The Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob

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Title: La Cryptographie
       ou l'art d'crire en chiffres

Author: Bibliophile Jacob

Release Date: March 10, 2013 [EBook #42297]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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  LES SECRETS DE NOS PRES

  RECUEILLIS

  PAR LE BIBLIOPHILE JACOB


  LA

  CRYPTOGRAPHIE

  OU

  L'ART D'CRIRE EN CHIFFRES




  PARIS
  ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-DITEUR
  4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6

  1858

  PARIS.--IMP. SIMON RAON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.




LA

CRYPTOGRAPHIE

OU

L'ART D'CRIRE EN CHIFFRES.




CHAPITRE PREMIER.

DFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES.


Nous allons essayer de faire connatre quelques-uns des procds mis
en usage afin de permettre  des personnes spares par des distances
souvent considrables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces
communications du voile du mystre.

Ces procds forment une vritable science qui a reu, comme tant
d'autres, un nom tir du grec.

La Cryptographie ou Stganographie est l'art d'crire de faon 
drober  autrui la connaissance de ce qu'on a trac.

On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'crit. On emploie,
en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou
bien l'on tche de cacher soigneusement le papier auquel on a confi
son secret.

Mais plus habituellement on a recours aux divers procds en usage
afin de jeter, sur une dpche qui peut tomber dans des mains
indiscrtes, un voile qu'on fait de son mieux pour rendre
impntrable.

Pour atteindre ce but:

On abrge les mots d'aprs un systme convenu (c'est la Brachygraphie
ou Stnographie).

On fait usage des signes dont le sens est arrt entre les
correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employs dans
les mathmatiques et dans la chimie, des points, des lignes, des
figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une
grande ressource en semblable occasion.

On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un
sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des
choses.

Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien
confier au papier afin de les transmettre  des correspondants dont on
est spar par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien
aise de drober aux investigations d'une curiosit indiscrte ces
communications mystrieuses.

Il a donc fallu recourir  des moyens destins  voiler le sens des
avis qu'on voulait transmettre. De l l'origine de l'criture en
chiffres.

De mme que tous les arts, celui-ci dbute par des essais nafs et
incomplets. Les crivains de l'antiquit en ont conserv le souvenir.


 Ier.

     De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquit.

Hrodote nous fait connatre divers procds un peu primitifs auxquels
eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins
clbres dans les annales de ces temps reculs.

C'est d'abord un esclave dont on rase la tte, et sur la peau nue de
son crne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On
laisse aux cheveux le temps de repousser, et on expdie cette ptre
d'un nouveau genre  l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses
importantes. Les perruques n'avaient point t inventes  cette
poque; elles auraient t d'une grande utilit en pareille
circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procd n'est point
susceptible d'une application frquente.

Un seigneur de la Cour de Perse, ayant  transmettre  Cyrus un avis
essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas prcisment dans
l'criture chiffre, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons
parler Hrodote:

Harpage voulut dcouvrir  Cyrus son projet, mais, comme ce prince
tait en Perse et que les chemins taient gards, il ne put trouver,
pour lui en faire part, d'autre expdient que celui-ci: S'tant fait
apporter un livre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manire
adroite et sans arracher le poil, et, dans l'tat o il tait, il y
mit une lettre o il avait crit ce qu'il avait jug  propos. L'ayant
ensuite recousu, il le remit  celui de ses domestiques en qui il
avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter  Cyrus, et de
lui dire, en le lui prsentant, de l'ouvrir lui-mme et sans tmoins.


 II.

     La scytale des Lacdmoniens.

Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres  ses gnraux au
moyen d'une espce de _courroie_. Voici de quelle faon Plutarque
raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la
traduction nave du vieil Amyot:

Les phores luy envoyrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale
(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandrent qu'il
eust  s'en retourner aussitost comme il l'auroit reue. Cette scytale
est une telle chose: quand les phores envoient  la guerre un gnral
ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits btons ronds et les
font entirement galer en grosseur et en grandeur; desquelz deux
bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre 
celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales,
et, quand ilz veulent faire secrtement entendre quelque chose de
consquence  leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin
long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent  l'entour de
leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du
bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent
sur le parchemin ainsi enroll ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont
achev d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent  leur
capitaine, lequel n'y sauroit aultrement rien lire ny cognoistre,
parce que les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continue,
mais sont escartes l'une a, l'autre l, jusqu' ce que, prenant le
petit rouleau de bois qu'on luy a baill  son partement, il estend la
courroye de parchemin qu'il a reue tout  l'entour, tellement que le
tour et le ply du parchemin venant  se retrouver en la mesme couche
qu'il avoit est pli premirement, les lettres aussi viennent  se
rencontrer en la suitte continue qu'elles doivent estre. Ce petit
rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de
bois, ne plus ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la
chose mesure s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.

Un pote latin donne une application conforme  celle de Plutarque;
transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le rcit du
biographe grec:

  Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli
  Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno
  Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus
  Non respondentes sparso dedit ordine formas:
  Donec consimilis ligni replicetur in orbem.

Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas tre
bien difficile  deviner. En effet, il tait ais de voir en ttonnant
un peu, quelle tait la ligne qui devait se joindre pour le sens  la
ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste
tait ais  trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite
immdiate de la premire dans le sens, ft, par exemple, la cinquime,
il n'y avait qu' aller de l  la neuvime,  la treizime,  la
dix-septime, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute
la premire ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu' reprendre la
seconde ligne d'en bas, puis la sixime, la dixime, la quatorzime,
et ainsi de suite. Tout cela est ais  voir, en considrant qu'une
ligne crite sur le rouleau devait tre forme par des lignes
partielles galement distantes les unes des autres.

Un autre Lacdmonien, rfugi auprs du monarque de l'Asie, trouva
dans son patriotisme les moyens de transmettre  Sparte un avis de la
plus haute importance. C'est encore l'historien que nous avons dj
nomm qui va nous raconter ce fait. Laissons parler Hrodote:

Xerxs s'tant dtermin  faire la guerre aux Grecs, Dmocrate, qui
tait  Suse, et qui fut inform de ses desseins, voulut en faire part
aux Lacdmoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il
tait  craindre qu'on ne le dcouvrit, il imagina cet artifice. Il
prit des tablettes doubles, en ratissa la cire, et crivit ensuite
sur le bois de ces tablettes les projets du roi. Aprs cela, il
couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'tant point
crites, il ne pt arriver au porteur rien de fcheux de la part de
ceux qui gardaient les passages. L'envoy de Dmocrate les ayant
rendues aux Lacdmoniens, ils ne purent d'abord former aucune
conjecture; mais Gorgo, femme de Lonidas, imagina, dit-on, ce que ce
pouvait tre et leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient
des caractres sur le bois. On suivit son conseil, et les caractres
furent trouvs. Les Lacdmoniens lurent ces lettres et les envoyrent
ensuite au reste des Grecs.


 III.

     Autres systmes cryptographiques connus des anciens.

Blaise de Vigenre, dans son _Trait des chiffres_, livre dont nous
aurons  parler en dtail, mentionne quelques-uns des procds
qu'avaient imagins les anciens et dont nous venons de fournir des
exemples:

Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en
sve dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant insr les
lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est
de l'invention de Thophraste, non des plus spirituelles pour un si
subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la
cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et
encore plus commodment dans un baston de torche en semblable bois de
sapin creus, puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et
sasse, de la mesme estoffe destrempe avec de la colle blanche: de
quoy il semble qu'usa Brutus en allant  Delphes, comme le marque
Tite-Live  la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la
quatrime Dcade, Polycrate et Diognte enfermrent un brief de plomb
dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou
artificiel faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivire
qu'on faict calciner et rduire en poudre passe par un subtil tamis.
Puis on l'incorpore avec sa quarte partie de rsine fondue et une de
poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition
encore chaulde et par consquent molle, enveloppant la lettre dedans,
faonnant le caillou devant le feu -tout les mains trempes en eau
tide, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on le laisse
scher.

Les Romains empruntrent  la Grce toutes les connaissances qu'elle
possdait, mais ils les perfectionnrent. Csar employait pour sa
correspondance secrte une mthode que nous aurons occasion de faire
connatre plus tard, et qui aujourd'hui n'arrterait pas longtemps le
plus novice des dchiffreurs.

On a attribu  Tullius Tiron, affranchi de Cicron, l'invention de la
mthode d'crire en notes tachygraphiques, et on leur a mme donn le
nom de _Notes tironiennes_; mais cet art tait dj connu des Grecs.
Tiron a seulement le mrite trs-rel d'avoir augment le nombre des
signes et de les avoir distribus dans un meilleur ordre. Sa mthode,
perfectionne par Snque et d'autres, s'tendit dans tout l'empire.
On s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu' la fin
du dixime sicle; la France y avait renonc un peu plus tt. C'est de
l que les officiers publics chargs de la transcription des actes ont
reu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de
faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification.
Quelques savants ont entrepris  cet gard des travaux importants;
citons surtout l'_Alphabetum tironianum_ du bndictin Dom Carpentier
(_Paris_, 1747, in-fol.); on peut recourir galement au _Nouveau
Trait de diplomatique_ de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au
_Dictionnaire diplomatique_ de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter,
_Tyronis ac Senec not_ (1603, in-folio), prsente plusieurs milliers
de ces notes; chacune d'elles exprime un mot diffrent; les traits,
les lignes, les points dont elles se composent, devaient exposer 
bien des mprises,  moins qu'on n'crivt avec beaucoup de lenteur et
d'attention, et nul doute que pareille criture ne ft d'un emploi
trs-incommode.

Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un
chantillon fidle de cette mthode stnographique.

  [Gl.] Clemens.
  [Gl.] Mars.
  [Gl.] Legitimus.
  [Gl.] Imperator.
  [Gl.] Patres conscripti.

Au neuvime sicle, Raban-Maur, archevque de Mayence, a rapport deux
exemples d'un chiffre dont les Bndictins font connatre la clef dans
leur grand _Trait de diplomatique_. Dans le premier exemple, on
supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus;
l'_i_ est dsign par un point, l'_a_ par deux, l'_e_ par trois, l'_o_
par quatre, l'_u_ par cinq, de telle sorte que, pour crire:

  _Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris._

On mettra

  .Nc.p.t v[Pt.]rs[Pt.]s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q[Pt.][Pt.]
  m:rt.r.s

Dans le second exemple, on substitue  chaque voyelle la lettre
suivante. Toutefois les consonnes _b_, _f_, _k_, _p_, _x_, qui, dans
ce systme, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.


 IV.

     Le chiffre chez les modernes. Anecdotes.

Nous sommes peu dispos  ajouter foi  l'assertion d'un vieil
historien, d'aprs lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la
monarchie franaise aurait t vers dans les mystres de la
Cryptographie.

Pharamond, trs-puissant roy des Franois en Germanie, et
quarante-troisime aprs Marcovir, lorsque par grande puissance il
marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrtement il escrivist
de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties prgrines et
estranges.

Le moyen ge prsente peu d'exemples de l'criture en chiffres; mais,
ds l'poque de la Renaissance, la ncessit de moyens occultes de
communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues
diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent
sur pareil sujet de trs-gros livres; des ditions multiplies
attestent l'utilit de pareils crits, et chacun s'efforce de
dcouvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des
investigateurs.

Au dix-septime sicle, les monarques, les ministres, les
ambassadeurs, font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cess de
s'tendre et de se perfectionner jusqu' nos jours.

Les dpches chiffres qui se sont amonceles en quantit immense
durant cette priode n'ont point t, la chose va sans dire, livres 
la publicit; elles sont restes ensevelies dans les archives
secrtes des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des
recueils de documents loigns de l'poque contemporaine, divers
exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgus par la voie de
l'impression.

La correspondance imprime d'un rudit clbre qui exera
d'importantes fonctions diplomatiques, H. Grotius, prsente divers
passages crits en chiffres. Empruntons quelques lignes  une dpche
adresse au chancelier de Sude, Oxenstiern, dpche qu'on lit dans
l'dition d'Amsterdam (1687, in-folio) des _Epistol H. Grotii_.

Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20,
70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217,
246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76,
72, 13, 42.

Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne parat pas avoir
t fort compliqu; sa _Correspondance indite avec Maurice le
Savant, landgrave de Hesse_, publie par M. de Rommel (Paris, 1840,
8), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes:

Je vous assure que je fais grand estime de leur amiti 67, 69, 68,
62, 74, 74, 18, [-63], 4["9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est
l'entremetteur.

Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....

Quelques chiffres sont surmonts d'un trait ou du deux points; des
lettres grecques et divers signes employs par les chimistes et les
astronomes se mlent aux chiffres. L'diteur a reproduit le tout, sans
chercher  dcouvrir ce que cachait un voile qu'il aurait d
s'efforcer de soulever.

Mentionnons, d'aprs la _Biographie universelle_, une anecdote qui se
rattache  l'poque dont nous parlons:

 la fin du seizime sicle, les Espagnols voulurent tablir des
relations entre les membres pars de leur vaste monarchie, qui
embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les
Philippines, et d'immenses contres dans le Nouveau-Monde; car ils
avaient le plus grand intrt  ce que leurs communications ne pussent
tre dcouvertes: ils imaginrent un chiffre qu'ils variaient de temps
en temps, afin de dconcerter tous ceux qui avaient tent de percer
les mystres de leurs correspondances. Ce chiffre, compos de plus de
cinquante signes, leur fut d'une grande utilit pendant les troubles
de la Ligue et les guerres qui dsolrent alors l'Europe.
Quelques-unes de ces dpches ayant t interceptes, Henri IV les
remit  un gomtre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la
clef. Le mathmaticien y russit, et il parvint mme  saisir le
chiffre dans toutes ses variations. La France profita pendant deux ans
de cette dcouverte. La Cour d'Espagne, dconcerte, accusa le
gouvernement franais d'avoir  ses ordres des sorciers et de
recourir au diable afin d'obtenir la rvlation des secrets
cryptographiques. Elle demanda que Viete ft jug comme un ngromant:
elle porta ses plaintes  Rome. Une prtention aussi ridicule n'excita
que le rire; le gomtre aurait pu cependant avoir des tracasseries
srieuses, s'il n'et t, en cette affaire, soutenu par un puissant
monarque; toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des
consquences extrmement graves.

L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi
des chiffres a t la cause; nous allons en relater quelques-unes:

Dans le cours des longues ngociations qui firent durer pendant tant
d'annes le Congrs de Westphalie, les plnipotentiaires de diverses
puissances demandrent  connatre les propositions que faisait
l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son
ambassadeur, Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en
allguant qu'elles taient crites en chiffres et qu'il lui fallait
trois semaines pour en avoir la clef. Cette rponse excita un
mcontentement gnral, et l'envoy du duc de Savoie s'cria:
N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas
certain que le Saint-Pre a dans ses mains la clef qui lie et qui
dlie? (_clavem ligandi et solvendi_). Adressons-nous donc  lui, afin
qu'il nous donne la clef qui est si ncessaire en ce moment.

Une autre circonstance originale se montra au commencement du
dix-huitime sicle:

L'lecteur de Brandebourg, Frdric III, avait form le projet de
s'lever au rang des ttes couronnes et de convertir en royaume son
duch de Prusse. Il tait presque impossible que ce projet pt
s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du
Corps germanique. Des ngociations furent donc ouvertes  Vienne:
elles s'y tranrent des annes entires; des difficults nombreuses
s'opposaient  l'accomplissement des voeux de l'lecteur. Son ministre
auprs de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour
sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre de
l'alphabet tait reprsente par un nombre convenu; d'autres nombres
exprimaient des noms de personnes ou de lieux.

Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jsuite,
le pre Wolf, qui avait accompagn  Berlin l'ambassadeur d'Autriche,
en qualit de chapelain, et qui se livrait avec activit  des
intrigues politiques.

Le nombre 24 signifiait l'lecteur, 110 l'Empereur, 116 le pre Wolf.

Barthololi crivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer
l'affaire, il tait indispensable que 24 (l'lecteur) adresst une
lettre autographe  110 (l'Empereur).

Le 0 de ce dernier nombre, tant trac  la hte, fut pris pour un 6,
et l'on en conclut  Berlin qu'il fallait que l'lecteur crivt de sa
main au pre Wolf.

Frdric III n'hsita point, et, bien que cette dmarche pt lui
paratre trange et qu'elle choqut son orgueil, il adressa de suite
au pre Wolf une longue ptre crite en entier de sa main et dans
laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforait d'obtenir
l'appui du bon pre, auquel il prodiguait les compliments et les
promesses.

Le jsuite fut aussi surpris que flatt de recevoir une pareille
communication: elle le dcida  ne rien pargner pour faire russir
les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il
s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allrent  Rome
trouver le gnral de la puissante socit; bientt tous les obstacles
qui s'taient jusqu'alors accumuls s'aplanirent, et, grce a cette
mprise fortuite dans une dpche chiffre, grce  ce 0 qui parut
transform en un 6, l'lecteur obtint de la cour de Vienne ce que
peut-tre, sans cet incident, elle lui aurait toujours refus. Autre
chapitre  joindre  la piquante histoire des trs-petites causes qui
amnent de grands vnements.


 V.

     Cartes mystrieuses de M. de Vergennes.

Sous le rgne de Louis XV et de Louis XVI, l'criture chiffre devint
de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les
divers cabinets de l'Europe, engags dans une interminable
complication d'intrigues politiques, s'efforaient mutuellement de se
drober leurs secrets. On enlevait les courriers, on corrompait 
force d'or les employs des chancelleries. Afin de rsister aux
tentatives d'une curiosit aussi irrite, il fallut inventer des
raffinements cryptographiques de plus en plus mystrieux.

Le comte de Vergennes, ministre des affaires trangres sous Louis
XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques
de la France, de procds occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz,
avait, dit-on, t l'inventeur. Ce chiffre tait employ dans les
lettres de recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux
trangers qui se rendaient en France; il servait  fournir, sur eux et
 leur insu, des renseignements dont ils taient eux-mmes porteurs
sans le souponner le moins du monde. La patrie, l'ge, la religion,
la profession, le caractre, les vertus et les vices, le signalement
du personnage qu'on dsignait ainsi au ministre, les motifs de son
voyage, tous ces dtails et bien d'autres encore se trouvaient
indiqus sur une simple carte o rien ne sollicitait l'attention des
profanes qui n'taient point initis  de pareils mystres.

Entrons  ce sujet dans quelques particularits:

La couleur de la carte dsignait la patrie de l'tranger. Le blanc
tait affect au Portugal, le rouge  l'Espagne, le jaune 
l'Angleterre, le vert  la Hollande, le blanc et le jaune  Venise,
rouge et vert  la Suisse, rouge et blanc aux tats de l'glise, vert
et jaune  la Sude, vert et rouge  la Turquie, vert et blanc  la
Russie, etc.

L'ge du porteur tait exprim par la forme de la carte. Si elle tait
circulaire, c'tait l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de
25  30, ovale; de 30  45, la carte tait octogone; de 45  50, elle
tait hexagone; de 55  60, c'tait un carr; au-dessus de 60, un
carr long.

Deux lignes places au-dessous du nom du porteur de la carte
indiquaient sa taille. S'il tait grand et maigre, les lignes taient
ondoyantes et parallles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une
de l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signale par des
lignes droites ou courbes places  des distances plus ou moins
loignes.

L'expression de la physionomie tait indique au moyen de la figure
d'une fleur place dans la bordure qui entourait la carte. Une rose
dsignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un
air pensif et distingu.

Un ruban tait entortill autour de la bordure, et, selon qu'il
descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommand tait
clibataire, mari ou veuf.

Des points placs galement dans la bordure rvlaient la position de
fortune.

La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, tait indique
au moyen d'un signe de ponctuation plac aprs son nom. S'il tait
catholique, on mettait un point; luthrien, un point et une virgule;
calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour
athe, on ne mettait aucun signe.

Des points placs au-dessus, au-dessous ou  ct de quelques mots, de
petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de
ceux-ci:

[Gl.], [Gl.], [Gl.], [Gl.],

et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans consquence,
indiquaient les qualits, les dfauts, l'instruction du porteur de la
carte. En y jetant un coup d'oeil, le ministre apprenait en une
minute, aussi bien qu'il l'et fait en lisant une page entire de
raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet,
tait joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se
marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer  l'tude;
s'il tait mdecin, journaliste, homme de lettres; s'il mritait
d'tre soumis  une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer
aucun soupon. Rien ne pouvait faire souponner qu'il y et autant de
secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et
conu, par exemple en ces termes:

  ALPHONSE D'ANGEHA
  recommand  monsieur
  le comte de Vergennes par le marquis
  de Puysegur, ambassadeur de France
   la cour de Lisbonne.

Mais les lignes places au-dessous du nom du porteur, les signes de
ponctuation, les ornemente trs-peu multiplis jets dans les coins de
la carte, taient gros de rvlations que nul n'aurait souponnes.

Tout ceci est d'ailleurs racont beaucoup plus longuement que nous ne
devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprime en
langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: Correspondance de la
police secrte du comte de Vergennes, ministre de l'infortun roi
Louis XVI.


 VI.

     La Cryptographie au dix-neuvime sicle.

Les grands vnements dont l'Europe a t le thtre depuis une
soixantaine d'annes, ont fait sentir de plus en plus l'utilit de
l'criture chiffre.

Dans le cours des oprations militaires, les ordres, les dpches,
sont trs-frquemment intercepts; il peut en rsulter les
consquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses
qu'il est d'un intrt immense de lui tenir caches: si le sens des
lettres dont il s'empare est cach sous un mystre qu'il ne peut
percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui
est d'aucun secours.

Quelques lettres de l'empereur Napolon, crites dans le cours de ses
campagnes et publies dans divers ouvrages historiques, montrent que
deux chiffres, le grand et le petit, taient en usage parmi les
gnraux franais pour correspondre entre eux et avec l'tat-major
gnral. D'un autre ct, il est certain que beaucoup de dpches
importantes n'ont jamais t chiffres. L'_Histoire de la guerre de la
Pninsule_, par le colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de
lettres crites par le roi Joseph, par des marchaux, par des
ambassadeurs, par le ministre de la guerre  Paris; ces lettres,
remplies de dtails importants, furent interceptes par les gurillas
et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de
Vitoria. Si on avait eu la prcaution de les mettre  l'abri sous un
procd cryptographique habilement choisi, elles n'auraient jamais
figur  la suite des rcits d'un adversaire des armes franaises.

