The Project Gutenberg EBook of Mmoires du prince de Talleyrand, Volume V
(of V), by Charles-Maurice de Talleyrand Prigord

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Title: Mmoires du prince de Talleyrand, Volume V (of V)

Author: Charles-Maurice de Talleyrand Prigord

Annotator: Duc de Broglie

Release Date: March 10, 2013 [EBook #42292]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise.




    MMOIRES

    DU PRINCE

    DE TALLEYRAND


    PUBLIS AVEC UNE PRFACE ET DES NOTES

    PAR

    LE DUC DE BROGLIE

    DE L'ACADMIE FRANAISE

    V

    PARIS
    CALMANN LVY, DITEUR

    RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
    A LA LIBRAIRIE NOUVELLE

    1892

    Droits de reproduction et de traduction rservs pour tous les pays
    y compris la Sude et la Norvge.




MMOIRES

DU

PRINCE DE TALLEYRAND

[Illustration: LE PRINCE DE TALLEYRAND 1838
(D'aprs Ary Scheffer).]




AVERTISSEMENT DE L'DITEUR


Le cinquime et dernier volume des _Mmoires_ du prince de Talleyrand
complte la publication dont les excuteurs testamentaires du prince
avaient laiss le soin  des mandataires de leur choix. Les diteurs
accomplissent l'engagement qu'ils ont pris en remettant  M. le
Directeur de la Bibliothque nationale les volumes manuscrits dont le
texte aujourd'hui imprim est l'exacte reproduction. Il sera ainsi
ais de se convaincre qu'ils ne se sont permis de faire subir au dpt
qu'ils avaient reu aucune modification et aucun retranchement
d'aucune sorte.

A la vrit, le recueil mis ainsi  la disposition du public n'tant
point un crit autographe mais une copie certifie par les excuteurs
testamentaires, cette constatation, suffisante pour attester la
sincrit scrupuleuse des diteurs, ne le serait pas  elle seule, 
dfaut d'autres tmoignages, pour terminer la controverse qui a
t leve sur le caractre des _Mmoires_ eux-mmes. Heureusement, la
discussion  laquelle cette controverse mme a donn lieu a dj suffi
pour dissiper tous les doutes.

La question de l'authenticit des _Mmoires_ de Talleyrand a t
dbattue, en effet,  fond dans la presse et leur caractre original
tabli jusqu' l'vidence par des critiques minents et par les juges
dont l'autorit est la moins conteste. M. Sorel dans le _Temps_, M.
Chuquet dans la _Revue critique_, M. Gustave Monod et M. Farge dans la
_Revue historique_, se sont prononcs avec la comptence que leur
donnent leurs tudes compares de tous les documents touchant 
l'histoire contemporaine; et  l'appui du mme jugement, M. Pierre
Bertrand a apport dans la _Revue encyclopdique_ des dtails curieux
sur les procds de composition du prince de Talleyrand, tels qu'il a
t en mesure de les reconnatre dans la publication qu'il a faite de
plusieurs de ses lettres indites.

Si je reviens donc aujourd'hui sur un sujet qui peut paratre puis,
ce n'est pas dans la pense de rien ajouter  des dmonstrations si
concluantes, mais simplement pour en offrir la reproduction et le
rsum aux lecteurs qui, n'ayant pu suivre les phases du dbat,
dsireraient tre fixs sur la vritable valeur de l'oeuvre mise
aujourd'hui tout entire entre leurs mains.

Quelques mots suffiront pour rappeler sur quels points la contestation
a port et dans quelle mesure exacte elle a t renferme. On n'a pas
essay d'assimiler les _Mmoires_ de Talleyrand  ces compositions
apocryphes qui abondent dans notre littrature, vritables romans
historiques, fabriqus de toutes pices par des artistes de profession
et mis ensuite par eux sous le nom de tel ou tel personnage clbre.
L'origine certaine des documents et l'empreinte d'un esprit suprieur
visible dans certaines parties ne pouvaient prter  des suppositions
de cette espce. On s'est born  soutenir que le texte primitif avait
t mutil, remani et n'arrivait ainsi  la publicit qu'aprs avoir
subi des altrations qui le rendaient mconnaissable; et pour
justifier cette assertion, on a signal dans le rcit de la vie
publique ou prive du prince soit des lacunes qui semblent l'effet de
retranchements faits aprs coup par une main trangre, soit des
confusions de faits ou de noms qui n'auraient pas d chapper 
l'auteur puisque l'erreur porte sur des vnements auxquels il a t
personnellement ml et sur des contemporains, adversaires ou amis,
qu'il a personnellement connus. L'absence d'un manuscrit autographe
s'expliquerait alors par le dessein, arrt chez ceux qui l'ont
transcrit, de faire disparatre les traces des modifications qu'ils
n'auraient pas craint d'y apporter.

On doit reconnatre, en effet, que dans les _Mmoires_ ne
figurent pas, du moins avec le mme degr de dtail et d'importance,
tous les vnements de la vie de l'auteur qui ont trouv place depuis
longtemps dans sa biographie. La narration passe trs rapidement et
sans insister sur les dbuts de la carrire politique de Talleyrand,
le rle qu'il a jou  l'Assemble constituante, ses rapports avec les
personnages illustres qui ont alors occup la scne, les missions et
les fonctions publiques qu'il a remplies pendant cette premire phase
de la Rvolution. A ne considrer mme que la dimension des rcits, il
y a loin des quelques chapitres consacrs  ces annes de jeunesse aux
dveloppements qui sont rservs  l'exposition complte et dtaille
des grandes ngociations de 1814 et 1830. Mais loin que cette
diffrence dt surprendre, on devait s'y attendre, et elle ne prsente
rien  nos yeux que de trs naturel. Dans le cours d'une existence
presque sculaire, Talleyrand, associ  toutes les vicissitudes dont
l'Europe et la France avaient t le thtre pendant cette priode
d'agitation, avait vu en ralit changer la face du monde autour de
lui; et par l'effet d'une si longue exprience suivie de dceptions
rptes, il devait lui arriver, comme  la plupart des hommes de sa
gnration, de ne retrouver presque rien en lui de l'tat d'me et
d'esprit qu'il avait partag avec beaucoup des plus sages de ses
contemporains. Au moment o il prenait la plume, au lendemain de la
Restauration  laquelle il avait puissamment contribu, le prince
de Talleyrand, venant de reprsenter la monarchie lgitime  Vienne
devant l'Europe assemble, conservait bien peu d'ides et de traits
communs avec l'abb de Prigord sigeant au ct gauche de l'Assemble
constituante, et il devait avoir peine  reconnatre en lui-mme 
travers un pass si lointain ce modle presque effac. Il avait
beaucoup appris et peut-tre aussi un peu oubli. Bien des rsolutions
qu'il avait appuyes dans des jours d'esprance, d'illusion et d'orage
devaient lui apparatre, sinon comme un entranement dont il n'avait
pas su se dfendre, au moins comme des ncessits qu'il avait d
subir. Comment ne se serait-il pas ht de tourner cette page de son
histoire pour arriver rapidement  celle o taient inscrits les
services minents qu'il venait de rendre  son pays? Comment se
serait-il attard  retracer avec complaisance, pour la postrit des
impressions dont il avait peut-tre lui-mme perdu, et dont il ne se
souciait pas, en tout cas, de raviver la mmoire?

Un homme qui a exerc sur les affaires politiques de son temps une
action pareille  celle qui est chue  Talleyrand ne se met pas 
crire, comme un narrateur ordinaire, uniquement pour charmer les
loisirs de l'ge avanc en repassant sur les souvenirs de sa jeunesse.
Sa pense constante est de faire apprcier la mesure des efforts qu'il
a faits pour servir les intrts qui lui taient confis et les
rsultats qu'il s'applaudit d'avoir obtenus. A ce point de vue,
1789 ne rappelait  M. de Talleyrand qu'une activit dpense sans
fruit. Est-il tonnant qu'il ait mieux aim s'occuper de la grandeur
et de l'utilit incontestables du rle qu'il avait jou en 1814 et
1830? On n'a point, d'ailleurs, tenu une si grande place dans son
sicle sans avoir t sujet  beaucoup d'accusations et de reproches.
Des Mmoires n'ont point alors pour but de rvler des faits inconnus,
mais de prparer les pices d'un procs qui doit tre instruit devant
l'histoire, et l'histoire elle-mme y doit chercher encore moins des
informations nouvelles que les lments propres  l'clairer sur le
jugement qu'elle est appele  porter.

Je sais bien qu'on s'tait fait assez gnralement des _Mmoires_ de
Talleyrand une ide toute diffrente de celle que la connaissance
aujourd'hui complte a ralise. Par l'effet des prcautions peut-tre
excessives prises par les excuteurs testamentaires pour prvenir une
publication prmature, on s'tait plu  se figurer que le secret
n'avait pu tre aussi longtemps gard que parce qu'il portait sur des
faits de nature dlicate et mystrieuse et que, le voile une fois
lev, on verrait apparatre des rvlations piquantes, des portraits
satiriques, des anecdotes malignes, qui sait? peut-tre mme des
confidences sur les facilits que le relchement des moeurs permettait
au clerg mondain de l'ancien rgime. Le ton grave du rcit
particulirement appropri  la nature des sujets traits a
dconcert cette curiosit frivole, et de l  supposer qu'on avait
supprim  dessein tout ce qui aurait pu la satisfaire, il n'y avait
qu'un pas. Mais il n'tait pas ncessaire d'avoir connu M. de
Talleyrand, il suffisait d'avoir vcu avec ceux qui l'avaient approch
pour n'avoir jamais conu une ide et, par consquent, n'avoir pas 
perdre une illusion de cette nature. Il suffisait mme de se rappeler
que parmi les reproches de tout genre qu'on a pu lui faire, celui de
manquer de tact et de got est peut-tre le seul qu'on lui ait
pargn. Si des crivains srieux ont pu chercher dans ses _Mmoires_
ce genre d'intrt et s'tonner de ne l'y pas trouver, ils ont fait
preuve d'un dfaut de jugement qui ne leur permettrait pas de
prtendre  la qualit d'historiens.

On ne comprend pas davantage comment, avec la moindre habitude
d'crire l'histoire d'aprs des documents originaux, on pourrait
attacher une relle importance  quelques erreurs de chronologie ou de
noms propres qu'on a pu relever dans les _Mmoires_ de Talleyrand. Au
lieu d'y voir une marque de contrefaon, on doit y reconnatre ce
qu'il y a de plus simple au monde: une dfaillance de mmoire
invitable au bout d'une longue vie coule dans des circonstances si
diverses. J'ose affirmer qu'il n'y a pas de Mmoires connus, mme ceux
dont l'authenticit est la moins douteuse, qui ne renferment des
erreurs plus graves et qui, examins  la loupe, ne supportent
moins bien l'examen. Je puis invoquer,  cet gard, mon exprience
personnelle faite dans diverses conditions.

J'ai eu l'occasion, par exemple, dans le cours de mes travaux,
d'tudier avec soin les Mmoires laisss par les hommes qui avaient
jou pendant le XVIIIe sicle un rle important comme ministres,
gnraux ou ambassadeurs: je citerai, entre autres, le marchal de
Belle-Isle et le marquis d'Argenson: et en comparant ensuite leurs
rcits avec leur correspondance crite pendant leur gestion, ce n'est
pas une fois, par hasard, c'est  tous moments que j'ai rencontr des
diffrences, des contradictions mme, en apparence inconciliables,
entre le dtail des faits tels qu'ils les ont rapports aprs coup
dans leur retraite et tels qu'on les trouve dans leurs lettres crites
au lendemain mme du jour o les incidents se sont produits. Beaucoup
de ces diffrences sont motives sans doute par le dsir de se
justifier de certains reproches ou d'accrotre le mrite de certains
services, mais d'autres n'ont d'explication que des oublis ou des
confusions involontaires.

De plus, deux hommes politiques ayant tenu une place considrable dans
notre histoire contemporaine--et dont l'un a cess de vivre--ont bien
voulu me faire part de tout ou partie de leurs souvenirs indits, et
je me suis permis de leur signaler, dans le rcit des vnements o
ils avaient figur comme acteurs principaux, des inexactitudes trs
inoffensives, sans doute, et trs innocentes, mais beaucoup plus
graves que celles dont on accuse les _Mmoires_ de Talleyrand, et ils
se sont empresss, sur ma seule observation, de les reconnatre et de
les rparer.

J'ajouterai qu'appel  publier moi-mme les Souvenirs de mon pre,
j'ai pu constater, d'aprs son propre tmoignage, combien l'homme le
plus consciencieux, crivant aprs de longues annes, doit se dfier
de la fidlit de sa mmoire et a de prcautions  prendre pour ne pas
la trouver en dfaut.

On sait que le premier acte et l'un des plus caractristiques de la
vie politique de mon pre fut la rsolution qu'il prit en 1815 de
siger  la Chambre des pairs dans le procs du marchal Ney, bien
qu'il n'et pas encore l'ge lgal pour dlibrer et qu'il ne dt
l'atteindre que le jour o la sentence serait porte. Combien de fois
ne l'avais-je pas entendu raconter le dtail de la premire sance 
laquelle il avait assist et dont l'impression devait tre reste
grave dans son esprit en traits ineffaables, en raison de la gravit
et de la nouveaut du spectacle qu'il avait sous les yeux. Le sujet du
dbat, me disait-il, tait ce jour-l la dcision du point peut-tre
le plus important de la cause: la question de savoir si on
appliquerait au marchal le bnfice de l'amnistie promise aux
rebelles par la capitulation de Paris. Quelle surprise n'ai-je donc
pas prouve en retrouvant dans ses Souvenirs ces mmes dtails, mais
rapports avec la rserve qu'on va lire:

Le 4 dcembre, crit-il, je pris sance, j'entrai  onze heures du
matin dans la Chambre du conseil dj runi: la Chambre du conseil,
c'est--dire le lieu o la Chambre dlibrait hors la prsence du
public, c'tait la galerie de tableaux. Je vois encore ici la position
de chacun des membres  moi connus et la place que je pris moi-mme au
dernier banc. Chose inconcevable, si j'en tais requis, je prterais
serment que le sujet de la dlibration c'tait la question de savoir
si l'on permettrait au marchal Ney de plaider la capitulation de
Paris. On sait que ce fut le tort, le grand tort, je dirai presque le
crime de la Chambre des pairs d'avoir en ceci ferm la bouche 
l'accus. J'entends M. Mol parler dans un sens, Lanjuinais et Porcher
de Richebourg en sens oppos. Cette sance a fait poque dans ma vie.
Comment se fait-il que je me trompe? Il le faut bien, nanmoins,
puisque le procs-verbal place cette sance non le premier, mais le
dernier jour du procs  l'issue des plaidoiries. Mais tout en
reconnaissant mon erreur, c'est ma raison qui se soumet, ma mmoire
reste intraitable, et, je le rpte ici, je prterais serment contre
le procs-verbal.

       *       *       *       *       *

Supposons maintenant que le narrateur n'et pas t en mesure de
consulter les procs-verbaux de la Chambre des pairs et et mis par
crit ses souvenirs tels qu'il les avait gards, cette erreur de date
suffirait-elle pour contester soit la vracit de l'crivain,
soit l'authenticit du texte[1]?

Enfin, s'il suffisait d'une erreur sur la qualit d'un personnage
public pour mettre en doute la sincrit d'un crit, comment expliquer
que, dans le petit nombre de lettres autographes de M. de Talleyrand
lui-mme que nous possdons, on trouve,  cet gard, des mprises plus
considrables que celles qu'on a signales dans ses _Mmoires_?
Comment expliquer, par exemple, que, parlant  l'empereur Alexandre,
il donne la qualit de beau-frre du roi Frdric-Guillaume au chef
d'une maison assurment trs illustre, mais qui ne tenait  la famille
royale de Prusse que par des liens de parent beaucoup plus
loigns[2], et comment expliquer qu'au lieu de rparer cette erreur,
deux jours aprs, il la renouvelle en rendant compte au roi Louis
XVIII de son entretien? Assurment, pour un homme de cour, pour
un diplomate vivant et causant avec les souverains, sachant combien
ils aiment peu qu'on se mprenne sur ce qui les touche, il y avait l
une inexactitude ou une maladresse beaucoup plus grande que celle qui
consiste  avoir donn au directeur Carnot, en 1796, le grade de
gnral, qui ne lui a t confr qu'en 1813.

On chercherait donc vainement  tirer parti, contre la confiance due
aux _Mmoires_ dans leur ensemble, de ces incorrections invitables
portant sur de telles minuties. Reste  expliquer pourquoi le
manuscrit que les excuteurs testamentaires ont laiss est une copie
certifie et non pas un texte autographe. La rponse est des plus
simples: c'est qu'un pareil texte--au moins dans les conditions qu'on
suppose--n'a probablement jamais t entre leurs mains, et connaissant
les habitudes de M. de Talleyrand, ils n'en ont prouv eux-mmes
aucune surprise.

Tous ceux qui avaient vcu auprs de M. de Talleyrand savaient, en
effet, que le travail matriel le fatiguant, il n'crivait de sa
propre main que ses lettres intimes ou celles que, par respect pour
les personnes  qui il les adressait, il ne se croyait pas permis de
faire passer par la plume d'un secrtaire. Pour les travaux de plus
longue haleine il dictait; la dicte faite, il la revoyait, y
apportait des corrections pour rendre l'expression plus conforme  sa
pense; puis la pice ainsi revue tait recopie de nouveau et classe
dans ses papiers. Quelquefois, il jetait au courant de la plume
quelques ides sur le papier et laissait  un secrtaire le soin de
relier entre eux ces fragments dtachs. Enfin, quand il avait pleine
confiance dans l'intelligence et l'habilet de ce collaborateur, il se
bornait  lui faire connatre le fond de la pense qu'il voulait
exprimer, et en se rservant  lui-mme la tche de corriger la forme
pour lui donner plus de force et d'lgance. C'taient des textes
ainsi prpars, mais dont aucun probablement n'tait de la propre main
de l'auteur, que M. de Bacourt a reus en dpt; et en les
transcrivant de nouveau il n'a cru altrer en rien leur caractre, ni
surtout leur enlever aucune garantie d'exactitude et d'authenticit.
Que gagnerait-on, en effet,  avoir sous les yeux ces textes
originaires (remarquez que je ne dis nullement originaux)? ce seraient
des copies tout comme celles que nous avons reues, sauf qu'au lieu
d'tre relies en volumes et toutes d'une mme main, ce seraient des
cahiers dtachs peut-tre d'critures diffrentes, tout aussi
susceptibles et tout aussi facilement suspectes de suppression ou
d'interpolation, et pour y ajouter foi, il faudrait toujours s'en
rapporter  la loyaut des excuteurs testamentaires et en particulier
du dernier survivant, M. de Bacourt[3].

Je sais bien que c'est cette loyaut mme de M. de Bacourt que, sans
craindre de contredire l'opinion unanime de ceux qui l'ont connu, on
n'a pas hsit  mettre en suspicion. A cette occasion, on rappelle
que la marque de confiance dont M. de Talleyrand avait honor M. de
Bacourt n'tait pas la premire du mme genre qui lui et t
confre; son nom figure dj en tte d'une publication faite, il y a
plusieurs annes, contenant des pices trs importantes relatives aux
rapports de Mirabeau avec la cour de Louis XVI, et dont le comte de La
Marck, depuis prince d'Arenberg, avait t l'intermdiaire. M. de La
Marck en mourant avait charg M. de Bacourt de faire connatre ces
pices au public pour bien tablir le caractre, suivant lui mal
apprci, de ces relations secrtes de Mirabeau, et on accuse M.
de Bacourt de n'avoir pas port un scrupule suffisant dans
l'accomplissement de ce mandat. Quelques-unes des pices, dont on
trouve la trace, ont d tre supprimes et laisses dans l'ombre; et
on en conclut que c'est  une limination du mme genre que M. de
Bacourt a procd dans la publication des _Mmoires_ de Talleyrand. Le
fait allgu ft-il vrai--ce que je n'ai pas  discuter ici--je ne
vois pas quelle conclusion on serait en droit de tirer d'une
assimilation faite entre deux situations qui n'ont rien de pareil. M.
de La Marck avait runi une vaste collection de papiers de dates et
d'origines diffrentes. C'taient des lettres et des notes, les unes
manant de Mirabeau lui-mme, les autres  lui adresses, d'autres
postrieures  sa mort. C'est de cet ensemble un peu confus de
documents qu'il avait entrepris de tirer la justification de l'homme
illustre dont il avait t le confident et l'ami. Mais pour atteindre
ce but et produire l'effet dsir, ou seulement pour mettre un peu
d'ordre et de clart dans la suite des pices et en faire comprendre
au lecteur le sens et la porte, un classement et par suite un choix
taient  faire. C'est  cette tche que M. de La Marck s'tait
appliqu; mais le dclin de sa sant ne lui permettant pas de la mener
 fin, il lguait  M. de Bacourt le soin de l'achever dans l'esprit
et avec les intentions qui lui taient connues. De quelque manire que
le mandataire se soit acquitt de sa commission, il usait de son
droit et surtout ne trompait personne. Car on ne voit nulle part que
M. de La Marck lui et enjoint de mettre au jour sans distinction tout
ce que son testament lui remettait, et lui-mme n'a non plus prtendu
nulle part s'tre dessaisi de tout ce qu'il avait entre les mains.
Enfin--et c'est ici dans le cas prsent le plus important--on ne dit
pas et mme on ne souponne pas que M. de Bacourt ait fabriqu
lui-mme aucune des pices qu'il livrait  l'impression avec
l'intention de faire passer sa prose sous le couvert et sous le nom
d'autrui[4].

Tout autre et bien plus grave serait le tort ou plutt l'injure qu'on
ferait  la mmoire de M. de Bacourt, si on admettait l'imputation
dont elle est l'objet. Chacun des volumes manuscrits des _Mmoires_ de
Talleyrand porte, on le sait,  la dernire page l'attestation, signe
par M. de Bacourt lui-mme, que le contenu en est _authentique_ et
_complet_. Or admettons que, par une subtilit de conscience assez
difficile  comprendre, un homme d'honneur pt se croire autoris 
attester l'intgrit d'un recueil qu'il aurait lui-mme altr et
mutil. Mais une fois les suppressions et les altrations faites, pour
faire disparatre dans la suite et la trame du rcit des solutions de
continuit trop visibles, il aurait fallu prendre la plume, combler
les lacunes, rtablir les transitions interrompues, en un mot prter 
l'auteur parlant  la premire personne, comme un personnage de
comdie, un langage qu'il n'a pas tenu. Les critiques de M. de Bacourt
n'ont pas recul devant cette supposition; il y a mme des chapitres
entiers o ils ont prtendu ne pas reconnatre la touche lgante et
dlicate de Talleyrand, et dont ils ne font pas difficult d'attribuer
la composition  celui qui s'est couvert de son nom. Ici, il n'y a
aucun ambage possible: le fait, s'il tait vrai, serait une
falsification pure et simple et un mensonge sans aucune circonstance
attnuante.

Comment alors ne pas tenir compte du tmoignage unanime et de la
protestation indigne de tous ceux qui ont vcu auprs de M. de
Bacourt, et dont il n'est pas un qui n'atteste que le trait le plus
saillant de son caractre tait une dlicatesse pousse jusqu' un
scrupule mticuleux? Telle tait, d'ailleurs, son admiration profonde
et presque superstitieuse pour le matre qu'il vnrait, que l'ide de
prendre sa place et de parler en son nom tait un excs de prsomption
qui ne pouvait pas lui traverser l'esprit. Il n'aurait pas suppos que
le lecteur pt s'y tromper un seul instant.

La conclusion est donc certaine. Les _Mmoires_ de Talleyrand
peuvent prendre place  un rang lev dans cette riche collection de
souvenirs historiques qui est l'un des titres de gloire de notre
littrature, et on peut les lire avec autant de confiance que les
Mmoires de Richelieu que personne ne conteste aujourd'hui, bien qu'on
n'en connaisse aucun manuscrit, et que les trois quarts des lettres de
madame de Svign, dont on ne possde pas la minute.

    Duc DE BROGLIE.

  [1] C'est une erreur de date de ce genre qui a fait mettre en
  doute un instant l'authenticit de la lettre de Louis XVIII  M.
  de Talleyrand relative au projet form par les Prussiens de faire
  sauter le pont d'Ina. En citant cette lettre dans ses _Mmoires_
  (C. III, p. 236) M. de Talleyrand la fait prcder de cette
  suscription: Paris, le 15 juillet 1815, samedi dix heures. Cette
  date ne pouvait tre exacte puisque le fait auquel la lettre se
  rapporte s'est pass non pas le samedi 15 mais le samedi 8
  juillet. Heureusement l'original de la lettre existe et a t
  reproduit en photographie en tte du premier volume des
  _Mmoires_ et elle ne porte d'autre date que celle-ci: ce samedi.
  L'erreur est donc uniquement du fait de l'auteur des Mmoires qui
  voulant donner, de souvenir,  la lettre une date certaine, s'est
  tromp d'une semaine: Ce qui pour un incident en lui-mme de peu
  d'importance n'a rien d'extraordinaire.

  [2] Voir tome III, p. 71.

  [3] Voici comment M. Bertrand aprs avoir expliqu en dtail le
  mode de composition de M. de Talleyrand dont l'tude de ses
  lettres et des pices manes de lui existant aux Affaires
  trangres a pu lui donner connaissance, rsume son opinion au
  sujet des Mmoires eux mmes.

  Le caractre des manuscrits privs et de ses Mmoires est fort
  bien indiqu par cette mention de la copie laisse par M. de
  Bacourt dans l'inventaire de ses papiers, inventaire qui tait
  joint  son testament:

  Quatre volumes relis en peau qui sont la seule copie authentique
  et complte des _Mmoires du Prince de Talleyrand_, faite d'aprs
  les manuscrits, dictes et copies dont M. le prince de Talleyrand
  lui avait indiqu l'emploi.

  On le voit, il est question de manuscrits, de dictes et de
  copies. Les manuscrits sont videmment toutes les pices manes
  de divers personnages dont les originaux possds par Talleyrand
  sont aujourd'hui aux mains de M. le duc de Broglie et dont
  quelques-uns ont t insrs par M. de Bacourt dans la copie des
  _Mmoires_. Il est permis de supposer que les copies dont parle
  l'inventaire sont des copies faites pour Talleyrand des pices
  possdes par les archives de l'Etat ou par des particuliers: il
  reste les dictes. Mais que serait-ce que ces dictes sinon les
  manuscrits originaux des _Mmoires_?

  [4] Ces lignes taient crites avant la publication, dans la
  _Revue Historique_ du 1er mars 1892, d'un travail de M. Pierre
  Bertrand, qui justifie M. de Bacourt du reproche qui lui avait
  t adress. On avait signal l'existence, dans un ouvrage
  allemand, des pices que M. de Bacourt tait accus d'avoir
  supprimes et il se trouve que ces pices figurent dans la
  collection de M. de Bacourt, seulement  une date diffrente de
  celle que le traducteur allemand leur assigne. De plus, cet
  ouvrage allemand n'est que la traduction du recueil de M. de
  Bacourt, faite de son consentement et avec son concours, et porte
  en tte son approbation. Jamais mprise ne fut plus complte.




ONZIME PARTIE

RVOLUTION DE 1830 (_Suite_)

(1832-1833)




RVOLUTION DE 1830 (_Suite_)

(1832-1833)


Avant de reprendre le rcit des faits qui concernent mon ambassade 
Londres, o je retournai au commencement du mois d'octobre 1832, je
voudrais rappeler quelques incidents survenus pendant mon absence.

A mon arrive  Paris, au mois de juin, j'avais trouv le ministre
franais trs affaibli,  la suite de la mort de M. Casimir Prier, et
ne parvenant ni  se complter ni  se fortifier sur une base un peu
solide. Des intrigues de toute sorte se croisaient autour des
portefeuilles, l'ambition de quelques personnes gnait moins que la
prsomption de tous. Voil o conduisent les rvolutions qui dplacent
tant de monde. Je me htai de partir pour les eaux ne me souciant
point d'assister  un pareil spectacle o je n'avais que faire. On ne
tarda pas  m'y poursuivre; on insistait pour que je retournasse
immdiatement en Angleterre. Ces instances tenaient  une autre
intrigue. On voulait tablir que M. Durant de Mareuil qui me
remplaait tait insuffisant, parce que je lui avais donn la
prfrence sur M. de Flahaut, vivement appuy par le gnral
Sbastiani. Je ne me laissai point mouvoir par toutes ces agitations.
Je rpondis de Bourbon-l'Archambauld, que rien d'urgent ne rclamait
ma prsence  Londres, o les affaires suivaient leur cours naturel;
que la hte les gterait, plutt qu'elle ne les servirait; qu'avant
d'tre press, il faut surtout tre raisonnable et prendre la raison
dans les hauteurs et les difficults de sa position et mme ne point
avoir l'air d'tre press; enfin que notre position tait prise,
qu'elle consistait  tre bien avec l'Angleterre et  marcher avec
elle, que c'tait  cela que tout devait tre sacrifi, le reste
n'tant que secondaire. On revint  la charge, nanmoins, en se
montrant effray des plaintes violemment exprimes dans les Chambres
belges, contre la confrence de Londres, et qui pourraient,
prtendait-on, amener une reprise des hostilits.

Pour apaiser tous ces bruits et mettre fin aux intrigues, j'annonai
l'intention de raccourcir le temps de mon cong et de retourner ds le
mois d'aot  Londres, quoique bien rsolu  n'en rien faire; je
sentais le besoin de prendre du repos aprs les eaux de Bourbon. Cela
suffit pour djouer l'intrigue Flahaut-Sbastiani et on me laissa
tranquille. Je me prononai en mme temps trs fortement contre
l'arrogance des Belges qui ne mritaient pas que notre gouvernement se
compromt pour eux, et je demandai qu'on les fort de cder ce qui
tait raisonnable. On ne suivit gure mes conseils sur ce point et on
se pressa, au contraire, fort  tort,  mon sens, de conclure le
mariage de Madame la princesse Louise d'Orlans avec le roi
Lopold, qui eut lieu  Compigne le 9 aot. Il tait bien vident que
la conclusion prcipite de ce mariage ne pouvait qu'embarrasser nos
affaires, en augmentant les exigences des rvolutionnaires belges et
franais. Le roi de Hollande, heureusement, se chargea de nous tirer
d'embarras par la mauvaise foi qu'il apporta dans ses ngociations
avec la confrence de Londres. Celle-ci, aprs de longues discussions,
crites et verbales, avec les plnipotentiaires hollandais, n'ayant pu
aboutir  aucun rsultat, se vit conduite  dclarer, par un protocole
qui porte la date du 1er octobre 1832, qu'il tait devenu ncessaire
d'employer des mesures coercitives contre la Hollande pour l'obliger 
excuter les conditions du trait sign entre les cinq puissances et
la Belgique[5]. Il est vrai qu'aprs cette dclaration il y eut un
dissentiment, entre les membres, de la confrence, sur la nature des
mesures coercitives  employer. Les plnipotentiaires d'Autriche, de
Prusse et de Russie ne consentirent  s'associer qu' des mesures
pcuniaires, tandis que ceux d'Angleterre et de France se rservrent
de concourir  des mesures plus efficaces dans le but de mettre 
excution un trait qui, depuis tant de mois, avait t ratifi
par leurs cours et dont l'inaccomplissement prolong exposait  des
dangers continuels et croissants la paix de l'Europe. Le principe
ainsi pos, il s'agissait d'en faire dcouler les consquences et
c'tait pour obtenir ces consquences que je me dcidai  retourner 
Londres dans les premiers jours d'octobre 1832. Toutefois, avant de me
mettre en route, je tenais  tre sr qu'on tait enfin parvenu 
former  Paris, un ministre qui offrt des conditions de solidit et
de dure. J'en obtins l'assurance de la bouche mme du roi, la veille
de mon dpart pour Londres le 9 octobre 1832[6].

Je crois ne pouvoir mieux donner l'ide de la situation du nouveau
cabinet franais et de celle qu'il me faisait  Londres qu'en insrant
ici les lettres que les principaux membres de ce cabinet m'adressrent
le 11 octobre, le lendemain de mon dpart.

  [5] Cette dclaration tait celle du plnipotentiaire anglais. Le
  plnipotentiaire franais tait encore plus affirmatif. Il
  adhrait, disait-il, en tous points  cette dclaration, et en
  outre, rservait  son gouvernement, pleine facult d'agir pour
  l'excution du trait conclu avec la Belgique, ainsi que le droit
  lui en est acquis, et suivant ce que la teneur de ses engagements
  et l'intrt de la France pourront exiger.

  Quant aux mesures de coercition pcuniaire sur lesquelles la
  confrence, ainsi qu'il est dit un peu plus loin, tait tombe
  d'accord, elles consistaient  librer la Belgique des arrrages
  chus envers la Hollande depuis le 1er janvier 1832, et 
  dfalquer un million de florins par semaine du montant des dettes
  de la Belgique envers la Hollande, dans le cas, o au bout d'un
  dlai  fixer, la radiation des arrrages ne produirait pas
  l'effet qu'il tait permis d'en attendre.

  [6] C'tait le ministre dit du 11 octobre; il tait compos
  ainsi qu'il suit: Prsidence du conseil et guerre, le marchal
  Soult; affaires trangres, le duc de Broglie; intrieur, M.
  Thiers; finances, M. Humann; instruction publique, M. Guizot. MM.
  Barthe, d'Argout et de Rigny demeurrent  la justice, au
  commerce et  la marine.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 11 octobre 1832.

    Mon prince,

Vous saviez, je le crois, au moment de votre dpart, que les affaires
avaient encore une fois chang de face. Hier soir,  cinq heures, M.
le marchal Soult est venu m'annoncer que le roi agrait mes
propositions. A sept heures le futur cabinet s'est runi; il est ce
matin au _Moniteur_.

Je n'ai pas besoin de vous dire que ce cabinet est compos de tout ce
que le parti du bon ordre, de la paix, du pouvoir lgal et rgulier,
compte de plus dcid dans ses rangs. Je vous ai confi en grand
dtail mes voeux et mes esprances. Il dpend de l'Europe et de
l'Angleterre surtout de consolider ce cabinet, et de mettre par l un
terme aux dangers que la victoire du parti contraire entranerait,
dangers dont l'Europe aurait assurment sa bonne part. Nous allons
combattre pour la cause de la civilisation, et c'est  la civilisation
de nous aider; c'est  vous, mon prince,  lui dire ce qu'il faut
faire pour que nous ouvrions la session avec clat. Si le cabinet
anglais vous coute, notre triomphe est assur au dire mme de ceux
qui se montrent le plus timides. Je ne vous parle pas de moi. Je ne
vous parle pas de mes sentiments pour vous. Je vous demande conseil et
assistance, bien sr de l'obtenir et sachant en quelles mains repose,
en ce moment, notre avenir.

Permettez-moi de vous renouveler l'assurance de mon tendre et sincre
attachement.

_P.-S._--Je joins  ce peu de mots crits  la hte une lettre pour
lord Grey et une autre pour lord Palmerston. Vous voyez que je
n'oublie point vos instructions et j'ai grand plaisir  les suivre.

Vous recevrez probablement de moi dans la mme journe, une dpche
sur la grande affaire qui vous est connue; le temps nous presse; je la
recommande encore une fois  votre amiti et  votre ascendant sur
tous ceux qui vous approchent.


M. GUIZOT AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 11 octobre 1832.

    Mon prince,

J'ai vivement regrett hier de ne pouvoir causer dix minutes de plus
avec vous. J'ai besoin de vous rpter combien votre concours le plus
actif, le plus dcisif, nous est ncessaire. Nous voil engags dans
une grande lutte. Nous acceptons l'honneur et le fardeau de soutenir
la cause de l'ordre, de la paix, des intrts lgitimes et rguliers,
des vrais principes sociaux, la cause de la civilisation et de la
scurit europenne. Nous nous y dvouerons tout entiers, sans relche
comme sans rserve, et j'ai trs bonne esprance, car la France veut
comme nous, le triomphe de cette belle et bonne cause. Mais faites en
sorte, mon prince, que notre situation soit bien comprise; qu'on sache
bien que la confiance des hommes senss, des honntes gens hors de
France, comme en France, fait notre force et qu'elle ne saurait se
manifester trop tt ni trop clairement. Investis de cette confiance,
nous pourrons beaucoup, j'ose le dire. Si elle tait incomplte,
lente, timide; si nous n'en faisions pas recueillir les fruits  notre
pays, nous rencontrerions des difficults immenses. Je suis, pour mon
compte, tout prt  les braver, mais elles peuvent disparatre,
diminuer beaucoup, du moins, ds les premiers pas. Vous nous y
aiderez, mon prince. Ce succs-l mrite bien qu'on y fasse quelques
sacrifices. Vous savez si je suis tout  vous.


L'AMIRAL COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 11 octobre 1832.

    Mon prince,

Je ne veux pas laisser partir madame de Dino sans vous dire un mot et
de la composition du nouveau ministre et de son avenir.

Son avenir (je veux dire sa dure) importe, je le crois,  toute
l'Europe, et l'Europe, jusqu' un certain point, peut influer sur sa
dure.

Malgr la violence que vont manifester nos dbats, nous triompherons,
si nous avons  annoncer une conclusion raisonnable de l'affaire
belge: elle est toute pour nous dans l'vacuation d'Anvers; il faut
qu'on nous laisse aller la demander sous ses murs et nous retirer le
lendemain.

Il nous faut pour cela l'aveu du cabinet de Londres; le silence des
autres en sera la suite. Mais, sans cela, la lutte parlementaire peut
nous emporter et avec nous la dernire digue.

Votre haute influence, mon prince, peut seule nous aider. L'oeuvre
est digne de vous; nos liens avec l'Angleterre deviendraient
indestructibles et la civilisation de l'Europe, encore sauve.

Madame de Dino vous dira que c'est hier  minuit et demi que les
ordonnances ont t signes.

Je vous renouvelle l'hommage de mon respectueux dvouement.


M. THIERS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 11 octobre 1832.

    Mon prince,

Le tlgraphe vous annoncera bien avant moi, les choix que le roi
vient de faire. Nous avons longtemps rsist et nous le devions, pour
nous bien assurer de la solidit des rsolutions royales. Aujourd'hui,
je crois que nous pouvons compter sur la fermet du roi. Il soutiendra
de tous ses moyens constitutionnels la nouvelle administration qu'il
vient de former. Il regarde les hommes qui la composent comme les
derniers appuis du systme de M. Prier, et il est convaincu que ce
systme de modration, au dedans comme au dehors, peut seul assurer le
repos de la France et de l'Europe. Mais les rsolutions du roi ne
suffisent pas; il faut qu'on nous aide de toutes parts. Vous le
pouvez, vous, mon prince, plus que personne. Vous le pouvez, en
clairant le cabinet anglais sur ses intrts et sur les ntres, qui
aujourd'hui sont identiques. C'est l'affaire d'Anvers qui dcidera de
tout. Personne dans le ministre ne veut tre exigeant; mais tout le
monde sent le besoin de terminer de trop longues incertitudes et de
rasseoir les esprits. Les deux pays qui ont le plus  gagner  une
conclusion, c'est l'Angleterre et la France. Toutes deux ont besoin
que cet inconnu renferm dans la question belge cesse, et qu'un
rsultat positif termine tous les doutes. Nous sommes arrivs  ce
point, en France, que tout le monde, dans le parti modr surtout,
demande la conclusion des affaires de la Belgique. Quelque ministre
qui arrive, la mission qu'on lui imposera sera la mme: ce sera _de
donner des rsultats_. Ce mot est aujourd'hui un proverbe qui
court de bouche en bouche. M. Dupin[7], M. Odilon Barrot, M. Prier,
s'il vivait, tous auraient besoin de faire la mme chose. Puisqu'il
faut en finir avec les rsistances calcules de la Hollande, et en
finir quel que soit le ministre, la question est de savoir s'il vaut
mieux finir cela avec nous qu'avec d'autres. Or je ne doute pas que
l'on ne reconnaisse l'avantage de traiter avec nous plutt qu'avec
d'autres. Si, par exemple, nous prenions la citadelle d'Anvers, on
peut compter sur notre parole: nous l'vacuerions trois jours aprs
l'avoir prise. Tout le conseil s'y engagera. La parole de M. de
Broglie est, je crois, la plus rassurante de toutes. Pour moi, j'y
engage ma parole de ministre, ma parole d'honnte homme, et vous savez
que j'ai pour principe que la bonne foi est le seul moyen de bien
faire les grandes affaires. Je crois qu'on ne doute pas de la parole
que nous donnerions, mais on se demandera peut-tre, si nous pourrons
la tenir et si nous n'aurons pas bientt des successeurs qui
secoueront les engagements pris par nous. A cela j'ai une rponse que
je crois premptoire. Notre majorit est assure, si nous avons 
prsenter au pays des rsultats prochains. On nous fait esprer la
majorit si nous nous dfendons bien, et on nous la promet comme
infaillible si l'affaire d'Anvers est termine. C'est une exigence
parlementaire devenue irrsistible et qu'il faut absolument
satisfaire. C'est, de plus, une chose que la dignit de l'Angleterre
et de la France exige galement. Si on fait cela, nous pouvons
rpondre de tout. La parole que nous aurons donne c'est nous qui
serons chargs de la tenir. Sinon, nous serons livrs  tous les
hasards de la tribune et du scrutin. Or, aprs nous, il n'y a que
Dupin, alli  Odilon Barrot, et assurment les exigences de ces
messieurs ne seront pas moindres, et ne seront pas toujours fondes,
comme les ntres, sur les intrts bien entendus des deux pays. Ainsi,
mon prince, secondez-nous de tout votre gnie et de toute votre
influence. La question se rsout  ces termes:

Tout le monde voudra Anvers.

Si c'est nous qui l'obtenons, nous serons assurs de la majorit et
on aura l'avantage de consolider avec nous le systme de la
modration: _Nous ne le voulons que pour trois jours_.

Je vous demande pardon, mon prince, de vous dire ces choses que vous
savez mieux que moi; mais on a besoin de les rpter  tout le monde
et  tout instant.

Recevez, je vous en prie, l'assurance de mon profond respect et de
mon amiti dvoue.

  [7] Andr-Marie Dupin, n en 1783, avocat sous la Restauration,
  dput en 1827, procureur gnral prs la Cour de cassation en
  1830, prsident de la Chambre des dputs de 1832  1840. Rlu
  en 1848, il tait prsident de l'Assemble en 1851. Il donna sa
  dmission de procureur gnral  la suite du dcret qui
  confisquait les biens de la famille d'Orlans, mais il rentra en
  charge en 1857 et devint galement snateur. Il mourut en 1865.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 12 octobre 1832.

    Mon prince,

En vous adressant la dpche ci-jointe, permettez-moi de rappeler 
votre souvenir et  votre bonne amiti notre position, nos besoins et
nos esprances.

Le ministre actuel est compos pour moiti des collgues de M.
Casimir Prier, pour moiti de ceux de ses amis politiques qui, plus
compromis encore que lui-mme dans la cause de l'ordre et de la
paix, avaient t rservs par lui pour des temps meilleurs.

Ces temps sont arrivs.

L'tat de la France, vous l'avez vu de vos yeux, est pleinement
satisfaisant. Le calme rgne sur tous les points du territoire;
partout l'ordre renat, les esprits se rassoient; toutes les lections
partielles sont sages et modres; dans les villes, dans les
campagnes, les affaires reprennent  vue d'oeil; la rcolte a t trs
belle.

Une seule difficult reste  surmonter.

Cette difficult, c'est le maintien de la majorit forme l'anne
dernire et qui nous a cot tant de soins et tant d'efforts. Des
divisions politiques qui vous sont connues ont bris cette majorit;
des prventions absurdes, des rivalits purement littraires, de
misrables tracasseries menacent de donner  nos adversaires un
avantage sur nous qui coterait  l'Europe des torrents de sang et des
annes de calamits incalculables.

Si le ministre actuel ne s'tait pas charg du fardeau des affaires,
vous le savez, mon prince, vous l'avez vu vous-mme, le pouvoir
passait dans des mains qui l'auraient transmis, sans le savoir, sans
le vouloir peut-tre, mais invitablement au parti de la guerre et de
l'anarchie.

Si le ministre actuel succombait dans la lutte, sa dfaite aurait
encore plus certainement et plus directement le mme rsultat.

Il est, nous en sommes convenus ensemble, un moyen sr de le
prvenir.

Que l'Angleterre nous voie, sans en prendre alarme, enlever la
citadelle d'Anvers aux Hollandais et la remettre entre les mains
des Belges. Si la session prochaine s'ouvre sous de tels auspices,
soyez certain d'un triomphe clatant. S'il nous faut, au contraire,
dfendre de nouveau  la tribune les dlais, les remises, les
procrastinations de la diplomatie, notre position sera trs
prilleuse, et le poids des prventions qui nous attendent en sera
trs pniblement aggrav. Je ne sais si nous y pourrons rsister.

Lorsque j'ai expos ces ides, en votre prsence,  lord Granville il
m'a fait des objections. Il m'a dit: Mais si l'Europe se fie  votre
parole, qui lui rpondra que vous resterez au pouvoir assez de temps
pour la tenir?

A cela voici ma rponse:

Si l'Angleterre y consent, nous pouvons entrer en Belgique du 20 au
22. Nos troupes sont prtes, elles le sont dj; le 26 ou le 27, nous
serons sous Anvers; du 8 au 15 de novembre, la citadelle sera  nous;
du 16 au 20, nos troupes seront rentres sur le territoire de France.
La session ne s'ouvre que le 19. L'adresse ne viendra pas avant le 1er
dcembre. Ainsi tout danger de ce ct est nul.

Lord Granville m'a dit encore: Mais si les Hollandais vous attaquent
pendant le sige, que ferez-vous?

Ma rponse sera galement simple.

Si les Hollandais nous attaquent, nous les repousserons jusqu'aux
limites du territoire belge. Nous prendrons l'engagement de ne pas
avancer un pouce au del.

Il serait dit dans le _Moniteur_ qui annoncerait l'entre de nos
troupes en Belgique, qu'elles n'entreront mme pas dans Anvers; que la
citadelle sera remise aux mains des Belges au moment de la
capitulation; que le jour mme commencerait notre mouvement
rtrograde.

Lord Granville a paru s'inquiter encore de l'intervention possible
des Prussiens. Mais, d'abord, une expdition conduite avec ce degr de
clrit ne leur laisserait pas le temps de concentrer leurs troupes
qui sont fort dissmines. En second lieu, nous leur offrons, vous le
savez, d'occuper Venloo et toute la partie du territoire hollandais
qui se trouve en ce moment au pouvoir des Belges. La rponse  cette
proposition ne peut nous parvenir avant trois semaines. Les ordres
pour le rassemblement des troupes prussiennes mettraient
ncessairement le mme temps pour parvenir aux gnraux. Notre
expdition seraient termine avant qu'ils fussent en mesure de faire
une dmonstration srieuse[8].

Si le gouvernement anglais se refuse  cette proposition, voyez ce
qui va en rsulter:

Premirement, il est fort douteux que nous russissions  contenir
les Belges. Le roi Lopold est aujourd'hui sans gouvernement
quelconque. Aucun ministre ne veut entreprendre de se charger des
affaires si le roi ne se dcide  recourir  des mesures nergiques.
Le gnral Goblet forme  lui tout seul tout le cabinet, et veut se
retirer sous quelques jours[9]. Le roi Lopold aura la main force;
les Belges attaqueront; le roi des Pays-Bas les attaquera  son tour;
force nous sera bien de les dfendre, et voil vritablement la
guerre.

Supposez mme que ceci n'arrive point, et je ne vois gure
possibilit de l'viter, la position du cabinet franais deviendra
trs prilleuse  l'ouverture des Chambres. Si nous succombons dans la
lutte, le pouvoir passera au parti de la guerre, et l'expdition
d'Anvers ne sera que la moindre de ses entreprises.

Il me semble donc que l'expdition d'Anvers n'est pas pour l'Europe
un objet sur lequel l'alternative lui soit vritablement laisse. Il
ne s'agit pas de savoir si elle se fera; mais, qui la fera: si ce sont
les Belges ou les Franais; si ce sera le parti de la guerre ou le
parti de la paix.

Exposant ainsi la question, il me semble qu'elle ne saurait tre
douteuse.

L'expdition n'empcherait nullement le blocus. Nous ne mettrions
point pour condition de notre retraite l'acceptation du trait, la
solution de la question de l'Escaut. Ce sont des points qui
resteraient  vider par voie de ngociation ou par les moyens de
coercition maritime ou pcuniaire, s'il y avait lieu. Notre engagement
de quitter la Belgique immdiatement aprs la reddition de la
citadelle serait absolu.

Si vous obtenez ce point, mon prince, le cabinet que vous avez vu se
former, que vous avez eu la bont de dsirer, est assur de s'tablir,
et s'il s'tablit, le repos de la France et celui de l'Europe sont
assurs. Dans le cas contraire, je ne prvois que des malheurs dont le
nombre et l'tendue sont impossibles  prvoir.

J'ajouterai, en finissant, que notre arme se trouve maintenant trs
concentre et en mesure d'agir. Si l'expdition ne se fait pas, il
nous faudra la disperser. Nous tremblons  chaque instant que le
cholra n'y clate, et si nous sommes rduits  la disperser, quelle
masse d'accusations va s'lever contre nous!

Pardon, mon prince, de cette immense lettre, je n'ai pas eu le temps
de la mditer, je n'ai pas celui de la relire. Je me fie  votre
bont,  votre indulgence pour excuser ce que j'ai pu dire
d'inconsidr, pour suppler  ce que j'ai pu omettre. Notre sort est
dans vos mains.

Recevez, avec votre bienveillance accoutume, l'expression de mon
sincre et tendre attachement.

J'arrivai  Londres le 14 octobre, aprs une pnible traverse, et je
ne perdis pas un instant pour m'occuper des intrts qui m'taient
confis. Le jour mme de mon arrive, j'eus une longue entrevue avec
lord Palmerston, dans laquelle je repris la suite des affaires depuis
mon dpart, et traitai l'importante question qui pesait dans ce moment
sur les deux cabinets de Londres et de Paris, celle de l'excution du
trait du 15 novembre. Je reconnus que M. Durant de Mareuil avait trs
bien prpar le terrain. Comme je l'ai dj dit, la confrence s'tait
runie le 1er octobre pour dcider si des mesures coercitives contre
la Hollande taient devenues ncessaires, et quelles seraient ces
mesures. Personne n'avait rvoqu en doute la ncessit des mesures de
coercition. Seulement, comme ces mesures pouvaient tre de deux
espces, pcuniaires ou matrielles, il y avait eu sur ce point
dissentiment entre les plnipotentiaires; ceux d'Autriche, de Prusse
et de Russie dclarant qu'ils ne pourraient s'associer qu' des
mesures pcuniaires, tandis que les plnipotentiaires de France et de
la Grande-Bretagne, regardant ces mesures comme insuffisantes,
annoncrent l'intention de leurs cours d'en venir  de plus efficaces.
On dressa un protocole constatant cette situation et qui peut tre
considr comme le dernier acte public de la confrence, quoiqu'elle
continut longtemps encore  exercer la grande influence qu'elle avait
acquise.

C'tait le principe pos dans le protocole du 1er octobre par les
plnipotentiaires de France et d'Angleterre qu'il s'agissait de
dvelopper par une nouvelle ngociation entre ces deux puissances. A
quelles mesures plus efficaces se rsoudraient-elles? Le cabinet
franais proposait de procder militairement  l'vacuation de la
citadelle d'Anvers, pendant que des escadres franaise et anglaise
bloqueraient les ctes de Hollande. Le cabinet anglais, par des
raisons qu'on trouvera exposes plus loin, aurait prfr qu'on s'en
tnt au blocus des ctes. Je devais commencer par rallier lord
Palmerston et lord Grey  l'opinion du gouvernement franais, et,
aprs de longs efforts, j'y parvins. On verra bientt que les
difficults que je rencontrai dans le cabinet anglais taient encore
accrues par des intrigues qui avaient leur centre  Paris et qui
taient diriges contre notre cabinet. Je vais donner maintenant des
extraits de mes dpches et lettres et de celles que je recevais, et
qui feront, je crois, saisir clairement la marche des ngociations.

  [8] Les rapports de la France et de la Prusse, traversrent une
  priode assez critique pendant le temps que dura l'expdition
  d'Anvers. Il y est fait  plusieurs reprises allusion dans ces
  _Mmoires_(voir pages 33, 63 et suivantes). Aussi, croyons-nous
  utile de donner  ce sujet quelques explications.--La Prusse
  voyait avec une profonde jalousie l'intervention de la France en
  Belgique. M. Ancillon, personnellement hostile  la France, ne
  cachait pas sa vive irritation, et M. Bresson dans sa
  correspondance en transmettait les chos  Paris. C'est ainsi que
  M. Ancillon dclarait que si l'arme franaise entrait en
  Belgique, la Prusse serait oblige de prendre des mesures de
  prcaution telles, qu'elles ne manqueraient pas d'encourager la
  rsistance des Hollandais (_Dpche de M. Bresson, du 14
  octobre_, rendant compte d'un entretien de M. Ancillon avec lord
  Minto). Le 13 octobre, M. Bresson ajoutait que la Prusse dans le
  cas de l'intervention franaise, runirait des troupes sur la
  Meuse, et que si un soldat franais pntrait en Hollande, la
  Prusse y verrait un _casus belli_. M. Bresson ne se laissa pas
  intimider. Il assura  Paris que la Prusse quel que ft son
  dplaisir, n'oserait pas s'opposer  l'action de la France
  (_Dpches des 22 et 24 octobre_; voir galement  l'Appendice p.
  486, une trs belle lettre que M. Bresson crivait le 24 octobre
  au duc de Broglie). Pour calmer l'irritation du cabinet de
  Berlin, le gouvernement franais imagina de lui proposer
  d'occuper  titre de garantie les territoires attribus  la
  Hollande par le trait du 15 novembre et que la Belgique occupait
  indment; c'est--dire Venloo et certains districts du Limbourg
  et du Luxembourg (_Dpche du duc de Broglie  M. Bresson, 8
  octobre_, voir cette lettre  l'Appendice p. 485.) M. de
  Talleyrand consult, approuva cette ide (_Lettre de M. de
  Talleyrand au duc de Broglie, du 27 octobre_, Appendice p. 487).
  M. Bresson l'approuva galement sauf en ce qui concernait le
  Luxembourg (_Dpche du 17 octobre_). Le cabinet prussien fut
  fort perplexe. M. Ancillon parut dispos  l'accepter, mais il
  demanda en outre Lige qui lui fut refuse (_Dpche du 24
  octobre_). Finalement il recula, craignant de se brouiller avec
  la Russie en paraissant accder aux mesures de coercition contre
  la Hollande, et demanda que les territoires litigieux au lieu de
  lui tre remis, fussent directement confis au roi des Pays-Bas.
  Le cabinet franais ne pouvait accepter cette proposition bien
  que l'Angleterre semblt y donner les mains. Lord Palmerston
  crivit en effet  lord Minto que les cinq puissances devraient
  s'entendre pour offrir lesdits territoires au roi Guillaume
  (_Dpche de M. Bresson du 19 dcembre_). Bref, aucune solution
  n'intervint, et cette longue ngociation n'eut d'autres rsultats
  que d'avoir gagn du temps et d'avoir permis  l'arme franaise
  de s'emparer d'Anvers sans opposition de la part de la Prusse, ce
  qui d'ailleurs, avait t le vrai but du cabinet franais.

  [9] Le gnral Goblet avait t nomm ministre des affaires
  trangres le 18 septembre; il se retira le 27 septembre suivant.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 16 octobre 1832.

    Monsieur le duc,

M. de Mareuil reut hier une lettre de Berlin par laquelle M. Bresson
lui faisait part du compte qu'il vous avait rendu d'une conversation
que lord Minto[10] et lui avaient eue avec M. Ancillon, aprs
l'arrive du conte Dnhoff [11], porteur du protocole du 1er
octobre[12].

Je dsirai que M. de Mareuil se rendt chez lord Palmerston, et
s'informt de lui, s'il n'avait pas reu les mmes rapports de lord
Minto, et s'il n'y trouvait pas un nouveau motif pour acclrer les
dterminations des deux cabinets de France et d'Angleterre. M. de
Mareuil vient de me rendre compte de cet entretien. Lord Palmerston
s'est montr,  lui comme  moi, pntr du vif intrt qui appelle
une dcision prompte et complte sur la grande question du moment. Le
conseil de cabinet, tenu hier matin, en a encore examin toutes les
parties. Il paratrait qu'on y aurait tmoign quelques doutes sur le
prompt succs d'une attaque de vive force contre la citadelle
d'Anvers, car lord Palmerston demanda  M. de Mareuil s'il avait  cet
gard quelques donnes positives qui pussent inspirer une pleine
confiance, et tout  l'heure, lord Durham est venu m'exprimer sur la
mme pense. Sans se montrer plus positif qu'il ne convient, M. de
Mareuil rpondit qu' Paris,  Bruxelles, mme  La Haye, il avait
entendu des gens du mtier, connaissant le fort et le faible de cette
citadelle, assurer qu'elle ne pouvait pas tenir contre une attaque
bien dirige. Il ajouta cependant que, si elle tait dfendue, elle ne
serait probablement pas prise sans qu'il en rsultt des dommages
considrables pour la ville, ce qui le conduisit  rpter qu'il tait
ncessaire qu'on annont formellement  la Hollande que ces dommages
seraient compenss. Lord Palmerston parut accueillir de nouveau
cette observation, et il confirma l'esprance qu'il m'avait donne,
que j'aurais ce soir, demain matin au plus tard, une communication
complte des rsolutions du gouvernement.

Dans le cours de cet entretien, lord Palmerston fit mention d'un
incident qui avait caus quelque surprise au cabinet. Vous savez dj
par une dpche de Vienne que lord Granville vous aura communique,
comment quelques paroles du marchal Maison avaient paru prmatures 
sir Frdric Lamb, et avaient excit de la part du prince de
Metternich des reprsentations assez vives.

On a t encore plus tonn peut-tre d'apprendre par une
communication du baron d'Ompteda [13], ministre de Hanovre, que le
ministre de France  Hanovre avait annonc officiellement l'action
immdiate des deux gouvernements de France et d'Angleterre contre la
Hollande; et, en effet, il a pu paratre trange qu'on notifit au roi
de Hanovre une rsolution du roi d'Angleterre, tandis que devant le
prince qui runit les deux couronnes on dlibre encore sur le
principe et sur les formes de cette coopration. Ce fut toutefois sans
aucune amertume que lord Palmerston fit cette observation  M. de
Mareuil, et il n'en tira qu'une conclusion pareille au sentiment qu'il
m'avait dj exprim: c'est qu'aprs l'veil donn dans les gazettes
sur les dterminations de la France et de l'Angleterre, il tait
urgent d'arriver sans retard  leur excution.

  [10] Gilbert Elliot, comte de Minto, n en 1782, dput aux
  Communes en 1806, entra  la Chambre des lords en 1814,  la mort
  de son pre. Il sigea dans le parti whig. En 1832, il fut nomm
  ambassadeur  Berlin. En avril 1835, il devint directeur gnral
  des postes, puis premier lord de l'amiraut. Il se retira en
  1841, puis devint en 1846 lord du sceau priv. Il quitta les
  affaires en 1852 et mourut en 1859.

  [11] Conseiller de lgation prussien.

  [12] Dpche de M. Bresson au duc de Broglie, 11 octobre, (voir
  p. 15).

  [13] Louis-Charles-Georges, baron d'Ompteda, n en 1767, homme
  d'tat et diplomate hanovrien. Il tait secrtaire de lgation 
  Dresde en 1791, puis charg d'affaire  Berlin en 1795. Le
  Hanovre tant pass sous la domination de la Prusse, M. d'Ompteda
  entra au service de cette puissance et la reprsenta  Dresde. En
  1815, redevenu sujet de Hanovre, il fut accrdit  Berlin. En
  1823, il devint ministre d'tat, puis ministre prs la personne
  du roi  Londres. Il se retira en 1837 et mourut en 1854.


LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDMONT

    Londres, le 16 octobre 1832.

Je suis ici au milieu des intrigues continuelles de madame de
Flahaut, qui ne quitte pas lady Grey et qui tient l les plus mauvais
propos sur notre gouvernement actuel: --Cela ne peut pas durer; le
ministre ne peut pas tenir; il n'aura pas la majorit; tout le monde
le repousse... C'est l ce qu'elle dit  tous les coins. Aujourd'hui,
c'est chez lord Holland qu'elle tient ses assises. Avoir des affaires
difficiles  conduire, et avoir de plus des calomnies de socit qui
se renouvellent  chaque heure, c'est insupportable. Le fait est que
son mari  Paris et elle  Londres nuisent vritablement au nouveau
ministre, et en vrit, c'est bien coupable. Je ne pouvais pas croire
 tout ce que l'on m'avait dit sur cela;  prsent, je suis forc de
me trouver un imbcile quand je repoussais comme calomnie tout ce que
j'entendais dire de ce mnage. J'oubliais de vous dire que madame de
Flahaut fait des loges pompeux de Sbastiani, ajoutant: Il faudra
bien que le roi y revienne...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 17 octobre 1832.

    Monsieur le duc,

Les plnipotentiaires de Russie, de Prusse et d'Autriche, ont demand
plusieurs fois dans ces derniers jours  lord Palmerston une runion
de la confrence pour y discuter les mesures  adopter contre la
Hollande. Ils ont fait auprs de moi, des dmarches dans le mme sens,
mais j'ai engag lord Palmerston  se refuser  cette demande, en
lui faisant sentir les inconvnients d'une discussion qui ne pourrait
avoir que des rsultats fcheux en ce moment. Lord Palmerston a
partag mon opinion sur ce point, et il ne runira la confrence que
quand il sera en tat de lui communiquer nos rsolutions
dfinitivement arrtes.

    Le 18 octobre, soir.

... J'avais vu ce matin lord Palmerston, il m'avait fait esprer qu'
l'issue du conseil, j'aurais une communication positive des
rsolutions du cabinet. Cependant  cette heure, le ministre n'a pas
pu me donner encore la rsolution que je dsirais si vivement. Il est
vrai que le roi qui devait venir aujourd'hui  Londres, n'y viendra
que demain et que sa prsence est rclame pour une sanction
dfinitive. Mais je dois croire aussi, d'aprs une conversation assez
tendue que j'aie eue avec lord Palmerston et dont je vous rendrai un
compte dtaill, que la discussion en se prolongeant au sein du
cabinet, y a fait natre, non pas de l'opposition sur le fait mme de
l'excution du trait ( cet gard, tout le monde est d'accord), mais
le besoin de porter jusqu'aux dernires limites de l'examen des
consquences qui pourraient rsulter des voies coercitives employes
en commun par la France et par l'Angleterre et que, de plus, les
conversations sur l'intrieur du pays, que je vous expliquerai dans
une lettre demain, donneraient la pense de gagner encore du temps.
C'est la tendance de plusieurs membres du cabinet; je l'ai combattue,
je la combattrai, et j'espre vaincre; mais ce n'est qu'une esprance.
Demain, je verrai le roi, et aprs le conseil, j'aurai avec lord
Palmerston une explication dont immdiatement je vous donnerai
connaissance.

Je dois vous dire que je garde en moi la conviction que cette
discussion prolonge n'a rien qui doive vous inquiter, et qu'elle ne
fera que donner plus de poids  la dcision qui sera prise...

    Le 19 octobre matin

Je suis vraiment embarrass de vous rpter chaque jour que ce qu'on
m'a promis la veille est encore remis au lendemain.

Le roi est venu hier de Windsor, j'ai eu l'honneur de lui faire ma
cour. J'ai trouv  Saint-James tous les membres du cabinet, et j'ai
pu rappeler  plusieurs d'entre eux combien il tait urgent d'arriver
 une rsolution dcisive sur la coopration de la France et de
l'Angleterre pour l'excution du trait du 15 novembre. Tous ont
reconnu cette ncessit et, cependant, le conseil s'est tenu chez
le roi, et qui a dur depuis quatre heures jusqu' sept heures et
demie a t uniquement rempli par le rapport du _Recorder_ sur les
condamnations en matire criminelle qui ont t prononces depuis
quelques mois et par la discussion qui s'en est suivie. Lord
Palmerston m'a assur hier au soir que la question politique du
moment n'avait pas mme t prsente et qu'elle tait remise  la
dlibration qui aura lieu aujourd'hui chez lord Grey  East-Sheen
o tous les membres du cabinet se runissent et doivent dner.

Je vous dois cependant l'explication de ces dlais telle au moins que
je l'ai recueillie dans les dernires conversations que j'ai eues avec
lord Palmerston. Hier au soir, encore, il a ajout quelques
dveloppements  ce qu'il m'avait dit  cet gard.

D'une part, il paratrait qu'aprs s'tre montr parfaitement rsolu
sur le principe de la coopration et de l'emploi successif et
simultan des forces de terre et de mer, le conseil a vu que
quelques-uns de ses membres, tout en reconnaissant que le nouveau
ministre franais inspirait une juste confiance, tmoignaient sur sa
dure des inquitudes; que des rapports venus de Paris et colports
ici par des bouches qu'on aurait crues plus discrtes, ont ranim
l'opposition, en mme temps que des esprits plus sages ont eux-mmes
conu la crainte que si des mesures coercitives exerces en commun
contre la Hollande par l'Angleterre et la France, amenaient une guerre
gnrale, un changement de propagande  Paris ne ft de celle-ci une
guerre de propagande  laquelle l'Angleterre ne voudrait pas se tenir
associe.

Cette hsitation du cabinet, d'autre part, tient aussi  des
circonstances intrieures qui ont besoin d'tre dveloppes.

Les embarras que donnent de nouveau la question des noirs dans les
colonies amricaines et  l'le Maurice, ainsi que le besoin d'y
pourvoir, ont dj absorb de longues dlibrations[14]. Il faut que
cette considration ait plus d'importance que d'abord on ne lui en
supposait, car lord Palmerston me l'a rpt dans deux confrences
diffrentes. De plus, lord Palmerston press sur le besoin d'en finir
et sur la ncessit dans laquelle taient la France et la Belgique
d'avoir  faire connatre  l'ouverture des Chambres une rsolution
prise, et pour le moins un commencement d'excution, s'est vu
forc d'avouer que le gouvernement britannique prouvait presque un
besoin contraire, et que, pour lui, un dlai de quelques semaines
serait avantageux. Voici l'explication qu'il en a donne. Le parlement
actuel est prorog au 11 dcembre. L'intention du gouvernement est de
le dissoudre. Il regarderait comme un inconvnient de le runir
encore, et cependant si les mesures coercitives taient immdiatement
employes contre la Hollande, comme elles ne seraient point des actes
formels de guerre, on se dispenserait de convoquer le parlement. Mais
si le roi de Hollande faisait alors lui-mme une dclaration positive
de guerre, il y aurait ncessit, d'aprs la constitution, soit de
runir le parlement actuel, soit de le dissoudre et d'en convoquer un
nouveau. Dans le premier cas, il faudra s'attendre  une opposition
trs anime et on a lieu de croire que ce serait surtout avec cette
esprance que le roi de Hollande se porterait  la dclaration dont il
s'agit. Dans le second cas, et si la dissolution tait prononce, il
faut savoir que l'enregistrement des lecteurs, d'aprs la loi
nouvelle, n'est pas encore assez avanc, pour qu'on n'et point 
craindre, dans une lection immdiate, des choix d'autant plus
dangereux, qu'ils seraient faits par des hommes que l'application du
bill de rforme doit priver du droit d'lire et qui en useraient pour
la dernire fois.

C'tait l une particularit dans la situation du cabinet
britannique, qu'il fallait bien reconnatre. Il m'tait plus facile de
combattre les craintes qu'on avait tmoignes sur la stabilit de
notre ministre, et je pouvais partir de l'estime qu'on lui accordait
pour tablir combien il serait utile  la politique des deux cabinets
d'aider le ntre dans sa position. J'insiste donc vivement pour
que les ouvertures qui ont t faites ici, et que lord Granville vous
a confirmes, obtiennent un prompt et plein effet. Je suis loin d'en
perdre l'esprance. Les dernires lettres de La Haye, le discours du
roi de Hollande  l'ouverture des tats-gnraux, et le langage
virulent des gazettes qui reoivent les inspirations du cabinet
nerlandais, ont t apprcis ici comme d'vidents symptmes d'une
rsistance toujours plus opinitre; et,  moins que l'intervention du
cabinet de Berlin et les lettres dont M. de Dnhoff est porteur, ne
produisent  La Haye un changement absolu, ce qu'on saura avant deux
jours, je suis fond  ne pas croire que le gouvernement britannique
veuille reculer sur ses propres propositions, et j'accepte volontiers
comme une preuve de sa persvrance, le consentement formel qu'il
vient de donner  la jonction de nos vaisseaux aux siens dans la rade
de Spithead...

  [14] Les esprits taient vivement surexcits en Angleterre par la
  question de l'esclavage des noirs. On sait qu'il allait tre
  aboli en 1834. Ds 1832, le gouvernement s'acheminait vers cette
  solution et on discutait au parlement une srie de mesures pour
  rglementer le sort des esclaves aux colonies (ordre du conseil
  du 2 novembre). L'motion souleve par ces discussions suscita
  aux colonies des troubles assez srieux. A la Jamaque
  l'insurrection de 1831 fut terrible. A la Trinit et 
  Sainte-Lucie les colons refusrent de se soumettre aux ordres de
  la mtropole. A Maurice le procureur gnral ayant publi un
  pamphlet en faveur de la libert des noirs, provoqua une meute
  de la part des colons.

    Le 19 octobre, huit heures du soir.

Nous avons reu trs tard aujourd'hui un avertissement de lord
Palmerston pour nous runir en confrence. Cette runion a eu lieu 
la demande du plnipotentiaire hollandais qui avait adress un paquet
cachet  la confrence. Lord Palmerston n'a pu s'y refuser, comme
nous en tions convenus, puisqu'elle n'tait pas provoque par un des
trois plnipotentiaires, et qu'il s'agissait d'ailleurs d'entendre des
explications venant de Hollande et qui pouvaient tre d'un haut
intrt.

Le paquet du baron de Zuylen ouvert, on nous a donn lecture d'un
long factum dans lequel on cherche  rfuter le soixante-neuvime et
le soixante-dixime protocoles. Il est  remarquer que ce dernier
n'avait point t communiqu au plnipotentiaire hollandais. Du
reste, ce long morceau de polmique est sans valeur; il ne devait
avoir et n'a eu aucune influence sur la confrence; c'est videmment
une pice qu'on veut produire devant les tats-gnraux de Hollande.
Nous l'avons considr ainsi, et nous nous sommes spars sans prendre
aucune dlibration...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 18 octobre 1832

    Mon prince,

Votre lettre a confirm les esprances que m'avaient donnes et la
dpche de M. de Mareuil, et la conversation de lord Granville. Nous
attendons ici avec une grande impatience votre courrier de demain, et
nous nous prparons  tout vnement. La situation politique du
ministre est beaucoup meilleure que nous n'eussions os l'esprer en
dbutant. Aprs beaucoup de criailleries, on finit par revenir au vrai
et par se demander  quoi bon tant de tumulte. La disposition gnrale
des esprits, sans tre encore bienveillante, devient attentive; le
propos le plus habituel maintenant est de dire: Il faut voir ce que
fera ce ministre. Notre sort dpend donc de plus en plus de nos
oeuvres d'ici  la session, et de toutes les oeuvres, la vritable, la
seule qui proccupe l'attention publique, c'est l'expdition d'Anvers.
Sur ce point l'opinion devient chaque jour plus exigeante; ce n'est
pas la minorit turbulente, c'est la majorit raisonnable qui presse;
je me rjouis par consquent de plus en plus du parti que vient de
prendre le cabinet anglais, car, lors mme qu'il se serait dcid
contre notre expdition, je ne vois pas qu'il et t possible de
l'viter. Si nous la faisons, notre succs  la Chambre est assur.
Nous ne ngligeons rien pour qu'elle n'entrane pas trop de
complications imprvues. Notre flotte est toute prte; elle est
compose d'officiers qui, pour la plupart, ont servi avec les Anglais.
Je ne vous cacherai pas que, s'il tait possible que les deux flottes
s'engageassent ensemble  l'embouchure de l'Escaut, et qu'il y et
quelques coups de canon tirs simultanment sur les Anglais et les
Franais, cela serait ici du meilleur effet: l'alliance serait de plus
en plus populaire et nous en aurions plus de libert pour agir
conformment aux dsirs du cabinet anglais.

Je finis, mon prince, en mettant encore une fois tous nos intrts
dans vos mains: vous savoir  Londres est tout mon espoir et toute ma
tranquilit...

    Le 19 octobre, dix heures du matin.

... Je reois  l'instant votre dpche du 16 et j'y rponds par
estafette, sans attendre une minute afin de vous mettre  porte de
donner toutes les explications qui vous seront demandes.

L'arme franaise runie sur la frontire du nord est forte de
quarante-huit mille hommes. Dix-huit mille environ sont destins 
faire le sige d'Anvers; trente mille  prendre position sur les
routes de Berg-op-Zoom et de Brda, en dedans des limites du
territoire belge, afin de couvrir le sige.

Les postes franais relveront les postes belges dans toute l'tendue
du cercle d'oprations militaires.

Nous demandons au roi des Belges de runir son arme en arrire de
Turnhout, afin qu'elle menace le flanc de l'arme hollandaise, si
celle-ci se portait contre notre arme d'observation, de mme que
notre arme d'observation menacerait le flanc de l'arme hollandaise,
si elle se portait contre l'arme belge en dedans des limites du
territoire belge.

Quant  la facilit de prendre la citadelle, le marchal Grard pense
qu'elle ne peut tenir plus de dix jours. Il a pris  cet gard toutes
les informations dsirables. Tout est prt. Il n'y a pas, sur ce
point, la moindre inquitude  avoir...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 22 octobre 1832.

    Monsieur le duc,

J'ai reu toutes les dpches que vous m'avez fait l'honneur de
m'adresser jusqu'au 20 octobre inclusivement; je conois parfaitement
les impatiences du gouvernement du roi en ce moment difficile, et vous
avez pu voir que je partageais son dsir d'arriver au terme de nos
trop longues incertitudes sur la question belge. Il ne faut cependant
attribuer les hsitations du ministre anglais qu' la gravit de
l'affaire. Lord Grey et lord Palmerston voulaient runir le plus grand
nombre possible de membres du cabinet, et obtenir  l'unanimit une
dcision que les circonstances rendent de la plus haute importance.
J'ai besoin d'appuyer sur cette considration parce que je dois  ces
deux ministres de dclarer qu'il est impossible d'apporter des
dispositions plus favorables pour nous que celles qu'ils n'ont pas
cess de me tmoigner. Vous en trouverez la preuve, monsieur le duc,
dans la convention que je viens de signer avec lord Palmerston et que
j'ai l'honneur de vous transmettre: elle remplira, j'espre, les
intentions du gouvernement du roi.

Il est minuit, je n'ai pas le temps de dvelopper les diffrents
articles de cette convention, je ne puis que vous dire qu'il tait
impossible d'en obtenir davantage.

Il est absolument ncessaire que les ratifications partent de Paris
le jeudi 25 au soir, afin d'tre  Londres le 27 dans la journe. Je
n'ai pas besoin de vous engager au plus profond secret de cette
convention. Nous dsirons qu'elle ne soit publie qu'aprs avoir t
communique aux plnipotentiaires des trois puissances  la
confrence, ce qui aura lieu le lendemain de l'change des
ratifications.

Vous penserez sans doute qu'il est concevable de prvenir les consuls
du roi, pour que les intrts franais ne soient pas compromis...

Ainsi que l'annonait cette dpche, j'avais sign, le 22 octobre au
soir, avec l'Angleterre la convention tant dsire par le gouvernement
franais, et par laquelle il tait dcid, sur l'invitation du roi des
Belges, que les deux puissances procderaient  l'excution du trait
du 15 novembre, conformment  leurs engagements; que l'vacuation
territoriale formerait un commencement d'excution; que les
gouvernements de Hollande et de Belgique seraient requis d'oprer
rciproquement cette vacuation pour le 12 novembre; que la force
serait employe contre celui de ces gouvernements qui n'aurait pas
donn son consentement pour le 2 novembre; qu'en cas de refus de la
Hollande, l'embargo serait mis sur les vaisseaux hollandais, et que le
15 novembre une arme franaise entrerait en Belgique pour faire le
sige de la citadelle d'Anvers. L'inquitude tait grande  Paris, et
toutes les lettres qu'on m'crivait, montraient avec quelle impatience
on attendait le rsultat que je venais enfin d'obtenir. Cette
impatience tait parfois gnante pour moi; aussi, j'crivis  cette
poque  la princesse de Vaudmont une lettre dont je veux citer
quelques passages.


LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDMONT.

    Londres, le 25 octobre 1832

... Le marquis de Lansdowne[15] part aujourd'hui pour Paris; il
donnera du courage  notre ministre qui s'effraye un peu aisment. En
tout, on a toujours, et pour toutes choses, l'air trop press. Cela
te la scurit  ceux qui regardent. J'ai t huit jours ici, et j'ai
obtenu tout ce qu'ils dsiraient et qui avait t bien prpar par
Durant. Je reois de _Mademoiselle_ avant le huitime jour de mon
sjour  Londres une lettre d'impatience. Vous souvenez-vous quand ils
croyaient que les Belges allaient entrer en Hollande, et cela c'est il
y a trois mois?--Je leur disais que le ministre Broglie finirait par
s'arranger; ils ne voulaient pas me croire. Eh bien! il est tabli, et
il restera pour du temps, s'il ne fait pas de sots procs comme celui
de M. Berryer [16]. Les voil munis pour se prsenter  la
Chambre, puisqu'ils ont l'autorisation de marcher sur Anvers. Ce qu'il
faut  prsent qu'ils fassent, c'est  tout prix de se rapprocher de
la Prusse qui est bien dispose. Cela fait, le reste ira sur des
roulettes.

Aussitt aprs la signature de la convention du 22 octobre et en
attendant les ratifications qui ne vinrent de Paris que le 27, je pris
avec lord Palmerston tous les arrangements pour son excution. Aussi,
 l'instant mme de l'change des ratifications, la convention
ratifie fut transmise aux plnipotentiaires des trois cours
accompagne d'une note simple et laconique pour viter autant que
possible une demande d'explication de leur part. Un bateau  vapeur
prpar  cet effet partit immdiatement pour Rotterdam, portant la
communication qui devait tre faite  la Haye par les chargs
d'affaires de France et d'Angleterre au gouvernement des Pays-Bas et
qui, en se rfrant  la convention, tait courte et premptoire.
Enfin, on expdia galement un courrier  Bruxelles, qui portait au
gouvernement belge une note presque identique  celle destine au
gouvernement hollandais. Nous avions voulu tmoigner par l notre
impartialit et d'ailleurs exiger de la part des Belges, la remise de
Venloo et des portions de territoire qu'ils possdaient encore
indment et qui devaient tre restitues au roi des Pays-Bas, le jour
o il accepterait le trait du 15 novembre. Nous aurions bien voulu
tirer parti de la restitution exige des Belges, pour dtacher le
gouvernement prussien des cabinets d'Autriche et de Russie. Dans ce
but, nous proposmes de faire occuper par ses troupes, la place de
Venloo et les territoires dans le Limbourg et le Luxembourg que le
trait du 15 novembre attribuait  la Hollande, avec l'engagement
de les garder jusqu' l'acquiescement du roi au trait et de ne les
restituer  celui-ci qu'aprs l'excution de sa part des conditions du
trait. Cette proposition donna lieu  une ngociation particulire et
assez complique avec le cabinet de Berlin, qui avait d'abord sembl
dispos  l'accepter, mais qui, en dfinitive, n'osa pas paratre
s'associer aux mesures coercitives prises par les deux puissances
maritimes et qui refusa[17]. Il en rsulta que les Belges gardrent
les territoires qu'on avait rclams d'eux, ce qui rendit leur
position vis--vis de la Hollande encore plus favorable.

Reprenons la suite des dpches et lettres.

  [15] Le marquis de Lansdowne tait prsident du conseil dans le
  cabinet anglais. Il allait  Paris pour ngocier des changements
   apporter dans le tarif des douanes.

  [16] Le ministre avait ordonn l'arrestation de MM. Berryer, de
  Chateaubriand, Hyde de Neuville et de Fitz-James comme prvenus
  de complicit avec la duchesse de Berry (7 juin). Les trois
  derniers ne tardrent pas  tre mis en libert, aucune indice
  n'ayant pu tre relev contre eux. Quant  M. Berryer, il fut
  jug le 16 octobre par la Cour d'assises de Blois. Le procs
  tait si mal engag que le ministre public dut abandonner la
  poursuite, et l'accus bnficia d'un acquittement qui devint un
  triomphe.

  [17] Voir page 15.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 26 octobre 1832.

    Monsieur le duc,

Lord Palmerston avait convoqu ce matin la confrence  la demande de
M. de Blow[18] qui annonait avoir une communication  nous faire.
Cette communication tait un projet de trait envoy par le cabinet de
La Haye. Lord Palmerston et moi avons tout de suite dclar que
les formes strictes que nous avions adoptes jusqu' prsent, ne nous
permettaient pas d'couter les propositions venant par un autre
intermdiaire que par le plnipotentiaire reconnu de la cour qui nous
les faisait; que si M. de Zuylen avait quelque chose  nous
communiquer de la part de sa cour, nous tions prts  l'entendre,
mais que nous ne pouvions admettre la demande de M. de Blow.--M. de
Blow n'a pas insist. Nous avons ainsi lud toute explication. Il
n'a pas mme t donn lecture du projet de trait. La clause
principale de ce projet est la reconnaissance de la libre navigation
de l'Escaut, avec la rserve d'imposer des droits de trois shillings
par tonneau au lieu d'un shelling consenti par le roi Lopold et par
la Prusse. J'espre que nos ratifications seront arrives avant que M.
de Zuylen nous soumette directement le projet de sa cour, qui
aujourd'hui n'aurait pas eu grande faveur dans la confrence. Nous
sommes tous tombs d'accord que la runion de ce matin ne serait pas
regarde comme une confrence tenue au Foreign Office...

  [18] Une dernire tentative avait t faite par la Prusse pour
  prvenir une rupture. Le cabinet de Berlin avait transmis  La
  Haye un tat des concessions exiges par la confrence. Le 23
  octobre, le ministre des affaires trangres de Hollande annona
  aux envoys de Russie, de Prusse et d'Autriche que le roi
  adhrait  ce plan, sauf quelques modifications. Le trait fut
  aussitt  Londres. On a vu quel accueil il avait trouv prs la
  confrence. Quelques jours plus tard, le 9 novembre, le ministre
  de Hollande  Londres le communiqua  lord Grey qui rpondit que
  ce trait ne levait point toutes les difficults, que d'ailleurs
  il venait trop tard, et que l'vacuation d'Anvers tait dsormais
  le prliminaire indispensable de toute ngociation nouvelle.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND

    Paris, le 25 octobre 1832.

    Mon prince,

Votre courrier est arriv hier vers cinq heures de l'aprs-midi. J'ai
sur-le-champ port au roi la convention: hier soir nous avons eu
conseil. On a pass la nuit pour prparer les ratifications; le
courrier va partir et vous le recevrez demain de bonne heure dans la
journe.

Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle joie cette nouvelle a t
reue. Je ne vous parlerai pas non plus de notre reconnaissance pour
un tel succs. Il fallait tre vous pour y russir; vous n'aurez
jamais rendu  votre pays un plus signal service.

Permettez-moi maintenant de vous adresser une ou deux questions sur
le mode d'excution de ce trait.

Le roi des Belges est somm en mme temps que le roi des Pays-Bas
d'vacuer la portion de territoire qui ne lui appartient pas, aux
termes des vingt-quatre articles.

Si le roi de Hollande refuse d'vacuer le 2 novembre, le roi des
Belges sera-t-il tenu de le faire? Et dans ce cas,  qui remettrait-il
Venloo et les autres portions du Limbourg?

Il est impossible de se figurer que ce soit au roi de Hollande.

Si le roi des Pays-Bas accepte la proposition, s'il consent  vacuer
le territoire belge, le roi des Belges devra-t-il remettre au roi de
Hollande le territoire occup maintenant par les Belges, avant que le
roi de Hollande ait accept le surplus des vingt-quatre articles,
tandis qu'il contestera encore sur l'Escaut, sur le syndicat[19], sur
la navigation des eaux intermdiaires? Cela serait-il prudent?

Je vous fais ces questions afin que nous soyons bien fixs sur la
direction que nous devons donner au roi des Belges. Vous savez de
reste que son peuple n'est pas des plus raisonnable, et sitt
qu'il va se sentir en confiance, il va nous susciter mille embarras
d'excution.

Soyez assez bon pour me dire quelle est l'ide que vous vous faites
de la solution de ces questions. Au reste, j'espre avoir de vous une
lettre aujourd'hui mme, qui peut-tre rsoudra tous nos doutes.

Agrez...

  [19] Cette question du syndicat tait difficile et demande
  quelques claircissements.

  Une loi du 27 dcembre 1822 avait cr pour le royaume des
  Pays-Bas un syndicat d'amortissement en remplacement du syndicat
  des Pays-Bas et de la caisse d'amortissement. Ce syndicat
  d'amortissement avait t dot de 250 millions de florins. Or, par
  suite de dfaut ou d'irrgularit de comptabilit, il se trouvait
  qu'il tait en 1832 impossible de juger de l'emploi de ce crdit,
  d'o impossibilit de dterminer exactement le montant de la dette
  des Pays-Bas; c'est sur ce thme que les plnipotentiaires belges
  et hollandais discutrent  perte de vue. Le trait des
  vingt-quatre articles avait fix le partage de la dette, mais le
  roi des Pays-Bas avait refus d'admettre les chiffres de la
  confrence.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 27 octobre 1832.

    Monsieur le duc,

J'ai reu ce matin les ratifications de la convention du 22 octobre
que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser avec votre dpche numro
77. Je vois avec plaisir que cette convention a rempli les intentions
du gouvernement du roi, et je vous le rpte, je suis convaincu qu'il
apprciera chaque jour davantage ses consquences importantes. Nous
venons de faire l'change des ratifications avec lord Palmerston; je
vous enverrai celles de l'Angleterre par le prochain portefeuille.

Nous avons transmis la convention ratifie aux plnipotentiaires des
trois cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, avec la note dont je
joins une copie.

Un bateau  vapeur part dans une heure pour Rotterdam; il porte la
note numro 2 aux chargs d'affaires de France et d'Angleterre  La
Haye, et un courrier, qui part galement ce soir, portera  Bruxelles
la note numro 3.

Quant aux explications que vous me demandez, monsieur le duc, sur la
clause de la convention relative  la remise de Venloo par les Belges,
je puis vous dire que nous n'avons jamais eu l'intention de faire
livrer Venloo au roi des Pays-Bas, avant la complte excution du
trait du 15 novembre. La sommation sera faite aux Belges comme
tmoignage de notre impartialit, mais voici le parti que nous avons
pris au sujet de cette ville. Nous devons demain, lord Palmerston et
moi, proposer au baron de Blow de faire remettre Venloo par les
Belges  Sa Majest le roi de Prusse, sous la condition que ce
souverain s'engagera  ne la restituer au roi des Pays-Bas, que
lorsque celui-ci aura rempli toutes les stipulations du trait du 15
novembre. Je vous ferai connatre l'issue de cette proposition que
j'ai adopte parce que je savais qu'elle entrait compltement dans les
vues du roi...


LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Neuilly, le 25 octobre 1832.

    Mon cher prince,

En signant le document important que vous venez de nous adresser, je
veux vous fliciter de l'avoir obtenu. C'est un des plus grands
services qu'il ft possible de me rendre, et un des plus grands
avantages qu'on peut assurer  la France, puisque c'est l'honorable
gage de la paix gnrale. Je n'ai que le temps de vous ritrer
l'expression de tous les sentiments que vous me connaissez depuis
longtemps pour vous.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Neuilly, le 25 octobre 1832.

Je reois  l'instant votre excellente lettre du 23 et je m'empresse,
mon cher prince, de vous en remercier, et d'autant plus que vous
m'avez tire d'une vritable inquitude et d'un grand tourment, car
c'est vous qui m'avez appris que la grande affaire tait termine et
que la convention tait signe. Il parat que le secret avait t si
fortement recommand que notre cher roi s'tait cru oblig de n'en
rien dire ni  sa femme ni  sa soeur, ce qu'il avait exig de M. de
Broglie, et ce que, je certifie, il a bien tenu. Je suis arrive chez
lui triomphante, avec votre prcieuse lettre et alors il s'est mis 
rire et m'a rpondu: Ce n'est pas moi qui l'ai dit. Je vous en
remercie de tout mon coeur, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'il
n'y aura pas d'indiscrtion faite par moi, quoique, je vous avoue, je
ne comprends pas trop pourquoi le secret. Enfin, c'est gal, cela ne
me regarde pas; mais ce que je sais, c'est que vous m'avez fait un
grand bien en me donnant cette bonne et grande nouvelle et que c'est
de bien bon coeur que je m'en flicite avec vous. Vous avez coup le
noeud gordien, comme je vous le demandais. C'est un bien grand
vnement qui assure la prosprit de notre chre France et du rgne
de notre bien-aim roi. Tout ira bien maintenant, j'espre. Notre cher
roi me charge de vous dire combien il est satisfait de la bonne
russite de vos efforts; qu'il espre et qu'il compte que vous
achverez aussi heureusement la grande oeuvre qu'il dit que vous seul
pouviez faire...


M. GUIZOT AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 26 octobre 1832.

Je savais d'avance, mon prince, que vous feriez l'impossible: c'est
votre usage. J'espre que nous accomplirons ce que vous avez fait.
Nous voil avec une dot: on nous pousera. Certainement, il faut
mnager les prventions du pays o vous tes, et ne pas mettre le
cabinet britannique aux prises avec l'instinct britannique. Nous
sommes exactement dans la mme situation; nous avons nos prjugs qui
sont puissants, nos ignorances qui sont infinies. Nous demandons qu'on
mnage aussi tout cela. Dites-nous ce qu'il faut, et dites ce qu'il
nous faut. Nous russirons ici et  Londres, Dieu et vous aidant...

Rien n'est jamais fini en ce monde; et aprs ce que vous venez de
faire, nous vous demanderons probablement de faire beaucoup encore.
Nous avons besoin d'aller chercher de la raison partout, car nous n'en
avons pas assez sous la main. Vous nous en fournirez toujours,
n'est-ce pas?

J'ai propos au roi de rtablir la classe des sciences morales et
politiques de l'Institut[20]. Cela est ici d'un bon effet, et j'ai eu
la bonne fortune de rencontrer l votre nom. Je regrette bien que vous
ne soyez pas ici pour les lections qui vont se faire; mais, quelle
que soit l'importance des acadmies, ce que vous faites  Londres vaut
mieux...

  [20] Voir le rapport de M. Guizot au roi (_Journal des Dbats_ du
  28 octobre). La classe des sciences morales et politiques cre
  le 3 brumaire an IV par une loi de la Convention avait t
  supprime par arrt consulaire du 3 pluvise an XI.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 28 octobre 1832.

    Monsieur le duc,

Je viens de recevoir des deux plnipotentiaires de Russie la lettre
et la note dont j'ai l'honneur de vous envoyer des copies. Nous
devions nous attendre  cette dmarche de leur, part. Elle n'a fait
aucune impression sur lord Palmerston, ni sur MM. de Wessenberg et de
Blow, et cela leur a paru tre une prcaution prise par les
plnipotentiaires russes, qui agissaient d'aprs d'anciennes
instructions de leur cour et qui, ayant une fois t blms pour avoir
pris sur eux, voulaient dans cette occasion faire une rserve[21].

En prenant lecture de la note, vous vous arrterez sans doute aux
premiers mots du quatrime paragraphe. MM. de Lieven et Matusiewicz
n'entendent que suspendre leur participation aux confrences; il ne
s'agit donc pas de rupture, ni mme de froideur envers les deux cours:
c'est l,  mon avis, le point essentiel auquel nous devons nous
attacher.

J'apprends que le comte Pozzo di Borgo, qui doit tre arriv  Paris,
de retour de Russie, a tenu un trs bon langage sur nos affaires 
Berlin,  Vienne et  Munich. Je vous engage  agir prs de lui, dans
le sens que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer; c'est comme
cela que je traiterai cette question ici. Je crois mme qu' tout
prendre, cette absence momentane des plnipotentiaires russes de
la confrence, qui d'ailleurs ne se runit pas depuis longtemps, nous
sera utile au milieu des mesures d'excution dans lesquelles nous
sommes entrs. L'affaire hollando-belge doit tre termine dans vingt
jours par les moyens d'action qui seront employs. C'est le temps
ncessaire pour que la rponse  la communication de notre convention
soit venue de Saint-Ptersbourg; des runions de la confrence,
pendant ce temps, taient devenues inutiles et pouvaient avoir de
l'inconvnient.

Je crois que le parti adopt par la Russie dans cette circonstance
n'aura d'autre effet que d'entretenir, un peu plus peut-tre le roi
des Pays-Bas dans son obstination.

L'Autriche et la Prusse ne feront que de simples accuss de rception
aux communications que nous avons d leur faire, en leur envoyant la
convention...

J'ai l'honneur de vous transmettre les ratifications de la
Grande-Bretagne  la convention du 22 octobre...

  [21] Voici cette note, que les plnipotentiaires russes
  adressrent  M. de Talleyrand et  lord Palmerston en rponse 
  la communication qui leur avait t faite de la convention du 22
  octobre:

   Les soussigns s'acquittent d'un ordre formel de l'empereur, leur
   matre, en faisant la dclaration suivante:

   L'adoption des mesures coercitives que la France et la
   Grande-Bretagne ont rsolu de prendre contre la Hollande, a fait
   choir le cas o les plnipotentiaires de Russie, en vertu des
   instructions dont ils sont munis et dont les plnipotentiaires des
   autres cabinets n'ignorent pas la teneur, se trouvent dans la
   ncessit de se retirer des confrences.

   Ils rendront compte immdiatement  leur cour des circonstances
   graves qui, en altrant le caractre de la mdiation pacifique 
   laquelle ils ont t appels  prendre part, ne leur permettent
   plus de s'associer aux travaux de leurs collgues.

   En suspendant leur participation aux confrences, les
   plnipotentiaires de Russie sont dans l'attente des dterminations
   ultrieures de leur cour, motives par la gravit des circonstances
   qui ont rendu ncessaire la dclaration dont ils s'acquittent.

   LIEVEN. MATUSIEWICZ.

    Le 30 octobre 1832.

Je viens d'tre prvenu par lord Palmerston que des ordres partaient
ce soir mme pour l'amiral Malcolm  Portsmouth, par lesquels il lui
tait enjoint d'expdier demain trois frgates anglaises qui iront
croiser la premire  Texel, la seconde  l'embouchure de la Meuse et
la troisime  l'embouchure de l'Escaut. Ces frgates devront engager
tous les btiments de commerce anglais qui pourraient se prsenter
pour entrer dans les ports hollandais,  ne point s'y rendre. Elles
ont ordre de ne pas commencer les hostilits et de ne gner en aucune
manire le commerce hollandais, mais de se dfendre si elles taient
attaques par des vaisseaux de guerre hollandais.

Lord Palmerston, en me donnant cette information, m'a demand de
faire une dmarche semblable prs de l'amiral franais qui commande
notre escadre  Spithead. Je n'ai pas balanc  adresser des
instructions dans ce sens  M. Ducrest de Villeneuve[22], en lui
annonant que j'en rendais immdiatement compte au gouvernement du
roi. Je l'ai invit, en consquence,  expdier demain de concert avec
l'amiral Malcolm, trois frgates franaises qui seront charges de la
mme mission sur les mmes points que les frgates anglaises, et qui
agiront envers les btiments de commerce franais, de la mme manire
que ces dernires envers les btiments de commerce anglais.

Je suppose, monsieur le duc, que Sa Majest approuvera le parti que
j'ai pris: le temps ne me permettant pas d'attendre des ordres venus
de Paris, j'ai d agir sous ma propre responsabilit.

  [22] Alexandre-Louis Ducrest de Villeneuve, n en 1777, engag 
  quatorze ans comme novice, tait capitaine de vaisseau en 1814.
  En 1830, il tait contre-amiral et major de la flotte  Toulon.
  Il commanda en 1832 l'escadre envoye dans l'Escaut. En 1834 il
  fut nomm prfet maritime  Lorient, prit sa retraite en 1838 et
  mourut en 1852.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 29 octobre 1832.

    Mon prince,

Vous avez fait des merveilles; le trait, je vous l'ai dit, nous a
paru pleinement satisfaisant. Nous sommes galement trs contents de
la marche que vous avez suivie dans l'excution. Le seul point que
nous recommandons trs instamment  votre habilet, c'est de faire en
sorte que le roi des Belges ne soit pas press d'vacuer
matriellement Venloo, avant que nos troupes soient arrives  Anvers.
Il pourrait y avoir difficult, tapage dans les Chambres belges et
complication dans nos oprations. C'est une affaire d'un jour ou deux,
et il ne faudrait pas pour cela risquer de faire faire aux Belges
quelque grosse sottise. Si les Prussiens n'acceptent pas notre
proposition, il ne peut pas y avoir de difficult  retarder de deux
ou trois jours, non pas l'engagement d'vacuer Venloo, mais
l'vacuation _matrielle_ de la place. Je ne sais pas mme en pareil
cas, si vous jugeriez convenable que l'vacuation ait lieu, car  qui
remettre la place? Si les Prussiens acceptent, il faudra tcher qu'ils
ne se prsentent que le 15 ou le 16 novembre; j'y ferai de mon ct
mes efforts avec M. de Werther.

Nos affaires ministrielles vont assez bien, autant qu'il est permis
d'en juger en ce moment, o le nombre des dputs arrivs n'est pas
grand encore. Si notre entreprise russit, et j'en ai trs bon espoir,
ce sera grce  vous. Quant  moi, je mets encore plus de prix aux
sentiments que vous me tmoignez qu' l'avantage qui en rsulte pour
mon pays...


L'AMIRAL DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 2 novembre 1832.

    Mon prince,

En faisant partir nos vaisseaux de Cherbourg j'ai donn ordre au
contre-amiral Ducrest de Villeneuve de vous rendre compte de son
arrive, et, de plus, de se conformer  toutes les directions que vous
croiriez devoir lui donner.

Il m'a paru tout naturel que ces directions vinssent de Londres
sans l'intermdiaire de Paris. Le temps est prcieux et il ne faut pas
le perdre en dtours inutiles. Vous, mon prince, qui l'avez si
utilement employ dans cette circonstance, vous en jugerez comme moi.

Nos dissidents s'humanisent un peu; cependant, il serait hasardeux de
dire que tous se rangeront. Dupin est arriv et a vu le roi hier. Il
dit qu'il ne fera pas d'opposition et qu'il s'asseoira _neutre_ au
fauteuil de la prsidence. Comme membre oblig de la commission de
l'adresse, il aura quelque influence. L'opposition se propose d'y
mettre un mot significatif au sujet de la _quasi lgitimit_.

Nous pensons que le 4 ou le 5, nous aurons la rponse de La Haye,
peut-tre par Londres. Vous pourriez nous la faire donner par le
tlgraphe de Calais.--La _Melpomne_ et la _Crole_ partent pour
Spithead...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 3 novembre 1832.

    Monsieur le duc,

J'ai reu ce matin une dpche de M. le comte de Latour-Maubourg qui
me fait part d'un embarras dans lequel l'a plac une demande de M. le
gnral Goblet. Ce dernier en recevant la rquisition faite par suite
de la convention du 22 octobre, pour la remise par le gouvernement
belge de Venloo, des territoires du Limbourg et du Luxembourg, aurait
exig une dclaration officielle, tendant  garantir qu'en aucun cas
la ville de Venloo et les territoires destins  revenir  la
Hollande, ne seraient occups par des troupes trangres, avant que la
citadelle ft remise aux Belges.

Vous avez vu par la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous adresser
une copie avant-hier que j'avais autoris M. de Latour-Maubourg en
remettant la rquisition au gnral Goblet,  lui annoncer
confidentiellement que la remise des territoires ne se ferait dans
aucun cas entre les mains des Hollandais et qu'on s'occupait ici
d'arranger cette affaire de la manire la plus tranquillisante pour
les Belges.

Il me semble que cette communication tait plus que suffisante pour
calmer les inquitudes du gouvernement belge au moment o la France et
l'Angleterre soutiennent avec tant de vigueur les intrts de la
Belgique. Je redoutais, je pense, avec raison, les publications
indiscrtes auxquelles le ministre belge ne s'est jamais refus. Les
articles des journaux de Bruxelles nous ont dj caus trop d'embarras
pour ne pas nous tenir sur nos gardes.

La rclamation officielle que rclame le gnral Goblet produirait un
trs mauvais effet dans les cabinets, j'en suis convaincu. Si, comme
me l'crit M. de Latour-Maubourg, sir Robert Adair s'est cru autoris
 donner cette dclaration, je ne puis m'expliquer comment la
publicit immdiate de tous les actes remis au cabinet de Bruxelles ne
l'aurait pas arrt.

Il est beaucoup plus important pour nous en ce moment de rassurer les
puissances par nos dmarches que de satisfaire aux puriles
susceptibilits des Belges. Je crois donc que la dclaration demande
par le gnral Goblet, qui, dans toutes les circonstances, s'est
montr difficultueux, devrait tre nettement refuse par M. de
Latour-Maubourg; c'est dans ce sens que je m'en expliquerai avec lord
Palmerston,  ma premire entrevue avec lui; il est  la campagne
jusqu'aprs-demain, mais je le verrai aussitt qu'il sera
revenu[23]...

  [23] En mme temps que cette dpche, M. de Talleyrand crivait
  au duc de Broglie la lettre particulire suivante:

   3 novembre.

   Je vous cris aujourd'hui pour que vous sachiez bien, dans vos
   rapports avec le gnral Goblet,  qui vous avez affaire. Le
   gnral Goblet est un orangiste; il fait ce qu'il peut pour plaire
   aux hommes du mouvement en Belgique et pour exciter  de fausses
   mesures, compliquer ainsi les questions et laisser par l une porte
   entr'ouverte au parti orangiste. J'ai t dans le cas de le juger
   ici, o ses arrogantes difficults n'ont pas cess de nous gner.
   Il joue  peu prs  Bruxelles le rle de nos carlistes qui se font
   rpublicains. Dans ma correspondance avec Sbastiani, je l'ai
   plusieurs fois averti qu'il ne devait pas mettre l sa confiance...

    Le 5 novembre.

J'ai reu il y a une heure la rponse faite par le roi des Pays-Bas 
la communication qui avait t faite par les chargs d'affaires de
France et d'Angleterre[24]; j'ai l'honneur de vous en envoyer une
copie quoique je suppose qu'elle vous sera parvenue directement de La
Haye. Cette rponse est un refus rdig dans des termes assez
adoucis...

  [24] Le cabinet hollandais refusa de se soumettre aux injonctions
  de la convention du 22 octobre. Il dclara que l'vacuation de la
  Belgique par ses troupes avant l'change des ratifications du
  trait du 15 novembre serait contraire au sens des ngociations,
  et que d'ailleurs le devoir absolu de la Hollande tait de ne pas
  se dessaisir, en abandonnant Anvers, du gage qui devait lui
  servir  obtenir des conditions quitables de sparation.


LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Foreign Office, 6 novembre 1832.

    Mon cher prince,

Je vous envoie _trs confidentiellement_ une copie de la lettre que
j'ai crite aujourd'hui  l'Amiraut pour guider ce dpartement
quant aux instructions qu'il doit donner  l'amiral Malcolm; j'en ai
envoy copie ce soir  Granville pour qu'il la communique  votre
gouvernement, afin qu'ils puissent juger combien ils trouveront
convenable de donner des instructions semblables  l'amiral
Villeneuve. Il serait cependant utile que vous portassiez ces
instructions confidentiellement  la connaissance de votre amiral,
parce qu'il devrait savoir quels sont les ordres qui ont t donns 
son collgue.

    Tout  vous.


LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDMONT.

    Londres, le 7 novembre 1832.

La dclaration des Russes n'a de valeur que par le bavardage qu'elle
occasionne. Le fait est que M. de Lieven ne voulait pas la faire et
que c'est Matusiewicz qui l'a dcid  la faire. Il ne faut pas
regarder cela comme une affaire. On fait beaucoup parler Pozzo. Chacun
se sert de son langage, suivant son intrt. M. de Lieven a t
jusqu' dire que dans l'tat o taient les affaires, nous ne pouvions
pas faire autre chose qu'une convention renfermant des conditions
finales, et que les termes dans lesquelles la ntre tait conue lui
paraissaient fort convenables.--La date de ma lettre me fait croire
que nous arriverons au 15 sans coup frir. Ce qui se passera aprs est
hors de ma direction; c'est aux hommes qui conduisent la guerre 
prendre toutes leurs prcautions. Politiquement les choses sont bien
places; voil tout ce dont j'tais charg, et ce dont j'tais charg,
je l'ai fait. On m'a dit  mon dpart de Paris: c'est essentiel
pour avoir la majorit; la chose est faite;  prsent, aura-t-on la
majorit?


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 8 novembre 1832.

    Mon prince,

Je vous cris deux lignes pour vous dire que je ne puis vous en
crire davantage. Voici l'heure du courrier; je n'ai pu rentrer de
meilleure heure. Vous en comprendrez facilement le motif lorsque vous
saurez que madame la duchesse de Berry vient d'tre arrte hier 
Nantes. Nous avons pass la matine  pourvoir aux mesures ncessaires
pour sa sret. Ceci nous assure une majorit grande et infaillible.

    Agrez...


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 9 novembre 1832.

Assurment, mon cher prince: je suis _trs contente de vous_, de vos
oeuvres et de votre lettre du premier de ce mois dont je vous remercie
de tout mon coeur. J'allais le faire hier lorsque la grande nouvelle
de l'arrestation de madame la duchesse de Berry est arrive. C'est 
Nantes qu'elle a t prise; c'est un vnement bien important et je
suis persuade que vous approuverez l'article qui l'annonce dans le
_Moniteur_ de ce matin, et la rsolution prise  cet gard par notre
gouvernement. Il me semble qu'il satisfait  tout. Cela s'est pass
trs tranquillement  Nantes. Ds la veille on avait fait des visites
dans cette maison, ayant eu l'avis qu'elle y tait, mais sans
rien trouver; alors le gnral et le prfet firent cerner par la
troupe et la garde nationale toutes les issues d'une masse de maisons
qui formaient une espce d'le dans laquelle se trouvait celle o l'on
croyait, et avec raison, qu'tait madame la duchesse de Berry, o le
prfet avait laiss des gendarmes, qui, en faisant du feu pour se
chauffer dans la chemine d'une petite chambre au troisime,
chauffrent tellement la plaque, que madame la duchesse de Berry, qui
se trouvait cache dans une petite chambre derrire avec M. de
Mesnard[25], M. de Guibourg et mademoiselle de Kersabiec, tant au
moment d'tre asphyxie, ne put y tenir et en sortit en se rendant.
Sans cet extraordinaire incident, il est probable qu'on ne l'aurait
pas encore dcouverte. Elle a t sur-le-champ conduite au chteau de
Nantes. Voil tout ce que je sais sur cet important vnement jusqu'
prsent, et que je m'empresse de vous mander.

Chartres et Nemours partent dimanche pour l'arme; j'espre, et nous
en avons besoin en ce moment, que cela ne sera pas long et qu'ils nous
reviendront bientt avec la grande et belle nouvelle de la reddition
d'Anvers. Je trouve que la rponse du roi de Hollande, tout en
refusant, n'annonce pas l'intention de faire une grande rsistance.
Toutes les difficults s'aplanissent pour notre juste, bonne et belle
cause, et j'ai de plus en plus la douce et ferme confiance que notre
cher roi jouira de la rcompense de toutes ses peines et de tous
ses sacrifices en voyant notre chre France tranquille, heureuse et
prospre...

  [25] Louis-Charles, comte de Mesnard, n en 1769, tait en 1789
  capitaine au rgiment de Conti. Il migra, servit dans l'arme de
  Cond et resta en Angleterre jusqu' la Restauration. Il devint
  alors colonel et aide de camp du duc de Berry, puis premier
  cuyer de la duchesse et pair de France (1823). Aprs la
  rvolution de 1830, il accompagna la duchesse de Berry en
  Angleterre, en Italie, la suivit en France, fut arrt, jug et
  acquitt. Il quitta la France et mourut en 1842.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 11 novembre 1832.

    Monsieur le duc,

M. le baron de Zuylen, aprs avoir vainement tent plusieurs fois de
renouer une ngociation avec lord Palmerston, s'est enfin adress 
lord Grey, dans l'espoir, sans doute, d'obtenir quelques concessions
auxquelles lord Palmerston s'tait refus. Il s'est prsent hier chez
lord Grey, et lui a remis le projet de trait propos par le cabinet
de Berlin dont je vous ai dj entretenu, et la pice que j'ai
l'honneur de vous envoyer en copie[26]. Je joins galement une copie
du projet de trait que je n'ai pu me procurer qu'hier soir.

Lord Grey aprs sa conversation avec M. de Zuylen, m'a invit  me
rendre chez lui pour nous y entendre avec lord Palmerston. Il m'a
communiqu alors ce dont je viens de vous rendre compte. J'ai pu
exprimer immdiatement mon opinion sur ces nouvelles propositions du
cabinet de La Haye, et j'ai d dire qu'il n'y avait plus de base
possible de ngociation avant la reddition de la citadelle d'Anvers et
avant un engagement, pris par le roi des Pays-Bas, d'accepter le
trait du 15 novembre avec les modifications qui pourraient tre
consenties par la Belgique.

Lord Grey qui partageait mon opinion, a rdig un projet dans ce
sens, mais il m'a dit qu'il se croyait cependant oblig de soumettre
cette question  un conseil de cabinet, et il m'a fix chez lord
Palmerston un rendez-vous pour aujourd'hui,  l'issue de ce conseil.
Je m'y suis rendu; il m'a remis la note ci-jointe qui a t approuve
par le conseil, et envoye  M. le baron de Zuylen comme rponse  sa
communication d'hier.

Vous remarquerez, monsieur le duc, que par cette note on se borne 
rclamer l'vacuation de la citadelle d'Anvers, comme prliminaire
indispensable  toute ngociation nouvelle. Lord Grey m'a dit que dans
le conseil, on n'avait pas cru convenable d'adopter la seconde
condition du projet convenu hier entre nous, parce qu'elle ne donnait
aucune ouverture  des ngociations ultrieures, en imposant d'avance
au gouvernement des Pays-Bas l'obligation d'accepter le trait du 15
novembre et en soumettant les modifications possibles de ce trait 
la seule volont de la Belgique. Il faut observer que la note de lord
Grey  M. le baron de Zuylen n'est point signe, ce qui lui te le
caractre strictement officiel; elle a paru cependant assez importante
 M. de Zuylen pour qu'il l'envoyt immdiatement  La Haye par un
courrier.

J'ai retrouv dans cette circonstance comme dans toutes les autres,
lord Grey et lord Palmerston pleins d'une sincrit et d'une droiture
au-dessus de tout loge...

  [26] Voir page 34 et note, la rponse que lord Grey fit  M. de
  Zuylen au sujet de ce projet de trait. La pice dont il est ici
  question est une note crite qui dveloppait cette rponse.


LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDMONT.

    Londres, le 13 novembre 1832.

Je vois arriver le 15 plutt avec plaisir qu'avec inquitude; il nous
tirera de l'incertitude si fatigante dans laquelle nous sommes.
M. de Zuylen a prodigieusement nui par ses finasseries, ses rserves
et je pourrais dire, sa mauvaise foi  une affaire que tout le monde
voulait claircir et terminer. Il a pris des voies dtournes; il
s'est li avec les tories pour faire dire dans les journaux ce qui
convenait aux ennemis du ministre anglais. Avec M. Falck tout se
serait arrang depuis six mois, et le roi de Hollande serait beaucoup
mieux plac...

    Le 14 novembre.

Nous touchons au moment de l'entre de nos troupes en Belgique; dans
peu d'heures, elles seront en marche. J'ai fait de mon ct tout ce
dont on avait besoin; j'espre qu' Paris, tout a t prpar pour
l'action; il ne faut faire aucune perte de temps. Plus l'expdition
sera courte, plus elle sera brillante, et sans inconvnient en Europe.
L'escadre anglaise est sur les ctes de la Hollande; c'est l'amiral
Malcolm qui est avec elle.

Toute dmonstration de l'Angleterre nous convient; car c'est par
notre union avec elle que nous viterons la guerre, quoi qu'en
puissent dire les journaux franais. Notre convention avec
l'Angleterre est trop prs d'tre un trait offensif et dfensif pour
que les plus zls pour la guerre ne se refroidissent pas.

Adieu, j'ai bien besoin d'tre au courant jour par jour, de la marche
de notre arme et des mouvements des troupes prussiennes dont parlent
les journaux[27]...

  [27] Ds l'entre des troupes franaises en Belgique, la Prusse
  concentra une arme d'observation sur la Meuse, mais elle ne fit
  aucun mouvement offensif.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 16 novembre 1832.

    Monsieur le duc,

On attend avec une trs vive impatience des nouvelles de l'arme
franaise dont on dit que l'entre en Belgique a d avoir lieu
seulement ce matin. C'est dsormais de ce ct que nous devons tourner
nos regards, et je vous prie de me tenir le plus exactement possible
au courant de tout ce qui peut offrir de l'intrt; on cherchera sans
aucun doute  rpandre ici des bruits fcheux sur notre arme, et il
est important que je sois toujours en tat de les dmentir; je
voudrais mme, si cela tait possible, tre instruit directement par
le tlgraphe de Lille  Calais. Les personnes les mieux disposes
pour nous, nous tmoignent de l'inquitude; on craint que nous n'ayons
pas assez de troupes sur la frontire du Nord, et que cela ne
fournisse au prince d'Orange l'occasion de se prcipiter vers le
centre de la Belgique. Je cherche  calmer ces craintes, mais il est
essentiel que je puisse toujours contredire les faux bruits qui
viendraient leur donner de la consistance...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 19 novembre 1832.

    Mon prince,

J'ai  peine le temps de vous crire quelques lignes. L'attentat de
ce matin ajoute au trouble de cette journe. L'indignation est grande
dans les Chambres et dans tout Paris. Probablement, cela
profitera  la bonne cause; je dis probablement, car nous sommes ici
bien mobiles. Le roi a t, comme il est toujours dans de telles
occasions, trs bien, trs calme, et de grand courage. Il n'a pas
voulu que le bruit de l'vnement ft port  la Chambre avant son
arrive, et personne n'a pu s'en douter  la tranquillit de sa voix
et de sa contenance. L'effet du discours a t bon; j'espre que vous
en approuverez le ton gnral, la fermet et la rserve. J'avais
ajout un dernier paragraphe sur les ngociations qui se poursuivent
en Angleterre, les postes, les vins, les livres... mais  la dernire
lecture ce paragraphe a t retranch, comme ajoutant  la longueur du
discours; j'aurai soin d'en parler dans la discussion.

Adieu, mon prince; l'assassin n'est pas encore connu[28]...

  [28] On ne trouva jamais l'assassin, ce qui fit dire 
  l'opposition que cet attentat n'tait qu'un coup de police. On
  finit par arrter un nomm Bergeron qui fut acquitt.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, lundi 19 novembre 1832.

Que d'actions de grces nous avons encore  rendre  la Providence,
mon cher prince! Un attentat horrible a t manqu, grce au ciel; un
monstre a tir un coup de pistolet sur notre bien-aim roi, comme il
descendait le pont Royal  cheval pour se rendre  la Chambre. Il a
t admirable et d'un calme parfait, et a continu sa marche comme si
de rien n'tait, n'a pas voulu qu'on en parlt dans la Chambre, et a
fait son discours d'une voix forte et ferme. Il a t reu 
merveille. Malheureusement, le monstre n'est pas encore arrt.
Aussitt que la Chambre a t instruite de cet horrible attentat,
celle des pairs, aussi bien que celle des dputs, par un mouvement
spontan, sont arrives ici; et tous les membres sans exception, sauf
La Fayette et Dupont de l'Eure; mais peut-tre viendront-ils. Je ne
sais si vous pourrez me lire, mon cher prince, mais vous trouverez
simple que ma main tremble: je tenais  vous crire tout de suite par
l'estafette...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 22 novembre 1832.

    Mon prince,

Lord Granville m'a communiqu la lettre de lord Palmerston au sujet
des commrages du gouvernement belge. Lord Palmerston a attach  tout
ceci plus d'importance que je n'en mettais. Comme les Belges s'taient
servis de son nom pour disputer contre nous sur l'indemnit, sur
l'affaire de M. Pescatore[29], et sur plusieurs autres points, j'tais
bien aise de savoir ce qu'il y avait de vrai dans leurs propos. Du
reste, tous ces petits tracas ne valent gure la peine qu'on s'en
occupe.

C'est aujourd'hui que la sommation doit tre faite au gnral Chass.
Se dfendra-t-il? Jusqu' quel point se dfendra-t-il? C'est ce que
nous saurons bientt, mais ce qu'il est impossible de conjecturer.
Quant  la rsolution d'vacuer la Belgique aprs la prise de la
citadelle, et de tenir  la lettre l'engagement contract le 22
octobre, vous n'avez pas besoin de m'en faire souvenir. Je ne
resterais pas aux affaires une demi-heure, si ceci pouvait tre pour
quelqu'un l'objet d'un doute.

Lord Lansdowne vous dira que nos affaires ministrielles prennent ici
le meilleur tour, que la majorit semble tout  fait rallie. Nos amis
ne doutent pas du succs. Je ne suis pas aussi confiant...

  [29] M. Pescatore tait un membre du gouvernement civil du
  Luxembourg que la gendarmerie belge avait arrt en octobre 1831
  en reprsailles de l'arrestation de M. Thorn. Les deux
  prisonniers furent changs  la fin de 1832.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 26 novembre 1832.

    Monsieur le duc,

Je puis vous dire que notre situation ici s'est fort amliore dans
ces derniers jours. Les dpches venues de Vienne et de Berlin
indiquent qu'on y a modifi les dispositions qu'un premier mouvement
d'effervescence avait laiss percer. Les ministres d'Autriche et de
Prusse  Londres vont mme jusqu' tmoigner de leur dsir de voir
russir les mesures adoptes par la France et l'Angleterre contre
l'obstination si prolonge du roi des Pays-Bas.

Plus on y rflchit, et plus on reste convaincu que les diffrents
cabinets du continent chercheront  rompre l'union de la France et de
l'Angleterre; mais qu'aussi, ils sauront se rsigner  cette union et
 ses consquences, tant qu'ils lui reconnatront des symptmes
vidents de dure...

    Le 29 novembre.

Je vois avec peine par les informations que vous voulez bien me
donner que de nouveaux retards ont t apports dans les
oprations du sige de la citadelle d'Anvers. L'anxit s'accrot ici
chaque jour, et le cabinet anglais va mme jusqu' dire qu'il attache
 la prompte reddition de cette citadelle un intrt gal  celui que
pouvait avoir le nouveau cabinet franais  la conclusion de la
convention du 22 octobre. Ce langage rsume bien l'importance de la
question pour ce gouvernement; il n'est point exagr et je partage
cette opinion.

Je ne suis point surpris des ngligences dont vous avez  vous
plaindre de la part des Belges. On doit s'attendre  toute sorte
d'embarras venant d'eux, et je crois que les formes de mnagement que
nous adoptons gnralement  leur gard ne conviennent pas  un
gouvernement si nouveau et si prsomptueux.

Les dlais de l'expdition d'Anvers font plus que jamais sentir la
ncessit de ne rien prcipiter dans notre ngociation avec le cabinet
prussien. Le temps est un grand matre qui arrange bien des
difficults. Vous penserez sans doute qu'il faut se donner une grande
latitude quand on est livr aux chances d'un sige, et je vous engage
 ne rien conclure  Berlin, avant d'tre sur la voie d'un rsultat
certain  Anvers. Vous remarquerez que si on s'tait arrt  la date
du 5 dcembre, fixe par vous en dernier lieu, pour la remise de
Venloo aux Prussiens, on se serait plac dans une situation
embarrassante. Comme la ngociation se suit par M. Bresson, aid de
lord Minto, il doit tre facile de la ralentir en exprimant  propos
le besoin d'instructions communes des cabinets de Paris et de Londres.

Je viens de communiquer  lord Palmerston votre dpche numro 101,
relative aux frais de notre expdition en Belgique, que vous croyez
devoir rclamer du gouvernement belge. Je la lui ai lue tout
entire. Aprs l'avoir coute avec beaucoup d'attention, lord
Palmerston a rpondu que cela ne changeait rien  son opinion, parce
que tous les motifs qui avaient t donns dans le conseil du roi
restaient dans leur entier. J'ai essay en vain de donner de nouveaux
dveloppements aux arguments que me fournissait votre dpche; et je
dois vous avouer que je ne suis pas parvenu  modifier une opinion qui
me parat irrvocablement arrte.

J'ai ensuite entretenu lord Palmerston de la mission qui aurait t
confie par l'Angleterre  un agent de la Porte ottomane. Il m'a
rpondu qu'il avait t effectivement inform par une lettre de
Constantinople du 26 octobre de la rsolution adopte par le sultan
d'envoyer en Angleterre Namick Pacha, colonel de ses gardes; que cette
rsolution n'avait pas eu l'assentiment du Divan qui avait du moins
obtenu que Namick Pacha passerait par Paris; que, du reste, quoiqu'on
st bien que la mission de Namick se rapportait  la guerre qui existe
entre la Porte et le pacha d'gypte, on ne connaissait point
exactement la nature des communications qu'il tait charg de faire au
gouvernement anglais; mais qu'on supposait seulement que l'intention
de la Porte avait t de donner  cette mission assez d'clat pour
qu'elle inquitt le pacha d'gypte, qui ne manquerait pas d'en avoir
connaissance[30].

Lord Palmerston m'a assur en mme temps que sir Stratford
Canning[31] n'avait jamais fait aucune insinuation qui pt tre
regarde comme une offre relle de secours de la part de l'Angleterre
et que vous aviez parfaitement jug qu'il s'tait born  des paroles
de bienveillance, telles qu'il est d'usage d'en employer en pareille
occasion...

  [30] Sur la mission de Namick Pacha, voir pages 95 et 108.

  [31] Sir Stratford Canning, ancien ambassadeur d'Angleterre prs
  la Porte, avait t envoy  Constantinople en novembre 1831 avec
  une mission spciale. Il devait demander une extension de
  frontires en faveur de la Grce.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 27 novembre 1832.

    Mon prince,

La rponse que je vous adresse est une rponse officielle  une
dpche officielle. J'imagine que lord Palmerston a pris par l ses
mesures pour rpondre au besoin devant le parlement. C'est par le mme
motif que j'insiste.

Vous savez que la raison qui nous a ports  demander  la Belgique
le remboursement de nos dpenses extraordinaires, c'est le refus
positif qu'a fait la Chambre des dputs, l'anne dernire, de nous
allouer la dpense de notre expdition de Belgique en 1831. Nous
serions sans rponse si nous ne pouvions pas tmoigner publiquement
que nous avons fait tous nos efforts pour mettre  couvert les
intrts du trsor. Du reste, nous avons peu d'esprance de nous
enrichir avec ce qui nous en reviendra.

Le fait est nanmoins que notre position n'est pas analogue  celle
de l'Angleterre. Elle fournit  la cause commune une escadre; nous en
faisons autant. Elle ne demande rien  la Belgique; pour cela, nous ne
demandons rien non plus. Mais en outre, nous entreprenons  nos frais
une expdition de terre infiniment plus coteuse que nous excutons
seuls.

Lord Palmerston pense que c'est dans un intrt uniquement europen
que nous agissons. Je ne le crois pas. La meilleure preuve que
c'est en mme temps dans un intrt purement belge, c'est que nous ne
marchons qu' la rquisition expresse de la Belgique. Si nous ne
prenions pas Anvers, il faudrait que ce ft l'arme belge qui le prt,
et ce que nous lui demandons est trs infrieur  ce qu'il lui en
coterait pour cela. La Belgique n'en paye pas un soldat de moins, il
est vrai, mais elle paye de moins toutes les dpenses matrielles du
sige que nous faisons  nos dpens.

Lord Palmerston ajoute que nous avons dsir nous-mmes, dans
l'intrt de la formation ou du maintien du ministre que cette
expdition se ft. Ceci sort du cercle gnral de la discussion. C'est
une discussion sur ce qui se passe dans l'intrieur des couloirs. Ce
n'est pas un motif que nous puissions allguer publiquement. Si nous
voulons prendre ainsi en considration les motifs secrets des choses,
alors nous pourrons dire que la crainte des sottises des Belges, la
crainte de les voir entamer une expdition contre la Hollande, la
ncessit de les tirer de la situation o ils sont, sont au nombre des
raisons qui nous ont fait dsirer d'entreprendre l'expdition
d'Anvers. Ce sont certainement les provocations des Belges et leur
action sur les esprits en France, qui ont concouru pour plus de moiti
 rendre cette expdition invitable.

Au reste, je le rpte, il ne faut prendre les choses que pour ce
qu'elles valent: notre demande a pour but de mettre notre
responsabilit  couvert. Je crois que la dpche de lord Palmerston
est prcisment de mme nature, et je vous prie de l'assurer que je
n'ai pas la moindre envie d'y voir autre chose.

Notre expdition ne marche pas aussi vite que je l'aurais dsir.
L'arme tout entire est arrive  jour fixe; mais le transport de
l'artillerie de sige et des munitions a souffert et souffre
encore des retards. Le marchal Grard ne veut faire sa sommation
qu'au moment o toutes ses dispositions seront termines, pour
rpondre  un refus par un feu terrible. On m'assure que la sommation
doit tre faite aujourd'hui, mais je crains encore du retard...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 30 novembre 1832.

    Monsieur le duc,

M. le marquis de Palmella est arriv hier  Londres, charg d'une
mission de dom Pedro prs du gouvernement anglais; il avait quitt
Oporto le 22 de ce mois. Il parat qu'on commence  sentir dans cette
ville la ncessit de mettre fin  l'tat de choses qui dsole en ce
moment le Portugal[32]; le marquis de Palmella doit, en consquence
demander un armistice au cabinet anglais. Il m'a fait des ouvertures 
ce sujet. La proposition de cet armistice n'aurait de caractre
imposant que si elle est faite en mme temps par la France et par
l'Angleterre.

Cet armistice obtenu, on chercherait  obtenir une mdiation dans
laquelle devraient paratre les puissances les plus intresses,
c'est--dire, l'Espagne, l'Angleterre et la France, et il est bien
probable que si ces trois puissances s'accordaient sur ce qui est
ncessaire pour rtablir l'ordre en Portugal, le pays forcerait
les deux princes de la maison de Bragance  adopter les propositions
qui seraient faites.

Je vous tiendrai au courant des dmarches de M. de Palmella vis--vis
du gouvernement anglais, et des rsolutions que ce gouvernement sera
dispos  prendre. Ayez la bont de me dire quel doit tre mon langage
dans le cas o la proposition de M. de Palmella serait accueillie
ici...

  [32] On se rappelle que dom Pedro avait dbarqu le 3 mars 1832
  dans l'le de Terceira. Le 8 juillet il tait entr  Porto, qui
  devint le centre du gouvernement constitutionnel, tandis que dom
  Miguel maintenait  Lisbonne le rgime absolutiste. Une lutte
  acharne s'engagea entre les deux frres.

    Le 1er dcembre.

    Mon cher duc,

Nous sommes toujours au mme point; cet tat de choses devient de
plus en plus pnible pour le cabinet anglais et gnant pour moi. Je
crains que cet embarras ne s'augmente encore de Berlin; nous y avons
port la ngociation de Venloo, esprant qu' la faveur des distances
et des hsitations de M. Ancillon, nous aurions eu le temps d'enlever
Anvers et de trancher ainsi la plus forte partie de la difficult. Les
poques que vous m'aviez indiques comme tant ncessaires aux
oprations de notre arme, ne se sont malheureusement pas trouves
suffisantes, et nous voici  la veille de voir une convention signe 
Berlin lorsque rien n'est commenc encore  Anvers. La sotte
fanfaronnade belge qui nous menace de ne pas remettre Venloo aux
Prussiens avant la prise d'Anvers peut tout compliquer d'une faon
vraiment fatale au repos de l'Europe. Que nous faut-il donc essayer
maintenant? Rien, si ce n'est obtenir de nouveaux dlais; traner en
longueur tout ce qui est du fait des ngociations; hter tout ce qui
est du fait de l'arme, surtout en imposer fortement au mauvais esprit
et aux ridicules prtentions des Belges. J'ai eu la preuve en main que
d'ici, bien loin de les encourager on les traite avec toute la
hauteur qu'il serait bon de leur faire trouver galement chez nous. Je
vous conjure donc, mon cher duc, de n'envoyer  M. Bresson que des
instructions trs vagues et de lui faire sentir que ce qu'il nous
faudrait le moins, ce serait une conclusion. Je crois mme, ce que du
reste je n'ai pu ni d indiquer dans ma dpche, que le dnouement
entre la Belgique et la Hollande serait plus facile, si nous pouvions
rester assurs de la bienveillante neutralit de la Prusse, sans
l'appeler  un rle plus actif. Je crois que cela n'est pas
impossible, si toutefois nous arrivons  nous rendre matres d'Anvers
dans un dlai rapproch, et qu' Berlin on sache toujours ngocier
sans jamais conclure.

Je crois avoir trouv sur ce terrain-l une combinaison qui ne serait
pas sans valeur; mais j'ai besoin de la mrir encore avant de vous la
soumettre; aujourd'hui, je me borne  vous prier de laisser toutes les
ngociations ouvertes et de n'en clore aucune.

Il ne faut pas oublier que l'Angleterre a laiss percer quelques
regrets de ce que les ngociations avec la Prusse taient portes 
Berlin. Cela doit de plus en plus n'y rien faire faire  M. Bresson,
sans la plus intime coopration de lord Minto. Mais, je le rpte, ce
qu'il faut surtout, c'est qu'il ne s'y fasse _rien_ pour le moment et
que le langage y soit trs prudent...


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, 2 dcembre 1832.

    Mon cher prince,

Je viens vous faire part avec empressement des nouvelles que nous
recevons de notre arme. Je copie ce qu'on me mande, du 30
novembre  quatre heures aprs midi:

Nous avons ouvert la tranche hier devant la citadelle; M. le duc
d'Orlans la commandait et dans cette premire occasion o il a t au
feu et a d srieusement faire la guerre, le prince royal a montr
beaucoup de sang-froid, d'attention  tout prvoir et de zle pour
parer  tout; il a sans cesse parcouru la ligne des travailleurs,
visit ses grand'gardes, assur ses rserves; fait enfin ce qu'aurait
fait un militaire expriment. Grce  une nuit extrmement noire et
pluvieuse, nous avons pu drober  l'ennemi cette opration dlicate,
et ce n'est qu'au jour qu'il a pu nous voir couverts par une parallle
de deux mille sept cents toises, et  l'abri de son feu. Aussi,
n'est-ce, je crois, que pour faire plaisir  M. le duc d'Orlans que,
vers midi, il a commenc  nous jeter des obus et des boulets. Le
sige a tellement avanc dans ce peu d'heures qu'il est  esprer que
le roi recevra bientt les clefs de la citadelle.

C'est ce que nous souhaitons pour tout bien vivement, mon cher
prince, car vous jugez que nos coeurs sont bien agits. Le marchal
Grard, qui tait avec Chartres  la tranche, mande au roi qu'il est
impossible d'y avoir t plus de sang-froid et d'un courage plus
brillant. L'aide de camp du marchal, qui a apport les dpches, dit
qu'au premier boulet qui a pass au-dessus de sa tte, Chartres a fait
un saut de joie et que tous les soldats se sont mis  danser.

Nous ignorons encore si la justice parviendra  la source de
l'horrible attentat du 19 novembre; elle en a la confiance. Ce
qu'il y a de certain, c'est que cet attentat a fait sentir
gnralement et plus vivement que jamais que la France possde un
prcieux trsor dans notre roi, et  quels dangers elle serait
expose s'il lui manquait. Tous se rattachent  lui et  la monarchie
constitutionnelle; c'est ce qui nous donne cette grande majorit dans
la Chambre, qui devient excellente et nous assure la plus heureuse
session.

Ce qu'il faut, c'est finir l'affaire d'Anvers, et nous sommes 
l'oeuvre. Certes, les Belges devraient en tre reconnaissants, heureux
et contents, mais cela n'est pas; je vous avoue que je suis indigne
de leur ingratitude et de leur btise. Ne grognent-ils pas encore dans
ce moment de la nouvelle division du gnral Schramm[33] que, d'aprs
les inquitudes du gouvernement anglais que nous n'ayons pas assez de
monde en Belgique, le roi vient d'y envoyer. Il me semble, en vrit,
que le gouvernement anglais devrait bien leur faire sentir leur btise
et le mal qu'ils se font en cela...

  [33] Jean-Paul Adam, comte Schramm, n en 1789, entr au service
  en 1803, gnral de brigade en 1813. Il vcut dans la retraite
  sous la Restauration, fit en 1832 la campagne d'Anvers, devint
  gnral de division et pair de France (1839). En 1850 il fut
  ministre de la guerre, et fut cr snateur en 1852. Il mourut en
  1884.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 6 dcembre 1832.

    Mon prince,

Je vous envoie enfin des nouvelles du sige, qui peuvent et qui
doivent contenter le ministre anglais. Le tort a t, non pas de
manquer de parole, mais de n'avoir pas assez calcul le temps
ncessaire aux prparatifs dans cette pouvantable saison.
L'arme a fait des efforts surhumains; le placement de la dernire
batterie, excut  dcouvert sous le glacis mme de la citadelle,
est, dit-on, une des entreprises les plus hardies qui aient jamais t
excutes. On pense que sous huit jours, dix jours au plus tard,
probablement plus tt, la citadelle sera prise. J'espre que la
nouvelle en arrivera au milieu des lections anglaises.

Vous verrez, par ma dpche d'aujourd'hui, que j'ai t et d tre on
ne peut plus surpris de voir l'affaire de Venloo finir  l'improviste
par une offre de remettre cette place et le Limbourg  la Hollande. En
tout, je ne conois rien  la marche de cette affaire. Elle est alle
 Berlin, sur une note de vous et de lord Palmerston. Revenue 
Londres, elle est retourne  Berlin, lord Palmerston se plaignant un
peu, ainsi que vous l'avez remarqu vous-mme, que ce ft sans son
consentement, et voil qu'elle se termine par une offre dont ni vous
ni moi ne sommes avertis et dont je ne sais les conditions que par des
billets de lord Palmerston  lord Granville[34].

Je crains fort que cette offre ne nous lance dans de grandes
difficults quand il en faudra venir  l'excution; elle nous donne,
en attendant, vis--vis de la Prusse, un air d'incertitude et de
versatilit qui me contrarie extrmement. Le roi est trs fort contre
cette offre, et je trouve que, sous plus d'un rapport, il n'a pas
tort.

J'ai eu ce matin une longue conversation avec M. d'Offalia qui quitte
son poste d'ambassadeur d'Espagne ici, pour retourner  Madrid, o il
va tre ministre de l'intrieur. Aprs beaucoup de circonstances
diverses, voici le point o il en est venu[35].

Si le gouvernement anglais croit avoir  se plaindre des coups de
canon tirs  l'entre du Douro sur un de ses btiments, le
gouvernement espagnol interviendra volontiers pour lui faire obtenir
satisfaction. Mais si le gouvernement anglais en prend occasion pour
rompre la neutralit et se dclarer en faveur de dom Pedro, le
gouvernement espagnol fera sur-le-champ entrer une arme en Portugal.

J'ai interrompu M. d'Offalia et je lui ai demand en quelle qualit
il me parlait, si c'tait une pure conversation, ou si c'tait une
ouverture qu'il me faisait au nom de son gouvernement. Il m'a dclar
qu'il ne me parlait pas comme ambassadeur, qu'il ne se regardait plus
comme tel, mais que, causant avec moi, il tait bien aise de me dire
que telle tait l'opinion de son gouvernement, et qu'il ne deviendrait
ministre du roi d'Espagne qu' cette condition.

Je lui ai demand alors quel usage il dsirait que je fisse de sa
conversation; s'il dsirait que j'en fisse part  l'ambassadeur
d'Angleterre. Il m'a donn  entendre que tel tait son dsir. Il
s'est longuement tendu sur ce sujet. Aprs l'avoir enfin cout fort
longtemps, je lui ai dit, que puisqu'il me parlait par pure
conversation, et sans caractre officiel, j'allais continuer sur le
mme ton et que je lui adresserais une question sur une ide qui me
passait par la tte, dsavouant toute induction qu'il en pourrait
tirer autre que celle de me satisfaire personnellement en sachant son
opinion sur une ventualit.

S'il arrivait, lui ai-je dit, que la cause de doa Maria pt tre
spare de celle de la constitution, si le hasard faisait qu'il pt
tre question de la placer sur le trne en laissant la constitution de
ct, seriez-vous aussi dcids  intervenir  main arme en faveur de
dom Miguel?

Il m'a trs clairement dit que non, et que la constitution tait ce
qui tenait au coeur  l'Espagne que le gouvernement actuel ne pouvait
souffrir sans prir.

Je n'ai pas pouss la conversation plus loin et j'en ai rendu compte
 lord Granville. Je crois que vous serez bien aise de connatre
galement cette conversation. Du reste, j'entrevois bien des obstacles
et des difficults sans nombre au projet dont vous m'avez parl[36].
J'attendrai, s'il y a lieu, pour en parler au conseil, que
l'Angleterre nous fasse des propositions explicites.

Adieu, mon prince, gurissez-vous: j'attendrai de vos nouvelles avec
grande impatience...

  [34] Voir page 15.

  [35] Don Narcisco de Hrdia, comte d'Offalia, homme d'tat
  espagnol, n en 1777, secrtaire d'ambassade  Washington en
  1800. Il rentra dans la vie prive  l'avnement du roi Joseph.
  En 1823, il fut nomm ministre de la justice, puis envoy
  extraordinaire  Londres (1827) et ambassadeur  Paris (1828). En
  1832 il fut ministre de l'intrieur dans le cabinet Zea-Bermudez.
  En 1837, il devint chef du cabinet et ministre des affaires
  trangres. Il se retira en 1838 et mourut en 1843.

  [36] Le projet de mdiation dont M. de Talleyrand avait entretenu
  le duc de Broglie dans sa lettre du 30 novembre (voir page 62).


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 10 dcembre 1832.

    Monsieur le duc,

J'ai reu la dpche que vous m'avez fait l'honneur de m'crire le 6
de ce mois, et ce n'est pas sans surprise que j'ai lu les
informations qu'elle contient. J'ai d en faire part immdiatement 
lord Palmerston.

Il serait facile, en pressant toutes les contradictions qui se
prsentent dans la manire dont a t conduite l'affaire de Venloo,
d'en faire ressortir bien des motifs d'explication et de
rcrimination. Comme cela serait sans aucun rsultat et que mme cela
pourrait compromettre le sort des graves questions qui nous occupent
et qui doivent passer avant tout, j'ai pens qu'il valait mieux couper
court  ces explications.

On ne doit pas trop s'tonner d'ailleurs qu'une ngociation
successivement porte  Paris,  Londres et  Berlin, ait donn lieu 
des malentendus, quand l'objet principal tait d'obtenir des dlais.
Le dfaut d'instructions, la ncessit ou la volont de s'en passer,
des paroles dites lgrement ou mal interprtes et mille autres
circonstances auront sans doute contribu  crer la plus grande
partie des difficults que nous venons de rencontrer.

Il ne faudrait pas croire cependant, monsieur le duc, que j'aie
nglig d'exprimer mon tonnement  lord Palmerston avec la gravit
que votre lettre exigeait. J'y tais personnellement autoris, puisque
j'avais lu la dpche que j'ai eu l'honneur de vous adresser le 6 sous
le numro 37; il l'avait trouve parfaitement correcte; j'avais
moi-mme,  sa demande, chang quelque chose  une phrase sans
importance. Il ne me dit pas un mot alors, des instructions qu'il
avait cru devoir adresser  lord Minto.

Je lui ai rappel cette circonstance d'une manire assez vive pour
qu'il m'ait rpondu que s'il avait eu tort d'agir ainsi, il avait
lui-mme  se plaindre de ce qui s'tait pass au sujet de la
sommation faite par le marchal Grard, au nom des gouvernements
de France et d'Angleterre; qu'on avait fait parler son souverain, dans
cette occasion, sans l'avoir pralablement consult, et que le roi lui
avait tmoign le plus vif mcontentement de cette conduite.

Je vous le rpte, monsieur le duc, j'aurais pu presser plus
longtemps lord Palmerston dans cette voie sans aucun rsultat rel
pour les intrts du gouvernement du roi; je crois donc avoir agi plus
prudemment en terminant ma conversation sans aigreur. J'ose esprer
que vous partagerez mon opinion et que vous penserez qu'il faut mettre
en oubli tous les torts qu'on peut supposer involontaires. C'est pour
l'avenir une leon de laquelle il sera utile de profiter en se
renfermant toujours dans des dmarches et des communications
officielles. J'ai, en consquence, engag lord Palmerston  vous
informer par l'intermdiaire de lord Granville du nouveau projet
d'arrangement dont nous nous sommes entretenus et dont je vais avoir
l'honneur de vous rendre compte. Il est ncessaire avant cela que je
rponde  une autre question renferme dans votre dpche.

Vous me demandez de vous faire connatre les raisons qui me portaient
 croire  la possibilit de runir la confrence aprs la prise de la
citadelle d'Anvers. J'avais toujours pens et lord Palmerston aussi,
que, ce fait accompli, nous trouverions dans les plnipotentiaires des
trois autres puissances, des dispositions favorables pour reprendre
les ngociations interrompues par l'emploi des mesures coercitives
contr la Hollande: cela et t un grand calmant pour la tranquillit
de l'Europe. Notre espoir  cet gard paraissait fond jusqu'
l'arrive d'un courrier qui, avant-hier a apport des dpches de
Ptersbourg  MM. de Lieven et Matusiewicz.

Ils ont trouv dans ces dpches des tmoignages de la satisfaction de
l'empereur pour la conduite qu'ils ont tenue lorsque la convention du
22 octobre leur a t communique, et on leur annonce en mme temps
qu'on leur retire les pouvoirs qu'ils avaient pour traiter en
confrence et qu'ils avaient dclar  lord Palmerston et  moi n'tre
que suspendus. Ceci dtruit le plan que nous avions form de runir la
confrence immdiatement aprs la prise de la citadelle d'Anvers.

Dans cet tat de choses il devient de la plus haute importance pour
l'Angleterre et la France de concerter la marche qu'elles jugeront
convenable d'adopter si elles taient appeles  terminer la question
hollando-belge sans la participation des trois autres puissances. Tel
est le but du nouveau projet sur lequel je vais maintenant appeler
toute votre attention.

La France et l'Angleterre s'tant unies pour vaincre par la force
l'obstination du roi des Pays-Bas, elles croient qu'il est de leur
devoir, la confrence n'existant plus, de proposer  l'acceptation du
cabinet de La Haye un trait consenti par les Belges qui renfermerait
les conditions suivantes:

1 La remise au roi des Pays-Bas des territoires qui doivent lui
appartenir;

2 La remise de la part de ce souverain des forts de Lillo et de
Liefkenshoek, qui dpendent d'Anvers;

3 La reconnaissance par la Hollande de la libre navigation de
l'Escaut, moyennant le droit d'un florin par tonneau;

4 La fixation des droits de balisage et de pilotage dans l'Escaut et
dans les eaux intermdiaires;

5 L'ouverture de la Meuse;

6 L'ouverture de deux routes pour servir aux communications
commerciales de la Belgique avec l'Allemagne;

7 Une amnistie gnrale pour tous les dlits politiques;

8 Un acte par lequel tous les anciens sujets du roi des Pays-Bas
seront dlis de leur serment de fidlit.

Ce trait, convenu entre la France et l'Angleterre, serait envoy 
La Haye par des plnipotentiaires anglais et franais. Je vous prie,
monsieur le duc, de vouloir bien me transmettre vos ordres  cet
gard.

Le cabinet anglais vient de dsigner sir Stratford Canning pour se
rendre  Madrid et y suivre la mdiation entre les deux princes de la
maison de Bragance dont je vous ai dj entretenue. Il passera par
Paris o il s'arrtera plusieurs jours pour s'entendre avec vous. Il
doit vous donner tous les dtails relatifs  l'objet de sa mission.
Vous pourrez ensuite adresser  M. de Rayneval les directions que vous
jugerez convenable de lui donner...


LE COMTE DE LATOUR-MAUBOURG AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Bruxelles, le 18 dcembre 1832.

    Prince,

Au moment du dpart du courrier et mon paquet dj ferm, je reois
des nouvelles d'Anvers qui m'annoncent que par suite de retards
provoqus par les pluies de ces jours derniers, nous ne pourrons
commencer  battre en brche qu'aprs-demain. Je dois donc modifier, 
cet gard, ce que j'ai eu l'honneur de vous mander dans ma dpche de
ce matin.

Le marchal Grard se montre affect des articles insrs dans
quelques journaux anglais qui prtendent que nos soldats ne vont
 la tranche qu' force d'eau-de-vie et de mauvais traitements de la
part des officiers. Il voudrait que ces mensonges fussent dmentis par
les soins de l'ambassade franaise  Londres. Je me fais l'interprte
de ses voeux  cet gard avec d'autant plus d'empressement que je sais
que le colonel Caradoc (commissaire militaire anglais au quartier
gnral franais) doit crire en ce sens  lord Palmerston...


LE BARON DURANT DE MAREUIL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 15 dcembre 1832.

    Mon prince,

Je ne sais trop, mon prince, comment vous faire part de ce qui
m'arrive.

Depuis que je suis de retour de Londres, je ne cessais pas de
rclamer du ministre mes dernires provisions pour Berlin. D'abord il
avait dsir que j'attendisse l'ouverture des Chambres, la discussion
des adresses et les premiers actes des deux assembles. Tout allant 
souhait, j'ai fini par demander formellement mes lettres de crance,
mes instructions, mes passeports, et voil qu'hier mme, M. le duc de
Broglie me dclare que, dans les circonstances actuelles, M. Bresson
est l'homme ncessaire  Berlin et qu'il ne peut consentir  ce qu'il
soit loign. Il y a plus, et j'ai d comprendre que malgr mes
reprsentations, malgr l'appel que j'ai fait  toutes les raisons qui
rendraient le procd si douloureux pour moi, il est probable que M.
Bresson sera bientt nomm dfinitivement  la mission de Berlin.

De belles paroles, il est vrai, ont accompagn le coup qui m'tait
port; on reconnat mes services, on rend justice  ma capacit,
on me promet la premire ambassade qui sera vacante; mais pour le
moment on ne peut m'offrir que la mission de Florence. Je demande 
rester comme je suis, o je suis, jusqu'au moment o l'on jugera 
propos de m'envoyer  Berlin. Il est probable que je ne l'obtiendrai
pas. J'ai prouv dans ma vie politique plus d'un moment pnible;
celui-ci est le pire. Le retour de fortune que je devais  votre
influence et qui en me faisant partager vos travaux, m'avait valu plus
d'un suffrage ne m'avait point prpar  une telle disgrce...

 Permettez que je rclame votre intrt et vos conseils. Excusez-moi
de mler cette affaire personnelle aux grandes choses qui vous
occupent...


LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDMONT.

    Londres, le 20 dcembre 1832.

 Je vais crire  Durant d'abord et ensuite  son ministre. Il est
impossible qu'on ne fasse pas pour lui, une toute autre rparation que
Florence. S'il y a un mouvement dans les ambassades et si l'on
envoyait Barante[37]  une plus grande ambassade que Turin, il serait
naturel et dans les convenances des Tuileries, de nommer  Turin M. de
Rumigny et de donner la Suisse  M. Durant. Voil ce qu'il y aurait de
mieux.--Vous et moi, nous portons dans toutes nos relations de la
sincrit et de la fidlit. Je me garde bien de regarder si nous ne
sommes pas un peu dupes.

  [37] Amable-Guillaume-Prosper Brugire baron de Barante, n 
  Riom en 1782, auditeur au conseil d'tat en 1806, sous-prfet,
  puis prfet. Il donna sa dmission aux Cent-jours, devint ensuite
  conseiller d'tat, puis dput, et pair de France (1819). Aprs
  la rvolution de Juillet il fut nomm ambassadeur  Turin, puis 
  Ptersbourg o il demeura jusqu'en 1848. Il mourut en 1866.

    Le 21 dcembre.

J'cris aujourd'hui  Durant. Je vous dirai _ vous_ que ce qu'on
fait l est trs inconvenable: cela rabaisse l'administration.
J'insisterai pour qu'on lui donne Turin, si Turin devient vacant.
Mais, qu'est-ce que mon insistance? J'ai fait tout ce que l'on
voulait; on n'a plus besoin de moi, et c'est dans le besoin qu'on a
des hommes qu'est tout leur crdit. Le marchal Grard se plaint de ce
que, dans les journaux anglais, on blme les lenteurs du sige, et on
dit que cela dcourage les soldats. Srement, cela se dit dans
quelques journaux, mais d'autres disent le contraire, et alors cela ne
fait plus rien sur l'opinion. Les journaux tories disent du mal de
l'expdition; les journaux whigs et les journaux radicaux en disent du
bien, il faut se soumettre  cela. Le roi, la reine et tous les
ministres anglais s'y soumettent...

    Le 25 dcembre.

Voil Anvers pris[38]!!! La garnison est faite prisonnire de guerre
jusqu' la reddition des forts,  ce que m'annonce le tlgraphe.
Voil donc nos princes hors de tout danger. J'en suis enchant.
C'tait un tourment rel pour moi depuis un mois. Je vis presque tout
seul, parce que, quand l'inquitude est de tous les moments, on est
mal  son aise avec les indiffrents...

Vous ne me mandez pas pourquoi Pozzo vient ici. Je crois, mais ceci
est pour vous seule, que c'est pour ne pas, en sa qualit de doyen du
corps diplomatique, faire le discours du jour de l'an, qui
l'embarrasserait. Voil ce qui m'a pass par la tte et je crois que
c'est vrai. Je vous dis ce qui me vient de raisonnable, comme ce qui
vient de folie dans ma cervelle...

Le travail va me revenir car il faut essayer de faire faire quelque
chose au roi de Hollande et vous savez si cela est ais. En attendant,
je donne demain  dner  Namick Pacha et  quelques autres Turcs. Le
pacha a une jolie figure et parle trs bien le franais; mme il
l'crit. Il est habill un peu  l'europenne: sur sa tte on
reconnat un peu de l'ancien Turc...

  [38] Le gnral Chass avait capitul le 23 dcembre aprs
  vingt-cinq jours de tranche ouverte et dix-neuf de bombardement.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 26 dcembre 1832.

    Monsieur le duc,

... La nouvelle de la reddition de la citadelle d'Anvers a t reue
 Londres, comme un nouveau gage du maintien de la paix, et on
pourrait dire que, sous ce point de vue, la satisfaction a t
gnrale. J'ai t, par les soins de M. le prfet du Nord, le premier
inform de la capitulation et j'ai pu me servir utilement de ce
renseignement, en l'opposant aux rcits errons de quelques
journaux...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 24 dcembre 1832.

    Mon prince,

Voil le dnouement arriv. Vous l'aurez su en mme temps que nous.
Nous ne savons encore aucun dtail. La dpche tlgraphique a
t interrompue par le mauvais temps. L'avenir est maintenant entre
vos mains, et c'est pour cela que je suis tranquille.

J'attends de vos nouvelles avec impatience. Nos affaires vont trs
bien ici...


LE BARON DURANT DE MAREUIL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 25 dcembre 1832.

Je ne dsespre pas que cette lettre-ci, allant par l'estafette,
arrive avant ma prcdente, trop courte pour que j'aie pu vous dire
que tout tait enfin rpar pour moi. Je vais  Naples comme
ambassadeur. Je vous ai dit pourquoi j'aurais prfr d'tre ministre
 Berlin, mais il y a ici plus qu'une compensation, et ma
reconnaissance se partage encore entre le roi, le ministre et vous, ne
doutant pas que vous n'ayez puissamment contribu  me faire obtenir
si prompte et si pleine justice.

Je me reprocherais d'oublier de me rjouir avec vous du dnouement
d'Anvers. Il fait ici un grand et bon effet et, sans doute, il sera
tel  Londres...


LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

  [_Traduction_]

    East-Sheen, le 30 dcembre 1832.

    Cher prince de Talleyrand,

Mille remerciements pour votre agrable lettre. Le rcit qu'elle
contient n'est pas moins que ce que j'attendais de la sage politique
et de la bonne foi du gouvernement franais. La rsolution de
renvoyer la garnison hollandaise sans condition est encore meilleure
que de l'avoir relche sur parole. Croyez-moi toujours...

