The Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 0054, 9 Mars 1844, by 
L'Illustration- Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: L'Illustration, No. 0054, 9 Mars 1844

Author: L'Illustration- Various

Release Date: September 28, 2013 [EBook #43839]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0054, 9 MARS 1844 ***




Produced by Rénald Lévesque








L'ILLUSTRATION,
JOURNAL UNIVERSEL.

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr. Prix de
chaque No. 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.

Ab. pour les Dp.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr. pour
l'tranger. -- 10 -- 20 -- 40

N 54. Vol. III.--SAMEDI 9 MARS 1844. Bureaux, rue de Seine, 33.



Sommaire.

Courrier de Paris. Vue du Pont de Beaucaire, emport par un coup de
vent; Perte du navire l'Elberfeldt.--Fragments d'un Voyage en Afrique.
(Suite et fin.)--Paris souterrain. (2e art.) Plan indicatif de l'Entre
des Catacombes et des Carrires de Paris; boulement de la galerie du
Port-Mahon; Coupe gologique du sol sous Paris; Trois vues intrieures
des Catacombes.--Histoire de la Semaine.--Intrieur de la Chambre des
Dputs. Tribunes des deux Chambres; Tribune des Orateurs de la Chambre
des Pairs; Tribune des Journalistes  la Chambre des dputs; Sonnette
du Prsident; La Tribune des Orateurs et le banc des Ministres  la
Chambre des Dputs; Pupitre du banc des Ministres.--Acadmie des
Sciences. (Suite.)--Don Graviel l'Alferez. Fantaisie maritime par M. G.
de la Landelle. (Suite et fin.) Une Gravure. Thtres. Une Scne de
Carla et Carlin.--Chinoiseries. Deux Gravures.--Bulletin
bibliographique.--Bronze. Une Gravure.--Amusements des Sciences. Deux
Gravures.--Rbus.



Courrier de Paris.

Mais o sommes-nous, bon Dieu? tout est sombre et sinistre: les bruits
de la ville, les nouvelles du dehors n'apportent  la curiosit publique
que des faits dplorables ou sanglants!--Vous sortez de votre lit le
matin, envelopp de votre robe de chambre ouate, les pieds dans vos
pantoufles, le teint frais, la bouche souriante, l'oeil calme et doux,
comme un honnte homme qui a dormi la grasse matine, avec un coeur
lger et une conscience en repos; vous voici dans votre fauteuil  bras,
au coin d'un feu joyeux, remuant dans votre cerveau les ides les plus
aimables et les plus sereines, et aimant toute la nature, comme dit la
chanson de Lantara.--Cependant vous prenez votre journal du matin, vous
en brisez l'enveloppe lgre, et d'un oeil curieux vous y cherchez les
nouvelles rcentes de ce monde charmant, de ce dlicieux univers dont
vous tes amoureux; tout  coup votre regard s'attriste, votre visage
s'assombrit, vous plissez, vous rougissez tout  la fois; une
invincible tristesse s'empare de toute votre personne, et au lieu d'un
air de fte, comme tout  l'heure, vous avez un air d'enterrement.

[Illustration: Vue du Pont de Beaucaire, emport par un coup de vent.]

[Illustration: Perte du navire l'Elberfeldt.]

C'est qu'en effet, depuis quelque temps, tout journal est une vritable
ncropole, un champ de meurtres et de ruines, une fort de Bondi, o il
n'est pas sain de passer seul et sans armes. Le lecteur qui s'aventure
imprudemment dans la contre des Nouvelles diverses, tressaille 
chaque pas et court risque de la vie; ici un bandit s'introduit dans la
maison d'un millionnaire, et laisse aprs lui un coffre-fort bris et un
cadavre tendu sur les dalles; l deux pauvres vieilles femmes tombent
sous les coups d'un assassin; tous les jours du sang, tous les jours des
crimes hideux, tous les jours des crnes fendus, et le vol se glissant
dans les demeures et y introduisant le meurtre  l'oeil hagard.--Hier
c'tait la veuve Snepart, aujourd'hui le banquier Donon-Cadet, demain
l'Anglais Ward; chaque semaine a son forfait, son bourreau, sa victime;
et les journaux ne manquent pas de vous donner, avec une exactitude qui
fait dresser les cheveux sur la tte, les plus minutieux et les plus
horribles dtails de ces effroyables aventures.--En vrit, en lisant
les feuilles du matin, on se tte pour s'assurer si on n'a pas reu
quelque coup de couteau ou de poignard, et peu s'en faut qu'on ne crie:
A la garde! La main de la justice saisissant le crime, la loi le
frappant de son glaive, ne semblent plus mme inquiter le criminel.
L'infortun sculpteur P... a t frapp de dix coups de stylet par son
apprenti, qui venait d'assister au supplice de Poulmann: et peut-tre
quelque assassin en expectative se prpare  suivre assidment les
dbats de l'affaire Ducros, le meurtrier de madame Snepart, qui
commenceront la semaine prochaine. Ne sont-ce pas l des faits
pouvantables et qui attestent malheureusement qu'il y a,  ct de
notre monde de moeurs si faciles et si douces, je ne sais quelle race
froce de damns toujours arme et toujours menaante? Quel est le moyen
d'apporter la lumire  ces mes tnbreuses et perdues? N'y en a-t-il
aucun, et la socit aura-t-elle toujours ses tigres, ses hynes et ses
chacals?

C'est peu des hommes; les choses se mettent de la partie et jouent, 
leur tour, des jeux effrayants et terribles; tantt--et nous en avons eu
tout rcemment de douloureux exemples--c'est l'incendie qui allume ses
flammes dvorantes et dtruit de riches manufactures; le ple ouvrier,
sans travail et sans pain, erre sur les dcombres fumants; tantt c'est
l'inondation,--les rcits publics l'attestent,--qui promne sur les
campagnes et sur les villes ses irrsistibles fureurs; les hameaux
disparaissent, la campagne est dvaste; des cadavres d'hommes et de
maisons flottent  la surface des vagues dchanes; l'inondation, flau
cent fois plus avide et plus insatiable que le dvorant incendie! En
vain la prvoyance humaine s'efforce d'opposer un obstacle  cet ennemi
sans frein; il rugit, il s'agite avec rage, et brisant, comme une paille
fragile, la digue la plus solide, rpand la peur, la mort, le dsastre
de tous cts.--Plus loin, c'est l'ouragan qui gronde; l'ouragan,  qui
rien ne rsiste; l'ouragan, monstre aux effroyables tourbillons, qui
dracine les arbres dans sa course haletante, abat les hautes tours et
les hauts clochers, emporte les toits et les murailles, fait crouler les
arches des ponts et les engloutit, dans les fleuves.--Qui n'a tressailli
d'pouvante en entendant la rcente nouvelle de la ruine du pont de
Beaucaire, qu'une trombe furieuse a fait voler dans les airs et dispers
par dbris, laissant des cadavres sur la rive.

Voil les faits sinistres qui occupent la ville depuis quinze jours, et
se mlent au bruit de ses ftes; l'lgant Paris ne s'en amuse pas moins
et continue de courir le bal.--Des pauvres gens inonds, noys, ruins,
assassins, incendis, mais savez-vous une c'est affreux, ma chre!--A
propos, dansez-vous la polka?

Rien n'est plus intressant, en effet, que la polka; rien ne cause en ce
moment des motions plus profondes, rien, pas mme l'aventure du navire
hollandais l'Elberfeldt.--Le navire tait en route pour l'Angleterre,
sous le commandement du capitaine Stranach; il avait  son bord M.
Busch. En approchant des ctes, M. Busch fit observer au capitaine
Stranach que, depuis quelques instants, le navire tressaillait en
marchant. Pour M. Busch, navigateur habile, ce tressaillement tait le
signal d'une prochaine catastrophe; M. Burch prvoyait que le btiment,
construit en fer, ne tarderait pas  s'entr'ouvrir: Alerte! capitaine;
faites prparer les embarcations! alerte! alerte!

A peine l'alarme tait-elle donne qu'on entendit un craquement
pouvantable; M. Busch avait dit vrai: l'Elberfeldt venait de se
rompre par le milieu, en deux parts gales. Nous sommes perdus! s'cria
l'quipage.--Arrtez les machines! hors les embarcations! rpliqua M.
Busch; et en mme temps il se jeta dans le canot avec deux hommes et le
fit amener. Le vent soufflait avec violence; cependant M. Busch, avec un
rare sang-froid et une grande habilet, maintint le canot le plus prs
possible de l'arrire du navire; en mme temps il criait au capitaine
Stranach de se jeter  la mer avec un aviron, afin d'viter d'tre cras
entre l'arrire et l'avant, qui se rejoignaient en s'abmant.

Ce fut alors un moment suprme et terrible; le navire sombra; les
chaudires, crases par le choc des deux parties du btiment,
lancrent, dans les airs d'immenses nuages de vapeur et des jets d'eau
bouillante; enfin, au milieu de ce vaste tourbillon de flamme et de
fume, l'Elberfeldt disparut dans l'abme bant, aprs une horrible
explosion; spectacle effrayant et grandiose!

Aussitt M. Busch s'avana sur le champ du dsastre, pour sauver les
victimes; la premire qu'il recueillit fut le capitaine Stranach, qui se
tenait sur l'eau, soutenu sur un dbris flottant de l'Elberfeldt;
aprs le capitaine, M. Busch sauva les matelots: l'quipage se
composait, de treize hommes, trois seulement prirent dans cette fatale
journe. Pendant quatre heures, le canot portant M. Busch, le capitaine
Stranach et leurs compagnons, flotta au caprice des vents sur une mer
agite et sombre; la Providence envoya enfin  leur rencontre le navire,
la Charlotte, qui les prit  son bord et les mit  l'abri de tout
danger.

J'ai entendu raconter cette catastrophe de l'Elberfeldt, beaucoup
mieux que je ne le fais, dans un bal charmant, par une femme fine et
blanche, au doux regard, aux lvres roses, aux dents d'ivoire,  la
taille de gupe,  la jambe de biche, au petit pied de fe, qui se leva
en souriant, aprs le rcit terrible qu'elle venait de faire, pour se
livrer aux bras d'un valseur acharn; je pensais, en la voyant si
ardente au plaisir, que toutes ces frles et intrpides petites
Parisiennes valseraient encore, valseraient toujours, alors mme qu'une
voix leur crierait, comme M. Busch au capitaine Stranach: Prenez garde,
la mort est sous vos pieds; le sol tressaille, et la salle de bal va
s'entr'ouvrir, s'crouler et vous engloutir!

Il y a aujourd'hui  Paris un homme dont on parle certainement beaucoup
plus que de tous les hommes de gnie ou de talent de notre poque; cet
homme a un crdit immense, une rputation prodigieuse; son nom est dans
toutes les bouches; il n'est question que de lui du matin au soir: Eh
bien! l'avez-vous vu? Vous tes-vous entendu avec ce personnage
merveilleux? Veut-il, ou ne veut-il? irez-vous le trouver, ou
daignera-t-il venir chez vous? Telles sont les questions qu'on change
de tous cts; ni Mirabeau ni Napolon n'ont excit une pareille rumeur
et obtenu un tel crdit.--Le nom de ce prodige, s'il vous plat?--Ce
prodige se nomme Cellarius. Vous me regardez d'un air bahi; quoi! vous
ne connaissez pas Cellarius? Mais qui tes-vous? mais que faites vous?
mais d'o sortez-vous? Quand on vous parle de Cellarius, faire cette
mine d'ignorant et de dbarqu de Pontoise! en vrit, c'est  ne plus
oser dire qu'on est de vos amis! c'est  vous tourner le dos! c'est 
vous mettre  la porte! c'est  vous fuir d'une lieue  la ronde!

Apprenez donc, et ne l'oubliez pas, que Cellarius est un homme... ah!...
un homme dont... un homme que... un homme... c'est un homme enfin... qui
donne des leons de polka! Il n'y a gure qu'un mois que la polka fait
tourner la tte ou plutt la jambe  nos lionnes, depuis la jeune lionne
aux crins noirs et blonds, aux reins souples et cambrs, jusqu' la
lionne mrite pourvue d'une fausse crinire, jusqu' la lionne
efflanque et dente. Ce mois a suffi pour lever Cellarius au-dessus
de la colonne; Musard n'est plus qu'un drle; Cellarius va mettre
l'empereur Musard  bas de son pidestal! Cellarius n'tait rien hier,
il est tout aujourd'hui.

Vous jugez de l'air de Cellarius et des allures qu'il se donne; mais,
aprs tout, comme le grand Cellarius n'a pas le don d'ubiquit, et qu'il
ne saurait tre en mme temps partout o on le demande, il se partage le
plus qu'il peut, et se loue, au quart d'heure,  la demi-heure, 
l'heure, je ne dirai pas  la course, un personnage de l'importance de
Cellarius ne prend pas la peine de se dranger; on vient chez le grand
homme. Baronnes, duchesses, comtesses, marquises, femmes de banquier,
femmes de notaire, femmes d'agents de change y abondent, et heureuses
celles qu'il veut bien recevoir! Cellarius a rpondu hier au valet de
chambre d'une comtesse! Dites-lui que je n'ai pas le temps, et qu'elle
me laisse tranquille! au groom d'une marquise: Peut-tre; au chasseur
d'une princesse: J'y songerai; au premier gentilhomme d'une
impratrice: Qu'elle attende.

Quant au prix de ses leons, le grand homme est modeste; il y a six
semaines, il demandait vingt francs par heure; c'tait le commencement
de sa clbrit, le tarif s'est accru depuis, en proportion de sa
renomme; et avant un mois, si la mode du Cellarius ne se ralentit pas,
nous vous apprendrons probablement qu'un quart d'heure de polka du
danseur Cellarius est une denre hors de prix que l'on n'obtient plus
qu'en dposant un cautionnement de 100,000 francs chez le concierge.

Je demande pardon  Jeanne d'Arc de la faire intervenir dans ces
passe-temps mondains; la chaste, simple et pieuse Jeanne va se trouver
bien dplace au milieu de ces ttes lgres et folles de polka; mais
elle m'absoudra en faveur de ma bonne intention, qui est de rendre
justice au talent d'un pote et  une oeuvre distingue: le pote
s'appelle Porchat, et il est de Lausanne; l'oeuvre, qui a pour titre:
la Mission de Jeanne d'Arc, vient de paratre  la librairie Dubochet,
rue de Seine. Sous ce litre, la Mission de Jeanne d'Arc, on pourrait
souponner quelque pope en vingt-quatre chants; il n'en est rien, et
nous ne prenons pas notre lecteur en tratre; c'est d'une tragdie qu'il
s'agit, d'une tragdie en cinq actes, tragdie accueillie avec honneur
au comit du Second-Thtre-Franais, et qui devait tenter les chances
de la reprsentation publique. M. Porchat a prfr cder  des
considrations qui font l'loge de sa modestie et de sa dlicatesse, et
retirer sa tragdie pour ne pas faire concurrence  des oeuvres
prsentes sous le mme nom et le mme sujet, et ne pas nuire  des
droits antrieurs. Aprs quoi, M. Porchat s'est heureusement dcid 
livrer sa Jeanne d'Arc  l'impression.

Nous venons de lire cet ouvrage intressant et consciencieux, et c'est
en toute sincrit que nous regrettons que la Jeanne de M. Porchat n'ait
pas jusqu'au bout pouss l'aventure et rcit sa posie en face de la
rampe, au lieu de la faire brocher ou relier pour toute fortune; sans
nul doute, Jeanne aurait russi. Des caractres bien tudis, un style
clair et lgant, de nobles ides, des sentiments vraiment franais, un
drame mouvant et vari, n'est-ce donc rien? Nos auteurs, mme ceux en
crdit, nous font-ils souvent de tels prsents? et sommes-nous si fort
gts par eux qu'il faille ne pas tenir compte  M. Porchat des
honorables qualits de sa tragdie? Eh bien! si on ne peut pas entendre
cette Jeanne au thtre, du moins peut-on la lire au coin de son feu.
Qu'on lise donc la Jeanne de M. Porchat, on verra que certains de nos
potes, qui donnent aussi dans le tragique, feraient sagement
d'entreprendre un petit voyage  Lausanne.

Nous avons entre les mains une lettre de madame Cinti-Damoreau date de
La Havane; elle annonce son retour  Paris pour les premiers temps de
1845. Pour revenir, il faudra que madame Damoreau s'arrache aux ovations
que l'Amrique multiplie sous ses pas. Il ne s'est rien vu de tel depuis
le passage de Fanny Ellsler. La voie de madame Damoreau produit l-bas
le mme enthousiasme que le pied de l'adorable Fanny avait partout
soulev. De Philadelphie  Baltimore, de Washington  Richmond, de
Richmond  Charlestown, la voix mlodieuse a sduit les plus rebelles.
Artot, comme on sait, accompagne madame Damoreau et partage sa course
triomphale. Les villes envoient des dputations; les socits offrent
des ftes. A Charlestown, aprs le concert, la foule, s'chappant
bruyamment par toutes les issues du thtre, reconduisit les artistes
jusqu' leur htel, au milieu des vivat, et  la lueur de mille
flambeaux.--A La Havane, o ils arrivrent le 13 janvier, aprs une
traverse prilleuse, ils taient attendus avec une telle impatience,
que le port se trouva tout  coup couvert d'une immense multitude pour
les recevoir. Le 17 janvier eut lieu leur premier concert. On se battait
aux portes; on se ruait dans la salle par flots prcipits. Le journal
havanais, voulant peindre le succs obtenu par la cantatrice  cette
premire soire, dit: Ce n'tait pas un torrent, mais un Niagara
d'applaudissements. Un feuilleton de Paris transport  la Havane
n'aurait pas trouv mieux.

--Du reste, aprs les bruits d'inondations, d'incendies, de meurtres et
de polka, il n'a t question ici, depuis huit jours, que de
fortifications, de patentes et de Pomar. Dcidment la semaine a t
mauvaise.

--Le Thtre-Italien de Saint-Ptersbourg a fait sa clture le dimanche
(6) 18 fvrier dernier, le dernier jour du carnaval des Russes. Jamais
plus magnifique reprsentation n'avait eu lieu  Paris ou  Londres
durant les plus belles annes des directions Severini ou Laporte. On
jouait quelques scnes des Puritani pour Tamburini, et la Sonnanbula
pour Rubini et madame Viardot-Garcia... La salle tait plus que pleine,
nous crit notre correspondant, on s'y tait amoncel; quant  vous
raconter tout ce qui s'est fait  cette reprsentation vraiment
tonnante, et mmorable, je ne sais comment m'y prendre. Il y avait,
entre le public et les artistes, cet change du besoin d'tre regrett
qui fait que chacun se surpasse; jamais madame Viardot et Rubini
n'avaient chant et jou avec autant de verve et de pathtique; on
pleurait dans la salle et sur le thtre. Pour vous donner une ide de
l'enthousiasme gnral, et de la manire dont on cherchait  le
tmoigner, il me suffira de vous dire qu'ici, et dans cette saison, la
scne a t littralement couverte,  plusieurs reprises, de bouquets et
de couronnes. Un seul fleuriste en a vendu pour 1,400 roubles. Il y a eu
au moins 50 rappels. A la fin du spectacle toute la salle se tenait
debout, les femmes agitant leurs mouchoirs, les hommes leurs chapeaux,
c'taient non des bravi et des battements de mains, mais des hurras
et des trpignements universels. Cette scne trange n'a fini que
lorsqu'on a pris le parti de relever le lustre et d'teindre la rampe;
il n'y a que l'obscurit qui a fait partir enfin le public. Une
demi-heure aprs, quand les artistes sont sortis, ils ont trouv une
foule immense qui les attendait  la porte pour les applaudir une
dernire fois... et cependant il faisait un froid dont on n'avait pas eu
d'exemple depuis dix ans (30 degrs Raumur). Pendant cette nuit mme,
vingt-deux personnes sont mortes geles dans les rues, n'ayant pas t
releves  temps par les rondes de police, qui en ont sauv bien
d'autres. La saison prochaine promet d'tre encore plus brillante que
celle de cette anne. Rubini. Tamburini et madame Viardot ont renouvel
leurs engagement. Madame Viardot, qui a obtenu de si clatants succs,
et qui a jou quarante fois en trois mois et demi, aura, nous
assure-t-on, prs de 30,000 fr. par mois.--On espre que Lablache se
dcidera A signer  Londres le brillant engagement qui lui a t
propos.