Nul doute qu' l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour
leurs communications les plus intimes et les plus secrtes, recours 
l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les
systmes qui obtiennent la prfrence, mais nous pensons qu'ils ne
s'imitent pas de ceux dont nos pres faisaient usage et qu'il nous
reste  faire connatre. Il est difficile d'imaginer en ce genre
quelque chose de mieux que ce qui a dj t dcouvert.

Nous avons  passer en revue les crivains qui ont successivement
expos les mystres de la Cryptographie.




CHAPITRE II.

AUTEURS QUI ONT CRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.


 Ier.

     L'abb Trithme.

Le premier auteur qui ait trait _ex professo_ et en dtail l'art
d'crire en chiffres fut le clbre Trithme, mort en 1516, abb de
Saint-Jacques  Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe,
auteur d'un grand nombre de livres asctiques, il ne nous appartient
que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la _Polygraphie_,
l'autre sur la _Stganographie_ (_Steganographia, hoc est, ars per
occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi certa_).
La Polygraphie fut publie pour la premire fois  Oppenheim, en 1518,
deux ans aprs la mort de l'auteur; elle a souvent t rimprime
durant le sicle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une
traduction franaise par Gabriel de Collange, sous le titre de
_Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la
clavicule_, etc. (_Paris_, 1541. 4). Ce mot de _Polygraphie_ ne doit
point s'appliquer, comme d'usage,  des mlanges d'crits de
diffrents genres ou sur divers sujets: Trithme veut seulement
enseigner  crire un mme mot, de plusieurs manires. Il donne des
alphabets nouveaux, composs, soit de lettres trangres les unes aux
autres, soit de caractres de convention. Quant  la _Stganographie_,
les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce trait pour
un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques individus
faciles  pouvanter, que le comte palatin Frdric II, surnomm
pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se
conservait dans sa bibliothque.

Il est impossible de ne pas convenir que, surchargs de dtails
inutiles, accabls d'une foule de rflexions mystiques, de
considrations allgoriques, et se tranant sous le poids d'une
immense rudition cabalistique qui tale hors de tout propos les
rveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins[1], les
ouvrages de Trithme sont des lectures les plus indigestes et les
plus pnibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et
de l'attention, pour dmler au milieu de toutes ces digressions et de
toutes ces rveries les procds de Cryptographie qu'indique l'abb de
Saint-Jacques.

[Note 1: Parmi les nombreux crits qui montrent  quel point Trithme
tait infatu de pareilles ides, il faut citer sa _Chronologia
mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum
moventibus_. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaait
dans chaque sphre cleste une intelligence charge de la gouverner.
Trithme s'efforce de rattacher,  ce systme, des notions historiques
et d'en tablir la ralit. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou
sept ditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies
inintelligibles aient trouv de nombreux lecteurs, et il est
extrmement probable que le docte abb ne se comprenait pas toujours
lui-mme, lorsqu'il dveloppait ses tranges imaginations.]

Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se
compose la _Stganographie_.

Le premier livre comprend trois cent soixante-seize rptitions de
l'alphabet form de vingt-quatre lettres;  chaque lettre correspond
un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre
mots. Afin de faire bien comprendre ce systme, il convient de
transcrire quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le
premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23e,
216e et 319e).

    a Jsus,             l'amour.
    b le Dieu,           la dilection.
    c le Sauveur,        la charit.
    d le modrateur,     la rvrence.
    e le pasteur,        l'obissance.
    f l'auteur,          le service.
    g le rdempteur,     le zle.
    h le prince,         la mmoire.
    i le fabricateur,    le souvenir.
    k le conservateur,   la souvenance.
    l le gouverneur,     la faveur.
    m l'empereur,        l'affection.
    n le roi,            la loi.
    o le recteur,        la foi.
    p le juge,           l'esprance.
    q l'illustrateur,    le commandement.
    r l'illuminateur,    la recordation.
    s le consolateur,    la parole.
    t le Seigneur,       la connaissance.
    u le dominateur,     le saint.
    x le crateur,       l'amiti.
    y le psalmateur,     la promesse.
    z le souverain,      l'ordonnance.
    & le protecteur,     la bienveillance.

    a  fragiles,         Europe.
    b  misrables,       Candie.
    c  ingrats,          Hongrie.
    d  ignorants,        Panonie.
    e  iniques,          Pologne.
    f  injustes,         Germanie.
    g  malheureux,       Saxe.
    h  malicieux,        Helvtie.
    i  obstins,         Sude.
    k  perdus,           Italie.
    l  pcheurs,         Romanie.
    m  criminels,        Lombardie.
    n  volontaires,      Espagne.
    o  vains,            Andalousie.
    p  mauvais,          Castille.
    q  dtestables,      Gaule.
    r  abominables,      Bretagne.
    s  damnables,        Normandie.
    t  immondes,         Aquitaine.
    u  indigents,        Guyenne.
    x  pauvres,          Gascogne.
    y  pusillanimes,     Auvergne.
    z  pervers,          Bourgogne.
    &  abjects,          France.

Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pense d'une
faon inintelligible pour les non initis, et voici comment: crivez
d'abord sur un morceau de papier, que vous dtruirez ensuite, ce que
vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la premire
lettre le mot qui lui correspond dans le _premier alphabet_; pour la
seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot  ct duquel
elle est place; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots
qui ne prsente qu'une srie de non-sens, mais, si notre correspondant
est muni (comme il doit l'tre) de la copie exacte des alphabets dont
vous avez fait usage, il n'aura nulle peine  dcouvrir le sens qui se
cache sous cette enfilade de mots, tonns de s'y trouver placs dans
une srie bizarre.

Trithme rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le
reproduire exactement: Un mchant vous demande une lettre
d'introduction auprs d'un de vos amis avec lequel il veut se lier.
Vous avez des motifs pour ne pas repousser cette prire; d'un autre
ct, vous voulez transmettre des renseignements exacts sur votre
recommand. Vous le chargez alors de remettre  celui qu'il va
trouver, un crit qui prsente les phrases suivantes:

Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sret
immortelle avec ses sanctifis en batitude Amen. La charit
incomprhensible vangliquement dnonce aux hommes, reluctante
d'exhortation, rduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant
de vilipender la recordation du Rdempteur des cieux et aussi la
compagnie de la volupt ineffable que poursuivre. Parquoy,  immondes,
soutenez puret et serez recueillis aux rgnes des difis et l
perptuellement prdestins. Abolissez donc les dissimulations de
cette charnalit, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du
modrateur tout voyant.

Cherchez  quelle lettre du premier alphabet correspond le premier
mot de cette oraison _polygraphique_, et vous trouvez la lettre _n_ 
ct du mot _le roi_. Passant au second alphabet, vous verrez que le
mot _universel_ signifie _e_. Au troisime alphabet, vous remarquerez
la lettre _v_  ct du mot _exornant_. Au quatrime alphabet vous
noterez la lettre _o_ comme tant en regard de _les corps_: et le
cinquime montrera un _v_ dans la mme ligne que le mot _manifeste_.
En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se
traduit exactement par:

Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.

Trithme explique qu'avec ce systme on peut s'exprimer
trs-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des
exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante:

Imaginez, terriens immondes, trs-vite se ruinent terriennes,
ardemment fraudes avez; glace faillirez, prsumerez, malheureux, etc.

Signifie tout simplement: _Te moneo, amice, ne in hoc negocio
immisceas_.

L'auteur fait remarquer:

Qu'il ne faut jamais qu'en aucun ordre et rang alphabtique une
diction soit double, rpte, ritre, ni mise en crit par deux
fois.

Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oublies ni d'omises.

On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est
essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une
expression.

Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent tre crits
tout au long, sans abrviation, distinctement et dment spars.

Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la
sorte doit possder un recueil d'alphabets exactement et de tout point
semblable  celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce
genre un livre analogue  celui de Trithme, et il est bon que les
rois et princes en possdent un certain nombre, afin de s'entendre
avec leurs ambassadeurs et leurs gnraux, d'une manire qui ne soit
pas uniforme.

On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots
contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen
de varier  l'infini, augmentent beaucoup la difficult qu'offre le
dchiffrement d'une lettre crite selon la mthode polygraphique.

Il serait possible qu'on trouvt des inconvnients  recourir, soit 
la langue franaise, soit  tout autre idiome, pour la formation des
alphabets. Trithme a prvu cette difficult; il s'est efforc de la
rsoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui,
n'appartenant  aucun dialecte, peuvent servir de langue universelle.
C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hbreu un certain air
de famille, qu'il est all puiser ses matriaux. Un exemple devient
ncessaire.

_Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun_, etc.

Un travail analogue  celui que nous avons dj indiqu fera connatre
que ces mots prgrins, ce langage barbare et trange signifie:

Ne venez en cour, car le roi est fort offens contre vous.

Le troisime livre de la _Polygraphie_ est consacr  des sries
d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la
seconde lettre de chaque mot doit tre extraite et crite  la suite
l'une de l'autre; ces lettres runies donnent le sens qu'on veut
couvrir d'un voile.

_Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar
achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan_.

Un travail dans le genre de celui dont nous avons donn l'ide,
montrera que ceci veut dire:

Ne vous fiez  ce porteur.

Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera
la troisime, la quatrime, n'importe enfin laquelle de chaque mot.
L'abb de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procd n'est pas
trop sr et secret, car tout homme d'esprit et de savoir, par cas
fortuits, tant par sa curiosit que par son labeur et industrie,
pourroit trouver le secret et occulte mystre cach sous cette
criture.

Le quatrime livre expose la mthode bien connue de la transposition
des lettres alphabtiques; on peut faire et composer autant
d'alphabets diffrents et dissemblables, qu'il y a d'toiles au
ciel.

Les vingt-quatre lettres rptes de manire  former un carr de la
faon suivante (nous nous bornons  en donner l'esquisse):

  ABCDEFG      YZ
  Bcdefgh      6A
  Cdefghi       B
  De            C
  Ef            G
  Fg            :
  Gh            :
  :             :
  :             :
  :             :
  Y             :
  ZABCD        XY

peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui
qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour
la correspondance secrte.

Trithme passe ensuite  un alphabet numral, qui ne sera trouv
moins sur et secret qu'il est nouveau et moderne.

  a  a  1    g  f  7    n ic 13    t ih 19
  b  b  2    h  g  8    o id 14    u  k 20
  c  c  3    i  h  9    p ie 15    x ka 21
  d  d  4    k  i 10    q if 16    y kb 22
  c  e  5    l ia 11    r if 17    z kc 23
  f  f  6    m ib 12    t ig 18    & kd 24

Avec ce systme, les mots _tratre_ et _mchant_ s'noncent sous la
forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a.
i. ih.

Cette faon de cacher sa pense est fort difficile  pntrer; car,
suivant la remarque de l'auteur, tous ceux qui verront l'criture
faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que
ce sera transposition de lettres et travailleront pour nant  la
supputation et recherche d'icelles.

Il va sans dire que Trithme n'oublie pas un alphabet form des
lettres ordinaires distribues par ordre confus, irrgulier et sans
ordre ni rgle. Il est ais d'en composer une foule de ce genre. En
voici un exemple:

  a _o_   g _t_   n _c_   t _e_
  b _p_   h _b_   o _x_   u _k_
  c _q_   i _x_   p _h_   x _n_
  d _r_   k _&_   q _y_   y _m_
  e _i_   l _x_   r _d_   z _l_
  f _s_   m _z_   s _g_   & _f_

La lettre place dans la seconde colonne doit surtout tre substitue
 celle qui se trouve dans la premire et qui entre dans l'avis 
chiffrer; vous crirez:

_Ildicg todri iki xiusizm ci....._

Si vous voulez dire:

Prends garde que l'ennemy ne...

C'est d'un procd de ce genre qu'usait Csar pour correspondre avec
Cicron et autres personnages de l'poque, selon le tmoignage de
Sutone, procd que l'abb Trithme expose en ces termes:

Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la
quatrime lettre de l'alphabet, qui est D, pour la premire lettre,
qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi consquemment transposer et
changer lesdites lettres alphabtiques.


 II.

     J. B. Porta.

La diplomatie italienne avait, au seizime sicle, grand besoin
d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un
voile impntrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres
combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir  ce que ces dpches
fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les
Borgia, les Visconti, les Farnse, avaient frquemment  transmettre
des communications qu'il fallait soustraire  tous les yeux. L'art de
l'criture chiffre devint une tude des plus importantes  Milan, 
Florence,  Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et
l'active curiosit s'exeraient sur toutes sortes de sujets[2], J. B.
Porta, runit et discuta, en s'efforant de les perfectionner, les
diverses mthodes cryptographiques connues alors au del des Alpes.
L'esprit net et pratique de cet crivain le prserva compltement des
aberrations tout  fait trangres  pareil sujet, auxquelles Trithme
s'tait abandonn; il s'effora d'tre utile, mais il pcha par excs
d'imagination.  force de vouloir multiplier les procds d'criture
secrte, il prit la peine d'en montrer et d'en dcrire un grand nombre
qui seraient d'un usage trs-incommode et dont il est bien certain que
jamais personne n'a eu l'ide de faire usage.

[Note 2: L'agriculture, l'optique, la mcanique, la mnmonique, la
mtorologie, la physique, furent tour  tour l'objet des mditations
de Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conqurants, qui ne
peuvent chapper  l'influence des prjugs de leur poque, mais qui
dcouvrent ou pressentent de hautes vrits.

Son trait _de la Physiognomonie humaine_, 1586, a fourni beaucoup
d'ides  Lavater. Son livre _de la Magie humaine_, trs-souvent
rimprim au seizime sicle, renferme, parmi beaucoup de faits
purils compils avec peu de jugement, une foule d'observations
importantes sur les miroirs, la lumire, la statique, etc. Les divers
ouvrages de cet crivain remarquable sont analyss avec tendue dans
la _Notice historique_ de H. G. Duchesne, _sur la vie et les travaux
de Porta_ Paris, 1801, 8, 383 pages.]

L'ouvrage dans lequel Porta a dvelopp ses ides, est intitul:

_De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis._ On en compte des
ditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563,
4, et 1602, f; de Montbelliard, 1592, 8; de Strasbourg, 1606, 8,
etc. Cet crit est divis en trois livres.

Le premier, aprs avoir consacr quelques pages aux hiroglyphes et 
la stnographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les
diverses manires de se faire comprendre en drobant toutefois sa
pense au vulgaire; le langage allgorique, mtaphorique ou
nigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacs, coups ou
renverss, les syllabes insignifiantes ajoutes dans le discours, sont
utiles en pareille circonstance.

On peut aussi communiquer  distance, sans se parler, et par le simple
son, qui, rpt, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque
lettre des mots qu'on veut porter  une oreille amie; deux corps
frapps l'un contre l'autre, des coups donns sur une muraille d'aprs
une manire convenue, servent galement d'interprte.

Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblmes, celui
des signaux au moyen des flambeaux, occupent tour  tour Porta.

Le douzime et dernier chapitre de son premier livre roule sur une
manire ancienne de dsigner les nombres par les doigts, d'aprs
Bde. On n'ignorait point, dans l'antiquit le moyen de converser
secrtement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts
pareil au rang numrique que les lettres qu'on veut dsigner tient
dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du
corps dont la premire lettre indique la lettre qu'il s'agit
d'exprimer.

Notre auteur arrive  la bandelette ou scytale lacdmonienne, et il
juge avec raison que ce procd tait facile  dcouvrir; il signale
un moyen trs-peu usit, l'emploi du fil, qui, aprs avoir reu
l'criture, peut tre roul en peloton ou tre employ  coudre les
bords d'un vtement. Il observe qu'on peut crire sur la tranche d'un
livre obliquement incline ou sur un jeu de cartes dispos en biseau
ou sur les plumes des ailes dployes d'un pigeon ou d'un autre oiseau
 plumage blanc.

Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce
qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement.

Les diverses manires de dsigner l'criture peuvent se rduire 
trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des
mots, le changement des figures des lettres, et le changement de
valeur des lettres.

La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut
s'effectuer d'une foule de faons diffrentes; la premire de toutes
est aussi la plus simple: elle consiste  crire sur deux lignes, en
mettant alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre
sur la 2e ligne; la 3e sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de
suite. La difficult augmente si l'on crit sur quatre lignes: la 1re
lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au bout de la 1re, la
1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la 7e
au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le mme
ordre pour le reste.

Veut-on crire d'une manire encore plus complique? On transporte toutes
les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses
formes, soit carrs, soit triangulaires, soit paralllpipdes, soit
sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous
diviss par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur
des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a t crit de manire 
imiter symtriquement la figure gomtrique convenue, on produit la
transposition des lettres en prenant les rayons de lettres, de bas en
haut et de haut en bas, de droite  gauche ou de gauche  droite, de
manire que ces lettres, ainsi rassembles, ne prsentent aucun sens.

Vous convient-il d'avoir recours  une autre manire de transposer les
lettres, plus indchiffrable encore? Transcrivez  part ce que vous
voulez mander secrtement; puis crivez en interligne, les lettres
au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par
exemple: _L'amour est un malin enfant_, devise, qu'il faut recommencer
une fois, deux fois, trois fois, jusqu' ce que les interlignes soient
entirement remplis. Ensuite on a recopi sa missive secrte, et, au
lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on met
au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui dsigne le
rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi,
au-dessous de la premire lettre de la missive, au lieu d'un _l_ on
crit 10; sous la seconde, au lieu d'un _a_, on crit 1; sous la 3e,
au lieu d'un _m_, on pose 11. Ces deux oprations faites, on prpare
de la manire suivante la missive qui doit tre adresse: chaque ligne
est trace par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant
pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise
indiqueront. On part toujours de la dernire lettre pose, pour
compter le nombre des points  passer, avant d'arriver  l'intervalle
o doit tre pose la lettre suivante de la missive; et, quand on est
parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence  compter
par les premiers points, jusqu' ce qu'enfin toutes les lettres de la
missive soient places dans leur rang, de sorte que la devise sert,
comme l'on voit, de clef pour connatre de quelle manire on doit
trouver, dans cette suite de lettres transposes, celles qui forment
un sens pour les remettre  leur place.

Porta s'occupe ensuite de la faon de dcouvrir et d'interprter les
lettres transposes; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re,
3e, 5e, 7e, 9e lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu' ce qu'on
trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouv un, il
deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant l'ordre que
tient chaque lettre du mot trouv. On comprend qu' cet gard il n'est
pas possible de donner aucune rgle prcise; la varit arbitraire des
combinaisons s'oppose  toute rgle.

Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractres
de l'alphabet, de manire que les lettres ne ressemblent  aucune de
celles connues. Pour rendre l'criture plus indchiffrable, on peut,
entre ces caractres, en insrer d'autres qui n'ont aucune
signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu,
soit  la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est
certaines lettres qui peuvent tre remplaces par d'autres, _q_ par
_cuu_; _x_ par _cs_; _z_ par _ss_; _y_ par _i_. On peut encore viter
les mots o se trouvent les lettres _h_, _b_, _d_, _p_, _g_, _f_, _u_.
Il est  propos de ne pas se conformer strictement  l'orthographe.
On peut aussi changer une lettre dans un mot, un _o_ pour un _i_, un
_e_ pour _c_; un _r_ pour un _l_; _par_ pour _pr_. Les monosyllabes,
les voyelles seules, doivent tre vites avec soin; elles prsentent
moins de difficults  un dchiffreur exerc, et elles peuvent le
mettre sur la voie. On peut aussi crire par abrviation.

Aprs avoir expos toutes ces rgles, Porta envisage son sujet sous un
autre point de vue: le dchiffrement des dpches dont on veut
pntrer le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de
caractres diffrents employs dans la missive, lesquels ne peuvent
excder 21 ou 22; s'il s'en trouve davantage, le dchiffrement est
plus difficile, puisqu'il y aurait alors des caractres superflus ou
inutiles. Lorsque les caractres diffrents sont au-dessous du nombre
21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui manquent, tche
dlicate  laquelle on ne peut procder que par conjectures.

Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes.
D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive
cinq caractres diffrents et frquemment rpts, on peut tre assur
que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles
sont les lettres qui sont rptes le moins frquemment, ce sont les
consonnes _q_, _x_, _y_ et quelquefois l'_h_; en troisime lieu, les
lettres isoles qui ne tiennent  aucun mot sont assurment des
voyelles. En quatrime lieu, lorsque les mmes formes de caractres
commencent ou achvent un mot, on doit prsumer qu'il y a des
voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par
deux consonnes (n'oublions pas que Porta crit en latin, et que c'est
 cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements).
Cinquimement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot
il se trouve deux consonnes, la lettre qui prcde et celle qui suit
sont certainement des voyelles. Cependant les lettres _h_, _l_ et _r_
font quelquefois exception  cette rgle, puisqu'on les trouve places
en troisime consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux
voyelles peuvent tre  ct l'une de l'autre, et que, par consquent,
les lettres places avant et aprs sont des consonnes.

Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut
employer pour dcouvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut
s'en trouver quatre de suite dans un mme mot, comme _phthisie,
diphthongue_: alors l'_h_ aspire se trouve place la seconde et la
quatrime; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans
_phrase_, _thrne_, la lettre _h_ est la seconde; et il n'y a que
trois consonnes qui admettent l'_h_, savoir _c_, _p_, _t_. Il y a
quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouilles, savoir _l_,
_m_, _n_, _r_. La consonne _b_ admet les lettres _l_ et _r_; exemple:
_blanc_, _bras_. La consonne _c_ les admet pareillement; par exemple:
_clair_, _scribe_. L'_r_ n'admet que l'_h_. Il est rare de trouver
ensemble l'_m_ et l'_n_, comme dans _Mnemosyne_; le _g_ et l'_n_ comme
dans _ignare_.

Porta dveloppe ainsi de longues et minutieuses observations sur le
retour plus ou moins frquent des voyelles, sur leur combinaison avec
les consonnes, mais ces dtails se rattachent  la langue latine et ne
sont pas susceptibles d'une application exacte  d'autres idiomes.

Dans le quatrime livre de son trait, Porta tudie la mutation de la
valeur des lettres, de faon qu'un mme caractre puisse reprsenter
tantt un _a_, tantt un _p_, tantt un _m_.