La citadelle d'Anvers tait prise; toute cette affaire bien termine
et au moment o tous ceux qui s'y intressaient, jouissaient d'une
grande satisfaction, je devais, moi, tre frapp d'un coup douloureux
qui me causa un profond chagrin. La princesse de Vaudmont, aprs une
maladie de quelques jours, mourut dans la nuit du 31 dcembre au 1er
janvier 1833. Je perdais une amie avec laquelle j'tais li depuis
cinquante ans; je l'avais connue chez sa belle-mre, madame la
comtesse de Brionne, o j'avais pass les plus agrables annes de ma
jeunesse; nos rapports n'avaient jamais vari, et je ne puis me
consoler de la perte d'une aussi fidle amie. Elle m'a rendu service,
mme aprs sa mort, ses hritiers m'ayant renvoy la plupart des
lettres que je lui avais adresses; c'est l o j'ai pu puiser, comme
on l'a vu, beaucoup des dtails qui ont servi  rassembler mes
souvenirs et qui sans cela, auraient probablement chapp  ma
mmoire. Aussi, on me pardonnera de placer ici quelques-uns des
tmoignages rendus  son noble caractre par ceux qui, plus heureux
que moi, ont pu assister  ses derniers instants.


LE BARON PASQUIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 2 janvier 1833.

    Mon prince,

Le malheur qui vient de nous frapper m'inspire le besoin de joindre
mon affection  la vtre parce que je suis sr qu'il ne saurait y
en avoir de plus profondment senti.

Vous avez t certainement inform de la maladie de madame de
Vaudmont, et les progrs en ont t si rapides que la nouvelle de sa
mort vous parviendra presque aussitt...

Quand on a eu l'avantage d'tre compt au nombre de ses amis, on peut
se dire qu'on vient d'tre condamn  la plus grande perte qui se
puisse prouver. Son loge peut se faire en bien peu de mots. Elle a
eu beaucoup d'amis et n'en a jamais abandonn un, ni n'en a jamais
perdu un par sa faute. Je sais  quel point elle vous tait attache
et comprends tout le vide qu'elle va vous laisser...


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, le 6 janvier 1833.

Le malheur que je ne prvoyais que trop et que je redoutais tant pour
nous et surtout pour vous, mon cher prince, a suivi de bien prs la
lettre que je vous crivais. Il me tarde de recevoir de vos nouvelles
aprs ce coup si cruel pour vous, et je viens de nouveau vous en
demander. Nous sommes tous bien occups de vous et nous sentons bien
vivement et douloureusement la perte de cette chre princesse de qui
j'avais reu tant de preuves de vritable amiti et qui s'tait si
chaudement identifie  notre cause et  nos intrts. Je dsirerais
de tout mon coeur pouvoir apporter quelque adoucissement  la trop
juste douleur que vous ressentez et que je partage du fond de mon
me...

       *       *       *       *       *

Je veux reprendre mon rcit interrompu par ce douloureux incident.
J'ai dj donn les extraits de lettres qui conduisent jusqu' la
prise de la citadelle d'Anvers, ne voulant point interrompre ce qui
concernait cet vnement; mais avant d'obtenir cette solution, on
pensera sans doute que nous avions d nous occuper des consquences
qu'elle pouvait avoir et surtout des mesures que les gouvernements de
France et d'Angleterre auraient  adopter. Ceci m'oblige  revenir sur
mes pas.

On a vu dans ma dpche du 10 dcembre 1832, que ds cette poque,
lord Palmerston et moi avions song  la marche que nous devions
suivre aprs la prise de la citadelle d'Anvers. Le duc de Broglie,
aprs les communications que je lui avais faites  ce sujet, me
transmit un mmoire excellent qui rsumait parfaitement toute la
question et dont je me bornerai  numrer ici les conclusions.

Aussitt aprs la prise de la citadelle d'Anvers, l'arme franaise
se retirerait;

L'embargo serait maintenu;

Les flottes resteraient unies et ne sortiraient des dunes que quand
l'ordre leur en serait donn par les deux gouvernements;

Les cabinets de France et d'Angleterre feraient dresser un projet de
trait sur les bases suivantes:

1 La remise au roi des Pays-Bas des territoires qui doivent lui
appartenir;

2 La remise, de la part de ce souverain, des forts de Lillo et de
Liefkenshoek, dpendant d'Anvers, si ces forts n'taient pas tombs au
pouvoir des Franais en mme temps que la citadelle;

3 La reconnaissance par la Hollande de la libre navigation de
l'Escaut, moyennant un droit d'un florin par tonneau;

4 La fixation des droits de balisage et de pilotage dans l'Escaut et
dans les eaux intermdiaires;

5 L'ouverture de la Meuse;

6 L'ouverture de deux routes pour servir aux communications
commerciales de la Belgique avec l'Allemagne;

7 Une amnistie gnrale pour tous les dlits politiques;

8 Un acte par lequel tous les anciens sujets du roi des Pays-Bas
seraient dlis de leur serment de fidlit.

Ce projet de trait serait concert avec la Belgique et serait remis
au cabinet de La Haye par les chargs d'affaires de France et
d'Angleterre dans cette rsidence.

On pourrait s'entendre avant cela avec les cabinets de Vienne et de
Berlin pour qu'ils secondassent prs du roi des Pays-Bas l'offre faite
par la France et l'Angleterre.

Le trait prsent au roi des Pays-Bas devrait tre par lui accept
purement et simplement sans discussion.

En cas d'acceptation, les mesures coercitives cesseraient
immdiatement et l'embargo serait lev.

En cas de refus, on ngocierait l'occupation provisoire de Venloo et
du Limbourg avec la Prusse.

Aprs avoir rgl ces prliminaires, on appellerait la confrence
pour modifier le trait du 15 novembre, de concert avec la Hollande et
la Belgique, si la Hollande s'tait montre anime d'un esprit de
conciliation, ou pour trouver  la question belge un dnouement
indpendant de la volont du roi des Pays-Bas.

Ce dnouement consisterait:

1 A rgler un _statu quo_ tel qu'il dt bientt amener le roi des
Pays-Bas  accepter le trait;

2 A placer le territoire belge sous la garantie de l'Europe, en
assurant  la Belgique un secours suffisant pour qu'on pt l'obliger 
dsarmer sans lui laisser l'inquitude d'aucune invasion.

Je ne pus communiquer immdiatement ce projet  lord Palmerston qui
s'tait absent de Londres pour son lection, rendue ncessaire par la
dissolution du parlement. Il m'avait annonc son retour pour le 22
dcembre seulement. Je le vis le lendemain, et voici le compte rendu
de notre entretien.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 24 dcembre 1832.

    Monsieur le duc,

C'est seulement hier soir que je suis parvenu  voir lord Palmerston
et que j'ai pu l'entretenir du plan que le gouvernement du roi propose
de suivre lorsque la citadelle d'Anvers sera tombe en notre pouvoir.
Avant de lui laisser l'expos dont j'ai l'honneur de vous envoyer une
copie, je le lui ai lu, afin de pouvoir dvelopper successivement,
dans la conversation, les diffrentes questions qu'il renferme.

En lisant cet expos, vous verrez, monsieur le duc, que j'ai
reproduit presque textuellement les considrations que vous avez si
bien fait valoir dans les dernires lettres que j'ai eu l'honneur de
recevoir de vous.

Notre projet a t bien accueilli par lord Palmerston; il reconnat
l'exactitude des faits qui sont runis dans l'expos et il trouve que
la marche qui y est indique est convenable et peut devenir trs
utile. Il m'a remerci de lui avoir communiqu ce travail et m'a
promis de se soumettre trs prochainement  un conseil de cabinet,
dans lequel il se propose de l'appuyer. Ce n'est donc qu'aprs la
dcision qui sera prise dans ce conseil qu'il me sera possible de vous
transmettre une rponse positive. Je ne puis pas vous dsigner
prcisment le jour o il aura lieu, car plusieurs des ministres ne
sont pas  Londres. Le chancelier, le marquis de Lansdowne et quelques
autres sont absents...

J'ai ensuite parl  lord Palmerston des inquitudes que l'on pouvait
prouver sur l'intention annonce du roi des Pays-Bas, d'entraver la
navigation de l'Escaut, et je l'ai pri de me faire connatre la
conduite que croirait devoir adopter le gouvernement britannique si ce
projet se ralisait. Il m'a rpondu que la question pourrait se
rsoudre de deux manires selon les mesures que prendrait le
gouvernement nerlandais. En effet, m'a-t-il dit, le roi des Pays-Bas
doit annoncer qu'il ne ferme l'Escaut qu'aux pavillons de France,
d'Angleterre et de Belgique, ou qu'il le ferme  toutes les
nations.--Mais, dans le premier cas, lui ai-je dit, ce sera la guerre
qu'il nous dclarera.--Oui, a-t-il repris, ce sera la guerre, mais ce
sera _lui_ qui nous la dclarera, et il doit savoir qu'alors les
valeurs qui sont tombes entre nos mains, par suite du blocus et de
l'embargo, courront les chances des prises faites en temps de guerre.

Si le roi Guillaume, a ajout lord Palmerston, croit devoir rendre la
fermeture de l'Escaut une mesure gnrale pour toutes les nations,
nous serons en droit de rclamer le concours des cabinets qui ont pris
part aux actes du congrs de Vienne, et qui, tous, sont plus ou moins
intresss  la libre navigation des fleuves, principe reconnu
solennellement  Vienne. Rien ne nous empchera, dans ce dernier cas,
de procder galement  la condamnation des btiments hollandais que
nous ne tenons encore que sous le squestre.

Il me semble, monsieur le duc, que cette manire d'agir serait fonde
en raison, et qu'elle pourrait bien modifier la rsolution du cabinet
de La Haye, qui connat la profonde impression que produirait en
Hollande la saisie des btiments nerlandais retenus en ce moment par
la France et par l'Angleterre; et, comme ce serait un des plus srs
moyens de sparer les intrts de la Hollande des intrts du roi, on
ne devrait pas le ngliger...

    Le 30 dcembre 1832.

J'ai reu ce matin, avec une bien vive satisfaction, la dpche que
vous m'avez fait l'honneur de m'crire le 27. J'ai immdiatement
communiqu  lord Palmerston et  lord Grey les ordres qui ont t
adresss  M. le marchal Grard, au sujet de la rentre de notre
arme en France et de la mise en libert sur parole de la garnison
hollandaise. Ils m'ont tous deux exprim leurs remerciements, de
manire  me faire sentir tout le prix qu'ils attachent  cette
conduite si noble et si loyale du gouvernement du roi.

Nous avons pens, monsieur le duc, qu'il ne fallait pas perdre de
temps, comme vous voulez bien me le dire dans votre dpche, pour
tenter la dmarche que nous croyons tous utile de faire  La Haye,
qu'elle ait ou qu'elle n'ait pas de succs; et nous venons, en
consquence, d'arrter avec lord Palmerston la note qui renferme nos
propositions au roi des Pays-Bas; elle partira ce soir mme et
elle sera, comme vous le dsiriez, remise par les chargs d'affaires
de France et d'Angleterre  La Haye[39].

J'ai l'honneur de vous envoyer une copie de cette note; vous voudrez
bien remarquer que nous nous rapprochons beaucoup des propositions que
vous m'avez transmises, le 22 de ce mois[40], et que nous avons cart
avec soin tout ce qui pouvait servir  exciter contre nous l'opinion
publique en Hollande.

L'accord que je crois trouver entre notre note et les projets que
vous m'avez adresss; l'avis que vous avez bien voulu me donner par
votre dpche d'aujourd'hui, et enfin les nouvelles que nous recevons
de La Haye, et qui nous font sentir la ncessit de hter notre
communication au gouvernement nerlandais,--toutes ces considrations
m'ont dtermin  signer et  expdier notre note en Hollande, sans
attendre de nouveaux ordres de vous; j'ose esprer que vous ne
dsapprouverez pas le parti que j'ai pris dans cette circonstance.

J'ai tenu  ce que notre note et nos propositions fussent rdiges
dans les termes les plus simples afin de ne pas fournir des sujets de
controverse au cabinet de La Haye, toujours si habile  les saisir.

       *       *       *       *       *

Les chargs d'affaires de France et d'Angleterre  La Haye remirent
notre note le 2 janvier 1833 au gouvernement nerlandais. Le roi des
Pays-Bas, press sans doute par les plaintes de ses sujets contre les
effets de l'embargo et du blocus des ports, crut qu'il ne pouvait pas
dcliner d'entrer en ngociation avec les deux puissances qui lui
offraient de mettre fin  un tat de choses si nuisible aux intrts
de son pays. Il nous fit donc remettre le 9 janvier 1833 par M. de
Zuylen un contre-projet[41], en rponse au ntre du 30 dcembre, et
par ce fait, une ngociation tait entame entre la France et la
Grande-Bretagne d'une part, et les Pays-Bas de l'autre[42].

Je n'ai point l'intention d'exposer ici les dtails de cette
fastidieuse ngociation qui dura prs de cinq mois, avant d'aboutir 
un rsultat que je constaterai en son temps. Il me suffira de dire, en
quelques mots, que le roi des Pays-Bas, fidle  son systme de
procrastination et de ruse, chercha par tous les moyens  luder la
reconnaissance du trait du 15 novembre et  maintenir un tat
provisoire qui lui laisst la possibilit de recommencer la lutte si
les chances lui paraissaient favorables.

Cependant, nous ne nous laissmes pas dtourner de notre but, qui
tait d'obtenir, soit la pleine reconnaissance du trait du 15
novembre, soit une situation provisoire tellement avantageuse  la
Belgique et dfavorable  la Hollande, qu'elle dt amener celle-ci 
un arrangement dfinitif.

M. de Zuylen puisa toutes les ressources et les arguties de la
chicane pour nous entraner sur un autre terrain, mais vainement; et,
de guerre lasse, il quitta son poste vers le milieu du mois de mars,
et la ngociation resta pendant quelques jours suspendue. Mais les
consquences du blocus et de l'embargo se faisaient toujours sentir
trop vivement en Hollande pour que le roi ne se sentt pas forc d'y
mettre fin. Il envoya  Londres un nouveau plnipotentiaire, M. S.
Dedel, beaucoup plus conciliant que son prdcesseur, et dont les
formes agrables aidrent  aplanir nos discussions. Toutefois, les
pouvoirs qu'il avait reus taient si limits qu'il fallut employer
plus de deux mois encore avant de conclure la convention du 21 mai,
sur laquelle je me rserve de revenir plus tard. Jusque-l, je
laisserai de ct les fatigantes affaires hollando-belges, dont
l'importance tait devenue presque secondaire[43]. L'attention de la
France et de l'Angleterre avait t reporte de plusieurs autres cts
 la fois. Les affaires d'Orient[44], on l'a vu dj, s'taient
fort compliques par les succs du pacha d'gypte, Mhmet-Ali, contre
la Porte oltomane. Le nouveau gouvernement grec prouvait des
difficults  s'tablir[45]. D'autre part, en Espagne, la prsence de
M. de Zea Bermudez  la tte du ministre, au moment o Ferdinand VII
tait affaibli par la maladie qui devait le conduire au tombeau, avait
suscit des embarras[46] qui s'aggravaient beaucoup par la guerre
civile prolonge en Portugal entre les deux frres dom Miguel et
dom Pedro. C'tait aussi dans ce moment que le gnral Pozzo,
ambassadeur ordinaire de Russie en France, avait jug bon de faire un
voyage  Londres. M. Pozzo tait revenu rcemment  son poste de
Paris, d'un sjour qu'il avait t faire  Ptersbourg sur l'ordre de
son souverain qui avait voulu confrer avec lui. A son retour, il
s'tait arrt  Berlin,  Munich et  Stuttgart, avec des missions 
remplir, assurait-on, prs de ces diffrentes cours[47]. A peine
rentr  Paris, il tait tout  coup parti pour Londres, au moment o
son rang de doyen du corps diplomatique l'aurait mis dans le cas de
complimenter le roi Louis-Philippe  l'occasion du jour de l'an. Ces
simples indications suffiront pour saisir le sens et la porte des
correspondances dont nous allons nous borner  donner des extraits. Je
veux rappeler encore que le gouvernement anglais venait de nommer,
pour le reprsenter temporairement  Madrid, sir Stratford Canning,
que la cour de Russie, par esprit de rancune contre la conduite de sir
Stratford  Constantinople[48], avait refus de recevoir comme
ambassadeur  Ptersbourg. Sir Stratford Canning qui se rendait en
Espagne par Paris, avait reu l'ordre de s'y arrter, de voir le duc
de Broglie et de s'entretenir avec lui de la mission qu'il allait
remplir  Madrid.

  [39] Projet de convention prsent au gouvernement hollandais par
  le marquis d'Eyragues au nom de la France et de l'Angleterre:

  1 Le roi des Pays-Bas s'oblige  retirer ses troupes des forts de
  Lillo et de Liefkenshoek.

  2 Il s'oblige  ouvrir au commerce, aussitt aprs les
  ratifications, la Meuse et ses embranchements.

  3 La navigation de l'Escaut sera libre jusqu' la conclusion de
  la paix dfinitive.

  4 Les Belges vacueront et remettront au roi des Pays-Bas Venloo,
  la partie hollandaise du Limbourg et la partie allemande du
  Luxembourg.

  5 Les Belges auront le libre usage d'une route allant en
  Allemagne par le Limbourg, ainsi que des routes de Maestricht et
  Sittard.

  6 Le roi des Pays-Bas promet une amnistie pleine et entire.

  7 L'arme hollandaise et l'arme belge seront remises sur le pied
  de paix.

  8 L'embargo mis en France et en Angleterre sur les navires
  hollandais sera lev.

  [40] Voir ces instructions, page 81.

  [41] Le contre-projet hollandais se rapprochait sensiblement du
  projet franco-anglais. Toutefois, l'article 2 ne parlait que de
  la Meuse et non de ses embranchements. Pour l'Escaut, le
  gouvernement hollandais rclamait la facult de percevoir un
  droit de tonneau.--Un article additionnel portait que la France
  et l'Angleterre s'engageaient  obtenir de la Belgique le
  payement annuel d'une somme de 8 400 000 florins  la Hollande.
  Il n'tait pas question de dsarmement. Enfin un droit de page
  devait tre tabli sur la route du Limbourg.

  [42] On trouvera  l'Appendice une lettre du roi Louis-Philippe
  au duc de Broglie (p. 488), et une lettre particulire du duc de
  Broglie  M. de Talleyrand, dans lesquelles est expose la ligne
  de conduite qu'entendait suivre le gouvernement franais dans
  cette priode des ngociations qui suivit l'expdition d'Anvers.

  [43] Quelques mots sont ncessaires pour complter cet expos de
  la question hollando-belge.--A la suite du contre-projet du 9
  janvier et de la prtention de la Hollande d'interdire la
  navigation de l'Escaut aux navires franais, anglais et belges,
  une rupture survint entre les parties. Toutefois, le cabinet de
  La Haye ayant cd, les ngociations furent reprises. La
  confrence repoussa le contre-projet du 9 janvier et proposa un
  deuxime projet de convention qui se rapprochait sensiblement du
  prcdent, ajoutant que les plnipotentiaires taient prts 
  signer un trait dfinitif sur les bases offertes. Refus de M. de
  Zuylen et deuxime contre-projet hollandais (5 fvrier).--Rponse
  trs vive des membres de la confrence qui opposent une fin de
  non-recevoir absolue (14 fvrier). La Hollande semble cder. M.
  de Zuylen est rappel, remplac par M. Dedel, et le ministre
  hollandais des affaires trangres, dclare  la tribune que ce
  changement doit tre interprt dans un sens favorable aux
  mesures de conciliation. Toutefois, le premier projet prsent
  par M. Dedel contenait encore des prtentions singulires comme
  celle de refuser de reconnatre la neutralit de la Belgique (23
  mars).--Rponse de la confrence en date du 2 avril.--Rplique de
  M. Dedel (16 avril).--Enfin, devant une note catgorique et
  menaante de la confrence, du 22 avril, le cabinet de La Haye
  capitula et proposa, le 10 mai, des conditions qui furent
  acceptes et firent l'objet du la convention du 21 mai. Voir
  pages 156 et 168.

  [44] La question d'Orient va devenir la principale proccupation
  de M. de Talleyrand  Londres. L'pisode qui troubla si
  profondment la diplomatie europenne pendant prs de dix ans fut
  la rivalit du sultan Mahmoud et du pacha d'gypte Mhmet-Ali.
  Celui-ci, n en 1769, autrefois simple soldat albanais, tait
  devenu vice-roi d'gypte (1806), titre que lui avait reconnu la
  Porte ottomane. Par son habilet et son nergie, il avait cr en
  gypte une arme, une flotte, une administration. En mme temps,
  il soumettait toute la Haute-gypte, la Nubie, une partie de
  l'Arabie, et ne cachait pas son dessein de fonder un empire
  gyptien aux dpens de l'empire turc. Une rupture devait
  forcment survenir entre le suzerain et le vassal. Mhmet trouva
  un prtexte en 1831 dans le refus du sultan de lui donner la
  Syrie pour prix de sa coopration dans la guerre de
  l'indpendance hellnique. Il fit aussitt envahir cette province
  (nov. 1831) par son fils Ibrahim, qui s'empara de Gaza, Jaffa,
  Saint-Jean-d'Acre, battit les troupes turques  Homs et  Beilan.
  De la Syrie, Ibrahim passa en Anatolie, o il remporta la grande
  victoire de Konieh (21 dc. 1832). C'est  ce moment que l'Europe
  intervint. La Russie offrit des secours  la Turquie, et c'est
  cette dmarche qui, veillant  juste titre les dfiances de la
  France et de l'Angleterre, attira tous les regards de la
  diplomatie vers les rives du Bosphore.

  [45] Le roi Othon s'tait embarqu le 14 janvier 1833, 
  Brindisi, pour Nauplie. Des embarras de tout genre assaillaient
  le nouveau gouvernement. Outre qu'une partie de la population la
  plus remuante et la plus hardie, les pallikares, et  leur tte
  le redoutable Colocotroni, lui tait hostile, il avait une
  administration entire  crer de toutes pices dans un pays 
  peine civilis et presque sans ressources financires.

  [46] La question de la succession espagnole troublait
  profondment toute la pninsule, et l'Europe n'y restait pas
  indiffrente. Le roi Ferdinand avait eu de son quatrime mariage
  une fille, l'infante Isabelle, ne le 10 octobre 1830. Les femmes
  avaient autrefois rgn en Espagne, mais la loi de succession
  tablie en 1714 par le premier roi bourbon Philippe V les avait
  exclues du trne. D'aprs la loi salique, le trne devait donc
  revenir  la mort de Ferdinand  son frre don Carlos. Mais
  Ferdinand rvoqua en 1830 la loi de 1714; aprs tre revenu sur
  cette rvocation, il la confirma de nouveau, puis il mourut le 29
  septembre 1833, laissant la couronne  sa fille Isabelle, sous la
  rgence de sa mre Marie-Christine. Alors commena entre les
  partisans de don Carlos et ceux de la reine Isabelle une guerre
  qui dura de longues annes. Don Carlos reprsentait le pouvoir
  absolu. Marie-Christine, pour lui rsister, dut s'appuyer sur les
  constitutionnels. Aussi ne tarda-t-elle pas a se sparer de son
  ministre, Zea Bermudez, entirement infod aux ides
  absolutistes. La crise espagnole se liait intimement  celle qui
  svissait alors en Portugal: car l'tablissement  Lisbonne d'un
  gouvernement absolu ou d'un gouvernement constitutionnel devait
  avoir un contre-coup ncessaire  Madrid. Aussi, tant que le roi
  Ferdinand vcut, il soutint dom Miguel. La reine rgente, au
  contraire, devait tre favorable  doa Maria. D'ailleurs, si dom
  Miguel triomphait, don Carlos trouvait en Portugal un asile et
  des secours de toute sorte. On comprend ds lors comment, aux
  yeux de la diplomatie europenne, la succession espagnole et
  celle du Portugal ne formaient qu'une seule et mme question, et
  en particulier, comment la France et l'Angleterre taient
  intresses au rgne de la reine Isabelle avec un cabinet
  constitutionnel.

  [47] Il paratrait que le comte Pozzo, dans le cours de son
  voyage en Europe, avait adress aux cabinets d'Autriche et de
  Prusse un projet d'alliance avec la Russie. Ce projet dclarait
  d'abord que la convention du 22 octobre entre la France et
  l'Angleterre et les dangers qui pouvaient en rsulter imposaient
  aux trois cours l'obligation de se concerter pour le maintien de
  la paix en Europe. Il tait stipul en consquence qu'aussitt
  aprs l'entre d'une arme franaise en Belgique, une arme
  prussienne se porterait en avant et s'emparerait de Venloo et des
  parties du Limbourg et du Luxembourg destines  la Hollande. La
  Prusse garderait ces territoires au nom et sous l'autorit des
  trois parties contractantes, pour tre remis aux Hollandais aprs
  la prise d'Anvers. La Russie et l'Autriche dclaraient s'associer
  aux oprations de la Prusse, en acceptaient la solidarit et
  promettaient de la soutenir de tout leur pouvoir (_Extrait d'une
  dpche de M. Bresson au dpartement, 14 fvrier 1833._)

  [48] Sur la mission de sir Stratford Canning  Constantinople,
  voir page 59 et note.

M. de Broglie me fit connatre ensuite le rsultat de cette entrevue
par la lettre suivante:


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 20 dcembre 1832.

    Mon prince,

... Sir Stratford Canning a pass deux jours ici. Il m'a communiqu
ses instructions. Son but est d'abord d'obtenir un armistice, puis
d'essayer de terminer l'affaire de Portugal en cartant les deux
frres et en tablissant une rgence au nom de doa Maria, sous la
condition de renoncer  la constitution de 1826. Dans l'tat o se
trouve le gouvernement espagnol, j'ai peu d'esprance que sir
Stratford Canning soit cout jusqu' la fin de sa harangue. Il n'est
point question de l'intervention de la France dans les instructions de
sir Stratford Canning; cependant,  la fin de la conversation que nous
avons eue ensemble, il m'a exprim le dsir que le gouvernement
franais s'associt  sa mission. J'en ai rfr au conseil, et voici
la rponse que le roi, sur ma proposition, a dcid de faire:

1 Si la mission de sir Stratford Canning devait aboutir plus tt ou
plus tard  l'emploi de la force contre dom Miguel et par suite contre
l'Espagne, le gouvernement franais croit de sa loyaut de dclarer
d'avance qu'il ne pourrait s'y associer. Contre dom Miguel tout seul,
l'Angleterre n'a pas besoin de notre appui. Si l'Espagne s'en
mle, nous ne pouvons pas faire la guerre  l'Espagne dans l'intrt
de dom Pedro ou de sa fille, sans que cette entreprise ne prenne
sur-le-champ des deux cots des Pyrnes un caractre rvolutionnaire.
Ce serait la contre-partie de notre expdition de 1823; la guerre
gnrale s'ensuivrait. Il n'y aurait pas moyen de prvenir dans tous
les esprits cette ide que nous entrons en Espagne pour rtablir le
gouvernement des Corts.

2 Sir Stratford Canning se propose d'argumenter de l'analogie de
situation et de droits entre la jeune doa Maria et la jeune infante
d'Espagne. Nous ne pouvons non plus nous associer  cette
argumentation. Ce serait prendre couleur d'avance dans la question de
succession d'Espagne et prendre couleur dans un sens oppos au
vritable intrt de la France. Ce serait s'engager contre le maintien
de la loi salique et s'y engager au profit d'un parti assez faible,
fort chancelant, et qui, selon toute apparence, aura le dessous dans
la lutte, si elle vient  s'engager.

Sous ces deux limites nous ne demandons pas mieux que de donner  M.
de Rayneval des instructions tendant  seconder sir Stratford Canning.
La demande d'un armistice nous parat tre le point principal; cette
demande n'a point d'inconvnient; elle a l'avantage, si elle
russissait, de donner  un tiers parti le temps de se former en
Portugal, tiers parti qui repousserait galement les deux frres et
qui se dclarerait pour doa Maria sans condition. J'ignore si les
lments de ce tiers parti existent; mais s'ils n'existent pas,
videmment il n'y a rien  faire.

Quant aux mesures de pacification postrieures  l'armistice, nous
pensons que pour tre seulement cout, sir Stratford Canning
fera prudemment de ne pas s'expliquer en fermes trop catgoriques, de
se montrer prt  en essayer de toutes sortes: doa Maria seule; une
amnistie avec dom Miguel; un mariage; que sais-je? S'il prcise trop
sa proposition en commenant, il sera refus net. En se tenant dans
les gnralits, jusqu' ce que l'tat du Portugal lui fournisse un
point d'appui, il est possible que la ngociation s'entame.

J'envoie  Rayneval des instructions en ce sens. Il secondera sir
Stratford Canning dans la demande d'un armistice et dans toutes les
mesures qui pourraient tendre  la pacification du Portugal.

J'espre, mon prince, que vous trouverez que nous nous sommes tenus
dans une juste mesure, eu gard  cette proposition dlicate. Sir
Stratford Canning m'a paru content...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 6 janvier 1833.

    Monsieur le duc,

... Lord Palmerston avait invit hier  une runion les membres de la
confrence, sur les affaires de la Grce, pour leur donner
communication des dernires dpches crites par les commissaires
dmarcateurs des trois puissances en More. Il rsulte de ces dpches
que des difficults se sont leves par suite de l'inexactitude de la
carte sur laquelle les commissaires ont d baser leurs travaux; cette
carte est, dit-on, remplie d'erreurs, mais on espre cependant arriver
 une dmarcation prcise qui n'entranera aucun inconvnient...

Aprs la confrence, j'ai eu avec lord Palmerston une
conversation dans laquelle je lui ai parl, comme vous le dsiriez, de
la ngociation suivie ici par Namick Pacha. Il a commenc par me
mettre au courant des circonstances qui ont amen cet envoy de la
Porte en Angleterre. Il parat que la cour de Russie a dernirement
propos au Grand Seigneur le secours d'un corps de quinze mille hommes
contre le pacha d'gypte; ce corps aurait t dtach de l'arme russe
du Caucase et serait venu se runir  l'arme de Syrie, commande par
le grand visir. Le sultan a dclin l'offre de l'empereur Nicolas en
rpondant que c'tait sur mer qu'il avait besoin d'tre soutenu en ce
moment. C'est donc dans le but d'obtenir un secours du gouvernement
anglais que Namick Pacha a t envoy  Londres. Depuis son arrive,
il a fait la demande formelle de l'appui des forces maritimes
britanniques dans le Levant, pour faire rentrer le pacha dans
l'obissance.

Cette demande sera soumise au premier conseil de cabinet qui n'aura
pas lieu avant la fin de ce mois, les ministres anglais ne devant tous
se retrouver  Londres qu' cette poque.

Lord Palmerston, tout en me disant que son opinion n'tait pas forme
 cet gard, m'a cependant laiss entrevoir qu'il trouvait quelques
motifs plausibles  la demande du Grand Seigneur. Il ne s'agit pas
ici, m'a-t-il dit, d'une de ces interventions contre lesquelles
l'Angleterre s'est toujours prononce; ce serait un appui donn  un
ancien alli contre un sujet rebelle, dont la rvolte, si elle tait
couronne de succs, doit avoir les plus dangereuses consquences pour
la tranquillit future de l'Europe. Car il est probable que la Russie,
qui aujourd'hui fait parade d'une vaine gnrosit envers le sultan,
ne manquera pas d'entretenir sous main la rvolte du pacha.
L'intrt de l'Europe est donc de remarquer que la Porte, place entre
l'ambition de la Russie et celle du pacha, ne pourrait pas, dans son
tat d'abaissement actuel, soutenir une pareille lutte. Si on admet la
ncessit de l'existence de l'empire ottoman, l'tat critique dans
lequel il se trouve plac en ce moment fera galement reconnatre la
ncessit de lui donner un appui qui, seul, peut arrter sa ruine.

La manire de voir de lord Palmerston a d tre fortifie par les
observations que nous avons souvent faites dans nos conversations sur
la politique envahissante de la Russie, car je n'ai jamais laiss
chapper l'occasion, je l'avoue, de la faire remarquer aux ministres
anglais.

Du reste, comme je viens d'avoir l'honneur de vous le dire, lord
Palmerston soumettra la demande du sultan au conseil, et j'aurai soin
de vous communiquer les dterminations qui y seront arrtes. En
attendant, je verrai sparment ceux des membres du ministre qui sont
 Londres, pour connatre l'opinion qui probablement prvaudra dans le
cabinet.

L'heureuse influence de la prise de la citadelle d'Anvers se fait
sentir d'une manire bien vidente par la hausse de tous les fonds
publics; c'est un symptme pacifique qui n'est pas toujours certain,
mais qui doit tre remarqu, surtout quand il se manifeste au mme
instant  Londres,  Paris et mme  Amsterdam. Personne ne peut nier
que cet vnement n'ait donn une grande force aux gouvernements
actuels de Belgique, de France et de Grande-Bretagne. C'est de la
reddition de la citadelle d'Anvers, que la Belgique peut vraiment
compter son existence, comme tat indpendant. La France en prouve
les bons effets par la marche des discussions devenues plus
faciles dans les Chambres; et le ministre anglais, soutenu par les
nouvelles lections, prend chaque jour plus de force[49]. Il vient
d'obtenir une preuve de l'affermissement de son pouvoir dans une
circonstance qui, ailleurs, pourrait paratre futile, mais qui ici
n'est pas sans importance.

Sa Majest la reine d'Angleterre avait t oblige, d'aprs les
instances ritres des ministres, d'loigner d'elle, l'anne
dernire, son premier chambellan, lord Howe[50], qui votait contre le
ministre dans la question de la rforme. Jusqu' prsent, Sa Majest
s'tait refuse  nommer un successeur  lord Howe; elle vient enfin
de s'y dcider, et la reine a fait choix de lord Denbigh[51], partisan
trs prononc du ministre, qui regarde cette nomination comme un
premier pas vers un rapprochement avec la cour.

Quelques heures aprs son arrive  Londres, le gnral Pozzo,
accompagn de M. de Lieven, a pass chez moi; nous avons eu un assez
long entretien dans lequel je dois dire que son langage a t
parfaitement convenable. Cette conduite de sa part n'a rien que de
trs simple, et si je vous en parle, c'est parce que je crois que
nous devons dans cette circonstance laisser de ct tous les doutes
que nous pouvons avoir sur les dispositions de la Russie. Le gnral
Pozzo s'exprime peut-tre avec un peu d'amertume sur le cabinet
anglais, et sur la ligne politique qu'il a adopte. Les ministres
anglais ne sont assurment pas sans quelque mfiance de la Russie, et
cependant, ils ont fait au gnral Pozzo toutes les politesses
d'usage. Je me placerais, je pense, dans une fausse position si je ne
faisais pas comme eux.

Je n'ai pas besoin de vous dire que je mettrai la plus grande rserve
dans mes rapports avec cet ambassadeur, mais en mme temps je veux
prendre pour sa vritable opinion tout le bien qu'il se croira oblig
de me dire de la France et du gouvernement du roi...

  [49] Les lections avaient t trs favorables au ministre. La
  nouvelle Chambre, recrute en trs grande majorit dans le parti
  whig, ne renfermait que deux faibles groupes d'opposants, les
  tories d'un ct, les radicaux de l'autre.

  [50] Richard William Penn, comte Howe, petit-fils de l'amiral de
  ce nom, n en 1796, entra  la Chambre des lords en 1820 sous le
  titre de vicomte Curzon, fut, pendant quinze ans, grand
  chambellan de la reine d'Angleterre.

  [51] William-Basile Percy-Fielding, comte de Denbigh, n en 1796,
  succda  son grand-pre  la Chambre des lords, o il sigea
  dans le parti tory. Il fut grand chambellan de la reine.

    Le 11 janvier 1833.

... Ce que vous m'apprenez du langage que M. de Za aurait tenu  M.
de Rayneval,  l'occasion de la mission de sir Stratford Canning 
Madrid, n'a point lieu de me surprendre. Ce langage me parat
s'accorder trs bien avec les antcdents connus de M. de Za[52].

Je dsirerais tre en tat de vous fournir, monsieur le duc, les
donnes que vous rclamez de moi sur le vritable but qu'a eu le
cabinet anglais en envoyant sir Stratford Canning en Espagne, mais je
dois vous faire observer qu'il est  peu prs impossible de se
procurer sur ce point d'autres renseignements que ceux qui vous ont
t donns par sir Stratford Canning lui-mme. Lorsque je questionnai
lord Palmerston  ce sujet, il me rpondit que sir Stratford Canning
avait reu l'ordre de vous communiquer toutes ses instructions: depuis
lors, il m'a dit que cet ambassadeur, en rendant compte des
observations que vous lui aviez faites dans ses diffrents entretiens
avec vous, s'en tait montr satisfait, et avait ajout qu'il les
trouvait parfaitement dans votre position. Cet ambassadeur n'est pas
encore entr en Espagne; il serait donc difficile de trouver un motif
fond pour supposer un changement dans les directions qui lui ont t
donnes.

Je suis port  croire qu'on a laiss  sir Stratford Canning des
pouvoirs assez tendus dans ses moyens d'action; il serait donc
possible qu'en admettant la rpugnance invincible de M. de Za
d'adopter les propositions qui lui seront faites, le cabinet anglais
ait prvu l'ventualit o il faudrait essayer d'loigner ce ministre
des affaires, l'tat de sant de M. de Za en offrant d'ailleurs un
prtexte plausible. Cela m'tonnerait d'autant moins, qu'on connat 
Londres l'influence que la cour de Russie exerce depuis longtemps sur
l'esprit de M. de Za, qui a t successivement consul et ministre
d'Espagne  Ptersbourg, et appel une premire fois au ministre des
affaires trangres par le roi Ferdinand VII,  l'instigation de la
Russie. Comme on peut croire que, dans les circonstances actuelles,
l'influence russe serait employe dans des vues opposes  celles des
ministres anglais, il serait facile alors d'expliquer le but
cach qu'on attribue  la mission de sir Stratford Canning.

Quoi qu'il en soit de ces suppositions, vous avez  Madrid, dans la
personne de M. de Rayneval, un ambassadeur trop habile pour qu'il ne
dcouvre pas bientt les vritables intentions de l'ambassadeur
anglais, et je ne doute pas qu'il ne vous transmette incessamment des
notions prcieuses qu'il serait hors de mon pouvoir de vous procurer
d'ici.

Lord Palmerston m'a dit confidentiellement que l'empereur Nicolas
avait tmoign l'intention de ne point recevoir comme ambassadeur  sa
cour sir Stratford Canning, qui devait occuper ce poste aussitt aprs
son retour de Madrid. Le cabinet anglais ne cache pas son
mcontentement de cette dtermination. Je n'tais point appel 
donner mon opinion dans cette occasion, mais j'ai pu cependant en
profiter pour faire quelques rflexions qui, j'ai lieu de le croire,
ne seront pas perdues.

  [52] M. de Rayneval, ambassadeur de France  Madrid, crivait 
  ce sujet que rien n'avait pu empcher M. de Za d'entrer en
  explications sur la mission de sir Stratford Canning; que M. de
  Za trouvait chimrique cette proposition d'armistice faite  un
  prince en possession du trne, par la puissance qui a pouss  la
  guerre contre lui, et qu'il manifestait la ferme rsolution de
  s'opposer par tous les moyens  la violation de la neutralit.
  Selon M. de Rayneval, sir Stratford Canning ne pouvait russir
  dans sa mission avant d'avoir renvers M. de Za (_Extrait de la
  dpche de M. de Rayneval au dpartement, du 29 dcembre 1832._)


LE BARON PASQUIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 11 janvier 1833.

    Mon prince,

... Je comprends votre rsolution d'en rester _l_, quand vous aurez
fini la grande affaire que vous seul pouviez mener  bien, et qui,
j'aime  le croire, touche  son terme; et cependant, je ne comprends
gure ce que deviendra la politique de notre France quand elle
manquera de la direction que vous lui imprimez. Dans l'tat gnral
des affaires de l'Europe, il est fort difficile que de graves
circonstances ne se prsentent pas  des poques fort rapproches; et
je ne vois encore, dans le monde nouveau qui s'lve autour de
nous, personne qui soit en tat d'en user habilement, je dirais
presque, de les comprendre. Toute mon esprance, en vrit, est dans
le _va da s_.

Si je pouvais vous tre bon ici  quelque chose, je vous prie trs
instamment de disposer de moi. Je vous savais si bien et si
soigneusement inform par notre pauvre amie[53], que je ne pensais pas
qu'il y et jamais rien  vous apprendre. Aujourd'hui, s'il en tait
autrement, dites-le-moi et je suis  vos ordres.

Notre position intrieure est sensiblement amliore, cela saute aux
yeux, et la manire dont l'ordre du jour a t enlev dernirement, 
la Chambre des dputs, au sujet de la duchesse de Berry, a tir du
pied ministriel la plus dure pine qui pt y tre enfonce[54]. Il
est donc certain qu'aujourd'hui, avec une habilet tant soit peu
commune, tout peut marcher.

Le Pozzo que vous me dpeignez  Londres est celui auquel je
m'attendais. L'humeur qu'il a beaucoup trop laiss voir ici est ne,
je n'en doute pas, de la peur prodigieuse que son empereur lui a
inspire. Il en est revenu terrifi,  parler littralement. C'est
chose dont je ne puis douter, et je ne crois pas qu'il ft ais de le
dterminer maintenant  un voyage pareil  celui qu'il a accompli
dans les six derniers mois de l'anne 1832.

Veuillez accepter, mon prince, avec les assurances de ma haute
considration, celles d'un dvouement que je vous prie de mettre 
l'preuve dans toutes les occasions o vous croirez pouvoir en user
utilement...

  [53] La princesse de Vaudmont qui venait de mourir.

  [54] Sance du 5 janvier. On y discuta le rapport de M. Sapey sur
  les ptitions qui avaient t adresses  la Chambre relativement
   Madame la duchesse de Berry: les unes rclamaient la mise en
  libert de la princesse, les autres demandaient qu'un plbiscite
  dcidt de son sort; toutes contenaient des protestations contre
  la rvolution de Juillet. La Chambre, aprs une sance longue et
  tumultueuse, vota l'ordre du jour pur et simple rclam par le
  gouvernement qui gardait ainsi sa libert d'action.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 17 janvier 1833.

    Monsieur le duc,

... Je dois vous informer d'une communication assez importante qui
vient d'tre faite au ministre anglais par l'ambassade d'Autriche 
Londres; elle est relative  l'tat actuel du Portugal et aux moyens
de mettre un terme  la guerre civile qui dsole ce pays.

Le ministre d'Autriche a t charg par sa cour d'offrir au
gouvernement anglais la mdiation du cabinet de Vienne dans les
affaires portugaises, et, en le dclarant  lord Palmerston, il a
ajout que la premire condition de cette mdiation serait la
reconnaissance, comme roi de Portugal, de dom Miguel, qui s'engagerait
alors  donner une amnistie gnrale et  lever tous les squestres
tablis sur les proprits particulires.

Pour appuyer cette proposition le cabinet de Vienne fait valoir que,
depuis plus de quatre ans, l'infant dom Miguel occupe le trne de
Portugal; qu'en admettant mme comme fonds tous les torts reprochs 
son gouvernement, on ne peut s'empcher de reconnatre qu'il a reu
l'assentiment de la grande majorit de la nation portugaise, et
l'entreprise tente avec si peu de succs par dom Pedro est
invoque, s'il en tait besoin, comme tmoignage de ce fait.

Le ministre d'Autriche, en terminant la communication qu'il avait
ordre de faire, a dit que son souverain s'tait dtermin  cette
dmarche, quelque contraire qu'elle ft aux intrts de sa
petite-fille[55], parce qu'il tait convaincu que la pacification du
Portugal tait devenue par sa liaison avec la tranquillit de la
pninsule une question de la plus haute importance pour la paix de
l'Europe, et que cette pacification ne pouvait tre ralise
promptement que par la reconnaissance de l'infant dom Miguel; mais
que, du reste, il entendait que l'amnistie qu'on imposerait  ce
prince serait sans aucune restriction et donne de manire  rassurer
toutes les opinions.

Lord Palmerston a sur-le-champ rpondu au baron de Neumann[56] qu'il
ne s'expliquait pas trop bien l'opinion exprime par la cour de Vienne
dans cette circonstance; qu'il lui paraissait fort trange, pour ne
rien dire de plus, de proposer  dom Pedro de quitter le Portugal, de
livrer les Aores, d'abandonner enfin la cause de sa fille, et de ne
lui offrir, en change de toutes ces concessions, qu'une amnistie pour
laquelle on n'aurait, en dfinitive, d'autre garantie que la parole
d'un prince connu pour son peu de fidlit  tenir ses engagements.
Lord Palmerston a conclu en dclinant l'acceptation de la mdiation de
l'Autriche dans les termes dans lesquels elle tait offerte.

Tel a t le rsultat de cette discussion soutenue sur un ton assez
vif de la part de lord Palmerston et de celle de M. de Neumann.

Dans une des dernires dpches que vous m'avez fait l'honneur de
m'crire, vous m'avez tmoign le dsir de connatre le plus ou moins
de fondement que pouvaient avoir les bruits rpandus  Madrid sur le
vritable but de la mission de sir Stratford Canning. En vous
rpondant, le 11 de ce mois, je vous ai indiqu quelles taient les
difficults qui s'opposaient  ce que je puisse me procurer des
informations prcises  cet gard, mais je n'en ai pas moins cherch 
vrifier quelques-uns des faits que vous avez bien voulu me mander. Un
membre du corps diplomatique dans lequel je place quelque confiance
m'a communiqu  peu prs les mmes renseignements que ceux contenus
dans la dpche de M. de Rayneval; mais il a appuy son rcit d'une
circonstance qui tendrait  fortifier l'opinion qu'on avait  Madrid
sur les inquitudes de M. de Za. Je veux parler de l'acte solennel
par lequel Sa Majest le roi d'Espagne, en renouvelant sa premire
dclaration relative aux droits de l'infante Isabelle  succder au
trne, annule les dispositions qu'il annonce lui avoir t arraches
pendant sa maladie[57]. On pense que cet acte est un moyen employ par
M. de Za pour djouer les manoeuvres de sir Stradfort Canning, qui
devait, comme vous me l'annonciez, essayer de lier les intrts de
l'infante Isabelle  ceux de doa Maria, en promettant  la reine
d'Espagne l'appui de son gouvernement, pour faire respecter les droits
de sa fille, si elle voulait, de son ct, protger la jeune reine du
Portugal. M. de Za aurait, dit-on, enlev  l'ambassadeur
d'Angleterre un de ses plus puissants moyens d'action, en se
prononant avant son arrive d'une manire clatante pour les droits
de l'infante Isabelle.

Comme la relation qui m'a t faite pourrait aussi venir de Madrid,
je ne vous la transmets qu'avec une certaine dfiance. Vous serez en
position d'en vrifier bientt l'exactitude et, je vous le rpte, on
peut se reposer sur l'habilet de M. de Rayneval pour dcouvrir toutes
les intrigues qui ne tarderont pas  se dvelopper dans la pninsule.

Parmi les diffrentes explications qu'on cherche  donner au voyage
de M. le gnral Pozzo,  Londres, il en est une qui ne m'a pas paru
dnue de vraisemblance. On prtend que le cabinet de Ptersbourg
reoit depuis quelques mois, sur l'Angleterre des dpches assez
contradictoires qui lui sont adresses par le prince de Lieven d'une
part, et de l'autre par le comte Matusiewicz; qu'incertain sur
l'opinion qu'il doit se former entre les relations si diffrentes de
ses ministres en Angleterre, l'empereur Nicolas a dsir envoyer 
Londres le gnral Pozzo, qui aurait acquis toute sa confiance pendant
le sjour qu'il vient de faire  Ptersbourg, afin d'avoir par lui des
notions positives, d'aprs lesquelles il pt rgler ses rapports
politiques avec la Grande-Bretagne. Ce voyage ne serait donc que le
complment de la mission du gnral Pozzo  Berlin et dans les
diffrentes cours d'Allemagne. Vous jugerez si cette explication a
quelque valeur...

  [55] Doa Maria tait en effet petite-fille de l'empereur
  Franois par sa mre, l'archiduchesse Lopoldine, que dom Pedro
  avait pouse en premires noces.

  [56] Secrtaire d'ambassade autrichien  Londres. Il faisait
  fonction de charg d'affaires en l'absence de l'ambassadeur, le
  prince Esterhazy.

  [57] Voir page 90.

    Le 20 janvier.

... J'ai dj eu l'honneur d'appeler votre attention sur une question
dont les membres du cabinet anglais m'entretiennent souvent, et
qui est pour eux d'un grand intrt. Il s'agit des changements qu'on
voudrait ici voir adopter dans nos lois de douane.

Les ptitions adresses dernirement  la Chambre des dputs  ce
sujet par le commerce de Lyon, Bordeaux, Nantes et autres villes
industrielles, ont eu un grand retentissement en Angleterre o elles
ont constat que l'opinion publique s'tait extrmement modifie en
France  l'gard des lois prohibitives. On pense qu'aujourd'hui il
serait facile au gouvernement franais d'entrer dans une voie plus
large, et on le dsire pour des raisons assez graves.

Le cabinet anglais actuel envisage cette question plutt
politiquement que commercialement; car, sous ce dernier point de vue,
on a trouv que le systme de M. Huskisson[58] avait dj produit les
plus heureux rsultats, et que la diminution dans les droits
d'importation sur les soieries, les gants et autres objets, avait t
bien plus que compense par l'accroissement immense de la
consommation. Ainsi, en ne considrant que l'intrt commercial de
l'Angleterre, les ministres pourraient peut-tre se passer des mesures
de rciprocit des autres pays, et tirer encore de grands avantages du
systme libral pour lequel ils se sont prononcs. Mais un intrt
politique important leur fait un devoir de rechercher des relations
commerciales plus tendues avec la France.

Lors des dernires lections, on a prononc dans plusieurs villes
manufacturires d'Angleterre des discours qui ne vous ont certainement
pas chapp, et dans lesquels vous aurez pu remarquer de
nombreuses allusions  l'alliance qui a rcemment uni la France et la
Grande-Bretagne; on l'invoque frquemment comme devant placer bientt
sur une ligne plus gale les relations entre les deux pays. Les
journaux, dont l'action est si puissante en Angleterre, ont vivement
second cette nouvelle tendance de la classe industrielle. Aujourd'hui
le ministre sent, que, de la manire dont la Chambre des communes est
compose, il ne pourrait peut-tre pas compter sur une majorit
solide, ni sur l'appui de l'opinion publique s'il ne prsentait pas
quelques rsultats avantageux de son alliance avec le gouvernement
franais. Ce ne sont pas des privilges nuisibles  la France qu'il
rclame; c'est un change mieux combin des produits des deux pays 
l'aide duquel se resserrent chaque jour davantage les liens dont les
deux nations sentiront mieux alors l'utilit et l'importance.

On ne doit pas perdre de vue qu'en affermissant au pouvoir le cabinet
anglais actuel, on assure une dure certaine  l'alliance intime qui
subsiste depuis quelques mois seulement, entre la France et
l'Angleterre; et que c'est cette alliance, qui en crant une force
nouvelle en Europe, rprime toutes les intrigues du Nord, et donne un
vritable point d'appui  tous les intrts de la socit.

Il me semble que des considrations d'une aussi haute porte
politique seront apprcies par le gouvernement du roi, et je ne doute
pas que vous n'en fassiez ressortir toute la valeur.

Comme j'ai dj eu l'honneur de vous le dire, presque tous les
ministres m'ont charg de vous exprimer leurs voeux dans le sens que
je viens d'indiquer. Je vous serai particulirement reconnaissant
de me mettre incessamment en position de leur faire connatre
l'influence que ces voeux auront eue sur les dterminations du
gouvernement franais...

  [58] William Huskisson (1770-1830) prsident du bureau du
  commerce en 1823, avait t en cette qualit, l'un des champions
  les plus ardents de la libert du commerce.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 21 janvier 1833.

    Mon prince,

J'ai peu de chose  ajouter  la dpche officielle que je vous
adresse. Je me suis entretenu  coeur ouvert avec lord Granville sur
le contenu de cette dpche. Ce qui va arriver en Orient, personne ne
peut le dire; mais les vnements ne nous ont point pris au dpourvu,
puisque des propositions raisonnables et trouves telles par toutes
les personnes doues de quelque sens dans l'intrieur du Divan ont
t obtenues de Mhmet-Ali par notre consul et transmises 
Constantinople par notre charg d'affaires, et puisque c'est sur ces
propositions qu'on ngocie en ce moment[59]. Il importe de bien
avertir lord Palmerston qu'il ne se fie en rien  Namick Pacha; c'est
un trs petit intrigant, envoy non par la Porte, mais par le Srail,
ce qui ne peut tre bon  rien. C'est  Constantinople qu'il faut agir
maintenant. Je crois que les intrts du gouvernement anglais sur ce
point sont identiques au ntre et que le temps presse. J'ai tout lieu
de croire que si nos deux gouvernements s'entendent bien, l'Autriche
finira par se runir  nous contre l'agrandissement ventuel de
la Russie.

C'est l l'oeuvre que vous avez tente au congrs de Vienne et que
les Cent-jours sont venus dranger. C'est  vous qu'il appartient de
l'achever...


  [59] Mhmet-Ali avait fait parvenir au sultan ses propositions
  au commencement de janvier. Il offrait de traiter sur les bases
  suivantes:

  Cession par la Porte des pachaliks de la Syrie moyennant tribut,
  ainsi que du district d'Adana.

  Modification dans le lien qui rattachait l'gypte  la Porte, de
  faon  placer le pacha d'gypte dans la situation des anciens
  deys d'Alger.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, le 24 janvier 1833.

    Mon cher prince,

J'ai tout de suite fait part au roi de ce que vous me mandez sur les
douanes. Il me charge de vous dire qu'il entre tout  fait dans votre
manire de voir  cet gard, et qu'il ne cesse de parler dans ce sens,
et pour amener le rsultat que vous dsirez et lui aussi avec toute
sagesse et raison, car, certes, notre alliance avec l'Angleterre est
plus heureuse et plus importante que jamais pour nous et pour elle.

C'est une bien grande nouvelle que la victoire d'Ibrahim[60]. Notre
cher roi dsire vivement savoir quelles sont vos ides sur cet
vnement?... quelles seront ses consquences?... et sur ce que vous
pensez qu'il y aurait  faire maintenant, et  prparer pour les
suites qu'elles peuvent avoir et pour l'avenir. Il pense avec raison
que personne ne peut mieux juger cela que vous; et dans sa grande
confiance en vos lumires, il tient beaucoup  avoir votre avis sur
cette importante question...

  [60] Bataille de Konieh (21 dcembre 1832), o l'arme turque fut
  taille en pices. C'est  la suite de cette bataille que furent
  entames les ngociations dont il est question plus haut.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 28 janvier 1833.

    Monsieur le duc,

Vous avez connu par ma dpche numro 56 les obstacles qui
s'opposaient  ce que je communiquasse  lord Palmerston, aussitt que
je l'aurais dsir, l'objet de la dpche que vous m'avez fait
l'honneur de m'adresser le 21 de ce mois. C'est avant-hier seulement
que j'ai pu le faire, et lord Palmerston me promit alors de soumettre
les propositions du gouvernement franais  un conseil de cabinet
qu'il convoqua  cet effet pour le lendemain. Ce conseil a eu lieu
hier dimanche, mais avant de vous faire connatre le rsultat de ses
dlibrations, je dois vous entretenir de quelques circonstances qui
l'ont prcd.

Si vous voulez bien vous faire reprsenter la dpche que j'ai eu
l'honneur de vous adresser le 6 de ce mois, vous pourrez y remarquer
que j'tais dj fortement proccup alors des vnements qui se
passaient en Orient; j'avoue que les dpches que j'ai reues de vous
le 10 et le 14 ne m'avaient point compltement rassur et que j'tais
rest dans l'opinion qu'une action quelconque de la France et de
l'Angleterre deviendrait bientt ncessaire de ce ct. Dans mes
conversations avec les membres du cabinet anglais, j'avais cherch 
attirer leur attention sur les graves consquences que pouvait avoir
la lutte entre le sultan et le pacha d'gypte, si les succs prolongs
de ce dernier devaient placer la Porte ottomane dans l'obligation de
recourir  la protection de la Russie.

C'est dans ces entrefaites que j'ai reu votre dpche numro 13 qui
m'a fourni la preuve que mes prvisions s'taient malheureusement
ralises. Cette dpche contient un admirable expos de l'tat actuel
de l'Orient et des mesures qui doivent tre employes pour arrter les
dangers qui menacent l'empire ottoman[61]. Elle m'a paru si
remarquable que j'ai cru devoir en donner lecture  lord Palmerston
dans l'entretien que j'ai eu avec lui samedi soir. Il a t frapp,
comme moi, des considrations habilement dveloppes dans cette
dpche, et convaincu de la ncessit dans laquelle se trouvaient
l'Angleterre et la France de prendre immdiatement un parti, et de
commencer par faire  Constantinople et  Alexandrie l'offre d'une
mdiation arme  laquelle on inviterait l'Autriche  se joindre.

Aprs avoir quitt lord Palmerston, je me suis encore occup des
moyens qui pourraient assurer le succs le plus prompt de notre
mdiation, et hier matin, je lui ai crit une lettre dont vous voudrez
bien me permettre d'insrer ici un extrait:

Si le cabinet anglais approuve le projet de mdiation tel que je l'ai
propos hier soir, il faudrait que la marche qui sera suivie ft
extrmement prompte; et voici, dans mon opinion, celle qui pourrait
tre adopte.

Des instructions seraient rdiges pour sir Frdric Lamb. Elles
seraient transmises  lord Granville, qui les communiquerait au duc de
Broglie. Celui-ci croirait sans doute devoir rdiger  son tour des
instructions pour le marchal Maison, analogues  celles de lord
Palmerston. M. le duc de Broglie n'hsiterait probablement pas  les
communiquer  lord Granville, et, d'accord avec lui, ils expdieraient
chacun un courrier pour Vienne. Ces courriers partiraient ensemble.

Les instructions porteraient aux deux ambassadeurs  Vienne l'ordre
de proposer  M. de Metternich de joindre l'offre de la mdiation de
l'Autriche  celles de la France et de l'Angleterre.

Si le cabinet de Vienne accepte la proposition qui lui est faite, les
deux ambassadeurs, guids par leurs instructions dont ils n'auraient
pas la facult de se dpartir, s'entendraient avec M. de Metternich
sur les termes de la mdiation  proposer  Constantinople, et les
courriers anglais, franais et autrichien continueraient ensuite leur
route vers cette capitale. Ils y remettraient aux reprsentants de
l'Autriche, de l'Angleterre et de la France, les instructions de leur
cour respective.

Si le cabinet de Vienne refuse la proposition, les courriers anglais
et franais n'en iront pas moins directement  Constantinople. Il est
bien entendu que dans les deux cas les courriers seront porteurs de
pouvoirs et d'instructions directes de lord Palmerston et du duc de
Broglie pour les reprsentants de l'Angleterre et de la France, prs
la Porte ottomane.

Tel est le plan que je proposais de suivre, monsieur le duc; il
prsentait, dans mon opinion, l'avantage de hter autant qu'il tait
possible l'excution des mesures qui me sont recommandes par votre
dpche du 21, et de provoquer en mme temps le concours de
l'Autriche.

Les ministres anglais, aprs avoir discut pendant plusieurs heures
le projet de mdiation tel que je l'avais remis  lord Palmerston, ont
fini par s'arrter  l'ide un peu trange d'tendre l'offre d'entrer
dans la mdiation non seulement  l'Autriche, mais encore  la Russie.
Ils se sont laisss dterminer par l'importance qu'il y aurait, dans
cette circonstance,  lier la politique de la Russie  celle des trois
autres cours.

Cette rsolution m'a t aussitt communique par lord Palmerston, et
j'ai fait tous mes efforts pour la combattre dans une confrence qui a
dur plus de cinq heures. Je vous en rendrai compte demain, mais dj
vous aurez pressenti toutes les raisons que je devais opposer au
concours de la Russie. Je n'avais rien obtenu hier lorsque nous nous
sommes spars. En quittant lord Palmerston, je l'avais engag 
rflchir sur les fcheuses complications dans lesquelles le systme
du cabinet anglais nous entranerait, et nous nous tions donn
rendez-vous pour aujourd'hui. Je sors d'une nouvelle confrence, et,
aprs une trs longue discussion, j'ai enfin obtenu que la mdiation
ne serait propose qu'au nom de la France et de la Grande-Bretagne.
C'est demain seulement que nous en rglerons les conditions. J'ai 
peine le temps de finir cette dpche, et vous comprendrez
l'impossibilit dans laquelle je me trouve d'entrer dans plus de
dtails aujourd'hui; je les rserve pour demain.

Je veux seulement ajouter que lord Ponsonby a reu l'ordre de partir
immdiatement pour Constantinople[62] et que le consul d'Angleterre 
Alexandrie, de la conduite duquel vous vous plaigniez, a t
rappel. Le parlement se runit demain, et c'est le 5 que le discours
du trne sera prononc...

  [61] Par cette dpche (dpche no 13 en date du 21 janvier) le
  duc de Broglie invitait M. de Talleyrand  proposer au cabinet
  d'Angleterre un projet de mdiation commune en Orient.--Voir
  cette dpche  l'Appendice, page 493.

  [62] Lord Ponsonby venait d'tre nomm ambassadeur prs la Porte.

    Le 31 janvier.

Vous aurez sans doute t surpris de ne pas connatre plus tt le
rsultat de la communication que vous m'aviez charg de faire au
gouvernement anglais; j'prouve le besoin de vous donner des
explications  ce sujet.

Il ne faut pas perdre de vue qu'ici, les affaires intrieures du pays
passent avant toutes les autres, quelque intrt, d'ailleurs, que
puissent avoir ces dernires. En ce moment, le parlement vient de
s'assembler; le cabinet doit lui proposer des mesures qui le
proccupent fortement: l'tat de l'Irlande, les dmes du clerg, les
finances rclament sa plus srieuse attention; et il m'est souvent
impossible de la dtourner du milieu de ce conflit d'intrts si
pressants, pour la ramener  des questions de politique extrieure.
Depuis huit jours, tous mes efforts tendent  faire comprendre ce que
la question d'Orient exige de clrit, pour ne pas rendre notre
intervention ridicule; on convient de tout ce que je dis; on promet de
s'en occuper le jour mme, et chaque jour on remet la question au
lendemain. Vous jugerez mieux que personne que ces retards ne sont que
la consquence de la position o on se trouve.

Je vous ai annonc par ma dpche du 28 de nouveaux dtails sur la
conversation que j'ai eue avec lord Palmerston au sujet de notre
mdiation.

Comme j'ai dj eu l'honneur de vous le dire, le systme des
ministres anglais reposait sur leur dsir d'arrter la politique
envahissante de la Russie, tout en conservant envers elle des
apparences de bonne intelligence; ils croyaient que l'adjonction de
cette puissance  notre mdiation atteindrait ce but.

J'ai d, en m'opposant  un pareil systme, faire sentir tous les
dangers qu'il prsentait. J'ai fait remarquer  lord Palmerston que la
rapidit d'excution tait la premire condition de succs de notre
entreprise; que nous nous en priverions en nous mettant dans
l'obligation d'attendre la rponse de la cour de Russie, et que la
consquence invitable serait d'arriver trop tard  Constantinople et
 Alexandrie, que cette question de temps aurait de plus l'immense
inconvnient d'empcher la France et l'Angleterre d'agir, puisqu'elles
se trouveraient, par le fait mme de leur proposition  la Russie,
obliges  ne faire aucune dmarche avant de connatre la rponse de
cette puissance, tandis que le cabinet de Ptersbourg, libre de tout
engagement pendant un certain temps encore, ne manquerait pas de
mettre ce retard  profit; que d'ailleurs, par suite de la mission du
gnral Mourawieff prs du sultan[63], la cour de Russie avait pris le
rle d'allie de la Turquie, et que, ds lors, le pacha d'gypte
serait en droit de lui refuser le caractre de mdiateur.

J'ai enfin fait valoir prs de lord Palmerston une considration qui,
pour un ministre anglais, est toujours d'un trs grand poids, c'est
celle du ct constitutionnel de la question qui nous occupe; j'ai pu
lui dire  ce sujet qu'une mdiation tablie seulement par deux pays
soumis  des gouvernements constitutionnels trouverait une approbation
plus gnrale dans le parlement anglais et dans les Chambres
franaises, que si on voyait la Russie y prendre part. Cette
considration a fait assez d'impression sur lord Palmerston pour qu'il
ait cru devoir revenir sur la dcision prise dans le conseil de
cabinet, et, comme ici tout finit par se rsoudre en questions
parlementaires, il est probable que c'est par la considration que je
viens d'indiquer, que le cabinet anglais a t amen  changer sa
premire dtermination.

Mais si on est dcid sur la mdiation en elle-mme, on n'a pu encore
arrter, ni la forme de cette mdiation, ni la marche qu'on suivra.
Depuis trois jours on renvoie ces questions au lendemain, et comme
j'avais l'honneur de vous le dire au commencement de cette dpche,
mes dmarches n'ont pu, jusqu' prsent, amener aucun rsultat. Je
suis port  croire que les dernires nouvelles de Constantinople, qui
annoncent que le sultan s'est dcid  traiter avec le pacha d'gypte,
augmenteront les hsitations des ministres; et il se pourrait bien
qu'on fint par ne prendre aucune rsolution.

Quoi qu'il en soit, monsieur le duc, il me semble que le gouvernement
du roi s'est trs bien plac, et qu'il a fait tout ce qu'on pouvait
attendre de lui dans une circonstance o la Russie tait dj engage,
et o l'Autriche refusait d'entrer dans une mdiation...

  [63] Le gnral Mourawieff avait t charg par le czar d'offrir
  au sultan des secours contre Mhmet-Ali. Le sultan, sous le coup
  de la dfaite de Konieh, accepta d'abord avec empressement et
  donna en outre son assentiment  une mission que le gnral
  Mourawieff devait remplir  Alexandrie pour sommer Mhmet
  d'arrter ses troupes.

  Nicolas Nicolaiewitch, prince Mourawieff-Karski, n en 1793, entra
  au service et fit les campagnes de 1812  1815, devint major
  gnral en 1829, lieutenant gnral aprs la guerre de Pologne
  (1831), fut en 1832 envoy en Turquie et en gypte. Disgraci de
  1838  1848, il devint en 1854 gnral en chef de l'arme du
  Caucase, puis conseiller d'tat (1855). Il mourut en 1866.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 28 janvier 1833.

    Mon prince,

Avant-hier soir, au milieu d'une grande runion, le charge d'affaires
de Russie, M. de Medem[64], s'approcha de moi et me demanda si je
dsirais qu'il me donnt connaissance confidentiellement des
instructions donnes au gnral Mourawieff.

Je crus ne devoir lui tmoigner aucun empressement excessif et je me
bornai  lui rpondre que j'en serais trs reconnaissant.

Ce matin, il est venu, de lui-mme, me ritrer son offre, en
m'ajoutant que c'tait en grande confidence qu'il me parlait, n'ayant
point d'ordres de sa cour. Puis, il a tir de sa poche, d'abord, une
dpche contenant un expos des motifs gnraux qui dterminent
l'empereur Nicolas  l'envoi du gnral Mourawieff, puis un
avertissement, que la communication des instructions donnes  ce
gnral n'est faite qu' l'ambassadeur lui-mme, qu'il ne doit point
en faire part au gouvernement franais, avec lequel, est-il dit, les
rapports ne sont pas _assez confiants_ pour que l'ambassadeur de
Russie doive aller au-devant d'explications.

Vous noterez cependant, mon prince, que c'est le charg d'affaires
qui a fait toutes les avances; que mme je n'ai rpondu  ses
ouvertures qu'avec assez d'indiffrence et que c'est lui qui est
revenu  la charge.

Aprs la lecture de cette dpche, est venue la lecture des
instructions mmes; en voici  peu prs la substance:

L'instruction dbute par un expos des vnements d'Orient, et des
progrs de Mhmet-Ali depuis six mois.

Il est dit ensuite que la continuation de ces progrs amnerait
ncessairement une catastrophe; que le rsultat de cette catastrophe
devant tre de donner  la Russie un voisin, probablement peu dispos
 respecter le trait d'Andrinople, la Russie serait oblige de
prendre une _attitude menaante_, ce qu'elle veut viter.

Il a ajout que l'empereur sait que Mhmet-Ali a dit que, s'il avait
t possible de prvoir les progrs de l'arme gyptienne, la Russie
se serait bien garde de retirer son consul d'Alexandrie.

La mission du gnral Mourawieff a pour but de rpondre  cette ide.

Le gnral doit se rendre d'abord  Constantinople et, l, remettre
au sultan une lettre de cabinet, portant une assurance de l'amiti
inaltrable de la Russie, de l'horreur que lui inspire la rbellion de
Mhmet-Ali, solliciter enfin de la Porte son adhsion  la dmarche
que le gnral est charg de faire vis--vis du pacha.

Cette adhsion obtenue, le gnral doit se rendre  Alexandrie et
donner  sa dmarche auprs du pacha toute la solennit possible; lui
exposer sous les couleurs les plus noires toute l'normit de ses
attentats; l'inviter  rentrer dans le devoir, et, en cas de refus,
lui dclarer qu'il n'aura  imputer qu' lui-mme les consquences de
sa conduite.--Rien de plus.

Si Mhmet-Ali, touch de la remontrance, demandait au gnral
de se porter mdiateur entre la Porte et lui, le gnral devrait
refuser, la Russie ne voulant pas intervenir dans les affaires des
autres, pas plus qu'elle ne souffrirait qu'on intervnt dans les
siennes.

(N.-B. que ceci est probablement le but de la communication; c'est ou
un reproche ou un avertissement indirect, adress  la France.)

Si Mhmet-Ali persiste dans son garement, le gnral doit revenir 
Saint-Ptersbourg et en rendre compte  son matre.

Il est ajout dans un post-scriptum que si le gnral n'obtenait
pas l'adhsion de la Porte  sa mission, il retournerait 
Saint-Ptersbourg, sans aller  Alexandrie; mais le ministre de Russie
crirait  Mhmet-Ali ce que M. de Mourawieff avait pour mission de
lui dire.

Le charg d'affaires de Russie s'est puis en protestations sur la
ferme volont o tait son matre de n'employer que la voie
d'influence et d'exhortation; il m'a mme dit et rpt que l'empereur
Nicolas tait plus embarrass qu'enrichi par les provinces qu'il avait
conquises sur la Porte, et qu'il serait plus dispos  renoncer  ses
conqutes qu' les pousser plus loin.

Mon opinion sur cette communication est qu'elle ne contient que la
moiti de la vrit; qu'elle expose rellement les instructions
donnes au gnral Mourawieff dans l'hypothse o le conflit entre la
Porte et le pacha resterait douteux, mais qu'il avait d'autres
instructions ventuelles, le cas chant de la dfaite de l'arme
musulmane, instructions en conformit desquelles il a agi, ainsi que
je vous l'ai mand dans ma dernire dpche. La source des
renseignements que je vous ai donns dans cette dpche est de
nature  ne me laisser aucun doute  cet gard.

Je me suis born  rpondre  cette communication en trs peu de
mots, et en termes trs gnraux, protestant de nos desseins
pacifiques et de l'envie que nous avions de voir la querelle se
terminer  l'amiable.

M. de Medem m'ayant recommand sur cette communication le plus
profond secret, je vous prie, mon prince, de conserver pour vous ces
renseignements, bien que je sois port  penser que M. de Medem ne
s'est pas grandement compromis en me la confiant...

  [64] Le comte de Medem, conseiller de l'ambassade de Russie 
  Paris, faisait fonctions de charg d'affaires pendant l'absence
  de l'ambassadeur comte Pozzo di Borgo.


LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Madrid, le 25 janvier 1833.

    Prince,

J'ai pens que, dans les circonstances actuelles, il pourrait vous
tre agrable d'tre exactement et directement inform de la situation
dans laquelle sir Stratford Canning trouve l'Espagne. Je profite donc,
pour vous donner  ce sujet quelques dtails, du premier courrier
qu'il expdie, et j'en profite avec d'autant plus d'empressement que
c'est une occasion de me rappeler  votre souvenir et de vous demander
la continuation de vos anciennes bonts.

Il semblait naturel de penser que le changement de politique
intrieure de l'Espagne en amnerait aussi un dans sa politique
extrieure. On a d croire que le parti que la reine et ses adhrents
ont  combattre, tant celui qui soutient de ses voeux et peut-tre de
ses secours secrets la cause de dom Miguel, l'intrt que le cabinet
espagnol portait  ce prince devait disparatre devant un intrt
plus rapproch et plus pressant. Mais les ministres espagnols
raisonnent autrement. Selon eux, le gouvernement ne parvient 
contenir le parti apostolique[65] qu'en usant  son gard de beaucoup
de mnagements. Ils croient qu'ils lui donneraient pour auxiliaires
tous les royalistes d'Espagne, s'ils favorisaient dom Pedro, que l'on
regarde comme le chef des libraux de la pninsule entire, et s'ils
manquaient aux engagements prcdemment pris avec dom Miguel.

Lorsqu'on laisse entendre qu'il serait possible d'carter dom Pedro
et la constitution, ils rpondent qu'il ne le serait pas d'carter ses
partisans, ses ministres, ses conseillers, dont quelques-uns sont plus
dangereux que lui-mme. Telle est la manire de voir de M. de Za et
de M. d'Offalia. Tant qu'ils conserveront la direction des affaires,
on ne doit donc pas s'attendre  voir l'Espagne adhrer  un projet de
conciliation, et cesser d'insister sur le maintien de la neutralit de
la part de toutes les puissances. Les diffrents partis travaillent
chacun de leur ct, mais avec une gale ardeur, contre ces ministres.
Cependant leur chute ne peut pas tre regarde comme prochaine. Dans
ce moment-ci la marche qu'ils suivent dans l'affaire de la succession
leur assure la confiance et la faveur du roi et de la reine.

C'est rellement ce qui se passera en Portugal qui dcidera de leur
sort, et peut-tre de celui de la monarchie espagnole. On le sent, et
pour cette raison on s'alarme excessivement des suites que peut avoir
le diffrend qui s'est lev entre notre gouvernement et celui de dom
Miguel au sujet d'un btiment franais coul bas dans le Douro,
et que va aggraver une autre insulte faite  notre pavillon  l'entre
du Tage. Le cabinet espagnol soutient que le tort est de notre ct,
et par consquent que nous ne sommes pas dans le cas de demander
rparation, mais il ne nous accuse pas d'arrire-penses. Dans le
public on est plus svre, et depuis le moment du dpart du gnral
Solignac[66] pour Porto, on annonce hautement que, directement ou
indirectement, nous voulons intervenir dans la lutte des deux frres
et y mettre fin par la force. Le gouvernement espagnol juge notre
intervention plus dangereuse pour dom Miguel et le repos de la
pninsule, que celle de l'Angleterre. Aussi, dans l'instant actuel,
notre querelle avec le Portugal l'occupe-t-il presque plus que la
mission de M. Canning.

Voil, prince, o nous en sommes ici. Tout cela peut mener  de
telles complications et exalter si fortement les passions qu'aucune
force humaine ne puisse sauver ce pays-ci d'une secousse. Je trouve,
dans de pareilles circonstances, le fardeau qu'on m'a donn  porter
beaucoup trop lourd. Que ne donnerais-je pas pour pouvoir recourir 
vos conseils! Mais l'loignement, la rapidit avec laquelle les
vnements marchent, y mettent malheureusement obstacle. Cependant,
quelques mots o je pourrais lire votre pense sur l'ensemble des
affaires de la pninsule me seraient si utiles, que je ne puis
m'empcher d'exprimer le plaisir et la reconnaissance avec lesquels
ils seraient reus.

Je vous cris dans un moment o vous ressentez une vive
affliction. En perdant la princesse de Vaudmont, vous avez fait une
de ces pertes qui ne se rparent point. Je ne crois pas que jamais
amiti ait t plus vraie que celle qu'elle vous portait. Il tait
impossible de la connatre sans lui tre attach. C'est un sentiment
que j'prouvais bien sincrement et auquel elle avait tout  fait
droit de ma part, sa bienveillance pour moi ne s'tant jamais
dmentie.

    Veuillez agrer, prince...

  [65] Nom donn au parti absolutiste, c'est--dire aux carlistes.

  [66] Le gnral franais Solignac commandait  Porto une partie
  des troupes de dom Pedro.

       *       *       *       *       *

Je suis heureux de pouvoir donner ici cette lettre de M. de Rayneval
qui fait autant d'honneur  son coeur qu' son excellent esprit et 
son jugement. Il trace l un tableau de la pninsule qui faisait
parfaitement saisir les difficults du prsent et pressentir celles
encore plus grandes de l'avenir. Ses prvisions se sont ralises avec
une rare exactitude; et au moment o je rassemble ces souvenirs,
l'Espagne et le Portugal sont en proie  des discordes dont il serait
impossible de prsager le terme. On verra bientt quels ont t les
efforts des gouvernements de France et d'Angleterre pour prvenir les
dsordres qui menaaient la malheureuse pninsule: puissent ces
efforts aboutir un jour  un heureux rsultat! Je ne veux point
anticiper sur la marche des vnements; mais il m'a t doux
d'exprimer en passant la bonne opinion que j'avais toujours eue du
caractre et de la capacit de M. de Rayneval, qui a succomb au
fardeau dont il trouvait dj le poids trop lourd lorsqu'il m'crivait
l'admirable lettre qu'on vient de lire. Ai-je besoin d'ajouter  cette
occasion, comme dans toutes les autres prcdentes du mme genre, que
je voudrais retrancher des lettres que je cite les passages flatteurs
et louangeurs pour moi, si je ne pensais pas que les loges
mmes, dans de pareilles circonstances, ne sont qu'un reflet de la
situation, et qu'on est d'autant plus port  louer les autres qu'on
est soi-mme plus embarrass ou plus afflig.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 3 fvrier 1833.

    Monsieur le duc,

Les difficults que je vous ai indiques dans ma dpche numro
59[67], au sujet des affaires d'Orient, ne m'ont point empch de
continuer  rclamer le concours du gouvernement anglais dans une
question qui m'a toujours paru du plus haut intrt pour l'Europe. Je
puis enfin vous annoncer que mes efforts ne sont point demeurs
absolument sans rsultat. Voici le parti auquel l'Angleterre s'est
arrte.

Le colonel Campbell vient d'tre nomm consul gnral  Alexandrie;
il part demain pour se rendre en toute hte  son poste. Les
instructions dont il sera porteur seront envoyes, par le courrier de
ce soir  lord Granville, qui doit vous les communiquer. Je puis dj
vous dire  peu prs ce que ces instructions renferment.

On a d, dans les circonstances actuelles, et  d'aussi longues
distances, admettre les deux ventualits: que la paix ne serait pas
encore, ou serait dj conclue entre le sultan et le pacha, au moment
o le colonel Campbell arrivera  Alexandrie.

Dans la premire de ces ventualits, il devra, aussitt aprs son
arrive, tmoigner hautement l'intrt que l'Angleterre porte au
sultan, et tenir  Mhmet-Ali un langage qui lui fasse comprendre
toute l'tendue de la protection que cet intrt peut assurer  la
Porte ottomane de la part de la Grande-Bretagne.

Si, comme on a tout lieu de le croire, la paix est dj signe entre
la Turquie et l'gypte, le colonel Campbell bornera son rle  celui
d'observateur, mais en indiquant cependant le but primitif de sa
mission.

Dans les deux cas, le colonel Campbell devra entretenir des relations
intimes entre les consuls de France et d'Autriche, conserver seulement
de bons rapports avec l'agent russe, et tout entendre de lui sans lui
montrer la mme confiance qu'aux deux autres.

Vous trouverez sans doute comme moi, que ces instructions, qui du
reste sont fort dtailles, sont d'accord avec la marche que vous avez
suivie  l'gard du pacha d'gypte.

Le gouvernement anglais est inform de la rsolution que le sultan a
prise de traiter avec Mhmet-Ali  la suite des instances de
l'internonce d'Autriche; il pense donc qu'une dmarche directe prs de
la Porte ottomane est devenue inutile aujourd'hui, et il se bornera,
de ce ct,  hter le dpart de lord Ponsonby pour Constantinople...

  [67] Voir p. 114, la dpche du 31 janvier.

    Le 8 fvrier.

J'ai reu votre dpche du 4 de ce mois. Les nouvelles de
Constantinople qu'elle renferme et que vous aviez bien voulu
communiquer  lord Granville, ont caus ici une trs vive
satisfaction. On voit avec plaisir l'intervention de la France,
employe  suspendre la marche d'Ibrahim et  empcher, par le
rtablissement de la paix en Orient, une complication qui menaait,
sous beaucoup de rapports, d'tre dangereuse[68]. On doit remarquer
que l'ide qui domine gnralement en Europe, en ce moment, est
d'viter tout ce qu'on peut appeler une affaire. Cette disposition des
esprits et mme des cabinets nous est trop avantageuse pour ne pas
l'encourager par la direction de notre politique. Aussi la conduite du
charg d'affaires de France  Constantinople, dans les dernires
circonstances, est-elle digne d'loges....

Les journaux anglais qui vous parviennent chaque jour vous tiennent
trop exactement au courant des dbats du parlement, pour que je croie
devoir vous en entretenir. Vous y aurez vu que le gouvernement du roi
a t noblement dfendu par lord Grey et bien apprci par les membres
qui votent avec le ministre...

  [68] Lorsque le premier moment d'effroi caus par la bataille de
  Konieh fut pass, le sultan Mahmoud ne tarda pas  comprendre
  l'imprudence qu'il avait faite en appelant les Russes en Turquie.
  Aussi se ravisa-t-il et, dfrant aux conseils du charg
  d'affaires de France, M. de Varennes, il se dcida  ngocier
  avec le pacha. Il envoya en gypte l'ancien capitan-pacha-Halil
  pendant que M. de Varennes crivait  Mhmet-Ali pour lui
  persuader d'accueillir ces ouvertures, et  Ibrahim pour
  l'inviter  suspendre sa marche. Ce dernier s'arrta  Kutaya. En
  mme temps, le plnipotentiaire turc dbarquait  Alexandrie le
  21 janvier avec mission de proposer au pacha l'investiture des
  gouvernements d'Acre, de Tripoli, de Naplouse et de Jrusalem.
  Mhmet rclama la Syrie entire et Adana. Ces conditions furent
  acceptes par le sultan le 5 mai suivant.

    Le 11 fvrier.

Les observations que vous voulez bien me transmettre dans votre
lettre du 8, sur les dispositions des cabinets de Vienne et de Berlin,
sont, je crois, parfaitement fondes. Vous avez trs bien
prsent, ce me semble, le but des plaintes de ces deux cabinets
contre le gouvernement britannique; il n'est pas douteux qu'on cherche
par tout moyen  dsunir la France et l'Angleterre; l'anne dernire,
on se plaignait de la domination exerce par la France sur le cabinet
anglais; cette anne, c'est la prpotence de l'Angleterre qu'on
accuse, et comme l'accusation d'aujourd'hui n'est pas plus vraie que
celle de l'an dernier, il ne faut voir dans tout ceci que ce qui est
vraiment, c'est--dire, l'humeur qu'on prouve  Ptersbourg,  Vienne
et  Berlin, de ce que, chaque jour, s'affermit davantage une alliance
qui place la France et l'Angleterre  la tte de l'Europe, et qui, en
assurant le maintien de la paix gnrale, te tout espoir de former
des coalitions[69].

Le ministre anglais vient de montrer une grande prudence dans
sa conduite envers la Chambre des communes; il a laiss se prolonger
pendant plusieurs jours les dbats de l'adresse, en rponse au
discours de la couronne; sans prendre une part directe  la
discussion, les membres les plus exagrs du parti radical n'ont mis
aucun mnagement dans leurs discours; et la violence de leur langage,
a eu pour rsultat de dtacher d'eux un grand nombre de leurs
adhrents qui, soit par dgot, ou par conviction, se sont rapproche
du gouvernement, en votant contre les amendements de l'opposition et
en faveur de l'adresse...

  [69] L'entente anglo-franaise effrayait singulirement les
  cabinets du continent. M. Ancillon, notamment, ne cachait pas sa
  profonde irritation, et M. Bresson, dans sa correspondance,
  insistait sur le mcontentement prouv  Berlin par la
  ngociation spare de la France et de l'Angleterre avec la
  Hollande. Les gens bien intentionns ici, crivait-il, comme M.
  de Bernstorff par exemple, dsirent que notre ngociation avec le
  roi des Pays-Bas obtienne un rsultat satisfaisant; mais ce n'est
  pas l'affaire de M. Ancillon, qui calcule sur des embarras pour
  reprendre quelque ascendant ou du moins quelque importance. Je
  suis persuad qu'il nous trompe quand il nous dit qu'il continue
   porter le cabinet de La Haye  des concessions (_Dpche du 10
  fvrier_). L'animosit du gouvernement prussien tait
  particulirement vive contre l'Angleterre. L'arrogance
  offensante du cabinet anglais, disait M. Ancillon  M. Bresson,
  tient sans doute au caractre personnel de lord Palmerston; mais
  il faudra qu'elle ait un terme (_Dpche de M. Bresson du 17
  janvier_). De son ct, lord Minto, au sortir d'un entretien avec
  le ministre prussien, crivait  M. Bresson: Aucune malhonntet
  ne pouvait me surprendre, mais j'avoue que je n'tais pas prpar
   la criminelle folie que j'ai trouve en lui hier soir: Il a ni
  tout ce qu'il m'avait dit sur les affaires belges depuis que nous
  nous connaissons (_Dpche de M. Bresson du 10 fvrier_). A
  Vienne, l'irritation et les craintes n'taient pas moins vives.
  Aussi les deux cours allemandes s'efforaient-elles d'branler
  l'union des deux puissances occidentales en semant entre elles
  des germes de dfiance. De l la tentative de rapprochement avec
  la France qui eut lieu  cette poque, de la part de l'Autriche
  et de la Prusse. MM. d'Appony et de Werther vinrent proposer au
  duc de Broglie de reprendre, relativement aux affaires belges,
  les ngociations de la confrence moyennant la cessation des
  mesures coercitives. Le duc, en transmettant ces informations 
  M. de Talleyrand, ajoutait: En rapprochant la dmarche des
  cabinets de Vienne et de Berlin de l'ensemble de leur attitude
  actuelle, et du langage plus modr que tient depuis peu la cour
  de Russie, nous sommes conduits  penser que ces trois
  gouvernements, craignant de voir la question belge se dnouer
  sans leur participation, sont impatients de sortir du rle passif
  auquel ils se sont condamns eux-mmes dans un moment
  d'irritation irrflchie. Cette disposition domine surtout 
  Berlin o la politique de M. Ancillon a encouru une
  dsapprobation presque unanime. Peut-tre aussi les tentatives de
  rapprochement ont-elles pour but de jeter entre la France et
  l'Angleterre des germes de division ou du moins d'incertitude,
  et, dans cette hypothse, nous nous expliquerions trs bien les
  plaintes que l'Autriche et la Prusse ne cessent de nous adresser
  sur les tendances rvolutionnaires et l'affectation de prpotence
  du gouvernement britannique (_Le duc de Broglie au prince de
  Talleyrand, dpche du 7 fvrier_. Voir galement  l'Appendice,
  p. 495, une longue lettre du duc de Broglie o il relate sa
  conversation avec les deux ambassadeurs).

    Le 18 fvrier 1833.

... Le charg d'affaires d'Autriche m'a lu hier une lettre de M. de
Metternich, dans laquelle se trouvent dveloppes les vues de
l'Autriche sur les affaires actuelles de la Suisse. M. de Metternich
parat fort proccup des dispositions du parti qui demande
aujourd'hui des modifications notables dans le pacte fdral, et le
succs de cette tentative pourrait, selon lui, amener des
complications fatales aux intrts et au repos de cette partie-l de
l'Europe[70].

Sans partager ni repousser entirement cette opinion, je dois vous
dire qu'avant mme la communication du baron de Neumann, je me sentais
port  croire que nous devions nous opposer en ce moment  toute
altration dans la politique intrieure et extrieure de la Suisse.
Vous savez  quel point vont vite les partis rvolutionnaires, et
s'ils arrivaient jusqu' toucher  la neutralit de la Suisse,
l'Autriche, le Pimont et la France se trouveraient immdiatement
placs dans des situations respectives toutes diffrentes de celles
dans lesquelles ils sont encore aujourd'hui.

Je n'applique pas ma manire de voir  cet gard, simplement  la
Suisse, sur l'tat de laquelle je n'ai que des notions assez vagues;
mais je pense qu'en gnral le gouvernement franais doit viter de
donner de l'encouragement  cet esprit novateur qui, sous le prtexte
d'amliorer, s'est empar d'un grand nombre des pays voisins de
la France. Je crois que, pour le bien de l'Europe, il vaut mieux mme
ajourner les amliorations que de provoquer des secousses.

J'ai parl avec lord Palmerston des affaires de la Suisse,  peu prs
dans le sens que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer; et si
vous partagiez mon opinion, je crois qu'il pourrait tre utile d'en
entretenir lord Granville.

Il serait peut-tre bien aussi de faire comprendre par l'ambassade
franaise en Suisse, que la France repousse d'avance toute
participation dans les tentatives des agitateurs qui se montreront,
sans doute, au sein de la dite helvtique, lors de sa runion au
commencement du mois de mars prochain...

  [70] Des troubles graves agitaient la Suisse depuis deux annes.
  A la suite de la rvolution de Juillet, des insurrections avaient
  clat dans plusieurs cantons; des constitutions cantonales
  nouvelles s'taient tablies, si bien qu'il devenait ncessaire
  de mettre le pacte fdral en harmonie avec les rformes
  particulires. La dite s'assembla le 2 juillet 1832 et dcida
  qu'il y avait lieu de reviser le pacte. Un projet prsent par M.
  Rossi fut vot par elle, quoique avec de nombreuses
  modifications, et soumis  la sanction des cantons. Ce fut
  l'occasion, dans plusieurs cantons, de troubles srieux qui
  dgnrrent en vritables guerres civiles. Aussi la dite
  ajourna-t-elle le _referendum_. La constitution revise ne fut
  pas applique et tout demeura en suspens.

    Le 22 fvrier.

... J'ai reu ce matin seulement, la dpche du 18 de ce mois.
L'expos que vous voulez bien m'adresser des dispositions nouvelles de
la Russie vient de m'tre confirm par le prince de Lieven que j'ai vu
au lever du roi et qui m'a exprim dans les termes les plus
convenables le dsir de son gouvernement d'entretenir de bons rapports
avec la France. Le prince de Lieven doit me montrer ce soir la
dernire dpche qu'il a reue de Ptersbourg et qui est probablement
dans le mme sens que celle qui vous a t communique par le comte de
Mdem.

Avant le lever du roi, j'ai eu l'honneur d'tre reu en audience
particulire par Sa Majest qui m'a longtemps entretenu de son
attachement pour le roi des Franais, de la satisfaction qu'elle
prouvait des heureux succs de son gouvernement et de la confiance
toute particulire qu'elle plaait en vous, monsieur le duc. En
tout, je n'ai eu qu' me louer de l'accueil et du langage bienveillant
de Sa Majest...

    Le 4 mars.

... M. le comte Pozzo quitte aprs-demain Londres pour retourner 
son poste de Paris. Je puis dire encore une fois qu'il ne m'est rien
revenu du langage de cet ambassadeur pendant son sjour ici qui ne
soit trs convenable pour nous. En gnral, la prsence  Londres du
comte Pozzo aura t dans mon opinion plutt utile aux affaires que le
gouvernement franais y traite en ce moment...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 9 mars 1833.

    Mon prince,

Je voudrais que mon courrier pt vous porter quelque nouvelle, mais
nous en sommes fort striles. Le ministre marche assez bien ici, et
tout semble annoncer que nous atteindrons la fin de la session sans
encombre. La majorit se tient bien, et ne se dsunit que sur des
questions de peu d'importance; nos ennemis sont en grande division et
en pleine droute: Dupin, surtout, est en dcadence complte. Du
dehors, je ne sais rien; la politique me parat stationnaire et en
expectative, soit du ct de la Hollande, soit du ct de la Belgique,
soit du ct de l'Orient.--Nous ne croyons pas pouvoir congdier la
duchesse de Berry, avant ses couches; il y a une espce de
semi-complot carliste, pour nous y entraner, afin qu'une fois hors de
nos mains, elle puisse tout nier. Ce n'est qu'aprs l'vnement que le
parti aura perdu toute esprance, et nous sommes obligs
d'ajourner jusque-l l'amnistie.--Il me semble que le ministre va
trs bien en Angleterre...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 14 mars 1833.

... Hier, au lever du roi, lord Grey m'a entretenu de la sance de la
Chambre des dputs de France, dans laquelle il a t parl de
l'occupation d'Alger[71]. Il m'a exprim des regrets trs vifs du
langage qui avait t tenu dans cette occasion, et qui lui causera,
m'a-t-il assur, de trs grands embarras  la Chambre des lords, o la
question sera incessamment traite.--Il aurait dsir que le
gouvernement du roi vitt de prendre des engagements aussi positifs,
aprs surtout que les promesses faites  l'Angleterre par le dernier
gouvernement franais, ont t si hostilement rvles l'anne
dernire par lord Aberdeen.

J'ai d rpondre  lord Grey que j'aurais l'honneur de vous faire
part de ses observations et j'ai ajout que le discours prononc par
M. le prsident du conseil  ce sujet, renfermait plusieurs phrases
assez vagues pour qu'on ne pt pas prjuger les intentions du
gouvernement du roi  l'gard de l'occupation d'Alger, et que
d'ailleurs je croyais qu'on n'avait jamais song  faire de ce
territoire qu'une colonie de rpression.

Il serait, je pense, utile de vrifier la nature des promesses qui,
d'aprs lord Aberdeen, auraient t faites par le prince de Polignac.
Les traces doivent exister aux affaires trangres.

Vous comprendrez, monsieur le duc, que dans la position assez
difficile du cabinet anglais, il redoute le moindre choc qui lui
viendrait du dehors, et surtout de la part de notre gouvernement qui
s'est montr oppos  ses vues dans les questions de douane. Il ne
connat pas encore exactement l'esprit de la nouvelle Chambre des
communes, et il craint, peut-tre avec raison, qu'une discussion
souleve mal  propos ne puisse avoir une fcheuse influence sur les
dlibrations de cette Chambre qui, en ce moment, est occupe des
affaires les plus compliques et les plus importantes.

Je sais bien, d'autre part, que le gouvernement du roi a aussi ses
embarras parlementaires, et j'ai plus d'une fois regrett que, dans
notre Chambre des dputs, on ne comprt pas mieux les vritables
intrts de la France, et qu'on soulevt imprudemment des questions
pour lesquelles le silence serait utile. Dans le parlement anglais,
l'opposition mme ne chercherait pas  embarrasser le gouvernement par
des demandes indiscrtes qui pourraient compromettre les intrts
matriels du pays...

    Le 18 mars 1833.

... J'ai prouv une satisfaction bien vive en lisant le
post-scriptum de votre dpche numro 34, qui contient la dpche
tlgraphique du charg d'affaires de France  Vienne. Les nouvelles
qu'elle donne de Constantinople et qui m'ont t confirmes par
le charg d'affaires d'Autriche, me paraissent tre de la plus haute
importance. Je dois fliciter le gouvernement du roi d'un rsultat tel
que celui obtenu par l'amiral Roussin; c'est un grand et beau succs
pour l'honneur de la France et pour la tranquillit de l'Europe. Je
suis convaincu que nous en ressentirons bientt tous les bons effets
et que la politique actuelle de la France laissera une profonde
impression dans les diffrents cabinets[72].

Le baron de Neumann m'a communiqu la dpche qui lui a t crite, 
ce sujet, par le prince de Metternich: les dtails qu'elle renferme
vous seront parvenus aprs la dpche tlgraphique; mais je puis vous
dire que cette lettre de M. de Metternich est remarquable par la
satisfaction qu'elle exprime de voir les tentatives de la Russie
djoues[73]. Il est vident que toutes les puissances qui sont
appeles  recueillir le fruit de nos efforts doivent partager les
sentiments du cabinet de Vienne. Nous en retirerons pour nous
l'immense avantage d'avoir exerc le plus noble patronage dans la
solution d'une question  la fois franaise et europenne, et d'avoir,
par un nouveau lien, rattach nos intrts  ceux des autres
gouvernements. C'est, je le rpte, un beau succs, qui place le
gouvernement du roi dans la position leve qui lui convient...

  [71] Sance du 8 mars. A l'occasion des crdits demands pour
  l'arme d'Afrique, le marchal Soult, prsident du conseil, avait
  fait la dclaration suivante: ... J'ai dj dit qu'il n'y a
  aucun engagement de pris relativement  Alger envers les
  puissances trangre. La France pourra faire de ce pays tout ce
  qu'elle jugera convenable d'aprs sa politique. Les mesures qu'a
  prises le gouvernement et les fonds mmes que nous vous demandons
  rendent peu vraisemblable que nous songions  abandonner le
  pays...

  [72] Voici ce qui s'tait pass  Constantinople:

  L'amiral Roussin, ambassadeur de France, tait arriv le 17
  fvrier  Constantinople, au moment o les Russes entraient dans
  le Bosphore. Il dclara aussitt qu'il partirait sur l'heure si la
  Porte ne rclamait pas le dpart de la flotte russe. Le sultan
  rpondit que la flotte russe tait sa seule sauvegarde contre les
  troupes d'Ibrahim. L'amiral rpliqua qu'il se faisait fort
  d'imposer la paix  Mhmet et de lui faire accepter les
  conditions que lui apportait Halil (voir page 126 et note). Le
  divan, heureux de voir la France pouser si chaudement ses
  intrts, rclama aussitt le dpart des Russes qui se retirrent
  peu de jours aprs. Cette retraite fut d'abord considre comme
  une victoire pour la France, mais, le mois suivant, Mhmet ayant
  nettement refus les conditions d'Halil malgr les instances de
  l'amiral, le sultan rappela les Russes, et la situation de notre
  ambassadeur, qui s'tait engag imprudemment, devint trs
  difficile.

  [73] Tel tait galement le sentiment du cabinet anglais, s'il
  faut en croire ce qu'crivait lord Palmerston  son frre, sir
  William Temple: Roussin, dit-il dans sa lettre du 21 mars, a
  admirablement termin la dispute entre le Turc et l'gyptien et a
  bien fait de renvoyer l'amiral russe la queue entre les jambes
  (_Correspondance intime de lord Palmerston_).


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 18 mars 1833.

    Mon prince,

Je sens comme vous tout ce qu'il y a de fcheux, de sot et de puril
 mettre en ce moment l'affaire d'Alger sur le tapis. Mais nous avons
affaire  des gens si draisonnables qu'il n'est pas possible d'viter
toute discussion sur ce misrable sujet. Toutefois, il est un point
que je dsire voir bien clairci entre le ministre anglais et nous:
c'est le fait des engagements pris envers l'Angleterre au sujet
d'Alger. J'ai fait dpouiller avec soin, avant de parler, toute la
correspondance; elle dpose,  chaque page, non seulement de l'absence
de tout engagement, mais de la rsistance obstine  tout engagement
de cette nature, rsistance qui s'est perptue jusqu'au moment mme
de la prise d'Alger, et qui avait presque amen une rupture entre la
France et l'Angleterre. J'ai fait venir M. de Bois-le-Comte[74], qui
tait directeur des affaires politiques sous M. de Polignac: je
l'ai interrog  fond sur ce point; il proteste que jamais aucun
engagement quelconque n'a t pris. Enfin je l'ai charg de me faire
un gros mmoire sur toute l'affaire d'Alger; je ferai extraire de ce
mmoire tout ce qui concerne l'Angleterre, et je vous l'adresserai,
afin que vous en puissiez faire tel usage que de raison. Je tiens donc
essentiellement, d'une part,  bien constater que je n'ai point parl
lgrement sur ce sujet; d'une autre part,  bien m'entendre avec le
gouvernement anglais sur la valeur et la nature de ces engagements
prtendus, dont nous ne trouvons ici, ni dans les documents, ni dans
la mmoire des personnes attaches au dpartement, aucune trace
quelconque. Soyez assez bon, mon prince, pour en dire un mot  lord
Palmerston. Je serais trs fch, je le rpte, qu'on pt m'accuser,
avec la moindre apparence de raison, d'avoir rtract des engagements
pris mme par M. de Polignac...

  [74] Charles-Joseph-Edmond, comte de Bois-le-Comte, n en 1796,
  entra en 1814 dans la diplomatie, alla  Vienne, Ptersbourg et
  Madrid. En 1829, il devint directeur des affaires politiques au
  ministre des affaires trangres. Sous la monarchie de Juillet,
  il devint ministre en Portugal, en Hollande et en Suisse. Il fut
  cr pair de France en 1845. Il mourut en 1863.


LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

_Traduction_

    Downing-Street, le 21 mars 1833.

    Mon prince,

Je vous rends, ci-jointes, avec bien des remerciements, les pices
que vous m'avez fait l'honneur de me confier.

J'y trouve tout le bon esprit et toute la droiture de M. le duc de
Broglie, et j'en conois l'esprance que nous pourrons nous entendre
sur l'affaire d'Alger d'une manire conforme aux relations amicales
des deux gouvernements et aux intrts europens qui s'y attachent.

    Je vous prie...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 22 mars 1833.

    Monsieur le duc,

... J'ai communiqu  lord Grey ce qui est relatif  la question
d'Alger; j'ai plus que jamais lieu de croire qu'on attache ici
beaucoup d'importance  cette question. Je recevrai avec
reconnaissance le mmoire que vous m'annoncez. Lord Palmerston a
charg l'avocat de la couronne d'en faire un sur le mme sujet; comme
il n'y a pas de pices, je ne sais pas sur quoi il pourra le baser;
des lettres de lord Stuart  son gouvernement, rapportant des
communications verbales, me paraissent devoir fournir peu d'arguments
 des gens de bonne foi.

Je ne suis point surpris du mcontentement que produiront sur le
gouvernement russe et sur ses agents les rsultats obtenus 
Constantinople par l'amiral Roussin; on comprend aisment, qu'aprs
avoir pris la direction d'une affaire de cette importance, le cabinet
russe soit bless de la voir termine par notre intervention. Ce
n'est, du reste, qu'une question d'amour-propre pour lui, mais c'est
pour cela mme que je pense que nous devons montrer, avec plus de
modration encore, la satisfaction d'un succs que chacun saura
apprcier.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 22 mars 1833.

    Mon prince,

... Je suis bien aise que vous soyez satisfait de la conduite de
l'amiral Roussin. Ses instructions taient de faire en sorte, par
tous les moyens licites et raisonnables, d'empcher que les Russes
n'occupassent Constantinople, _du consentement de la Porte_, bien sr
que s'ils l'occupent _contre le gr_ de la Porte, cela deviendra tout
de suite une affaire europenne, et que nous aurons plus d'allis
qu'il ne nous en faut pour les faire dguerpir. Roussin a trs bien
agi. Je m'attends  une bourrasque de Saint-Ptersbourg, terrible;
mais aprs tout, que peuvent-ils faire? Ils ne peuvent argumenter que
contre le _procd_, et alors je rtorquerai l'argument, et je me
plaindrai de la dissimulation qu'ils ont mise dans toute cette
affaire, du peu de sincrit de la communication de la mission de
Mourawieff... Le pauvre Pozzo est dans des transes mortelles de se
voir rappel; le reste de la diplomatie est assez en moi.

Je suis bien joyeux de l'approbation que tout ceci a rencontr en
Angleterre. L'extrme froideur avec laquelle le gouvernement anglais
avait accueilli, depuis trois mois, nos diverses ouvertures
relativement aux affaires d'Orient, me faisait craindre d'tre
abandonn dans cette conjoncture, et c'est pour cette raison que, dans
le petit article insr avant-hier dans nos journaux, je n'ai point
fait mention de la lgation anglaise. Je craignais que le gouvernement
anglais ne nous accust de vouloir le compromettre dans cette affaire;
mais, du moment qu'il tmoigne l'envie d'y figurer et d'en prendre sa
part,  cela ne tienne, je vais faire rdiger demain un autre article
o la lgation anglaise aura presque le beau rle. J'esprais, ce
matin, avoir une interpellation  la Chambre des dputs, o j'aurais
plac dans ma rponse la lgation anglaise en premire ligne, mais nos
adversaires ont trouv le terrain trop bon pour nous, et ils ont vot
les fonds que nous demandions pour des armements dans la
Mditerrane, sans mot dire et  l'unanimit. Ne serait-il pas
possible que les Anglais envoyassent quelques renforts  leur station
navale: qu'ils en fissent mine seulement, cela serait du meilleur
effet...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 28 mars 1833.

    Monsieur le duc,

Dans une des dernires dpches que vous m'avez fait l'honneur de
m'adresser, vous avez bien voulu me parler d'un entretien que sir
Stratford Canning aurait eu avec M. de Rayneval et duquel il
rsulterait que l'Angleterre ne serait pas loigne de traiter la
question portugaise sur la base de la reconnaissance de dom Miguel.

J'ai dj t dans le cas de vous exposer les difficults qui
s'opposaient  ce que je pusse me procurer des renseignements sur les
intentions prcises du cabinet anglais  l'gard du Portugal et de
l'Espagne. Je puis vous dire cependant que j'ai plus d'une fois
entretenu lord Palmerston de l'tat de la pninsule, et que le langage
qu'il m'a tenu dans ces diffrentes occasions me persuade que
l'Angleterre n'a aucun plan arrt pour mettre fin  l'tat de choses
qui existe en Portugal. Je suis mme port  croire que depuis le
dpart de sir Stratford Canning, et depuis surtout que ce diplomate a
chou dans la ngociation qu'il devait suivre  Madrid, le cabinet
anglais s'est  peu prs livr aux vnements pour la solution de la
question portugaise. Il attend les informations de sir Stratford
Canning, et je crois qu'il ne lui a pas envoy d'autres
instructions que celle de se diriger d'aprs les circonstances.

Je ne vous envoie pas la note remise le 3 fvrier par sir Stratford
Canning  M. de Za, ni la rponse que celui-ci a faite sous la date
du 28 fvrier; je les ai entre les mains, mais je suppose que M. de
Rayneval n'aura pas manqu de vous transmettre des copies de ces deux
pices.

Je vous renouvelle l'assurance que je ne ngligerai rien pour me
procurer tous les renseignements qu'il me sera possible d'obtenir sur
la marche du gouvernement anglais dans les affaires de Portugal et
d'Espagne, et que je m'empresserai de vous les communiquer...


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, le 25 mars 1833.

Je viens vous annoncer, mon cher prince, une visite que vous aurez
bientt  Londres: c'est celle de Chartres. Notre cher roi pense que
ce voyage qu'il lui a tmoign le dsir de faire ne pourra que
produire un bon effet. Lord Granville,  qui le duc de Broglie en a
parl, est de cet avis. Chartres m'a demand hier soir de vous en
parler, et nous serions bien aises de savoir ce que vous en pensez. Je
crois que pour notre jeune homme c'est une bonne et utile chose; il
veut en faire une chose d'instruction et bien voir tous les beaux
tablissements, tous les perfectionnements, les chemins de fer, etc.
Vous serez un bien bon guide pour lui dans ce voyage. Son projet est
de partir d'ici le jour de Pques, le 7 avril au soir, et d'tre de
retour ici pour le 1er mai, jour de la fte du roi, qui crira
peut-tre au roi d'Angleterre pour lui parler du voyage de Chartres.
Qu'en pensez-vous?...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 9 avril 1833.

    Monsieur le duc,

La sant de lord Palmerston ne lui a pas encore permis de me recevoir
aujourd'hui, il n'a vu personne. J'ai pass inutilement aussi chez le
ministre de la marine, sir James Graham[75], qui est aussi indispos,
mais je suis parvenu  voir lord Grey, auquel j'ai pu donner
connaissance des faits contenus dans la dpche que vous avez bien
voulu m'crire le 4 de ce mois, au sujet des affaires d'Orient.

Lord Grey m'a dit que l'Angleterre ne restait point inactive dans
cette grave circonstance et que des ordres avaient t expdis pour
que tous les btiments disponibles de la station du Tage et des
diffrentes croisires anglaises dans la Mditerrane se rendissent
immdiatement devant Alexandrie. Cette force maritime est charge
d'appuyer la ngociation du colonel Campbell. Vous avez eu
connaissance des instructions qu'il a reues en se rendant 
Alexandrie; vous pouvez, par consquent, juger la ligne de conduite
qu'il suivra.

Dans le cas o le pacha d'gypte se refuserait  consentir aux
propositions approuves par le colonel Campbell, l'escadre anglaise ne
laissera sortir aucun btiment de guerre de Mhmet des ports de
l'gypte, et interceptera en mme temps tout transport d'hommes ou de
munitions qu'on essayerait d'envoyer  l'arme d'Ibrahim.

On a, de plus, adress au commandant des forces navales anglaises
dans la Mditerrane l'ordre de se concerter avec l'amiral franais,
si la ngociation du colonel Campbell chouait  Alexandrie.

Telles sont les communications qu'en l'absence de lord Palmerston
j'ai reues de lord Grey.

Il semblerait rsulter des renseignements que vous avez eus de Vienne
et que vous m'avez fait l'honneur de me transmettre, que M. de
Metternich serait fort agit des vnements qui se passent en Orient
et qu'il prouverait une inquitude secrte des projets ultrieurs de
la Russie. Les informations venues de Vienne  Londres, soit au
cabinet, soit aux ministres trangers, dont j'ai eu connaissance, ne
sont pas dans le mme sens. Les dpches et les lettres particulires
annoncent, au contraire, que M. de Metternich cherche  rassurer ceux
qui se montrent effrays de la prsence des Russes dans le Bosphore,
et qu'il a une confiance pleine et entire dans les assurances donnes
par le cabinet de Ptersbourg et par l'empereur Nicolas.

Il est dit aussi dans les renseignements que vous avez de Vienne que
l'opinion publique s'y est fortement prononce contre la Russie. Je
m'tonne un peu d'entendre parler de l'opinion publique de Vienne; mes
souvenirs, mes relations actuelles m'avaient laiss croire qu' Vienne
il n'y avait point d'opinion publique; il y a bien une opinion de
socit, mais cette socit est une: elle n'est point divise, et
c'est M. de Metternich qui la dirige; ce serait, je crois, s'abuser
beaucoup que de compter trouver l un auxiliaire dans l'opinion
publique.

Du reste, on croit gnralement  Londres que les affaires prsentes
d'Orient s'arrangeront, parce que les quatre grandes puissances, y
compris la Russie, qui y ont des intrts plus ou moins directs,
paraissent toutes tendre vers le mme but, qui est le maintien de
l'existence de l'empire ottoman...

    Le 11 avril 1833.

... La poste d'aujourd'hui nous a apport le rcit des vnements qui
se sont passs  Francfort, et qui semblent tre assez graves[76]. Je
vous prie de les juger sous le rapport que j'ai eu l'honneur de vous
indiquer plusieurs fois dans mes dpches, c'est--dire sous le
rapport de l'influence qu'ils auront sur le cabinet autrichien. M. de
Metternich ne montre une confiance entire dans les intentions de la
Russie que parce qu'il est domin par la crainte des troubles que
l'esprit rvolutionnaire pourrait essayer de produire en Allemagne et
en Italie. Il est, en gnral, dispos  sacrifier la politique
extrieure de l'Autriche  ce qu'il croit tre le principe essentiel
de sa politique intrieure, et, comme il trouve en ce moment dans le
gouvernement russe un ennemi dclar de l'esprit d'innovation, il est
bien dtermin  se joindre  lui pour rprimer toutes les tentatives
des agitateurs allemands ou italiens. Ce n'est pas qu'il nglige
absolument les intrts importants de la Hongrie et de l'Autriche
dans les affaires d'Orient, mais ce n'est pour lui qu'une question
secondaire.

Je ne suis point surpris des insinuations qui vous ont t faites par
MM. d'Appony et de Werther pour tablir  Vienne une confrence sur
les affaires d'Orient; c'est encore une inspiration de M. de
Metternich qui, depuis l'existence de la confrence de Londres, n'a
pas dissimul son mcontentement de voir les affaires se traiter hors
de son influence directe, et qui emploie tous ses efforts pour les
ramener  lui; c'est, je crois, tout simplement une question
d'amour-propre[77]...

  [75] Sir James Graham, n en 1792, dput aux Communes, fut
  premier lord de l'amiraut dans le cabinet Grey. En 1841, il
  devint ministre de l'intrieur, et, en 1852, ministre des
  colonies. Il mourut en 1861.

  [76] Une insurrection sanglante avait clat  Francfort le 3
  avril. C'tait le dernier pisode de la fermentation et des
  troubles qu'avait suscits dans toute l'Allemagne la rvolution
  de Juillet. Le mouvement fut touff par les troupes de la dite
  et le territoire de la rpublique fut occup militairement par
  l'Autriche.

  [77] M. de Metternich, en effet, dsirait trs vivement attirer
  hors de Londres le centre des ngociations, particulirement en
  ce qui regardait les affaires d'Orient. Dj au mois de janvier
  il avait fait faire en ce sens, auprs du cabinet de Saint-James,
  des insinuations qui avaient t repousses. Au commencement de
  fvrier, au moment o les cours de Berlin et de Vienne
  cherchrent  se rapprocher de la France (voir page 127 et note),
  une dmarche qui, au fond, avait le mme but, fut tente auprs
  du cabinet des Tuileries. Lorsque les vnements se prcipitrent
  en Orient et qu'un accord fut conclu  Constantinople entre le
  sultan et le pacha d'gypte (voir page 175), le dpit de M. de
  Metternich s'accrut encore: il s'adressa  M. de Sainte-Aulaire,
   qui il rpta la proposition qu'il avait dj faite  lord
  Palmerston et au duc de Broglie. Celui-ci, en instruisant le
  prince de Talleyrand de ces incidents, ajoutait: Le prince de
  Metternich, en apprenant par M. de Sainte-Aulaire les termes de
  l'arrangement conclu le 5 de ce mois, a manifest une assez vive
  motion et de l'inquitude. Il attache au territoire d'Adana une
  telle importance que, tout en pensant que les puissances doivent
  unir leurs efforts pour maintenir la transaction convenue entre
  la Porte et le pacha, il croit qu'il est indispensable de le
  modifier  cet gard. Il parle vaguement de la ncessit de
  s'entendre sur la question d'Orient et d'tablir  cet effet 
  Vienne non pas un congrs, non pas mme une confrence rgulire,
  mais un centre de dlibrations. Tout cela est bien confus et se
  ressent singulirement de la situation fausse et incertaine o le
  cabinet de Vienne s'est plac par rapport aux vnements de
  l'Orient (_Dpche du 26 mai_). Le cabinet des Tuileries refusa
  d'accder  la demande de l'Autriche: Nous ne donnerons aucune
  suite  la proposition autrichienne, crivait le duc de Broglie,
  huit jours plus tard; M. de Sainte-Aulaire dira seulement  M. de
  Metternich qu'il est autoris  discuter avec lui toutes les
  ouvertures que le chancelier croira devoir lui faire par rapport
   l'tat de l'empire ottoman (_Dpche du 3 juin_).


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 12 avril 1833.

    Mon prince,

Je me reproche de ne pas vous avoir entretenu plus au long du voyage
de M. le duc d'Orlans. Lorsqu'il en a t question pour la premire
fois, les petites difficults dont il peut tre l'occasion ne
m'avaient pas frapp, je l'avoue, autant qu'elles auraient d me
frapper. Cela m'avait paru une chose assez simple, et, pour tout dire,
je n'y avais pas assez rflchi lorsque j'ai fait l'tourderie d'en
parler  lord Granville comme d'une chose ventuelle et possible avant
que la rsolution en ft arrte. Il m'a pris au mot, en a crit
sur-le-champ  son gouvernement, en m'assurant que rien ne serait plus
agrable au roi d'Angleterre. Cependant, en y pensant davantage, il
m'a paru, non point que la chose ft mauvaise  faire, mais qu'il
tait bon de s'y prparer et de prendre des mesures pour qu'elle
russt bien. C'est dans ce but que j'ai contribu de mon mieux 
faire diffrer le voyage. M. le duc d'Orlans ne veut ni de l'attitude
de prince royal, ni de celle de prince voyageant incognito. Reste 
savoir comment on peut lui mnager une rception convenable dans cette
position intermdiaire. Quant  moi, je ne sais si je me trompe, mais
j'insiste beaucoup auprs du roi et auprs de lui pour qu'il ait en
Angleterre l'attitude la plus aristocratique possible, et qu'il ne
donne pas aux gens qui ne demanderaient pas mieux que de le traiter en
parvenu un prtexte pour cela. Je l'ai pri d'y bien rflchir, puis
de me communiquer ses ides sur le nombre et l'espce de
personnes qui doivent l'accompagner, sur l'tiquette  laquelle il
veut se rsigner, sur tous les accessoires, en un mot, du voyage tel
qu'il le conoit. Lorsqu'il m'aura fait part de ses ides sur ce
sujet, je vous en crirai, et vous demanderai vos bons conseils pour
m'aider  rectifier ce qu'il pourrait y avoir de dfectueux. M. le duc
d'Orlans a beaucoup acquis; je suis certain que sa tenue sera bonne,
son dsir d'aller en Angleterre tient plutt  l'envie d'chapper  la
vie oisive de Paris qu' toute autre chose. Il est ici absolument
tranger  toute politique, peut-tre trop, car cela le rend plus
dissip qu'il ne le serait naturellement. Au demeurant, nous avons au
moins un mois devant nous, et d'ici l, j'aurai le temps de recevoir
vos directions sur ce qui pourra le mieux russir.

Nos affaires d'Orient se compliquent un peu, mais je crois cependant
que nous en viendrons  bout.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 15 avril 1833.

    Mon cher duc,

Le retard apport au voyage de M. le duc d'Orlans a l'avantage de
lui faire viter la petite pidmie qui rgne ici: elle a saisi lord
Palmerston et M. Dedel; le roi de Hollande, malade aussi, ne rpond
pas...

J'espre que M. le duc d'Orlans ne quittera Paris qu'aprs le
prochain dnouement de Blaye: il ne saurait tre commode, pour un
aussi proche parent et dans des circonstances aussi particulires, de
se trouver dans un pareil moment sur une terre trangre. On ne porte
ici aucun intrt politique  madame la duchesse de Berry, mais
elle a inspir une grande piti. Pourquoi donc M. le duc d'Orlans,
qui est matre de choisir son moment, ne remettrait-il pas son voyage
aprs la dlivrance de sa cousine?

Ma dpche d'aujourd'hui est bien pauvre, car la semaine qui vient de
s'couler a t fort terne, en apparence du moins. Si l'on en croyait
les bruits qui circulent, elle se serait passe dans une guerre
intestine qui menacerait le cabinet d'une prochaine modification. Sans
croire  un rsultat aussi srieux, il faut cependant que le ministre
prouve, non seulement de fortes difficults parlementaires, mais
encore des difficults de cabinet par les nuances d'opinion de ceux
qui le composent. Je ne crois pas les choses assez avances dans cette
route pour en faire un sujet de dpche; je vous avoue, d'ailleurs,
tout naturellement, mon cher duc, que je n'ai pas grande opinion de
l'importance que l'on attache chez nous au secret. J'ai eu plusieurs
fois, depuis trois ans, raison de craindre que ce qui se passait au
conseil  Paris devenait promptement le domaine des salons. L'orage
qui gronde ici, dans mon opinion particulire, passera sans clater,
mais il ne faudrait pas qu'il revnt ici que j'ai appel votre
attention sur les difficults intrieures de l'administration...

    Le 18 avril 1833.

J'ai vu hier lord Palmerston. En lui parlant des affaires du Levant,
je me suis servi utilement des rflexions que contenait votre dpche
numro 47, pour lui faire comprendre l'inconvnient d'un dsaccord
mme apparent, entre la Grande-Bretagne et la France, dans les
ngociations suivies en ce moment  Alexandrie et  Constantinople.
Il a apprci l'importance de ces rflexions, et m'a rpondu que les
instructions du colonel Campbell lui prescrivant  peu prs de
conformer sa conduite  celle du consul gnral de France, il ne
doutait point que notre action sur ce point ne ft simultane; qu'
l'gard de Constantinople, il n'avait pu approuver entirement la
vivacit que l'amiral Roussin avait dploye ds le dbut de la
mission qui lui tait confie[78]; que le charg d'affaires
d'Angleterre, qui tait sans instructions, avait d montrer une
rserve qui convenait mieux  sa position secondaire et peut-tre
aussi aux circonstances dans lesquelles il se trouvait plac.

Je suis bien aise que vous ayez charg lord Granville de prsenter 
lord Palmerston les observations que vous a inspires la conduite de
l'Angleterre dans les affaires d'Orient. J'ai t dj plus d'une fois
dans le cas de vous faire remarquer que le cabinet anglais, domin
soit par la proccupation des progrs de la puissance gyptienne, soit
par l'indiffrence qu'il apporte dans les questions de politique
extrieure qu'il ne croit pas l'intresser directement, a toujours
accueilli froidement les propositions que je lui ai faites  diverses
reprises. Je verrai donc avec plaisir lord Granville me prter l'appui
de son opinion prs des membres du cabinet.

Lord Palmerston m'a dit que le charg d'affaires d'Autriche lui avait
fait part du projet de M. de Metternich que vous avez bien voulu me
communiquer, et qui consisterait  traiter  Vienne les diffrentes
questions relatives aux affaires du Levant[79]. M. de Metternich
ne voudrait pas que cette ngociation prt la forme d'un congrs ou
d'une confrence; il craindrait, sans doute, de paratre imiter en
quelque chose ce qui s'est fait  Londres. Lord Palmerston n'est pas
loign d'adopter l'ide de M. de Metternich dans ce qui se rapporte
au concours des quatre puissances pour rgler la pacification du
Levant: car il pense, et je partage cette opinion, que la meilleure
manire de neutraliser les mauvaises intentions de la Russie est de
l'appeler  concourir  toutes les ngociations et de la lier ainsi
par des engagements qu'elle ne refuserait que difficilement de
prendre. La Russie, agissant seule, doit appeler la plus grande
surveillance: agissant avec les trois autres puissances, le danger de
son action est trs affaibli. Mais, d'autre part aussi, lord
Palmerston voudrait que cette affaire se traitt plutt 
Constantinople qu' Vienne. Les motifs apparents qu'il fait valoir
sont la ncessit d'tre sur les lieux mmes dans une affaire de cette
importance, et l'embarras des distances. Je crois bien cependant que
la vritable raison qui lui fait prfrer Constantinople  Vienne est
l'ide que M. de Metternich, en attirant cette ngociation  Vienne,
ne parvnt bientt  y appeler les affaires de l'Europe et  diminuer
par l l'influence de l'alliance intime de la France et de
l'Angleterre, qui l'offusque toujours. Dans mon opinion,
Constantinople est prfrable, parce qu'on viterait l l'inconvnient
des retards, qui est si grave dans l'tat de faiblesse de l'empire
ottoman. Je suppose que la confiance que le gouvernement du roi a
place dans l'amiral Roussin ne pourrait que s'accorder avec le
choix de cette ville pour le centre de la ngociation...

  [78] Voir page 134.

  [79] Voir page 144.

    Le 25 avril 1833.

J'ai lu avec un vif intrt la lettre de M. Bresson du 14 avril, que
vous m'avez fait l'honneur de me communiquer[80], et j'avoue que je
fonde beaucoup d'espoir sur les rsultats de la prsence du comte
Matusiewicz  Berlin pour la solution de notre ngociation avec le roi
des Pays-Bas. Il ne conviendrait pas, je crois, en ce moment, au
succs de l'affaire hollando-belge de tmoigner de la mfiance sur les
dmarches du cabinet russe, et il faut, au contraire, en tirer tous
les avantages qu'elles peuvent nous offrir. Ma vieille exprience m'a
appris qu'il est des circonstances o la confiance, mme un peu
hasarde, devient de l'habilet. Cette opinion prend plus de force et
de valeur encore lorsqu'on trouve un gage de scurit dans les
intrts bien fonds et bien distincts de ceux  qui on se confie.

C'est galement sur ce principe que j'tablis la ncessit pour la
France, la Grande-Bretagne et surtout pour l'Autriche, de rclamer le
concours de la Russie dans les affaires d'Orient, parce que je suis
persuad qu'il entre dans les vritables intrts de la Russie de
rassurer l'Europe, _pour_ _le prsent_, sur les projets ambitieux
qu'on lui suppose. Le langage conciliant et plein d'abngation que M.
de Lieven n'a pas cess de tenir ici n'a pu que me confirmer dans
cette opinion.

Les dernires nouvelles de Constantinople parvenues  Londres y ont
caus des alarmes peut-tre exagres et qui tiennent surtout, je
pense,  ce qu'on n'tait pas prpar  la marche si rapide des
vnements. Il y a eu videmment imprvoyance de la part des
gouvernements, et c'est  une prompte rparation de cette imprvoyance
qu'il faut pourvoir aujourd'hui.

Le ministre anglais, qui, jusqu' prsent, s'tait assez lgrement
occup de cette grave question, commence enfin  l'apprcier  sa
juste valeur. Lord Grey et lord Palmerston m'ont parl tous deux, avec
inquitude, de l'tat de l'Orient, avant mme l'arrive de lord
Granville. Je ne doute pas que la prsence de cet ambassadeur 
Londres ne contribue  veiller davantage l'attention du cabinet
britannique sur ce point.

J'ai beaucoup rflchi sur ce qu'il y aurait de plus utile  faire
pour le Levant, et s'il est trs difficile de former des combinaisons
sur des vnements aussi compliqus et aussi incertains que ceux qui
se passent en Asie, il est du moins possible de se tenir en mesure
d'attnuer leurs consquences fcheuses, en prvenant pour un avenir
rapproch de dangereuses collisions, ou bien de sanctionner les
rsultats de ces vnements s'ils offrent vraiment quelque garantie
aux gouvernements europens.

Les dernires circonstances ayant rendu  chacun son indpendance,
mes rflexions m'ont affermi dans l'ide que, pour finir
aujourd'hui les affaires d'Orient d'une manire quelque peu rassurante
pour l'Europe, le concours des quatre puissances est absolument
ncessaire. Ce concours devrait tre exprim par une transaction
quelconque qui contiendrait l'engagement formel de la part des
puissances contractantes de ne recevoir aucune augmentation
territoriale aux dpens de l'empire ottoman. Un tel engagement
n'aurait rien d'inusit; il a mme, rcemment encore, t appliqu 
la question grecque, lorsque les trois puissances signataires du
trait du 6 juillet 1827 ont promis de ne faire porter le choix du
souverain de la Grce sur aucun des membres des familles rgnantes en
France, en Russie et en Angleterre.

Nous n'prouverions aucun embarras  l'gard d'Alger par un pareil
engagement, le principe de notre expdition ayant reu dans le temps
l'approbation pleine et entire de la Russie et de l'Autriche. Il
suffirait d'ailleurs, pour nous mettre parfaitement  couvert, de
choisir une poque qui ne pourrait pas laisser de doute sur notre
droit  une occupation permanente du territoire d'Alger.

J'ai communiqu  lord Palmerston l'avis que je viens d'avoir
l'honneur de vous exposer; il sera soumis ce soir  un conseil de
cabinet, et j'espre tre demain en tat de vous faire connatre une
rsolution dfinitive...

  [80] Dans cette dpche, M. Bresson annonait l'arrive  Berlin
  du comte Matusiewicz avec mission d'inviter le cabinet prussien 
  s'associer  la note du 2 avril. On se rappelle (voir page 89)
  que cette note avait t adresse par le prince de Talleyrand et
  lord Palmerston  M. Dedel en rponse aux propositions
  inadmissibles qu'il avait formules dans son projet du 23 mars.
  M. Bresson rendait compte des dmarches de M. Matusiewicz qui,
  disait-il, avait persuad le roi de Prusse. Il vantait sa
  hardiesse, car il agissait ainsi sans en avoir spcialement
  rfr  sa cour. Il parlait aussi de ses sollicitations dans le
  mme but auprs du ministre autrichien qui n'y avait pas rpondu
  et avait demand des instructions  Vienne.

    Le 25 avril 1833.

    Mon cher duc,

Cette affaire d'Orient devient bien forte. Il est vraiment un peu
trange que l'amiral Roussin ne se soit pas assur des dispositions
d'Alexandrie avant de se porter fort  Constantinople[81]: c'est
ce qui nous a tous tromps. Mais enfin il faut prendre les choses o
elles sont parvenues. Ici, d'une longue lthargie on passe  une sorte
d'pouvante; cette alarme n'a cependant produit aucun expdient:
chacun alors est venu me parler et me demander mon avis. J'ai pu dire
ce que je croyais tre, _dans mon opinion particulire_, la seule
bonne issue. Vous en trouverez les dtails dans ma dpche
d'aujourd'hui. Demain je pourrai vous en dire davantage; mon projet
_verbal_ devant tre soumis ce soir  un conseil de cabinet. Lord
Palmerston l'a accept ce matin avec empressement; mais, isole, son
opinion ne suffit pas pour un commencement d'excution qui, cette
fois-ci, je l'espre, ne se fera pas attendre, ceci tant surtout une
question d'-propos. A demain...

  [81] Voir page 134.

    Le 26 avril 1833.

La rsolution dont j'ai eu l'honneur de vous entretenir dans ma
dpche d'hier a t adopte par le cabinet anglais. Il va, je crois,
proposer aux gouvernements d'Autriche, de France et de Russie, de
conclure une convention qui, dans trois articles  peu prs,
renfermerait:

1 L'engagement de ne consentir  aucun dmembrement de l'empire
ottoman, soit au profit d'une des quatre parties contractantes, soit 
celui de toute autre puissance;

2 L'assentiment donn par les quatre cours  tout arrangement conclu
entre la Porte ottomane et le pacha d'gypte, par suite duquel la
suzerainet et l'intgrit de l'empire ottoman seraient maintenues;

3 L'engagement galement pris par les quatre cours, dans le cas o
le pacha d'gypte n'aurait pas consenti  un arrangement tel que celui
dfini dans l'article prcdent, de l'y contraindre par les moyens
qu'elles concerteront entre elles.

Je vous indique ici les trois points qui entreront dans le projet de
convention, sans pouvoir spcifier la rdaction dfinitive qui sera
adopte et qui vous sera immdiatement communique. Ma dpche d'hier
vous rassurera, je l'espre, sur la seule question qui intresse
directement la France; j'ai insist sur les dates: vous verrez si
celles qui vous sont proposes vous conviennent.

Je n'ai trouv aucun inconvnient  ce que la proposition vnt de
l'Angleterre, qui ne veut avoir, dans les affaires d'Orient, qu'un
intrt europen, et qui, n'y ayant pris jusqu' prsent aucune part
active, se trouve place vis--vis des autres puissances dans une
position plus impartiale que nous.

Si une telle proposition n'tait point accepte par les gouvernements
d'Autriche et de Russie, nous pourrions voir dans ce refus une preuve
que ces deux gouvernements ont des arrire-penses, peut-tre des
projets arrts de partage: car, pour me servir d'une expression
vulgaire, _ils sont coutumiers du fait_.

J'attendrai avec impatience les rponses que vous voudrez bien me
faire  mes dpches d'hier et d'aujourd'hui...

    Le 29 avril 1833.

J'apprends avec grand plaisir que vous regardez comme termine la
discussion qui s'tait leve entre la cour de Ptersbourg et le
gouvernement franais au sujet des ngociations de l'amiral Roussin 
Constantinople. C'est une complication de moins dans un moment o
elles ne manquent assurment pas.

Quand cette dpche vous parviendra, monsieur le duc, les journaux
anglais, qui prcdent presque toujours nos courriers, vous auront
dj inform du grave embarras qu'a produit pour le cabinet le vote de
vendredi soir, dans la Chambre des communes, par suite duquel le droit
sur la drche (_malt tax_) a t rduit de moiti. Cette rduction
causera dans les recettes une diminution de prs de deux millions cinq
cent mille livres sterling; et si l'abolition de la taxe sur les
fentres(_window tax_) tait adopte demain, comme il est possible
qu'elle le soit, il se trouverait tout  coup un dficit dans les
recettes de prs de cinq millions de livres sterling.

Le ministre a eu de frquentes runions depuis trois jours afin de
pourvoir  cet embarras. Il prouve les plus grande difficults pour
couvrir le dficit dont il est menac... Cet incident est assez grave;
aussi a-t-il excit, ici, un mouvement trs vif dans les esprits; les
fonds ont subi une altration considrable; les journaux ont redoubl
de violence dans leur polmique. On ne pense pas cependant que ce
triomphe des ennemis du ministre puisse amener sa retraite; mais il
aura le fcheux inconvnient d'veiller la dfiance de ses partisans
et d'affaiblir par consquent ses forces. On croit que ce soir le
ministre prsentera  la Chambre des communes la rsolution que le
vote de vendredi l'aura oblig de prendre; elle n'est point encore
connue, et l'heure de la mare m'empchera sans doute de vous la
transmettre aujourd'hui. Je vous crirai demain,  ce sujet, par
l'estafette.

Votre dpche du 25, qui contenait la copie d'une lettre de M.
Bresson, du 18, m'avait caus une grande satisfaction qui n'a
malheureusement pas dur longtemps. Les dernires nouvelles de Berlin
nous apprennent que M. Ancillon, au moment de signer la note convenue
avec le comte Matusiewicz, a tout  coup chang de volont, sous le
prtexte que la note du cabinet de La Haye, du 16 avril, devait nous
suffire par les propositions qu'elle renferme au sujet de l'armistice.
J'avoue que je ne comprends pas une pareille manire de traiter les
affaires; elle serait dcourageante pour l'avenir, s'il ne fallait pas
compter un peu aussi sur quelque nouveau caprice de M. Ancillon[82].

Nous n'avons pas de nouvelles de La Haye depuis l'envoi de notre note
du 22[83]: nous en attendons  chaque instant; les premires qui
arriveront n'auront probablement pas un grand intrt. Il est bien 
craindre que les incertitudes de M. Ancillon, l'tat de l'Orient, et
surtout l'embarras prsent du ministre anglais, ne nous crent de
nouvelles difficults  La Haye...

  [82] La mission du comte Matusiewicz  Berlin avait travers de
  nombreuses vicissitudes. Elle avait d'abord sembl russir au
  point que M. Bresson avait cru pouvoir annoncer que M.
  Matusiewicz partait pour La Haye, aprs avoir arrt avec M.
  Ancillon les termes de la note collective qui devait tre remise
  au cabinet nerlandais dans deux hypothses: la premire, si sa
  rponse  la note du 2 avril tait ngative, vasive ou
  dilatoire, la deuxime s'il n'y faisait pas de rponse dans un
  dlai raisonnable. Si la rponse tait favorable, la dmarche
  n'aurait pas lieu et le cabinet de Berlin joindrait ses efforts 
  ceux des autres cours pour hter la conclusion d'un trait
  dfinitif. Tout paraissait rgl, lorsque tout  coup M. Ancillon
  se ravisa (_Dpche de M. Bresson du 22 avril_) et dclara qu'il
  n'y avait plus lieu  l'envoi de la note collective. Toutefois le
  ministre de France revint  la charge, et avec le concours de
  lord Minto, ministre d'Angleterre, il finit par persuader le roi.
  Finalement, le 6 mai, M. Bresson put crire  Paris que la note
  tait partie la veille pour La Haye. Il ajoutait que M. Ancillon
  lui avait dclar qu'en cas de refus du roi des Pays-Bas, la
  Prusse tait dcide  l'abandonner  lui-mme (_Correspondance
  officielle de M. Bresson_).

  [83] On se rappelle (voir page 89) que M. Dedel avait fait  la
  confrence de nouvelles propositions par une note du 16 avril.
  Ces propositions, juges inadmissibles  Londres (voir  ce sujet
  une lettre de lord Palmerston  M. de Talleyrand, Appendice, page
  502), avaient provoqu de la part de la confrence une rponse
  trs vive, sous la forme d'une lettre collective au cabinet de La
  Haye. C'est cette lettre en date du 22 avril dont il est ici
  question.

    Le 29 avril 1833, au soir.

    Mon cher duc,

Ennemi des prdictions, je m'abstiens d'en faire sur le rsultat de
la journe, qui, cependant, est d'une grande importance pour les
destines politiques et financires du ministre et du pays. Je me
bornerai  fixer votre attention sur le _Times_ d'aujourd'hui. Lisez,
je vous prie, le _leading-article_ et celui du _Money-market_. Vous en
sentirez srement toute la porte, et vous saurez alors o en est
l'Angleterre.

Les tories prteront dans la sance d'aujourd'hui un appui sincre au
ministre; mais si l'on n'obtenait pas que le vote de vendredi ft
annul, tout changerait rapidement de face ici, et l'on verrait
bientt, comme le disait madame de Lieven hier, avec une joie
concentre: _l'Angleterre ne peser plus gure dans la balance
europenne_.

  Adieu, mille amitis.

    Londres, le 1er mai 1833.

    Monsieur le duc,

Comme j'ai eu l'honneur de vous l'annoncer hier, la sance de la
Chambre des communes n'a fini qu' quatre heures ce matin, et par un
vote en faveur du ministre. C'est par une majorit de cent
cinquante-quatre voix que la Chambre a dcid de revenir sur
l'abolition de la taxe sur la drche. On espre que cette circonstance
qui avait d'abord caus d'assez graves inquitudes, rendra plus
facile la discussion du budget. Les fonds sont beaucoup monts
aujourd'hui.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 29 avril 1833.

    Mon prince,

Vous trouverez dans ma dpche ci-jointe la dtermination prise ce
matin par le conseil du roi. Nous acceptons la proposition du cabinet
d'Angleterre quant  son principe, sauf  discuter la rdaction quand
elle nous parviendra. J'espre que l'affaire sera finie 
Constantinople avant que nous ayons rponse des deux cours d'Autriche
et de Russie; mais cela sera bon pour faire dguerpir les Russes. Je
suis bien fch que l'Angleterre n'ait pas pris son parti plus tt; en
vrit, ce n'est pas ma faute. Depuis mon entre au ministre, je n'ai
cess de la solliciter d'envoyer un ambassadeur  Constantinople. J'ai
communiqu presque jour par jour  lord Granville toutes les dpches
que j'crivais ou que je recevais  ce sujet; je l'ai averti, pri,
press; je ne lui ai rien laiss ignorer, toutes les fois qu'un
incident quelconque, de quelque importance, s'est dclar; je vous ai
pri, mon prince, de renouveler vos ouvertures  ce sujet. Enfin, il
vaut mieux tard que jamais; j'espre encore que nous nous en tirerons
bien; mais tout serait fini, et  Alexandrie, et  Constantinople, si
le cabinet anglais avait voulu.

Je vous envoie une dpche de M. Bresson, qui vous montrera que M.
Matusiewicz a chou  Berlin[84]. Je crois qu'il nous faut maintenant
commencer  montrer les grosses dents: car, sans cela, on va nous
croire  bout de nos forces et la Hollande se moquera de nous. N'y
aurait-il pas moyen de resserrer le blocus et de peser plus
efficacement sur le commerce hollandais? Voil la belle saison qui
s'coule; si nous n'en profitons pas, que dira-t-on de nous? Adieu,
mon prince...

  [84] Voir page 153.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 3 mai 1833.

    Monsieur le duc,

... J'entretiens souvent lord Palmerston des moyens qui peuvent le
mieux convenir  la France et  l'Angleterre pour amener enfin un
accommodement avec le roi Guillaume, et ceux que vous m'indiquez dans
votre dpche et dans votre lettre du 29 ont fait, plus d'une fois, le
sujet de nos conversations; mais, je dois vous dire que nous
entrevoyons, du moins pour le moment, des difficults de plus d'un
genre dans l'excution du plan propos. Le cabinet anglais est
proccup des motions sur les affaires hollando-belges dont on le
menace dans les deux chambres du parlement, et des rclamations assez
vivement prononces du commerce anglais contre la mesure de l'embargo.
Il craindrait donc d'augmenter en ce moment, par de nouvelles
rigueurs, le mcontentement qui a t manifest dans les derniers
temps sur cette question. Lord Grey et lord Palmerston esprent encore
que M. Ancillon reviendra vers nous, et que l'assistance de la Prusse
nous sera plus avantageuse qu'un redoublement de moyens coercitifs;
ils sont entretenus dans cette opinion par les lettres les plus
rcentes de Berlin, qui reprsentent M. Ancillon comme n'tant pas
loign de rentrer dans le projet d'une dclaration des trois
cours  La Haye. Enfin, nous pensons tous qu'il n'est pas possible de
se dterminer  quelque chose de positif, avant de connatre la
rponse du cabinet de La Haye  notre note du 22 avril...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND

    Paris, le 4 mai 1833.

    Mon prince,

Vous trouverez, mon prince, dans ma dpche officielle, le rsum de
nos nouvelles de Constantinople. L'affaire ne tient plus qu' un fil 
Alexandrie. Ibrahim se retire; j'ai tout lieu d'esprer que les
efforts runis de tout le monde agiront sur le pacha et que nous
emporterons le tout. Mais, il n'en devient que plus ncessaire d'agir,
ds aujourd'hui, sur la Russie, qui fait ce qu'elle peut, me
mande-t-on de Constantinople, pour empcher le dnouement, afin de
s'impatroniser tout  son aise dans le Levant, de bien s'tablir et de
ne s'en aller qu'aprs mille difficults. Je suppose que les derniers
vnements parlementaires en Angleterre sont le seul obstacle  la
proposition dont vous m'avez parl, et sur laquelle je me suis
empress de vous rpondre. Aprs la victoire, j'espre que nous allons
reprendre l'affaire d'Orient, sur nouveaux frais, et je vous conjure
de ne pas laisser le gouvernement anglais s'endormir encore une fois.

Je ne sais ce que nous devons esprer ici des dmarches des trois
cours  La Haye; les nouvelles de M. d'Eyragues[85] ne sont pas
rassurantes; il faut cependant en finir.--Les affaires vont bien ici;
tout annonce que la nouvelle session sera facile et courte...

  [85] Le marquis d'Eyragues, diplomate franais, alors secrtaire
  d'ambassade  La Haye, o il rsidait depuis 1832. Il avait
  d'abord t envoy  Copenhague en 1827. En 1835, il alla comme
  premier secrtaire  Constantinople, et fut plus tard accrdit
  comme ministre plnipotentiaire  Carlsruhe (1838), puis  Dresde
  (1845).


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 6 mai 1833.

    Monsieur le duc,

Monseigneur le duc d'Orlans est arriv avant-hier  dix heures du
soir, aprs avoir fait une bonne traverse et un heureux voyage.

J'ai reu la dpche et la lettre particulire que vous avez bien
voulu m'crire le 4 de ce mois; celle que j'ai eu l'honneur de vous
adresser le 3 se trouve rpondre aux observations que vous faites sur
l'affaire hollande-belge. Je sens comme vous la ncessit de terminer
cette affaire; mais il existe ici des exigences qui en rendent, pour
le moment, la prompte solution assez difficile. Il me semble que
l'argument qui se trouve employ dans le dernier paragraphe de votre
dpche ne paratra pas sans rplique; car, il faut bien remarquer que
la premire expdition de Belgique et la convention du 22 octobre ont
t des actes qui, par cela mme qu'ils fortifiaient le ministre
franais, ont contribu  affaiblir le ministre anglais; ce qui fait
qu'il n'y a pas parit dans les deux situations. La mesure de
l'embargo a dplu beaucoup en Angleterre, et la discussion  laquelle
elle donnera lieu jeudi ou vendredi prochain,  la Chambre des
communes, ne laissera pas que de produire une fcheuse impression sur
l'opinion publique. Comme je vous l'indiquais dans ma dernire
dpche, les nouvelles de Berlin affermissent encore le cabinet
anglais dans la rsolution d'attendre le rsultat des dmarches des
trois cours  La Haye, et la rponse du gouvernement des Pays-Bas, 
notre note du 23 avril; cette rponse, d'aprs les lettres de M.
d'Eyragues, ne se ferait plus longtemps attendre...

       *       *       *       *       *

En crivant cette dpche, je voulais calmer un peu l'ardeur du
gouvernement franais qui, pouss par les Belges, tait port 
augmenter les rigueurs contre la Hollande au moment mme o j'tais
persuad que le roi des Pays-Bas allait cder, sinon sur tous les
points, du moins sur ceux qui taient le plus importants pour la
Belgique, et, par consquent, pour nous. Mon opinion ne tarda pas  se
trouver fonde, comme on le verra bientt.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 13 mai 1833.

    Monsieur le duc,

J'ai eu l'honneur de vous annoncer que sir Pultney Malcolm avait t
appel au commandement de la station anglaise dans la Mditerrane. Il
doit partir immdiatement et est charg d'instructions et de pouvoirs
beaucoup plus tendus que ceux de son prdcesseur. M. Aston[86] a d
vous en donner communication, ainsi que de ce qui a t crit  ce
sujet  lord Ponsonby, ambassadeur d'Angleterre  Constantinople.
L'amiral et l'ambassadeur doivent s'entendre avec l'amiral
Roussin, et on suppose ici que ce concert des deux puissances sera
suffisant pour assurer  leur politique dans le Levant l'influence
qu'elle doit y exercer dans les circonstances actuelles.

Le cabinet anglais abandonne le projet de convention que lord
Palmerston m'avait promis de proposer aux trois cours. Le prince de
Lieven, auquel il a t communiqu, y a fait quelques objections dont
la principale nous a un peu surpris. Il pense que l'empereur de Russie
ne pourrait jamais consentir  entrer dans une convention qui
constitue un vritable acte d'intervention dans les affaires
intrieures de la Turquie. Sur l'observation de lord Palmerston qu'il
lui paraissait que l'envoi de vaisseaux et de troupes russes 
Constantinople tait un acte d'intervention bien plus positif encore,
M. de Lieven a rpondu qu'il ne pouvait pas tre de cet avis.--Le
sultan, a-t-il dit, a sollicit des secours de l'empereur, qui les lui
a envoys avec la ferme rsolution de les laisser  la disposition de
la Porte ottomane, aussi longtemps qu'elle les jugerait ncessaires 
sa sret; mais avec la mme rsolution de les retirer aussitt que le
sultan en tmoignerait le dsir. Il s'agit donc ici du secours d'un
alli et non d'une intervention.

Quelque peu plausible que soit cette rponse, lord Palmerston a bien
voulu s'en contenter et ne pas poursuivre un projet qui lui paraissait
devoir rencontrer de nombreuses difficults.

Vous aurez pu juger vous-mme si les instructions remises  l'amiral
Malcolm sont suffisantes pour amener une heureuse solution des
affaires d'Orient.

Vous aurez appris par les journaux anglais le rsultat de la
discussion qui a eu lieu vendredi,  la Chambre des communes, sur
l'embargo hollandais et sur l'tat de la Turquie. Ce rsultat, quoique
favorable au ministre, ne le rassure pas; et les plaintes assez
gnrales du commerce lui font imprieusement sentir la ncessit de
mettre fin aux affaires de Belgique; il serait bien difficile,
cependant, de le dcider  recourir  des moyens plus puissants que
ceux qu'il a employs jusqu' prsent...

  [86] Sir Arthur-Ingram Aston, diplomate anglais, n en 1798,
  tait en 1833 secrtaire d'ambassade  Paris. En 1840, il fut
  nomm ministre  Madrid.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 13 mai 1833.

    Mon prince,

Il n'est bruit ici que de la magnificence de vos ftes. Le roi est
transport de joie de l'accueil que l'on fait en Angleterre  M. le
duc d'Orlans[87], et il vous attribue avec raison la plus grande
partie de cette bonne volont universelle. J'en suis, pour ma part,
d'autant plus rjoui, que cela rpond aux bruits que nos ambassadeurs
ici s'efforcent souvent de rpandre d'un refroidissement entre la
France et l'Angleterre.

Ce qui y rpond encore mieux, ce sont les instructions de lord
Ponsonby, que M. Aston m'a communiques ce matin, et celles donnes
par l'amiraut  sir Pultney Malcolm. Ces instructions sont,  trs
peu de chose prs, conformes aux ntres, et je vois que nous
allons commencer  marcher du mme pied en Orient. J'attends avec
impatience  toute minute les nouvelles d'Alexandrie, que le
tlgraphe m'a annonces; j'espre qu'elles nous apportent la
conclusion de l'affaire de ce ct. Reste  faire dguerpir les
Russes.

Si vous pouvez terminer honorablement et utilement l'affaire de la
convention provisoire avec la Hollande, vous rendrez grand service au
roi des Belges, qui ne sait plus o donner de la tte. En tout cas,
nous sommes prts  aller aussi loin qu'on le voudra dans les mesures
coercitives. Les Chambres sont disposes  patienter, si cela est
ncessaire, et  nous approuver de tout ce que nous ferons
d'nergique. Les choses vont au mieux  l'intrieur, et jamais la
prosprit n'a repris avec un tel degr de rapidit. La tranquillit
se rtablit partout. Si rien ne nous trouble de l'extrieur, il ne
restera plus trace, dans un an, de l'agitation cause par la
rvolution de Juillet.

Vous verrez dans le _Moniteur_ de demain tout le dtail des
dclarations de Madame la duchesse de Berry; cela finit d'une manire
un peu burlesque et moins honteuse qu'il n'tait permis de
l'esprer[88]...

  [87] Le duc d'Orlans est arriv et j'ai dn avec lui hier chez
  Talleyrand. Il est merveilleusement embelli depuis que je l'ai vu
   Paris en 1830. Dj alors il tait trs bien, mais, depuis, il
  est devenu un homme et un trs joli garon, et il a les manires
  et le maintien qui conviennent  son rang, il a vraiment une
  excellente mine de prince hritier, et d'aprs la conversation
  que j'ai eue avec lui, son intelligence m'a paru s'tre
  dveloppe aussi bien que sa personne... (_Lord Palmerston  Sir
  William Temple, 7 mai 1833_, op. cit.).

  [88] La duchesse de Berry venait de dclarer qu'elle tait marie
  au comte de Luchesi-Palli.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 17 mai 1833.

    Mon cher duc,

Votre amiti veut m'attribuer un peu des succs de M. le duc
d'Orlans  Londres; je conviendrai peut-tre, de vous  moi, que
je n'y suis pas parfaitement tranger; mais il est vrai de dire qu'on
ne saurait tre mieux,  tous les gards, que ne l'est notre jeune
prince. _La duchesse de Cumberland_[89]!!! vient de charger madame de
Dino d'engager M. le duc d'Orlans  diriger sa promenade de dimanche
vers Kew, o elle veut lui offrir un djeuner. Pour le coup, ce sont
l les grosses cloches qui sonnent, et je crois que la libert rendue
 la prisonnire de Blaye n'est pas trangre  une attention aussi
marque, et que je n'allais pas jusqu' esprer.

En vous envoyant hier la note de M. Dedel[90], j'ai omis de vous dire
qu'il valait mieux n'en pas laisser prendre de copie  M. Lehon. Il y
aurait  craindre qu'il ne la ft publier trop tt  Bruxelles, et
c'est ce qui m'a dcid  en donner seulement lecture  M. Van de
Weyer. D'ailleurs, si comme cette note nous le fait esprer, nous
arrivons bientt  une convention prliminaire, nous devons nous tenir
en garde contre les prtentions belges qui, plus d'une fois encore,
nous gneront.

Je suis charm que les instructions donnes  lord Ponsonby et 
l'amiral Malcolm, vous satisfassent. Les circonstances donnes, je
crois, en vrit, que c'est quelque chose d'obtenir ce que l'on vient
de faire.

Esprons qu'il sortira enfin une convention prliminaire et
tranquillisante de la dernire note de M. Dedel  laquelle il me
semble qu'il y a peu d'objections  faire. Vous remarquerez srement
que le titre de grand-duc de Luxembourg est omis. Est-ce avec
intention? Nous aurons demain ou aprs-demain une confrence avec M.
Dedel. Je vous crirai ds qu'il y aura quelque chose de dcid...

  [89] Frdrique de Mecklembourg-Strlitz, soeur de la reine
  Louise de Prusse, ne en 1778, marie en 1815  Ernest-Auguste
  duc de Cumberland, fils de Georges III, roi d'Angleterre, plus
  tard roi de Hanovre. La duchesse de Cumberland mourut en 1841.

  [90] La note du 16 mai par laquelle, aprs une longue discussion,
  M. Dedel dclarait que jusqu' la signature d'un trait
  dfinitif, Sa Majest Nerlandaise s'engageait  ne pas
  recommencer les hostilits avec la Belgique et  laisser la
  navigation de l'Escaut entirement libre.

    Le 20 mai 1833.

J'ai reu la dpche que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser
sous le numro 59, ainsi que les ratifications du trait
supplmentaire qui rgle l'ordre de succession au trne de Grce[91].

