               Histoire Sainte ou Histoire des Isralites


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Title: Histoire Sainte ou Histoire des Isralites
Author: Henri Loeb
Release Date: February 26, 2013 [EBook #42211]
Language: French
Character set encoding: ISO-8859-1


*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE SAINTE OU HISTOIRE
DES ISRALITES ***




Produced by Enrico Segre.





                            HISTOIRE SAINTE

                                   OU

                        HISTOIRE DES ISRALITES.




               IMP. DE BAUMAN ET Cer.--DELTOMBE, GRANT.

                            Rue du Nord, 8.

                            HISTOIRE SAINTE




                                   OU




                       *HISTOIRE DES ISRALITES*




                         *DEPUIS LA CRATION,*




             JUSQU'A LA DERNIRE DESTRUCTION DE JRUSALEM.




PAR




                          *LE Dr HENRI LOEB,*

                       GRAND-RABBIN DE BELGIQUE.




        Je me souviens des jours anciens, je mdite sur toutes vos
    oeuvres: et j'tends mes mains vers vous!

            (Ps. 143.)








                               BRUXELLES.

                       SOCIT BELGE DE LIBRAIRIE

                             BAUMAN ET Cer.

                                   --
                                  1843




                                PRFACE.


Dans un sicle comme le ntre, o le matrialisme, ce puissant moteur de
l'activit humaine, absorbe  un si haut degr la vie morale et
religieuse, que souvent on serait tent de dire avec un ancien sage:
Tout tend  un mme point, tout est tir de la terre et retourne  la
terre; dans un tel sicle, il est difficile que l'ducation ne se
ressente pas de la tendance gnrale des esprits, et que les tudes de
la jeunesse n'aient pour objet principal de satisfaire aux exigences
d'une vie matrielle. De cet tat de choses, il rsulte ncessairement
que les moments employs  l'instruction religieuse et morale tant fort
restreints, ne suffisent plus  nos enfants pour s'occuper, comme
autrefois, de toute notre littrature sacre; et ds lors ils sont
privs du seul moyen qui puisse leur donner une ide juste et parfaite
de l'existence historique et religieuse du peuple isralite.

En publiant cet ouvrage, je me propose de remdier, au moins en partie,
 cet inconvnient, et de donner  la jeunesse isralite une notion
suffisante de l'histoire de la religion rvle et du peuple, choisi par
la sagesse divine pour en tre le dpositaire. La religion de Mose est
non-seulement base sur l'histoire de sa rvlation, mais elle est
encore intimement unie  cette histoire; il faut donc faire connaissance
avec celle-ci avant que celle-l puisse trouver accs. En d'autres
termes, l'histoire de la religion doit ouvrir les portes de l'me de
notre jeunesse avant que la religion elle-mme puisse y entrer.
L'criture Sainte seule nous prsente, avec une noble simplicit, dans
la vracit de ses traditions, cette histoire qui renferme et les plus
beaux exemples de la vertu que l'homme puisse exercer sur la terre, et
les preuves les plus clatantes de l'existence d'une Providence divine:
tous les devoirs qui nous incombent y puisent leurs motifs. Racontons-la
donc  nos enfants, et soyons convaincus qu'elle exercera l'influence la
plus salutaire sur leurs coeurs innocents.

J'ai cru indispensable de faire suivre l'histoire de la Sainte criture
d'un prcis de l'histoire politique de la nation, en considrant que
celle-ci est aussi insparablement attache  l'histoire de la
rvlation, que celle qui traite la partie cosmique et patriarcale.

Pour les indications chronologiques, il m'a paru convenable de
n'indiquer que l're de la cration; mais une fois que les lves savent
le nombre d'annes qui existent entre la cration et l're vulgaire, ils
peuvent facilement faire eux-mmes la supputation.

En ajoutant cet ouvrage  mon catchisme, je crois remettre entre les
mains de nos enfants un tout complet qui, avec l'assistance de Dieu, ne
manquera pas de produire des fruits bienfaisants.




                           CHAPITRE PREMIER.


               HISTOIRE GNALOGIQUE DU PEUPLE ISRALITE.





                              La Cration.


Mes amis, l'histoire de notre peuple, que j'ai l'intention de vous faire
connatre, est une des plus anciennes de la terre; elle remonte aux
premiers vnements du monde, elle touche aux temps les plus reculs.
C'est vers ce lointain obscur que nous devons diriger les yeux, si nous
aimons  remonter  notre origine. Nous devons partir de la cration du
premier homme, de la formation de toute crature, qui date de prs de
_six mille ans_. Mais pour atteindre ce but, il n'y a pas un seul
peuple, mme le plus ancien sur la terre, qui ait conserv des
traditions aussi symboliquement belles et en mme temps aussi
ternellement vraies que celles que possde le peuple d'Isral dans la
Sainte criture laisse par Mose, notre divin lgislateur. C'est donc
l'histoire de la Sainte criture que je vais vous mettre sous les yeux.
coutez, mes amis, de quelle manire elle nous raconte toutes ces
merveilles.

Au commencement Dieu cra le ciel et la terre. Et la terre tait informe
et en dsordre, et les tnbres taient sur la surface de l'abme et
l'esprit de Dieu planait sur la surface des eaux. Dieu dit: Que la
lumire soit, et la lumire fut. Dieu vit que la lumire tait bonne, et
Dieu spara la lumire d'avec les tnbres. Dieu nomma la lumire jour
et les tnbres nuit. Il fut soir et il fut matin, ce fut le premier
jour. Dieu dit: Que le firmament soit au milieu des eaux et qu'il spare
les eaux d'avec les eaux. Dieu fit le firmament et spara les eaux qui
taient sous le firmament d'avec les eaux qui taient au-dessus du
firmament; il en fut ainsi. Dieu nomma le firmament ciel; il fut soir,
il fut matin; deuxime jour. Dieu dit: Que les eaux qui sont sous le
ciel se rassemblent en un seul lieu, et que l'lment solide paraisse;
il en fut ainsi. Dieu nomma l'lment solide terre, et le rassemblement
d'eaux, mers. Dieu vit que c'tait bien; Dieu dit: Que la terre fasse
vgter toutes sortes de vgtations: l'herbe portant sa semence,
l'arbre fruitier formant son fruit selon son espce, renfermant sa
semence pour se reproduire sur la terre; il en fut ainsi, et Dieu vit
que c'tait bien: il fut soir, il fut matin, troisime jour. Dieu dit:
Qu'il y ait des astres dans l'tendue du ciel pour faire distinguer le
jour de la nuit; qu'ils servent de signes pour indiquer les poques, les
jours et les annes; qu'ils servent de luminaires dans l'tendue du ciel
pour clairer la terre; il en fut ainsi; Dieu fit les deux grands
luminaires, le plus grand pour prsider au jour, et le plus petit pour
prsider  la nuit, avec les toiles; Dieu les plaa dans l'tendue du
ciel pour clairer la terre, pour prsider au jour et  la nuit et pour
sparer la lumire d'avec les tnbres; Dieu vit que c'tait bien: il
fut soir, il fut matin; quatrime jour. Dieu dit: Que les eaux se
peuplent d'tres dous de vie, et que des volatiles volent sur la terre
sous le firmament du ciel; Dieu cra les grands animaux de mer et tout
tre anim rampant, dont les eaux sont peuples, selon leur espce,
ainsi que tous les volatiles ails, selon leur espce; Dieu vit que
c'tait bien. Dieu les bnit et dit: Soyez fconds, multipliez-vous, et
remplissez les eaux de la mer, et que le volatile se multiplie sur la
terre. Il fut soir, il fut matin, cinquime jour. Dieu dit: Que la terre
produise des tres anims selon leur espce, le btail, les reptiles et
les animaux sauvages terrestres selon leur espce; il en fut ainsi. Dieu
fit les animaux sauvages terrestres selon leur espce, le btail selon
son espce, les reptiles terrestres selon leur espce. Dieu vit que
c'tait bien. Dieu dit: Faisons l'homme  notre image et  notre
ressemblance; et qu'il rgne sur les poissons de la mer, sur les oiseaux
du ciel, sur les animaux, sur toute la terre et sur tous les reptiles
qui rampent sur la terre. Dieu cra l'homme  son image, il le cra mle
et femelle.





                                 Adam.