Il faut d'abord se faire des caractres inconnus qui reprsentent
vingt lettres de l'alphabet (le _k_, l'_x_, le _j_ et le _v_ tant
exclus); on a un triple cadran, dont celui du centre est mobile; tous
trois diviss en 20, 24 ou 28 parties gales, de manire que les
espaces de chacun se correspondent trs-exactement. Le grand cadran
contiendra la suite des nombres depuis 1 jusqu' 20, 24 ou 28. Le
second cadran moyen contiendra la srie des vingt lettres de
l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran
concentrique mobile portera les vingt signes en caractres
reprsentatifs des lettres de l'alphabet, immdiatement placs
au-dessus d'elles. Il faut d'abord crire en criture courante l'avis
secret qu'on veut envoyer; puis, cet crit est mis en caractres
reprsentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre cette
criture trs-difficile  dcouvrir, on fait,  chaque lettre, avancer
d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractre qui reprsentait
un _d_ reprsente un _e_; pour la lettre suivante, ce mme caractre
reprsente un _f_; et ainsi des autres. De cette manire, le mme
caractre ayant diverses reprsentations, il est ais de sentir tout
ce qu'un pareil moyen jette d'obscurit dans une correspondance
secrte; mais il faut que les correspondants aient chacun un
instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manire de
s'entendre.

On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description
dtaille des combinaisons dont ce procd est susceptible; on le
trouve, dans l'ouvrage de Porta, accompagn d'exemples et de figures
compliques. Pour suppler aux cadrans ci-dessus, il donne une table
de permutation trs-propre  changer  volont les signes
reprsentatifs.

Les alphabets, fabriqus  plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de
lumire aux investigations des curieux, tiennent une grande place
dans le trait du savant napolitain.

Voici un des modles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il
regarde comme indchiffrables. On partage les lettres en trois groupes
de trois lettres et en six groupes de deux, de la faon suivante:

  +-------+-------+-------+
  | a l u | b m x | c n z |
  +-------+-------+-------+
  |  d o  |  e p  |  f q  |
  +-------+-------+-------+
  |  g r  |  h s  |  i t  |
  +-------+-------+-------+

Pour rpondre  ces neuf groupes, on forme neuf caractres de la forme
que voici:

  [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme]

et on ajoute  chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer
la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut
reprsenter; ainsi l'_n_ sera reprsent par [Forme et point], le _g_
par [Forme et point], l'_u_ par [Forme et point] et le mot _Rome_
s'crira: [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] [Forme et
point]

On donnera aux neuf caractres telle forme qu'on voudra, et il est de
fait que des signes pareils offriront,  quiconque n'en possde pas la
clef, une nigme absolument indchiffrable.

Parmi les divers procds sur lesquels il s'tend avec une
complaisante prolixit, Porta n'oublie pas la mthode dont Trithme
avait dj formul le principe; il propose un alphabet o chaque
lettre est accompagne d'un mot.

  a  Deus.
  b  creator.
  c  salvator.
  d  servator.
  e  judex.
  f  Domine.
  g  redemptor.
  h  liberator.
  i  sapiens.
  k  bone.
  l  benigne.
  m  terne.
  n  juste.
  o  clemens.
  p  sancte.
  q  caste.
  r  adjuva.
  s  tuere.
  t  libera.
  u  conserva.
  w  sustenta.
  x  protege.
  y  defende.
  z  ignosce.

Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'crire le mot qui correspond 
cette mme lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le
nom de _Roma_, on mettra: _Adjuva clemens terne Deus_; et la
traduction du mot _hostis_ (l'ennemi) sera _liberator clemens tuere,
libera sapiens tuere_.

On comprend, d'ailleurs, que ce procd n'offrirait pas de bien
grandes difficults  un dchiffreur un peu sagace et au fait des
ressources de son art.


 III.

     Blaise de Vigenre.

Profitant des recherches de Trithme et de Porta, un crivain franais
du seizime sicle, plus fcond que judicieux, Blaise de Vigenre[3],
mit au jour un gros volume in-4, lequel ne renferme pas moins de 600
pages consacres  la Cryptographie. L'auteur n'a point su se
prserver de l'cueil contre lequel ses prdcesseurs taient venus
chouer. Au lieu de poser clairement et nettement des rgles prcises,
au lieu d'indiquer des procds faciles  comprendre, il se plonge
dans l'ocan des rveries cabalistiques. Il reproduit, en gnral, les
inventions cryptographiques de Porta.

[Note 3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions
diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et
latins; ses traductions sont aujourd'hui voues  l'oubli le plus
profond, de mme que son _Trait des Comtes_ et son _Trait du feu et
du sel_, quoique ce dernier crit (c'est un livre d'alchimie) ait
obtenu trois ou quatre ditions en France, et qu'il ait mme rencontr
des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.]

Parmi les diverses mthodes qu'indique Vigenre, nous allons essayer
de faire comprendre la suivante:

Dressez un tableau compos de huit colonnes et dispos de la manire
qui suit:

  +---+----+----+----+----+----+----+----+
  |   | AA | BB | CC | AB | AC | BC | CB |
  +---+----+----+----+----+----+----+----+
  | A | a  | d  | g  | l  | o  | r  | u  |
  | B | b  | e  | h  | m  | p  | s  | x  |
  | C | c  | f  | i  | n  | q  | t  | z  |
  +---+----+----+----+----+----+----+----+

On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut crire, et,
 sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case
suprieure correspondante  cette lettre; on y joint la capitale de la
ligne horizontale place  gauche, et on transcrit ces capitales ou
petites lettres; ainsi, pour crire _le roi_, on voit que la lettre
_l_ correspond par en haut  AB, et  gauche  la lettre A: on pose
_aba_; l'_e_ sera _bbb_; le mot _roi_ s'exprimera par: _bca_, _aca_,
_ccc_.

Vigenre n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires
d'un mme livre: on convient de recourir  une page, la premire
venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on
indique les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres
correspondant  l'ordre dans lequel ces lettres se prsentent. En
prenant pour exemple la troisime ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de
Vigenre lui-mme, on oprera sur la phrase suivante:

  Partie de son me dont elle constitue la diffrence.

et on dressera le tableau suivant:

  p a r t i e d s o n  m  l  ....
  1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 ....

On aura soin de ngliger les lettres rptes et de continuer ce
travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne
se trouvent pas dans la ligne choisie.

De cette manire, ces deux mots, _le pape_, seraient reprsents par
les chiffres suivants:

  12.6.   1.2.1.6.

Le _roi_ s'exprimerait en crivant:

  12. 6. 3. 9. 5.

Vigenre remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la
communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer
l-dessus?

Les vingt-quatre caractres de l'alphabet usuel lui paraissant trop
simples et trop susceptibles d'tre devins, Vigenre invente des
chiffres de 72, de 64, de 48 caractres; chaque lettre est reprsente
par deux, trois ou quatre signes imagins  plaisir et qu'on peut
varier  l'infini.

Une autre combinaison consiste  indiquer chaque lettre de l'alphabet,
sur un chiffre; mais, afin de drouter les curieux, on entremle les
lettres, car les crire  rebours de la faon suivante:

  Z Y X ... B  A
  1 2 3 ... 23 24,

serait trop naf. On peut les diviser en deux sries, dont voici un
modle:

  H I L M A B C D E,

ou bien les placer de cette manire:

  L A M B N C
  1 2 3 4 5 6,

ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de
modifications presque infinies), assigner  chaque lettre un chiffre
de convention.

  a      15
  b       9
  c      11
  d      20
  e       3
  f      18
  g      24
  h      19
  i      16
  k       7
  l       9
  m      13
  n       1
  o      23
  p       5
  q      12
  r       8
  s      22
  t       4
  u      10
  v       2
  x      14
  y      17
  z       6

De cette manire, _Lyon est pris_, s'exprimerait par: 917 231, 3224,
581622.

Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribu
arbitrairement  chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilit
presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystrieux.

Vigenre n'oublie point un bel artifice de se rserver un second sens
cach parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber
son chiffre; mais les explications qu'il donne  cet gard sont
confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de
les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les
lire.

Le dfaut de la plupart des procds qu'indique le _Trait des
chiffres_, c'est une extrme complication: l'auteur fait un usage
immodr de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une faon
souvent trs-peu claire, des systmes de chiffres tellement
mystrieux, que celui qui voudrait en faire usage se trouverait
peut-tre lui-mme dans un embarras inextricable pour dchiffrer ce
qu'il aurait crit.

Vigenre fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la
plupart des professions:

Les hommes de tout temps ont est curieux de se tracer chacun pour
soy quelques notes secrtes pour se receler de la cognoissance des
autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les
mdecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs
paragraphes.

Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans
avoir recours  l'criture, mais en employant des grains de diverses
matires, accoupls deux a deux et arrangs comme des chapelets.

  grains    d'or,  d'argent,  d'bne,  d'ivoire.
  d'or        A        B         C          D
  d'argent    E        H         I          L
  d'bne     M        N         O          P
  d'ivoire    R        S         T          V

De sorte que le mot _deus_, par exemple, aurait pour expression, en
suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux
d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent.

Aprs avoir expliqu ce procd, Vigenre consigne, en son livre, la
rflexion que voici:

Au rang des chiffres ou occulte criture, on peut bien relguer aussi
les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manires de
gens de pratique, et encore l'criture de beaucoup de personnes, qu'
peine autres qu'eux sauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des
lettres ordinaires, mais difformes de telle sorte, qu'on n'y sauroit
presque rien discerner. Or, laissant  part ces vicieux chaffourements
qui procdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent en
perspective, car, en y regardant de front, on n'y sauroit rien
discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui
luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a
d'autres qui dpendent de la seule acuit de la vue, la lettre estant
si dlie que l'oeil  peine la peut comprendre: telle que s'est vue
de nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, appel _Spanocchio_,
qui crivoit sur un velin, sans aucune abrviation, tout l'_In
principio_ de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne contient
le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien forme, qu'il ne
seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'aprs Cicron, allgue
que toute l'_Iliade_ d'Homre, qui contient de quatorze  quinze mille
vers, avoit est escrite de si menue lettre en velin, qu'elle pouvoit
toute entrer en une coquille de noix.

Le clbre chancelier Bacon a, dans son trait _De dignitate et
augmentis scientiarum_ (livre VI, ch. 1), fait connatre un chiffre,
dont il est l'inventeur, et qui est bas sur les permutations de deux
lettres seules, _a_ et _b_, combines par groupes de cinq. Ces deux
lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a
donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et
cet _alphabetum liluterarium_ (c'est ainsi que le nomme Bacon) pourra
s'crire de la faon suivante:

  a     aaaaa
  b     aaaab
  c     aaaba
  d     aaabb
  e     aabaa
  f     aabab
  g     aabba
  h     aabbb
  i     abaaa
  k     abaab
  l     ababa
  m     ababb
  n     abbaa
  o     abbab
  p     abbba
  q     abbbb
  r     baaaa
  s     baaab
  t     baaba
  u     baabb
  w     babaa
  x     babab
  y     babba
  z     babbb

On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres _a_ et _b_ on peut
prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par
quelque signe algbrique, ou par une marque quelconque a laquelle on
voudra s'attacher. L'inconvnient de cet alphabet, c'est que tout mot
ordinaire se trouve reprsent par cinq fois plus de lettres. _Paris_,
par exemple, se traduira par _abbba aaaaa baaaa abaaa baaab_.
Lorsqu'on voudra crire _Espagne_, il faudra prendre la peine de
tracer _aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa_. Une phrase un peu
longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention
fort soutenue, pour tre crite sans que quelque erreur ne vienne s'y
glisser.

Bacon a prvu que le mystre de son alphabet ne serait pas
trs-difficile  dcouvrir, et il a d chercher quelques moyens, afin
de mettre sa pense  l'abri des curieux: il a donc imagin ce qu'il
appelle l'_alphabetum biforme_. Aprs avoir dchiffr la dpche
crite d'aprs la mthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point
encore au vritable sens: il est envelopp dans les lettres qui sont
mises en majuscules dans l'alphabet _biforme_, lettres qu'indique 
ceux qui ont la clef de ce procd les groupes de lettres auxquels
elles correspondent.

Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord
ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon.

  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab
  AA  aa  BB  bb  CC  cc  DD  dd
  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab
  EE  ee  FF  ff  GG  gg  HH  hh
  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab
  II  ii  KK  kk  LL  ll  MM  mm
  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab
  NN  nn  OO  oo  PP  pp  QQ  qq
  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab
  RR  rr  SS  ss  TT  tt  VV  vv
  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab  ab
  uu  WW  ww  XX  xx  YY  ab
  ZZ  zz

Suppos maintenant qu'on veuille donner avis  quelqu'un de s'enfuir,
en lui faisant passer le mot latin _fuge_, on crira d'abord la phrase
suivante, qui prsente un sens tout oppos:

  _Manere te volo donec venero._

En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres _a_ et _b_ qui
correspondent aux lettres dont est forme cette phrase, on mettra:

  aabab   baabb   aabba   aabaa
  Maner   etevo   lodon   ecvenero

Ces quatre groupes d'_a_ et de _b_ runis par cinq, indiquent, d'aprs
les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment
le mot FUGE.

Il faut reconnatre que les explications trop succinctes et trs-peu
claires que donne Bacon  l'gard de ses procds de chiffres,
laissent beaucoup  dsirer. L'ide d'employer les combinaisons des
lettres n'est cependant point indigne d'une attention srieuse: il y a
le germe de tout un systme de chiffres qui n'a pas de limites.

Remarquons, en effet, que des mathmaticiens ont cherch le nombre des
combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupes
ensemble de toutes les manires imaginables: ils ont trouv le chiffre
formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions,
058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'normit de ce nombre,
il faut se souvenir qu'on a dmontr que, pour crire toutes les
combinaisons qu'il nonce, il serait indispensable de se procurer une
feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'tendue de la superficie
de la Terre.


 IV.

     Jrme Cardan.

Cet Italien clbre, qui toucha  toutes les questions[4] et qu'une
vaste rudition, jointe  des talents trs-distingus, n'a point
prserv d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la
Cryptographie dans son ouvrage _de la Subtilit_; les voici d'aprs la
vieille traduction franaise:

Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement
rgles et lignes; vous y ferez sparment des trous assez petits,
mais toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez
accoutum faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept
lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les
trous ou pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt
caractres ou lettres. De ces deux peaux, vous donnerez l'une  celuy
auquel vous dsirez escrire, et vous retiendrez l'autre  vous; et,
lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de
sorte que vostre escriture n'excde pas ledit nombre de cent vingt
caractres ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis
susdits pourront comprendre. Et aprs, sur les pertuis, faits comme je
l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le
sujet et sentence que voudrez; et, aprs,  un autre feuillet, et
consquemment au troisime. Cela estant fait, vous remplacez les
espaces et distances qui demeureront vides, ainsi augmentant ou
effaant jusques  tant que vostre sentence et sujet apparoissent et
se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet
de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la premire, qu'il
semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et
conscutifs l'un aprs l'autre. La troisime adapterez aussi  telle
sorte et manire, que, sans aucune interruption ni intermission des
premires lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la
grandeur se trouveront et apparoistront, retenant mesure, sujet et
intelligence. Et aprs appliquerez, sur ce papier escrit en cette
manire, le parchemin que pour cette cause vous aurez taill et perc,
faisant en tout et partout, aux extrmitez des trous ou perures, de
petits et subtils points, jusques  tant que le sujet et intelligence
des lettres parviennent en la sorte que vous dsirez les escrire. Et
aprs, celuy  qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire
perc (comme il est dit), entendra subitement et facilement la
conception de vostre volont.

[Note 4: L'dition de ses _Opera omnia_ (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio)
ne renferme pas moins de 222 traits en ouvrages divers. On peut
consulter,  l'gard de cet trange crivain, Buhle, _Histoire de la
Philosophie_, tom. IV, p. 730-739 de la traduction franaise; la
_Rtrospective Review_, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey,
_Revue de Paris_, juin 1841; un mmoire de M. Franck, lu en 1841 
l'Acadmie des sciences morales et politiques. Quant au mrite de ses
travaux scientifiques, on peut consulter l'_Histoire des Sciences
mathmatiques en Italie_, par M. Libri, tom. III, p. 107, et
l'_Histoire de la Chimie_, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a
trouv deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, _Vita di Cardano_,
Milano, 1821, 8), l'autre en Angleterre (G. I., _the life and times
of G. Cardan_, London, 1836, 2 vol. 8).]


 V.

     Le duc de Brunswick.

Au commencement du seizime sicle, un duc de Brunswick-Lunebourg,
Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur  l'tude; il publia divers
crits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. _Selenus_, du grec
_Selne_ (la lune), tait une espce de traduction du mot _Lunebourg_;
_Gustave_ est l'anagramme d'_Auguste_. Le jeu des checs,
l'horticulture, l'art d'crire en chiffres, occuprent tour  tour
l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici
a pour titre: _Systema integrum Chryptographi_; c'est un in folio de
prs de 500 pages.

Trithme a fourni la majeure partie des procds dcrits dans ce gros
volume, o il se trouve malheureusement beaucoup d'ides
cabalistiques; les exemples tant pour la plupart emprunts  la
langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement.

Parmi les mthodes que dcrit le duc Auguste, en voici une dont nous
n'avons pas encore fait mention:

Formez trois colonnes, en inscrivant,  ct des cinq voyelles
rptes trois fois, les consonnes de l'alphabet:

  a   _b_   a   _h_   a   _p_
  e   _c_   e   _k_   e   _q_
  i   _d_   i   _l_   i   _r_
  o   _f_   o   _m_   o   _s_
  u   _g_   u   _n_   u   _t_

Au lieu d'crire les lettres qui emportent les mots que vous voulez
chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez
par exemple un _i_ en place d'un _r_, _et vice versa_, un _o_ en place
d'un _f_, ainsi de suite.

Pour crire _l'empereur d'Autriche_, vous mettrez _icoakitk
iaguieak_.

Rien n'empche d'employer  rebours un alphabet ainsi dress ou de
substituer quelques lettres  d'autres, en suivant une marche dont on
sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficults du
dchiffrement. Au moyen de mthodes semblables, le prince allemand
montre comment les mots suivante: _Cras expectabis adventum meum_,
peuvent se traduire par _zfxubzmsbeugpgeurmiothrha_.

Les alphabets imaginaires et forgs  plaisir, que fait connatre le
prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux
qu'on trouvait dj dans le livre de Porta; il a pris la peine de
faire graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition trs-peu
authentique attribue  Salomon, et il n'a point oubli celui dont les
habitants du pays d'Utopie font usage,  ce qu'affirme Thomas Morus.
Il a lui-mme invent un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un
systme de lignes brises, obliques, parallles, etc., ou bien grce 
des groupes de points disposs de diverses manires. Nous pensons
qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets
fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans
bornes.




CHAPITRE III.

RGLES ET PROCDS DE CRYPTOGRAPHIE.


 Ier.

     Prceptes gnraux.

Maintenant laissons de ct les mthodes aujourd'hui abandonnes
qu'exposent les crivains du seizime sicle, et cherchons  faire
comprendre quelques-unes des rgles auxquelles se conformaient, dans
leurs dpches chiffres, les diplomates du sicle dernier, rgles qui
servent encore habituellement de guide  leurs successeurs.

Les signes de ponctuation sont supprims, ou bien, lorsqu'il est
ncessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clart au texte
chiffr, on les indique par une marque particulire. Les accents et le
trait d'union sont abolis.

On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (_otiosi characteres_), afin
de drouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les
nombres composs entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien
et qu'il ne faut point en tenir compte dans le dchiffrement. Le
dchiffreur non initi perdra beaucoup de temps  vouloir trouver un
sens l o il n'y en a pas et sera compltement fourvoy.

Parfois, on a recours  un chiffre de contre-sens; on convient que les
phrases chiffres, comprises entre deux marques convenues, telles que
des croix, des parenthses, des chiffres dtermins  l'avance, etc.,
doivent tre entendues dans un sens diamtralement oppos  celui
qu'elles prsentent. Par exemple, la phrase chiffre: Le roi est
malade, mais il va mieux et sa gurison est certaine, doit tre
interprte ainsi tout autrement: Sa mort est certaine.

Il n'est pas mal d'employer dans une dpche chiffre des mots de
diverses langues; le mystre sera encore plus difficile  percer; en
voici un exemple: _L'arme de l'Empereur se runit aux troupes du
roi_; crivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du franais,
de l'espagnol, de l'anglais; _exercitus der Kayser se runit  las
tropas of the king_. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible
de dcouvrir ce que vous avez confi au papier.

Les mots crits avec des abrviations convenues  l'avance, prsentent
une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un
signe convenu.

On a vu des hommes d'tat employer la mthode d'criture hbraque,
c'est--dire ranger les chiffres de droite  gauche.

Un procd qui n'est pas trs-compliqu consiste  dresser le tableau
suivant:

  abcd  efgh  iklm  nopq  rstu xyz
   1     2     3     4     5    6

et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut dguiser par un double
chiffre, dont le premier reprsente le groupe de lettres et le second,
le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi,
l'_r_ s'exprime par 51, le _g_ par 23; pour crire _festina lente_, on
mettra:

  22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21

Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour
reprsenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint 
ce chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus
opinitres n'ont gure de prise, lorsqu'on ne connat pas le secret.
Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8 reprsente l'_l_, 74
l'__, 31 l'_r_, 26 l'_o_, 59 l'_i_; pour crire le _roi_, on
mettrait 8 74 31 26 59; mais, si on ajoute 6  chacun de ces nombres,
on aura 14 80 37 32 65.

Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement matre de
retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux
correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent.


 II.

     Chiffre imagin par Mirabeau.

L'imagination active de Mirabeau touchait  tout; il inventa, dans un
moment de loisir, une mthode de chiffre qui n'est pas sans mrite.
Divisez l'alphabet en cinq parties gales, dsignez d'abord chacune
des cinq divisions par un numro, indiquez ensuite par des numros
chacune des lettres que vous aurez groupes arbitrairement:

          1
    c  f  g  u  z
    1  2  3  4  5

          2
    x  n  m  o  k
    1  2  3  4  5

          3
    s  e  h  b  g
    1  2  3  4  5

          4
    d  l  y  q  w
    1  2  3  4  5

          5
    n  i  r  t  v
    1  2  3  4  5

Les chiffres 6  9 et 0 sont regards comme non-valeurs.