Nous avons eu, avant-hier et aujourd'hui, des confrences de
plusieurs heures entre lord Palmerston, M. Dedel et moi, et, si
j'osais croire  la ralisation d'une esprance si souvent trompe, je
vous dirais que demain, peut-tre, nous signerons la convention
prliminaire. M. Dedel, que je quitte  l'instant, hsite encore pour
un article explicatif que nous lui avons propos, et s'il ne se dcide
pas d'ici  demain, il en rfrera  La Haye; ce sera alors un nouveau
retard de huit jours. Dans le cas o un examen attentif de ses
instructions, lui persuaderait qu'il est autoris  consentir  ce que
nous lui proposons, la convention serait signe demain.

Je n'ai pas besoin de vous assurer que je fais tout ce qui est en mon
pouvoir pour hter la solution d'une affaire dont personne plus que
moi n'apprcie l'importance. J'aurai l'honneur de vous crire 
l'issue de la confrence que nous devons avoir demain...

  [91] Ce trait supplmentaire sign le 30 avril 1833 avait pour
  but de prciser et de complter les dispositions de l'article 8
  de la convention du 7 mai qui rglait la succession au trne de
  Grce. Il portait que la succession  la couronne tant dans la
  branche du roi Othon que dans celles des princes Luitpold et
  Adalbert, lesquelles avaient t ventuellement substitues 
  celle du prince Othon, devait tre tablie de mle en mle par
  ordre de primogniture. Les femmes ne seraient habiles  succder
   la couronne que dans le cas de l'extinction totale des
  hritiers mles lgitimes dans les trois branches.

    Le 21 mai 1833.

Cette fois, mes esprances n'ont point t dues, et j'ai l'honneur
de vous transmettre la convention prliminaire que je vous annonais
hier et que nous venons de signer avec M. Dedel[92]. Elle renferme
toutes les stipulations qui me paraissaient essentielles  obtenir:
car il rsulte videmment de cette convention que la Belgique se
trouve dans la position la plus _favorable_, et que celle du roi des
Pays-Bas est tellement _dfavorable_ qu'il doit tre promptement amen
 demander lui-mme un trait dfinitif. L'ouverture de l'Escaut et le
non-payement des intrts de la dette par la Belgique, lui en
imposeront bientt l'obligation. Je crois donc avoir rempli
compltement les intentions du gouvernement du roi en concluant un
arrangement qui contient tout ce qu'il tait possible de demander
en ce moment au gouvernement nerlandais.

Vous remarquerez que nous avons fait ajouter  la suite un article
spar, qui est explicatif de l'article III, sur le sens duquel nous
ne voulions laisser aucune incertitude. Nous avions d'abord demand
qu'il ft insr dans le trait; mais, M. Dedel, que nous avons dcid
avec la plus grande difficult  adopter cet article, s'est oppos 
ce qu'il ft compris dans la convention elle-mme, par un motif qui
nous a paru assez fond: c'est qu'une explication qui suivrait
immdiatement l'article III aurait l'air de jeter du doute sur la
bonne foi de la rdaction propose par le roi des Pays-Bas, et que
nous devions au moins cette lgre satisfaction  son gouvernement et
 lui-mme, qui craindrait de s'exposer aux reproches de son souverain
en consentant  son insertion, telle que nous la dsirions. Nous avons
cd avec d'autant plus de facilit sur ce point, que la question en
elle-mme est trs peu importante, puisque l'article explicatif doit
tre ratifi en mme temps que la convention et avoir la mme valeur
qu'elle.

Vous jugerez convenable de ne rien publier de la convention avant le
terme de dix jours fix pour l'change des ratifications.

Le gouvernement du roi sentira sans doute, aprs que cette convention
aura t ratifie, que le moment est venu de provoquer un dsarmement
en Belgique. Il serait peut-tre utile, ds  prsent, d'insinuer
cette mesure  Bruxelles; c'est celle qui, plus que toute autre,
htera l'arrangement dfinitif: car, la Belgique dsarmant, l'arme
hollandaise se dbandera ou sera bientt licencie, et le gouvernement
nerlandais se trouvera par cela mme forc de mettre fin  un
tat de choses qui compromet si gravement son existence.

M. le duc d'Orlans est parti ce matin pour Liverpool et Manchester:
Son Altesse Royale sera de retour  Londres le 28...

  [92] Par cette convention, le roi Guillaume promettait le
  maintien de l'armistice, la libert de la navigation de l'Escaut
  et de la Meuse, la libert de communication entre Maestricht, le
  Brabant et l'Allemagne. D'un autre ct l'embargo sur les navires
  hollandais tait lev, et les prisonniers de guerre mis en
  libert. L'article explicatif dont il est question quelques
  lignes plus bas tait ainsi conu:

  Il est convenu entre les hautes parties contractantes que la
  stipulation relative  la cessation des hostilits, renferme dans
  l'article III de la convention de ce jour, comprend le grand-duch
  de Luxembourg et la partie du Limbourg occupe provisoirement par
  les troupes belges. Il est galement entendu que, jusqu' la
  conclusion du trait dfinitif dont il est fait mention dans ledit
  article III de la convention de ce jour, la navigation de l'Escaut
  aura lieu telle qu'elle existait avant le 1er novembre 1832.--Le
  prsent article aura la mme force et valeur...


LE BARON PASQUIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 18 mai 1833.

J'ai reu votre lettre du 14, mon prince, et vous remercie des bons
renseignements qu'elle contient. Les succs du voyage auquel vous
prsidez si bien auront ici un fort bon retentissement; non qu'il
faille esprer que notre faubourg Saint-Germain soit dispos 
entendre sitt raison, mais parce que ses mauvaises volonts en seront
au moins un peu gnes et parce qu'il trouvera moins d'oreilles
ouvertes  ses insipides moqueries.

L'vnement de Blaye nous est arriv plus tt que nous ne le
comptions; mais je dis comme vous qu' tout prendre, le rsultat a t
satisfaisant. Il ne parat pas qu'il ait caus chez vous aucun
embarras dans la situation du prince, et c'tait l un des points
essentiels.

Je vous remercie de l'appui que vous avez su donner  mon voeu
d'amnistie; ce voeu, je l'avoue, est devenu une ide fixe, et je ne
comprends pas que tout le monde ne comprenne pas que c'est une issue
indispensable; la seule mme par laquelle on puisse sortir utilement
et honorablement d'une grande crise politique. Si on manque l'occasion
du dpart de la duchesse de Berry, je ne puis imaginer quand il
s'en pourra reprsenter une aussi favorable.

Je ne vous parle pas de nos affaires intrieures; leur amlioration
saute aux yeux, et quant  celles du dehors, vous en savez sur ce
point cent fois plus long que moi.

Je n'ai certes pas donn ni les mains, ni mon approbation  la mesure
prise au sujet du dcs de notre pauvre Dalberg[93]. Je suis, au
contraire de ceux qui rclament fortement contre et qui voudraient
mme amener une dcision positive avec laquelle on serait, pour
l'avenir,  l'abri de semblables avanies, dont le moindre inconvnient
est, et sera toujours, la complte inutilit[94]. On parle tant des
consquences de la rvolution de Juillet; il me semble que celle-ci ne
se peut refuser.

Veuillez recevoir, mon prince, avec votre bienveillance accoutume,
les assurances de mon plus sincre attachement.

  [93] Le duc de Dalberg tait mort le 27 avril au chteau de
  Hernsheim prs de Worms  l'ge de cinquante-neuf ans.

  [94] A la suite de la mort du duc de Dalberg, le gouvernement
  avait fait mettre les scells sur ses papiers qu'il revendiquait
   cause des fonctions que le duc avait remplies (_Note de M. de
  Bacourt_).


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 24 mai 1833.

    Mon prince,

Recevez mes sincres flicitations; vous avez opr comme toujours,
c'est--dire le mieux du monde. Si le roi des Belges a la moindre
sagesse maintenant, il s'tablira tranquillement dans la
convention provisoire; renverra la moiti de son arme et dclarera
bien haut qu'il est tout prt  signer un trait dfinitif; mais qu'il
souhaite que ce soit le plus tard possible, attendu que le provisoire
est tout  son avantage. S'il agit ainsi, et s'il parle ainsi, nous
aurons le trait dfinitif avant peu.

Pendant que vous faisiez ainsi merveille, nous courions ici un risque
vritable: la discussion de l'emprunt grec a t des plus pnibles, et
nous ne l'avons emport qu'en en faisant, bon jeu bon argent, une
question de cabinet[95]. Du reste, la session marche  son terme, et
dans six semaines tout sera fini...

  [95] D'aprs la convention du 7 mai 1832, qui donnait le trne de
  Grce au roi Othon, les puissances signataires (France, Russie,
  Angleterre) s'taient engages  garantir un emprunt de soixante
  millions que le jeune roi allait contracter. Les premiers revenus
  de la Grce taient exclusivement affects aux intrts et au
  fonds d'amortissement de cet emprunt. Le 24 janvier 1833, le
  cabinet franais dposa un projet de loi pour l'autoriser 
  donner sa garantie. Il fut, le 4 avril, l'objet d'un rapport
  favorable du colonel Paixhans. L'affaire ne vint en discussion
  que le 18 mai. Le projet, ardemment combattu par l'opposition,
  ncessita quatre jours de dbats. Il fut enfin vot par 175 voix
  contre 112. Quinze jours plus tard il fut galement vot par les
  pairs  la majorit de 91 voix contre 9.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 27 mai 1833.

    Mon cher duc,

... On a suivi ici avec beaucoup d'intrt la discussion de la
garantie de l'emprunt grec  la Chambre des dputs, et je dois vous
dire, monsieur le duc, que l'opinion a t unanime sur les diffrents
discours que vous avez prononcs  cette occasion. On a gnralement
admir l'expos si vrai, et en mme temps si brillant, que vous avez
fait de toutes les ngociations sur la Grce. Il s'agissait du reste,
dans cette affaire, d'une question constitutionnelle d'une haute
importance, et vous avez trs bien dfini les droits que donne, et les
limites qu'impose aux Chambres, leur intervention dans les
transactions diplomatiques conclues par le gouvernement.

J'ai l'honneur de vous adresser une dpche qui est arrive ce matin
de La Haye et qui vous apprendra le bon effet qu'y a produit la
convention signe le 21. On doit, ce me semble, trouver dans cette
circonstance une nouvelle preuve de l'inconvnient qu'il y aurait eu 
se laisser trop proccuper par quelques rcits exagrs. Si on s'en
tait rapport aux informations qui, depuis plusieurs mois, taient
transmises de diffrents cts, nous aurions d croire que la
rsistance de la Hollande tait insurmontable et qu'elle tait
soutenue par les trois cours du Nord. Nous voyons aujourd'hui que ces
informations taient plutt le rsultat d'impressions personnelles et
peut-tre d'inexprience dans les affaires, que d'une connaissance
approfondie de l'tat de choses et des lieux.

On pense que les ratifications de La Haye arriveront le 29. M. Dedel,
que je viens de voir et qui a reu aussi les nouvelles les plus
satisfaisantes de La Haye, les attend pour ce jour-l.

M. le duc d'Orlans est revenu aujourd'hui  quatre heures de
Liverpool. Son Altesse Royale se propose d'assister demain au
drawing-room de la reine, et de partir ensuite pour Deal afin
d'inspecter l'escadre franaise stationne aux Dunes...


LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Neuilly, le 25 mai 1833.

    Mon cher prince,

Je ne veux pas diffrer davantage  vous exprimer combien je suis
sensible  l'accueil qui vient d'tre fait  mon fils en Angleterre,
et combien j'apprcie toute la part que vous avez eue  prparer et 
obtenir ce succs, auquel son importance relle et mes vieux
sentiments pour cet admirable pays me font attacher le plus grand
prix. Ce succs confirmera mon fils dans ces sentiments, et cela seul
serait un grand bien pour nos deux nations. Il le sent vivement, et me
demande de vous bien tmoigner, et particulirement  madame de Dino,
combien il est sensible  tout ce que vous avez fait pour lui dans
cette circonstance. J'espre qu'elle me permettra aussi de m'associer
 ce remerciement, en attendant que je puisse le lui ritrer
moi-mme.

Je vous prie, mon cher prince, de rechercher et de saisir une
occasion de tmoigner, de ma part et de celle de la reine, au roi et 
la reine d'Angleterre, combien nous sommes sensibles  l'accueil
qu'ils ont fait  notre fils, et  toutes les attentions dont il a t
l'objet de leur part. Vous serez de mme mon fidle interprte auprs
des princes et princesses de la famille royale, aussi bien que de
toutes les autres grandeurs anglaises et trangres, et vous leur
direz surtout combien j'ai joui et combien je suis touch de la
manire dont mon fils a t reu en Angleterre.

_And the last not least_: j'ai encore  vous faire mon compliment de
la signature de la convention du 21 mai, avec M. Dedel. Je la
regarde comme assurant la conclusion pacifique de la grande tche que
je m'applaudis tant de vous avoir confie, et que vous avez conduite
avec tant d'habilet et de succs. J'espre et je crois qu'on en sera
satisfait  Bruxelles, et qu'elle y produira l'effet que je regarde
comme le point dcisif de la question, c'est--dire que la dpense
sera rduite dans les limites du revenu. Une fois cet quilibre
tabli, nous attendrons avec beaucoup de patience et de rsignation le
moment o le roi des Pays-Bas jugera  propos de signer le trait
dfinitif.

Vous connaissez depuis longtemps, mon cher prince, toute mon amiti
pour vous.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 26 mai 1833.

    Mon prince,

Vous trouverez dans la dpche officielle que je vous adresse par
estafette nos dernires nouvelles de Constantinople: elles vont
jusqu'au 8 mai.

Le fait important, c'est la dcision prise par le grand seigneur de
cder Adana  Ibrahim, et la partie importante de ce fait, c'est que
ce soit lord Ponsonby qui l'ait conseill; cela engage le gouvernement
anglais plus que je n'aurais os l'esprer. Maintenant tout est fini
_de droit_, et il n'y a plus de prtexte pour les Russes  rester.
Mais, _de fait_, il pourrait bien en tre autrement.

L'amiral Roussin m'crit une lettre o il semble fort inquiet des
efforts du comte Orloff pour rompre tout cet arrangement et tablir
d'une manire durable, sinon dfinitive, les Russes  Constantinople;
il parat mme craindre que des dispositions ne se fassent, en secret,
pour appeler de nouvelles forces russes dans le Bosphore. Je ne sais
pas exactement quelle importance nous devons attacher  ses
apprhensions[96]. Ce thtre de Constantinople est si mobile que les
choses y changent du blanc au noir dans une demi-journe. Toutefois,
sa lettre est conue dans des termes tellement alarmants, qu'elle nous
a donn beaucoup  penser. J'ai cru devoir, _par extraordinaire_, la
soumettre au conseil, et le conseil a t unanimement d'avis que je
vous crivisse  ce sujet, en vous priant de sonder le cabinet anglais
sur ses intentions dans le cas o la Russie jetterait  peu prs le
masque, ferait rompre par la Porte tous les engagements pris sous
notre garantie commune et travaillerait  peu prs ouvertement 
s'tablir dans le Bosphore, sous l'apparence de protger le sultan.

Le conseil a t d'avis de faire quiper  Toulon deux vaisseaux de
plus et de les expdier  l'amiral Hugon[97]; ces deux vaisseaux
seront prts dans vingt jours, c'est--dire le 15 de juin ou
environ. Comme nous ne voudrions pas que cet accroissement de forces,
qui rendra l'escadre franaise suprieure  l'escadre anglaise,
excitt de la jalousie  Londres, nous dsirons que vous en fassiez
part  lord Palmerston, en lui demandant de renforcer galement
l'escadre anglaise.

Mais le point le plus important sur lequel nous dsirerions nous
entendre avec le cabinet britannique, c'est la modification  faire
subir aux instructions des amiraux.

En ce moment, les instructions de l'amiral Malcolm sont parfaitement
en harmonie avec celles de l'amiral Hugon. Ils doivent se runir dans
les environs de Smyrne, tout tant fini du ct de l'gypte: ils ont,
l'un et l'autre, ordre d'attendre des instructions nouvelles, avant de
tenter de passer les Dardanelles; mais les distances sont si grandes,
qu'il nous parat qu'on risquerait beaucoup  persister dans de
semblables dispositions. Il vaudrait mieux,  notre avis, indiquer
d'avance, et ds aujourd'hui, dans quelles circonstances les deux
ambassadeurs  Constantinople seraient autoriss  ordonner aux
amiraux de mettre ce point  couvert de la prise de possession par les
Russes. Il nous parat que cette autorisation devrait leur tre donne
dans deux cas:

1 Si les forces russes leur donnent lieu de craindre, par leurs
mouvements, qu'elles ne veuillent s'emparer elles-mmes des
Dardanelles;

2 Si, aprs la paix faite et conclue comme elle l'est en ce moment,
de nouveaux renforts sont appels d'Odessa ou de Bucarest, car ces
renforts ne peuvent avoir d'autre but que de s'assurer une position
inexpugnable.

Bien entendu qu'aprs avoir franchi les Dardanelles, les deux
escadres s'arrteraient, ne s'approcheraient point de Constantinople,
viteraient toute agression et se contenteraient de repousser la force
par la force, en cas de besoin.

Le conseil a galement dcid que notre charg d'affaires a
Saint-Ptersbourg serait charg de dclarer, en termes mesurs mais
dcisifs, que le cabinet de France s'attend,  prsent que la paix est
faite, que les Russes ne se prvaudront d'aucun vain prtexte pour
sjourner  Constantinople, et qu'ils imiteront l'exemple que nous
avons donn cette anne mme en Belgique. C'est galement l'attitude
que je prends vis--vis M. Pozzo.

Veuillez, mon prince, communiquer ce que vous jugerez convenable dans
tout ceci au cabinet de Londres, et nous tenir au courant de ses
dispositions.

  [96] Un arrangement tait effectivement intervenu le 5 mai entre
  le sultan et le pacha d'gypte,  la suite duquel Ibrahim se
  retira en de du Taurus. A cette nouvelle qui drangeait tous
  ses plans, l'empereur Nicolas envoya  Constantinople le comte
  Orloff avec les pouvoirs les plus tendus. Les apprhensions
  manifestes par l'amiral Roussin n'taient que trop fondes,
  puisque, ainsi qu'on le verra dans le suite de ce rcit, le
  plnipotentiaire russe russit  signer avec la Turquie un trait
  d'alliance dfensive (8 juillet). Ce n'est qu'aprs la signature
  de ce trait qui mettait en ralit la Turquie  la merci du czar
  Nicolas que la flotte russe repassa le Bosphore.

  [97] Le baron Hugon, n en 1783, engag en 1795, fit comme
  capitaine de vaisseau la campagne de Navarin. En 1831, il fut
  nomm contre-amiral et charg de rprimer la piraterie grecque en
  Orient. Il devint vice-amiral en 1840. Snateur en 1852, il
  mourut en 1862.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 29 mai 1833.

    Monsieur le duc,

J'ai reu la dpche que vous m'avez fait l'honneur de m'crire sous
le numro 63, et qui tait relative aux affaires d'Orient.

Je viens d'avoir  ce sujet une longue conversation avec lord
Palmerston, qui a les mmes nouvelles que vous,  peu prs, de
Constantinople. Il pense que la cession d'Adana, une fois consentie
par la Porte, peut tre regarde comme dfinitivement conclue, et
qu'il n'y a plus aucun prtexte pour la prolongation du sjour des
Russes dans le Bosphore. Il a dj crit dans ce sens au ministre
d'Angleterre  Ptersbourg, et il va renouveler les ordres qu'il
lui avait donns et les rendre encore plus positifs.

Lord Palmerston se refuse  croire que le sultan,  l'instigation des
Russes, revienne sur la cession d'Adana, aprs les reprsentations qui
lui auront t faites  cet gard par les ambassadeurs de France et de
la Grande-Bretagne; mais il approuve cependant la mesure adopte par
le gouvernement du roi d'envoyer deux vaisseaux de plus dans
l'Archipel, et il a ajout que la mme mesure serait prise par le
gouvernement anglais. Deux des btiments qui, par suite de la
convention du 21 mai, ne seront plus employs sur les ctes de
Hollande, vont tre expdis immdiatement pour rejoindre l'escadre de
l'amiral Malcolm.

Quant  l'envoi de pouvoirs aussi tendus que ceux que le
gouvernement du roi proposait d'adresser aux ambassadeurs de France et
d'Angleterre  Constantinople, lord Palmerston ne voudrait dans aucun
cas, y consentir, et  cet gard, je partage son opinion.

En effet, ne semblerait-il pas exorbitant d'accorder  un ambassadeur
la facult de prendre, sans avoir pralablement consult son
gouvernement, une rsolution qui peut amener la guerre? L'inconvnient
des distances, quelque grand qu'il soit, dans les circonstances
actuelles, ne pourrait jamais justifier l'adoption d'un tel parti. Je
vous avoue que, pour mon compte, je ne voudrais pas plus donner que
recevoir de pareils pouvoirs.

Il me parat que rien ne pourra faire changer sur ce point l'opinion
de lord Palmerston, qui est aussi celle de tous les ministres ses
collgues qu'il a consults au conseil de cabinet, tenu ce matin...

    Le 31 mai 1833.

Dans la dpche que vous m'avez fait l'honneur de m'crire le 26 de
ce mois, vous me demandez de vous faire connatre ma manire de voir
sur la proposition de M. de Metternich  M. le comte de
Sainte-Aulaire, au sujet des affaires d'Orient[98]. J'prouve, je
l'avoue, un certain embarras  rpondre, en cette circonstance,  la
confiance que vous voulez bien me tmoigner. La question d'Orient a
t, depuis six mois, apprcie dans des vues si diverses et souvent
si opposes; elle a t le motif de projets si incertains et si
mobiles, tour  tour accepts et refuss; elle a mis en mouvement tant
d'intrts diffrents, qu'il deviendra impossible,  mon avis,
d'arrter un plan de conduite vraiment utile pour la rsoudre, tant
que les puissances qui sont appeles  cette oeuvre n'auront pas
adopt un principe unique, celui de la conservation de l'empire
ottoman, assure, du moins pour quelque temps, par la paix qui vient
d'tre signe.

On ne peut pas s'tonner de la confusion qui a rgn sur ce point,
dans les diffrents cabinets de l'Europe, un seul except, quand on
examine les sentiments divers qui les dirigeaient. Tous,  l'exception
du cabinet russe, envisageaient l'tat de l'empire ottoman, d'aprs
des considrations relatives. Ainsi, on a vu l'Autriche domine par
ses inquitudes sur l'Allemagne et l'Italie; la France, favorisant,
peut-tre sans s'en rendre compte, les intrts du pacha d'gypte, et
les abandonnant ensuite; l'Angleterre, tmoignant une froideur qui a
t mme jusqu' l'indiffrence. La Russie, seule, comme je le
disais, a march vers un but positif. Aussi, par son action,
habilement conduite il faut en convenir, est-elle arrive  un
rsultat qui, s'il est avantageux pour elle, n'en est que plus
dangereux pour l'Europe.

J'prouve le besoin de rappeler ici, monsieur le duc, les diffrentes
dmarches que j'ai t dans le cas de faire prs du cabinet
britannique sur les affaires du Levant, afin de montrer que, pour ma
part, je n'ai jamais nglig ce qui pouvait concourir  une heureuse
solution de ces affaires.

Vers la fin du mois de janvier dernier, je communiquai  lord
Palmerston, comme le constate la dpche que j'eus l'honneur de vous
crire, sous le numro 57[99], un plan d'action en commun entre
l'Angleterre, la France et l'Autriche. Ce plan, qui, je crois, offrait
de grands avantages et qui avait t d'abord favorablement accueilli
par les ministres anglais, ne fut pas adopt par M. de Metternich, qui
rpondit qu'il avait la plus complte confiance dans la loyaut et
dans les assurances de l'empereur Nicolas. Les choses restrent ainsi,
livres  elles-mmes, ou plutt  l'influence russe, qui ne s'tait
pas endormie.

A la fin de fvrier, l'amiral Roussin conclut avec la Porte, une
convention imprudente, qui tablit d'abord une funeste scurit parmi
les puissances. Je dis imprudente, puisque cet ambassadeur, avant de
la conclure, ne s'tait pas assur des intentions du pacha d'gypte,
qu'il ne put pas dcider  se rendre  ses vues.

Les Russes dbarqurent aux Dardanelles, et, d'accord avec la
Porte, en occuprent diffrents points. Ce fut alors que je proposai
aux ministres anglais un nouveau plan qui consistait encore dans une
action commune des puissances; mais, pour cette fois, je croyais qu'il
fallait rclamer le concours de la Russie, qui, s'il prsentait,  la
fin de janvier, les inconvnients que j'indiquais  cette poque,
tait devenu une ncessit depuis qu'ils occupaient Constantinople.
Vous avez su, monsieur le duc, que ce plan n'avait pas eu beaucoup
plus de succs que le premier prs du cabinet britannique, et qu'on
s'tait born  l'envoi de nouvelles instructions qui devaient avoir
peu d'influence sur la question principale, celle du maintien de
l'empire ottoman, libre de tout protecteur, comme de tout ennemi.

M. de Metternich a plusieurs fois, j'en conviens, propos de
s'entendre pour arriver  cet important rsultat; mais on doit
reconnatre que ses projets n'taient pas plus utiles que celui qu'il
vient de dvelopper rcemment  M. le comte de Sainte-Aulaire.

La paix est enfin signe, et, quoi qu'il en soit des projets faits
jusqu'ici, je crois qu'il faut aujourd'hui les considrer comme
annuls par le fait mme de la paix conclue entre le sultan et le
pacha d'gypte, et nous tenir  ce fait comme  celui qui domine
dsormais toute la question d'Orient. Il faut dclarer hautement que
nous regardons cette paix comme mettant fin  tout, et ne pas lever
le moindre doute sur la retraite immdiate des Russes.

Mon opinion serait donc de rpondre aux ouvertures de M. de
Metternich qu'une runion quelconque des puissances, pour s'entendre
sur cette affaire, est devenue inutile, puisqu'il n'y a plus rien 
arranger, et que la cession du district d'Adana n'est que la
consquence d'une transaction entre le sultan et le pacha,
c'est--dire entre le souverain et son vassal, dans laquelle les
puissances n'ont aucun droit d'intervenir.

Je suis port  croire ce parti le meilleur, parce que celui qui est
propos par M. de Metternich rejetterait dans l'incertitude,
encouragerait les tergiversations du sultan, et servirait de prtexte
aux Russes pour ne pas se retirer de Constantinople. Il ferait
certainement perdre au sultan le peu de force morale qui lui reste,
et, dans l'tat actuel de faiblesse de l'empire ottoman, le livrerait
 des dangers de toute espce, en provoquant la rvolte des pachas qui
soulveraient aisment les peuples contre une intervention europenne.

La marche que je propose de suivre est d'ailleurs parfaitement
d'accord avec le langage que vous avez tenu  M. le comte Pozzo et 
M. d'Appony et  celui que vous avez prescrit au charg d'affaires de
France  Ptersbourg; elle s'accorde galement avec la manire de voir
de lord Palmerston qui, je pense, avec raison, ne veut pas plus de
confrences  Vienne qu' Constantinople, o j'avais, il y a quelque
temps, et dans d'autres circonstances, propos de les tablir, et nous
croyons l'un et l'autre qu'en prsence d'une volont exprime par
toutes les puissances, la cour de Russie n'hsitera pas  rappeler ses
troupes de Constantinople.

  [98] Voir page 144 et note.

  [99] Voir la dpche du 28 janvier, p. 110.

    Le 2 juin 1833.

Le prince de Lieven a reu hier des lettres de Ptersbourg, qui, en
l'informant de la signature de la paix entre le sultan et le
pacha, lui annoncent l'intention formelle de l'empereur Nicolas de
rappeler ses troupes aussitt que la demande lui en sera faite par le
sultan. Cela s'accorde avec ce que nous pressentions ici, et j'avoue
que je suis port  croire dans cette circonstance aux assurances de
la Russie...

Nous avons remis aujourd'hui, lord Palmerston et moi,  M. Van de
Weyer la note dont j'ai l'honneur de vous transmettre une copie[100].
Son objet est, comme vous le remarquerez, d'obtenir du gouvernement
belge l'excution immdiate des articles de la convention du 21 mai,
qui concernent la Belgique...

  [100] Note du 1er juin. M. Van de Weyer rpondit le 10 juin par
  une note adresse  lord Palmerston et  M. de Talleyrand, dans
  laquelle il dclarait accepter la convention du 21 mai.

    Le 4 juin 1833.

J'ai l'honneur de vous transmettre une copie de la note par laquelle
lord Palmerston et moi avons communiqu la convention du 21 mai aux
plnipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie  Londres, et de
la rponse qui m'a t adresse par M. le prince de Lieven et qui est
identique avec celle des deux autres plnipotentiaires.

En lisant cette rponse, vous remarquerez que les plnipotentiaires
ne prennent aucun engagement, et cela s'explique tout naturellement,
puisqu'ils ont t informs par le secrtaire de l'ambassade
hollandaise, arriv hier  Londres, que le gouvernement nerlandais
s'tait adress aux trois cabinets de Vienne, de Berlin et de
Ptersbourg, pour s'entendre avec eux sur la reprise de la ngociation
avec les cinq puissances[101]. Les plnipotentiaires doivent,
consquemment, connatre le rsultat de cette dmarche et les
instructions qu'elle provoquera de la part de leurs cours respectives,
avant de manifester une opinion qui, d'ailleurs n'aurait t que
personnelle de leur part dans cette circonstance. Cependant, comme en
dernier lieu, la Prusse a parl  La Haye, au nom des trois
puissances, il serait possible que la rponse de Berlin ft suffisante
pour dcider les trois plnipotentiaires  rentrer dans la confrence.

On doit supposer que le roi des Pays-Bas, en s'adressant aux trois
cours du Nord leur aura fait part des prtentions qu'il lvera lors
de la ngociation dfinitive; mais, quoi qu'il en soit, nous sommes en
droit de nous attendre que la premire communication qui sera
faite  la confrence par le plnipotentiaire nerlandais renfermera
les chiffres du cabinet de La Haye sur les points financiers qui
restent  rgler. S'il en tait autrement, et que le roi des Pays-Bas
inventt de nouvelles difficults qui tendraient  prolonger la
ngociation, on pourrait peut-tre proposer un ajournement qui
dplairait certainement en Hollande, et qui n'aurait aucun
inconvnient pour nous, puisque, aujourd'hui, la Belgique, place dans
une situation beaucoup plus avantageuse que ne pourra la rendre le
trait dfinitif, est, par consquent, en mesure d'attendre patiemment
que le gouvernement nerlandais revienne  des ides plus
raisonnables...

Vous trouverez dans les journaux anglais d'aujourd'hui le rcit
dtaill de la sance de la Chambre des pairs d'hier soir. Le duc de
Wellington a fait la motion d'une adresse au roi, pour demander le
maintien de la stricte neutralit du gouvernement anglais dans la
lutte qui existe entre les deux princes de la maison de Bragance.
Cette motion, qui a t combattue par les ministres, a fini par tre
adopte  quatre-vingt-huit voix contre soixante-huit. On pense que
c'est une dfaite, mais qu'elle sera sans importance pour le
ministre...

  [101] Il y eut  ce moment une tentative de rapprochement trs
  marque entre le cabinet de La Haye et les trois cours du
  continent, particulirement celle de Berlin. M. Ancillon y
  donnait les mains. M. Bresson, le 11 juin, annonait non sans une
  surprise mle d'inquitude l'arrive inopine  Berlin du prince
  Frdric des Pays-Bas. Le 13, il rendait compte au dpartement
  d'un entretien qu'il avait eu  ce sujet avec M. Ancillon. Le
  prince Frdric, lui avait dit le ministre prussien, est tomb 
  Berlin comme une bombe dans une maison: personne n'en a t plus
  surpris que le roi lui-mme. Suivant M. Ancillon, le prince
  s'est annonc comme envoy par le roi, son pre, pour remercier
  le roi de Prusse et, en sa personne, les empereurs d'Autriche et
  de Russie de la part qu'ils avaient prise  la conclusion de la
  convention provisoire.--M. Bresson ajoutait qu'il remarquait un
  changement dans la cour de Berlin. Elle dsirait, disait-il, voir
  la confrence abandonner son caractre d'arbitre pour prendre
  celui de mdiatrice. Il rappelait que quelques mois auparavant
  (_Dpche de M. Bresson, du 12 mars_) il avait dj attir
  l'attention du cabinet franais sur une lettre de M. de
  Metternich,  M. Clam, agent autrichien  Berlin, communique par
  celui-ci  M. Ancillon, qui contenait une premire allusion 
  cette ide. Il voyait dans ce plan la volont trs arrte des
  cours du continent d'intervenir en faveur du roi des Pays-Bas. Le
  duc de Broglie envoya aussitt ces nouvelles  Londres, et invita
  M. de Talleyrand  carter toutes les propositions et
  insinuations qui tendraient  dnaturer le caractre de la
  confrence (_Dpche du 20 juin_).


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Neuilly, le 2 juin 1833.

    Mon cher prince,

Quelle bonne et excellente nouvelle, que celle de la ratification du
roi de Hollande  la convention du 21 mai! Maintenant, je n'ai
plus de doute sur la prompte et heureuse terminaison dfinitive de
cette si longue et si difficile affaire de Belgique. Votre manire de
voir, sur la conduite  tenir par le roi Lopold, me parat bien juste
et bien vraie; aussi ai-je crit dans ce sens  Bruxelles; mais il me
parat qu'on y est bien dispos, et qu'on va s'occuper tout de suite
du dsarmement...

Les nouvelles de Blaye sont excellentes; madame la duchesse de Berry
commence  se promener dans le jardin, et j'espre que dans peu de
temps elle sera en voyage. Elle a fait proposer  madame Laurence de
Bauffremont[102] de venir la rejoindre pour l'accompagner dans son
voyage  Palerme. Celle-ci a accept et a t hier demander un
passeport  M. d'Argout, et la permission de s'y rendre, qui lui a t
accorde. Je viens de voir son frre Raoul[103], qui m'a dit qu'elle
partait aujourd'hui pour Blaye...

  [102] Laurence de Montmorency, fille d'Anne de Montmorency, pair
  de France, ne en 1802, marie en 1819  Thodore, prince de
  Bauffremont. Elle mourut en 1860.

  [103] Raoul, duc de Montmorency, grand d'Espagne, n en 1790,
  entr au service en 1807, fut aide de camp du marchal Davout,
  puis chambellan de l'empereur; sous la Restauration il fut aide
  de camp du duc d'Orlans. Il mourut en 1862.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 11 juin 1833.

    Mon cher duc,

Lord Palmerston a reu hier des nouvelles de Constantinople, qu'il a
bien voulu me communiquer. Lord Ponsonby lui crit que, dans une
entrevue qu'il avait eue avec le comte Orloff, celui-ci lui avait
donn les assurances les plus positives et les plus satisfaisantes de
la volont de l'empereur Nicolas de rappeler les troupes russes de
Constantinople, aussitt aprs la retraite d'Ibrahim Pacha. Ces
assurances ont t rptes de tant de cts maintenant, qu'il me
parat impossible qu'on ne les regarde pas comme fondes. Le cabinet
russe est trop habile pour ne pas comprendre qu'une affaire comme la
destruction de l'empire ottoman ne se fait pas par un coup de main. Le
moment d'un partage n'est point encore venu, et les cabinets prudents,
qui peuvent le prvoir, ont le temps de s'y prparer. La Russie a,
cette fois-ci, gagn une grande force morale en accoutumant les Turcs
 la prsence des soldats russes, et elle s'en tiendra l pour le
moment. La Pologne ne tmoigne que trop bien de la marche gradue que
sait employer la politique russe dans les affaires qui paraissent mme
l'intresser davantage.

Lord Ponsonby rend aussi compte  lord Palmerston d'une dmarche de
l'amiral Roussin prs de la Porte ottomane, qui ne parat pas avoir eu
le mrite de l'-propos: il s'agit de la demande faite par
l'ambassadeur de France de laisser entrer l'escadre franaise dans le
Bosphore, au moment mme o l'ambassadeur de Russie prenait
l'engagement de faire rappeler les troupes russes aprs la retraite
d'Ibrahim. J'prouve du regret de ce que cette dmarche ait t faite,
car, dans tous les cas, on peut trouver qu'elle a t faite trop tt
ou trop tard. Du reste, vous aurez t dj inform sans doute que
lord Ponsonby avait engag l'amiral Roussin  retirer sa demande.

On a reu ici le discours du roi Lopold, dans lequel on a remarqu
plus d'exigences pour l'avenir que de satisfaction du prsent[104]...

  [104] Discours prononc par la roi des Belges  l'ouverture des
  Chambres.

    Le 24 juin 1833.

Je ne vous ai pas dissimul les difficults du ministre anglais,
mais je crois vous avoir dit aussi, il y a deux mois, que je ne
jugeais pas la crise aussi rapproche que certaines personnes le
supposaient. Le rsultat m'a donn raison; mais si les difficults se
sont successivement aplanies, elles se sont aussi successivement
renouveles, et il n'est que trop vident qu'elles viennent d'acqurir
un haut degr de gravit. Il ne s'agit peut-tre plus uniquement de
rtablir l'harmonie entre les deux Chambres par une nouvelle et large
cration de pairs,  laquelle le roi rpugne, comme abus de pouvoir;
mais il s'agit encore de triompher des deux factions, radicale et
conservatrice, de la Chambre basse, qui, toutes deux, se montrent
mcontentes du _Church-Bill_[105] l'une pour ce qu'on vient d'en
retrancher, l'autre pour ce qu'on y a laiss. Runies, ces deux
factions pourraient bien faire perdre la majorit dans la Chambre des
communes.

Je me tiens avec soin, et presque avec affectation, en dehors des
vives agitations du moment; mais, si, simple spectateur, je ne puis
nier l'embarras rel du cabinet, je ne puis cependant encore partager
les prvisions de ceux qui ne lui accordent plus qu'une trs courte
existence. Il faut nanmoins admettre cette dernire chance comme
possible; les premires trois semaines clairciront cette grande
question...

  [105] Le bill de rforme de l'glise d'Irlande qui depuis deux
  mois faisait l'objet de vifs dbats dans le parlement.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 29 juin 1833.

    Mon prince,

Les journaux vous ont appris le sort infortun de l'amendement que
nous avions mdit pour tenir lieu de la loi de douanes. A peine cet
amendement a-t-il t imprim, qu'il a excit dans la Chambre un rcri
universel; la rumeur a t si grande que presque tous ceux qui avaient
rsolu de le soutenir ont perdu courage[106]. Saint-Cricq, qui devait
le dvelopper, s'est trouv dans la Chambre  ct de la salle; il
proteste, sur son honneur, qu'il ne s'tait loign que pour un
instant, et que c'est le prsident qui, malicieusement, a fait venir
l'amendement en discussion plus tt qu'il ne devait. Enfin,
toujours est-il que l'amendement, mis aux voix sans avoir t
dvelopp, a t rejet avec acclamation  une immense majorit, sans
que personne se soit senti la hardiesse de le dfendre contre une
opposition si gnrale. On avait contre soi, outre les intresss qui
sont en grand nombre et qui faisaient grand bruit, toute l'opposition
qui tonnait contre le pouvoir que cet amendement mettait entre les
mains du gouvernement. Je pense que le ministre anglais sera trs
irrit de tout ceci, et, franchement, je ne saurais trop m'en
plaindre. La vrit, c'est que Thiers et Humann sont, au fond, trs
prohibitifs, que ce n'est que par condescendance qu'ils concdent 
mes instances et  mes efforts les modifications du tarif de douanes,
et que, s'ils n'ont mis, dans les retards apports  la discussion de
cette loi et dans la msaventure de l'amendement, aucune mauvaise foi,
ils n'y ont pas port peut-tre tout le zle que j'y aurais port
moi-mme. Il faut que vous soyez assez bon pour tcher d'adoucir le
mcontentement du gouvernement anglais. En attendant, je m'occupe de
rparer le mal en cherchant dans les lois existantes quelque moyen de
faire une partie de ce que l'amendement nous donnait le droit de
faire. J'y travaille de tout mon coeur et j'espre y russir. J'espre
surtout, mon prince, dans votre bienveillante habilet pour rparer
nos sottises.

    Veuillez agrer...

  [106] La session de la Chambre allait tre close sans qu'on et
  vot la nouvelle loi sur les douanes, qui contenait de notables
  rductions de tarifs et qui tait attendue impatiemment en
  Angleterre. Aussi dans l'une des dernires sances, le 18 juin,
  le cabinet fit-il prsenter par M. de Saint-Cricq un article
  additionnel  la loi des finances ainsi conu:

   Des ordonnances du roi pourront, d'ici  la prochaine session des
   Chambres, mettre provisoirement  excution, par extension de la
   facult accorde par l'article 34 de la loi du 17 dcembre 1814,
   celles des dispositions du projet de loi sur les douanes prsent 
   la Chambre des dputs le 3 dcembre dernier, qui, dans l'intrt du
   commerce, de l'agriculture et de l'industrie, offriraient un
   caractre d'urgence. Les ordonnances qui auront t rendues en vertu
   de la prsente disposition seront prsentes aux Chambres dans la
   prochaine session pour tre converties en lois.

La lecture de cet article souleva dans la Chambre de vives
protestations, et il fut cart sans discussion. Cependant le cabinet
passa outre, et ds le 29 juin, une ordonnance royale portant de
nombreux dgrvements parut au _Moniteur_; elle tait contresigne par
M. Thiers.

    Paris, le 1er juillet 1833.

    Mon prince,

Je vous ai parl, dans ma dernire lettre, de la question des
douanes, de l'amendement rejet par la Chambre des dputs et de
l'esprance que j'avais de trouver dans la lgislation existante
quelque moyen de rparer cet accident parlementaire. Nous avons, en
effet, trouv ce moyen, non sans engager notablement notre
responsabilit. Je suis parvenu  y dterminer mes collgues;
l'ordonnance est signe et elle paratra demain ou aprs-demain dans
le _Moniteur_; elle contient sur la soie tout ce que portait la loi
des douanes qui n'a pas t discute. Quant aux cotons, la proposition
de la commission ne devant avoir d'effet qu' dater de deux ans aprs
la promulgation de la loi, le dlai est sans importance pour le
gouvernement anglais. Peu importe, en effet, que la loi ait pass ou
non dans cette session, puisque l'effet de la loi devait tre diffr.
Nous aurons soin seulement qu'il soit tenu compte de ce dlai dans la
rdaction de la prochaine loi sur les douanes. Je pense que le
gouvernement anglais sera content de nos efforts; il aurait tort s'il
ne l'tait pas, car, en vrit, nous nous compromettons assez sur ce
point: je ne sais si nous ne nous en repentirons pas.

       *       *       *       *       *

Je voudrais faire ici, comme je l'ai dj fait aprs le rcit de la
prise de la citadelle d'Anvers au mois de janvier prcdent, un rsum
aussi succinct que possible de la nouvelle phase dans laquelle taient
entres les affaires de Hollande et de Belgique,  la suite de la
convention du 21 mai. J'pargnerai ainsi au lecteur les dtails des
longues et fatigantes ngociations qui recommencrent bientt, et qui
durrent plusieurs mois. Ce point cart, je n'aurais plus  extraire
des correspondances que ce qui concerne les autres affaires
europennes traites  cette poque par l'ambassade de France 
Londres.

Ainsi qu'on vient de le voir, le roi Guillaume des Pays-Bas avait
ratifi la convention prliminaire du 21 mai[107], qui plaait la
Belgique dans une position si avantageuse qu'elle ne devait point
dsirer la conclusion d'un trait qui rglt d'une manire dfinitive
ses rapports avec la Hollande. Il n'en tait pas tout  fait de mme
des autres puissances, et notamment pour l'Autriche et la Prusse qui,
en signant le trait du 15 novembre 1831, base de l'existence reconnue
du nouveau royaume de Belgique, avaient rserv, au nom de la dite
germanique, les droits de celles-ci sur le grand-duch de Luxembourg.
On doit se rappeler qu'en vertu de ce trait, une partie du duch de
Luxembourg avait t incorpore au royaume de Belgique, en change
d'une portion de la province de Limbourg qui, en 1790, n'appartenait
pas aux tats-gnraux de Hollande. Les cabinets de Vienne et de
Berlin taient donc spcialement intresss  la reprise des
ngociations pour arriver  un trait dfinitif entre la Hollande et
la Belgique, qui avait d'ailleurs t formellement stipul dans la
convention du 21 mai. L'article V de cette convention tait conu dans
les termes suivants:

Les hautes parties contractantes s'engagent  s'occuper sans dlai du
trait dfinitif qui doit fixer les relations entre les tats de Sa
Majest le roi des Pays-Bas, grand-duc de Luxembourg et la Belgique.
Elles inviteront les cours d'Autriche, de Prusse et de Russie  y
concourir.

  [107] Les ratifications furent changes le 29 mai  Londres.

La France et l'Angleterre avaient fait aux trois cours cette
invitation qui fut accepte par elles, et la confrence de Londres,
dissoute  la suite des mesures coercitives, se trouva reconstitue.

Le trait du 15 novembre 1831, conclu entre les cinq puissances et la
Belgique, avait dclar qu'il restait  faire un trait _direct_ entre
la Hollande et la Belgique. Mais quel devait tre le caractre de ce
trait _direct_?

D'aprs la note de la confrence du 15 octobre 1831, le trait direct
entre la Hollande et la Belgique aurait d consister dans la
reproduction littrale des vingt-quatre articles qui auraient t
accepts mot pour mot par la Hollande comme ils l'avaient t par la
Belgique. Mais cette reproduction mot pour mot tait dsormais
impossible:

1 Parce que les trois cours d'Autriche, de Prusse et de Russie, en
ratifiant le trait du 15 novembre, avaient fait des rserves qui
accordaient  la Hollande le droit de provoquer de _gr  gr_ un
nouvel examen de quelques-uns des vingt-quatre articles;

2 On avait reconnu qu'il tait indispensable de donner des
claircissements sur ceux de ces articles qui prsentaient quelques
obscurits;

3 Enfin, les plnipotentiaires des cinq cours, faute de
renseignements suffisants, avaient d laisser sans solution complte
des questions qu'il tait ncessaire de rsoudre dans un arrangement
dfinitif.

Le roi des Pays-Bas s'tait dcid  adjoindre son ministre des
affaires trangres, M. Verstolck de Soelen,  son plnipotentiaire
ordinaire, M. Dedel, et le gouvernement belge, de son ct, avait
envoy le gnral Goblet, ministre des affaires trangres, pour
appuyer M. Van de Weyer. Les ngociations nouvelles s'ouvraient ainsi
avec un caractre de solennit qui semblait devoir les faire aboutir.

La confrence tint sa premire sance le 15 juillet 1833, et dcida
que:

1 Les plnipotentiaires des Pays-Bas et de Belgique seraient entendus
sparment, et traits de la mme manire;

2 Que l'on ngocierait autant que possible verbalement;

3 Que le trait du 15 novembre servirait de base aux ngociations;

4 Que les articles de ce trait seraient prsents sparment 
chaque partie, et paraphs, en cas d'adoption, avec ou sans
modification.

La question territoriale dut former le premier objet des ngociations.
On n'leva aucune objection contre les arrangements dtermins sur
cette question par le trait du 15 novembre, mais on s'arrta  un
point secondaire.

Ces arrangements, comme on l'a vu, reposaient sur le principe d'un
change entre une partie du territoire belge de la province de
Limbourg et une partie du grand-duch de Luxembourg; en consquence de
ce principe, la partie du Limbourg cde aurait d tre substitue 
la partie du Luxembourg dans tous les rapports de ce dernier pays avec
la Confdration germanique. Mais en exprimant dans son article III la
corrlation qui existait entre les deux cessions, le trait du 15
novembre admettait, dans son article IV, l'alternative de la runion
de la partie du Limbourg, soit  la Hollande, soit  la Confdration
germanique, et rservait, par son article V, au roi grand-duc, de
s'entendre  cet gard avec la dite et avec les agnats de sa maison.

Le cabinet de La Haye, qui voulait pouvoir incorporer  la Hollande la
rive droite de la Meuse, chargea ses plnipotentiaires de demander
qu'on retrancht du trait les articles III et V, et les termes
de l'article II qui indiquaient un rapport entre les deux cessions.
Les plnipotentiaires belges, aprs en avoir rfr  leur
gouvernement, consentirent  cette suppression, sous la condition que
le roi grand-duc produirait, avant la signature du trait, le
consentement de la dite germanique et des agnats de la maison de
Nassau. Les plnipotentiaires hollandais, de leur ct, se dclarrent
autoriss  prendre ce double engagement.

On parapha donc de part et d'autre les articles relatifs  la
dlimitation territoriale; et ensuite les articles VII, VIII, X, XV,
XVI, XVII, XVIII, XIX, XX, XXI, XXII, XXIII, XXIV, et on ajouta un
vingt-cinquime article, qui portait qu'il y aurait paix entre le roi
des Pays-Bas et le roi des Belges, etc.

On procda ensuite  l'examen des cinq articles qui donnaient lieu 
des rclamations de la part de la Hollande; c'taient: l'article IX,
relatif  la navigation des fleuves et rivires; l'article XI,
concernant l'usage des routes qui traversent le Limbourg; l'article
XII, concernant la facult d'tablir un canal ou une route  travers
le Limbourg; l'article XIII, relatif au payement annuel de la dette et
 la liquidation du syndicat d'amortissement; et enfin l'article XIV,
concernant les arrrages de la dette[108].

La confrence suivit pendant quelque temps les deux parties dans
l'examen de ces questions; mais, lorsqu'elle eut acquis la certitude
que le cabinet de La Haye n'avait fait aucune dmarche pour obtenir le
double consentement ncessaire pour la cession du Luxembourg,
elle crut devoir suspendre de nouveau les ngociations, et en
subordonner la reprise  l'accomplissement de l'engagement contract
par le roi grand-duc. Nous retrouverons plus tard la mention de cette
suspension des ngociations et des raisons qui la motivrent[109].
Reprenons maintenant la suite des correspondances.

  [108] Cette manire de procder ne fut pas approuve  Paris. Le
  cabinet des Tuileries ne voulait pas recommencer  ngocier sur
  des questions qui lui semblaient avoir t rgles par le trait
  du 15 novembre. (Voir  ce sujet une lettre de Madame Adlade.
  Appendice, page 503).

  [109] C'est le 24 aot que la confrence suspendit indfiniment
  ses sances.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 4 juillet 1833.

    Monsieur le duc,

... J'ai communiqu  lord Palmerston les rsolutions adoptes par le
gouvernement du roi au sujet des douanes, dont vous avez bien voulu
m'informer. Lord Palmerston s'en est montr fort reconnaissant, et m'a
charg, en son nom et en celui des autres membres du cabinet, de vous
en tmoigner toute leur satisfaction.

J'ai eu l'honneur de vous mander que le cabinet anglais chercherait
des moyens de conciliation pour sortir des embarras qui lui avaient
t suscits dans la Chambre des communes; il a atteint ce but en
faisant  propos quelques concessions dans le bill sur les affaires
temporelles de l'glise d'Irlande. Les difficults sont  peu prs
aplanies, et le ministre parat assur aujourd'hui d'arriver
heureusement jusqu' la fin de la session, au travers mme des
entraves insparables des luttes parlementaires. La session finira
probablement au milieu du mois d'aot.

On a reu ce matin la nouvelle sans dtails du dbarquement de
l'expdition dirige par MM. de Palmella et Villaflor  Lagos, sur les
ctes des Algarves. Cette expdition, qui n'est que de deux mille cinq
cents hommes, ne s'est pas trouve assez forte pour oser aborder 
Lisbonne, o elle comptait sur des intelligences...

    Le 8 juillet 1833.

Je suis bien aise que M. de Frville[110] soit venu ici, il jouira du
succs qu'a eu votre courageuse ordonnance. On saura bientt, grce 
vos soins, que la rciprocit vaut mieux que les reprsailles;
celle-l n'engendre pas de querelles. Dans le mouvement actuel des
esprits, les plus timides seront forcs de voir qu'il n'est donn 
personne de faire longtemps et  meilleur march que les autres. Le
sol ne change pas et toutes les industries s'acquirent.

M. Dedel et M. Verstolck sont attendus demain matin. Il y a sept
semaines que le trait prliminaire est fait; dans ce trait, tous les
avantages sont pour les Belges; et cependant, le roi de Hollande
trane toujours; c'est fort difficile  expliquer, car l'argent va lui
manquer, et trs probablement il n'obtiendra pas des tats-gnraux un
nouveau crdit; du moins, c'est l'opinion gnrale. Je vous manderai
quelle est la premire impression que j'aurai reue au moment de
l'arrive de ces messieurs...

  [110] Conseiller d'tat franais, envoy  Londres pour aviser 
  l'application de l'ordonnance royale sur les douanes, dont il est
  fait mention dans la lettre du duc de Broglie du 1er juillet
  (_Note de M. de Bacourt_).

    Le 9 juillet 1833.

On vient de recevoir des nouvelles de l'expdition partie d'Oporto
sous les ordres de MM. de Palmella et Villaflor. Le dbarquement
a eu lieu le 24 juin, au petit port de Villa Real, dans le royaume des
Algarves, tout prs de la frontire d'Espagne. Les lettres, qui sont
du 28, annoncent qu'aussitt aprs le dbarquement, qui s'tait fait
avec trs peu de rsistance de la part du gouverneur miguliste, M. de
Villaflor s'tait dirig sur Tavira et devait s'avancer de l vers
Beja, capitale de la province de l'Alentejo, o il comptait sur de
nombreuses intelligences. M. de Palmella, de son ct, s'est rendu 
Faro, o il s'occupait  organiser le royaume des Algarves; toutes les
villes du littoral avaient proclam la reine doa Maria... Le
capitaine Napier[111], commandant de la flotte, aprs avoir fait
proclamer la reine  Lagos, devait se rendre  l'embouchure du Tage
pour bloquer Lisbonne...

  [111] Le capitaine Napier commandait la flotte de dom Pedro: il
  avait pris en Portugal le nom de Carlos de Ponza, parce que en
  1813 il s'tait empar avec clat de la petite le de Ponza sur
  la cte de Naples.

  Sir Charles Napier, n en 1786, capitaine de vaisseau en 1809, fit
  en 1810 la campagne de Portugal et se signala  diverses reprises
  jusqu'en 1815. Il fut alors mis en non-activit. En 1829, il entra
  au service de dom Pedro dont il contribua  faire triompher la
  cause. En 1834, il fut lu dput  la Chambre des communes. Il
  fut nomm commodore en 1839, contre-amiral en 1846 et vice-amiral
  en 1853. Il choua devant Cronstadt en 1854 et revint en
  Angleterre o il mourut en 1860.

    Le 14 juillet 1833.

La nouvelle est arrive ce matin  Londres, que la flotte de la reine
doa Maria, commande par l'amiral Carlos Ponza (capitaine Napier),
avait rencontr le 5 de ce mois,  la hauteur du cap Saint-Vincent,
l'escadre de dom Miguel, et qu' la suite d'un engagement trs vif,
l'amiral Ponza s'tait empar de deux vaisseaux de ligne, de deux
frgates et d'une corvette migulistes. Cette nouvelle a produit une
grande sensation  Londres; le ministre en est trs satisfait,
et on doit croire qu'elle lui sera utile dans les importantes
discussions qui vont s'ouvrir au parlement pendant cette semaine.

Le fils de M. de Bourmont est arriv ici, venant de France, et
apportant des sommes assez considrables. Il a fait acheter un grand
bateau  vapeur, _the United Kingdom_, qui partira pour Lisbonne dans
le courant de la semaine, charg de munitions, d'artillerie et
d'officiers anglais, dit-on, qu'on est parvenu  enrler.

    Le 15 juillet 1833.

... Nous avons eu ce matin notre premire confrence sur les affaires
de Hollande et de Belgique... Aprs la confrence, j'ai entretenu lord
Palmerston de la communication que vous avez bien voulu me faire par
votre dernire dpche sur le projet d'un trait d'alliance offensive
et dfensive entre la Russie et la Porte ottomane, dont il vous a t
rendu compte par l'amiral Roussin[112]. Lord Palmerston a reu les
mmes informations par lord Ponsonby, quoique d'une manire peut-tre
moins positive. Sir Frdric Lamb lui crit aussi que M. de
Metternich, lorsqu'il lui en a parl, s'est montr fort irrit qu'on
crt  l'existence d'un pareil trait. Lord Palmerston et moi ne
pouvons pas nous persuader que la Russie ait os risquer une dmarche
de ce genre; mais mon opinion personnelle est que, si le trait
existe, l'Autriche doit en tre une des parties, car on ne peut pas
raisonnablement supposer que la Russie ft seule un trait qui
mettrait ncessairement contre elle l'Autriche, la France et
l'Angleterre; la conduite du cabinet de Vienne serait, d'ailleurs,
dans cette occasion, d'accord avec beaucoup de ses antcdents[113]...

  [112] Voir page 176 et note et page 208.

  [113] Voir pages 208 et 210.

    Le 19 juillet 1833.

La discussion sur la seconde lecture du bill relatif au temporel de
l'glise d'Irlande, qui dure depuis deux jours  la Chambre des pairs,
sera probablement termine cette nuit. Le discours que lord Grey a
prononc dans la premire sance a produit un grand effet et a t
gnralement admir. La position du cabinet s'est fort amliore dans
ces derniers jours; il n'est plus douteux que la seconde lecture du
bill passera, et on pense mme que dans les comits il ne subira pas
de changements trs importants. On attribue beaucoup  la modration
tmoigne par le duc de Wellington les dispositions plus calmes et
plus conciliantes que montre, en ce moment, l'opposition dans la
Chambre des pairs... Nous n'avons aucune nouvelle de Portugal, depuis
celle de la victoire de l'amiral Napier... 

    Le 26 juillet 1833.

J'ai trs bien compris l'intrt que vous deviez mettre  suivre la
marche de la ngociation sur les affaires hollando-belges; aussi
continuerai-je, comme je l'ai fait depuis la reprise de la
ngociation,  vous tenir au courant de toutes les dlibrations de la
confrence. Vous avez toujours t et vous serez toujours au courant
de tout ce qui nous occupe si vivement ici, et, certes,  cet gard,
vous devez souvent tre fatigu de la multiplicit de mes lettres et
de mes dpches. Les autres ambassadeurs attendent gnralement que
nous soyons arrivs en confrence  quelques rsultats pour en crire
 leurs cours. Je pense tre le seul qui crive presque journellement;
et c'est peut-tre un tort, car j'appelle ainsi votre attention sur de
simples bauches et j'expose par l votre jugement  rester dans un
vague qui peut mme l'induire momentanment en erreur.

Je ne pense pas que depuis trois ans que je suis  Londres le roi ait
eu  se plaindre de faiblesse et d'imprudence de ma part, ni qu'il
puisse expliquer les lenteurs actuelles par autre chose que par cet
esprit de conciliation dont l'exprience me prouve chaque jour de plus
en plus les avantages. Je ne crois pas que ce soit le moment de
changer de systme, et l'incident de Maestricht dont vous parle M.
d'Eyragues confirme cette opinion. Songez que nous avons enfin obtenu,
pour finir l'affaire belge, un concours sincre des puissances du
Nord; que nous leur devons l'assouplissement momentan, et qu'il
serait aussi facile que nuisible de compromettre leurs bonnes
dispositions _si peu instinctives_ par une complaisance illimite pour
la Belgique. Les intrts rels des Belges triompheront, mais leurs
besoins factices ne doivent pas venir entraver notre marche et nuire 
la bonne intelligence de l'Europe, si ncessaire dans le moment
actuel...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 25 juillet 1833.

    Mon prince,

C'est toujours  vous qu'il faut avoir recours dans les circonstances
qui prsentent quelques difficults. Aussi, je dsire vous
entretenir de bonne heure de l'affaire de Portugal et savoir quel est
votre avis sur la marche  suivre dans le cas o Lisbonne se rendrait
prochainement au marquis de Palmella.

A coup sr, nous nous rjouissons de cet vnement, en supposant
qu'il arrive; mais nous ne pouvons nous dissimuler qu'il ne tardera
pas  nous causer des embarras assez grands. La situation dj bien
prcaire de l'Espagne en deviendra bien plus prcaire encore, et
chaque jour nous nous trouverons en prsence de complications
nouvelles rsultant des tentatives faites pour amener un tat
rvolutionnaire dans toute la pninsule. Ces difficults seront
plus ou moins nombreuses, plus ou moins pressantes, selon que
l'tablissement de la jeune reine sera dirig par dom Pedro ou par
Palmella, selon que la charte brsilienne sera ou ne sera pas mise de
ct. Il importe, je crois, au gouvernement anglais comme  nous, que
dom Pedro et sa charte soient loigns du Portugal le plus tt
possible, et, pour cela, il importe que les deux gouvernements
s'entendent et se concertent de bonne heure sur la ligne de conduite
qu'ils se proposent de suivre. Nous savons par Oporto que dom Pedro a
dfendu  Palmella d'entrer  Lisbonne sans lui. Nous savons galement
que Palmella est dcid  ne point obir. Nous savons galement enfin
que l'impratrice a des ordres secrets pour ne point laisser
s'embarquer la jeune reine, jusqu' ce que dom Pedro ait lui-mme
crit qu'on la lui envoyt. Il me semble que nous ne saurions songer
trop tt  parer aux dispositions qu'il fait pour s'emparer
exclusivement de toute l'affaire. Je dsirerais savoir quelles mesures
vous paratraient les plus efficaces pour arriver  ce but, et quelles
sont celles que vous croiriez en mme temps les plus faciles 
concerter avec le gouvernement anglais. Soyez assez bon pour
m'clairer de vos conseils sur ce point, comme sur tous les autres, et
veuillez recevoir...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 27 juillet 1833.

    Monsieur le duc,

... M. Bresson vous aura sans doute mand que Sa Majest le roi de
Prusse a d se rendre du 22 au 24 de ce mois  Tplitz, accompagn de
M. Ancillon, d'un autre de ses ministres, et du secrtaire de son
cabinet. Le prince Flix de Schwarzenberg[114] doit s'y tre rendu en
mme temps que Sa Majest. Le prince de Metternich ira de Knigswarth,
et il parat que Sa Majest l'empereur d'Autriche, qui, vers cette
poque, se trouvera dans ses terres en Bohme, a invit le roi de
Prusse  y venir; on croit que la runion de ces deux souverains aura
lieu le 20 du mois d'aot. On ignore encore  Londres si l'empereur
Nicolas fera partie de cette runion...

  [114] Flix-Louis-Jean-Frdric prince de Schwarzenberg, gnral
  et homme d'tat autrichien. N en 1800, il suivit  la fois la
  carrire des armes et de la diplomatie, fut attach d'ambassade 
  Ptersbourg en 1824, puis  Londres (1826),  Rio-de-Janeiro
  (1827),  Paris et  Berlin. Il fut ensuite nomm ministre 
  Turin, d'o il passa  Parme et  Naples (1846). En 1848, il
  devint le chef du cabinet autrichien et garda ces hautes
  fonctions jusqu' sa mort (1852).

    Le 30 juillet 1833.

    Mon cher duc,

Je rponds aussi vite que je peux  la lettre pleine d'amiti et de
confiance que vous m'avez crite sur notre position et sur celle
de l'Angleterre vis--vis du Portugal. J'ai vu lord Palmerston  ce
sujet; il me parat comprendre le grand avantage qu'il y aurait 
carter dom Pedro de la cause de sa fille et ne pas rpugner 
reconnatre une rgence dont le duc de Bragance ne ferait pas partie
et d'accrditer, par exemple, lord William Russell auprs d'une
rgence dont Palmella serait et le centre et le chef. Les deux autres
membres (parce que les affaires n'en exigent en tout que trois),
seraient donc, d'une part, M. de Villaflor, et, de l'autre, un
miguliste modr, s'il tait possible d'en rallier un  la cause de
la jeune reine. Il serait bien heureux que le miguliste s'appelt M.
le duc de Cadaval[115].

Je suis ici dans une trop grande ignorance de l'tat des esprits en
Espagne, et de votre langage  Madrid par rapport au Portugal, pour
tre sr que vous vouliez adopter la marche que je viens de vous
indiquer; mais, dans le cas o elle vous paratrait convenable, un
envoy franais, dans une position analogue  celle de William
Russell, et qui, sur les lieux, s'entendrait avec lui, me paratrait
utile  envoyer en Portugal, pour y faire valoir, en temps opportun,
les avantages de la rgence, et pour la reconnatre ensuite au nom de
la France. Ce systme aurait videmment l'avantage d'tablir en
Portugal un gouvernement qui agirait au nom de la jeune reine, sans
rendre sa prsence  elle-mme ncessaire  une poque o vous
pourriez craindre que sa belle-mre, d'aprs les ordres de dom Pedro,
ne mt obstacle au dpart de doa Maria. La rgence devrait, dans mon
opinion, et cela lui serait trs facile, abandonner la constitution de
dom Pedro, ce grand pouvantail de l'Espagne, et rassurer ainsi toutes
les susceptibilits de l'Europe. Vous aurez dans la personne que vous
devriez envoyer en Portugal, un choix trs difficile  faire, parce
qu'il ne faut pas surtout un homme de parti. Vous causerez, sans
doute, de tout ceci avec lord Granville, que lord Palmerston doit
mettre aujourd'hui mme bien au courant de toute cette question, qui
nous a fort occups ce matin...

  [115] Nunho-Catano-Alvarez Pereira de Mello, duc de Cadaval, n
  en 1798, descendait d'une branche cadette de la maison de
  Bragance. Dom Miguel le nomma en 1828 prsident du conseil des
  ministres. Il soutint nergiquement la cause absolutiste, et
  aprs le triomphe de dom Pedro, il se rfugia  Paris o il
  mourut en 1838.

    Le 31 juillet 1833.

Il est minuit, la sance de la Chambre des pairs est leve; le
ministre a eu une majorit de cinquante-trois voix[116]. Vous pouvez
regarder la session comme termine. Le ministre n'prouvera plus de
vraies difficults.

  [116] C'est le vote sur le bill de rforme de l'glise d'Irlande.
  Il fut vot par les pairs  la majorit de 135 voix contre 81.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 30 juillet 1833.

Mille grces, mon prince, de votre aimable lettre du 26, et de votre
excellente besogne. Il me parat que, grce  vous, l'affaire de
Belgique est en trs bon train; et je commence  esprer tout  fait
que nous en verrons la fin. Je vous prie de croire que je pense des
Belges ce que vous en pensez vous-mme, et que mon unique
proccupation, quand je vous les recommande, c'est de tcher de leur
ter tout prtexte de faire quelque sottise qui vienne gter votre
ouvrage ou vous susciter de nouveaux embarras.--Nos ftes se sont
passes  merveille[117], et rellement, si vous revenez d'ici 
quelques semaines passer un petit bout d'automne en France, vous ne
nous reconnatrez pas...

  [117] Les ftes pour l'anniversaire des journes de Juillet.
  Elles furent marques, cette anne, par le rtablissement de la
  statue de l'empereur sur la colonne Vendme.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 2 aoot 1833

Lord Palmerston vient de me communiquer les nouvelles suivantes de
Lisbonne:

La reine doa Maria a t proclame  Lisbonne le 24 juillet. Il y a
eu le 23 un combat au sud du Tage, entre le gnral Villaflor et
Telles Jorda; celui-ci est rest sur la place et ses troupes ont t
mises en droute; le ministre d'Espagne[118] qui se battait avec les
migulistes, a t fait prisonnier par Villaflor. Le 24 au matin, le
duc de Cadaval s'est retir de Lisbonne avec la garnison. La
population a immdiatement et spontanment proclam la reine doa
Maria. Dans l'aprs-midi du mme jour, Villaflor a travers le
Tage avec quinze cents hommes. Le 25, la flotte est entre dans le
Tage. Le 26 au soir, l'empereur dom Pedro s'est embarqu avec tous ses
ministres  bord d'un bateau  vapeur, pour se rendre  Lisbonne,
laissant Saldanha[119] comme gouverneur civil et militaire d'Oporto.
L'arme assigeante commenait  faire un mouvement de retraite...

  [118] Louis-Fernandez de Cordova, gnral et diplomate espagnol,
  n en 1799, un des plus fidles partisans du roi Ferdinand VII,
  qu'il soutint toujours contre le parti constitutionnel. Il fut
  secrtaire d'ambassade  Paris en 1825, puis ministre en Prusse.
  En 1832, il fut accrdit auprs de dom Miguel, dont il dfendit
  nergiquement la cause. Il prit part aux guerres civiles de
  l'Espagne et se rangea du ct de la reine Isabelle. Il mourut en
  1840.

  [119] Joao Carlos, duc de Saldanha Oliveira e Daun, homme d'tat
  et gnral portugais, petit-fils du marquis de Pombal, n en
  1780; il accepta en 1810 la domination franaise et fut fait
  prisonnier par les Anglais; il passa ensuite au Brsil. De retour
  en Portugal, il devint ministre des affaires trangres du roi
  Jean VI. A la mort du roi, il devint le chef du parti libral et
  soutint la cause de dom Pedro. Cr marchal en 1834, il devint,
  en 1835, ministre de la guerre et prsident du conseil. Il quitta
  le pouvoir en 1836 et fut, pendant quinze ans, ml  toutes les
  luttes civiles du Portugal. En 1851, il s'empara du pouvoir qu'il
  garda cinq ans. Le marchal devint plus tard ministre
  plnipotentiaire  Londres. Il mourut en 1875.

    Le 2 aot 1833.

Vous tes dj inform de la nouvelle qui est parvenue aujourd'hui 
Londres et dont j'ai connaissance  l'instant. On vient d'apprendre
que le trait entre la Russie et la Porte ottomane avait t sign 
Constantinople[120], et quoiqu'on annonce qu'il est purement dfensif
(ce que mme nous ne pourrions admettre), l'exprience prouve qu'en
pareille circonstance, un trait dfensif est bien prs, si cela
convient, de devenir offensif.

Un tel vnement rclame toute l'attention du gouvernement du roi, et
c'est parce que je sens l'importance d'une action vive et prompte, que
je ne balance pas  vous communiquer quelques rflexions qui me sont
suggres par la situation.

Il me semble que la France doit agir de concert avec l'Angleterre, et
vous jugerez sans doute convenable de faire connatre vos vues  cet
gard  lord Granville: de mon ct, je ferai usage de toutes les
directions que vous voudrez bien me donner.

D'aprs ce qu'on crit de Constantinople, les ratifications du trait
ne doivent tre changes que dans deux mois; c'est un temps prcieux
dont il faut tirer parti.

Dans l'tat actuel des choses, la France et l'Angleterre ont 
choisir entre Ptersbourg, la Bohme o se trouve M. de Metternich, et
Constantinople, pour y employer toute leur influence afin d'empcher
la ratification du trait rcemment conclu.

A Ptersbourg, il est trs probable qu'on ne s'est dcid qu'aprs de
mres rflexions et en consquence d'une politique persvrante 
entraner la Porte dans cette alliance; il y a donc tout lieu de
craindre que les dmarches des deux cours resteraient sans effet prs
d'un cabinet arrt dans ses rsolutions et qui, d'ailleurs, ne montre
pas habituellement des dispositions trs bienveillantes pour la France
et pour l'Angleterre.

Quant  M. de Metternich, par le langage qu'il a tenu  M. de
Sainte-Aulaire et  sir Frdric Lamb, on doit le croire ou
tromp ou voulant nous tromper[121]. Dans le premier cas, on perdrait
beaucoup de temps  le dsabuser, et dans le second, il ne chercherait
qu' augmenter notre embarras par les moyens tortueux de la politique
qu'il a adopte. Sans compter beaucoup sur l'efficacit des tentatives
qui pourraient tre faites prs de lui, je pense cependant qu'elles ne
devraient pas tre totalement ngliges.

Mais c'est  Constantinople qu'il faut, par-dessus tout, porter tous
nos moyens d'action; c'est l qu'il faut que les ambassadeurs de
France et d'Angleterre reprsentent au sultan le danger dans lequel il
se prcipite; qu'ils l'implorent, qu'ils le menacent au besoin, et
surtout, qu'ils cherchent l'appui du parti considrable qui, dans le
divan et parmi les ministres, a repouss l'alliance russe. Il n'est
pas possible de croire qu'au moment o les troupes russes
viennent de quitter Constantinople, et o le sultan a, par consquent,
recouvr une sorte d'indpendance, la voix unie de la France et de
l'Angleterre ne se fasse pas entendre avec succs.

Notre seul but doit tre d'empcher la ratification du trait, et
dans mon opinion, le moyen d'y parvenir est une dclaration prompte et
nergique de deux puissances en tat d'assurer  la Porte un appui qui
peut lui tre devenu ncessaire par la faute  laquelle elle s'est
laisse entraner.

Il me parat que les reprsentants d'Angleterre et de France ont
prudemment agi, en ne faisant aucune dmarche avant le dpart du comte
Orloff et des troupes russes.

  [120] C'est le trait d'Unkiar-Skelessi sign le 8 juillet entre
  le comte Orloff et le gouvernement ottoman. Par ce trait, la
  Russie et la Turquie contractaient une alliance dfensive contre
  toute attaque extrieure ou intrieure quelle qu'en ft la
  nature. La Russie promettait  la Turquie, sur terre et sur mer,
  tous les secours dont elle pourrait avoir besoin. Enfin, par un
  article supplmentaire, il tait convenu que la Porte fermerait,
  en cas de ncessit, les Dardanelles, c'est--dire qu'elle ne
  permettrait  aucun vaisseau d'y entrer sous n'importe quel
  prtexte.

  Le prsent trait tait sign pour huit annes.

  [121] M. de Sainte-Aulaire crivait le 5 juillet au duc de
  Broglie pour lui rendre compte d'un entretien qu'il venait
  d'avoir avec M. de Metternich sur les affaires d'Orient: M. de
  Metternich, disait-il, prtend n'avoir aucune connaissance de ce
  trait (Unkiar-Skelessi), mais il affirme que si cet acte existe,
  il a t conu et accompli non seulement sans la participation de
  l'Autriche, mais sans qu'aucune circonstance ait pu veiller les
  prvisions du cabinet de Vienne. Ce serait au reste, selon lui,
  une raison de plus pour marcher en commun  l'avenir, et plus on
  attacherait d'importance  ce nouveau danger pour l'indpendance
  de la Porte, plus la France et l'Angleterre auraient sujet de se
  runir  l'Autriche et  la Russie pour substituer un protectorat
  commun  un protectorat exclusif. M. de Metternich donne des
  assurances ritres que l'Autriche ne souffrira pas, de la part
  de la Russie, ni un accroissement de territoire, ni un
  protectorat exclusif de la Porte. La mfiance et le mauvais
  vouloir du prince de Metternich sont extrmes contre la Russie.
  Pour aucun prix cependant, il ne se dciderait  rompre
  brusquement, mais il prouve un vif dsir d'organiser des
  ngociations communes. Le 14 juillet suivant, M. de
  Sainte-Aulaire ajoutait qu'il s'tait mis d'accord avec M. de
  Metternich sur la ncessit pour les quatre puissances de
  notifier  la Porte qu'elles prenaient toutes un intrt gal 
  sa conservation et qu'elles entendaient protger l'intgrit de
  son territoire (_Correspondance officielle de M. de
  Sainte-Aulaire_).

    Le 2 aot 1833.

    Mon cher duc,

Je vous envoie des nouvelles importantes, que je crois certaines, de
Lisbonne. Dom Pedro parat y tre accouru. A l'heure qu'il est, la
rgence doit tre tablie; aussi mon opinion d'avant-hier est hors de
propos. Mais si, par le fait, l'Angleterre et la France n'ont pu
prendre part  l'tablissement de la rgence, elles restent
aujourd'hui matresses de la reconnatre ou de ne pas la reconnatre.
Je ne puis, dans ce moment, vous dire le parti que l'Angleterre
prendra  cet gard, et peut tre ne devons-nous pas, dans cette
circonstance, faire dpendre entirement notre marche de celle qu'on
adoptera ici. L'Angleterre a des intrts portugais directs; notre
intrt direct  nous, c'est l'Espagne. Le Portugal est pour nous un
intrt de _second hand_. Les conditions auxquelles il peut nous
convenir de reconnatre la rgence pourraient donc ne pas tre
identiquement les mmes que celles qui conviendront  l'Angleterre.
J'ai cru devoir appeler votre attention sur tout ceci au moment de la
dcision qui parat bien prs d'arriver...

    Le 5 aot 1833.

J'ai reu la dpche que vous m'avez fait l'honneur de m'crire sous
le numro 85[122], et j'ai vu avec une grande satisfaction, par les
considrations qu'elle renfermait, que mon opinion se trouve
parfaitement d'accord avec la vtre, sur le grave vnement qui vient
de se passer  Constantinople.

Je presse, depuis plusieurs jours, le ministre anglais de prendre un
parti sur cette question, dans le sens que je vous indiquais par ma
dernire dpche, et je puis vous dire la rsolution  laquelle il
s'est arrt.

Un courrier anglais partira demain pour Constantinople et passera par
Paris. Lord Granville sera charg de vous communiquer la dpche
adresse  lord Ponsonby. Cette dpche exprimera d'une manire nette
et prononce l'tonnement et le mcontentement qu'a prouvs le
gouvernement anglais en apprenant l'alliance conclue entre la Porte
ottomane et la Russie, et l'ordre d'en faire part au gouvernement
ottoman, en lui exposant tous les dangers de la situation dans
laquelle il s'est plac. Lord Ponsonby devra faire comprendre que la
Porte, en acceptant ce trait, renonce  son indpendance, qui,
dsormais, reste soumise aux volonts et aux exigences de la Russie;
que, par ce fait seul, sa puissance se trouve anantie aux yeux de
l'Europe, aussi bien qu' ceux de ses peuples. Il insistera
particulirement sur les changements qu'un tel trait doit produire
dans les rapports existants entre la Sublime Porte et ses anciens
allis; que l'Angleterre ne peut plus la reconnatre que comme
dpendant de la Russie, et qu'en cas de guerre, par exemple, avec
cette dernire puissance, elle se verrait oblige de traiter l'empire
ottoman comme un ennemi; qu'une pareille consquence, qui est
cependant invitable, annulerait toutes les relations de la Porte avec
d'anciens et fidles allis comme l'Angleterre et la France, et la
livrerait au pouvoir de la Russie, son ennemie de tout temps.

Je viens de vous rapporter  peu prs l'expos de ce qui sera crit 
lord Ponsonby; vous jugerez peut-tre convenable de transmettre 
l'amiral Roussin des instructions dans le mme sens. Il me parat bien
essentiel que les deux ambassadeurs combinent d'accord toutes leurs
dmarches et agissent de concert en tout point.

Si vous adoptiez cette marche, vous croiriez sans doute devoir
communiquer  lord Granville les instructions adresses par vous 
l'amiral Roussin. Il serait utile aussi, je pense, que le courrier
franais porteur de vos ordres partt en mme temps, et peut-tre mme
avec le courrier anglais, afin de fournir, mme dans l'excution
matrielle, une preuve de la communaut de vues de la France et de
l'Angleterre.

Il n'y a pas de temps  perdre, puisque c'est le 8 du mois de
septembre que doit avoir lieu l'change des ratifications entre la
Russie et la Porte ottomane, et que c'est  empcher cet change que
doivent tendre tous nos efforts.

Vous voyez que, dans tout ceci, je ne parle pas de l'Autriche. Comme
j'avais l'honneur de vous le dire dans ma dernire dpche, une
dmarche envers l'Autriche, dans le premier moment, pourrait nous
entraver au lieu de nous servir. Mais, aprs le dpart des deux
courriers, il y aurait peut-tre de l'avantage  faire arriver 
Vienne quelques rflexions sur les circonstances, afin de se mnager
plus tard le moyen de reprsenter au cabinet autrichien que nous
n'avons pas nglig de lui faire connatre notre opinion, et qu'il n'a
tenu qu' lui de s'unir avec nous, car il faut galement viter d'tre
entrav et d'tre accus de manque de confiance...

  [122] Voir la dpche du 1er aot  l'Appendice, page 504.

    Le 5 aot 1833.

Le gouvernement anglais s'est dcide  reconnatre officiellement le
gouvernement de la reine doa Maria; et cette reconnaissance
s'exprimera simplement en accrditant prs de la rgence un envoy
anglais. Lord William Russell qui, comme vous le savez, est dj 
Lisbonne, sera charg de cette mission,  laquelle on donnera le
caractre de mission spciale.

Lord Palmerston doit crire en mme temps au ministre d'Angleterre 
Madrid, M. Addington[123], de tranquilliser le gouvernement espagnol
sur le rsultat de cette reconnaissance, en lui faisant comprendre que
l'Angleterre, en agissant ainsi, avait us du mme droit que
l'Espagne, qui avait prcdemment reconnu dom Miguel. M. Addington
devra aussi assurer que la ferme intention de l'Angleterre est
d'empcher toute raction dans la pninsule.

Lorsqu'il s'agira du retour de la reine doa Maria en Portugal, ne
trouveriez-vous pas convenable qu'elle ft escorte par une frgate
franaise et par une frgate anglaise? Je crois que le gouvernement
anglais le verrait avec plaisir...

  [123] Henry Unwin Addington, cousin du ministre de ce nom. N en
  1790, il entra dans la diplomatie, fut secrtaire de lgation 
  Berne et  Copenhague, charg d'affaires  Washington (1822) puis
  envoy extraordinaire  Francfort (1828) et  Madrid (1829). En
  1842, il devint sous-secrtaire d'tat au Foreign Office, et
  conseiller priv en 1854.

    Le 6 aot 1833.

Je viens de voir lord Palmerston, qui m'a annonc que le dpart de
son courrier pour Constantinople tait retard jusqu' demain. Cette
disposition du gouvernement anglais  apporter toujours des retards
dans les dcisions sur les affaires d'Orient, me persuade quelquefois
qu'il n'en sent pas assez l'importance. Du reste, le gouvernement du
roi aura par l un jour de plus pour dlibrer sur une affaire qui
mrite certainement la plus srieuse attention.

C'est demain aussi qu'on fera partir pour Lisbonne le paquebot qui
doit porter  lord William Russell ses lettres de crance. Il me
semble que rien ne vous oblige  hter l'envoi d'un ministre en
Portugal; ce sera, de la part de la France, une dmarche beaucoup plus
prononce que celle de l'Angleterre, qui accrdite seulement une
personne qui se trouve dj sur les lieux. Vous avez d'ailleurs, sur
ce point, des informations qui doivent vous mettre en position de
juger beaucoup mieux que moi du moment opportun pour faire cette
dmarche...

    Le 8 aot 1833.

... Lord Palmerston a envoy hier  lord William Russell ses lettres
de crance, en l'autorisant toutefois  ne pas dployer son caractre
dans le cas o des troubles, ou toute autre circonstance, lui feraient
trouver de l'inconvnient  cette dmarche. C'est une information
qui peut, au besoin, ne pas vous tre inutile.

Le gouvernement anglais avait fait demander avant-hier aux armateurs
de la cit quinze btiments de transport de 3  400 tonneaux, et dont
les services taient rclams pour trois mois. On a rpandu le bruit
que c'tait pour envoyer des troupes en Portugal, et cela paraissait
assez probable. Il semble cependant qu'on est revenu sur cette
rsolution, du moins pour le moment, puisqu'on s'est born  recevoir
les propositions des armateurs, sans leur donner de rponse positive;
on a peut-tre voulu s'assurer par l seulement des facilits qu'on
pourrait se procurer dans une occasion pressante.

Le gouvernement anglais est d'ailleurs fort rassur sur les
dispositions du cabinet de Madrid; les ministres m'ont dit que M.
Addington leur crivait que, dans ses dernires conversations avec M.
de Za, il l'avait trouv beaucoup plus conciliant et plus modr, et
qu'il paraissait mme vouloir repousser tout projet d'intervention de
la part de l'Espagne dans les affaires de Portugal.

M. Aston vous aura donn connaissance des instructions pour lord
Ponsonby, qui sont parties hier d'ici. Lord Palmerston a reu la
communication du projet de protestation  Constantinople, dont vous
avez fait part  M. Aston; il l'a accueilli trs favorablement, et je
puis vous dire qu'il entre compltement dans les vues du cabinet
anglais...

    Le 10 aot 1833.

Nous avons chang aujourd'hui avec le ministre de Bavire les
ratifications de l'article explicatif et supplmentaire de
l'article VIII de la convention signe  Londres, le 7 mai 1832, pour
l'arrangement dfinitif des affaires de la Grce[124].

Dans cette runion des membres de la confrence sur les affaires de
Grce, il a t question de la demande qui doit nous tre incessamment
faite par le gouvernement grec, afin d'obtenir la garantie des trois
puissances au troisime tiers de l'emprunt. Lord Palmerston et le
prince de Lieven m'ont dit qu'ils taient autoriss  accorder cette
garantie, et j'ai promis de demander vos ordres  cet gard; en
consquence, je vous prie de vouloir bien me faire connatre les
intentions du gouvernement du roi, et si je suis ou non autoris 
accder  la demande du gouvernement grec...

  [124] Voir page 167.

    Le 10 aot 1833.

Voici l'extrait des nouvelles qui sont arrives aujourd'hui de
Portugal; elles vont jusqu'au 31 juillet et sont, en gnral, trs
satisfaisantes pour la cause de la reine doa Maria.

L'empereur dom Pedro est entr  Lisbonne le 28, et un grand nombre
de personnes des classes les plus leves, parmi lesquelles plusieurs
grands du royaume, se sont empresses de lui prsenter leurs hommages
et de faire leur soumission  la jeune reine. Le patriarche de
Lisbonne n'a pas voulu suivre le duc de Cadaval et avait dj ordonn
de nommer la reine et le rgent dans les prires de l'glise...

Le duc de Terceira, dans l'action du 23 contre Tellez Jorda, a pris
huit pices de canon; l'ennemi avait perdu trois cents hommes et deux
escadrons de cavalerie. M. de Cordova, ministre d'Espagne, a t
positivement fait prisonnier pendant cette affaire, et quoiqu'il
ait t vu pendant le combat dirigeant et encourageant les troupes
migulistes, le duc de Terceira l'a fait cependant mettre
immdiatement en libert. Retourn  Lisbonne, M. de Cordova a fait
enlever les armes de la lgation de son htel et s'est rendu 
Coimbre...

On a saisi des dpches diplomatiques et autres qui clairent fort
bien sur les menes des agents, des amis et des protecteurs de dom
Miguel. D'aprs les lettres de Porto du 29 juillet, l'ennemi aurait
perdu cinq mille hommes dans l'action du 25. On compte parmi les morts
le fils de M. de Bourmont, M. Duchtel, le gnral Cardozo, et on
parle aussi d'autres personnes assez importantes qui auraient t
tues; MM. de Bourmont[125] pre, Clouet et Lemos ont t blesss...

  [125] Louis-Anguste-Victor, comte de Ghaisnes de Bourmont, n en
  1773, tait officier aux gardes franaises  l'poque de la
  Rvolution. Il migra, servit dans l'arme de Cond, puis en
  Vende. Il fut arrt sous le consulat, mais parvint  s'vader,
  revint en France en 1810 et prit du service. Il devint gnral de
  division. On connat sa conduite en 1815. En 1829, il fut un
  instant ministre de la guerre et, en 1830, commanda l'expdition
  d'Alger, qui lui valut le bton de marchal. Il refusa de prter
  serment au roi Louis-Philippe, suivit la duchesse de Berry en
  Vende en 1832, puis se mit au service de dom Miguel, dont il
  commanda les troupes. Il rentra en France en 1840 et mourut en
  1846.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 7 aot 1833.

    Mon prince,

Je rponds aujourd'hui  vos communications, en ce qui concerne le
trait entre la Porte et la Russie. Demain, je vous crirai sur
l'affaire de Portugal. A chaque jour ses difficults et ses soucis.

La premire rflexion qui me frappe en relisant ce trait, c'est que
la question d'Orient touche  son terme, et qu'il faut viter, quoi
que nous fassions, de la rengager, et d'en commencer une nouvelle.
Vous approuvez la conduite tenue par nos ambassadeurs; vous pensez
qu'ils ont bien fait de ne pas compromettre l'vacuation du Bosphore,
en travaillant  mettre obstacle  la signature du trait. Je le crois
comme vous, et j'en tire cette conclusion, que toute action de notre
part, qui pourrait avoir pour rsultat de faire natre des embarras
nouveaux, de reproduire des complications sur le thtre de
Constantinople, aurait plus d'inconvnients que d'avantages.

Une autre rflexion qui ne me touche gure moins, c'est que le trait
ne change rien matriellement  l'tat actuel des choses.

La Porte s'engage envers la Russie  lui fournir des secours, si la
Russie les rclame. Ceci n'est qu'une pure drision. Ce n'est pas un
avantage rel pour la Russie. Elle n'en a pas besoin, et la Porte
n'est pas en tat de tenir son engagement, si elle tait mise 
l'preuve.

La Russie s'engage envers la Porte  lui fournir du secours si la
Porte le rclame, et dans la proportion o elle le rclamerait. Ceci
n'est gure plus srieux. Trait ou non, la Russie sera toujours prte
 envoyer ses vaisseaux dans le Bosphore et des troupes 
Constantinople, et du moment qu'elle n'acquiert point par le trait le
droit d'en envoyer, _sans attendre la demande de la Porte_, de mme
que la Porte se rserve de demander ou de ne pas demander, de rgler
le nombre et la nature des secours, lorsqu'elle en demande, la Russie
n'acquiert aucun droit positif; et, je le rpte, _matriellement_,
les choses restent  peu prs ce qu'elles sont.

Mais, si le trait n'assure  la Russie aucun avantage matriel, il
aura, pour elle, un effet moral auquel elle a raison d'attacher du
prix, et que nous ne devons pas ngliger.

Premirement, en concluant ce trait sous les yeux de la France et de
l'Angleterre, la Russie _a le dernier_, si je puis m'exprimer ainsi;
elle termine l'affaire  son profit, et en faisant preuve d'ascendant.

En second lieu, le trait a l'air de sanctionner, de consacrer en
quelque sorte, ce qui s'est fait: l'intervention de la Russie dans la
querelle entre la Porte et ses pachas, l'occupation du Bosphore et de
Constantinople, au lieu d'tre une chose extraordinaire, inoue, qui
fixe tous les regards, devient une chose simple, naturelle, une
perspective habituelle de l'empire ottoman.

Par l, la puissance du divan, pour rsister au sultan lorsque sa
peur ou la fantaisie le porte  invoquer l'assistance de la Russie,
est diminue.

Par l, l'empereur de Russie acquiert la facilit de recommencer,
sans tre tenu  prendre envers les puissances occidentales de
l'Europe autant de prcautions, d'engagements, de mnagements.

Voil, si je ne me trompe, le vritable rsultat du trait. C'est 
cela qu'il faut parer, en ayant soin d'ailleurs de ne point nuire 
l'tat de calme o le dpart des Russes a mis Constantinople.

Cela pos, si nous faisions effort pour prvenir la ratification du
trait, je craindrais, ou que nous ne russissions point, ou que nous
ne fissions plus que nous ne voulons.

Le trait doit tre ratifi dans les deux mois ou plus tt, _si faire
se peut_: faire se pourra trs probablement. Au moment o nos
instructions arriveraient, les choses seraient probablement si
avances, les ratifications si prs d'tre changes, supposant
qu'elles ne le soient pas dj, que la chance d'y mettre obstacle
serait fort petite, et, dans le cas o, aprs avoir tent l'aventure,
nous chouerions, le triomphe de la Russie en serait plus grand, son
empire mieux affermi, son succs plus complet.

Admettant maintenant que nous russissions: ce serait, au point o en
sont les choses, brouiller  mort la Russie avec la Porte; ce serait,
par consquent, prendre l'engagement implicite de la soutenir dans
toutes ses difficults, de l'assister dans tous ses embarras, de la
protger dans toute la force du terme, de la prendre, en un mot, 
notre charge. C'est beaucoup pour des puissances aussi loignes de la
Porte que la France et l'Angleterre. Et ces embarras ne seraient pas
longtemps  se faire ressentir. La Russie a tellement la main dans les
affaires de Turquie, le trait d'Andrinople lui a fait si beau jeu, la
contribution de guerre que la Porte doit encore en grande partie,
l'occupation des principauts, les troubles de la Servie[126], tant
d'autres circonstances lui donnent de tels moyens de compliquer la
situation du grand seigneur, que son oeuvre serait incessamment en bon
train, et nous, constamment obligs d'entretenir, au service de la
Porte, des soldats et des vaisseaux, si nous ne voulions pas la
voir nous chapper et se jeter de nouveau dans les bras dont nous
l'aurions  peine arrache.

Ce serait, si je ne me trompe, se crer plus d'affaires qu'il ne
faut, et le remde pourrait finir par tre plus dangereux que le mal.

Que faire donc?

Voici,  peu prs, comment la chose se prsente  mon esprit:

Les deux lgations de France et d'Angleterre remettraient le mme
jour  la Porte une note conue  peu prs en ces termes: aprs avoir
annonc que le trait est venu  leur connaissance, elles s'en
plaindraient, mais en termes trs mesurs, vis--vis de la Porte,
comme d'un manque de confiance envers des gouvernements dont la Porte
a eu constamment  se louer, qui lui ont donn sans cesse des preuves
d'intrt et d'amiti, et qui sont toujours prts  lui en donner.
Elles feraient remarquer que l'existence de la Porte ottomane n'tant
menace par aucun gouvernement tranger, le maintien, l'intgrit de
l'empire ottoman tant, au contraire, invoqu, soutenu, rclam par
toutes les puissances avec lesquelles cet empire se trouve en contact,
le trait ne peut avoir qu'un seul but, celui de consacrer et
d'tablir en fait l'intervention habituelle de la Russie dans les
affaires intrieures de l'empire ottoman, c'est--dire de placer cet
empire sous le protectorat de la Russie, de faire de l'occupation du
Bosphore un tat de choses, sinon constant, au moins simple et
nullement extraordinaire. On tablirait ensuite qu'un pareil
arrangement ne saurait tre admis par la France ni par l'Angleterre;
que si les particuliers ont le droit de renoncer  leur indpendance,
il n'en est pas de mme des tats, parce que leur indpendance
importe aux autres tats et fait partie du droit public; que
l'interdiction du Bosphore aux btiments arms de toutes les nations
est un principe fond sur les traits; que l'existence de la Porte
ottomane comme tat _sui juris_ est un intrt commun; qu'en
consquence, ni la France, ni l'Angleterre ne peuvent reconnatre ni
respecter le trait en question, en tant qu'il y porterait atteinte;
et que, vienne le moment o le trait serait mis  excution, elles se
rservent d'agir comme si le trait n'existait pas, n'entendant pas
qu'il puisse jamais tre oppos, soit par la Porte, soit par la
Russie,  leurs justes rclamations qu'elles sauraient soutenir, au
besoin, ainsi qu'il conviendrait.

Cette note, aprs avoir t remise  la Porte, sans lui demander de
rponse, et comme une simple dclaration, serait communique  la
Russie,  Saint-Ptersbourg galement par les deux lgations et
galement sans demander de rponse.

Il me semble que ce mode de procder a d'abord l'avantage de ne point
recommencer l'affaire d'Orient, et de ne point l'engager de nouveau.
Il la laisse dans l'tat de repos et d'achvement o elle est
parvenue.

De plus, ce n'est point la Russie, c'est nous qui aurons le dernier
mot dans cette affaire. Quoi qu'on pt nous rpliquer, nous
rpondrions que nous nous en rfrons  notre dclaration.

Enfin, c'en serait assez pour annuler l'effet moral du trait. D'une
part, la portion anti-russe du gouvernement ottoman serait avertie
qu'elle a dans la France et dans l'Angleterre un appui, qu'elle
peut rsister au parti oppos sans courir le risque de se trouver
seule, et, comme aux termes mme du trait, le secours russe doit tre
_demand_, elle peut lutter, comme si le trait n'existait pas, pour
prvenir la demande.--D'une autre part, l'empereur de Russie est
averti que s'il prtend envoyer une seconde fois ses vaisseaux dans le
Bosphore, il sera oblig aux mmes mnagements qu'auparavant, que les
yeux sont ouverts sur lui, que l'excuse du trait ne sera point
accepte, que l'existence mme de ce trait est un motif de plus de
surveillance et d'inquitude.

Voil, mon prince, comment je conois l'affaire, sa consquence et le
remde qu'il est possible d'y apporter. Plus que cela, me paratrait
s'engager dans une route seme d'cueils et dont la direction serait
fort obscure et fort incertaine. Soyez assez bon pour me dire jusqu'
quel point ces ides vous paraissent plausibles, et l o elles vous
sembleraient dfectueuses, pour m'indiquer les moyens de les
rectifier.

Quant  M. de Metternich, franchement, j'y compte peu. Ft-il de
bonne foi, je crois que sa bonne volont de se fcher serait de peu de
dure et de peu de consquence. C'est un mal, nanmoins, qu'il chappe
entirement pendant un tel moment  M. de Sainte-Aulaire et  sir
Frdric Lamb; mais, ni l'un ni l'autre n'tant invit, je ne vois pas
de moyen qu'ils aillent courir en Bohme,  la suite de l'empereur
d'Autriche. Je tcherai seulement d'avoir quelques nouvelles de ce qui
s'y fait par Maison qui se trouve  Carlsbad et qui a une invitation
de l'empereur d'Autriche, une espce de rendez-vous dont il
profitera...

  [126] En vertu du trait d'Andrinople, la Turquie avait obtenu
  certains districts de la Serbie. Cette incorporation ne s'tait
  pas opre sans protestations. Les habitants des districts cds
  se soulevrent et aids par les troupes serbes chassrent les
  Turcs.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 12 aot 1833.

    Mon cher duc,

Je voudrais rpondre d'une manire vraiment utile  votre confiance.
Votre dernire lettre m'en donnerait  elle seule le besoin, s'il me
fallait un stimulant de plus pour souhaiter vivement que votre
ministre, dj si heureux  tant d'gards, ne ft pas moins fcond en
bons rsultats dans les nombreuses complications que chaque jour voit
clore.

Celle d'Orient est incontestablement la plus grave dans sa vaste
porte. Le fait seul d'un trait entre la Porte ottomane et la Russie,
 part des autres puissances, rompt si videmment tout quilibre,
qu'il m'a sembl que ce qu'il fallait avant tout, c'tait empcher son
existence. Comme vous, j'ai craint que nous n'arrivions trop tard,
mais j'ai pens aussi qu'il fallait du moins avoir tent ce que plus
tard l'opinion pourrait nous reprocher de n'avoir pas essay. Les
autres considrations si justement dveloppes dans votre lettre
devaient ncessairement m'chapper, puisque, manquant d'une quantit
d'informations que l'on ne peut avoir qu'aux affaires trangres, je
ne puis tre frapp que par des faits isols. Je le suis beaucoup de
cette politique envahissante, quoique mesure, et lentement
progressive du Nord, de cette action uniformment persvrante et
prudente, qui ne devient rapide que lorsqu'il s'agit de profiter avec
promptitude et adresse du moment vraiment opportun. C'est l ce qui
seul m'a proccup comme tant le vrai danger contre lequel l'Europe
civilise rclamait l'union intime et l'union simultane de la France
et de l'Angleterre.

Mais, des considrations accessoires pourront, en partie j'en
conviens, paralyser cette action, Je me rends donc  celles que vous
avez eu la bont de me donner. Je n'y comprends pas cependant les
embarras d'argent du grand seigneur vis--vis de la Russie, car
l'emprunt grec lui fournit les moyens de s'acquitter du tribut qui lui
a t impos par le trait d'Andrinople[127]. J'ignore s'il existe
quelques exigences particulires et pcuniaires de la part des Russes
pour le temps de leur occupation de Constantinople.

Du reste, les distances auront rsolu  elles seules une partie de la
question, et le courrier anglais ainsi que le vtre n'arriveront
probablement que pour protester contre un fait accompli. La
protestation de l'Angleterre dont lord Ponsonby a l'ordre de faire
usage, si les ratifications sont changes, est dans le mme esprit
que celle dont vous m'avez parl dans votre lettre, et vous avez t
pris ici pour guide et pour modle. Il n'y a donc rien  faire de plus
ici pour l'instant: il faut attendre les rponses de Constantinople.

Je vous mande, dans ma dpche de ce jour, ce que l'on sait ici du
Portugal; les nouvelles sont du 31.

L'esprit rcalcitrant du cabinet de Bruxelles est tel qu'il semble 
toute la confrence que l'on ait  coeur de fournir au roi Guillaume
les dlais qu'il n'ose plus demander...

  [127] Le trait d'Andrinople avait impos  la Turquie un tribut
  de cent trente-sept millions. Or, la Grce ne devait  la Turquie
  qu'une somme de douze millions mise  sa charge par la convention
  du 16 septembre 1832 qui rectifiait sa frontire du nord. Il est
  vrai que la Turquie avait eu son tribut notablement rduit par le
  trait du 29 janvier 1833, mais l'cart n'en restait pas moins
  considrable entre les sommes dues par la Porte  la Russie et ce
  qu'elle avait  attendre de la Grce.

    Le 16 aot 1833.

Les dernires nouvelles de Portugal n'ont point rassur le
gouvernement anglais qui, depuis quelques jours surtout, partage les
apprhensions que vous m'exprimiez dans une des dernires dpches que
vous m'avez fait l'honneur de m'crire  l'gard des prtentions de
l'empereur dom Pedro. Les ministres anglais voudraient carter ce
prince du Portugal, mais n'ont point encore trouv un moyen convenable
d'atteindre ce but. Ils redoutent, pour le repos de la pninsule,
l'influence que peuvent exercer sur l'esprit de dom Pedro les hommes
exagrs qui l'entourent; et ils ne placent gure de confiance que
dans le duc de Palmella et dans le duc de Terceira. Les instructions
adresses  M. Addington et  lord William Russell, qui vous ont t
communiques, vous auront servi utilement pour diriger la conduite du
gouvernement du roi dans une affaire qui exige de grandes
prcautions...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 15 aot 1833.

    Mon prince,

Il y a huit jours, M. Aston, charg d'affaires en l'absence de lord
Granville, m'a donn lecture, de la part de lord Palmerston, des
instructions adresses par lui  lord William Russell, instructions
qui m'ont paru trs judicieuses, trs raisonnables et parfaitement
adaptes  l'tat actuel des affaires en Portugal. Lord Palmerston
faisait savoir en mme temps au cabinet franais que l'intention du
cabinet britannique tait que lord William Russell ft accrdit
auprs de la rgence de dom Pedro, mais en qualit d'envoy
extraordinaire, charg d'une mission spciale et provisoire;
l'intention du cabinet britannique tant de ne point diffrer 
tablir des relations diplomatiques avec le gouvernement de doa
Maria, mais de faire cependant considrer l'organisation d'une mission
ordinaire et permanente comme une faveur que dom Pedro devait mriter
par sa sagesse et sa bonne conduite.

Le cabinet britannique vitait de reconnatre formellement le
gouvernement de doa Maria, en se rfrant  la reconnaissance qui
avait eu lieu en 1826, et faisait consister la reconnaissance actuelle
dans le simple fait de la reprise des relations diplomatiques.

Il demandait au gouvernement franais de s'associer  lui, soit dans
la nature des dmarches, soit dans le choix et la qualit de l'agent
qui en serait charg.

Je fis, sur-le-champ, observer  M. Aston que le gouvernement anglais
avait l'avantage de trouver sur les lieux mmes son agent dj tabli
et tout port, tandis que l'envoi en Portugal d'un homme du rang et de
la position de lord W. Russell serait, de notre part, une dmarche
plus grave et qui engagerait davantage. Cependant, M. Aston ayant
insist, je lui promis de prendre  ce sujet les ordres du roi et
l'avis de mes collgues.

L'avis du conseil fut de donner, autant qu'il dpendrait de nous,
satisfaction au gouvernement anglais, de reconnatre doa Maria,
supposant que le gouvernement anglais la reconnt, de faire consister,
comme lui, la reconnaissance dans la reprise des relations
diplomatiques, et d'envoyer en Portugal, en qualit de ministre charg
d'une mission spciale et provisoire, un homme du rang et de la
position de lord William Russell. Seulement, pour ne rien faire de
plus que le gouvernement anglais, je proposai, et le conseil adopta
l'expdient d'envoyer ce personnage avec doa Maria, sans titre,
et comme pour la reconduire et lui faire honneur, nous rservant de ne
lui adresser ses lettres de crance qu'aprs son arrive  Lisbonne,
et lorsqu'il s'y trouverait dj pour un autre motif.

Le roi avait mme dj dsign pour cet objet M. de Flahaut, que ses
relations avec l'Angleterre et le Portugal semblaient y rendre plus
propre qu'un autre.

Sur ces entrefaites, nous avons appris l'arrive  Brest du marquis
de Loul[128], venant de la part de dom Pedro, et qui a d y rester en
quarantaine environ dix jours. On s'attendait qu'au bout de deux ou
trois jours, il enverrait ses dpches, et qu'on saurait ce qu'il
venait faire; mais il a gard, ou plutt on a gard jusqu' hier soir
le plus profond secret sur le but de sa mission. Seulement, il tait
ais de voir qu'il y avait l quelque chose de mystrieux. Le roi
ayant t rendre visite  la duchesse de Bragance et lui offrir, si
elle le dsirait, une frgate franaise pour la transporter en
Portugal, la trouva trs froide et trs rserve.

Enfin, hier soir, la duchesse de Bragance, tant venue voir la reine,
laissa tomber incidemment cette phrase, qu'elle se proposait de partir
sur-le-champ; que le 25, des vaisseaux portugais seraient au Havre
pour la prendre, qu'elle n'avait pas besoin de frgate franaise, et,
de plus, qu'elle emmenait son frre, le duc de Leuchtenberg, et
qu'elle lui avait dj crit de venir la trouver au Havre. C'tait l
le mot de l'nigme.

Il est clair que l'intention de dom Pedro et de sa femme est de
travailler sur-le-champ et ouvertement au mariage du duc de
Leuchtenberg avec doa Maria.

Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer, mon prince, combien le
projet est insens, et combien le procd est offensant pour le roi.

Il est clair maintenant que si la cause de doa Maria a eu tant de
peine  triompher, si mme elle est encore douteuse en Portugal, ce
n'est point parce que dom Miguel est aim des Portugais; c'est parce
que dom Pedro a pris  tche de dnaturer cette cause, de lui faire
perdre tout ce qu'elle a de national, de portugais, en l'identifiant
avec sa propre personne, avec ses folies, ses boutades et sa sotte
constitution, en la confondant avec la cause de tous les brouillons,
de tous les boute-feux, de tous les _fuor usciti_ de l'Europe: or, il
n'y a certainement pas une manire plus directe et plus invitable de
l'achever dans l'esprit des Portugais, d'en dgoter  la fois et les
esprits modrs et les masses, que d'essayer  faire pouser  doa
Maria un aventurier dont dom Pedro a pous la soeur, en dsespoir de
cause, et lorsque aucune famille rgnante en Europe n'a plus voulu
contracter alliance avec lui. Il n'y a rien de plus propre  choquer
la fiert des Portugais qu'une telle msalliance, et  ruiner toute
esprance d'un avenir tant soit peu tranquille.

Que pouvons-nous d'ailleurs, en pareil cas, dire  l'Espagne?

Nous avons dclar, en 1831, que nous ne pouvions tolrer le duc de
Leuchtenberg sur le trne de Belgique, parce que ce trne serait
ncessairement le foyer des intrigues de tous les bonapartistes et de
tous les artisans de dsordre qui marchent  la suite de tous les
prtendants. Comment pouvons-nous dire au gouvernement espagnol qu'il
doit voir avec indiffrence le duc de Leuchtenberg sur le trne de
Portugal, lorsque ce trne deviendra invitablement le rendez-vous, le
centre de tous _les Josphinos_[129] et de tous les mcontents de
la pninsule? Joignez  cela la constitution, la libert de la presse,
la tribune et les rfugis. Comment contester au gouvernement espagnol
le droit de se dfendre contre un tat de choses aussi manifestement
menaant pour son existence?

Enfin, la chose est grave sous un autre point de vue. C'est qu'elle
manifeste dans dom Pedro l'intention de n'en faire qu' sa tte,
d'agir sans aucun gard pour les puissances dont le soutien lui est
ncessaire, de satisfaire tous ses caprices, et de conduire  tort et
 travers les affaires de sa fille jusqu'au point o il a si
heureusement men les siennes propres. Si l'Angleterre et la France
lui cdent en ce moment, si elles ne le prennent pas avec lui,
sur-le-champ, de trs haut, je crois que toute chance d'exercer sur
lui le moindre ascendant disparat.

Quant au roi, quelle inconvenance, je dirais presque quelle
insolence, n'est-ce pas, qu'une telle rsolution ait t prise sans
lui en faire part, sans le consulter, sans l'en instruire autrement
qu'incidemment et par hasard?

Dans cette situation, mon prince, le gouvernement franais croit
devoir demander au cabinet britannique d'agir avec lui nergiquement
contre un projet aussi fou et aussi dsastreux. Il dsire qu'une
dmarche soit faite en commun par les deux gouvernements auprs de dom
Pedro, dmarche qui consisterait a lui donner lecture d'une dpche
conue dans les termes les plus nets, les plus catgoriques, o le
danger et la folie du projet seraient mis  nu, et qui conclurait en
lui signifiant que les gouvernements de France et d'Angleterre
n'entendent se compromettre dans la cause de doa Maria qu'en
proportion des chances raisonnables de succs que la conduite sense
de ceux qui la dirigent peuvent leur promettre, et que l'appui moral
ou matriel qu'on attend d'eux sera rgl par la dfrence que l'on
montrera aux conseils de la sagesse et de la raison. La conclusion
dfinitive serait de demander l'loignement du duc de Leuchtenberg et
l'abandon absolu du projet de mariage.

En proposant ainsi au gouvernement anglais une dmarche en commun,
vous voyez, mon prince, que nous ne renonons pas  tablir, ds 
prsent, des relations diplomatiques avec la rgence de dom Pedro.
Toutefois, le procd du duc de Bragance est, dans cette occasion, si
offensant pour le roi, qu'il lui serait impossible de persister 
envoyer avec doa Maria un personnage de quelque distinction, ni de la
faire escorter par une frgate franaise. Il se doit  lui-mme de
ressentir l'insulte et de le tmoigner hautement. Nous nous
contenterons de donner des lettres de crance  M. de Lurde[130],
secrtaire de lgation en mission  Porto, et qui rsidera
provisoirement  Lisbonne, avec la qualit, non pas prcisment de
charg d'affaires, ce qui indiquerait une mission permanente, mais de
_charg des affaires de France_, et qui secondera lord William Russell
en tout ce qu'il fera pour contenir et modrer dom Pedro. Si le
gouvernement anglais est d'avis que la dmarche doit tre faite ainsi
que je l'ai indique plus haut, je communiquerai  M. Aston la
dpche que j'adresserai  M. de Lurde, afin qu'il instruise lord
Palmerston de son contenu, et je vous en enverrai copie, mon prince.
Il serait bon, je crois, que les paroles fussent identiques, autant
que possible.

Je n'ai pas besoin de vous rappeler, d'ailleurs, que cette question
du mariage de doa Maria n'est pas traite pour la premire fois entre
l'Angleterre et la France. Le gouvernement anglais est dj tomb
d'accord avec nous de l'impossibilit de tolrer le duc de
Leuchtenberg; et son avis, comme celui du gouvernement franais, est
de chercher  faire pouser  doa Maria un prince de Naples, ce qui,
d'aprs toutes les notions que nous avons recueillies, ne parat
nullement impossible. Dans tous les cas, il ne saurait tre question
de la faire pouser  un de nos princes. C'est bien assez d'avoir 
dfendre la Belgique, et plaise  Dieu que nous n'ayons jamais une
tche pareille  remplir[131]...

  [128] Ministre de dom Pedro, dont il avait pous la soeur, la
  princesse Anne.

  [129] On appelait ainsi  l'poque de l'occupation franaise, les
  Espagnols partisans du roi Joseph. Par extension, ce terme
  s'appliqua plus tard aux libraux et aux rvolutionnaires.

  [130] Le comte de Lurde, secrtaire de lgation en Portugal
  depuis 1833, avait t prcdemment en mission  Rio-de-Janeiro
  (1830). En 1838, il devint premier secrtaire d'ambassade 
  Constantinople, puis ministre  Buenos-Ayres en 1841.

  [131] Ds le mois de fvrier prcdent, M. de Talleyrand, qui
  probablement avait sond le terrain  Paris sur cette question,
  recevait de Madame Adlade une rponse des plus catgoriques
  (Voir cette lettre  l'Appendice, page 501).


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Le 17 aot 1833.

J'ai reu ce matin, par estafette, la dpche que vous m'avez fait
l'honneur de m'crire sous le numro 89, et j'ai profit d'un
rendez-vous que j'avais avec lord Palmerston, aujourd'hui, pour
l'entretenir des diffrents sujets que vous aviez recommand  mon
attention.

Lorsque je lui ai parl du voyage du duc de Leuchtenberg et du projet
de mariage avec la reine doa Maria, qui pouvait tre le but de
l'empereur dom Pedro, en appelant son beau-frre prs de lui, lord
Palmerston n'a pas hsit  me rpondre que l'Angleterre ne pourrait
jamais donner son approbation  un pareil projet, et qu'il adoptait en
tout point les considrations que vous avez si bien fait valoir pour
que la France et l'Angleterre s'opposassent  son excution. Il a
ajout qu'il tait tout prt  donner  lord William Russell des
instructions qui, quant au fond, seraient telles que vous les
indiquez. La diffrence qui existe entre la position de la France et
de l'Angleterre vis--vis du Portugal pourra, peut-tre, les faire
diffrer dans la forme de celles que vous enverrez, mais cela ne doit
avoir aucune influence sur le rsultat. Vous pourrez convenir de ces
instructions avec M. Aston et les transmettre  l'agent quelconque que
vous accrditerez au Portugal. Lord William Russel recevra l'ordre de
s'entendre avec cet agent afin que leurs dmarches aient lieu
simultanment.

J'ai pu remarquer, d'aprs le langage de lord Palmerston dans cette
conversation, combien taient fondes les informations que j'ai eu
l'honneur de vous transmettre par ma dpche d'hier sur le
mcontentement qu'inspirait au cabinet anglais la conduite de dom
Pedro...

    Londres, le 17 aot 1833.

    Mon cher duc,

Votre lettre du 15 m'est arrive ce matin. Aprs l'avoir bien lue et
mme mdite, ainsi que les pices parfaitement bien faites qui y
taient jointes, je me suis rendu chez lord Palmerston. Ma
dpche de ce jour vous dira le rsultat gnral et satisfaisant de
notre conversation. Voici quelques dtails de plus.

La question belge est suspendue depuis dix jours, ce qui excde tout
le monde. A Bruxelles, on ne se fait pas faute de prolonger cet tat
de choses; forts d'un provisoire avantageux, confiants, plus qu'il ne
faut, dans les liens d'une parent franaise, les Belges considrent
peu le repos, l'quilibre, l'existence _reconnue_, qui ne sauraient
ressortir vraiment que du dfinitif. La confrence fait une assez
sotte figure vis--vis de ce silence belge, tout aussi impertinent, au
dire de tous, que le sont les injures hollandaises. Vous avez bien
raison de repousser tous ces intrts de famille ents sur de la
politique trangre. C'est ce qui a perdu l'empereur Napolon; c'est
ce qui nous gne aujourd'hui  Bruxelles, et ce qui aurait fait du
Portugal une plaie pour la France, si l'on avait cherch  y marier un
de nos princes. Je vous conjure d'employer toute votre action
vis--vis des Belges; cela devient imminent.

L'Angleterre comprend parfaitement toute notre rpugnance pour le duc
de Leuchtenberg, ainsi que notre juste ressentiment de l'inconvenante
conduite du duc et de la duchesse de Bragance. Lord Palmerston ne
trouve pas plus que nous qu'il faille donner  l'Espagne l'inquitant
spectacle d'un pareil mariage. Des notes anglaises seront envoyes 
lord Russell pour mettre des obstacles srieux  ce projet. Ce mariage
ainsi que la constitution s'vanouiraient avec la personne de dom
Pedro, mais il aurait fallu marcher ici d'un pas plus rsolu, et
n'accrditer des agents diplomatiques qu'auprs d'une rgence sage et
habile. Palmella et Villaflor paraissent avoir t mis de ct
par dom Pedro. Du reste, on est sans nouvelles de Lisbonne depuis
quelques jours, et il est impossible de savoir exactement ce qui s'y
passe. M. de Lurde parat aux Anglais, pour l'instant, un agent trs
suffisant; les questions un peu plus claircies, M. de Flahaut fera
sans doute  merveille.

La dpche sur la Suisse que vous avez adresse  Berlin et  Vienne
a paru si concluante  lord Palmerston, que ses lettres sur ce sujet
ne seront, pour ainsi dire, que les paraphrases des vtres[132]...

  [132] Voir  l'Appendice, page 505, la dpche en question que le
  duc de Broglie avait envoye  M. Bresson.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 17 aot 1833.

    Mon prince,

Les vnements se succdent rapidement, mais leur progrs journalier
dmontre de plus en plus, ce me semble, la ncessit d'agir, dans les
affaires de Portugal, avec prudence et dcision. Si nous laissons les
choses  leur cours naturel, avant peu, tout sera parvenu  un degr
de confusion dont le plus habile aura peine  se tirer.

Le but que nous devons nous proposer, si je ne me trompe, est
celui-ci:

1 Exclure du Portugal dom Pedro et dom Miguel;

2 Ajourner la mise  excution de la constitution de 1826, jusqu'au
moment o des temps plus tranquilles permettront de la revoir et de
l'approprier aux moeurs du Portugal et  l'intrt de tous les partis;

3 Marier doa Maria  quelque prince qui n'excite ni l'inquitude de
l'Espagne, ni la jalousie de personne.

Dans ce but, je ne saurais croire que l'ouverture faite par M. de Za
 M. de Rayneval soit tout  fait  ddaigner[133].

Si nous pouvions obtenir du gouvernement espagnol, qu'en lui
garantissant l'exclusion de dom Pedro et l'ajournement de la
constitution, sauf  la reviser plus tard, il reconnatrait doa Maria
et nous aiderait dans la ngociation du mariage entre cette princesse
et un prince de Naples, je crois que nous ferions une chose sage et
qui n'excde point la mesure du possible.

Le gouvernement espagnol est videmment dans une grande perplexit;
il a peu d'esprance de soutenir dom Miguel; il est mcontent de sa
conduite en ce qui se rapporte  don Carlos; il a besoin de se
remettre bien avec la cour de Naples avec laquelle la question de la
succession l'a presque brouill; ce serait un moyen de renouer que de
lui offrir une couronne pour le second ou le troisime prince de la
maison de Naples.

En s'engageant dans cette voie, les gouvernements de France et
d'Angleterre non seulement auraient l'Espagne avec eux, mais auraient
avec eux toute l'Europe, et, de plus, l'immense majorit du Portugal;
ils n'auraient,  proprement parler pour adversaires, que dom Pedro et
la poigne de brouillons qui marche  sa suite.

Reste  savoir comment les deux gouvernements s'y prendraient pour
dpossder dom Pedro et pour achever de chasser dom Miguel, sans
intervenir ouvertement et  main arme dans les affaires du Portugal.

Quant  dom Miguel, sa chute serait singulirement prcipite par
l'abandon de l'Espagne; elle rsulterait naturellement du cours des
choses et des succs du parti oppos.

Mais pour dom Pedro, la chose est plus difficile.

Le vrai moyen, autant que j'en puis juger, c'est de sparer dom Pedro
de la cause de la constitution, de retourner, si je puis ainsi parler,
sa constitution contre lui. Aux termes de l'article 92 de cette
constitution, la rgence est dvolue  l'hritier le plus proche aprs
le souverain existant. Dom Pedro n'est pas Portugais, dom Pedro n'est
pas hritier; sa rgence est une usurpation; la rgence appartient 
l'infante Marie Isabelle qui l'exerait en 1826,  dfaut de dom
Miguel[134].

C'est sur ce terrain qu'on peut se placer.

Si les deux gouvernements dclarent solennellement qu'ils reprennent
les choses au point prcis o elles taient, lorsque l'appel de dom
Miguel  la lieutenance gnrale a tout dtruit, qu'ils ne prteront
d'appui moral et matriel qu'au gouvernement de doa Maria, tel qu'il
existait alors, il est probable qu'ils creraient  Lisbonne un parti
portugais, qui en imposerait  dom Pedro, et finirait par l'obliger 
se retirer des affaires. En agissant ainsi, ils pourraient, si cela
tait absolument ncessaire, dvier plus ou moins du systme de
neutralit avec l'approbation de tout le monde, et du moment que leurs
efforts se dirigeraient  la fois contre les deux princes et pour un
dnouement  l'avantage de l'Espagne, ils seraient srs de ne pas
trouver de contradicteur. Leur arbitrage serait admis en fait, comme
celui de la confrence tout entier l'a t dans les affaires de
Belgique.

Une fois dom Pedro expuls, il serait facile de s'entendre sur la
constitution et de la modifier dans un sens favorable  la paix de la
pninsule.

Je vous adresse  la hte ces ides, mon prince,  mesure qu'elles me
traversent la tte, car je n'ai pas eu depuis ce matin le loisir d'y
rflchir. Je les soumets, ou plutt je les livre  votre exprience.
Tirez-en ce que vous voudrez; rien du tout mme, si elles ne vous
paraissent pas susceptibles d'excution. Nous persistons, d'ailleurs,
dans les rsolutions prises  l'occasion du projet relatif au duc de
Leuchtenberg, et je vous confirme ici tout ce que je vous disais dans
ma lettre d'avant-hier...

  [133] Le cabinet espagnol tait extrmement anim contre dom
  Pedro. Il craignait de voir l'Angleterre prendre ouvertement les
  armes en sa faveur et dclarait qu'il considrerait cet acte
  comme une dclaration de guerre car, disait-il, la chute de dom
  Miguel entranerait celle de la monarchie actuelle en Espagne
  (_Dpches de M. de Rayneval, des 13 et 25 juillet_). Le 2 aot,
   la nouvelle de l'entre de dom Pedro  Lisbonne, le
  gouvernement de Madrid devint de plus en plus pressant. M. de Za
  proposa  M. de Rayneval d'exclure dom Pedro et d'installer doa
  Maria avec une rgence dont son pre serait cart (_Dpche du
  12 aot_). M. Addington fut galement sond  cet gard. Le 9
  aot M. de Rayneval confirmait ses prcdentes informations et
  ajoutait que M. de Za consentait formellement  reconnatre doa
  Maria pourvu qu'on lui donnt toute garantie contre dom Pedro et
  sa constitution (_Correspondance officielle de M. de Rayneval_).

  [134] Dom Pedro n'tait plus portugais, puisque le Brsil avait
  t spar du Portugal. Il n'tait pas hritier du roi Jean VI,
  puisqu'en prenant le titre d'empereur du Brsil, il avait abdiqu
  ses droits  la couronne de Portugal. La rgence devait donc en
  effet tre dvolue  l'infante Marie-Isabelle, fille du roi Jean
  VI, qui tait l'ane de dom Miguel.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 19 aot 1833.

J'ai reu ce matin la dpche sous le numro 90, et je me suis
empress de voir lord Palmerston, auquel j'en ai donn communication,
ainsi que de certaines parties des lettres de M. de Rayneval[135]. Il
m'a,  son tour, donn  lire la dernire dpche qu'il avait reue de
M. Addington et qui porte la date du 11, c'est--dire un jour aprs
celle de M. de Rayneval. M. Addington rend compte, dans cette dpche,
d'une conversation qu'il venait d'avoir avec M. de Za, dont le
langage aurait t trs diffrent de celui qu'il avait tenu  M. de
Rayneval.

Au lieu de proposer, comme  ce dernier, de chercher les moyens de
s'entendre et d'essayer d'arriver  la pacification de la pninsule
par la voie de la conciliation, M. de Za aurait, au contraire,
dclar  M. Addington que l'Espagne ne s'carterait en rien de la
ligne de conduite qu'elle a suivie jusqu' prsent dans les affaires
de Portugal, et que, pour sa part, il tait dcid  s'y maintenir.

Nous n'avons pu nous empcher, lord Palmerston et moi, d'tre frapps
de cette contradiction dans les rapports de deux ambassadeurs dans
lesquels leurs gouvernements placent,  juste titre, toute confiance,
et nous avons d en conclure que M. de Za avait deux langages, et
qu'il avait voulu tromper l'un des deux ambassadeurs.

Je n'en ai pas moins insist prs de lord Palmerston pour obtenir, de
la part du cabinet britannique, plus de rsolution dans ses
communications, soit  Lisbonne, soit  Madrid.

Vous aurez appris par ma dpche numro 159 que lord Russell agirait
de concert avec l'agent que vous accrditerez  Lisbonne pour
s'opposer au mariage projet par l'empereur dom Pedro. Lord Palmerston
est galement dcid  appuyer le plan du mariage de la reine doa
Maria avec un prince de Naples, et il fera  cet gard toutes les
dmarches que vous jugerez utiles et convenables.

Quant  l'expulsion de dom Pedro du Portugal, et  la suspension de
la constitution de 1826[136], il partage entirement votre manire de
voir et n'est arrt que par la difficult de trouver un moyen sans
violence pour y parvenir. Il craindrait tout ce qui semblerait, en
apparence, une intervention dans les affaires intrieures du pays; il
ne voudrait pas mme d'une dclaration solennelle des deux
gouvernements, et qui tendrait  rtablir sous leur direction, comme
vous le proposez, l'ordre de choses qui existait en Portugal avant
l'usurpation de dom Miguel.

Lord Palmerston ne se dissimule pas les inconvnients de la prsence
de dom Pedro en Portugal, ni la dangereuse action de la mauvaise
constitution de 1826 sur le repos de toute la pninsule; mais, comme
j'avais l'honneur de vous le dire, tout en voulant la fin, il recule
devant les moyens. Je n'ai nglig aucun des arguments que vous faites
valoir  ce sujet dans vos diffrentes lettres, mais je n'ai pas pu
fixer son esprit sur une de ces rsolutions hardies qu'il
appartiendrait  l'Angleterre de prendre dans une pareille
circonstance.

Lord Palmerston m'a dit ensuite que, d'aprs les rapports de M.
Addington, il lui serait impossible de tenter une dmarche quelconque
prs du cabinet de Madrid, tant que M. de Za n'aurait pas fait au
gouvernement anglais des ouvertures nouvelles et du genre,  peu prs,
de celles faites en dernier lieu  M. de Rayneval. Comme je l'ai
trouv assez dcid sur ce point, je n'ai pas voulu le presser
davantage, me rservant d'ailleurs d'en entretenir lord Grey chez
lequel je me suis rendu,  l'issue de ma conversation avec lord
Palmerston. Je ne l'ai pas trouv: j'y retournerai demain, mais je
n'ai pas voulu diffrer de vous transmettre des informations qu'il ne
sera peut-tre pas inutile de faire arriver  Madrid.

  [135] Voir page 237.

  [136] La constitution que dom Pedro avait donne au Portugal,
  lorsque, aprs la mort du roi Jean VI, il s'tait empar de la
  rgence au nom de sa fille doa Maria. Elle accordait le pouvoir
  lgislatif  deux Chambres, l'une lective, l'autre  la
  nomination du roi.

LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Downing-Street, Aug. 21, 1833.

    Mon prince,

Je vous renvoie avec bien des remerciements les lettres intressantes
du duc de Broglie, que vous m'avez fait l'honneur de me confier.

Je trouve beaucoup de justesse dans les vues et les raisonnements du
duc, quoique je ne partage pas toutes ses craintes sur le mariage
Leuchtenberg. Je serai charm de trouver une occasion de parler avec
vous sur cela,  mon retour de Windsor...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 22 aot 1833.

... Je n'ai pu avoir avec lord Grey qu'une trs courte conversation
sur les affaires du Portugal; il est toujours absorb par le
parlement, et a t, de plus, passer un jour  Windsor. Il partage
certainement votre rpugnance pour le mariage que dom Pedro parat
projeter pour sa fille, mais, cependant, il n'en apprcie peut-tre
pas assez toutes les graves consquences sur l'avenir de la pninsule,
et j'ai retrouv, dans lord Grey, comme dans lord Palmerston, si ce
n'est de l'indiffrence, du moins une hsitation, une incertitude de
vues dans la question portugaise, qui pourraient avoir de bien fcheux
rsultats si elles se prolongeaient. Je vous engage  vous en ouvrir
franchement avec M. Aston...

    Le 23 aot 1833.

... Lord Palmerston a paru trs bien comprendre nos rpugnances pour
le mariage Leuchtenberg, mais j'ai vu avec peine plusieurs autres
membres du cabinet domins dans cette question par une sorte de
politique sentimentale,  mes yeux fort dplace. En attendant, rien
d'utile ne se fait: dom Pedro s'tablit de plus en plus dans la
rgence qu'il s'est attribue  lui-mme; il la conduit  la diable,
et chaque jour, par malheur, le rend plus difficile  carter; il est
 craindre aujourd'hui que la guerre civile ne se charge de le
culbuter...

    Le 26 aot 1833.

... Les instructions que vous adressez  M. de Lurde me paraissent
rdiges dans un excellent esprit, qui s'applique  des prvisions
sagement mdites aussi bien qu'aux faits qui nous sont dj connus.

Je dois fliciter de plus en plus le gouvernement du roi du systme
politique qu'il a adopt dans ses relations avec l'Espagne, et
dont votre dpche  M. de Rayneval me fournit une nouvelle preuve. Je
suis port  croire avec vous que les ouvertures de M. de Za  notre
ambassadeur  Madrid ont t faites avec l'intention d'y donner suite,
et d'assurer, de commun accord avec la France et l'Angleterre, le
repos de la pninsule. Que ce langage nouveau, de la part du cabinet
de Madrid, lui ait t dict par les craintes que lui causent les
derniers vnements de Lisbonne, ou par tout autre sentiment, je pense
qu'il ne faut pas trop s'en laisser proccuper. Aussi, n'ai-je nglig
aucun argument pour faire prvaloir dans l'opinion des ministres
anglais la ncessit de nous entendre avec l'Espagne pour rgler,
d'une manire avantageuse  tous, l'avenir du Portugal.

J'ai eu l'honneur de vous faire connatre le mauvais effet qu'avaient
produit ici les derniers rapports de M. Addington; mais je ne crois
pas cependant que ce soit  ces rapports seuls qu'il faut attribuer
les dispositions peu favorables du cabinet anglais envers le
gouvernement espagnol, car on va jusqu' supposer qu'il est surtout
domin par un esprit d'animosit contre M. de Za, qui pourrait amener
de bien fcheuses complications. La nomination, rcemment faite, de M.
George Villiers[137]  la place de M. Addington, parat ici un peu
empreinte de cet esprit, et, quoiqu'on y rende justice au caractre
honorable de ce nouvel envoy, on s'effraye de ses opinions beaucoup
plus prononces que celles de M. Addington, dans un sens qui ne
peut s'accorder avec la politique du cabinet de Madrid. La nomination
de M. Villiers est d'autant plus inopportune que M. de Za exprimait,
il y a peu de temps encore, le dsir de conserver M. Addington 
Madrid.

Je dois citer encore, comme un fait  l'appui des reproches qu'on
adresse au gouvernement anglais, la publication des lettres
interceptes  Lisbonne, publication que je n'ai pas moins dplore
que vous, monsieur le duc, et dont le ministre anglais aura bien de
la peine  se justifier[138]. On et pu tirer un utile parti de ces
lettres, soit auprs des membres du parlement anglais, soit auprs des
gouvernements trangers qui y sont plus ou moins compromis, et
auxquels la crainte de rvlations indiscrtes aurait certainement
inspir plus de retenue et de mnagement. Ce qui doit aussi, ce me
semble, faire regretter aujourd'hui cette imprudente publication,
c'est que le gouvernement anglais n'ait pas su profiter du seul
avantage qu'elle pouvait lui procurer, en se prononant nergiquement
dans les affaires de Portugal. Il aurait pu se regarder comme
autoris, d'aprs ces lettres,  intervenir  Lisbonne pour en
expulser dom Pedro, et faciliter le rapprochement du gouvernement de
doa Maria avec celui d'Espagne. Il lui aurait t ais de dissimuler
cette intervention dans les affaires intrieures du pays sous une
forme quelconque, et d'ailleurs, dans ces sortes d'affaires, le succs
justifie tout. Il satisfaisait par l tous les cabinets, il imposait
silence au parti tory dans le parlement, et la tranquillit rtablie
en Portugal, mme avec la suspension de la constitution de 1826,
jusqu' la majorit de doa Maria, par exemple, lui offrait de
puissants moyens de dfense contre la fraction du parlement qui
soutient les opinions les plus exagres.

Ainsi que vous m'y aviez autoris, je viens de communiquer  lord
Palmerston les instructions que vous adressez  M. de Lurde. Il s'est
montr trs sensible  cette marque de confiance, et m'a charg de
vous dire qu'il approuvait ces instructions dans toute leur
tendue, et qu'il allait crire  lord William Russell pour l'engager
 se concerter, en gnral, dans ses dmarches, avec M. de Lurde...

  [137] Georges-William-Frdric Villiers, comte de Clarendon, n
  en 1800, fut, en 1833, nomm ministre  Madrid. En 1839, il
  devint lord du sceau priv, chancelier du duch de Lancastre en
  1840, lord-lieutenant d'Irlande de 1847  1852, puis secrtaire
  d'tat aux affaires trangres. Il se dmit en 1858, fut de
  nouveau chancelier du duch de Lancastre en 1864 et reprit le
  portefeuille des affaires trangres en 1865.

  [138] Au cours de la guerre de Portugal, un certain nombre de
  lettres adresses au gouvernement de dom Miguel avaient t
  interceptes et communiques au cabinet britannique. Le _Times_
  en eut connaissance et les publia. Parmi ces correspondances, les
  plus curieuses sont les rapports adresss au duc de Cadaval et au
  vicomte de Santarem par un nomm Antonio Ribera Saraiva, ministre
  secret de dom Miguel  Londres, qui compromettaient
  singulirement plusieurs membres considrables du parti tory et
  les reprsentants de diverses cours du continent. La lettre du 14
  juillet 1833 (reproduite par les _Dbats_ du 20 aot), parle de
  confrences secrtes qu'aurait eues  Londres le marchal de
  Bourmont avec lord Beresford, M. de Neumann, charg d'affaires
  d'Autriche, et M. Vial, ministre d'Espagne. L'agent portugais
  s'exprimait ainsi: Le baron de Neumann me dit que non seulement
  lui, mais une foule d'autres personnes, et entre autres le duc de
  Wellington, seraient charms d'apprendre que le marchal de
  Bourmont se rendait en Portugal. Il ajouta que les trois
  puissances avaient applaudi  la rsolution de Sa Majest de
  prendre le marchal  son service, et qu'en dfinitive, Bourmont
  devait se regarder, partant pour le Portugal, non seulement comme
  ayant mission de sauver la cause portugaise, mais encore celle
  de la lgitimit dans toute la pninsule, en Europe et dans
  le monde. Le 17 juillet,  la nouvelle de la destruction de
  la flotte de dom Miguel, Ribera crivait de nouveau: Je ne
  conserve plus aucune esprance. J'ai caus  ce sujet avec les
  ambassadeurs des grandes puissances et autres grands personnages.
  Tous considrent notre cause, sinon comme entirement perdue, du
  moins comme fort compromise, et le seul espoir de ceux qui
  s'intressent  nous est que le marchal de Bourmont doit tre
  maintenu  la tte des forces de terre...

  La publication de cette correspondance causa une vive sensation en
  Angleterre. Lord Palmerston fut  ce sujet questionn  la Chambre
  des communes par M. Murray, qui lui demanda si ces lettres taient
  ou non authentiques. Autant que je puis en juger, ajoutait
  l'honorable membre, cette correspondance est tout  fait trange,
  et il est fcheux d'y voir signaler certains personnages comme
  agents du plus dtestable gouvernement qui ft jamais. Si ces
  lettres taient vraies, elles feraient peu d'honneur au caractre
  anglais, mais j'aime  croire que le noble vicomte sera  mme de
  les dmentir. Lord Palmerston refusa de rpondre 
  l'interpellateur, ce qui laissa peu de doutes sur l'authenticit
  des documents publis.

    Le 26 aot 1833.

    Mon cher duc,

Voici une dpche--celle ci-dessus-- laquelle j'ai t la forme
officielle, afin que vous puissiez, si vous le jugez  propos, ne la
considrer que comme une lettre particulire. J'ai cru devoir au
gouvernement les renseignements qu'elle renferme. Vous y trouverez
d'ailleurs quelques arguments dont vous pourriez, sans me citer comme
de raison, tirer parti vis--vis de M. Aston. Je n'ai pas besoin de
vous dire combien seraient graves les inconvnients qui rsulteraient
de quelque indiscrtion directe sur le contenu de cette dpche.

Le gouvernement anglais est fort mcontent de son ministre 
Ptersbourg, qui a, sans motif d'aucun genre, compromis lord Minto
prs du cabinet de Berlin. J'ai fait tous mes efforts pour que lord
Minto ne souffrt pas, dans sa position, d'une indiscrtion commise
par un de ses collgues. Mon opinion est que le ministre fera
l'impossible pour touffer cette affaire et pour conserver lord Minto
 Berlin...

    Le 27 aot 1833.

Voici les nouvelles qui sont arrives aujourd'hui  Londres de
Lisbonne et d'Oporto.

Lord William Russell a prsent le 15 ses lettres de crance au
rgent  Lisbonne.

Le 16, Saldanha a battu les migulistes devant Oporto, dont le sige
est entirement lev, et de telle sorte qu'un grand nombre de
btiments de commerce sont entrs dans le Douro.--Les corts ont t
convoques  Lisbonne, et les lections doivent commencer le 1er
octobre.

Une autre nouvelle qui est parvenue galement ce matin  Londres, et
 laquelle personne n'tait prpar, est celle de l'arrive de
l'empereur de Russie  Stettin[139]. Nous l'avons appris par un
courrier qu'a reu le prince de Lieven.

  [139] L'empereur de Russie se rendait  Munchengrtz o il allait
  se rencontrer avec l'empereur d'Autriche le 19 septembre (voir
  page 271). M. Pozzo vint l'annoncer officiellement au duc de
  Broglie qui en rendit compte au roi. M. Pozzo, crivait-il, m'a
  donn lecture d'une grande dpche de M. de Nesselrode qui
  explique les motifs de ce voyage par l'envie qu'ont depuis
  longtemps les trois souverains de se revoir et de se donner
  mutuellement des tmoignages d'amiti. Les circonstances
  politiques s'y sont opposes jusqu'ici; la guerre de Pologne, le
  cholra, l'tat d'agitation des esprits. Aujourd'hui que l'Europe
  est en pleine paix, que la Pologne est tranquille, l'affaire
  d'Orient termine, l'affaire de Belgique prte  finir, toutes
  les autres affaires trop minimes pour pouvoir troubler la paix de
  l'Europe, rien de s'oppose plus aux desseins des trois monarques
  et leur entrevue ne saurait tre interprte d'une manire
  alarmante. Il n'y faut chercher ni desseins secrets, ni concert
  pour atteindre un but qui leur soit propre. C'est une preuve
  d'affection rciproque qu'ils entendent se donner, il n'y faut
  pas chercher autre chose.--Telle est, Sire, la substance de cette
  dpche, que j'ai coute sans approuver ni blmer, comme une
  chose indiffrente  la France et sans tmoigner la moindre
  curiosit sur les dtails de l'entrevue. Le temps apprendra si
  cette entrevue cache quelque profond mystre. Je ne le crois pas;
  nanmoins, il est bon d'tre sur ses gardes et de tout observer
  (_Le duc de Broglie au roi Louis-Philippe, 30 aot_).

  Une dmarche analogue fut faite par M. de Lieven auprs de lord
  Palmerston, qui crivait  ce sujet  son frre: Le motif de la
  rencontre des trois souverains en Bohme s'expliquera plus tard.
  Nesselrode crit  Lieven pour que la lettre me soit montre, que
  ce n'est que _pour un panchement de coeur_ et que la politique
  n'a rien  y voir. Comment peut-on prendre la peine d'crire de
  pareilles niaiseries? C'est comme s'ils voulaient vraiment nous
  empcher de croire un mot de ce qu'ils disent... (_Lord
  Palmerston  Sir William Temple, 3 septembre 1833_).


LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Madrid, le 19 aot 1833.

    Mon prince,

Je vous remercie beaucoup de votre lettre du 27 juillet. Je conois
le peu d'attraits qu'a aujourd'hui pour vous le sjour de Paris, et
j'avoue franchement que, pour ma part, je ne regarde pas du tout comme
une privation d'en tre loign. Il y a pourtant des moments o
j'aurais bonne envie d'y faire une apparition, celui-ci par exemple.
Je vous y rencontrerais, et ce serait pour moi  la fois un grand
plaisir et un grand avantage. Vous clairciriez, j'en suis certain,
une foule de doutes qui ne cessent de se prsenter  mon esprit, et
vous me montreriez le chemin que je dois suivre pour me tirer des
difficults toujours croissantes de ma position actuelle. Le ministre
devrait bien avoir la bonne ide de m'appeler, ne ft-ce que pour
quelques jours. Il me semble qu'il y a dans les affaires de ce pays-ci
des points pour lesquels les critures ne suffisent pas, et qui
exigent des conversations.

On aurait pu croire  un dnouement prochain du drame qui se joue
dans notre voisinage, si dom Pedro avait voulu se rsigner 
disparatre de la scne. Mais il aura pressenti qu'on tait assez
dispos  se passer de lui, et il a pris ses prcautions. Dom Miguel
et ses adhrents sont  peu prs hors de combat. N'est-il pas 
craindre qu'un nouveau conflit ne s'lve et que le pays ne se partage
entre dom Pedro et doa Maria? L'Espagne, aprs quelques faons,
s'accommoderait, je pense, du rgne de cette princesse; mais le pre
lui fait peur. Les mesures prcipites qu'il vient de prendre
contre le clerg le font regarder ici comme un rvolutionnaire des
plus fougueux[140]. Malgr cela, s'il mnage l'Espagne, l'Espagne le
laissera trs tranquille. Ce gouvernement connat sa propre faiblesse
et n'entreprendra rien s'il n'est pouss au dsespoir. Il a beaucoup
de peine  se rassurer sur les vues de l'Angleterre. Le rappel de M.
Addington, quoiqu'il le prvt, lui parat de mauvais augure; il
craint de le voir remplacer par un homme ardent et prvenu. On peut
mener trs loin les Espagnols avec des mnagements; mais, si on les
brusque ou les menace, ils se cabrent, et non seulement ils ne font
rien de ce que vous voulez, mais vous pouvez mme les prcipiter dans
les plus dangereuses folies.

M. de Za remercie Votre Altesse de son souvenir. Il se recommande 
elle pour tcher d'adoucir lord Palmerston, qu'il croit anim de
sentiments peu bienveillants pour l'Espagne.

Le roi Ferdinand est dans un fort triste tat. On craint qu'il ne
passe pas le mois de septembre. Je crois que les nouvelles de sa sant
sont la vritable cause de la persistance de don Carlos  rester en
Portugal, malgr la guerre et le cholra. La mort du roi,
arrivant dans les circonstances actuelles, mettrait,  coup sr, ce
pays-ci en combustion, et je ne sais si la tranquillit de l'Europe,
que vos soins ont si miraculeusement conserve jusqu' prsent,
rsisterait  ce choc...

  [140] Dom Pedro, entr  Lisbonne le 28 juillet, prit
  sur-le-champ les rnes du gouvernement. Il suspendit la charte
  jusqu' la un de la guerre, et renvoya du ministre le duc de
  Palmella qui avait la confiance de la France et de l'Angleterre,
  pour s'entourer de personnages connus par l'exaltation de leurs
  ides dmocratiques. Il svit galement contre le clerg qui
  tait le plus ferme appui de dom Miguel. Le nonce du pape fut
  embarqu de force pour l'Italie; les jsuites furent expulss.
  Dfense fut faite de payer les redevances dues aux communauts.
  Des dcrets destiturent tous les vques nomms par dom Miguel
  et dfendirent aux novices actuellement dans les couvents
  d'entrer dans les ordres. Enfin dom Pedro attribuait  la
  couronne la totalit des prsentations aux bnfices.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 29 aot 1833.

    Monsieur le duc,

... J'ai l'honneur de vous transmettre le discours prononc
aujourd'hui par Sa Majest le roi d'Angleterre  la prorogation du
parlement. Vous y remarquerez les phrases qui se rapportent aux
questions de Hollande, de Portugal et de Turquie.--Le chancelier
quitte Londres ce soir pour deux mois, et lord Grey partira dans
quelques jours pour son chteau, dans le nord de l'Angleterre, o il
compte aussi passer deux mois...


LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Madrid, le 24 aot 1833.

    Prince,

Nous voici ici dans une sorte de crise. Pendant que lord Palmerston
fait donner au cabinet de Madrid des assurances ritres de
neutralit de la part de l'Angleterre, en exigeant plus imprieusement
que jamais celle de l'Espagne, en disant que si _un seul_ soldat
espagnol met le pied sur le territoire portugais, l'Angleterre
regardera cet acte comme une dclaration de guerre, lord William
Russell annonce qu'il a pris la rsolution, pour protger, dit-il, les
sujets anglais, de faire descendre  terre, non _un_ soldat, mais
deux mille de ceux qui sont sur l'escadre de l'amiral Parker[141], et
de leur faire occuper, non seulement le fort Saint-Julien qui dfend
l'embouchure du Tage, mais aussi le fort Saint-George qui domine la
ville de Lisbonne. C'est pour une lettre adresse le 13  M. de
Cordova, que lord Russell donne  connatre cette dtermination. Elle
a caus, comme vous pouvez le penser, la plus vive impression sur ce
gouvernement-ci, qui, il y a deux jours seulement, recevait les
communications rassurantes dont j'ai fait mention plus haut. Il ne
sait si cette ide de dbarquer des troupes anglaises vient de lord
William ou de son gouvernement. Il croit  la premire de ces
hypothses plutt qu' la seconde, qui lui parat trop directement en
opposition avec ce que lui fait dire le cabinet britannique. Dans
l'incertitude o est M. de Za, il se hte d'expdier un courrier 
Londres, pour engager le gouvernement  ne pas outrepasser les bornes
qu'il a poses lui-mme, et  ne pas forcer l'Espagne  quitter,
malgr elle, la ligne de conduite qu'elle a fidlement suivie
jusqu'ici,  la demande de l'Angleterre. Il m'assure que la note qui
sera remise  ce sujet  lord Palmerston est conue en des termes qui
ne peuvent nullement tre pris en mauvaise part. Il demande  notre
gouvernement d'appuyer cette dmarche pacifique, et verrait avec
reconnaissance que vous voulussiez bien user de votre influence
personnelle pour faire changer une dtermination dont on ne peut
rellement calculer les suites. Mais, j'ai bien peur que cette requte
ne vienne trop tard. Le 16, M. de Bourmont a quitt Coimbre pour
rejoindre son arme, qui marchait sur Lisbonne. Elle est forte de
quinze  seize mille hommes, non compris quelques corps dtachs qui
sont sur le Tage, ou du ct de Torrs-Vedras. Avec cette force, il
peut certainement tenter d'enlever la capitale, et y parvenir. Lord
William sera, sans doute, oblig de suivre son projet, ou d'y renoncer
sans attendre les directions de son gouvernement. Tout l'avenir de la
pninsule va donc dpendre de l'ide qui lui passera par la tte.

On ne peut se dissimuler que ces tristes affaires de Portugal
prennent la tournure la plus fcheuse possible. Une sanglante anarchie
se propage dans tout le pays; et dom Pedro, par tous les dcrets qu'il
lance, sans interruption, blesse toutes les opinions comme tous les
intrts, et rend presque impossible le retour de l'ordre. Il ne
manque plus que de voir l'Angleterre et l'Espagne prendre part  la
lutte, pour en tre rduit  dsesprer, non seulement de la
pninsule, mais de l'Europe tout entire...

  [141] Sir William Parker, n en 1781, s'engagea tout jeune dans
  la marine, devint capitaine de vaisseau en 1810, contre-amiral en
  1830, reut en cette qualit le commandement de l'escadre que
  l'Angleterre envoya vers cette poque  l'embouchure du Tage. Il
  fut nomm lord de l'amiraut en 1834 et de nouveau, en 1841,
  commanda  cette dernire date les forces navales anglaises dans
  les mers de Chine, fut promu amiral en 1863 et mourut en 1866.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Saint-Cloud, le 30 aot 1833.

Je ne veux pas laisser partir M. Thiers pour Londres sans un petit
mot de moi pour vous, mon cher prince; il me l'a demand hier soir, et
je suis bien aise de vous dire combien notre cher roi l'apprcie et
est satisfait de son esprit et de son dvouement; il va  merveille:
c'est un excellent petit homme.

Nous avons les nouvelles les plus satisfaisantes du voyage du
roi[142]; c'est un vritable triomphe. Je vais partir avec la reine,
mes nices et mes deux plus jeunes neveux pour aller le rejoindre 
Cherbourg, d'o je tcherai de vous donner de nos nouvelles. Je vous
cris en hte, tant au moment de monter en voiture...

  [142] Le roi tait parti le 26 aot pour un voyage en Normandie.
  Des ftes eurent lieu  son passage  Cherbourg o vint le
  rejoindre la famille royale. Le roi fut de retour  Saint-Cloud
  le 12 septembre.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 4 septembre 1833.

    Monsieur le duc,

C'est seulement hier, 3, que j'ai reu les dpches que vous m'avez
fait l'honneur de m'crire le 29 et le 31 du mois dernier, et dont
l'arrive a t fort retarde par le mauvais temps.

Le marquis de Rezende est arriv, il y a quelques jours,  Londres,
venant du Havre, charg par Sa Majest Madame la duchesse de Bragance
de demander  Sa Majest le roi d'Angleterre la permission pour elle
et pour la reine doa Maria de venir attendre en Angleterre les
btiments portugais qui doivent les conduire  Lisbonne. Le marquis de
Rezende, en communiquant le but de sa mission aux ministres anglais, a
port des plaintes trs vives sur la manire dont madame la duchesse
de Bragance aurait t reue au Havre, et particulirement sur les
mauvais traitements que M. le duc de Leuchtenberg aurait eu 
supporter de la part des autorits du Havre[143].

Lord Grey, qui m'a entretenu de la mission de M. de Rezende, m'a dit
qu'il avait reu une copie de la protestation faite par M. le duc de
Leuchtenberg avant de quitter le Havre, et remise par lui au
sous-prfet. Il m'a paru qu'il avait t trs frapp de la rdaction
de cette pice, qu'il n'a pu me montrer parce qu'il l'avait laisse
entre les mains du roi. Lord Grey a ajout qu'il avait pris les ordres
de Sa Majest sur la demande faite par madame la duchesse de Bragance,
et que le roi lui avait recommand de faire savoir a M. de Rezende
qu'il verrait avec plaisir la reine doa Maria et l'impratrice en
Angleterre, et que, s'il avait un btiment disponible, il l'enverrait
au Havre pour qu'elles pussent en faire usage.

Lorsque lord Grey m'a fait la communication dont je viens de vous
faire part, je n'avais point encore reu votre dpche du 31, qui
renferme des explications sur ce qui s'est pass au Havre,
relativement au duc de Leuchtenberg; mais j'ai pu cependant l'assurer
qu'il devait y avoir une grande exagration dans les rcits du marquis
de Rezende; qu'il ne paratrait croyable  personne qu'aprs un sjour
de deux annes en France, pendant lesquelles Leurs Majests M. le duc
et madame la duchesse de Bragance et la reine doa Maria
n'avaient pas cess d'tre entours d'gards et traits de la manire
la plus distingue, on et eu, au moment de se sparer d'eux, des
procds inconvenants, qui sont si trangers  la cour de France. J'ai
retrouv, du reste, dans cette circonstance comme dans plusieurs
autres, lord Grey surpris de l'insistance que nous mettons  repousser
le duc de Leuchtenberg, et ne voulant pas comprendre qu'il s'agit ici
d'une question de dignit pour le Portugal et de tranquillit pour la
pninsule entire, sur quoi j'ai toujours particulirement insist.

J'ai eu, aujourd'hui mme, avec lord Palmerston, une conversation
dans laquelle je lui ai parl de la note qui doit lui tre adresse
par le gouvernement espagnol, au sujet de l'occupation des forts de
Lisbonne par des troupes anglaises. Il n'avait pas encore reu cette
note, mais elle lui avait t annonce, au lever du roi, par M. Vial,
ministre d'Espagne. J'ai pu cependant saisir cette occasion qui
m'tait offerte pour lui renouveler les instances que je lui ai dj
faites  diverses reprises sur la ncessit d'un rapprochement entre
l'Angleterre et l'Espagne. Je lui ai indiqu qu'en agissant de concert
avec le cabinet de Madrid, pour empcher des troubles rvolutionnaires
dans la pninsule, il rapprocherait de lui les cabinets du continent
que des intrigues rcentes avaient pu en loigner, et qu'il
s'assurerait par l une influence profitable pour la paix de l'Europe;
que la meilleure manire de satisfaire l'Espagne en ce moment tait de
renoncer  l'occupation des forts de Lisbonne, et de repousser sans
hsitation le mariage de doa Maria avec le duc de Leuchtenberg, qui
ne pouvait qu'amener  sa suite la guerre civile en Portugal et en
Espagne.