Dieu forma l'homme de la poussire de la terre et lui souffla dans les
narines le souffle de la vie; ainsi l'homme devint un tre anim. Dieu
vit tout ce qu'il avait fait et il vit que cela tait bien: il fut soir,
il fut matin; sixime jour. Ainsi furent achevs le ciel et la terre et
tous leurs ordres. Le septime jour, Dieu avait fini l'oeuvre qu'il
avait faite, il se reposa le septime jour; il le bnit et le sanctifia,
afin que pour nous aussi ce ft un jour de repos, de bndiction et de
sanctification, que ce jour nous rappelt  jamais qu'il n'y a qu'un
Dieu, qui a cr le monde et qui le gouverne, et que ce n'est que
conformment  la volont divine que l'homme peut rgner sur la terre.





                              Eve (Chava).


L'ternel Dieu planta un jardin dans den, du ct de l'orient, il y
plaa l'homme qu'il avait cr. Dieu fit sortir de la terre tous les
arbres agrables  la vue et bons  manger, et l'arbre de la vie au
milieu du jardin, ainsi que l'arbre de la connaissance du bien et du
mal. Et un fleuve sortait d'den pour arroser le jardin, et de l il se
divisait pour former quatre principales branches. La premire se nommait
_Pichon_, la seconde _Guichon_, la troisime _Hidekel_ et la quatrime
_Euphrate_. L'ternel Dieu prit l'homme et le plaa dans le jardin
d'den pour le cultiver et pour le garder, et lui donna des ordres en
ces termes: De chaque arbre du jardin vous pouvez manger. Mais vous ne
mangerez pas de celui de la science du bien et du mal; car ds que vous
en aurez mang vous mourrez. Dieu dit aussi: Il n'est pas bon  l'homme
d'tre seul, je lui donnerai une compagne. L'ternel Dieu fit tomber
l'homme dans un grand assoupissement, et il l'endormit; il prit ensuite
une de ses ctes dont il remplit la place par d'autre chair. L'ternel
Dieu forma une femme de la cte qu'il avait prise  l'homme, et l'amena
 l'homme. L'homme alors dit: C'est l'os de mes os, c'est la chair de ma
chair. Celle-ci s'appellera du nom qui marquera l'homme parce qu'elle a
t tire de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son pre et sa
mre, et s'attachera  sa femme, et ils ne feront qu'une seule chair.
Tous deux, l'homme et la femme taient nus, et n'en avaient pas de
honte.





                       Pch des premiers hommes.


Le serpent tait le plus rus de tous les animaux de la terre que
l'ternel Dieu avait faits; il dit  la femme: Quand mme Dieu aurait
dit: Ne mangez d'aucun fruit de ce jardin... La femme rpondit au
serpent: Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin; quant au
fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: N'en mangez
pas, et n'y touchez pas, vous en mourriez. Le serpent dit  la femme:
Vous n'en mourrez pas; mais Dieu sait qu'aussitt que vous en mangerez,
vos yeux s'ouvriront, vous serez comme des tres divins, connaissant le
bien et le mal. La femme vit que le fruit tait bon  manger, beau et
agrable  la vue; elle cueillit du fruit et en mangea, et en donna
aussi  son mari, qui en mangea galement. Les yeux de tous les deux
s'ouvrirent; ils remarqurent qu'ils taient nus; alors ils tressrent
des feuilles de figuier et s'en firent des ceintures. Ils entendirent la
voix de Dieu parcourant le jardin du ct de l'orient; Adam et sa femme
cherchrent  se cacher devant l'ternel Dieu, au milieu des arbres du
jardin. Dieu appela Adam et lui dit: O tes-vous? Il rpondit: J'ai
entendu votre voix dans le jardin, j'ai eu peur, car je suis nu, et je
me suis cach. Dieu lui dit: Qui vous a dit que vous tiez nu? Avez-vous
mang du fruit dont je vous ai dfendu de manger? Adam rpondit: La
femme que vous avez mise prs de moi m'a donn du fruit de cet arbre, et
j'en ai mang. L'ternel Dieu dit  la femme: Qu'avez-vous fait? La
femme rpondit: Le serpent m'a sduite, et j'en ai mang. L'ternel Dieu
dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit parmi toutes
les btes et tous les animaux des champs; tu ramperas sur le ventre; tu
mangeras de la poussire pendant tous les jours de ta vie. Je mettrai
une inimiti entre toi et la femme, entre sa race et la tienne; elle te
brisera la tte, et tu la mordras par le talon. Il dit  la femme: Je
multiplierai les douleurs et les souffrances de votre grossesse; vous
enfanterez avec douleur; vos dsirs se tourneront vers votre mari, et il
vous dominera. Il dit  Adam: Puisque vous avez cout la voix de votre
femme, et que vous avez mang de l'arbre dont je vous avais dfendu de
manger, que la terre soit maudite  cause de vous: vous vous en
nourrirez pniblement pendant toute votre vie; elle vous produira des
pines et des ronces; vous mangerez l'herbe des champs; vous mangerez
votre pain  la sueur de votre front jusqu' ce que vous retourniez  la
terre d'o vous avez t tir, car vous tes poussire et vous
retournerez  la poussire. Adam nomma sa femme _Chava_ (ve), parce
qu'elle a t la mre de tous les vivants. L'ternel Dieu fit  Adam et
 sa femme des tuniques de peau, et les en revtit. L'ternel Dieu dit:
Maintenant l'homme est comme l'un de nous, pour connatre le bien et le
mal, maintenant il pourrait tendre sa main, cueillir du fruit de
l'arbre de vie, en manger et vivre ternellement. L'ternel Dieu le
renvoya du jardin d'den, pour cultiver le sol dont il avait t tir.
Il chassa Adam, plaa vers l'orient du jardin d'den, les chrubins et
la lame flamboyante du glaive qui tourne, pour garder le chemin de
l'arbre de vie.





                         Can et Abel (Hbel).


Adam connut ve, sa femme; elle conut et enfanta Can. Elle dit: J'ai
acquis un homme de l'ternel. Elle enfanta de nouveau son frre Abel
(Hbel). Abel fut gardien de troupeaux, et Can laboureur. Au bout de
quelque temps, Can apporta un prsent  l'ternel, des fruits de la
terre. Abel apporta aussi des premiers-ns de son plus beau btail.
L'ternel fit attention  Abel et  son oblation; mais il ne fit point
attention  Can ni  son offrande. Can en fut trs-irrit, et son
visage en fut abattu. L'ternel dit  Can: Pourquoi cela vous
irrite-t-il? et pourquoi tes-vous si abattu? Certes, si vous vous
conduisez bien, vous serez considr; si vous ne vous conduisez pas
bien, le pch vous assigera  la porte; il veut vous atteindre, mais
vous pouvez le matriser. Can parla  son frre Abel, et comme ils se
trouvaient aux champs, Can s'leva contre son frre Abel et le tua.
L'ternel dit  Can: O est votre frre Abel? Il rpondit: Je ne le
sais pas; suis-je le gardien de mon frre? Il dit: Qu'avez-vous fait? La
voix du sang de votre frre crie de la terre vers moi; maintenant soyez
maudit de dessus la terre, qui a ouvert son sein pour recevoir de votre
main le sang de votre frre. Lorsque vous cultiverez le sol, il ne vous
prtera plus ses forces; vous serez agit et fugitif sur la terre. Can
dit  l'ternel: Mon chtiment est trop grand pour tre support;
puisque vous m'expulsez aujourd'hui de cette contre, je dois me cacher
devant vous, et tre errant et fugitif sur la terre; quiconque donc me
trouvera, me tuera. Mais l'ternel lui rpondit: Celui qui tuera Can
sera expos  une septuple vengeance. Ensuite il mit sur Can un signe,
pour que tout venant ne le tut pas. Can sortit de la prsence de
l'ternel, et s'tablit dans le pays de Nod, vers l'orient d'den.





             Suite des patriarches vivant avant le dluge.


