parlans par raison que par multitude de gens
o chascun brait et crie  sa voulent: et telle multitude n'est point
honneste.

A la seconde raison, quant vous dittes que toutes femmes sont mauvaises
et nulles bonnes, sauf vostre grce, [vous parlez trop gnraulment
quant] vous les desprisez ainsi toutes, car il est escript: qui
tout desprise,  tout desplait; et Snque dit que cellui qui veult
acquerre sapience ne doit nul desprisier, mais ce qu'il scet, il le
doit enseigner sans prsumption, et ce qu'il ne scet, il ne doit pas
avoir honte de demander  maindre de luy. Et que moult de femmes soient
bonnes, l'en le puet prouver lgirement. Premirement, car nostre
Seigneur Jhsu-Crist ne se fust oncques daign descendre en femme se
elles fussent toutes mauvaises ainsi comme tu le dis. Aprs, pour la
bont des femmes, nostre Seigneur Jhsu-Crist, quant il fut ressuscit
de mort  vie, il apparut premier[318]  Marie Magdalaine que aux
apostres; et quant Salemon dist que de toutes femmes il n'en a trouv
nulle bonne, pour ce ne s'ensuit pas que nulle ne soit bonne. Car
jasoit-ce qu'il ne l'ait trouve, moult des autres en ont bien trouv
plusieurs bonnes et loyaulx; ou, par adventure, quant Salemon dit qu'il
n'a point trouv de bonne femme, il entend de la bont souveraine de
laquelle nul n'est bon fors Dieu seulement, selon ce que lui mesmes
le dit en l'Euvangile, car nulle crature n'est tant bonne,  qui ne
faille aucune chose, sans comparoison  la perfection de son Crateur.

La tierce chose si est comme tu dis se tu te gouvernoies par mon
conseil, il sembleroit que tu me donnasses par dessus toy seignorie.
Sauve ta grce, il n'est pas ainsi: car selon ce, nul ne prendroit
conseil fors  cellui  qui il vouldroit sur lui puissance, et ce
n'est pas vray, car cellui qui demande conseil a franchise et librale
voulent de faire ce que l'en luy conseille, ou de le laissier.

Quant  la quarte raison, o tu dis que la jenglerie des femmes ne
puet cler fors ce qu'elles ne scevent pas, ceste parole doit estre
entendue d'aucunes femmes jengleresses desquelles on dit: trois choses
sont qui gettent homme hors de sa maison, c'est assavoir la fume[319],
la goutire et la femme mauvaise. Et de telles femmes parle Salemon
quant il dit: il vauldroit mieulx habiter en terre dserte que avec
femme rioteuse et courrouceuse. Or scez-tu bien que tu ne m'as pas
trouve telle, ains as souvent esprouv ma grant silence et ma grant
souffrance, et comme j'ai gard et cl les choses que l'en devoit
cler et tenir secrtes.

Quant  la quinte raison, o tu dis que en mauvais conseil les femmes
vainquent les hommes, ceste raison n'a point cy son lieu, car tu ne
demandes pas conseil de mal faire, et se tu vouloies user de mauvais
conseil et mal faire, et ta femme t'en povoit retraire et vaincre, ce
ne seroit pas  reprendre, mais  loer. Et ainsi l'en doit entendre
le dit du philosophe: en mauvais conseil vainquent les femmes les
hommes, car aucunes fois quant les hommes veullent ouvrer de mauvais
conseil, les femmes les en retraient et les vainquent. Et quant vous
blasmez tant les femmes et leur conseil, je vous monstreray par moult
de raisons que moult de femmes ont est bonnes et leur conseil bon et
proufitable. Premirement, l'en a acoustum de dire: conseil de femme,
ou il est trs chier, ou il est trs vil. Car jasoit-ce que moult de
femmes soient trs mauvaises et leur conseil vil, toutesvoies l'en
en treuve assez de bonnes et qui trs bon conseil et trs chier ont
donn. Jacob par le bon conseil de Rbeca sa mre gaigna la bnion
de Isaac son pre et la seignorie sur tous ses frres. Judith par son
bon conseil dlivra la cit de Buthulie o elle demouroit, des mains
de Holofernes qui l'avoit assige et la vouloit destruire. Abigal
dlivra Nagal son mari de David qui le vouloit occire et appaisa le
roy par son sens et par son conseil. Hester par son conseil esleva
moult son peuple ou royaume de Assuere le roy: et, ainsi puet-l'en
dire de plusieurs autres. Aprs, quant nostre Seigneur ot cr Adam le
premier homme, il dist: Il n'est pas bon estre [l'homme] tout seul.
Faisons-lui aide semblable [ lui]. Se elles doncques n'estoient bonnes
et leur conseil [bon], nostre Seigneur ne les eust pas appelles[320]
adjutoires de hommes, car elles ne fussent pas adjutoires de l'homme,
mais en dommage et en nuisance. Aprs, un maistre fist deux vers s
quels il demande et respont et dit ainsi: [quelle chose vault mieux
que l'or? Jaspe. Quelle chose vaut plus que jaspe? Sens.] Quelle chose
vault mieulx que sens? Femme. Quelle chose vault mieulx que femme?
Riens. Par ces raisons et par moult d'autres pues-tu veoir que moult
de femmes sont bonnes et leur conseil bon et proufitable. Se tu veulx
doncques maintenant croire mon conseil, je te rendray ta fille toute
saine, et feray tant que tu auras honneur en ce fait.

Quant Mellibe ot oy Prudence, si dist: je voy bien que la parole
Salemon est vraye, qui dit: broches de miel sont bonnes paroles bien
ordonnes, car elles donnent doulceur  l'me et sant au corps. Car
pour tes paroles trs doulces, et pour ce aussi que j'ay esprouv ta
grant sapience et ta grant loyault, je me vueil du tout gouverner par
ton conseil.

Puis, dist Prudence, que tu te veulx gouverner par mon conseil, je
te vueil enseignier comment tu te dois avoir en conseil prendre.
Premirement, en toutes tes euvres et devant tous autres conseils, tu
dois amer et prendre le conseil de Dieu et le demander, et te dois
mettre en tel lieu et en tel estat qu'il te daigne conseillier et
conforter. Pour ce dist Thobie  son fils: en tout temps bnis Dieu
et lui prie qu'il t'adrece tes voies, et tous tes conseils soient en
lui tout temps. Saint Jaques si a dit: se aucun de nous a mestier de
sapience, si la demande  Dieu. Aprs, tu dois prendre conseil en toy
et entrer en ta pense et examiner ce que mieulx te vault. Et lors
dois-tu oster trois choses de toy qui sont contrarieuses  conseil,
c'est assavoir: ire, convoitise et hastivet. Premirement donques,
cellui qui demande conseil  soy mesmes doit estre sans yre par moult
de raisons. La premire est car cellui qui est courrecis cuide
tousjours plus povoir faire qu'il ne puet, et pour ce, son conseil[321]
surmonte tousjours sa force: l'autre car cellui qui est courrouci,
selon ce que dit Snque, ne puet parler fors que choses crimineuses,
et par ceste manire il esmeut les autres  courroux et  yre; l'autre
car cellui qui est courci ne puet bien juger et par consquent bien
conseiller. Aprs, tu dois oster de toy convoitise, car, selon ce que
dit l'apostre, convoitise est racine de tous maulx, et le convoiteux ne
puet riens juger fors que en la fin sa convoitise soit acomplie, qui
acomplir ne se puet, car tant com plus a li convoiteux, plus dsire.

Aprs tu dois oster de toy hastivet, car tu ne dois pas juger pour
le meilleur ce que tantost te vendra au devant, ains y dois penser
souvent, car, selon ce que tu as oy dessus, l'en dist communment:
qui tost juge, tost se repent. Tu n'es pas toutes heures en une
disposition, ains trouveras que ce qui aucune fois te semblera bon de
faire, l'autre fois te semblera mauvais. Et quant tu auras pris conseil
 toy mesme et auras jugi  grant dlibration ce qui mieulx te vault,
tien le secret et te garde de rvler  nulle personne, se tu ne cuides
que en rvlant tu faces ta condition meilleur et que le rvler te
portera prouffit. Car Jhsu-Sirac[322] dit:  ton ami ne  ton ennemi
ne raconte ton secret ne ta folie, car ils te orront et te regarderont
et te supporteront en ta prsence, et par derrire se moqueront de toy.
Et un autre dit:  peine trouveras-tu un, tant seulement, qui puisse
bien cler secret. Et Pierre Alphons dit: tant comme ton secret est
en ton cuer, tu le tiens en ta prison, et quant tu le rvles  autruy
il le tient en la sienne; et pour ce il te vault mieulx taire et ton
secret cler que prier cellui  qui tu le rvles qu'il le cle, car
Snque dit: se tu ne te pues taire et ton secret cler, comment ose-tu
prier un autre qu'il le vueille cler?

Se tu cuides que rvler ton secret  autre et avoir son conseil face
ta condition meilleur, lors le quiers, et maintien-toy en telle guise:
premirement, tu ne dois pas faire semblant [ ton conseil][323] quelle
partie tu veulx tenir ne monstrer ta voulent, car communment tous
conseillers sont losengeurs, espcialment ceulx qui sont du conseil
des grans seigneurs, car ils s'efforcent plus de dire chose plaisant
que proufitable, et pour ce, riche homme n'aura j bon conseil se
il ne l'a de soy mesmes. Aprs tu dois considrer tes amis et tes
ennemis. Entre tes amis tu dois considrer le plus loial et le plus
sage, le plus ancien et le plus esprouv en conseil, et  ceulx tu
dois conseil demander. Premirement doncques, tu dois appeller  ton
conseil tes bons et tes loyaulx amis, car Salemon dit ainsi: comme
le cuer se dlite en bonne odeur, conseil de bons amis fait  l'me
doulceur; et dit encores:  l'amy loyal nulle chose ne se compare,
car ne or ne argent ne sont tant dignes comme la voulent du loyal
amy. Et dit oultre: amy loyal est une forte dfense: qui le trouve, il
treuve un grant trsor. Aprs tu dois regarder que les loyaulx amis que
tu appelles  ton conseil soient sages, car il est escript: requier
tousjours le conseil du sage. Par ceste mesme raison tu dois appeller
les anciens qui assez ont veu et assez ont esprouv, car il est escript
en Job: s anciens est la sapience, et en moult de temps est prudence.
Et Tulles dit: les grans besongnes ne se font pas par force ne par
lgiret de corps, mais par bon conseil et par auctorit de personne
et par science: lesquelles trois choses ne affoiblissent pas en
vieillesse, mais enforcent et croissent tous les jours. Aprs, en ton
conseil tu dois garder ceste rgle car au commencement tu dois appeller
pou de gens des plus espciaulx, car Salemon dit: efforce-toy d'avoir
pluseurs amis, mais entre mil eslis-en un pour ton conseiller. Quant
tu auras en ton conseil pou de gens, si le peus rvler, se mestier
est,  plusieurs. Toutesvoies les trois conditions dessus dictes si
doivent estre s conseillers tousjours gardes, et ne te souffise pas
un conseillier tant seulement, mais en fais plusieurs, car Salemon dit:
sainement est la chose o plusieurs conseillers sont.

Aprs ce que je t'ay monstr  qui tu dois prendre conseil, je te
vueil monstrer lequel conseil tu dois fuir; [premirement tu dois] le
conseil des fols eschiver, car Salemon dit:  fol ne vueil prendre
conseil, car il ne te saura conseiller fors ce qu'il aime et qui luy
plaist; et il est escript: en la proprit du fol est que il croit
lgirement tous maulx d'autruy et tous biens de luy. Aprs, tu dois
fuir le conseil des faintifs et losengeurs qui s'efforcent plus de
loer ta personne et  toy plaire que de dire vrit. Et Tulles dit:
entre toutes les pestilences qui en amiti sont, la plus grant est
losengerie. Et pour ce tu dois plus doubter et fuir les doulces paroles
[de celui qui te loera] que [les aigres paroles de] celui qui vrit te
dira, car Salemon dit: homme qui dit paroles de losengerie est un las
pour prendre les innocens; et dit aussi autre part: homme qui parle 
son amy paroles doulces et souefves, luy met devant les pis la rais
pour le prendre. Pour ce dit Tulles: garde que ne enclines point tes
oreilles aux losengeurs et ne reoy point en ton conseil paroles de
losengerie. Et Caton dit ainsi: advise-toy d'eschever paroles doulces
et souefves.

Aprs, tu dois eschever le conseil de tes anciens ennemis qui sont
rconcilis, car il est escript: nul ne retourne seurement en la grce
de son ennemy. Et Ysope dit: ne vous fiez point en ceulx  qui vous
avez eu guerre ou inimiti anciennement et ne leur rvlez point vos
consaulx ou secrets; et la raison rent Snque et dit ainsi: il ne peut
estre que l o le feu a est longuement, qu'il n'y demeure tousjours
aucune vapeur. Pour ce dit Salemon: en ton ancien ennemy ne te vueilles
nul temps fier, et encores s'il est rconcili, se humilit est en luy
par semblant, et encline sa teste devant toy, ne le croy nant, car il
le fait plus [pour son proffit que] pour l'amour de toy, afin qu'il
puisse avoir victoire de toy en soy humiliant envers toy, laquelle
victoire il ne peut avoir en toy poursuiant. Et Pierre Alphons dit: ne
t'acompaigne pas  tes anciens ennemis, car ce que tu feras de bien,
ils le pervertiront ou amenuiseront.

Aprs tu dois fuir le conseil de ceulx qui te servent et portent
rvrence, car ils le font plus par doubtance que par amour. Car un
philosophe dit: nul n'est bien loyal  celui que il trop doubte; et
Tulles dit: nulle puissance d'empire n'est si grant que elle puisse
durer longuement se elle n'a plus l'amour du peuple que la paour.
Aprs, tu dois fuir le conseil de ceulx qui sont souvent yvres, car
ils ne scevent riens cler, et dit Salemon: nul secret n'est l o
rgne yvresse. Aprs tu dois avoir le conseil suspect de ceulx qui
conseillent une chose en secret, et puis autre dient en appert.
Car Cassiodores dit: une manire de grever son ami est de monstrer
en appert ce dont l'en veult le contraire. Aprs, tu dois avoir en
suspect le conseil des mauvais hommes, car il est escript: les conseils
des mauvais hommes sont tousjours plains de fraude; et David dit:
bieneureux est l'homme qui n'a point est s consaulx des mauvais!
Aprs, tu dois fuir le conseil des jeunes gens, car le sens des jeunes
gens n'est pas encores meur. De quoy Salemon dit: dolente est la terre
qui a enfant  seigneur[324]! Et le philosophe dit que nous n'eslisons
pas les jeunes en princes, car communment ils n'ont point de prudence;
et dit encores Salemon: dolente est la terre de quoy le prince ne se
live matin!

Puis que je t'ay monstr  qui tu dois prendre conseil et de qui
conseil tu dois eschever et fuir, je te vueil apprendre comment tu dois
conseil examiner. En examinant doncques ton conseil, selon ce que dit
Tulles et enseigne, tu dois considrer plusieurs choses. Premirement,
tu dois considrer que en ce que tu proposes et sur quoy tu veulx avoir
conseil, vrit soit garde et dicte, car l'en ne puet bien conseillier
 cellui qui ne dit vrit. Aprs tu dois considrer toutes les choses
qui s'accordent  ce que tu proposes faire selon ton conseil: se raison
s'y accorde et si ta puissance s'y accorde, si plusieurs et meilleurs
s'y accordent que discordent, ou non. Aprs, tu dois considrer au
conseil ce qui s'ensuit: se c'est haine ou amour, paix ou guerre,
prouffit ou dommage, et aussi de moult d'autres choses; et en toutes
ces choses tu dois tousjours eslire ce qui est ton prouffit, toutes
autres choses reffuses et rabatues. Aprs, tu dois considrer de
quelle racine est engendre la matire de ton conseil et quel prouffit
elle puet concevoir et engendrer, et dois encores considrer toutes les
causes dont elle est venue.

Quant tu auras examin ton conseil en la manire dicte, et trouv
laquelle partie est meilleur et plus prouffitable et esprouve de
plusieurs sages et anciens, tu dois considrer se tu le pouras mener 
fin, car nul ne doit commencer chose s'il n'a povoir de la parfaire,
et ne doit prendre charge qu'il ne puisse porter. L'en dit en un
proverbe: qui trop embrasse, pou estraint; et Caton dit: essaye-toy
de faire ce que tu as povoir de faire, pour ce que la charge ne te
presse tant qu'il te faille laissier ce que tu as commenci  faire,
et s'il est doubte se tu le pourras mener  fin ou non, eslis plus
tost le dlaissier que le commencier. Car Pierre Alphons dit: se tu as
povoir de faire une chose dont il te conviengne repentir, il te vault
mieulx souffrir que encommencier. Bien disent ceulx qui deffendent  un
chascun chose faire [dont il duelt et doubte se elle est de faire] ou
non. En la fin, quant tu auras examin ton conseil en la manire dessus
dicte et auras trouv que tu le pourras mener  fin, lors le retien et
le conferme.

Or est raison que je te monstre quant et pourquoy on doit changier son
conseil sans rprhension. L'en peut changier son conseil et son propos
quant la cause cesse ou quant nouvelle cause survient. Car la loy dit:
les choses qui de nouvel surviennent ont mestier de nouvel conseil. Et
Snque dit: se ton conseil est venu  la congnoissance de ton ennemy,
lors change ton conseil. Aprs, l'en peut changier son conseil quant
l'en treuve aprs que par erreur ou par autre cause mal ou dommage en
puet venir; aprs, quant le conseil est dshonneste ou vient de cause
dshonneste, car les lois dient que toutes promesses dshonnestes sont
de nulle valeur; aprs, quant il est impossible ou ne se puet garder
bonnement; et en moult d'autres manires. Aprs ce, tu dois tenir pour
rgle gnrale que ton conseil est mauvais quant il est si ferme que
l'en ne le puet changier pour condition qui surviengne.

Quant Mellibe ot oy ces enseignemens de dame Prudence, si respondi:
Prudence, jusques  l'eure de maintenant vous m'avez assez enseigni
comment en gnral je me doy porter en conseil prendre ou retenir, or
vouldroie-je bien que vous descendissiez en espcial et me deissiez ce
que vous semble du conseil que nous avons eu en ceste propre besongne.

Lors respondi dame Prudence: Sire, dist-elle, je te prie que tu ne
rappelles point en ton courage se je dy chose qui te desplaise, car
tout ce que je te dy, je l'entens dire  ton honneur et  ton prouffit,
et ay esprance que tu le prendras en patience. Et pour ce je te fais
assavoir que ton conseil,  parler proprement, ne doit estre appell
conseil, mais un fol esmouvement sans discrtion ouquel tu as err en
moult de manires.

Premirement, tu as err en assemblant ton conseil, car au
commencement tu deusses avoir appell moult peu de gens, et puis aprs
plusieurs, se besoing fust; mais tantost tu as appell une multitude
de gent chargeuse et ennuyeuse. Aprs tu as err, car tu deusses avoir
appell tant seulement tes loyaulx amis, sages et anciens; mais avec
ceulx tu as appell gens estranges, jouvenceaulx, fols, losengeurs,
ennemis rconcilis et gens qui te portent rvrence sans amour. Aprs
tu as err quant tu es venu  conseil, car tu avoies avec toy ensemble
ire, convoitise et hastivet, lesquelles trois choses sont contraires
 conseil, et ne les as pas abaisses en toy ne en ton conseil ainsi
comme tu deusses. Aprs tu as err, car tu as dmonstr  ton conseil
ta voulent et la grant affection que tu avoies de faire guerre
incontinent et de prendre vengence, et pour ce ils ont plus suivy ta
voulent que ton prouffit. Aprs tu as err, car tu as est content
d'un conseil tant seulement, et toutesvoies en si grant besongne et
si haulte estoient bien ncessaires plusieurs conseils. Aprs tu as
err, car [quant tu as fait la division entre ceulx de ton conseil,]
tu n'as pas suivy la voulent de tes loyaulx amis sages et anciens,
mais as regard seulement le plus grant nombre. Et tu scez bien que les
fols sont tousjours en plus grant nombre que les sages, et pour ce le
conseil des chappitres et des grans multitudes de gens o l'on regarde
plus le nombre que les mrites des personnes erre souvent, car en tel
conseil les fols ont toujours gaigni par multitude.

Mellibe adonc respondi: je confesse bien que j'ay err, mais pour ce
que tu m'as dit dessus que cellui ne fait pas  reprendre, qui change
son conseil en moult de cas, je suis appareilli  le changier  ta
voulent, car pchier est euvre d'omme, mais persvrer en pchi est
euvre de dable; et pour ce je ne vueil plus en ce persvrer.

Lors dit Prudence: examinons tout ton conseil [et vons lesquels ont
parl plus raisonnablement et donn meilleur conseil,] et pour ce
que l'examination soit mieulx faicte, commenons aux cirurgiens et
aux phisiciens qui premirement parlrent. Je dy, dist-elle, que les
cirurgiens et les phisiciens dirent ou conseil ce qu'ils devoient
dire et parlrent sagement, car  leur office appartient  un chascun
prouffiter et  nul nuire, et selon leur art ils doivent avoir grant
diligence de la cure de ceulx qu'ils ont en leur gouvernement, ainsi
comme ils ont dit et respondu sagement; et pour ce je conseille qu'ils
soient haultement guerdonns, en telle manire qu'ils entendent
plus liement  la cure de ta fille. Car jasoit-ce qu'ils soient tes
amis, toutesvoies tu ne dois pas souffrir qu'ils te servent pour
nant, mais les dois plus largement paer et guerdonner. Mais quant
 la proposition que les phisiciens adjoustrent, que s maladies
un contraire se garit par autre contraire, je vouldroie bien savoir
comment tu l'entens.

Certes, dist Mellibe, je l'entens ainsi: car comme ils m'ont fait un
contraire, que je leur en face un autre, et pour ce qu'ils se sont
vengis de moy et m'ont fait injure, je me vengeray d'eulx et leur
feray injure et lors auray gary un contraire par autre.

Or vez, dist Prudence, comment un chascun croit lgirement ce
qu'il veut et dsire! Certes, dist-elle, la parole des phisiciens ne
doit pas estre ainsi entendue, car mal n'est pas contraire  mal, ne
vengence  vengence, ne injure  injure, mais sont semblables. Et
pour ce, vengence par vengence, ne injure par injure n'est pas cur,
mais accroist l'une l'autre. Mais la parole doit estre ainsi entendue:
ainsi que mal et bien, sont contraires paix et guerre, vengence et
souffrance, discorde et concorde, et ainsi de moult d'autres; mais mal
se doit gairir par bien, discorde par accord, guerre par paix, et ainsi
de tous les autres; et  ce s'accorde saint Pol l'appostre en plusieurs
lieux: ne rendez, dit-il, mal pour mal, ne mesdit pour mesdit, mais
faites bien  cellui qui mal vous fera, et bnissez cellui qui vous
maudira. Et en moult d'autres lieux de ses pistres il admoneste  paix
et  concorde.

Or convient parler du conseil que donnrent les advocas, les sages
et les anciens, qui furent tous d'un accord et dirent que devant
toutes choses tu dois mettre diligence en garder ta personne et en
garnir ta maison, et dirent aussi que en ceste besongne l'en doit aler
advisement et  grant dlibration. Quant au premier point qui touche
la garde de ta personne, tu dois savoir que cellui qui a guerre doit
tous les jours, devant toutes choses, humblement et dvotement demander
la garde et l'aide de Dieu, [car en cest monde nul ne se puet garder
souffisamment sans la garde de nostre Seigneur.] Pour ce dit David le
prophte: se Dieu de la cit n'est garde, pour nant veille qui la
garde. Aprs, en la garde de ta personne tu dois mettre tes loyaux amis
esprouvs et congneus et  eulx dois demander aide pour toy garder, car
Caton dit: se tu as besoing d'aide, demande-le  tes amis, car il n'est
si bon phisicien comme le loyal amy. Aprs, tu te dois garder de toutes
gens estranges et mescongneus et avoir leur compaignie suspecte, car
Pierre Alphons dit: ne t'acompaigne en voye  nulle personne se tu ne
la congnois devant, et s'aucune personne s'acompaigne avec toy sans ta
voulent et enquire de ta vie et de ta voie, fains que tu veulx aler
plus loing que tu n'as propos; et se il porte lance, si te tieng  sa
dextre: se il porte espe, si te tieng  sa senestre.

Aprs, garde-toy sagement de tous ceulx[325] que je t'ay dit, car
tu dois leur conseil eschever et fuir. Aprs, garde-toy en telle
manire que pour la prsumption de ta force tu ne desprises point
ton adversaire tant que[326] laisses tes gardes, car sage homme
doit tousjours doubter, espcialment ses ennemis. Et Salemon dit:
beneur est cellui qui tousjours se doubte, car  cellui qui par
la duret de son cuer a trop grant prsumption, mal lui vendra. Tu
dois doncques doubter tous agais et toutes espies. Car, selon ce que
dit Snque[327], qui toutes choses doubte, en nulle ne cherra; et
encores dit-il: sage est celluy qui doubte, et eschive tous maulx. Et
jasoit-ce qu'il te soit semblant estre bien asseur et en seur lieu,
toutesvoies tu dois avoir tousjours diligence de toy garder, car
Snque dit: qui seur se garde n'a doubte de nuls prils. Aprs tu te
dois garder non pas tant seulement de ton grant et fort ennemi, mais
de tout le plus petit, car Snque dit: il appartient  homme bien
enseigni qu'il doubte son petit ennemi. Et Ovide, ou livre du _Remde
d'amours_, dit: la petite vivre[328] occist le grant torel, et le chien
qui n'est pas moult grant relient bien le sanglier. Toutesvoies, tu ne
dois pas estre tant doubteux que tu doubtes l o riens n'a  doubter,
car il est escript: aucunes gens ont enseigni leur dcevoir mais ils
ont trop doubt que l'en les dceust[329]. Aprs, tu te dois garder de
venin et de compaignie de moqueurs, car il est escript: avecques le
moqueur n'aies compaignie, mais la fuy et ses paroles comme le venin.

Quant au second point, c'est assavoir ouquel dirent les sages que tu
dois garnir ta maison  grant diligence, je vouldroie bien savoir
comment tu entens ceste garnison.

Dist Mellibe: Je l'entens ainsi que je doy garnir ma maison de tours,
de chasteaulx[330], d'eschifes[331] et autres difices par lesquels
je me puisse garder et deffendre, et pour cause desquels les ennemis
doubteront  approuchier ma maison.

Lors Prudence respondi: La garnison de tours haultes et des grans
difices appartient aucunes fois  orgueil. L'en fait les tours et les
grans difices  grant travail et  grans despens, et quant elles sont
faites, elles ne vallent riens se elles ne sont deffendues par sages et
par bons amis loyaux, et  grans missions[332]. Et pour ce sachiez que
la plus grant garnison et la plus fort que un riche homme puisse avoir
 garder son corps et ses biens, c'est qu'il soit am de ses subjects
et de ses voisins, car Tulles dit: une garnison que l'en ne puet
vaincre ne desconfire, c'est l'amour des citoyens.

Quant au tiers point, o les sages et anciens dirent que l'en ne
doit point aler en ceste besongne soudainement ne hastivement, mais
se doit-on pourveoir et appareillier  grant diligence et  grant
dlibration, je croy qu'ils parlrent bien et sagement, car Tulles
dit: en toutes besongnes, devant ce que l'en les commence, on se doit
appareillier  grant diligence. En vengence doncques, en guerre, en
bataille et en garnison faire, devant ce que l'en commence, l'en
doit faire son appareil  grant dlibration, car Tulles dit: long
appareillement de batailles fait brief victoire; et Cassiodores[333]
dit: la garnison est plus puissant quant elle est plus long temps
pense.

Or convient aler au conseil que te donnrent tes voisins qui te portent
rvrence sans amour, tes ennemis rconcilis, les losengeurs, ceux
qui te conseillirent une chose en secret et autre disoient en appert,
les jeunes gens, qui tous te conseillrent vengier tantost et faire
guerre incontinent. Et certes, ainsi comme je t'ay dit dessus, tu erras
moult en appelant telles gens  ton conseil, et ce conseil est assez
rprouv pour les choses dessus dictes. Toutesvoies, puis qu'elles sont
dictes en gnral, nous descendrons en espcial. Or vons doncques
premirement, selon ce que dit Tulles, de la vrit de ce conseil. Et
certes de la vrit de ceste besongne ne convient pas moult enquerre,
car l'en scet bien qui sont ceulx qui te ont fait ceste injure, et
quans[334] ils sont, et comment, et quant, et quelle injure ils te ont
faite. Examinons doncques la seconde condition que Tulles met, qu'il
appelle consentement, c'est  dire qui sont ceulx et quans ils sont qui
se consentent  tel conseil et  ta voulent, et considrons aussi qui
sont ceulx et quans qui se consentent  tes adversaires.

Quant au premier, l'en scet bien quels gens se consentent  ta
voulent, car tous ceulx que j'ay dessus nomms conseillent que tu
faces guerre tantost. Or vons doncques qui tu es et qui sont ceulx que
tu tiens tant  ennemis. Quant  ta personne, jasoit-ce que tu soies
riche et puissant, tu es tout seul et n'as nul enfant masle; tu n'as
fors une seule fille tant seulement: tu n'as frres ne cousins germains
ne nuls autres bien prouchains parens, pour paour desquels tes ennemis
se cessassent de toy poursuivre et destruire; et ta personne destruite,
tu scez bien que tes richesses se diviseront en diverses parties,
et quant chascun aura sa partie, ils ne seront forcs de vengier ta
mort. Mais tes ennemis sont trois et ont moult d'enfans, de frres et
d'autres bien prouchains amis et parens, desquels quant tu en auras
occis deux ou trois, encores en demourra assez qui pourront vengier
leur mort et te pourront occire. Et jasoit-ce que tes amis soient trop
plus que les amis de tes adversaires, ils t'appartiennent de moult
loing, et les amis de tes adversaires leur sont moult plus prouchains,
et en ce leur condition est meilleur que la tienne.

Aprs, voyons encores se le conseil que l'en te donna de la vengence
tantost prendre, se consent  raison. Et certes tu scez que non, car,
selon droit, nul ne doit faire vengence [d'autrui, fors le juge qui
a la jurisdiction sur lui, jasoit-ce que vengence soit] ottroye ou
permise  aucun quant on la fait incontinent et attrempement, selon ce
que droit le commande. Aprs, encores sur ce mot consentement, tu dois
regarder se ton povoir se consent  ta voulent et  ton conseil. Et
certes tu pues dire que non, car  parler proprement, nous ne povons
riens fors ce que nous povons faire deuement et selon droit; et pour
ce que selon droit tu ne dois prendre vengence de ta propre auctorit,
l'en puet dire que ton povoir ne se consent point  ta voulent.

Or convient examiner le tiers point que Tulles appelle consquent. Tu
dois doncques savoir que  vengence que tu veulx faire, est consquent
et s'ensuit autre vengence, prils, guerres et d'autres maulx sans
nombre et moult de dommages lesquels l'en ne voit maintenant.

Quant au quart point que Tulles appelle engendrement, tu dois savoir
que injure est engendre de haine, acquisition[335] d'ennemis
enflambls de vengence; de haine et contens guerres naissent, et
dgastement de tous biens.

Quant aux causes, qui est le derrenier point que Tulles y met, tu dois
savoir que en l'injure qui t'a est faite a deux causes ouvrires et
efficiens: la loingtaine et la prouchaine; la loingtaine est Dieu qui
est cause de toutes causes: la prouchaine sont tes trois ennemis. La
cause accidentelle fut hayne; la cause matriel sont les cinq plaies
de ta fille; la cause formal fut la manire de faire l'injure, c'est
assavoir qu'ils appoirent eschelles contremont les murs et entrrent
par les fenestres; la cause final fut que ils vouldrent occire ta
fille, et par eulx ne demoura. Mais la cause final loingtaine,  quel
fin ils avendront de ceste besongne, nous ne la povons pas bien savoir,
fors par conjectures et par prsumptions, car nous devons prsumer
qu'ils avendront  male fin par la raison du Dcret qui dit:  grant
peine sont menes  bonne fin les choses qui sont mal commences.
Qui me demanderoit pourquoy Dieu a voulu et souffert qu'ils t'aient
fait telle injure, je n'en sauroie pas bien respondre pour certain,
car, selon ce que dit l'appostre, la science et jugement nostre
Seigneur sont si parfont que nuls ne le puet comprendre ne encerchier
souffisamment. Toutesvoies, par aucunes prsumptions je tien que Dieu
qui est juste et droiturier a souffert que ce soit advenu pour cause
juste et raisonnable; car tu qui as nom Mellibe qui vault autant comme
_cellui qui boit le miel_, [le miel as tant voulu boire,] c'est  dire
la doulceur des biens temporels, des richesses, des dlices et des
honneurs de ce monde, que tu en as est tout yvres et as oubli Dieu
ton crateur, ne ne lui as pas port honneur ne rvrence ainsi comme
tu deusses. Tu n'as pas retenu en ta mmoire la parole Ovide[336] qui
dit: dessoubs le miel de la doulceur des biens du corps, est abscondu
le venin qui occit l'me. Et Salemon dit: se tu as trouv le miel, si
en mengue  souffisance, car se tu en mengues oultre mesure, il te
convendra vomir. Pour ce, par adventure, Dieu en despit de toy a tourn
sa face et les oreilles de sa misricorde [autre part], et a souffert
que tu as [est prins en la manire que tu as] pchi contre lui. Tu
as pchi contre nostre Seigneur, car les trois ennemis de l'umain
lignage, qui sont le monde, la char et le Dable, tu as laissi entrer
en ton cuer tout franchement par les fenestres du corps, sans toy
deffendre souffisamment contre leur assault et leurs temptacions, en
telle manire qu'ils ont navre sa fille, c'est assavoir l'me de toy,
de cinq plaies: c'est  dire de tous les pchis mortels qui entrrent
ou cuer parmy chascun des cinq sens naturels. Par ceste semblance
nostre Seigneur a voulu et souffert que ces trois ennemis sont entrs
en ta maison par les fenestres et ont navre ta fille en la manire
dessus dicte.

Certes, dist Mellibe, je voy bien que vous vous efforciez moult par
doulces paroles de moy encliner  ce que je ne me venge point de mes
ennemis, et m'avez monstr moult sagement les prils et les maulx qui
pourroient advenir de ceste vengence. Mais qui vouldroit considrer
en toutes vengences tous les prils qui s'en pourroient ensuir, l'en
ne feroit jamais vengence, et ce seroit moult grant dommage, car par
vengence les mauvais sont osts d'entre les bons, et ceulx qui ont cuer
de mal faire se retraient[337] quant ils voient que l'en punist les
malfaiteurs.

A ce respond dame Prudence: certes, dist-elle, je vous octroie que de
vengence vient moult de biens, mais faire vengence n'appartient pas 
un chascun, fors seulement aux juges et  ceulx qui ont la jurisdiction
sur les malfaiteurs, et dy oultre que ainsi que une personne singulire
pcheroit en faisant vengence, [ainsi pcheroit le juge en laissant
faire[338] vengence,] car Snque dit: cellui nuist aux bons, qui
espargne les mauvais; et, selon ce que dist Cassiodores, l'en doubte
faire les oultrages, quant on scet qu'il desplairoit aux juges et aux
souverains. Et un autre dit: le juge qui doubte faire les drois[339],
fait les gens mauvais; et saint Pol l'appostre dist en l'pistre aux
Rommains que le juge ne porte pas le glaive sans cause, mais le porte
pour punir les mauvais [et pour deffendre les] preudomes. Se tu veulx
doncques avoir ta vengence de tes ennemis, tu recourras au juge qui
a la jurisdiction sur eulx, et il les punira selon droit, et encores
s'ils l'ont desservi, en leur avoir[340] en telle manire que ils
demourront povres et vivront  honte.

H! dist Mellibe, ceste vengence ne me plaist point: je regarde que
fortune m'a nourry ds mon enfance et m'a aidi  passer moult de fors
pas. Je la vueil maintenant essayer, et croy que  l'aide de Dieu elle
m'aidera  vengier [ma honte].

Certes, dit Prudence, se tu veulx ouvrer de mon conseil, tu ne
essaieras point fortune ne ne t'appoieras  elle, car, selon ce que
dit Snque, les choses se font folement, qui se font  l'esprance de
fortune. Car fortune est comme une verrire qui de tant comme elle est
plus clere et plus resplendissant, de tant est-elle plus tost brise;
et pour ce, ne t'y fie point, car elle n'est point estable, et l o
tu cuideras estre plus seur de son aide, elle te fauldra. Et pour ce
que tu dis que fortune t'a nourry ds ton enfance, je te dy que de
tant tu te dois moins fier en elle et en ton sens, car Snque dit que
cellui que fortune nourrist trop, elle le fait fol. Puis doncques que
tu demandes vengence, et la vengence qui se fait selon l'ordre de droit
et devant le juge ne te plaist, et la vengence qui se fait en esprance
de fortune est mauvaise et prilleuse et si n'est point certaine,
tu n'as remde de recours fors au souverain et vray juge qui venge
toutes villenies et injures, et il te vengera, selon ce que lui mesmes
tesmoingne:  moy, dit-il, laisse la vengence et je la feray.

Mellibe respondi: Se je, dit-il, ne me venge de la villenie que l'en
m'a faite, je semondray ceulx qui l'a m'ont faicte et tous autres
mauvais  moy faire une nouvelle villenie, car il est escript: se tu
sueffres sans vengier la vieille villenie, tu semons  la nouvelle. Et
ainsi, par souffrir l'en me feroit tant de villenies de toutes pars
que je ne le pourroie souffrir ne porter, ains seroie au bas du tout
en tout, car il est escript: en moult souffrant, t'avendront assez de
choses que souffrir ne pourras.

Certes, dit Prudence, je te ottroie que trop grant souffrance n'est
pas bonne, mais pour ce ne s'ensuit-il pas que chascune personne  qui
l'en fait injure prengne la vengence, car ce appartient aux juges tant
seulement, qui ne doivent pas souffrir que les villenies et injures ne
soient venges. Et pour ce, les deux auctorits que tu as avant traites
sont entendues tant seulement des juges que quant ils seuffrent trop
faire les injures et villenies sans punition, ils ne semonnent pas tant
seulement faire les injures, mais les commandent. Ainsi le dit un sage.
Le juge, dit-il, qui ne corrige le pcheur, luy commande  pchier; et
pourroient bien tant souffrir les juges et les souverains [de maulx]
en leur terre, que les malfaiteurs les getteroient hors de leur terre,
et leur convendroit perdre leur seignorie  la parfin. Mais or posons
que tu aies licence de toy vengier, je dy que tu n'as pas la puissance
quant  prsent, car se tu veulx faire comparoison de ta puissance 
la puissance de tes adversaires, tu trouveras trop de choses, selon ce
que je t'ay monstr dessus, par quoy leur condition est meilleur que la
tienne, et pour ce je te dy qu'il est bon, quant  maintenant, de toy
souffrir et avoir patience.

Aprs, tu scez que l'en dit communment que contendre  plus fort,
c'est enragerie: contendre  esgal, c'est pril: contendre  moindre,
c'est honte. Et pour ce, l'en doit fuir toute contention tant comme
l'en puet, car Salemon dit que c'est grant honneur  homme quant il se
scet guetter de brigue et de contens. Et se plus fort de toy te grive,
estudie-toy plus  le appaisier que  toy vengier, car Snque dit que
cellui se met en grant pril, qui se courrouce  plus fort de lui; et
Caton dit: se plus grant que toy te griefve, sueffre-toy: car cellui
qui t'a une fois grev, te pourra une autre fois aidier.

Or posons que tu aies licence et puissance de toy vengier, je dy
encores que moult de choses sont, qui te doivent retraire et te doivent
encliner  toy souffrir et avoir patience en l'injure qui t'a est
faicte et aux autres tribulations de ce monde.

Premirement [se tu veulx considrer les deffaulx qui sont en] toy,
pour lesquels Dieu a voulu souffrir que ceste tribulation te soit
advenue, selon ce que j'ay dit dessus, car le pote dit que nous
devons porter en patience les tribulations qui nous viennent, quant
nous pensons que nous les avons desservies. Et saint Grgoire dit que
quant un chascun considre le grant nombre de ses dfaulx et de ses
pchis, les peines et les tribulations qu'il sueffre lui en appairent
plus petites; et de tant comme[341] son pchi monte, lui semble la
peine plus lgire. Aprs, moult te doit encliner  patience, la
patience nostre Seigneur Jhsu-Crist, selon ce que dit saint Pierre en
ses pistres. Jhsu-Crist, dit-il, a souffert [pour nous] et a donn
exemple  un chascun de lui ensuivre, car il ne fist oncques pchi,
ne onques de sa bouche n'yssi une villenie. Quant on le maudissoit,
il ne maudissoit point: quant on le batoit, il ne menaoit point.
Aprs, moult te doit encliner  patience, la grant patience des Sains
de paradis qui ont eu si grant patience s tribulations qu'ils ont
souffertes sans leur coulpe. Aprs, moult te doit encliner  patience
que les tribulations de ce monde durent trs petit de temps et sont
tantost passes, et la gloire que l'en acquiert pour avoir patience s
tribulations est pardurable, selon ce que dit l'pistre seconde  ceulx
de Corinthe.

Aprs, tien fermement que cellui n'est pas bien enseign qui ne scet
avoir patience, car Salemon dit que la doctrine de l'omme est congneue
par patience, et nostre Seigneur dit que patience vaint; et encores dit
que en nostre patience nous possiderons nos mes. Et autre part dit
Salemon que cellui est patient qui se gouverne par grant prudence; et
cellui mesmes dit que l'omme courrouceux fait les noises, et le patient
les attrempe. Aussi dit-il que mieulx vault estre bien patient que
bien fort, et plus fait  prisier cellui qui puet avoir la seignourie
de son cuer que cellui qui par grant force prent les grans cits; et
pour ce dit saint Jaques en ses pistres que patience est euvre de
perfection.

Certes, dit Mellibe, je vous ottroye, dame Prudence, que patience
est une grant vertu, mais chascun ne puet pas avoir la perfection que
vous alez qurant. Je ne suis pas du nombre des bien parfais, et pour
ce mon cuer ne puet estre en paix jusques  tant que je soye vengi.
Et jasoit-ce que en ceste vengence eust grant pril, je regarde que
aussi [avoit-il grant pril  faire la villenie qui m'a est faite,
et toutesvoies] mes adversaires n'ont pas regard le pril, mais ont
hardiement acompli leur voulent, et pour ce il me semble que l'en ne
me doit pas reprendre se je me met en un pou de pril pour moy vengier
et se je fais un grant excs, car on dit que excs n'est corrig
que par excs, c'est  dire que oultrage ne se corrige fors que par
oultrage.

H! dit dame Prudence, vous dictes vostre voulent, mais en nul cas
du monde l'en ne doit faire oultrage ne excs pour soy venger ne
autrement, car Cassiodores dit que autant de mal fait cellui qui se
venge par oultrage comme cellui qui a fait oultrage. Et pour ce, vous
vous devez vengier selon l'ordre de droit, non pas par excs ne par
oultrage, car ainsi que vous savez que vos adversaires ont pchi
encontre vous par leur oultrage, [aussi pchiez-vous se vous vous
voulez venger] autrement que droit ne l'a command; et pour ce dit
Snque que l'en ne doit nulle fois vengier mauvaisti. Et se vous
dictes que droit octroie que l'en deffende violence par violence
et barat par barat, certes c'est vrit quant la deffense se fait
incontinent et sans intervalle et pour soy deffendre, non pas pour soy
venger, et s'y convient mettre telle diligence[342] et deffense que
l'en ne puisse reprendre cellui qui se deffent d'excs ne d'oultrage,
car autrement ce seroit contre droit et contre raison. Or vois-tu
bien que tu ne fais pas incontinent deffense, ne pour toy deffendre,
mais pour toy vengier, et si n'as pas voulent de faire ton fait
attrempement; et pour ce il me semble encores que la patience est
bonne, car Salemon dit que cellui qui n'est pas patient aura dommage.

Certes, dit Mellibe, je vous octroye que quant un homme est impatient
et courrouci de ce qui ne le touche et ne lui appartient, se dommage
lui vient n'est pas merveille. Car la rgle de droit dit que cellui est
coupable qui s'entremet de ce qui ne lui appartient point; et Salemon
dit s Proverbes que cellui qui s'entremet des noises d'autruy est
semblable  cellui qui prent le chien par les oreilles. Et aussi comme
cellui qui tient le chien estrange qu'il ne congnoist est aucune fois
mors du chien, aussi est-il raison que dommage viengne  cellui qui
par impatience et par courroux se mesle de la noise d'autruy qui riens
ne lui appartient. Mais vous savez bien que ce fait me touche moult de
prs, et pour ce j'en suis courrouci et impatient, et ce n'est pas
merveille; et si ne vois mie, sauve vostre grce, que grant dommage me
puisse venir de moy vengier, car je suis plus riche et plus puissant
que ne sont mes adversaires et vous savez bien que par argent se
gouvernent et font les choses et le fait de ce monde, et Salemon dit
que toutes choses obissent  pcune.

Prudence, quant elle oy son mary vanter de sa richesse et de sa
puissance et soy esjouir, et despriser la povret de ses adversaires,
parla en ceste manire: je vous octroie que vous estes riche et
puissant et que les richesses sont bonnes  ceulx qui les ont bien
acquises et bien en usent, car ainsi comme le corps ne puet vivre sans
[l'me, ainsi ne puet-il vivre sans] les biens temporels, et par les
richesses l'en puet acquerre les grans lignages et les amis. Et pour
ce dit Pamphile[343]: se la fille d'un bouvier est riche, elle puet
eslire de mil hommes lequel qu'elle veult pour son mary, car nul ne
la refusera pas; et dit encores: se tu es, dit-il, bien eur, c'est
 dire riche, tu trouveras grant nombre de compaignons et d'amis, et
se ta fortune se change et que tu soies povre, tu demoureras tout
seul. Et oultre dit Pamphile que par richesses sont nobles ceulx qui
sont villains par lignage; et ainsi comme de grans richesses vient
moult de biens, ainsi de grant povret viennent moult de maulx, car
grant povret contraint la personne  moult de maulx faire, et pour ce
[l'appelle Cassiodores mre de crimes, et dit aussi] Pierre Alphons:
une des grans adversits de ce sicle, si est quant un homme franc par
nature est contraint par povret mendier l'aumosne de son ennemy; et
la raison de ce rent Innocent[344] en un sien livre, disant: dolente
et meschant est la condition des povres mendians, car se ils ne
demandent, ils meurent de fain, et se ils demandent, ils meurent de
honte; et toutesvoies ncessit les contraint  demander. Et pour ce
dit Salemon que mieulx vault mourir que avoir telle povret, car, selon
ce qu'il dit autre part, mieulx vault la mort amre que telle vie.

Par les raisons que je t'ay dictes et moult d'autres que dire je te
pourroie, je t'ottroie que bonnes sont les richesses  ceulx qui
bien les acquirent et qui bien en usent; et pour ce, je te vueil
monstrer comment tu te dois avoir en amassant les richesses et en
usant d'icelles. Premirement, tu les dois acquerre non mie ardemment,
mais  loisir et attrempement et par mesure, car l'homme qui est trop
ardent d'acquerre richesses se abandonne lgirement  tous vices et
 tous autres maulx; et pour ce dit Salemon: qui trop se haste de soy
enrichir, il ne sera pas innocent; et dit aussi autre part que la
richesse hastivement venue, hastivement s'en va, mais celle qui est
venue petit  petit se croist tousjours et se multiplie. Aprs, tu dois
acquerre les richesses par ton sens et par ton travail,  ton prouffit
et sans dommage d'autruy, car la loy dit que nul ne se face riche au
dommage d'autruy, et Tulles dit que douleur, ne peine, ne mort, ne
autre chose qui puisse advenir  homme, n'est tant contraire  homme
ne contre nature, comme accroistre ses richesses au dommage d'autruy;
et Cassiodores dit que vouloir accroistre sa richesse de ce petit que
le mendiant a, surmonte toute cruault. Et pour ce que tu les puisses
acquerre plus loyaulment, tu ne dois pas estre oiseux ne paresseux de
faire ton prouffit, mais dois fuir toute oisivet, car Salemon dit que
oisivet enseigne moult de maulx  faire; et dit autre part que cellui
qui travaille et cultive sa terre mengera du pain, mais cellui qui est
oiseux cherra en povret et mourra de fain. Cellui qui est oiseux ne
treuve nul temps convenable  faire son prouffit, car, selon ce que dit
un versifieur, il s'excuse en yver de ce qu'il fait trop froit, et en
est de ce qu'il fait trop chault. Pour ces causes dit Caton: veille
souvent et ne t'abandonne  trop dormir, car trop grant repos est le
nourissement des vices. Et pour ce dit saint Jhrome: fay tousjours
aucunes bonnes euvres pour ce que l'ennemi ne te treuve oiseux, car
l'ennemi ne trait pas lgirement en son euvre celluy qui est occup
en bonnes euvres. En acqurant doncques les richesses, tu dois fuir
oisivet.

Aprs, des richesses que tu auras acquises par ton sens et par ton
travail et deuement, tu dois user en telle manire, c'est assavoir
que tu ne sois tenu pour trop eschars ne pour fol larges, car ainsi
comme fait  blasmer avarice, ainsi fait  blasmer et reprendre folle
largesse. Et pour ce dit Caton: use des choses acquises par telle
manire que l'en ne t'appelle pas povre ne chtif, car grant honte est
 homme qui a le cuer povre et la bourse riche. Aussi dist-il: use
des biens que tu auras acquis, sagement, sans msuser, car ceulx qui
folement desgastent ce qu'ils ont, quant ils n'ont plus riens, ils se
abandonnent lgirement  prendre l'autrui. Je dy doncques que tu dois
fuir avarice en usant des richesses acquises, en telle manire que l'en
ne die pas que tes richesses soient ensevelies, mais que tu les as en
ta puissance; car un sage reprent l'omme aver et dit ainsi en deux
vers: pourquoy homme qui est cendre et qui mourir convient, ensevelit
son avoir par si grant avarice? Pourquoy se joinct-il tant  son avoir
que l'en ne puet l'en dssevrer? Car quant il mourra, il ne l'emportera
pas avec soy. Et pour ce dit saint Augustin: l'omme aver est semblable
 enfer, car plus dvoure, et plus veult dvourer. Et ainsi comme tu
dois d'avoir user en manire que l'en ne te clame aver et chtif, ainsi
tu te dois garder que l'en ne te clame pour un fol large. Pour ce dit
Tulles: les biens de ton hostel ne doivent pas estre tant enclos que
piti ne dbonnairet ne les puissent ouvrir, et aussi ne doivent-ils
pas tant estre ouvers qu'ils soient abandonns  un chascun.

Aprs, en acqurant les richesses et en usant d'icelles, tu dois
tousjours avoir trois choses en ton cuer, c'est assavoir Dieu,
conscience et bonne fame et renomme. Tu dois doncques avoir Dieu en
ton cuer, car pour nulle richesse tu ne dois faire chose qui desplaise
 Dieu ton crateur, car, selon le dit Salemon, mieulx vault petit
avoir et de Dieu la paour que grant trsor acquerre et perdre son
seigneur. Et le philosophe dit que mieulx vault estre preudome et petit
avoir que estre mauvais et avoir grans richesses. Aprs, je dy que tu
dois acquerre et user des richesses, sauve tousjours ta conscience,
car l'appostre dit que la chose dont nous devons avoir plus grant
gloire, si est quant nostre conscience nous porte bon tesmoignage; et
le sage dit: bonne est la substance dont l'acqurir ne nuit point  la
conscience.

Aprs, en acqurant les richesses et en usant d'icelles, tu dois
avoir grant cure et grant diligence comment ta bonne fame et renomme
soit tousjours garde, car il est escrit: le gaing doit estre appell
perte, qui sa bonne fame ne garde; et Salemon dit: mieulx vault la
bonne renomme que les grans richesses; et pour ce, il dit autre part:
aies grant diligence de garder ton bon renom et ta bonne fame, car
ce te demourra plus que nul trsor grant et prcieux. Et certes il
ne doit pas estre dit gentils homs, qui toutes autres choses arrire
mises aprs Dieu et conscience, n'a grant diligence de garder sa
bonne renomme. Pour ce dit Cassiodores: il est signe de gentil cuer,
quant il affecte et dsire bon nom et bonne fame; et pour ce dit
saint Augustin: deux choses te sont ncessaires, c'est assavoir bonne
conscience pour toy, bonne fame pour ton prouchain: et cellui qui tant
se fie en sa bonne conscience qu'il nglige sa bonne renomme et ne
fait force de la garder, il est cruel et villain.

Or t'ay-je monstr comment tu te dois porter en acqurant les richesses
et usant d'icelles; et pour ce que vous vous fiez tant en vos richesses
que pour la fiance que vous y avez vous voulez mouvoir guerre [et faire
bataille, je vous conseille que vous ne commencez point guerre, car la
grant] fiance de vos richesses ne souffit point  guerre maintenir.
Pour ce dit un philosophe: homme qui guerre vuelt avoir, n'aura j 
souffisance avoir, car de tant comme l'omme est plus riche, de tant lui
convient faire plus grans mises se il veut avoir honneur et victoire;
car Salemon dit: o plus a de richesses, plus a de despendu. Aprs,
trs chier seigneur, jasoit-ce que par vos richesses moult de gens vous
puissiez avoir, toutesvoies pour ce ne vous convient pas commencier
guerre l o vous povez avoir autrement paix  vostre honneur et 
vostre proffit, car la victoire des batailles de ce monde ne gist pas
ou grant nombre de gens ne en la vertu des hommes, mais en la main
et en la voulent de Dieu. Et pour ce, Judas Machabeus qui estoit
chevalier de Dieu, quant il se deut combattre contre son adversaire
qui avoit plus grant nombre de gens qu'il n'avoit, il reconforta sa
petite compaignie et dit: aussi lgirement puet donner Dieu victoire 
pou de gens comme  moult, car la victoire des batailles ne vient pas
du grant nombre de gens, mais vient du ciel. Et pour ce, trs chier
seigneur, que nul n'est certain s'il est digne que Dieu lui doint
victoire ne plus que il est certain se il est digne de l'amour de Dieu
ou non, selon ce que dit Salemon, un chascun doit avoir grant paour de
faire guerre, et pour ce que s batailles a moult de prils, et advient
aucunes fois que aussi tost occist-l'en le grant comme le petit.
Car, selon ce qu'il est escript ou second livre des Rois, les fais
des batailles sont adventureux et ne sont pas certains[345], ainois
galement occist maintenant l'un, maintenant l'autre; et pour ce que
pril y a, tout homme sage doit fuir les guerres tant comme il puet
bonnement, car Salemon dit: qui aime le pril, il cherra en pril.

Aprs ce que dame Prudence ot parl, Mellibe respondi: je voy bien,
dist-il, dame Prudence, par vos belles parolles et par les raisons que
vous mettez avant, que la guerre ne vous plaist point, mais je n'ay pas
encore oy vostre conseil comment je me doy porter en ceste besongne.

Certes, dist-elle, je vous conseille que vous accordiez[346]  vos
adversaires et que vous ayez paix avec eulx, car Snque dit en ses
escrips que par concorde les richesses petites deviennent grandes, et
par discorde les grandes deviennent petites et vont  dclin et se
fondent tousjours; et vous savez que un des grans biens de ce monde ce
est paix. Pour ce dit Jhsu-Crist  ses appostres: bieneurs sont ceulx
qui aiment et pourchassent la paix, car ils sont appells enfans de
Dieu.

H! dist Mellibe, or voy-je bien que vous n'aimez pas mon honneur.
Vous savez que mes adversaires ont commenci la riote et la brigue
par leur oultrage, et voiez qu'ils ne requirent point la paix et ne
demandent pas la rconciliation; vous voulez doncques que je me voise
humilier et crier mercy? Certes, ce ne seroit pas mon honneur, car
ainsi comme l'on dit que trop grant familiarit engendre mesprisement,
aussi fait trop grant humilit.

Lors, dame Prudence fit semblant d'estre courroucie et dist: Sire!
Sire! sauve vostre grce, j'aime vostre honneur et vostre prouffit
comme le mien propre, et l'ay tousjours aim, et vous ne autre ne
veistes oncques le contraire. Et se je vous avoie dit que vous deviez
pourchasser la paix et la rconciliation, je n'auroie pas tant mespris
comme il vous semble, car un sage dit: la dissension tousjours commence
par autre et la paix par toy; et le prophte dit: fuy le mal et
fay le bien, quier la paix et la pourchasse tant comme tu pourras.
Toutesvoies, je ne vous ay pas dit que vous requrez la paix premier
que vos adversaires, car je vous say bien de si dur cuer que vous ne
feriez  pice[347] tant pour moy, et toutesvoies Salemon dit que mal
vendra en la fin  cellui qui a le cuer trop dur.

Quant Mellibe oy dame Prudence faire semblant de courroux, si dist:
Dame, je vous prie qu'il ne vous desplaise chose que je vous die, car
vous savez que je suis courrouci, et n'est mie merveille, et ceulx qui
sont courroucis ne scevent pas bien qu'ils font ne qu'ils dient; pour
ce, dit le philosophe que les troubls ne sont pas bien cler-voyans.
Mais dictes et conseilliez ce qu'il vous plaira, et je suis appareilli
du faire; et se vous me reprenez de ma folie, je vous en doy plus
prisier et amer, car Salemon dit que cellui qui durement reprent cellui
qui fait folie, il doit trouver plus grant grce envers lui que cellui
qui le doit par doulces paroles.

Je, dit Prudence, ne fay semblant d'estre yre et courrouce fors
pour vostre grant prouffit, car Salemon dit: mieulx vault cellui qui
le fol reprent et qui lui monstre semblant d'ire, que le loer quant
il mesprent, et de ses grans folies rire; et dit aprs que par la
tristesse du visage corrige le fol son courage.

Adoncques dit Mellibe: Dame je ne sauroie respondre  tant de belles
raisons que vous mettez avant: dictes-moy briefment vostre voulent et
vostre conseil, et je suis appareilli de l'acomplir.

Lors, dame Prudence descouvrit toute sa voulent et dist ainsi: Je
conseille que devant toutes choses vous faciez paix  Dieu et vous
rconciliez  lui, car, selon ce que je vous ay dit autres fois, il
vous a souffert advenir ceste tribulation par vos pchis, et se
vous faites ce, je vous promects de par lui que il vous amnera vos
adversaires [ vos pis et appareills de faire toute vostre voulent,
car] Salemon dit: quant les voies des hommes plaisent  Dieu, il leur
convertit leurs ennemis et les contraint de requrir paix. Aprs, je
vous prie qu'il vous plaise que je parle  secret  vos ennemis et
adversaires, sans faire semblant que ce viengne de vostre consentement:
et lors, quant je sauray leur voulent, je vous pourray conseiller plus
seurement.

Faites, dit Mellibe, toute vostre voulent, car je met tout mon fait
en vostre disposition.

Lors dame Prudence, quant elle vit la bonne voulent de son mary, si
ot dlibration en soy mesmes et pensa comment elle pourroit mener
ceste besongne  bonne fin. Et quant elle vit que temps fut, elle manda
les adversaires en secret lieu, et leur proposa sagement les grans
biens qui sont en paix et les grans prils qui sont en guerre, et leur
enseigna moult doulcement comment ils se devoient repentir de l'injure
qu'ils avoient faite  Mellibe son seigneur,  elle et  sa fille.

Quant ceulx orent les doulces paroles de dame Prudence, ils furent si
surprins et orent si grant joie que nul ne le pourroit extimer. H!
dame, dirent-ils, vous nous avez dnonci en la bnisson de doulceur
selon ce que dit David le prophte, car la rconciliation dont nous
ne sommes pas dignes et que nous vous deussions requerre  grant
dvotion et  grant humilit, vous, par vostre grant doulceur, la nous
avez prsente. Or vons-nous bien que la sentence Salemon est vraie,
qui dit que doulce parole multiplie les amis et fait dbonnaires les
ennemis. Certes, dirent-ils, nous mettons nostre fait en vostre bonne
voulent, et sommes appareillis en tout et par tout obir au dit et
au commandement de monseigneur Mellibe; et pour ce, trs chre dame
et bnigne, nous vous requrons et prions tant humblement comme nous
povons plus, que il vous plaise acomplir par fait vos douces paroles.
Toutesvoies, trs chre dame, nous considrons et congnoissons que
nous avons offendu monseigneur Mellibe oultre mesure et plus que ne
pourrions amender, et pour ce nous obligons nous et nos amis  faire
toute sa voulent et son commandement; mais, par aventure, il, comme
courrouci, nous donnera telle peine que nous ne pourrons acomplir ne
porter. Et pour ce, plaise vous avoir en ce fait tel advisement que
nous et nos amis ne soions mie dshrits et perdus par nostre folie.

Certes, dit Prudence, il est dure chose et prilleuse que un homme se
commette du tout en l'arbitrage et en la puissance de ses ennemis,
car Salemon dit: oiez-moy, dit-il, tous peuples et toutes gens et
gouverneurs de l'glise:  ton fils,  ta femme,  ton frre et  ton
ami ne donne puissance sur toy, en toute ta vie. Se il a doncques
deffendu que l'en ne donne puissance sur soy  frre ne ami, par plus
fort raison il deffend que l'en ne la donne  son ennemi. Toutesvoies,
je vous conseille que vous ne vous deffiez point de mon seigneur: je
le congnois et say qu'il est debonnaire, large et courtois, et n'est
point convoiteux d'avoir; il ne dsire en ce monde fors honneur tant
seulement. Aprs, je say bien que en ceste besongne il ne fera riens
sans mon conseil, et je feray, se Dieu plaist, que ceste chose vendra 
bonne fin, en telle manire que vous vous devrez loer de moy.

Adonc, dirent-ils: nous mettons nous et nos biens, en tout et partout,
en vostre ordonnance et disposition, et sommes appareillis de venir
au jour que vous nous vouldrez donner, et faire obligation si forte
comme il vous plaira, que nous acomplirons la voulent de monseigneur
Mellibe et la vostre.

Dame Prudence, quant elle oy la responce d'iceulx, si leur commanda
retourner en leurs lieux secrtement; elle d'autre part s'en retourna
vers son seigneur Mellibe, et lui conta comment elle avoit trouv ses
adversaires repentans et recongnoissans leurs pchis, et appareillis
 souffrir toutes peines, et requrans sa piti et sa misricorde.

Lors Mellibe respondi: Icellui est digne de pardon, qui ne excuse
point son pchi, mais le recongnoist et s'en repent et demande
indulgence; car Snque dit: l est rmission o est confession, car
confession est prouchaine  innocence; et dit autre part: cellui est
presque innocent qui a honte de son pchi et le recongnoist. Et pour
ce je me accorde  paix, mais il est bon que nous la facions de la
voulent et du consentement de nos amis.

Lors Prudence fist une chire lie et joieuse et dist: Certes, vous avez
trop bien parl, car tout ainsi comme par le conseil et aide de vos
amis vous avez eu en propos de vous vengier et de faire guerre, aussi
sans demander leur conseil vous ne devez accorder ne faire paix, car la
loy dit que nulle chose n'est tant selon nature comme la chose deslier
par ce dont elle a est lie.

Lors incontinent dame Prudence envoia messagiers et manda querre leurs
parens et leurs anciens amis loyaulx et sages, et leur raconta le
fait en la prsence de Mellibe tout par ordre et en la guise que il
est devis par dessus, et leur demanda quel conseil ils donroient
sur ce. Lors les amis Mellibe, toutes choses considres et icelles
dessusdictes mesmes dlibres et examines  grant diligence,
donnrent conseil de paix faire et que l'en les receust  misricorde
et  mercy. Quant dame Prudence ot oy le consentement de son seigneur
et le conseil de ses amis  son entention, si fut moult joyeuse de
cuer. L'en dist, fist-elle, s Proverbes: le bien que tu peus faire au
matin, n'attens pas le soir ne l'endemain, et pour ce je te conseille
que tantost messagiers sages et adviss tu envoies  iceulx gens pour
leur dire que se ils veullent traictier de paix et d'accord ainsi comme
ils se sont prsents, que ils se traient vers nous incontinent et sans
dilation, ensemble leurs fiances[348] loyaulx et convenables.

Ainsi comme dame Prudence le conseilla, ainsi fut-il fait. Quant iceulx
trois malfaicteurs et repentans de leurs folies orent les messagiers,
ils furent lis et joyeux et respondirent, en rendant grces 
monseigneur Mellibe et  toute sa compaignie, qu'ils estoient prests
et appareillis d'aler vers eulx sans dilation et de obir en tout et
partout  leur commandement. Et tantost aprs, ils se mirent  la voie
d'aler  la court monseigneur Mellibe, ensemble leurs femmes et aucuns
de leurs amis loyaulx.

Quant Mellibe les ot en sa prsence, si dist: Il est vrit que vous,
sans cause et sans raison, avez fait injure  moy,  ma femme Prudence
et  ma fille, en entrant en ma maison  violence et en faisant tel
oultrage comme chascun scet, pour laquelle cause vous avez mort
desservie; et pour ce je vueil savoir de vous se vous vous voulez
mettre du tout  la punition et  la vengence de cest oultrage  ma
voulent et  la voulent de ma femme.

Lors l'ainsn et le plus sage de ces trois respondi pour tous. Sire,
dit-il, nous ne sommes pas dignes de venir  la court de si noble,
ne de tel homme comme vous estes, car nous avons tant meffait que
en vrit nous sommes dignes de mort, non pas de vie. Toutesvoies,
nous nous confions en vostre doulceur et en la debonnairet dont
vous estes renomm par tout le monde et pour ce nous nous offrons et
sommes appareillis de obir  tous vos commandemens, et vous prions 
genoulx et  larmes que vous ayez piti et misricorde de nous. Lors
Mellibe [les releva] bnignement [et] receut leurs obligations par
leur serement et par leurs pleiges[349], et leur assigna journe de
retourner  sa court et de eulx offrir  sa personne pour or sentence
 sa voulent[350].

Ces choses ainsi ordonnes, et un chascun d'une part et d'autre dparti
de ensemble, dame Prudence parla premirement  son seigneur Mellibe
et lui demanda quelle vengence il entendoit prendre de ses adversaires.
Certes, dit Mellibe, je entens  les dshriter de tout ce qu'ils ont
et eulx envoer oultre mer, sans demourer plus en ce pas ne retourner.

Certes, dit Prudence, ceste sentence seroit moult flonneuse et contre
raison, car tu es trop riches et n'as pas besoing de l'autruy richesse
ne de l'autrui argent, et pourroies estre par raison nots et repris
de convoitise qui est un grant vice et racine de tous maulx. Et, selon
ce que dit l'appostre, il te vauldroit mieulx tout [perdre du tien
que prendre le leur; par ceste manire mieulx vault] perdre  honneur
que tout gaignier  honte; et autre part aussi: le gaing doit estre
appell perte, qui la bone fame ne garde; et dit oultre que l'en ne se
doit pas seulement garder de faire chose par quoy l'en perde sa bonne
fame, mais se doit-on tousjours efforcier de faire chose aucune pour
acqurir nouvelle et meilleur fame, car il est escript: la vieille fame
est tost ale quant elle n'est renouvelle. Aprs, quant  ce que tu
dis que tu les veulx envoer oultre la mer sans jamais retourner, il me
semble que ce seroit msuser de la puissance que ils t'ont donne sur
eulx pour faire  toi honneur et rvrence, et le droit dit que cellui
est digne de perdre son prvilge qui msuse de la puissance qui lui
a est donne. Et dis plus, car suppos que tu leur puisses enjoindre
telle peine selon droit, laquelle chose je ne octroie mie, je dis que
tu ne la pourroies pas mener de fait  excution, ains, par aventure,
convendroit retourner  guerre comme devant. Et pour ce, se tu veulx
que l'en obisse  toy, il te convient sentencier plus courtoisement,
car il est escript:  cellui qui plus doulcement commande, obist-l'en
le mieulx; et pour ce je te prie que, en ceste besongne te plaise
vaincre ton cuer, car Snque dit: deux fois vaint, qui son cuer vaint;
et Tulles aussi dit: riens ne fait tant  loer en grant homme que quant
il est debonnaire et s'appaise lgirement. Et pour ce je te prie
qu'il te plaise toy porter en telle manire en ceste vengence que ta
bonne fame soit garde et que tu soies lo de piti et de doulceur, et
qu'il ne te conviengne pas repentir de chose que tu faces, car Snque
dit: mal vaint qui se repent de sa victoire. Pour ces choses je te prie
que tu adjoustes  ton jugement misricorde,  celle fin que Dieu ait
de toy misricorde en son derrain jugement, car saint Jacques dit en
son pistre: jugement sans misricorde sera fait  cellui qui ne fera
misricorde, car justice sans misricorde est tirannie.

Quant Mellibe ot oy toutes les paroles dame Prudence et ses sages
enseignemens, si fut en grant paix de cuer et loua Dieu qui lui avoit
donn si sage compaigne, et quant la journe vint que ses adversaires
comparurent en sa prsence, il parla  eulx moult doulcement et dit:
Jasoit-ce que vous vous soiez ports envers nous moult orguilleusement,
et de grant prsumption vous soit advenu, toutesvoies la grant humilit
que je voy en vous me contraint  vous faire grce, et pour ce nous
vous recevons en nostre amiti et en nostre bonne grce, et vous
pardonnons toutes injures et tous vos meffais encontre nous,  celle
fin que Dieu au point de la mort nous vueille pardonner les nostres.

       *       *       *       *       *

Belle seur, ainsi povez-vous veoir comment sagement ceste bonne preude
femme Prudence refraigni et couvri la grant douleur qu'elle mesmes
avoit en son cuer, qui estoit si triste et si dolente pour l'injure
qu'elle et sa fille avoient soufferte en leur propre corps, dont
elle ne disoit un seul mot pour ce qu'il sembloit et vray estoit que
Mellibe s'en fust plus dsesprement esmeu que devant; et ainsi
monstroit bien qu'elle l'aimoit, et sagement le rapaisoit; ne icelle
bonne dame ne se dmonstroit estre courroucie fors que par le courroux
que son mary prenoit tant seulement, et le sien courroux cloit et
tapissoit en son cuer, sans en faire quelconque dmonstrance. Vous
povez aussi par ce que dit est en l'istoire veoir comment sagement
et subtillement, par bonne meurt et humblement, elle admonnestoit
son mary  tolrer et dissimuler son injure et luy preschoit patience
sur si grant cas, et devez considrer les grans et cordiales penses
que luy en convenoit avoir jour et nuit  trouver si fors argumens
et si vives raisons pour oster la rigueur de l'emprise  quoy son
mary tendoit. A ce monstroit-elle bien qu'elle l'amoit et pensoit
 le retraire de sa fole voulent, et povez veoir comment sagement
en la parfin elle amolia le courage d'icellui, et comment la bonne
dame, sans cesser, pourchassa par divers intervalles et exploita tant
qu'elle l'appaisa du tout. Et pour ce je vous di que ainsi sagement,
subtillement, cautement et doulcement doivent les bonnes dames
conseillier et retraire leurs maris des folies et simplesses dont elles
les voyent embrass et entchis, et non mie cuidier les retourner par
maistrise, par hault parler, par crier  leurs voisins ou par les rues,
ou par les blasmer, par elles plaindre  leurs amis et parens, ne par
autres voies de maistrise. Car tout ce ne vault fors engaignement[351]
et renforcement de mal en pis, car cuer d'homme envis[352] se corrige
par domination ou seignourie de femme, et sachiez qu'il n'est si povre
homme ne de si petite valeur, puis qu'il soit mari, qui ne vueille
seignourir[353].

Encores ne me vueil-je pas taire d'un exemple servant au propos de
retraire son mary par debonnairet, lequel exemple je oys pie compter
 feu mon pre dont Dieux ait l'me, qui disoit que il y avoit une
bourgoise demeurant  Paris, appele dame Jehanne la Quentine qui
estoit femme de Thomas Quentin. Elle sceut que le dit Thomas son mary
simplement et nicement foloioit et repairoit et aucunefois gisoit
avec une povre fille qui estoit filleresse de laine au rouet, et
longuement, sans en monstrer semblant ou dire un seul mot, le tollra
icelle dame Jehanne et le souffri moult patiemment; et en la parfin
enquist o icelle povre fille demouroit et tant en enquist qu'elle le
sceut. Et vint en l'hostel et trouva la povre fille qui n'avoit aucune
garnison[354] quelconque, ne de busche, ne de lart, ne de chandelle, ne
de huille, ne de charbon, ne de rien, fors un lit et une couverture,
son touret[355] et bien pou d'autre mesnage. Si luy dist tels mots:
Ma mie, je suis tenue de garder mon mary de blasme, et pour ce que je
say qu'il prent plaisir en vous et vous aime et qu'il repaire cans,
je vous prie que de luy vous parliez en compaignie le moins que vous
pourrez, pour eschever son blasme, le mien et de nos enfans, et que
vous le cliez de vostre part, et je vous jure que vous et luy serez
bien cls de la moye part, car puisqu'ainsi est qu'il vous aime, mon
intention est de vous amer, secourir et aidier de tout ce dont vous
aurez  faire, et vous l'apparcevrez bien; mais je vous prie du cuer
que son pchi ne soit rvl ne publi. Et pour ce que je say qu'il
est de bonnes gens[356], qu'il a est tendrement nouri, bien peu, bien
chauff, bien couchi et bien couvert  mon povoir, et que je voy que
de luy bien aisier vous avez pou de quoy, j'ai plus chier que vous et
moy le gardions en sant que je seule le gardasse malade. Si vous prie
que vous l'amez et gardez et servez tellement que par vous il soit
refraint et contregard de viloter ailleurs en divers prils; et sans
ce qu'il en sache riens, je vous envoieray une grant paelle pour luy
souvent laver les pis, garnison de busche pour le chauffer, un bon lit
de duvet, draps et couverture selon son estat, cuevrechiefs, orilliers,
chausses et robelinges nettes; et quant je vous envoieray des nettes,
si m'envoiez les sales, et que de tout ce qui sera entre vous et moy
qu'il n'en sache rien, qu'il ne se hontoie; pour Dieu faictes avec luy
si sagement et secrtement qu'il n'apparoive de nostre secret. Ainsi
fu promis et jur: Jehanne la Quentine s'en parti et sagement envoya ce
qu'elle avoit promis.

Quant Thomas vint au vespre  l'hostel de la jeune fille, il ot ses
pis lavs et fut trs bien couchi en lit de duvet, en grans draps
dlis pendans d'une part et d'autre[357], trs bien couvert, mieulx
qu'il n'avoit accoustum, et l'endemain eust robelinge blanche,
chausses nettes et beaulx souliers[358] tous frais. Il se donna grant
merveille de ceste nouvellet et fut moult pensif, et ala or messe
comme il avoit accoustum, et retourna  la fille et lui mist sus que
ces choses venoient de mauvais lieu, et moult aigrement l'accusa de
mauvaisti afin qu'elle en sa deffense luy dist dont ce luy estoit
venu. Or savoit-il bien qu'il l'avoit laisse povre deux ou trois jours
devant, et que en si pou de temps ne povoit-elle pas estre de tant
enrichie. Quant elle se vit ainsi accuse et qu'il la convint respondre
pour soy deffendre, elle sceut bien tant de la conscience d'icellui
Thomas que de ce qu'elle luy dirait il l'en croirait, si n'ot loy de
mentir et lui dist la vrit de tout ce que dessus est dit.

Lors vint ledit Thomas tout honteux en son hostel et plus pensif que
devant, mais un seul mot ne dist  ladicte Jehanne sa femme, ne elle
 luy, mais le servi trs joyeusement, et trs doulcement dormirent
luy et sa femme la nuit ensemble sans en dire l'un  l'autre un seul
mot. L'endemain ledit Thomas de son seul mouvement ala or messe et
se confessa de ses pchis, et tantost aprs retourna  la fille et
luy donna ce qu'elle avoit du sien, et voua continence et de soy
abstenir de toutes femmes except de sa femme, tant comme il vivroit.
Et ainsi le retrahi sa femme par subtillet et moult humblement, et
cordieusement l'aima depuis. Et ainsi sagement, non pas par maistrise
ne par haultesse, doivent les bonnes dames conseiller et retraire
leurs maris par humilit; ce que les mauvaises ne scevent, ne leur
cuer ne le puet endurer, dont leurs besongnes vont souvent pis que
devant. Et jasoit-ce que plusieurs autres exemples on y pourroit donner
qui seraient longs  escripre, toutesvoies ce vous doit assez souffire
quant  cest article, car de ce derrenier cas n'avez-vous garde, et
aussi en savez-vous bien oster le pril[359].

FIN DE LA PREMIRE DISTINCTION ET DU TOME PREMIER.




                                   LE

                           MNAGIER DE PARIS.




                                   LE

                           MNAGIER DE PARIS.

                                 TRAIT

                  DE MORALE ET D'CONOMIE DOMESTIQUE.

                           COMPOS VERS 1393.

                       PAR UN BOURGEOIS PARISIEN.

                               CONTENANT

   Des prceptes moraux, quelques faits historiques, des instructions
 sur l'art de diriger une maison, des renseignemens sur la consommation
du Roi, des Princes et de la ville de Paris,  la fin du quatorzime sicle,
                          des conseils sur le
jardinage et sur le choix des chevaux; un trait de cuisine fort tendu,
       et un autre non moins complet sur la chasse  l'pervier.

                               ENSEMBLE:

L'histoire de Grislidis, Mellibe et Prudence par Albertan de Brescia (1246),
traduit par frre Renault de Louens; et le chemin de Povret et de Richesse,
pome compos, en 1342, par Jean Bruyant, notaire au Chtelet de Paris;

                      PUBLI POUR LA PREMIRE FOIS

               PAR LA SOCIT DES BIBLIOPHILES FRANOIS.

                              TOME SECOND.

           [Illustration: colohpon LITTERIS PATRIQUE CARUS.]

                                A PARIS,
                      DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,
                          RUE DE VAUGIRARD, 9.

                             M.D.CCC.XLVI.

[Illustration]




LE MNAGIER DE PARIS.




LE PREMIER ARTICLE

DE LA SECONDE DISTINCTION,

LEQUEL DOIT PARLER D'AVOIR SOIN DE SON MESNAGE.


Belle seur, sachiez que je suis en grant mlancolie ou de cy finer
mon livre ou d'en faire plus, pour ce que je doubte que je ne vous
ennuye, car je vous pourroie bien tant chargier que vous auriez cause
de moy tenir pour oultrageux et que mon conseil vous donroit charge en
si grant nombre de faix et si grveux que vous dsespreriez de trop
grant fardel pour ce qu'il vous sembleroit que vous ne le pourriez
tout porter ne acomplir, dont je seroie honteux et courrouci. Et pour
ce je vueil ycy penser et adviser que je ne vous charge trop et que
je ne vous conseille  entreprendre fors les choses trs neccessaires
et honnorables, et encores sur le moins que je pourray, afin que vous
soiez en icelles choses ncessaires plus fonde et mieulx faisant et
par consquent plus honnore en vos dis et en vos fais, car je say que
vous ne povez ne que une autre femme, et pour icelle cause je vueil
premirement adviser combien je vous ay charge, et se c'est du plus
ncessaire, et se je vous doy plus chargier, et de combien. Et se plus
y a  faire que vous ne pourriez, je vous vueil donner aide; et sur ce
je recueil mes commencemens.

Premirement, je vous ay admonneste  louer Dieu  vostre esveillier
et  vostre lever, et  vostre aler au moustier vous contenir, illec
or messe, vous confesser et vous mettre et tenir en l'amour et
grce de Dieu. Par m'me, il est ncessaire  vous, ne nul autre que
vostre personne n'y peut estre commise[360]. Et aprs ce, je vous ay
conseilli que vous soiez continent et chaste, aimer vostre mary,
luy obir, penser de garder ses secrets, le savoir retraire se il
folie ou veult folier; et certes encores est cecy neccessaire et trs
honnourable pour vous et  vous seule appartient et n'est point trop
charg; vous le povez bien faire moyennant la doctrine dessus dicte qui
vous fera grant avantage: les autres femmes ne l'eurent oncques tel.

Or est-il certain aussi que aprs ce que dit est vous avez  penser
de vous, vos enfans et vostre chevance, mais  ces trois choses et
 chascune povez-vous bien avoir aide; si vous convient dire comment
vous vous y entendrez, quelles aides et quelles gens vous prendrez et
comment vous les embesongnerez, car de ce ne vueil-je que vous aiez
fors le commandement, la visitation et la diligence de le faire faire
par autres et aux despens de vostre mary.

Or vez-vous bien, chire seur, que vous ne vous devez pas plaindre et
que vous n'estes gures charge, et n'avez charge fors celle qu'autre
ne puet faire que vous et de chose qui vous doit estre bien plaisant,
comme de servir Dieu et penser du corps de vostre mary, et en somme
c'est tout.

Or continuons doncques nostre matire, et commenons  ce premier
article, lequel article je fais savoir  tous qu'il ne vient mie de
mon sens, ne ne l'ay mie mis en la forme qu'il est, ne  moy n'en
attribue la louenge, car je n'y ay riens mis du mien, ne n'en doy mie
avoir l'onneur, mais le doit avoir un bon preudomme et subtil appell
feu Jehan Bruyant qui jadis fut notaire du Roy ou Chastellet de Paris,
qui fist le traicti qui s'ensuit et lequel je met cy aprs seulement
pour moy aidier de la diligence et persvrance que son livre monstre
que un nouvel mari doit avoir. Et pour ce que je ne vueil mie son
livre estrippeller, ne en oster un coippel[361], ne le dpartir du
remenant[362], et mesmement que tout est bon ensemble, je m'aide de
tout pour obtenir au point ou article que seulement je dsire, et pour
le premier article je prens tout le livre qui en rime dit ainsi:


LE CHEMIN

DE POVRET ET DE RICHESSE,

PAR JEAN BRUYANT[363],

NOTAIRE DU ROY AU CHASTELET DE PARIS.

M. CCC XLII.

    On dit souvent en reprochier
    Un proverbe que j'ay moult chier,
    Car vritable est, bien le say,
    Que _mettez un fol  part soy,
    Il pensera de soy chevir_[364].
    Par moi meismes le puis plevir[365]:
    Tout aie-je ma chevissance[366]
    Petitement, mais souffisance,
    Si comme l'Escripture adresce,
    Au monde est parfaicte richesce.
    Quant  or de ce me tairay
    Et cy aprs vous retrairay
    Une advision qui m'avint
    A dix huit jours ou a vint.
    Aprs que je fus maris,
    Que passs furent les foiriez[367]
    De mes nopces et de ma feste,
    Et qu'il fut temps d'avoir moleste,
    Un soir me couchay en mon lit
    O je eus moult peu de dlit,
    Et ma femme dormoit lez moy,
    Qui n'estoit pas en grant esmoy;
    Et si m'avint, tout en veillant,
    Ce dont je m'alay merveillant,
    Car  moi vindrent, ce me semble,
    Un homme et trois femmes ensemble
    Qui bien sembloient estre ireux,
    Mornes, pensifs et dsireux,
    Desconforts, triste et las;
    En eulx n'ot joye ne soulas,
    N'il ne leur tenoit d'eulx esbatre.
    Bien furent d'un semblant tous quatre,
    Car mieulx estoient  tencier
    Taills, qu' feste commencier.
    L'omme si ot a nom Besoing:
    Plains iert de tristesse et de soing.
    L'ainsne femme, en vrit,
    Nomme estoit Neccessit.
    La seconde femme Souffrete
    Ot nom, et la tierce Disette.
    Tous quatre estoient suers et frres,
    Et Povret si fut leur mre,
    Et les engendra Msur[368]
    En grant tristesse et en pur
    Par grant ar vers moy s'en vindrent
    Et fort  manier me prindrent
    Sans menacier et sans jangler,
    Com s'il me deussent estrangler,
    Besoing tout premier m'assailly,
    A moy prandre point ne failly;
    De ses bras si fort me destraint
    Que j'en eu le corps si estraint
    Qu' poi le cuer ne me party.
    Ncessit lors s'apparti[369]
    Moult angoisseuse et plaine d'ire,
    Par le col me print sans mot dire,
    De fort estraindre se pena;
    L lourdement me demena.
    Souffrette et Disette  cost
    Me r'orent[370] de chascun cost;
    L'une sacha[371], l'autre bouta[372],
    Chascune  moy se desgleta[373].
    Ainsy ces quatre m'atraprent
    Et me batirent et fraprent:
    L me mistrent en tel destresse
    Qu'exempt fu de toute lesse.
    Adonc s'en vint  moy errant[374]
    Une grant vieille  poil ferrant[375]
    Qui estoit hideuse et flestrie
    Et moult ressembloit bien estrie[376]
    Aiant flonnie en pense:
    On l'appelloit par nom Pense.
    Ceste vieille me fist moult pis
    Que les autres, car sur mon pis[377]
    Se mist l'orde vieille puant:
    Tout le corps me fist tressuant.
    L'me de lui au Deable soit!
    Car tant sur le pis me pesoit
    Que mon cuer mettoit  malaise
    De grant destresce et de msaise.
    Trop fort me print  margoillier[378];
    Lors commenay  ventroullier,
    Et entray en si fort penser
    Que nul ne le sauroit penser,
    Ne bouche raconter ne dire.
    Si com j'estoie en tel martire
    Que Pense m'avoit bailli,
    Or voy un villain mautailli,
    Let, fronci, hideux et bossu,
    Rechigu, crasseux et moussu,
    Les yeulx chacieux, plains d'ordure;
    Moult estoit de laide figure,
    Tout rongneux estoit et pels;
    Soussy fu par nom appells.
    Se mal m'orent les autres fait,
    Encor m'a cestui plus meffait.
    Las! je n'en avoie mestier!
    Tant me donna de son mestier,
    Et me mist  si grant meschief
    Que je n'eus ne membre, ne chief,
    Qu'il ne me convenist faillir.
    Trembler me fist et tressaillir,
    Plir et le sang remuer,
    Et de msaise tressuer,
    Et me faisoit la char frmir,
    Moy dementer[379], plaindre et gmir,
    D'un cost sur autre tourner;
    Briefment, tel m'ala atourner
    Soussi, tant me fu fel et aigre,
    Que j'en devins chtif et maigre
    Et aussi sec comme une boise[380].
    Quant m'en souvient, pas ne m'envoise[381],
    Ains suis si blaffart et si fade
    Qu'il semble qu'aie est malade.
    Hlas! certes, si l'ay-je est
    De trop plus male enfermet
    Que fivre tierce ne quartaine,
    Car qui de Soussy a la paine,
    En lui a sant maladive
    Et a la maladie santive[382].
    C'est diablie[383] que de Soussy,
    Quant m'en souvient trop m'en soussy,
    Car en soy a trop dure rage
    Et merveille est que cil n'enrage
    Que Soussy tient en son demaine,
    Car trestout ainsi le demaine
    Com fait le sain en la paelle,
    Qui par force de feu sautelle,
    Et le fait-on schier et frire:
    Ainsi fait Soussy gens dfrire,
    Et les tient si fort en ses las
    Qu'il leur fait souvent dire: Hlas!
    Et les fait vivre en tel doleur
    Qu'en eulx n'a gresse ne couleur.
    Soussy est si mal amiable,
    Si hideux, si espoventable,
    Et si abhominable  cuer
    Que ne l'ameroit  nul fuer[384]
    Nullui qui l'eust essai.
    Soussy a maint cuer esmay[385],
    Et encor tous les jours esmaie;
    Nul ne le scet qui ne l'essaye
    Ainsi com j'ay fait maugr moi,
    En paine, en travail et esmoy.
      Quant je vis celle compaignie,
    Qu'avec moy ert  compaignie:
    C'est assavoir Besoing, Souffrete,
    Ncessit avec Disette,
    Pense la vieille et Soussy,
    La teste levay et toussy.
    Adonc vint  moy, sans demeure,
    Un grant villain plus noir que meure
    Qui avoit  non Desconfort.
    A manier me print moult fort
    Et me fist ma peine doubler.
    Lors me print le sens  troubler,
    Car tant avoie est pen
    Qu' poy n'estoie forcen.
    Moult fort me print  dementer
    Et  moi mesmes tourmenter,
    Et dire: Chtif! que feras?
    Tes debtes comment paieras?
    Tu n'as riens et si dois assez.
    Que fusses-tu or trespass!
    Tu es tout nouvel mesnagier
    Et si n'as gaige  engaigier
    Se tu ne veulx ta robe vendre.
    Las! chtif, quel tour pourras prendre?
    Ne say o tu pourras aler.
    Si com j'estoie en ce parler,
    A moy s'en vint grant alure,
    Une femme qui pou sure
    Et enrage sembloit estre
    A son semblant et  son estre.
    Have estoit et eschevelle,
    Dsesprance ert appelle,
    Fille Desconfort le hideux.
    Moult me vint peine et annuy d'eux,
    Par eulx perdi discrtion,
    Sens, mmoire, et entention.
    Les dens commenay  estraindre
    Et la couleur plir et taindre,
    Et disoie: Las! que feray?
    Tout au dsespr mettray,
    Mauvais seray, o que je viengne,
    Il ne me chault qu'il en aviengne,
    Soit en pluye ou soit en bise;
    Qui ne pourra ploier, si brise!
    Sche qui ne pourra florir!
    N'ay que d'une mort  mourir.
    Et j'ay piea oy parler
    Que qui au Deable veult aler,
    Riens ne vault longuement attendre:
    Noyer ne puet, cil qui doit pendre[386].
    Honny soit qui jamais vourra
    Faire fors du pis qu'il pourra,
    Quant par moy ne puet estre attaint
    Le manoir o Richesse maint!
    Car elle demeure si loing
    Que trop de travail et de soing,
    Avant qu'on la puist attaindre,
    Moult fait les gens plir et taindre.
    Avant qu'ils puissent estre  ly,
    Mains beaux visaiges a pli
    A qui oncques n'en fu de mieulx,
    Car se on attent qu'on soit vieulx,
    Que l'en ne puisse mais errer[387],
    En ce pourroit-on mserrer[388];
    Qui ce feroit, son temps perdroit.
    Quant je ne puis avoir par droit
    Ne possession, ne avoir,
    J'en vouldroie donc  tort avoir;
    Mieulx vault estre en tort cras et aise
    Qu'en droit chtif et  malaise.
      Ainsi com en ce point estoie
    Et que je tout au pis mettoie
    Sans viser comment tout aloit,
    Et que de rien ne me challoit
    Fors d'acomplir ma voulent,
    Car moult m'avoit entalent
    Dsesprance de mal faire
    Et m'avoit par son put[389] afaire
    Presque fait perdre corps et me,
    s-vous une trs noble dame
    Gente, droite, plaisant et belle:
    Ne sembloit pas estre rebelle,
    Mais doulce et humble  toute gent:
    Moult ot le corps et bel et gent
    Et par de si noble arroy
    Qu'elle sembloit bien fille  roy;
    Et si ert-elle, en vrit,
    Fille du Roy de magest
    Vers qui nul n'a comparoison;
    On l'appelle par nom: Raison.
    Moult estoit sage et advise;
    Droit  moi a pris sa vise
    Et s'en vint de lez moi seoir,
    Mais si tost com la pot veoir
    Dsesperance la hideuse,
    Elle s'en fouy moult doubteuse
    Tant com pis la porent porter;
    Car ne se pourroit dporter[390]
    En nul lieu o Raison surviengne
    Que tost fouir ne la conviengne;
    Car plus la het Raison, sans fin,
    Que triacle ne fait venin.
    Raison si fu moult esjoye
    Quant d'avec moy s'en fut foye
    Dsesprance sa contraire.
    Lors se prist prs de moy  traire;
    Raison dit: Amy, Dieu te gard!
    Tu as eu trs mauvais regard,
    Mauvais sens et mauvais advis,
    Car nagaires t'estoit advis
    Que pour toy est tout bien failli;
    Mais onc nul  mal ne failli
    Qui voulsist entendre  bien faire
    Et vivre selon mon affaire
    Et selon mon enseignement
    Qui donne aux mes sauvement;
    Lequel, se tu le veulx entendre,
    Je te vueil cy dire et aprendre.
    Premirement, tu dois amer
    Mon pre, de cuer, sans amer,
    Et la doulce vierge prisie
    Sans vanit n'ypocrisie,
    Et aourer sainctes et sains,
    Soies malades ou soies sains,
    C'est  dire en prosprit
    Aussy bien qu'en adversit;
    Et, par contraire, en meschance
    Aussi bien com en habundance,
    Car tel est humbles en tristesse
    Qui est despiteux en liesse;
    Et tel est en lesse doulx
    Qui en tristesse est moult escoux[391]
    Ce vient de male acoustumance
    Qu'on acoustume ds s'enfance,
    Car qui aprent une coustume,
    Moult  envis s'en descoustume;
    Si fait bon tel coustume aprendre
    O l'en puist honneur et preu[392] prendre.
    Donc s'avoir veulx coustume bonne,
    Garde que ton cuer ne s'adonne
    A nul des sept mortels pchis,
    Et que ne soies entchis
    D'aucunes de leurs circonstances,
    Car moult t'en vendroit de nuisances,
    Mais fay tant que ton cuer s'accorde
    Aux sept chiefs de misricorde
    Qui sont aux sept vices contraires;
    Cestes te seront ncessaires
    A acqurir l'amour mon pre
    Et de sa glorieuse mre.
    Ces sept vices dont parl t'ay
    Dclaration t'en feray
    Et des branches qui en descendent,
    Qui  toy dcevoir entendent.
    Et tu, en voyes et sentiers,
    Entens  eulx moult voulentiers,
    Tes maistres sont,  eulx es serfs,
    Car nuit et jour de cuer les sers
    En deservant un tel loier
    O nul ne se puet apoier[393].
    Ainsi en leur subjection
    Vivras,  ta dampnacion,
    S'a eulx n'aprens  estriver
    Par guerre pour eulx eschiver.
    Car bien t'aprendray la manire
    De les traire de toy arrire,
    Et d'avoir franc povoir sur eulx
    Contre les fais aventureux
    Qui par eulx venir te pourront
    Quant ils assaillir te vendront
    Pour clamer dessus toy haussage[394].
    Se tu me veulx croire pour sage,
    Si bien te sauras d'eulx garder
    Qu'ils ne t'oseront regarder
    Pour la doubte des sept vertus
    Qui l te seront bons escus
    Encontre les sept ennemis
    Qui souvent se sont entremis
    De toy mettre  perdition;
    Mais que par bonne entention
    Leur vueilles, sans plus, dprier
    Qu' toy se vueillent alier.
    Et se tu le fais de cuer fin,
    Ils te mettront ta guerre  fin
    Sans en prendre aucun paiement,
    Fors que ton prier seulement;
    Ce n'est pas oultrageux loier,
    Car il est aisi  paier,
    Si ne s'en puet nuls excuser
    Se il ne vouloit abuser.
      Quant tu verras venir Orgueil
    Regardant en travers de l'ueil,
    Avecque lui Desrision,
    Desdaing, Despit, Prsumption,
    Supediter, Fiert, Bobance,
    Desprisier, et Oultrecuidance,
    Et tous ses autres compaignons
    Qui cueurs ont pires que gaignons[395],
    Vers toi, banire desploy,
    Si pren tantost de ton aye[396]
    Humilit, Dvotion,
    Franchise, Contemplation,
    Paour de Dieu, Doulceur, et Piti,
    Justice, Simplesse, quit,
    Et moult d'autres qu' eulx vendront
    Qui pour toi secourre acourront;
    Et s'y vendra chascun offrir,
    Mais que tu les vueilles souffrir.
    Et se contre Orgueil te combas,
    Ils le mettront du tout au bas
    Et le feront fouir le cours
    Et tous les siens, sans nul recours.
    Quant auras par Humilit
    Orgueil et les siens surmont,
    Garde toy, d'illec en avant,
    Que s'il te venoit audevant
    Pour toy tourner de sa partie,
    Que ne se soit pas dpartie
    D'avecques toy Humilit,
    Ne les aultres de sa mit[397],
    Car d'Orgueil bien te garderont,
    Tant comme avecques toi seront.
      D'un autre assault te fault garder
    Qui prilleux est  garder
    Entre tous ceulx qui sont en vie,
    Le chevetain[398] en est Envie
    Qui moult est de mauvais convine;
    Avec lui est tousjours Hayne,
    Fauset, Murtre et Trayson,
    Faulx-semblant et Dtraction,
    Ennemiti et Male-bouche
    Qui n'aime que mauvais reprouche.
    S'il te veulent assault livrer,
    Tantost t'en pourras dlivrer,
    Mais que de trop prs ne t'aprochent,
    Si que de leurs dars ne te brochent,
    Et pour leur pril contrester,
    T'encueur[399] tantost, sans arrester,
    Prier Foy qu'elle te sequeure,
    Et Loiault, et eus en l'eure,
    Sans plus parler, te secourront,
    Et ceulx qu'avec eulx amenront:
    C'est assavoir Paix et Concorde,
    Vraie-amiti, Misricorde,
    Bnivolence, Vrit,
    Conscience avec Unit,
    A tout leur congrgation
    Dont je ne fais pas mention.
    Ceulx ci feront Envie fuire,
    Si qu'elle ne te pourra nuire.
      D'un assault qui moult fait  craindre
    Te refault dfendre sans faindre,
    C'est d'Ire le mauvais tirant
    Qui va tousjours en empirant;
    En toute mauvaisti habonde,
    C'est le plus fel qui soit au monde.
    Et quant assaillir te vendra,
    Forte deffense y convendra,
    Car cil se scet desmesurer
    Que nul ne peut  lui durer;
    Et tous ceulx de sa compaignie[400]
    Sont de sa mauvaise manire:
    Cruault porte sa banire,
    Perversit, Forcenerie,
    Flonnie et Esragerie,
    Desverie et autres flons
    Lui vont tousjours prs des talons.
    Quant ceste gent verras venir,
    Gart toy que ne te puist tenir
    Nuls d'eulx qu'il ne t'ait arrest;
    Tray toi vers Dbonnairet,
    Qui tost bon conseil te donra
    Et contre Yre te secourra
    Avecques ceulx de son lignage
    Qui moult sont de souef courage:
    C'est assavoir Doulceur, Souffrance[401],
    Establet[402] et Attrempance,
    Patience, Discrtion,
    Refrainte[403] avec Correction.
    Ceulx cy et ceulx de leur banire
    Trairont Yre de toy arrire,
    Et toute sa gent forcene
    Qu'avec lui aura amene.
    Ainsi seras d'Ire dlivre
    Se Dbonnairet veulx suivre
    Qui est franche, courtoise et douce:
    C'est celle qui nul temps ne grouce[404]
    De riens qui lui puist advenir;
    Bon la fait avec soy tenir
    Et fuire Ire le mal tirant
    Qui de pou se va ayrant.
    Ire doit-on craindre et doubter
    Et hors d'avecques soy bouter
    Et le tenir pour ennemi
    Sans l'acointer jour ne demi.
    C'est un mauvais ennemi qu'Ire,
    Car si tost com un cuer s'are,
    De flonnie si s'enflamme
    Qu'il en puet perdre corps et me.
    Quant en ire se desmesure
    Et se de soy ne s'amesure[405],
    Masvei[406] mesure en lui se met
    Et de le dampner s'entremet.
    Elle est de tel condition
    Que qui en soy correction
    Ne met amesurement,
    Elle s'y met si lourdement
    Qu'elle honnist tout  un cop.
    Et vraiement elle het trop
    Gens o il fault qu'elle se mette,
    Et pour ce tout au brouvet[407] gecte
    Sans querre y terme ne respit,
    Si tost comme on lui fait despit.
    Gart donc qu' toi ne se courrouce,
    Aies en toi manire doulce,
    Soies courtois et dbonnaire
    Comme uns homs estrait de bonne aire[408].
    Nuls ne se devroit courroucier
    De rien qu'il voie, ne groucier,
    Mais faire tousjours bone chire
    Et mettre tout courroux arrire.
    Laisse le vice et pren vertu,
    Ainsi te pourras sauver tu.
    Eschives couroux et tristesse
    Et pren en toi joie et lesse,
    Voire par bonne entention,
    Non pas par dissolution,
    Car joye qui est dissolue
    N'est pas  l'me de value.
      Contre un autre assault prilleux
    Te fault estre moult artilleux[409]
    Afin que tu surpris ne soies
    En ton hostel, n'enmy les voies,
    Car c'est un assault moult doubtable,
    Moult dommageux, moult dcevable,
    Car les pluseurs en sont dceus
    Ains qu'avis aient de ce eu.
    De cest assault est chief Paresse
    Qui sans menacier fiert et blesse
    En tapinage, en couardie[410];
    S'enseigne porte Ftardie,
    Faintise, Oiseuse, Lchet,
    Ngligence avec Nicet,
    Nonchaloir avec Cuer-failly
    Vont aprs; moult est mal bailli[411]
    Cellui qu'ils pevent entraper
    Et dessoubs leur trappe atrapper.
    Tant[412] ne soient-ils pas hardis,
    Mais lasches et refftardis[413],
    Ainois simples,  mate chire:
    Mais couart est de tel manire
    Que quant il se voit audessus,
    Il est de trop mauvais dessus.
    Le cuer a fier comme lyon
    Et aspre comme champion;
    Lors fiert et frappe, bat et tue,
    Quant il voit qu'on ne se remue
    Encontre lui pour soy vengier.
    Donc fait-il bon soy esloignier
    De Paresce et de sa famille
    Qui n'est qu'en son dessus soubtille,
    Et les doit-on mettre au dessoubs
    Si qu'estre n'en puissent ressous[414].
    Et s'au dessoubs mettre les veulx,
    Amaine avecques toy contre eulx
    Diligence et Appertet,
    Bon-cuer et Bonne-voulent,
    Talent-de-bien-faire avec Cure,
    Et Soing qui voulentiers procure
    Contre Paresse avoir victoire,
    S'ainsi est qu'on le vueille croire.
    Se ceulx ci avec toi retiens
    Et du cuer  amour les tiens,
    Garde n'aras, n'en doubte mie,
    De Paresce leur annemie,
    Ne de tous ceulx de sa banire,
    Mais se trairont de toi arrire,
    Car l'assault n'osent entreprendre,
    Fors  qui tantost se veult rendre.
      Aprs, gart toy du quint assault
    Car si soubtivement assault
    Cil qui en est droit capitaine
    Qu' ses subgez donne grant peine
    Quant il les tient en son service;
    Ce capitaine est Avarice
    Qui moult est de dcevant guise.
    S'enseigne porte Convoitise:
    Rapine, Usure et Faulx-traicti
    Le suivent tousjours pi  pi;
    Malice avecques Tricherie
    Murtre, Larrecin, Roberie,
    Engignement, Dception,
    Fraude avec Cavilation[415],
    Et les autres de leur banire.
    Quant tu verras ceste gent fire
    Qui te vouldront assault livrer,
    Se tu t'en veulx tost dlivrer,
    Fay de Charit connestable
    Qui tant est piteuse et traitable;
    Et toute sa connestablie
    Q'avecques lui est establie,
    (Que, selon Dieu, poursuit[416] richesse,)
    C'est Souffisance avec Largesse,
    Aumosne faicte en cuer dvost,
    Ce que Dieu plus au monde volt.
    Se ceste conestablie as
    Avecques toi, acompliras
    Ceste bataille  ton vouloir
    Contre Avarice et son povoir.
    Avarice est de put affaire,
    Car il mains maulx machine  faire[417]
    Par le conseil de Convoitise
    Qui les gens  tolir atise.
    Si te garde donc de rien prendre
    De l'autrui, se ne le veulx rendre,
    Par quelque voie que ce soit;
    Car Convoitise gens doit,
    De jour en jour, par leur foleur,
    Dont aucuns meurent  douleur;
    Et par ce nature blasme
    En est souvent et diffame
    Sans cause, car elle n'y a coulpe;
    Se fait pchi qui l'en encoulpe,
    Car elle en est la plus dolente
    Et qui plus en sueffre et tormente.
    Donc qui de bien faire n'a cure
    Il ne lui vient pas de nature,
    Ainois lui vient par accident;
    Chascun le voit tout vident.
    S'aucun en soy a mauvais vice
    Qui porter lui peut prjudice,
    S'on dit que Nature lui face
    Par force qu'il soit enclin  ce,
    Les gens ne le doivent pas croire,
    Car ce n'est mie chose voire,
    Ains est par la male doctrine
    Dont nourriture[418] le doctrine.
      Du sixime assault bien te gardes,
    Contre cestuy fay bonnes gardes.
    Gloutonnie en est conduiseur,
    Qui de tous biens est destruiseur,
    Car enclins est  tous dlices,
    Et engendre tous mauvais vices.
    Nul temps ne puet estre assouvis,
    Mais tousjours semble estre allouvis[419]
    Et si est-il plus qu'il ne pert[420],
    Nul temps sa voulent ne pert
    Qui est sur toute riens mauvaise,
    Car sans oultrage n'iert j aise.
    Gloutonnie est soubtil guerrier:
    Assault-il devant et derrier,
    Car il part en deux sa bataille
    Toudis et avant qu'il assaille;
    Gourmandie l'une conduit:
    Avec lui sont en son conduit
    Friandise, Lopinerie,
    Yvresse, Oultrage, Lcherie,
    Et pluseurs autres de tel sorte
    Que Gloutonnie  soi enhorte.
    Ceste bataille ainsi partie
    Livre assault de une partie,
    Et si donne assez  entendre
    A ceulx qui la veulent attendre.
    L'autre bataille est Male-bouche
    Qui n'aime que mauvais reprouche,
    Mesdit, Surdit[421], Maugrerie,
    Hastivet, Pautonnerie[422]
    Et des autres  grant plant
    Qui sont de telle voulent.
    Ceste bataille se tient fort
    Et livre assault  grant effort
    De l'autre cost, pour surprendre,
    Si que l'en ne s'y puist deffendre.
    Gloutonnie point et repoint
    De l'un  l'autre, et leur enjoint
    Que si se tiengnent sans recroire[423]
    Que partout aient la victoire.
    Or fault, se tu te veulx garder
    Des deux assaulx, bien regarder
    De tous costs  ce qui fault
    Pour contrester  leur assault.
    S'il t'assaillent, met toy  deffense
    Et pren avec toy Abstinence
    Et Sobrit sa compaigne
    Avecques ceulx de leur enseigne,
    Car s'avecques toy as ces deulx,
    Assez en vendra avec eulx,
    Et te garderont bien, sans faille,
    Encontre celle gloutonnaille.
    Sur toute rien gart toy d'Ivresse,
    Que sa bataille  toi n'adresse;
    Car cil qu' Yvresse se livre
    N'a povoir de longuement vivre,
    Et s'il vit, si est ce  meschief,
    Car il n'a ne membre ne chief
    Qui par yvresce ne lui dueille.
    Les mains lui tremblent comme fueille
    Et s'en chiet plus tost en vieillesse,
    En maladie ou en foiblesse.
    Qui s'enyvre, il se desnourrist,
    Car tout le foie se pourrist;
    Ainsi est de soy homicide,
    Dont c'est grant doleur et grant hide[424].
      Du septisme assault dont Luxure
    Est capitaine par nature,
    Te fault gaittier et traire arrire,
    Si qu'elle et ceulx de sa banire
    En leur chemin pas ne te truissent
    Si que suppditer te puissent.
    Se Fol-regard le fort archier
    Trayoit  toy pour toy blcier,
    Soies sages et te retray,
    Vistement hors du trayt te tray;
    Et quant hors seras de leurs mettes,
    Garde toy bien que ne te mettes
    En la voye de souvenir
    Si prs qu' toy puist avenir,
    Car s'avec lui t'avoit attrait,
    Il te remenroit droit au trait,
    Si que la flesche de Pense
    Te seroit tost ou corps boute,
    Et celle de Fole-plaisance
    Qui ne tendroit qu' dcevance
    Te mectroit, tout  son plaisir,
    Ou trait de garrot[425] de Dsir
    Qui si fort au cuer te ferroit
    Que j mire ne te guerroit;
    L languiroies en tel peine
    Que tu n'auroies cuer ne vaine
    Qui voulsist entendre  rien faire
    Qu' maintenir le fol afaire
    Qui de folle amour se dpent
    Dont chascun en fin se repent.
    L t'auroit si suppdit
    Folle amour par fragilit
    Qu'il te faudroit pour vaincu rendre.
    Mais se tu te veulx bien deffendre
    Contre les archiers amoureux,
    J ne seras surprins par eulx.
    Pren la targe de Chastet
    Et la lance de Fermet:
    La targe met devant tes yeulx,
    Tu ne te pues deffendre mieulx;
    Grant mestier as qu'elle te gart
    Encontre les trais de Regart.
    Se tu ce pas[426] pues bien garder
    Contre Folement-regarder,
    J Fole-cogitation
    Ne t'ara en subjection.
    Et quant ces deux ne te ferront
    J les autres ne s'y verront.
    Ainsi ces deux pevent tout faire,
    Aussi pevent-ils tout deffaire.
    Regart si est trop perant chose;
    Toute plaisance y est enclose,
    Aussi y est tout le contraire,
    Si soubtillement scet-il traire,
    Car tous ceulx que Regart attaint,
    Soit pour bien ou pour mal,  teint
    Souvent leur fait muer couleur,
    Soit par joye ou par douleur.
    Pour ce est voir ce qu'on dire seult:
    _De ce qu'oeil ne voit, cuer ne deult._
    Si sont aucuns qui se vouldroient
    Excuser qu'ils ne se pourroient
    Du fort trait de regart garder
    Et qu'il leur convient regarder
    Ly un l'autre quant sont ensemble;
    Tout Saincte glise ce assemble
    Selon l'ordre de mariage,
    A tels excusans respondray je
    Briefement, sans prolongation,
    Ce n'est mie m'entention
    De deffendre  nul, bon regart,
    Mais que de Fol-regart se gart
    Qui les fols fait ymaginer
    Et par Fol-cuidier deviner[427],
    Dont est ne Fole-plaisance
    Qui convoite du corps l'aisance,
    Et de ce vient Ardent-dsir
    Qui art tout, s'il n'a son plaisir;
    Lors fait tant qu' son gr avient,
    Et tout ce de fol regart vient.
    Ce n'est pas regart convenable
    Quant  Dieu, mais quant au Dable:
    Regart fait pour charnel dlit
    Au Dable moult ablist[428]
    Et autant desplat-il  Dieu
    Si n'est pas fait en temps et lieu.
    Gens qui en mariage sont,
    Qui tousjours leurs courages ont
    A dlit charnel maintenir,
    Voulans s'y soir et main[429] tenir,
    Pechent ensemble, sans doubtance,
    Par l'engin de Fole-plaisance
    Qui souvent les tient en ses las;
    Mais ne le cuident pas les las,
    Car  vertu tiennent ce vice
    Dont ils font que fols et que nices;
    Car conjoins ne devroient j voir[430]
    L'un  l'autre affaire avoir
    Par charnele conjunction,
    Se ce n'estoit en entention
    De ligne multiplier;
    Pour ce les fais-je marier,
    Si que, par le gr de nature,
    Facent ensemble engendrure,
    Quant temps en est, et point, et lieu,
    Et tout ainsi l'ordonna Dieu,
    Non mie pour soy dliter
    A l'un avec l'autre habiter.
    Fols est qui l'un  l'autre habite
    Sans l'entention dessus dicte,
    Car quant Nature en tels gens euvre
    Selon les estas de son euvre,
    Sans moy ne Mesure appeller,
    Et que son fait nous fait celer
    Afin qu'Atrempance n'y viengne
    Qui en subjection la tiengne,
    Iceste copulation
    Faicte sans gnration
    Et sans droicte ncessit,
    Par fresle superfluit,
    Est pchi mortel, nul n'en doubte,
    Qui par Fol-dsir les y boute
    Pour acomplir leur volent
    Charnele dont ils sont tempt,
    O nature est tousjours encline.
    Nul temps qu'elle puist n'y dcline,
    Ains queurt tousjours de randonne
    Fresle, fole et abandonne,
    Ne se scet, pour grief, espargnier
    Tant com riens a en son grenier.
    Ainsi de soy s'occist Nature
    Se ne la gouverne Mesure
    Ma suer[431] qui tant est bien ruille[432]
    Qu'elle en nul temps n'est desruille[433],
    Ains fait faire tout si  point
    Que o elle est, d'excs n'a point.
    Croy donc Mesure en tous tes fais
    Et tu n'y seras j meffais
    En nul temps, je t'en assur,
    Car qui la croit, il vit asseur.
      Cy lairay du septime assault
    Dont Luxure les gens assault
    Et revendray  ma matire
    Que j'ay entreprise premire.
    Soies tous temps vray en ta foy,
    Aimes ton proesme comme toy,
    Dieu mon pre le veult ainsi;
    Et fay  chascun tout ainsi
    Comme qu'il te feist vouldroies.
    Et se tu vas parmy les voies,
    Soies enclin  saluer;
    Et si ne dois nul temps ruer
    De ta bouche male parole:
    Saiges est cil qui pou parole,
    Et qui aime et dsire paix
    Oyt tousjours, voit et se tait.
    Et se tu es en compaignie
    Parlant de sens ou de folie,
    Parle au plus tart[434] que tu pourras,
    Escoute ce que tu orras,
    Si que tu en saches parler
    Quant ce vendra au paraler[435],
    Et que ce soit par brief langaige;
    Ainsi seras tenu pour sage.
    Et ne le fusses ores mie,
    L fault-il jouer d'escrmie[436]
    Assez mieux qu'au jeu du bocler[437],
    Car on apparoit tost, moult cler,
    Qui veult  parler entreprendre[438],
    S'il ne se garde de mesprendre,
    Ou cler sens, ou clre folie.
    Et pour ce clrement folie
    Cil qui de tost parler se haste.
    Qui parle ne doit avoir haste,
    Ains se doit trois fois adviser
    Avant qu'il doie deviser:
    La chose dont il veult parler,
    Et  quel fin il puet aler,
    Et ce qu'il en puet avenir;
    Ainsi n'en puet nul mal venir.
    Soies courtois et amiables
    Envers tous et humiliables;
    Par toy soient grans et menus
    Tous temps ams et chier tenus,
    Suy les bons et fuy les mauvais,
    Aimes tous temps douceur et paix;
    Et se tu ois tencions ne noises,
    Garde toy bien que tu n'y voises,
    Car nul ne se puet avancier
    D'amer noises, ne de tencier.
    Amis, se tu veulx advenir
    Au manoir Richesse et venir
    Dont je t'ay si fort o plaindre
    Que nuls homs ne le puet attaindre
    Se n'est par paine et par doleur,
    Laisses ester telle foleur
    Et telle cogitation,
    Et pren en toy discrtion.
    Pren des deux voies la meilleur,
    Laisses le bren[439] et pren la fleur[440]:
    Se ne le fais, feras foleur;
    Qui est  chois, le mieux doit prendre.
    Et se tu veulx la voie aprendre
    Que tu dis que tu ne scez pas,
    Pour ce qu'il y a mal trespas,
    Si comme tu dis,  passer
    Par quoi on s'y puet trop lasser,
    (C'est au beau manoir de Richesse,)
    Je t'en aprendray bien l'adresse
    Et ce qu'il en puet avenir;
    Ainsi n'en puet nul mal venir
    Qui[441] t'y saura bien convoier,
    Sans toy feindre ne forvoier.]
    Pren le chemin droit  main destre
    Et laisse cellui  senestre,
    Car le destre toutes gens maine
    Droit  Richesse, en son demaine,
    Mais que on ne se traie hors voie;
    En cellui nul ne se forvoie,
    Ainois va tout  sa devise.
    Or est droit que je te devise
    Comme cil chemin est nomm
    Qui tant est bel et renomm,
    Et qui fait ceulx qui le vont, estre
    Tous temps en trs gracieux estre.
    Cil chemin a nom Diligence,
    Pavs[442] est de Persvrance.
    S'en ce chemin te veulx tenir,
    Tu pues  richesse venir
    Et le chemin tost achever
    Aisement, sans toy grever,
    Et avec Richesse manoir[443]
    En son trs gracieux manoir.
    Car qui n'y va, ne tient qu' lui,
    Quant le cuer a si achailly
    Qu'il het le bel destre chemin
    Pour estre a l'ort senestre enclin.
    Qui ce senestre veult aler,
    Meschans est au paraler,
    Ni n'en puet eschapper n'estordre[444],
    Ains lui convient telle hart[445] tordre
    En paine, en meschief, en angoisse.
    Cil chemins moult de gens angoisse
    Et les fait vivre en grant destresse:
    Laie[446] gent l'appellent paresse
    Et li clerc l'appellent accide;
    On n'y treuve confort, n'ade,
    Ne conseil, n'espoir, ne chevance,
    Fors peine, ennuy et meschance;
    C'est un chemin moult destrav[447].
    Plein de boullons[448], tout encav;
    N'il ne fera j si beau temps
    Qu'y puist tost errer qui est ens[449].
    L le tiennent en couardie,
    Les grans boullons de ftardie,
    D'ignorance et de nicet.
    C'est le chemin de Povrt,
    Une dame qui n'est prise,
    En ce monde, n'auctorise
    Ne qu'un viel chien, en vrit.
    De lui vient toute adversit,
    Meschief, peine, ennuy et contraire,
    Arrire se fait donc bon traire
    Du chemin qui  lui adresse,
    Et prendre la plaisant adresse.
    Du beau chemin de Diligence,
    Car chascun puet veoir en ce
    Qui est  chois et puet eslire,
    Il ne doit pas prendre le pire;
    Et s'il le prent et puis s'en veut
    Repentir, quant il ne le peut
    Recouvrer, c'est trop grant foleur.
    Car qui bien laisse et prent doleur
    Et se forvoie  escient,
    Ne puet chaloir s'il en mesvient,
    Car quant un cuer s'est forvoys,
    N'est pas de lgier ravois.
    S'il est ou chemin de Paresse,
    Il tourne le cul  Richesse
    Et va  Povret tout droit,
    Dont je t'ay parl orendroit,
    Qui fait si mal gens atourner;
    Et quant il cuide retourner
    Et s'apperoit de sa folie,
    Lors entre en grant mrencolie
    Qui moult le travaille et le peine,
    En pense, en soussy, en peine,
    En desconfort, en dsespoir,
    Dont il devient larron espoir[450],
    Et tolt et emble aux gens le leur,
    Dont en la fin muert  doleur.
      Or sont aucuns qui veullent dire
    Que destine  ce les tire
    Et les fait ensement aler.
    Folie font d'ainsi parler,
    Car ils ne scevent que ils dient:
    Et les malureux s'y fient
    Qui dient souvent et menu,
    Quant meschief leur est advenu,
    Qu'ainsi leur devoit avenir,
    Et le veulent pour vrai tenir
    Et prennent en leur meschance,
    Par ce parler, glorifiance,
    Et s'excusent de leur meffait,
    Disans qu'ils ne l'orent mie fait
    Par leur gr, mais par destine
    Qui au naistre leur fu donne.
    Ceulx qui le croient se deoivent,
    Ne croient pas si comme il doivent,
    Car  nullui n'est destin
    Qu'il soit pendu ne tran,
    Ne qu'il meure de mort vilaine,
    S'il ne met au desservir peine.
    Meschief contrester chacun puet
    Qui entendre  bien faire veult,
    N'il n'est pas de ncessit
    Qu' nul aviengne adversit,
    Mais advient par cas d'aventure,
    Quant folement on s'aventure.
    Destine ne puet contraindre
    Nul, si qu'il ne se puist refraindre,
    Mais qu'il ait bonne voulent;
    Et s'il est  la fois tempt
    D'aler faire aucune aatie[451],
    S'avec lui suy[452], je le chastie
    Et lui oste celle pense
    Qui en son cuer estoit entre,
    Et lui donne advis et mmoire
    Decontrester, s'il me veult croire,
    A mauvaise temptation,
    Dont il vient  salvation.
    Ainsi peus veoir clrement
    Que destine nullement
    N'a nul povoir de chose faire
    Que je ne puisse tost deffaire,
    Au mains s'elle ne m'est cle
    Si qu'au fait ne soie appelle;
    Car nul fait qui sans moy est fet
    Ne puet venir  bon effet,
    Mais communment en meschiet,
    Et par ce meschief il eschiest
    Que destine y pren le nom
    D'estre vertu et grant renom,
    Car pluseurs dient et soustiennent
    Que bien et mal par elle viennent
    Et que nul contrester ne puet
    A ce que destine veult;
    Mais tous ceulx en sont dcu,
    Qui ont ceste crance eu,
    Car s'il estoit au Dieu vouloir
    Que destine ust povoir
    Dessus les gens si comme on dit,
    Que vauldroit bon fait ne bon dit,
    Ne soy  bonnes euvres traire?
    Nul n'aroit mestier de bien faire
    Quant bien fait ne le secourroit,
    Ainois villainement mourroit,
    Et s'ensuiroit, quoy que nuls die,
    Que s'uns homs  mal s'estudie,
    Et emble, et tue, et fiert, et bat,
    Quant il n'y puet mettre dbat
    Pour destine qui l'enforce
    A tous maulx faire par sa force,
    Que monstr n'en doit estre au doit
    Puisqu'il ne fait que ce qu'il doit:
    Et Deu mesmes qui scet tout
    N'en doit avoir vers lui courroux,
    Puisque ce n'a-il mie fait,
    Mais Destine tout ce fait.
    Certes mais il est autrement,
    Et quiconques maintient il ment
    Que[453] destine vertus soit,
    Et qui le croit il se doit.
    Fay donc ce que je t'ay apris,
    Se tu veulx avenir  pris;
    Laisse le mal et pren le bien,
    Quant avoir le pues aussi bien,
    Et plus lgirement assez,
    Car on est cent fois moins lass
    Ou beau chemin dessus nomm
    Que Diligence t'ay nomm
    Qui toutes gens  honneur maine,
    Et cent fois y a moins de paine
    Qu'ou hideux chemin de paresse
    Plain de douleur et de tristesse
    O nul ne pourroit estre  aise,
    Ne faire chose qui lui plaise,
    N'estre en estat, ne bien nourry;
    Car le chemin est si pourry
    Qu'on y entre jusques au ventre,
    Maleureux est cil qui y entre!
    C'est un chemin ou nuls ne court,
    Mais, sans faille, il est assez court
    Tant soit-il ort et desriv[454],
    Car on est tantost arriv,
    Sans y qurir autre adresse,
    Droit au manoir o il s'adresse,
    C'est assavoir chez Povret
    O l'en vient tout desbaret[455],
    Nu, deschaux, et de froit tremblant
    Et de trs-douloureux semblant,
    Le corps courb, acrampely[456],
    Affin qu'on ait piti de ly.
    Mais de tels gens, en vrit,
    Doit-on avoir peu de piti
    Quant il sont en si bas dgr:
    Puisqu'ils se mettent tout de gr
    En si doloreuse aventure,
    Que msaise aient c'est droicture.
      Se tu crois doncques mon conseil
    Que je, pour ton preu, te conseil,
    Cest ort chemin hideux hairas,
    Ne jamais jouir ne t'y verras.
    Remenbre toy des meschans
    Que tu es chascun jour vans
    Qui si maleureux deviennent
    Quant en ce chemin se tiennent.
    Beau chastiement met en lui
    Qui se chastie par autrui.
    Se uns homs entre en mauvais pas
    De gr, ou qu'il ne saiche pas,
    (Si comme assez souvent eschiet,)
    Et en ce mau pas lui meschiet,
    Cellui d'aprs qui le regarde
    Ne le suit pas, ainois se garde
    D'aler aprs, qu'il ne se blesse,
    Et s'en va querre une autre adresse
    Qu' droit port le fait arriver.
    Tout ainsi dois-tu eschiver
    Tous temps le chemin et la voie
    Que tu scez et vois qui avoie[457]
    Toutes gens  chtivet,
    A angoisse et  povret,
    Et que chascun jour pues voir
    Qui ne leur fait que meschoir[458],
    N'en ce chemin bien n'orent oncques.
    Eschive le erraument doncques,
    Et met les pans[459]  la sainture,
    Et si t'en cours grant alure,
    Et  main destre pren t'adresse
    Au beau chemin qui tost adresse
    Tous ceulx qui y vont, et agence
    En tout honneur: c'est Diligence
    Le beau chemin plain de noblesse,
    Nuls n'y puet avoir fors lesse
    Par la plant des biens qui viennent
    A tous ceulx qui ce chemin tiennent.
    Il est lonc merveilleusement,
    Mais il n'ennuye nullement
    A ceulx qui veullent avenir
    Au manoir Richesse et venir,
    Ainois errent et jour et nuit
    Sans ce que goute leur ennuit.
    Chascun a dsir qu'il se voie
    En ce chemin. Droit en my-voie
    A deux sentes dont l'une  destre
    S'en va droit, et l'autre  senestre.
    De la destre te vueil parler:
    Par celle fait-il bon aler,
    Car tant est vertueuse adresse
    Qu'il maine  parfaicte richesse;
    C'est Souffisance la sure
    Qui ceulx qui l vont assure
    Et les fait vivre en bon espoir
    Sans penser  nul dsespoir,
    Car tout ce qu'ils ont leur souffist.
    Soit  dommage ou  prouffit,
    Dieu loent sans estre lasss
    Aussi tost d'un pou com d'assez.
    Cils sont riche parfaictement,
    Et nuls n'est riches autrement
    S'il ne va parmy Souffisance,
    Et fut-il ores roy de France.
    De l'autre sente te diray,
    La vrit n'en mentiray:
    Elle va  senestre partie,
    Mais c'est bien chose mi-partie[460]
    Envers celle qui va  destre,
    Car nul n'y puet assouvis estre.
    Celle sente a nom Convoitise
    Qui les cuers enflambe et atise
    D'estre convoiteux sur avoir;
    Qui plus en a, plus veult avoir,
    Tousjours de plus en plus convoite,
    D'aler avant si fort les coite[461]!
    Et quant ils viennent au chastel
    De Richesse qui tant est bel,
    Avis leur est que riens fait n'ont
    S'encores plus avant ne vont.
    D'aler oultre est bien leur entente,
    Tant com leur durra celle sente,
    A quelque peine que ce soit;
    Mais certes elle les doit.
    Mal en virent oncques l'entre,
    Car quant personne y est entre,
    Ne se peut d'avoir saouler,
    Ains vouldroit bien tout engouler;
    Ne se daignent l arrester,
    Mais vont tousjours, sans contrester,
    Querre meilleur pain que froment,
    Dont, puis, se repentent souvent;
    Car quant bien hault se sont juchis,
    A un seul coup sont trbuchis,
    De Fortune qui ne voit goute,
    Qui de sa roe si les boute
    Qu'en la boe les fait choir:
    On le puet chascun jour voir.
    Quant ils se voient dcus
    Et du hault au bas chus
    O fortune les a flatis[462],
    Lors ont les cuers si amatis[463]
    Et si vains que du tout leur faillent,
    Et ne scevent quel part ils aillent,
    Tant sont honteux et esbahis,
    Et se tiennent pour fols nas[464],
    Chtis, las, courbs, sans lesse,
    Entrans ou chemin de Paresse,
    Et s'en vont droit  Povret,
    Desconfit et desbaret,
    Ne j puis jour ne seront aise,
    Ainois languiront en msaise,
    Et en tel estat se mourront,
    Et, par aventure, pourront
    Faire aucun vilain malfice
    Dont il seront mis  justice.
    Donc pues-tu voir et entendre
    Qu'il fait trs mauvais entreprendre
    Sente qui est si prilleuse,
    Si forvoiant, si fortuneuse
    Comme est celle de Convoitise,
    Car nul n'y a s'entente mise
    Qui en la fin ne s'en repente.
    Eschieve doncques ceste sente
    Et pren celle de Souffisance,
    Et tu auras tousjours chevance
    Et assez tant com tu vivras;
    Assez as-tu quant ton vivre as,
    Entre les gens, honnestement,
    Et as souffisant vestement
    Et  l'avenant le surplus:
    Fol es se tu demandes plus.
    Puis que tu l'as par loyaut,
    Tu as plus qu'une royault
    Sans souffisance ne vauldroit,
    Se tu regardes bien au droit.
      Et s'il advient que servir doies
    Je te deffent que tu ne soies
    Envers ton maistre courageux,
    Orguilleux, fel, ne oultrageux.
    Tousjours lui fay obissance,
    Et enclines  sa plaisance,
    En tous estas[465], sans rebeller,
    Et ne te dois nul temps mler
    D'arger ne de contredire
    Chose que tu lui oies dire:
    S'il parle  toi, si lui respons
    Doulcement, sans vilain respons,
    Sans rebrichier[466] et sans groucier,
    Craindre le dois  courroucier.
    Et si ne dois en nul temps faire
    Chose qui lui doie desplaire
    Pour enseignement que tu truisses[467]
    Au moins puis qu'amander le puisses,
    Tu le dois amer de vray cuer,
    Sans lui estre faulx  nul fuer,
    Et se tu l'aimes, tu feras
    Son vouloir et le doubteras
    En tous estas, j'en sui certaine,
    Car amours est si souveraine
    Que toutes vertus lui enclinent
    Et de lui obir ne finent.
    C'est moult puissant vertus qu'amour!
    Met-la donc en toy sans demour,
    Car qui aime de cuer, il craint:
    Bonne amour  ce le contraint
    Qui le met en obissance
    Par sa vertueuse puissance,
    Et le tient en subjection
    Sans user de dception[468].
    Mais s'aucun craint, ne s'ensuit mie
    Qu'il ait en lui d'amour demie[469]:
    Amour n'obist pas  crainte,
    Ne nullui n'aime par contrainte,
    Car on craint bient ce que l'en het,
    Que ce soit voir, chascun le scet;
    Mais qui bien aime, craint et doubte:
    De ce ne doit nuls avoir doubte.
      Aimes donc ton maistre et le sers
    Loyaument, et s'amour dessers[470];
    Et quant ton bien aparcevra,
    Vers toy fera ce qu'il devra,
    Ne j ne saura estre avers.
    Et se tu le sers au travers,
    Sans lui amer et chier tenir,
    Nul bien ne t'en poura venir,
    Ains perdras avec luy ton temps
    Et si auras  lui contemps,
    Ou vilment congi te donra
    Et si diffamer te pourra
    En pluseurs lieux, par aventure,
    Que nullui n'aura de toy cure.
    Ainsi en tous estas perdroies,
    Se par amour ne le servoies.
      Quiconques sert il doit amer
    Son maistre de cuer, sans amer[471],
    Et de si loial cuer servir
    Que s'amour puisse desservir.
    Prendre doit trois conditions
    De trois significations
    Que briefment je te nommeray,
    Et puis si les exposeray.
    Premier, dos d'asne doit avoir
    Se bien veult faire son devoir;
    Secondement, comment qu'il voit[472],
    Oreilles de vache avoir doit;
    Et tiercement doit avoir groing
    De pourcel, sans aucun desdaing.
    Ces trois conditions estranges,
    Se tu sers, pas de toy n'estranges,
    Mais mect tousjours paine et estude
    D'avoir les par similitude,
    Quant sauras l'exposition
    De leur signification
    Que je te veuil dire et aprendre.
    Par dos d'asne tu pues entendre
    Qu'avoir dois le fais et la charge
    De ce que ton maistre te charge,
    Et que de toutes ses besoignes,
    Sans faire obliance, tu soignes;
    Tu en dois la somme porter
    Pour mieulx ton maistre dporter;
    Et pour bien faire ton devoir,
    Lui dois souvent ramentevoir
    Et avoir chier sur toute rien
    Le sien prouffit comme le tien.
    Aprs, par oreille de vache
    Pues-tu entendre, sans falache[473],
    Que tu dois ton maistre doubter,
    Et s'il te laidenge[474], escouter
    Sans ce que contre lui t'orgueilles;
    Faire lui dois grandes oreilles,
    Et faire semblant toutesvoies
    Que tu n'ois adonc, ne ne vois.
    Quant le verras de tencier chault,
    Tais-toy tout coy et ne t'en chault,
    N' tort, n' droit, ne respons point
    Tant comme il est en ycel point,
    Car trop s'en pourroit engaignier;
    Autre chose ne puet gaignier
    Servant qui respont  son maistre,
    Soit chevalier, bourgois ou prestre.
    Qui se tait et point ne rebelle,
    C'est une vertu bonne et belle:
    Ceste-cy, se tu me veulx croire,
    Aras-tu tousjours en mmoire.
    Par groing de pourcel ensement
    Peus-tu entendre clrement
    Qu'en toy ne doit avoir danger
    Ne de boire, ne de menger,
    De grant disner, ne de petit:
    Tous dois prendre par apptit
    Et en bon gr, se tu es sage,
    Sans mener despit ne haussage,
    Orgueil, ramposnes, ne desdaing,
    Et fay tout ainsi com le groing
    Du pourcel qui partout se boute;
    Tout prent en gr, riens ne dboute,
    Ainois se vit de ce qu'il treuve
    Liement, sans faire repreuve[475],
    Tout treuve bon et savoureux,
    De nulle rien n'est dangereux[476].
    Par semblable, ne dois-tu estre[477]
    Quant tu es  l'ostel ton maistre,
    Ains te doit tout plaire et souffire,
    Sans rien refuser ne despire.
      A tant se tut Raison la sage;
    Lors tournay un pou mon visage,
    Et pour penser mieulx m'acost;
    Donc s'en vint de lez mon cost,
    Uns homs saiges et plain d'avis,
    Ainsi comme il me fu avis
    Et il en est bien renomms,
    Entendement estoit nomms.
    Beaux amis, dist-il, or entens:
    Se tu veux emploier ton temps
    A faire ce que Raison dit,
    Tu feras que sage,  mon dit.
    Elle t'a cy moult sermon,
    Moult bonne exemple t'a donn:
    Se tu l'as scu retenir,
    Tu en pues  grant bien venir
    Selon Dieu et selon le monde;
    Croy la, et j'octroy qu'on me tonde,
    (Se de ce qu'elle a dit t'apens[478];)
    Se tu j nul jour t'en repens:
    Et tu l'apparcevras  l'ueil;
    Quant  or, plus dire n'en vueil,
    Car on doit mettre son assent[479]
    Autant  un mot comme  cent.
    Quant j'oy un pou aprs pens,
    Repens et contrepens
    A ce que Raison apris m'ot,
    Et bien record mot  mot
    Par le conseil d'Entendement,
    Et que j'estoie en grant dment
    De tout en mon cuer retenir,
    s-vous un homme  moi venir
    Qui bien sembloit estre advocas
    Qui parler scust en tous cas:
    Moult sembloit estre sages hom
    Selon droit et selon raison;
    Coiffe et habit fourr portoit,
    Et richement se dportoit:
    Preudoms sembloit, et sans riot,
    Clerc et varlet avec lui ot.
    Le maistre fu Barat[480] nomms,
    De ce ne fu pas mesnomms:
    Son clerc avoit nom Tricherie,
    Et son varlet Hoquelerie[481].
      Barat s'est de lez moy assis,
    Et commena par mos rassis
    A parler attrempement
    Aussi comme par chastiement.
    Auras-tu huy assez pens?
    Di, chaitif, qu'as-tu empens?
    Veulx-tu croire Raison la fole
    Qui ceulx qui la croient affole?
    Se tu la crois, chaitif seras
    Tant com de son sens useras;
    Nuls ne puet  estat venir
    Qui se veult  Raison tenir,
    Mais  grant paine se chevit
    Et tousjours en souffret vit
    Sans avoir nulle chevissance.
    Or est fols qui a souffisance
    Quant au cuer a tant de doleur;
    Je le tendroie  grant foleur
    Qui selon raison ouverroit:
    Jamais riche ne se verroit,
    Ains seroit tousjours en un point
    Sans ce que il enrichist point.
    Tousjours seroit com povre et chiche,
    Dolent, subjet et serf au riche
    Dont souvent s'oroit laidengier:
    Ainsi vivroit en grant dangier.
    Qui a le cuer pur, net et monde,
    Povre est et n'a loy[482] en cest monde,
    Ne ne puet venir  estat;
    Met doncques Raison en restat[483]
    Et me crois, si feras que sage,
    Car s'user veux de mon usage,
    Tu seras tantost surhauci,
    Riche, puissant et essauci;
    Servis et honneurs seras,
    Et tout  ton plaisir feras.
    Tu ne feras que commander,
    Chascun vendra  ton mander:
    Tous temps vivras en tel conroy
    Com se tu fusses duc ou roy,
    Car tous auras tes aisemens.
    Se tu fais mes enseignemens
    Que je te vueil dire et aprendre,
    Moult bon exemple y pourras prendre.
    Flateur soies premirement,
    Car c'est le droit commencement
    Par quoi on puet  bien venir
    Et  grant estat avenir:
    S'avenir y veulx, sans deffault,
    De _Placebo_ jouer te fault.
    Soies en tous lieux dcevant
    O tu seras, et par devant
    A toutes gens fais beau semblant,
    Si leur iras le cuer emblant,
    Et faing que tu soies loyaulx,
    Vrais en cuer et espciaulx[484];
    Aquier des amis, sauf le tien[485],
    Serr par devers toy le tien.
    Ne soies pas larges, mais chiches;
    Ainsi seras tu tantost riches.
    Quel compaignie que tu truisses,
    L ne despens riens que tu puisses[486],
    Aies le cuer bault[487], et te truffes,
    Et dy des gorges et des truffes
    Quant tu verras qu'il sera point,
    Et met paine  le faire  point;
    Par ce seras tu bien venus
    En compaignie, et chiers tenus.
      Aprs, ne te doit ennuyer
    De voulentiers gens conchier[488]
    En tous estas, et mettre en voie
    Que tu aies de leur monnoie,
    Ou soit  droit, ou soit  tort,
    Ou par contrainte, ou par accort;
    Et se bien me veulx apaier[489],
    Acrois[490] partout sans riens payer,
    Et voulentiers par tout mescompte[491],
    Ne j du pchi ne fais compte;
    Ceulx qui te doivent fay contraindre,
    De les mengier ne te dois faindre,
    Et les mener  povret
    Sans avoir d'eulx nulle piti:
    Ne te chault s'ils perdent chevance,
    Mais que tu aies leur substance;
    Soies tousjours tout prest de prendre,
    Mais garde-toi bien de riens rendre.
    Je te deffens que tu ne paies
    A me chose que tu doies,
    Et s'aucun te faisoit semondre[492]
    A qui il te faulsist respondre,
    Ou soit  bel, ou soit  let,
    Moy et mon clerc et mon varlet
    Tous ensemble t'irons aidier
    Ou cas qu'il te fauldra plaidier.
    Se tu nous crois, tu materas
    Tous ceulx  qui tu plaideras,
    Sans faillir en nulle saison,
    Soit droit, soit tort, maugr raison,
    Tousjours  ton besoing vendrons
    Et bien prs de toi nous tendrons
    Et te feron tost achever
    Tes causes et en hault lever
    Ton estat, habonder et croistre,
    Tant que bien te pourras acroistre.
      Aprs, te vueil encor aprendre
    Trois choses qu'il te fault emprendre
    Se tu veulx tost monter en pris
    Et si sont d'assez moien pris.
      La premire est que tu te vestes
    De bonnes robes et honnestes
    Fourres  leur avenant[493]:
    Si en seras plus avenant[494],
    Plus honnours et mieulx prisis
    Et entre gens auctorisis
    Et tenus pour sage de tous,
    Et fusses tu fols et estous.
    La seconde chose est mentir
    Soubtivement, sans alentir,
    Par beaux mos polis, plains de lobe,[495]
    Ce siet bien sur la bonne robe:
    Par ce pourras tu faire acroire
    Que menonge soit chose voire
    Et que vrit soit menonge,
    Ne qu'on y croie ne qu'en songe.
    La tierce chose est vraiement
    Que tu faces hardiement
    Quanque tu auras empens,
    Soit bien pens ou mal pens;
    Tu dois hardiement ouvrer
    Se grant avoir veulx recovrer,
    Car cil qui hardiement ne euvre
    Et est honteux, riens ne recoeuvre,
    Mais est povre et las en ce monde,
    Et li hardi tousjours habonde
    Puis que beau langage a en main.
    Partout et  soir et  main
    Les trois derreniers poins tiens
    Et principalment les retiens
    Et tu auras tousjours chevance
    Combien que tout soit dcevance,
    Car nul ne puet chevance avoir
    S'il ne met paine  dcevoir
    Et s'il n'est bien malicieux,
    Viseux[496] et caut et engineux,
    Semblant doulx et courtois vers tous,
    Et en cuer faulx, rude et estous:
    Et que tousjours rie sa bouche
    Combien qu'au cuer point ne lui touche,
    Car combien que beau semblant moustre,
    Le ris ne doit point passer oultre
    Le neu de la gorge,  nul fuer;
    Des dens doit rire et non du cuer.
    Il doit estre blaffart[497] toudis,
    Et en tous fais et en tous dis
    Les puissans doit aplanier[498]
    Par souples mos et festier,
    Et leur porter grant rvrence,
    Car on puet moult acquester en ce;
    Des povres ne puet il chaloir,
    Car ils ne pevent riens valoir:
    Ceulx l fait bon bouter arrire,
    Sans leur faire semblant ne chire,
    Et du tout en tout soy retraire,
    Car on ne puet d'eulx denier traire.
    Or m'as tu oy raconter
    Comment on puet  pris monter:
    Se tu crois mon enseignement,
    Riche seras parfaictement,
    Et auras, tout  ton vouloir,
    Tout ce que tu sauras vouloir;
    Et se tu veulx croire Raison,
    Tu seras en toute saison
    Chaitif, mendiant, povre et las,
    Car si te tendra en ses las
    Que monter plus hault ne pourras.
    Or fay lequel que tu vouldras
    Et y pense tout  loisir:
    Quant  chois es, tu pues choisir.
    Se tu veulx estre povres hom,
    Si me laisse et croy Raison;
    Et se tu veulx riche homs estre,
    Si me tien pour seigneur et maistre,
    Tant com tu vivras, et me croy,
    Et de Raison croire recroy.
      A ce mot s'est Barat tu,
    Car assez m'ot ramentu
    Ses affaires et sa doctrine
    Et enseigni tout son convine;
    A tant de moy se dparti.
    Lors pensay moult au jeu-parti
    Que Barat et Raison fait m'orent
    Et enchargi tant comme ils porent,
    Mais le jeu si parti avoie
    Que lequel croire ne savoie,
    Ou Raison qu'ot  moy parl,
    Ou Barat le bien enparl;
    Mais bien croi qu'au derrain crusse
    Barat, s'autre conseil n'usse,
    Car si bel m'avoit flajol
    Que tout sus m'avoit affol.
      Lors vint  moy Entendement
    Pour moi donner enseignement
    Auquel des deux je me donnasse
    Et cuer et corps habandonnasse.
    Fol, dist-il, es-tu rassot
    Qui ce que Raison t'a not
    Veulx laissier pour estre trichierres
    Faulx et mauvais et dcevierres,
    Et croire Barat le lobeur
    Qui pires est que desrobeur?
    Bien es fol et oultrecuids
    Et de sens naturel vids,
    Et bien pert que tu ne vois goute
    Qui veulx mettre entente toute
    A toy envers Barat plaissier,
    Pour Raison la sage laissier,
    Car oncques nuls ne la laissa,
    Ne vers Barat ne se plessa
    A qui n'en meschist aprs,
    Sans faillir,  loing ou  prs.
    De ton temps voir l'as pu
    Que maint grant maistre dcu
    En ont est, et mis  honte
    Pourcequ'il ne tenoient compte
    De Raison ne ses fais ensuire,
    Mais se penoient de la fuire,
    Et adnichilloient droiture,
    Contre Dieu, Raison et Mesure.
    Et combien qu'avec eulx fusse,
    J d'eux audience n'eusse
    A desdire leur voulent,
    Tant irent espris et tempt
    Par Fol-cuidier le pou sur,
    Qu'estre cuidoient assur,
    Et tousjours Barat surmontoient
    Pour ce que par lui hault montoient,
    Et amassrent les trsors
    Qui erent trs-vils et trs-ors;
    Car de ce qui par Barat vient,
    En la fin nul bien n'en avient.
    Il n'est pas bon logicien:
    Belle entre a et beau moyen,
    Mais tousjours fait conclusion
    A honte et  confusion;
    Car tout quanque Barat ane[499],
    En vingt ans, anientist fortune
    En une seule heure de jour,
    Ne nuls n'y puet mettre sjour.
    Ainsi ne puet Barat durer,
    Car ne le pourroit endurer
    Droit qui tout adresse et aligne
    Et qui ne fait riens fors  ligne,
    Mais est enclin  son affaire
    A tout ce que Raison veult faire.
    Croi doncques Raison et la sers,
    Car vraiement tu seras sers
    D'une mauvaise servitude
    Se tu mes en Barat t'estude.
    Pluseurs par ses las sont passs,
    Plus sages que tu n'es d'assez,
    A qui mal en est advenu,
    Tu le vois souvent et menu.
    Plus sages que tu n'es? Vraiement,
    Par le mien mesmes jugement
    Plus saiges voir ne sont-ils mie,
    Car en eulx n'a de sens demie,
    Combien qu'ils aient de sens le nom
    Par grant abit et par renom,
    Car tels est saiges qui est fols
    En ce monde, bien dire l'os,
    Tel y est fol qui est bien sage,
    Ce voit on par commun usage;
    Car selon le dit de ce monde,
    Ly homs qui de richesse habonde
    Et a assez or et argent
    Pour sage est tenu de la gent
    Et est prisi en tous pays
    Combien qu'il soit uns fols nas;
    Donc il est sage et fol ensemble
    Par ce que j'ay dit[500], ce me semble:
    Voire sage pour son avoir,
    Et fol nas pour pou savoir.
    Et li povre, par opposite
    De l'exemplaire que j'ay dicte,
    Tant soit-il sage  grant devise,
    Nul ne l'aime, honnoure ne prise,
    Ains le tient-on pour fol et nice
    Et est tenu son sens pour vice,
    Car quant il dit sage parole,
    Si la tiennent la gent pour fole,
    Ne de riens ne puet avoir los,
    Dont il est sage, et si est fols:
    Fols, pour ce qu'il est povres hom:
    Sage, pour ce qu'il a raison,
    Et sens en soy de lui retraire
    De mal faire, et  bien atraire.
    Or vois-tu bien que je te preuve
    Tout clrement par une preuve
    Qu'il n'a fors pure vrit
    En ceste contrarit
    Que je t'ay voulu cy espondre[501],
    Ne nuls n'y sauroit que respondre
    Pour le contraire soustenir
    S'il se veult  raison tenir.
    Soies sages et me croi doncques,
    Tu ne fis si bon sens oncques.
    Croy Raison et  luy te tiens
    Et ses enseignemens retiens,
    Et tu en vendras  grant bien.
    Tu le verras ains dix ans bien,
    Faillir n'y pues par nulles voies
    Se par Barat ne te desvoies.
      A tant se tut Entendement;
    Lors commenay parfondment
    A penser  la vrit
    Que devant m'avoit rcit;
    Adonc apparceu-je de voir
    Que voir m'ot dit, sans dcevoir,
    Entendement le sages hom
    Que trop mieulx vault croire Raison
    Que Barat; si m'y assenti,
    Car onc nuls ne s'en repenti.
      Lors vint Raison, sans demoure,
    Blanche, vermeille, coloure,
    Faisant grant joie et bonne chire
    Com celle qui n'a riens tant chire
    En ce monde, comme personne
    Qui de bon cuer  lui se donne.
    Ami, Dieux te gart, dist Raison,
    Or est-il bien temps et saison
    Que tu faces ma volent,
    Quant je t'en voi entalent;
    Tout maintenant jurer te fault
    Que par toi n'y aura default,
    Et que de cuer me serviras,
    Ne contre mon vouloir n'iras
    Jamais, quoy que Barat te die,
    Ne nul de ceulx de sa mesnie,
    Par leur beau parler dcevable.
    Aies le cuer ferme et estable
    A mes oeuvres continuer
    Sans ton courage point muer
    En pense, n'en fait, n'en dit,
    Comme autrefois je le t'ay dit
    Et monstr pour prendre chastoy,
    Quant je fus cy parler  toy;
    Mais si tost com je m'entourn,
    Par Barat fus tantost tourn
    Et par la force de son vent,
    Tout ainsi que l'en voit souvent,
    Quelque part que le vent s'atourne,
    Le cochet d'un clochier se tourne.
    Prens doncques en toy fermet,
    Vertu, force et establet
    A bien tenir les convenances,
    Que je vueil que m'enconvenances
    Pour avoir de toy surt
    Que tu me tendras loyault
    Et que tous mes commans tendras
    En quelque lieu que tu vendras.
    Et saches bien que mon service
    Est au monde droicte franchise;
    Qui me sert, puet partout aler
    Et devant toutes gens parler
    Baudement, sans baissier la chire
    Et sans traire le cul arrire:
    Paour ne doit avoir ne honte
    Devant pape, roy, duc, ne conte,
    Ne devant autre justicier
    Ordonn pour gens justicier,
    Non voir devant homme qui vive,
    Car mon sergent  nul n'estrive,
    Ne sa pense en nul endroit
    Ne vouldroit mettre, fors en droit
    Et en vrit maintenir,
    Et s'y veult soir et main tenir.
    Pour ce, vueil-je que tu deviengnes
    Mon sergent, et qu' moy te tiengnes,
    Sans t'en dpartir  nul fuer,
    Et espcialment ton cuer;
    Et je aussi en ton cuer seray,
    Ne j ne m'en dpartiray
    Jusques  la mort, ne t'en doubtes,
    Se maugr moy hors ne m'en boutes.
    Se tu m'aimes, bien te suivra,
    Et se ce non, il te fuira.
    Se tu n'as l'entendement trouble,
    Tu vois que mon salaire est double;
    Que ce soit voir, je le te preuve
    Par preuve o n'a point de repreuve.
      En moi servant, premirement,
    Pues-tu vivre tout seurement,
    Sans nul doubter fors Dieu mon pre:
    Qui ce ne croit, il le compre.
    Aprs, quant tu trespasseras
    De ceste vie, tu seras
    Avecques mon pre en sa gloire,
    Ceste sentence est toute voire,
    Et l vivras-tu finement
    Sans jamais avoir finement,
    Car tu dois crance avoir ferme
    Que quant personne vient au terme
    Qu'elle en ce monde doit mourir,
    Adonc commence-elle  flourir
    Et prent commencement de vie
    Tout aussi tost qu'elle dvie,
    Car elle ist de vie muable
    Et entre en vie pardurable.
    Tout donc pues tu veoir clrement
    (S'en toy a point d'entendement)
    Que mon loyer se double bien
    Quant on en reoit double bien,
    C'est assavoir honneur parfait
    Au monde, par oeuvre et par fait,
    Et paradis en la parfin
    Qui durera tousjours sans fin.
    N'il n'est nul autre bien, sans faille,
    Qui le mendre de ces deux vaille;
    Or te gard donc de les perdre
    Et te veuilles du tout aherdre
    A mes euvres si bien ensuivre
    Que tu les aies  dlivre,
    Et laisse Barat et ses euvres,
    Car saches que se tu en euvres
    Et en son service remains,
    Tu perdras le plus pour le mains.
    Car ces deux biens dessus nomms
    Qui tant sont beaulx et renomms
    Par son service auras perdus
    Et tu mesmes seras pendus
    Corporelment, par aventure,
    A grant angoisse et  laidure.
    Tu y perdras, bien dire l'os,
    Se tu le sers, corps, me et los
    Qui sont trois trs souverains biens,
    Et si ne te puet donner riens
    Fors plaisance d'acquerre avoir
    Sans point de conscience avoir,
    Car tousjours son servant atise
    D'avoir sur l'autrui convoitise,
    Et quant son servant a assez
    D'avoir et trsors amasss
    Et il cuide vivre assur,
    Lors lui vient aucun msur
    Qui tout met ce dessus dessoubs:
    Par nuls n'en puet estre ressoubs,
    Ne nul de son meschief ne pleure,
    Mais chascun, de fait, lui queurt seure,
    Et tel, espoir, ne le vit oncques
    Qui en dit moult de mal adoncques
    Et en a le cuer esjoy
    Pour le mal qu'il en a oy,
    Et n'en fait fors chanter et rire,
    Et souvent par ramposne[502] dire:
    Trop estoit riche devenu,
    Tout estoit du deable venu
    Et au deable tout s'en ira
    Tout ainsi chascun s'en rira
    Et n'aura nuls de lui pit,
    Ains sera vilment despit
    Et de Dieu et du monde ensemble.
    Donc pues tu voir, ce me semble,
    Que Barat fait mauvais servir
    Puisque l'en ne puet desservir
    Fors que honte, angoisse et doleur,
    Et que qui le sert fait foleur.
    Met le doncques en non chaloir,
    Et m'aimes qui te puis valoir
    En tous cas, vers Dieu et le monde,
    Et aies le cuer pur et monde.
    Aies en toy humilit,
    Loyault, foy et vrit,
    Et se humble es de contenance,
    Gardes qu'il n'y ait dcevance,
    De cuer le soies et de fait,
    Car tel humble et loyal se fait
    Devant la gent, qui ne l'est mie
    Ne n'a d'humilit demie,
    Mais sa chiere humble et encline
    Fait acroire  ceulx qu'il encline
    Qu'il est preudoms, par son semblant.
    Ainsi leur va leurs cuers emblant
    Par sa simple papelardie
    Qui est pleine de renardie
    Et de faulset, car soubs l'ombre
    De la simplesse o il s'aombre,
    Deoit tous ceulx qui le regardent
    Qui du faulx semblant ne se gardent;
    Si avugls les a sans doubte
    Que nulluy de luy ne se doubte,
    Mais jurroit chascun fermement
    Qu'il est preudoms parfaictement,
    Combien qu'en faulset habonde.
    Tout ainsi deoit-il le monde,
    Mais Dieu ne puet-il decevoir:
    Cellui en scet bien tout le voir,
    Car il voit tout  descouvert
    Le mal qu'en son cuer a couvert;
    J si ne le saura rpondre[503]:
    Devant lui l'en fauldra respondre
    Quant il son jugement tendra
    Que sentence  chascun rendra
    Par rigueur, selon le forfait
    Qu'il aura au monde forfait.
    Ou milieu du trosne sera,
    Les plaies  chascun monstrera,
    Les cloux, la couronne et la lance:
    Lors sera chascun en balance,
    L n'aura roy ne empereour
    Qui n'ait en son cuer grant paour.
    L tendra-on aussi grant compte
    D'un savettier comme d'un conte,
    Et de ceulx qui vestent les rois[504]
    Comme des prelas et des rois,
    Mais que loyaulx aient est,
    Prenans en gr leur povret,
    Et la seurt de Souffisance,
    Et qu'ils aient u crance
    En Dieu, telle qu'il appartient
    Et comme Crestient tient.
    L ne pourra nuls pour avoir
    Vers mon pre sa paix avoir
    Qu'il n'ait ce qu'aura deservi
    Selon ce qu'il aura servi:
    Tuit cil qui seront d'Adam ns
    Auront paour d'estre dampns,
    J si justes ne sauront estre.
    Mais Dieu fera aler  destre
    Mes gens que il congnoistra bien,
    Qui n'ont entendu fors  bien
    Au monde, et selon moy vescu;
    L leur seray-je bon escu,
    Car Dieu tretous les bneira.
    Ainsi mes gens dpartira
    D'avec les gens Barat, sans doubte,
    Qui seront tous en une route
    Dolens  senestre partie;
    L iert la chose mi-partie,
    Car mes gens qu' destre seront
    Tons ensemble joye feront
    Et auront parfaite lesse
    Exemps de dueil et de tristesse.
    Et les gens Barat, d'autre part,
    Dont mon pre aura fait depart
    D'avec les miens, par leur foleur,
    Grant pleur, grant cri et grant doleur
    Adonc tous ensemble menront
    Quant ils condempns se verront
    Et tourns  perdition
    Sans esprer rdemption.
      Or ne te fay pas donc hessier[505]
    De moi prendre et Barat laissier,
    Rens toy  moy tout en ceste heure,
    Sans querre y terme ne demeure,
    Fay moy tost hommage mains joinctes,
    Et selon mes oeuvres t'apointes
    Si com je t'ay cy-devant trait,
    Et persvres sans retrait,
    Car qui aujourd'uy bien feroit
    Et demain ne persverroit,
    Tout ce ne vauldroit un festu.
    Lors me dit Raison: Que fais-tu?
    Il me semble que tu n'oies goute.
    Dame, dis-je, je vous escoute,
    Car tant me plaist  vous or
    Que tout me faites resjor
    Des grans biens que vous m'aprenez,
    Et pour ce  tort me reprenez,
    Car vous m'avez dit et apris
    Que qui veult avenir  pris,
    Il doit or et bien entendre
    Avant qu'il doie response rendre,
    Et qu' parler si  point preigne
    Et par avis, qu'il ne mespreigne:
    Et que de parler ne se haste,
    Ne que nuls n'en doit avoir haste
    Qu'avant n'y ait trois fois avis;
    Et pour ce, dame, il m'est avis
    Se je vous ay laissi parler
    Sans reprendre vostre parler
    Que je n'ay fait cy nullement
    Fors selon vostre enseignement
    Auquel faire je sui tenu.
      C'est voir, tu l'as bien retenu,
    Ce dit Raison, et  cuer mis:
    Si en seras  honneur mis
    S'ainsi le veulx continuer
    Sans ton courage point muer.
    Puisqu'estre veulx de mes complices,
    Garde bien que tu acomplisses
    Mes commandemens, sans retraire,
    Que tu m'as oy cy retraire.
      Je respondi: Voulentiers, dame,
    Tout sui vostre de corps et d'me;
    En vous ay mis tout mon courage,
    Tenez et je vous fay hommage
    Et me rent jointes mains  vous,
    Comme le vostre,  nus genouls;
    Et si vous ay enconvenant
    Que bien vous tendray convenant
    En tous les lieux o je seray,
    Ne jamais chose ne feray,
    Que je puisse, qui vous desplaise.
      Lors Raison se baisse et me baise
    Et en baisant s'esvanouy.
    Plus parler ne la vis, n'oy,
    Mais bien dedens moy la senti,
    N'oncques puis je ne m'assenti
    De faire  nulluy desraison
    N'autre chose contre raison,
    A tout le mains que je pusse
    Ne que congnoissance en usse.
    Quant dedens moi senti ainsi
    Raison la sage que j'aim si
    Que tousjours en mon cuer demeure,
    Lors vindrent  moy, sans demeure,
    Un moult simples homs et sa femme;
    Bien sembloient gens sans diffame
    Et sans estre de mal tempt:
    Bon-cuer et Bonne-voulent
    Se faisoient-ils appeller.
    (Tels noms n'affierent  cler.)
    Chascun moult bel se maintenoit;
    Bonne-voulent si menoit
    Un enfant bel et doulx et gent
    Et gracieux  toute gent,
    (En tous cas ert de bon affaire,)
    Nomm fut Talent-de-bien-faire;
    Bon-cuer le preudom fut son pre
    Et Bonne-voulent sa mre.
    Tous trois de lez moy s'arrestrent
    Et moult bel semblant me monstrrent;
    Bon-cuer premier m'araisonna
    Et moult bel salut me donna
    Par doulx parler, com simples hom:
    Amis, dist-il, puisque Raison
    As avec toy acompaignie,
    Tu m'auras en ta compaignie
    Tous temps, et avec toi seray,
    Ne jamais jour ne te lairay;
    Ma femme et mon fils que vois cy
    Ne te lairont jamais aussi;
    Nous trois te conduirons ensemble
    A la voie, se bon te semble,
    Que Raison t'a dit et apris
    Qui fait gens avenir  pris;
    Et se tu nous veulx croire et suire,
    Tous prets sommes de toy conduire
    Et d'aprouver en vrit
    Ce que Raison t'a endit;
    Et sans nous trois ne pues-tu faire
    Chose qui puist  Raison plaire,
    Car ne saroies assener[506]
    Au chemin qui te doit mener
    Au noble chastel de Richesse
    Qui tant parest plain de noblesse.
    Qui sans nous y vouldroit aler
    Il ne feroit que reculer
    Jusqu' tant qu'il se fust bout
    Droit au chemin de Povret
    Qui tant parest boueux et ort.
    Lors lui dis: Sire, je m'acort
    A vous trois, et si vous requier
    Que vous me vueilliez convoer
    Ou chemin que je tant dsir,
    Si m'acomplirez mon dsir:
    C'est au chemin de Diligence
    Que je ne say o l'en commence
    A y entrer, qu'onques n'y fuy,
    Dont dolent et courrouci suy.
    Tu y entreras tout en l'eure,
    Dist Bon-cuer, or tost, sans demeure,
    Lieves sus et si t'apareilles;
    Il fauldra bien que tu t'esveilles
    Tel fois que tu dormisses bien,
    Se tu veulx avenir  bien:
    En ce chemin faut traveillier,
    Pou dormir et souvent veillier.
    Par trop dormir pues-tu bien perdre,
    Nuls ne s'en scet  quoi aherdre[507]
    Se n'est  robe dessire
    Qui n'est pas chose dsire
    De personne qui honte craint;
    Pour ce est saige qui se contraint
    A souffrir un pou d'abstinence
    Dont on vient  telle excellence
    Que on a des biens a plant.
    Lors parla Bonne-volent:
    Beaux fils, dist-elle,  moi entens,
    Il te fault employer ton temps
    Tout autrement que tu n'as fait,
    Et si bien maintenir ton fait
    Que tu puisses acquerre avoir
    Sans chose de l'autrui avoir;
    Et me croy moi et mon seigneur,
    Si en vendras  grant honneur.
    Tu n'y verras j le contraire,
    Amis, dist Talent-de-bien-faire,
    Croy ma mre que tu os cy,
    Et mon pre Bon-cuer aussi;
    En leur conseil met tout assens
    Et les aimes, si feras sens:
    Lieves sus tost, sans plus d'atente,
    Si te menrons droit  la sente
    Du beau chemin de Diligence;
    Et ne met point de dbat en ce,
    Car tu en pues venir  pris,
    Si comme Raison t'a apris.
      A ce mot respondi en l'eure:
    Sire, voulentiers, sans demeure;
    J par moy n'y aura dbat;
    Vostre conseil pas ne dbat,
    Ains le vueil du tout acomplir.
    Lors me commenay  vestir
    Et me chaussay appertement,
    Puis dis: C'est fait, alons nous en,
    Vez moy cy tout aprest.
    Lors ala Bonne-voulent
    Tantost alumer la chandelle,
    Car moult estoit le cuer chault d'elle
    Que fusse entr en Diligence
    Le beau chemin plain d'excellence;
    Puis dist doulcement, sans hault braire,
    A son fils Talent-de-bien-faire:
    Tien, dist-elle, mon enfant doulx,
    Ceste chandelle devant nous
    Porte, si que plus cler voyons
    Tant qu'en Diligence soions;
    Or tost, n'y ait plus sjourn.
    Dame, vez me ci attourn,
    Dist Talent-de-bien-faire adoncques.
    Dsobissant n'en fut oncques,
    A la voie se mist devant,
    Pi  pi l'alasmes suivant.
      Tous quatre ensemble tant errasmes
    Que nous en Diligence entrasmes,
    O je onquesmais entr n'avoie
    Pour ce que aler n'y savoie.
    En ce chemin grant et ferr
    N'usmes pas grantment err
    Que nous trouvasmes un chastel,
    Onques personne ne vit tel
    Se ce ne fust cellui meismes;
    Et quant  la porte venismes
    Et nous cuidasmes ens entrer,
    Adonc nous vint  l'encontrer
    Cellui qui la porte gardoit,
    Qui moult fellement regardoit
    Et moult estoit mal engroign
    Et, par semblant, embesoign.
    Moult lourdement me print  dire:
    Qu'est-ce que voulez-vous, beau sire?
    Voulez-vous entrer sans congi
    Si tost que vous l'avez songi?
    Nul n'entre ou chastel de cans,
    S'il n'est  moy obdiens
    Et  ma femme que veez cy.
    Ay! sire, pour Dieu mercy!
    Ce dist lors Talent-de-bien-faire,
    Ne vous vueille  tous deux desplaire,
    Il n'y vueil pas, sans vous entrer.
    Lors a prins Bon-cuer  parler:
    Sire, dist-il, il est bien digne
    D'entrer lans sans long termine,
    Car je le say pour vrit.
    C'est mon, dist Bonne-voulent,
    Sire, n'en soie en doubtance,
    Car je say bien qu'il a bance,
    Grant voulent et grant dsir
    D'acomplir tout vostre plaisir
    Et de la dame de vos biens,
    Car sans ce ne vauldroit-il riens;
    Dictes que voulez-vous qu'il face,
    Et il le fera sans fallace.
      Lors dist le portier doulcement:
    Puisque de son assentement
    L'avez jusques ci amen,
    Il sera moult bien assen
    Ne il ne le pourroit mieulx estre.
    Adonc me prist par la main destre
    Et me commena  preschier
    En disant: Mon amy trs chier,
    Puisque tu es cans venu,
    Tu seras dsormais tenu
    De moy et ma femme obir,
    Se tu veulx Richesse vir,
    Qui demeure assez prs de cy
    En son bel chastel seignoury.
    A elle ne puet nuls aler
    Sans  ceulx de cans parler
    Et toute leur voulent faire
    Et persvrer sans retraire;
    A moy fault parler tout premier
    Qui suis de ce chastel portier,
    Qu'on clame chastel de Labour[508],
    O l'en besongne nuit et jour;
    On m'appelle par mon nom Soing
    Qui maine les gens par le poing,
    Entre moy et Cure ma femme,
    A monseigneur et  madame
    Qui de cans ont le demaine,
    Qu'on appelle Travail et Peine:
    Si que, beaux amis, se tu veulx,
    Nous te menrons tout droit  eulx,
    Mais moult t'y fauldra endurer
    On tu n'y pourras j durer,
    Car on te feroit hors chacier,
    En l'eure, sans toy menacier,
    Se n'y faisoies ton devoir.
    Je ne te vueil pas dcevoir,
    Demourer pues, ou retourner;
    On dit souvent qu' l'enfourner
    Font li fournier les pains cornus[509].
    Sire, dis-je, n'en parle nuls,
    De retourner n'est pas m'entente
    Pour nulle durt que je y sente:
    J ne m'en verrez remuer
    Pour froit, pour chaut, ne pour suer;
    Bon-cuer et Bonne-voulent
    Le vous ont assez crant,
    Et Talent-de-bien-faire aussi,
    Qu'amen m'ont avec eulx cy,
    Et se defaillir m'en vez,
    Jamais, nul jour, ne me crez.
      Lors me menrent Soing et Cure
    Ens ou chastel grant alure.
    L avoit bien plus de cent mille
    Ouvriers ouvrans par la ville,
    Dont chascun faisoit son mestier
    Si comme il lui estoit mestier;
    L n'ot homme ne femme oiseux.
    Tant estoit ce chastel noiseux
    De frir et de marteller[510]
    Qu'on n'y ost pas Dieu tonner;
    Qui de trois jours n'eust sommeill
    Si fust-il l tout esveill.
    Quant les ouvriers vy et oy,
    J'en eu le cuer tout esjoy
    Et me fut tart que je m'y veisse
    Et que je aussi comme eulx feisse.
    Soing et Cure me regardrent
    Talentif[511], si me demandrent
    Se je vouloie demourer
    En Labour et y labourer:
    Ol, dis-je, pour Dieu mercy!
    Moult me plaist  demourer cy;
    Au chastellain bien parleray
    Et  sa femme, quant j'aray
    Icy est jusques au soir.
    Dist Soing et Cure: Tu dis voir,
    Or commence donc, de par Dieu.
    Adonc prins ma place et mon lieu
    Et m'alay tost mettre en conroy.
    Ma chandelle mis devant moy
    Sur la table, en un chandelier,
    Pour mieulx voir  besongnier.
    Et comme je m'apareilloie
    Et que je commencier vouloie,
    Es-vous venir la chastellaine
    De ce chastel,  grant alaine,
    Peine qui aloit visitant
    Tous les ouvriers dont je vy tant.
    Les pans avoit  sa ceinture
    Et moult aloit grant alure;
    De telle ardeur se remuoit
    Qu'a pou que le sang ne suoit;
    Nulle fois surcot ne vestoit,
    Mais en sa povre cote estoit
    Et aucune fois en chemise,
    Quant elle l'avoit blanche mise.
      En passant Peine m'apparut,
    Et pour ce que ne me congnut,
    Demanda  Soing le portier:
    Qui est, dist-elle, cel ouvrier
    Que je voy l tout seul soir?
    Ne l'ay point apris  voir,
    Il est venu tout nouvel huy,
    Je vueil aler parler  luy
    Savoir s'il croire me voulra
    Et s' mon plaisir labourra.
    Dame, dist Soing, vueilliez savoir
    Qu'il a grant fain de vous voir;
    Tesmoingni nous a bien est:
    Bon-cuer et Bonne-voulent
    Et aussi Talent-de-bien-faire
    Dient qu'il est de bon affaire
    Et qu'il d'estre oiseux n'a cure.
    Lors parla moult haultement Cure
    Et dist: Vraiement, se n'a mon[512],
    Et pour ce nous du cuer l'amon
    Entre moy et mon mari Soing,
    Avec lui serons prs et loing:
    Prests sommes de le vous plgier
    Et de nous en bien obligier.
    Lors respondi la chastellaine:
    Puisqu'il est, dist-elle, en tel vaine,
    Je le vueil aler essaier
    Si me pourra si appaier
    Comme vous dictes, or y parra;
    S'ainsi le fait, il acquerra
    Pour l'amour de moy moult d'avoir
    Que nuls ne puet sans moy avoir.
    Peine se trait lors prs de moy:
    Amis, ne soies en esmoy,
    Dist-elle, mais fay liement
    Ta besoigne, et appertement
    A ta main entens sans muser
    Et ne t'entens pas  ruser,
    Mais si l'ouvrage continues
    Que par force d'ouvrer tressues,
    Car nuls ne doit cans oser
    Soy alaschir ne repouser,
    Car tantost seroit bout hors.
    Je respondi humblement lors:
    Dame, dis-je, j'ay grant dsir
    De faire tout vostre plaisir,
    Ne j jour ne vous pourrez plaindre
    De moy que m'aiez vu faindre,
    Ne que vous face mesprenture,
    En tesmoing de Soing et de Cure.
    Amis, dist Peine, c'est bien dit,
    Fay que le fait s'accorde au dit,
    Ou tout ce ne vauldroit un ail,
    Si que quant mon mari Travail
    Vendra au soir, puist parcevoir
    Que bien aies fait ton devoir.
    Je visite nos gens au main,
    Et il les visite au serain:
    Or fay tant qu'il ne se courrouce,
    Carde pou parle, tence et grouce.
      A tant se tut la chastellaine
    Qui moult estoit d'angoisse plaine;
    A besognier commenay lors,
    Entente y mis, et cuer et corps.
    Ainsi besongnay sans sjour
    Jusqu' tant que je vy le jour
    Par les fenestres pairoir cler:
    Lors ma chandelle alay souffler,
    Puis entendi  ma besoigne,
    Sans querre y terme ne essoigne,
    Jusqu' heure de desjuner
    Qui vault desjuner et disner
    A la coustume des ouvriers.
    De ceulx illec vis-je premiers
    La manire et la contenance[513],
    Qui vivoient en abstinence.
    N'y ot si grant ne si petit
    Qui ne prist grant apptit
    En pain sec, en aux et en sel,
    Ne il ne mengoit riens en el
    Mouton, buef, oye ne poucin;
    Et puis prenoient le bacin,
    A deux mains, plain d'eaue et buvoient
    A plain musel, tant qu'ils povoient.
    Quant je regarday cel afaire,
    Grant talent me print d'ainsi faire
    Combien que pas ne l'eusse apris;
    Mais aux ouvriers exemple pris,
    Qui mengoient, si me prist fain:
    Lors fis tant que j'us du pain
    De Corbueil[514], du sel et des aulx,
    Et si prins du vin aux chevaulx[515],
    Puis mengay par si grant saveur
    Qu'oncques ne mengay par greigneur,
    Car moult me vint  gr cel ordre.
    Qui me vist en mon pain mordre,
    Ma manire et mon contenir,
    Grant apptit l'en peust venir.
    Et tout ads en besongnant
    Alay illec mon pain mengant
    Et beu de l'ieaue  plain musel;
    Vin ne prisoie un viel fusel.
    Et quant j'u mengi et beu,
    Aussi bien me sentis-je peu
    Comme s' feste usse t
    Ou j'usse eu  grant plant
    Mouton, buef, poulaille et paons,
    Pasts et tartes et flaons,
    Pain de bouche[516] et estrange vin
    Bourgouing, Gascoing et Angevin[517],
    Beaune, Rochelle, Saint-Pourain[518]
    Que l'en met en son sein pour sain.
    Lors me pris fort  besongnier,
    Je ne m'en fis pas essoignier,
    Car l furent, lez mon cost,
    Bon-cuer et Bonne-voulent
    Et aussi Talent-de-bien-faire
    Qui regardoient mon affaire;
    Soing et Cure aussi y estoient
    Qui tout ads m'admonnestoient
    Que j'ouvrasse  col estendu
    Et que bien me seroit rendu,
    Car j'en auroie bon loier.
    Ainsi ouvray sans dlayer
    Jusqu' la nuit noire et obscure;
    Adonc alrent Soing et Cure
    Tost la chandelle appareillier
    Pour jusqu' cueuvre-feu veillier,
    Car d'iver estoit la saison
    Qu'on ne souppe pas, par raison,
    Jusqu' tant qu'on l'oie sonner.
      Lors m'alay tost habandonner
    A l'euvre, de cul et de pointe,
    Je n'en fis oncques le mescointe,
    Et tant besoignay que j'oy
    Cueuvre-feu, si m'en esjoy,
    Car lasss et vaincus estoie
    De besongner, et si sentoie
    Un apptit qu'on clame fain.
    A ce point vint le chastellain
    Travail qui me dit: Doulx amis
    Bien doy amer qui cy t'a mis,
    Car bien y as fait ton devoir;
    Je m'en say bien apparcevoir.
    Bien voy que tu as sans faintise
    Huy en labour t'entente mise,
    Et pour ce te vueil pourvoir
    Que tu puisses Repos voir.
    C'est cil qui les gens de cans
    Qui en labour sont paciens
    Fait aaisier  leur plaisir,
    Boire, mengier, dormir, gsir
    Et prendre consolation
    Aprs la tribulation
    Que ma femme leur fait souffrir
    Quant  lui se veullent offrir.
    Et pour ce qu' lui t'es offert
    Et grant ahan as huy souffert,
    Congi te doing, en guerredon,
    D'aler  Repos le preudon
    Qui te fera ton corps aisier,
    Ta char et ton sang appaisier
    Que tu as huy moult esmu
    Pour l'enhan que tu as u.
    Sire, dis-je, je m'y accort
    Puisque ce vient de vostre accort:
    A Repos m'en vois orendroit.
    Lors me mis  voie tout droit
    Vers la porte, par un sentier:
    L requis  Soing le portier
    Et  Cure que par amour
    Hors me missent sans demour.
    Adonc respondi li portiers:
    Beaulx amis, dist-il, voulentiers,
    Car tu es vains et endormis.
    Lors m'ont Soing et Cure hors mis,
    Qui virent que temps en estoit,
    Mais trop forment m'admonnestoit
    Chascun d'eulx deux de moi lever
    Ds matines, pour achever
    L'euvre que commenci avoie
    Pour plus tost achever ma voie
    D'aler ou chastel de Richesse
    O l'en ne va pas par paresse,
    Non fait-on pas par diligence
    Se il n'y a persvrance.
    Raison me dist, (bien m'en souvient)
    Que persvrance convient
    En bien faire, c'est ce qui fait
    L'ouvrier louer de son bienfait.
    Amis, dist Soing,  Repos vas:
    Plus dcevable ne trouvas
    Puis que tu fus de mre ns;
    Repos a maintes gens mens
    Ou hideux chemin de Paresse
    Qui tourne le cul  Richesse:
    Repos a tous ceulx dcu
    Qui contre Raison l'ont cru,
    Et si est prest de dcevoir
    Tous les jours ceulx qui recevoir
    Veulent ce qu'il leur veult donner;
    Tous ses biens veult habandonner
    A tous ceulx qui prendre les veulent,
    Mais vraiement tous ceulx se deulent,
    En la fin, qui contre raison
    Les prennent hors heure et saison
    Sans cogente ncessit.
    Bien est raison et vrit,
    Sans Repos ne puet vivre nuls,
    De quelque estat, gros ne menus,
    Mais ceulx qui Repos croient trop
    Povres en la fin sont com Job.
    Or ne le vueilles mie croire,
    Mais aies tousjours en mmoire
    Ce que je te dy et enseigne
    Et le retien en cest ensaingne.
    Adonc me tira Soing l'oreille;
    Cure, d'autre part, s'appareille
    A moi enseigner et aprendre
    Comme je doy par raison prendre
    Les biens que Repos scet donner
    Quant il se veult habandonner.
    Amis, dist Cure, ne crois pas
    Repos, se ce n'est un trespas[519]
    Quant en auras ncessit,
    Car, si comme Soing t'a dict,
    Nuls ne pourroit sans Repos vivre[520]
    S'il n'est ou hors du sens ou yvre.
    Mais qui Repos croit  oultrage,
    Il pert du tout son bon courage
    Qu'il avoit, par devant, d'ouvrer
    Et ne le puet pas recouvrer
    Aucune fois  son vouloir,
    Dont en la fin le fait douloir.
    Garde donc bien qu'il ne te tiengne
    Que par raison, et te souviengne
    De moy  ces enseignes-cy.
    Lors me tira l'oreille aussi
    Comme Soing ot fait par devant
    En moy mon preu ramentevant.
    A tant du portier prins congi
    Et de sa femme, et eslongni
    Le lieu au plus tost que je pos
    Et m'en alay droit  Repos
    Qui m'attendoit en ma maison,
    Car il en estoit bien saison.
    Ens entray, si trouvay ma femme
    Qui ne pensoit  nul diffame,
    Mais m'appareilloit  mengier
    A lie chire et sans dangier.
    Mes mains lavay et puis m'assis,
    Et souspasmes  sang rassis,
    Moy et ma femme, bec  bec,
    Du pain et du potage avec,
    Et de ce que Dieu mis y ot.
    Quant soup eusmes sans riot
    Et la nappe si fu oste,
    Prs de moy se fu acoste
    Ma femme; lors luy comptay brief
    Mon affaire de chief en chief:
    Dame, dis-je, ne savez mie
    Comme j'ay eu forte nuitie
    Quant vous de lez moy dormiez
    Et vostre repos preniez.
    Vous n'avez pas vu -nuit
    La male gent qui tant m'a nuit
    Et fait si grant adversit:
    Besoing avec Ncessit,
    Souffret, Disette autressy,
    Pense la vieille et Soussy,
    Desconfort et Dsesprance.
    Et tant m'ont fait de meschance,
    Sachi, bout et tourment,
    Qu' poi qu'ils ne m'ont cravent;
    Mais Raison la bonne et la sage
    M'a apris la voie et l'usage
    D'eschever toute adversit
    Et de vivre en prosprit.
    Entendement, com mes amis,
    En la voie aussi m'en a mis,
    Et m'ont fait de Barat retraire
    Qui se penoit de moy attraire
    Pour moy faire  mal habonder
    Et moy honnir et vergonder,
    Et aussi son clerc Tricherie
    Et son varlet Hoquelerie.
    Tant m'a donn Entendement
    Et Raison bon enseignement,
    Que je sui en foy et hommage
    De Raison la bonne et la sage,
    Et tousjours en moy demourra
    Ne jamais jour n'en partira,
    Ainsi comme elle m'a promis;
    A lui faire hommage ay trop mis.
    Si m'y ont moult bien ad
    Bon-cuer et Bonne-voulent,
    Talent-de-bien-faire leur fils.
    Quant  moy vindrent, je leur fis
    Tout ce que il me commandrent
    Et alay o ils me menrent.
    Au chastel de Labour alasmes,
    O nous Soing et Cure trouvasmes
    Qui sont de ce chastel portiers:
    Ceulx me reurent moult volentiers
    Et me menrent droit  Peine
    Qui de Labour est chastellaine;
    Peine me reut sans sjour:
    O moy a est toute jour;
    Travail ores, puis l'anuitier,
    Vint  moy non pas pour luitier,
    Mais pour dire et ramentevoir
    Qu'avoie bien fait mon devoir
    Et que temps estoit de venir
    Mon corps aisier et soustenir.
    Mais trop m'ont hast Soing et Cure
    Qui de long aisement n'ont cure,
    De moy, ds matines, lever
    Pour tost ma besoigne achever.
    Or vous ay compt sans menonge
    Ma vision qui n'est pas songe.
      Lors respondi ma femme ainsi:
    Qu'est-ce que vous me dictes cy?
    Vous estes, je croy, hors du sens,
    Car ne me congnois en nul sens
    En ce que vous m'alez disant
    Et toute nuit cy devisant,
    Car ce n'est tout que fantasie
    Que vous dictes par frenaisie.
      Quant ma femme ramposn m'ot,
    Je me teus et ne sonnay mot,
    Car s' lui me feusse engaigni,
    Certes riens ne eusse gaigni
    Et j'ay piea du sage apris
    Que nuls ne devroit prendre  pris
    Nulle chose que femme die.
    Soit bien, soit mal, tence ou mesdie,
    Tousjours veult femme estre loe,
    Et de ce que dit advoe:
    De riens ne veult estre reprise,
    Ains veult que l'en la loe et prise
    Aussi bien du mal com du bien:
    Ceste coustume say-je bien,
    Et pour ce que je bien le say,
    De la ramposne me passay,
    Car contre femme se fault taire
    Et toute leur voulent faire:
    Ainsi le conseil  tous ceulx
    Qui ont femmes avecques eulx;
    Combien que ce soit follets
    De leur faire leurs voulents,
    Encore est-ce plus grant foleur,
    Selon raison, de faire leur
    Nulle chose qui leur desplaise,
    Car j femme ne sera aise
    Se son mary lui fait despit,
    Jusqu' tant, sans aucun respit,
    Que rendu lui ait doublement,
    Ou nature de femme ment.
    Dont doit-on, qui bien veult eslire,
    De deux maulx prendre le moins pire;
    Bon se fait prs d'un pril traire
    Pour de greigneur pril retraire.
      Lors m'appareillay pour couchier
    Et mis en coste moy l'eschier[521],
    Pour tost alumer ma chandelle
    Sans moy bougier, dessus ma selle.
    De Soing me souvint et de Cure
    Qui de ftardie n'ont cure,
    Car moult estoie entalent
    De bien faire leur voulent,
    Et ferai d'ores-en-avant,
    Et Dieu, par sa grce, m'amand
    De si bien vivre en Diligence
    Et en bonne Persvrance,
    Au gr de Travail et de Peine,
    Que voir me puisse ou demaine
    De Richesse la haute Dame,
    Au sauvement de corps et d'me.
    Et se je ne puis advenir
    A la grant Richesse, et venir,
    Qui est la mendre selon Dieu,
    Je pry la Vierge de cuer pieu,
    Qui le benoit fils Dieu porta,
    En quoy les pcheurs conforta,
    Qu'avenir puisse  Souffisance,
    Car j'ay en ce ferme crance
    Que qui  Souffisance adresse,
    En lui a parfaicte richesse,
    Ne j ne croiray le contraire.
    Icy vueil mon livre  fin traire
    Appell la _Voie et l'adresse
    De Povret et de Richesse_.