On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on
veut reprsenter; la premire de ces lignes dsigne le groupe; la
deuxime la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On
indiquera donc l'_h_ par 3/3, le _t_ par 5/4, le _d_ par 4/1;  ct
de ces chiffres, tantt  droite et tantt a gauche, on mettra des
non-valeurs afin de drouter; en consquence, ces mots _le Danube_
s'exprimeront, si l'on veut, par:

  74  3948  27  50  16  3639
  82  2019  26  18  47  4827

On comprend de reste, que ceci peut tre susceptible d'une multitude
de combinaisons diverses.


 III.

     Dictionnaire de convention.

Un procd, trs-souvent mis en usage, consiste  former une espce de
dictionnaire dans lequel des mots sont remplacs par d'autres; en
voici un exemple:

  Allies,     lui.
  Amiral,     quand.
  Arriver,    tre.
  Armistice,  car.
  Attraper,   pourquoi.
  Attendre,   amie.
  Avenir,        2
  Balance,    oui.
  Baron,         3
  Bavarois,   amen.
  Bois,       et.
  Camp,          7
  Canon,      doit.
  Cavalerie,  bon.
  Conseil,       w.
  Dfinitif,  mais.
  Deux,       voir.
  Demander,   vnement.
  Descendre,  loi.
  Division,   non.
  Dix,        art.
  Empereur,   est.
  Entre,      tt.
  vnement,  demande.
  Faux,         8
  Favori,     jamais.
  Fureur,     demain.
  Gnral,      6
  Gloire,     104
  Gouverneur, selon.
  Hommes,     tard.
  Honneur,    gagn.
  Ici,        il.
  Inventeur,  hier.
  Lev,       eux.
  Lignes,     nous.
  Marchal,   cerf.
  Manoeuvres, fin.
  Mille,      ne.
  Naples,     crue.
  Nouvelles,  quart.
  Opration,  sot.
  Ordre,      ni.
  Ostracisme, x.
  Partis,     et ctera.
  Peur,          z.
  Question,   ami.
  Querelle,   troc.
  Quand,      bleu.
  Ravin,      grand.
  Renfort,    son.
  Risquer,    bas.
  Ruiner,     loup.
  Sottise,    vert.
  Surseoir,   or.
  Suisse,     froid.
  Terrain,    fier.
  Trois,      corde.
  Tuer,       rond.
  Union,      Vienne.
  Vivres,     choix.
  Volontaires, lois.
  Voyage,     Gand.

Mots perdus qu'on intercale dans les phrases:

_Assez_, _aprs_, _beaucoup_, _beaut_, _carr_, _dner_, _honneur_,
_loterie_, _mer_, _noire_, _port_, etc.

En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le
passage suivant:

Le Conseil n'a rien statu de dfinitif. Il parat cependant qu'on ne
balance qu'entre deux partis, celui de risquer la leve du camp et
celui de demander un armistice.

Le _w_ n'a encore rien, _or_ de _mais_. Il parat cependant qu'on ne
_oui_ que _tt voir etc._, celui de _bas_ la _eux_ du 7 et celui de
_vnement_ un _car_.


 IV.

     Lettres et mots exprims par des chiffres.

Une des mthodes les plus gnralement arrtes consiste  reprsenter
chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms
propres, par des chiffres; afin de mieux drouter les investigations,
on exprime la mme lettre ou le mme objet par divers chiffres; les
noms de nombre eux-mmes se traduisent par des chiffres. On forme
ainsi des tableaux qui portent le nom de _chiffre chiffrant_; en voici
un modle.

  a     6   19  500    46
  b     8   50  250    20
  c     4    2  125    18
  d    11   41   65    87
  e    31   47  201   900
  f    49   96  113  6998
  g    23   43   68   100
  h    39   93  200  8446
  i    57   89   98   105
  k    64   86  244  9797
  l    51   69   83   111
  m    13   63   92   536
  n    54  102  107  5886
  o    58   79  129  7654
  p    21   95  140   999
  q    35   84  110  1220
  r    59   81  108   548
  s    52   74  103  1370
  t    56   82  104   925
  u    53   97  112  1000
  v    32   94  203  1266
  x    34  114  300   966
  y    67   78  201  6740
  z    42   91  106   120

MOTS ET SYLLABES.

    au,                  72    99    1150    40
    de,                  45    77      66  1777
    en,                   1    15      12  1401
    est,                 76  1944      30    85
    et,                   7   101    1186    90
    t,                 27   128    1650   171
    ici,                130   270      29  2224
    le,                   9    88     109  1444
    mais,               234    71     489  2991
    non,                127    28    1849    55
    on,                  88   887      75   649
    ou,                  70  2471     666    48
    pour,              63 b  72 b     740   830
    que,                 80     3      25   400
    le roi,             812   699     778   816
    la reine,           770   817     644   555
    le ministre N,       60    44     776   670
    le prince N,        779    61     825   819
    l'arme,            700   790     970  1200
    il est parti,       576  1620    1718   600
    il est de retour,    62    33     892   697
    il est malade,     5699   733     834   690
    il est mort,        671   863     540  4559
            ,           2 b  96 b    86 c  88 d
            .           9 b  90 b    92 c  98 d
            ;           5 x   6 x    11 x  50 x
            1            14    26    20 b    24
            2            16    73      18    22
            3             9   188      37    38
            4             1    10      15    56
            5           115   132     650   663
            6           119   138     192   290
            7           116   134     195   274
            8           118   189     194   271
            9           117   136     189   289
            0           190   280     651   661
    Non-valeurs,       3000  4500
    Contre-sens,   [Signe] et : [Pt.]

Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici:

Le roi est parti le 12 du courant pour l'arme, avec le prince N. et
le ministre N. [Signe] il a de bonnes intentions pour votre Majest
[Signe]; l'arme, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.

On fera prcder cet avis de quelques mots qui lui donneront
l'apparence d'une missive relative  quelque opration de commerce ou
de banque, et on crira:

Je n'ai pu encore russir  effectuer l'emprunt que vous dsirez
contracter et au sujet duquel vous m'avez crit. 3000 4499 812 576 9
14 16 11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779
7 3778 66 14 b [Signe] 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104
201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b [Signe] 700 66 24 18
190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65
500 102 112 5 31. Cette affaire pourrait avoir  Hambourg des chances
de russite.

Les mots, _bonnes intentions_, tant affects du chiffre de
contre-sens, il faut comprendre: _mauvaises intentions_ ou _peu
favorables_.


 V.

     Thorie des chiffres chiffrants et dchiffrants.

Les auteurs de l'_Encyclopdie mthodique_ ne pouvaient oublier, dans
leur vaste rpertoire de _omni re scibili_, l'art de l'criture en
chiffre; voici le rsum des notions qu'ils exposent  cet gard:

Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une lgation,
le ministre des affaires trangres lui remet ordinairement trois
_chiffres_, le chiffre chiffrant, le chiffre dchiffrant, et le
chiffre banal. Le chiffre chiffrant, partag en colonnes, marque dans
la premire non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les
syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement
besoin dans le cours de sa ngociation, les noms des souverains ou
rpublique, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est
quelquefois imprime, mais la seconde colonne, remplie en criture par
le dpartement des affaires trangres, renferme les nombres, chiffres
ou caractres par lesquels on juge  propos de dsigner la lettre, le
mot ou la phrase, comme dans le modle suivant:

  _Chiffre chiffrant._

  a                    45.  260.  311.  1020.  805
  b                     9.  506.   33.  1110.   21
  c                    15.   36   444     20  1006
  l'empereur,          44    31  1117
  le roi d'Espagne,    35.   88.  301.  1144
  l'arme des allis,  80.   95  1022    888
  le pape,             50   302   467     19
  avantage,            18.   75.   63
  brouiller,           22.   79   103

On a soin de ranger par ordre alphabtique les noms substantifs, les
verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la
commodit du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se
servir  son choix, afin de dsigner le mme mot; grce  cette
prcaution, en cas d'incident, il devient plus difficile de dchiffrer
la dpche.

Les articles d'une dpche qui mrite le secret se chiffrent tout au
long; on n'y met point de mots crits en caractres ordinaires, parce
que ces mots, quelque indiffrents qu'ils puissent paratre, se
trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou
du moins dcouvrir la matire qu'on traite. Il ne faut pas ngliger de
distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrire chaque
nombre, puisque, sans cette prcaution, une dpche serait
indchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa
clef et qui verrait les nombres confondus.

Le chiffre dchiffrant marque, dans la premire colonne  gauche, tous
les nombres dont le chiffre chiffrant est compos, depuis le plus bas
jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne  droite
contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre dsigne.
Lorsqu'on veut chiffrer quelque dpche, on cherche dans ce chiffre
dchiffrant la signification de chaque mot qui se prsente, et on
l'crit au-dessus entre les lignes, qui doivent tre espaces
convenablement, de mme que les nombres loigns les uns des autres 
une juste distance.

En voici un exemple:

   Le ministre d'ici est tout dvou aux intrts
  102    23       44  9  1204    76        336

  de l'Angleterre; c'est le fruit de dix mille
          888        54       21      68   9

  guines semes  propos.
    519    1106     718


 VI.

     Autres systmes de chiffres.

Lorsqu'on souponne que les chiffres ont t vendus par des commis ou
des serviteurs infidles, on tche de tromper les gens qui ont fait
acquisition du chiffre.

Alors la Cour crit  son ministre ou bien le ministre mande  sa Cour
le contraire de ses vritables intentions. On exprime en chiffre la
contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite,
dans la dpche, un signe, une marque, un caractre, un mot ou une
phrase, dont on est convenu avant le dpart du ngociateur, indice qui
annule non-seulement tout ce qui vient d'tre dit, mais qui dsigne
aussi qu'on doit l'entendre dans le sens oppos; c'est ce qu'on
appelle le _chiffre annulant_. Lorsqu'on dcouvre qu'une puissance
rivale essaye de corrompre nos employs, on lui fait parvenir
adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en crivant des
contre-vrits.

La Cour donne quelquefois un chiffre diffrent  chacun de ses
ministres dans les pays trangers; mais, comme il importe souvent au
bien des affaires gnrales, que ces ministres lient entre eux des
correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun 
tous et dont ils peuvent se servir.

Le chiffre  simple clef est celui o l'on se sert toujours d'une mme
figure pour dsigner une mme lettre.

Le chiffre  double clef est celui dans lequel on change d'alphabet 
chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.

Une manire plus simple est de convenir d'un mme livre peu connu, ou
d'une dition ancienne, imprime au loin, presque ignore: on forme
une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a
choisi; le second dsigne la ligne de cette page; le troisime marque
le mot dont on doit se servir. Cette manire d'crire ne peut tre
devine que de ceux qui devineront d'abord  quel livre on a recours;
elle prsente d'autant plus de difficults, que, le mme mot se
trouvant en diverses pages du livre, il est presque toujours dsign
par diffrents chiffres; le mme chiffre revient rarement dsigner le
mme terme.

Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systmes de
Cryptographie que dveloppent les auteurs du dix-huitime sicle,
systmes dont le fond se trouve dj chez Vigenre et chez Porta, et
qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant gure t mis
en usage, ils soient demeurs dans des livres condamns  trouver peu
de lecteurs.


 VII.

     Chiffre par excellence.

Tel est le nom que Dlandol, dans son _Contre-espion_, donne  un
chiffre, qui runit, d'aprs lui, le plus grand nombre d'avantages que
l'on puisse dsirer pour une correspondance secrte et qui les
runirait tous sans exception, s'il n'tait pas d'une excution assez
lente. Cet inconvnient est compens par l'immense difficult, par
l'impossibilit mme, on peut le dire, de dcouvrir, lorsqu'on ne
possde pas le mot de clef convenu entre les correspondants, le sens
d'une dpche crite de la sorte.

Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux
correspondants se munissent d'un carr, qui prsente pour les lettres
ce que le carr arithmtique prsente pour les chiffres, c'est--dire
que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans
l'autre, en cherchant le carr correspondant aux deux termes qui se
servent rciproquement de multiplicande et de multiplicateur.

Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou
quatre fois six? Cherchez, sur la premire ligne horizontale de votre
carr, l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la
premire ligne verticale, c'est--dire sur la premire colonne. Voyez
ensuite quelle est la case qui correspond en mme temps  chacune de
celles o sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est
effectivement le produit de six ou de quatre multiplis l'un par
l'autre. De mme dans le carr de lettres, si vous voulez multiplier F
par M, vous trouverez S  la case qui rpond  l'F de la premire
ligne et  l'M de la premire colonne. Vous trouvez galement S  la
case qui correspond  l'M de la premire ligne et  l'F de la premire
colonne. Ceci pos, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les
correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef
soit _blanc-bec_ (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il
y a avantage  choisir des expressions peu usuelles et qui djouent
tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les
deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du
mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer;
puis, cela fait, vous placez chacune des lettres de _blanc-bec_ sous
chacune des vritables lettres que vous aurez  crire, en rptant
sans cesse le mot convenu et en recommenant  l'inscrire aussitt que
vous l'avez termin.

Supposons que vous veuillez, vous, gnral d'arme, transmettre cet
avis:

Nous devons dcamper cette nuit:

Vous le disposerez de la faon suivante:

Nous devons dcamper cette nuit.

Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan.

Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres _vraies_ de la
missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres
du mot de clef, comme un multiplicateur. Vous oprez ensuite de la
faon suivante:

En multipliant N, premire lettre _vraie_ de la dpche, par B,
premire lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carr la lettre
P,  la case qui correspond d'un ct  l'N, de l'autre au B. Vous
placez P pour premire lettre de la missive chiffre.

La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L.
La case qui correspond  O et  L est un A, que vous posez comme
second caractre.

La troisime vraie lettre est un U, la troisime lettre du mot de clef
un A. La case qui correspond  l'une et  l'autre lettre, vous donne
V, et la case qui correspond ensuite  S (quatrime lettre vraie) et 
N (quatrime lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisime
et quatrime caractre de votre dpche chiffre: V G.

Continuant cette opration sur chaque mot de la dpche vraie, vous
arrivez  la phrase chiffre que voici:

  pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu

Tant qu'on ne possdera pas le mot de clef, il sera impossible de
deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant dchiffrera
sans peine cette missive, en faisant une opration inverse  celle que
vous avez accomplie.

Au-dessous du billet chiffr, il crira chacune des lettres du mot de
clef. Il cherchera ensuite successivement dans la premire colonne du
carr chaque lettre du mot de clef, et,  chaque lettre, il cherchera
sur la mme ligne la lettre correspondante du billet chiffr. Alors la
lettre qui commence la colonne o se trouve cette lettre de chiffre
est la vraie; c'est celle qu'il faut crire pour avoir la vritable
missive.

On remarquera que chaque fois qu'une lettre se prsente dans la
dpche _vraie_, elle donne dans la dpche chiffre un rsultat
diffrent; aussi toute investigation demeure-t-elle strile, lorsqu'on
ne possde pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre.

Cette mthode est, au fond, sauf quelques lgres diffrences, la mme
que celle qu'expose le pre Kircher, qu'il met en oeuvre au moyen d'un
tableau de chiffres (_abacus numeralis_), form de lettres de
l'alphabet disposes horizontalement d'abord, verticalement ensuite,
et donnant ainsi un carr compos de 576 cases, dans chacune
desquelles est plac un chiffre. Le procd qu'indique Neyron
(_Principes du droit des gens_, Brunswick, 1783, 8, p. 170), rentre
dans une catgorie toute semblable.


 VIII.

     Grille en chssis.

La manire d'crire en chiffres au moyen d'une grille en chssis est
bien simple et d'un usage facile. Elle rclame peu de temps. Il s'agit
d'avoir un chssis dcoup sur la longueur des lignes, comme le
dsigne la figure; celui auquel on crit possde un instrument tout
semblable.

Chacun des coins du chssis doit porter une marque diffrente, parce
que ce chssis peut se placer dans divers sens.

Aprs l'avoir pos sur une feuille de papier de mme grandeur, en
faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les
ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois trace
d'aprs cette mthode, on lve le chssis, et, dans les intervalles
qui se rencontrent entre chacun des mots, on en crit d'autres, afin
de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de
manire qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont t crits
dans les ouvertures du chssis.

Le correspondant qui reoit cette ptre applique, par-dessus chaque
page, un chssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent
masqus, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis
qu'on s'est propos de faire passer.

La lecture d'une des oeuvres les plus remarquables de M. de Balzac
(_Histoire des Treize_) a rvl l'existence de la _grille_  bien des
personnes fort peu au fait des procds de la Cryptographie. Il
s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant
en main une lettre adresse  sa femme, lettre qui prsente un
non-sens continuel, vient consulter un de ses amis, employ au
ministre des affaires trangres:

--C'est une lettre  grille.. Attends.

Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.

--Niaiserie, mon ami! C'est crit avec une vieille grille dont se
servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi
des jsuites... Tiens, voici!

Jacques superposa un papier  jour, rgulirement dcoup comme une
de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs drages, et
Jules put alors facilement lire les phrases qui restrent 
dcouvert.

Donnons un exemple de ce procd.

Supposons qu'on veuille mander ceci:

Vous me trouverez trs-dispos  vous rendre.

On crit ces mots dans l'ordre et  la place que leur assigne la
grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres
mots, de faon que le tout prsente un sens assez raisonnable.

  Je [=vous=] prie de [=me=] mander si vous
  [=trouverez=] bon, mon [=trs-=] cher, que je
  [=dispos=] ds [==] prsent des effets que
  [=vous=] avez offert de me [=rendre=], etc.

Voici maintenant le vrai sens rtabli au moyen de la grille:

     [=vous=]         [=me=]
  [=trouverez=]          [=trs-=]
  [=dispos=]     [==]
  [=vous=]                   [=rendre=]


 IX.

     Chiffre au moyen d'un cadran.

Ce procd est un peu compliqu. Il exige du temps et de l'attention,
mais il prsente les plus grandes garanties d'un mystre impntrable.

Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en
vingt-quatre parties gales et sur chacune desquelles vous transcrivez
une des vingt-quatre lettres de l'alphabet.

Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec
le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez
en un mme nombre de parties, et vous y transcrivez galement les
diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont ranges dans
l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de
correspondance devient plus commode.

Le cadran mobile doit tre plac de manire que ses divisions
correspondent exactement  celles du premier cadran. On le dispose de
la manire que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran
intrieur correspond  la lettre A du cadran extrieur, on place en
tte de la premire ligne qu'on crit les deux lettres H et A: elles
indiquent,  celui avec lequel on correspond, de quelle manire il
doit de son ct placer la machine parfaitement semblable dont il est
muni; sans une pareille indication prliminaire, il serait impossible
de parvenir  s'entendre.

Une fois les cadrans disposs, on prend la lettre que l'on veut
chiffrer et que l'on a d'avance crite en caractres ordinaires; au
lieu de chacune des lettres dont les mots sont composs, on place, sur
la dpche que l'on expdie, les lettres qui y correspondent sur le
cadran intrieur.

Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de _roi_, par exemple,
vous mettrez, au lieu de l'_r_, la lettre _x_ qui y correspond sur le
cadran intrieur, et ensuite, au lieu des lettres _o_ et _i_, les
lettres _v_ et _n_; vous aurez ainsi _xvn_, et le dchiffrement de ce
que vous crirez de la sorte sera presque impossible  celui qui ne
saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le st-il, ne
connatra pas quelle disposition vous leur donnez.

Vous continuez de mme pour toutes les lettres dont se composent tous
les mots de la dpche qu'il s'agit de dguiser.

Votre correspondant met  profit l'indication H A, dont il vient
d'tre question: il donne  ses cadrans une disposition identique 
celle que vous avez adopte; il cherche successivement sur le cadran
extrieur toutes les lettres qui rpondent sur le cadran intrieur 
chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi
sans difficult  traduire la dpche qu'il a reue.


 X.

     De l'emploi des signes astronomiques.

Les signes astronomiques, c'est--dire ceux dont on fait usage pour
dsigner les plantes et les diverses parties du zodiaque ont t
plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Suppos que
chaque lettre soit reprsente par un de ces signes, il faudra
beaucoup de temps et de peine, pour crire une dpche en suivant une
pareille mthode, et le secret ne sera pas mieux cach. Un chiffre de
ce genre ne prsente pas plus de difficult que celui dans lequel
chaque lettre de l'alphabet est reprsente par une autre lettre, _a_,
par exemple, tant remplac par _d_, _b_ par _e_, _c_ par _f_, ainsi
de suite.

On prouve moins d'embarras  faire usage d'un chiffre, dans lequel
les signes astronomiques sont mls  des lettres empruntes aux
alphabets hbraque, grec ou latin, ou bien  des chiffres numriques,
 des figures de mathmatiques. Chacun de ces signes exprime une
lettre, une syllabe ou un mot. Cette mthode tait du got des anciens
auteurs; mais aujourd'hui elle ne trouve gure de partisans. Vigenre
se plat  en fournir des exemples qu'il dveloppe avec sa prolixit
habituelle.

Voici, parmi les procds de ce genre, le meilleur et le plus simple.
On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces
sections dans un carr particulier, et on dsigne chaque carr par un
signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple.

  [=abcd [Gl.]=] [=efgh [Gl.]=] [=iklm [Gl.]=]

         [=nopq [Gl.]=] [=rstuz [Gl.]=]

Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet ranges dans
l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus,
il faut, pour exprimer chaque lettre, crire le signe qui dnote le
carr, et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numro qui
correspond  la place qu'elle occupe. L'_e_ se trouvera donc
reprsent par [Gl.]1, l'_m_ par [Gl.]4, l'_o_ par [Gl.]2, etc. Si
l'on veut transmettre l'avis que l'arme a pass le Danube, on
mettra:

  [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]e [Gl.]e [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1
       [Gl.]2 [Gl.]2 [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]1
              [Gl.]n [Gl.]4 [Gl.]2 [Gl.]1.