Fragments d'un Voyage en Afrique (l).

(Suite et fin.--Voir t. II, p. 358, 374, 390 et 410; t. III, p. 6.)

Note 1: La reproduction de ces fragments est interdite.

Nous ne suivrons pas l'auteur de ces fragments dans le rcit des causes
qui avaient amen la sanglante catastrophe de son malheureux ami. Le
lecteur est press sans doute de savoir de quelle manire l'auteur a pu
lui-mme chapper aux prils que sa tmraire entreprise attirait sur sa
tte au moment o les hostilits venaient de recommencer contre l'mir.
.........................................................................................................

A tout prix je voulus quitter Tazza, o je me sentais mourir peu  peu.
Tandis que je rvais aux moyens de m'loigner, le ciel, touch de mes
peines, fit passer dans la ville une caravane qui s'en retournait au
Maroc. Ni les dangers que j'allais courir en m'enfuyant du pays sans y
tre autoris par l'mir, ni les fatigues du voyage ne purent m'arrter!
Pour moi il n'y avait que deux partis  prendre: mourir ou reconqurir
ma libert. Le moment propice, le camp en dsordre, la population
effraye, secondrent mon dessein. Je me procurai deux chameaux, et je
me fis associer, avec Ben-Oulil,  la caravane.

Je ne puis dire ici ce que je ressentis ds que nous emes dpass les
portes de Tazza; il est des impressions qu'aucune langue ne rend bien.
La souffrance et la sombre atonie de mon me s'effacrent peu  peu pour
la laisser s'ouvrir  l'esprance. J'tais presque heureux, et je ne
songeais plus gure au meurtre commis sous mes yeux (tant l'homme est
goste!), lorsqu'un nouvel accident faillit me replonger dans toutes
mes terreurs. On sait qu'il faut traverser sept fois la Mina (la Blonde)
avant d'atteindre Mascara. Les eaux de cette rivire sont trs-basses en
t, mais l'hiver les rend dangereuses; son sein, gonfl de tous les
torrents qui se prcipitent des montagnes, s'lve et franchit souvent
les limites que lui imposa la nature. La Mina rappelle assez exactement
notre Rhne, dont les flots couvrirent tant de fois les belles plaines
du Midi. Quoique nous fussions alors au mois de juin, le passage de la
rivire prsentait de graves difficults; il avait plu beaucoup les
jours prcdents, et la Mina mlait ses eaux dbordes aux mille petits
ruisseaux qui sillonnent le bassin du Chlif. Au troisime bras la
caravane s'lancait au galop des chameaux, lorsque Ben-Oulil perdit
l'quilibre et disparut dans le gouffre. Nous ne nous apermes de
l'accident qu'en voyant son chameau dbarquer seul sur le bord oppos.

J'appris en passant  quelques lieues de Tekedempt, qu'une cinquantaine
de prisonniers franais taient dtenus dans la forteresse; on les
employait, dit-on, aux travaux les plus rudes et les plus abjects; aucun
outrage ne leur tait pargn. Quelques-uns travaillaient  la
manufacture d'armes. Il y avait, en outre, en ville deux femmes et
quatre enfants qui partageaient le logement de la famille
d'Abd-el-Kader, ainsi que deux Alsaciennes qui avaient t laisses par
un Europen en garantie de quelques fonds qu'il devait  l'mir. Ces
otages n'ont pas t rclams depuis.

Sur la ligne qui conduit  Mascara, on trouve plusieurs villes, entre
autres Mysouna, Tyliouan et Callah. La premire est perche sur la crte
d'une montagne; elle compte un millier d'habitants, presque tous hommes
lettrs, c'est--dire lecteurs du Koran (on est lettr chez les Arabes
lorsqu'on explique le livre du Prophte). Les Mysouniens ne s'inquitent
point de ce qui se passe autour d'eux. Tyliouan, petite cit en ruines,
occupe le fond d'un vallon. Des monts levs la couronnent; elle a de
six  sept cents habitants lettrs et fanatiques qui abhorrent,
non-seulement les Franais, mais tous les Europens en gnral. Callah
n'est qu'un petit douair auquel on a gnreusement donn le nom de
ville; quelques cabanes couvertes de chaume parpilles sans ordre dans
une plaine resserre entre deux chanes de montagne, quelques jardins,
une forteresse ou, pour tre plus exact, une tour dlabre, tel est
Callah. Il est  remarquer cependant que les quatre cents Arabes qui
l'habitent sont assez industrieux. Il s'y fabrique de beaux tapis de
pied, dont les Marocains et les citoyens de Fez font le principal objet
de leurs spculations. On obtient ces objets  vil prix sur les lieux,
tant la misre y est grande! Les populations de Mysouna. Tyliouan et
Callah sont administres par Hadji-Mustapha. Elles ne fournissent que
des cavaliers  la guerre sainte. On peut recruter dans ces villes
environ huit mille combattants qui suivent la bannire de
Mouloud-ben-Aratch. On conoit aisment les motifs de la haine qu'elles
nous portent, car elles appartiennent  la tribu d'Abd-el-Kader.
L'gosme, l'amour-propre et l'intrt lui ont fait parmi elles des
serviteurs dvous.

Juillet dardait sur nous ses rayons dvorants lorsque nous traversmes
Mascara. Cette ville n'avait alors que fort peu d'habitants; on
dsertait ses marchs; c'est  peine si on y rencontrait quelques
citoyens venus de Fez pour vendre des objets dont le pays tait priv
depuis que l'mir avait, par un dit, prononc la peine capitale contre
quiconque achterait ces objets dans nos ports. Les habitants de
Mascara, rduits  la misre, s'taient jets dans les montagnes ou
retirs  Tekedempt. Ceux qui taient rests les derniers expdiaient
dj leur bagage et n'attendaient qu'un ordre du sultan pour abandonner
leurs foyers: on s'attendait  voir paratre d'un instant  l'autre les
colonnes franaises. Le kalifat tait sorti de la ville il avait pos
son camp sur la rive droite de la Mina,  une journe de marche vers
l'est. Tout ce qui, dans la ville, appartenait au gouvernement venait
d'tre dirig sur Tekedempt. La contre tait en un mot sur un qui vive
continuel; de toutes parts on voyait surgir des cohortes arabes. D'aprs
nos calculs, nous avons vu dfiler devant nous plus de quatre mille
cavaliers marchant au secours de l'mir. La canonnade retentissait du
ct de Milianah, et les vieux chos de l'Atlas apportaient jusqu' nous
ces bruits formidables. Nous marchions pouvants par des dtonations
pareilles au bruit du tonnerre. Nous apprmes ensuite que les Franais
s'taient empars de Milianah sans avoir t inquits par les Arabes.
Ceux-ci perdirent encore beaucoup de monde dans l'affaire de la valle
du Chlif, qui eut lieu immdiatement aprs.

De Mascara  Tlemcen, la route est pittoresque et trs-accidente; on
parcourt de longues chausses formes par les pentes des chanes, puis
on traverse l'Hamman et le Sigg, fleuves qui se jettent dans la mer, au
golfe d'Arzew, aprs avoir runi leurs eaux  celles de l'Habra. Le Sigg
coule aux pieds des Dj. Karkar, monts boiss que le voyageur traverse et
d'o il dcouvre Tlemcen et toute la province. A notre droite, dans la
direction du dsert d'Angad, est Sada, fort bti par Bou-Hamidy,
d'aprs l'ordre d'Abd-el-Kader. On met deux jours pour se rendre du
Tlemcen  Sada. Ce dernier point est, au dire des indignes, l'un des
plus importants et des plus inaccessibles de l'arme arabe; il sert de
dpt  Tlemcen; on y compte de deux  trois cents cabanes. Les
prisonniers indignes y sont en grand nombre, et Bou-Hamidy ne les rend
 la libert que sur ranon. Les dserteurs franais qui, fatigus du
service de l'mir, essaient de pntrer dans le Maroc, sont arrts
souvent  la frontire et conduits  Sada. L, on les asservit aux
travaux les plus rebutants, et on commence par les gratifier de trois
cents coups de bton; ils en reoivent mille aprs une seconde tentative
d'vasion;  la troisime, ils sont dcapits.

Tlemcen offrait alors le mme vide que Mascara; des spculateurs de Fez
y tenaient la bourse et le march. La ville tait triste; un morne
silence pesait sur ses murs abandonns; les denres et le pain surtout,
qui s'y vendait autrefois  vil prix, taient cots  un taux
exorbitant; tout y tait, du reste, de mauvaise qualit. Abd-el-Kader
avait chass les juifs de la ville sous prtexte qu'ils entretenaient
des relations avec les Franais, et qu'ils les appelaient  eux. C'est
dans la province de Beni-Smie,  trois journes de marche au sud de
Tlemcen, qu'ont t envoys ces malheureux parias. La plupart auront
succomb dans l'exil, les riches par le poignard, les pauvres par la
faim.

Aprs deux mois d'une marche pnible, et qu'une nergie surhumaine a pu
seule me faire supporter, j'arrivai  Fez. J'avais travers tour  tour
Tetouan, Ouched et Tezas. Je passai dix-huit jours dans la capitale du
royaume de Fez. C'est  juste titre qu'on l'a surnomme le Paris de
l'Afrique septentrionale; elle renferme environ cent mille, habitants
dans ses larges murailles. Les maisons sont assez bien bties et le
commerce y a pris, depuis quelques annes, un grand dveloppement. Le
panorama que prsente la ville, sa vaste tendue et son aspect
minemment militaire, tout concourt  en faire une cit magnifique si on
la compare aux autres villes africaines. Ds que je fus remis de mes
fatigues, je me remis en route pour Tanger, o j'entrai aprs six jours
de marche, en passant par Alcassar. Alors seulement je pus me dire tout
 fait sauv, car, de l, je dfiais les cavaliers d'Abd-el-Kader et la
haine de ses tourmenteurs. Je faillis m'vanouir en voyant le pavillon
national qui tendait ses couleurs protectrices sur une des maisons de
Tanger. Le drapeau, c'est la patrie! le ntre flottait sur la demeure du
consul. Je reus de ce fonctionnaire l'accueil le plus distingu, et,
vers le milieu de septembre, je pris passage sur un navire qui faisait
voile pour Marseille. Quelques jours plus tard, je mis le pied sur une
terre que je ne comptais plus revoir, et, cdant aux transports de mon
me, je me jetai  genoux et je remerciai le ciel de ma dlivrance.



Paris Souterrain.

(Suite et fin.--Voir tome II, page 405.)


II.

En pntrant de plus en plus profondment dans les entrailles de la
terre, nous devons nous attendre, dans le cours de notre voyage
sous-parisien,  rencontrer bien des objets tranges et nouveaux pour
nous. Au reste, il n'est pas de Colomb aventureux,  la recherche de
terres inconnues, qui ait t plus surpris de ses propres dcouvertes,
que ne le fut mon jardinier quand il eut pour la premire fois
connaissance de ces rgions ignores. Mon jardin tait situ prs du
Luxembourg, et il s'y trouvait un puits excessivement profond. Je ne
sais par quel hasard l'un des seaux s'accrocha si bien  un crampon de
fer qui se trouvait fich dans le revtement,  une trentaine de pieds
de profondeur, que toute la journe se consuma en vains efforts pour
l'arracher de cette position prilleuse. Dsespr, le brave jardinier,
 demi pench dans le puits, s'cria,  bout de patience: C'est le
diable qui l'a mis l! Pardieu, que le diable l'en te!

--Voil! voil! brave homme! rpondit une voix caverneuse rsonnant
dans le puits. Et en mme temps une main sortant du mur dcrocha le
seau, tandis qu'une tte  forme humaine regardait l'imprudent jardinier
en tirant la langue avec un ricanement effroyable. Le pauvre homme,
stupfait, pensa perdre connaissance. Heureusement que la terreur le fit
tomber  la renverse; sans cela il et t rejoindre le seau au fond du
puits.--Et il resta persuad fort longtemps qu'il avait vu le diable en
personne.

Son aventure n'avait pourtant rien de diabolique; c'tait un charitable
gnome, ou habitant de la deuxime ville souterraine, qui lui avait rendu
en passant ce petit service.--Et, en parcourant  notre tour ces
nouvelles rgions, nous allons voir que rien n'tait plus
facile.--Auparavant, pour bien comprendre notre itinraire, il faut
jeter un coup d'oeil sur la composition gologique du monde que nous
allons visiter.

Le sol sur lequel Paris est bti se compose de couches superposes de
nature et d'paisseur diffrentes. Bien qu'elles varient un peu de
distance en distance; que les brouillages, forages, ciblages, selon le
langage de carriers, et autres accidents causs par l'action des eaux en
interrompent partiellement les lignes, cependant l'ordre gnral est le
mme, et les grandes masses subsistent toujours dans la mme
distribution. Aussi ce sont elles que nous allons indiquer, telles
qu'elles se trouvent sous Paris et vers la plaine de Montrouge.

A la surface existe une couche de terre vgtale, de sable
d'atterrissement et de terres de transport dont l'paisseur varie de 2 
5 mtres; au-dessous, et sur une paisseur un peu plus faible, des
marnes coquillires trs-frquemment gypseuses; plus bas, des marnes,
calcaires, spathiques, quartzeuses, gypseuses, qui ont plus de 8 mtres
de profondeur, et qui reposent sur du calcaire marin (pierre  btir)
dont l'paisseur, beaucoup plus considrable, dpasse souvent 16 mtres.
Le calcaire est divis lui-mme en prs de 45 couches de diverses
natures dnommes diffremment par les carriers, et dont les unes sont
exploites de prfrence aux autres. Au-dessous de ces couches de
calcaire se trouvent onze  douze couches d'argile plastique, spares
par de petits lits de sable, dans chacun desquels existe un niveau d'eau
plus ou moins abondant. Les argiles atteignent la masse de craie dont
l'paisseur a t longtemps inconnue, et qui n'a t perce que par le
forage du fameux puits artsien de Grenelle. Or, sous la presque
totalit des quartiers situs sous la rive gauche de la Seine, la masse
de pierre  btir n'existe plus. Elle a t exploite et enleve; en
sorte qu'il ne reste plus  la place qu'une immense excavation. Nos
anctres, ayant besoin de pierre, ont tant et si bien creus sous leurs
pieds, que ce qui tait dessous est mont dessus peu  peu, au risque
d'y descendre ple-mle en un seul jour.

Il faut cependant tre de bonne foi. Lorsque Paris tait renferm dans
la moiti de l'le de la Cit, ou mme plus tard, lorsque ses maigres
faubourgs atteignaient  peine la forteresse du Louvre, ses habitants
pouvaient aller en toute scurit chercher des pierres au milieu des
bois et des marais, sans prsumer que la bonne ville, aprs avoir bris
quatre enceintes crneles, btirait sur le sol d'o ses matriaux
taient sortis. Mais nous, tmoins de cet agrandissement continuel, nous
continuons avec insouciance  creuser  nos portes. Nous exploitons les
carrires d'Issy, de Passy, de Clarenton, etc., etc.--Et puis nous
viendrions blmer nos anctres!--Il est vrai, pour rendre  chacun la
justice qui lui est due, que les carrires exploites aujourd'hui le
sont avec plus d'art et de prudence, et ne doivent plus faire craindre
les accidents que reprsentent souvent celles qui remontent aux premiers
temps de la ville de Paris.

En effet elles existaient dj certainement lors de l'occupation
romaine. Sur le clos Saint-Victor se trouvait l'emplacement des arnes,
de l'ancien amphithtre, et il avait t probablement tabli dans une
grande carrire exploite primitivement  ciel ouvert, dont les
excavations avaient prpar favorablement le sol. On a reconnu en outre
d'une manire positive que les pierres du palais des Thermes, habit par
l'empereur Julien, sont en cliquart, selon le terme employ par les
carriers pour dsigner une sorte de liais dur qui se trouve dans les
carrires du faubourg Saint-Marceau.

Les premires carrires avaient t exploites  ciel ouvert; et c'est
ainsi qu'a t forme l'excavation qui porte le nom de Fosse-aux-lions,
prs de la barrire Saint-Jacques. Du moment que ce systme devint trop
pnible par l'paisseur croissante de la couche suprieure, les travaux
furent continus  l'aide de galeries souterraines conduisant  de
grandes excavations, le plus souvent irrgulires, et soutenues par des
piliers rservs dans la masse. Les excavations varient ncessairement
de hauteur, suivant l'paisseur des bancs. Habituellement elles ont de 5
 6 mtres; quelquefois, cependant, elles s'lvent fort au-dessus.

Ces travaux se continurent ainsi pendant plusieurs sicles sans
surveillance, sans mthode, au gr du caprice des travailleurs. Souvent
mme les carriers, dans leur insouciance, creusrent au-dessous des
premires excavations, formant ainsi plusieurs tages de carrires
suspendues les unes au-dessus des autres. Le danger devenait d'autant
plus grand, que ces travaux tant successivement abandonns, la mmoire
s'en perdait, les galeries s'obstruaient; et le sol, ainsi min de
toutes parts, se couvrait de lourdes constructions. Cependant l'tat de
ces carrires oublies depuis des sicles, s'aggravait de jour en jour:
la faiblesse des piliers tablis provisoirement pour la scurit des
ouvriers pendant la dure des exploitations, leur crasement,
l'affaissement du ciel des carrires dans beaucoup d'endroits, et, plus
que cela encore, l'enlacement funeste des galeries chevauchant les unes
sur les autres; de sorte que les piliers des tages suprieurs portant
souvent  faux dans les vides des tages infrieurs, tout devait amener
de grandes et invitables catastrophes. Les nombreux accidents qui se
succdaient  des intervalles de plus en plus rapproches, n'veillaient
toutefois l'attention de l'autorit que vers la fin de l'anne 1776.
Alors on ordonna la visite gnrale et la leve des plans de toutes les
carrires.

On reconnut alors toute l'tendue du pril; et aussitt que ce travail
fut termin (1777), on cra une compagnie d'ingnieurs spcialement
charge de la consolidation des votes. Les mesures taient devenues
tellement urgentes, que le jour mme de l'installation du premier
inspecteur gnral, une maison de la rue d'Enfer fut engloutie  90
pieds au-dessous du sol.

Les ingnieurs entreprirent leurs travaux avec promptitude, et les
continurent avec persvrance et habilet. La plus grande partie des
carrires fut consolide, et ce rsultat fut d au zle et  l'habilet
dploys par M. Hricart de Thury, charg de la direction de ce travail.
Chaque galerie souterraine correspond  une rue de la surface du sol,
formant ainsi, dans ces profondeurs, une reprsentation dserte et
silencieuse de la ville peuple et bruyante qui s'lve au-dessus. Rien
ne manque  cette reprsentation,  cette contre-preuve de la capitale,
pas mme les murs d'enceinte et le service de l'octroi. Des murs
d'enceinte ont t levs  l'aplomb de ceux qui existent  la
superficie; car de hardis fraudeurs s'taient fait dans les carrires
des passages  couvert de l'inquisition municipale. Il a fallu y
remdier; et une ligne de murs, baptiss murs de la fraude, spare les
carrires intra-muros de celles de la banlieue.

Les carrires prsentent en effet une tendue considrable. Tous les
coteaux, depuis les hauteurs de Chtillon et de Gentilly, sont excavs;
et elles s'avancent sous Montrouge, Vaugirard et Paris,  l'est et 
l'ouest, presque jusqu' la rive mridionale de la Seine. Celles du nord
sont plus circonscrites, et ne minent gure que les hauteurs de Passy et
de Chaillot dans Paris, au moins on ne connat positivement que
celles-ci; mais on doit prsumer qu'il en existe sous les plateaux de
Clichy, de la Nouvelle-Athnes et du quartier Notre-Dame-de-Lorette, se
reliant  celles de Montmartre, de mme que sous les hauteurs de
Mnilmontant et de Belleville.