Can connut sa femme qui conut et enfanta Henoch; il btit ensuite une
ville et nomma cette ville du nom de son fils Henoch; Henoch engendra
Irad; celui-ci engendra Mhouiael; ce dernier engendra Mtouchael, qui
engendra Lemech. Lemech prit deux femmes: le nom de l'une fut Ada et le
nom de la seconde Tzila; Ada enfanta Jabal: il fut le pre des peuples
habitant sous des tentes, et des pasteurs; le nom de son frre fut
Joubal; celui-ci fut le pre de ceux qui jouaient de la harpe et de la
flte. Tzila eut aussi un fils, Toubal Can, qui travaillait les
instruments de cuivre et de fer, la soeur de Toubal Can s'appela Nama.
Lemech[1] dit  ses femmes: Ada et Tzila, coutez ma voix, femmes de
Lemech, soyez attentives  mes paroles: je tue un homme aprs avoir t
bless, je tue un jeune homme aprs avoir t meurtri, (ne craignez
rien, car) si Can doit tre veng au septuple, Lemech le sera
soixante-dix-sept fois.

  [1] Le but de ce rcit semble tre: l'invention des instruments
      mtalliques (le couteau, le poignard, le glaive) rendait alors le
      meurtre plus facile et plus frquent, de sorte qu'on commenait 
      craindre d'tre massacr par le premier venu. Tel est le sens de
      ce passage: Lemech en rassurant ses femmes s'crie: N'ayez pas
      peur, quiconque voudra nous tuer je l'assommerai; et certes je
      n'aurai pas alors  craindre la punition de Dieu, car, si Can,
      entran au meurtre par l'envie, la jalousie et la fureur, ne
      devait cependant pas tre tu impunment,  plus forte raison ne
      le serai-je pas moi qui n'aurai commis un meurtre qu'en dfendant
      notre vie.

Voici le livre de la gnalogie de l'homme. Adam,  l'ge de cent trente
ans, engendra  sa ressemblance,  son image, un fils qu'il nomma Seth.
Aprs la naissance de Seth, Adam vcut encore huit cents ans, il eut
encore des fils et des filles; Adam ayant atteint l'ge de neuf cent
trente ans, mourut. Seth,  l'ge de cent cinq ans, engendra nosch;
aprs avoir engendr nosch, Seth vcut encore huit cent sept ans, et il
eut des fils et des filles;    (930)    lorsque Seth eut atteint l'ge
de neuf cent douze ans, il mourut. nosch,  l'ge de quatre-vingt-dix
ans, engendra Knan; aprs avoir engendr Knan, nosch vcut encore
huit cent quinze ans, et il eut des fils et des filles;    (1042)
lorsque nosch eut atteint l'ge de neuf cent cinq ans, il mourut.
Knan,  l'ge de soixante-dix ans, engendra Mahalalel; aprs avoir
engendr Mahalalel,    (1140)    Knan vcut encore huit cent quarante
ans, et il eut des fils et des filles; lorsque Knan eut atteint l'ge
de neuf cent dix ans, il mourut. Mahalalel,  l'ge de soixante-cinq
ans, engendra Jred; aprs avoir engendr Jred, Mahalalel vcut encore
huit cent trente ans, il eut des fils et des filles;    (1235)    aprs
que Mahalalel eut atteint l'ge de huit cent quatre-vingt-quinze ans, il
mourut.    (1290)    Jred,  l'ge de cent soixante-deux ans, engendra
Hnoch; Jred, aprs avoir engendr Hnoch, vcut encore huit cents ans,
il eut des fils et des filles; Jred, aprs avoir atteint l'ge de neuf
cent soixante-deux ans, mourut.    (1422)     Hnoch,  l'ge de
soixante-cinq ans, engendra Mtouselah; Hnoch, aprs avoir engendr
Mtouselah, marcha encore dans la voie de Dieu pendant trois cents ans,
il eut des fils et des filles; Hnoch atteignit l'ge de trois cent
soixante-cinq ans; Hnoch marchait dans la voie de Dieu, et il ne fut
plus, car Dieu l'avait pris. Mtouselah, aprs avoir atteint l'ge de
cent quatre-vingt-sept ans, engendra Lemech; Mtouselah, aprs avoir
engendr Lemech, vcut encore sept cent quatre-vingt deux ans, il eut
des fils et des filles;    (1656)    Mtouselah mourut aprs avoir
atteint l'ge de neuf cent soixante-neuf ans. Lemech,  l'ge de cent
quatre-vingt-deux ans, engendra un fils; il le nomma _Noach_, disant:
Celui-ci nous consolera de nos travaux et des pnibles occupations de
nos mains et dans la terre que l'ternel a maudite. Lemech, aprs avoir
engendr Noach, vcut encore cinq cent quatre-vingt-quinze ans; il eut
des fils et des filles; aprs que Lemech eut atteint l'ge de sept cent
soixante-dix-sept ans, il mourut. Noach,  l'ge de cinq cents ans,
engendra Schem, Ham (Cham) et Japhet[2].

  [2] En considrant la longue suite d'annes que les patriarches ont
      vcu, on peut aisment conclure que dans les premiers temps, les
      rvlations divines furent exactement communiques et transmises
      de gnration en gnration.





                       No (Noach) et le dluge.


Ces dix gnrations passes, les hommes commencrent  se rpandre sur
la terre, et les fils des grands voyant que les filles du peuple taient
belles, prirent pour femmes celles d'entre elles qui leur plurent. La
corruption devint de jour en jour plus grande et plus gnrale; la terre
tait pleine de violence, chaque crature avait corrompu sa voie. Alors
l'ternel vit que la malice de l'homme tait grande sur la terre, et que
toutes les penses de son coeur tendaient constamment vers le mal.
L'ternel dit: Mon esprit ne combattra pas toujours dans l'homme, car
dans son erreur il est chair. Le temps de l'homme ne sera plus que de
six-vingts ans. (Ce terme lui fut encore accord, afin qu'il et le
temps de se repentir de ses pchs et de s'amender; mais aprs ce laps
de temps l'homme tant demeur dans son endurcissement), l'ternel dit:
Je veux exterminer de dessus la terre l'homme que j'ai cr, les
animaux, les reptiles et jusqu' l'oiseau du ciel, car je me repens de
les avoir faits.

_No_, homme droit et intgre dans son temps, et qui marcha avec Dieu,
trouva seul grce aux yeux de l'ternel. Alors Dieu dit  No: La fin de
toute crature est venue devant moi, car la terre est remplie de
violence  cause d'eux. Je veux donc les dtruire avec la terre.
Faites-vous une arche de bois de gopher: vous y ferez des cases;
enduisez-la de bitume en dedans et en dehors. Et voici comment vous la
ferez: elle aura trois cents coudes de long, cinquante de large et
trente de haut; vous ferez un transparent  l'arche, et la rduirez au
fate jusqu' une coude; vous placerez la porte de l'arche sur le ct,
vous y pratiquerez un compartiment infrieur, un second et un troisime.
Je ferai venir sur la terre une confusion d'eau pour dtruire toute
crature ayant un souffle de vie sous le ciel; tout ce qui est sur la
terre prira. J'tablirai mon pacte avec vous, vous viendrez dans
l'arche, vous, vos fils, votre femme et les femmes de vos fils. Et vous
ferez venir dans l'arche de tout ce qui vit, de toute chair, deux de
chaque espce pour tre conservs; qu'ils soient mle et femelle; du
volatile selon son espce, des quadrupdes selon leur espce, de tous
les reptiles de la terre, ils doivent venir avec vous pour tre
conservs. Et vous, prenez pour vous de tout comestible dont on se
nourrit, amassez-le, qu'il serve  vous et  eux de nourriture. Et No
fit ainsi; il fit tout, comme Dieu le lui avait ordonn. Mais les hommes
n'y firent aucune attention, ne se corrigrent point, et continurent 
faire le mal comme auparavant. Et l'arche fut construite. Alors Dieu dit
 No: Entrez, vous et votre famille, dans l'arche; car vous tes le
seul que j'aie vu pur devant moi, dans ce sicle. De chaque animal pur
vous prendrez sept couples, le mle et la femelle; et de celui qui n'est
pas pur, vous prendrez seulement deux, le mle et la femelle; du
volatile, sous le ciel, aussi sept, le mle et la femelle, afin d'en
conserver le germe sur la terre; car sept jours encore, et je ferai
pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits; je
dtruirai toute substance que j'ai faite sur la terre. No fit ainsi que
Dieu le lui avait ordonn.