Chire seur, par ce que dit est vous povez veoir qu'est diligence et
qu'est persvrance, et ainsi, chire seur, est le premier article
dmonstr.




LE SECOND ARTICLE

DE LA SECONDE DISTINCTION,

LEQUEL ARTICLE DOIT PARLER DE COURTILLAGE.


_Primo_, est  noter que tout ce que l'on sme, plante ou ente, l'en
le doit semer, planter ou enter par temps moite et au soir ou au bien
matin, avant l'ardeur du soleil et en dcours[522], et doit-l'en
arroser le pi et la terre et non la fueille.

_Item_, par l'ardeur du soleil l'en ne doit mie arroser, mais au soir
et au matin; ne coper choux, percil[523], ne autres telles verdures qui
regettent, car la chaleur du soleil cuiroit la coupeure et l'ardroit,
et ainsi ne regetteroit jamais par iceluy endroit de la coupeure.

_Nota_ que en temps pluieux fait bon planter, mais non mie semer, car
la graine se retient au ratel.

Ds la Toussains sont fves des marais, mais afin que icelles ne
gellent, on en plante vers Nol et en Janvier et Fvrier et au
commencement de Mars; et les plante-l'en ainsi  diverses fois afin que
se les unes sont geles, les autres ne le soient pas. Et quant elles se
livent hors de terre, si tost qu'elles poignent l'en les doit harser
et rompre le premier germe: et si tost qu'elles ont six fueilles l'en
les doit seurfouir[524]. Et de toutes icelles, les premires venues
sont les plus chires et doivent estre menges le jour qu'elles sont
escosses, ou autrement elles deviennent noires et aigres.

_Nota_ que marjolaine et violettes que l'en veult garder en yver contre
la froidure, l'en ne les doit mie mettre soudainement de froit 
chault, ne de moite  froit, car qui longuement les garde l'iver en un
clier moite et soudainement les met au sec, il les pert; _et sic de
contrariis similibus_.

En yver l'en doit oster les branches du sauger qui sont mortes. Encores
en Janvier et Fvrier, sauge, lavende, coq[525], mente, toutebonne[526]
soient plants jusques  Juing.--Panoit[527] soit sem large 
large.--Oseille soit seme ou dcours et jusques  Mars et plus.

_Nota_ que l'iver de Dcembre et de Janvier fait mourir les pores,
c'est assavoir ce qui est hors terre, mais en Fvrier les racines
regettent nouvelle et tendre pore, c'est assavoir si tost comme la
gele cesse, et quinze jours aprs viennent les espinars.

Fvrier.--Sarriette et marjolaine sont comme d'une saveur  mengier,
et sont sems ou dcours et ne sont que huit jours en terre.--_Item_,
sarriette ne dure fors jusques  la Saint-Jehan.--_Item_, en
dcours doit-l'en planter arbres ou vignes et semer choux blans et
pomms.--_Nota_ que les marquets chevelus portent ds l'anne qu'ils
sont plants chevelus.

Espinars sont en Fvrier et ont longue fueille et crenele comme
fueille de chesne, et croissent par touffes comme pores, et les
convient esverder[528] et bien cuire aprs.--Bettes viennent aprs.

_Nota_ que framboisiers et aussi framboises sont bonnes  planter.

Mars.--Ou dcours doit l'en enter: jombarde[529] planter de Mars
jusques  la Saint-Jehan.--Violettes, girofle seme en Mars ou plante
 la Saint-Remy.--_Item_, soit l'une, soit l'autre, quant les geles
approuchent, l'en la doit en aucun dcours replanter en pos pour mettre
 couvert et garder en cave ou en clier pour le froit, et de jour
mettre  l'air ou au soleil et arroser de telle heure que l'eau soit
beue et la terre sche avant que l'en la mette  couvert, car nullement
l'en ne la doit au vespre estuier[530] mouille.--Fves planter et
rompre le premier tuiau au herser comme dit est dessus.--_Nota_ que le
percil qui est sem la veille de la Nostre-Dame en Mars, yst hors de
terre  neuf jours.

Fenoul et marjolaine plantez ou dcours de Mars ou en Avril; et
_nota_ que marjolaine veult plus grasse terre que violettes[531], et
s'elle a trop ombre elle devient jaune.--_Item_, quant elle est bien
reprise, adonc la dois arrachier par touffes et replanter  large en
pots.--_Item_, les branches couppes, fiches en terr et arrouses
prennent racines et croissent.--_Item_, terre engresse par fiens de
vaches et brebis est meilleur que de fiens de cheval.

Violette de karesme et violette d'Armnie[532] ne veullent ne couver
ne mucier; et _nota_ que violette d'Armnie ne porte fleur jusques
au deuxime an, mais les jardiniers qui l'ont eue un an en terre, la
vendent et replantent ailleurs, et lors elle porte.

Ozeille, bazeillecoq[533] soient semes en Janvier et Fvrier
ou dcours et jusques  Mars, et se tu veulx replanter ozeille
suranne[534], il te la convient replanter  toute sa terre qui est
entour la racine. _Item_,  la queillir a maistrise[535], car l'en
doit tousjours queillir les grans fueilles et laissier croistre les
petites fueilles qui sont dessus icelles grans; et se tout estoit par
aventure cueilli, il convient coupper le tuyau rez  rez de terre, et
il regettera nouvelle ozeille.

Percil sme, sarcle, oste les pierrettes; et celuy qui est sem en
Aoust est le meilleur, car il n'espie[536] point et se tient en vertu
toute l'anne.

Laictues doivent estre semes, et _nota_ qu'elles n'arrestent point en
terre et reviennent bien drues: et pour ce les arrache-l'en  et l 
toute la racine pour donner espace aux autres et oster espoisseur. Et
_nota_ que la semence des laictues de France est noire, et la semence
des laictues d'Avignon est plus blanche, et en fit apporter Monseigneur
de La Rivire[537], et sont les laictues trop meilleurs et plus
tendres assez que celles de France; et ne se queult la semence fors
bouton aprs autre, ainsi comme chascun bouton s'avance de getter sa
bourre.--_Nota_ que laictues ne se plantent point, et mesmement quant
l'en les veult mengier, si arrache-l'en racine et tout.

Courges. Les pepins sont la semence et les convient tremper deux jours,
puis semer, et sans les moullier laisser croistre jusques  ce qu'elles
appairent dehors, et lors mouillier le pi seulement et la terre sans
moullier les feuilles, et en Avril les arrouser courtoisement et les
planter d'un lieu en autre un dour[538] ou demy pi en terre, et 
demy-pi l'une courge de l'autre, et moullier le pi continuelment et
pendre  un eschalat un pot perci, un festu et de l'eaue etc., ou une
lesche de drap neuf ou pot[539].

Bettes semez en Mars, et quant elles sont bonnes  mengier, soient
coupes prs de la racine, car tousjours rejettent et recroissent et
deviennent pores.

Bourraches, arraches[540] comme dessus.

Choulx blans et choulx cabus est tout un; et sont sems ou dcours
de Mars, et quant ils ont cinq fueilles, adonc l'en les arrache
courtoisement et les plante-l'en  demy-pi loing l'un de l'autre, et
les convient mettre en terre jusques  l'oeil et arrouser le pi; et les
mengue-l'en en Juing et en Juillet.--Pommes de chou sont semes en Mars
et replantes en May.--Choulx Romains sont de la nature de pomms et
de auques[541] pareille semence, car l'une et l'autre semence croist
sur un tronc, et de la semence qui vient par le tuyau du milieu et qui
est au bout d'en haut croist la pomme, et de la semence qui vient d'en
bas viennent les choulx Romains.--Minces en karesme est le regaing du
chou, et durent jusques en Mars, et lors sont icelles minces en Mars de
plus fort saveur  mengier, et pour ce les convient plus parboulir, et
en iceluy temps l'en arrache les troncs hors de terre.--_Nota_ que en
Juillet, quant il pleut, l'en doit planter des choulx.

_Nota_ que se fromis habondent en un jardin, et l'en gette en leur
repaire de la scieure d'ais de chesne, ils mourront ou vuideront  la
premire pluie qui cherra, car les scieures retiennent la moiteur.

_Nota_ que en Avril et Mai, tout le mois, sme-l'en les pores qui
sont manges en Juing et en Juillet.--Les pores d'est doivent estre
soyes, et laisses les racines en terre, et aprs yver les racines
gettent, et les convient surfouir et lever la terre  l'environ et
illecques semer les nouvelles qui venront et cueillir le gecton
des vieilles.--_Nota_ que depuis Avril jusques  la Magdelaine
fait bon semer pores, et les pores de karesme sont semes en
Juillet et jusques  la Magdelaine et non plus, elles appelle-l'en
bettes.--_Item_, espinars.--_Item_ icelles bettes, quant elles sont
leves de terre, sont replantes par ordre.--_Item_, en Avril et May
convient planter choulx blans et pommes de chou qui furent sems en
Fvrier et Mars.--En May treuve-l'en fves nouvelles, navez, raves.

_Nota_ que en Juing, la vgille St.-Jehan, doit-l'en semer percil, et
aussi la veille de la mi-Aoust.

Aoust et my-Aoust.--Ysope semez. Choulx pasquers[542] soient sems ou
dcours; percil aussy, car celui n'espie point.

_Nota_ que la pore qui est en terre regette nouvelle pore cinq ou six
fois comme percil, et la peut-l'en coupper audessus du troignon jusques
la my-septembre, et d'illec en avant non mie coupper, car le troignon
pourriroit, mais esbranchier  la main les fueilles d'entour, et non le
milieu.

En icelluy temps convient esbranchier[543] toutes semences de
pores, car les semences ne pevent meurir pour la froidure du temps,
mais la semence esbranche et gette, le troignon regette nouvelle
pore.--_Item_, en ce temps ne convient point couper le percil, mais
effueiller.

Aprs la septembresse[544], pivoine, serpentine, oignons de lis,
rosiers, groselliers soient plants.

Octobre.--Pois, fves, un doit[545] parfont en terre, et loing l'un de
l'autre un dour, et que ce soient grosses fves des plus grosses, car
quant elles sont nouvelles, elles se dmonstrent plus grosses que les
petites ne font, et n'en doit-l'en planter que un petit, et  chascun
dcours aprs, un petit, afin se l'une partie gelle que l'autre non.

Se tu veulx semer ou planter poix percis, sme les par temps sec
et bel et non pluyeux, car se l'eaue de la pluie entroit dedens les
pertuis du pois, il se fendroit et partiroit en deux et ne germeroit
point.

Jusques  la Toussains peut-l'en tousjours replanter choulx: et quant
ils sont trop mengis de chenilles, qu'il n'y a point de fueille
fors les arrestes, s'ils sont replants, tout revient minces: et
convient oster les feuilles d'en bas et les replanter jusques  l'euil
d'en hault. Les troncs qui sont tous dfueills ne convient-il plus
replanter, mais laissier en terre, car ils getteront minces.

_Nota_ que se tu replantes en est en temps sec, tu dois getter de
l'eaue en la fosse; en temps moiste, non.

_Nota_ que se les chenilles menguent tes choulx, quant il plouvera sme
de la cendre par dessus les choulx et les chenilles mourront.--_Item_,
tu peus regarder par dessoubs les fueilles des choulx et l trouveras
grant assemble de mittes blanches en un tas, et saches que c'est dont
les chenilles naissent, et pour ce l'en doit coupper la place o est
celle graine et getter loing.

Poreaux soient sems en la saison, puis replants en Octobre et
Novembre.

Se vous voulez avoir roisins sans ppins, prenez en croissant[546] ou
temps que l'en plante la vigne, c'est assavoir en Fvrier, une plante
de vigne avecques la racine et fendez le cep moiti par moiti tout au
long jusques  la racine, et ostez la mouelle d'une part et d'autre.
Puis rongnez le cep et liez tout au long de fil noir, puis plantez le
cep et fumez de bonne fumeure et estoupez de terre le trou d'en hault
de la jointure du cep.

Se vous voulez enter un cerisier ou un prunier sur et dedans un cep de
vigne, tailliez la vigne, puis en Mars la fendez  quatre dois prs du
bout et ostez la mouelle d'une part et d'autre, et l faictes la place
de l'amande d'un noyau de cerise, et la mettez et encloez dedens celle
fente et liez de fil le cep joinct comme devant.

Se vous voulez enter un cep de vigne dedans un cerisier, faictes
tailler le cep de vigne qui sera plant et de long temps enracin
emprs le cerisier, et en Mars, environ Nostre-Dame[547], perciez
icelluy cerisier d'une tarire du gros[548] d'icelluy cep, et parmy
le trou dudit cerisier boutez icelluy cep, qu'il passe tout oultre
un pi de long, puis estoupez le tout aux deux costs du cerisier,
c'est assavoir de terre glaze, de mousse, et entortillez de drappeaulx
tellement que aucune pluie ne puisse atouchier au pertuis. _Item_, le
cep de vigne doit estre escorchi et l'escorce d'icelluy cep pele et
oste jusques au vert, en tant seulement comme touche ce qui est dedans
le corps du cerisier, car s'ainsi est fait et que l'escorce soit pele
et oste, le vif du cep qui joindra au vif du cerisier se consolidera
l'un  l'autre, ce qui seroit empeschi par l'escorce du cep se elle y
demouroit. Ce fait laissiez les ensemble deux ans, et aprs coupperez
le cep par derrire, et audessoubs de la jointure du cerisier.

_Item_, sur un tronc ou souche de chesne, povez enter dix ou douze
arbres, c'est assavoir que ou mois de Mars, environ la Nostre-Dame,
vous soiez garnis de tant de greffes et de divers fruis que vous
vouldrez avoir pour enter, et ferez scier au travers le chesne ou
arbre sur lequel vous vouldrez enter; et aiez aguiss vos greffes
d'un cost tant seulement  manire d'un coin borgne si comme il est
cy: [Illustration: un picot] et tellement que l'escorce d'icelluy
greffe soit toute entire de l'un des costs et sans estre escorche
ou entame, puis fichiez vos greffes entre l'escorce du chesne et la
char, ou[549] le vif du greffe devers le bois ou le vif du chesne.
Puis estoupez et couvrez de terre glase, de mousse et de drappeaulx
tellement[550] que pluie, neige ou gele ne y puisse frir.

Se vous voulez garder roses en yver[551], prenez sur le rosier petis
boutons qui ne soient point espanis et les laissiez les queues longues,
et entassez en un petit tonnelet de bois comme un tonnellet  composte
et sans eaue. Faictes bien enfoncer le tonnellet et qu'il soit
serrement reli qu'il n'y puisse riens entrer ne yssir, et aux deux
bouts d'icelluy tonnellet liez deux grosses pierres pesans et mettez
icelluy tonnellet en une rivire courant.

Romarin. Les jardiniers dient que la semence de romarin ne vient
point en la terre de France, mais qui d'un romarin arracheroit et
desmembreroit, en dvalant, aucunes petites branchettes et les tendroit
par le bout et les plantast, ils revendroient; et qui les vouldroit
envoer loing, il convendroit icelles branches envelopper en toile
cire et coudre, et puis oindre par dehors de miel, et puis poudrez de
fleur de fourment et l'envoez o vous vouldrez.

J'ay oy dire  Monseigneur de Berry que en Auvergne a trop plus grosses
cerises que en France pour ce qu'ils provignent leurs cerisiers.




DE LA SECONDE DISTINCTION

LE TROISIME ARTICLE

QUI DOIT PARLER DE CHOISIR VARLETS, AIDES ET CHAMBERIRES, ETC.


Sur quoy, chire seur, ou cas que vous vouldriez entreprendre 
estre mesnagire, ou introduire une autre vostre amie, sachiez que
serviteurs sont de trois manires. Les uns qui sont prins comme
aides pour certaine heure,  un besoing hastif, comme porteurs 
l'enfeutreure[552], brouetiers, lieurs de fardeaulx et les semblables;
ou pour un jour ou deux, une sepmaine ou une saison, en un cas
ncessaire ou pnible ou de fort labour, comme soieurs, faucheurs,
bateurs en granche ou vendangeurs, hottiers, fouleurs, tonneliers et
les semblables. Les autres  temps et pour certain mistre, comme
cousturiers, fourreurs, boulengiers, bouchiers, cordoenniers et les
semblables qui euvrent  la pice ou en tche pour certain euvre. Et
les autres sont pris pour estre serviteurs domestiques pour servir 
l'anne et demourer  l'ostel. Et de tous les dessusdis aucun n'est qui
voulentiers ne quire besongne et maistre.

Quant est des premiers, ils sont neccessaires pour descharger et
porter fardeaulx et faire grosses et pesans besongnes; et ceulx sont
communment ennuyeux, rudes et de diverses responses: arrogans,
haultains, fors  paier, prs de dire injures et reprouches se l'en
ne les paie  leur gr quant la besongne est faicte. Si vous pry,
chire seur, que quant vous en aurez  faire, dictes  maistre Jehan le
despensier[553] ou autres de vos gens qu'ils quirent et choisissent
et prennent ou facent choisir et prendre les paisibles; et tousjours
faictes marchander  eulx avant ce qu'ils mettent la main  la besoigne
afin qu'il n'y ait dbat aprs, jasoit-ce que le plus souvent il ne
veulent marchander, mais se veulent bouter en la besoigne sans marchi
faire, et si doulcement dient: _Monseigneur, ce n'est riens, il n'y
a que faire: vous me paierez bien, et de ce que vous vouldrez je
seray content._--Et se ainsi maistre Jehan les prent, quant ce sera
fait ils diront: _Sire, il y avoit plus  faire que je ne cuidoie;
il y avait  faire et cecy et cela, et d'amont et d'aval_; et ne se
vouldront paer et crieront laides parolles et villaines. Si dictes 
maistre Jehan qu'il ne les embesoigne point, ne seuffre embesoigner,
sans marchander avant, car ceulx qui ont voulent de gaigner sont vos
subjects avant que la besoigne soit commence, et pour le besoing
qu'ils ont de gaigner, craignent que un autre ne l'entrepreigne par
devant eulx pour doubte de perdre le marchi et que autre n'ait ce
gaing: et pour ce ils se mettent  plus grant raison. Et se maistre
Jehan estoit si crdule  eulx et  leurs douces paroles s quelles
il se fiast trop, et il advenoit que il souffrist que sans marchander
ils entrassent en la besoigne, ils scevent bien que aprs la besoigne
par eulx commence, nul autre, pour honte, n'y mettra pardessus eulx
la main, et ainsi seriez en leur subjection aprs et en demanderoient
plus; et se lors ils ne sont pas  leur voulent, ils crieront et
brairont vilain blasme et oultrageux, et ne sont honteux de rien et
publient male renomme, qui est le pis. Et pour ce est-il meilleur de
faire marchander  eulx plainement et entendiblement avant le coup
pour oster toutes paroles de dbat. Et trs  certes vous prie que
se le cas ou la besoinge le dsire, vous faictes enquerre de quelle
condition sont et ont est vers autres, ceulx que vous vouldrez faire
embesongner, et aussi que  gens repliquans, arrogans, haultains,
raffardeurs[554] ou de laides responses ne aiez riens  faire, quelque
prouffit que vous y vez ou quelque advantage, ne quelque bon marchi
qu'ils vous facent, mais gracieusement et paisiblement les esloingnez
de vous et de vos besongnes, car se ils s'y boutent, vous n'en
eschapperez j sans esclandre ou dbat. Et pour ce faictes par vos gens
prendre des serviteurs et aides paisibles et debonnaires et leur donnez
plus, car c'est tout repos et paix que d'avoir  faire  bonnes gens;
pour ce est-il dit que _qui a  faire  bonnes gens, il se repose_: et
par semblable peut-l'en dire que qui a  faire  hargneux, douleur luy
croist.

_Item_, des autres comme vignerons, bateurs en granche, laboureurs et
les semblables, ou autres comme cousturiers, drapiers, cordoenniers,
boulengiers, mareschaulx, chandeliers de suif[555], espiciers, fvres,
charrons, vignerons et les semblables autres, chire seur, je vous
conseille et pry que vous aiez tousjours en mmoire de dire  vos gens
qu'ils aient  besongner  gens paisibles, et marchandent tousjours
avant le fait, et comptent et paient souvent sans attendre longue
crance sur taille ne sur papier, jasoit-ce que encores vault-il
mieulx taille ou escripture que soy attendre du tout  sa mmoire, car
les crditeurs cuident tousjours plus et les debteurs moins, et de
ce naissent dbas, haines et lais reprouches; et vos bons cranciers
faictes paer voulentiers et souvent de ce que vous leur devrez et les
tenez en amour afin qu'ils ne vous changent, car l'en n'en recueuvre
mie bien tousjours de bien paisibles.

_Item_, quant aux chamberires et varlets d'ostel que l'en dit
domestiques[556], chire seur, sachiez que afin qu'elles vous
obissent mieulx et qu'elles vous doubtent et craignent plus 
courroucier, je vous laisse la seignorie et auctorit de les faire
choisir par dame Agns la bguine[557] ou autre de vos filles qui vous
plaira,  recevoir en nostre service, de les louer  vostre gr et de
les paer et tenir en nostre service tant comme il vous plaira et leur
donner congi quant vous vouldrez. Toutesvoies de ce devez-vous  part
secrtement parler  moy et faire par mon conseil pour ce que vous
estes trop jeune et y pourriez bien estre dceue par vos gens mesmes.
Et sachiez que d'icelles chamberires qui n'ont service, pluseurs sont
qui se offrent et ramentoivent et quierent  grant besoing maistres et
maistresses, et de celles ne prenez aucunes que vous ne sachiez avant
o elles ont demour, et y envoiez de vos gens pour enqurir de leurs
conditions sur le trop parler, sur le trop boire: combien de temps
elles ont demour: quel service elles faisoient et scevent faire: se
elles ont chambres ou acointances en ville: de quel pas et gens elles
sont: combien elles y demourrent et pourquoy elles s'en partirent;
et par le service du temps pass, enqurez quelle crance ou esprance
l'en peut avoir de leur service pour le temps  venir. Et sachiez que
communment telles femmes d'estrange pays ont est blasmes d'aucun
vice en leur pays, car c'est la cause qui les amaine  servir hors de
leur lieu. Car s'elles fussent sans tache, elles fussent maistresses
et non serviteresses; et di des hommes autel. Et se vous trouvez par
le rapport de leurs maistres ou maistresses, voisins ou autres, que
ce soit vostre besoigne, sachiez par elles, et devant elles faictes
par maistre Jehan le despensier enregistrer en son papier de la
despense[558] le jour que vous la retendrez, son nom et de son pre et
de sa mre et d'aucuns de ses parens: le lieu de leur demourance et le
lieu de sa nativit et ses pleiges[559]; car elles en craindront plus
 faillir pour ce qu'elles considreront bien que vous enregistrez
ces choses pour ce que s'elles se deffuioient de vous sans congi, ou
qu'elles feissent aucune offense, que vous en plaindriez ou rescririez
 la justice de leur pays ou  iceulx leurs amis. Et nonobstant tout,
aiez en mmoire le dit du philosophe lequel s'appelle Bertran le vieil,
qui dit que se vous prenez chamberire ou varlet de haultes responses
et fires, sachiez que au dpartir, s'elle peut, elle vous fera injure;
et se elle n'est mie telle, mais flateresse et use de blandices, ne
vous y fiez point, car elle be en aucune autre partie  vous trichier;
mais se elle rougist et est taisant et vergongneuse quant vous la
corrigerez, amez la comme vostre fille.

Aprs, chire seur, sachiez que sur elles, aprs vostre mary, vous
devez estre maistresse de l'ostel, commandeur, visiteur, gouverneur et
souverain administrateur, et  vous appartient de les tenir en vostre
subjection et obissance, les endoctriner, corrigier et chastier; et
pour ce, deffendez leur  faire excs ne gloutonnie de vie tellement
qu'elles en vaillent pis. Aussi deffendez les de rioter[560] l'une
 l'autre ne  vos voisins; deffendez leur de mesdire d'autruy,
fors seulement  vous et en secret, et en tant comme le meffait
toucheroit vostre prouffit seulement, et pour eschever vostre dommaige
et non plus; deffendez leur le mentir: le jouer  jeux illicites:
de laidement jurer et de dire parolles qui sentent villenies ne
parolles dshonnestes ne gouliardeuses, comme aucunes mescheans ou
mal endoctrines qui maudient _de males sanglantes fivres, de male
sanglante sepmaine, de male sanglante journe_. Il semble qu'elles
sachent bien qu'est sanglante journe, sanglante sepmaine etc., et
non font-elles, ne doivent point savoir qu'est sanglante chose, car
preudefemmes ne le scevent point, car elles sont toutes abhominables
de veoir seulement le sang d'un aignel ou d'un pigon quant on le tue
devant elles. Et certes, femmes ne doivent parler de nulle laidure, non
mie seulement... des secrs membres de nature, car c'est dshonneste
chose  femme d'en parler.

J'oy une fois raconter d'une jeune preudefemme qui estoit assise
en une presse de ses autres amis et amies, et par adventure, elle
dist par esbatement aux autres: Vous me pressez si fort que....[561]
Et jasoit-ce qu'elle l'eust dit par jeu et entre ses amis, cuidant
faire la galoise[562], toutesvoies les autres saiges preudefemmes ses
parentes l'en blasmrent  part. _Item_, telles femmes gouliardoises
dient aucunes fois de femme qu'elle est p..... ou qu'elle est ribaude,
et par ce disant il semble qu'elles sachent qu'est p..... ou ribaude,
et preudefemmes ne scevent que ce est de ce; et pour ce deffendez leur
tel langaige, car elles ne scevent que c'est. Deffendez leur vengence,
et endoctrinez en toute patience  l'exemple de Melibe dont il est
cy-dessus parl, et vous mesmes, belle seur, soiez telle en toutes
choses que par vos fais elles puissent en vous prendre exemple de tout
bien.

Or nous convient parler d'embesongner vos gens et serviteurs aux heures
propres  besongner, et aux heures convenables leur donner repos.--Sur
quoy, chire seur, sachiez que selon les besongnes que vous avez 
faire et que vos gens sont propres plus  une besongne que  l'autre,
vous et dame Agns la bguine qui avec vous est pour vous aprendre
contenance sage et meure et vous servir et endoctriner, et  laquelle
principalment je donne la charge de ceste besongne, la devez diviser
et crier, et commander l'une besongne  l'un, et l'autre besongne 
l'autre. Et se vous leur commandez maintenant  faire aucune chose,
et iceulx vos serviteurs respondent: _il est assez  temps, il sera
j bien fait_, ou _il sera fait demain bien matin_, tenez le pour
oubli: c'est  recommencier, c'est tout nant. Et aussi de ce que vous
commanderez gnralment  tous, sachiez que l'un s'atend  l'autre:
c'est comme devant.

Si soiez advertie, et dictes  dame Agns la bguine qu'elle voie
commencier devant elle ce que vous aurez  cuer estre tost fait; et
premirement qu'elle commande aux chamberires que bien matin les
entres de vostre hostel, c'est assavoir la salle et les autres lieux
par o les gens entrent et s'arrestent en l'ostel pour parler, soient
au bien matin ballys et tenus nettement, et les marchepis[563],
banquiers et fourmiers qui illecques sont sur les fourmes, despoudrs
et escous; et subsquemment les autres chambres pareillement nettoies
et ordonnes pour ce jour, et de jour en jour, ainsi comme il
appartient  nostre estat.

_Item_, que par la dicte dame Agns vous faciez principalment et
songneusement et diligemment penser de vos bestes de chambre comme
petis chienns, oiselets de chambre[564]: et aussi la bguine et vous
pensez des autres oiseaulx domeschs, car ils ne pevent parler, et pour
ce vous devez parler et penser pour eulx, se vous en avez.

Et aussi dy-je  dame Agns la bguine que des autres bestes, quant
vous serez au village, elle commande  ceulx  qui il appartient  en
penser: comme  Robin le bergier, qu'il pense de ses moutons, brebis et
aigneaulx;  Josson le bouvier, des beufs et des toreaulx;  Arnoul le
vachier et Jehanneton la laictire, qu'ils pensent des vaches, genices
et veaulx, truies, cochons et pourceaulx;  Eudeline femme du mettoier
qu'elle pense des os, oisons, coqs, gelines, poucins, coulons, pigons;
au charretier ou mettoier, qu'il pense de nos chevaulx, jumens et les
semblables. Et doit la dicte bguine et aussi vous devez faire semblant
devant vos gens qu'il vous en souviengne, que vous y congnoissiez et
que vous l'avez  cuer, car par ce en seront-ils plus diligens. Et
faictes faire, s'il vous en souvient, par vos gens penser du vivre
d'icelles bestes et oiseaulx, et y doit la dite dame Agns embesongner
ceulx et celles qui y sont propres. Et sur ce est  noter que  vous
appartient bien  faire savoir par la dicte dame Agns la bguine le
conte de vos moutons, brebis et aigneaulx, et les faire reviseter, et
enqurir de leur accroissement et descroissement, ne comment ne par qui
elles sont gouvernes, et elle le doit rapporter  vous, et entre vous
deux le devez faire enregistrer.

Et se vous este en pas ou il y ait repaire de loups, je vous
enseigneray maistre Jehan vostre maistre d'ostel ou vos bergiers et
gens de les tuer sans cop frir par la recepte qui s'ensuit.--_Recepte
de pouldre pour tuer loups et renars._--R.[565] la racine de l'ectoire
de canarade (c'est l'ectoire qui fait fleur de couleur blanche[566]),
et faictes schier icelle racine meurement et sans soleil, et gectez
hors la terre: et adonc face-en pouldre en un mortier, et avec celle
poudre mettez la quinte partie de voirre bien moulu et la quarte partie
de la feuille de lis, et tout soit mesl et pil ensemble, et tellement
qu'il se puisse passer ou cribler. _Item_, ait miel et sain[567] frs
autant de l'un comme de l'autre et mesle parmy de la poudre dessusdite,
et face paste qui soit dure et fort, et gros morceaulx rons du gros
d'un oeuf de poule, et cuevre iceulx morceaulx de sain frs et les mette
sur les pierres ou tuillettes s lieux qu'il saura que loups et renars
repaireront. Et se il veult faire amorse[568] de une vielle beste
morte, faire le peut deux ou trois jours devant. _Item_, sans faire
morceaulx, peut-il la poudre jetter sur la charongne.

Ainsi vous et la bguine embesongnez les unes de vos gens aux choses
et besongnes qui leur sont propres, et aussi dictes  maistre Jehan
le despensier qu'il envoie ou face envoier les autres reviseter vos
greniers, remuer et essorer[569] vos grains et autres garnisons[570];
et se vos mesgnies vous rapportent que les ras dommagent vos bls,
lars, fromages et autres garnisons, dictes  maistre Jehan qu'il les
puet destruire en six manires: 1 Par avoir garnison de bons chats.
2 Par ratires et soricires. 3 Par engins d'aiselles[571] appuies
sur buchettes que les bons serviteurs font. 4 Par faire tourtells de
paste et fromage frit ensemble et poudre de riagal[572], et mettre en
leur repaire o ils n'aient que boire. 5 Se vous ne les povez garder
qu'ils ne treuvent  boire, il convient faire de l'espurge[573] par
morcells, et lors s'ils les avallent, plus tost buveront et plus tost
enfleront et mourront. 6 Prenez une once de riagal: deux onces fin
arcenic: un quarteron gresse de porc: une livre fleur de farine de
fourment et quatre oeufs, et de ce faites pain et cuisiez au four et
tailliez par lesches et les clouez  un clou.

Or revien encores  ma matire de faire embesongner vos gens, vous et
la bguine, en temps convenable, par vos femmes essorer, esventer
et reviseter vos draps, couvertures, robes et fourreures, pennes et
autres telles choses.--Sur quoy sachiez et dictes  vos femmes que
pour conserver et garder vos pennes et draps, il les convient essorer
souvent pour eschever les dommages que les vers y pevent faire; et
pour ce que telle vermine se congre par le ramolissement du temps
d'automne et de yver et naissent sur l'est, en iceulx temps convient
les pennes et les draps mettre  bon soleil et beau temps et sec; et se
il survient une nue noire et moicte qui s'assie sur vos robes et en
tel estat vous les ploiez, cest air envelop et ploy dedans vos robes
couvera et engendrera pire vermine que devant. Et pour ce, choisissiez
bel air qui soit continu et bien sec, et tantost que vous verrez autre
gros air survenir, avant qu'il soit venu vers vous, faictes mettre vos
robes  couvert et escourre pour oster la grosse pouldre[574], puis
nettoier  unes verges sches[575]. Et la bguine scet bien et le vous
le dira que s'il y a aucune tache d'uille ou autre gresse, le remde
est tel: Ayez pis..t et le chauffez comme tide, et mettez la tache
tremper dedans par deux jours, et puis espraignez le drap o est la
tache sans le tordre, et se la tache ne s'en est ale, si le face dame
Agns la bguine, mettre en un autre pis..t et battre un fiel de beuf
avec, et face-l'en comme devant. Ou vous faictes ainsi: faites prendre
de la terre de robes[576] et tremper en lessive, puis mettre sur la
tache et laissiez scher, et puis frotez; et se la terre ne s'en va
lgirement, si faictes mouillier en lessive, et laissiez encores
schier et frotez tant qu'elle s'en soit ale; ou se vous n'avez
terre de robes, faictes mettre cendres tremper en lessive, et icelles
cendres bien trempes mettez sur la tache; ou vous faictes prendre de
bien nettes plumes de poucins et moulliez en eaue bien chaude pour l
laissier la gresse qu'elles auront prise, et remoulliez en eaue necte
bien chaude: bien refrottez aussi et tout s'en yra.

S'il y a sur robe de pers[577] aucune tache ou destaincture de couleur,
faictes prendre une espurge et la moulliez en necte et clre lessive,
puis espraigniez et traynnez sur la robe en frotant la tache, et la
couleur y revendra. Et se sur quelsconques autres couleurs de drap y
a tache de destainture de couleur, faictes prendre de la lessive bien
nette et qui point n'ait coull sur drappeaulx, et mettre avec la
cendre sur la tache, et laissiez scher, puis faictes frotter, et la
premire couleur revendra.

Pour oster tache de robe de soie, satin, camelot, drap de Damas ou
autre, trempez et lavez la tache en vertjus et la tache s'en yra, et
mesmes se la robe est destainte, si revendra-elle en sa couleur (_ce
que je ne croy pas_)[578].

VERTJUS. Nota que ou temps que le vertjus nouvel se fait, l'en
en doit prendre, sans sel, une fiole et la garder, car ce vault pour
oster tache de robe et la remettre en sa couleur, et est tousjours bon,
et nouvel et vieil.

_Item_, et se aucunes de vos pennes ou fourreures ont est moullies
et se soient endurcies, faictes deffourrer le garnement[579], et
arrouser de vin la penne qui est dure, et soit arrouse  la bouche
ainsi comme un cousturier arrouse d'eaue le pan d'une robe qui veult
retraire, et sur icelluy arrousement faictes gecter de la fleur[580] et
laissiez scher un jour; puis frottez trs bien icelle penne[581]... en
son premier estat.

Or revien au propos que devant, et dy que vostre maistre d'ostel
doit savoir qu'il doit chascune sepmaine faire reviseter et boire
de vos vins, vertjus et vinaigres; veoir les grains, huilles, noix,
pois, fves et autres garnisons. Et quant aux vins, sachiez que s'ils
deviennent malades, il les convient garir de maladies par la manire
qui s'ensuit:

Premirement se le vin est pourri, il doit mettre la queue[582], en
yver, emmi une court sur deux trteaulx afin que la gele y frappe, et
il garira.

_Item_, se le vin est trop vert, il doit prendre plain pennier de
morillons[583] bien meurs, et gecte dedens la queue, par le bondonnail,
tous entiers, et il amendra.

_Item_, se le vin sent l'esvent[584], il doit prendre une once de
seurmontain[585] en pouldre et autant en graine de paradis[586] en
pouldre et mettre chascune desdictes pouldres en un sachet et le
pertuisier d'une greffe[587], et puis pendez tous les deux sachets
dedens la queue  cordelettes et estoupez bien le bondonnail.

_Item_, se le vin est gras, preigne douze oeufs et mette boullir en eaue
tant qu'ils soient durs, et puis gecte hors le jaune et laisse le blanc
et les coquilles ensemble, et puis frire en paelle de fer et mettre
tout chault dedens un sachet et pertuis d'une greffe comme dessus,
et pendre dedans la queue  une cordelette. _Item_, preigne un grant
pot neuf et le mette dessus un trepi vuit[588], et quant il sera bien
cuit, despice le par pices et le gecte dedans la queue, et il garira
de la gresse.

_Item_, pour desroussir le vin blanc, preigne plain pennier de feuilles
de houx et gecte dedens la queue par le bondonnail.

_Item_, se le vin est aigri, preigne une cruche d'eaue et gecte dedans
pour dpartir le vin de devers la lie, et puis preigne plain plat de
fourment et mettez tremper en eaue, et puis gectez l'eaue, et mettez
boullir en autre eaue, et faciez bien boullir en autre eaue tant qu'il
se vueille crever, et puis l'ostez; et s'il en y a des grains tous
crevs, si les gecte, et aprs gecte le froment tout chault dedens la
queue. Et se pour ce le vin ne veult esclarcir, preigne plain pennier
de sablon bien lav en Saine et puis gecte dedens la queue par le
bondonnail et il esclarcira.

_Item_, pour faire s vendenges un vin fort, n'emple pas la queue que
il s'en faille deux sextiers[589] de vin, et frotte tout entour le
bondonnail, et lors il ne pourra gecter et en sera plus fort.

_Item_, pour traire une queue de vin sans luy donner vent, face un
petit pertuis d'un foret emprs le bondonnail, et puis ait un petit
plastreau[590] d'estouppes du large d'un blanc et puis mette dessus,
et preigne deux petites bchettes et mette en croix dessus le dit
plastreau, et mette un autre plastreau sur les dictes bchettes.
Et pour esclarcir vin troubl, se c'est une queue, vuide-l'en deux
quartes[591], puis le remue-l'en  un baston ou autrement, tellement
que lie et tout soit bien mesl, puis preigne-l'en un quarteron d'oeufs,
et soient batus moult longuement les moyeulx et les blans tant que tout
soit fin cler comme eaue, et tantost gectez aprs un quarteron d'alun
batu et incontinent une quarte d'eaue clre et l'estoupez, ou autrement
il se vuideroit par le bondonnail.

Et aprs ce et avec ce que dit est, belle seur, faictes commander par
maistre Jehan le despensier  Richart de la cuisine escurer, laver,
nettoier et tout ce que appartient  cuisine, et vez comme dame Agns
la bguine quant aux femmes, et maistre Jehan le despensier quant aux
hommes, mettront vos gens en oeuvre de toutes pars: l'un -mont, l'autre
-val, l'un aux champs, l'autre en la ville, l'un en chambre, l'autre
en solier[592] ou en cuisine et envoieront l'un a, l'autre l, un
chascun selon son endroit et science, et tant que iceulx serviteurs
gaignent leur salaire chascun et chascune en ce qu'il saura et devra
faire; et s'ils le font, ils feront bien, car sachez que paresse et
oisivet engendrent tous maulx.

Toutesvoies, belle seur, aux heures pertinentes faictes les seoir 
la table, et les faites repaistre d'une espce de viande largement et
seulement, et non pas de plusieurs, ne dlitables ou dlicatives, et
leur ordonnez un seul buvrage nourrissant et non entestant, soit vin ou
autre et non de plusieurs; et les admonestez de mengier fort et boire
bien et largement, car c'est raison qu'ils mengeussent d'une tire,
sans seoir  oultrage[593], et  une alaine, sans reposer sur leur
viande ou arrester ou acouster[594] sur la table. Et si tost qu'ils
commenceront  compter des comptes ou des raisons, ou  eulx reposer
sur leurs coustes[595], commandez la bguine qu'on les face lever et
oster leur table, car les communes gens dient: _Quant varlet presche 
table et cheval paist en gu, il est tems qu'on l'en oste, que assez y
a est_. Deffendez leur yvresse, et que personne yvrongne ne vous serve
ne approuche, car c'est pril, et aprs leur reffection prise  midy,
quant temps sera, les laissiez par vos gens remettre  besongner. Et
aprs leur second labour et aux jours de feste aient autre repas, et
aprs ce, c'est assavoir au vespre, soient repus habondamment comme
devant et largement, et se la saison le requiert soient chauffs et
aaisis.

Et aprs ce, soit par maistre Jehan le despencier ou la bguine vostre
hostel clos et ferm, et ait l'un d'eux les clefs par devers luy,
afin que nuls sans congi n'y entre ne ysse. Et chascun soir et avant
vostre coucher, faictes par dame Agns la bguine ou maistre Jehan le
despensier faire reviseter  la clart de la chandelle les fons de vos
vins, vertjus, ou vinaigre, que nul ne s'en voit[596], et facent par
vostre closier ou fermier savoir par ses gens que vos bestes soient
bien affourages pour la nuit. Et quant vous aurez sceu par dame Agns
la bguine ou maistre Jehan le despencier que le feu des chemines sera
couvert partout, donnez  vos gens, pour leurs membres, temps et espace
de repos. Et ayez fait adviser par avant, qu'ils aient chascun loing
de son lit chandelier  platine[597] pour mettre sa chandelle, et les
aiez fait introduire[598] sagement de l'estaindre  la bouche ou  la
main avant qu'ils entrent en leur lit, et non mie  la chemise[599]. Et
aussi les aiez fait admonnester et introduire, chascun endroit soy, de
ce qu'il devra commencier l'endemain, et de soy lever l'endemain matin,
et recommencier chascun endroit soy son service, et de ce soit chascun
advisi. Et toutesvoies de deux choses vous advise: l'une que se vous
avez vos filles ou chamberires de quinze  vint ans, pour ce que en
tel aage elles sont sottes et n'ont gures veu du sicle, que vous les
faciez coucher prs de vous en garderobe ou chambre o il n'ait lucarne
ne fenestre basse, ne sur rue, et se couchent et livent  vostre
heure, et vous mesmes qui avant ce temps serez sage se Dieu plaist, les
gardez de prs; l'autre si est que se l'un de vos serviteurs chiet en
maladie, toutes choses communes mises arrire, vous mesmes pensez de
luy trs amoureusement et charitablement et le revisetez et pensez de
lui ou d'elle trs curieusement en avanant sa garison, et ainsi aurez
acompli cest article.

       *       *       *       *       *

Or vueil-je, en cest endroit, vous laissier reposer ou jouer et non
plus parler  vous:[600] vous esbatrez ailleurs, je parleray  maistre
Jehan le despencier qui nos biens gouverne, afin que se aucun de nos
chevaulx tant de charrue comme  chevauchier est en essoine[601], ou
qu'il conviengne acheter ou eschanger, qu'il s'y congnoisse un petit.

Sachiez donc, maistre Jehan, que cheval doit avoir seize[602]
conditions, c'est assavoir:

Trois des conditions du renart: c'est courtes oreilles droictes, bon
poil et fort et roide, queue bien pelue.

Du livre quatre: c'est maigre teste, bien esveill, de lgier mouvant,
viste et tost alant.

Du beuf quatre, c'est assavoir: la harpe[603] large, grosse et ouverte,
gros bouel, gros yeulx et saillans hors de la teste, et bas enjoint.

De l'asne trois: bon pi, forte eschine, et soit dbonnaire.

De la pucelle quatre, c'est assavoir: beaulx crins, belle poitrine,
beaulx rains et grosses fesses.

Maistre Jehan, mon ami, qui veult acheter un cheval, il le doit
premirement veoir en l'estable, car l voit-l'en s'il est en main
d'affaiteur ou non, et s'il est bien ou mal gard; s'il abonne
cocte[604], et comment il siet sur le fien[605]. Aprs ce,  l'issir
de l'estable, s'il a courtes et droites oreilles, maigre ou grasse
teste, bonne veue et saine, et bons yeulx, gros, saillans dehors
la teste; et puis taster dessoubs les gencives qu'il y ait grant
entre-deux et bonne ouverture et large, et qu'il n'y ait gourme, bube
ne malen[606], et que l'entre du gavion ne soit en riens empesche.

Et puis, mon ami maistre Jehan, tu te dois congnoistre  l'aage;
dont il est  savoir que quant un cheval a deux ans, il a ses dens
nouvelles, blanches, dlies et pareilles. Au troisime an, les trois
dens de devant luy muent, et dedens icelluy troisime an deviennent
plus grosses assez et plus brunes que les autres. Au quatrime an, les
deux dens qui sont aux deux costs d'iceulx trois dens mues, luy muent
et deviennent pareilles aux trois dont dessus est parl. Au cinquime
an, les autres muent. Au sixime an, viennent les crochs dont le fons
est creux, et est la fve ou fons du creux. Au septime an les hors du
creux des crochs si usent, et n'y a mais point de creux ne de fve, et
devient tout plat et tout aouni[607] et de l en avant on n'y congnoist
aage.

Aprs ce, maistre Jehan, tu dois aviser se le cheval a bonne encontre
et bonne herpe et ouverte: qu'il ne soit courb ne fuisel[608]; et
s'il est duri[609] c'est bon signe. Et par entre les deux jambes de
devant, regardes aux jambes de derrire qu'il n'y ait esparvain ou
courbe. Esparvain dedens le plat de la cuisse de derrire est, et
s'apperoit mieulx par entre les deux jambes de devant. Courbe est 
icelluy endroit que devant, et plus sur le derrire, car elle tient
au bout du gerret derrire, sur le bout de la jointe de la queue en
dvalant; et est au commencement une petite bossette qui agrandist et
est longuette, et gist au long et dessoubs le pli du gerret. Et quant
on veult gracieusement parler devant marchans, on dit ainsi: _Vez-cy
un bon cheval, il est long et esgarrett_. Et lors on entent que c'est
 dire qu'il est corbeux.

Aprs ce, maistre Jehan mon amy, tu dois aler au cost et regarder s'il
est point grev soubs la selle, car en cheval qui ait tendre dos ne
vous fiez; gardez aussi qu'il ne soit blci au jarret[610]. _Item_,
qu'il ait bon bouel; s'il est point batu d'esperons, qu'il n'ait
grosses c......, qu'il ait long corps, car on dit un cheval plat quant
il n'est pas ront ne bien esquartell. Vez aussi quelle chire il fait
par l'apparence de ses oreilles et de ses yeulx et par l'esmouvement
de sa teste et le remuement de ses pis, et gardez bien qu'il n'ait
malandres, [malandre est dedans le garret derrire; gardez aussi qu'il
n'ait][611] molettes ne suros; ne soit crapeux, ne ne s'entretaille de
la jambe de l'autre lez[612], car d'illec le peut-l'en bien veoir.

Aprs ce que dit est, doit-l'en adviser que le cheval ait maigres
jambes, larges et plates, et qu'il n'ait pas les genoulx couronns, et
que les joinctes[613] de dessus les couronnelles ne boutent mie devant.
Et regardez s'il a pis gras et combles, pis fendus, faulx quartiers,
pis avals, crapaudines ou fourme. Fourme sur couronnelle est quant au
travers sur le coup-du-pi a une soubaudreure[614] qui se hausse, et en
huit jours est forme aussi derrire comme devant, et durant ce qu'elle
est entire, l'en l'appelle fourme et fait pis avals, mais quant
elle est creve, l'en dist crapaudine et ne garist-l'en puis, et est
sur le bout de la couronnelle du pi[615].

Aprs, va par derrire et garde qu'il ait les fesses escarteles et
bien secources[616], belle queue et bien pelue et serrant aux fesses
que on ne la puisse sourdre[617], car c'est bon signe quant le cheval a
bon et fort quoier, saines c....... Et encores de rechief, advise qu'il
ne s'entretaille, ne ne soit crapeux ne rongneux, ne qu'il n'ait javart
et rongne, et par entredeux icelles jambes de derrire qu'elles ne
soient aronnes parmy le milieu comme un arc, et audessoubs qu'il n'y
ait esparvain, molette, suros dedens la jambe ou dehors, ou malandre,
et qu'il ne s'entretaille ne n'ait crape[618] ne rape, ne derrire ne
devant. Aprs, le convient veoir trotter bellement de rechief en sa
droicte aleure commune, et adviser adonc s'il live ses pis ouniement
et gaulment, d'un hault[619] et d'une lgiret; s'il plie bien ses
jambes devant et qu'elles ne soient mie roides; s'il escout sa teste,
s'il soufle du nez et ouvre ses narines, et s'il est long en la main,
car toutes ces choses sont de bon signe. Aprs, le dois faire trotter
fort, et prendre garde s'il trotte bel et qu'il ne s'entretaille ne
ataigne. Puis faire courre et aler les galos, et lors regarder  certes
s'il a grosse alaine; s'il soufle et qu'il ait grant et grosse alaine
par la bouche, se les flancs luy haletent ou qu'il soit poucis; et ce
puet aussi estre veu dessoubs la queue. Puis le veoir l'endemain 
froit, et savoir en l'estable comment il se tient sur le sien, puis
trotter et aler les galos et reveoir s'il est poucis, et ce peut estre
veu dessous la queue, puis le veoir et savoir de rechief aux champs et
ailleurs s'il est bon aux esperons.

_Nota_, maistre Jehan, que s festes de Flandres, se vous avez
barguaigni[620] et sceu le pris d'un cheval, et vous demandez  le
veoir courre, _eo ipso_ vous vous dpartez de tous les autres vices,
tellement que s'il est bon  l'esperon et qu'il queure, il est vostre,
quelque autre tache qu'il ait.

Maistre Jehan, s'aucun cheval est qui ait pass aage, et soit trouv
sans suros, malandre, courbe, entretaille, molettes _et similia_, c'est
adonc  entendre qu'il est afferm[621], et que puis qu'il a pass sa
jeunesse sans tache, jamais n'en aura aucune.

_Item_, tant est un cheval plus court, maistre Jehan, tant a plus fort
eschine.--_Item_, tant plus dur trotte, maistre Jehan, tant plus est
fort.--_Item_, maistre Jehan, s'il est dli sur la poincte d'en bas,
c'est mauvais signe.

Maistre Jehan, se vous voulez engresser, pour vendre, un de nos
chevaulx, _primo_ soit estrill, lav et tenu nettement, et fresche
lectire.--_Item_, s'il ne fut pie seign, si le faictes seigner
des costs, c'est du ventre, car icelle seigne des costs est propre
pour leur donner bon bouel. Puis luy emplissiez son ratellier de trs
bon foing d'une part, et de feurre d'avoine d'autre part; puis prenez
quatre boisseaulx de bien nette paille de fourment, deux boisseaulx
de bran[622], un boissel de fves menues et un boissel d'avoine, et
meslez tout ensemble et luy en donnez quatre fois le jour, avant
boire. _Item_ aprs, boire de l'eaue de rivire chauffe au soleil ou
sur le fumier, ou en yver chauffe sur le feu, et y ait du son dedens
une toille, car sans toille le cheval toussiroit comme s'il eust mengi
plume; puis mengeusse du foing. Puis pour prou vendre[623], comme
dessus, ou se c'est cheval de petit pris, il ait avant boire, trois
fois orge boulu, et aprs boire, fves et bran et bien pou d'avoine.

OINGNEMENT POUR LES PIS DES CHEVAULX.--Prenez un quarteron
de suif de bouc, un quarteron de cire, un quarteron de terbentine, un
quarteron de poix rasine et boulez tout ensemble, et oignez les pis
des chevaulx.--_Item_, aiez un drappel moulli en viez oint et mettez
ou fons du pi et de la fiente avec.

Pour garir de rape, crape, rongne et javart, lavez d'uille de chennevis
avec eaue batue ensemble, et s'il n'en garist, il le convient seigner
de la pointe du pi.

_Item_, est  noter que quant un cheval est seign du col, l'en le
doit tenir li hault, et faire petitement mengier et hault, car le
dbatement des mandibules et du col le pourroient faire escrever.
_Item_, le convient abuvrer le plus loing de la seigne que l'en puet
et lier hault, pour ce que le baisser la teste le fait escrever.
_Item_, se le cheval est de grant pris, si soit veill de nuit.

Malandre veult estre lav deux fois le jour de chault pis..t ou
chaude eaue. _Item_, _idem_, grosses jambes derrire[624]; et se
ainsi l'en ne peut garir, que l'en face restrainctif, c'est assavoir
de sang-de-dragon[625], d'aubun d'oeufs[626], ou plastre bien sass
et aubun d'oeufs[627], et liez par bandeaulx entour la jambe, et puis
seicher  un tison de feu par derrire.

Quant cheval pert la veue, faictes mouldre du saing[628] de voirre
vieil, et luy gette-l'en dedens l'ueil  un tuel[629].

Quant cheval a tranchoisons, faictes-le mettre par terre et puis luy
faictes mettre  un cornet un quarteron de quelque huille dedens le
c.l, et puis le faites chevauchier tant qu'il sue, et il garira.

Quant cheval a vives[630], il luy convient dire ces trois mos, avec
trois patenostres: [un croix] _abgla_, [un croix] _abgly_, [un croix]
_alphara_, [un croix] _asy_, [un croix] _pater noster_ etc.

Contre farcin, te convient ce couver[631] par neuf jours, et chascun
jour en jeun dire par trois fois, et chascune fois dire trois
patenostres et toucher le mal [un croix] _In nomine Patris_ [un croix]
_et Filii_ [un croix] _et Spiritus Sancti_ [un croix] _amen_ [un croix]
_Je te conjure, mal flon de par Dieu omnipotent et de par le Pre et
de par le Fils et de par le Saint Esperit, et de par tous les sains et
de par tous les anges de nostre Seigneur Jhsu Crist. et par toutes les
vertus que Dieu donna  paroles ne en voix, par les vertus que Dieu
fist de faire le ladre gurir de sa maladie: et que tu, mal flon,
n'ailles plus avant, et que ne doubles ne ne enfles, n'en fenestres,
n'en fistules, nant plus que firent les cinq plaies nostre Seigneur
Jhsu Crist, et aussi le monde sauva, et pour ce se firent les cinq
plaies de nostre Seigneur, Jhsu Crist. In nomine Patris_ [un croix]
_et Filii_ [un croix] _et Spiritus Sancti_ [un croix] _Amen_.

S'aucun cheval est morfondu, il le convient tantost faire seigner
des jambes devant au plus bas, et au hault du plat des cuisses, et
recueillir le sang, et d'icelluy oindre les pis, puis torchier de
foing moulli et pourmener sans boire et sans mengier, et dedens quatre
heures ou environ, mettre un restraintif sur les couronnelles afin
qu'il ne face pi neuf; et le convient pourmener sans arrest trente-six
heures, et luy donner  la main du foing s'il en veult mengier: et ne
boive point d'un jour naturel; et aprs vint-quatre heures depuis la
seigne, boive de l'eaue chaude avec du bran. Et pendant le dit temps
et tantost aprs ce qu'il sera seign, soit couvert de trois linceuls
moullis tout  une fois, et au bout de trente-six heures ou plus,
c'est assavoir quant il se prendra  mengier du bran et faire bonne
chire et qu'il aura fient, luy face-l'en bonne lictire et blanche,
et le face-l'en reposer, puis pourmener, et quant il yra de bon cuer,
si luy oste-l'en un jour un drap, l'autre jour l'autre, et le tiers
l'autre, et ne luy donne-l'en fors brenne  boire et  mengier jusques
 ce qu'il face bonne chire. Aucuns leur donnent du buvrage de pommes
 un cornet. Et de tout le mareschal puet avoir franc et demi[632].




DE LA DEUXIME DISTINCTION

LE QUART ARTICLE[633]

     QUI VOUS DOIT APRENDRE QUE VOUS, COMME SOUVERAIN MAISTRE DE VOSTRE
     HOSTEL, SACHIEZ COMMANDER ET DEVISER A MAISTRE JEHAN DISNERS ET
     SOUPPERS, ET DEVISER MS ET ASSIETES.


Et  ce commencement je vous mettray aucuns termes servans aucun pou,
et qui vous donront commencement ou au moins esbatement.

_Primo_, pour ce qu'il convient que vous envoiez maistre Jehan s
boucheries, cy-aprs s'ensuivent les noms de toutes les boucheries de
Paris et leur dlivrance de char.

A la Porte-de-Paris[634] a dix-neuf bouchiers qui par estimation
commune vendent, pour sepmaine, eulx tous, l'un temps parmi l'autre, et
la forte saison portant la foible, dix neuf cens moutons, quatre cens
beufs, quatre cens pourceaulx, et deux cens veaulx.

Saincte-Geneviefve: cinq cens moutons, seize beufs, seize porcs, et
six[635] veaulx[636].

Le Parvis: quatre-vint moutons, dix beufs, dix veaulx, huit porcs.

A Saint-Germain a treize bouchiers; deux cens moutons, trente beufs,
trente veaulx, cinquante porcs.

Le Temple, deux bouchiers; deux cens moutons, vint-quatre beufs,
vint-huit[637] veaulx, trente-deux porcs.

Saint-Martin: deux cent cinquante moutons, trente-deux beufs,
trente-deux veaulx, vint-deux[638] porcs.

Somme des boucheries de Paris, pour sepmaine, sans le fait du Roy et de
la Royne et des autres nos seigneurs de France, trois mille quatre-vint
moutons, cinq cent quatorze beufs, trois cent six veaulx, six cens
porcs[639]. Et au vendredi absolut[640], sont vendus de deux mille 
trois mille lars[641].

Pour ce qu'il a cy-devant est parl du fait du bouchier et
poullaillier, le fait de l'ostel du Roy en office de boucherie monte
bien, pour sepmaine, six-vints moutons, seize beufs, seize veaulx,
douze porcs: et par an deux cens lars.

Le fait du poullaillier: par jour, six cens poullailles, deux cens
paires de pigons, cinquante chevriaux, cinquante oisons.

La Royne et les enfans. Boucherie, pour sepmaine, quatre-vins moutons,
douze veaulx, douze beufs, douze porcs: et par an six-vins lars.--Le
fait du poullaillier: pour jour, trois cens poullailles, trente-six
chevreaulx, cent cinquante paires de pigons, trente-six oisons.

Orlans[642] aussi.

Berry aussi.

Les gens de Monseigneur de Berry dient que aux dimenches et grans
festes, il leur convient trois beufs, trente moutons, huit-vins
douzaines de perdris, et connins  l'avenant, mais j'en doubte.--Avr
depuis.--Et est certain que[643] plusieurs grans festes, dimenches
et jeudis, mais le plus commun des autres jours est  deux beufs
et vingt moutons.--_Nota_ encores que  la court de Monseigneur de
Berry on fait livre  pages et  varlets des joes de beuf, et est le
museau du beuf tailli  travers, et les mandibules demeurent pour la
livre, comme dit est.--_Item_, l'en fait du col du beuf livre ausdis
varlets.--_Item_, et ce qui vient aprs le col est le meilleur de tout
le beuf, car ce d'entre les jambes de devant, c'est la poitrine, et ce
dessus, c'est le noyau[644].

Bourgoingne, de parisis  tournois du Roy[645].

Bourbon, la moiti du fait de la Royne.

_Item_, et sans espandre ou baillier vostre argent chascun jour,
vous pourrez envoer maistre Jehan au bouchier, et prendre char sur
taille[646], considrant ce qui s'ensuit:

En la moiti de la poitrine de beuf a quatre pices, dont la premire
pice a nom le grumel[647]; et toute celle moiti couste dix blans[648]
ou trois sols. En la longe a six pices, et couste six sols huit
deniers ou six sols. La surlonge trois sols. Ou giste[649] a huit
pices et est la plus grosse char, mais elle fait la meilleure
eaue[650] aprs la joe; et couste le giste, huit sols.

Le quartier de mouton a quatre pices ou trois pices et l'espaule, et
couste huit blans ou trois sols.

Le quartier de veel, huit sols. Porc[651]....

Et _nota_ que ce que l'en dit la poictrine d'un beuf, l'en dit le
brichet d'un mouton: et quant l'en parle d'un cerf, l'os d'icelle
poictrine est nomm la hampe.

De la poictrine d'un beuf, la premire pice qui part d'emprs le colet
est appelle le grumel, et est la meilleur. D'un mouton, le flanchet
est ce qui demeure du quartier de devant quant l'espaule en est
leve.--_Item_, l'en dit le couart[652] d'un cerf.--_Item_, les dents
sont les c......ns.

La surlonge trois sols. La longe six sols. La char d'un mouton dix sols.

       *       *       *       *       *

Aprs ces choses, convient dire et parler d'aucuns termes gnraulx qui
regardent fait de queurie[653] en aucune qualit, et aprs sera monstr
 congnoistre et choisir les viandes desquelles l'en doit ouvrer comme
il s'ensuit:

_Primo_, que en toutes sausses et potages lians en quoy l'en broie
espices et pain, l'en doit premirement broer les espices et oster
du mortier, car le pain que l'en broie aprs, requeut ce qui des
espices est demour; ainsi on ne pert rien ce qu'on perdroit qui feroit
autrement.

_Item_, des espices et lieures[654] mises en potages, l'en ne doit
riens couler[655], combien que sausses si fait, afin que les sausses
soient plus clres et aussi plus plaisans.

_Item_, sachiez que pou advient que pois ou fves ou autres potages
s'aoursent[656], se les tisons ardans ne touchent au cul du pot quant
il est sur le feu.--_Item_, avant que ton potage s'aourse, et afin
qu'il ne s'aourse, remue-le souvent au cul du pot et appuie ta cuillier
au fons, afin que le potage ne se preigne l. Et _nota_ que si tost que
tu apparceveras que ton potage s'aoursera, si ne le remue point, mais
l'oste tantost de dessus le feu et le mets en un autre pot.

_Item_, _nota_ que communment tous potages qui sont sur le feu
surondent et s'en vont sur le dit feu jusques  ce que l'en ait mis au
pot sel et gresse, et depuis, non.

_Item_, _nota_ que le meilleur chaudeau qui soit, c'est de la joe de
beuf lave en eaue deux fois ou trois, puis boullir et bien escumer.

_Item_, l'en scet se un connin est gras,  luy taster un nerf ou col
entre les deux espaules, car l scet-l'en s'il a grosse gresse par le
gros nerf; et s'il est tendre, l'en le scet  luy rompre une des jambes
de derrire.

_Item_, _nota_ qu'il y a diffrence entre les queux, entre boutonner et
larder, car boutonner est de giroffle et larder est de lart.

_Item_, des brochets, le laicti vault mieulx que l'ouv, se ce n'est
quant l'en veult faire rissolles, pour ce que des oeuvs l'en fait
rissolles, _ut patet in tabula_. Des brochets, l'en dit lancerel,
brochet, quarrel, lux et luceau[657].

_Item_, aloze franche entre en Mars en saison.

_Item_, carpe doit estre trs cuite, ou autrement c'est pril de la
mangier.

_Item_, plais[658] sont doulces  applanier  la main, et lymandes au
contraire.

_Item_,  Paris, les oyers[659] engressent leurs oies de farine, non
mie la fleur ne le son, mais ce qui est entre deux, que l'en appelle
les gruyaux ou recoppes: et autant comme ils prennent de ces gruyaux
ou recoppes, autant mettent-ils d'avoine avec, et meslent tout avec
un petit d'eaue, et ce demeure ensemble espais comme paste, et ceste
viande mettent en une goutire[660] sur quatre pis, et d'autre part,
de l'eaue et lictire nouvelle chascun jour, et en quinze jours sont
gras. Et _nota_ que la lictire leur fait tenir leurs plumes nettes.

_Item_, pour faisander chapons et glines, il les convient saignier par
la gueule et incontinent les mettre et faire morir en un scel d'eaue
trs froide, et il sera faisand ce jour mesmes comme de deux jours tu.

_Item_, l'en congnoist les jeunes malars[661] des viels, quant ils
sont aussi grans les uns comme les autres, aux tuyaux des esles qui
sont plus tendres des jeunes que des vieulx.--_Item_, l'en congnoist
ceulx de rivire  ce qu'ils ont les ongles fins, noirs, et aussi ont
les pis rouges, et ceulx de paillier[662] les ont jaunes. _Item_,
ont la creste[663] du bec, c'est assavoir le dessus, vert tout au
long, et aucunes fois les masles ont au travers du col, endroit le
hasterel[664], une tache blanche, et sont tous d'un plumage et ont la
plume de dessus la teste trs ondoiant.

_Item_, coulons ramiers sont bons en yver, et congnoist-l'en les vieulx
 ce que les venneaulx[665] de leurs esles sont tout d'une couleur
noire, et les jeunes d'un an ont les venneaulx cendrs et le surplus
noir.

_Item_, l'en congnoist l'aage d'un livre au nombre des pertuis qui
sont dessoubs la queue, car pour tant de pertuis, tant d'ans.

_Item_, les perdris qui ont les plumes bien serres et bien joinctes
 la char, et sont arrangement et bien joinctes et sont comme les
plumes sont sur un esprivier, sont fresches tues: et celles dont les
plumes se haussent contremont et laissent la char et se desrangent de
leur sige et vont sans ordre  et l, sont vieilles tues.--_Item_, 
tirer les plumes du braier[666], le sent-l'en.

_Item_, la carpe qui a l'escaille blanche et non mie jaune ne rousse,
est de bonne eaue. Celle qui a gros yeulx et saillans hors de la teste,
et le palais et langue mols et ouny, est grasse. Et _nota_, se vous
voulez porter une carpe vive par tout un jour, entortilliez-la en foing
moulli et la portez le ventre dessus, et la portez sans luy donner
air, c'est assavoir en bouges ou en sac.

La saison des truites commence en[667]..... et dure jusques 
Septembre. Les blanches sont bonnes en yver, et les vermeilles[668] en
est. Le meilleur de la truite est la queue, et de la carpe c'est la
teste.

_Item_, l'anguille qui a menue teste, becque dli, cuir reluisant,
ondoiant et estincelant, petis yeulx, gros corps et blanc ventre, est
la franche. L'autre est  grosse teste, sor[669] ventre, et cuir gros
et brun.

       *       *       *       *       *

Cy-aprs s'ensuivent aucuns disners et soupers de grans seigneurs et
autres, et notes sur lesquels vous pourrez choisir, reconqueillir[670]
et aprendre des quels mets qu'il vous plaira, selon les saisons et les
viandes qui seront s pas o vous serez, quant vous aurez  donner 
disner ou  soupper.


I. DISNER A JOUR DE CHAR, SERVI DE TRENTE ET UN MS A SIX
ASSIETTES.

Premire assiette. Garnache[671] et tostes[672], pasts de veel,
pasts de pinparneaux, boudins et saucisses.

Seconde assiette. Civ de livres et les costellettes, pois couls,
saleure et grosse char, une soringue d'anguilles (12)[673] et autre
poisson.

Tierce assiette. Rost: connins, perdris, chappons, etc., lux, bars,
carpes, et un potage escartel (35, 36, 37).

Quarte assiette. Oiseaulx de rivire  la dodine, ris engoul (37),
bourre  la sausse chaude et anguilles renverses (26).

Quinte assiette. Pasts d'alos, ruissolles, lait lard (41), flaonns
succrs.

Sixime assiette. Poires et drages, neffles et nois peles. Ypocras et
le mestier[674].


II. AUTRE DISNER DE CHAR DE VINT-QUATRE METS A SIX ASSIETTES.

Premire assiette. Pasts de veel menu dhach  gresse et mouelle de
beuf, pasts de pinparneaux, boudins, saucisses, pipefarce, et pasts
norrois _de quibus_ (41).

Seconde assiette. Civ de livre (16) et brouet d'anguille (17); fves
coules, saleures, grosse char, s.[675] beuf et mouton.

Tiers mets. Rost: chappons, connins, veel et perdris, poisson d'eaue
doulce et de mer, aucun taillis (36) avec doreures (39).

Quart mets. Mallars de rivire  la dodine, tanches aux soupes et
bourres  la sausse chaude[676] (26), pasts de chappons de haulte
gresse  la souppe de la gresse et du persil.

Quint mets. Un boulli lard, ris engoul, anguilles renverses, aucun
rost de poisson de mer ou d'eaue doulce, roissolles (41), crespes et
vielz sucre (41).

La sixime assiette et derrenire pour yssue. Flanciaux succrs et lait
lard, neffles, noix pelles, poires cuites et la drage. Ypocras et le
mestier.


III. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier ms. Pasts de beuf et roissoles, poire noire, lamproies 
froide sauge, un brouet d'Alemaigne de char, une sausse blanche de
poisson et une arbolastre, et grosse char de beuf et mouton.

Second ms. Rost de char, poissons d'eaue doulce, poissons de mer, une
cretonne de char, raniolles[677], un ros de lapereaulx et de bourres
 la sausse chaude,[678] d'oiselets tourtes Pisaines (_id est_ de Pise
en Lombardie, et dit-l'en tourtes Lombardes, et y a des oiselets parmi
la farce, et en plusieurs lieux cy-aprs dit tourtes Lombardes).

Tiers ms. Tenches aux souppes, blanc mengier par, lait lard,
crottes, queue de sanglier  la sausse chaude, chappons  la dodine,
pasts de bresmes et de saumon, pleis en l'eaue et leschefrite et
darioles.

Quart ms. Fromente, venoison, rost de poissons, froide sauge,
anguilles renverses, geles de poisson, pasts de chappons  l soupe
courte.


IV. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier ms. Pasts norrois (40), un brouet camelin de char, bigns de
mouelle de beuf, soringue d'anguilles, loche en eaue et froide sauge,
grosse char et poisson de mer.

Second ms. Rost le meilleur que on peut et poisson doulx, un bouli
lard, un tieule[679] de char, pasts de chappons et crespes, pasts de
bresmes, d'anguilles, et blanc mengier.

Tiers mets. Froumente, venoison, lamproie  la sausse chaude (26),
leschefrites, bresmes en rost et darioles, esturgon et gele.


V. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets et assiette. Pasts de beuf et de mouelle, civ de livre,
grosse char, un brouet blanc de connins, chappons et venoison aux
souppes, pore blanche, navs, os sales et eschines.

Second mets. Rost le meilleur etc., un ros d'alos, un blanc mengier,
nombls et queue de sanglier  la sausse chaude (26), pasts de
chappons gras, frittures et pasts norroix.

Tierce assiette. Fromente, venoison, dorures de pluseurs manires,
os et chappons gras  la dodine, darioles de cresme et leschefrites
sucres, bourres  la galentine chaude (26), gele de chappons,
connins, poucins[680], lapereaux et cochons.

Quarte assiette. Ypocras et le mestier pour issue.


VI. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets. Fves frases, un brouet de cannelle (13), un civ de
livre noir (16), un brouet vert d'anguilles (17), harenc sor, grosse
char, navs, tanches aux souppes, os et eschines sales, roissolles
de mouelle de beuf (4) et hastels de beuf _ut pa_[681].

Second mets. Rost le meilleur que on puet, poisson doulx, poisson de
mer, plais en l'eaue, bourres  la sausse chaude _ut_[682] lamproions
(26), un grav d'alos g. i. g.[683], de fleur de peschier, blanc
mengier parti, tourtes Lombardes, pasts de venoison et d'oiselets,
cretonne d'Espaigne, harenc frais.

Tiers ms. Froumente, venoison, dorures, geles de poisson, chappons
gras  la dodine, rost de poisson, leschefrites et darioles, anguilles
renverses, escrevices, crespes et pipefarces.


VII. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets. Poire blanche, hastels de beuf, grosse char, civ de
veel, du brouet houss.

Second mets. Rost de char, poisson de mer et d'eaue doulce, ranioles
Lombardes, une cretonne d'Espaigne.

Tiers mets. Lamproies, alause[684], un ros, lait lard et croutes de
lait, tourtes Pisaines _id est_ Lombardes, darioles de cresme.

Quart mets. Froumente, venoison, doreures, pasts de bresmes et de
gornaux, anguilles renverses, chappons gras  la dodine.

Yssue est ypocras et le mestier.--Boute-hors; vin et espices.


VIII. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets. Grosse char, pasts norrois, bigns de mouelle de beuf,
brouet camelin de char, soringue d'anguilles, loches en eaue, poisson
de mer et froide sauge.

Second mets. Rost le meilleur qu'on pourra, poisson doulx, un tieule de
char, un bouli lard de chevrel, pasts de chapons, crespes, pasts de
bresmes et d'anguilles et blanc mengier.

Tiers mets. Froumente, venoison, doreures, lamproies  la sausse
chaude, leschefrites et darioles, bresmes en rost, boulis au verjus,
esturgon et gele.


IX. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets. Poreaux blans, pasts de beuf, oyes et eschines, civ de
livre et de connins, un geneste d'alos, grosse char.

Second mets. Rost: queue de sanglier  la sausse chaude (26), blanc
mengier parti, dodines d'os, lait lard et croutes, venoison,
doreures, geles, croutes au lait  la dodine, pasts de chapons,
froide sauge, pasts de vache et talemouse.


X. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets. Pois couls, harenc, anguilles sales, civ
d'oestres[685] noir, un brouet d'amandes, tieule, un bouli de brochets
et d'anguilles, une cretonne, un brouet vert d'anguilles, pasts
d'argent.

Second mets. Poisson de mer, poisson doulx, pasts de bresme et de
saumon, anguilles renverses, une arboulastre brune, tanches  un bouli
lard, un blanc mengier, crespes, lettues, losenges, orillettes et
pasts norrois, lux et saumons farcis.

Tiers mets. Fromente, venoison, doreures de pommeaulx et de ps
d'Espaigne et de chastellier, rost de poisson, gele, lamproies,
congres et turbos  la sausse vert, bresmes au vert jus, leschefrites,
darioles et l'entrems grant.


XI. AUTRE DISNER.

Premier mets. Pasts de beuf et roissoles, pore noire, un grav de
lamproies, un brouet d'Alemaigne de char, un brouet georgi de char,
une sausse blanche de poisson, une arboulastre.

Second mets. Rost de char, poisson de mer, poisson doulx, une cretonne
de char, ranioles, un ros de lapereaulx et d'oiselets, bourres  la
sausse chaude (26), tourtes Pisaines.

Tiers mets. Tanches aux souppes, blanc mengier parti, lait lard et
croittes[686], queues de sanglier  la sausse chaude (26), chapons
 la dodine, pasts de bresmes et de saumon, plais en l'eaue,
leschefrictes[687] et darioles.

Quart mets. Fromente, venoison, doreures, rost de poisson, froide
sauge, anguilles renverses, gele de poisson, pasts de chappons.


XII. AUTRE DISNER.

Premier mets. Fves frases, un brouet de canelle, un civ de livre
noir ou brouet d'anguilles vert, harens sors, grosse char, navets,
tanches aux souppes, os et eschines sales, roissolles de mouelle de
beuf.

Second mets. Rost le meilleur qu'on peut, poisson d'eaue doulce,
poisson de mer, plais en l'eaue, bourres  la sausse chaude, un grav
d'alous en couleur de fleur de peschier, blanc mengier parti, tourtes
Lombardes, pasts de venoison et d'oisels, cretonne d'Espaigne,
harens frais.

Tiers mets. Froumente, venoison, doreures, gele de poissons, chappons
gras  la dodine, rost de poisson, leschefrictes et darioles, anguilles
renverses, escrevices, crespes et pipefarces.


XIII. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets. Un brouet d'Alemaingne, choulx cabus, une soringue
d'anguilles, navez, pasts de beuf, grosse char.

Second mets. Rost le meilleur qu'on pourra avoir, os grasses  la
dodine, poisson d'eaue doulce, blanc mengier, une arboulastre, pasts
norrois, crespes, lait lard, tourtes de lait.

Tiers mets. Pasts de chapon  la doudine, ris engoul, queue de
sanglier  la sausse chaude, leschefrictes et darioles succres.

Quart mets. Fromente, venoison, doreures, anguilles renverses, rost
de bresmes.

La teste de sanglier  l'entrems.


XIV. AUTRE DISNER DE CHAR.

Premier mets. Poreaulx blancs  chappons, o  l'eschine et 
l'andoulle rostie, pices de beuf et de mouton, un brouet gorg[688] de
livres, de veel, de connins.

Second mets. Chappons, perdris, connins, plouviers, cochons farcis,
faisans pour les seigneurs[689], gele de char et de poisson.

L'entremets. Lux et carpes.

L'entremets eslev[690]. Cine, paons, butors, hrons et autres choses.

L'issue. Venoison, ris engoul, pasts de chappons, flaons de cresme,
darioles, anguilles renverses, fruit, oubles[691], estres[692] et le
clar[693].


XV. AUTRE DISNER DE VINT QUATRE METS[694] A TROIS
ASSITES.

Premier mets. Pois couls, anguilles sales et harenc, poireaux aux
amandes, grosse char, un brouet jaunet, une salemine, poisson de mer,
civ d'otres.

Second mets. Rost, poisson doulx, poisson de mer, un brouet de Savoie,
un brouet lard d'anguilles renverses.

Tiers mets. Rost de bresmes, galentine, cine, chapons pelerins, gele,
blanc mengier parti, plais en l'eaue, turbos  la soucie, darioles de
cresme, lamproies  la sausse chaude, doreures, ris engoul, etc.


SOUPERS.

XVI. SOUPER DE CHAR A QUATRE ASSITES.

Premire assite. Seym, poules aux herbes, brouet de vertjus et de
poullaille, une espinbesche de un bouly lard, brochereaulx et loche en
eaue, roug et chastelongnes sales.

Second mets. Rost le meilleur que on peut de char et poisson, et drois
au persil et au vinaigre, poisson  la galantine, une sausse blanche
sur poisson, et fraze de char.

Tiers mets. Pasts de chapons, bcuit de brochets et d'anguilles,
laittues, tubesches et une arboulastre, poisson, crespes et pipefarces.

Quart mets. Gele, escrevices, plais en l'eaue, ables et froide sauge,
nombls  la sausse chaude, pasts de vache et talemouses.--Potage pour
faire yssue, appell gele.


XVII. AUTRE SOUPER DE CHAR.

Premire assite. Chapons aux herbes, une commine, poix daguenets,
loches au jaunel, venoison aux souppes.

Second mets. Rost le meilleur qu'on peut avoir, gele, blanc mengier
parti, flanceaulx de cresme bien succrs.

Tiers mets. Pasts de chapons, froides sauges, espaules de mouton
farcies, brochetons  un rebouly, venoison  la queue de sanglier,
escrevices.


XVIII. AUTRE SOUPER DE CHAR.

Premier mets. Trois manires de potages, chapons entiers en un blanc
brouet, une chaudume de beschets, venoison aux souppes, loches et
anguilles tronsonnes dessus.

Second mets. Rost, chapons, connins, perdris, plouviers, mesles[695],
oiselets, chevriaulx, un blanc mengier sus, etc., lux carpes et bars,
etc., anguilles renverses.--Faisans et cines pour entremets.

Tiers mets. Venoison  la froumente, pasts de turtres et d'alouettes,
tartes, escrevices, harens frais, fruit, clar, nieulles[696], neffles,
poires, noix peles.


XIX. DISNERS DE POISSON POUR CARESME.

Premier mets et assite. Pommes cuites, grosses figues de Prouvence
rosties et fueilles de lorier par-dessus, le cresson et le soret au
vinaigre, poix couls, anguilles sales, harens blans, grav sur
friture de mer et d'eaue doulce.

Second mets. Carpes, lux, soles, rougs, saumons, anguilles.


XX. AUTRE DISNER DE POISSON POUR CARESME.

Premier mets. Pommes cuites, etc., comme dessus.

Second mets. Carpes, lux, soles, rougs, saumon, anguilles renverses 
la boe et une arboulastre.

Tiers mets. Pinperneaulx rostis, merlans fris, marsouin poudr  l'eaue
et fromente, crespes et pasts norrois. Yssue: figues et roisins,
ypocras et le mestier, comme dessus est dit.


XXI. AUTRE DISNER DE POISSON.

Premier mets. Pois couls, pure, civ d'ostres, une sausse blanche de
brochets et de perches, pore de cresson, harens, graspoix, anguilles
sales, loches en l'eaue.

Second mets. Poisson d'eaue doulce et de mer, turbot  la soucie,
taillis, un bcuit, anguilles en galentine.

Tiers mets. Rost le plus bel et le meilleur qu'on pourra avoir, blans
pasts, larras, loche au waymel, escrevices, perches au percil et au
vinaigre, tanches aux souppes, gele.


XXII. AUTRE DISNER DE POISSON.

Premier mets. Pois couls, harens, pore, anguilles sales, ostres,
une salamine de brochets et de carpes.

Second mets. Poisson d'eaue doulce, une soringue d'anguilles, pasts
norrois et blanc mengier parti, une arboulastre, pasts, bigns.

Tiers mets. Rost le meilleur, etc., ris engoul, tartres, leschefrayes
et darioles, pasts de saumon et de bresme, une chaudume.

Quart mets. Taillis, crespes, pipefarces, escherois, loche frite[697],
doreures, congres et turbos au souci[698], tourtes Lombardes,
anguilles renverses.


XXIII. AUTRE DISNER DE POISSON.

Premier mets. Pommes cuites, figues grasses, Garnache, cresson et
pouls, pois couls, aloze, anguille sale, harens et craspois, brouet
blanc sur perches, et sches  un grav sur friture.

Second mets. Poisson doulx le meilleur qu'on peut et poisson de mer,
anguilles renverses, bourres  la sausse chaude, tenches aux souppes,
escrevices, pasts de bresmes et plais en l'eaue.

Tiers mets. Fromente au marsouin, pasts norrois et maquereaulx
rostis, pinperneaulx en rost et crespes, ottres, sches frites avec un
bescuit de brochereaulx.


XXIV. AUTRE DISNER DE POISSON.

Premier mets. Pois couls, harenc, anguilles sales, civ d'ottres
noir, un brouet d'amandes, tieule, un bouly de brochets et d'anguilles,
une cretonne, un brouet vert d'anguilles, pasts d'argent.

Second mets. Poisson de mer, poisson doulx, pasts de bresmes et de
saumon, anguilles renverses, une arboulastre brune, tanches  un bouly
lard, un blanc mengier, crespes, lettues, losenges, orillettes et
pasts norrois, lux et saumon farcis.

Tiers mets. Fromente au pourpois[699], doreures de pommeaulx et de
pets d'Espaigne et de chastellier, rost de poisson, gele, lamproies,
congres et turbot  la sausse vert, bresmes au vert jus, leschefroies,
darioles et l'entrems: puis Desserte, l'Issue et le Boutehors.