Au reste, malgr les soins et la vigilance de l'administration, on est
encore loin de connatre limites ces anciennes excavations. Dernirement
encore, les constructions d'une maison, rue Mzires, dfoncrent, en
creusant les caves, le ciel d'une exploitation ignore, et cet accident
risqua d'entraner la ruine des maisons riveraines; quelque temps
auparavant, lors de la construction de l'glise du Luxembourg, un fontis
avait menac la solidit d'une maison rue Madame.--Toutefois on peut
tre assur que la plus grande partie est reconnue et consolide. On a
pratiqu, de distance en distance, des puits de descente, qui permettent
de les visiter  chaque instant et de les parcourir dans tous les
sens.--Le plan indicatif ci-joint donne la situation de tous ces puits.

Outre ces escaliers et ces chemines de descente, il existe encore
d'autres moyens de communication entre les carrires et la surface du
sol. Comme nous l'avons dit un peu plus haut, les premiers niveaux d'eau
constants sur la rive gauche de la Seine sont dans les couches d'argile
plastique au del de la masse de pierre  btir. Aussi, partout o cette
masse a t exploite anciennement, des puits traversent les carrires
pour chercher plus bas les sources qui les alimentent. Leur enveloppe de
maonnerie forme donc, dans les souterrains, autant de tours isoles
dans lesquelles on a pratiqu des ouvertures, espces de fentres qui
servent  renouveler l'air des carrires et  faciliter les travaux.
Ide fort ingnieuse, et qui est due, je crois,  M. le vicomte Hricart
de Thury, auquel les carrires sont redevables de presque toutes les
amliorations. C'est par une de ces ouvertures qu'un surveillant en
tourne avait pass le bras secourable qui causa tant de frayeur  mon
jardinier.

Au reste, cette sorte de frayeur surnaturelle et peu raisonne est
partage avec moins de motifs encore par une foule de personnes. C'est
dans les carrires que sont tablies les Catacombes, et,  ce nom de
Catacombes, une foule d'ides lugubres, un sentiment vague d'effroi ne
se rveillent-ils pas dans l'esprit?

Beaucoup de personnes parlent des Catacombes sans les connatre,
absolument comme les enfants parlent de Croque-mitaine et s'en effraient
sans l'avoir jamais vu. Il y a dans leur nom une agglomration de
syllabes si sombres, si retentissantes; leur son sourd et prolong peint
d'une manire si pittoresque ce qu'il veut exprimer, qu'en l'entendant
seulement prononcer, l'imagination se forme l'ide de quelque chose de
triste et de grand. Pour nous en assurer, nous allons y
descendre.--N'oubliez pas la petite bougie de sret, les allumettes
chimiques, ou le prudent briquet phosphorique: double prcaution fort
innocente, mais dont le principal dfaut est d'tre parfaitement
inutile... et partons!

Nous suivons la longue rue d'Enfer: nous arrivons  la barrire
d'Enfer. Touchante perspective pour des gens qui vont descendre aux
Catacombes, et allusion pleine de dlicatesse et de charit chrtienne
pour les milliers d'individus que y sont ensevelis. Passons la barrire,
et prenons  gauche. Nous sommes dans la voie creuse. En effet, nous
marchons sur des abmes. Cette petite maison, plus loin, s'appelle la
Tombe-Isoire ou d'Isoard. Arrtons-nous: c'est l l'entre des
Catacombes.--En vrit, dans tous ces noms, il y a un parfum de
souterrains et de spulcres qui surprend agrablement. C'est un -propos
charmant: et le hasard a bien heureusement mnag cette accumulation de
mots d'enfer et de tombeau. On ne saurait douter de l'endroit o l'on
va.

Il existe une autre entre dans le pavillon mme de la barrire d'Enfer:
mais elle est plus rapproche et moins pittoresque. Entrons donc  la
tombe d'Isoard.--Mais, d'abord, il serait peut-tre curieux d'apprendre
ce que pouvait tre cette Tombe-Isoire ou d'Isoard. La tradition en est
assez confuse. Selon les uns, cet Isoard tait un fameux brigand qui
dsolait la campagne, et qui finit par tre tu dans son repaire; mais
cette lgende semble passablement fabuleuse.

        PLAN
        INDIQUANT
        LES ENTRES DES CATACOMBES
        ET DES CARRIRES DE PARIS.
        [Illustration.]

Il paratrait, toutefois, qu'il y a eu en cet endroit un ancien
cimetire. Il est certain que ce domaine appartenait autrefois aux
Templiers, et dpendait de la commanderie de Saint-Jean-de-Latran. Cette
proprit fut acquise par l'tat en 1760. On y dcouvrit, lors des
premiers travaux des Catacombes, un escalier communiquant  des cryptes
et souterrains qui avaient servi autrefois de spultures, et peut-tre
de cachots, aux chevaliers de Saint-Jean et du Temple. On y voyait
encore la trace des gonds et des ferrures de portes.--Vendue comme
domaine national pendant la rvolution, on en avait fait une guinguette
avec bal champtre. Aujourd'hui, elle est redevenue l'entre d'une
tombe.--Entrons-y.

Une petite cour sable, une porte cintre, large et basse comme
l'orifice d'une caverne... c'est l. Rassemblez vos esprits; coutez
l'allocution du gardien qui vous exhorte  descendre jusqu'en bas sans
vous carter, ni  droite ni  gauche, et de l'attendre sans faire un
pas au bas de l'escalier, dans le salon. Plaisanterie inoffensive,
qu'il accompagne d'un sourire aimable. Maintenant, comptons-nous bien
avant de franchir le redoutable portique, et recevons, de trois en
trois, une petite bougie allume des mains du conducteur.--Nous
commenons  descendre.

L'escalier est troit et tournant. On ne peut y passer qu'un seul  la
fois; et fussiez-vous quarante  descendre, vous pourriez toujours vous
croire seul. Votre regard ne saurait atteindre ni celui qui vous prcde
ni celui qui vous suit. L'escalier achve en trois marches sa rvolution
sur lui-mme. Ajoutez  cela l'air humide et froid du souterrain,
l'obscurit profonde, le retentissement touff de la moindre parole
entre ces deux murs de pierre, qui vous enferment et vous touchent, ce
vertige de tourner sans cesse en descendant sans fin dans l'obscurit
sur des marches rapides, et vous aurez une ide du passage le plus
pnible et le plus curieux  la fois des Catacombes. Il y a l quelque
chose de grand, d'effrayant, qui ne se retrouve plus. L'imagination est
frappe de cette ombre, de cette profondeur qui semble immense, de ce
peu d'espace que vous remplissez tout entier. De temps en temps s'ouvre
 votre droite un arceau sombre et haut, qui semble se perdre dans les
entrailles de la terre.--On descend ainsi  une profondeur de prs de
cent pieds.

[Illustration: Vue de l'boulement de la Galerie du Port-Mahon.]

Nous sommes arrivs dans le salon, assez vaste caveau irrgulier, dont
la vote crase est sillonne de larges et profondes cicatrices. L'eau
suinte de toutes ces pierres raboteuses, et le clapotement uniforme des
gouttes qui tombent retentit dans les mares formes  et l sur le sol.
Ici, la caravane fait halte, et rassemble les tranards qui achvent de
descendre l'escalier. Le guide, qui fermait la marche, passe en tte de
la colonne, et l'on s'enfonce  sa suite dans la galerie de face.

La galerie est assez large pour que l'on puisse marcher deux ou trois de
front. Elle tourne et se prolonge dans la plaine de Montrouge, recevant
 droite et  gauche d'autres galeries, qui s'tendent au loin sous la
plaine, ou sous les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marceau.--Au milieu
de ce ddale, une main prvoyante a trac le fil d'Ariane. Une large
ligne noire, peinte sur la vote, dsigne au voyageur la vritable
route, conduisant des Catacombes  la porte de sortie. Ainsi,
fussiez-vous spar du conducteur, vous n'avez rien  craindre; l'oeil
et la lumire fixs sur ce guide infaillible, vous n'avez qu' le
suivre, il vous conduira au port. De plus, de larges inscriptions
graves dans la pierre vous apprennent,  chaque dtour de la galerie,
sous quel point de la surface habite votre curiosit vous a
conduit.--Au reste, prenez patience; nous avons pour une demi-heure de
route.

Il est certain que si vous avez pntr dans les cavernes majestueuses
des Cvennes, dont la vote enveloppe de son obscurit sculaire se
drobe  tout oeil humain, dont les parois, revtues d'normes
stalactites, descendent comme de gigantesques draperies de pierre; si
vous vous tes arrt sous ces arches colossales qui contiendraient la
plus haute cathdrale de France, et dont l'ternel et majestueux aspect
n'est interrompu que par le mugissement uniforme du torrent, qui sort un
instant du gouffre obscur pour y rentrer brillant de blanche cume et
d'tincelles phosphoriques; si vous avez pass sous les effrayants
piliers de ces immenses galeries--oh! alors vous rirez en entrant dans
ces carrires de Paris, vous rirez de leurs votes basses et plates que
vous pensez toucher avec la main; vous rirez de leurs piliers faits de
pltre et de moellon, de leur sol battu de main d'homme, de leurs
boulements de quelques pieds de largeur. Mais pour les vrais Parisiens,
qui depuis leur enfance ont toujours respir l'air de la ville ou de la
frache campagne qui l'entoure, qui n'ont vu d'autres montagnes que
Montmartre, ni d'autres souterrains que ceux de leur cave, il leur est
permis de passer, non sans terreur, dans les galeries crases des
carrires, marchant dans cette obscurit que dissipe  peine autour de
lui la lumire scintillante de son petit flambeau, respirant pour la
premire fois l'air pais du souterrain, et sentant tomber sur sa tte
l'eau froide qui suinte de la pierre.

[Illustration.]

Certes, dans l'tat o elles se trouvent aujourd'hui, il n'y a rien de
majestueux ni de grand dans les carrires sous Paris, rien qui frappe
les yeux ou l'imagination. Tout est bas et petit. On s'avance enferm
entre deux murs de moellons crpis, comme dans un corridor. On y trouve,
il est vrai, de bons et beaux travaux de consolidation qu'entreprend
chaque jour la prvoyance de l'administration municipale, et cela est
fort rassurant, sans doute, mais fort peu curieux, et on suit rapidement
le guide, sans avoir l'envie de s'arrter ou de tourner la tte.

Il n'y a qu'aux endroits plus ngligs, lorsque la prudence
administrative, faute de temps ou d'argent, n'a pas encore masqu de ses
travaux rcents les anciennes excavations, lorsque les tas de pierres
qui encaissent la vote viennent  s'abaisser, alors s'offre  vous un
coup d'oeil imposant et pittoresque; votre regard se prolonge au loin
dans l'obscurit de la carrire, dont les piliers ingaux se dtachent
 et l,  la lueur des flambeaux, comme des fantmes blancs sur un
fond noir.

L'ombre et l'tendue qui se dveloppent autour de vous, et dont vous ne
pouvez distinguer les limites, donnent  la scne ce caractre de
grandeur qui lui manquait jusque-l. Le peu d'lvation de la vote
semble accrotre encore l'espace. Cette masse effraie, et fait baisser
involontairement la tte. On dirait que le peu d'intervalle rend la
chute plus  craindre, et on comprend mieux le danger parce qu'on le
voit de plus prs.

[Illustration: Les Catacombes.--Vue de l'entre.]

[Les Catacombes.--Place des Blancs-Manteaux et de
Saint-Nicolas-des-Champs.]

En effet, bientt aprs, se prsente, dans la galerie dite du
Port-Mahon, un spectacle qui le rvle tout entier. L se trouvaient
deux tages de carrires superposes. Le ciel de la carrire infrieure,
trop faible, s'est croul tout  coup et l'a comble de ses ruines.

Ce fontis a t caus par le poids d'un gros pilier isol dans la
carrire de Mont-Souris, au-dessus d'une trs-grande excavation
jusqu'alors ignore, et qui reposait sur le banc de faux liais, ou banc
de verre, selon le terme des carriers. Cette pierre n'a aucune
solidit; elle a cd sous le poids, et a entran toute la masse du
pilier dans son boulement. Cet amas confus de rochers briss prsente
un aspect pittoresque.

[Illustration: Les Catacombes.--Place du Mmento.]

La galerie du Port-Mahon,  laquelle nous sommes parvenus, doit son nom
 un singulier ouvrage de patience. Un ouvrier nomm Dcure, qui avait
dcouvert cette carrire, y a sculpt dans la pierre un relief du
Port-Mahon, o il avait t prisonnier de guerre. Ce relief, quoique
dfigur, prsente encore de l'intrt, d'autant plus que l'on raconte
que le laborieux ouvrier qui l'avait excut dans ses heures de loisir
prit accabl sous un boulement, au moment o il venait de le terminer.

Aprs le Port-Mahon et l'escalier que Dcure avait taill lui-mme pour
arriver  la carrire souterraine qui renferme son ouvrage, le guide
montre encore, comme objet de curiosit, un puits gologique qui descend
jusqu'aux bancs d'argile et de craie; l'emplacement de ancien aqueduc
d'Arcueil, qui, branl par les boulements, fut report dans une autre
direction; ensuite un pilier de pierre, qui, tout rong par les eaux,
offre un exemple de l'action des courants souterrains; un autre pilier
entirement revtu de stalactites d'albtre calcaire; et enfin, aprs
ces objets plus ou moins curieux, nous arrivons au vestibule des
Catacombes, vestibule troit, d'un dessin assez mesquin, et sur lequel
sont graves deux inscriptions, l'une en latin, pour les rudits, sans
doute, l'autre en franais, pour les ignorants.

HAS ULTRA METAS REQUIESCUNT, BEATAM SPEM EXPECTANTES.

ARRTE! C'EST ICI L'EMPIRE DE LA MORT.

J'en suis fch pour les ignorants, mais l'alexandrin franais, qui est
de Delille, je crois, me parait bien vide et bien emphatique, et son
expression demi-paenne bien creuse et passablement dplace auprs de
la simplicit majestueuse, de la navet potique, de la pense sublime
et chrtienne de l'inscription latine. Elle rappelle celle du grand
rformateur, de Luther, s'criant, non sans quelque amertume peut-tre:
Beati, quia quiescunt!--Heureux les morts, car ils reposent!--Les orages
de la vie ne lui laissaient entrevoir de paix que dans la
tombe.--L'inscription des Catacombes est emprunte, je crois,  la porte
de l'ancien cimetire Saint-Sulpice. Son auteur est inconnu, et j'en
suis fch.--Si j'osais en hasarder une ple traduction pour les dames
qui m'accompagnent dans notre voyage, je dirais:

Au del de ces bornes funbres, ils reposent, dans l'espoir et
l'attente de la batitude ternelle.

Mais je suis bien loin d'avoir rendu dans toute leur lgante et simple
prcision, d'abord, le sens mystique de melas, qui rappelle  la fois
les bornes du chemin et celles de la vie, ni surtout ce mot potique de
beatam spem, qui montre que le doute du chrtien mourant est encore
une esprance, ni cette magnifique onomatope expectantes, ce mot long
et sonore rejet  la fin, peignant si bien la longueur, et cependant la
confiance calme de cette attente si dsire J'avoue que je trouve cette
inscription sublime, et, dt-on m'accuser de pdantisme classique, je
crois qu'il serait difficile de la refaire en franais. Je crois aussi,
sans amour-propre national, qu'il serait facile de mettre en regard
quelque chose qui valut mieux que le vers de cet estimable Delille.

Avant d'aller plus loin, et de dcrire la plus importante partie du
sjour o nous entrons, nous commencerons par dire qu'on y trouve, dans
une salle spare, une collection minralogique assez curieuse,
comprenant tous les chantillons des bancs de pierre qui composent le
sol souterrain depuis la superficie de la Tombe-Isoire jusqu' la
formation crayeuse; de plus, des coquilles fossiles, des bois, des
vgtaux transforms, etc.; ensuite une collection pathologique
renfermant, dans une autre salle, les os difformes ou singuliers qu'on a
trouvs dans les exhumations des cimetires. On y voit des tibias gants
de trois pieds de haut, des mains colossales, des os dvis, contourns,
tortus, cribls de toutes les faons, des ruptures, des fractures, des
soudures, des ankyloses, des ncroses, des exostoses, etc. tude
curieuse, mais qui, sauf meilleur avis, ne me paratrait pas tout  fait
conforme  la belle inscription du frontispice.

Aprs avoir termin cette courte excursion scientifique, il est
ncessaire de faire une courte digression historique sur l'origine et la
fondation des Catacombes.

Le premier cimetire de Paris avait t plac hors de l'enceinte de la
ville, entre le bourg de Saint-Germain-le-Neuf, le Beau-Bourg et le
bourg l'Abb, au carrefour des voies de Saint-Dnis et de Montmartre. Ce
carrefour devint plus tard le march des halles, et le cimetire enclos
de murs par Philippe-Auguste devint le charnier des Innocents. Ce
charnier, justement, clbre, avait reu dans son troite enceinte
environ 2,000,000 de cadavres qui, entasss et putrfis les uns sur les
autres avaient exhauss le sol du cimetire de huit pieds au-dessus du
sol des rues voisines, lorsque le cri de l'opinion publique, venant en
aide aux reprsentations longtemps impuissantes de la philosophie et de
la science, en fit ordonner la suppression par un arrt du conseil
d'tat, en date du 9 mars 1785. L'archevque de Paris n'y donna son
consentement que l'anne suivante, par mandement qui permit le transport
des ossements dans les carrires de Montrouge. On se mit alors 
l'oeuvre pour dtruite ce foyer pestilentiel, et le dpt des ossements
aux Catacombes fut termin en janvier 1788.

L'administration, encourage par ce premier succs, rsolut de
poursuivre son oeuvre, en supprimant successivement tous les cimetires
et charniers qui infectaient Paris. Ainsi les ossements du cimetire
Saint-Eustache et ceux de Saint-Etienne-des-Grs furent transports dans
les carrires en mai 1787; ceux de Saint-Landry et de Saint-Julien en
juin 1792; ceux de Sainte-Croix-de-la-Betonnerie et des Bernardins en
1793; ceux de Saint-Andr-des-Arts en 1794; de Saint-Jean-en-Grve, des
Capucins-Saint-Honor, des Blancs-Manteaux, du Petit-Saint-Antoine, de
Saint-Nicolas-des-Champs, du Saint-Esprit-en-Grve et de Saint-Laurent
en 1804; de l'le Saint-Louis en 1814, de Saint-Benoit en 1813, etc. Des
inscriptions places sur les parois des ossuaires aux Catacombes
rappellent toutes ces dates.

C'est  ces transport! et  ces inhumations successives que l'ossuaire
des Catacombes a d sa formation. Les ossements y furent d'abord jets
en tas avec prcipitation, et ils restrent en cet tat pendant la
rvolution. Ce fut sous le rgime imprial qu'eurent lieu les
dispositions et l'arrangement dfinitif. Ce travail fut commenc en 1810
et continu les annes suivantes. Il tait dj presque achev en 1812,
et dans l'tat o nous le voyons aujourd'hui.

Nous devons ds l'abord faire notre profession de foi. Sous le rapport
du l'utilit, de la salubrit, de la convenance, il n'y a que des loges
 donner  ceux qui ont conu le projet, et  ceux qui l'ont excut. Il
y avait de grandes difficults  vaincre, elles ont t surmontes.
L'ordre le plus parfait, le plus convenable a t tabli; on ne saurait
trouver rien de mieux rang, de plus salubre, de mieux entretenu. Mais
si l'on oublie un moment ce point de vue de l'utilit pratique, si l'on
espre y rencontrer des motions profondes, dramatiques... je crois
qu'on y trouvera une grande dception.

C'est l prcisment ce qui nous est arriv. Plein de nos souvenirs et
de nos lectures, nous nous attendions  frmir  ressentir ce
saisissement, involontaire d'un grand et sombre spectacle dont notre
imagination avait fait  l'avance tous les apprts... hlas!