No avait six cents ans, lorsque le dluge couvrit toute la surface de
la terre. La six centime anne de la vie de No, le dix-septime jour
du second mois, toutes les sources du grand abme jaillirent, et les
cataractes du ciel s'ouvrirent; la pluie tomba sur la terre pendant
quarante jours et quarante nuits. Ce mme jour, No entra dans l'arche,
avec Sem, Cham et Japheth ses fils, sa femme et les trois femmes de ses
fils, et de chaque crature y entrrent, mle et femelle, selon l'ordre
de Dieu; ensuite l'ternel ferma l'arche. Le dluge durait depuis
quarante jours sur la terre; les eaux s'levant soulevaient l'arche qui
se mouvait sur les eaux. L'inondation s'leva de plus de quinze coudes
au-dessus des plus hautes montagnes, en sorte que toute chair qui se
meut sur la terre prit, les oiseaux, le btail, les animaux et les
reptiles rampant sur la terre, ainsi que tout le genre humain. Tout ce
qui avait en ses narines un souffle de vie, tout ce qui se trouvait sur
le sol, mourut. Ainsi prit tout tre qui se trouvait sur la terre, il
ne resta que No et ce qui tait avec lui dans l'arche. Les eaux
s'accrurent sur la terre pendant cent cinquante jours. Mais Dieu s'tant
souvenu de No, de tous les animaux et de toutes les btes qui taient
avec lui dans l'arche, fit souffler un vent sur la terre, et les eaux
s'abaissrent. Les sources de l'abme et les cluses du ciel se
refermrent, et la pluie ne tomba plus du ciel. Les eaux se retirrent
de dessus la terre, agites de ct et d'autre, et diminurent au bout
de cent cinquante jours. Alors l'arche se posa sur les montagnes
d'Ararate (Armnie), le dix-septime jour du septime mois. Les eaux
allrent en diminuant jusqu'au dixime mois; le premier jour du dixime
mois, le sommet des montagnes fut visible. Au bout de quarante jours,
No ouvrit la fentre de l'arche et lcha un corbeau, qui sortit, allant
et rentrant jusqu' l'entier desschement du sol. Il envoya aussi une
colombe afin de voir si les eaux avaient baiss sur la terre. Mais la
colombe ne trouvant pas d'appui pour se reposer, revint  l'arche, car
l'eau couvrait encore toute la terre; No tendit sa main, la prit et la
rentra dans l'arche. Il attendit encore sept autres jours, et il lcha
de nouveau la colombe; la colombe revint prs de lui vers le soir tenant
en son bec une branche d'olivier; alors No comprit que les eaux avaient
diminu sur la terre. Il attendit encore sept autres jours, et il lcha
la colombe, qui alors ne revint plus vers lui. Dans la six cent unime
anne de No, le premier jour du premier mois, les eaux avaient disparu
de dessus la terre; No ta la toiture de l'arche, et il vit que la
surface de la terre tait sche. C'tait le vingt-septime jour du
second mois. Dieu parla a No et dit: Sortez de l'arche, vous, votre
femme, vos fils et les femmes de vos fils avec vous; toute espce
d'animaux tant avec vous, oiseaux, btes et reptiles rampant sur la
terre, sortez-les avec vous; qu'ils se perptuent sur la terre, se
fcondent et se multiplient sur la terre. Et No sortit avec ses fils,
sa femme et les femmes de ses fils, tout animal, tout reptile, tout
oiseau, tout ce qui rampe sur la terre sortit de l'arche, par famille.
Or, No construisit un autel  l'ternel, il prit de toute espce
d'animaux purs et de toute espce d'oiseaux purs, et les lui offrit en
holocauste sur cet autel. L'ternel reut ce sacrifice comme un encens
agrable, et il dit: Je ne maudirai plus la terre,  cause de l'homme,
quoique l'instinct du coeur de l'homme soit mauvais ds sa jeunesse; je
ne frapperai plus tout ce qui vit, comme j'ai fait; pendant toute la
dure de la terre, les semailles, la moisson, le froid, le chaud, l't,
l'hiver, le jour et la nuit ne s'arrteront pas.



                       Alliance de Dieu avec No.


Dieu dit  No et  ses fils: je vais faire alliance avec vous et avec
vos descendants aprs vous; avec toute crature vivante qui se trouve
avec vous, les oiseaux, les btes, les animaux de la terre qui sont
sortis avec vous de l'arche et qui vivent sur la terre. Je ferai
alliance avec vous: le dluge ne dtruira plus tout tre; il n'y aura
plus de dluge pour dtruire la terre. Dieu dit: Voici le signe de
l'alliance que j'tablis entre moi, vous, et toutes les cratures
vivantes qui sont avec vous,  perptuit. J'ai plac mon arc dans le
nuage; qu'il soit le signe entre moi et vous. Il adviendra qu'en formant
un nuage au-dessus de la terre, l'arc tant apparent dans le nuage, je
me rappellerai alors cette alliance entre moi et vous, et toute crature
doue de vie; les eaux ne formeront plus un dluge pour tout dtruire;
cet arc sera dans le nuage, et je le regarderai pour me rappeler
l'alliance perptuelle entre Dieu et toute crature vivante sur la
terre. Dieu dit encore  No: Ce sera l le signe de l'alliance que j'ai
faite avec toute chair qui est sur la terre.

No avait trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham et Japheth; et
c'est d'eux qu'est sortie toute la race des hommes qui sont sur la
terre. No vcut encore trois cent cinquante ans depuis le dluge. Et
tout le temps de sa vie ayant t de neuf cent cinquante ans, il mourut.
   (2006)





                Tour de Babel et dispersion des hommes.


Les hommes s'tant multiplis de nouveau sur la terre, et celle-ci
n'ayant qu'une seule langue et qu'une mme manire de parler, ils
trouvrent, en partant du ct de l'orient, une valle dans le pays de
Sennaar et ils y habitrent; dans la crainte d'tre un jour spars, ils
rsolurent de btir une ville et une tour qui s'levt jusqu'au ciel.
Mais le Tout-Puissant, qui par sa sagesse souveraine jugea bon et
ncessaire que la dispersion de la race humaine s'effectut, confondit
tellement leur langage, qu'ils ne s'entendaient plus les uns les autres.
C'est ainsi qu'ils cessrent de btir cette ville, appele pour cette
raison _Babel_, c'est--dire, confusion, parce que c'est l que fut
confondu le langage de toute la terre. Dieu dispersa ensuite les hommes
dans toutes les rgions du monde. C'est ainsi que se formrent les
diffrents peuples et les divers langages. Les descendants de Sem
peuplrent le centre et le sud de l'Asie; les descendants de Cham,
l'ouest de l'Asie et l'Afrique; et les descendants de Japheth, l'Europe.

Le quatrime fils de Cham s'appela Chanaan; de lui sont sortis les
Chananiens; son petit-fils s'appela Nimrod, c'tait un ardent chasseur,
il fut le premier roi de Babel. Parmi les descendants de Sem, il y avait
un homme qui se nommait Thar (Therach), il avait trois fils: Abram,
Nachor et Haran. Haran tait le pre de Lot. Abram et Nachor se
choisirent des femmes, le nom de la femme d'Abram tait: Sara (plus
tard Sarah), et le nom de celle de Nachor tait Milcha. Thar ayant donc
pris Abram son fils, Lot son petit-fils, et Sara sa belle fille, les
fit sortir d'Ur en Chalde, pour aller avec lui dans le pays de Chanaan,
et tant venus jusqu' Haran, ils y habitrent. Et Thar, aprs avoir
vcu deux cent cinq ans, mourut  Haran (Charan).




                              CHAPITRE II.


                     DEPUIS ABRAHAM JUSQU'A MOSE.

                              (1948-2368)



A cette poque la connaissance d'un seul vrai Dieu ne se retrouvait plus
chez tous ces peuples, qui, comme nous l'avons vu, avaient t rpandus
par la volont de Dieu de la valle de Sennaar (Babylonie) par toutes
les rgions de la terre; tous taient tombs dans l'idoltrie, et par
suite dans le pch et dans le vice. Et comme le service des faux dieux
se continuait dj depuis des sicles, l'ternel, toute bont, rsolut
enfin d'introduire au milieu des peuples un autre peuple qui, par les
rvlations divines dont il serait le dpositaire, serait aussi, par sa
vie et par ses destines remarquables, choisi pour conserver la vraie
connaissance de Dieu et pour la rpandre parmi les hommes. C'est alors
que pour atteindre ce but lev, Dieu choisit pour tige de ce peuple
l'homme le plus digne de ses rvlations et le plus apte  les
communiquer. Cet homme pieux, qui jouissait de la confiance et de
l'amour de Dieu, cet homme par qui toutes les nations de la terre
devaient tre bnies un jour, s'appelait alors Abram, et plus tard
Abraham.