CY APRS S'ENSUIVENT AUCUNS INCIDENS SERVANS AUQUES[700] A
CE PROPOS.

_Primo_, L'appareil que fist faire M. de Laigny[701] pour un disner
qu'il fist  Monseigneur de Paris, le prsident, procureur et advocas
du Roy et son autre conseil[702], montans  huit escuelles[703].

_Primo_, appareil de draps  tendre, vaisselle de sale et de cuisine,
may, herbe vert  mettre sur table, aiguires et hanaps  pi, deux
dragouers, salires d'argent, pain de deux jours pour chappeler et pour
tranchouers. Pour cuisine: deux grans paelles, deux cuviers  eaue et
deux balais.

_Nota_ que Monsr. de Paris ot trois escuiers de ses gens pour luy
servir, et fut servi seul et  couvert[704]. Et Monsr. le Prsident,
un escuier, et fut servi seul et non couvert. _Item_, par le dit de
Monsr. le prsident, le procureur du Roy fut audessus de l'advocat
du Roy.

Les assietes et ms s'ensuivent: Garnache deux quartes, c'est  deux
personnes une chopine[705], mais c'est sur le trop, car il souffist
 trois une chopine et que les seconds en aient. Eschauds chaulx,
pommes de rouvel rosties et drage blanche dessus, un quarteron: figues
grasses rosties, cinq quarterons: soret et cresson, rommarin.

Potages, c'est assavoir salemine de six becquets et six tanches, poire
vert, et harenc blanc, un quarteron: six anguilles d'eaue doulce sales
d'un jour devant et trois mellus tremps d'une nuit devant.

Pour les potages: amandes, six livres; pouldre de gingembre, demie
livre; saffren, demie once; menues espices, deux onces; pouldre de
canelle, un quarteron; drage, demie livre.

Poisson de mer: soles, gournaulx, congres, turbot, saumon. Poisson
d'eaue doulce: lux faudis[706], deux carpes de Marne[707] faudisses,
bresme.

Entrems: plays, lemproie  la boe. Rost: et convient autres touailles
et seize[708] pommes d'orenge, marsouin  sa sausse, maquereaux, soles,
bresmes, aloses  la cameline ou au vertjus, ris et amandes frictes
dessus; succre pour ris et pour pommes, une livre; petites serviettes.

Pour desserte: composte, et drage blanche et vermeille mise
par-dessus: rissoles, flaonns, figues, dates, raisins, avelaines.

Ypocras et le mestier sont l'issue. Ypocras deux quartes, et est le
surplus comme dit est dessus de Garnache[709], oublies deux cens et les
supplications[710]. Et _nota_, pour chascune escuelle l'en prent huit
oublies et quatre supplications et quatre estriers, et est largement;
et coustent huit deniers pour escuelle.

Vin et espices sont le Boute-hors. Au laver, grces et aler en la
chambre de parement; et lors les servans disnent, et assez tost aprs
vin et espices[711]; et puis congi.

       *       *       *       *       *

L'ordenance des nopces que fera maistre Helye en May,  un mardy;
disner seulement pour vint escuelles.

Assiette: beurre, rien, pour ce qu'il est jour de char. _Item_,
cerises, rien, pour ce que nulles n'en estoient trouves; et pour ce
assiette nulle.

Potages: chapons au blanc mengier, grenade et drage vermeille
par-dessus.

Rost: en chascun plat un quartier de chevrel: quartier de chevrel est
meilleur que aignel; un oison, deux poucins et sausses  ce; orenges,
cameline, vertjus, et  ce fraches touailles ou serviettes.

Entrems: gele d'escrevices, de loches, lapereaux et cochon. Desserte:
froumente et venoison. Yssue: ypocras et le mestier. Boute-hors: vin
et espices.

L'ordonnance du souper que fera ce jour est telle pour dix escuelles.

Froide sauge de moitis de poucins, de petites os, et vinaigrette
de ce mesmes mets pour icelluy soupper en un plat. Un past de deux
lappereaulx et deux flaons (jasoit-ce que aucuns dient que  nopces
franches convient darrioles), et en l'autre plat la frase de chevreaulx
et les demies testes dores.

Entremets: gele comme dessus. Issue: pommes et fromage sans ypocras,
car il est hors de saison[712].

Dancer, chanter, vin et espices et torches  alumer.

Or convient[713] la quantit des choses dessus dictes et leurs
appartenances et le pris d'icelles, et qui les pourverra[714] et
marchandera.

Au boulengier, dix douzaines de blanc pain plat cuit d'un jour devant
et de un denier pice[715].

Pain de tranchouers, trois douzaines de demi pi d'ample et quatre dois
de large de haut, cuit de quatre jours devant et sera brun, ou qu'il
soit pris s halles pain de Corbueil[716].

Eschanonnerie: trois paires de vins.

Au bouchier, demy mouton pour faire la souppe aux compaignons et un
quartier de lart pour larder; le maistre os d'un trumeau de beuf pour
cuire avecques les chapons pour avoir le chaudeau  faire le blanc
mengier; un quartier de veel devant pour servir au blanc mengier. Les
seconds[717], un trumel de veel derrire ou des pis de veel, pour
avoir l'eaue pour la gele. Venoison[718], un pi en quarreure.

A l'oubloier convient ordonner: _primo_, pour le service de la pucelle,
douzaine et demie de gauffres fourres[719], trois sols; douzaine et
demie de gros bastons, six sols; douzaine et demie de portes[720],
dix-huit deniers; douzaine et demie d'estriers, dix-huit deniers; un
cent de galettes succres, huit deniers.

_Item_, fut marchand  luy pour vint escuelles, pour le jour des
nopces au disner, et six escuelles pour les serviteurs, qu'il aura six
deniers pour escuelle, et servira chascune escuelle de huit oublies,
quatre supplications et quatre estriers.

Au poullaillier, vint chappons, deux sols parisis la pice; cinq
chevriaulx, quatre sols parisis; vint oisons, trois sols parisis
pice; cincquante poucins, douze deniers parisis pice; c'est assavoir
quarante rostis pour le disner, cinq pour la gele et cinq au souper
pour froide sauge. Cincquante lappereaux, c'est assavoir quarante pour
le disner, lesquels seront en rost, et dix pour la gele, et cousteront
douze deniers parisis chascun. Un maigre cochon, pour la gele, quatre
sols parisis; douze paires de pigons pour le soupper, dix deniers
parisis la paire.--A luy convient enqurir de la venoison.

Es halles, pain pour tranchouers, trois douzaines. Pommes grenades pour
blanc mengier, trois qui cousteront.... Pommes d'orenges, cincquante
qui cousteront[721].... Six frommages nouveaulx et un vieil, et trois
cens oeufs.

Est assavoir que chascun fromage doit fournir six tartelettes, et
aussi pour chascun fromage convient trois oeufs.

Ozeille pour faire vertjus pour les poucins, sauge et percil pour faire
la froide sauge, deux cens pommes de blandureau.

Deux balais et une pele pour la cuisine, et du sel[722].

Au saussier, trois chopines de cameline pour disner et souper et une
quarte de vertjus d'ozeille.

A l'espicier: dix livres d'amande, quatorze deniers la livre.--Trois
livres fourment mond[723], huit deniers la livre.--Une livre pouldre
de gingembre-coulombin, onze sols.--Un quarteron gingembre-mesche,
cinq sols[724].--Demie livre canelle batue, cinq sols.--Deux livres
ris batus, deux sols.--Deux livres succre en pierre, seize sols.--Une
once de saffren, trois sols.--Un quarteron clou[725] et graine entre,
six sols.--Demi quarteron poivre long, quatre sols.--Demi quarteron
garingal[726], cinq sols.--Demi quarteron macis[727], trois sols quatre
deniers.--Demi quarteron feuille lorier vert, six deniers.--Deux livres
bougie grosse et menue, trois sols quatre deniers la livre, valent six
sols huit deniers.--Torches de trois livres la pice, six; flambeaux de
une livre la pice, six; c'est assavoir trois sols la livre  l'achat,
et la reprise six deniers moins pour la livre[728].

A luy espices de chambre[729], c'est assavoir orengat, une livre, dix
sols.--Chitron[730], une livre, douze sols.--Anis vermeil, une livre,
huit sols.--Succre rosat[731], une livre, dix sols.--Drage blanche,
trois livres, dix sols la livre.--A luy hypocras, trois quartes, dix
sols la quarte, et querra tout.

Somme que ceste espicerie monta  douze francs,  compter ce qui fut
ars des torches[732], et petit demoura d'espices; ainsi peut estre pris
demi franc pour escuelle[733].

A la Pierre-au-Lait[734], un sextier de bon lait non esburr et sans
eaue, pour faire la froumente.

En Grve[735], un cent de costerez de Bourgongne, treize sols; deux
sacs de charbon, dix sols.

A la Porte-de-Paris[736]: may, herbe vert, violette, chappeaulx, un
quart de sel blanc, un quart de sel gros, un cent d'escrevices, une
chopine de loche, deux pots de terre, l'un d'un sextier pour la gele,
et l'autre de deux quartes pour la cameline.

Or avons _primo_ le service en gnral, et secondement o les matires
seront trouves: or convient, tiercement, trouver sur ce administreurs
et officiers.

_Primo_, convient un clerc ou varlet qui fera finance d'erbe vert,
violette, chapeaulx, lait, fromages, oeufs, busche, charbon, sel, cuves
et cuviers tant pour sale que pour garde-mengiers, vertjus, vinaigre,
ozeille, sauge, percil, aulx nouveaulx, deux balais, une pesle et
telles menues choses.

_Item_, un queux et ses varlets qui cousteront deux francs de loyer,
sans les autres drois, mais le queux paiera varlets et portages, et
dient: _ plus d'escuelles, plus de loyer_.

_Item_, deux porte-chappes[737], dont l'un chappelera pain et fera
tranchouers et sallieres de pain, et porteront et le sel et le pain
et tranchouers aux tables, et fineront pour la sale de deux ou trois
couloueres pour gecter le gros relief[738] comme souppes, pain trench
ou brisi, tranchouers, chars et telles choses: et deux seaulx pour
gecter et recueillir brouets, sausses et choses coulans[739].

_Item_, convient un ou deux porteurs d'eaue. _Item_, sergens grans et
fors  garder l'uis.

_Item_, deux escuiers de cuisine et deux aides avec eulx pour le
dressouer de cuisine, desquels l'un ira marchander de l'office de
cuisine, de paticerie et du linge pour six tables; ausquelles convient
deux grans pos de cuivre pour vint escuelles, deux chaudires, quatre
couloueres, un mortier et un pestail[740], six grosses nappes pour
cuisine, trois grans pos de terre  vin, un grant pot de terre pour
potage, quatre jattes et quatre cuillers de bois, une paelle de fer,
quatre grans paelles  ance, deux trpiers et une cuillier de fer.
Et aussi marchandera de la vaisselle d'estain: c'est assavoir dix
douzaines d'escuelles, six douzaines de petits plas, deux douzaines et
demie de grans plas, huit quartes, deux douzaines de pintes, deux pos 
aumosne[741].

_Item_, que[742] l'ostel; sur quoy est assavoir que l'ostel de
Beauvais[743] cousta  Jehan du Chesne[744] quatre francs; tables,
tresteaulx, fourmes _et similia_, cinq francs; et la chappellerie luy
cousta quinze francs.

Et l'autre escuier de cuisine ou son aide ira avecques le queux vers le
bouchier, vers le poullaillier, l'espicier, etc., marchander, choisir
et faire apporter, et paier portages; et auront une huche fermant 
clef o seront les espices, etc., et tout distribueront par raison et
mesure. Et aprs ce, eulx ou leurs aides retrairont et mettront en
garde le surplus en corbeillons et corbeilles,[745] en huche fermant
pour eschever le gast et excs des mesnies.

Deux autres escuiers convient pour le dressouer de sale, qui livreront
cuilliers et les recouvreront: livreront hanaps, et verseront tel
vin comme chascun leur demandera pour ceulx qui seront  table, et
recouvreront la vaisselle[746].

Deux autres escuiers pour l'eschanonnerie, lesquels livreront vin pour
porter au dressouer, aux tables et ailleurs; et auront un varlet qui
traiera le vin.

Deux des plus honnestes et mieulx savans[747], qui compaigneront
tousjours le mari et avec luy yront devant les mets.

Deux maistres d'ostel pour faire lever[748] et ordener l'assiette des
personnes[749], un asseur et deux serviteurs pour chascune table,
qui serviront et desserviront: getteront le relief s corbeilles, les
sausses et brouets s seilles ou cuviers, et retrairont et apporteront
la desserte des mets aux escuiers de cuisine ou autres qui seront
ordonns  la sauver, et ne porteront riens ailleurs.

L'office du maistre d'ostel est de pourveoir des salires pour la
grant table; hanaps, quatre douzaines; gobelets couvers dors, quatre;
aiguires, six; cuilliers d'argent, quatre douzaines; quartes d'argent,
quatre; pos  aumosne, deux; dragouers, deux.

Une chappelire[750] qui livrera chappeaulx le jour du regard[751] et
le jour des nopces.

L'office des femmes est de faire provision de tapisseries, de ordonner
 les tendre, et par espcial la chambre parer et le lit qui sera
benoist[752].

Lavendire pour tressier[753].

Et _nota_ que se le lit est couvert de drap, il convient penne de menu
vair: mais s'il est couvert de sarge, de broderie, ou couste-pointe de
cendail, non.

       *       *       *       *       *

L'ordonnance pour les nopces Hautecourt[754], pour vint escuelles, ou
mois de Septembre:

Assiette: roisins et pesches ou petis pasts.

Potages: civ, quatre livres et veau; ou pour blanc mengier vint
chappons, deux sols quatre deniers pice, ou poules.

Rost: cinq cochons, vint htoudeaux, deux sols quatre deniers pice;
quarante perdriaux, deux sols quatre deniers pice. Mortereul
ou[755]...

Gele: dix poucins, douze deniers; dix lappereaulx, un cochon;
escrevices, un cent et demy.

Fromente, venoison, poires et noix. _Nota_ que pour la fromente
convendra trois cens oeufs.

Tartelettes et autres choses, ypocras et le mestier, vin et espices.

Souper.--Grav de douze douzaines d'oiselets ou de dix canets, ou
bouly lard de venoison fresche. Pasts de quarante lappereaulx, vint
poucins, quarante pigons; quarante darioles ou soixante tartelettes.

_Nota_ que trois oiselets en une escuelle, c'est assez; toutesvoies
quant l'en a jugiers[756] de chappons _vel similia_, l'en met trois
oisels et demi jugier avec, en l'escuelle.


LA QUANTIT DES CHOSES DESSUS-DICTES.

Au boulengier, _ut supra_ s autres nopces prcdens.

Au pasticier, _ut supra_.

Eschanonnerie, _ut supra_.

Au bouchier, trois quartiers de mouton pour faire les souppes aux
compaignons, un quartier de lart pour larder, un quartier de veel de
devant pour le blanc mengier; pour les servans, venoison.

A l'oubloier, douzaine et demie de gauffres fourres faites, c'est
assavoir de fleur de farine pettrie aux oeufs et des leches de frommage
mises dedens, et dix-huit autres gauffres pettries aux oeufs et sans
fromage. _Item_, douzaine et demie de gros bastons, c'est assavoir
farine pettrie aux oeufs et pouldre de gingembre batue ensemble et mis
en la fourme, et aussi gros comme une andoulle: et lors mettre entre
deux fers sur le feu. _Item_, douzaine et demie d'autres bastons et
autant de portes.

_Item_, convient au dit regard envoier (oultre le fait dudit oubloier)
cinquante pommes de blandureau, les chappeaulx et les mnestriers.

_Item_, audit oubloier, le service du jour des nopces _ut supra_ s
nopces prcdens.

Au poullaillier, les rots et la volaille et venoison _ut supra_.

s halles et  la Porte-de-Paris, les choses appartenans _ut supra_.

Au saussier, une quarte de cameline pour le disner, et  soupper deux
quartes de moustarde.

A l'espicier, espices de chambre: drage, succre rosat, noisettes
confites, chitron et _manus-christi_[757], quatre livres pour tout.
_Item_, ypocras. Espices de cuisine: poudre blanche, une livre; poudre
fine, demie livre; poudre de canelle, demie livre pour blanc mengier.
Menues espices, deux onces. Succre en pierre, trois livres; trois
pommes grenades; drage blanche et vermeille, demie livre; amandes, six
livres; fleur de ris, une livre; un quart de froment mond.

Au cirier furent prinses torches et flambeaux  trois sols la livre,
et  deux sols six deniers de reprinse.

_Item_, pour louage de linge, c'est assavoir pour six tables, trois
grans pos de cuivre, pour seize douzaines d'escuelles, deux chaudires,
deux[758] couloueres, un mortier, un pestail, six grosses nappes pour
cuisine, trois grans pos de terre  vin, un grant pot de terre pour
potage, quatre jattes, quatre cuilliers de bois, une paelle de fer,
quatre grans paelles  ance, deux trpis et une cuillier de fer
perce; pour ce, cinquante-six sols parisis.

Vaisselle d'estain: dix douzaines d'escuelles, six douzaines de petis
plas, deux douzaines et demie de grans plas, huit quartes, deux
douzaines de pintes, deux pos  aumosne; pour tout ce, seize sols.

En Grve, _ut supra_ s autres nopces.

_Nota_ que pour ce qu'ils[759] estoient vefves, ils espousrent bien
matin en leurs robes noires et puis se vestirent d'autres.

_Nota_ des mises extraordinaires pour les nopces Jehan du Chesne. Au
queux quatre francs et demi, et aides et portages, un franc: pour
tout, cinq francs et demi. Au concierge de Beauvais, quatre francs:
pour tables trteaulx _et similia_, cinq francs. A la chappellire,
quinze frans. Eaue, vint sols. Menestrels huit francs, sans les
cuillers et autres courtoisies[760]; et feront le regart[761] et les
acrebades[762]. Sergens deux frans. Herbe vert, huit sols. Flambeaux et
torches, dix frans. Vaisselle de cuisine, nappes, touailles et voirres,
sept frans. Pots d'estain, quatre frans.




DE LA DEUXIME DISTINCTION

LE QUINT ARTICLE

     QUI PARLE DE COMMANDER, DEVISER ET FAIRE FAIRE TOUTES MANIRES DE
     POTAIGES, CIVS, SAULSES ET TOUTES AUTRES VIANDES.


Or convient maintenant monstrer des appareils des viandes dessus
nommes, mais, _primo_, te convient savoir aucuns termes gnraulx
lesquels tu pourras recueillir plus largement par aucunes additions qui
sont  et l parmi ce livre, c'est assavoir des lieures des potages,
comme de pain, d'oeufs, d'amidon, de fleur[763], etc., et par tous les
potages lians.

_Item_, pour garder que ton potage ne s'aourse, tu le dois remuer ou
fons du pot et regarder que les tisons ne touchent au fons, et s'il est
j commenc  aourser, tu le dois tantost changier en un autre pot[764].

_Item_, de lait garder de tourner.

_Item_, que le pot ne s'envoise de dessus le feu.

s potaiges, l'en doit mettre les espices trs bien broies et non
coules, et au plus tart. s sausses et en gele _secus_[765].

Congnoistre espices, comme devant le quint article[766].

_Item_, POUR PORS TUER.--L'en dit que l'en doit tuer les
masles s mois de Novembre, et les fumelles en Dcembre; et ainsi est
leur saison,  l'exemple que l'en dit: _gline de Fvrier_.

_Item_, pour faire boudins, aiez le sang du porc recueilli en un bel
bacin ou paelle, et quant vous aurez entendu  vostre pourcel veoir
deffaire, et fait laver trs bien et mis cuire vostre froissure, et
tandis qu'elle cuira, ostez du fons du bacin les coles du sang et
gettez hors; et aprs, aiez oignons pels et mincs jusques  la
montance de la moiti du sang, avec la montance de la moiti de la
gresse qui est entre les boyaulx, que l'on appelle l'entrecerelle[767]
des boyaulx, mince menue comme ds, ensemble un petit de sel broy, et
gettez ou sang. Puis, aiez gingembre, clou, et pou de poivre, et broiez
tout ensemble. Puis, aiez les menus boyaulx bien lavs, renverss et
essangs[768] en rivire courant, et pour oster la freschume[769],
aiez-les mis en une paelle sur le feu, et remuez; puis, mettez sel
avec; et faites seconde fois, et encores troisime fois: et puis lavez,
et aprs renversez et les lavez, puis mettez essuier sur une touaille;
et les pousser et estraindre[770] pour seicher. (L'en dit l'entrecerele
et sont les gras boiaulx qui ont gresse dedens que l'en arrache 
un coustel). Aprs ce que vous aurez mis et adjoust par esgales
portions et quantits, pour autant de sang moiti d'oignons, et pour
autant de sang, au quart de gresse, et puis quant vos boudins seront
de ce emplis, faites-les cuire en une paelle en l'eaue de froissure,
et picquiez d'une espingle quant ils s'enflent, ou autrement ils
crveroient.

_Nota_ que le sang se garde bien deux jours, voire trois, puis que les
espices sont dedens. Et aucuns pour espices, ont poulieul[771], grant
sarriette, ysope, marjolaine, queullis[772] quant ils sont en fleur et
puis schs, pils, pour espices. Et quant  la froissure, mettez-la en
un pot de cuivre pour cuire au feu, tout entire et sans sel, et mettez
le long de la gorge dehors le pot, car par la froissure s'escumera; et
quant elle sera cuite, si l'ostez et pour faire le potage la regardez.

Pour faire boudins de foie, prenez deux morceaulx de foie, deux
morceaulx de mol, un morcel de gresse, et mettez en un bouel[773]
avecques du sang: et au surplus comme dessus.

_Nota_ que l'en fait bien boudins du sang d'une o[774], mais qu'elle
soit maigre, car de la maigre les boyaulx sont plus larges que de la
grasse.

_Quritur_[775] comment les boyaulx seront renverss pour laver;
_responsio_:  un fil de lin et un fil d'archal long comme la verge
d'un jaugeur.

_Nota_ que aucuns pendent en Pasquers[776] leurs pourceaulx, et
l'air les jaunist; et pour ce les vault mieulx tenir ou salouer comme
ils font en Picardie, combien que la char n'en soit pas si ferme, ce
semble; toutesvoies est-ce trop plus bel service du lart qui est bel et
blanc que du jaune, car quelque bont qu'il ait ou jaune, il est trop
reprouchi et donne descouragement quant l'en le voit[777].

Pour faire andoulles.--_Nota_ que les andoulles sont faictes du boiau
culier et autres boyaulx gros, lesquels gros sont remplis des autres
pour faire saucisses; et iceulx boyaulx menus, quant l'en les veult
mettre s andoulles, sont fendus au long en quatre parties. _Item_,
de la pance qui est fendue par lesches, fait-l'en andoulles; _item_,
de la char qui est dessoubs les costelettes; _item_ des fagos et
autres choses qui sont entour la haste-menue, quant l'en ne veult
point retenir celle haste-menue entire.--Mais premirement, iceulx
boyaulx sont deffreschums en la paelle avec du sel, deux ou trois
fois, comme dessus est dit des boyaulx pour boudins. Et les autres
choses dessus-dictes, dont le dit boyau culier et autres dont l'en
fait andouilles doivent estre remplis, seront premirement plungis et
pouldrs de la pouldre de poivre demie once, et du fanoil un sixain,
brois avec un petit de sel et attrempement mis, tout broi menu,
avec les espices; et quant icelles andoulles sont ainsi ensaches et
emplies, l'en les porte saler avec le lart et dessus le lart.

Costelettes de fresche saleure, rosties sur le gril.

Eschines et jambons sals de trois jours naturels, aux pois.

_Nota_ que se un jambon est sal de longue saleure comme d'un mois,
il convient ds le soir devant le mettre tremper en eaue froide, et
l'endemain rere[778] et laver en eaue chaude pour mettre cuire, ou
mettre cuire _primo_ en eaue et en vin, et gecter ceste premire
boulure, et puis cuire en autre eaue.

Cy aprs s'ensuivent tous les noms particuliers qui sont s yssues d'un
porc, qui sont vendues  la tripperie sept blans.

_Primo_, quant le porc est dcor[779], le sang et les coles yssent
premirement, et en fait-l'en boudins qui veult. _Item_ et en la
froissure sont et appartiennent 1 en sain; 2 la haste-menue; 3 le
chaudun[780].

Le sain est le sain qui est entre les boyaulx et la haste-menue.
La froisseure, c'est le foie, le mol, le cuer et la langue. La
haste-menue, c'est la rate: et  icelle tient bien la moiti du foie
et les rongnons; et l'autre moiti du foie tient  la froissure,
entre le mol et le cuer. Le chaudun, ce sont les boyaulx que l'en dit
l'entrecerele des boyaulx, et aussi sont-ce les boyaulx menus dont l'en
fait boudins et saucisses, et aussi en est la pance.

s yssues du mouton a la froissure  laquelle sont la panse et
la caillette, les quatre pis et la teste; et couste tout, deux
parisis[781]  la tripperie.

Les yssues du veel coustent  la triperie, deux blans, c'est assavoir
la froissure, et y a la teste et la fraze et la pance et les quatre
pis.

_Nota_, la fraze[782] c'est la caillette, la pance et les boyaulx,
lesquels les tripiers vendent tous nettois, lavs et appareills,
trempans en belle eaue nette; mais ceulx qui les achettent ne
s'attendent pas aux tripiers de leur appareil, mais les lavent en deux
ou en trois paires d'eaues chaudes, et les eschaudument de nouvel avec
du sel; et puis mettre cuire en eaue sans sel, tant que toute icelle
soit beue, puis nourrir d'eaue de mouton, et mettre des herbes, de
l'eaue, et du saffran en un plat avecques la fraze, et mengier comme
trippes, au sel et au vertjus.

_Nota_, cy grant diversit de langage, car ce que l'en dit du porc
la fressure, c'est le foie, le mol et le cuer; et ce que l'en dit la
fressure de mouton, c'est la teste, la pance, la caillette et les
quatre pis; et ce que l'en dit la fressure d'un veel, c'est la teste,
la fraze, la pance et les quatre pis; et ce que l'en dit la fressure
d'un beuf, c'est la pance, le psaultier, la franche-mule, la rate, le
mol et le foie et les quatre pis; et de venoison, autrement et par
autres noms. (_Quritur_[783] la cause de ceste diversit sur ce seul
mot fressure.)

VENOISON DE CERF OU AUTRE.--Qui la veult saler en est, la
convient saler en cuvier ou baignoire[784], gros sel broi, et aprs
schier au soleil. Seimier[785] _id est_ le coyer, qui est sal, l'en
le doit cuire en la premire eaue et vin pour le premier boullon pour
oster son sel: et puis getter eaue et vin, et aprs mettre parcuire en
boullon de char et des navs, et servir par lesches avec de l'eaue en
un plat et venoison.

_Item_, qui a navs jeunes et petis, l'en la doit cuire en eaue et sans
vin pour le premier boullon, puis getter l'eaue, et puis parcuire en
eaue et vin et des chateingnes dedens, ou qui n'a chateingnes, de la
sauge: puis servir comme dessus.

En Juin et en Juillet, beuf et mouton sal par pices est bien cuit 
l'eaue et aux ciboulles; sal du matin au vespre ou d'un jour au plus.

       *       *       *       *       *

Les bouchiers de Paris[786] tiennent que en un beuf, selon leur stile
et leur parler, n'a que quatre membres principaulx: c'est assavoir les
deux espaules, les deux cuisses, et le corps de devant tout au long,
et le corps de derrire tout au long. Car les espaules et les cuisses
leves, l'en fent le beuf par les deux costs et fait-l'en du devant
une pice, et du derrire une autre; et ainsi est apport le corps du
beuf  l'estal, se le beuf est petit ou moen: mais s'il est grant, la
pice de devant est fendue depuis en deux tout au long, et la pice
de derrire aussi, pour apporter plus aisiement. Ainsi avons-nous
maintenant du beuf six pices, dont les deux poictrines sont leves
au premier, et puis les deux souppis qui l tiennent qui sont bien de
trois pis de long et demy-pi de large, eu venant par en bas et non
pas par en hault. Et puis couppe-l'en le flanchet: et puis si a la
surlonge qui n'est mie grantment plus espais de trois dois[787] ou
de deux. Puis, si a la longe qui est au plus prs de l'eschine, qui
est espoisse d'une grosse poigne; puis si a le filet que l'en appelle
le nomblet, qui est bien d'un pi de long et non plus; et tient l'un
bout au col et l'autre au rongnon, et est du droit de celluy qui tient
les pis des beufs  l'escorcher, et le vent  un petit estal qui est
au-dessous[788] de la grant Boucherie; et est de petite valeur.

_Item_, selon ce que les beufs sont grans, l'en fait et vent  la
Porte[789] plus de pices de l'un des membres deviss que de l'autre.
Si ne say comment la taille des bourgois[790] se peut proportionner
en compte justement avec les bouchiers, car le bon beuf couste vingt
livres o l'autre ne couste que douze[791].

_Item_, les yssues du beuf coustent  la triperie huit sous: c'est
assavoir la fressure en laquelle sont la pance, le saultier[792], la
franche mule[793], la rate, le mol[794], le foie et les quatre pis.

_Item_,  Besiers, depuis la Saint-Andry[795] qui est devant Nol, l'en
sale les moutons par quartiers, par bien frotter de sel et refrotter,
et tant et tant, et puis mettre les quartiers l'un sur l'autre huit
jours, et puis mettre  la chemine.

Se tu veulx saler char de beuf ou de mouton en yver, aies de gros sel
et le sche en la paelle trs-bien, puis le broies bien menu, et sales.

Et _nota_ que en Juin et Juillet mouton veult estre tremp, puis sal.

LANGUE DE BEUF SALE. En la saison qu'il fait bon saler,
prenez des langues de beuf une quantit et les parboulez un petit, puis
les rez et pelez, puis les salez l'une sur l'autre, et les laissiez
en sel huit ou dix jours, puis les pendez  la chemine, le remenant
de l'iver: puis les pendez en un lieu sec, un an ou deux ou trois ou
quatre.

O doit estre sale de trois jours naturels.

FOUQUES sales de deux jours sont bonnes aux choux.

COULONS RAMIERS aussi; _nota_ que ils viennent de trois ans en
trois ans.

Se un livre est pris quinze jours ou trois sepmaines devant Pasques,
ou en autre temps que l'en le vueille garder, effondrez-le et lui ostez
les entrailles, puis luy fendez la pel[796] de la teste et luy rompez
et cassez, et faictes une ouverture ou test et ostez la cervelle et
emplez le creux de sel et recousez la pel; il se gardera un mois s'il
est pendu par les oreilles.

_Nota_ que un des meilleurs morceaulx ou pices de dessus le beuf, soit
 rostir ou cuire en l'eaue, c'est le noyau du beuf; et _nota_ que
le noyau du beuf est la pice aprs le col et les espaules. Et aussi
icelle pice est souverainement bonne tranche par lesches, mise en
past; et quant le past est cuit, gettez dedens sausse de lamproye.

ANGUILLE. Faictes-la mourir en sel et la laissiez illec trois
jours naturels toute entire, puis soit eschaude, ost le limon,
tranche par tronons, cuite en l'eaue et aux ciboules. Et se vous
la voulez saler du vespre au matin, estuviez-la et effondrez, puis
tranchiez par tronons, et salez et frottez trs-bien chascun tronon
en fort sel; et se vous la voulez plus avancer, broyez du sel et
frottez chascune couppure de tronon et la hochez en sel entre deux
escuelles. Cuite comme dessus et menge  la moustarde.

HARENC QUAQUE soit mis en eaue fresche et laissi trois jours
et trois nuis tremper en foison d'icelle eaue, et au bout de trois
jours soit lav et mis en autre eaue fresche deux jours tremper, et
chascun jour changier son eaue deux fois. Et toutesvoies le menu et
petit harenc veult moins tremper, et aussi est d'aucun harenc qui de sa
nature veult moins tremper l'un que l'autre.

HARENC SOR. L'en congnoist le bon  ce qu'il est meigre et a
le dos espois, ront et vert; et l'autre est gras et jaune ou a le dos
plat et sec.


POTAGES COMMUNS SANS ESPICES ET NON LIANS.

Et prim POTAGE DE POIS VIELZ.--Convient eslire[797], et
savoir aux gens du lieu la nature des pois d'icelluy lieu, (car
communment les pois ne cuisent pas bien d'eaue de puis: et en aucuns
lieux ils cuisent bien d'eaue de fontaine et d'eaue de rivire,
comme  Paris, et en autres lieux, ils ne cuisent point d'eaue de
fontaine[798], comme  Bsiers) et ce sceu, il les convient laver en
une paelle avec de l'eaue tide, puis mettre en un pot et de l'eaue
tide avec au feu, et faire boulir tant qu'ils soient bayens[799]. Puis
purer[800] la pure et la mettre  part, puis emplir le pot aux pois
d'eaue tide et mettre au feu et les repurer secondement, qui veult
avoir plus largement pure: et puis remettre sans eaue, car ils en
gecteront assez et bouldront en icelle; et ne convient point mettre la
cuillier dedens le pot puis qu'ils sont purs, mais hocher le pot et
les pois ensemble, et petit  petit les paistre de l'eaue tide ou plus
chaude que tide et non de la froide, et faire boulir et cuire du tout
avant que tu y mettes quelque chose que eaue chaude soit de la char ou
autre: ne n'y met sel, ne lart, ne affaitement quelsconques jusques 
ce qu'ils soient tous cuis. De l'eaue du lart y pues tu bien mettre et
de l'eaue de la char, mais l'en n'y doit point mettre de sel, non mie
bouter la cuillier, jusques  ce qu'ils soient bien cuis; toutesvoies,
l'en les peut bien remuer  tout le pot.

A jour de char, l'en doit, aprs ce qu'ils sont purs, paistre de
l'eau du lart et de la char, et quant ils seront presque cuis, l'en
peut mettre le lart dedens; et quant l'en trait le lart d'iceulx pois,
l'en le doit laver de l'eaue de la char, afin qu'il en soit plus bel 
mettre par lesches sur la char, et qu'il n'appere point crott de pois.

A jour de poisson, quant les pois sont cuis, l'en doit avoir oignons
qui aient autant cuit comme les pois en un pot et le lart en autre
pot[801], et[802] que de l'eaue du lart l'en paist et sert les pois,
tout ainsi,  jour de poisson, quant l'en a mis ses pois au feu en
un pot, l'en doit mettre  part ses ongnons mincs[803] en un autre
pot, et de l'eaue des oignons servir et mettre dedens les pois en
paissant; et quant tout ce est cuit, frire les oignons et en mettre la
moicti s pois, et l'autre en la pure dont il sera parl cy-aprs,
et lors mettre du sel. Et se  ce jour de poisson ou en karesme il y a
craspois[804], l'en doit faire des craspois comme de lart en jour de
char.

Quant est de pois nouveaulx, aucunes fois ils sont cuis  jour de char
et  l'eaue de char et du percil broi, pour faire potage vert, et
c'est  jour de char; et  jour de poisson, l'en les cuit au lait, du
gingembre et du saffran dedens; et aucunes fois  la cretonne dont il
sera parl cy-aprs.

De tous iceulx pois, soient viels, soient nouveaulx, l'en en peut faire
de couls en un buletel[805], estamine[806] ou sacs[807]; mais les
vielz pois, l'en les doit jaunir de saffran broy dont l'eaue soit mise
boulir avec les pois et le saffran avec la pure.

Autres pois y a qui sont en cosse avec du lart dedans.

_Item_, cretonne de pois nouveaulx, trouverez vous ou chappitre
ensuivant.

De pure  jour de char l'en ne tient compte. A jour de poisson et en
karesme, l'en frit les oignons dont cy-dessus ou chappitre prcdent
est parl, et puis l'uille en quoy les oignons sont fris et iceulx
oignons l'en met dedans[808] avec chappeleures de pain, gingembre, clo
et graine brois: et deffait de vinaigre et vin, et y met-l'en un petit
de saffren, puis dressiez souppes[809] en l'escuelle.

_Item_, de pure fait l'en civ[810]  jour de poisson. Si ne le remue
point et l'oste tantost de dessus le feu, etc.[811]

_Item_, de pure aliez[812] vostre pore de bettes et sera trs-bon
potage, mais que vous n'y mettez point d'autre eaue; et est pour pore
de karesme[813].

_Nota_ que si tost que tu apparcevras que ton potage s'aoursera, si
le fay plus cler, car il s'aourse d'estre trop espois; et le remue
tousjours ou fons du pot qui aura est aours, avant que tu y mettes
riens plus.

Vez-cy comment l'en cuit les oignons: en l'eaue longuement avant les
pois, et tant que l'eaue soit toute dgaste au cuire; puis y met-l'en
de la pure pour les parcuire et oster la saveur de l'eaue.

Aussy les ottres sont _primo_ laves en eaue chaude, puis parboulies,
puis doivent estre parcuites en la pure afin que la saveur d'icelles
demeure en la pure, et non point escumes, puis oster les ottres et
frire qui veult, et en mettre une partie s escuelles, et de l'autre
partie font ms.

FVES vieilles qui sont pour cuire  toute l'escorce doivent
estre trempes et mises au feu en un pot ds le soir devant et toute
la nuit; puis getter celle eaue, et mettre cuire en une autre eaue,
puis les purer comme pois, pour oster celle premire forte saveur, et
puis cuire  l'eaue de la char et au lart comme dit est devant  l'eaue
des pois, ou  jour de poisson  l'eaue doulce, et puis aprs mettre
de l'uile: ou  l'eaue des oignons et aux oignons. Et qui en veult de
couls, fasse comme des pois.

_Item_, les fves seront frases en Pasquers en ceste manire, c'est
assavoir qui en vouldra de frases, il les convient eslire, laver, et
sans tremper mettre les fves  toute l'escorce en un pot au feu en
eaue frmiant, et laissiez boulir jusques  ce que l'escorce soit ride
et grdeli; et puis tir arrire du feu, et puisi  une cuillier,
et les escorcher et fraser en leur chaleur, l'une cuillere aprs
l'autre, et getter en eaue froide. Aprs ce, les convient laver en eaue
tide comme les pois, puis les mettre cuire en eaue froide, et quant
elles seront boulies comme bayennes, les purer: et getter la pure, et
remplir de boullon de char se c'est  jour de char, ou d'autre eaue se
c'est  jour de poisson;  affaitier  l'uille et  l'oignon bien cuit,
puis frit: ou affaiti au beurre. Et pevent estre reverdies de fueilles
de fves nouvelles broyes, deffaites d'eaue chaude et coules; puis
faire comme des autres, soit  jour de char au lart, ou  jour de
poisson.

_Item_, cretonne de fves nouvelles se fait comme vous trouverez ou
chappitre ensuivant.

_Item_, qui veult en tous les mois de l'an mengier fves sentans et
ayans saveur de fves nouvelles, aiez et plantez chascun mois des
fves, et de ce qui sera le plus tendre qui croistra dehors terre
prenez ainsi comme une pongne, et broyez et mettez en vos fves, et
vos fves blanchiront et aront couleur et saveur de fves nouvelles.

_Item_, fves nouvelles doivent premirement estre cuites jusques 
bayennes[814], puis purer, et aprs boulir dedens la pure grosses
souppes de deux dois d'espois et de pain brun, puis mettre en un
chascun[815] des fves deux d'icelles souppes et du sel par-dessus.

_Item_, quant elles sont baiennes et pures, l'en les peut frire 
la gresse de la ribelette[816] puis mettre un petit de pouldre[817]
par-dessus.

L'en congnoist les fves des marais  ce qu'elles sont plates, et
les fves des champs sont rondes.--_Item_,  la dent l'en les treuve
doulces et l'escorce tendre, et les autres au contraire.

_Item_, qui veult fraser fves nouvelles, il les convient premirement
fendre au long au coustel, et quant tout est fendu, les peler  la main.

_Nota_ que en Aoust commence-l'en  mengier fves et pois couls  la
char sale; et _nota_ que un jambon de porc doit estre sal de trois
jours naturels, et lors est fin bon.

_Nota_ encores de fves et de pois, que cretonne de fves et de pois
est ou chappitre des _Potages lians_.

PORE. Trois manires de pores sont selon le dit des queux
qui les nomment, l'une pore blanche, l'autre pore vert, l'autre pore
noire.

Pore blanche est dicte ainsi pour ce qu'elle est faite du blanc des
poireaux,  l'eschine,  l'andoulle et au jambon, s saisons d'automne
et d'iver,  jour de char; et sachez que nulle autre gresse que le porc
n'y est bonne. Et premirement l'en eslit, lave, mince et esverde les
poreaux, c'est assavoir en est, quant iceulx poreaux sont jeunes: mais
en yver, quant iceulx poreaux sont plus viels et plus durs, il les
convient pourboulir en lieu d'esverder, et se c'est  jour de poisson,
aprs ce que dit est, il les convient mettre en un pot avec de l'eaue
chaude et ainsi cuire, et aussi cuire des oignons mincs, puis frire
les oignons, et aprs frire iceulx poreaux avec les oignons qui j sont
fris; puis mettre tout cuire en un pot et du lait de vache, se c'est en
charnage[818] et  jour de poisson; et se c'est en karesme, l'en y met
lait d'amandes. Et se c'est  jour de char, quant iceulx poreaux d'est
sont esverds, ou les poreaux d'iver pourboulis comme dit est, l'en
les met en un pot cuire en l'eaue des saleures, ou du porc et du lart
dedans.

_Nota_ que aucunesfois  poreaux, l'en fait lioison de pain.

_Item_, pore blanche de bettes se fait comme dessus en eaue de mouton
et beuf ensemble, mais non point de porc; et  jour de poisson, au lait
ou d'amandes ou de vache.

_Item_, DE CRESSON EN KARESME AU LAIT D'AMANDES. Prenez
votre cresson et le mettez pourboulir et une pongne de bettes avec
des haches, et les friolez en huille, puis la mettez boulir en lait
d'amandes; et en charnage, friolez au lart et au beurre tant qu'il
soit cuit[819], puis destrempez de l'eaue de la char; ou au frommage
et dressiez tantost, car il roussiroit. Toutesvoies, se l'en y met
percil, il ne doit point estre esverd.

Une espce de pore[820] que l'en dit espinars et ont plus longues
feuilles, plus gresles et plus vers que pore commune, et aussi l'en
appelle espinoches, et se menguent au commencement de karesme.

Nouvelle et premire pore[821]. Eslisiez-le, et  eslire ostez les
grosses costes comme l'en fait des choulx, puis les mettez en eaue
frmiant sans mincer, et aiez en un pot eaue clere, ou pure, et du
sel, et mettez la pore dedens icelluy pot cuire, et puis drciez et
mettez huille d'olive ou vertjus en l'escuelle, et n'y ait point de
percil.

Aucunes fois et le plus souvent l'en frit les espinars tous crus, et
quant ils sont bien fris, l'en met de l'eaue un petit, comme l'en fait
souppe  l'uille.

_Aliter_, pore de bettes nouvelles soit esverde en est quant elle
est jeune, ou pourboulie en yver quant elle est droite pore vieille,
selon la considration de sa vieillesse.

Pore de bettes qui est lave, puis mince et pourboulie, se tient plus
vert que celle qui premirement est pourboulie et puis hache. Mais
encores est plus verte et meilleur celle qui est esleue, puis lave
et puis mince bien menu, puis esverde en eaue froide, puis changer
l'eaue et laissier tremper en autre eaue, puis espraindre par pelottes
et mettre au pot boulir ou boullon avec le lart et de l'eaue de mouton;
et quant elle a un petit bouli et l'en le veult drcier, que l'en mette
dedens du percil esleu, lav et hach, et un petit de fanoul jeune, et
boulir un boullon seulement.

Tout considr, la pore moins boulue et non pourboulie est la plus
vert, et le percil ne doit point estre boulu, se trs-petit non, car en
boulant il pert sa saveur.

Pore verte  jour de poisson. Soit eslite, mince, puis lave en eaue
froide sans pourboulir, puis cuite au vertjus et pou d'eaue, et mettre
du sel, et soit drce toute boulant bien espoisse sans cler, puis l'en
mettra dedens, au fons de l'escuelle, dessoubs la pore, du beurre sal
ou frais qui veult, ou frommage ou frommage ou vertjus viel.

Pore de minces[822] est en saison, de Janvier jusques  Pasques, et
encore aprs.

Et _nota_ que  faire pore au lait d'amandes, le lait ne doit point
estre coul par l'estamine; en aucuns autres potages ou  boire, si
fait.

Pore noire est celle qui est faite  la ribelette de lart; c'est
assavoir que la pore est esleue, lave, puis mince et esverde en
eaue boulant, puis fritte en la gresse des lardons; et puis alaier[823]
d'eaue chaude frmiant (et dient aucuns, qui la laveroit d'eaue froide,
qu'elle seroit plus laide et noire), puis convient mettre sur chascune
escuelle deux lardons.

CHOULX sont de cinq manires: les meilleurs sont ceulx qui ont
est frus de la gele, et sont tendres et tost cuis; et en temps de
gele ne les convient point pourboulir, et en temps pluyeux, si. (Et
commence  iceulx pour ce que ce sont de celle anne les premiers crus,
_scilicet_ puis Avril[824], et puis va en descendant vers vendenges,
Nouel et Pasques.)

Choulx blanc sont en la fin d'Aoust.

Pommes de chou, sur la fin de vendenges. Et quant la pomme d'icelluy
chou, laquelle est ou milieu, est oste, l'en arrache et replante en
terre nouvelle le tronc de ce chou, et en yssent larges feuilles qui
s'espandent: et tient un chou grant place, et l'en appelle iceulx
choulx nomms[825] choulx Rommains, et sont mengis en yver; et des
troncs, se ils sont replants, yssent de petits choulx que l'en appelle
minces, que l'en mengue avec les herbes crues en vinaigre; et qui en a
foison, ils sont bons esleus, lavs en eaue chaude, et tous entiers mis
cuire avec un petit d'eaue: et puis quant ils sont cuis, mettre du sel
et de l'uile, et drcis bien espois sans eaue, et mettre de l'uille
d'olive dessus en karesme. Puis y a autres choulx que l'en appelle
choulx pasquers pour ce que l'en les mengue en Pasquerez[826], mais
ils sont sems ds Aoust; et quant aprs la semence ils sont percreus
demy-pi de hault, l'en les arrache et plante-l'en ailleurs, et sont
souvent arrouss.

Aussi tous les choulx dessusdis sont premirement sems, puis quant ils
sont creus  demy-pi de hault, sont osts et replants.

Et premirement des pommes, est assavoir que quant icelles pommes sont
effeuilles, eslites et minces, il les convient trs-bien pourboulir,
et longuement plus que les autres choulx, car les choulx Rommains
se veullent le vert des feuilles dessirer par pesches[827], et le
jaune, c'est assavoir les arrestes ou veines[828], escaches[829] ou
mortier, puis tout ensemble esverder en eaue chaude, puis espraindre
et mettre en un pot et de l'eaue tide, qui n'a assez eaue de char: et
puis servir du plus gras et[830] de l'eaue de la char, et plusieurs y
broient du pain.

Et sachez que choulx veulent estre mis au feu ds bien matin, et cuire
trs-longuement et plus longuement que nul autre potage, et  bon feu
et fort, et doivent tremper en gresse de beuf et non autre, soient
pommes ou choulx ou quels qu'ils soient, except minces. Sachez aussi
que eaue grasse de beuf et de mouton y est propre, mais non mie de
porc; celle de porc n'est pas bonne fors pour poreaux.

Aprs, l'en fait choulx,  jour de poisson, aprs ce qu'ils sont
pourboulis, cuire en eaue tide: et mettre de l'uille et du sel.

_Item_, avec ce, aucuns y mettent du gruyau[831]. _Item_, en lieu
d'uille, aucuns y mettent beurre.

A jour de char[832], l'en y met pigons, saussisses et livre,
fourques[833] et foison lart.

NAVETS sont durs et mal cuisans jusques  ce qu'ils aient est
au froit et  la gele; l'en leur oste la teste, la queue et autres
barbillons ou racines, puis sont rs, puis lavs en deux ou en trois
paires d'eaues chaudes, bien chaudes, puis cuire en chaude eaue de
char, soit porc, beuf, ou mouton.

_Item_, en Beausse, puis qu'ils sont cuis, l'en les trononne et frit
en la paelle, et gecte l'en pouldre par dessus.

MENUS DE PIS. Prenez jugiers[834] et foies et faites cuire
en vin et en eaue, premirement les jugiers et au derrenier les
foies, puis les mettez en un plat et du percil minci et du vinaigre
par-dessus. _Item_, de pi de beuf et de mouton et de chevrel.

GRAMOSE[835] est faite[836] de la char froide du giste qui est
demoure du disner et de l'eaue d'icelle char demoure comme dessus, en
la manire qui s'ensuit: _primo_, il convient batre quatre ou six oeufs,
c'est assavoir moyeul et blanc, et batre, batre, et tant qu'ils soient
dgoutans comme eaue, car autrement ils se tourneroient; et mettre
autant de vertjus comme les oeufs montent, et faire boulir avec l'eaue
de la char; et d'autre part faire la char par lesches, et mettre deux
pices en l'escuelle, et le brouet par-dessus.

SOUPPE DESPOURVEUE. Aiez du percil et frisiez en beurre, puis
gettez de l'eaue boulant dessus et faites boulir: et mettre du sel, et
drciez vos souppes comme en pure[837].

_Aliter_, se vous avez du beuf froit, si le trenchiez bien menu, puis
broiez un pou de pain allay de vertjus et coulez par l'estamine; mise
en un plat et de la pouldre dessus. Chauffez sur le charbon. C'est bon
pour trois personnes.

_Aliter_,  jour de poisson, prenez de l'eaue et mettez frmir et des
amandes dedans; puis escorchez les amandes et les broyez et allaiez
d'eaue tide, coulez et mettez boulir avec pouldre de gingembre et
saffran, et drciez par escuelles; et en chascune escuelle, une pice
de poisson frit.

_Aliter_,  jour de char, prenez du chaudeau de la char, et aiez
pain tremp ou maigre[838] de l'eaue de la char, puis broyez, et six
oeufs: puis coulez et mettez en un pot avec de l'eaue grasse, espices,
vertjus, vinaigre et saffran; faictes boulir un bouillon, puis drciez
par escuelles.

_Item_, et qui en une hostellerie, en haste, treuve eaue de char et il
en veult faire potage, il peut gecter ens des espices et faire boulir,
puis, au derrenier, filer des oeufs et drcier.

_Aliter_,  jour de poisson, broyez du pain, et destrempez d'eaue, de
vertjus et du vinaigre, et mettez sur le feu; et quand il frmira,
mettez jus[839], et mettez les moyeux dedans; puis mettez sur le feu
et faites  petit feu tant chauffer qu'il bouille, et mettez pouldres
d'espices et faites vostre souppe.

_Aliter_, faites boulir ou pot un petit de lart, et quant il sera la
moiti cuit, aiez un maquerel frais, et dcoupez par tronons et le
mettez cuire avec, et puis ostez tout, et mettez du percil hachi
boulir une onde[840] et drciez.

POUR CONGNOISTRE BON FROMMAGE. Bon frommage a six conditions.
_Non Argus, nec Helena, nec Maria Magdalena, sed Lazarus et Martinus,
respondens pontifici._[841]

    Non mie blanc comme Hlaine,
    Non mie plourant com Magdalaine,
    Non Argus, mais du tout avugle,
    Et aussi pesant comme un bugle[842]:
    Contre le poulce soit rebelle,
    Et qu'il ait tigneuse cotelle[843].
      Sans yeulx, sans plourer, non pas blanc,
    Tigneulx, rebelle, bien pesant.

En Juillet, jambon de porc frais cuit  l'eaue jaune et au vertjus de
grain, un petit de gingembre et de pain:  la sausse rape.

_Item_, au soupper, char sale du matin cuite  l'eaue et aux ciboules,
soit beuf ou mouton.

En pois nouveaulx cuis pour mengier en la cosse, l'en doit mettre
du lart  jour de char: et  jour de poisson, quant ils sont cuis,
l'en pure l'eaue, et l'en met dessoubs du beurre sal fondre, et puis
hochier.


AUTRES POTAGES QUI SONT A ESPICES ET NOS LIANS.

_Primo_, _nota_ que toutes espices qui doivent estre mises en potages
doivent estre bien broyes et non coules, except pour gele; et en
tous potages, l'en doit mettre les espices le plus tart que l'en puet,
car tant plus perdent de leur saveur comme plus tost sont mises: et
doit-l'en couler le pain broy.

Potage  jour de poisson, _vide[844] pagina proxima prcedente_.

_Aliter_, prenez amandes, eschaudez et pelez et broiez: deffaites
d'eaue tide; faites boulir avec pouldre fine et saffran, et en
chascune escuelle soit mise une moiti de sole frite et du potage
dessus.

COURGES. Soit pele l'escorce, car c'est le meilleur: et
toutesvoies qui vouldra mettre ce[845] dedans, soient osts les grains,
jsoit-ce que l'escorce seule vault mieulx, puis convient tranchier
l'escorce pele par morceaux, puis pourboulir, puis hacher longuement,
puis mettre cuire en gresse de beuf:  la parfin jaunir de saffren ou
getter dessus du saffren par fils, l'un , l'autre l; ce que les
queux dient _frangi de saffran_.

HERICOT DE MOUTON. Despeciez-le par petites pices, puis le
mettez pourboulir une onde, puis le frisiez en sain de lart, et frisiez
avec des oignons menus mincis et cuis, et deffaites du boullon de
beuf, et mettez avec macis, percil, ysope et sauge, et faites boulir
ensemble[846].

_Item_, PAST EN POT DE MOUTON. Prenez de la cuisse[847],
et gresse ou mouelle de beuf ou de veel hach menu et oignons menus
hachis, et faictes boulir et cuire en un pot bien couvert  bien petit
de boullon de char ou autre eaue, puis mettez boulir dedens espices, et
un petit de vinaigre pour aguisier, et drciez en un plat.

_Item_, qui veult saler mouton en temps chault, il le convient tremper
avant, et puis pouldrer de gros sel broy.

MOUTON AUSOERRE[848]. Despeciez le mouton par pices, puis
lavez et mettez cuire en eaue, puis broyez foison percil et pain, et
coulez, et mettez ou pot avec espices.

MOUTON AU JAUNET. Despeciez le tout cru, et soit du flanchet;
et le cuisiez en eaue, puis y broyez une cloche de gingembre et du
saffran, et allaiez de vertjus, de vin et de vinaigre[849].

TRIPPES AU JAUNET. Qui veult cuire trippes, il n'y convient
point mettre de sel au cuire, car elles noirciroient.--_Item_, les
pis, la queue et la caillette qui sont noires, doivent cuire  part,
et la pance et autres choses blanches, d'autre part[850].

TRUMEL DE BEUF[851] AU JAUNET.[un croix] Soit cuit
longuement; et qui veult, de la poullaille tue de deux jours ou d'un
jour devant soit boulie longuement avec, et des herbes, et puis mis du
saffran dedans[852].

POTAGE D'UNE PETITE O. Cuisiez trs bien vostre petite o et
frisiez: puis broiez gingembre, clou, graine et poivre long, du percil
et un petit de sauge, destrampez de l'eaue de la char ou de la petite
o, et mettez du fromage gratuisi[853], et servez en chascune escuelle
trois pices de petite o[854].

BROUET DE CHAPONS. Cuisiez vos chapons en eaue et en vin,
puis si les despeciez par membres et frisiez en sain, puis broiez les
braons[855] de vos chapons et les foies et amandes, et deffaites
de vostre boullon et faites boulir, puis prenez gingembre, canelle,
girofle, garingal, poivre long et graine de paradis, et deffaites de
vinaigre et faites boulir; et au dressier, mettez vostre grain[856] par
escuelles, et dressiez le potage sus.

CHAPONS AUX HERBES.--VEEL AUX HERBES. En yver chapons tus,
mouills et puis mis six jours  la gele, et en est mors de deux
jours (sans soleil) ou estouffs soubs une couste; mettez cuire en eaue
et du lart avec pour donner apptit, et mettez percil, sauge, coq et
ysope, un petit de vertjus pour aiguisier, et du gingembre bien petit,
et saffran pour donner couleur. C'est potage propre s'il fait froit,
mais s'il fait chault, il ne convient n'en l'un n'en l'autre[857] fors
lart et saffran[858].

GRAV D'OISELETS OU D'AUTRE CHAR. Soient plums  sec[859],
puis aiez du gras du lart dcopp comme par morceaulx quarrs, et
mettez au fer de la paelle[860] et en traiez la graisse et l les
frisiez; puis mettez cuire ou boullon de la char, puis prenez pain
hall sur le gril ou chappelleures de pain trempes ou boullon de
la char et un petit de vin; puis prenez gingembre, girofle, graine
et fleur de canelle et les foies, et les broyez; et puis coulez
vostre pain et boullon par l'estamine et les espices broyes  fin
et sans couler; et mettre boulir avec vos oiselets et un petit de
vertjus.--_Item_, qui n'a boullon, si mette pure de pois.--_Item_, ne
doit point estre trop lyant, mais claret; doncques ne convient-il que
le pain ou les foies pour lier[861].

GRAV OU SEYM[862] est potage d'iver. Pelez oignons et les
cuisiez tous hachis, puis les frisiez en un pot; or convient avoir
vostre poullaille fendue sur le dos et halle sur le gril au feu de
charbon, ou se c'est veel, aussi; et qu'ils soient mis par morceaulx
soit veel, ou par quartiers se c'est poulaille, et les mettez avec
les oignons dedans le pot; puis avoir pain blanc harl sur le gril et
tremp au boullon d'autre char: et puis broyez gingembre, clou, graine
et poivre long, deffaire de vertjus et de vin, sans couler, mettre
d'une part: puis broyer le pain et couler par l'estamine et mettre au
brouet, et tout couler ensemble et boulir; puis drcier.

_Nota_ que l'en dit _seurfrire_ pour ce que c'est en un pot, et se
c'estoit en une paelle de fer, l'en diroit _frire_.

GRAV D'ESCREVICES. Mettez boulir vos escrevices, et quant
elles seront cuites, soient eslites comme qui les vouldroit mengier, et
ostez le mauvais de dedans, puis aiez des amandes peles et broyes,
deffaites[863] de pure de pois coule par l'estamine, et du pain
harl ou des chappeleures trempes en pure, broyes et coules par
l'estamine, puis aiez gingembre, canelle, graine et clou: broyez,
et tout mis en un pot, et un petit de vinaigre et boulu ensemble,
puis drci par escuelles, et soit mis dedens chascune escuelle les
escrevisses frictes en huille et de l'autre poisson frit.

_Item_, qui veult faire _tuille d'escrevisses_, ainsi se peut-il faire,
mais forment les escailles des escrevisses[864].

Et qui au brayer[865] veult trouver grant avantaige, face les coquilles
des escrevisses seicher en un four dedens un pot ou en une paelle de
terre, puis broier en un mortier  espicier, et puis couler  leur plus
dli sasses, puis de rechief schier au four, puis broyer et sasser,
et aprs mettre ou potage; et croy que ce serre.

BOUSSAC DE CONNINS. Premirement, les connins de garenne
sont congneus  ce qu'ils ont le hasterel[866], c'est assavoir depuis
les oreilles jusques vers les espaules, de couleur entre tann[867]
et jaune, et sont tous blans soubs les ventres, et tous les quatre
membres par dedans jusques au pi, et ne doivent avoir nulle autre
tache blanche parmi le corps.--_Item_, l'en congnoist qu'ils sont
dedans leur premier an,  ce qu'ils ont en la jointe des jambes de
devant un petit osselet emprs le pi, et est agu. Et quant ils sont
suranns, la jointe est toute ounie; et aussi est-il des livres et
des chiens.--_Item_, l'en congnoist qu'ils sont de fresche prise 
ce qu'ils n'ont pas les yeulx enfoncs: l'en ne leur peut ouvrir les
dens; ils se tiennent droit sur leurs pis; et quant il est cuit, le
ventre luy demeure entier. Et s'il est de vieille prise, il a les yeulx
enfoncs: l'en luy euvre de lgier la gueule: l'en ne le peut tenir
droit; et quant il est cuit, il a le ventre despeci. En yver, connins
pris de huit jours sont bons, et en est, de quatre jours, mais qu'ils
n'aient sentu le soleil.

Et quant ils sont bien choisis et escorchis, puis les despeciez par
pices quarres, et les mettez parboulir, puis reffaire en eaue froide:
puis en chascune pice, de chascun cost, trois lardons; puis les
mettez boulir en eaue et du vin aprs. Adonc broyez gingembre, graine,
clo de giroffle, et destrempez ou boullon de beuf ou du leur[868], et
d'un petit de vertjus, et mettez dedens le pot et faites boulir jusques
au cuire.

_Item_, ainsi se fait un seym, mais l'en y met oignons fris, et
un petit de pain ou chappelleures pour lier. (_Et doncques c'est
civ[869]._)

_Item_, ainsi est fait un bouly lard de veau, de chevrel ou cerf.

BOUSSAC DE LIVRE. _Nota_ que du livre freschement pris et
tantost mengi, la char est plus tendre que de livre gard.

_Item_, livre pris de quinze jours vault mieulx, mais que le soleil ne
l'ait atouchi; c'est assavoir quinze jours ou fort de l'iver: en est,
six jours ou huit au plus et sans soleil.

_Item_, sachiez que se le livre est mengi frais prins, la char en est
plus tendre, et ne le convient point laver, mais harler ou rostir avec
son sang.

Boussac de livre ou de connin se fait ainsi: harlez le livre en la
broche ou sur le gril, puis le dcoupez par membres, et mettez frire
en sain ou en lart: puis aiez pain brl ou chappelleures deffais de
boullon de beuf et de vin, et coulez, et faites boulir ensemble; puis
prenez gingembre, clo de giroffle et graine; deffait de vertjus et soit
brun-noir et non trop lyant.--_Nota_ que les espices doivent estre
broyes avant que[870] le pain.

De connin se fait-il ainsi, sauf tant[871] que le connin est parbouli,
puis refait en eaue froide, et puis lard, etc.[872]

ROS DE LAPPEREAUX, d'allouettes, de menus oiseaux ou de
poucins. Lappereaulx soient escorchis, dcoupps, pourboulis,
reffais en eaue froide et lards: les poucins soient eschauds pour
plumer[873], puis reffais, dcoupps et lards, et les allouettes ou
oiselets soient plums seulement pour pourboulir en eaue de char; puis
avoir du gras du lart dcoupp comme par morceaulx quarrs, et mettez
au fer de la paelle, et en traiant les chaons[874], et laissiez la
gresse: et l frire vostre grain[875], ou mettre vostre grain boulir
sur le charbon et souvent tourner en un pot avec du sain[876]. Et en
ce faisant, aiez des amandes peles, et deffaites du boullon de beuf
et coulez par l'estamine, puis aiez gingembre, clo de giroffle, cdre
autrement dit _alixandre_[877], deffaites du boullon et coulez, et le
grain cuit et trestout soit mis dedans un pot et bouly ensemble et du
sucre largement; puis drciez par escuelles et des espices dores par
dessus.

Cdre vermeil est un fust[878] que l'en vent sur les espiciers, et est
dit _cdre dont l'en fait manches  cousteaulx_.

VENOISON DE CERF. Pour ce que la char en est plus dure que
de bichot[879] ne de chevrel, soit pourboulie et larde au long: et au
cuire, soit mis du vin grant foison, et au parcuire, du macis broi; et
soit mengi  la cameline.--_Item_, en past, soit pourboulie, larde
au long, et mengie froide  la cameline.

Et qui la veult saler en est, il convient mettre gros sel fondre en
eaue, puis y tremper la venoison, et aprs seicher au soleil[880].

Et se vous voulez faire une pice de beuf sembler venoison de cerf ou
d'ours, se vous estes en pays d'ours, prenez du nomblet de beuf ou du
giste, puis le parboulez et lardez, embrochiez et rostissiez; et soit
mengi  la queue de sanglier[881]. Soit le beuf pourbouly, puis lard
au long aprs ce qu'il sera trenchi par loppins, et puis mettre la
queue de sanglier bien chaude en plat pardessus vostre beuf qui _primo_
soit rosty ou bout en eaue boulant et retir tantost, pour ce qu'il
est plus tendre que cerf.

BEUF COMME VENOISON D'OURS. Du giste de boeuf. Fait-l'en sausse
noire de gingembre, clo de giroffle, poivre long, graine, etc. Et
met-l'en en chascune escuelle, deux escuelles[882], et le mengue-l'en 
saveur d'ours[883].

CHEVREL SAUVAGE[884] au boussac claret et non lyant: soit
escorchi, puis bout en eaue boulant et retir tantost pour ce qu'il
est plus tendre que cerf, et lard au long, puis mis cuire en meigre
eaue de char qui l'a, ou autre: du vin, espices broyes en gros, et
drciez vostre grain dedens[885].--_Item_, chevrel sauvaige, ainsi
comme il est dit de chevrel ou chappitre cy-dessus.

SANGLIER FRAIS soit cuit en eaue avec du vin et mengi au
poivre chault, et le sal cuit comme dessus et mengi  la moustarde;
c'est ou fort de l'iver, mais au commencement, il se mengut aux espices
et aux souppes.

A la Nostre-Dame en Mars[886], commencent les appareils des cervoisons,
et dit-l'en _ la my-May, my-teste_[887], pour ce que lors le cerf a
boulu la moiti de sa teste, mais le droit cuer des cervoisons commence
 la Saincte-Croix en May[888], et de l croist le cerf en venoison
jusques  la Magdalaine, et peut estre chaci le cerf jusques  la
Saincte-Croix en Septembre; et lors se passe sa saison.

_Item_, au deffaire, l'en luy oste premirement les deytis[889], ce
sont les c......ns, avec lesquels sont les neux[890], le jargeau[891],
le franc-boyau, etc. Et sont ses deytis pourboulis, puis cuis, mengis
 la sausse chaude.

_Item_, en un cerf sont les espaules, la hampe, les cuisses, le foie,
les nombls, les lards, la queue scilicet le semier, les deux costs,
et c'est tout.

_Item_, la char par pices fresche, il semble que sans pourboulir l'en
la doit mettre en eaue boulant, et tantost retirer et larder au long,
et est boulie et larde au long, puis boulie en eaue, et appelle-l'en
le potage _bouly lard aux espices et aux souppes_.

_Item_, les nomblets[892] sont rostis  la sausse chaude.

_Item_, les lards c'est ce qui est entre les costs et l'eschine; et
sont meilleurs en past que autrement.

_Item_, aussi d'un cerf frais, l'en le mengue  la sausse chaude quant
il est mis en rost.

_Item_, l'en fait prsent de la teste et du pi aux seigneurs, et cela
n'est point mengaille: ce n'est fors pour savoir quel et de quel aage
le cerf estoit; mais de mengaille, l'en fait prsent du seymier, de la
hampe et des deux costs.

_Item_, la queue est dicte le seymier: et qui la veult saler, il
convient oster tous les os ce que l'en puet, car il contient une grant
partie du dos.

_Item_, la hampe c'est la poictrine, et est bonne sale; et sale-l'en
la venoison du cerf tout ainsi comme la char de beuf.

_Item_, toute la brouaille, except le foie, est pour la cuiri des
chiens, et l'appelle-l'en le _hu_[893].

En Septembre l'en commence  chacier les bestes noires jusques  la
Saint-Martin d'iver.--_Item_, tous les quatre membres sont appells
jambons, comme d'un porc. _Item_, d'un sanglier a la hure, les costs,
l'eschine, les nombls, les quatre jambons; c'est tout. _Item_, des
yssues l'en ne retient fors le foie qui semble qu'il soit propre pour
faire soutil brouet d'Angleterre.

_Item_, la char fresche est cuite et appareillie en eaue et aux
espices comme le cerf.

Du bourbelier, c'est le nomblet. (_Combien que en cest endroit, l'en
dit bien nomblets d'une part, et bourbelier de l'autre._)

_Item_, le sanglier sal se mengue  la fourmente. La teste se cuit
entire, et moiti vin, moiti eaue. Les joes en sont bonnes par
lesches sur le gril.

BICHOT SAUVAGE au boussac claret et non liant: soit
escorchis, puis boulis ou bouts en eaue boulant et retir tantost,
pour ce qu'il est plus tendre[894] que cerf; et lards au long; puis
mis cuire en maigre eaue de char qui l'a, ou en autre, avec du vin,
espices broies; et drciez vostre grain dedans[895].


AUTRES POTAGES LIANS DE CHAR.

BROUET DE FRESSURE DE POURCEL. Broiez du gingembre, clo,
graine, etc., puis deffaites de vinaigre et vin, puis aiez pain rosti
et tremp en vinaigre, broiez et coulez: et mettre tout ensemble; et
ayez vostre fressure cuite, couppe par plusieurs morceaulx et frite
en sain doulx. Puis mettez du chaudeau des boudins, ou du chaudeau du
chaudun en un pot, avec vostre pain broi aprs vos espices broyes, et
faites boulir; puis gettez dedans vostre pot les morceaulx de vostre
friture et faites boulir un boullon, et drciez.

FVES NOUVELLES. Faites-les boulir plus que bayennes, puis
prenez foison percil et petit de sauge et d'isope, et broiez trs bien,
et aprs ce broiez du pain, et une pongne d'icelles mesmes fves qui
soient peles broiez avec pour lier, puis couler par l'estamine: puis
friolez le remanant de vos fves en lart, se c'est  jour de char, ou
en huille ou beurre, se c'est  jour de poisson; puis mettez vos fves
en eaue de char, se c'est  jour de char, ou en l'eaue des fves, se
c'est  jour de poisson.

CRETONNE DE POIS NOUVEAULX ou fves nouvelles. Cuisiez-les
jusques au purer[896], et les purez[897], puis prenez lait de vache
bien frais, et dictes  celle qui le vous vendra qu'elle ne le vous
baille point s'elle y a mis eaue, car moult souvent elles agrandissent
leur lait[898], et s'il n'est bien frais ou qu'il y ait eaue, il
tournera. Et icelluy lait boulez premirement et avant que vous y
mettez riens, car encores tourneroit-il: puis broiez premirement
gingembre pour donner apptit, et saffran pour jaunir: jsoit-ce
que qui le veult faire lyant de moieulx d'oeufs fils[899] dedans,
iceulx moieulx d'oeufs jaunissent assez et si font lioison, mais le
lait se tourne plus tost de moyeulx d'oeufs que de lioison de pain et
du saffran pour coulourer. Et pour ce, qui veult lier de pain, il
convient que ce soit pain non lev et blanc, et sera mis tremper en
une escuelle avec du lait ou avec du boullon de la char, puis broy et
coul par l'estamine; et quant vostre pain est coul et vos espices
non coules, mettez tout boulir avec vos pois; et quant tout sera
cuit, mettez adonc vostre lait et du saffren. Encores povez-vous faire
autre lioison, c'est assavoir des pois mesmes ou des fves broyes,
puis coules; si prenez laquelle lioison que mieulx vous plaira. Car
quant est de lioison de moieulx d'oeufs, il les convient batre, couler
par l'estamine, et filer dedens le lait, aprs ce qu'il a bien boulu
et qu'il est trait arrire du feu avec les pois nouveaulx ou fves
nouvelles et les espices. Le plus seur est que l'en preigne un petit du
lait, et destremper les oeufs en l'escuelle, et puis encores autant, et
encores, tant que les moieux soient bien destremps  la cuillier avec
foison de lait, puis mettre ou pot qui est hors du feu, et le potage ne
se tournera point. Et se le potage est espois, allayez-le de l'eaue de
la char. Ce fait, il vous convient avoir poucins escartels, veel, ou
petite o cuit, puis frit, et en chascune escuelle mis deux ou trois
morceaulx et du potage pardessus.

CRETONNE  jour de poisson; soit la friture faite de tanches,
brochets, soles ou limandes frites.

CHAUDUN DE POURCEAU, _scilicet_ les boyaulx, doivent estre
vuids  la rivire, puis lavs en eaue tide par deux fois, et mettre
en une paelle d'arain et froter trs bien en sel et eaue, puis relaver
en eaue tide. Aucuns les lavent en sel et en vinaigre, et quant ils
sont trs bien lavs soit par vinaigre ou sans vinaigre qui veult, l'en
les trenche par tronons, et sont embrochis par hastelets et rostis
sur le gril et mengis au vertjus de grain. Et qui en veult faire
potage, il le reconvient mettre cuire tout entier en un pot de terre et
puis mettre esgouter en un plat, puis dcoupper par menus morceaulx,
et frisis en sain de lart; puis broiez pain premirement, puis macis,
garingal, saffran, gingembre, clo, graine, canelle: destremp de
bouillon et mis d'une part; puis broiez pain brul ou chappeleures, et
soient allais du chaudeau et couls par l'estamine et mis en eaue
de char ou de chaudeau de lui mesmes, ou moiti d'un moiti d'autre,
et boulu tout ensemble avec vin vermeil, vertjus et vinaigre. En yver
doit estre brun et drci comme dessus, et en est soit plus cler et
jaunet; et aiez du vertjus de grain cuit en eaue dedens un drappel, ou
des groiselles, et quant vous drcerez vos escuelles, mettez six ou
huit morceaulx du chaudun, puis du potage dessus, et par dessus six ou
huit grains de vertjus, ou groiselles par dessus en chascune escuelle.
Et aucuns font le potage des espices et lait comme cy-dessus est dit de
cretonne.

_Nota_ que le sel et vinaigre ostent la freschume. Et ce que dit est
en ceste addition est du chaudun que l'en mengue en Juillet, et les
autres hastelets qui sont fais en Dcembre, sont fais de toutes pices
comme de foie, de mol et des autres pices du chaudun, et est ce que
ces povres cuisent en bacins  laver parmy ces rues[900].

COMMINE DE POULAILLE. Mettez-la par morceaulx cuire en l'eaue
et un petit de vin, puis la frisiez en sain, puis prenez un petit de
pain, trempez en vostre boullon, et _primo_ prenez du gingembre et
du commin[901], deffait de vertjus, broyez et coulez et mettez tout
ensemble avec du boullon de char ou de poulaille, et puis lui donnez
couleur ou de saffran ou d'oeufs ou des moyeux couls par l'estamine
et fils ou potage aprs ce qu'il sera trait hors du feu. _Item_, le
meilleur est de le faire de lait tel comme dit est, puis broyer vostre
pain aprs vos espices, mais il convient que le lait soit premirement
bouly afin qu'il ne s'aourse; et aprs ce que le potage sera tout fait,
le lait soit mis dedans vin (_Il me semble qu'il n'y sert de rien_) et
la frisiez. Plusieurs ne la frisent point, jsoit-ce que c'est le plus
friant.

(_Pain est lioison, et il dit aprs oeufs qui est autre lioison, et
il doit souffire de l'une, si comme il est dit ou chappitre de la
cretonne._)

(_Vertjus et vin.--Qui veult faire son potage de lait, il n'y convient
ne vin ne vertjus._)[902]

COMMINE A JOUR DE POISSON. Frisiez vostre poisson, puis pelez
amandes et broyez, et deffaites de pure ou de boullon de poisson et
faites lait[903], mais lait de vache est plus apptissant, jsoit-ce
qu'il n'est mie si sain pour malades; et au surplus faites comme
dessus. _Item_,  jour de char, qui ne treuve lait de vache, se peut
faire de lait d'amandes, et la char comme dessus.

HARDOUIL[904] DE CHAPONS.[un croix] Despeciez-les
par membres ou quartiers, puis les cuisiez en eaue, puis friolez en
sain de lart: et tandis, broyez gingembre, canelle, giroffle et graine,
et deffaites de vertjus, et ne soit point coul, mais sorissiez[905]
pain sur le gril, broyez aprs les espices, et destrempez de vertjus,
puis passez le dit pain par l'estamine et faites tout boulir. Et au
drcier, mettez vostre grain par escuelles et le potage tout chault
dessus[906].

HOCHEPOT DE VOLAILLE est fait ainsi et soit non claret. L'en
les doit despecier par morceaulx; ainsi fait-l'en d'o quant elle
est dure et maigre, car les grasses sont rosties.--_Item_, des viels
coulons. Ainsi est fait _rouille de beuf_[907].

BROUET DE CANELLE. Despeciez vostre poulaille ou autre char,
puis la cuisiez en eaue et mettez du vin avec, et friolez: puis prenez
des amandes crues et sches  toute l'escorce et sans peler, et
canelle grant foison, et si broyez trs bien, et deffaites de vostre
boullon ou de boullon de beuf, et faites boulir avec vostre grain: puis
broyez gingembre, giroffle et graine, etc., et soit liant[908] et sor.

BROUET GEORG[909], BROUET HOUSSI.[un croix]
Prenez poulaille despece par quartiers, veau ou telle char comme
vous vouldrez despecis par pices, et faites boulir avec du lart: et
d'autre part aiez en un pot, avec du sain, oignons menus mincis qui y
cuiront et friront. Aiez aussi du pain harl sur le greil[910], puis le
mettez tremper avec du boullon de vostre char et du vin dedans, puis
broyez gingembre, canelle, poivre long, saffren, giroffle et graine et
les foies, et les broyez si bien qu'il n'y convengne point couler: et
destrempez de vertjus, vin et vinaigre. Et quant les espices seront
ostes du mortier, broyez vostre pain, et si le deffaites de ce en quoy
il a tremp, et coulez par l'estamine, et mettez espices et du percil
effeulli qui veult, tout boulir avec le sain et des oignons, et adonc
frisiez vostre grain. Et doit ce potage estre brun de sain et liant
comme soringue.

_Nota_ que tousjours l'en doit broyer les espices le premier; et en
potages, l'en ne coule point les espices, et aprs l'en broie et coule
le pain.

(_Je croy qu'il n'y convient vin ne vinaigre._)

_Nota_ que pour le percil seulement est-il dit brouet _houssi_,
car ainsi comme l'en dit ailleurs _frangi_ de saffran[911], aussi
peut-l'en dire _houssi_ ce qui est de percil; et c'est la manire de
parler des queux.

BROUET ROUSSET est fait comme brouet georg cy dessus, sauf
tant que l'en n'y met point de saffran, de vin, ne de vinaigre, et
l'en y met plus plantureusement canelle, et les oignons coupps par
rouelles[912].

UNE VINAIGRETTE. Prenez la menue-haste d'un porc, laquelle
soit bien lave et eschaude, puis rostie comme  demy sur le greil:
puis minciez par morceaux, puis les mettez en un pot de terre, du sain
et des oignons coupps par rouelles, et mettez le pot sur le charbon,
et hochiez souvent. Et quant tout sera bien frit ou cuit, si y mettez
du boullon de beuf, et faites tout boulir, puis broiez pain hal[913],
gingembre, graine, saffran, etc., et deffaites de vin et de vinaigre,
et faites tout boulir, et doit estre brune. (_Brune. Comment sera-elle
brune, s'il n'y a du pain hall?_--Item, _je croy qu'elle doit estre
liant, car je la treuve ou chapitre des potages lians, cy-devant; et
par ces deux raisons, je croy qu'il y convient du pain harl pour lier
et tenir brune_.)

BROUET BLANC. Prenez chapons, poulets ou poucins tus par
avant de temps convenable, ou tous entiers ou par moiti ou par
quartiers, et du veel par pices, et les cuisiez avec du lart en
l'eaue et au vin: et quant ils seront cuis, si les traiez, puis prenez
des amandes, si les pelez et broiez et deffaites de l'eaue de vostre
poulaille, c'est assavoir de la plus clere, sans fondrille ou trouble
aucun, et puis les coulez par l'estamine; puis prenez gingembre blanc
par ou pel, avec graine de paradis, allay comme dessus, et coulez 
une bien dlie estamine, et meslez avec le lait d'amandes. Et si n'est
assez espois, si coulez de la fleur d'amidon ou ris qui soit boulis, et
luy donnez goust de vertjus, et y mettez du succre blanc grant foison.
Et quant l'en aura drci, si pouldrez par-dessus une espice que l'en
appelle coriandre vermeille et des grains de la pomme de grenade avec
drage et amandes frioles, piques en chascune escuelle sur le bout.
Soit veu cy-aprs  ce propos, de blanc mengier.

BLANC MENGIER de chapons pour malades. Cuisiez-le en eaue tant
qu'il soit bien cuit, puis broiez amandes grant foison et du braon[914]
du chapon, et soit bien broy et deffait de vostre boullon, et pass
parmy l'estamine: puis mettez bien boulir, tant qu'il soit bien liant
et espais; puis broyez gingembre blanc par et les autres espices
contenues cy-dessus ou brouet blanc.

BROUET D'ALEMAIGNE. Prenez char de connins, de poullaille ou
de veel, et despeciez par pices: puis cuis en l'eaue comme  moiti,
puis friols au sain de lart; puis aiez de l'oignon menu minci en
un pot, sur le charbon, et du sain dedans le pot, et hochez le pot
souvent: puis broyez gingembre, canelle, graine de paradis, noix
muguettes, des foies rostis en une brochette sur le gril, et du saffren
deffait de vertjus, et soit sur le jaune et liant. Et _primo_ pain
sori sur le gril, broy et pass par l'estamine: et soit tout avec des
fueilles de percil mis boulir ensemble ou dit pot et du sucre dedans;
et au drcier, mettez trois ou quatre morceaulx de vostre grain en
l'escuelle et du brouet dessus, et du sucre par-dessus le brouet.

(Nota _qu'il fault; car aucuns queux dient que brouet d'Alemaigne
ne doit point estre jaune, et cestuy dit que si fait[915]. Et
doncques, s'il doit estre jaune, ne doit mie le saffran estre pass
par l'estamine, mais doit estre bien broy et allay et mis ainsi ou
potage; car cellui qui est pass, c'est pour donner couleur: celluy qui
est mis par-dessus, est dit frangi._)

SOUBTIL BROUET D'ANGLETERRE. Prenez chastaignes cuites peles,
et autant ou plus de moyeux d'oeufs durs et du foye de porc: broyez tout
ensemble, destrempez d'eaue tide, puis coulez par l'estamine; puis
broyez gingembre, canelle, girofle, graine, poivre long, garingal et
saffran pour donner couleur et faites boulir ensemble[916].

BROUET DE SAVOIE. Prenez chapons ou pouls et faites boulir
avec du lart bien maigre et les foyes: et quant ce sera demi cuit,
traiez-les, puis mettez de la mie de pain tremper ou boullon, puis
broyez gingembre, canelle, saffran, et les ostez; puis broyez les foyes
et du percil foison, puis coulez, et aprs broyez et coulez le pain,
puis boulez tout ensemble[917].

(_Et_ nota _que le saffran fait le brouet jaune, et le percil le fait
vert: ainsi semble que ce soit mauvaise couleur. Mais il semble que
la couleur seroit plus certaine se de pain estoit noirci, car le pain
noirci et saffren font vert, et percil aussi fait vert._)

BROUET DE VERTJUS ET DE POULAILLE. (C'est en est.) Mettez
cuire par quartiers vostre poulaille ou du veel ou poucins, en boullon
ou autre eaue avec du lart, vin et vertjus, et que le goust de vertjus
passe: puis frisiez vostre grain en bon sain doulx, et aiez moyeux
d'oeufs et pouldre fine batue ensemble et coulez par l'estamine; puis
filez vos oeufs dedans le pot  vostre boullon et  petit fil[918], et
remuez fort  la cuillier, et que le pot soit arrire du feu: puis aiez
percil effueilli et vertjus de grain bouly ou boullon de la char,
dedans la cuillier, et que le pot soit arrire du feu, ou autrement
bouli en un autre petit pot en eaue clere pour oster la premire
verdeur; puis drcez vostre grain[919], et gettez du potage par-dessus,
et par-dessus tout mettez vostre percil et vertjus de grain bouly[920].

BROUET VERGAY. Cuisiez telle char comme vous vouldrez en eaue,
ou un pou de vin, ou en boullon de char, vin et lart pour donner goust,
puis friolez vostre char, puis broiez gingembre, saffran, percil et un
petit de sauge, qui veult, et des moyeux d'oeufs filez par une cuillier
pertuise, tous crus, pour lier, ou pain broy allay du boullon, et
mettre boulir ensemble et du vertjus; et aucuns y mettent du fromage,
et c'est raison[921].

RAPP. Mettez vostre char cuire, puis la friolez en sain, puis
broyez graine, gingembre, etc., et deffaites de vertjus: puis aiez pain
tremp ou boullon de la char, broy et pass par l'estamine, et mettez
espices, pain et chaudeau tout boulu ensemble; puis aiez vertjus de
grain ou groiseilles qui soient boulies une onde en la paelle perce,
ou en autre eaue ou drapel[922], estamine, ou autrement, c'est assavoir
pour oster la premire verdeur, puis drciez vostre grain par escuelles
et du potage dessus, et par-dessus, vostre vertjus de grain.

GENESTE est dit _geneste_ pour ce qu'il est jaune comme fleur
de geneste, et est jauni de moyeux d'oeufs et de saffran, et se fait en
est en lieu de civ et est frit[923] comme dit sera cy aprs, fors
tant qu'il n'y a nuls oignons.

CIV DE VEEL. Non lav, non pourbouli, demy cuit en la broche
ou sur le gril, puis le despeciez par pices et friolez en sain avec
grant quantit d'oignons par avant cuis: puis prenez pain roussi
seulement, ou chappelleures de pain non brl, pour ce qu'il seroit
trop noir pour civ de veel; (jsoit-ce que icelluy pain roussi seroit
bon[924] civ de livre.) Et soit icelluy pain tremp ou boullon
de beuf et un petit de vin ou de pure de pois, et en le trempant,
broyez gingembre, canelle, giroffle, graine de paradis, et du saffran
largement pour jaunir et pour lui donner couleur, et destrempez de
vertjus, vin et vinaigre, puis broyez vostre pain et coulez par
l'estamine: et mettez vos espices, le pain coul, ou chaudeau, et
faites tout boulir ensemble; et soit plus sur le jaune que sur le brun,
agu de vinaigre, et attremp d'espices.--Et _nota_ qu'il y convient
largement saffran, et eschever  y mettre noix muguettes ne canelle,
pour ce qu'ils roussissent.

CIV DE LIVRE. Premirement, fendez le livre par la
poictrine: et s'il est de fresche prise, comme d'un ou de deux jours,
ne le lavez point, mais le mettez harler sur le greil, _id est_ roidir
sur bon feu de charbon ou en la broche; puis aiez des oignons cuis et
du sain en un pot, et mettez vos oignons avec le sain et vostre livre
par morceaulx, et les friolez au feu en hochant le pot trs souvent,
ou le friolez au fer de la paelle. Puis harlez et brlez du pain et
trempez en l'eaue de la char avec vinaigre et vin: et aiez avant broy
gingembre, graine, giroffle, poivre long, noix muguettes et canelle, et
soient broys et destremps de vertjus et vinaigre ou boullon de char;
requeilliez, et mettez d'une part. Puis broyez vostre pain, deffaites
du boullon, et coulez le pain et non les espices par l'estamine, et
mettez le boullon, les oignons et sain, espices et pain brl, tout
cuire ensemble, et le livre aussi; et gardez que le civ soit brun,
aguis de vinaigre, attremp de sel et d'espices.

_Nota._ Vous cognoistrez l'aage d'un livre aux trous qui sont dessoubs
la queue, car pour tant de pertuis tant d'ans.

CIV DE CONNINS comme dessus.

TUILLE DE CHAR. Prenez escrevices cuites, et en ostez la char
des queues: et le surplus, c'est assavoir coquilles et charquois[925],
broyez trs longuement; et aprs, ayez amandes sans peler, et soient
eslites et laves en eaue chaude comme pois, et avec l'escorce soient
broyes avec ce que dit est, et avec ce broyez mie de pain sori sur
le gril. Or devez-vous avoir cuit en eaue en vin et en sel, chapons,
poucins et pouls despecis tous crus par quartiers, ou veel despeci
par morceaulx, et de l'eaue d'icelle cuiture devez destremper et
deffaire ce que vous avez broy, puis couler par l'estamine; puis
rebroyez les relais[926] et coulez arrire: puis gingembre, canelle,
clou et poivre long destremp de vertjus sans vinaigre, puis boulez
tout ensemble. Or soit vostre grain cuit en sain de porc par morceaulx
ou quartiers, et drciez vostre grain par escuelles et mettez du potage
par dessus, et sur le potage, en chascune escuelle, quatre ou cinq
queues d'escrevices et du sucre par dessus pouldr.

HOUSSEBARRE[927] DE CHAR[un croix] est fait en
haste  un soupper quant gens surviennent despourveuement. Pour dix
escuelles, prenez vint lesches de la char froide de disner et du
giste de beuf; et soient les lesches petites comme lesches de lart,
et les frisiez en sain au fer de la paelle. _Item_, ayez de six oeufs
les moyeux et un petit de vin blanc, et soit tout batu ensemble tant
comme  ennuy, puis mis avec de l'eaue de la char et du vertjus viel
et non nouvel, car il tourneroit: et tout bouly sans la char; et aprs
drciez par escuelles, et en chascune escuelle deux lesches de char.
Aucuns drecent le brouet par escuelles, et en un plat, devant quatre
personnes, cinq lesches de char et du brouet avec; et c'est quant il y
a plus de gens et mains de char[928].

HOUSSEBARRE DE POISSON. Aiez des carrelets appareills et
lavs, puis schis, essuis entre deux touailles et fris et mis en un
plat et deux en un autre: qui font deux plats. _Item_, aiez deux onces
de coriandre et de cercuis non confis, dont l'une[929] couste un blanc,
et soit broy et destremp de vin et vertjus, puis bouli et gett sur
les deux plats.

POTAGE DE LOMBARS. Quant la char est cuite, si la traiez et
mettez l'eaue de la char en un autre pot, mais gardez bien que il
n'y coule ne fondrilles, ne osselets; puis aiez moyeux d'oeufs batus
longuement avec du vertjus et pouldre, et filez dedans le pot en filant
et en remuant, puis faites vos souppes[930].


AUTRES POTAGES LIANS SANS CHAIR.

BROUET VERGAY D'ANGUILLES, escorchiez _i_.[931] estauvez[932]
ou eschaudez les anguilles et les mettez cuire en l'eaue avec du vin
par trs bien menus morceaulx, puis broyez percil et pain ars, et
coulez par l'estamine: et aiez avant broy gingembre par et saffren,
et faictes tout boulir ensemble, et  la parfin mettez morceaulx de
fromage comme ds quarrs[933].

BROUET SARRASINOIS. Escorchiez l'anguille et dcouppez par
bien menus tronons, puis pouldrez de sel et frisiez en huile; puis
broyez gingembre, canelle, giroffle, graine, garingal, poivre long
et saffran pour donner couleur, et[934] de vertjus, et boulir tout
ensemble avec les anguilles qui d'elles mmes font lioison.

BROUET VERT D'OEUFS ET DE FROMAGE. Prenez percil et un pou de
frommage et de sauge et bien pou de saffren, pain tremp, et deffaites
de pure de pois ou d'eaue boulie, broyez et coulez: et aiez broy
gingembre deffait de vin, et mettez boulir; puis mettez du frommage
dedens et des oeufs pochs en eaue, et soit vert gay.--_Item_, aucuns
n'y mettent point de pain, mais en lieu de pain convient lart.

BROUET D'ALEMAIGNE D'OEUFS POCHS EN HUILLE,[935] puis prenez
amandes et les pelez, broyez et coulez: mincez oignons par rouelles, et
soient cuis en eaue, puis fris en huille, et faites tout boulir; puis
broyez gingembre, canelle, giroffle et un pou de saffran deffait de
vertjus, et au derrain[936] mettez vos espices ou potage, et boulir un
boullon, et soit bien liant et non trop jaune.

BROUET BLANC se peut faire des lus, des carpes et des bars,
comme il est dit cy-dessus de la poulaille.

SORINGUE D'ANGUILLES. Estauvez ou escorchiez, puis trononnez
vos anguilles: puis aiez oignons cuis par rouelles et percil effueill,
et mettez tout frire en huille; puis broyez gingembre, canelle,
giroffle, graine et saffren, et deffaites de vertjus, et ostez du
mortier. Puis aiez pain harl broy et deffait de pure, et coulez
par l'estamine, puis mettez dedans la pure, et faites boulir tout
ensemble, et l'assavourez de vin, de vertjus et vinaigre; et soit
claret[937].

GRAV OU SEYM (car c'est tout un) de loche ou autre poisson
froit ou chault, soit perche ou autre de ceste nature. Frisiez sans
farine en huille, puis la tenez devant le feu: mais avant ce, aiez pain
harl broy et deffait d'un petit de vin, d'eaue boulie ou pure, et
passez par l'estamine, et mettez en un pot; puis affinez gingembre,
canelle, giroffle, graine et saffren pour donner couleur, deffait de
vinaigre, et aiez des oignons mincis cuis, et les frisiez[938] en
huille, puis mettez tout boulir ensemble en un pot avec la pure ou
eaue boulie, except la loche frite de laquelle vous mettez six ou huit
en l'escuelle ou plus, et du brouet par dessus; et ne soit pas jaune,
mais roux.

CHAUDUME D'UN BROCHET. _Primo_,  appareillier un brochet,
luy convient tirer les boyaux par l'oreille, et oste-l'en l'amer, et
puis reboute-l'en les boyaux dedans, et aprs l'en les[939] rostit sur
le greil. Se le brochet est petit, soit rosti tout entier: et s'il est
plus grandelet, soit encis en plusieurs lieux au travers, et ainsi
rosti. Puis aiez saffren largement, poivre long, giroffle et graine, et
soit tout bien broy et deffait de vertjus, vin, et vinaigre trs-petit
comme nant, broy et ost du mortier; puis aiez pain harl tremp en
pure de pois ou en eaue de poisson, ou moiti vin moiti vertjus, et
soit broy, puis coul par l'estamine, et tout mis ensemble soit bouly
et mis en plats sur le brocherel, et soit jaune.

Ainsi se peut faire _galentine de poisson froit_, sauf tant que l'en
n'y met point de pure, car pour ce[940] ne se garde pas longuement,
mais y met-l'en de la gresse du poisson.

CIV D'OTTRES. Eschaudez et lavez trs bien les ottres,
les cuisiez pour[941] un seul boullon, et les mettez esgouter, et les
friolez avec de l'oignon cuit en huille; puis prenez pain harl ou
chappelleures grant foison, et mettez tremper en pure de pois ou en
l'eaue boulie des ottres et du vin plain[942], et coulez: puis prenez
canelle, giroffle, poivre long, graine et saffran pour donner couleur,
broyez et destrempez de vertjus et vinaigre et mettez d'une part; puis
broyez vostre pain harl ou chappeleures avec la pure ou eaue des
ottres et aussi les ottres puis qu'elles ne seroient assez cuites.

CIVS D'OEUFS[943]. Pochez oeufs  l'uille, puis aiez oignons
par rouelles cuis, et les friolez  l'uille, puis mettez boulir en vin,
vertjus et vinaigre, et faites boulir tout ensemble; puis mettez en
chascune escuelle trois ou quatre oeufs, et gettez vostre brouet dessus,
et soit non liant.

SOUPPE EN MOUSTARDE. Prenez de l'uille en quoy vous avez
pochs vos oeufs, du vin, de l'eaue, et tout boulir en une paelle de
fer: puis prenez les croustes du pain et les mettez harler sur le gril,
puis en faittes souppes quarres, et mettez boulir; puis retraiez
vostre souppe, et mettez en un plat ressuier: et dedans le boullon
mettez de la moustarde, et faites boulir. Puis mettez vos souppes par
escuelles, et versez vostre boullon dessus.

LAIT DE VACHE LI. Soit pris le lait  eslite[944], comme dit
est cy-devant ou chappitre des potages[945], et soit bouly une onde,
puis mis hors du feu: puis y filez par l'estamine grant foison de
moieux d'oeufs et ostez le germe, et puis broyez une cloche de gingembre
et saffren, et mettez dedans, et tenez chaudement emprs le feu; puis
ayez des oeufs pochs en eaue et mettez deux ou trois oeufs pochs en
l'escuelle, et le lait dessus.

ESPIMBCHE DE ROUGETS. Espaulez[946], pourboulez et rosticiez
vos rougets: puis aiez vertjus et pouldre, cameline et percil: tout
bouly ensemble, et gettez sus.

POTAGE JAUNET OU SAUSSE JAUNETTE sur poisson froit ou chault.
Frisiez en huille, sans point de farine, loche, perche pele ou autre
de ceste nature, puis broyez amandes, et deffaites le plus de vin et de
vertjus et coulez, et mettez au feu: puis broyez gingembre, giroffle,
graine et saffren, et deffaites de vostre boullon, et quant le potage
aura bouly, mettez vos espices; et au drcier mettez du sucre, et soit
liant.

MILLET. Lavez-le en trois paires d'eaue et puis le mettez en
une paelle de fer scher sur le feu, et hochiez bien, qu'il n'arde;
et puis le mettez en lait de vache frmiant, et n'y mettez point la
cuillier jusques  tant qu'il ait bien bouly, et puis le mettez jus de
dessus le feu[947], et le batez du dos de la cuillier[948] tant qu'il
soit bien espois.

La nature du lait est telle que se le lait est trait et mis en un trs
bel et net vaissel de terre ou de bois ou d'estain et non mie d'arain
ne de cuivre, et en iceulx vaiseaulx le tenir en repos sans remuer ou
changier en divers vaisseaulx, ne transporter  ne l, il se garde
bien jour et demi ou deux jours, et ne se tourne point au boulir, mais
que l'en le remue quant il s'esmeut au boulir; et n'y convient point
mettre de sel jusques au descendre du feu, ou au moins quant l'en y
veult mettre les souppes, et y puet-on mettre des souppes de pain lev
ou autre, que j ne se tournera puis que le lait sera ainsi gouvern
comme dit est.--_Item_, et se le lait n'est frais ou que tu aies doubte
qu'il ne tourne en la paelle, si y met un petit de fleur[949] et le
mouveras trs bien, et j ne se tournera. Et se tu en veulx faire
boulie, si desmelle _primo_ ta fleur et ton lait et du sel, puis met
boulir et le muef[950] trs bien. Et se tu en veulx faire potage,
si y met pour chascune pinte de lait les moyeux de demy quarteron
d'oeufs, les germes osts, trs bien batus ensemble  part eulx, et
puis rebattus avec du lait; et puis tout fil en la paelle, et puis
trs bien remu le lait qui bout: puis faire souppes. Et qui veult une
cloche de gingembre et du saffran, _fiat_.


ROST DE CHAR.

LANGUE DE BEUF fresche soit parboulie, pele, larde et
rostie, et menge  la cameline.

_Item_, est assavoir que la langue du vieil vault mieulx que la langue
du jeune beuf, si comme aucuns dient; autres dient le contraire.

En Gascongne, quant il commence  faire froit, ils achtent des
langues, les parboullissent et pelent, et puis les salent l'une sur
l'autre en un salouer et laissent huit jours, puis les pendent  la
chemine tout l'iver, et en est, hault,  sec; et ainsi se gardent
bien dix ans. Et puis sont cuites en eaue et vin qui veult, et menges
 la moustarde.

_Aliter_, langue de beuf vieil soit parboulie, pele et nettoie: puis
embroche, boutonne de clous de giroffle, rostie, et menge  la
cameline.

ALLOUYAUX DE BEUF. Faictes lesches de la char du trumel, et
enveloppez dedens mouelle et gresse de beuf: embrochiez, rostissiez et
mengiez au sel.

MOUTON ROSTI au sel menu ou au vertjus et vinaigre. L'espaule
soit premire embroche et tourne devant le feu jusques  ce qu'elle
ait gett sa gresse, puis soit larde de percil[951]: et non plus tost
pour deux causes, l'une car adonc elle est meilleur  larder, l'autre
car qui plus tost la larderoit, le percil s'ardroit avant que l'espaule
fust rostie.

Porc eschaud, rosty en la broche: et mettre du sain doulx en la
paelle, et au bout d'un baston avoir des plumes, et oindre l'escorce
ou couanne du porc afin qu'elle ne s'arde et endurcisse ou larder. Et
autel convient-il faire  un cochon[952], ou le larder; et est mengi
au vertjus de grain ou vertjus vieil et ciboule.

POURCELET FARCI. Le pourcelet tu et acour[953] par la gorge
soit eschaud en eaue boulant, puis pel: puis prenez de la char meigre
de porc, et ostez le gras et les issues du pourcelet et mettez cuire en
l'eaue, et prenez vint oeufs et les cuisiez durs, et des chastaingnes
cuites en l'eaue et peles: puis prenez les moyeux des oeufs,
chastaingnes, fin fromage vieil, et char d'un cuissot de porc cuit, et
en hachez, puis broyez avec du saffran et pouldre de gingembre grant
foison entremelle parmy la char; et se vostre char revient trop dure,
si l'alaiez de moyeux d'oeufs. Et ne fendez pas vostre cochon parmy le
ventre, mais parmy le coust le plus petit trou que vous pourrez: puis
le mettez en broche, et aprs boutez vostre farce dedans, et recousez
 une grosse aguille; et soit mengi ou au poivre jaunet se c'est en
yver, ou  la cameline se c'est en est.

_Nota_ que j'ay bien veu pourcelet lard, et est trs bon. Et ainsi le
fait-l'en maintenant et des pigons aussi.

CONNINS pourboulis, lards, en rost,  la cameline.

L'en scet bien se un connin est gras etc.[954]

VEEL ROSTY. Soit harl au feu en la broche et sans laver, puis
lard, rosti, et mengi  la cameline. Aucuns le pourboulent, lardent,
puis embrochent. Ainsi le souloit[955]-l'en faire.

CHEVREAULX, AGNEAULX. Boutez en eaue boullant et tirez
hors tantost, et harlez en la broche; puis rostis et mengis  la
cameline[956].

BOURBELIER DE SANGLIER[957]. _Primo_ le convient mettre en
eaue boulant, et bien tost retraire et boutonner de giroffle; mettre
rostir, et baciner[958] de sausse faicte d'espices, c'est assavoir
gingembre, canelle, giroffle, graine, poivre long et noix muguettes,
destremp de vertjus, vin et vinaigre, et sans boulir l'en baciner;
et quant il sera rosti, si boulez tout ensemble. Et ceste sausse est
appelle _queue de sanglier_[959], et la trouverez cy-aprs (_et l il
la fait liant de pain: et cy, non_).

POUR CONTREFAIRE D'UNE PICE DE BEUF, VENOISON D'OURS. Prenez
de l pice d'emprs le flanchet, et soit trononne par gros tronons
comme bouly lard, puis pourbouli, lard et rosti: et puis boulez une
queue de sanglier[960] et mettez vostre grain[961] peu boulir, et
gettez sausse et tout en un plat.

Toute venoison fresche sans baciner se mengue  la cameline.

OS rosties  l'aillet blanc en yver, ou  la jance.

Et _nota_ que en Aoust et Septembre, quant les oisons sont aussi grans
comme pre et mre, l'en congnoist les jeunes  ce que quant l'en
appuie son poulce sur leur becq, il fond soubs le poulce, et aux autres
non.

_Item_, _nota_ que oisons mis en mue, se ils sont bien petis, ils
engressent jusques au neuvime jour, et aprs amaigrissent: mais les
os engressent toujours sans dfrire[962]; et soit l'un, soit l'autre,
il les convient tenir seichement et garder de mouillier leurs pis, ne
estre sur lictire moitte, mais finement seiche, et garder de baigner
ne mengier verdure, et ne voient point de clart, et soient peus de
fourment cuit, et abeuvrs de lait meigre ou de l'eaue en quoy le
fourment aura cuit, et ne leur convient donner autre buvrage, et soient
peus de bonne avoine.

A Paris, les oiers engressent leurs oisons de farine etc.[963]

CHAPONS, GLINES, faisands de deux ou de trois jours,
embrochis, flambs, et rostis, mettez au vertjus avec leur gresse;
bouly,  la poictevine ou  la jance.

POUCINS gros comme htoudeaux[964] en Juillet, tus deux
jours devant, et rostis, flambs, mengis au moust qui se fait en tout
temps de vin, vertjus et foison sucre.

Pour les faisander, il les convient saigner, et incontinent les mettre
et faire morir en un seel d'eaue froide, et tantost remettre en un
aultre seel d'eaue trs froide, et il sera faisand ce matin mesmes
comme de deux jours tu[965].

MENUS OISEAULX. Plumez  sec et laissiez les pis, et
embrochiez parmy le corps: et entre deux mettre une pice de lart gras
tann[966] comme une fueille.

MALARS DE RIVIRE. En yver, quant les jeunes etc.[967]

_Item_, malars de rivire plumez  sec, puis mettre sur la flambe:
ostez la teste et la gettez, et laissiez les pis; puis mettez en
broche et une leschefrite dessoubs pour requeillir la gresse, et mettre
des oignons dedans qui se frisent en la gresse. Et quant l'oisel est
cuit, mettez du lart et du percil en la leschefrite, et boulez tout
ensemble, et des tostes dedans, et l'oisel par pices; ou soit mengi
au sel menu.

_Item_, autrement se peut faire. Mettez en la leschefrite des oignons
comme dit est, et quant l'oisel sera cuit, si mettez en la leschefrite
un petit de vertjus et moiti vin, moiti vinaigre, et tout bouli
ensemble, et aprs mis la toste. Et ceste derrenire sausse est
appelle _le Saupiquet_.

PAON, _Faisans_, _Cigoignes_, _Hron_, _Outardes_, _Grues_,
_Gentes_, _Butor_, _Cormorant_, soient plums  sec ou saigns comme le
cigne, et laissez  ceulx  qui il appartient les testes et queues, et
aux autres testes et pis[968]: et du surplus comme du cigne.

_Item_, au faisant  qui l'en oste la queue, l'en luy reboute deux ou
trois plumes quant il est rosty, mais atourn[969].

COULONS RAMIERS sont bons en yver; et congnoist-l'en les viels
 ce qu'ils ont les venneaux des esles tout d'une couleur noire, et
les jeunes qui sont de celluy an ont le bout des venneaux cendrs et
le surplus noir comme les autres[970]; et sont bons en past,  la
cameline frois, ou tous chaulx  la sausse d'oiseaulx de rivire, ou
rostis longuement comme beuf et mengis au sel, ou  la dodine, par
pices, en un plat, comme oiseaulx de rivire.

_Nota_ que  Bsiers, l'en vent de deux paires[971] de coulons ramiers,
les uns petis, et ceulx ne sont pas les meilleurs, car les grans
sont de meilleur saveur et menguent le glan au bois comme font les
pourceaulx; et les mengue-l'en au boussac comme un connin, et mis par
quartiers: et aucunes fois  la sausse des halebrans, et en rost  la
dodine; ou qui en veult garder, soient mis en past lards. Et sont en
saison de la Saint-Andry jusques en karesme, et ne viennent fors de
trois ans en trois ans.

PLOUVIERS ET VIDECOQS. Plumer  sec, bruler et laissier les
pis; rostir et mengier au sel.

Et _nota_ que trois paires d'oiseaulx sont, que les aucuns queux
rostissent sans effondrer; _scilicet_ alos, turtres et plouviers,
pour ce que leurs bouyaulx sont gras et sans ordure, car alos ne
menguent fors pierettes et sablon: turtres, graine de genvre et herbes
souef-flairans: et plouviers vent[972].

Perdrix s'adouent vers la my Fvrier, et adonc s'envolent deux et deux:
et en Pasqueret se doivent cuire en l'eaue, avec char de beuf, un
boullon largement; puis les tirer et rostir.

_Item_, les perdris qui ont les plumes etc[973].

_Item_, perdrix se doivent plumer  sec, et copper les ongles et la
teste, reffaire en eaue boulant, puis boutonner de venoison qui en a,
ou lart, et mengier au sel menu, ou  l'eaue froide et eaue rose et un
petit de vin, ou en eaue rose les trois pars, jus de pomme d'orenge et
vin, le quart[974].

CIGNE. Plumez comme un poucin ou une o, eschaudez, ou
reffait; embrochiez, aronnez[975] en quatre lieux, et rostissiez 
tout les pis et bec tout entier, et la teste sans plumer; et mengi au
poivre jaunet.

_Item_, qui veult, l'en le dore.

_Item_, au tuer, soit fendu de la teste jusques aux espaules.

_Item_, sont aucune fois escorchis et revestus.

CIGNE REVESTU en sa pel  toute la plume. Prenez-la et
l'enflez par entre les espaules, et le fendez au long du ventre: puis
ostez la pel  tout le col coupp emprs les espaules, tenant au corps
les pis; puis mettre en broche, et l'aronnez et dorez. Et quant il
sera cuit, soit revestu en sa pel, et que le col soit bien droit ou
plat; et soit mengi au poivre jaunet[976].


PASTS.

POUCINS soient mis en past, le dos dessoubs et la poictrine
dessus, et larges lesches de lart sur la poictrine; et puis couvers.

_Item_,  la mode Lombarde, quant les poucins sont plums et
appareills, aiez oeufs batus, c'est assavoir moyeux et aubuns[977],
avec vertjus et pouldre, et mouillez vos poucins dedans: puis mettez en
past[978] et des lesches de lart comme dessus.

CHAMPIGNONS d'une nuit sont les meilleurs, et sont petits et
vermeils dedans, clos dessus: et les convient peler, puis laver en
eaue chaude et pourboulir; qui en veult mettre en past, si y mette de
l'uille, du frommage et de la pouldre.

_Item_, mettez-les entre deux plats sur charbons, et mettez un petit de
sel, du frommage et de la pouldre. L'en les treuve en la fin de May et
en Juin.

ESCHEROYS[979]. Lavez-les en deux ou en trois paires d'eaues
chaudes, puis les enfarinez et frisiez en huille.

_Item_, aprs ce, aucuns les mettent en past avec grant foison
d'oignons et tronons de harenc ou d'anguille et pouldre.

_Nota._ Pasts doivent estre au large et la viande  large dedans.

PASTS DE VENOISON FRESCHE. Il convient  venoison pourboulir
et escumer, puis larder et faire pasts: et ainsi se font pasts de
toute venoison fresche; et se doit tailler  grans lopins comme billes,
et pour ce dit-l'en _past de bouly lard_.

PASTS DE BEUF. Aiez bon beuf et jeune et en ostez toute la
gresse, et le meigre soit mis par morceaulx cuire un boullon, et aprs
port sur[980] le pastissier hachier: et la gresse avec mouelle de beuf.

La char d'une joe de beuf trenche par lesches et mise en past;
et puis quant le past est cuit, convient getter de la sausse d'un
halebran dedans.

PASTS DE MOUTON. Bien hachis menus avec des ciboules.

PASTS DE VEAU. Prenez de la rouelle de la cuisse, et convient
mettre avec, prs d'autant de gresse de beuf; et de ce fait-l'en six
bons pasts d'assiette[981].


POISSON D'EAUE DOULCE.

A cuire poisson convient premirement mettre l'eaue frmir et du sel,
et puis mettre les testes boulir un petit, puis les queues, et boulir
ensemble, et puis le remenant.

Tout poisson freschement mort est ferme sur le poulce et dur, et a
l'oreille vermeille; et s'il est vieil mort, _secus_.

BAR soit en eaue cuit, et mengi  la sausse vert.

BARBELET[982] en est soit cuit en eaue et le tiers vin,
foison percil et oseille, et cuire longuement: et il sera ferme.

BARBILLONS rostis au vertjus, les petis en yver au potage ou 
la jance fris; _item_, en yver, au poivre aigret ou jaunet, car c'est
tout un.

PERCHE soit sans escharder[983] cuite en eaue, et puis soit
pele: au vinaigre et au percil soit mise; la frite soit mise au
grav[984].

TANCHE eschaude, et ost le limon comme d'une anguille,
puis soit cuite en eaue: menge  la sausse vert. La frite en potage;
la renverse, rostie et pouldre de pouldre de canelle, et puis soit
plunge en vinaigre et huille tandis que l'en la rostira, et menge 
la cameline. Et notez que  la renverser, il la convient fendre au long
du dos, teste et tout, puis renverser, et mettre une essaule[985] entre
les deux couannes, puis lier de fil et rostir.

BRESME soit cuite en eaue, menge  la sausse vert: et la
rostie au vertjus[986].

LUS[987] se doit cuire en eaue frmiant et un petit de vin,
et mettre la teste premirement et puis la queue, et faire boulir une
onde: puis mettre le remenant. Lus se mengue  la sausse vert quant il
est cuit en eaue. Aucunes fois l'en en fait potage, et est frit aucunes
fois; le frit est mengi  la jance.

D'un lus on en peut mengier la moiti cuite en eaue, et l'autre moiti
sale d'un jour ou de deux jours, voire de huit jours, mais en ce cas
l'en le doit mettre tremper pour dessaller, puis pourboulir et aprs
esgouter, puis frire et mengier  la jance. Quant du lus frais est
demour de disner, au souper l'en en fait charpie.

BROCHET est bon au chaudum.

Des brochets le laiti vault mieux que l'ouv, se ce n'est quant l'en
veult faire roissolles, car de l'ouv broy l'en fait roissoles.

ALOZE sale, cuite en l'eaue et menge  la moustarde ou
au vin et  la ciboule. La fresche[988] entre en saison en Mars. La
convient appareillier par l'oreille, escharder, cuire en eaue, et
mengier  la cameline; et celle qui sera en past, convient premier
escharder, puis mettre en past et de la cameline bien clre dedans le
past quant il est presque cuit, et icelle sausse faire boulir. _Item_,
aloze appareillie comme dessus, sans escharder, puis rostir au four
avec percil et moiti vertjus, l'autre moiti vin et vinaigre[989]; et
est en saison depuis Fvrier jusques en Juin.

FUITES[990] comme alozes.

CARPES. Aucuns aiment mieulx la laicti que l'ouve, _et e
contrario_. Et _nota_ que la brehaigne[991] vault mieulx que nulle des
deux autres.

La carpe qui a l'escaille blanche etc.[992]

_Item_,  l'appareillier, ostez-luy l'amer qui est droitement ou
gouttron[993] de la gorge, et ce fait, l'en peut mettre cuire la teste
toute entire, et elle se cuira tout nettement; et se l'amer n'en
estoit ost, la teste demourroit tousjours sanglante et amre. Et pour
ce, quant l'amer n'est ost entier et sans crever, l'en doit tantost
laver la place et frotter de sel, et se l'amer est ost entier, l'en
ne doit point laver la teste ne autre chose, mais convient mettre
premirement boulir la teste et assez tost aprs la queue, et puis
aprs le remenant, et tout  petit feu.[994] La carpe cuite se mengue 
la sausse vert, et se demourant en y a, l'en en met en galentine.

_Item_, CARPE A L'ESTOUFFE. _Primo_, mettez des oignons
mincis en un pot cuire avec de l'eaue, et quant les oignons seront
bien cuis, gettez la teste et assez tost aprs la queue dedans, et
assez tost aprs les tronons, et couvrez fort sans ce qu'il en ysse
point d'alaine[995]. Et quant elle sera cuite, si aiez fait vostre
affaitement de gingembre, canelle et saffran, allay de vin et un petit
de vertjus, c'est assavoir le tiers, et faites tout boulir ensemble, et
bien couvert; et puis drciez par escuelles[996].

_Nota_ que les Alemans dient des Franois qu'ils se mettent en grant
pril de mengier leurs carpes si pou cuites. Et a-l'en veu que se
Franois et Alemans ont un queux Franois qui leur cuise carpes,
icelles carpes cuites  la guise de France, les Alemans prendront leur
part et la feront recuire plus assez que devant, et les Franois non.

TRUITTES. Leur saison commence en May. (_Item, leur saison est
de Mars jusques en Septembre._) Les blanches etc.[997] La truitte qui
ou palais a deux petites veines noires, est vermeille.

Truitte soit cuite en eaue et foison vin vermeil, doit estre mengie 
la cameline et doit estre mise cuire par tronons de deux dois. A jour
de char, en past, l'en les doit couvrir de larges lardons[998].

ANGUILLES. Celle qui a la menue teste, becque etc.[999]

Anguillettes fresches estauves et trononnes, cuites en eaue avec
foison de percil, puis mettre du frommage lesche: puis traiez les
tronons, et faites souppes, et en chascune escuelle quatre tronons;
ou cuire des oignons, puis cuites en celle eaue, et un petit d'espices
et saffran[1000] et oignons en un pot, et faire la souppe.

Grosse anguille cuite en l'eaue et au percil se mengue aux aillets
blans; en past, du frommage et de la pouldre fine. La grosse,
renverse[1001],  la sausse chaude comme une lamproie.

Se vous voulez garder anguille, faites-la mourir en sel, et la laissiez
trois jours naturels toute entire: puis soit eschaude, ost le
limon, trenche par tronons, cuite en l'eaue et la ciboule, et en la
parfin mettez du vin. Et se vous la voulez saler du matin au soir,
appareilliez-la et la trononnez, et mettez les tronons en gros sel;
et se vous la voulez plus avancier, broyez sel noir[1002] et frottez
chascune coppure du tronon, et avec ce, la hochiez en sel entre deux
escuelles[1003].

ANGUILLE RENVERSE. Prenez une grosse anguille et l'estauvez,
puis la fendez par le dos au long de l'areste d'un cost et d'autre,
en telle manire que vous ostiez d'une part l'areste, queue et teste
tout ensemble, puis lavez et ploiez icelle  l'envers, c'est assavoir
la char par dehors, et soit lie loing  loing: et la mettez cuire
en vin vermeil, puis la traiez et couppez le fil  un coustel ou
forcettes[1004], et mettez reffroidier sur une touaille; puis aiez
gingembre, canelle, clo de giroffle, fleur de canelle, graine, noix
muguettes[1005], et broyez et mettez d'une part: puis aiez pain brul
et broyez trs bien, et ne soit point coul, mais deffaites du vin
o l'anguille aura cuit, et boulez tout en une paelle de fer, et y
mettez du vertjus, du vin[1006], et du vinaigre[1007], et gettez sur
l'anguille[1008].

PINPERNAUX ont luisant et delie pel et ne sont point
limonneux comme sont anguilles. L'en les doit eschauder et rostir sans
effondrer, _scilicet_ les frais, et les sals qui sont schs, rostir
et mengier au vertjus[1009].

LOCHE cuite en eaue au percil et au bon frommage, menge  la
moustarde. La frite, en potage et  l'aillet vert. La cuite en l'eaue,
 la moustarde soit menge: et au frire soit effleure[1010] celle qui
sera frite.

GAYMEAU cuit en l'eaue, mengi  la moustarde: ou qui veult, 
l'aillet vert.

LAMPROYONS rostis verdelets, mengis  la sausse chaude comme
cy dessoubs sera dit  la lamproye; et se ils sont cuis en eaue, soient
mengis  la moustarde: et se ils sont cuis en past, gettez la sausse
chaude dessus les pasts, et faites boulir[1011].

LAMPROIES. Il est assavoir que les aucuns saignent la lamproie
avant ce que ils les estauvent, et aucuns les estauvent avant ce qu'ils
les saignent ne eschaudent. Pour la saigner, premirement lavez trs
bien vos mains, puis fendez-lui la gueule parmy le menton, _id est_
joignant du baulivre, et boutez vostre doit dedens et arrachez la
langue, et faites la lemproie saignier en un plat, et lui boutez une
petite brochette dedans la gueule pour la faire mieulx saigner. Et se
vos dois ou vos mains sont touillis de sang, si les lavez, et la plaie
aussi, de vinaigre, et faites couler dedans le plat, et gardez ce sang,
car c'est la gresse.

Quant  l'estauver, aiez de l'eaue chauffe, sur le feu, frmiant,
et l'estauvez comme une anguille: d'un coustel non pointu luy pelez
et ratissiez la gueulle par dedens, et gettez hors les riffleures,
puis l'embrochiez et faites rostir verdelette. Et pour faire la
boe[1012], prenez gingembre, canelle, poivre long, graine et une
noix muguette, et broyez et mettez d'une part: puis aiez du pain
brul tant qu'il soit noir, et le broyez et deffaites de vinaigre et
le coulez par l'estamine; puis mettez boulir le sang, vos espices et
le pain, tout ensemble, un boullon tant seulement, et se le vinaigre
est trop fort, si le attrempez de vin ou de vertjus; et adonc c'est
boue: et est noire, espoisse  point et non pas trop, et le vinaigre
un pou passant[1013], et sal un petit; puis versez tout chault sur la
lamproye, et laissiez suer[1014].

_Item_, l'en peut faire autre sausse plus briefve. Prenez le sang et du
vinaigre et du sel, et quant la lamproie sera rostie verdelette, boulez
icelle sausse un bouillon seulement et gettez sur vostre lamproye, et
laissiez suer entre deux plats.

_Item_, LAMPROIE BOULIE. Saignez-la comme devant est dit, et
gardez le sang: puis la mettez cuire en vinaigre et en vin plain[1015]
et un pou d'eaue, et quant elle sera cuite verdelette, si la traiez
hors du feu et la mettez reffroidier sur une nappe; puis prenez pain
brul et deffaites de vostre boullon et coulez parmi une estamine, et
puis mettez boulir le sang avec, et mouvez bien qu'il n'arde: et quant
il sera bouly, si versez en un mortier ou en une jatte nette, et mouvez
tousjours jusques  tant qu'il soit reffroidi; puis broyez gingembre,
canelle, fleur de canelle, giroffle, graine de paradis, noix muguettes
et poivre long, et deffaites de vostre boullon, et mettez dedans un
plat comme dit est devant; et doit estre noir[1016].

_Item_, LAMPROIE A L'ESTOUFFE. Ostez le sang de la lamproye
comme dessus, puis l'estauvez en eaue bien chaude. Aprs ce, ayez
vostre sausse preste de boulir, et soit clere, et mettez vostre
lamproye en un pot et vostre sausse dessus, et faites trs bien couvrir
d'un couvescle bien joignant et juste, et faites boulir; puis retournez
une fois la lamproie ce dessus dessoubs[1017] ou pot, et faites cuire
verdelette. Et s'elle ne moulle toute en sausse, il n'y a pas pril,
mais que le pot soit bien couvert; puis la mettez toute entire en un
plat sur la table[1018].

ESCREVICES cuites en l'eaue et en vin, menges au vinaigre.

ABLES cuites en l'eaue et au percil, menges  la moustarde.

GARDONS ET ROSSES[1019]. C'est friture, et les convient
effonder, puis enfleurer, puis frire; mengier  la sausse vert[1020].

VENDOISES comme dessus, ou rosties sans escharder[1021],
et mengier au vertjus d'ozeille; et est assavoir que vendoises sont
assez plus grans que ables, et sont rondes plus que gardons[1022], car
gardons sont plas.


POISSON DE MER RONT.

Poisson de mer ront en yver, et le plat en est.

_Nota_ que nulle mare n'est bonne quant elle est chasse par temps
pluyeulx ou moicte.

BRETTE[1023] affaiti comme un rouget, cuite comme une raye,
et ainsi pele: menge aux aulx camelins. Et est la brette aussi comme
chien de mer, mais brette est plus petite et plus doulce et meilleure,
et dit-l'en que c'est la femelle du chien: et est brune sur le dos, et
le chien est roux.

CHIEN DE MER comme la brette. Et _nota_ que de l'un et de
l'autre le foie est bon  mettre en past, et de la pouldre fine parmy;
et aucuns y mettent du frommage, et est bon.

MULET est dit _migon_[1024] en Languedoc, et est eschard
comme une carpe, puis effondr au long du ventre, cuit en l'eaue, et du
percil dessus, puis reffroidi en son eaue; et puis mengi  la sausse
vert, et meilleur  l'orenge. _Item_, il est bon en past.

MORUE n'est point dicte  Tournay s'elle n'est sale, car la
fresche est dicte _cableaux_[1025], et, se mengue et est cuite comme
dit sera cy-aprs de morue.

_Item_, quant icelle morue est prise s marches de la mer, et l'en
veult icelle garder dix ou douze ans, l'en l'effondre, et luy oste-l'en
la teste, et est seiche  l'air et au soleil, et non mie au feu ou 
la fume; et ce fait, elle est nomme _stofix_[1026]. Et quant l'en
l'a tant garde et l'en la veult mengier, il la convient batre d'un
maillet de bois bien une heure, et puis mettre tremper en eaue tide
bien douze heures ou plus, puis cuire et escumer trs bien comme beuf;
puis mengier  la moustarde ou mengier trempe au beurre. Et se rien
en demeure au soir, soit par pices petites comme charpie frit, et mis
pouldre dessus.

Aussi de morue fresche, s'aucune partie en demeure pour le soir ou
pour l'endemain[1027], faictes-en de la charpie et le frisez  pou de
beurre, et puis ostez de la paelle, et puis vuidiez tout le beurre que
riens n'y demeure, et la refrisiez  sec, et filez pardessus des oeufs
batus: puis mettez en plateaux ou escuelles et pouldre fine pardessus.
Et s'il n'y a oeufs, si se fait-il bien[1028].

Morue fresche, appareille et cuite comme gournaut et du vin blanc au
cuire, et menge  la jance; et la sale, menge au beurre ou menge
 la moustarde. La sale, pou trempe, sent trop le sel, et la trop
trempe n'est pas bonne; et pour ce, qui l'achaitte, doit essaier  la
dent et en mengier un petit[1029].

MAQUEREL frais entre en saison en Juin, jsoit-ce que l'en en
treuve ds le mois de Mars. Affaitiez par l'oreille, puis l'essuiez
d'un net torchon, et sans laver aucunement soit mis rostir, puis mengi
 la cameline ou  sel menu; et sal, au vin et  l'eschaloigne[1030].
Et si en met-on en past, et pouldre dessus[1031].

Ton est un poisson qui est trouv en la mer ou estans marinaulx des
parties de Languedoc, et n'a aucunes arestes fors l'eschine, et a dure
pel, et se doit cuire en eaue et se mengue au poivre jaunet[1032].

LANGOUSTES sont grans escrevices, et sont bonnes cuites en
l'eaue, et leur convient estouper d'estoupes la queue par o l'en l'a
vuide et aussi la gueule et les pis qui sont rompus, et tous les
autres lieux par lesquels aucune liqueur puisse yssir de son corps, et
puis cuire en l'eaue ou en four, et mengi au vinaigre. Toutesvoies,
qui la veult rostir au four, il ne la convient j estouper, mais
souffit qu'elle soit mise cuire enverse[1033].

CONGRE. Eschaudez-le et estauvez comme une anguille, puis
mis en la paelle et sal comme le rouget, et le cuisiez longuement
comme beuf; et en la parfin mettre boulir avec du percil, puis le
laissiez[1034] refaire en son eaue, puis drciez et mengiez  la sausse
vert. Aucuns le mettent roussir sur le gril[1035].

TUMBE[1036], ROUGET, GOURNAUT,
GRIMONDIN, soient affaitis par le ventre et lavs trs bien,
puis soient mis en la paelle et du sel pardessus, et puis l'eaue
froide; (et ainsi est-il du poisson de mer, jsoit-ce que poisson
d'eaue doulce il convient premirement que l'eaue soit frmiant),
puis soient cuis  petit feu, et mis hors de dessus le feu; laissiez
reffaire en leur eaue et mengiez  la cameline. Toutesvoies, les
grimondins, en est, fendus sont au long du dos par les espaules,
rostis sur le greil[1037] et arrouss de beurre et mengis au
vertjus. _Nota_ que tumbe est le plus grant, et sont prises en la mer
d'Angleterre. Gournaut est le plus grant aprs, et sont toutes ces
deux espces de couleur tanne[1038]. Le rouget est le plus petit et
le plus rouge, et le grimondin est le mendre de tous et est tann,
tavell[1039], et de diverses couleurs; et tous sont comme d'une nature
et d'une saveur.

_Item_, rougets sont bons au chaudum de vertjus de pouldre et de
saffran.

SAUMON frais soit baconn[1040], et gardez l'eschine pour
rostir; puis despeciez par dales cuites en eaue, et du vin et du sel au
cuire; mengi au poivre jaunet ou  la cameline et en past, qui veult,
pouldr[1041] d'espices; et se le saumon est sal, soit mengi au vin
et  la ciboule par rouelles[1042].

AIGREFIN appareilli comme le rouget, et le convient un pou
laissier froidir en son eaue, et soit mengi  la jance[1043].

ORFIN affaiti par l'oreille, cuit en l'eaue, mengi  la
cameline: ou mis par tronons, et sur les tronons mettre pouldre fine
et huille d'olive[1044].

PORC DE MER, MARSOUIN, POURPOIS[1045] est
tout un, et le poisson entier doit estre fendu par le ventre comme un
pourcel; et du foye et fressure l'en fait brouet et potage comme d'un
porc. _Item_, l'en le despice et fend comme un porc, par le dos, et
aucunes fois est rosti en la broche  toute sa couanne, et puis mengi
 la sausse chaude comme brulis[1046] en yver. Autrement, est cuit en
eaue et mis du vin avec, puis de la pouldre et du saffran, et mis en un
plat dedans son eaue comme venoison; puis broyez gingembre, canelle,
giroffle, graine, poivre long et saffran, et deffaites de vostre
boullon, et mettez hors du mortier d'une part; _item_, broyez pain
harl, deffait de l'eaue de vostre poisson et coul par l'estamine,
et faictes boulir tout ensemble, et soit claret; puis drciez comme
venoison. Ou faites poivre noir, et soit vostre poisson, sans laver,
cuit moiti eaue moiti vin, et mis en plas: et gettez vostre sausse
dessus comme galentine, et drciez. Et quant vous en vouldrez mengier,
prenez un petit de la sauce qui est froide, et mettez ou eaue de char,
ou de celle mesmes, ou vinaigre _et similia_, et mettez sur le feu en
une escuelle chauffer[1047].

MERLUS doit estre despeci par morceaux quarrs comme
eschiquier, puis tremper une nuit seulement, puis le oster hors de
l'eaue, et aprs mettez schier sur une touaille; puis mettez vostre
huille boulir, puis frisiez  pou d'huille vos pices de merlus, et
mengiez  la moustarde ou  jance d'aulx. Merlus est fait, ce semble,
de morue[1048].

ESTURGON. Eschaudez, ostez le limon, couppez la teste et
la fendez en deux. Et premirement le fendez au long par le ventre
comme l'en fait un pourcel, puis soit vuidi, trononn, et mis cuire
en vin et en eaue et que le vin passe; et que  la mesure qu'il se
esboudra[1049] que l'en y mette tousjours vin. Et congnoist-l'en qu'il
est cuit, quant la couanne se live de lgier; et ce que l'en mengue
chaut, l'en y met de l'eaue du bouly et espices comme se ce feust
venoison: et ce que l'en veult garder doit estre mis refroidier, et
mengier au percil et au vinaigre[1050].

ESTURGON CONTREFAIT DE VEEL pour six escuelles. Prenez le soir
devant, ou le bien matin, six testes de veel sans escorcher, et les
plumez en eaue chaude comme un cochon, et les cuisiez en vin, et mettez
une chopine de vinaigre et du sel dedans, et faites boulir tant qu'il
soit tout pourry de cuire; puis laissiez les testes refroidier et ostez
les os. Puis prenez un quartier de bonne grosse toile, et mettez tout
dedans, c'est assavoir l'une sur l'autre en la mendre place que vous
pourrez, puis cousez de bon fort fil, comme un oreillier quarr, puis
le mettez entre deux belles ais et le chargiez trs fort, et laissiez
la nuit en la cave; et puis le tailliez par lesches, la couenne dehors
comme venoison, et mettez du percil et du vinaigre, et ne mettez que
deux lesches en chascun plat. _Item_, qui ne trouveroit assez testes,
l'en le peut faire d'un veel entrepel[1051].

CRASPOIS[1052]. C'est balaine sale, et doit estre par
lesches tout cru, et cuit en eaue comme lart; et servir avec vos pois.

MERLANT SAL est bon quant sa noe[1053] est entire, et son
ventre blanc et entier; et est bon au chaudum de beurre, de vertjus et
de moustarde; et le frais, frit,  la jance.

VIVE a trois lieux prilleux  touchier, c'est assavoir les
arestes qui sont sur le dos prs de la teste, les deux oreilles; et
 ce ne convient touchier fors au coustel, et tout ce getter hors,
et tirer la brouaille par l'oreille, et puis enciser au travers en
pluseurs lieux, la rostir, et mengier au vertjus et beurre, ou vertjus
et pouldre.

_Aliter_, cuisiez-la en l'eaue un petit, puis la frisiez en beurre,
puis boulez du vertjus avec le remenant du beurre, et getter sus.


POISSON DE MER PLAT.

RAYE affaiti par endroit le nombril, et gardez le foye, et la
despeciez par pices, puis la mettez cuire comme plays, puis la pelez
et la mengiez aux aulx camelins.

Raye est bonne en Septembre, et meilleur en Octobre, car lors elle
mengue les harens frais. Celle qui n'a que une queue est _notre_,
et les autres qui ont pluseurs queues, non. Et encores est-il autre
poisson pareil  raye qui a nom _Tire_, mais il n'a nul aguillon sur le
dos; et si est plus grant et plus tavell de noir[1054].