Ce procd est un peu long, puisque chaque lettre rclame remploi d'un
signe et d'un numro; il ne prsenterait pas de trs-grandes
difficults  un dchiffreur habile, s'il tait mis en usage de la
manire que nous indiquons, mais il est ais d'y ajouter des
complications qui en dguisent mieux le mystre.


 XI.

     Signes de la mnmonique.

L'ide d'appliquer  la Cryptographie les signes imagins pour la
mnmonique ou l'art de la mmoire, s'est naturellement prsente 
quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son _Collegium
mnemonicum ou Rvolutions d'un nouveau secret de l'art de la pense_
(en allemand, Hambourg, 1707, 4), a travaill en ce sens. Il dsigne
par les numros 1  23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit
ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dpche qu'on veut
rendre secrte. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa
mnmonique chiffre. Il crit ces mots tout au long. Il arrive ainsi 
des sries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.

Dobel reprsente, dans ses procds de mnmonique, les chiffres, par
des consonnes; ainsi 1--b, p, w; 2--c, k, q, x; 3--f ou v; 4--g ou j;
5--l; 6--m; 7--n; 8--r; 9--s; 0--d ou t. Veut-il exprimer
mnmoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se
rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question.
C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres _l_
_m_ _n_ et pour reprsenter ces lettres, il a recours aux mots:
_limen_, _lumen_, _lamina_, _columen_.

Ce procd exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page
entire d'criture chiffre est ncessaire pour exprimer quelques
lignes de la dpche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvnients
sont cause qu'on n'a peut-tre jamais fait usage de cette mthode
mnmonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles
dont l'interprtation prsenterait le plus de difficults.


 XII.

     Correspondance au moyen d'un jeu de cartes.

Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un
ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit
galement dterminer l'ordre du mlange qui doit se faire de ces
cartes.

Ces deux choses ayant t rgles, vous crivez, comme d'ordinaire,
votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu
de cartes dans l'ordre dont vous tes convenu, vous les mlez et vous
tracez sur chacune d'elles, en commenant par la premire qui se
trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui
composent ce qui a t crit sur le papier; lorsque vous avez plac
une lettre sur chacune de ces cartes, vous les mlez de nouveau,
toujours dans le mme ordre et sans y rien changer, et vous continuez
de placer de mme toutes les lettres qui suivent; vous ritrez cette
opration jusqu' ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui
composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un
point aprs chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer
la sparation de tous les mots.

Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de
trente-deux cartes, dispos dans l'ordre qui suit, et de mler ce jeu,
en mettant alternativement  chaque mlange trois cartes au-dessus des
trois premires et trois au-dessous. Le jeu tant remis dans son
premier tat, chaque carte sera charge des lettres ci-aprs.

On suppose que la lettre chiffre contient la phrase suivante:

Je connais trop, monsieur, l'intrt que vous prenez  tout ce qui
peut augmenter ma flicit, pour retarder plus longtemps  vous
confier le dessein que j'ai form de m'unir par les liens les plus
sacrs  la famille de...

  ORDRE DES CARTES               LETTRES DE LA PHRASE
    convenu                        ci-dessus,

  entre ceux qui s'crivent.     dans l'ordre o elles doivent
                                 se trouver
                                 sur chacune des cartes.

  _Mlange_,                     1  2  3  4  5  6
  as de pique,                   n  r  t  j  l  e
  dix de carreau,                s  e  a  n  u  r
  huit de coeur,                 i  n  r  q  s  e
  roi de pique,                  p  p  a  n  n  
  neuf de trfle,                m  e  f  f  s  s
  sept de carreau,               o  u  e  i  l  a
  neuf de carreau,               e  t  s  t  t  l
  as de trfle,                  u  a  l  e  e  a
  valet de coeur,                r  u  v  m  s  f
  sept de pique,                 t  e  i  s  n  a
  dix de trfle,                 r  s  t  c  l  m
  dix de coeur,                  o  a. e. o  r. i
  dame de pique,                 l  u  p  s  m. l
  huit de carreau,               i  s. o  s  e. l
  huit de trfle,                n  p  u  o  d  e.
  sept de coeur,                 v  q  p  a  f  d
  dame de trfle,                t  u  l  e. o  e.
  neuf de pique,                 s. i. u  j  r. etc.
  roi de coeur,                  t  g  e  e  e.
  dame de carreau,               e  m  r. r. m
  huit de pique,                 r  e  m  l  u
  valet de trfle,               o  t  d  p. p
  sept de trfle,                n  o  e  s. a
  as de coeur,                   n  a  r. a. r.
  neuf de coeur,                 c  e. r. v  l
  as de carreau,                 s  o  r  o  j
  valet de pique,                t. o  e  u  e
  dix de pique,                  J. t. l  e. e
  roi de carreau,                e  c  i  d  s
  dame de coeur,                 c  e. c  e  p
  roi de trfle,                 q  n  n  a  s
  valet de carreau,              n  t  g  y. a

Toutes les lettres qui composent les mots de la dpche qu'on veut
chiffrer ayant t sparment transcrites sur ces trente-deux cartes,
comme il vient d'tre indiqu, vous mlerez indistinctement ce jeu de
cartes, et vous l'enverrez  votre correspondant.


Manire de lire.

Celui qui reoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu gard  la
figure des cartes) dans l'ordre qui a t convenu; il en fait un
premier mlange, et transcrit successivement et de suite toutes les
lettres qui se trouvent les premires en tte de chacune de ces
trente-deux cartes, en ayant bien attention de ne pas les dranger de
leur ordre; aprs quoi, il les mle de nouveau et recommence cette
mme opration jusqu' ce que toutes les lettres soient transcrites:
ces lettres forment naturellement le discours contenu dans la dpche
en chiffres.

Une prcaution qui n'est pas  ddaigner consiste  crire en encre
sympathique les caractres tracs sur ces cartes: si elles viennent 
tomber entre des mains indiscrtes, rien n'indique l'existence du
secret qui leur a t confi.


 XIII.

     De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une
     dpche.

On crit _en clair_ la dpche qu'on veut transmettre, mais on y mle
des mots et des syllabes de faon  obtenir une suite de mots
trangers n'appartenant  aucune langue et qui ne prsentent aucun
sens. On partage les mots composs de plusieurs syllabes, et d'un mot
on en fait plusieurs, en ajoutant des lettres que le dchiffreur
regarde comme _nulles_.

Voici un passage emprunt  la _Germanie_ de Tacite et crit d'aprs
un pareil systme.

Dans la premire ligne, les trois premiers mots: _Lampsi deso saleu_,
et le dernier: _nous_, sont nuls.

Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le
sont galement.

Dans chacun des autres mots placs dans ces diverses lignes, la
premire et la dernire lettre sont nulles. Il va sans dire que le
choix des syllabes et des lettres affectes de nullit est
parfaitement indiffrent.

Ceci pos, on peut crire la phrase suivante. Nous mettons en
italique, pour plus de clart, les lettres qu'il faut conserver; mais,
dans la dpche chiffre, rien ne doit distinguer ce qui est valable
et ce qui est ajout.

Lampsi deso saleu e_rege_su s_ex_a a_nobi_o nous futher c_litate_s
u_duces_n t_ex_t s_uirtute_y ai ma t_sumunt_a. o_nec_t g_regi_o
a_bus_o s_infini_e

et

yes a_ta_s s_aut_a a_libe_i st_ra_t s_potes_o e_tas_i,

par

la s_et_a s_duce_si sexema oplos s_potius_i sind mio s_quam_e s_impe_t
st_rio_p a_si_o o_promptui_m que

to e_si_t e_conspi_l a_cui_z. o_si_m s_ante_r s_asi_s do le s_em_o
s_agunt_u s_admi_o e_ratio_x a_ne_s s_prae_t y

allos o_sunt_y dorche.

Le passage de Tacite se trouve ainsi trs-clairement nonc:

_Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita
aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si
conspicui, si ante aciem agunt, admiratione prsunt._

Comme il serait fort long d'crire en tte et  la fin de chaque ligne
un grand nombre de mots _nuls_, on simplifie de diverses manires le
systme que nous venons d'indiquer.

On entremle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres
prises au hasard, de faon, par exemple, que chaque lettre vraie est
prcde de deux lettres fausses. Pour crire _nemo est domi_
(personne n'est  la maison), vous mettrez:

     ex_n_pt_e_rk_m_bd_o_ vn_e_cs_s_mj_t_ lb_d_ku_o_ph_m_cu_i_.

Ou bien on mle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour
dire: _Pater meus non est domi_, vous mettrez: _Pa_ba_t_eb_er_
_me_beub_us_ _no_bo_n_ eb_est_ _do_lo_mi_bi. _Fababribicabatober_
voudra dire: _Fabricator_.

Un procd du mme genre consiste  renverser les mots de l'avis 
transmettre, c'est--dire  les inscrire de droite  gauche, en
mettant au commencement et  la fin de chacun deux lettres qui ne
signifient rien; d'aprs cette mthode, pour crire: l'arme est
battue, on pourra mettre: nb_eemral_xd ve_tse_jb iq_euttab_kf.

Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications
trs-nombreuses; mais il faut reconnatre galement qu'un dchiffreur,
ayant de l'exprience et bien vers dans les mystres de la
Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour dcouvrir les
secrets cachs sous un pareil voile.


 XIV.

     De la stganomtrographie.

Ce procd est dcrit en dtail dans un ouvrage publi par Mathias
Uken, en 1751. Donnons une ide de ce chiffre, qu'on peut regarder 
juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de
trouver la clef.

Vous crivez en caractres ordinaires l'avis que vous voulez
transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre,
en ayant soin de faire suivre les numros dans l'ordre habituel.

Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur
d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin.

  HERI OBIIT
  1234 56789

   C   A   R   O   L   U   S   A   U   G   U   S   T   U   S
  10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24.

   I   M   P   E   R   A   T   O   R
  25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33

Vous vous tes muni d'un certain nombre de tableaux numrots; chacun
d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A  Z, et, 
ct de chaque lettre se trouve inscrit la moiti d'un vers pentamtre
ou hexamtre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hmistiches,
les tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en runissant les
tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici
un exemple:

    _Tableau_ 1.

  a  Ne mora te teneat

  b  Ne cunctare precor

  h  Ne dedigneris


    _Tableau_ 2.

  a  chart perfringere gemmam.

  b  sua vincula demere chart.

  e  peregrinam evolvere hartam.


    _Tableau_ 3.

  r  A tibi dilectis


    _Tableau_ 4.

  i  credi venere plagis.


    _Tableau_ 5.

  o  Non tibi damniferos


    _Tableau_ 6.

  b  depinget epistola casus.


    _Tableau_ 7.

  i  Ltitias mentis


    _Tableau_ 8.

  i  demat ut illa.

Cherchez dans le premier tableau l'hmistiche qui correspond  la
lettre H et dans le second celui qui est plac  ct de la lettre E;
voyez dans le troisime tableau quelle moiti de vers correspond  la
lettre R, et, dans le quatrime, examinez ce que vous donne I. En
crivant  la place de chaque lettre l'hmistiche qui lui correspond,
vous exprimerez le mot _Heri_ de la manire suivante:

  Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam,
  A tibi dilectis, credi venire plagis.

En suivant ce mme procd, vous complterez facilement votre
dpche.

Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de
ne pas se trouver dans le cas de rpter les mmes vers, si la dpche
est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre
tableaux qui contiennent 656 hmistiches et qui offrent ainsi le moyen
de chiffrer un avis compos de ce nombre de lettres.

Le dchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses
tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, prsenter la
reproduction textuelle des vtres; il cherche quelle est la lettre qui
correspond  chaque hmistiche, et, en crivant successivement ces
lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez.

On voit que la stganomtrographie est pour les non initis une nigme
dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvnient de prendre
beaucoup de temps et d'exiger des critures considrables, puisque
chaque lettre de l'avis  transmettre se trouve, dans la dpche
chiffre, exprime par plusieurs mots.


 XV.

     Chiffre form par un systme de lettres et de points.

J. H.  Sunde, dans sa _Steganologia_, indique un chiffre assez
ingnieux, qui consiste dans l'emploi combin des lettres et des
points. Les lettres sont runies deux  deux, et, au-dessous de chaque
groupe, on place un systme variable de points. La chose se dispose de
la sorte:

   ae    io    ub    cd    fg    hk    lm    np    qr    st    vy    xz
  [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.]

Au lieu de la lettre _a_ dans la dpche  chiffrer, on place _e_ avec
un point devant; au lieu de l'_e_ on crit _a_, en plaant cette fois
le point aprs; au lieu du _d_ on crit un _c_, que prcdent quatre
points disposs en carr; ainsi de suite. De cette faon, le mot
_amen_ se trouve exprim par les lettres et les points qui suivent:

el [Pt.] a. [Pt.] p

et le mot _Rhin_ se chiffre de la sorte:

q [Pts.] [Pt.] h. o [Pt.] p


 XVI.

     De la substitution des lettres les unes aux autres, d'aprs un
     systme compliqu.

Il est un systme de cryptographie qui consiste simplement  remplacer
les lettres de la dpche par d'autres lettres ranges d'aprs un
ordre convenu. L'opration est longue, mais on obtient ainsi la
presque certitude d'chapper aux investigations, car le grand nombre
de combinaisons dont un pareil procd est susceptible rend la
dcouverte de ce secret extrmement difficile.

Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1  10
dans l'ordre suivant:

  1    2    3    4    5    6    7    8    9    10
  4.   7.   2.   9.   1.   10.  5.   3.   6.   8.

il faut alors que la premire lettre de la vraie dpche soit, dans
l'crit chiffr, remplace par la quatrime lettre de cette mme
dpche; la seconde, par la septime; la troisime, par la seconde; la
quatrime, par la neuvime; ainsi de suite.

On range par dcade ou dizaine les mots de la dpche  chiffrer.

Supposons qu'on veuille mander:

Le roi de Hanovre est trs-malade, et il ne peut vivre longtemps.

On raisonnera de la sorte:

La premire lettre de la dpche, _l_, correspond  la quatrime, _o_;
la seconde, _e_,  la septime, _h_; la troisime, _r_,  la seconde,
_e_; la quatrime, _o_,  la neuvime, _n_, etc. On crira en
consquence les lettres qui forment successivement la dpche
chiffre.

 la seconde dizaine, on procde de mme; la correspondance des
lettres se trouve toute nouvelle.

Voici comment les vingt premires lettres de la phrase prise pour
exemple se trouveraient chiffres:

  ohenloirdaetrevsstre

Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la
sparation des mots ou la fin des dizaines; on peut trs-bien,
d'ailleurs, au lieu de se borner  oprer sur dix lettres, tendre 
vingt ou  trente lettres ce systme de remplacement. On peut aussi, 
chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre
diffrent, sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manire, on
rendra le problme plus que jamais insoluble pour les non initis;
mais il faut reconnatre que cette mthode prend du temps, et qu'
moins d'une attention fort soutenue on est expos, en chiffrant de la
sorte,  commettre bien des erreurs.


 XVII.

     Chiffre invent par Hermann.

Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir invent un
chiffre absolument indchiffrable; il mit tous les mathmaticiens de
l'Europe et toutes les socits savantes au dfi d'en dcouvrir la
clef. Un rfugi franais, Beguelin, fut assez habile ou assez bien
inspir pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les
dtails de sa dcouverte dans les _Mmoires de l'Acadmie de Berlin_,
1758.

Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractres diffrents et des
neuf chiffres de l'arithmtique, de 1  9.  chacun de ces caractres
rpond immdiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque
mot est spar du suivant par un point. Plusieurs de ces caractres en
ont un autre immdiatement au-dessus d'eux, et ces caractres
suprieurs sont en partie les mmes que les infrieurs; quelques
autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples lignes,
paraissent affects  la range suprieure et ne se rencontrent nulle
part dans l'infrieure.

Aprs bien des ttonnements et des vrifications, Beguelin reconnut
que le chiffre sur lequel il oprait tait soumis  trois lois
particulires:

1 Tout caractre initial infrieur dont la valeur est au-dessus de 9
conserve sa valeur constante;

2 Tout caractre initial infrieur dont la valeur affirmative est
au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
ordinaire.

3 Tout caractre initial infrieur dont la valeur ngative est
au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
ordinaire; plus une unit.

Diverses lois particulires dcoulaient de ces lois gnrales:

4 Le caractre suprieur initial conserve toujours sa valeur
ordinaire;

5 Le caractre suprieur ne sert qu' dterminer par sa valeur la
lettre place immdiatement au-dessous et nullement celle qui suivra 
droite,  moins que le caractre infrieur ne soit zro;

6 Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractre
suprieur, ne ft-ce qu'un point, comme on a alors dj deux valeurs
requises pour dterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractre
qui prcde  gauche;

7 Un point plac sur un caractre qui n'est pas un chiffre
arithmtique augmente toujours sa valeur d'une unit;

8 Un point plac dans la figure d'un tel caractre le rend
simplement ngatif, sans rien ajouter ni diminuer  sa valeur;

9 Une valeur ngative ou soustractive n'est telle que relativement au
caractre qui prcde; toute valeur est affirmative ou additive par
rapport au caractre suivant. De l vient que l'initiale infrieure
est toujours affirmative, quoique le caractre soit ngatif;

10 Comme les lettres rpondent  des nombres affirmatifs, la
diffrence entre deux caractres, dont l'un est ngatif, est toujours
cense affirmative, quoique la valeur du caractre ngatif soit la
plus grande;

11 Lorsque le caractre  gauche est zro, il faut ajouter la valeur
du caractre qui prcde le zro.

Tout cela tait assez ingnieux, mais l'accumulation de ces lois rend
un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie
dans la dtermination de la valeur des lettres alphabtiques; et la
multiplicit des rgles, jointe aux divers usages d'un mme signe,
donnerait certainement lieu dans la pratique  bien des fautes
d'inadvertance.

Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manire emphatique; il
n'est gure de chiffre dont on ne puisse venir  bout, ds que l'on en
connat la langue et que les mots sont distingus;  plus forte raison
laissent-ils chapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin
d'viter le retour des mmes signes pour exprimer la mme lettre. Le
chiffre du professeur allemand roulait sur des valeurs numraires; il
ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne
devaient pas y conserver leur valeur connue.

Donnons maintenant un exemple de la faon dont se prsentait le
chiffre en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait
dguise au moyen de sa mthode signifie dans une traduction mot 
mot et interlinaire: La orientale science, au lieu des lettres, avec
nombres et caractres, d'crire.

_Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und
Caractern zu schreiben._

[Illustration: Planche de signes.]

[Note 5: Voir la planche IX,  la fin du volume de l'Histoire de
l'Acadmie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.]

Il n'a jamais t fait usage de ce chiffre, et il est demeur dans le
domaine des thories imagines  plaisir. En le perfectionnant, en
vitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent
l'interprte sur la voie de sa dcouverte, on pourrait encore obtenir,
sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne
doit pas tre admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui
prsenterait les difficults les plus formidables; mais une pareille
mthode resterait toujours un simple objet de curiosit, car elle
serait trop complique pour que la diplomatie en ft usage.


 XVIII.

     De l'emploi des notes de musique.

Ce systme de cryptographie repose sur le mme principe que celui
dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous
dcrivez sur un carr de carton un cadran divis en vingt-quatre
parties gales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des
lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et
concentrique au premier, est divis de mme en un pareil nombre de
parties gales. Il est rgl circulairement, comme un papier de
musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du
musique diffrentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de
tracer les trois clefs de la musique dans l'intrieur du cadran, et
autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font
usage pour exprimer les divers temps ou mesures.

Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extrieur, de
manire qu'elle se trouve vis--vis de celle du cadran intrieur:
chaque lettre du premier cadran rpond  une note place sur le
second.

Prenez ensuite une feuille de papier rgl tel que celui dont on fait
usage pour noter la musique; et, aprs avoir dispos vos deux cadrans,
placez, en tte de la premire ligne de votre dpche, celle des trois
clefs qui correspond aux mesures indiques; ceci sert de rgle  votre
correspondant, afin qu'il dispose de la mme faon, avant
d'entreprendre le dchiffrement, le cadran qu'il a devant lui.
Transcrivez sur le papier rgl la note qui, sur le cadran intrieur,
rpond aux lettres dont sont composs les mots de l'avis qu'il s'agit
de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la
musique et par le chiffre qui dsigne la mesure, de l'arrangement
qu'il doit donner  ses cadrans, substituera, en place de chaque note,
la consonne ou voyelle qui lui correspond.

En changeant de clef  plusieurs reprises, on rend le dchiffrement
plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran
cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de faon
qu'une des trois clefs de la musique rponde  un temps ou mouvement
diffrent; ce qui peut s'effectuer  plusieurs reprises dans la mme
lettre et ce qu'on indique de la manire ci-dessus signale.




CHAPITRE IV.

DES DIVERSES SORTES D'CRITURE ET DES DIFFRENTS LANGAGES DE
CONVENTION QUI SE RATTACHENT  LA CORRESPONDANCE OCCULTE.


 Ier.

     Okygraphie.

M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique  la
prfecture de la Seine, a propos une criture chiffre de son
invention, dans un livre intitul:

_Okygraphie, ou l'art de fixer par crit tous les sons de la parole
avec autant de facilit, de promptitude et de clart que la bouche
les exprime. Nouvelle mthode applicable  tous les idiomes,
prsentant des moyens aussi vastes, aussi srs que nouveaux
d'entretenir une correspondance secrte dont les chiffres seront
absolument indchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12.

Les signes qu'emploie cette mthode sont beaucoup plus simples que
ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se rduisent  trois: _i_, _c_,
[Signe]. On les crit sur du papier rgl dans le genre de celui qui
sert  la musique, mais avec la diffrence que les lignes ranges 
ct les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois
signes indiquent leur signification, de mme que les notes de musique,
d'aprs la position qui leur est assigne sur les lignes, et, pour
chaque signe, cette position peut se combiner de huit manires
diffrentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet,
qu'on simplifie d'ailleurs en crivant les mots tels qu'ils se
prononcent.

En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord 
l'avance sur le sens qu'il faut attacher  chacun d'eux plac de telle
ou telle manire, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers
stratagmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine
 former un chiffre dont le mystre restera compltement impntrable.
M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a forms
selon sa mthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantit
infinie.