Lord Palmerston a cout ces observations avec intrt et m'a donn
sa parole de chercher dans la note du cabinet espagnol, aussitt
qu'elle lui serait parvenue, tous les moyens possibles de rentrer avec
l'Espagne dans des relations amicales. Il m'a paru qu'il en sentait
toute l'importance, et il m'a mme assur, comme M. Aston vous l'avait
dj annonc, que l'autorisation donne aux troupes anglaises
d'occuper les forts de Lisbonne avait t rvoque, et que lord
William Russell avait reu l'ordre de se conformer aux premires
instructions qui lui avaient t transmises, et dont vous avez eu
connaissance.

  [143] ... Le duc de Leuchtenberg tait arriv au Havre sous un
  nom suppos. Le gouvernement du roi lui ayant fait reprsenter
  qu'il ne pourrait sans inconvnient prolonger son sjour en
  France o il n'tait entr qu'au moyen d'un passeport irrgulier,
  il a d'abord paru peu dispos  cder  cette invitation, mais il
  n'a pas tard  se raviser: il a crit au sous-prfet que s'il
  s'tait rendu immdiatement au Havre, c'est qu'il avait cru y
  trouver les btiments destins  transporter au Portugal la
  famille de dom Pedro, et que l'arrive de ces btiments lui
  paraissant diffre, il allait partir lui-mme pour Munich (_Le
  duc de Broglie au prince de Talleyrand, 31 aot_).


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 5 septembre 1833.

    Mon prince,

Je vous envoie une dpche que j'ai reue de Madrid ce matin mme.
Elle n'est pas aussi satisfaisante que je l'esprais. Il est clair que
l'affaire portugaise demeurant encore dans sa crise, le gouvernement
espagnol espre trop le succs de dom Miguel pour s'ouvrir  nous
entirement, tandis que le gouvernement anglais, regardant toujours
dom Miguel comme perdu, se ressouvient plus de ses ressentiments
contre l'Espagne que des vrais intrts de l'Angleterre. Si Lisbonne
est emport d'assaut, et si dom Miguel est cras dans l'attaque,
chaque gouvernement suivra sa pente, je le crains, et demeurera
intraitable. Mais, je ne sais si je m'abuse, aucun de ces deux
vnements ne me parat probable. A moins que dom Pedro n'ait
dcidment perdu la tte, il n'ira point se faire battre en rase
campagne, et pour peu qu'il se tienne sur la dfensive, ce ne
sont pas les quinze ou vingt mille hommes de Bourmont qui pourront
entrer de vive force dans une ville comme Lisbonne. La mauvaise saison
approchant, ce qui semble tre l'avenir de ce malheureux pays, c'est
d'avoir ses deux capitales occupes par les pdristes, et le reste du
territoire occup par les migulistes ou livr  leurs ravages, et
cela, sans terme apparent, sans dnouement prochain ni probable.

Un tel tat de choses peut-il, doit-il subsister?

J'avoue que j'ai peine  le croire. Je respecte beaucoup le principe
de non-intervention. Chacun pour soi, chacun chez soi, rien de plus
juste. Mais ce principe, comme tous les principes, a ses limites. Il
suppose que le pays auquel on l'applique possde en lui-mme les
moyens de sortir de l'anarchie, d'chapper  la guerre civile; il
suppose, dans ce pays, une majorit et une minorit: une majorit
suffisante pour venir  bout de la minorit, tant qu'elle rsiste, et
la protger, sans traiter avec elle, quand elle a succomb. Mais,
quand une preuve longue, patiente, sincre, a prouv que le pays dont
il s'agit ne possde aucun des moyens ncessaires pour rtablir
l'ordre dans son propre sein; qu'il n'y a, d'aucun ct, une majorit
relle et capable de se dessiner, de se faire obir; quand il est
vident que la lutte ne peut finir par le triomphe absolu de qui que
ce soit, il me semble que l'humanit, la raison, le bon sens veulent
que ceux des voisins qui ont un intrt quelconque  la pacification
du pays dont il s'agit, se concertent pour intervenir, pour faire
poser les armes aux combattants, pour rgler ensuite un compromis
entre les partis opposs, en proportionnant autant que possible les
avantages rciproques  la force respective des partis.

Telle est,  mon avis, la position du Portugal.

Plus j'y rflchis, plus j'y regarde, plus je me persuade que cette
malheureuse affaire ne peut finir que par l'intervention amicale de la
France, de l'Espagne et de l'Angleterre, intervention plus ou moins
prononce, plus ou moins directe, plus ou moins active, selon
l'exigence du cas et la nature des circonstances; mais intervention
sans laquelle l'affaire dgnrera en une guerre entre l'Espagne et
l'Angleterre, chacune s'engageant de plus en plus au soutien de son
protg, et faisant chaque jour de nouveaux appels  l'opinion de
chaque pays, jusqu'au point de l'exalter, de manire  se priver de
toute libert de choisir et de se mouvoir en divers sens.

Je vous confie ces rflexions, mon prince, bien moins pour vous
demander de faire, en ce moment, une dmarche quelconque, que pour
vous prier de prparer  l'avance celles que les vnements pourraient
bientt rendre ncessaires. S'il arrive qu'une sorte de convention
s'tablisse entre les trois gouvernements pour agir simultanment dans
cette affaire, ce sera vous qui en poserez les bases. C'est votre
sagesse et votre exprience qui en sera crue par le gouvernement
anglais. Je n'aurais,  moi seul, que peu d'esprance de me faire
couter. Je tiens d'ailleurs, avant tout,  m'clairer de vos conseils
et  ne rien prcipiter sans votre aveu...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 9 septembre 1833.

    Monsieur Je duc,

La reine doa Maria et Sa Majest la duchesse de Bragance ont
dbarqu hier  Portsmouth, venant du Havre,  bord d'un bateau 
vapeur frt par un agent de dom Pedro. La jeune reine a reu les plus
grands honneurs  son dbarquement; les lords de l'amiraut qui se
trouvaient  Portsmouth se sont empresss de lui prsenter leurs
hommages, ainsi que toutes les autorits civiles et militaires. Elle
est invite  se rendre  Windsor, o il parat qu'elle passera trois
ou quatre jours. En tout, on met une espce d'affectation dans la
bonne rception qu'on fait  doa Maria en Angleterre; il est ais
d'en deviner le but, et le _Times_, dans un article de son numro de
ce matin, ne laisse aucun doute  cet gard...

    Le 9 septembre 1833.

    Mon cher duc,

Voici le parlement dissous, les ministres anglais sont  la campagne,
et la confrence ajourne de fait jusqu' ce qu'il plaise au roi de
Hollande de rpondre et de cder. Il ne parat dispos ni  l'un ni 
l'autre, et nous ne faisons rien qui vaille ici.

Je crois donc le moment opportun pour obir aux mdecins qui jugent
le changement d'air ncessaire pour me remettre de mon terrible rhume.
Ma famille me presse de me rendre  Paris, o le triste tat de mon
frre exige des mesures qu'on ne croit pas pouvoir prendre sans moi,
et mes affaires personnelles, enfin, sont trop en souffrance depuis la
mort de l'homme qui les gouvernait depuis vingt-cinq ans pour que je
puisse les laisser plus longtemps  l'abandon.

L'tat des choses me paraissant ne pas rclamer aujourd'hui d'une
faon particulire ma prsence ici, je viens vous demander un cong
dont la dure dpendrait du plus ou moins d'importance dans les
affaires politiques. Je prie votre amiti de vouloir bien me
l'accorder sans dlai, car je sens que ma sant a besoin de quelque
repos.

Je suis port  croire que le roi des Pays-Bas trouvera moyen de nous
faire attendre longtemps sa dcision; mais, lors mme qu'il se
rsignerait prochainement, ce n'est plus par des ngociations plus ou
moins habiles qu'on l'y dterminera; la force des choses, les
avantages vidents que nous avons assurs aux Belges par notre
convention du 21 mai, et qui dureront autant que le provisoire,
pourront seuls dcider le roi Guillaume  signer. La dmarche de la
dite de Francfort  La Haye et notre refus de continuer ici une
ngociation oiseuse aussi longtemps que le roi des Pays-Bas y
apportera des arrire-penses, ont t deux excellentes mesures. Tout
est donc bien prpar. Tout ce qui tait difficile et utile  faire
est fait. C'est maintenant au temps, et au temps lui seul,  achever.
Ma prsence ici n'en hterait ni la marche ni l'action.

Si, par impossible, les premires rponses de Hollande taient assez
favorables pour me donner la certitude que le trait dfinitif
pourrait tre conclu dans le mois de septembre, je me ferais un devoir
de ne profiter de mon cong qu'aprs la signature du trait; mais
cette chance est si peu vraisemblable qu'il est presque inutile de
l'admettre...

    Le 11 septembre 1833.

... J'ai lu avec un grand intrt la dpche de M. le comte de
Rayneval du 30 aot, dont vous avez bien voulu me transmettre une
copie, et j'ai dj fait usage de ce qu'elle contient, dans mes
conversations ici[144].

M. Georges Villiers,  son passage par Paris, en se rendant en
Espagne, vous aura communiqu les vues de son gouvernement sur l'tat
de la pninsule; il en avait reu l'ordre de lord Palmerston. Il est
charg de la rponse du cabinet anglais  la dernire note de M. de
Za, qui, comme vous le savez dj, ne portait que sur deux points:
l'occupation des forts de Lisbonne par des troupes britanniques, et le
dbarquement de ces mmes troupes pour protger les sujets anglais
dans le cas o, par suite d'un conflit  Lisbonne mme, ils auraient
besoin d'une protection. Sur le premier point, vous tes instruit que
le cabinet espagnol a eu pleine satisfaction. Quant au second, lord
Palmerston a rpondu que rien ne pourrait empcher l'amiral anglais
d'employer tous les moyens qu'il possdait pour protger les intrts
britanniques s'ils taient menacs, et qu' cet gard il avait reu
des instructions formelles. Aux deux articles que j'ai indiqus
ci-dessus, M. de Za avait joint des protestations d'amiti auxquelles
lord Palmerston a rpondu par des assurances du mme genre. Du reste,
vous serez inform sur ces questions beaucoup mieux par votre
conversation avec M. Villiers, que je ne pourrais le faire par ma
correspondance.

Les nouvelles de Portugal, qui vous seront donnes par les journaux
anglais d'aujourd'hui, montrent que les affaires de ce pays touchent 
une crise, sinon dcisive, du moins trs importante. Les forces de dom
Pedro et de dom Miguel se balancent  peu prs, et il est impossible
de prvoir quelle sera l'issue de la lutte. La reine doa Maria
restera jusqu'au lundi 15  Windsor, d'o elle retournera 
Portsmouth; on annonce son dpart de ce port pour Lisbonne comme trs
prochain; mais vraisemblablement elle ne partira pas avant qu'on ait
reu l'assurance qu'elle ne courra aucun danger dans sa capitale...

Je crois que, sans attacher une importance exagre au voyage de
l'empereur Nicolas, il ne sera pas inutile d'en surveiller
attentivement les suites. Le retour de M. de Metternich  Vienne et de
M. Ancillon  Berlin mettra M. de Sainte-Aulaire et M. Bresson en
position de vous communiquer quelques informations  ce sujet; je vous
serai particulirement oblig de me les faire connatre...

  [144] M. de Rayneval, dans cette dpche, rend compte d'un
  entretien qu'il venait d'avoir avec M. de Za sur l'ventualit
  de la mdiation franco-anglaise en Portugal. Notre ambassadeur
  n'avait pas cach  M. de Za que les deux puissances mdiatrices
  n'avaient pas t sans lever quelques doutes sur la sincrit du
  cabinet espagnol. Le ministre protesta vivement; toutefois il
  refusa d'indiquer les conditions qu'il proposerait dans
  l'arrangement  intervenir en Portugal. Si dom Miguel triomphait,
  l'Espagne promettait de ne laisser porter aucune atteinte aux
  intrts anglais, mais elle demandait une garantie gale de la
  part de l'Angleterre en cas de succs de dom Pedro. M. de Za
  insistait sur la modration du gouvernement espagnol qui, avec
  quelques milliers d'hommes pourrait faire pencher la balance en
  faveur de son candidat. M. de Rayneval terminait en disant que le
  cabinet espagnol avait renonc  l'ide d'exclure en mme temps
  les deux frres car le succs de dom Miguel lui paraissait
  assur.

    Le 18 septembre 1833.

J'ai reu la lettre par laquelle vous m'annoncez que Sa Majest a
bien voulu m'accorder l'autorisation de me rendre en France. Je
voulais profiter immdiatement de cette autorisation, et j'avais
l'intention de partir le 20; mais Sa Majest le roi d'Angleterre
m'ayant fait l'honneur de m'inviter  passer trois jours  Windsor,
j'ai d retarder mon dpart. Je ne reviendrai de Windsor que le
dimanche 22, et je partirai le 24, pour tre rendu  Paris le 27.
J'aurai soin, avant de quitter Londres, de prsenter M. de
Bacourt, comme charg d'affaires,  lord Palmerston, ainsi que vous me
l'avez recommand.

Il n'y a pas d'autres nouvelles de Portugal  Londres que celles
venues par la voie de France; il y a aujourd'hui vingt et un jours
qu'aucune communication directe n'a eu lieu entre Londres et Lisbonne.
L'incertitude qui rgne sur l'tat de cette dernire ville n'a pas
empch l'embarquement de la reine doa Maria, qui est partie
avant-hier soir de Portsmouth, par un trs mauvais temps...


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Saint-Cloud, le 16 septembre 1833.

En arrivant ici, mon cher prince, j'ai trouv votre lettre du 9, et
je me suis empresse de parler au roi de votre dsir de revenir ici.
Il est toujours charm de faire ce qui peut vous tre agrable, et il
en a, sur-le-champ, entretenu le duc de Broglie, dont vous devez avoir
reu maintenant la rponse que vous souhaitiez. Je sens combien un des
motifs qui vous rappellent  Paris est pnible pour vous, et j'y
prends bien part, comme  tout ce qui vous touche; mais je serai bien
contente de vous revoir et de pouvoir causer tout  mon aise avec
vous... Je regrette beaucoup que la rsistance du roi de Hollande
retarde encore la conclusion des affaires de Belgique. Au reste, les
Belges ne sont pas de mon avis, car ils trouvent la convention du mois
de mai plus avantageuse pour eux qu'une conclusion qui les obligerait
 payer la dette, ce que, certes, je ne crois pas tre bien entendu de
leur part.

Vous avez dans ce moment en Angleterre la petite reine de Portugal et
la duchesse de Bragance. La conduite de cette dernire et celle
de dom Pedro envers notre roi a t inconcevable, bien ingrate et bien
dplace. Elle est partie d'ici, sans remercier le roi de l'offre
qu'il lui avait faite,  la nouvelle de l'entre de dom Pedro 
Lisbonne, de lui donner une frgate pour l'y conduire ainsi que la
jeune reine, sans avoir prvenu le gouvernement de son dpart. Dom
Pedro n'a, non seulement pas crit au roi depuis son entre 
Lisbonne, mais n'a pas mme charg M. de Loul qui est venu chez le
roi pour son propre compte, d'un mot de message pour le roi, ni
d'aucuns remerciements pour tous les soins qu'il a eus de sa famille.
Il est bon que vous sachiez que madame de Loul (soeur de dom Pedro) a
eu, pendant son sjour  Paris, soixante mille francs; celle-l en est
trs reconnaissante, mais il me semble que dom Pedro doit bien aussi
quelque chose au roi. Tout cela n'est pas bien, mais je n'en fais pas
moins des voeux bien sincres pour le succs de la cause de la petite
reine.

A revoir bientt, mon cher prince...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE

    Londres, le 19 septembre 1833.

... En m'entretenant ce matin avec lord Palmerston de la nouvelle de
Constantinople dont vous avez bien voulu me faire part, nous nous
sommes occups de la conduite qu'il y aurait  tenir envers le cabinet
russe,  l'gard du trait du 8 juillet qu'il a fait avec la Porte.
Nous pensons l'un et l'autre qu'il y aurait une dmarche  faire 
Ptersbourg aprs la dclaration remise  La Porte, par les
ambassadeurs de France et d'Angleterre. Il s'agit de savoir si cette
dmarche devrait consister dans une simple notification de ce qui a
t fait  Constantinople, ou dans une dclaration  peu prs du
mme genre que celle adresse  la Porte. Mon opinion serait pour ce
dernier moyen, qui me parat plus net, plus franc, et qui, en mme
temps, donnerait un caractre plus lev  notre politique. Il serait,
dans tous les cas, certainement convenable et utile, aprs la runion
des trois souverains du Nord, de prsenter un tmoignage bien marqu
de l'union de la France et de l'Angleterre. Je vous engage  vous
concerter avec lord Granville et  dterminer avec lui le parti 
prendre dans cette circonstance par les deux gouvernements. 

Nous sommes toujours sans nouvelles du Portugal...

    Le 23 septembre 1833.

... Lord Palmerston m'a charg de vous offrir tous ses remerciements
pour le bon accueil que vous avez bien voulu faire  M. Georges
Villiers. Il s'est montr aussi trs satisfait des dernires
instructions que vous avez adresses  M. de Rayneval, et il croit
qu'elles doivent produire un trs bon effet sur le cabinet de Madrid.
Je compte toujours aller coucher demain  Douvres, et m'embarquer
aprs-demain matin.

Je quittai en effet Londres le 24 septembre, et j'arrivai  Paris le
26.

FIN DE LA ONZIME PARTIE.




DOUZIME PARTIE

RVOLUTION DE 1830 (_Suite_)

(1833-1834)




RVOLUTION DE 1830 (_Suite_)

(1833-1834)


En quittant Londres au mois de septembre, j'tais  peu prs dcid 
ne plus y retourner. Je croyais y avoir laiss les affaires dans une
situation telle, que ma prsence n'y tait plus ncessaire, et,
d'autre part, mon grand ge, mes infirmits et l'tat de mes affaires
personnelles, fort dranges par mes longues absences, me faisaient
penser qu'il tait temps de rentrer dans la retraite. J'aurais
probablement persvr dans cette rsolution, si des sollicitations
pressantes n'taient venues me rappeler  Paris. Ces sollicitations
avaient commenc ds les premiers jours du mois de novembre. Je
rsistai d'abord, en faisant valoir les raisons exposes plus haut;
mais le roi et le ministre insistrent avec vivacit, et je dus me
rendre  Paris au commencement du mois de dcembre, pour apprendre
quels taient les motifs qui faisaient dsirer si vivement que je
retournasse  mon poste de Londres.

Il ne s'agissait pas seulement des ngociations relatives aux affaires
de Belgique, qu'on se flattait de l'espoir de voir bientt reprises 
la suite des dmarches que le roi des Pays-Bas avait faites auprs de
la dite de Francfort et des agnats de sa maison afin d'obtenir leur
assentiment aux conditions imposes par la confrence de Londres[145].
Le roi et son gouvernement taient inquiets de la runion qui avait eu
lieu pendant l'automne, en Bohme, entre les souverains de Prusse et
d'Autriche, et, au moins autant, des vnements qui se passaient en
Espagne et en Portugal, et qui faisaient craindre, soit un soulvement
rvolutionnaire, soit la prolongation d'une guerre civile, incommode
et peut-tre dangereuse pour notre frontire des Pyrnes.

  [145] Le roi des Pays-Bas s'tait en effet dtermin  cette
  dmarche sur l'invitation pressante des cours de Russie,
  d'Autriche et de Prusse. Le prince Flix de Schwarzenberg avait
  t envoy dans ce but  La Haye porteur de lettres autographes
  des trois souverains destines  l'clairer sur l'inutilit et
  les dangers d'une plus longue rsistance (_Lettre de M. Bresson
   M. de Talleyrand du 29 septembre 1833_). En consquence, au
  mois de novembre suivant, le roi des Pays-Bas s'adressa aux
  agnats de la maison de Nassau et  la dite pour obtenir leur
  consentement respectif  la cession ventuelle de la partie
  wallonne du grand-duch de Luxembourg. La dite rpondit qu'elle
  voulait en change un quivalent territorial. Le roi rpondit
  qu'il n'avait dj que trop fait de sacrifices et que la
  Confdration germanique, n'ayant pas su garder le Luxembourg,
  n'avait droit  aucun ddommagement, et l'affaire demeura en
  suspens. Quant au duc de Nassau, il refusa formellement son
  consentement. La ngociation avait donc chou sur les deux
  points.

Aussitt aprs mon arrive  Paris, j'eus de longues conversations
avec le roi et ses ministres, et on me communiqua toutes les
correspondances relatives  ces trois questions, qui devaient me
mettre au fait de ce qui s'tait pass en mon absence.

Sur le premier point, je ne partageai pas trop les esprances
qu'on avait conues d'une reprise srieuse des ngociations de Londres
pour les affaires belges, et j'avoue que, s'il ne s'tait agi que de
cette question, je n'aurais pas pens qu'il ft urgent, pour moi, de
retourner en Angleterre. Les deux autres questions me parurent plus
graves. Je veux parler d'abord de la runion des souverains de Russie,
d'Autriche et de Prusse, et de l'impression qui m'en resta.

Cette runion, parat-il, avait t provoque primitivement par le
prince de Metternich. Le chancelier d'Autriche, proccup des
souvenirs de l'expdition d'Ancne, et redoutant, pour la libert
d'action de l'Autriche en Italie, les consquences des doctrines
professes par la France et par l'Angleterre au sujet du droit
d'intervention, avait propos au gouvernement russe de s'entendre avec
lui  cet gard, et de prparer en commun l'nonc des principes
d'aprs lesquels les deux cours entendaient rgler l'exercice de ce
droit.

Le dsir de se fixer sur ce point donna lieu  l'ide de se runir,
soit en Silsie, soit en Bohme. Cette ide, mise en avant par le
cabinet de Ptersbourg, fut accueillie  Vienne avec empressement. On
croyait tre assur du concours de la Prusse, et l'empereur Nicolas,
qui devait traverser les tats de son beau-pre[146] pour se rendre au
lieu dsign pour l'entrevue, ne doutait pas d'emporter son accession.

  [146] L'empereur Nicolas avait pous, en 1817, la princesse
  Frdrique-Louise-Charlotte Wilhelmine, fille du roi
  Frdric-Guillaume III, ne en 1797.

Cependant, il n'y russit pas entirement. A Schwedt, o se tint une
runion prparatoire, les ouvertures de l'empereur chourent en
partie. Le roi de Prusse dclina de prendre des engagements solennels
qui pouvaient compromettre son gouvernement dans l'esprit de
l'Allemagne, dont les tendances librales lui taient connues.
L'empereur Nicolas dut s'acheminer seul vers la Bohme, et se
rencontrer  Munchengrtz avec l'empereur d'Autriche. L, on examina
en commun d'abord les questions de politique gnrale qui
intressaient les deux pays, celles d'Orient et de Pologne. Le cabinet
autrichien, domin par les craintes que lui inspiraient les
dispositions de l'Allemagne et la situation prcaire de l'Italie, et
abandonnant ses traditions constantes, aurait consenti  admettre en
principe la suprmatie  peu prs exclusive de la Russie 
Constantinople. Il aurait galement donn son approbation aux mesures
adoptes par le gouvernement russe pour enlever  la Pologne les
restes d'une existence nationale et indpendante.

D'accord sur ces deux points, ce serait alors que M. de Metternich
aurait propos de conclure une convention qui arrtt, sur les bases
recommandes prcdemment par l'Autriche, le principe d'un nouveau
droit d'intervention, en vertu duquel il ne serait permis  aucune
puissance d'intervenir dans les affaires intrieures d'un autre tat,
si elle n'y est formellement appele par ce mme tat; mais assurant
en mme temps  la puissance dont le secours aurait t invoqu le
droit exclusif d'intervention, sans qu'aucun autre cabinet ait celui
d'y prendre part ou de s'y opposer.

Le cabinet russe, qui voyait dans cette convention l'assurance de
pouvoir intervenir  son gr  Constantinople, comme le lui permet le
trait du 8 juillet dernier avec la Porte, n'aurait pas hsit  la
conclure.

M. de Metternich, non content d'avoir obtenu de son ct le droit
d'intervenir en Italie et la certitude d'tre appuy en ce cas
par la Russie, aurait propos, en outre, de convoquer  Vienne les
chefs des cabinets des diffrents tats de la Confdration
germanique, et de les amener, par un acte arrt en commun,  annuler
toutes les concessions faites, depuis 1815, par plusieurs tats
constitutionnels de l'Allemagne, et qui gnaient les mesures
rpressives qu'on voulait employer contre la propagation des ides
rvolutionnaires. L'empereur Nicolas se serait empress de donner son
approbation  ce projet.

Tous ces points convenus et arrts entre les souverains de Russie et
d'Autriche, on aurait envoy MM. de Nesselrode et de Ficquelmont[147]
 Berlin, pour dterminer le gouvernement prussien  entrer dans les
vues de ses deux allis. Aprs une rsistance assez prolonge et
beaucoup d'hsitation, le roi de Prusse aurait fini par se rendre aux
instances qui lui taient faites, et aurait sign la convention; mais,
sous la condition formelle qu'elle resterait secrte.

  [147] Charles-Louis comte de Ficquelmont, homme d'tat et gnral
  autrichien, n en 1777, tait le fils d'un migr franais tu 
  Marengo. Il devint major gnral dans l'arme autrichienne et fut
  ministre plnipotentiaire  Stockholm, Florence, Naples et
  Ptersbourg. En 1840, il devint ministre de la guerre, puis des
  affaires trangres. En 1848, il fut un instant premier ministre.
  Il mourut en 1857.

Tel est  peu prs le rsum des informations contenues dans les
correspondances de nos agents diplomatiques, qui me furent
communiques. Je n'oserais pas garantir leur exactitude parfaite; mais
ce qui restait exact et vrai, c'tait d'abord le trait du 8 juillet
1833, impos par la Russie  la Porte ottomane, puis une dmarche
collective, faite  Paris, dans les derniers jours du mois d'octobre
par les ministres d'Autriche, de Prusse et de Russie. Ils s'taient
prsents successivement chez le duc de Broglie pour lui lire une
dpche de leur cour, qui en substance renfermait ceci: je cite la
dpche autrichienne:

M. de Metternich commenait par exposer, dans cette dpche, que les
trois souverains runis en Bohme on trouv, dans les explications
qu'ils ont eues ensemble, les preuves les moins quivoques de la
solidit des liens d'amiti qui les unissent, et des dispositions
bienveillantes dont ils sont galement anims  l'gard des autres
puissances.

Aprs ce prambule, le chancelier d'Autriche passait au dveloppement
des principes que les souverains se sont accords  reconnatre comme
pouvant seuls garantir le repos de l'Europe.

Suivant M. de Metternich, ou plutt, suivant les cabinets dont il se
prsente ici comme l'organe, chaque gouvernement est naturellement
port  dsirer et  favoriser la diffusion des doctrines sur
lesquelles repose son existence. Ce proslytisme est trop naturel pour
qu'on puisse penser  le condamner tant qu'il s'exerce par des voies
pacifiques, par les seules influences morales. Mais il n'en est pas de
mme de ce systme de propagande qui, tendant son action sur l'Europe
entire, cherche  bouleverser partout les institutions en vigueur
pour y substituer violemment de dangereuses innovations. Un pareil
systme, galement hostile  tous les gouvernements rguliers, doit
ncessairement tre combattu par leurs efforts communs. Dans le cas o
le gouvernement franais, qui a si bien su se dfendre lui-mme des
agressions des rvolutionnaires, ne russirait pas dsormais  djouer
galement les machinations auxquelles ils se livrent sur son
territoire contre les tats trangers, il pourrait en rsulter,
pour quelques-uns de ces tats, des agitations et des dsordres
intrieurs qui les mettraient dans l'obligation de rclamer l'appui de
leurs allis. Cet appui ne leur serait pas refus, et toute tentative
qui aurait pour but de s'y opposer serait envisage, par les trois
cours, comme une hostilit dirige contre chacune d'elles.

Les communications faites par les ministres de Russie et de Prusse
diffraient par quelques nuances dans l'expos des doctrines, mais
s'accordaient toutes les deux dans la conclusion et constataient ainsi
qu'il y avait une solidarit vritable entre les trois cabinets dans
la dmarche qu'ils venaient de faire.

Le duc de Broglie rpondit avec autant de tact que de fermet  ces
communications[148]. Il dit aux trois ministres trangers que, s'il ne
devait voir, dans les documents qu'ils venaient de lui dire, qu'une
profession de foi plus ou moins contestable, il croirait superflu de
la discuter; mais que, devant prsumer que cette communication tait
autre chose qu'une inutile manifestation de principes, il tait
conduit  chercher quel en tait le but.

  [148] A la suite de la dmarche des ambassadeurs des trois cours
  prs le cabinet des Tuileries, le duc de Broglie adressa  tous
  les agents de la France au dehors une circulaire dont les lignes
  qui vont suivre sont l'analyse et parfois la reproduction
  littrale. Cette circulaire a t publie par M. d'Haussonville
  dans son _Histoire de la Politique extrieure du Gouvernement
  franais_, t. I, p. 47.

Avait-on voulu, dit-il, insinuer que le gouvernement franais
favorisait la propagande rvolutionnaire? Il ne le pensait pas; mais,
s'il avait,  cet gard, la moindre incertitude, il repousserait par
le dmenti le plus formel l'apparence d'une imputation dans laquelle
le gouvernement du roi verrait une injure gratuite qu'il tait
dcid  ne pas tolrer. On apprendrait bientt que l'envoy de France
prs de la cour de Stockholm avait quitt cette capitale d'aprs les
ordres qu'il lui avait transmis, et sans prendre cong du roi
Charles-Jean, parce que ce prince avait cru pouvoir lui exprimer sur
la politique du gouvernement du roi des allusions analogues  celles
auxquelles il venait de l'aire allusion[149].

  [149] Le roi de Sude, Charles-Jean, avait accueilli avec une
  vive irritation la rvolution de Juillet. A l'arrive du nouveau
  ministre de France, M. de Saint-Simon, il s'tait plaint avec
  amertume de la conduite du gouvernement franais vis--vis des
  autres puissances. Il l'accusait de favoriser la propagande
  rvolutionnaire et reprochait au roi lui-mme de manquer de bonne
  foi et de sincrit (_Dpche de M. de Saint-Simon du 6 octobre
  1833_). Le cabinet des Tuileries donna immdiatement l'ordre  M.
  de Saint-Simon de demander ses passeports; le roi de Sude
  demeura assez embarrass; il nia les propos qui avaient dtermin
  la rupture. Toutefois l'accord ne fut rtabli qu'en 1835, poque
  o M. de Mornay fut accrdit  Stockholm.

Quant  l'espce d'intervention que semblait annoncer la conclusion
des trois dpches, voici la rponse qu'il y fit: Il est des pays o,
comme nous l'avons dclar pour la Belgique, pour la Suisse, pour le
Pimont, la France ne souffrirait  aucun prix une intervention de
forces trangres. Il en est d'autres  l'gard desquels, sans
approuver cette intervention, elle peut ne pas s'y opposer, dans une
circonstance donne, d'une manire aussi absolue qu'elle le ferait
dans d'autres conjonctures. C'est ce qu'on a pu voir lorsque l'arme
autrichienne est entre en Romagne. Ce qu'il faut en conclure, c'est
que, chaque fois qu'une puissance trangre occupera le territoire
d'un tat indpendant, nous nous croirons _en droit_ de suivre la
ligne de conduite que nos intrts exigeront. Ce sont l de ces
occasions o les rgles du droit commun n'tant plus applicables,
chacun agit de part et d'autre  ses risques et prils.

Cette rponse, transmise aux trois cabinets, avait t reue par eux
sans qu'ils y rpliquassent[150]. C'tait sur ce terrain qu'on se
trouvait, au moment o je revenais  Paris, c'est--dire plus d'un
mois aprs la rponse faite par le duc de Broglie.

  [150] Le cabinet de Berlin, notamment, qui s'tait laiss
  entraner  contre-coeur par M. de Metternich, fut fort mu et
  dcontenanc de la rponse du duc de Broglie. (Voir 
  l'Appendice, page 508, une lettre de M. Bresson  ce sujet.)

Je ne dois pas omettre non plus de dire que pendant mon absence de
Londres, les gouvernements de France et d'Angleterre avaient adress,
par leurs agents  Ptersbourg, une protestation formelle et identique
contre le trait dit d'Unkiar-Skelessi, sign le 8 juillet 1833 entre
la Russie et la Porte ottomane, protestation qui se terminait par la
dclaration que, pour les cabinets de Paris et de Londres, ce trait
restait comme non avenu.

Il tait vident que les trois cours d'Autriche, de Russie et de
Prusse, blesses de ce que la France et l'Angleterre, en se sparant
d'elles dans la question hollando-belge, taient parvenues par leur
action commune  dompter l'obstination du roi des Pays-Bas; il tait
vident, dis-je, que ces trois cours avaient voulu faire une
dmonstration qui couvrt la dfaite de leur politique. N'tait-ce
qu'une dmonstration, ou y avait-il eu rellement une rsolution prise
d'agir en commun activement, dans tel cas donn qui pouvait se
prsenter? J'en doute, mais cependant on ne devait pas ngliger un
pareil symptme, et il fallait ou rpondre  des menaces par des
menaces, ce qui et t puril et n'et servi  rien, ou s'arrter 
quelque mesure qui pt empcher les trois cours de s'avancer davantage
dans une voie prilleuse pour le maintien de la paix, et indiquer en
mme temps la volont de rsister  tout acte offensif de leur part.

Aprs avoir mrement rflchi sur cette question, je proposai au roi
et au duc de Broglie d'essayer d'amener le gouvernement anglais 
conclure avec nous un trait d'alliance, conu dans des termes assez
gnraux pour ne pas lier d'une manire gnante les deux
gouvernements, mais duquel on pourrait, au besoin, tirer les
consquences qu'on voudrait, selon les circonstances. Et je citai, 
ce sujet, la situation prcaire de l'empire ottoman et l'tat de la
pninsule qui, en ce moment, causait, comme je l'ai dit plus haut, les
plus vives inquitudes par suite des troubles qu'y provoquaient la
lutte en Espagne entre l'infant don Carlos et la reine Isabelle et
celle en Portugal, entre dom Pedro et son frre dom Miguel. On ne
pouvait pas se dissimuler, si ces troubles se prolongeaient comme tout
semblait le prsager, que le moment viendrait o les intrts franais
engags en Espagne, et les intrts anglais engags en Portugal,
obligeraient les gouvernements de France et d'Angleterre  exercer une
action quelconque dans la pninsule pour y mettre fin  la guerre
civile. Dans mon opinion, cette action devait tre combine entre les
deux gouvernements, et je pensais qu'il et t utile de la rattacher
 un trait pralable, qui et en mme temps l'avantage de constater
aux yeux de tous l'union intime de la France et de l'Angleterre.
C'tait,  mon sens, la meilleure rponse  faire au trait russe du 8
juillet et aux communications insolites des trois cours du Nord.

Je parvins  faire partager mon opinion au roi et  son gouvernement,
qui insistrent plus fortement alors pour que je retournasse en
Angleterre. Je dus consentir  cder  leurs sollicitations tout en
leur dclarant que j'tais bien loign de croire que j'arriverais 
faire adopter mon ide par le gouvernement anglais. Je pensais
cependant que le rsultat et t assez important pour valoir la peine
de tenter de l'obtenir.

Je partis donc pour Londres, aprs tre convenu avec le duc de Broglie
qu'il me transmettrait un expos dtaill de ses vues au sujet du
trait dont je dsirais proposer la conclusion au gouvernement
anglais. C'est dans ce but qu'il m'adressa la lettre suivante que je
veux citer intgralement, toute longue qu'elle est, parce qu'elle
rsume admirablement tous les arguments en faveur de l'acte politique
qu'il me semblait si important pour mon pays de faire adopter par
l'Angleterre.--La suite de ma correspondance viendra aprs.


LE DUC DE BROGLlE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 16 dcembre 1833.

    Mon prince,

L'ide d'une alliance dfensive entre la France et la Grande-Bretagne
vous appartient. Elle vous appartient doublement. C'est vous qui m'en
avez entretenu le premier, il y a deux mois, lors de votre passage 
Paris. C'est vous qui, le premier, en avez dit quelques mots  lord
Granville. Je n'ai fait depuis que mditer et dvelopper vos propres
raisonnements. Vous dsirez nanmoins que je rsume dans une lettre
purement confidentielle ceux que j'ai fait valoir en votre
absence. Vous n'y apprendrez rien de bien nouveau, mais c'est le moins
que je vous doive de dfrer  ce dsir.

Il s'agit d'une alliance dfensive.

Il s'agit d'un trait par lequel les ennemis de l'un des deux pays
deviendraient ceux de l'autre, en cas d'agression gratuite et non
provoque contre l'un ou l'autre. Il ne peut tre question, dans aucun
cas, de faire courir  l'Angleterre, par exemple, les dangers que
pourrait entraner une attaque juste ou injuste dirige par la France
contre tel ou tel pays, ni de lui faire supporter les consquences
d'une reprsaille que la France se serait attire.

Dans l'hypothse d'une alliance purement dfensive, on peut se
demander au premier aspect si l'Angleterre a, pour y souscrire, les
mmes motifs que la France pour la dsirer. On peut se demander s'il y
a galit d'avantages pour les deux pays, c'est--dire s'il y a parit
de dangers, si l'Angleterre est aussi menace que la France. Sous ce
point de vue, la rponse ne serait pas favorable. videmment, la
sret de la France est plus menace que celle de l'Angleterre. Bien
que les deux gouvernements aient au fond la mme origine, je veux dire
une rvolution juste dans son principe et modre dans ses
consquences; bien qu'il y ait entre les institutions des deux pays
une analogie qui va souvent jusqu' l'identit, la France court des
dangers que ne court pas la Grande-Bretagne. Notre gouvernement est
nouveau; le gouvernement anglais remonte  cent cinquante ans. Nous
avons un prtendant  combattre; il n'est plus de prtendant au trne
d'Angleterre. Nous sommes un pays continental, par consquent,
vulnrable sur beaucoup de points; l'Angleterre est une le et
les Anglais sont matres de la mer. On pourrait pousser plus loin
l'numration des diffrences.

Mais, ou je m'abuse, ou ce point de vue est tout  fait superficiel.

Pour que deux pays s'associent par un trait d'alliance, il n'est pas
ncessaire qu'ils y trouvent des avantages gaux; il n'est pas
ncessaire qu'ils y trouvent les mmes avantages. Ce qu'il faut
simplement, c'est que chacun y trouve son compte. Les avantages
peuvent tre plus grands pour l'un que pour l'autre, ils peuvent tre
diffrents, non seulement en degr, mais en nature, peu importe.
Pourvu qu'ils existent, pourvu qu'ils soient suffisants, il serait
puril et draisonnable d'insister sur la diffrence et de s'en faire
un titre pour refuser. Ce serait se faire du mal  soi-mme, de peur
de faire du bien  autrui.

Que la France ait intrt au trait dont il s'agit, cela est trop
vident pour que je m'arrte  le dmontrer.

Que l'Angleterre y ait intrt, grand et vritable intrt, plus j'y
rflchis, plus j'en demeure convaincu, et voici quels sont mes
motifs.

Je pose en fait, d'abord, que l'alliance existe, n'importe qu'on
l'crive ou qu'on ne l'crive pas. Je pose en fait, qu'involontairement,
par instinct, si la France devenait l'objet d'une agresison gratuite
et non provoque, si la France tait attaque par le nord de l'Europe,
comme l'Espagne le fut par la France en 1823, l'Angleterre dfendrait
la France, et prendrait fait et cause pour elle. Son gouvernement ne
pourrait l'en dtourner, lors mme qu'il le voudrait; il ne le
voudrait pas lors mme qu'il le pourrait.

La rvolution de 1830 a t populaire en Angleterre, ds les
premiers moments; populaire,  tel point que, reprsente par lord
Stuart, certainement sous les couleurs les moins favorables,  lord
Aberdeen et au duc de Wellington qui ne devaient gure la voir de
meilleur oeil, ni lord Aberdeen, ni le duc de Wellington n'ont os la
blmer, ni la dsavouer. Et non seulement la rvolution de 1830 a t
populaire en Angleterre, la popularit est chose phmre, mais elle y
a t nationale; je veux dire par l qu'elle y a trouv les esprits
dans une disposition conforme aux ides et aux sentiments sur lesquels
elle se fondait; elle y a trouv les esprits mrs pour un grand
changement politique; prpars  en courir les chances, rsolus en
mme temps  n'y procder qu'avec justice et prcaution,  ne rien
donner, soit aux passions, soit au hasard. Ce que la France se voyait
force de conqurir,  travers les prils d'une rvolution,
l'Angleterre le voulait aussi; mais, plus heureuse, elle pouvait
l'obtenir sans sortir de l'ordre lgal. Le but tait le mme, et les
deux pays l'ont galement atteint. La rvolution de 1830 n'a pas t
la cause de la rvolution parlementaire; elle en a t le signal, et
ce signal une fois donn, les deux nations ont march du mme pied,
dans les mmes voies; il y a eu entre elles identit de voeux,
identit d'intrts, identit de conduite; les ennemis de l'une, au
dedans comme au dehors, sont devenus ceux de l'autre; et devant cette
solidarit profonde ont disparu toutes les vieilles inimitis, toutes
les anciennes jalousies, tous les prjugs invtrs. Ceci n'est
l'oeuvre de personne en particulier; aucun homme, aucun cabinet ne
peut s'en attribuer le mrite. La France et l'Angleterre ont
naturellement pris position en face des autres puissances de l'Europe,
l'une  ct de l'autre, non seulement parce que ce sont les deux
seules grandes nations qui jouissent de la libert politique,
mais surtout, parce qu'elles ont fait simultanment un grand pas dans
la carrire de la libert politique, un grand pas de plus et ensemble;
parce que ce double vnement a veill au mme degr, contre l'une et
contre l'autre, la dfiance et l'inimiti des gouvernements absolus,
parce qu'il a cr  ces gouvernements, dans le sein des deux pays,
des auxiliaires qu'il nous importe galement de contenir: en France,
les carlistes vaincus, en Angleterre, les tories dpossds du
pouvoir.

Je tiens donc pour certain, je le rpte, qu'il est impossible que la
France, telle que la rvolution de 1830 l'a faite, soit attaque dans
son honneur et dans sa sret, sans que l'Angleterre, telle que la
rforme parlementaire l'a faite, ne se sente attaque dans son honneur
et jusqu' un certain point dans sa sret. Je tiens pour certain que
tout ministre quelconque serait entran  dfendre la France, en
pareil cas, et que si, ce qu' Dieu ne plaise, lord Aberdeen se
trouvait alors  la tte du dpartement des affaires trangres en
Angleterre, il ne s'y trouverait qu' des conditions qui
l'obligeraient d'en passer par l, bon gr mal gr, et qu'il serait
contraint de dfendre la rvolution de 1830, plus ncessairement
encore qu'il n'a t contraint de la reconnatre.

J'ajoute maintenant que ce que le mouvement des esprits, l'impulsion
nationale obligeraient en pareil cas, tout ministre quelconque 
faire, le bon sens le plus vulgaire, l'intrt bien entendu le plus
vident le lui conseilleraient.

L'intrt de l'Angleterre, c'est le maintien du _statu quo_ europen.

L'Angleterre s'est fait sa part en 1815; elle l'a faite large;
ce n'tait que justice. Tous les pays de l'Europe avaient pass sous
le joug de Napolon; elle seule avait rsist. Sa rsistance avait
prserv l'Europe du flau de la monarchie universelle et de la
tyrannie. Mais enfin, je le rpte, l'Angleterre s'est fait largement
sa part; la position qu'elle s'est cre en l'Europe est relativement
grande et forte. Tous les changements de quelque importance qui
pourraient dsormais survenir en Europe, surtout s'ils s'opraient
sans son concours, lui seraient trs dsavantageux et tourneraient
ncessairement contre elle.

Or, supposant la France attaque par le reste de l'Europe, il
arriverait de deux choses l'une: ou nous serions vainqueurs ou nous
serions vaincus.

Nous serions vainqueurs, j'en ai la ferme esprance; mais pour
vaincre, nous serions forcs de mettre en mouvement de terribles
passions au dedans et au dehors de la France. Nous serions rduits 
de rudes sacrifices; nous courrions de grandes chances. Il faudrait
satisfaire  ces passions; il nous faudrait des ddommagements de nos
sacrifices et de nos prils. Nous rentrerions forcment dans la voie
des conqutes, et l'Angleterre, qui, dans cette hypothse, n'aurait
rien fait pour nous, n'aurait ni le droit ni le pouvoir de s'y
opposer.

Que si, au contraire, nous tions vaincus, le rsultat serait
prcisment le mme, mais en sens oppos. La France serait mutile,
dmembre, occupe militairement, en tout ce qui ne lui serait pas
enlev.

Se figure-t-on l'Angleterre assistant immobile  un tel spectacle? Se
la figure-t-on venant demander sa part des dpouilles de la rvolution
de Juillet, dcime et anantie?

Ce grand fait admis que, au fond, et en ralit, l'alliance subsiste,
qu'un trait d'alliance dfensive entre la France et l'Angleterre ne
ferait courir aucun danger  l'Angleterre qu'elle ne court dj
ncessairement et par la force mme des choses; ne l'engage  rien, 
quoi elle ne soit pas dj engage ncessairement et par la force mme
des choses, reste  savoir quelle est pour elle la voie la plus sre
d'chapper  ces dangers ventuels, de prvenir les chances qu'elle ne
peut viter compltement.

Je dis moi que ce moyen, c'est le trait lui-mme.

Je dis que ce moyen, ce n'est pas d'attendre les vnements, mais de
les devancer.

Aussi longtemps que l'union existe entre la France et l'Angleterre,
aussi longtemps qu'elle existe, non seulement au fond et en ralit,
mais extrieurement et en apparence, toute dmonstration hostile de la
part des puissances du Nord est impossible. Les six cent mille hommes
dont la France dispose, joints aux armes de l'Angleterre, la marine
de la France, jointe  la marine de l'Angleterre, le crdit de la
France, joint au crdit de l'Angleterre; les moyens d'action des deux
gouvernements sur l'Italie, l'Allemagne, la Pologne, sont des choses
que les puissances du Nord ne braveront pas. Mais l'union relle, et,
au fond, indestructible de l'Angleterre et de la France, peut tre
altre de mille manires sous un point de vue purement apparent. Rien
ne sera nglig, au dedans de chaque pays, par les partis violents,
quelle que soit leur direction, au dehors, par les gouvernements
trangers, pour provoquer, pour cultiver, pour exploiter toutes les
causes de refroidissement. Dans les pays libres, la politique est plus
ou moins mobile; durant le cours de la dernire session, le cabinet de
Londres et celui de Paris plusieurs fois ont t sur le point de
se dissoudre et de faire place  d'autres hommes. Autres hommes, autre
systme on le croira du moins; toutes les apparences de
refroidissement seront grossies, exagres par le langage violent de
la presse; mille vnements insignifiants peuvent en faire natre: des
questions de douane, l'affaire d'Alger, que sais-je? peuvent fournir
des prtextes, et les prtextes, pour peu qu'ils acquirent la moindre
consistance, seront travestis en vritable brouillerie. Tout ceci ne
sera rien en ralit, je le rpte; vienne le moment d'agir, et toutes
ces misres s'vanouiront devant une solidarit invitable, devant une
communaut d'intrts vidente. Mais, en attendant, le moment d'agir
sera venu; les puissances du Nord auront repris courage; elles se
seront lances dans une carrire qui leur deviendra funeste, mais qui
ne fera pas moins peser sur la France et sur l'Angleterre, le flau de
la guerre gnrale.

Qu'un trait d'alliance, au contraire, soit conclu, pour cinq, huit,
dix ans, plus ou moins, n'importe, toute fantaisie de ce genre passera
 la Sainte-Alliance de Mnchengrtz; toute esprance sera enleve aux
ennemis secrets ou publics des deux gouvernements, soit au dedans,
soit au dehors; toutes les difficults accidentelles que les
vnements peuvent faire natre seront rduites  leur juste valeur;
leur solution sera prvue par tout le monde, et les esprits seront en
plein repos.

Mais, ce n'est pas tout.

Une attaque  main arme contre la France n'est pas le seul danger
que coure en ce moment le _statu quo_ europen. Il est plus d'un moyen
d'y porter atteinte. On peut y prparer, en pleine paix, des
changements qu'il ne faudra plus qu'un souffle pour achever.

Je m'explique.

Il existe entre les trois puissances du Nord une solidarit
d'intrts pareille  celle qui existe entre la France et la
Grande-Bretagne, bien que fonde sur des principes directement
opposs. Cette solidarit les tient unis, et nous avons chaque jour
des preuves de cette union. L'anne qui vient de s'couler en fournit
avec abondance.

Cette situation peut amener deux rsultats:

Le premier serait l'abandon momentan de toute ide d'agrandissement,
de tout accroissement de territoire ou de prpondrance; le sacrifice
de toute politique purement prussienne, autrichienne ou russe,  une
politique de conservation europenne; c'est ce qui est arriv en 1830,
en 1831, quand le pril des rvolutions tait grand et imminent.

Le second c'est une sorte de compromis entre les ambitions et les
prtentions des trois puissances, c'est un march par lequel elles
s'abandonnent mutuellement telle ou telle partie de l'Europe,  charge
de revanche de part et d'autre.

C'est ce qui arrive aujourd'hui o les inquitudes sont moindres, et
o les esprances de s'agrandir peuvent reprendre un peu le dessus.

La Russie dit  l'Autriche: au nom du ciel, ne nous brouillons pas,
restons unies contre l'ennemi commun; mais, en attendant, laissez-moi
disposer de la Turquie  ma fantaisie. L'Autriche rpond: d'accord, ne
nous brouillons pas; mais, si je vous laisse disposer de la Turquie,
secondez-moi dans la domination que je veux tablir en Italie; et le
march se conclut.

La Prusse,  son tour, dit  l'Autriche: je veux bien vous prter
main forte dans vos projets sur l'Italie; mais laissez-moi tablir mon
systme de douanes[151]; laissez-moi tablir mes frontires de douane
jusque sur les bords du lac de Constance, imposer mes tarifs  toute
la Confdration, subjuguer les rsistances de tous les tats
rcalcitrants et jeter les fondements d'une unit allemande, qui
portera ses fruits un peu plus tard.

Et l'Autriche laisse faire la Prusse.

On n'en est encore en Turquie, en Italie, en Allemagne, qu' des
accroissements de prpondrance, qu' des protectorats, des tutelles,
des actes de prpotence; mais quiconque a lu l'histoire, quiconque a
quelque peu d'intelligence du progrs des vnements sait o cela
mne, et ce que deviennent les protectorats.

Maintenant, de deux choses l'une:

Ou la France et l'Angleterre contempleront tranquillement cette
grande altration de l'quilibre de l'Europe, cet anantissement
successif de l'indpendance des tats de second ordre, ou bien elles
saisiront les occasions de s'y opposer. Dans le premier cas, elles en
seraient considrablement amoindries, il ne faut pas s'y arrter. Dans
le second, les voil obliges d'agir en commun, et nous voyons dj,
en effet, que dans l'affaire de la Turquie, les deux gouvernements
en sont au point de se concerter pour mettre ordre aux entreprises
sur Constantinople. Si les deux gouvernements agissent en commun, ils
seront obligs de se garantir mutuellement les consquences
ventuelles de cette action commune. Voil le trait d'alliance
dfensive qui reparat de toute ncessit; mais, cette fois encore, il
n'arrive que pour rgler les consquences de la guerre, tandis que,
conclu et publi, ds  prsent, il aurait la vertu de la prvenir.

Supposons, en effet, qu'un trait d'alliance dfensive existe entre
la France et l'Angleterre, aujourd'hui,  prsent mme; il n'est pas
besoin qu'il stipule autre chose que l'engagement de se soutenir
mutuellement et dans les cas qui seront jugs par les deux parties
rentrer dans la lettre du trait. Derrire cette stipulation gnrale,
chaque puissance placera, par la pense, toute espce d'article secret
destin  prvenir les empitements qu'elle mdite. Chaque fois que
l'Angleterre lvera la voix, on apercevra derrire les six cent mille
hommes dont la France dispose. Chaque fois que la France lvera la
voix, on apercevra derrire la puissance et l'ascendant de
l'Angleterre. Il leur suffira de parler pour dconcerter les projets
qu'en adoptant une autre ligne de conduite elles se verraient
peut-tre obliges de combattre.

J'ajouterai que cette alliance deviendra le point d'appui naturel de
tous les souverains qui se sentiront une vellit de rsistance; du
roi de Naples, en Italie, contre la domination autrichienne; du duch
de Bade, de la ville de Francfort, du duch de Nassau, contre les
douanes prussiennes; de tous les petits princes allemands, contre la
prpotence de la dite. Elle deviendra le noyau d'un nouveau groupe
d'intrts; elle est,  mon avis, le seul contre-poids efficace 
l'union des trois grandes monarchies du Nord.

Il est, enfin, une dernire considration, qui n'est que secondaire,
mais qui a cependant aussi son importance.

Aussi longtemps que l'union de la France et de l'Angleterre
n'existera qu'en fait, et sera susceptible en apparence de variation
et d'ventualit, d'une part, chaque gouvernement sera forc de se
tenir en mesure  tout vnement, comme s'il devait supporter seul
tout le poids des chances de l'avenir; d'une autre part, le commerce,
l'industrie de chaque pays ne se livreront  leur cours naturel
qu'avec prcaution et timidit. Si l'on suppose, au contraire, l'union
publique, indissoluble, fonde sur un trait, la puissance de chacun
des deux gouvernements doublera par ce fait seul, et ils pourront,
sans aucun inconvnient, rduire leur tat militaire et maritime. Or,
dans la politique intrieure de chaque gouvernement, la possibilit de
telles rductions est,  elle seule, un fait qu'il ne faut pas
ddaigner. En mme temps, tous les esprits se calmeront, la confiance
dans l'avenir s'accrotra presque sans mesure, et la richesse publique
augmentera, tandis que les dpenses diminueront. Il n'est pas de
ministre, sous un gouvernement reprsentatif, qui ne sache de quel
prix serait un tel rsultat.

Telles sont, mon prince, les considrations que j'ai prsentes 
lord Granville. Soit amiti pour moi, soit intrt pour la France, et
je ne sais duquel de ces sentiments je suis le plus touch, il a paru
les trouver dignes d'tre peses mrement. L'obstacle qui l'a frapp
le plus, c'est la difficult de les faire pntrer dans le public
anglais et prvaloir ds  prsent dans le parlement. C'est un
obstacle dont il ne m'appartient point de mesurer la puissance;
il m'appartient bien moins encore d'indiquer les moyens d'en
triompher. Vous tes sur les lieux, mon prince, c'est  vous
d'clairer sur ce point le gouvernement franais. Tant que vous ne
m'aurez pas donn l'esprance de voir mes ides accueillies par le
cabinet britannique, je m'abstiendrai d'en entretenir mes collgues et
de faire aucune dmarche officielle. Ce sera un secret entre vous et
moi. Agrez...

Je suis bien aise d'avoir plac ici ce tmoignage de la haute capacit
politique du duc de Broglie. Si les souvenirs que je retrace ici
voient jamais le jour, on rendra justice  la clart et  la fermet
des vues qui ont inspir cette lettre, et je me persuade qu'on y
trouvera aussi la vritable base d'une alliance intime entre la France
et l'Angleterre, qui a t au dbut et  la fin de ma carrire
politique mon voeu le plus cher, convaincu, comme je le suis, que la
paix du monde, l'affermissement des ides librales et les progrs de
la vraie civilisation ne peuvent reposer que sur cette base.

  [151] On sait que la Prusse,  cette poque, avait entam une
  longue suite de ngociations destines  tablir l'union
  douanire de l'Allemagne ou Zollverein. Dj le 22 mars 1833 un
  premier trait avait t sign entre la Prusse et huit tats,
  parmi lesquels la Bavire et le Wurtemberg. La Saxe y adhra le
  30 mars. Tous les autres tats de l'Allemagne entrrent peu  peu
  dans cette union qui, depuis 1871, est devenue le rgime
  constitutionnel de l'empire.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 24 dcembre 1833.

    Monsieur le duc,

J'ai beaucoup rflchi pendant mon voyage, et depuis mon arrive ici,
 la question qui a fait le principal objet des derniers entretiens
que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous avant mon dpart de Paris. Je
n'ai pas vari dans mon opinion sur l'importance et l'utilit qu'il y
aurait pour le gouvernement du roi de conclure avec l'Angleterre un
trait d'alliance dfensive. Je me suis attach  rechercher le
principe d'aprs lequel un tel trait pourrait tre le plus
avantageusement motiv, qui offrirait le plus de chances de succs
auprs du gouvernement anglais et qui, en mme temps, se rapprocherait
assez des vues de quelques-uns des cabinets du continent pour esprer
les y faire entrer un jour.

Aprs avoir mrement pes toutes les considrations dont vous avez
bien voulu me faire dernirement l'expos et les avoir rapproches des
faits que ma propre exprience m'a indiqus comme pouvant le mieux me
guider dans une affaire de cette gravit, je me suis arrt  l'ide
que le _statu quo_, tel qu'il existe aujourd'hui en Europe, devait
tre notre point de dpart, et que son maintien tait le meilleur
principe  choisir pour un trait d'alliance dfensive entre la France
et la Grande-Bretagne.

Pour la France, le _statu quo_ ne prsente rien qui ne soit reconnu
et admis par elle; il ne blesse sur aucun point nos intrts
vritables, et il a, d'ailleurs, toujours fait partie du systme
soutenu depuis son origine par le gouvernement franais actuel.

Quant  l'Angleterre, il est incontestable qu'elle doit dsirer de
voir maintenir en Europe l'tat de choses prsent; il lui garantit
tous les avantages des traits de 1815, et, comme vous l'avez trs
bien remarqu, ces avantages ont t immenses. Il n'est pas besoin de
dire qu'ils n'ont rien perdu de leur force depuis 1830. Il est
possible que je me trompe, mais je ne vois pas quelles sont les
difficults qui pourraient s'lever dans le parlement, si le
gouvernement anglais entrait avec nous dans un trait d'alliance
dfensive qui serait fond sur le maintien du _statu quo_ europen. Il
me parat que ce trait serait justifiable dans tous ces rapports
et je dois attendre pour changer d'opinion  cet gard qu'on ait fait
valoir des objections que je ne pressens pas en ce moment.

En portant les yeux sur les diffrents cabinets du continent, on ne
peut s'empcher de reconnatre que le trait dont je parle n'aurait
rien qui pt les effrayer; mais que, mme, il rentrerait dans les
ides des plus raisonnables d'entre eux. Le _statu quo_ n'est-il pas
l'ide fixe, pour ainsi dire, de M. de Metternich? Le cabinet prussien
n'a-t-il pas tmoign sans cesse de son dsir de voir la paix gnrale
garantie par la stabilit de ce qui existe? La Russie elle-mme
n'annonce-t-elle pas avec emphase que le trait du 8 juillet avec la
Porte est la preuve la plus vidente de ses intentions favorables pour
la conservation de l'empire ottoman? Quelle est celle de ces
puissances qui oserait, avec la moindre apparence de raison, se
montrer hostile  l'union de la France et de l'Angleterre, proclame
dans le soutien du _statu quo_ europen? S'il reste encore quelque
espoir de ramener les cabinets dont la politique plus modre offre
des moyens de rapprochement, je ne balance pas  croire qu'un trait
conu d'aprs le principe que j'indique ici ne pourrait que hter leur
retour vers nous.

C'est donc sur ce terrain que j'ai cru devoir me placer pour faire
valoir, prs de lord Grey et de lord Palmerston, le projet de trait
dont j'ai eu l'honneur de m'entretenir avec vous. Ces deux ministres
ont cout fort attentivement les observations que je leur ai
dveloppes  ce sujet, et il m'a paru qu'elles leur faisaient
impression. Cependant, comme je m'y tais attendu, ils n'ont pu que me
promettre de s'occuper de ce projet, de le discuter avec leurs
collgues et de me faire connatre ensuite la rsolution que
prendrait le gouvernement britannique.

J'ai insist prs des deux ministres anglais pour que cette
rsolution rpondt  la situation des choses, c'est--dire qu'elle
ft grande et leve. Un simple expdient, leur ai-je dit, serait
fort dangereux; il paratrait n'tre que le rsultat d'une intrigue ou
que l'expression dtourne de notre humeur et c'est ce que nous devons
viter avant tout. Le vrai moyen de russir, pour nous, est dans une
action franche, nergique, sans menaces, sans arrire-penses.

Je ne crois pas tre en tat de vous transmettre quelque chose de
positif sur les vues du cabinet anglais, dans cette question, avant
quelque temps. Lord Grey et lord Palmerston repartent tous deux
aujourd'hui ou demain pour la campagne et les autres ministres ne
seront  Londres que dans les premiers jours du mois de janvier. C'est
alors seulement que l'affaire pourra tre traite en conseil de
cabinet...

J'ajoutais dans une lettre particulire du mme jour que cette
dpche:

Je suis arriv ici en mme temps que votre lettre du 16. Je l'ai lue
avec la plus grande attention, et ce n'est qu'aprs m'en tre bien
pntr que je me suis rendu chez lord Grey, et plus tard chez lord
Palmerston. Ma dpche vous rend compte de l'impression que ces deux
ministres m'ont paru recevoir des ouvertures que je leur ai faites.
Elles m'ont paru avoir sur eux le petit mrite de l'inattendu, du
moins quant  la forme, si ce n'est quant  l'ide du trait en
lui-mme...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 30 dcembre 1833.

    Mon prince,

D'aprs votre dsir, je vous adresse un projet de trait[152]. C'est
une simple bauche sur laquelle le roi vous demande votre avis. Je me
suis efforc de rdiger d'aprs vos propres ides; c'est pour lui
donner la plus grande gnralit possible et laisser souponner
derrire tout ce qu'on voudra que je l'ai rduit  un prambule et 
un article, l'article n'nonant autre chose que le simple fait de
l'alliance dfensive, et renvoyant, par consquent, tous les moyens
d'excution  une convention spciale  conclure, le cas chant. Il
m'a paru, d'autre part, qu'il serait impossible que cet article unique
n'et pas pour rsultat sur les imaginations de leur faire supposer un
grand nombre d'articles secrets, et d'une autre part, il m'a paru que
ne liant le gouvernement anglais qu'au fond mme de la mesure, et lui
laissant pleine libert sur tout le reste, il devait faciliter
l'admission du principe. En rduisant le trait  son effet moral, il
carte, en grande partie, les objections qu'on peut nous opposer.

J'ai fond le prambule, comme vous le dsiriez, sur le _statu quo_;
mais j'ai pens que ce _statu quo_ devait avoir pour nom de baptme
_la foi des traits_. Il serait trs impopulaire, en France, de
s'engager ostensiblement  renoncer aux dpartements que nous
avons perdus; mais il n'y a personne assez hardi pour venir dire qu'il
faut violer, voire mme qu'il ne faut pas respecter la foi des
traits. Le reste du prambule est, ce me semble, d'un ton conciliant
et irrprochable de la part des puissances trangres.

L'article spar n'est qu'un moyen de ngociation avec le
gouvernement anglais. Nous ne dsirons point qu'il soit insr dans le
trait; mais, dans le cas o le gouvernement anglais dsirerait nous
engager un peu sur la question d'Orient, dans le cas o il mettrait
son consentement au prix d'un engagement ventuel, en cas que les
Russes revinssent  Constantinople, nous ne verrions pas
d'inconvnient  l'article ainsi rdig qui mnage une grande libert
aux deux parties, et qui, pour le ton, rentre dans le caractre mme
du trait dfensif. Au demeurant, je vous le rpte, ceci n'est qu'une
bauche sur laquelle nous vous demandons conseil...

  [152] Ce projet stipulait purement et simplement une alliance
  dfensive. Il ajoutait que les deux parties s'engageaient  se
  concerter dans toutes les occasions o le repos de l'Europe et
  l'indpendance des tats qui la composent leur paratraient
  compromis.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 3 janvier 1834.

    Mon cher duc,

Je vous remercie de votre lettre et du projet de trait qui
l'accompagnait et que je trouve excellent. J'espre bien qu'il nous
sera utile dans quelque temps et que nous parviendrons  en faire
comprendre l'avantage au gouvernement anglais. Pour le moment, je
crois qu'il faut le laisser dormir. C'est du moins l'impression qui me
reste des conversations frquentes que j'ai eues dans ces derniers
jours avec lord Grey et lord Holland, les deux seuls membres du
cabinet qui soient  Londres. Vous connaissez la rpugnance qu'ont
toujours montre les ministres anglais  se gner par des liens
qui n'ont pas un but spcial et dtermin.

A part des difficults parlementaires qui vont tre trs importantes
ici dans les questions de politique trangre, le gouvernement anglais
est encourag dans son dsir de ne rien prcipiter par les dernires
dpches qu'il a reues de Vienne et de Berlin.

On mande de Vienne que M. de Metternich est fort embarrass
de son congrs auquel il ne sait que proposer pour sujets de
dlibration[153]. Lord Grey conclut de l, et, ce me semble, avec
raison, que si nous faisions paratre en ce moment un acte, de quelque
nature qu'il soit, entre la France et l'Angleterre, nous donnerions
matire  Vienne pour qu'on y ft quelque chose, et pour tirer M. de
Metternich de son embarras. Cette objection, qui me parat tre trs
plausible, serait encore bien plus forte si, comme l'crit de
Berlin lord Minto, la Prusse se montre dispose  se sparer des cours
d'Autriche et de Russie, dans le cas o celles-ci lui proposeraient un
accord quelconque sur les affaires d'Orient, qui pourrait dplaire 
la France et  la Grande-Bretagne.

Je crois donc, mon cher duc, que le moment n'est pas opportun pour
presser le gouvernement anglais. Vous devez tre convaincu que je
suivrai avec soin toutes ses dispositions, et que je saisirai avec
empressement l'occasion lorsque je la jugerai favorable.

La runion du parlement dans le mois prochain donnera ncessairement
lieu  des discussions sur les affaires d'Orient, car il est probable
que le discours de la couronne devra en faire mention. Il serait
possible que cette circonstance obliget le ministre  prendre une
rsolution dfinitive, et d'ailleurs,  cette poque, le congrs de M.
de Metternich sera fini, et nous n'aurions plus  nous inquiter de
ses dlibrations...

  [153] Un congrs des reprsentants des puissances allemandes
  avait t convoqu  Vienne par M. de Metternich pour dlibrer
  sur les intrts gnraux de la Confdration germanique. Il eut
   s'occuper de cinq groupes de questions:

  1 Du principe que la souverainet appartient tout entire aux
  princes et non aux nations;

  2 De la publicit des sances lgislatives;

  3 Des coles et des universits;

  4 De la presse;

  5 De l'accord des lgislations particulires avec les lois
  gnrales.

  M. de Sainte-Aulaire tenait le cabinet franais au courant de la
  marche de ce congrs dont les dlibrations n'eurent d'ailleurs
  que peu de retentissement: On ne doute pas, crivait-il le 28
  novembre, qu'un plan ne soit arrt entre l'Autriche et la Prusse,
  mais ces deux puissances et surtout l'Autriche veulent que
  l'initiative appartienne aux petits tats dont l'indpendance
  semblerait ainsi respecte. Les gouvernements secondaires, de leur
  ct, trs disposs  faire bon march de leurs constitutions,
  veulent cependant chapper au reproche de les avoir volontairement
  sacrifies, et veulent mettre leur responsabilit  couvert
  vis--vis de leurs peuples (_Dpche de M. de Sainte-Aulaire au
  dpartement_).

    Le 7 janvier 1834.

... Lord Palmerston n'est  Londres que depuis ce matin, et je n'ai
pu le voir encore; mais je sors de chez lord Grey avec lequel j'ai eu
un assez long entretien sur la question d'Orient et particulirement
sur les rapports de l'Autriche et de l'Angleterre  l'gard de cette
question. Ce dernier point est celui que vous aviez bien voulu
m'indiquer spcialement par votre dpche du 2 de ce mois.

Lord Grey m'a dit qu'effectivement le prince Esterhazy tait venu
plusieurs fois dans ces derniers temps, et notamment il y a dix jours,
pour l'entretenir au nom de sa cour de l'importante affaire qui occupe
si vivement tous les cabinets de l'Europe en ce moment, et lui
avait tenu,  ce sujet, un langage trs satisfaisant, en l'assurant
que M. de Metternich n'avait pas d'autre but que celui de
l'Angleterre, c'est--dire le maintien de l'empire ottoman.

Le prince Esterhazy, ayant ajout qu'il tait  craindre que, dans
cette occasion, le cabinet anglais ne se montrt trop souponneux
envers la Russie, lord Grey lui aurait rpondu qu'il tait peut-tre
aussi  craindre que l'Autriche, de son ct, ne se montrt trop
confiante; que, d'ailleurs, le gouvernement anglais pourrait tre
incessamment questionn au parlement sur les affaires d'Orient, et que
l'opinion publique s'tait prononce d'une manire tellement violente
en Angleterre contre les projets ambitieux de la Russie, que lui, lord
Grey, aurait besoin de tmoignages bien vidents de la modration de
cette puissance pour calmer une irritation dont il reconnaissait que
la cause n'tait pas sans fondement.

Sur cette rponse, le prince Esterhazy ayant demand quels seraient
les tmoignages qui pourraient donner de la valeur aux assurances
rptes du cabinet de Ptersbourg, lord Grey, sans vouloir les
dterminer tous spcialement, aurait indiqu, m'a-t-il dit,
l'vacuation immdiate et complte de la Moldavie et de la Valachie,
et l'abandon, de la part de la Russie, de ce qui lui reste d par la
Turquie, par suite du trait d'Andrinople.

Le prince Esterhazy a promis de faire connatre  M. de Metternich
les dtails de cette conversation, et a mme ajout qu'il esprait que
son gouvernement entrerait dans des ides qui lui paraissaient si
raisonnables. Le courrier du prince Esterhazy, qui portait ces
informations  Vienne, est parti il y a plusieurs jours.

On a reu depuis des dpches de sir F. Lamb, qui, d'aprs ce qui m'a
t dit, sont entirement conformes au langage tenu par cet
ambassadeur  M. le comte de Sainte-Aulaire[154]. D'aprs ces
dpches, il annonait que, dans une conversation qu'il avait eue avec
M. de Metternich, celui-ci, tout en lui rptant les assurances de
modration tant de fois renouveles par la Russie, lui aurait
cependant dclar que l'Autriche tait irrvocablement dcide  ne
pas consentir  la cession d'un simple village, qui pourrait tre
faite par la Turquie  la Russie. Cette dclaration me parat,
monsieur le duc, avoir beaucoup de valeur dans la bouche de M. de
Metternich, si surtout, comme l'aurait crit sir F. Lamb, elle a t
faite du ton le plus positif.

Je dois ajouter que dans tout ceci, m'a-t-on dit, il n'y a pas eu la
moindre pense de sparer la France de l'Angleterre, et que, s'il a
t fait moins souvent mention du gouvernement du roi, c'est parce que
le cabinet de Vienne a paru assur de son concours pour tout ce qui
tendrait au maintien d'une paix honorable, et qu'enfin, c'tait 
Londres que, dans ces derniers temps, l'irritation sur les affaires
d'Orient s'tait montre d'une manire plus marque. Et, je le rpte,
on n'a pas exprim une seule fois la pense de nous sparer de
l'Angleterre.

Lord Grey m'a fait part aussi des dpches qu'il a reues il y a
quelques jours de M. Bligh[155], ministre d'Angleterre  Ptersbourg.
Il parat que ce ministre a t fort recherch dans ces derniers temps
par l'empereur, par M. de Nesselrode, et par les principaux
personnages influents; qu'on l'a pri d'exprimer  Londres les
assurances du dsintressement absolu de l'empereur dans la question
d'Orient. On a rpt,  cette occasion, les dclarations prcdemment
faites au sujet du trait du 8 juillet, qui n'aurait jamais t
sollicit que par la Turquie, et que toutes les penses de l'empereur
avaient pour but le maintien de l'existence de l'empire ottoman.

M. le prince de Lieven, que j'ai vu frquemment pendant le sjour que
je viens de faire  Brighton, m'a tenu absolument le mme langage, et
j'ai pu remarquer que la cour de Russie attachait beaucoup d'intrt
en ce moment  rassurer la France et la Grande-Bretagne sur les
projets d'envahissement qu'on lui attribue.

Il me semble qu'on peut conclure de tous ces faits que, sans partager
la confiance aveugle de M. de Metternich dans la Russie, il serait
convenable de ne pas repousser les avances que cette puissance essaye
de faire.

Du reste, M. de Lieven ne m'a pas cach qu'il redoutait beaucoup
l'effet que produiraient  Ptersbourg les articles rcemment publis
dans les journaux anglais et franais contre la Russie. Il m'a dit, 
ce sujet: L'empereur est jeune et peu accoutum  supporter des
injures de ce genre. Il se sera peut-tre trouv  Moscou quand
ces journaux lui seront parvenus, et comme c'est dans cette ville
qu'existe le foyer le plus puissant du parti qui pousse  la guerre,
il est  craindre que les injures de ces journaux n'aient cr de
grandes difficults au parti raisonnable  la tte duquel se trouve le
comte de Nesselrode, qui s'efforce toujours de ramener  la
modration.

Je n'ai pu que regretter avec M. de Lieven, qu'en Russie, on comprt
si mal la libert de la presse, sur laquelle on devrait voir, si l'on
tait juste, que les gouvernements constitutionnels ont bien peu
d'influence...

  [154] Les dpches de M. de Sainte-Aulaire confirment en effet
  celles que sir Frdric Lamb envoyait  son gouvernement. Il
  crivait le 12 dcembre que le cabinet autrichien avait t fort
  satisfait des ouvertures de lord Palmerston; qu'il avait rpondu
  que l'Autriche et l'Angleterre avaient le mme intrt et les
  mmes vues dans la question d'Orient, mais que l'Autriche
  marchait avec la Russie  qui l'Angleterre ne se fiait pas, et
  que l'Angleterre marchait avec la France  qui l'Autriche ne se
  fiait gure: qu'en consquence l'Angleterre devrait accepter la
  garantie de l'Autriche  l'gard de la Russie et que l'Autriche
  accepterait alors la garantie de l'Angleterre  l'gard de la
  France (_Correspondance officielle de M. de Sainte-Aulaire_).

  [155] Sir John Duncan Bligh, n en 1798, d'abord attach
  d'ambassade  Vienne en 1820, secrtaire de lgation  Florence.
  Il alla ensuite  La Haye, puis  Ptersbourg en qualit de
  charg d'affaires, devint ministre  Stockholm et enfin  Hanovre
  (1838).

    Le 10 janvier 1834.

J'ai lu avec un grand intrt la dpche que vous m'avez fait
l'honneur de m'crire sous le numro 2, ainsi que la copie de celle de
M. de Sainte-Aulaire, qui y tait jointe[156]. Cette dernire
renferme des dtails curieux et de prcieuses indications. J'ai fait
usage avec discrtion de quelques-unes d'entre elles dans les
entretiens que j'ai eus depuis hier avec lord Palmerston et avec lord
Grey. En insistant prs de ces deux ministres pour connatre d'une
manire plus prcise encore l'tat des relations de ce gouvernement-ci
avec celui d'Autriche sur les affaires d'Orient, j'ai provoqu des
explications qui me paraissent satisfaisantes.

Il rsulte pour moi de ces explications la conviction entire que,
depuis trois mois, il y a eu beaucoup de pourparlers, de tentatives de
rapprochement entre le cabinet de Londres et celui de Vienne, et que
la question d'Orient en a fait le principal objet[157]; mais que,
jusqu' la dernire conversation entre lord Grey et le prince
Esterhazy, dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte par ma
dernire dpche, on n'a pas cherch  donner une forme aux vues qui
sont partages par les deux gouvernements.

En indiquant assez lgrement  lord Palmerston que j'avais
connaissance des relations plus intimes qui avaient eu lieu rcemment
entre sir F. Lamb et le prince de Metternich, je l'ai amen  me
communiquer les dernires dpches de cet ambassadeur, et il a, aprs
notre conversation, et devant moi, donn l'ordre que des copies de ces
dpches fussent envoyes  lord Granville qui vous les montrera.
Vous y retrouverez des rcits analogues  ceux de M. de
Sainte-Aulaire.

Cette dmonstration pleine de franchise a t accompagne de
l'assurance ritre que tout, dans cette affaire, se ferait
compltement de concert avec la France; j'ai reu  cet gard, et
sparment, la parole de lord Grey aussi bien que celle de lord
Palmerston. Il me parat assez probable que la pice mentionne par M.
de Sainte-Aulaire comme ayant t porte par sir F. Lamb  l'empereur
d'Autriche doit tre la copie des instructions envoyes  lord
Ponsonby. On aura voulu par l convaincre l'empereur que les vues de
l'Angleterre sur l'Orient se rapprochaient de celles de l'Autriche.

Du reste, je serais assez port  croire que les premires dmarches
dans cette affaire ont pu venir de Londres; et ce qui me le fait
supposer, ce sont les plaintes qui m'ont t exprimes contre M. de
Metternich et contre la froideur qu'il a longtemps tmoigne sur la
question d'Orient, dont il paraissait vouloir abandonner toute la
direction  la Russie. Il ne serait pas impossible non plus que lord
Palmerston,  qui les cabinets reprochent d'avoir eu, dans quelques
circonstances, un langage un peu hautain, et jug convenable de se
rapprocher du cabinet de Vienne, qui n'avait pas t un des moins
irrits contre le ton de ses communications. Je crois, d'autre part,
que le cabinet anglais reconnat la justesse des reproches qui lui
sont adresss aujourd'hui sur sa conduite de l'anne dernire dans les
affaires de Turquie. Il sent que, s'il avait adopt le plan que nous
lui avions propos avant l'arrive des Russes  Constantinople, il
aurait empch beaucoup de mal. Ce plan, vous le savez, faisait entrer
l'Autriche dans nos efforts communs, pour arrter les malheurs qui
menaaient alors le sultan; vous en trouverez les traces dans mes
dpches des 8, 28 et 31 janvier 1833[158].

J'aime  croire que maintenant le gouvernement anglais, anim par le
sentiment de cette faute politique, suivra avec plus de zle et de
persvrance la ligne qu'il a adopte en Orient...

Les ouvertures faites par lord Grey, en rponse aux communications du
prince Esterhazy, devront ncessairement amener M. de Metternich 
s'expliquer nettement sur ses propres intentions. Il apprciera sans
doute la valeur de la dmarche de l'Angleterre, qui a t dicte par
une parfaite convenance, car lord Grey a dit franchement 
l'ambassadeur d'Autriche que l'Angleterre dsirait faire passer par le
cabinet de Vienne la demande des garanties qu'elle rclame de la
Russie, parce que cette voie indirecte tait  cette demande toute
apparence offensante pour l'amour-propre russe.

Il me parat, monsieur le duc, que nous aurions  nous fliciter si 
Ptersbourg on se dterminait  cder sur quelques-uns des points mis
en avant par lord Grey, tels que le licenciement de l'arme de
Valachie et de Moldavie, et la dislocation de celle de Crime. Le
gouvernement du roi trouverait devant les Chambres, aussi bien que le
cabinet anglais devant le parlement, des moyens de dfense dans ces
faits, s'il tait attaqu, et d'ailleurs, ils nous offriraient un
temps de repos pour mieux concerter les mesures que l'tat incertain
de l'Orient rendra invitablement ncessaires dans un temps donn.

Ds aujourd'hui, je pense que nous ne devons ngliger aucune occasion
de convaincre la cour d'Autriche de notre intention d'agir avec
elle et avec la Grande-Bretagne dans cette affaire, et ne pas laisser
supposer que nous croyons qu'il y a eu quelques propositions faites 
notre insu. La dpche de M. de Sainte-Aulaire prsente M. de
Metternich comme dispos  entrer dans un concert commun des quatre
cours. Peut-tre que plus tard, le refus de la Russie, s'il a lieu, de
cder sur les garanties qui lui sont demandes en ce moment, amnerait
le chancelier d'tat  consentir  une triple alliance. Nous sommes
dans une trs bonne voie, qui ne peut que s'amliorer...

  [156] _Dpche du comte de Sainte-Aulaire du 25 dcembre._
  L'ambassadeur rend compte d'un entretien qu'il vient d'avoir avec
  M. de Metternich. M. de Metternich pense que le trait du 8
  juillet entre la Russie et la Porte prpare une pouvantable
  catastrophe que l'Europe doit s'appliquer  prvenir et qu'elle
  ne pourra prvenir que par une action commune prcde d'un
  concert commun. Il propose, en consquence, l'ouverture d'une
  confrence. M. de Tatitscheff au contraire, ne veut entendre
  parler que d'une action commune  Alexandrie pour intimider
  Mhmet-Ali, et M. de Sainte-Aulaire en conclut que l'Autriche et
  la Russie sont en dissentiment complet sur les affaires d'Orient.
  L'Autriche, ajoute-t-il, appelle l'Europe  son aide; elle
  acceptera le premier appui qui lui sera offert. M. de Metternich
  lui a dit en prsence de M. de Tatitscheff: Affirmez  l'amiral
  Roussin qu'il n'existe pas entre nous le moindre dissentiment et
  que la politique de l'Autriche est parfaitement identique avec
  celle de la France dans les affaires d'Orient.--M. de
  Sainte-Aulaire annonce ensuite que sir Frdric Lamb a t charg
  par M. de Metternich de proposer  son gouvernement d'accder 
  une profession de foi des quatre puissances relative aux affaires
  d'Orient, qui prendrait la forme soit d'un trait, soit d'une
  dclaration commune et qui deviendrait la base d'un droit public
  europen.

  [157] M. de Sainte-Aulaire signalait galement  Paris
  l'influence croissante de sir Frdric Lamb  Vienne (_Dpche du
  12 dcembre_). Il affirmait que l'ambassadeur anglais
  s'efforait, conformment aux ordres de son gouvernement, de
  placer l'Angleterre entre la France et l'Autriche (_Dpche du 25
  dcembre_). Enfin, le 5 janvier il dclarait qu'il se passait
  entre sir Frdric Lamb et M. de Metternich quelque chose qu'on
  voulait lui cacher. (Voir galement sur ce point une dpche du 2
  janvier du duc de Broglie  M. de Talleyrand. Appendice, p. 509.)

  [158] Voir pages 110 et 114. La dpche du 8 janvier n'est pas
  reproduite dans les _Mmoires_.

    Le 12 janvier 1834.

En lisant les journaux franais du 9 de ce mois, j'y ai remarqu un
article tir de la _Gazette d'Augsbourg_ du 5, qui ne vous aura pas
chapp et qui a t rpt par tous les journaux d'Angleterre. Le
correspondant de la _Gazette d'Augsbourg_, en faisant mention d'un
trait conclu entre la Russie et l'Autriche pour garantir l'existence
de l'empire ottoman, mme dans le cas o la dynastie rgnante
viendrait  s'teindre, mais avec l'exclusion de Mhmet-Ali, ajoute
que le prince de Metternich a communiqu les dispositions de ce trait
 sir Frdric Lamb, qui les a approuves dans les termes les plus
positifs[159].

Quelque rassur que je dusse tre par les dclarations des ministres
anglais, dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte par mes
dernires dpches, la condition de l'exclusion de Mhmet-Ali, que je
savais tre de nature  toucher le cabinet anglais, a lev quelque
doute dans mon esprit, et j'ai cru devoir rclamer encore de nouvelles
explications de lord Palmerston et de lord Grey. En consquence, je
les ai revus hier, et je dois vous rpter que leur langage est aussi
prcis et aussi explicite que dans nos entretiens prcdents. Sans
qu'il ait t question rcemment entre nous du pacha d'gypte, je ne
puis cependant pas ngliger de vous dire que le gouvernement du roi ne
saurait apporter assez de mnagements pour ter tout soupon au
gouvernement anglais sur la nature des relations qu'il peut entretenir
avec ce pacha. Je suis  peu prs certain qu'ici on nous suppose
toujours des arrire-penses sur ce point.

Lord Palmerston m'a dit qu'il avait expdi  Paris les dpches de
sir Frdric Lamb, qui doivent vous tre montres; mais il m'en a
donn  lire une nouvelle qui tait arrive le matin et dans
laquelle cet ambassadeur annonce que, d'aprs les conversations qu'il
a eues, ainsi que M. de Sainte-Aulaire, avec le prince de Metternich,
il a acquis la conviction que le chancelier d'tat ne cherchait qu'
dtacher les cours de France et d'Angleterre l'une de l'autre. Je ne
sais point jusqu' quel point cette observation de sir Frdric Lamb
est fonde, mais elle me parat tre une indication qui peut n'tre
pas inutile.

Vous trouverez dans _the Globe_ d'hier soir un long article qui par
tout son ensemble offre un nouveau tmoignage de la sincrit des
assurances que j'ai reues depuis trois jours. Ce journal ministriel
insiste avec une force vraiment remarquable sur la ncessit de
l'union de l'Angleterre et de la France...

  [159] Voici cet article: La question orientale avait pris dans
  ces derniers temps une tournure qui menaait srieusement le
  repos de l'Europe. Le trait conclu entre la Russie et la Porte
  ottomane avait donn une vive inquitude  l'Angleterre dont la
  politique est principalement dirige dans l'intrt de son
  commerce et de son industrie, tandis que la France craignait de
  perdre l'influence qu'elle avait acquise  Constantinople par
  suite des dmonstrations nergiques de l'amiral Roussin. De l,
  le froid survenu dans les relations de la Russie avec
  l'Angleterre et la France... Afin d'viter un pareil conflit, le
  cabinet de Vienne qui, dans ces dernires annes, a agi avec tant
  d'nergie pour conserver la paix gnrale et le _statu quo_
  europen, s'est adress au cabinet de Ptersbourg avec lequel il
  se trouve, depuis les ngociations de Munchengrtz, dans des
  relations d'intimit qui rappellent celles qui existaient entre
  eux lors de la guerre de Napolon. La rponse du cabinet russe a
  t des plus satisfaisantes sous tous les rapports, et on assure
  qu'il vient d'tre conclu un trait entre les deux cours par
  lequel elles auraient garanti l'existence de l'empire turc mme
  pour le cas o la dynastie actuellement rgnante viendrait 
  s'teindre mais avec l'absolue exclusion de Mhmet-Ali. On
  assure que le prince de Metternich a communiqu, il y a deux
  jours, les dispositions de ce trait  l'ambassadeur
  d'Angleterre, sir F. Lamb, et que celui-ci a approuv dans les
  termes les plus positifs une ngociation qui ne peut que produire
  les rsultats les plus heureux, et qui donne de nouveaux titres 
  la reconnaissance de tous les amis de l'ordre et de la paix au
  grand homme d'tat qui dirige avec tant de sagesse les affaires
  de l'Europe, et qui nous a si longtemps prservs des horreurs de
  l'anarchie, et de la guerre.

  [_Confidentielle._]

    Londres, le 13 janvier 1834.

    Mon cher duc,

Les journaux vous disent malade. Le _Temps_ va mme jusqu' parler de
dmission. Rassurez-moi sur votre sant; je ne crois pas  la
dmission; je n'en veux pas. crivez-moi quelques lignes que je puisse
montrer  lord Grey, car il parat un peu surpris de ce qui s'est
pass  la tribune entre vous et M. Bignon[160]. Le cabinet anglais
craint d'tre parlementairement gn par un langage qui ne serait
pas identiquement le mme  Paris et  Londres sur la question
d'Orient. Il est donc tout  fait ncessaire que je puisse satisfaire
lord Grey par quelque explication qui vaudrait mieux que celle du
_Journal des Dbats_, et qu'il vous serait plus commode de faire
passer par moi, que de donner  la tribune...

  [160] Louis-Pierre-douard, baron Bignon, n en 1771. Il entra de
  bonne heure dans la diplomatie, fut en 1797 secrtaire de
  lgation  Berne, puis  Milan (rpublique cisalpine) en 1799, et
   Berlin (1800). En 1802, il devint charg d'affaires, puis
  ministre  Cassel (1804). En 1806, il fut charg de
  l'administration des provinces prussiennes. En 1809, il fut nomm
  administrateur gnral de l'Autriche. De Vienne, il alla 
  Varsovie comme ministre plnipotentiaire. Pendant les Cent-jours,
  il fut sous-secrtaire d'tat aux affaires trangres, et reut
  le 22 juin, pour quelques jours, la direction de ce dpartement.
  M. Bignon fut lu dput en 1817 et fut constamment rlu
  jusqu'en 1837. Il fut alors nomm pair de France et mourut en
  1841.


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 16 janvier 1834.

    Mon prince,

Voici les faits, je les soumets  votre sagesse:

Mercredi dernier, 8 janvier, on est venu  la discussion du
paragraphe 16 de l'adresse. Ce paragraphe nous tait annonc comme
dirig spcialement contre le ministre. Dans mon opinion, au
contraire, rien n'tait plus ais que de montrer qu'il contenait
l'approbation la plus clatante de notre systme depuis trois ans. M.
Bignon est venu, _au nom de la commission,_ expliquer ce paragraphe
dans un sens parfaitement raisonnable, parfaitement conforme  mon
opinion; puis ensuite, il a fait un long discours sur l'tat gnral
de l'Europe, discours qui contenait, comme vous l'avez pu voir,
beaucoup de choses raisonnables, et beaucoup d'autres follement
exagres.

Je suis mont  la tribune aprs lui, et j'ai pris acte, en y
adhrant, de ce qu'il avait dit, _au nom de la commission_, me
proposant d'en tirer parti le lendemain et de prouver que notre
systme prvalait d'un commun accord sur celui de nos adversaires
habituels. Quant au discours mme de M. Bignon, je n'en ai rien
dit, sinon que ne contenant aucune attaque contre le gouvernement, il
ne provoquait de ma part aucune rponse. J'ai termin en remerciant M.
Bignon de la modration de son langage _envers nous_.

Le lendemain, j'tais gravement indispos, tellement mme, que j'ai
longtemps hsit si j'irais  la Chambre, j'ai fait cependant effort
sur moi-mme. A mon arrive, j'ai trouv toute la Chambre en rumeur.
On avait tendu l'adhsion que j'avais donne aux explications de la
commission, on l'avait tendue, dis-je, au discours de M. Bignon, sur
lequel je n'avais rien dit du tout. Les imaginations avaient pris feu,
tout le monde tait convaincu que nous allions dans huit jours tre en
guerre avec toute l'Europe. Attaqu violemment par M. Mauguin, je me
suis vu oblig de rectifier l'erreur universelle, de faire remarquer 
quoi j'avais adhr et de rassurer les esprits. Malheureusement, je
vous le rpte, j'tais trop malade pour avoir possession du mien. Au
moment o je pris la parole, je fus saisi d'un blouissement tel, que
je fus oblig de me cramponner  la tribune et que je faillis me
trouver mal. Dans cette disposition, j'allai au plus press; je
rpondis sans trop savoir ce que je disais; j'expliquai le trait du 8
juillet en particulier, sur lequel on avait dit cent sottises; mais en
montrant qu'on n'en saisissait ni le sens, ni la porte; je ne pus pas
montrer suffisamment quels taient ses vrais dangers, quel en tait le
vrai caractre. Je fus oblig, je vous le rpte, de couper court, et
de finir volontairement, sous peine d'tre interrompu par un
tourdissement complet. En descendant de la tribune, je me mis au lit,
et on me saigna abondamment.

Le rsultat de tout ceci, je ne me le dissimule point, est trs
fcheux pour moi et trs fcheux pour les affaires. Bien que je n'aie
rien fait ni dit de prcisment rprhensible, il vaudrait mieux, je
crois, que le roi et sous la main un autre ministre des affaires
trangres. Mais cela n'est pas, et ma retraite dcomposant le
ministre tout entier, j'ai consenti  rester. Si vous voulez vous
faire mettre sous les yeux le _Moniteur_ du 9 et celui du 10, vous
saisirez maintenant parfaitement ce qui s'est pass. J'aurais mieux
fait de ne pas m'emparer des explications donnes par M. Bignon au nom
de la commission, puisque je me sentais dj indispos le 8. J'aurais
mieux fait d'viter toute discussion. Voil ma faute. Je ne prtends
point l'excuser. Tout le reste a t fatal et invitable. Si j'avais
t matre de moi-mme le lendemain, au lieu de finir par un chec
pour moi, la discussion aurait fini par la dfaite la plus signale
que nos adversaires eussent essuye depuis longtemps.

Vous pouvez faire, mon prince, de tous ces dtails, tel usage que
vous voudrez. Je n'ai rien  cacher, rien  dissimuler, rien 
justifier. J'ai eu tort, me sentant indispos dj, de jouer gros jeu;
j'ai eu tort de perdre. Voil tout ce que je puis dire...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 20 janvier 1834.

    Mon cher duc,

Il y a une certaine candeur, qui, pour tre parfaitement vraie, n'en
est pas moins habile. Votre excellente lettre du 16 en est la
meilleure preuve. Vous trouverez l'effet qu'elle a produit sur lord
Grey dans le billet qu'il vient de m'crire et que je vous envoie.

Je suis fond  croire que nous aurons une trs bonne phrase sur la
France, dans le discours du roi d'Angleterre du 4 fvrier; j'y ai mis
tous mes soins. Je ne puis assez vous prier d'agir sur tous les
journaux qui dpendent de vous, pour qu'ils ne reviennent pas sans
cesse sur l'incident de l'adresse; il faut qu'il soit dornavant dans
l'oubli...

(_Billet joint  la lettre prcdente._)


LORD GREY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

  [_Traduction._]

    Downing-Street, le 20 janvier 1834.

    Mon cher prince,

Je vous renvoie avec bien des remerciements la lettre de M. le duc de
Broglie que vous avez bien voulu me confier hier soir.

Je trouve dans son explication de nouvelles preuves de sa candeur, et
de son caractre probe et honorable. L'affaire a sans doute t
fcheuse, et je craignais qu'elle ne donnt quelque avantage  la
Russie dans ses futures discussions avec nous; mais il est impossible
d'imputer au duc aucune faute, except celle dont il convient
lui-mme. Mais cela sera de peu de consquence tant que les deux
gouvernements continuent  maintenir l'union intime qui a t si
heureusement tablie entre eux.

Je me rjouis fort de ce que M. de Broglie ne pense plus  donner sa
dmission; elle aurait occasionn une perte irrparable pour la France
comme pour nous, qui nous fions entirement  sa loyaut et  son
honneur.

    Je vous prie d'agrer...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 20 janvier 1834.

    Monsieur le duc,

Je vous ai crit  la hte avant-hier, et vous ai exprim l'assurance
que les bruits rpandus dans le public sur la retraite du cabinet
anglais taient sans fondement. Je persiste dans mon opinion  cet
gard. Mais s'il n'est pas question d'un changement dans le ministre,
il n'est pas moins certain qu'il s'est lev un dissentiment assez
prononc entre quelques-uns de ses membres, et il parat que c'est une
intervention anglaise en Portugal qui en a t la cause. Plusieurs
ministres pensaient qu'une intervention immdiate tait devenue
urgente; mais, la majorit s'tant prononce contre cette mesure, elle
a t abandonne pour le moment. Le dernier voyage de lord Grey 
Brighton avait t motiv par cette circonstance, et on m'assure que
le roi a partag l'opinion de la majorit de son conseil. Vous
trouverez, du reste, dans le _Times_ de ce jour, un expos, que je
crois assez fidle, des principes sur lesquels s'appuyent les
partisans de l'intervention en Portugal... 

On a vu, par les extraits de ces dpches que j'avais d suspendre mes
dmarches prs du cabinet anglais pour obtenir de lui la conclusion
d'une alliance dfensive entre la France et l'Angleterre. Les
difficults que je rencontrais taient de plus d'une sorte. On m'avait
d'abord oppos l'espoir d'un rapprochement avec l'Autriche, qu'un
pareil trait n'aurait pas manqu d'effaroucher et de rejeter plus
avant dans l'alliance russe. On m'avait fait  peu prs la mme
objection pour ce qui concernait la Prusse. Mais, ce n'taient pas l
les seules entraves que je rencontrais. Il y en avait qui tenaient aux
relations extrieures de l'Angleterre; d'autres,  la situation
intrieure du cabinet. Ainsi, on redoutait, en s'engageant avec nous,
de ne plus garder la mme indpendance dans les affaires de Portugal,
que l'Angleterre surveillait d'un oeil jaloux et avec la ferme
rsolution d'agir sans nous sur ce point de la pninsule. On craignait
aussi que si nous lui laissions pleine libert  cet gard, elle ne se
trouvt, par l, oblige un jour de nous laisser la mme libert
d'action dans les affaires d'Espagne. Et on sait assez que, depuis la
paix d'Utrecht, l'Angleterre a toujours cherch  combattre notre
influence en Espagne. C'est une espce d'axiome politique que je
serais tent de croire qu'on enseigne dans les universits d'Oxford et
de Cambridge. Enfin, le cabinet anglais tait branl dans son
existence; il y avait des divergences parmi ses membres sur plusieurs
questions, et, pour ne rien cacher des motifs qui pouvaient l'empcher
de former l'alliance que je leur avais propose, je dois dire aussi
qu'il n'tait pas bien rassur sur la dure de l'existence du
ministre franais. L'incident survenu au duc de Broglie avait
entretenu ses mfiances sur ce dernier point, et je vis bien qu'il
fallait, sinon renoncer  mon projet d'alliance, du moins attendre que
quelque vnement, soit en Orient, soit dans la pninsule, ft
comprendre en Angleterre l'importance de cette alliance.

Il y eut d'ailleurs,  cette poque, une srie de complications dans
la politique europenne, qui devaient tre claircies avant que le
cabinet anglais se sentt mieux dispos pour le plan que je lui
avais prsent au nom de mon gouvernement.

La chute du ministre Za  Madrid[161] avait t considre comme un
succs pour l'Angleterre, qui attribuait  ce ministre une soumission
entire  la France et qui se rjouit, par consquent de le voir
remplac par M. Martinez de la Rosa[162], qu'elle esprait diriger.

  [161] M. de Za tait tomb  la suite d'une dmarche de
  plusieurs capitaines-gnraux qui avaient adress  la reine
  rgente une _exposition_ o ils la suppliaient de renvoyer son
  ministre: la question fut soumise par la reine au conseil de
  rgence qui dcida que la retraite de M. de Za tait ncessaire.
  En consquence, le cabinet se retira le 16 janvier.

  [162] Francisco Martinez de la Rosa, n en 1789, dput aux
  Corts en 1812, tait devenu l'un des membres les plus influents
  du parti libral. Il devint chef du cabinet en 1822, mais fut
  exil aprs le rtablissement du pouvoir absolu (1823). Il revint
  dans sa patrie en 1830 et devint, en 1834, prsident du conseil.
  En 1840, il fut ambassadeur  Paris, puis  Rome (1842). En 1844,
  il entra dans le cabinet Narvaez, fut de nouveau accrdit 
  Paris de 1847  1851, devint ensuite prsident de la premire
  chambre des corts, puis premier secrtaire d'tat (1857) et
  prsident du conseil d'tat (1858). Il mourut en 1862.

D'un autre ct, le gouvernement russe essaya alors de se rapprocher
de la France et surtout de l'Angleterre, ce qui devait dtourner
celle-ci de se lier trop intimement avec nous[163]. La suite des
lettres qu'on va lire fera mieux saisir la porte de ce que je
viens d'indiquer, ainsi que les vnements qu'y s'y rattachent.

  [163] Le marchal Maison attirait dans sa correspondance
  l'attention du gouvernement sur ce revirement du cabinet de
  Ptersbourg. Il crivait, le 31 dcembre, que M. de Nesselrode
  lui avait exprim toute sa satisfaction de l'attitude adopte par
  la France dans la question d'Orient. Quand on est si prs de
  s'entendre, avait-il dit, on doit finir par se rapprocher. Le 3
  janvier, le marchal revient sur la mme ide, et constate que M.
  de Nesselrode lui a tmoign sa satisfaction des efforts de la
  France pour consolider son gouvernement et rprimer la propagande
  rvolutionnaire.--Le 6 janvier, l'ambassadeur rend compte d'un
  entretien qu'il vient d'avoir avec l'empereur, au cours duquel
  celui-ci avait parl de l'Angleterre avec la plus grande
  violence. Il pense que le gouvernement russe, aprs avoir essay,
  dix-huit mois auparavant, de brouiller l'Angleterre avec la
  France, cherche maintenant  brouiller la France avec
  l'Angleterre (_Correspondance officielle du marchal Maison_).


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 25 janvier 1834.

    Monsieur le duc,

... Les ministres anglais partagent entirement votre opinion sur les
avances faites rcemment au gouvernement du roi par l'empereur Nicolas
et par le cabinet de Saint-Ptersbourg; ils reconnaissent avec vous
que ces dispositions si nouvelles envers la France n'ont d'autre but
que de sparer les cabinets de Paris et de Londres. On voit avec
plaisir ici que nous ne sommes point dupes de ces dmonstrations, et
j'ai lieu de croire qu'on nous en tiendra compte dans l'occasion.

Les dmarches du gouvernement russe  Stockholm et les mesures de
prcaution qu'il a cru devoir prendre du ct de la Baltique indiquent
des inquitudes qu'on ne fera rien ici pour dissiper[164].

Lord Grey m'a parl ce matin de M. Martinez de la Rosa, comme de
l'homme qui pouvait le mieux diriger les affaires d'Espagne. Je crois
que le mcontentement du gouvernement anglais contre M. de Za entre
pour beaucoup dans les loges qui sont prodigus  M. Martinez. Ceci
ne vous surprendra pas.

Je vous remercie du mmoire que vous m'avez adress sur la
conspiration qui a clat dernirement en Grce[165]. Il me sera
utile, lorsque nous serons appels  nous occuper des affaires de ce
pays, ce qui, dans notre intrt, n'est pas pressant; mais ce qui sera
sans doute le cas, lors de l'arrive de M. Tricoupis[166] 
Londres...

  [164] Le cabinet de Ptersbourg avait sond le gouvernement
  sudois sur l'attitude qu'il prendrait en cas d'une guerre entre
  l'Angleterre et la France d'une part et la Russie de l'autre
  (voir page 280). Notre charg d'affaires  Stockholm, M.
  Billecocq, eut  ce sujet un entretien avec M. de Wetterstedt,
  ministre des affaires trangres de Sude, dont il rendit compte
   Paris, dans une dpche du 4 janvier. M. de Wetterstedt dclara
  avec une motion extraordinaire que la Sude n'avait pris aucun
  engagement, qu'elle n'tait entre dans aucune alliance et que la
  Russie lui avait laiss la facult de conserver la plus stricte
  neutralit. Quelques jours plus tard, le ministre affirmait que
  si pareille guerre clatait, la Sude ouvrirait ses ports aux
  navires des deux partis (_Dpche du 10 janvier_). Deux mois
  aprs, M. de Wetterstedt, dans un entretien avec le charg
  d'affaires anglais, reconnaissait que la Sude avait t
  formellement sollicite par la Russie d'entrer dans une alliance
  contre la France et l'Angleterre, mais qu'elle n'avait promis que
  sa neutralit. (_Dpche de M. Billecocq, du 7 mars._)

  [165] Une conspiration contre le gouvernement grec avait t
  dcouverte  Nauplie, au mois de septembre 1833. Les conjurs
  voulaient renverser la rgence, proclamer la majorit du roi et
  s'emparer du pouvoir sous son nom. L'arrestation des coupables
  fit avorter l'entreprise.

  [166] Spiridion Tricoupis, n en 1791, homme d'tat et historien
  grec. Il joua un rle actif pendant les guerres de
  l'indpendance. A l'avnement du roi Othon, il fut accrdit 
  Londres (1835-1838) et y revint en 1841. Il fut ministre des
  affaires trangres en 1843, puis envoy  Paris (1850) et encore
  une fois  Londres. Il fut ministre  diffrentes reprises entre
  1855 et 1862 et mourut en 1873.

    Le 28 janvier 1834.

J'tais hier avec lord Grey et lord Palmerston lorsqu'ils ont appris
l'entre du gnral Saldanha  Leirya. On la considre ici comme une
affaire dont tous les rsultats sont importants, mais elle porte dans
ses dtails un caractre de frocit qui fait dsirer vivement de voir
finir la lutte dont le Portugal est le thtre[167]. Il parat certain
que le gnral Saldanha ne s'arrtera pas  ce succs, et qu'il
doit immdiatement marcher sur Coimbre, afin de combiner ses
mouvements avec le corps d'arme du duc de Terceire. Ces nouvelles
sont du meilleur augure pour la solution d'une question dont, vous le
savez, le cabinet britannique avait t fort proccup depuis quelque
temps; elles rpondent aux alarmes des partisans d'une intervention
immdiate en Portugal, et elles ont produit, pour le moment, la
renonciation, de la part du ministre anglais  toute ide d'action
directe et matrielle sur les affaires de ce pays...

  [167] Le gnral Saldanha s'tait empar, le 15 janvier, de la
  place forte de Leirya situe  gale distance de Lisbonne et de
  Porto. Sur quinze cents hommes que comprenait la garnison, 
  peine une poigne de soldats put chapper aux vainqueurs.

    Le 1er fvrier 1834.

Hier au soir,  dix heures, j'ai t, comme j'avais eu l'honneur de
vous le mander dans ma dpche du matin, chez lord Palmerston. Il m'a
donn  lire la dpche que M. de Lieven avait reue la veille, et
dont il lui avait confi l'original. Je l'ai lue deux fois, et il m'a
ensuite permis de prendre quelques notes...

Cette dpche parait tre la rponse  celle qui avait t crite de
Londres par l'ambassadeur de Russie, le 27 dcembre. M. de Lieven y
annonait que lord Palmerston lui avait exprim le dsir d'arriver 
une explication franche entre la Russie et l'Angleterre. A cette
ouverture toute de conciliation, la Russie rpond par des
protestations de son dsir d'entretenir des relations de paix et de
bonne amiti. Quelques lignes plus bas, se trouvent ces mots:
_l'Angleterre est l'allie naturelle de la Russie_. On observe ensuite
que, dans ses rapports avec l'Angleterre, la Russie a toujours suivi
et continuera  suivre les formes qu'elle a _graduellement_ employes
avec elle. On rappelle  cette occasion la note du 27 octobre[168],
 laquelle la Russie avait fait la seule rponse que sa dignit,
 ce qu'elle croit, lui permettait de faire; et l, on observe
apologtiquement que les notes n'ont point t provoques par elle.
Cette observation faite, on se plat  faire sentir que, ds qu'il a
paru une communication du gouvernement anglais, modre par le fond et
conciliante dans les formes, on s'tait empress  faire une rponse
qui portt le mme caractre, et que, d'aprs le dsir que
l'Angleterre avait montr d'avoir des informations plus tendues, la
Russie s'y prtait avec plaisir pour carter tout ce qui pourrait
compliquer les rapports des deux tats et nuire  leur bonne
intelligence.

Envisage sous ce point de vue, la demande du gouvernement anglais ne
prsente aux yeux du gouvernement russe aucun inconvnient, et il y
rpond volontiers.

M. de Nesselrode donne alors des notions prcises sur quelques
dispositions militaires. Il prtend que les renseignements qu'a reus
le gouvernement britannique ne sont pas exacts, et il cherche  en
dmontrer les erreurs. Les mesures militaires qu'on a signales 
l'Angleterre ne sauraient tre en aucun cas l'indice d'un systme
offensif de la part de la Russie, et bien moins encore contre
l'Angleterre que contre toute autre puissance.

L, viennent quelques dveloppements. On assure:

_Premirement_, que dans la mer Noire la flotte russe se trouve dans
le mme tat o elle tait  son retour de Constantinople, et
qu'aucun armement nouveau n'a eu lieu depuis cette poque.

A cela, lord Palmerston m'a fait observer qu'on n'expliquait pas
pourquoi, l'expdition termine, on conservait des forces aussi
considrables, et que cela devait naturellement faire croire qu'on
avait quelques intentions ultrieures;

_Secondement_, que la division cantonne en Crime n'est autre que
celle qui est revenue de Constantinople l't dernier  bord de
l'escadre russe, qu'aucun renfort n'a t envoy sur ce point, et que
les troupes runies dans les provinces mridionales de l'empire
n'excdent point le nombre de celles qui s'y trouvent cantonnes
depuis quinze ans;

_Troisimement_. Le gouvernement russe n'hsite pas  donner
l'assurance que les bruits rpandus sur l'accroissement de ses forces
maritimes dans la Baltique sont dnus de fondement. M. de Nesselrode
porte le nombre des vaisseaux  vingt-sept. Ce nombre, observe-t-il,
est loin d'approcher de celui dont disposait l'impratrice Catherine
dans ces mmes parages, et les ouvrages des les d'Aland se bornent 
une caserne fortifie, propre  contenir deux bataillons. Aucun
tablissement maritime n'y a t form. Ces les n'ont, d'ailleurs,
que des ports de refuge qui sont de secours  tout le monde et qui ne
peuvent inquiter la Sude, qui, seule, pourrait s'en alarmer;

_Quatrimement_, que les fortifications en Pologne n'ont pour objet
que la propre scurit de l'empire, qui, comme on l'a vu il y a deux
ans, pouvait tre menace du ct o on les construit.

Le gouvernement pourrait trouver des motifs d'apprhension trs
lgitimes dans les paroles de lord Palmerston lui-mme. Ces
paroles sont, aux termes de la dpche: Qu'il serait dans les
intrts de l'Angleterre de prfrer voir le trne du sultan occup
par Mehmet-Ali, changement qui substituerait la puissance arabe 
l'empire ottoman.

Il y a dans cette citation une grande inexactitude. Lord Palmerston a
pu dire qu'il prfrait voir le trne occup par Mhmet-Ali  le voir
occup par l'empereur de Russie. C'est l certainement le sens des
expressions employes par lord Palmerston, et ce sont,  ce qu'il m'a
dit, les expressions elles-mmes.

M. de Nesselrode fait ensuite quelques rflexions au sujet des
paroles prtes  lord Palmerston, et dit que le systme qu'elles
renferment aurait pour but de remplacer une puissance allie de la
Russie par un pouvoir hostile et dangereux au maintien de la paix en
Orient. Il convient cependant que l'Angleterre n'a point agi dans le
sens qu'on lui a gratuitement attribu, mais que l'aveu qu'une
semblable pense ait pu subsister montre plus d'hostilit aux intrts
de la Russie que ne le sont les forts de la Vistule contre les
intrts de l'Angleterre.

De l, on arrive  dire que le trait du 8 juillet doit paratre bien
moins une arme offensive place entre les mains de la Russie, qu'une
garantie morale contre les projets d'envahissement et de conqute
qu'une puissance arabe chercherait  tendre sur la Turquie d'Europe.

A la suite de ces raisonnements, on donne l'assurance que l'acte
spar du 8 juillet n'tablit point en faveur du pavillon de guerre
russe un privilge exclusif au prjudice des autres puissances, et
que, sous ce rapport, aucune altration n'a t apporte aux
usages tablis par la Porte: car la Russie, ajoute-t-on, est aussi
loigne de l'ide de vouloir les enfreindre elle-mme, qu'elle est
intresse  ne pas les voir mconnus par aucune autre puissance.

Viennent ensuite quelques explications sur le reproche du secret
gard vis--vis des autres cours,  l'occasion de ce trait. La raison
qu'en donne M. de Nesselrode, c'est que le secret n'appartenait pas 
la Russie; qu'il appartenait uniquement  la Porte ottomane; que c'est
elle qui avait reconnu le besoin d'un trait, qui avait un intrt
direct  cette transaction, et qu'ainsi c'tait  elle  juger quand
il lui conviendrait de donner  ce document une publicit lgale; la
Russie, laissant au divan la libert la plus absolue de le publier ou
de le tenir secret. On cite ensuite (mais on n'est pas heureux dans
les citations) la convention du 22 octobre 1832, relative aux mesures
concertes entre la France et la Grande-Bretagne  l'gard de la
Hollande. On ne s'est pas rappel que, dans cette circonstance, les
plnipotentiaires des cinq cours runis, deux d'entre eux avaient
demand aux trois autres s'ils voulaient prendre part aux moyens
coercitifs, et que, sur leur refus, la France et l'Angleterre avaient
dclar qu'elles se croyaient libres d'agir sparment. Ce n'tait
certainement pas l un secret.

Ce qu'il y a de mieux dans cette note, c'est la fin, o il est
question des pourparlers actuels, qui ont lieu  Ptersbourg entre les
reprsentants de la Porte. En voici  peu prs les termes:

Le rsultat de la mission de la Porte, que nous pouvons regarder
comme prochain, prouvera hautement que la Russie, persvrant dans le
systme de conservation qu'elle a adopt envers l'empire ottoman,
tient  coeur de respecter son intgrit comme son indpendance, et de
fortifier l'autorit du sultan, au lieu d'y apporter la plus lgre
atteinte. Les arrangements dont nous nous occupons avec Achmet Pacha,
et ce sont les dernires paroles de M. de Nesselrode, donneront un
nouveau poids aux explications franches qui font l'objet de la
prsente dpche.

Voil, monsieur le duc, une analyse bien longue de la dpche de M.
de Nesselrode au prince de Lieven, mais je n'ai pas voulu perdre
l'occasion de vous faire connatre, si vous ne l'avez pas appris par
M. le comte Pozzo, quelle est la rponse de la Russie aux reproches
qui lui ont t faits sur le mouvement qu'elle a donn  sa politique
dans le Levant.

En rsum, il me parat vident que cette longue pice russe est
essentiellement destine  calmer les inquitudes des cabinets de
Londres et de Paris; elle tmoigne mme une certaine disposition  les
satisfaire.--Mesurer le degr de confiance qu'il est convenable
d'accorder  ces dmonstrations serait difficile; mais, les rvoquer
absolument en doute me semblerait imprudent. Il y a de certains
caractres, tels que parat tre celui de l'empereur Nicolas, qui se
croient d'autant plus engags qu'on leur tmoigne plus de confiance...

J'ai l'honneur de vous transmettre des dpches de La Haye. Vous y
verrez que le roi de Hollande n'a point puis ses ruses dilatoires et
qu'il attribue  un des membres de la confrence un langage videmment
contraire aux engagements pris par tous les membres dans leurs
dernires runions. Il ne peut y avoir eu d'ambigut dans les
explications de lord Palmerston  M. Dedel, et je ne puis pas
croire que les plnipotentiaires reprsentant les trois cours du Nord
aient montr autre chose que les dispositions conciliatrices qui leur
sont ordinaires.

La confrence, en se sparant, avait pris la rsolution de ne se
runir de nouveau que lorsqu'elle aurait reu de la part du roi de
Hollande des ouvertures positives et acceptables d'arrangement final,
ou lorsqu'un des plnipotentiaires en ferait la proposition. C'est
cette voie qui a t adopte pour reprendre la ngociation; et nous
aurons, sans doute, mercredi ou jeudi une sance. Elle sera, suivant
toute apparence, sans aucun rsultat...

J'ai d donner ce long extrait de la dpche du cabinet de
Saint-Ptersbourg, parce qu'elle produisit plus tard un effet assez
srieux et qui rvle ce trait du caractre de lord Palmerston, que
j'ai dj indiqu dans une autre circonstance; je veux parler de la
passion personnelle qu'il mettait trop souvent dans le maniement des
affaires. Ainsi, cette dpche russe lui causa une extrme irritation
et le poussa  prendre une mesure que je trouvai au moins maladroite,
pour ne rien dire de plus. La cour d'Angleterre avait  cette poque 
nommer un ambassadeur  Ptersbourg, en remplacement de lord
Durham[169], qui avait demand son rappel pour cause de sant. Lord
Palmerston dsigna pour le remplacer sir Stratford Canning,
sachant bien que ce choix tait le plus dsagrable qu'il pt faire
pour la cour de Russie. En effet, lorsqu'il eut t annonc  M. de
Nesselrode, celui-ci ne tarda pas  faire savoir  Londres que
l'empereur verrait avec beaucoup de dplaisir qu'on envoyt sir
Stratford Canning  Ptersbourg, par la raison que ce diplomate,
lorsqu'il tait ambassadeur d'Angleterre  Constantinople, s'y tait
montr anim des sentiments les plus hostiles contre la Russie, et
qu'ainsi, il le croyait peu propre  entretenir les bonnes relations
qu'il souhaitait voir tablies entre les deux cours. Lord Palmerston
rpondit, avec sa raideur ordinaire, qu'il tait possible qu'un
ambassadeur d'Angleterre ait dplu  l'empereur en remplissant
consciencieusement ses devoirs et les instructions de son
gouvernement, mais qu'il ne lui paraissait pas que ce ft un motif
suffisant pour ne pas lui donner une mission  laquelle il tait
appel par ses bons services, et que, si ce choix n'tait pas agr,
le gouvernement anglais laisserait vacant le poste d'ambassadeur 
Ptersbourg. L'empereur Nicolas,  son tour, se montra fort bless du
procd et se dcida  rappeler son ambassadeur, le prince de Lieven,
qui tait accrdit  Londres depuis l'anne 1812. Les deux ambassades
restrent vacantes pendant longtemps, et les relations des deux cours
s'en ressentirent naturellement.

Je ne partageai pas la manire de voir, ou plutt la passion de lord
Palmerston; je pensais qu'il fallait accepter les explications de la
Russie pour ce qu'elles valaient, la surveiller, mais ne point se
brouiller avec elle, tant qu'on n'tait pas srieusement rsolu  lui
faire la guerre. Aussi, j'crivis.

  [168] Note du 27 octobre 1832 qui faisait part au gouvernement
  russe de la convention franco-anglaise du 22 octobre. La Russie
  adressa en rponse aux cabinets de France et d'Angleterre une
  note que l'on trouvera  la page 41 (note).

  [169] Lord Durham n'tait pas ambassadeur  Ptersbourg; il y
  avait t envoy en mission extraordinaire dans le but,
  prtend-on, d'offrir  l'empereur Nicolas la mdiation de
  l'Angleterre en faveur des Polonais. Cette mission, en tout cas,
  n'eut aucun rsultat. Quant  l'ambassade d'Angleterre en Russie,
  qui tait alors sans titulaire, elle tait gre par un charg
  d'affaires, M. Bligh.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 3 fvrier 1834.

    Monsieur le duc,

J'ai reu votre dpche sous le numro 8. Je vous remercie de m'avoir
communiqu la pice qui y tait jointe. Sa lecture a ajout un degr
de conviction  l'opinion que je m'tais faite sur la conduite que le
gouvernement du roi doit tenir  l'gard de la Russie, dans un moment
o cette puissance semble tre dans une voie de rapprochement. Notre
position est bonne; nous devons croire  la sincrit des
protestations du gouvernement russe. Le langage uniforme que tiennent
 Londres et  Paris les ambassadeurs, et  Ptersbourg les ministres
russes, prouve le dsir et presque le besoin de nous persuader:
clairs comme nous le sommes, que risquons-nous de paratre
convaincus?

Le fait est que les mouvements de la Russie sont arrts en ce
moment: il faudra qu'elle cherche longtemps un nouveau prtexte pour
amener une occasion de s'ingrer d'une manire directe dans les
affaires de l'empire ottoman; c'est sur cela que nous devons porter
notre surveillance. Le gouvernement anglais parat tre dans la mme
voie, si, comme j'ai lieu de le penser, le discours de la couronne
s'exprime ainsi  l'gard de la Turquie:

La paix de la Turquie, depuis l'arrangement qui a t fait avec
Mhmet-Ali, n'a pas t interrompue, et ne sera menace par aucun
autre danger; le gouvernement portera son attention  prvenir tout
changement dans les relations de cet empire avec les puissances que
peuvent intresser sa stabilit future et son indpendance.

Je suis galement fond  croire que dans ce discours il se trouve
une phrase qui nous regarde seuls et qui est conue  peu prs dans
les termes suivants:

Le but constant de ma politique a t d'assurer  mon peuple la
jouissance continue du bienfait de la paix; en cela j'ai t assist
par la bonne intelligence qui a t heureusement tablie entre mon
gouvernement et celui de France; les assurances que je continue de
recevoir des dispositions amicales des autres puissances du continent
me donnent confiance dans le succs de mes efforts...

    Le 4 fvrier.

Je reviens de la sance royale; elle a t fort brillante. Je
m'empresse de vous adresser le discours que le roi d'Angleterre a
prononc. La France y est nomme sparment des autres puissances; le
roi a voulu que cela ft senti, par la manire dont il a prononc le
passage qui nous concerne spcialement; il a mme fait une pause avant
de prononcer ces mots: _les assurances que j'ai reues_[170]...

    Le 7 fvrier.

Notre confrence sur les affaires de Hollande a eu lieu  la suite
d'une convocation de lord Palmerston; elle a t longue parce
que, dans la discussion des diffrentes opinions, on a t amen 
revenir longuement sur le pass.

Les plnipotentiaires autrichiens ont pris l'initiative et ont
dclar que leur cour, ne voulant rien ngliger pour conduire  une
prompte conclusion l'affaire hollando-belge, les avait chargs
d'exprimer aux plnipotentiaires des autres cours le dsir que la
ngociation trop longtemps interrompue ft reprise; ils ont motiv
leur demande sur ce que le roi des Pays-Bas avait fait, comme il s'y
tait engag, les dmarches convenues pour obtenir l'assentiment des
parties intresses aux arrangements territoriaux, et qu'il avait, de
plus, envoy de nouvelles instructions au plnipotentiaire nerlandais
pour renouer la ngociation sur les objets rests en litige.

Lord Palmerston a pris alors la parole et, plaant la question o
elle tait reste au 30 aot, lorsque la confrence s'tait spare, a
tabli que rien n'tait chang depuis cette poque; que la
Confdration germanique n'avait pas acquiesc  la demande du roi des
Pays-Bas[171]; que les ministres d'Autriche et de Prusse, confiants
dans leur influence, nous avaient disposs  croire au succs de
cette dmarche, mais que s'tant tromps eux-mmes, l'importante
difficult des limites n'tait pas leve, et qu'ainsi, cette premire
garantie, sans laquelle on ne peut prvoir d'issue  la ngociation,
n'tait pas encore donne, et paraissait loin de devoir l'tre;--qu'il
en tait de mme sur la question des pouvoirs du plnipotentiaire
nerlandais; qu'il avait vu M. Dedel, et qu'aprs lui avoir fait
remarquer que les dlais de la dite privaient la confrence de la
garantie qu'elle avait demande pour arriver  la conclusion des
arrangements territoriaux, il lui avait dit qu'aprs les difficults
qui se sont toujours succd depuis trois ans, il devait lui demander
s'il avait enfin une garantie  nous donner: par exemple, s'il avait
des pouvoirs qui l'autorisassent  signer les articles paraphs par M.
Verstolck lui-mme, entre autres, l'article IX et les paragraphes
qu'il contient;--que M. Dedel lui avait rpondu qu'il n'y tait pas
autoris et qu'il ne pouvait prendre sur lui de signer. Lord
Palmerston a ajout qu'il avait t oblig de conclure que des
confrences nouvelles ne mneraient  rien, et qu'aujourd'hui la
ngociation tait juste au point o elle tait reste il y a cinq
mois.

Le ministre de Prusse, M. de Blow, a essay de rpondre et a insist
sur la runion de la confrence, en donnant pour raison dterminante
que le roi des Pays-Bas se servirait de notre refus auprs des
Hollandais et auprs des diffrents cabinets de l'Europe comme le
motif qui empchait la ngociation de se terminer.

J'ai pu alors tablir, en reprenant plusieurs des arguments trs bien
dvelopps par lord Palmerston, que ngocier encore, sans avoir
l'esprance d'arriver  une conclusion dfinitive, tait une
manire inconvenable de placer la confrence; que nous devions
toujours nous mettre d'accord avec nous-mmes; que la sparation des
territoires, base premire du royaume de Belgique, avait t arrte
sans aucune rserve des puissances; qu'ainsi, nous tions lis  cet
gard...; que si M. Dedel n'avait pas de pouvoirs pour signer avec
nous ce que nous nous tions engags  faire, il n'y avait pas de
ngociation utile  suivre; qu'ainsi, mon opinion tait, comme celle
de lord Palmerston, qu'il fallait, pour le moment, laisser les choses
dans l'tat o elles taient; que l'action ne nous ayant pas russi,
il fallait avoir confiance dans la puissance de l'inaction.

Aprs quelques moments de silence, on s'est spar, et cette
confrence, comme je l'avais prvu et comme je vous l'avais mand, n'a
men  rien. Les plnipotentiaires autrichien et prussien ont excut
exactement les ordres de leurs gouvernements; ils ne pouvaient pas
paratre se rendre aux observations que nous leur faisions, mais leur
silence a d nous faire croire qu'ils trouvent nos raisons sans
rplique. Nous nous sommes spars, sans ajournement, comme on le
ferait aprs une chose abandonne...

  [170] Discours prononc par le roi  la sance d'ouverture du
  parlement. Voici le texte du passage auquel fait allusion M. de
  Talleyrand:

   Le but constant de ma politique a t d'assurer  mes peuples la
   jouissance non interrompue du bienfait de la paix. En ceci, j'ai
   t parfaitement second par la bonne intelligence si heureusement
   tablie entre mon gouvernement et celui de la France, et les
   assurances que j'ai reues des dispositions amicales des autres
   puissances du continent me donnent la confiance que mes efforts
   continueront d'tre couronns de succs...

  [171] On se rappelle que les ngociations relatives  l'affaire
  hollando-belge avaient t suspendues au mois d'aot prcdent, 
  la suite du refus par le roi Guillaume de faire auprs de la
  dite et des princes de Nassau les dmarches ncessaires pour se
  faire autoriser  cder  la Belgique la partie du Luxembourg que
  lui attribuait le trait des vingt-quatre articles. Le roi des
  Pays-Bas s'tait enfin dtermin  agir, mais avait essuy un
  double refus. Il crut nanmoins que devant cette preuve de bonne
  volont, la confrence accepterait de reprendre les ngociations
  et donna des instructions en consquence  ses plnipotentiaires.
  On va voir quel accueil on fit  Londres  sa proposition.

    Le 14 fvrier 1834.

Sur la demande du charg d'affaires de Grce, M. Skinas, la
confrence s'est runie aujourd'hui pour examiner la proposition qu'il
tait charg de nous faire, de donner notre garantie  la troisime
srie de l'emprunt grec. M. Skinas nous a expos l'tat embarrass des
finances de la Grce, et est entr dans de grands dtails  ce
sujet... Nous savions, lord Palmerston et moi, que le prince de Lieven
avait reu des ordres qui l'empchaient de consentir  ce que la
garantie sollicite ft donne... Nous l'avons donc laiss faire
valoir les difficults que son gouvernement faisait  l'obtention de
cette garantie. Ces difficults sont de forme. La Russie veut qu'on
exige des comptes dtaills de l'tat vritable des finances grecques;
et M. Skinas ayant promis de nous les fournir dans un temps trs
court, nous nous sommes rendus aux observations de M. de Lieven, qui
ne nous engageaient qu' un dlai.

Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer que ce qui se montre dans
l'opinion de M. le prince de Lieven n'est pas le vritable motif sur
lequel elle est fonde. La Russie ne veut pas perdre un moyen d'action
qui lui reste encore sur les affaires de la Grce. Peut-tre a-t-elle
des projets particuliers dont les difficults prsentes rendraient
l'excution plus facile. Les renseignements que vous devez avoir vous
feront juger mieux que personne de la valeur des conjectures que nous
formons ici, et vous expliqueront probablement ce qui fait que la
Russie, qui tait la premire, il y a un an,  demander la garantie
des trois puissances, se montre aujourd'hui difficultueuse sur ce
point...

    Londres, le 23 fvrier 1834.

... Je vous remercie de m'avoir donn communication de la dpche de
M. le marchal Maison, par laquelle il vous rend compte de la nouvelle
convention conclue le 29 janvier,  Saint-Ptersbourg, entre la Porte
ottomane et la Russie[172]. Cette convention adoucit,  certains
gards, les conditions qui avaient t imposes  la Turquie, par le
trait d'Andrinople; mais il est difficile aussi de ne pas reconnatre
que les renonciations de la Russie ne sont pas aussi tendues qu'elles
en ont l'apparence. La Turquie est pour elle un crancier insolvable;
si elle lui fait une remise de fonds, le sacrifice n'est pas grand.
L'vacuation des principauts est une mesure incomplte, car
l'occupation de Silistrie et la route militaire conserve  travers
les provinces qui doivent tre vacues sont des garanties presque
quivalentes  celles dont la Russie a fait l'abandon par le trait du
29 janvier. Il n'y a pas dans tout ceci beaucoup de gnrosit ni
d'abngation. Ce qui est surtout  regretter, c'est que le
plnipotentiaire ottoman n'ait pas stipul dans la convention le
nombre des troupes qui devront former la garnison de Silistrie. C'est
l un point important que la Porte ottomane et l'Autriche n'auraient
pas d ngliger de faire rgler selon leur intrt commun. Vous savez
ce que c'est qu'une occupation de huit ans. L'Autriche parat avoir
oubli qu'il y a deux mois, elle disait qu'elle ne permettrait
jamais que la Russie s'empart d'un village turc; elle aurait bien de
la peine  trouver dans ses archives qu'une occupation de huit annes
ne soit pas devenue une proprit. Il serait, dans mon opinion, utile
et grand pour la politique franaise et anglaise runies de s'entendre
pour faire faire  la Porte ottomane, un emprunt qui la librt
immdiatement, et ft rentrer les principauts et la Porte elle-mme
dans leurs droits de souverainet. Jamais le crdit de notre pays et
de l'Angleterre n'aurait t plus noblement et plus politiquement
employ...

  [172] _Dpche du 1er fvrier 1834_.--La convention du 29 janvier
  stipulait l'vacuation par les Russes des principauts, qui
  devait tre effectue avant la fin de mai suivant. Elle rglait
  l'organisation de ces provinces, la quotit du tribut  payer 
  la Porte, le mode de nomination des hospodars, qui seraient
  choisis par le sultan sur une liste prsente par les boyards.
  Les principauts auraient leur arme, leur flotte et leur
  drapeau. Les sandjacks de Tcheldir et de Pasken seraient
  dfinitivement runis  la Turquie.

  Il tait accord  la Porte une remise de deux millions de ducats
  sur les six millions que le trait d'Andrinople lui avait assigns
  comme contribution. Le payement des quatre millions restants
  devait tre effectu en huit ans, et jusqu' complte libration
  de la Turquie, la Russie devait occuper la place de Silistrie dont
  les communications avec l'empire seraient assures par une route
  militaire traversant les principauts.

    Le 24 fvrier.

En relisant aujourd'hui ce que j'ai eu l'honneur de vous crire dans
ma dpche d'hier sur l'utilit dont serait pour la Porte ottomane
d'tre libre, par un emprunt, des obligations qu'elle a dernirement
contractes envers la Russie, j'ai trouv que, pour complter cette
ide, il fallait essayer d'associer l'Autriche au plan que je vous ai
propos: la sret de ses frontires de l'est, la libert de la
navigation du Danube, qui se trouve commande par Silistrie, et aussi,
ses intrts germaniques, lui font,  ce qu'il me semble, un devoir de
faire tous ses efforts pour enlever  la Russie la position que cette
puissance cherche  conserver dans les principauts. Je croirais donc
que le moment est favorable pour lui faire cette proposition, et, si
elle l'acceptait, nous trouverions pour notre compte l'immense
avantage de rompre l'unit de politique suivie par les trois
puissances du nord depuis trois ans. Cette affaire me parat digne de
toute votre sollicitude.

Le ministre de Sude m'a parl hier d'une dmarche faite prs de
son gouvernement par le gnral Suchtelen[173], ambassadeur de Russie
 Stockholm dans le dessein de connatre quelle serait la conduite de
la Sude si la guerre venait  clater entre la France, l'Angleterre
et la Russie. Le gouvernement sudois a rpondu par une note qu'il
garderait la neutralit, et il a charg son ministre  Pterbourg de
le notifier au cabinet russe... J'ai d vous instruire de ce fait,
quoique je croie qu'il n'aura pas de suite...

  [173] Jean-Pierre, comte de Suchtelen, n en 1759, ancien
  officier hollandais pass, en 1783, au service de la Russie,
  devint gnral, puis ambassadeur  Stockholm. Il fit la campagne
  de 1813 dans l'tat-major de Bernadotte, revint  Stockholm aprs
  la paix et y resta jusqu' sa mort (1836).


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, le 27 fvrier 1834.

... Marseille, Lyon, Saint-tienne et ce que nous venons d'avoir 
Paris, tait une mme chose, un coup mont par les mmes factions, par
les rpublicains, par les associations et les socits secrtes[174].
Les ouvriers de Lyon et de Saint-tienne n'ont heureusement voulu
prendre aucune part  l'meute, et tout est maintenant rentr dans
l'ordre dans ces trois villes. Ici, la population n'a non seulement
pris aucune part aux coupables tentatives de dsordre, mais elle en a
t indigne; la garde nationale en est exaspre, ainsi que la
troupe de ligne et, de fait, cela n'a t qu'une poigne de misrables
qui ne pouvaient donner d'inquitudes srieuses. En rsultat, cela a
t un mal pour un bien, en faisant sentir gnralement la ncessit
d'une loi pour rprimer ces associations et les socits secrtes et
la faisant dsirer  tout le monde. On ne doute pas que cette loi
passera  la Chambre[175]...

Le roi pense comme vous que le nouveau trait russo-turc est une
grande amlioration, mais que cela ne peut pas changer matriellement
la position relative de la Russie et de la Turquie, qui est celle de
la force et de la nullit. Ainsi, ce que le roi croit le plus
essentiel, c'est le dsarmement de la flotte de la mer Noire, parce
que tant qu'elle est arme, elle peut transporter les Russes 
Constantinople en trois jours. Une fois cette flotte dsarme, le
mouvement rapide n'est plus possible. Quant  l'vacuation des
principauts, c'est une trs bonne chose, sans doute; mais avec une
route militaire et Silistrie, elle est plus apparente que relle.

Le point essentiel, le noeud gordien de cette affaire, c'est la
politique de l'Autriche. La Russie ne bougera pas si elle n'a pas
l'assentiment de l'Autriche; et j'appelle assentiment, la certitude de
son inaction. La question est de savoir ce qui est fait  cet gard.
L'Angleterre est de toute manire mieux place que nous, pour le
dcouvrir, et c'est  elle  nous le dire. Tchez donc qu'elle le
fasse...

  [174] Des troubles avaient clat sur divers points du
  territoire,  la suite de la loi sur les crieurs publics. On sait
  que la loi du 16 fvrier les assujettissait  l'obligation de
  demander une autorisation pralable. Des scnes de dsordre se
  produisirent, notamment,  Paris et  Lyon durant les journes
  des 21, 22 et 23 fvrier.

  [175] Cette loi fut en effet vote le 25 mars suivant par la
  Chambre des dputs,  la majorit de 246 voix contre 154.


LE COMTE DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Madrid, le 21 fvrier 1834.

    Mon prince,

J'ai respect le repos dont j'ai pens que vous vouliez jouir pendant
votre voyage en France. J'ai pens que vous ne m'en voudriez pas de
vous laisser un peu oublier les affaires de la pninsule. Mais
l'occasion que m'offre aujourd'hui pour vous les rappeler le dpart de
M. de Florida-Blanca[176] est trop tentante, et je n'y puis rsister.

C'est hier que nous avons officiellement connu ici la rponse de lord
Palmerston  la demande de secours que dom Pedro avait adresse au
gouvernement anglais. Le sentiment qu'a fait prouver au nouveau
cabinet espagnol la certitude que l'Angleterre ne voulait pas sortir
de son systme d'inaction est une sorte de consternation. L'Espagne
est et sera encore longtemps hors d'tat d'intervenir efficacement en
Portugal, et tant que dom Miguel et don Carlos se soutiendront, il n'y
a pour le gouvernement de la reine ni tranquillit ni scurit.

M. de Florida-Blanca est charg de commenter ce texte et de tcher de
faire changer la dtermination de l'Angleterre. On a eu ici l'ide que
si le gouvernement anglais ne pouvait dcidment pas devenir
l'auxiliaire de son allie doa Maria, il pourrait au moins la servir
indirectement en donnant des subsides  l'Espagne. Mais je crois que
le temps des subsides est pass.

On songe srieusement  la convocation des corts. C'est une
dangereuse exprience. Il n'est donn  personne d'en prvoir le
rsultat; mais il est devenu impossible de ne pas la faire. Quand on
rflchit  la tche qu'ont  remplir ceux qui gouvernent ce pays-ci,
on est rellement prs de dsesprer. Voici l'numration d'une
partie des travaux qui leur sont imposs: altrer l'ordre de
succession,--changer la forme du gouvernement,--rformer les finances
et l'administration,--touffer la guerre civile,--pacifier un pays
voisin. Et tout cela, il faut le faire pendant une rgence; et une
rgence confie  une femme!

M. de Florida-Blanca dsire que Votre Altesse veuille bien l'honorer
de sa bienveillance et le guider par ses conseils. Il en connat tout
le prix et est bien persuad que c'est seulement en les suivant qu'il
peut esprer quelque succs dans la mission difficile qui lui est
confie[177]...

  [176] Le comte de Florida-Blanca partait pour Londres o il
  venait d'tre accrdit.

  [177] Le duc de Broglie crivait en mme temps  M. de
  Talleyrand:

   ... Le cabinet espagnol voit toujours dans la prolongation de cette
   lutte (en Portugal) un des plus grands dangers qui puissent exister
   pour le trne de la reine Isabelle, et comme il croit que
   l'intervention de l'Angleterre peut seule y mettre un terme, il ne
   renonce pas  l'espoir d'amener enfin le cabinet de Londres a
   sortir de sa neutralit. M. de Florida-Blanca, qui est attendu 
   Paris d'un moment  l'autre, a ordre de presser vivement  cet
   gard lord Palmerston. Je n'ai pas besoin, prince, de vous prier
   d'accorder votre appui et vos conseils  la lgation d'Espagne dans
   toutes les circonstances o vous croirez pouvoir lui tre de
   quelque utilit.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 4 mars 1834.

    Monsieur le duc,

Le ministre anglais a reu des nouvelles de Portugal, qui
annoncent qu'un engagement srieux a eu lieu prs de Santarem, entre
les troupes de dom Pedro, et celles de dom Miguel[178]. Les dpches
que M. le baron Mortier vous a crites, et que je vous transmets
aujourd'hui, vous donneront sans doute des dtails plus circonstancis
que ceux que je pourrais vous mander. Mais je dois vous prvenir que
les rapports qui sont parvenus au ministre britannique, et mme les
lettres des personnes attaches au parti de dom Pedro, s'accordent 
dire que cette affaire, si vante d'abord, n'tait rien moins que
dcisive, car l'arme de dom Miguel, suivant les dernires nouvelles,
tait  quatre lieues en avant de Santarem.

Quoique les partisans de dom Pedro considrent ses forces militaires
comme suffisantes pour le succs de la cause de la jeune reine,
cependant, on fait encore  Londres beaucoup d'enrlements, des achats
d'armes et de munitions de guerre...

  [178] Le combat est du 18 fvrier. Les troupes migulistes
  battirent en retraite aprs une lutte acharne.

    Londres, le 10 mars 1834.

J'ai reu votre dpche numro 19. Vous ne devez pas douter de
l'empressement que je mettrai  prter mon concours  M. de
Florida-Blanca lorsqu'il sera arriv  Londres. Je voudrais esprer
que le gouvernement britannique, mieux clair sur les vritables
intrts de la pninsule et dbarrass des entraves que lui imposent
les affaires intrieures de l'Angleterre, reconnatra enfin la
ncessit de renoncer  la neutralit qu'il a conserve en Portugal.
Je me suis toujours efforc de le diriger dans cette voie, et je
continuerai  le faire aprs l'arrive de M. de Florida-Blanca; mais,
j'avoue que, jusqu' prsent, j'ai peu d'espoir que nous atteignions
le but tant dsir par le gouvernement actuel de l'Espagne...

    Le 18 mars.

Je crois devoir appeler votre attention toute particulire sur le
rcit de la sance de la nuit dernire  la Chambre des communes, qui
se trouve dans les journaux anglais de ce jour. Une motion de M.
Sheil[179], tendant  obtenir la remise  la Chambre de tous les
documents relatifs aux affaires d'Orient a donn lieu  une discussion
importante[180].

Vous remarquerez sans doute avec plaisir les passages des discours de
lord Palmerston et de M. Stanley[181], qui se rapportent plus
spcialement aux relations politiques, si heureusement tablies entre
la France et la Grande-Bretagne[182]. Le gouvernement du roi ne
pourra qu'tre satisfait du langage des deux ministres anglais, qui
est, non seulement fort honorable pour la France, mais qui constate
d'une manire bien avantageuse pour nous, aux yeux de l'Europe,
l'union des deux pays. Cette union devait tre le but de nos efforts;
sa ralisation nous a dj procur et nous promet encore, ce me
semble, de bien utiles rsultats...

  [179] Richard Lalor Sheil, n en 1791, crivain et homme
  politique irlandais. Il fut lu dput  la Chambre des communes,
  devint en 1839 vice-prsident du bureau du commerce, et en 1846
  directeur de la monnaie. En 1850, il fut nomm ministre 
  Florence, et mourut l'anne suivante.

  [180] La motion de M. Sheil, qui aurait eu la porte d'un vote de
  dfiance contre le cabinet, fut repousse malgr l'intervention
  de sir Robert Peel.

  [181] douard-Geoffroy Smith Stanley, comte de Derby, n en 1799
  d'abord connu sous le nom de lord Stanley, entra tout jeune  la
  Chambre des communes, devint en 1830 conseiller priv et
  secrtaire d'tat pour l'Irlande et ministre des colonies en
  1833. Il se retira en 1834 et ne rentra aux affaires qu'en 1841,
  comme ministre des colonies dans le cabinet de sir Robert Peel.
  En 1852 il devint chef d'un cabinet qui ne dura que quelques
  mois. Il fut de nouveau premier lord de la Trsorerie en 1858 et
  une dernire fois de 1866  1868; il mourut en 1869.

  [182] _Lord Palmerston:_  Les relations qui unissent la France
  et l'Angleterre deviennent de jour en jour plus amicales. A
  mesure que les deux gouvernements se connaissent mieux, ils
  s'apprcient davantage, et c'est pour moi, je l'avoue, un
  vritable sujet d'orgueil et de satisfaction de songer que les
  prjugs qui divisaient les deux pays sont presque entirement
  effacs.

    Le 27 mars.

... J'ai donn lecture  lord Palmerston de la lettre que vous avez
crite au charg d'affaires de France  La Haye pour l'inviter 
demander  M. le baron de Zuylen des explications sur les mouvements
qui auraient eu lieu dans l'arme hollandaise[183]. Lord Palmerston a
approuv si compltement cette dmarche, qu'il en fera faire une du
mme genre  La Haye et qu'il a dj envoy au charg d'affaires
d'Angleterre une note qu'il devra passer  M. de Zuylen. Cette note
reproduit  peu prs les termes de la lettre dont vous avez bien voulu
m'adresser une copie.

Je ne l'ai point dtourn de donner  ses reprsentations  La Haye
la forme qu'il a choisie, mais je pense que votre lettre 
M. Drouyn de L'Huys[184] est prfrable, et qu'il est souvent bon
d'viter l'emploi d'une note diplomatique, dont la gravit peut
quelquefois blesser. Je suis port  le croire, par l'exemple que je
viens prcisment d'en voir. Vous avez su que le cabinet de Vienne
avait fait une rponse vasive,  peu prs comme celle du cabinet de
Berlin,  la note de l'ambassadeur d'Angleterre relative aux
vnements qui se sont passs dans le Luxembourg[185]. Mais, en mme
temps, M. de Metternich a charg l'ambassade d'Autriche  Londres de
donner des explications plus tendues au cabinet anglais. Ces
explications portent sur les deux faits qui ont servi de prtexte 
l'arrestation de M. Hanno, c'est--dire la leve de la milice et la
vente de coupes de bois dans le rayon stratgique de la forteresse de
Luxembourg. Sur le premier de ces points, M. de Metternich
soutient que le gouvernement belge tait dans son tort, parce que la
leve de la milice est une question qui concerne l'autorit militaire,
et qu' ce titre le commandant de la forteresse pouvait mettre
opposition aux mesures de l'administration belge. Quant  la vente des
coupes de bois, le chancelier d'tat croit que la Belgique avait droit
d'en rclamer la jouissance, et ajoute assez ironiquement qu' cet
gard, il ne peut pas partager l'opinion de lord Palmerston, qui, dans
le principe de la discussion, avait blm la rclamation des Belges.
M. de Metternich fait valoir cette dernire circonstance pour montrer
l'impartialit qu'il apporte dans l'apprciation des faits, et il
termine en exprimant l'tonnement que lui a caus la dmarche faite 
Vienne par le cabinet anglais, dmarche qui, dit-il, n'tait motive
par rien, puisque l'Angleterre a un ministre  Francfort, et la
Belgique, un ministre  Vienne; et que, dans l'ordre des convenances,
c'et t un de ces deux agents qui aurait d tre charg d'agir, et
non l'ambassade d'Angleterre en Autriche. Il rgne en tout dans cette
communication de M. de Metternich un ton qui dcle toujours ses
dispositions peu bienveillantes soit pour le gouvernement anglais,
soit peut-tre pour lord Palmerston seulement, et on voit que le
chancelier d'tat a saisi avec empressement l'occasion de blmer la
note remise, peut-tre un peu lgrement, au cabinet autrichien par
sir F. Lamb[186].

J'ai fait part  lord Palmerston des nouvelles de Madrid que vous
aviez bien voulu me transmettre. Il ne m'a tmoign que de la
satisfaction d'apprendre l'entre en Portugal d'un corps de huit mille
Espagnols, et je n'ai pas cru devoir provoquer d'autres
explications[187]. Le cabinet anglais ne voit dans cette affaire que
la question portugaise, et tout ce qui peut en amener la solution lui
parat avantageux. Nous sommes tonns tous deux cependant que la
rgente d'Espagne pt, dans sa situation actuelle, disposer d'un corps
de huit mille hommes; cela laisserait supposer que ses embarras sont
moins grands, en effet, qu'ils ne le paraissent, si je ne trouvais
pas, dans votre dpche mme, plus d'une raison de modifier cette
opinion...

  [183] Cet incident n'eut pas de suite. Le duc de Broglie, en
  effet, crivait le 31 mars: ... Les inquitudes manifestes par
  les Belges ne reposaient pas,  beaucoup prs, sur des faits
  positifs. Aujourd'hui, elles sont entirement dissipes, et le
  cabinet de Bruxelles convient lui-mme qu'il avait trop
  lgrement ajout foi aux rapports de ses agents (_Dpche du
  duc de Broglie  M. de Talleyrand_).

  [184] douard Drouyn de L'Huys, n en 1805, fut nomm, en 1830
  attach d'ambassade  Madrid, puis, fut pendant trois ans, charg
  d'affaires  La Haye, et, en 1836, premier secrtaire  Madrid.
  En 1840, il devint directeur des affaires commerciales au
  ministre des affaires trangres et dput de Melun en 1842.
  Rlu en 1848, il devint ministre des affaires trangres la mme
  anne, ambassadeur  Londres (1849), de nouveau ministre en 1851,
  puis vice-prsident du Snat, fut encore charg du portefeuille
  des affaires trangres, de 1852  1855, puis de 1862  1866.
  Rendu  la vie prive en 1870, il mourut en 1881.

  [185] Un incident grave venait de se passer dans le Luxembourg.
  Le gouvernement belge, se fondant sur le trait du 21 mai qui
  avait consacr le maintien du _statu quo_ territorial en
  Belgique, s'tait mis en devoir de faire la vente des coupes de
  bois d'usage et de lever la milice dans la partie allemande du
  Luxembourg. Le gnral Dumoulin, qui commandait la forteresse de
  Luxembourg, s'y opposa, et le gouvernement dsireux d'viter tout
  conflit, ajourna ses projets. Toutefois, des affiches concernant
  la leve de la milice ayant t apposes dans deux communes, le
  gnral prussien Dumoulin fit enlever le commissaire belge du
  district, M. Hanno, qui cependant se trouvait en dehors du rayon
  stratgique, et le fit emprisonner(15 fvrier). Le cabinet belge
  s'adressa  la France et  l'Angleterre qui firent des
  reprsentations  la dite. Celle-ci donna immdiatement des
  ordres pour l'largissement du commissaire belge, et le gnral
  Dumoulin fut dsavou.

  [186] En mme temps que l'Angleterre, la France tait intervenue
   Vienne au sujet de cet incident. M. de Sainte-Aulaire crivait
  qu'il avait trouv M. de Metternich fort mal dispos par la note
  que venait de lui remettre sir F. Lamb. M. de Metternich
  prtendit que l'Autriche ne pouvait pas plus  tout cela que les
  autres puissances. Press par l'ambassadeur, il convint enfin que
  le procd du gnral Dumoulin tait blmable, et que s'il tait
  au service de l'Autriche, il serait immdiatement rappel
  (_Dpche du comte de Sainte-Aulaire au dpartement_, 9 mars).

  [187] L'intervention de l'Espagne en Portugal avait t provoque
  par l'attitude de dom Miguel qui, rfugi prs de la frontire
  des deux pays, avait refus de reconnatre la reine Isabelle,
  avait accueilli comme roi d'Espagne don Carlos, et lui
  fournissait tous les moyens de soutenir la lutte. Le gouvernement
  espagnol s'autorisa de ces faits pour envoyer en Portugal le
  gnral Rodil, avec ordre d'assister dom Pedro (16 avril).

  Le 31 mars.

Dans la dernire entrevue que j'ai eue avec lord Palmerston et avec
lord Grey avant le dpart de ces deux ministres pour la campagne, ils
m'ont parl d'une dpche qu'ils venaient de recevoir de Vienne, et
dans laquelle sir Frdric Lamb leur rendait compte d'une conversation
qu'il avait eue avec M. le prince de Metternich. Il parat que dans
cette conversation, le chancelier d'tat a jet en avant une de ces
thses qu'il aime  soutenir et  dvelopper: celle-ci tait sur
l'empire ottoman dont il annonait la chute prochaine. Il en avait
trouv la cause, disait-il, dans la religion mahomtane qui a plac la
race turque sous le joug d'un absurde fanatisme, ennemi de tout
progrs, au milieu des populations europennes qui tendent toutes  se
modifier sans cesse. Appliquant cette opinion  la race arabe et sans
se soucier de la contradiction qu'elle rencontre dans les entreprises
hardies du pacha d'gypte, M. de Metternich a dclar cette dernire
race galement incapable, par la mme raison, de succder utilement 
la puissance turque, et a ajout qu'il fallait chercher une nouvelle
combinaison pour arrter la catastrophe qui se prparait en Orient, ou
du moins pour tirer parti de ses consquences.

C'est l que se seraient bornes, ce jour-l du moins, les
confidences du chancelier d'tat; mais les deux ministres anglais,
voulant pntrer plus avant dans sa pense, se sont efforcs de
dcouvrir ce que le cabinet de Vienne proposerait de substituer 
l'tat actuel des choses en Turquie; et aprs avoir rejet l'ide, qui
leur a paru impraticable, de l'tablissement d'un prince europen 
Constantinople, ils se sont arrts  celle qu'un partage de l'empire
ottoman devait tre l'arrire-pense dominante de M. de Metternich. Je
n'ai pas essay de combattre cette conviction dans l'esprit de lord
Grey et de lord Palmerston, quoiqu'il me paraisse qu'ils se sont un
peu trop laisss influencer parce que M. de Metternich a dit,
peut-tre avec cette lgret qui lui est propre; mais j'ai cru devoir
vous faire part de la conversation du chancelier d'tat et de
l'impression qu'elle avait produite sur le cabinet anglais.  Les
ministres,  l'occasion des ftes de Pques, seront absents de Londres
jusqu'au 7 avril...

       *       *       *       *       *

Nous en tions l de nos affaires, lorsqu'un malheureux incident vint
jeter une perturbation momentane dans la confiance que le
gouvernement anglais paraissait avoir enfin prise dans notre cabinet;
je veux parler de la dmission que le duc de Broglie se crut oblig de
donner  la suite du vote de la Chambre des dputs, qui rejetait le
trait conclu entre la France et les tats-Unis d'Amrique[188]. On
sait que ce trait rglait les rclamations leves depuis vingt ans
par les tats-Unis pour les dprdations qui auraient t commises par
la marine franaise pendant les guerres de l'empire. La France s'tait
engage  payer vingt-cinq millions de francs aux tats-Unis, et c'est
 cause de cette clause que le trait avait t soumis  la Chambre
des dputs. Il avait t sign par le gnral Sbastiani  l'poque
o il tait ministre des affaires trangres; mais le duc de Broglie
eut la gnrosit d'en assumer la responsabilit. Une intrigue avait
t monte dans la Chambre pour faire avorter la proposition du
gouvernement; l'intrigue russit, et le duc de Broglie donna sa
dmission. Quelques lettres que je reus de Paris  cette occasion
offrent assez d'intrt pour que je croie devoir leur faire trouver
place ici.