Figurez-vous des galeries bien propres, bien alignes, bien blanches,
qu'interrompent  des intervalles rguliers de petits piliers grecs ou
romains d'une architecture rgulire et froide. Entre ces piliers... que
dirai-je? des ossements ou des bchettes? Ce sont des ossements rangs
comme des bchettes dans un chantier, et  leur forme on s'y tromperait,
car on ne voit que les extrmits uniformes des tibias ou des fmurs,
droits, longs, minces et noircis, soigneusement superposs; en sorte
qu'il faut, le savoir, ou bien qu'on vous le dise, pour deviner ce que
c'est. Tout cela est align de manire qu'il n'y en a pas un seul qui
dpasse l'autre. Au sommet rgne un cordon bien rang de crnes  peu
prs entiers, seule partie du corps humain que l'oeil puisse reconnatre
dans ce chantier, et qui puisse par consquent faire quelque impression.
Mais encore cette impression est-elle bientt affaiblie, crase,
anantie par cet apprt, cette symtrie terrible qui vous poursuit
partout dans ces malheureuses catacombes, qui semble prendre  tche de
tout affaiblir, de tout dguiser sous prtexte de dcor. Il y a mme
deux ou trois endroits, entre autres la crypte dite de Saint-Laurent
parce qu'on y a dpos les os tirs de ce cimetire, et la galerie dite
des Oblisques, o les constructeurs ont cru bien faire sans doute en
arrangeant ces ossements en forme de pidestaux d'une architecture
grecque quelconque, dorique, je crois. Les moulures, exactement copies
sur l'antique, sont excutes en tibias de belle dimension et bien
conservs. Vous pouvez juger de l'effet d'une semblable architecture,
parfaitement identique  celle des chantiers o les dbardeurs factieux
figurent des toiles et des soleils en bois flott.--Cherchez donc
ensuite, aprs avoir considr de pareils amusements architectoniques,
les sentiments religieux et la salutaire horreur qu'on attendait 
l'aspect de cet immense ossuaire!

Ce qui frappe, ce qui impressionne dans la mort, c'est le squelette. Eh
bien! vous en chercheriez vainement un seul aux Catacombes; rien n'est
reconnaissable; et vous n'avez plus rien  voir ds que vous avez fait
dix pas dans les galeries. C'est partout le mme arrangement de
fragments d'os aligns contre les parois, partout le mme et monotone
chantier. Quant aux dcorations en pierre, elles n'ont pas une grande
apparence. Le dfaut de hauteur de la vote devait ncessairement en
rduire les proportions  une chelle insignifiante, et la bonne volont
des architectes est venue chouer contre cette malheureuse disposition
du terrain. Le pilier du mmento, le sarcophage du lacrymatoire, l'autel
des oblisques, la lampe spulcrale, le tombeau de Gilbert, etc.,
prsentent tous le mme incurable dfaut. Nous citerons encore la
fontaine de la Samaritaine, espce de puits aliment par une source
souterraine, et l'escalier de communication entre les hautes et basses
catacombes, ainsi nommes parce quelles sont divises entre deux tages
diffrents de carrires.

En terminant ainsi l'itinraire des Catacombes, nous devons dire un mot
des inscriptions graves sur les piliers. C'tait, je le crois, une
bonne ide; mais on pourrait peut-tre en blmer la profusion. Quant aux
inscriptions en elles-mmes, il y en a pour tous les gots; elles sont
prises partout: les unes dans les livres sacrs, les autres dans les
profanes; les unes dans les anciens, les autres dans les modernes; les
unes en latin, les autres en franais, en italien, en grec, etc.
Malheureusement la comparaison n'est avantageuse ni pour les modernes ni
pour le franais.

Nous ne citerons pas ici toutes ces inscriptions dont la seule
reproduction ferait un volume plus considrable que cet article. Nous
ferons seulement une observation gnrale qui frappe les moins prvenus:
c'est l'immense supriorit des livres chrtiens et de la Bible, comme
pense et comme posie, quand il s'agit de l'me, de l'homme, de la mort
et de la vie. L'antiquit peut  peine leur opposer quelques auteurs
d'lite, Virgile, Caton, Lucrce, Marc Aurle et Cicron. Quant aux
modernes, c'est piti; piti surtout pour le franais, presque
uniquement reprsent par le vers acadmiquement pteux de l'abb
Delille. Nous en excepterions peut-tre Malherbe et Gilbert, mais c'est
petite chose auprs des penses vangliques ou des magnificences de la
Bible. Le Dante seul et son terrible vers de l'esprance peut lutter
contre l'nergie des prophtes. Mais, je le demande, fallait-il mettre
sur la porte des Catacombes l'infernale inscription qu'il a grave sur
le portique de son Enfer?

C'est ici que se terminera notre voyage sous Paris. Peut-tre un jour,
en nous glissant dans quelque forage artsien miraculeux, pourrons-nous
trouver  1,500 pieds sons ferre, comme le Gulliver sudois, des mondes
nouveaux et pittoresques. Mais, jusqu' ce jour, le tube du puits de
Grenelle est, trop troit pour que nous puissions nous y glisser.

Un mot encore cependant, pour rparer un oubli incroyable. Dans un
voyage aussi consciencieux, nous avons donn la gographie scientifique,
historique et pittoresque du Paris souterrain, nous avons parl de ses
habitants, vivants et morts, et nous n'avons dcrit ni le commerce ni la
Flore des carrires! Grand Dieu! que diraient les conomistes et les
botanistes?--Eh bien! la Flore des carrires se compose... de
champignons! C'est dans les excavations de Montrouge que de soigneux
jardiniers cultivent en grand, et font clore  l'aise ce prcieux
comestible.--Et c'est le seul produit commercial indigne que les
habitants des Catacombes exportent sur les marchs de Paris.



Histoire de la Semaine.

La chambre des dputs prouve bien, dans les lois qu'elle discute,
qu'elle est fatigue, mais nanmoins elle ne se repose pas. Nous
suspendions, il y a huit jours, la mise sous presse de notre bulletin
pour annoncer le rsultat de la sance du vendredi, o elle avait fini
par se prononcer, aprs deux journes orageuses, sur la proposition
d'ordre du jour motiv de M. Ducos,  l'occasion des affaires d'O'Tati.
Le lendemain s'ouvrait la discussion sur les conclusions du rapport de
M. Allard, relatif aux ptitions sur les fortifications de Paris. La
commission, on le sait, proposait, par l'organe de son rapporteur, de
passer  l'ordre du jour. Si les orateurs qui ont combattu ces
conclusions se fussent placs sur le mme terrain que la plupart des
ptitionnaires, et fussent venus demander la destruction de tous les
ouvrages de fortifications levs autour de Paris, le dbat n'et pas
t long et son issue un instant incertaine; mais aucun d'eux n'a voulu
accepter la responsabilit d'un pareil systme, et MM. Lherbette, de
Tocqueville et de Lamartine se sont borns  demander le renvoi  M. le
ministre de la guerre des ptitions qui protestent contre les travaux
entrepris et excuts en dehors des prescriptions de la loi de 1841, et
contre l'armement des forts et de l'enceinte. Dans ces termes, la
rclamation devenait srieuse, et la chambre, qui n'avait entendu que
MM. Chabaud-Latour. Paixhaus et le ministre de la guerre, dont les
discours rpondaient plutt aux ptitions les moins raisonnables qu'aux
arguments des prcdents orateurs, n'a pas voulu clore la discussion.
Elle l'a ajourne  la sance du 9,  l'ordre du jour de laquelle se
trouvait dj la discussion sur la prise en considration de la
proposition de M. Lombard de Leyval, sur le vote par division. C'est ce
mme samedi encore que viendra probablement aussi la vrification des
pouvoirs de M. Charles Laffitte nomm  Louviers. Voil bien des
questions excitantes accumules. videmment cet ordre du jour ne pourra
tre puis dans cette mme sance.

La discussion de la loi des patentes a t reprise, et elle se poursuit
dans un esprit de fiscalit que nous avons dj signal et qui, nous le
croyons, n'assurera pas au trsor un surcrot de produits en rapport
avec les justes plaintes auxquelles il donnera lieu, et que le mode de
rpartition, si on l'et adopt, lui aurait pargnes. Du reste, les
articles les plus importants, les dispositions les plus graves, passent
presque inaperus et comme si nos reprsentants qui les votent en
ignoraient compltement la porte. Un dput, cependant, se fait
remarquer par ses efforts persvrants et par l'tude qu'il a faite du
projet de loi et de ses inconvnients; mais M. Taillandier, seul sur la
brche, n'a pu, malgr les excellente considrations qu'il a fait
valoir, empcher l'introduction dans la loi du premier paragraphe de
l'article 9, qui stipule que le droit proportionnel est tabli sur la
valeur locative, tant de la maison d'habitation que des magasins,
boutiques, usines, etc., servant  l'exercice des professions imposes.
La lgislation tait demeure fort obscure quant  la question de savoir
si le droit proportionnel devait atteindre la maison d'habitation,
jusqu' la fin du 21 mars 1831, qui avait tranch cette question dans
l'intrt du fisc. D'excellentes raisons ont t donnes contre le
maintien de cette disposition; on a fort bien fait observer qu'tablir,
dans tous les cas, le droit proportionnel sur la maison d'habitation,
qui paie dj l'impt mobilier, c'est, contrairement au principe,
imposer deux fois le mme objet. Les patents de Paris, dans une
ptition que nous avons dj mentionn, disaient fort judicieusement;
Soyez capitaliste oisif, habitez un palais, et vous n'aurez  payer que
l'impt mobilier; mais gardez-vous d'appliquer vos capitaux  un travail
productif, car des lors il vous faudra payer, d'abord l'impt mobilier
comme citoyen, et ensuite le droit proportionnel comme commerant. Les
objections, fort justes  nos yeux, n'ont pas prvalu, et le premier
paragraphe de l'article 11 a t adopt par la majorit du trs-petit
nombre de dputs, qui assistent  cette discussion.

Le projet de loi pour le complment de fonds secrets  accorder  M. le
ministre de l'intrieur a t prescrit par lui, et renvoy  l'examen
pralable des bureaux. Sur neuf commissaires, l'opposition n'a pu faire
passer qu'un seul de ses membres. M. Duchatel a annonc que c'tait  la
fois un voie de ncessit et de confiance qu'il venait demander  la
Chambre. Les questions de cabinet ne sont donc pas encore puises.

Les cinq dputs lgitimistes qui avaient donn leur dmission par suite
de la fltrissure prononce dans l'adresse, ont tous t rlus par
leurs commettants, au jugement desquels ils avaient appel de la
dcision de la majorit de la Chambre.--On a dit que M. de Villele avait
de grandes chances d'y tre galement envoy par le collge de
Villefranche (Haute-Garonne), qui a  pourvoir au remplacement de son
dput dcd; mais il parait qu'une grande partie des lecteurs des
oppositions ont adopt une autre candidature; c'est celle de M. le
contre-amiral Dupetit-Thouars.

Les gouvernements des Deux-Siciles et de Belgique se mettent en mesure
d'oprer une rduction dans l'intrt de leur dette. Le roi de Naples a
dcrt le remboursement des obligations 5 pour cent. Ce remboursement
sera effectu par tirage au sort deux fois l'an. Ceux qui, aprs le
tirage, voudraient se soumettre  une rduction d'intrt de 1 pour 100,
sont garantis contre tout remboursement pendant dix ans. A Bruxelles, le
ministre des finances a propos une loi pour convertir en 4 1/2
l'emprunt 5 pour 100 de 1831. Ces modifications, dans le taux de
l'intrt de l'argent  l'extrieur ont paru  nos capitalistes et  nos
joueurs pouvoir dterminer chez nous la ralisation d'une mesure
analogue. On a colport une ptition adresse au ministre pour
l'engager  intervenir auprs du gouvernement belge afin d'empcher
qu'une mesure qu'on prsente comme contraire aux intrts franais ne
soit prise trop brusquement. D'un autre ct, on a annonc le prochain
dpt sur le bureau de la Chambre des Dputs, par un ancien ministre
des finances, M. Gouin, d'une proposition tendant de nouveau  faire
rduire ou rembourser la rente 5 pour 100 au choix des porteurs. Le
cours de cette valeur s'en est vivement ressenti.

M. le ministre des travaux publics a prsent  la Chambre des Dputs
un projet de loi relatif aux chemins de fer de Paris  la frontire du
nord, et d'Orlans  Vierzon. Les lignes de Paris  Lyon et d'Orlans 
Tours tant aujourd'hui demandes, en concurrence avec les compagnies
qui s'taient dj prsentes, par d'autres compagnies qui proposent de
les pousser plus loin, seront postrieurement l'objet de deux autres
projets. Pour le trac du chemin du Nord, le ministre adopte
simultanment les trois ponts de Boulogne, Calais et Dunkerque, comme
points extrmes de la ligne de Paris au littoral de la Manche. Quant au
mode d'excution, le projet modifie essentiellement les dispositions de
la loi de juin 1842. Il dispose que la voie de fer pose par la
compagnie concessionnaire du chemin du Nord sera acquise gratuitement 
l'tat  la fin du bail, et qu'aprs un prlvement de 8 pour 100 au
profit des actionnaires, l'excdant des bnfices sera partag entre
l'tat et la compagnie. La dure du bail ne pourra tre de plus de
vingt-huit ans. On stipule une diminution de deux centimes sur les
droits  payer par les trois classes de marchandises. Il y aura trois
classes de voitures  dix, sept et demi, et cinq et demi centimes par
kilomtre. C'est une augmentation d'un demi-centime pour la troisime
classe; mais les wagons devront tre couverts, et ferms au moyen de
rideaux. Enfin, l'tat conserve la facult de racheter le chemin au bout
de douze ans, aux conditions fixes prcdemment pour le chemin de Paris
 Orlans, mais avec rduction de moiti sur la prime  ajouter au
dividende net. Les conditions du bail sont analogues pour le chemin de
Vierzon, si ce n'est que la dure de la concession est porte 
trente-cinq ans, et que le partage des bnfices ne doit commencer qu'
la sixime anne de l'exploitation. Un des derniers articles de la loi
renferme une disposition qui confie l'excution complte des deux
chemins  l'tat, au cas o, dans les deux mois de la promulgation de la
loi, il ne se serait pas prsent de compagnie pour en accepter les
charges. L'exploitation serait alors confie, pour une dure de douze
ans,  des compagnies fermires qui se borneraient  fournir le
matriel.

Un acte de violence commis dans le port de Marseille par des marins
anglais contre l'quipage d'un navire franais, est venu y causer une
motion que n'aideraient malheureusement point  calmer, chez notre
population des ports et  bord de nos vaisseaux, certaines paroles
prononces  la tribune anglaise, le ton de quelques feuilles de Londres
et la situation faite  un de nos amiraux. Nous devons toutefois
reconnatre que, dans la chambre des communes, le 1er mars, prcisment
au moment mme o la cause de cet officier gnral se dbattait dans
notre parlement, l'amiral Napier et le capitaine Hous ont parl de notre
personnel maritime comme des hommes qui, se respectant eux-mmes, savent
respecter leurs rivaux.

Les nouvelles d'Espagne se suivent et se ressemblent. On est toujours au
moment de s'emparer d'Alicante et de soumettre Carthagne, mais
nanmoins les deux villes rebelles tiennent toujours. A Bilbao il y a
eu, a-t-on dit, conspiration dcouverte, et par suite arrestations
nombreuses. Des ecclsiastiques ont t incarcrs; on parle de
tentatives, sur plusieurs points, d'anciens partisans de don Carlos qui
voudraient aujourd'hui unir et proclamer Charles VI et Isabelle. La
reine Christine poursuit en Espagne la srie d'entres royales, de
rceptions, de revues et de dfils auxquels elle s'tait dj livre en
France. On songe  expdier dans le Maroc, sous le commandement du
gnral Prim, toutes les troupes peu sres, et  demander compte 
l'empereur de quelques griefs plus ou moins srieux.

--En Portugal, on ne se dit pas moins prs d'en finir avec
l'insurrection; mais jusqu'ici nanmoins on n'est pas parvenu 
soumettra le comte de Boudin, et la seule vengeance qu'on ait pu tirer
de lui a t de le destituer de son grade de marchal de camp. On a de
nouveau prorog les corts, dans l'espoir qu' la fin de mars on
pourrait se prsenter devant elles avec quelques rsultats obtenus, et
tre par consquent en meilleure position pour se faire pardonner les
moyens employs  les obtenir.

Les vnements qui se passent  Montevideo deviennent de plus en plus
graves. Les vexations et la cruaut de Rosas ont forc presque tous les
Franais rsidant  Bunos-Ayres de transporter leur domicile et leur
industrie sur l'autre rive de la Plata. Montevideo en compte donc
aujourd'hui 18,000 runis. Presque tous ces Franais sont Basques; ils
sont catholiques, et par consquent en position de se bien entendre avec
une population d'origine espagnole. Montevideo semblait donc devoir
devenir, dans un avenir trs-prochain, une ville toute franaise. Pour
protger leurs proprits et leur vie menaces par les attaques des
troupes de Rosas contre la ville o ils s'taient rfugis, nos
nationaux ont d songer  s'armer. Un ordre du jour publi au nom du roi
des Franais par le vice-amiral Massieu, qui commande nos forces navales
dans ces eaux,  la date du 17 dcembre dernier, leur enjoint  quitter
les armes immdiatement en raison de garanties qu'il vient d'obtenir de
Rosas pour leur inviolabilit. Nos nationaux ne paraissent croire ni 
l'inviolabilit qu'on leur fait esprer, ni  l'efficacit des garanties
qu'on leur en donne, ni enfin  la parole et  la signature de Rosas,
qui s'est montr ouvertement infidle au trait qu'il avait sign avec
l'amiral de Machan. Ils se montrent, et on le comprend, peu disposs 
se laisser aller  la confiance qu'il leur est ordonn d'avoir. Cette
situation commande toute l'attention et tout l'intrt de notre
gouvernement et des chambres.

On ne dit point encore quand pourra venir  la chambre des pairs la
discussion de la loi sur l'instruction secondaire. En attendant, les
prlats font des publications, et la cour d'assises vient de rendre un
arrt qui pourra servir  l'apprciation que la chambre du Luxembourg
aura  faire du projet de M. Villemain.--L'Univers vient de nous faire
connatre une adresse au roi signe de monseigneur l'archevque de
Paris, et de plusieurs vques de la Province de Paris qui ne
s'taient pas encore engags ostensiblement dans la lutte contre
l'Universit. Quant au jury de la Seine, il vient de dclarer coupable
un crit sur le mme sujet de M. l'abb Combalot. L'auteur a t
condamn  quinze jours de prison et  4,000 fr. d'amende.

On continue les travaux d'embellissement de Paris et de ses abords; mais
le conseil municipal a t divis par une proposition qui a paru trange
 un certain nombre de ses membres. On a demand que la principale voie
de la commune de Neuilly, celle qui va de l'arc de triomphe de l'toile
au pont de Neuilly ft claire au gaz comme l'avenue des Champs-Elyses
 laquelle elle fait suite, et cela aux frais du budget de la ville de
Paris. Plusieurs conseillers municipaux ont cru ne pas bien entendre et
ont demand comment on comprenait que Paris dt s'imposer pour clairer
ses voisins. Malgr cette question, l'clairage de l'avenue de Neuilly,
aux frais de la ville de Paris, a t vot  une majorit de deux voix.
M. le maire de cette commune, que ce premier vote a allch, demande
aujourd'hui que Paris lui claire galement le chemin de la rvolte. Au
fait, M. le maire de Neuilly est logique.--M. le prfet de police, de
son ct, poursuit les amliorations qui relvent de la petite voirie.
Il fait disparatre de nos boulevards intrieurs les rares perrons qui
s'levaient encore comme des monticules  la porte de quelques magasins
et de quelque cafs. Il fait combler le foss qui se trouvait devant le
caf Anglais. Tout cela est fort bien: ces trottoirs dj si larges
deviendront ainsi plus vastes encore. Mais il serait plus pressant de
prendre des mesures analogues pour faire disparatre les marches de
magasins qui avaient sur des trottoirs trs-troits et occasionnent, le
soir, de frquents accidents. Pour notre part nous en avons vu arriver
un rue de Choiseul, par suite de cette tolrance; et tout rcemment un
hussard s'est grivement bless  une porte de la rue Caumartin. Il est
fort bon de travailler  rendre nos spacieux boulevards d'un aspect
symtrique et irrprochable; mais rendre nos rues viables et sres est
certainement plus urgent encore.