L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires
trangres, fut appele sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour
la correspondance secrte des ambassades; M. Blanc nous fait savoir
qu'il reut une lettre trs-flatteuse signe de Son Excellence; cette
lettre rendait justice au mrite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait
que, dans les bureaux et dans les lgations, on tait habitu, de
longue date,  des mthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il
n'y avait gure moyen d'y introduire l'emploi de procds tout
nouveaux.


 II.

     Pasigraphie.

Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _ tous_, [Grec:
graph], _j'cris_. crire mme  ceux dont on ignore la langue, au
moyen d'une criture qui soit l'image de la pense que chacun rend par
diffrentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_.

Deux personnes, appartenant  deux pays diffrents et  deux langues
diffrentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent  le
pasigraphier; ds lors, ce que l'une crit dans sa langue, l'autre
l'entend dans la sienne. Adaptez cette mthode  plusieurs langues, le
mme crit, le mme imprim sera lu en autant de langues, comme les
chiffres de l'arithmtique, les signes de la chimie et les notes de la
musique sont galement intelligibles pour tout le monde, de Cadix 
Stockholm, de Boston  Calcutta.

M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occups de
Pasigraphie; dans le procd qu'il emploie, il fait usage de douze
caractres; nous les reproduisons ici:

  [Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.].

Il serait trs-long et d'un faible intrt d'expliquer ici comment,
grce  l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de crer une
criture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de
Maimieux exprime lui-mme en ces termes l'ide qui sert de base  sa
mthode.

Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de
substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les
langues composent leurs mots. Ces syllabes diffrent d'un idiome 
l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un tranger ne peut
connatre qu'aprs beaucoup d'tudes et un long usage. Chaque mot
prsente des particularits qu'il faut savoir pour bien possder une
langue, soumise, d'ailleurs,  des rgles trs-nombreuses, peu fixes,
souvent contradictoires et noyes dans un ocan d'exceptions. La place
du mot pasigraphi demeurant la mme pour tous les peuples, ceux-ci
s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus
le corps du mot, restent les mmes, de quelques lettres que soit form
le mot plac dans la ligne, si d'ailleurs la mthode est rduite 
douze signes qui n'prouvent aucune exception.

Les signes de la Pasigraphie peuvent tre employs dans l'criture en
chiffres. Parmi les crivains qui se sont occups du problme de la
langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que
d'un petit nombre de caractres; d'autres (Becker, notamment, dans sa
_Notitia lingu universalis_) ont recours  une foule de signes qui
rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes
droites ou courbes, combines de diverses manires et de faon que
chaque signe exprime un mot et une ide. L'emploi d'un pareil systme
serait videmment entour de difficults multiplies; l'application 
la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien
minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais song  y
recourir.


 III.

     Hiroglyphes.

Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquit fit
usage, afin d'noncer des prceptes, des leons, des faits qui
demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'rudition moderne
s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des sicles.

Parmi les diffrents systmes d'criture mis en usage dans le but
d'exprimer ces ides qui restaient un mystre pour les non initis,
les fameux hiroglyphes de l'ancienne gypte tiennent le premier rang.

Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothque historique_, parle
des caractres hiroglyphiques employs par les gyptiens. Aprs avoir
dit que ces caractres offrent  nos yeux des animaux de tout genre,
des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments,
principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les
termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: Ce
n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux
l'criture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des
objets retracs et par une interprtation mtaphorique base sur
l'exercice de la mmoire.

Le tmoignage de cet historien grec est confirm par celui d'un
historien latin: Ammien Marcellin constate que, chez les anciens
gyptiens, chaque lettre reprsentait un mot et quelquefois mme une
phrase entire.

Vers la fin du second sicle, saint Clment d'Alexandrie, parlant des
voiles mystrieux dont on s'est plu souvent  entourer la science pour
n'en permettre l'abord qu'aux initis, observe qu'on ne pouvait
atteindre que par des degrs successifs le terme le plus lev de
l'instruction, qui tait la science des hiroglyphes.

Trois sortes d'critures ont t connues des anciens gyptiens. Les
hiroglyphes, qui reprsentent fidlement des objets de la nature et
des produits de l'art, ont t regards comme symboliques; Champollion
a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractres
idographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le
double tort d'tre trs-longue et de nous loigner beaucoup du sujet
que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit
l'clat des ingnieuses dcouvertes du savant illustre que nous venons
de nommer, les thories qu'il a formules soulvent encore, hors de la
France surtout, de vives objections de la part d'rudits fort
distingus.

L'criture _hiratique_ ou sacerdotale est regarde comme une
tachygraphie des hiroglyphes, et les signes vulgaires ou
_dmotiques_, comme une abrviation des hiratiques.

La fameuse inscription de Thbes, la seule dont l'explication soit
parvenue jusqu' nous, exprimait, par les hiroglyphes d'un enfant,
d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la
sentence suivante: Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que
l'ternel dteste l'impuret.

Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frre du clbre
crateur des tudes gyptiennes, rsume les notions les plus
gnralement reues au sujet des hiroglyphes: L'criture
hiroglyphique, proprement dite, se compose de signes reprsentant des
objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de
gomtrie, etc.; le trac est parfois simplement linaire; quelquefois
il est entirement termin et mme colori. Le nombre de ces signes
est d'environ huit cents.

L'criture hiratique est une vritable _tachygraphie_ de la
prcdente. Comme les signes hiroglyphiques ne pouvaient tre
convenablement tracs que par des personnes exerces dans l'art du
dessin, on cra un systme d'criture abrge dont les signes taient
d'une excution facile, systme qui n'eut d'ailleurs rien
d'arbitraire. Chaque signe hiratique fut un abrg du signe
hiroglyphique; au lieu de la figure entire du lion couch, par
exemple, on traa l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrg
du lion conserva, dans l'criture, la mme valeur que la figure
entire.

Dans des pays trs-loigns des rives du Nil, on trouve une criture
hiroglyphique, qui offre,  certains gards, des analogies
remarquables avec les procds des gyptiens. Les Mexicains, avant la
conqute des Espagnols, avaient galement recours  des figures
d'hommes, d'animaux, etc., pour noncer leurs ides.

Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan
signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_.
Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur place sur cinq
points, une maison de laquelle sortait la tte d'un aigle, et un
miroir d'obsidienne.

Divers manuscrits hiroglyphiques mexicains ont chapp  la
destruction, et ils figurent parmi les objets les plus prcieux que
possdent les grandes bibliothques de l'Europe. M. de Humboldt en a
copi quelques pages dans son bel ouvrage intitul: _Vue des
Cordillres_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8). Une magnifique publication
spciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui
subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising
fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord
Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a cot 
son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est
rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publi par
M. de Frussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopdique_, t.
XLIX, p. 148.

Ce n'tait pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours
 pareilles images.

Les indignes de la Virginie avaient des peintures appeles
_Sagkokok_, qui reprsentaient, par des caractres symboliques, les
vnements qui s'taient accomplis dans l'espace de soixante ans;
c'taient de grandes roues divises en soixante rayons ou en autant de
parties gales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte
avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles
hiroglyphiques, dans lequel l'poque de l'arrive des blancs sur les
ctes de la Virginie tait marque par la figure d'un cygne vomissant
du feu, pour indiquer  la fois la valeur des Europens, leur arrive
par eau et le mal que leurs armes  feu avaient fait aux hommes
rouges.


 IV.

     Langage au moyen des gestes.

Le langage au moyen des gestes peut tre regard comme formant l'une
des branches de la Cryptographie; il permet  celui qui l'emploie de
faire connatre ses ides d'une manire qui chappe aux personnes qui
ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet
art. Un crivain grec, Nicolas de Smyrne, a laiss un petit trait,
intitul: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614,
in-8); cet opuscule est devenu trs-rare, mais il a t rimprim
dans des recueils publis par Possin et par Fabricius, et plus
rcemment dans les _Eclog physic_ de Schneider. Les Romains
portrent au plus haut degr les ressources de la pantomime, et l'on
trouve, chez Ptrone, l'expression de _manus loquaces_.

Au huitime sicle, Bde le Vnrable, clbre religieux anglais que
l'estime publique a plac presque au rang des Pres de l'glise,
crivit un trait _De loquela per gestum digitorum_, trait qui est
compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6].

[Note 6: Tome 1er de l'dition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bde
s'appuie sur l'autorit de Plutarque, de Pline, d'Apule, de Juvnal,
pour prouver que l'art dont il s'occupe d'noncer les rgles tait
connu des anciens.]

Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle faon Panurge
fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_.

D'aprs un mmoire d'H. Dunbar, insr dans les Actes de la _Socit
philosophique de l'Amrique du Nord_, il se rencontre, parmi les
nombreuses tribus indiennes rpandues le long du Mississipi, des
individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la
pantomime pour exprimer leurs ides. Malgr la diversit des langues
en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin
d'interprtes, et ils russissent toujours  se faire comprendre sans
avoir  prononcer un seul mot, tant leurs gestes, excuts d'aprs un
systme universellement adopt, sont pleins d'nergie, de nettet et
d'-propos.

Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du
langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons
de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_.

M. Bertin, dans son _Systme universel et complet de stnographie_
(Paris, an XII), fait connatre un alphabet de son invention, d'aprs
lequel la position des doigts sur le visage sert  transmettre tout
ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de ct les voyelles isoles _o_
et _u_, et il exprime par un mme signe les lettres telles que _g_ et
_j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons  peu prs identiques.

  _Lettres_.        _Traits physionomiques_.

    b         Doigt plac diagonalement sous l'oeil droit et en
                    regard du nez.

    d              sur le coin droit de la bouche.

    FV             sur le coin gauche.

    GJ             sur la joue gauche.

    h              au sommet de la tte.

    KQ             sur la lvre suprieure.

    l              plac diagonalement sur l'oeil gauche.

    m              sur la bouche.

    n              sur la lvre infrieure.

    p              sur la fossette du menton.

    r         Bouche ouverte.

    s         Doigt couch horizontalement sur l'intervalle des
                    lvres.

    t              sur le nez.

    x              au cou.

    y               l'intervalle des sourcils.

    on             au front.

    ou             perpendiculairement sous l'oreille droite.

    oui       Doigt horizontalement prs de l'oreille gauche.

    au              l'aile droite du nez.

    eu             au sourcil droit.

    ai              l'aile gauche du nez.

    a              au sourcil gauche.

    i               la tempe droite.

    e               la tempe gauche.

    le, la, les,   plac verticalement devant la figure.

    _nom d'homme_,  main ouverte.

    _fin de mot_,   doigt ferm.

    _fin de phrase_,   main ferme.

    _numration stnographique_, emploi du pouce au
                     lieu du doigt.

On emploie deux doigts  la fois pour exprimer une lettre qui se
rpte.

Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts  la fois,
en ayant soin de convenir que le pouce est la premire, et l'index la
seconde.

Vigenre a fait trs-succinctement mention de cette mthode, lorsqu'il
dit un mot en passant de l'entreparler tacitement par les doigts en
les levant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.


 V.

     Langage des fleurs.

C'est dans les srails que l'art ingnieux de correspondre avec des
fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. Les
Chinois, dit un crivain ingnieux, ont un alphabet compos
entirement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les
rochers de l'gypte les anciennes conqutes de ces peuples exprimes
avec des vgtaux trangers. Ce langage est donc aussi vieux que le
monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle
les caractres, et cependant la libert de nos moeurs l'a relgu
parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent
souvent pour se venger du tyran qui outrage et mprise leurs charmes;
une simple tige de muguet, jete comme par hasard, va apprendre  un
jeune icoglan que la sultane favorite, fatigue d'un amour tyrannique,
veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincre. Si on lui
renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose
 ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux ptales enflamms
lui donne l'assurance que ses dsirs sont compris et partags; cette
ingnieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dvoiler un
secret, rpand tout  coup la vie, le mouvement et l'intrt dans ces
tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.

Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche,
elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidlit.

Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les varits
d'espce de la fleur, caractrisent cet homme au physique comme au
moral.

L'toile exprime l'ide de pre ou de mre; si la fleur est rouge,
les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont
rigoureux et svres. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.

Indiquons le sens attach  d'autres fleurs:

  oreille-d'ours,    soeur ou frre.
  pense,            veuf ou veuve.
  renoncule,         soldat.
  camomille,         mdecin.
  tubreuse,         suprieur.
  fleur d'oranger,   richesse.
  violette,          patrie.
  amarante,          jour.
  pavot,             nuit.
  cresson,           promenade.
  jasmin d'Espagne,  visite.
  marguerite,        demande.
  pied-d'alouette,   voyage.
  jasmin,            jardin.
  myrte,             pouser.
  romarin,           pleurer, s'affliger.
  anmone,           se rjouir.
  basilic,           pleurer, s'affliger.
  menthe,            craindre.
  muguet,            innocent, bon.
  lierre,            ternel.
  girofle rouge,    aujourd'hui.
   blanche,         demain, l'avenir.
   violette,        hier, jadis, le pass.
  narcisse,          je, moi.
  ortie,             fidle.
  granium,          navire, voyage par mer.
  primevre,         la mort.

D'aprs les rgles de cette langue ingnieuse, lorsqu'un jeune
habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce
message:

J'irai te rendre visite, chre amie, demain matin de bonne heure dans
le jardin, avec mon frre, homme de bien et distingu, qui t'aime,
belle jeune fille, et qui veut t'pouser.

Il envoie les fleurs suivantes avec des numros d'ordre: Narcisse,
jasmin d'Espagne, rsda, hyacinthe bleue, girofle blanche,
tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun
sombre, chvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.

Le moyen ge n'ignora point la signification symbolique donne aux
diverses fleurs; parmi diffrents exemples que nous pourrions citer,
nous nous bornerons  mentionner un petit vocabulaire que renferme un
manuscrit conserv  la bibliothque royale de Bruxelles; nous en
reproduisons fidlement le style surann:

  girofle rouge,            beault.
  girofle blanche,          amour chaste.
  marjolaine grosse,         mensonge.
  marjolaine menue,          bont.
  thym,                      persvrance.
  thym coup,                vous parviendrez.
  fleur de thym,              vous me donne.
  laitue,                    bonnes nouvelles.
  lys,                       foi.
  rose blanche,              j'ay bon vouloir.
  bouton de rose blanche,    je vous ayme.
  rose rouge,                largesse.
  bouton de rose rouge,      angoisse.
  rose musquette,            je vous refuse.
  rose de province,          soyez secret.
  rose double de rose       occasion.
     musquette,
  rosmarin,                  cong.
  rosmarin copp au boult,   amour sans fin.
  violette jaune,            contentement.
  violette de mars blanche,  bon espoir.
  violette de mars bleue,    douleur.
  violette d'oultremer,      patience.
  violette d'hiver,          temps perdu.
  ortie,                     trahison.
  chanvre,                   dfiance.
  gent,                     adresse.
  fleur de gent,            pour amour j'endure.
  buglosse,                  lgret.
  bourache,                  reproche.
  lavandre,                  travers.
  saulge grosse,             entreprise.
  saulge menue,              chastet.
  ysope,                     amertume.
  liere,                     ingratitude.
  piment,                    douleur.
  pavost,                    prison.

Un crivain moderne, se basant sur les considrations de la botanique
ou sur les rcits de la mythologie, a compos un dictionnaire du
langage des fleurs, pour crire un billet; transcrivons-en une partie,
en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations
sont trs-contestables.

  abandon,            anmone.
  absence,            absinthe.
  agitation,          sainfoin-oscillant.
  aigreur,            pine-vinette.
  amabilit,          jasmin blanc.
  amertume, douleur,  alos.
  amiti,             lierre.
  amour,              myrte.
  amour conjugal,     tilleul.
  amour maternel,     mousse.
  audace,             mlze.
  austrit,          chardon.
  beaut capricieuse, rose musque.
  bienfaisance,       pomme de terre.
  bienveillance,      jacinthe.
  consolation,        perce-neige.
  constance,          pyramidale bleue.
  courage,            peuplier noir.
  cruaut,            ortie.
  ddain,             oeillet jaune.
  dlicatesse,        bluet.
  dsespoir,          soucis et cyprs.
  dsir,              jonquille.
  docilit,           jonc des champs.
  lgance,           acacia rose.
  fcondit,          rose trmire.
  flicit,           centaure.
  fiert,             amaryllis.
  franchise,          osier.
  frugalit,          chicore.
  gnrosit,         oranger.
  gentillesse,        rose pompon.
  haine,              basilic.
  honte,              pivoine.
  immortalit,        amarante.
  indpendance,       prunier sauvage.
  injustice,          houblon.
  jeunesse,           lilas blanc.
  navet,            argentine.
  noirceur,           bnier.
  prosprit,         htre.
  prudence,           cormier.
  puissance,          impriale.
  puret,             pi de la Vierge.
  reconnaissance,     agrimoine.
  sagesse,            mrier blanc.
  silence,            rose blanche.
  simplicit,         fougre.
  sommeil du coeur,   pavot blanc.
  temps,              peuplier blanc.
  tranquillit,       alysse des rochers.
  vrit,             morelle douce-amre.
  vice,               ivraie.
  volupt,            tubreuse.


 VI.

     Des alphabets factices.

Vigenre, dans son _Trait des chiffres_, Duret, dans son _Trsor des
langues_, et divers autres anciens auteurs ont donn des modles
d'alphabets attribus  divers personnages clbres de l'antiquit la
plus recule; M. Nodier s'exprime  cet gard de la faon suivante:

Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et mme d'Adam ne
sont pas si mprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par l
qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement
qu'ils remontent  une haute antiquit et qu'ils rvlent en partie le
secret d'une des oprations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce
qui donne du prix aux recueils rares o ces alphabets se rencontrent,
c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la
grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent  aucune langue dont
il soit rest des traditions. Comme dbris d'une langue de convention
qui a exist, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cdait
peut-tre en rien aux langues caractristiques de Dalgarno, de Wilkins
et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent  notre intelligence avec
un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.

Forms de signes aux contours bizarres et aux formes singulires, ces
caractres, qui sont, en gnral, des transformations de l'alphabet
hbreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune
authenticit. L'alphabet d'noch, celui de Mose et celui de Salomon
sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien clbre,
Honorius le Thbain, se servit, dit-on, pour crire ses livres de
sorcellerie. Vigenre a conserv les lettres sous lesquelles cet
insigne sorcier (qui n'a jamais exist) dissimulait les arcanes les
plus profonds de la ncromancie. Nous croyons inutile de reproduire
ces signes tranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de
recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien
longtemps.

On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les
recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots invents 
plaisir et qu'on donnait comme possdant des proprits surnaturelles
et comme renfermant un sens ignor du vulgaire. Nous ne nous tendrons
pas sur ce sujet, qui demeure tranger aux ides scientifiques; nous
transcrirons seulement comme chantillon une phrase prise dans un
livre de sortilges et qui restera sans doute toujours inintelligible:

Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton
aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.




CHAPITRE V.

DU RLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTRATURE.


 Ier.

     Artifices imagins pour dguiser des dates.

Il est juste de rapporter  la Cryptographie les artifices qu'ont
employs quelques scribes du moyen ge afin de dissimuler, sous une
forme nigmatique plus ou moins ingnieuse, la date des manuscrits
qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des
manuscrits franais de la Bibliothque impriale de Paris.

  Ce livre fut tout parfait
  Eu jueillet, comme trouverez:
  Pour le savoir dimynuerez
  Ces diverses lignes par trait.
  Vous prandrez la teste d'un moyne,
  De deux cordeliers, d'un chanoyne;
  Et puis un () party en dux.
  Vous lairrez la teste Jhesus,
  Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,
  Et prendrez un X  cop.
  Puis adjoustez en ceste ryme
  Ung [Gl.] prince en algorithme:
  Si congnoistrez qu'il fut parfait
  Le XXIIIe jueillet.

On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des
lettres ayant une valeur numrique en chiffres romains, pour former
par leur runion l'anne de l'achvement de sa transcription. Il s'est
plu  prsenter cette indication d'une manire nigmatique par un jeu
assez got de son temps.

La tte d'un _Moyne_, (M) mille.

Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois
cents.

Puis, un O partag en deux, (CC) deux cents.

Laisser de ct les ttes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct
Jacques et de Jacob (4  soustraire).

Prendre ensuite un X (10).

La difficult consiste  savoir ce que signifie _ung N prise en
algorithme_. Ce dernier mot, videmment altr pour les besoins de la
rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange
explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de
considrer numriquement est un N, lettre qui ne joue point en latin
le rle d'un chiffre. D'aprs la forme que lui donne le manuscrit, on
voit qu'elle joue, peut se dcomposer en un V et un I, ce qui donne en
chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces diffrents
nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve
1512.

Une date semblable, compose par le chanoine Charles de Bovelle, est
cite dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'htel de Cluny_.

  D'un mouton et de cinq chevaux                M. CCCCC
  Toutes les ttes prendrez,
  Et  icelles sans nuls travaux
  La queue d'un veau vous joindrez,                    V
  Et au bout adjouterez
  Tous les quatre pieds d'une chatte:               IIII
  Rassemblez, et vous apprendrez
  L'an de ma faon et ma date.
                                       -----------------
                                       M. CCCCC. V. IIII
                                              (1509)

Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la proprit exclusive
des copistes antrieurs  l'invention de la typographie; quelques
volumes imprims au quinzime sicle offrent des particularits du
mme genre; mentionnons-en deux exemples:

Le _Doctrinal du temps prsent_, de Pierre Michault, imprim  Bruges,
par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:

  Un treppier et quatre croissans
  Par six croix auec sy nains faire.
  Vous feront estre congnoissans,
  Sans faillir, de mon miliaire.

Ce quatrain indique l'anne 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.

Un petit volume trs-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_,
publi  Lyon, s'annonce comme ayant t mis au jour:

  L'an de trois croix, cinq croissans, ung trpier.

Ce qui signifie 1530, les figures tant ranges de droite  gauche:
XXX. CCCCC. M.


 II.

     Des artifices employs par quelques auteurs pour dguiser leurs
     noms.

Il a t de mode parmi certains auteurs du seizime sicle de dguiser
leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme
plus ou moins ingnieuse, plus ou moins exacte.

Le _Formulaire fort rcratif de tous contratz_... fait par Bredin,
Lyon, 1594.

Les mots _Bont ny soit_, sont en guise de signature  la fin de
l'avis au lecteur; on croit y reconnatre le nom anagrammatis de
l'auteur: _Benoist (du) Troncy_.