GALENTINE POUR RAIE en est. Broyez amandes et deffaites
d'eaue boulie, et coulez par l'estamine; puis broyez gingembre et aulx,
et deffaites d'icelluy lait d'amandes et passez par l'estamine, et
boulez tout ensemble et mettez sur les pices de la raye.

Raye qui une fois a est cuite, s'elle est frite sans farine en huille
et menge chaude  la cameline, elle est bonne et meilleur que en
galentine froide.

Raye doit estre lave en plusieurs eaues, puis cuire en petit boullon
et par quartiers, puis peler et laissier refroidier: mais aucuns la
pourboulent en eaue sans sel, puis la tirent, la pellent et nettoient
trs bien, et mettent sur beau feurre; puis mettent en une paelle, sur
le feu, de l'eaue et du sel frmier, puis cuire la raye  petit feu.
Et qui veult, l'en en frit une partie de celle qui est pourboulye, et
ceste raye se garde bien huit jours[1055].

PLAYS[1056] ET QUARRELET sont aucques[1057] d'une
nature. La plus grant est nomme _plays_, et la petite _quarrelet_, et
est tavelle de rouge sur le dos; et sont bons du flo[1058] de Mars,
et meilleurs du flo d'Avril. Affaitiez par devers le dos audessoubs de
l'oreille: bien lave, et mise en la paelle et du sel dessus, et cuite
en l'eaue comme un rouget; et mengiez au vin et au sel.

_Item_, quarrelets sont bons fris  la fleur[1059] et mengis  la
sausse vert[1060].

LIMANDES sont tavelles de jaune ou roux par le dos, et ont
l'oreille devers le blanc[1061]; soient fris  la fleur et mengis  la
sausse vert, ou fris par moiti et mengis au civ ou au grav[1062].

POLES[1063], SOLES sont d'une nature; et sont les
poles tavelles par le dos. Il les convient escharder et affaitier
comme la plays, laver et mettre en la paelle, et du sel dessus et
de l'eaue, puis faire cuire, et  la parfin mettre du percil avec;
puis laissier reffaire en leur eaue, et mengier  la sausse vert ou
au beurre avec de leur eaue chaude, ou au chaudum de vertjus vieil,
moustarde et beurre chauff ensemble.

_Item_, l'en les rostit sur le greil[1064] et du feurre moulli entre
deux; et celles ne doivent point estre eschardes et sont menges au
vertjus d'oseille.

_Item_, aussi sont eschaudes celles que l'en doit frire, et doivent
estre enfleures, puis frites, menges  la sausse vert[1065], et mises
au civ ou grav.

TURBOT est dit _Ront_  Bsiers. Soit eschard, appareilli
comme dessus et mengi  la sausse vert, ou mis au souci[1066]; et
vault mieulx froit de deux jours.

BARBUE escharde, appareillie comme dessus, cuite et menge,
car tout est d'une espce et d'une saveur, fors tant que la barbue est
plus petite[1067], et le turbot greigneur et meilleur.

BRESME, BAITTE[1068] escharde, cuite en eaue, menge
 la cameline ou mise en past  la pouldre[1069].

TANTE[1070] cuite en eaue ou rostie, menge au vertjus.

DORE appareillie par le cost au long, cuite en eaue, ou en
rost, menge au vertjus.

ALES rosties en filopant[1071], menges  la moustarde; ou
peles, puis cuites en l'eaue un trs petit, puis enfarines, frites 
l'uille, et menges  la jance ou aux aillets.

FLAYS[1072]. De ce ne convient faire nul compte, car ils
ne sont en saison fors quant le quarrel[1073] font soubs le pi. Ce
poisson n'est point tavel de rouge sur le dos comme sont quarrelets,
et si ont le dos bien noir.

HANONS[1074]. _Nota_ que les hanons qui sont ensemble
amoncels et se entretiennent  une masse sans esparpillier ou
dpartir, et sont vermeils et de vive couleur, sont frais: et ceulx qui
ne s'entretiennent et sont esparpillis et de fade ou morte couleur,
sont de vieille prise. Soient esleus, puis lavez trs bien et eschaudez
en deux ou trois eaues bien chaudes, et puis refais en eaue froide,
puis seicher sur une touaille bien petit au feu, et soient fris en
huille avec oignons cuis, et aprs poudrs d'espices et mengis aux
aillets vers clarets, reverdis de bl ou d'ozeille[1075] ou de feuille
de sanemonde ou de barbarin.

MOULES[1076] soient cuites en grant feu et hastivement, en
trs petit d'eaue et de vin sans sel, menges au vinaigre. _Item_,
quant elles sont cuites avec vertjus vieil et percil, puis mettez
beurre frais, c'est trs bon potage.

Moules sont les meilleurs ou commencement du nouvel temps de Mars.
Moule de Quayeu[1077] est rousse, ronde au travers et longuette, et la
moule de Normandie est noire.

ESCREVICES. Cuisiez-les en eaue et vin plus que d'eaue, et
escumez, puis mettez un petit de sel (jsoit-ce que aucuns dient que
non, pour ce que le sel noircist[1078]).

ESCREVICES DE MER doivent estre cuites en four, et dit-l'en
_lengoustes_, et convient estouper tous les pertuis  la guise du
fournier, et mengier trenchie au vinaigre et  la ciboule.

SEICHE CONRE[1079] soit pele, puis despecie par morceaulx,
puis la mettez en une paelle sur le feu et du sel avec, et remuez
souvent, et qu'elle soit bien sche; puis la mettez en une nappe, et
l'espraignez bien et seichez  et l par la nappe; puis l'enfarinez
en farine, et frisiez en foison d'uille ou  oignons ou sans oignons,
puis pouldrez d'espices dessus, et mengiez aux aillets reverdis de bl.

_Item_, aucuns aprs ce qu'elle est pele et mise par morceaulx, la
tiennent et remuent longuement en la paelle pour getter son humeur et
sa liqueur laquelle l'en doit souvent getter et purer. Et quant elle
ne gette plus rien, l'en l'essuye comme dessus, et puis la frit-l'en
en foison d'uille longuement, tant qu'elle devient grdeli[1080] et
recroquille comme chaons[1081] de lart, et adonc est mise en un plat
et de la pouldre fine dessus, et ainsi menge. Et en la paelle o est
demoure l'uille toute chaude sur le feu, laquelle huille a receu la
freschume de la sche, dont elle vault pis, l'en doit getter du vin
froit qui par fume fait yssir la freschume; et ainsi l'uille demeure
bonne pour potages, et meilleur que autres qui ne sont mie cuites.

_Item_, qui n'auroit autre viande que sche, et elle fust frite aux
oignons comme dessus, puis mise en deux plats et avoir bonne jance aux
aulx boulie et gette dessus, ce seroit apptit assez passable[1082].

Sche fresche soit lave trs bien, puis mise en une paelle ou four
avec de l'eaue, du vertjus, de l'uille et des ciboules nouvelles, et
cuite; mais _primo_ soient osts l'os et l'amer.


OEUFS DE DIVERS APPAREILS.

UNE ARBOULASTRE ou deux d'oeufs. Prenez du coq deux fueilles
seulement, et de rue moins la moiti ou nant[1083], car sachez qu'il
est fort et amer: de l'ache, tnoisie[1084], mente et sauge, de chascun
au regart de quatre fueilles ou moins, car chascun est fort: marjolaine
un petit plus, fenoul plus, et percil encores plus; mais de pore,
bettes, feuilles de violettes, espinars et laitues, orvale, autant
de l'un comme de l'autre, tant que de tout vous aiez deux poignes
largement: eslisez et lavez en eaue froide, puis les espraignez et
ostez toute l'eaue, et broyez deux cloches de gingembre; puis mettez
ou mortier  deux ou  trois fois vos herbes avec le dit gingembre
broy, et broyez l'un avec l'autre. Et puis aiez seize oeufs bien
batus ensemble, moyeux et aubuns, et broyez et meslez ou mortier avec
ce que dit est, puis partez en deux, et faites deux alumelles[1085]
espesses qui seront frites par la manire qui s'ensuit: premirement
vous chaufferez trs bien vostre paelle  huille, beurre ou autre telle
gresse que vous vouldrez, et quant elle sera bien chaude de toutes
pars, et par espcial devers la queue, meslez et espandez vos oeufs
parmy la paelle et tournez  une palette souvent ce dessus dessoubs,
puis gettez de bon frommage gratuis[1086] pardessus; et sachez que ce
est ainsi fait pour ce[1087] qui brayeroit[1088] le frommage avec les
herbes et oeufs, quant l'en cuideroit frire son alumelle, le frommage
qui seroit dessoubs se tendroit  la paelle; et ainsi fait-il d'une
allumelle d'oeufs, qui mesle les oeufs avec le frommage. Et pour ce l'en
doit premirement mettre les oeufs en la paelle, et mettre le frommage
dessus, et puis couvrir des bors des oeufs: et autrement se prendroient
 la paelle. Et quant vos herbes seront frites en la paelle, si donnez
forme quarre ou ronde  vostre arboulastre et la mengiez ne trop
chaude ne trop froide.

OEUFS PERDUS. Rompez l'escaille et gettez moieulx et aubuns sur
charbons ou sur brse bien chaude, et aprs les nettoyez et mengiez.

OEUFS HEAUMS. Cassez le bout et vuidiez l'aubun, et le moyeu
estant en la coquille, mettez et assez icelle coquille sur une tuille,
le trou de la coquille dessoubs.

ALUMELLE[1089] FRITE AU SUCRE.[un croix] Ostez tous
les aubuns et batez les moyeux, puis mettez du sucre en la paelle et
il se fondra, et aprs ce frisiez dedans vos aubuns, puis mettez en un
plat, et du sucre dessus.

OEUFS PERDUS. Prenez quatre moyeux d'oeufs et les batez, et du
sucre en pierre batu et en pouldre, et soit tout batu ensemble trs
bien, puis coul en l'estamine, puis frit au fer de la paelle et aprs
trenchi par losenges; puis avecques aultre allumelle d'oeufs pochs,
soient icelles losenges mises ou plat et fine pouldre par-dessus[1090].

POUR FAIRE BELLE ALLUMELLE D'OEUFS. Prenez sept oeufs et
des[1091] deux ostez les aubuns et les mettez en une escuelle, et tous
les autres cassez sur[1092] moyeux, et batez tout ensemble, et frisiez;
et ils seront jaunes.

_Aliter_, prenez dix ou douze oeufs et ostez les aubuns et batez les
moyeux, puis les frisiez en huille, et soient bien espandus en la
paelle et coupps par losenges, et chascune losenge retourne  la
palette ce dessoubs dessus, puis mettre en un plat demye allumelle
d'oeufs fris communment et quatre losenges de ces moyeux, et du succre
fris communment.

ARBOULASTRE EN TARTRE FAICTE EN LA PAELLE. Aiez vos oeufs et
herbes et une cloche de gingembre batues, mesles et broyes comme
devant est dit, puis aiez de la paste pestrie ainsi comme pour le fons
d'une tartre, et chauffez vostre paelle  huille ou autre gresse: puis
mettez vostre paste pestrie dedans le fons de la paelle, puis mettez la
farce de vostre tartre avec frommage gratuisi mesl parmi  souffisant
plant. Et pour ce que le dessoubs, c'est assavoir la paste qui fait
le fons de la tartre, seroit cuit avant que le dessus feust gures
eschauff, il convient avoir une autre paelle dont le fons soit bien
eschauff, torch et nettoy, et soit icelle paelle plaine de charbon
ardant, et la mettez par dedans l'autre paelle, prs et joignant de
la farce, pour icelle eschauffer et cuire  l'essuy[1093] et aussi 
ouni[1094] comme la paste.

OEUFS A LA TENOISIE[1095]. Broyez un petit de gingembre et de
la tenoisie, et allaiez de vinaigre, coulez et mettez en un plat et des
oeufs durs pels tous entiers.

_Nota_ DE LA NATURE DES OEUFS. Mettez-les cuire en eaue boulant
et le moyeu ne sera point dur, toutesvoies se vous ne les avez
moullis en eaue froide premirement: mais se vous les y avez moullis
et incontinent vous les mettez en potage boullant, ils durciront bien.
_Item_, se vous les mettez en eaue frmiant et les laissiez sur le feu,
ils seront tantost durs. _Item_, soient mols, soient durs[1096], si
tost qu'ils sont cuis, vous les mettez en eaue froide, ils seront plus
aisis  peler.


ENTREMS, FRITURES ET DORURES.

FROUMENTE[1097]. Premirement, vous convient monder vostre
froument ainsi comme l'en fait orge mond, puis sachiez que pour dix
escuelles convient une livre de froument mond, lequel on treuve
aucunes fois sur les espiciers tout mond pour un blanc[1098] la livre.
Eslisiez-le et le cuisiez en eaue ds le soir, et le laissiez toute
nuit couvert emprs le feu en eaue comme tide, puis le trayez et
eslisez. Puis boulez du lait en une paelle et ne le mouvez point, car
il tourneroit: et incontinent, sans attendre, le mettez en un pot qu'il
ne sente l'arain; et aussi, quant il est froit, si ostez la cresme de
dessus afin que icelle cresme ne face tourner la fourmente, et de
rechief faites boulir le lait et un petit de froument avec, mais qu'il
n'y ait gures de froument; puis prenez moyeux d'oeufs et les coulez,
c'est assavoir pour chascun sextier de lait un cent d'oeufs, puis prenez
le lait boulant, et batre les oeufs avec le lait, puis reculer le pot
et getter les oeufs, et reculer; et se l'en veoit qu'il se voulsist
tourner, mettre le pot en plaine paelle d'eaue. A jour de poisson,
l'en prend lait:  jour de char, du boullon de la char; et convient
mettre saffran se les oeufs ne jaunissent assez: _item_, demie cloche de
gingembre[1099].

FAULX GRENON. Cuisiez en eaue et en vin des foies et des
jugiers[1100] de poulaille, ou de char de veel, ou d'une cuisse de porc
ou de mouton, puis la hachiez bien menuement et friolez au saing de
lart: puis broyez gingembre, canelle, giroffle, graine, vin, vertjus,
boullon de beuf ou de celluy mesmes, et des moyeux grant foison, et
coulez dessus vostre char, et faites bien boulir ensemble. Aucuns y
mettent du saffran, car il doit estre sur jaune couleur, et aucuns y
mettent pain harl, broy et coul, car il doit estre liant et d'oeufs
et de pain, et si doit estre aigre de vertjus. Et au drcier, sur
chascune escuelle, pouldrez pouldre de canelle[1101].

MORTEREUL est fait comme faulx grenon, sauf tant que la char
est broye ou mortier avec espices de canelle: et n'y a point de pain,
mais pouldre de canelle pardessus.

TAILLIS  servir comme en karesme. Prenez fins roisins, lait
d'amandes bouli, eschauds, galettes et croutes de pain blanc et pommes
couppes par menus morceaulx quarrs, et faites boulir vostre lait, et
saffren pour lui donner couleur, et du succre, et puis mettez tout
ensemble tant qu'il soit bien liant pour tailler[1102]. L'en en sert en
karesme en lieu de riz.

POUCINS FARCIS. Il convient souffler un poucin quant il est
tout vif, et est souffl par le col; puis liez le col et laissiez
mourir: puis eschaud, plum, effondr, reffait et farcy.

_Item_, autrement, quant il est du tout appareilli pour mettre en
broche, par endroit le pertuis l o l'en l'a effondr, l'en luy
dessevre[1103] au doit la pel de la char, puis l'en le farcist au bout
du doit, et recoust-l'en  sourget[1104], endroit le trou, la pel avec
la char, et met-l'en en broche.

Et _nota_ que la farce est faite de percil et un petit de sauge avec
oeufs durs et beurre, tout hachi ensemble, et mettre parmi pouldre fine
avec. A chascun poucin convient trois oeufs, blanc et tout.

POUR ENGRESSER POUCINS, mettez-les en orbe[1105] lieu, et leur
nettoiez leur auget ou abeuvrouer neuf fois ou dix le jour, et leur
donnez  chascune fois nouvelle paisson, et fresche et nouvelle eaue;
c'est assavoir pour paisson, avoine batue que l'en doit dire _gruyau
d'avoine_, destremp en lait ou matons[1106] de lait un petit; et aient
le pi sec jusques  neuf jours.

POUR ENGRESSER UNE O EN TROIS JOURS, paissez-la de mie de
pain chault tremp en matons ou lait maigre[1107].

POUR FAIRE PERDRIAULX DE POUCINS, il convient avoir petites
poulettes, et les tuer un ou deux jours devant, puis appareillier, et
copper les jambes et les cols, oster les charcois[1108] et getter hors,
rompre la granche[1109], et pousser les cuisses pour faire la char plus
courte, puis boutonner et rostir, et mengier au sel comme perdriaulx.

POULAILLE FARCE AUTREMENT[1110]. Prenez vos poulles et
leur couppez le gavion, puis les eschaudez et plumez, et gardez que
au plumer la peau ne soit dessire; puis les reffaites en eaue, puis
prenez un tuel et le boutez entre cuir et char, et le[1111] soufflez:
puis le[1111] fendez entre deux espaules et n'y faictes pas trop grant
trou, et en tirez hors les charcois, et le[1112] laissiez  sa peau les
cuisses, les esles, le cul[1113]  tout la teste et pis. Et pour faire
la farce, prenez char de mouton, de veel et de porc et du braon[1114]
des poulles; hachiez tout ensemble tout cru, puis le broyez en un
mortier, et des oeufs tous crus avec et de bon fromage de gain[1115] et
de bonne pouldre d'espices et bien pou de saffren, et saler  point.
Puis emplez vos poulles et ce trou soit recousu[1116], et du remenant
de vostre farce faites-en pommes ainsi comme pasteaulx de gude[1117],
et mettez cuire en boullon de beuf ou en belle eaue[1118] boulant, et
du saffran grant foison, et qu'il ne boulle pas trop fort qu'ils ne se
despicent; puis les enhastez en une broche bien dlie. Et pour les
dorer, prenez grant foison de moieux d'oeufs et les batez bien en un pou
de saffren broy avec, et les en dorer; et qui veult dorer vert, si
broye la verdure et puis des moyeux d'oeufs grant foison bien batus et
passs par l'estamine pour la verdure, et en dorer poulaille quant elle
sera cuite et vos pommes. Et drciez vostre broche ou vaissel o vostre
doreure sera, et gettez tout au long vostre doreure, et remettez au feu
par deux fois ou par trois, afin que vostre doreure se preingne; et
gardez que vostre doreure n'ait pas trop grant[1119] feu afin qu'elle
ne arde.

RIS ENGOUL  jour de mengier char. Eslisez-le et le lavez en
deux ou en trois paires d'eaues chaudes, et mettez ressuer sur le feu,
puis le mettez en lait de vache frmiant, et broyez du saffran pour
le jaunir: deffait de vostre lait, et puis mettez dedans du gras du
boullon de beuf[1120].

_Aliter_, RIS. Eslisez-le et le lavez en deux ou trois paires
d'eaues chaudes tant que l'eaue reviengne toute clre, puis le faites
ainsi comme demy cuire, puis le purez et mettez sur tranchouers en
plas pour esgouter et schier devant le feu: puis cuisiez bien espois
avec l'eaue de la gresse de la char de beuf et avec du saffran, se
c'est  jour de char: et se c'est  jour de poisson, n'y mettez pas
eaue de char, mais en ce lieu mettez amandes bien forment broyes et
sans couler; puis succrer et sans saffren.

POUR FAIRE UNE FROIDE SAUGE, prenez vostre poulaille et mettez
par quartiers, et la mettez cuire en eaue avec du sel, puis la mettez
reffroidier: puis broyez gingembre, fleur de canelle, graine, giroffle,
et broyez bien sans couler; puis broyez du pain tremp en l'eaue des
poucins, percil le plus, sauge et un pou de saffren en la verdure pour
estre vertgay, et les coulez par l'estamine, (et aucuns y coulent[1121]
des moyeux d'oeufs durs) et deffaites de bon vinaigre: et icelles
deffaites, mettez sur vostre poulaille, et avec et pardessus icelle
poulaille mettez des oeufs durs par quartiers et gettez vostre sausse
pardessus tout.

_Aliter_, prenez le poucin et le plumez, puis le mettez boulir et du
sel tant qu'il soit cuit, puis l'ostez et le mettez par quartiers
reffroidier: puis mettez cuire des oeufs durs en l'eaue, et mettez du
pain tremper en vin et vertjus ou vinaigre, et autant de l'un comme de
l'autre; puis prenez du percil et de la sauge, puis broyez gingembre,
graine, et coulez par l'estamine, et coulez les moyeux d'oeufs et mettez
des oeufs durs par quartiers dessus les poucins, et puis mettez vostre
sausse pardessus.

SOUS DE POURCELET se fait ainsi comme d'une froide sauge,
sans y mettre nuls oeufs et point de sauge ne de pain. Il est fait du
groing, des oreilles, de la queue, des jarrets cours[1122], et des
quatre trotignons[1123] bien cuis et trs bien plums, puis mis en
sausse de percil broy, vinaigre et espices.

POTAGE PARTI OU[1124] FAULX GRENON.[un croix] Prenez
une cuisse de mouton ou foies et jugiers de poulailles, et les mettez
cuire trs bien en eaue et en vin, et les tranchez comme quarrs: puis
broyez gingembre, canelle, giroffle et un pou de saffren et graine de
paradis, et deffaites de vin et de vertjus, du bouillon de char, (de
celluy mesmes ou de la char  cuire[1125],) et puis ostez du mortier;
puis aiez pain haz[1126] tremp en vin et vertjus, broyez trs bien,
et aprs ce le passez par l'estamine, et faictes tout boulir ensemble,
puis prenez la char et la frisiez au lart et la gettez dedans, et
prenez dedens[1127] moieux d'oeufs passs par l'estamine, et gettez
dedans pour lier. Et aprs drciez par escuelles, et gettez dessus
pouldre de canelle et sucre: c'est assavoir gettez sur la moiti de
l'escuelle et non sur l'autre; et l'apelle-l'en _Potage parti_[1128].

FLAONS EN KARESME. Affaitiez et estauvez anguilles:
cuisiez-les aprs en si chaude eaue que vous en puissiez oster la char
sans les arestes, et laissiez aussi la teste et la queue, et ne prenez
que la char; et broyez du saffren ou mortier, puis broyez dessus
la char de l'anguille, destrempez de vin blanc, et de ce faites vos
flaons; et succrez pardessus.

_Item_, flaons ont saveur de frommage quant l'en les fait de laittences
de lus, de carpes, amandes ou amidon broys, et du saffren destremp de
vin et de sucre foison dessus.

_Item_, se font de char de tanches, lus, carpes, et amidon, saffran,
deffait de vin blanc et succre dessus.

TARTE JACOBINE. Prenez des anguilles et les eschaudez et
trononnez par petis tronons qui n'aient que demy doit d'espois, et
prenez de la cloche[1129], du frommage de gain[1130] esmi, et puis
cela soit port au four et que l'en face une tarte, et que l'en pouldre
du frommage au fons, et puis que l'en mette l'anguille debout, et puis
du frommage un lit, et puis un lit de cols[1131] d'escrevices, et
tousjours, tant comme chascun durera, un lit d'un et un lit d'autre. Et
puis boulez du lait, et puis boulez[1132] du saffran et du gingembre,
graine, giroffle, et puis destrampez du lait, et puis mettez dedans la
tartre quant elle aura est un pou au four, et mettez du sel dedans le
lait, et qu'elle ne soit point couverte; et pongnez[1133] les pis des
escrevices, et faites un joly couvescle  par soy[1134], pour mettre
dessus quant elle sera cuite.

AUTRE TARTRE. _Nota_ que de la farcissure d'un cochon
peut-l'en faire une tartre couverte, et que la farce soit bien faite.

POUR FAIRE UNE TOURTE, prenez quatre pongnes de bettes, deux
poignes de percil, une pongne de cerfueil, un brain de fanoil et deux
pongnes d'espinoches[1135], et les eslisez et lavez en eaue froide,
puis hachiez bien menu: puis broyez de deux paires de frommages, c'est
assavoir du mol et du moen, et puis mettez des oeufs avec ce, moyeu et
aubun, et les broyez parmi le frommage; puis mettez les herbes dedans
le mortier et broyez tout ensemble, et aussi mettez-y de la pouldre
fine. Ou en lieu de ce aiez premirement broy ou mortier deux cloches
de gingembre, et sur ce broyez vos frommages, oeufs et herbes, et puis
gettez du vieil frommage de presse[1136] ou autre gratuis[1137] dessus
celles herbes, et portez au four, et puis faites faire une tartre et la
mengez chaude.

POUR FAIRE QUATRE PLATS DE GELE DE CHAR, prenez un cochon et
quatre pis de veau et faites plumer deux poucins et deux lappereaulx
tous meigres, et fault oster la gresse, et seront fendus tout au long
tous crus, except le cochon qui est par morceaulx: et puis mettez en
une paelle trois quartes de vin blanc ou claret, une pinte de vinaigre,
une chopine de vertjus, faictes boulir et escumer fort; puis mettez
dedans en un petit drapelet dli le quart d'une once de saffran
pour donner couleur ambrine, et faictes boulir char et tout ensemble
avec un pou de sel; puis prenez dix ou douze cloches de gingembre
blanc[1138] ou cinq ou six cloches de garingal, demie once de graine de
paradis, trois ou quatre pices de folium de macis, pour deux blans,
citoual[1139]: cubebbes[1140], espic[1141] pour trois blans: fueilles
de lorier, six nois muguettes; puis les escachiez en un mortier et
mettez en un sachet et mettez boulir avec la char tant qu'elle soit
cuite, puis la traiez et mettez scher sur une nappe blanche, puis
prenez pour le meilleur plat les pis, le groin et les oreilles: et
du remenant aux autres. Puis prenez une belle touaille[1142] sur deux
tresteaux, et versez tout vostre chaudeau dedans, except les espices
que vous osterez, et mettez couler pour potage, et ne la remuez point
afin qu'elle reviengne plus clre. Mais s'elle ne couloit bien, si
faites feu d'une part et d'autre pour la tenir chaude pour mieulx
couler, et la coulez avant deux ou trois fois qu'elle ne soit bien
clre[1143], ou parmi une nappe en trois doubles. Puis prenez vos plas
et drciez vostre char dedans, et aiez des escrevices cuites, dont vous
mettrez dessus votre char des cuisses et la queue; de vostre gele,
laquelle sera rchauffe, versez tant dessus la char que la char baigne
et soit couverte dedans, car il n'y doit avoir que un petit de char,
puis mettre une nuit refroidier en la cave, et au matin poigniez dedans
clos de giroffle et fueilles de lorier et fleur de canelle, et semez
anis vermeil. _Nota_ que pour la faire prendre en deux heures, il
convient avoir graine de coings, philicon[1144] et gomme de cerisier,
et tout ce faire conquasser et mettre en un sac de toile boulir avec
la char.

_Item_,  jour de poisson, l'en fait gele comme dessus, de lus, de
tanches, de bresmes, d'anguilles, d'escrevices et de loche. Et quant
le poisson est cuit, l'en le met essuier et scher sur une belle nappe
blanche, et le peler et nettoier trs bien, et getter les peleures ou
bouillon.

_Item_, POUR FAIRE GELE BLEUE, prenez dudit boullon, soit
poisson ou char, et mettez en une belle paelle et faites boulir encores
sur le feu, et prenez sus un espicier deux onces de tournesot[1145] et
le mettez boulir avec tant qu'il ait bonne couleur, puis l'espraingnez
et ostez: et puis prenez une pinte de loche[1146] et le cuisiez autre
part, et eschaudez la loche en vos plats, et laissiez couler le boullon
comme dessus, et laissiez refroidier. _Item_, de ce mesmes se fait un
bleu. Et se vous voulez faire armoirie dessus la gele, prenez or ou
argent, lequel que mieulx vous plaira, et de l'aubun d'un oeuf tracez 
une plumette, et mettez de l'or dessus  une pincette.

_Aliter_, POUR VINT PLAS DE GELE convient dix lappereaulx
meigres, dix poucins meigres, une chopine de loche qui peut valoir
trois sols: un cent d'escrevices qui ne soient pas de Marne, six sols:
un cochon meigre, trois sols huit deniers; (et combien qu'il soit
meigre, encores convient-il oster la gresse d'entre la couenne et
la char, et faire petis morceaulx quarrs,) trois espaules de veau,
quatre sols: huit quartes de vin pour cuire le veau tout en vin, deux
quartes de vinaigre: demie aulne de toile de lin, deux sols. _Item_, il
convient cuire le veel tout en vin et vinaigre, et escumer et mettre
du sel dedans, puis traire[1147], et cuire les lappereaulx et poucins,
et escumer, et mettre la moiti du lorier et mettre du saffren en une
toile ou sachet pour cuire avec: aussi mettre les espices bien petit
moulues ou mortier de pierre; et quant tout est cuit, si le faictes
couler parmy l'estamine et toile, et regetter tant qu'il soit bien
cler; puis cuisiez la loche d'une part et les escrevisses d'autre, et
prenez les queues des escrevisses, et faites vos plats chascun de demy
lappereau, demy poucin, six loches et quatre[1148] queues d'escrevices;
et les mettez en la cave ou celier, et assez vos plats bien drois, et
gettez vostre gele dessus et l'emplez bien. Et le lendemain[1149],
mettez sur chascun plat violette blanche, grenade et drage vermeille
et quatre fueilles de lorier.

UNE ANDOUILLE D'EST. Prenez une fressure d'aignel ou chevrel
et ostez la taye, et le remenant cuisiez en eaue et un petit de sel:
et quant elle sera cuite, si la hachez bien menu ou broyez, puis ayez
six moyeux d'oeufs et pouldre fine, une cuillier d'argent, et hatez tout
ensemble en une escuelle; puis mettez et meslez vostre fressure avec
vos moyeux d'oeufs et pouldre, puis estendez tout sur la coiffe ou taye,
et entortilliez en guise d'andouille, puis liez de fil laschement du
long, et puis au travers bien dru; et puis rostir sur le greil, puis
ostez le fil et servir. _Vel sic_: faites-en pommettes, c'est assavoir
de la taye mesmes, et icelles pommettes frisiez en sain de porc doulx.

POMMEAULX. Prenez d'un cuissot de mouton le meigre tout cru,
et autant de la cuisse de porc meigre: soit tout ensemble hachi bien
menu, puis broyez ou mortier gingembre, graine, giroffle, et mettez en
pouldre sur vostre char hache, et puis destrempez d'aubun et non pas
du moyeu; puis paumoyez[1150] aux mains les espices et la char toute
crue en luy donnant forme de pomme, puis quant la forme est bien faite,
l'en les met cuire en l'eaue avec du sel, puis les ostez, et ayez de
broches de couldre[1151] et les embrochiez et mettez rostir; et quant
ils se roussiront, ayez percil broy et pass par l'estamine et de la
fleur[1152] mesle ensemble, ne trop cler ne trop espois, et ostez vos
pommeaulx de dessus le feu et mettez un plat dessoubs, et en tournant
la broche sur le plat, oingnez vos pommeaulx, puis mettez au feu tant
de fois que les pommeaulx deviennent[1153] bien vers.

RENOULLES[1154]. Pour les prendre, aiez une ligne et un ameon
avec esche[1155] de char ou d'un drap vermeil, et icelles renoulles
prises, couppez-les  travers parmi le corps emprs les cuisses et
vuidiez ce qu'il y sera emprs le cul, et prenez desdictes renoulles
les deux cuisses, coupez les pis, et lesdites cuisses pelez toutes
crues, puis aiez eaue froide et les lavez; et se les cuisses demeurent
une nuit en eaue froide, de tant sont-elles meilleurs et plus tendres.
Et ainsi trempes, soient laves en eaue tide, puis mises et essuites
en une touaille; lesdictes cuisses, ainsi laves et essuites, soient
en farine touilles, _id est_ enfarines, et puis frites en huille,
sain ou autre liqueur, et soient mises en une escuelle et de la pouldre
dessus[1156].

LIMASSONS que l'en dit _escargols_, convient prendre  matin.
Prenez les limassons jeunes, petis, et qui ont coquilles noires, des
vignes ou des seurs[1157], puis les lavez en tant d'eaue qu'ils ne
gettent plus d'escume: puis les lavez une fois en sel et vinaigre et
mettez cuire en eaue. Puis il vous convient traire iceulx limassons de
la coquerette au bout d'une espingle ou aguille, et puis leur devez
oster leur queue, qui est noire, car c'est leur m..de; et puis laver,
mettre cuire et boulir en eaue, et puis les traire et mettre en un
plat ou escuelle,  mengier au pain. Et aussi dient aucuns qu'ils sont
meilleurs fris en huille et oignon ou autre liqueur aprs ce qu'ils
sont ainsi cuis que dit est dessus, et sont mengis  la pouldre, et
sont pour riches gens[1158].

PASTS NORROIS sont fais de foie de morue et aucunes fois
du poisson hachi avec. Et fault premirement un petit pourboulir,
puis hacher, et mis en petis pasts de trois deniers pice et de la
pouldre fine pardessus. Et quant le pasticier les apporte non cuis ou
four, sont fris tous entiers en huille et c'est  jour de poisson; et
 jour de char, l'en les fait de mouelle de beuf qui est reffaite,
c'est  dire que l'en met icelle mouelle dedans une cuillier perce,
et met-l'en icelle cuillier perce avec la mouelle dedans le bouillon
du pot  la char, et l'y laisse-l'en autant comme l'en laisseroit un
poucin plum en l'eaue chaude pour reffaire; et puis la met-l'en en
eaue froide, puis couppe-l'en la mouelle et arrondist-l'en comme gros
jabets[1159] ou petites boulettes, puis porte-l'en au pasticier qui les
met quatre et quatre ou trois en un past et de la pouldre fine dessus.
Et sans cuire ou four sont cuis en sain.

Et qui en veult faire _buignets de mouelle_, convient la reffaire en la
manire[1160], puis prendre de la fleur et des moyeux d'oeufs et faire
le[1161] paste, prendre chascun morcel de mouelle et frire au sain. Des
buignets qurez le remenant.


AUTRES ENTREMS.

LAIT LARD. Prenez lait de vache ou de brebis et mettez
fremier sur le feu, et gettez des lardons et du saffran: et aiez oeufs,
_scilicet_ blanc et moyeux, bien batus, et gettez  ung coup, sans
mouvoir, et faites boulir tout ensemble, et aprs l'ostez hors du feu
et laissiez tourner; ou, sans oeufs, le fait-l'en tourner de vertjus.
Et quant il est refroidi, l'en le lie bien fort en une pice de toile
ou estamine et luy donne-l'en quelque forme que l'en veult, ou plate
ou longue et chargi d'une grosse pierre laissiez reffroidier sur un
drouer toute nuit, et l'endemain lachi et frit au fer de la paelle,
et se frit de luy mesmes sans autre gresse[1162], ou  gresse qui
veult; et est mis en plas ou escuelles comme lesche de lart, et lard
de giroffle et de pignolat. Et qui le veult faire vert, si preigne du
tournesol.

RISSOLLES A JOUR DE POISSON. Cuisiez chastaingnes  petit feu
et les pelez, et aiez durs oeufs et du frommage pel et hachez tout bien
menu; puis les arrousez d'aubuns d'oeufs, et meslez parmy pouldre et
bien petit de sel dli, et faites vos rissoles, puis les frisiez en
grant foison d'uille et succrez.

Et _nota_, en karesme, en lieu d'oeufs et frommage, mettez merlus et
escheroys cuis, bien menu hachis, ou char de brochers ou d'anguilles,
figues et dates haches.

_Item_, au commun[1163], l'en les fait de figues, roisins, pommes
hastes et noix peles pour contrefaire le pignolat, et pouldre
d'espices: et soit la paste trs bien ensaffrene, puis soient frites
en huille. S'il y convient lieure[1164], amidon lie et ris aussi.
_Item_, char de langouste de mer y est bonne en lieu de char.

RISSOLLES EN JOUR DE CHAR sont en saison depuis la Saint
Remy[1165]. Prenez un cuissot de porc, et ostez toute la gresse qu'il
n'y en demeure point, puis mettez le meigre cuire en un pot et du sel
largement: et quant elle sera presque cuite, si la traiez et aiez oeufs
durs cuis, et hachiez aubun et moyeu, et d'autre part hachiez vostre
grain bien menu, puis meslez oeufs et char tout ensemble, et mettez
pouldre dessus, puis mettez en paste et frisiez au sain de luy mesmes.
Et _nota_ que c'est propre farce pour cochon; et aucunes fois les queux
l'achetent des oubloiers[1166] pour farcir cochons: mais toutesvoies,
 farcir cochon, il est bon de y mettre bon vieil frommage.

_Item_,  la court des seigneurs comme Monseigneur de Berry, quant l'en
y tue un beuf, de la mouelle l'en fait rissolles[1167].

CRESPES. Prenez de la fleur et destrempez d'oeufs tant moyeux
comme aubuns, ost le germe, et le deffaites d'eaue, et y mettez du sel
et du vin, et batez longuement ensemble: puis mettez du sain sur le
feu en une petite paelle de fer, ou moiti sain ou[1168] moiti beurre
frais, et faites[1169] fremier; et adonc aiez une escuelle perce d'un
pertuis gros comme vostre petit doit, et adonc mettez de celle boulie
dedans l'escuelle en commenant ou milieu, et laissiez filer tout
autour de la paelle; puis mettez en un plat, et de la pouldre de succre
dessus[1170]. Et que la paelle dessusdite de fer ou d'arain tiengne
trois choppines, et ait le bort demy doy de hault, et soit aussi large
ou dessus comme en bas, ne plus ne moins; et pour cause.

CRESPES A LA GUISE DE TOURNAY. _Primo_, il vous convient avoir
fait provision d'une paelle d'arain tenant une quarte, dont la gueule
ne soit point plus large que le fons, se trs petit non, et soient les
bors de hauteur quatre doie ou trois doie et demye largement. _Item_,
convient estre garni de beurre sal, et fondre, escumer et nettoier,
et puis verser en une autre paelle, et laissier tout le sel et de
sain frais bien net autant de l'un comme de l'autre. Puis prenez des
oeufs et les frisiez, et de la moiti d'iceulx ostez les aubuns, et
le remenant d'iceulx soient batus avec tous les aubuns et moieux,
puis prenez le tiers ou le quart de vin blanc tide, et meslez tout
ensemble: puis prenez la plus belle fleur de fourment que vous pourrez
avoir, et puis batez ensemble tant et tant, comme  l'ennuy d'une ou
de deux personnes, et ne soit vostre paste ne clre ne espoisse, mais
telle qu'elle se puisse lgirement couler parmi un pertuis aussi
gros comme un petit doy; puis mettez vostre beurre et vostre sain sur
le feu ensemble, autant d'un comme d'autre, tant qu'il bouille, puis
prenez vostre paste et emplez une escuelle ou une grant cuillier de
bois perce, et filez dedans vostre gresse, premirement ou milieu
de la paelle, puis en tournyant jusques  ce que vostre paelle soit
plaine; et que l'en bate tousjours vostre paste sans cesser pour faire
des autres crespes. Et icelle crespe qui est en la paelle convient
soubslever  une brochette ou fuisel[1171], et tourner ce dessus
dessoubs pour cuire, puis oster, mettre en un plat, et commencier 
l'autre; et que l'en ait tousjours meu et batu la paste sans cesser.

PIPEFARCES. Prenez des moyeux d'oeufs et de la fleur et du
sel, et un pou de vin, et batez fort ensemble, et du frommage tranchi
par lesches, et puis toulliez[1172] les lesches de frommage dedans la
paste, et puis la frisiez dedans une paelle de fer et du sain dedens.
Aussi en fait-l'en de mouelle de beuf.

UNE ARBOULASTE[1173] DE CHAR POUR QUATRE
PERSONNES.[un croix] Se vous avez fait tuer un chevrel, vous povez
faire assiette[1174] de la pance, mulette ou caillette, saultier, etc.,
au jaunet avec du lart et du foie, mol, fressure et autres trippes.
Cuisez-les trs bien en eaue, puis les hachiez  deux cousteaulx comme
pore, et[1175] faites hachier au pasticier trs bien menus, ou broyez
ou mortier avec sauge ou mente, etc., comme dessus.

_Nota_ que du chevrel les boyaulx ne sont point laissis avec la
fressure comme ils sont laissis avec la fressure du porc; la raison
est car les boyaulx du porc sont larges et se pevent laver, retourner
et renverser  la rivire, et les boyaulx de chevrel, non; mais toutes
les autres choses y sont laissies comme au porc, _scilicet_ la teste,
le gosier et le col, le foie, le mol ou pomon, car c'est tout un, la
rate menue et le cuer. Et tout ensemble est appell fressure: et autel
de porc[1176].

_Item_, quant l'en parle des hastelets de chaudun[1177] de porc que
l'en mengue en Juillet, qui sont lavs en sel et en vinaigre, ce sont
les boyaulx qui sont gras, qui sont tranchs par lopins de quatre doie
de long, et mengis au vertjus nouvel.

ESCHEROYS[1178] les plus nouveaulx mis hors de terre et frais
tirs, cueillis en Janvier, Fvrier, etc., sont les meilleurs; et sont
les plus frais congneus  ce que au plaier ils se rompent, et les
viels tirs hors de terre se ployent. Il les convient rere et oster le
mauvais au coustel comme on fait les navets, puis les convient laver
trs bien en eaue tide, puis pourboulir un petit, puis les mettre
essuier sur une touaille, puis enfleurer[1179], puis frire, puis
drcier par petis platelets arrangement, et mettre du succre dessus.

_Item_, qui en veult faire pasts, il les convient faire comme dessus
jusques au frire, et lors les mettre en past, rompus en deux les trop
longs, et au lieu du succre dont dessus est parl, convient mettre
figues couppes par menus morceaulx et des roisins avec.

BUIGNETS D'OEUVES[1180] DE LUS.[un croix] Il convient
mettre les oeuves en eaue et avec du sel, et bien cuire: laissier
refroidier, puis mettre par morceaulx et envelopper en paste et oeufs,
et frire  l'uille.


SAULCES NON BOULIES.

MOUSTARDE. Se vous voulez faire provision de moustarde pour
garder longuement, faites-la en vendenges de moulx doulx. Et aucuns
dient que le moust soit bouly. _Item_, se vous voulez faire moustarde
en un village  haste, broyez du senev en un mortier et deffaites de
vinaigre, et coulez par l'estamine; et se vous la voulez tantost faire
parer[1181], mettez-la en un pot devant le feu. _Item_, et se vous la
voulez faire bonne et  loisir, mettez le senev tremper par une nuit
en bon vinaigre, puis le faites bien broyer au moulin, et bien petit 
petit destremper de vinaigre: et se vous avez des espices qui soient de
remenant de gele, de clar, d'ypocras on de saulces, si soient broyes
avec, et aprs la laissier parer.

VERTJUS D'OZEILLE. Broyez l'ozeille trs bien sans les
bastons, et deffaites de vertjus vieil blanc, et ne coulez point
l'ozeille, mais soit bien broye; _vel sic_: broyez percil et ozeille
ou la feuille du bl. _Item_ du bourgon de vigne, c'est assavoir jeune
bourgon et tendre, sans point de tuyau.

CAMELINE. _Nota_ que  Tournay, pour faire cameline, l'en
broy gingembre, canelle et saffren et demye noix muguette: destremp
de vin, puis ost du mortier; puis aiez mie de pain blanc, sans bruler,
tremp en eaue froide et broyez au mortier, destrempez de vin et
coulez, puis boulez tout, et mettez au derrain du succre roux: et ce
est cameline d'yver. Et en est la font autelle, mais elle n'est point
boulie.

Et  vrit,  mon goust, celle d'iver est bonne, mais en[1182] est
trop meilleure celle qui s'ensuit: broyez un pou de gingembre et foison
canelle, puis ostez, et aiez pain haz[1183] tremp ou chappeleures
foison en vinaigre broyes et coules.

_Nota_ que trois diffrences sont entre gingembre de mesche et
gingembre coulombin. Car le gingembre de mesche a l'escorce plus brune,
et si est le plus mol  trenchier au coustel et plus blanc dedans que
l'autre; _item_, meilleur et tousjours plus cher[1184].

Le garingal qui est le plus vermeil violet en la taille, est le
meilleur[1185].

Des noix muguettes les plus pesans sont les meilleurs et les plus
fermes en la taille. Et aussi le garingal pesant et ferme en la taille,
car il y en a de heudry[1186], pourry et lgier comme mort bois; celluy
n'est pas bon, mais celluy qui est pesant et ferme contre le coustel
comme le noyer[1187], celluy est bon.

AULX CAMELINS POUR RAYE. Broyez gingembre, aulx et croustes
de pain blanc trempes en vinaigre, ou pain ars, et deffaites de
vinaigre; et se vous y mettez du foye il en vauldroit mieulx.

SAULCE D'AULX BLANCHE OU VERTE POUR OISONS OU BEUF. Broyez
une doulce[1188] d'aulx et de la mie de pain blanc sans bruler, et
destrempez de vertjus blanc; et qui la veult verte pour poisson, si
broye du percil et de l'ozeille ou de l'un d'iceulx ou rommarin[1189].

AULX MOUSSUS A HARENS FRAIS. Broyez les aulx sans peler, et
soient pou broys et deffais de moust, et drciez  toutes les peleures.

SAULCE VERT D'ESPICES. Broyez trs bien gingembre, clo,
graine, et ostez du mortier: puis broyez percil ou salemonde[1190],
ozeille, marjolaine, ou l'un ou les deux des quatre, et de la mie de
pain blanc tremp en vertjus, et coulez et rebroyez trs bien, puis
recoulez et mettez tout ensemble et assavourez de vinaigre.

_Nota_ que c'est bon _souci_, mais qu'il n'y ait pain.

_Nota_ que pour toutes espices, pluseurs n'y mettent fors des fueilles
de rommarin.

UN SOUCI VERGAY A GARDER POISSON DE MER. Prenez percil,
sauge, sanemonde, vinaigre, et coulez; mais avant aiez broy coq,
ysope, ozeille, toute[1191], marjolaine, gingembre, fleur de canelle,
poivre long, giroffle, graine, et ost hors du mortier, et mettez
dessus vostre poisson quant tout sera pass; et soit vergay. Et aucuns
y mettent sanemonde  toute la racine.

_Nota_ que le mot _souci_[1192] est dit de _soux_ pour ce qu'il est
fait comme soux de pourcel.

Pour poisson d'eaue doulce ainsi se fait chaudum, fors tant que l'en
n'y met nulles herbes, et en lieu d'herbes, l'en y met saffren et noix
muguettes et vertjus, et doit estre fin jaune et bouly, et mis tout
chault sur le poisson froit.

Au brochier, taillez au travers et rostis sur le greil.

La saulce d'un chappon rosti est de le despescier par membres, et
mettre sur les jointes du sel et du vertjus, et le tiers vin blanc ou
vermeil; et poucer[1193] fort comme un poucin.

_Item_, en est, la saulce d'un poucin rostis est moiti vinaigre,
moiti eaue rose, et froissi, etc. _Item_, le jus d'orenge y est bon.


SAULCES BOULIES.

_Nota_, que en Juillet le vertjus vieil est bien foible et le verjus
nouvel est trop vert: et pour[1194] ce, en vendenges, le vertjus
entremell moiti vieil moiti nouvel est le meilleur. _Item_, en
potage, l'en deffoiblist de pure, mais en Janvier, Fvrier, etc., le
nouvel est le meilleur.

CAMELINE A LA GUISE DE TOURNAY, qurez ou chappitre
prcdent[1195].

POIVRE JAUNET OU AIGRET. Prenez gingembre, saffren, puis
preingne-l'en pain rosty deffait d'eaue de char, (et encores vault
mieux la meigre eaue[1196] de choulx,) puis boulir, et au boulir mettre
le vinaigre.

POIVRE NOIR[1197]. Prenez clou de giroffle et un pou de
poivre, gingembre, et broyez trs bien: puis broyez pain ars destremp
en meigre eaue de char ou en meigre eaue de choulx qui mieulx vault,
puis soit bouly en une paelle de fer, et au boulir soit mis du
vinaigre; puis mettez en un pot au feu pour tenir chault. _Item_,
pluseurs y mettent de la canelle.

GALENTINE POUR CARPE. Broyez saffren, gingembre, giroffle,
graine, poivre long et noix muguettes, et deffaictes de la grasse eaue
en quoy la carpe aura cuit, et y mettez vertjus, vin et vinaigre;
et soit li d'un petit de[1198] pain haz trs bien broy, et sans
couler, (jsoit-ce que le pain coul fait plus belle saulce,) et soit
tout bouly et gett sur le poisson cuit, puis mis en plats. Et est
bon reschauff ou plat sur le gril, meilleur que tout froit. _Nota_
qu'elle est bonne et belle sans saffren; et _nota_ qu'il souffist que
en chascun plat ait deux tronons de carpe et quatre gougons fris.

LE SAUPIQUET POUR CONNIN OU POUR OISEAU DE RIVIRE OU COULON
RAMIER. Frisiez oignons en bon sain, ou vous les mincez et mettez
cuire en la leschefrite avec eaue de beuf, et n'y mettez vertjus ne
vinaigre jusques au boulir: et lors mettez moiti vertjus moiti vin et
un petit de vinaigre, et que les espices passent. Puis prenez moiti
vin moiti vertjus et un petit de vinaigre, et mettez tout en la
leschefrite dessoubs le connin, coulon ou oisel de rivire; et quant
ils seront cuis, si boulez la saulce, et aiez des tostes[1199] et
mettez dedens avec l'oisel.

CALIMAFRE OU SAULCE PARESSEUSE. Prenez de la moustarde et de
la pouldre de gingembre et un petit de vinaigre, et la gresse et l'eaue
de la carpe, et boulez ensemble: et se vous voulez faire ceste saulce
pour un chappon, ou lieu que l'en met la gresse et l'eaue de la carpe,
mettez vertjus, vinaigre et la gresse du chappon.

JANCE DE LAIT DE VACHE. Broyez gingembre, moyeux d'oeufs sans
le germe, et soient crus passs par l'estamine avec lait de vache: ou
pour paour de tourner, soient les moyeux d'oeufs cuis, puis broys et
passs par l'estamine; deffaictes de lait de vache, et faites bien
boulir[1200].

JANCE A AULX. Broyez gingembre, aulx, amandes, et deffaites de
bon vertjus et puis boulez; et aucuns y mettent le tiers de vin blanc.

JANCE se fait en ceste manire: prenez amandes, mettez en eaue
chaude, pelez, broyez, et du gingembre deux cloches aussi; ou y mettez
de la pouldre, un pou d'aulx, et du pain blanc, pou plus que d'amandes,
qui ne soit point brl, destremp de vertjus blanc et le quart de vin
blanc: couler, puis faire trs bien boulir, et drcier par escuelles.
Et en doit-l'en plus drcier que d'autre saulce[1201].

UNE POITEVINE. Broyez gingembre, giroffle, graine et des
foies, puis ostez du mortier: puis broyez pain brl, vin et vertjus et
eaue, de chascun le tiers, et faictes boulir, et de la gresse du rost
dedans, puis versez sur vostre rost ou par escuelles[1202].

MOUST POUR HTOUDEAUX. Prenez roisins nouveaulx et noirs, et
les escachiez[1203] ou mortier, et boulez un bouillon, puis coulez par
une estamine: et lors gettez dessus pouldre, petit de gingembre et plus
de canelle, ou de canelle seulement _quia melior_, et meslez un petit
 une cuillier d'argent, et gettez croustes ou pain broy ou oeufs ou
chastaignes, pour lier, dedans: du succre roux, et drciez.

(_Item_,  ce propos, sachiez que _Arquenet_[1204] est espice qui rent
rouge couleur et est aussi comme garingal; et la convient tremper en
vin et en l'eaue de la char, puis broyer.)

_Item_, et qui veult faire ce moust ds la Saint Jehan et avant que
l'en treuve aucuns roisins, faire le convient de cerises, merises,
guines, vin de meures, avec pouldre de canelle, sans gingembre, se
petit non, boulir comme dessus, puis mettre du succre dessus[1205].

_Item_, et aprs ce que l'en ne treuve nuls roisins, _scilicet_ en
Novembre, l'en fait le moust de prunelles de haye, osts les noiaux,
puis broyes ou escaches ou mortier, faire boulir avec les escorces,
puis passer par l'estamine, mettre la pouldre, et tout comme dessus.

SAULCE BRIEFVE POUR CHAPPON. Ayez de belle eaue nette, et
mettez en la leschefrite dessoubs le chappon quant il rostist, et
arrousez tousdis[1206] le chappon, puis broyez une doulce[1207] d'ail
et destrempez d'icelle eaue et boulez, puis drciez. Comme _jance_
elle est bonne, qui mieulx n'a.

SAULCE A METTRE BOULIR EN PASTS DE HALEBRANS, CANETS, LAPPEREAULX
OU CONNINS DE GARENNE. Prenez foison de bonne canelle, gingembre,
giroffle, graine, demie noix muguette et macis, garingal, et broyez
trs bien, et deffaites de vertjus moiti et vinaigre moiti, et soit
la saulce clre. Et quant le past sera ainsi comme cuit, soit icelle
saulce gette dedans et remis au four boulir un seul bouillon.

(_Nota_ que _Halebrans_ sont les petis canets qui ne pevent voler
jusques  tant qu'ils ont eu de la pluye d'Aoust.)

Et _nota_ que en yver l'en y met plus gingembre pour estre plus forte
d'espices, car en yver toutes saulces doivent estre plus fortes que en
est.

UNE QUEUE DE SANGLIER. Prenez nomblets de porc, livres
et[1208] oiseaulx de rivire, et les mettez en la broche, et une
leschefrite dessoubs, et du vin franc[1209] et du vinaigre. Et puis
prenez graine, gingembre, giroffle, noix muguettes et du poivre long
et canelle, et broyez et ostez du mortier: puis broyez pain brl et
tremp en vin franc, et le coulez par l'estamine; et puis coulez tout
ce qui est en la leschefrite et les espices et le pain en une paelle de
fer ou en un pot avec eaue de la char, et y mettez le rost de quoy vous
le ferez, et l'ayez avant boutonn de doux de giroffle.

Ainsi convient faire  un _Bourberel[1210] de sanglier_.

_Nota_ que les noix muguettes, macis et garingal font douloir la teste.

SAULCE RAPPE. Eschaudez trois ou quatre grappes de vertjus,
puis en broyez une partie et ostez le marc d'icelluy vertjus: et puis
broyez du gingembre et allaiez d'icellui vertjus et mettez en une
escuelle; puis broyez les escorces du vertjus autrefois broy, et
destrempez de vertjus blanc et coulez; et mettez tout en icelle[1211]
escuelle et meslez tout ensemble, puis drciez et mettez des grains
dessus. _Nota_, en Juillet, quant le vertjus engrossist, est au jambon
ou pi de porc[1212].

SAULCE POUR UN CHAPPON OU POULE. Mettez tremper un trs petit
de mie de pain blanc en vertjus et du saffran, puis soit broy: puis
le mettez en la leschefrite, et les quatre parties de vertjus et la
cinquime partie de la gresse de la poule ou chappon et non plus, car
le plus seroit trop, et faites boulir en la leschefrite, et drciez par
escuelles.

SAULCE POUR OEUFS POCHIS EN HUILE. Aiez des oignons cuis
et pourboulis moult longuement comme choulx, puis les frisiez: aprs
vuidiez la paelle o vous avez frit vos oeufs que rien n'y demeure, et
en icelle mettez l'eaue et oignons et le quart de vinaigre, c'est 
dire que le vinaigre face le quart de tout, et boulez, et gettez sur
vos oeufs.


BUVRAGES POUR MALADES.

TIZANNE DOULCE. Prenez de l'eaue et faites boulir, puis mettez
pour chascun sextier[1213] d'eaue une escuelle d'orge largement, et ne
chault s'elle est  toute l'escorce, et pour deux parisis[1214] de
rglisse, _item_, des figues, et soit tant bouly que l'orge crve; puis
soit coule en deux ou trois toiles, et mis en chascun gobelet grant
foison de succre en roche. Puis est bonne icelle orge[1215]  donner 
mengier  la poulaille pour engressier.

_Nota_ que la bonne rglisse est la plus nouvelle, et est en la taille
de vive couleur vergaie, et la vieille est de plus fade et morte, et
sche.

BOUILLON. Pour faire quatre sextiers de bouillon, il convient
avoir la moiti d'un pain brun d'un denier, de levain, lev de trois
jours[1216]: _item_, de son, le quart largement d'un boissel, et mettre
cinq sextiers d'eaue en une paelle, et quant elle fremiera, mettre le
son en l'eaue et tant boulir que tout s'appetice du cinquime ou plus;
puis oster de dessus le feu et laissier refroidier jusques  tide,
puis couler par une estamine ou sas, ou[1217] destremper le levain en
eaue et mettre ou tonnel, et laissier deux ou trois jours parer[1218];
puis encaver et laissier esclarcir, et puis boire.

_Item_, qui le veult faire meilleur, il y convient mettre une pinte de
miel bien bouly et bien escum.

BOCHET. Pour faire six sextiers de bochet, prenez six pintes
de miel bien doulx, et le mettez en une chaudire sur le feu et le
faites boulir, et remuez si longuement que il laisse  soy croistre,
et que vous vez qu'il gette bouillon aussi comme petites orines[1219]
qui se creveront, et au crever getteront un petit de fume aussi
comme notre: et lors faites-le mouvoir, et lors mettez sept sextiers
d'eaue et les faites tant boulir qu'ils reviengnent  six sextiers,
et tousjours mouvoir. Et lors le mettez en un cuvier pour refroidier
jusques  tant qu'il soit ainsi comme tide; et lors le coulez en un
sas, et aprs[1220] le mettez en un tonnel et y mettez une choppine de
leveon[1221] de cervoise, car c'est ce qui le fait piquant, (et qui y
mettroit levain de pain, autant vauldroit pour saveur, mais la couleur
en seroit plus fade,) et couvrez bien et chaudement pour parer. Et se
vous le voulez faire trs bon, si y mettez une once de gingembre, de
poivre long, graine de paradis et cloux de giroffle autant de l'un que
de l'autre, except des cloux de giroffle dont il y aura le moins, et
les mettez en un sachet de toile et gettez dedans. Et quant il y aura
est deux ou trois jours et le bochet sentira assez les espices et
il piquera assez, si ostez le sachet et l'espraignez et le mettez en
l'autre baril que vous ferez. Et ainsi vous servira bien celle pouldre
jusques  trois ou quatre fois.

_Item._ AUTRE BOCHET DE QUATRE ANS DE GARDE, _et peut-l'en
faire une queue ou plus ou moins  une fois qui veult_. Mettez les
trois pars d'eaue et la quatrime de miel, faites boulir et escumer
tant qu'il dche du dixime, et puis gettez en un vaissel: puis
remplez vostre chaudire et faictes comme devant, tant que vous en aiez
assez; puis laissiez refroidier et puis remplez vostre queue: adonc,
vostre bochet gettera comme moust qui se pare. Si le vous convient
tousjours tenir plain afin qu'il gette, et aprs six sepmaines ou un
mois l'en doit traire tout le bochet jusques  la lye et le mettre en
cuve ou en autre vaissel, puis deffoncier le vaissel o il estoit,
oster la lye, eschauder, laver, renfoncer, et remplir de ce qui est
demour, et garder; et ne chault s'il est en vuidenge. Et adonc aiez
quatre onces et demie de pouldre fine de fine canelle et une once et
demie de clou de giroffle et une de graine batus et mis en un sachet de
toile et pendus  une cordelette au bondonnail.

_Nota_ que de l'escume qui en est oste, prenez pour chascun pot
d'icelle douze pos d'eaue, et boulez ensemble, et ce sera bon bochet
pour les mesgnies[1222]. _Item_, d'autre miel que d'escume se fait 
autele portion[1223].

BEUVRAGE D'EAUE ROUSSE D'UN CHAPPON. Mettez vostre chappon ou
poule en un pot bien net et qui soit tout neuf plomm[1224] et bien
couvert, que rien n'en puisse yssir, et mettez vostre pot dedans une
paelle plaine d'eaue et faites boulir tant que le chappon ou poule soit
cuit dedans le pot; puis ostez le chappon ou poule, et de l'eaue qu'il
aura faicte dedans le pot donnez au malade [1225] boire.

BUVRAGE DE NOISETTES. Pourboulez et pelez, puis mettez en eaue
froide, puis les broyez et allaiez d'eaue boulie et coulez: broyez et
coulez deux fois, puis mettez reffroidier en la cave; et vault mieulx
assez que tizanne.

BUVRAGE DE LAIT D'AMANDES. Comme dessus.


POTAGES POUR MALADES.

CHAUDEAU FLAMENT. Mettez un pou d'eaue boulir, puis pour
chascune escuelle quatre moyeux d'oeufs batus avec vin blanc[1226], et
versez  fil[1227] en vostre eaue et remuez trs bien, et du sel y
mettez bien  point; et quant il aura bien boulu, tirez-le arrire du
feu.

_Nota._ Qui n'en fait fors une escuelle pour un malade, l'en y met cinq
moyeux.

ORGE MOND[1228] OU GRUIAU D'ORGE. Mettez l'orge
tremper en un bacin ainsi comme demie heure, puis la purez et mettez
en un mortier de cuivre et pilez d'une pilette de bois, puis la mettez
schier: et quant elle sera sche, si la vennez. Et quant vous en
vouldrez faire potage, mettez-la cuire en un petit pot avec de l'eaue,
et quant elle sera ainsi comme baienne[1229], purez-la et la mettez
avec du lait d'amandes boulir; et aucuns le coulent. _Item_, l'en y met
du succre foison.

LAIT D'AMANDES. Pourboulez et pelez vos amandes, puis les
mettez en eaue froide, puis les broyez et destrempez de l'eaue o
les oignons auront cuit et coulez par une estamine: puis frisiez les
oignons, et mettez dedans un petit de sel, et faites boulir sur le
feu, puis mettez les souppes. Et se vous faites lait d'amandes pour
malades, n'y mettez aucuns oignons, et ou lieu de l'eaue d'oignons
pour destremper les amandes et dont dessus est parl, mettez-y et les
destrempez d'eaue tide nette et faites boulir, et n'y mettez point de
sel, mais succre foison. Et se vous en voulez faire pour boire, si le
coulez  l'estamine ou par deux toiles, et succre foison au boire.

COULIS D'UN POULET. Cuisiez le poulet tant qu'il soit tout
pourry de cuire, et le broyez et tous les os en un mortier, puis
deffaites de son boullon, coulez, et mettez du succre[1230].

_Nota_ que les os doivent estre boulis les premiers: puis ostez du
mortier, coulez, et nettoiez le mortier; puis broyez la char[1231] et
grant foison succre.

UN COULIS DE PERCHE, OU DE TANCHE, OU DE SOLE, OU
D'ESCREVICES. Cuisiez-la en eaue et gardez le boullon, puis broyez
amandes et de la perche avec, et deffaites de vostre boullon, et coulez
et mettez tout boulir; puis drciez vostre perche et mettez du succre
dessus. Et soit claret, et foison succre[1232].

Le meilleur coulis qui soit  jour de char, ce sont les cols des
poulets et poucins. Et doit-l'en broyer cols, testes et os, puis broyer
 fort, et deffaire d'eaue de joe de beuf ou de giste de beuf, et
couler.

_Nota_ que aprs les grans chaleurs de Juing, potages d'espices
viennent en saison, et aprs la Saint Remy, civ de veel, de livre,
d'ottres, etc.

GRUYAU convient cuire comme boyen[1233], puis purer et mettre
cuire avec le lait d'amandes comme dit est prouchainement cy-dessus
d'orge mond, et foison succre.

RIS. Eslisez-le et lavez, etc.[1234]


AUTRES MENUES CHOSES QUI NE SONT DE NECCESSIT.

C'EST LA MANIRE DE FAIRE COMPOSTE[1235]. _Nota_ qu'il fault
commencier  la Sainct Jehan qui est vingt-quatrime jour de Juing.

Premirement, vous prendrez cinq cens de noix nouvelles environ la
Sainct Jehan, et gardez que l'escorce ne le noyau ne soient encores
forms et que l'escorce ne soit encores trop dure ne trop tendre,
et les pelez tout entour, et puis les perciez en trois lieux tout
oultre ou en croix. Et puis les mettez tremper en eaue de Saine ou
de fontaine, et la changez chascun jour: et les fault tremper de
dix  douze jours et lesquelles[1236] deviennent comme noires, et
que au macher vous n'y puissiez assavourer aucune amertume; et puis
les mettre boulir une onde en eaue doulce par l'espace de dire une
_miserelle_[1237], et[1238] tant comme vous verrez qu'il appartiendra 
ce qu'elles ne soient trop dures ne trop moles. Aprs vuidiez l'eaue,
et aprs les mettez esgouter sur un sac[1239], et puis fondez du miel
un sextier ou tant qu'elles puissent toutes tremper, et qu'il soit
coul et escum: et quant il sera reffroidi ainsi comme tide, si
y mettez vos noix et les laissiez deux ou trois jours, et puis si
les mettez esgouter, et prenez tant de vostre miel qu'elles puissent
tremper dedans, et mettez sur le feu le miel et le faites trs bien
boulir un boullon seulement et l'escumez, et ostez de dessus le feu: et
mettez en chascun pertuis de vos noix un clou de giroffle d'un cost,
et un petit de gingembre coup de l'autre, et aprs les mettez en miel
quant il sera tide. Et si les tournez deux ou trois[1240] fois le
jour, et au bout de trois[1241] jours si les ostez: et recuisiez[1242]
miel, et s'il n'en y a assez, si en mettez et le boulez et escumez
et boulez, puis mettez vos noix dedans; et ainsi chascune sepmaine
jusques  un mois. Et puis les laissiez en un pot de terre ou en un
poinon[1243], et retournez chascune sepmaine une fois.

Prendrez, environ la Toussains, des gros navets, et les pelez et fendez
en quatre quartiers, et puis mettez cuire en eaue: et quant ils seront
un petit cuis, si les ostez et mettez en eaue froide pour attendrir,
et puis les mettez esgouter; et prenez du miel et fondez ainsi comme
cellui des noix, et gardez que vous ne cuisiez trop vos navets.

_Item_,  la Toussains, vous prendrez des garroittes[1244] tant que
vous y vouldrez mettre, et qu'elles soient bien racles et dcopes
par morceaux, et qu'elles soient cuites comme les navets. (Garroites
sont racines rouges que l'en vent s Halles par pongnes, et chascune
pongne un blanc.)

_Item_, prenez des poires d'angoisse et les fendez en quatre quartiers,
et les cuisiez ainsi comme les navets, et ne les pelez point; et les
faites ne plus ne moins comme les navets.

_Item_, quant les courges sont en saison, si en prenez ne des plus
dures ne des plus tendres, et les pelez et ostez le cuer de dedans et
mettez en quartiers, et faites tout ainsi comme des navets.

_Item_, quant les pesches sont en saison, si en prenez des plus dures
et les pelez et fendez.

_Item_, environ la Saint Andry[1245], prenez des racines de percil
et de fanoil, et les resez[1246] pardessus, et en mettez par petites
pices, et fendez le fanoil parmi et ostez le dureillon du dedans, et
n'ostez pas celluy du percil, et les gouvernez tout ainsi comme les
choses dessusdictes, ne plus ne moins.

Et quant toutes vos confitures seront prestes, vous pourrez faire ce
qui appartient, dont la recepte s'ensuit.

Premirement, pour cinq cens de noix, prenez une livre de sennev et
demie livre d'anis, un quarteron et demi fanoil, un quarteron et demi
coriande, un quarteron et demi karvy[1247], c'est assavoir une semence
que l'en mengue en drage, et mettez toutes ces choses en pouldre: et
puis faites toutes ces choses broyer en un moulin  moustarde et le
destrempez bien espois et de trs bon vinaigre, et mettez en un pot
de terre. Et puis prenez demie livre de raffle[1248], c'est assavoir
une racine que l'en vent sur les herbiers[1249], et la raclez trs
bien et la dcopez le plus menuement que vous pourrez et la faictes
mouldre  un moulin  moustarde, et le destrempez de vinaigre. _Item_,
prenez demi quarteron de fust de giroffle dit _baston de giroffle_,
demi quarteron de canelle, demi quarteron de poivre, demi quarteron
de mesche[1250], demi quarteron de noix muguettes, demi quarteron de
graine de paradis, et faites de toutes ces choses pouldre. _Item_,
prenez demi once de saffran d'Ort[1251] sch et batu et une once
de ceudre vermeille, c'est assavoir un fust que l'en vent sur les
espiciers[1252] et est dit _cdre dont l'en fait manches  cousteaulx_.
Et puis prenez douze livres[1253] de bon miel dur et blanc et le faites
fondre sur le feu, et quant il sera bien cuit et escum, si le laissiez
rasseoir, puis le coulez, et le cuisiez encores: et s'il rent escume,
encores le convient couler, sinon le convient laissier reffroidier;
puis destrempez vostre moustarde de bon vin vermeil et vinaigre par
moiti et mettez dedans le miel. Vous destrempez vos pouldres de vin
et vinaigre et mettez ou miel, et en vin chault boulez un petit vos
cdres, et aprs mettez le saffran avec les autres choses, et une autre
pongne de sel gros. _Item_, et aprs ces choses, prenez deux livres
de roisins que l'en dit roisins de Digne, c'est assavoir qui sont
petis et n'ont aucuns noyaux dedans ne pepins quelxconques, et soient
nouveaulx, et les pilez trs bien en un mortier et les destrempez de
bon vinaigre, puis les coulez parmi une estamine, et mettez avec les
autres choses. _Item_, se vous y mettez quatre ou cinq pintes de moust
ou de vin cuit, la saulce en vauldroit mieulx.

POUR FAIRE CONDOIGNAC[1254], prenez des coings et les pelez,
puis fendez par quartiers, et ostez l'ueil[1255] et les pepins, puis
les cuisiez en bon vin rouge et puis soient couls parmi une estamine:
puis prenez du miel et le faites longuement boulir et escumer, et aprs
mettez vos coings dedans et remuez trs bien, et le faites tant boulir
que le miel se reviengne  moins la moiti; puis gettez dedans pouldre
d'ypocras, et remuez tant qu'il soit tout froit, puis taillez par
morceaulx et les gardez.

POULDRE FINE. Prenez gingembre blanc 1 [Illustration: un
symbol] (une once et une drachme?) canelle trie [Illustration: un
symbol][3] (un quarteron?) giroffle et graine de chascun demi quart
d'once, et de succre en pierre [Illustration: un symbol][1256] (un
quarteron?) et faictes pouldre.

CONFITURE DE NOIX. Prenez, avant la Saint Jehan, noix
nouvelles et les pelez et perciez, et mettez en eaue fresche tremper
par neuf jours, et chascun jour renouvellez l'eaue: puis les laissiez
scher, et emplez les pertuis de clous de giroffle et de gingembre, et
mettez boulir en miel, et illec les laissiez en conserve.

POUR FAIRE EAUE A LAVER MAINS SUR TABLE. Mettez boulir de la
sauge, puis coulez l'eaue, et faites refroidier jusques  plus que
tide. Ou vous mettez comme dessus[1257] camomille ou marjolaine, ou
vous mettez du rommarin: et cuire avec l'escorce d'orenge. Et aussi
fueilles de lorier y sont bonnes.

YPOCRAS. Pour faire pouldre d'ypocras, prenez un quarteron de
trs fine canelle trie  la dent[1258], et demy quarteron de fleur
de canelle fine, une once de gingembre de mesche tri fin blanc et
une once de graine de paradis, un sizain[1259] de noix muguettes et
de garingal ensemble, et faites tout battre ensemble. Et quant vous
vouldrez faire l'ypocras, prenez demye once largement et sur le plus de
ceste pouldre et deux quarterons de succre, et les meslez ensemble, et
une quarte de vin  la mesure de Paris.

Et _nota_ que la pouldre et le succre mesls ensemble, font _pouldre de
duc_.

Pour une quarte ou quarteron[1260] d'ypocras  la mesure de Bsiers,
Carcassonne, ou Montpellier, prenez cinq drames de canelle fine trie
et monde, gingembre blanc tri et par, trois drames: de giroffle,
graine, macis, garingal, noix muguettes, espic nardy[1261], de tout
ensemble une drame et un quart: du premier le plus et des autres en
dvalant moins et moins[1262]. Soit faicte pouldre, et avec ce soit mis
une livre et demi quarteron, au gros poix[1263], de succre en roche
broy, et mesl parmi les autres devant dictes espices et mis; et soit
du vin et le succre mis et fondu en un plat sur le feu, et mis la
pouldre, et meslez avec: puis mis en la chausse, et coul tant de fois
qu'il reche tout cler vermeil.

_Nota_ que le sucre et la canelle doivent passer comme maistres[1264].

SAUGE. Pour faire un poinon[1265] de sauge, prenez deux
livres de sauge et rongnez les bastons[1266], puis mettez les feuilles
dedans le poinon. _Item_, aiez demie once de giroffle mis en un sachet
de toile et pendu dedans le poinon  une cordelette; _item_, l'en
peut mettre demie once de lorier dedans: _item_, demy quarteron de
gingembre de mesche, demi quarteron de poivre long et demi quarteron de
lorier. Et qui veult faire la[1267] sauge sur table en yver, ait en une
aiguire de l'eaue de sauge, et verse sur son vin blanc en un hanap.

POUR FAIRE SUR TABLE VIN BLANC DEVENIR VERMEIL, prenez en est
des fleurs vermeilles qui croissent s blefs, que l'en appelle perceau
ou neelle ou passe-rose, et les laissiez schier tant qu'elles puissent
estre mises en pouldre, et en gettez secrtement ou voirre avec le vin,
et il devenra vermeil.

SE VOUS VOULEZ AVOIR VERTJUS[1268] A NOEL SUR LA
TREILLE, quant vous verrez que la grappe  son commencement se
descouvrera, et avant qu'elle soit en fleur, coppez la grappe par la
queue, et la tierce fois laissiez-la revenir jusques  Nol.

Maistre Jehan de Hautecourt[1269] dit que l'en doit coupper le cep
audessoubs de la grappe, et l'autre bourgon de dessoubs getteroit
grappe nouvelle.

SE VOUS VOULEZ EN NOVEMBRE ET EN DCEMBRE FAIRE AVOIR A POIRES
D'ANGOISSE VERMEILLE COULEUR, mettez du foing au cuire, et couvrez
le pot tellement qu'il n'en isse point de fume. _Nota_ qu'il convient
mettre sur les poires de la graine de fanoil qui est bolue en vin
nouvel et puis sche, ou drage[1270].

POUR FAIRE SEL BLANC, prenez du gros sel une pinte et trois
pintes d'eaue, et mettez sur le feu tant que tout soit fondu ensemble,
puis coulez parmi une nappe, touaille ou estamine, puis mettez sur
le feu et faictes trs bien boulir et escumer: et qu'il bouille si
longuement qu'il soit ainsi comme tout sec, et que les petis boullons
qui auront gett eaue deviennent tous secs; puis ostez le sel de la
paelle et estandez sur une nappe au soleil pour scher.

POUR ESCRIPRE SUR LE PAPIER LETTRE QUE NUL NE VERRA SE LE PAPIER
N'EST CHAUFF, prenez sel armoniac ou salmoniac et mettez tremper
et fondre avec eaue: puis escripvez de ce et laissiez seicher. Et ce
durera environ huit jours.

POUR FAIRE GLUS, il convient peler le houx quant il est en
sa sve, (et est communment ou mois de May jusques  Aoust,) et puis
boulir l'escorce en eaue tant que la taie de dessus se spare: puis
pelez, et quant la taye sera pele, enveloppez le demourant de fueilles
d'ybles, de seun[1271], ou autres larges feuilles, et soit mis en
lieu froit comme en cave, ou dedans terre ou en un fumier froit, par
l'espace de neuf jours ou plus, tant qu'il soit pourry. Et puis la
convient piler comme pore de choulx et mettre par tourteaux comme
gude[1272], et puis aler laver les tourteaux l'un aprs l'autre et
despecier comme cire; et ne soit pas trop lave en la premire eaue ne
trop roide[1273] eaue. Et aprs l'en peut tout ensemble despecier et
paumaier[1274] en eaue bien courant, et mettre en un pot et conserver
bien couvert.

Et qui veult faire glus pour eaue, il convient eschauffer un petit
d'uille, et l destremper sa glus: et puis gluer sa ligne.

_Item_, l'en fait autre glus de fromment.

SE VOUS VOULEZ GARDER ROSES VERMEILLES, prenez des boutons
une douzaine, et les assemblez ainsi comme en une pelotte, et puis les
enveloppez de lin et liez de fil ainsi comme une pelotte, et faites
pelottes tant comme vous vouldrez garder de roses; et puis les mettez
en une cruche de terre de Beauvais[1275] et non mie d'autre terre, et
l'emplez de vertjus: et  la mesure que le vertjus se dgastera[1276],
si le remplez, mais que le vertjus soit trs bien par[1277]. Et quant
vous les vouldrez trs bien espanir, si les ostez des estouppes et les
mettez en eaue tide, et les laissiez un petit tremper.

_Item_, pour garder roses en une autre manire, prenez des boutons
tant comme vous vouldrez, et les boutez en une bouteille de terre de
Beauvais, tant comme il en y pourra entrer. Aprs prenez du plus dli
sablon que vous pourrez, et mettez dedens la boutaille tant comme vous
y pourrez mettre, et puis l'estoupez trs bien que rien n'y puisse
yssir ne entrer, et mettez la boutaille dedans une eaue courant; et l
se gardera la rose toute l'anne.

POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE[1278], prenez un bacin 
barbier, et liez d'un cueuvrechief tout estendu sur la gueule  guise
de tabour, et puis mettez vos roses sur le cueuvrechief, et dessus vos
roses assez le cul d'un autre bacin o il ait cendres chaudes et du
charbon vif.

POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE ET SANS FEU, prenez
deux bacins de voirre, et en faictes comme dit est au blanc de ceste
cdule[1279], et en lieu de cendres et charbon, mettez tout au soleil:
et  la chaleur d'icelluy l'eau se fera.

Les roses de Prouvins sont les meilleures  mettre en robes, mais il
les convient scher, et  la my-Aoust sasser par un crible afin que les
vers chent parmi les pertuis du crible, et aprs ce espandre sur les
robes.

POUR FAIRE EAUE ROSE DE DAMAS, mettez sur les pasteaulx de
roses, du ros batu[1280]. _Vel sic_: gettez l'eau distille du premier
lit sur le second et sur le tiers et sur le quart; et elle, ainsi
remise par quatre fois, devendra rouge[1281].

POUR FAIRE EAUE ROSE VERMEILLE. Prenez une fiole de voirre et
l'emplez  moiti de bonne eaue rose et l'autre moiti emplez de roses
vermeilles, c'est assavoir des pampes[1282] de jeunes roses dont le
bout de la pampe qui est blanc sera coupp, et la laissiez neuf jours
au soleil et les nuis aussi, et puis coulez.

POUR FAIRE PONDRE, COUVER ET NOURRIR OISEAULX EN UNE CAGE.
_Nota_ que en la cage de Hesdin[1283], qui est la plus grant de ce
royaulme, ne en la cage du Roy  Saint-Pol[1284], ne en la cage
Messire Hugues Aubriot[1285], ne porent oncques estre couvs et aprs
parnourris petis oiseaulx, et en la cage Charlot[1286] si font[1287],
_scilicet_ pons, couvs, nourris et parnourris. Ou premier cas[1288],
le deffault vient parceque les petis oiseaulx sont peus[1289] de
chenevis qui est chault et sec, et n'ont que boire[1290]. Et ou second
cas[1291], l'en leur donne mouron ou lasseron, chardons de champs
trampans en eaue souvent renouvelle et tousjours fresche, rafreschie
trois fois le jour, et en vaisseaulx de plont qui est frais, et l
dedans avec le lasseron et le mouron tout vert, tout de chardons
des champs dont le pi trempe en eaue bien avant[1292], du chenevis
escachi et tri et ost les coquilles, moulli et tremp en eaue.
_Item_, que l'en leur mette en la cage de la laine carde et des plumes
pour faire leur ny. Et ainsi ay-je en cages veu nourrir turtres[1293],
linottes, chardonnerels[1294], pondre et parnourrir. _Item_, et
aussi doit-l'en donner des chenilles, verets, mouchettes, yraignes,
sautereaux, papillons, channevis nouvel en herbe et moulli et tremp.
_Item_, yraignes, chenilles et telles choses qui sont molles au bec de
l'oiselet qui est tendre.

(Et de telles choses les paons nourissent[1295] leurs poucins, car l'en
a bien veu  une geline couver les oeufs d'une paonne avec les oeufs
d'une geline, et se escloent les oeufs en un mesmes temps, mais les
petis paons ne povoient mie vivre longuement pour ce qu'ils ont le becq
trop tendre, et la geline ne leur quroit mie choses moles[1296] selon
leur nature, et les poucins vivoient bien de bl ou paste molle, ce
qui n'est pas si propre nourreon aux paons.--Encores vez-vous que qui
bailleroit  une geline le plus bel froument et mieulx cribl du monde,
si le gatteroit[1297]-elle pour trouver verets ou mouchettes.)

_Item_, en la fin d'Avril convient aler au bois qurir des branchettes
fourches de trois fourchons, et clouer contre le mur et couvrir
d'autre verdure, et l dedans ce fourchon font leur ny.

POUR GARIR DES DENS. Prenez un pot de terre  couvercle ou un
pot sans couvercle qui aura un tranchouer dessus, et l'emplez d'eaue
et mettez boulir: puis vous despouillez, couchiez, et soit vostre
chief trs bien couvert, puis aiez le pot  couvercle, et soit bien
arsilli[1298] entour et un trou ou millieu, ou il[1299] soit couvert
d'un tranchouer perci ou millieu. Et sur le pertuis vous adentez[1300]
gueulle be pour aspirer la fume de l'eaue qui passera par le pertuis,
et soient mises de sauge ou autres herbes dedans, et se tenir bien
couvert.

POUR FAIRE SABLON A METTRE A ORLOGES[1301]. Prenez le limon
qui se chiet du siage de marbre quant l'en sie ces grans tumbes de
marbre noir, puis le boulez trs bien en vin comme une pice de char et
l'escumez, et puis le mettez seicher au soleil, puis le mettez boulir,
escumer, et puis schier par neuf fois: et ainsi sera bon.

POISONS POUR TUER CERF OU SANGLIER[1302]. Prenez la racine de
l'herbe d'lectoire qui fait fleur de couleur d'azur, et broyez en un
mortier et mettez en un sac ou drappel et l'espraignez pour avoir le
jus: et mettez icelluy jus en un bacin au soleil, et la nuit soit mis 
couvert  sec que eaue ne autre liqueur moite ne l'attouche, et tant la
mettez et remettez  la chaleur du soleil qu'elle se tienne conglutine
et prise comme cire gomme, et la mettez en une boiste bien close. Et
quant en vouldrez traire[1303], si en mettez entre les barbillons[1304]
et la douille du fer afin que quant la beste sera ferue, cela fiere
et attouche  la char, car qui autrement le feroit, c'est assavoir
qui oindroit autrement le fer, quant il entreroit dedans le cuir de la
beste, l'ointure demourroit dedans[1305], et le coup ne vauldroit.

MDECINE POUR GARIR DE MORSURE DE CHIEN OU AUTRE BESTE
ARRAGE. Prenez une crouste de pain et escripvez ce qui s'ensuit:
[un croix] _Bestera_ [un croix] _bestie_[1306] [un croix] _nay_ [un
croix] _brigonay_ [un croix] dictera [un croix] _sagragan_ [un croix]
_es_ [un croix] _domina_ [un croix] _fiat_ [un croix] _fiat_ [un croix]
_fiat_ [un croix].

POUR FAIRE D'UN VER[1307] BON SANGLIER. Prenez un
ver de deux ans ou environ, et ou mois de May ou de Juing le faites
chastrer, et en la saison de porchoisons[1308] le faictes chasser,
fouaillier[1309] et deffaire comme un sanglier. _Vel sic_: prenez d'un
porc priv qui soit brul, et le cuisiez en moiti eaue moiti vin, et
servez en un plat d'icelluy chaudeau, des[1310] navets et chastaingnes
et la venoison. _Sic_ 3.....[1311]

_Nota_ que chandelle mise en bran[1312] se garde souverainement. _Nota_
qui veut faire chandelle, l'en doit avant faire scher au feu trs bien
le limignon[1313].

POUR OSTER EAUE DE VIN. Mettez eaue et vin en une tasse, et
aiez du fil de coton et plungez l'un bout au fons de la tasse, et
l'autre bout soit pendant sur le bort et audessoubs et dehors de la
tasse, et vous verrez que par icellui bout l'eaue dgoutera comme
blanche. Et quant l'eaue sera toute dgoute, vous verrez le vin
vermeil dgouter. (_Il semble que pareillement d'une queue de vin se
peut faire._)

POUR FAIRE VIN CUIT, prenez de la cuve ou tonne la mre
goute, c'est  dire la fleur du vin[1314], soit blanc ou vermeil,
tant comme vous en vouldrez, et le mettez en un vaissel de terre, et
le faites boulir  petit et attremp bouillon et  feu de trs sche
buche et cler feu, sans tant soit petit de fume, et ostez l'escume 
une palette de fust perce et non de fer. Et soit tant bouly, se la
vendenge est verde pour celle anne, que le vin reviengne au tiers,
et s'elle est meure, que le vin reviengne au quart[1315]. Et aprs
le mettez reffroidier en un cuvier ou autre net vaissel de bois, et
icellui refroidi, le mettez au poinon; et le tiers ou quart an
vauldra mieulx que le premier an. Et gardez en lieu moyen, ne chault
ne froit, et aiez retenu en un petit vaissel d'icelluy vin boulu, pour
remplir tousjours le tonnellet, car vous savez que le vin se veult
tousjours tenir plain.

A SERVIR DE TRIPPES AU JAUNET. Ou vous les prendrez crues,
ou cuites. Si crues, mettez-les cuire en un pot en eaue et sans sel,
et d'autre part mettez cuire une pice de giste de beuf ou de la
joe sans sel. Et quant les deux pots bouldront, paissiez le pot de
trippes de l'eaue du beuf et faites plus cuire les trippes que le beuf;
et quant les trippes seront presque cuites, si y mettez du lart, et
faites boulir et cuire avec: et sur le point que l'en doit tirer hors
les trippes du pot, mettez du saffran, et quant le saffran aura assez
jauni, traiez les trippes, et mettez du sel en l'eaue se vous voulez.
Si cuites[1316], si les mettez plus parcuire en l'eaue du giste et sans
sel; et du remenant comme dessus.

Qui veult cuire trippes, etc.[1317]

HERION soit coup par la gorge, escorch et effondr,
puis refait comme un poucin, puis pressi en une touaille et illec
trs bien essui; et aprs ce rosti et meng  la cameline, ou en
past  la sausse de hallebran. _Nota_ que se le herion ne se veult
destortillier, l'en le doit mettre en l'eaue chaude, et lors il
s'estendra.

ESCURIEUX soient escorchis, effondrs, reffais comme connins,
rostis, ou en past: mengis  la cameline ou  la sausse de hallebrans
en past.

TURTRES sont bonnes en rost et en past, et en Septembre sont
en saison, voire ds Aoust. Toutesvoies en rost elles serrent[1318]
merveilleusement; et qui en a foison et il les veult nourrir et garder,
il leur convient tondre ou plumer le cul, car autrement leur fiente les
estouperoit, et par ce mourroient.

GAUFFRES sont faites par quatre manires. L'une que l'en bat
des oeufs en une jatte, et puis du sel et du vin, et gette-l'en de la
fleur, et destremper l'un avec l'autre, et puis mettre en deux fers
petit  petit,  chascune fois autant de paste comme une lesche de
frommage est grande, et estraindre entre deux fers, et cuire d'une part
et d'autre; et se le fer ne se dlivre bien de la paste, l'en l'oint
avant d'un petit drappelet mouill en huille ou en sain.--La deuxime
manire est comme la premire, mais l'en y met du frommage, c'est
assavoir que l'en estend la paste comme pour faire tartre ou past,
puis met-l'en le frommage par lesches ou milieu et recueuvre-l'en les
deux bors; ainsi demeure le frommage entre deux pastes et ainsi est mis
entre deux fers.--La tierce manire, si est de gauffres _coulisses_,
et sont dictes _coulisses_ pour ce seulement que la paste est plus
clre et est comme boulie clre, faicte comme dessus; et gecte-l'en
avec, du fin frommage esmi  la gratuise[1319]; et tout mesler
ensemble.--La quarte manire est de fleur pestrie  l'eaue, sel et vin,
sans oeufs ne frommage.

_Item_, les gauffriers font un autre service que l'en dit _gros
bastons_ qui sont fais de farine pestrie aux oeufs et pouldre de
gingembre batus ensemble, et puis aussi gros et ainsi fais comme
andouilles; mis entre deux fers.


AUTRES MENUES CHOSES DIVERSES QUI NE DSIRENT POINT DE CHAPPITRE.

POUR DESSALLER TOUS POTAGES SANS Y METTRE NE OSTER, Prenez une
nappe bien blanche et mettez sur vostre pot, et le retournez souvent;
et convient le pot estre loing du feu[1320].

POUR OSTER L'ARSURE D'UN POTAGE, prenez un pot nouvel et
mettez vostre potage dedans, puis prenez un pou de levain et le liez
dedans un drappel blanc, et gettez dedans vostre pot, et ne luy
laissiez gures demourer.

POUR FAIRE LIQUEUR POUR SEIGNER[1321] LINGE. Prenez
cambos, c'est le limon noir qui est aux deux bouts de l'essieul de
la charette, et mettez de l'arrement[1322], et allaiez d'uille et de
vinaigre et boulez tout ensemble, et puis chauffez vostre merque[1323]
et moulliez dedans, et assez dessus vostre linge.

SE TU VEULX FAIRE BONNE ESCHE[1324] pour alumer du feu au
fusil, pren de l'escume[1325] de noyer qui sont surannes, et puis
la[1326] met en un pot plain de lessive bien forte, toute entire, ou
par pices du large de deux dois, lequel que tu vouldras, et la fais
boulir tousjours par l'espace de deux jours et une nuit du moins. Et se
tu n'as de la lessive, si prens de bonnes cendres et met avec de l'eaue
et fais comme charre[1327], puis mets ton escume boulir dedans par
l'espace dessusdit, et la fournis tousjours tant comme elle bouldra.
Se tu la fais boulir en lessive, fournis-la de lessive; se tu la
bouls en la charre, si la fournis d'eaue; et toutes voies en quoy que
tu la boules, se tu povoies finer de pis..t pour la fournir, elle en
vauldroit mieulx. Et quant elle sera ainsy boulie, si la pures[1328],
et puis la lave en belle eaue nette pour la ressuier, puis la met au
soleil seicher ou en la chemine, loing du feu, qu'elle ne s'arde, car
il la convient scher attrempement et  loisir; et quant elle sera
seiche et on s'en vouldra aidier, si la fault batre d'un maillet ou
d'un baston, tant quelle deviengne ainsi comme espurge[1329]. Et quant
on veult alumer du feu, si en fault prendre ainsi comme le gros d'un
pois et mettre sur son caillou, et on a tantost du feu; si ne fault
que des mesches ensouffres, et alumer la chandeille. Et la doit-l'en
garder nettement et schement.

FOUQUES[1330] doivent estre trs bien rosties, et sont
meilleurs cuites en potage que en rost, car en rost elles sont trop
sches, et veulent estre arrouses de leur gresse, et avoir le feu
devant.--_Item_, elle sont trs bonnes fresches aux choulx.--_Item_,
mettez de l'eaue et des oignons en un petit pot et la fouque, puis
laissiez boulir comme une pice de beuf, puis broyez des menues
espices, et allaiez les deux pars vertjus et la troisime vinaigre,
et vous aurez bon potage.--_Item_, fouques sales de deux jours sont
bonnes au potage.

_Nota_ que le seymier d'un cerf, c'est le quoier et[1331] la queue; et
quant il est frais, il est cuit  l'eaue et au vin, aux espices et
saffran et soupes en est: et en yver au poivre[1332]; et ainsi est-il
du sanglier frais.

POUR FAIRE TROIS PINTES D'ENCRE, prenez des galles[1333] et de
gomme[1334] de chascun deux onces, couperose trois onces; et soient les
galles casses et mises tremper trois jours, puis mises boulir en trois
quartes d'eaue de pluye ou de mare coye[1335]. Et quant ils auront
assez boulu et tant que l'eau sera esboulie prs de la moiti, c'est
assavoir qu'il n'y ait mais que trois pintes, lors le convient oster du
feu, et mettre la couperose et gomme, et remuer tant qu'il soit froit,
et lors mettre en lieu froit et moite. Et _nota_ que quant elle passe
trois sepmaines, elle empire.

POUR FAIRE ORENGAT, mettez en cinq quartiers les peleures
d'une orenge et raclez  un coustel la mousse qui est dedans, puis les
mettez tremper en bonne eaue doulce par neuf jours, et changez l'eaue
chascun jour: puis les boulez en eaue doulce une seule onde, et ce
fait, les faictes estendre sur une nappe et les laissiez essuier trs
bien, puis les mettez en un pot et du miel tant qu'ils soient tous
couvers, et faites boulir  petit feu et escumer, et quant vous croirez
que le miel soit cuit, (pour essaier s'il est cuit, ayez de l'eaue en
une escuelle, et faites dgouter en icelle eaue une goutte d'icelluy
miel, et s'il s'espant, il n'est pas cuit: et se icelle goute de miel
se tient en l'eau sans espandre, il est cuit;) et lors devez traire
vos peleures d'orenge, et d'icelles faites par ordre un lit, et gettez
pouldre de gingembre dessus, puis un autre, et getter etc., _usque in
infinitum_; et laissier un mois ou plus, puis mengier.

POUR FAIRE SAULSISSES. Quant vous aurez tu vostre pourcel,
prenez de la char des costelettes, premirement de l'endroit que l'en
appelle le filet[1336], et aprs de l'autre endroit des costelettes
et de la plus belle gresse, autant de l'un comme de l'autre, en telle
quantit que vouldrez faire de saulsisses; et faictes trs menuement
mincer et dtranchier par un pasticier. Puis broyez du fenoul et
un petit de sel menu, et aprs ce requeillez vostre fenoul broy,
et meslez trs bien parmi le quart d'autant de pouldre fine; puis
entremeslez trs bien vostre char, vos espices et vostre fenoul, et
aprs emplez les boyaulx, c'est assavoir les menus. (Et sachiez que les
boyaulx d'un vielz porc sont meilleurs  ce, que d'un jeune, pour ce
qu'ils sont plus gros.) Et aprs ce, les mettez quatre jours  la fume
ou plus, et quant vous les vouldrez mengier, si les mettez en eaue
chaude et boulir une onde, et puis mettre sur le greil.

POUR DESSALLER BEURRE, mettez-le en une escuelle sur le feu
pour fondre, et le sel dvalera ou fons de l'escuelle, lequel sel ainsi
dval est bon ou potage, et le remenant du beurre demeure doulx.
Aultrement, mettez vostre beurre sal en eaue doulce fresche, et le
pestrissiez et paumoiez dedens, et le sel demourra en l'eaue.

(_Item_, _nota_ que les mouches ne queurent point sus  un cheval qui
est oint de beurre ou de vielz oint sal.)

BOURBOTTE[1337] est de pareille fourme  un chavessot, mais
il est plus grant assez: et est cuite en eaue, puis peler comme une
perche, puis faire boulir cameline ou galentine et getter sus; ou rosty
et mis en past avec de la pouldre.

POIRES  leur commencement, _scilicet_ en Octobre et Novembre,
et qu'elles sont de nouvel queillies, sont dures et fortes, et lors
l'en les doit cuire en l'eaue: et quant ce sont poires d'angoisse,
pour leur faire avoir belle couleur, l'en doit mettre du foing dedans
le pot o elles cuisent, et aprs sont rosties; mais aprs ce, quant
elles sont plus fannes et ramoities pour la moiteur du temps, l'en ne
les met point cuire en eaue, mais en la brese seulement; _scilicet_ en
Fvrier et en Mars.

PIES, CORNILLAS[1338], CHOS[1339]. L'en
les tue aux matelas[1340] qui sont[1341] grosse pilette[1342], et de
foibles arbalestres peut-l'en traire  iceulx cornillas[1343] qui sont
sur les branches, mais  ceulx qui sont s nys convient traire de plus
fors bastons pour abatre nit et tout. Il les convient escorcher, puis
pourboulir avec du lart, puis dcoupper par morceaulx, et frioler avec
des oeufs comme charpie.

TESTE DE MOUTON soit trs cuite, puis ostez les os, et hachez
le demourant bien menu, et gettez pouldre fine dessus.

Se vous voulez faire provision de vinaigre, vuidiez le tonnellet de
vostre vielz vinaigre, puis lavez le tonnellet trs bien de trs bon
vinaigre et non mie d'eaue chaude ne froide: aprs, mettez les laveures
en un vaisseau de bois ou de terre et non mie d'arain ou de fer, et
illec laissiez reposer et rasseoir vos rainsseures: puis vuidiez le
cler et le coulez, et mettre de rechief ou tonnellet, et l'emplez
d'aultre bon vinaigre, et mettez au soleil et au chault, le fons perci
en six lieux et destoup de jour, et de nuit et par brouillas[1344]
estoupez tout; et quant le soleil revient, destoupez comme devant.

LE RIQUE-MENGER. Prenez deux pommes aussi grosses que deux
oeufs ou pou plus, et les pelez, et ostez les pepins, puis les dcouppez
par menus morceaulx, puis les mettez pourboulir en une paelle de fer,
puis purez l'eaue, et mettez seicher le rique-menger: puis mettre
beurre pour frioler, et en friolant filez deux oeufs dessus en remuant;
et quant tout sera friol, gettez pouldre fine dessus, et soit
frang[1345] de saffran, et mengiez au pain ou mois de Septembre.

LIVRE ROSTY. J'ai vu rostir livre envelopp en la toile de
la fressure d'un porc que l'en dit la crespine et couste trois blans,
et par ce le livre n'est autrement lard. _Item_, je l'ay veu larder.

LA CHAR D'UNE JOE DE BEUF, etc.[1346]

En la HASTE-MENUE d'un pourcel n'a aucun appareil  faire,
fors la laver et embrocher et envelopper de sa taye et cuire longuement.

POULES FARCIES COULOURES OU DORES. Elles sont _primo_
souffles, et toute la char dedans oste, puis remplies d'autre char,
puis couloures ou dores comme dessus[1347]: mais il y a trop  faire,
et n'est pas ouvrage pour le queux d'un bourgois, non mie[1348] d'un
chevalier simple; et pour ce, je le laisse.

_Item_, DES ESPAULES DE MOUTON, _quia nichil est nisi pena et
labor_.

_Item_, LES HRIONS sont fais de caillettes de mouton et est
grant frais et grant labour et pou d'onneur et de prouffit, et pour ce
_nichil hic_.

AMIGDALA _recentia recipe, et ab eis cum gladio remove etiam
subtiliter primum corticem, et postea perforetur quodlibet amigdalum
uno foramine in medio. Et iis peractis dicta amigdala ponentur in aqua
dulci, in qua stent per quinque vel sex dies, sed qualibet die fiat
mutatio aque semel in die. Deinde lapsis quinque vel sex diebus, dicta
amigdala extrahentur a dicta aqua et ponentur in aliqua aqua[1349]
ubi stent per unum diem naturalem ad exsicandum et removendum vaporem
dicte aque; postea habeatur sufficiens quantitas boni et optimi mellis
respectu quantitatis dictarum amigdalarum, et illud mel buliatur
et decoquatur bene et sufficienter, et decoquendo purgetur. Et cum
decoctum fuerit et refrigeratum, ponatur in quolibet foramine dicti
amigdali unum gariofilum: et repositis omnibus dictis amigdalis
in aliquo bono vase terreo, ponatur desuper (item fiat de nucibus
conficiendis, sed ille habent[1350] stare in aqua per novem dies,
qualibet die mutanda;) dictum mel bene decoctum et dispositum pro
mensura debita coperiente dicta amigdala, et elapsis duobus mensibus,
postea comedantur_[1351].

TETINES DE VACHE. Cuites avec la char et manges comme la
char.--_Item_, sale  la moustarde.--_Item_, aucunes fois trenche par
lesches, et rosties sur le greil, toute fresche cuite.

ESTOURNEAUX. Soient plums  sec[1352], effondrs[1353],
puis couppez les cols et les pis, puis reffais, mis en past et deux
lesches de lart audessus: ou dcouppez les membres par morceaulx comme
un oison, et mis  la charpie, c'est  dire que de la cuisse l'en face
trois pices, et laisse-l'en en chascune pice les os: des esles aussi
et du rsidu semblablement, et puis frire aux oeufs en la paelle comme
charpie. Il semble qu'il les convient _primo_ cuire  demi avant que
frire.

ALLOUETTES EN ROST. Plumez  sec, puis couppez les cols et
ne les effondrez pas. Soient reffaites, et n'aient point les jambes
couppes, et les embrochiez au travers et entre deux tesmoings[1354]
de lart. _Item_, en past, l'en coupe jambes et testes, et les
effondre-l'en, et dedans le trou l'en boute fin frommage, et les
mengue-l'en au sel.

LIVRE pourbouly, puis lard, mis en past et de la pouldre,
et mengi  la cameline; et est viande d'est.

CONNIN en est.

PORC EN PAST. Mis en past et du vertjus de grain[1355]
dessus.

OS, POULES, CHAPPONS despeciez par pices,
et mis en past, except les chappons de haulte gresse qui ne se
despiecent point; et de chascune o l'en fait trois pasts.

OISEAULX DE RIVIRE. En past, et de la saulce cameline ou
meilleur mise dedans le past quant il est cuit; la teste, les jambes
et pis sont hors.

PIGONS en past, cols et testes et les pis coupps, et deux
lesches de lart dessus: ou en rost, et soient lards.

MONDER ORGE OU FROMMENT POUR FAIRE FROUMENTE. Il convient
eaue trs chaude, et mettre le fromment ou orge dedans icelle eaue
chaude, et laver et paulmoer[1356] trs bien et longuement: puis
getter et purer toute l'eau, et laissier essuier le fourment ou orge
et puis le piler  un pestail[1357] de bois, puis vanner  un bacin 
laver.

BUVRAGES DE AVELINES. Eschaudez-les et pelez et mettez en eaue
froide, puis soient trs bien broyes et deffaites d'eaue boulue, puis
coules  l'estamine.

SARDINES, effondres, cuites en eaue, et menges  la
moustarde.

HARENC NOUVELLET commence en Avril et dure jusques  la Saint
Remy que les harens frais commencent; et est cuit en eaue, et aprs
l'en y fait les bonnes souppes grosses que l'en mengue au vertjus
vieil, mais avant, et si tost qu'il est cuit et trait de la paelle,
l'en le doit mettre en belle eaue fresche, et le convient nettoier et
oster les escailles, teste et queue.


HIC FINIT[1358].




APPENDICE A L'ARTICLE V

DE LA DEUXIME DISTINCTION.


_Pour faire ung lot de bon ypocras_ prens une onches de cinamonde
nomme longue canelle en pippe, avec unes cloche de gingembre et autant
de garingal, bien estamp[1359] ensemble, et puis prens ung livre de
bon uquere[1360]: et tout cela broys ensamble et destremps avec ung
lot du milleur vin de Beaune que pours finer et le laissir tremper
ungne heure ou deux. Et puis le coulls parmy ung chause[1361] par
pluiseurs fois tant qui soit bien cler.

_Pour avoir des caordes et pompons_[1362] fault planter en bonne terre
et crasse deux ou trois pans[1363] de parfont, et quattre grains au
cop[1364] ensamble par longhes rengues[1365], et trois pis largement
de plache[1366] de tous costs. Et quant y seront crut de la haulteur
de deux paumes, les fault racourchir desus deux dois de lonc, et les
arouser deux fois la sepmaine tant qui soient grant; et les fault
planter environ le quatre Mars ou  l'entre d'Averil. Mais pour
che[1367] que nostre pays est froit, fault aviser plache hors des frois
vens et en bon solleil; et dient les gardineus de Portigal[1368] que
fiens de cheval bien court et bien pourit, et oussy les fientes des
bestes que on tuue, il est trs bon: et affin qui ne faillent, tout
est neceschitez que on en plante depuis le my Mars jusques  la fin
d'Averil, par toutes les quinsainnes, affin que on garde les plus biaus
et que on deffeuche[1369] cheux qui porroient enpeschier les aultres 
croistre, car comme desus est dyt, y fault  quatre grains trois pis
de large tout entour.

_Item, pour lappreux rosti_ etc.[1370]

_Item, pour faire de sukere[1371] rosart_ en plate, il fault pour
une livere de sukere ung pinte et demie[1372] de bonne eaue rose,
et faire boilier ensamble, et tant qu'il fache le fillet entre deux
dos[1373]; mais ensois que on maeste[1374] boilier, il fault mettre
le glerre d'un ouf[1375]  chascun livere de sukere, et le fault bien
batre tout en escume: et puis laissir rassir en yauve[1376] et estamper
ledit sukere tout en pouvre, et tout meller ensamble, et puis boillier
comme dessus; et puis avoir del fluer[1377] de amidon, et mettre en
ung dli drappelet ousy[1378] gros que ung estuet[1379] ou deux,
et prendre ung plat bachin, et tapper sur le cuel dudit bachin le
fluer  tout le drappelet, tant que le fluer se espaert[1380] dessus
bien temmen[1381], et puis jetts vostre rossart[1382] dessus ledit
bachin quant il fait le fillet, et puis laissir couler l'espesseur
du hule[1383] d'un coutel ou plus esps. Et puis quant il est ung
peu rfroidi, roys[1384]  tout ung coutel et ung rieughelet[1385]
des pettites losenghe dessus de deux dos[1386] de grant ou environ.
Et quant ledit sukere rossart sera rfroidi sur le bachin, rostelle
jus[1387] et le rompez par losenghe, et le metts en ung laye de
dragi. Et est boen pour mengier pour conforter l'estomac.

_Pour fere encquere[1388] sans boullier._ Pour deux pintes d'yauvve de
plue[1389] ou de mares, il fault prendre deux onzes de noies de galle,
deux onzes de copperot[1390] et deux onzes _S_[1391] de gomme arrabe
cler comme or; et fault rompre le nois de galle bien menu, et mettre
temprer trois jours dedens une pintte d'yauwe dessusdite, et batre sept
ou huit fois le jour environ le demy sept psalmen[1392] les trois jours
durant, et puis rompre le copperot bien menu et mettre avecque les nois
de galle, et battre encore trois jours comme devant; se sont six jours
acomply largement. Et fault prendre l'aultre pintte d'yauwe et mettre
le gomme dedens quant on met les nois temprer; et les six jours pass,
il fault mettre ledit yauwe de gomme quant il est fonduee avec l'yauwe
des nois et de copperot, et les mouvoir tout trois ensamble ung jour ou
deux comme dessus. Et dedens ung mois ou six septimaines r'oter l'encre
hors de le mattere[1393] et le mettre en ung aultre pot de piere.

_Item_, et sus le mattere dessus dicte puelt-on mettre pintte _S_
d'yauwe de plue ou de mares, et mettre avecques le quart des nois,
copperot, et gomme dessusdite, avecque le mattere de l'encre qui a est
fecte devant, et le battre cinq ou six jours comme dessus; et est bon
commung encre.

_Item_, pour escripre sur papier, il ne fault point mettre de vin ne
de vinergre, ms quant on veult escripre sur parchemin, pour ung lot
d'yauwe, on peult prendre une my-pintte de vin ou de vinergre.

       *       *       *       *       *

CHI APRS S'ENSIEUT QUE HOTIN LE QUISENIER QUI FU A MONSEIGNEUR DE
ROUBAIS A ENVOY PAR ESCRIPT POUR FAIRE AULCUNS BROUS QUI SERVENT A
APPOINTIER VIANDES SUR CAR ET SUR POISSON.

_Item, pour lapreaulx roti_, pour la sauche  mettre sus, prens ung
pau de pain roti, et le metts tremper en boullon et du vin et vergus,
et le mains la moiti de vinesgre, et metts tremprer le pain dedens;
et prens canelle le plus, et gingembre et ung peu de povre[1394], de
claus[1395], ou de nois musscade, et couls tout ensamble, et au boulir
du sucre dedens; et au servir de la dragi pardesus.

Et pour jouvenes oisons paraillement.

_Item, pigons au sucre._ Rotisis vous pigons: rotisis du pain,
canelle, gingembre et menus espces[1396] le mains, vin et vinesgre au
couler et du lart fondu dedens et faittes boullir; et quant il bout,
mettez les pigons dedens et du sucre au pot.

_Pouchins_, _perdris_  l'eauwe benitte d'yauwe roze ou d'orengue ou 
l'ongnon.

_Item, perdris ou perdrisieux._ Faicte-les rostir, et les metts en
pot ou en telle[1397] de l'iauwe roze et du vinesgre, et metts
boullir tout ensamble, et du sel; et le couvres bien, tant que vous
vors servir.

Et pour _l'orengue de pouchins, ou de perdris ou de pigons_, prens les
orenges et les cops en vergus blanc et vin blanc, et metts boullir:
et du gingembre au boullir, et metts vous chozes[1398] dedens boullir.

_Pour pouchins roti  l'eauwe benitte d'ongnons_, prens ongnons par
roelles, et frisiez en sain de lart et vergus, et pau de vinesgre et
gingembre, et bouls en pot ou en telle et metts vous pouchins dedens
jusque au servir.


POUR POTAGES.

_Item, brous d'Allemaigne._ Prens amandes et les brois, et peu de
blanc pain avecques, et au couller vergus et vin blanc et boullon dous,
et gingembre et du safren, et tout boulli ensamble, et du sucre dedens;
et metts vous brous sur chappons rotis ou boullis, oisons ou jouvenes
connins, et metts au boullir ung peu d'ongnons fris en sain de lart
dedens bien menus.

_Item, brous de fleur de peschier._[1399] Prens amandes brois et
blanc pain avecques, et tremper en boulon dous: vergus, gingembre au
couler. Et quant il bout, prens du tornissot[1400] trempr en vin
bien chault, et ly baillis couleur de fleur de pieuquier[1401]; pour
chappons rotis, ou oisons, ou jouvenes connins rotis, ou sur chappons
boullis.

_Item, pour faire Aragondis_, prens cresme douche et le faittes
boullir en ung pot de terre, et prens moieux d'oeus et fleur et le
couls, et de le cresme avecques pour mieux passer, et metts du burre
doulx largement dedens le pot, et fils les eux[1402] dedens le pot,
et du sucre dedens le pot, et le metts arire du fu[1403] que il
n'aerde[1404].

_Pour brouet d'Engeltaire._ Prens poisons de mer ou d'eauwe douche,
ch'est  savoir[1405] oeus cuit en l'eaue durs et frisis au burre, ou
eurs[1406] pausis[1407] au burre qui n'a du poison. _Item_, pour le
brouet  mettre sus, prens pain blanc trempr en pure, et moieux
d'oeux et du gingembre et canelle le plus et vergus, et couls tout
ensamble, et au boullir largement du persin, izope, et peu de safren,
et largement burre dedens le brouet.

_Pour brochs au romarin_, metts-les bien rtir sur le gri, qui soient
tout cuit. _Item_, pour le brouet  mettre sus: vin vermel, vergus,
ung bien peu de vinesgre et du gingembre et du romarin, et metts tout
boullir ensamble en telle de terre: et quant les brochs sont cuit,
metts-les dedens.

_Item, siv d'otres ou de moule ou d'oeus fris._ Prens pain roti sur
le gri, et metts tremprer en poure, et prens le pain, vinesgre et
le mains de vergus et du vin, canelle le plus et gingembre, et peu de
menus especes, et couls tout ensamble: et au boulir ongnons fris et du
safren et le faites bien boulir; et quant il est cuit, mette-le en ung
pot de terre, et frisis les otres ou les moules, et metts-les boulir
avecque le brouet. Et pour les oeus fris, metts en plas et le brouet
pardessus.

_Pour petis pats de poison_, prens tourbot ung peu boulir et
hasis[1408] bien menus gingembre et safren, et du burre dous dedens,
et bien hasiet ensamble; et faites vous pats en fachon de la court et
ne les laisis point chquier[1409] au four.


FIN DE L'APPENDICE A L'ARTICLE V.

[Illustration: CHASSE A L'PERVIER EN 1379 (_Mss. du Roi Suppt.
Fr 632^{12}_)]

[Illustration]




LE MNAGIER

DE PARIS.




LE DEUXIME ARTICLE[1410]

DE LA TROISIME DISTINCTION,

LEQUEL EST DE SAVOIR NOURRIR ET FAIRE VOLER L'ESPREVIER.


En acomplissant ce que je vous ay promis cy dessus, chire seur, je
met cy-aprs ce que je say d'espreveterie, afin que en la saison
vous y esbatiez se vostre plaisir y est. Et sur ce, au commencement,
vous devez savoir que l'en tient communment que un bon espreveteur,
en la saison, recroist[1411] d'espreveterie neuf chiens et trois
chevaulx se il veult bien continuer et faire son devoir au mestier. Et
aussi tient-l'en que le droit cuer de la saison d'espreveterie bonne
ne dure que environ six sepmaines que il convient voler aux cailles,
c'est assavoir depuis le mois de Juillet que l'en treuve les voles
des premiers perdriaux, jusques en Aoust qu'ils deviennent fors,
qu'il convient voler aux cailles. Et lors se affoiblie le dduit, car
depuis que les perdriaulx sont faillis et que l'en ne treuve que les
pres et les mres qui sont fors, l'en ne les peut prendre fors au
_voulon_[1412] c'est assavoir au sourdre[1413], et de ce sera parl
cy-aprs, quant l'en parlera du voler, mais  ce commencement il sera
premirement parl des chiens, et aprs du cheval: et en oultre de la
nourreture et duisson[1414] de l'esprevier prins ou ny, et en oultre
sera parl du _branchier_, et en oultre du _muier_.

Premirement, qui veult avoir bon dduit de l'esprevier, il est
neccessit que assez tost aprs Pasques l'espreveteur se garnisse
d'espaignols[1415] et qu'il les maine souvent aux champs qurir les
cailles et les perdris, et ds lors les duise et chastie, et tant face
que au moins en Juing il en soit pourveu de trois bons, duis pour le
mestier, qui congnoissent les oiseaulx: et que ds lors il les mette
au lien et les garde bien, car en celle saison ceulx qui en sont
despourveus les emblent voulentiers. Et les doit-l'en attacher et faire
leurs gistes et leur lit dessoubs ou en coste[1416] la perche o son
esprevier sera perchi quant il[1417] l'aura, afin que lors l'esprevier
les voie continuelment et les congnoisse, et aussi qu'ils congnoissent
l'esprevier.

Et est assavoir que tous espaignols qui sont bons pour la chace du
livre ne sont pas bons pour le dduit de l'esprevier, car ceulx qui
sont bons pour le livre queurent aprs et le chassent, et quant ils
l'ataignent, le mordent, arrestent et tuent, se  ce sont duis: et
autel pourroient-ils faire  l'esprevier. Et pour ce, ceulx qui scevent
bien trouver les perdris et la caille et ne queurent point aprs
l'esprevier, ou s'ils y vont, si sont-ils si duis que tantost qu'ils
voient que l'esprevier a lie[1418] et abatue la perdris ou autre oisel
et la tient soubs lui, s'arrestent et ne s'approuchent point, iceulx
espaignols sont bons, et les autres non. _Item_, ceulx qui sont jeunes
et fors et roides et qui sont trop hastifs, trop loingtains[1419], ne
sont pas bons pour ce qu'ils queurent trop devant et trop loing de
l'esprevier, et quant ils treuvent la perdris ou autre oisel et ils
la font lever, l'esprevier qui est loing ne puet venir  temps et se
lasse de voler aprs, et en la fin n'y peut attaindre et demeure lass
et blasm, et si n'est point sa faulte, car il a bien vol, mais est
la faulte de l'espreveteur qui n'a par avant mis ses chiens en si
grant subjection qu'ils s'arrestassent  son escry[1420]. Et qui pis
est, se l'esprevier est ainsi deux fois foul[1421], il craindra  y
plus voler et ne s'embatera[1422] plus, car l'esprevier se resjost
et enhardist quant il est tousjours audessus et met  mercy tout ce 
qui il vole, et au contraire se effroidist et attardist quant il est
foul ou grv par les oiseaulx. Et par ce me semble qu'il convient que
l'espreveteur soit sage d'avoir duit ses chiens pour qurir prs de
lui, et de donner le vol  point: et pour ce je croy que les espaignols
aagis qui queurent ainsi comme deux ou trois toises devant l'esprevier
sont bons. Et puisqu'ainsi est que l'en ne scet au commencement quels
ils seront, celuy qui a entention de les mettre en besoingne en la
saison d'espreveterie, les doit devant le temps affaitier et tenir
lis et en subjection de verges ou de fouet, afin qu'ils le craignent
et que quant il les menra aux champs et il les escriera ou appellera:
_Arrire! arrire!_ qu'ils s'arrestent et l'attendent, et retournent
 leur maistre s'ils voient qu'il tourne autre chemin. Et s'ils sont
ainsi duis, ils ne feront nul mal  l'oisel quant l'en les escriera, et
seront bons.

_Item_, il est assavoir de la nature des jeunes chiens que tant plus
les menrez aux champs souvent, de jour en jour et de heure en heure,
et plus leur donrez de paine et de travail  querre s champs depuis
l'aube du jour jusques  la nuit, et l'endemain et chascun jour
commencier, et plus les chastierez, puis qu'ils seront bien nourris et
ensemble, plus vous craindront et aimeront et suivront voulentiers et
seront bons. Mais soiez diligent que si tost que vous serez  l'ostel,
que vous mesmes, ou vos gens devant vous, donnez trs bien  mengier 
vos chiens, puis  boire, en une paelle[1423], d'eaue bonne et nette:
et puis soient couchis sur belle lictire de feurre en quelque lieu
chault, ou au feu s'ils sont moullis ou crotts, et soient tousjours
tenus  la subjection du fouet. Et se ainsi le faites, ils ne donront
nul ennuy  la table ne au dressouer, ne ne coucheront sur les lis: et
s'ainsi ne le faites, vous povez savoir que quant ils ont traveilli et
ont fain, pour ce qu'il est ncessit qu'ils vivent, ils quierent soubs
la table et happent sur le dressouer ou en la cuisine une pice de
char ou viande, et s'entremordent et font des ennuis pour pourchassier
leur vie, et en ce faisant se traveillent et ne reposent point et si
demeurent truans et diffams, et c'est vostre faulte et non la leur. Et
pour ce, se vous voulez estre tenu bon espreveteur, pensez premirement
 vostre esprevier et de vos chiens, et puis de vous.

(_Item_, aucuns dient que  chiens qui abaient[1424] l'en leur doit
donner  mengier du poulmon de mouton ou de brebis, et ils n'abaieront
plus. Ce qu'il en est, je ne say.)

_Item_, il convient estre pourveu et avoir un cheval basset et aisi
pour monter et descendre souvent, qui soit paisible au chevauchier,
sans fretillier ne tournoier, ne tirer la bride, ne regiber, ne faire
autres empeschemens qui doient empescher  l'esprevier quant il sera
rclam[1425]: et qu'il se tiengne tout coy et tout arrest, attende
son maistre quant il sera descendu, et aussy se tiengne bien coy et
bien paisible au remonter.

Et pour ce que je vous ay devant dit qu'il est neccessit d'avoir
des premiers espreviers, sachiez que les espreviers commencent 
couver, c'est assavoir les premiers,  la Saint-George qui est le
vint-troisime jour d'Avril, et couvent six sepmaines. Et pour ce, ds
le temps dessus dit jusques au commencement de Juing, l'en doit espier
les aires des espreviers, lesquels l'en peut trouver et aparcevoir
tant par leurs aires comme par leurs charniers, car communment leur
charnier est fait sur un arbre qui a regart  leur aire et est aussi
comme au trait d'un arc de leur dit aire; et sur icelluy hault arbre
les espreviers descharnent[1426] les coulons ramiers et autres oiseaulx
qu'ils ont prins, et laissent cheoir les os  terre, et dtrenchent 
leur becq et despicent la char qu'ils portent en leur aire  leurs
faons qui lors ont le becq trop tendre: et par les ossellez peut-l'en
apparcevoir le charnier, et par le charnier peut-l'en trouver l'aire.

Et est  noter que en la fin du mois de May ou au commencement du mois
de Juing les premiers espreviers d'icelle saison escloent. Si convient
lors entendre de soy pourveoir d'iceulx premiers espreviers, car les
premiers espreviers sont plus tost avancis et prs de voler. Et pour
ce que chascun dsire avoir des premiers espreviers, et pour les avoir
tous bons espreveteurs sont tousjours traitres et larrons l'un 
l'autre, tellement que l'un frre les voulroit embler  l'autre, pour
laquelle chose, qui veult avoir des premiers espreviers, il doit faire
tant enquerre et encerchier qu'il sache aucun aire des premiers[1427],
et les prendre ou ny avant que[1428] nul autre.

(Et est assavoir que les meilleurs et plus fors espreviers sont ceulx
qui se paissent de coulons ramiers ou autres gros oiseaulx, et ceulx
font leurs aires sur bas arbres pour ce qu'ils ne pevent porter hault
si gros oiseaulx.)

Or convient-il donc savoir comment ils seront nourris se ils sont
pris si jeunes que ils n'aient que deux jours. Et sachiez sur ce
au commencement il[1429] est bon qu'ils soient nourris plusieurs
espreviers ensemble, ou esprevier et mouchez[1430], on esprevier et
poucins, afin qu'ils s'entrejoingnent et gardent la chaleur naturelle
l'un  l'autre; et ceste chaleur naturelle est leur souveraine
nourreture, car se ils seuffrent tant soit petit de pluie ne de
froidure, ils sont en adventure de mourir, et pour ce est-il bon d'en
mettre pluseurs ensemble pour ce qu'ils se joindront et garderont la
chaleur naturelle l'un de l'autre. Et si est bon qu'ils soient en un
petit clotet[1431], par manire de ny, fait de foin dli bien batu, de
plume, de coton, d'estoupes ou de telles molles choses, et mis en une
cage  poucins, en une cuve ou en un cuvier ou en un autre vaissel de
bois qui soit long et large tellement qu'ils puissent esmeutir[1432]
loing d'eulx; et se leur ny n'est bien molet, l'en peut mettre soubs
eulx un drap linge[1433] bien dli pour garder leurs ongles. Et
espcialment soient gards et maintenus en bonne chaleur naturelle,
comme aucunes fois du feu de charbon entour eulx, et soient sur deux
tresteaulx hault en leur cage, ou aucune fois au soleil: aucune fois,
s'il fait froit de nuit, soient couvers d'une robe, et d'une rais[1434]
pour les chas, et qu'ils aient air largement. Et soit souvent regard
qu'ils n'aient ne trop froit ne trop chault; et mesmement[1435] de
nuit les convient-il ainsi garder, et de jour les convient-il paistre
tant de fois le jour comme ils auront enduit[1436], et commencier ds
le bien matin  souleil levant ou avant, car les espreviers qui sont
bien peus en leur jeunesse ne crient point quant ils sont sur le poing,
et les autres si font; et les convient paistre de bonne char chaulde,
nouvel tue, d'oiselets escorchis dont la chair, sans aucune gresse,
soit bien menue hasche, jusques  ce qu'ils aient le becq fort pour
tirer cuers de volaille, des cuers de mouton dont vous recouvrerez
aux bouchiers, et qui mieulx ne peut, de pigons: jsoit-ce que ce
soit trop grosse char et trop orgueilleuse, qui[1437] peut recouvrer
d'autre char; _item_, le filet[1438] de porc qui est dedens la cuisse
est meilleur que cuer de mouton: mais  l'esprevier qui vole, l'en ne
doit pas donner deux gorges[1439] l'une aprs l'autre, pour ce qu'il
est trop dli, trop laxatif et trop courant et coulant. Et de quoy que
vous paissiez vostre esprevier, gardez que vous ne luy donniez deux
gorges l'une sur l'autre, c'est  dire que vous ne le paissiez mie la
seconde fois jusques  ce qu'il ait enduit la premire; et puis soit
peu afin qu'il n'ait nulle fain, car autrement[1440], s'il n'est trs
bien nourry en sa jeunesse, il ne volera j bien, ne ne sera fort en
la saison d'espreveterie. Et aussi se vostre esprevier avoit aucune
fain, les bons espreveteurs l'appercevroient  l'areste des plumes o
il auroit raies de travers, et tant de roies qu'il y auroit et tant
de fains jugeroit-l'en que l'esprevier auroit eues[1441]; si vous en
mocqueroit-l'en de non avoir bien gouvern vostre esprevier.

Et _nota_ que  trois choses congnoist-l'en en jeunesse l'esprevier
du mouschet: _item_, que le mouschet a la teste et le becq sur[1442]
le rond, et l'esprevier sur le long: _item_, le mouchet a la
jambette greslette et plus courte que l'esprevier: _item_, au cry le
congnoissent aucuns.

_Item_, en leur trs grant jeunesse, l'en les doit tenir trs
nettement et paistre souvent[1443], et trs seichement de blancs
drappellez souvent remus dessoubs leurs pis, et du foing, et changier
souvent, et laver et scher leurs drappellets. Et soient en un pennier,
et soit ledit pennier couvert de beaulx drappeaulx; et soient tenus
chaudement par feu ou par soleil, et de nuit soit mis l'esprevier[1444]
entre deux draps au lit, couchi avec une personne pour garder chaleur
naturelle, et l'endemain au feu ou au soleil. Et ainsi, jusques  ce
qu'il soit temps de les mettre en la ferme[1445].

_Item_, se vous povez, faites que les costs du vaissel ou ferme o
vostre esprevier sera, ne soit mie clos d'ais, mais de trailles[1446]
ou de fil, afin que l'esmeut de l'esprevier saille dehors, car quant
l'esmeut demeure dedans le vaissel, il put.

_Item_, tant comme l'esprevier plus s'efforcera[1447], il se
souldra[1448] sur les jointes[1449]; et lors, quant il s'estera[1450],
le peut-l'en mettre en la ferme qui sera faite de cinq pis de long
et de trois pis de l[1451] et de trois pis de hault. Et a[1452]
besoing d'une cuve ou d'un cuvier souvent nectoi ou changi, couvert
d'une rais, ouquel cuvier ou cuve il ait du foing au fons et un viel
drappel linge dessus pour luy garder ses ongles sains comme dessus,
et illec s'enforcera et sera plus fort sur ses pis. Et ainsi comme
plus croistra, l'en ne le paistra pas si souvent, que quatre fois le
jour; et aprs, quant il sera plus fort et qu'il volletera, l'en lui
doit mettre en la ferme ou cuvier un petit bloc[1453] de trois dois de
hault, couvert pour ses ongles comme dit est. Et quant il commencera
 soy perchier sur icelluy bloc, l'en luy fera autre travers dedans
la ferme deux perchettes de demi pi de hault[1454], sur lesquelles
perchettes il, de sa propre nature, volera de l'une  l'autre et
passera par-dessoubs, et sa nature luy enseignera  duire ses eles et
son vol; et lors ne sera peu[1455] que trois fois le jour. Et est bon
que lors et par avant sa ferme soit mise  terre une fois le jour, en
une place o les chiens repairent entour luy, et qu'ils le voient et
congnoissent, et luy eulx, et soit peu devant eulx, afin que quant il
volera et aura prins et tendra sa proie aux champs et ils surviennent,
qu'il ne s'esbasse mie pour eulx, ne que eulx ne le descongnoissent.
Et ds lors en avant convendra soy prendre garde quant il aura deux
mercqs[1456] frans, car lors le conviendra-il mettre s gets[1457] et
paistre sur le poing, et puis le perchier et tenir paisiblement sur
son poing tant qu'il ait enduit et aval sa gorge. Et le doit-l'en 
ce commencement tenir si court que au reget de son dbat[1458] il ne
mefface  son balay[1459].

Et depuis que vostre esprevier sera premier mis sur le poing, gardez
que par vous ne par autre il n'ait aucun desplaisir; et sachiez, chire
seur, que toutes choses qui vers luy survendroient[1460] soudainement,
hastivement ou tempestivement[1461], soit personne, beste, pierre,
estueil[1462], baston, ou autre chose, lui font desplaisir et le
tourmentent fort. _Item_, chire seur, sachiez que se vostre esprevier
vous lie et estraint fort, sachiez que c'est signe qu'il a fain, et
sinon[1463], car quant il a fain il estraint, et quant il[1464] gorge,
non. Et toutesvoies s'il vous lie ou estraint, ne vous courrouciez de
riens ne lui aussi, mais le descharnez tout bellement, sans vous ne lui
courroucier, quelque douleur qu'il vous face sentir, car se vous le
courroucez une seule fois, j puis ne vous aimera.

_Item_, il vous convient continuer  le tenir souvent sur le poing
et entre gent tant et si longuement que vous pourrez. Et se tandis
que vous disnerez, dormirez ou pour autre chose, laisserez vostre
esprevier, si soit perchi  grant air, hors de la moiteur de la pluie
et de l'ardeur du soleil, et qu'il ne voie nuls poucins, pigons ne
aultre volaille, ne ne soit en pril de chas, et que rien soudain ne
puisse venir sur luy.

Et sachiez, chire seur, que s'il est perchi tantost aprs ce qu'il
sera peu, il se tendra bien paisible jusques  ce qu'il ait enduit,
mais aprs ce, se il bat  la perche, c'est signe qu'il a fain ou
qu'il veult estre sur le poing: et pour ce est bon qu'il ait tousjours
gens devant luy, afin que s'il se batoit et se pendist[1465], qu'il
fust tantost secourus et relevs. Sachiez aussi que quant il a est
longuement sur le poing et qu'il a tous ses sept mercqs (jsoit-ce que
j'aye bien veu tel qui en avoit huit), et aussi quant le troisime noir
mercq[1466] du balay passe le bout ds eles, il est adonc tenu pour
fourm, et doit-l'en penser de le baignier, qui le fait avancier pour
oindre[1467], desrouillier et mettre  point ses plumes, et mieulx
voler: et de la manire du baignier sera dit cy-aprs.

_Item_, et au bout des longes doit avoir un petit btonnet, afin que
se l'esprevier s'entreprenoit, que au bout du btonnet, sans mettre la
main, l'en luy mette ses plumes  point: ou l'en doit remuer et tourner
son poing, afin qu'il se dbate autre fois, car au rebat[1468] les
plumes reviennent  leur point. Et tousjours, tantost qu'il est peu,
l'en le doit tenir si souef et en place si propre et si paisible qu'il
n'ait cause de soy dbatre sur sa gorge, car s'il se dbatoit sur sa
gorge qu'il auroit lors prinse, il seroit en adventure de la getter; et
qui n'a loisir de le tenir en place paisible, l'en le doit perchier. Et
sachiez en cest endroit que les bons espreveteurs dient un tel proverbe:

    Au lier et au deslier,
    Te tien saisy de l'esprevier.

Si povez maintenant adviser sur le poing et sur la perche se vostre
esprevier peut rien valoir. Premirement, les aucuns espreviers se
perchent tout droit et sont moult esveillis et regardent firement et
espoventeusement[1469] quant ils veillent, et quant ils dorment, si
se tiennent-ils bien droit sur un pi et ont l'autre en leur plume,
et ainsi dorment, et c'est signe de bon esprevier et sain. Les autres
espreviers se couchent sur le ventre au travers de la perche, ainsi
comme un chappon, et ainsi se reposent en dormant et en veillant: et
n'est ne trop bon ne trop mauvais signe, car il leur vient de nature.
Et les autres sont tousjours raemplis et endormis et ont un pi en leur
plume, et c'est signe de ftardie[1470] ou de maladie.