  [188] Trait du 4 juillet 1831.--La question tranche par ce trait
  tait pendante depuis 1812. Les tats-Unis demandaient soixante-dix
  millions; ils finirent par accepter la somme de vingt-cinq millions,
  offerte par la France et concdrent en outre quelques rductions de
  tarif pour nos vins et nos soies. Ce trait soumis  la chambre le
  28 mars, fut rejet aprs cinq jours de discussion par 176 voix
  contre 168. Le duc de Broglie donna immdiatement sa dmission.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 2 avril 1834.

    Mon cher prince,

Je suis sre que dans ce moment vous dsirez une lettre de moi;
aussi, quoique je ne sache encore rien de ce qui se dcide
probablement dans ce moment au conseil o notre roi est en sance
depuis ce matin dix heures et demie, et il en est deux et demie, aprs
en avoir eu hier soir jusqu' minuit, je viens gmir avec vous du
dplorable vote de la Chambre et de la sance d'hier. C'est bien grave
et bien malheureux. Je comprends que le duc de Broglie et Sbastiani
ne veulent pas rester, et quelles tristes consquences va avoir ce
rejet du trait amricain. Quelle ignorance et quelle btise de la
part de cette Chambre qui avait t si bien pour la loi des
associations!...

_Trois heures_.--Le roi est encore au conseil, mais le gnral
Sbastiani, qui en sort, vient de me dire que c'est probablement M. de
Rigny qui sera nomm ministre des affaires trangres. J'ignore encore
celui qui remplacera M. de Rigny  la marine. Du reste, le ministre
reste le mme, ce qui tait  dsirer dans la circonstance actuelle.

On dit qu'il y a dj raction dans la Chambre sur le vote d'hier, et
regret. Malheureusement, il n'est plus temps...

    Le 4 avril.

J'esprais avoir  vous mander hier que l'arrangement du ministre
tait termin, comme je le pensais lorsque je vous ai crit le 2, ce
qui tait le moins de changement possible et certainement, par
cette seule raison et dans les circonstances prsentes surtout, ce
qu'il y avait de mieux. C'tait bien aussi l'avis du marchal Soult,
de Sbastiani, et, dans le premier moment, de la grande majorit du
conseil. La premire pierre d'achoppement a t M. Mol, auquel il y a
eu objection par gard pour vous et l'Angleterre. Effectivement, comme
vous me le dites dans votre lettre, ce n'est que l'autorit, la
longanimit et l'esprit conciliateur de notre cher roi qui sont
parvenus, jusqu' prsent,  tenir ensemble son ministre. Les hommes
se fatiguent d'tre ensemble, et ce dont on tait satisfait en
commenant ne contente plus au bout d'un certain temps. Le mtier le
plus difficile est celui du roi qui doit accorder et tenir ensemble
les ttes; mais il en a une qui, grce au ciel et pour le bonheur de
notre patrie, fait face  tout. Il faut sa patience, sa force d'me et
sa ferme volont pour y rsister. Il n'y a encore rien de fait pour le
ministre. En attendant, chacun reste  son poste...

    Le 5 avril.

La grande affaire du ministre est enfin termine d'hier soir; je
joins ici le _Moniteur_ qui vous donnera toute la nouvelle
composition[189]. Ce sont des gens de talent, et j'espre que cela
marchera bien. Je suis bien aise que cela soit fini, car notre roi a
bien besoin de pouvoir se reposer un peu des fatigues de tout
genre qu'il a eues ces jours-ci. Il y a eu un oubli dans le _Moniteur_
que je vous envoie, mais qui sera rpar: c'est que Sbastiani est
nomm  l'ambassade de Naples, o il fera certainement trs bien.

Une chose qui nous choque, c'est que beaucoup de journaux anglais, et
d'autres aussi, veulent attribuer  d'autres causes et  d'autres
qu'au roi et  vous le mrite de l'union de la France et de
l'Angleterre et de la pense de l'alliance, tandis que, comme dit
notre roi, c'est lui qui en est le pre et vous le parrain. Vous devez
rclamer cet honneur, et pour vous et pour lui...

  [189] Le nouveau ministre fut constitu le 4 avril. Le marchal
  Soult, MM. Humann et Guizot conservaient leurs fonctions; M.
  Thiers passait du ministre du commerce et des travaux publics 
  celui de l'intrieur; M. de Rigny, du ministre de la marine aux
  affaires trangres; M. Duchtel prit le portefeuille du
  commerce, et M. Persil fut nomm garde des sceaux. L'amiral Jacob
  devint ministre de la marine aprs le refus de l'amiral Roussin,
   qui ce portefeuille avait t offert.


LORD HOLLAND AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Holland House, le 4 avril 1834.

Quelles fcheuses nouvelles! Ne peut-on pas esprer que M. de Broglie
reprenne son portefeuille? Pourquoi ne veut-on pas couter le sage
conseil de cet ancien moine qui disait:

    In omnibus tuis cogitationibus sempre caveto de resignationibus.

Dites-moi, je vous prie, ce que vous en savez.


LORD BROUGHAM AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Le 4 avril 1834.

    Mon cher prince,

Mille condolances de la dmission de notre excellent ami  Paris.
Rien de plus mal  propos dans ce moment. Mais il faut redoubler nos
efforts pour que rien ne porte atteinte aux liaisons si heureusement
tablies entre nos deux pays. C'est l le point sur lequel toute
ma politique extrieure tourne,  peu de chose prs, et la vtre
aussi, je le sais bien...


LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 6 avril 1834.

    Mon prince,

Tant qu'a dur la crise dont nous sortons, j'ai diffr de vous
crire. Je ne m'en sentais pas le courage. Quelque rsolu que je
fusse, quelle que ft ma conviction que le parti que je prenais tait
indispensable, en voyant le pouvoir prt  passer aux mains de ceux
qui devaient le livrer  nos ennemis, mon angoisse tait grande. Je
craignais de ne pouvoir vous la cacher. Grce au Ciel, tout est
termin, et heureusement termin. Le conseil s'est reform: il est
plus uni, plus fort, mieux assis que ne l'tait le prcdent; rien n'y
sera chang, tout y sera conduit avec plus d'ensemble, de vigueur et
de suite. L'impuissance de nos adversaires a t encore une fois
constate: ils sont trs honteux et trs dconcerts.

Je n'ai donc qu' m'applaudir de ce que j'ai fait; mais, lors mme
que les vnements auraient tourn autrement, je ne pourrais m'en
repentir.

Un ministre des affaires trangres est oblig d'engager tous les
jours la parole de son gouvernement, de l'engager lui seul, le plus
souvent, sans consulter ses collgues, sans prendre les ordres du roi.
Chaque mot qu'il dit est recueilli sur-le-champ, et envoy aux quatre
coins de l'Europe; il faut non seulement que sa parole soit sincre,
mais qu'elle soit srieuse. Il faut qu'on puisse y compter non
seulement comme franchise, mais comme ralit. Il faut qu'il ait non
seulement la volont, mais le pouvoir de tenir ce qu'il a promis. Or,
du moment qu'il est solennellement constat que le ministre des
affaires trangres n'est pas en position de faire respecter par les
Chambres la parole donne au nom du gouvernement, il doit se retirer;
l'intrt du pays l'exige, son propre honneur y est engag. C'est
prcisment parce qu'une des raisons qui ont le plus concouru  faire
rejeter le trait amricain, c'tait que le gouvernement serait bien
aise, au fond, qu'on lui fort la main, que, pour ma part, je ne
pouvais pas hsiter  donner  cette infamie le plus clatant dmenti.

Un autre motif encore ne me laissait pas la libert du choix. La
Chambre ne voyait pas la porte de ce qu'elle faisait; elle croyait,
quoi qu'on pt lui dire, que rejeter un trait, c'tait une chose
toute simple; qu'on pouvait disposer d'un trait comme d'un amendement
sur une loi d'intrt local; elle croyait qu'en l'avertissant des
consquences, je lui surfaisais, pour ainsi parler; qu'en annonant
que j'attachais  son vote mon existence ministrielle, et peut-tre
celle du cabinet tout entier, c'tait une faon de parler; que j'tais
une espce de marchal Soult, menaant de m'en aller, et m'accommodant
ensuite du sort qu'il lui plairait de me faire. Je ne pouvais pas
hsiter  lui prouver le contraire,  lui faire savoir qu'il y a au
monde des choses et des hommes qu'on ne peut traiter avec lgret
impunment. La leon a t svre et l'inquitude bien grande dans la
majorit pendant quelques jours. J'espre que cette inquitude portera
ses fruits. Toujours est-il qu'en ce moment la Chambre est fort
humilie de sa conduite, et que le trait passerait, en ce moment, aux
quatre cinquimes des voix.

Vous avez t si bon pour moi, mon prince, en tout temps, et
principalement depuis dix-huit mois, que je tiens  vous faire
connatre les motifs qui m'ont dirig. Quant  mon successeur, vous le
connaissez aussi bien que moi; le roi et mes collgues ont, pour ainsi
dire, exig que je le nommasse moi-mme. Je suis parfaitement certain
qu'il continuera le plan de conduite que j'ai suivi jusqu'ici, sous
vos auspices et d'aprs vos conseils. C'est sa ferme rsolution. Il a
beaucoup d'esprit et d'habilet. Je crois qu'il m'est sincrement
attach; j'en suis mme sr; tout ce que je pouvais faire de bien, il
le fera, et il le fera mieux que moi, parce que l'avnement au
ministre du commerce de M. Duchtel[190] lui en fournira le moyen. Je
compte beaucoup sur les excellents principes et les dispositions de ce
jeune homme, pour resserrer l'alliance entre la France et
l'Angleterre. C'est un esprit trs distingu. Mon seul et vritable
chagrin est de voir s'interrompre les relations habituelles que
j'entretenais avec vous et par vous avec le ministre anglais dans le
sein duquel je compte des amis, qui, je l'espre, me conserveront
quelque souvenir et trouveront que, soit en entrant au ministre, soit
en y restant, soit en en sortant, je n'ai pas fait tort  l'ide
qu'ils s'taient forme de moi.

Veuillez, mon prince, me rappeler au souvenir de madame de Dino,
et compter  jamais sur mon sincre et inaltrable dvouement.

  [190] Charles-Marie Tanneguy, comte Duchtel, n en 1803,
  conseiller d'tat en 1830, fut lu dput en 1833. Il fut
  ministre du commerce de 1834  1836, puis ministre des finances
  (septembre 1836) et de nouveau membre du cabinet en 1839; il
  devint enfin ministre de l'intrieur de 1840  1848. Il vcut
  dans la retraite aprs la rvolution de Fvrier et mourut en
  1867.


L'AMIRAL COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 6 avril 1834.

    Mon prince,

Un orage politique vient de me lancer, bien malgr moi, sur une scne
o je reconnais mon insuffisance. Je prvois ce qui m'y attend.

Pour me faire triompher de ma rpugnance, il a fallu qu'on me rptt
bien souvent que je ne vous serais pas personnellement dsagrable, et
qu'autour de vous cela ne serait pas mal vu.

Accul dans un dfil, press par mes collgues et voyant que, sur
mon refus, le roi n'avait qu'une ressource dsespre, j'ai accept un
fardeau que les prochaines et pressantes discussions me rendent
effrayant.

Permettez-moi de compter sur votre appui et vos conseils: en en
recevant l'assurance, je me sentirai encourag, et j'en ai besoin.

Je ne puis vous donner aujourd'hui tous les petits dtails de ces
derniers jours, mais je n'ai pas voulu perdre un instant pour joindre
 l'annonce officielle le nouvel hommage...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE.

    Londres, le 7 avril 1834.

    Mon cher duc,

Rien n'est si honorable que votre retraite; cette pense ne saurait
cependant tre suffisante que pour vous; elle laisse chez nous
grande place aux regrets, et ceux qu'prouve le ministre anglais, _en
totalit_, s'expriment ou se montrent de toutes manires. Vous ne
sauriez douter des miens en particulier, ainsi que de mon amiti bien
dvoue. Veuillez offrir mes tendres et respectueux hommages  madame
de Broglie.

    Adieu...

    Londres, le 10 avril 1834.

    Mon cher duc,

Si votre excellente lettre du 6 a encore augment le regret que me
cause votre retraite actuelle des affaires, elle a cependant t pour
moi l'occasion d'un grand plaisir, celui de la faire lire  lord Grey,
 lord Brougham,  lord Holland, et de voir l'impression vive et
profonde qu'elle leur a faite. Ils y ont tous trouv de nouveaux
motifs pour vous honorer et pour bien accueillir le nom de M. de
Rigny, dj fort considr et fort apprci ici. Ils ont vu avec
plaisir ce que vous me mandez sur l'invariabilit du systme, des
sentiments et des principes de notre gouvernement. Voil, mon cher
duc, ce que, pour le bien gnral, comme pour votre satisfaction
personnelle, vous serez aussi aise d'apprendre, que je le suis de vous
en assurer. Ne cessez pas tout  fait de m'crire, et en me donnant de
vos nouvelles de me parler quelquefois de la France. Vos lettres
peuvent m'tre trs utiles: je les demande  vos moments de loisir.

Mille bien tendres amitis.

_P.-S._--Gardez ce que je vais vous dire pour _vous_. Votre
excellente et _utile_ lettre a t  Windsor et y a produit, sous tous
les rapports, un effet excellent.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 7 avril 1834.

    Monsieur le comte,

Je viens d'apprendre, d'une manire indirecte, il est vrai, que le
roi vous avait appel  la direction du dpartement des affaires
trangres, et je ne veux pas attendre la confirmation officielle de
cette nouvelle pour vous exprimer le plaisir qu'elle me fait prouver.
Je ne doute pas qu'elle ne produise le mme effet sur le gouvernement
anglais et, d'aprs ce que j'ai recueilli dans diffrentes
conversations avec Sa Majest britannique de l'opinion qu'elle avait
de vous, j'ai acquis la conviction que le choix du roi sera, dans les
circonstances actuelles, personnellement trs agrable au roi
d'Angleterre.

Les ministres anglais ne sont point encore rentrs en ville, et je ne
pourrai par consquent pas voir lord Palmerston aujourd'hui, pour
l'entretenir des affaires que m'avait recommandes M. le duc de
Broglie dans les dpches qu'il m'a crites sous les numros 26 et
27[191]. Je ne manquerai pas de vous rendre compte successivement du
rsultat de mes dmarches sur ce qui, dans ces dpches, est relatif 
l'Espagne, au Portugal et  la dite germanique; mais je ne perds pas
de temps  appeler votre attention sur une question qui me parat la
mriter tout entire; je veux parler des affaires de Turquie et
principalement de nos rapports avec l'Angleterre  ce sujet.

Le commandement si honorable et si important que vous avez
longtemps rempli dans l'archipel de la Grce, la connaissance
approfondie que vous avez acquise des intrts et de la situation des
diverses puissances en Orient, la position que vous occupez depuis
plusieurs annes dans le gouvernement, et au moyen de laquelle vous
avez t tenu au courant de toutes les relations politiques de la
France, me dispensent, monsieur le comte, de rappeler des faits et des
vnements qui sont parfaitement prsents  votre mmoire. Je
m'arrterai donc seulement  ce qui s'est pass plus rcemment.

Si vous voulez bien vous faire reprsenter la dpche que j'eus
l'honneur d'adresser  M. le duc de Broglie, le 24 dcembre
dernier[192], vous y trouverez l'expos d'un projet de trait
d'alliance dfensive que j'avais soumis au cabinet anglais. Ce trait
entre la France et l'Angleterre, qui dans mon opinion devait tre bas
sur le maintien du _statu quo_ europen, avait l'avantage de
s'appliquer non seulement aux affaires d'Orient, mais encore  toutes
les complications qui pouvaient surgir d'ailleurs. La dpche que je
viens d'indiquer en contient les dveloppements. La proposition ne fut
point accueillie par le gouvernement anglais, et si je ne dus pas
insister alors pour la faire prvaloir, je ne restai pas moins
convaincu de son utilit.

Plus de trois mois se sont passs depuis cette poque, et les
vnements qui les ont remplis n'ont pu que me confirmer dans
l'opinion qu'un trait d'alliance dfensive, tel que nous l'avions
conu, tait devenu, pour ainsi dire, une ncessit, aussi bien pour
l'Angleterre que pour la France. En effet, les discussions dans
le parlement anglais et  la Chambre des dputs ont rvl des
inquitudes que ni les explications de la Russie, ni celles de la
Porte ottomane, n'ont t de nature  calmer compltement. Les efforts
des gouvernements du Nord, d'une part, et ceux de la presse
priodique, de l'autre, ont redoubl, pour arriver  rompre ou du
moins  affaiblir l'union intime qui existe entre la France et la
Grande-Bretagne, et on ne doit pas se dissimuler que ces tentatives
n'ont pas laiss que de faire quelque impression dans ce pays-ci. La
modification que vient de subir le cabinet franais a dj t
interprte dans le mme sens, et c'est pour tous ces motifs runis
que je crois qu'il serait utile de renouveler en ce moment la
tentative infructueuse du mois de dcembre dernier, en proposant
maintenant  l'Angleterre de faire avec nous un trait d'alliance
dfensive.

Ce sera d'abord la meilleure rponse  faire  ceux qui nous accusent
de nous tre retirs de l'alliance anglaise pour nous rapprocher de la
Russie; ce sera aussi le meilleur moyen de dissiper la mfiance du
cabinet anglais, si, par hasard, il en avait conu sur notre bonne
foi.

Dans le cas o le gouvernement anglais, mieux inspir cette fois,
entrerait dans nos vues, il est indubitable que nous en tirerions de
grands avantages. Un trait d'alliance entre les deux gouvernements
consoliderait notre situation en Europe. Il offrirait pour tous un
gage de scurit et du maintien de la paix, parce qu'il mettrait fin 
toutes les intrigues des autres cabinets pour nous sparer.

Vous devez tre bien persuad, monsieur le comte, qu'en plaant le
gouvernement du roi dans cette voie, je n'entends nullement
l'isoler en Europe, ni lui faire pouser toutes les querelles bien ou
mal fondes de l'Angleterre; un tel rsultat serait tout l'oppos de
ma pense. Je suis intimement convaincu qu'un tmoignage clatant de
l'union des deux pays ne tendrait qu' rapprocher de nous les autres
cabinets qui, obligs d'accepter un fait consomm, n'attacheraient que
plus de prix  en attnuer les consquences dans ce qui pourrait les
atteindre.

Si les considrations que je viens d'exposer vous frappaient autant
que moi, et qu'elles eussent assez de valeur pour dcider le
gouvernement du roi  essayer une nouvelle tentative d'alliance avec
le gouvernement britannique, il faudrait que vous ne tardassiez pas 
en entretenir lord Granville et mme lord Durham pendant son sjour 
Paris. De mon ct, je ne ngligerais rien pour faire prvaloir ici
notre proposition, aprs que vous m'en auriez donn l'autorisation.
Vous comprenez bien qu'alors il serait ncessaire aussi de m'adresser
un plan gnral des conditions que vous voudriez faire entrer dans le
trait.

Quoi qu'il en soit, permettez-moi d'insister prs de vous pour
qu'on se hte de choisir un successeur  l'amiral Roussin 
Constantinople[193] et pour qu'on fasse porter ce choix sur un homme
habile, prudent et consomm dans les affaires. On viterait, par l,
de mriter des reproches tels que ceux que le ministre anglais s'est
attirs lors du dpart retard de lord Ponsonby pour Constantinople...

  [191] Ces dpches taient relatives aux affaires espagnoles.
  (Voir la dpche 26  l'Appendice, page 510).

  [192] Voir page 291.

  [193] L'amiral Roussin resta  Constantinople. Comme il avait t
  nomm ministre de la marine, M. de Talleyrand pensait qu'il
  allait quitter son poste, mais on sait que l'amiral refusa son
  portefeuille pour garder son ambassade.

    Le 9 avril 1834.

J'ai reu hier la dpche que vous m'avez fait l'honneur de m'crire,
et j'ai pu faire immdiatement usage, dans mes conversations avec lord
Palmerston et lord Grey, des explications qu'elle renfermait sur la
modification qui vient d'tre faite dans le ministre franais. Ces
explications ont t trs bien accueillies par les deux ministres qui,
comme je le prvoyais dj dans ma dpche d'avant-hier, ont jug que
votre entre au dpartement des affaires trangres leur donnait
l'assurance que le gouvernement du roi continuerait le mme systme de
modration et de fermet dont il a recueilli des rsultats si
avantageux.

Dans l'entretien que j'ai eu avec lord Palmerston, il a t question
des dernires notes de la Porte ottomane. Lord Palmerston, en
m'annonant qu'aucune dtermination dfinitive n'avait t prise  cet
gard par le gouvernement britannique, m'a dit qu'il avait cru utile
de laisser reposer cette affaire pendant quelque temps encore, et de
nous concerter plus tard sur les dmarches qu'il pourrait tre
ncessaire de faire, soit  Constantinople, soit ailleurs. Je n'ai pas
voulu insister sur ce point, avant de connatre votre rponse  ma
dpche d'avant-hier.

... L'arrive rcente de M. le comte de Florida-Blanca, qui tait en
mme temps que moi chez lord Palmerston, m'a fourni une occasion
naturelle de parler  ce dernier de l'tat de la pninsule. Il m'a
donn des dtails  peu prs conformes  ceux de la dpche numro 26
de M. le duc de Broglie[194], sur ce qui s'est pass  Madrid
aprs l'arrive dans cette capitale du ministre de Portugal, M. de
Sarmento. Il parat que M. Villiers ne dsesprait cependant pas
encore d'obtenir de M. Martinez de la Rosa une dclaration franche et
ouverte de la part du gouvernement espagnol contre dom Miguel[195].
Lord Palmerston se proposait de presser M. de Florida-Blanca d'crire
dans le mme sens  sa cour. J'ai pu alors le questionner sur les
communications qui ont t faites en dernier lieu par lord Howard de
Walden[196] au gouvernement de dom Pedro. D'aprs les rponses de lord
Palmerston, le projet de pacification du Portugal ne serait pas aussi
avanc qu'on le prsumait  Lisbonne, et les articles, qui ont t
envoys  notre dpartement des affaires trangres par M. Mortier, ne
seraient que les indications des points sur lesquels le ministre
anglais a t charg de sonder le gouvernement de dom Pedro. Le
cabinet anglais veut toujours se borner  des dmarches officieuses
prs des ministres portugais, et il serait encore loign d'intervenir
par un envoi de troupes dans la pninsule.

Je ne sais jusqu' quel point cette dclaration de lord Palmerston
est vraie; je chercherai  en vrifier l'exactitude par d'autres
moyens qui ne sont pas en ce moment  ma disposition, et j'aurai
l'honneur de vous rendre compte du rsultat de mes recherches...

  [194] Voir cette dpche  l'Appendice, page 510.

  [195] M. de Sarmento avait demand au cabinet espagnol
  d'intervenir en Portugal en faveur de dom Pedro. M. Martinez de
  la Rosa avait refus de lui venir en aide, mais il avait envoy
  un corps de troupes en Portugal pour disperser les troupes
  carlistes qui s'y taient rfugies et qui faisaient cause
  commune avec les migulistes. C'tait en somme, quoique sous une
  forme dguise et moins dcisive, l'intervention que rclamait M.
  de Sarmento.

  [196] Charles-Auguste Ellis, baron Howard de Walden, diplomate
  anglais n en 1799, sous-secrtaire d'tat aux affaires
  trangres (1824), ministre  Stockholm (1832), puis  Lisbonne
  (1834) et  Bruxelles (1846).


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 10 avril 1834.

    Mon prince,

Je suis bien sensible  ce que vous me dites d'obligeant. Je
comprends combien j'ai besoin de vos conseils et de votre appui, et je
les rclamerai toujours.

Les dpches de Maison montrent une irritation croissante de la
Russie contre l'Angleterre. Je ne sais si je me trompe, mais le
cabinet anglais pourrait tre amen par cette situation  mieux
comprendre l'ide que vous avez eue  une certaine poque, et que le
nouveau congrs de Vienne pourrait rchauffer.

Nos affaires intrieures vont avoir un contre-coup de ce qui se passe
 Lyon. Nous attendons ce matin des nouvelles. Celles d'hier soir
annonaient que les troupes avaient donn franchement et enlev les
barricades[197]. Il faut absolument que ce succs continue pour
prvenir ce qui se tramait  Strasbourg, Dijon et Chlons. Aprs cela,
l'excution de la loi sur les associations sera plus facile ou moins
ncessaire.

Nous finirons promptement la session, vraisemblablement  vers le 10
mai, et les lections auront lieu en juin. Dupin s'est ajourn  cette
poque.

Les scnes de Bruxelles recommenceraient si la prsence des troupes
n'arrtait encore[198]. Latour-Maubourg pense que pour frapper un peu
sur ces _indiffrents bourgeois_ de Bruxelles, il faudrait qu'il pt
s'entendre avec sir Robert Adair pour telle ou telle dmarche que de
nouveaux troubles rendraient ncessaire; il sera autoris  s'entendre
pour cela avec le ministre d'Angleterre...

  [197] Des insurrections clatrent de nouveau  cette poque sur
  diffrents points du territoire. A la suite d'une grve gnrale des
  ouvriers de Lyon, six des principaux meneurs avaient t arrts.
  L'ouverture de leur procs (5 avril) fut le signal d'une lutte qui
  dura cinq jours. L'arme finit par rtablir l'ordre dans la ville.
  En mme temps, des mouvements rpublicains avaient troubl
  Marseille, Saint-tienne, Perpignan, Chlons et plusieurs autres
  villes. A Paris, l'meute clata le 12 avril. Le clotre Saint-Merry
  fut le thtre d'une lutte sanglante. Le calme se rtablit le 14.

  [198] Des manifestations orangistes, peu importantes d'ailleurs,
  avaient eu lieu rcemment en Belgique. A ces nouvelles, les esprits
  s'chauffrent  Bruxelles et cette ville fut, le 5 et le 6 avril,
  le thtre de troubles srieux. Des bandes de pillards dvastrent
  les maisons des partisans connus du prince d'Orange. La rpression
  fut prompte et nergique.

       *       *       *       *       *

Les difficults que la retraite du duc de Broglie du cabinet avait
cres pour le gouvernement franais taient  peine surmontes,
qu'une formidable insurrection clatait  Lyon et ensuite  Paris. On
prit promptement tous les moyens pour la rprimer et je ne doutai pas
qu'on y parviendrait; mais ce dplorable vnement n'tait pas de
nature  faciliter mes ngociations  Londres. J'ai eu dj plus d'une
fois l'occasion, dans ces souvenirs, de constater combien de pareils
accidents sont peu faits pour inspirer la confiance  des
gouvernements trangers. J'en aurais probablement prouv de plus
fcheuses consquences dans cette circonstance, si les affaires de la
pninsule n'avaient pas plac le gouvernement anglais dans la
ncessit de se rapprocher de nous. On va lire les correspondances qui
justifieront, je pense, cette observation.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 11 avril 1834.

    Mon prince,

Les tourments, depuis quinze jours, ne nous laissent pas en repos. A
celui du ministre a succd celui de Lyon. Je viens avec empressement
vous faire part des nouvelles arrives ce matin, qui sont un succs
complet. Les troupes sont matresses de toutes les positions; le
rsultat est assur, d'aprs ce que nous mande le prfet, le 9 au
soir; mais il y a toujours  gmir de ces victoires-l sur les
malheureux qui en sont victimes. Les insurgs taient retirs et
cerns dans quelques petites rues encore, mais o on les aura 
discrtion; il est impossible qu'ils y tiennent. Il parat qu'ils
avaient t casser le tlgraphe du poste aprs Lyon; on le suppose
parce que depuis hier matin il n'y a pas eu de dpches
tlgraphiques...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 13 avril 1834.

    Monsieur le comte,

Lord Palmerston m'avait invit  passer chez lui ce matin pour
m'entretenir d'une affaire qui, m'crivait-il, mritait tout notre
intrt. Je sors de cette entrevue qui a t assez longue, et je
m'empresse de vous en rendre compte.

Lord Palmerston m'a annonc qu'il avait reu, il y a quelques jours,
une note du nouveau ministre d'Espagne, le comte de Florida-Blanca.
Cette note, qu'il m'a montre, contient un expos de l'tat
actuel de l'Espagne et une invitation au gouvernement anglais de
s'unir au gouvernement espagnol pour faire cesser l'agitation qui
s'est rpandue dans la pninsule, par une guerre active faite en
commun contre dom Miguel et don Carlos. C'est la demande formelle
d'une intervention arme de l'Angleterre en Portugal.

Lord Palmerston, aprs m'avoir fait lire cette pice, a ajout que le
ministre de Portugal  Londres, M. de Sarmento, avait appuy cette
dmarche du cabinet de Madrid, verbalement  la vrit, mais en
insistant aussi fortement sur la ncessit de l'intervention arme de
l'Angleterre.

En prsence de cette demande simultane de l'Espagne et du Portugal,
m'a dit lord Palmerston, le gouvernement de Sa Majest britannique a
cru ne pouvoir pas tarder davantage  prendre un parti qui lui est
command par les circonstances; et je suis charg de rpondre aux
ouvertures de M. de Florida-Blanca et de M. de Sarmento par un projet
de trait  signer entre l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal. Par
ce trait, l'Espagne s'engagerait  poursuivre activement et par tous
les moyens en son pouvoir l'expulsion de don Carlos et de dom Miguel
du Portugal, et de se retirer du territoire portugais aussitt que ce
but serait atteint. Le gouvernement de doa Maria, de son ct,
prterait les mains  l'entreprise de l'Espagne et consentirait 
accorder une amnistie gnrale en Portugal, et une dotation convenable
 l'infant dom Miguel,  l'expiration de la lutte. L'Angleterre,
enfin, s'engagerait  envoyer des vaisseaux sur les ctes de Portugal
et d'Espagne, pour seconder l'arme espagnole et celle de dom Pedro;
mais sous la restriction nanmoins qu'elle ne pourrait jamais tre
appele  faire dbarquer des troupes anglaises sur aucun point
de la pninsule.

Le projet de ce trait qui est dj rdig, a continu lord
Palmerston, renferme en outre un article par lequel il est entendu que
les trois puissances se concerteront pour proposer  la France d'y
adhrer; et c'est pour cela que je vous ai pri de passer chez moi,
afin de connatre votre opinion sur cette proposition, et de savoir si
vous seriez dispos  donner votre adhsion au trait dont il est ici
question.

Je n'ai pas hsit un seul instant, monsieur le comte,  rpondre 
lord Palmerston que mon gouvernement ne se refuserait point  adhrer
 un tel trait, si l'Angleterre consentait, elle,  en signer un du
genre de celui que je lui avais propos  la fin du mois de dcembre
dernier, et duquel tous les autres ne seraient plus,  l'avenir,
qu'une consquence naturelle; mais que, pour mon compte, je ne croyais
pas l'un possible sans l'autre, et que je ferais tous mes efforts pour
dtourner le gouvernement du roi de donner son adhsion  un acte qui
le placerait relativement dans une position infrieure.

Sur cette observation, lord Palmerston m'a dit que nous ne pouvions
pas ignorer que la situation de l'Angleterre vis--vis du Portugal
diffrait entirement de la ntre; qu'elle tait lie par des traits
particuliers avec le Portugal, et que c'tait ce motif qui expliquait
la part diffrente que nous prendrions dans cette transaction.

Mais, je lui ai fait remarquer  mon tour qu'il en tait de mme dans
nos rapports avec l'Espagne, que nous avions des intrts communs de
voisinage, de frontires, de famille avec ce pays, et que nous les
compromettrions videmment, en jouant un rle qui, sous aucun
point de vue, ne pouvait convenir, ni  notre dignit, ni  notre
influence en Europe.

J'ai alors fait valoir de nouveau, prs de lord Palmerston, toutes
les considrations puissantes qui devraient dterminer le gouvernement
anglais  signer avec la France un trait gnral d'alliance
dfensive, dont il serait si facile de faire dcouler un arrangement
complet et dfinitif pour la pacification de la pninsule. Il a
vainement voulu se retrancher dans le danger que courrait l'Angleterre
en se liant par un engagement avec notre cabinet, dont l'existence
n'tait pas, disait-il, encore assure, et qui pourrait peut-tre ne
pas se maintenir aprs les prochaines lections. Je lui ai rpondu que
le danger tait le mme pour nous, qui pourrions avoir plus tard
affaire  une autre administration anglaise, mais que, d'ailleurs, le
gouvernement franais, tel qu'il tait constitu aujourd'hui, ne
pouvait jamais changer de politique envers l'Angleterre, et que, s'il
subissait une modification dans sa forme, le gouvernement anglais se
trouverait libr, par ce fait mme, d'engagements qu'il aurait
contracts sous l'empire d'autres circonstances. C'est ainsi que j'ai
combattu cette dernire objection qui me parat aussi futile en
apparence qu'en ralit.

Ne voulant pas cependant repousser compltement les ouvertures de
lord Palmerston et laisser arriver  Madrid le soupon que c'tait
nous qui nous opposions  un arrangement  l'aide duquel on pourrait
esprer d'obtenir la pacification de la pninsule, j'ai fini par lui
proposer un terme moyen entre son projet et le mien, si celui-ci tait
absolument rejet par son gouvernement. Ce moyen consisterait dans un
trait entre les quatre puissances, la France, la Grande-Bretagne,
l'Espagne et le Portugal. Je lui ai fait sentir qu'il serait
possible de rdiger cet acte de faon  ce que chacune des puissances
conservt la part d'action qui lui appartient.

C'est sur ces termes que notre conversation a fini. Il allait se
rendre  un conseil de cabinet et m'a promis d'y faire un expos exact
de ce qui s'tait dit entre nous. Il ne m'a pas dissimul toutefois
qu'il avait personnellement beaucoup d'objections  faire  un trait
d'alliance comme je l'avais conu. Je lui ai rpondu que je le
regrettais d'autant plus vivement que je craignais que chaque jour ne
vnt confirmer la ncessit dont ce trait aurait t pour la paix de
l'Europe...

    Le 14 avril, dix heures du soir.

Ainsi que je vous le mandais hier, un conseil de cabinet a t tenu 
la suite de ma conversation avec lord Palmerston. La proposition,
telle que je l'avais faite, d'un trait gnral d'alliance dfensive
entre l'Angleterre et la France n'a point t adopte par les
ministres anglais, quelque convaincus qu'ils se montrassent d'ailleurs
de la force des raisons que je leur avais donnes  cet gard. Ils ont
persist dans leur projet de trait entre les cours d'Angleterre,
d'Espagne et de Portugal, auquel on nous proposerait d'adhrer.

J'ai vu lord Palmerston deux fois aujourd'hui. Il m'a, dans notre
premire entrevue, fait part de la rsolution de son gouvernement. Je
n'ai pas voulu alors insister davantage sur le trait d'alliance
dfensive dont il avait encore t question la veille entre nous,
puisque, de ce ct, je ne pouvais conserver aucun espoir de succs.
Je me suis donc arrt au projet de trait qu'il venait de me
communiquer; et c'est celui que j'ai discut avec lui et que j'ai
refus de signer tel qu'il tait. Sur les observations que je lui ai
faites, il a d s'entendre de nouveau avec ses collgues et avec les
ministres d'Espagne et de Portugal, pour faire subir  ce projet les
modifications que je rclamais et par suite desquelles la France
devenait partie contractante au trait, au lieu d'tre seulement
partie adhrente. Je dois vous dire que j'ai eu  soutenir une lutte
prolonge avant d'obtenir cette concession.

Je viens de revoir lord Palmerston, et il m'a remis le nouveau projet
dont j'ai l'honneur de vous transmettre une copie.

Je n'ai point pris l'engagement que ce projet recevrait l'approbation
du gouvernement du roi, et en promettant seulement de vous l'envoyer,
j'y ai fait introduire plusieurs changements. Vous remarquerez entre
autres la double rdaction propose pour une partie de l'article IV.
Il a t convenu que dans le cas o le gouvernement franais
consentirait  ce que je signasse ce trait, il choisirait celle des
deux rdactions de l'article IV qui le satisferait davantage. Dans
l'tat actuel des choses, j'avoue que je ne vois pas de difficult
relle pour le gouvernement du roi  entrer dans ce trait tel qu'il
est, et qu'il me parat, au contraire, lui prsenter de grands
avantages.

Je n'ai pas le temps d'ajouter aucune rflexion  ce simple narr. Je
ne puis retarder le dpart de mon courrier. Lord Granville reoit des
instructions pour s'entendre avec vous; ainsi vous pourrez lui faire
connatre vos motifs pour accorder ou refuser votre approbation.

Je dois vous dire que MM. de Florida-Blanca et de Sarmento, en
prenant sur eux d'apposer leur signature  ce trait qui n'est
pas tout  fait d'accord avec leurs instructions, ont demand qu'il
n'en soit pas donn communication  l'ambassadeur d'Espagne, ni au
ministre de Portugal  Paris, ce qui leur a t promis. Ils craignent
qu'une publication prmature faite  Madrid ou  Lisbonne ne
compromette le succs du trait, qu'on ne pourra plus refuser de
ratifier, disent-ils, lorsqu'il sera sign par les plnipotentiaires
de France et de la Grande-Bretagne.

Comme on est trs press ici d'arriver  un rsultat, je vous prie de
me faire parvenir votre premire rponse le plus promptement possible,
et par le tlgraphe.

    Le 15 avril 1834.

... Le prince de Lieven m'a donn lecture, ce matin, d'une dpche
qu'il venait de recevoir de Ptersbourg, et dans laquelle le comte de
Nesselrode lui annonce que le gouvernement imprial de Russie est
compltement satisfait des dernires explications qui lui ont t
donnes par l'Angleterre et la France au sujet des affaires d'Orient.
Le vice-chancelier exprime aussi le dsir de voir livres  l'oubli
toutes les discussions qui se sont malheureusement leves sur cette
question dans ces derniers mois, et donne l'assurance que l'empereur,
son matre, ne veut point en conserver le souvenir...


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, le 14 avril 1834.

Je ne me doutais gure hier, mon cher prince, quand je vous ai crit
que tout tait termin  Lyon, que quelques heures aprs nous
aurions des barricades dans un coin de Paris[199]. Cela n'a t qu'un
pige pour commettre des assassinats, car aucune n'a tenu. C'tait une
bande d'assassins et de lches dchans dans Paris. Nous avons pass
une affreuse nuit et, jusqu' prsent, dans de cruelles inquitudes
pendant les promenades de notre cher roi, et de Chartres et de
Nemours, qui ont t tous les deux, ce matin, dans la rue
Saint-Martin, et sur lesquels ces infmes ont tir des fentres d'une
maison. Grce  Dieu, tout est fini maintenant. La Chambre des dputs
vient de venir en masse chez le roi lui tmoigner son indignation et
l'assurer de nouveau de son attachement  sa personne par l'organe de
son prsident. La Chambre des pairs va venir. La population est
excellente et dans l'indignation. La garde nationale a t admirable,
ainsi que la troupe de ligne; malheureusement, il y a eu, parmi eux,
des victimes de ces monstres...

  [199] Voir page 360.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 14 avril 1834,  onze heures.

    Mon prince,

Il est onze heures, toute la nuit s'est passe sous les armes; les
insurgs, barricads dans des maisons, tirent individuellement sur les
troupes; cela dgnre en assassinats partiels; il n'y a pas d'autre
rsistance organise, et on n'a pas pu faire usage de l'artillerie.
Les troupes et la garde nationale ont perdu surtout quelques
officiers, parce qu'on les choisit. Il n'y a donc aucun danger public,
mais des assassinats individuels. La journe se passera comme
cela; les troupes sont montes au dernier point et n'ont fait grce
nulle part o elles sont entres[200]. En ce moment, nous dlibrons
sur quelques mesures  proposer aux Chambres.

A Lyon, tout est a peu prs fini; il y a eu l de sanglantes
excutions. A Chlons,  Dijon,  Saint-tienne, il y avait certaines
tentatives, mais partout les troupes sont restes fermes. La garde
nationale de Paris de mme, mais ailleurs on ne peut en dire autant.

A tout prendre, l'vnement ou les vnements sont de nature  donner
quelque force au gouvernement.--Je continuerai  vous tenir au courant
jusqu' l'heure o partira l'estafette.

  [200] C'est, en effet, au cours de cette lutte que se place le
  sanglant pisode de la rue Transnonain.

    Mme jour, trois heures aprs midi.

Tout est  peu prs fini dans les rues; on fouille encore quelques
maisons, et je ne puis vous donner cette foule de dtails qui ne se
recueillent que les uns aprs les autres.

Nous sommes fort occups des moyens de tirer parti de ceci pour
consolider tout ce qui est si fort branl. Malheureusement, nous ne
pouvons rien contre la presse. Demain il sera port quelque chose aux
Chambres,--_le quoi_ ne sera dcid que ce soir. Cela consistera
probablement en accroissement d'effectif d'arme.

Les troupes et la garde nationale sont montes au plus haut degr.
Nous expdions des courriers dans toutes les directions, car il faut
prvenir partout. Je vous demande pardon d'tre si bref et si
press...

LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 17 avril 1834.

Vous aurez vu par mes prcdentes dpches que j'avais devanc les
instructions que vous m'exprimez dans votre lettre numro 30, en
agissant par moi-mme prs des ministres anglais pour les amener  la
conclusion d'un trait d'alliance dfensive avec nous. La circonstance
du trait sur les affaires de la pninsule m'avait paru trop
importante pour ne pas la saisir, et si je n'ai pas russi dans mes
tentatives, je suis du moins sr de n'avoir pas compromis la dignit
du gouvernement du roi, dont je n'avais pas eu le temps de recevoir
des instructions, lorsqu'on m'a propos de signer le trait entre les
quatre puissances. On attend ici, avec impatience, la rsolution que
vous aurez prise  l'gard de ce dernier trait; tous les membres du
cabinet que j'ai vus ce matin m'ont questionn avec empressement  ce
sujet, et je n'ai pu que leur promettre une prompte dcision.

On est fort proccup des vnements de Lyon et de Paris qui ont,
pour le moment, effac tous les autres intrts. J'ai dj profit des
informations que renfermait votre dpche numro 31, et il m'a t
facile de faire comprendre les avantages que l'Angleterre, plus que
tout autre pays peut-tre, retirerait d'une rpression prompte et
nergique d'excs semblables  ceux commis  Lyon. L'effet en sera
d'autant plus utile ici, qu'il rgne depuis quelques jours une
agitation assez grave parmi les ouvriers de plusieurs districts
manufacturiers d'Angleterre, et qui est cause par des associations de
la nature de celles que nous cherchons  dtruire en France. Je
puis vous dire que l'opinion publique qui compte ici est avec nous
dans cette affaire, quoi qu'en disent quelques organes de la presse
priodique; les esprits sages savent gr au gouvernement du roi de ses
efforts pour contenir les dispositions rvolutionnaires de ceux qui ne
cherchent qu' troubler la paix de l'Europe, en livrant d'abord la
France  l'anarchie...


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 17 avril 1834,  quatre heures.

    Mon prince,

C'est autant un chagrin qu'un embarras pour moi, que de vous envoyer
des observations, au lieu d'une positive affirmation.

J'ai trouv bien des scrupules, non sur le fond, parmi mes collgues,
car votre ide d'une alliance dfensive est adopte par tous, mais sur
la forme. Le roi partageait ces scrupules et se trouvait mal  l'aise,
plac dans un prambule qui reparaissait au milieu du trait.

Si secrte que demeure cette convention pendant quelque temps, elle
sera dpiste, et vous sentez ce qu'on peut dire, si l'article V
laissait trop entrevoir qu' la rquisition des trois cours nous
fournirions armes et soldats, non pas certainement que nous fussions
engags par votre rdaction, mais enfin on pourrait nous le reprocher,
et ces reproches, injustes d'ailleurs, affaibliraient l'effet de cette
convention, quant au fruit mme  en retirer, qui est une plus
apparente union avec l'Angleterre.

Nous reconnaissons bien ici la difficult srieuse dont vous
avez eu  triompher pour obtenir une premire concession; le moment
tait contre nous; l'avenir paraissait de mme: les affaires de Lyon,
celles de Paris, les impressions, tout tait contraire. Aujourd'hui,
la situation est meilleure, et je n'ose pas vous dire, mon prince, que
vous pouvez en tirer parti, parce qu'on ne nous juge peut-tre pas
encore  Londres comme nous nous jugeons ici.

Tout ceci va influer notablement sur les lections, car c'est surtout
_la classe bourgeoise lectorale_ qui est menace par ces agitations;
elle le sent, et l'effet en est incontestable  Paris. Si donc nous
pouvons hter la fin de la Chambre et la convocation, le systme sera
raffermi. C'est l'opinion des esprits rflchis.

Je quitte lord Granville  l'instant, et lui ai donn toutes les
raisons que j'ai entendu dvelopper ce matin au conseil. Il crit 
lord Palmerston par notre estafette, et m'a paru entendre nos motifs.

Dans la dpche officielle, j'ai essay de vous aider en la rdigeant
de manire  tre montre  lord Palmerston.

Si, en adoptant le fond de notre pense, il ne s'agissait que de
changer ou de tourner autrement la rdaction des deux articles restant
 leur place, dans le contre-projet, nous concevons, mon prince, que
vous ne vous croyiez pas oblig dans ce cas, et vu l'urgence, de nous
les renvoyer ici.

Nous voyons que cela presse, et que nous ne devons pas laisser aller
seule l'action de l'Angleterre sur l'Espagne. Nous nous sommes
prvalus d'une note antrieure de Martinez de la Rosa, et ceci
rappelle  peu prs ce qui s'est pass lors du trait du 6 juillet
1827, relatif  la Grce, dans lequel nous intervnmes,  l'aide
d'une demande du gouvernement grec.

Aprs tout, le trait quel qu'il soit fera du bruit dans le nord;
nous ne le redoutons pas, si nous pouvons parvenir  le rendre
dfendable pour nous  l'intrieur. Vous seul, mon prince, pouvez
rsoudre ce problme, et le roi s'abandonne avec confiance  votre
haute influence et  votre sollicitude...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 19 avril 1834.

    Monsieur le comte,

J'ai reu hier la dpche tlgraphique que vous m'avez fait
l'honneur de m'adresser le 17; et ce matin, votre dpche numro 32 
laquelle tait joint le projet modifi du trait entre les quatre
puissances.

J'avais hier, avec votre dpche tlgraphique, contenu  grand'peine
l'impatience des plnipotentiaires des trois cours, qui s'taient
persuads que votre consentement n'tait pas douteux.

Aussitt aprs l'arrive de mon courrier ce matin, j'envoyai  lord
Palmerston le paquet de lord Granville qui lui tait adress, et je
lui demandai un rendez-vous dans la matine. Il me rpondit une heure
aprs par la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous transmettre une
copie (voir page 377, pice no 1), afin que vous jugiez de la nature
de l'opposition que je devais rencontrer. Je me rendis chez lui 
l'heure qu'il m'avait indique; et, quelque prpar que je fusse  le
trouver anim sur cette affaire, il l'tait encore plus cependant
que sa lettre ne me l'avait laiss pressentir. Une difficult 
laquelle je ne pouvais pas m'attendre augmentait mon embarras: on
avait crit de Paris que le gouvernement du roi approuvait le trait,
tel que je l'avais envoy, et qu'on pouvait compter que les objections
que je ferais venaient de moi seul. C'est alors que je dus faire usage
de votre dpche numro 32; j'en lus une partie  lord Palmerston, et,
en dveloppant les considrations qu'elle renferme, je me retranchai
nettement dans la rsolution de ne signer qu'aux conditions que vous
m'aviez imposes. Quant  l'observation qui m'tait personnelle, je
fis remarquer qu'elle ne pouvait point tre exacte, attendu que tout
ce qui, dans ce trait, se rapportait  la France, tant du ressort de
l'opinion publique, je n'avais pu, plac comme je l'tais, en juger
les inconvnients, et que c'tait le gouvernement du roi qui, seul,
tait en tat de les apprcier.

Lorsque je quittai lord Palmerston, il se rendait au conseil, o j'ai
su que la discussion avait t trs vive et o on n'avait pas
facilement admis nos observations. A l'issue de ce conseil, je me suis
rendu successivement chez lord Palmerston et chez lord Grey. Ils
taient encore fort loigns de se montrer convaincus de l'importance
de nos objections; mais, aprs une conversation de plus de deux
heures, j'obtins enfin que des changements notables seraient faits 
la rdaction du trait. La lettre de lord Palmerston, que je reus
dans la soire et dont je vous envoie une copie avec celle de la note
qui y tait jointe (voir pices nos 2 et 3), vous donnera une ide du
progrs que j'avais dj fait. Il n'y avait plus qu'un seul prambule
dans lequel la France et la Grande-Bretagne taient places sur la
mme ligne  l'gard de l'Espagne, ce qui,  mes yeux comme aux
vtres je pense, monsieur le comte, tait le point essentiel. Mais il
restait encore deux autres difficults: l'article qui nous concerne
dans le trait tait rejet  la fin, aprs les articles relatifs 
l'amnistie en Portugal et  la dotation de l'infant don Carlos; mais,
ce qui est plus grave, on voulait que cet article ft rdig ainsi
qu'il suit:

Sa Majest le roi des Franais s'engage  fournir, pour atteindre le
but qu'on se propose par le prsent trait, tel secours qui sera
dtermin d'un commun accord entre lui et les trois autres parties
contractantes, _et lorsqu'elle sera invite, par elles,  le faire_.

Je viens d'crire  lord Palmerston, en lui renvoyant son projet de
trait, pour lui demander le retranchement des mots: _et lorsqu'elle
sera invite, par elles,  le faire_, comme formant une rptition de
la mme ide dans le mme article. J'ai rclam aussi plusieurs autres
rectifications. Je ne pourrai avoir sa rponse que demain matin, car
il est onze heures du soir, et je me dcide  retarder le dpart de
mon courrier afin de vous faire connatre le rsultat dfinitif de la
ngociation qui sera trs probablement termine dans la journe de
demain.

    Le 20 avril.

J'ai reu ce matin de lord Palmerston le billet dont la copie est
jointe (voir pice no 4) et je me suis empress de lui rpondre que
j'insistais pour le retranchement des mots que j'avais demand hier,
ou du moins pour une autre rdaction de l'article. Il vient de
m'envoyer celle que vous trouverez dans la copie du trait qui
accompagne cette dpche[201]; je l'ai adopte, parce qu'elle m'a paru
tre sans inconvnient et que j'tais au terme des difficults que
dcemment il m'tait permis de faire. Vous pouvez regarder le trait
comme arrt, tel que je vous l'envoie. Il faut qu'il soit soumis 
l'approbation du roi, qui est  Windsor, et copi dans les quatre
langues, ce qui me fait craindre qu'il ne puisse tre encore sign
demain. Je vous l'enverrai aussitt qu'il le sera, mais ne l'bruitez
pas, de peur qu'il ne soit connu  Madrid avant que le ministre
d'Espagne ait eu le temps de l'y faire parvenir.

Je dois vous faire remarquer que je ne vous ai communiqu les lettres
de lord Palmerston que pour vous donner une connaissance prcise de la
marche de la ngociation. Il est trs essentiel que ces lettres
restent entirement secrtes; la moindre rvlation indiscrte dans ce
sens compromettrait nos relations avec l'Angleterre, et rendrait ma
situation ici extrmement dsagrable et difficile. Je m'en rapporte 
vous pour anantir les copies des lettres lorsque vous les aurez
lues.

  [201] Voir page 385.

_Pices jointes  la lettre prcdente._

No 1er.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Stanhope-Street, le 19 avril 1834.

    Mon cher prince,

J'ai reu avec bien des regrets le paquet que vous m'avez envoy ce
matin. Il est fcheux de trouver tant de difficults l o nous ne
nous y attendions pas. On parat avoir mal compris  Paris les
principes et le but du trait dont il s'agit, et les changements qu'on
nous propose tendraient  dnaturer la transaction.

On nous dit que notre gouvernement a reu de Martinez de la Rosa une
note de la mme teneur que celle qui m'a t remise par M. de
Miraflors[202]; j'avoue que cela m'tonne, d'abord parce que la note
de M. de Miraflors n'a pas t prsente d'aprs des instructions 
cet effet de sa cour, mais  ma demande, et par suite d'une
conversation que j'ai eue avec lui, et afin de me mettre  mme de
rendre plus fidlement  mes collgues les arguments dont il s'tait
servi verbalement avec moi.--Ensuite, quel tait le but de la note de
M. de Miraflors? C'tait de nous dire que le gouvernement espagnol,
sachant que celui de Portugal nous avait demand un secours matriel
contre dom Miguel, verrait avec plaisir que nous consentissions 
envoyer des troupes en Portugal, puisque les intrts de l'Espagne
souffraient de la prsence de don Carlos en Portugal. Mais le
gouvernement portugais ne vous a pas adress une pareille demande;
comment donc M. Martinez a-t-il pu vous engager  accder  une
demande qui ne nous a pas t faite?

Votre gouvernement a pu recevoir quelque communication de la part de
M. Martinez, comme il en a reu dans le temps de la part de M. de Za,
relative  une intervention franaise dans les affaires de l'Espagne;
mais il ne s'agit pas maintenant des affaires intrieures de
l'Espagne, il s'agit des affaires du Portugal. Mais pourtant, si
comme parat croire votre gouvernement, il s'agissait d'une
intervention trangre dans les affaires de l'Espagne, nous
n'hsiterions pas  dclarer que M. Martinez, en vous demandant une
telle intervention, mconnatrait les vrais intrts de l'Espagne et
que votre gouvernement, en l'accordant, mconnatrait ( ce qui nous
semble) les vrais intrts de la France. Mais en tout cas, bien loin
de nous associer  une telle demande ou de la sanctionner par un
article du trait, comme on nous propose aujourd'hui de le faire, nous
protesterions contre, comme une chose nuisible  toutes les parties.

Par consquent, quant au changement qu'on voudrait faire  Paris,
dans le fond du trait, vous devez bien sentir, mon prince, que nous
ne pouvons pas l'adopter.

Quant aux changements de rdaction, il a cot aux ministres
d'Espagne et de Portugal et  moi assez de travail pour mettre notre
polyglotte en harmonie; et je vous prierai de ne pas nous imposer une
nouvelle tche. Le temps presse; nous avons perdu deux jours  cause
de la cour, mercredi et jeudi, et j'espre que vous vous trouverez
autoris  signer la pice telle qu'elle est. Venez ici, si vous le
pouvez, avant une heure, car  deux heures nous avons conseil.

Tout  vous.

  [202] Don Manuel de Pando, marquis de Miraflors, comte de
  Florida-Blanca, n en 1792, alors envoy extraordinaire 
  Londres, fut, en 1838, ambassadeur  Paris. Il devint ensuite
  chef du cabinet, puis gouverneur du domaine royal et snateur
  (1848).

No 2.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Foreign Office, 19 avril 1834.

    Mon cher prince,

Nous consentirions  substituer le paragraphe dont je vous envoie le
projet au paragraphe existant du projet de trait, et le dernier
article subirait alors le petit changement que j'y ai fait. Si cela
vous arrange, je proposerai ces changements au roi et aux
plnipotentiaires d'Espagne et de Portugal. Rpondez, s'il vous plat,
ce soir.

No 3.--_Joint au billet prcdent._

En consquence de cet accord, Leurs Majests les rgents se sont
adresss  Leurs Majests le roi des franais et le roi de la
Grande-Bretagne, et Leurs dites Majests, prenant en considration
l'intrt qu'elles doivent toujours prendre  la sret de la
monarchie espagnole, et tant de plus animes du vif dsir de
contribuer  l'tablissement de la paix dans la pninsule, comme dans
toutes les autres parties de l'Europe; et Sa Majest le roi de la
Grande-Bretagne, considrant en outre les engagements provenant de son
ancienne alliance avec le Portugal, Leurs Majests ont consenti 
devenir parties dans l'engagement propos.

No 4.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON.

    Hanover-Square, le 19 avril 1834, neuf heures du soir.

    Dear lord Palmerston,

Je viens de lire avec beaucoup de soin votre nouveau projet. Puisque
vous persistez  ne pas vouloir de la rdaction du cabinet franais
pour la dernire partie du prambule, je me soumets  votre manire de
voir sur ce point.

Quant  l'article VI, je le trouve d'abord mal plac, il devrait
venir  la suite de l'article III et former par consquent l'article
IV du trait, attendu que les articles IV et V de votre projet ne sont
qu'accessoires; il est d'ailleurs logique et de bonne rdaction
de trait que les articles d'action prcdent ceux qui ne sont que la
consquence.

J'ai une autre observation  vous faire sur le mme article VI, et 
l'gard de laquelle il vous sera facile de me satisfaire, car ce ne
sont que quelques mots  effacer. Je vous demande donc de supprimer
les mots: _lorsqu'il sera invit par elles  le faire_, et de finir
simplement par les mots: _tel secours qui sera dtermin d'un commun
accord; entre lui et ses augustes allis_.--La suppression que je vous
demande ici est grammaticale, car dans la rdaction premire il y a
redondance, et d'ailleurs cela entre dans l'esprit de toute la
rdaction o la mme ide est dj tablie.

Si vous adoptez mes trs lgres modifications, indiquez moi l'heure
 laquelle vous voulez signer demain, je serai  vos ordres, car alors
je prendrai sur moi de n'en pas rfrer  mon cabinet.

    Tout  vous.

No 5.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Stanhope-Street, le 19 avril 1834, onze heures du soir.

    Mon cher prince,

J'adopte trs volontiers la transposition que vous proposez de
l'article VI, et je trouve avec vous que ce changement est une
amlioration sous tous les rapports.

Quant  la suppression des derniers mots de cet article, je dois vous
prier de faire la part de nos susceptibilits, comme nous l'avons
faite aux vtres. Je conviens avec vous que ces paroles n'ajoutent
rien de fort essentiel au sens de l'article et que ce qu'elles
contiennent se trouve dj exprim par ce qui prcde; mais, _nous_ y
tenons _beaucoup_, et quand je dis _nous_, je veux dire
_plusieurs_ personnes. Souvenez-vous qu'il s'agit dans le trait
uniquement d'une intervention arme dans les affaires du _Portugal_,
et que nous avons des prjugs sur ce point-l.

Quant  nous-mmes, non seulement nous n'y sommes pas intervenus sans
y tre spcialement invits, mais nous n'avons pas accept
l'invitation qui nous a t faite. Ne trouvez donc pas mauvais que
nous nous montrions un petit peu doctrinaires  ce sujet.

Je m'occupais,  l'instant que votre billet est arriv,  rendre
compte au roi des changements dont je vous croyais satisfait et pour
lesquels il me faut sa sanction; mais maintenant, il faut que
j'attende votre rponse  ce billet, et, par consquent je ne pourrai
expdier mon courrier  Windsor que demain. Voil encore une autre
journe de perdue. Contentez-vous, je vous en prie, mon prince, des
grands changements que vous avez faits dans ce projet, qui maintenant
doit tre considr plutt comme votre enfant que le mien.

    Tout  vous.

No 6.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON.

    Hanover-Square: 20 avril 1834, huit heures du matin.

    Dear lord Palmerston,

Nous voil d'accord sur tous les points, except sur ce retranchement
de trois mots que notre amour-propre vous demande. Il ma semble que le
vtre ne peut pas tre engag dans cette question, parce qu'il reste
vident que, mme sans ces trois mots, nous ne pouvons rien faire dans
les affaires de la pninsule que de concert avec vous et les deux
autres puissances. La rptition de la mme ide dans le mme
article ne pourrait donc exprimer que de la mfiance. C'est ce que
nous devons viter dans l'intrt de nos deux pays et dans la
situation de nos deux gouvernements l'un vis--vis de l'autre. La
moindre trace de mfiance dans notre trait serait plus dangereuse par
ses consquences que par le fait mme, car, lorsqu'il sera public, les
hommes de l'opposition chez vous et chez nous ne manqueraient pas de
s'en emparer, et certainement au dtriment de l'union intime qu'il est
si utile de mnager. Ne voyez donc dans mon insistance que le dsir
d'tre consquent avec notre point de dpart. Votre bon esprit
comprendra cela, arrangera toutes choses de manire  ce que votre
premier billet me dise  quelle heure je dois aller signer chez vous.
Je suis presque embarrass des vtilles auxquelles, par mes
instructions, je suis oblig d'attacher de l'importance.

    Tout  vous.

No 7.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Stanhope-Street, 20 avril 1834.

    Mon cher prince,

Ma foi, vous tes bien difficile  contenter! Je conviens cependant
avec vous que nous manquerions un but principal de notre trait, si,
au lieu de constater union et confiance, nous devions proclamer
dfiance et soupon. J'ai donc tch[203] de rdiger l'article IV de
manire  satisfaire toutes les parties. Dites-moi si j'ai russi
quant  vous.

Vous me proposez de venir signer aujourd'hui, comme si prparer un
trait tait chose aussi simple qu'crire une lettre. Mais il faut que
je soumette tous vos changements  la sanction du roi qui est 
Windsor. Et, aprs cela, il faut obtenir le concours des ministres
d'Espagne et de Portugal, et les introduire dans le texte espagnol et
portugais. Voil bien de la besogne.

    Tout  vous.

  [203] Comparer cette deuxime rdaction qui fut dfinitive (p.
  386) avec le projet primitif de lord Palmerston (p. 476).

No 8.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON.

    Hanover-Square, 20 avril 1834, deux heures aprs midi.

    Dear lord Palmerston.

Quelque difficile que je sois, je vous rends les armes, et je me
borne pour cette fois  une observation toute grammaticale. Ne
trouvez-vous pas que l'article serait exprim en meilleur franais, en
ne suspendant pas le sens par un membre de phrase incident et inutile.
Je crois donc que nous devrions rayer les mots: _par les hautes
parties contractantes_, qui viennent couper la premire partie de
l'article et en obscurcissent le sens. M. de Voltaire disait que de
tous les changements que ses amis lui proposaient de faire  ses
ouvrages, celui dont il ne s'tait jamais repenti c'tait d'effacer.
Vous m'appellerez quand vous voudrez de moi.

    Tout  vous.

No 9.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Stanhope-Street, 20 avril 1834.

    Mon cher prince,

Je suis bien fch, mais je ne puis pas aller plus loin  votre
rencontre. Le changement que vous me proposez embellirait
peut-tre le style, mais nuirait au sens. Le mot de Voltaire est vrai
quant aux livres, mais je crois que, quant aux traits, le contraire
doit plutt s'affirmer, et qu'on pourrait bien dire que maintes
disputes entre tats n'auraient jamais eu lieu, si les traits avaient
t rdigs avec plus de soin et de dveloppement. Puis-je envoyer cet
article tel qu'il est pour l'approbation du roi? Mandez-moi un _oui_
et vite, car vraiment le temps presse.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 23 avril 1834.

    Monsieur le comte,

Il m'a t impossible de vous transmettre hier par le portefeuille le
trait que j'ai l'honneur de vous envoyer aujourd'hui[204]. La
transcription des quatre originaux, chacun en quatre langues, a exig
beaucoup de temps, et il y a une heure seulement que nous avons pu
signer.

Vous connaissez  peu prs, par ma correspondance, quelles ont
t les difficults de la ngociation de ce trait; je pense qu'il
faut maintenant les livrer entirement  l'oubli et ne plus s'occuper
que des rsultats.

Je suis convaincu que le gouvernement du roi apprcie les avantages
du trait qui vient d'tre conclu entre les quatre puissances; mais
vous voudrez bien me permettre de vous exposer succinctement les
raisons qui m'ont dtermin  nous faire entrer dans cette alliance.
Je l'ai envisage sous ses diffrents points de vue, et c'est aprs y
avoir mrement rflchi que j'ai jug qu'elle nous offrait des
avantages rels sans aucun danger.

Cette quadruple alliance-ci ne peut manquer certainement de faire
quelque bruit en Europe; je ne prtends pas qu'elle n'excite un
peu de jalousie de la part des grandes puissances du Nord; mais, en
ralit, je ne crois pas qu'elles s'en proccupent au point de nous
causer plus d'embarras qu'elles ne le font depuis trois ans. Je serais
plutt dispos  penser qu'elles mettront plus d'ardeur  nous sparer
de l'Angleterre et, par consquent,  se montrer favorables envers
nous. Ce n'est pas notre trait qui contribuera  resserrer les liens
qui unissent les cabinets de Vienne, de Berlin et de Ptersbourg; nous
avons pu voir rcemment que ces liens taient aussi forts que
possible. Il nous sera ais de justifier prs d'eux les principes et
le but de la quadruple alliance, puisque l'tat de la pninsule tait
une question plus particulirement du ressort de la politique
anglo-franaise. En tout, je ne puis pas me persuader que l'alliance
que nous venons de conclure, qui resserre notre intimit avec
l'Angleterre et qui place, pour ainsi dire, dans notre dpendance
l'Espagne et le Portugal, ne soit pas destine  inspirer quelque
respect aux cabinets du Nord. Ils pourront ajouter, dans leur
pense, la Belgique et peut-tre la Suisse au cercle de notre
alliance, et dans le cas o ils ne voudraient voir dans tout ceci que
la runion des peuples agits en ce moment par l'esprit
rvolutionnaire, ils ne craindront sans doute que davantage de
provoquer les attaques d'une masse assez formidable par elle-mme et
par les sympathies qu'elle entretient avec tous les autres peuples.

En considrant le trait spcialement dans ses rapports avec
l'Espagne, nous pouvons nous rendre la justice de n'avoir pas
compromis les intrts de cette puissance, qui nous taient plus
particulirement confis. En effet, le trait ne stipule que des
conditions utiles et honorables pour l'Espagne, et si ces conditions
ne devaient pas avoir le rsultat que nous en attendons (ce qui est
fort possible dans l'tat actuel de l'Espagne), ce n'est pas  nous
qu'on reprochera d'avoir attir un flau de plus sur ce malheureux
pays, en ajoutant la guerre trangre  la guerre civile. Le
territoire espagnol restera inviolable et cela doit tre un des
principes fixes de notre politique dans la pninsule.

Si nous jugions l'importance que le cabinet anglais attache  notre
participation  ce trait par les difficults qu'il a suscites sur sa
forme, nous devrions la croire assez grande, et il me semble que nous
ne nous tromperions pas, car aujourd'hui, il est vident que le
ministre anglais a soumis  notre contrle toute sa politique dans la
pninsule; et quand mme elle ne le serait pas dans la ralit autant
qu'il le croit, il nous sufft pour l'opinion publique qu'elle le soit
en apparence[205].

Il y avait encore un point de vue sous lequel on ne devait pas
ngliger d'examiner le trait: c'tait celui que je considrais comme
le plus essentiel, celui enfin de son influence sur la France. J'avoue
qu'il me parat,  cet gard, aussi irrprochable que sous tous les
autres rapports. S'agit-il de nos intrts matriels? Nous ne sommes
engags  rien par le fait, car si nos allis nous appellent 
concourir  l'excution du trait (et nous pouvons au moins douter
qu'ils le fassent, l'Angleterre consentant), nous restons matres de
nos rsolutions, et de refuser de prendre part  toute intervention
arme, dont les mauvaises chances sont incalculables. S'il ne s'agit
que de l'amour-propre national, peut-il jamais tre bless d'un trait
dans lequel nous jouons politiquement un rle gal  celui de
l'Angleterre, sans mettre sur pied un homme de plus et sans dbourser
un sou?

Je le rpte, monsieur le comte, je ne vois rien, dans le trait de
la quadruple alliance, qui ne soit justifiable et honorable auprs de
nos ennemis et de nos amis. Si, par ses rsultats, il n'a pas toute
l'utilit que nous en esprons, il ne pourra du moins jamais tre
reproch au gouvernement du roi, et nous aurons fait tout ce que les
circonstances permettaient.

Vous remarquerez que les ratifications doivent tre changes dans le
terme d'un mois, ou plus tt si faire se peut; il ne faudra point
oublier qu'il est ncessaire d'envoyer trois ratifications dans les
trois langues espagnole, anglaise et portugaise.

J'expdie aujourd'hui mme une copie de la convention  M. le comte
de Rayneval  Madrid, et une autre  M. le baron Mortier  Lisbonne.

  [204] Voici le texte du trait tel qu'il fut sign  Londres le
  22 avril 1834:

  S. M. la reine rgente d'Espagne... et S. M. I. le duc de
  Bragance... intimement convaincues que les intrts et la sret
  des deux couronnes exigent l'emploi immdiat et vigoureux des
  efforts rciproques pour terminer les hostilits qui, si d'abord
  elles eurent pour but de renverser le trne de S. M. Portugaise,
  fournissent aujourd'hui appui et protection aux sujets et
  mcontents du royaume d'Espagne; dsirant lesdites Majests
  pourvoir  la fois aux moyens ncessaires pour rtablir la paix et
  le bonheur intrieur, et resserrer, sur des bases rciproques et
  solides, l'avenir des deux tats, sont convenues de runir leurs
  forces dans le but d'obliger l'infant don Carlos d'Espagne et
  l'infant dom Miguel de Portugal  quitter les domaines de ce
  dernier royaume.

  En consquence de ces conventions, Leurs Majests rgentes se
  sont adresses aux Majests le roi des Franais et le roi de la
  Grande-Bretagne et d'Irlande. Ces deux derniers princes,
  considrant l'intrt qu'ils doivent toujours prendre  la sret
  de la monarchie espagnole et anims du plus ardent dsir de
  contribuer  l'tablissement de la paix, tant pninsulaire
  qu'europenne, et Sa Majest britannique considrant en outre les
  obligations spciales qui manent de son ancienne alliance avec le
  Portugal, ont consenti d'agir comme parties dans ledit trait; 
  cet effet, ces Majests ont nomm leurs plnipotentiaires... Et
  les plnipotentiaires sont convenus des articles suivants:

  I.--S. M. I. le duc de Bragance, au nom de la reine doa Maria
  II, s'engage  mettre en action tous les moyens qui sont en son
  pouvoir pour chasser l'infant don Carlos des domaines portugais.

  II.--S. M. la reine d'Espagne, prie et invite par S. M. I. le
  duc de Bragance, ayant en outre de trs justes et trs graves
  sujets de reproche contre l'infant dom Miguel pour le soutien
  qu'il a prt  l'infant don Carlos d'Espagne, s'engage  faire
  entrer sur le territoire portugais le nombre de troupes espagnoles
  suffisant et ncessaire pour cooprer avec celles de Sa Majest 
  la sortie de don Carlos d'Espagne et de dom Miguel du territoire
  portugais...

  III.--S. M. le roi de la Grande-Bretagne s'engage  cooprer en
  employant une force navale pour seconder les oprations et
  dterminations ncessaires d'aprs le prsent trait.

  IV.--Dans le cas o la coopration de la France serait juge
  ncessaire par les hautes parties contractantes, S. M. le roi des
  Franais s'engage  faire tout ce que lui et ses trs augustes
  allis dtermineront d'un commun accord.

  V.--Les hautes parties contractantes sont convenues qu'en
  consquence des attributions contenues dans les prcdents
  articles, on procdera immdiatement  faire une dclaration
  annonant  la nation portugaise les principes et le but du
  prsent trait, et S. M. I. le duc de Bragance, anim du sincre
  dsir d'effacer tout souvenir du pass et dsirant runir autour
  du trne de sa fille la nation entire, dclare son intention de
  publier une amnistie complte et gnrale en faveur de tous les
  sujets de S. M. T. F., qui, dans un temps qu'on dterminera,
  rentreront dans l'obissance; et ledit rgent dclare aussi son
  intention d'assurer  l'infant dom Miguel, aussitt qu'il sera
  hors des tats portugais, une rente correspondant  son nom et 
  sa naissance.

  VI.--S. M. la reine d'Espagne, en vertu du prsent article,
  dclare son intention d'assurer  l'infant don Carlos, aussitt
  qu'il sera sorti des domaines espagnols et portugais, une rente
  correspondant  son rang et  sa naissance.

  VII.--Le prsent trait sera ratifi et ces ratifications seront
  changes  Londres dans un mois, ou avant s'il tait possible.

    FLORIDA-BLANCA, TALLEYRAND, PALMERSTON,
    MORAES-SARMENTO.

  [205] La lettre suivante de lord Palmerston est la piquante
  contre-partie de cette dpche de M. de Talleyrand. Il crivait,
  le 23 avril,  son frre sir William Temple...: J'ai t fort
  occup, depuis le 4 de ce mois,  laborer ma quadruple alliance
  entre l'Angleterre, la France, l'Espagne et le Portugal, pour
  arriver  l'expulsion de Carlos et de Miguel... Je l'ai emport
  au conseil par un coup de main, en leur enlevant le temps de
  faire des objections. Je n'ai pas t aussi heureux avec le vieux
  Talley (_sic_) et le gouvernement franais, car ils ont fait des
  objections en quantit; mais ces objections portaient toutes sur
  la forme dans laquelle je leur avais propos de se joindre 
  nous. En dfinitive, j'ai russi  satisfaire leur amour-propre
  en leur donnant parmi nous la place qu'ils paraissaient dsirer.
  Je regarde ceci comme un grand coup. D'abord cela dcidera
  l'affaire du Portugal et servira un peu aussi  arranger celles
  de l'Espagne. Mais, ce qui est d'une importance permanente et
  gnrale, c'est que cela tablit entre les tats constitutionnels
  de l'Occident une quadruple alliance qui servira de grand
  contre-poids  la Sainte-Alliance de l'Orient... (_Correspondance
  intime de lord Palmerston_).

       *       *       *       *       *

  [C'est  l'poque de la signature de la quadruple alliance,
  pilogue de l'ambassade de M. de Talleyrand  Londres, que se
  termine le manuscrit des _Mmoires_.

  M. de Talleyrand, cependant, ne revint en France qu'au mois
  d'aot, et il eut encore, pendant ces derniers mois  traiter des
  affaires importantes. Aussi avons-nous cru devoir poursuivre
  jusqu' la fin de son ambassade le travail auquel lui-mme s'tait
  livr pour les annes prcdentes. Tous les matriaux taient l:
  dpches officielles et lettres particulires. Nous nous sommes
  born, comme M. de Talleyrand l'avait fait pour les derniers
  volumes,  les classer suivant un ordre rationnel.

  La correspondance particulire du prince pendant cette priode a
  dj t publie, il y a deux ans, par les soins de madame la
  comtesse de Mirabeau[206]. Il et t superflu de la rditer
  ici. Toutefois, nous avons t obligs, pour exposer aussi
  clairement que possible la marche des ngociations de reproduire
  ici quelques-unes de ces lettres. On les trouvera aux pages 405,
  406, 423, 436, 474, 476, 478 et 480.]

  [206] Madame la comtesse de Mirabeau, nice de M. de Bacourt,
  avait  la mort de son oncle hrit de ses papiers,  l'exception
  de ceux relatifs aux _Mmoires_ de M. de Talleyrand, qui avaient
  fait l'objet d'un legs particulier. Toutefois, les documents
  ayant trait aux derniers mois de l'ambassade de M. de Talleyrand
   Londres, que M. de Bacourt n'avait pas eu le temps de
  coordonner et de classer, ne furent pas compris dans le legs des
  _Mmoires_ et furent en consquence attribus aux hritiers. Ces
  papiers tant la suite vidente et naturelle des _Mmoires_,
  madame de Mirabeau, au moment de la prsente publication,
  s'empressa de les remettre aux diteurs. C'est  cette gracieuse
  attention, qu'ils doivent de pouvoir complter la teneur
  primitive des _Mmoires_, et de les conduire jusqu'au terme de la
  vie publique du prince de Talleyrand.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, dimanche 27 avril 1834.

    Mon prince,

Je profite d'un courrier qu'expdie le duc de Frias[207].--Nous avons
des nouvelles de Madrid jusqu'au 19. La presse y tait mauvaise, et
l'opinion publique en gnral en faveur du statut royal[208].
Burgos[209] a t remplac par Moscoso d'Altamira[210].

En gnral, les nouvelles d'Allemagne indiquent une certaine
disposition des cours du Nord  rejeter maintenant la faute de tous
les dlais sur le duc de Nassau et d'en exonrer le roi
Guillaume; elles tendent  faire revenir les cabinets de Londres et de
Paris sur leur rsolution de ne pas reprendre les confrences et se
plaignent amrement des vnements de Bruxelles.

Les notes pleuvent sur la Suisse: le canton de Berne va cependant
s'excuter au sujet des rfugis qui ont pris part au mouvement sur la
Savoie[211].

A l'intrieur, nous n'aurons le complment d'effectif demand pour
1835 que pour les six premiers mois. Il faudra obtenir le reste de la
nouvelle lgislature, nous avons t obligs de transiger avec la
commission qui ne voulait donner que trois mois sur 1835[212].

Quesada vient d'tre battu par Zumalacarreguy[213] et forc de
rentrer  Pampelune; il a perdu deux ou trois cents hommes.

Rodil a failli prendre don Carlos qui en a t quitte pour ses
bagages. Je ne puis trop vous redire, mon prince, combien le trait
fait bonne mine ici et combien on vous admire pour l'avoir conclu.
Appony est le seul des trangers qui n'en ait pas encore parl. J'ai
termin quelques explications en lui disant que nous n'avions pas
oubli que doa Maria tait petite-fille de l'empereur Franois.

Pozzo parat de mchante humeur. Il me semble cependant que
l'attitude prise en gnral par eux est, en attendant de regarder la
chose, comme de peu d'importance.

  [207] Alors ambassadeur d'Espagne  Paris.

  [208] Constitution donne  l'Espagne par le cabinet Martinez de
  la Rosa. Elle fut promulgue le 12 juin.

  [209] Don Francisco Xavier de Burgos naquit en 1778. Ayant
  accept quelques emplois du roi Joseph, il fut exil  la
  restauration de Ferdinand. Il revint en Espagne en 1817 et se fit
  un nom comme polmiste dans le parti libral. Il devint intendant
  du conseil des douanes (1827) puis conseiller suprieur des
  finances, ministre de l'intrieur  la mort de Ferdinand et enfin
  ministre des finances.

  [210] Don Jos Maria de Moscoso d'Altamira avait dj t
  ministre de l'intrieur en 1822. Quelques mois aprs il fut
  destitu ainsi que ses collgues et emprisonn. De nouveau
  ministre de l'intrieur en 1834, il fut remplac en janvier 1835
  par don Diego Medrano.

  [211] La Suisse tait  cette poque le lieu d'asile et le centre
  de runion de tous les rvolutionnaires d'Europe. Vers le mois de
  janvier 1834, un rassemblement d'environ un millier de rfugis
  de toutes les nations se forma dans le canton de Vaud dans le
  dessein de pntrer en Savoie et d'y proclamer la rpublique. Le
  gnral polonais Romarino tait  la tte du mouvement. Le 2
  fvrier, plusieurs bandes en armes passrent la frontire et
  parvinrent jusqu' Annecy mais sans provoquer aucun mouvement
  parmi la population. Elles ne tardrent pas  tre attaques et
  mises en droute par les troupes sardes. A la suite de cette
  chauffoure, la Sardaigne rclama de la Suisse des mesures
  contre les rfugis; elle exigea du directoire qu'il les expulst
  et qu'il mt en jugement les Suisses qui avaient pris part 
  l'expdition. Plusieurs tats appuyrent pour leur propre compte
  la dmarche du cabinet sarde, et le gouvernement suisse reut des
  rclamations analogues de l'Autriche, du grand-duch de Bade, de
  la Bavire, du Wurtemberg, de la Confdration germanique, du
  royaume de Naples, de la Prusse et mme de la Russie. Il rsista
  d'abord, et dclara qu'une pareille sommation portait atteinte 
  l'indpendance de la Suisse. Toutefois il finit par s'excuter du
  moins en ce qui concernait l'expulsion des trangers; le canton
  de Berne lui-mme qui semblait le plus rebelle, et qui avait
  accueilli les rfugis polonais avec faveur, les renvoya de son
  territoire. Cet incident qui mut un instant la diplomate ne fut
  clos que vers le mois de juillet.

  [212] Le ministre de la guerre avait, le 15 avril, dpos un
  projet de loi pour ramener l'arme  son effectif de 360 000
  hommes. Il demandait en consquence des crdits supplmentaires
  sur les exercices 1834 et 1835. La commission ne lui alloua que
  la moiti des crdits demands et la Chambre ratifia la dcision
  de sa commission (13 mai).

  [213] Thomas Zumalacarreguy n en 1788, s'engagea en 1808 au
  moment de l'invasion franaise; aprs la mort de Ferdinand VII,
  il prit parti pour don Carlos et fut un des meilleurs gnraux de
  l'insurrection. Il tint la campagne pendant deux annes obtint de
  nombreux avantages qui rendirent son nom fameux comme chef de
  partisans, mais il fut bless mortellement au sige de Bilbao
  (juin 1835).


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 28 avril 1834.

    Monsieur le comte,

Lord Palmerston est pour deux ou trois jours  Windsor; c'est ce qui
m'empche de l'entretenir, aussitt que je l'aurais voulu, de ce qui
dans votre dpche se rapporte  la question du Luxembourg et  la
conduite du gouvernement prussien envers le gnral Goblet[214].

Aussitt aprs le retour du ministre des affaires trangres je le
verrai pour lui faire part de vos observations sur ces deux points et
pour concerter avec lui les mesures qu'il est convenable pour les
gouvernements de France et d'Angleterre de prendre dans cette
circonstance.

Le procd du gouvernement prussien me parat comme  vous, monsieur
le comte, inexplicable; je dirai plus, il me parat intolrable. Nous
ne pouvons pas le laisser passer inaperu, sans nous exposer  voir se
produire chaque jour quelque nouvelle injure gratuite ou non contre la
Belgique, et qui, en dfinitive, retomberait sur les deux
gouvernements qui la protgent plus spcialement. Le choix du gnral
Goblet pour la mission de Berlin a pu tre maladroit, mais alors
c'tait avant son dpart de Bruxelles qui a t connu longtemps 
l'avance, que le gouvernement prussien aurait d indiquer la
rpugnance qu'il prouverait  le recevoir. Dans l'tat actuel des
choses, on ne peut reconnatre au cabinet de Berlin le droit de
repousser l'envoy belge sous un prtexte aussi insultant que celui
qu'il met en avant, quand surtout il y a  Bruxelles un ministre
prussien accrdit et toujours trait avec considration par le
gouvernement belge.

Je ne puis encore prvoir quel sera le parti que lord Palmerston
adoptera  cet gard, mais je le presserai d'en prendre un
promptement.

Quant aux propositions d'un nouvel arrangement dans l'affaire du
Luxembourg qui ont t faites par la Prusse et l'Autriche, je ne pense
pas qu'il nous convienne d'y entrer. Elles modifieraient, comme vous
le remarquez trs bien, les traits de 1815 et auraient de plus
l'inconvnient de renouveler les discussions sur la question
territoriale du trait hollando-belge, question qu'il nous
importe de considrer et de faire considrer par les autres puissances
comme irrvocablement rsolue et termine par le trait du 15
novembre...

...Je suis convaincu que nous avons trs bien fait de garder pour
notre part le secret du trait. On ne peut que blmer la publication
prmature qui en a t faite par les journaux anglais. Il y a
toujours en pareil cas beaucoup plus de convenance  ne point avoir
d'indiscrtion  se reprocher. Je suppose que les journaux sur
lesquels le gouvernement du roi exerce quelque influence, seront
chargs de faire valoir l'utilit morale et politique de ce trait
pour la France, lorsque le temps sera venu de le publier.

  [214] Le gnral Goblet avait t nomm ministre de Belgique 
  Berlin, mais le roi de Prusse,  l'instigation, dit-on, du
  cabinet de La Haye, avait refus de le recevoir, bien qu'il et
  prcdemment agr sa nomination.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Le jeudi 1er mai 1834.

    Mon prince,

Je vous cris quelques mots au milieu des embarras du 1er mai. Goblet
est rappel. La note de M. de Mrode[215] est ferme. Bresson a pris 
Berlin le ton un peu haut sur cette affaire et il a bien fait. Je
crois que la faute du roi Lopold a t de ne pas rpondre  une
lettre particulire du roi de Prusse avant d'expdier Goblet. J'ai
communiqu  lord Granville la teneur de cette lettre.

Le marchal Maison me donne aujourd'hui des explications sur des
prparatifs dans la mer Noire que notre consul  Odessa aurait
annoncs et qui n'existent pas. M. Bligh ayant pu transmettre, sur la
mme foi, de semblables renseignements  Londres, il sera
peut-tre bon que lord Palmerston soit averti de leur exagration.

La Suisse prend des mesures contre ses rfugis. Vous avez lu dans
les _Dbats_ la proclamation de la police de Berne: c'est une ide que
j'avais suggre l-bas. Je pense qu'aujourd'hui les lgations
trangres sont bien attrapes d'tre relgues  Zurich.

Nos journaux commencent  jaser sur le trait. La diplomatie ne nous
en parle pas encore, mais je sais qu'elle est en moi; le parti
carliste, surtout, en trpigne...

Sauf la dfaite de Quesada, les nouvelles de Barcelone, Valence,
Murcie, sont trs bonnes. Le statut royal y a partout grand succs. La
_Gazette de Madrid_ du 23 annonce l'envoi rciproque et la rception
de ministres accrdits entre Madrid et Lisbonne: voil la
reconnaissance formelle.

Don Carlos a encore t serr de prs une seconde fois et perdu de
nouveau quelques quipages.

M. Sontag[216] revient dj de Bruxelles o se rend M.
Prier[217]...

  [215] Le comte Flix de Mrode, alors ministre des affaires
  trangres.

  [216] Second secrtaire d'ambassade  Londres.

  [217] Auguste-Casimir-Victor-Laurent Prier, fils de M. Prier,
  alors secrtaire de lgation  Bruxelles.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 1er mai 1834.

    Monsieur le comte,

...J'ai pu voir lord Palmerston hier et lui parler des deux affaires
qui faisaient l'objet principal de votre dpche numro 33. Il adopte
en tout point votre opinion sur la conduite du gouvernement prussien
envers le gnral Goblet et il a crit  Berlin pour charger lord
Minto de faire des reprsentations...

Il y a eu tant et de si diverses propositions mises en avant dans ces
derniers temps au sujet du Luxembourg, que lord Palmerston pense qu'il
ne nous convient pas de nous montrer trop proccups de cette affaire,
et que nous devons attendre qu'on nous soumette quelque projet positif
que la France et l'Angleterre seront toujours libres d'accepter ou de
rejeter.

Lord Palmerston m'a communiqu ensuite des dpches qu'il avait
reues de Vienne et dans lesquelles sir Frdric Lamb lui rendait
compte de plusieurs conversations qu'il avait eues avec le prince de
Metternich, sur la reprise des confrences de Londres pour terminer
l'affaire hollando-belge. Toutes ces conversations n'ont t qu'une
longue srie de raisonnements de la part du chancelier d'tat pour
prouver la ncessit de runir la confrence, et quoique, en
dfinitive, ils ne prsentent rien de bien nouveau, lord Palmerston se
propose de charger sir Frdric Lamb d'y rpondre et d'annoncer
l'intention du gouvernement anglais de se rendre aux dsirs du cabinet
autrichien, lorsqu'on aura la certitude que le roi des Pays-Bas
consent  signer les sept premiers articles du trait du 15 novembre,
sur lesquels les gouvernements d'Autriche, de Prusse et de Russie
n'ont jamais lev la moindre contestation. Il pense, comme moi, que
le refus ou l'acceptation du roi des Pays-Bas ferait connatre
premptoirement s'il veut ou ne veut pas finir.

La dpche de lord Palmerston sera transmise  Vienne par Paris,
et lord Granville doit vous en donner communication...


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, ce 3 mai 1834.

    Mon prince,

... Tout est bien embrouill sur la frontire du nord en Espagne, et
cependant je ne vois pas Madrid s'impressionner beaucoup. Rayneval
n'en souffle mot.

Pozzo a d avoir ce matin un rendez-vous avec le roi. J'ai fort
prmuni le roi; je l'ai surtout fort engag  ne pas donner d'excuses
 Pozzo; bien moins encore de lui dire que c'tait pour ne pas laisser
les Anglais tout seuls agir dans la pninsule et avoir occasion de les
surveiller.

Il tait, je crois, dispos  tenir ce langage, mais j'y ai mis tout
ce que j'ai pu de savoir-faire pour qu'il s'en abstnt...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 9 mai 1834.

    Monsieur le comte,

... Je crois qu'il serait utile de m'envoyer aussitt que possible
les ratifications du trait du 22 avril. Celles de Portugal pourraient
arriver d'un instant  l'autre, et comme nous pouvons compter sur
celles de Madrid, on fera probablement un premier change avec le
ministre de Portugal, si toutefois le gouvernement de dom Pedro ne
refuse pas de ratifier le trait, comme quelques personnes ici
paraissent le craindre, ce qui, je l'avoue, serait un plus grand
acte de folie de la part de ce gouvernement que tous ceux qu'on a eus
jusqu'ici  lui reprocher.

J'engagerai lord Palmerston  ne pas retarder davantage l'envoi 
Copenhague des instructions ncessaires pour la conclusion du trait
relatif  la traite des noirs[218].

Vous aurez remarqu dans les journaux anglais l'annonce de l'arrive
 Londres du comte de Montfort (M. Jrme Bonaparte). Cette nouvelle
est vraie; MM. Lucien et Joseph Bonaparte continuent aussi  sjourner
ici.

    Londres, le 15 mai 1834.

M. Feuillet m'a remis les ratifications du trait du 22 avril.

... Les deux pices dont je joins ici des copies vous prouveront que
le gouvernement de dom Pedro s'est dcid  ratifier le trait sign 
Londres par son plnipotentiaire. On ignore encore le jour o les
ratifications portugaises arriveront ici, mais cela est moins
important maintenant que nous savons  quoi nous en tenir sur les
intentions du rgent du Portugal  l'gard de ce trait. Je pense
cependant que tout sera complt dans trois ou quatre jours,  moins
que les ratifications portugaise et espagnole ne soient pas
parfaitement en rgle, ce qui est  craindre d'aprs la hte avec
laquelle elles ont d tre rexpdies  Madrid et  Lisbonne.

Je n'ai pu voir lord Palmerston aujourd'hui; je ne manquerai pas dans
notre prochaine entrevue de lui exprimer votre dsir au sujet des
affaires de la Suisse...

  [218] Des ngociations taient alors engages entre la France et
  l'Angleterre, d'une part, et le Danemark, de l'autre,  l'effet
  d'obtenir du cabinet de Copenhague son accession au trait conclu
  le 30 novembre 1831 entre les cabinets de Paris et de Londres (et
  complt par la convention du 22 mars 1833) pour la rpression de
  la traite des noirs. Le Danemark y adhra le 26 juillet 1834.

    Londres, le 18 mai 1834.

En rflchissant attentivement au projet de dclaration dont il est
question  l'article V du trait du 22 avril[219] et que M. Martinez
de la Rosa voudrait qui ft faite par un acte collectif sign des
quatre plnipotentiaires, j'y ai reconnu plusieurs inconvnients que
je dois vous indiquer comme je les ai dj fait pressentir  lord
Palmerston. J'y vois d'abord le fait d'une intervention directe dans
les affaires purement intrieures de la pninsule, et nous nous
engageons, ce me semble ds le premier pas, plus avant que ne nous y
oblige le trait lui-mme. Car, dans cet acte, j'ai tenu  ce que nous
ne fussions que les garants des conditions de l'article V, mais que
nous ne fussions point chargs de leur excution. Si, par les
consquences invitables d'une guerre telle que celle qui se fait dans
la pninsule, il arrivait que dans les villes ou places successivement
occupes par les deux partis, la dclaration des quatre cours subt
toutes les mauvaises chances d'un acte rdig au nom d'une des deux
parties combattantes, la dignit de la France et de la Grande-Bretagne
ne se trouverait-elle pas compromise par des insultes qui
tomberaient directement sur une dclaration mane d'elles?

Je ne reconnais pas, d'ailleurs, la ncessit de la dmarche rclame
par le cabinet de Madrid dans celle circonstance. Il me parat qu'il
devrait lui suffire qu' la suite de la publication du trait, le
gouvernement portugais ft la dclaration mentionne et garantie par
l'article V.

Telles sont les observations dont j'ai fait part  lord Palmerston et
sur lesquelles j'appelle votre attention, monsieur le comte. Vous
aurez le temps de me faire connatre votre opinion dfinitive  ce
sujet, car on ne pourra s'occuper de la forme de la dclaration
qu'aprs l'change des ratifications qui ne se fera que dans quelques
jours...

Lord Palmerston m'a dit qu'il allait positivement envoyer 
Copenhague les instructions ncessaires pour terminer la ngociation
relative  la traite des noirs...

Vous aurez dj appris, quand cette lettre sera entre vos mains, que
le cabinet anglais avait prvenu vos dsirs relativement aux affaires
de Francfort[220]. Lord Granville a d vous communiquer la dpche que
lord Palmerston a crite au ministre d'Angleterre dans cette ville,
pour le charger d'y faire des reprsentations sur les derniers
vnements qui s'y sont passs et sur les projets qu'on attribue
 la dite. J'ai trouv la lettre de lord Palmerston rdige dans des
termes un peu trop vifs, et je crains qu'elle ne dpasse le but. Je
voudrais qu'elle vous et produit la mme impression qu' moi, et que
le gouvernement du roi, restant dans les ides sages que vous exprimez
si bien par votre dpche numro 42, se bornt  faire des rserves
sur un ton assez modr pour ne pas causer d'irritation.

Nous devons autant que possible mnager la susceptibilit des petits
gouvernements d'Allemagne, et tmoigner de notre force par notre
modration mme envers eux. Vous n'ignorez pas que, dans ces derniers
temps, le ton quelquefois provocant des agents anglais en Allemagne
n'y a pas utilement servi nos intrts...

  [219] Art. V.--Il est convenu entre les hautes parties
  contractantes que par suite des stipulations contenues dans les
  articles prcdents, une dclaration sera immdiatement publie
  annonant  la nation portugaise les principes et le but des
  engagements de ce trait.

  [220] A la suite de l'meute du 5 avril 1833, la dite avait
  ordonn l'occupation de Francfort par une garnison moiti
  autrichienne moiti prussienne, ce qui avait t la source de
  rixes et de conflits journaliers avec les milices de la ville. A
  l'occasion de troubles srieux qui survinrent de nouveau le 2
  mai, la dite prit une seconde dcision qui concentrait la police
  et tous les pouvoirs militaires entre les mains du commandant
  autrichien. Le Snat de Francfort protesta vivement contre cette
  mesure, qui ne laissait presque rien subsister de l'indpendance
  de la Rpublique. C'est galement cet abus de pouvoir de la part
  de la Confdration qui avait provoqu l'intervention des
  puissances.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 19 mai 1834.

    Mon prince,

Roussin vient de refuser[221]: on va le remplacer par l'amiral Jacob,
je crois. J'ai laiss le conseil parfaitement libre de nommer un
ministre des affaires trangres ou un ministre de la marine.

Nous avons beaucoup de lettres de Constantinople et de Vienne.
Roussin mande que les prparatifs maritimes russes sont immenses et
presss: on annonce un voyage de l'empereur en Crime. Mhmet-Ali
s'agite sur son divan et se croit menac, mais il est assez embarrass
en Syrie et  Candie et ne pense plus  aller plus loin autrement
que par des intrigues dans le divan mme.

Sainte-Aulaire pense que les trois cours du Nord feront un
arrangement spar avec la Hollande, si les confrences ne se
reprennent pas.

M. de Metternich ne digre pas le trait, mais prend en apparence la
chose assez doucement. M. Ancillon est plus vif. Nous sommes dans un
petit moment d'agitation ministrielle qui n'aura pas de suites, mais
cela me fait perdre mon temps et un peu de ce que j'avais  vous
dire...

M. de La Fayette s'en va mourant ce soir, demain ou aprs au plus
tard[222]... 

  [221] Le portefeuille de la marine.

  [222] M. de La Fayette mourut le 20 mai. Ses obsques eurent lieu
  le 22 au milieu d'une immense affluence.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 22 mai 1834.

    Monsieur le comte,

... Les ratifications portugaises ne sont point encore arrives; on
ne peut expliquer ce retard que par l'tat de la mer, qui n'a pas,
depuis quelques jours, favoris les arrivages du Portugal.

Le prince de Lieven, ambassadeur de Russie  Londres pendant les
vingt dernires annes, vient d'tre rappel par sa cour pour occuper
le poste de gouverneur ou, selon l'expression russe, de curateur du
grand-duc hrditaire, dont la majorit a t dclare il y a peu de
jours  Ptersbourg. La lettre par laquelle on annonce  M. de Lieven
sa nomination, est conue dans les termes les plus flatteurs et
les plus honorables.

Cette nouvelle a produit hier une assez vive sensation  la Bourse de
Londres, et quelques personnes ont voulu y voir la preuve d'une
rupture prochaine entre la Russie et l'Angleterre; on est dj revenu
aujourd'hui de cette crainte non fonde.

M. le prince de Lieven sera fort regrett en Angleterre; il s'y tait
concili l'estime de tous ceux qui, pendant tant d'annes, ont eu
occasion de reconnatre l'lvation et la noblesse de son caractre.

Lord Palmerston, auquel j'ai parl ce matin du projet qu'il a envoy
 M. Foster[223]  Turin et qui est relatif  l'accession de la
Sardaigne  la convention sur la traite des noirs, m'a avou que
c'tait par oubli que vous n'aviez pas reu ce projet, et il m'a
promis de rparer aussi promptement que possible cet oubli, en vous
faisant remettre par lord Granville une copie du projet en question.

J'espre pouvoir vous adresser par le prochain courrier l'ordre du
conseil qui a lev l'embargo sur les navires hollandais en 1833.

  [223] Auguste-Jean Foster, n en 1780, ministre plnipotentiaire
  d'Angleterre en Sardaigne.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 26 mai 1834

    Mon prince,

Le roi a t tout remu d'une lettre du roi Lopold qui lui
annonait son projet d'tablir un ordre de succession en
Belgique[224].

Lehon est parti hier, et je l'ai fort pri de faire ajourner non
seulement toute rsolution, mais, s'il tait possible, toute
discussion sur ce sujet qui n'est pas fort got en France.

Lord Granville n'a rien reu de Londres  ce sujet; je crois avoir
lieu de croire que cette premire dtermination du roi Lopold aura
surpris le cabinet de Londres comme le ntre.

Nous n'avons rien de Madrid depuis le 14. L'insurrection de la
Navarre devient plus intense, mais les autres provinces n'y prennent
pas la mme part...

  [224] Le prince royal de Belgique, g seulement de quelques
  mois, venait de mourir le 10 mai. Le roi Lopold, qui n'avait pas
  d'autres enfants, voulut assurer l'hrdit de la couronne dans
  sa famille en faisant proclamer par les Chambres belges les
  droits ventuels de princes de la maison de Cobourg, ses parents.
  C'est cette dtermination du roi des Belges qui provoqua
  l'intervention du roi Louis-Philippe.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Neuilly, le 23 mai 1834.

Qui croirait, mon cher prince, que le roi Lopold n'ayant que
quarante-trois ans et une femme jeune et en parfaite sant, se laisse
entraner par l'amertume que lui cause la perte de son enfant 
vouloir seul et de lui-mme assurer sa succession au trne de Belgique
 ses neveux, ce  quoi il n'avait pas pens au moment de son mariage,
ni avant, et certes il y avait moins de motifs de le faire  prsent
qu'avant la naissance du cher petit que nous pleurons. Notre
Louise a prouv qu'elle pouvait avoir des enfants et  vingt-trois
ans, frache et bien portante comme elle l'est, il est probable
qu'elle en aura d'autres. Vous ne serez pas surpris que notre roi lui
fasse sentir, par la lettre dont je vous envoie copie, d'abord qu'il
ne peut _seul_ et de _lui-mme_ prendre une rsolution de cette nature
et de cette importance, sans se concerter d'avance avec l'Angleterre
et la France, et que nous ne pouvons consentir  laisser germaniser la
Belgique ni  la laisser affubler d'une srie d'agnats comme ceux du
Luxembourg qui nous ont dj caus tant d'embarras et de difficults;
ce que, mon cher prince, vous savez mieux que tout autre. Notre roi
pense qu'il est utile et ncessaire que vous soyez au fait de cette
affaire pour, si on y donne suite en Angleterre et que vous en
entendiez parler, prvenir dans votre sagesse les dangers et
difficults qui en pourraient rsulter pour la paix gnrale, en les
faisant envisager en Angleterre dans toute leur tendue. Nous nous en
remettons pour cela  votre esprit si juste et  votre zle pour le
bien de la France.

LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU ROI LOPOLD.

    Paris, le jeudi 22 mai 1834.

    Mon trs cher frre et excellent ami,

Je vous rponds sparment sur la partie importante de votre lettre
du 19 que je viens de recevoir. Ce que vous me communiquez est d'une
telle gravit que je ne conois pas que ce soit seulement pour que je
ne l'apprenne pas par d'autres que vous m'en faites part. Des
rsolutions de cette nature doivent non seulement tre concertes
entre l'Angleterre et nous, mais vous ne pouvez pas les prendre sans
notre concours et notre approbation. Ni l'acte qui vous appelle au
trne, ni la constitution belge, ni les traits qui vous l'ont garanti
ne confrent ce droit. Il faut donc qu'avant d'aller plus loin dans
cette _singulire_ matire, vous en fassiez l'objet d'une ngociation
officielle de votre gouvernement avec le ntre. Je dis _singulire_,
mon cher frre, parce qu'en vrit je ne conois pas qu' votre ge,
avec une femme comme la vtre, l'amertume de la perte que nous venons
de faire vous entrane  vous persuader qu'il est urgent de pourvoir
aux chances de votre succession, et d'affubler la Belgique d'une srie
d'agnats comme ceux du Luxembourg:

1 Je suis loin de croire qu'un tel acte ft une garantie pour la
solidit de votre trne et je serais plutt port  croire que la
pense en plairait  ceux qui ne la dsirent pas, par suite des
difficults de tout genre qu'il pourrait lui susciter. Je ne crois
point qu'il soit ncessaire pour rassurer la Belgique sur le danger du
retour des Nassau ou l'tablissement de la rpublique, car personne
n'ignore que la France ne souffrira jamais ni l'un ni l'autre.

2 Personne n'ignore que ce que nous voulons, c'est l'indpendance
relle et _non nominale_ de la Belgique; que nous ne voulons nullement
qu'elle dpende de nous ni de l'Angleterre ni de tous les deux, mais
que nous voulons encore bien moins qu'elle dpende de la Prusse, de la
Confdration germanique ou de l'Allemagne. Non seulement nous avons
voulu que la Belgique ft indpendante mais nous avons tabli qu'elle
serait perptuellement neutre, afin qu'elle ne pt pas tre
engage dans de pareils liens.--L'indpendance de la Belgique nous
importe encore sous un autre rapport que vous connaissez bien: c'est
que c'est la base, le lien de notre alliance avec l'Angleterre qui
nous est si prcieuse et qui est la garantie de la paix et de l'ordre
social. Nous rsisterons donc  tout ce qui pourrait y porter atteinte
et _germaniser_ la Belgique, soit en entrant dans la Confdration
germanique, soit en tombant dans la dpendance d'un des tats qui la
composent.

J'espre donc, mon cher frre, que vous allez arrter le message de
vos Chambres dont vous me parlez, et que vous ne donnerez aucune suite
 ce projet avant d'en avoir entretenu les cabinets de Londres et de
Paris et d'avoir reu leurs rponses.

Sur ce, mon frre, je vous embrasse de tout mon coeur, et je repars
pour Neuilly, tant toujours et pour la vie,

    Votre bon frre et bien affectionn beau-pre et fidle ami.

    LOUIS-PHILIPPE.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 26 mai 1834.

    Monsieur le comte,

J'ai vu hier soir lord Grey et l'ai entretenu du projet qu'avait le
roi Lopold de rgler la succession au trne de Belgique de concert
avec les Chambres belges. J'ai aisment fait valoir prs de lui les
raisons qui s'opposent  un tel projet. Je dois rendre  lord Grey la
justice de dire qu'il a saisi comme vous les inconvnients de plus
d'un genre que soulverait le plan du roi Lopold. Il m'a positivement
donn l'assurance que l'Angleterre s'opposerait  ce que la
succession au trne ft dtermine sans le concours de la France et de
l'Angleterre. On crira d'ici dans ce sens  Bruxelles, et je puis
ajouter mme que lord Durham avec qui j'en ai parl et dont les avis
sont en gnral accueillis par le roi Lopold, se propose de lui faire
connatre l'opposition qu'il trouverait en Angleterre  l'excution de
son projet de succession.

    Londres, le 26 mai 1834.

Je m'abstiens en gnral de vous entretenir des dbats parlementaires
d'Angleterre qui se rapportent spcialement aux affaires intrieures
du pays, parce que je sais que les journaux qui vous sont adresss
d'ici vous fournissent  cet gard beaucoup plus exactement et plus
promptement que je ne pourrais le faire tous les dtails dsirables.
Je dois cependant vous rendre compte aujourd'hui d'un incident trs
grave qu'a amen la discussion d'un bill dans la Chambre des communes.

Ce bill dont la premire lecture a eu lieu il y a plus de quinze
jours est relatif au rachat des dmes du clerg protestant en Irlande.
On a calcul que, par suite des rsultats financiers qu'il produirait,
il resterait en dfinitive un rsidu dont il s'agirait de rgler
l'emploi. L'un des membres du cabinet, lord John Russell, qui
soutenait le bill  la Chambre des communes, s'tait prononc
peut-tre un peu intempestivement lors de la premire lecture pour que
le fond restant fut employ selon la volont du gouvernement. Cette
proposition excita un trs vif dissentiment dans le cabinet dont
plusieurs membres, partageant  ce sujet l'opinion d'un parti
assez considrable dans la Chambre des communes et certainement de la
majorit de la Chambre des pairs, dclarrent ne pouvoir l'adopter.
Les ministres qui s'opposrent le plus fortement contre la proposition
de lord John Russel sont MM. Stanley et sir James Graham. Ils
voyaient, disaient-ils, une spoliation des biens du clerg anglican et
prtendaient que s'il restait un fond quelconque, aprs que toutes les
oprations du bill auraient t excutes, ce fond devait tre remis
au clerg anglican d'Irlande qui en rglerait l'usage.

Lord John Russell, de son ct, persistant dans l'opinion qu'il avait
mise, avait offert sa dmission, si on ne l'adoptait pas. On tait
parvenu cependant  lui faire retirer sa dmission, et le cabinet
cherchait le moyen de mettre fin  cette difficult, lorsqu'une motion
que M. Ward[225] doit faire demain  la Chambre des communes est venue
reproduire tous les embarras qu'on avait espr dissiper. M. Ward
proposera que le fond en question soit employ au profit de l'glise
dissidente et de l'glise catholique d'Irlande, et il est encore
impossible de prvoir l'issue de cette motion.

Quelle qu'elle soit, on prtend qu'elle doit amener la sortie de
plusieurs membres du ministre. Si la proposition de M. Ward obtient
la majorit dans la Chambre, M. Stanley et sir James Graham ont
annonc l'intention positive de se retirer; dans le cas contraire, ce
serait lord John Russell et sans doute d'autres membres du cabinet qui
quitteraient.

Depuis trois jours, les conseils de cabinet se succdent sans qu'on
ait pu trouver encore le moyen de concilier les opinions divergentes
qui y sont exprimes. La retraite de M. Stanley serait une perte bien
sensible pour le ministre dont il est le plus solide et sans
contredit le plus habile soutien  la Chambre des communes. Celle de
lord Russell et d'autres membres pourrait aussi produire quelques
consquences inattendues.

Enfin, monsieur le comte, vous voyez que le moment est critique, et
que, s'il ne survient pas quelque accommodement, l'existence du
cabinet actuel est compromise.

Vous me permettrez de ne point mettre ici de prdiction sur
l'administration qui pourrait tre appele  succder  celle-ci; ces
prdictions seraient au moins oiseuses en prsence de circonstances
aussi mobiles et aussi incertaines que celles qui peuvent s'lever
d'un instant  l'autre. Je me bornerai donc  vous tenir exactement
inform de tout ce qui parviendra  ma connaissance.

  [225] Henry-Georges Ward, n en 1798, homme politique et
  diplomate anglais. Il fut successivement secrtaire de lgation 
  Stockholm, La Haye et Madrid et fut nomm ministre  Mexico en
  1825. En 1832, il fut lu dput. Il devint, en 1849, haut
  commissaire aux les Ioniennes, puis gouverneur de Ceylan en
  1850, et mourut en 1860.

    Londres, le 27 mai 1834, dix heures du soir.

La motion de M. Ward vient d'tre faite  la Chambre des communes;
elle a t seconde par M. Grote[226]. Le chancelier de l'chiquier,
lord Althorp, a, dans un discours habile, propos l'ajournement de la
question et du parlement jusqu' lundi. M. Grote s'est empress
d'appuyer la proposition du ministre, en faisant allusion aux
circonstances graves auxquelles elle se rapportait. La Chambre l'a
adopt avec des acclamations trs vives et trs prononces; ainsi, les
choses restent en suspens de ce ct. Il est certain, cependant, que
c'est un grand appui moral donn  la majorit du ministre, et il
parat que M. Stanley, sir James Graham, le duc de Richmond et
peut-tre lord Ripon devront se retirer.

Le roi, dit-on, est dcid  soutenir lord Grey et les membres du
cabinet qui marchent avec lui.

  [226] Georges Grote, historien et homme politique anglais, n en
  1794, dput aux Communes en 1832, o il sigea dans le parti
  whig. Il se retira en 1841 et ds lors s'occupa exclusivement
  d'histoire. On lui doit une histoire de Grce, ouvrage
  considrable qui a tabli sa rputation. En 1868, il succda 
  lord Brougham comme prsident du conseil de l'Universit de
  Londres. Il mourut en 1871.

    Londres, le 29 mai 1834.

... Les ratifications portugaises sont enfin arrives ce matin 
Londres; je pense que l'change se fera ce soir ou demain matin.
Aussitt que j'aurai reu les ratifications d'Angleterre, d'Espagne et
de Portugal, je les remettrai  M. Feuillet.

J'ai l'honneur de vous envoyer une copie de la note par laquelle lord
Palmerston doit annoncer la conclusion du trait de la quadruple
alliance aux lgations trangres accrdites en Angleterre.

Le duc de Richmond et lord Ripon ont positivement offert leur
dmission qui a t accepte. Cela rendra le nouvel arrangement
ministriel plus difficile, mais on croit cependant qu'il pourra tre
termin lundi, jour fix pour la reprise des travaux de la Chambre des
communes[227].

Je ne perds pas de vue la question d'Orient et j'en entretiendrai de
nouveau lord Palmerston et lord Grey aussitt que l'organisation
nouvelle du cabinet leur laissera la libert de s'en occuper.

  [227] A la suite de ce remaniement, le ministre anglais perdit
  quatre membres: lord Stanley, ministre des colonies et de la
  guerre, fut remplac par M. Spring-Rice aux colonies et par M.
  Ellice  la guerre; sir J. Graham, premier lord de l'amiraut,
  par lord Auckland; le duc de Richmond, matre gnral des postes,
  par le marquis de Coningham; lord Ripon, lord du sceau priv, par
  le comte de Carlisle.

    Six heures du soir.

_P.-S._--Je sors du Foreign Office o je m'tais rendu pour procder
 l'change des ratifications, qui n'a pu avoir lieu, parce que
l'instrument envoy de Lisbonne est tellement incorrect qu'il est
presque impossible de l'accepter. Parmi les irrgularits, je me
bornerai  vous indiquer le retranchement du prambule.

Nous cherchons les moyens de pourvoir  cet embarras, mais jusqu'
prsent nous n'avons rien trouv. Ce retard dsagrable pour nous, et
que je vous prie de tenir secret, est une grave difficult pour le
cabinet anglais qui esprait tre en tat de prsenter lundi prochain
le trait au parlement.

    Londres, le 31 mai 1834.

M. Feuillet, qui aura l'honneur de vous remettre cette dpche, vous
porte en mme temps les trois ratifications du trait du 22 avril.

Aprs avoir mrement pes les inconvnients que produirait le retard
dans l'change des ratifications de ce trait, nous nous sommes
dcids  accepter l'instrument portugais, quelque incorrect qu'il
ft.

Nous avons essay d'ailleurs de prvenir les mauvaises consquences
de notre dtermination au moyen des deux pices dont j'ai l'honneur de
joindre ici les copies.

La premire est une dclaration aussi explicite que possible du
ministre de Portugal  Londres, et la seconde une contre-dclaration
des plnipotentiaires des trois cours par laquelle ils prennent acte
de l'engagement solennel contract par le plnipotentiaire portugais
de faire rectifier le plus promptement possible les erreurs commises
dans l'excution des ratifications portugaises.

En prenant lecture de ces deux pices, vous serez sans doute
convaincu comme moi, monsieur le comte, que nous ne pouvions pas faire
davantage dans l'tat de choses donn.

Notre refus de ratifier aurait amen un dlai qui ne pouvait pas tre
de moins d'un mois; pendant ce temps les oprations de l'arme
espagnole restaient suspendues et l'auraient t mme longtemps aprs,
puisqu'il aurait fallu attendre de Londres les ordres ncessaires pour
autoriser le gouvernement espagnol  agir. L'invitation que nous avons
transmise aux trois ministres d'Espagne, de France et de
Grande-Bretagne  Lisbonne, nous donne d'ailleurs la certitude que ce
n'est que quand ils auront entre les mains des ratifications
rectifies que l'ordre d'avancer sera accord au gouvernement
espagnol.

Vous trouverez jointe aussi une copie de la dpche que je viens
d'crire  ce sujet  M. le baron Mortier, et j'ose esprer que vous
me trouverez justifiable de lui avoir adress des instructions sans
attendre vos ordres. La clrit, dans cette circonstance, l'emportait
sur toute autre considration.

Aprs l'change des ratifications, nous, avons discut le projet
d'amnistie dont il est fait mention  l'article V du trait et nous
avons arrt la rdaction de celui que j'ai l'honneur de vous envoyer
en copie.

La raison qui m'a particulirement dtermin, monsieur le comte, 
consentir  l'arrangement dont je viens de vous rendre compte, est
qu'il m'a sembl urgent de donner toute valeur au trait du 22 avril.
Les difficults ministrielles qui se sont leves ici dans ces
derniers jours et qui, quoique heureusement arranges pour le moment,
peuvent encore se renouveler, rendaient de la plus haute importance
pour nous que ce trait ft ratifi par le ministre actuel ou du
moins reconnu pour tel.

Je pense que le gouvernement du roi, en apprciant cette
considration, approuvera la rsolution que j'ai d prendre.

Vous connaissez dj par la voie des journaux les noms de ceux qui
sont appels  remplacer les membres sortants du cabinet anglais. Ds
qu'il tait certain, comme j'avais eu l'honneur de vous le mander, que
lord Grey restait  la tte des affaires, les noms des nouveaux
ministres n'offraient plus le mme intrt.

Il reste  savoir maintenant quel effet produira sur les deux
chambres du parlement l'arrangement ministriel. L'opinion la plus
gnralement rpandue est que le cabinet ne s'est pas fortifi par
l'adjonction de ceux qu'il a appels dans son sein. Je crois cette
opinion assez fonde.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 1er juin 1834.

    Mon prince,

Pour que vous sachiez bien pourquoi nous vous envoyons copie d'une
nouvelle instruction  M. Prier  Bruxelles; il faut vous dire
que, sur une conversation de M. Van de Weyer avec lord Palmerston,
celui-ci a crit une lettre particulire au roi Lopold, dans laquelle
il approuve le plan de dsigner un successeur. Le roi Lopold a envoy
copie de cette lettre  son beau-pre qui me l'a montre hier; alors
nous avons crit  Bruxelles, nous fondant non sur ce renseignement
_trs confidentiel_, mais sur une dernire lettre de Prier qui
annonait la reprise de ce plan.

Comme il rsulte de l que lord Grey et lord Palmerston auraient
parl en sens diffrent, j'ai cru devoir vous donner ce renseignement:
je vous prie de le considrer comme entre vous et moi seul; le roi
mme ignore que je vous en parle.

Nous attendons l'arrangement ministriel  Londres avec impatience.

Les Portugais sont d'tranges maladroits avec leurs ratifications
courtes: je crains bien que nous ne puissions passer outre.


M. DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Aranjuez, le 2 juin 1834.

    Prince,

Voici probablement la dernire gazette relative aux vnements de la
guerre portugaise que j'aurai  vous envoyer, car la voil finie comme
par enchantement cette guerre qu'il y a peu de jours encore, on
regardait comme interminable. C'est vous qui tes le vritable
vainqueur en cette occurrence.

Le trait a tout fait. La coopration des Espagnols a bien produit
quelque effet, mais si on ne nous et pas aperu comme un corps
de rserve derrire eux, les armes ne fusseut certes pas tombes aussi
promptement des mains des migulistes[228].

L'accord sign par le secrtaire de la lgation britannique en
Portugal et les gnraux de dom Pedro relativement  don Carlos,
n'impose  ce prince aucune des conditions exiges de dom Miguel. Cela
mcontente horriblement ce cabinet-ci qui venait justement de demander
qu'avant de permettre au prtendant espagnol de s'embarquer on
dtermint entre les signataires de la convention du 22 avril le lieu
o il lui serait permis de se retirer. Un tel dsir tait peut-tre en
opposition avec cette convention, mais ici on n'en esprait pas moins
le faire accueillir. Maintenant on craint bien qu'il ne soit trop
tard, mais si on n'obtient pas satisfaction sur ce point, on insistera
avec d'autant plus de force sur la ncessit d'obliger don Carlos,
pour recevoir la pension qui lui est assure,  faire les mmes
promesses que dom Miguel. Ceci est plus facile  admettre, mais ce
n'est pas tout: le cabinet espagnol propose en mme temps  ses
allis de dclarer que si les mmes circonstances qui ont rendu leur
union ncessaire dans le but de pacifier la pninsule venaient  se
reproduire, le trait reprendrait  l'instant mme toute sa force et
vigueur.

M. Martinez de la Rosa vient de rdiger  la hte et d'adresser  M.
Villiers et  moi une note o les trois points que je viens d'indiquer
sont traits et dont la conclusion est d'inviter la France et
l'Angleterre  assurer  l'Espagne les garanties qu'elle rclame comme
indispensables pour son repos futur. J'aurais voulu vous envoyer cette
pice sur laquelle Votre Altesse et lord Palmerston vont avoir 
dlibrer, mais je suis forc, faute de temps,  vous engager  en
demander communication  ce ministre...

  [228] La guerre civile touchait en effet  son terme en Portugal.
  A la suite de la bataille de Santarem (18 fv.), et des succs
  rpts de l'amiral Napier et du comte de Villaflor dans le nord,
  les forces migulistes se trouvrent entirement dsorganises.
  L'intervention espagnole prcipita encore les vnements. Dom
  Miguel, compltement battu prs de Thomar (16 mai), se retira sur
  Evora o il fut cern et contraint de se rendre  discrtion (26
  mai). Don Carlos qui avait joint ses forces aux siennes partagea
  son sort. Le lendemain (27 mai), dom Pedro publia une amnistie
  gnrale. Don Carlos fut laiss libre de se retirer sans
  conditions: il s'embarqua  Aldea Gallega avec sa famille et se
  rendit en Angleterre. Quant  dom Miguel il dut signer
  l'engagement de quitter la Pninsule, moyennant quoi il reut une
  pension de 375 000 francs.--Aprs la mort de dom Pedro, le
  cabinet portugais prit contre le prtendant des mesures de
  rigueur. Il fut dclar dchu de tous ses droits civils et
  politiques. Toute tentative de sa part pour rentrer en Portugal
  devait tre punie de mort dans les vingt-quatre heures.
  Toutefois, les corts refusrent de ratifier ce que ces mesures
  avaient de trop draconien.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 5 juin 1834.

    Monsieur le comte,

... Je n'ai pu voir lord Palmerston que pendant quelques instants ce
matin, mais assez de temps cependant pour l'entretenir de la reprise
du projet de pourvoir, par une mesure extraordinaire,  la succession
ventuelle du trne de Belgique. Il m'a avou qu'aprs tre entr
d'abord dans les ides du roi Lopold  cet gard, il cdait 
l'opinion qu'un ajournement indfini de cette question tait
prfrable. Il m'a promis de transmettre demain  sir Robert Adair des
instructions dans ce sens. Il m'a d'ailleurs montr une lettre en date
du 3, qu'il venait de recevoir de cet ambassadeur, qui lui annonait
en quelques lignes que l'ajournement que nous dsirons paraissait
tre adopt par le cabinet de Bruxelles lui-mme.

J'ai eu l'honneur, monsieur le comte, en vous envoyant une copie de
la note par laquelle lord Palmerston se proposait de communiquer le
trait de quadruple alliance au corps diplomatique ici, de vous mander
que cette communication devait tre faite immdiatement. Il n'en a pas
t ainsi nanmoins, et sur l'opinion mise par l'avocat de la
couronne, le cabinet anglais s'est dcid  retarder la publication du
trait jusqu' ce qu'il ait reu les nouvelles ratifications de
Lisbonne. S'il en tait temps encore, je crois que vous feriez bien
aussi de suspendre la publication  laquelle j'ai eu le tort de vous
engager prmaturment...

Je puis vous dire que l'escadre anglaise qui a quitt Malte n'a pas
d'autres instructions que celle de se rendre dans les eaux de Smyrne
pour reprendre la station qu'elle y occupe tous les ts.

On a reu aujourd'hui des lettres de Lisbonne du 27 mai qui annoncent
que l'infant don Carlos ne s'embarquera pas sur le mme btiment que
l'infant dom Miguel. Il parat que le premier de ces deux princes a
demand  tre transport  Plymouth et de l en Hollande.

Les nouveaux ministres, lord Auckland[229], M. Spring Rice[230]
et M. Ellice[231] ont prt serment entre les mains du roi ce matin au
lever de Sa Majest.

Le succs que le ministre a eu  la sance de la Chambre des
communes de lundi[232] n'a pas compltement encore rassur l'opinion
publique; lord Grey lui-mme ne peut se dfendre d'une inquitude
assez vive dont on retrouve les traces dans ses discours et dans la
lettre qu'il a crite  la dputation de cent cinquante membres de la
Chambre des communes qui lui avait remis une adresse pour le presser
de rester au ministre.

  [229] Lord Auckland faisait dj partie du prcdent cabinet
  comme prsident du bureau du commerce.

  [230] Thomas Spring Rice, n en 1790, dput aux Communes en
  1820, sous-secrtaire d'tat  l'intrieur en 1827. En 1830, il
  devint secrtaire de la Trsorerie dans le cabinet Grey et en
  1834, ministre des colonies. En 1835 il fut nomm chancelier de
  l'chiquier. Il se retira en 1839 et fut nomm pair d'Angleterre
  avec le titre de baron Monteagle. Il reut en mme temps la
  charge de contrleur de la chambre du Trsor.

  [231] Edouard Ellice, n en 1781, industriel et homme d'tat
  anglais. Aprs avoir occup de hauts emplois dans la compagnie
  des fourrures de la baie d'Hudson, il entra dans la vie
  politique, fut lu dput en 1830, fut secrtaire de la
  Trsorerie dans le cabinet Grey, puis secrtaire d'tat  la
  guerre, de juin  novembre 1834. En 1836, il fut charg d'une
  mission extraordinaire  Paris. Il rentra ensuite dans la vie
  prive jusqu' sa mort (1869).

  [232] C'est  cette sance qu'avait t discute la motion de M.
  Ward. A la suite d'un discours de lord Althorp, elle avait t
  rejete par la question pralable par 396 voix contre 120.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 11 juin 1834.

    Mon prince,

Il nous parat ici que M. Grant[233] a t bien officieux et bien
prompt quant  don Carlos. S'il l'et laiss vingt-quatre heures de
plus menac par Rodil, on aurait eu une convention avec lui  peu
prs semblable  celle qu'a souscrite dom Miguel.

Quoi qu'il en soit, le trait a bien atteint son but: l'expulsion des
deux prtendants, et don Carlos nous parat tre, sauf quelque chose
d'crit, exactement dans la mme situation que dom Miguel.

On ne pouvait dans un trait fixer leur rsidence future: on ne le
peut davantage dans un supplment de trait. Quant  rendre le trait
permanent, je comprends que Martinez de la Rosa le dsire comme action
morale continue sur les partisans de don Carlos; mais il ne faudrait
pas que cela devnt pour nous une ncessit ou une obligation d'une
intervention continue aussi: cela serait embarrassant. Rayneval et
Villiers me paraissent tre d'accord cependant qu'il y aurait quelque
chose  ajouter. Si on le veut  Londres, nous n'y ferons pas
d'obstacle, mais nous ne voudrions pas qu'il en rsultt pour nous
aucune obligation nouvelle en dehors des termes du trait dont vous
avez si bien saisi l'-propos et calcul les effets.

Le duc de Frias a eu l'ordre de nous presser l-dessus. Je lui ai
simplement rpondu ce matin que c'tait une affaire  traiter 
Londres...

  [233] Sir John Grant (1804-1850) tait secrtaire de lgation en
  Portugal. Il faisait fonction de charg d'affaires en l'absence
  du ministre lord Howard de Walden. Les conditions de la
  capitulation d'Evora avaient t discutes dans une confrence
  entre lui, le gnral en chef des troupes migulistes et le comte
  de Saldanha.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 12 juin 1834.

    Monsieur le comte,

... J'ai parfaitement compris la ncessit dans laquelle le
gouvernement du roi s'est trouv de repousser les attaques de quelques
journaux franais au sujet de l'change des ratifications du
trait du 22 avril: il ne pouvait pas agir autrement, et du reste je
ne pense pas que cela, ait aucun inconvnient pour le gouvernement
anglais; on ne m'a pas fait jusqu' prsent la moindre observation 
cet gard, et je suis bien en mesure de rpondre  toutes celles qui
pourraient tre faites.

J'ai eu l'honneur de vous transmettre avant-hier la copie d'une note
adresse  lord Palmerston par le marquis de Miraflors le jour mme
o elle m'avait t communique. Je n'avais pas encore arrt mes
ides sur la rponse qu'il serait convenable de faire  cette note et
je n'avais pas pu en entretenir lord Palmerston; c'est seulement hier
que nous en avons parl[234].

Je lui ai fait remarquer que nous ne devions pas rpondre  cette
communication du gouvernement espagnol autrement que par un refus de
nous mler de l'affaire qu'il recommande  nos soins: que n'tant
nullement li  l'gard de cette question par le trait du 22 avril il
y aurait dans mon opinion quelque chose d'odieux de la part des
gouvernements de France et de la Grande-Bretagne  vouloir dterminer
le sort futur des infants don Carlos et dom Miguel aprs qu'ils se
trouvent expulss de la pninsule.

Ces deux princes sont aujourd'hui envers l'Espagne et le Portugal
dans la mme situation que tous les prtendants vis--vis des pays sur
lesquels ils rclament des droits. L'Angleterre, la France, la Sude
n'ont pas demand aux autres puissances des garanties contre les
prtendants qui ont pu les inquiter, et si les gouvernements
d'Espagne et de Portugal croient avoir de justes sujets de crainte
dans l'avenir de la part des deux infants, c'est des corts qu'ils
doivent rclamer des mesures de rigueur contre les tentatives que ces
princes pourraient faire dans la suite et qui seraient de nature 
troubler la tranquillit de la pninsule.

Il m'a paru que lord Palmerston partageait ma manire de voir sur
cette question. Il s'clairera d'ailleurs de l'opinion de son cabinet,
et de mon ct j'attendrai les instructions que j'ai eu l'honneur de
vous demander.

  [234] Le cabinet de Madrid aurait dsir que les puissances
  signataires du trait de 22 avril s'entendissent pour interdire
  aux deux princes exils, don Carlos et dom Miguel, de rentrer
  dans la pninsule, et au besoin pour s'assurer de leurs
  personnes. C'tait l le but de la dmarche de M. de Miraflors.


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Tuileries, le 12 juin 1834.

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

_P.-S._--Mon frre vient de me parler de l'ide qu'on avait eue 
Madrid de faire une dclaration nouvelle sur le trait de la quadruple
alliance. Selon lui, pour lui conserver sa force et son effet, il ne
faut en rien dire surtout dans le moment o son _efficacit_ vient
d'tre rendue aussi vidente, et il faut s'abstenir de toute
dclaration confirmative ou explicative parce que tout acte de ce
genre infirmerait au lieu de confirmer, et que, de plus, on pourrait
l'attribuer soit au regret que l'affaire se soit arrange sans qu'on
ait eu besoin des troupes ou armes franaises, soit au dsir de se
prparer des prtextes pour les faire marcher plus tard.

Il me charge de vous dire qu'il en a caus hier avec lord Granville
qui a paru trs satisfait des dispositions que notre cher roi lui
a manifestes, ce qui tait d'autant plus  propos, m'a dit le roi,
qu' Madrid l'affaire a pris un faux pli et qu'il devenait plus
difficile  chaque dlai de parvenir  l'effacer...


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 13 juin 1834.

    Monsieur le comte,

J'ai eu l'honneur de vous expdier une dpche tlgraphique en mme
temps que celle-ci: elle vous annonce l'arrive de don Carlos 
Portsmouth, sur laquelle je n'ai pas jusqu' prsent d'autres dtails
 vous transmettre.

J'ai reu ce matin la dpche que vous m'avez fait l'honneur de
m'crire le 11, et je me suis empress de voir lord Palmerston et lord
Grey pour confrer avec eux sur les points qui y taient traits. Ils
avaient reu des lettres de M. Villiers qui sont parfaitement d'accord
avec la dpche de M. de Rayneval dont vous aviez bien voulu m'envoyer
une copie. Les deux ministres taient donc au courant des dsirs et
des prtentions du gouvernement espagnol, quand je suis venu m'en
entretenir avec eux.

Nous avons examin ensemble tout ce qu'il tait possible de faire
dans cette circonstance et j'ai pu reconnatre bientt que vos
prvisions s'taient ralises et que le gouvernement anglais ne
voulait pas aller au del des stipulations du trait du 22 avril. Lord
Palmerston m'a positivement dit que quand les nouvelles ratifications
portugaises de ce trait auraient t changes, il considrerait le
trait comme complt dans son excution aussi bien que dans sa forme
et qu'il ne croyait pas que l'action de l'Angleterre dt s'tendre
plus loin que les engagements contracts par l'acte du 22 avril.
Il a ajout qu'il avait l'intention de rpondre  la note de M. de
Miraflors et aux demandes adresses  M. Villiers par M. Martinez de
la Rosa en dclarant que le gouvernement anglais ne pouvait intervenir
dans les questions qui lui avaient t soumises et que si le
gouvernement espagnol croyait avoir quelques arrangements  ngocier
avec l'infant don Carlos, c'tait un ngociateur espagnol qu'il devait
charger de traiter directement avec ce prince.

D'aprs les instructions que vous m'avez fait l'honneur de
m'adresser, je n'ai pas cru devoir insister prs des deux ministres
anglais en faveur des demandes de l'Espagne, et je me suis born 
leur dire que je vous rendrais compte de ma conversation avec eux.

Mon opinion que vous avez pu dj pressentir par ma dpche d'hier,
monsieur le comte, s'accorde, je l'avoue, avec celle de lord Grey et
de lord Palmerston, et si je regrette avec vous qu'on n'ait pas impos
quelques conditions plus positives  l'infant don Carlos, je n'en
reste pas moins persuad qu'aujourd'hui on ne peut plus traiter avec
ce prince que de gr  gr.


M. DE RAYNEVAL AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Madrid, le 14 juin 1834.

    Prince,

La rgente a voulu vous marquer sa reconnaissance du trait du 22
avril. M. de Florida-Blanca est charg de vous remettre en son nom les
insignes de l'ordre de Charles III. Je me trouve trs honor d'tre
par l votre confrre en chevalerie; mais comme il ne faut ter 
personne ce qui lui appartient, je dois dclarer que je ne suis pour
rien dans cette royale rsolution. L'honneur en revient tout entier 
M. Martinez de la Rosa, si ce n'est  Sa Majest elle-mme.

Ce ministre reoit en mme temps la mme dcoration.

J'ai  vous remercier de l'envoi que vous m'avez fait des pices
relatives  la ratification portugaise. Y a-t-il eu l ignorance ou
mauvaise foi? Heureusement on est dispens d'agiter cette question par
la promptitude du dnouement du triste drame qui se jouait en
Portugal. Vous aurez vu que l'amnistie convenue  Evora-Monto se
rapprochait beaucoup de celle dont vous avez arrt le projet 
Londres.

Les troupes espagnoles sont dj rentres en Espagne on les dirige
sur la Biscaye. Il est plus  souhaiter qu' esprer qu' leur
approche les armes tombent des mains des insurgs, comme elles sont
tombes de celles des migulistes. Si cela arrive, ce sera encore un
miracle d au trait.

Nous avons appris aujourd'hui le succs que le ministre reform a
obtenu dans la Chambre des communes. Cela est de bon augure. Ici,
comme chez nous, on ne parle que d'lections. Dieu veuille qu'elles
soient bonnes dans les deux pays!

Je crois que nous aurons trs incessamment le comte Toreno[235] comme
ministre des finances.

  [235] Jos Maria Queipo e Llano, comte de Toreno, homme d'tat et
  historien espagnol. N en 1786, il fut en 1808 l'un des chefs de
  la guerre de l'indpendance dans les Asturies, et fut lu aux
  corts de Cadix. Proscrit en 1814, il se rfugia en France,
  revint en Espagne quelques annes aprs, fut lu dput en 1820,
  mais dut s'expatrier de nouveau en 1823. Il fut nomm ministre
  des finances en 1833, puis ministre des affaires trangres et
  prsident du conseil en 1835, mais se retira au bout de peu de
  mois. Il mourut  Paris en 1843.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 16 juin 1834.

    Monsieur le comte,

... J'ai vu avec plaisir que le gouvernement du roi avait adopt, sur
les dernires propositions du cabinet de Madrid, un parti qui
s'accorde entirement avec les vues du ministre anglais. Vous aurez
pu juger par mes dpches que j'tais toujours rest,  cet gard,
dans les bornes que vous me prescrivez, et dans lesquelles je continue
 croire que nous ferons bien de nous maintenir.

J'avais fait connatre  M. de Miraflors, en rponse  la note qu'il
m'avait adresse, l'opinion que j'avais eu l'honneur de vous exprimer
par ma dpche numro 63, et comme le ministre d'Espagne avait reu
une rponse du mme genre de lord Palmerston, il s'est dcid  se
rendre  Portsmouth pour ngocier directement avec don Carlos.

Les offres qu'il devait faire  ce prince au nom de son gouvernement
consistaient dans une pension de trente mille livres sterling
moyennant laquelle l'infant prendrait des engagements semblables 
celui qu'on a fait souscrire  dom Miguel. Le prtendant espagnol
devrait de plus renoncer  aller habiter Rome, o on craint que son
sjour en ce moment n'exerce une fcheuse influence sur le
gouvernement papal, si mal dispos dj pour l'Espagne.

M. de Miraflors tait parti avant-hier pour remplir sa mission et
lord Palmerston avait expdi de son ct  Portsmouth M. Blackhouse,
l'un des sous-secrtaires d'tat des affaires trangres; celui-ci
tait charg d'offrir  don Carlos tous les services qu'il est au
pouvoir du gouvernement anglais de lui rendre,  l'exception toutefois
d'un prt d'argent, sur le refus duquel ce gouvernement se montre
inbranlable. Il devait, en mme temps, sonder les dispositions de
l'infant au sujet des propositions de M. de Miraflors. On a pens que
le refus d'argent tait le meilleur appui que le cabinet anglais pt
donner au ngociateur espagnol, parce qu'on supposait que l'infant et
sa suite compose de plus de soixante personnes, se trouvaient dans le
dnment le plus complet.

Il n'en a pas t ainsi cependant, et M. Blackhouse vient de mander 
lord Palmerston que don Carlos ne dsirait pas continuer son voyage
pour le moment; qu'il voulait, au contraire, dbarquer immdiatement
et avec l'intention de rester quelque temps en Angleterre. Il ne veut
pas entendre parler des propositions de M. de Miraflors; d'aprs son
langage, il ne renonce  rien et ne cessera jamais de faire valoir ses
droits; et il ne veut pas consentir  recevoir un cu sous la
condition de se soumettre  un engagement restrictif quelconque.

Lord Palmerston attribue cette rsistance de l'infant aux conseils de
la princesse de Beira et de l'vque de Lon, qui sont  bord du
_Donegal_; et, sans se dissimuler le mauvais effet que cela peut avoir
sur les insurgs du nord de l'Espagne, il n'y attache pas cependant
une grande importance.

D'aprs les rponses de don Carlos  M. Blackhouse, le marquis de
Miraflors a renonc  voir le prince auquel il avait crit la lettre
et le projet de transaction dont je joins ici les copies et il est de
retour  Londres.

Don Carlos a fait venir  Portsmouth M. de Sampayo, qui remplissait
les fonctions de consul gnral de dom Miguel, charg de lui retenir
une maison pour quinze jours  Portsmouth et de lui chercher une
campagne dans les environs de Londres. Mais le fait le plus
remarquable et qui parat positif, c'est que l'infant a entre les
mains de M. de Sarava, ministre de dom Miguel  Londres, un crdit
d'un million de francs qui a t envoy par M. de Blacas. On doit en
conclure que tout tait prpar en cas d'vnement, et que c'est en
Angleterre que don Carlos fixera son sjour, pour quelque temps du
moins. Il est bien entendu que le gouvernement anglais n'y mettra
aucune opposition; il voit mme cette rsolution sans trop de
mcontentement, dans la pense qu'il pourra surveiller plus facilement
ses dmarches et les menes de ses partisans.

La nouvelle de la rvolution rpublicaine de Lisbonne, annonce
pompeusement par quelques journaux, n'tait qu'une fraude employe par
des joueurs de Bourse, qui ont tir parti de quelques cris profrs au
thtre, en prsence de dom Pedro, et contre son gouvernement, pour
avoir laiss chapper dom Miguel. Je ne sais pas si un esprit aussi
violent d'animosit de la part du peuple portugais justifie le dcret
par suite duquel tous les couvents sont abolis au Portugal et dans
toutes les possessions portugaises. Ce dcret, quelque utile qu'il
puisse tre en soi, me parat avoir t rendu prmaturment et
pourrait bien produire de nouveaux troubles dans le pays; le
gouvernement,  peine affermi, a commis au moins une imprudence en
provoquant le clerg tout entier uni aujourd'hui dans sa haine contre
lui, et il est impossible de ne pas reconnatre dans ce nouvel acte de
dom Pedro le mauvais esprit qui l'a dirig depuis deux ans.

On annonce la prochaine arrive en Angleterre du duc de Palmella; il
vient de Lisbonne avec l'amiral Parker qui quitte le commandement de
la station du Tage, dans lequel il est remplac par sir William
Gage[236].

Quelques personnes disent que le voyage du duc de Palmella n'a pas
d'autre but que des affaires particulires, mais on a peine  se
persuader qu'il ne soit pas motiv par des raisons politiques.

  [236] Sir William Hall Gage, n en 1777, entra dans la marine 
  dix-neuf ans, et eut une carrire des plus brillantes. Il devint
  lord de l'amiraut en 1841, fut promu amiral en 1862, et mourut
  en 1865.


LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Stanhope-Street, 16 juin 1834.

    Mon cher prince,

Blackhouse me mande que don Carlos ne dsire pas continuer son voyage
pour le moment; qu'au contraire, il veut dbarquer tout de suite et
avec l'intention de rester ici quelque temps.--Quant aux
propositions de Miraflors, il ne veut pas en entendre parler; il ne
renonce  rien: il ne cessera jamais de faire valoir ses droits, et il
n'acceptera pas un seul cu  condition de rester tranquille. Il
parat que son courage s'est merveilleusement rtabli depuis que la
baie de Biscaye se trouve entre lui et Rodil.

Tout ceci est assez naturel et fort peu important. Le seul rsultat
en sera que l'Espagne conomisera trente mille livres sterling
par an et que sa tranquillit intrieure n'en souffrira pas du tout...

    Tout  vous.

    PALMERSTON.

_P.-S._--La rponse de don Carlos ne veut dire que ceci: L'vque de
Lon et la princesse de Beira sont avec moi.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 18 juin 1834.

    Mon prince,

Rouen[237] me mande du 28 mai que l'escadre anglaise tait  Nauplie
et qu'elle portait _quinze cents hommes de troupe_ et six pices de
campagne. L'amiral parlait d'aller vers les Dardanelles, mais
attendrait encore quelques jours des nouvelles de Malte.

Cette demi-mesure me parat singulire, mais s'accorde avec le
langage que jusqu' la date du 30 mai tenait  Constantinople lord
Ponsonby. Je suis port  croire que, depuis, il aura modifi ce
langage et mme qu'il aura dconseill  l'amiral de runir ses
vaisseaux sur la cte d'Asie. En tout cas, la Russie va en prendre
prtexte pour rester arme et nous serons constamment en chec.

Un Russe, nomm Mayenvorth, qui fait ici son mtier, dit partout
avoir reu de Medem l'assurance que s'il entre encore un vaisseau
anglais dans la Mditerrane les Russes iront au Bosphore. Il
faut savoir que leur position maritime dans la mer Noire n'est
garantie que par les chteaux du Bosphore, car Sbastopol n'est pas en
tat de dfense par mer...

  [237] Le baron Rouen tait alors ministre de France en Grce.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 23 juin 1834.

    Mon prince,

Sainte-Aulaire mande qu'il y a eu grand bruit  Vienne au sujet de
l'escadre anglaise qui a paru dans l'Archipel. Pozzo en tait trs
proccup, et je me suis tu  lui faire considrer ce mouvement sous
son vritable point de vue: une promenade navale qu'un nouvel amiral
s'est cru en droit et en devoir de faire sans but politique. Je
suppose du moins que c'est cela.

Les affaires de Suisse se compliquent. Rumigny[238] n'est pas
toujours adroit. Le ministre de Sardaigne me disait hier que son
cabinet se dclarant satisfait du langage de la dputation, tout
tombait de soi-mme, lorsqu'une nouvelle note est venue raviver la
question[239].

Nous crivons en gypte qu'on se dcide  remplir les engagements
contracts envers la Porte, et d'ter l tout prtexte. Tout ce bruit
aboutira  donner aux Russes un prtexte de rester arms dans la
mer Noire et  nous tenir ainsi en chec de ce ct.

Nos lections sont trs bien. Sur cent trente nominations connues 
cette heure, l'opposition en a perdu vingt-quatre remplaces
convenablement. Nous aurons deux lgitimistes  Marseille[240].

  [238] Le comte de Rumigny, alors ministre de France en Suisse.

  [239] Une dputation suisse s'tait rendue auprs du roi de
  Sardaigne, au cours d'un voyage que ce prince faisait en Savoie,
  pour lui tmoigner les regrets du gouvernement suisse de
  l'chauffoure du mois de fvrier (Voir page 392, note). Le roi
  l'avait fort bien accueillie, ce qui n'empcha pas le cabinet de
  Turin d'adresser le 20 juin une note au directoire, pour se
  plaindre de l'insuffisance des mesures de police qu'il avait
  prises.

  [240] lections gnrales du 22 juin. L'opposition rpublicaine
  en sortit considrablement diminue. Par contre, le parti
  lgitimiste obtint une vingtaine de siges.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 26 juin 1834.

    Monsieur le comte,

... J'ai cherch lord Palmerston ce matin et je viens d'avoir avec
lui un entretien...

Il m'a avou que M. Morier[241], tout en partageant les vues qui
dirigeaient notre ambassade en Suisse, n'tait cependant pas tout 
fait d'accord avec M. de Rumigny sur la marche qu'il convenait de
suivre. M. Morier pense qu'il faut employer une grande prudence et de
l'habilet pour maintenir la dite helvtique sur le terrain o elle
s'est place vis--vis des puissances limitrophes.

Lord Palmerston, en faisant valoir les raisons exposes par M.
Morier, m'a nanmoins dit qu'il comprenait toute l'importance qu'il y
avait dans les circonstances actuelles,  ce que la France et
l'Angleterre se montrassent unies sur toutes les questions. Il
dsire que vous soyez bien convaincu qu' cet gard il apprcie les
considrations dveloppes dans votre dpche.

Il m'a en mme temps donn l'assurance qu'il allait crire non
seulement en Suisse, mais encore aux ministres d'Angleterre  Turin, 
Stuttgard et  Munich, pour les charger de faire aux gouvernements
prs desquels ils sont accrdits des reprsentations dans le sens que
nous dsirions.

Comme il a cru remarquer, d'aprs les rapports de lord Minto, que M.
Ancillon surtout avait adopt des ides trs errones sur les affaires
de Suisse, il se propose de faire arriver aussi  Berlin des
observations qui, il l'espre, pourront produire un bon effet. J'ai
lieu de croire que les instructions de lord Palmerston aux diffrents
ministres que je viens d'indiquer, seront expdies par le courrier de
demain...

... Il (lord Palmerston) m'a communiqu les dernires lettres de lord
Ponsonby, qui s'accordent presque identiquement avec celles de notre
ambassadeur. J'ai pu juger que les nouvelles apportes par ces
dpches proccupaient fortement le gouvernement anglais...

... J'ai obtenu de lord Palmerston qu'il transmettrait  Alexandrie
des instructions pour qu'on ft comprendre  Mhmet-Ali qu'il devait
mettre un terme  ses exigences envers la Porte. On aura de la peine 
faire entendre raison au vice-roi, sur la question de l'arrir que
rclame le sultan, car il parat que rien n'a t crit  ce sujet
dans la convention de Kutaya, et que ce qui tait relatif  l'arrir
a t convenu verbalement; mais le colonel Campbell sera charg
d'insister sur ce point, en mme temps que sur celui des districts
dont Ibrahim demande la remise.

J'ai pri lord Palmerston de me donner de nouveaux claircissements
sur les mouvements de la flotte anglaise dans l'Archipel, et il m'a
fait la mme rponse que celle que j'ai eu l'honneur de vous
transmettre il y a peu de temps. L'Angleterre, m'a-t-il dit, croit
qu'il est ncessaire pour sa sret dans l'tat prsent de l'orient,
d'entretenir une flotte dans l'Archipel.

Cette flotte qui hiverne  Malte fait tous les ts une course
d'exercice, et rien n'a d tre chang cette anne  l'usage
prcdemment tabli. Du reste, le gouvernement anglais se verrait avec
plaisir dcharg de la dpense considrable et de l'entretien de cette
flotte, et il suffirait pour cela qu'on mt fin aux intrigues qui
agitent l'Orient.

Les dernires dpches venues de Lisbonne et qui sont du 9 affirment
que les erreurs commises dans les ratifications portugaises du trait
du 22 avril ne sont point l'oeuvre de la mauvaise foi, et que nous ne
tarderons pas  recevoir de nouvelles ratifications aussi compltes
que nous tions en droit de les demander.

  [241] Sir Robert Morier, littrateur et diplomate anglais, n en
  1790, tait alors ministre en Suisse.

    Londres, le 6 juillet 1834.

J'ai eu l'honneur de vous annoncer par ma dernire dpche que je
ferais usage des observations que vous aviez bien voulu me communiquer
sur l'effet que produisaient prs de plusieurs cabinets les mouvements
de la flotte anglaise dans la Mditerrane.

J'ai vu hier lord Palmerston assez longtemps, et aprs lui avoir fait
part de vos rflexions et des dtails contenus dans la dpche de
l'amiral Roussin, j'ai cru devoir l'aborder de nouveau ouvertement sur
la question d'Orient qui  bon droit proccupe en ce moment tous
les cabinets. Aprs avoir pass en revue avec lui les diffrentes
phases de cette question, j'ai conclu en tablissant que dans mon
opinion, il y avait aujourd'hui pour la France et la Grande-Bretagne 
prendre un des deux partis suivants: ou d'adopter les mesures
indiques par l'amiral Roussin en attaquant les tablissements
maritimes russes dans la mer Noire, et ceci tait la guerre; ou de
persister  faire tout pour le maintien de la paix gnrale, et alors
il fallait viter autant que possible les demi-mesures, les motifs
fonds d'inquitude pour les autres puissances, et se tenir dans une
ligne de conduite ferme, mais modre et conciliatrice.

J'ai laiss de ct le premier parti qu'il n'est pas ncessaire de
discuter en ce moment et qui d'ailleurs devrait avant tout tre
prcd d'un trait d'alliance offensive entre l'Angleterre et la
France.

Je me suis donc attach principalement  ma seconde disposition, et
j'ai rappel les considrations que j'avais dj dveloppes dans mes
conversations prcdentes au sujet des mouvements de la flotte
anglaise dans la Mditerrane. J'ai dit que ces mouvements ne
pouvaient avoir qu'un effet bien douteux sur le cabinet de
Saint-Ptersbourg; qu'ils n'taient en dfinitive qu'une dmonstration
dont il tait ais de prvoir l'issue, et que dans ces sortes
d'affaires, une demi-mesure sans rsultat tait plus nuisible
qu'utile.

Prenant enfin la question dans l'intrt purement franais, j'ai fait
comprendre  lord Palmerston que le gouvernement du roi ayant sans
cesse  rpondre aux questions des reprsentants d'Autriche, de Prusse
et de Russie  Paris, sur l'affaire que nous traitions en ce moment,
ne pouvait se dfendre d'prouver quelque inquitude de toute
entreprise dans la mer Noire dont il devrait rpondre sur le Rhin; que
nous avions pens qu'un trait purement dfensif entre nous et
l'Angleterre aurait servi  intimider la Russie et ses allis beaucoup
mieux que des promenades maritimes: qu'il avait fallu renoncer  ce
moyen puisqu'il rpugnait pour le moment au cabinet anglais, mais que
ce cabinet ne devrait pas  son tour s'tonner si nous agissions avec
prcaution et rserve dans une affaire dont les consquences taient
aussi importantes pour nous; que si nous ne croyions pas ncessaire,
par exemple, d'envoyer notre flotte dans l'Archipel cette anne-ci (et
 cet gard, je ne connais pas la disposition de notre gouvernement),
le gouvernement anglais devrait en trouver l'explication dans les
efforts que nous faisions dj en entretenant une arme de terre trs
considrable.

Lord Palmerston m'a d'abord exprim ses regrets des difficults qui
s'taient opposes jusqu' prsent, et qui s'opposaient encore  la
conclusion du trait dont je l'avais si souvent entretenu.

A la manire dont il s'est expliqu, j'ai pu juger, comme j'ai dj
eu l'honneur de vous l'crire, que ces difficults ne venaient pas de
lui, et que c'tait plutt dans le cabinet qu'il trouvait de la
rsistance. Je ne serais mme pas surpris que le gouvernement anglais
ne revnt dans un temps peut-tre prochain de ses refus ritrs et
qu'il ne consentt  faire un trait dont les avantages sont si
vidents.

Reprenant ensuite mes observations sur l'inutilit des mouvements de
la flotte anglaise, lord Palmerston a reproduit les considrations que
je rapportais dans ma dernire dpche, et qui tendraient  prouver
que les inquitudes manifestes par la Russie et l'Autriche
tmoignent assez l'importance que ces puissances attachent aux
dmonstrations maritimes de l'Angleterre; il est toujours convaincu de
l'efficacit de ces dmonstrations, et je doute qu'on rappelle la
flotte anglaise avant la fin de l't.

Lord Palmerston est convenu toutefois que l'expos de la situation
particulire de la France que je venais de lui faire tait exact, et
que nous pouvions avoir des motifs de ne pas agir de mme que
l'Angleterre dans telle circonstance donne et rciproquement. J'ai
pens que le point essentiel pour nous serait de conserver notre
libert d'action dans cette affaire: c'est pourquoi je lui ai demand
catgoriquement si son gouvernement dsirait que notre flotte part
aussi cette anne dans l'Archipel.

Il m'a rpondu que, quelque satisfaisant que ce mouvement de notre
part pt tre pour l'effet gnral, son gouvernement ne le rclamait
pas positivement. Nous en sommes rests l sur cette question,
monsieur le comte, et le rsultat de ma conversation a t de me faire
connatre que l'Angleterre tait dtermine  maintenir en ce moment
ses armements maritimes dans la Mditerrane, mais que nous n'tions
nullement obligs de suivre son exemple.

J'insisterai sur ce dernier point parce que je crois qu'en effet
notre flotte dans la Mditerrane pourrait sans inconvnient peut-tre
ne pas sortir pendant cette saison actuelle.

Le cabinet anglais n'aura pas lieu de s'en plaindre, puisqu'il ne
nous a pas formellement invits  mettre nos vaisseaux en mer, et que
d'ailleurs nous entretenons une arme considrable qui serait d'un
grand poids dans la balance, si plus tard on devait en venir  une
rupture ouverte dans l'Orient. Ce serait au moins un quivalent
de la flotte anglaise, car il est indubitable qu'alors la guerre se
ferait sur le Rhin autant que dans la mer Noire.

Cette raison, qui nous justifie trs bien aux yeux de l'Angleterre,
ne me parat pas devoir tre moins puissante devant les Chambres et
devant l'opinion publique en France.