Le cardinal de Richelieu avait donn  l'Acadmie franaise un rglement
dont l'article premier portait: Nul ne sera reu  l'Acadmie qui ne
soit agrable  Monseigneur. Mais aujourd'hui il n'y a plus d'autre
seigneurie que l'opinion publique; l'Institut ne peut le mconnatre.
Nous aurions donc de la peine  croire au bruit rpandu que, depuis le
dernier scrutin, M. Sainte-Beuve aurait vu diminuer ses chances au
profit d'une candidature qui n'a rien de littraire. L'auteur des
Messniennes n'tait entre  l'Acadmie que par l'ascendant de son
talent et l'clat de ses succs: c'est donc un littrateur qui doit lui
succder. Quant  la succession de Charles Nodier, M. Mrime parat
appel  la recueillir, et un semblable choix sera sanctionn par tout
le monde.

L'Illustration a dit au commencement de ce numro quels malheurs avait
causs le dbordement de la plupart de nos fleuves et de nos rivires.
Cite avalanche de terre et de glace vient d'amener un dsastre galement
pouvantable  Ferdrupt, prs de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin). Une
maison a t engloutie par une masse qui s'est dtache de la montagne
contre laquelle elle tait adosse. Huit personnes qui se trouvaient
runies  table, le pre, ses six enfants, et un domestique, et la mre,
qui se trouvait dans la cuisine, ont t touffes. La grand'mre,
couche  un tage suprieur, a t blesse et a succomb. Un septime
enfant, qui venait de sortir, a seul chapp  la mort. Malgr les
secours que les voisins ont immdiatement ports, personne n'a pu tre
sauv; l'ane des filles seule respirait encore et a pu profrer
quelques paroles, puis elle a expir.

M. Saubat, dput de la Haute-Garonne, vient de mourir trs-subitement 
Paris, dans un ge peu avanc.--A Carolles (Sane-et-Loire) un homme
instruit et estim a fait attendre la mort plus longtemps pour lui payer
sa dette. M. V. M. Ducercle, membre correspondant de plusieurs socits
savantes, a t frapp d'une attaque d'apoplexie foudroyante  l'ge de
cent quatorze ans. Il laisse plusieurs enfants, dont l'an, g de
quatre-vingt-sept ans, n'a pas, disent les journaux du dpartement, un
seul cheveu blanc.



Intrieur de la Chambre des Dputs.

TRIBUNES DES DEUX CHAMBRES.

Depuis quelque temps les sances de la chambre des dputs ont surexcit
la curiosit publique, et les billets d'entre au palais Bourbon sont
plus vivement recherchs encore que ceux des concerts du Conservatoire.
C'est en effet une tout autre harmonie. Les questeurs, les dputs, sont
accabls de demandes de leurs amis parisiens et de leurs commettants
provinciaux, et parmi tant de solliciteurs il y a peu d'lus, car les
tribunes rserves aux billet sont en petit nombre et assez resserres.
Les artistes de l'Illustration ont pens que te serait rendre service
aux curieux qui n'ont pu satisfaire leur curiosit et dpasser la salle
d'attente, que de leur montrer en gravure ce qu'ils n'ont pu voir en
ralit.

Ils ont cru superflu de reproduire la salle des Pas-Perdus, que tout le
monde connat, cette salle que traverse, entre deux haies de gardes
nationaux et tambours battants, M. le prsident Sauzel, prcd des
huissiers et suivi du bureau de la chambre, pour se rendre de l'htel de
la prsidence  ce fauteuil, qu'il remplit, mais qu'il n'occupe pas,
disent les mauvais plaisants. La salle des Pas-Perdus est l'unique
thtre o brillent bon nombre de dputs. Il y en a plus d'un qui est 
peine arriv  se faire connatre de ses collgues, et qui, pour
acqurir au moins au-dehors la notorit qu'il n'a pas pu obtenir, nous
ne dirons pas  la tribune, mais mme dans les bureaux, dans les
couloirs de la Chambre, se donne le plaisir, chaque jour, de venir
plusieurs fois dans cette salle extrieure faire crier  haute voix par
un garon de service: Qui a demand M. ***?

Les artistes, un autre jour, vous montreront le salon du Roi, qu'Eugne
Delacroix a illustr de si admirables peintures; vaste et beau travail,
le plus beau peut-tre de ce matre et le moins connu, prcisment 
cause de la place qu'il occupe.

Ils ont ajourn aussi la reproduction de la salle des Confrences, que
M. Heim vient d'orner de compositions remarquables, bien conues dans
leur ensemble, bien excutes dans leurs dtails, pour laquelle
galement M. Moine a sculpt deux statues accroupies, d'un fini
irrprochable sans doute, mais dont les formes prononces, nues et
clatantes de blancheur, produisent un singulier effet et forment une
bizarre saillie sur la vaste chemine vert de mer, o elles sont
assises.

Un autre jour peut-tre, et quand Delacroix en aura termin le plafond,
ils vous montreront l'lgante bibliothque de la chambre. Ils pourront
vous faire voir aussi la Buvette, qui n'a ni la recherche ni les
djeuners  la fourchette de la Buvette de la chambre des pairs, mais
qui est un local convenable, offrant aux ambitieux, aux incorruptibles,
aux mcontents, aux optimistes, aux orateurs et aux muets des
consommations, des petits pains, des sirops et de la limonade gazeuse.
Le rhum y a pntr et y a amen  sa suite un diplomate, un inspecteur
des haras et un magistrat, pour lesquels les produits de Taurade
paraissent avoir peu de charmes. Potier disait, dans le Bnficiaire,
que le vin de Bordeaux convient parfaitement aux chanteurs et mme aux
personnes qui ne chantent pas. Le rhum peut avoir la mme vertu pour les
orateurs; jusqu'ici l'exprience n'a t faite que sur ceux qui ne le
sont pas.

Nos dessinateurs pourront aussi, avec le crayon, promener nos lecteurs
dans ce long vestiaire o chaque armoire porte le nom de deux dputs
auxquels elle est consacre. Bien peu d'entre nos reprsentants font
servir ces armoires  leur vritable destination. Presque tous y
amoncellent ces distributions quotidiennes d'imprims que font les
ministres aux membres des deux chambres, et qui passent intacts, non
coups, de l'armoire du vestiaire  la boutique de l'picier.

Aujourd'hui l'Illustration se borne  faire voir la salle des sances.
Mais, pour suivre l'ordre constitutionnel, nous commenons par
reproduire la tribune du Luxembourg et l'aspect de son bureau, o
prside M. le chancelier Pasquier.

[Illustration: Tribune des Orateurs,  la Chambre des Pairs.]

Au palais Bourbon, o la foule est grande, o il faut arriver de bonne
heure pour trouver place, en attendant que la sance s'ouvre, on cherche
des distractions. La tribune des journalistes, non pas des stnographes
qui viennent crire les discours  la dicte, mais des rdacteurs en
chef qui viennent pour apprcier l'effet de la sance, est un des
spectacles qui attirent le plus l'attention avant le lever du rideau
parlementaire. Le provincial demande qu'on lui montre dans cette
tribune, qui est place au second rang et  l'angle extrme de la
gauche, le rdacteur en chef de la Gazette de France, et de la
Nation, M. l'abb de Genoude, assis, au grand tonnement du curieux,
auprs des rdacteurs en chef des journaux ministriels.

[Illustration: Tribune des Journalistes,  la Chambre des Dputs.]

Mais bientt la sance est ouverte et la tribune est occupe,
quelquefois par un orateur, le plus souvent par un dput. Il tourne le
dos au prsident, qui le domine pour le rappeler  l'ordre ou le
protger contre les interruptions, aux secrtaires de la chambre et aux
secrtaires rdacteurs, qui sont placs ainsi au milieu et en face de
l'assemble pour prononcer sur les votes par assis et lev, et faire
l'analyse des discours, qui doit entrer dans leur rdaction du
procs-verbal de chaque jour.

[Illustration: Sonnette du prsident de la Chambre des Dputs.]

[Illustration: Tribune des Orateurs,  la Chambre des Dputs.]

La banquette infrieure de chacune des trois sections du centre, places
vis--vis de la tribune et du bureau, porte crit en lettres de drap
blanc, appliques sur le casimir rouge qui recouvre tous les dossiers
des banquettes: Banc des ministres. L'attention se porte
particulirement sur celui qu'occupent M. le marchal Soult et M.
Guizot,  ct desquels M. Villemain prend place. Une cause nouvelle
d'tonnement pour le provincial, qui doit, en entrant  la chambre, se
prparer  marcher de surprise en surprise, c'est de voir un des
orateurs les plus redoutables pour les ministres, M. Berryer, occuper la
place la plus rapproche de leur banc, et donner quelquefois asile, 
l'extrmit du sien,  son voisin M. le ministre de l'instruction
publique. Toutefois, comme il arrive apparemment que l'illustre orateur
ne se trouve pas toujours inspir par le voisinage, et qu'il sent
intrieurement que, pour ne pas vivre en trop mauvaise intelligence, il
fera mieux de se livrer au culte des beaux arts qu' la conversation, M.
Berryer sculpte avec un canif le pupitre en bois qui est plac devant
lui. Nous sommes assez heureux pour avoir t mis  mme de reproduire
ce travail auquel l'lu de Marseille va pouvoir venir mettre la dernire
main.

[Illustration: Pupitre de M. Berryer,  la Chambre des Dputs.]

Nous ne pouvions oublier un instrument qui joue un grand rle dans les
sances de la chambre. On a bien pour rclamer de l'assemble du calme
et de l'attention la voix des huissiers, assis et adosss  la base de
la tribune, et criant: Silence, messieurs. Mais leur recommandation
est parfois vaine et leur prire mconnue. C'est pour ces trop
frquentes occasions qu'a t invente la sonnette du prsident. C'est
un instrument assez lourd et fort assourdissant. M. Sauzel croit  coup
sr en bien jouer, car il en joue souvent, et au grand dtriment du
tympan de l'orateur qui est  la tribune et sous le coup par consquent
de cette dtonation. Aussi, dans la sance si agite de la discussion de
l'adresse, o M. Guizot eut  faire tte  un si grand orage, se
retournant vers le prsident qui sonnait comme un sourd, il lui dit:
Vous m'achevez, monsieur. On peut dire que M. Sauzel s'coute sonner,
car il se livre parfois  cet exercice au milieu d'un calme parfait,
comme cet huissier somnolent qui, se rveillant pendant que M.
Royer-Colard prononait  la tribune un discours religieusement cout,
s'cria, par habitude en entendant cette voix unique qui retentissait:
Silence, messieurs.

[Illustration: Banc des Ministres,  la Chambre des Dputs.]



Acadmie des Sciences.

COMPTE RENDU DES SECOND ET TROISIME TRIMESTRES DE 1843.

(Voir t. I, p. 217, 234, 258; t. II, p. 182, 198, 346 et 391.)


V.--Technologie, mcanique applique et arts conomiques.

Machines  vapeur.--M. Combes, ingnieur en chef des mines, auquel on
doit la premire publication des dessins des clbres machines  dtente
de Cornouailles, en 1834, a discut de nouveau des observations
relatives au mode suivant lequel la vapeur y agit, et il a dduit des
faits observs par lui les consquences suivantes: 1 dans la plupart
des machines  vapeur, et probablement dans toutes, une partie de la
vapeur admise dans le cylindre se liqufie immdiatement par l'action
refroidissante des parois du cylindre; il y a en outre de l'eau qui est
entrane  l'tat liquide; 2 l'eau liqufie se vaporise de nouveau
pendant, la dtente de la vapeur, et cet effet se produit le mieux
possible, quand les cylindres sont baigns par la vapeur de la
chaudire, circulant dans une enveloppe, et que l'espace occup par la
vapeur, aprs la dtente, est deux ou trois fois gal  son volume
primitif; 3 dans les machines d'puisement  simple effet de
Cornouailles, convenablement disposes et charges, le travail utile
ralis par kilogr. d'eau vaporis dans les chaudires, est de 32 tonnes
(poids de 1 000 kilogr.), leves  1 mtre de hauteur. Dans les
machines de Boulton et Watt, le travail utile n'est gure que de 13  14
tonnes leves  1 mtre par la mme quantit d'eau vaporise; 4 aucune
des formules proposes jusqu'ici pour le calcul de l'effet d'une machine
 vapeur ne tient compte de la liqufaction et de la vaporisation
successives dans le cylindre.

Les causes des explosions des chaudires  vapeur sont encore
enveloppes d'une obscurit qui ne sera probablement pas compltement
dissipe de longtemps. Cependant la plus active dans ce genre
d'explosion subite, que l'on appelle fulminante, parat tre le
phnomne dsign aujourd'hui sons le nom de calfaction, et qui
consiste en ce que la vaporisation de l'eau sur une surface mtallique
chauffe au del d'un certain degr, dcrot rapidement au lieu
d'augmenter. Tout le monde peut rpter une exprience curieuse  ce
sujet. Ou prend une cuiller  caf, on la chauffe fortement  la flamme
d'une lampe ou d'une bougie, et on y projette quelques gouttes d'eau
avec le doigt. Cette eau formera une grosse goutte arrondie qui ne se
vaporisera que trs-lentement. Si on retire la cuiller du feu, et qu'on
la laisse un peu se refroidir, il arrivera un moment o l'eau se
vaporisera tout  coup en faisant une petite explosion, quoique non
renferme.

M. Sorel, dans un mmoire o il a rappel ce phnomne dj connu, a
indiqu comme les meilleurs moyens pour viter la calfaction, et par
consquent, les explosions fulminantes, l'emploi: 1 d'un mtal fusible
appliqu au fond du gnrateur; 2 de l'argile, ou mieux encore de
l'alun, ou du borax dans la chaudire; 3 de bons appareils alimentaires
pour que l'eau ne manque pas dans la chaudire, et d'appareils
d'avertissement pour donner l'veil lorsque le niveau y descend trop
bas.

Travaux de sondage.--Pour donner une ide de l'importance de cette
industrie, il suffira de rapporter les rsultats que M. Degouse a
communiqus  l'Acadmie. Du 1er octobre 1828 au 1er juillet 1843, cet
ingnieur a excut 208 sondages formant un total de 17 266 mtres,
ayant cot la somme tolale de 1 123 745 fr., ce qui tablit un moyen de
65 fr. 09 c. par mtre, dans lequel la fourniture des tuyaux de retenue
et d'ascension entre pour 25 fr., ce qui rduit le prix moyen de forage
 40 fr. 9 c.

Les rsultats suivants ont t obtenus dans les vingt-sept dpartements
o les travaux ont t excuts. 68 forages donnant des eaux
jaillissantes au-dessus du sol, 66 forages donnant des eaux ascendantes,
3 forages donnant de l'huile de ptrole jaillissante au-dessus du sol, 1
forage donnant de l'eau sale jaillissante au-dessus du sol, 13 forages
ayant amen la dcouverte de houille ou d'anthracite, 9 forages ayant
amen la dcouverte d'asphalte ou de sables bitumineux, 12 forages ayant
amen la dcouverte de kaolin ou de gisements de pltre, 20 forages
excuts pour puits d'amarres de ponts suspendus, 12 forages excuts
pour absorption d'eau, 16 forages pour exploration de terrains propres 
la construction; 220 soudages ont donn les rsultats cherchs, 48
sondages n'ont rien produit. Sur ce nombre, 8 sont encore en cours
d'excution. Le nombre moyen des forages excutes par aime est de 18.
La profondeur; moyenne par anne, de 1 151 mtres; la profondeur moyenne
des forages, de 64 mtres 42 centimtres; la dpense moyenne de chaque
forage, de 4,193 fr. 07 c. L'eau coulant au-dessus du sol par les 68
puits jaillissants, donne un produit de 27 971 litres par minute, ou
40,278 mtres cubes par jour. Celle qu'on extrait au moyen des pompes et
des machines  vapeur alimentes par les 66 puits  eaux ascendantes,
donne au moins un produit gal, ce qui fait par jour un volume total de
80 556 mtres cubes. Cette eau est utilise soit comme force motrice,
soit pour l'irrigation de prairies, de jardins, pour l'alimentation de
villes, d'usines, pour l'approvisionnement de bains, l'entretien
d'tangs, l'embellissement de proprits particulires, les usages
varis d'tablissements publics et les nombreux besoins de l'agriculture
et de l'industrie.

Appareils de sret contre les explosions du gaz.--L'Acadmie, (sur le
rapport de M. Rgnault), a donn son approbation  un appareil
extrmement ingnieux, imagin par M. Chuard, pour indiquer, soit dans
les mines de houille, soit dans les appartements clairs par le gaz, la
prsence, dans l'air, d'une certaine quantit de ce gaz, avant qu'elle
soit devenue assez considrable pour donner des craintes d'explosion.
Malheureusement, cet appareil est fragile et d'une construction
dlicate; et il est  craindre que la routine aussi bien que cette cause
ne soient des obstacles trs-grands  son adoption dans la pratique.

Mtallurgie.--L'attention depuis quelques annes, s'est porte sur les
produits gazeux qui se dgagent dans diverses grandes oprations
relatives  la mtallurgie,  la carbonisation, etc. On doit citer au
premier rang, parmi les travaux faits  ce sujet, ceux de M. Ebelmen,
ingnieur des mines, qui, non content d'tudier la question au point de
vue thorique, en a tir des applications utiles, des perfectionnements
ralisables dans le domaine de la pratique. Son ide fondamentale
consiste  oprer sur les gaz extraits de divers combustibles par voie
de distillation, au lieu de brler immdiatement ces combustibles
eux-mmes. Il obtient ainsi, dans beaucoup de cas, une chaleur beaucoup
plus intense que celle qui rsulte de l'ancien mode de combustion. MM.
Laurens et Thomas, ingnieurs civils, ont aussi communiqu  l'Acadmie
quelques faits intressants relatifs  l'usage des gaz sur une grande
chelle. Le plus important peut-tre consiste en ce que la vapeur
agissant seule,  une temprature qui ne surpasse pas 300 degrs, suffit
pour carboniser compltement la houille, le bois et la tourbe; il se
dgage des gaz combustibles applicables  divers usages aprs leur
passage dans un conducteur. Le rsidu en charbon est considrable, et ce
charbon prsente une assez grande duret, lors mme qu'il provient de la
tourbe.

Emploi des mortiers hydrauliques.--On sait que, grce aux travaux de
M. Vical, il est possible aujourd'hui de btir partout, sous l'eau comme
en plein air, avec des mortiers hydrauliques, c'est--dire jouissant de
la proprit de durcir dans un temps plus ou moins rapide. Les
convenances rciproques des chaux et des ciments, et les proportions
suivant lesquelles les mlanges doivent tre oprs, ont t dtermines
d'avance pour tous les cas possibles par cet illustre ingnieur, de
manire  ne rien laisser  dsirer. Seulement, lorsque la chaux
hydraulique naturelle vient  manquer, on y supple de plusieurs
manires; soit par la confection de toutes pices d'une chaux
hydraulique artificielle, comme celle que l'on fabrique  Meudon, prs
Paris, et dans une foule d'autres localits; suit par le mlange d'une
chaux grasse avec une pouzzolane. Les substances de ce genre sont fort
nombreuses; tantt on les trouve dans la nature, notamment  Puzzuolo,
en Italie, d'o vient leur nom; tantt on les forme artificiellement par
la cuisson de certains argiles.

On employait depuis quelques annes la pouzzolane naturelle d'Italie aux
travaux du port d'Alger, lorsque l'extension considrable projete pour
ces travaux fit mettre l'ide de la remplacer par une pouzzolane
artificielle beaucoup moins coteuse. Des expriences rcemment faites 
Toulon par M. Nol, ingnieur en chef des ponts et chausses, ont prouv
qu'il tait fort heureux qu'aucune suite n'et t donne  cette ide.
Des briques fabriques dans ce port avec une pouzzolane artificielle,
tombaient en miettes aprs quelques jours d'immersion dans l'eau de mer,
en se brisant des surfaces au centre graduellement. Places dans l'eau
douce, elles s'y maintenaient trs-bien. Apprenant que dans la Manche,
et notamment  Cherbourg, o l'on fait une assez grande consommation de
pouzzolanes artificielles, rien de pareil ne s'tait jamais manifest,
M. Vicat a t conduit  comparer la composition chimique des eaux de
L'Ocan avec celles de la Mditerrane, et il a vu que sur 1 000 parties
celles-ci contiennent 7.02 de sulfate de magnsie, tandis que les eaux
de la Manche n'en contiennent que 2,29. C'est en se substituant  la
chaux dans les btons immergs, que la magnsie joue un rle si fcheux.