_Item_, quant est  congnoistre l'esprevier par son plumage, il
est assavoir que les uns[1471] espreviers sont de plumage blanc et
dli.....[1472],  travers de pris.....[1472], tendres ou roux
assis en leur poictrine ainsi comme par ordre et  droite ligne, et
sont bien merls ou gouts[1473] ou brueil[1474], c'est assavoir entre
les cuisses et le balay, et ont bonnes[1475] les plumes qui sont 
l'endroit des costs sur les cuisses. Et iceulx espreviers dit-l'en que
ils sont bons pour dames, car ils sont tost rclams et rendent tost
leur proie et viennent voulentiers au sifflet et aiment leur maistre,
et sont paisibles et peu hardis. Les autres sont de plus gros, plus dur
et plus aspre plumage, et ont plus grosses mailles, et sont les tuyaux
de leurs plumes plus durs d'autant comme les plumes d'une vielle gline
ou d'un viel coq sont plus aspres et plus dures que d'un jeune chappon,
ou comme un laboureur des champs a plus dure coanne que le fils d'un
roy: et sont cueurets de cueres[1476] entre-changablement[1477] assis
 et l, sans ligne et sans ordre, et ont une petite teste et uns
gros yeulx estincelans comme un serpent, et sont moult esveillis; et
ceulx sont aspres, roides et hardis, et sont plus fors  rclamer, plus
glouts et plus despis  paistre, et plus flons en toutes choses; et
mettent leur proie entre leurs eles, et la dfendent aux ongles et au
becq. Et mesmes, quant on les paist, ils estrainguent et saillent au
visage et mordent: et convient avoir un gant en la main destre, dont
les dois du gant soient coupps, pour doubte des esgratineures: et
portent voulentiers au couvert[1478]; mais se ils sont bien nourris et
bien rclams, un bon espreveteur s'en aide mieulx que des devant dis,
car ils sont plus hardis, plus sages, et plus fors assez.

_Item_, les uns ont jambes et pis rouges, et dit-l'en que ceulx sont
de aire de jeune mouchet: et les aultres qui ont jambes et pis jaunes,
dit-l'en qu'ils sont de aire de vieilz mouchet. Les aucuns ont jambes
rondes et les autres sur le plat, _scilicet_ sur le demi ront; de
ceulx ne say-je quel signe c'est: mais en somme, l'esprevier qui est
de grant corsage, qui a teste de serpent, c'est assavoir menue teste
sche, qui est bien chapp[1479], gros yeulx saillans et esveillis,
gros par les espaules, plumage dur et roide, maillett de grosses
mailles aspres et dures: qui ait bons serceaulx, bons cousteaulx,
bonnes longues plumes, bons venneaulx[1480], bonnes....[1481], sans
balay a sain, grant ouverture endroit le bouel, courtes jambes
grossettes, ses ongles entiers, c'est assavoir du pessouer[1482] et du
charnier et de la grant et petite sangle, et que le remenant de son
corps et de ses pis soit tenu entier: qui soit bien esveilli et se
perche bel: tel esprevier est d'eslite.

Toutesvoies quel qu'il soit, puis que vous le vouldrez nourrir pour
vous, au commencement qui[1483] sera mis sur le poing, si luy bailliez
beaulx gects, surlonges que l'en dit petites longes, touret[1484] et
grans longes, et les acoustumez de petit  petit et de plus loing en
plus loing  voler  vous, sur vostre poing, qurir sa proie pour soy
paistre.

Or est temps, chire seur, que je vous parle de congnoistre l'smeut
de l'esprevier. Si sachiez, chire seur, que quant l'esprevier si a
esmeuti, par l'esmeut l'en peut jugier s'il est sain ou non: car s'il
esmeut loing, et l'esmeut est fin, blanc, liant et bien moulu, il est
bon. Et s'il est pers[1485], vert, ou roulx comme lessive, ou cler
comme eaue, ou qu'il ait un neu noir en l'es-meut,  ce voit-l'en que
l'esprevier n'est pas sain, et lors le fault curer, et donner plume
par la manire que dit sera cy-aprs quant l'en parlera du rclamer
et affaitier pour voler, car jusques  ce que l'en le rclame sans
commande[1486], n'est-il j trop grant besoing de lui donner plume ne
trop souvent curer, fors par une fois la sepmaine.

Mais en cest endroit d'espreveterie, le convient plus que devant
tenir sur le poing et le porter aux plais[1487] et entre les gens
aux glises[1488] et s autres assambles, et emmy les rues, et le
tenir jour et nuit le plus continuelment que l'en pourra, et aucune
fois le perchier emmi les rues pour veoir gens, chevaulx, charettes,
chiens, et toutes choses congnoistre; et soit en l'ombre, et qu'il
n'y ait nuls pigons, poucins ne autre volaille qu'il voie comme dit
est. Et aucunes fois  l'ostel soit perchi sur les chiens, et que
les chiens le voient, et il eulx. Ce fait, le convient rclamer en
un secret lieu, petit  petit et de plus loing en plus loing, tant
qu'il reviengne du long de ses longes; puis le convient rclamer 
la commande ou recrance: et puis en pluseurs lieux et en espcial
aux champs et s prs  recrance: et puis sans recrance,  pi 
pluseurs fois, prsens les chiens; et puis  cheval le convient-il
rclamer, et de dessus les arbres, tant qu'il congnoisse le cheval.
Et adonc est neccessit que vous prenez bien garde, comme dit est
dessus,  son esmeut qu'il soit net: et comme dit est dessus, le noir
donne enseignement qu'il est ort par dedans. Et s'ainsi est qu'il y
ait trop de noir, si lui donnez au vespre char de poucin ou cuer de
mouton tremps et bien lavs en eaue un petit chaudette et espraint;
et se vous n'avez eaue tide, fors froide, si y trempez vostre char,
puis l'espraingnez fort et eschauffez par force d'espraindre entre
deux esseules[1489], puis en paissiez vostre esprevier comme dessus,
car char lave l'amaigrist. Et  ce donner ne doit-on point son oisel
appeller ne rclamer, mais prendre sur la perche sans siffler ou
rclamer, et paistre sans dire mot, car la char ne luy est mie bien
savoureuse, et pour ce, qui  ce donner le rclameroit, quant l'en le
rclameroit aprs et depuis, il cuideroit que ce fust autele viande
comme devant: si seroit plus lent et tardif  y venir.

_Item_, avec ce que dit est, quant il sera gorgi souffisamment, l'en
luy doit donner, en lieu de plume, aussi gros de coton comme une fve
envelopp en char,  deux fois: ou faire tirer les plumes de l'aleron
d'une perdris, et s'il en avale, c'est bonne plume[1490]; et aussi
coton moulli en eaue: et dit-l'en que petite plume est la meilleur; et
ne luy doit-l'en donner viande par-dessus sa plume, car ce que l'en
donroit par dessus ne pourroit passer les mailles de l'estomac[1491]
pour la plume qui seroit au devant. Et sachiez que quant l'esprevier
vole et se paist de son vol, il ne luy convient point donner d'autre
plume, car il en prent assez des oiseaulx dont il se paist; et la plume
de l'aleron de l'ele est bonne plume. Et doit-l'en[1492] le soir que
l'en luy a donn plume, nettoier la place dessoubs l'esprevier pour
trouver l'endemain sa plume. Et l'endemain, quant vous serez leve,
regardez  son esmeut s'il est plus net que devant; et se l'esprevier a
esmeuti loing, c'est signe qu'il est fort: s'il a esmeuti prs, c'est
au contraire; se son esmeut est fin blanc, pteux et bien molu, c'est
signe qu'il est sain: se l'esmeut est vert, ou qu'il y ait trop de
noir, c'est signe qu'il n'est pas sain. Et aussi gardez s'il a gect
sa plume orde ou necte. Et se vous avez apparceu par deux ou par trois
fois que l'esprevier soit lent de gecter sa plume, si lui donnez avec
le coton un ou deux grains de fourment, car ce l'avancera de la gecter;
et quant icelle sera par luy gecte au matin, si le paissiez de bonne
viande et chaude, et au soir luy redonnez plume comme devant: et ainsi
de soir en soir jusques  ce qu'il soit net.

Et soiez adverti que depuis ce, comme dit est dessus, que vostre
esprevier commencera  voler, _item_ ainsi le convient deux fois la
sepmaine nettoyer, et aussi baignier deux fois la sepmaine,  certain
jour, entre tierce et midi, en un jardin ou prel[1493], au soleil,
et en si large bacin que ses eles ne se batent aux bors, et le tenir 
la commande ou recrance, afin que sans congi il ne s'en voit[1494]
essorer[1495]; et au commencement doit-l'en rebondir et ressatir[1496]
l'eaue sur la teste et le col,  une vergette[1497], pour le moullier:
et puis qu'il sera baigni, le convient-il essuyer au soleil de midi.
Toutesvoies, aucuns lui donnent plume chascun soir, et baignent
chascun jour quant il a enduit, et en soy baignant ou quant il est
baigni le rclament: et pendant le temps que vous baignerez vostre
esprevier, se le soleil se convertissoit en pluie, ou se en cheminant
il plouvoit sur vostre oisel, il le convient essuyer  trs bon feu sur
un trestel[1498] ou au soleil. Mais gardez-vous bien que jamais vous ne
le mettez sur perche moullie, car si tost qu'il a le pi moulli, il
devient enrum et malade: si gardez tousjours qu'il ait le pi sec et
chault. Et aprs ce qu'il sera ainsi schi, il voulera de trs bonne
ele.

En cest endroit d'espreveterie, devez-vous congnoistre savoir-mon[1499]
s'il est trop maigre ou trop gras: car s'il est trop maigre, il est
foible, et s'il est trop gras, il est lent et pesant; et sachiez
que quant il se tient acrempeli[1500] ou bossu, et a les yeulx plus
vers et jaunes entour, et dmonstre chire pesant, et ne se tient
droit, esveill, sur le poing et  la perche, il est malade: et c'est
parcequ'il est maigre; et le convient paistre un jour ou deux d'un
nomblet de porc pour revenir. Et s'il se tient droit et esveilli, et
les yeulx luy saillent, il est sain; mais qu'il ne soit trop gras. Et
se vous apparcevez qu'il le soit trop, pour mettre  raison il le
convient paistre de char lave ou de beuf.

Et quant il est rclam  pi  la commande et qu'il congnoist les
chiens et il n'est trop maigre ne trop gras, et cur et net, il le
convient enoiseler et luy baillier  vouler des petis poucins aux
champs, premirement  pi, et puis  cheval. Et quant il les aura
vols, lis et abatus, si descendez et alez  luy tout bellement, et de
loing vous agenoilliez, puis doulcement aussi comme  quatre pis[1501]
petit  petit, et mettez vostre main vers les pis de vostre esprevier
et prenez sa proie en souslevant les pis de l'esprevier, et faites
paistre sur sa proie. Et se vous le voulez afaictier pour la pie,
si le faites voler aux champs  poucins ou pigons vrs[1502] blans
et tavells[1503] de noir comme la pie est; et aucunes fois, quant
l'en en peut finer, il convient avoir des jeunes pias[1504], et les y
faire voler aux champs, et estre garny d'unes petites turquoises[1505]
propres  ce, afin que si tost que l'esprevier aura li le piat, l'en
luy rompe les jambes et le becq afin que l'esprevier en soit tousjours
audessus et ait l'avantaige du piat sans estre blci. Et se l'en ne
peut finer de piat, mais seulement de forte pie, il convient que l'en
luy couppe ou rompe le becq et les ongles et deux ou trois des maistres
plumes de chascune ele; et l'esprevier ainsi duit volera aux pies en la
saison, et toutesvoies sa nature l'enseigne plus que estrange doctrine.

_Item_, l'en dit que la personne, les chiens et le cheval qu'il a
acointi et acoustum  veoir ne lui doivent point estre changis,
c'est assavoir que se un esprevier avoit est gouvern par un
homme[1506] blanc chevauchant un cheval noir, et l'en le bailloit s
mains d'un moine noir chevauchant un cheval blanc, ou d'un escuier,
chevalier ou bourgois, ou d'une femme, ou d'autre personne vestue
d'autre habit, ou en autres mains que s mains de cellui qu'il
auroit apris, l'esprevier qui auroit mescongnoissance d'icelluy
nouvel maistre, ne seroit si rclam  luy comme  son maistre qu'il
congnoissoit et qui l'avoit nourry. Et pour ce, cellui ne le devroit
laissier tenir ne paistre  autre fors  luy.

Chire seur, avant que vous commenciez  voler  droit essient[1507],
il vous convient et est neccessit d'avoir cerchi et enquis aux
compaignons du pas o sont les voles des perdris; et sachiez que
en pas estrange et ou repaire[1508], la souveraine queste que bon
espreveteur puisse faire, si est d'enqurir aux bergiers et vachiers et
autres gens d'aval les champs, s'ils ont veues aucunes perdrix et o
est leur commun repaire, et puis aler celle part. Mais sur toute rien
gardez-vous que chiens de bergiers ne autres chiens estranges que vous
ne congnoissez et qui ne congnoissent vos oiseaulx, et espcialment
mastins, ne vous suivent, car vostre esprevier ne voleroit pas si
voulentiers ne si hardiement, et s'il avoit abatu ou li un oisel, si
seroit en aventure d'estre par eulx tu; et moult de fois en est ainsi
advenu.

_Item_, chire seur, en cest endroit d'espreveterie, aux jours que vous
ne vouldrez voler, vous convient acoustumer  paistre vostre esprevier
ds le bien matin, afin que  celle heure quant vous volerez, il ait
tousjours fain; si volera mieulx, car les bons espreveteurs se livent
ds l'aube du jour, et ds lors vont voler, mais toutesvoies que leur
esprevier ait gect sa plume, et aussi qu'il ne pleuve ne face grant
vent, car se vous volez par grant vent, le vent emportera vostre
esprevier qu'il n'en pourra mais, et se moquera-l'en de vous.

_Item_, ne volez pas prs de bois, ne de haie, ne de vigne, ou de
fosss ou autre empeschement d'eaues.

_Item_, ne volez pas aux petits oiseaulx, car ils sont trop roides et
scevent les tours des buissons o ils ont acoustum  repairier, et
pour ce l'esprevier fault; si se travaille fort pour ce que iceulx
menus oiseaulx sont fors, et si n'emportent mie si grant honneur pour
l'espreveteur ne pour l'esprevier comme perdris qui volent foiblement
et sont plus tost prinses; et aussi quant les menus oiseaulx se boutent
s buissons, l'esprevier qui vole aprs se lasse et descourage; pour
sa hardiesse et faire son devoir se ront souvent sa queue et ses eles
telement que en la fin il en demeure tout diffam, et n'en peut mais.
Toutesvoies, se vostre esprevier y vole, et vous vez que pour ce faire
vostre esprevier ait la teste d'aucunes de ses plumes quasses, si la
moulliez tantost de vostre salive endroit la quasseure, et quant vous
viendrez  l'ostel, d'eaue non mie chaude, mais moins que tide, et
elle se raffermera: sinon[1509] elle se rompra. Et s'il a son balay
rompu, il n'en vauldra pas pis pour voler aux cailles,  perdris et 
gros oiseaulx qui volent droit  terre[1510], mais il en est plus lait,
et si ne suit mie si bien petis oiseaulx qui se plient, comme l'alo
qui gauchist[1511] comme  esquierre, et si ne peut monter aprs l'alo.

_Item_, s'il advenoit que vostre esprevier ait l'une des parties de
sa queue rompue, l'en doit rongner aux forces[1512] l'autre partie,
afin qu'il vole justement. Et jsoit-ce que l'esprevier qui a la queue
rompue en soit plus lait, toutesvoies il n'en vault de riens pis pour
voler au gros, mais pour voler aux menus, si fait.

L'alo de gibier, c'est l'alo de cest an qui a courte queue, sans
blancheur, toute rousse de rousseur cendre, et ne chante point au
sourdre[1513], et vole droit et se rassiet prs. Et la vieille alo 
longue queue, dont aucunes des pennes sont fines blanches[1514] et au
sourdre pipe et dit: _Andrieu_, et vole par ondes et plie son vol par
esquierres, puis  destre, puis  senestre, et se assiet loing, celle
n'est pas de gibier, ne n'y doit-l'en point voler s mois d'Aoust et de
Septembre: mais en Septembre, quant elle mue, la queue luy chiet, et
est de gibier pour ce qu'elle est foible.

_Item_, il est dit dessus et il est vray que tout bon espreveteur doit
garder qu'il ne vole  menus oyseaulx roides, comme  l'alo vieille,
moissons[1515] vielz et autres qui sont prs des buissons, pour ce
que incontinent qu'ils voient l'esprevier, ils s'y boutent, et fault
l'esprevier  les lier, et ront sa queue et despice ses eles ou
buisson, et par ce se lasse et descourage de voler; mais le pis est que
aucunes fois l'esprevier qui est ainsi lass ne revient point  son
maistre, mais s'envole et se repose sur un grant arbre. Et est certain
que les espreviers ainsi lasss sont plus tardis et plus lens 
revenir de dessus un grant arbre, maison ou autre hault lieu que dessus
un bas, se grant fain ne les y muet; et  ce besoing convient avoir ou
poucins ou autre oisel vif pour voleter devant eulx, en les rclamant
sans monstrer le visaige.

Ces choses veues et faites, vous povez aler voler; et le premier jour
que vous volerez, soiez garni de poucin ou autre oysel vif pour y
faire voler vostre esprevier se vous ne trouvez autre oisel, et au
premier oisel que vostre esprevier prendra aux champs, si tost qu'il
l'aura abatu et le tendra entre ses pis, il convient descendre et
aler  luy  long trait, et se garde-l'en de toute hastivet, et que
l'espreveteur s'agenoille bellement et loing, et bellement estende ses
bras, et doulcement preigne et live sa proie et l'oisel dessus, puis
rompe la teste  l'oisel et du cervel paisse son esprevier[1516]. Et se
l'esprevier vous lie des ongles, si vous descharnez ongle aprs l'autre
tout bellement, sans tirer ne le courroucier.

_Item_, quant vostre esprevier est gorg, vous le povez tenir sur la
main nue et sans gant, car lors il ne vous estraindra point; mais avant
qu'il soit peu, s'il a fain, si ne vous y fiez point, car lors il
estraint fort et tant que sang en fait saillir. Et  ce jugent aucuns
se l'esprevier est fort ou non, car quant ils sentent parmi le gant
que l'esprevier estraint fort, ils jugent qu'il est fort: sinon, non.
_Item_, tenez-le adonc en place si paisiblement qu'il n'ait cause de
soy dbatre sur sa gorge, car il seroit en aventure de la gecter, ou
se vous n'avez loisir de le tenir sur le poing en place convenable et
paisible, si le perchiez en lieu paisible o il voie gens, chiens et
chevaulx etc., et ne voie point pigons ne autre poulaille[1517].

Et la deuxime fois que vous volerez, laissez vostre esprevier[1518]
deux vols ou trois le jour et non plus, et le paissiez comme dessus: et
la troisime fois, deux ou trois vols et non plus; et puis aux autres
jours vole tant comme il pourra,  tant d'oiseaulx comme vous trouverez.

_Item_, et se vous apparcevez qu'il porte au couvert, si
l'embraellez[1519] et laissiez prendre[1520] deux ou trois fois, et
ne le gectez plus sur arbre quant vous le vouldrez paistre, et il se
chastiera d'illec en avant.

_Item_, commenciez  aler voler chascun jour au matin ds le bien
matin et volez jusques  tierce[1521], et lors mettez vostre esprevier
en un pr ou champ, et s'il ne porte au couvert, sur un pr[1522]
ou arbre, et le rclamez d'illec et paissiez, et puis le perchiez
et[1523] reposez et laissiez passer le chault, et aprs volez au
serain[1524]. Car qui ou mois de Juillet et ds lors, voleroit, jusques
 la my-Aoust, par trop chault, l'esprevier si s'efforceroit hault et
loing, et  la premire rivire ou eaue qu'il verroit d'en hault, s'en
yroit baignier, puis se ressuieroit sur un arbre, et l se pouroindroit
telement et si  grant loisir qu'il n'auroit plume sur lui qu'il ne
remuast au becq l'une aprs l'autre, tout  loisir, et sans trop
grant diligence ne pourroit estre trouv; et s'il estoit retrouv, si
ne pourroit-il estre reprins sans trop grant attendue. Mais aprs la
my-Aoust il ne s'efforcera[1525] mie si voulentiers; et toutesvoies,
ainsi comme il est dit dessus, soiez tousjours garni de vif poucin
rousset, semblant  perdris, afin que se vous ne trouvez autres foibles
oiseaulx, que vous volez aux champs de ce poucin que vous aurez port,
et luy donnez de la cervelle et du surplus ses drois, et l'en paissiez;
puis ostez la gorge et les boyaulx du poucin, si s'en gardera mieulx,
et l'en pourrez paistre  l'une fois des eles, l'autre fois des
cuisses, puis au derrenier du charquois[1526]. Et se vous n'avez trouv
poucin, si soiez pourveu de pigon, jsoit-ce que ce soit chaude viande
et trop aigre  l'esprevier qui vole, car la saveur luy en demeure
longuement et le soustient sans fain plus que autre viande; et[1527] en
reffuse le poing, et[1528] tient l'esprevier orguilleux.

_Item_, vous prenez bien garde que ds ce que vous commencerez 
voler, ds lors vous ne courrouciez vostre esprevier, et que rien
ne l'approuche soudainement, effondrement ne tempesteusement, soit
personne, chien, cheval ou autre chose, et mesmement par derrire, car
de ce qui luy survient par derrire est-il plus tourment et s'effroie
plus.

_Item_, quant vous serez en queste, si aiez tousjours l'oeil  vostre
esprevier et  vos espaignols, et quant vous verrez qu'ils mouveront
la queue  desvuidier[1529] une place, si frez tantost de l'esperon
droit  eulx, afin que quant la perdris sourdra, vostre esprevier soit
prouchain. Et se plusieurs perdris saillent, dont vostre esprevier
suive, lie et abate l'une, entendez tousjours  vostre oisel, et
criez  vos compaignons qu'ils remerquent les autres, et quant vostre
esprevier aura eu son droit du cervel, si vous remettez en queste au
remerc[1530], afin que vous aiez tous les autres oiseaulx l'un aprs
l'autre.

_Item_, l'en doit qurir les perdris s grans chaumes et ybles et
bruires, et environ les gerbes qui sont demoures aux champs, car l
se paissent les perdris et les perdriaux du grain d'icelles gerbes,
et sont voulentiers s lieux couvers et non mie s jachires[1531] ne
autres lieux descouvers, tant pour doubte de chault comme pour doubte
que le faulx-perdriel[1532] et les oiseaulx de proie ne les voient. Et
quant le chault est lev, icelles perdris et aussi les cailles sont s
grans genestes, s vignes et s vesses, s poisires[1533] et s bls
qui sont sur le pi et qui donnent grant ombre, pour estre freschement.

_Item_, en ce temps l'en ne pourroit pas faire queste s vignes pour
ce que l'en y feroit trop de dommage  ceulx  qui les vignes sont,
et aussi les perdris y auroient trop d'avantage et l'esprevier trop
d'encombrier pour les fueilles et eschallas, mais les bons espreveteurs
qui[1534] les remerquent et[1534] puis se mettent en queste ou remercq par
les champs ou buissons, et au voulon[1535] l'esprevier les prent.

Se l'esprevier porte au couvert, et son maistre le rclame et siffle,
il ne luy doit pas monstrer son visage[1536].

_Item_, sachiez que depuis que l'esprevier aura commenci  voler, il
ne doit vivre de nulle char de boucherie ne d'autres, fors que de sa
proie, car de jour en jour, continuelment, sans cesser, il doit voler
sans repos, car qui un jour le repose, il le recule pour trois jours.

_Item_, sachiez que le[1537] dduit de perdriaulx dure jusques  la
mi-Aoust, et adonc commence le dduit des cailles pour ce que alors
deviennent fortes, et voulentiers se tiennent prs des bois et des
haies. En Aoust l'en treuve bien des perdris qui en cest an furent
couves au plus tart, et se adourent[1538] plus tart que les autres
et n'estoient pas assez aages quant la saison de chauchier[1539] fut,
et ne sont pas toutes rpares[1540] ou mois d'Aoust et ont encores
leurs plumes  saing[1541], et ou tuyau a un neu, et ne sont pas
si fortes comme les pres et les mres qui ont est mues[1542], et
pour ce sont plus lgires  prendre  l'esprevier que ne sont les
pres et les mres, se ce n'est toutesvoies quant freschement et
tantost aprs que iceulx pres et mres ont couv et qu'ils nourissent
et tiennent encores soubs eulx leurs perdriaulx, car lors sont-ils
dvestus de leurs plumes et sont maigres et foibles et pevent bien
estre arrests par l'esprevier; mais quant ils sont revestus de leurs
plumes et renforces, il n'y fait nul voler fors au voulon, comme dit
est, ou[1543] aprs leur premier vol par remercq, car au second vol
sont-elles plus lasses qu'ils ne furent au premier. Et est grant pril
de mettre son esprevier en essay de les prendre en plains champs du
premier vol, car se l'esprevier se lasse  tirer aprs, ou se il lie la
perdris et elle est si forte qu'elle l'emporte, ou qu'il soit autrement
foul soit par cest oisel ou par autre, j puis n'y volera voulentiers.

En la saison d'Aoust, l'en peult voler aux faisandeaulx[1544] aux
oustardes, aux laperiaulx, aux levrats, aux raales des champs[1545]
qui sont roux, et aux cailles, ou au moins en la my-Aoust; et en
Septembre doit-l'en voler tout au long du jour sans retourner  l'ostel
puis qu'il ne face ne trop grant chault ne trop grant pluie ne trop
grant vent; et doit-l'en savoir que ou mois de Septembre il ne se
essore[1546] mie si voulentiers comme en Aoust.

_Item_, pour ce que les nuis sont en Septembre plus longues, il
convient donner au soir, en la fin de Septembre, plus grosse gorge,
et petite au matin; mais tousjours[1547] aiez lors en mmoire que
c'est mauvaise paisson que de caille et de pigon, car c'est char de
dure digestion et demeure longuement en l'estomac. L'esprevier s'en
enorguillist et reffuse le poing comme dit est dessus.

_Item_, en la fin dudit mois de Septembre et aprs, quant le voler des
cailles et perdris est failli, et mesmes en l'iver, l'en peut voler
comme dit est aux pies, aux chos, aux cercelles qui sont en rivire ou
autres qui sont taveles et ont longues jambes et sont aux champs et
courent  pi parmi le gravier d'eaue[1548], aux merles, aux mauvis,
aux gois[1549], aux videcocqs et aux merles. Et  ce peut-l'en aler
 pi et avoir l'arc et le boujon[1550], que[1551] quant le merle se
boute en un buisson et ne se ose partir pour l'esprevier qui est dessus
et l'espie, la dame ou damoiselle qui scet traire, le peut tuer[1552]
du bougon[1553]. (Et ainsi de temps en temps peut-on avoir dduit de
son esprevier, quant l'en le veult garder pour muer.) Et quant l'en
ne treuve plus  le paistre de son voler, l'en luy donne congi. Et
sachiez que ds la premire nuit qu'il aura geu dehors, il est devenu
sauvage se il se paist de luy mesmes, et pour ce le convient l'endemain
recouvrer,  l'aube[1554].

Et, belle seur, s'il est ainsi que vous le voulez muer[1555], pour
ce que autant couste  muer un mauvais esprevier comme un bon, aiez
premirement regart se vostre esprevier a est bel et bon et paisible,
car icelluy doit-l'en muer; et s'il a est autre, ne prenez plus de
paine, car encores seroit-il pire aprs la mue. Toutesvoies, se muer
le voulez, il le convient paistre de chaude viande, comme de glines,
soris, rats, et d'autres oiseaulx gaigns aux fills et  l'arbaleste,
jsoit-ce que c'est le meilleur que l'esprevier vole tant comme l'en
trouvera  voler, et par espcial tout le karesme, car  fort et
souvent gecte-il plus naturelment ses plumes pour muer: et tousjours le
convient-il, comme dit est devant, curer et donner plume.[1556] Quant 
l'esprevier que l'en veult muer, aucuns donnent des estouppes haches,
et aussi dient aucuns que c'est bonne plume que des pastes de livre
et de connins batues d'un bon martel sur une enclume et osts les os.
Et tousjours le convient baignier et tenir sur la perche, et tousjours
paistre de bonne viande chaude et vive, qui peut, trs diligemment,
et garder mieulx que devant, et le paistre  tout le moins trois fois
le jour jusques  la my-May; et lors luy convient arracher toutes ses
plumes de la queue. Aucuns dient que le meilleur est au croissant de
May, ou autrement la queue ne revient point (c'est au commencement du
mois de Juing); et la convient arrachier ainsi qu'il s'ensuit: c'est
assavoir que aucun tiengne l'esprevier entre ses mains, et l'autre
luy compressera la char du bout de la queue,  laquelle char les
tuyaulx des plumes de la queue se tiennent: et quant la char est ainsi
tenue pour le sauver[1557], l'en doit arracher les plumes l'une aprs
l'autre, tout en un jour. Et dit-l'en que d'autant que l'esprevier a
la queue arrache devant la Saint-Jehan, d'autant est-il prest plus
tost devant la my-Aoust (et jsoit-ce que aucuns dient qu'il convient
avant baignier le[1558].... de l'esprevier en karesme, dont je ne tien
compte); et ladicte queue arrache, le convient mettre en une mue qui
soit de quatre pis de long et quatre pis de large, de trois pis de
hault, et soit couverte de bonne toile pour le vent, et y ait fenestre
pour avoir air. Et en icelle mue ait une perche, laquelle perche
sera de demi-pi de hault, et sera l'une des moitis feutre, et en
l'autre moiti, du long, aura une chanlatte[1559] coulant en laquelle
l'en luy donra sa viande sans touchier  luy. Et le convient lors
trs diligemment garder de trop chault et de trop froit, et mettre et
tenir de jour au soleil et garder; et le gardez de courroux, d'effroy
et d'aucun autre encombrier, et le paistre de trs bonnes viandes et
chaudes et haches, tant qu'il soit remis sus; et aucunes fois luy
convient donner et mettre en sa mue un oisel, et de ce il mesmes se
paist, et ce en lui donne plume[1560]; et  luy sont bons rats et
souris, cuer de mouton chault, nomblet de porc chault. Et sera bien de
sept sepmaines  deux mois avant qu'il soit prest.

La chose qui plus tost avance un esprevier, c'est ce que en la saison
qu'il doit muer, l'en le paisse de deux jours en deux jours des glandes
du col de mouton. Et toutesvoies dit-l'en que quant les plumes de la
queue et des esles sont revenues, il souffist, car de son dos ne du
surplus ne peut chaloir. Et lors il seroit plus grant dommage, qui le
perdroit, quant l'en a eu tant de peine: et pour ce est-il le plus
bel et le meilleur et le plus seur d'essaier sagement et cautement
s'il se tendra paisible sur le poing, et le paistre dessus; sinon
y remdier sagement, et le veillier[1561] et mettre au bas[1562].
_Item_, est le plus seur de le rclamer  la commande, car toute chose
dsire sa franchise et retourne de lgier  sa nature, et pour ce
s'en convient contregarder. Et aussi comme ils donnent plus de paine,
aussi valent-ils mieulx que les autres, car iceulx sont enoisels et
congnoissent leurs oiseaulx, les chiens, chevaulx, et sont plus fors.

Puis que je vous ay parl de la nature des espreviers que l'en dit
nyais pour ce qu'ils furent pris ou ny,  prsent je vueil parler de
ceulx que l'en dit _branchiers_, _ramages_ ou _rameges_, qui est tout
un: et en aprs, je parleray des _muiers_[1563] d'une ou de pluseurs
mues.

L'esprevier est dit branchier ou ramage[1564] pour ce que, quant il
soit pris, il vole sur les rainceaux ou sur les branches. Et est
certain qu'il convient que l'esprevier ramage soit enoisell[1565] que
l'en doie esprer qu'il descende  la muete des pans; toutesvoies,
avant qu'il soit enoisel, peut-l'en appareillier une belle place
devant l'aire de l'esprevier, et quant il sera enoisel tendre ses
pans, et mettre en muette poucin ou pigon ou autre oisel  quoy il
doie descendre. Et encores est il bon que prs des guilles[1566] ait
espreviers ou mouchets qui crient et volent, et par ce l'esprevier
branchier descent plus tost  la muete. Et tantost qu'il est ou fil,
il convient[1567] qu'il soit pris bien doulcement, et que l'un le
tiengne par les esles du corps, et l'autre le prent par le becq et
le cillera[1568]. Et incontinent lui convient mettre ses gets et
sonnettes[1569], et le mettre et tenir sur le poing et remuer et garder
qu'il ne dorme point, et luy offrir le vespre prouchain la char lave
en eaue tide. Et se il se paist sur le poing, c'est le premier bon
signe: et s'il ne se paist, il convient garder qu'il ne dorme et le
veillier de nuit; et qui ne le peut toute nuit veiller, si le perche
sur une perche branlant qui sera attache  deux cordes par les deux
boux, et tirera-l'en aucunes fois celle perche pour la faire branler,
afin que l'esprevier ne dorme. Et quant il aura est veill une nuit
ou deux et qu'il sera asseur sur le poing et s'y paistra voulentiers,
ds la deuxime fois qu'il sera peu le convient dessillier et le tenir
entre gent, et garder qu'il ne dorme fors trs petit. S'il est trs
bien asseur, l'en le doit du tout asseurer[1570] et laisser  son
aise, puis rclamer et gouverner comme dessus.

Et se l'esprevier qui ainsi est pris aux pans est mu de haye[1571],
il convient qu'il soit mis au bas par veiller, et affam[1572] par la
manire que dessus, jsoit ce qu'il soit plus fort  affaitier et n'est
mie de si bon retour[1573] comme l'esprevier _sor_, c'est assavoir
cellui d'un an[1574].

Toutesvoies, est-il bien aucuns espreviers qui ds l'anne passe ont
est le plus tart couvs et ont est si tardis que  paine ont-ils est
fors quant les premiers avoient j fait leur saison, et ceulx sont
_mus de haye_, et toutesvoies n'ont-ils point pont[1575] ne couv
en ceste anne pour ce que leur jeunesse leur a tolu[1576], et sont
pris aussi aprs leur mue. Et ceulx congnoist-l'en  ce que souvent
advient que encores tiennent-ils du sor, c'est  dire de la plume de
l'anne prcdent, et en ceulx peut-l'en avoir plus d'esprance que en
ceulx qui sont plus vieils et ont plus vol ou sont de pluseurs mues,
lesquels aucuns[1577] congnoissent bien et pour ce les refusent.

_Item_, il est assavoir que l'esprevier mu garde mieulx sa queue pour
ce qu'il n'entre point au buisson aprs sa proie, mais vole par dessus:
et l'esprevier nyais y entre.

_Item_, l'esprevier mu de haye a les yeulx rouges et les pis jaunes.

Aucunefois, d'aventure, sont prins les espreviers  la glus, et lors
les convient desgluer l'une plume aprs l'autre,  la main, et que
les[1578] dois soient moullis en lait.

Or nous convient parler des _muiers_ qui sont de deux manires, c'est
assavoir les uns qui sont mus en la ferme[1579] et les autres qui sont
mus de haye. Les mus en la ferme sont bons  voler et sont les plus
riches[1580]. Les mus de haye sont congneus  ce qu'ils ont les yeulx
plus rouges et les pis plus jaunes. C'est assavoir que iceulx mus de
haye sont plus doubteux  voler, car jsoit ce que ils aient est bien
sillis, bien veillis et trs bien rclams  commande ou  recrance,
qui est tout un, toutesvoies, quant l'en les fait voler, communment
ils se essorent fort[1581] et adonc une bouffe de vent les emporte
maulgr eulx, et tantost qu'ils ont perdu leur maistre, et mesmement si
tost que d'eulx mesmes ils se sont peus une fois, ils sont retourns 
leur premire nature, ne puis ne veulent revenir au rclamer.

Esprevier hagart[1582] est celluy qui est de mue de haye: et s'il est
d'un an, il tient du sor aucunement, car s'il ne tient du sor c'est
signe qu'il tient de deux mues[1583]. _Item_, le mu a yeulx bien
rouges, et bien jaunes les pis, et plus fortes et roides plumes et
autrement couloures; et voit l'en bien les plumes sores[1584] parmi
les autres, car elles sont noires par dessus, et les autres sont mieulx
couloures.

_Item_, de l'esprevier, le mouchet est le masle: et du lannier le
lanneret est le masle; et des autres comme l'austour, le faucon, etc.,
l'en dit le masle _tiercelet_.

Chire amie, sachiez que des autres oiseaulx de proie, l'en dit
tiercelet d'ostour celluy qui est masle, et est le plus petit; le
ostour est la fumelle et est plus grant. _Item_, tiercelet de faucon
est le masle, et est le plus petit, et n'est pas bon pour povre
homme, car l'en ne le peut arrester[1585]; le faucon est la fumelle,
et communment l'en l'appelle _faucon gentil_. _Item_, tiercelet
d'esmerillon est le masle, et l'esmerillon est dit le fourme[1586] et
est la fumelle, et volent ensemble, et sont rclams au loirre[1587].
_Item_, tiercelet de hobe[1588] est masle: le fourm est la fumelle.
_Item_, le lanneret est le masle et est plus fort et vault mieulx; le
lannier est la fumelle.

_Se un esprevier a la jaunisse, comment garira-il?_--_Recipe_: O
il n'a point de maladie, il ne convient point de garison: et il est
certain que la jaunisse leur vient d'aise et de sant et pour les
bonnes et chaudes viandes qu'il mengue, et pour ce ne sont point
malades.

Se un esprevier a ruine, monstrez luy rue[1589]. _Item_, faites le
tenir longuement au feu,  vespre. _Item_, faites luy tirer[1590] de la
queue d'un pourcelet ou d'un pourcel o il n'ait point de char. _Item_,
aiez boiste ou autre vaissel o il ait encens et du feu, et faites que
la fume lui adresse au becq: et lors il toussira et esternuera, et
hochera la teste et gettera la rume; et soit sa perche feutre, et luy
tenu chaudement. _Item_, le faites tirer  l'aleron d'un poucin, et en
la main en laquelle vous tendrez l'aleron, tenez, avec, une branche de
rue, afin qu'il en ait l'oudeur en tirant. Et, soit sur le poing, soit
sur la perche, gardez qu'il ait penne[1591] ou feutre bien sec et bien
chault soubs le pi, et nuit et jour soit devant le feu ou prs du feu
ou en lieu chault; et aiez tousjours en vostre sein penne ou feutre ou
autre chose chaude pour luy changer souvent[1592] et lui baillier le
chault.

Se un esprevier est malade tellement qu'il regette sa viande quant il a
est peu, ouvrez luy  deux mains le becq et luy boutez dedans la gorge
aussi gros comme une fve de beurre frais, et une heure ou deux aprs
si le paissiez de bonne char vive.

_Item_, l'en congnoist espreviers qui sont trop gras  taster
par dessoubs l'esle comme une gline. Et aussi quant il a la
fourcelle[1593] my-partie et pourfile et il baille; adonc l'en luy
doit donner  boire de l'eaue fresche pour refroider dedans le corps,
et petit paistre, pour amaigrir.

L'esprevier qui a sourcils blans est le meilleur par raison.

_Item_, espreviers nyais ou ramages ne sont mie si bons comme ceulx qui
sont pris  la rais ou  la crecerelle[1594].

Des autres maladies d'esprevier, vez en la page ensuivant les remdes
des maladies des faucons, et ouvrez selon ce.

Des oyseaulx de proye affaitis, l'aigle[1595], le griffon et
l'ottour[1596] volent au chevrel sauvage, aux livres, aux oustardes,
mais que on ait un levrier affaiti pour eulx.

Le tiercelet d'ostour vole aux livres, aux perdris, aux connins, aux
malars[1597] et aux plouviers.

L'en ne paist l'ottour que une fois le jour en yver: en est, deux; un
cuer de mouton est assez  paistre l'ottour une fois, et le tient en
estat. _Item_, d'une rouelle de mouton; _item_, d'un pigon, perdris,
etc. Un cuer de porc engraisse, et dit-l'en: _hausse_; un cuer de
chivre ou de bouc _abaisse_, _id est_ amaigrit; un pi de mouton est
pour tirer.

Quant l'en le baigne, l'en luy oste les longes, et il se baigne au bort
de la rivire et se pouroint[1598] et puis vient.

Pour un ottour, une gline est  trois jours; l'en le paist un jour
du foie, du jugier et du col  toute la plume, la teste et le cervel;
l'autre jour, d'une esle et puis la cuisse; et l'autre jour autant.

_Item_, en karesme il se mue et est bien trois ou quatre mois avec du
foing ou de la rame[1599] et trois perches pour percher; et le paistre
adonc de chaude viande comme turtres, coulons, perdris, poucins tous
vifs. _Item_, quant ils sont mus, les convient veillier bien quatre,
six ou huit nuys, puis rclamer petit  petit  la commande comme au
commencement[1600].

_Nota_ que le faucon lannier doit estre perchi  un pi et demi de
terre pour le duire  voler bas  la perdris; et le gentil se perche
hault.

_Item._ _Nota_ que jsoit-ce que l'esprevier et l'ostour soient peus
entre le pouce et le doit dmonstratif, toutesvoies les autres oiseaulx
sont peus  plain poing.

La char lave en eaue tide est donne pour abaissier et amaigrir.

Quant l'esmeut est blanc et cler et que un petit de noir est au bout,
_scilicet_ premier yssu du ventre, il est bon: autrement, non. Et quant
ou millieu de l'esmeut a aucune chose rousse et grosse ou millieu, il
signifie que l'oisel soit bas. Si le convient baissier[1601].

Le faucon lannier est dit _villain_[1602] pour ce qu'il se paist de
toutes chars, comme beuf, mouton, chivre. Et _nota_ que chivre
abaisse[1603].

L'esmeut qui est gect loing est bon.

Le dit lannier est de gros maill[1604], et est plus gros que le
lanneret qui est de plus dlie maille, et vole plus hault et avec les
faucons gentils: et ce ne fait point le lannier.

Autres faucons y a qui sont de Flandres et sont dis faucons _Sacres_,
et sont d'un petit moins dlie maille, et ont les pis jaunes[1605]
et sont comme entre le gentil et le villain, et sont bons, comme l'en
dit communment, rclams au loirre, ou d'omme quant ils reviennent
bien au loirre.

Le faucon gentils est de plus dlie maille que nul et a les pis
jaunes, et est peu de cuer de mouton le moins, mais le plus de pigons
et de poulaille.

Autres faucons y a que l'en appelle _harrottes_[1606] et viennent de
Grenade et sont moult petis et trs bons pour le hron, la grue et
l'oustarde: et sont icelles harrottes ainsi que tercels qui sont les
masles des faucons de parde.

Faucons plerins[1607] sont ceulx qui sont pris au fil et se sont peus
et ont vol aux champs, et sont _gentis_ nomms.

_Item_, le lannier ne vole fors aux perdris et aucunes fois au connin
et au livre, et non plus. Et les autres volent  l'oisel de rivire,
au hron,  la grue,  l'oustarde etc.

L'ottour vole  tout, mais non pas le tiercelet d'ottour.

Des faucons villains, la fumelle est dit lannier ou le fourm, et le
masle est dit tiercelet[1608].

Le faucon gentil est noir. Et le faucon lannier est le plus tendre.
Et le faucon plerin est le meilleur qui soit et est le plus gros et
plus form de membres que tous. Et  celluy qui les veult gouverner ne
convient mengier aulx, oignons, poireaux.

_Item_, quant aucun oisel de proye baille par trois fois de renc[1609]
et fait mate chire[1610], c'est signe qu'il est malade d'une maladie
que les fauconniers appellent _le fils_, et est un ver qui les point.
Et  les garir convient les paistre de char en laquelle sera envelopp
du saffren, et les vers en meurent.

Et se un faucon a la ppie, il convient avoir un des brocherons d'une
espine blanche et lui passer par trois jours, trois fois chascun jour,
dedens la narine, et par trois jours lui mettre sur la langue des
figues vertes, prises sur l'arbre.--_Item_, vous sarez qu'il a la ppie
quant il fait mate chire et ne se veult ou peut paistre et aucunesfois
baille.

Se vostre oisel est pouilleux, vous le verrez au soleil, car sur toute
sa teste verrez-vous les poux bougier; et lors convient avoir de
l'orpiment[1611], du meilleur, et est la fueille meilleur, et soit
trs bien broy et finement, et trs dliment sass; et convient
estre trois personnes: l'un qui tendra l'oisel, l'autre qui tendra
l'orpiment, et l'autre qui l'orpimentera. Et puis convient getter de
l'eaue dessus comme un cousturier fait,  la bouche, puis le paistre
d'une poulle chaude, puis perchier, et luy oster le gant qui est
chargi d'orpiment, car l'orpiment est trop fort: et puis l'endemain
voler.

_Nota_ que en May le faucon commence  muer, et le convient paistre de
chaude viande; et sachiez que rats est propre viande pour luy.

_Item_, l'en le mue bien sur le poing.


FIN.




TABLE ALPHABTIQUE DES MATIRES.

_N. B._ La lettre _a_ indique le premier volume: la lettre _b_ le
second.


A

_A_ (Manuscrit), _a_, LIV.

_Abaisser_, expliqu, _b_, 322.

_Abattis._ V. _Issues_.

_Abbs et maris_ (Histoire des), _a_, 145.

_Abbs_ assistans au parlement, _b_, 104.

_Ables_, _b_, 100, 194.

ABRAHAM, _a_, 78.

_Abstinence_ de viande, _a_, XLV.

ACAROT, _a_, XLVII.

_Accessiones historic_, cit _a_, LXV.

_Accide_, _b_, 17.

_Acour_, expl., _b_, 178.

_Acrebades_, _b_, 124.

_Acrobates_, _b_, 124.

_Acta_, _b_, 258.

ADAM, _a_, 77, 98, 166.

_Additions_ faites au livre de cuisine, _a_, XXXII et _b_, 124, 161.

_Additions et corrections_, _a_, LXXVII.

_Adenter_ (S'), _b_, 257.

_Adouer_ (S'), expl. _b_, 308.

_Adultre_, _a_, 52.
  --(Loi des juifs c. l'), _a_, 67.
  --pardonn, _a_, 182, 183, 237.
  V. _Avocat_.

_Afeutrement_, expliqu, _b_, 53.

_Affaires_ du dehors confies au mari, _a_, 168.

_Affaitement_ de l'pervier, _b_, 295.

AGAR, _a_, 80.

_Agneau_, _b_, 221.
  --roti, _b_, 179.

AGNS la bguine (Dame), intendante de l'auteur, _b_, 57, 61 et suiv., 70.

_Aides_ des cuyers de cuisine, _b_, 115, 117.

_Aigles_ dresss, _b_, 321.

AIGNEAUX, _a_, LXX.

_Aigrefin_, _b_, 198.

_Aiguires_, _b_, 106, 118.

_Ailes_ des oiseaux. De quoi composes, _b_, 89.

_Aires_ des perviers, _b_, 284.

_Alause._ V. _Aloze_.

ALBRIC de Trois-Fontaines, _a_, LXV, 92; _b_, 124.

ALBERTAN, _a_, 186.

ALENON (Pierre d'), _a_, LXXXI.

_Ales_, (poisson), _b_, 204.

_Alixandre_, (espce de cdre), _b_, 154, 246.

_Aljubarota_ (Bataille d'), _a_, LXVI.

_Allayer_, expl. _b_, 142.

_Allemagne_ (Brouet d'), _b_, 165, 172, 276.
  --(Oiseaux de proie en), _b_, 323.

_Allemans_, aiment la carpe trs-cuite, _b_, 189.

_Alloges_, _b_, 257.

_Alo._ V. _Alouette_, _Geneste_, _Grav_, _Ros_, _Past_.

_Alouettes_, _b_, 101, 183.
  --en past, _ib._
  --en ros, _b_, 154.
  --en rost, _b_, 270.
  --(Espces d') _b_, 303.
  --prises  l'estourse, _a_, XLIX.

_Aloze_, _b_, 88, 95, 102, 188.
  -- la cameline, _b_, 107.

_Alumelle_ (aumelette), _b_, 207.
  --belle, _b_, 208.
  --frite au sucre, _ib._

_Alun_, _b_, 68.

_Amadou_ (Sorte d'), _b_, 263.

_Amandes_, _b_, 107, 122.
  --(Buvrage d'), _b_, 241.
  --confites, _b_, 269.
  --(Lait d'), 241.
  --leur prix, 110.

_Ambassadeurs_ Vnitiens, cits, _b_, 116.

_Ambrine_ (Couleur), _b_, 218.

_Amende_ honorable, _b_, 119, 120.

_Amis._ Quels sont les meilleurs, _a_, 199.

_Amiti_, _a_, 55.

_Anchois_, _b_, 204.

_Andouilles_, _b_, 127.
  --d'est, _b_, 221.

ANDRESEL (Aubert d'), _a_, 150.
  --Guillaume, _ib._
  --(Jehan, sire d'), _a_, LXXX et suiv., 148 et suiv.
  --(Jehanne d'), _a_, 150.

_Andresel_ (Chteau d'), _a_, 153.

_Andrieu_, (cri de l'alouette), _b_, 303.

_Ane_ (Conditions de l'), _b_, 72.
  --Son dos ncessaire au serviteur, _b_, 23.

_Anges_ (Des), _a_, 17.

_Angleterre_ (Brouet d'), _b_, 157, 166, 276.
  --(Mer d'), _b_, 197.
  --(Oiseaux de proie en), _b_, 323.
  --(Otages en), _a_, LXXX.

_Anglois_, _a_., 93, 95.
  -- Melun, _a_, LXXX, 149.

_Anguille_, _b_, 190, 216, 217.
  -- la boe, _b_, 101.
  --aux aillets blancs, _b_, 190.
  --Comment la tuer, l'estuver et la cuire, _b_, 134.
  --conserve, _b_, 191.
  --en galentine, _b_, 102.
  --franche, _b_, 90.
  --renverse, _b_, 91, 92, etc., et 191.
  --sale, _b_, 96, 99, etc., et 107.
  --V. _Brouet_ et _Soringue_.

_Anguillettes_ fraches, _b_, 190.

ANGUILLIER (Dame de l'), _a_, 240.

_Anis._ Son prix, _b_, 112.

ANJOU (Louis duc d'), _a_, XXII, XLI; _b_, 147.
  --Sa consommation de fleurs, _b_, 52.
  --(Marie d'), _a_, 174.

_Anjou_ (Vin d'), _b_, 38.

_Annuaire de la Bibliothque royale de Belgique._ Cit, _a_, LV.

ANSELME (le pre), _a_, LXV, LXX, 149; _b_, 116.

_Ante_ coupe, _a_, 159.

_Aot_ (Chasse en), _b_, 305, 309.

APICIUS (Coelius), ouvrage curieux et peu lu, _a_, XXXVI.
  --Dtails sur ce livre, _a_, XXXVII.
  --(Marcus), _ib._

_Apocalypse_, _a_, 62.

_Appareil_ des festins, _b_, 103.

_Appendice_  l'art. V de la deuxime distinction, _b_, 273.

_Appointemens_ du procureur-gnral en 1384, _b_, 104.

_Aragondis_, _b_, 276.

_Arbalestre_, _b_, 311.
  --(Chasse des pies  l'), _b_, 267.

_Arboulastre_, _b_, 93, 97, etc.
  --brune, _b_, 96, 103.
  --de char, _b_, 227.
  --d'oeufs, _b_, 206.
  --en tartre, _b_, 209.

_Arc_ (Chasse  l'), _b_, 258 et 311.

_Arc--jalet_, _b_, 311.

_Archevch_ de Paris (Censive de l'), 254.

_Archives_ de Saint-L, _a_, XXXV.

_Arcili_, expl., _b_, 257.

_Aronner_, expl., _b_, 183.

ARCQ (M. Dout d'), _a_, LXII, 174.

ARCUSSIA (Ch. d') cit, _a_, LXV, LXXXVIII, _b_, 90, 280,
   281, 288, 291, 294, 295, 298, 307, 308, 310, 311, 317,
   319, 321, 323, 324.

_Argent._ Sa dprciation, _a_, XXXI, LXXXII.
  --Son prix au XIVe sicle, _b_, 86.

_Argenterie_, _a_, XL, XLI.

_Armnie_, (Violette d'), _b_, 45.

_Armoirie_ sur gele, _b_, 220.

ARNOULLET (Olivier), _a_, XXXIII.

_Arquenet_, _b_, 235.

_Arquinetta_, _b_, 230, 235.

ARRABLAY (Jeanne d'), dame d'Andresel, _a_, 149, 150, 151.

_Arras_ (Prvot de l'glise d'), _a_, LXXX.

_Arrement_, Quid? _b_, 263.

_Arroche_, _b_, 47.

_Arrogans_  viter, _a_, 177.

_Arrogante_ femme, _a_, 97.

_Arroser_ (Comment), _b_, 43.

_Arsenic_, _b_, 64, 325.

_Arsili_, expl., _b_, 257.

_Arsin_, _b_, 198.

ARTOIS (Chevalereux comte d'), _a_, LXVII, _b_, 118.

_Asseur_, expl., _a_, XLII, _b_, 117.

_Assiettes_ creuses pour chaque convive, quand usites, _b_, 105.
  --de mtal toient-elles connues? _b_, 115.

_Assiette_ des personnes, _b_, 117.
  --Les ordonner, _b_, 80.
  --(Pasts d'), _b_, 186.
  --synonyme de _service_, _a_, XLI; _b_, 91, 92, 94, 101, 108, 118, 227.

AUBIN, _a_, LXXIII.

AUBRI DE MONTDIDIER, _a_, 92.

AUBRIOT, (Hugues), _b_, 104.
  --Chanson sur lui, _a_, LXXXVII; _b_, 253
  --Rcit de sa fuite, _a_, XIX.
  --Rondeaux sur lui, _a_, LXXXVII.
  --Sa maison, _a_, XXI; _b_, 253.
  --Ses oiseaux, _b_, 253.

AUDIGER, cit, _a_, XLIII.

_Auffmont_, _b_, 249.
  V. OFFMONT.

AUGUSTIN (Saint), cit, _a_, 39, 63, 70.

_Aulx_ camelins, _b_, 230.
  --moussus, _b_, 231.

_Aumelette_, _b_, 207, 208.
  V. _Alumelle_.

_Aumne._ V. _Corbeille_ et _Pot_.

_Aune_ (Feuilles d'), _a_, 171.

_Auques_, expliqu, _a_, LXXXVII, _b_, 103.

_Auteur_ du Mnagier, a pu connotre Tristan du Bos, _a_, LXXX.
  --a pu consulter un trait de chasse italien, LI.
  --craint d'ennuyer sa femme, _b_, 1.
  --Il toit Parisien, _a_, XXVII.
  --incrdule sur des recettes qu'il transcrit, _b_, 66.
  --n'a pas t du parti bourguignon, LVI.
  --n'a pas termin la troisime distinction, _a_, XLVII.
  --oblig par un avocat, _a_, 185.
  --peu au fait des enfans, _a_, 185.
  --Pour qui il crit, _a_, XXIII.
  --respecte l'ouvrage de Bruyant, _b_, 3.
  --Sa bibliothque, _a_, XXVI.
  --Sa dlicatesse, _a_, XXIV.
  --Sa modestie, XXIV.
  --Ses emprunts, _a_, XXXI, XXXV.
  --se sert d'expressions _crues_, _b_, 60.
  --Ses fentres non vitres, _a_, LXXXII, et 174.
  --Ses variations, _a_, XLIV.
  --Son ge, _a_, XXIII.
  --Son tat et sa position, _a_, XXV, XXVI, etc.; _b_, 269.
  --Son nom inconnu, XXV.
  --Son pre, _a_, 327, 240.
  --Son style, _a_, XXIX.
  (V. _Remarques_, et _Femme de l'auteur_.)

_Auteurs_ cits (Liste des), _a_, LXV.
  --pourquoi donne, _a_, LXI.

_Autour_, a trois serceaux, _b_, 90.
  --A quoi il vole, 310, 321, 322, 324.
  --Comment nourri, 322.
  --baign, _ib._
  --mu, _ib._
  --p, _ib._
  --rclam et veill, _ib._

_Autourserie_, _b_, 319.

_Auvergne_, _b_, 53.

AUVERGNE (Le comte-dauphin d'), _a_, LXXXI.

_Auxerre_, _b_, 296.

_Avarice_, _a_, 44; _b_, 12.

_Avelaines_ ou _avelines_, _b_, 107.
  --(Breuvage d'), _b_, 271.

_Avillon_, _b_, 294.

_Avignon_, _a_, XXI, LXXXI, 183; _b_, 46.
  --(Laitues d'), _b_, 46.

_Avives_, _b_, 78.

_Avocat_ notable, adultre _a_, 185.
  --du roi, _b_, 104.
  --Sa place  table, _b_, 106.

AYALA (Pedro Lopez de), cit, _b_, 323, 324.
  --Dtails sur lui, _a_, LXVI.

_Azincourt_ (Regnault d'), _a_, XXIX.


B

_B_ (Manuscrit), _a_, LV.

_Baciner_, expliqu, _b_, 179.

_Baconner_, _b_, 198.

_Baguette_ plie en faisant amende, _b_, 120.

_Baignoire_, _b_, 129.

_Baillemens_ de l'oiseau, _b_, 325.

_Bailly_ de Tournay, _a_, LXXIX, 139.

_Bain_ de l'autour, _b_, 322.
  --de l'pervier, _b_, 298.

_Baisers_ (Usage de donner des), _a_, LXXVII.

_Baisser_, expl., _b_, 323.

_Baitte_ (poisson), _b_, 203.

_Balai_, _b_, 106, 111.
  --derrire une porte, _a_, 146.
  --Effet qu'il produit aux femmes, 147.
  --V. _Balay_.

BALAM, _a_, 87, 88.

_Balay_ (queue), _b_, 290, 294.
  --A quoi sert, _b_, 302.
  --(Mercqs du), _b_, 291.
  --rompu, _b_, 303.
  V. _Queue_.

_Balayer_ la maison, _b_, 61.

BALBI (Jean), _a_, 89.

_Baleine_, _b_, 200.

BALSAC (Pierre de), _b_, 255.

_Bancs_ des glises, _a_, 15.

_Banquiers_ (housses), _b_, 61.

_Bar_ (poisson), _b_, 91, 101, 187.

_Bar-sur-Aube_, _a_, 153.

_Barat_ (Description de), _b_, 24.

_Barbarin_, _b_, 204.

_Barbelet_, _b_, 187.

BARBIER (Colin, le), _b_, 119, 120.

_Barbillons_, _b_, 187.

_Barbillons_ de flche, _b_, 258.

_Barbotte_, _b_, 267.

_Barbue_, _b_, 203.

_Barguaign_ (Cheval), achet dans quel cas, _b_, 76.

BARON (M.), _a_, LXXIV.

BARROIS (M.), _a_, LII.

_Barte_, _b_, 203.

_Bas_ (Mettre au), _b_, 314.

_Baseillecoq_, _b_, 46.

_Basilic_, _b_, 46.

BASTIN DE BREBAN, _a_, 237.

_Bateaux_, expliqu, _a_, 147.

_Batterie_ de cuisine, _a_, XLI; _b_, 115.

_Batteurs_ en grange, _b_, 54, 56.

BAUX (Guillaume des), _a_, XLI.

BAUYN, _a_, LXIX.

_Bavards_, _a_, 178.
  --compars aux ptrins et aux battes d'un moulin, _a_, 48.

_Bayens_, expliqu, _b_, 135, 139.

_Beaucamp_, _a_, LXXX.

_Beauce_, _b_, 144.

_Beaune_ (Vin de), _b_, 38, 273.

_Beaut_ (Concierge de), _a_, 174.

_Beauvais_ (Htel de), o situ, _a_, LXXXV; _b_, 116, 123.

_Beauvais_ (Terre de), _b_, 251, 252.

_Bcasse._ V. _Videcoq_.

_Bcuit_, _b_, 102.
  --de brochereaux, _b_, 103.
  --de brochets et d'anguilles, _b_, 190.

_Bguines_ (Sur les), _b_, 57.

_Beignets._ V. _Bigns_ et _Buignets_.

BELLAY (Agns du), _a_, 151.

BELON, cit, _b_, 194, 195, 197, 198, 200, 203, 204, 205, 206.

_Bndiction_ du lit nuptial, _a_, LXXXVI; _b_, 118.

BENOISTON DE CHATEAUNEUF, cit, _a_, XLVI.

_Berger_ de l'auteur (Robin le), _b_, 62.

_Bergers_ savent o est le gibier, _b_, 301.
  V. _Calendrier_.

BERNARD DE MONTLHRY, _b_, 119, 120.

BERRY (le duc de), cit, _a_, LXXXIII, 93, 94, 95, 173; _b_, 46, 53, 254.
  --Rissoles faites chez lui, _b_, 226.
  --Sa consommation, _a_, XLV, _b_, 85.
  --Sa dpense en 1373, _a_, LXV (la duchesse en payoit sa part, _ib._).
  --Sa position  Paris, _a_, LVI.

BERTRAN le vieil (Le philosophe), cit, _b_, 58.

BESCHIR (L'mir). Ses oiseaux, _a_, LI.

_Bsiers_, cit, _b_, 132, 182, 203, 248.
  --(Eau de) _b_, 135.

_Besogne_  diviser entre les domestiques, _b_, 61.

_Btes_ affourages la nuit, _b_, 71.
  --noires, quand chasses, _b_, 157.
  V. _Sangliers_.
  --sauvages s'apprivoisent, _a_, 95, 144.

_Bettes_, _b_, 44, 49, 137, 140.

_Beurre._ Comment le dssaller, _b_, 266.
  --sal chasse les mouches des chevaux, _b_, 266.

_Beuvrage_ d'eau rousse d'un chapon, _b_, 240.
  V. _Buvrage_.

_Beyrouth_, _a_, LI.

BEZU-LE-LONG (Armes de), _a_, LVIII.

_Bible._ L'auteur l'avoit et la faisoit lire  sa femme, _a_, 62.

_Bibliophiles._ V. _Socit_.

_Bibliothque_ de Charles V, _a_, XVIII.
  --de l'auteur du _Mnagier_, _a_, XXVI.

_Bibliothque des threuticographes_, _a_, LXVI.
  --_historique de la France_, _a_, LXV.
  --_protypographique_, _a_, LII.

_Bictre_ (Chteau de), _a_, 173.

_Bichot_, _b_, 155.
  --sauvage, _b_, 158.

_Bierre_ (Levure de), _b_, 239.

BIGNE (Gaces de la). V. _Bugne_.

_Bigns_, _b_, 102.
  --de mouelle de boeuf, _b_, 93, 95.

_Blanc_, (monnoie), _b_, 69, 86, 128.

_Blanc-mengier_, _b_, 165.
  --(Chaudeau  faire le), _b_, 109.
  --(pices pour le), _b_, 122.
  --par, _b_, 93.
  --parti, _b_, 95, 96.
  --(Veau pour le), _b_, 121.
  --(Volaille pour le), _b_, 119.

BLANCHE DE NAVARRE, reine de France, _a_, 148.

BLANCHET (Louis), _a_, LXXXV.

_Blanchets_, _a_, 13, 171.

BLAZE (M. Elzear), _a_, LXXII.

_Bl_, par qui achet pour le roi, _b_, 114.
  --(Prix du), _a_, XXXI.
  Vertjus de bl vert, _b_, 229.

_Bloc_, expl., _b_, 289.

_Blois_ (Dame de) trs-pudique, _a_, LXXVIII.

_Bloqueaux_, _a_, 172.

BOCCACE, _a_, 99.

_Bochet_ (tisanne), _b_, 238.
  --de quatre ans de garde, _b_, 239.
  --pour les domestiques, _b_, 240.

_Bockede_, _a_, LVIII.

_Boeuf_, _b_, 62.
  --(Allouyaux de), _b_, 177.
  --amens de Savoie  Paris, _a_, XLVI.
  --mang comme ours, _b_, 155, 179.
  --(Conditions du), _b_, 72.
  --consomms  Paris, _a_, XLIII, XLVI; _b_, 82, 83, 84, 85.
  --(Cuir de), _b_, 82.
  --(Division du) par les bouchers, _b_, 86, 87, 130, 131, etc.
  --(Langues de), _b_, 133, 177.
  --(Mouelle de), en past, _b_, 223.
  --(Noyau de), _b_, 133, en past, _b_, 186.
  --(Prix du), _b_, 132.
  --(Rouille de), _b_, 163.
  --sal, _b_, 130, 133.
  --(Saulce pour le), _b_, 131.
  --(Trumel de), _b_, 231.

BOILEAU, _a_, XXXVIII.

_Bonbons_ (pices de chambre), _b_, 122.

_Bondonnail_, _b_, 68.

BONFONS (Jean). Quand lui et sa veuve imprimrent, _a_, XXXIII.
  --Nicolas, _ib._

_Bonne-dame_, _b_, 47.

BONNEFONS (Nic. de), cit, _b_, 105.

_Bonnes gens_ (Qui a affaire ), il se repose, (proverbe) _b_, 56.

_Borde-le-Vicomte_ (La), _a_, LXXX.

BOREL D'HAUTERIVE (M.), _a_, LXIII.

BOS (Tristan du), _a_, LXXIX.

_Bouche_, porte du corps, _a_, 60.
  --Pourquoi nous n'en avons qu'une, _ib._

BOUCHER d'Argis, _a_, LXXVI.

_Bouchers_, _a_, 54.
  -- Paris, _b_, 80.
  --Ce qu'ils fournissent  un repas de noces, _b_, 109, 121.
  --Comment dfont un boeuf, _b_, 130.
  --Comment ils exeroient leur profession, _b_, 82.
  --Leurs richesses, _b_, 82.

_Bouchre_ (Luxe d'une riche), _b_, 82.

_Boucheries_ de Paris. Remarques sur elles, _a_, XLIV; _b_, 80.
  --de Saint-Benot, _a_, XLIV.
  --de Saint-loy, _a_, XLIV et _b_, 84.
  --du Roi, _b_, 85.
  (La grande), _a_, XLVI; _b_, 80.

BOUCHET (Guill.), _a_, LXVI.
  --cit, _b_, 307, 321.

BOUCICAUT, _a_, 148.

_Boudins_, _b_, 91, 92, 125, 128.
  --de foie, 126.
  --d'oie, _ib._

_Boueil_, _b_, 293.
  V. _Brayer_.

_Bougie._ Son prix, _b_, 112.

_Bougon_, expl., _b_, 311.

_Bouilli lard_, _b_, 92, 93, etc. et 153.
  --au verjus, _b_, 96.
  --aux espices et aux soupes, _b_, 156.
  --de brochets et d'anguilles, _b_, 96, 103.
  --de chevrel, _b_, 96.
  --de venoison frache, _b_, 121.

_Bouillie_ (Recette pour la), _b_, 176.

_Bouillon._ Quel est le meilleur, _b_, 86, 88.
  --(tisanne), _b_, 238.
  V. _Chaudeau_ et _Eau_.

_Boujon_, _b_, 311.

_Boulanger_, _b_, 54, 56, 109.
  --de Montmorency, _a_, 161.

_Boulogne_, _a_, LXXXI.

_Boulogne_ la Grasse, _a_, 110, 113.

_Bourbelier_ de sanglier, _b_, 157, 179, 236.

_Bourberel_ de sanglier, _b_, 236.

BOURBON (Louis duc de). Sa consommation, _b_, 86.
  V. CHARLES.

_Bourbotte_ (poisson), _b_, 267.

_Bourgage_, expliqu, _a_, 140.

_Bourgeois_ avoient droit de chasse et chassoient 
   l'oiseau, _a_, XLVIII et suiv.
  --de Paris, arrts, _a_, 136.
  --(Queux d'un), _b_, 269.

_Bourgeoise_ de Paris sauve son mari, _a_, 135.

_Bourgeoisie_ parisienne au XIVe sicle, _a_, XXV.

_Bourges_, _a_, 94.

BOURGOGNE (Le duc de), _a_, LXVI; _b_, 253, 254.
  --Sa consommation, _b_, 86.
  --(Marguerite de), _b_, 254.

_Bourgogne_ (Vin de), _b_, 38.

_Bourgon_ de vigne (Vertjus de), _b_, 229.

_Bourguignon_ (Parti)  Paris, _a_, LVI, LVII.

_Bourrache_, _b_, 47.

_Bourre_  la galantine chaude, _b_, 94.
  -- la sausse chaude, _b_, 91, 92, 93, 97, etc.
  --faite avec des lamproies? _b_, 92, 95.

_Boussac_ de connins, _b_, 152, 153.
  --de livre, _b_, 153.

_Boutehors_, _a_, XLIII; _b_, 95, 103, 107, 108.

_Bouteille_ en terre, _b_, 252.

BOUTELIER (Jehan), _a_, 139.

_Boutonner_, expliqu, _b_, 88.

_Bouvier_ (Josson le), _b_, 62.

_Boyaux_ de porc. Comment lavs, _b_, 126.

BRABANT (Le duc de), _b_, 254.

_Brabant_ (Oiseaux en), _b_, 323.

BRAGELONGNE (Le ch. de), _b_, 83.

_Bran_, _b_, 76.

_Branchier_ (pervier), _b_, 314.

_Braons_, expl., _b_, 149, 165, 213.

_Brayer_, _b_, 190, 293, 313.
  --(Avantage pour le), _b_, 152.

_Brayeul_, _b_, 293.

_Brenne_, _b_, 79.

_Bresmes_, _b_, 187, 203.
  --au vertjus, _b_, 97.
  --en rost, _b_, 94, 98, etc.

BRETEZ (L.), _a_, LXXIII.

_Brette._ Ce que c'est et comment apprte, _b_, 194.

BREUL (J. du), _a_, LXVII; _b_, 80.

_Breuvage._ V. _Beuvrage_ et _Buvrage_.

_Bric_, (jeu), _a_, 71, 72.

_Brie_ en 1358, _a_, LXXX, 148, 149.

_Brochereaux_, _b_, 100.

_Brochets_, _b_, 160, 232.
  --au romarin, _b_, 277.
  --(Chaudum d'un), _b_, 173.
  --laits et oeuvs, _b_, 88, 188.

_Brochetons_  un rebouly, _b_, 100.

_Brochier_ (brochet?), _b_, 232.

_Broderie_, _b_, 118.

BRONGNIART (M. Adolphe), _b_, 258.

_Brouet_ blanc, _b_, 165, 173.
  --blanc de connins, _b_, 95.
  --blanc sur perches, _b_, 103.
  --camelin de chair, _b_, 93, 95.
  --d'Alemaigne, _b_, 93, 98, 165, 172, 276.
  --d'amandes, _b_, 96, 103.
  --d'Angleterre, _b_, 157, 166, 276.
  --d'anguilles, _b_, 92.
  --d'anguilles, verd, _b_, 94, 97.
  --de cannelle, _b_, 94, 97, 163.
  --de chapons, _b_, 149.
  --de fleur de pcher, _b_, 276.
  --de fressure de porc, _b_, 158.
  --de Savoie, _b_, 99, 166.
  --de vertjus et de poulaille, _b_, 100, 167.
  --georgi, _b_, 97, 98, 163, 164.
  --houssi, _b_, 95, 163.
  --jaunet, _b_, 99.
  --larde d'anguilles renversces, _a_, LXXXIV, _b_, 99.
  --rousset, _b_, 165.
  --Sarrasinois, _b_, 172.
  --vergay, _b_, 167.
  --vergay d'anguilles, _b_, 171.
  --vert d'oeufs et de fromage, _b_, 172.

_Brouetiers_, _b_, 53.

_Brueil_, expl., _b_, 293.

_Bruges_ (Inventaire de), _a_, LIII.
  --(Oiseaux de proie ), _b_, 323.

_Brulis_, _b_, 198.

_Brulliau_, _b_, 198.

BRUN (Anthoine), _a_, 137.
  --(Colin), _ib._

BRUNET (M.), cit, _a_, LXXIV _et passim_.

_Bruxelles_ (Inventaire de), _a_, LIII.

BRUYANT (Jean), _b_, 3, 4.

BRYANT (Jean), _b_, 3, 4.

_Buche_ achete, _b_, 114.

BUCHON, _a_, 94.

BUD (Jean), _a_, LXVIII.

BUFFON, _b_, 323.

BUGNE (Gaces de la), _a_, LXIX.
  --cit, _a_, XLIX, L; _b_, 186, 280, 284, 296, 309, 321, 324.

_Buignets_ de mouelle, _b_, 224.
  --d'oeuves de lus, _b_, 229.

_Buissons_ dangereux pour l'pervier, _b_, 302.

_Buletel_, _b_, 136.

BULLET, cit, _a_, 92.

BUREAU (Pierre), _a_, 174.

_Bureaux_ de placement, _b_, 58.

_Burgos_, _a_, LXVI.

BURON, _a_, LXX.

_Butors_, _b_, 99.
  --rtis, _b_, 181.

_Buvrage_ d'avelines, _b_, 271.
  --de lait d'amandes, _b_, 241.
  --de noisettes, _b_, 240.
  --pour malades, _b_, 237.


C

_C_ (Manuscrit), _a_, LII, LVII.

_Cabillau._ V. _Cableaux_.

_Cabinet gnalogique._ Ce que c'est, _a_, LXXV.

_Cableaux_, _b_, 195.

CABOCHE, _b_, 84.

CACCON, _a_, 70.

_Cages_ chez diverses personnes, _b_, 253.

_Cailles_ (Chasse aux), _b_, 308, 310.
  --en past, _b_, 186.
  --(Vol aux), _b_, 280.

_Caillette_ de mouton, _b_, 128 et 129.
  --de veau, _ib._

_Calais_, _a_, 149.

_Calendrier des bergers_, _a_, LXVII, 29; _b_, 223.

_Calimafre_, ou saulce paresseuse, _b_, 233.

_Cambos_, _b_, 263.

_Cambray_ (Trait de), _a_, 139.

_Camelot_, _b_, 66.

_Campagne_ (Vie  la), _b_, 62.

_Cameline_, _b_, 175, 177, 178, 179, 180.
  --achete au saussier, _b_, 111, 122.
  --de Tournay, d'hiver et d't, _b_, 230.
  V. _Aulx_.

_Canards_, _b_, 89. V. _Mallars_.

_Canets_, _b_, 236.
  --en grav, _b_, 121.

_Canelle_ battue, _b_, 111.
  --trie  la dent, _b_, 248.

CANGE (Ch. du Fresne, sieur du). Objections  ce
   grand homme. V. _Coretum_, _Enfeutrure_, _Milion_.
  --cit, _passim_.

CANTAMUS, roi de Hongrie (ou plutt des Abares), _a_, 68.

_Caordes_, _b_, 273.

_Carcassonne_, _b_, 248.

_Cardamomon_, _b_, 68, 111.

_Carpe_, _b_, 88, 91, 99; _b_, 188, 189.
  -- l'estouffe, _b_, 189.
  --Comment l'apprter, _b_, 189.
  --de Marne, _faudisse_, _b_, 107.
  --en galentine, _b_, 233.
  --plus cuite en Allemagne qu'en France, _b_, 189.
  --porte vive, _b_, 90.
  --Quelle est la bonne, _b_, 90.
  --Sa tte, _b_, 90.

_Carrelets_, _b_, 171, 202, 204.

_Carrottes._ V. _Garroites_.

_Cartes_  jouer, _a_, XXX, 71, 72.

_Carvi_, _b_, 245.

_Cassemuseaux_, _a_, XXXIX.

CATAFAGO (M.), _a_, LI.

_Catholicon_, _a_, 89.

_Caution_ (Accuss largis sous), 233.

_Cayeux_, _b_, 205.

_Cdre_ alixandre ou vermeil, ou dont l'on fait
   manches  couteaux, _b_, 154, 246.

_Cdule_, _b_, 252.

_Celle_ (La), _a_, 149.

_Cendail_, _b_, 118.

_Cerceaux_ (plumes), _b_, 90. V. _Serceaux_.

_Cercelles_, _b_, 311.

_Cerf._ Chass quand, _b_, 156.
  --(Cimier du), _b_, 87, 264.
  --Comment dfait et mang, _b_, 156, 157.
  --(Couart du), _b_, 87.
  --(Hampe du), _b_, 87.
  --(Menus droits de), _b_, 156.
  --(Poison pour le), _b_, 258.
  --(Quoier du), _b_, 87.
  --Sa tte et son pied donns aux seigneurs, _b_, 157.
  --(Seymier de), _b_, 264.
  --(Venaison de), _b_, 154.

_Cerises_, _b_, 53.
  --On n'en trouve pas en mai, _b_, 108.

_Cerisier_ ent sur vigne, _b_, 51.

_Cervaisons._ Quand commencent, _b_, 156.

_Cervoise_ (Leveon de), (levure de bierre), _b_, 239.

CERXS (Le philosophe), _a_, 68.

CESSOLES (J. de), _a_, 68.

_Cet an._ Que signifie cette expression, _a_, XXXIII.

CHABANNES, _a_, 151.

_Chace dou cerf_, cite, _b_, 157.

_Chair_ (Grosse), (boeuf et mouton), _b_, 91, 92, 93.
  --lave, donne  l'oiseau, _b_, 297, 323.

_Chaleur_ (Effet de la) sur l'pervier, _b_, 305.

_Chamberires._ Les veiller de prs, _b_, 74.
  --Long article sur elles, _b_, 56.
  --peuvent supplanter la femme, _a_, 130.

_Chambre_ arrose, _a_, 174.
  --balaye, _b_, 61.
  --(Btes de), _b_, 62.
  --dmeuble n'a pas de mouches, _a_, 174.
  --de parement, _b_, 107.

CHAMPAGNE (Armes de), _a_, LVIII.

_Champagne_, _a_, 149.

CHAMPIER (Bruyre), _a_, LXVII, _b_, 206.

_Champignons_, _b_, 185.

CHAMPFLORY (Jeanne de), _a_, LXXVII.

CHAMPOLLION (M. Aim), _a_, LXVII, LXXXII; _b_, 254.

_Champs_ (Vol pour), _b_, 301.

_Chandelier_  platine, _b_, 71.

_Chandeliers_ (marchands), _b_, 56.

_Chandelle_ (Recette pour la), _b_, 56, 259.
  --Comment l'teindre, _b_, 71.

_Chanlatte_, expl., _b_, 313.

_Chansons_, _a_, XXXIX, 72.
  --sur Aubriot, _a_, LXXXVII; _b_, 253.

CHANTEPIE, _a_, LXX.

_Chanter_, _b_, 108.

_Chaons_, expl., _b_, 154, 206.

_Chapeaux_ (de fleurs), _b_, 113, 114, 116, 118, 122.

_Chapellerie_ (fleurs), _b_, 115.

_Chapelire_ (marchande de fleurs), _b_, 118, 123.

_Chaperon_, _a_, 14, 15.

_Chapons_, _b_, 91, 92, 94 etc., 165.
  -- la calimafre, _b_, 234.
  -- la dodine, _b_, 93, 94, etc.
  -- la saulce briefve, _b_, 235.
  --au blanc manger, _b_, 108.
  --aux herbes, _b_, 100, 150.
  --(Brouet de), _b_, 149.
  --Comment _pousss_, _b_, 232.
  --Comment tus et attendris, _b_, 89, 150.
  --(Consomm de), _b_, 240.
  --de haute graisse, _b_, 271.
  --entiers en un blanc brouet, _b_, 101.
  --faisands, _b_, 89, 150.
  --(Hardouil de), _b_, 162.
  --(Jugiers de), _b_, 121.
  --plerins, _b_, 99.
  --(Prix des), _b_, 110, 119.
  --rosti, _b_, 180;
   quelle sauce, _b_, 232.
  --(Saulce pour un), _b_, 237.

_Chapp_, expl., _b_, 294.

_Charbon_, _b_, 114.
  --Son prix, 113.

_Charcois_, _b_, 170, 213, 306.

_Chardonnerels_, _b_, 256.

CHARLES V, cit, _a_, LXVI, LXVIII, 148; _b_, 84, 109, 324.
  --donne un htel  Aubriot, _b_, 254.
  --Remarques sur son rgne, _a_, XVII.

CHARLES VI, entre  Paris en 1383, _a_, 136.
  --Son ordonnance sur la chasse, _a_, XLVIII.
  --son sjour  Rouen, _a_, 135.

CHARLES II, roi de Navarre, _a_, LXXIV.

CHARLES, cardinal de Bourbon, _b_, 116.

CHARLOT (Cage de), _b_, 255.

_Charnage_, expl., _b_, 140.

_Charnalit_, _a_, 40.

_Charnier_ des perviers, _b_, 284.

_Charnier_ (ongle), _b_, 294.

CHARNY (Jacqueline de), _a_, 14.

_Charquois_, expl., _b_, 170, 213, 306.

_Charre_, _b_, 263.

_Charrons_, _b_, 56.

_Chartiers_, _b_, 57, 62.

_Chasse_ (Ordonnance de 1397 sur la), _a_, XLVIII.
   V. _Aot_, _Arbalestre_, _Arc_, _Cailles_, _Livre_,
   _Perdrix_, _Septembre_.

_Chasse_  l'pervier. Comment et par qui pratique au
   XIVe sicle, _a_, XLVIII, XLIX, L.
  --Sa dure, _b_, 280.
  --en Orient, _a_, LI; _b_, 321.
  --(Partie de), _a_, L.
  --(Trait de la), _b_, 279.
  V. _Esprevier_ et _Fauconnerie_.

_Chastaignes_, _b_, 259.
  --avec venaison, _b_, 130.
  --en rissoles, _b_, 225.

_Chasteau de labour_, _b_, 4, 36.

_Chastelet_ ou _Chastelier_ en Brie, _a_, 149.

_Chastelet_ (Place du), _b_, 80.
  --(Prisons du), _b_, 116.

CHASTELLUX (Seigneurs de), _b_, 296.

_Chastelongnes_ sales, _b_, 100.

_Chastet_, _a_, 60.

_Chateingnes_, _b_, 130, 225, 259.

_Chats_, dangereux pour l'pervier, _b_, 286, 291.

_Chauchier_, expl. _b_, 308.

_Chaudeau_ flament, _b_, 241. V. _Bouillon_.

_Chaudires_, _b_, 115, 123.

_Chaudume_, _b_, 102, etc.
  --de beschets, _b_, 101.
  --d'un brochet, _b_, 173.
  --(Limats au), _a_, XXXIX.
  --pour poisson d'eau douce, _b_, 232.

_Chaudun._ Ce que c'est, _b_, 128.
  --de pourceau, _b_, 160, 228.
  --vendu dans les rues, _b_, 161.

_Chaumont-en-Bassigny_, _a_, 153.

_Chausses_, _a_, 169, 238, 239.

CHAUVERON (Audouin), _a_, 136; _b_, 104.

_Chemin de pauvret et de richesse_, _b_, 4.

_Chemin_ ferr, _b_, 35.

_Chemine_ fumeuse quivaut  femme rioteuse, _a_, 169, 171.

_Chemise_, _a_, 13, 14.
  --jete sur la chandelle, _b_, 71.

_Chne._ V. _Chesne_.

_Chenilles._ Comment tues, _b_, 50.

_Chre_ (apparence), du cheval, _b_, 74.

_Chervis_, _b_, 228.

CHESNE (Jean du), _a_, LXXXV; _b_, 116, 123.
  --Note sur lui, _b_, 116.

_Chesne._ (Plusieurs arbres ents sur un), _b_, 51.

_Cheval_, offert pour une patenostre dite sans distraction, _a_, 21.
  --paissant en gu (proverbe), _b_, 70. V. _Chevaux_.

_Chevalereux_ comte d'ARTOIS, _a_, LXVII; _b_, 118.

_Chevalier_ de la Tour, _a_, LXVII, 7, 240; _b_, 60.

_Chevaliers_ peu riches chassent  l'pervier, _a_, XLIX.
  --avec des bourgeois, L.
  --Queux des simples chevaliers, _b_, 269.

_Chevaux_, _b_, 62.
  --(Achat de), _b_, 72.
  --(Age des), _b_, 73.
  --Leurs conditions, _b_, 72.
  --L'pervier s'y habitue, _b_, 300.
  --de l'espreveteur, _b_, 280, 284.
  --frotts de graisse sale pour les mouches, _b_, 266.
  --(Maladies des), _b_, 73 et suiv.
  --Soins  eux donns, _a_, 175.

_Chevreaux_, _b_, 101, 108, 155, 221, 227.
  --consomms par le roi, etc., _b_, 85.
  --(Fressure de), _b_, 228.
  --Leur prix, _b_, 110.
  --rostis, _b_, 179.

_Chevrel_. V. _Chevreau_.

_Chevrel_ sauvage (chevreuil), au boussac, _b_, 155.
  --chass  l'oiseau, _b_, 321.

_Chien_. Aime son matre, _a_, 92.
  --Comment soign, _a_, 175.
  --de Niort, _a_, 93.
  --enrag, _b_, 259.
  --tranges, dangereux pour l'oiseau, _b_, 301.
  --petits, _b_, 62.

_Chiens espagnols_ (Choix et ducation des), _b_, 281, 282.
  --L'pervier s'y habitue, _b_, 300.
  --ncessaires  l'preveteur, _b_, 280.
  --L'pervier se perche sur eux, _b_, 296.
  --placs prs de l'oiseau, _b_, 289.
  --leur qute, _b_, 306, 307.

_Chien_ de mer, _b_, 195. V. _Brette_.
  --(Foie de) en pt, _ib._

_Chinon_, _a_, 174.

_Chisay_ (Combat de), _a_, 94.

_Chitron_ (citron confit), _b_, 112, 122.

_Chos_, _b_, 267.
  --(Volaux), _b_, 311.

_Choses_ (Menues), qui ne dsirent pas de chapitre, _b_, 262.
  --qui ne sont de ncessit, _b_, 243.

_Choucas_, _b_, 267.

_Choulx_, _b_, 44, 48, 50, 142.
  --avec lard, pigeons, etc., _b_, 144.
  --blancs, 48, 143.
  --cabus, 48, 98.
  --Comment cuits, _b_, 144.
  --Maistre Rn, _a_, XXXIX.
  --Les meilleurs, _b_, 142.
  --pasquers, _b_, 49, 143.
  --(Plantation des), _b_, 143.
  --(Pommesde), _b_, 48, 49, 143.
  --romains, _b_, 48, 143.

_Choysne_, _a_, XXXIX.

CHRISTINE DE PISAN, _a_, LXVII, LXXXIII, 186; _b_, 147.

_Chroniques_ de Saint-Denis, _a_, LXVII, LXXXI, 148; _b_, 253.

_Cidre._ V. _Pommes_ (Breuvage de).

_Cigne_, _a_, LXXXIV; _b_, 99, 101.
  --Comment tu, _b_, 184.
  --revestu, _b_, 184.
  --rosti, 183, 184.
  --servi en entremets, _a_, XLII; _b_, 184.

_Cigoigne_ rostie, _b_, 181.

CIGONGNE (M. A.), _a_, XXXIX.

_Ciller_, expliqu, _b_, 315.

_Cimier_ du cerf; _b_, 87, 129, 156, 157, 264.

_Cincenelles_, _a_, 172.

_Cincenellier_, _a_, 172.

_Cine_, _a_, LXXXIV. V. _Cigne_.

_Cire._ Son prix, _b_, 112, 122.

_Cirier_, _b_, 122.

_Citoual_, _b_, 112, 219.

_Citron_, _b_, 112, 122.

_Civ_, _a_, LXXXIV; _b_, 153.
  --de connins, _b_, 96, 169.
  --de livre, _b_, 91, 92, 94, etc., 119, 169.
  --de moules, _b_, 277.
  --de veel, 95, 119, 168.
  --d'oestres (hutres) noir, _b_, 96, 103.
  --d'oeufs, _b_, 174:
    fris, 277.
  --d'ottres, _b_, 99, 102, 174, 277.
  --Saison des civs, _b_, 242.

_Clar_ ou _Clairet_, _b_, 99, 101.

_Clmence_ d'un mari, _a_, 182.

_Clerc_ ou varlet charg d'acheter certaines choses, _b_, 114.
  --mari, _b_, 119.

CLERE (Le sire de), _a_, LXXXI.

CLINCHAMP, _a_, LXX.

CLISSON (Olivier de), _b_, 321.

_Clotet_, _b_, 286.

_Clou_ de girofle, _b_, 111.

_Cochon_, _b_, 62.
  --en tarte, _b_, 217.
  --farci, _b_, 99, 225.
  --maigre, 110, 121.
  --pour la gele, _b_, 220.
  --Son prix, _b_, 220.
  --rosti, _b_, 178. V. _Porc_.

_Coeur_ (Matriser son), _a_, 177.
  --(Proverbe sur le), _b_, 15.

_Coeurs_ dans le plumage de l'pervier, _b_, 293.

_Coiffes_, _a_, 14, 15.

_Coin_ borgne, _b_, 52.

_Coings_ confits, _b_, 247.

COLBERT (J. B.), _a_, LXVIII, LXXI.

_Comin._ V. _Cumin_.

_Commande_, expl., _b_, 295, 296, 299.

_Commandemens_ du mari  suivre, _a_, 96, 131.
  --sans en demander la cause, 134.

_Commre_ bavarde, _a_, 180.

_Commine_, _b_, 100.
  --de poulaille, _b_, 161.
  --de poisson, _b_, 162.

_Compigne_, _b_, 249.

_Compostes_, _b_, 243.
  --avec drages, _b_, 107.

COMTE (Aymery), _b_, 119.

_Concierges_ louoient les htels, _b_, 116.
  --de l'htel de Beauvais, _b_, 123.

_Condoignac_, _b_, 247.

_Confession_, _a_, 23, 31.

_Confiegs_, _b_, 122.

_Confitures_, _b_, 244, 245.
  --de noix, _b_, 247.

_Congres_, _b_, 97, 102, 197.

_Conjuration_ contre avives et farcin, _b_, 78.
  --c. la rage, _b_, 259.

_Connins_ (Age des), _b_, 152.
  --(Boussac de), _b_, 152.
  --consomms par le duc de Berry, _b_, 85.
  --Les connotre, _b_, 88, 152.
  --gras et tendres, _b_, 88.
  --rostis, _b_, 91, 92, etc. 179.
  --(Saison des), _b_, 271.
  --(Sauce pour), _b_, 236.
  --(Saupiquet pour), _b_, 233.
  --vols par le lanier, _b_, 324.

_Conseil_ de la boucherie, _b_, 81.
  --de Mellibe, _a_, 189.
  --du Roi, _b_, 104.
  --Quels sont les bons, _a_, 194, 199.

_Conseillers_ des grands seigneurs, _a_, 199.

_Consommation_ individuelle varie, _a_, XLVI.
  --a baiss depuis 1789, _ib._ V. _Paris_.

_Contrition_, _a_, 21.

_Convoitise_, _b_, 21.

_Coraux_, _b_, 89.

_Corbeil_ (Pain de), _b_, 38, 109.

_Corbeille_ de l'aumne, _b_, 115.

CORBIE (Arnault de), _b_, 104.

_Corbeux_ (Cheval). Comment le dire aux marchands, _b_, 75.

_Cordon_ bleu mis en parallle avec la camisole rouge, _b_, 83.

_Cordonniers_, _b_, 54, 56.

_Coretum_, mot cru fautif, dans Du Cange, _b_, 295.

_Coriandre_ sur des plats, _b_, 165, 171.

_Cormorant_ rosti, _b_, 181.

_Corneilles_, _b_, 267.

_Cornillas_, _b_, 267.

_Corps_ de derrire (du boeuf), _b_, 131.
  --de devant, _ib._

_Corrections et additions_, _a_, LXXVII.

CORROZET (G.), _a_, LXVIII, LXXXV; _b_, 80, 113.

_Cost_, _b_, 44.

_Costelettes_ de porc, _b_, 127.

_Coterets_ de Bourgogne, _b_, 113.

_Cotignac_, _b_, 247.

_Coton_ donn  l'pervier, _b_, 297.

_Cotte_, _a_, 13, 14.

_Couart_ du cerf, _b_, 87.

_Coucher_ des domestiques, _b_, 71.

COUCY (Le Sire de), _a_, LXXXI.

_Couleur._ Comment la faire revenir, _b_, 66.

_Coulis_ d'crevisses, perches, etc., _b_, 242.
  --d'un poulet, _b_, 242.

_Coulombin_ (Gingembre), _b_, 230.

_Coulons_ ramiers, _b_, 89, 133, 182.
  --Comment connatre leur ge et les manger, _b_, 182.
  --de deux espces  Bziers, _ib._
  --(Saupiquet pour), _b_, 223.
  --vieux en hochepot, _b_, 163.

_Couloueres_, _a_, XLI; _b_, 114, 115, 123.

_Couper_ verdures (Quand), _b_, 43.

_Courbes_ du cheval, _b_, 73.

_Courges_, _b_, 47.
  --Comment cuites, _b_, 148.
  --confites, _b_, 245.

COURMONT (M. de), _a_, XXI.

_Couronn_ (Cheval), _b_, 74.

_Couronnelles_ du cheval, _b_, 74.

COURTENAY (Gnalogie de), cite, _a_, 152.

_Cousin_ (insecte), _a_, 172.

_Cousine_ de la femme de l'auteur, peu obissante  son mari, _a_, 156.

_Cousteaulx_ (plumes), _b_, 89, 294.

_Couste-pointe_, _a_, 160; _b_, 118.

_Cousturier_, _b_, 54, 56.
  --arrose le drap, _b_, 67, 326.

_Couteaux_ (Manches de), en cdre, _b_, 154, 246. V. _Cousteaux_.

COUVEIGNON (Pierre de), _a_, LXXVII.

_Couvert_ de table au XIVe sicle, _a_, XL.

_Couvert_ (Oiseau qui porte au), _b_, 294, 305, 308.

_Couverte_ (Vol  la), _b_, 280.

_Couvertoirs_, _b_, 61.

_Couvrechef_, _a_, 14, 15, 169, 238; _b_, 252.

_Couvrefeu_, heure du souper, _b_, 39.

_Coyer_, _b_, 129.

CRAON (J. de), sr de la Suze, _b_, 99.

_Crapaudine_, _b_, 74.

_Crape_ du cheval, 75, 77.

_Crapeux_ (Cheval), _b_, 74.

_Craspois_, _b_, 102, 103, 136, 200.

_Cranciers_, _b_, 56.

_Crecerelle_ (_quid?_) _b_, 320.

_Crdit_ (Achats ), _b_, 25, 56.

CRESCENS (Pierre de), _a_, LXVIII; _b_, 246.

_Crespes_, _b_, 92, 94, 226.
  -- la guise de Tournay, _b_, 226.

_Crespine_ de porc, _b_, 268.

_Cresson_, _b_, 102, 106.
  --au vinaigre, _b_, 101.
  --(Pore de), _b_, 140.

_Creteil_, _a_, 133.

_Cretonne_,  jour de poisson, _b_, 160.
  --de chair, _b_, 93, 97.
  --d'Espaigne, _b_, 95, 98, etc.
  --de pois et fves, _b_, 159.

_Crime_ impuni en appelle d'autres, _a_, 214, 216.
  --rachet, _a_, 215.

_Crotet_, _b_, 286.

_Crottes_, _b_, 93.

_Croutes_ au lait  la dodine, _b_, 96.
  --de lait, _b_, 95, 96.

_Cruches_ en terre de Beauvais, _b_, 251.

_Cubbe_, _b_, 112, 219.

_Cueres_ sur l'pervier, _b_, 293.

_Cueret_ (Plumage), _b_, 293.

_Cuevrechief._ V. _Couvrechef_.

_Cuillers_, _b_, 105.
  --d'argent, _a_, XL; _b_, 118.
  --de bois, _b_, 115, 123.
  --de fer, _b_, 115.
  --de fer perce, _b_, 123, V. _Mouelle_.
  --donnes aux mnestrels, _b_, 123.

_Cuisine_ du moyen ge compare  la cuisine romaine, _a_, XXXVI.
  --(Ide errone de Lister, sur la), XXXVII.
  --quand simplifie, _ib._
  --modifie au XVIe sicle, _a_, XXXVIII.
  --(Termes gnraux de), _b_, 87, 124.
  --(Trait de), _b_, 124.

_Cuisine_ ntoye, _b_, 69.
  --(Objets ncessaires  la), _b_, 114.
  --(Richard de la), _b_, 69.

_Cuisinier._ V. _Queux_.

_Cuisinier franois_, cit, _a_, XXXVIII.

_Cuisses_ de boeuf, _b_, 131.

_Cuisson_ de la carpe, _b_, 88, 189.

_Cumin_, _b_, 161. V. _Commine_.

_Cure_, _b_, 157.

_Cures_. V. _Plumes_.

CUVELIER, _a_, 94.

_Cuviers_, _b_, 106.

_Cygne._ V. _Cigne_.

_Cyros_ (poisson), _b_, 201.


D

_Daintiers_, _b_, 87. V. _Deytis_.

_Damas_, _a_, LI.
  --(Drap de), _b_, 66.
  --(Eau rose de), _b_, 252.

_Dames._ (perviers bons pour), _b_, 293.

DAMPIERRE (Aubert de), _a_, 136.

DANIEL (le prophte), _a_, 64, 66.

_Danse_, _a_, 2, 72; _b_, 108.

_Danseurs_, _a_, 77.

_Darioles_, _b_, 93, 94 etc. 121.
  --de cresme, _b_, 94, 95.
  --necessaires  un repas de noces, _b_, 108.

_Dattes_, _b_, 107, 112, 225.

DAUVERGNE (Famille), _b_, 83.

_Dbat_ (Reget du) de l'oiseau, _b_, 290. V. _Rebat_.

_Dbats_, naissent de dettes, _b_, 56.

_Dbiteurs_, croient toujours devoir moins, _b_, 56.

_Dbonnairet_, _a_, 56.

_Dception_, _a_, 46.

_Dchauss_ (Mari), au feu, _a_, 168.

_Dcor_, dans le sens de tuer, _b_, 128, 178.

_Dcours_ de la lune, _b_, 43.

_Dfaire_, expliq. _b_, 151.

_Dfenses_ du mari  suivre, _a_, 97.

_Dgaster_, expl. _b_, 251.

_Dlices_ de la campagne, cits, _a_, XLII, XLIII; _b_, 88, 105, 130.

_Dli_ sur la pointe (Cheval), _b_, 76.

_Demandes_ d'batement par ds, par rocs et rois, _a_, 7.
  --subtiles, _ib._

_Dents_ (daintiers), _b_, 87, 156.

_Dent_ (Canelle trie  la), _b_, 248.
  --du cheval, _b_, 73.
  --(Mal de), _b_, 257.

_Dpense_,  crire, _b_, 56. V. _Papier_.

_Ds_ (Jeu des). Usures qui s'y faisoient, _a_, 46.

_Dsafeutr_, expliqu, _b_, 54.

_Dsespration_, _a_, 41.

_Dsespoir_, _a_, 41.

DESMARS (Jean), _a_, 136, LXXXIII, LXXXVI, 136; _b_, 105.
  --(Idete), _a_, LXXXII.

_Dsobissantes_ (Femmes), _a_, 156.

_Despensier_ (Maistre Jehan le), _b_, 54, 58, 69, 70, 72, 76, 80, 86.

DESPIS (Louis), _a_, LXXIX.

DESSALLES (M.), _a_, LXII.

_Desserte_, _b_, 103, 107, 108.
  --expliqu, _a_, XLII.
  --Par qui serre, _b_, 117.

_Dessevrer_, expl. _b_, 212.

_Destine_, _b_, 18.

_Desvuidier_, expl. _b_, 307.

_Dtourn_ dans le sens de dress? _a_, XLII.

_Dtraction_, _a_, 37.

_Dettes_ (Ne pas payer ses), _b_, 26.

_Deuil_ des reines, _b_, 123.
  --des veufs, _b_, 123.

_Deytis_ du cerf, _b_, 87.
  --Comment mangs, _b_, 156.

DHEULLAND, _a_, LXXIII.

_Diable._ Pre de l'avare, 58.
  --philosophe, 56.
  --Ses commandements, 47.
  --Ses fritures, _a_, 31.
  --Son glise, 48.
  --Ses miracles, 48.

_Dialecte_ flamand, _a_, LVIII.

_Digne_ (Raisins de), _b_, 246.

_Diligence_, chemin de richesse, _b_, 17.

_Diligens_ (Comment rendre ses gens), _b_, 62.

_Diners_ (Ordonner), _b_, 80.
  --de grands seigneurs, _b_, 91.

_Discorde_, _a_, 31, 34.

_Distinction_ premire, _a_, 9.
  --deuxime, _b_, 1.
  --troisime, _b_, 279.

_Dit_ des pays, _a_, LXVIII; _b_, 246.

_Documens_ cits, _a_, LXV.

_Dodine_, _b_, 91, 92.
  --d'os, _b_, 96.

_Domestiques_, _b_, 54, 56.
  --Les chauffer, _b_, 70.
  --Leur dner, _a_, XLIII; _b_, 69, 107.
  --malades, _b_, 71.
  --Organiser leur service, _b_, 60, 69.
  --Leur tenue pendant le repas, _b_, 70. V.
   _Chamberires_, _Mesnies_, _Varlets_.

_Domination_ d'une femme insupportable  un mari, _a_, 236.

_Dore_ (poisson), _b_, 204.

_Dore_ verte (Volaille), _b_, 214.

DORMANS (Miles de), _b_, 116.

_Dorures_, _b_, 92, 94.
  --(Chap. des), _b_, 210. V. _Ps d'Espagne_.

_Dos_ (Tendre), du cheval dangereux, _b_, 74.

_Dot_ d'une nice de boucher, _b_, 82.

DOUBLE (Martin), _b_, 116.

_Doulce_ pour gousse, _b_, 231, 235.

_Dour_, expliqu, _b_, 47.

_Drages_, _b_, 92 (bis), 122.
  --Leur prix, _b_, 112.
  --sur la gele, _b_, 221.
  --sur les pommes cuites, _b_, 106.
  --vermeilles sur les chapons, _b_, 108.

_Dragouers_, _b_, 106, 118.

_Draps_  tendre la salle de festin, _b_, 105.
  --de Damas, _b_, 66.
  --_estou_ ou _estru_, _a_, 171.
  --Les visiter, _b_, 65.

_Drapiers_, _b_, 56.

_Dressoir_ de cuisine, _a_, XL; _b_, 115, 117.
  --de salle, _a_, XLI; _b_, 117.

DROBILLE (Raoul), _a_, LXXXIII; _b_, 119.

_Drois_, _a_, LXXXIV.
  --au percil et au vinaigre, _b_, 100.
  --menus d'un cerf, _b_, 156.

DUCHESNE (Andr), _a_, LXVIII.
  --Jehan, _a_, LXXXV; _b_, 116, 123.

DUCLOS (M.), _a_, LXIII.

DUREAU DE LA MALLE (M.), cit, _a_, XLVII.

_Duri_ (cheval), _b_, 73.


E

_N. B._ Voir  _Es_ certains mots crits
   aujourd'hui par _E_, comme _escrevices_,
_espices_, etc.

_Eau_  laver mains sur table, _b_, 247.
  --bnite d'eau rose, 275.
  --bnite d'oignons, 276.
  --chaude donne au cheval, 77, 79.
  --cuisant bien les pois, 134.
  --grasse de boeuf, 144.
  --te du vin, 259.
  --Son prix, 123.
  --rose de Damas, 252.
  --rose en sausse, 183, 275.
  --rose faite sans chapelle et sans feu, 252.
  --rose vermeille, 253.

_checs_ (Jeu des), _a_, 184.

_chevins de la Pierre au lait._ Ce que c'est, _a_, LXXXV.

_corcheurs_, _b_, 81, 84.

_Ectoire_, _b_, 258.
  --de canarade, _b_, 63.

_cussons_, accolls depuis quand, _a_, LVIII.

EDDAOULEH (Choudj et Sef), _a_, LI.

DOUARD, roi d'Angleterre, _a_, LXXXI et suiv.

_Effleurer_ dans le sens d'enfariner, _b_, 192.

_Efforcer_ (S'), expliqu, _b_, 306.

_glise_ (Bancs d'), _a_, 15.
  --(perviers ports  l'), _b_, 296.
  --n'est pas livre, _a_, 48.
  --(Tenue d'une femme  l'), _a_, 15, 16.

_lectoire._ V. _Ectoire_.

_lire_, expl., _a_, LXXXVI; _b_, 134.

_Ellbore_ noir, _b_, 258.

_Empiter_, expl. _b_, 281.

_Encre._ Manire de la faire, _b_, 265;
  sans bouillir, _b_, 274.
  --pour papier et parchemin, _b_, 275.

_Encyclopdie_, cite, _b_, 295.

_Enfans_ abandonns de leurs marastres s'enamourent ailleurs, _a_, 170.
  --adultrins, _a_, 182, 185.
  --mnent le bateau d'Aubriot, _a_, XXI.

_Enfant_ trouv seul dans une maison, _a_, 95.

_Enfeutreure_, expliqu, _b_, 53.

_Enfleurer_, _b_, 192, 194, etc.

_Engins_  dtruire les rats, _a_, LXXXIV; _b_, 64.

_Engraisser_ les oies, _b_, 88.
  --un cheval, _b_, 76, 77.

_Enhaster_ p. _embrocher_, _b_, 214.

_Ennemis_ rconcilis  fuir, _a_, 201.

_Enseigne_ (tmoignage), _a_, 133; _b_, 40.

_Ensorcellement_, _a_, 170, 171.

_Enter_, quand, _b_, 43, 44.

_Entes_ curieuses, _b_, 50, 51. V. _Ante_.

_Entrecercle_, _b_, 125, 128.

_Entrecerelle_, _b_, 125, 128.

_Entrems_, _a_, XLII; _b_, 99, 101, 107, 108.
  --(Tte de sanglier en), _b_, 98.
  --(Chapitre des), 6, 210, 224.
  --_lev_, _a_, XLII; _b_, 99.
  --grand, _b_, 97.

_Entretaille_ (Cheval qui s'), _b_, 74, 75.

_Entretiens de Colbert avec Bouin_, _a_, LXVIII; _b_, 83.

_Entreveschier_, _a_, 26.

_Envie_, _a_, 36; _b_, 10.

_pagneuls_, V. _Chiens_.

_perons_ (Essayer le cheval aux), _b_, 76.

_pervier_, V. _Esprevier_.

_pine-vinette_, _b_, 204.

_pitaphes_ de Paris, _a_, LXXIII.

_ponge_, _b_, 64, 66.

_Epoux_ bnis dans leur lit, _a_, LXXXVI; _b_, 118.
  --peuvent pcher, _b_, 15.
  --solidaires l'un de l'autre, _a_, 184.

_Escargols_, _b_, 223. V. _Limasson_.

_Eschalat_, _b_, 47.

_Eschaloigne_, _b_, 196.

_Eschanonnerie_, _b_, 117.

_Escharder_ (cailler?), _b_, 187.

_Eschauds_, _a_, XXXIX; _b_, 106.

_Esche_ pour allumer du feu, _b_, 263.
  --(appt), _b_, 222.

_Escheroys_, _b_, 102, 185, 225.
  --en past, 228.
  --expliqu, _ib._

_Eschervis_, _b_, 228.

_Eschier_ (briquet), _b_, 42.

_Eschines_, _b_, 94, 127.
  --sales, 97.

_Escrevices_, _b_, 95, 98, etc.; 114, 121, 170, 194, 205.
  --(Coulis d'), 242.
  --de mer, 205.
  --en grav, 151.
  --en tarte jacobine, 217
  --en tuille, 152.
  --non de Marne, 220.
  --(Prix des), 220.

_Escrocs_ logs  la Pierre au Lait, _a_, LXXXV.

_Escuelles (A plus d'), plus de loyer_, (proverbe), _b_, 114.
  --d'oiselets, 121.
  --d'oublies, 107, 110.
  --(Esturgon pour six), 200.
  --loues en grand nombre, 123.
  --(Quantit d'), _b_, 115: rpondant au
   nombre des convives, 105, 108, 109, 113.
  --Signification de ce mot douteuse, _b_, 105.

_Escuiers_ peu riches, chassent  l'pervier,
   _a_, XLIX, L.

_Escuier_ de cuisine, _a_, XL, XLII; _b_, 115, 117.
  --de l'vque de Paris, _b_, 106.
  --devant les mets, 117.
  --pour la salle et les vins, _a_, XLI; _b_, 117.

_Escurieux_, _b_, 261.

_Esmerillon_, _b_, 318.

_Esmeut_ de l'pervier, _b_, 288, 295, 297,
   298, 323.

_Espagne_ (Oiseaux en), _b_, 323.

_Espagnols_ (Chiens), _b_, 281, 282, 283.

_Espaingnos_, _b_, 281.

_Esparvain_, _b_, 73, 75.

_Espaules_ de boeuf, _b_, 131.
  --de mouton, _b_, 100, 177, 269.

_Espic_ (nard), _b_, 219.

_Espices_, (Abus des), _a_, XXXVI, XXXVIII.
  -- mettre s boudins, _b_, 125, 126.
  --Comment broyes et coules, _b_, 87.
  --Comment mises en potages et sausses, 124, 147, 164.
  --de chambre, _a_, XLIII, _b_, 112, 122.
  --de cuisine, _b_, 122.
  --Douze francs d'pices dans un repas, _b_, 113.
  --menues, 122.
  --(Potages d'), 242.
  --pour les potages, 107.
  --(Saulce vert d'), 231.
  --serres avec soin, 117,
  V. _Hiver_ et _Mal de tte_.

_Espicier_, _b_, 56, 122.
  --Ce qu'il fournit, _b_, 111.

_Espimbche_ de rougets, _b_, 175.
  --d'un bouli lard, _b_, 100.

_Espinars_, _b_, 44, 49.
  --Comment cuits, 141.

_Espinoches_, _b_, 141.

_Espreveteur._ Comment il vite les obstacles, _b_, 308.
  --doit penser  son oiseau et  ses chiens avant tout, _b_, 283.
  --Il lui faut neuf chiens et trois chevaux, _b_, 280.
  --ne doit pas chasser seul, _a_, XLIX.
  --refuse les vieux perviers, _b_, 316.
  --s'agenouille pour reprendre son oiseau, 304.
  --Ses gants, _b_, 293.
  --tratre et larron  ses confrres, _b_, 285.

_Esprevier_ (Trait de l'). Bien fait, LI, V. _Chasse_.
  --O plac dans les manuscrits, _a_, XLVII; _b_, 79.
  --Seul article de la troisime distinction trait par l'auteur, _a_, XLVII.

_Esprevier_,  sourcils blancs, _b_, 320.
  --Combien doit voler, _b_, 305, 310.
  --Comment repu, 322.
  --couve  la Saint-Georges, 284.
  --d'lite, 295.
  --devient sauvage ds qu'il s'est pu lui-mme, 311.
  --Esclavon et Lombard, 310.
  --flon, saute au visage, _b_, 293.
  --foul (lass) se dgote, _b_, 281, 309.
  --pouilleux, 325.
  --pris  la glu, 317.
  --Proverbe sur lui, _b_, 292.
  --Quel est le plus fort, _b_, 285, 292, 294.
  --Quels oiseaux il peut prendre, 310.
  --Ses maladies, 319, 320.
  --Ses ongles, 294.
  --Son aire et charnier, 284.
  --Son esmeut, 295.
  --trop gras, 320.
  --vieux,  refuser, _b_, 316.

_Esprevier branchier ou ramage_, _b_, 314.
  --Comment le prendre, _ib._
  --Le dompter et le dresser, 315.
  --ne vaut pas le mu, 320.

_Esprevier en mue_, _b_, 311.
  --Chairs bonnes pour lui, 312, 313.
  --Sa mue ou cage, _b_, 313.
  --Soins qu'il exige, 313.

_Esprevier hagart._ V. _Esprevier mu de haye_.

_Esprevier mu_, n'entre point au buisson, _b_, 316.
  --plus fort que le niais, _b_, 314.
  --Quand il peut voler, _b_, 314.

_Esprevier mu de haye._ Ce que c'est, _b_, 316.
  --difficile  dresser, 316, 317.
  --se laisse emporter, 317.
  --Ses yeux et pis, 316, 317.
  --Son plumage, 317.
  --tient du sor, _ib._

_Esprevier mu en la ferme_ est le meilleur, _b_, 317.

_Esprevier niais._ Bien repu, _b_, 286.
  --bon pour les dames, 293.
  --Combien de vols il peut faire par jour, 305, 310.
  --Comment dnich et nourri, _b_, 285.
  --Comment le baigner, 298.
  --Comment le faire voler la premire fois, 304.
  --Comment l'enoiseler, 300.
  --Comment vole les vieilles perdrix, 309.
  --couch au lit, 288.
  --craint la surprise et le bruit, 306.
  --craint l'humidit, 299.
  --d'lite, 294, 295.
  --difficile  rclamer d'un arbre, _b_, 304.
  --Effet de la chaleur sur lui, 305.
  --entre aux buissons, 316.
  --Le repos lui nuit, 308.
  --Le traiter avec douceur, 290.
  --Le vent l'emporte, _b_, 302.
  --mange un poussin en trois fois, 306.
  --ne vaut pas le mu, 320.
  --Obstacles qu'il craint, 302, 303.
  --perch sur les chiens, 296.
  --Petits oiseaux, mauvais gibier pour lui, 302, 303.
  --port en public, 296.
  --pour la pie, 300.
  --Quand le paistre, 301.
  --Quand lui donner chair lave, _b_, 297.
  --Quel est le bon, 292, 294.
  --qui porte au couvert, 305.
  --Raffermir ses plumes casses, 302.
  --s'accoutume  l'homme et au cheval, 300.
  --Sa nourriture, 308, 310.
  --serre fort son matre, 304.
  --Ses _faims_ marques sur ses plumes, 287.
  --Ses jambes, 294.
  --Son esmeut, 295, 297, 298.
  --Son plumage, 292,
  --tenu chaudement, 286.
  --touch avec un petit bton, 291.
  --toujours avec du monde, 291.
  --trop maigre ou trop gras, 299.

_Esprevier sor_, _b_, 316.

_Esprit_ (Le Saint), Ses commandemens, _a_, 58.

_Espurge_, _b_, 64, 66, 264.

_Essais._ N'en pas faire  l'gard de son mari, _a_, 168.

_Esseules_, _b_, 297.

_Essorer._ Diverses acceptions de ce mot, _b_, 299, 306, 310, 317.

_Estain._ V. _Vaisselle_.

_Estamine_, _b_, 136.

ESTAMPES (Le comte d'), _a_, LIX.

_Estans marinaux_, _b_, 196.

_Estauver._ Ce que c'est, _b_, 171, 190, 191, 192, 193, 194, 197, 216.

_Esteuf_, _b_, 290.

ESTIENNE (Charles), _b_, 200.
  --(Henri), cit, _a_, XXXVIII, LXXVII, 79; _b_, 11.

_Estourncaux_, _b_, 270.

ESTOUTEVILLE (Jacques d'), _b_, 255.
  --(Jean d'), _ib._
  --(Robert d'), _ib._

_Estrade_ sur la table, _a_, XLII.

_Estres_ (ptisserie). V. _Estriers_.

_Estriers_, _b_, 99, 107, 110.

_Estueil_, _b_, 290.

_Esturgon_, _b_, 94, 96, 199.
  --contrefait de veel, _b_, 200.

_Esverder_, _b_, 44.

ESVREUX (Jehan d'), _a_, 94.

_Etaux_, _b_, 80, 82, 132.
  --(Combien d'), par boucher, _a_, XLIV;
  --des halles, _b_, 200.

_Evangile_, cit _passim_.

EVE, _a_, 78, 128.

_Exagration_ des bavards, _a_, 180.

_Excuteurs_ de testamens, infidles, _a_, 44.

_Expressions_ crues au XIVe sicle, _b_, 60.


F

FAIL (Nol du), _a_, LXXXV.

_Faims_ de l'pervier marques sur ses plumes, _b_, 287.

_Faisan_, _b_, 99, 101.
  --Comment servi sous Louis XIV, _a_, XLII.
  --en entremets, _ib._
  --rti, _b_, 181, 182.

_Faisandeaulx_ (Vol aux), _b_, 309.

_Faisander_ (pour mortifier), _b_, 89, 180, 181, etc.

_Familles_ de la boucherie, _b_, 80.

_Fanoil_ (Graine de), sur des poires, _b_, 250.
  --(Racines de) confites, _b_, 245.

_Farce_ achete toute faite, _b_, 225.

_Farcin_, _b_, 78.

_Farine._ V. _Fleur_.

_Fatalisme_ (Contre le), _b_, 18.

_Faucheurs_, _b_, 54, 57.

_Faucon_ (Divers noms du), _b_, 324.
  --_gentil_, 318, 324, 325.
  --_harrotte_, 324.
  --lanier, V. _Lanier_.
  --(Maladies du), 325.
  --Manire de l'orpimenter, _ib._
  --(Mue du), 326.
  --_plerin_, 324, 325.
  --sauvage volant l'outarde, 310.
  --_tagarote_, 324.
  --_vilain_, _a_, LI; _b_, 323.

_Fauconnerie_ au XIVe sicle, _a_, XLVIII, L.
  --au XIXe sicle en Hollande et en Syrie, _a_, LI, LII.
  --(Sur la), _b_, 182, 319.

_Fauconnerie_ d'Arcussia, _a_, LXV.

_Fauconnier_ ne doit point manger d'oignons, _b_, 325.

_Faudis._ Mot non expliqu, _b_, 107.

_Faulx-Grenon_, _b_, 211.
  --ou potage parti, _b_, 216.

_Faulx-perdriel_, _b_, 307.

_Fautes_ des plumes de l'pervier, _b_, 287.

_Faye-Montjeau_, _a_, XXXIX.

FLIBIEN (D. M.), _a_, LXIX; _b_, 83, 84, 254.

_Femme_ abandonne de son amant, _a_, 183.
  --adultre demande pardon  son mari, _a_, 182.
  --brle vive, _a_, 128.
  --d'un procureur gnral ne sait pas lire, _b_, 104.
  --faisant lever l'enfant adultrin de son mari, _a_, 185.
  --indulgente pour son mari, _a_, 237.
  --laissant noyer son mari, _a_, 126.
  --obissant sans rpliquer, _a_, 152, 154.
  --pondant un oeuf, _a_, 180.
  --presse, s'exprime grossirement, _b_, 60.
  --voulant aimer, _a_, 158, 162.

_Femme de l'auteur_, charge de surveiller et non de faire elle-mme, _b_, 3.
  --chaste, _a_, 62.
  --consultoit son mari sur le choix de ses domestiques, _b_, 57.
  --de bonne et vertueuse famille, _a_, 3.
  --marie  quinze ans, _a_, 1.
  --ne frquentoit pas les grands seigneurs, _a_, 2.
  --orpheline, _a_, 4.
  --savoit s'attacher son mari, _a_, 240.
  --Ses bonnes dispositions, _a_, XXIII, 2.
  --Son ge, _a_, XXIII, 1.
  --tire hors de sa parent et de son pays, _a_, 4.

_Femmes_ arrtes par le Prvt de Paris, _b_, 116.
  --baisant la bouche de leurs parens, _a_, LXXVII.
  --bavardes, _a_, 178.
  --Beaucoup sont bonnes, _a_, 194.
  --chassoient  l'oiseau, _a_, XLVIII, XLIX.
  --Comment portent leurs armoiries, _a_, LVIII.
  --dissimules, _a_, 157, 176.
  --doivent avoir horreur du sang, _a_, XXIV; _b_, 59.
  --doivent tre discrtes, _a_, 177;
    parler chastement, _b_, 59;
    tout dire  leurs maris, _a_, 181,
    et tout savoir, _a_, 132.
  --effrontes, _a_, 14, 61.
  --matresses de l'htel aprs leurs maris, _b_, 59.
  --moins obissantes que les moines, _a_, 146.
  --ne font qu'un avec leurs maris, _a_, 130.
  --Ne pas discuter avec elles, _b_, 42.
  --orgueilleuses, _a_, 141.
  --rioteuses quivalent  chemines fumeuses, _a_, 169, 171.
  --sages, comment se conduisent envers leurs maris, _a_, 185, 186.

_Femmes clbres de l'ancienne France._ Ouvrage de M. de Lincy, _b_, 62.

_Fentres_ dangereuses pour les jeunes chambrires, _b_, 71.
  --vitres, _a_, LXXXII, 173.

_Fenouil_, _b_, 45, 245, 250. V. _Fanoil_.

FERT-CHAUDERON (Barons de la), _b_, 296.

_Fer_ de la paelle (Frire au). Expliqu, _b_, 150, 224.

_Fericy_, _a_, 149.

_Ferme_ (cage), expliqu, _b_, 288.

FERREIRA (Diog. Fern.), _a_, LXVI.

_Fesses_ du cheval, _b_, 72, 75.

_Festin_ de l'abb de Lagny, _b_, 103.

_Feu_ couvert le soir, _b_, 71.

_Feuilles_ d'aune prennent les puces, _a_, 171.

_Feurre_ dans les maisons, _a_, 171.
  --mouill avec le poisson, _b_, 203.

_Fves_, _b_, 45, 49.
  --coules, _b_, 92, 138.
  --des champs, _a_,LXXXVI; _b_, 139.
  --des marais, _a_, LXXXVI; _b_, 43, 139.
  --frases, _b_, 94, 97, 138.
  --nouvelles, 139.
  --nouvelles en potage, 158.
  --nouvelles frases, 139.
  --(Rectification sur les), _a_, LXXXVI.
  --vieilles, comment cuites, _b_, 137;
    comment rendues savoureuses, _b_, 138.

_Fvres_, _b_, 56.

_Figues_, _b_, 101.
  --de Provence rties, _b_, 101.
  --grasses, 102.
  --grasses rties, 106.

_Filet_ ou nomblet de boeuf, _b_, 131.
  --de porc, _b_, 266.

_Fille_ pauvre. Son mnage, _a_, 237.

FILLEUL (Jehan), _a_, 136.

_Filoper_, _b_, 204.

_Filopes_, _a_, 172.

_Fils_, maladie d'oiseau, _b_, 325.

_Firecy_, _a_, 149.

_Flamand_ (Dialecte), _a_, LVIII.

_Flambeaux_ (bougies). Leur prix, _b_, 122, 124.

FLAMENT (Jeh. le), _a_, XXVI.

_Flanchet_ de boeuf, _b_, 130, 131.
  --de mouton, 87.

_Flanciaux_ de cresme bien sucrs, _b_, 100.
  --sucrs, _b_, 92. V. _Flaonns et Flaons_.

FLANDRE (Marie de), _a_, XXI.

_Flandres_ (Ftes ou foires de), _b_, 76.
  --(Retour de) en 1383, _a_, 135.

_Flaonns_ sucrs, _b_, 92, 107.

_Flaons_, _b_, 108.
  --ayant saveur de fromage, 217.
  --de cresme, 99.
  --en caresme, 216. V. _Flanciaux_ et _Flaonns_.

_Flatteurs_ (Domestiques), dangereux, _b_, 59.

_Flays_ (poisson), _b_, 204.

_Flches_ empoisonnes, _b_, 258.

_Flet_, _b_, 204.

_Fleur_ (de farine), _b_, 67, 202, etc.
  --de ris, 122.

_Fleur des antiquits de Paris_, _a_, LXVIII.
  --_de toute cuisine_, _a_, XXXV.

_Fleurs_ (Usage des), _b_, 52, 118, 253. V. _Chapelire_.

FLEURY (Sire Jehan de), _a_, XXVI; _b_, 119, 120.

_Flo_, expl., _b_, 202.

_Floqueaux_, _a_, 172.

_Foie_, _b_, 128, 129, 132, 145, 211, 216.

_Fol_ pense  sa fortune, _b_, 4.

_Follette_, _b_, 47.

FOLLEVILLE (Jehan de), _b_, 119.

FONTAINE (Jean de la), cit, _b_, 60.

FONTAINES (Maistre Jehan de), _a_, LXXXII, LXXXVI; _b_, 119.

FONTAINES-GURIN (Hard. de), _a_, LXXV. V. _Trsor de Vnerie_.

_Form_ (femelle), _b_, 318, 325.

_Formes_, _a_, 174; _b_, 61, 116.

_Fornication_, _a_, 51.

_Fort-Hu_, _b_, 157.

_Fortille_, _a_, LXXII.

_Fortune_ ou chevance. Y penser, _b_, 2.

_Fouace_, _a_, XXXIX.

_Fouaillier_, _b_, 259.

_Fougre_, _a_, 172.

_Fouldre_ (Vol au), _b_, 280.

_Foule_ (Mot d'une femme dans la), _b_, 60.

_Fouleurs_, _b_, 54.

_Fouques_ aux choux, _b_, 144.
  --en potage et sales, 264.
  --sales, 133.

_Four_ (Hotel du),  Yerre, _b_, 119.

_Fourcelle_, _b_, 320.

_Fourme_ sur couronelle, _b_, 74.

_Fourm_ (femelle), _b_, 318, 325.

_Fourmes_, _a_, 174; _b_, 61, 116.

_Fourmiers_ (housses), _b_, 61.

_Fourmis._ Comment les dtruire, _b_, 48.

_Fourniers_ (Proverbe sur les), _b_, 36.

_Fourques._ V. _Fouques_.

_Fourreurs_, _b_, 54.

_Fourrures_  visiter, _b_, 65.--mouilles, 66.

_Fraise._ V. _Fraze_.

_Framboisiers_, _b_, 44.

_Franc-boyau_ du cerf, _b_, 156.

_Franche-mule_, _b_, 129, 132.

FRANCHIRES, cit, _b_, 323.

_Franois_, cuisent peu la carpe, _b_, 189.

_Frang_ de safran, expl., _b_, 148, 268.

_Fraude_, _a_, 45.

_Fraze_ de chair, _b_, 100.
  --de chevreaux, _b_, 108.

FRDRIC II, _a_, LXIX; cit, _b_, 89, 289, 295, 321.

_Freschume_, expl., _b_, 125, 206.

_Fressure_ de chevreau et de porc, _b_, 228.
  --Brouet de fressure de pourcel, 158. V. _Froissure_.

_Frioul_, _a_, 70.

_Frire_, en quoi diffre de seurfrire, _b_, 151.

_Fritures_, _b_, 94.
  --(Chapitre des), 210.

_Froide-sauge_, _b_, 215.
  --de moitis de poucins, 108, 111. V. _Sauge_.

FROISSART, cit, _a_, XLVI, LXXXI, 94, 148.

_Froissure._ Ce que c'est, _b_, 128.
  --de chevreau, 228.
  --de mouton, _b_, 128.
  --de porc, comment cuite, _b_, 126, 158, 228.
  --Diverses significations de ce mot, _b_, 129.
  --d'un boeuf, _b_, 129, 132.

_Fromage_ dans les gauffres, _b_, 121, 262.
  --de gain, 213.
  --de presse, 218.
  --mol, moyen, 218.
  --pour _Issue_, 108.
  --pour tartelettes, 110.
  --Quel est le bon, 146.

_Froment_ (Grains de) donns  l'pervier, _b_, 298.
  --mond, 111, 122, 210, 271.
  --Son prix, _a_, XXXI; _b_, 109, 111, 238.

_Fromente_, _b_, 93, 94, etc., 210, 271.
  --au marsouin, _b_, 103.
  --au pourpois, _ib._
  --(Lait pour la), _b_, 113.
  --(Trois cents oeufs pour la), _b_, 121. V. _Venoison_.

_Fruit_, _b_, 99, 101.

_Fuites_, _b_, 188.

_Fuse_ du cheval, _b_, 73.

_Fusel_ (Cheval), _b_, 73.


G

_Gage_ pli, _b_, 120.

_Galanga_, _b_, 112. V. _Garingal_.

_Galentine_, _b_, 99, 100.
  --de poisson froid, 174.
  --pour carpe, 233.
  --pour raye, 202.

_Gallettes_ sucres, _b_, 110.

_Galles_ pour encre, _b_, 265.

_Galoise_, expl., _b_, 60.

_Galop_ du cheval, _b_, 75.

GAND-VILAIN (Charyte de), _a_, LVIII.

_Gant_ de l'espreveteur, _b_, 294.

_Garde-mangers_, _b_, 114.

_Gardons_, _b_, 194.

_Garingal_, _b_, 112.
  --Fait mal  la tte, 236.
  --Quel est le bon, 230.

_Garnache_, _b_, 91, 102.
  --Quelle quantit il en falloit, _b_, 106.

_Garnement_, expl., _b_, 67.

_Garnison_, expl., _a_, 237; _b_, 64, 67.

_Garroittes_ confites, _b_, 244.
  --Leur prix, _b_, 245.

_Garrot_, _b_, 74.

_Gascogne_, _b_, 177.
  --(Vin de), _b_, 38.

GASTON-PHOEBUS, comte de Foix, _a_, LXX; _b_, 46.

_Gauchires_, _b_, 307.

_Gauffres._ Comment faites, _b_, 261.
  --coulisses, 262.
  --fourres, 109, 121.

_Gauffriers_, _b_, 262.

GAUTIER, marquis de Saluces, _a_, 100.

_Gaulois_, empoisonnoient leurs flches, _b_, 258.

_Gavion_ du cheval, _b_, 73.

_Gaymeau_, _b_, 192.

_Geais_, _b_, 311.

_Gele_, _b_, 94, etc.
  --bleue, 220.
  Ce qu'on sme dessus, 219.
  --Comment la faire, 218.
  --de chapons, 94.
  --de char, 218, 220.
  --d'crevices, etc., 108.
  --de poisson, 93, 95, 220.
  --(potage), 100.
  --(Poucins, cochon, etc., pour la), 110, 121.
  --(Veau pour la), 109,
  --(Violette sur la), 221.

_Gline_ couve des paons, _b_, 256.
  --de fvrier, _b_, 125.
  --gratte toujours, 257.
  --mange en trois jours par un autour, 322.
  --rtie, 180.
  --V. _Poules_.

_Geneste_, _b_, 168.
  --d'alos, 96.

_Gente_ rtie, _b_, 181.

_Georg_ (Brouet), _b_, 97, 98, 163.

GRARD, abb de Saint-Germain des Prs, _b_, 84.

GRAUD (M.), cit, _a_, XLVI, XLVII, LXXVI, LXXXV; _b_, 113.

_Gerfaut_, _b_, 318.

_Gsiers_, _b_, 145.
  --mal dit pour _gigier_, 211.
  --V. _Jugiers_.

_Gets_, expliqu, _b_, 290.

GHISTELLES (Jean de), _a_, LVIII.
  --(Marguerite de), propritaire de mon manuscrit du
  _Mnagier_, _a_, LVIII et suivantes; _b_, 272.

GIAC (Pierre de), _b_, 254.

_Giesles_, _b_, 315.

_Gigier_, mieux dit que _gsier_, _b_, 211.

_Gingembre_ blanc, _b_, 218.
  --coulombin, 111.
  --dans les gauffres, 122.
  --de mesche, 111.
  --En quoi le _coulombin_ diffre du _g. de mesche_, 230.
  --verd, 230.

_Giroffle_, _b_, 111. (Baston de), 246.

_Girofle_, _b_, 45.

_Gisors_ (Vicomte de), _a_, 152.

_Gte_ de boeuf, _b_, 86.

_Glandes_ de mouton bonnes  l'pervier, _b_, 313.

_Gloutonnie_, _a_, 47; _b_, 13.

_Glu_, _a_, 171, 173.
  --de froment, _b_, 251.
  --Manire de la faire, 250.
  --pour eau, 251.

_Gobelets_ couverts, dors, _a_, XL; _b_, 118.

GODEFROY (Denis), _a_, LXX, 237.

_Gois_, _b_, 311.

_Gomme_ de cerisier, _b_, 219.

_Goujons_, _b_, 233.

_Gourdes_, _b_, 273.

_Gourme_ du cheval, _b_, 73.

_Gournaut_, _b_, 196, 197.

GOUSSENCOURT, _a_, LVIII.

_Goutire_ (mangeoire), _b_, 89.

_Gouttron_, expl., _b_, 189.

_Grces_ (Dire les), _b_, 107.

_Grain_, expl., _b_, 150, 154.

_Graine_, _b_, 151. V. _Grav_.

_Graine de paradis_, _b_, 67, 111.

_Grains_,  remuer, _b_, 64.

_Graisse._ Son prix, _b_, 82.

_Gramose_, _b_, 145.

_Granche_ (estomac), _b_, 213.

_Grand cuisinier_, cit, _a_, XXXIV, XLII; _b_, 171, 184, 211.
  --(Plats tirs du), 145 (2), 148 (2), 149 (4), 150 (2), 151,
   154, 155, 163 (4), 164 (2), 166, 167 (2), 171, 172 (2), 174,
   177, 179 (5), 180, 181, 183 (3), 185, 187 (6), 188, 189 (2),
   190 (2), 191 (3), 192 (2), 193 (2),    194 (3), 195, 196 (3),
   197 (3), 198 (3), 199 (3), 200, 201, 202 (3), 203 (4), 204,
   208, 211, 212, 223 (2), 226, 234 (2), 241.

_Grande-boucherie_ (tal au-dessous de la), _b_, 132. V. _Boucherie_.

GRANTPR (Le comte de), _a_, LXXXI.

_Graspois_, _b_, 102, 200. V. _Craspois_.

GRATIEN, _a_, 98.

_Gratuise_ (rpe?), _b_, 262.

_Gratuisi_, expl., _b_, 149, 207.

_Grav_, _b_, 151, 173.
  --d'alos, couleur de fleur de peschier, _b_, 95, 98, 276.
  --de canets, 121.
  --de lamproies, 97.
  --d'escrevices, 151.
  --d'oiselets, 121, 150.
  --sur friture, 101.