Nous devons esprer de plus que les cabinets du Nord nous sauraient
quelque gr d'viter une dmarche qui d'ailleurs est superflue pour
dmontrer l'union de l'Angleterre et de la France aujourd'hui qu'elle
est constate d'une manire si clatante aux yeux de l'Europe.

    Londres, le 7 juillet 1834.

... J'ai appris avec beaucoup de satisfaction que les affaires de
Suisse avaient pris une meilleure tournure; il est  esprer que les
tracasseries du cabinet autrichien cesseront devant les rsolutions
dfinitives de la dite helvtique. Celles-ci seront sans doute
conues dans des termes assez conciliants pour offrir aux
gouvernements d'Autriche, de Sardaigne, de Bavire, de Wurtemberg et
de Bade un moyen honorable de revenir sur les singulires prtentions
qu'ils avaient mises en avant.

Vous avez vu que lord Palmerston s'tait exprim avec le charg
d'affaires d'Autriche de manire  le convaincre que l'Angleterre ne
s'tait point spare de nous dans cette question. Lord Palmerston a
compris qu'il s'agit ici, comme vous le faisiez trs bien remarquer,
monsieur le comte, des principes sur lesquels repose l'alliance de la
France et de la Grande-Bretagne. L'Autriche a voulu essayer jusqu'
quel point nos deux cabinets supporteraient ses exigences; il
tait utile qu'elle nous trouvt bien rsolus dans ce premier essai.

J'ai communiqu  lord Palmerston la note que vous avez charg M.
Alleye[242] de remettre  la dite germanique en rponse  celle du 12
juin. Il m'a beaucoup remerci de cette communication, et il juge la
note si parfaitement convenable qu'il se propose de faire rpondre M.
Cartwright[243]  peu prs dans les mmes termes.

Votre manire d'envisager la lutte entre le comte d'Armansperg[244]
et les autres membres de la rgence est compltement partage par le
cabinet anglais qui continuera  appuyer de tous ses efforts le comte
d'Armansperg[245]. Je suis port  croire que le roi de Bavire
lui-mme maintiendra le comte  la tte de la rgence, attendu qu'il
dsire ainsi que M. de Gise, son ministre des affaires trangres,
tenir M. d'Armansperg loign de la Bavire aussi longtemps que
possible.

Je viens d'tre prvenu par le ministre de Portugal  Londres qu'on
avait remis le 21 juin  M. le baron Mortier les nouvelles
ratifications portugaises au trait du 22 avril. Aussitt qu'elles
vous seront parvenues, monsieur le comte, vous voudrez bien remettre
les anciennes  M. le chevalier de Lima[246] qui est charg de les
renvoyer en Portugal. Je suis bien aise que cette affaire se soit
heureusement arrange par les moyens que nous avons employs; elle
nous avait fort embarrasss  l'poque des changes.

L'infant don Carlos est tabli avec toute sa famille dans sa nouvelle
rsidence prs de Londres; il y a t visit par le ministre des
Deux-Siciles[247] et par un grand nombre de tories. La plupart de ceux
qui l'ont vu ont t surpris de son ignorance de sa propre position et
de ses intrts. Il reoit le titre de roi, et son fils an celui de
prince des Asturies, de toutes les personnes qui s'en approchent...

Je viens de recevoir la lettre par laquelle vous me faites l'honneur
de m'annoncer que le roi a eu la bont de m'accorder un cong, dont je
ne profiterai probablement qu'aprs la sparation du parlement.

  [242] Le baron Alleye de Ciprey, alors ministre de France prs la
  Confdration germanique.

  [243] Ministre d'Angleterre prs la Confdration germanique. Il
  avait t prcdemment commissaire de la confrence de Londres 
  Bruxelles.

  [244] Joseph Louis, comte d'Armansperg (1789-1853), homme d'tat
  bavarois. En 1814, il avait t plnipotentiaire de Bavire au
  congrs de Vienne, il fut en 1832 nomm, par le roi de Bavire,
  prsident du conseil de rgence de Grce.

  [245] Un conseil de rgence avait t nomm en Grce par le roi
  de Bavire pour gouverner pendant la minorit du roi Othon. Il se
  composait du comte d'Armansperg, prsident, du conseiller de
  Maurer et du gnral Heydeck. La discorde ne tarda pas  clater
  au sein du conseil. On reprochait au comte d'Armansperg de
  concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, de favoriser outre
  mesure l'influence anglaise et de s'aliner l'esprit public en
  nommant des Bavarois  tous les emplois. Le 2 mai, le gnral
  Heydeck et M. de Maurer tentrent une sorte de coup d'tat et
  prirent une suite de dcisions qui enlevaient  leur prsident
  l'administration des finances et la direction des affaires
  trangres. Mais le roi de Bavire soutint M. d'Armansperg et
  rappela M. de Maurer qui fut remplac par M. de Kobell,
  conseiller d'tat bavarois. Le gnral Heydeck dut cder, et M.
  d'Armansperg reprit la prsidence du conseil avec tous les
  pouvoirs et les prrogatives qu'il s'tait attribus.

  [246] Louis-Antoine d'Abreu e Lima, vicomte de Carreira,
  diplomate portugais, n en 1785, plnipotentiaire au congrs de
  Vienne, secrtaire de lgation et charg d'affaires 
  Ptersbourg, puis ministre  La Haye de 1824  1830. Il fut
  accrdit  Paris en 1833.

  [247] Le comte de Ludolf.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

[_Dpche tlgraphique._] Londres, le 9 juillet 1834.

Lord Grey et lord Althorp ont offert leurs dmissions au roi. Elles
ont t acceptes. Le roi a fait appeler lord Melbourne qui parat
destin  former le nouveau cabinet[248].

  [248] Le cabinet anglais tait profondment branl depuis le
  prcdent remaniement. Aussi, lorsqu'au mois de juillet de
  violents dbats s'engagrent  la Chambre des communes au sujet
  du renouvellement du bill de coercition pour l'Irlande, lord
  Althorp, chancelier de l'chiquier, s'apercevant qu'il n'avait
  plus l'autorit ncessaire pour faire adopter par les dputs le
  projet du gouvernement, prfra donner sa dmission sans mme
  attendre qu'il et t mis en minorit. Lord Grey, qui depuis
  plusieurs mois aspirait  la retraite, profita de cette
  circonstance et se retira des affaires.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 14 juillet 1834.

    Monsieur le comte,

... Depuis quelques jours, le bruit du dpart de don Carlos pour
l'Espagne s'tait rpandu  Londres, mais les dtails qu'on donnait
sur cet vnement taient tellement vagues et contradictoires qu'il
tait difficile d'y ajouter foi. Aujourd'hui mme que l'vnement est
hors de doute, on ne s'accorde pas sur la manire dont il a eu lieu.
D'une part, on soutient que l'infant s'est embarqu  bord du btiment
anglais _The United Kingdom_ pour un port du nord de l'Espagne. Ceci
est le rapport fait par la police anglaise; mais, d'autre part, le
ministre d'Espagne croit avoir la preuve que l'infant est parti de
Londres le jour mme o les gazettes anglaises annonaient qu'il
avait assist avec toute sa famille  une reprsentation du Thtre
Italien; qu'il s'est rendu  Paris, accompagn du gnral Moreno et
d'un Franais[249] qui a organis toute l'entreprise, et que de l le
prince et ses deux compagnons ont continu leur route vers la
frontire d'Espagne, o des intelligences prpares par M.
Calomarde[250] doivent leur avoir assur une libre entre en Espagne.

Je vous rapporte les faits qui m'ont t communiqus par lord
Palmerston et par le marquis de Miraflors sans pouvoir vous indiquer
quels sont ceux vraiment exacts, car dans les affaires de cette nature
qui concernent presque exclusivement la police, il est difficile de
discerner d'abord la vrit.

La formation du nouveau cabinet anglais n'est pas encore
dfinitivement conclue, quoiqu'elle soit  peu prs arrte. Le roi
avait d'abord charg lord Melbourne d'essayer de composer un ministre
de coalition. Cette combinaison ayant chou, Sa Majest a tent une
dmarche prs de lord Grey pour l'engager  rentrer dans les affaires,
mais les instances ritres du roi n'ayant pu prvaloir sur la ferme
volont qu'avait lord Grey de se retirer, lord Melbourne a t choisi
pour le remplacer comme premier lord de la Trsorerie. Il parat que
les autres membres du cabinet seront maintenus  leur poste, et
c'est dans une runion des ministres ce soir qu'on fera choix du
remplaant de lord Melbourne au dpartement de l'intrieur. Il
pourrait se faire aussi qu'on et  choisir un successeur au marquis
de Lansdowne qui persisterait, dit-on,  se retirer. C'est lord Grey
qui seul a pu dterminer lord Althorp  redevenir chancelier de
l'chiquier et  reprendre par consquent la direction de la Chambre
des communes.

  [249] M. Auguet de Saint-Sylvain.

  [250] Franois Thade Calomarde, homme d'tat espagnol, n en
  1775, fut d'abord secrtaire au conseil de Castille, puis
  ministre de la justice en 1824. Il garda son portefeuille
  jusqu'en 1832, se montra zl partisan du pouvoir absolu, et
  poursuivit activement le parti constitutionnel. A la mort du roi
  Ferdinand, il se rangea du ct de don Carlos et dut quitter le
  pouvoir. Il se rfugia en France d'o il servit quelque temps la
  cause du prtendant; mais il ne tarda pas  se dsintresser de
  la vie politique et se retira  Toulouse o il mourut dans la
  retraite en 1842.

    Londres, le 15 juillet 1834.

... Les ministres se sont runis dans la soire dans le but de
s'entendre sur les arrangements que rendait ncessaire le choix fait
par le roi de lord Melbourne pour remplacer lord Grey en qualit de
premier lord de la Trsorerie. Je viens d'tre inform qu'ils sont
tombs d'accord pour appeler lord Duncannon[251] au dpartement de
l'intrieur en remplacement de lord Melbourne. Lord Duncannon, qui
tait commissaire des bois et forts sans entre dans le cabinet,
aurait pour successeur sir John Hobhouse[252] qui, lui, deviendrait
membre du cabinet.

Lord Melbourne est parti ce matin pour Windsor afin de soumettre ces
propositions au roi, mais on ne doute pas qu'elles ne soient agres
par Sa Majest.

Il y aura probablement quelques autres changements de moindre
importance, par suite de la retraite de lord Howick[253], fils de lord
Grey qui occupait le poste de sous-secrtaire d'tat au dpartement de
l'intrieur[254].

On peut donc regarder le cabinet comme reconstitu et se former une
opinion sur ce qu'il est aujourd'hui.

Je dois commencer par vous dire, monsieur le comte, que la
modification qu'il vient de subir n'altrera en rien les rapports
actuels existant entre la France et l'Angleterre. Lord Duncannon et
sir John Hobhouse ont toujours profess des sentiments qui doivent
rassurer compltement le gouvernement du roi sur ce point.

Si on examine la situation prsente du ministre anglais  l'gard
des affaires intrieures du pays, on ne peut se dissimuler qu'il a
fait une perte irrparable dans lord Grey, dont le noble caractre et
la loyaut reconnue inspiraient de la confiance  ses partisans et
mme  ses adversaires. Il est difficile de croire que les opinions
plus prononces et plus rformatrices des deux nouveaux membres du
cabinet compensent l'loignement de lord Grey de la haute position
qu'il occupait aux yeux du pays et de l'Europe.

J'entends dire par des personnes aussi impartiales qu'il est possible
d'en rencontrer au milieu des violences de l'esprit de parti que
la retraite successive, dans ces dernires semaines, de M. Stanley, de
sir J. Graham, du duc de Richmond, de lord Ripon et enfin de lord Grey
a affaibli le ministre  un point qui laisse peu de garantie pour sa
dure future. Il faudrait mieux connatre que je ne puis le faire, les
germes de division qui existeraient, dit-on, toujours dans le cabinet
pour juger jusqu' quel point cette opinion est fonde. Ce qui parat
hors de doute, c'est que la ncessit dans laquelle on se trouve de
faire passer  la Chambre des pairs, avant la fin de la session, le
bill sur l'glise d'Irlande, rend presque invitable entre les deux
Chambres une collision qui est depuis si longtemps redoute par le
gouvernement. Fera-t-on alors une nomination de pairs? Cette question,
rsolue affirmativement, pourrait bien dterminer encore d'autres
membres du cabinet  se retirer: rsolue ngativement, on ne comprend
plus comment l'administration pourra marcher entre les volonts
opposes des deux Chambres.

Je n'ai pas besoin de vous rappeler, monsieur le comte, que mes
observations dans cette circonstance sont de la nature la plus
confidentielle et qu'il est utile au service du roi que rien n'en soit
indiscrtement rvl.

Je le rpte, le cabinet anglais, tel qu'il est reconstitu restera
dans des dispositions amicales pour la France: c'est le point
essentiel pour nous et qui doit guider notre politique, jusqu' ce que
d'autres circonstances qu'il serait imprudent de prjuger nous mettent
dans le cas de la modifier...

_P.-S._--On m'informe  l'instant que l'infant don Carlos qui aurait
quitt Londres le 2 de ce mois, serait dbarqu le 9 dans un port
de la Biscaye o il aurait reu un accueil trs favorable. Il n'tait
accompagn, dit-on, que d'un Franais. Je vous transmets cette
nouvelle sans la garantir, car il est impossible,  travers la
diversit des informations qui se succdent si rapidement, de
reconnatre l'exacte vrit. Cette dernire nouvelle est du reste
parvenue au gouvernement anglais qui y attache confiance. Ce matin
encore, M. de Miraflors me rptait l'assurance qu'il avait entre les
mains la preuve que don Carlos avait d traverser la France pour se
rendre en Navarre.

  [251] John William baron Duncannon of Bessborough (1781-1847).

  [252] John Cam Hobhouse, n en 1785, fut lu dput aux Communes
  en 1820. En 1821 il devint secrtaire au dpartement de la
  guerre, puis secrtaire d'tat pour l'Irlande, commissaire des
  bois et forts en 1834 et prsident du bureau des Indes en 1846.
  Il fut cr pair en 1851 sous le titre de lord Broughton et
  mourut en 1869.

  [253] Henry-Georges Howick, comte Grey, n en 1802, dput aux
  Communes en 1826, sous-secrtaire d'tat aux colonies en 1830,
  puis au dpartement de l'intrieur, ministre de la guerre et
  conseiller priv en 1835. Il se retira en 1839, mais fut encore
  ministre des colonies de 1846  1852. Il succda  son pre  la
  Chambre des lords en 1845 et prit ds lors le titre de comte
  Grey.

  [254] Il faut ajouter galement que quelques jours aprs, le
  comte de Carlisle, lord du sceau priv, donna sa dmission et fut
  remplac par lord Mulgrave. Le cabinet ainsi reconstitu dura
  jusqu'au mois de novembre, poque o les tories rentrrent au
  pouvoir.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 17 juillet 1834.

    Mon prince,

Les observations contenues dans votre lettre concordent parfaitement
avec les rflexions que nous faisons ici sur la composition du cabinet
anglais. Ce qui nous importe le plus, c'est l'assurance du maintien de
la bonne intelligence entre les deux pays. Cela devient trs
ncessaire dans les circonstances actuelles.

On mande de Gnes que, quoique dom Miguel n'ait pas voulu rompre
l'engagement qu'il a souscrit, il sera bientt tellement renseign et
excit, qu'il pensera  retourner dans la pninsule, s'il trouve dans
la mort ou la maladie de son frre une occasion favorable[255]. Nul
doute que don Carlos ne l'appelle et ne soit prt  lui rendre en
Navarre l'hospitalit qu'il en a reue en Portugal.

J'ai lu dans _le Globe_ du 15 un article faisant allusion aux suites
qui pourraient tre donnes au trait du 22 avril.

Nul doute qu'un appel ne nous soit fait de la part de l'Espagne et
j'ai tenu, mon prince,  ce que vous puissiez sonder  l'avance le
cabinet anglais  cet gard...

... Le marchal Soult a offert sa dmission[256] ce matin; il la
donne srieusement et dfinitivement, et dans ce moment le roi cherche
 dcider Grard que la crainte de la tribune et du fardeau fait
encore hsiter. Il pense aussi, je crois,  l'inconvnient d'entrer
seul; il parle de la faiblesse de Jacob. Je ne sais si dans ses
confidences avec Thiers il a t plus loin. Je suis pour ma part tout
prt  faciliter les arrangements, d'autant plus que je suis seul d'un
avis contraire  celui qui prvaut de faire un long discours
d'ouverture et d'engager par l une discussion d'adresse qui me parat
inutile, et seulement propre  agiter et  rendre la question du
dehors plus difficile  manier...

Madame de Dino sera plus habile que Champollion si elle dchiffre
ceci, mais j'ai la main trs agite parce que j'ai un peu de fivre en
ce moment.

  [255] Dom Pedro tait malade depuis longtemps. Son tat empira
  rapidement  partir du mois d'aot, et il expira le 24 septembre
   l'ge de trente-six ans.

  [256] Il y avait une vritable hostilit dans le cabinet entre le
  marchal Soult et plusieurs de ses collgues, notamment M. Guizot
  et M. Thiers. Une sorte de conspiration s'organisa pour amener le
  marchal  donner sa dmission. On le savait partisan du maintien
  du rgime militaire en Algrie. MM. Guizot et Thiers parlrent
  d'y substituer le gouvernement civil. Le marchal Soult s'y
  opposa et menaa de se retirer. On le prit au mot et sa dmission
  fut accepte. Quant  l'tablissement du gouvernement civil qui
  avait servi de prtexte en cette circonstance, il n'en fut pas
  mme question  ce moment.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 17 juillet 1834.

    Monsieur le comte,

J'ai l'honneur de vous transmettre une copie de la lettre que je
viens de recevoir de M. le ministre d'Espagne et qui tait accompagne
de la note, galement jointe en copie, adresse par ce ministre  lord
Palmerston. Cette note qui est toute empreinte de l'irrflexion d'une
dmarche faite, je pense, un peu prmaturment, mettra ncessairement
le gouvernement anglais dans le cas de s'entendre avec nous sur la
conduite que les cabinets de Londres et de Paris auront  tenir dans
les circonstances nouvelles o va se trouver l'Espagne. Je vous prie,
monsieur le comte, de vouloir bien me faire connatre  cet gard les
intentions du gouvernement du roi et me donner les directions qui me
sont absolument ncessaires dans une question si importante et qui se
rattache si intimement aux intrts de la France.

J'ai accus rception simplement  M. de Miraflors de sa note, et
comme il est vident qu'elle est son propre ouvrage et qu'il n'a pas
eu le temps de recevoir des ordres de sa cour, vous croirez sans doute
que nous devons attendre, pour prendre un parti dcisif, que le
gouvernement espagnol ait communiqu directement ses vues sur ce
point.

J'ai l'honneur de vous envoyer un exemplaire du _bill_ rendu dans la
dernire session du parlement sur l'excution des conventions conclues
entre la France et la Grande-Bretagne pour la rpression de la traite.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 18 juillet 1834.

    Mon prince,

Je vous cris du conseil mme: l'ordonnance qui nomme le marchal
Grard en remplacement du marchal Soult vient d'tre signe et sera
demain au _Moniteur_ avec des explications convenables pour le
marchal Soult dont, aprs tout, la retraite est volontaire.

Nous n'avons pas de nouvelles de la frontire, si ce n'est la
concentration de forces de part et d'autre et les symptmes d'un
engagement prochain.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 21 juillet 1834.

    Mon prince,

Je n'ai pas besoin de vous dire dans quel embarras nous met l'arrive
de don Carlos en Espagne.

La reine s'y est passablement discrdite, et son parti se prsente
divis entre elle et sa soeur, au prtendant, aujourd'hui,  la tte
d'une arme.

D'un autre ct, les plans de finances de Toreno annoncent une
rduction d'intrt des rentes espagnoles. Ceci touche  une infinit
de petites gens  Paris, qui commencent  jeter les hauts cris.

C'est sous ces diffrentes influences que nous allons ouvrir une
discussion publique dans laquelle le trait du 22 avril jouera un
grand rle par ce qu'il a promis, par ce qu'il a produit d'abord, et
aussi par ce qu'il n'a pas pu prvenir.

Ou il existe, ou il n'existe plus.--S'il n'existe plus, nous
retombons dans notre premire situation vis--vis du gouvernement de
la reine: reconnaissance formelle et promesse d'appui et de secours;
et nul doute qu'on ne nous fasse appel en ce sens, avec d'autant plus
de force et peut-tre de raison que don Carlos aura travers en entier
notre territoire.

Si le trait existe, il y aura vraisemblablement appel aux articles
III et IV[257], et la dmarche de M. de Miraflors est un
avant-coureur de celle que fera le cabinet de Madrid.

C'est donc le principe qu'il faut dcider; nous verrons ensuite pour
les consquences.

Vous remarquerez, mon prince, de quelle difficult va tre la
rdaction de la phrase du discours, puis l'adresse. Dans la
discussion, on ne manquera pas de nous dire que l'affaire de
l'Angleterre tant faite quant au Portugal, dom Miguel parti et ayant
sign sa renonciation, nous avons aid  retirer ses marrons du feu,
puis qu'on nous a plants l, etc.

Et puis, songez  tous ces mouvements carlistes sur notre frontire
du Midi,  une restauration carliste en Espagne, lorsque Berryer est
nomm dput  Toulouse et  Marseille. J'aperois dj dans les
dputs ministriels qui nous arrivent des dispositions aigres sur ce
sujet. Et ici nous retrouverons les deux partis ligus dans la Chambre
pour nous accuser de faiblesse et en mme temps pour empcher une
action plus vive de notre part dans le nord de la pninsule; et
notre parti  nous, parti moyen, mobile, niais, accessible  toutes
les fausses ides de dignit nationale, qui blmera notre
inaction.--Le roi, je le sais, craint les puissances du Nord; il
craint la guerre, il craint d'entrer, ne ft-ce que pour faire
quelques pas, en Espagne. Je la crains aussi, mais il y a bien aussi 
craindre de l'autre ct. Au surplus, nous n'avons aucune demande de
l'Espagne. Seulement, avant qu'elle arrive, je voudrais que nous
fussions d'accord, afin que de nouvelles divisions ne se mettent pas
dans le cabinet, et j'en prvois sur ce sujet important d'assez
prochaines.

  [257] C'taient les articles du trait du 22 avril qui
  prvoyaient l'intervention ventuelle de la France et de
  l'Angleterre. Le cabinet espagnol n'y fit appel officiellement
  que l'anne suivante (17 mai 1835.)


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 21 juillet 1834.

    Monsieur le comte,

J'ai eu hier une conversation avec lord Palmerston sur les affaires
d'Espagne et sur la nouvelle complication qu'avait cre la prsence
de l'infant don Carlos dans les provinces insurges. Il a reconnu
comme moi _que le but du trait du 22 avril n'tait point atteint_ et
a paru frapp surtout de l'observation contenue dans votre dpche
numro 63, sur ce que les consquences de ce trait auraient en
dfinitive tourn au profit de l'infant, puisqu'il se serait trouv
transport au milieu de ses partisans, tandis qu'avant le trait,
l'accs des provinces basques lui tait  peu prs ferm.

J'ai fait remarquer  lord Palmerston que, ds qu'il admettait avec
nous que le but du trait n'tait pas rempli, il devait aussi lui
paratre ncessaire d'adopter quelque moyen de complter l'oeuvre
que nos deux cours avaient en vue lorsqu'elles l'avaient conclu.

Sur ce point, m'a-t-il dit, nous ne sommes pas loigns de penser
qu'il y a _quelque chose_  faire pour aider la cause de la reine
d'Espagne, mais pour dterminer ce _quelque chose_, il faut connatre
la porte des demandes qui de Madrid seront faites  Paris et 
Londres. Nous allons expdier quelques btiments lgers sur la cte du
nord de l'Espagne, pour surveiller les mouvements des insurgs; la
prsence de notre pavillon sur ce point pourra n'tre pas inutile au
gouvernement espagnol, et c'est la seule mesure que nous puissions
prendre jusqu' ce que le cabinet de Madrid ait demand un secours
plus direct.

Le point une fois admis par lord Palmerston que le trait du 22
avril, quoique excut  la lettre, ne l'tait point dans son
principe, et qu'il y avait _quelque chose_  faire pour arriver 
cette excution, je n'ai pas voulu insister davantage et j'aurais mme
attendu pour lui en reparler une demande positive venue de Madrid,
lorsque j'ai reu il y a quelques heures la dpche que vous m'avez
fait l'honneur de m'crire sous le numro 66.

J'ai jug, aprs avoir lu cette dpche, que l'objet en tait trop
grave pour ne pas rclamer de lord Palmerston la confirmation de ce
qu'il m'avait dclar hier et qui rpondait si bien aux questions que
vous m'adressez. L'envoi fait par le gouvernement du roi de btiments
devant Saint-Sbastien, Bilbao, Santander, etc., qui s'accorde avec la
mesure prise par le gouvernement anglais, m'offrait d'ailleurs
l'opportunit de revenir sur notre conversation d'hier.

Lord Palmerston n'a pas hsit  me rpter ce qu'il m'avait
dit, c'est--dire _qu'il ne regarderait pas le but du trait du 22
avril comme atteint_, et qu'il y avait de la part de notre
gouvernement et du sien quelque chose  faire pour pourvoir 
l'excution de cette transaction. Je reproduis ces mmes termes parce
qu'aujourd'hui comme hier ils ont t ceux employs par lord
Palmerston.

Il m'a inform en outre qu'il venait de recevoir une seconde note de
M. de Miraflors par laquelle celui-ci renouvelle les demandes
comprises dans la premire, et formule quelques-unes des stipulations
qui devraient tre insres dans le nouveau trait ou dans la
convention supplmentaire qu'il faudrait conclure.

Le marquis de Miraflors voudrait entre autres qu'on ft entrer un
corps auxiliaire portugais en Espagne, en rciprocit du corps
espagnol qui a poursuivi les deux prtendants en Portugal.

Lord Palmerston m'a dit qu'il rpondrait  cette note comme  la
premire en dclinant de prendre aucun parti sur l'objet de son
contenu, jusqu' ce qu'on ait connaissance des intentions du cabinet
de Madrid, et j'ai insinu que c'tait surtout pour la question de
l'entre d'un corps de troupes portugaises en Espagne, qu'il tait
important de connatre les dsirs du cabinet de Madrid. Vous pourrez,
ce me semble, sonder dj M. le chevalier de Lima sur ce point assez
dlicat. La mesure prise par le gouvernement anglais de faire tenir
quelques btiments sur la cte du nord de l'Espagne ne pourra pas
manquer de produire un bon effet; car, excute de concert avec celle
du mme genre dont vous me parlez, elle montrera ds le principe que
nous sommes d'accord pour soutenir la cause de la reine.

Telles sont, monsieur le comte, les seules informations que je sois
en tat de vous fournir en rponse aux dernires dpches que vous
avez bien voulu m'crire.

J'y ajouterai une seule rflexion, c'est que dans mon opinion le
gouvernement anglais verrait avec un vif dplaisir toute intervention
arme de notre part en Espagne, et que d'un autre ct, cependant, les
moyens qu'il consentirait  adopter pour secourir la cause de la reine
ne seraient probablement pas de nature  la servir suffisamment; du
reste, tout ceci ne peut tre encore qu'hypothtique.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 25 juillet 1834.

    Mon prince,

Les dpches de Madrid ne sont pas rassurantes et ne donnent pas un
grand apptit d'aller se fourrer l.

Il est bon que vous sachiez que les ministres trangers ici qui
peuvent apercevoir les dispositions personnelles du roi s'en prvalent
auprs de don Carlos qu'ils font renseigner et encourager  cet gard:
nous en avons _preuves matrielles_.

Ils disent beaucoup dans leurs conversations prives que ce sera la
guerre gnrale si nous soutenons la reine par une intervention arme:
ils _provoquent_ de leurs cours des notes prcises sur ce sujet et
disent qu'elles nous arrteront tout court. Aussi voudrais-je qu'il y
ait parti pris dans un sens ou dans un autre avant que nous entendions
un tel langage.

Ce qu'il y aurait de mieux, c'est que l'Espagne ne nous demandt
rien, et je n'ai encourag Rayneval dans aucune esprance  ce sujet.

Les vaisseaux anglais ont quitt Smyrne et ils ont bien fait, car
cela agitait de nouveau Constantinople et tout son drogmanat  peu
prs en pure perte...


MADAME ADLADE D'ORLANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Neuilly, le 25 juillet 1834.

Notre cher roi,  qui j'ai lu ma lettre et qui l'approuve
compltement, veut que je vous dise quel est son langage sur l'affaire
de l'Espagne. Il donnera tout l'appui moral dont il peut disposer,
pour soutenir la couronne sur la tte de la jeune reine et donner
force et consistance  son gouvernement. Il croit que cet appui moral
sera plus efficace qu'une intervention arme; il fera donc tous ses
efforts pour tre dispens de toute intervention de ce genre, mais il
a trop l'exprience des vicissitudes humaines pour s'engager  ce
qu'elle n'ait jamais lieu; il veut au contraire qu'on sache qu'il sera
toujours prt, quoi qu'il puisse lui en coter,  prendre les mesures
hardies que les circonstances lui paratraient exiger dans l'intrt
de la France, seul mobile de sa conduite et de sa pense.

Le roi me charge en outre de vous dire qu'il sait qu'il y a des gens
qui croient qu'avec un corps de dix, douze ou quinze mille hommes,
tout au plus, de troupes franaises, on pourrait enlever don Carlos et
le transporter en France, en repliant aussitt toutes ces troupes sur
le territoire franais. Le roi ne croit point au succs d'une telle
tentative, si elle tait faite.

Rien ne serait plus difficile que de cerner don Carlos dans les
montagnes, de le poursuivre et de l'attraper. Mais le roi croit aussi
que, mme en russissant, le nom de don Carlos _enlev par les
Franais_ serait plus formidable que sa prsence qui deviendra une
source d'embarras continuels pour ses partisans et particulirement
pour ceux qui auront  le garder. Il dit que cet enlvement serait
assimil en Espagne  celui de Ferdinand VII par Napolon et serait de
mme plus avantageux que nuisible  sa cause.--Tandis que si, par
l'effet de l'action espagnole, la puissance de don Carlos se trouve
amoindrie et que ce soit parce que l'Espagne ne veut pas de lui qu'il
se trouve rejet sur le territoire franais, sa cause sera perdue, et
alors on pourra prendre envers lui sans inconvnient les mesures de
sret qui prserveraient l'Espagne des dangers auxquels son retour
pourrait l'exposer plus tard. Voil, mon cher prince, une des penses
que le roi confie  votre discrtion; il sait que vous n'en ferez que
bon usage et regrette bien de ne pas vous entendre et de ne pouvoir
pas vous communiquer toutes ses opinions sur cette question si grave
et si complique.

Il vous prie d'ailleurs de ne pas perdre de vue,  tout hasard, que
toute intervention de la France en Espagne devant ncessairement
l'affaiblir sur le Rhin et sur les Alpes serait _dsire_ et non
_redoute_ par les puissances du Nord, et que par consquent, comme
elle pourrait dcider la guerre de leur part, jamais la France ne
saurait s'y embarquer si l'Angleterre ne s'tait pas lie par une
alliance  faire cause commune avec elle.

Tout ceci, mon cher prince, sous le sceau du plus grand secret.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 20 juillet 1834.

    Monsieur le comte,

... J'avais vu lord Palmerston hier et dans un assez long entretien
que nous avons eu ensemble sur la situation prsente de l'Espagne, je
lui ai fait pressentir toutes les difficults que cette question
entranait pour le gouvernement du roi, au moment o la runion des
Chambres l'obligerait  s'expliquer sur la conduite politique qu'il
tiendrait dans les affaires de la pninsule. J'ai dit en mme temps
qu'il nous tait absolument ncessaire de connatre l'opinion du
cabinet anglais sur la valeur qu'il attachait au trait du 22 avril,
et de savoir si, d'aprs ce que lui, lord Palmerston, m'avait dit deux
jours auparavant, le gouvernement franais se trouvait autoris 
dclarer solennellement que la France et l'Angleterre reconnaissaient
toutes deux que le but du trait n'tant point atteint, il y avait
quelque nouvelle mesure  prendre pour pourvoir  son excution. J'ai
ajout enfin que, dans le cas o le cabinet anglais reconnatrait avec
nous la non-excution du trait du 22 avril, il serait peut-tre
possible de me faire connatre ds aujourd'hui, et avant mme que les
demandes de secours du cabinet de Madrid nous aient t communiques,
quels sont les moyens que l'Angleterre croirait devoir proposer pour
servir la cause de la reine d'Espagne.

Lord Palmerston auquel j'avais dvelopp toutes les raisons qui me
faisaient dsirer des rponses catgoriques, sinon sur tous ces
points, au moins sur celui qui tait relatif  la valeur qu'on devait
attacher au trait du 22 avril, me promit de soumettre mes
observations aux autres membres du cabinet aujourd'hui dans la
matine, et c'est le rsultat de cette confrence avec ses collgues
qu'il vient de me communiquer  l'instant et que je m'empresse de vous
transmettre.

Le gouvernement anglais croit que dans le discours d'ouverture des
Chambres on peut introduire une phrase  peu prs comme celle-ci:

L'Angleterre pense avec nous que le but du trait du 22 avril n'est
pas atteint, et dans ce moment-ci les quatre puissances signataires de
ce trait s'occupent  fixer les mesures qui doivent tre prises dans
les circonstances actuelles.

Telle est, monsieur le comte, la phrase que j'ai rdige devant lord
Palmerston et qu'il a approuve dans tout son contenu. Le gouvernement
du roi n'est pas astreint cependant  s'en tenir aux termes mmes de
cette phrase, mais il ne pourrait pas s'carter de l'esprit, sans
s'exposer  aller au del de ce que le gouvernement anglais
approuverait.

Quant aux mesures  prendre, lord Palmerston m'a rpt qu'on ne
pouvait pas s'en occuper avant d'avoir reu les demandes du cabinet de
Madrid, et qu'il serait inutile de discuter en ce moment la question
d'une intervention arme de notre part en Espagne, avant que le
dveloppement des vnements dans la pninsule ait rendu ncessaire
une si importante dmarche.

Je n'ai pas voulu insister davantage, parce qu'il m'a paru que, pour
le moment, la phrase que je viens d'avoir l'honneur de vous indiquer
rpondait suffisamment aux exigences imposes au gouvernement du roi.
En effet, s'il s'lve une discussion  la Chambre des dputs sur les
consquences du trait du 22 avril, on pourra se borner  dire
que les puissances signataires ont reconnu que l'objet de ce trait
n'tant point atteint, elles devaient s'occuper des mesures
ultrieures  prendre, mais que ces mesures taient le sujet d'une
ngociation dont il ne serait pas convenable de dvoiler les dtails.

Je pense, monsieur le comte, que vous partagerez mon opinion  cet
gard, et j'attendrai impatiemment votre rponse  cette dpche.

Je dois ajouter que lord Palmerston m'a exprim, en son nom et en
celui de ses collgues, le vif dsir qu'une phrase de notre discours
d'ouverture rappelt l'union de la France et de la Grande-Bretagne. Il
serait ais, je crois, de la lier  celle qui est relative aux
vnements de la pninsule.

M. Tricoupis, ministre de Grce  Londres, m'a fait part de quelques
propositions qui lui auraient t faites, il y a peu de jours, par le
nouveau charg d'affaires de Russie au nom de son gouvernement. L'une
de ces propositions tendrait  faire demander, par le gouvernement
grec lui-mme, aux trois cours de l'alliance, une dclaration par
laquelle la neutralit du royaume de la Grce serait reconnue. M.
Tricoupis, en se chargeant probablement de transmettre cette ouverture
 son gouvernement, m'a dit qu'il avait rpondu  M. le comte de Medem
qu'une dclaration telle qu'il la proposait devrait sans doute mettre
le gouvernement grec dans la ncessit, en cas de guerre, de fermer
ses ports aux btiments anglais et franais.

La seconde proposition tait relative au roi Othon, que le cabinet
russe dsirerait voir embrasser la religion grecque ou du moins
dclarer sa ferme intention d'lever ses enfants dans cette religion.
M. Tricoupis doit avoir rpondu que le roi Othon, n'ayant pas encore
atteint sa majorit, n'tait pas oblig de s'expliquer sur ce point;
que dans tous les cas c'tait une affaire de conscience qui ne pouvait
tre dcide par un trait et que, quant  ce qui se rapportait  la
religion des enfants du jeune roi, il tait inutile de s'en occuper,
puisqu'il n'en avait pas et qu'il n'tait pas mme mari.

    Londres, le 29 juillet 1834.

Je viens de voir lord Palmerston qui m'a fait part d'un changement
arrt dans un conseil de cabinet au sujet de la phrase que j'ai eu
l'honneur de vous communiquer et qui exprimait l'opinion des
gouvernements de France et d'Angleterre sur le trait du 22 avril. Il
m'a dit que n'ayant consult, lorsqu'il m'avait vu, que quelques-uns
de ses collgues, il avait jug plus tard que l'objet tait trop grave
pour ne pas tre trait dans un conseil de cabinet, et que c'tait
d'aprs l'avis gnral du conseil que la nouvelle phrase avait t
modifie et envoye  lord Granville pour vous tre soumise.

Lord Palmerston m'a lu cette phrase qui me parat contenir, quoique
d'une manire moins claire, la substance de celle que je vous avais
adresse. J'ai exprim ma pense  cet gard  lord Palmerston en
ajoutant qu'il tait possible que le discours du roi et dj reu la
sanction du conseil des ministres lorsque la communication de lord
Granville vous aura t faite et que, par consquent, il ft trop tard
pour lui faire subir aucune modification.

Je crois pouvoir vous dire que dans mon opinion il n'y aurait aucun
inconvnient  maintenir la premire rdaction qui vous est parvenue
par moi, si c'est celle que vous prfrez.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 3 aot 1834.

    Mon prince,

J'ai parfaitement compris ce qui est arriv: c'est que Palmerston a
saisi l'occasion de votre absence pour faire ce qui lui et t plus
difficile, vous tant  Londres.

Au reste, tout cela est fini. Ici les avis sont fort partags: les
uns disent que nous avons trop dit, les autres pas assez.

Dupin est contre toute intervention arme; le _Journal des Dbats_
pour toute intervention arme; je ne puis que le ralentir l-dessus,
mais non le faire taire.

Il nous est impossible dans les marches de montagne de bien savoir ce
que font don Carlos et Rodil. Je ne suis pas sans inquitude sur les
dispositions, non de Rodil personnellement, mais de ses alentours. Le
massacre des moines  Madrid[258] a raviv l'insurrection, et les
conspirations suivies et dcouvertes  Madrid annoncent de la division
dans le parti de la reine...

Les nouvelles de la Catalogue sont meilleures. Je voudrais bien que
vous puissiez m'expdier, par estafette extraordinaire, la
conversation de lord Londonderry  la Chambre des pairs[259]. Cela
tombera ici  temps pour nos dbats qui vont s'ouvrir  la fin de la
semaine.

  [258] Des scnes de meurtre avaient, en effet, ensanglant
  Madrid. Le cholra s'tait rpandu dans la capitale. Comme 
  Paris, la populace refusant de croire  la maladie attribua
  l'pidmie  des empoisonnements dont elle accusa les religieux.
  Le 17 juillet, des bandes armes attaqurent les couvents de la
  ville et massacrrent la plupart des religieux qui s'y
  trouvaient.

  [259] Lord Londonderry avait annonc qu'il ferait une motion sur
  les affaires de la pninsule. Le 4 aot, il prit la parole  la
  Chambre des lords, et attaqua violemment la politique du
  cabinet.--Voici ce qu'il disait de la France:

  En ce qui concerne l'alliance avec la France, je ne crois pas
  qu'il soit juste de donner une prfrence  ce pays sur les autres
  et je ne puis approuver les loges qu'on a prodigus si souvent
  aux trois journes de Juillet.

  Louis-Philippe gouverne d'aprs le principe de la force; il a
  rempli la province et la capitale de ses troupes; ses ordonnances,
  et sa conduite en gnral sont aussi arbitraires que celles de
  Charles X; seulement Louis-Philippe a agi avec plus de franchise
  et d'habilet... En ce qui touche le quadruple trait, je ne
  conois rien rellement de plus bas, de plus atroce que la marche
  qu'on a suivie  l'gard du Portugal en ngociant ce trait. Nous
  nous tions engags  une neutralit positive... mais sous le
  masque de la neutralit, le gouvernement prparait une
  intervention arme de concert avec un puissant alli. Je crois
  rellement que pour une grande nation, une pareille conduite est
  atroce. Lord Londonderry ajoutait que l'Angleterre n'avait rien
  gagn  cette politique, et il concluait en demandant a qu'une
  humble adresse ft prsente  Sa Majest pour la prier d'ordonner
  que des copies de toutes les correspondances et des renseignements
  qui ont conduit  la ngociation et  la conclusion du trait du
  22 avril fussent dposes sur le bureau. Cette motion fut
  repousse  une grande majorit.

    Le 4 aot.

Harispe[260] nous mande que dcidment Rodil a eu un avantage
considrable contre Zumalacarreguy: don Carlos reste adoss 
notre frontire, et Harispe ne doute gure que sous peu il ne soit
oblig de la repasser.

Voil les demandes de Madrid dont lord Palmerston reoit le double
par Villiers et par M. de Miraflors.

Dans la Chambre, on est peu dispos  l'intervention arme. Le roi se
soucie peu d'une dclaration et nous pourrions, en effet, considrer
la phrase du discours comme quivalente.

D'un autre ct, Toreno, avec son emprunt  Londres et la banqueroute
qu'il fait  nos petits rentiers, ne nous donne aucune force pour
l'aider: on dit qu'il rduit  deux cinquimes. Nous avions crit
vivement l-dessus, mais l'Espagne veut une banqueroute et je crois
qu'elle ne pourra pas faire autrement. Cela rendra Toreno aussi
populaire  Madrid que peu ici...

  [260] Jean-Isidore, comte Harispe, n en 1768, engag volontaire
  en 1792, devint gnral de brigade en 1807 et servit
  particulirement en Espagne. Mis en disponibilit sous la
  restauration pour s'tre ralli  l'empereur pendant les
  Cent-jours, il reprit du service en 1830, et fut cr pair de
  France. Il commandait en 1834 une division sur la frontire des
  Pyrnes. Il fut nomm marchal de France en 1851 et mourut en
  1855.


LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Le 4 aot 1834, neuf heures du soir.

    Mon prince,

Nous recevons la dpche tlgraphique suivante de Bayonne en date de
ce jour:

Les insurgs sont battus sur tous les points depuis le 1er. Rodil
attaque avec vigueur[261].

J'aurai ce soir des dtails...

  [261] Le gnral Rodil venait d'tre mis  la tte de forces
  imposantes. Arriv  Logrono sur l'bre, il apprit la nouvelle de
  l'arrive de don Carlos dans les provinces insurges. Il rsolut
  de tout faire pour s'emparer de sa personne, couvrit le pays de
  postes fortifis et remporta des avantages signals, mais le
  prtendant parvint toujours  lui chapper au milieu des plus
  grands dangers.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU COMTE DE RIGNY.

    Londres, le 5 aot 1834.

    Monsieur le comte,

J'ai l'honneur de vous transmettre la copie d'une pice dont vous
avez dj connaissance; c'est la note par laquelle lord Palmerston
avait rpondu le 28 du mois dernier aux dmarches renouveles du
ministre d'Espagne  Londres. J'y joins en mme temps une traduction
littrale de la nouvelle note que le marquis de Miraflors vient
d'adresser  lord Palmerston, et dans laquelle il a expos les
diffrents points que le gouvernement espagnol dsire faire entrer
dans des articles additionnels au trait du 22 avril.

Une communication du mme genre vous aura t faite sans aucun doute
par M. le duc de Frias, et comme elle aura appel toute votre
attention, je vous serai trs oblig de me faire connatre les
intentions du gouvernement du roi sur les cinq nouvelles propositions
du cabinet de Madrid.

La premire exprime un dsir qui a t prvenu par le gouvernement
franais et ne pourra par consquent donner lieu  aucune difficult.
Je pense qu'il en est de mme de la seconde[262], et quant  la
troisime qui est relative  l'entre d'un corps de troupes
portugaises, il ne parat gure possible, dans les circonstances
donnes, que nous y mettions opposition.

Mais c'est sur la quatrime proposition particulirement que j'ai
besoin d'avoir des donnes positives, prcises et les plus
dtailles. Je ne puis juger d'aucune manire quelle est la nature, la
quantit, la valeur des secours matriels que le gouvernement du roi
voudrait s'engager  fournir  l'Espagne, et je rclame en consquence
 cet gard de votre part, monsieur le comte, un article compltement
rdig et pour lequel je n'aie plus  peu prs qu' demander la
signature des autres plnipotentiaires.

Je tiendrais galement  tre instruit de la forme que vous dsirez
donner  l'espce de garantie et d'appui moral qui fait l'objet de la
cinquime proposition du gouvernement espagnol.

Vous concevez, monsieur le comte, que ces deux derniers points
renferment des questions que je ne suis pas en tat de rsoudre, car
il faudrait mieux connatre que je ne puis le faire les ressources que
le gouvernement du roi a l'intention d'employer en faveur de
l'Espagne, et la mesure des engagements qu'il voudrait prendre dans
les affaires de la Pninsule.

Comme il est trs probable qu'on ne tardera pas  me demander mon
opinion sur les articles additionnels  ajouter au trait du 22 avril,
j'oserai vous prier de hter, autant que cela sera possible, l'envoi
des directions et des ordres que j'attends de vous.

  [262] La premire proposition tait relative aux mesures 
  prendre par le cabinet franais sur la frontire des Pyrnes; la
  deuxime, aux secours que l'Angleterre devait fournir au
  gouvernement de la reine Isabelle.

    Londres, le 7 aot 1834.

... Je viens d'avoir avec lord Palmerston un entretien au sujet des
demandes faites rcemment par le cabinet de Madrid aux gouvernements
de France et d'Angleterre. Il m'a fait part des rflexions que lui
avait suggres l'examen attentif de ces demandes et qui l'ont amen 
douter de la possibilit d'ajouter quelques articles au trait du
22 avril, ou mme de conclure un nouveau trait. En effet, m'a-t-il
dit, les demandes du cabinet de Madrid portent sur des points qui ne
peuvent gure donner lieu  des stipulations de trait, mais qui
peuvent tre l'objet de mesures de police que chaque gouvernement est
toujours libre d'adopter. Ainsi le gouvernement franais est en droit
de dfendre l'introduction en Espagne, par sa frontire de terre, de
quelque espce de secours que ce soit destins aux insurgs espagnols.
Il peut, de concert avec le gouvernement anglais, faire surveiller les
ctes de l'Espagne, empcher la contrebande militaire dans les bornes
qui sont dtermines par les lois des nations. Mais il n'est pas
ncessaire que de telles mesures soient stipules par un trait; il
serait mme impossible de le faire sans reconnatre les droits des
neutres et, par consquent, sans invalider d'avance toutes les
poursuites qui seraient faites contre des btiments trangers qui
tenteraient d'aborder en Espagne pour y porter des armes, munitions,
etc., etc., aux insurgs. A moins d'une dclaration de guerre formelle
de la part de la France et de l'Angleterre contre don Carlos, qu'on ne
peut raisonnablement demander, il serait difficile pour ces deux
puissances de faire reconnatre le blocus des ctes d'Espagne par les
autres gouvernements. Il semblerait donc plus convenable que le
gouvernement espagnol dclart ses ports en tat de blocus, et que les
vaisseaux franais et anglais prtassent leur secours pour maintenir
ce blocus, en agissant toutefois dans les bornes qui leur sont
prescrites par les droits des neutres.

Quant aux demandes de secours matriels faites par le cabinet de
Madrid, il n'est pas besoin d'un trait pour y satisfaire; chaque
gouvernement est libre  cet gard de faire ce qui lui convient,
et les secours n'en seront pas moins rels quoique donns sans trait.

Enfin, pour ce qui concerne la dclaration solennelle que le
gouvernement espagnol dsire qui soit faite par les gouvernements
signataires du trait du 22 avril, le cabinet anglais n'y met aucune
opposition, mais il pense qu'une telle dclaration peut tre l'objet
seulement d'une note diplomatique qui serait rendue publique  Madrid
au besoin.

Il ne peut tre question de l'entre de troupes portugaises en
Espagne, puisque le cabinet de Madrid n'a point fait mention de ce
projet dans les demandes qu'il a adresses au gouvernement anglais et
qu'il a insist au contraire pour que le cordon de troupes portugaises
qui sera runi sur la frontire du Portugal ne pntre point en
Espagne.

Ayant rsum ces diverses considrations avec lord Palmerston, nous
sommes convenus de nous runir demain aux plnipotentiaires d'Espagne
et de Portugal, d'inviter ceux-ci  nous passer une note en forme qui
renfermera les demandes qui peuvent entrer convenablement dans un
pareil document, et nous leur annoncerons en mme temps notre
intention de rpondre  cette note par une contre-note qui exprimera
l'opinion de nos deux gouvernements sur la situation actuelle de la
pninsule et qui contiendra les assurances de notre appui quand les
circonstances le permettront. Cette contre-note pourrait tre ensuite
publie  Madrid et prterait sans doute au gouvernement espagnol
l'appui moral qu'il rclame de nous.

Tel est, monsieur le comte, le plan auquel nous nous sommes
arrts, qui pourra tre modifi, mais qui, dans tous les cas, nous
dispensera de conclure une convention ou des articles additionnels au
trait du 22 avril.

Je vous serai particulirement oblig de me faire connatre si ce
plan a mrit votre approbation et celle du gouvernement du roi.

    Londres, le 9 aot 1834.

... Aprs plusieurs confrences entre lord Palmerston, les ministres
d'Espagne et de Portugal et moi, dans lesquelles MM. de Miraflors et
Sarmento ont vivement insist pour que des articles additionnels
fussent ajouts au trait du 22 avril, nous sommes convenus du projet
de convention additionnelle que j'ai l'honneur de vous transmettre. Il
a reu l'approbation du cabinet anglais...

Je n'ai pas jug convenable cependant de me dclarer prt  signer
ces articles additionnels et j'ai demand  en rfrer  mon
gouvernement...

L'examen attentif du projet que je vous envoie, monsieur le comte,
vous persuadera sans doute comme  moi qu'il n'offre aucun
inconvnient rel pour le gouvernement du roi, puisqu'il ne contient
point de nouvel engagement except celui de ne pas laisser passer par
notre frontire des secours  l'arme de l'infant don Carlos, et sur
ce point nous avons prvenu les stipulations de l'article premier.

Une seule considration m'arrte, quoiqu'au fond elle me paraisse
sans importance.

Par l'article II, le gouvernement anglais s'engage  fournir des
secours en armes et en munitions de guerre dont la valeur lui sera
rembourse plus tard par l'Espagne.

Cette dernire stipulation ne pourra-t-elle pas donner lieu dans
notre Chambre des dputs et dans les journaux  quelques fausses
interprtations. N'accusera-t-on pas le gouvernement du roi d'avoir
priv le commerce franais de la vente des objets qui seront livrs
par l'Angleterre au gouvernement espagnol?

Ce reproche serait trs mal fond, certainement, car il est vident
que, comme il arrive toujours en pareil cas, l'Angleterre ne retirera
en dfinitive rien des dbourss qu'elle sera dans le cas de faire, et
qu'il y a un avantage positif pour nous  viter de pareils dbourss.
Mais j'ignore si le ministre franais est en mesure de faire
prvaloir cette opinion, et c'est ce qui m'a dcid  suspendre mon
consentement  l'article.

Au total, le projet de convention additionnelle est assez
insignifiant pour qu'il n'y ait aucun danger de notre part 
l'approuver. Il offrirait mme plutt de l'inconvnient par son
insignifiance, si nous ne pouvions toujours affirmer qu'il renferme
toute la somme des demandes faites par le cabinet de Madrid.

Un seul point du projet a de la valeur: c'est la reconnaissance faite
par la France et l'Angleterre que le but du trait du 22 avril n'est
pas atteint.

Je persiste  croire que la preuve de ce fait se serait trouve aussi
utilement exprime dans le discours du roi des Franais  l'ouverture
des Chambres, et dans celui que le roi d'Angleterre prononcera vers la
fin de cette semaine  la prorogation du parlement. Au besoin mme, un
change de notes diplomatiques entre la France et l'Angleterre d'une
part, et l'Espagne de l'autre, aurait suffi pour remplacer le
prambule un peu pompeux d'une convention qui stipule des
obligations si peu importantes.

Mais enfin nous avons d cder aux instances ritres de MM. de
Miraflors et de Sarmento: le premier surtout de ces messieurs nous a
fait voir des passages de dpches de M. Martinez de la Rosa qui lui
imposent l'obligation, dit-il, d'insister pour obtenir des articles
additionnels au trait du 22 avril.

    Londres, le 12 aot 1834.

... Il me parat que le projet d'articles additionnels qui tait
joint  ma dpche s'accorde avec les intentions que vous m'exprimez
au nom du gouvernement du roi.

La dclaration mentionne dans le prambule des articles est conue
en des termes assez vagues pour ne donner lieu  aucune objection
srieuse.

J'aurais prfr, comme je vous le disais dans ma dpche d'hier,
qu'on s'en tnt  la phrase du discours du roi, mais il tait
impossible de faire des articles additionnels au trait du 22 avril
sans les motiver d'une manire quelconque, et je crois que la phrase
employe dans ce but, dit aussi peu que faire se pouvait.

Les stipulations de l'article premier ayant reu votre approbation,
il ne reste plus que l'objection sans importance que je vous ai
soumise sur l'article II.

Je ne pense pas que vous dsiriez que la proposition du gouvernement
du roi au cabinet de Madrid  l'gard du transport de la lgion
trangre d'Alger sur la cte d'Espagne forme un nouvel article
additionnel. Je ne la mettrais en avant que dans le cas o vous m'en
donneriez l'ordre...

Au moment o je finissais cette dpche, j'ai vu lord Palmerston qui
m'a annonc qu' la demande de M. de Miraflors et d'aprs l'opinion
unanime du conseil, il me proposait d'ajouter l'article suivant  ceux
que j'ai eu l'honneur de vous envoyer hier: S'il arrivait que de
nouvelles circonstances exigeassent de nouvelles mesures, les hautes
parties contractantes s'engagent  faire  ce sujet ce dont elles
pourraient convenir d'un commun accord.

Je n'ai pas cach  lord Palmerston que je n'approuvais cet article
ni dans le fond, ni dans la forme qui tait blessante pour le
gouvernement espagnol, puisque c'tait douter d'avance de ses forces,
et que la publication d'un tel doute de la part des trois cours
pourrait produire un mauvais effet  Madrid. J'ai ajout enfin, qu'en
nous communiquant cet article je vous exprimerais l'inconvnient que
j'y trouvais.--Si vous refusez de l'adopter, je crois qu'il serait
utile de m'crire une dpche assez motive pour que je puisse la
montrer.

    Londres, le 15 aot 1834.

... J'ai l'honneur de vous transmettre le discours que le roi
d'Angleterre vient de prononcer en ajournant le parlement au 25
septembre prochain. Le roi en lisant le discours a donn aux phrases
qui concernent la politique extrieure et la France particulirement
une expression qui a paru faire sensation dans la tribune
diplomatique.

    Londres, le 19 aot 1834.

Je m'empresse de vous transmettre les articles additionnels que nous
venons de signer  l'instant. Je crois que le gouvernement du roi
ne peut qu'tre satisfait de leur contenu[263]. Vous remarquerez que
nous avons fait quelques changements, ainsi que je vous l'annonais
hier, au projet primitif de ces articles: le plus important est celui
qui termine l'article II. Par cet article l'Angleterre s'engage
vis--vis de la reine rgente dans une politique beaucoup plus
dcide, tandis que l'article premier est rest le mme et ne stipule
pour la France que des obligations qu'elle s'est dj empresse
de remplir. Je suis bien aise que cette convention additionnelle au
trait du 22 avril ait pris par la suppression de la dernire partie
de l'article II un caractre uniquement politique[264]. Vous
remarquerez sans doute, monsieur le comte, qu'elle se lie mieux ainsi
au trait du 22 avril et aux vues que les cours ont eues en le
contractant.

  [263] Voici le texte de la convention additionnelle au trait de
  la quadruple alliance, tel qu'il fut arrt et sign le 18 aot
  1834:

  Sa Majest le roi des Franais, Sa Majest la reine rgente
  d'Espagne, ... Sa Majest le roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne
  et d'Irlande, Sa Majest Impriale le duc de Bragance, rgent du
  royaume de Portugal et des Algarves, hautes parties contractantes
  au trait du 22 avril 1834, ayant port leur srieuse attention
  sur les vnements rcents qui ont eu lieu dans la pninsule, et
  tant profondment convaincues que dans ce nouvel tat de choses
  de nouvelles mesures sont devenues ncessaires pour atteindre
  compltement le but dudit trait;

  Les soussigns (suivent les noms des plnipotentiaires), tant
  munis de l'autorisation de leurs gouvernements respectifs sont
  convenus des articles suivants additionnels au trait du 22 avril
  1834:

  I.--Sa Majest le roi des Franais s'engage  prendre dans la
  partie de ses tats qui avoisine l'Espagne, les mesures les mieux
  calcules pour empcher qu'aucune espce de secours en hommes,
  armes ou munitions de guerre, soit envoy du territoire franais
  aux insurgs en Espagne.

  II.--Sa Majest le roi du Royaume de la Grande-Bretagne et
  d'Irlande s'engage  fournir  Sa Majest Catholique tous les
  secours d'armes et de munitions de guerre que Sa Majest
  Catholique pourra rclamer, et en outre  l'assister avec des
  forces navales, si cela devient ncessaire.

  III.--Sa Majest Impriale le duc de Bragance rgent du royaume
  de Portugal et des Algarves... partageant compltement les
  sentiments de ses augustes allis et dsirant reconnatre par un
  juste retour les engagements contracts par la reine rgente
  d'Espagne dans le deuxime article du trait du 22 avril 1834,
  s'oblige  prter assistance si la ncessit s'en prsentait  Sa
  Majest Catholique par tous les moyens qui seraient en son pouvoir
  d'aprs la forme et la manire qui seraient convenues ensuite
  entre leurs dites Majests.

  IV.--Les articles ci-dessus auront mme force et valeur, etc.

  TALLEYRAND, MIRAFLORS,
  PALMERSTON, C.-P. DE MORAES SARMENTO.

  [264] Voir page 469 la teneur du projet primitif de cet article. Le
  changement qui y avait t apport tait apprci en ces termes par
  M. de Talleyrand dans une dpche du 17 aot:

  ... Nous sommes convenus de nous borner a la signature des trois
  articles en changeant toutefois quelques expressions de l'article II
  qui par l'ide commerciale qu'elles apportent, tent de la force et
  de la dignit aux mesures stipules par cet article.

       *       *       *       *       *

M. de Talleyrand tait arriv au terme de sa tche. Quelques jours
aprs avoir sign les articles additionnels au trait de la quadruple
alliance, il profita du cong qui lui avait t accord et revint en
France. Trois mois aprs, il se dterminait  rsigner ses fonctions
d'ambassadeur, et crivait au roi  Madame Adlade et au ministre des
affaires trangres les lettres qui vont suivre.


LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADLADE.

    Valenay, le 12 novembre 1834.

... Mademoiselle aura pu remarquer que je me suis abstenu longtemps
de lui parler de moi et de dtourner un seul instant son attention de
la pnible crise[265] qui devait fatiguer le roi. Mais aujourd'hui
que cette crise est termine, je rclame avec toute la confiance d'un
serviteur prouv une nouvelle preuve de la bont de Mademoiselle. Je
la supplie de disposer favorablement le roi  la lecture d'une lettre
que j'cris au dpartement des affaires trangres. Elle y porte ma
dmission. Je dois croire que le roi est dispos  la recevoir,
Monseigneur le duc d'Orlans m'ayant tmoign que, dans son opinion,
je ne pouvais plus tre utile  Londres. Il a raison, car je suis
vieux, je suis infirme, et je m'attriste de la rapidit avec laquelle
je vois ma propre gnration disparatre. Homme d'un autre temps, je
me sens devenir tranger  celui-ci.

Je me permettrai aussi de rpter  Mademoiselle ce que le prince
royal a fort bien senti: c'est que nous avons depuis quatre annes
tir de l'Angleterre tout ce qu'elle pouvait nous donner _d'utile_.
Puisse-t-elle ne nous rien transmettre de nuisible! L'Angleterre s'est
trangement modifie et je ne pense pas qu'elle puisse s'arrter dans
la nouvelle route qu'elle parcourt. Je ne me sens pas appel, je
l'avoue  la suivre. Ici se prsente d'ailleurs, outre la diffrence
de systme, une question de personnes. Lord Palmerston et moi, nous ne
nous entendons plus, et nous ne nous plaisons gure. Il ne faut pas
que le service du roi souffre de cette msintelligence. Tels sont mes
motifs: je les crois fonds en raison, en convenance, et je suis
persuad que l'admirable pntration du roi les jugera dignes de mon
dvouement  ses intrts. Je n'insisterai donc pas davantage sur mon
attachement  sa personne, mais je reviendrai encore une fois sur la
ncessit qu'il y a pour moi de me reposer avant de finir. Je crois
d'ailleurs devoir  la place que peut me destiner l'histoire de ne pas
compromettre le souvenir des services que j'ai t assez heureux
pour pouvoir rendre  la France  travers les vicissitudes infinies
qu'elle a traverses depuis plus de cinquante annes.

En prolongeant mon action, dsormais sans objet, je serais sans
utilit pour mon pays et ne pourrais que nuire  ma dignit
personnelle.

Je ne ferai aucune excuse  Mademoiselle de l'entretenir si
longuement du mme objet: sa noble amiti est de nature, je le sais, 
ne pouvoir que s'augmenter de tout l'abandon de ma confiance. Un
esprit aussi lev, une me aussi tendre me conservera mes plus chres
consolations, son _souvenir et sa bont..._

    TALLEYRAND.

  [265] La crise ministrielle de novembre 1834. Aprs le ministre
  des trois jours prsid par le duc de Bassano, le cabinet du 11
  octobre revint au pouvoir sous la prsidence du marchal Maison.


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU MINISTRE DES AFFAIRES TRANGRES[266].

    Valenay, le 13 novembre 1834.

    Monsieur le ministre,

Lorsque la confiance du roi m'appela il y a quatre ans  l'ambassade
de Londres, la difficult mme de la mission me fit obir. Je crois
l'avoir accomplie utilement pour la France et pour le roi, deux
intrts toujours prsents  mon esprit, troitement confondus dans ma
pense.

Dans ces quatre annes, la paix gnrale maintenue a permis  toutes
nos relations de se simplifier: notre politique, d'isole qu'elle
tait, s'est mle  celle des autres nations; elle a t accepte,
apprcie, honore par les honntes gens et par les bons esprits de
tous les pays. La coopration que nous avons obtenue de l'Angleterre,
n'a rien cot ni  notre indpendance ni  nos susceptibilits
nationales, et tel a t notre respect pour les droits de chacun,
telle a t la franchise de nos procds que, loin d'inspirer de la
mfiance, c'est notre garantie que l'on rclame aujourd'hui contre de
certaines directions qui inquitent la vieille Europe.

C'est assurment  la haute sagesse du roi,  sa grande habilet
qu'il faut attribuer des rsultats aussi satisfaisants. Je ne rclame
pour moi-mme d'autre mrite que celui d'avoir devin, avant tous la
pense profonde du roi et de l'avoir annonce  ceux qui, depuis, se
sont convaincus de la vrit de mes paroles.

Mais aujourd'hui que l'Europe connat et admire le roi, que par cela
mme, les plus grandes difficults sont surmontes; aujourd'hui que
l'Angleterre a peut-tre un besoin gal au ntre de notre alliance
mutuelle et que la route que parat vouloir suivre l'Angleterre doit
lui faire prfrer un esprit  traditions moins anciennes que les
miennes; aujourd'hui, je crois pouvoir sans manquer de dvouement au
roi et  la France supplier respectueusement Sa Majest d'accepter ma
dmission, et vous prier, monsieur le ministre, de la lui prsenter.

Mon grand ge, les infirmits qui en sont la suite naturelle, le
repos qu'il conseille, les penses qu'il suggre, rendent ma dmarche
bien simple, ne la justifient que trop, et en font mme un devoir. Je
me confie  l'quitable bont du roi pour en juger ainsi. Agrez...

    Prince DE TALLEYRAND.

  [266] A la suite de la dissolution du ministre, deux ou trois
  intrimaires ayant t nomms successivement, M. de Talleyrand
  dut adresser simplement cette lettre au ministre des affaires
  trangres, sans dsignation de personne. (_Note de Mme la
  comtesse de Mirabeau._)


LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS-PHILIPPE.

    Valenay, le 23 novembre 1834.

    Sire,

Votre Majest aura pardonn le retard que j'ai mis  la remercier de
ses nouvelles bonts, de sa confiance, j'oserai presque dire de son
amiti. Je voudrais y mieux rpondre, mais je ne puis me refuser aux
srieux avertissements reus  la triste crmonie  laquelle j'ai d
assister[267].

J'y ai puis le courage de persvrer dans une rsolution dont le
ct vraiment douloureux pour mon coeur est de dplaire au roi. Il
m'excusera s'il consent  se souvenir du dvouement avec lequel,
malgr mon grand ge, je l'ai servi depuis quatre annes, et il vaudra
bien m'en savoir encore quelque gr alors que la mort de mes vieux
amis et le poids des annes ne permettent plus  mes actions de
rpondre  mon zle.

C'est bien  tort qu'on chercherait d'autres motifs que ceux indiqus
dans les dernires lignes de ma lettre au ministre des affaires
trangres. Ce serait une erreur que d'avoir voulu faire de ma
dmission une question de noms propres soit anglais, soit franais.
J'ai, grce  vous, Sire, obtenu pour la rvolution de Juillet, le
_droit de cit_ en Europe. Ma tche est accomplie et j'insiste
aujourd'hui pour me retirer parce que j'en ai le droit et le besoin.

Si je sortais de cette pense si vraie et si simple et qu'il me
fallt d'autres motifs encore, je dirais au roi que personne
n'honore plus que moi le duc de Wellington; que je suis persuad qu'
lui seul appartiendra l'honneur, si toutefois cela se peut encore,
d'arrter l'Angleterre dans sa dcadence[268]. Mais quel que soit mon
respect pour son caractre, sa force et sa prudence, je ne pourrais,
sur le seul fait de sa rentre aux affaires, retirer ma dmission si
srieusement motive et publique depuis beaucoup de jours, sans
devenir  l'instant mme un homme de parti pour les deux pays et, par
cela mme moins en tat de bien servir le roi.

Je n'ai jamais t un homme de parti; je n'ai jamais voulu l'tre et
c'est ce qui a fait ma force. Lorsqu'il y a quatre ans je suis parti
pour l'Angleterre, j'tais aux yeux de la France, de cette France si
svre dans ses susceptibilits nationales, ce que j'ai toujours voulu
tre: l'homme de la France! Aujourd'hui, je serais pour elle, l'homme
du duc de Wellington.

Le roi oublie trop souvent dans son indulgente bont mon grand ge:
il oublie qu'il n'est pas permis  un octognaire de manquer de
prudence, car ce qui rend les fautes de la vieillesse si tristes,
c'est qu'elles sont irrparables.

Je crois qu'il sera facile au roi de faire un choix convenable pour
Londres. M. de Sainte-Aulaire saurait comme il l'a su  Rome et 
Vienne faire respecter son gouvernement et estimer sa personne. M. de
Rayneval, plein d'exprience et d'une prudence habile, serait
peut-tre dans les circonstances actuelles, un meilleur choix
encore, car il connat mieux que personne les intrts et les
difficults de la pninsule dont le sort occupera sans doute en
premire ligne le nouveau cabinet anglais.

Je vois, du reste, tant d'intrts divers  rgler, ou du moins 
discuter, que je pense de plus en plus  un prochain congrs. S'il
convenait  Votre Majest de m'y envoyer, je ferais volontiers dans
cette mission momentane un dernier essai de mes forces. Ce n'est que
l o tout considr, je pourrais peut-tre encore servir utilement le
roi. Je ne saurais tre coupable  ses yeux des torts de mon ge et
des fatigues de ma vie.

    Je suis, Sire...

    Prince DE TALLEYRAND.

  [267] L'enterrement de la comtesse Tietzkewitz, ne princesse
  Poniatowska (_Note de Mme la comtesse de Mirabeau_).

  [268] Le cabinet de lord Melbourne venait de se retirer (14
  novembre). Le duc de Wellington avait t provisoirement appel
  au pouvoir en attendant l'arrive de sir R. Peel, alors en
  voyage, que le roi voulait charger de constituer un nouveau
  ministre. Pendant prs d'un mois, le duc de Wellington
  reprsenta  lui seul tout le gouvernement anglais. Il conserva
  le portefeuille des affaires trangres dans le cabinet de sir R.
  Peel.


LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

    Paris, le 25 novembre 1834.

    Mon cher prince,

Je n'ai rien vu de plus parfait, de plus noble, de plus honorable, de
mieux exprim que la lettre que je viens de recevoir de vous. J'en
suis profondment touch. Sans doute il m'en cote beaucoup de
reconnatre la justesse de la plupart de vos motifs pour ne pas
retourner  Londres, mais je suis trop sincre et trop ami de mes
amis, pour ne pas reconnatre que vous avez raison. Cependant, pour
pousser jusqu'au bout ma franchise, je crains que le poids de la
douleur qui vous accable ne vous ait port  vous exagrer celui des
annes et ce que vous avez considr comme des avertissements. Croyez
que plus j'apprcie les grands services que vous m'avez rendus
ainsi que ceux que vous avez rendus  la France, plus je sens qu'il y
en a que vous seul vous pourriez encore me rendre, et vous ne vous
dissimulez srement pas combien votre rsolution, quelque bien motive
qu'elle soit, va augmenter mes embarras. Il est impossible de rien
arrter avant que le ministre anglais soit reconstitu, mais j'entre
bien dans vos ides: il faut s'occuper de prparer l'avenir, et c'est
pour cela, mon cher prince, que je dsire vivement que vous reveniez 
Paris le plus tt possible. Je suis impatient de vous entendre et
d'tre entendu de vous: je sens le besoin d'avoir l'assistance de
votre exprience et surtout les conseils de cette amiti claire qui
m'est si prcieuse. J'aime  vous rpter combien vous devez compter
sur la mienne et sur tous les sentiments que je vous porte depuis si
longtemps.

    LOUIS-PHILIPPE.

       *       *       *       *       *

L'ambassade de Londres est le dernier pisode de la carrire politique
du prince de Talleyrand. Il touchait d'ailleurs au terme de son
existence, car il ne survcut  sa dmission que quatre annes. Il les
passa dans une retraite absolue, soit dans sa terre de Valenay, soit
 Paris, dans son htel de la rue Saint-Florentin. C'est l qu'il
mourut le 17 mai 1838. Le matin mme de sa mort, il avait sign une
rtractation solennelle des erreurs de sa vie qui avaient encouru les
censures de l'glise; il l'adressa au pape Grgoire XVI avec une
lettre de soumission. Nous ne croyons pouvoir mieux terminer les
_Mmoires_ que M. de Talleyrand a consacrs  sa vie publique qu'en
insrant ici ces deux pices remarquables.


RTRACTATION DU PRINCE DE TALLEYRAND.

Touch de plus en plus par de graves considrations, conduit  juger
de sang-froid les consquences d'une rvolution qui a tout entran et
qui dure depuis cinquante ans, je suis arriv, au terme d'un grand ge
et aprs une longue exprience,  blmer les excs du sicle auquel
j'ai appartenu, et  condamner franchement les graves erreurs qui,
dans cette longue suite d'annes, ont troubl et afflig l'glise
catholique, apostolique, romaine, et auxquelles j'ai eu le malheur de
participer.

S'il plat au respectable ami de ma famille, monseigneur l'archevque
de Paris, qui a bien voulu me faire assurer des dispositions
bienveillantes du souverain pontife  mon gard, de faire arriver au
Saint-Pre, comme je le dsire, l'hommage de ma respectueuse
reconnaissance et de ma soumission entire  la doctrine et  la
discipline de l'glise, aux dcisions et jugements du Saint-Sige sur
les affaires ecclsiastiques de France, j'ose esprer que Sa Saintet
daignera les accueillir avec bont.

Dispens plus tard par le vnrable Pie VII de l'exercice des
fonctions ecclsiastiques, j'ai recherch, dans ma longue carrire
politique, les occasions de rendre  la religion et  beaucoup de
membres honorables et distingus du clerg catholique tous les
services qui taient en mon pouvoir. Jamais je n'ai cess de me
regarder comme un enfant de l'glise. Je dplore de nouveau les
actes de ma vie qui l'ont contriste, et mes derniers voeux seront
pour elle et pour son chef suprme.

    CHARLES-MAURICE, prince DE TALLEYRAND.

    Sign  Paris, le 17 mai 1838.

    [crit le 10 mars 1838.]


LETTRE DU PRINCE DE TALLEYRAND AU PAPE GRGOIRE XVI

    Trs Saint-Pre,

La jeune et pieuse enfant qui entoure ma vieillesse des soins les
plus touchants et les plus tendres vient de me faire connatre les
expressions de bienveillance dont Votre Saintet a daign se servir 
mon gard, en m'annonant avec quelle joie elle attend les objets
bnis qu'elle a bien voulu lui destiner: j'en suis pntr comme au
jour o monseigneur l'archevque de Paris me les rapporta pour la
premire fois.

Avant d'tre affaibli par la maladie grave dont je suis atteint, je
dsire, trs Saint-Pre, vous exprimer toute ma reconnaissance et en
mme temps mes sentiments. J'ose esprer que non seulement Votre
Saintet les accueillera favorablement, mais qu'elle daignera
apprcier dans sa justice toutes les circonstances qui ont dirig mes
actions. Des _Mmoires_ achevs depuis longtemps, mais qui, selon mes
volonts, ne devront paratre que trente ans aprs ma mort,
expliqueront  la postrit ma conduite pendant la tourmente
rvolutionnaire. Je me bornerai aujourd'hui, pour ne pas fatiguer le
Saint-Pre,  appeler son attention sur l'garement gnral de
l'poque  laquelle j'ai appartenu.

Le respect que je dois  ceux de qui j'ai reu le jour ne me dfend
pas non plus de dire que toute ma jeunesse a t conduite vers une
profession pour laquelle je n'tais pas n.

Au reste, je ne puis mieux faire que de m'en rapporter, sur ce point
comme sur tout autre,  l'indulgence et l'quit de l'glise et de son
vnrable chef.

Je suis avec respect, trs Saint-Pre, de Votre Saintet le trs
humble et trs obissant fils et serviteur.

CHARLES-MAURICE, prince DE TALLEYRAND.

    Fait le 10 mars 1838. Sign  Paris le 17 mai 1838.

    FIN DE LA DOUZIME PARTIE.




APPENDICE


Nous insrons ici un certain nombre de pices qui n'ont pas trouv
place dans le corps des _Mmoires_, et qui se rfrent  quelques-uns
des incidents des plus importants des ngociations. Les unes sont
tires des papiers du prince de Talleyrand, les autres des archives du
chteau de Broglie. Toutes sont publies d'aprs les documents
originaux.


LE DUC DE BROGLIE A M. BRESSON[269].

  Le 8 octobre 1832.

  Nous continuons  esprer que les mesures maritimes agiront assez
  fortement sur l'esprit du roi Guillaume pour dtruire ses dernires
  illusions.

  Si cet espoir se ralise, toute difficult disparat.

  Mais il n'est pas impossible que ce prince, fortifi dans son
  obstination par l'apparence de dsaccord qui s'est si
  malheureusement manifest dans la confrence, persiste  repousser
  le seul accommodement aujourd'hui admissible, et qu'au risque
  d'appeler sur son pays de nouveaux sacrifices, il veuille encore
  attendre de l'avenir des chances plus favorables qu'il attend
  vainement depuis deux ans.

  Les mesures de blocus pourraient dans cette hypothse devenir
  insuffisantes. Je commence par vous dire, monsieur, que ce n'est que
  lorsque cette insuffisance serait dmontre de la manire la plus
  incontestable que nous nous dterminerions  l'admettre comme la
  base de nos calculs et de nos prvisions.

  Mais, le fait une fois reconnu, il faudrait videmment recourir 
  des moyens plus efficaces. C'est alors, et seulement alors, que la
  France et l'Angleterre devraient unir leurs forces pour obliger la
  Hollande  vacuer Anvers, et il nous parat impossible que nos
  allis n'y donnassent pas en de telles circonstances leur complet
  assentiment.

  Il se prsente, d'ailleurs monsieur, un moyen de mnager la
  susceptibilit de la Russie et de donner  la marche des cours
  allies tous les dehors de cette entire impartialit qui, en
  ralit, n'a cess d'y prsider. De mme que les Hollandais occupent
  Anvers qui doit un jour revenir  la Belgique, les Belges occupent
  Venloo et les portions du Luxembourg et du Limbourg assignes  la
  Hollande par le trait du 15 novembre. On pourrait convenir qu'en
  mme temps que nous prendrions possession d'Anvers, le gouvernement
  prussien recevrait des mains des Belges Venloo et les territoires
  dont il vient d'tre question pour les garder provisoirement en
  dpt, et les remettre au roi Guillaume  l'poque o il se
  dterminerait enfin  accepter le trait du 15 novembre...

  [269] Voir page 15.


  M. BRESSON AU DUC DE BROGLIE[270].

  Berlin, le 24 octobre 1832.

  Si nous faiblissons, si nous faisons une nouvelle concession, on en
  profitera, comme on vient de le faire, pour reculer de quelques
  jours, ne ft-ce mme que de quelques heures, la conclusion qui nous
  est devenue indispensable. Ce n'est pas mauvaise volont, c'est peur
  purile de fantmes qu'on se cre. J'avais regrett au premier
  aperu, pour cette raison, la proposition relative  Venloo. Depuis,
  je me suis convaincu qu'elle avait produit bon effet, qu'elle tait
  trs gote, qu'elle rassurait. Mais ce qu'elle n'avait pas pu faire
  malgr tout cela, c'tait d'aiguillonner un peu le cabinet prussien.
  Vous n'avez rien  apprhender de ce ct; j'y engage mon existence,
  si vous l'exigez. Vous pouvez aller droit devant vous, mener  bien
  votre expdition; on vous laissera faire, et si la Russie cherche 
  se prvaloir de cette circonstance pour prvenir ou irriter contre
  nous, elle y perdra son temps. On est ici parfaitement rsign et,
  quoiqu'on ne veuille pas en convenir, on sent que nous faisons bien
  et l'on nous en saura gr plus tard.

  Ne perdez donc pas un moment, monsieur le duc. Raffermissez la bonne
  cause, les saines doctrines, en leur prparant un succs. Elles sont
  partout, hlas! trop compromises. Vous acquerrez une grande gloire
  en faisant un grand bien. Je pse, croyez-moi, chacune de ces
  paroles. Je sais que la paix ou la guerre dpendent des dispositions
  de la Prusse et que, si je me trompe, les maux que je provoque ne me
  laissent plus qu' rougir et  gmir ternellement. Mais je ne me
  trompe pas: je connais le terrain o je suis.

  [270] Voir page 15.


  LE PRINCE DE TALLEYRAND AU DUC DE BROGLIE[271].

  [_Particulire._]

  Le 27 octobre 1832.

  Mon cher duc,

  Notre change des ratifications vient d'tre fait. Je suis bien aise
  que vous soyez content et je le suis beaucoup d'avoir servi le
  ministre que j'aime et dont vous tes le principal intrt.

  J'ai t oblig de m'occuper sans dlai de toutes les communications
   faire, et j'espre que j'y ai mis toute la prudence que les
  circonstances exigent. C'est en dposant Venloo entre les mains des
  Prussiens que le noeud gordien sera dnou.

  Cela est sans inconvnient, et cela nous dbarrasse des exigences
  des puissances du Nord qui, la Prusse satisfaite, n'oseront avoir
  des doutes sur notre bonne foi. C'est, d'ailleurs, un hommage  la
  personne mme du roi de Prusse dont la bienveillance est fort 
  soigner; car elle est une barrire et il faut la rendre
  insurmontable. Je vous engage  presser M. de Werther d'crire dans
  ce sens-l  sa cour. De mon ct, j'exciterai M. de Blow. Vous
  voyez donc qu'il doit tre entendu que, mme le roi de Hollande
  refusant, le roi des Belges doit vacuer la partie du territoire qui
  ne lui appartient pas. Cela mettra d'autant plus le roi de Hollande
  dans son tort sans nous mettre nous dans aucun danger, puisque nous
  devons stipuler que le roi de Prusse vacuera Venloo ds que le roi
  des Pays-Bas aura accd au trait du 15 novembre.

  Adieu, mille amitis bien tendres.

  TALLEYRAND.

  [271] Voir page 16.


  LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU DUC DE BROGLIE[272].

  Valenciennes,  onze heures du soir. Mercredi, 9 janvier 1833.

  Mon cher duc,

  Je m'empresse de vous renvoyer, selon votre dsir, les extraits des
  dpches des 7 et 8 janvier que vous m'avez envoys et je vous
  remercie bien de ceux que vous avez pris la peine de faire vous-mme
  avec tant de clart et de prcision...

  ...En rapprochant toutes les circonstances, je crois que notre
  expdition d'Anvers produit, au dehors comme au dedans, une
  sensation bien plus forte que celle dont nous pouvions nous flatter.
  Le refus de La Haye a pour objet de ne pas avoir l'air de cder 
  notre force et de voir si notre dsir d'viter la guerre ne nous
  fera pas cder aux insinuations et aux voeux de la Prusse, et je
  pense par l-mme, qu' prsent que nous avons fait des propositions
  et qu'elles sont rejetes, nous devons nous abstenir d'en faire de
  nouvelles et attendre que le roi de Hollande daigne nous en faire.
  Je ne crois pas que nous ayons longtemps  attendre; je vois
  d'autant moins de raison de lui en faire, qu'il n'ose pas fermer
  l'Escaut, et que l'opinion de son pays l'loigne de son systme de
  rsistance. Je crois donc que c'est  notre tour  faire _les
  renchris_. Nos deux administrations sont bien rassises en France et
  en Angleterre, notre union est bien resserre par notre victoire et
  la loyaut de notre rentre; ainsi, en langage de soldat, _restons
  l'arme au bras_ et voyons venir...

  L.-P.

  [272] Voir page 87.


  LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[273].

  Paris, le 16 janvier 1833.

  Mon prince,

  Je vous ai fait part dans ma dernire dpche de l'impression que
  j'ai reue en lisant la note hollandaise et le contre-projet qui
  l'accompagnait. Le roi est absent. Le prsident du conseil l'a suivi
   l'arme. Je n'ai pu runir encore le reste de mes collgues et
  m'entretenir  fond avec eux. Je suis donc hors d'tat de vous
  transmettre, quant  prsent, la pense du cabinet. Les rflexions
  que je vais consigner dans cette lettre me sont personnelles et je
  vous les soumets simplement pour m'clairer de vos conseils.

  La rponse du roi des Pays-Bas est telle que je l'attendais. Il
  lude nos propositions et cherche  gagner du temps: le ton en est
  conciliant et le but vasif. Le rsultat, si nous y dfrions,
  serait de placer la Hollande prcisment dans la position o nous
  voulons et o nous avons raison de vouloir placer la Belgique. Ce
  rsultat serait de fonder un _statu quo_ favorable  la Hollande et
  dans lequel le roi Guillaume s'tablirait indfiniment, sans
  reconnatre l'indpendance de la Belgique, ngociant  perte de vue
  et attendant quelque chance favorable de guerre gnrale.

  En possession de tout le territoire que le trait du 15 novembre lui
  assigne, percevant un page sur l'Escaut, un page sur la Meuse,
  satisfait dans sa nouvelle prtention d'un droit de transit par
  Sittard et Maestricht, dbarrass des intrts de la dette belge,
  affranchi de nos mesures coercitives, il nous tiendrait 
  discrtion, gardant en rserve la question des eaux intermdiaires,
  celle du syndicat et celle du pilotage et du balisage comme prtexte
  pour chicaner et ne pas finir.

  Aussi la difficult ne me parat pas tre de savoir si ces
  propositions seront ou ne seront pas accueillies par nous, mais
  quelle conduite nous devons tenir aprs les avoir apprcies  leur
  juste valeur.

  Notre premier soin doit tre, ce me semble, de bien assurer notre
  position actuelle, de ne pas souffrir qu'il lui soit port aucune
  atteinte.

  Nous agissons, aux termes de la convention du 22 octobre, comme
  signataires et comme garants du trait du 15 novembre. Nous avons
  pris le parti d'excuter ce trait par voie de coaction, attendu que
  les ngociations qu'on avait consenti  rouvrir sur deux ou trois
  articles de ce trait n'avaient  ses yeux, pour but que de
  l'ajourner sans terme et de finir par l'anantir. Nous avons pris ce
  parti parce que nous sommes convaincus de la mauvaise foi du roi
  des Pays-Bas. Aprs la prise d'Anvers nous avons consenti  mettre
  encore une fois sa volont d'en finir  l'preuve. Nous lui avons
  demand une chose bien simple, de reconnatre et d'excuter toutes
  les parties du trait qu'il ne conteste pas. A cette condition nous
  lui avons promis de renoncer aux mesures coercitives. Cette
  condition n'est point accepte; nos mesures coercitives doivent
  continuer. Il y va de notre dignit. Il y va de toute chance de
  succs. Si nous nous en dsistons avant que les trois quarts ou les
  quatre cinquimes du trait soient excuts, nous n'avons rien fait;
  nous ne tenons rien; l'expdition d'Anvers sera inutile: nous serons
  mme dans une position plus fcheuse qu'auparavant: car nous aurons
  montr le bout de nos forces et de notre rsolution. Si nous nous
  avisions alors de menacer, on se moquerait de nous.

  Un second point non moins important tait l'intervention des trois
  puissances.

  Le roi des Pays-Bas parat rpugner  traiter isolment avec
  l'Angleterre et la France. Il rclame le concours de la confrence
  tout entire. Nous n'avons aucune raison pour nous y refuser. Mais
  la Prusse, l'Autriche et la Russie se sont spares de nous sur ce
  principe que l'emploi des moyens coercitifs leur paraissait injuste
  et inopportun: notre opinion n'ayant pas chang, notre conduite
  demeurant la mme, c'est  ces puissances de se rapprocher de nous,
  si elles le veulent; ce n'est pas  nous, qu'elles ont dnoncs en
  quelque sorte  l'Europe, d'aller les chercher et de nous jeter dans
  leurs bras. Si le roi des Pays-Bas dsire leur intervention, qu'il
  les ramne  nous, qu'il les rconcilie avec l'emploi des mesures
  coercitives auxquelles nous ne renonons point, ou qu'il rende
  lui-mme l'emploi des mesures coercitives inutiles en acceptant nos
  propositions, en excutant de prime abord toute la partie du trait
  qu'il ne conteste pas.

  Quant au fond mme de la question, voici ce qu'il m'en semble: nos
  propositions avaient pour but de simplifier la difficult, de
  sparer la portion non conteste du trait de la portion conteste;
  de mettre ainsi en vidence le peu d'importance des points en litige
  et, aprs avoir ainsi fait ressortir ce peu d'importance, d'inviter
  les deux parties, au nom du bon sens,  ne pas se condamner  des
  dpenses cent fois suprieures  la valeur des objets rclams, 
  dsarmer et  ne plus menacer la paix de l'Europe.

  Le roi des Pays-Bas accepte l'ide d'une convention prliminaire
  mais il entend qu'on rintroduise dans cette convention deux ou
  trois des points contests. A quoi bon ds lors une convention
  pralable? S'il faut ngocier avec lui et avec les Belges,  quoi
  bon ne pas ngocier tout  fait, ne pas viser du premier coup au
  dfinitif?

  Il me semble que nous devons lui dire: vous ne voulez pas de la
  convention prliminaire, c'est--dire de la convention qui est toute
  faite d'avance, qu'on peut accepter par _oui_ ou par _non_,
  puisqu'elle ne se compose que de points pralablement consentis de
  part et d'autre. Soit. Vous voulez ngocier,  la bonne heure!
  Ngocions. Mais ngocions pour tout de bon; que ce qui sera convenu
  soit dfinitivement convenu, et alors apportez-nous simultanment
  toutes vos prtentions, rglons tout par un seul et mme
  arrangement. N'en conservez pas en rserve pour les tirer de votre
  poche lorsque l'on sera sur le point de terminer et pour tout
  ajourner de nouveau.

  Je pense que ces trois ides:

  Nous voulons bien ngocier, mais  la condition que les moyens
  coercitifs ne seront pas discontinus;

  Nous voulons bien ngocier de concert avec l'Autriche, la Prusse et
  la Russie, mais  la condition que ces trois puissances se
  prsenteront d'elles-mmes et ne nous demanderont pas au pralable
  le sacrifice des mesures coercitives.

  Nous voulons bien ngocier, mais ngocier sur tous les points en
  litige simultanment et en finir une fois pour toutes. Si vous
  voulez la cessation des mesures coercitives, excutez la partie du
  trait que vous ne contestez pas. Si vous voulez une convention
  partielle, que ce soit une convention qui porte uniquement sur des
  points dj consentis de part et d'autre et qui ne soit pas sujette
   ngociation.

  Il me semble, dis-je, que ces ides, exprimes dans un langage
  modr, conciliatoire, mais ferme et rsolu, serait de nature  ter
  soit au roi des Pays-Bas, soit  ses amis, toute esprance de se
  jouer de nous dsormais, et que la conclusion ne se ferait pas
  attendre; tandis qu'au contraire, si nous donnons dans le pige, si
  nous nous laissons entraner  sacrifier d'abord les mesures
  coercitives puis  rentrer dans la voix des ngociations, nous
  sommes certains de nous engager dans un dfil sans issue.

  Il est toutefois un dernier point, qui doit,  mon avis, tre tenu
  distinct de tous les autres.

  Je veux parler de la clture de l'Escaut. Ceci est un fait nouveau
  et sur lequel il importe, avant tout, de bien s'expliquer.

  La libre navigation de l'Escaut n'est pas une question
  hollando-belge: c'est une question europenne.

  Toutes les nations de l'Europe, la France et l'Angleterre en
  particulier, ont un intrt direct et personnel dans cette question.

  Toutes les nations d'Europe ont droit, ont un droit direct et
  personnel au maintien de la libert de l'Escaut, aux termes de
  l'article du congrs de Vienne.

  Les cinq puissances signataires du trait du 15 novembre y ont un
  droit spcial. Elles ont signifi par un protocole _ad hoc_ en 1830
  qu'elles prendraient pour un acte d'hostilit de la part du roi des
  Pays-Bas toute tentative de fermer l'Escaut, et le roi des Pays-Bas
  a dclar solennellement qu'il entendait laisser l'Escaut libre et
  demeurer simple spectateur de ce qui s'y passerait jusqu' la
  conclusion des affaires hollando-belges.

  Les puissances ont donc un droit positif, non seulement  la libert
  de l'Escaut, mais au maintien provisoire du _statu quo_ et 
  l'absence provisoire de tout page.

  Je pense que l'Angleterre et la France doivent se refuser  toute
  espce de ngociations jusqu' l'ouverture de l'Escaut. Je croirais
  mme qu'il serait bon d'ajouter qu'en cas de refus sur ce point,
  elles aviseront  ce qu'elles auront  faire et de donner  entendre
  qu'en reprsailles, et considrant la clture comme un acte
  d'hostilit, elles commenceront par confisquer les btiments saisis,
  sauf  employer leur produit  indemniser la Belgique, plus
  spcialement affecte par la clture de l'Escaut.

  Si nous ne prenons pas le soin de vider cette question avant toutes
  les autres, nous pouvons tre srs qu'on nous vendra la libert de
  l'Escaut au prix de quelque concession nouvelle. C'est un sujet
  qu'il faut, ce me semble, prendre tout de suite, de trs haut.

  Telles sont, mon prince, les ides qui s'offrent  mon esprit;
  j'attendrai pour m'y arrter davantage que vous m'ayez fait
  connatre quel prix j'y dois attacher. Tout ce que je recueille de
  la Prusse et de l'Autriche me donne  penser que, si nous tenons
  bon, elles viendront  nous; mais que nous sommes arrivs  un point
  critique et dcisif o il dpendra de notre conduite de savoir si
  c'est nous qui donnerons ou qui subirons la loi.

  Agrez, mon prince, le tmoignage de mon dvouement.

  V. BROGLIE.

  [273] Voir page 87.


  LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[274].

  Paris, le 21 janvier 1833.

  Prince, nous venons de recevoir de Constantinople des nouvelles bien
  importantes. Le 21 du mois dernier Ibrahim Pacha a compltement
  battu, auprs de Konieh, l'arme du grand-seigneur.

  ... Sauver la Porte et empcher l'intervention de la Russie, c'est
  videmment le double but assign en ce moment  la politique de la
  France et  celle de l'Angleterre. Le concours actif et immdiat des
  deux gouvernements est ncessaire pour l'assurer, et je vais vous
  indiquer, prince, les mesures par lesquelles ce concours nous a paru
  devoir se raliser.

  Il serait essentiel, avant tout, que lord Ponsonby partt
  sur-le-champ pour Constantinople, o sa prompte arrive proclamerait
  dj la ferme intention du cabinet de Londres de ne pas rester
  inactif au milieu de la crise  laquelle est livr l'empire ottoman.
  D'accord avec l'amiral Roussin, il dclarerait  la Porte que la
  France et l'Angleterre prennent sur elles de garantir la
  conservation du trne du sultan, mais  la condition expresse que le
  gouvernement ottoman dont elles protgeraient ainsi l'indpendance
  ne la sacrifierait pas lui-mme en admettant sur son territoire des
  forces trangres et en leur livrant les passages du Bosphore et des
  Dardanelles, vritables clefs de l'empire.

  En mme temps, les deux cours demanderaient formellement 
  Mhmet-Ali d'arrter la marche de ses troupes; elles lui
  offriraient d'ailleurs leur mdiation pour lui faire obtenir des
  concessions raisonnables, mais en lui faisant comprendre que, dans
  le cas o il voudrait abuser de ses avantages pour dtrner le
  sultan ou pour lui imposer d'inadmissibles exigences, elles se
  verraient rduites  la ncessit de s'interposer pour empcher des
  catastrophes inconciliables avec leurs intrts.

  De pareilles dmonstrations suffiraient probablement pour dterminer
  Mhmet-Ali  se renfermer dans les limites o nous voulons que son
  ambition soit contenue. Il faut nanmoins prvoir le cas o elles
  demeureraient sans succs. Il est vident que, dans cet tat de
  choses, notre intrt dominant, le principe qui doit nous diriger
  c'est d'empcher que la Russie n'ait aucun prtexte plausible pour
  occuper,  titre d'auxiliaire de la Porte, Constantinople et les
  deux dtroits ainsi que les provinces de l'Asie-Mineure. Ds lors,
  prince, il peut tre  propos que les cabinets de France et
  d'Angleterre combinent ds  prsent les dispositions  prendre pour
  agir, s'il y a lieu, soit sur les ctes de Syrie, soit mme sur
  celles de l'gypte, de telle sorte que le divan de Constantinople,
  rassur sur son existence par une si puissante diversion, ne soit
  point tent de s'abandonner  la protection arme de la Russie.

  Veuillez, prince, ne pas perdre un moment pour confrer avec lord
  Palmerston sur cette importante question. Vous comprendrez
  l'impatience avec laquelle nous attendons les dterminations du
  cabinet de Londres dans une circonstance o le moindre retard peut
  avoir les consquences les plus fcheuses.

  Vous aurez  examiner s'il y a lieu  faire des dterminations que
  nous pourrons prendre, l'objet d'une communication au cabinet de
  Saint-Ptersbourg. Parmi les considrations qui contribueront 
  former  cet gard votre manire de voir, entrera sans doute celle
  du danger d'accrotre encore la gravit des complications qui
  peuvent surgir de l'tat de l'Orient en s'en montrant d'avance trop
  proccup.

  On nous mande de Constantinople que les missions de Prusse et
  d'Autriche ont appuy les offres du gnral Mourawieff. Il est
  difficile de croire que cet appui soit bien sincre de la part de
  l'Autriche. M. de Metternich se montre, comme on devait le prvoir,
  fort troubl de la possibilit d'une intervention russe dans les
  affaires de Turquie, et bien que, dans la situation actuelle de
  l'Europe, on ne puisse pas s'attendre  le voir se placer, pour
  l'empcher, sur la mme ligne que la France et l'Angleterre, il est
  trs probable qu'une fois que nous serions engags, loin de
  contrarier nos efforts, il les seconderait d'une manire quelconque
  tout en les blmant peut-tre en public. Ce ministre n'est pas homme
   sacrifier  des combinaisons du moment un intrt vital et
  permanent tel qu'est, pour l'Autriche, celui d'loigner les Russes
  de Constantinople...

  [274] Voir page 111.


  LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[275].

  Paris, le 8 fvrier 1833.

  Mon prince,

  Dans ma dpche d'hier je vous ai parl d'une conversation que
  j'avais eue la veille avec M. le comte Appony. En voici le dtail;
  je crois que ce rcit ne sera pas sans intrt pour vous.

  Vous n'ignorez pas qu'il y a six semaines ou environ, M. le prince
  de Metternich fit proposer au gouvernement anglais de terminer
  l'affaire de Belgique en runissant une sorte de congrs, o toutes
  les questions relatives  cette affaire semblaient devoir tre
  agites sur nouveaux frais. La proposition tait quivoque, timide;
  il tait insinu que le congrs pourrait se tenir ailleurs qu'
  Londres et le bruit a mme couru en Allemagne que ce congrs devait
  tre runi  Aix-la-Chapelle ou  Francfort.

  Quoi qu'il en soit, lord Palmerston, en rponse  cette ouverture
  embarrasse et peu concluante, fit une rponse trs vigoureuse.
  Cette rponse formait une dpche d'environ vingt minutes de
  lecture, dont lord Granville me donna communication. Dans cette
  dpche, l'affaire de Belgique tait reprise depuis les vingt-quatre
  articles; il tait tabli avec une grande rigueur de logique que
  toutes les questions relatives  l'affaire belge avaient t
  dfinitivement rsolues par le trait du 15 novembre; que la France
  et l'Angleterre avaient fait accepter la solution  la Belgique; que
  les trois autres puissances, loin d'agir dans le mme sens sur le
  roi de Hollande, l'avaient au contraire encourag  la rsistance
  par les dlais apports  leur ratification; que, si quelques points
  avaient depuis t remis en discussion sur la demande des trois
  puissances, c'tait sous condition qu'aucun changement ne
  s'oprerait que du libre consentement des deux parties intresses;
  que ce consentement n'ayant pu tre obtenu aprs six mois de
  ngociations nouvelles, il n'tait plus rest d'autre parti que de
  contraindre la Hollande  force ouverte et de l'amener au mme
  rsultat o la Belgique s'tait laisse conduire par la persuasion;
  que ce parti, l'Angleterre et la France l'avaient pris sur le refus
  des trois autres puissances, et que la seule chose qu'elles eussent
   faire tait d'y persister,  moins que le roi de Hollande, ramen
   des sentiments plus raisonnables par l'exprience ou par les
  conseils de ses allis, nous ft des propositions qui pussent
  convenir  la Belgique. Lord Palmerston concluait par le rejet de
  toute proposition de nouveau congrs pour rgler ce qui l'tait dj
  et ne demandait plus qu' tre mis  excution.

  C'est cette dpche qui est devenue l'occasion de mon entretien avec
  M. le comte Appony.

  ... Il m'a donn lecture d'une dpche dans laquelle M. de
  Metternich se plaint amrement de ne plus rien comprendre  la
  situation de l'affaire belge ni aux intentions de la France et de
  l'Angleterre; il se plaint de ne plus voir de dnouement possible et
  se montre dispos  tout abandonner; il se plaint surtout de
  l'Angleterre, de lord Palmerston, de son obstination, de sa
  tmrit; il accuse lord Palmerston d'avoir dnatur sa proposition.
  Elle n'avait pas pour but de former un nouveau congrs, mais
  seulement de renouer la confrence en y admettant les
  plnipotentiaires hollandais et belges; il n'entendait pas que la
  portion territoriale du trait du 15 novembre y dt tre remise en
  question, mais seulement les points contests par le roi de
  Hollande; il n'tait pas dans sa pense que le congrs se runt
  ailleurs qu' Londres, etc. Aprs de longues lamentations, M. de
  Metternich s'adresse  moi comme  un homme plus modr, plus
  conciliant que lord Palmerston (et ici force compliments et
  cajoleries) afin de savoir ce que je pense, en ralit, de la
  question belge, quelles sont les intentions de l'Angleterre, et si,
  lorsque nous traitons ensemble, elle se conduit vis--vis de nous
  comme elle se conduit vis--vis de l'Autriche, rpondant  ce qu'on
  ne lui dit pas, dnaturant la pense qu'on lui communique et
  chappant  toutes les prises de l'argumentation.

  A cette lecture a succd celle d'une lettre particulire, o le
  mme sujet se trouve trait sous la forme de la plaisanterie et o
  lord Palmerston est accus de rpondre blanc quand on lui dit noir,
  et bonjour quand on lui dit bonsoir.

  J'ai cout tout ceci trs tranquillement et sans interrompre M.
  Appony. Quand il a eu fini, j'ai pris la parole et je lui ai d'abord
  fait remarquer que la proposition dont il tait question dans cette
  dpche ne nous avait pas t communique par le gouvernement
  autrichien. Cette remarque a fait rougir M. Appony jusqu'au blanc
  des yeux. J'ai poursuivi en disant que, ne sachant point dans quels
  termes la proposition tait conue, il m'tait impossible de
  dterminer si lord Palmerston l'avait bien ou mal comprise, ni
  jusqu' quel point il avait eu tort ou raison de la bien ou mal
  comprendre; que, ne pouvant juger du mrite de la demande, je ne
  pouvais juger davantage du mrite de la rponse et que je dclinais
  par consquent toute intervention dans une controverse qui tait
  trangre  mon gouvernement.

  --Toutefois, ai-je repris, si vous dsirez savoir quelle est la
  pense du gouvernement franais sur la situation de l'affaire belge,
  et sur son avenir, je n'ai point de difficult  vous la faire
  connatre et je tcherai de vous l'expliquer assez clairement pour
  ne pas mriter le reproche que M. de Metternich adresse  lord
  Palmerston.

  J'ai repris alors tout le thme de la dpche de lord Palmerston
  (sans y faire d'ailleurs la moindre allusion), suivant, pied  pied,
  l'ordre des raisonnements, et je lui ai dit en finissant que telle
  tait la pense du gouvernement franais, et qu'il n'y avait jamais
  eu sur ce point entre lui et le gouvernement anglais la moindre
  divergence d'opinion ni le moindre malentendu.

  Je m'arrtais de temps en temps pour demander  M. Appony si je me
  faisais bien comprendre, s'il avait besoin de plus d'explications,
  s'il y avait dans mon langage quelque chose qui ne ft pas
  suffisamment clair.

  M. Appony,  qui la dpche de lord Palmerston avait sans doute t
  communique, et qui me la voyait reproduire sous le nom du
  gouvernement franais, a fort bien compris que sa tentative pour
  dsunir les deux gouvernements, pour tablir une scission entre l'un
  et l'autre, n'avait aucune chance de succs; il se l'est tenu pour
  dit.

  Alors, changeant de batterie, il a dit qu'il allait me parler non
  plus au nom de son gouvernement, n'ayant point d'ordre  cet effet,
  mais en son propre nom et par forme de conversation.

  --Tant que vous persvrerez, m'a-t-il dit, dans les mesures
  coercitives, nous ne pourrons nous runir  vous; nous sommes trop
  engags contre l'emploi de ces mesures; mais, si vous vouliez les
  abandonner, la confrence se reformerait d'elle-mme, et, en y
  adjoignant, comme M. de Metternich le propose, les plnipotentiaires
  hollandais et belges, tout se terminerait promptement.

  --Quelle garantie, lui ai-je rpondu, pouvez-vous nous offrir que le
  roi de Hollande se montrerait plus dispos  terminer maintenant que
  par le pass? Renoncer aux mesures coercitives, c'est lui donner
  gain de cause; c'est lui dire qu'il peut rsister tant qu'il voudra
  sans qu'il lui en arrive rien de fcheux. Admettre son
  plnipotentiaire dans la confrence et en mme temps celui de
  Belgique, c'est lui donner un avantage qu'il n'avait pas; c'est lui
  donner  penser que tout sera remis en discussion; c'est lui fournir
  le moyen de tout entraver et de mettre  chaque instant des btons
  dans les roues. Comment esprer que les choses en iront mieux et
  plus vite?

  --Oh! mais, a repris M. Appony, si la France et l'Angleterre
  donnaient  l'Europe ce grand tmoignage de leur dsir de terminer
  l'affaire de Belgique, de leur amour pour la paix, alors les trois
  puissances seraient avec elles de tout coeur; nous vous seconderions
  de tous nos efforts, rien ne serait nglig par nous pour dterminer
  le roi de Hollande  cder.

  --Eh quoi, lui ai-je dit, est-ce donc que vous n'tiez pas avec nous
  de tout coeur l't dernier? Est-ce que vous ne nous secondiez pas de
  tous vos efforts? Est-ce que vous auriez nglig quelque chose pour
  dcider le roi de Hollande? Est-ce que vous pourriez faire plus 
  l'avenir que vous n'avez fait dans le pass?

  M. Appony a rougi pour la seconde fois et n'a pas rpondu.

  Aprs quelques instants de silence, voyant que la conversation
  allait finir, j'ai repris en lui disant:--A mon tour je ne vous
  parle point ici comme organe du gouvernement franais; nous causons
  familirement et nous discutons de simples hypothses. Supposons que
  l'Angleterre et la France cdent aux _invitations_ des trois autres
  puissances (j'ai insist sur ce mot invitation); supposons qu'elles
  consentent  _laisser la confrence se reformer_, en abandonnant les
  mesures coercitives, et que, l'preuve faite, le roi de Hollande se
  montre tout aussi rcalcitrant que par le pass, admettriez-vous
  alors l'emploi des mesures coercitives? Vous runiriez-vous  nous
  pour en faire usage?

  --Mais, m'a dit M. Appony avec quelque embarras, nous ne nous tions
  pas opposs aux mesures coercitives _pcuniaires_.

  --Si fait, ai-je rpondu. C'est mme sur ce refus que la confrence
  s'est spare. Voyez plutt le soixante-dixime protocole. Vous y
  avez consenti depuis, il est vrai, mais isolment, et c'tait pour
  prvenir le sige d'Anvers. D'ailleurs, si les mesures coercitives
  pcuniaires ne suffisaient pas?

  --Nous avions moralement consenti aux mesures coercitives
  _maritimes_.

  --Oui, mais, encore un coup, c'est lorsque vous nous avez vus
  dcids  prendre Anvers et pour prvenir le sige. D'ailleurs, la
  Russie n'a jamais consenti.

  --Je crois que nous irions jusque-l.

  --Si vous aviez jamais, ai-je repris en finissant, quelque
  proposition  me faire sur ce sujet de la part de votre
  gouvernement, j'y aurai rflchi de mon ct. En ce moment, nous
  n'avons rien  nous dire d'officiel l'un  l'autre.

  La conversation s'est termine ainsi.

  Hier, M. de Werther est venu; il m'a lu une dpche du mme style
  que celle de M. de Metternich, tendant au mme but, mais plus courte
  et ne parlant pas de la proposition faite  l'Angleterre; il s'en
  est suivi une conversation plus courte aussi et dans laquelle j'ai
  reu les mmes insinuations officieuses; la dpche contenait
  galement des loges et des cajoleries personnelles au dtriment de
  lord Palmerston et du gouvernement anglais.

  Enfin ces deux messieurs, sachant combien je suis li avec
  Sainte-Aulaire qui vient d'arriver ici, l'ont pris pour leur
  confident, l'ont charg de me rpter des conversations qu'ils
  avaient eues avec lui sur le mme sujet et ont mme t jusqu' lui
  donner lecture des dpches qu'ils m'avaient communiques.

  Si vous combinez ces avances avec le ton de la dpche de
  Saint-Ptersbourg relative au marchal Maison que Pozzo vous a
  montre, dpche qui rpond  une communication purement officielle
  par des protestations d'_amiti_, et cela, au moment o je venais de
  dire  dessein  M. le comte Appony (il y a environ six semaines)
  que la Russie paraissait vouloir demeurer avec nous dans des
  relations _pacifiques_ mais non pas _amicales_, voici la moralit
  que j'en tire:

  Les trois puissances ont grand'peur de voir l'affaire belge se
  terminer sans leur entremise. Le printemps approche. Les croisires
  vont reprendre de l'activit. L'opinion s'branle en Hollande. Elles
  voudraient  tout prix rentrer dans les ngociations. Elles iraient
  mme jusqu' approuver dans l'avenir l'emploi des mesures
  coercitives; mais quant aux mesures coercitives _actuelles_, leur
  amour-propre est engag, leur dsapprobation a t trop clatante
  pour qu'elles puissent reculer; il leur faut quelque expdient qui
  sauve le point d'honneur.

  D'un autre ct, le roi de Hollande, qui connat cette situation,
  l'exploite en se refusant  traiter _dfinitivement_, sans le
  concours des cinq puissances.

  Si nous pouvions, sans perdre notre position actuelle, sans nous
  remettre  la discrtion des trois puissances, leur offrir un moyen
  de se rallier  nous qui leur vitt l'humiliation de se contredire
  et qui les enlevt au roi de Hollande et les mt de notre ct,
  peut-tre serait-ce bien fait d'y rflchir.

  Voici  peu prs comment je conois la chose:

  La confrence n'existe plus, mais les lments de la confrence
  existent  Londres; les plnipotentiaires des cinq puissances s'y
  trouvent encore, s'y voient journellement.

  Qui empcherait de pressentir  la fois dans des conversations
  particulires MM. de Blow, de Wessenberg, de Lieven et M. Van de
  Weyer sur la solution raisonnable  donner aux trois ou quatre
  questions en litige?

  Quand on serait tomb d'accord, ou  peu prs, lord Palmerston
  ferait ce qu'il a fait au mois d'aot dernier, il rdigerait un plan
  et des articles qui seraient communiqus _officieusement_ aux
  personnes qui auraient t sondes d'avance.

  Si le plan tait agr, en secret, la France et l'Angleterre
  rdigeraient une convention _soi-disant prliminaire_ mais dans
  laquelle _toutes_ les difficults seraient rsolues, et dont un
  article spcial indiquerait seulement que ladite convention
  prliminaire, agre par la Hollande et la Belgique, par la France
  et l'Angleterre, serait convertie en trait dfinitif par
  l'approbation et la signature des plnipotentiaires russe,
  autrichien et prussien, et substitue alors au trait du 15
  novembre.

  Il faudrait, dans la rdaction des articles, se rapprocher autant
  que possible du projet prussien afin d'y intresser M. de Blow.

  La convention, une fois rdige, serait envoye officiellement 
  Bruxelles et  La Haye, et serait en mme temps communique
  officiellement aux plnipotentiaires des trois puissances comme l'a
  t la convention du 22 octobre.

  Les trois puissances appuieraient  La Haye par leurs ministres la
  proposition anglo-franaise, se dclareraient prtes  la convertir
  en trait dfinitif et avertiraient le roi de Hollande que s'il
  persiste  rejeter des dispositions si raisonnables, elles vont se
  runir  la France et  l'Angleterre et reformer la confrence pour
  aviser aux moyens de le rduire.

  Par l les trois puissances rentreraient dans la ngociation sans se
  dmentir trop ouvertement; leur bonne volont actuelle pourrait tre
  mise  profit sans que nos mesures coercitives discontinuassent et
  le roi de Hollande serait pris  son propre pige.

  Je vous soumets ces ides, mon prince, sans y attacher d'autre
  importance que de m'claircir de vos lumires. Vous tes sur les
  lieux; vous n'y seriez pas que vous en sauriez cent fois plus que
  moi. Je remets toute la conduite de cette affaire  votre prudence
  et vous prie d'excuser ce long bavardage.

  Veuillez agrer le tmoignage de mon dvouement.

  V. BROGLIE.

  [275] Voir page 128.


  MADAME ADLADE AU PRINCE DE TALLEYRAND[276].

  Tuileries, le 13 fvrier 1833.

  ... J'ai fait part  notre cher roi de ce que vous me mandez
  relativement au Portugal et a la reine doa Maria: je vous dirai
  trs sincrement que nous n'avons jamais dsir cette situation
  dlicate pour notre cher Nemours, ni aucun de nos enfants. Je suis
  persuade qu'ils seront beaucoup plus heureux restant en France ce
  qu'ils sont. Ainsi  cet gard nos vues ne pourront jamais porter
  ombrage au gouvernement anglais. Le _jamais_ m'afflige, non pour la
  chose en elle-mme, mais pour le sentiment que cela prouve de
  prjug et d'loignement, de dfiance qui malgr tout existe encore
  contre nous, ce que je regarde comme malheureux dans les intrts
  des deux pays; mais, quant  cette affaire de Portugal, je vous le
  rpte, nous ne le pensons ni ne le dsirons pour aucun de nos
  enfants. Mais, en mme temps, il me semble qu'il ne serait pas dans
  nos intrts que ce ft un archiduc, et que l'Autriche acqut par
  cet arrangement une influence sur l'Espagne dans le mme genre que
  celle qu'elle n'a dj que trop grande sur l'Italie. Je vous soumets
  cette ide, en vous engageant  songer  un autre choix et 
  m'crire quel est votre avis sur le prince qu'il serait le plus
  dsirable de voir l et que nous ferions bien de soutenir. Je
  penserais peut-tre  un prince de Naples. Pour moi, je vous avoue
  que je crois que cela vaudrait beaucoup mieux qu'un Autrichien qu'il
  faut surtout viter...

  [276] Voir page 233.


  LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND[277].

  Stanhope-Street, le 16 avril 1833.

  Mon cher prince,

  Voici la note que M. Dedel vient de me remettre. Elle est, comme je
  lui ai remarqu, une trs mince affaire aprs tant de rflexion.

  Quant  la nouvelle rdaction pour l'armistice, elle a le mrite
  d'tre incomprhensible, ou plutt, elle est  double sens; car nous
  avons toujours soutenu qu'avant novembre dernier il y avait
  suspension d'armes sans terme, tandis que de l'autre ct le roi
  des Pays-Bas dclarait toujours qu'il tait libre de recommencer
  les hostilits  tout instant.

  En ceci la note ne nous avance pas.

  Rien n'y est dit de la neutralit, et il y a ceci  remarquer qu'un
  armistice est bilatral, et que si les Hollandais provoquaient les
  Belges  quelque petite agression sur les frontires ou s'ils
  allguaient quelque infraction de la part des Belges, ils pourraient
  dire que l'armistice tait rompu. Mais un engagement de la part de
  la Hollande de respecter la neutralit de la Belgique serait un lien
  dont la Hollande n'chapperait pas si facilement.

  Rien n'est dit dans cette note de l'ouverture des communications
  commerciales par la ville de Maestricht, niais je m'imagine que,
  lorsqu'on ouvre la rivire on ne continuerait pas  fermer les rues.

  Vous savez naturellement que le prince de Metternich propose un
  arrangement qui serait excellent si la Hollande voulait l'adopter.
  C'est--dire une convention entre nous deux et la Hollande, par
  laquelle l'embargo serait lev, armistice indfini conclu, Escaut
  mis sur le pied de novembre dernier et Meuse ouverte; en mme temps
  un trait serait sign entre les cinq puissances et la Hollande, par
  lequel cette dernire accepterait finalement les vingt et un
  articles sur lesquels les rserves ne portent pas; les trois autres
  articles formeraient le sujet de ngociations immdiates.

  Quant  moi, je ne vois que du bon dans cette proposition.

  Mais il faut voir si elle nous arrivera de Berlin telle qu'elle est
  partie de Vienne...

  [277] Voir page 156.


  MADAME ADLADE AU PRINCE DE TALLEYRAND[278].

  Neuilly, le 20 juillet 1833.

  ... Je viens vous remercier de votre empressement  nous donner les
  nouvelles de la confrence si intressante pour nous. Je dois vous
  dire que notre cher roi regrette beaucoup, surtout tant soutenu par
  l'Angleterre, que vous n'ayez pas insist davantage pour obtenir que
  les vingt et un articles adopts et ratifis par les cinq
  puissances ne soient pas remis en discussion.--Il croyait que la
  confrence le dclarerait de prime abord aux plnipotentiaires
  hollandais, et qu'elle ne s'occuperait que des trois articles
  rservs. Il voit avec tonnement qu'au lieu de cela, on va
  seulement parafer ceux des vingt et un articles qui s'accordent avec
  le projet hollandais et que les autres seront remis en discussion,
  ce qui parat tre en contradiction directe avec les engagements que
  les cinq puissances ont contracts avec la Belgique par un trait
  qu'elles ont formellement ratifi; et tellement, que, pour sa part,
  il ne sait pas comment il pourrait ratifier un acte qui serait
  entach de cette contradiction. Je me hte de vous en faire part,
  parce que je suis sre que ces rflexions de notre cher roi vous
  frapperont, et qu'avec votre talent et votre zle vous trouverez
  moyen de remdier  ce premier dbut fcheux, et qui nous tourmente
  beaucoup...

  [278] Voir page 196.


  LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[279].

  Paris, le 1er aot 1833.

  Prince, j'ai reu les dpches que vous m'avez fait l'honneur de
  m'crire sous les numros 146 et 147. Les informations que j'y ai
  trouves sur la marche et l'esprit de la ngociation m'ont vivement
  intress.

  Un courrier de l'amiral Roussin nous a appris le dpart des forces
  russes; cette heureuse nouvelle nous et caus une satisfaction plus
  complte si elle ne nous ft arrive avec la confirmation  peu prs
  positive d'un autre fait dont jusqu' prsent nous avions aim 
  douter, la conclusion d'une alliance dfensive entre la Porte et la
  Russie. Je vous envoie le texte de ce trait tel que le drogman de
  notre ambassadeur a pu l'crire  la hte sous la dicte du
  Reiss-Effendi.

  Nous ignorons encore ici si cette alliance doit tre rendue
  publique. Il serait sans doute peu raisonnable, avant de connatre
  toutes les circonstances d'un pareil vnement, de vouloir arrter
  des dterminations sur ce que nous pourrons avoir  faire pour
  obvier  ses consquences: mais je crois que la France et
  l'Angleterre ne pourront se dispenser de demander  la Porte des
  explications sur le motif et le but d'un acte aussi inattendu et
  aussi grave, d'un acte qui, ne pouvant s'expliquer de sa part par le
  besoin de trouver un appui contre des ennemis extrieurs, alors que
  toutes les puissances sont d'accord pour la protger, semble avoir
  pour rsultat de prparer l'intervention d'un gouvernement tranger
  dans les troubles intrieurs de l'empire ottoman; d'un acte, enfin,
  qui peut tre envisag comme changeant les principes admis jusqu'
  prsent par rapport  la navigation du Bosphore, comme crant,  cet
  gard, en faveur de la Russie un privilge que les autres cours ne
  sauraient jamais reconnatre. Une demande d'explications ainsi
  motive serait une protestation vritable, et je n'ai pas besoin
  d'en faire ressortir les avantages.

  Veuillez en parler  lord Palmerston...

  [279] Voir page 212.


  LE DUC DE BROGLIE A M. BRESSON.[280]

  Paris, le 13 aot 1833.

  Monsieur, lorsque vous recevrez cette dpche, vous connatrez dj
  les vnements qui viennent d'clater en Suisse. Tout y paraissait
  tendre  un rapprochement entre les partis qui divisent depuis trois
  ans la confdration helvtique. Celui qui appelle de ses voeux la
  revision du pacte fdral et qui a dcrt l'mancipation de la
  campagne de Ble et des districts extrieurs de Schwytz avait dj
  fait de nombreuses concessions et se montrait dispos  en faire de
  nouvelles. Les opinions extrmes avaient perdu tout crdit dans la
  dite de Zurich, soumise  l'influence exclusive des hommes modrs
  et conciliants. L'assemble de Sarnen, de son ct, semblait, depuis
  peu, anime d'un esprit de paix et de sagesse; des confrences
  allaient s'ouvrir sur quelques-uns des points litigieux[281].

  Malheureusement, ces dispositions si satisfaisantes n'taient
  sincres que d'un seul ct. Les faits n'ont pas tard  prouver que
  l'attitude adopte en dernier lieu par les cantons dont les dlgus
  sigent  Sarnen n'tait, au moins dans la pense de quelques-uns de
  leurs meneurs, qu'un moyen d'endormir des adversaires trop
  confiants, et les attaques tentes si inopinment  _Kussnacht_ et
  dans la campagne de Ble ont rvl des projets que des hommes
  loyaux et amis de leur pays taient loin de souponner.

  Dans ces circonstances, la dite a agi avec autant d'nergie que de
  prudence. En touffant dans son principe cet essai de guerre civile,
  elle s'est donn le temps d'aviser et de pourvoir aux moyens
  d'carter par des mesures compltes les dangers qu'a signals cette
  explosion imprvue. La tche qui lui reste  remplir est sans doute
  difficile; pour ne pas manquer  ses devoirs, elle a besoin d'allier
   une sage vigueur une prudente circonspection. En mme temps
  qu'elle travaillera  rendre dsormais impossible les agressions
  d'un parti aveugle, elle devra contenir les passions du parti
  oppos, dont les derniers vnements ont rveill l'ardeur
  auparavant bien calme. Elle devra comprimer les dsorganisateurs,
  les novateurs systmatiques nagure si dcourags et auxquels ce qui
  vient de se passer a rendu quelques chances; une telle tche, je le
  rpte, est bien dlicate: nanmoins, l'exemple du pass nous donne
  la ferme esprance, qu'appuye sur le bon sens des Suisses, la dite
  saura triompher de ces obstacles.

  Mais on devrait peut-tre les considrer comme insurmontables si les
  craintes d'une intervention trangre venaient agiter les esprits,
  blesser les susceptibilits nationales, inspirer aux uns, avec de
  funestes inquitudes, l'irritation et l'exagration qui en est la
  suite, et animer les autres d'esprances aussi dangereuses que mal
  fondes. Sans doute, une pareille intervention est aujourd'hui
  impossible. Pour en tre convaincu, il suffit de penser  la
  situation de l'Europe. Nanmoins, comme les suppositions les plus
  draisonnables sont souvent les mieux accueillies dans les temps de
  parti, comme elles ne trouvent que trop d'chos dans les hommes de
  dsordre, qui s'en servent pour agiter les masses, le gouvernement
  du roi a pens que le moyen le plus efficace de contribuer  la
  tranquillit de la confdration helvtique, c'tait de bien
  constater, par son langage et par son attitude, le principe dont il
  est rsolu  ne pas se dpartir  l'gard de ce pays: ce principe,
  c'est qu'aux Suisses seuls il appartient de terminer les diffrends
  auxquels ils sont seuls directement intresss, et qu'une ingrence
  trangre, quelle qu'elle ft, rendrait presque insolubles en en
  faisant sans ncessit des questions europennes.

  Les cabinets de Vienne et de Berlin sont trop clairs pour ne pas
  partager au fond notre manire de voir sur l'impossibilit d'une
  intervention; mais je crois qu'ils ne comprennent pas assez la
  ncessit de dissiper les craintes et les esprances qu'on peut
  concevoir en Suisse  ce sujet; je souponne mme que, tromps par
  des rapports inexacts, ils se font illusion sur la possibilit de
  modrer, de contenir les novateurs en prenant  leur gard le ton
  d'une menace vague et ambigu: du moins n'est-ce que par cette
  conjoncture que je puis m'expliquer les propos, les dmarches et
  l'agitation continuelle des envoys d'Autriche et de Prusse. Ce
  serait une erreur bien dangereuse; ce serait un moyen presque
  infaillible d'ter tout crdit aux partisans des mesures modres,
  qu'on accuserait de cder  des injonctions trangres ou de les
  forcer, pour viter cette imputation,  se joindre aux opinions
  extrmes qu'ils ont pu dominer jusqu' prsent.

  Ne ngligez rien, monsieur, pour faire ressortir aux yeux de M.
  Ancillon l'vidence des considrations que je viens de vous
  dvelopper. Pressez-le de faire parvenir tant  l'envoy prussien
  qu'aux autorits de Neufchtel des instructions conformes  l'esprit
  de sagesse et de prudence que rclament les circonstances. J'cris
  dans le mme sens  M. de Rumigny et nous aimons  penser que c'est
  dans cette ligne que marcheront dsormais les reprsentants des
  grandes puissances auprs de la confdration helvtique.

  Nous n'avons pas appris sans surprise que M. de Bombelles[282]
  rpandait le bruit d'un entretien dans lequel j'aurais exprim 
  l'ambassadeur ou au charg d'Autriche une opinion absolument
  conforme  celle de son gouvernement sur le danger d'apporter la
  moindre modification au pacte fdral de 1815. Cette assertion tait
  trop inexacte, elle pouvait avoir de trop graves consquences pour
  que je n'aie pas d charger M. de Rumigny de la rectifier; mais
  j'eusse souhait, dans l'intrt gnral, qu'on ne nous et pas
  contraints  constater le dissentiment qui existe entre les grandes
  puissances sur une question aussi majeure.

  [280] Voir page 236.

  [281] Une guerre civile avait clat en 1831 entre la ville de Ble
  et la campagne qui en dpendait, provoque par le refus du grand
  conseil de la ville d'accorder aux habitants de la campagne le
  retour aux anciennes franchises. La dite intervint et pronona
  d'autorit la division du territoire de Ble en deux cantons: Ble
  ville et Ble campagne. De mme  Schwytz une scission s'tait
  produite entre le canton primitif et les districts qui lui avaient
  t adjoints: La Marche, Einsieldeln, Kussnacht et Pfaefficon.--Ble
  ville et Schwitz s'unirent aux cinq cantons d'Uri, d'Unterwald, de
  Neuchtel et des Valois et tentrent de former une ligue spare
  pour la dfense de leurs intrts. Les six cantons dissidents
  envoyrent des dlgus qui sigrent  Sarnen, puis  Schwytz, et
  se dclarrent indpendants de la dite fdrale de Zurich. La
  guerre clata entre la confdration et les dissidents. Ceux-ci
  commencrent par s'emparer de Kussnacht mais ils ne tardrent pas 
  tre vaincus. Le 4 aot les troupes fdrales s'emparrent de
  Schwitz et le 10, de Ble.

  [282] Louis, comte de Bombelles conseiller priv de l'empereur
  d'Autriche, ministre plnipotentiaire d'Autriche en Suisse.


  M. BRESSON AU DUC DE BROGLIE[283].

  Berlin, le 17 dcembre 1833.

  Monsieur le duc,

  Je vous remercie de m'avoir rendu l'organe d'une politique si nette,
  si loyale et si nationale. M. Ancillon ne peut plus se faire
  illusion sur les misrables manoeuvres employes pour l'abuser. Il
  regrette, j'en suis sr, ses premires insinuations. Je n'ai pas
  voulu le forcer dans ses derniers retranchements, et j'ai accept
  ses explications pour mettre fin  un dbat pnible. Je lui ai lu la
  lettre particulire que vous m'avez fait l'honneur de m'crire. Il
  n'a pas os clater contre M. de Metternich, mais il contenait 
  grand'peine l'expression de son indignation. S'il manque lui-mme de
  franchise et s'il revient souvent sur ses paroles et ses promesses,
  ce n'est point par duplicit, c'est par faiblesse. Il est incapable
  d'une action double prmdite. Je ne sais ce que l'on doit le plus
  admirer, de la perfidie ou de la maladresse de M. de Metternich. Il
  est impossible de tomber plus  plat dans son propre pige, j'aurai
  soin que tout ceci ne soit ni perdu ni oubli  Berlin.

  M. Ancillon s'est dit que, pour ne pas augmenter les inconvnients
  de la dmarche  laquelle il a si imprudemment associ son
  gouvernement, il devait paratre consquent avec lui-mme et ne pas
  la dsavouer. On lui souffle probablement ce rle de Vienne et de
  Ptersbourg. Mais les entours du roi, que votre nergie a intimids,
  prodiguent des explications et des excuses qui quivalent  un
  dsaveu. Ce bon prince Wittgenstein, surtout, en est amusant: il
  m'est si facile de l'inquiter que je mets mes soins maintenant  le
  rassurer. Il disait  lord Minto: Mais comment donc penserions-nous
   la guerre? Il faudrait que le roi se mt  la tte de l'arme, et
  voyez comme cela drangerait toutes ses habitudes! Tout cet
  entourage se compose d'excellentes gens, trs pacifiques assurment,
  qui ne demandent qu' finir leurs jours dans le calme. De flagrantes
  provocations les mettraient seules en mouvement. Aprs le roi ce
  sera autre chose, et personne ne peut prononcer avec sret de
  jugement sur le prince royal. Mais Dieu merci! nous sommes loin de
  l. Le pre pourrait bien survivre au fils. L'on ne s'en plaindrait
  pas en Prusse...

  Daignez...

  [283] Voir page 277.


  LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[284].

  Paris, le 2 janvier 1834.

  Prince,

  ... M. de Bacourt m'avait signal, il y a quelque temps, des
  tentatives de rapprochement qui auraient eu lieu entre l'Autriche et
  l'Angleterre au sujet des affaires d'Orient et j'avais appel sur ce
  point l'attention de M. de Sainte-Aulaire. Cet ambassadeur a cru de
  son ct remarquer des communications plus frquentes et plus
  intimes qu' l'ordinaire entre M. de Metternich et M. Frdric Lamb,
  surtout aprs l'arrive d'un courrier que ce dernier a reu dans la
  journe du 20 dcembre. Le chancelier d'Autriche, sans entrer avec
  M. de Sainte-Aulaire dans de plus amples explications, lui a exprim
  la satisfaction la plus vive des nouvelles apportes par ce
  courrier; il lui a dit que, grce aux efforts du gouvernement
  franais pour calmer l'Angleterre, le cabinet de Londres envisageait
  aujourd'hui la question d'Orient du mme oeil que ceux de Vienne et
  de Paris. Sir Frdric Lamb parat avoir tenu  M. de Sainte-Aulaire
  un langage  peu prs semblable. Tout cela est fort peu clair et,
  tout en croyant qu'il entre dans la politique de M. de Metternich de
  jeter de l'incertitude dans nos dispositions en nous donnant 
  entendre qu'il s'entend d'une manire intime avec le gouvernement
  britannique, je dsirerais qu'il vous ft possible de nous donner
  quelques informations sur ce qu'il peut y avoir de fond dans ces
  apparences de rapprochement. Je n'ai pas besoin de vous dire que,
  loin de nous affliger d'une combinaison qui associerait l'Autriche 
  un systme de garantie contre les projets ambitieux du gouvernement
  russe, nous ne pourrions, dans les circonstances actuelles, qu'y
  trouver un motif de satisfaction.

  [284] Voir page 303.


  LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND[285].

  Paris, le 27 mars 1834.

  Prince, je vous ai fait connatre la rsolution qu'avait prise le
  gouvernement espagnol d'envoyer une arme en Portugal dans l'unique
  objet d'y disperser les partisans de don Carlos. M. Villiers,
  second  cet gard par M. de Rayneval, dont il avait rclam
  l'appui s'est vainement efforc de dcider M. Martinez de la Rosa 
  donner  cette expdition un but plus gnral en la dirigeant
  galement contre dom Miguel et don Carlos. Le ministre espagnol s'y
  est refus, ne voulant pas, a-t-il dit, crer sans une ncessit
  absolue des obstacles nouveaux au faible corps de troupes qui va
  passer la frontire des deux royaumes. Nous avons lieu de croire, et
  c'est aussi l'opinion de M. Villiers, que la crainte de mcontenter
  les puissances du Nord est entre pour beaucoup dans la
  dtermination de M. Martinez.

  Il est d'ailleurs ais de prvoir que les troupes espagnoles, une
  fois arrives en Portugal pourront se trouver entranes par la
  force des choses  faire cause commune avec les pdristes. Cette
  considration n'a pas chapp au cabinet de Madrid. Aussi, tandis
  que M. Martinez de la Rosa, pour se maintenir sur le terrain o il
  avait cru devoir se placer, se refusait  toutes les ouvertures de
  M. Sarmento, envoy de dom Pedro, son collgue, le ministre de la
  guerre, discutait avec ce dernier un plan d'migration combin, sans
  en avoir l'apparence et qui, en mme temps qu'il doit faciliter les
  mouvements des Espagnols, placera dom Miguel,  l'gard des forces
  de son frre, dans une situation embarrassante et dangereuse.

  Si les Espagnols se sont dcids  une entreprise dont les
  consquences avaient longtemps sembl les effrayer, c'est parce
  qu'ils ont dsespr de vaincre la rpugnance de l'Angleterre 
  intervenir matriellement en Portugal. Cependant, les nouvelles que
  nous recevons de Lisbonne pourraient nous faire croire que cette
  rpugnance n'est plus aussi absolue.

  Lord Howard, aprs avoir reu de Londres des pouvoirs plus tendus
  que ceux dont lord W. Russell tait investi, a rdig un projet de
  convention destin  pacifier le Portugal, et qu'il a envoy  lord
  Palmerston aprs l'avoir communiqu  M. Mortier aussi bien qu'au
  ministre de dom Pedro, qui s'en est montr satisfait. En voici les
  principales clauses:

  Le gouvernement de la reine accorderait une amnistie entire  tous
  ceux de ses adversaires qui lui prteraient serment dans un temps
  prescrit. Ceux qui s'y refuseraient pourraient quitter le Portugal
  et vendre leurs biens.

  Les grades des officiers migulistes leur seraient assurs avec une
  demi-solde.

  Dom Miguel conserverait sa fortune personnelle et mme son apanage
  ou en recevrait l'quivalent. Des btiments portugais, franais et
  anglais seraient mis  sa disposition pour le transporter hors du
  pays.

  Toutes les contestations qui s'lveraient sur le sens des
  stipulations de ce trait seraient juges par une commission
  compose des ministres de France et d'Angleterre et du charg
  d'affaires de Sude.

  Enfin, si dom Miguel refusait ces conditions, le gouvernement
  anglais mettrait  la disposition de la reine doa Maria des troupes
  de dbarquement et des btiments de guerre pour faire cesser les
  hostilits.

  Je dois remarquer que, dans la communication faite par lord Howard
  au cabinet de Lisbonne, il n'a nullement t question de cette
  dernire clause et que probablement mme ce n'est que par
  inadvertance que l'envoy d'Angleterre l'a fait connatre  M.
  Mortier. Vous en conclurez sans doute, prince, que, dans vos
  entretiens avec lord Palmerston, il sera bon d'viter d'en faire
  mention.

  Ce que nous ne savons pas et ce qu'il importerait de savoir, c'est
  jusqu' quel point les ides mises par lord Howard lui sont
  particulires ou se rattachent aux directions qu'il a pu recevoir.
  Je dsirerais qu'il vous ft possible de nous fournir  cet gard
  quelques explications. Les intrts de la France et ceux de
  l'Angleterre sont identiques dans la double lutte qui ensanglante en
  ce moment la pninsule. Une saine politique prescrit donc aux deux
  gouvernements d'y concerter leur action, et, pour ce qui nous
  regarde, nous sommes disposs  seconder de tous nos moyens le plan
  adopt par le cabinet de Londres pour la pacification du Portugal,
  ds que ce cabinet nous en aura fait part.

  [285] Voir pages 354 et 358.


FIN DE L'APPENDICE.




DE M. LE DUC DE CHOISEUL

_Commenc  Bourbon-l'Archambauld en 1811, et fini  Chteauneuf, prs
de Saint-Germain, chez madame la Duchesse de Courlande en 1816._




DE M. LE DUC DE CHOISEUL[286]

M. le duc de Choiseul avait de l'esprit naturel, peu d'instruction,
beaucoup d'assurance; un beau nom avec un lger vernis d'tranger qui
le classait galement parmi les grands seigneurs de France et
d'Allemagne. La branche de la maison de Choiseul  laquelle il
appartenait tait au service des ducs de Lorraine. Le comte de
Stainville, son pre, tait grand chambellan de Franois, dernier duc
de Lorraine, devenu grand-duc de Toscane, et ensuite empereur
d'Allemagne par son mariage avec Marie-Thrse. C'tait une chose
assez singulire en 1757, que de voir M. le comte de Stainville,
le pre, chevalier de la Toison d'Or et ministre de l'empereur 
Paris, et le comte de Stainville, son fils, chevalier de l'ordre du
Saint-Esprit, ambassadeur de France  Vienne,  la cour de ce mme
empereur. A cette mme poque, les deux autres fils du comte de
Stainville taient aussi, l'un abb commandataire en France et prieur
de Reuil, et l'autre major dans un rgiment de Croates au fond de la
Hongrie.

  [286] Cet crit sur le duc de Choiseul se trouvait, dans les
  papiers de M. de Talleyrand, annex  ses _Mmoires_. Il en est
  toutefois entirement indpendant. C'est un morceau dtach, qui,
  ainsi que la date en fait foi, fut commenc par le prince
  plusieurs annes avant qu'il songet  mettre la main  ses
  _Mmoires_. Cependant l'intrt particulier que prsente cet
  crit l'a fait joindre  la prsente publication. On a dj
  indiqu dans la prface (I-XV) les raisons qui l'ont fait rejeter
   la fin du dernier volume, bien que la chronologie marqut sa
  place en tte de l'ouvrage. Il a sembl prfrable, en effet, de
  ne pas rompre la suite et l'unit des _Mmoires_, et de prvenir
  toute confusion entre les souvenirs personnels du prince et un
  simple chapitre d'histoire.

Le trait de 1736[287] ayant incorpor la Lorraine  la France, la
maison de Choiseul avait d rentrer au berceau de ses pres. Le jeune
comte de Stainville dbuta par une sous-lieutenance au rgiment du
Roi, et bientt aprs, obtint le rgiment de Navarre. Il fit bien la
guerre comme colonel, mais il parut d'une manire encore plus
brillante dans la socit. Ses premiers succs y eurent beaucoup
d'clat. M. de Stainville fut l'amant et l'amant perdument aim de
madame de Gontaut[288], fille ane de M. Crozat-Duchtel[289],
lieutenant gnral, cordon rouge, sous lequel il avait servi dans la
guerre de 1740. Madame Duchtel, ne Gouffier, runissait tous les
soirs dans sa maison quelques personnes d'un esprit distingu,
telles que madame du Deffant[290], Pont de Veyle[291], le chevalier de
Curten[292], et M. de Stainville, quoique distrait par bon nombre
d'infidlits qu'il faisait  madame de Gontaut, ne manquait gure d'y
venir quelques moments. L'exactitude d'un peu de soins tait un de ses
principes. M. de Gontaut, l'un des favoris de Louis XV, d'un caractre
gai et facile, avec assez peu d'esprit, tel qu'il fallait tre dans la
socit de madame de Pompadour, l'avait pris dans la plus grande
amiti, mais n'avait pu encore le faire pntrer dans cet intrieur
suprme, o l'on avait de son caractre une opinion peu avantageuse.
Il circulait autour de madame de Pompadour que M. de Stainville avait
t un des principaux modles que Gresset[293] avait pris pour la
comdie du _Mchant_. Cela, quelques bons mots, une ambition assez
annonce, le faisaient passer pour un homme dangereux, et
probablement, il aurait t retard dans sa brillante carrire, si une
circonstance qui aurait d accrotre l'inquitude que donnait son
approche, n'et servi au contraire  le mettre hors de ligne. Le
roi tmoigna quelque got pour une trs belle personne que le comte de
Choiseul-Beaupr[294], menin de M. le Dauphin, venait d'pouser;
madame de Pompadour en montrait de la jalousie. Il se formait dj 
Versailles une espce de parti qui favorisait cette intrigue; et M. de
Stainville, assez maltrait par madame de Pompadour, et parent de
madame de Choiseul, se trouvait naturellement rang du ct de la
prtendante. On a suppos que lui ayant fait sa cour, et n'ayant pas
reconnu  son esprit assez d'habilet pour le rle qu'il voulait lui
faire jouer, il l'avait sacrifie, et avait envoy  madame de
Pompadour, par l'entremise de M. de Gontaut, pour tre montres au
roi, les lettres que dans un premier moment de passion, elle lui avait
crites. Et comme madame de Choiseul prit, peu de temps aprs, de la
manire la plus inattendue, on a prtendu, aussi, qu'il n'avait pas
t tranger  sa mort. Ce n'est pas le seul soupon de ce genre qu'on
ait os former sur M. de Stainville. Quelque persuad que je sois
qu'aucun n'ait t fond, j'prouve une sorte d'embarras de ne pouvoir
tirer mes motifs de conviction de la moralit de sa vie, et d'tre
oblig d'aller les chercher dans la lgret de son caractre. Madame
de Pompadour, tranquillise, chercha  se faire de nouvelles
cratures, et passa, immdiatement, trop vite peut-tre, pour la
rputation de M. de Stainville, de l'loignement le plus marqu pour
lui,  un intrt dont elle ne tarda pas  lui donner des
preuves. Dans ces circonstances, Madame de Gontaut tomba gravement
malade, et sur son lit de mort, elle supplia sa jeune soeur, qui
n'avait que quatorze ans, d'pouser M. de Stainville, voulant
emporter, en mourant, la satisfaction d'avoir assur la fortune de son
amant, et aussi, ce que l'exaltation de sa tte lui prsentait comme
le bonheur de sa soeur. Une espce d'enchantement que M. de Stainville
avait rpandu sur toute cette famille, dcida bientt la mre ainsi
que la fille, de sorte que devenu presque immdiatement matre d'une
fortune de cent vingt mille livres de rente, il n'eut plus qu'
s'occuper des moyens d'entrer dans une carrire dans laquelle sa
naissance, son esprit, son activit et la mdiocrit de ceux qui y
occupaient les premires places, permettaient de lui donner bien des
avantages. Ses vues se portrent sur l'ambassade de Rome. Quelques
flatteries adresses  M. Rouill[295], ministre des affaires
trangres, l'appui de son beau-frre, M. de Gontaut, le retour vers
lui de madame de Pompadour, un peu mme de cette rpugnance que le roi
lui conservait encore, tout concourut  lui faire obtenir ce brillant
loignement; et il partit pour remplacer M. de Nivernais. La
magnificence de son dbut,  Rome, effaa tous les ambassadeurs qui
l'avaient prcd; le luxe prodigieux de l'entre qu'il y fit, l'clat
de sa maison, le choix de ses socits particulires, l'eurent bientt
rendu matre de toutes les nominations ecclsiastiques; il sut gagner
l'amiti de Benoit XIV[296] qui ne l'appelait que _son cher
fils_, et qui jamais ne put lui refuser rien dans les entretiens
frquents et tout  fait familiers qu'il avait avec lui. C'est  cette
poque que M. de Stainville reut les premires impressions, qui ont
concouru depuis  la destruction de l'ordre des jsuites. La faveur
dont il jouissait auprs du Saint-Pre le mit en confidence avec les
principaux personnages de cet ordre, et l'un des assesseurs du Gnral
eut l'imprudence de lui ouvrir le registre secret dans lequel _la
Socit_ inscrivait tous les noms de ses lves, avec des notes sur le
caractre et les sentiments que leur jeunesse avait pu faire
connatre, et il y lut,  son article, que l'on devait, s'il arrivait
 des places importantes, le tenir pour un homme qui n'aimait et qui
n'aimerait jamais _la Socit_[297].

  [287] Le traite de Vienne qui mit fin  la guerre de succession
  de Pologne. Il reconnaissait les droits de l'lecteur de Saxe qui
  fut couronn sous le nom d'Auguste III. Quant  Stanislas
  Leczinski dont la France avait soutenu les intrts, il reut en
  ddommagement la Lorraine, sous cette condition, qu' sa mort, ce
  duch reviendrait  la France. Stanislas tant mort en 1766,
  c'est  cette date que la Lorraine devint province franaise.

  [288] Antoinette Crozat du Chtel (1728-1747) fille du lieutenant
  gnral de ce nom et de Marie Thrse Gouffier de Heilly, pousa
  en 1744, le duc Charles de Gontaut, frre cadet du marchal de
  Biron. De ce mariage naquit le duc de Lauzun.

  [289] Louis Franois Crozat, marquis du Chtel, appartenait  une
  riche famille de financiers; un de ses membres s'tait rcemment
  anobli en achetant le marquisat du Chtel en Bretagne.

  [290] Marie de Vichy Chamrond, ne en 1697 d'une vieille famille
  de Bourgogne, pousa toute jeune le marquis du Deffant, dont elle
  se spara peu aprs. Son salon fut durant quarante ans le centre
  d'une socit lgante et spirituelle. Elle mourut en 1780.

  [291] Antoine de Ferriol, comte de Pont de Veyle, naquit en 1697.
  Son pre tait prsident du parlement de Metz. Lui-mme fut
  intendant gnral des classes de la marine. Il composa quelques
  comdies et un grand nombre de posies lgres. Il mourut en 1774
  aprs avoir t pendant cinquante ans l'ami de madame du Deffant.

  [292] Maurice de Curten, issu d'une famille suisse, passe au
  service de la France, n en 1692, entr  l'arme en 1706,
  marchal de camp en 1743, lieutenant gnral en 1748, grand croix
  de l'Ordre de Saint-Louis en 1757. Il mourut en 1766.

  [293] Gresset, pote comique, n en 1709  Amiens, mort en 1777.
  _Le Mchant_ qui est sa meilleure comdie est de 1747.

  [294] Franois comte de Choiseul-Beaupr tait lieutenant gnral
  et menin du Dauphin. (Ce nom de _Menin_ tait d'origine
  espagnole; il dsignait les six gentilshommes attachs
  spcialement  la personne du Dauphin.) Il pousa en 1751
  mademoiselle de Romanet, nice de madame de Pompadour.

  [295] Antoine Rouill, comte de Jouy, n en 1689, d'une vieille
  famille de robe, conseiller au parlement en 1711; secrtaire
  d'tat  la marine (1749) puis aux affaires trangres (1754). Il
  donna sa dmission en 1757, fut nomm surintendant gnral des
  postes, se retira en 1758 et mourut en 1761.

  [296] Benoit XIV (Prosper Lambertini) naquit  Bologne en 1675.
  Entr dans les ordres, il fut nomm vque d'Ancne, puis
  archevque de Bologne. Il tait cardinal depuis 1726. En 1740 il
  fut choisi pour succder au pape Clment XII. Il mourut en 1758.

  [297] C'est en effet sous le ministre de Choiseul que les
  jsuites furent expulss de France (1762-1764).

Le rapprochement de M. de Stainville avec madame de Pompadour n'tait
pas tel, qu'il n'y et dans la mme route que celle o il se trouvait,
un homme plus avanc que lui. L'abb de Bernis[298], favori plus
ancien et plus intime, traait assez ennuyeusement dans
l'ambassade de Venise, les degrs de sa future lvation.

  [298] Franois-Joachim de Pierres, comte de Bernis, naquit au
  chteau de Saint-Marcel en Vivarais (1715) d'une des plus
  vieilles familles de France. Il fut de bonne heure destin 
  l'tat ecclsiastique: toutefois, bien qu'il ait port toute sa
  jeunesse le titre d'abb, il ne pronona ses voeux qu' quarante
  ans. Il dut  la protection de madame de Pompadour d'tre nomm
  ambassadeur  Venise (1752). Revenu  Paris en 1755, il ngocia,
  bien que n'ayant aucun titre officiel, le trait de 1756 avec
  l'ambassadeur imprial. Il fut presque aussitt nomm secrtaire
  d'tat aux affaires trangres, puis cardinal. Disgraci et exil
  en 1757, il sortit de sa retraite en 1764, fut nomm archevque
  d'Alby, puis ambassadeur  Rome (1769);--il fut destitu en
  fvrier 1791 pour avoir refus de prter serment  la
  constitution civile, et il mourut en 1794.

M. de Stainville ne manqua pas de profiter de la connexion de leurs
affaires respectives, de quelques querelles que la rpublique de
Venise avait alors avec le Saint Pre, pour tablir entre eux une
correspondance qui ne tarda pas  former une espce d'intimit, en
sorte que l'abb de Bernis, de retour en France, pour tre le
plnipotentiaire ostensible du fameux trait de 1756, et entrer
ensuite au conseil, en qualit de ministre, attendant la prochaine
retraite de M. Rouill, regardait M. de Slainville comme un des futurs
collaborateurs du grand et brusque changement qui allait s'oprer dans
la balance politique de l'Europe.

De son ct, M. de Stainville, qui commenait  en avoir assez des
ngociations ecclsiastiques, dvor du dsir de passer sur le thtre
des grandes affaires qui se prparaient, entretenant une
correspondance rgulire avec madame de Pompadour, soignant toutes les
commissions de curiosits ou autres, que l'Italie pouvait lui
prsenter pour la favorite, obtint par elle,  la fin de 1756, un
cong qui lui permit de reparatre  Versailles.

Dans l'hiver qui suivit, de grands changements se firent dans le
ministre[299]; il est hors de mon sujet de m'y arrter; mais je ne
saurais, en passant, m'empcher de dire que la destitution de M.
d'Argenson[300] et celle de M. de Machault[301] ont eu une influence
bien funeste sur les vnements de la guerre qui commena en 1757.
L'abb de Bernis tait alors nomm  l'ambassade de Vienne, faveur qui
avait t la suite naturelle du trait qu'il avait sign avec M. de
Stahremberg[302]; et comme l'impratrice Marie-Thrse pressait
vivement pour l'arrive du ministre de France, et que le bon M.
Rouill se dfendait encore un peu dans sa place, l'abb de Bernis,
pour ne quitter ni le terrain, ni la carrire, se fit nommer 
l'ambassade de Madrid, o il n'y avait pas d'affaires pressantes 
traiter; et M. de Stainville fut destin  se rendre immdiatement 
Vienne,  sa place. Ses prparatifs furent prompts; tout le faste de
sa reprsentation y passa de Rome directement, et lui-mme s'y rendit
dans les premiers jours d'aot. Il trouva la cour impriale, nagure
si dsole, toute remplie des esprances que lui donnait la victoire
de Kollin[303], remporte par le marchal Daun[304], dont l'effet
avait t la leve du sige de Prague; et celle de Hastenbeck[305]
que le marchal d'Estres[306] venait de remporter sur le duc de
Cumberland[307]. Deux mois plus tard, M. de Stainville aurait trouv
dans le cabinet de Vienne les formes de la plus grande dfrence; mais
 cette poque, ce cabinet avait pris une habitude hautaine.
L'ambassadeur du France fut, nanmoins, trs bien trait par
l'impratrice, et accueilli d'une manire particulire par le bon
empereur Franois Ier qui voyait en lui un Lorrain, et le fils de son
ministre actuel  la cour de France. Mais, M. le comte de Kaunitz[308]
le reut avec plus de froideur. La dignit qu'il affecta de marquer
dans les premires entrevues, prsagea  M. de Stainville qu'il serait
loin de trouver en lui le secrtaire d'tat de la cour papale. Les
mdiocres consquences de la bataille de Hastenbeck, compares avec
quelques succs qui suivirent la grande affaire de Kollin, et la leve
du sige de Prague qui rendit disponible quarante mille hommes
enferms dans cette ville avec le prince Charles[309], donnaient au
ministre autrichien, un ton et des formes trs dplaisants pour
l'ambassadeur de France. Mais le mois de novembre arriv, toutes les
fierts furent confondues par les deux batailles que le roi de Prusse
gagna en personne  cinq jours l'une de l'autre;  Rosbach[310],
contre les Franais, et sous les murs de Breslau[311], contre les
Autrichiens. L'arme franaise et l'arme autrichienne furent si
compltement battues qu'on ne sut plus lequel des deux allis devait
tre le plus humili. Alors les reproches d'ineptie se multiplirent
de part et d'autre. M. de Stainville, naturellement moqueur, tombait
impitoyablement sur le marchal Daun; et M. de Kaunitz n'pargnait pas
davantage les gnraux franais. Le chevalier de Curten, ancien
lieutenant gnral se trouvait  Vienne, o il tait arriv en mme
temps que M. de Stainville; il avait une commission militaire dont
l'objet tait la reprise de l'lectorat de Saxe, que devait faire
l'arme de Soubise, conjointement avec celle de l'empire commande par
le prince de Hildburghausen[312]. Le chevalier de Curten passait pour
un excellent officier, et tait certainement un des hommes les plus
aimables et les plus piquants de son temps. Sa mission qui tait d'un
ordre infrieur se trouvait termine par les grands faits de guerre
qui venaient d'avoir lieu, mais il en avait peu de souci. Il demandait
sans cesse ce que l'arme de l'empire tait devenue,  quoi on lui
rpondait par semblable question sur l'arme de Soubise. En sorte
qu'au milieu de tous ces dsastres, qui devaient se terminer par
quelque modification dans l'influence germanique, ou par la cession de
quelques provinces, mais point encore par l'abdication de quelque tte
couronne, ou par la destruction d'un royaume ou d'un empire[313], on
put passer  Vienne un hiver assez supportable. Lorsque les plaintes
de M. de Kaunitz devenaient un peu plus fortes, M. de Stainville lui
dpchait le comte de Montazet, qui, avec les formes embarrassantes du
plus grand zle, prenait les renseignements les plus minutieux sur la
grande arme autrichienne, et montrait un empressement excessif  la
rejoindre, tant destin, disait-il,  avoir l'honneur d'y servir.