                                Abraham.


Dj, le pre d'Abraham, Thar tait sorti, comme nous l'avons vu plus
haut, de la Msopotamie, sa patrie, pour habiter le pays de Chanaan,
mais il ne vint qu' Haran (Carra en Syrie) et y resta pendant tous les
jours de sa vie. Ce n'est qu'Abraham, qui, quittant pour toujours sa
patrie, entra en Chanaan lorsque l'ternel lui apparut et lui dit: Allez
vous-en de votre pays, du lieu de votre naissance et de la maison de
votre pre au pays que je vous montrerai. Je ferai de vous une grande
nation, je vous bnirai, j'agrandirai votre nom, vous serez une
bndiction. Je bnirai ceux qui vous bniront et je maudirai ceux qui
vous maudiront, et toutes les familles de la terre seront bnies en
vous. Abraham partit alors comme l'ternel le lui avait dit, Lot alla
avec lui. Abraham tait g de soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de
Haran. Abraham emmena sa femme Sara, Lot son neveu, tout le bien qu'ils
avaient acquis, le personnel qu'ils avaient form  Haran; ils sortirent
pour se rendre dans le pays de Chanaan, o ils arrivrent bientt.
Abraham traversa le pays jusqu' la contre de Chechem, jusqu'au bocage
de Mor. Les Chananens occupaient alors ce pays-l. Or l'ternel
apparut  Abraham et lui dit: Je donnerai ce pays  votre postrit.
Abraham dressa en ce lieu un autel  l'ternel, comme souvenir de son
apparition. tant pass de l vers une montagne qui est  l'orient de
Bethel, il y tendit ses tentes, ayant Bethel  l'occident, et la ville
d'A  l'orient. Il dressa encore en ce lieu un autel et invoqua le nom
de l'ternel. Abraham alla encore plus loin, marchant toujours et
s'avanant vers le midi. Il y parcourut avec ses nombreux troupeaux les
fertiles valles et les plaines, annonant partout le nom de Dieu unique
et ternel. Une famine gnrale le fora, quelque temps aprs, de se
diriger vers la fertile gypte situe dans ces environs. Toutefois,
aprs y avoir t prouv de Dieu  diverses reprises, il se rendit
bientt de nouveau  Chanaan et demeura d'abord  Bethel, et plus tard,
au bocage de Mamr prs d'Hbron, abandonnant  Lot, son neveu, les
contres de Sodome  cause d'une querelle qui s'tait leve entre leurs
pasteurs. Car leurs troupeaux s'tant multiplis de jour en jour, le
pays ne leur suffisait plus; de sorte qu'ils se gnaient l'un l'autre.
Abraham dit donc  Lot: Qu'il n'y ait point, je vous prie, de dispute
entre vous et moi, ni entre mes pasteurs et les vtres, parce que nous
sommes frres. Vous voyez devant vous tout le pays. Retirez-vous, je
vous prie, d'auprs de moi. Si vous allez vers la gauche, je prendrai la
droite: si vous choisissez la droite, j'irai vers la gauche. Lot choisit
alors sa demeure vers le Jourdain, en se retirant du ct de l'orient.
C'est ainsi qu'ils se sparrent l'un de l'autre. Abraham demeura dans
la terre de Chanaan, et Lot dans les villes qui taient aux environs du
Jourdain: et il habita Sodome. Or, les habitants de Sodome taient
devant Dieu des hommes perdus de vices; et leur corruption tait monte
 son comble. L'ternel dit donc  Abraham, aprs que Lot se fut spar
d'avec lui: Levez les yeux et regardez de l'endroit o vous tes, vers
le nord, le midi, le levant et le couchant; car tout le pays que vous
voyez, je le donnerai  vous et  votre postrit, pour toujours: je
rendrai votre postrit comme la poussire de la terre: que si quelqu'un
peut compter la poussire de la terre, il pourra aussi compter votre
postrit; levez-vous, parcourez le pays en long et en large, car c'est
 vous que je le donnerai. Abraham leva alors un autel  l'ternel pour
le remercier de cette prdiction.

A cette poque il arriva que le roi de Sodome fut vaincu dans une guerre
et que les vainqueurs ayant pris toutes les richesses et les vivres de
Sodome, se retirrent, et emmenrent aussi Lot, fils du frre d'Abraham,
qui demeurait dans Sodome, et tout ce qui tait  lui. Un fuyard vint en
apporter la nouvelle  Abraham. Et aussitt que celui-ci apprit que son
parent avait t fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit serviteurs
choisis parmi les plus habiles de ceux qui taient ns dans sa maison,
et poursuivit les vainqueurs jusqu' Dane. Il forma deux corps de ses
gens et de ses allis, et venant fondre sur les ennemis durant la nuit,
il les dfit et les poursuivit jusqu' Hoba qui est  la gauche de
Damas. Il ramena avec lui tout le butin qu'ils avaient pris, Lot, son
neveu, avec tout ce qui tait  lui, les femmes et tout le peuple. Et le
roi de Sodome sortit au-devant de lui dans la valle de Sav appele
aussi la valle du Roi. Malchisedek, roi de Chalme, fit apporter du
pain et du vin; il tait prtre du Dieu suprme; il bnit Abraham, en
disant: Qu'Abraham soit bni du Dieu trs-haut, qui a cr le ciel et la
terre: et que le Dieu trs-haut soit bni, lui qui par sa protection
vous a mis vos ennemis entre les mains. Il lui donna la dme de tout ce
qu'il avait. Or, le roi de Sodome dit  Abraham: Donnez-moi les
personnes, et prenez le reste pour vous. Abraham lui rpondit: Je lve
la main et je jure par l'ternel, le Dieu trs-haut, possesseur du ciel
et de la terre, que je ne recevrai rien de ce qui est  vous, depuis le
moindre fil jusqu' un cordon de soulier; afin que vous ne puissiez pas
dire que vous avez enrichi Abraham. Rien pour moi, seulement ce que mes
gens ont pris pour leur nourriture, et ce qui est d  ceux qui sont
venus avec moi, Aner, Escol et Mamr, qui pourront prendre leur part du
butin.





               Promesse de l'ternel et pit d'Abraham.


Ensuite l'ternel parla  Abraham dans une vision, et lui dit: Ne
craignez point, Abraham; je suis votre protecteur, votre rcompense sera
infiniment grande. Abraham rpondit: O ternel, mon Dieu, que me
donnerez-vous? je marche sans enfants, et l'intendant de ma maison est
Elizer de Damas. Abraham continua: Voyez! vous ne m'avez pas donn
d'enfants; ainsi mon serviteur sera mon hritier. Alors l'ternel lui
rpondit ainsi: Non, celui-ci ne sera point votre hritier, mais celui
qui sortira de vos entrailles hritera de vous. Regardez donc vers le
ciel, et comptez les toiles, si vous pouvez les compter; ainsi,
ajouta-t-il, sera votre postrit. Abraham crut  Dieu, et sa foi lui
fut impute  justice. Il offrit un jour un sacrifice, selon la demande
de l'ternel qui lui confirma ses promesses par un signe sensible et
continua ainsi: Sachez ds maintenant que votre postrit demeurera dans
un pays tranger, et qu'elle sera rduite en servitude et accable de
maux pendant quatre cents ans. Mais j'exercerai mes jugements sur le
peuple auquel ils seront assujettis, et ils sortiront ensuite de ce pays
avec de grandes richesses. Quant  vous, vous irez en paix auprs de vos
pres, vous serez enseveli aprs une vieillesse heureuse. Mais vos
descendants reviendront en ce pays-ci aprs la quatrime gnration,
parce que la mesure des iniquits des Amorrhens n'est pas encore
remplie prsentement.

En ce jour-l l'ternel fit alliance avec Abraham en lui disant: Je
donnerai ce pays  votre postrit, depuis le fleuve d'gypte jusqu'au
grand fleuve d'Euphrate. Abraham aprs avoir sjourn pendant dix ans
dans le pays de Chanaan, prit pour seconde femme sa servante, Hagar;
elle lui enfanta un fils, qu'il nomma Ismal. Abraham avait
quatre-vingt-six ans lorsque Hagar lui enfanta Ismal.