Nouvel clairage.--Les essences de schiste, de houille, de
trbenthine, renferment une proportion de carbone telle que jusqu'
prsent on n'avait pu en brler la fume avec les chemines de tirage
les plus nergiques,  moins d'y ajouter une certaine quantit d'alcool
qui constitue, avec l'essence de trbenthine, le mlange employ depuis
quelques annes dans certaines lampes sous le nom impropre d'hydrogne
liquide. MM. Busson-Dumourier et Rouen annoncent qu'ils sont parvenus 
obtenir une combustion parfaite de ces essences, en projetant dans
l'atmosphre un jet de vapeur d'une d'entre elles, sous une pression de
4  5 centimtres de mercure; l'inflammation n'a lieu qu' quelques
centimtres de l'orifice d'mission. Suivant les inventeurs, le prix de
leur clairage serait, pour la mme quantit de lumire, quatre fois
moindre que celui du gaz, et six fois moindre que celui de l'huile.

Dsinfection des latrines.--Une commission dont M. Boussingault tait
le rapporteur, a rendu le compte le plus satisfaisant des effets d'une
poudre dsinfectante propose par M. Siret, pharmacien  Meaux. Aprs de
longues et laborieuses recherches, puisqu'elles ont t commences en
1834, M. Siret a reconnu qu'un mlange de charbon et de sulfate
mtalliques, dans lesquels domine le sulfate de fer, agit dans toutes
les circonstances comme un dsinfectant des plus efficaces. 15 grammes
de la poudre Siret dlaye dans 5 ou 6 dcilitres d'eau, ont
compltement et subitement fait disparatre l'odeur de la matire fcule
rendue par un individu. Cette exprience a t rpte  plusieurs
reprises; elle a t faite en grand sur une fosse servant  trente-cinq
locataires, et elle a compltement russi. Aussi les conclusions du
rapport de M. Boussingault ont-elles t trs-favorables  M. Siret. Il
est vivement  dsirer, dans l'intrt de la salubrit publique, que
cette heureuse dcouverte soit connue et propage surtout dans les
grandes villes. M. Siret estime la dpense de dsinfection par son
procd  deux centimes par mnage compos de trois  quatre personnes.

Communications diverses.--M. Reech, ingnieur des constructions
navales, a adress  l'Acadmie, sur les principes de la mcanique
industrielle, un travail remarquable  tous gards, mais dont il ne nous
sera possible de rendre compte que lorsque l'auteur abordera les
applications qu'il a annonces. M. Sarrut a annonc qu'il tait parvenu,
de son ct,  plusieurs des rsultats obtenus par RI. Reech, et 
quelques autres qui lui sont propres.


VI.--Gologie et Minralogie.

Dpts mtallifres de la Sude et de la Norvge.--Tel est le titre
d'un mmoire de M. Daubre, ingnieur des mines, professeur  la facult
des sciences de Strasbourg, auquel on doit dj plusieurs autres tudes
importantes sur la Scandinavie, bien que l'excellent ouvrage de M.
Hausman et la gographie minralogique de M. Hisinger renferment de
prcieux documents sur beaucoup de districts de mines, M. Daubre a eu
occasion d'y faire un assez grand nombre d'observations nouvelles.

Gtes mtallifres de l'Italie.--M. Amde Burat, professeur  l'cole
Centrale, a fait connatre les rsultats de ses nombreuses explorations
du sol de l'Italie. Il a reconnu les restes des exploitations de
l'antiquit et du moyen ge, et il signale les gisements nouveaux qui
offrent aujourd'hui plus d'avantages  l'industrie, bien que les anciens
gisements n'aient pas t puiss en beaucoup de points.

Gologie de l'Amrique mridionale.--Deux longs et intressants
rapports nous ont donn les dtails les plus circonstancis et les plus
curieux sur la constitution gologique de cette moiti du continent
amricain. Le premier, relatif  un mmoire de M. Pissis sur la position
gologique des terrains de la partie australe du Brsil et les
soulvements qui,  diverses poques, ont chang le relief de cette
contre, est du  M. Dufrenoy. M. lie de Beaumont est l'auteur du
second, qui se rapporte  un mmoire de M. Alcide d'Orbigny, intitul;
Considrations gnrales sur la gologie de l'Amrique mridionale. Il
nous est malheureusement impossible de donner une analyse de ces travaux
consciencieux, sans suivre les savants rapporteurs dans une vritable
description gologique de l'Amrique mridionale entire, et par
consquent sans sortir des bornes que nous devons nous imposer. Disons
seulement que les conclusions des deux rapports ont t extrmement
favorables  MM. Pissis et Alcide d'Orbigny. Le mmoire de ce dernier
est destin  paratre prochainement dans le grand ouvrage qu'il publie
sur les contres visites par lui.

Changements du niveau dans les rivages des anciennes mers.--Il y a
dj dix-huit mois environ que M. lie de Beaumont avait lu  l'
Acadmie un rapport trs-approbatif sur un mmoire extrmement
remarquable o M. Bravais, membre de la commission scientifique du Nord,
et professeur d'astronomie  la facult de Lyon, avait mis en vidence,
avec une prcision que l'on n'avait pas encore introduite dans les
mesures gologiques, la mobilit des niveaux relatifs des continents et
de la mer sur les rivages de la Scandinavie. Ces changements remontent 
une priode dj recule, et continuent encore de nos jours. La
pninsule Scandinave n'est pas la seule confie o l'on remarque
d'anciens niveaux de la mer; divers savants en ont signal en More et
en Sicile.

Ces faits intressants, qui se sont accomplis depuis les dernires
rvolutions du globe, ont-ils eu lieu dans les temps gologiques
anciens'? Telle est la question que la publicit donne au travail de M.
Bravais a suggre  M. Coquand, professeur de gologie  Aix, question
 laquelle il a trouv une solution affirmative dans les tudes
gologiques auxquelles il s'est livr en Provence. Plusieurs faits
trs-curieux signals par ce professeur sont de nature  prouver que les
terrains secondaires du midi de la France fournissent un exemple
d'mersion analogue  cette qui a lieu encore actuellement sur les
rivages de la Scandinavie.

Gologie du dpartement de la Somme.--M. Buteux est l'auteur d'un
mmoire accompagn d'un essai de carte gologique sur ce sujet. Nous
enregistrons ici les conclusions favorables du rapport lu par M. lie de
Beaumont: Le mmoire de M. Buteux prsente une statistique fort tendue
des faits gologiques et minralogiques que le sol du dpartement de la
Somme offre  l'observation. On sera surpris, en le lisant, de voir le
grand nombre de remarques intressantes que peut fournir un pays presque
plat et d'une apparence monotone. Nous pensons que la recherche de cette
multitude de faits locaux dont le sol de la France fourmille est d'une
grande utilit pour la gologie, lorsqu'elle est faite avec conscience
et rsume avec mthode. Le travail de M. Buteux, nous ayant prsent ce
double caractre, nous parat digne des encouragements de l'Acadmie.

Formation crtace des versants sud-ouest et nord-ouest du plateau
central de la France. Le travail dont nous rendons compte  l'Acadmie,
a dit M. Dufrenoy dans un rapport approbatif, est le fruit de longues et
consciencieuses explorations. M. le vicomte d'Archiac s'est, depuis plus
de huit ans, livr  l'tude des formations crtaces, l'un des groupes
les plus importants des terrains secondaires, par l'tendue qu'il
recouvre, par la diversit des caractres qu'il prsente, et par la
varit des corps organiques qu'il renferme. Ce travail est l'histoire
complte d'une des formations les plus importantes du midi de la France.
En effet, il comprend  la fois la position des diffrentes couches qui
composent les formations crtaces de cette contre, la manire dont ces
couches se groupent ensemble pour former des tages, enfin la
distribution et la nature des fossiles qui caractrisent chacun d'eux.
Il sera un guide prcieux pour les personnes qui dsireront tudier le
terrain de craie du midi de la France; il le sera galement pour ceux
qui voudront en faire la gologie dtaille en leur indiquant la marche
 suivre dans une pareille tude.

Mercure natif en France.--Une des plus curieuses communications que
nous ayons  mentionner est celle qui a t faite par M. Leymerie sur un
gisement de mercure natif qui existerait dans le dpartement de
l'Aveyron, vers l'escarpement occidental du plateau de Larzac. On
appelle ainsi le plateau jurassique tendu qui termine les Cvennes du
ct de l'occident. Il rsulte d'une espce d'enqute faite par M.
Leymerie et M. Boulomi, ancien substitut  Rodez, et le premier qui ait
t mis sur la voie de ces recherches, qu' diverses poques des
tranes, des amas ou des globules de mercure coulant ont t observs
par les habitants de Saint-Paul. Le petit ruisseau qui traverse cette
commune parat tre le rceptacle gnral de tous les suintements
mercuriels qui proviennent de bancs maffieux appartenant  l'tage
infrieur du systme olithique.

Plusieurs autres faits relats par M. Leymerie viennent ajouter un
nouveau degr de probabilit  celui qu'il signale. Ainsi  Montpellier,
de l'autre ct du Larzac, le mercure et le calomel natifs ont t
trouvs dans les marnes subapennines. La prsence de ces minerais dans
les terrains tertiaires les plus modernes, signale en 1760 par l'abb
de Sauvages, et constate en 1830 et en 1834, a paru
trs-extraordinaire; pendant longtemps on n'a pas voulu y croire.
Cependant ce fait n'est pas unique; car, d'aprs M. Daniel Sharpe, on a
exploit dans le sicle dernier, au milieu des sables tertiaires
suprieurs de Lisbonne, une mine de mercure qui s'est trouve puise
seulement en 1801.

Si de plus on compare le gisement du Larzac  ceux de Montpellier, de
Peyrot (Haute-Vienne) et de Mtaldot prs Saint-L (Manche), on remarque
que ces quatre gisements, les seuls qui jusqu' ce jour aient t
signals dans le sol franais, se trouvent exactement distribus sur une
mme ligne droite qui traverse toute la France diagonalement et dans la
direction nord 32 degrs ouest, qui est trs-voisine de celle que M.
lie de Beaumont a assigne au soulvement principal du Mont-Viso (Alpes
franaises). M. Leymerie pense que cette relation si frappante n'est pas
due au hasard; qu' l'poque du soulvement du Viso un fendillement
s'est opr dans la direction signale, et que les vapeurs mercurielles
ont, plus tard, probablement  l'poque du dernier soulvement des
Alpes, profit de cette zone de facile pntration pour venir se
rpandre et ensuite se condenser en diffrents points assigns suivant
sa direction.



Don Graviel l'Alferez.

NOUVELLE MARITIME

(Suite et fin.--Voir t. II, p. 393 et 406, t. III, p. 9.)


IV.

La mer tait dure et plus, contraire  la marche du lger brick qu'
celle de la vaillante frgate qui le poursuivait; mais don Graviel ne
parut pas inquiet un seul instant. Il changea la route pour se
rapprocher des brisants qui bordent au nord de l'le de Cuba entre la
Havane et le cap San-Antonio. Les bas-fonds sur lesquels il naviguait
avec une incroyable confiance lui servaient de rempart contre la
frgate, dont l'quipage avait t remis au complet. Nous n'ajouterons
pas que le capitaine Bertuzzi et ses ngriers avaient obtenu du
gouverneur l'ordre de monter  son bord.

Le lendemain au point du jour, le cap San-Antonio tait doubl; la
Santa-F apparaissait encore  l'horizon. Don Graviel essaya de
plusieurs allures et vit qu'en serrant le vent, il avait un avantage
marqu sur son chasseur; mais au moment o il prenait cette direction,
qui le menait  l'le des Pins, un grand navire se dressa sur l'avant
tout  coup.

Les corsaires l'examinaient attentivement.

Frgate anglaise!, dit en toussant le lieutenant Fernando.

--Que diable! rpondit don Graviel, nous sommes en force.

--En force? murmura le garde-marine.

--Oui, tu vas voir. Hissez le pavillon anglais! et gouvernons droit.

Sans dvier de sa route, et seulement en ralentissant sa course, le
brick-golette naviguait entre les lieux frgates, et mnageait son lan
de manire  les mettre en vue l'une de l'autre, ce qui ne tarda point.
Les Anglais furent persuades que le brick chass par un navire espagnol
tait un compatriote; don Graviel complta cette erreur en virant de
bord, comme s'il et voulu les seconder au feu; il fit voiles aussi vers
la Santa-F. Celle-ci prit la fuite mais trop tard;  la hauteur du
cap San-Antonio, l'Anglais engagea l'action.

Dona Juana, respecte  bord comme si elle et t la femme du
capitaine, se tenait  ct de don Graviel.

Pour l'amour de Dieu! capitaine, dit matre Brimbollio en s'avanant,
pourriez-vous m'apprendre ce que nous fabriquons ici; laissons les se
hacher  leur aise, et gagnons le large.

--Qui t'a demand ton avis, matre hbleur? rpondit schement Graviel.
Tu prophtise le malheur depuis le commencement; je suis las de tes
observations.

Prenant alors sa voix de commandement:

Branle-bas gnral de combat! ajouta-t-il.

Fernando, sans demander d'explications, se rendit  la pice  pivot;
force fut au contre-matre de distribuer des armes et de la poudre 
tous les corsaires.

Vous voyez, tendre idole de mon coeur, que je n'hsite point, dit alors
don Graviel. Quand le combat sera bien en train, je vais amener le yacht
britannique et arborer la noble bannire de Castille. Aussitt aprs
vous descendrez, je vous prie.

--Oh! non, rpliqua la jeune fille d'une voix mue; permettez-moi de
rester auprs de vous.

Aprs un moment de rflexion, don Gravie! y consentit d'un signe de
tte.

Eh bien! mon ange, dit-il, pardonnez-vous enfin au pauvre alferez de
vous avoir enlev  l'abordage, ou bien auriez-vous oubli ce
peut-tre du bal?

Dona Joana, devenue carlate, ne put s'empcher de sourire.

Les deux frgates taient maintenant bord  bord et le brick-golette
derrire elles  petite porte de fusil.

Canonniers, commanda le capitaine, ne nous trompons pas! c'est sur
l'anglaise qu'il faut pointer. Fernando, je te recommande son
gouvernail. Vive l'Espagne! Amenez le pavillon anglais; hissez nos
couleurs! Feu!

La borde  boulets et  mitraille du Caprichoso balaya de long en
long les gaillards et la batterie de la frgate anglaise, dont le
gouvernail volait en clats par l'effet de la pice  pivot. Quand la
fume se dissipa, don Graviel vit son ancien commandant de la Santa-F
lui faire de la main un geste de remercment; mais  cot du vieil
officier se tenait le capitaine Bertuzzi, furieux d'tre si prs de son
cher brick sans pouvoir s'en emparer. Le forban grinait des dents, il
tait violet de colre; enfin, transport, hors de lui, sans attendre
davantage, il mit don Graviel en joue avec un monstrueux tromblon
mauresque. Dona Juana s'en aperut, poussa un cri dchirant et
s'vanouit.

Que Zampa le pirate a bien raison de chanter:

Son coeur est sourd Le premier jour, Mais, ds le second, la pauvrette
Ne pleure plus autant...

Une digression serait intolrable dans une situation si tragique. Le
jeune capitaine vole d'un bond au secours de sa bien-aime Juanita; ce
mouvement l'a sauv, car au mme instant, la charge entire du tromblon
se plante dans la muraille du brick  la place qu'il vient de quitter.
La jeune fille est transporte dans la cabine. Alors, pour viter un
salut du mme genre, don Graviel fait le tour de la frgate anglaise en
continuant un feu nourri, va se poster dans sa joue du ct oppos  la
frgate espagnole et canonne si bien que les ennemis, exasprs,
braquent enfin sur lui une partie de leurs pices.

Le Caprichoso tait trop faible d'chantillon pour supporter la
riposte; il prit la fuite en se faisant un abri de la Santa-F, mais
auparavant la pice  pivot accomplit un dernier exploit: elle acheva de
couper le beaupr dj mutil de l'ennemi. La chute de cette clef de la
mature entrana celle des autres mts; l'incendie se dclara presque
aussitt dans les voiles dchires; la Santa-F poussa au large; le
brick-golette prit chasse devant elle.

Eh bien! demanda Fernando,  quoi servent, s'il te plat, tous ces
beaux faits d'armes que je donnerais volontiers pour un goujon? Selon
moi, nous venons de brler notre poudre aux golands.

--Comment! s'cria Graviel, enthousiasm, regarde donc cette frgate
embrase; sans nous, peut-tre la Santa-F succombait!

--Possible! mais elle ne nous chasserait plus; murmura le garde-marine.

Don Graviel haussa les paules et se contenta de dire:

Tu vois bien qu'elle ne saurait nous rejoindre.

En effet, la Santa-F avait perdu une partie de sa mture; bientt
elle mit en panne pour se rparer plus  son aise et pour envoyer sauver
le petit nombre d'Anglais qui s'taient jets  la mer afin d'chapper 
l'incendie.

Au coucher du soleil, aucune voile n'tait en vue et le Caprichoso
voguait sans craintes dans le canal rocailleux qui spare Cuba de l'le
des Pins. Matre Brimbollio tait de quart; Fernando fumait un cigare en
pchant  la ligne; don Graviel, assis  ct de Juana sur la riche
ottomane, lui parlait avec feu, non plus de ce ton moqueur que l'on
connat, mais d'un style plus discret et plus relev. Depuis
l'vanouissement de la jeune fille, il n'affectait plus des airs de
capitan, il s'exprimait en amant soumis et tournait au langoureux;--
d'autres d'expliquer ce phnomne.

Juanita, de grce, disait-il, avouez que ce n'tait pas seulement un
vulgaire mouvement de crainte. Vous n'tiez pas effraye par le combat,
vous tiez calme et sereine au milieu du tonnerre de l'artillerie des
trois navires, vous ne faiblissiez pas, je vous contemplais avec
admiration. Dites, ma Juana, ma divine, dites que vous avez trembl pour
les jours de celui qui n'implore de vous qu'un mot d'espoir, un seul, 
mon ange aux longs cheveux noirs.

Longtemps le jeune capitaine supplia, longtemps la Castillane se
dfendit avec fermet; puis elle fut moins svre, puis elle ne rpliqua
que d'un ton timide; enfin, enfin elle consentit au plus doux des aveux.

Tu m'aimes! s'cria don Graviel triomphant. Tu m'aimes, fleur de mon
me; je l'ai donc obtenue, cette parole qui fera le bonheur de ma vie!

L'alferez avait pris avec transport la main de la jeune fille; attir
par un charme invincible, il tenta de lui donner un premier baiser
d'amour.

Non! non! reprit vivement dona Juana en le repoussant; vous manquez 
votre promesse! arrtez! J'ai permis  mon trop hardi protecteur de
prendre cette main que je lui retire; c'en tait trop peut-tre!

--Grce, senorita, dit Graviel, confus et tremblant  son tour; j'ai
pch contre vous, mais pardonnez, pardonnez  nom humble repentir, la
clmence sied bien aux mes candides. Ne me bannissez pas hors de votre
prsence. Soyez toujours mon amie, soyez ma fiance devant Dieu.

Juana garda le silence, son coeur bondissait, son extrme motion se
trahissait par tous ses mouvements. Elle s'tait rfugie auprs de la
barre du gouvernail,  l'arrire de la chambre, et l, pale, dfaite,
doutant d'elle-mme, elle finit par rester immobile, les yeux fixes, les
cheveux pars, les mains croises sur sa poitrine.

Graviel n'osait plus dire une seule parole; sa vie semblait suspendue
aux lvres de dona Juana, qui, la premire, reprit ses sens et sa
dignit, lui tendit la main et dit solennellement:

Eh bien! oui! j'y consens, je le veux, je serai votre fiance, votre
fiance, entendez-vous?

Don Graviel inclin devant la jeune fille, fondit en larmes; elle les
essuyait avec dlices confiante dsormais et tranquille sur le sort qui
lui tait rserv. Cependant la hardiesse et la timidit successives de
l'alferez avaient fait place  une impatience croissante.

Sur mon me! Juanita, dit-il, je hterai cette union, qui seule est
l'objet de tous mes voeux.