  [299] Allusion  la rvolution de cabinet qui marqua le
  rtablissement du roi. Durant sa maladie (suite de l'attentat de
  Damiens), Machault et d'Argenson avaient pris sur eux de renvoyer
  madame de Pompadour. A son retour, elle exigea leur destitution.
  Machault cda la place  Peirenc de Moras, et d'Argenson au
  marquis de Paulmy, son neveu (fvrier 1757).

  [300] Marc-Pierre de Voyer, comte d'Argenson, n en 1696,
  appartenait  une vieille famille de Touraine qui jeta un vif
  clat aux XVIIe et XVIIIe sicles. Sept de ses membres parvinrent
  aux plus hautes charges de l'tat. Lui-mme fut lieutenant
  gnral de la police (1720), ministre d'tat (1742), secrtaire
  d'tat  la guerre (1743-1757). Il mourut peu aprs sa disgrce
  en 1764.

  [301] M. de Machault tait alors secrtaire d'tat  la marine.

  [302] George-Adam prince de Stahremberg, n  Londres en 1724,
  d'une vieille famille autrichienne. Ambassadeur  Paris en 1755.
  Rappel  Vienne en 1766, il devint ministre d'tat, puis
  gouverneur des Pays-Bas. Il mourut en 1807.

  [303] Kollin, ville de Bohme, sur l'Elbe, 6.000 habitants. La
  victoire des Autrichiens est du 18 juin 1757.

  [304] Lopold, comte de Daun, n  Vienne en 1705, tait
  feld-marchal en 1748. Il fut gnralissime des armes impriales
  pendant la guerre de Sept ans. Vainqueur  Kollin et  Hochkirch,
  il fut battu  Leuthen et  Torgan. Il mourut en 1766.

  [305] Hastenbeck, village de l'lectorat de Hanovre. La victoire
  des Franais est du 20 juillet 1757.

  [306] Louis Le Tellier, marquis de Courtenvaux, duc d'Estres, n
  en 1697, tait petit-fils du clbre Louvois. Sa mre tait la
  soeur du comte Victor d'Estres, marchal de France. Celui-ci
  tant mort sans enfants en 1737, son neveu hrita de son nom et
  de son titre. Le comte, plus tard duc d'Estres, fut lieutenant
  gnral en 1744, et marchal en 1757. Il perdit son commandement
  en Allemagne  la suite d'intrigues de cour et mourut en 1771.

  [307] Guillaume-Auguste, duc de Cumberland, n en 1727, tait le
  troisime fils du roi Georges II. Mis  la tte des armes
  anglaises du continent, il lut constamment battu. Plus heureux en
  cosse, il battit le prtendant, Charles-douard; il mourut eu
  1765.

  [308] Venceslas-Antoine, comte puis prince de Kaunitz-Rietberg,
  n en 1711, conseiller aulique en 1735, commissaire imprial  la
  dite de Ratisbonne, sous Charles VI, ambassadeur  Rome, puis 
  Turin, sous Marie-Thrse. Ministre d'tat(1749), ambassadeur 
  Paris. A son retour, il fut nomm chancelier de cour et d'tat.
  Il mourut en 1794.

  [309] Charles, prince de Lorraine, n en 1712, tait le frre de
  l'empereur Franois. Feld-marchal gnral et gnralissime des
  troupes impriales et hongroises, il prit part aux guerres de la
  succession d'Autriche et de Sept ans.

  [310] Rosbach, village de l'lectorat de Saxe prs de Mersebourg.
  Les Franais taient commands par Soubise.

  [311] La bataille fut livre  7 kilomtres de Breslau prs du
  village de Leuthen, ou Lissa.

  [312] Joseph de Saxe-Hildburghausen, prince souverai d'Allemagne,
  n en 1702, fut nomm en 1735 feld-marchal au service de
  l'Autriche. Il dirigea en 1739 une campagne malheureuse contre
  les Turcs. Il prit part sans grand succs  la guerre de Sept ans
  et mourut en 1787.

  [313] Allusion aux traits imposs plus tard par Napolon.

On faisait de toutes parts de nouvelles leves pour la composer; et M.
de Kaunitz, tout en critiquant le pauvre marchal Daun, que
l'impratrice soutenait  cause de madame de Daun, sa favorite,
levait secrtement  la fortune un homme modeste que le hasard lui
avait fait rencontrer, et qui, par la leve du sige d'Olmtz[314],
devint quelques mois aprs, le sauveur de la puissance autrichienne.
M. de Laudon[315] fut vritablement l'homme le plus distingu de
tous ceux que l'Autriche a employs dans le cours de cette fameuse
guerre de Sept ans. Car M. de Lascy[316], dont le nom a t consacr
par la belle lettre que lui crivit en mourant Joseph II, avait plus
de talent pour le cabinet que pour l'excution, et s'est montr plus
propre  tre un grand ministre de la guerre qu'un grand gnral
d'arme.

  [314] Olmtz, ville d'Autriche (Moravie). Le roi de Prusse qui
  l'avait assige, ne put s'en emparer et dut battre en retraite.

  [315] Ernest, baron de Laudon, n  Tootzen (Livonie), d'une
  famille originaire d'cosse qui avait migr au XIVe sicle. Il
  passa huit ans au service de la Russie (1731-1739), se prsenta
  ensuite  Frdric II qui le repoussa; il passa alors en
  Autriche, devint gnral en 1757, feld-marchal en 1758; il eut
  une part glorieuse  la guerre de Septans. Appel  diriger une
  campagne contre les Turcs en 1788, il mourut au cours de ses
  succs (7 juillet 1790).

  [316] Joseph, comte de Lascy naquit en 1725  Ptersbourg d'une
  famille noble d'origine irlandaise. Son pre tait gnral dans
  l'arme russe. Lui-mme entra dans l'arme autrichienne et devint
  feld-marchal en 1760, aprs de brillants succs remports durant
  la guerre de Sept ans. Aprs la paix, il entra au conseil aulique
  et durant de longues annes travailla de concert avec l'empereur
  Joseph II. Charg en 1788 de la guerre contre les Turcs, il fut
  battu et demanda  tre remplac par Laudon, bien qu'il ft son
  ennemi personnel. Il mourut en 1801.

Les forces nombreuses qui se runissaient, une organisation militaire
nouvelle qui commenait  se former, les esprances qui taient la
suite de ces efforts et de ces changements, permirent bientt  M. de
Kaunitz de reprendre les airs inattentifs avec lesquels il blessait
cruellement l'amour-propre de M. de Stainville. Tantt c'tait  la
comdie o leurs loges taient absolument contigus, M. de Kaunitz
arrivait dans la sienne, prenait une place adosse  celle de
l'ambassade, et ne s'apercevait qu'au cinquime acte que M. de
Stainvilie tait  ct de lui. Une autre fois, invit  quelque dner
solennel chez l'ambassadeur de France, au lieu d'arriver  deux
heures, il faisait impitoyablement attendre jusqu' six, une
trentaine de personnes, qui toutes par leur rang et leur naissance,
paraissaient mriter quelques gards, et, tout  coup, au milieu du
dner, il cartait son assiette, arrangeait la place qu'avait occupe
son couvert, tirait de sa poche une petite critoire ou un crayon, et
se mettait  crire,  demi couch sur la table; ou bien, il talait
un tui de toilette et se nettoyait les dents. L'usage tait de se
rassembler tous les soirs chez ce ministre, o sa soeur, madame la
comtesse de Questemberg, faisait en assez bonne femme, les honneurs du
salon. Aucun des ministres ne manquait  s'y rendre, parce que M. de
Kaunitz y paraissait assez rgulirement vers les onze heures, et que
c'tait un moment favorable, ou pour l'entretenir de quelque affaire,
ou pour apprendre de lui les nouvelles qui venaient journellement des
armes; il se faisait secrtement rendre compte de l'arrive de
l'ambassadeur de France, et dans les circonstances o il savait qu'il
importait le plus  celui-ci de lui parler, il le laissait attendre
jusqu' une heure aprs minuit, et lui faisait dire par un valet de
chambre, sans mme se donner la peine d'imaginer quelque excuse, qu'il
ne paratrait point. Alors M. de Stainville se dpitait, rentrait chez
lui, et disait  qui voulait l'entendre, qu'il tait impossible de
suivre les affaires avec un tel homme. L'impratrice, qui tait
informe par ses rapports intrieurs du mcontentement de M. de
Stainville, ne perdait pas une occasion de lui raconter les
inattentions, sans nombre, de M. de Kaunitz pour elle-mme. Mais elle
croyait, et disait avoir un tel besoin de ce ministre, qu'elle lui
passait toutes ses fantaisies. L'indulgence de l'impratrice tait
mise  tant d'preuves, que pendant quelque temps, on a pu croire que
M. de Kaunitz avait avec cette princesse des liaisons plus
intimes que celles des affaires. Il fallut tout l'clat d'une aventure
avec une danseuse de l'opra pour empcher cette opinion de trop
s'tablir. Il y avait au thtre une Italienne assez belle, nomme la
Tagliatzi. M. de Kaunitz tait publiquement son amant. Quelques
rigoristes de la cour, et le mdecin Wasa-Sivieten, par dvotion, et
peut-tre aussi, par une envie secrte de plaire, animrent tellement
la conscience de l'impratrice sur ce scandale, qu'elle en donna un
bien plus grand encore, en faisant enlever un matin la danseuse, et en
la faisant transporter aux frontires d'Italie avec dfense absolue de
reparatre  Vienne. M. de Kaunitz se croyant outrag, monte chez
l'impratrice, sa dmission  la main, fait changer sa dtermination,
et la Tagliatzi revient avec tous les honneurs de l'aventure; et pour
que personne ne pt douter de son triomphe, M. de Kaunitz la mne en
calche le lendemain de son arrive dans toutes les promenades de
Vienne. Il ne faut pas croire davantage au sentiment qu'on a suppos
que cette princesse avait eu pour le gnral O'Donnell[317]; elle
aimait l'empereur, qui tait beau, et auquel elle passait sa petite
infidlit avec la princesse d'Auersperg[318], en faveur des enfants
qu'elle ne cessait d'avoir.

  [317] Le gnral comte Charles O'Donnell n en 1715 en Irlande,
  entra en 1736 au service de l'Autriche. Feld-marchal lieutenant
  en 1757, gouverneur gnral des Pays-Bas aprs la paix, puis
  inspecteur gnral de cavalerie. Il mourut en 1775.

  [318] La princesse Josphe d'Auersperg tait la fille de Jean
  prince de Trautson. Ne en 1734, elle avait pous en 1744
  Charles d'Auersperg, prince souverain d'Allemagne.

Mais je m'carte trop de mon sujet. L'humeur respective des deux
ministres venait au fond de ce que les deux cours n'taient rien
moins que contentes du succs de leur grande alliance. Celle de
Vienne, qui manquait encore moins d'hommes que d'argent, ne voulait
plus du systme de la combinaison des armes; on convint d'agir
sparment, et l'Autriche rclama en consquence le choix de
l'alternative dans l'excution du trait, qui avait fix le secours
respectif  vingt-quatre mille hommes ou  vingt-quatre millions.
L'impratrice, qui n'avait cess un seul jour d'employer toute sa
sduction vis--vis de M. de Stainville, se flattait d'emporter le
subside. Elle se fit mme aider en cette occasion par l'empereur qui
traitait toujours M. de Stainville avec la familiarit d'un
compatriote, et qui croyait avoir sur lui une grande influence.
L'impratrice crivit  madame de Pompadour; M. de Stahremberg
touchait au moment d'obtenir ce point de la facilit de l'abb de
Bernis; l'opinion de M. de Stainville,  cet gard, retarda la
dcision. Vingt-quatre millions  cette poque tait un subside trs
considrable. L'Angleterre, qui depuis en a prodigu d'immenses, ne
donnait  Frdric II que cinquante mille livres sterling[319], et on
peut dire que celui-l gagnait bien son argent, et que si la France
l'et conserv pour alli  pareil prix, l'influence autrichienne en
Allemagne n'aurait pas dur aussi longtemps. Au surplus, comme on
voulait, de part et d'autre, que ces lgres altercations ne
tournassent pas au dtriment de l'alliance, ce fut  cette poque
qu'on adopta le plan d'une union plus intime et plus solide, par le
projet de mariage de la jeune archiduchesse Marie Antoinette, alors au
berceau, avec le futur hritier de la couronne de France.

  [319] 1 250 000 francs.

M. de Stainville reut  cette occasion une marque clatante de
satisfaction: il fut cr duc hrditaire (et prit le titre de duc de
Choiseul) en mme temps que M. le comte de Gontaut son beau-frre, fut
fait duc  brevet, honneur suffisant pour ce dernier, puisque son
fils, ou plutt celui de M. de Stainville, connu depuis sous le nom
toujours brillant de duc de Lauzun, tait naturellement appel 
hriter de la pairie du marchal de Biron[320], son oncle. Cette
double faveur accorde en mme temps aux deux amis, fut l'ouvrage de
madame de Pompadour, et le fruit de l'assiduit de M. de Gontaut,
autant que de l'exactitude de la correspondance de M. de Stainville,
qui ne faisait pas partir un courrier sans donner  la favorite dans
une lettre particulire un petit sommaire de ses dpches. Madame de
Pompadour en aurait t moins flatte, si elle et su combien tait
tendue et confiante la correspondance prive de M. de Choiseul. Tous
les courriers portaient des lettres d'abord  madame de Robecq[321],
ensuite  madame de Luxembourg[322],  l'abb de Bernis dont il
cherchait  affaiblir l'influence dans sa correspondance avec la
favorite,  M. de Gontaut,  M. de Soubise,  M. de Praslin[323],
au comte de Castellane[324],  M. du Chtelet[325], au chevalier de
Beauteville[326], et il en recevait des rponses qui le tenaient
exactement au courant de ce qui se passait sur le double thtre des
intrigues de Versailles et de Paris.

  [320] Louis-Antoine de Gontaut, duc de Biron, fils du marchal
  duc de Biron, n en 1701, entra  l'arme et fit la campagne de
  Bohme comme marchal de camp; lieutenant gnral en 1743;
  marchal de France en 1757; gouverneur du Languedoc en 1775. Il
  mourut en 1788.

  [321] La princesse Anne de Robecq tait la fille du marchal duc
  de Montmorency-Luxembourg. Elle pousa Anne de Montmorency prince
  de Robecq, grand d'Espagne et lieutenant gnral. Elle mourut en
  1760,  trente-deux ans.

  [322] Madeleine-Anglique de Neufville-Villeroi, marchale
  duchesse de Luxembourg (1707-1787).

  [323] Csar, comte de Choiseul, cr duc et pair en 1762 et connu
  ds lors sous le nom de duc de Praslin, naquit en 1712. Il devint
  lieutenant gnral; ambassadeur  Vienne en 1758; secrtaire
  d'tat aux affaires trangres en 1760;  la marine en 1766. Il
  fut exil en 1770 et mourut en 1785.

La tte de M. de Choiseul fut traverse un moment alors, par l'ide
d'obtenir une grande charge  la cour. Mais, M. de Gontaut lui fit
voir combien ces places taient encombres de survivances; il
rflchit de son ct sur la probabilit qu'il n'aurait point
d'enfants de madame de Choiseul dont la sant tait trs dlicate; il
avait lui-mme altr son temprament par une jouissance qui avait
prcd de beaucoup l'poque  laquelle elle tait devenue femme, et
il tait rsult pour elle de cette imprudence, des inconvnients de
sant qui l'obligeaient  rester souvent sur une chaise longue. Cette
petite malade, dont la tte romanesque tait dix fois plus ardente que
son corps n'avait de force, tait toutefois trs exigeante sur les
attentions du mariage, et fort jalouse de toutes les femmes auxquelles
son mari paraissait adresser quelques hommages. Aussi M. de Choiseul
manqua-t-il  peu prs tout ce qu'il entreprit dans ce genre pendant
son sjour  Vienne.

  [324] Michel, comte de Castellane, gouverneur de Niort,
  ambassadeur prs la Porte, marchal de camp en 1762.

  [325] Louis-Florent, duc du Chtelet-Lomont, n  Semur on 1727.
  Il tait le fils de la clbre madame du Chtelet si connue grce
   Voltaire. Il fut marchal de camp et ambassadeur  Vienne.

  [326] P. du Buisson, chevalier de Beauteville, aide-marchal
  gnral des logis de l'arme de Flandre (1745), marchal de camp
  (1758), ministre en Suisse (1762).

M. de Choiseul inform par M. de Gontaut, que madame de Pompadour
commenait  se dgoter de l'abb de Bernis qui, prt  devenir
cardinal, faisait entrevoir des prtentions que sa capacit ne
soutenait gure, donna  ses lettres particulires la direction que
cette nouvelle circonstance exigeait. Il chercha  se faire regarder
par madame de Pompadour, comme un rival et un successeur de l'abb de
Bernis, sur lequel elle pouvait compter, et par celui-ci comme un
cooprateur fidle, dont il pourrait se servir, s'il parvenait  faire
le grand pas qu'il avait la secrte ambition de tenter. L'abb de
Bernis, sr du chapeau de cardinal, commena  parler de sa mauvaise
sant, en insinuant toutefois, aprs les instances qui lui taient
faites pour rester, qu'il serait prt  tmoigner sa reconnaissance et
son dvouement, si on lui donnait la direction suprme du conseil.
C'tait o on l'attendait. On se concerta pour le retour de M. de
Choiseul, et on pensa ds lors au moyen de l'investir de la charge que
le futur cardinal ddaignait d'occuper. De son ct, M. de Bernis se
mit  rdiger un long mmoire, dans lequel il essayait de dmontrer au
roi la ncessit d'un premier ministre qui tnt d'une main ferme
l'ensemble des oprations de tous les dpartements. La situation
critique des affaires tait peut-tre assez favorable  cette ide.
Mais la rpugnance du roi pour cette espce de tutelle tait bien
connue de madame de Pompadour qui, d'ailleurs, n'ayant plus que ce
rle  jouer, sans avoir l'inconvnient du titre, n'avait aucune envie
de se le laisser enlever. Deux mois suffirent  toutes ces manoeuvres,
et dans les premiers jours de novembre, pendant que la barrette
arrivait de Rome, M. de Choiseul arrivait de Vienne, pour occuper le
poste que le cardinal allait quitter. L'arrive subite de M. de
Choiseul, et l'espce de dsaccord qui existait dans les diffrentes
dispositions des parties intresses, ne pouvaient pas manquer de
produire d'tranges contradictions. Ainsi dans la mme semaine, M. de
Choiseul qui n'avait t prsent dans l'article officiel de la
_Gazette_, que comme un aide choisi par le cardinal pour conduire sous
sa direction le ministre des affaires trangres, M. de Choiseul,
mdiocrement accueilli par le roi, tait cr pair  l'ouverture du
premier conseil,  cause de la prtention que le marchal d'Estres
leva, concernant la prsance des marchaux de France sur les ducs
qui n'taient pas pairs. On vit aussi le cardinal quitter le logement
du secrtaire d'tat, et s'installer dans un des plus grands
appartements du chteau de Versailles, o ds le premier mardi, jour
d'audience des ambassadeurs, il les reut avec solennit concurremment
avec le nouveau ministre, chez lequel ils n'eurent l'air d'aller
ensuite que comme chez un premier commis, et M. de Choiseul, ministre
des affaires trangres, duc et pair de France paraissait, au milieu
de toutes ces faveurs, n'occuper qu'un poste secondaire. Le cardinal
avait remis directement au roi son mmoire et s'emparait comme de
haute lutte de la place minente qu'il croyait s'tre assure. Le roi
ne disait rien, laissait faire, et, sans doute se ft soumis, si
madame de Pompadour,  qui le mmoire revint de la main du roi et qui
n'en tait que plus offense, ne se ft jointe  M. de Soubise,  M.
de Gontaut et  M. de Belle-Isle[327], pour en reprsenter l'auteur
comme un ambitieux qui voulait s'emparer d'une place que la
considration personnelle du roi, son opinion connue  cet gard, et
les derniers conseils du cardinal de Fleury[328], devaient empcher de
jamais rtablir. Cette forme de rappel  ses propres principes,
prsent au roi comme une marque d'attachement le plus vrai pour sa
personne et pour sa gloire, ne manqua pas son effet. On exila le
cardinal de Bernis[329].

  [327] Louis Fouquet, duc de Belle-Isle, tait le petit-fils du
  fameux surintendant Fouquet. N  Villefranche-de-Rouergue en
  1684, il entra de bonne heure  l'arme, fit comme colonel la
  guerre de la succession d'Espagne. Marchal de camp en 1719, il
  fut impliqu dans le procs de Leblanc, secrtaire d'tat  la
  guerre, accus de concussion, et fut enferm  la Bastille.
  Lieutenant gnral en 1732, il reut en 1736 le gouvernement de
  Metz et des trois vchs. Marchal de France en 1741, il prpara
  l'lection de l'empereur Charles VII. Peu aprs, il s'illustrait
  par la campagne de Bohme et la retraite de Prague (1743). Fait
  prisonnier en Hanovre en 1744, il fut intern un an en
  Angleterre. En 1757, il fut nomm secrtaire d'tat  la guerre.
  Il mourut en 1761.

  [328] Andr Hercule, cardinal de Fleury, appartenait  la vieille
  noblesse du Languedoc. Il naquit  Lodve le 22 juin 1653.
  Aumnier de la reine, il fut en 1698 nomm vque de Frjus. A la
  mort de Louis XIV il fut nomm prcepteur du nouveau roi sur
  lequel il prit bientt la plus grande influence. Au mois de juin
  1726, Fleury fut nomm ministre d'tat et surintendant des
  postes, et bientt aprs cr cardinal. Il garda la direction des
  affaires jusqu' sa mort (1743).

  [329] Novembre 1758.

Ainsi fut enlev  la suprme direction des affaires, cet homme doux
et aimable, fait pour le charme de la socit, bien plus que pour la
haute intrigue du ministre. Sa vie reprit dans la suite quelque clat
par les moyens que lui fournirent son caractre ecclsiastique, sa
grande fortune et le bel emploi qu'il en savait faire. Il a fini sa
carrire d'une manire heureuse, puisque ses derniers moments ont t
employs  donner des soins, des marques de respect, et presque des
secours, aux vertueuses filles de son bienfaiteur. L'histoire parlera
bien peu de lui.

M. de Choiseul resta seul charg des affaires trangres. L'usage
qu'il fit de son pouvoir et la situation dans laquelle il plaa la
France vis--vis des cours de l'Europe, ne sont peut-tre pas sans
intrt  connatre.

Un des principaux actes de son administration, fut le trait du mois
de janvier 1759 avec l'Autriche. Par ce trait la France rduisit de
vingt-quatre millions  quatorze, le subside convenu par le trait de
1756. Mais, par une inconsquence injustifiable, on mit  la
disposition de l'Autriche des forces aussi considrables qu'on aurait
pu le faire pour un intrt national et du premier ordre. Ce ne fut
qu'en 1761 que M. de Choiseul effray des maux de tout genre
qu'prouvait la France, essaya d'en abrger la dure par une paix
particulire avec l'Angleterre, qu'il supposait devoir entraner celle
avec l'Allemagne. Les premires paroles de rapprochement avaient t
portes par M. le bailli de Solar[330], ambassadeur de Sardaigne 
Londres. M. de Bussy[331] fut ensuite accrdit auprs de M.
Pitt[332], et M. Stanley vint en France. Quelque condescendance que M.
de Choiseul mt dans la ngociation avec l'Angleterre, on ne put pas
arriver  en tablir les premires bases: lord Chatam voyait encore
trop de chances heureuses dans la guerre pour vouloir srieusement
faire la paix. Il ngociait pour tre populaire et il ne finissait
rien parce qu'il tait homme d'tat. Aprs des essais de tout genre,
il fallut abandonner cette ide. Le seul succs politique qu'obtint M.
de Choiseul  cette poque, et qui lui donne une sorte de place dans
l'histoire, c'est le pacte de famille avec l'Espagne[333], par lequel
on peut dire que la France, sans affaiblir sa position continentale,
en la fortifiant mme, et sans prendre des engagements onreux, tait
assure pour la paix comme pour la guerre d'une coopration durable
avec la puissance qui possdait alors les plus belles ressources
maritimes, et les riches trsors de l'Amrique et des Indes. Si cet
accord avec l'Espagne et t fait en mme temps que le trait de
Versailles avec la cour de Vienne, il est  croire que l'Angleterre
n'et jamais obtenu les succs qui ont amen la dsastreuse paix de
1763.

  [330] Ignace Solar de Breille, connu sous le nom de bailli de
  Solar, n en 1715, grand-croix de Malte, ambassadeur de Sardaigne
  en France (1758-1765). Il reut, aprs la paix de 1763, l'abbaye
  de St-Jean-des-Vignes de Soissons.

  [331] Franois de Bussy n en 1699, entra aux affaires trangres
  en 1725, comme charg d'affaires  Vienne, puis  Londres (1737).
  Ministre plnipotentiaire  Londres (1740). Premier commis aux
  affaires trangres (1749). Il mourut en 1780.

  [332] William Pitt, comte de Chatam, un des plus grands hommes
  d'tat de l'Angleterre, n en 1708, entra au parlement 
  vingt-sept ans. Il fut le chef de l'opposition jusqu'en 1746;
  devint alors vice-trsorier d'Irlande et conseiller priv sous le
  ministre Newcastle. Premier ministre (1755-1761). En 1766, Pitt
  fut cr comte de Chatam et entra  la Chambre des lords. En mme
  temps il fit une courte rapparition aux affaires. Il mourut en
  1775.

  [333] Le pacte de famille est une convention signe  Paris le 15
  aot 1761 entre les reprsentants de la France (Choiseul) et
  d'Espagne (Grimaldi), par laquelle les souverains de la maison de
  Bourbon, Louis XV, Charles III, roi d'Espagne, Ferdinand roi des
  Deux-Siciles (fils de Charles III) et Philippe duc de Parme (son
  frre), contractaient une alliance dfensive et offensive pour la
  garantie mutuelle de leurs tats. Cette alliance dura autant que
  la monarchie franaise.

Cette poque de notre histoire portera sans doute les publicistes,
s'il peut s'en trouver encore dans quelques annes,  examiner si, en
thorie gnrale, les traits d'alliance permanente sont utiles aux
puissances qui les contractent. Ce genre de transaction est celui dont
on croit en gnral devoir recueillir le plus de rsultats avantageux.
Cependant, l'exprience a prouv que chaque puissance, en cherchant 
faire pencher la balance de son ct, apporte dans cette espce
d'accord un esprit de rserve et d'gosme, qui nuit  la cause
commune. Aussitt que les stipulations de bonne harmonie, d'assistance
de secours dfinis sont convenues, tous les efforts se dirigent sur
les moyens d'interprter les clauses, d'luder les demandes,
d'chapper enfin aux consquences des engagements qu'on a contracts;
et quand le _casus foederis_ devient tellement vident qu'on ne peut
le mconnatre, mille circonstances deviennent alors des prtextes,
pour retarder les prparatifs et compliquer l'excution des articles
les plus clairs. L'alli attaqu a eu le temps de perdre des
provinces, avant de recevoir un homme ou un cu de celui qui devait
lui prodiguer des secours de tout genre. Les quatre coalitions formes
successivement depuis la Rvolution franaise, eussent-elles t aussi
promptement ananties, si chacun des contractants et employ de bonne
foi et  temps, tous les moyens dans l'intrt de la cause commune?

En supposant mme de la loyaut dans l'alli dont l'intervention est
devenue ncessaire, les obstacles naturels, la distance, la lenteur
des leves, l'tat des chemins dans telle saison, ne suffisent-ils pas
pour rendre inutiles des secours dont la moiti arrive  temps
pouvait donner une autre direction et un autre rsultat  des
vnements importants? La Prusse certainement et fait une plus
vigoureuse rsistance, si avant la bataille d'Ina, le quartier
gnral de l'empereur Alexandre et t  Custrin, par exemple[334].

  [334] Au moment de la bataille d'Ina, l'arme russe n'avait pas
  encore pass la frontire allemande. Napolon dut aller la
  chercher au fond de la Pologne et ne l'atteignit qu'en janvier,
  c'est--dire trois mois aprs la bataille d'Ina.

Dans les motifs de tideur des alliances, il faut aussi compter pour
quelque chose le dplaisir de voir mal employs ses troupes, son
artillerie, ses magasins; de voir ses rgiments placs au poste le
plus prilleux, de perdre des hommes, de dissiper son trsor, et
souvent sans retirer d'autre avantage de sa coopration, que celui
d'assister  la prise de possession des conqutes faites par ses
allis.

Une grande partie des inconvnients attachs aux traits d'alliance
entre des puissances continentales, pourrait disparatre dans les
accords entre des puissances maritimes, et c'est pour cela que le
trait de 1761 avec l'Espagne, quoique fait trop tard, est encore
l'acte le plus habile du ministre de M. de Choiseul. En effet, on
comprend aisment qu'un secours, mme de peu de valeur, prend tout de
suite de l'importance quand, transport par mer, il peut menacer sur
divers points et presque au mme instant les territoires de l'ennemi
commun, et qu'ensuite, lorsqu'il s'agit de rgler les conditions de
paix et de partager les fruits d'une guerre heureuse, il soit possible
de faire la part d'une des puissances, sans nuire trop aux intrts de
l'autre.

Du reste, le peu que l'on vient de dire sur une question d'un si haut
intrt et qui mriterait d'tre traite avec soin et dveloppement,
ne s'applique, comme on a pu le voir, qu'au cas o la guerre, suivant
de prs le trait conclu, oblige les contractants  l'excution de ses
clauses. Car il n'y a personne qui ne doive regarder comme la plus
belle oeuvre de la politique une alliance combine avec lenteur et
sagesse, entre des puissances de premier ordre, dans la vue gnreuse
de fixer un tat de paix permanent en empchant partout la guerre, et
dont le but unique serait de forcer par une mdiation juste et
imposante, au repos,  la modration, et  un libre et facile change
des productions des diffrents pays, tout pouvoir inquiet, ambitieux
et prohibitif qui voudrait troubler l'quilibre gnral.

Il est toutefois ncessaire d'apporter de grandes prcautions dans un
pacte de cette nature; c'est dans l'intrt de la socit europenne,
c'est dans l'intrt de tous qu'il doit tre contract. Il faut donc
que cet intrt soit bien constat, bien vident, et il ne l'est pas
assez, si ceux qu'il touche, c'est--dire les nations, ne sont pas
convaincues que c'est de leurs propres avantages qu'on s'est occup.
Car, si elles devaient concevoir de la dfiance, toute alliance des
cabinets deviendrait illusoire et mme dangereuse. Dans l'tat de
civilisation o l'Europe est parvenue, les peuples tendent partout 
prendre un niveau commun; et s'ils se voyaient dtourns de cette
voie, ils s'en prendraient bientt  leurs gouvernements, et agiraient
contre eux avec une force irrsistible.

Les projets d'alliance chrtienne de Henri IV[335], de paix
perptuelle de l'abb de Saint-Pierre[336], ont t mdits dans des
temps o les gouvernements avaient exclusivement toute la confiance
des peuples. Ceux-ci remettaient alors aux mains de leurs souverains,
le soin de prvoir et de diriger leurs destines. Les souverains de
leur ct avaient toute l'autorit ncessaire pour conduire de si
grands intrts. Les grands corps de l'tat n'taient que les
auxiliaires du pouvoir, et si parfois ils cherchaient  diminuer son
action, ce n'tait jamais jusqu'au point de l'exposer  tre  la
discrtion des peuples. L'ide de la souverainet tait entire dans
les esprits, et elle se prsentait partout, comme une force tutlaire
contre laquelle nulle rsistance n'tait lgitime.

  [335] Talleyrand rappelle ici le grand plan de rorganisation
  europenne longtemps rv par Henri IV. Il voulait d'abord
  arriver  constituer en Europe un tat d'quilibre durable, et
  pour cela il relguait chaque nation dans ses frontires
  naturelles. L'Europe, ainsi divise en un certain nombre d'tats
   peu prs gaux en force et en tendue, et alors t la grande
  Rpublique chrtienne. Un conseil suprme de dputs de tous les
  tats et t charg de prvenir les guerres en rglant les
  diffrends. C'est de ce projet de fdration de tous les peuples
  chrtiens, dont Henri IV aimait  s'entretenir avec Sully; mais
  il n'eut pas le temps ni peut-tre le dessein d'en entreprendre
  la ralisation.

  [336] Charles Castel, abb de Saint-Pierre (1658-1743), connu par
  son projet de paix perptuelle. Il avait repris les ides de
  Henri IV et passa sa vie  soumettre aux diffrents ministres,
  une multitude de projets de rforme.

A une telle poque, on pouvait crer des systmes politiques, et celui
que la grande me de Henri IV avait su concevoir, aurait pu
s'excuter.

Mais les progrs de la civilisation, en levant la partie moyenne des
peuples, ont diminu la distance qui la sparait du gouvernement.
C'est alors qu'on a commenc  examiner le mcanisme et les actes de
celui-ci: bientt la critique est arrive, et a conduit  la mfiance,
ce qui fait qu'aujourd'hui il faut, pour gouverner les peuples, plus
de sincrit et de sagacit que l'on n'en avait besoin autrefois. Il
faudrait donc beaucoup d'habilet et de prvoyance pour former dans un
tel tat de choses, une de ces alliances dont le seul objet serait de
garantir la paix gnrale.

Je m'arrte ici, tonn de n'avoir pas su rsister  l'attrait des
aperus gnraux, qui m'ont fait sortir de l'objet circonscrit dans
lequel j'aurais voulu rester.

La hauteur naturelle de M. de Choiseul, son pouvoir tendu et sans
contrle, la lgret de ses moeurs, lui faisaient trop mpriser les
pays nouveaux o la civilisation ne faisait que de paratre. Il
ddaigna de s'occuper des changements qui se prparaient alors dans le
Nord; et il ne sut point porter ses regards du ct de la Russie.
Cette puissance commenait cependant  suivre par une sorte
d'instinct, la politique qui la conduisait vers le centre de l'Europe,
et dont la tendance tait, sans projet encore dtermin,
d'arriver  exercer un jour une influence prpondrante et dangereuse
sur les affaires du continent. Il ne vit point jusqu'o pouvaient
aller les rapports utiles que l'Angleterre commenait  avoir avec
cette puissance, et par suite de son aveuglement  cet gard, il tcha
d'entretenir de la msintelligence entre la Sude et le Danemark,
tandis qu'il aurait d chercher  runir ces deux petites puissances,
seules capables, avec l'appui de la France, de fermer  volont la
communication commerciale qui, par la force des choses doit lier
intimement la Russie avec la Grande-Bretagne. En mme temps, il
tmoigna d'une manire offensante son ddain pour la cour de
Ptersbourg. Il rappela de cette capitale le vieux marquis de
l'Hpital[337], qui jouissait d'assez de considration et mme de
faveur auprs de l'impratrice lisabeth[338]: il le remplaa par le
baron de Breteuil, simple ministre plnipotentiaire, en lui donnant de
froides instructions, qui ne lui laissaient aucune possibilit de
profiter des avantages que l'on pouvait attendre de la chute du comte
de Bestucheff[339], partisan dclar et peut-tre pensionnaire de
l'Angleterre. On ne parvint point cependant  aigrir l'Impratrice
lisabeth, qui se prtait d'elle-mme  donner des explications au
manque d'gards qu'on avait pour elle. Mais sa mort arrive
inopinment laissa le trne de Russie  Pierre III[340]: les
dispositions de celui-ci taient totalement opposes  celles de sa
tante. Il tait secrtement attach au service militaire du roi de
Prusse, et en avait reu directement, sans que cela passt par aucun
intermdiaire, et avec des formes mystiques, les grades de capitaine
et de colonel. Celui de gnral, dont il reut le brevet  son
avnement, et dont il porta immdiatement l'uniforme, lui parut le
comble de la gloire. Il envoya au mme instant, au gnral de son
arme qui combattait le roi de Prusse, l'ordre de se ranger de son
ct, et de poursuivre sous sa direction la guerre contre les
Autrichiens[341].

  [337] Paul de Gallucio, marquis de l'Hpital, issu d'une famille
  noble d'origine napolitaine, n en 1697, entra  l'arme et
  devint lieutenant gnral en 1745. Ambassadeur  Naples en 1739,
  il passa de l  Ptersbourg. Il mourut en 1776.

  [338] lisabeth, fille de Pierre le Grand, ne en 1709, succda
  en 1741  l'impratrice Anne et mourut en 1761.

  [339] Alexis Bestoujet-Rumine ou Bestucheff, issu, dit-on, d'une
  famille d'origine anglaise migre en Russie au XVe sicle,
  naquit  Moscou en 1693. Il entra d'abord au service de
  l'lecteur de Hanovre, qui, devenu roi d'Angleterre, l'envoya
  comme ambassadeur  Ptersbourg. Il passa ensuite au service de
  la Russie, fut ministre  Copenhague, puis ministre d'tat sous
  l'Impratrice Anne, et grand chancelier sous l'impratrice
  lisabeth. Exil en 1757, il fut rappel par Catherine en 1762 et
  mourut en 1766.

  [340] Pierre III, fils de l'impratrice Anne et neveu
  d'lisabeth, pousa en 1746 Sophie d'Anhalt Zerbst, qui fut plus
  tard la grande Catherine. Il monta sur le trne le 5 janvier
  1762, fut dpos peu de mois aprs, arrt et trangl dans sa
  prison (juillet 1762).

  [341] Le trait de paix entre la Prusse et la Russie est du 5 mai
  1762.

Cette extravagante politique se trouva, malheureusement pour ce
prince, associe  une autre folie plus dangereuse, celle de
manifester l'intention de rpudier sa femme, la fameuse Catherine
seconde, qui ne lui permit pas de s'abandonner longtemps  tous les
caprices, auxquels le dsordre de sa tte l'aurait port.

L'indiffrence de M. de Choiseul pour ce qui se passait en Russie
tait telle, qu' l'poque de la mort violente de Pierre III, il n'y
avait de Franais accrdit  Ptersbourg que l'abb Duprat,
secrtaire du baron de Breteuil, qu'il y avait laiss comme
charg d'affaires. C'est cet abb qui y recueillit tous les dtails
que M. de Rulhire, alors  Varsovie avec le baron de Breteuil, nous a
transmis comme tmoin oculaire dans un ouvrage ou plutt dans une
sorte de nouvelle crite avec lgance, et o l'exactitude n'a jamais
t que secondaire.

Un nouveau rgne, un nouveau ministre, une souveraine entreprenante,
obligrent cependant la France  avoir  Ptersbourg un vritable
agent diplomatique. M. de Choiseul se trouva forc d'ordonner au baron
de Breteuil, qui revenait par cong, de retourner  son poste. Mais
fidle au systme qu'il avait adopt d'humilier le souverain, sans
rien faire pour contenir la politique du pays, il ne donna  M. de
Breteuil d'autre instruction que de demander  la nouvelle impratrice
l'expdition de la _Reversale_, par laquelle l'impratrice lisabeth
en recevant de la France le titre d'impratrice, s'tait soumise  ne
prtendre vis--vis d'elle  d'autre rang, qu' celui accord aux
czars de Moscovie.[342]

  [342] Jusqu'au rgne d'lisabeth, les souverains russes n'taient
  officiellement connus que sous le titre de czars de Moscovie. En
  1745, Elisabeth entreprit de se faire reconnatre par les cours
  trangres le titre d'impratrice. A cet effet, elle signa avec
  la France en mars 1745, un acte dit _Reversale,_ par lequel Louis
  XV _par amiti et une attention toute particulire pour elle,
  condescendait  la reconnaissance du titre imprial._ En retour
  l'impratrice dclarait ne prtendre vis--vis de la France  un
  autre rang de prsance qu' celui de czarine de Moscovie.--Le 3
  dcembre 1762, Catherine dclara que le titre imprial avait de
  tout temps appartenu aux czars, et qu'elle refuserait d'entrer en
  relations avec les tats qui ne la reconnatraient pas pour
  impratrice. Breteuil reut l'ordre de confirmer la Reversale de
  1745, en en rappelant la condition rsolutoire que Catherine
  paraissait dispose  oublier. L'Espagne suivit son exemple.
  (Voir  ce sujet, une srie de pices dans Martens, Recueil de
  traits.)

Comme ce que j'cris ici est plutt l'esquisse d'une poque prise dans
son ensemble qu'un tableau historique de faits, je ne suis
assujetti qu' ne pas confondre dans les impressions que je veux
laisser, les temps o la puissance de M. de Choiseul n'tait pas
entire, et ceux o il tait le matre absolu de la France.

La paix tait devenue le besoin gnral de l'Europe, et comme alors
les traits taient fidlement observs, les bonnes relations
pouvaient se rtablir promptement entre les tats nagure
belligrants. L'occupation des pays vaincus ne se prolongeant pas au
del de la paix, comme on l'a vu depuis, l'indpendance de chaque pays
redevenait entire, et les consquences ruineuses de la guerre
cessaient avec elle.

La mort de George II[343], roi d'Angleterre, permit de penser
srieusement  la paix. George III[344], son successeur, accoutum
pendant tout le temps qu'il avait t prince de Galles,  la plus
grande familiarit avec le comte de Bute[345], qui avait t son
gouverneur, lui accorda une telle confiance  son avnement au trne,
qu'il l'appela immdiatement  la place de lord Chatam. Le comte de
Bute devenu premier ministre, crut de son intrt personnel, de fixer,
par une paix dont il aurait la gloire, les avantages immenses que la
guerre avait procurs  l'Angleterre. Il parla donc de la possibilit
de s'entendre. Et par les instigations du mme bailli de Solar,
dont il a dj t question, il donna de la confiance dans les
ouvertures qu'il faisait, et mme de l'clat  une nouvelle
ngociation par l'envoi en France du duc de Bedford[346]. On y
rpondit par celui du duc de Nivernais  Londres. Le premier avait
pour secrtaire de lgation, M. Hume[347], et l'autre mena dans la
mme qualit le chevalier d'on[348]. Malgr ces petites disparates
qui rappellent toujours la lgret de M. de Choiseul, le trait
avana assez rapidement pour qu'au commencement de septembre 1763, il
se trouvt prt  tre sign. Il l'aurait mme t alors, si, M de
Grimaldi[349] plnipotentiaire de l'Espagne, ne s'y ft oppos
dans la persuasion que les Anglais taient  la veille d'prouver un
grand chec  la Havane. L'chec n'eut point lieu; les Anglais prirent
la Havane, et il fallut pour la ravoir donner les Florides, dont M. de
Choiseul indemnisa l'Espagne par la cession de la Louisiane. On
consentit  tout, et on signa la paix  Fontainebleau le 2 novembre
1763[350].

  [343] George II, roi d'Angleterre, fils de George Ier, n 
  Hanovre en 1683, il monta sur le trne en 1727 et mourut en 1760.

  [344] George III, roi d'Angleterre, petit-fils de George II, n
  en 1738; succda  son grand-pre. Il tomba en dmence en 1810 et
  mourut en 1820.

  [345] Jean Stuart, comte de Bute, n en cosse en 1713, lu pair
  d'cosse en 1737. Gentilhomme de la Chambre du futur Georges III
  et charg de son ducation(1751), il fut  l'avnement de son
  lve appel au conseil, puis nomm secrtaire d'tat et lord de
  la Trsorerie(1761). Il signa le trait de 1763 et paraissait
  tout-puissant lorsqu'il donna sa dmission subitement. Il mourut
  en 1792.

  [346] John Russell, quatrime duc de Bedford (1710-1771) tait
  premier lord de l'Amiraut en 1744. Il se retira en 1751, fut en
  1761, nomm lord-lieutenant d'Irlande et garde du sceau priv. A
  son retour de Versailles o il avait t ngocier le trait de
  Paris, il entra dans le cabinet Grenville et y resta jusqu' sa
  mort.

  [347] David Hume, philosophe et historien anglais, n en 1711 
  Edimbourg. Il fut secrtaire d'ambassade  Vienne et  Turin. Il
  vint  Paris en 1763 comme secrtaire de M. de Hertford,
  ambassadeur d'Angleterre et non pas en 1761, avec le duc de
  Bedford, comme il est dit ci-dessus. Il mourut en 1776.

  [348] Charles d'on de Beaumont, dit le chevalier d'on, n 
  Tonnerre en 1728. Une clbrit singulire est reste attache 
  son nom; son sexe est rest longtemps douteux, et s'il est avr
  aujourd'hui qu'il tait rellement un homme, l'opinion publique,
  sur la foi d'aveux mensongers, le tint durant longtemps pour une
  femme.--Le chevalier d'on fut un des agents les plus remuants de
  la diplomatie secrte de Louis XV. Aprs une mission en Russie,
  et un court sjour  l'arme (1758), il fut en 1762 nomm
  ministre  Londres par intrim. Il ne voulut pas cder la place
  au nouvel ambassadeur, le comte de Guerchy. Ce fut le point de
  dpart d'une srie d'aventures et de complications sans fin.
  Possesseur du secret du roi, il se joua pendant plusieurs annes
  du roi et de ses ministres, eut  Londres le train de vie le plus
  brillant, et finit par forcer le roi  capituler. Louis XVI
  l'autorisa  revenir en France. Il retourna peu aprs en
  Angleterre et y mourut en 1810.

  [349] Don Geronimo duc de Grimaldi, grand d'Espagne, n  Gnes
  en 1720. Il entra dans la diplomatie, fut ambassadeur  Paris en
  1761. Ministre des affaires trangres en 1764, il donna sa
  dmission en 1776 et mourut en Italie en 1786.

  [350] Par ce trait dsastreux la France cdait  l'Angleterre
  presque toutes ses colonies; le Canada, toutes les les et ctes
  du golfe Saint-Laurent, toute l'Inde. Elle rasait de nouveau les
  fortifications de Dunkerque, et vacuait le Hanovre, la Hesse et
  le Brunswick.

On peut  peine croire aujourd'hui  l'intervention dans une
ngociation si importante, du bailli de Solar, reprsentant d'un
gouvernement qui, de nos jours, sans opposition de la part d'aucun des
cabinets de l'Europe, a t ray du nombre des puissances.

La paix avec le roi de Prusse suivit de quelques semaines celle avec
l'Angleterre, et elle entrana au bout de peu de temps, celle du roi
de Prusse avec la cour de Vienne[351]. Ainsi, se termina cette fameuse
guerre de Sept ans, que nos pres trouvaient si pleine d'vnements,
et qui a bien pli pour la gnration actuelle, en regard des grandes
luttes dont elle a t tmoin.

  [351] Le trait de paix entre la Prusse et l'Autriche fut sign
  au chteau de Hubertzbourg (prs Leipzig) le 15 fvrier 1763.

L'anne suivante, madame de Pompadour mourut, et il n'en rsulta aucun
changement ni  l'intrieur, ni au dehors. La mort de cette femme qui
pendant tant d'annes avait jou le rle de premier ministre;--qui par
ressentiment, de quelques propos ou de quelques vers chapps contre
elle  Frdric II, avait t l'auteur vritable de l'alliance de
la maison de France avec celle d'Autriche, dont la consquence pouvait
tre d'anantir le faible contre-poids que la Prusse commenait 
porter dans les affaires de l'Europe;--qui avait abattu d'un souffle
le cardinal de Bernis, pour le crime d'avoir pu penser un moment 
occuper la place qu'avait eue l'vque de Frjus[352] au commencement
du rgne;--la mort de cette femme, dis-je, fut  peine une nouvelle
pour la France et pas mme une contrarit dans l'intrieur du roi.

  [352] Le cardinal de Fleury.

Subjugue depuis cinq ans par l'ascendant du duc de Choiseul, blase,
fatigue de toutes les jouissances, brave quelquefois par celui
qu'elle avait lev si haut, et qui des deux amies d'un ordre
subalterne qu'elle s'tait attaches, madame d'Amblimont[353] et
madame d'Esparbs[354], avait sduit l'une, et cart l'autre par une
insulte publique;--plus humilie encore par la sorte de supriorit
que mesdames de Gramont[355] et de Beauvau[356] avaient prise dans la
socit particulire du roi, dont elle n'avait plus que le triste
privilge de faire les honneurs; accable d'infirmits qui depuis
longtemps avaient loign Louis XV de son lit, et qui en repoussaient
mme celui qui avait t y chercher la fortune, madame de
Pompadour quitta la vie sans regret. Le roi resta indiffrent, il eut
l'air d'tre dbarrass plutt que priv d'une habitude, sorte de lien
qui parmi les ttes couronnes, remplace ordinairement les penchants
naturels. On accorda deux soires seulement  une solitude de
convenance, et ds le troisime jour aprs avoir chass  Rambouillet,
et avoir reu ensuite les courtisans  son dbott comme 
l'ordinaire, il remonta dans l'appartement de madame de Pompadour; la
chambre tait la mme, le lit seul en tait t. Il y trouva madame de
Gramont, madame de Beauvau, M. de Choiseul, M. de Chauvelin[357], M.
de Gontaut et les autres personnes de sa socit particulire. Le nom
de celle qui avait occup cet appartement pendant dix-huit ans, et qui
y avait introduit tout ce qui composait l'intrieur du roi n'y fut
plus prononc.

  [353] Probablement Marie-Anne de Chaumont-Quitry, marie en 1754
   Claude de Fuchsamberg comte d'Amblimont.

  [354] Mademoiselle Toinard de Jouy marie au comte d'Esparbs de
  Lussan, marchal de camp, gouverneur de Montauban. Elle mourut
  trs ge.

  [355] Batrix de Choiseul-Stainville, duchesse de Gramont, soeur
  du duc de Choiseul.

  [356] Marie-Sylvie de Rohan-Chabot, marchale, princesse de
  Beauvau-Craon.

  [357] Le chevalier Bernard de Chauvelin tait brigadier en 1744,
  lieutenant gnral en 1749, commandant en Corse, puis ministre 
  Gnes, ambassadeur  Turin en 1753, grand-matre de la maison du
  roi en 1765. Il mourut en 1773.

A dater de cette poque, tout plia sous le sceptre de M. de Choiseul
dont l'audace et la volont ne rencontraient ni chec ni
contradiction. Sa fortune tait alors  son apoge; il changeait les
ministres, rappelait les ambassadeurs, inquitait les cabinets de
l'Europe, bravait l'hritier du trne, cassait les arrts des
parlements, rendait des arrts du conseil; faisait des ordonnances,
donnait des lettres de cachet, obtenait des grces de toute espce, et
livrait la France  ses amis. Ce n'est qu'en 1768 qu'un lger nuage 
l'horizon commena de loin  le menacer. Un homme  peu prs obscur
travaillait, sans srement en avoir le projet,  branler cette
fortune si bien affermie.

M. du Barry[358], petit gentilhomme toulousain, vivait  Paris, 
l'aide de moyens assez honteux. Au fait de toutes les sales intrigues
du temps, il cherchait  se procurer par l, l'existence journalire
du libertinage, et d'un luxe  peine aperu.

  [358] Le comte Jean du Barry-Cres, n  Levignac prs Toulouse
  d'une famille obscure. Venu  Paris, et n'ayant pu entrer dans la
  diplomatie, il trouva moyen de raliser une grosse fortune dans
  les marchs de fournitures et de vivres. Il avait pour frre le
  comte Guillaume du Barry qui fut le mari de madame du Barry. A la
  mort de Louis XV, il se hta de quitter la France, mais il revint
  bientt et se fixa  Toulouse. Il y fut guillotin en 1794.

Il s'tait constitu donneur de soupers de femmes publiques; il en
entretenait constamment une ou deux qu'il laissait facilement passer 
d'autres hommes, quand il croyait pouvoir en tirer quelque avantage,
et son cercle en ce genre ne s'tendit gure d'abord au del des
bureaux des ministres, parce que c'tait dans ce monde qu'il
rencontrait ou quelque petite grce bien facile, ou quelque promesse
plus facile encore  faire payer par les dupes de la province, qui
abondent toujours dans la capitale. A titre de proxnte de tout
genre, il s'tait introduit chez le marchal de Richelieu[359] et chez
le duc de Duras[360]. Il les avait mme attirs dans quelques-uns
de ses soupers plus choisis o se trouvaient M. de Thiard[361], le
chevalier de Durfort[362], le comte de Bissy[363], l'abb de Mastin,
MM. de la Tour du Pin[364], et quelques gens de lettres de bonne
humeur, tels que Moncrif[365], l'abb Arnaud, Cailhava[366], son
compatriote Robb[367]  qui il faisait dire des contes, les joueurs
de proverbes du temps, Goy, plus connu sous le nom de Mylord Goy,
enfin tout ce qui pouvait composer des soires assez divertissantes.

  [359] Armand Duplessis, duc de Richelieu, tait le petit-neveu du
  grand cardinal. N en 1696, il tait mousquetaire  Denain
  (1712). Ambassadeur  Vienne (1724). Lieutenant gnral en 1744,
  il se distingua  Fontenoy et  Raucoux. Ambassadeur  Dresde,
  marchal de France (1748), gouverneur de Guyenne (1755). Il
  commanda l'expdition de Minorque (1756) et l'arme du Hanovre
  (1757). Il mourut en 1788.

  [360] Emmanuel de Durfort, duc de Duras, n en 1715 d'une vieille
  famille de Guyenne. Son pre tait marchal de France. Lui-mme,
  lieutenant gnral (1748), ambassadeur en Espagne (1751), premier
  gentilhomme de la Chambre (1757), devint marchal en 1775 et
  mourut en 1789.

  [361] Henry, comte de Thiard, neveu du cardinal de Bissy, n en
  1726. Marchal de camp (1760), lieutenant gnral et premier
  gentilhomme du duc d'Orlans (1762). Il commanda en Provence
  (1782), puis en Bretagne (1787), fut arrt en 1793 et guillotin
  le 9 thermidor an II.

  [362] Le chevalier Joseph de Durfort-Boissires, n en 1745,
  tait capitaine au rgiment de Chartres.

  [363] Claude de Thiard, connu sous le nom de comte de Bissy,
  tait le frre du comte de Thiard. N en 1721, il tait
  lieutenant gnral en 1760, et commandant en Languedoc. Il mourut
  en 1818. Il tait membre de l'Acadmie.

  [364] Les La Tour du Pin appartenaient  la noblesse du Dauphin.
  Le marquis Philippe, n en 1723 tait lieutenant gnral en 1788.
  Forc de dposer dans le procs de la Reine, son tmoignage le
  fit arrter comme suspect; il fut guillotin peu aprs
  (1794).--Son frre, le comte Louis, n en 1726 tait marchal de
  camp, et chambellan du duc d'Orlans. Il migra et ne rentra en
  France qu' la Restauration.

  [365] Franois Paradis de Moncrif ainsi appel du nom de sa mre
  (Moncreiff) qui tait anglaise. Il fut secrtaire du comte
  d'Argenson, puis du comte de Clermont, lecteur de la Reine Marie
  Leczinska, secrtaire du duc d'Orlans. Il crivit quelques
  romans, des comdies et des opras, entra  l'Acadmie en 1733 et
  mourut en 1770.

  [366] Jean Cailhava, n  Estandous, prs Toulouse (1731),
  travailla toute sa vie pour le thtre et laissa un grand nombre
  de pices, comdies, drames et opras; il mourut en 1813.

  [367] Pierre Robb de Beauveset, n  Vendme (1712). Il crivit
  des posies lgres, mais surtout des contes impies et
  licencieux; il mourut en 1792.

Son application  dcouvrir des dbutantes dans la galanterie
l'avait mis en contact avec le fameux Lebel, premier valet de chambre
du roi, et fournisseur ordinaire de ce qu'on appelait le parc aux
cerfs. Ces deux braconniers s'taient souvent rencontrs sur les mmes
voies, et M. du Barry n'avait fait aucune difficult de se mettre sous
les ordres de l'entrepreneur principal. Dans l'hiver de 1767  1768,
aprs une conversation assez triste sur les embarras du temps, sur les
difficults attaches  leur tat, quand on voulait le bien faire, M.
du Barry proposa  Lebel une jeune personne qui vivait chez lui depuis
quatre ans; mais  qui il se chargeait de faire retrouver en peu de
jours le maintien novice que l'ge du roi exigeait. Lebel, soit
entranement, soit dnuement, le suit et voit mademoiselle
L'Ange[368], car c'tait ainsi qu'on l'avait nomme ds son dbut.
Quelques visites faites coup sur coup  des heures solitaires, eurent
bientt dcid ses vues personnelles. Du Barry, confident naturel des
petites entreprises de ce genre, ne perdit pas de temps pour
construire un plan de fortune, de l'espce de ceux auxquels Lebel
pouvait cooprer. L'Ange avait une cousine peu jolie, mais d'une
tournure agrable, bonne enfant, qui demeurait avec elle dans la
maison et lui servait de compagne au dedans et au dehors. Le marquis
d'Arcambal, commandant en Corse, en tait amoureux. Par M. d'Arcambal,
et par quelques commis des bureaux de la guerre, M. du Barry avait
fait avoir  un nomm Nalet, l'entreprise des vivres de Corse, assez
bonne affaire sur laquelle lui, du Barry, avait tabli sa dpense
depuis deux ans. Il dit  L'Ange de flatter les dsirs de Lebel, et de
lui en promettre le succs s'il la faisait arriver jusqu'au roi; et
s'il pouvait procurer une place de fermier gnral  ce Nalet qui
l'pouserait, et que, sur cette place, on arrangerait les parts de
chacun. Lebel, qui ne voulait point de mari dans cette affaire, dit
qu'il suffirait d'en faire un cousin: mais comme M. du Barry tenait au
mariage, et que Nalet tait en Corse, on convint de la prsenter au
roi comme une femme marie, mais qui n'avait fait que passer par la
crmonie religieuse, sans que son mari et habit avec elle. Lebel la
fit donc venir souper chez lui  Versailles avec sa cousine. Le roi,
par une porte vitre, peu distante de la table, eut tout le loisir de
la voir et de l'entendre, ce qui sans doute tait sa coutume pour les
dbuts. La premire impression fut trs favorable. Le maintien et les
discours avaient t arrangs de main de matre, et chacun y avait
parfaitement rempli son rle. L'apptit pour une femme marie, mais
encore vierge, engagea le roi  ordonner  Lebel de la faire venir une
seconde fois. C'est alors que M. du Barry fit la confidence de cette
aventure au marchal de Richelieu, qui lui conseilla de faire de
L'Ange, au lieu de madame Nalet, la femme de son propre frre, M.
Guillaume du Barry,  l'aide d'un petit roman assez grossier dans le
fond, mais qui lui parut susceptible du dveloppement qu'il a pris
depuis. Ce n'tait donc plus une aspirante pour le parc aux cerfs que
l'on prsenta au roi, mais une femme de condition; et l'on ne voulut
pas mme qu'elle et l'air dans le dnuement. M. du Barry puisa la
caisse des vivres de Corse pour composer une garde-robe lgante, un
fastueux quipage et une riche livre,  celle dont le but et le futur
rle n'taient pas encore bien arrts. On la fit dbuter 
Compigne dans cet clat imprudent. Elle logeait dans la ville, se
tenait trs renferme chez elle pendant le jour, et ne sortait que les
soirs aprs minuit pour se rendre au chteau o elle couchait, et d'o
elle revenait chaque matin dans la mme chaise, suivie de deux
domestiques. Il est probable que les rapports de police qui auraient
pu rvler au roi toute cette manoeuvre furent dtourns par Lebel, ou
peut-tre les avis ne parvinrent-ils, qu'aprs que la fantaisie du roi
tait devenue une passion caractrise. M. de Choiseul, au fait de
tout ce qui se passait, prouva un peu d'inquitude, mais ne l'exprima
que d'une manire ddaigneuse, et dans des termes mprisants qui
furent rapports au roi par madame du Barry elle-mme. Les formes que
celle-ci employa ne firent qu'augmenter la passion du monarque, et
l'aigrir contre les obstacles que sa faiblesse voyait dj arriver. La
mort de Lebel contribua  augmenter l'ascendant de la favorite. Comme
elle avait eu l'art de tmoigner au roi quelque indpendance de ce
confident, et de se montrer suprieure  la voie subalterne par
laquelle elle lui avait t amene, tout ce que Lebel avait dit  son
avantage, jusqu'au dernier moment, se tourna dans l'esprit du roi eu
une sorte de testament de mort, dict par la conscience du sujet le
plus fidle. La cousine qui tait reste chez M. du Barry devint, dans
l'ide du roi, cette demoiselle L'Ange dont on parlait; en sorte qu'il
s'tablit dans la tte de ce pauvre prince une confusion qui acheva de
l'aveugler, et qui lui fit repousser comme absurdes ou comme des
calomnies, tous les traits de lumire qu'on essaya de lui prsenter.
Le voyage de Compigne finit ainsi. La comtesse Guillaume du Barry
revint  Paris et rentra chez le comte Jean, devenu son beau-frre,
sans avoir reu aucun tmoignage de la munificence de son royal
amant, pas mme le plus lger cadeau, de manire que son
dsintressement et l'air de passion qu'elle avait su donner  toute
sa conduite, achevrent de persuader au roi qu'il avait trouv en elle
le suprme bonheur d'tre aim pour lui-mme. Au bout de quelques
semaines, les ressources de la fourniture de Corse commencrent 
diminuer. Conseille par son beau-frre, madame du Barry eut la
hardiesse d'aller demander au duc de Choiseul,  Paris, une avance de
fonds pour son protg Nalet. Elle accompagna sa demande de quelques
ouvertures de bonne intelligence. M. de Choiseul, fidle  son orgueil
et  son dsordre, eut la double maladresse et de repousser ses
insinuations, en lui disant qu'il ne savait rien de ce qui se passait
hors de son dpartement, et de lui accorder en mme temps au del de
ses demandes. Tout prissait sans ce lger secours. Le marchal de
Richelieu qui avait t tenu au courant par M. du Barry, jugeant alors
qu'il se prparait une grande affaire de cour, pensa qu'il n'y avait
plus de pril ni pour sa considration, ni pour sa bourse  se mettre
en avant, et il se chargea de faire russir la demande de la
prsentation de madame du Barry, en disant au roi que les du Barry lui
taient connus, qu'ils taient de bonne race et que, dans son
gouvernement ils taient respects  l'gal des premires maisons du
pays.

  [368] Marie-Jeanne Gomart de Vaubernier, comtesse du Barry, n 
  Vaucouleurs en 1746. A la mort de Louis XV, elle fut exile 
  l'abbaye de Pont-aux-Dames, prs de Meaux. Elle en sortit peu
  aprs, et se retira dans son pavillon de Luciennes. Elle fut
  guillotine en 1793.

On parvint  trouver moyennant une somme d'argent mdiocre et quelques
belles promesses, une femme de qualit, la comtesse de Barn, pour
prsenter  la cour la nouvelle favorite, qui ne parut toutefois
publiquement que ce jour-l  Versailles, et ne s'occupa plus qu'
travailler en secret  la grande explosion de sa faveur pour l'poque
du voyage de Fontainebleau. De son ct, le roi, entran par son
penchant et prenant de la confiance dans le succs inespr de la
prsentation, crut qu'en changeant de terrain, une grande nouveaut
pourrait tre admise. Dans son travail avec M. de la Suze, grand
marchal des logis, il rserva pour lui-mme, et sans s'expliquer,
dans la distribution des logements du chteau de Fontainebleau, celui
que madame de Pompadour avait occup, fit rouvrir par ses architectes
les portes de communication qui avaient t fermes du ct de son
appartement, et ds le lendemain de son arrive dans ce nouveau
sjour, quelques domestiques et les femmes de la comtesse du Barry
vinrent s'y loger  petit bruit. Deux jours aprs, elle-mme s'y
trouva tout tablie. Mesdames de Gramont et de Beauvau, invites le
soir mme  venir souper dans l'intrieur, prirent quelque prtexte
pour s'en excuser. On s'y tait attendu parce qu'on savait  quels
propos mprisants, ces dames si indulgentes pour madame de Pompadour,
s'taient abandonnes sur la nouvelle favorite, et on s'tait assur
de quelques femmes plus d'accord avec elles-mmes et moins
collets-monts, de madame de Barn d'abord, de la marchale de
Mirepoix[369], d'une vieille princesse de Talmont[370] qui tait
parente de la feue reine. Les courtisans ne manqurent pas, et ce fut
ainsi que la nouvelle matresse, que L'Ange destine pour le parc aux
cerfs, un moment madame Nalet, devenue le mme jour comtesse du Barry,
se trouva occuper la place de madame de Pompadour. La mort de
Lebel avait dmont les restes du parc aux cerfs; elle demeura
paisible matresse du coeur du roi, sans rivales, et le roi crut avoir
trouv une nouvelle et plus agrable existence. Au retour de
Fontainebleau, le mme arrangement parut naturel; presque tous les
amis de M. de Choiseul prirent la position commode et plausible de
continuer  aller tous les soirs chez madame du Barry pour la tenir,
disaient-ils, bien au fait de l'intrieur du roi. M. de Choiseul, de
son ct, se retirant chez lui avec les femmes de l'ancienne socit
de madame de Pompadour, se persuada que les choses iraient de cette
manire, et que, tandis que madame du Barry resterait la matresse des
plaisirs, il pourrait rester le matre des affaires.

  [369] Anne de Beauvau-Craon, ne en 1707, marie en premires
  noces  Jacques de Lorraine, prince de Lexing, et, en secondes
  noces (1739),  Pierre de Lvis duc de Mirepoix, marchal de
  France.

  [370] Marie-Louise, princesse Jablonowska, ne en 1700, pousa,
  en 1730, Anne de la Trmoille, prince de Talmont. Elle mourut en
  1773.--Son pre tait le cousin germain du roi Stanislas.

Cette situation assez belle en apparence, mais qui ne pouvait durer,
subsista nanmoins pendant quelque temps. Les intrigues survinrent
cependant. M. le marchal de Richelieu introduisit M. d'Aiguillon[371],
et les critiques sur l'administration de M. de Choiseul commencrent 
se faire jour. Les ministres, jaloux de l'influence absolue qu'il
exerait, vinrent grossir la petite cour de la favorite: M. de la
Vrillire[372], M. Bertin[373], arrivrent les premiers; le manteau
de l'abb Terray[374] et la simarre du chancelier de Maupeou[375]
s'offrirent gament aux carts de la poudre de sa toilette. Bientt,
on entama contre M. de Choiseul une guerre sourde,  laquelle madame
du Barry n'avait encore aucune part. Elle tait flatte, amuse mme,
des visites de ces messieurs; elle avait assez de sens pour y trouver
quelque bassesse. Elle n'avait ni ne voulait prendre le got des
affaires; son but tait rempli, sa position tait faite, et elle ne
dsirait que d'en jouir. Quelquefois seulement, elle se permettait et
encourageait quelques sarcasmes contre les femmes de l'ancienne
socit, pour affranchir le roi de toute espce de regrets de les
avoir perdues, mais elle ne s'tait encore rien permis contre M. de
Choiseul. L'clat dont il tait environn lui imposait, et quelques
gards l'auraient maintenue dans une neutralit  laquelle elle tait
tout  fait dispose. Une visite de dix minutes pendant une des
chasses du roi, l'aurait  cette poque blouie, enchante; le roi
auquel elle n'aurait pas manqu de le dire  son retour, en aurait t
trs aise. Une limite dcente aurait t ainsi trace entre eux, et
cela et suffi pour touffer les intrigues dans leur berceau. M. de
Choiseul se montrait dispos  cette dmarche, mais la morgue des
femmes qui l'entouraient en dcida autrement. Nul rapport ne put
s'tablir. La sparation des partis se marqua, et madame du Barry, qui
n'aurait voulu s'occuper que de pompons, de joyeusets et de plaisirs,
se trouva oblige  se mler d'affaires, et  recevoir contre son gr
des leons de politique qu'elle tchait de rpter ensuite le moins
gauchement qu'il lui tait possible. Deux annes presque entires
s'coulrent sans que les ennemis de M. de Choiseul gagnassent du
terrain. Chaque jour, ils accusaient la favorite de mal entendre, et
de rendre encore plus mal les leons continuelles dont ils la
fatiguaient. Les choses en taient  ce point, lorsque au milieu de
l'anne 1770 une grande querell vint tablir le champ de bataille sur
lequel tous ces intrts de cour devaient se rencontrer.

  [371] Armand Vignerod Duplessis-Richelieu, duc d'Aiguillon,
  appartenait  la famille du cardinal. N en 1720, il devint
  gouverneur de l'Alsace, puis de la Bretagne, o il eut  soutenir
  une longue lutte contre le parlement de Rennes. Trs hostile 
  Choiseul, il le remplaa en 1770 aux affaires trangres. C'est
  pendant son ministre qu'eut lieu le partage de la Pologne. Exil
   l'avnement de Louis XVI, il mourut en 1782.

  [372] Louis Phlippeaux, comte de Saint-Florentin, duc de la
  Vrillire, n en 1705, succda  son pre comme secrtaire d'tat
  de la maison du roi (1725). Il fut nomm ministre d'tat en 1751,
  et cr duc en 1770. Il quitta le ministre en 1775 et mourut
  deux ans aprs.

  [373] Henri Bertin, n en 1719, d'une ancienne famille de robe.
  Conseiller au parlement (1741). Prsident du grand conseil
  (1750). Intendant du Roussillon, puis de Lyon. Lieutenant gnral
  de la police (1757). Contrleur gnral (1759-1763). Forc de
  quitter ce poste devant l'hostilit du parlement, il resta
  nanmoins ministre d'tat. En 1774 il fut un instant secrtaire
  d'tat aux affaires trangres. Il mourut en 1792.

  [374] Alors contrleur gnral.

  [375] Ren de Maupeou, n en 1714. Conseiller au parlement.
  Prsident  mortier (1743). Premier prsident (1763). Il fut
  nomm chancelier en 1768. Il entreprit de dbarrasser l'autorit
  royale de l'hostilit permanente des parlements. Il chassa
  l'ancien parlement et le remplaa par un autre, cr de toutes
  pices, et que l'histoire connat sous le nom de parlement
  Maupeou (janvier 1771). Maupeou fut exil  l'avnement de Louis
  XVI, et mourut en 1792.

Un navigateur franais avait pris possession des les Falkland, depuis
longtemps abandonnes[376]. L'Espagne les revendiqua, remboursa les
frais de l'tablissement qu'il avait form et prtendit constater son
droit de proprit en y envoyant une petite garnison, qui certainement
n'aurait eu aucune influence sur le commerce de personne. Mais
l'Angleterre, inquite de tout en ce genre, et se prvalant d'un
article assez vague de la paix d'Utrecht, intervint pour soutenir que
c'tait  elle que ces les devaient appartenir, et qu'elle seule
avait le droit de les faire occuper. Elle menaa l'Espagne et commena
quelques armements dont les premiers frais valaient dix fois plus que
la possession conteste, mais qui dcelaient le secret dsir d'arrter
la restauration de la marine d'Espagne et celle de la marine
franaise. La marine de France surtout commenait  sortir de
l'anantissement o l'avait mise la guerre de Sept ans, termine par
le malheureux trait de 1763. M. de Choiseul n'hsita pas  se
prononcer fortement pour l'excution du pacte de famille qui tait son
ouvrage; et son cousin le duc de Praslin, qui, depuis cinq ans, avait
travaill sans relche et avec succs, au rtablissement de la marine,
se runit  lui dans le conseil, pour provoquer les mesures les plus
violentes. Elles n'taient gure plus analogues  l'tat des finances
d'Espagne qu' celui des finances de France. La cour de Madrid le
laissait bien entendre, avec soumission cependant, car depuis le
trait de 1761, elle s'tait entirement abandonne aux directions du
cabinet de Versailles. M. de Choiseul croyant voir dans la reprise des
hostilits et dans une guerre dispendieuse, un moyen sr pour rester
en place et pour renverser l'abb Terray, soutenait la cause de
l'Espagne plus vivement que la cour de Madrid mme, et inspirait au
ministre espagnol, des rclamations et des instances auxquelles il
prtendait ensuite qu'il n'tait pas possible d'chapper. Le
contrleur gnral qui, par des oprations entaches de mauvaise foi,
avait tari la source des emprunts, se trouvait  bout de voies; il ne
savait comment fournir aux demandes de fonds dont l'accablait le
ministre de la marine. Le conseil du roi tait devenu une espce
d'arne, o les deux ministres influents battaient journellement leurs
adversaires. Madame du Barry s'informait, au sortir de chaque
conseil du rsultat de ces discussions, dont le roi revenait toujours
rang  l'avis de M. de Choiseul. Dj il tait sourdement question du
renvoi de l'abb Terray, et par un canal trs sr et inaperu, la
favorite se trouvait secrtement dispose  l'abandonner et 
approuver la proposition que M. de Choiseul allaient faire de mettre
en sa place le conseiller d'tat Foulon, directeur des finances de la
guerre et de la marine, homme possdant assez bien l'art des virements
dans les fonds de ces deux grands dpartements, et auquel une sorte de
langage mystrieux faisait croire des ides et des ressources. Par
suite des affaires de fournitures que M. du Barry avait protges dans
ces deux dpartements, M. Foulon avait form avec lui une liaison qui
l'assurait de son faible suffrage.

  [376] Les les Falkland ou Malouines sont situes dans l'ocan
  Atlantique mridional, au large de la cte est de la Patagonie.
  Dcouvertes au XVIe sicle, elles restrent longtemps sans matre
  reconnu. Bougainville y conduisit en 1763 une colonie de
  Franais; mais ceux-ci furent au bout de deux ans dpossds par
  les Espagnols. Les Anglais intervinrent alors. En 1771, l'Espagne
  leur cda dfinitivement ces les, et elles appartiennent
  aujourd'hui, sans contestation,  l'Angleterre.

Les attaques ritres contre M. de Choiseul ne produisant aucun
effet, il s'leva quelque inquitude autour de madame du Barry. Sa
cousine Chon, place auprs d'elle, dans un tat demi-subalterne,
instruite de tout ce qui se passait, et alarme de la puissance que la
guerre et un nouveau contrleur gnral pouvaient donner  M. de
Choiseul, vint  Paris consulter M. du Barry, qui dans la vie
continuelle d'expdients qu'il avait mene, avait pris une certaine
habitude des affaires. M. du Barry tout enorgueilli du retour de ses
parentes  la ressource de ses conseils, imagina d'aller secrtement
trouver l'abb de la Ville[377], un des premiers commis du dpartement
des affaires trangres. Celui-ci tait un ex-jsuite, ambitieux
honteux, que quelques vques du parti des jsuites avaient souvent
berc de l'esprance de parvenir au ministre  son tour. Son petit
rle se trouvait effac par l'clat du crdit de MM. de Choiseul,
auxquels il tmoignait une soumission monacale, dont M. le duc de
Choiseul n'tait pas tout  fait la dupe. M. du Barry qui portait avec
lui une intrigue et du pouvoir, eut  peine besoin de faire briller
aux yeux de l'abb de la Ville l'espoir du ministre. Il le trouva
trs au fait de l'affaire des les Falkland, et dispos  faire valoir
les embarras pour la France d'une guerre nouvelle et srement
dispendieuse: La cause est bien lgre, dit l'abb, et le vrai but ne
peut tre que l'intrt ministriel de MM. de Choiseul. Au point o en
sont les choses, ajouta-t-il, il n'y a qu'un moyen de l'empcher: il
faudrait que le roi prt sur lui d'crire une lettre confidentielle 
Sa Majest Catholique. Il aurait infailliblement par sa rponse la
preuve qu'elle est dispose  viter la guerre en renonant aux les
Falkland, objet de tant de bruit.--Il n'en fallait pas davantage  du
Barry, qui se rendit immdiatement chez sa belle-soeur, et
l'endoctrina assez bien pour qu'elle pt dvelopper au roi cette ide
en s'en appropriant l'invention, et pour achever de lui donner
confiance en la bont de sa tte, elle lui dit:  Je parie que si vous
aviez le courage d'envoyer chercher l'abb de la Ville, de lui
ordonner de vous parler vrai sur le succs de cette dmarche directe
vis--vis du roi d'Espagne, il ne pourrait pas se refuser 
l'approuver, et par l vous auriez la mesure de cette grande fidlit
avec laquelle vous croyez tre servi par M. de Choiseul.--Le roi, de
plus en plus frapp de l'intelligence de sa matresse, lui dit: Mais
sous quel prtexte puis-je envoyer chercher cet abb? Le duc de
Choiseul le saura.--Que vous tes simple et bon, lui rpliqua-t-elle
alors, je ne le connais pas, moi, je ne l'ai jamais vu, mais je me
charge de le faire trouver ici, et pour vous mettre plus  votre aise,
je prtends l'y faire venir  la chute du jour, habill en sculier,
avec une bourse  sa perruque et l'pe au ct.--Le roi, anim par
le plaisir de voir mler ainsi les moyens les plus comiques aux plus
srieuses affaires, y donna son consentement. L'abb, aussitt
prvenu, se rendit ds le soir mme en habit gris,  cet honorable et
mystrieux rendez-vous. Peu de moments aprs le roi y arriva, et aprs
quelques plaisanteries sur le costume, prit le ton de matre, mais de
matre confiant. Il dit  l'abb qu'il avait le projet d'crire au roi
d'Espagne, et qu'il exigeait de sa fidlit de lui dire franchement ce
qu'il pensait des dispositions relles de Sa Majest Catholique, ainsi
que de sa lettre. L'abb de la Ville ne manqua pas de rpondre que si
les souverains se mettaient ainsi  traiter leurs affaires, ils les
arrangeraient bientt et rendraient le mtier de leurs ministres et de
leurs ambassadeurs bien peu ncessaire. Le roi satisfait, fit ensuite
quelques reproches  l'administration de M. de Choiseul. L'abb, avec
une rserve qui laissait apercevoir qu'il tait de la mme opinion,
s'abstint de parler contre son ministre, et par respect pour son
matre, dit qu'il ne se permettrait pas non plus de le dfendre.
L'entretien ne dura pas longtemps. Le roi congdia l'abb avec les
marques de la plus grande bienveillance, et celui-ci sortit la tte
remplie de chimres. Le roi se trouva donc tout rsolu  crire au roi
d'Espagne. Comme un peu d'amour-propre l'avait empch de dire 
l'abb de la Ville de lui faire la minute de sa lettre, il se mit 
chercher dans sa tte comment il la tournerait. La premire
phrase venait difficilement. Vous ferez cela tout de travers, lui dit
madame du Barry, laissez-moi vous en faire le projet. Il y consentit
en riant. Et aussitt un courrier de mademoiselle Chon est expdi
pour faire venir dans la nuit mme  Luciennes M. du Barry, celui
qu'on appelait le rou, pour y faire cette importante composition. Du
Barry se mit en route  minuit, et comme il faisait un temps trs noir
et que les eaux taient dbordes, il versa et pensa se noyer 
l'abreuvoir de Marly. Mais enfin il arriva, se scha et fit ensuite
son petit travail comme il put. La lettre contenait en substance:

Que n'ayant eu que trop de guerres  soutenir dans le cours de son
rgne, parvenu  un ge o il ne lui restait plus  souhaiter que de
finir en paix sa carrire, et d'en employer la fin  remettre l'ordre
dans son administration intrieure et surtout dans ses finances, il
confiait amicalement ce dsir  son cousin, en l'assurant toutefois,
que si l'intrt de la monarchie espagnole ou de son propre honneur
lui paraissait mriter qu'il passt par-dessus cette grande
considration, il n'hsiterait pas d'y souscrire d'aprs la rponse
qu'il lui ferait par la voie du courrier particulier qu'il lui
envoyait.

  [377] L'abb Jean-Ignace de la Ville, n en 1690. Ministre de
  France  la Haye (1743), premier commis au dpartement des
  affaires trangres (1755), vque _in partibus_ de Triconie et
  directeur des affaires trangres (1774). Mort en 1774. Il tait
  entr  l'Acadmie en 1746.

Madame du Barry copia de sa main ce projet de lettre; le lendemain
matin elle le fit transcrire par le roi sur sa propre table; et son
coiffeur partit charg de cette grande mission  laquelle il n'employa
que dix-huit jours. La rponse de Charles III[378], compose par
O'Reilly[379], qui tait l'homme de sa confiance particulire, fut
telle qu'on la dsirait. Il y donnait au roi, son cousin, les plus
grands loges sur le sentiment d'humanit qui le guidait, protestait
de l'entire conformit de ses voeux personnels, et s'abandonnait
absolument  sa dcision.

  [378] Charles III, roi d'Espagne, fils de Philippe V et
  d'Elisabeth Farnse naquit en 1716. Il rgna d'abord sur Parme,
  dont il avait hrit par sa mre (1731), puis sur le royaume des
  Deux-Siciles (1734). En 1759, il fut appel au trne d'Espagne,
  par la mort de son frre Ferdinand VI. Il mourut en 1788.

  [379] Alexandre, comte O'Reilly, n en Irlande vers 1730, entra
  d'abord dans l'arme espagnole, passa de l en Autriche, o il
  servit sous les ordres de son compatriote Lascy (1757), prit
  ensuite du service en France, pour retourner de nouveau en
  Espagne o il obtint le grade de colonel. Il devint
  successivement gouverneur de Madrid, inspecteur gnral
  d'infanterie et capitaine gnral d'Andalousie. La mort de
  Charles III, le fit tomber en disgrce (1788). Il allait prendre
  le commandement de l'arme contre la France lorsqu'il mourut
  (1794).

Rien ne parut plus vident alors au roi que l'intrigue de MM. de
Choiseul. Les querelles parlementaires qui existaient  la mme
poque, et dans lesquelles ils avaient pris parti contre le
chancelier, les firent reprsenter comme des hommes qui sacrifiaient
les affaires intrieures aussi bien que celles du dehors  leur
excessive ambition. Les propos de leur socit intime furent
rapports, exagrs et envenims de toutes les manires. Le roi,
pendant le voyage du courrier, avait commenc  leur tmoigner de la
froideur; elle se tourna en rpugnance  son retour, et pendant les
trois ou quatre jours qui prcdrent leur disgrce, ils ne purent
obtenir ni conversation, ni travail avec lui. Il en rsulta mme que
M. le duc de Choiseul, qui avait dans son portefeuille le compte des
dpenses de ses deux dpartements pendant l'anne 1770, ne put le
faire approuver et signer par le roi et perdit ainsi prs de quinze
cent mille francs de fonds non employs, que le roi, suivant son
usage, lui accordait comme gratification  la fin de chaque service.

Enfin le 23 dcembre 1770, le roi ayant pris courage, envoya, au
moment de partir pour la chasse, M. de la Vrillire porter  M. de
Choiseul une lettre trs sche par laquelle il l'exilait  Chanteloup,
et une, un peu moins svre  M. de Praslin, pour lui prescrire de se
retirer immdiatement  Praslin. Le roi tait si rveur pendant toute
cette journe, et tira tant de fois sa montre, qu'on put aisment
juger qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire. Il ne parut un
peu  son aise, que lorsqu'il apprit  son retour  Versailles que ses
ordres avaient t excuts avant midi, et qu'il avait trois
dpartements  donner. C'est alors que madame du Barry commena
rellement  jouer le grand rle de favorite. Elle fit accorder, par
l'influence de M. le prince de Cond, le dpartement de la guerre, 
M. de Monteynard[380], ancien lieutenant gnral, officier mdiocre et
ministre plus mdiocre encore. La marine, par la protection du
chancelier de Maupeou, fut confie  M. de Boynes[381], conseiller
d'tat qui avait fourni le projet du remplacement du parlement par le
grand conseil; et les affaires trangres, qu'elle ne put de plein
saut, faire donner au duc d'Aiguillon, passrent provisoirement dans
les dbiles mains de M. de la Vrillire. L'abb de la Ville, qui vit
des fentres de son bureau tous ces changements et ces dparts,
ne perdit pas encore tout  fait esprance. Mais deux mois aprs,
lorsque madame du Barry eut triomph de la rpugnance que le roi avait
pour M. d'Aiguillon, il se trouva fort heureux de recevoir pour
rcompense l'vch _in partibus_ de Triconium, avec une abbaye. Le
roi ne voulut point qu'il quittt les bureaux o il le croyait
ncessaire.

  [380] Louis-Franois marquis de Monteynard, n en 1716, au
  chteau de la Pierre, en Dauphin, d'une vieille famille noble de
  cette province. Marchal de camp (1748), inspecteur gnral
  d'infanterie, lieutenant gnral (1759), secrtaire d'tat  la
  guerre (1771-1774).

  [381] Etienne-Franois Bourgeois de Boynes, matre des requtes,
  procureur gnral prs la chambre royale (1753), intendant de la
  Franche-Comt, premier prsident du parlement de Besanon (1757),
  conseiller d'tat (1761), ministre de la marine (1771). Il donna
  sa dmission en 1774 et mourut en 1783.

C'est ainsi que finit ce ministre, qu'on peut appeler un rgne de
onze ans, qui a laiss quelques noms propres et trs peu de faits pour
l'histoire. Un simple rsum, et les traits caractristiques des
personnages qui ont eu quelque influence ou quelque part dans les
affaires de ce temps, aideront  dterminer l'importance que cette
priode doit obtenir dans nos annales.

Le trait de 1756, qui y tient une grande place, avait t fait avec
une prcipitation inconcevable, o tout montre l'entranement que
donnait l'humeur du trait sign au mois de janvier prcdent entre
l'Angleterre et la Prusse. L'irrflexion ressort de tous les articles.
Certes, si le trait de 1756 et t mdit, s'il et t fait par des
esprits plus calmes, si l'on et t bien pntr du danger que
courait la France en unissant,  une pareille poque, sa cause  celle
d'une puissance qui avait sur le continent tant de sujets de
querelles, on n'et pas consenti  ce que, par la principale condition
du trait, on exceptt du _casus foederis_, la guerre qui clatait au
moment mme entre la France et l'Angleterre. On n'et point t dupe
de cette apparence de rciprocit qu'tablissait la garantie mutuelle,
quand cette garantie ne s'tendant qu'aux possessions que les
puissances contractantes avaient en Europe, assurait  l'Autriche tout
son territoire, et permettait, sans qu'il y et aucune infraction de
commise, que la France occupe et puise par la guerre continentale,
perdt ses plus belles colonies. Mais il est juste de dire, que M. de
Choiseul n'a point t consult et qu'il n'assista  aucune des
confrences dans lesquelles on arrta les stipulations de ce fameux
trait. Il tait  Rome, tout entier aux affaires de la Rote, ou aux
querelles des jsuites, lorsque M. l'abb de Bernis et M. de
Stahremberg ngociaient  Versailles. M. de Choiseul ne revint de Rome
qu' la fin de cette mme anne 1756. Il convient donc de dcharger sa
mmoire de la signature du trait, en le laissant toutefois sous le
poids de l'accusation d'un grand nombre de ses suites et de ses
funestes consquences.

Entran, comme il l'tait dans le tourbillon des affections et des
intrts de madame de Pompadour, il s'identifia avec le nouveau
systme, se flattant toutefois de pouvoir en arrter les dangers par
une surveillance continue, dont la lgret de son caractre le
rendait parfaitement incapable. Il lui aurait fallu toujours  ses
cts M. Pfeffel[382], pour appeler sans cesse son attention sur les
empitements imperceptibles par lesquels la cour de Vienne, habile en
ce genre, augmentait journellement son influence, en faisant prvaloir
ses prtentions dans toutes les questions qui touchaient  la
constitution germanique, tandis que le garant de cette grande charte,
le protecteur du trait de Westphalie, le roi de France en un mot,
devint, presque sans s'en apercevoir, l'instrument des entreprises et
des succs de cette ambition graduelle.

  [382] Christian-Frdric Pfeffel, fils de Jean-Conrad Pfeffel,
  jurisconsulte et diplomate franais. N  Colmar en 1726, il fut
  d'abord secrtaire d'ambassade au service de la Saxe (1754). En
  1758, il fut appel  Paris par le cardinal de Bernis qui le
  nomma conseiller de lgation  Ratisbonne, puis charg d'affaires
  par intrim prs la dite. En 1761, il entra au service du duc de
  Deux-Ponts, qui le nomma rsident en Bavire. De nouveau appel 
  Versailles en 1768, il fut attach au dpartement des affaires
  trangres en qualit de jurisconsulte du roi. Il resta  ce
  poste jusqu' la Rvolution. Destitu en 1792, il rentra au
  service du duc de Deux-Ponts et mourut en 1807.

Ce serait, au reste, une erreur de croire, que ce que je blme le plus
dans le trait de 1756, soit le nouveau systme d'alliance qu'il
tablit, et la nouvelle direction qu'il devait donner  la politique
franaise. Les Franais, habitus depuis longtemps  regarder
l'Autriche comme une puissance rivale, naturellement ennemie, que la
France doit toujours redouter, considrent une alliance avec elle
comme une chose monstrueuse, absolument contre nature. Le prjug
influe beaucoup sur cette manire de voir; il faudrait peut-tre en
chercher l'origine dans les rivalits personnelles des souverains qui
se sont disput la domination de l'Italie, plutt que dans une
rivalit des deux puissances, fonde sur la nature des choses; mais de
nos jours encore, ce prjug est trop fort et trop gnralement
rpandu, pour que je ne sente point la ncessit d'expliquer  ce
sujet toute ma pense.

Les alliances qui ont la conqute pour objet sont pernicieuses;
d'abord, pour ceux contre qui elles sont diriges, et en dfinitive,
pour ceux mmes qui les ont faites. Mais quel que soit l'vnement,
elles ne sauraient jamais tre durables par mille raisons: j'en ai
rapport quelques-unes plus haut. Ces alliances ne peuvent donc, en
aucun cas, former un systme politique, et il serait hors de propos
d'en parler.

Mais des alliances peuvent avoir pour but, non de faire la guerre,
mais de rtablir ou de maintenir la paix; non d'acqurir des
provinces, mais d'assurer  chacun des contractants la conservation de
ses possessions;--non de mettre en pril la tranquillit des autres
tats, mais d'empcher qu'aucun tat puisse menacer la scurit
d'un autre. Personne ne niera que des alliances dont toutes les
conditions seraient calcules de manire  atteindre ce but, ne
prsentassent des avantages inapprciables. Mais bien peu de
puissances peuvent contracter des alliances semblables. Les grandes
puissances, ou plutt des puissances de premier ordre, le peuvent
seules.

Il faut ensuite que leur position gographique ne soit pas un obstacle
au dveloppement de leurs moyens d'influence. Ainsi l'Espagne ne
pourrait entrer avec fruit dans une alliance de cette sorte; car, 
moins que l'alliance ne s'appliqut spcialement  des relations et 
des intrts maritimes, elle n'y apporterait qu'une influence
infiniment moindre que ne semblerait le promettre sa force absolue.

Cette influence mme,  vrai dire, serait  peu prs nulle.--La Prusse
est gographiquement une puissance si mal constitue, qu'elle ne peut
pas ne pas tre anime de l'esprit de conqute, et qu'elle ne peut
point ne pas tre dpendante. Avec une assez grande tendue de ctes,
sans pouvoir crer une marine militaire, attendu que ses revenus
borns ne suffisent qu' grand'peine  l'entretien de ses armes de
terre, elle sera toujours,  cet gard,  la merci de l'Angleterre qui
peut en un instant ruiner tout son commerce. Oblige de tenir ses
forces dissmines sur une bande longue et troite, elle sera toujours
dpendante de la Russie, qui peut envahir le duch de Posen et la
Silsie, avant qu'une arme prussienne ait t runie.

Et pourtant, malgr une situation qui semblerait devoir commander le
repos, ou n'admettre la possibilit d'en sortir que par une
impulsion trangre, le sentiment de sa propre conservation fait  la
Prusse une sorte de ncessit de tendre toujours  faire des
conqutes. Un tat dont la configuration est telle, que le rsultat
d'une seule bataille peut tre de le couper en plusieurs morceaux, de
manire  intercepter toute communication entre eux, est dans une
situation trop prilleuse et trop prcaire, pour qu'il ne cherche pas
constamment  en changer, et il parat invitable ou que la puissance
prussienne prira bientt, ou qu'elle runira sous sa domination une
partie considrable de l'Allemagne. Il est bien vrai qu' l'poque
dont nous parlons et avant le partage de la Pologne[383], elle n'tait
pas expose aux mmes dangers, parce qu'elle n'occupait pas le mme
rang; mais si elle doit plus d'clat  l'ambition du prince clbre
qui lui a fait prendre celui qu'elle occupe aujourd'hui, elle ne lui
devra point d'avoir rendu son existence permanente plus solidement
assure.

  [383] Il y eut trois partages de la Pologne en 1772-1773, en
  1793, en 1795. En 1773, la Prusse obtint le pays de Warmie, les
  palatinats de Pomrlie, et de Culm. En 1793, Dantzig, Thorn,
  Czenstochau et la meilleure partie de la Grande-Pologne. En 1795,
  la partie des palatinats de Podlachie et de Masovie situe 
  droite du Bug, et au nord elle s'tendit jusqu'au Nimen.

La Russie, avant qu'elle ait pris une place dans le systme politique
de l'Europe, n'avait jamais eu avec la France aucune relation suivie;
jamais aussi elle n'en eut d'intimes, depuis qu'elle s'est introduite
en Europe, si ce n'est  une poque rcente o tous les rapports
naturels des diffrents tats se trouvrent dtruits, et o ces deux
puissances tant restes seules entires sur le continent, leurs
gouvernements s'allirent, l'un pour parvenir plus facilement
 faire de nouvelles conqutes, l'autre dans l'espoir de les
partager[384]. De telles vues ne pouvaient manquer de mettre
promptement aux prises les deux allis. Dans la lutte qui s'engagea,
la Russie courait peu de risques. Nous touchons encore aux dangers
auxquels la France s'est trouve expose. Elle porte actuellement la
peine de l'ambition qui l'avait rapproche de la Russie. A l'avenir,
ce ne pourrait tre encore que le mme motif qui les runt l'une et
l'autre. Les anciens rapports entre les diffrents tats de l'Europe
ont t ou rtablis ou remplacs par des rapports nouveaux. Mais la
France et la Russie n'ont toujours aucun intrt commun; tous ceux qui
les divisaient autrefois doivent les diviser dsormais, s'il est
possible encore davantage. Et si, contre tous, les conseils de la
prudence, il pouvait arriver un jour que la France rechercht une
seconde fois cette alliance, l'effet invitable et immdiat qu'elle
aurait, serait de produire un rapprochement intime entre l'Autriche et
la Prusse, qui, remontes au rang d'o elles taient dchues, sont
aujourd'hui en tat de veiller  leur propre conservation, et ne sont
plus rduites  attendre avec rsignation leur salut des incertaines
combinaisons du hasard. Quelque peu de sret que prsente l'alliance
de la Prusse, l'Autriche, n'ayant plus  choisir serait bien dans la
ncessit de s'en contenter. La France, alors, se serait place dans
une position si fausse, que ce qu'il y aurait de plus  craindre pour
elle, serait que l'Autriche et la Prusse ne vinssent  succomber. Car,
si cela arrivait, les mmes causes qui ont dj chang en ennemis des
allis si peu faits l'un pour l'autre, les auraient bientt diviss
encore, et le succs de la nouvelle lutte qui s'engagerait entre
eux, serait bien moins douteux que celui de la premire que la France
avait commence, en tranant sous ses drapeaux les forces de presque
toute l'Europe. Un rapprochement aux dpens de la France ne manquerait
pas de s'oprer entre les trois puissances du Nord, et on verrait une
rptition des vnements de 1813 et 1814, et probablement avec des
consquences encore plus fcheuses.

  [384] Trait de Tilsitt.

Tout bien considr, je ne vois que la France et l'Autriche qui
puissent former une alliance dans le but que j'ai indiqu. Leur
tendue, leur puissance, leurs richesses sont telles, qu'elles n'ont
rien  envier  personne, rien  dsirer que de conserver ce qu'elles
possdent. Elles ont la force ncessaire pour maintenir par leur
accord tout en repos autour d'elles. Les plus fortes puissances du
centre de l'Europe, elles seraient aussi les plus fortes de l'Europe
entire, si, depuis un sicle, il ne s'en tait lev une au nord,
dont les effrayants et rapides progrs doivent faire craindre que tant
d'envahissements par lesquels elle s'est dj signale, ne soient
encore que le prlude d'envahissements toujours croissants qui
finiront par tout engloutir. Le commun danger dont cette puissance
menace l'Autriche et la France, doit tre pour elles un lien de plus,
et mme le plus fort de ceux qui doivent les unir. L'une y est plus
prochainement expose, mais ds que celle-ci aurait succomb, l'autre
ne saurait manquer de succomber  son tour; et avec elle, tout le
reste de l'Europe.

On voit par l combien a fait de mal, surtout pour l'avenir, l'homme
qui, en forant l'Autriche  se prcipiter dans les bras de la Russie,
a avanc peut-tre de plusieurs sicles la domination que prendra
cette puissance. Dieu veuille que les cabinets de l'Europe soient
assez clairs pour ne pas la rendre prochaine!

Dans le sicle dernier on a fait trop peu d'attention aux pas de gant
de la Russie, ds qu'elle a commenc  se montrer. Parce que, pendant
des sicles, son nom tait rest pour ainsi dire inconnu, on n'a pas
imagin que dj elle tait  craindre. On n'a pas su voir qu'un pays
qui, par son tendue et ses immenses dserts, et par la rigueur de son
climat est  l'abri de toute invasion, a sur les autres
d'incalculables avantages; que, n'ayant rien  faire pour la dfense,
il peut runir tous ses efforts pour l'attaque; que le peuple encore
tout barbare qui l'habite, joignant un courage froce  une
grossiret d'organes qui en double la force, une soumission absolue 
une obissance passive, n'ayant que des besoins peu nombreux et qui ne
dpassent point les bornes du ncessaire le plus strict, est, entre
les mains de son gouvernement, un instrument aussi facile  manier
qu'il est formidable. Quoique tout cela ft palpable, on n'en
souponna rien; la petite vanit de quelques philosophes ayant t
flatte, il n'en fallut pas davantage pour qu'ils se missent  vanter
et Catherine II et son gouvernement, et son pays, et mme ses
conqutes. On les crut sur parole et sans examen, et bientt la mode
vint d'admirer ce que l'on ne connaissait point, et qui n'aurait d
inspirer que de la crainte. Qu'tait-ce cependant, et qu'est-ce
toujours que cette nation, ce peuple, ce gouvernement que les
philosophes du XVIIIe sicle se sont mis si inconsidrment  prner?
Il est assez curieux d'observer que dans le mme temps qu'ils se
portaient accusateurs de tous les gouvernements de l'Europe civilise
qu'ils reprsentaient comme absolus, comme oppresseurs, comme
ayant usurp les droits des peuples, ils aient rserv toutes leurs
louanges pour un gouvernement despotique de sa nature; qu'ils se
soient attendris sur le prtendu esclavage des peuples civiliss, et
dj depuis longtemps affranchis du lien antique de la servitude, et
qu'ils n'aient rien trouv  dire sur le sort de tout un peuple de
serfs. Car il n'y a point de classe moyenne en Russie, mais seulement
un petit nombre de matres et une multitude d'esclaves[385]. Cela seul
suffit pour juger quelle distance il y a de ce pays aux autres.

  [385] L'affranchissement des serfs en Russie ne date que de 1861.
  C'est l'oeuvre de l'empereur Alexandre II.

On sent que rien de ce qui fait la vritable gloire d'une nation ne
doit s'y trouver; que l o la presque totalit des sujets est la
proprit de quelques autres, il ne saurait y avoir ni gnrosit ni
noblesse de sentiments. En effet, les sentiments levs ne se font pas
remarquer chez ce peuple, soit parmi les matres, soit parmi les
serfs. On parle un peu de la bont des premiers, de leur douceur
envers leurs paysans, du bonheur dont ils les font jouir. Mais cette
douceur, ce bonheur sont juste ce qu'il faut pour que le serf ne soit
pas port, par un trop grand malaise,  penser  la possibilit de
changer de mode d'existence. C'est assurment l un bien mince sujet
d'loge. Quoi qu'il en soit, au reste, de l'opinion que l'on peut
avoir des vertus et des vices inhrents  une telle organisation
sociale, ce qui est certain pour tout le monde, c'est que l'influence
sur le reste de l'Europe d'une nation encore compltement barbare,
quelque forme, quelque couleur que prenne son gouvernement,
serait une grande calamit. Que serait-ce donc de sa domination[386]?

  [386] Lorsque ce morceau fut crit en 1816, l'Autriche paraissait
  en effet la barrire la plus naturelle  opposer  une barbarie
  menaante. Mais depuis cette poque, dans la masse effrayante des
  vnements qui se sont passs de toute part, dans les
  combinaisons nouvelles qui ont affranchi les esprits comme les
  territoires, l'Autriche est reste stationnaire; elle est reste
  vieille et isole au milieu de l'Europe, tandis que le nord a
  fait des progrs rels; la libert s'y introduit enfin dans
  toutes les branches de l'administration et des relations
  politiques. La Prusse, de protge est devenue protectrice. La
  France s'est donn une forme de gouvernement qui consacre toutes
  les franchises contre lesquelles l'Autriche se dfend. Ds lors
  les alliances naturelles ne sauraient tre les mmes, car ce qui
  dsormais doit faire la base de tout trait durable, c'est ce qui
  appelle, tend et consacre les bienfaits de la civilisation
  (1829) (_Note du prince de Talleyrand_).

Ce n'est pas, on le voit, l'alliance en elle-mme avec l'Autriche que
je blme dans le trait de 1756, puisqu'une alliance semblable est, 
mon avis, le seul moyen de prvenir cette calamit ou d'en reculer
l'poque. Ce sont les petits motifs qui ont port  faire ce trait,
les petites conceptions qui y ont prsid, les petits rsultats qu'on
a prpars, les petites passions par lesquelles on s'est laiss
conduire; car tout a t petit dans cette circonstance.

Ce n'est pas non plus d'avoir laiss subsister ce trait dont il n'est
pas l'auteur, que je blme M. de Choiseul; c'est de n'avoir pas,
pendant toute la dure de sa longue et toute-puissante administration,
song un seul moment  donner une direction vraiment utile  ce
nouveau systme d'alliance, ou plutt c'est d'avoir adopt ce systme
et de n'avoir mme pas entrevu de quelle manire il pouvait devenir
avantageux. Un des reproches les plus graves qu'ait mrits M. de
Choiseul est assurment de n'avoir rien vu de ce qui se passait dans
le nord; de n'avoir rien prvu de ce qui s'y prparait, et, par
consquent, de n'avoir pourvu  rien. Cela seul suffirait pour
justifier tout ce que j'ai dit de sa lgret, de son imprvoyance, et
du peu de profondeur de ses vues.

Cependant, comme il n'est pas refus aux hommes lgers et qui ont de
l'esprit, d'avoir ou d'adopter quelquefois des ides utiles pourvu
qu'elles ne leur donnent pas trop de peines de dtail, M. de Choiseul
pressentant le jugement de l'histoire  son gard, voulut marquer son
ministre par un acte politique qui et quelque clat, et qui part
_balancer l'alliance autrichienne_. Pour cela, il conut le projet du
_pacte de famille_ avec le roi d'Espagne et les autres souverains de
la maison de Bourbon. Nous reconnaissons volontiers que ce pacte,
sign le 15 aot 1761, tait une conception vraiment digne d'un homme
d'tat. Il offrait de grands avantages aux puissances qui s'unissaient
par cet acte important. Pour la France, en lui assurant toute scurit
sur sa frontire des Pyrnes, il rendait son action beaucoup plus
libre sur ses autres frontires; il lui donnait l'appui de la marine
espagnole, qui,  son tour, recevait celui de la marine franaise; et
toutes les deux trouvaient des ressources dans les ports de Naples et
de la Sicile. Enfin, cette union des trois branches de la maison de
Bourbon, leur donnait la domination  peu prs exclusive de la
Mditerrane.

Mais il aurait fallu, pour que le pacte de famille profitt rellement
aux trois puissances associes, qu'il et t contract au dbut de la
guerre de Sept ans et non  une poque o la France, dj puise par
les dsastres de cette guerre, dut entraner l'Espagne dans sa ruine
et hter par l, la dcadence de cette dernire puissance. D'ailleurs,
comme nous l'avons dit plus haut, pour la France, le rsultat le plus
clair de son alliance intime avec l'Espagne  cette poque, fut
de devoir lui abandonner la Louisiane pour l'indemniser de la perte
des Florides.

Si nous recherchons les autres actes du ministre de M. de Choiseul
que l'histoire a recueillis, nous trouvons d'abord l'occupation du
comtat d'Avignon, opration sans utilit et sans gloire. Une fantaisie
porta  s'en emparer, la peur du diable le fit rendre. On ne se donna
pas mme la peine de justifier par une raison quelconque l'invasion ni
la restitution[387].

  [387] Avignon fut occup en 1768 par les troupes franaises. M.
  de Choiseul tait alors en lutte avec la cour de Rome au sujet
  des jsuites. Le pape Clment XIII avait condamn, comme
  attentatoires _ la libert de l'glise,  la cause de Dieu et
  aux droits du Saint-Sige_, les dits par lesquels les jsuites
  avaient t expulss des tats catholiques. Toutes les puissances
  rsistrent, prenant fait et cause les unes pour les autres.
  Naples s'empara de Bnvent et de Ponte-Corvo. La France occupa
  Avignon. Le successeur de Clment XIII, Clment XIV, ayant sign
  le bref de suppression, Avignon fut vacu aussitt aprs (1773).

La conqute de la Corse[388], qui date du mme temps, doit passer pour
importante, si l'on veut oublier ce qu'elle a cot d'hommes pour la
faire, et d'argent pour la conserver. Les avantages que l'on en
attendait pour la marine ont t  peu prs nuls jusqu' prsent; mais
c'est dans la Mditerrane une province franaise qu'enviaient fort
les Anglais, avant de s'tre empars de Malte. Il y a des chances pour
que cette possession nous soit utile dans l'avenir.

  [388] Les Gnois cdrent la Corse  la France en toute
  souverainet, moyennant la somme de deux millions. Trait de
  Versailles du 15 mai 1762.

Une affaire de discipline intrieure et qui ne laisse pourtant pas que
de marquer dans le ministre de M. de Choiseul, a t la
destruction de l'ordre des jsuites[389]. Il avait cru rencontrer
souvent leur influence dans les affaires ecclsiastiques et dans les
querelles parlementaires; et quoique avec un clerg aussi clair,
aussi ml avec le grand monde que l'tait celui de France, le travail
des jsuites et moins d'inconvnients qu'il n'en aurait eu avec un
clerg sans lumires et sans consistance, peut-tre tait-il bien de
chercher  diminuer le crdit de cet ordre. On pouvait mme vouloir le
dtruire. Je n'examine pas cette question qui me conduirait trop au
del de mon sujet. Mais toujours est-il vrai de dire, qu'un
gouvernement monarchique, tel qu'tait celui de la France  cette
poque, pouvait trouver plus d'utilit que de danger  voir la
direction de l'esprit de famille, et jusqu' un certain point de
l'esprit public, rester entre les mains des jsuites. On pourrait
remarquer  l'appui de cette opinion qu'en 1789, pas un des membres de
la minorit de la noblesse n'avait t lev par les jsuites. Mais M.
de Choiseul, souverainement lger et ennemi de tous les pouvoirs qui
ne drivaient pas de lui, dtruisit les jsuites, uniquement parce
qu'il ne se croyait pas sur eux une influence premire. C'tait une
question d'tat, il en fit une question d'intrigue. M. le duc de
la Vauguyon[390] et M. le Dauphin[391] les soutenaient; son intrigue
fut de les attaquer. Plus tard il fit la guerre aux philosophes (dans
la comdie qu'il fit faire par Palissot[392]) parce qu'ils lui
prenaient quelque portion de l'empire qu'il voulait exercer seul sur
son temps. Ce ne sont pas des raisons d'un ordre suprieur qui le
dterminrent: il voyait des hommes qui s'taient empars de beaucoup
d'opinions, et il voulait, dans l'intrt de son amour-propre,
disposer de toutes.

  [389] A la fin du XVIIIe sicle, les jsuites se virent attaques
  par toutes les puissances catholiques. Le Portugal donna le
  signal (1759). La France vint ensuite (1762-64) puis l'Espagne
  (1766), Naples, Parme (1767), Venise Modne, la Bavire. Enfin
  Marie-Thrse elle-mme suivit le mouvement. Peu aprs (20
  juillet 1773), le pape Clment XIV ordonnait la suppression de
  l'ordre. En France, la lutte, engage  l'occasion d'un incident
  fortuit, fut vivement soutenue par Choiseul et les parlements, le
  roi se laissant mener par eux. En 1762, les parlements de Paris,
  Rouen, Bordeaux, Rennes, Metz, Pau, Perpignan, Aix, Toulouse,
  condamnrent au feu les statuts de la Socit, et ordonnrent 
  ses membres de sortir du territoire de leur juridiction. Enfin,
  en novembre 1764, une ordonnance royale supprima entirement la
  Socit.

  [390] Antoine-Paul-Jacques de Quelen, duc de la Vauguyon, naquit
  le 17 janvier 1706. Colonel en 1733. Brigadier en 1743 pour sa
  belle conduite durant la retraite de Prague. Marchal de camp
  aprs Fontenoy (1745) Lieutenant gnral en 1748. Il avait t
  nomm menin du Dauphin en 1745. En 1758 il fut nomm gouverneur
  de son fils an le duc de Bourgogne, et fut successivement
  gouverneur de ses trois autres fils. Le Dauphin mourut entre ses
  bras en 1765. Lui-mme mourut en 1772.

  [391] Louis, Dauphin, fils de Louis XV, n en 1729, mourut
  prmaturment en 1755. Il se maria deux fois; en 1745 avec
  Marie-Thrse d'Espagne morte l'anne suivante sans enfants; en
  1747 avec Marie-Josphe de Saxe dont il eut quatre fils: le duc
  de Bourgogne mort jeune, et les trois princes qui furent Louis
  XVI, Louis XVIII et Charles X.

  [392] Charles Palissot de Montenoy, pote franais, n  Nancy
  (1750). Il tait le fils d'un conseiller du duc de Lorraine. On a
  de lui plusieurs comdies et des posies diverses. Il mourut en
  1814. L'auteur fait ici allusion  la campagne que Palissot
  soutint contre les philosophes; il ne cessa de les attaquer sur
  le thtre et dans ses vers notamment dans _le Cercle_, comdie
  o il attaque Rousseau (1755), _les Philosophes_ (1760), _les
  Petites Lettres sur de grands philosophes_ (1757) diriges contre
  Diderot, la _Dunciade_ ou _guerre des sots_, pome satirique
  (1764) etc.

C'est aussi la haine de M. de Choiseul contre les jsuites, qui a t
le principal motif de la dsastreuse expdition de Cayenne, au
commencement de 1764. Il en ordonna tous les dtails d'aprs des
mmoires qui lui avaient t remis par M. de Prfontaine[393].
Celui-ci, homme d'esprit et d'intrigue, avec quelques phrases de
philanthropie et quelques insinuations contre les jsuites, que M. de
Choiseul voulait dpouiller de leurs grandes et riches possessions
dans les colonies, parvint  faire adopter tous ses plans.

  [393] M. Brletout de Prfontaine, habitait la Guyane depuis
  vingt ans, lorsqu'il vint  Paris en 1762, offrir au duc de
  Choiseul le projet d'une colonie agricole dans ce pays. Le
  ministre accepta et le renvoya  Cayenne avec un brevet de
  lieutenant-colonel. Il choua dans sa tentative et mourut en
  1786.

Par le trait de 1763, la France cdait  perptuit le Canada et
l'Acadie[394] aux Anglais. Les habitants de ces colonies, et
particulirement les Acadiens, montraient  la France un grand,
attachement. D'un autre ct, le sort des ngres commenait  inspirer
quelque intrt. M. de Choiseul fit dcider dans le conseil du roi,
qu'au milieu des colonies  ngres, on formerait des tablissements
pour la culture desquels on n'emploierait que des blancs. Dans cette
vue, on transporta  Saint-Domingue environ trois mille Acadiens,  la
Martinique deux mille; huit cents  la Guadeloupe; la grande
expdition fut dirige vers Cayenne. Deux cent treize btiments de
tout tonnage partirent de France. Ils portaient dix mille cinq cents
personnes. L'Acadie en fournit huit mille, et deux autres btiments
arrivrent en mme temps des diffrentes colonies. M. de
Chanvalon[395] avait t nomm intendant; M. de Bhague[396],
commandant militaire, et le chevalier Turgot[397], qui avait t
consult, gouverneur gnral. Jamais l'imprvoyance et la lgret
n'ont t pousses plus loin. Une vingtaine de mille hommes furent
jets sur une plage o ils ne trouvrent ni maisons, ni magasins, ni
apothicaireries, ni hpitaux, ni mme abris contre les ardeurs du
soleil qui,  4 55, sont mortelles pour les hommes non acclimats,
si l'on nglige quelques-unes des prcautions exiges par
l'exprience. Aussi, au bout de quinze jours, la moiti de ce qui
tait dbarqu avait pri; et aprs cinq mois, il ne restait pas trois
cents personnes de l'expdition. Mais cela se passait loin, et la mode
qui entourait M. de Choiseul, fermait tous les accs  la vrit.

  [394] L'Acadie appartenait aux Anglais depuis le trait d'Utrecht
  (1713).

  [395] Jean-Baptiste Thibauld de Chanvalon, n en 1725  la
  Martinique, tait l'lve de Raumur et de Jussieu. En 1757, il
  fut envoy  la Guyane comme intendant gnral. Arrt  son
  retour en France, et condamn  la prison perptuelle pour
  malversations (1767), il put faire reviser son procs, et fut
  acquitt en 1776. Nomm commissaire gnral des colonies, il
  mourut en 1783.

  [396] Antoine, comte de Bhague, appartenait  une famille noble
  des Pays-Bas. Lieutenant-colonel en 1761, il fut nomm commandant
  militaire  la Guyane (1763), marchal de camp en 1771,
  lieutenant gnral en 1791, gouverneur de la Martinique, o il
  rtablit l'ordre troubl par la rvolution. Forc de quitter
  l'le en 1793, il se rendit en Angleterre, d'o le comte d'Artois
  l'envoya en Bretagne diriger l'insurrection. Il mourut en
  Angleterre vers 1802.

  [397] Le chevalier tienne Turgot, marquis de Consmont, frre du
  clbre homme d'tat, appartenait  une vieille famille de
  Normandie. Son pre tait prvt des marchands  Paris. Il fut
  d'abord chevalier de Malte et commanda une galre. Brigadier en
  1764, il fut nomm gouverneur de la Guyane. C'est lui qui fit
  rappeler en France l'intendant Chanvalon; arrt lui-mme  son
  retour en France, il fut bientt relch; il vcut ds lors dans
  la retraite et mourut en 1789.

Dans l'administration de la guerre, M. de Choiseul porta une agitation
fatigante pour les troupes. Il fit chaque anne des changements.
Nouveaux genres d'instruction, nouvelles manoeuvres, nouvelle
tactique, nouveaux uniformes, tout cela plaisait  la jeune noblesse
franaise qui, toujours mobile et brave, admirait le ministre qui
abandonnait les anciennes ides et perfectionnait, disait-on, la
tactique par laquelle on croyait que les Prussiens s'taient couverts
de gloire. Comme si les bons ou les mauvais succs militaires ne
dpendaient pas toujours des talents du gnral! L'art de la guerre
varie en Europe tous les dix ans. Tantt telle puissance a une
meilleure infanterie, tantt c'est la cavalerie qui dcide des
combats, ou bien la supriorit est attache  l'arme de l'artillerie.
Il n'y a point de principes fixes  cet gard; tout est dans le gnie
de celui qui commande.

L'influence de M. de Choiseul s'tendit d'une manire dsastreuse sur
les finances, par les choix ineptes qu'il porta le roi  faire. Il
indiqua M. de Silhouette[398] par complaisance pour M. le duc
d'Orlans. Ce ministre dbuta par faire porter la vaisselle de tous
les particuliers  la Monnaie, et celle mme du roi tandis que la cour
de Vienne pour laquelle on s'tait ruin, en faisait faire une en or
et se plaisait  la montrer aux noces magnifiques de l'archiduc Joseph
avec une princesse de Parme[399]. M. de Silhouette, devenu fou au
milieu du conseil du roi, fut remplac par M. de Laverdy[400], simple
conseiller au parlement, dsign uniquement parce qu'il tait un des
plus opposs  l'enregistrement d'dits bursaux qui dplaisaient
gnralement. On lui supposait du crdit dans sa compagnie. Il en
avait quand il tait en opposition avec la cour; il ne s'en trouva
plus, quand il voulut la servir. M. de Laverdy devenu inutile, on le
renvoya. M. de Choiseul fit nommer  sa place M. d'Invault[401], et
avec ses formes lgres, il donnait pour raison de cette prfrence
qu'il l'avait toujours aim, et qu'il avait t au collge avec lui.

  [398] tienne Silhouette, n  Limoges le 5 juillet 1709, mort en
  1767. Conseiller au parlement de Metz, matre des requtes,
  secrtaire des commandements, puis chancelier du duc d'Orlans,
  commissaire du roi prs la compagnie des Indes, contrleur
  gnral en 1759. Il provoqua contre lui un dchanement inoui en
  suspendant durant un an les crances de l'tat, et dut se retirer
  aprs huit mois d'exercice. On ignore peut-tre que ce ministre
  donna son nom  ces dessins qui reprsentent un profil trac
  autour de l'ombre d'un visage. On prtend en effet qu'une de ses
  principales distractions tait de tracer de semblables portraits
  sur les murs de son chteau, qui s'en trouvrent bientt
  couverts. La socit ne manqua pas de relever ce petit ridicule,
  et donna  ces dessins le nom de leur auteur.

  [399] L'archiduc Joseph, fils de l'impratrice Marie-Thrse,
  plus tard l'empereur Joseph II, pousa le 6 octobre 1760 la
  princesse Isabelle de Parme, fille du duc de Parme et nice du
  roi Charles III d'Espagne. Elle mourut sans enfant en 1763.

  [400] Clment de l'Averdy ou Laverdy, n en 1723, conseiller au
  parlement, contrleur gnral en 1763. Il ne resta en place que
  quelques mois et vcut ensuite dans la retraite; il mourut sur
  l'chafaud en novembre 1793.

  [401] tienne Maynon, seigneur d'Invault, n en 1721; conseiller
  au parlement (1741), contrleur gnral et ministre d'tat
  (1768). Il resta peu de temps en charge.

Il est possible de soutenir que de tous les choix faits par
l'influence de M. de Choiseul, il n'y en eut qu'un de bon, celui du
duc de Praslin. Son bonheur le servit dans cette occasion. On a cru
beaucoup qu'il n'avait cherch dans cette espce d'association qu'un
aide soumis  ses caprices. Il se trouva, au contraire, que M. de
Praslin tait un homme dont la trempe d'esprit tait forte, qui avait
un caractre noble et ferme, et des ides saines qu'il exprimait mme
avec un peu de rudesse. Mais ses belles qualits taient rendues
perptuellement inutiles par une sant misrable: il n'y avait pas un
quart d'heure de la journe pendant lequel il pt tre tout entier 
son travail. Dans les moments o il se portait bien, il n'pargnait
pas  son cousin les contradictions d'opinion, et souvent mme des
reproches assez svres. On l'estimait, et on le craignait dans sa
famille. Madame de Gramont savait plier son caractre devant lui; et
comme malgr ses sourcils pais et son visage laid et grave, il avait
un fond de sensibilit, il s'tait laiss aller  tant aimer le duc de
Choiseul, qu'aprs lui avoir montr ses erreurs, il prouvait une
reconnaissance extrme quand il les rparait, de mme que quand M. de
Choiseul persistait, M. de Praslin restait dispos  les excuser et 
les dfendre.

Le portrait de M. de Praslin que je viens de faire, me conduit
naturellement  parler de l'extrieur de M. de Choiseul. La nature
l'avait fait laid aussi: il tait roux; avec un peu d'art de toilette,
il s'tait  peu prs travesti en blond; les formes de son visage et
celles de sa tte taient communes; il avait les yeux spirituels, sa
taille tait assez bien prise; il tirait un grand avantage de la
beaut de ses mains qui taient petites, effiles, blanches et pares
par de beaux ongles. Son maintien hardi, son visage rond et son front
lev, contrastaient compltement avec le toupet avanc, le teint hve
et l'air modeste de M. de Praslin. Jamais deux hommes n'ont t, au
moral et au physique, plus dissemblables.

Madame de Pompadour n'avait point d'esprit; ses yeux bleus sans clat
ni vivacit dcelaient le vide de sa tte. Quoiqu'elle et t leve
et et vcu dans la socit financire de Paris, qui tait assez
distingue alors, elle avait mauvais ton, des manires de parler
vulgaires, dont elle n'avait pu se corriger, mme  Versailles. Elle
diffrait en tout point de madame du Barry qui, moins bien leve,
tait parvenue  avoir un langage assez pur. Madame du Barry avait les
yeux moins grands, mais ils taient spirituels; son visage tait bien
fait, et ses cheveux taient de la plus grande beaut; elle aimait 
parler[402], et elle avait attrap l'art de conter assez gament;
elles possdaient l'une et l'autre, celui de mentir, au premier degr.

  [402] Et mme  crire. Quelques pages de souvenirs crites par
  elle et confies  Morande, auteur du _Gazettier cuirass_,
  malgr leur peu d'tendue, ne manquent ni de grce ni d'intrt
  (_Note du prince de Talleyrand_).

Madame de Gramont, avec un air de famille, avait eu dans sa jeunesse
ce qu'on appelle la beaut du diable. Elle tait blanche, grasse et
frache; son caractre tait lev et son esprit tait libre et fort.
Elle aurait t loquente, si cela avait t possible avec un mauvais
son de voix. Elle crivait bien. Elle avait dans ses manires quelque
chose d'attirant et cependant d'absolu. Dans sa chambre, elle ne
souffrait qu'une opinion; tout ce qui aimait M. de Choiseul y tait
bien trait; le reste n'y entrait pas. Elle avait du culte pour son
frre, et du dvouement pour ses amis. La galanterie n'a occup que
peu de moments dans sa jeunesse. Le jour o elle est entre dans le
monde, elle s'est place la premire dans la socit, et elle l'est
reste jusqu' la fin de sa vie.

Parmi les hommes qui ont jou de grands rles sous le ministre de M.
de Choiseul, le chancelier Maupeou semble mriter une place  part.
C'tait un homme  la fois plein d'invention, d'esprit, de malignit,
et caressant jusqu'au dgot. Tous les hommes vulgaires et de mauvais
ton taient enchants de lui: il dplaisait  toute la bonne
compagnie: Cela lui tait gal. Il suivait, sans jamais s'en carter,
la ligne qu'une fois il s'tait trace. S'il et vcu du temps de
Louis XI, il aurait t son premier ministre et son serviteur le plus
intime.

M. d'Aiguillon avait commenc sa carrire comme M. de Choiseul par des
bonnes fortunes. Il en avait eu de brillantes. Il tait entr dans le
monde avec plus d'avantages pour cette sorte de succs, parce qu'il
tait n riche, avec des dignits acquises, et qu'il avait une
fort jolie figure. Mais il n'avait ni noblesse ni lvation de
caractre. Les affaires de la politique lui taient absolument
trangres; il avait peu lu, il n'avait point voyag, et il ne
connaissait l'Europe que par la conversation de Paris. Les querelles
des pays d'tats, du parlement et quelques tudes militaires, avaient
fait tout le travail de sa vie.

Le grand reproche politique qu'on lui a fait, a t d'avoir ignor le
premier partage de la Pologne, avant qu'il soit consomm, mais cette
ignorance datait de plus loin que lui: elle tenait  ce que les
manoeuvres mystrieuses de la cour de Vienne n'avaient pas t connues
sous le ministre de son prdcesseur; et c'est un coup de la fortune
de M. le duc de Choiseul, qu'il ne soit pas rest six mois de plus en
place; car il est plus que vraisemblable qu'il n'en aurait pas su
davantage.

La disgrce de M. de Choiseul prsenta des diffrences extrmement
remarquables avec les autres disgrces ministrielles qui eurent lieu
sous le rgne de Louis XV. Jusqu' lui, aucun des ministres exils par
ce monarque n'avait reu de consolations ni de marques d'attachement
ou de reconnaissance, que de la part de sa famille; encore se
faisait-on un devoir de demander avec prcaution, et seulement en cas
de maladie, la permission d'aller leur faire une courte visite. M. le
cardinal de Bernis  Soissons, M. d'Argenson aux Ormes, M. de Machault
 Arnouville, M. de Maurepas  Bourges, M. le Duc mme[403], en
remontant plus haut,  Chantilly, taient rests dans l'isolement
le plus complet. Personne n'osait plus prononcer leur nom en prsence
du roi, qui se plaisait  voir dans ce silence absolu, de la part de
tout le monde, une approbation gnrale de la dtermination qu'il
avait prise. Il n'en a pas t de mme  l'gard de M. de Choiseul. Le
ton de la bonne compagnie pendant son long ministre tait plutt
d'tre le courtisan du ministre que le courtisan du roi.

  [403] Louis Henry duc de Bourbon, petit-fils du Grand Cond, chef
  du conseil de rgence durant la minorit de Louis XV, premier
  ministre aprs la mort du rgent(1723). Il fut exil en 1726 
  Chantilly par le jeune roi.

Il tait  la mode de s'identifier avec ses intrts pendant le dbat
qui eut lieu entre son crdit et celui de la favorite. La socit de
madame du Barry n'avait pu s'lever  la hauteur de celle de madame de
Pompadour; ses femmes, ses hommes, ses grces, ses ministres ne lui
donnaient qu'un clat bien terne auprs de l'immense et puissante
socit de M. de Choiseul.

L'habitude qu'on avait prise de prononcer sans respect le nom du roi;
le mpris dont on s'tait accoutum  couvrir impunment les amis de
madame du Barry, avaient tabli dans les esprits une sorte
d'indpendance que l'ge et la faiblesse du roi avaient autorise.

Quelques amis de M. de Choiseul, quelques jeunes gens sur lesquels il
avait rpandu des grces prmatures, osrent demander la permission
d'aller le voir  Chanteloup. Les entours de la favorite se tromprent
dans l'espce de ddain qu'ils crurent devoir lui conseiller
d'affecter sur ces premires demandes; le nombre en augmenta, il ne
fut plus possible d'en refuser aucune. Plusieurs femmes donnrent
l'exemple d'aller  Chanteloup sans permission. Beaucoup d'hommes qui
ne tenaient  la cour par les liens d'aucun service se hasardrent 
les imiter. En sorte qu'il y eut  Chanleloup une foule et une
cour qui avaient l'air de lutter avec celles de Versailles. La
mdiocrit des nouveaux ministres, le manque de considration de ceux
qui taient rests[404], l'indiffrence que portait le roi dans les
affaires les plus importantes, trent  toutes les dterminations du
conseil le caractre de la dure. Il se forma alors une mode
d'insubordination qui dtruisit le prestige de l'autorit. Elle peut
tre regarde comme l'origine de cet esprit de rsistance qui s'est
manifest avec tant d'clat sous le rgne suivant.

  [404] Ceux des ministres qui restrent en charge furent La
  Vrillire, Terray et Maupeou. Les nouveaux ministres furent MM.
  d'Aiguillon, de Monteynard et de Boynes.

On alla jusqu' riger dans les jardins de Chanteloup une pyramide,
sur laquelle la vanit inscrivit tous les noms de ceux qui vinrent
payer cet hommage de la mode  l'illustre exil; et si l'on voulait
observer que ces mmes noms se retrouvent vingt ans plus tard sur la
fameuse liste des migrs, on jugerait peut-tre bien de
l'inconsquence, bien de la lgret dans les actions de la noblesse
franaise  cette poque, et ensuite bien de l'injustice dans ses
jugements.

Au reste, cet esprit moqueur, lger, irrflchi, toujours s'enivrant,
de la noblesse franaise, reparat souvent dans notre histoire. On le
retrouve chez madame de Longueville comme  Coblence. Mais il est un
autre esprit, qui pour appartenir  une autre classe de la socit,
n'en est pas moins franais; il a fallu Henri IV pour calmer les vieux
ligueurs, bourgeois de Paris; en 1791, ils ont pu devenir les matres.

Les affaires personnelles de M. de Choiseul se ressentirent bientt de
l'immense dpense  laquelle cette espce de gloire le condamna; le
dsordre magnifique dans lequel il avait vcu  Versailles, le suivit
dans sa brillante retraite, et les revenus des ministres de la guerre
et des affaires trangres, celui de la charge de colonel gnral des
Suisses, de la surintendance des postes, ainsi que les faveurs
particulires qu'il se faisait annuellement accorder, manquant  ses
recettes, il fallut y suppler par les alinations de son faible
patrimoine et de la fortune de madame de Choiseul; le dvouement de
celle-ci fut rcompens par le plaisir qu'elle eut de l'offrir tout
entire  sa mmoire en payant ses dettes aprs sa mort.

On s'tait attendu et tout portait  croire qu' la mort de Louis XV,
l'opinion publique forcerait le nouveau roi  rappeler  la tte des
affaires un ministre, dont la disgrce avait paru si gnralement
improuve. Mais cinq ans d'loignement de la cour avait lass cette
faveur populaire. L'esprit de critique et mme d'opposition au
gouvernement, aprs l'heureux essai qu'il avait fait de ses forces 
l'occasion de l'exil de M. de Choiseul, en avait pris plus de
confiance; il s'affermissait de plus en plus, mais sa direction tait
change.

Plus indtermine et plus vague dans son objet, l'opposition regardait
au loin, et visait plus haut. L'intrt pour M. de Choiseul n'tait
plus rien. Aussi, malgr la faiblesse de Louis XVI, malgr le crdit
de la reine et l'appui qu'elle tait porte  donner aux esprances et
 l'ambition de M. de Choiseul, ses instances ne parvinrent qu' faire
cesser son exil.

Les prventions du jeune roi, entretenues par Mesdames ses
tantes[405], l'emportrent. L'esprit et les intrts de la cour
n'taient plus les mmes qu' la fin du rgne de Louis XV. De nouveaux
ministres, de nouvelles esprances, des ambitions naissantes se
prsentaient de toute part: les vieux courtisans s'loignaient ou
mouraient. La reine n'avait pas t consulte sur le choix du premier
ministre. Ce choix une fois fait, il n'tait plus possible d'en
revenir et d'appeler M. de Choiseul au seul poste qu'il lui convenait
d'occuper.

  [405] Louis XV eut huit filles:

  Louise-lisabeth (1727-1759), marie au duc de Parme.--Anne
  (1727-1752).--Marie (1728-1733).--Adlade (1732-1800).--Victoire
  (1733-1799).--Sophie (1734-1782).--Thrse (1736-1744).--Louise
  (1737-1787).

  Madame Louise se fit carmlite. Mesdames Adlade, Victoire et
  Sophie ne se marirent pas et passrent leur vie  la cour de leur
  neveu Louis XVI. C'est  celles-ci qu'il est fait allusion plus
  haut.

L, s'teignit l'clat de cette carrire brillante, plus remarquable
par des succs de socit, que signale dans l'histoire par des traits
caractristiques d'un mrite rel et d'une solide gloire. M. de
Choiseul finit par le discrdit qui s'attache  un homme perscut par
ses cranciers, et uniquement occup  en repousser les attaques. Le
chagrin aggravant une maladie lgre le conduisit au tombeau. Il
mourut sans regrets et sans bruit. M. de Choiseul ne sera pour
l'histoire qu'un homme qui a gouvern la France par le despotisme de
la mode, pendant onze annes, sans que son nom rappelle ni batailles
gagnes, ni traits glorieux, ni ordonnances ou rglements utiles, et
qui a prpar de grands maux sentis jusqu' nos jours, par
l'arbitraire qu'il a tabli dans les diffrentes administrations,
et par l'esprit de critique et de dconsidration de l'autorit
royale, qu'il a encourag jusqu' la fin de sa vie.

M. de Choiseul n'a pas senti que cet esprit de critique dans un
gouvernement arbitraire, sans issue lgale, devient ainsi le plus
grand lment de dcomposition. La rvolution, si longtemps prpare
par tout ce qui aurait pu et d la prvenir en est une terrible
preuve. Henri IV est le dernier de nos rois qui ait su cder et
rsister quand il le fallait.


FIN DE M. LE DUC DE CHOISEUL.




INDEX ALPHABTIQUE

DES NOMS DES PERSONNAGES

MENTIONNS DANS CES MMOIRES


A

  ABERDEEN (Georges Gordon comte d'), homme d'tat anglais.--III,
    331*[406], 335, 336, 337, 340, 342, 343, 346, 351, 352, 363,
    369, 371, 373, 392, 398, 406, 449, 452.--IV, 258*, 358*, 369,
    410*, 423, 427.--V, 132, 133, 282, 283.

  [406] Les chiffres romains renvoient aux volumes, les chiffres
  arabes aux pages, et les astrisques (*) aux notes biographiques
  et historiques.

  ABOVILLE (le comte d'), pair de France.--III, 252, 253.

  ABSAC (d'), gentilhomme du Prigord.--I, 10.

  ACHMET PACHA, diplomate ottoman.--V, 323.

  ADAIR (Sir Robert), diplomate anglais.--IV, 282*, 402.--V, 46,
    361, 418.

  ADDINGTON, vicomte SIDMOUTH (Henry), homme d'tat anglais.--I,
    282*, 283.

  ADDINGTON (Henry-Unwin), diplomate anglais.--V, 214*, 216, 227,
    240, 242, 244, 245, 250.

  ADLADE DE BOURBON (Madame).--I, 97.--V, 589.

  ADLADE D'ORLANS (Madame).--I, 162,164.--III, 388, 429, 451,
    453  455, 457  460, 464, 466, 467, 469.--IV, 4, 9, 12, 13, 48,
    50, 86, 104, 106, 124, 171, 176, 177, 248, 250, 253, 255, 257,
    259, 260, 270, 273, 280, 297, 302, 304, 308, 309, 330, 333, 336,
    344, 307, 371, 381, 410, 414  417, 442, 444, 447, 448, 461,
    465, 468, 474, 481, 482, 486, 488, 489, 492, 496.--V, 32, 38,
    49, 55, 64, 80,109, 140, 186, 253, 264, 334, 346, 347,362, 368,
    405, 423, 456, 474, 501, 503.

  AGAR, Comte DE MOSBOURG (Michel), homme d'tat franais.--II, 13*.

  AGOULT (Vincent d'), aide-major aux gardes franaises.--I, 206*.

  AGOULT (Hector d'), diplomate franais.--II, 507*, 531.

  AIGUILLON (Armand Vignerod Duplessis Richelieu duc d'), homme
    d'tat franais.--III, 427.--V, 556*, 565, 566, 585.

  ALBANI (Joseph), cardinal italien.--IV, 444*.

  ALBARET (M. d').--I, 50.

  ALBUFRA (le duc).--Voir SUCHET.

  ALCUDIA (duchesse d').--I, 356, 379.

  ALEMBERT (Jean Lerond d'), crivain franais.--I, 83*.

  ALEXANDRA PAULOWNA (archiduchesse d'Autriche).--II, 353*, 397.

  ALEXANDRE VIII, pape.--II, 46*, 91.

  ALEXANDRE Ier, empereur de Russie.--I, 139, 279, 294, 298, 305,
    306, 314  316, 319  321, 386, 387, 393  400, 404, 408, 412 
    414, 422  425, 428, 432, 434, 437  440, 443, 446  451.--II,
    5, 7, 147, 149, 150, 152, 153, 162  166, 170, 209, 210, 246,
    249, 257  260, 286, 292, 303, 308, 309, 312, 316, 317, 325,
    326, 328, 329, 338, 340, 349, 355, 357, 359, 362  367, 370,
    375, 377, 378, 386, 398, 400, 403  406, 408  411, 413, 416,
    418, 420, 426, 429, 430, 434, 436, 438  441, 443  445, 448,
    454  462, 464  468, 471, 473, 474, 476, 478, 485, 487, 489 
    492, 499, 500, 509  515, 517, 522, 523, 525  528, 531, 532,
    535, 538, 546, 547, 549, 553, 566, 567.--III, 4, 5, 17, 19, 22,
    28, 29, 32, 33, 38, 39, 41, 44, 51, 53, 58, 64, 67, 69, 86, 93,
    95  97, 106  108, 115, 118, 120, 121, 128, 132, 139, 162, 163,
    167, 172, 173, 175  178, 186, 197, 239, 240, 276, 298, 404,
    405, 439.--V, 537*.

  ALIGRE (tienne Franois d'), premier prsident du parlement de
    Paris.--I, 90*, 198, 200.

  ALIX, gnral franais.--III, 252.

  ALLEYE DE CIPREY (le baron), diplomate franais.--IV, 34.--V,
    440*.

  ALTHORP (John-Charles Spencer, vicomte), homme d'tat
    anglais.--III, 397*.--V, 411, 442, 444.

  ALTIERI (l'abb).--III, 162.

  AMBLIMONT (Marie-Anne de Chaumont-Quitry, comtesse d').--V, 547*.

  AMEILLE.--III, 251.

  AMLIE-AUGUSTE-EUGNIE DE BEAUHARNAIS, impratrice du Brsil.--IV,
    216, 249*, 252.--V, 203, 206, 229, 235, 254, 256, 259, 265.

  AMMCOURT (d'), conseiller au parlement.--I, 186.

  ANCILLON (Jean-Pierre-Frdric), homme d'tat prussien.--III,
    358*, 400.--IV, 380, 381, 392, 496.--V, 15*, 20, 63, 156, 157,
    159, 160, 204, 263, 403, 434, 507, 508, 509.

  ANDR (Antoine-Balthazar-Joseph d'), directeur gnral de la
    police.--II, 439, 502*, 505.

  ANDROSSY (Antoine-Franois, comte), gnral franais.--III, 23*,
    234.

  ANGE (Mademoiselle L').--Voir DU BARRY.

  ANGLS (Jules, comte), prfet de police.--III, 148*.

  ANGOULME (Louis-Antoine de Bourbon, duc d').--II, 140*, 141, 143,
    144, 146, 147, 150, 257.--III, 130, 146, 155, 167, 178, 189,
    250.

  ANGOULME (Marie-Thrse, duchesse d').--II, 172, 307, 310.--III,
    19, 54, 146, 167, 189.

  ANNE D'AUTRICHE, reine de France.--I, 166.

  ANNE, reine d'Angleterre.--II, 253.

  ANNE grande-duchesse de Russie, princesse royale et plus tard
    reine des Pays-Bas.--I, 422, 447.--III, 33, 34, 37, 38, 71.--IV,
    281.

  ANSTEDT (Jean baron d'), diplomate russe.--II, 421*, 445,
    540.--III, 86.

  ANTOINE, triumvir romain.--III, 8.

  ANTONIO, infant d'Espagne.--I, 318, 370*, 380, 381, 383.--II, 341.

  ANZELY (M. d').--I, 47.

  APPONY (Antoine-Rudolphe, comte d'), diplomate autrichien.--IV,
    138*, 269, 393.--V, 144, 183, 273, 393, 436, 495, 496, 497, 498,
    499, 500.

  ARCAMBAL (le marquis d'), lieutenant gnral.--V, 551.

  ARENBERG (Prosper-Louis, duc d').--II, 219*.

  ARENEMBERG (Comtesse d').--Voir HORTENSE.

  ARGENSON (Marc-Pierre de Voyer Comte d'), homme d'tat
    franais.--V, 522*, 585.

  ARGOUT (Antoine-Maurice, comte d'), homme d'tat franais.--IV,
    83, 379, 387, 443, 446.--V, 187.

  ARISTOPHANE, pote grec.--I, 64.

  ARMANSPERG (Joseph-Louis, comte d'), homme d'tat bavarois.--V,
    440*, 441.

  ARNAUD (l'abb Franois).--I, 46*.--V, 550.

  ARNAULT, pote et homme politique franais.--III, 252.

  ARNOLD, gnral amricain.--I, 231*.

  ARNOULD (Sophie), actrice de l'Opra.--I, 166*.

  ARRIGHI, duc de padoue, gnral franais.--III, 252.

  ARSCHOT-SCHOONHOVEN (le comte d'), homme politique belge.--IV,
    119*, 264.

  ARTOIS (comte d').--Voir CHARLES X.

  ARUNDEL (lord).--III, 451.

  ASSELINE (Jean-Ren), thologien franais.--II, 38*.

  ASTON (sir Arthur-Ingram), diplomate anglais.--V, 162*, 164, 216,
    227, 228, 233, 234, 243, 247, 257.

  ASTROS (l'abb d').--II, 75*, 76.

  ASTURIES (le prince des).--Voir FERDINAND VII.

  ATHALIN (baron), gnral franais.--III, 455*.

  AUBRY, garde  Valenay.--I, 383.

  AUCKLAND (George Eden, comte), homme d'tat anglais.--III,
    398*.--V, 419*.

  AUERSPERG (Josphe de Trautson, princesse d').--V, 528*.

  AUERSPERG (princesse d').--III, 97.

  AUGEREAU, duc de Castiglione, marchal de France.--I, 273.

  AUGUET DE SAINT-SYLVAIN.--V, 443, 447.

  AUGUSTE, empereur romain.--I, 420.

  AUGUSTE II, lecteur de Saxe, roi de Pologne.--II, 399.

  AUGUSTE II, roi de Saxe.--Voir FRDRIC-AUGUSTE II.

  AVAUX (le comte d'), diplomate franais.--IV, 413.

  AVIAU DE SANZAY (Charles-Franois, comte d'), prlat
    franais.--II, 102*, 103.

  AWINOFF, commodore russe.--III, 363.

  AZANZA (don Joseph Miguel de), homme d'tat espagnol.--I, 359*,
    370.


B

  BACIOCCHI (Elisa Bonaparte, princesse).--II, 167.

  BACON, philosophe anglais.--I, 81, 83.

  BACOURT (Adolphe de), diplomate franais.--I, 139.--III,393.--IV,
    124, 134, 467.--V, 264, 509.

  BADE (Charles-Frdric, grand duc de).--I, 294, 304.--III, 304,
    305, 307, 308.

  BADE (Charles-Louis-Frdric, prince hrditaire et plus tard
    grand-duc de).--I, 418*, 495, 499.

  BADE (Stphanie de Beauharnais, princesse hrditaire, puis
    grande-duchesse de).--I, 418*.--II, 147. 257.

  BADE (Guillaume, duc de).--IV, 426*.

  BAGOT (sir Charles), diplomate anglais.--IV, 281*.

  BALIVIRE (l'abb de).--I, 60.

  BARANTE (Amable-Guillaume-Prospre Brugire, baron de), diplomate
    franais.--V, 75*.

  BARB-MARBOIS (Franois, marquis de), homme d'tat franais.--I,
    299*.

  BARCLAY DE TOLLY (Michel, prince), gnral russe.--III, 124*.

  BARRAL (Louis, comte de), prlat franais.--II, 51*, 71, 78, 88,
    99, 101, 103, 104, 105, 108, 116.--III, 252.

  BARRAS (Paul, comte de), membre du Directoire.--I, 250*, 251, 252,
    254, 271, 273.

  BARRRE, conventionnel.--III, 252.

  BARROT (Odilon), homme d'tat franais.--IV, 82*, 246, 269.--V,
    11, 12.

  BARRY (Guillaume du).--V, 552.

  BARRY-CRES (Jean, comte du).--V, 549*  554, 560, 561, 563.

  BARRY (Marie-Jeanne Gomart de Vaubernier, comtesse du).--V, 551* 
    566, 584, 587.

  BARTHE (Flix), homme d'tat franais.--IV, 304*.

  BARTHS (Joseph), mdecin et philosophe franais.--I, 36*, 37.

  BASSANO (duc et duchesse de).--Voir MARET.

  BATHURST (Henry, comte de), homme d'tat anglais.--II, 114*,
    146.--III, 45.

  BAUDRAND (le comte), gnral franais.--III, 328*.--IV, 275, 280,
    281, 283, 284.

  BAUER (M. de).--I, 418.

  BAUFFREMONT (Laurence de Montmorency, princesse de).--V, 187*.

  BAUFFREMONT (Catherine de Paterno-Moncada, duchesse de).--IV, 333.

  BAVIRE (Guillaume, duc de).--I, 417.

  BAVIRE (Charles-Thodore, prince de).--III, 416*.--IV, 15.

  BAYANNE (Alphonse-Hubert de Lallier, duc de), prlat
    franais.--II, 109*.

  BARN (comtesse de).--V, 554, 555.

  BATRIX D'ESTE, archiduchesse d'Autriche.--II, 307.--III, 19, 23.

  BEAUHARNAIS (prince Eugne de), vice-roi d'Italie.--I, 402*,
    403.--II, 4, 16, 99, 121, 147, 152, 155, 257, 259, 521.--III,
    71, 162,378.

  BEAUHARNAIS (Franois, marquis de), diplomate franais.--I, 339* 
    346, 353, 360  363, 366, 367.

  BEAUHARNAIS (Amlie de Bavire, princesse Eugne de).--III, 71.

  BEAUHARNAIS (Stphanie de).--Voir BADE.

  BEAUMETZ (M. de), dput aux tats-Gnraux.--I, 233*, 239, 240,
    247.

  BEAUMONT (tienne-Franois, Fallot de), prlat franais.--II,
    109*.

  BEAUSSET (Louis de), prfet du palais imprial.--I, 407*.

  BEAUTEVILLE (P. du Buisson, chevalier de), marchal de camp.--V,
    531*.

  BEAUVAU (Marie-Sylvie de Rohan-Chabot, princesse de).--I, 59*.--V,
    547*, 548, 555.

  BECHTOLSHEIM (baronne de).--I, 437.

  BEDFORD (John Russell, duc de), homme d'tat anglais.--V, 545*.

  BEHAGUE (Antoine, comte de), lieutenant gnral.--V, 580*.

  BEIRA (princesse de).--V, 428, 431.

  BELLE-ISLE (Louis Fouquet, duc de), marchal de France.--V, 533*.

  BELLIARD (le comte), gnral et diplomate franais.--III,
    252.--IV, 93*, 112, 166, 167, 181, 182, 188, 193, 194, 197 
    202, 204, 207  209, 213  215, 219, 272, 396.

  BENAC (M. de), gentilhomme du Prigord.--I, 10, 11.

  BENOT XIV, pape.--V, 520*.

  BENTHAM (Jrmie), crivain anglais.--I, 226*.

  BENTINCK (William Cavendish, lord), gnral anglais.--II, 15*,
    441, 449, 451, 529.

  BERESFORD (William Carr, vicomte), marchal anglais.--II, 142*,
    143.

  BERG (le grand-duc de).--Voir MURAT.

  BERNADOTTE.--Voir CHARLES XIV.

  BERNADOTTE. (Eugnie Clary, marchale).--Voir EUGNIE.

  BERNIS (Franois-Joachim de Pierres, comte de), cardinal
    franais.--V, 520*  522, 529  534, 547, 567, 585.

  BERNSTORFF (Christian, comte de), homme d'tat prussien.--II,
    333.--III, 358*, 400.--IV, 213, 380, 495.

  BERRY (Charles Ferdinand, duc de).--II, 257, 302.--III, 9, 33, 35,
    37, 38, 130*, 152, 155  157, 178.--IV, 349.

  BERRY (Marie-Caroline-Thrse de Bourbon, duchesse de).--III,
    39*.--IV, 452, 453, 467*.--V, 49, 50, 101*, 111, 147, 165*, 166,
    170, 187.

  BERRYER (P.-Ant.), avocat et homme politique franais.--V, 32*,
    451.

  BERTAZZOLI, aumnier et camrier du pape Pie VII.--II, 110.

  BERTHIER, prince de Neufchtel et de Wagram (Alexandre), marchal
    de France.--I, 308*, 317, 374, 406, 441.

  BERTHIER prince de Wagram, (Napolon-Alexandre), pair de
    France.--III, 253.

  BERTIN (Henry), contrleur gnral.--V, 557*.

  BERTIN DE VAUX (Louis-Franois).--III, 450*.

  BERTIN DE VAUX (Louis-Franois), journaliste franais.--IV, 73*,
    96.

  BERTRAND, gnral franais.--III, 251.

  BERTRAND (l'abb).--I, 46*.

  BESNARDIRE (Jean-Baptiste de Gouey, comte de la), diplomate
    franais.--II, 136*, 137, 161, 207.--III, 212, 234.

  BESSIRES, duc d'Istrie, marchal de France.--I, 370, 371.

  BESSIRES, duc d'Istrie (Jean-Baptiste), pair de France.

  BESTUCHEFF-RUMINE (Alexis), homme d'tat russe.--V, 541*.

  BETHMANN.--I, 414.

  BEUGNOT (Jacques-Claude, comte), homme d'tat franais.--II, 23*,
    24, 502, 505.--III, 47.

  BIANCHETTI (comte Csar), homme politique italien.--IV, 117*.

  BIANCHI, gnral autrichien.--III, 98*.

  BIGNON (Louis-Pierre-douard, baron), diplomate franais.--V,
    308*, 309, 310, 311.

  BIGOT DE PRAMENEU (Jean), homme d'tat franais.--II, 87*, 88,
    101, 102.

  BILLECOCQ, diplomate franais.--V, 216*.

  BINGHAM.--I, 238.

  BIRON (Louis-Antoine de Gontaut duc de), marchal de France.--V,
    530*.

  BIRON (Armand de Gontaut duc de Lauzun, comte puis duc de).--I,
    36*, 37, 159*, 160, 210.--V, 530*

  BISSY (Claude de Thiard, comte de), lieutenant gnral.--V, 550*.

  BJOERNSTJERNA (comte de), ministre de Sude  Londres.--V, 333.

  BLACAS D'AULPS (duc de), homme d'tat franais.--II, 312, 384,
    435, 472, 503.--III, 84, 129, 131, 143, 145, 177.--V, 429.

  BLACKHOUSE, sous-secrtaire d'tat au Foreign Office.--V, 427,
    428, 430.

  BLANCHARD (l'abb Pierre-Louis).--II, 42*.

  BLIGH (sir John Duncan), diplomate anglais.--V, 178, 247, 301*,
    395.

  BLOT (Pauline Charpentier d'Ennery, comtesse de).--I, 59*, 61.

  BLCHER, marchal prussien.--II, 150.--III, 124, 126, 233, 236,
    273, 275.

  BOIS-LE-COMTE (Charles-Joseph-Edmond, comte de), diplomate
    franais.--V, 135*.

  BOISGELIN (Jean de Dieu Raymond de), prlat franais.--I, 27*, 32,
    102.

  BOISGELIN (l'abb de).--I, 50*.

  BOISSY-D'ANGLAS (le comte), homme politique franais.--III, 234,
    252, 253.

  BOLINGBROKE (Henry Paulet de Saint-Jean, vicomte de), homme d'tat
    anglais.--I, 38*.

  BOLIVAR, homme d'tat et gnral amricain.--IV, 426*.

  BOMBELLES (Marc-Marie, marquis de), diplomate franais.--III,
    179*.

  BOMBELLES (Louis, comte de), diplomate autrichien.--V, 508*.

  BONALD (de), crivain franais.--I, 30,

  BONAPARTE.--Voir NAPOLON.

  BONAPARTE (Joseph), roi de Naples, puis d'Espagne.--I, 282, 283,
    302, 387, 439, 447, 448.--II, 7, 12, 27  32, 48, 162,
    167.--III, 108*, 110, 113.--IV, 180.--V, 399.

  BONAPARTE (Louis), roi de Hollande.--I, 303*.--II, 20, 21*, 167.

  BONAPARTE (Lucien).--I, 342, 448.--IV, 180.--V, 399.

  BONAPARTE (Jrme), roi de Westphalie.--I, 317, 419.--II, 22, 24,
    25, 167.--III, 110*.--V, 399.

  BONAPARTE (prince Charles).--IV, 100*, 179.

  BONAPARTE (prince Louis-Napolon) plus tard Napolon III.--IV,
    100*, 179, 180.

  BONAPARTE (Elisa).--Voir BACIOCCHI.

  BONAPARTE (Laetitia).--II, 167.

  BONAPARTE (Pauline).--Voir BORGHSE.

  BONIFACE VIII, pape.--II, 70.

  BONIFACE (SAINT-) lgat du pape tienne III.--II, 47.

  BORGHSE (Marie-Pauline Bonaparte princesse).--I, 423*.--II,
    167.--III, 110*.

  BORNOS (comte de), homme d'tat espagnol.--I, 352, 353.

  BORY.--III, 252.

  BOSE (Frdric-Guillaume, comte de), diplomate saxon.--I, 415*.

  BOSSUET.--II, 41, 53, 76, 90, 113.

  BOUCHER, cuisinier de Talleyrand.--I, 383.

  BOUFFLERS (chevalier de), marchal de camp.--I, 62*.

  BOUFFLERS-ROUVREL (Marie de Campar-Saujon, comtesse de).--I, 43*,
    44.

  BOUGAINVILLE (Louis-Antoine de), marin franais.--I, 259*.