                      Alliance de la circoncision.


Lorsque Abraham fut g de quatre-vingt-dix-neuf ans, l'ternel lui
apparut et lui dit: Je suis le Dieu Tout-Puissant, marchez devant moi et
soyez parfait; je ferai alliance avec vous, et je vous multiplierai
jusqu' l'infini. Voici le pacte que je fais avec vous, afin que vous
l'observiez et votre postrit aprs vous: tous les mles d'entre vous
seront circoncis. Ce sera le signe de l'alliance entre moi et vous.
L'enfant de huit jours sera circoncis parmi vous; et dans la suite de
toutes les gnrations, tous les enfants mles, tant les esclaves qui
seront ns en votre maison, que tous ceux que vous aurez achets, et qui
ne seront point de votre race, seront circoncis. Mon alliance sera pour
votre chair une alliance perptuelle. Tout mle dont la chair n'aura pas
t circoncise, sera extermin du milieu de son peuple, parce qu'il aura
viol mon alliance. Dieu dit encore  Abraham: Je bnirai aussi votre
femme Sara, je vous donnerai aussi un fils n d'elle, que vous nommerez
Isaac; et je ferai un pacte avec lui, et avec sa postrit aprs lui,
afin que mon alliance avec eux soit ternelle. L'entretien de Dieu avec
Abraham tant fini, celui-ci prit Ismal son fils, et tous les esclaves
ns dans sa maison, tous ceux qu'il avait achets, et gnralement tous
les mles qui taient parmi ses domestiques; il les circoncit tous
aussitt en ce mme jour, selon que Dieu le lui avait command. Abraham
avait quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu'il se circoncit; et Ismal avait
treize ans accomplis lorsqu'il reut la circoncision. Abraham et son
fils Ismal furent circoncis en un mme jour. En ce mme jour encore
furent circoncis tous les mles de sa maison, tant les esclaves ns chez
lui, que ceux qu'il avait achets, et qui taient ns dans des pays
trangers.

C'est  cette occasion que le nom d'Abram, c'est--dire _pre lev_,
fut chang en celui d'Abraham, c'est--dire, _pre lev de la
multitude_, et que le nom de Sara, c'est--dire _ma princesse_, fut
chang en celui de Sarah, _la princesse_.





Hospitalit d'Abraham. Naissance d'Isaac prdite pour la dernire fois.
             Intercession d'Abraham. Destruction de Sodome.


L'ternel apparut un jour  Abraham dans le bocage de Mamr, lorsqu'il
tait assis  la porte de sa tente dans la plus grande chaleur du jour.
Abraham ayant lev les yeux, trois hommes lui apparurent prs de lui.
Aussitt qu'il les eut aperus, il courut de la porte de sa tente
au-devant d'eux, et se prosterna en terre, et dit: Seigneurs, si j'ai
trouv grce devant vos yeux, ne passez pas la maison de votre
serviteur. J'apporterai de l'eau pour laver vos pieds; et alors vous
vous reposerez sous cet arbre, jusqu' ce que je vous serve un peu de
pain pour reprendre vos forces; car c'est pour cela que vous tes venus
vers votre serviteur, et vous continuerez ensuite votre chemin. Ils lui
rpondirent: Faites ce que vous avez dit. Abraham entra promptement dans
sa tente, et dit  Sarah: Ptrissez vite trois mesures de farine, et
faites-en des gteaux. Il courut en mme temps  son troupeau, y prit un
veau d'une chair tendre et succulente, et le donna  un serviteur, qui
se hta de le faire cuire. Ayant pris ensuite du beurre et du lait, avec
le veau qu'il avait fait cuire, il le servit devant eux, et ils
mangrent, tandis qu'il se tenait debout prs d'eux. Ils lui dirent: O
est Sarah votre femme? Il leur rpondit: Elle est dans la tente. L'un
d'eux dit  Abraham: Je vous reviendrai voir dans un an,  cette mme
poque: je vous trouverai tous deux en vie, et Sarah votre femme aura un
fils. Ce que Sarah ayant entendu, elle se mit  rire derrire la porte
de la tente. Car ils taient tous deux vieux et fort avancs en ge.
Elle rit donc secrtement, disant en elle-mme: Lorsque je suis devenue
vieille, et que mon seigneur est vieux aussi, aurais-je de la volupt?
Mais l'ternel dit  Abraham: Pourquoi Sarah a-t-elle ri, en disant:
Serait-il bien vrai que je puisse avoir un enfant, tant vieille comme
je suis? Y a-t-il rien de difficile  Dieu? Je vous reviendrai voir,
comme je vous l'ai promis, dans un an en ce mme temps, je vous
trouverai tous deux en vie, et Sarah aura un fils. Je n'ai point ri,
rpondit Sarah; et elle le nia, parce qu'elle tait tout pouvante.
Non, dit-il, cela n'est pas ainsi, car vous avez ri.--Ces hommes s'tant
donc levs de ce lieu, tournrent leurs pas vers Sodome, et Abraham
allant avec eux les reconduisit. Dieu lui fit connatre alors qu'il
punirait les villes de Sodome et d'Amora,  cause de leurs grands
pchs. Abraham intercda pour les habitants de ces villes et sollicita
instamment auprs de Dieu pour qu'il voult leur pardonner et les
mnager. Abraham avait tant fait, qu'il lui fut promis que ces deux
villes seraient pargnes s'il s'y trouvait seulement dix justes. Mais
ce petit nombre de dix ne s'y trouva mme pas; tous taient impies, tous
vicis et corrompus. C'est pourquoi ds le lendemain matin, lorsque le
soleil se levait sur la terre, une punition terrible leur fut inflige.
Aprs que Lot, neveu d'Abraham, eut t emmen avec sa famille,
l'ternel fit descendre du ciel sur Sodome et sur Amora, une pluie de
soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants,
tout le pays d'alentour avec ceux qui l'habitaient, et tout ce qui avait
vie sur la terre. Depuis ce jour toute cette contre n'est qu'un lac
sal et plein de soufre, en signe de la maldiction du ciel que
s'attirent les crimes des hommes.





                Naissance d'Isaac. Sacrifice d'Abraham.


Aprs qu'Abraham eut chang de domicile, qu'il eut habit en Gerar, o
il fut de nouveau prouv de Dieu, l'ternel pensa  Sarah comme il
avait dit; elle conut et enfanta un fils en sa vieillesse, dans le
temps que Dieu lui avait prdit. Abraham donna le nom d'Isaac (Jitzchak)
 son fils n de Sarah, et il le circoncit le huitime jour, selon le
commandement qu'il en avait reu de Dieu, ayant alors cent ans; car ce
fut  cet ge-l qu'il devint pre d'Isaac. Et Sarah dit alors: Dieu m'a
donn un sujet de ris et de joie; quiconque l'apprendra, s'en rjouira
avec moi. Et elle ajouta: Qui croirait qu'on aurait jamais pu dire 
Abraham, que Sarah nourrirait de son lait un fils qu'elle lui aurait
enfant lorsqu'il serait dj vieux? Cependant l'enfant crt, et on le
sevra, et Abraham fit un grand festin au jour qu'il fut sevr.