Juana rougit encore, mais elle accda du regard au brlant dsir de son
fianc; don Graviel se prcipita sur le pont.

Droit  terre, Brimbollio gouverne sur la premire crique habite de
l'le des Pins.

Cet ordre fut excut. Avant le jour le Caprichoso tait  l'ancre
devant une bourgade populeuse bien connue des caboteurs du pays.
Fernando fut envoy en corve avec mission de ramener un prtre  bord;
si bien que le soleil levant claira la crmonie du mariage de don
Graviel Badajoz et de Juana de las Ermaduras. Un rvrend pre
franciscain, encore tout effray d'avoir t emport de vive force 
bord du Caprichoso, leur donna bndiction nuptiale, sans penser
seulement  faire la moindre difficult. Le coffre-fort du capitaine
Bertuzzi servit fort heureusement  couvrir les frais de tous genres, 
monter la garde-robe de dona Juana et  se procurer des vivres de
campagne.

Vers midi, le brick-golette appareilla.

Jusqu' prsent, capitaine, nous n'avons su que pour vous, disait en
jurant matre Brimbollio, l'quipage commence  murmurer; il est temps,
voyez-vous, de leur donner de la pture  ces agneaux, et  moi aussi!
voil!

--Vous en aurez! repartit don Graviel, trop heureux pour rappeler 
l'ordre le farouche contre-matre.

Fernando s'accoutumait  la prsence de dona Juana; il avait des cigares
 discrtion, faisait bonne chre  la table du capitaine, et commenait
 croire que tout irait bien.


V.

Deux mois plus tard, un convoi de douze btiments marchands de diverses
grandeurs, sous l'escorte d'un brick-golette fut signal dans les
passes de la Havane. Bientt on reconnut le Caprichoso; la nouvelle en
fut porte au gouverneur-gnral, qui bondit dans son hamac, et revtit
aussitt son grand uniforme.

Le convoi restait sagement hors de porte de canon; le brick faisait le
signal qui appelle un canot  bord.

Par la potence que je te destine, matre bandit, s'cria don Antonio
Barzon, il faut avouer que c'est tre par trop insolent que de venir me
braver jusqu'ici!...

Il est bon de dire qu'on avait envoy chasser le Caprichoso dans
toutes les directions, qu'il avait t rencontr plusieurs fois, mais
que tantt par une ruse, tantt par une autre, il avait toujours mis les
chasseurs en dfaut.--Le capitaine Bertuzzi tait mort  la peine d'un
accs de rage aige.

Aprs avoir fait une trange consommation de jurons gutturaux, don
Antonio Barzon dut se rsigner  expdier  bord du brick-golette un
canot qui rapport la lettre suivante;

Illustrissime seigneur, don Antonio Barzon, marquis de Las Ermaduras y
Famaroles, grand d'Espagne, brigadier des armes de sa majest,
commandeur de ses ordres, gouverneur-gnral de l'le de Cuba et
dpendances, etc.... etc....

Le trs-humble serviteur de votre excellence, don Graviel Badajoz y
Serrano y Lopez, enseigne de frgate commandant le Caprichoso, a
l'insigne honneur de la prvenir qu'il n'attend que son bon plaisir pour
entrer dans le port de la Havane avec douze prises faites sur les
ennemis de sa majest catholique.

Mon bon plaisir! le maraud! interrompit le gouverneur.

Ces douze prises valent ensemble 3 millions de piastres, sur
lesquelles, en sa qualit de gouverneur, votre grandesse aura droit  un
quart, et en sa qualit d'armateur  un autre quart, ce qui fait juste
la moiti.

Peste! murmura don Antonio Barzon.

Votre excellence est prvenue, du reste, que trois jours aprs la
sainte fte de Nol, son trs-humble serviteur a lgitimement pous, en
rade de l'le des Pins, sa fille bien-aime dona Juana de Las Ermaduras,
laquelle joint avec empressement et soumission ses prires aux miennes
pour entrer en grce auprs de votre grandesse.

On ne sait ce que pensa don Antonio Barzon en lisant ce paragraphe, mais
 diverses reprises les mots de corde, potence et bourreau passrent
entre ses dents.

Toutefois, si votre excellence ne voulait pas accorder  tout
l'quipage du Caprichoso la vie sauve, les parts de prise et les
positions et grades suivants, savoir:--1 A don Graviel Badajoz, etc....
le grade de lieutenant de vaisseau (ce qui lui fera franchir d'un bond
ceux d'enseigne de vaisseau, de lieutenant de corvette et de lieutenant
de frgate) et le commandement du Caprichoso, que la couronne
achterait avec son droit sur la vente des prises;--2  don Fernando,
le grade d'enseigne de vaisseau (ce qui lui fera franchir d'un bond ceux
d'enseigne de corvette et d'enseigne de frgate) et l'embarquement comme
second sur ledit brick-golette;--3  matre Brimbollio, le grade
effectif de matre d'quipage;

En ce cas, son trs-humble serviteur se verrait dans la ncessit de
profiter du vent de travers qui souffle bon frais, et d'aller chercher
ailleurs ce qu'il rclame de la magnificence de votre grandesse.

A bord du Caprichoso, ce 1er mars 17...

P.-S. Il n'est peut-tre pas hors de propos d'informer votre excellence
des principaux faits et gestes du Caprichoso durant sa dernire
croisire. Indpendamment des douze marchands qu'il ramne, il a coul
ou brl trois bricks de guerre anglais, et caus la perte totale d'une
frgate qui le chassait le long de la Mona; il a coopr antrieurement
 la victoire de la Santa-F, il a pntr dans la baie de Kingston
(Jamaque) et mis le feu  bord de tous les btiments qui s'y
trouvaient; ensuite de quoi il a relch  San-Juan de Porto-Rico, dont
le gouverneur l'a fort bien accueilli, et a fait connatre les rsultats
de la campagne  sa majest catholique le roi de toutes les Espagnes.

Que le Vomito-Negro touffe mon diable de gendre! s'cria enfin don
Antonio Barzon, marquis de Las Ermaduras y Famarotes; mais il faut
parbleu bien que j'encoffre mon million et demi de piastres et que je
lui laisse ma fille!

[Illustration.]

Or, comme personne ne fut pendu, et que la prsence de dona Juana sur le
brick avait singulirement contribu, d'abord  en rendre le sjour
agrable, et puis  faciliter la rentre en grce de chacun avec son
excellence le gouverneur, il s'ensuivit que matre Brimbollio fit une
exception en faveur de la femme de son capitaine, et dit qu'entre toutes
les cratures de son sexe, celle-l tait bonne  quelque chose.

Quant  Fernando, touch du bonheur de son ami, il en vint une fois
jusqu' songer  se marier, projet qu'il ne ralisa jamais, considrant
que les motions et tracas du mnage ne peuvent s'allier avec la
tranquillit d'esprit qu'exige la passion de la pche  la ligne, et
attendu que nul ne peut servir deux matres.

                                                             G. de LA LANDELLE.



Thtres.


Carlo et Carlin, vaudeville de MM. Mlesville et Dumanoir
(Palais-Royal).--Pierre le Millionnaire, vaudeville en trois actes, de
madame Ancelot (Vaudeville).

En vrit, nous aurions droit de chercher querelle aux thtres de la
bonne ville de Paris: depuis longtemps ils traitent le public avec un
sans-faon par trop cavalier; il semble que cet honnte public soit un
niais, un pauvre hre sans intelligence et sans got, pour qui toutes
les sottises imaginables sont encore trop bonnes, et les oeuvres
insipides suffisamment assaisonnes. Il y a eu, en effet, depuis deux ou
trois mois, une inondation de pices tellement incolores et
nausabondes, qu' peine avons-nous pu y toucher du bout de la plume
pour en constater seulement la naissance et le dcs; aprs tout, si le
public est mystifi  ce point, si les auteurs et les directions
thtrales lui servent quotidiennement de si mchantes denres,  qui
doit-il s'en prendre? A lui-mme. Pour tre respectable, il faut savoir
se faire respecter; or, le public est d'une bonhomie sans exemple; il
accepte tout ce qu'on lui donne, avec une patience et une rsignation
hroques; qu'il se mette un beau jour  chtier un peu svrement tous
ces fabricants de drames absurdes et de plats vaudevilles, qui abusent
impudemment de sa magnanimit, et il finira par les faire rentrer dans
l'ordre.

Carlo et Carlin ne mritent cependant pas tout ce grand courroux de
notre exorde; et c'est  d'autres que s'adresse l'anathme. Carlo, en
effet, est un garon assez fin, assez gai, assez aimable; et qui dit
Carlo dit Carlin, car Carlin et Carlo sont,  eux deux, une seule et
mme personne.

Ce petit Carlo tait page de son altesse srnissime le duc de Parme;
une amourette lui vint en tte: Carlo se prit de belle passion pour une
danseuse; le duc de Parme se fcha; et, pour viter le courroux de son
altesse, Carlo s'enfuit  Venise avec son ami Camerani.

[Illustration: Thtre du Palais-Royal: Carlo et Carlin. IIe
acte.--Camerani, Alcide Tousez; Armantine, mademoiselle Scrivaneck;
Carlo, mademoiselle Djazet; le duc de Friola, Sainville.]

A Venise, il retrouve sa danseuse adore; che gusto! Vous croyez que
mon Carlo n'a plus qu' s'abandonner doucement au flot de ses amours;
point du tout: il faut qu'il dispute la belle aux prtentions d'un vieil
ambassadeur ridicule. Aussi Carlo se met-il en garde; d'une part, il
dfend sa matresse contre les tentatives du diplomate en perruque; de
l'autre, il se venge de lui, en attirant l'attention et la bienveillance
de madame l'ambassadrice, jeune personne un peu vive et sentimentale,
qui soupire  droite et  gauche, sans trop de diplomatie.

Il arrive cependant un moment o l'ambassadeur monte sur ses ergots et
prend un parti dcisif: pour terminer la guerre par un coup d'autorit,
il fait enlever Carlo avec Camerani, son Pylade, et, par ses ordres,
tous deux enferms dans une chaise de poste, courent bride abattue vers
une prison quelconque. Mais Carlo n'est-il pas un ros matois? Il
s'chappe donc, et tandis que le sot ambassadeur le croit bien loin, mon
gaillard est de retour et renoue ses trames, C'est sous l'habit
d'arlequin que Carlo se cache, et ici Carlo devient Carlin; il s'agit de
la reprsentation d'une arlequinade italienne que M. l'ambassadeur doit
honorer de sa stupide prsence. Personne ne souponne Carlo sous cette
veste bariole d'arlequin et avec cette batte; personne, except sa
chre danseuse, pour laquelle il vient de soulever son masque. Arlequin
danse, arlequin saute, arlequin mystifie de plus belle M. l'ambassadeur,
tout en continuant de se faire adorer de madame l'ambassadrice; si bien
que de mystification en mystification, d'adoration en adoration, de
danse en coups de batte, Carlo-Carlin reste dfinitivement matre du
champ de bataille; l'ambassadeur s'avoue vaincu, l'ambassadrice bat en
retraite, et la danseuse reste  Carlin-Carlo pour trophe de victoire.
Camerani, le loustic de l'aventure, se rjouit fort du bonheur de son
ami Carlo.

Camerani, c'est Alcide Tousez, le lazzi, la bouffonnerie et le gros
rire.--Carlo est reprsent par mademoiselle Djazet, la vive saillie,
l'oeil merillonn, le pied, la jambe et le propos lestes; l'un et
l'autre ont russi.

Le vaudeville de madame Ancelot est du genre honnte; de mchantes
langues disent que ce genre-l est proche parent du genre ennuyeux. Or,
tout est radicalement honnte dans Pierre le millionnaire, la prose,
les couplets, les personnages et l'ouvrage.

Ce Pierre partit un beau matin pour les Indes, emportant avec lui une
bourse trs-lgre et une grosse passion pour la fille de M. le comte de
Jonville, dont Pierre tait le secrtaire. Au bout de vingt ans, Pierre
revint avec la mme grosse passion et une norme quantit de millions
dans sa bourse. Cela vous indique suffisamment que cette bourse, lgre
au dpart, a un certain poids au retour. Devenir millionnaire en vingt
ans, cela se voit; mais rester amoureux, la chose est plus rare.

Quoiqu'il en soit, Pierre met ses millions et son amour aux pieds de
mademoiselle de Jonville, qui est maintenant madame veuve de Valcour,
mre d'une charmante fille de dix-huit ans. Madame de Valcour refuse
l'amour et les millions; elle est entiche de noblesse, pour sa fille du
moins, et craint, en lui donnant un roturier pour beau-pre, d'loigner
un certain prtendant gentilhomme qui se prsente et en veut 
mademoiselle de Valcour.

Pierre est furieux de ce refus, et, pour se venger, il entreprend une
lutte d'argent contre cette vanit nobiliaire. Ses cus lui servent de
boulets et d'obus. Avec cette artillerie dore, il mitraille les
Valcour, et attire dans son camp le gentilhomme prtendant; Pierre lui
offre sa propre fille  lui, Pierre le millionnaire; peut s'en faut que
le transfuge n'aille jusqu'au bout et n'pouse mademoiselle Pierre tout
court. Mais on pleure et l'on se repent si fort chez les Valcour, que
Pierre le millionnaire, bonhomme au fond de l'me, n'a pas le coeur de
pousser plus loin son ressentiment. Il rend donc le gentilhomme 
mademoiselle de Valcour, et lui donne deux cent mille francs par-dessus
le march pour l'aider  payer ses dettes. A la bonne heure! ceci est
une belle vengeance.

Tout cela est d'une fadeur, d'une langueur, d'une candeur et d'une
lenteur qui m'a passablement agac les nerfs pendant plus de deux heures
qu'a dur la reprsentation de cette oeuvre mle d'une dcoction de
pavots; cependant on a applaudi, je dois le dire; on a pleur, je
l'avoue; on s'est mouch, je le confesse. Il y a videmment des
amateurs, et plus d'un, qui se divertissent et s'attendrissent de ces
sortes de choses; pour moi, ce n'est pas mon got; j'en demande  Pierre
le millionnaire un million de pardons.



Chinoiseries.

[Illustration: Cloche chinoise expose  Londres, dans la bibliothque
du palais de Buckingham.]

Parmi les chinoiseries que les Anglais ont voles aux habitants du
Cleste Empire pendant la dernire guerre, ou qu'ils en ont reues 
titre de prsent, aprs la conclusion du trait de paix, les plus
belles, offertes  sa Majest la reine Victoria, ont t exposes la
semaine dernire  la curiosit publique dans la bibliothque du palais
Buckingham. Nous nous empressons d'en donner deux dessins: ce sont une
grosse cloche et deux vases qui ornaient autrefois le temple de Ning-po.

[Illustration: Vases chinois.]

La cloche a environ 1 mtre 70 centimtres de hauteur et 3 mtres de
diamtre. Sa forme lgante rappelle celle de la campanula tremulode,
le pied de livre de Shakspere. Le mtal dont elle se compose est un
mlange d'tain, de cuivre et d'argent, mais l'argent domine dans une
trs-grande proportion. Ses sons sont clatants et doux et se font
entendre  de trs-grandes distances. La surface extrieure est
entirement couverte d'inscriptions, de bas-reliefs et de figures dont
l'excution ne laisse rien  dsirer. Les figures reprsentent des
personnages distingus de la secte de Boudha; les inscriptions sont en
diverses langues; les chinoises consistent pour la plupart en listes de
fidles des deux sexes; les sanscrites, que M. Samuel Birch s'occupe de
traduire en ce moment, jetteront,  ce qu'on assure, un jour nouveau sur
l'histoire ancienne de la pninsule de l'Indoustan. D'aprs une
inscription chinoise, cette cloche a t fondue au temple de
Peen-ling-pe-sze (prs de la ville de Shaou-ching), la huitime lune de
la dix-neuvime anne du rgne de Taou-Kwang, l'empereur actuel de la
Chine, c'est--dire en 1839.

Les vases sont, comme la cloche, composs d'un alliage fondu et comme
elle ils se font remarquer par la beaut de leur forme et de leurs
ornements.



Bulletin bibliographique.


Thorie, des Lois politiques de la Monarchie franaise; par
mademoiselle de Lezardire. Nouvelle dition considrablement augmente
et publie sous les auspices de MM. les ministres des affaires
trangres et de l'instruction publique par le vicomte de Lezardire. 4
gros vol. in-8.--Paris, 1844. Imprimeurs-Unis. 30 fr.

L'auteur de cet ouvrage, mademoiselle de Lezardire, naquit en 1754,
dans un chteau du fond du Poitou. A peine eut-elle atteint l'ge de
raison, elle tudia l'histoire de son pays. Tmoin des malheurs de la
France  cette honteuse poque (la fin du rgne de Louis XV), dit M. le
vicomte de Lezardire, elle en attribua une grande partie  l'ignorance
gnrale de ses institutions et de son droit public; elle entreprit de
dcouvrir et de dmontrer quelles furent ces institutions  l'origine de
la monarchie, et les variations qu'elles subirent d'ge en ge. Mais ce
ne fut pas sans contradiction que l'auteur de la Thorie des Lois
Politiques poursuivit son travail. L'esprit positif du baron de
Lezardire, son pre, s'effraya de colle vocation; il chercha longtemps
 dtourner sa fille de la voie extraordinaire dans laquelle elle
s'engageait. Frapp  la lin de sa persistance et du caractre de son
travail, il communiqua ses premiers essais  M de Malesherbes, son plus
intime ami. Celui-ci les fit connatre  M. de Brecquigny,  M. le duc
de Nivernais,  dom Poirier, nomm plus tard censeur de l'ouvrage, et 
d'autres hommes clairs. Tous attachrent  ce travail une grande
importance, encouragrent l'auteur  le poursuivre, et mirent  sa
disposition tous les monuments historiques dont ils taient
possesseurs.

La Thorie des Lois politiques parut pour la premire fois, sans nom
d'auteur, en 1792. Mais,  cette poque, on n'avait gure le temps de
lire ou de discuter des thories. Si avances, si hardies qu'elles
parussent  M. de Malesherbes, les ides de mademoiselle de Lezardire
taient beaucoup trop arrires et beaucoup trop timides pour les
dputs de la convention.--Son livre ne se vendit pas. A peine eut-il
t publi, les magasins du libraire furent pills dans une meute; on
n'en sauva qu'un trs-petit nombre d'exemplaires qui n'ont jamais t
dans le commerce, et qui, conservs avec soin dans quelques
bibliothques d'lite, rendirent plus d'un service ignor aux historiens
du dix-neuvime sicle.

Noble et Vendenne, mademoiselle de Lezardire avait t oblige de
quitter la France pendant la rpublique; elle ne rentra dans sa patrie
qu'en 1801, sous le consulat. Mais malheureusement, durant cet exil, la
belle bibliothque de son pre avait t brle avec le chteau qu'il
habitait. Ses manuscrits taient perdus ou disperss; les immenses
matriaux qu'elle avait amasss pour la suite de son ouvrage, elle ne
les retrouvait plus. Comment rparer tant de pertes? La fortune de sa
famille, tait dtruite. Elle dut donc, dit M. le vicomte de
Lezardire, dans toute la force de l'ge et de l'intelligence,
abandonner les travaux auxquels elle avait consacr sa vie. La
rsignation avec laquelle elle accepta ce sacrifice donna la mesure de
son caractre. Sa tendresse pour sa famille, les soins qu'elle lui
prodigua, son active charit envers les pauvres, remplirent son
existence. Personne ne surprit jamais chez, elle un murmure, un retour
amer vers le pass; la vie commune sembla lui suffire. Sa mmoire est
honore par tous ceux qui l'ont connue; elle est reste bien chre 
ceux des siens qui lui ont survcu.