Nol du Fail, auteur de deux crits dont les anciennes ditions sont
vivement recherches des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les
_Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Lon
Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et pote contemporain d'Henri II,
donna ses crits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier
de Cailly, dont les spirituelles pigrammes ont reparu dans la jolie
_Collection des petits classiques franois_ (1825, 9 vol. in-16),
n'eut gure l'intention de se drober srieusement aux regards du
public lorsqu'il se prsenta sous le nom d'_Aceilly_.

Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons
Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Trait des eunuques_; nous
mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orlans, qui ne dguise gure
la paternit de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant
comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous
retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un
recueil factieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens
traits de vrit_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous
ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du
_Pantagruel_, matre Franois Rabelais, qui a chang son nom en celui
d'_Alcofribas Nasier_.

Les plus impntrables de ces pseudonymes sont peut-tre ceux que des
membres d'acadmies italiennes se dcernrent, obissant ainsi  une
mode qui dura un instant pendant le sicle dernier. On ne se
douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ dsigne Calazo; c'est sous le nom
d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses lgantes de
Bodoni sa traduction d'Anacron.

Un pauvre comdien qui termina ses jours par une mort volontaire,
Caron, auteur et diteur de livrets factieux, recherchs des
bibliomanes, s'amusait  avoir recours  l'artifice peu mystrieux de
la disposition rtrograde des mots. Il donna un de ses crits comme
l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant t imprim 
_Emeluogna_.

Un moine italien, Franois Columna, auteur d'un roman bizarre et
obscur dont les anciennes ditions sont vivement recherches  cause
des figures sur bois qui les embellissent, a cach son nom et le
secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en crivant,  la
suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des
chapitres de cet ouvrage:

POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.

L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tte 
Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est galement
servi d'un acrostiche du mme genre; il l'a consign dans des stances
places au commencement du premier volume et dont voici
l'interprtation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._

Un petit pome de la fin du quinzime sicle, le _Messagier damours_,
rvle par un acrostiche plac dans les huit derniers vers le nom de
l'auteur, Pilvelin.


 III.

     De l'emploi que divers littrateurs ont fait de la Cryptographie.

Quelques crivains ont eu recours aux procds de la Cryptographie,
afin de drober aux profanes le sens de certains passages de leurs
crits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystre; nous
pouvons en citer plusieurs exemples.

Un pote du seizime sicle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve
qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de
Lasphrise, a plac, dans ses _Oeuvres potiques_ (Paris, 1599), une
tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier
et dont voici le dbut:

_Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_

_Tois enud elliv gruob uo egalliv._

Il est facile de reconnatre que l'artifice consiste ici en ce que
chaque mot doit tre lu de droite  gauche.

Les dames de la cour et quelques autres encore, etc.

Nous trouvons, dans le mme volume, un sonnet en langue inconnue; il
commence ainsi:

  Cerdis zerom deronty toulpini
  Pareis hurlin linor orifieux.

Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes nigmatiques
aux heureux dsoeuvrs qui ont assez de temps pour donner des heures 
l'tude des crits du sieur de Lasphrise et assez de solidit de
jugement pour apprcier tout ce que renferme d'utile et d'intressant
un pareil emploi des facults intellectuelles.

Un pote latin du seizime sicle, Jean de Cysinge, plus connu sous le
nom de Janus Pannonius, offre des particularits semblables. En
feuilletant l'dition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8),
nous avons remarqu que l'pigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577),
_in meretricem lascivam_, est en partie chiffre;

Le second vers est exprim sous cette forme:

  Conserui et dxoop nfouxmb delituit.

et le dernier:

  Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.

La _Biographie universelle_, dans l'article consacr au trop clbre
marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laisss par cet
crivain qui poussa l'immoralit jusqu' la dmence, il se trouvait un
volumineux journal de sa captivit  la Bastille, crit, en grande
partie, en chiffres dont il avait seul la clef.

Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffres_ dans une composition
spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les
plus fconds et les plus en vogue du dix-neuvime sicle. Ouvrez la
_Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la
Mditation XXV le paragraphe intitul: _des Religions et de la
Confession considres dans leur rapport avec le mariage_, vous y
lirez ce qui suit:

La Bruyre a dit trs-spirituellement: C'est trop contre un mari, que
la dvotion et la galanterie; une femme devrait opter.

L'auteur pense que La Bruyre s'est tromp. En effet:

Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss
esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_
ienqseuedro_t_e_a_pt...

Nous nous garderons bien d'insrer ici en entier cette longue
citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherch 
trouver la clef du systme cryptographique invent par le joyeux
physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie
du mariage_ ont sans doute t plus intrpides et plus heureux que
nous.

Terminons en mentionnant une autre particularit dans le genre de
celles que nous signalons ici.

Les _Oeuvres potiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme
nivernois, renferment 118 nigmes, dont une table, en deux pages,
donne la clef. Cette table est grave  l'envers, en sorte que, pour
la lire, il faut avoir recours  un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu
le soin de donner dans sa prface cette explication  ses lecteurs.
C'est une singularit dont il serait sans doute difficile de trouver
d'autres exemples.

Un crivain amricain, Edgar Po, auteur de contes pleins de talent et
d'originalit[7], a, dans un de ses rcits, le _Scarabe d'or_ (_the
Gold-Bug_), racont comment un homme, dou d'une intelligence
pntrante et chercheuse, sut parvenir  la dcouverte d'un trsor
considrable enfoui par des pirates dans un coin recul de la
Louisiane, trsor dont le gte tait indiqu par une srie de chiffres
sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaa sous ses yeux
habitus  voir juste et loin. Voici quelle tait la premire ligne de
cet crit:

  53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
  8  60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8)

[Note 7: Consultez une notice intressante insre dans la _Revue des
Deux-Mondes_, octobre 1846.

Autant de rcits, autant d'nigmes sous diverses formes et avec des
costumes divers. Posie, invention, effets de style, enchanement du
drame, tout est subordonn  une bizarre proccupation qui semble ne
connatre qu'une facult inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une
muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les
probabilits; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacit
particulire  l'homme, plus ou moins sre chez l'un que chez l'autre,
et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le
mtier de chacun.]

En examinant quels taient les signes qui revenaient le plus souvent
et quels taient ceux qui taient les plus rares; en constatant que le
caractre 8 se prsentait 33 fois,

  ;    26 fois,
  4    19 fois,
  +)   16 fois;

en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus
dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des
juxtapositions qu'amnent les lois de l'orthographe, le mystre fut
pntr. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mmes dans les pages
de M. Po comment s'accomplit ce tour de force.




CHAPITRE VI.

DES LIVRES  CLEF.


Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans
lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre
artifice, dpayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu
srieusement, le change sur le vritable sens des pages qu'on mettait
sous ses yeux.

Les compositions satiriques, les crits qui ne mnagent nullement la
religion et la dcence, forment presque toujours la catgorie o
rentrent les livres  clef. Nous allons en citer quelques-uns.

Les _Princesses malabares_: ce livre irrligieux, attribu 
Lenglet-Dufresnoy et imprim  Rouen, en 1724, sous la fausse
indication d'Andrinople, est parfois accompagn d'une clef, dont voici
une partie:

_Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_,
raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, me; _Chterine_, chrtienne;
_Glise_, glise; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu
recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de
dguisement,  l'anagramme, procd bien candide et bien naf, puisque
les lments du mot se prsentent d'eux-mmes  qui prend la peine de
les chercher.  ct du livre que nous venons d'indiquer, plaons:

Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725.
Ce rcit allgorique, dirig contre le rgent (Philippe d'Orlans) et
ses favoris, prsente aussi des noms cachs sous le voile de
l'anagramme: _Relosan_, Orlans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_,
Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Cond; _Xeamu_, Meaux.

Dans les _Veilles du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de
la vertueuse princesse Oribelle_, par Rtif de la Bretonne, tous les
noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire
_Iratlove_.

N'oublions pas les _Soupers de Daphn et les Dortoirs de Lacdmone_
(par de Querlon), 1740. Une clef imprime se trouve dans un trs-petit
nombre d'exemplaires de cette satire lance contre la cour de Louis
XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mlanges extraits d'une petite
bibliothque_, o il a galement plac la clef d'une _nouvelle_ de
Brmond qui met en scne, sous des noms dguiss, le roi d'Angleterre
Charles II et ses favorites: _Hattig, ou les Amours du roi de
Tamaran_, Cologne, 1676.

Les _Amours de Zokinizul, roi des Korfirans_, prsentent un mystre
qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme
d'elle-mme: Louis XV, roi des Franais.

Indiquons encore:

Les _Visites_, par mademoiselle de Kralio, Paris, 1792, in-8.

_Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), rimprim en 1796
avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Lger et Adry.

_Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de
Montpensier.

_Paris, Histoire vridique, anecdotique, morale et potique_, avec la
clef, par Chevrier, La Haye, 1767.

_Galerie des tats gnraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.).

Ne laissons pas chapper, dans cette numration rapide et
ncessairement fort incomplte, un ouvrage clbre, le _Cymbalum
mundi_, de Bonaventure Des Periers.

M. Nodier s'est fort occup de cet crit, qu'il qualifie de
production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de
raillerie, modle presque inimitable de style dans le genre familier
et badin, et l'un des plus prcieux monuments de la charmante
littrature du seizime sicle.

Le _Grand Dictionnaire historique des Prcieuses_, par Somaize, 1661,
n'offre qu'une nigme perptuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.

Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de
posies, d'une bizarre mysticit, imprim en 1738 et qui fut dfendu.
Les noms y sont anagrammatiss; _Madaavemania_ est l'me (_anima_)
d'Adam et d've qui dlivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est
Lucifer; _Moscos_ dsigne _Cosmos_, le Monde, etc.

Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi
laisserons-nous de ct un fastidieux roman du chevalier de Mouhy,
intitul les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette
longue narration, les noms des personnages sont dguiss sous le voile
de l'anagramme, se prsentant sous un aspect fort bizarre, tels que
Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso,
Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les
dcomposant on y trouve des mots trs-propres  inspirer le plus
juste effroi au chaste lecteur.




CHAPITRE VII.

DU DCHIFFREMENT.


Il faut de la patience et de la sagacit pour arriver  la lecture
d'une dpche chiffre qui a t intercepte.

Cette tche peut offrir les plus graves difficults, lorsqu'on ignore
dans quelle langue est crite la dpche saisie; ou bien lorsque, pour
l'crire, il a t form un mlange de divers idiomes; lorsqu'on a
fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont
nombreuses et rparties avec intelligence; lorsque les mmes
syllabes, les mmes mots, les mmes noms, se trouvent exprims par des
signes diffrents; lorsque les mots sont crits  la suite les uns des
autres sans sparation, ou lorsqu'ils sont spars, non comme ils
devaient l'tre selon les rgles grammaticales, mais d'une faon
arbitraire qui droute l'observateur.

Le dchiffreur doit tre trs-vers dans tous les procds de la
Cryptographie; s'il n'a lui-mme souvent chiffr des dpches, s'il ne
connat  fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amus 
vouloir inventer des procds nouveaux, s'il n'a fait de toutes les
combinaisons cryptographiques une tude srieuse et patiente, il
chouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en prsence
d'un chiffre difficile.

La premire chose  faire est de dresser le catalogue des caractres
qui composent le chiffre et de noter combien chacun est rpt de
fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on
retourne, on dispose de toute faon ces caractres, jusqu' ce que des
conjectures se prsentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel
ou tel caractre  telle ou telle lettre.

Pour arriver  ce but, il faut que la plupart des caractres se
trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'crit est fort court,
si une mme lettre est dsigne par des caractres diffrents, les
difficults deviennent de plus en plus srieuses:

Nous allons emprunter  un crivain hollandais judicieux, 
S'Gravesand, un exemple relatif  un chiffre crit en latin.

    A     B                C
  -----  ---             ----
  abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:

               D           E     F
             -----       -----  ----
  bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:
    G   H        I          K
   --------    -----     ------
  fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg
      L      M
    -----   ---
  pigbgrbkdghikf: smkhitefm.

Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne
font pas partie du chiffre; nous les avons ajouts afin de faciliter
l'explication: Ce chiffre donne:

  14 f   3 d
  14 i   2 b
  12 b   2 n
  11 e   2 p
  10 g   1 o
   9 c   1 q
   8 h   1 r
   8 k   1 s
   5 m   1 t
   4 a

Enfin, il y a en tout dix-neuf caractres, dont cinq seulement une
fois.

Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que
_i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k
f_ (B, M) ont du rapport entre eux.

D'o l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de
mots, ce qu'on indique par les deux points:

Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots o des quatre
dernires lettres les seules antpnultimes diffrent; lesquelles, en
ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_,
_legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des
voyelles.

Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut
raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a
jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mmes, et il est
probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_
seulement cinq; donc _m_ est consonne.

De l allant  K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est
voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mmes raisons que
ci-dessus; donc _c_ sera voyelle,  cause de _b c h_.

Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce
qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'crit; donc _g_ est voyelle.

Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots
en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot
latin qui prsente cette particularit; on se tromperait donc en
prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui
est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet
endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, spare seulement par une
lettre; or on trouve dans le latin des mots o pareille circonstance
se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc.,
et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus frquemment dans ce cas,
il faut en conclure que _b_ correspond probablement  l'_e_, et _i_ 
_r_.

En oprant successivement de semblable manire sur toute la phrase
chiffre, on finit par en dcouvrir le sens, et on trouve que le
chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manire
suivante:

_Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt
tot quot superfuere vivi; prterea qu agenda sunt consulito._

Les mots composs d'un trs-petit nombre de syllabes doivent tre les
premiers dont on s'occupe dans les oprations du dchiffrement. Ils
laissent sans trop de peine les voyelles se rvler, et cette
dcouverte conduit  celle des consonnes. La connaissance exacte des
principes gnraux qui rgissent l'orthographe des diverses langues
est le fil qu'il faut suivre dans ces oprations minutieuses.

Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour oprer
le dchiffrement d'un crit en langue franaise.

Le signe qui revient le plus souvent, surtout  la fin des mots,
dsigne la voyelle _e_.

Cette lettre est la seule qui,  la fin d'un mot, se rpte deux fois,
comme dans _dsire_, _fuse_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le mme
signe plac deux fois  la fin d'un mot, il y a toute probabilit que
ce signe reprsente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux
lettres, est toujours prcde des consonnes _c d j l m n s t_ ou
suivie de celles _n t_.

Indpendamment de l'interjection _o_, qui n'est gure employe dans
une dpche secrte, il n'y a en franais que deux lettres qui,
seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on
trouve un signe isol dans le texte chiffr, il est  croire qu'il
correspond  une de ces deux lettres.

Dans les mots forms de deux lettres o se trouve la voyelle _a_, elle
prcde d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_,
ou bien elle est aprs les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans
_la_, _ma_, _sa_, _ta_.

Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernire est celle
qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre
syllabes.

Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernire d'un mot, ce mot se termine
d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_.

Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est
habituellement d'un _e_.

Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_,
_p_, _q_.

Les mots forms de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de
peine au dchiffreur, lorsque la mme lettre s'y trouve deux fois
comme dans _t_, _ici_, _non_, _ses_.

Supposons que vous avez dcouvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez
un autre mot de trois lettres dont les premires sont _l_ et _e_, vous
jugerez que la troisime est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui,
dans un mot de trois lettres, puisse aller aprs le monosyllabe _le_
et former le mot _les_. Ds que vous serez parvenu  connatre ce mot
_les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un
_e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisime, qui vous est encore
inconnu, doit tre la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le
mot: _est_.

Ayant dcouvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve
pas prcder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la
lettre _e_, que vous connaissez dj. Alors ce sera ncessairement un
_a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits,
ce dernier signe ne prcde pas, dans un autre mot de deux lettres, la
lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au
contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre
_l_, vous en conclurez qu'il dsigne l'_a_.

Lorsque ces premires recherches vous auront rvl six signes ou
lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l
s t_, elles vous conduiront  dcouvrir des mots composs d'un plus
grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, o
tout se trouvera connu, except la lettre _r_, lettre que ds ce
moment vous pourrez ajouter  celles que vous connaissez dj. Le mot
_cette_, o tout sera connu except la lettre _c_, le mot _ville_ o
la lettre _v_ seule tait encore un mystre, se rvleront d'une faon
analogue.

Quand vous serez ainsi parvenu  connatre sept ou huit mots, vous
trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont
les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont dj
connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par
ce procd, une clef qui servira  dchiffrer aisment toute la
dpche.

Disons encore quelques mots  l'gard des principes qu'il s'agit
d'avoir en vue pour divers idiomes europens.

En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus frquemment;
elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte),
_great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots forms de deux
lettres; il est maintes fois accompagn du _w_, comme dans _grow_,
_know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent  la fin des mots et
presque jamais au milieu. L'article indclinable _the_ (le, la, les)
reparat frquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve  la fin
des mots, sont _ll_ et _ss_.

En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre
voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est
le plus frquent des mots composs de trois lettres, et aucun d'eux,
si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu.

La langue espagnole prsente des mots d'une grande tendue, tels que
_arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est
la plus frquente;  la fin des mots, elle est souvent accompagne de
l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est
frquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_.

Passons  l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usite; elle se
prsente frquemment  l'extrmit des mots de plusieurs syllabes; ils
finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui
revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais  la fin d'un mot compos
de trois lettres; la consonne _c_ est toujours lie au _h_ ou au _k_.
Il n'y a qu'un seul mot form d'une seule lettre, c'est l'exclamation
_o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en
_enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres
commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples:
_bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_.

C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du
dchiffrement des crits chiffrs en langue allemande_, donne  ce
sujet de trs-longs dtails qu'il serait trs-superflu de placer ici,
et il soumet aux rgles qu'il expose deux dpches chiffres.

La premire ne prsente que des lettres:

  Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu
  Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....

La seconde est plus complique; les lettres sont entremles de
chiffres et les mots ne sont pas spars:

64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......

En tudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive 
dcouvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont
connues, elles sont d'un secours pour arriver  connatre les autres.

Les rgles pour le dchiffrement, telles qu'elles ont t exposes
par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins
d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur
rapprochement. Afin de drouter les conjectures, il faut, lorsqu'on
chiffre des dpches, crire les mots sans aucune sparation,
entremler des mots pris dans une langue avec d'autres mots emprunts
 un idiome diffrent et ne point se conformer scrupuleusement aux
rgles de l'orthographe.

En abrgeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois
d'avoir soin de ne pas les dnaturer au point de laisser du doute sur
leur signification; les caractres nuls, intercals  propos et dont
la non-valeur est inconnue au dchiffreur, peuvent achever de rendre
tous ses efforts infructueux.

C'est pour avoir nglig pareilles prcautions, et pour s'tre
bornes  l'emploi de caractres mystrieux et de chiffres rangs dans
l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui
croyaient avoir parfaitement dguis leur pense ont t tout tonnes
de voir que leur secret n'en tait pas un.

Voici un fait de ce genre.

M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dvoile_, se vantait de
parvenir promptement  percer les mystres les plus difficiles. Afin
de l'prouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes
qu'il avait crites en caractres dont il avait fait choix. M.
Decremps, en tudiant le retour plus ou moins frquent de ces
caractres, en cherchant de quelle faon ils se montraient groups
entre eux, reconnut qu'ils reprsentaient les diverses lettres de
l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre
_a_; que l'_e_ tait rendu par une tte vue de profil, et l'_i_ par la
figure d'un verre  patte. Muni de cette clef, il dcouvrit bien vite
qu'on lui avait adress copie de quelques vers d'une traduction d'une
des odes d'Anacron, et il causa  son ami l'tonnement le plus vif,
en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement cach tait
dvoil.




CHAPITRE VIII.

DES CRITURES OCCULTES.


On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait
usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui
apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises  l'action de divers
procds.

Lorsqu'on veut avoir recours  un pareil moyen, il faut faire
attention  ce que la dpche ostensible ne mentionne rien qui puisse
donner lieu  quelque soupon. Le papier doit conserver sa couleur et
son clat habituels. Les phrases traces  l'encre ordinaire doivent
tre conues de manire que le lecteur, sous les yeux de qui elles
tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas
rellement la pense de l'crivain et qu'elles n'appartiennent pas 
une correspondance srieuse. On tracera sur les marges, entre les
lignes ou sur le ct du feuillet demeur blanc, ce que l'on veut
communiquer en secret.

Il importe que les passages crits en encre sympathique demeurent
invisibles jusqu' l'accomplissement des procds qui doivent les
rendre au jour; il faut qu'aprs l'application de ces procds ils
puissent tre lus nettement et sans difficult.

On convient d'un signe quelconque qui, plac soit sur l'adresse, soit
dans le corps de la lettre, indique,  celui qui la reoit, qu'il y a
des passages tracs en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin
d'ajouter que ce signe doit tre mis de manire  chapper aisment
aux regards des curieux et  n'offrir aucune importance apparente.

Il est des caractres qui reparaissent, lorsqu'on rpand sur eux
quelque poudre.

On peut tracer sur le papier une criture invisible de ce genre, avec
tous les sucs glutineux et non colors des plantes ou des fruits, ou
bien avec de la bire, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.

On laisse scher ce qu'on a crit. Pour le rendre visible, on frotte
la feuille de papier avec une poudre trs-fine et de couleur fonce;
du charbon pil extrmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse,
peuvent servir  cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont
t traces et elle la fait revivre.

Diverses critures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand
jour.

L'extrait de saturne, tendu d'eau, donne une criture invisible qui
apparat et devient noirtre, lorsqu'elle est livre  l'action de
l'air. On obtient un rsultat semblable avec de l'argent dissous dans
de l'acide nitrique; les caractres tracs avec pareil liquide
deviennent verdtres, lorsqu'ils sont exposs  l'air; placs de
manire  recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir
rougetre.

On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le
papier est fortement chauff.

Ce qui est crit avec du lait devient rougetre;

Avec du jus de cerise, verdtre;

Avec du jus d'oignon, noirtre;

Avec du jus de citron, brun;

Le vinaigre donne une couleur rouge ple;

Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli
dans une certaine quantit d'eau.

Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont t employs
avec plus ou moins de succs dans la composition d'encre de sympathie
de diffrents genres. On a dcouvert des substances bonnes pour former
des caractres qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier
auquel on les a confis est lgrement mouill ou lorsqu'il est plong
dans l'eau. crivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le
papier dont vous vous tes servi et prsentez-le au jour: vous
distinguerez trs-bien ce qui tait invisiblement crit; les
caractres seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il
leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.

En crivant avec un liquide form d'une portion d'eau-forte et de
trois portions d'eau, on obtient des caractres qui ne paraissent
pas, lorsque le papier est plong dans l'eau;  mesure qu'il sche,
ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et mme
une troisime fois.

Il est aussi des critures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les
humecte avec un liquide appropri. C'est ainsi qu'une dissolution de
vitriol ou de couperose donne des caractres qui se montrent  l'oeil,
lorsqu'on frotte le papier avec une ponge imbibe d'un liquide, dont
voici la composition: noix de galle concasses et mises dans de l'eau
ou du vin blanc. On obtient le mme rsultat, en plaant cette
criture invisible entre deux papiers lgrement imbibs de cette
dernire dissolution; il faut que le tout soit enferm et serr dans
un livre pendant quelques moments.

Un procd assez ingnieux consiste  masquer l'criture invisible au
moyen d'autres caractres que l'on trace dessus en se servant d'une
encre forme de paille d'avoine brle et dlaye dans de l'eau. Quant
on passe l'ponge, cette criture disparat et laisse voir  la place
celle qui tait invisible.

L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une criture,
qui, une fois sche, ne parat plus; afin de la rendre visible, il
suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors
elle paratra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du
papier.

Des caractres tracs avec du bleu de Prusse paratront d'un bleu
clatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.

Une dissolution d'or fin dans de l'eau vgtale, coupe avec de l'eau
pure, fournit une encre sympathique qui disparat en schant,
lorsqu'on veille  tenir le papier renferm et  le soustraire 
l'influence du grand air. Ces mmes caractres, exposs au soleil,
reparatront au bout d'une heure ou deux.

Disons, une fois pour toutes, que, dans l'criture occulte, il faut
employer des plumes neuves et affectes  cet usage spcial.

Les anciens auteurs qui ont crit sur la Cryptographie n'ont point
oubli les procds que nous indiquons. Vigenre explique longuement
qu'il faut escrire avec de l'alun brl, ou du sel ammoniac, ou du
camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist  pair du
papier, qu'il faut tremper puis aprs dans de l'eau qui le rend noir
et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que
le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus
d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose
sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine,
en jectant de la cendre dessus, elle y adhre et monstre ce qui y aura
t desseign. Le sel ammoniac, resouls  part soy  la cave ou autre
lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc;
frottez le papier avec du coton tremp en eau distille de vitriol ou
de couperose: l'escriture apparoistra noire.

Il y a un autre artifice de faire une petite incision  un oeuf, avec
la pointe d'un tranche-plume bien affil, par laquelle on fourre
dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la
largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en
peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse,
et de la chaulx vive empastes avec de la glaise. Si qu'il seroit bien
malais d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les
aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur
substance, sans que rien paroisse dehors.

Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun brusl,
destremp en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout
deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on
estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois
qu'elle ait emport toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de
cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas
tenir secret: et pour lire ce qui est cach, s'effaant ce qui
apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie o l'on aye fait
tremper des noix de galle concasses grossirement, tant que
l'eau-de-vie en ait attir et embeu la teinture avec du coton mouill
dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra  se
descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret
qu'il ne m'a pas sembl devoir divulguer, non plus que d'une autre
manire d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois
sepmaines, compose de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de
pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de
tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu
d'encre affoiblie avecques de l'eau.

De son ct, Porta indique ce qu'il appelle une manire trs-simple
d'crire sur la peau en caractres ineffaables: c'est avec de
l'eau-forte imprgne de cantharides; ou, si l'on veut que l'criture
ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour
crire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de
l'eau-forte, et cette opration peut se faire sur un homme endormi,
sans qu'il le sache.

Rsumons les autres dtails dans lesquels cet auteur et ses mules
entrent  l'gard du sujet qui nous occupe.

L'criture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en
passant par-dessus de la dcoction de noix de galle. Le sel ammoniac,
avec la chaux ou le savon, donne  l'criture une couleur blanche.

Aprs avoir critiqu l'antique secret des tablettes enduites de cire,
Porta indique les procds suivants: crivez avec de la graisse de
bouc sur du marbre; les lettres, en schant, deviennent invisibles;
plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ.
Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou
autre, des caractres,  la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce
bois  la presse jusqu' ce que le creux ait entirement disparu et
qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui  qui vous enverrez ce
morceau de bois lira l'criture en le plongeant dans l'eau.

Enduisez un oeuf de cire; crivez dessus, de manire  pntrer
jusqu' la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit
dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la
cire, caillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la
lumire, les lettres paraissent plus transparentes et trs-lisibles.
La mme chose a lieu en crivant avec du jus de citron, qui amollit la
coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez
sur la cire des lettres qui laissent la coquille  dcouvert; mettez
l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun
broys ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les
caractres pntreront plus avant; tez la coquille, et vous verrez
sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran.

critures que l'eau rend visibles: Qu'on crive avec du jus de
citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces
lettres sont sches, on n'aperoit rien; crivez, entre les lignes,
avec de l'encre, des choses indiffrentes, afin de drouter tout
soupon. En approchant la lettre du feu, l'criture cache devient
lisible. Broyez du sel ammoniac, mlez-le dans l'eau, crivez avec
cette liqueur: l'criture paratra de la mme couleur que le papier;
approchez-le du feu, les lettres paratront noires. Si l'on crit avec
du jus de cerises, l'criture paratra verte au feu.

Il est aussi des critures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de
l'eau seule. Ce que l'on crit avec une dissolution d'alun devient
invisible, en schant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau
pour faire revivre l'criture. Une lettre crite sur du papier avec
une eau de vitriol distille ne devient visible qu'en plongeant le
papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin,
On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre ml
d'eau; on passe la dcoction  la chausse, et on la met  part; on
trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute
autre matire, avec du jus de citron, des caractres, qui, tant secs,
n'ont aucune apparence d'criture; en passant par-dessus de l'eau de
litharge, les caractres paraissent blancs comme du lait.

Rabelais dont l'rudition encyclopdique touchait  toutes sortes de
sujets, n'a point oubli les divers procds de l'criture occulte; il
fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie  Pantagruel,
lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se
trouvait rien d'crit. Panurge s'efforce de dcouvrir le sens de cette
missive, disant que la feuille de papier estoyt escripte, mais
l'estoyt par telle subtilit que l'on n'y voyoit point d'escripture.

Il la mist auprs du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte
avec du sel ammoniac dtremp en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue
pour savoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys,
la monstra  la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus
d'oignons blancz.

Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle
estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de
laict de femme alaictant sa fille premire ne, pour veoir si elle
estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing
de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte
de rose qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta
ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt
escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir
si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge
de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de
baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans
un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle
estoyt escripte avec alun de plume.

Rabelais cite,  l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois
auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants
travaux: Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la
manire de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son trait
_peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris
illegibilibus_.

Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout  fait
inconnus; il faut donc assigner  l'imagination de matre Franois le
mrite de les avoir crs.




BIBLIOGRAPHIE


Il nous reste  signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux
diverses branches de l'Art d'crire par chiffres; nous ne prtendons
pas offrir une liste absolument complte; c'est un but qu'on ne
saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous esprons du moins ne
pas avoir oubli d'crits d'une importance relle. Nous avons adopt
l'ordre alphabtique comme tant celui qui facilite le mieux les
recherches.

_Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften
aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8.

BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_,
lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag.
147-151.

BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali,
invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661,
in-8.

BEGUELIN. _Mmoire sur la dcouverte des lois d'un chiffre de feu le
professeur Hermann, propos comme absolument indchiffrable_. _Voy._
Mmoires de l'Acadmie royale des sciences et belles-lettres de
Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389.

BELOT. _L'Oeuvre des oeuvres ou le plus parfait des sciences
stganographiques_, Paris, 1623, in-8.

BIELFELD (J. de), _Institutions politiques_ (la Haye, 1760, in-4),
tom. II, pag. 191.

BREITHAUPT (Chr.). _Disquisitio historica, critica, curiosa de variis
modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud recentiores
usitatis_, Helmstadt, 1727, in-8.

--_Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et
legendi_, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag.

BUERGA (A.). _Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache_,
Berlin, 1808.

CARLET (J. R. du). La _Cryptographie, contenant la manire d'crire
secrtement_, Tolose, 1644, in-12.

COLLETET. _Traittez des langues estrangres, de leurs alphabets et des
chiffres_, Paris, Prom, 1660, in-4.--C'est un abrg imparfait du
_Trait des chiffres_ de Vigenre, et il aurait tous les caractres du
plagiat si Colletet lui-mme n'avait pas prvenu cette accusation avec
une franchise peu commune.

COLORNI (Abr.). _Scotografia italica_, Praga, 1593, in-4.

COMIER (d'Ambrun). _Trait de la parole, langues et critures,
contenant la stnographie impntrable, ou l'Art d'crire et de parler
occultement de loin et sans soupon_. Bruxelles, 1691, in-12.

CONRADI (Dav. Arn.). _Cryptographia denudata, sive ars deciferandi qu
occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere_, Lugd. Bat., 1739,
in-8, 73 pag.

COSPI. _L'Interprtation des chiffres, ou Reigle_ (sic) _pour bien
entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres simples_,
tir de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrtaire du grand-duc de
Toscane. Augment et accommod particulirement  l'usage des langues
franaise et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90
pag.

CRELLII (L. C.) _Diss. de scytala laconica_, Lipsi, 1697, in 4.

DALGARNO (George). _Ars signorum, vulgo character universalis et
lingua philosophica_, Londini, 1667, in-8. Cet crit a paru  M.
Nodier extrmement remarquable (voir les _Mlanges extraits d'une
petite bibliothque_, pag. 268, et les _Notions de linguistique_,
1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont t rimprims 
Edimbourg en 1834; la _Revue d'Edimbourg_, n 124, juillet 1835, leur
a consacr un article.

DLANDOL. Le _Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances
secrtes_, Paris, 1794, 66 pag. in-8.

FIRMAS-PERIS (Le comte). _Pasitlgraphie_, Stuttgard, 1811, in-8.

FORELIUS (H.). _Dissertatio de modis occulte scribendi et prcipue de
scytala laconica_, Holmi, 1697, in-8.

FRIDERICI (J. B.). _Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und
wirkliche Correspondenz_, Hamburg, 1684, in-4.

FUNKS (Chr. B.). _Natrliche Magie_, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y
trouve quelques dtails sur l'art de dchiffrer.)

GERRAR (DI). _Siglarium romanum sive explicatio notarum ac
litterarum_, Londres, 1793, in-4.

GODEVIN (Franois), vque d'Hereford, _Nuncius inanimatus Utopi_,
1629. L'auteur expose mystrieusement les avantages d'une mthode
secrte de correspondance au moyen de signes convenus.

S'GRAVESAND, _Introductio in philosophiam_ (Lugd. Bat., 1737). Il y
est question, ch. XXXV, de l'criture en chiffres.

GRISCHOW (Aug.). _Introductio in philologiam generalem_, Jen, 1704,
in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'crire en chiffres avec rapidit,
et sur les moyens de dcouvrir pareils secrets.

HANEDI, _Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische,
natrliche Red- und Schreibekunst_, Nuremberg (sans date), in-8, 299
pag. Le vritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de
mathmatiques  Altorf, mort en 1636.

HILLERI (L. H.) _Mysterium artis steganographic novissimum_, Ulm,
1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette
multitude de fautes contribua sans doute au peu de succs de ce trait
plus ample que celui de Breithaupt, mais moins mthodique. Il ne
s'adapte spcialement qu'au latin,  l'italien,  l'allemand et au
franais, et seulement aux chiffres  clef simple ou dont l'alphabet
n'est pas variable. L'auteur avait donn un aperu de son travail dans
son _Opusculum steganographicum_, publi  Tubingue en 1675.

HINDENBURG (C. F.). _Archiv der reinen und angewandten Mathematik_.
(Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)

HOTTINGA (Domin. de). _Polygraphie ou mthode universelle de
l'criture cache et cabalistique_, Groningue, 1620, in-4. C'est la
reproduction textuelle de la traduction de la _Polygraphie_ de
Trithme, publie en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point
hsit  donner ce travail comme tant entirement son oeuvre, et il
dclare, dans sa prface, qu'il lui a consacr de longues et pnibles
veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effront.

JONES. _Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal
hieroglyphic language_, London, 1768.

KALMAR (Georgius). _Prcepta grammatica atque Specimina lingu
philosophic sive universalis ad omne vit genus adcommodat_.
Berolini, 1772, in-4, 56 pag.

KIRCHERI (Athan.) _Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis_,
dans la _Magia universalis_ de Schott, part. IV, lib. I.

--_Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi
populis poterit quis correspondere_, Rome, 1663, in-folio, Amsterd.,
1680. Cet ouvrage curieux est divis en trois parties; la premire
offre une pasigraphie en criture universelle que chacun peut lire
dans sa langue. Le principe d'o il part est un dictionnaire numrot
tel que Becher l'avait propos sans l'excuter; Kircher l'excuta en
petit sur cinq langues (le latin, le franais, l'allemand, l'italien,
l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes
variables des noms et des verbes sont exprimes par des signes de
convention. La seconde partie donne une stnographie plus ingnieuse
que celle de Trithme. La troisime partie concerne l'invention d'une
bote ou bureau stganographique pour crire ou lire trs-promptement
en chiffre quelconque.

KLBER (Lud.). _Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst_,
Tubingue, 1809, in-8, 470 p.

KORTUM (C. A.). _Anfangsgrnde der Entzifferungskunst deutscher
Zifferschriften_, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.

_Langage_ (Le) _muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans
crire et sans se voir_, Middelbourg, 1688, in-12.

LATOUR (Charlotte de). Le _Langage des fleurs_, Paris, 1820; 6e d.,
1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est
M. Aim Martin.)

LEIBNITZ. _Historia et commendatio lingu characteristic
universalis_, dans ses _Oeuvres posthumes_, dites par Rashe, 144
pag.

(LEMANG). _Die Kunst der Geheimschreiberei_,... im. G. L. Leipzig,
1797, in-4, 40 pag.

LENNEP (D. J. de). _Dissert. de M. Tullio Tirone_, Amsterdam, 1804.

LINDNER (Sam.). _Elementa artis decifratori_, Regiomontani, 1770,
in-8.

_Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften
zu lesen_, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.

NEYRIN (J. P.). _Principes du droit des gens_. (Brunswick, 1783,
in-8), pag. 160 et suiv.

_Nouveau Trait de diplomatique_, par deux religieux bndictins (D.
Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. _Voy._ tom. III,
p. 499-622.

NIETHAMMER (J. M.). _Ueber Pasigraphie und Ideographie_, Nurnberg,
1808, in-8.

_Nouvelle Dcouverte d'une langue universelle pour les ngociants_,
Paris, 1687, in-12.

_Opus novum, prfectis arcium, imperatoribus exercituum,
exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industri
et litteratur studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis
lingua latina, grca, italica et quavis alia multiformiter
describentibus interpretandisque._ (En latin et en italien, in-8, 44
feuillets.)  la fin on lit: Impressum Rom, anno MDXXVI. Au second
feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de
Florence.

OZANAM (Jacques). _Rcrations mathmatiques et physiques_, 1778, 4
vol. in-8. On y trouve diverses mthodes de Stnographie.

PANCIROLLI (Guidonis). _Rerum memorabilium sive deperditarum
commentarius_, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.

_Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes_, 1793, in-8, 46
pag.

PORTA (J. B.). _De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri
quinque_, Neapoli, 1563, in-4. Autres ditions: Londres, 1591,
in-4.--Montbelliard, 1593, in-8.--Naples, 1602, in-folio.--Strasbourg,
1603, in-8.

--_Magia naturalis_, Naples, 1558.--Anvers, 1561.--Naples,
1589.--Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de
l'art de chiffrer.

PRASSE (M. de). _De reticulis cryptographicis_, Lipsi, 1799, in-4, 14
pag.

RAMSAY (C. A.). _Art d'crire aussi vite qu'on parle_, Paris, 1783,
in-12. L'original est en latin; il parut ds 1678 et fut rimprim
avec une version franaise (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette
dernire date, ce livre a t souvent rimprim en France et 
l'tranger, dans la fin du dix-septime sicle. Les anciennes
ditions portaient pour titre: _Tacheographie ou l'Art d'crire_, etc.
On en connat une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.

SARPE, _Prolegomena ad tachygraphiam romanam_, Rostock, 1829, in-4.

SCHMIDT (J. M.). _Vollstndiges wissenschaftliches
Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache_,
Dillingen, 1807, in-8.

--_Grundstze fr eine allgemeine Schriftlehre_, 1816-1818, 2 vol.
in-8.

SCHOTT (Gaspard). _Schola steganographica in classes octo distributa_,
Nuremberg, 1665, in-4. D'autres ditions de 1666 et de 1680 sont
indiques par les bibliographes.

--_Thaumaturgus physicus seu magia universalis natur et artis_,
1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrime volume de
cet ouvrage curieux, des notions dtailles sur les divers moyens
imagins par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs
penses  l'aide de l'criture secrte.

SELENI, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis),
_Cryptomenyticis et Cryptographi libri IX, in quibus et planissima
Steganographi J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique
auctoris et aliorum non contemnendis inventis_, Luneburgi, 1624,
in-folio.

SOLBRIT (Dav.). _Ratio scribendi per zifras_, 1726, in-8.

--_Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben_, Coburg,
1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin prcdent.

_Steganographia recens detecta_, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgr son
titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance
n'est pas rare pour d'anciens crits publis au del du Rhin).
L'auteur a gard l'anonyme, mais il a sign la prface des lettres C.
W. P.

STEIN (A.). _Ueber Schriftsprache und Pasigraphie_, Mnchen, 1809,
in-8.

STIELER (C. von). _Deutsche Secretariatskunst_. Nuremberg, 1678, in-4.
Voir tom. I, pag. 547-555.

STUBENRAUCH. _Histoire abrge de la Cryptographie_. Il s'en trouve un
extrait dans les Mmoires de l'Acadmie de Berlin, t. I, 1745, p. 105
et suiv.

TOD (Al.). _The olive-leafe or an universal A. B. C._, London, 1603,
in-8.

TRITHEMII (J.). _Polygraphi libri VI_, Oppenheim, 1518,
in-folio.--Francof., 1550.--Colon., 1564.--Argent., 1600 et
1613.--Colon., 1671.

--_Steganographia_, Francof., 1606.--Darmst., 1606,--Francof.,
1608.--Darmst., 1621--Colon., 1635.

--_La Polygraphie et universelle criture de Trithme_, traduit du
latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.

[Note 8: La triste destine de Collange mrite qu'on en fasse mention.
Il tait valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zl,
il fut une des victimes de la Saint-Barthlemi, succombant sans doute
 quelques inimitis personnelles.]

Voici les titres de deux ouvrages composs dans le but de dfendre la
mmoire de Trithme contre l'accusation de magie dirige contre lui:

_Stenographi nec non clavicul Salomonis germani, J. Trithemii,
genuina declaratio, auctore_ J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.

J. TRITHEMII _Stenographia vindicata et illustrata_, auctore W. E.
Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une dition de Nuremberg, 1721, in-4, est
cite.

UKEN (M.). _Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum_,
Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande,
Ulm, 1759.

URQUHART (Thomas). _Logopandecteision, or an introduction to the
universal language_, London, 1653, in-4.

VATER (J. S.). _Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la
dcouverte rcente d'une langue universelle pouvant servir  tous les
peuples_, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.

WALLIS (J.). _Opera miscellanea_, Oxoni, 1699, in-folio. Dans son
trait _De combinationibus et alternationibus_, ce clbre
mathmaticien donne des exemples de dchiffrement, sans expliquer
toutefois les mthodes dont il fait usage.

WILDVOGEL (Ch.). _Diss. de scripturis terribilibus_, Francof., 1719,
in-4.

WILKINS (vque de Chester). _Mercure ou le Messager secret et prompt
o l'on montre comment on peut communiquer vite et srement ses
penses  un ami loign_, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en
anglais.)

--_Essay towards a real charater and a philosophical language_,
Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare,
se trouve dans les _Transactions philosophiques_, n 35.

WOLKE (C. H.). _Erklrung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen
aller cultivirten Voelker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie mglich
und ausblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder
einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache_, Dessau, 1797.


FIN.




TABLE DES CHAPITRES.


  CHAPITRE Ier. Dfinition de la Cryptographie, son origine;
    notions historiques.                                             1

  CHAP. II. Auteurs qui ont crit sur la Cryptographie.             35

  CHAP. III. Rgles et procds de Cryptographie.                   91

  CHAP. IV. Des diverses sortes d'critures et des diffrents
    langages de convention qui se rattachent  la correspondance
    occulte.                                                       156

  CHAP. V. Du rle de la Cryptographie dans la littrature.        186

  CHAP. VI. Des livres  clef.                                     202

  CHAP. VII. Du dchiffrement.                                     208

  CHAP. VIII. Des critures occultes.                              225

  Bibliographie.                                                   242




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  --page 41: "Un mchant vous demande une lettre d'introduction
    auprs d'un de ses amis", "ses amis" a t remplac par "vos amis".

  --page 144: "La premire lettre de la dpche, l, correspond  la
    quatrime, o; la seconde, e,  la quatrime,", "la seconde, e, 
    la quatrime," a t remplac par "la seconde, e,  la septime,".

  --page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a t
    remplac par "nfouxmb".

  --page 220: "la consonne c est toujours lie au c", "lie au c" a
    t remplac par "lie au h".

--Page 151: La note 5 n'a pas de rfrence dans le texte.

--Les mots contenus dans [] sont imprims dans des cases (ex: page 120).

--Cet ouvrage contient de nombreux signes qui ne peuvent tre reproduit
dans ce fichier; ils ont t remplacs par [Gl.] pour Glyphe, [Pt.]
pour Point, etc.

  --Les signes enclos dans [= =] sont encadrs dans l'ouvrage.

  --Chiffres prcds par [- sont surmonts d'un trait; ceux prcds
    par [" de deux points.]





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Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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