Aprs cela Dieu tenta Abraham, et lui dit: Abraham. Abraham rpondit: Me
voici. Dieu ajouta: Prenez Isaac votre fils unique, que vous aimez, et
allez-vous en vers le pays de Morya et l sacrifiez-le en holocauste sur
une des montagnes que je vous indiquerai. Abraham se leva de bon matin,
prpara son ne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac; il
fendit aussi du bois pour l'holocauste, et partit pour se rendre 
l'endroit que Dieu lui avait dsign. Le troisime jour, Abraham, levant
les yeux, aperut cet endroit de loin. Abraham dit alors  ses gens:
Restez ici avec l'ne, tandis que moi et mon fils nous irons jusque
l-bas pour nous prosterner, et nous reviendrons prs de vous. Abraham
prit ensuite le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac,
prit le feu et le couteau dans sa main, et ils marchrent ensemble.
Isaac s'adressa ensuite  son pre, et dit: Mon pre! celui-ci dit: Me
voici, mon fils; l'autre reprit: Voici bien le feu, le bois, mais o est
donc l'agneau pour l'holocauste? Abraham rpondit: Mon fils, Dieu se
pourvoira d'un agneau pour un holocauste; et ils marchrent ensemble.
Ils arrivrent  l'endroit que Dieu avait dsign; Abraham y leva un
autel sur lequel il rangea le bois: ensuite il lia Isaac et le plaa sur
le bois; Abraham tendit la main, prit le couteau pour immoler son fils.
Alors un ange cria vers lui du ciel, et dit: Abraham, Abraham! celui-ci
rpondit: Me voici. L'ange reprit: Ne tendez pas la main vers votre
fils, et ne lui faites rien; car je sais maintenant que vous tes un
homme pieux, puisque vous ne m'avez pas mme refus votre fils, votre
fils unique. Abraham levant les yeux, vit un blier retenu par les
cornes  un buisson; Abraham y alla, prit ce blier et le sacrifia en
holocauste en place de son fils. Abraham appela cet endroit Adona-Jir
(l'ternel pourvoira). Un ange appela du ciel Abraham, pour la seconde
fois, et dit: J'en jure par moi, que puisque vous avez obi, et que vous
n'avez pas refus votre fils unique, je vous bnirai certainement, et je
multiplierai vos enfants en aussi grand nombre que les toiles du ciel
et le sable qui se trouve sur le bord de la mer; votre postrit
possdera la porte de ses ennemis; et c'est par votre postrit que
toutes les nations de la terre seront bnies, parce que vous avez obi 
ma voix. Abraham retourna vers ses gens; ils se levrent et allrent
ensemble  Ber-Chb, et Abraham s'y tablit.

Aprs ces vnements, il fut annonc  Abraham, que Milca avait aussi
donn des enfants  Nachor; savoir: son premier-n Outs, et son frre
Bouse; ainsi que Kmouel, pre d'Arame; et Kschde, Hazo, Pildach,
Jidlaph et Bethouel; et Bethouel qui engendra Rebecca (Ribka); tel est
le nom des huit enfants que Milca enfanta  Nachor, frre d'Abraham.





         Mort de Sarah.--Isaac pouse Rebecca.--Mort d'Abraham.


Sarah ayant vcu cent vingt-sept ans, mourut  Kiriath-Arba, qui est
Hebron, au pays de Chanaan. Abraham la pleura, en fit le deuil et
l'enterra dans la caverne du champ de Machpla, devant Mamr; laquelle
terre Abraham avait achete d'Ephron, en prsence des enfants de Heth,
pour quatre cents sicles d'argent. Le champ avec la caverne qui y tait
fut donc livr en cette manire, et assur  Abraham par les enfants de
Heth, afin qu'il le possdt comme un spulcre qui lui appartenait
lgitimement.--Or Abraham tait vieux et fort avanc en ge, et
l'ternel l'avait bni en toutes choses. Il dit donc au plus ancien de
ses domestiques, qui avait l'intendance sur toute sa maison: Mettez
votre main sous ma cuisse, afin que je vous fasse jurer par l'ternel,
le Dieu du ciel et de la terre, que vous ne prendrez aucune des filles
des Chananens parmi lesquels j'habite, pour la faire pouser  mon
fils; mais que vous irez au pays o sont mes parents, afin d'y prendre
une femme pour mon fils Isaac. Son serviteur lui rpondit: Si la fille
ne veut pas venir en ce pays-ci avec moi, voulez-vous que je remne
votre fils au lieu d'o vous tes sorti? Abraham lui rpondit:
Gardez-vous bien de remener mon fils en ce pays-l. L'ternel, le Dieu
du ciel, qui m'a tir de la maison de mon pre et du pays de ma
naissance, qui m'a parl et qui m'a jur en me disant: Je donnerai ce
pays  votre postrit, enverra lui-mme son ange devant vous, afin que
vous preniez une femme de ce pays-l pour mon fils. Si la fille ne veut
pas vous suivre, vous ne serez point oblig  votre serment; seulement
ne ramenez jamais mon fils en ce pays-l. Ce serviteur mit donc sa main
sous la cuisse d'Abraham son matre, et s'engagea par serment  faire ce
qu'il lui avait ordonn. En mme temps il prit dix chameaux du troupeau
de son matre, porta avec lui tous ses biens, et s'tant mis en chemin,
il alla droit  Arame Naharame en Msopotamie,  la ville de Nachor.
tant arriv sur le soir prs d'un puits hors de la ville, au temps o
les filles avaient accoutum de sortir pour puiser de l'eau, et ayant
fait reposer ses chameaux, il pria Dieu: ternel, Dieu d'Abraham, mon
matre, assistez-moi aujourd'hui, je vous prie, et faites misricorde 
Abraham mon seigneur. Et Dieu l'assista, lui fit connatre d'une manire
miraculeuse _Rebecca_, fille de Bthouel, petite-fille de Nachor, frre
d'Abraham. Il lui demanda s'il pouvait loger dans la maison de son pre,
elle lui rpondit qu'il le recevrait avec plaisir. Elle courut donc
l'annoncer  sa famille, et alla lui dire tout ce qu'elle avait entendu.
Or Rebecca avait un frre nomm Laban, qui sortit aussitt pour aller
trouver cet homme prs de la fontaine. Et ayant dj vu aux mains de sa
soeur les pendants d'oreilles et les bracelets que cet homme lui avait
donns, il vint  lui, lorsqu'il tait encore prs de la fontaine avec
ses chameaux, et lui dit: Vous qui tes bni de Dieu, pourquoi
demeurez-vous dehors? Venez chez mon pre, j'ai prpar la maison, et un
lieu pour vos chameaux. Il le fit aussitt entrer dans le logis; il
dchargea ses chameaux, leur donna de la paille et du foin; et fit laver
les pieds de cet homme et de ceux qui taient venus avec lui. En mme
temps on lui servit  manger. Mais le serviteur lui dit: Je ne mangerai
point jusqu' ce que je vous aie propos ce que j'ai  vous dire. Vous
pouvez le faire, lui dit Laban. Et il leur parla ainsi: Je suis
serviteur d'Abraham. L'ternel a combl mon matre de bndictions et
l'a rendu grand et riche. Il lui a donn des brebis, des boeufs, de
l'argent, de l'or, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des
nes. Sarah, la femme de mon matre, lui a enfant un fils dans sa
vieillesse, et mon matre lui a donn tout ce qu'il avait. Et il m'a
fait jurer devant lui en me disant: Promettez-moi que vous ne prendrez
aucune des filles des Chananens dans le pays desquels j'habite, pour la
faire pouser  mon fils, mais que vous irez  la maison de mon pre, et
que vous prendrez parmi ceux de ma parent une femme pour mon fils...
C'est pourquoi si vous avez vritablement dessein d'obliger mon matre,
dites-le-moi. Si vous avez rsolu autre chose, faites-le-moi connatre,
afin que j'aille chercher une fille ailleurs. Laban et Bthouel
rpondirent: C'est Dieu qui parle en cette rencontre; nous ne pouvons
vous dire autre chose que ce qui parat conforme  sa volont. Rebecca
est entre vos mains, prenez-la et l'emmenez avec vous, afin qu'elle soit
la femme du fils de votre matre, selon que l'ternel s'en est dclar.
Le serviteur d'Abraham ayant entendu cette rponse, se prosterna contre
terre, et adora l'ternel. Il tira ensuite des vases d'or et d'argent,
et de riches vtements, dont il fit prsent  Rebecca. Il donna aussi
des prsents  son frre et  sa mre. Ils firent ensuite le festin; ils
mangrent et burent, et demeurrent ensemble ce jour-l. Le lendemain le
serviteur s'tant lev le matin, leur dit: Permettez-moi de retourner
vers mon matre. Le frre et la mre de Rebecca lui rpondirent: Que
notre enfant demeure au moins quelques jours avec nous, et aprs elle
s'en ira. Je vous prie, dit le serviteur, de ne me point retenir
davantage, puisque l'ternel m'a conduit dans tout mon chemin.
Permettez-moi d'aller retrouver mon matre. Ils lui dirent: Appelons
Rebecca et sachons d'elle-mme son sentiment. On l'appela donc; et elle,
tant venue, ils lui demandrent: Veux-tu bien aller avec cet homme? Je
le veux bien, rpondit-elle. Ils la laissrent donc aller accompagne de
sa nourrice, avec le serviteur d'Abraham et ceux qui l'avaient suivi; et
souhaitant toutes sortes de prosprits  Rebecca, ils lui dirent: Notre
soeur, crois en mille et mille gnrations; et que ta postrit se mette
en possession des villes de ses ennemis. Rebecca et ses filles montrent
donc sur les chameaux et suivirent cet homme, qui s'en retourna en
grande diligence vers son matre. En ce mme temps Isaac revenait du
voyage au puits, appel le puits de celui qui vit et qui voit; car il
demeurait au pays du midi. Il tait alors sorti dans le champ pour
mditer, le jour tant sur son dclin. Et ayant lev les yeux, il vit de
loin venir les chameaux. Rebecca ayant aussi aperu Isaac, descendit de
son chameau, et dit au serviteur: Qui est cette personne qui vient le
long du champ au-devant de nous? C'est mon matre, lui dit-il. Elle prit
aussitt son voile et se couvrit. Le serviteur rendit compte  Isaac de
tout ce qu'il avait fait. Alors Isaac fit entrer Rebecca dans la tente
de Sarah sa mre, et la prit pour femme; et l'affection qu'il eut pour
elle fut si grande, qu'elle tempra la douleur que la mort de sa mre
lui avait cause.