Mademoiselle de Lezardire est morte en Vende en 1835,  l'ge de
quatre-vingts ans. Elle tait si peu connue, que M. Barbier, dans son
Dictionnaire des auteurs anonymes, l'avait fait mourir en 1814. Elle ne
rclama pas contre cette erreur; elle ne se plaignit jamais de l'oubli
auquel le monde condamnait si injustement ses remarquables travaux; et
cependant les principaux historiens de la France et de l'Allemagne
continuaient de faire de nombreux emprunts  la Thorie des Lois
politiques. Comme l'ouvrage n'tait pas dans le commerce, ils se
croyaient dispenss d'avouer les larcins dont le public ne pouvait pas
s'apercevoir. M. Guizot, qui lui devait beaucoup, oublia de nommer
mademoiselle de Lezardire, si ce n'est dans des notes. M. Augustin
Thierry se montra plus juste: La renomme de Mably, dit-il, hritage de
ce sicle, continua de dominer toutes les autres; seulement l'ouvrage de
mademoiselle de Lezardire, peu rpandu dans le public, mais recherch
des personnes studieuses, se plaait dans leur opinion  ct et mme
au-dessus du sien. La forme svre de cet ouvrage, qui, sous un de ses
aspects, n'est qu'un seaton de fragments orignaux, ramena, en
histoire,  la religion des textes, quelques penseurs que le rgne
absolu de la philosophie avait habitus  n'avoir de foi que dans les
ides.

La nouvelle dition de la Thorie des Lois politiques forme quatre
volumes. Un tiers de l'ouvrage ne faisait point partie de la premire
dition, et n'avait jamais t publi. M. Guizot et M. Villemain,
ministres des affaires trangres et de l'instruction publique, ont
souscrit, sur les fonds de leurs ministres,  un nombre d'exemplaires
suffisant pour dcider cette publication. Qu'ils en reoivent ici nos
remerciements sincres; ils ne pouvaient pas encourager un ouvrage plus
digne de leur protection.

Mademoiselle de Lezardire a divis son travail en trois poques.

La premire poque a pour titre: Lois politiques des Gaulois avant
l'tablissement de la monarchie.

La seconde poque renferme les sicles qui s'coulrent, depuis
l'lvation de Clovis sur le trne, jusqu' la fin du rgne de Charles
le Chauve. Elle se divise en quatre parties principales, Intitules:

1 De l'tendue du domaine de la monarchie, de l'tat civil des sujets,
du l'institution de la royaut, des armes et des assembles gnrales,
de la puissance lgislative sous les deux premires races;

2 De l'tat politique et civil de l'glise dans la monarchie franque,
fix par les dispositions du droit canonique et des lois constitutives
de l'tat;

3 De l'tat des proprits et des personnes, de la puissance militaire,
des lois civiles et criminelles, de l'origine, de la composition, des
fonctions et des pouvoirs des tribunaux dans la monarchie franaise;

4 Des charges onreuses des citoyens et des revenus du prince, de la
succession  la couronne; observations sur les diffrentes infractions
faites aux lois constitutives, soit de la part du prince, soit de la
part du peuple.

La troisime poque, publie pour la premire fois, s'tend depuis la
fin du rgne de Charles le Chauve jusqu'au quatorzime sicle. Elle est
presque entirement consacre au rgime fodal.--Une table analytique
des matires termine le quatrime et dernier volume.

L'auteur de la Thorie des Lois politiques, attaquant des erreurs
accrdites, crut devoir donner  ses assertions l'appui d'autorits
irrcusables. Le texte, ou discours, est suivi d'un sommaire analytique
des preuves, et enfin ces preuves elles-mmes sont rapportes avec
tendue.--Cette masse de preuves peut sembler superflue aujourd'hui;
mais les diteurs ont cru devoir respecter le travail primitif de
mademoiselle de Lezardire; et les deux premires poques sont, dans
cette seconde dition, ce qu'elles furent dans celle de 1792, sauf
quelques changements de distribution, et la suppression de la traduction
des textes latins. Quant  la troisime poque, il n'a t possible de
publier que le discours et les sommaires des preuves; les cahiers
contenant les preuves ont t perdus en 1793. A. D. J.


Fables; par M. Lon Halvy.--Un volume grand in-18, papier
jesus-vlin; prix 3 fr. 50 cent. Chez Gide, rue des Petits-Augustins,
n 5.

Il a des esprits exclusifs et ddaigneux qui condamnent d'avance toutes
les fables nouvelles comme des tmrits coupables et inutiles, comme un
vritable sacrilge envers le grand matre de l'art, envers La Fontaine.
Quoi! il ne sera plus permis de toucher  ce pome aimable, instructif,
si naturel au gnie de l'homme, que les moeurs, les travers de chaque
sicle peuvent modifier et rajeunir? On ne pourra le tenter sans manquer
de respect  la gloire du grand fabuliste! Le riant et vaste domaine
sera  jamais interdit  l'imagination des potes! En vrit, c'est
pousser l'admiration jusqu' la tyrannie. Molire rgne et rgnera
toujours sans rival dans la comdie, comme La Fontaine dans l'apologue.
Dpendant depuis Molire on a os faire des comdies, et on a mme
russi  en faire d'ingnieuses, de plaisantes, de bien crites,
quoiqu'elles n'galent pas le Tartufe ni le Misanthrope. Sans parler
de Fnelon, qui a laiss des fables pleines de charme et de philosophie.
Lamothe, dans le dernier sicle, a compos un recueil d'apologues dont
l'invention spirituelle, la moralit fine et juste mritent l'estime des
connaisseurs. Plus rcemment encore, Florian, bien suprieur par le
choix des sujets et l'agrment du style, n'a-t-il pas conquis une place
dans toutes les bibliothques, non pas  cte de La Fontaine, mais aprs
lui? Quel admirateur fanatique de l'inimitable fablier voudrait
supprimer le Singe qui montre la lanterne magique, l'Aveugle et le
Paralytique, et tant d'autres charmantes compositions?

De nos jours Arnault, M. Viennet et quelques autres ont imprim  la
fable un caractre nouveau. Ils lui ont donn la couleur de la satire,
une porte politique que les moeurs et les vnements autorisaient.
Cette innovation a t souvent heureuse. Tout le monde sait par coeur
la Feuille morte d'Arnault, un des plus dlicieux morceaux de la
posie, moderne.

A l'exemple de ces honorables crivains, M. Lon Halvy n'a pas cru
devoir rsister aux charmes de ce pome ingnieux et philosophique. On
l'absoudra comme eux en lisant ce recueil. Tous les amis de la bonne
littrature, de la posie applique  la morale le remercieront. Il a
victorieusement prouv que le secret de l'apologue gracieux, vif,
parlant en vers piquants et naturels, et s'levant parfois jusqu'aux
inspirations les plus touchantes, n'tait pas perdu dans la patrie de La
Fontaine.

Les sujets que M. Halvy a traits se distinguent par la varit.
C'tait la devise de La Fontaine. M. Halvy ne l'oublie point: c'est
toujours une pense philosophique qu'il met en action, et que le
dnouement fait clater aux yeux du lecteur. Il prend tous les tons;
mais, fidle  la loi, au genie de la fable, il sait toujours faire
tourner au profit de la morale le plaisir ou l'motion qu'il excite. Son
recueil ne s'adresse pas seulement  l'imagination, aux loisirs de la
jeunesse; mais les salutaires enseignements, les observations vraies
qu'il renferme, s'appliquent  toutes les poques,  toutes les
conditions de la vie. Tous les lecteurs y trouveront du charme, tous les
ges des leons.

Dans les Deux Chevaux, le travers que le pote veut corriger est celui
du sicle; aussi dit-il avec une haute raison:

        Aller vite est notre devise;
        De dvorer l'espace on se fait une loi.
        Au profit du devoir l'heure est conquise?...
        Le temps dont on fait son emploi,
        Est le seul qu'on conomise.

La couleur mlancolique et vive rpandue dans le petit drame intitule
le Tableau, frappera tous les yeux. Le rcit a une forme saisissante
et anime, qui donne un nouveau relief  une ide vraie en tout temps,
et si bien exprime par ces beaux vers;

        Au talent qui languit dans l'ombre et le sommeil,
        Et que poursuit du sort l'injustice commune,
        Que manque-t-il souvent, pour trouver le rveil?
                   Un sourire de la fortune,
                   Un simple rayon du soleil!

Nos moeurs politiques ont sans doute inspir le Babillard. Nos hommes
d'tat, nos grands orateurs pourraient y trouver une leon.

Aprs avoir frond la faconde, l'abus des mots, l'auteur joint l'exemple
au prcepte dans la fable suivante, qui est elle-mme un modle de
concision:

                      La Canne  pe.

        Une lame vaillante, autrefois glorieuse.
        Sous un bambou flexible (instrument dloyal),
              Devint une arme dangereuse.
        Qui souvent change en meurtre un combat ingal.
        Hlas! de quel malheur le destin m'a frappe!
        Dit-elle; on me dguise, et je fuis le regard!
              Autrefois j'tais une pe,
        Et je ne suis plus qu'un poignard!
        Tout dpend ici-bas de la place o nous sommes!
        Sous l'or est le fumier; sous la fange, un joyau!
              Et Bien souvent parmi les hommes
                  Qui marque les rangs!...
                      Le fourreau.

Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas de transcrire le Pain
du Moineau, touchante leon  l'adresse des ingrats; les Deux Fumes,
celle du riche htel de la Monnaie et celle de la pauvre choppe du
forgeron; fumes qui vont se confondre et se perdre dans l'air, comme
les destines humaines dans la tombe. Nous recommandons surtout les
Cuisines, charmante instruction donne  ceux qui envient l'clat, la
rputation, parce qu'ils ne sont pas entrs dans les officines o
l'intrigue et le charlatanisme prparent les grandeurs du jour et les
succs du moment.

Quant au livre de M. Lon Halvy, il a dj russi sans le secours de
ces moyens artificiels et faux, souvent ncessaires au mrite mme. Un
pareil succs est rare aujourd'hui. Nous devons un dernier loge 
l'ouvrage: le style rpond au charme,  la varit du sujet; il est tour
 tour grave et enjou, simple et noble. L'auteur sait faire parler tous
les tres qui sont du domaine de la fable, suivant leur nature et leur
situation: l'ouvrier, le bourgeois, l'homme d'tat, les btes et les
choses mme, qu'il personnifie et qu'il anime avec un rare bonheur. Ses
vers sont faits comme on n'en fait plus: ils respectent les rgles de
langue et du got; ils sont pleins d'lgance et surtout d'harmonie;
mais c'est un don de famille qu'on ne s'tonnera pas de trouver dans un
ouvrage de M. Lon Halvy. Le succs de cette oeuvre, les suffrages
clairs qu'elle a reus, prouvent que le sentiment de la vraie posie
franaise n'a pas encore t touff sons le fatras des productions
extravagantes et des vers barbares qui nous inondent.

                                                                                      A. F.


Monachologia, figuris ligno incisis illustrata (avec la traduction en
franais).--Chez tous les libraires. 1 volume in-24. 1 fr.

Pourquoi a-t-on rimprim ce petit volume? On comprend, sans la louer ni
la blmer, sa premire publication vers la fin du sicle dernier.
C'tait en Italie, dans les tats de la domination autrichienne, et le
souverain rgnant tait Joseph II. Le comte de Born, naturaliste
distingu, ami de l'empereur, s'amusa  faire l'histoire naturelle du
genre monachus, suivant la mthode de Linn. Ses descriptions taient
accompagnes de figures, comme on en voit dans tous les livres
d'histoire naturelle; c'tait avec les termes les plus savants et les
plus choisis de la science, qui parlait latin dans ce temps-l, un
pamphlet contre les moines, contre une puissance que les princes
catholiques eux-mmes ne protgeaient plus. Mais, aujourd'hui,  qui
s'attaque la Monachologia? La puissance, qu'est-elle devenue? A quoi
rpond ce joli petit livre avec sa traduction franaise, avec ses
figuris ligno incisis? L'diteur aurait d garder son papier pour un
autre usage, et son bois pour se chauffer.--Il nous dira peut-tre que
c'est une curiosit bibliographique. Mais les curiosits qui cotent 1
franc ne sont plus des curiosits. Les bibliophiles veulent payer cher,
parce que le prix est le signe de la raret de l'objet.


Annuaire des Voyages et de la Gographie pour l'anne 1844; par une
runion de gographes et de voyageurs, sous la direction de M. Frdric
Lacroix. Premire anne.--Paris, 1844. Guillaumin. 1 fr. 50.

Prsenter tous les ans au public un rsum des voyages et des travaux
gographiques accomplis dans le courant de l'anne, telle est l'heureuse
ide que M. Frdric Lacroix vient de raliser. Cet utile et intressant
petit volume s'ouvre par une introduction dans laquelle M. Frdric
Lacroix passe successivement en revue les explorations entreprises ou
termines en 1843, et celles qui sont encore en voie d'excution.
Viennent ensuite divers articles indits, rdigs tout exprs pour
l'Annuaire, ou communiqus par Dumont d'Urville, M. et madame Hommaire
du Bell, le vicomte de Santarem, MM. Alcide d'Orbigny, Marinier,
Vincendon-Dumoulin, V. Schoelcher, Desgraz, Ferdinand Denis, Sebastien
Albin, le major G. Poussin, etc. A une analyse consciencieuse des
principaux livres de gographie ou de voyages publis en 1843, succdent
enfin les rsums des communications relatives  la gographie faites 
l'Acadmie des sciences, plusieurs tables de hauteur, le tableau
chronologique des principales dcouvertes gographiques, et la liste des
principales cartes publies par le ministre de la marine. Malgr
quelques lacunes faciles  combler, l'Annuaire des Voyages et de la
Gographie de 1845 est digne du succs qu'il a obtenu. M. Frdric
Lacroix possde toutes les qualits ncessaires, pour que la critique la
plus svre n'ait rien  reprocher  l'Annuaire de 1844.


Chefs-d'Oeuvre du Thtre espagnol. Traduction nouvelle, avec une
Introduction et des Notes; par M. Damas-Hinard. Calderon, troisime
srie. 1 vol. in-18.--Paris, 1844. Gosselin. 3 fr. 50.

M. Damas-Hinard continue, avec le mme bonheur et le mme succs,
l'lgante et fidle traduction qu'il a entreprise des chefs-d'oeuvre du
thtre espagnol. Le troisime volume de Calderon, qui vient de paratre
(le cinquime volume de cette importante publication), renferme, six
drames ou comdies: Louis Perez de Galice, le Secret  haute voie,
l'Esprit follet, les Trois Chtiments en un seul, le Prince constant et
le Schisme d'Angleterre. Chacune de ces pices est prcde d'une
Introduction historique et critique, et des notes intressantes
expliquent aux lecteurs franais tous les passages obscurs.--La
traduction de M. Damas-Hinard est une de ces oeuvres consciencieuses, si
rares de nos jours, qui assurent  leur auteur une place distingue
parmi les crivains de leur poque.


Visnelda, ou la Druidesse des Gaules, tragdie en trois actes et en
vers; par mademoiselle S. B., auteur de la Fille de Jepht, in-8. 1
fr. 50.--La Rochelle, Frdric Boulet,--Paris, Paulin.

Un de nos abonns nous adresse des exemplaires de cette tragdie, avec
cette note que nous copions: Ce phnomne littraire est d  une jeune
personne qui, sans avoir jamais tudi les premires rgles de la
grammaire et de la prosodie, a trouv dans un admirable instinct
potique et dans les seules forces d'un gnie nourri par d'abondantes
lectures, les moyens de faire presque simultanment deux tragdies: la
Fille de Jepht et Visnelda, o tout respire la plus tendre pit et
les plus beaux sentiments.

Les exemples de cette facult, qui rvle  quelques natures
privilgies les formes de la posie, ne sont pas rares de nos jours. La
tragdie de mademoiselle S. B. remplit toutes les conditions d'un
ouvrage dramatique intressant, quoique l'expression n'y soutienne pas
toujours la dignit de la pense. Le sujet de la pice est la lutte des
vieilles croyances gauloises contre le christianisme naissant. La
druidesse Visnelda est la personnification de cette lutte, et sa
conversion, une image du triomphe de la loi chrtienne.



[Illustration.]

Le Minotaure,

BRONZE, PAR BARYE.

Ce dessin reprsente un nouveau bronze, Thse domptant le Minotaure,
que notre clbre et fcond sculpteur, M. Barye, vient d'ajouter  son
riche muse de la rue de Choiseul. On sait que M. Barye, indign de voir
ses plus charmants chefs-d'oeuvre grossirement mutils ou dfigurs par
des ouvriers ignorants et maladroits, s'est dcid  se faire fabricant
dans le double intrt du public et de sa rputation. Le bel
tablissement rcemment fond au centre mme de la capitale, offrira 
tous les vritables amateurs une magnifique collection d'objets d'arts
en bronze, excuts sous les ordres et sous la surveillance de M. Barye,
d'aprs des modles de M. Barye et de nos principaux sculpteurs.--Tous
les bronzes du Muse-Choiseul peuvent tre mis en vente tels qu'ils
sortent du moule o ils ont t fondus. Aucun ouvrier n'en a altr, par
des retouches inhabiles, la forme primitive. Les rsultats qu'il a
obtenus assurent  M. Barye la reconnaissance des artistes et des
amateurs.



Amusements des Sciences.

SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSES DANS LE CINQUANTE-DEUXIME NUMERO.

I. Pour rsoudre ce problme, il sera commode de prendre diffrentes
cartes d'un jeu entier, en commenant par l'as et en choisissant  la
suite. Supposons qu'il y ait dix nombres parmi lesquels s'en trouve un 
deviner. On disposera en rond dix cartes dont les nombres de points,
depuis l'as, qui correspond  1, jusqu'au dix, seront ceux parmi
lesquels on doit deviner le nombre que quelqu'un aura pens.

[Illustration.]

Supposons maintenant que votre partner ait pens le nombre 3; faites-lui
toucher une carte quelconque, celle dont les points sont au nombre de 7,
par exemple; ajoutez mentalement  7 le nombre total des cartes 10, puis
invitez votre partner  compter tout bas jusqu' ce nombre 17,  partir
du nombre 3 qu'il a pens et qu'il ne vous fait pas connatre, en
commenant par la carte 7 qu'il a touche, et en suivant un ordre
rtrograde; seulement qu'il vous montre la carte o il s'arrte,
lorsqu'il est arriv  17. Cette carte sera prcisment le 3 qu'il a
pens.

On pourrait prendre un nombre de cartes plus grand ou plus petit que 10;
s'il y en avait 15 ou 8 au lieu de 10, on ajouterait 15 ou 8 au nombre
de la carte touche, pour savoir jusqu'o l'on doit faire compter.

Pour mieux dissimuler l'artifice, on pourra retourner les cartes de
manire  cacher les points, en ayant soin, toutefois, de bien remarquer
o est l'as, afin de savoir  vue le nombre de la carte touche, pour
dterminer celui jusqu'auquel on devra compter.

II. Les deux principes suivants sont employs pour rsoudre la question
propose, et toutes celles du mme genre qui se prsentent dans le jeu
de billard:

1 L'angle que fait la direction de la bille avec la bande, lorsqu'elle
vient frapper celle-ci, est gal  l'angle que fait la direction de
cette mme bille avec la bande aprs le choc.

2 Lorsqu'une bille en rencontre une autre, si on tire entre leurs
centres une ligne droite qui passera ncessairement par le point de
contact, cette ligne sera la direction de la bille frappe aprs le
coup.

Cela pos, voici comment on rsoudra la question: par le centre de la
blouse donne B et par celui de la bille M de l'adversaire, concevez une
ligne droite, prolonge en dehors de la bille M, d'une quantit gale au
rayon de cette bille jusqu'en O, puis frappez votre bille N suivant la
direction NO. Lorsque son centre F arrivera en O, elle devra pousser
l'autre bille M suivant la direction MB.

[Illustration.]

Nous devons ajouter que cette solution est purement gomtrique, et que,
dans la pratique, elle est modifie par l'influence du roulement et du
frottement des billes sur le tapis.


NOUVELLES QUESTIONS A RSOUDRE.

I. Deux personnes conviennent de prendre alternativement des nombres
moindres qu'un nombre donn, et de les ajouter ensemble jusqu' ce que
l'un des deux puisse atteindre un autre nombre donn. Comment doit-on
faire pour arriver infailliblement le premier.

II. Faire bouillir de l'eau froide sans feu, mais avec de la glace.



Rbus.

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:
L'habit ne fait pas le moine.


[Illustration: nouveau rbus.]








End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 0054, 9 Mars 1844, by 
L'Illustration- Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0054, 9 MARS 1844 ***

***** This file should be named 43839-8.txt or 43839-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/3/8/3/43839/

Produced by Rénald Lévesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