GRAVILLE (L'amiral de), _b_, 255.
  --(Anne de), _b_, 255.

_Grdeli_, expl., _b_, 206.

_Greffe?_ _b_, 68.

_Greffes_ curieuses, _b_, 50, 51. V. _Ente_ et _Enter_.

GRGOIRE (Saint), cit, _a_, 63.

_Grenache._ V. _Garnache_.

_Grenade._
  --(Pommes de), _b_, 110, 122.
  --sur chapons, 108.
  --sur la gele, 221.

_Grenade_ (Faucon de), _b_, 324.

_Greniers_  visiter, _b_, 64.

_Grenouilles._ V. _Renoulles_.

GRSY (M. Eugne), cit, _a_, LIX, LXXX.

_Grve_ (Place de), _b_, 113, 123.

_Griffon_, _b_, 321.

GRILLE (M.), _a_, 151.

GRIMAULT (Grimoald), _a_, 69, 70.

GRIMOALD, _a_, 69, 70.

_Grimondin_, _b_, 197.

GRINGORE (Pierre), a copi J. Bruyant, _b_, 4.

GRISLIDIS (Hist. de), _a_, 99, 103 et suiv., 141.

_Gros-bastons_ (oublies), _b_, 109.
  --(Recette des), 121, 262.

_Gros-bout_ de poitrine, _b_, 86.

_Groseillers_, _b_, 49.

_Groseilles_ sur des plats, _b_, 161, 170.

GROSIA (Martin), _b_, 146.

_Gruau._ V. _Gruyau_.

_Grue_ rostie, _b_, 181.
  --(Vol de la), _b_, 324.

_Grumel_ de boeuf, _b_, 86, 87.

_Gruyau_, _b_, 242.
  --d'avoine, expl., _b_, 212.
  --d'orge, 241.

_Gude_ (Pasteaux ou Tourteaux de), _b_, 214, 251.

_Guedes_, _b_, 315.

GUESCLIN (Bertrand du), _a_, 94; _b_, 324.

_Guides_, _b_, 315.

_Guilles_, expl., _b_, 315.

GUISE (Tapisserie  la maison de), _a_, LXXIII.


H

_Hacher_  deux couteaux, _b_, 228.

_Hadou_, _b_, 198.

HAINAUT (Guillaume comte de), _b_, 254.

_Haine_, _a_, 38.

_Halebrans_, expliqu, _b_, 236.

_Halles_ (Les), _b_, 122.
  --(taux des), 200.
  --(Pain vendu aux), 109, 110.

_Hampe_ du cerf, _b_, 131, 156, 157.

_Hanaps_, _b_, 106, 117, 118.

_Hanons_ (coquillage), _b_, 204.

_Harang._ V. _Harenc_.

_Hardouil_ de chapons, _b_, 162.

_Harenc_, _b_, 200.
  --blanc, 101.
  --frais, 95, 98. V. _Aulx moussus_.
  --nouvellet, 271.
  --quaque, 134.
  --sor, 94, 97, 134.

HARGICOURT, _a_, LVIII.

_Hargneux_ (Proverbe sur les), _b_, 56.

_Haricot._ V. _Hericot_.

_Haricots_ dits fves, _a_, LXXXVI.

_Harpayes_, _b_, 307.

_Harpe_ du cheval, _b_, 72.

_Hastelets_, _b_, 161.
  --de boeuf, 94, 95.
  --de chaudun de porc, 228.

_Haste-menue_, (ou rate), _b_, 128, 268.
  --de porc, 164.

_Hasterel_, _b_, 89.

_Hausser_, expl., _b_, 322.

HAUTECOURT (Matre Jehan de), _b_, 118, 250, 382.

_Haye-du-Puis_ (La), _a_, XXXV.

_Haz_, pour brl, _b_, 216.

_Heilly_, _a_, LXXX.

HELYE, (Maistre), _b_, 108.

HEMERY (Jeanne), _a_, XXIX.

_Herbe verte_, _b_, 106, 124.
  --dans les maisons, _a_, 184.
  --O achete, _b_, 113, 114.

_Herbolata_, _b_, 207.

_Herions_, _b_, 261.
  --factices, _b_, 269.

_Hericot_ de mouton, _b_, 148.

_Hron_, _b_, 99.
  --rti, 181.
  --(Vol du), 324.

_Hesdin_, _b_, 253.

HESTOMESNIL, (Jehan de), _a_, XIX.

_Htoudeaux_, _b_, 180.
  --(Moust pour), 234.
  --(Prix des), 120.

_Histoire de Bourgogne_, cite, _a_, LIX.

_Histoire gnalogique des grands officiers, etc._, _a_, XL, LVIII, LXV, 152.

_Histoire sur Bible_, cite, _a_, 128, 129.

_Historieur_, _a_, 128, 129.

_Hiver_ (pices plus usites en), _b_, 236.
  --(Fleurs gardes en), 44.

_Hobe_, _b_, 319.

_Hobereau_, _b_, 318, 319.

_Hochepot_ de volaille, _b_, 163.

HOLLANDE (G. duc de), _b_, 254.

_Hommage_ attaqu faute d'un baiser, _a_, LXXVIII.

_Hommes_  fuir, _a_, 77.

HONCOURT (M. Guy de), _b_, 381.

_Honneur_ d'une femme  garder, _a_, 184.

_Horloges_, _b_, 257.

_Htel_ men par la femme, _b_, 59. V. _Maison_.

_Htel_ d'Aubriot, _a_, XXI; _b_, 255, 380.
  --de Galeran de Montigny, 255.
  --des Tournelles, 254.
  --du _Porc-pic_, 254.
  --du Prvt de Paris, 255.
  --Saint-Paul, 253.

_Hotellerie_ (Potage  faire dans une), _b_, 146.

_Hotels_ lous par les concierges, _b_, 116.

HOTIN, cuisinier de M. de Roubais, _a_, LIX, LX; _b_, 275.

_Hotteurs_, _b_, 54.

_Houpelande_, _a_, 14.

_Hourdouil_ de chapons, _b_, 162.

_Houssebarre_ de chair, _b_, 170.
  --de poisson, 171.

_Houssi_, expliqu, _b_, 164, V. _Brouet_.

_Houx_, _b_, 250.

_Hu_, expl., _b_, 157.

HUBER, cit, _a_, LI; _b_, 280, 302, 307, 309, 319.

_Huitres._ V. _Ostres_, _ottres_, _cive_, etc.

_Hule_ d'un couteau, _b_, 274.

_Humilit_, _a_, 53.

HUZARD (M.), _a_, LII, LXVI, LXVII, LXXIV.

_Hyres_ (L'abbesse d'), _b_, 118.

_Hypocras._ V. _Ypocras_.

_Hypocrisie_, _a_, 29, 34.


I

_Ierre_, _b_, 118.

_Ile Nostre-Dame_, ou _Saint-Louis_,  Paris, _a_, 93.

_Imprimeurs_ anciens ngligeoient les livres non srieux, _a_, XXXIV.

_Improviste_ (Souper  l'), _b_, 170. V. _Hotellerie_.

_Inconvenance_ dans les noms de certains mets, _b_, 60.

_Inobdience_, _a_, 29, 32.

_Inventaire_ de R. Picque, _a_, LXX; _b_, 115.

_Ire_, _a_, 38; _b_, 10.

ISAAC, _a_, 82.

ISABEAU DE BAVIRE aimoit les animaux, _b_, 62.
  --Sa dpense de bouche, 85.
  --Ses enfans, _a_, XXII; _b_, 85.

ISEBARRE (Augustin), _b_, 62.

_Issue_ de table, _a_, XLIII; _b_, 92, 94, 95, 99, 100, 101, 103, 108.

_Issues_ de boeuf et leur prix, _b_, 132.
  --de mouton et leur prix, 128.
  --de porc, 128.
  --de sanglier, 157.
  --de veau et leur prix, 128.

_Ivresse_, _a_, 49.
  --Ses inconvniens, _b_, 14, 70.


J

_Jabets_, expl., _b_, 224.

JACOB, _a_, 85.

_Jacobins_ de Londres, _a_, LXXXI.

_Jactance_, _a_, 29, 33.

JAILLOT, _a_, LXXXV.

_Jalet_, _b_, 224.

_Jambes_ de l'pervier, _b_, 294.
  --du cheval, 74.
  --enfles, 77.

_Jambons_, _b_, 127, 237.
  --Comment dessals, 127.
  --frais, 147.
  --sals de trois jours, 139.

_Jance_, _b_, 234, 236.
  -- aulx, 234.
  --de lait de vache, 234.

_Jardinage_, _b_, 43.

_Jargeau_ du cerf, _b_, 156.

_Jarrets_ courts, _b_, 216.
  --du cheval, 74.

JASSAUD (Htel de), _a_, XXI.
  --(MM, de), _ib._

_Jattes_, _b_, 115, 123.

_Jaunet_, _b_, 149.
  --V. _Loche_, _Mouton_, _potage_, _sausse_, _tripes_, _trumel_.

_Jaunisse_ de l'pervier, _b_, 319.

_Javart_, _b_, 75, 77.

_Javel_ (Bois de), _a_, 68.

JEAN (Le roi), _a_, LXXXI.

JEAN DE BRIE, _a_, XIX.

_Jean le Blanc_ (oiseau), _b_, 307.

JEAN LE DESPENSIER (Maistre), _b_, 54.

JEAN SANS PEUR, _b_, 116.

JEANNE, comtesse de Boulogne et d'Auvergne, _b_, 46.

JEANNE D'VREUX, _b_, 115.

JEHANNICOLA, _a_, 103.

JRME (Saint), cit, _a_, 39, 62.

_Jets_, expl., _b_, 290.

_Jeux_, _a_, XLVII, LXXVII, 7, 71.
  --illicites, _b_, 59.

_Jeu des checs moralis_, _a_, 186.

_Jombarde_, _b_, 44.

JOSEPHE (L'historien), _a_, 78.

_Joubarbe_, _b_, 44.

_Joue_ de boeuf, _b_, 85, 86, 88.

JOUVENEL (Jehan), _a_, XXVI. V. JUVENAL DES URSINS.

_Joyaux_ d'une riche bouchre, _b_, 82.

_Jugiers_, _b_, 121. V. _Gsiers_.

_Juifs_ en France, _a_, XXII.
  --Comment punissent l'adultre, 67.
  --Quand chasss, 68.

_Juive_ assomme, _a_, 68.

_Jurer_, _a_, 38, 43, 46.

_Jurs_ de la boucherie, _b_, 81.

_Juridiction_ de la grande boucherie, _b_, 81.

_Justice_, _a_, 57.

JUVENAL DES URSINS (Jean), _a_, LXX, 173. V. JOUVENEL.


K

_Karvy_, _b_, 245.


L

LABAN, _a_, 85.

LABAT (Gilles). Ce qu'il toit, _a_, LXXVIII, 137; _b_, 104.

LABORDE (Le comte de), cit, _b_, 106.

_Labour (Chasteau de)_, _b_, 4, 36.

_Laboureur_ a la coanne plus dure qu'un prince, 293.

_Laboureurs_, _b_, 56, 57.

LACABANE (M. Lon), _a_, LXXV.

LADEHORS (Oudin de la), _b_, 80.
  --Famille de bouchers, _ib._ et 83.

_Lagny_ (Abb de), _a_, LXXXIV; _b_, 103, 104, 105.

_Lait._ Comment l'empcher de tourner, _b_, 176.
  --de vache, li, 175.
  --(Jance de), 234.
  --lard, 92, 93, 95, etc., 224.
  --non crm ni mlang, 113.
  --(Potage de), _b_, 176, 177.
  --souvent mlang, 159.

_Lait_ d'amandes, _b_, 241.

_Laitances_ de carpes, _b_, 217.

_Laitire_ (Jehanneton la), _b_, 62.

_Laitues_, _b_, 46, 96.

LALLEMANT (Nic. et Rich.), _a_, LXVI.

LAMARRE, cit, _b_, 80, 84.

_Lamproie_, _b_, 192.
  -- froide sauge, 93.
  -- la boue, 192.
  -- la sauce chaude, _a_, 94.
  -- l'estouffe, 193.
  --bouillie, 193.
  --(Sauce de), 133.

_Lamproyons_, _b_, 192.

_Lancerel_, _b_, 88.

_Lancerons_, _b_, 88.

_Landal_ (Chteau de), _a_, 149.

_Laneret_, _b_, 318, 319, 323, 325.

_Langoustes_, _b_, 196, 205, 225.

_Langue_  retenir, _a_, 177, 178.

_Langue_ de boeuf, _b_, 177.
  --sale et fume, 133, 177.

_Languedoc_, _b_, 195, 196.

_Lanier_, _b_, 318, 319, 325.
  --dit _faucon vilain_, XLI, 323.
  --perch bas, 322.
  --Quels oiseaux il prend, 324.
  --vole bas, 322, 323.

LANNOY (Agns de), _a_, LVIII.

_Lapereaux_, _b_, 110, 121, 236.
  --en ros, 154.
  --rtis, 275.
  --(Vol aux), 309.

_Lapins._ V. _Connins_.

_Larcin_, _a_, 45.

_Lard_ achet au boucher, _b_, 121.
  --aux choux, 144.
  --de caresme, 200.
  --jaune, dplat, 126.
  --Son prix, 85.
  --sur les pois, 135.
  --(Tmoins de), 270.

_Larder_, expliqu, _b_, 88.
  --de percil, 177.

_Lards_ du cerf, _b_, 156, 157.

LARIVIRE (Armes de), _a_, LVIII. V. _Rivire_.

_Larras_, _b_, 102.

LASERNA-SANTANDER, _a_, LXVI.

_Lauderburg_, _a_, LVIII.

_Laurier_ (Feuilles de), _b_, 101, 112.

LAVAL (Gnalogie de), _a_, LXVIII.
  --LOU (Madame de), 240.

_Lavande_, _b_, 44.

_Lavandire._ Son emploi le jour des noces, _b_, 118.

_Laver_ les mains au sortir de table, _a_, XL; _b_, 107.

LAZARUS, _b_, 146.

LEBARBIER, (Colin), _b_, 119, 120.

LEBER (M.), _a_, LXVIII, 174; _b_, 115.

LEBEUF (Jean), _a_, LXXI, LXXVI, 133; _b_, 296.

LEBLOND (M.), _a_, LXIX.

LECZINSKA (Marie), _a_, LVIII.

LEFVRE (Guill.), dit VERJUS, _a_, XL; _b_, 81.

LE FLAMENT (Jehan), _a_, XXVI.

_Lgende dore_, _a_, 62.

LEGOIS, boucher, meutier, _b_, 84.

LEGRAND D'AUSSY, cit, _a_, XXXVIII, XXXIX, XLII, LXXI, LXXV;
   _b_, 38, 110, 200, 205.

LEIBNITZ, _a_, LXV.

LE MAZIER (Henri), _a_, 140.

_Lendemain_ pour _l'endemain_, _b_, 196, 221.

_Lengoustes_, _b_, 196, 205, 225.

_Lentisque_, _a_, 67.

_Leschefrayes_, _b_, 102, 103.

_Leschefrites_, _b_, 93, 97, etc.
  --crit _leschefrayes_, _b_, 102 et 103.
  --sucres, _b_, 94, 98, etc.

_Leschefroies_, _b_, 103.

LESCLAT (Pierre de), _a_, LXXXIII.

_Lettres_ des reines, _a_, 75.
  --que nul ne verra, _b_, 250.
  --qu'on doit ou qu'on ne doit pas lire, _a_, 76.

_Lettues_, _b_, 46, 96.

_Leurre_, dcrit, _b_, 318.
  --(Oiseaux de), _ib._

_Leurrer_, expl., _b_, 284, 318.

_Levain_ de pain, _b_, 239.

_Lve-cul_ (Vol ), _b_, 280.

_Lever_ d'une femme, _a_, 9.

_Levrats_ (Vol aux), _b_, 309.

_Levreaux._ V. _Levrats_.

_Levrire_ tue, _a_, 161.

_Liaisons_, _b_, 87.

_Libre arbitre_, _b_, 19.

LIE (Lia), _a_, 86.

_Lier_, expl., _b_, 281.

_Lieures._ V. _Liaisons_.

_Lieurs_ de fardeaux, _b_, 53.

_Livre_ (Age d'un), _b_, 90, 169.
  --aux choux, 144.
  --(Civ de), 91, 169.
  --Comment couru par les pagneuls, 281.
  --(Conditions du), 72.
  --en boussac, 153.
  --en civ, 91, 169.
  --conserv, 133.
  --pourbouli, 271.
  --Quand plus tendre, 153.
  --rti, 268.
  --(Vol au), 321, 324.
  V. _Levrats_.

_Lille_, _a_, LXXIX.

_Limaons_, _b_, 223.
  --mangs par les riches et les Lombards, _ib._
  V. _Limats_.

_Limandes_, _b_, 88, 160, 202.

_Limats_ au chaudum, _a_, XXXIX.

_Limoges_, _a_, 95.

_Lin_ (Toile de). Son prix, _b_, 221.

LINCY (M. de), _a_, XXIX; _b_, 36, 62, 83, 251, 255.

_Linge._ Comment marqu, _b_, 263.
  --de table, 115. V. _Touailles_ et _Serviettes_.
  --Liqueur pour le marquer, 263.
  --lou  quel prix, 123.
  --pour _mince_, 286.
  --propre donn au mari, _a_, 168.

_Linote_ en cage, _b_, 256.
  --vendue trs-cher, _b_, 62.

LIPPOMANO (Jrme), _b_, 116.

_Liqueur_ pour _seigner_ (marquer), le linge, _b_, 263.

_Lis._ V. _Lys_.

LISTER, cit, _a_, XXXVI, XXXVII.

_Lit_ nuptial (Bndiction du), _a_, LXXXVI; _b_, 118. V. _Lits_.

_Litire_,  quoi sert aux oies, _b_, 89.

_Lits_ au XIVe sicle, _a_, 160, 169, 172, 238, 239.

_Livre d'amours_, _a_, LXXXIII.

_Livre_ de dpense, _b_, 58.

_Livre des dduits_, _a_, LXIX.

_Livre fort excellent de cuisine_, _a_, XXXIII.

_Livres_ anciens non srieux, mal imprims, _a_, XXXIV.
  --de l'auteur, _a_, XXVI, 62. V. _Ouvrages_.

LOBINEAU (Dom G. A.), _a_, LXIX.

_Loche_, _b_, 175, 191, 382.
  --au jaunel, 100.
  --au waymel, 102.
  --en eau, 93, etc.
  --et anguilles trononnes dessus, 101.
  --frite, 102.
  --Son prix, 220.
  --vendue  la mesure, 114, 220.

_Loirre_ (leurre), _b_, 318.

_Lombarde_ (Mode), en fait de past, _b_, 185.

_Lombardie_ (Chasse en), _b_, 310.

_Lombards_, mangeurs de limaons, _b_, 223.
  --(Potage de), 171.

_Londres_, _a_, LXXXI.

_Longe_ (chair), _b_, 86, 87, 130, 132.

_Longes_, _b_, 295, 297.

LONGUEIL (J. de), _b_, 119, 120.

LONGUEVILLE (F. d'Orlans, duc de), _a_, LIX.

_Losenges_, _b_, 96, 103.
  --d'oeufs, 209.

LOTH et sa femme, _a_, 142.

LOTRIAN (Alain), _a_, XXXV.

LOTTIN DE CHARNY (Marie Aime), _a_, XXI.

LOTTIN (Erreur de), _a_, XXXIV.

_Louens_, _a_, 186.

LOUIS le Jeune, roi de France, _a_, 133.
  --Louis XIII, _b_, 307.
  --Louis XIV, 82.
  --abord facilement, _a_, LXXII.
  --Petits pois  lui prsents, _ib._

_Loups._ Comment les dtruire, _b_, 63.

_Lourgable_, _a_, 24.

_Loyer_ au XIVe sicle, _a_, LXXXIII.

LUCAS (Cl.), _a_, LXXIII.

_Luceau_ (brochet), _b_, 88.

LUCIFER (Dsobissance de), _a_, 129, 177.

LUCRCE (Hist. de), _a_, 70.

_Lus_ ou _Lux_, _b_, 88, 91, 96, 99 etc., 187.
  --faudis, 107,
  --(OEufs de), 229.

LUXEMBOURG (Jacques de), _a_, LIX.

_Luxure_, _a_, 50, _b_, 14.
  --de coeur, _a_, 51.

LUYNES (Le conntable de), _a_, LXXIV.

_Lys_, _b_, 49.
  --(Abbaye du), _a_, 148.


M

MACAIRE, _a_, 92.

MAC (N.), _a_, XXI.

_Machault_, _a_, 149.

MACHAUT (Perrenelle de), _b_, 120.

_Machs_, _b_, 186.

_Machination_, _a_, 37.

_Macis_ ou fleur de muscade, _a_, 67; _b_, 112.
  --fait mal  la tte, 237.

_Mcon_, _a_, XXI.

MACROBE, cit, _a_, 179.

_Madre_ (Coupes de), _b_, 82

_Magasin pittoresque_, cit, _a_, LXXVII.

MAIGNAC (Aymeri de), _b_, 104.

_Mailles_ des plumes de l'oiseau, _b_, 293, 294, 323.
  --de son estomac, 298.

_Maillotins_, _a_, XX, LXXXIII, 135.

_Mains_ (Eau  laver les), _b_, 247.

_Maire_ de la boucherie, _b_, 81.

_Maison_ bien tenue, _b_, 61.
  --dcouverte chasse l'homme, _a_, 169, 171.
  --ferme au soir, _b_, 70.
  V. _Hotel_.

_Maison rgle_, cite, _a_, XLIII, LXXI.

_Maison rustique_, cite, _b_, 46, 180, 207, 214.

MAISONS (N. de Longueil), _a_, LXXI. V. _Longueil_.

_Maistre d'hostel_ de la Varenne, cit, _a_, XLII.

_Matre_ (Aimer son), _b_, 23.
  --doit donner l'exemple, 60.
  --(L'pervier s'habitue  son), _b_, 301.
  --L'tre de soi-mme, _a_, 178.

_Matre d'htel_, _a_, XL, XLII; _b_, 67.
  --Ses attributions, _b_, 117, 118.

_Matre_ de la grande boucherie, _b_, 81.

_Mal_ de tte caus par les pices, _b_, 236.

_Mal_ se gurit par le bien, _a_, 207.

_Malandre_, _b_, 74, 77.

_Malars_, _b_, 89.
  --dde rivire  la dodine, 92

_Malen_ (mal en?) _a_, LXXXIV, _b_, 73. dodine, 92.
  --rtis, 181.
  V. _Canards_.

_Mles_ des oiseaux de proie; leurs noms, _b_, 318.

MALIGNY (Jeanne de), dame d'Andresel, _a_, 150.

_Mallars_, _b_, 89, 92, 181.

_Malle_, _a_, 172.

_Manche_ (Archives de la), _a_, XXXV.

_Mandagores_, _a_, 89.

_Manger_ combien de fois par jour, _a_, 49.
  --sans mcher, _a_, 49.

MANGEUR (Pierre le), cit, _a_, 77.

_Manteaux_ de deux draps, _a_, 161.
  --d'une bouchre, _b_, 82.

_Mantes_ (Fortifications de), _b_, 191.

_Manus-Christi_, _b_, 122.

_Manuscrits_ du _Mnagier_, _a_, LII et suivantes.

_Maquereau._ V. _Maquerel_.

_Maquerel_ en potage, _b_, 146.
  --frais, 196.
  --rti, 103.

_Maquerelles_, _a_, 133; _b_, 116.

_Marchander_ toujours, _b_, 54. V. _Barguaign_, 76.

_Marchands_, _a_, 44, 46.
  --d'oiseaux, _b_, 62, 323.

MARCHANT (Guiot), _a_, LXVII.

_Marchepis_, _b_, 61.

_Marchiau_, _a_, 149.

MARC-PAUL, _b_, 321.

MARCHAL, cit, _a_, 16.

_Marchal_ ferrant, _b_, 56.
  --Son salaire, 79.

_Mare_ mauvaise par temps pluyeux, _b_, 194.

MARES (Herlin des), _b_, 119.

MARS (Jean des). V. DESMARS.

_Mari_ clment, _a_, 182, 183.
  --drang, comment le ramener, 185.
  --en voyage, pense au retour, 168.
  --sauv de l'eau, 128.
  --(Second) difficile  trouver, 168.
  --Soins  lui donner, _ib._
  --souverain chez lui, 99.
  V. _Maris_.

_Mariage_ (But du), _b_, 15.
  --en deuil, _b_, 123.

MARIE d'Anjou, reine de France. Ses fentres, _a_, 174.

_Mari_ servoit  table, _a_, XLI; _b_, 117.

_Maris_ diviss font un pacte, _a_, 126.

_Maris_ aiment moins leurs femmes quand elles dsobissent, _a_, 142.
  --dsirent la prsence de leurs femmes, 175.
  --doivent tout leur dire, 132.
  --jeunes, prompts  changer, 143.
  --Leur heureuse vie, 139.
  --luxurieux pchent, 52.

_Marjolaine_, _b_, 43, 44, 45.

MARNEF (Enguilb. de), _a_, LXVI.

_Marouette_, _b_, 311.

_Marques_ des plumes de l'pervier, _b_, 287. V. _Mercqs_.

_Marquets_ chevelus, _b_, 44.

_Marsouin_, _b_, 198.
  -- sa sauce, 107.
  --poudr  l'eau, 101.

MARTINUS, _b_, 146.

_Massepains_, _b_, 122.

_Mastic_, ou encens de Perse, _a_, 67.

_Matelas_ (flche), _b_, 267.

MATHIEU (Saint), cit, _a_, 63.

_Matin._ Ce que c'est, _a_, 9.

_Mtins_ tuent les perviers, _b_, 301.

_Matons_ de lait, expl., _b_, 212.

_Mauvis_ (Vol du), _b_, 311.

_May_ (arbre coup), _a_, 184; _b_, 106, 113, 114.

MAZIER (Henri le), _a_, LXXIX.

_Mdecins_, _a_, 189.

_Mdisance_ permise aux chambrires, dans quel cas, _b_, 59.

_Melle_, _a_, 94.

MELLIBE (Histoire de), _a_, 186; _b_, 60.

_Mello_, _b_, 249.

_Mellus_, (_merlus_?) _b_, 107.

_Melons_, _b_, 273.

MELUN (Jehan de), _a_, LXXX.

_Melun_, _a_, LXXXVII, 68.
  --(Sige de), 148.
  --(Vitrail ), LIX.

_Membres_ s'aiment entre eux, _a_, 55.
  --secrets. Ne pas les nommer, _b_, 59.

_Mmoires pour servir  l'histoire de France et de Bourgogne_,
   cits, _a_, XL.

_Mmoriaux de la chambre des comptes_ (Note sur les), _a_, LXXIV.

_Mnage_ (Avoir soin de son), _b_, 1.

_Mnager de Paris._ Article de M. le baron de Reiffenberg sur
   ce livre, _a_, LV.
  --Comment connu de l'diteur, LII.
  --Conjectures sur le sort du manuscrit original de ce livre, LVI.
  --crit de 1392  1394, XXII.
  --La partie culinaire importante, XXXV.
  --longtemps inconnu, LII.
  --(Manuscrits du), LII et suiv.
  --signal en 1843, LV.
  --Son orthographe varie, LXI.
  --Son texte revu soigneusement, LXI.
  --Systme suivi dans l'dition de ce livre, LX et suiv.

_Mnagire_, (Femme de l'auteur,) _b_, 53.

_Mnestrels_, _b_, 123.
  --Ce qu'ils faisoient aux noces, _ib._ et 124.

MENESTRIER (Le pre), _a_, XXX.

_Mnestriers_, _b_, 122, 123, 124.

MENOT, cit, _a_, LXXVII.

_Mensonge_ est utile, _b_, 26.

_Menthe_, _b_, 44.

_Menue-haste._ V. _Haste_.

_Menues choses_, qui ne dsirent point de chapitre, _b_, 262.

_Menues espices_, _b_, 122.

_Menus_, _b_, 91.
  --rpts, _a_, LXXXIV.

_Menus_ de pis, _b_, 145.
  --droits du cerf, _a_, LXXXIV; _b_, 156.

_Menus_ oiseaulx rtis, _b_, 181.

MENA (Gonz. de), _a_, LXVI.

_Mer_ d'Angleterre, _b_, 197. V. _Chien_, _Porc_, etc.

_Mercqs_ de l'pervier, _b_, 289 et 291, V. _Marques_.

_Mercure de France_, _a_, 174; _b_, 296.

_Mre-goutte_, _b_, 260.

_Merlant_, _b_, 101.
  --sal, 201.

_Merles_, _b_, 101.
  --(Chasse aux), 311.

_Merluche_, _b_, 199.

_Merlus_, _b_, 199. V. _Mellus_.

_Mers_ ou _Merts_. V. _Mercqs_.

_Mesche_ (Gingembre de), _b_, 230, 246.

_Mesches_ ensouffres, _b_, 264.

_Mesnies_ (domestiques) abusent des pices, _b_, 117.

_Messe_ (Explication des crmonies de la), _a_, 17.
  --perdue par paresse, 41.

_Mestier_ (oublie), _a_, XXXIX, XLIII; _b_, 92, 94, etc., 121.

_Mtayer_, _b_, 62.
  --(_Eudeline_ femme du), _ib._

_Mets._ Diverses significations de ce mot, _a_, XLI.
  --inconvenans, _b_, 60.
  --pris dans le sens actuel, _b_, 91, 92, 99 (intitul des menus,
   I, II, XV).
  --pris pour service, _b_, 92, 93.
  --Savoir les ordonner, 80.

_Meute_ des pans, _b_, 314.

_Miel_ (Boisson au). V. _Bochet_, _b_, 238.

MIGNON (Denisette), _b_, 104.

_Migon_, _b_, 195.

_Milion_ (oiseau), _b_, 321.

_Millet_, comment cuit, _b_, 176.

_Minces._ Ce que c'est, _b_, 48, 143.
  --(Pore de), 143.

_Miserelle_, expl., _b_, 243.

_Misricorde_, _a_, 58.

_Modus et Ratio_, _a_, XLIX, LI, LXXII, 29, 48; _b_, 99,
   157, 290, 293, 314, 315, 316, 325.

_Modus et Ratio de divine contemplation_, _a_, LXXII.

_Molle._ V. _Mouelle_.

MOIGNE (Lucas le), _a_, XXXIX.

_Moine de Saint-Denis_, cit, _a_, 135.

_Moines_ plus obissans que les femmes, _a_, 146.

_Moissonneurs._ V. Soieurs, _b_, 54, 57.

_Moissons_ (moineaux), _b_, 303.

_Mol_ (mou) de porc, etc., _b_, 128, 129, 132.

_Molettes_ du cheval, _b_, 74, 75.

_Molissent_, _a_, LXIX.

_Molle_, _b_, 203.

_Mon_, expliqu, _b_, 37, 299.

_Monde_, fort pleine de lions, etc., _a_, 57.

MONSTRELET, cit, _b_, 115.

MONSTREUL (Tassart de), _a_, 139.

MONTAIGU (Jean de), _b_, 254.

_Montgeron_, _a_, XXVI.

MONTGISON (Marie de), _a_, XXVI.

MONTGLAT (M. et Mme de), _a_, 174.

MONTIGNY (Galeran de), _b_, 255.
  --(Raoul de), _a_, 150.

MONTMORENCY (Gnalogie de), _a_, LXVIII.

_Montpellier_, _b_, 248.

MORAIS (C. de), _a_, LXXII; _b_, 319.

MORANT (Colin), _b_, 119, 120.

_Moret_, _a_, 149.

_Morfondu_ (Cheval), _b_, 78.

_Morillon_ (raisin), _b_, 67.

MORIN (Dom Guillaume), _a_, 151.

_Mortereul_, _b_, 211.

_Mortier_, _b_, 115, 123.

_Morue_ (Dtails sur la), _b_, 195, 196.
  --Foie de morue en past, 223.
  --Manire de l'acheter, la preparer, etc., 195.

_Mouches._ Comment s'en garantir, _a_, 172.

_Mouchet_, _b_, 285.
  --Comment les distinguer, 287.
  --pour attirer les perviers, 315, 318.

_Mouelle_ (Buignets de), _b_, 224.
  --en rissoles, 226.
  --(Pasts norrois de), 223.
  --(Pipefarces de), 227.

_Moules_, _b_, 204.
  --en civ, 277.

_Moulin_  moutarde, _b_, 245, 246.

_Mourillon_, _b_, 67.

MOUSSE (Guillaume de la), _a_, 95.

_Moust._ Comment fait, _b_, 181.
  --pour htoudeaux, 234.

_Moustarde._ Comment faite, _b_, 229.
  --pour un dner, 122.
  --(Soupe en), 175.

_Moustiquire_, _a_, 172.

_Mouton_ au jaunet, _b_, 149.
  --Ausoerre, 148.
  --(Brichet de), 87.
  --(paules de), 177.
  --(p. farcies de), 269.
  --(Flanchet de), 87.
  --(Glandes de), 313.
  --(Hricot de), 148.
  --(Past de), 148, 186.
  --(Poulmon de), 284.
  --(Prix du), 86, 87.
  --rti, 177.
  --sal, 132, 133, 148.
  --(Tte de), 267.
  V. _Issue_ et _Pommeaux_.

_Moutons_, _b_, 62, 63.
  --consomms  Paris, _a_, XLIII; _b_, 82, 83, 84, 85.

_Moyen tat_ (Gens de). Ce que c'est, _a_, L.

_Muc-en-Auxois_, _a_, XXI.

_Mue_ de l'pervier, _b_, 311.
  --ou cage pour l'pervier, _b_, 313.

_Muete_ des pans, _b_, 314.

_Muge_ ou _Mugeon_, _b_, 195.

_Mulet_ (Poisson), _b_, 195.

_Mungon_, _b_, 195.

_Municipalit_ parisienne en 1847 trs-peu zle pour
   l'histoire de Paris, _b_, 254.

_Murmuration_, _a_, 37.

_Muscade._ V. _Noix maguettes_.

_Massy-la-Fosse_, _a_, XXI.

_Mystre_ de Griselidis, _a_, 99.


N

NANGIS (Guillaume de), _a_, LXXVI.

_Nappe_ (filet), _b_, 314.

_Nappes_, _a_, XL.
  -- franges, 163.
  --changes pendant le repas, XLII.
  --de cuisine, _b_, 123.
  --diffrentes de touailles, 250.
  --dites indiffremment touailles ou nappes, 219.
  --grosses, 115.

_Nard_, _b_, 112, 219.

NASSAU (Comte de), _a_, 139.

_Navarrois_ au chteau de Melun, _a_, 149.

_Navets_, _b_, 49, 94, 97, etc.
  --avec venaison, 130.
  --Comment cuits, 144.
  --confits, 244.

NEELLE (Jean de), _b_, 249.

_Neelle_ fleur, _b_, 249.

_Neffles_, _b_, 92 (bis), 101.

_Ngligence_, _a_, 40.

_Neux_ du cerf, _b_, 156.

_Nevers_, _b_, 296.

NICOT, cit, _b_, 47 et ailleurs.

_Nid_ des oiseaux captifs, comment fait, _b_, 256, 257. V. _Aire_.

_Nieulles_, _b_, 101.

_Niort_, _a_, 93, 94.

_Nobles_ s'embrassoient, _a_, LXXVII.

_Noces_ (Devis de), _b_, 108 et suiv.

_Noe_ expliqu, _b_, 201.

_Nol_, _b_, 43.

_Nol_ du XVIe sicle rempli de termes culinaires, _a_, XXXIX.

_Noisettes_ (Buvrage de), _b_, 240.
  --confites, 122. V. _Avelaines_.

_Noix_, _b_, 121.
  --confites, 243, 247.
  --peles, _b_, 92, 101.

_Noix muguettes_ font douloir la tte, _b_, 236.
  --Quelles sont les bonnes, 230.

_Nom_ crit, donn en tmoignage de stipulation, _a_, 132.

_Nombls_ ou _Nomblet_, _b_, 130, 131, 132.
  -- la sauce chaude, 100.
  --de cerf, 156.
  --de porc, 236; donn  l'pervier, 299.
  --de sanglier, 94, 157 (ou bourbelier).

_Nombres_ qui renvoient  d'anciennes tables, _b_, 91.

_Normandie_ (Moule de), _b_, 205.

_Normands_ boivent beaucoup, _b_, 192.

_Norwge_ (Sacres de), _b_, 323.

_Notre-Dame_ de Mars, _b_, 156.

_Notre-Dame_ de Paris, _a_, 16, 133.

_Nourrices_, _b_, 58.

_Nourriture_ du cheval, _b_, 76.

_Nouvelliste de la Manche_, cit, _a_, XXXV.

_Noyau_ de boeuf, _b_, 86, 133.

_Noyer_ (Escume de), _b_, 263.


O

_Obir_  son mari, _a_, 96.
  --(Bien vient d'), 128.
  --comment, dans les cas douteux, 155.

_Observations_ de l'auteur. V. _Remarques_.

_Obstacles_ au vol de l'pervier, _b_, 302, 308.

ODINET _de Sens_, _b_, 119.

_O._ V. _Oies_.

_OEil_ du cheval, _b_, 77.
  --d'un fruit, 247.
  --(Proverbe sur l'), 15.

_OEuf_ pondu, _a_, 180.

_OEufs_ (Arboulastre d'), 206.
  -- la tnoisie, 209.
  --(Alumelle d'), 208.
  --(Chapitre des), _b_, 206.
  --(Civ d'), 174, 277.
  --Comment les cuire, durcir, etc., 209.
  --heaums, 208.
  --perdus, 208.
  --pochs en brouet, 172.
  --pour la fromente, 121.
  --pour la ptisserie, 110, 111.

OFFMONT, _a_, LII; _b_, 249.

_Officiers_ ncessaires  un grand repas, _b_, 114.

_Offrande_, _a_, 19.

_Oies_, _b_, 62, 94, 96, 271.
  -- l'eschine et  l'andoulle rostie, 98.
  --(Boudin d'), 126.
  --Comment engraisses, 88; en trois jours, 212.
  --en potage, 149.
  --grasses  la dodine, 98.
  --petites, 160.
  --(Prix des), 110.
  --rties, 180.
  --sales, 94, 97, 133. V. _Oisons_.

_Oignons._ Comment cuits, _b_, 136, 137.
  --Leur odeur odieuse aux faucons, 325.
  --Tuent les mouches, _a_, 173.

_Oiseau de paradis_, _b_, 183.

_Oiseau saint Martin_, _b_, 307.

_Oiseaux_ bons pour l'autour, _b_, 322.
  --comment servis, 182.
  --dans la pte d'une tourte, 93.
  --de chambre ou en cage, _b_, 62, 253, 256.
  --(Marchand d'), 62.
  --petits sont un mauvais gibier pour l'pervier, 302, 303. V. _Oiselets_.
  --qu'on ne vide pas, 183.
  --rtis, 181.
  --s'aiment et se suivent, _a_, 92.

_Oiseaux de proie_, _a_, 92.
  --de leurre ou _rameurs_, de poing ou _voiliers_, _b_, 318, 319.
  --Leurs droits, 182.
  --Leurs maladies, 325.
  --Leurs noms, 318.
  --(Marchands d'), 323.
  --Quand ils suivoient les chiens, _a_, LXXVIII; _b_, 318.

_Oiseaux de rivire_  la dodine, _b_, 91.
  --en pt, 271.
  --(Saupiquet pour), 233.
  --vols par le lanier, 324.

_Oiselets._ Combien en une cuelle, _b_, 121.
  --en grav, 121, 150.
  --en ros, 154. V. _Oiseaux_.

_Oisons._ Comment connotre leur ge, _b_, 180.
  --Comment les engraisser, 180.
  --consomms par le roi, etc., 85.
  --rtis, 275.
  --(Saulce pour), 231. V. _Oies_.

_Ottres_, _b_, 102, 103.
  --(Civ d'), _b_, 174, 277.
  --Comment cuites, 137.

_Ongles_ de l'pervier, _b_, 294.

_Onglet_ de boeuf, _b_, 131.

_Oraison._ Qualits qui lui sont ncessaires, _a_, 61. V. _Prires_.

_Orangers_ bien connus en France au XIVe sicle, _b_, 110.

_Oranges_, _b_, 108.
  --avec du poisson, 195.
  --de poucins, 276.
  --(Jus d') sur perdrix, 183, et sur poucin, 232.
  --(Pommes d'), 107, 110.

_Ordonnances_ de fvrier 1349-50, et 3 mai 1351 sur les pices, _b_, 112.
  --de fvrier 1350-1, _a_, 169; _b_, 57, 58.
  --de 1387 et 1388 sur la maison du roi, _a_, XL, 237; _b_, 114.

_Ordre_ donn  tous n'est pas excut, _b_, 61.

_Oreilles_ de cheval, _b_, 73.
  --d'homme tires pour frapper la mmoire, _b_, 40.

_Orengat_, _b_, 112, 265.

_Orenge._ V. _Oranges_.

_Orfin_, _b_, 198.

_Orge_ en boisson et donne  la poulaille, _b_, 238.
  --monde, 241, 271.

ORGEMONT (Pierre d'), _a_, XIX, 148.

_Orgueil_, _a_, 29, 31; _b_, 9.

_Orillettes_, _b_, 96, 103.

_Orilliers_, _a_, 238.

_Orine_, expl., _b_, 238.

ORLANS (Le duc d'), cit dans le _Mnagier_, _a_, XXII, LXXXI; _b_, 380.
  --Sa consommation, _b_, 85.
  --Ses maisons, 254. V. _Longueville_.

_Orloges_, _b_, 257.

_Orphie_, _b_, 198.

_Orpiment_, _b_, 325.

_Orte_ (Saffran d'), _b_, 246.

_Orthographe du Mnagier_, _a_, LXI.

_Orvale_, _b_, 44.

_Oscille_, _b_, 44, 46.
  --(Vertjus d'), 111, 229.

_Otages_ en Angleterre, _a_, LXXXI, 149.

_Ottour._ V. _Autour_.

_Oubles._ V. _Oublies_.

_Oublies_, _a_, XLIII; _b_, 99, 107, 109, 110, 121.

_Oubloier_, _b_, 121, 122.
  --ce qu'il fournit pour une noce, 109.

_Ours_ apprivoiss, _a_, 144.
  --(Venaison d') contrefaite, _b_, 155, 179.

_Outarde_ rostie, _b_, 181.
  --(Vol  l'), 309, 310, 321, 324.

_Ouvrages_ cits, _a_, LXV.
  --consults par l'auteur, _a_, XXXII et suiv. V. _Livres_.

_Oyers_, _b_, 88.

_Ozeille._ V. _Oseille_.


P

PACY (Jacques de), _b_, 253.

_Paelle_  anse, _b_, 115, 123.
  -- faire les crespes, 226.
  -- faire les fritures d'enfer, _a_, 31.
  --de cuisine, _b_, 106.
  --de fer, 115, 123.

_Pages_ du duc de Berry. Leur nourriture, _b_, 85.

_Parler_ folement, _a_, 48.

_Paille_ dans les maisons, _a_, 171.

_Paillier_ (Canards de), _b_, 89.

_Pain_ blanc plat, _b_, 109.
  --brun, 236.
  --chapel, 114.
  --Comment le broyer, 87.
  --cornu (proverbe), 36.
  --de bouche, 38.
  --de chapitre, _a_, XXXIX.
  --de Corbeil, 38, 109.
  --de tranchoirs, leur dimension, 109, 110.
  --meilleur que froment (proverbe), 21.
  --pour tranchoirs et pour chapeler, 106.
  --(Prix du), 109.

_Paire_ d'eaux, _b_, 214.

_Paisibles_ (Gens),  rechercher, _b_, 54, 56.

_Paissonoir_, _b_, 294.

_Paix_ (loge de la), _a_, 56.

_Palettes_ pour tuer les mouches, _a_, 173.

_Pampes_ de rose, _b_, 253.

PAMPHILE, _a_, LXXXIII.

_Panais_, _b_, 44.

_Pance_ de mouton, porc, veau, etc., _b_, 128, 129.

_Panoit_, _b_, 44.

_Paons_, _b_, 99.
  --Comment nourris, _b_, 256.
  --en entremets, _a_, XLII.
  --rtis, _b_, 181.

_Papier_ (Dpenses crites sur), _b_, 56, 58.
  --(Encre pour), 275.
  --huil aux fentres, _a_, 174.

PAPIRIUS (Histoire de), _a_, 179.

_Parchemin_ aux fentres, _a_, 173.
  --(Encre pour le), _b_, 275.

_Parement_ (Chambre de), _a_, XLIII; _b_, 107.

_Parer_, expl., _b_, 238.

_Paresse_, _a_, 39; _b_, 11, 17.

_Paris_ (Consommation de), _a_, XLIII, XLV, XLVI; _b_, 80.
  --(Eaux de), _b_, 134.
  --vque de Paris  table, 104, 106.
  --maltrait en 1383, _a_, 135, 136.
  --(Oiseaux de proie vendus ), 323.
  --(Population de), _a_, XLIII, XLVI. V. _Boucheries_,
   _pitaphes_, _Htels_, _Rues_, etc.

_Paris sous Philippe le Bel_, cit, _a_, XLVI, XLVII, LXXXV.

PARIS (M. Paulin), cit, _a_, XIX, LXII, LXVIII, 186; _b_, 4, 253.

_Parisis_ (monnoie), _b_, 128.

_Parlement_ (Registres du). Leur style, _a_, XXIX. V. _Plaidoieries_.

_Parler_ peu, _a_, 178; _b_, 16.

_Paroles_ abondantes ou plaisantes nuisent, _a_, 178.
  --dshonntes  dfendre aux domestiques, _b_, 59.

_Part de Dieu_, _b_, 115.

_Partie_ de chasse au XIVe sicle, _a_, L.

_Parvis_ (Boucherie du), _b_, 83, 84.

_Pasquers_, expliqu, _b_, 49, 126, 138, 143, 183.

_Passage Charlemagne_, _b_, 255.

_Passerose_, _b_, 249.

_Pasteaux_ de gude, _b_, 214.

_Pasts_ blancs, _b_, 102.
  --(Chapitre des), 185.
  --d'alos, _b_, 92.
  --d'anguilles, 94.
  --d'argent, 96.
  --de boeuf, 93, 94, etc., 133, 186.
  --de boeuf et de mouelle, 94.
  --de bouli lard, 186.
  --de bresmes et saumon, 93, 94, etc.
  --de chapons, 92, 93, 98.
  --d'escheroys, 185, 228.
  --de gibier, 186.
  --de gornaux, 95.
  --de lapereaux, 108, 121.
  --de maquerel, 196.
  --de mouton, 186.
  --de mulet, 195.
  --de pigons, 271.
  --de pinparneaux, 91, 92.
  --de porc, 271.
  --de potirons, _a_, XXXIX.
  --de poucins, _b_, 185.
  --de turtres et d'alouettes, 101.
  --de vache, 96, 100.
  --de veau ou veel, 91, 92, 186.
  --de venoison, 155, et d'oiselets, 95, 97, 185.
  --d'os, poules, etc., 271.
  --d'oiseaux, 271.
  --en pot, de mouton, 148.
  --norrois, 92, 93, etc., 223.
  --(Petits), 118, 277.
  --(Sauce  mettre en), 236.

PASTOUREL (Jean), _b_, 105.

_Patenostre_ dite sans distraction, _a_, 21.

_Patisseries_, _a_, XLIII; _b_, 115.

_Paturon_, _b_, 74.

PAUL (Saint), cit, _a_, 56, 59, 63.

PAUL-DIACRE, cit, _a_, 68.

_Paulmoer_ ou _Paumoyer_, expl., _b_, 222, 271.

_Pauvret_, _b_, 18.

_Pavot_, _b_, 44.

_Pches_, _b_, 118, 245.

_Pchs_ mortels, _a_, 28.

_Pele_ (pole), _b_, 111. V. _Paele_.

_Pnanciers_, _a_, 175.

_Penne_ sous le pied de l'oiseau enrhum, _b_, 320. V. _Fourrure_.

_Ppie_ des oiseaux, _b_, 325.

_Perceau_, _b_, 249.

_Perche_ branlant pour veiller l'oiseau, _b_, 315.
  --de l'pervier, garnie, 313.
  --mouille, dangereuse, 299.

_Perche_ (mesure), _b_, 47.

_Perche_, _b_, 175, 187.
  --au percil, 102.
  --(Coulis de), 242.

_Percil._ V. _Persil_.

_Perdriaulx_, _b_, 186.
  -- l'eau rose, 275.
  -- l'orange, 276.
  --(Chasse aux), _b_, 280, 308.
  --faits de poucins, 212.
  --mangs au sel, 213.

_Perdrix_, _b_, 85, 91, 92, 98, 101.
  -- l'eau rose, 275.
  -- l'orange, 276.
  --(Chasse des), 307.
  --Comment manges, 183.
  --jeunes, bonnes  chasser, 309.
  --O les chercher, 301, 307.
  --Quand adoues, 183.
  --Quelles sont les fraches, 90.
  --vieilles  prendre au voulon, 309.
  --voles par le lanier, 324.

PERIERS (Bonavent. des), _b_, 380.

_Pronne_, _a_, LIX; _b_, 381.

_Pers_ (bleu). (Comment dtacher les robes de), _b_, 66.

_Perse_ (Princes de), chassent  l'oiseau, _a_, LI.

_Persil_, _b_, 45, 46, 49.
  --Racines de persil confites, 245. V. _Houssi_ et _Larder_.

_Pertes_ (village), _a_, 68.

PRUSE (Comtesse de), _a_, 110, 113, etc.

_Ps_ de Chastellier, _b_, 97, 103.
  --d'Espaigne, _ib._

_Pesches_, _b_, 118.
  --confites, 245.

_Pessouer_, _b_, 294.

_Pestail_, _b_, 115, 123, 271.

PETIT (Jean), _b_, 115.

PTRARQUE, _a_, 99, 124.

PHARAON, _a_, 79.

_Philicon (quid?)_, _b_, 219.

PHILIPPE AUGUSTE, _b_, 84.

PHILIPPE DE VALOIS, _a_, 139, 149.

PHILIPPE LE BEL. Compte de ce prince, _a_, 169.

_Pias_, _b_, 300.

_Picard_ (Dialecte), _a_, LVII.

_Picardie_, _b_, 126.

PICQUE (Richard), _a_, LXX; _b_, 61, 115.

_Pieds_ de boeuf, _b_, 129, 132, 145.
  --de cheval, 74, 77.
  --de chevreau, 145.
  --de mouton, 129, 132, 145,
  --lavs, _a_, 169, 238.

_Pierre-au-lait_, _a_, LXXXV; _b_, 113.
  --(chevins de la), _a_, LXXXV.

PIERRE (Franois), dit _La Varenne_, _a_, XXXVIII.

_Pies_ (Dresser l'pervier aux), _b_, 300.
  --tues  l'arbalte et manges, 267.
  --(Vol aux), 311.

_Pigeons_, _b_, 62, 110, 121.
  -- l'orange, 276.
  --au sucre, 275.
  --avec choux, 144.
  --consomms  la cour, 85.
  --en past, 271.
  --lards, 178.
  --mauvaise nourriture pour l'pervier, 287, 306, 311.
  --sauvegarde singulire, _a_, 69. V. _Coulons_.

_Pignolat_, _b_, 225.
  --contrefait, _ib._

_Pigons_, V. _Pigeons_.

_Pilette_ (flche), _b_, 267.

_Pince-mrille_ (jeu), _a_, LXXVII, 71.

_Pinperneaux_ en pt, 91, 92.
  --rtis, _b_, 101, 103, 191.

_Pintes_ ( boire), _b_, 115.
  --d'tain, 123.

_Pipefarces_, _b_, 92, 95, etc., 227.

PISAN (Chr. de), _a_, LXVII; _b_, 119.

_Pise_, _b_, 93. V. _Tourtes_.

_Pivoine_, _b_, 49.

_Placebo_ (Jouer de), (flatter,) _b_, 25.

_Plaideurs_, _a_, 44.

_Plaidoieries_ du parlement, _a_, LXXII; _b_, 116 et
   _passim_. V. _Plais_ et _Parlement_.

_Plain_ (Vin), _b_, 174.
  --expliqu, _b_, 193.

_Plais_ (pervier port aux), _b_, 296.

_Plais._ Voyez _Plies_.

_Plaisir_ du mari le premier suivi, _a_, 97.
  --quel qu'il soit, 155.

_Plan de tapisserie_, _a_, LXXIII; _b_, 255.
  --de Turgot, _a_, LXXIII; _b_, 80.

PLANCHER (Dom), _a_, LIX.

_Planter_ (Quand), _b_, 43, 44.

_Plastreau_, expliqu, _b_, 68.

_Plat_ (Cheval). Ce que c'est, _b_, 74.

_Plats._ Comment servis, _a_, XLI, XLII.
  --couverts, _b_, 106.
  --grands, 115, 123.
  --petits en tain, 115; en grand nombre, 123.

_Plays._ V. _Plies_.

_Pleiges_ (rpondans), des domestiques, _b_, 58. V. _Caution_.

_Plies_, _b_, 88, 202.
  --en l'eau, 93, 95, 97, etc.

_Plomm_, expl., _b_, 240.

_Plouviers_, _b_, 98, 101.
  --mangent du vent, non vids, 183.

_Pluie_ mauvaise pour l'pervier, _b_, 299.

_Plumage_ de l'pervier, _b_, 292.
  --des canards, 89.

_Plumer_  sec, _b_, 181.

_Plumes_ casses, comment les raffermir, _b_, 302.
  --de l'pervier marques par les _faims_, 287.
  --des ailes des oiseaux, 89.
  --des perdrix, 90.
  --ou cures pour l'pervier, 297, 298, 312.

_Pluviers._ V. _Plouviers_.

_Pole._ V. _Paele_.

_Poliers_, _a_, LXXXVII.

_Poids_ (Gros), expl., _b_, 248.

_Poinon_ (tonneau). Sa contenance, _b_, 244, 249, 260.

_Poireaux._ V. _Poreaux_.

_Poire._ V. _Pore_.

_Poires_, _b_, 92, 121.
  --confites, 245.
  --cuites, 92, 267.
  --d'angoisse, 267.
  --vermeilles en hiver, 250.

_Pois_, _b_, 49.
  --au craspois, 136.
  --au lard, 135, 136.
  --couls, 91, 96, etc., 136.
  --daguenets, 100.
  --Dans quelle eau cuisent, 134.
  --en cosse et au lard, 136.
  --nouveaux, 136.
  --percs, 50.
  --vieils en potage, 134.
  --vieils jaunis, 136.

_Poisires_, _b_, 307.

_Poisons_ pour cerf ou sanglier, _b_, 258.

_Poisson_ d'eau douce, _b_, 92, 93; (Chapitre du), 187.
  --de mer, 92, 93.
  --de mer, plat (Chapitre du), 201.
  --de mer, rond (Chapitre du), 194.
  --froid au potage jaunet, 175.
  --en galentine, 174.

_Poitevine_ (Sauce), _b_, 234.

_Poitiers_, _a_, 94.

_Poitou_ (Chevauche de), _a_, XLV. V. _Niort_.

POITRINE (Jeh.), _b_, 119, 120.

_Poitrine_ de boeuf, _b_, 86, 87, 131.

_Poivre_ aigret ou jaunet, _b_, 178, 232.
  --long, 112.
  --noir, 233.

_Poles_, _b_, 203.

_Pommeaux_, _b_, 97, 103, 222.

_Pommes_ (Breuvage de), _b_, 79.
  --cuites, 101, etc.
  --de blandureau, 111, 122.
  --de rouvel rties, 106.
  --en riquemenger, 268. V. _Oranges_ et _Grenades_.

_Pommettes_ de fressure d'agneau, _b_, 222.

_Pompons_, _b_, 273.

_Ponctuation_, _a_, LXI.

_Pont-sur-Yonne_, _a_, 68.

_Pontife_ (Fromage compar au), _b_, 146, 147.

PONTONNIER (Jean le), _b_, 82.

_Porcs_, _b_, 62, 266, 268.
  --(Boyaux de) comment lavs, 160, 228.
  --(Chaudun de), 160.
  --consomms  Paris, _a_, XLIII; _b_, 82, 83, 84, 85.
  --en past, _b_, 271.
  --en rissole, 225.
  --eschauds et rostis, 178.
  --(Filet de cuisse de), 287.
  --(Fressure et boyaux de), 158, 228.
  --(Hastelets de chaudun de), 228.
  --(Issues de), 128.
  --jaunis  l'air, 126.
  --mis au saloir en Picardie, 126.
  --(Pieds de), 237.
  --Quand les tuer, 125. V. _Cochon_, _Pourceau_,
   _Pourcel_, _Pourcelet_, _Sous_, _Ver_, _Vinaigrette_.

_Porc de mer_, _b_, 198.
  --en entremets, _a_, XLII.

_Porc pic_ (Htel du), _b_, 254.

_Poreaux_, _b_, 50.
  -- chapons, 98.
  --aux amandes, 99.
  --blancs, 96.

_Pore_, _b_, 44, 47.
  --au lait d'amandes, 142.
  --blanche, 94, 95, 139.
  --blanche de bettes, 140.
  --de bettes, 137, 140.
  --de cresson, 102, au lait d'amandes, 140.
  --de minces, 142.
  --d't, de caresme, etc., 48, 49.
  --noire, 93, 97, etc., 142.
  --nouvelle, 141.
  --verte, 107, 139, 141, 142.
  --vieille, 141.

_Portages_ (ports), des provisions, _b_, 123.

_Porte de Paris_, _b_, 80, 122, 132.

_Portes_ (oublies?), _b_, 110, 122.

_Portechappes_, _a_, XLI; _b_, 114.

_Portefaix._ Leur caractre, _b_, 54.

_Porteurs_  l'enfeutrure, _b_, 53.
  --d'eau, 115.

_Portugais_  la cour de Bourgogne, _b_, 273.

_Portugal_, _a_, LXVI.
  --(Jardiniers de), _b_, 273.

Potage aours (brl), _b_, 87, 124, 137, 263.
  --de Lombards, 171.
  --de pois vieils, 134.
  --d'une petite o, 149.
  --cartel, 91, 216.
  --jaunet, 175.
  --maigre, 148.
  --parti, ou faux grenon, 216.
  --pour faire issue, appel _Gele_, 100.

_Potages_  pices non lians, _b_, 147.
  --communs sans pices, 134.
  --d'pices, leur saison, 242.
  --(pices pour les), 107.
  --lians, 87.
  --lians de chair, 158.
  --Manire de les dessaler et d'en ter l'arsure, 262, 263.
  --qui s'en vont sur le feu, 88.

POTARD (Jean), _b_, 116.

POTARDE (Perrette), _b_, 116.

_Potirons_ (Pt de), _a_, XXXIX.

_Pots_,  aumne, _b_, 115, 118, 123.
  --Combien lous, 124.
  --de cuivre pour la vaisselle, 115, 122.
  --de diverses sortes, 115.
  --de terre,  vin, 123.
  --pour la gele et la cameline, 114.
  --pour potages, 123.

_Poucins_, _b_, 108, 160.
  -- la mode lombarde, 185.
  -- l'eau bnite, 275.
  -- l'eau b. d'oignons, 276.
  -- l'orange, 276.
  -- porter  la chasse, 300, 306.
  --Combien pour un dner, 110.
  --Comment engraisss, 212.
  --Comment faisands, 181.
  --en froide sauge, 215.
  --en past, 185.
  --en ros, 154.
  --farcis, 212.
  --mangs en trois fois par l'pervier, 306.
  --nourris avec des perviers, 285.
  --(Perdreaux faits de), 212.
  --(Prix des), 110, 121.
  --rtis, 180, 232. V. _Poulets_.

_Poudre_ blanche, _b_, 122.
  --de canelle, 122.
  --de duc, 248.
  --fine, 122, 247.
  --pour tuer les loups, 63.

_Poulailles_, _b_, 85.
  --farces, 213.

_Poulaillier._ Ce qu'il fournit pour un repas de noces, _b_, 110, 122.
  --du roi, etc., 85.

_Poules_, _b_, 62, 271.
  --aux herbes, 100.
  --farcies, 268.

_Poulet_, _b_, 165.
  --(Coulis d'un), 242.
  --Cols de poulets en coulis, _ib._

POUPART (Charles), argentier du roi, _a_, XXX.

_Pourceau_, _b_, 62.
  --(Groin de), ncessaire au serviteur, 23.
  --jaunit  l'air, 126. V. _Porc_, _Pourcel_, _Pourcelet_, _Cochon_, etc.

_Pourcel_ (Soux de), _b_, 231.

_Pourcelet_ farci, _b_, 178.
  --lard, 178.
  --(Sous de), 215.

_Pourpois_, _a_, LXXXIV; _b_, 103, 198.

_Poux_ des oiseaux, _b_, 325.

_Prcautions_  prendre avec les hommes de peine, _b_, 54.

_Prsident_ du parlement, _b_, 104.
  --Comment plac et servi  table, 106.

_Prsomption_, _a_, 42.

_Presse._ V. _Foule_.

_Prter_ 12 pour 13, _a_, 46.

_Prtres_ discrets, _a_, 162.

_Prvts_ de Paris, _b_, 254, 255.
  --(Htel des), 255.

_Prires_, _a_, 10, 11, 12. V. _Oraison_.

_Prime_ (Heure de), _a_, 48.

_Prix_, cits dans le _Mnagier_, comment les interprter, _a_, XXXI.
  --de la bougie, _b_, 112.
  --de la canelle, 111.
  --de la chair, 128, 132.
  --de la cire, 112.
  --de la graisse, 82.
  --de la loche, 220.
  --de l'argent, 86.
  --de la vaisselle, 124.
  --de la volaille, 110, 119, 120, 121.
  --de l'eau, 123.
  --de l'herbe verte, 124.
  --de l'ypocras, 112.
  --des amandes, 111.
  --des bonbons, 112.
  --des carrotes, 245.
  --des cochons, 120, 220.
  --des cuirs de boeuf, 82.
  --des crevisses, 220.
  --des pices, 111.
  --des flambeaux, 112, 124.
  --des fleurs, 116, 123.
  --des mnestrels, 123.
  --des morceaux de boeuf, 86, 87.
  --des moutons, 82.
  --des nappes, 124.
  --des oublies, 107, 109.
  --des perdreaux, 120.
  --des pots d'tain, 124.
  --des sergens, 124.
  --des tables, trteaux, etc., 116, 123.
  --des torches, 112, 124.
  --des verres, 124.
  --du bl, 109, 111.
  --du bois  brler, 113.
  --du charbon, 113.
  --du froment mond, 111.
  --du galanga, 112.
  --du gingembre, 111.
  --du girofle, 111.
  --du macis, 112.
  --du mouton, 86, 87.
  --d'un cuisinier, 114, 123.
  --d'un htel pour une noce, 116, 123.
  --du pain, 109.
  --du poivre, 112.
  --du ris, 111.
  --du safran, 111.
  --du sucre, 111.
  --du veau, 86, 87, 221.

_Procureur_ au chatelet et au parlement, _a_, LXXVIII, LXXXV.

_Procureur du roi_, _b_, 104, et note.
  --O plac  table, _b_, 106.

_Procureur gnral._ Remarques sur ces mots, _a_,
   LXXVIII, LXXIX; _b_, 104, 106.

_Prouesse_, _a_, 57.

_Provence_ (Figues de), _b_, 101.

_Proverbes_, _a_, LXXXVII, 169, 178; _b_, 4, 15,
   21, 37, 56, 70, 114, 125, 156, 292.

_Proverbiale_ (Faon de parler), _a_, XLVII.

_Provins_ (Roses de), _b_, 252.

_Provisions_, par qui achetes, _b_, 117.

_Prudence_, femme de Mellibe, _a_, 186 et suiv.

_Prunelles_ de haie, _b_, 235.

_Prunier_ ent sur vigne, _b_, 51.

_Psaultier_, _b_, 129, 132.

_Pucelle_ (Conditions de la), _b_, 72.

_Puces._ Comment les chasser, _a_, 171.

_Pure_, _b_, 102.
  --expl., _b_, 135, 137.
  --A quoi elle sert, 136, 137.

_Purer_, expliqu, _b_, 135.


Q

_Quadragsimal spirituel_, _a_, LXXIII; _b_, 45.

_Quarrel_ fondant sous le pied, _b_, 204.
  --ou _Quarreau_ (brochet), 88.

_Quarrelet_, _b_, 202.

_Quartes._ Ce que c'est, _b_, 106.
  --d'argent, _a_, XL; _b_, 118.
  --d'tain, 115, 123.

_Quatre-de-chiffre_, _a_, LXXXIV.

_Quayeu_ (Moule de), _b_, 205.

_Quelboe_, _b_, 204.

_Quelrel_, _b_, 204.

QUENTIN (Thomas), _a_, 237.

QUENTINE (Jeanne la), _a_, 237.

_Queue_ (tonneau), _b_, 67.

_Queue_ de cheval, _b_, 72, 75.
  --de l'pervier, _b_, 312.
  --de sanglier, 155, 179.
  --de sanglier  la sauce chaude, 93, 96.
  --Sauce dite _Queue de sanglier_, 179, 236.

_Queue._ V. _Balay_.

_Queue-en-Brie_ (La), _a_, LXXXV.

_Queurie._ V. _Cuisine_.

_Queux_ (Grand), de France, _a_, XL.

_Queux_ (Aides des), _b_, 123.
  --(Attributions d'un), _a_, XL; _b_, 117.
  --lou, 114.
  --(Salaire d'un), 123.
  --(Terme technique des), 164.

_Qui fri_ (jeu), _a_, 71.


R

_Raales_ des champs, _b_, 310.

RACHEL, _a_, 85.

_Rafan_, _b_, 246.

_Raffle_ racine, _b_, 246.

_Rage_ (Conjuration contre la), _b_, 259.

_Raie._ V. _Raye_.

_Raifort_, _b_, 246.

_Raisin._ V. _Roisins_.

_Raison._ Avantages qu'elle procure, _b_, 29.

_Ramage_ (pervier), _b_, 314, 320.

_Ramiers_ (Coulons), _b_, 89, 133.

_Ramolles._ V. _Raniolles_.

_Rancune_, _a_, 40.

_Rangs_ peu marqus dans les relations sociales, _a_, L. V. _Bourgeois_.

_Raniolles_, _b_, 93, 97.
  --lombardes, _b_, 95.

_Rape_, _b_, 77.

_Rapine_, _a_, 45.

_Rapp_, _b_, 168.

_Rate_, _b_, 132.

_Ratires_, _b_, 64.

_Rats_, bons pour les oiseaux, 312, 313, 326.
  --Comment les dtruire, _b_, 64.

_Raves_, _b_, 49.

_Raye_, _b_, 201, 202.
  --(Aulx camelins pour), 201, 230.
  --boucle, lisse, etc., 201.
  --(Galentine pour), 202.
  --notre, 201.

RAYMONDE, _a_, 68.

_Rebat_, _b_, 291.

REBECCA, _a_, 85.

_Recettes_ dont l'auteur doute. V. _Remarques_.
  --empruntes, _a_, XXXIV.

_Rclamer_, expl., _b_, 284, 296, 297, 299, etc., 314.

_Recommanderesses_, _b_, 58.

_Recoupes_, _b_, 89.

_Recrance_, expl., _b_, 295, 296, 297, 299, etc.

_Recueil de tous les oiseaux de proie_, etc., _a_, LXVI.

_Redefort_, _a_, LXIX.

_Regard_ (Joli passage sur le), _b_, 14.

_Regard_ (Jour du), _b_, 118, 122, 124.

_Rglisse_ (Quelle est la bonne), _b_, 238.

REIFFENBERG (M. le baron de), _a_, LIII.
  --Son article sur le _Mnagier_, LV.

_Reims_, _a_, LXX.

_Reine_ (Dpense de la) et de ses enfans, _b_, 85.

_Reine_ de Navarre, _a_, 240.

_Reines_ blanches, _b_, 123.
  --de France ne lisent seules que les lettres autographes des rois, _a_, 75.
  --n'embrassent que le roi, 76, _b_, 381.

_Rjouir_ (Tout le monde aime  se), _a_, 154.

_Relations des ambassadeurs vnitiens_, cites, _a_, XLVII.

_Religieux de Saint-Denis_, cit, _a_, 135, 136.

_Remarques_ critiques[1612] de l'auteur sur des recettes, _a_, XXXI; _b_,
   66, 85, 93, 106, 129, 153, 158, 161, 162,
   164, 166, 167, 179, 190, 235, 236, 269.

_Remdes_ pour les chevaux, _b_, 77.

_Remere_, expl. _b_, 307.

_Renart_ (Conditions du), _b_, 72.
  --Recette pour les dtruire, 63.

RENAUD de Louens, _a_, 186.

_Renodie_ (La). V. _Sainte-Aulaire_.

_Renoulles_, _b_, 222.

_Renseignemens_  prendre sur les chambrires, _b_, 57.

_Renverser_ une anguille, _b_, 191.

_Repas_ des domestiques, _b_, 70.
  --(Ordre d'un), _a_, XL; _b_, 103 et suiv.

_Repos_ trompe les gens, _b_, 40.

_Reprise_ des torches par l'picier, _b_, 123.

_Requtes_ de l'htel, _a_, LXXIX.

_Ressatir_, _b_, 299.

_Restes_ des tables, _b_, 117.

_Restraintif_ pour les chevaux, _b_, 77, 79.

_Retrait_ de la reine, _b_, 62.

_Rets saillant_, _b_, 314.

_Rvolution_ a diminu la consommation de la viande, _a_, XLVI.

_Rhombus_, _b_, 203.

_Rhume_ de l'pervier, _b_, 319, 320.

_Riagal_ (aconit), _b_, 64.

_Ribaude._ Mauvais mot, _b_, 60.

_Ribelette_, expl., _b_, 139, 142.

_Richebourg_, _a_, LIX.

RICHEMONT (Arthur de), _b_, 254.

_Riches_ gens mangent des limaons, _b_, 223.

_Rique-menger_, _b_, 268.

_Rire_ (Comment), _b_, 26.

_Ris_, _b_, 214.
  --battu, 111.
  --engoul, 91, 92, 98, etc.; 214, 243.
  --et amandes frites dessus, 107.
  --(Fleur de), 122.

_Rissoles_, _b_, 88, 92, 93.
  -- jour de poisson, _b_, 225.
  -- jour de chair, _ib._
  --de brochet, 188.

  --de mouelle de boeuf, 84, 97, etc.; 226.
  --en carme, 225.

RIVIRE (Bureau de la), _a_, LXVI; _b_, 46, 380.

_Robe_, expl., _b_, 67.

_Robes_  visiter, _b_, 65.
  --Comment les dtacher, ntoyer, etc., _b_, 65 et suiv.
  --d'une bouchre, 82.

_Robeslinges_, _a_, 169, 238, 239.

ROCHEFORT (Jean de), _a_, 150.

_Rochelle_ (Vin de la), _b_, 38.

_Rocs_ d'chiquier, _a_, XLVII, 7; _b_, 381.

RODOALD, _a_, 70.

_Rogne_ du cheval (gale), _b_, 75, 77.

ROHAN (Vicomte de), _b_, 321.

_Roi_ (Consommation du), _b_, 85.
  --(taux du), 200.

_Roi-qui-ne-ment_ (Jeu du), _a_, 7.

_Roi (Ne pour), ne pour roc_, _a_, XLVII; _b_, 380.

_Rois._ toffe grossire, ou vtement grossier, _a_, LXXXIII; _b_, 32.

_Roisins_, _b_, 101, 118.
  --de Digne, sans pepins, 246.
  --sans pepins, 50. V. _Morillon_ et _Moust_.

_Roissoles._ V. _Rissoles_.

_Romain_ (Pauvre) fait empereur, _a_, 98.

_Romaine_ (Histoire de la), _a_, 158.

_Romaine_ (Laitue), _b_, 46.

_Romainville_, _a_, LXXXV.

_Roman de la Rose_, cit, _a_, 75.

_Romarin_, _b_, 53, 106, 231.
  --Manire de l'envoyer loin, 53.

_Romnie_ (Sacres de), _b_, 323.

ROMILDE, duchesse de Frioul, _a_, 70.

_Rondeaux_ sur Aubriot, _a_, LXXXVII.

_Rongne_, _b_, 75, 77.

_Ront_ (poisson), _b_, 203.

ROQUEFORT (J. B. B. de), _a_, LXXI, etc.

ROQUELAURE (G. J. B. duc de), _b_, 83.

_Ros_ (plat), _b_, 95.
  --d'alouettes, 94, 97, 154.
  --de lapereaux, 93, 97, 154.
  --de poucins, 154.
  --d'oiselets, 154.

_Ros_, (_quid_?), _b_, 252.

_Roses_ de Prouvins, _b_, 252.
  --gardes en hiver, 52, 251, 252. V. _Fleurs_.

_Rosiers_, _b_, 49.

_Rosses_ (poisson), _b_, 194.

_Rost_ de char (Chapitre du), _b_, 177.
  --Le meilleur qu'on peut, 93, 95, etc.

_Rtisseur._ V. _Oyers_.

ROUBAIS (Isabelle de), _a_, LIX.
  --(Jean de), LVIII.
  --(Marguerite, dame de), LVIII et suiv.; _b_, 272.
  --(Pierre de), _a_, LVIII, LIX, LX; _b_, 275;
   prend Pronne en 1465, _a_, LIX.

_Roubais_ (glise de), _a_, LIX.

_Rouen_, _a_, 135.

_Rouget_, _b_, 100, 101, 197.
  --(Espimbche de), 175.

_Rougir._ Bon signe chez une chambrire, _b_, 59.

_Rouille_ de boeuf, _b_, 163.

ROUSSEAU (Guiot), _a_, 68.

_Rousset_ (Brouet), _b_, 164.

_Rue_ Charlemagne, _b_, 254.
  --Culture-Ste-Catherine, 254.
  --d'Avignon, _a_, LXXXV.
  --de Braque, _b_, 84.
  --de Galile, 255.
  --de Jouy, _a_, XXI; _b_, 254.
  --de la Heaumerie, 113.
  --de la Pierre-au-Lait, _a_, LXXXV. V. _Pierre_.
  --de la Savonnerie, _b_, 113.
  --de la Verrerie, 116.
  --de la Vieille-Monnoie, 113.
  --de Lormerie, _ib._
  --des Arcis, 113.
  --des Billettes, _a_, LXXXV; _b_, 116.
  --des crivains, 113.
  --des Prtres-Saint-Paul, 254, 255.
  --du Mrier, _a_, LXXXV.
  --du Petit-Crucifix, _b_, 113.
  --du Porche-Saint-Jacques, _a_, LXXXV; _b_, 113.
  --Jean-Lecomte, _a_, LXXXV.
  --Perce, _a_, XXI; _b_, 254.
  --Saint-Antoine, _b_, 254, 255.
  --Saint-Jacques-la-Boucherie, 113.
  --Simon-le-Franc, 116.
  --Trognon, _a_, LXXXV. V. _Tenue_.

_Rue_ (Plante), _b_, 319, 320.

RUEL (Jeh. de), _b_, 120.

_Rues_ (perviers ports dans les), _b_, 296.
  --Leurs noms constamment changs par la municipalit actuelle
   de Paris, 254.

_Rues et glises de Paris_, _a_, LXXIV; _b_, 52.

_Ruissoles._ V. _Rissoles_.

RUMIGNY (M. le marquis de), _a_, LV.

_Ruses innocentes_, cites, _b_, 314.

_Russie_ (Sacres de), _b_, 323.

RUTEBEUF, cit, _b_, 57.

RYMER, cit, _a_, LXXX.


S

_Sablon_ pour horloges, _b_, 257.

_Sacres_, _b_, 318, 323.
  --employs en Asie, _a_, LI.
  --ont les pieds bleus, _b_, 324.
  --originaires de Tartarie et du Turkestan, _a_, LI.

_Saffran_ d'Ort, _b_, 246.
  --(Prix du), 111.
  --Remde pour les oiseaux, 325. V. _Frangi_.

_Sage_ et fou. Qui l'est, _b_, 28.

_Sage_ homme laiss par sa femme, _a_, 183.

_Sada_, _a_, LI.

_Saigne_ (Dtails sur la), _a_, 164.
  --du cheval, _b_, 76, 77, 79.

_Sain_ de porc, _b_, 128.

SAINT-AIGNAN (Le duc de), _a_, LXXI.

_Saint-Andr-des-Ars_ (glise de), _a_, 16.

_Saint-Benot_ (Boucherie de), _a_, XLIV.

_Saint-Denis-du-Chastel_, _a_, 95.

_Saint-loi_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 84.

_Saint-Francbourg-de-Senlis_, _a_, LXIX.

SAINT-GERMAIN (Guillaume de), _b_, 104.

_Saint-Germain_ (Boucherie de), _b_, 83, 84.

_Saint-Jacques_ (Plerins de), _a_, 183.

_Saint-Jacques-la-Boucherie_, _b_, 113.

_Saint-L_ (Archives de), _a_, XXXV.

_Saint-Maixent_, _a_, 94.

_Saint-Marcel_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 83, 84.

_Saint-Martin_ (Boucherie de), _b_, 84.

_Saint-Nicolas_ (Boucherie de), _b_, 84.

_Saint-Paul_ (Quartier), _a_, XLIV.

_Saint-Pol_ (Cage du roi  l'htel), _b_, 253.

_Saint-Severin_ (glise de), _a_, LXXIII.

_Saint-Thibaut_ (Prieur de), _a_, LXXXV.

_Saint-Victor_ (Abbaye de), _a_, LXXIII.

SAINT-YON (Guillaume de), _a_, XLVI; _b_, 82, 83.

SAINTE-AULAIRE (Franois de), sieur de La Renodie, _a_, LXXIV.
  --cit, _b_, 280, 287, 288, 289, 293, 317, 323.

_Sainte-Genevive_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 83.

SAINTE-PALAYE (La Curne de), _b_, 380.

_Salamine._ V. _Salemine_.

_Salemine_, _b_, 99, 102.
  --de becquets et tanches, _b_, 107.

_Saleure_ (Viande sale), _b_, 91, 92.

_Salires_, _b_, 118.
  --d'argent, _a_, XL; _b_, 106.
  --de pain, _a_, XLI; _b_, 114.

_Salle_  manger, sa description, _a_, XL; _b_, 105.
  --o les gens entrent et s'arrtent, _b_, 61.

_Saloirs_ en Picardie, _b_, 126.

_Saluces_, _a_, 99.

_Samois_ (Pont de), _a_, 149.

SANCERRE (Le comte de), _a_, LXXIX.
  --(Le marchal de), _a_, 137.

_Sandal_, _b_, 118.

SANDRAS DE COURTILZ, _a_, LXVIII; _b_, 83.

_Sang_ doit faire horreur aux femmes, _b_, 59.

_Sanglant._ Mot de maldiction, _a_, LXXXIII; _b_, 59.

_Sangle_ (ongle), _b_, 294, 295.

_Sanglier_ (Bourbelier ou Bourberel de), _b_, 179, 236.
  --comment cuit, 158.
  --fait d'un ver, 259.
  --(Foie de), 157.
  --frais, comment mang, 156, 265.
  --(Membres du), 157.
  --(Poison pour le), 258.
  --sal, 158.
  --(Tte et joues de), 158. V. _Btes noires_.

SANSONET. Marchand d'oiseaux et voleur, _b_, 62.

SARA, _a_, 79.

_Sarcelles_, _b_, 311.

_Sardines_, _b_, 271.

_Sarge_ (serge), _b_, 118.

_Sariette_, _b_, 44.

_Sas_, _b_, 136.

_Satin_, _b_, 66.

_Satisfaction_ (De la), _a_, 27.

_Sauce._ V. _Saulce_.

_Saucisse._ V. _Saulsisse_.

_Sauge_, _b_, 44, 249.
  --dans la venaison, 130.
  --(Froide), 93, 96, 215.

SAUGETE (Jean), _a_, 15.

_Saulce_  mettre boulir en past de hallebrans, _b_, 236.
  --blanche de brochets et de perche, 102.
  --blanche de poisson, 93, 97.
  --briefve pour chapon, 235.
  --d'aulx blanche ou verte, 231.
  --de lamproie, 133.
  --jaunette, _b_, 175.
  --paresseuse, 233.
  --pour chapon ou poule, 237.
  --pour oeufs pochs, 237.
  --rpe, 237.
  --vert d'espices, 231.

_Saulces_ boulies (Chapitre des), _b_, 232.
  --liantes, 87.
  --non boulies (Chap. des), 229.
  --plus fortes en hiver, 236.

_Saulsisses_, _b_, 91, 92.
  --Manire de les faire, 266.

_Saultier._ V. _Psaultier_.

_Saumons_, _b_, 101.
  --(Dalles de), 198.
  --farcis, 96, 103.
  --frais, 198.

_Saupiquet_, _a_, LXXXVI; _b_, 181, 233.

_Saussier_, _b_, 122.
  --Ce qu'il fournit, _b_, 111.

_Saut_ de l'pervier, _b_, 280.

SAUVAL, _a_, LXXIV, LXXVIII, LXXXV, 174; _b_, 80, 84, 116, 253, 254, 255.

_Sauvegarde_ singulire pour une femme, _a_, 69.

_Savoie_ (Boeufs de) amens  Paris en 1422, _a_, XLVI.
  --(Brouet de), _b_, 166.

SAVOIE (Agns de), _a_, LIX.

SCAPPI (Barth.), cit, _b_, 207.

SCHEFER (M.), cit, _a_, LI.

SCHNEIDER (Jo.-Gott.), _a_, LXIX.

_Seaulx_ pour recueillir les restes, _b_, 114.

_Sche_  un grav, etc., _b_, 103.
  --conre, 205.
  --(taux ), 200.
  --frache, 206.
  --frite, 103.
  --sale, consolation du carme, 206.

_Seconds_, _b_, 106, 109.

SECOUSSE (D. F.), _a_, LXXIV.

_Secrets_ du mari  garder, _a_, 179.

_Sedile_ (bloc), _b_, 289.

_Seiche._ V. _Sche_.

_Seigneur_ abusant d'une bourgeoise, _a_, 139.

_Seigneurs_  fuir, _a_, 77.
  --(Gens de cour de)  viter, 177.
  --(ou oncles du roi). Rissoles faites chez eux, _b_, 226.

_Seimier_ de cerf, _b_, 87, 129, 156, 157, 264.

_Seine_ (Eau de), _b_, 68, 243.

_Sel_ armoniac, _b_, 250.
  --blanc, 113, 250.
  --gros, 113.
  --noir, 190.

_Semer_ (Quand), _b_, 43.

_Semier._ V. _Seimier_.

SENDABAD, _a_, 158.

_Senlis_, _a_, LXIX.

_Sens_, _a_, 68.

_Septembre_ (Chasse en), 310, 311.

_Septembresse_, (_quid_?), _b_, 49.

_Sept sages de Rome_, cits, _a_, 158.

_Serceaux_ (plumes), _b_, 89, 294.

_Serge_, _b_, 118.

_Sergens_ pour garder les portes, _b_, 115, 124.

_Serpentine_, _b_, 49.

_Serres_ de l'pervier, _b_, 294.

_Servans._ Leur dner, _b_, 107.

_Serviettes_, _b_, 108.
  --(Petites), _b_, 107.

_Service_ des domestiques  organiser, _b_, 60.

_Serviteurs._ Comment doivent tre pour leurs matres, _b_, 22.
  --de trois espces, 53.

_Setier._ V. _Sextier_.

_Seun_ (Feuille de), _b_, 251.

_Seur_ (Feuille de), _b_, 223, 251.

_Seurfrire_, expl., _b_, 151.

_Seurmontain_, _b_, 67.

_Sextier_, expl., _b_, 68, 237.

_Seym_, _b_, 100, 151, 173.

_Seymier_ de cerf. V. _Seimier_.

SICILE (Le roi de), duc d'Anjou, _a_, 174.

_Siffler_ l'oiseau, _b_, 297, 308.

_Signes_ douteux, _b_, 247.

_Siller_, expl., _b_, 315.

SILVESTRE (Isral), _a_, XX.

_Simonie_, _a_, 46.

_Simplicit_ de moeurs d'un procureur gnral en 1383, _b_, 104.

_Singes_ apprivoiss, _a_, 144.

_Singularit_, _a_, 31.

_Sizain_, (_quid_?), _b_, 248.

_Sobrit_, _a_, 59.

_Socit de l'histoire de France_, _a_, LXXVI.

_Socit des bibliophiles._ Sa composition,
   _a_, prliminaires; publie le _Mnagier_, _a_, LIV.

_Socit des bibliophiles de Reims_, _a_, LXX.

_Sodomie_, _a_, 52.

_Soie_ (Robe de), _b_, 66.

_Soieurs_, _b_, 54, 57.

_Soins d'une femme pour son mari_, _a_, 169.

SOISSONS (Comtesse de), _a_, LXXI.

_Soles_, _b_, 101, 160, 203.
  --(Coulis de), 242.

_Solidarit_ de deux poux, _a_, 184.

_Sommires_, _a_, XXI.

_Son._ Comment donn aux chevaux, _b_, 77.

_Songe de pestilence._ Ce que c'est, _a_, LXXII; cit, _a_, 29.

_Sonnettes_, _b_, 315.

_Sorcelleries._ Quelles sont les meilleures, _a_, 170, 171.

_Sores_ (Plumes), _b_, 316, 318.

_Soret_, _b_, 106.
  --au vinaigre, _b_, 101.

_Soringue_ d'anguilles, _b_, 91, 93, etc.; 173.
  --(Potage liant comme), 164.

SOTTENGHIEN (Jehan de), _a_, 139.

_Soubtil brouet d'Angleterre_, _b_, 166.

_Soubuse_, _b_, 307.

_Souci_, _b_, 203, 231.
  --tymologie de ce mot, 231.
  --vergay,  garder poisson de mer, 231.

SOUDANT (Jean), _b_, 116.

_Souliers_, _a_, 169, 239.

_Soupe_ dans le sens actuel, _b_, 121.
  --dpourvue, 145, 146.
  --en moustarde, 175.

_Souper_ en juillet, _b_, 147.
  --fait en hte, 170.
  --(Heure du), 39.

_Soupers_ (Devis de), _b_, 100.
  --de noces, 108.

_Souppis_ de boeuf, _b_, 131.

_Source_ (Vol  la), _b_, 280.

_Souricires_, _b_, 64.

_Sous_ de pourcelet, _b_, 215, 231.

_Souterraine_ (La), _a_, 94.

_Soux._ V. _Sous_.

STADLER (M. de), _a_, 68.

_Statistique_ du _Mnagier_ peu sre, _a_, XLIII et suiv.
  --(Mauvaise) de l'ouvrage intitul les _Rues et glises de Paris_, XLV.

_Stipulation_ (Objets donns en tmoignage de), _a_, 132, 133.

_Stockfisch_, _b_, 195.

_Stofix_, _b_, 195.

_Style_ de l'auteur et du XIVe sicle, _a_, XXIX et XXX.

_Subtilit_ des femmes, _a_, 167.

_Sucre_ en pierre, _b_, 122.
  --en roche, 238.
  --(Prix du), 111.
  --rosat, 112, 122, 274.
  --vieil, 92.

_Sucreries_, _a_, XLIII.

_Suffisance_ (contentement de peu), _b_, 21.

_Supplment aux corrections_, _b_, 380.

_Supplications_, _b_, 107, 110.

_Sur_, pris pour chez, _b_, 154, 186, 220, 246.

_Surcot_, _a_, 13, 14.

_Surlonge_, _b_, 86, 87, 130, 131.

_Surlonges_, _b_, 295.

_Suros_ du cheval, _b_, 74, 75.

SUSANNE (Histoire de), _a_, 64.

_Suzerain_ qui veut tre embrass, _a_, LXXVIII.


T

_Table_ de ce livre (Remarques sur la), _a_, LXII.

_Table_ (Dtails sur le service de), _a_, XL, et suiv.; _b_, 118.

_Tables_ au XIVe sicle, _a_, XL, LXXXIII; _b_, 116.
  --loues, _b_, 123.

_Taches._ Comment les ter, _b_, 65.

_Taille_ (Crance ou crdit sur), _b_, 56, 86.
  -- la boucherie, 132.

TAILLEVENT (Guill. Tirel dit), _a_, XIX, XXXIII, 237.
  --dition et manuscrits de son ouvrage, _a_, XXXV, LXXIV.
  --encore rimprim en 1602, XXXVIII.
  --figure  tort dans le P. Anselm, XL.
  --rappelle l'ouvrage d'Apicius, XXXVII.
  --cit, _b_, 166, 168, 172, 211, 240, 241.
  --Plats analogues  ceux de Taillevent ou copis,
   _b_, 148, 154, 163, 166, 173, 176, 183,
   211, 212, 213, 214, 234, 242 (2), 262 (2).

_Taillis_, _b_, 92, 102, etc., 211.

_Talemouse_, _b_, 96.

_Taloches_, _b_, 119.

_Talon_ de collier, _b_, 86.

TANCARVILLE (Comte de), _a_, LXVI.

_Tanche_ de mer, _b_, 203.

_Tanche_ (Coulis de), _b_, 242.
  --de mer, 203.
  --frite, 187.
  --renverse, 187.

_Tanches_, _b_, 160.
  -- un bouli lard, 96, 103.
  --aux soupes, 92, 93.

_Tann_, _a_, LXXXVII.

_Tante_ (poisson), _b_, 203.

_Tapisseries_, _b_, 118. V. _Guise_.

TARDIF (Gme), cit, _b_, 316, 321.

_Tartarie_, _a_, LI; _b_, 323.

_Tarte_ de la farcissure d'un cochon, _b_, 217.
  --jacobine, _b_, 217.

_Tartelettes_, _b_, 111, 121.

_Tartes_, _b_, 101, 102.

TASON, _a_, 70.

_Taverne_ est l'glise du diable, _a_, 48.

_Temple_ (Boucherie du), _b_, 83, 4.

_Temps_ pluvieux. A quoi bon, _b_, 43.

_Tenoisie_, _b_, 207.
  --(OEufs  la), _b_, 209.

_Tenue_ d'une femme dans la rue, _a_, 15.

_Trbentine_, _a_, 171.

_Termes_ de cuisine, _b_, 87, 125.

_Terre_  foulons, _b_, 65.
  --de Beauvais, 251, 252.
  --de robes, 65.

_Tesmoings_ de lard, _b_, 270.

_Teste_ de mouton, _b_, 267.
  --de sanglier, 98.
  --du cheval, 73.

_Testes_ (Demies), dores (de chevreaux?), _b_, 108.
  --d'oiseaux, donnes aux faucons, 182.

_Ttines_ de vaches, _b_, 270.

THEUX (M. de), _a_, LV.

THIBERT (Louis), _b_, 82.
  --(Famille), _ib._ et 83.

THOMAS (Jehan), _a_, LXXXII.

_Tierce_ (Heure de), _a_, 48; _b_, 305.

_Tiercelet_ d'autour et de faucon, etc., _b_, 318, 324, 325.

_Tiers_ (jeu), _a_, 72.

_Tieule._ V. _Tuile_, _b_, 94.

_Tinel_, expliqu, _a_, 163.

_Tire_ (poisson), _b_, 201.

_Tire-d'ale_ (Vol ), _b_, 309.

TIREL (Gme). V. _Taillevent_.

_Tirer_ (Faire) l'oiseau, _b_, 319, 320, 322.

_Tiron_ (Censive de),  Paris, _b_, 253 et 254.

TITE-LIVE, cit, _a_, 70.

_Tizanne_ doulce, _b_, 237.

TOBIE (Le jeune), _a_, 91.

_Toile cire_ aux fentres, _a_, 173.

_Toise_ (Vol  la), _b_, 280.

_Tombe_ (poisson), _b_, 197.

_Tombes_ de marbre noir, _b_, 257.

_Ton_, _b_, 196.

_Tonnelet_  compote, _b_, 52, 244, 260.

_Tonnelliers_, _b_, 54.

_Torches_  allumer, _b_, 108, 124.
  --Leur prix, 112, 113, 122.

_Tostes_, _b_, 91.

_Touailles_ changes, _b_, 107, 108.

_Tour_, prison d'Aubriot, _a_, XX.

TOUR-LANDRY (Geoffroy de l). Son ouvrage, _a_, XXXV, LXVII, 240.

_Touret_ (rouet), _a_, 237.

_Touret_, expl., _b_, 295.

_Tournay_, _b_, 195.
  --(Bailli de), _a_, LXXIX, 139; _b_, 381.
  --(Cameline de), _b_, 230.
  --(Crespes  la guise de), 227.

_Tournesis_ (Bailli de). V. _Tournay_.

_Tournesot_, _b_, 220, 225.

_Tourny_ prs Vernon, _b_, 191.

_Tourte_, _b_, 218.
  --de lait, 98 (p. e. _Croutes_).
  --lombardes ou pisaines, 93, 95, etc.

_Toussaint_ (La), _b_, 43.

_Toutebonne_, _b_, 44.

_Trailles_, expl., _b_, 288.

_Tranches_ du cheval, _b_, 78.

_Tranchoirs_, _a_, XLI, LXXXII; _b_, 105, 114.
  --englus, _a_, 171.

_Tranchoisons_ (tranches), du cheval, _b_, 78.

_Trehoigner_, _a_, 26.

_Trente-six tableaux_ (Les), (livre sur les jeux), _a_, LXXVII.

_Trpiers_, _b_, 115, 123.

_Trsor_ de Dom Villevieille, _a_, LXXIV.

_Trsor de Sant._ Note sur ce livre, _a_, LXXV.
  --cit, _a_, XLII; _b_, 108, 183, 203, 211, 219, 228.

_Trsor de Vnerie_, _a_, LXXV; cit, _b_, 99, 129, 157, 211.

_Tressier_ (mot difficile  expliquer), _b_, 118.

_Trteaux_ lous, _b_, 116, 123.

TRINQUANT, _a_, 151.

_Triperie_, _b_, 128.

_Tripes_ au jaunet, _b_, 149, 260.
  --Comment vendues, 129, 161.
  --de chevreaux, 227.

TRIPIER (M. Lon), _a_, LXII.

_Trois-Fontaines_ (Albric de), _a_, LXV; _b_, 124.

_Trot_ du cheval, _b_, 75.

_Trotignons_, (_quid_?), _b_, 216.

_Truans_, _a_, 39.
  --montrent leurs plaies, _a_, 25.

_Truites_ en past, 190.
  --Leur queue, meilleure partie, 190.
  --Leur saison, _a_, LXXXIV; _b_, 90, 190.
  --vermeilles, 190.

_Trumeau_ de boeuf, _b_, 86, 109; au jaunet, 149.
  --de veau, 109.

_Trumel._ V. _Trumeau_.

_Tubesches_, _b_, 100.

_Tuile_ de chair, _b_, 94, 96, etc., 170.
  --d'crevisses, 152.

_Tumbe_ (poisson), _b_, 197.

_Tumbes_ de marbre, _b_, 257.

_Turbos_, _b_, 203.
  -- la sauce verte, _b_, 97, 103.
  -- la soucie, _b_, 100, 102.
  --au souci, _b_, 102.

TURGOT (M. Et.). V. _Plan_.

_Turkestan_, _a_, LI.

_Turtres_, _b_, 256.
  --Comment les garder et les manger, _b_, 261
  --non vides, 183.


U

_Ueil_ (oeil), d'un fruit, expl., _b_, 247.

_Universit_ de Paris. Vers pour elle contre Aubriot, _a_, LXXXVII.

_Usure_, _a_, 46.

UXELLES (Le Mis d'), gourmet, _a_, XXXVIII.


V

_Vacher_, _b_, 57.
  --(Arnoul le), 62.

_Vachers_ savent o est le gibier, _b_, 301.

_Vaches_, _b_, 62.
  --(Oreilles de), ncessaires au serviteur, 23.
  --(Ttines de), 270.

_Vaine_ gloire, _a_, 30.

_Vair_ (Menu), _b_, 118.

_Vaisselle_ de cuisine, combien loue, _b_, 124.
  --de cuisine, d'argent, _a_, XLI.
  --d'tain, loue, 115, 123.
  --O place, _a_, XL.
  --Par qui serre, _b_, 117.
  --vole en 1406, 62.

_Vanit_, _a_, 41.

_Vanneaux_ (Plumes dites). Ce que c'est, _b_,
   89, 294. V. _Couteaux et Serceaux_.

VARENNE (La), _a_, XXXVIII.

_Varits historiques_, _a_, LXXV; _b_, 80.

_Varlet_ pour tirer le vin, _b_, 117.
  --prchant  table (proverbe), 70.

_Varlets_ d'htel, _b_, 56.
  --du duc de Berry. Leur nourriture, 85.
  --tranchans, _a_, 163.

_Veau_ (ainsi crit), 186, 221. V. _Veel_.

_Veaux_ consomms  Paris, _a_, XLIII; _b_, 82 et suiv.

_Veel_, _b_, 92, 160, 168.
  --aux herbes, 150.
  --en grav ou seym, 151.
  --en manire d'esturgon, 200.
  --en past, 186.
  --entrepel, 200.
  --(Fraise et issues de), 128.
  --(Prix du), 221.
  --rosti, 179.

_Veiller_ l'oiseau, _b_, 314, 315; sans se fatiguer trop, 315.

_Venaison._ V. _Venoison_.

_Vendangeurs_, _b_, 54.

_Vendoises_ (goujons?), _b_, 194.

_Vendredi absolu_, _b_, 85.

_Vnerie_ peu convenable aux femmes, _a_, XLIX.

VENETTE (Jean de), _a_, LXXVI, 148; _b_, 380.

_Vengeance_ dfendue aux domestiques, _b_, 60.

_Venise_ (Douceur d'un mari de), _a_, 182.

_Venneaulx_ (plumes), _b_, 89, 294.

_Venoison_, _b_, 93, 94, etc., 121.
  -- la queue de sanglier, 100.
  -- la froumente, 101.
  --aux soupes, 94.
  --Comment apprte, 129, 130, 156.
  --de cerf, 154.
  --d'ours (en boeuf), 155, 179.
  --en past, 155, 185.
  --Par qui vendue, _b_, 109, 110.
  --rtie, 180.
  --sale, 155, 157.
  --vendue au pied quarr, 109.

_Vent_ emporte l'pervier, _b_, 302, 317.
  --nourriture du pluvier, 183.

_Ver_ (vrat), mang comme sanglier, _b_, 259.

_Vrs_, expl., _b_, 300.

_Verge_ d'un jaugeur, _b_, 126.

_Verjus._ V. _Vertjus_.

VERJUS (Gme Lefvre, dit), _a_, XL; _b_, 81.

_Vermandois_, _a_, LXXIX.

_Vernon_, _a_, 149, 152.

_Verre_ (Bassins de), _b_, 252.
  --moulu, jet dans l'oeil du cheval, 78.
  --(Prix du), _a_, LXXXII, 173, 174.

VERRIER (Le), de la Conterie, _a_, LXVI.

_Verrires._ V. _Verre_.

_Vers._ D'o naissent, _b_, 65.

_Vertjus_, _b_, 66, 67.
  -- Nol sur la treille, 249.
  -- visiter le soir, 71.
  --Comment mlang, 232.
  --(Consommation norme de), 249.
  --de bl, 229.
  --de bourgeon de vigne, 229.
  --d'oseille, 111, 229.
  --Grains de vertjus sur un potage, 161.
  --le meilleur, 232.

_Vertus_ (Les sept), _a_, 28.

_Vtemens_, _a_, 13. (Voir les noms de chaque vtement.)

_Vtir_ (Se bien), _b_, 26.

_Veufs_ maris en deuil, _b_, 123.

_Veuve._ Son triste tat, _a_, 168.

_Viande_ vendue au morceau, _b_, 132.
  --vendue par semaine dans un tal, _a_, XLVI.
  --Comment la choisir, _b_, 87.

_Viandier._ Ce que c'est, _a_, LXXVI; _b_, 80.
  --Son importance, _a_, XXXV, XXXIX.

_Viandier_ de Saint-L, cit, _a_, XXXV, XLII.

_Vices_ de la femme  cacher, _a_, 181.
  --du mari aussi, 178.

_Videcoqs_ (bcasses), _b_, 183, 311.

_Vieil_ homme, vindicatif, _a_, 265.

_Vielz-sucre_, _b_, 92.

_Vierge_ (La sainte). Prire  elle adresse, _a_, 11.
  --Son obissance, 128.

_Vieux_ aiment les jeunes femmes, _a_, 158.

_Vigne_ (Bourgeon de), en vertjus, _b_, 229.
  --ente sur cerisier, 51.
  --gne la chasse, 308.
  --Quand plante, 44.

_Vignerons_, _b_, 56.

VILAIN (L'abb), cit, _b_, 113.

_Village_ (Vie au), _b_, 62.

VILLARS (M. de), _a_, LXXV.

_Villedieu_, _a_, LXXXVII; _b_, 251.

VILLEOILLE (M. A. de La), cit, _a_, XXXV.

_Villeneuve-ls-Avignon_, _a_, LXXXI.

VILLEVIELLE (Dom), _a_, LXXIV.

_Vin_ aux chevaux (eau), _b_, 38.
  -- visiter le soir, 71.
  --blanc devenu vermeil, 249.
  --capary, _a_, XXXIX.
  --Comment conserv et servi, _a_, XLI; _b_, 117.
  --Comment spar de l'eau, 259.
  --Comment soign et guri, 67.
  --cuit, 260.
  --de Beaune, 38, 273.
  --de divers lieux, 38.
  --des domestiques, 70.
  --(Espces de), 109.
  --et pices, _a_, XLIII; _b_, 121, etc.
  --(Fleur du), 260.
  --franc, 236.
  --plain, 174, 193.
  --Pour le faire fort, 68.
  --Tirer le vin sans lui donner vent, 69.

_Vinaigre_ (Provision de), _b_, 268.

_Vinaigrette_, _b_, 108, 164.

_Vincennes_, _a_, 135.

VIOLE (Famille), _a_, 151.

_Violette_, _b_, 43, 45, 113, 114.
  --mise sur de la gele, _b_, 221.

_Virginit._ Son prix, _a_, 75.

_Visage_. Cacher son visage  l'oiseau, _b_, 308.
  --pervier y sautant, 293.

_Vitres._ V. _Verre_.

VITRY (Michelle de), _a_, XXVI.

_Vive_ (poisson), _b_, 201.

_Vives_ (avives), maladie du cheval, _b_, 78.

VIVONNE (Armes de), _a_, LVIII.
  --(Hughes de), 95.

_Voirre._ V. _Verre_.

_Vol_ de l'pervier (Obstacles au), _b_, 302,
  --pour champs, _a_, LXXXVIII.
  --premier de la perdrix, rapide, b, 309. V.
   _Faisan_, _Perdrix_, _Tire d'ale_, _Vols_, _Voulon_, etc.

_Volaille_, _b_, 167, 211, 215, 216.
  --en grav ou seym, 151.
  --(Hochepot de), 163. V. _Commine_, _Poulaille_.

_Voler_ pendant combien de temps en septembre, _b_, 310.

_Voleurs_ de chiens, _b_, 281.
  --d'oiseaux, 285.

_Vols_ de l'pervier. Lesquels sont possibles, _b_, 310. V. _Vol._

_Voulon_, expl., _b_, 280, 309.


W

_Wertaing_, _a_, LXXX.

_Windesore_, _a_, LXXXII.


Y

_Yenville_ en Beauce, _a_, 149.

_Yeux_ de l'pervier, _b_, 293, 294, 299.
  --du cheval, 73.

YOLENT le Pelletier, _b_, 52.

_Ypocras_, _a_, XLIII; _b_, 92, 94, etc., 107, 121, 122, 273.
  --hors de saison en hiver, 108.
  --(Pouldre d'), 248 (_bis_).
  --(Prix de l'), 112.

YSMAEL, _a_, 83, 84.

_Ysope_, _b_, 49.

_Yssue._ V. _Issue_.

_Yvresse._ V. _Ivresse_.


Z

ZELPHAN, _a_, 86.


FIN DE LA TABLE DES MATIRES.




SUPPLMENT AUX CORRECTIONS.


Tome I, p. VI, l. 13, au lieu de _philantrophie_, lisez
_philanthropie_.

Tome I, p. XXI, ligne 16 de la note, avant _J'ai
appris_, ajoutez:

     Dans un mmoire trs-curieux sur le meurtre du duc d'Orlans, lu 
     l'Acadmie des Inscriptions en 1748 (tome XXI, p.
     519), le savant Bonamy a parl en passant de cette maison et dit
     qu'on voyoit encore, lorsqu'il crivoit, un grand corps de logis
     de l'htel d'Aubriot. Il est fcheux qu'il n'ait pas donn plus de
     dtails sur ce sujet.

Tome I, p. XLVII, note 1, _Ne pour roi, ne pour roc._

     Cette expression se trouve encore dans les contes de Bonaventure
     des Priers (Conte 125. Des pitaphes de l'Artin... et de son
     amie Madelaine)... _tant du tout enclin  la mdisance, il
     n'pargnoit (comme on dit en commun proverbe), ni roi ni roc._

Tome I, p. LVI, ligne 4 de la note.

     Au lieu de: Aprs la mort de Charles V, lisez: Au commencement du
     XVe sicle, surtout.

Tome I, p. LXVI, ligne 11, note sur Ayala. L'auteur
avoit t en France, _ajoutez_:

     En 1378. Il conclut  Paris, comme plnipotentiaire du roi Jean
     de Castille, un trait avec la France, le 4 fvrier 1378-9.
     (_Histoire de du Guesclin_, 1666, in-f, p. 403.) Il est nomm
     dans cet acte messire Pierre Louppe d'Ayalla, chevalier et
     banicour (_vexillarius_) du roi de Castille, gouverneur de la
     province de Guipuscoa (_sui presidis in provincia Guispuque_).
     Bureau de la Rivire toit un des plnipotentiaires franois.

Tome I, p. LXXVI, l. 3, Venette..., _avant_ M. Graud,
_ajoutez_:

     La Curne de Sainte-Palaye, dans deux mmoires (Acad. des Inscr.,
     VIII, 570 et XIII, 520).

Tome I, ligne 6, au lieu de _semble_, lisez _semblent_.

Tome I, p. LXXVII et 76, passages relatifs aux reines de
France.

     L'tiquette de la cour tait bien change  l'gard des reines au
     XVIe sicle. L'auteur d'un journal de l'anne
     1562, qui a t imprim dans la _Revue rtrospective_ (1re
     srie, tome V), raconte que le prince de Cond tant sur le point
     de traiter avec la cour au commencement de juillet 1562, l'amiral
     de Coligny et son frre d'Andelot demandrent  se retirer hors de
     France jusqu' la majorit du roi. La reine Catherine de Mdicis
     eut, le 5, le 6 ou le 7 juillet, une entrevue avec l'amiral prs
     d'Orlans, dans le but de changer cette dtermination. L'auteur
     du journal, qui frquentait la cour puisqu'il rapporte en deux
     endroits les paroles que lui adressrent directement la reine mre
     et le roi de Navarre, raconte (p. 178) que l'amiral ayant mis pied
      terre pour faire la rvrence  la reine, cette princesse _le
     recueillit humainement et le baisa  la bouche comme les reines de
     France ont accoutum de baiser les grands officiers du roi_.

Tome I, p. LXXX, ajoutez  la note sur le bailly de
Tournay:

     Messire Tristan du Bos fut, suivant Froissart (I, 374) et l'auteur
     de la chronique Mss du Roi 9656 et 10297, charg de garder le
     roi de Navarre, Charles le Mauvais, dans la tour d'Arleux, en
     1356. L'auteur de cette chronique dit que Tristan, qu'il qualifie
     de _chevalier de renom_, fut pris  Amiens par la bourgeoisie de
     la ville (en 1357) et forc de dlivrer Charles le Mauvais. Selon
     d'autres auteurs cette dlivrance eut lieu  force ouverte et 
     main arme.

     Il fut bailli de Troyes et de Meaux en 1360 et 1362 et charg
     de prendre possession des forteresses occupes par les Anglois
     en Champagne, Brie, etc., bailli de Vermandois en 1373, matre
     des requtes et rformateur de la province de Reims en juin 1383
     (Titres de Clerambaut).

     Le mme Tristan du Bos est encore cit dans Froissart  l'occasion
     de la position qu'il occupa  Tournay. Froissart raconte (d. du
     Panthon, II, 223), que le roi se prparant  aller en Flandre,
     envoya  Tournay, en octobre 1382, les vques de Beauvais,
     d'Auxerre et de Laon, messire Guy de Honcourt et _messire Tristan
     du Bois_, comme commissaires pour traiter avec les Flamands et les
     empcher de s'allier aux Anglois. On trouve dans cet historien
     le texte de la lettre crite le 16 octobre par les commissaires
      Philippe d'Artevelt, et la rponse de celui-ci en date du 20.
     Il ajoute que cette rponse fut communique par messire Tristan
     du Bois, _gouverneur de Tournay_, aux prvts et jurs (_voy._ t.
     I, p. 139), et que les commissaires allrent ensuite rejoindre la
     cour  Pronne.

     Tristan du Bos fut encore, en 1389, un des trois commissaires
     chargs d'instruire le procs d'Audoin Chauveron, prvt de Paris
     (_Acad. des Inscr._, XX, 492). Il a du mourir fort g, s'il est,
     comme je pense, le mme qui gardoit le roi de Navarre en 1356.

     Henri le Masier (_voy._ t. I, p. 140), nomm en 1388 bailli de
     Tournay, et qui est celui cit dans le _Mnagier_, si ce n'est
     pas Tristan du Bos, toit, en 1399, chevalier, sire de Beausart,
     matre d'htel du roi et encore bailli de Tournay (Titres de
     Clerambaut).

Tome II, p. 118, note sur Jean de Hautecourt, ajoutez:

     Je serois port  croire que ce Hautecourt toit avocat au
     parlement et que c'est lui qui est cit (malgr la diffrence des
     noms qui peut tenir  une criture nglige) dans les registres du
     parlement (Matines III, 66 v, 4 fvrier 1400-1), comme avocat,
     et ayant obtenu un cong de huit jours pour aller  tampes. Son
     nom y est crit Me Jehan de _Hanucourt_.

Tome II, p. 217, note 1, au lieu de _du gingembre_, lisez:

     Peut-tre de la cloche de gingembre, peut-tre aussi de la loche
     (poisson).


ACHEV D'IMPRIMER, A PARIS, CHEZ CRAPELET ET LAHURE,
LE XXVI NOVEMBRE MDCCCXLVII.


NOTES:

[1] Voir la Notice ci-aprs, page 1.

[2] La Socit des Bibliophiles ne publiant plus de volumes de mlanges
dans lesquels les notices ncrologiques de ses membres prenaient
naturellement place, a dcid que cette notice sur un de ses membres les
plus illustres et les plus regretts serait imprime en tte de
_Mnagier de Paris_, qui tait dj sous presse  l'poque de la mort de
M. le duc de Poix. (_Note de la Socit._)

[3] Il tait de l'Acadmie franaise, et particulirement occup de
grammaire.

[4] Il prit ce nom aprs la mort de son pre et de son frre an, qui
l'avaient port.

[5] Le 12 mai et jours suivants. Elle produisit en cinq vacations 3188
livres sterling 14 sch. 6 d. Le catalogue, contenant 952 numros et 72
pages, est intitul: _Catalogue of the splendid library (imported from
Paris) of a distinguished collector; which will be sold by auction by
Mr. Evans_. 1835, in-8.

[6] La seconde bibliothque de M. le duc de Poix, formant un ensemble de
plus de douze mille volumes, se trouve maintenant  Mouchy le Chtel
chez Mme la vicomtesse de Noailles, M. le duc de Poix ayant dispos par
testament de sa bibliothque en faveur de son petit-fils, possesseur
futur de Mouchy le Chtel.

[7] C'est la partie des Chroniques de Saint-Denis qui traite des rgnes
de Jean II et de Charles V (tome VI de l'dition donne par M. Paris).
Voir,  se sujet, le mmoire de M. Lacabane, t. II, p. 57 de la
bibliothque de l'cole des chartes.

[8] Jean de Brie, natif de Villiers sur Rongnon, prs Coulommiers, qui
crivit en 1379 le trait du _bon Bergier, que_, dit-il, _il n'eust
voulu bailler et manifester  nul autre qu'au roy_ (d. Ve Trepperel et
J. Janot, s. d. f A 8 v). Il toit alors au service de Jean de
Hestomesnil, conseiller au parlement en 1373 et ensuite matre des
requtes, mort au commencement de mars 1380-1, qui a pu l'aider  crire
ce trait dont le style et les penses sont remarquables. Au reste, Jean
de Brie n'toit plus berger quand il crivit son livre.

[9] Voy. ci-aprs, p. XXXV.

[10] T. I, p. 148.

[11] _Ibid._, p. 93.

[12] On trouve dans tous les historiens la mention des services
qu'Aubriot rendit  la ville de Paris pendant sa prvt, ainsi que le
rcit de sa disgrce. J'aurai cependant occasion de parler de lui avec
dtail dans mon mmoire sur les Maillotins (voir t. I, p. 136). Je
prciserai et j'appuierai de faits indits les causes de ses malheurs.
En attendant, je crois devoir consigner dans cette note l'extrait d'un
rcit contemporain de sa dlivrance, que j'ai rencontr dans mes
recherches, et qui donne sur le procs, la fuite et le lieu de la
rsidence de cet homme minent des renseignemens qui paroissent avoir
t inconnus  tous les historiens. Voici ce curieux document: .....Il
a commis hrsie et en fu en procs devant l'vesque et devant le
maistre des hrites. Avant la sentence il supplia  l'ecglise qu'il fust
rintgrez, et y fu receus et fu absols: et fu dclar qu'il avoit est
hrites, et pour pnitence on li assigna les prisons de l'vesque de
Paris; et pour la grant repentance qu'il avoit, l'vesque et le maistre
des hrites le relevrent de ce qui (_qu'ils_) porent et se li
rservrent la misricorde de sainte Ecglise, et li ordenrent pour
prison le plus biau lieu de la tour de la maison piscopal. (_C'est
cette grande tour quarre, crnele, qu'on voit dans deux vues de
l'glise Notre Dame et de l'vch, graves par Isral Silvestre, et
surtout dans la planche ayant quatre vers au bas: D'un cost, vous
voyez, etc._) Il ala voluntairement en prison pour faire sa pnitence
et y demeura l'espace de dix mois. Le jour que les gens de ceste ville
(_Paris_) furent esmeus il alrent en la maison de l'vesque, et par
force et violence rompirent les prisons. Et quant le giolier dist 
messire Hugues que les gens de la ville l'estoient all qurir, il dist
que ne s'en iroit point, et li demanda une hache que tenoit; et le
giolier li dist que ne li en bailleroit point, et que se il faisait
semblant de soy mettre  dfense, il les feroit tuer. Et finablement les
gens de ceste ville le prindrent et mittrent sus un petit cheval et le
menrent en sa maison et disoient que le feroient leur capitaine. Aprs,
il s'en volt retorner en prison, mais il fu conseillez par aucuns de ses
amis qu'il s'en alast devers le pape.... Le suer (_soir_) il se parti de
son hostel et se fist passer l'eaue par deux enfans, (_il est
remarquable de voir second dans sa dlivrance par deux enfans l'homme
qui avoit rendu aux juifs les enfans que leur avoit enlevs le peuple de
Paris_), et  peines qu'il ne fu noiez. Il estoit malades et s'en ala
par Bourgoigne, non pas par aucunes de ses maisons, et demoura malades
seize jours  Muc en Auxois (_Mussy-la-Fosse, anciennement du
bailliage de Semur-en-Auxois plutt que Mussy situ  7 lieues de
Mcon_), et de l ala  Mascon, et illec aussin demoura malades et se
fit mettre en l'eaue, et ala jusques  Avignon. Il ne pot pas parler ne
si tost avoir asss (_accs_) au pape, mais il parla  un cardinal et li
dist et exposa tout ce que dit est et se soubmist en l'ordenance du
pape. Le pape et le collge li ordenrent lieu o il seroit et fu bonne
pice  Sommires (_petite ville entre Montpellier et Nmes. Il y avoit
aussi un lieu ainsi nomm prs Saulx en Bourgogne_), et a tousjours
est et est par l'ordenance du pape et du collge, etc. Il est bon de
savoir que ce rcit prsente la version d'Hugues Aubriot lui-mme, et il
semble permis de douter qu'il et si grande envie de rester dans les
prisons de l'vque.

J'ai parl avec dtail, t. II, p. 254, de la maison qu'Aubriot habita
rue de Jouy, et j'ai donn la suite des propritaires de cette maison
(ultrieument rebtie) de 1369  1573. J'ai appris depuis qu'elle avoit
appartenu,  la fin du XVIIe sicle,  M. Nicolas de Jassaud, sieur de
Lalande, conseiller d'tat, et  Marie de Flandre, sa femme: puis  leur
fils, M. Augustin Nicolas de Jassaud, mari en 1697  Marie-Aime Lottin
de Charny. Une de ses filles, Anglique-Genevive de Jassaud, la
possdoit en 1772, qu'elle pousa M. Mac, secrtaire du roi. Cette dame
mourut en 1776, et lgua  ses deux nices cette maison, connue encore
dans le quartier sous le nom d'htel Jassaud. Elle appartient
aujourd'hui  M. de Courmont, conseiller-matre  la cour des comptes,
qui a bien voulu me la faire voir en dtail. Il existe encore dans une
pice du rez-de-chausse quelques restes d'ornemens paroissant remonter
au rgne de Louis XV. Les lettres A. N. D. J. entrelaces
(Augustin-Nicolas de Jassaud) se font voir au plafond. Il y a sous la
cour deux tages de caves. Cette maison t divise au XVIIe ou au
XVIIIe sicle; la partie qui fait le coin de la rue Perce parot tre
depuis longtemps une proprit distincte.

[13] T. II, p. 85 et 86.

[14] T. I, p. 135.

[15] Mmoriaux de la chambre des comptes.

[16] Voir T. I, p. 67.

[17] Charles, duc de Guyenne, n le 6 fvrier 1391 (mort le 11 janvier
1400); Isabelle, depuis reine d'Angleterre, ne le 9 novembre 1389, et
Jeanne, depuis duchesse de Bretagne, ne le 24 janvier 1390. Elle eut
encore une autre fille (Marie, religieuse  Poissy) le 24 aot 1393.

[18] T. II, p. 142. Voy. ci-aprs p. XXXII, note 3.

[19] T. I, p. 3 et 4.

[20] _Ibid._, p. 2.

[21] T. I, p. 3, et t. II, p. 53.

[22] T. II, p. 71, etc.

[23] T. II, p. 61 et suivantes.

[24] T. II, p. 59.

[25] T. I, p. 3.

[26] T. I, p. 125.

[27] T. I, p. 186.

[28] Poules farcies, t. II, p. 269.

[29] J'aurois bien voulu trouver parmi les hommes notables appartenant 
la haute bourgeoisie ou  la magistrature un personnage dont la vie
reproduist les circonstances qui nous sont connues dans la vie de
l'auteur; plusieurs noms se sont prsents  mon esprit: malheureusement
mes esprances soutenues plus d'une fois par la dcouverte d'une srie
de similitudes, ont toujours fini par tre dfinitivement dues.
C'est-ainsi qu'aprs avoir cru longtemps pouvoir prsenter une
conjecture raisonnable en attribuant la composition du _Mnagier_  Sire
Jehan de Fleury dernier prvt des marchands en 1383 et conseiller au
parlement, j'ai t subitement arrt par la dcouverte de la date de sa
mort arrive en 1389, avant l'poque o cet ouvrage a srement t
crit.--L'intimit dans laquelle le duc de Berry admettoit l'avocat Jean
Jouvenel, pre de l'historien, m'avoit donn aussi quelques doutes  son
gard, mais, Jouvenel tant mort en 1431 ne peut gure s'tre trouv 
Melun en 1358, et ce qui rend surtout impossible de lui attribuer le
_Mnagier_, c'est que Michelle de Vitry, sa femme, avoit ses parens
vivans  Paris en 1393, et n'toit pas d'ailleurs de meilleure maison
que lui.--La position de Jean le Flament, trsorier des guerres en 1371,
et des aides pour la guerre de 1388  94, prsente aussi plusieurs
analogies avec celle de l'auteur du _Mnagier_, mais ou j'ignore le nom
de sa femme, ou si c'est lui dont il est parl comme alors dcd, dans
les registres du parlement de Poitiers (plaidoy. du 30 juillet et arrt
du 17 aot 1425), il avoit pous Marie de Montgison (Montgiron dans
l'arrt), _damoiselle_. Or Montgison est Montgeron prs de Paris, et je
n'en vois pas d'autre existant dans le royaume (voir Expilly). Elle
toit donc aussi parisienne; ce qui ne concorde pas avec les paroles de
l'auteur (t. I, p. 4).

[30] Il avoit lu tous les ouvrages suivans et en possdoit une grande
partie: la Bible, la Lgende dore, saint Jrme (_la Vie des Pres_),
saint Augustin, saint Grgoire, l'Histoire sur Bible (_de Pierre Le
Mangeur_), Tite Live, le Roman de la Rose, l'historien Josphe, le
Catholicon, le Dcret (_de Gratien_), l'histoire de Grislidis par
Ptrarque, les sept Sages de Rome, le Songe de Scipion (par Cicron,
comment par Macrobe), le Jeu des checs moralis de J. de Cessoles, le
Chemin de pauvret et de richesse de J. Bruyant, Mellibe et Prudence.
On trouve encore dans son livre la mention du philosophe Cerxs, de Paul
Diacre et du philosophe Bertran le Viel; mais il les cite d'aprs
d'autres auteurs. Le premier de ces ouvrages n'a peut-tre jamais
exist.

[31] Au moins dans sa famille. Voir t. I, p. 156.

[32] Voir surtout t. II, p. 53.

[33] T. I, p. 75 et 76.

[34] Je l'ai trouv mentionn avec cette qualit depuis que j'ai fait la
note sur lui, t. II, p. 116: Voir les _corrections et additions_.

[35] Dans les registres du conseil surtout, quand la cour compensoit les
dpens.

[36] On en verra la preuve dans l'histoire de Jeanne Hemery et de
Regnault d'Azincourt, publie par M. de Lincy dans la bibliothque de
l'cole des Chartes (2e S., t. III, p. 316). On en peut dire autant de
certains accords; tel est celui de Jean de Hautecourt, donn t. II, p.
119.

[37] T. I, p. 135.

[38] T. I, p. 44.

[39] T. I, p. 156.

[40] T. II, p. 54.

[41] Que diroient vos amis, _que prsumeroit votre coeur_, quant il s'en
apercevroit? (T. I, p. 130.)--Avec son mari, l'en ne doit mie besongner
par aguet ou malice, mais plainement et rondement, coeur  coeur (_ibid._,
p. 158).

[42] Ce compte, qui n'est plus connu que par la mention qu'en a
consigne le pre Menestrier, t. II, p. 175 de sa _Bibliothque
instructive_, ne commenoit qu' fvrier 1392-3. Le tmoignage du
_Mnagier_ compos entre juin 1392 et septembre 1394 (voy. p. XXII),
pourroit donc tre antrieur de quelques mois, et s'il est postrieur,
il l'est de bien peu.

[43] Il faut tenir compte, dans ces prix, non-seulement de la diffrence
considrable de poids qui existoit entre les monnoies de la fin du XIVe
sicle et celles du mme nom employes depuis (le marc d'argent, qui
valoit alors 6 livres, valant aujourd'hui 52 francs), mais encore de la
dprciation de l'argent. Un setier de bl (un hectolitre et demi
environ), qui se vend aujourd'hui, dans les annes ordinaires, environ
30 francs, cotant alors moyennement 16 sous, on peut multiplier par 35
ou 40 les chiffres noncs, pour avoir ide de ce qu'ils reprsentoient
pour les contemporains.

[44] J'aurois pu retrancher les deux derniers de ces pisodes sans nuire
beaucoup  l'intrt du livre, mais j'ai mieux aim publier le
_Mnagier_ tel que son auteur l'avoit conu, et sans tre _estrippell_,
comme lui-mme aimoit  donner les ouvrages des autres. (Voy. t. II, p.
3.)

[45] On lit (t. II, p. 66), aprs une recette pour ter les taches, ces
mots que j'ai mis entre parenthses: _ce que je ne croy pas_.

[46] Voir t. II, p. 124, l'endroit o il est parl des _additions_
faites au livre: p. 129, le passage relatif  la signification du mot
_fressure_; mme volume, p. 93, sa remarque sur les _tourtes pisaines_,
appeles ailleurs _tourtes lombardes_, et aussi les passages en
italiques, p. 164, 166, 167, etc.

[47] Un passage o il est parl des choux, t. II, p. 142, dans lequel il
est dit: _et commence  iceulx pour ce que ce sont de_ CELLE _anne les
premiers crus_, scilicet _puis avril, et puis_ VA _en descendant vers
vendenges, Nouel et Pasques_, pourroit faire penser que l'auteur s'est
servi, au moins pour une partie du _Viandier_, de notes faites exprs
pour lui et l'anne mme o le _Mnagier_ a t crit. En effet, le mot
_va_ prouve que _commence_ n'est pas l  la premire personne et que
l'auteur ne parle pas pour lui. Donc, puisqu'il remarque que le
rdacteur primitif de ce passage rgcelle ale l'ordre de son discours
d'aprs le mois o commenoit l'anne actuelle (_celle anne_), il en
rsulte que la note ou l'ouvrage consult avoit t rdige cette mme
anne, et alors,  moins de supposer une concidence fortuite bien moins
probable au XIVe sicle qu'elle ne pourroit l'tre aujourd'hui, on
seroit port  conclure que les lmens de cette partie du travail de
l'auteur lui auront t fournis par quelque queux ou cuyer de cuisine
profondment instruit des dtails de son art.--Je suis toutefois loin de
rien affirmer  cet gard, et je remarque mme que l'auteur ayant dit
dans le _trait de l'pervier_ (p. 303), l'_alouette de cest an_, pour
l'alouette de l'anne, il se pourroit que _celle anne_ ft de mme
employ pour _l'anne_ dans le passage qui donne lien  cette note, et
qu'Avril et t dsign de prfrence, comme tant le mois le plus
habituellement le premier de l'anne, au moins le second, et en tout cas
celui o ces choux commenoient  crotre.

[48] Jean Bonfons imprimoit, en 1566, _le Voyage de Charles IX_, et son
fils, Nicolas Bonfons, imprimoit en 1574, les _Nouveaux Comptes
moraliss_,  la mme adresse que celle o avoient demeur son pre Jean
Bonfons et sa mre, veuve de Jean. Lottin s'est tromp quand il fait
vivre Jean Bonfons en 1606.

[49] Voir sur Guillaume Tirel dit Taillevent, queux de Charles V en 1361
et cuyer de cuisine de Charles VI en 1386, l'article que j'ai publi
dans le _Bulletin_ du bibliophile de Techener, n de juin 1843. M. de la
Villegille, qui prpare une dition critique rellement la premire de
ce curieux ouvrage par la manire dont elle sera excute, a bien voulu
me prter pendant toute la dure de mon travail les copies faites par
lui des deux manuscrits de Taillevent. Il existe dans les archives de la
prfecture de la Manche  Saint-L un registre des recettes de la
baronnie de la Haye du Puis pour 1454  la fin duquel est un _Viandier_
(voir le _Nouvelliste de la Manche_ du 3 fvrier 1847) qui parot tre
une leon de Taillevent. Je n'en ai eu connoissance qu'aprs
l'impression de la partie culinaire du _Mnagier_. Il existe encore sur
le mme sujet un volume que j'aurois bien voulu consulter, c'est la
_Fleur de toute cuisine... revue et corrige par Pierre Pidoux_. Paris,
Al. Lotrian, 1543, in-16 goth., mais je n'ai pu le voir.

[50] Ce seigneur qui florissoit en 1350, a crit en 1372 pour
l'ducation de ses filles un Trait assez clbre dont les deux imprims
sont vritablement introuvables et de plus assez dfectueux; je
donnerai, soit pour la Socit des bibliophiles, soit pour mon propre
compte si les autres publications entreprises par la socit ne lui
permettoient pas de s'occuper de celle-ci, une dition nouvelle de ce
livre sur le plan et dans la forme de la prsente dition du _Mnagier
de Paris_, et j'ai dj recueilli quelques renseignemens sur l'auteur,
sa famille et les personnages qu'il cite.

[51] Amsterdam, 1709, in-8. Il prouve que ce trait ne peut avoir t
crit par _Marcus Apicius_, fameux gourmand vivant sous Tibre et dont a
parl Athne (ce qui n'a pas empch plusieurs auteurs modernes
d'attribuer  M. Apicius ce trait qu'ils n'ont srement pas ouvert); et
d'aprs certaines expressions employes dans l'ouvrage, il pense qu'il
doit avoir t crit par un affranchi africain. Le nom d'Apicius
_Coelius_ peut, suivant lui, tre un pseudonyme destin  rappeler
_Marcus_ Apicius.

[52] Je ne prtends pas dire cependant qu'il n'y ait pas eu au XVIe
sicle surtout quelques modifications au service, quelques introductions
de plats nouveaux. On peut voir sur ce sujet Legrand d'Aussy et un
passage de l'apologie pour Hrodote, d'Henri Estienne, non cit par
Legrand, t. II, p. 16 de l'd. de 1735. Au reste, Henri Estienne avance
bien des choses dmenties par le _Mnagier_. (Il dit par exemple qu'on
jetoit autrefois les issues du veau et du mouton, et qu'on ne mangeoit
pas de perdreaux.)

[53] Boileau dans sa satyre III (1665), tourne en ridicule l'usage des
pices.

[54] Il avoit t pendant dix ans cuyer de cuisine de Louis Chaalon du
Bl, marquis d'Uxelles, tu en 1658 au sige de Gravelines, pre du
marchal, et ayant obtenu lui-mme un brevet de marchal de France. Il
est dit dans la ddicace de ce livre, adresse  ce seigneur, que sa
table avoit t _chrie_  Paris et dans les armes par les princes, les
marchaux, etc.

[55] Il faut au reste remarquer que Taillevent toit rimprim en 1602 
Lyon et non  Paris, et il se pourroit que Paris et t plus _avanc_
que Lyon en fait de cuisine.

[56] On comprendroit bien mieux les ouvrages littraires crits au moyen
ge si l'on pouvoit connotre tous les usages de la vie commune  cette
poque, tous les noms techniques des objets qui frappoient journellement
les regards des auteurs et de leurs contemporains. Penseroit-on qu'il
pt tre utile de consulter un _Viandier_ pour lire un Nol du XVIe
sicle? Voici cependant un Nol tir du recueil de _Lucas Le Moigne,
cur de Notre-Dame du Puy la Garde en Poitou_ (volume unique appartenant
 notre confrre M. Cigongne), dont la lecture est singulirement
claircie par celle du _Mnagier_. Ce Nol se chantoit sur l'air de
l'hymne: _Conditor alme siderum_.

    _Conditor_ le jour de Nouel
    Fist ung bancquet le nompareil
    Que fut faict pass a longtemps
    Et si le fit  tous venans. Nouel.

    Il y avoit perdris, chappons,
    Oyseaulx saulvaiges, des hairons:
    Levraulx, congnilx, aussi faisans,
    Pour toutes manires de gens. Nouel.

    Une grant hure de sanglier,
    Ypocras, aussi le mestier,
    Vin Capary et faye Montjeau
    Pour enluminer leur musseau. Nouel.

    Biscuyt, pain d'orge et gasteaulx,
    Fouace, choysne, cassemuseaulx,
    pain de chappitre et eschauldez
    Mangerez si le demandez. Nouel.

    Aussi y avoit aulx, oignons,
    Et ung past de potirons
    Avec les choux-maistre-Ren
    Et des lymatz au chaudum. Nouel.

    Il y vint ung bon bouteiller
    Qui ne cessa onc de verser,
    Tant que ung barault il aseicha
    _In sempiterna secula_.

    _Amen._ Nouel.


[57] Il y a dans les _Mmoires pour servir  l'Histoire de France et de
Bourgogne_, Paris, 1729, in-4, IIe partie, p. 58, un article curieux
sur le queux du duc de Bourgogne qui auroit t suprieur aux cuyers de
cuisine; mais ce queux me parot tre un officier dans le genre du
_grand queux de France_, non aussi important toutefois. Dans les
ordonnances de 1386-7 et 1388-9 sur l'organisation de la maison du roi,
les cuyers de cuisine sont nomms avant les simples queux. (Voir sur
les grands queux de France l'_Histoire gnalogique des grands officiers
de la couronne_, t. VIII, p. 825, o se trouvent aussi des premiers
queux et mme de simples queux qui n'auroient pas d y figurer, et entre
autres Taillevent et Guillaume Lefvre, dit Verjus. V. t. II, p. 81 du
_Mnagier_.)