  BOUILL (comte de), diplomate franais.--IV, 34.

  BOUILLON (Marie-Christine de Hesse-Rheinfelz-Rothembourg princesse
    de).--I, 161*.

  BOULAY DE LA MEURTHE (M.), homme politique franais.--III, 252.

  BOULOGNE (tienne-Antoine de), prlat franais.--II, 98*, 103,
    105.

  BOUQUET (dom Martin), bndictin.--I, 26*.

  BOURBON (Louis-Henry, duc de), 1er ministre.--V, 586*.

  BOURBON (Louis-Henry-Joseph, duc de).--I, 203*, 204, 383.--III,
    130*, 155.

  BOURBON (Louise-Thrse d'Orlans, duchesse de).--I, 178.

  BOURBON (l'abb de).--I, 50*.

  BOURGOIN (Mademoiselle), actrice de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  BOURGOING (Jean-Franois, baron de), diplomate franais.--I, 415*.

  BOURJOLLY (Mademoiselle de).--I, 418.

  BOURJOT, diplomate franais.--IV, 134.

  BOURLIER (Jean-Baptiste), prlat franais.--I, 51*.--II, 52, 78,
    108, 116.

  BOURMONT (Louis-Auguste-Victor comte de Ghaisnes de), marchal de
    France.--V, 218*, 253, 258.

  BOURMONT (M. de), officier franais.--V, 200, 218.

  BOURRIENNE (de), homme politique franais.--III, 248*.

  BOUVIER-DUMOLARD, homme politique franais.--III, 249*, 252.

  BOVARA, ministre des cultes d'Italie.--II, 101, 102.

  BOYER, gnral franais.--I, 406.

  BOYNES (tienne-Franois Bourgeois de), ministre de la marine.--V,
    565*.

  BRAGANCE (duc de).--Voir PEDRO I.

  BRAGANCE (duchesse de).--Voir AMLIE.

  BRAYER.--III, 251.

  BRESSON (Charles, comte), diplomate franais.--III, 346*, 375,
    383, 393, 442, 461, 462, 468.--IV, 7, 8, 10, 12, 21, 24, 28, 38,
    41, 44, 49, 50, 53*, 55, 60  64*, 65, 66, 69*, 77, 81, 85, 93,
    99, 124, 129, 136, 379, 386, 391, 424, 483, 484, 487, 488, 490,
    491, 495.--V, 15, 19, 58, 64, 74, 150, 155, 156, 158, 204, 263,
    395, 485, 486, 505, 508.

  BRETEUIL (Louis-Auguste Le Tonnelier, baron de), homme d'tat
    franais.--I, 60*, 90, 92, 94, 95, 102, 197, 198.--V, 541, 543.

  BRETEUIL (Franois-Victor Le Tonnelier de), prlat franais.--I,
    25*.

  BRETEUIL (l'abb Thodose de), chancelier du duc d'Orlans.--I,
    197*.

  BRIENNE (tienne de Lomnie, comte de), prlat et homme d'tat
    franais.--I, 28*, 49, 59, 92, 99, 102, 106  110, 171, 182,
    191, 196, 202, 205*, 207.

  BRIENNE (Louis-Marie de Lomnie, comte de), lieutenant
    gnral.--I, 109*.

  BRIGNOLE-SALES (Antoine, marquis de), homme d'tat sarde.--II,
    433*, 447, 449, 451.

  BRIONNE (Louis-Charles de Lorraine, prince de Lambesc, comte
    de).--III, 86*.

  BRIONNE (Louis de Rohan-Montauban, comtesse de).--I, 43*, 59, 92*,
    93.--II, 289*, 290.--III, 86*, 126.--V, 79.

  BRISSOT DE WARVILLE (Jean-Pierre), homme politique franais.--I,
    221*.

  BRISTOL (Frdric-William Hervery, marquis de ), homme d'tat
    anglais.--IV, 333*.

  BROGLIE (Maurice-Madeleine, prince de), vque de Gand.--II, 78*,
    103, 104, 105.

  BROGLIE (Victor, duc de), homme d'tat franais.--III, 360.--IV,
    151.--V, 6, 11, 12, 19, 22  24, 27  30, 34, 35, 37, 39, 40,
    42, 43, 45, 49, 51, 54, 56, 57, 60, 62, 63, 66, 69, 74, 77, 78,
    81, 83, 85, 92, 94, 98, 102, 105, 108  112, 114, 117, 124 
    126, 128, 130  154, 157  168, 171, 172, 175, 178, 180, 183,
    184, 187  191, 197  218, 225  227, 233, 234, 236, 240, 242,
    243, 247, 251, 254, 257, 259  265, 274  279, 291, 294  298,
    302, 306, 308  318, 326, 327, 330, 331, 333  340, 343, 345*,
    346, 348, 349, 352  355, 358, 361, 485  488, 493, 495, 504,
    505, 508  510.

  BROUCKRE (Henry de), homme d'tat belge.--IV, 148*.

  BROUGHAM (Lord Henry), homme d'tat anglais.--III, 379*, 391, 397,
    456, 460.--IV, 351, 451.--V, 84, 251, 348, 353.

  BROUSSAIS, mdecin franais.--IV, 446*.

  BRUGES (Henri-Alphonse, vicomte de), grand-chancelier de la Lgion
    d'honneur.--III, 215*.

  BRUIX (Eustache), amiral franais.--I, 254*.

  BRUNSWICK-OELS (Frdric-Guillaume, duc de).--II, 221*.

  BRUTUS.--I, 445.

  BUBNA (Ferdinand, comte de), feld-marchal autrichien.--III, 127*.

  BUCHOLZ (comte de).--I, 419.

  BUCHOLZ (comtesse de).--I, 419,

  BUCHON, journaliste et historien franais.--IV, 350*.

  BUCKEBURG (prince de).--II, 427.

  BUFFON, crivain franais.--I, 34, 66.

  BUFFON (Mademoiselle de Cpoy, comtesse de).--I, 202*.

  BLOW (Henri, baron de), diplomate prussien.--III, 353, 373,
    402*.--IV, 20, 80, 101, 115, 132, 138, 142, 214, 392, 440, 442,
    495, 497, 498.--V, 5, 22, 34, 35, 37, 38, 41, 57, 184, 185, 328,
    329, 330, 487, 500, 501.

  BLOW (la baronne de).--III, 402.

  BUNBURY (sir Henry Edward), lieutenant gnral anglais.--II, 140*.

  BUONSIGNORI, prlat italien.--II, 88*, 109, 111.

  BURDETT (sir Francis), homme politique anglais.--IV, 437*.

  BURGHERSH (John Fane, comte de Westmoreland, lord), diplomate
    anglais.--III, 99*.

  BURGOS (don Francisco Xavier de), homme d'tat espagnol.--V, 391*.

  BUSSY (Franois de), diplomate franais.--V, 535*.

  BUTE (Jean Stuart, comte de), homme d'tat anglais.--V, 544*.

  BUTIAKIN (de), diplomate russe.--II, 552*, 566.


C

  CADAVAL (Nunho-Catano-Alvarez Pereira de Mello, duc de), homme
    d'tat portugais.--V, 205*, 207, 217.

  CADORE (duc de).--Voir CHAMPAGNY.

  CADOUDAL (Georges).--III, 303.

  CAGLIOSTRO (Joseph Balsamo, comte de).--I, 165*.

  CAILHAVA (Jean), auteur dramatique.--V, 550*.

  CALOMARDE (Franois Thade), homme d'tat espagnol.--V, 443*.

  CALONNE (Charles-Alexandre de), contrleur gnral.--I, 40*, 43,
    59, 89, 90, 94  109, 168, 186.

  CALVIN.--I, 80.

  CAMBACRS (Jean-Jacques Rgis de), archichancelier d'empire.--I,
    289*.--II, 8, 119.

  CAMBRONNE, gnral franais.--III, 251.

  CAMPBELL, colonel et consul anglais.--V, 124, 125, 141, 148, 434.

  CAMPO-CHIARO (duc de), diplomate napolitain.--III, 80*, 81, 118,
    167.

  CAMPOMANEZ (don Dominigo, Fernandez de).--I, 352.

  CANAVERI (Jean-Baptiste), prlat italien.--II, 52*.

  CANCLAUX (comte de), pair de France.--III, 252, 253.

  CANNING (Georges), homme d'tat anglais.--I, 226*.--III, 394, 395,
    406, 456.--IV, 76, 114.

  CANNING (sir Stratford), diplomate anglais.--II, 425*.--V, 59*,
    73, 91  94, 98  100, 104, 105, 120, 122, 139, 140, 225.

  CANOUVILLE (M. de).--I, 407, 413.

  CAPEFIGUE (Raymond), historien franais.--II, 265.--IV, 344, 350*.

  CAPO D'ISTRIA (Jean, comte), homme d'tat russe, plus tard
    prsident de la Grce.--II, 425*, 500, 548.--III, 432, 433*,
    435, 436, 437.--IV, 34, 184, 225, 352.

  CAPOUE (prince de).--Voir NAPLES.

  CAPRARA, cardinal italien.--II, 44, 58, 66, 72.

  CARADOC, colonel anglais.--V, 74.

  CARAMAN (Victor-Riquet, duc de), diplomate franais.--II, 445*.

  CARDOZO.--V, 218.

  CARIGNAN (princesse de).--I, 93, 125.

  CARLOS (don), infant d'Espagne.--I, 318, 366*, 367, 374.--II,
    341.--V, 237, 250, 278, 336, 363, 376, 378, 417, 419  422, 424,
    425, 427  431, 441, 442, 446, 447, 450  457, 462, 463, 467,
    469, 510.

  CARNOT (Lazare), gnral et homme d'tat franais.--I, 254*, 266,
    279.--III, 252.

  CAROLINE DE BRUNSWICK, reine d'Angleterre.--II, 300.--IV, 156.

  CAROLINE (Adlade-Amlie-Louise-Thrse de Saxe-Menningen), reine
    d'Angleterre.--III, 342.--IV, 89.--V, 97, 173, 174.

  CAROLINE, reine de Naples.--Voir MURAT (Madame).

  CARTWRIGHT (sir Thomas), diplomate anglais.--III, 375*, 393,
    420*.--V, 440*.

  CASABIANCA (comte de), pair de France.--III, 252.

  CASA-FLORS (marquis de), diplomate espagnol.--II, 384*,
    398.--III, 10.

  CASELLI (Charles-Franois), cardinal italien.--II, 78, 103*.

  CASENOVE.--I, 232.

  CASSIUS.--I, 445.

  CASTELCICALA (prince de), diplomate napolitain.--III, 455*.

  CASTELLANE (Michel, comte de), marchal de camp.--V, 531*.

  CASTELLAR (marquis de), lieutenant gnral espagnol.--I, 359, 365.

  CASTLEREAGH (Robert Stewart marquis de Londonderry, vicomte), homme
    d'tat anglais.--II, 269, 279*, 308, 313, 317  322, 330  333,
    335 a 337, 339, 345, 346, 351, 352, 354, 357, 363  367, 372,
    374  376, 378, 381, 387, 389, 394  401, 404  406, 409, 413 
    416, 418, 421  424, 427  431, 433, 435, 436, 438, 441, 443,
    444, 446, 449, 451  454, 458, 469  472, 476, 477, 484  487,
    489  491, 493, 499, 500, 503, 508, 509, 512  514, 521, 523,
    526, 529, 532, 534  536, 538, 539, 543, 545, 546, 548, 550,
    552, 555, 556, 557.--III, 3, 4, 5, 8, 11, 13, 16, 21, 22, 26,
    28, 31, 32, 39, 41  45, 47, 49, 52, 54, 56, 57, 61, 66  69, 73
     75, 79, 82, 84, 85, 87, 89, 90, 94, 172, 204, 210, 220, 236,
    264, 270, 272, 273, 297, 298.--IV, 315.

  CASTLEREAGH (lady).--III, 54, 189.

  CASTRIES (Charles de la Croix, marquis de), marchal de France,
    ministre de la marine.--I, 42*, 54, 59.

  CASTRO.--I, 383.

  CATHCART (William, lord), amiral et diplomate anglais.--II,
    409*.--III, 113.

  CATHERINE II, impratrice de Russie.--I, 263, 279.--V, 320, 542,
    573.

  CATHERINE-PAULOWNA (grande-duchesse de Russie, duchesse
    d'Oldenbourg) et plus tard reine de Wurtemberg.--II, 340*, 341,
    353*, 405, 510, 540.

  CATHERINE DE WURTEMBERG, reine de Westphalie.--III, 320.

  CATILINA.--I, 84.

  CATINAT (Nicolas de), marchal de France.--I, 120*.

  CATON.--I, 84.

  CAULAINCOURT duc de Vicence, (Louis de), gnral et diplomate
    franais.--I, 320*, 395  401, 413, 423, 434, 438.--II, 136,
    149, 166, 265, 268  271, 566.--III, 141, 168, 183, 309, 310,
    312, 315.--IV, 34.

  CAVALLERO (Joseph, marquis de), homme d'tat espagnol.--I, 352*,
    354, 355, 362, 369.

  CAVANAC (Madame de).--I, 50*.

  CAVENDISH (Henry), physicien anglais.--I, 84*.

  CELLES (Antoine-Charles Fiacre, comte de Wisher de), homme
    politique belge.--III, 372*, 411, 439, 443, 444*, 445.--IV, 4,
    72, 106, 317, 326.

  CELLES (comtesse de).--III, 445.

  CSAR.--I, 84.--II, 532.

  CEVALLOS (don Pedro), homme d'tat espagnol.--I, 354*, 358, 362,
    377  379.--II, 531*.--III, 10.

  CHABANNES (Marie-lisabeth de Talleyrand, comtesse de).--I, 107*.

  CHABROL (le comte de), prfet de Montenotte.--II, 77*.

  CHALABRE.--I, 60.

  CHALAIS (Marie-Franoise de Rochechouart, princesse de).--I, 7*,
    8, 11, 14.

  CHALLAYE, diplomate franais.--II, 207.--III, 346.

  CHAMILLARD (M. de), gentilhomme du Prigord.--I, 10.

  CHAMFORT (Sbastien), crivain franais.--I, 36*, 45, 47, 60.

  CHAMPAGNY, duc de Cadore (Jean Baptiste Nompre de), homme d'tat
    franais.--I, 321*, 330, 378, 379, 400, 407.--III, 252.

  CHANVALON (Jean-Baptiste Thibauld de), commissaire gnral des
    colonies.--V, 580*.

  CHAPTAL (Antoine), savant et homme d'tat franais.--I, 288*.

  CHARLEMAGNE (Mademoiselle).--I, 8.

  CHARLEMAGNE, empereur.--II, 47, 50, 68, 101.

  CHARLES-QUINT, empereur d' Allemagne.--II, 60.

  CHARLES VI, empereur d'Allemagne.--II, 230.

  CHARLES X, roi de France.--I, 60, 62, 102, 104, 123, 125, 137 
    141.--II, 147, 152, 169, 175, 259, 260, 262, 290, 302.--III,
    130*, 151, 155, 158, 178, 238, 247, 326, 327, 348, 357, 422,
    429, 434, 451, 453, 454, 458, 459.--IV, 82.

  CHARLES III, roi d'Espagne.--IV, 561, 562, 563.

  CHARLES IV, roi d'Espagne.--I, 331  335, 339, 342  346, 351 
    359, 368, 369, 377  381.--II, 242.--IV, 445.

  CHARLES XII, roi de Sude.--II, 399.

  CHARLES XIII, roi de Sude.--III, 15, 55.

  CHARLES XIV ou CHARLES-JEAN, roi de Sude.--II, 11, 147, 152, 155,
    257, 259.--III, 15, 48, 50, 54, 55, 73, 77.--V, 276*.

  CHARLES-EMMANUEL II, roi de Sardaigne.--I, 290*.--II, 228*.

  CHARLES-FLIX, roi de Sardaigne.--II, 228*.

  CHARLES-FRDRIC, grand-duc de Bade.--Voir BADE.

  CHARLES-LOUIS-FRDRIC, grand-duc de Bade.--Voir BADE.

  CHARLES, archiduc d'Autriche.--I, 267* 297.--III, 390*, 416,
    467.--IV, 45.

  CHARLES-THODORE, prince de Bavire.--Voir BAVIRE.

  CHARLES DE LORRAINE.--Voir LORRAINE.

  CHARLES DE NAPLES (prince).--Voir NAPLES.

  CHARLOTTE D'ANGLETERRE (princesse).--III, 434.

  CHARTRES (duc et duchesse de).--Voir ORLANS.

  CHARTRES (Mademoiselle de).--Voir Adlade D'ORLANS.

  CHASS (baron), gnral hollandais.--IV, 222*, 463.--V, 56.

  CHASTELLUX (chevalier de), lieutenant gnral.--I, 48*.

  CHASTRE (le comte de la), ambassadeur de France  Londres.--II,
    518.

  CHATHAM (William Pitt, lord).--IV, 288.--V, 535*, 544.

  CHATEAUBRIAND (de), crivain et homme d'tat franais.--III, 148*,
    229.

  CHATEAUBRUN (Jean-Baptiste-Vivien de), matre d'htel du duc
    d'Orlans.--I, 150*.

  CHATELAIN (Ren-Thophile), journaliste franais.--IV, 73*, 96*.

  CHATELET-LOMONT (Louis-Florent, duc du), diplomate franais.--V,
    531*.

  CHAUVELIN (le chevalier Bernard de), diplomate franais.--V, 548*.

  CHAUVERON (M. de), gentilhomme du Prigord.--I, 10.

  CHNIER (Marie-Joseph), homme politique et crivain franais.--I,
    247*.

  CHENOISE (M. de), diplomate franais.--III, 357, 359, 376.

  CHEVERT (Franois de), lieutenant gnral.--I, 120*.

  CHEVREUSE (Franoise de Narbonne Pelet, duchesse de).--I, 300*.

  CHILDRIC III.--II, 47.

  CHOISEUL-STAINVILLE (tienne-Franois, duc de).--I, 43*, 60,
    146.--V, 515  527, 529  531, 533  536, 538, 540, 542, 544 
    548, 553, 554, 556  562, 564, 565, 567, 575  585, 587  590.

  CHOISEUL-STAINVILLE (Mademoiselle Crozat du Chtel, duchesse
    de).--V, 519, 531, 589.

  CHOISEUL-BEAUPR (Franois, comte de).--V, 518*.

  CHOISEUL-BEAUPR (Mademoiselle de Romanet, comtesse de).--V, 518*.

  CHOISEUL-GOUFFIER (Auguste, comte de), diplomate et pair de
    France.--I, 14*, 23*, 34, 35, 37, 45, 72.

  CHON (Mademoiselle).--V, 551, 553, 560, 563.

  CHRISTIAN VII, roi de Danemark.--III, 35, 36*.

  CIC (Jrme Champion de), prlat franais.--I, 49*, 102.

  CICRON.--I, 64, 84.

  CLAIRAULT (Alexis), savant franais.--I, 83*.

  CLANCARTY (Richard Power-Trench, comte de), diplomate
    anglais.--II, 409*, 451, 535, 539, 546.--III, 113, 140, 172 
    176.

  CLAPARDE (le comte), gnral franais.--I, 406*.

  CLARENDON.--Voir VILLIERS.

  CLARKE duc de Feltre, gnral et homme d'tat franais.--I, 306*,
    388.--III, 152*.

  CLAUDE, empereur romain.--I, 444.

  CLAUSEL (Bertrand), marchal de France.--III, 251.--IV, 269*.

  CLMENT VII, pape.--II, 60.

  CLMENT DE RIS, pair de France.--III, 252.

  CLOPATRE.--III, 8.

  CLERMONT-GALLERANDE (Charles, marquis de), marchal de camp et
    pair de France.--I, 128*.

  CLOUET.--V, 218.

  CLUYS, homme politique franais.--III, 252.

  COBENZL (Louis, comte de), homme d'tat autrichien.--I, 281*,
    282.--II, 388.

  CODRONCHI, prlat italien.--II, 102.

  CODRUS.--I, 445.

  COIGNY (Henri de Franquetot, duc de), marchal de France.--I,
    104*, 153.

  COLBERT, homme d'tat franais.--I, 146.

  COLCHEN (le comte), pair de France.--III, 252.

  COLLOREDO (Jrme, comte de), gnral autrichien.--III, 98*.

  COND (Louis-Joseph de Bourbon, prince de).--I, 177*, 183, 203,
    204, 323.--II, 299.--V, 565.

  CONDILLAC (Etienne Bonnot de), philosophe franais.--I, 85*.

  CONDORCET (M. Caritat, marquis de), philosophe franais.--I, 85*,
    135.

  CONGLIANO.--Voir MONCEY.

  CONFLANS D'ARMENTIRES (Louis-Gabriel, marquis de), marchal de
    camp.--I, 158*, 159.

  CONINGHAM (marquise de).--III, 404.

  CONSALVI, cardinal, secrtaire d'tat de la cour de Rome.--I,
    284*.--II, 119.

  CONSTANT (Benjamin), homme politique et crivain franais.--II,
    261.--III, 466.

  CONSTANTIN, grand-duc de Russie.--I, 407*, 414, 425.--II, 434,
    440, 445, 522.

  CONZI (Louis de), prlat franais.--I, 54, 59.

  COOK (H.), colonel anglais.--II, 145.

  COOK (Edouard), homme d'tat anglais.--II, 374*, 526, 534.

  COPPENS (M. de), homme politique belge.--IV, 494*.

  CORCELLES (Claude de), homme politique franais.--IV, 168*.

  CORDOVA (Louis-Fernandez de), gnral et diplomate espagnol.--V,
    207*, 217, 218, 252.

  CORMEREY (M. de).--I, 105, 106.

  CORNUDET (le comte), pair de France.--III, 252.

  CORNWALLIS (Charles lord), gnral et homme d'tat anglais.--I,
    282*.

  CORSINI (M. de).--II, 493.

  COURLANDE (Charlotte-Dorothe de Medem, duchesse de).--II, 4*, 5,
    181*, 213.

  COURLANDE (Dorothe, princesse de).--Voir DINO.

  COURTIN, homme politique franais.--III, 252.

  COUTURIER (l'abb), suprieur du sminaire Saint-Sulpice.--I, 22*.

  CHEIDEMANN, conseiller d'tat russe.--I, 414.

  CREUTZ (Gustave, comte de), diplomate sudois.--I, 46*.

  CROIX (le comte de), pair de France.--III, 252.

  CROMWELL.--I, 258.

  CROZAT DU CHATEL (Marie-Thrse Gouffier du Heilly, marquise).--V,
    516.

  CROZAT DU CHATEL (Louis-Franois, marquis), lieutenant
    gnral.--V, 516*.

  CRUSSOL (le bailli de).--III, 233.

  CUVELIER, intendant militaire autrichien.--III, 258.

  CUMBERLAND (Guillaume-Auguste, duc de).--V, 523*.

  CUMBERLAND (Frdrique de Mecklembourg-Strlitz, duchesse
    de).--V, 166*.

  CURTEN (Maurice, chevalier de), lieutenant gnral.--V, 517*,
    524.

  CZARTORYSKI (le prince Adam).--II, 309*, 329, 389, 390, 443, 500,
    511, 515, 525, 528, 536, 547.--III, 51, 96, 115.

  CZERNICHEFF (A. de).--II, 352.


D

  DALBERG (Charles, baron de), prince primat de la confdration du
    Rhin.--I, 417*, 428, 434, 437, 445, 446.--II, 219*, 232, 245.

  DALBERG (meric-Joseph, baron, puis duc de), homme d'tat
    franais.--I, 418*.--II, 135, 149, 163, 168, 207, 208, 257 
    260, 303, 359, 369, 400, 414, 423, 430, 432, 479, 492, 494, 508,
    520, 540, 546.--III, 113, 188, 212, 285, 333.--IV, 33, 70, 71,
    82, 94, 97, 109, 139, 140, 169, 206, 207, 267, 269, 320, 325,
    329, 339, 347, 378.--V, 171*.

  DALHOUSIE (lord), gnral anglais.--II, 142.

  DALMATIE (duc de).--Voir SOULT.

  DAMAS, acteur de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  DAMBRAY (Charles-Henry, vicomte), homme d'tat franais.--II,
    173*, 518, 530.

  DAMOUR, diplomate franais.--III, 26.

  DANTE.--I, 373.

  DANTZIG (duc de).--Voir LEFEBVRE.

  DARBERG (M. de).--I, 388.

  DARMSTADT (Louis, prince hrditaire, puis grand-duc de Hesse
    Darmstadt).--I, 418*.

  DARU (le comte), homme d'tat franais.--I, 407*.

  DAUD.--I, 58.

  DAUN (Lopold, comte de), feld-marchal autrichien.--V, 522*, 524,
    525.

  DAUN (la comtesse de).--V, 525.

  DAUNOU (Pierre), homme politique franais.--I, 247*.--II, 102.

  DAVOUST duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmhl, marchal de
    France.--I, 406.--II, 79.--III, 160.

  DAWKINS, commissaire anglais en Grce.--III, 436.

  DAZINCOURT (Joseph Albouis), directeur des spectacles de la
    cour.--I, 402*, 403, 405, 429.

  DEBELLE (M.).--III, 251.

  DECAZES (Elie, duc), homme d'tat franais.--IV, 350.

  DECHEN (M. de).--I, 419.

  DEDEL, diplomate hollandais.--V, 88, 146, 166  169, 173, 175,
    194, 198, 324, 329, 330, 502.

  DEDELEY D'AGIER (le comte), pair de France.--III, 252.

  DEFFANT (Marie de Vichy-Chamrond, marquise du)--V, 517*.

  DEFERMONT, homme politique franais.--III, 252.

  DEJEAN (Franois-Andr, baron), prlat franais.--II, 76*.

  DEJEAN (Franois), gnral franais.--III, 252.

  DEJEAN (Auguste, comte), gnral franais.--III, 252.

  DELILLE (l'abb), pote franais.--I, 36*, 45, 60.--II, 309.

  DEMARAY (Marc-Jean), gnral et homme politique franais.--IV,
    168*.

  DENBIGH (William-Basile Percy-Fielding, comte de), pair
    d'Angleterre.--V, 97*.

  DENON (le baron), directeur gnral des muses.--I, 310*.

  DERBY.--Voir STANLEY.

  DESAIX (Louis-Antoine), gnral franais.--I, 280*.

  DESCARTES.--I, 82.

  DESFOURNEAUX ( Etienne, comte), gnral franais.--III, 249*.

  DESPORTES (Flix).--III, 252.

  DESPRS, acteur de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  DESSAU (Lopold, prince d'Anhalt).--I, 417*.

  DESSOLLES (Jean), gnral franais.--III, 154*.

  DESSOLLES (Irne-Yves, baron), prlat franais.--II, 104*.

  DEVAUX (Paul-Isidore), homme d'tat belge.--IV, 166*, 215.

  DIEBITCH (Jean, comte de), feld-marchal russe.--III, 400*.--IV,
    323.

  DIGEON (vicomte), gnral franais.--III, 110*.

  DILLON (Arthur de), prlat franais.--I, 27*, 31*, 49, 101.

  DILLON (Arthur, comte de), gnral franais.--I, 160*.

  DINO (Edmond, comte de Prigord, duc de Dino, puis de
    Talleyrand).--II, 4*, 5.

  DINO (Dorothe de Courlande, comtesse Edmond de Prigord, duchesse
    de Dino, puis de Talleyrand et Sagan).--II, 5*, 208.--III, 333,
    337, 342, 459, 462, 465, 466.--IV, 172, 179, 181, 329, 469,
    495.--V, 9, 166, 174.

  DINO (Mademoiselle Pauline de).--V, 483.

  DION CASSIUS.--I, 444.

  DIRAT.--III, 252.

  DOLGOROUKI (le prince Georges), gnral et diplomate russe.--I,
    418*.

  DNHOFF (le comte), conseiller de lgation prussien.--V, 20, 27.

  DORIA (Giovanni-Pamphili), cardinal italien.--II, 77, 109*, 111.

  DOMBROWSKI (Jean), gnral polonais.--I, 309*.

  DROUET D'ERLON, marchal de France.--III, 153, 251.

  DROUOT, gnral franais.--III, 251.

  DROUYEN DE L'HUYS (douard), diplomate et homme d'tat
    franais.--V, 340, 341*.

  DUCHATEL (Charles-Marie Tanneguy, comte), homme d'tat
    franais.--V, 351*.

  DUCHATEL.--V, 218.

  DUCHESNOIS (Mademoiselle), actrice de la Comdie-Franaise.--I,
    405*.

  DUCOS (le comte Roger), membre du Directoire.--I, 269, 273*.

  DUCREST (Charles-Louis, marquis), chancelier du duc d'Orlans.--I,
    170*, 171, 172, 178, 204.

  DUCREST.--Voir VILLENEUVE.

  DDUFRESNI.--I, 308.

  DUGNANI (Antoine), cardinal italien.--II, 109*, 111.

  DUKA (Pierre, comte), gnral autrichien.--II, 428*.

  DULAU (Jean-Marie), prlat franais.--I, 31*, 32.

  DUMOLARD.--Voir BOUVIER.

  DUMONT (Pierre), publiciste suisse--I, 226*.

  DUMOURIEZ (Charles-Franois Duperrier), gnral franais.--I,
    292*.--III, 307*, 308.

  DUNCANNON OF BESSBOROUGH (John-William, baron), homme d'tat
    anglais.--V, 444*, 445.

  DUNDAS (lord Melvil), homme d'tat anglais.--I, 230*.

  DUPIN (Andr-Marie), magistrat et homme d'tat franais.--IV,
  21.--V, 11*, 12, 45, 131, 190, 361, 462.

  DUPONT DE L'TANG (Pierre), gnral franais.--I, 319*.--II, 478*,
    502, 505, 558.

  DUPONT DE L'EURE, homme politique franais.--V, 56.

  DUPONT DE NEMOURS (Pierre), conomiste franais.--I, 37*, 105,
    106, 107.

  DUPORTAIL, ministre de la guerre.--I, 68*.

  DUPRAT (l'abb).--V, 542.

  DUPUIS (Mademoiselle Rose), actrice de la Comdie-Franaise.--I,
    405.

  DURANT.--Voir MAREUIL.

  DURAS (Emmanuel de Durfort, duc de), marchal de France.--V, 549*.

  DURAS (Anglique de Bournonville, marchale duchesse de).--I, 5*.

  DURAS (Amde de Durfort, duc de), pair de France.--II, 169*.

  DURBACH.--III, 252.

  DURFORT-BOISSIRES (le chevalier Joseph de).--V, 550*.

  DURFORT (Madame tienne de).--II, 259.

  DURHAM (John-George Lambton, comte de), homme d'tat
    anglais.--III, 397*.--V, 20, 324*, 357, 409.

  DUROC, duc de Frioul, grand-marchal du palais.--I, 294*, 301,
    311, 330, 346, 381, 401  403, 407.

  DUVAL (Pierre), recteur de l'Universit.--I, 82*.

  DUVOISIN (Jean-Baptiste, baron), prlat franais.--I, 51*.--II,
    44, 52, 64, 71, 78, 80, 84  86, 88  105, 108, 113, 116.

  DWERNICKI, gnral polonais.--IV, 221*.

  DZIALINSKI, gentilhomme polonais.--I, 310.


E

  EDELSHEIM (le baron d'), homme d'tat badois.--III, 305, 308 
    311.

  EGLOFFSTEIN (Auguste, baron d'), gnral saxon.--I, 416*.

  EINSIEDEL (le baron d'), homme d'tat saxon.--I, 416.--II,
    291.--III, 105.

  ELISA.--Voir BACIOCCHI.

  ELISABETH, reine d'Angleterre.--II, 253.

  ELISABETH, impratrice de Russie.--I, 422*.--II, 307, 464, 495,
    499, 526.--III, 19, 22.--V, 541*, 542, 543.

  ELISABETH DE BOURBON (Madame).--I, 383.

  LISABETH FARNSE, reine d'Espagne.--III, 88*.

  ELLENBOROUGH (douard Law, comte de), homme d'tat anglais.--IV,
    451*.

  ELLICE (douard), homme d'tat anglais.--V, 420*.

  EMERY (l'abb Jacques-Andr), suprieur-gnral de l'ordre de
    Saint Sulpice.--II, 41*, 52, 71, 78.

  ENGHIEN (Louis-Antoine-Henry de Bourbon, duc d').--I, 292,
    404.--III, 302, 306  311, 315, 316.

  EON DE BEAUMONT (Charles, chevalier d').--V, 545*.

  ERLON (d').--Voir DROUET D'ERLON.

  ESCOQUIZ (don Juan de), homme d'tat espagnol.--I, 331*  336,
    339  343, 352, 353, 362  365, 370, 375, 377  381.

  ESPARBS (Mademoiselle Toinard de Jouy, comtesse d').--V, 547*.

  ESPRESMNIL (Jean-Jacques du Val d'), conseiller au parlement.--I,
    188*, 191. 206, 207.

  ESSLING (prince d').--Voir MASSNA.

  ESTERHAZY DE GALANTHA (Paul-Antoine, prince), diplomate
    autrichien.--III, 353, 373, 401*, 402.--IV, 79, 80, 103, 115,
    116, 133, 138, 142, 143, 393, 421, 498.--V, 5, 22, 37, 57, 184,
    298, 299, 303, 305, 328, 330.

  ESTERHAZY DE GALANTHA (Marie-Josphine de Lichtenstein,
    princesse).--III, 96*.

  ESTISSAC (Marie de la Rochefoucauld, duchesse d').--I, 5*.

  ESTRES (Louis Le Tellier, marquis de Courtenvaux, duc d')
    marchal de France.--V, 523*, 533.

  ETIENNE III, pape.--II, 47.

  ETIENNE V, pape.--II, 47.

  EUGNE (le prince).--Voir BEAUHARNAIS.

  EUGNIE BERNADOTTE, reine de Sude.--III, 50.

  EXELMANS, gnral franais.--III, 252.--IV, 26*.

  EYRAGUES (le marquis d'), diplomate franais.--V, 86, 160*, 162*,
    202.


F

  FABERT (Abraham), marchal de France.--I, 120*.

  FABRE DE L'AUDE (le comte), pair de France.--III, 252.

  FABVIER (le baron), gnral franais.--IV, 26*.

  FAGEL (Robert, baron de), gnral et diplomate hollandais.--III,
    148*.--IV, 435.

  FAIN (Franois, baron), conseiller d'tat, secrtaire du cabinet
    de l'empereur.--I, 406*.

  FALCK (Antoine Reinhard, baron), homme d'tat hollandais.--III,
    374*, 375, 392, 423.--V, 53.

  FALKENSTEIN (le major de).--I, 417.

  FAUCHE-BOREL ( Louis) agent politique franais.--III, 164*.

  FAVIER (Jean-Louis), diplomate franais.--I, 58*.

  FELTRE (duc de).--Voir CLARKE.

  FERCOC, bibliothcaire du chteau de Valenay.--I, 383.

  FERDINAND VII, prince des Asturies, puis roi d'Espagne.--I, 318,
    331  336, 339, 340  344, 346, 351  353, 357, 359  372, 374,
    375, 377, 379  381, 386, 389, 390.--II, 34, 341.--III, 72,
    258.--V, 90*, 99, 104, 250, 457.

  FERDINAND 1er, roi des Deux-Siciles.--I, 265*, 302.--II, 225, 237,
    240, 241, 254, 293, 294, 306, 312.--III, 57, 67, 68, 85, 95,
    119, 180, 206, 220.

  FERDINAND II, roi des Deux-Siciles.--V, 289.

  FERDINAND, archiduc d'Autriche, grand-duc de Toscane, lecteur de
    Salzbourg, grand-duc de Wurtzbourg.--II, 223*, 242.--III, 62*,
    265.

  FERIA (marquis de).--I, 367.

  FERNAN-NUNS (comte de), diplomate espagnol.--I, 367*, 371, 374.

  FERRAND (Antoine-Franois-Claude, comte), homme d'tat
    franais.--II, 173*.

  FESCH, cardinal franais.--I, 260*, 423.--II, 51, 78, 96, 98. 99,
    100*, 101  105.

  FEUILLET, diplomate franais.--V, 399, 411, 412, 413.

  FICQUELMONT (Charles-Louis, comte de), gnral et diplomate
    autrichien.--V, 273*.

  FILANGIERI prince de Satriano, duc de Taormina (Charles), gnral
    napolitain.--II, 456*, 473.

  FITZ-JAMES (M. de).--I, 160.

  FITZ-JAMES (Marie de Thiard, duchesse de).--I, 24*.

  FLAHAUT (Adlade Filleul), comtesse de Flahaut, puis marquise de
    Souza.--I, 248*.

  FLAHAUT DE LA BILLARDERIE (comte de), gnral et diplomate
    franais.--III, 163*, 410  412, 417.--IV, 5*, 28, 29, 59, 62,
    64, 74, 311, 329, 344, 347, 387, 446, 488, 489.--V, 4, 22, 229,
    236.

  FLAHAUT DE LA BILLARDERIE (comtesse de).--IV, 344.--V, 22.

  FLAGERGUES, homme politique franais.--III, 234, 235.

  FLCHE (Madame de la).--II, 25.

  FLCHIER, prlat franais.--II, 80.

  FLEURY, cardinal et homme d'tat franais.--I, 20, 98.--V, 534*,
    547.

  FLEURY (M. de).--I, 59.

  FLEURY (l'abb Claude), confesseur de Louis XV.--II, 40*.

  FLEURY (Anne d'Auxy de Monceaux, duchesse de).--I, 5*.

  FLEURY (Claudine de Montmorency-Laval, marquise de).--I, 161*.

  FLORIDA-BLANCA marquis de Miraflors.--V, 336*, 337  339, 358,
    362, 363, 367, 377, 378*, 379, 380, 384, 422*, 425, 427, 428,
    430, 443, 447, 449, 451, 454, 464, 465, 468, 469, 471, 472.

  FORE (l'abb de), homme politique belge.--IV, 148*, 152, 159.

  FONCEMAGNE (tienne de), sous-gouverneur du duc d'Orlans.--I,
    150*.

  FONTANA (Franois-Louis), cardinal italien.--II, 52*, 71.

  FONTANES (M. de), grand-matre de l'Universit.--I, 435*.--II, 7,
    168.

  FONTENELLE, crivain franais.--I, 66, 82, 181.

  FONTENILLE (marquis de).--I, 128*.

  FORBIN-JANSON, homme politique franais.--III, 252.

  FORELL (le baron de), diplomate saxon.--I, 361*.

  FOREST (Antoine, comte de la), diplomate franais.--I, 294*, 387,
    388.

  FORMOND (M. de), diplomate franais.--II, 207*.--III, 26*.

  FORNIER.--I, 95.

  FOSTER (Auguste-Jean), diplomate anglais.--V, 404*, 434.

  FOUCAULT, cuyer de M. de Talleyrand.--I, 383.

  FOUCH, duc d'Otrante, ministre de la police.--I, 269*.--II, 7, 9,
    147, 257, 262.--III, 229, 233  236, 238, 239, 249  251, 254,
    255.

  FOULON (Joseph-Franois), conseiller d'tat et intendant des
    finances.--I, 57*, 60, 89, 95, 97.--V, 560.

  FOUQUET, surintendant des finances.--I, 172.

  FOURQUEUX (Michel Bouvard de), contrleur gnral.--I, 106*, 107,
    108.

  FOX (Charles), homme d'tat anglais.--I, 227*, 241, 283, 304,
    305.--III, 416.

  FRANCISCO, infant d'Espagne.--I, 339*, 381.

  FRANCK (Madame).--II, 300.

  FRANCKLIN.--II, 264.

  FRANOIS Ier, roi de France.--I, 65.--II, 57, 63.

  FRANOIS Ier, empereur d'Allemagne.--V, 515*, 516, 523, 528, 529.

  FRANOIS II comme empereur d'Allemagne et Ier comme empereur
    d'Autriche.--I, 223, 277, 281, 298, 321, 424, 438, 439,
    449.--II, 10, 68, 150, 152, 258, 260, 283, 287, 310, 327,
    329, 351, 376, 397, 404, 408, 410, 411, 421, 422, 428, 461, 467,
    498, 509, 510, 527, 530, 538, 546, 547, 555.--III, 8, 24, 31,
    32, 42, 47, 56, 63, 67, 72, 81, 94, 120, 125, 163, 181 
    183.--V, 204, 224, 270  274, 304, 393.

  FRANOIS Ier, roi des Deux-Siciles.--III, 455.

  FRANOIS IV (archiduc d'Autriche) duc de Modne.--II, 224*, 229.

  FRDRIC II, roi de Prusse.--I, 309, 316.--V, 524, 529, 542, 546,
    547, 570.

  FRDRIC-GUILLAUME III, roi de Prusse.--I, 298*, 303, 304, 315,
    396.--II, 150, 152, 162, 258, 286, 385, 386, 393, 395, 404, 440,
    443  445, 465, 469, 476, 538.--III, 52, 197, 274, 400,
    402.--IV, 329, 380, 391, 392, 495.--V, 38, 204, 271, 273, 274,
    395, 487, 509.

  FRDRIC II comme duc et 1er comme roi de Wurtemberg.--I, 294,
    296, 304, 419*, 428, 446.--II, 388, 510, 511*, 530, 540.--III,
    118, 163.

  FRDRIC-AUGUSTE 1er, roi de Saxe.--I, 310, 317*, 415, 446.--II,
    204, 219, 245, 246, 250, 283  285, 289, 290, 304, 306, 312,
    313, 332, 342  344, 350, 357, 387, 392, 393, 396, 397, 440,
    441, 450, 454, 461, 467, 472, 474, 480, 522, 525, 543, 544, 547,
    553, 553.--III, 4, 5, 8, 14, 16, 48, 53  55, 58, 61, 76, 84,
    93, 101, 102, 104*, 105.

  FRDRIC VI, roi de Danemark.--II, 363, 456.

  FRDRIC-GUILLAUME, prince royal de Prusse, plus tard roi sous le
    titre de Frdric-Guillaume IV.--III, 358*, 400, 402.--V, 509.

  FRDRIC-GUILLAUME-CHARLES prince des Pays-Bas.--Voir PAYS-BAS.

  FRDRIQUE-CATHERINE princesse de Wurtemberg, reine de
    Westphalie.--I, 419.

  FRESSINET.--III, 252.

  FRTEAU DE SAINT-JUST (Emmanuel), conseiller au Parlement.--I,
    92*, 189, 191, 197.

  FREVILLE (M. de), conseiller d'tat franais.--V, 198*.

  FRIAS (le duc de), diplomate espagnol.--I, 367, 374.--V, 368,
    391*, 421, 475.

  FRIMONT (Jean-Philippe, comte de), gnral autrichien.--III, 98*,
    165, 229.

  FUNCK (le baron de), gnral saxon.--I, 415*.


G

  GABLENZ (M. de), chambellan du roi de Saxe.--I, 415.

  GABRIELLE (Jules), cardinal italien.--II, 49*.

  GAGARIN (le prince), aide de camp de l'empereur Alexandre.--I,
    414.

  GAGE (sir William Hall), amiral anglais.--V, 430*.

  GAGERN (baron Jean de), historien et diplomate allemand.--I, 279*.

  GALAIZIRE (le marquis Chaumont de la), conseiller d'tat
    franais.--I, 105*, 106.

  GALITZIN (le prince).--I, 414.

  GALL (le baron de).--I, 416.

  GALLEBOIS (M. de), officier d'ordonnance du marchal Berthier.--II,
    270.

  GALLES (Caroline de Brunswick, princesse de).--Voir CAROLINE.

  GALLOIS, marin franais.--IV, 427, 433.

  GARNIER DE SAINTES, homme politique franais--III, 252.

  GARRAU.--III, 252.

  GASCHET (L'abb).--II, 42.

  GASCOYNE, gnral et homme politique anglais.--IV, 145*.

  GASSENDI (le comte), homme politique franais.--III, 252.

  GENDEBIEN (Jean-Franois), homme politique belge.--III, 442*.

  GENLIS (Charles Brlart, marquis de Sillery, comte de).--I, 162*,
    163.

  GENLIS (Flicit Ducrest de St-Aubin, marquise de Sillery,
    comtesse de).--I, 162*, 163, 164, 171, 179, 248, 299, 300, 448;
    III, 372, 445.

  GENOUDE (Antoine-Eugne de), journaliste franais.--IV, 451*.

  GENTZ (Frdric de), diplomate autrichien.--II, 279*, 280, 282,
    315, 318, 328, 340  342, 346, 347, 350, 429, 444; III, 30, 32,
    47.

  GEOFFRIN (Madame).--I, 48.

  GEORGEL (l'abb Jean-Franois).--I, 92*.

  GEORGE II roi d'Angleterre.--V, 544*.

  GEORGE III roi d'Angleterre.--I, 221, 230, 276, 305; II, 203*, 221,
    379, 388, 400; III, 79; V, 544.

  GEORGE IV, prince rgent, puis roi d'Angleterre.--II, 146, 301,
    396, 418, 436, 550, 551; III, 4, 168, 265  271, 404, 449.

  GEORGES. Voir CADOUDAL.

  GRARD, marchal et homme d'tat franais.--III, 445; IV, 262*,
    264, 266, 271, 347, 474, 475; V, 30, 62, 65, 70, 73; V, 76, 85,
    448, 450.

  GRARD (La marchale); III, 445.

  GERBIER (Pierre), avocat au parlement de Paris.--I, 105*, 106.

  GERLACHE (tienne-Constantin, baron de), homme d'tat belge.--IV,
    207.

  GERVAIS, conseiller d'tat russe.--I, 414.

  GILLY, gnral franais.--III, 251.

  GIRAC (Franois Bareau de) prlat franais.--I, 59*.

  GIRAC (Madame de).--I, 58*.

  GIRALDO (don Pedro), colonel espagnol.--I, 339, 352, 353.

  GISE (M. de), homme d'tat bavarois.--V, 441.

  GIULAY (le comte Ignace), gnral autrichien.--I, 301*.

  GLEICHEN (M. de).--I, 417.

  GLENELG (Charles Grant, lord), homme d'tat anglais.--III, 460*.

  GLUCK.--I, 50.

  GOBLET D'ALVIELLA (le comte), gnral et diplomate belge.--IV,
    327*, 361, 362, 375, 479.--V, 16*, 45, 46, 393*, 394, 395, 397.

  GODERICH (Frdric-John Robinson, comte de Ripon, lord vicomte),
    homme d'tat anglais.--III, 397*.--IV, 314, 317*.--V, 412, 446.

  GODO, prince de la Paix (don Manuel).--I, 307*, 328  337, 340 
    342, 345, 346, 351, 353  359, 361  365, 367, 378  381.

  GODO, princesse de la Paix, (Madame).--I, 332*, 356.

  GODO (don Diego).--I, 334.

  GOETHE.--I, 416, 426  429, 434, 436, 437, 441, 442.

  GOGEL (Alexandre), homme d'tat hollandais.--II, 20*.

  GOHIER, membre du Directoire.--I, 269.

  GOISLARD.--Voir MONSABERT.

  GOLDBERG, homme politique hollandais.--II, 20.

  GOLTZ (Auguste-Frdric, comte de), diplomate prussien.--I, 314*,
    419.

  GONTAUT (Charles, duc de).--V, 517  519, 530, 531, 533, 548.

  GONTAUT (Antoinette Crozat du Chtel, duchesse de).--V, 516*, 517,
    519.

  GORDON (sir R.), diplomate anglais.--IV, 154, 492*.

  GORLITZ (baron de).--I, 419.

  Gourieff (M. de), diplomate russe.--III, 366*.--IV, 425.

  GOURNAY (M. de).--I, 106.

  GOURVILLE (M. de), gentilhomme du Prigord.--I, 10.

  GOUVION (Jean-Baptiste), gnral franais.--I, 68*.

  GOUVION-SAINT-CYR (Laurent), marchal et homme d'tat
    franais.--III, 238*.

  GOY (mylord).--V, 550.

  GRAHAM (sir James), homme d'tat anglais.--V, 141*, 410, 412, 446.

  GRAMONT (Batrix de Choiseul Stainville, duchesse de).--I,
    44*.--V, 547*, 548, 555, 583, 585.

  GRANT (Charles).--Voir GLENELG.

  GRANT (sir John), diplomate anglais.--V, 417, 420*.

  GRANVILLE (Thomas Leveson Gower, comte) diplomate anglais.--IV,
    85*, 91, 274, 362, 381, 385, 395  397, 402, 456.--V, 14, 15,
    21, 27, 28, 48, 67  69, 71, 108, 111, 112, 124, 125, 130, 140,
    145, 148, 151, 158, 206, 209, 212, 213, 227, 265, 279, 290, 304,
    357, 367, 373, 374, 395, 398, 401, 404, 405, 423, 461, 495.

  GRGOIRE LE GRAND, pape.--II, 53.

  GRGOIRE XIV, pape.--II, 70,

  GRGOIRE XVI, pape.--IV, 419, 422, 427, 433, 436, 444, 481, 483,
    496.

  GRGOIRE, colonel belge.--IV, 52*.

  GRENVILLE (William Wyndham lord), homme d'tat anglais.--I, 229,
    305*.

  GRESSET, pote comique.--V, 517*.

  GREY (Charles, comte), homme d'tat anglais.--III, 391*, 394, 396,
    397, 406, 407, 410, 414, 416, 418, 438, 466.--IV, 12, 14,
    15, 24, 56, 88, 132, 152  154, 237, 248, 258, 260, 271, 273,
    289, 292, 351, 358, 361, 370, 410, 423, 434, 437, 451, 455, 456,
    486.--V, 7, 19, 24, 30, 51, 52, 78, 85, 126, 132, 136, 137, 141,
    142, 151, 159, 201, 242, 243, 251, 255, 256, 293, 294, 296 
    299, 301, 304, 305, 307  309, 311  313, 317, 343, 344, 353,
    358, 375, 408, 412, 413, 415, 416, 420, 424, 425, 442  446.

  GREY (Henry-Georges Howick, comte).--V, 445*.

  GREY (lady).--V, 22.

  GRIMALDI (don Geronimo, duc de), diplomate espagnol.--V, 545*.

  GRIMALDI (Joseph-Marie de), prlat italien.--II, 103*.

  GROLMANN (Charles-Guillaume de), gnral prussien.--III, 58*.

  GROS (Mademoiselle), actrice de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  GROTE (Georges), historien et homme politique anglais.--V, 411*.

  GROUCHY (Emmanuel, marquis de), marchal de France.--III, 251.

  GUIBOURG (M. de).--V, 50.

  GUILLAUME IV, roi d'Angleterre.--III, 340  342, 369, 371, 375,
    379, 391, 459.--IV, 13, 29, 147, 148, 226, 288, 293, 334, 434,
    452, 458.--V, 21, 23, 24, 71, 130, 141, 145, 174, 251, 254, 255,
    263, 312, 313, 327*, 354, 377, 380, 382, 384, 412, 420, 442 
    444, 470, 472.

  GUILLAUME 1er, roi des Pays-Bas.--II, 221  223.--III, 128, 265,
    334, 339, 340, 345, 363, 364, 371  373, 381, 384, 393, 399,
    400, 411, 418, 422, 424, 431, 442, 444, 445, 449, 468, 469.--IV,
    3, 16  18, 27, 30, 35, 61, 78, 81, 99, 106, 150, 160, 172, 178,
    183, 191, 194, 195, 211, 231, 232, 238, 249, 250, 253, 255, 259,
    261, 264, 268, 270, 275, 278, 279, 281, 283, 287, 292, 296, 306,
    307, 317, 324, 328, 330, 337, 340, 343, 345, 346, 348, 354 
    356, 368, 375  381, 385, 392, 406, 409, 416, 425, 428, 429,
    432, 435, 454, 455, 459  462, 466, 471, 472, 475, 476, 482, 493
     497.--V, 5, 16, 26, 27, 36, 38, 42, 47, 53, 57, 72, 77, 84, 86
     88, 146, 150, 159, 162, 168, 169, 175, 185, 186, 192  198,
    226, 260, 261, 264, 270*, 277, 323, 328*, 329, 391, 397, 485 
    487, 488  492, 495, 496, 498  501, 503.

  GUILLAUME, prince d'Orange, prince royal des Pays-Bas et plus tard
    roi sous le nom de GUILLAUME II.--III, 355, 372, 373, 377, 378,
    381, 386, 389, 390, 409, 416, 461, 463.--IV, 12  14, 16, 22 
    27, 39  41, 50, 51*, 53, 62, 77  79, 86, 92, 116, 121  123,
    253, 263, 484, 486, 490.

  GUILLAUME, prince d'Orange et plus tard roi des Pays-Bas sous le
    nom de GUILLAUME III.--III, 385.

  GUILLAUME 1er, prince royal, puis roi de Wurtemberg.--II, 25*,
    510, 524, 540.

  GUILLAUME IX.--voir HESSE-CASSEL.

  GUILLAUME, duc de Bavire.--Voir BAVIRE.

  GUILLAUME DE BADE.--Voir BADE.

  GUILLEMINOT*, gnral et diplomate franais.--IV, 153  155, 159,
    161, 170, 226, 340*, 492*.

  GUIZOT, homme d'tat franais.--III, 360.--IV, 21.--V, 8, 39.

  GUSTAVE III, roi de Sude.--I, 93*.

  GUSTAVE IV, roi de Sude.--II, 383*.--III, 15*, 35, 36*, 50, 55.

  GUTAKOWSKI, gentilhomme polonais.--I, 310.

  GUTSCHMIDT (le baron de), gnral saxon.--I, 415.


H

  HAMMERSTEIN (Hans Detlef, baron de), ministre du duc
    d'Oldembourg.--I, 416*.

  HAMILTON (Alexandre), gnral amricain.--I, 241*, 244  247.

  HANNO, commissaire belge dans le Luxembourg.--V, 341*.

  HARDENBERG (Charles-Auguste, prince de), homme d'tat prussien.--II,
    149, 279*, 280, 285, 319*, 320, 323, 345, 422, 431, 444, 457, 472,
    491, 493, 499, 523, 527, 528, 533, 539, 548.--III, 18, 20, 53,
    113, 188, 204.

  HARDI (l'abb).--I, 15, 16.

  HAREL.--III, 252.

  HARISPE (Jean-Isidore, comte), marchal de France.--V, 463*, 464.

  HARLAY (du), magistrat franais.--II, 64.

  HARPE (Frdric-Csar de la), homme politique suisse.--I,
    285*.--II, 304*, 309, 329.--III, 94, 95.

  HARPE (J. Fr. de la) crivain franais.--I, 135*.

  HARROWBY (lord).--III, 148.--IV, 451.

  HARVELAY (Madame d').--I, 107.

  HASTINGS (Warren), homme d'tat anglais.--I, 226.

  HAUGWITZ (le comte d'), diplomate prussien.--I, 297, 298*, 301 
    303, 306.

  HAUTERIVE (Alexandre-Maurice Blanc, comte d'), diplomate
    franais.--II, 148*, 258.

  HAVR (Joseph-Anne-Auguste-Maximilien duc d'), pair de
    France.--III, 249*.

  HLNE PAULOWNA, grande-duchesse de Russie.--IV, 249*.

  HELVTIUS (Claude-Adrien), philosophe franais.--I, 84*.

  HNAULT (Charles), prsident au parlement de Paris.--I, 66.

  HNIN (Mademoiselle de Monconseil, princesse d').--I, 62*.

  HENRI II, roi de France.--I, 65.

  HENRI III, roi de France.--I, 65, 146.

  HENRI IV, roi de France.--I, 65, 146, 148, 149, 227.--II, 70,
    71.--V, 539*, 540, 588, 590.

  HENRI VIII, roi d'Angleterre.--II, 253.

  HENRI DE PRUSSE.--Voir PRUSSE.

  HENRI, lieutenant-colonel de gendarmerie.--I, 371, 382, 388.

  HERDA (baron de).--I, 416.

  HRICOURT (Louise Duch du Trousset d').--I, 45*, 46.

  HESSE-CASSEL (Guillaume IX, landgrave de).--II, 26*, 203, 221.

  HESSE-HOMBOURG (le prince de).--I, 417.

  HESSE-PHILIPPSTHAL (Franois, prince de).--I, 419*.

  HESSE-RHOTENBURG (le prince de).--I, 417.

  HEYDECOPER.--I, 233, 240.

  HEYTESBURY (William A'Court, baron), diplomate anglais.--IV, 108,
    118*.

  HIJAR (le duc d').--I, 367, 371.

  HILL (le vicomte), gnral anglais.--III, 460*.

  HINCMARD, ancien archevque de Reims.--I, 19.

  HINUBER, gnral allemand.--IV, 163.

  HIRN (Franois-Joseph de), prlat franais.--II, 103*, 105.

  HITROFF, gnral russe.--I, 414.

  HOBHOUSE, lord Broughton (John Cam), homme d'tat anglais.--V,
    444*, 445.

  HOCHE, gnral franais.--I, 261*.

  HOFF (Charles de), ministre d'tat du duch de Saxe-Gotha.--I,
    416*.

  HOFFMANN (Jean-Godefroy de), diplomate prussien.--II, 540*.

  HOHENLOHE (le prince de).--I, 419.

  HOHENZOLLERN-HECHINGEN (le prince de).--I, 418.*

  HOHENZOLLERN-HECHINGEN (le prince hrditaire de).--I, 418.

  HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN (Antoine, prince de).--I, 417*.

  HOLBACH (P. Thiry, baron d'), philosophe franais.--I, 85*.

  HOLLAND (Henry-Richard Vassall Fox, lord), homme d'tat
    anglais.--III, 397*.--IV, 314, 316, 317*, 437, 451.--V, 22,
    296, 348, 353.

  HOOGWORST (Emmanuel Vanderlinden, baron d'), gnral belge.--III,
    390*.

  HPITAL (Paul Gallucio, marquis de l'), diplomate franais.--V,
    541*.

  HOPPNER, consul anglais.--IV, 201, 224.

  HORTENSE DE BEAUHARNAIS, reine de Hollande.--II, 167.--IV, 179*,
    181.

  HOVEL (M. de).--I, 418.

  HOWARD DE WALDEN (Charles-Auguste Ellis, baron), diplomate
    anglais.--V, 359*, 511, 512.

  HOWE (Richard William Penn, comte), pair d'Angleterre.--V, 97*.

  HOWICK.--Voir GREY.

  HUGON (le baron), amiral franais.--V, 176*, 177.

  HULLIN, gnral franais.--III, 252.

  HULLOT, gouverneur de M. de Talleyrand.--I, 16.

  HUMANN, homme d'tat franais.--V, 191.

  HUMBOLDT (Alexandre de), savant allemand.--I, 45*.--III, 358*.

  HUMBOLDT (Guillaume, baron de), homme d'tat prussien.--II, 279,
    319, 323, 335, 346, 350, 354, 356, 412.--III, 113, 358, 402.

  HUME (David), philosophe et historien anglais.--V, 545*.

  HUSKISSON (William), homme d'tat anglais.--V, 106*.


I

  IBRAHIM PACHA, prince gyptien.--V, 109, 126*, 142, 160, 175,
    188, 434, 493.

  INFANTADO (duc de l').--I, 335*, 336, 337, 339, 340, 352, 353,
    359, 362, 364, 365, 370, 374, 375, 377, 378.

  INNOCENT XI, pape.--II, 45*, 64, 80, 91.

  INNOCENT XII, pape.--II, 46*.

  INVAULT (tienne Maynon d'), contrleur gnral.--V, 583*.

  ISABEAU, greffier au parlement.--I, 200.

  ISABELLE, reine d'Espagne.--V, 93, 104, 105, 120, 278, 450, 455,
    456.

  ISABELLE DE PARME, impratrice d'Allemagne.--V, 582.

  ISABEY (Jean-Baptiste), peintre franais.--III, 25*.

  ISENBOURG (le prince d').--II, 220.

  IZQUIERDO DE RIBERA Y LEZAUN, diplomate espagnol.--I, 330*, 346,
    369.


J

  JACOB, amiral franais.--V, 402, 448.

  JACOBI KLOEST (le baron de), diplomate prussien.--II, 350*, 351.

  JAUCOURT (Franois, marquis de), homme d'tat franais.--II, 168*,
    305*, 310, 314, 330, 347, 351, 356, 379, 383  385, 400, 408,
    414, 417, 419, 440, 451, 474, 479, 507, 513, 515, 519, 530, 532,
    537, 553.--III, 6, 9, 10, 14, 15, 17, 26, 41, 47, 48, 57, 76,
    79, 83, 90, 115, 131, 135, 141, 143, 145, 164, 165, 187, 238.

  JAURGUI (don Thomas), officier espagnol.--I, 334.

  JEAN VI, roi de Portugal.--III, 350.

  JEAN, prince, puis roi de Saxe.--III, 387*, 390.--IV, 14, 426*.

  JEAN, archiduc d'Autriche.--II, 352*.

  JENISSON-WALLEVORT (Franois-Olivier, comte de), ministre de
    Bavire  Londres.--V, 216.

  JRME, roi de Westphalie. Voir BONAPARTE.

  JERSEY (lady).--III, 457.

  JEPHERSON.--II, 264.

  JOINVILLE (le prince de).--IV, 174.

  JOLIVET (Jean-Baptiste, comte), ministre des finances de
    Westphalie.--II, 23*, 24.

  JORDAN (de), conseiller d'tat prussien.--II, 540.

  JOSEPH II, empereur d'Allemagne.--I, 177*.--V, 526, 582.

  JOSEPH, roi de Naples, puis d'Espagne. Voir BONAPARTE.

  JOSPHINE, impratrice des Franais.--I, 295, 342, 422, 447, 448,
    451.--II, 7.

  JOUBERT, gnral franais.--I, 270.

  JOURDAN, marchal de France.--IV, 97*.

  JUDA, cur de Saint-P.--II, 139.

  JULES II, pape.--II, 70.

  JULIE.--I, 36.

  JUNOT, duc d'Abrants, gnral franais.--I, 319*, 330.


K

  KALITCHEFF (M. de), diplomate russe.--I, 278.

  KALKREUTH (Frdric-Adolphe, comte de), feld-marchal prussien.--I,
    314*.

  KANTZOW (chevalier de), charg d'affaires de Sude  Lisbonne.--V,
    511.

  KAUNITZ-RIETBERG ( Venceslas-Antoine, comte puis prince de),
    homme d'tat autrichien.--I, 298.--III, 22.--V, 523*, 524  528.

  KELLER (Louis-Christophe, comte de), diplomate prussien.--I, 418*.

  KELLERMANN (Franois-tienne), gnral franais.--I, 280*.

  KERSABIEC (Mademoiselle de).--V, 50.

  KERSALAUN (comte de), gentilhomme breton.--I, 172.

  KETTELHUTT (M. de).--I, 417.

  KLBER, gnral franais.--I, 271.

  KNESEBECK (Charles-Frdric, baron de), feld-marchal
    prussien.--III, 120*.

  KOLLI.--I, 388.

  KOTZEBUE (Auguste, de), crivain allemand.--I, 428*.

  KOURAKIN (prince), feld-marchal et homme d'tat russe.--I, 315*,
    321.

  KRUDENER (Julie de Wietinghoff, baronne de).--I, 80*.

  KRUDENER (Alexis-Constantin, baron de), diplomate russe.--III,
    108*.

  KRUDENER (M. de), diplomate russe.--IV, 77*, 78, 92.


L

  LA BDOYRE (Charles Huchet, comte de), gnral franais.--III,
    150*, 251.

  LABENSKI (M.).--I, 414.

  LABORDE.--III, 251.

  LABRADOR (Pedro Gomes Kavelo, marquis de), diplomate espagnol.--I,
    370*, 378, 379.--II, 279, 282, 314, 318  324, 331, 335, 338,
    372, 381, 385, 452, 475, 493, 519, 531.--III, 10, 11, 16, 113.

  LACAVE, acteur de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  LACPDE (le comte de), naturaliste et homme d'tat
    franais.--III, 252.

  LACLOS (Pierre-Ambroise Choderlos de), gnral et crivain
    franais.--I, 208*, 209, 210.

  LACROIX (Constant-Charles de), homme d'tat franais.--I, 252*.

  LA FAYETTE (Gilbert Motier, marquis de), gnral et homme
    politique franais.--I, 68*, 69.--III, 385.--IV, 21, 34, 94,
    322, 351.--V, 56, 403*.

  LAFFITTE (Jacques), homme d'tat franais.--III, 334*, 368,
    430.--IV, 33, 73, 82, 97, 100 108, 491.

  LAFONT, acteur de la Comdie-Franaise.--I, 405*, 431.

  LA FONTAINE.--I, 85, 254.--III, 387.

  LAGRANGE (Joseph-Louis de), savant franais.--I, 134*.

  LALLEMAND (Charles-Franois-Antoine, comte), gnral
    franais.--III, 153*, 251.--IV, 26*.

  LALLEMAND (Henri-Dominique, baron), gnral franais.--III, 251.

  LALLY-TOLLENDAL (Grard, marquis de), homme d'tat
    franais.--III, 148*.

  LAMARQUE (Maximilien, comte), gnral et homme politique
    franais.--III, 252, 334*, 440.--IV, 21, 133*, 322, 436, 467.

  LAMB (Sir Frdric), diplomate anglais.--III, 461*.--IV, 151*,
    420.--V, 21, 111, 200, 209, 224, 300, 303  308, 341  343, 397,
    509, 510.

  LAMBALLE (le prince de).--I, 158.

  LAMBALLE ( Marie-Thrse-Louise de Savoie-Carignan princesse
    de).--I, 61*, 161, 201.

  LAMBERT (Charles-Guillaume), contrleur gnral des finances.--I,
    189*.

  LAMBRUSCHINI, nonce du pape  Paris.--IV, 140.

  LAMOIGNON (Chrtien-Franois, marquis de), garde des sceaux.--I,
    184*, 185, 186, 189, 191, 196 205.

  LANGLOIS, prcepteur de M. de Talleyrand.--I, 16, 17, 34.

  LANGSDORF (mile, baron de), diplomate franais.--III, 415*.

  LANNES, duc de Montebello, marchal de France.--I, 300, 406.

  LANNES, duchesse de Montebello (la marchale).--II, 10.

  LANNES, duc de Montebello (Napolon), pair de France et
    diplomate.--III, 253.

  LANSDOWNE (William Petty, marquis de), homme d'tat anglais.--I,
    225*.

  LANSDOWNE (Henry Petty, marquis de), homme d'tat anglais.--I,
    227*.--III, 397, 410.--V, 32*, 57, 84, 444.

  LAPLACE (P. Simon, marquis de).--I, 81*, 135.

  LA RVEILLRE-LPEAUX, membre du directoire.--I, 269.

  LA ROMANA (marquis de) gnral espagnol.--I, 330, 331*, 368.

  LASCY (Joseph, comte de), feld-marchal autrichien.--V, 526*.

  LA TOUR-MAUBOURG ( Marie-Charles-Csar de Fay, comte de), gnral
    franais et pair de France.--III, 252.

  LATOUR-MAUBOURG ( Just de Fay, marquis de), gnral et diplomate
    franais.--IV, 170*.

  LATOUR-MAUBOURG (Armand-Charles-Septime, comte de), diplomate
    franais.--IV, 282, 285, 310, 327, 357, 361  363, 368, 372,
    373, 390, 395, 402.--V, 45, 46, 73, 361.

  LAUDERDALE (James Maitland, comte de), homme d'tat anglais.--I,
    305*, 306.

  LAUDON (Ernest baron de), feld-marchal autrichien.--V, 526*.

  LAUNAY (Jourdan de), gouverneur de la Bastille.--I, 125*.

  LAURAGUAIS, duc de Brancas, (Lon de), pair de France.--I, 36*.

  LAURISTON (Jacques-Bernard Law, marquis de), marchal de
    France.--I, 405*.

  LAUZUN.--Voir BIRON.

  LAVAL (Mathieu-Paul-Louis de Montmorency, vicomte de).--I, 160*.

  LAVAL (Catherine Tavernier de Boullongne, vicomtesse de).--I, 24*,
    107.

  LA VALETTE (Marie Chamans, comte de), directeur gnral des
    postes.--I, 298*.--III, 251.

  LAVERDY (Clment de), contrleur gnral.--V, 582*, 583.

  LAVOISIER (Laurent), savant franais.--I, 134*.

  LAVRILLIRE (Louis Phlippeaux, comte de Saint-Florentin, duc
    de).--V, 556*, 565.

  LAWOESTINE (la marquise de).--III, 445.

  LEBEAU (Jean-Louis-Joseph), homme d'tat belge.--IV, 192*, 196,
    197, 201, 205, 211, 214, 493.

  LEBEL, valet de chambre de Louis XV.--V, 551, 552, 553, 556.

  LEBRUN, duc de Plaisance (Charles, prince), homme d'tat
    franais.--II, 8*.--III, 252.

  LEBRUN (Denis Ecouchard), pote franais.--I, 103*.

  LEBRUN (Marie-Louise Vige), peintre.--I, 50*.

  LECOCQ (M.).--I, 419.

  LECOIGNEUX DE BELABRE (le marquis), conseiller au parlement.--I,
    92*, 189.

  LEFEBVRE duc de Dantzig, marchal de France.--III, 252.

  LEFEBVRE duchesse de Dantzig, (la marchale).--I, 13*.

  LEFEBVRE-DESNOUETTES (Charles, comte), gnral franais--I,
    370.--III, 251.

  LEFEBVRE, diplomate autrichien.--III, 141*.

  LEHOC, mdecin du collge d'Harcourt.--I, 15.

  LEHON (le comte), diplomate belge.--IV, 208*, 229, 232, 479.--V,
    166, 405.

  LEIKAM (M. de).--I, 417.

  LELORGNE D'IDEVILLE.--III, 252.

  LEMOS (Gil de).--I, 362.

  LEMOS.--V, 218.

  LON III, pape.--II, 47.

  LON X, pape.--II, 57*, 63.

  LON (vque de).--V, 428, 431.

  LOPOLD DE SAXE-COBOURG-SAAFELD, roi des Belges.--I, 414*.--II,
    396, 523.--III, 421, 434, 435, 438  440, 463, 466  468.--IV,
    3, 11, 15, 26, 41*, 121, 122, 131, 148, 151, 152, 159, 160, 163,
    164, 166, 172*, 174, 177, 179, 186  190, 198, 199, 201, 205,
    207, 212, 214, 215, 217, 220, 222, 223, 225, 226, 230  234,
    236, 238, 240  244*, 248, 252  267, 272, 273, 276  281, 285,
    299, 305, 306, 328, 337, 343, 345, 357, 360  362, 366  377,
    402, 425, 454, 455, 459, 461, 463  467, 471, 473, 481, 485,
    492, 494.--V, 5, 16, 29, 31, 35, 36, 43, 165, 171, 187, 189,
    196, 395, 404, 405*, 406, 408, 409, 416, 418, 437.

  LOPOLD Louis-Philippe-Victor-Ernest, prince royal de
    Belgique.--V, 405.

  LOPOLD.--Voir NAPLES.

  LEPELLETIER (Flix).--III, 252.

  LEPELLETIER (Louis-Michel, comte de Saint-Fargeau), conseiller au
    parlement de Paris.--I,--193*.

  LERCHENFELD (comte de).--I, 418.

  LEROND (Madame).--I, 15.

  LESSART (Antoine de Valdeck de), homme d'tat franais.--I, 220*.

  LESSING, pote allemand.--I, 426.

  LEUCHTENBERG (Auguste-Charles-Eugne-Napolon, prince
    d'Eichstaedt, duc de).--III, 378*, 386, 390, 467.--IV, 6, 26,
    28, 35, 39, 41, 45, 55, 58, 59, 62, 67, 487, 488, 490.--V, 229 
    235, 239, 242, 243, 255*, 256.

  LEYEN (prince de la).--I, 418*.--II, 323*.

  LIANCOURT.--Voir LA ROCHEFOUCAULD.

  LICHTENSTEIN (Prince Jean de).--I, 301*, 323.

  LIEVEN (Christophe Andreiewitch, prince de), gnral et diplomate
    russe.--III, 367*, 368, 403, 404, 418, 419, 425, 437, 456.--IV,
    78, 80, 92, 121, 187, 224, 259, 355, 420.--V, 5, 22, 37, 40, 41,
    48, 71, 97, 105, 130, 151, 163, 183  185, 217, 248, 301, 302,
    318, 323, 325, 326, 331, 368, 403, 404, 500.

  LIEVEN (Dorothe de Benkendorf, princesse de).--III,404*, 405,
    406, 456.--IV, 12, 248.--V, 157.

  LILLE (comte de).--Voir LOUIS XVIII.

  LILLE (de), officier franais.--I, 153*, 154.

  LIMA, vicomte de Carreira (Louis-Antoine d'Abrene), diplomate
    portugais.--V, 441*, 454.

  LIMON (Geoffroy, marquis de), contrleur gnral du duc
    d'Orlans.--I, 178*, 179, 263.

  LIPPE (comtesse de la).--II,427.

  LIVERPOOL (Robert Jenkinson, comte de), homme d'tat
    anglais.--III, 45*.

  LOBAU.--Voir MOUTON.

  LOBO, diplomate portugais.--III, 113.

  LOCKE, philosophe anglais.--I, 81, 84.

  LONDONDERRY (Charles-William Stewart, marquis de), homme d'tat
    anglais.--II, 349* 353, 374, 409, 429, 539, 544, 545.--III, 21,
    113, 172, 175, 298.--IV, 313, 314, 317*, 324.--V, 463*.

  LONGUEVILLE (la duchesse de).--V, 588.

  LORRAINE (Charles, prince de), feld-marchal autrichien.--V, 524*.

  LORRAINE (princesse, Charlotte de).--I, 93.

  LOUIS LE DBONNAIRE, roi de France.--II, 47, 101.

  LOUIS IX (Saint-), roi de France.--IV, 105.

  LOUIS XI, roi de France.--V, 585.

  LOUIS XII, roi de France.--II, 70, 163.

  LOUIS XIII, roi de France.--I, 146, 166.

  LOUIS XIV, roi de France.--I, 4, 53, 66  68, 98, 116, 117, 146,
    149, 166, 172, 227, 420, 428.--II, 11, 46, 76, 129, 164, 269,
    313, 354.--IV, 321.

  LOUIS XV, roi de France.--I, 4, 66, 146.--II, 12, 269.--V, 517,
    518, 532  534, 547, 548, 551  554, 556, 561  565, 582, 585,
    588  590.

  LOUIS XVI, roi de France.--I, 23*, 24, 34, 67, 72, 97, 99, 101 
    106, 111, 124, 128, 130, 137, 138, 140, 146, 148, 156, 171, 172,
    175, 183  185, 187, 189  193, 196  200, 203  205, 221  224,
    274, 292.--II, 164,283.--V, 529, 589.

  LOUIS XVIII, roi de France.--138, 260, 287.--II, 39, 131, 146,
    165, 169, 172, 173, 204, 206, 211, 212, 214, 238, 249, 252, 255,
    263, 277, 281, 290, 298  300, 306, 307, 310  312, 317, 326,
    335, 350, 355, 359, 360, 363, 372, 380, 382, 389, 398, 403, 409,
    418, 421, 422, 427, 434, 443, 450, 457, 463, 473, 483, 492, 494,
    495, 501, 503, 505, 508, 514, 516, 518, 521, 530, 533, 536, 542,
    550, 551, 554, 566.--III, 3, 4, 7, 10  13, 16, 19, 23, 31, 32,
    39, 42, 46, 50, 51, 56, 61, 76, 77, 80, 84  87, 93, 98, 102 
    104, 109, 113, 115, 117, 118, 121, 123, 125, 127, 129, 131, 132,
    134, 139, 140, 142, 143, 145, 146, 149, 151, 153, 155  161,
    164, 166, 167, 180, 182, 184  186, 188, 189, 194, 228  238,
    243, 250, 253 258, 265, 268, 274, 275, 277, 289, 296, 298, 299,
    316, 319, 345.--IV, 82.

  LOUIS-PHILIPPE, roi des Franais.--I, 164.--II, 155.--III, 150 
    155, 157, 159*, 160, 174, 327  330, 342, 360, 369, 372, 376 
    378, 380, 387, 393, 411, 421, 429, 430, 440, 441. 451, 454, 457,
    459, 464.--IV, 5, 7, 9, 11  13, 29, 31, 34, 41, 48, 50, 52, 55,
    60, 68, 71, 75, 86, 88, 94, 97, 105, 106, 132, 173, 175, 179,
    205, 206, 243, 249, 251, 252, 255  259, 261, 264, 273  275,
    283, 289, 296, 297, 303, 305, 307, 308, 312, 321, 325, 331, 336,
    340, 345, 352, 354, 357, 360, 361, 363, 368, 369, 371, 372, 378,
    381, 382, 388, 400, 405, 411, 413, 415, 416, 427, 442  448,
    453, 459*, 461, 464, 465, 468  470, 474  478, 481  484.--V,
    6, 10, 22, 35, 38, 39, 45, 55, 65  67, 78, 91, 109, 130,
    141, 164, 174, 229, 231, 253, 254*, 263  265, 269, 270, 278,
    279, 295, 311, 335, 346  348, 352, 354, 369, 372, 374, 398,
    404, 406, 416, 423, 424, 441, 448, 452, 455  457, 464, 470,
    475, 477, 478, 480, 488, 489, 503, 504.

  LOUIS I, roi de Bavire.--III, 437.--IV, 9, 322, 349, 426.--V,
    441.

  LOUIS II, duc de Parme, roi d'trurie.--I, 328.--II, 519, 351.
    383*, 493.--III, 38.

  LOUIS, dauphin de France.--V, 579*.

  LOUIS (Louis-Dominique, baron), homme d'tat franais.--I, 89*
    92.--II, 135, 257.--III, 238, 259, 285.--IV, 448.

  LOUISE, reine de Prusse.--I, 303, 316.

  LOUISE D'ORLANS, reine des Belges.--IV, 459*, 461, 466, 468,
    473.--V, 5, 405, 406.

  LOUL (le marquis de) homme d'tat portugais.--V, 229*, 265.

  LOUL (Anne de Bragance, marquise de).--V, 265.

  LOUVOIS, homme d'tat franais.--I, 146.

  LOUVOIS (Auguste-Michel, marquis de), pair de France.--III, 249*.

  LOWENHIELM (Gustave de), diplomate sudois.--II, 331, 334, 345*,
    347.--III, 50, 113.

  LUCAIN, pote latin.--II, 532.

  LUCCHESINI (Jrme, marquis de), diplomate prussien.--I, 279*,
    308.

  LUCIEN.--Voir BONAPARTE.

  LUDOLF (le comte de), diplomate napolitain.--V, 441.

  LUIS (don), infant d'Espagne.--I, 333.

  LURDE (le comte de), diplomate franais.--V, 232*, 233, 236, 243,
    246, 247.

  LUTHER.--I, 80.--II, 43.

  LUXEMBOURG (Anne de Montmorency, chevalier de), marchal de
    camp.--I, 165*.

  LUXEMBOURG (Madeleine-Anglique de Neufville-Villeroi, marchale,
    duchesse de).--I, 36*.--V, 530*.

  LUYNES (Marie Brlart de la Borde, duchesse de).--I, 5*.

  LUYNES (lisabeth de Montmorency-Laval, duchesse de).--I, 24*,
    105.

  LYNCH (Jean-Baptiste, comte), maire de Bordeaux, pair de
    France.--II, 143*, 144.

  LYNDHURST (John-Singleton Copley, baron de).--IV, 451*, 452.


M

  MACANAZ (Don Pedro), homme d'tat espagnol.--I, 367*, 371, 378.

  MACDONALD, duc de Tarente (Alexandre), marchal de France.--I,
    267*.--II, 153, 166.--III, 107, 132, 151, 152, 155, 157.

  MACHAULT, comte d'Arnouville (Jean-Baptiste de), homme d'tat
    franais.--I, 25*, 26.--V, 522*, 585.

  MACHIAVEL.--II, 160.

  MACK DE LIEBERICH (Charles, baron de), gnral autrichien.--I,
    296*.

  MACKINTOSH (sir James), crivain et homme politique anglais.--IV,
    90*.

  MACLAGAN, homme politique belge.--IV, 22*.

  MADINIER, agent de change.--I, 95.

  MAHMOUD II, sultan ottoman.--59, 95, 115, 116, 118, 124, 125, 163,
    175, 176, 179, 182  184, 210, 211, 226, 305, 321, 434, 493,
    494.

  MAIRAN (Jean-Jacques Dortous de), crivain franais.--I, 66*, 82.

  MAISON (Joseph, marquis), marchal de France.--III, 236, 362*,
    371, 373, 376, 378, 380, 398.--V, 21, 112, 224, 315, 331*, 360,
    395, 500.

  MALACHOWSKI, gentilhomme polonais.--I, 310.

  MALCOLM, amiral anglais.--V, 42, 43, 48, 53, 162  164, 166, 177,
    179.

  MALESHERBES (Chrtien-Guillaume de Lamoignon de), homme d'tat
    franais.--I, 42*, 53, 215.

  MALMESBURY ( James-Harris, comte de), diplomate anglais.--I, 256*.

  MALOUET (Pierre-Victor, baron), homme d'tat franais.--I,70*.

  MANNAY (Charles), prlat franais.--I, 51*.--II, 52, 71, 78, 88,
    99, 101, 103, 105, 108, 116.

  MARBOIS.--Voir BARB-MARBOIS.

  MARBOT (baron de), gnral franais.--III, 252.

  MARC-AURLE, empereur romain.--II, 327.

  MARCHAND (Jean-Gabriel, comte), gnral franais.--III, 111*.

  MARCOLINI (le comte), homme d'tat saxon.--I, 415*.

  MARET, duc de Bassano (Hugues), homme d'tat franais.--I, 51*,
    407.--II, 7.--III, 156. 304.--IV, 378, 449, 488.

  MARET, duchesse de Bassano, (Madame).--I, 300*.

  MAREUIL (le baron Durant du), diplomate franais.--IV, 184*, 212,
    235, 435, 451, 454, 456, 459, 463  465, 478, 479.--V, 4, 18 
    21, 28, 32, 74  78.

  MARIA II, reine de Portugal.--III, 349*, 350.--IV, 216, 252, 274,
    445.--V, 69, 92, 94, 103*, 104, 199, 203, 205  207, 214, 215,
    217, 228  230, 232  234, 237, 239, 241, 243, 246, 249, 254 
    256, 259, 260, 263  265, 336, 393, 501, 512.

  MARIA-THRSA, infante d'Espagne.--I, 333.

  MARIE-AMLIE, reine des Franais.--III, 459.--IV, 174, 416, 461,
    468, 474.--V, 174, 229.

  MARIE-AMLIE-AUGUSTE DE BAVIRE, reine de Saxe.--III, 105.

  MARIE-ANTOINETTE, reine de France.--I, 23, 60, 63, 90, 91*, 92,
    93, 95, 103, 108, 176, 177, 222.--V, 529, 589, 590.

  MARIE-CAROLINE (Charlotte), reine des Deux-Siciles.--II, 295, 304.

  MARIE-CHRISTINE, reine d'Espagne.--V, 104, 343.

  MARIE-ISABELLE, rgente de Portugal.--V, 238.

  MARIE LECZINSKA, reine de France.--I, 4*.

  MARIE-LOUISE, impratrice des Franais.--II, 6, 10, 99, 117, 146,
    150, 154, 155, 162, 167, 307, 351, 424, 442, 475, 498, 519,
    535.--III, 22, 59, 63, 65, 86  88, 127, 147, 163, 174, 182,
    183.

  MARIE-LOUISE-BATRIX D'ESTE, impratrice d'Autriche.--II, 283,
    307, 310, 397.--III, 19, 23, 41.

  MARIE-LOUISE, reine d'Espagne.--I, 331, 332, 335, 344, 345, 355,
    358, 368, 379, 381.

  MARIE-LOUISE, reine d'trurie.--I, 328, 361, 368, 381.--II, 225,
    240, 242, 432, 452, 475, 493, 498, 535, 552.--III, 62, 63, 87,
    88, 220.

  MARIE-THRSE, impratrice d'Allemagne.--V, 515*, 522, 523, 525,
    527  529.

  MARIOTTI (le chevalier), consul de France.--II, 512*.

  MARKOFF (Arcadi Ivanovitch, comte), diplomate russe.--I, 278*,
    279.

  MARMONT, duc de Raguse, marchal de France.--II, 31, 162,
    178.--III, 158.

  MARMONTEL (Jean-Franois), crivain fianais.--I, 46*.

  MARSAN (Marie-Louise de Rohan Soubise, comtesse de).--I, 5*

  MARTIN Ier, pape.--II, 53.

  MARTIN, commissaire de police.--II, 258.

  MARTIN (le baron de).--I, 540,

  MARTIN (M.), ministre de France  Hanovre.--V, 21.

  MARTINEZ DE LA ROSA (Francisco), homme d'tat espagnol.--V, 315*,
    317, 359, 373, 378, 379, 400, 418, 421, 425, 426, 471, 510, 511.

  MARXHANSKY (M. de).--I, 415.

  MASSNA, duc de Rivoli, prince d'Essling, marchal de France.--I,
    268*.--II, 30.--III, 128, 252.

  MASSERANO (Carlo Ferrero-Fieschi, prince), grand matre des
    crmonies du roi Joseph.--I, 345*.

  MASSIAS (Nicolas, baron), diplomate franais.--III, 307*, 310.

  MASTIN (l'abb de).--V, 550.

  MASUYER (Mademoiselle).--IV, 180.

  MATHIEU, comte de la Redoute (Maurice), gnral franais.--III,
    107*.

  MATUSIEWICZ (Andr-Joseph, comte de), diplomate russe.--III, 358*,
    363, 368, 373, 403, 415, 456, 457.--IV, 35, 92, 187, 259.--V,
    40, 41, 48, 71, 105, 150*, 156*, 158.

  MAUBREUIL D'ORSVAULT (Marie-Armand Guerri, marquis de).--III,
    302*, 319  322.--IV, 421*.

  MAUGUIN (Franois), homme politique franais.--III, 334*,
    440.--IV, 21, 171, 304, 322, 436.--V, 310.

  MAUPEOU, homme d'tat franais.--I, 190.--V, 557*, 565, 585.

  MAUPERTUIS (Moreau de), crivain franais.--I, 83*.

  MAUREPAS (Jean Phelippeaux, comte de), homme d'tat franais.--I,
    42*, 156.--V, 585.

  MAURRIQUE (don Jos).--I, 331.

  MAURY (Jean), cardinal franais.--II, 51*, 75, 76, 78, 106, 116.

  MAXIMILIEN-JOSEPH IV, comme duc et 1er comme roi de Bavire.--I,
    294*, 304, 403, 419, 446.--II, 302*, 376, 381, 412, 413, 473,
    547.--III, 79.

  MAYENWORTH.--V, 431.

  MAYNON.--Voir D'INVAULT.

  MECKLEMBOURG-SCHWERIN (Frdric-Franois, duc de).--I, 416*.

  MECKLEMBOURG-STRELITZ (Georges-Frdric, prince hrditaire, puis
    duc de).--I, 416*.

  MEDEM (comte de), diplomate russe.--V, 117*, 119, 120, 130, 431,
    460.

  MDINA-COELI (duc de).--I, 367, 374.

  MEERVELDT (comte de), diplomate autrichien.--II, 441.

  MHE-LATOUCHE.--III, 252.

  MHMET-ALI, pacha d'gypte.--V, 59, 90, 95, 96, 108, 115  119,
    124, 125, 141, 142, 180  184, 306, 307, 321, 326, 344, 402,
    434, 493, 494.

  MEILHAN (Gabriel Snac de), crivain et administrateur
    franais.--I, 60*, 89.

  MJAN (tienne comte), homme politique franais.--IV, 488*.

  MELBOURNE (W. Lamb, vicomte), homme d'tat anglais.--III,
    397*.--IV, 230, 442  444.

  MELLINET (Franois-Aim), gnral franais pass au service de la
    Belgique.--III, 252.--IV, 102*.

  MELZI D'ERIL (Franois), grand chancelier et garde des sceaux du
    royaume d'Italie.--I, 289*.

  MNANDRE, pote grec.--I,64.

  MNEVAL (Franois, baron de), secrtaire du cabinet de
    Napolon.--I, 406*.

  MERCY (M. de).--II, 328.

  MERCY-ARGENTEAU (Franois, comte de), diplomate autrichien.--I,
    91*, 93.

  MERLIN DE DOUAY, homme d'tat et magistrat franais.--I, 261,
    269.--III, 252.

  MERLIN DE DOUAI (Madame).--I, 261.

  MRODE (Philippe-Flix, comte de), homme d'tat belge.--III, 385*,
    386  390, 467.--IV, 9. 148, 156.--V, 395*.

  MESNARD (Louis-Charles, comte de), premier cuyer de la duchesse
    de Berry.--V, 50*.

  METTERNICH-WINNEBOURG-OCHSENHAUSEN (Clment-Wenceslas-Lothaire
    prince de).--II, 15, 151, 152, 163, 259, 265, 269, 270, 278 
    280, 289, 290, 304, 307  309, 314  321, 328  338, 341  346,
    351,357, 358, 361, 365, 375, 376, 379, 381, 386  388, 395, 397,
    400  402, 406, 408, 410, 411, 416, 418  424, 427  433, 435,
    439, 441, 443  450, 453  458, 461, 466  477, 484, 488, 491,
    493, 498  500, 509  513, 524  528, 531  535, 538, 539, 542 
    548, 551, 556, 557, 562, 566, 567.--III, 3, 5, 8*, 11, 12,
    16, 17, 20, 21, 28, 31, 32, 42, 49, 59, 63  65, 67, 68, 75, 79
     82*, 83  85, 87, 89, 90, 94  106, 113, 114, 119, 139, 162,
    165, 172, 175, 181, 183, 188, 204, 227, 238, 239, 276, 297, 358,
    400.--IV, 138, 140, 321, 350, 421, 422.--V, 21, 112, 128, 129,
    134, 142, 143, 144*, 148, 149, 180  183, 200, 204, 209, 224,
    263, 271  275, 293, 297*, 298  308, 341  344, 397, 403, 494 
    499, 503, 508  510.

  METTERNNICH (Mademoiselle de).--III, 97.

  MICHIELS, diplomate belge.--IV, 191*.

  MIGNET (Franois-Auguste-Marie), historien franais.--IV, 350.

  MIGUEL (dom), infant de Portugal.--III, 349*  352.--IV, 81, 109,
    145, 181, 201, 210, 216, 310, 445.--V, 63, 69, 73, 91  93, 102,
    103, 120  122, 139, 186, 199, 214, 218, 230, 236  241, 249,
    257, 263, 278, 336, 338, 359, 361, 378, 417  422, 427, 429,
    447, 451, 510, 511.

  MINA, chef de bandes pendant la guerre d'Espagne.--II, 384.

  MINTO (Gilbert Elliot comte de), diplomate anglais.--IV, 495.--V,
    19*, 58, 64, 70, 247, 298, 307, 434, 509.

  MIOLLIS (Franois, comte) gnral franais.--II, 49*.

  MIRABEAU (Honor-Gabriel Riquetti de).--I, 36*, 215.

  MIRABEAU (Madame la comtesse de).--V, 390*.

  MIRAFLORS.--Voir FLORIDA-BLANCA.

  MIREPOIX (Anne de Beauvais Craon, princesse de).--V, 555*.

  MIROMESNIL (Armand Hue de), homme d'tat franais.--I, 90*, 102.

  MITHRIDATE.--I, 430.--II, 124.

  MOL (Mathieu), magistrat et homme d'tat franais.--III, 253*.

  MOL (Mathieu-Louis, comte), homme d'tat franais.--III, 253*,
    329, 330, 333, 335, 342, 344, 346, 348, 352, 353, 357, 359, 361,
    363, 368, 371, 373, 449, 452, 454, 457.--IV, 350.--V, 347.

  MOLLENDORF (le comte de), feld-marchal prussien.--I, 309*.

  MOLLIEN (comte), homme d'tat franais.--II, 9*, 148, 258.

  MOLTKE (le baron de).--I, 419.

  MON (don Arias), gouverneur de Castille.--I, 352.

  MONCEY duc de Conegliano, marchal de France.--III, 252, 307, 310,
    311.

  MONCK.--I, 271, 273.

  MONCRIF (Franois Paradis de), crivain franais.--V, 550*.

  MONGE (Gaspard), savant franais.--I, 135*.

  MONSABERT (Goislard de), conseiller au parlement de Paris.--I,
    206.

  MONTAIGNE, crivain franais.--I, 81.

  MONTALIVET (le comte Bachasson de), homme d'tat franais.--IV,
    82*.

  MONTAZET, prlat franais.--I, 25*.

  MONTAZET (le comte de), diplomate franais.--V, 525.

  MONTESQUIEU, crivain franais.--I, 66, 84, 389, 435.--II, 27.

  MONTESQUIOU (Franois-Xavier-Marc-Antoine, abb de), homme d'tat
    franais.--II, 172*, 209.

  MONTESQUIOU-FEZENZAC (Pierre, comte de), pair de France.--I, 402*.

  MONTESQUIOU (Anatole, comte de), gnral et diplomate
    franais.--III, 120*, 454*.

  MONTESQUIOU (Madame de), gouvernante du roi de Rome.--III, 120,
    125, 126, 252.

  MONTESSON (Charlotte Braud de la Haie de Riou, marquise de).--I,
    43*, 49, 59.

  MONTEYNARD (Louis-Franois, marquis de), lieutenant-gnral,
    secrtaire d'tat  la guerre.--V, 565*.

  MONTFORT (comte de).--Voir JRME BONAPARTE.

  MONTGELAS (Maximilien Garnerin, baron de), homme d'tat
    bavarois.--I, 419*.

  MONTHION, gnral franais.--I, 368*.

  MONTHOLON (Madame de).--Voir SMONVILLE.

  MONTMORENCY (Valentine de Harchies, comtesse de).--I, 300*.

  MONTMORENCY (Mathieu de), dput  l'Assemble constituante.--I,
    13*.

  MONTMORENCY (Raoul, duc de).--V, 187*.

  MONTMORIN-SAINT-HEREM (Armand, comte de), homme d'tat
    franais.--I, 102*, 204.

  MONTROND (Casimir, comte de).--III, 162*.

  MONVILLE (Thomas Boissel de), pair de France.--I, 160*.

  MORANDE (Charles Thvenot de), journaliste franais.--I, 70*.--V,
    584*.

  MOREAU (Victor), gnral franais.--I, 266*, 267, 270, 279, 280,
    292.--III, 303.

  MOREAU, architecte.--III, 25.

  MORENO, gnral espagnol.--V, 443.

  MORIER (sir Robert), diplomate anglais.--V, 433*.

  MORNARD, secrtaire de M. de Talleyrand.--I, 387.

  MORRIS (Madame Robert).--I, 239.

  MORTEMART (lonore de Montmorency, marquise de).--I, 300*.

  MORTEMART (le duc de), diplomate franais.--III, 465.--IV, 34,
    92*, 108, 119, 135, 229, 329.

  MORTIER, duc de Trvise, marchal de France.--I, 406.--II,
    162.--III, 129, 132, 153  160, 252, 334, 464.--IV, 111.

  MORTIER (le baron Hector), diplomate franais.--IV, 322*.--V, 338,
    359, 390, 393, 396, 414, 441, 511, 512.

  MOS (le marquis de), grand matre du palais du roi d'Espagne.--I,
    354, 362.

  MOSBOURG.--Voir AGAR.

  MOSCOSO DE ALTAMIRA (don Jos Maria de).--V, 391*.

  MOULINS, membre du Directoire.--I, 269.

  MOUNIER (Claude, baron), administrateur franais.--IV, 379*.

  MOURAWIEFF-KARSKI (Nicolas, prince), gnral russe.--V, 115*, 117
     119, 138, 444.

  MOUTON-DUVERNET, gnral.--III, 251*.

  MOUTON, comte de Lobau, marchal de France.--III, 252.--IV, 474.

  MUCEY, agent des migrs.--III, 304.

  MLINEN (Frdric de), homme d'tat suisse.--III, 102*.

  MLLER (Frdric de), chambellan du duc de Saxe-Weimar.--I, 441,
    442.

  MLLER (Jean de), historien allemand.--I, 309*, 426, 435, 441,
    445, 446.

  MNCH-BELLINGHAUSEN (Joachim, comte de), diplomate
    autrichien.--IV, 133*, 141  143, 164, 191.

  MUNSTER (Ernest-Frdric, comte de), homme d'tat hanovrien.--II,
    256*, 354, 367, 379, 399, 427, 508, 509, 512, 524, 525, 536,
    539.

  MURAT (Joachim), grand-duc de Berg, puis roi de Naples.--I, 304,
    309, 311, 360  365, 367, 369, 378  381.--II, 9, 12, 14  17,
    121, 137, 204, 225, 239, 241*, 242, 257, 293, 323, 332, 341,
    344, 361, 423, 424, 432, 433, 441, 442, 456, 473  475, 488,
    498, 512  515, 520, 521, 529  531, 536, 537, 549.--III, 8*,
    15, 40, 49, 57, 66  69, 73  76, 80, 81, 85, 87, 90, 95, 99,
    100, 104, 114, 118, 119, 128, 133, 140*, 164, 165, 167, 179 
    184, 208.

  MURAT (Caroline Bonaparte), grande-duchesse de Berg, puis reine de
    Naples.--II, 14  16, 147, 476, 488.--III, 8*.

  MUSQUIZ (M.).--I, 370, 378.


N

  NALET, intendant des vivres.--V, 551, 552, 554.

  NAMICK PACHA, diplomate ottoman.--V, 59, 77, 95, 108.

  NANSOUTY (tienne Champion, comte de), gnral franais.--I, 406*,
    437

  NAPIER (sir Charles), amiral anglais.--V, 199*, 201.

  NAPLES (Lopold de Salerne, prince de).--III, 179*, 181.

  NAPLES (Charles-Ferdinand de Capoue, prince de).--III, 387*, 390,
    440.--IV, 4, 13, 14*, 15*, 16, 31, 39, 48, 55, 61, 70, 72, 79,
    80, 121, 122.--V, 237.

  NAPOLON Ier.--I, 94, 214, 255  263, 268  277, 280  321, 325 
    331, 333*, 339  344, 346, 351, 354, 355, 361, 363, 365  371,
    373  382, 384  390, 393  405, 407, 408, 410  414, 420, 422 
    453.--II, 3  7, 8  14, 16  22, 24  30, 32  36, 43  51, 55,
    58, 61  87, 93  97, 99  102, 104  106, 108, 110  117, 119 
    125, 129  167, 173, 174, 178, 203  205, 209  212, 226, 233,
    251, 257  260, 262, 265, 268  271, 280, 284, 285, 288, 289,
    296, 298, 299, 331, 352, 355, 361, 379, 382, 417, 418, 442, 446,
    463, 475, 486, 497, 512, 515, 521, 522, 529, 530, 537,
    566.--III, 22, 33, 35, 65, 72*, 98  101, 103, 106*  108, 111,
    112, 115  119, 121, 123, 127  129, 132, 134, 135, 139  145*,
    149  156, 160  163, 166, 169  176, 180  183, 187, 201  203,
    206, 207, 210, 212, 216, 223, 224, 228, 234, 250, 256, 263, 279,
    288, 290, 297, 302  311, 317, 319  321, 345, 404, 427, 444,
    458.--IV, 82, 140, 181, 206, 248, 321, 332, 378, 416, 445.--V,
    235, 284, 457, 572,

  NAPOLON II, roi de Rome, duc de Reichstadt.--II, 51, 74, 98, 162,
    352, 424, 442.--III, 22, 63, 120, 125, 174, 183.--IV, 140, 170,
    171.

  NARBONNE-LARA (Louis, comte de), gnral et diplomate
    franais.--35*, 37, 45.

  NARBONNE-LARA (Mademoiselle de Chalus, comtesse de).--I, 97*.

  NASSAU-SIEGEN (Othon, prince de), vice-amiral russe.--I, 263*.

  NASSAU (Guillaume, duc de).--V, 391.

  NASSAU (Frdric, prince de).--Voir PAYS-BAS.

  NECKER, homme d'tat franais.--I, 30*, 48, 59, 60, 94, 98, 110,
    111*, 113, 114, 121, 220.--IV, 351.

  NEMOURS (Louis-Charles, duc de).--III, 386, 389, 411, 440, 443,
    445, 464, 467, 468.--IV, 3  6, 28, 39, 41  52, 55  59, 62, 67
     70, 88, 198, 255, 263, 264, 331, 461, 464, 482  484, 490.--V,
    50, 369, 502.

  NESSELRODE (comte de), homme d'tat russe.--I, 321.--II, 149, 151,
    152, 162, 163, 166, 258  260, 278, 279, 292, 308, 320, 325,
    335, 338, 345, 390, 408, 423, 430, 446, 449, 457, 465, 472, 479,
    500, 520.--III, 113, 123, 162, 188, 363.--IV, 329.--V, 273, 301,
    302, 319  325, 368.

  NESSELRODE (Madame de).--IV, 249.

  NEUFCHATEL (prince de).--Voir BERTHIER.

  NEUKOMM (Sigismond), compositeur allemand.--III, 25*.--IV, 259.

  NEUMANN (baron de), diplomate autrichien.--V, 102, 103*, 104, 128,
    129, 134, 148, 439.

  NEWTON.--I, 81, 83.

  NEY prince de la Moskowa, duc d'Elchingen, marchal de
    France.--II, 166, 326.--III, 150, 154, 251.

  NICOLA (Louis-Marie de), prlat franais.--I, 25*.

  NICOLA (Aimar-Claude de), prlat franais.--I, 25*.

  NICOLAS 1er, empereur de Russie.--III, 357, 358, 363  368, 403,
    455, 464, 465.--IV, 3, 51, 107, 323, 329, 351, 373, 375, 380*,
    391, 392, 425, 435, 495.--V, 72, 91, 95, 100, 105, 117  119,
    142, 163, 181, 184, 188, 204, 220, 224, 248, 263, 270, 271* 
    274, 301, 316, 321, 323, 325.

  NIVERNAIS (Louis-Jules Mancini-Mazarin, duc de), diplomate
    franais.--I, 190*.--V, 519, 545.

  NOAILLES (Louis-Marie, vicomte de), gnral franais.--I, 209*

  NOAILLES (Franoise de Talleyrand-Prigord, comtesse Just
    de).--II, 4*.

  NOAILLES (Alexis, comte de), homme d'tat franais.--II, 208*,
    419, 421, 424, 427, 443, 451, 473, 475, 476, 491, 507.--III, 24,
    47*, 50, 113, 179, 184, 185, 212.--IV, 168*.

  NOSTITZ-RIENECK (comte de), gnral prussien.--IV, 321*.

  NOTHOMB (Jean-Baptiste), homme d'tat belge.--IV, 215*.

  NYON (M. de), officier franais.--III, 127.


O

  OCHS (Pierre), homme politique suisse.--I, 285*.

  O'DONNEL (Charles comte), gnral autrichien.--V, 528*.

  O' FABRIL (Don Gonzalo), gnral et homme d'tat espagnol.--I,
    369*, 370.

  O'REILLY (Alexandre, comte), gnral espagnol.--V, 564*.

  OFFALIA (Don Narcisco de Hrdia, comte d'), homme d'tat
    espagnol.--V, 67, 68*, 121.

  OLAGUER.--I, 362, 369.

  OLAZABAL (M. d').--I, 372.

  OLDENBOURG, prince de Lubeck, (Pierre-Frdric, d').--I, 416*.

  OLDENBOURG (Pierre-Frdric-Guillaume duc de Holstein).--II, 219,
    221.--III, 35, 36*.

  OLDENBOURG (Pierre-Frdric-Georges, duc d').--II, 353*.

  OLDENBOURG (duchesse d).--Voir CATHERINE PAULOWNA.

  OMPTEDA (Louis-Charles-Georges, baron d'), homme d'tat
    hanovrien.--V, 21*.

  ORANGE (prince d').--Voir GUILLAUME Ier ET GUILLAUME IIrois des
    Pays-Bas.

  ORDENER (Michel), gnral franais.--III, 309*, 315.

  ORGAZ (le comte d').--I, 334, 352, 353.

  ORLANS (Philippe I duc d').--I, 166*, 178.

  ORLANS (Louis-Philippe, duc d').--I, 178, 197.

  ORLANS (Louis-Philippe-Joseph, duc de Chartres, puis duc d').--I,
    49, 109, 145*, 146  152, 150  173, 175  180,183,187, 190
     198, 200  204, 206  210, 213, 214*.--II, 155.--V, 582.

  ORLANS (Ferdinand duc d').--IV, 255*, 264, 305, 331, 458, 467,
    476.--V, 50, 65, 140, 141, 145  147, 161, 164*, 165, 166, 170,
    173, 174, 360, 475.

  ORLANS (duc d').--Voir LOUIS-PHILIPPE.

  ORLANS (Louise de Bourbon-Penthivre, duchesse de Chartres, puis,
    duchesse d').--I, 145*, 152, 163, 200, 202, 203, 205.

  ORLOFF (Alexis Foedorowitch, comte, puis prince), gnral et
    diplomate russe.--IV, 416*, 418, 420, 425, 427  430, 432, 433,
    435, 437, 441, 450, 499.--V, 175, 188, 211.

  ORMESSON (Henri Lefvre d'), homme d'tat franais.--I, 55*.

  ORVILLIERS (Louis Guillonet, comte d'), marin franais.--I, 166*.

  OSMOND (M. d'), diplomate franais.--III, 187*.

  OSMOND (Antoine baron d'), prlat franais.--II, 76*.

  OSMOND DE MEDAVY (Charles), prlat franais.--I, 49*.

  OSZAROWSKI (comte Adam d'Alkantara), aide de camp de l'empereur
    Alexandre.--I, 414*.

  OTHON DE BAVIRE, roi de Grce.--III, 387*, 390, 437.--IV, 8*,
    11, 13, 14, 34, 39, 41, 220, 426, 483, 484, 488.--V, 460, 461.

  OTRANTE (duc d'). Voir FOUCH.

  OTTERSTEDT (le baron d'), ministre de Prusse  Berne.--V, 507.

  OTTO, comte de Mosloy (Guillaume), diplomate franais.--I,
    282*.--II, 10.

  OUBRIL (M. d'), diplomate russe.--I, 305.

  OUDINOT, duc de Reggio, marchal de France.--I, 406.--II, 21,
    326.--III, 153.

  OULTREMONT (M. d').--III, 390.

  OUVAROFF (Thodore, comte), premier aide de camp gnral de
    l'empereur de Russie.--I, 414*.

  OUVRARD (Julien), financier franais.--IV, 429*.

  OXFORD (douard Harley, comte d').--II, 504*, 513, 531.


P

  PACCA, cardinal italien.--II, 119.

  PAIX (prince et princesse de la).--Voir GODO.

  PALISSOT DE MONTENOY (Bernard), crivain franais.--V, 579*.

  PALMELLA (don Pedro de Souza-Holstein, comte, puis duc de), homme
    d'tat portugais.--II, 317, 319, 324, 331, 334, 337, 400.--III,
    27, 113.--IV, 310*.--V, 62, 63, 198, 199, 203, 205, 227, 235,
    430.

  PALMERSTON (Henry John Temple, lord vicomte), homme d'tat
    anglais.--III, 394*, 396, 401, 406  408, 414, 416, 418, 424,
    426, 435, 437, 438, 466, 467.--IV, 19, 20, 24, 44, 56, 62  64,
    76, 77, 79*, 85, 103, 104, 107, 108, 115, 117, 144, 149, 152,
    153, 161, 188, 209, 211, 224, 225, 260, 261, 288, 289, 292, 361,
    370, 393, 394, 400, 404, 418, 446, 472, 479, 480, 491, 493, 497,
    498.--V, 5, 7, 18  25, 27, 30, 33, 34, 37  43, 46, 47, 51, 52,
    56  61, 67, 70  72, 74, 81  85, 94  96, 99, 100, 103, 104,
    108  116, 130, 136  142, 146  153, 159, 163, 167, 177  184,
    187, 188, 197, 200, 205  207, 214  217, 227, 233  236, 240 
    243, 246, 250  252, 256, 257, 262, 264, 265, 293, 294, 298,
    303, 304, 307, 317  321, 324  331, 336, 339, 340*, 342  344,
    354, 358, 359, 362  367, 373  384, 393  404, 412, 413, 416 
    419, 422  430, 433  440, 443, 449, 452  454, 458  468, 472,
    475, 494, 502, 505, 511.

  PANCHAUD, banquier genevois.--I, 36*, 37, 58, 89.

  PARKER (sir William), amiral anglais.--V, 254*, 430.

  PASKIEWICZ, (Ivan Foedorowitch), feld-marchal russe.--IV, 312*.

  PASQUIER (tienne-Denis, duc), homme d'tat franais.--III, 238*,
    242.--IV, 33, 350, 388, 390.--V, 79, 100, 170.

  PATKUL, gentilhomme livonien.--II, 399*.

  PATRAT (Mademoiselle), actrice de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  PAUL 1er, empereur de Russie.--I, 264, 277, 278, 279.--III, 34,
    35, 36*.

  PAULINE (la princesse).--Voir BORGHSE.

  PAYS-BAS (Guillaume-Charles-Frdric, prince des).--III,
    346*.--IV, 220, 320, 426.

  PEDRO 1er, empereur du Brsil.--III, 344, 349*, 350.--IV, 215,
    221, 235, 236, 249, 252, 273, 274, 293, 422*.--V, 62*, 63, 68,
    73, 91  93, 103, 121, 186, 203  208, 211, 217, 227  238*,
    241*, 243, 246  253, 256, 257, 263, 265, 278, 336, 338, 429,
    430, 447*, 511.

  PEDRO II, empereur du Brsil.--IV, 216.

  PEEL (sir Robert), homme d'tat anglais.--III, 376, 379, 395.--IV,
    444*.

  PEISSONEL, consul franais.--I, 72.

  PENN (William), fondateur de la Pensylvanie.--I, 234*.

  PENTHIVRE (Louis de Bourbon, duc de).--I, 5*, 166.

  PENUELAS, homme d'tat espagnol.--I, 369, 370.

  PPIN LE BREF, roi de France.--II, 47.

  PRIER (Casimir), homme d'tat franais.--IV, 98*, 109, 110, 112,
    115, 124  127, 130, 131, 134, 135, 139, 155, 167, 170, 179,
    202, 203, 205, 239, 240, 244, 247, 248, 263, 269, 286, 294, 304,
    308, 317, 320, 324, 325, 337, 339, 352  355, 367, 377, 379,
    382, 385, 388, 396  398, 401, 405, 408, 418, 427  430, 433,
    438*, 439, 443, 446  449, 452, 456  460, 465, 491.--V, 3, 10
     12.

  PRIER (Camille), homme politique franais.--IV, 397*, 399  401,
    406, 408, 410.

  PRIER (Auguste-Casimir-Victor-Laurent), homme d'tat
    franais.--IV, 127, 239, 244, 246, 286, 309, 337, 354, 356,
    430.--V, 396*, 415, 416.

  PRIGORD (Marguerite de Talleyrand, comtesse de).--I, 5*.

  PRIGORD (abb de).--I, 35*, 93.

  PRIGORD (comte et comtesse Edmond de). Voir DINO.

  PRIGNON (Dominique, marquis), marchal de France.--II, 15*.

  PERREY, secrtaire de M. de Talleyrand.--II, 207.

  PESCATORE, gouverneur civil du Luxembourg.--V, 56*.

  PTION (Jrme), maire de Paris.--I, 222*.

  PETTY (lord Henry).--Voir LANSDOWNE.

  PFEFFEL (Christian-Frdric), diplomate franais, pass ensuite
    au service du duc de Deux-Ponts.--V, 567*.

  PFEFFEL DE KRIEGELSTEIN (Charles-Hubert, baron de), diplomate
    bavarois.--IV, 322*.

  PHILIPPE LE BEL, roi de France.--II, 70.

  PHILIPPE V, roi d'Espagne.--I, 382.--II, 11.

  PICHEGRU (Charles), gnral franais.--I, 266*, 292.--III, 303.

  PIE VI, pape.--I, 93*, 264, 284.--II, 35, 37, 123.

  PIE VII, pape.--I, 94, 284.--II, 34  36, 39  50, 55  58, 61, 66
     69, 72  82, 84, 87  91, 93  95, 97, 100, 102  106, 110 
    123, 433, 475.--III, 264.--V, 482.

  PIE VIII, pape.--III, 455.

  PIERRE 1er, empereur de Russie.--I, 264.

  PIERRE III, empereur de Russie.--I, 264.--III, 35, 36.--V, 542*.

  PIETRO (Michel di), cardinal italien.--II, 77*, 119, 120.

  PIOMBINO (prince de).--II, 240*, 243.

  PIR, gnral franais.--III, 252.

  PITT (William), homme d'tat anglais.--I, 230*, 241, 283, 304.

  PLAISANCE (duc de).--Voir LEBRUN.

  PLINE.--I, 64.

  PLUTARQUE.--I, 64.

  POIX (Philippe de Noailles-Mouchy, prince de), lieutenant
    gnral.--I, 62*.

  POLIGNAC (Auguste-Jules, prince de), homme d'tat franais.--III,
    40*.--IV, 82--V, 133, 136.

  POLIGNAC (Gabrielle de Polastron, princesse de).--I, 59*, 60, 102.

  POMMEREUIL.--III, 252.

  POMPADOUR (Madame de).--I, 5.--V, 517  521, 529  533, 546, 548,
    555, 556, 567, 584, 587.

  PONIATOWSKI (Joseph prince) marchal de France.--I, 311*, 313.

  PONSONBY (Jean, vicomte), diplomate anglais.--III, 420*, 421, 438,
    443.--IV, 11, 12, 24, 40, 41, 53, 62, 64, 68, 69, 77, 81, 85*,
    86, 91, 99, 181  184, 186, 188  190, 193  201, 204, 205,
    208*, 209  214, 484, 490.--V, 113*, 125, 162, 164, 166, 175,
    179, 187, 188, 200, 210  213, 216, 226, 265, 304, 357, 431,
    434, 493.

  PONSONBY (Frdric), colonel anglais.--II, 145.

  PONT (comte de).--I, 150.

  PONT DE VEYLE (Antoine de Ferriol, comte de).--V, 517*.

  PONTCOULANT (comte de), pair de France.--III, 252, 354.

  PONZA (Carlos).--Voir NAPIER.

  PORTALIS (Joseph, comte), magistrat et homme d'tat
    franais.--II, 75*.

  POTOCKI (Alexandre), gentilhomme polonais.--I, 310.

  POTTER (Louis-Joseph-Antoine de), publiciste et homme politique
    belge.--III, 385*.

  POZZO DI BORGO (Charles-Andr, comte), gnral et diplomate
    russe.--II, 213*, 260, 355, 378, 511.--III, 4, 5, 14, 23, 32,
    48, 55, 72, 76, 80, 98, 107, 139, 147, 148, 164, 227, 239, 242,
    348, 358, 368, 415, 419, 457, 458, 465.--IV, 74, 269, 325, 379,
    349, 420, 421, 495.--V, 41, 48, 77, 91*, 97, 98, 101, 105, 131,
    138, 178, 183, 273, 275, 323, 326, 393, 398, 432, 436, 500.

  PRADA (Don Benito Arias de), alcade de la cour d'Espagne.--I,
    352.

  PRADEL (comte de), ministre de la maison du roi.--III, 243.

  PRADT (Dominique Dufour de), prlat franais.--I, 373*.--II, 108,
    135, 258, 259.

  PRASLIN (Csar de Choiseul, duc de), homme d'tat franais.--V,
    530*, 559, 565, 583, 584.

  PRASLIN (duc de), pair de France.--III, 252.

  PRFONTAINE (M. Brletout de).--V, 579*.

  PRVAL.--I, 165.

  PRICE (Richard), philosophe anglais.--I, 226*.

  PRIESTLEY (Joseph), savant anglais.--I, 226*.

  PRUSSE (prince Guillaume de).--I, 419*.

  PRUSSE (prince Henri de).--I, 62*.

  PUYSIEUX (Louis Brlart, marquis de), ministre d'tat.--I, 163*.

  PUYSIEUX (marquise de).--I, 163.


Q

  QUELEN (Hyacinthe, comte de), prlat franais.--V, 482.

  QUESADA, gnral espagnol.--V, 393, 396.

  QUESTEMBERG (comtesse de).--V, 527.


R

  RABELAIS.--I, 81.

  RACINE.--I, 444.

  RADET (tienne, baron), gnral franais.--II, 50*.

  RADETZKY, gnral autrichien.--III, 98*.

  RADZIWILL (Antoine-Henry, prince de).--III, 71*.

  RAGUSE (duc de).--Voir MARMONT.

  RAMPON (comte).--III, 252.

  RASUMOFFSKI (Andr, comte de), diplomate russe.--II, 409* 446,
    539, 548, 554.--III, 113.

  RAUCOURT (Mademoiselle), actrice de la Comdie-Franaise.--I,
    405*.--III, 51*.

  RAVEZ (Simon), homme politique franais.--II, 143*.

  RAYMOND, aide de camp de Barras.--I, 251.

  RAYNAL (l'abb Guillaume-Thomas).--I, 71*, 85.

  RAYNEVAL (Franois-Maximilien Grard, comte de), diplomate
    franais.--IV, 96*.--V, 73, 93, 94, 98*, 100, 104, 105,120, 123,
    140, 237*, 240, 242, 244, 249, 251, 261, 262*, 265, 336,
    390, 398, 416, 421, 424  426, 479, 510.

  RAL (Pierre-Franois, comte), prfet de police.--III, 252 307*,
    310, 311.

  RECHBERG (Joseph, comte de), gnral et diplomate bavarois.--III,
    248*.

  REGGIO (duc de). Voir OUDINOT.

  REGNAULD de Saint-Jean d'Angly.--III, 252.

  RGNIER duc de Massa (Claude-Ambroise), grand juge et ministre de
    la justice.--III, 303*, 304, 310.

  REICH (baronne de).--III, 307, 309*.

  REINHARD (Charles-Frdric, comte), diplomate franais.--II, 25*,
    482*.

  RMUSAT (Auguste, comte de), prfet du palais.--I, 295*, 401 
    404, 427.

  RMUSAT (Franois-Marie-Charles, comte de), homme d'tat
    franais.--IV, 458*.

  RMUSAT (Madame de).--IV, 458, 460.

  RENAUDES (Martial Borge des), homme politique franais.--I, 51*.

  REPECAUD, colonel franais.--IV, 194.

  REPNIN (Nicolas, prince), gnral russe.--II, 453*, 468, 471, 472,
    476, 482.

  RETZ, cardinal franais.--I, 19, 147.

  REUSS (comte de).--I, 419.

  REUSS XLI (prince de).--I, 418.

  REUSS-EBERSDORFF (prince de).--I, 417*.

  REUSS-GREIZ (prince de).--I, 417*.

  REUSS-LOBENSTEIN (prince de)--I, 417*.

  REUSS-SCHLEIZ (prince de).--I, 417*.

  RVEILLON, fabricant de papier peint.--I, 208*.

  REYNIRE (Suzanne de Jarente de la).--I, 43*, 60.

  REZENDE (le marquis de).--V, 254, 255.

  RICARD (tienne), gnral franais.--II, 558*.--III, 12, 13, 41,
    55, 64, 76, 131.

  RICC (M. de).--I, 248.

  RICHELIEU (le cardinal de).--I, 4, 19, 33, 65, 116.

  RICHELIEU (Armand-Duplessis, duc de), marchal de France.--V,
    549*, 552, 554, 556.

  RICHELIEU (Armand du Plessis, duc de), homme d'tat franais.--II,
    511*, 536, 567.--III, 239  243, 298.--IV, 133.

  RICHMOND (Charles, duc de), homme d'tat anglais.--III, 394*,
    398.--V, 412, 446.

  RIGNY (Henry-Gauthier, comte de), amiral et homme d'tat
    franais.--IV, 73*, 83, 95, 449, 494.--V, 9, 44, 346, 352  354,
    358, 360, 362, 366, 368  372, 374, 376, 385, 391, 393, 395,
    396, 398  400, 402, 404, 408, 409, 411  413, 415, 418, 420,
    421, 424, 427, 432, 433, 435, 439, 442, 444, 447, 449, 450, 452,
    455, 458, 461, 462, 465, 466, 469, 471, 472.

  RILLET, banquier.--I, 56.

  RIPON.--Voir GODERICH.

  RIVIRE (Charles-Franois de Riffardeau, duc de).--III, 14*.

  ROBB DE BEAUVESET (Pierre), crivain franais.--V, 550*.

  ROBECQ (Anne de Montmorency Luxembourg, princesse de).--V, 530*.

  ROBECQ (Madame de).--I, 107.

  ROBESPIERRE .--I, 215.--III, 8.

  ROCHE-AYMON (Charles-Antoine, comte de la), prlat franais.--I,
    18*, 23, 32.

  ROCHECHOUART (comte de).--I, 50.

  ROCHEFOUCAULD (Dominique de la), prlat franais.--I, 31*.

  ROCHEFOUCAULD ( Louis-Alexandre, duc de la Roche-Guyon et de la),
    dput aux tats gnraux.--I, 215, 222*.

  ROCHEFOUCAULD, duc de Liancourt (Franois, de la), grand matre de
    la garde-robe.--I, 47*, 60, 160, 247.

  ROCHEFOUCAULD (Polydore, comte de la), diplomate franais.--III,
    408*.

  ROCHEFOUCAULD (Hyppolyte, comte de la), diplomate franais.--III,
    456*.

  ROCHEFOUCAULD-SURGRE (vicomte Jean-Franois de la).--Voir
    SURGRE.

  ROCHEJAQUELEIN (Louis du Vergier, marquis de la), marchal de
    camp.--II, 141*.

  ROCHEJAQUELEIN (Henry, marquis de la), homme politique
    franais.--IV, 429*.

  RODENBACH (Alexandre de), homme politique belge.--IV, 494*.

  RODIL, gnral espagnol.--V, 393, 420, 430, 462, 464*.

  RODOLPHE DE HABSBOURG.--II, 9.

  ROGIER (Firmin), diplomate belge.--IV, 25*.

  ROHAN (Louis-Ren, prince de), cardinal franais.--III, 427.

  ROHAN (Victor, prince de), grand chambellan.--III, 143*, 145.

  ROHAN (Louis de).--IV, 322.

  ROHAN-GUMN, duc de Montbazon et de Bouillon
    (Charles-Alain-Gabriel, prince de).--III, 47, 48*, 103, 104,
    125.

  ROHAN-GUMN (Ferdinand Meriadec, prince de), prlat franais.--I,
    27*.

  ROMANS (Mademoiselle de).--I, 50*.

  ROMANZOFF (Nicolas, comte de), homme d'tat russe.--I, 396*, 397 
    399, 413, 414, 423, 433, 447, 448, 453.

  ROMARINO, gnral polonais.--IV, 312*.

  ROMILLY (Samuel), jurisconsulte anglais.--I, 226*.

  ROSARI (Giovanni), professeur et homme politique italien.--II,
    549*.

  ROTHSCHILD.--III, 546.--IV, 105, 385.

  ROUEN (le baron), diplomate franais.--III, 26*.--V, 431*

  ROUILL, comte de Jouy (Antoine), homme d'tat franais.--V,
    519*, 521, 522.

  ROUSSEL-D'URBAL (Nicolas-Franois), gnral franais.--III, 111*.

  ROUSSIN (Albin Reine, baron), amiral et diplomate franais.--IV,
    224*.--V, 134*, 137, 138, 148, 149, 152, 154, 163, 175, 179,
    181, 188, 200, 210, 211, 213, 265, 357*, 402, 434  436, 493,
    504.

  ROUX-LABORIE (Antoine), secrtaire gnral du gouvernement
    provisoire.--III, 320*.

  ROVERELLA, cardinal italien.--II, 109.

  ROVIGO (duc de).--Voir SAVARY.--III, 319.

  RUFFO (Fabrice-Denis), cardinal italien.--II, 109*.

  RUFFO (le commandeur), diplomate napolitain.--II, 294.--III, 181*,
    185.

  RULHIRE (Claude), crivain franais.--I, 37*, 45, 53.--V, 543.

  RUMIGNY (Marie-Thodore de Gueulluy, comte de), gnral
    franais.--IV, 111*.

  RUMIGNY (de), diplomate franais.--IV, 322*.--V, 75, 432*, 433,
    507, 508.

  RUSSEL (lord John), homme d'tat anglais.--IV, 98*.--V, 409  411.

  RUSSEL (lord William), diplomate anglais.--V, 205, 214, 215, 227,
    228, 232, 234, 235, 241, 247, 251  253, 257, 511.


S

  SABATIER DE CABRE (l'abb), conseiller au parlement.--I, 92*.
    179, 190, 191, 194, 195, 197.

  SAGAN (Catherine-Wilhelmine de Courlande, duchesse de).--II, 336*.

  SAINT-AUBIN (Mademoiselle de).--Voir GENLIS.

  SAINT-BLANCARD (Charles de Gontaut, marquis de).--I, 62* 160.

  SAINT-CRICQ (M. de), homme politique franais.--V, 190.

  SAINT-GENIS (Nicolas de), auditeur  la cour des comptes.--I, 28*,
    105, 106.

  SAINT-GERMAIN (Claude-Louis, comte de), ministre de la guerre.--I,
    121*.

  SAINT-LAURENT (Louis), gnral franais.--I, 406*.

  SAINT-LEU (duchesse de).--Voir HORTENSE.

  SAINT-LOUIS.--Voir LOUIS IX.

  SAINT-MARS, traducteur aux affaires trangres.--III, 26*.

  SAINT-MARSAN (Antoine Asinari, marquis de), diplomate et homme
    d'tat italien.--II, 333, 433*, 447, 449, 512.--III, 107, 109,
    185.

  SAINT-PIERRE (Charles Castel, abb de).--V, 539*.

  SAINT-PRIX, acteur de la Comdie-Franaise.--I, 404*, 405, 432.

  SAINT-SIMON (de).--II, 145.

  Saint-Simon (marquis de), diplomate franais.--V, 276*.

  SAINT-VINCENT (Robert de), conseiller au parlement.--I, 188*.

  SAINT-VINCENT (de).--III, 252.

  SAINTE-AULAIRE (Louis-Clair de Beaupoil, comte de), diplomate
    franais.--IV, 139*, 245, 449;--V, 180, 182, 209, 224, 263, 300*,
    302*, 304, 306, 308, 403, 432, 479, 499, 509, 510.

  SAINTE-AULAIRE (M. de), diplomate franais.--IV, 419.

  SAINTE-FOY, agent diplomatique.--I, 58*.

  SALDANHA DE GAMA (Antoine), diplomate portugais.--III, 113.

  SALDANHA OLIVEIRA  DAUN (Joao-Carlos, duc de), marchal et
    diplomate portugais.--V, 208*, 248, 317*, 318.

  SALES (comte de), diplomate sarde.--V, 432.

  SALIERI (Antonio), compositeur italien.--III, 25*.

  SALM-KYRBOURG (Frdric V, prince de).--II, 220*

  SALM-REIFERSCHEID-DYCK (Joseph, comte, puis prince de).--I, 419*.

  SALM-SALM (Constantin-Alexandre, prince de).--II, 220*.

  SALVERTE (Anne-Joseph-Eusbe Baconnire), homme politique
    franais.--IV, 169*, 269.

  SAMPAYO (M. de), consul gnral de dom Miguel,  Londres.--V, 429.

  SAN-CARLOS (don Joseph Michel de Carvajal, duc de), homme d'tat
    espagnol.--I, 362*, 370, 374, 375, 377, 386, 387.

  SAPIEHA (Alexandre, prince), chambellan de l'empereur Napolon.--I,
    402*.

  SARAIVA (M. de), ministre de dom Miguel,  Londres.--V, 429.

  SARMENTO (M. de), diplomate portugais.--V, 359*, 363, 367, 379,
    380, 384, 414, 441, 468, 469, 471, 511.

  SAUNIER (Mademoiselle), femme de chambre de la princesse du
    Chalais.--I, 11.

  SAVARY, duc de Rovigo (Ren), gnral franais.--I, 366*, 367, 370
     372, 378, 405; II, 135, 150; III, 251, 301  303, 310, 316,
    318, 319; IV, 206.

  SAXE (Maurice, comte de), marchal de France.--I, 261.

  SAXE (Antoine, prince de).--II, 342*, 397.

  SAXE (Marie-Thrse-Josephe, archiduchesse d'Autriche, princesse
    Antoine de).--II, 342*.

  SAXE-COBOURG (Ferdinand-Charles-Auguste, duc de).--II, 522*.

  SAXE-COBOURG (Lopold, duc de).--Voir LOPOLD.

  SAXE-COBOURG (Julie-Henriette-Ulrique, princesse de),
    grande-duchesse de Russie.--II, 522*.

  SAXE-COBOURG-SAAFELD (Ernest-Antoine, duc de).--II, 522*, 523, 524,
    536; III, 35.

  SAXE-GOTHA (Auguste, duc de).--I, 415*.

  SAXE-HILDGURGHAUSEN (Joseph, prince de), feld-marchal autrichien--V,
    524*.

  SAXE-HILDGURGHAUSEN (duchesse de).--I, 417*.

  SAXE-TESCHEN (Albert, duc de), feld-marchal autrichien.--III, 93*.

  SAXE-WEIMAR (Charles-Auguste, grand-duc de).--I, 416*, 427*, 523*.

  SAXE-WEIMAR (Charles-Frdric, prince hrditaire de).--I, 246,
    416*.

  SAXE-WEIMAR (duchesse de).--I, 427, 441, 466.

  SCHILLER.--I, 426.

  SCHIMMELPENNINCK (Roger-Jean, comte), homme d'tat
    hollandais.--II, 18*, 19.

  SCHNEIDER, gnral franais.--IV, 184*.

  SCHNBERG (M. de).--I, 415.

  SCHOUWALOFF (Paul, comte), gnral russe.--I, 414*.

  SCHRAMM (Jean-Paul-Adam, comte), gnral franais.--V, 66*.

  SCHRAUT (de), ministre d'Autriche en Suisse.--III, 128.

  SCHRDER (M. de), diplomate russe.--I, 414.

  SCHULENBURG (Frdric-Albert, comte de), diplomate saxon.--II,
    304*, 313, 354, 381, 410, 454.

  SCHWARZBURG-RUDOLSTADT (prince de).--I, 417*.

  SCHWARZENBERG (prince de), feld-marchal autrichien.--II, 150,
    162, 178, 260, 428, 465, 466, 490.--III, 21, 31, 86, 100, 101,
    120, 124, 181, 227.

  SCHWARZENBERG (Flix-Louis-Jean-Frdric, prince de), gnral et
    homme d'tat autrichien.--V, 204*.

  SBASTIANI (Horace, comte), marchal et homme d'tat franais.--I,
    399*.--III, 398, 410  412, 419, 423, 425, 426, 429, 437, 439,
    443, 462, 468.--IV, 6, 7, 8, 10, 14, 18, 21, 25*, 28, 29, 35,
    43, 45, 53, 56, 59  64, 67, 68, 72, 74, 77, 79, 81, 83, 87, 89,
    91, 92, 95, 98, 100, 102, 107, 110, 111, 115, 118, 120, 123,
    125, 131, 134  137, 141, 149, 152, 155  161, 165, 167, 170,
    181, 186, 188, 190  196, 200, 202, 203*, 205  207, 213, 217 
    224, 227, 229*, 230, 234, 237  241, 246, 265, 280, 283, 289,
    293, 294, 297, 304, 309, 311, 319, 325, 332, 340, 346, 362 
    364, 367, 372*, 374, 377, 379, 382, 384, 385, 387, 395, 396,
    405, 411, 430 438, 446  448, 456, 458, 461  463, 470, 484,
    491, 495.--V, 4, 22, 345  348.

  SBASTIANI (Jean-Andr Tiburce, vicomte), diplomate franais.--IV,
    170*.

  SGUIN, trsorier du duc d'Orlans.--I, 166.

  SGUR (Philippe-Henry, marquis de), marchal de France.--I, 120*.

  SGUR (comte de), grand-matre, des crmonies de la cour
    impriale.--III, 252.

  SLIM, sultan ottoman.--I, 262.

  SML (baron de), gnral franais.--III, 110*.

  SMONVILLE (Charles-Louis Huguet, marquis de), grand rfrendaire
    de la cour des pairs.--I, 174*.--II, 173.--IV, 33, 169*, 330.

  SMONVILLE (Mademoiselle de Rostain, comtesse de Montholon puis
    marquise de).--I, 174*.

  SENAC DE MEILHAN.--Voir MEILHAN.

  SERS, diplomate franais.--III, 26.

  SVIGN (Madame de).--I, 66.

  SHEIL (Richard Lalor).--V, 339*.

  SHELDON.--I, 160.

  SICKINGEN (comte de).--II, 287*, 410, 411, 467, 546.--III, 32.

  SIDMOUTH.--Voir ADDINGTON.

  SIEYS (l'abb Emmanuel-Joseph), homme politique franais.--I,
    116*, 209  213, 269, 273.

  SILHOUETTE (tienne), contrleur gnral.--V, 582*.

  SILLERY (Madame de).--Voir GENLIS.

  SIMON (Joseph-Jrme, comte), homme d'tat franais.--II, 23*,
    24.

  SIMIANE (Adlade de Damas, comtesse de).--I, 61*.

  SIX, homme politique hollandais.--II, 20.

  SIXTE-QUINT, pape.--II, 70, 71.

  SKINAS, diplomate grec.--V, 330, 331.

  SMITH (Rohert).--I, 226.

  SMITH.--I, 239.

  SOBIESKI (Jean), roi de Pologne.--I, 312.

  SOLANO, marquis del Socorro, (don Francisco), gnral
    espagnol.--I, 353*.

  SOLAR, homme d'tat espagnol.--I, 359.

  SOLAR DE BREILLE (Ignace, bailli de), diplomate sarde.--V, 535*,
    545, 546.

  SOLIGNAC, gnral franais au service du Portugal.--V, 122*.

  SOLLES (Irne-Yves, baron de)--Voir DESSOLLES.

  SONGEON (Jean-Marie), gnral franais.--III, 127*.

  SONTAG, diplomate franais.--V, 396*.

  SOPHIE DE BOURBON (Madame).--V, 589.

  SOPHIE-DOROTHE, impratrice de Russie.--III, 71.

  SOUBISE (Charles de Rohan, prince de), marchal de France.--I,
    60*.--V, 524, 525, 530, 533.

  SOULT, duc de Dalmatie, marchal de France.--I, 405.--II, 31, 32,
    139, 326, 502, 505, 558, 559.--III, 47, 151*, 252, 335.--IV, 33,
    97, 206, 305, 312*, 463*.--V, 6, 132*, 347, 350, 448*, 450.

  SOURCHES (Louis-Franois du Bouchot, comte de), grand prvt de
    France.--I, 5*.

  SOUTZA (prince), diplomate grec.--IV, 225*.

  SOUZA-BOTHELO (Jos, marquis de), diplomate portugais.--I, 248*.

  SOUZA (Madame de).--Voir FLAHAUT.

  SPERANSKY (M.).--I, 414.

  SPINA (Joseph, comte), cardinal italien.--II, 103*.

  SPENGTPORTEN (Joram, baron de), gnral sudois.--I, 278*.

  SPRING RICE, baron Monteagle, (Thomas), homme d'tat anglais.--V,
    419*.

  STACKELBERG (Gustave, comte de), diplomate russe.--II, 409*.--III,
    113.

  STADION (Jean-Philippe-Joseph-Charles, comte de), homme d'tat
    autrichien.--II, 151*, 258, 259, 307, 428.

  STAL (Anne-Louise Necker, baronne de).--I, 61*, 250, 252, 259.

  STAHREMBERG (George-Adam, prince de), diplomate autrichien.--V,
    522*, 529, 567.

  STAINVILLE (tienne-Franois duc de).--Voir CHOISEUL STAINVILLE.

  STAINVILLE (comte de), diplomate autrichien.--V, 515, 516.

  STALA (l'abb), bibliothcaire de San Isidro.--I, 334.

  STANISLAS II, roi de Pologne.--II, 392*.

  STANLEY (M.).--V, 535.

  STANLEY, comte de Derby (douard-Geoffroy-Smith).--V, 339*, 410 
    412, 446.

  STASSART (baron de), administrateur franais, puis prsident du
    Snat de Belgique.--III, 182*.--IV, 25*.

  STEIN (Charles, baron de), homme d'tat prussien.--II, 405*, 442,
    453, 500, 541.

  STPHANIE.--Voir BADE.

  STEWART (lord).--II, 545.--Voir LONDONDERRY.

  STOCKMAR (Charles-Frdric, baron de), mdecin et conseiller de la
    reine Victoria.--IV, 328*.

  STROGONOFF (Grgoire-Alexandrowitch, comte), diplomate russe.--I,
    358*.

  STUART DE ROTHESAY (lord), diplomate anglais.--III, 340, 450, 452,
    456, 457.--V, 137, 282.

  STUDNITZ (M. de).--I, 416.

  SUARD (Jean-Baptiste), crivain franais.--I, 435*.

  SUCHET duc d'Albufra, marchal de France.--I, 406.--II,
    29*.--III, 252.

  SUCHTELEN (Jean-Pierre, comte de), gnral et diplomate russe.--V,
    334*.

  SUTONE.--I, 64, 444.

  SURGRE (Jean-Franois de la Rochefoucauld, comte de).--I, 61*.

  SURLET DE CHOKIER (baron), rgent de Belgique.--III, 388*.--IV,
    102, 111*, 116, 120, 121, 237, 252.

  SUZE (Louis-Michel Chamillard, comte de la), grand marchal des
    logis de la maison du roi.--I, 15*, 17.--V, 555.

  SUZE (comte de la).--I, 15*, 16.

  SYLLA.--I, 432.


T

  TACITE.--I, 427, 437, 442  446.

  TAGLIATZI, actrice de l'opra de Vienne.--V, 528.

  TALLEYRAND-PRIGORD prince de Bnvent (Charles-Maurice, prince
    de).--I, 3* et passim.

  TALLEYRAND-PRIGORD (Alexandre de), prlat franais.--I, 18*, 23,
    260.--II, 39*, 170.--III, 141*.

  TALLEYRAND-PRIGORD (Charles-Daniel de), lieutenant gnral menin
    du dauphin.--I, 6.

  TALLEYRAND (Louis, baron de), diplomate franais.--I, 104*.

  TALLEYRAND (Alexandre-Daniel, baron de), diplomate et pair de
    France.--III, 178*.

  TALLEYRAND (Auguste, comte de), diplomate franais.--III, 108*,
    110, 113, 123*, 190.

  TALLEYRAND-PRIGORD (Alexandrine-Marie-Victoire-lonore de Damas,
    comtesse de).--I, 44.

  TALLEYRAND (Marie-lisabeth Chamillard, marquise de).--I, 6.

  TALLEYRAND (baronne de).--II, 295.

  TALMA, acteur de la Comdie-Franaise.--I, 405, 430.--II, 300.

  TALMA (Madame), actrice de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  TALMONT (Marie-Louise Jablonowska, princesse de).--V, 555*.

  TANDEAU (l'abb), conseiller au parlement.--I, 186, 187.

  TARENTE (duc de).--Voir MACDONALD.

  TATITSCHEFF, ambassadeur de Russie  Vienne.--V, 302*.

  TAUBE (comte de).--I, 419.

  TAVANNES (Charles, comte de Saulx), lieutenant-gnral, chevalier
    d'honneur de la reine.--I, 5*.

  TAYLOR (sir Brook), diplomate anglais.--IV, 117.

  TELLES-JORDAO, gnral portugais.--V, 207, 217.

  TELLIER, diplomate franais.--IV, 134, 136, 391, 394.

  TERCEIRA (duc de). Voir VILLAFLOR.

  TRENCE, pote latin.--I, 64.

  TERRAY (Joseph), contrleur gnral.--I, 186*.--V, 557, 559, 560.

  TESTE (Jean-Baptiste), homme d'tat et magistrat franais.--IV,
    330*.

  THMINES (Alexandre de Lauzires de), prlat franais.--I, 32*,
    207.

  THVENOT.--Voir MORANDE.

  THIARD (Henry, comte de), lieutenant gnral.--V, 550*.

  THIBAUDEAU, homme politique et administrateur franais.--III, 252.

  THIELMANN, gnral saxon.--I, 415.--II, 362*.

  THIERS (Adolphe), homme d'tat franais.--IV, 33, 110.--V, 10,
    191, 253, 448.

  THOMASSIN (Louis de), oratorien.--II, 41*.

  THORN (de), homme politique belge.--IV, 455*, 479*.

  THMMEL (baron de).--I, 416.

  TIBRE, empereur romain.--I, 444.

  TILLEMANS (Jean-Franois), jurisconsulte et homme politique
    belge.--III, 385*.

  TINSEAU (Jean-Antoine), prlat franais.--I, 27*.

  TITE-LIVE, historien latin.--I,444.

  TOLSTO (Pierre, comte de), gnral et diplomate russe.--I, 394*,
    395, 414.

  TOLSTO (le comte), grand marchal de la cour de Russie.--I, 414.

  TORENO (Jos-Maria Queipo  Llano, comte de), homme d'tat
    espagnol.--V, 426*, 450, 464.

  TORRS (don Sbastien de).--I, 352.

  TOUR DU PIN GOUVERNET (Frdric, marquis de la) diplomate
    franais.--II, 208*, 400, 520, 535.--III, 19, 113, 128, 187,
    212.

  TOUR DU PIN (Louis, comte de la), marchal de camp.--V, 550*.

  TOUR DU PIN (Philippe, marquis de la), lieutenant gnral.--V,
    550*.

  TOUR ET TAXIS (Charles-Alexandre, prince de la), grand matre des
    postes impriales.--I, 417*.

  TOUR ET TAXIS (Thrse de Mecklembourg-Strlitz, princesse de
    la).--I, 417*, 424, 432  434, 437, 449, 450.

  TRAUTMANSDORF (prince de), conseiller d'tat et grand chambellan
    de l'empereur d'Autriche.--II, 328*, 488.

  TRAVANET.--I, 60.

  TREILHARD, membre du Directoire.--I, 269.

  TRVISE.--Voir MORTIER.

  TRICOUPIS (Spiridion), homme d'tat grec.--V, 317*, 460. 461.

  TRIDENT, matre de poste  Kehl.--III, 304.

  TROUBETZKOI (prince).--I, 414.

  TRUCHSESS (comte de).--I, 419.

  TRUCHSESS (Madame de).--II, 25.

  TRUDAINE DE MONTIGNY (Ch. de), intendant gnral des finances.--I,
    107*.

  TUDO (Doa Josefa).--I, 355*.

  TURGOT baron de l'Aulne, (Jacques), contrleur gnral.--I, 42*,
    87, 106.

  TURGOT, marquis de Consmont, (Le chevalier tienne), gouverneur de
    la Guyane.--V, 581*.

  TYSYKIEWICZ ou TIETZKIEWICZ (princesse Vincent).--I, 313.--V,
    478*.


V

  VAINES (Madame J. de).--I, 47*.

  VALENCE (comte de), gnral franais.--III, 234, 252, 445.

  VALETTE (de la), grand matre de l'ordre de Malte.--I, 277, 278*.

  VANDAMME, gnral franais.--III, 252,

  VAN DER NOOT (Henri-Charles-Nicolas), homme politique belge.--III,
    384*.

  VAN DE WEYER (Sylvain), diplomate belge.--III, 438, 463, 464,
    468.--IV, 12, 52, 68, 106, 288, 342, 375, 409, 469, 473, 479,
    490, 498.--V, 166, 184, 194, 416, 500.

  VAN EUPEN (l'abb).--I, 384*.

  VAN PRAET (Jules), homme d'tat belge.--IV, 192*, 193.

  VAN STYRUM.--II, 20.

  VARENNES, acteur de la Comdie-Franaise.--I, 405.

  VARENNES (M. de), diplomate franais.--V, 126*.

  VATOUT (Jean), homme politique franais.--IV, 111*.

  VAUDMONT (princesse de).--III, 448, 449, 456  458.--IV, 105,
    295, 296, 307, 310, 313, 325, 327, 332, 340  345, 352, 356,
    358, 382, 384, 387, 388, 390, 394, 395, 404  406, 410, 412, 420
     422, 425  429, 432, 435, 437, 440  442, 445  447, 450 
    453, 456  460, 464, 467, 469, 476  478, 494, 499--V, 22, 32,
    48, 52, 53, 75, 76, 79, 80, 101, 123.

  VAUDREUIL (Joseph de Rigaud, comte de), pair de France.--I, 47*,
    60, 103, 104.

  VAUDREUIL (Victor-Louis Rigaud, vicomte de), diplomate
    franais.--III, 333*.

  VAUGUYON (Antoine-Paul-Jacques de Quelen, duc de la), gouverneur
    des enfants de France.--V, 579*.

  VAULABELLE (de), historien franais.--II, 163.

  VAUPALLIRE (M. de la).--I, 60.

  VENNINGEN (Madame de).--I, 418.

  VERDIER, gnral franais.--I, 370, 371.

  VERGENNES (Charles-Gravier, comte de), homme d'tat franais.--1,
    40*, 97, 99, 101  103, 440.

  VERHUEL (de), ministre de Hollande  Madrid.--I, 361.*

  VERHUELL, comte de Sevenaar (Charles-Henri), amiral hollandais
    pass au service de la France.--II, 19*, 20.

  VERMOND (l'abb Mathieu de).--I, 95*.

  VERNGUES (de), chevalier.--II,439.

  VERSTOLCK VAN SOELEN (Jean Gilbert), diplomate hollandais.--IV,
    261*.--V, 194, 198, 329.

  VERTEUIL (M. de), gentilhomme du Prigord.--I, 10.

  VESMERANGES (de), intendant des postes.--I, 107*.

  VIAL, (diplomate espagnol.)--V, 256.

  VIANES (M. de).--I, 60.

  VICENCE (duc de).--Voir CAULAINCOURT.

  VICQ D'AZYR (Flix), premier mdecin de la reine
    Marie-Antoinette.--I, 135*. .

  VICTOIRE DE BOURBON (Madame).--V, 589.

  VICTOR EMMANUEL Ier, roi de Sardaigne.--II, 34, 203, 204, 227,
    228, 232, 254, 446, 450, 452, 537*.--III, 100, 207.

  VIGURI (don Luis), intendant de l'anne espagnole.--I, 334.

  VILLAFLOR duc de Terceira, gnral portugais.--IV, 274*.--V, 198,
    199, 205, 207, 208, 217, 218, 227, 235, 318.

  VILLAIN XIV (Charles-Hippolyte), diplomate belge.--IV, 148*.

  VILLARS (Gabrielle de Noailles, duchesse de).--I, 5*.

  VILLE (l'abb Jean Ignace de la).--V, 560*, 561, 562, 565.

  VILLLE (Joseph de), homme d'tat franais.--III, 316, 318, 319.

  VILLENA (don Juan Manuel de), premier cuyer du prince des
    Asturies.--I, 339, 352, 353.

  VILLENEUVE (Alexandre-Louis Ducrest de), amiral franais.--V, 43*,
    44, 48.

  VILLIERS, comte de Clarendon, (Georges-William-Frdric),
    diplomate anglais.--V, 244*, 245, 262, 263, 265, 359, 418, 421,
    424, 425, 464, 510.

  VINCENT (Charles, baron de), diplomate autrichien.--I, 313*, 424,
    425, 432, 433, 437, 438, 447, 449.--II, 485*, 559.--III, 88, 89,
    141, 180, 182, 227, 228*.

  VITROLLES (Eugne d'Arnaud, baron de), homme politique
    franais.--I, 138*, 139.--II, 140, 148, 149, 151, 152, 169, 257
     260.

  VOLTAIRE.--I, 66, 83, 146, 435.--V, 384, 385.

  VOYER (Marc-Ren, marquis de), lieutenant-gnral.--I, 152*, 153 
    156.


W

  WALDECK (prince de).--1, 417.

  WALEWSKA (comtesse Anastase).--I, 312.

  WANGENHEIM (baron de).--I, 416.

  WASA (prince de), prince royal de Sude et feld-marchal
    autrichien.--III, 15*.

  WASA-SIVIETEN, mdecin de la cour d'Autriche.--V, 528.

  WASHINGTON.--I, 238.--II, 264.

  WALTERSTORFF (Ernest-Frdric de), gnral et diplomate
    danois.--III, 182*.

  WARD (Henry-Georges), homme politique et diplomate anglais.--V,
    410*, 411.

  WATTEVILLE (Nicolas-Rodolphe de), homme d'tat suisse.--III, 102*.

  WEISSE (M. de).--I, 417.

  WELLESLEY (marquis de), homme d'tat anglais.--III, 460*.

  WELLESLEY POOLE (William), homme d'tat anglais.--III, 148*.

  WELLINGTON (Arthur Colley Wellesley, duc de).--II, 30  32, 138 
    145, 147, 150, 289, 290, 356, 381, 399, 435*  438, 472, 484 
    486, 493, 503, 517.--III, 39*, 41, 45, 47  49, 51  54, 57,
    59, 67, 68, 73, 76, 80, 81, 84, 99  101, 104  106, 113, 118,
    120, 121, 123, 124, 126, 135, 139, 144, 145, 147, 148, 163, 167,
    172, 178, 182. 222, 228, 233, 234, 230  239, 273  275, 277,
    331, 336, 343, 347, 348, 351, 353, 354, 356, 359, 361, 363, 364,
    366, 373, 376  378, 391. 393  395, 406, 449  460.--IV, 313 
    315, 317*, 333 358, 410, 453, 456.--V, 186, 201, 282, 479*.

  WERTHER (baron de), diplomate prussien.--IV, 325*.--V, 44, 144,
    273, 275, 436, 487, 499.

  WESSENBERG-AMPFINGEN (Jean Philippe, baron de), diplomate et homme
    d'tat autrichien.--II, 400*, 551, 539, 548.--III, 113, 139,
    401, 402.--IV, 35, 101, 103, 159, 161, 231, 235, 249, 250, 378,
    440, 494.--V, 41, 328, 500.

  WHARNCLIFFE (James Stuart, lord).--IV, 146*, 147.

  WIELAND (Christophe-Martin), crivain allemand.--I, 416*, 426,
    427, 434, 436, 437, 441, 443  445, 440.

  WINDISCHGRTZ (Alfred, prince de), feld-marchal
    autrichien.--340*.

  WINTZINGERODE (Ferdinand, baron de), gnral russe.--II, 153*.

  WINTZINGERODE (Comte de ) diplomate et homme d'tat
    wurtembergeois.--I, 419.--II, 540.

  WITTGENSTEIN (le prince de Sayn), homme d'tat prussien.--V, 509.

  WOLKONSKI (prince) aide de camp de l'empereur Alexandre.--I,
    414.--II, 150, 457.--III, 120.

  WRDE (Charles-Philippe, prince de) feld-marchal bavarois.--III,
    333, 335, 358*, 361, 369, 376, 381, 410, 412, 421, 466, 472,
    484, 490, 509, 510, 538.--III, 79,105, 248.--IV, 322.

  WURMSER (comte), intendant gnral de l'arme autrichienne.--III,
    256.

  WURTEMBERG (Paul, prince de)--III, 407.--IV, 34*, 249, 352, 395,
    426.

  WURTEMBERG (princesse de)--Voir FRDRIQUE-CATHERINE.

  WURTEMBERG (Antoinette-Ernestine-Amlie de Saxe-Cobourg Saafeld
    duchesse de).--I, 419.--II, 536*.

  WURTEMBERG (comte de).--I, 419.

  WURTEMBERG (prince royal de).--Voir GUILLAUME.

  WYRICKI (comte).--I, 309.

  WYNX, homme d'tat anglais.--IV, 101*.


X

  XIMNS, cardinal.--I, 19.


Y

  YARMOUTH (lord).--I, 305, 306.

  YORK Frdric, duc d'York et d'Albany.--IV, 458*.

  YVON (l'abb).--I, 152*.


Z

  ZASTHOW (de), aide de camp du roi Frdric-Guillaume III.--I,
    308.

  ZEA BERMUDEZ (Franois), homme d'tat espagnol.--III, 359*.--V,
    90, 98, 99, 104, 105, 121, 140, 216, 237, 240, 242, 244, 245,
    250, 252, 262, 263, 315*, 317, 378.

  ZERDELER (Louis), diplomate et homme d'tat suisse.--II, 424*,
    426.--III, 7, 28, 102.

  ZESCHAU (de), gnral saxon.--III, 77*.

  ZEUGWITZ (de), officier saxon.--II, 396.

  ZICHY DE VASONYKIO (comte de), homme d'tat autrichien.--II,
    397*, 428, 458.

  ZIGESAR (de).--I, 416.

  ZUMALACARREGUY (Thomas), gnral carliste.--V, 393*, 463.

  ZURLO (Giuseppe, comte), homme d'tat italien.--II, 13*.

  ZUYLEN DE NYEVELDT (Hugo, baron de), diplomate hollandais.--III,
    423*.--IV, 183, 184, 186, 190.--V, 27, 35, 51, 53, 87, 88, 339.


FIN DU TOME CINQUIME ET DERNIER.





End of the Project Gutenberg EBook of Mmoires du prince de Talleyrand
 Volume V (of V), by Charles-Maurice de Talleyrand Prigord

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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