[58] Je crois qu'il faut adopter la leon du manuscrit B, II, 117, n. 4.

[59] Vases contenant une quarte (deux pintes) de vin.

[60] Voir cependant T. II, p. 114, n. 3.

[61] Ici vases  _couler_,  _passer_, _passoires_, comme cela est bien
expliqu dans du Cange  _Colum_, 3, et non _entonnoir_, comme cela est
dit dans le mme ouvrage  _Collum_ 3 et  _Coloeria_.

[62] Il y avoit cependant alors un grand luxe d'argenterie. J'ai vu dans
les registres du Parlement (_Matines_, 9 avril 1396-7), que Guillaume
des Baux, gentilhomme qui recevoit souvent le duc d'Anjou, avoit
_vaisselle de cuisine_ d'argent. Sa fortune n'toit cependant value
qu' 6,000 liv., ce qui, en tenant compte de la diminution du poids et
mme de la dprciation de la monnoie, ne peut reprsenter plus de
240,000 fr. d'aujourd'hui.

[63] V. T. II, p. 114, n. 1.

[64] A cette poque le vin n'toit pas mis en bouteilles: on prenoit
directement au tonneau le vin ncessaire  la consommation journalire.

[65] Ce mot a cependant quelquefois aussi la mme signification
qu'aujourd'hui (V. T. II, p. 99, n. 6), et il dsigne une fois (T. II,
p. 137) un mets solide, sec, par opposition  un mets liquide mis dans
une cuelle.

[66] Au XVIIe sicle c'toit le matre d'htel qui remplissoit cet
office, le chapeau sur la tte, le manteau sur le dos, la serviette sur
l'paule et l'pe au ct. Voir les _Dlices de la campagne_, d. de
1673, figure de la page 145, et le _Maistre d'hostel_ de la Varenne, 
la suite de son _Cuisinier franois_, d. d'Amsterdam, Mortier, p. 318.

[67] Placeur, poseur, d'_asseoir_, _poser_.

[68] Ce mot dsigne ordinairement dans les rcits de festins princiers
une espce de reprsentation thtrale. (Voir Legrand d'Aussy, t. III,
p. 373, et les _Chroniques de Saint-Denis_, t. VI, p. 387), mais la
signification que je lui donne ici rsulte des menus X, XIII, XIV, et du
chapitre des entremets du _Mnagier_. Dans le Ms. de Saint-L (V. p.
XXXV, n. 1), il est dit que le _porc de mer_ doit tre coup par lesches
et _dtourn_ (_atourn_, dress?) _par manire d'entremets sur un blanc
doublier_ (nappe). Enfin la recette donne dans le _Grand Cuisinier_
pour dorer et orner un cigne (voir t. II, p. 184, note), est ainsi
intitule _Entremets d'un cigne dor_. L'usage de servir les paons,
faisans, etc., avec cette recherche, parot s'tre prolong jusque dans
le XVIIe sicle. Le _Thrsor de sant_, imprim en 1607, mais qui peut,
il est vrai, avoir t crit antrieurement, donne encore une recette de
cigne dor. En France, sous la minorit de Louis XIV, le faisan toit
servi avec une aile non plume, outre la tte et le col qu'on lui laisse
encore aujourd'hui.

[69] Je ne puis du moins comprendre autrement _l'entremets lev_ dont
il est parl dans le Menu XIV.

[70] On voit cependant T. II, p. 108, une _desserte_ compose de
fromente et de venaison, mais s'il n'y a pas erreur, c'est au moins une
exception.

[71] Ce mot se trouve encore dans l'_Instruction pour les festins_,
insre dans les _Dlices de la campagne_, et avec la mme signification
de dessert supplmentaire. Il parot s'tre perdu peu de temps aprs,
car il n'est plus employ dans la _Maison rgle_ d'Audiger, imprime 
Paris en 1692, in-12.

[72] V. T. II, p. 99.

[73] Cette consommation a t, en 1846, la population de Paris tant
value  un million d'habitans, de 104,329 boeufs, vaches ou taureaux,
84,260 veaux, et 486,445 moutons. La consommation seroit donc  peu prs
triple.

[74] Je n'ai vu cette boucherie cite que dans une plaidoierie du
Parlement de septembre 1388.

[75] On pourroit cependant rpondre qu'il considroit Saint-Marcel comme
un faubourg et non comme un quartier de Paris.

[76] La dpense ordinaire de l'htel du duc de Berry, sans compter celle
de sa garde-robe, des gages et pensions qu'il payoit, et surtout sans
celle de ses btimens, s'leva en juin 1373  1165 fr.; en juillet 
1431 fr.; en aot  1535 fr.; en septembre  1542 fr.; en octobre  1430
fr.;  2054 fr. en novembre;  1654 fr. en dcembre. Il est dit dans le
compte qui me fournit ces chiffres (Arch. du Roy. K. 250-1), que cette
dpense comprenoit les gages _des gens de l'ostel qui ne s'toient pas
arms en la chevauche de Poitou_. Ceux qui avoient fait l'expdition
n'y toient donc pas compris. La duchesse avoit sa maison  part et
remboursoit au duc six francs par chaque jour qu'elle et ses gens
vivoient  ses dpens. Il est probable que la dpense du duc de Berry
s'augmenta quand, aprs la mort de Charles V, il put puiser largement
dans le Trsor.

[77] Ce seroit cependant faire tort  l'auteur que d'assimiler ses
renseignemens  la ridicule statistique de Paris qui se trouve dans les
_Rues et glises de Paris_. On lit dans cet ouvrage, imprim au
commencement du XVIe sicle, qu'on comptoit  Paris ds le rgne de
Charles VI, 872,000 _mnagers_ ou chefs de famille, sans les prtres,
coliers et autres extravagans _qui sont sans nombre_. La consommation
de cette multitude est fixe aux chiffres trs-insuffisans de 73,000
boeufs, 730,000 moutons, et 365,000 veaux.

[78] Voir sur la diminution, depuis 1789, de la consommation de la
viande par chaque individu, les _Recherches de Benoiston de
Chasteauneuf_, 1821, in-8, 1re partie, p. 67. Cette diminution
relative, qui date de 1789, a toujours t en croissant depuis, et c'est
l un fait bien remarquable et digne d'tre mdit.

[79] Il falloit bien au reste que la consommation de Paris ft
trs-considrable. J'ai vu dans les registres du Parlement la preuve
qu'en 1422 on amenoit mme de Savoie des boeufs  Paris (14 juillet
1422). Une ville pour laquelle des approvisionnemens arrivent de si loin
est ncessairement trs-peuple. Au reste, il existe d'autres donnes
qui permettent d'tablir assez positivement le chiffre de la population
parisienne  la fin du XIVe sicle. On peut, si l'on veut, ngliger
comme trop vague ce que dit Froissart (t. II, p. 259 de l'd. du
Panthon)  l'occasion du retour de Flandres en 1383, de la partie de
cette population capable de porter les armes, mais, comme Paris comptoit
en 1328 61,098 feux que M. Graud dans son _Paris sous Philippe le Bel_
value par des calculs trs-modrs, peut-tre mme trop modrs, 
275,000 habitans, comme ce chiffre a d s'lever pendant le rgne de
Charles V et les premires annes de Charles VI, il semble qu'on ne peut
gure valuer la population de Paris  la fin du XIVe sicle  moins de
3 ou 400,000 habitans. Voir pour plus de dtails sur la population de la
France au XIVe sicle, le mmoire de M. Dureau de La Malle (Acad. des
inscr., T. XIV, 2e p. p. 36); pour Paris l'excellent travail de M.
Graud, p. 465 de _Paris sous Philippe le Bel_, et pour le XVIe sicle
les _Relations des ambassadeurs vnitiens_.

[80] T. I, p. 7. Ces demandes d'batement ou jeux semblent avoir donn
lieu  une manire de parler proverbiale que je trouve consigne dans
les plaidoieries civiles du Parlement  la date du 27 juin 1392. _Acarot
dit que s'il s'en mesloit plus, qu'il lui trancheroit la teste, et dit
que_ pour roy ne pour roc _il ne lairoit que il ne lui couppast la
teste_.

[81] L'ordonnance de Charles VI du 10 janvier 1396-7 ne dfend la chasse
qu'aux non-nobles laboureurs et autres non privilgis, (les habitans
d'un assez grand nombre de villages avoient droit de chasse) et non
autoriss par des personnes ayant elles-mmes droit de chasse. Cette
ordonnance reconnoit de la manire la plus formelle le droit de chasse
aux _bourgeois vivans de leurs possessions et rentes_.

[82] _Modus_, feuillet 101.

[83] Voir l'article sur lui, p. LXIX.

[84] Ed. Vrard, feuillet X V.

[85] _Ib._, feuillet X IV.

[86] S'il a t aid par quelque ouvrage antrieur, peut-tre seroit-ce
par un trait italien, attendu le nom de _faucon vilain_ qu'il donne au
lanier, et qui lui toit encore donn en Italie au XVIIe sicle. Voy.
aussi T. II, p. 310, la note sur le vol du faisan par l'pervier.

[87] La chasse  l'oiseau est encore actuellement pratique en Syrie.
L'mir Beschir, prince des Druses, avoit des oiseaux dresss qui furent
pills en 1840, lorsque les vnemens le contraignirent  quitter le
pays, et rachets depuis par M. Catafago, vice-consul d'Autriche  Sada
(prs Beyrouth), qui les possde encore aujourd'hui. A Damas, Choudj'
Eddaouleh et Sef Eddaouleh, neveux du schah actuel de Perse, retirs en
Syrie, chassent aux perdrix avec des sacres (voy. T. II, p. 323). M.
Schefer, second drogman du consulat gnral de Smyrne, a fait avec ces
princes une chasse dans laquelle deux sacres prirent en une heure et
demie quinze ou vingt perdrix. D'aprs le rcit circonstanci qu'il a
bien voulu me faire, ces oiseaux nomms _sacres_ dans le pays,
originaires de Tartarie ou du Turkestan, certainement les _sacres_ de
nos anciens fauconniers, et par consquent oiseaux de haut vol
(_rameurs_, selon Huber; voy. T. II, p. 318), sont cependant dresss
comme l'toient autrefois les oiseaux de poing (_voiliers_, selon
Huber); ils partent du poing de leur matre quand le gibier se lve, et
se perchent sur les buissons quand la perdrix s'y est remise, pour la
prendre plus facilement ds qu'elle en sort. C'est bien l la manire de
l'autour et de l'pervier, mais l'identit d'origine septentrionale et
de nom ne permet pas de douter que ces oiseaux ne soient bien nos
sacres.

M. d'Offmont, dont j'ai parl dans une note de ma _Chace dou cerf_,
1840, in-8, comme ayant cr en 1838 une association destine  faire
renatre la fauconnerie (association dont le sige est en Hollande et
qui continue  prosprer), frapp des difficults qu'il a d surmonter
dans _l'affaitement_ des oiseaux, malgr les secours qu'il avoit
rencontrs dans les anciens ouvrages de fauconnerie, a l'intention
d'crire sur ce sujet un trait assez dtaill pour suppler aux
omissions des anciens auteurs. Il m'a montr des notes et quelques
dessins qui donnent l'ide la plus avantageuse de son travail.

[88] Par suite de mon got pour les livres de chasse, j'avois eu
l'honneur de faire la connoissance de M. Huzard. Il m'a bien souvent
admis avec une extrme complaisance dans sa prcieuse bibliothque, mais
le hasard a fait qu'il ne m'avoit jamais montr son manuscrit du
_Mnagier_. Son catalogue (Paris, 1842) forme 3 vol. in-8. La vente a
eu lieu en 1843.

[89] Paris, 1830, in-4. Voici les indications donnes par cet ouvrage:

1 Inventaire de Bruges vers 1467.

N 836. Ung autre livre en parchemin couvert d'ais jaunes, intitul au
dehors: _C'est le Mesnagier de Paris_; comanant au second feuillet,
_Salvacion de l'me_, et au dernier _n'est autrement_. (C'est le
manuscrit A, voir ci-aprs p. LIV.)

N 1202. Ung autre livre de cuir vermeille, appell _le Mesnagier_, est
escript partie en longue luigne et partie par deux coulombes;
quemenchant ou second feuillet _Vous moismes_ et le dernier feuillet, _a
dicta aqua_. (C'est le manuscrit B dans lequel se trouve le _Chemin de
povret_ en effet crit  deux colonnes (coulombes). Voir ci-aprs p.
LV.)

2 Inventaire fait  Bruxelles le 15 novembre 1487.

N 1758. Ung autre grant volume couvert de cuir, garni  tout deux
cloans de lton, intitul: _C'est le Mesnagier de Paris_; comenchant ou
second feuillet, _Salvacion de l'me_ et finissant ou derrenier, _et
oster les entrailles, testes et qhues. Hic finit._ (A)

N 1759. Ung autre grand volume couvert de cuir rouge,  tout deux
cloans de lton, intitul comme le dessus: _Le Mesnagier de Paris et
autres choses de dvotion_; comenchant ou second feuillet, _Vous-mesmes
vo_, et finissant ou derrenier, _et oster les entrailles, testes et
qhues_. (B)

[90] T. I, p. 9.

[91] Les second et dernier feuillets commencent par les mmes mots que
ceux signals comme initiaux de ces mmes feuillets dans le manuscrit de
Bourgogne. C'est ce mme manuscrit qui est indiqu comme manquant
ultrieurement dans les inventaires de Bruxelles. (N 2269 de la
_Bibliothque protypographique_.)

[92] Cet article a donc paru peu de mois avant la vente de la premire
partie de la Bibliothque Huzard. Il est singulier qu'un livre si
longtemps inconnu soit remarqu et tudi, on pourroit dire exhum, dans
la mme anne,  Bruxelles et  Paris  la fois.

[93] Si l'on entre dans le dtail de l'histoire du rgne de Charles VI,
il semble (autant qu'on puisse en pareille matire dduire un principe
gnral de faits particuliers mme nombreux) qu'une partie notable de la
haute bourgeoisie parisienne s'toit attache aprs la mort de Charles V
au duc de Berry, prince toujours besogneux, et redoutable par ce motif
aux provinces soumises  son autorit, mais affable et de moeurs faciles,
qualits apprcies de tout temps et souvent au del de leur valeur
relle par les classes moyennes et infrieures des villes. On verra
encore que mme dans les momens o les exigences de la politique
amenoient ou foroient le duc de Berry  se runir aux Bourguignons, les
bourgeois ou parlementaires ses conseillers et partisans, n'en toient
pas mieux vus du duc de Bourgogne  qui ils rendoient probablement les
sentimens de dfiance et de haine qu'ils lui inspiroient.

[94] Les familles de Larivire en Guyenne, et de Bezu le Long, portent
aussi de gueules au chevron d'hermines.

[95] Champagne, Goussencourt, Hargicourt et Vivonne portent galement
d'hermines au chef de gueules.

[96] Depuis le XVIe sicle, au lieu d'avoir ainsi un seul cusson parti
(divis en deux par une ligne verticale) les femmes portent deux cus
dont le premier est celui de leurs maris. Les reines de France ont
continu longtemps  partir leur cusson, et je crois que Marie
Leczinska est la premire qui ait port deux cus accolls.

[97] _L'Histoire gnalogique des grands officiers de la couronne_, T.
III, p. 726, l'appelle Jean, ce qui est une erreur.

[98] Elle est enterre dans l'glise paroissiale de Roubais, chapelle de
Sainte-Croix ou des Sept Douleurs. (Cabinet gnalogique.)

[99] Chambellan du roi de France, frre du conntable de Saint-Paul
dcapit en 1475: il mourut en 1487.

[100] Mon ami M. Eugne Grsy qui s'occupe depuis longtemps de
l'histoire et de la topographie de Melun, me signale un vitrail de la
chapelle Saint-Antoine en l'glise Saint-Aspais de Melun, dans lequel
les armes d'Agns de Savoie, femme, de 1466  1508, de Franois Ier
d'Orlans, duc de Longueville, vicomte de Melun, sont places dans un
cusson parti, avant celles de son mari. Mais, je le rpte, de telles
erreurs sont trs-rares, surtout  mesure qu'on s'loigne des temps
modernes. Si Isabelle de Roubais avoit pous un Ghistelles en premires
noces, je n'aurois pas hsit  voir en elle la propritaire de mon
manuscrit. Au reste, il est bien probable que ce manuscrit lui aura t
donn par sa mre, et que les recettes de _Hotin_ auront t recueillies
pour elle.

[101] C'est lui qui prit par surprise, en 1465, la ville de Pronne et
le comte d'tampes qui s'y toit renferm, _Histoire de Bourgogne_, de
dom Plancher, T. IV, p. 337.

[102] Voy. T. II, p. 275.

[103] Quand un ouvrage cit en abrg dans un endroit du livre est
indiqu ailleurs avec plus de dtail, je ne l'ai pas compris dans cette
liste. La table donnera le moyen de retrouver l'endroit o le titre est
donn _in extenso_.

[104] Rymer date ces pices de 1363, mais c'est de 1363 nouveau style,
c'est--dire en faisant commencer l'anne au 1er janvier et non 
Pques. En effet, suivant la Chronique de Saint-Denis, dont l'exactitude
chronologique est irrcusable, le roi Jean, qui toit entr  Avignon le
20 novembre 1362, s'embarqua  Boulogne le 3 janvier 1363 (1364 nouveau
style) pour retourner en Angleterre, et y mourut le 8 avril suivant.

[105] Il n'y en a que dix-huit.

[106] Le second article relatif  la chasse de l'pervier est le seul
qu'on trouve dans les trois manuscrits du _Mnagier_, encore est-il mal
plac entre les troisime et quatrime articles de la seconde
distinction. Cette circonstance pourroit faire croire que l'auteur n'a
pas suivi jusqu'au bout de son livre le plan et la division tablis
ci-dessus, et qu'il a peut-tre omis de traiter le sujet des premier et
troisime articles de la troisime distinction.

On comprend de quel genre pouvoient tre les battemens du troisime
article, et on a dans le _Dodechedron de fortune_ l'exemple de demandes
_avres et rpondues par le sort des ds_. Mais que faut-il entendre
par _rocs_ et par _rois_? On sait que le Roc a t remplac par la Tour
dans le jeu d'checs, et n'existe plus que comme pice hraldique dans
les armoiries de quelques familles. toit-ce donc  l'aide des rocs et
des rois d'checs que ces demandes d'battemens toient rpondues?

Il est parl dans le _Chevalier de la Tour_ (chap. 124 du ms. du roi,
7403) de chevaliers et dames jouant au _roy qui ne ment pour dire vrit
du nom de s'amie_. C'est peut-tre d'un jeu analogue que l'auteur du
_Mnagier_ a parl ou comptoit parler dans cet article.

[107] _Chemise._ Ce mot avoit alors la mme signification
qu'aujourd'hui. Voir Du Cange au mot _Camisa_.--_Blanchet_, vtement
court, sorte de camisole de drap ou flanelle blanche qu'on mettoit
par-dessus la chemise. Ce mot est encore cit dans cette acception par
le dictionnaire de Trvoux. Blanchet signifioit par extension le drap
blanc dont toit fait le vtement du mme nom.--_Coste_, qui seroit
mieux crit cotte, comme au-dessous, signifie ici robe, voir Du Cange,
citation de la Vie des Pres,  _Surcotium_.--_Surcot_, vtement de
dessus, mais en gnral moins chaud et plus habill que la houppelande.
J'ai vu dans les _Plaidoiries criminelles du parlement_ une bourgeoise
_venant d'une noce pour laquelle elle avoit vestu un surcot_,  qui une
de ses parentes dit _qu'il est tard_, qu'elle dpouille son surcot et
que elle lui baillera _une houpelande et un chaperon_. (Avril 1404-5.)

[108] La coiffe enveloppoit toute la tte et toit place immdiatement
sur les cheveux. Le mot de _cueuvrechief_ parot dsigner ici une sorte
de bonnet plac sous le chaperon. Les couvrechef et coiffes toient
d'toffe lgre. Un inventaire dress en 1384 des biens meubles de
Jacqueline de Charny, femme de Jehan Saugete, cuyer, mentionne _quinze
quevrechiefs de soie et trois de lin pour atour et dix-neuf coiffes de
soie jaune, de cendal et de toile ou fil_. (Reg. du P. Jugs XXXII. 94.)
Quant au chaperon, dont la forme a vari, celui dont il s'agit ici me
parot devoir tre la coiffure que porte la femme dans la planche de la
page 9. L'auteur de la plaidoirie cite page 14 parle d'un amant qui
coupa un morceau du chaperon de sa matresse pour avoir un souvenir
d'elle. La forme du chaperon reprsent dans la planche fait bien voir
comment cela toit possible.

[109] Il sembleroit par ces mots qu'on n'avoit pas alors de bancs
_rservs_ dans les glises. La mention la plus ancienne que j'aie vu de
cette attribution individuelle des bancs aux paroissiens est dans une
dlibration du conseil de fabrique de Saint-Andr-des-Ars, en date du 2
fvrier 1577, qui parle des bancs affects aux paroissiens, et de ceux
qui d'_anciennet_ ont coutume de s'y mettre. Les glises collgiales
n'avoient de bancs qu'autant qu'elles toient en mme temps
paroissiales, c'est--dire qu'il y avoit des fonts baptismaux, et qu'on
y faisoit le prne. (_Trait des Droits honorifiques_, par Marchal,
1762, tom. I, p. 278 et 284). On m'a affirm qu'avant la rvolution il
n'y avoit pas de bancs dans l'glise cathdrale de Paris.

[110] Var. B _Grel_, Graduel.

[111] _Estour_, secours, nourriture du corps, et gnralement tout ce
qui sert  la vie. (V. Du Cange, au mot _Estorium_); _lourgable_,
susceptible d'tre consomm, de _lurcare_, dvorer.

[112] Avoir soin.

[113] Je n'ai jamais vu ce mot: seroit-il ici pour _trahaigner_,
traner, tergiverser?

[114] _Reverchier_ signifie retourner: je crois qu'_entreveschier_ veut
dire _intervertir_.

[115] Pour fixer votre ide, pour connotre.

[116] Aussi, galement.--Var. B _presque_.

[117] Cette nomenclature des vices et des vertus contraires se retrouve
dans plusieurs ouvrages du moyen ge. Elle est avec de grands
dveloppemens dans le _Calendrier des Bergers_, et elle a donn lieu 
une sorte de roman allgorique curieux et bien crit dans la suite
mystique du Modus et Ratio, intitule _le Songe de Pestilence_, et
imprime sous le titre de _Modus et Ratio de divine contemplacion_.

[118] Vif dsir.

[119] Brlent (de frire). V. ci-aprs _le Viandier_.

[120] Pole  frire.

[121] Il parat manquer quelque chose, comme _perte des mes_.

[122] Vrai.

[123] Procs.

[124] Manque _se comparer_.

[125] _... d'icelui._

[126] Mal err, _male erravi_.

[127] Sous son plus mauvais jour.

[128] Lou.

[129] Je ne me souciois pas.

[130] En secret.

[131] De la gloire auprs d'eux, pour qu'ils parlassent de moi.

[132] Je pensois.

[133] Il parot manquer quelque chose comme: _Je disois mes pchs les
moins grands_.

[134] Pare.

[135] Ce mot n'est que dans B. Faut-il lire _ parties_?

[136] Gourmands et par extension dbauchs.

[137] Joyeux.

[138] _Empcher_ vaudroit mieux.

[139] Dfendu, refus.

[140] Croupit?

[141] Sa fortune.

[142] Antecrist fait les miracles en sa maison tout au contraire: sa
maison est la taverne, et quant ceulx qui voyent bien clair y viennent,
ils s'en partent tous aveugles.--_Modus et Racio_, dit. 1839, feuillet
65 v.

[143] Chez les Romains, avant la premire guerre punique, les jours se
divisoient en quatre parties: 1 de 6 heures  9 heures, c'tait l'heure
de _prime_; 2 de 9 heures  midi, c'est ce qu'on nommoit _tierce_; 3
de midi  trois heures, c'toit l'heure de _sexte_; 4 _none_ commenoit
 3 heures et finissoit au coucher du soleil. Cette ancienne division du
temps fut adopte par la primitive glise et les noms en sont rests aux
offices.

[144] Si chre qu'elle soit.

[145] Pourtant, cependant.

[146] De maintenant  un jour.

[147] Thriaque: remde.

[148] Prochain.

[149] Ennui, dsoeuvrement. V. Du Cange aux mots _Accidia_, _Acedia_.

[150] Manquent quelques mots, comme: _qui y mettent_.

[151] L'avare.

[152] Peut-tre manque-t-il quelques mots comme _ils auront_, _etc._

[153] Il semble que le sens de la phrase exigeroit _gloutonnie_.

[154] En desroi, gar.

[155] C'est l'ouvrage de Jacques de Voragine, archevque de Gnes.

[156] De saint Jrme.

[157] Donner envie, got.

[158] C'tait Sdcias.

[159] Captivit.

[160] Helcias.

[161] Huile.

[162] Doucement, paisiblement.

[163] Serviteurs, _servientes_.

[164] Visage.

[165] Caches.

[166] La Vulgate dit _sub prino_, c'est le chne _ilex_, l'yeuse.

[167] _Sub schino_, c'est le lentisque d'o dcoule dans l'Archipel et
en Perse non le macis, mais le mastic ou encens de Perse, sorte de gomme
aromatique avec laquelle les Perses enduisoient leurs outres, suivant
Strabon. Le _macis_ dont parle ici l'auteur est aussi appel _fleur de
muscade_; c'est la seconde corce de la noix muscade. Nous verrons le
macis employ dans _le Viandier_.

[168] Les juifs furent chasss par ordonnance du 17 septembre 1394, et
cette ordonnance fut ponctuellement et promptement excute. On en a la
preuve dans des lettres de rmission accordes en janvier 1394(5),  un
certain Guiot Rousseau de Pertes, prs Melun, pour avoir assomm et
vol, entre Pont-sur-Yonne et Sens, au bois de Javel, une vieille juive
qu'il s'toit charg de conduire sur son cheval, de Melun  Sens, _ne
croyant autant mesfaire que s'elle eust est chrestienne et se recordant
que par les juifs qui ont demour ou temps pass  Meleun il avoit est
destruit presque de toute sa chevance_. Il est dit dans ces lettres, qui
m'ont t communiques par M. de Stadler, que cette juive _alloit
rejoindre aucuns juifs qui pour certaine ordenance sur ce faicte se
partoient hors du royaume_. (J. Reg. 147, 36.) Ce passage prouve bien
positivement que _le Mnagier_ a t crit avant septembre 1394.

[169] Philosophe chalden qui, suivant Jacques de Cessoles, auteur du
_Jeu des checs moralis_, auroit invent le jeu d'checs. L'auteur du
_Mnagier_ cite ici l'ouvrage de J. de Cessoles, dans lequel on trouve,
au chapitre de la Reine, les histoires de Romilde, de Lucrce, de
Papirius, qu'il va raconter aussi, mais en les dveloppant.

[170] Oui.

[171] De Bnvent.

[172] S'en dtournrent, de _desmouvoir_.

[173] Cette duchesse est Romilde, veuve de Gisulfe, duc de Frioul, tu
en 611, dans une bataille contre les Abares. Aprs la mort de son mari
dont elle avoit eu quatre fils et quatre filles, elle fut assige par
le khan des Abares dans Forojulium, aujourd'hui _Civita di Friuli_.
prise de la figure du khan, elle lui offrit (et non  un de ses
chevaliers) la place et sa main; son offre fut accepte, mais le khan,
matre de la place, fit empaler Romilde et emmena ses enfans et les
principaux citoyens en captivit. Les quatre princes s'chapprent sur
la route. Les deux ans, Tason et Caccon, furent ducs de Frioul, de 621
 635. Le troisime, Rodoald, fut duc de Bnvent, de 642  647, et le
dernier, Grimoald, fut duc de Bnvent aprs son frre, et roi des
Lombards en 662; il mourut en 671. On a assez peu de renseignemens sur
l'origine de plusieurs de nos reines de la premire race. Je n'ai pas
trouv qu'aucune d'elles ait t soeur de Grimoald. La mme histoire est
raconte avec quelques-unes des inexactitudes de l'auteur du _Mnagier_,
dans le LVIIIe chapitre du _Compendion historial_; Paris, Ant. Vrard,
1509.--Elle est tire de Paul Diacre.

[174] L'auteur du _Jeu des checs moralis_.

[175] Invita, de _semondre_.

[176] Par telle convention.

[177] tat, disposition d'esprit.

[178] Les occupations que l'auteur donne ici aux Romaines toient sans
aucun doute celles des femmes de son temps, et ce passage est
certainement un des plus curieux de son livre. Le _bric_, qui me parot
la mme chose que la _briche_ ou _bricque_, est dj cit au XIIIe
sicle dans les oeuvres de Rutebeuf (_de Brichemer_), on y jouoit assis
et  l'aide d'un petit bton.--_Qui fry?_ me parot videmment notre
_main chaude_.--Le jeu de _pince-merille_ est crit _pince-morille_ dans
les jeux de Gargantua (Rabelais, livre I, chapitre XXII), c'est tout ce
que j'en connois.--Le _tiers_ toit une sorte de colin-maillard dont il
est parl dans Rabelais, les Arrts d'amour et des lettres de rmission
de 1391, cites par Du Cange au mot _Tertium_.--La mention des cartes
comme _jeu d'batement_, dans un ouvrage crit srement en 1393, est
fort importante, et nous parot dmontrer la ralit de la distinction
tablie par M. Duchesne entre les cartes jeux _d'batement_, jeux
d'enfans, _naibi_, et les cartes devenues quelques annes aprs jeu de
hasard. En lisant ce passage du _Mnagier_ on comprend que les cartes
aient pu tre connues en 1369, et ne pas figurer cependant parmi les
jeux de hasard dfendus cette anne par Charles V. (Voy. _Jeux de Cartes
tarots_, publis par la Socit des Bibliophiles, 1844, in-folio, p. 4.)

[179] Un peu loin,  une petite distance.

[180] Le visage baiss.

[181] Bleues, violettes.

[182] Poudreux; ou faut-il lire _les gens, pouldres_ (poussire) _et
fumes_, etc.?

[183] Var. Br. _ peine_.

[184] Evite, esquive.

[185] Car le fait (l'adultre) n'est pas  craindre. Je n'ai vu ce
curieux usage mentionn nulle part ailleurs.

[186] Pierre le Mangeur, chancelier de l'Universit de Paris, mort en
1179. Voir les _Mss. franois_ de M. Paris, t. II, p. 2.

[187] L'historien Flavius Josphe.

[188] S'attachera, _adhrebit_.

[189] Prononciation parisienne du mot _mesnie_, suite, famille. Voir H.
Estienne, _Prcellence du Lang. franois_, p. 179.

[190] Prs, comme _Villers-Coste-Retz_.

[191] Strile. Encore employ pour les biches en terme de vnerie.

[192] lve.

[193] Allusion  l'incarnation de N. S. J. C.

[194] Outre ou petit baril, _boucellus_.

[195] Bersabe.

[196] Voyage.

[197] Couch.

[198] Voir sur cette plante et sur la _main de gloire_ les curieux
articles du Dictionnaire de Trvoux.

[199] Ouvrage qui est  la fois une grammaire, une rhtorique, et un
dictionnaire, et qui fut crit en 1286 par Jehan Balhi de Gnes,
religieux dominicain.

[200] Sauvages.

[201] Sans doute _choucas_.

[202] Var. A, _melles_, faute ou nom d'oiseau que je ne connois pas.
Tiercelet, pris seul, est le nom du faucon mle.

[203] Domestiques.

[204] Macaire toit le nom de l'assassin. Aubri de Montdidier toit le
matre du chien. Bullet, dans une intressante dissertation sur cette
histoire (_Mythol. fr._, p. 64), remarque qu'elle figure pour la
premire fois dans la chronique romanesque d'Albric de Trois-Fontaines,
auteur du XIIIe sicle, qui la place  l'anne 780. Il pense que cet
auteur l'a prise dans quelqu'ancien roman ou chanson de geste.

[205] C'est la portion de l'le Saint-Louis qui est entre la rue des
Deux Ponts et le pont Louis-Philippe, et qui toit spare par un petit
bras de la Seine ordinairement  sec en t, de l'autre portion appele
l'le aux Vaches. Quoique le chapitre de Paris et des droits  la
proprit de cette le et en ft en tout cas haut justicier, elle
servoit de promenade et de lieu de rjouissance publique. Le 8 mars
1400, le procureur du roi parlant pour les marchands de Paris et les
droits de la navigation, contre le chapitre, et faisant peut-tre
allusion au prtendu combat de Macaire et du chien, disoit que _ds
Charlemaine l'le dessus dite fut applique  la chose publique_ (Reg.
du Parl., Plaid. civ.). Les lices qu'y voyoit  la fin du XIVe sicle
l'auteur du _Mnagier_ pouvoient bien provenir de la grande fte
(mystres, tournois d'enfans au-dessous de dix ans, etc.) qui y fut
donne  la Pentecte de 1313, lorsque Philippe le Bel et ses trois
fils, et le roi d'Angleterre prirent la croix (_Chron. mtrique_ de God.
de Paris, 1827, p. 188), ou peut-tre aussi de quelque autre solennit
plus rcente.

[206] Les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon et le conntable du
Guesclin conquirent presque tout le Poitou sur les Anglois, en 1372: ils
revinrent  Paris le 11 dcembre, et le lendemain le duc de Berry fit
hommage au roi son frre du comt de Poitiers (Reg. du Parl., Plaid.
civ.).

Mais Niort et quelques autres places toient restes au pouvoir des
Anglois. Du Guesclin ayant dfait  Chisay les garnisons angloises
runies sous le commandement de messire Jehan d'Esvreux, fit, suivant
Cuvelier, mettre  ses soldats les cottes d'armes des Anglois, et prit
ainsi Niort par surprise.

Froissart (t. I, p. 665 de l'dition du _Panth. litt._ donne par M.
Buchon) dit que le combat de Chisay eut lieu le 21 mars 1372 (1373, n.
st.), et cette date se trouve en effet confirme par les comptes du duc
de Berry dans lesquels on voit figurer,  la date du 30 mars, un
messager envoy par le duc  la duchesse pour lui annoncer que _messire
Jehan d'Esvreux a est dconfit_. La prise de Niort dut suivre presque
immdiatement le combat de Chisay, surtout si le stratagme racont par
Cuvelier fut en effet mis en oeuvre par du Guesclin. Niort toit en tout
cas pris au moins ds le 28 avril. Quoique l'occupation de cette ville
ait eut lieu presque sans coup frir, c'est bien certainement en cette
occasion qu'avoit pri le matre du chien dont parle notre auteur, soit
que ce ft un soldat de l'arme franoise, soit qu'il ft un des hommes
de la ville, bons Franois de coeur suivant tous les historiens.

Le duc de Berry, qui aprs l'hommage du comt de Poitiers avoit t en
Berry et en Auvergne runir des hommes et de l'argent (il toit, le 11
janvier 1372-3, et encore le 22 mars,  Bourges), n'arriva en Poitou que
dans les premiers jours d'avril. Il toit les 28 et 30 mars et le 2
avril  la Souterraine, petite ville de la Marche, sur la route de
Clermont  Poitiers, attendant probablement ses troupes, et les 15, 18
et 19 avril,  Poitiers. On voit bien dans ses comptes qu'il envoya un
courrier de Niort le 28 avril, mais il partit aussi des courriers ce
mme jour de Poitiers, de Saint-Maixent et de Melle, et si le duc a t
le mme jour dans ces quatre villes, il a fait une journe de vingt-cinq
lieues, ce qui, sans tre impossible, est cependant difficile. Il toit
 Poitiers le 30 avril, et parot y tre rest tout mai, tout juin, et
jusqu'au 11 ou 15 juillet, mais il toit le 18 de ce mois  Niort et y
sjourna au moins jusqu'au 23 (il y consomma six setiers de bl; fol.
105 v). Il toit de retour  Poitiers le 26.

Il me parot bien probable que le fait racont par notre auteur comme
tmoin oculaire, a d se passer  Niort pendant le sjour que fit le duc
dans cette ville _en juillet 1373_. On pourroit opposer qu'au 18 juillet
il y avoit dj plus de trois mois que Niort toit pris et le matre du
chien mort, mais cet animal pouvoit continuer depuis lors  vivre sur la
tombe de son matre, et le fait n'en toit que plus remarquable et plus
digne d'tre signal au duc de Berry. Au reste, si le sjour de ce
prince  Niort le 28 avril 1373 n'toit pas douteux, il vaudroit
certainement mieux reporter  cette date l'histoire qui a donn lieu 
cette note.

Guillaume de la Mousse, attach  la maison du duc de Berry, toit
chtelain de Niort en novembre 1373, et Hugues de Vivonne, chevalier, en
toit capitaine le 25 juillet 1374.

Le duc de Berry avoit certainement beaucoup de dfauts, mais on ne peut
lui refuser d'avoir t charitable. Les comptes qui nous restent de lui
sont remplis de mentions d'aumnes. J'ai entre autres remarqu, 
l'anne 1370, beaucoup de dons faits  des chevaliers et cuyers pris
par les Anglois  la belle dfense de Limoges, et soixante sols donns
en aot 1370 _ un povre enfant de village qui fu trouvs tout seul en
l'oustel o mondit Sr. se lougha  Saint Denis du Chastel_ (Comptes du
duc de Berry, Arch. du Roy., reg. K, 250, 1).

[207] Srieusement.

[208] Plutt.

[209] Surtout.

[210] Le Dcret de Gratien, bndictin du XIIe sicle.

[211] Le trne, fauteuil.

[212] A la fortune.

[213] crite d'abord en italien par Boccace, la charmante histoire de
Grislidis fut ensuite paraphrase et mise en latin par Ptrarque. Elle
a t traduite plusieurs fois en franois, et mme a fourni le sujet
d'un Mystre compos en 1395 probablement par un Parisien, puisque
l'auteur y parle du _beau gibet de Montfaucon_. Bibl. roy., Cang, 7999,
3. Il y a  la Bibl. Roy. plusieurs manuscrits de traductions anciennes
de Grislidis. J'en ai examin quatre. La version du _Mnagier_, toute
diffrente de celle du n 7387, diffre lgrement de celles des nos
7403 et 7568, mais est tout  fait la mme que celle du n 7999.

[214] Le Mont Viso.

[215] Comptoit, prisoit.

[216] Volont, pouvoir, de _potestas_; _femme de poste_, femme non
libre, serve. V. DU CANGE,  _Posta_.

[217] Pareillement.

[218] Voler; chasser avec l'oiseau.

[219] En grandes troupes.

[220] A leur vouloir,  leurs volonts.

[221] Portant doucement son cavalier, ayant le pas doux.

[222] D'une mme manire.

[223] Avec la tte baisse.

[224] Avec attrait.

[225] Sincre, vraie.

[226] Excuter, accomplir.

[227] Var. Mss. A, _quant est de celle de_.

[228] Que fait.

[229] Par bonne disposition, par zle.

[230] Transport, plac.

[231] Cette coutume de donner un objet quelconque en tmoignage et comme
preuve de stipulation remonte  une haute antiquit. Nos anctres
l'avoient conserve des Romains. L'abb Le Beuf raconte, d'aprs tienne
de Paris, un des plus curieux exemples de cet usage. Le roi Louis le
Jeune ayant couch  Creteil qui appartenoit au chapitre de Paris, le
chapitre lui ferma le lendemain les portes de l'glise cathdrale: mais
le roi consentit  payer la dpense qu'il avoit faite  Creteil et les
portes lui furent ouvertes. Alors, pour marquer son intention par un
acte extrieur, le roi mit de sa propre main une baguette sur l'autel,
etc. (_Histoire du Diocse de Paris_, XII, 12.) Voir aussi DU CANGE au
mot _Signum_, 11.

[232] Dissimules.

[233] Ici, _gt_ plutt que _mpris_.

[234] Pourvu que.

[235] Il n'y a eu, ni sous la rgence, ni sous le rgne de Charles V, de
rvolte dont la punition ait prsent des circonstances semblables 
celles qu'on remarque dans ce passage du _Mnagier de Paris_, mais il me
parot au contraire s'appliquer parfaitement aux excutions qui eurent
lieu en 1383, au retour de la campagne de Flandre, et je crois que par
_une des plus grans cits de ce royaume_ il faut entendre Paris et non
pas Rouen qui fut le thtre de scnes analogues, mais non aussi
sanglantes  beaucoup prs. Cette expression aura t suggre 
l'auteur par sa prudence, afin de ne pas dsigner trop clairement  ses
contemporains les personnes dont il parloit.

Suivant le Religieux de Saint-Denis (liv. III, chap. IV), Charles VI
(encore presque enfant, et agissant sous l'influence de ses oncles)
auroit _appris  Rouen_, o il auroit alors sjourn trois jours, la
sdition des _maillotins_ de Paris. Il auroit  cette mme poque,
(qu'il faudroit placer dans les premiers jours de mars 1381-2, puisque
la sdition des _maillotins_ commena le 1er de ce mois), puni de mort
les chefs d'une sdition dite _la Harelle_ qui auroit eu lieu
antrieurement  Rouen. Le Moine de Saint-Denis est dans l'erreur au
moins quant  la date et  la dure du sjour de Charles VI dans cette
ville. Il rsulte de nombre de pices du registre 120 du Trsor des
Chartes, que le roi entra  Rouen pour la premire fois depuis son sacre
le 29 mars 1381-2 seulement, et qu'il y toit encore au moins le 4
avril. Il toit le 1er mars  Vincennes. En tous cas ces excutions
paroissent avoir t trop peu nombreuses pour qu'on reconnoisse en elles
celles dont parle notre auteur. (Le registre 120 ne contient la mention
que de l'excution d'un valet  Rouen.) Il en est de mme des poursuites
auxquelles donna lieu la mme sdition, onze mois aprs, en mars 1382-3
qui, suivant Farin (_Histoire de Rouen_, 1668, in-12, I, 527), ne
cotrent la vie qu' deux misrables. D'ailleurs le roi n'toit pas
prsent, contrairement  ce que me semble indiquer le rcit du
_Mnagier_. Notre auteur parot en outre avoir eu peu de relations avec
Rouen qu'il ne nomme pas une fois dans son livre, et il rsulte de son
rcit qu'il connoissoit la bourgeoise dont il parle. Il est donc plus
naturel de supposer qu'elle toit de la mme ville que lui, c'est--dire
de Paris.

La sdition des _maillotins_ commena le 1er mars 1381-2. Le prvt de
Paris fit bien, peu de temps aprs, quelques excutions, mais elles ne
portrent que sur des gens obscurs et furent peu nombreuses. Il n'en est
pas de mme de la sanglante punition que le roi infligea  la ville de
Paris  son retour de Flandre  raison des mmes vnemens.

Vainqueur  Rosebecque, le 27 novembre 1382, le roi entre  Paris le 11
janvier 1382-3. Le 12 et les jours suivans trois cents riches bourgeois
sont arrts: huit jours aprs on en conduit deux au supplice, et les
excutions se succdent rapidement. On voit dans des lettres de
rmission qu'Audouin Chauveron prvt de Paris et des gens d'armes
alloient nuit et jour prendre plusieurs bourgeois _dont des aucuns l'on
faisoit hastives excutions_, et que l'on _faisoit justice de jour en
jour d'aucuns des habitans de Paris_. (Voir ci-aprs, p. 138. _Chascun
jour._) Le 27 janvier, jour de la publication de l'ordonnance qui
abolissoit la prvt des marchands, douze notables habitans de Paris,
parmi lesquels toit le clbre Jean Desmares, avocat gnral, victime
innocente de la haine des ducs de Berry et de Bourgogne, prirent encore
sur l'chafaud. Cent personnes furent ainsi excutes du 19 ou 20 au 27
ou 28 janvier: les autres prisonniers furent condamns  des amendes
pcuniaires souvent gales ou suprieures  la valeur de tous leurs
biens.

Il me parot impossible de ne pas reconnotre dans ces vnemens ceux
auxquels fait allusion l'auteur du _Mnagier_, mais quel est ce seigneur
et quelle est cette femme _de trs grant nom en bourgeoisie_? Pour
dcouvrir quelque trace de cette mystrieuse histoire, j'ai parcouru les
registres 120  128 du Trsor des Chartes depuis mars 1381-2 jusqu'en
avril 1385-6. Parmi les quarante-sept pices relatives  ces vnemens
(sur lesquels je donnerai peut-tre un jour un mmoire dtaill), j'ai
remarqu trois et surtout deux lettres de rmission qui pourroient
s'appliquer au mari dont notre auteur nous a transmis l'histoire.

La premire, en date d'aot 1383, est accorde  Jehan Filleul, notaire
au Chtelet, alors g de vingt-six ans, qui avouoit avoir pris part 
toutes les dlibrations hostiles au rtablissement des impts, et avoir
conseill  Aubert de Dampierre, riche drapier, l'un des supplicis, de
faire soulever la ville pour empcher son arrestation.

Il n'est pas dit dans les lettres de rmission qu'il fut emprisonn mais
qu'il s'enfuit de Paris. Cependant il est cit dans le Religieux de
Saint-Denis (en qualit d'avocat au Chtelet, ce qui est une erreur)
parmi les trois cents bourgeois arrts depuis le 12 janvier, et si,
comme il y a lieu de le croire, cette assertion est exacte, pour qu'il
ait pu s'absenter de Paris, il faut qu'il ait t relch au moins
provisoirement. Or, il eut besoin d'une bien forte protection pour
chapper ainsi au chtiment que lui auroient certainement valu les faits
dont il s'avouoit coupable. On mentionne dans la rmission qu'il avoit
une _jeune femme_; son nom de famille n'est pas donn, mais la position
du mari peut faire supposer qu'elle toit d'une bonne famille
bourgeoise. (R. 123, 83.)

Colin Brun, drapier, toit _jeunes homs, issu de bonnes gens et de bon
lignage, fils d'Anthoine Brun homme ancien de l'aage de quatre-vingt
seize ans lequel s'estoit bien port envers les prdcesseurs du roi
qu'il avoit servis en son mestier de draperie_. Il toit mari depuis
deux ans  une jeune femme qui en avril 1383 venoit d'accoucher de son
premier enfant. Il avoit t condamn  deux mille francs d'amende et au
bannissement. Le roi lui remit le bannissement et la moiti de l'amende.
Il n'toit coupable que d'avoir assist aux runions et aux prises
d'armes. (R. 122, 217.)

Giles Labat, procureur gnral au parlement, mari d'une femme de
dix-huit ans, et pre de deux enfans dont l'an n'avoit que trois ans,
obtint, en juillet 1383, des lettres de rmission. Il toit accus
d'avoir cherch dans les maisons, et fait conduire en prison, des hommes
d'armes, et fut graci  la requte du marchal de Sancerre, mais je
n'ai pas vu qu'il et t emprisonn; il avoit pris la fuite lors du
retour de Flandre, et de plus, le caractre du marchal ne permet gure
de lui attribuer cette aventure. (R. 123, 14.)

J'ai bien encore vu des lettres de rmission accordes  des habitans de
Paris maris  de jeunes femmes, mais leur position ne m'a pas paru
convenir au mari cit en cet endroit du _Mnagier_, et qui devoit
appartenir  la haute bourgeoisie parisienne.

Je suis au reste loin d'affirmer que le mari dont parle notre auteur
soit un de trois Parisiens que je viens de nommer: je me borne seulement
 signaler les rapports qui existent entre leur position (surtout celle
de Jean Filleul) et la sienne.

[236] On sait que cette ville, berceau de notre monarchie, cessa
d'appartenir  la France seulement en 1521, qu'elle fut prise par le
comte de Nassau gnral de Charles-Quint. Elle fut dfinitivement cde
 l'empereur par le trait de Cambray (1529). L'administration et la
juridiction de Tournay ont souvent vari. En 1340, le roi Philippe de
Valois avoit donn la justice aux prvts et jurs, magistrats
populaires, mais  la charge de ressortir du bailli de Vermandois. En
1370 ils obtinrent le privilge de ressortir directement du parlement de
Paris. Il y avoit alors un bailli de Tournesis officier royal, mais sans
juridiction sur Tournay et sa banlieue. (Tassart de Monstreul l'toit en
1371, Jehan de Sottenghien en 1379 et Jehan Boutelier en 1380.) Mais, en
1383, Charles VI institua un bailliage royal  Tournay. Les appels des
prvts et jurs toient ports devant le bailli qui avoit la haute
administration de la ville et du Tournesis. Tournay se soumit avec peine
 cet tat de choses, et les registres du parlement contiennent un grand
nombre de difficults suscites au bailli par les prvts et jurs dans
l'exercice de sa juridiction. En 1389, les prvts et jurs obtinrent de
nouveau des lettres du roi portant que les appels de leurs jugemens
seroient ports directement au parlement de Paris, mais le procureur du
roi s'opposa formellement  l'entrinement de ces lettres qui n'toient
pas encore enregistres en 1394. Toutefois ils avoient obtenu d'autres
lettres du roi pour jouir provisoirement de ce privilge, malgr le
dfaut d'enregistrement.

Il est assez difficile de savoir qui est le bailli de Tournay dont parle
l'auteur du _Mnagier_: je ne pense pas qu'on puisse appliquer cette
qualification  un des baillis de _Tournesis_; elle doit dsigner un des
baillis nomms de 1383  1393. Je n'ai trouv que le nom de Henri Le
Mazier qui fut reu  la chambre des comptes comme bailli de Tournay, en
1388. (Mm. E.--Voir sur le bailliage de Tournay, Reg. du Parl. Plaid.
civiles, 25 nov. 1371.--20 nov. 1380.--17 janvier 1390-1.--7 dc. 1394.)

[237] Dom Carpentier explique bourgage par _bienvenue_ (V. Gloss. de Du
Cange au mot _Bourgagium_). Il sembleroit plutt qu'on doive entendre
par ce mot une partie de plaisir faite avec une somme compose de
contributions individuelles, telle qu'une poule, par assimilation 
l'impt du mme nom que payoient annuellement les bourgeois de quelques
villes.

[238] Glorieuse, qui se rengorge.

[239] En premier, un.

[240] D'esgarder, regarder; _voyons_.

[241] Occasions.

[242] S'engouent, raffolent.

[243] Ngligent. _Nonchalance_, indiffrence, de _chaloir_, intresser,
soucier.

[244] Ce _qui_ s'applique aux maris des femmes dsobissantes et
ngliges.

[245] Retirer, contraire d'_acharner_.

[246] Voy. ci-aprs, page 158.

[247] La lumire.

[248] Quand j'aurois d.

[249] Instrumens que je crois avoir t des petits vases, comme depuis
les _gobelets_, dont les _bateleurs_ se servoient pour faire leurs
tours, et dont ils ont pris leur nom. Voy. Du Cange aux mots _Bastaxius_
et _Batus_.

[250] Allusion  l'opinion suivant laquelle les sorcires alloient au
sabat sur un balai.

[251] Le chteau de Melun, et par suite la partie de la ville situe du
ct du Gtinois, furent livrs aux Navarrois et Anglois par la reine
Blanche le 4 aot 1358, quatre jours aprs la mort d'Est. Marcel et la
rentre du Rgent  Paris, mais la partie de la ville situe en Brie
resta franoise, et messire Jean d'Andresel toit ds le mme mois
d'aot capitaine pour le Rgent (depuis Charles V) de Melun et de Brie
(J. Reg. 86, 219.--Secousse, II, 89). Il parot avoir d'abord partag la
dfense de cette partie de la ville avec le premier marchal Boucicaut
qu'on voit (J. Reg. 86, 458) avoir fait abattre des maisons pour
fortifier cette portion de Melun en aot 1358. Il est probable que M.
d'Andresel toit sous ses ordres  cette poque.

Les circonstances dsastreuses o se trouvoit alors la France ne
permirent pas au Rgent d'assiger, au moins immdiatement, le chteau
de Melun, quoique sa garnison anglo-navarroise gnt beaucoup
l'approvisionnement de Paris. Jean d'Andresel dut se borner  garantir
la partie de la ville reste franoise, et autant que possible le reste
de la Brie, des attaques de cette garnison. En juin 1359, le rgent
ayant reu des tats assembls  Paris les moyens de rsister plus
efficacement  l'ennemi, se rendit en personne  Melun (_Chron. de
Saint-Denis_, CXII), et fit fortifier l'abbaye du Lys. C'est alors que,
suivant le carme Jean de Venette continuateur de Nangis, Froissart,
Cuvelier et Villani (cit par Secousse, I, 383), Melun auroit t
assig dans les formes par le Rgent. Le silence que garde sur ce
_sige_ la Chronique de Saint-Denis rdige pour cette poque par Pierre
d'Orgemont avec une admirable prcision, donne tout lieu de douter de
l'exactitude du rcit de Froissart, et surtout de la narration
romanesque de Cuvelier. Il parot bien probable que ce sige ne fut
qu'une espce de blocus lev peu de temps aprs, le Rgent ayant quitt
l'arme le 31 juillet par suite des propositions de paix du roi de
Navarre, et le trait ayant t sign le 21 aot. Au reste, malgr la
conclusion de la paix, les Navarrois occupoient encore Melun en
septembre 1359. Jean de Venette qui prtend que cette ville fut
immdiatement vacue ne peut balancer  cet gard le tmoignage
formellement contraire de Pierre d'Orgemont, mais on peut toujours
induire de son assertion que cette prolongation d'occupation ne fut pas
de longue dure.

D'aprs ce qui prcde, il faut placer la curieuse aventure raconte par
l'auteur du _Mnagier_, entre aot 1358 et septembre ou octobre 1359.
Peut-tre mme pourroit-on remarquer qu'il est difficile de penser que
le sire d'Andresel ait eu avant la cessation des hostilits le loisir ou
le dsoeuvrement qu'on lui attribue dans ce rcit, et ait pu sans crainte
abandonner son commandement pour aller dner chez lui  quatre lieues de
Melun. Il sembleroit alors qu'on devroit placer cette aventure entre le
dpart de Charles V et l'vacuation de Melun, c'est--dire du 1er aot
1359  septembre ou octobre suivant.

[252] Jean sire d'Andresel, chevalier, toit issu d'une ancienne et
illustre maison allie, au XIIe sicle,  celle de Garlande. Il toit
fils an de Jean d'Andresel, chambellan trs-aim du roi Philippe de
Valois, et fut,  cause de cette similitude de prnom, dit _le Jeune_,
jusqu' la mort de son pre, arrive entre mars 1344-5 et fvrier
1346-7a. Il fut chambellan du Dauphin, puis du roi Jeana, et ensuite de
Charles V. Compris dans la premire promotion des chevaliers de
l'Etoileb en janvier 1351-2, il toit en 1353 capitaine de l'un des
chteaux de Vernon, et reut du roi en 1354 deux mille quatre cents cus
d'or comme indemnit de ce qu'il avoit dpens pour la garde du chteau
de Landal en Bretagne que le roi lui avoit donn  titre d'hritage et
lui avoit ensuite reprisa. Il avoit pous, au moins ds 1346, Jeanne
d'Arrablay, fille d'un matre d'htel du roi et nice d'un chancelier de
Francec. En aot 1358 il toit capitaine de Melun et de Bried, en aot
1359 capitaine gnral de cette dernire provincee. Cette mme anne le
rgent lui donna, probablement pour rcompense de ses services en Brie,
les paroisses du Chastelier (le Chtelet?), Marchiau (Machault?), Firecy
(Fricy?), Champagne et la Celle (sous Moret?), situes dans cette
provincef, et lui accorda des lettres de rmission dont on n'a conserv
qu'une simple mentiong pour tout ce que lui et ses complices (sans doute
les gens d'armes sous ses ordres) avoient fait en Brie, dans les
chtellenies de Melun et de Moret et au pont de Samois. Aprs le trait
de Bretigny il fut, avec plusieurs princes du sang et quelques seigneurs
des plus illustres de cette poque, au nombre des otages du roi Jean que
le roi d'Angleterre emmena avec lui de Calais le 31 octobre 1360h. Il
toit de retour en France au moins au commencement de 1366, car tant en
personnei  Yenville en Beauce, il y passa le 1er avril 1365-6 le
contrat d'un nouveau mariage avec Jeanne de Maligny veuve avec enfans de
Jean seigneur de Rochefort et du Puiset (elle l'avoit pous en 1347j).
Il prend dans cet acte les qualits de chambellan du roi et de _premier
grand chambellan d'Orlenois et de Valois_. Jean d'Andresel mourut au
commencement de 1368 laissant une succession obre, malgr ses
nombreuses terres, ses fonctions minentes et les dons des rois qu'il
avoit servis. Le 7 mars 1367-8 Jeanne de Maligny sa veuve se prsenta
devant le Parlement, et jetant sa ceinture dans le parc (espace qui
sparoit les avocats et la cour), dclara renoncer aux meubles et aux
dettes de sa successionk. Elle fut oblige, pour obtenir son douaire
(Tournenfuye, etc.), de recourir  la protection de Charles Vk et de
plaider contre messire Aubert et Guillaume d'Andresel ses
beaux-frreslm. Elle se remaria ensuite en troisimes noces  Raoul de
Montigny, chevalier. Jean d'Andresel laissa deux filles, Marguerite et
Jeanne, _nes de deux mres diffrentes_l, et maries toutes deux dans
la maison de Montmorency. Six mois aprs sa mort, sa seconde fille
encore mineure n'avoit pas encore de tuteur, et ses excuteurs
testamentaires n'avoient pas encore accept la charge qu'il leur avoit
laissem.

Quoiqu'on ignore la date de la mort de Jeanne d'Arrablay, il faudroit
lui attribuer l'aventure qui donne lieu  cette note, s'il toit certain
que Jean d'Andresel n'et t mari que deux fois. (Nous avons vu en
effet qu'il n'pousa Jeanne de Maligny qu'en 1366.) Mais il faut
remarquer que dans les nombreuses pices relatives au douaire de Jeanne
de Maligny il n'est dit nulle part que Jeanne d'Andresel, fille encore
mineure de Jean en 1368, ait eu cette dame pour mre, et cependant elle
est cite (mais non nomme) comme _hritire mineure_ de Jean (quorum
unus _aut una_ adhuc minor tatis) dans l'arrt du 21 juillet 1368 rendu
au profit de Jeanne de Maligny, et comme fille mineure de Jean dans la
plaidoirie du 5 juin 1368. Si elle et t fille de Jeanne de Maligny
n'est-il pas naturel de supposer qu'on l'auroit mentionn dans la
plaidoirie et dans l'arrt? Faut-il donc croire que le sire d'Andresel
eut une seconde femme aprs Jeanne d'Arrablay et avant Jeanne de
Maligny, et que cette seconde femme, mre de Jeanne d'Andresel, a pu
tre en 1359 dame d'Andresel et hrone de cette aventure? Dom Guillaume
Morin qui a donn dans son _Histoire du Gtinois_, etc. (Paris, 1630,
in-4, 461) une gnalogie ridicule de la famille Viole dans laquelle il
fait de notre Jean d'Andresel (ent par lui dans cette famille contre
toute preuve et toute raison) deux personnages nomms l'un Pierre et
l'autre Jean, marie le premier  Agns de Chabannes et le second  Anne
du Bellay. Je me suis demand  cause de cette assertion si Jean
d'Andresel n'auroit pas t mari en secondes noces  une Chabannes ou 
une du Bellay, mais on ne voit rien de semblable ni dans la gnalogie
de Chabannes donne dans La Chenaye des Bois, ni dans la gnalogie
manuscrite de du Bellay par Trinquant, appartenant  la bibliothque
publique d'Angers et que M. Grille a bien voulu consulter pour moi
exprs sur ce point. Les choses tant ainsi, je crois que jusqu' ce
qu'on ait une preuve ou au moins un indice plus positif d'un mariage
intermdiaire de M. d'Andresel, il ne faut pas s'arrter au silence des
plaidoirie et arrt de 1368, qui est en dfinitive plutt une absence de
preuve qu'un argument contraire; on peut donc raisonnablement croire que
Jean d'Andresel fut mari deux fois seulement, que Jeanne sa seconde
fille toit fille de Jeanne de Maligny, et que Jeanne d'Arrablay est
l'hrone de l'histoire du _Mnagier_. J'ajouterai en passant que les
expressions rserves dont se sert notre auteur (_du surplus je me tais
et pour cause_) donnent lieu de craindre pour la mmoire de Jean
d'Andresel que cette plaisanterie n'ait t l'occasion d'une scne
violente, si ce n'est tragique.

Il y a au Cabinet gnalogique une lettre de ce seigneur qui me semble
prsenter tous les caractres d'un autographe. Je crois devoir la donner
ici comme propre  faire connotre avantageusement son ducation et son
style pistolaire. Elle se rapporte  une avance qui lui fut faite le
1er mars 1353-4 par le vicomte de Gisors pour servir  rparer les
fortifications de Vernon. La voici:

Vicomte, cher ami, je vous envoie un mandement du roy de la somme de
cent livres par. que vous me baillastes et dont vous avez mes lettres
soubs mon scel faisans mention desdites cent livres, car le mandement du
roy fait bien mention comment je les ay mises s rparations de la ville
de Vernon et comment vous me rendez ma dicte lettre. Si faictes que en
ce par vous n'ait deffaut et je vous en prie, et se vous voulez chose
que je puisse faire, faites-le moi savoir et je le ferai voulentiers et
de cuer. Nostre Sire vous gart. Escript  Paris le mardi au soir VIIIe
jour d'avril (1354).

J. D'ANDESEL, chambell. le roy.

Sceau: un lion charg d'une bande.

  aTitres originaux du Cabinet gnalogique.--
  bDu Cange au mot _Stella_.--
  cHist. des gr. of. de la Cour. VI, 307-8.--
  dJ. Reg. 86, 219.--
  eJ. Reg. 90, 326.--
  fTrsor de dom Villevieille.--
  gTable des Mm. de la Ch. des comptes.--
  hChr. de S. Denis, CXXXIV.--
  iJ. 158, nos 25 et 26.--
  jGnalogie de Courtenay, in-fol. Pr. 366.--
  kReg. du Parl., conseil et plaid.  la date cite.--
  lDuchesne, Montmorency, Pr. 379, 380.--
  mArrt du 21 juillet 1368, Jugs, XX, 337.


[253] Des ciseaux.

[254] Nager.

[255] Roman dont le premier auteur est l'Indien Sendabad, et qui fut
successivement traduit dans presque toutes les langues. Notre auteur me
parot avoir ajout au texte qu'il avoit lu bien des dtails qui donnent
des notions curieuses sur les usages de son temps. On peut s'en assurer
en comparant ce passage du _Mnagier_  l'endroit correspondant d'une
version franoise du mme ouvrage crite en vers au XIIIe sicle, et
imprime assez incorrectement  Tubingen, 1836, in-8 (V. p. 97). Cette
dition est prcde d'une longue et savante dissertation sur le Roman
des Sept Sages.

[256] Jeune arbre fruitier _ent_, greff.

[257] tre, exister, _stare_, _je laisserai cela_.

[258] Aujourd'hui courte-pointes, couvre-pieds.

[259] Manteau doubl, ou peut-tre aussi manteau _parti_, de draps de
deux couleurs.--En juillet 1401 l'vque de Paris rclamant comme clerc
un prisonnier que le procureur du roi soutenoit tre en habit laque
citoit  l'appui de son dire un arrt qui avoit reconnu comme clerc un
boulanger de Montmorency lequel toit mari et avoit chaperon  cornette
double _de deux divers draps_. (Plaid. criminelles du Parl.) Ces mots
indiquent certainement deux couleurs diffrentes dans les draps du
chaperon, mais il semble qu'ici (outre qu'il n'y a pas le mot _divers_),
dans l'tat o se trouvoit le seigneur rentrant mouill de la chasse, il
est plus naturel de croire qu'il s'agit d'un manteau doubl.

[260] Grande chaise  dossier.

[261] Coussin, _carreau_.

[262] Escabeau.

[263] Var. B. _roe_.

[264] Pitiner, remuer les pattes.

[265] Lessive.

[266] Peut-tre faudroit-il _bagues_, effets, joyaux.

[267] Conseil.

[268] Grande salle  manger, et par extension grand festin, cour
plnire.

[269] Service.

[270] Var. A. _disposer_.

[271] Bas montant trs-haut et s'attachant aux _braies_, sorte de
culotte.

[272] Ici, bonnets de nuit.

[273] Sorte de chemise d'homme. On voit dans un compte de la chambre de
Philippe le Bel, en 1307, _des toiles pour draps_ (de lit) _et
robelinges, c'est chemises_ (sic). Il est dit dans la grande ordonnance
des mtiers de Paris, rendue par le roi Jean en fvrier 1350-1, que la
faon d'une _robe-linge  homme, d'oeuvre commune_, devoit tre paye 8
deniers aux couturiers, celle d'une chemise  femme 4 deniers seulement.
(Collect. Leber, XIX, 38, 316.)

[274] Sorte de culotte ou caleon.

[275] Il est probable qu'au temps o notre auteur crivoit il y avoit
peu de gens assez clairs pour avoir une pareille opinion sur les
sorcelleries.

[276] Morceaux de pain plats, _tartines_, qu'on mettoit au fond des
plats et des assiettes de mtal pour couper la viande sans les rayer.

[277] Peut-tre hriss, frott  rebrousse-poil, _estrusser_ signifiant
frotter.--Var. A et C. _estou_.--Le drap _estru_ ou _estou_ me parot
devoir dsigner en tout cas un drap  longs poils dans lesquels les
puces pouvoient s'embarrasser. Les draps toient d'abord faits  longs
poils et ne devenoient ras qu'aprs avoir pass par les mains des
_tondeurs de draps_. C'toit un mtier important et riche au moyen ge.

[278] Voy. p. 13.

[279] Paille, et je crois aussi feuilles ou herbes qu'on rpandoit dans
l'intrieur des maisons.

[280] Fourrures; nous avons dj vu p. 169 qu'on en mettoit sur les lits
pour servir de couvertures. On portoit aussi beaucoup de vtemens
fourrs.

[281] Petite mouche, _cousin_, moustique. On disoit aussi _cincenaude_.
Var. B. _cincerelles_. Voy. DU CANGE  _Zinzala_.

[282] Ou _cincenaudier_, _moustiquire_, grand rideau, sorte de cloche
d'toffe claire qui enveloppe exactement un lit et empche les cousins
ou moustiques d'approcher. Var. B. _cincenier_.

[283] Petites touffes, _flocons_ de fougre. Var. A. _bloqueaulx de
feuchelle_.

[284] Fils, ficelles. Var. A. _et afilez_.

[285] Franges, _effiloques_.

[286] Le fiel.

[287] Secouez.

[288] Petites baguettes.

[289] Quoique les vitres aient t connues ds le temps de Thodose le
Grand, qui mourut en 395, elles furent bien longtemps rserves pour les
glises et les palais des rois. Elles toient ordinairement charges de
peintures. Les fentres vitres que le duc de Berry fit mettre  son
chteau de Bictre toient d'assez haut prix pour que les Parisiens,
avant de brler ce bel difice, en 1411, aient eu soin de les emporter
_avec les beaux huis_ (peut-tre au reste toit-ce des vitraux
peints.--Juv. des Ursins, in-fol., 230). On voit ici que l'auteur du
_Mnagier_, quoique riche puisqu'il avoit, ainsi que nous le
remarquerons plus tard, un train de maison considrable, n'avoit ses
fentres fermes qu' l'aide de toile ou de parchemin. J'ignore  quelle
poque la fermeture des fentres par le moyen de vitres devint d'usage
commun. Une dissertation sur ce sujet, insre dans _le Mercure de
France_ d'octobre 1738 et rimprime dans la collection Leber (t. XVI,
p. 410), avec notes et addition, ne traite que des vitres des glises et
des palais, et ne dit rien de celles des particuliers. Le verre toit
encore d'un trs-haut prix au XVe sicle. On voit dans un compte de la
reine Marie d'Anjou de l'anne 1454 la mention de deux mains de papier
et _d'huille  l'oindre pour estre plus cler_, achets pour garnir six
chssis de bois que la reine avoit fait placer dans la chambre o logea
le roi de Sicile  Chinon quand il vint l'y voir. (K. reg. 55, fol. 99
et 102, indiqu par M. d'Arcq.) Sauval (III, 417) cite bien un compte du
domaine de Paris pour 1474 o l'on remarque _deux panneaux de verre
blanc neuf pour le comptouer_ de madame de Montglat (femme de Pierre
Bureau, seigneur de Monglat, trsorier de France et concierge de
Beaut), mais c'toit une dpense faite aux frais de l'tat et qui
pouvoit tre assez leve.

[290] Siges sans dossier.

[291] Sur le plancher.

[292] Votre mari.

[293] On leur donne du miel? (dans leur eau?) Je ne sais ce que veut
dire ici _mis au bas_ (ordinairement _rabaiss_). Il parotroit par ce
passage qu'on dferroit les chevaux quand ils revenoient de voyage.

[294] Les maris, souverains (matres) de la maison.

[295] Pnitenciers, ceux qui font pnitence.

[296] Matriser, retenir.

[297] Plaisanterie.

[298] A propos? Var. B. _attrait_.

[299] Premirement.

[300] Un mai  sa porte et de l'herbe verte dans les salles de sa
maison.

[301] Joyeusement. Var. B. _esclatement_. C. _esbaudement_.

[302] Difficult.

[303] Il manque le commencement de la phrase dont le sens devoit tre:
_Elle prit soin de la fille de son mari, puis quand elle fut en ge_,...

[304] L'_Histoire de Mlibe et de Prudence_, crite en latin en 1246,
par Albertan, avocat de Brescia, a t traduite au moins trois fois en
franois. (Voir les _Manuscrits franais_ de M. Paris, t. V, p. 58.) La
traduction donne par l'auteur du _Mnagier_ est celle de frre Renaud
de Louens  qui l'on doit une traduction de Boce crite en 1366. Ce
passage du _Mnagier_  t collationn sur le manuscrit du roi,
7072^{3.3.}, qui donne une bonne leon de _Mlibe et de Prudence_. J'ai
mis entre crochets les passages qui, bien que paroissant devoir faire
partie du texte, sont omis dans les trois manuscrits du _Mnagier_, et
j'ai not au bas des pages quelques variantes importantes.--L'_Histoire
de Mlibe et de Prudence_ a eu un grand succs au moyen ge, et a t
imprime plusieurs fois (voy. le _Manuel du Libraire_, qui l'attribue 
tort  Christine de Pisan, au mot _Mlibe_; elle se retrouve aussi  la
suite du _Jeu des checs moraliss_, Paris, Michel Le Noir, 1505, in-4.

[305] Se contnt.

[306] Var. M. du R. _selon ce que dit Jhsu-Syrac_. Cette sentence est
dans les _Proverbes_, XV, 13, et non dans l'_Ecclsiastique_ ni dans
Snque.

[307] _Ecclesiast._ XXX, 25.

[308] Vers, mites.

[309] Allis.

[310] Soutenir une partie, un parti, contre son adversaire.

[311] Espions.

[312] Ordinairement _sentinelles_.

[313] Var. _escharnirent_.

[314] Le bon conseil (la bonne dcision) manque quand on en a le plus
besoin.

[315] D'abord Rabbi Mose Sphardi, n en 1062,  Huesca en Aragon, se
fit chrtien en 1106. Il a compos la _Discipline de clergie_, publie
par la Socit des Bibliophiles, en 1824, et  Berlin, en 1827, in-4.

[316] Var. A. B. C. _Jhrmias_. Cette sentence est en effet dans
l'Ecclsiastique (XXV, 30), livre de la Bible crit par Jsus fils de
Sirach.

[317] Var. _propos_.

[318] Le M. du Roi ajoute: _ femme que  homme, car il apparut
premier_.

[319] Var. _fumire_.

[320] Var. M. du R. _A l'homme en adjutoire, mais en dommage et en
nuisement_.

[321] Avis, plan, projet.

[322] Var. A. B. C. _Jhrmias_ (c'est l'Ecclsque, XIX, 8).

[323] En parlant  ton conseiller.

[324] Var. _Et de laquelle le prince se desjusne matin_. Le reste de
cette phrase n'est pas dans le manuscrit 7072^{3.3}.

[325] Var. _Lequel conseil je t'ay dit dessus que tu dois eschever et
fuir_.

[326] Var. _Tu l'aies essay_.

[327] _Le sage qui doubte eschive tous maux._

[328] Guivre, vipre. Variante mauvaise des manuscrits A. B. C. mure
(souris).

[329] A force de se dfier des autres leur ont montr  les tromper.

[330] Var. _d'eschaffaulx_.

[331] Gurites, tourelles  mettre des sentinelles.

[332] Frais.

[333] C'est le secrtaire d'tat de Thodoric, m. vers 562.

[334] Combien.

[335] Var. du M. du R.: _de tes ennemis; de la vengence se engendrera
autre vengence, hayne, contens, guerre et dgustemens de tes biens_.

[336] Var. (mauvaise) _David_.

[337] Se retirent, se retiennent.

[338] Ngligeant de faire; en ne faisant pas.

[339] Faire droit, rendre la justice.

[340] Au moyen ge, quand les criminels n'toient pas des gens de la
basse classe, les juges se bornoient le plus souvent  les condamner 
des amendes envers le roi et  des dommages et intrts envers la partie
lse; mais ces amendes et dommages toient souvent trs-levs et de
nature  ruiner ceux  qui on les infligeoit. On voit dans les registres
du Parlement et dans le _Trsor des Chartes_ de frquens exemples de
cette coutume, souvenir des anciennes lois barbares o l'on trouve le
tarif et la taxe de chaque crime suivant la condition du criminel et
celle de la victime.

[341] Var. _ses pchis lui semblent plus pesans, sa peine lui
semble_....

[342] Var. _attrempance_.

[343] Sans doute l'auteur du _Liber de Amore_.

[344] Le pape Innocent III, ou Innocent, moine anglois. L'un des deux
est auteur de la _Moralisatio Scaccarii_, voy. Fabricius, 1754, in-4,
t. IV, p. 34.

[345] Var. _assez lgirement fiert li glaives maintenant l'un, j
tantost l'autre_.

[346] Transigiez, traitiez.

[347] De longtemps.

[348] Cautions.

[349] Cautions.

[350] C'toit aussi l'usage le plus frquent dans la jurisprudence du
Parlement de Paris. On voit constamment dans les registres du Criminel,
des accuss largis sous caution, tantt dans l'enceinte du Palais
seulement, tantt dans celle des bastides (portes) de Paris,  la charge
de se reprsenter  une poque fixe, quelquefois en personne et
quelquefois par procureur.

[351] Irritation.

[352] Difficilement.

[353] Voy. ci-devant, p. 99.

[354] Provision en gnral. Voy. Du Cange aux mots _Garnire_,
_Garnisio_. L'ordonnance de l'htel du roi, faite au Louvre en janvier
1386-7, dfend que personne ne demande aucune chose _sur les garnisons
faites pour la dpense de l'hostel, soit bls, avenes, foing, busche_,
Taillevent (c'est Guill. Tirel, auteur du _Viandier_, et alors cuyer de
cuisine du roi) est charg par la mme ordonnance de _gouverner les
garnisons_ (Den. Godefroy, H. de Ch., VI, 712, 715). La reine avoit
aussi un matre de ses garnisons. Bastin de Breban, revtu de cet office
en 1371, toit alors poursuivi pour avoir pris, au nom de la reine (en
vertu du droit de prise), des vins qu'il avoit pays  vil prix et
vendus dans sa taverne  son profit (Plaid. civiles du Parlement, 4
dcembre 1371).

[355] Rouet  filer.

[356] D'une bonne famille.

[357] Ce passage, joint  ceux des pages 160 et 169, nous fait bien
connotre la manire dont on toit couch au XIVe sicle.

[358] Souliers.

[359] L'histoire de Jeanne la Quentine a t reproduite dans les
Nouvelles de la reine de Navarre qui l'attribue  une bourgeoise de
Tours (38e Nouvelle ou 8e de la 4e journe). Mais l'auteur du _Mnagier_
donnant les noms et disant qu'il la tenoit de son pre, on ne peut
douter qu'elle ne soit en effet arrive  Paris. La reine de Navarre a
pu entendre raconter cette histoire  quelqu'un qui l'avoit lue dans le
_Mnagier_, et en placer la scne  Tours. Elle a donn galement
(Nouvelle 37e), en l'attribuant  une dame de Laval-Lou, et avec
quelques variantes, un exemple analogue d'indulgence conjugale rapport
par le chevalier de La Tour comme positivement arriv  la dame de
L'Anguillier sa tante. Le chevalier de La Tour raconte (chap. XVII) que
son oncle toit  merveilles luxurieux, tant qu'il en avoit tousjours
une ou deux  son hostel, et bien souvent se levoit de delez sa femme et
aloit  ses foles femmes; et quant il venoit de folie, il trouvoit la
chandelle allume, et l'eaue et le touaillon  laver ses mains: et elle
lui prioit qu'il lavast ses mains; et il disoit qu'il venoit des
chambres.--Et pour tant Monseigneur que vous venez des chambres,
avez-vous plus grant besoin de vous laver. C'est autant d'humilit que
la bourgeoise, mais avec une dlicatesse qui sent dj la femme de
qualit.

J'avois espr trouver le nom et par suite la profession de _Thomas
Quentin_ dans le _Livre de la Taille_ en 1313 (Paris, 1827, in-8), car
le pre de l'auteur du _Mnagier_ et Thomas Quentin qu'il connoissoit,
ont pu vivre ds cette poque, mais son nom n'y figure pas. Je l'ai
aussi cherch inutilement dans les comptes de la prvt de Paris donns
par Sauval et dans le recueil manuscrit des _pitaphes de Paris_.

[360] Vous ne pouvez en cela tre remplace par personne.

[361] Copeau, morceau.

[362] Sparer du reste.

[363] Var. Bryant.--C'est  l'auteur du _Mnagier_ que nous devons de
connotre la profession de J. Bruyant, qui n'est indique dans aucun des
deux manuscrits de son pome qui sont  la Bibliothque du Roi. Cette
dition du _Chemin de Povret_, outre qu'elle a t collationne sur les
trois manuscrits du _Mnagier_, a t revue sur le manuscrit du Roi, n
7201 (dcrit T. VI, p. 240, des Manuscrits franois de M. Paris), qui a
donn souvent d'utiles variantes. Il rsulte de l'explicit du second
manuscrit (S.-Victor, 275), cit par M. Paris, et que je n'ai pas pu
voir, que ce pome a t crit en 1342.

En 1500 le clbre Pierre Gringore donna sous le titre de _Chasteau de
Labour_ une imitation _paraphrase_, mais une imitation trs-positive de
ce pome. C'est le mme plan, ce sont les mmes personnages allgoriques
et souvent les mmes dtails. Le _Chasteau de Labour_ vaut sans doute
beaucoup mieux que le _Chemin de Povret_, mais il est fcheux que
Gringore se soit appropri l'ide de Jean Bruyant sans faire part  ses
lecteurs de l'obligation qu'il avoit au pote de XIVe sicle.

[364] Se garnir, assurer sa subsistance.

[365] Garantir.

[366] Fortune.

[367] Fries, jours de fte.

[368] Mauvais heur, malheur.

[369] Se montra.

[370] Reprirent, de r'avoir.

[371] Tira.

[372] Poussa.

[373] S'attacha? Var. 7201, _destroua_.

[374] Vite.

[375] Gris de fer. Plus ordinairement employ pour dsigner la robe d'un
cheval.

[376] Sorcire.

[377] Poitrine.

[378] manier, ptrir?

[379] Tourmenter.

[380] Bche.

[381] Rjouit.

[382] Sentive, du sens, maladie morale?

[383] Diablerie.

[384] A aucun prix, d'aucune manire.

[385] Attrist, mu.

[386] Qui doit tre pendu ne sera pas noy, il faut subir son sort.

[387] Aller, marcher.

[388] Faire mal, agir sottement.--Les richesses sont inutiles quand on
les a seulement en sa vieillesse et qu'on n'en peut plus jouir.

[389] Mauvaise, infme.

[390] Supporter.

[391] Secou, remu.

[392] Profit.

[393] En en recevant une rcompense sur laquelle nul ne peut rien fonder
de solide.

[394] Domination.

[395] Chiens mtins.

[396] A ton aide. Ce vers ne rime pas avec le prcdent  moins qu'on ne
prononce _ay_.

[397] Moiti, de son ct.

[398] Capitaine.

[399] Cours.

[400] Il manque ici dans les manuscrits un vers qui cependant n'est pas
ncessaire  l'intelligence de la phrase.

[401] Tolrance.

[402] Fermet.

[403] Retenue.

[404] Murmure.

[405] Mauvais vers mis l pour la rime, et dont le sens est _et de
soi-mme ne se modre_.

[406] Mot auquel je ne connois pas de sens. Les manuscrits A, B, C,
portent _ma seur mesure_, ce qui est un contre-sens; le sens exige
_male_, mauvaise.

[407] Les manuscrits A, B, C, portent _brouet_ (sauce). On trouve dans
Roquefort, _brouvette_, tombereau dans lequel toient conduits les
criminels au supplice.

[408] De bon nid, de bonne race, dont on a fait un seul mot,
_dbonnaire_. Voir Henry Estienne, _Prcellence du langage franois_, p.
93.

[409] Fin, rus.

[410] Var. B, _en sa fiance est Couardie_.

[411] Maltrait.

[412] Pourtant.

[413] nervs; on disoit plus souvent _aftardis_.

[414] Relev.

[415] Subtilit.

[416] Suit.

[417] Il fait faire mains maux.

[418] L'ducation.

[419] Affam comme un loup.

[420] Parot.

[421] Enchrissement sur la mdisance.

[422] Libertinage.

[423] Se rebuter.

[424] Horreur.

[425] Gros trait d'arbalte.

[426] Passage, position.

[427] Var. 7201, _deuvier_ (dvier, prir?). En laissant _deviner_ il
semble qu'on peut entendre ces deux vers ainsi: Regard qui fait rver
les amoureux insenss et dans lequel ils croient follement lire les
sentiments qu'ils inspirent.

[428] Plat.

[429] Matin.

[430] Vraiment.

[431] C'est la raison qui parle et qui appelle la mesure, la modration,
sa soeur.

[432] Rgle.

[433] Var. B, _dfeuille_.

[434] Var. B, C, _plus attrait_.

[435] En poursuivant, dans la suite.

[436] Escrime.

[437] Bouclier.

[438] Je crois que ce vers doit tre crit ainsi: _En qui veut  parler
emprendre_.

[439] Son.

[440] Fleur de la farine.

[441] Ce _qui_ se rapporte  _l'adresse_. Les vers entre crochets ne
sont que dans 7201.

[442] Var. A, B, C, _par_.

[443] Demeurer.

[444] S'y soustraire.

[445] Branche d'arbre tordue avec laquelle on lie les fagots.

[446] Laques.

[447] Dfait, en dsordre. Var. 7201, _descarr_ (drang?) et
_encarr_, au vers suivant.

[448] Bourbiers.

[449] Dedans.

[450] Peut-tre.

[451] Acte nuisible.

[452] C'est la raison qui parle.

[453] Se rapporte  _maintient_ au vers prcdent. _Il ment celui qui
maintient que destine, etc._

[454] Dtourn.

[455] Dconfit.

[456] Accroupi, retir.

[457] Conduit.

[458] Var. 7201, _clrement et apparcevoir_.

[459] Les pans de ta robe.

[460] Coupe en deux, diffrente. Var B. et 7201, _impartie_.

[461] Excite.

[462] Prcipits.

[463] Mats, lasss.

[464] Naturels, nafs.

[465] En toute situation.

[466] Critiquer.

[467] Trouves.

[468] Le Mes 7201 ajoute:

    La fait crainte  lui obir:
    Tu le pues clrement vir.


[469] Moiti, portion.

[470] Mrite son affection.

[471] Fiel.

[472] Aille, quoi qu'il en soit.

[473] Tromperie.

[474] Blme.

[475] Reproche.

[476] Difficultueux.

[477] De mme, tu ne dois pas tre difficile.

[478] Si tu penses bien  ce qu'elle t'a dit.

[479] Intelligence, comprhension.

[480] Tromperie.

[481] Chicane.

[482] Droit, puissance.

[483] En arrire: de rester.

[484] Spcial, dvou.

[485] Sans dpenser ton avoir qu'il faut tenir serr.

[486] Autant que tu le pourras.

[487] Joyeux.

[488] Tromper.

[489] Satisfaire.

[490] Prendre  crdit.

[491] Compte mal ( ton avantage).

[492] Assigner.

[493] Convenablement.

[494] Agrable.

[495] Tromperie.

[496] Observateur.

[497] Mot dont j'ignore le sens ici.

[498] Caresser.

[499] Amasse.

[500] Var. B. _je ment_.

[501] tablir.

[502] Moquerie.

[503] Cacher.

[504] Il me parot impossible d'entendre par ces mots,
trs-distinctement crits dans tous les manuscrits, _ceux qui habillent
les rois_. Je crois que _rois_ doit dsigner ici quelque toffe
grossire. L'auteur ne termine d'ailleurs que trs-rarement deux vers de
suite par le mme mot pris dans la mme acception.

[505] Exciter, pousser.

[506] Parvenir.

[507] Prendre. (Cela n'est utile qu' ceux dont la robe est dchire,
qui n'ont pas de quoi se vtir?)

[508] C'est le titre de l'ouvrage de Gringore; voy. la note 1,  2, page
4.

[509] C'est le commencement qui dcide de tout l'oeuvre. Voir sur ce
trs-ancien proverbe, _Livre des proverbes franais_ de M. Le Roux de
Lincy, II, 148.

[510] Vers omis dans 7201 qui ajoute aprs le suivant: _Et, ne
finast-il, dtonner_.

[511] Dsireux.

[512] Expression usite jusqu'au XVIIe sicle et dont il est bien
difficile de dterminer le sens prcis. Si on adopte l'opinion de Nicod,
ce mot reprsente quelquefois le [grec: mn] et d'autres fois le
[grec: men] des Grecs; dans le second cas, ce passage signifieroit:
_Il n'a certes pas_ (ce dfaut).

[513] Var. 7201.

    Lors regarday moult voulontiers
    De ces ouvriers la contenance.


[514] C'toit du gros pain qu'on apportoit de Corbeil  Paris, le plus
ordinairement par la Seine. Voy. Le Grand d'Aussy, I, 105. Nous verrons
dans le _Viandier_ qu'on s'en servoit pour faire des _tranchouers_.

[515] De l'eau.

[516] Petit pain fait pour une seule personne. Voy. Le Grand d'Aussy, I,
116.

[517] Var. B. _de Bourgongne et Angevin_.

[518] Voir sur ce vin d'Auvergne si estim au moyen ge, Le Grand
d'Aussy, III, 5.

[519] En passant.

[520] Var. 7201:

    Ne qu'il pourroit sans autre vivre.


[521] Briquet; _esca_, _esche_ signifiant l'amadou ou au moins une
matire inflammable aux tincelles provenant du briquet.

[522] De la lune.

[523] Var. A. _Perrecin_.

[524] Mettre de la terre par-dessus.

[525] Cost, _costus_.

[526] autrement _orvale_; _sclarea, horminum magnum_.

[527] Panais? Var. B. _Pavot_.

[528] C'est ce qu'on appelle _faire blanchir_ les pinards, les faire
bouillir et changer l'eau.

[529] Joubarbe.

[530] Resserrer.

[531] Var. B. _Violiers_.

[532] La _Violette de caresme_ doit tre la violette dite de _Mars_ dans
la _Maison rustique_, etc., et dans le singulier livre intitul le
_Quadragsimal spirituel_, ch. VIII. C'est la violette commune. Quant 
celle d'Armnie, je ne la vois cite que dans le _Mnagier_. Ce pourroit
tre la violette de Parme.

[533] Basilic.

[534] Seme l'anne prcdente.

[535] Il y a de l'art  la cueillir.

[536] Il ne monte pas.

[537] C'est le fameux Bureau de La Rivire, favori de Charles V, mort le
16 aot 1400, et enterr dans l'abbaye de Saint-Denis. La laitue
d'Avignon me parot tre sans doute la mme que notre Romaine, seule
espce de laitue  graine blanche qu'on connt encore au XVIe sicle
(voy. _Maison rustique_, 1570, ch. XIV). C'est donc  Bureau de La
Rivire que nous devons cette salade devenue d'un usage si commun.
Bureau de La Rivire a d aller plusieurs fois  Avignon; mais il y
passa notamment en mai 1389 avec Jeanne, comtesse de Boulogne et
d'Auvergne, qu'il avoit t demander en mariage pour le duc de Berry 
Gaston Phbus, comte de Foix, son tuteur. Cette princesse qui l'avoit
prise en amiti, lui sauva la vie en 1392, quand ce grand homme faillit
tre sacrifi aux haines des oncles du roi. (Voir Froissart  l'anne
1392.) Est-ce donc ce voyage de 1389 qui nous a valu la Romaine?

[538] C'est quatre pouces. La perche (mesure de longueur) des environs
de Paris toit de 18 pieds et le _dour_ ou quatre pouces. Je sais bien
que Nicod donne au dour quatre doigts, ou la longueur d'un poing serr,
ou enfin le _quart_ du pied-de-Roi, et le fait venir du grec [grec:
dron], et que Du Cange l'value aussi  _trois pouces_, mais la
valeur de _quatre pouces_ est constamment attribue au dour dans tous
les anciens terriers des environs de Paris. Cette circonstance me semble
devoir fixer la longueur du dour  quatre pouces. J'ajouterai que ce
passage du _Mnagier_ me parot confirmer cette valuation, puisqu'il
est plus naturel que l'auteur fasse varier la profondeur de la
plantation de quatre  six pouces que de trois  six, ce qui
constitueroit une diffrence de moiti.

[539] Ou un morceau de drap (au lieu du ftu de paille) afin que l'eau
en dcoule goutte  goutte sur le pied de la plante.

[540] _Arroches_, plante potagre appele aussi _Follete_ ou
_Bonne-Dame_.

[541] Aussi.

[542] Du temps de Pques ( manger  Pques).

[543] Couper les poires montes  graine.

[544] La Notre-Dame de septembre?

[545] Var. B. _Dour_.

[546] De la lune.

[547] L'Annonciation, 25 mars.

[548] De la grosseur.

[549] Il semble qu'il faudroit _et_.

[550] A. et C. ajoutent: _qu'elle soit si fort serre_.

[551] Nos anctres faisoient une grande consommation de roses et
d'autres fleurs en gnral. Nous verrons tout  l'heure dans les menus
de grands repas, l'acquisition de chapeaux ou couronnes de fleurs pour
les convives. On voit dans les comptes du duc d'Anjou pour 1379, un don
de dix francs fait par mandement de ce prince, en date du 8 juin, _
Yolent, jadis femme de feu Gillet Le Pelletier, en rcompensation de ce
que depuis que Monseigneur estoit venus en la ville de Paris_ (c'toit
en mai seulement) _elle l'avoit trs-bien servi de roses et de flours_
(K. 52, 3, fol. 93 v et 101). L'auteur des _Rues et glises de Paris_,
qui crivoit tout au commencement du XVIe sicle, estimoit  quinze
mille cus la dpense annuelle qui se faisoit  Paris, en chapeau de
fleurs, bouquets et may verds tant pour noces que confrairies, baptmes,
images des glises, audiences de Parlement.... le Trsor, Chastelet et
aussi pour festins et banquets qui se font en l'Universit en faisant
les gradus et autrement.

[552] Ce doit tre, sans aucun doute, une pice de feutre ou un coussin
bourr, que les porte-faix mettoient sur leur tte ou sur leur paule
afin que les fardeaux ne les blessassent pas. On disoit aussi _la
feutreure_. Voy. Du Cange  _Feutrum_, o ce mot ne semble pas bien
expliqu.--Il me parot de mme que dans les exemples cits dans Du
Cange au mot _Feltrum_, _afeutrement_ signifie le coussin garnissant la
selle, et qu'un cheval _dsafeutr_, signifie un cheval priv de sa
selle plutt que de housse et de couverture. Il est parl d'un _porteur
d'afeutrure_ dans le mariage des quatre fils Aymon, t. I, pag. 369 des
_Mystres du XVe sicle_, de M. Jubinal.

[553] Matre-d'htel ou intendant: _Dispensator_; de l les Spencer en
Angleterre. Froissart appelle toujours Hugues Spencer, _Hue le
Despensier_.

[554] Moqueurs.

[555] Les trois manuscrits ajoutent ici la phrase suivante qui parot
singulirement place en cet endroit: _Et nota que qui veult faire
chandelle de suif, il est neccessaire de trs bien faire scher son
lumignon au feu_.

[556] On trouve dans la grande ordonnance rendue par le roi Jean, en
fvrier 1350-1, pour remdier  l'augmentation de prix de toutes choses
et surtout de la main-d'oeuvre, produite par la peste de 1348 et la
disette, le montant des salaires exigibles par quelques domestiques. On
y voit que les chambrires des bourgeois de Paris gagnoient 30 sols par
an et leurs chaussures; un vacher gardant trente vaches, 50 sols; les
meilleurs chartiers sept livres; les soyeurs (scieurs, moissonneurs) de
grain, 2 sols 1/2 par jour. Les laboureurs ne pouvoient prendre que 24
s. pour la faon d'un arpent  4 labours, et les faucheurs de prs que 4
s. par arpent, etc. (Le marc d'argent valoit alors 6 fr.: aujourd'hui 52
fr.)

[557] Sorte d'ordre ou association religieuse, tenant le milieu entre la
vie laque et la vie monastique (voy. _OEuvres de Rutebeuf_, t. I, pag.
160). Nous verrons plus loin (p. 61) que cette dame Agns la bguine,
quoique sous les ordres de la jeune femme de l'auteur, toit cependant
pour elle une sorte de dugne ou gouvernante. Il rsulte de cet article
que l'auteur du _Mnagier_ avoit un grand nombre de domestiques.

[558] Livre de dpense.

[559] Ses rpondans. Il y avoit ds lors et sans doute antrieurement
des _recommanderesses_ ou femmes tenant des espces _de bureaux de
placemens_. L'ordonnance de 1351, dj cite p. 56, leur assigne 18
deniers pour leur salaire d'avoir plac une chambrire, et 2 sols pour
une nourrice, _ prendre tant d'une partie comme d'autre_, et leur
dfend, _sous peine de pilori_, de louer ou recommander la mme
chambrire ou nourrice plus d'une fois dans la mme anne.

[560] Se quereller.

[561] L'auteur, se sert, en cet endroit, d'expressions qu'il toit
difficile de reproduire, et manque lui-mme au prcepte qu'il vient de
donner  sa femme quelques lignes plus haut. Nanmoins la dlicatesse
qu'il tmoigne ici, _au moins en intention_, est remarquable pour son
poque. On toit alors si peu scrupuleux que ces expressions toient
employes pour dsigner certains mets de figure fort inconvenante. Voy.
Legrand d'Aussy, t. II, pages 304, 305.

[562] La gentille, la galante. Voir au ch. CXXII du chevalier de La
Tour, la curieuse histoire d'une association amoureuse dite des Galois
et Galoises.

    Par ce point-l je n'entends, quant  moi,
    Tours ni porteaux, mais gentilles Galoises.
          LA FONTAINE, _les Rmois_.


[563] Tabourets de toute la longueur des bancs. Les banquiers et les
formiers toient des housses places sur les bancs et les formes
(escabelles). Un _banquier _ (orn de figures d') _oiseaux_ est cit
dans l'Inventaire de R. Picque, archevque de Reims (1389) au ch. des
_couvertoirs et tapis_. On voit dans la planche pag. 9 du t. I, l'auteur
et sa femme assis sur un _banc_ recouvert d'un _banquier_; ils
s'appuient sur des _coustes_ ou _oreillers_, et la femme a les pieds sur
un _marchepi_ qui parot  la droite de l'homme.

[564] On verra dans les comptes d'Isabeau de Bavire pour les annes
1408 et 1409 (Archiv. du Roy. K., 268), dont notre collgue M. de Lincy
donnera de longs et trs-curieux extraits dans son appendice de la
premire partie des _Femmes clbres de l'ancienne France_, actuellement
sous presse, que cette princesse dpensoit des sommes considrables en
_btes de chambre_, mais des gens de condition plus modeste mettoient
aussi un assez haut prix  de certains oiseaux. En 1406, Augustin
Isebarre, changeur de Paris, accus d'avoir eu des acointances avec un
certain Sansonet marchand d'oiseaux qui avoit, avec d'autres, vol pour
4,000 liv. de vaisselle et joyaux dans le _retrait_ (cabinet) de la
reine, disoit qu'il l'avoit connu parce qu'_un sien varlet lui dit que
Sansonet avoit une trs bonne linotte, et l'acheta 40 sols_. (La valeur
de 2 ou 3 septiers de bl.) Nous verrons plus loin ( la fin du
_Viandier_) l'auteur parler encore d'oiseaux, et notamment de ceux
d'Hugues Aubriot.

[565] _Recipe._

[566] Voir l'art. V de cette distinction au chapitre des _Menues
choses_.

[567] Graisse. Var. A. _Sang_.

[568] Mettre une bte morte l o il mettra ensuite son poison.

[569] Mettre  l'air, scher.

[570] Provisions en gnral, voy. t. I, pag. 237.

[571] Aisselles, petits ais, petites planches.

[572] Aconit, en espagnol _rejagar_. (NICOT.)

[573] L'auteur a voulu parler ici de l'_ponge_, car je ne vois pas que
ce qu'il dit de l'_espurge_ puisse convenir en rien  l'herbe qui porte
ce nom (_Cataputia._--Voy. Nicot et le _Grant herbier en franois_).
Plus loin il emploie encore le mot _espurge_ videmment pour dsigner
l'ponge.

[574] La plus grande partie de la poussire.

[575] Var. C. _vergettes_.

[576] Sans doute _terre  foulons_, argile dont on se sert encore
quelquefois pour enlever les taches de graisse, surtout sur le bois.

[577] De couleur bleue.

[578] Ces mots qui se trouvent dans les trois manuscrits me paroissent
tre une observation critique, un doute de l'auteur sur une recette
qu'il transcrivoit. Nous trouverons encore de semblables remarques dans
le cinquime article de cette distinction.

[579] Le vtement (auquel est joint la fourrure). On appelloit souvent
_robe_ un habit complet, et _garnement_ chaque vtement composant la
_robe_; ainsi, dans ce cas, le surcot, le corset, la cotte, le manteau
toient dits _garnemens_. Voir la collection Le Ber, XIX, 156, 374, 383,
etc.

[580] Fleur de farine: nous verrons souvent dans le _Viandier_ le mot
fleur employ seul dans ce sens.

[581] Supplez _tant qu'elle revienne_.

[582] Gros tonneau qui contenoit,  la mesure de Paris, 54 setiers de 8
pintes (la pinte 2 livres pesant d'eau, un peu plus qu'une bouteille
ordinaire, 93 centilitres) ou 391 litres 76.

[583] Nom parisien du raisin noir. Voir le Dict. de Nicot.--Var. B.
_mourillons_.

[584] Var. A. _la sente_.

[585] _Sileos_ ou _siler montanum_ dans le _Grant herbier_.

[586] _Cardamomon_, employ souvent dans le _Viandier_.

[587] Var. B. _d'un_. Percer d'un greffoir ou d'un petit bton aiguis?

[588] Vide.

[589] Le setier contenoit 8 pintes.

[590] Coussinet, empltre.--Les blancs frapps sous le rgne de Charles
VI, avoient 11  12 lignes de diamtre.

[591] La quarte ou pot contenoit deux pintes.

[592] Rez-de-chausse.

[593] Outre le temps convenable: trop longtemps.

[594] S'accouder.

[595] Coudes.

[596] S'en voise, s'en aille, fuie.

[597] Avec un large pied.

[598] Instruire.

[599] En jetant leur chemise dessus? On sait que nos pres couchoient
sans aucun vtement.

[600] Supplez: _et pendant que_.

[601] En tat d'empchement.

[602] Il y en a dix-huit. Ces conditions du bon cheval ont t souvent
imprimes au XVIe sicle.

[603] Les hanches. On appeloit en termes de vnerie un chien bien harp
celui qui avoit les hanches larges et grosses. Voy. Salnove.

[604] Ou _coite_, de _quies_? S'il se tient bien en repos?

[605] Fumier, litire.

[606] Je n'ai pu trouver la signification de ce mot.

[607] Uni.

[608] Qu'il n'ait ni courbes ni fuses.

[609] S'il a des durillons?

[610] Il semble que ce doit tre garrot.

[611] Voir ci-aprs, p. 75, note 1.

[612] De l'autre ct.

[613] Le paturon.

[614] Var. A. _subaudeure_, enflure?

[615] Les manuscrits A et B, rptent ici textuellement ce qui prcde
depuis _tu dois aller au cost_ jusqu' _Fourme sur couronnelle_; il n'y
a de plus ici que les mots _malandre est_, etc., placs, p. 74, entre
crochets.

[616] Var. A. _stources_.

[617] Sortir.

[618] Grappe.

[619] A la mme hauteur.

[620] Marchand.

[621] Assur.

[622] Son.

[623] Pour vendre chrement. Var. B. _prouvende_, ration.

[624] Phrase obscure qui me parot signifier que le remde des malandres
sert aussi pour l'enflure des jambes de derrire.

[625] Sorte de rsine.

[626] Blancs d'oeufs.

[627] Tamis.

[628] Var. A. _du seing de sain_. J'ignore ce que peut signifier ici le
mot _saing_.

[629] Tuyau, chalumeau.

[630] Avives, glandes derrire la mchoire.

[631] Cacher?

[632] La valeur de deux setiers de bl environ, donne au marchal pour
le traitement assez compliqu de cette maladie.

Les manuscrits donnent ensuite un Trait de l'pervier que l'auteur
avoit annonc devoir faire le 2e article de la 3e distinction. J'ai
pens devoir rtablir la division indique par l'auteur et suivie
jusqu'ici par lui, et j'ai renvoy  la fin du livre le Trait de la
chasse  l'pervier.

[633] Le Ms. C porte avant ces mots, _Cy commence le Viandier_. C'est
pourquoi j'ai renvoy au _Viandier_ dans diverses notes de cet ouvrage.

[634] On appeloit ainsi l'espace plac entre les rues Saint-Denis,
Pierre--Poisson et la Grande-Boucherie, devant laquelle il se
prolongeoit jusqu' la rue Pied-de-Boeuf. (Voir Corrozet, d. 1543, le
Plan de Turgot, etc.) Cet espace est aujourd'hui compris dans la place
du Chtelet. Mais l'auteur dsigne ici sous ce nom, la grande boucherie
de la Porte-Paris, connue sous le seul titre de _Grande-Boucherie_, sur
l'emplacement de laquelle la grande maison de la place du Chtelet qui
fait face au pont au Change, me semble avoir t construite.

On peut voir dans du Breuil (d. 1612, p. 1053), mais mieux dans Sauval
(I, 623), les _Varits historiques_ (I, 170), et surtout dans le
_Trait de la Police_ de Lamarre, des dtails sur l'origine de cet
tablissement dont l'existence signale ds le commencement du XIIe
sicle remontoit peut-tre aux-temps de la domination Romaine. La
proprit des taux de cette boucherie, au nombre de trente-deux au XVe
sicle, et plus tard de vingt-neuf, et le droit d'tre reu matre
boucher ( sept ans et un jour), appartenoient exclusivement aux
rejetons mles d'un petit nombre de familles. A leur joyeux avnement
seulement les rois de France pouvoient faire un nouveau matre boucher
comme ils faisoient au reste un nouveau matre de chaque profession.
(C'est ainsi qu'en 1436, Oudin de Ladehors tige d'une de ces familles
dont il est parl ci-dessus, parvint  la matrise par cession de
Guillaume Lefvre dit _Verjus_ queux du roi Charles VII, que ce prince
avoit cr matre boucher  son joyeux avnement et confirm  son
entre dans Paris). Mais plus tard ce droit parot tre tomb en
dsutude, s'il ne fut pas rachet par les bouchers.

Depuis 1358 au moins, la grande boucherie toit le sige d'une
importante juridiction devant laquelle les bouchers pouvoient voquer
toutes leurs causes, et dont les appels se relevoient devant le
parlement. Cette juridiction se composoit: 1 d'un _maire_ ordinairement
membre du Chtelet (avocat du roi, conseiller ou avocat au Chtelet),
qui me semble avoir d tre nomm par le roi ou le prvt de Paris
encore en 1430, car dans le registre de la boucherie pour cette anne,
son nom est plac avant celui du _matre_, ce qui n'auroit pas eu lieu,
je crois, s'il n'et tenu ses pouvoirs que de la communaut. En 1461, il
toit lu par le _matre_ en prsence, et je pense par les suffrages des
quatre jurs, du procureur et du receveur de la communaut, de deux
corcheurs jurs et des matres bouchers; 2 _d'un matre de la grande
boucherie_ (un des bouchers les plus riches) nomm  vie par douze
lecteurs dsigns eux-mmes par tous les matres bouchers. Le maire, et
le matre ne sigeoient pas ordinairement tous les deux  la fois, et il
n'est pas facile de dfinir les diffrences existant entre leurs
attributions. La puissance du maire me semble au reste avoir t
successivement restreinte; ainsi, tandis qu'en 1431 il dsigne le
_matre_ pour _tenir ses plais_, ce qui semble placer le pouvoir
judiciaire dans la personne du _maire_, on voit la communaut dcider,
en 1470, que _le matre sera nomm et intitul aux lettres et actes qui
se feront en la justice de la boucherie, except quand on besognera
contre le matre, sera nomm et intitul le maire_ (les actes et
jugemens seront rendus en son nom); 3 d'un procureur (au Chtelet); 4
d'un tabellion qui toit aussi ordinairement procureur au Chtelet. Les
quatre jurs nomms annuellement, le vendredi d'aprs la Saint-Jacques
(25 juillet), par quatre lecteurs dsigns par la communaut,
remplissoient l'office de ministre public devant ce tribunal, et
pouvoient provisoirement et par eux-mmes saisir des viandes suspectes,
et comme aussi le _maire_ et le _matre_, envoyer prventivement en
prison les malfaiteurs. Cette juridiction avoit le plus souvent  juger
les violences des garons bouchers, des malversations commerciales, des
rclamations de dettes contractes par des bouchers, etc. La boucherie
avoit en outre un _conseil de parlement_ et un _conseil de Chtelet_;
c'toient deux membres de ces juridictions chargs des intrts de la
communaut et rtribus par elle.--La mairie de la grande boucherie dura
jusqu'en 1673, que Louis XIV la runit au Chtelet.

Les rejetons mles des familles propritaires de cet tablissement
toient tenus d'exercer par eux-mmes ou au moins _de leurs deniers_ la
profession de leurs pres. On voit dans Lamarre (t. II, p. 560), qu'au
XVIe sicle, beaucoup de descendans de ces anciennes familles occupoient
des positions assez leves, et avoient abandonn le commerce de la
boucherie; mais il ne faut pas croire qu'aux XIVe et XVe sicle ces
riches bouchers s'occupassent par eux-mmes des _dtails_ de leur
profession. Beaucoup avoient pour tailler et vendre leurs chairs, des
valets rpondans du produit de la vente, et se bornoient  les
surveiller et  traiter en grand et par des facteurs le commerce des
bestiaux destins  l'approvisionnement de Paris.

Un arrt rendu en 1383 (7 mars) pour Jehan Le Pontonnier et Louis
Thibert hritiers,  cause de leurs femmes, de Guillaume de Saint-Yon,
contre la veuve de ce dernier, tablit d'une manire aussi curieuse que
certaine, l'tendue et la nature des richesses trs-diverses que
possdoit ce boucher, le plus riche de la Porte-Paris, et la nature de
ses occupations commerciales. Il est dit qu'il toit propritaire de
trois taux: qu'_il y faisoit vendre_ chaque semaine des viandes pour
200 livres parisis, sur quoi il bnficioit de 20 ou 30 livres; il avoit
une rente de 600 livres, quatre maisons de campagne prs Paris, bien
fournies de meubles et d'instrumens aratoires: de grandes coupes, des
hanaps, des aiguires, des tasses d'argent de grand prix, des coupes de
madre avec des pieds d'argent d'une valeur de 100 fr. et plus; sa femme
avoit pour plus de 1 000 fr. de joyaux, ceintures, bourses, pingliers;
des robes longues et courtes bien fourres, 3 manteaux fourrs de gris:
de trs-beau linge. Il possdoit en outre 300 cuirs de boeuf valant bien
24 s. la pice, 800 mesures de graisse valant 3 s. et demi, et 800
moutons de 10 s.; 5 ou 600 florins d'argent comptant. On valuoit ses
biens meubles  12 000 florins. Son sceau toit d'argent; il avoit donn
2 000 florins de dot  ses deux nices, et avoit dpens 3 000 florins 
rebtir sa maison de Paris (Jugs, XXX, 198 v). Aprs cette numration
de richesses normes pour le temps, peut-on s'tonner de l'influence si
puissante de ces matres bouchers, signale dans tous les historiens du
XVe sicle?

La famille de ce Guillaume de Saint-Yon, que Du Breuil et l'abb Lebeuf
ont cru, mais sans preuve, tre issue de celle des anciens seigneurs de
Saint-Yon prs Montlhry (Lebeuf, X, 260), toit la plus puissante de la
grande boucherie. Elle y exeroit, comme aussi celle Thibert, la
profession de boucher au moins ds 1260 (Reg. de la Boucherie). Au XVIIe
sicle, ces deux familles restes seules des vingt existantes en 1260,
toient avec celles de Ladehors et Dauvergne, en possession exclusive
des vingt-neuf taux de la grande boucherie; elles furent rduites 
trois en 1660, par l'extinction des Dauvergne. Plusieurs de leurs
membres toient sans doute sortis du commerce de la boucherie pour
occuper des emplois plus importans, et toient seulement propritaires
d'taux qu'ils louoient, mais d'autres toient rests dans ce commerce,
et c'est assurment  un descendant de l'ancienne famille Thibert qu'il
faut attribuer l'histoire singulire du boucher de ce nom chez le
chevalier de Bragelongne, vers 1680. Sandras de Courtilz rapporte dans
les _entretiens de Colbert avec Bouin_ (Bauyn, I, 67), que ce boucher,
qui toit gros joueur, couroit chez le chevalier ds qu'il avoit vendu
sa viande, et l, avec son tablier et sa camisole rouge, jouoit 3 ou 400
pistoles  la fois. Le duc de Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, mort en
1683), qui connoissoit cependant Thibert, voulant un jour le plaisanter
sur sa mise, s'cria: _Masse  la camisole rouge!_ en mettant une
poigne de louis sur la table. Le boucher, sans s'mouvoir, accepta le
dfi en rpondant aussitt: _Top et tingue au cordon bleu!_ et ayant eu
les ds et les rieurs pour lui, releva gaiement l'argent du duc.

(J'ai consult pour cette note les 106 premires pages, annes 1430 
1483, de l'extrait du registre de la grande boucherie, n 290 du Cabinet
gnalogique, dont mon ami M. de Lincy m'a signal l'existence.)

[635] Var. C. _seize_.

[636] Cette boucherie, situe sur la Montagne Sainte-Genevive, existoit
au moins ds 1245, selon Sauval. Elle avoit t fonde par une
migration des bouchers de Saint-Marcel.--Suivant une plaidoirie du 30
avril 1377 (Flibien, t. IV, p. 532), ces deux boucheries, que l'auteur
du _Mnagier_ a peut-tre confondues  dessein  cause de leur
communaut d'origine, existoient de toute antiquit; elles auroient
compt anciennement cent vingt bouchers, mais n'en avoient plus alors
que trente-cinq. Au temps de Sauval, il n'y avoit plus que quatorze
taux. Les Le Gois, chefs des meutiers parisiens au XVe sicle, toient
bouchers de Sainte-Genevive.

On croit que la boucherie du Parvis tait la plus ancienne de Paris.
Lamarre dit que Philippe Auguste en fit don  l'vque de Paris quand
les bouchers l'eurent abandonne pour se fixer  la Porte-Paris. Suivant
Sauval, ce prince n'auroit fait que les confirmer dans une possession
antrieure. Caboche toit corcheur dans cette boucherie en 1411.

On ignore l'poque du premier tablissement de la boucherie de
Saint-Germain; peut-tre toit-elle aussi ancienne que l'abbaye. Elle
n'avoit d'abord que trois taux, mais en 1274 l'abb Grard en fit btir
seize autres dans l'endroit o est aujourd'hui la rue des Boucheries.
(Flibien, I, 429.)

La boucherie du Temple fut tablie par les Templiers. Ils transigrent 
ce sujet avec les bouchers de la Porte-Paris en 1182, selon Flibien,
mais seulement en 1282 selon Lamarre que je crois avoir t mieux
inform. Elle toit rue de Braque et se composoit de deux taux
seulement.

La boucherie de Saint-Martin me parot devoir tre la mme que celle
dite de Saint-Nicolas-des-Champs, et qui toit situe rue Saint-Martin,
au coin de la rue Aumaire. Sauval qui est  ma connoissance le seul
auteur qui en parle, ne cite rien de plus ancien  son sujet que la
rparation faite en 1426 de la maison o elle toit situe.

Il est tonnant que l'auteur du _Mnagier_ n'ait pas parl ici de la
boucherie de Saint-loi tablie rue Saint-Paul par le prieur de
Saint-loi, en vertu des lettres du rgent (depuis Charles V) en date du
30 novembre 1358. (Trs. de Chartres, 90, 131.)

[637] Var. A. _trente-deux_.

[638] Var. A. _trente-deux_.

[639] Cela fait 3130 moutons, 512 boeufs, 528 porcs (538 suivant A), et
306 veaux (310 suivant A et 320 suivant C). Voir dans l'Introduction mes
observations sur ces renseignemens statistiques.

[640] Vendredi saint. C'est encore l'poque _de la foire aux jambons_.

[641] Porcs sals. Voy. Du Cange au mot _Lardum_.

[642] Le duc d'Orlans.

[643] Supplez: _c'est ainsi_.

[644] Aujourd'hui _talon de collier_, chair leve sur les trois
dernires ctes.

[645] C'est--dire comme 20 est  25 ou un cinquime en moins que le
Roi. Ce devoit donc tre par semaine 96 moutons, 12 ou 13 boeufs, autant
de veaux, 9 ou 10 porcs, 160 lards par an, et par jour 480 volailles,
160 paires de pigeons, 40 chevreaux, 40 oisons.

[646] En marquant sur une taille la quantit prise chaque fois, comme
cela se fait encore pour le pain.

[647] _Gros bout_ de poitrine. Voir sur la longe, etc., p. 130.

[648] Les blancs valoient 10 deniers, mais l'auteur doit entendre ici
par ce mot le petit blanc, monnoie de compte de 5 deniers. C'est comme
s'il disoit que le prix de cette pice varie de 4 sols 2 deniers  3
sols. Le marc d'argent (52 fr. de notre monnoie) valoit 6 l. 5 s.

[649] Ou trumeau, partie de la cuisse et aussi de la jambe de devant.

[650] Bouillon.

[651] Ligne laisse en blanc dans les manuscrits.

[652] Je n'ai pas vu ce mot dans les anciens auteurs de vnerie; ce doit
tre le quoier ou cimier (croupe) du cerf.

[653] Cuisine.

[654] Liaisons.

[655] Passer au tamis.

[656] S'attachent au fond du pot, brlent.

[657] Les petits sont appels _lancerons_: les moyens, _brochets_: les
plus gros, _quarreaux_ (_Dlices de la campagne_, ch. XVIII).

[658] Plies.

[659] _Oyeurs_, rtisseurs.

[660] Petite mangeoire portative.

[661] Canards mles, et ici canards en gnral.

[662] D'abord lieu o on resserroit _la paille_, et par extension
_basse-cour_.

[663] Var. B. _crouste_.

[664] Nuque.

[665] Suivant l'empereur Frdric II, chapitre L, les ailes des oiseaux
se composent de vingt-six plumes: 1 quatre plus prs du corps dites
_corales_ ou les _coraux_; 2 les douze suivantes, qui sont les
_vanneaux_; 3 dix autres extrieures (_forinsec_), dites les
_couteaux_,  l'exception de la dernire qu'on appelle le _cerceau_
(_saxellus_); les fauconniers postrieurs parlent bien du _cerceau_
(seul des oiseaux de proie, l'autour avoit trois plumes portant ce nom),
des _couteaux_ et des _vanneaux_ (d'Arcussia, d. 1627, p. 248, dit que
ce sont les plumes adhrentes au second os de l'aile, et cette
dfinition concorde bien avec celle de l'empereur Frdric II), mais non
des _coraux_ ou plumes corales.

[666] Ventre.

[667] Espace laiss en blanc dans les manuscrits.

[668] Saumonnes.

[669] Jaune.

[670] Recueillir.

[671] Vin de Grenache. Voy. Legrand d'Aussy, t. III, p. 48.

[672] Rties.--On trouvera, en recourant  la table, les endroits du
_Mnagier_ o sont dcrits la plupart des plats qui vont figurer dans
ces menus. Je me dispenserai donc le donner ici des explications qui
feroient presque toujours double emploi.

[673] Ces nombres en chiffres arabes, placs ici entre parenthses,
devoient renvoyer  des feuillets d'un manuscrit ou  des numros de
chapitres, et ne se rapportent  rien dans les trois manuscrits que j'ai
sous les yeux.

[674] Sorte d'oublie plus mince que la gaufre, faite de farine, d'eau,
de vin blanc et de sucre, et cuite entre deux fers.

[675] _Scilicet_, savoir.

[676] Ce plat ne se retrouve ni dans _le Mnagier_, ni dans _le Grand
cuisinier_, ni dans Taillevent. Il me semble rsulter du menu VI qu'il
pouvoit se faire avec des lamproies.

[677] Ce plat est ainsi crit dans le Ms. B. Cependant, dans _le Grand
cuisinier de toutes cuisines_, il est crit _ramolle_.

[678] La phrase comme je l'ai ponctue ne parot pas naturelle, mais on
ne peut lire _ la sausse chaude d'oiselets_; peut-tre manque-t-il un
mot (_grav_ ou _past_) avant _d'oiselets_.

[679] Sans doute une _tuile de chair_. Voir  l'art. V.

[680] Les mots qui suivent jusqu' la fin de ce menu ne sont pas dans le
Ms. B.

[681] B. ajoute, aprs un espace laiss en blanc, _de porc ut pa_ (_ut
proxima?_).

[682] Comme.

[683] J'ignore le sens de cette abrviation, mais comme on trouve plus
loin _un grav d'alos en couleur de fleur de peschier_ (voir
l'_Appendice_  l'art. V), ce doit tre ici le mme plat.

[684] Var. B. _ sausse_, ce qui me parot dfectueux,  moins qu'on ne
lise _ la sausse chaude_.

[685] D'hutres.

[686] Crotes ou crottes au lait, plat sucr.

[687] Var. B. _leschefroies_.

[688] Georg.

[689] Je ne pense pas que l'auteur parle ici du faisan prsent
solennellement (comme le paon) aux convives pour faire un voeu, car s'il
en toit ainsi, il n'en auroit pas parl au pluriel. Il me parot
seulement indiquer par ces mots que le faisan toit un gibier recherch,
rserv aux seigneurs (et auquel ne touchoient pas les _servans_ ou ceux
qui dnoient ensuite?). Il ne faudroit cependant pas croire que le
faisan ft autrefois plus rare qu'aujourd'hui. On trouve dans le _Modus_
un chapitre qui enseigne  prendre cet oiseau, et dans un grand nombre
d'aveux rendus par des seigneurs Angevins aux XIVe et XVe sicles, on
voit figurer des garennes  perdrix et _ faisans_. Voir la note sur
Jean de Craon, sieur de La Suze, dans mon dition du _Trsor de
Vnerie_.

[690] Voir l'Introduction.

[691] Oublies.

[692] Estriers, sortes d'oublies.

[693] Clairet, sorte d'hypocras fait avec du miel au lieu de sucre, et
du vin blanc au lieu de rouge.

[694] Quoique ce menu se termine par un etc., il me parot impossible de
croire qu'il ait pu s'appliquer  un repas de 24 _services_, et je crois
que _mets_, dans cet intitul, signifie _plat_, comme dans ceux des
menus I et II ci-dessus.

[695] Merles.

[696] Ptisserie lgre, et peut-tre sorte d'oublies.

[697] N'est que dans B.

[698] Var. A. C. _au sucre_.

[699] Gros poisson sal.

[700] Aussi.

[701] L'abb de Lagny.

[702] Les autres membres du conseil du Roi.

Il y avoit, en 1379, un abb de Lagny qui assistoit au parlement, soit
qu'il en ft membre, soit qu'il ft du grand conseil du Roi (il rsulte
en effet d'une ordonnance de Charles VI, adresse le 21 janvier 1388-9
aux prsidens du parlement, que les abbs et prieurs membres du conseil
du Roi avoient seuls le droit d'assister aux dlibrations du parlement
(_Ord. antiqu_, A. 119 v), et il est bien  croire que c'est de lui
qu'il s'agit ici. Je l'ai vu pour la premire fois nomm comme assistant
au parlement le 1er mars 1378-9 (_Plaid. civiles_). Il y avoit sans
doute peu de temps qu'il avoit droit d'y venir; il se pourroit donc que
le dner dont notre auteur nous donne le menu, ft un dner de bienvenue
qui auroit eu lieu  cette poque. Pques tombant le 10 avril 1379, on
toit alors en Carme, et en effet le dner est maigre.

Si j'ai rencontr vrai dans cette conjecture, et si ce dner a en effet
eu lieu en 1379, M. de Paris est Aymery de Maignac, vque de Paris, le
perscuteur d'Hugues Aubriot, le protecteur persvrant de tous les
soi-disant clercs que le prvt de Paris faisoit arrter comme accuss
d'assassinat, de vol, etc., qui, ds 1381 (_Plaid. civ._, juillet),
pendant qu'Hugues Aubriot toit encore dans ses prisons, lanoit des
monitoires contre Audouin Chauveron son successeur, et faisoit dire au
procureur du Roi que si on laissoit faire l'vque, _il vaudroit mieux
au prvost aller glaner qu'estre prvost_. Le prsident (sans doute le
premier prsident) est Arnault de Corbie, depuis chancelier de France,
un des hommes d'tat les plus illustres et les plus honorables du XIVe
sicle, mort en 1413  un ge fort avanc. Le procureur du Roi est
Guillaume de Saint-Germain, d'abord avocat clbre ou _solennel_ au
Chtelet, puis procureur gnral au parlement ou procureur du Roi (ce
qui toit la mme chose), depuis 1365 jusqu' sa mort arrive en fvrier
1383-4. (Il est du moins affirm dans la plaidoirie cite plus bas,
qu'il occupa ces fonctions dix-huit ou dix-neuf ans.) Il avoit en cette
qualit 100 fr. de gages fixes et 500 fr. de don annuel. Il toit au
reste fort simple, car suivant les plaidoiries de ses hritiers, _il
n'estoit que lui cinquiesme en son hostel, et n'avoit cheval ne asne, et
n'y chaloit de quels draps il fust vestus, mais qu'il fust de couleur_.
Sa femme Denisette Mignon ne savoit ni lire ni crire. (_Plaid. civiles
du Parlement_, mai 1386.) J'ai dit, t. I, p. 137, que Giles Labat toit
procureur gnral au parlement en 1381, _parceque cette qualit lui est
donne dans les lettres de rmission que j'ai cites_, mais  moins
qu'on ne suppose qu'il y a eu interruption dans les fonctions de
Guillaume de Saint-Germain, ce qui me parot peu probable d'aprs les
termes de la plaidoirie, il se pourroit que Giles Labat n'et t que
_procureur_ au parlement, et que _gnral_ et t ajout par erreur par
l'crivain de la chancellerie. En tout cas, Giles Labat toit simplement
_procureur au parlement_ en 1385.) Des deux avocats du Roi, l'un peut
tre Jean Pastourel, qui exeroit cet emploi en 1364 et 73, mais l'autre
toit certainement le clbre Jean Des Mares ou Des Mars, mort si
malheureusement en 1382. (Voir t. I, p. 136.--_Arch. jud._, tables de
Lenain, t. III, IV, VI, VII.)

J'ai vu avec tonnement que le nom de famille de cet abb de Lagny et sa
position dans le conseil du Roi, ont t inconnus aux auteurs de la
_Gallia Christiana_. Ils se bornent  citer, dans leur liste des abbs
de Lagny, un Jean IV, vivant en 1357 et 1367, et ensuite Pierre II du
nom, vivant en 1396 (VII, 503). Le ntre peut tre l'un des deux.

[703] Le mot cuelle signifie ordinairement une assiette creuse, mais il
est vident qu'il y a ici et dans d'autres passages de cet ouvrage, un
rapport certain et connu du temps de l'auteur entre le nombre des
cuelles et celui des convives. On sait qu'on mangeoit sur des
_tranchoirs_ ou morceaux de pain plats, mais cet usage qu'on comprend
quand il s'agit de viandes solides, ne pouvoit s'appliquer aux sauces et
potages qui devoient videmment se prendre  l'aide de cuillers dans des
vases creux. Voici un repas montant  _huit_ cuelles, et qui est servi
 _seize_ convives (voir p. 106, n. 2, et p. 107, n. 3). On pourroit
donc supposer qu'on servoit une cuelle par deux convives, (dans tout
l'Orient on place encore au milieu de la table un grand plat
ordinairement de pilau, etc., dans lequel chacun prend avec les doigts;
puis _entre deux convives_, un petit plat creux contenant des mets
liquides qu'ils prennent tous deux avec des cuillers) que deux personnes
mangeoient ainsi ensemble les mets liquides, et que par suite, un repas
d'un certain _nombre d'cuelles_ signifioit un repas d'un nombre double
de convives. On seroit mme d'autant plus port  penser qu'une cuelle
servoit  deux convives au moins, que l'usage des assiettes creuses
_personnelles_ toit encore nouveau et peu gnral sous la minorit de
Louis XIV. On en a la preuve dans les _Dlices de la campagne_, ouvrage
de Nicolas de Bonnefons, valet de chambre du Roi dont de la 1re dition
est, je crois, de 1653, et dans lequel on lit (p. 250 de la 5e d. de
1673, article de l'_Instruction pour les festins_): Les assiettes des
convis seront creuses aussi afin que l'on puisse se prsenter du potage
et s'en servir  soi-mme ce que chacun en dsirera manger, _sans
prendre cuillere  cuillere dans le plat,  cause du dgoust que l'on
peut avoir les uns des autres de la cueilliere qui au sortir de la
bouche puisera dans le plat sans l'essuer auparavant_. Il me parot
bien rsulter de l'instruction donne en cet endroit par l'auteur sur
l'utilit des assiettes creuses, qu'alors cet usage toit encore bien
nouveau. (Voir pour plus de dtails la note 374 du _Palais Mazarin_, par
M. le comte de Laborde.) Cela tant, il n'est gure possible de supposer
qu'au XIVe sicle on servt une cuelle ou assiette creuse  chaque
convive personnellement. Cependant, nous verrons plus loin, (article du
_Houssebarre de chair_) l'auteur conseiller de mettre ordinairement deux
_lesches_ ou languettes de chair _dans chaque cuelle_, mais quand on a
_plus de convives et moins de chair_, de servir le brouet seul dans des
cuelles, et dans un plat _cinq lesches_ pour _quatre_ personnes. Il
sembleroit positif, d'aprs ce passage, que deux lesches dans chaque
cuelle toient un service plus abondant que cinq _lesches_ pour quatre
personnes, et que par consquent une cuelle de deux lesches toit pour
une seule personne en temps ordinaire. (Voir en outre p. 114, n. 3.) Il
m'est impossible de faire concorder ces deux passages du _Mnagier_, et
je les livre  l'examen clair de mes lecteurs.

[704] Dans des plats couverts, servis seulement pour lui, comme c'toit
l'usage pour le roi, les ducs, etc.

[705] La quarte contenoit deux pintes et la pinte deux chopines; il y
avoit donc seize convives. Voy. p. 107, note 3.

[706] Mot que je ne comprends pas.

[707] L'abbaye de Lagny avoit droit de pche dans la Marne.

[708] Une pour chaque convive?

[709] L'auteur veut dire que c'est trop de deux quartes d'hypocras,
comme il a dit plus haut que c'toit trop de deux quartes de vin de
Grenache.

[710] Sorte d'oublies.

[711] B. ajoute: _et le vin_.

[712] L'auteur du _Trsor de sant_ conseille de n'en user qu'au fort de
l'hiver.

[713] S. e. _dire_ ou _dclarer_.

[714] Var. A. C. _payera_.

[715] Le prix du setier de bl,  l'poque o l'auteur crivoit, varioit
de 13  20 sols. En prenant 16 s. pour prix moyen, et en appliquant  ce
prix le rglement du prix du pain fait par Charles V en 1372, il en
rsulte qu'un pain d'un denier de la meilleure qualit pesoit tout cuit
six onces. Cette quantit de pain et de provisions parot bien
considrable pour un diner de vingt cuelles (quarante personnes?), et
un souper de dix (vingt personnes?), mais on peut supposer qu'elle
servoit aussi  un grand nombre de domestiques, de _compagnons_, etc.

[716] C'toit du gros pain, et probablement bis. Voir ci-dessus, page
38, note 2.

[717] Nous avons dj vu plus haut, p. 106, _et que les seconds en
aient_. Je ne sais s'il faut entendre par l les serviteurs ou peut-tre
aussi des gens d'une position moins leve qui dnoient aprs les
premiers convives.

[718] Nous verrons, pages 110 et 122, que les poulaillers vendoient
aussi de la venaison.

[719] Avec du fromage dedans. Voy. p. 121.

[720] Je ne trouve nulle part ce mot qui parot dsigner une espce
d'oublies.

[721] L'auteur n'a pas mis de prix aux grenades et aux oranges, sans
doute parce que leur prix varioit. Legrand d'Aussy, I, 250, cite un
compte du dauphin Humbert, de 1333, o il est parl d'orangers, et passe
ensuite de l au rgne de Louis XIV. On voit par ce passage du
_Mnagier_, que les oranges toient frquemment servies sur les tables
parisiennes au XIVe sicle.

[722] Var. B. _du teil_. On trouve dans Roquefort _teille_, grande
terrine de bois; nous verrons dans l'Appendice, ce mot dsigner un vase
de terre.

[723] Plus loin (chapitre des _Entremets_, _Fromente_), l'auteur dit
que ce froment mond cotoit un _blanc_ la livre chez les piciers. Je
crois avoir eu de bonnes raisons pour fixer la valeur du blanc  5
deniers (voir p. 86, n. 4), et en effet la livre de froment mond, au
prix de 5 d., mettroit dj le setier au prix de 100 sols, somme assez
suprieure au prix moyen de 16 s. du setier de bl ordinaire au XIVe
sicle (voir p. 109), pour reprsenter les frais de mondage, le profit
du dtaillant, etc. Le prix de 8 deniers donn ici mettroit le setier 
160 s. Au reste, cette diffrence peut s'expliquer par la qualit du
froment mond dont on prenoit sans doute le plus beau pour un repas de
noces, et par les variations du prix du bl.

[724] L'auteur, au chapitre des _Sauces non bouillies_, nous apprend que
le _gingembre de mesche_ avoit l'corce plus brune, toit plus mou au
couteau, plus blanc, meilleur et plus cher que le _colombin_; et en
effet, on voit ici qu'il cotoit 20 s. la livre et le _colombin_ 11,
mais je n'ai rien pu trouver sur les diffrences d'origine ou d'espce
qui causoient sans doute celle des noms de ces deux gingembres.

[725] Girofle. Je crois que la _graine_ en est aussi, et que l'auteur ne
veut pas parler ici de la graine de paradis, _cardamomon_, qui ne devoit
pas tre vendue mle au girofle. Nous verrons souvent la graine de
paradis dsigne sous le seul nom de _graine_.

[726] Racine de _galanga_, plante des Indes orientales. L'auteur,
chapitre des _Sauces non bouillies_, dit que le meilleur est le plus
dur, le plus pesant, et celui dont la couleur violette est la plus vive.
Ces mots prouvent qu'il parloit du petit _galanga_ qui vient des Indes,
et qui est en effet rougetre, tandis que le grand, qui crot en Chine,
est de couleur blanchtre on cendre.

[727] Fleur de muscade, deuxime corce de la noix muscade ou
_muguette_, comme on l'appeloit au temps de l'auteur. Toutes ces pices
figurent dans les ordonnances de fvrier 1349(50) et 3 mai 1351,
relatives  des droits supports par certaines denres  l'entre de
Paris. On y voit que le poivre, le sucre, le gingembre, la cannelle, le
ris, l'anis, le safran et le girofle venoient  Paris par balles, et que
le cubbe (employ aussi quelquefois dans la cuisine), le macis, la
graine de paradis, le poivre long, les noix muguettes, l'espic (nard),
le garingal, le citonal, les dattes, les pignons, etc., venoient sans
doute par plus petites quantits, puisqu'ils sont taxs par livre (4
deniers en 1350, et 6 en 1351).

[728] C'est--dire que l'picier reprenoit les bouts  raison de 2 s. 6
d. la livre. On ne perdoit donc que 6 deniers par livre pour la faon.

[729] pices, _bonbons_, servis dans le salon ou _chambre de parement_.

[730] Citron confit?

[731] Sucre blanc clarifi et cuit dans de l'eau de rose.

[732] En comptant seulement ce qu'on brla de cire, le reste tant rendu
 l'picier.

[733] Je ne sais comment l'auteur tablit son compte, puisqu'il y avoit
vingt cuelles au dner, dix au souper, et qu'il en compte encore six au
dner des _servans_.

[734] La Pierre-au-Lait, place o l'on vendoit le lait, auroit t
situe devant le portail de Saint-Jacques la Boucherie, et dans la
partie de la rue des crivains situe entre celles du Petit-Crucifix et
des Arcis, suivant M. Graud (_Paris sous Philippe le Bel_, p. 256);
mais l'abb Vilain, auteur d'une trs-bonne histoire de Saint-Jacques la
Boucherie, tout en reconnaissant que la grande porte de Saint-Jacques
s'appeloit _la porte de la Pierre-au-Lait_, croit devoir, suivant les
titres qu'il avoit consults, donner le nom de _Pierre-au-Lait_
seulement  la partie de la rue dite depuis des crivains, comprise
entre celle du Petit-Crucifix et celle de la Vieille-Monnoie (ce qui est
nomm _Lormerie_ sur le plan de M. Graud). Suivant le mme abb Vilain,
la rue dite depuis de _Saint-Jacques la Boucherie_ auroit encore t
dite de la Vannerie au XIVe sicle. Il faudroit en conclure que la rue
Saint-Jacques, nomme dans le rle de la taille de 1292 comme attenant 
_la Pierre-au-Lait_, seroit la rue du Crucifix, dite autrefois et encore
au XVIe sicle, rue du Porche. Voir l'abb Vilain, pages 17, 19, 58, 74,
251, 252. L'auteur d'une nomenclature des rues de Paris par tenans et
aboutissans, insre dans une dition de Corrozet de 1543, confirme
compltement l'assertion de l'abb Vilain en ce qui touche la position
de _la Pierre-au-Lait_, au moins au XVIe sicle. En effet, suivant cet
auteur, la Pierre-au-Lait touchoit aux rues des crivains, de la
Vieille-Monnoie, de la Savonnerie et de la Haulmerie; enfin, entre la
rue de la Vieille-Monnoie et celle de la Savonnerie, il met: _la
Pierre-au-Lait ainsi qu'elle se comporte_.

[735] La place de Grve.

[736] Voir ci-devant, p. 80.

[737] Dans l'ordonnance de 1388 sur l'organisation de la maison du Roi,
on voit figurer  la panneterie, des officiers dits porte-chapes; une de
leurs attributions toit d'acheter les bls ncessaires  la
consommation du Roi. Leur nom pouvait venir de ce qu'ils portoient le
coffre o l'on enfermoit le pain du Roi, de _capa_, dans le sens de
_capsa_. (Voy. Du Cange  _Capiger_.) Mais ce passage du _Mnagier_
pourroit faire croire qu'il viendroit plutt d'un instrument  chapeler
le pain qui auroit t dit _chape_ ou _chaple_; _capellare_, _capulare_,
signifiant couper.

[738] Les restes solides.

[739] Il rsulte de ce passage que les convives pouvoient avoir aussi
des restes _liquides_  ter de devant eux. Cela ne se conoit gure
avec des cuelles communes  deux personnes, et ncessairement
renouveles avec chaque mets. Les assiettes _personnelles_ de mtal
toient-elles donc dj en usage? (Voy. p. 105, n. 1.)

[740] Var. B. _petueil_, pilon.

[741] Vases placs sur la table ou sur un dressoir, et dans lesquels on
faisoit remettre une portion des mets qu'on avoit devant soi pour tre
ensuite donne aux pauvres. C'toit la mme pense minemment charitable
et chrtienne qui faisoit donner aux pauvres la premire part du gteau
des Rois, dite pour ce motif _la part de Dieu_. Les pots  aumne
toient de grande dimension, car on en voit un en argent de 12 marcs 2
onces 1/2 pris 40 fr. d'or dans le compte d'excution de la reine
Jeanne d'vreux en 1372 (Coll. Leber, XIX, 143), et un aussi d'argent du
poids de 11 marcs, et pris 60 livres parisis dans l'inventaire de
Richard Picque, archevque de Reims, mort en 1389 (Reims, 1842, in-8,
p. 9). On voit encore dans ce mme document (p. 63), _une grande
escuelle  aumosne_, et enfin, p. 53, un dressoir pour mettre _la
corbeille  l'aumosne_. Dans l'apologie du duc de Bourgogne par Jean
Petit (Monstrelet, d. du _Panthon_, p. 84, c. I), il est aussi parl
d'une viande prtendue empoisonne qui fut enleve de la table du Roi et
mise dans _la corbeille de l'aumne_. (Une telle aumne auroit t peu
charitable, mais il est bien probable que cette histoire toit tout
entire de l'invention de Jean sans Peur ou de Jean Petit.)

[742] Pour _de_?

[743] C'est l'htel de l'vque de Beauvais, soit celui que parot avoir
possd personnellement rue de la Verrerie, le clbre Miles de Dormans,
vque de Beauvais, mort en 1387 (Sauval, II, 109), soit plutt l'htel
des vques de Beauvais, _rue des Billettes_, qui appartenoit  leur
vch, et que Charles, cardinal de Bourbon, vendit 30 000 livres en
1572 (Pre Anselme, II, 303). Sauval n'a pas su o toit situ cet
htel.--On lit dans la relation de l'ambassade de Jrme Lippomano en
France, en 1577, que les concierges des maisons de Paris les louoient au
jour ou au mois pendant les absences de leurs matres (_Amb. vnitiens_,
1838, in-4, II, 609); c'toit dj l'usage au XIVe sicle, car il est
dit plus loin que Jean Duchesne paya les 4 francs mentionns ici au
_concierge de l'htel de Beauvais_, qui lui loua aussi des tables,
trteaux, etc. _La chapellerie_ signifie ici les chapeaux ou couronnes
de fleurs.

[744] Il y avoit en 1385 un Jehan Duchesne attach au Chtelet,
peut-tre en qualit d'audiencier, qui, suivant toute apparence, est le
mme dont l'auteur du _Mnagier_ nous raconte les noces. Il est cit
dans les registres des plaidoiries civiles du parlement de fvrier 1384
(5). Il y est dit qu'il y avoit alors _plusieurs meschans femmes
diffames d'estre maq......es_, et que le prvt de Paris avoit ordonn
qu'elles fussent enfermes au Chtelet. Un jour, une femme nomme
Perrette Potarde (femme de J. Potard, chevaucheur de la reine Blanche),
_petitement renomme_, passoit par la rue Simon-le-Franc. L toient
Martin Double, avocat du roi au Chtelet, Jehan du Chesne et plusieurs
autres, qui affirmrent  un sergent qu'elle toit du mtier proscrit
par le prvt. Quelque temps aprs, elle vint au Chtelet, _en bas en
l'auditoire des audienciers_; Jehan du Chesne l'ayant aperue, la montra
du doigt  Jehan Soudant examinateur au Chtelet, _si comme il voulsist
dire: C'est elle, prenez-la_. Soudant l'ayant fait arrter par un
sergent, on la conduisoit dans les prisons du Chtelet, lorsqu'en
arrivant au guichet elle cria qu'elle en appeloit, mais Martin Double
passant l, dit au sergent: _Boutez hardiment puisqu'elle est si prs_.
Perrette plaidoit contre Soudant et le sergent, et les accusoit de
l'avoir sacrifie aux haines de Jean du Chesne et autres; en effet,
Soudant fut condamn  40 liv. de dommages et 60 liv. d'amende.

[745] S. e. _renfermes_.

[746] Passage bien curieux pour l'histoire du service de table. Il y
avoit, outre le dressoir de salle o toit la vaisselle, le vin, etc.,
un dressoir de cuisine o l'on dressoit les plats, et d'o ils toient
apports sur la table. Voir sur ce second dressoir, la p. 115, et
l'apologie du duc de Bourgogne dj cite, p. 115, note 2.

[747] Var. C. _servans_.

[748] Var. B. _laver_.

[749] Pour faire asseoir, pour placer les convives.

[750] Marchande de couronnes de fleurs.

[751] Repas ou fte donne (quelquefois rendue par les parents des
maris) le lendemain des noces ou quelques jours aprs. On disoit en
Normandie _Racroc de noces_ (Voy. du Cange au mot _Receptum_) et 
Troyes _Regaust_. (Parl. Criminel, XI, 5 dc. 1384.) Voy. sur le
_regard_, pages 122 et 123.

[752] On sait qu'autrefois le lit nuptial toit bni; on voit mme dans
une miniature du _Chevalereux comte d'Artois_, reproduite dans l'dition
curieuse qu'a donne M. Barrois de ce joli roman (p. 27), un prtre
bnissant le lit dans lequel le comte d'Artois et sa nouvelle pouse
sont dj couchs.

[753] Tresser, natter. Mais que tressoit-on, et pourquoi est-ce une
lavandire?

[754] Nous verrons plus loin (chapitre des _Menues choses_) ce
Hautecourt nomm _maistre Jehan de Hautecourt_. Il me parot bien que
c'est le mme qui transigea, le 3 juin 1385, avec l'abbesse d'Hyres,
sur un procs que l'abbesse lui avoit intent (elle concluoit contre
lui, en janvier 1384 (5),  1 000 fr. d'amende pour elle et 2 000 pour
le Roi, etc., _Plaid. civ._). Sire Jean de Fleury, dernier prvt des
marchands en 1382, le fameux trsorier Bernard de Montlhry cit dans
_Christine de Pisan_, et Jehan de Longueil, conseiller au parlement,
toient ses amis; il y a donc lieu de croire qu'il toit dans une
position assez leve pour pouvoir faire une noce aussi dispendieuse que
celle dont nous avons ici le menu. Quant  sa qualit de _clerc_ qui
ressort de la pice suivante (_Colin Morant pour ce qu'il est lay_),
elle ne doit pas empcher de croire qu'il ait pu se marier, rien n'tant
 cette poque plus frquent que de voir des gens maris, exerant toute
espce de profession, et revtus cependant de la qualit religieuse de
clerc, qui les mettait  l'abri de beaucoup d'ventualits fcheuses.

Il est dit dans cet accord que matre Jehan de Hautecourt et ses consors
iront le jour de la fte saint Pierre et saint Paul (29 juin) en
l'abbaye d'Hyres, vers madame l'abbesse ayant en sa compagnie autant de
ses religieuses qu'elle voudra et M. de Folleville (conseiller au
parlement, devenu en 1389 prvt de Paris), matre Jean de Fontaines et
matre Raoul Drobille (son procureur); alors, continue l'accord,
maistre Jehan et ses consors salueront et feront la rvrence  ladite
Madame l'abbesse si comme  son estat appartient, et oultre ledit
maistre Jehan dira pour lui, Aymery Comte, Odinet de Sens, Herlin des
Mares et Colin Morant, teles paroles:

Madame, vous avez fait proposer contre nous en parlement comment nous
venismes en l'esglise de cans, arms et garnis d'espes, de taloches et
de longs cousteaux, environ demie lieue de nuit, et entrasmes en l'ostel
du Four, tenant nos bastons et espes toutes nues, et je, Jehan de
Hautecourt, demandoie o estoient Colin le Barbier et Jehannin Poitrine
qui avoient batu mon varlet, et que se je les trouvoie, jamais ils ne
mengeroient de pain: et que je feroie pendre ledit Colin le Barbier, et
que vous, Madame, ne teniez avec vous que larrons et murtriers: et
cerchasmes ledit hostel du Four, et frappasmes nos espes et cousteaux
dedans les liz pour savoir se lesdis Colin le Barbier et Jehan Poitrine
y estoient mucis. _Item_, que par la court de cans et jusques  la
chambre de vous, Madame, nous chassasmes lesdis Colin le Barbier et
Jehan Poitrine, en criant aprs eulx: _A mort!  mort!_ Et que ledit
Poitrine  moy, et par espcial Perrenelle de Machaut, pour cuider
appaisier la noise en disant que lesdites dames, leurs familiers et
esglise, estoient en la sauve-garde du Roy et que je me gardasse de
meffaire  eulx, que je deubs respondre que aussi estoie-je en la
sauve-garde du Roy, et que de vous, Madame, je ne tenoie compte, ne
desdites dames, ne leurs amis, et que vous en feissiez du mieulx que
vous pouriez, et que se je tenoie lesdis Colin et Poitrine, que je les
tueroie. Et pour ce avez fait conclure contre nous en amende honnorable
et prouffitable. Madame, nous crons bien que vous avez est informe
contre nous, et pour ce vous estes tenue  malcontente de nous. Et en
vrit, Madame, onques jour de nos vies nous ne fusmes en l'esglise de
cans pour vous ne vos gens injurier en fait ne en parole, ne ne
vourrions faire en aucune manire, ainois nous vourrions et avons
tousjours voulu faire  nos povoirs service et plaisir, et se par aucune
manire vous nous avez sceu aucun mal gr et par ce avons est hors de
vostre bonne grce, nous vous supplions qu'il vous plaise  le nous
pardonner.

Et aprs ces choses ainsi dictes, ladicte Madame respondra teles
paroles ou en substance:

Maistre Jehan, nous avons est inform des choses dessusdictes
souffisamment, si comme il nous a sembl, et pour ce les avons-nous fait
proposer contre vous en parlement pour garder le droit de nous et de
nostre Esglise, mais nonobstant ce, pour l'amour de sire Jehan de Ruel,
sire Jehan de Fleury, Bernart de Montleheri et de maistre Jehan de
Longueil, vos amis, qui nous en ont escript et requis, et pour ce aussi
que vous vous en excusez  nous, nous le vous pardonnons.

_Item_, cedit jour et heure, Colin Morant pour ce qu'il est lay, aprs
ces choses, le chapperon aval et un genoul  terre, dira  Madame en
substance les paroles dessus dites en tant qu'il touche l'accusation de
Madame l'abbesse et du procureur du Roy et aussi son excusation, et puis
dira:

Madame, se en aucune manire je vous ai meffait ne mesdit s choses
dessus dictes, je le vous amende  vostre pure volent.

En ploiant son gaige (_celui qui faisoit amende honorable plioit une
baguette que lui remettoit l'huissier_): laquelle amende elle recevra et
puis dira:

Pour l'amour de sire Jehan de Rueil, sire Jehan de Fleury, Bernart de
Montleheri et maistre Jehan de Longueil qui m'en ont escript et requis,
je te quitte l'amende.fu attains et fru d'un estoc ou cost  sang, et
 plaie ouverte d'une espe. _Item_, pour ce que les dames de cans
furent moult effres et vindrent

[755] Ligne laisse en blanc dans les manuscrits.

[756] Var. B. _joziers_. _Jugier_ est meilleur.

[757] Du Cange cite, au mot _Manus_, un compte de 1334 imprim parmi les
preuves de l'_Histoire de Nmes_, dans lequel on voit deux massepains,
l'un de _manu-christi_, et l'autre de _confiegs_. Il semble que ces mots
doivent dsigner un fruit ou une amande, mais je n'ai pu dcouvrir
lequel.

[758] Var. A. _quatre_.

[759] Les deux nouveaux maris.--Il est si bien probable qu'alors on
gardoit toute sa vie le deuil de son conjoint.--Les reines portoient
ainsi tout le reste de leur vie le deuil du roi auquel elles
survivoient, et elles le portoient en blanc. On les appeloit alors, pour
les distinguer de la nouvelle reine, _reines blanches_: de l tant de
maisons dites _de la reine Blanche_.

[760] Et autres prsens qu'on leur faisoit pendant le repas.

[761] Ce mot doit conserver ici la mme signification que ci-dessus,
pages 118 et 122; l'auteur veut sans doute dire que pour ce prix ils
joueront aussi le jour du regard.

[762] Si ce mot ne dsigne pas nos _acrobates_ d'aujourd'hui (les
mntriers toient aussi danseurs de corde; voir une citation d'Albric
de Trois-Fontaines  l'anne 1237, dans Du Cange, au mot _Ministellus_),
il signifie soit histrions, soit farces ou rcits plaisans. Voy. Du
Cange aux mots _Acroama_ et _Acroamata_.

[763] Fleur de farine.

[764] Voir ci-dessus, p. 88.

[765] Au contraire.

[766] Au IVe article, ci-dessus, p. 111, mais ce n'est qu'une
nomenclature incomplte.

[767] J'cris ainsi ce mot  caus des deux _l_. Peut-tre _entrecercle_
est-il le vrai nom.

[768] changer le linge c'est le mettre dans l'eau et le tordre avant de
le mettre  la lessive.

[769] L'humidit.

[770] Var. B. _estandre_.

[771] Pouliot, herbe odorifrante.

[772] Cueillis.

[773] Boyau.

[774] Oie.

[775] On demande.

[776] Temps de Pques.

[777] De l le proverbe: _vilain comme lard jaune_.

[778] Ratisser, gratter.

[779] Par; mais plutt faute, pour _dcol_.

[780] Cette phrase est videmment dfectueuse. Il semble que l'auteur
veuille dire qu'il y a _la fresure_, puis _le sain_, _la haste-menue_ et
_le chaudun_.

[781] Sans doute deux blancs parisis.--Il y a eu une monnoie d'argent
dite _parisis_, mais, suivant Le Blanc, elle n'a t en usage que sous
Philippe de Valois, et elle avoit d'ailleurs trop de valeur pour que les
issues du mouton aient pu valoir deux de ces pices.

[782] Cependant l'auteur distingue plus haut la panse de la fraise.

[783] _On demande_, mais l'auteur n'en savoit pas la raison.

[784] Il parot manquer ici quelque mots comme: _avec de l'eau et_....
Cette recette est rpte plus loin (chap. des _potages  espices_).
Voir sur ce sujet le _Trsor de Vnerie_, p. 62, et note 56.

[785] Mieux _cimier_, c'est la croupe ou quoier (de queue) du cerf;
l'auteur en parle encore plus loin.

[786] On trouve dans les _Dlices de la campagne_ (voir pag. 105),
quelques dtails sur les diffrentes parties des boeufs, mais l'auteur
crivant pour des lecteurs qui connoissoient les noms qu'il emploie, ne
dfinit pas nettement ces noms, et on ne peut tirer de ses paroles que
des inductions.

La manire de distribuer la chair des boeufs est compltement change
aujourd'hui, et il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de
donner exactement les noms actuels et la dfinition des diverses parties
que nomme ici l'auteur du _Mnagier_. Voici cependant le trs-foible
rsultat de renseignemens soigneusement recueillis sur ce sujet.

On appelle aujourd'hui _flanchet_ la membrane qui retient les intestins,
le bas-ventre, et il semble que ce mot n'a jamais pu dsigner en effet
qu'une partie situe sur les flancs de l'animal. Cependant, plus haut,
l'auteur place le flanchet au quartier de devant d'un mouton. Le
Dictionnaire de Trvoux dfinit le flanchet _partie qu'on coupe au
bas-bout du boeuf, vers les cuisses, et qui fait partie de la surlonge_.

La _surlonge_, ncessairement diffrente de ce qui porte aujourd'hui ce
nom (chair des dernires basses ctes qui se trouve sous l'paule aprs
qu'elle est leve), doit tre l'extrmit de la longe, c'est--dire une
partie de la culotte (_Dlices de la campagne_, p. 193).

La longe, valant le double de la surlonge (pages 86, 87), comprenoit les
aloyaux et le filet. Les Anglois ont conserv le mot _loin_ pour
dsigner le filet.

Dom Carpentier pense que nomblet, _numbile_, dsigne la _longe_,
_l'eschine_. Mais ce passage du _Mnagier_ prouve que cette opinion est
errone, puisque l'auteur distingue le nomblet de la longe, et qu'on ne
peut supposer qu' aucune poque la partie du boeuf dite aujourd'hui le
filet ait t le profit de l'corcheur et _de petite valeur_. Faisant
ensuite allusion  la dfinition des veneurs, Dom Carpentier exprime
l'ide que le mot nomblet, s'il ne signifie pas la longe, pourroit venir
d'_umbilicus_, nombril,  raison de l'endroit o le nombls est lev.
Des anciens veneurs, l'auteur anonyme du _Roi Modus_, qui a t copi en
cet endroit par Phbus, est le plus explicite. Les nombls sont, suivant
lui, _une char et une gresse avec les rognons, qui est par dedens,
endroit les longes, prs des deux cuisses_. Cette dfinition, de mme
que les expressions de l'auteur du _Mnagier_, concordent avec la
position et la nature du morceau dit aujourd'hui _onglet_, peut-tre par
corruption de _nomblet_, dans la boucherie de Paris: c'est un morceau de
viande de douze  quinze pouces de long (l'auteur donne la dimension de
la longueur du morceau de viande qui forme l'onglet, mais quand il dit
qu'il touche d'un bout au _col_ et de l'autre au rognon, il joint
videmment  l'onglet la membrane dite la _hampe_, car il est
physiquement impossible qu'il n'y ait qu'un pied de distance entre le
cou et le rognon d'un boeuf) qui forme l'extrmit de la _hampe_ ou
membrane qui spare le foie et la rate d'avec la panse et les intestins.
L'onglet touche en effet la graisse qui enveloppe le rognon, et la
hampe, continuation nerveuse de l'onglet, va se rattacher, non pas au
cou, mais  la poitrine. Les ctes de l'animal commencent  la hauteur
de l'onglet.

[787] Ce mot n'est que dans le Ms. C, mais est cependant ncessaire au
sens.

[788] Var. A et C, _au dessus_.

[789] A la Porte-Paris,  la grande boucherie.

[790] La taille sur laquelle chaque bourgeois faisoit marquer la viande
qu'il prenoit, sans la payer chaque jour. Voy. ci-dessus, page 88. Je
pense que c'est ainsi qu'on doit entendre ce passage, plutt que de
croire qu'il s'agit ici d'une taille (impt) leve sur la viande.

[791] A cause du plus grand nombre de pices et de l'augmentation de
leur volume rsultant de la plus forte dimension de l'animal. Il semble
rsulter de ce passage qu'on vendoit la viande au morceau et non au
poids.

[792] L'estomac.

[793] Second estomac.

[794] Le poumon.

[795] 30 novembre.

[796] Peau.

[797] Dans le courant de cet article, _lire_ signifie _plucher_ (ici
_cosser_) et non choisir. Nous verrons (chap. du _grav d'crevices_)
l'auteur dire d'_lire_ des crevices; _comme si l'on vouloit les
manger_.

[798] Les Mss. ajoutent _et d'eaue de fontaine_; peut-tre faudroit-il
lire _et d'eaue de rivire_.

[799] Bans, crevs? Nous verrons plus loin les fves _bayennes_.

[800] Purer signifie, dans cette partie du _Mnagier_, goutter, sparer
le liquide du solide, et la pure est la partie liquide. (Voy. p. 137,
n. 4, et p. 139.)

[801] Cuis  part, comme le lard aux jours de chair.

[802] Supplez, _ainsi_.

[803] Coups par tranches (morceaux minces).

[804] Baleine sale; voir le chapitre des _poissons de mer ronds_.

[805] Bluteau, grand tamis long compos de plusieurs cercles.

[806] Tamis d'toffe claire.

[807] Sas, tamis de crin.

[808] Dans la pure.

[809] Tartines de pain.

[810] Voy. le _civ d'huitres_ au chapitre _des Potages lians sans
chair_.

[811] Cette phrase, qui se trouve dj p. 88, l. 5, parot place ici
par une erreur commune aux trois manuscrits.

[812] Var. B. _alaiez_, dlayez. La pure toit videmment trs-claire
et une sorte de bouillon de lgumes.

[813] Les manuscrits rptent ici les  1 et 2, p. 88, et 7, p. 87.

[814] Jusqu' ce qu'elles soient creves? (bantes). Voy. p. 135, n. 1.

[815] Chaque plat?

[816] On voit page 142 que l'auteur appelle ainsi la runion de
plusieurs lardons fondans dans la pole.

[817] D'pices. Sans doute poudre fine.

[818] Tout le temps de l'anne qui n'est pas le carme.

[819] Donn, avec quelques notables diffrences cependant, sous le titre
de _Pore de cresson_, dans le manuscrit de Taillevent conserv  la
Bibliothque Mazarine.

[820] Supplez _est_.

[821] Ces quatre mots pourroient s'appliquer aux pinards. Il faudroit,
dans ce cas, supprimer l'alina.

[822] Voy. pages 48 et 143.

[823] Dlayer.

[824] On sait que l'anne commenoit alors  Pques. Les annes 1392,
1393 et 1394, dans lesquelles on peut fixer l'poque de la composition
du _Mnagier_ (ainsi que je crois l'avoir dmontr dans l'Introduction),
commencrent toutes trois en Avril.

[825] Les trois manuscrits portent _nomms_; je crois qu'il faut lire
_pomms_ ou _pommes_.

[826] Temps de Pques.

[827] Dchirer par pices.

[828] Cotons.

[829] crass.

[830] _Et_ parot tre de trop.

[831] Gruau. Var. A, _grumiau_.

[832] Ces mots ne sont que dans le Ms. C.

[833] Foulque, oiseau de rivire.

[834] Gsiers. Var. mauvaise de B. _josiers_.

[835] On trouve la mme recette (_gramouse_), sauf plusieurs mots omis,
dans _le Grand cuisinier de toutes cuisines_, Paris, Ve Jn Bonfons,
in-16, s. d., f 28. (Voir l'Introduction.)

[836] Var. B. _fait_.

[837] _Gr. Cuis._, f 28 v, identique.

[838] Peut-tre dans la partie maigre du bouillon, dans _du bouillon
dgraiss_, par opposition avec l'eau grasse dont l'auteur va parler.

[839] A bas, hors du feu.

[840] Var. A. C. _onde_. (Jeter un bouillon.)

[841] La traduction en vers explique suffisamment le commencement de cet
aphorisme culinaire. _Lazarus_ (ladre) parot rpondre  _teigneux_;
_Martinus_ signifie dur, obstin (_rebelle_) par allusion  Martin
Grosia, professeur de droit  Bologne au XIIe sicle, dont la duret et
l'enttement toient passs en proverbe au dire du cardinal Baronius,
cit par Du Cange au mot _Martinus_. Il semble donc que _respondens
pontifici_ soit traduit par _pesant_. Est-ce par allusion  la
solennit,  la _gravit_ pontificale? Christine de Pisan a employ le
mot _pontifical_ dans le sens de solennel en parlant du duc d'Anjou.
(_Hault et pontifical en son maintien._ Voy. Du Cange  _Pontifex_.)

[842] Boeuf.

[843] Cotte, vtement, ici _enveloppe_, extrieur.

[844] Supplez _in_.

[845] Ainsi, pour le dedans (_ce qui est dedans_). L'auteur, d'aprs le
mme principe, dit plus loin (_lamproie  l'touffe_): _ce_ dessus
dessous.

[846] _G. C._, 9 v.--On trouve une recette presque identique dans le
manuscrit de Taillevent conserv  la Bibliothque royale. (Celles du
Taillevent de la B. Maz. et l'imprim diffrent).

[847] Supplez: _de mouton_. _G. C._, 21.

[848] A la mode d'Ausoerre (d'Auxerre)? ou faut-il lire _au soerre_, au
soir ( souper)?

[849] _G. C._, 31 v.

[850] _G. C._, _ib._, quelques diffrences.

[851] Morceau de la cuisse.

[852] _G. C._, 31 v, quelques diffrences.

[853] Rp.

[854] _G. C._, 5.

[855] L'auteur du _Grand Cuisinier_ a remplac ce mot (article du
blanc-manger de chapon, feuillet 9 v) par _foie_; et, en effet, cette
interprtation pourroit convenir aux passages du _Mnagier_ o se
rencontre le mot _braon_. Roquefort l'explique par _gras des fesses_,
mais on voit que ce ne peut tre la signification de ce mot. Dans
l'exemple cit par Roquefort, il s'agit d'un cerf que les chiens
tiennent aux nerfs et aux _braons_. Je crois que dans cet exemple
_braon_ est synonyme de _daintiers_, et par suite que le mot _braon_
signifie _intestins_ en gnral.

[856] _Pain_ dans le _G. C._ qui donne cette recette (feuillet 1 v);
mais _grain_ est rpt plusieurs fois dans le _Mnagier_ pour dsigner
la partie solide d'un mets compos de solide et de liquide.

[857] Que ce soit chapon ou veau aux herbes, il n'y faut que lard et
safran.

[858] _G. C._, 11 v.

[859] Sans les mettre dans l'eau chaude, comme on faisoit le plus
souvent et comme on le fait encore en Orient.

[860] Dans la pole encore vide, sans beurre ou autre graisse mise
pralablement?

[861] _G. C._, 28, dit _graine_ d'oisels. Cependant j'cris grav,
parce que ce mot est ainsi dans le Ms. B o les _u_ (ou _v_) sont bien
distincts des _n_ dans les mots crits en gros caractres, et je mets un
accent sur l'_e_ parce que ce mot tant du masculin (voy. les menus VI
et XII, etc., o il est dit _un_ grav), il semble qu'on devoit plutt
dire un grav__ qu'un grav_e_.

[862] On devoit prononcer ainsi, car on lit _seme_ dans Taillevent
imprim.

[863] Dlayes, mouilles.

[864] Je crois que cette phrase signifie que la tuille d'crevisses se
fait comme le grav, sauf qu'on met dessus les cailles, ou sauf qu'elle
est dresse de manire  reprsenter des cailles d'crevisse.

[865] Var. de B, que je crois mauvaise, _broyer_. Il me semble que c'est
une recette aphrodisiaque.

[866] Nuque.

[867] Couleur feuille-morte.

[868] Du bouillon des lapins.

[869] Observation de l'auteur. Voy. p. 162.

[870] Mot de trop.

[871] Seulement.

[872] _G. C._, 17 v.--Presque pareil mais abrg dans Taillevent
imprim, feuille D 4 v.

[873] Voy. ci-devant p. 150, note 4.

[874] La partie du lard qui ne fond pas  la pole et se grille: les
_grsillons_. Var. A, _les champs_.

[875] Partie solide du mets. Voy. 150, n. 1.

[876] Var. B, _sang_.

[877] Cdre rouge.

[878] Bois. C'est sans doute ce cdre que l'auteur a appel ci-dessus
_alixandre_ et qui donnoit la couleur au _ros_.

[879] Faon, trs-jeune cerf.

[880] Voy. ci-devant, p. 129.

[881] Sausse ainsi nomme.

[882] Faute. Ce doit tre deux lches ou morceaux.

[883] Et ainsi on le mange au got d'ours. Voy. ci-aprs, p. 179.

[884] Ce mot parot tre de trop d'aprs la fin de ce paragraphe.

[885] _G. C._, 17 v. Voy. p. 158, 4.

[886] Le 25.

[887] On disoit autrefois: _My-Mai, my-teste: my-Juin, my-graisse.--A la
Magdeleine, venaison pleine._

[888] 3 mai; c'est de ce jour que tous les anciens auteurs font
commencer la saison de chasser le cerf.

[889] Le nom toit ds lors _daintiers_, et _deytis_ a toujours t une
faute.

[890] Chair place entre le cou et les paules.

[891] Veine du coeur.--Ces diffrentes parties du cerf constituoient les
menus droits ou morceaux recherchs, rservs au seigneur qui les
mangeoit souvent aprs la chasse mme.

[892] Voir ci-dessus, p. 131. Les _lards_ sont la longe.

[893] Aprs la cure, deux veneurs placs  une certaine distance, et
ayant chacun une portion des entrailles du cerf, appeloient
successivement les chiens en criant, en _huant_, et leur donnoient 
manger ces entrailles. Cette opration, dite le _hu_ ou _fort-hu_, avoit
pour but d'accoutumer les chiens  revenir promptement et en toute
circonstance  la voix des veneurs. Voir sur le _hu_, l'art de dfaire
un cerf, les noms de ses diffrentes parties et les droits des veneurs
aux XIIIe et XIVe sicles, _la chace dou cerf_, 1840, in-8, p. 23, et
le glossaire, _Modus et ratio_, 1839, in-8, feuillet 22 et suiv.; et le
_Tresor de Venerie_, p. 53 et suiv., et note 51.

[894] Var. A, _tardis_.

[895] Mme recette que celle du _chevrel_, p. 155.

[896] Jusqu' ce qu'ils soient crass et rduits en pte  force de
cuire.

[897] Otez-les de l'eau. Voy. p. 135, n. 2.

[898] On voit que cet usage n'est pas nouveau.

[899] Verss doucement et de haut, de manire  faire filer la liqueur
verse comme on le voit du sirop, etc.

[900] On voit dans Lamarre, t. II, art. _de la Triperie_, que toutes les
tripes de la grande boucherie toient achetes en gros par des tripiers
(appartenant  six familles seulement), prpares par eux pendant la
nuit, et vendues ds le matin  de pauvres femmes qui les colportoient
dans les rues dans des bassins de cuivre jaune. On rencontre encore
aujourd'hui, au march des Innocens et ailleurs, des femmes qui vendent
ainsi des tripes cuisant sur un fourneau qu'elles portent sur un
ventaire.

[901] Cumin, crit encore _comin_ dans le dictionnaire de Nicot. C'est
cette plante qui donnoit le nom de _comine_ au plat.

[902] Ces deux alinas sont des observations critiques de l'auteur sur
des recettes qu'il copioit.--Nous avons dj vu et nous verrons encore
souvent de semblables rflexions.

[903] Des amandes broyes.

[904] Var. B, _hourdouil_.

[905] Griller, scher, de _sor_.

[906] _G. C._, 29.

[907] Remplac par _rouelle de beuf_ dans le _G. C._, f. 29, o cette
recette se trouve, mais avec des fautes.

[908] _G. C._, 1 v., fautif.

[909] crit Georget dans le _G. C._, f. 2 (incomplet), et Taillevent
imprim. Taillevent fait deux articles distincts de ces deux brouets.

[910] Gril.

[911] Voir ci-dessus, p. 148. Il est probable que ce potage tait
sursem de persil, comme les courges l'toient de safran.

[912] _G. C._, 2.

[913] Ces deux mots ne sont pas dans la mme recette donne par le _G.
C._, f. 29, et, en effet, leur prsence rend inutile l'observation qui
suit: _Brune_, etc.

[914] Voy. p. 149, n. 7. Var. A (ici seulement), _bracon_.

[915] Taillevent manuscrit dit cependant aussi que ce brouet doit tre
_sur le jaune_, et l'imprim ordonne le safran pour lui _donner couleur_
(a. IV, v).

[916] _G. C._, f. 2 v, presque identique  Taillevent manuscrit.

[917] Le _G. C._, qui donne cette recette (f. 2 v), la termine ainsi:
Nota _le persil fait le brouet vert et le saffren le fait jaune, par
quoy il est de mauvaise couleur_.

[918] A petit jet,  petit filet.

[919] Var. A, _puis ostez et le drciez et gettez_, etc.

[920] _G. C._, 3 (fautes).

[921] Le Taillevent, manuscrit (Mazarine), qui donne aussi une recette
pour ce brouet, dit de plus de _le passer par la verdure pour estre
vergay_. Ce potage devoit donc son nom  sa couleur _verd-gaie_.

[922] Dans un linge.

[923] _Sic_ peut-tre pour _fait_.

[924] Sup. _pour_.

[925] Du Cange explique _carcasium_, _carcosium_, par _cadaver_,
_intestinum_. Ici le mot _carquois_ signifie videmment le haut du corps
de l'crevisse, _la carcasse_. Nous le retrouverons encore deux fois
dans le cours de cet ouvrage, comme signifiant srement une fois _la
carcasse_, le corps du poulet, dont on a enlev les membres et _la
chair_, et une autre fois (_Trait de l'pervier_) le mme corps spar
seulement des membres.

[926] Ce qui est _laiss_, ce qui reste dans l'tamine.

[927] Peut-tre faudroit-il crire et prononoit-on Houss__barr__:
brouet _houss_ (voy. ci-devant p. 163), et _barr_, travers par
_lesches_ ou languettes de chair. Cependant il n'est pas parl de persil
dans la recette de ce plat, et l'auteur nous dit qu'on ne disoit
_houss_ que d'un plat sursem de persil. (Voir p. 164.)

[928] Voy. p. 106.

[929] Une once.

[930] _G. C._, 5.

[931] _Id est?_ c'est--dire.

[932] D'aprs les nombreux passages du _Viandier_, o ce mot est
employ, et surtout d'aprs celui-ci, je crois qu'il signifie:
dpouiller l'anguille de sa peau (peut-tre en l'exposant  la vapeur de
l'eau, en _l'tuvant_). L'diteur du _Grand Cuisinier_, qui a reproduit
plusieurs recettes o se trouve ce mot, ne parot pas l'avoir compris:
tantt il le supprime, tantt il le remplace par _chauder_ ou
_entamer_. _chauder_ remplace galement _estauver_ dans la recette de
la _soringue d'anguilles_, donne par Taillevent. (Voir ci-aprs, p.
173.) Cependant, d'aprs l'article des lamproies que nous verrons plus
loin, il est impossible de croire que ce mot soit tout  fait synonyme
d'chauder.

[933] _G. C._, f. 51 v.

[934] Il manque peut-tre ici: _et defaites de vin et_. Ces mots sont en
cet endroit de la mme recette donne f. 51 v du _G. C._

[935] Il manque sans doute ici: _Pochez oeufs en huile_.

[936] En dernier lieu.

[937] Taillevent manuscrit (Bibl. royale) donne une recette presque
identique de ce plat.

[938] Var. B, _refrisiez_.

[939] Le?

[940] Var. A, _pure_.

[941] Var. B, _puis_.

[942] Voy. p. 193, n. 3.

[943] Peut-tre faut-il transporter le point aprs _pochs_ et supposer
que ce mot, qui parot ncessaire  l'intitul de la recette, toit
rpt dans l'original. La recette du mme plat (presque identique)
commence ainsi dans le Taillevent manuscrit (Bib. Mazarine). L'diteur
du _Gr. Cuis._ qui donne cette mme recette (f. 50 v), l'intitule _Civ
d'oeufs pochs  l'huile_ et commence par ces mots: _Prens des oeufs et
les fris en bonne huile_.--Voir ci-aprs au chapitre des _sauces_
bouillies.

[944] Var. B, _eslire_.

[945] _Lians de chair_, p. 159.

[946] Je ne comprends pas ce mot.

[947] Otez-le du feu.

[948] Le Taillevent manuscrit (Bib. royale), qui donne cette recette,
ajoute ici ces mots qui paroissent omis dans les manuscrits du
_Mnagier_: _Puis le remettez sur le feu et un pou de saffran et mettez
boullir tant_, etc.

[949] S. e. de farine (voir ci-aprs chap. des _Crpes_).

[950] Remue.

[951] Cette recette s'arrte ici dans le _G. C._, f. 15.

[952] Jeune porc.

[953] Redoublement du mot tuer qui prcde, _acorer_ ou _acourer_
signifiant percer ou ter le coeur. Voy. Du Cange, au mot _Acorarius_. Le
mot _dcor_ que j'ai cru (p. 128, n. 1) une faute pour _dcol_, doit
avoir la mme racine.

[954] _G. C._, 16. Rptition du  3 de la page 88.

[955] Avoit coutume, _solebat_.--_G. C._, 15 v.

[956] _G. C_., 15 v.

[957] Voir ci-devant, p. 158.

[958] Mariner?

[959] Le _G. C._, qui donne cette recette, mais avec beaucoup de fautes,
la termine en ajoutant aprs ces mots: _et le fait-on lyant de pain_.
Voy. p. 155.

[960] Il semble qu'il s'agit l d'une queue de sanglier vritable
donnant au mets une saveur trs-prononce, et non plus de la sausse du
mme nom, comme j'avois cru devoir l'interprter, p. 155, n. 3, 
l'occasion d'une recette analogue de ce mme plat.

[961] Var., Ms. C, _char ou grain_. Voy. p. 150, n. 1.--_G. C._, 16.

[962] Diminuer, perdre de leur graisse.

[963] Ici l'auteur rpte dans les mmes termes ce qu'il a dit page 88,
ligne dernire.

[964] Ce mot se trouve dans tous les ouvrages de cuisine et d'conomie
rurale, mais il n'est nulle part clairement expliqu. Il signifie ou de
trs-jeunes chapons (Voir Nicot qui le traduit par _capus junior_), ou
plutt des poulets d'un an ou un peu plus, sur le point d'tre chaponns
(_Maison rustique_, 1570, 28 v). Le _G. C._ qui donne cette recette p.
18, supprime les trois premiers mots: _Poucins gros comme_.

[965] Voy. ci-devant p. 89--_G. C._, 18.

[966] Amincie, rduite, comme le cuir se durcit et se condense par
l'opration du tannage?

[967] Rptition dans les mmes termes du  2 de la page 89.

[968] Comme les oiseaux toient souvent pris par le moyen de la
fauconnerie, ils ne paroissoient sur la table que privs des portions
qui constituoient les _droits_ de l'oiseau chasseur. La tte de la
perdrix et du canard, la cuisse de la grue, etc., appartenoient 
l'oiseau. Ce qui toit d'abord le rsultat des habitudes des fauconniers
devint plus tard une rgle d'tiquette culinaire. C'est pourquoi
l'auteur dit: _Laissez  ceux_ (des oiseaux servis sur la table) _ qui
il appartient_.--Ce qui prcde est certain pour les ttes et les pieds,
mais je ne me rappelle pas avoir vu que les queues des oiseaux pris  la
chasse aient quelquefois t le sujet _d'un droit de fauconnerie_. Les
seigneurs ont cependant pu se rserver la queue du hron ou d'autres
oiseaux, mais peut-tre aussi laissoit-on la queue simplement aux
oiseaux dont les plumes toient les plus brillantes et produisoient le
meilleur effet sur la table.

[969] Dress.

[970] Voy. ci-dessus, p. 89.

[971] Deux sortes, deux espces.

[972] Je trouve ce mme prjug consign dans le _Thrsor de sant_,
Lyon, 1616, in-8, p. 226. On croit qu'il vit de l'air comme l'oiseau
de paradis, en latin _manucodiata_, qu'on nous apporte des Moluques,
parce qu'on ne luy treuve rien du monde dans le gisier. Il ne se doit
ventrer. _G. C._, 19.--Le premier alina est reproduit presque
identiquement dans Taillevent manuscrit (Bibl. royale).

[973] Voir ci-dessus, p. 90, lignes 6, 7, 8, 12, 13.

[974] _G. C._, 14 v.

[975] Je crois que ce mot signifie ici attacher  la broche  l'aide de
petites brochettes retenant le rti comme les arons d'une selle
retiennent le cavalier. Le _G. C._ qui donne cette recette, f. 19, dit
en effet: _Aronnez de brochettes_.

[976] Le _Grand Cuisinier_ donne (f. 27 v) une recette bien plus
dtaille d'un cygne ainsi apprt. Je crois devoir la reproduire ici.

Prenez un cigne, et l'appareillez et le mettez rostir tant qu'il soit
tout cuit, puis faictes de la paste aux oeufs, aussi claire que papel, et
la coulez dessus ledict cigne en tournant en la broche tant que la paste
se puisse cuire dessus, et gardez qu'il n'y ait rien rompu ne aisles ne
cuisses, et mettez le col du cigne ainsi comme s'il nageoit en eau, et
pour le faire tenir en ce poinct, il faut mettre une brochette en la
teste qui vienne respondre entre les deux aisles, passant tout outre,
tant qu'elle tienne le col ferme, et une autre broche au dessouz des
aisles, et une autre parmy les cuisses, et une autre au plus prs des
pates et  chacun pied trois pour estendre les pieds: et quant il sera
bien cuit et bien dor de paste, tirez hors les broches, except celle
du col, puis faictes une terrasse de paste bise, qui soit espoisse et
forte, et qu'elle soit d'un poulce d'espaisseur, faicte  beaux carneaux
tout autour, et qu'elle soit de deux pieds de long, et d'un pied et demy
de large, ou un peu plus, puis la faictes cuire sans bouillir, et la
faictes peindre en verd comme un pr herbu, et faictes dorer vostre
cigne de peau d'argent, except environ deux doigts prs du col, lequel
faut dorer, et le bee et les pieds, puis ayez un manteau volant, qui
soit de sandal vermeil par dedans, et dessus ledict manteau armoyez de
telles armes que vous voudrez, et autour du cigne hait (_ait_ ou
_huit?_) banires, les bastons de deux pieds et demy de long  banires
de sandal, armoyez de telles armes que dessus, et mettez tout en plat de
la faon de la terrasse, et le prsentez  qui vous voudrez.

[977] Blancs d'oeufs.

[978] _G. C._, f 22 v.

[979] Je n'ai pu trouver la signification de ce mot: il me semble devoir
dsigner une espce de champignon. Il y a ci-aprs (_chapitre des
entremets_) un article plus dtaill sur les _escheroys_.

[980] Nous avons dj vu, p. 154, que le cdre ronge se vendoit _sur_
(pour _chez_) les piciers.

[981] De service,  servir en grand repas?--Gaces de la Bugne, premier
chapelain des rois Jean, Charles V et Charles VI, mort en 1383 ou 1384,
a donn dans son _Livre des dduits_, commenc en 1359 et fini entre
1373 et 1377, une recette de pt assez dtaille pour figurer utilement
ici.

    Si puis dire que grant profit
    Peut bien venir de tel dduit,
    Car on peut faire un tel past
    Qu'onques meilleur ne fut tast;
    Et pour ce ne me vueil pas taire
    Qu'au jeune ne l'apreigne  faire.
    Trois perdriaulx gros et reffais
    Ou millieu du past me mets,
    Mais gardes bien que tu ne failles
    A moy prendre six grosses cailles
    De quoy tu les apuyeras:
    Et puis aprs tu me prendras
    Une douzaine d'alouetes
    Qu'environ les cailles me mettes.
    Et puis prendras de ces machs
    Et de ces petis oisels:
    Selon ce que tu en auras,
    Le past m'en billeteras.
    Or te fault faire pourvance
    D'un pou de lart, sans point de rance,
    Que tu tailleras comme ds:
    S'en sera le past pouldrs.
    Se tu le veulx de bonne guise,
    De verjus la grappe y soit mise,
    D'un bien poy de sel soit poudr,
    Si en sera plus sevour.
    Se tu veulx que du past taste
    Fay mettre des oeufs en la paste;
    Les croutes, un poi rudement,
    Faictes de flour de pur froument,
    Et se veulx faire comme saige,
    N'y met espices ne fromaige:
    Ou four bien  point chaut le met,
    Qui de cendre ait l'atre bien net;
    Et quant sera bien  point cuit
    Il n'est si bon mengier, ce cuit.


[982] Barbeau, _G. C._, 56, ainsi que la prcdente recette et la
suivante.

[983] cailler?

[984] _G. C._, 68.

[985] Latte. Var. A, _essaugle_. _G. C._, 70 (trs-fautif).

[986] _G. C._, 56.

[987] Brochet, Voy. p. 88.

[988] _Franche_ (faute?), ci-dessus, p. 88.

[989] _G. C._, 55 v.

[990] Var. A, _fenes_.

[991] Strile.

[992] Rptition du  3 de la p. 90.

[993] C'est l'endroit o cesse le gosier et commence l'oesophage.

[994] Ici seulement commence la recette du _G. C._, f 58 v.

[995] De vapeur?

[996] _G. C._, 58 v.

[997] Rptition de la fin du  4 de la p. 90.

[998] _G. C._, 70 (sauf le paragraphe _leur saison_ qui est omis).

[999] Rptition du  5 de la p. 90.

[1000] _G. C._, f. 52, s'arrte l.

[1001] Retourne, voy. ci-aprs, p. 191.

[1002] Gros sel gris?

[1003] _G. C._, 52.

[1004] Ciseaux.

[1005] Une main un peu postrieure  celle du corps du volume a ajout
ici dans le Ms. C: _Quatre onces et trois los de vin pour quatre grosses
anguilles_.

[1006] _Ib._, _une pinte_.

[1007] _Ib._, 3 (demie-) _pinte_.

[1008] _G. C._, 52 v.

[1009] _G. C._, 67.--Il me semble rsulter de ce passage du _Mnagier_
que ce poisson dit par erreur _poisson de mer_ dans le dictionnaire de
Trvoux, est une espce d'anguille. Il est souvent nomm avec l'anguille
dans les exemples cits par Du Cange au mot _Piprenella_. Ce poisson est
encore cit dans un arrt du 31 janvier 1365-6, rendu au sujet de la
mort d'un receveur de l'impt lev pour les fortifications de Mantes,
qu'on disoit avoir t tu par des habitans de Tourny, prs Vernon, et
qui parot tre seulement mort d'une indigestion de _pimpreneaux_. (_In
quo quidem prandio, pimprenellos male decoctos comederant; et illuc per
longum tempus steterant, ac vinum de tanto ac tali ad tantum et tale, et
postmodum de poto ad potum, more Normannorum, biberant, etc._)

[1010] Ce mot signifie ici poudr de fleur de farine, ailleurs
_enfleurer_. Le _G. C._ qui donne cette recette f. 63, remplace ces mots
par: _Avant que la frisez, treffeuillez-la de farine_.

[1011] _G. C._, 63.

[1012] Boue, sausse paisse.

[1013] Dominant.

[1014] _G. C._, 63 v.

[1015] Vin _uni_ (_planus_), doux, ( boire), par opposition 
_vin-aigre_?

[1016] _G. C._, 64.

[1017] Voy. p. 148, n. 1.

[1018] _G. C._, 64.

[1019] Poisson qui tient de la brme et du gardon suivant Belon (p. 319
de la _Nature des poissons_, 1555, in-8 obl.).

[1020] _G. C._, 62.

[1021] Var. A, _eschauder_.

[1022] _G.C._, 72 v.

[1023] Belon, qui cite plusieurs espces de chiens de mer, ne dit rien
de la brette.

[1024] Var. A, _mungon_. Le _G. C._ qui supprime _en Languedoc_, crit
_mugeon_ (66 v). Belon dit qu'on le nomme _muge_  Marseille.

[1025] Cabillau. Cette distinction existe aujourd'hui aussi  Paris.
Belon ne l'a pas connue et se borne  dire qu'on connot mieux la morue
sale que frache (p. 122).

[1026] Stockfisch (_bton de poisson_ en hollandois.--_Trvoux_).

[1027] Var. B, _le lendemain_ (ce doit tre un des plus anciens exemples
de cette locution devenue depuis d'usage gnral au lieu de
_l'endemain_. Voy. plus loin  la recette des _vingt plats de gele_).

[1028] Supplez _sans cela_.

[1029] _G. C._, 65 (fautif).

[1030] chalotte.

[1031] _G. C._, 65 v.

[1032] _G. C._, 70 v.

[1033] Renverse. _G. C._, 64 v.

[1034] Le Ms. C ajoute: _Refroidier et_...

[1035] _G. C._, 60 (trs-fautif.)

[1036] Suivant Belon, _tumbe_ est le nom rouennais du gournault. Ce
dernier est une espce de rouget, mais il est plus grand, de couleur
plus sombre, et a les ailes bleutres et non rouges.

[1037] _G. C._, 60 v (trs-fautif).

[1038] Couleur de tan, feuille-morte.

[1039] Tachet.

[1040] Fum. Voy. Du Cange au mot _Baco_.

[1041] Peut-tre faut-il lire _pouldre_ en sous-entendant _avec_.

[1042] _G. C._, 69.

[1043] _G. C._, 72 v.--Suivant Belon, ce poisson, lorsqu'il toit sal,
s'appeloit du _hadou_, en anglois _hadoch_.

[1044] _G. C._, 72 v, _arsin_.--Sans doute l'_orphie_, sorte d'anguille
de mer qu'on pche sur les ctes de Normandie.

[1045] L'auteur semble dire que ces trois noms dsignent un mme
poisson. Belon fait des deux premiers deux espces diffrentes et ne
parle pas du _pourpois_.

[1046] On trouve dans Roquefort _brulliau_, sorte de poisson.

[1047] _G. C._, 67 v.

[1048] _G. C._, 65 v.--La merluche est au moins de la famille des
morues, _aselli_ en latin.

[1049] Var. B, _esbolera_.--Rduira  force de bouillir.

[1050] _G. C._, 61 v.

[1051] _G. C._, 61 v.--J'ignore ce que signifie _entrepel_.

[1052] Il est parl du _craspois_ ou _graspois_ dans bien des auteurs du
moyen ge, mais il n'y a  ma connoissance que l'auteur du _Mnagier_
qui fasse connotre ce que c'toit. Un procs qui dura plusieurs annes
au parlement de Paris et qui toit relatif  _sept taux_, dont cinq 
sches et deux  craspois que le roi possdoit aux halles de Paris, nous
apprend que le craspois ne venoit  Paris qu'en carme: c'toit le _lard
de carme_, le poisson des pauvres; quarante mille personnes vivoient
pendant le carme de craspois, de sches et de harans. Ces poissons
toient vendus par environ mille pauvres marchandes,  qu'il toit
seulement dfendu de se tenir sous _le couvert_ des halles o toient
les grands taux (_Plaid. civiles_, 7, 12, 14 et 19 mars 1380-1, 1er
mars 1383-4; _Jugs_, XXXII, p. 93).

Belon ne nomme pas le _craspois_, mais il confirme cependant
l'explication du _Mnagier_. Ce poisson, dit-il en parlant de la
baleine, est couvert de cuir noir dur et espez sous lequel y a du _lard_
environ l'esposseur d'un grand pied, _qui est ce que l'on vend en
quaresme_.

Legrand d'Aussy qui a parl avec dtail de la baleine sale comme
nourriture maigre des pauvres, d'aprs Charles Estienne (II, 83), a
ignor que le _craspois_ ft le nom de cet aliment. Au reste, l'auteur
du _Trsor de sant_ dit que la baleine sale, quoique cuite pendant
_vingt-quatre heures_, toit toujours _fort dure et indigestible_.

[1053] Nageoire.

[1054] _G. C._, 68 v, dit _Cyros_ au lieu de _Tire_, et _naturelle_
pour _notre_, mais ce doit tre une faute. _Notre_ semble devoir
dsigner une espce de raie comme la raie _boucle_, _lisse_, etc. Je ne
vois au reste aucune espce de raie qui ait plus d'une queue.

[1055] _G. C._, 62.

[1056] Plies.

[1057] Presque.

[1058] Flot, _mare_ de mars (la grande mare de l'quinoxe vers le 21
mars).

[1059] De farine.

[1060] _G. C._, 68 (trs-fautif).

[1061] Tirant sur le blanc, ple.

[1062] _G. C._, 65.

[1063] Belon dit que la seule manire de distinguer ces deux espces est
de les mettre  plat, regardant _contremont_ (en haut, en l'air): dans
cette position la bouche de la pole sera  gauche et celle de la sole 
droite.

[1064] Gril.

[1065] _G. C._, 66, dit _molles_ et _solles_; mais la _molle_ est
diffrente de la _pole_. Voir _Trsor de sant_, pages 249 et 250, et
surtout Belon.

[1066] Var. A et _G. C._ (70 v), _au succre_. Je crois qu'on disoit
_une soucie_ et _un souci_ (voy. _sauces non bouillies_). Ront vient de
_rhombus_, nom latin du turbot, en italien _rombo_.

[1067] _G. C._, 56.

[1068] Var. A, _Barte_. Je ne vois rien sur ce poisson dans Belon, qui
parle de la _brme de mer_.

[1069] _G. C._, 58 v.

[1070] Peut-tre faut-il lire _tance_ pour tanche (de mer).

[1071] Seroit-ce coupes par lanires, par morceaux? Voir t. I, p. 172.
J'ignore ce que c'est que l'_ale_,  moins qu'on ne suppose que c'est
l'anchois, _halecula_ en latin.

[1072] _Flez_ ou flet, espce de plie.

[1073] Var. A, _quelrel_. Var. C, _quelboe_. Peut-tre le quarrelet;
l'auteur auroit-il voulu dire ici: _Quand le carrelet (qui vaut mieux)
est trs-commun, se trouve  chaque pas_? Cependant _quarrel_ signifie
en gnral carreau, _pav_, mais en prenant ce mot dans son acception
ordinaire, je ne vois plus de sens  la pense de l'auteur.

[1074] Suivant Belon, c'est le nom rouennais du coquillage dit
_ptoncle_.

[1075] _G. C._, 62 v, finit en ajoutant aprs oseille: _ou d'autre
verdure_. La sanemonde est connue; _barbarin_ pourroit tre synonyme de
_berberis_, pine-vinette.

[1076] Var. B, _mooles_.

[1077] Sans doute Cayeux, bourg de Picardie situ sur le bord de la mer,
 deux lieues de Saint-Valery. Legrand d'Aussy (t. II, p. 82) dit qu'il
y a un poisson de ce nom diffrent du coquillage, mais il ne donne pas
le motif de son opinion  cet gard, et je ne vois ce poisson mentionn
nulle part. Il faut d'ailleurs remarquer qu'ici les moules viennent
aprs les _hanons_, sorte de coquillage.

[1078] Var. B, _nourrist_. Si l'on adopte ce mot qui me parot beaucoup
moins bon que _noircit_, il faudroit fermer la parenthse aprs _non_.

[1079] Prpare (voy. Du Cange au mot _Conredium_), ce doit tre la
sche _confite avec la saulce aigre_ (marine), comme Belon dit (p. 340)
qu'on l'apprtoit de son temps _pour la rendre plus facile  manger et 
digrer_. On voit que l'auteur distingue ici la sche _conre_ de la
frache.

[1080] Pliss, fronc, racorni par la chaleur du feu, _grediller_ dans
Nicot qui le dit synonyme de _grsiller_.

[1081] Voy. p. 154.

[1082] On voit que l'auteur ne fait pas grand cas de ce poisson. Du
temps de Belon comme au XIVe sicle (voy. p. 200, n. 2), il n'toit
gure mang que par les pauvres. Bruyre-Champier prfre  la sche
frache la sale qui, dit-il, est la consolation du carme: _jejunia
verna egregie solantur_.

[1083] C'est--dire moins d'une feuille ou pas du tout.

[1084] Plante dite _Tnaisie_ dans la _Maison rustique_.--Ce plat aura
t nomm _arboulaste_  cause des herbes qui entroient dans sa
composition. Les Italiens avoient aussi au XVIe sicle un plat tout 
fait analogue dit _Herbolata_ (Bart. Scappi, cuisinier du pape Paul V,
1570, in-4, f. 360 v).

[1085] Aumelette. Le mot _alumelle_, qui vient de _lamella_, diminutif
de _lamina_, signifie ordinairement la lame, le tranchant d'une pe,
d'une hache, etc. (voy. Du Cange  _Alemella_). C'est sans doute  cause
de leur forme aplatie, _lamine_, que les oeufs ainsi accommods auront
t dits _alumelle_, puis par corruption _alumette_ (p. 208, n. 1), et
enfin _aumelette_.

[1086] Rp.

[1087] Supplez: _que_.

[1088] Broyeroit.

[1089] Var. A., _alumette_.

[1090] _G. C._, 50 (_aumelette_ au lieu d'_allumelle_).

[1091] _De_ vaudroit mieux, car le nombre de sept tant impair, je ne
crois pas que l'auteur ait voulu dire d'ter le blanc d'un oeuf sur deux.

[1092] Supplez _les_ (sur les moyeux des deux oeufs casss d'abord).

[1093] En faisant vaporer l'humidit,  l'touffe?

[1094] Uni, lisse.

[1095] Voy. p. 207.

[1096] Supplez: _se_.

[1097] Var. A, _Fourmente_.

[1098] Voy. p. 111, n. 2.

[1099] On trouve des recettes de ce plat trs-usit au moyen ge dans le
Taillevent manuscrit et imprim, dans le _Grand Cuisinier_ (ff. 41, 45),
et dans le _Trsor de sant_, p. 24. Celle du _Mnagier_ est la plus
complte. On mangeoit presque toujours la vnaison  la fromente. On a
pu le remarquer dans les _Menus_ qui prcdent (p. 93, etc.), et Hardoyn
de Fontaines Gurin le dit positivement dans son _Trsor de vnerie_ (p.
51 et note 56).

[1100] Var. B, _jusiers_, plus conforme  _gsier_ qui a prvalu
aujourd'hui quoique tout  fait dissemblable de _giger_, racine de ce
mot employe par Festus et Lucilius. Le peuple dit _gigier_ avec
beaucoup plus de raison.

[1101] _G. C._, 30. Mme recette que dans Taillevent imprim et
manuscrit.

[1102] pais  pouvoir le tailler (_ couper au couteau_). _G. C._, 74.
La recette de Taillevent est presque la mme.

[1103] Spare.

[1104] Surjet.

[1105] Obscur.

[1106] Cailles, lait caill. (_Brique de lait_, _maton_ signifiant
proprement brique. Voy. Du Cange  _Matto_.)

[1107] Lait de beurre.

[1108] Les _carcasses_. Voy. p. 170, n. 1.

[1109] Ce doit tre l'estomac o est le grain mang par l'animal:
_granea_.

[1110] Cette recette est dans Taillevent, imprim et manuscrit, mais
avec plusieurs diffrences dont l'une est que Taillevent dfend de
_refaire_ les volailles, contrairement  ce qui est dit ici.

[1111] Il faudroit _les_ ou _la_ (la poule); Taillevent dit: _l'enflez,
puis_ la _fendez_.

[1112] Mot qui parot de trop.

[1113] Ce doit tre le _col_ comme dans Taillevent.

[1114] _Broyons_ dans Taillevent, manuscrit Bibl. Mazarine, et _blancs_
dans le manuscrit de la Bibl. Royale.--Foies, intestins. Voy. p. 149, n.
7.

[1115] Je ne sais quel est ce fromage. Le dictionnaire de Trvoux cite
bien un fromage dit d'_Anguin_, mais sa composition ne me parot pas
convenir  l'emploi fait ici du fromage de gain. Le Taillevent imprim
dit _fromage de guin_: le manuscrit de la Bibl. Royale, _de gain_, et le
manuscrit de la Bibl. Mazarine, _fin fromage_.

[1116] Ces deux mots ne sont que dans C.

[1117] Il est dit dans la _Maison rustique_, d. de 1570, p. 105, que
quand on a exprim au pressoir l'aquosit de la gude, on rdige le marc
_par petites pastilles_ qu'on fait scher au soleil, et que ces
pastilles sont jetes dans les cuves o l'on met les laines  teindre.
Ce sont ces _pastilles_ ou _pasteaux_, sans doute d'une grosseur fixe
par l'usage et connue, que notre auteur prend ici pour terme de
comparaison.--Cette phrase, depuis _soit recousu_ jusqu' _et pour les
dorer_, n'est pas dans Taillevent.

[1118] Le manuscrit A ajoute _de boeuf_.

[1119] Ce mot n'est que dans le Ms. C.

[1120] C'est la mme recette que celle de Taillevent. (Ms. Bibl.
Royale.)

[1121] Var. B, _pour couleur_, au lieu de _y coulent_.

[1122] Le jarret de devant, ou la dernire, la plus courte articulation?

[1123] Extrmit du pied?

[1124] Ce mot n'est pas dans le manuscrit A.

[1125] Var. C. _o la char aura cuit_.

[1126] Ce mot doit tre synonyme de _harl_, hl, grill.

[1127] Mot qui est de trop,  moins qu'on ne lise _de deus_ (deux).

[1128] Parce qu'il toit ainsi divis par une ligne verticale en deux
portions de couleur diffrente, comme _un cusson parti_ en blason. Le
potage cartel dont il est question dans les _Menus_ devoit se faire
d'une manire analogue, sauf qu'il toit _cartel_ (divis en quatre
portions par deux lignes en croix), au lieu d'tre _parti_. Voy. p. 211
un autre _faulx grenon_.

[1129] Du gingembre.

[1130] Voy. ci-dessus, p. 213.

[1131] Sans doute queues.

[1132] Ce doit tre _boulez_, ou plutt _broyez_.

[1133] Piquez les pattes d'crevisses dans la tarte.

[1134] A part, sparment.

[1135] pinards. Voy. p. 141.

[1136] Press?

[1137] Rp.

[1138] Sans doute gingembre de mesche. Voy. p. 230.

[1139] Racine d'arbre autrement dite _zedoaria_, suivant Jacques de
Vitry cit par Du Cange au mot _Zedoaria_.

[1140] C'est le poivre de cubbe, employ aujourd'hui seulement dans la
pharmacie.

[1141] Le nard, _spica nardi_, dans le _Trsor de Sant_. Voy. aussi Du
Cange  _Spicus_.

[1142] Var. B, _toile_.

[1143] Il semble qu'il faudroit _et la couler deux ou trois fois avant
qu'elle_, etc.

[1144] Peut-tre ce mot dsigne-t-il la _filicule_, plante astringente
de l'espce des fougres.

[1145] Tournesol. Fruit de l'_heliotropium tricoccum_. Voy. Trvoux.

[1146] Ce mot dsigne ici le poisson du mme nom qui semble avoir t
ainsi vendu  la mesure, car nous allons voir (article des _vingt plats
de gele_) l'auteur parler d'une _chopine_ de loche qui, rpartie entre
vingt plats, donnoit six loches par plat. Si son calcul n'est pas erron
(comme celui qu'il fait des crevisses), une chopine de loche auroit
contenu cent vingt loches environ.

[1147] Oter le veau.

[1148] Il en faudroit cinq pour employer les cent crevisses dans vingt
plats.

[1149] Ainsi dans les trois manuscrits. Voy. p. 196, n..

[1150] Frappez, pressez de la paume de la main.--Var. fautive de A,
_paronoyez_.

[1151] Noisetier.

[1152] Farine.

[1153] Var. B, _demeurent_.

[1154] Grenouilles.

[1155] Appt, _esca_.

[1156] _G. C._, 68 v (tronqu).

[1157] Sureaux, suivant Roquefort. (Voy. plus loin R. de la glux.) Le
_G. C._, qui donne cette recette (f. 73 v), dit _aux vignes et aux
jardins_.

[1158] On trouve a la fin du _Calendrier des Bergiers_ (Paris, 1493,
in-f, f. N vj) une pice trs-bizarre sur le limaon, dans laquelle on
lui dit: _Oncques Lombard ne te mangeat, A telle saulce que (nous)
ferons, Si te mettront en ung grant plat, Au poyvre noir et aux
ongnons_.

[1159] Ainsi crit dans les trois Manuscrits; mais ce doit tre _jalet_,
caillou rond (_galet_) ou balle de plomb qu'on lanoit avec une arbalte
dite arc  jalet: de _jaculum_.

[1160] Supplez _que dessus_.

[1161] Sans doute _la_ paste et non _le_ past__.

[1162] Ce passage confirme l'explication donne p. 150, n. 5.

[1163] Pour les repas ordinaires?

[1164] Liaison.

[1165] 1er octobre.

[1166] Ce doit tre une faute pour _oyers_, rtisseurs.

[1167] Var. B, _roissoles_.

[1168] Ce mot parot de trop.

[1169] Var. A, _mettez_.

[1170] _G. C._, f. 74, s'arrte-l: un peu abrg.

[1171] Fuseau.

[1172] Rouler, sausser. Var. A, _coulez_.

[1173] Var. B, _arboulastre_.

[1174] Service, mets.

[1175] Sans doute faute pour _ou_.

[1176] Voy. p. 129.

[1177] Voy. p. 161.

[1178] J'ai dit p. 185 que ce mot pouvoit signifier une sorte de
champignons; mais je crois que ce sont plutt les racines du _chervis_
(_siser_) dsignes et dcrites sous le nom d'_eschervis_ dans le
_Trsor de Sant_, p. 432.

[1179] Enfariner.

[1180] OEufs.

[1181] Se prparer, se faire.

[1182] Peut-tre: _en est_. Var. B, mais rsultat d'une correction:
_encores_.

[1183] Rti.

[1184] Voy. p. 111. J'ai aussi vu du _gingembre vert_, mentionn dans
les registres du parlement (_Plaid. civiles_, 29 avril 1392),  propos
d'une affaire de droit maritime, et aussi dans Du Cange au mot
_Arquinetta_.

[1185] Voy. p. 112.

[1186] Gt.

[1187] Var. A. C, _noir_. Je ne vois pas qu'il y ait eu du galanga noir.

[1188] Gousse.

[1189] B crit ici: _raoulmarin_.

[1190] Sans doute _sanemonde_.

[1191] Toute-bonne? Voir ci-devant, p. 44, n. 2.

[1192] Nous avons vu ci-dessus (_Menus_ 15 et 21) des turbots _ la_
soucie. L'auteur faisant ici et ailleurs ce mot masculin, je pense qu'il
faut lire en cet endroit _souci_, et qu'on disoit _une soucie_ et _un
souci_, mais plus souvent le dernier.

[1193] Sans doute _pousser_. Nous avons dj vu, p. 213 (_pour faire
perdriaulx de poucins_) qu'on _poussoit_ les cuisses du poucin _pour
faire la char plus courte_.

[1194] Var. A. C., _puis_.

[1195] P. 230.

[1196] Var. B, _le meigre d'eaue_.

[1197] Voy. p. 223, n. 3.

[1198] Ce mot n'est que dans C.

[1199] Rties.

[1200] _G. C._, 74 v.

[1201] _Ib._, runi avec la recette prcdente en un seul article et
fautif.--Cette recette parot la mme que la prcdente, mais amliore
et complte.

[1202] Presque identique avec la recette de la _sauce poitevine_ dans le
Taillevent manuscrit, dfigure dans l'imprim.

[1203] crasez.

[1204] Cette pice est sans doute la mme que l'_arquinetta_ cite dans
des lettres du roi Richard II, en faveur de marchands de Gnes (1380);
mais ce ne peut tre un bois sudorifique comme le conjecture dom
Carpentier (voir _Glossaire_ de Du Cange, au mot _Arquinetta_). Je ne
vois pas au reste pourquoi l'auteur parle de cette pice  propos d'une
recette o elle n'est pas employe.

[1205] Var. B, _roux_, au lieu de _dessus_.

[1206] Toujours.

[1207] Gousse.

[1208] Var. B, _ou_.

[1209] Vritable (non aigri); comme nous avons vu p. 193, du vin
_plain_?

[1210] Bourbelier. Voy. p. 158 et 179.

[1211] Var. B, _une_.

[1212] L'auteur veut sans doute dire qu'alors cette sauce se sert avec
du jambon, etc.

[1213] Sans doute le setier de huit pintes plutt que celui d'une
demi-pinte (ou chopine).

[1214] Il y avoit une petite monnoie d'argent de ce nom valant un denier
un quart.

[1215] Le manuscrit B fait orge masculin; mais c'est par suite de
corrections un peu postrieures au corps du texte.

[1216] En prenant les bases tablies ci-dessus, p. 109, n. 2, un pain
brun (ou _debrode_ ou _faitis_, bis,) d'un denier devoit peser tout cuit
dix-huit onces.

[1217] Var. B, _puis_.

[1218] Se faire.

[1219] Ordinairement _origine_ (_interdum urina_): mais ici, sans doute
_globules_.

[1220] A et B rptent _lors_.

[1221] Sans doute levure de bire.

[1222] Domestiques.

[1223] Dans la mme proportion.

[1224] Plomb. Ce mot semble signifier ici tam. Le Taillevent
manuscrit qui donne une recette analogue de ce mme plat, dit _plomb
par dedans_. Il rsulte de la recette de Taillevent qu'on mettoit dans
ce pot la poule ou chapon sans eau.

[1225] _A_ n'est que dans le manuscrit C.

[1226] Le _G. C._, qui donne la mme recette (f. 28 v) mais avec
quelques modifications, dit ici _avec du vin blanc les deux pars et le
tiers d'eau_. Le vin est galement mlang d'eau dans la recette de
Taillevent.

[1227] En le faisant _filer_. Voy. p. 159, n. 4.

[1228] Voy. p. 271.

[1229] Creve. Voy. p. 139.

[1230] Le Taillevent manuscrit (Bibl. Roy.) donne cette recette avec
cette diffrence qu'aprs _couler_ on lit: _Mettez boulir, et, qui
veult, pouldre de succre pardessus et non pas trop liant_. Il est
probable que ces mots ont t omis dans les manuscrits du _Mnagier_,
car le manuscrit A termine ainsi cet alina: _coulez et mette_ (ici un
espace vide) _et du succre_.

[1231] Le manuscrit B ajoute _ fort_.

[1232] Mme recette que dans le Taillevent manuscrit.

[1233] Bayen, crev.

[1234] Rptition du dernier paragraphe de la p. 214.

[1235] Les trois manuscrits portent aprs cet intitul: _Fault
commencier  la Sainct Jehan_. Ces mots paroissent une rptition
anticipe de ce qui suit.

[1236] La phrase est obscure et probablement dfectueuse. Peut-tre
faut-il lire _lez qu'elles_, en prenant l'adverbe _lez_ (_jaxta_,
_secundum_, _ad_,) dans le sens de _jusque_; mais je ne l'ai jamais vu
ainsi employ.

[1237] Le psaume _Miserere_, comme l'auteur dit ailleurs, le temps de
dire une patentre, etc.

[1238] Var. B, _ou_.

[1239] Sans doute _sas_.

[1240] Var. B, _trois ou quatre_.

[1241] Id. _quatre_.

[1242] Suppl. _le_ (le miel d'o on a retir les noix).

[1243] Tonneau contenant une demi-queue. Mais peut-tre ici est-ce un
tonneau plus petit. Ce qui augmente mon doute, c'est que l'auteur dit
plus loin, p. 249, qu'il faut deux livres de sauge pour faire un poinon
d'eau de sauge; il semble que cela ne suffiroit pas pour cent
quatre-vingt-quinze litres d'eau. (_Tonnelet_ est donn comme synonyme
de Poinon, p. 260.)

[1244] Carottes.

[1245] 30 novembre.

[1246] Ratissez.

[1247] Graine du Carvi (_carvi officinarum_ ou _cuminum pratense_),
plante originaire de la Carie en Asie Mineure.

[1248] Peut-tre est-ce le raifort, _raffanus_, _rafan_, dans Crescens
qui dit qu'on _en use principalement  faire compote de navets_.

[1249] Chez les herboristes.

[1250] Gingembre de mesche. Voy. p. 111.

[1251] Nom de lieu. On lit dans le _Dit des pays_ (impr. au XVIe
sicle): _En Orte est le bon saffran_.

[1252] Voir ci-devant, p. 154.

[1253] Var. A, et C, _une livre_.

[1254] Var. B (mais rsultat d'une correction postrieure), _cotignac_:
c'est le nom actuel.

[1255] Sans doute le noeud qui est  l'extrmit du fruit, oppos  la
queue.

[1256] Je crois que ce signe, reproduit exactement ici d'aprs le Ms. B,
est un 4. Il figure aussi dans les _Menus_ I, II, IV, VI. Voy. p. 91, n.
5. Il est remplac dans le Ms. A par [Illustration: un symbol] (un gros
ou drachme). Voy. pour la _poudre de duc_, aussi estime que celle-ci au
XIVe sicle, p. 248.

[1257] Au lieu de sauge.

[1258] Gote, comme cela est dit p. 196, pour la morue?

[1259] Un sixime d'once plutt que six noix.

[1260] Var. B, _quarton_.

[1261] _Spicus nardi_, nard.

[1262] En allant toujours en diminuant, c'est--dire qu'il y ait moins
de graine de paradis que de girofle, moins de macis que de graine, etc.

[1263] La livre en usage dans le Midi n'toit que de treize onces;
l'auteur ayant au commencement de ce paragraphe adopt la mesure de
Bziers, prvient ici qu'il reprend les poids en usage  Paris.

[1264] Dominer.

[1265] Voy. p. 244, n. 4.

[1266] Les cotons.

[1267] Var. B, _le_ (saug__?)

[1268] On voit par plusieurs passages du _Mnagier_ quelle consommation
nos anctres faisoient de verjus. Cependant j'ai vu avec tonnement les
paroles suivantes dans une plaidoirie du 9 avril 1385-6, prononce pour
Jean II de Neelle, seigneur d'Auffmont et de Mello qui plaidoit contre
les religieux de Saint-Corneille de Compigne pour conserver le droit de
conduire, par eau et sans droits, de Mello  Auffmont, le vin
ncessaire  sa consommation: _A Auffmont il ne croist pas chascun an
huit queues de vin et n'y croist que pour avoir du vertjus pour l'ostel
d'Auffmont_. L'avocat prtendoit-il donc qu'on usoit  l'htel
d'Auffmont six ou sept queues de verjus par an (la queue de 391
litres)? Quelque nombreuse maison qu'ait eue Jean de Neelle, trs-grand
seigneur  la vrit, il seroit difficile de croire  une semblable
consommation de verjus.

[1269] Voir la note sur lui, p. 118: et sur deux Hautecourt qui
pouvoient tre ses descendans vers 1500, Sauval, III, 605.

[1270] Nous avons dj vu plusieurs fois cet usage de semer des drages,
des grains de Grenade, etc. sur de certains mets.

[1271] Je ne sais quelle est cette feuille; le manuscrit A dit _seur_,
mais ce ne peut tre la feuille de _sureau_ qui est petite.

[1272] Voy. p. 214, n. 1.

[1273] Dure, telle que l'eau de puits.

[1274] Ptrir.

[1275] M. de Lincy, t. I, p. 210 de ses _Proverbes franois_, cite le
suivant: _On fait des gods  Beauvais et des poales  Villedieu_.
J'ignore quelle toit la qualit spciale de la terre de Beauvais.

[1276] Sera bu par les roses, disparotra.

[1277] Bien fait,  point.

[1278] Alambic de plomb.

[1279] Au recto de ce feuillet, _schedula_ d'o nous avons fait
_cdule_, (billet, petite feuille volante,) signifiant aussi feuillet.

[1280] Teinture rose? Je n'ai rien trouv sur ce mot.

[1281] Var. A, _rousse_.

[1282] Feuilles. Du Cange mentionne au mot _Pampa_ une redevance fodale
en 1270, d'un _plain panier de penpes de roses  faire eaue-rose_. Voy.
sur l'usage des roses et des fleurs la note 3 de la page 52, et Sauval,
t. III, p. 517, 521, 526, 632.

[1283] La volire du chteau d'Hesdin ville d'Artois o les ducs de
Bourgogne de la dernire race rsidoient souvent. La ville d'Hesdin,
rase en 1553 par Charles-Quint, est maintenant un bourg dit le
_Vieil-Hesdin_ situ  une lieue environ du Hesdin actuel qui est
l'ancien village du Mesnil agrandi et fortifi en 1554 par le duc de
Savoie.

[1284] L'htel Saint-Paul, rue Saint-Antoine,  Paris. Voy. sur les
volires de cet htel et le got de Charles V pour les oiseaux, Sauval,
II, 282.

[1285] C'est le clbre prvt de Paris. Il est fait allusion  son got
pour les oiseaux dans une curieuse chanson faite contre lui au moment de
sa disgrce et publie pour la premire fois dans l'dition des
_Chroniques de Saint-Denis_, donne par M. Paulin Paris (T. VI, p. 478).

    Courrouci es de tes oiseaux
    Qu'or ne pues chanter en caige,
    Mais bien pues faire les appeaulx
    Pour chanter en ton geolaige.

Mais o toit place cette volire si remarque au XIVe sicle? toit-ce
dans cette maison de plaisir avec jardin qu'Aubriot auroit eue prs des
Clestins suivant Sauval? (II, 154.) Mais il semble peu probable,
attendu l'extrme proximit des deux emplacemens, que ce jardin, dont
Aubriot jouissoit en 1366 ou 1368 (S. III, 126) soit rest sa proprit
en mme temps que sa maison d'_habitation ordinaire_ aussi avec jardin.
C'est l qu'toit bien plutt place la volire dont parle l'auteur du
_Mnagier_. Ce dernier htel est dsign seulement, dans les registres
du Parlement, comme situ _prs l'glise Saint-Paul et dans la censive
de l'abb de Tiron_, et il y est dit qu'_Aubriot l'avoit achet de
Jacques de Pacy et ses frres_, mais c'est bien encore le mme que celui
dont il est parl dans Flibien (T. I, p. 661), et qui est dit _avoir
t donn  Aubriot par Charles V_. Aubriot l'acheta bien effectivement,
mais le Roi le paya, on du moins donna en 1369 quinze cents francs d'or
 son prvt, afin qu'il l'achett et vint demeurer plus prs de lui
(Sauval, II, 154). Cette apparente diffrence d'origine (je crois avoir
dmontr qu'elle n'est qu'apparente) ne pourroit en outre prvaloir
contre la concidence des limites assignes  cet htel par Flibien
(entre la rue de Jouy et la rue Perce) et celles de la censive de
l'abb de Tiron. En effet, parmi les localits soumises  cette censive,
la plus rapproche de l'glise Saint-Paul toit prcisment place entre
la rue Perce, la rue de Jouy (dite postrieurement  1543, des _Prtres
Saint-Paul_, et _Charlemagne_ depuis quelques mois, par suite de
l'incomprhensible et odieuse persistance de l'dilit parisienne 
anantir les anciens noms des rues), diverses proprits ayant leur
faade sur la rue Saint-Antoine, et les anciens murs de Paris (_Atlas
des plans de la censive de l'Archevch_, f. 43.--Archives du roy.
Seine, n 64). Pierre de Giac, chancelier de France, grand accapareur de
biens, se disposoit  acheter cet htel en fvrier 1383-4, et se fit
alors donner par le Roi, pour douze deniers de cens annuel, les anciens
murs de Paris, avec les deux tours y comprises, auxquels joignoit le
jardin. Giac le vendit en 1397 au duc d'Orlans pour 8,000 livres et
deux autres maisons (Champollion, II, 11). Cet htel fut alors connu
sous le nom du _Porc-pic_, sans doute  cause de l'ordre de ce nom
institu par le duc d'Orlans, et dont l'insigne devoit figurer sur la
porte, les vitraux, etc. On peut voir dans les d'_Orlans_ de M. Aim
Champollion (II, 13) des dtails bien curieux sur les vitraux de cette
maison. En 1404, le duc de Berry l'ayant reue du duc d'Orlans en
change de l'htel des Tournelles, la donna au clbre et malheureux
Jean de Montaigu (Sauval, II, 153). Aprs sa mort arrive le 17 octobre
1409, le roi (ou plutt le duc de Bourgogne usant du pouvoir royal),
donna l'htel du _Porc-pic_  Guillaume duc de Hollande et comte de
Hainaut (Sauval, II, 81). Il en jouissoit en 1413 et 1417 (S. III, 281).
En octobre 1418, aprs la surprise de Paris par les Bourguignons, une
nouvelle donation en fut faite au duc et  la duchesse de Brabant,
gendre et fille du duc Guillaume (J. reg. 170, n. 207). Je n'ai pas vu
qu'il ait t rendu au fils de Jean de Montaigu comme le furent ses
autres biens, mais il ne pouvoit appartenir au duc de Hollande en 1438,
comme on pourroit le croire d'aprs un compte de cette anne donn par
Sauval (III, 655.--Le duc de Bourgogne toit alors seul duc de
Hollande). Cet htel appartint ensuite  l'illustre Arthur de Richemont
conntable de France, dont la femme, Marguerite de Bourgogne, y mourut
en 1441 (Sauval, II, 146). Il passa ensuite  Robert d'Estouteville,
prvt de Paris (mort en 1479), qui payoit les douze deniers de cens
pour les murs en 1472 et 1476 (S. III, 403 et 425. Il avoit toutefois
une autre maison _ sa vie_, rue de Galile.--Ib., 338). C'est sans
doute  cause de Robert d'Estouteville, et peut-tre de son fils
Jacques, prvt de Paris aprs lui de 1479  1509, qui a pu possder le
mme htel, que cet htel fut alors appel et est dsign sur le plan de
tapisserie (commencement du XVIe sicle), sous le titre d'_Hostel du
Prvost de Paris_. Sauval dit bien qu'il appartenoit en 1533  leur
cousin Jean d'Estouteville, aussi prvt de Paris, mais il n'en donne
pas de preuve. Il n'en donne pas non plus au sujet de l'attribution
qu'il fait (II, 152) de ce mme htel  l'amiral de Graville, mais cela
est trs-probable. On sait en effet que l'amiral de Graville, petit-fils
de la fille de Jean de Montaigu, jouit de tous ses biens, et l'on voit
en outre dans Sauval (III, 629) que Pierre de Balsac son gendre, et Anne
de Graville sa fille, cette femme clbre comme pote et comme
bibliophile (voy. _les Femmes clbres de l'ancienne France_, par M. de
Lincy) avoient pay les douze deniers de cens pour les vieux murs de la
ville, et par consquent trs-probablement possd et habit cet htel.
Ils en avoient transport la jouissance  Guillaume le Gentilhomme,
avocat en parlement, qui payoit le cens en 1573. Si Sauval ne s'est pas
tromp quand il a dit (II, 152) que cet htel appartenoit en 1533 aux
hritiers de l'amiral de Graville et  Jean d'Estouteville prvt de
Paris, il y auroit lieu de croire qu'il avoit alors t divis.
Aujourd'hui, si l'on entre dans le _Passage Charlemagne_ (rue
Saint-Antoine, n 102, et rue des Prtres-Saint-Paul, n 22), on arrive
aprs avoir fait quelques pas dans une cour spacieuse, et l'on voit une
belle maison btie (suivant toute apparence, par l'amiral de Graville)
sur l'emplacement de l'htel du Porc-pic. On y remarque une charmante
tourelle, mais l'ensemble de cette lgante construction est dfigur
par l'adjonction d'une quantit de repltrages modernes. L'htel
d'Aubriot, auquel succda celui-ci, occupoit tout le coin de la rue des
Prtres Saint-Paul (depuis une poterne ouverte dans les vieux murs) et
de la rue Perce,  peu prs jusqu' l'emplacement actuel du n 8 de
cette rue, o devoit finir la censive de Tiron (en 1418, jusqu' l'htel
de Galeran de Montigny, chevalier, de la maison du duc de Berry,
massacr lors de l'entre des Bourguignons). Son jardin, compris
aujourd'hui en partie dans le collge Charlemagne (d'abord maison
professe des jsuites), s'tendoit jusqu'aux anciens murs et les suivoit
jusqu' la rue Saint-Antoine,  la hauteur environ de la rue Culture
Sainte-Catherine.

[1286] C'est sans doute le nom d'un bourgeois de Paris, mais je ne
connois rien sur ce nom.

[1287] Var. B, _sont_.

[1288] Dans le cas o les oiseaux ne couvent pas, comme cela toit pour
les volires du Roi et d'Aubriot.

[1289] Nourris.

[1290] Au moins de l'eau trop rarement renouvelle.

[1291] Dans le cas o les oiseaux couvent, etc., comme cela avoit lieu
dans la volire de Charlot.

[1292] Var. A et B ajoutent ici _par le pi_, qui est une rptition.

[1293] Tourterelles ou grives (_turdus_).

[1294] Var. B, _chardonnereulx_.

[1295] Ce mot ncessaire au sens n'est que dans le manuscrit C.

[1296] Var. A, C, _tendres_.

[1297] Sans doute: _gratteroit_. Var. B, mauvaise et rsultant d'une
correction: _laisseroit_.

[1298] Je pense que ce mot doit signifier ici bouch, ferm (_arcile_,
diminutif d'_arca_, signifie un coffret, voy. Du Cange), et seroit mieux
crit _arcili_ qu'ar_s_ili, ce qui sembleroit le faire driver
d'_ars_, brl.

[1299] Le pot sans couvercle.

[1300] Mettez vos dents.

[1301] Var. A, _ loges_; B, _alloges_. Il s'agit ici d'horloges 
sablier, sans doute les seules que les particuliers pussent alors se
procurer. Toutefois, on connoissoit les horloges  rouages avant
l'poque o le _Mnagier_ a t crit.

[1302] L'usage d'empoisonner les flches remonte aux Gaulois. Il en est
parl dans Pline et dans Aulugelle. Les Gaulois employoient  cet usage
une plante dite _limeum_, autrement _thora_, que Linne dit tre la
dixime espce de renoncule (_ranunculus thora_) et aussi de l'ellbore.
(Voy. la Bibl. des Threuticographes, 1763, p. 168.) Les auteurs du
dictionnaire de Trvoux disent qu'on se servoit encore, de leur temps,
du _thora_, dans les Alpes, pour empoisonner les flches.--On ne trouve
de recettes semblables ni dans le _Modus_ ni dans _Phbus_; c'est une
recette  l'usage des gens chassant _pour la cuisine_, pour le profit,
et dnus d'quipages suffisans.

La fleur du _thora_ est jaune, ce n'est donc pas de cette plante qu'il
s'agit ici; mais ce peut tre l'_aconitum napellus_, qui a la fleur d'un
beau bleu. Quant  l'_ectoire de canarade_, cit p. 63 de ce volume, M.
Adolphe Brongniart, mon cousin, pense que c'est l'_actea_ ou l'ellbore
noire (vulgairement _Rose de Nol_, parce qu'elle fleurit  cette
poque) qui a la fleur blanche et crot dans le midi de l'Europe, ou
plutt l'_actea spicata_, plus commune dans toute l'Europe, dsigne
aussi quelquefois sous le nom d'_ellbore noire_, et qui a de petites
fleurs blanches. La racine de ces deux plantes est un poison violent;
elle est de couleur noire.--Au reste, si les proprits de ces plantes
conviennent aux _ectoires_ ou _lectoires_ (plantes  faire des
lectuaires?) dont parle l'auteur, il n'en est pas de mme de leur nom,
ce qui doit laisser des doutes sur leur identit avec celles cites dans
le _Mnagier_.

[1303] Tirer  l'arc.

[1304] Les deux barbes ou artes du fer qui empchent la flche de
sortir de la plaie.

[1305] Dans le cuir.

[1306] Var. B. _bestic_.

[1307] Vrat, porc non coup.

[1308] Saison de chasser le sanglier qui succdoit aux _cervaisons_,
c'est--dire qu'elle commenoit aprs le milieu de septembre et
finissoit vers le printemps.

[1309] Passer au feu.

[1310] Var. A et C, _de navets, de chastaignes  la venaison_.

[1311] Je pense que ces mots sont le commencement d'une troisime
recette, _pour faire d'un ver bon sanglier_. J'avois d'abord cru qu'il
falloit mettre un point aprs _chastaingnes_, et comprendre que la
venaison vritable s'accommodoit de la mme manire, mais alors le 3
n'a plus de sens. Avec la ponctuation que j'ai adopte, venaison
signifieroit ici la chair du prtendu sanglier.

[1312] Son.

[1313] Var. B, _limegnon_; C, _lumignon_. Voy. p. 56, note 1.

[1314] Le Ms. B ajoute ici _foul_ qui est mauvais, la mre goutte tant
ce qui sort de la cuve avant que le raisin soit foul. C'est le jus des
raisins les plus mrs qui s'crasent en tombant dans la cuve.

[1315] Il semble qu'il faudroit, au contraire, faire rduire plus le vin
quand le raisin n'est pas bien mr. Peut-tre faut-il comprendre qu'on
le fait revenir ou rduire d'_un tiers_ au lieu de _au tiers_, et d'_un
quart_ au lieu de _au quart_.

[1316] Si vous les achetez toutes cuites.

[1317] Rptition du  2 de la p. 149.

[1318] chauffent; c'est aussi le sens de ce mot, p. 152, ce qui ne
contredit pas l'explication donne en cet endroit du but de la recette.

[1319] Rpe?

[1320] Cette recette et la suivante sont dans le Taillevent manuscrit
avec peu de diffrences.

[1321] Marquer.

[1322] Le mot _arramentum_ a dans la basse latinit plusieurs
significations (_airain_, _arrangement_), mais dont aucune ne me parot
convenir au sens de cette phrase.

[1323] Ainsi le linge se marquoit alors  l'aide d'une griffe ou d'un
sceau.

[1324] Matire inflammable sous les tincelles du briquet. Voy. p. 42 et
Du Cange, au mot _Esca_.

[1325] corce ou peut-tre les fleurs du noyer. On ne voit pas pourquoi
l'auteur ayant mis l'_cume_ au singulier, dit ensuite _qui sont
surannes_ au pluriel. J'avois pens que _noyer_ toit une faute pour
_noix_ et qu'il s'agissoit l de brou de noix; mais le brou de noix ne
me parot pas pouvoir se dtacher entier, et il me semble difficile
qu'on puisse le couper par _pices de la largeur de deux_ doigts.

[1326] Var. A, C, _les_.

[1327] Mlange pais d'eau et de cendre qui reste au fond du cuvier
quand on a coul la lessive.

[1328] gouttes, presses.

[1329] ponge.

[1330] Oiseau de rivire.

[1331] Var. B, _i_ (_id est_); le cimier est la croupe du cerf. Voy. p.
129.

[1332] Ce mot et les huit prcdens ne sont que dans le manuscrit B.

[1333] C'est beaucoup mieux que _noix de galles_ comme on l'a dit
depuis, puisque les galles ne sont pas un fruit mais une excroissance du
chne.

[1334] Le Ms. C ajoute _arrabic_.

[1335] Tranquille, stagnante, _quieta_.

[1336] Ce seroit les premires ctes, les plus proches des hanches, si
l'explication que j'ai donne du filet ou nomblet est bonne.

[1337] On ne trouve dans Belon ni la _bourbotte_ ni le _chavessot_;
seulement cet auteur dit que la lote toit dite barbotte  Paris. Mais
il ne peut tre question ici de la lote qui n'a pas d'cailles et ne
pouvoit, par consquent, se peler comme la perche.

[1338] Corneilles.

[1339] Plutt choucas (corneille  dos gris) que chouette.

[1340] Trait d'arbalte.

[1341] Var. (que je crois mauvaise) des Mss. A et B, _ont_.

[1342] Traits d'arbalte non aigus, avec lesquels on tiroit aux oiseaux.
Voy. une citation de Wats dans Du Cange, au mot _Pilatus_.

[1343] Var. B, _cornillaux_.

[1344] Brouillards, temps humides.

[1345] Voy. p. 166.

[1346] Voy. p. 186,  2.

[1347] Voy. p. 213.

[1348] Non pas, pas mme. Ce passage est un de ceux qui tablissent la
position que l'auteur occupoit dans la socit.

[1349] Ce mot est fautif.

[1350] _Debent._

[1351] Prenez des amandes nouvelles et tez adroitement, au couteau,
leur premire corce. Ensuite percez chaque amande d'un trou au milieu.
Ce fait, lesdites amandes soient mises en eau douce et y restent cinq ou
six jours, mais que l'eau soit change une fois chaque jour. Ensuite,
aprs cinq ou six jours, lesdites amandes soient tires de l'eau et
poses sur une (nappe?), o elles restent un jour naturel pour scher et
ter l'humidit de l'eau. Ayez ensuite une quantit suffisante
d'excellent miel, proportionnellement  celle desdites amandes;
faites-le bouillir et cuire bien et suffisamment, et l'cumez, et, quant
il sera cuit et rfroidi, mettez dans le trou de chaque amande un clou
de girofle, et ayant replac toutes les amandes dans un bon vase de
terre, mettez dessus (_item_, pour confire des noix; mais elles doivent
rester neuf jours dans de l'eau renouvele chaque jour) ledit miel bien
cuit et en quantit suffisante pour couvrir entirement les amandes qui
pourront tre manges aprs deux mois.

[1352] Sans tre mis dans l'eau chaude.

[1353] Vids.

[1354] Ce sont videmment des petites hardes de lard.

[1355] En grain.

[1356] Ptrir.

[1357] Pilon.

[1358] C'est ici que se terminent les deux manuscrits les plus anciens
(A et B) du _Mnagier de Paris_. Cependant mon manuscrit (C) ajoute
encore quelques recettes qui sont tellement analogues  celles qui
prcdent, que je crois devoir les donner comme appendice. Elles
paroissent avoir t crites peu de temps aprs le corps du texte; elles
sont dans le dialecte picard ou flamand, et ont videmment t
recueillies dans la maison de Madame de Roubais (Marguerite de
Ghistelle). Voy. l'Introduction.

[1359] Battu, cras.

[1360] Sucre.

[1361] Une chausse.

[1362] Melons. Je ne sais ce que peut signifier _caordes_, peut-tre
est-ce _gourdes_, sorte de courge.

[1363] Empans.

[1364] D'un coup,  la fois.

[1365] Rangs.

[1366] Place.

[1367] Ce.

[1368] Jardiniers de Portugal. Il y avoit des Portugais  la cour de
Bourgogne. Vasque Made de Villelobe, Portugais, traducteur du _Triomphe
des Dames_ (imprim  Paris, chez Pierre Sergent, in-4, gothique),
toit cuyer d'curie du duc de Bourgogne.

[1369] Dface? arrache.

[1370] Rptition presque textuelle, mais fautive, des  4, 5, 6, 7, 8
de la page 275 ci-aprs.

[1371] Sucre rosat.

[1372] _Et_ [Illustration: un symbol].

[1373] Qu'il file entre deux doigts, si on en prend une goutte.

[1374] Avant qu'on mette bouillir.

[1375] OEuf.

[1376] Laisser rasseoir en eau.

[1377] De la fleur.

[1378] Aussi.

[1379] Esteuf, balle.

[1380] pande, rpande?

[1381] Dmen, remu?

[1382] Sucre fondu en eau-rose.

[1383] _Hulle_ signifie en allemand enveloppe. Est-ce ici la gaine d'un
couteau?

[1384] Rayez.

[1385] Une rgle?

[1386] Doigts.

[1387] _Rostez-le._ Otez-le hors du bassin?

[1388] Encre.

[1389] Eau de pluie.

[1390] Couperose.

[1391] Et un scrupule?

[1392] La moiti du temps ncessaire pour dire les sept psaumes de la
pnitence, comme nous avons vu dans le _Mnagier_, un _Pater_, un
_Miserere_, etc.

[1393] Les matires qui ont servi  faire l'encre, le marc.

[1394] Poivre.

[1395] Clous de girofle.

[1396] Menues-pices (_species_), moins (que de cannelle et gingembre).

[1397] Teille, vase de terre. Suppl. _avec_.

[1398] Vos poussins ou perdrix.

[1399] Voy. p. 95.

[1400] Tournesol. Voy. p. 220.

[1401] Pcher. Mettez assez de tournesol pour lui donner la couleur de
fleur de pcher.

[1402] OEufs.

[1403] Feu.

[1404] Brle.

[1405] Il semble qu'il faudroit _ou_ puisque ce plat se faisoit avec du
poisson, ou avec des oeufs  dfaut de poisson.

[1406] OEufs?

[1407] Pochs?

[1408] Hachez.

[1409] Scher.

[1410] Le seul que contiennent les manuscrits. Voir l'Introduction et T.
I, p. 7, note 1; voir aussi T. II, p. 79, n. 1.

[1411] Augmente sa maison, son train, plutt que _fatigue_, _use_. Gaces
de La Bugne borne le train de l'preveteur  quatre chiens et deux
chevaux (Ed. Verard, X 5).

[1412] Cette manire de voler semble bien devoir tre celle que
d'Arcussia (Ve partie, ch. XVI, et Confr. 30) appelle voler  _la
toise_ (et aussi Sainte-Aulaire, p. 103) ou _source_,  _lve-cul_ ou 
_la couverte_. C'est quand on lchoit l'oiseau de poing tout prs de sa
proie, au moment o elle s'enlevoit, et qu'il l'empitoit avant qu'elle
et eu le temps de se mettre en aile. Les oiseaux de poing prenoient
presque toujours leur gibier de cette manire, soit  son premier
dpart, soit _ la remise_, c'est--dire au second vol. Dans ce dernier
cas ils attendoient souvent sur un arbre ou sur une haie que les chiens
fissent repartir l'oiseau chass. Huber, dans ses _Observations sur le
vol des oiseaux de proie_ (1784, in-4, p. 36), a trs-bien expliqu
cette manire de voler qu'il appelle _le saut_ et qui est propre aux
oiseaux de poing. Il dit que le saut rsulte d'un lancement qui part de
la plante des pieds puis d'une forte et brusque contraction des ailes.
Il distingue le saut montant, le saut de niveau (tous deux ne portent
que 6 ou 7 toises) et le saut plongeant, qui est le plus puissant.

[1413] Jaillir, s'lancer. Je ne sais si ce mot s'applique ici 
l'pervier ou au brusque dpart de l'oiseau chass. C'est presque la
mme expression que celle de _vol  la source_ employe par d'Arcussia:
Le Ms. A porte _fouldre_, mot qui ne seroit pas ici sans signification,
car Huber dit que le dpart _au saut_ est aussi prompt que _l'clair_.

[1414] ducation, de _duire_, dresser.

[1415] Var. A, _espaingnos_. Chiens d'Espagne dits aujourd'hui
_pagneuls_.

[1416] A ct.

[1417] Il faudroit _l'en_.

[1418] Lier, en terme de fauconnerie, c'est quand l'oiseau a enserr sa
proie. D'Arcussia veut qu'on rserve ce mot pour les oiseaux de leurre
et qu'on dise _empiter_ pour ceux de poing (p. 177).

[1419] Qui s'loignent trop.

[1420] Cri, appel.

[1421] Lass, vaincu.

[1422] Se prcipiter avec entranement, fondre, d'_immittere_.

[1423] Pole, polon.

[1424] Var. A, _abent_.

[1425] Rclamer l'oiseau c'est le faire revenir sur son poing. On a dit
quelquefois par extension un oiseau _rclam_ pour un oiseau _dress_.
Les oiseaux de leurre toient rappels  l'aide du leurre: aussi
disoit-on pour eux _leurrer_ et non _rclamer_.

[1426] Var. A, _dchairent_.

[1427] Var. A, _d'espreviers_.

[1428] _Que_ est de trop  moins qu'il ne manque la fin de la phrase
comme: _ne l'ait dcouvert_.

[1429] Il faudroit: _qu'il_.

[1430] C'est le mle de l'pervier, beaucoup plus petit que la femelle,
et que l'on employoit beaucoup moins. Gaces de La Bugne dit qu'il
servoit aux apprentis fauconniers  faire leur ducation (Ed. Vrard, L
v).

[1431] Enfoncement, creux, de _claustrum_. Var. B, _crotet_, petite
grotte, trou, de _crypta_.

[1432] Fienter.

[1433] Mince, dlicat.

[1434] Filet.

[1435] Surtout.

[1436] Digr.

[1437] Pour qui.

[1438] Var. A, _fielet_.

[1439] Repas. Sous-entendez _de ce filet de porc_.

[1440] Var. B, _certainement_.

[1441] Sainte-Aulaire dit la mme chose (p. 45); il ajoute que ces
_fautes_ ou _marques_ places en travers des plumes les font rompre
facilement aux premiers efforts de l'oiseau.

[1442] Tirant sur le rond, un peu rond.

[1443] Ces trois mots interrompent le sens et seroient mieux placs
avant _tenir nettement_.

[1444] Var. B, _le pennier_.

[1445] L'auteur entend par ce mot une cage ou caisse de bois dont il
nous donne ci-aprs les dimensions. Le mme mot a t employ par
d'Arcussia, mais sans explication, et par Sainte-Aulaire (p. 180  186)
qui paroit en faire un terme gnral pour dsigner un lieu ferm comme
une chambre, etc., et semble dire indiffremment: mettre les oiseaux 
la ferme ou  la mue.

[1446] Treillage, grillage.

[1447] Prendre de la force.

[1448] Se soulvera.

[1449] Jointures, jarrets.

[1450] Se tiendra debout.

[1451] Large.

[1452] Il y a, il est.

[1453] Billot de bois sur lequel on plaoit l'oiseau. Sainte-Aulaire dit
qu'il doit avoir deux pieds de haut. Il est vrai qu'il parle de celui 
l'usage des oiseaux parvenus  leur taille (p. 66 et 106). L'empereur
Frdric II conseille de le faire en forme de cne renvers et ferr, de
manire qu'on puisse l'enfoncer facilement en terre. Il l'appelle
_sedile_. Il dit que le faucon cill est mieux sur le bloc que sur la
perche, et qu'on ne doit mettre sur le bloc qu'un seul faucon (voy. ch.
L et LI du second livre).

[1454] Phrase qui parot dfectueuse.

[1455] Repu.

[1456] Var. A, _merts_. Je crois que ce sont ces barres ou marques
noires qui traversent les plumes de la queue de l'pervier
(Sainte-Aulaire, p. 25), et dont il est aussi parl sons le nom de _mers
de la queue_ dans le Modus (feuillet 77 v). L'auteur veut donc dire ici
qu'il faut pour mettre les jets  l'oiseau, attendre qu'il soit parvenu
au moment de sa croissance o sa queue est assez longue pour qu'on y
voie dj deux barres noires. Voir ci-aprs p. 291.

[1457] Petites lanires de cuir qui s'attachoient aux jambes de l'oiseau
et auxquelles on ajoutoit les vervelles, et quand l'oiseau toit sur la
perche, la longe et le touret.

[1458] Quand aprs s'tre dbattu, jet en avant de sa perche il y est
retenu et rappel par sa longe.

[1459] Queue des oiseaux de poing. Le mot de queue toit rserv aux
oiseaux de leurre.

[1460] Var. A, C, _sur luy surviennent_.

[1461] Imptueusement, de _tempte_.

[1462] Depuis _esteuf_, balle de jeu de paume.

[1463] Supplez _non_.

[1464] Supplez _a_.

[1465] Si en se dbattant il tomboit de la perche et y restoit suspendu
par sa longe.

[1466] Ce passage confirme l'explication donne prcdemment, mais je
n'ai rien trouv dans les auteurs qui puisse dterminer o sont placs
les sept _merqs_ dont parle l'auteur. Je vois sur un pervier qui est
sous mes yeux 1 4 barres (ou _merqs_) noires (dont une un peu cache
par les petites plumes du croupion) _sur_ le balai, 2 4 id. en dessous;
et enfin 6, mais assez mal marques sur le dessous des grandes plumes de
l'aile. Mais on sait combien l'ge change le plumage des oiseaux de
proe, et j'ignore si l'oiseau que j'ai sous les yeux cet un _niais_ ou
un _mu_.

[1467] Graisser, mouiller de sa salive.

[1468] La seconde secousse, le second effort de l'oiseau. Voir
d'Arcussia, Ve partie, ch. IX.

[1469] Var. B, _espoventablement_.

[1470] Paresse.

[1471] Var. A, C, _bas_.

[1472] Espaces laisss vides dans les manuscrits. Peut-tre y avoit-il
_marqu  travers de petits coeurs brun tendres ou roux_. La diffrence
avec l'autre genre de plumage dont il va tre parl auroit donc consist
dans la dimension et la disposition des marques en forme de coeur;
l'auteur du Modus dit galement: _Les uns sont de menues plumes
traversaines et blanches; autres sont de grosses plumes traversaines et
grosses noues; autres sont de plumes que nous appelons mauvises_ (mal
disposes, mal semes).

[1473] Sems.

[1474] Var. A, _boueil_. C'est le brayer, le bas-ventre, dit _brayeul_
dans le roi Modus.

[1475] Le manuscrit B ajoute _S_ (_scilicet?_).

[1476] _L'espervier a communment l'estomac blanc maill de marques
noires faites la plupart en coeur. Le dessus noir ou gris fort obscur
squelles y a certaines mailles ou plumes blanchtres sur les reins_
(Sainte-Aulaire, p. 25). L'auteur a fait le mot _cueuret_ pour dire
sem de coeurs, comme on dit _fleur-de-lise_, _toil_, etc.

[1477] En changeant d'ordre, muablement.

[1478] Charrient au couvert, dans un buisson, etc., pour s'en patre,
l'oiseau qu'ils ont pris.

[1479] Je crois que c'est l'oiseau dont les ailes sont bien disposes;
bien jointes au corps et croisant bien sur la queue.

[1480] Voy. sur les vanneaux, couteaux et cerceaux, la note 6 de la page
89.

[1481] Espace laiss vide dans les manuscrits. _Sans_ doit tre
dfectueux ainsi que _a_: le balay signifiant la queue. L'auteur a d
crire quelque chose comme _bonnes pennes, puissans balay et sain_, etc.

[1482] Var. B, _paissonoir_. Ces diffrens noms des ongles de l'pervier
ne sont  ma connoissance donns qu'ici. D'Arcussia les dsigne
simplement sous la dnomination de premier, second, et troisime, en
commenant par celui du premier doigt de devant: celui de derrire
auroit t dit _avillon_. Ici les _sangles_ pourroient tre les serres
du grand doigt du milieu et du doigt de derrire: le _paissoir_, l'ongle
du pouce, et le _charnier_ celui du quatrime doigt.

[1483] Qu'il.

[1484] Instrument de cuivre, quelquefois d'argent, destin  empcher la
longe de s'embarrasser. Ce sont deux demi-anneaux en forme d'triers
runis par une goupille qui traverse les deux cts plats, lesquels
tournent l'un sur l'autre. D'Arcussia l'appelle _tournet_ (131), et
l'empereur Frdric II _tornetum_ (II, 40). Il est reprsent dans les
planches de _l'Encyclopdie_ (XII, fig. 2). C'est certainement au touret
qu'est relatif le passage cit dans Du Cange  _Coretum_, et il faut
sans doute y lire _Toretum_.

[1485] Bleu.

[1486] Plus loin _recrance_, filire, longue ficelle attache aux
longes.

[1487] Aux plaidoiries, au palais.

[1488] Gaces de La Bugne conseille galement de porter l'pervier

    L ou les gens sont amasss,
    Soit en l'glise ou autre part.
         (S v, v, c. 1.)

On voit, d'aprs ces deux tmoignages, qu'il toit permis  tous les
laques d'entrer dans l'glise avec un oiseau sur le poing. Il en
rsulte donc que quand on a remarqu que les barons de La
Fert-Chauderon et les seigneurs de Chastellux entroient dans le choeur
des glises cathdrales de Nevers et d'Auxerre en costume moiti
militaire, moiti ecclsiastique, et avec un oiseau sur le poing, ce
fait n'toit (au moins _au commencement du_ XVe _sicle_) une
particularit qu' cause de leur costume, de la qualit de chanoines
hrditaires de ces glises possde par ces seigneurs, et peut-tre
aussi  cause de la place qu'ils occupoient dans le choeur par suite de
leur dignit. (Voy.  ce sujet les _Mercures_ de juin 1732, p. 1248, de
mars et d'avril 1733, p. 472 et 730, et l'_Histoire d'Auxerre_ de
Lebeuf, T. I, p. 809.) On voit encore, dans une pice de 1464 cite par
l'abb Lebeuf (T. II, pice 241), que les trsoriers des glises
d'Auxerre et de Nevers avoient le droit d'assister aux offices en habit
non ecclsiastique et avec un pervier sur le poing; mais ce droit toit
ds lors contest ou au moins remarqu. Il faut donc en conclure ou que
l'usage avoit ds lors chang, ou qu'il toit born aux laques.

[1489] Petits ais, petites planches, lattes.

[1490] On appeloit _plume_, et plus souvent depuis _cure_, une petite
boulette de filasse, de coton, ou de plumes qu'on faisoit avaler 
l'oiseau pour faire passer les parties grossires de sa nourriture qui
seroient restes dans son estomac.

[1491] Probablement les filamens ou nerfs de cette poche que d'Arcussia
appelle la gorge ou sachet suprieur. C'est la partie qui suit
immdiatement le gosier, et qu'on dit vulgairement _la gave_. Voir
d'Arcussia, chap. 1 de la IVe partie, p. 233.

[1492] _L'en_ n'est que dans le Ms. C.

[1493] Prau.

[1494] Aille.

[1495] Scher.

[1496] Faire jaillir, mais j'ignore la racine de ce mot. Var. B,
_ressortir_.

[1497] Baguette.

[1498] Trteau.

[1499] Savoir: _utrum_.

[1500] Retir, accroupi. Voy. p. 20.

[1501] Sup.: _avancez_. V. p. 394.

[1502] Mouchet, de _varius_, comme la fourrure de _vair_ et le _vair_
du blason.

[1503] Tachets.

[1504] Jeunes pies.

[1505] Tenailles.

[1506] Peut-tre faute, pour _moine_.

[1507] Vritablement, srieusement.--Var. A, _ensient_.

[1508] Dans le lieu de sa demeure?

[1509] Sans cette prcaution.

[1510] L'auteur ne donnoit donc pas tout  fait dans l'opinion errone,
et cependant gnrale, suivant laquelle la queue (ou balai, voy. p. 290,
n. 3) servoit de gouvernail  l'oiseau. On a reconnu depuis qu'elle ne
lui sert qu' monter et  descendre. Voy. Huber, _Observ. sur le vol des
oiseaux de proie_, p. 13.

[1511] Se dtourne, fait des crochets.

[1512] Ciseaux.

[1513] Quand elle part. Voy. p. 280, n. 3.

[1514] Entirement, vraiment _blanches_, comme l'meut _fin blanc_
ci-dessus, p. 298.

[1515] C'est le moineau suivant Nicot.

[1516] Rptition avec variantes du  1, p. 300.

[1517] Ce paragraphe, qui parot hors de propos au milieu des
instructions relatives aux premiers vols de l'pervier, est en outre une
rptition, mais non textuelle, de ce qu'on a dj vu page 290.

[1518] Il parot manquer ici _faire_.

[1519] Embrouillez (ses longes dans les branches du buisson o il aura
charri sa proie).

[1520] Var. B, _pendre_.

[1521] Neuf heures. Voy. t. I, p. 48.

[1522] S. d. faute pour _buisson_.

[1523] A et C ajoutent _vous_.

[1524] Au soir.

[1525] Var. bonne du Ms. B, mais rsultat d'une correction postrieure
au corps du texte: _s'essorera_. Au reste, _s'efforcer_ est bon, quoique
je ne l'aie pas vu employ par les autres auteurs dans le sens de
s'essorer, prendre, son _essor_, _s'emporter_.

[1526] Corps, carcasse. Voy. p. 170, n. 1, et p. 213.

[1527] S.-e. l'pervier.

[1528] S.-e. la chair du pigeon.

[1529] Dvider. Ce mot exprime trs-bien l'action du chien qui suit une
trace.

[1530] Au lieu remarqu, o les autres perdrix se sont remises.

[1531] Var. A, _gauchires_.

[1532] Oiseau de proie ignoble (non susceptible d'tre dress), grand
destructeur de perdrix, class par Huber (p. 16) dans la classe des
harpayes, avec la _Soubuse_, le _Jean-le-Blanc_ et l'_oiseau
Saint-Martin_. Huber semble croire que ces quatre noms dsignent le mme
oiseau (peut-tre  diffrens ges). G. Bouchet (_Recueil des oiseaux de
proie_) a consacr au _faux-perdrieu_ un article tendu, et on voit dans
d'Arcussia (_Fauconnerie du Roi_, p. 399) que Louis XIII voloit cet
oiseau avec des faucons dresss  voler la corneille.

[1533] Pices de terre cultives en pois. _Pisaria._

[1534] _Qui_ ou _et_ sont de trop. Si l'on supprime _et_, il faudroit
une virgule aprs _remerquent_.

[1535] Au saut. Voy. p. 280.

[1536] Voy. p. 304.

[1537] B ajoute _premier_, qui me parot inutile et peut tre une
correction de _se l'pervier_, qui est dans le Ms. A et est tout  fait
fautif.

[1538] S'accouplrent. D'Arcussia (1627, p. 209, 220) emploie le mme
mot, et dit aussi _le temps de l'adoue_; c'est pourquoi j'aime mieux
lire _adourent_ qu'_adonnrent_, comme l'crit le Ms. B (_adoerent_).

[1539] Pour _cochier_ je lis: cochier, cocher.

[1540] En tat,  leur taille.

[1541] Tuyaux des plumes pleins de sang comme les jeunes oiseaux.

[1542] Le Ms. B seul ajoute: _et ne sont pas les plumes de leurs eles si
roides comme leurs pres et leurs mres qui ont est mues_. Ces mots
paroissent tre une bonne variante et non la suite du membre de phrase
prcdent.

[1543] Il semble qu'il faudroit lire _et_, de manire  restreindre la
possibilit de prendre, mme au _voulon_, la perdrix ainsi forte, au cas
o elle est dj lasse d'un premier vol. Mais on peut aussi comprendre
que l'auteur, en dfendant plus bas d'essayer de la prendre, en plein
champ, du premier vol, a seulement entendu dfendre de la faire voler _
tire-d'aile_ (en _tirant aprs_) par l'pervier. Cette manire de voler
(mouvement rpt des ailes) est employe par l'oiseau de poing en ligne
horizontale ou de haut en bas. Dans le premier cas, il n'entreprend
ainsi que le gibier le plus faible, et cette attaque lui russit bien
moins que le _saut_ (ou _voulon_), qui est son plus grand moyen. (Voy.
Huber, p. 37.)

[1544] Gaces de La Bugne dit aussi (X v) que l'pervier peut prendre le
faisan; mais au XVIIe sicle qu'on peut cependant regarder comme celui
o la fauconnerie atteignit sa plus grande perfection, en France, on ne
faisoit plus voler l'pervier aux faisandeaux: c'est du moins ce qui me
semble rsulter d'un passage de d'Arcussia (Ve partie, chap. XXV), dans
lequel il remarque, comme une chose notable, que cette chasse avoit lieu
en Lombardie, o, dit-il, les perviers sont en plus de rputation qu'en
autre pays.

Quant au vol de l'outarde par l'pervier, il est plus tonnant, et on
seroit tent de penser ou qu'il y a erreur dans le nom de l'oiseau
chass ou que l'auteur a entendu parler ici de la chasse de l'outarde
faite avec l'autour, oiseau tout  fait semblable de conformation (sauf
la grosseur), de moeurs et de vol  l'pervier, puisque tous les auteurs
les confondent dans les prceptes qu'ils donnent sur la manire de les
dresser. L'autour, beaucoup plus fort que l'pervier, prenoit l'outarde
ou du moins la retenoit jusqu' ce que les chiens vinssent le secourir
et la tuer; mais ce fait mme toit regard avec raison comme
surprenant, attendu la faiblesse relative de l'autour (Voy. Gaces de La
Bugne, f. X 2 v), et le rcit d'une chasse  l'outarde faite par un
faucon sauvage dans d'Arcussia (_Fauconnerie_, p. 227 et aussi l mme
_Convy_, p. 52). L'pervier qui est un assez petit oiseau, pouvoit-il
donc galer l'autour et le faucon dans cette chasse? La mme rflexion
se prsente  l'esprit pour le vol aux lapereaux et aux levrauts, que je
n'ai vu indiqu dans aucun autre auteur. Remarquons toutefois qu'il y
avoit, suivant d'Arcussia, une espce d'perviers venant d'Esclavonie,
et tellement courageux qu'ils entreprenoient _tout ce qu'on leur
montroit_.

[1545] Auj. de gent.

[1546] Monter  une hauteur telle qu'il perde son matre.

[1547] Var. B, _toutesvoies_.

[1548] Peut-tre la marouette.

[1549] Geais.

[1550] Ou _bougon_, flche  grosse tte,  bout obtus, _sagitta
capitata_, suivant Nicot.

[1551] Afin que.

[1552] Var. A, _tirer_.

[1553] D'Arcussia (Ve partie,, ch. XXV) dit la mme chose; seulement il
est question, dans son livre, d'un arc  jalet (arbalte lanant des
balles de plomb) et non d'un arc.

[1554] Avant qu'il ait eu le temps de chasser et de se patre.

[1555] Le garder pendant le temps qu'il est en mue.

[1556] B ajoute: _laquelle plume_.

[1557] Pour le garantir, l'empcher de se dbattre.

[1558] Espace laiss en blanc dans les trois manuscrits: peut-tre
est-ce le croupion ou le _brayer_ (ventre), afin d'attendrir la peau o
tiennent les plumes de la queue.

[1559] Gouttire, petit canal (mangeoire avec coulisse dessous).

[1560] Voy. p. 297.

[1561] L'empcher de dormir.

[1562] L'abaisser, le dompter en le nourrissant peu.

[1563] Mues.

[1564] Les autres auteurs distinguent le _branchier_ du _ramage_. Ce
dernier nom dsignoit l'oiseau qui avoit t assez longtemps libre et
vivant de sa chasse: il tenoit le milieu entre le _branchier_ et le
_sor_.

[1565] S.-e. _avant_. C'est seulement quand il sera assez g pour avoir
dj pris des oiseaux qu'il descendra  la _meute des pans_. On appeloit
meute un bton fourchu auquel toit attach un oiseau vivant que
l'oiseleur faisoit remuer pour attirer dans les _pans_, dans les filets,
celui ou ceux qu'il dsiroit prendre. (Voy. _Modus_, f. 127.) Plus tard
on appela ainsi l'oiseau attach au piquet fourchu (_Ruses innocentes_,
1695, in-8, p. 144). Le filet dont il est ici question est certainement
le _rets-saillant_ ou _nappe_.

[1566] _Giesles_, dans le Modus, et plus tard _guide_ ou _guede_. Ce
sont les btons qui terminent les pans du rets-saillant et auxquels
s'attachent les cordes qui fixent les extrmits des pans  des piquets
enfoncs en terre. La corde que tire l'oiseleur pour faire rabattre les
pans est aussi attache aux deux _guilles_ places de son ct. (Voir le
_Modus_ de 1839, f. 126. Les cages reprsentes dans la figure indiquent
bien l'endroit o devoient tre placs les mouchets dont parle l'auteur
du _Mnagier_.)

[1567] Les manuscrits ajoutent: _comment qu'il soit_. Ces mots me
paroissent une rptition fautive des trois prcdens.

[1568] Passer un fil dans la premire paupire des deux yeux de
l'oiseau, puis runir et tordre les deux bouts du fil sur son bec.
L'pervier devait tre cill de manire  voir un peu derrire lui. On
obtenoit ce rsultat en lui perant la paupire plus prs du bec que du
milieu de l'oeil. (Voy. _Modus_, f. 96, v.)

[1569] Grelots attachs aux jambes de l'oiseau.

[1570] Peut-tre faut-il lire _aasier_.

[1571] On verra ci-aprs l'explication de ce terme. C'est sans doute ce
que l'auteur du _Roi Modus_ appelle _mu du bois_ (f. 95, v).

[1572] Var. B, _affaitis_.

[1573] Il ne revient pas si facilement  son matre.

[1574] L'oiseau de proie _sor_ est celui qui a atteint sa taille, mais
n'a pas encore mu. Son nom lui vient de la couleur jauntre (ou
_sorette_, comme dit Tardif, chap. XV) de ses plumes.

[1575] Pondu.

[1576] Les en a empchs.

[1577] Le Ms. C ajoute: _bons espreveteurs_.

[1578] C. ajoute: _plumes et_.

[1579] V. p. 288, n. 3.

[1580] Les premiers, les meilleurs.

[1581] Var. B, _hault_.

[1582] D'Arcussia (p. 8 et 36) et Sainte-Aulaire (p. 12) disent aussi
que le faucon _hagart_ (on mu des champs) est celui qui a dj mu une
fois. D'Arcussia fait driver ce nom du mot hbreu _agar_, signifiant
tranger. Il semble qu'il doit plutt signifier _gar_, _sauvage_, 
moins qu'attendu l'explication qu'en donne ici notre auteur, on ne le
fasse venir de _haga_, haie.

[1583] Qu'il a deux ans.

[1584] Var. B, _sores_.--Les plumes qui sont restes de son premier
plumage, de son plumage sor.

[1585] Peut-tre l'auteur veut-il dire que cet oiseau se laissoit
emporter par son ardeur et conduisoit le fauconnier  de trop grandes
distances; mais cet inconvnient toit propre  tous les oiseaux de
haute volerie ou de leurre.

[1586] On appelle _form_, par opposition  _tiercelet_ (plus petit d'un
tiers), la femelle des oiseaux de proie.

[1587] Leurre, instrument en osier en forme de fer  cheval allong
qu'on recouvroit des ailes de l'oiseau ou de la peau du quadrupde
(livre ou lapin), qu'on vouloit accoutumer l'oiseau de proie  voler.
(Voy. les planches de l'_Encyclopdie_, pl. 12, fig. 4). On plaoit la
viande destine  la nourriture de l'oiseau sur le leurre, et il s'y
paissoit. Il en rsultoit qu'il connoissoit le leurre et qu'il revenoit
 son matre ds que celui-ci l'appeloit en tournant cet instrument:
c'est ce qu'on appeloit _leurrer_. Les oiseaux, ainsi dresss (le
faucon, le gerfaut, le lanier, le sacre, le hobereau et l'merillon
toient seuls susceptibles d'tre dresss au leurre), suivoient les
chiens pendant la quete en volant et fondoient sur leur proie aussitt
qu'elle se levoit,  la diffrence des oiseaux de poing (autour et
pervier), qui restoient sur le poing de leur matre jusqu' ce que les
chiens eussent fait lever le gibier. Les oiseaux de leurre ou de haute
volerie toient en outre seuls propres  certains vols, tels que ceux du
hron, du milan, etc. Huber, dans son excellent ouvrage (malheureusement
trop abrg et sorte de prospectus d'un autre plus tendu qu'il comptoit
composer) sur le vol des oiseaux de proie, a dcrit d'une manire bien
remarquable les diffrens moyens employs par ces deux espces d'oiseaux
en consquence de la forme de leurs ailes, et partant de ce principe
fondamental que les anciens fauconniers n'ont pas connu, il appelle les
premiers _rameurs_ et les seconds _voiliers_. L'instruction de ces deux
espces d'oiseaux devoit donc diffrer, et en effet celle des premiers
constituoit l'art de la fauconnerie et celle des autres l'autourserie;
les langues de ces deux arts, comme leurs principes eux-mmes,
prsentoient de notables diffrences qu'on peut voir dans d'Arcussia, p.
176, et dans _le Veritable Fauconnier_ de Morais, p. 9 et 115. Une des
principales toit que les oiseaux de leurre toient chaperonns, tandis
que ceux de poing ne l'toient pas. Ces derniers mangeoient sur le poing
de leurs matres, les premiers sur le leurre, etc.

[1588] Hobereau.

[1589] Plante bien connue, _ruta_.

[1590] Tirailler, dchirer avec son bec. On donnoit ainsi  _tirer_ aux
oiseaux des morceaux secs et nerveux, tels que pattes de livre ou de
lapin et de volailles qu'on appeloit alors _tiroirs_.

[1591] toffe ou fourrure. On se servoit ordinairement de peau de livre
pour cet usage.

[1592] Changer souvent l'toffe ou feutre que l'oiseau a sous la patte
et la remplacer par une autre chauffe dans son sein.

[1593] La poitrine, le poitrail. Les oiseaux gras ont, en effet, la
poitrine bombe et spare au milieu par une petite fente.

[1594] Nom d'un oiseau de proie ignoble (c'est--dire non susceptible
d'tre dress); mais je n'ai pas vu qu'on se soit servi de cet oiseau
comme du duc ou de la chouette pour attirer les oiseaux dans les filets;
peut-tre est-ce aussi le nom d'un filet ou autre engin, mais je ne le
trouve nulle part avec cette signification.

[1595] Il y a eu quelques exemples d'aigles dresss pour la chasse, mais
on n'a jamais fait un emploi suivi de ces oiseaux. Gaces de La Bugne
parle d'une espce d'aigle qu'il appelle _milion_ (qui parot tre
l'aigle fauve  marque blanche sur la tte), qui prenoit la grue et
l'oie sauvage (f. X vj). Il dit que cet oiseau toit rare en France, et
le regardant comme une curiosit plutt que comme un oiseau utile, il
s'crie que _ne desplaise au milion. Il n'est vol ne ms de faulcon_ (L.
V). L'illustre conntable Olivier de Clisson avoit un _milion_ dress
qu'il lgua au vicomte de Rohan, son gendre. (Voyez le mot _Milio_ dans
Du Cange o ce mot est mal traduit par _milan_. Le milan n'a jamais pu
tre dress et n'a jamais t redoutable aux faucons comme le dit
l'empereur Frdric II, l. II, ch. LXIX du _Milion_, associ par lui 
l'aigle et au vautour.) Tardif qui compila un _Trait de fauconnerie_ 
la fin du XVe sicle, s'est assez tendu sur le vol de l'aigle, mais on
ne sauroit conclure de son ouvrage purement thorique et traduit en
partie d'auteurs orientaux que l'aigle ft communment employ de son
temps en France par les fauconniers. Guillaume Bouchet, qui crivoit en
1567, dit que le poids de l'aigle toit cause que les fauconniers des
princes en dressoient rarement, et d'Arcussia (_Convy_, p. 28 et XVe
_lettre de Philoerax_) raconte des essais faits de son temps pour
dresser des aigles. L'aigle n'a donc jamais t employ habituellement
dans la fauconnerie. Quant au _griffon_, ce mot dsigne sans doute le
_gerfaut_, ainsi nomm dans Marc-Paule et le plus gros des oiseaux de
leurre; je serois au reste tent de croire que l'auteur parle ici
d'aprs des rcits exagrs ou fabuleux de chasses faites en pays
trangers.

[1596] Tardif est le seul crivain qui dise que l'autour vole le
chevreuil (_il fiert petit chevreul et l'empesche tant que les chiens le
prennent plus faciment_), et je crois qu'il y a tout lieu de douter que
cette chasse, qui s'est faite en Asie, ait jamais t pratique en
France.

[1597] Canards.

[1598] Il graisse ses plumes.

[1599] Petites branches d'arbre.

[1600] Comme on a fait d'abord pour les dresser ou comme ci-dessus p.
296.

[1601] Baisser, abaisser signifient _maigrir_. Voy. p. 322.

[1602] Baisser, abaisser signifient _maigrir_. Voy. p. 322.

[1603] Cette qualification n'est pas donne au lanier par les anciens
fauconniers, et d'Arcussia nous apprend (_Confrence_, p. 7) que de son
temps le lanier toit appel, seulement en Italie, _faucon vilain_, par
opposition au _faucon gentil_. Au temps o Buffon crivoit, on ne se
servoit plus en France ni de laniers ni de sacres, et il n'a pu dcrire
ces deux espces. Il est fcheux qu'il n'ait pas consult Sainte-Aulaire
et d'Arcussia qui donnent de grands dtails sur ces oiseaux (p. 16, 20,
28, et d'A. 39, 48). Ces deux auteurs n'ont cependant pas su d'o le
sacre tait originaire. Franchires a dit (Liv. I, VI) qu'il venoit de
Russie et de Tartarie, et Pedro Lopez de Ayala qui crivoit  la fin du
XIVe sicle un savant trait de fauconnerie rest indit, confirme  peu
prs cette opinion, puisqu'il le dit originaire de Norwge. Il dit qu'il
y a aussi des sacres en Romnie. Notre auteur dit que cet oiseau est
originaire de Flandre, parce qu'il en voyoit sans doute apporter  Paris
par les marchands venant de ce pays. Ayala nous apprend que ces
marchands d'oiseaux parcouroient d'abord les cours d'Allemagne, puis
venoient  Bruges; de l  Paris, puis en Brabant; de Brabant en
Angleterre, et enfin en Espagne.

[1604] Les mailles (Voy. p. 293) dessines sur son plumage sont larges.

[1605] C'est une erreur. Le sacre (comme le lanier et le gerfaut) a les
jambes et les pieds bleus.

[1606] C'est le faucon _tagarote_ des Espagnols (voy. d'Arcussia, p. 52)
que du Guesclin rapporta d'Espagne  Charles V, comme on le voit dans
Gaces de La Bugne (f. X iij). Cet auteur, ainsi qu'Ayala, le dit
originaire d'Afrique.

[1607] D'Arcussia s'est lev le premier contre l'opinion suivant
laquelle les diffrens noms du faucon (_gentil_, _plerin_, _passager_,
etc.) constitueroient des espces diffrentes. Il dit que le faucon
_gentil_ est celui qu'on prend du 15 juin au 15 septembre, le _plerin_
celui qui est pris du 15 septembre au mois de janvier, et que les
varits remarques dans leur plumage proviennent des diffrences d'ge,
de nourriture, etc. (Voy. p. 7 et 28.) Au reste notre auteur dit aussi
que le faucon plerin est le mme que le faucon gentil.

[1608] Mais plutt lanneret. C'est une rptition de ce que nous avons
vu ci-dessus, p. 318 et 319.

[1609] De suite.

[1610] Mauvaise mine.

[1611] Minral qui se trouve dans les mines d'or et de cuivre et dont on
tire l'arsenic. Le meilleur est celui qui se lve par cailles ou
feuilles comme le talc. L'auteur veut parler de celui-l quand il dit
plus bas que la feuille est meilleure, car il ne me parot pas qu'il
veuille dsigner ici la plante dite _orpin_ ou _anacampseros_ vulg
_faba crassa_, suivant Bauhin, et _telephium_ ou _crassula major_, dans
le dictionnaire de Nicot. L'auteur du _Roi Modus_ conseille de ne pas
employer l'orpiment, comme trop dangereux (f. 92).

[1612] Je n'ai not que celles qui me paroissent certaines, mais il y a
bien d'autres passages qui peuvent avoir t ajouts par l'auteur.









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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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