Abraham pousa ensuite une autre femme nomme Ktoura, qui lui enfanta
plusieurs fils. Il donna  Isaac tout ce qu'il possdait, fit des
prsents aux fils de ses autres femmes, et de son vivant il les spara
de son fils Isaac, les faisant aller dans le pays qui regarde l'orient.
Tout le temps de la vie d'Abraham fut de cent-soixante et quinze ans, et
les forces lui manquant, il mourut aprs une heureuse vieillesse, tant
fort g et rassasi de jours, et il fut runi aux siens. Isaac et
Ismal, ses fils, l'enterrrent dans la caverne de Machpla, situe dans
le champ d'Ephrone, fils de Tsohar Hthen, vis  vis de Mamr, qu'il
avait achet des enfants de Heth. C'est l qu'il fut enterr ainsi que
Sarah, sa femme.





                     Naissance de Jacob et d'sa.


Aprs la mort de son pre, Isaac continua la vie nomade, vie habituelle
aux Patriarches; il s'adonna aussi avec succs  l'agriculture. Dieu
l'prouva bien des fois, ainsi que son pre Abraham, par la famine et
par d'autres malheurs, mais toujours reconnu pieux et juste, l'ternel
le bnit comme il l'avait promis  Abraham. Isaac avait quarante ans
lorsqu'il pousa Rebecca, mais elle tait strile. Il pria donc
l'ternel, et l'ternel l'exaua en donnant  Rebecca la vertu de
concevoir. Lorsque le temps, o elle devait tre dlivre, fut arriv,
elle se trouva mre de deux enfants jumeaux. L'an des deux tait roux,
et tout velu, et fut nomm sa (Esave), c'est--dire homme fait. Le
second tenait de sa main le pied de son frre, et fut nomm Jacob,
c'est--dire supplantateur. Isaac avait soixante ans lorsqu'il eut ces
deux enfants. Quand ils furent grands, sa devint habile  la chasse,
homme des champs: Jacob, au contraire, homme simple, demeurait  la
maison. Isaac aimait sa; mais Rebecca aimait Jacob.





                Primogniture et bndiction paternelle.


Un jour que Jacob avait prpar des lentilles, sa les vit  son retour
de la chasse, qui faisait son occupation ordinaire et dsira les manger.
Il dit donc  Jacob: Donne-moi de ce mets roux que tu as fait cuire,
parce que je suis extrmement las. Jacob lui dit: Vends-moi ton droit
d'anesse. sa rpondit: Je me meurs, de quoi me servira mon droit
d'anesse? Jure-le-moi donc, lui dit Jacob; sa le lui jura, et lui
vendit son droit d'anesse. Et ainsi, ayant pris du pain et ce plat de
lentilles, il mangea et but, et s'en alla, se mettant peu en peine
d'avoir vendu son droit d'anesse. Depuis lors, il fut nomm dom,
c'est- dire roux (par allusion au plat de lentilles). Or, sa ayant
quarante ans, pousa Judith, fille de Beeri Hthen, et Basemath, fille
d'Elon du mme pays; ce qui fut une cause de contrarits pour Isaac et
Rebecca.

Isaac tant devenu fort vieux, ses yeux s'obscurcirent de telle sorte,
qu'il ne pouvait plus voir. Il appela donc sa son fils an, et lui
dit: Mon fils. Me voici, dit sa. Son pre ajouta: Tu vois que je suis
fort g, et que j'ignore le jour de ma mort. Prends tes armes, ton
carquois et ton arc, et sors; et lorsque tu auras pris quelque chose 
la chasse, tu me l'apprteras comme tu sais que je l'aime, et tu me
l'apporteras afin que j'en mange, et que je te bnisse avant que je
meure[3]. Rebecca entendit ces paroles, et sa tant all dans les
champs pour faire ce que son pre lui avait command, elle conseilla 
son fils Jacob de lui apporter deux des meilleurs chevreaux. Elle les
prpara comme elle savait que les aimait Isaac. Elle fit prendre ensuite
 Jacob les plus beaux habits d'sa, qu'elle gardait elle-mme au
logis. Elle lui mit autour des mains la peau de ces chevreaux, et lui en
couvrit le cou, partout o il tait dcouvert. Puis elle lui donna ce
qu'elle avait prpar  manger. Jacob porta le tout devant Isaac et lui
dit: Mon pre! Je t'entends, dit Isaac: Qui es-tu, mon fils? Jacob lui
rpondit: Je suis sa votre fils an[4]: j'ai fait ce que vous m'avez
command. Levez-vous, asseyez-vous et mangez ma chasse, afin que vous me
donniez votre bndiction. Isaac dit encore  son fils: Mais comment
as-tu pu, mon fils, en trouver sitt? Il lui rpondit: Dieu a voulu que
ce que je dsirais se prsentt tout d'un coup  moi. Isaac dit encore:
Approche-toi d'ici, mon fils, afin que je te touche, et que je
reconnaisse si tu es mon fils sa ou non. Jacob s'approcha de son pre,
et Isaac l'ayant tt, dit: Pour la voix, c'est la voix de Jacob; mais
les mains sont les mains d'sa, et il ne le reconnut point, parce que
ses mains tant couvertes de poils, parurent toutes semblables  celles
de son an. Isaac le bnissant donc, lui dit: Es-tu mon fils sa? Je
le suis, rpondit Jacob. Mon fils, ajouta Isaac, apporte-moi  manger de
ta chasse, afin que je te bnisse. Jacob lui en prsenta; et aprs
qu'Isaac en eut mang, il lui prsenta aussi du vin qu'il but, Isaac lui
dit ensuite: Approche-toi de moi, mon fils, et viens me baiser. Il
s'approcha donc de lui et le baisa. Et aussitt qu'Isaac eut senti la
bonne odeur qui s'chappait de ses habits, il lui dit en le bnissant:
L'odeur qui sort de mon fils, est semblable  celle d'un champ que
l'ternel a combl de ses bndictions. Que Dieu te donne une grande
abondance de bl et de vin, de la rose du ciel et de la graisse de la
terre. Que les peuples te soient assujettis et que les tribus t'adorent.
Sois le seigneur de tes frres, et que les enfants de ta mre
s'abaissent profondment devant toi. Que celui qui te maudira soit
maudit lui-mme; et que celui qui te bnira, soit combl de
bndictions. Isaac ne faisait que d'achever ces paroles, et Jacob tait
 peine sorti, qu'sa entra; et que, prsentant  son pre ce qu'il
avait apprt de sa chasse, il lui dit: Levez-vous, mon pre, et mangez
de la chasse de votre fils, afin que vous me donniez votre bndiction.
Isaac lui dit: Qui es-tu donc? sa lui rpondit: Je suis sa votre
fils an. Isaac fut grandement surpris de ce qui tait arriv; il lui
dit: Qui est donc celui qui m'a dj apport de ce qu'il avait pris  la
chasse, et qui m'a fait manger de tout avant que tu vinsses? Je lui ai
donn ma bndiction, et il sera bni. sa,  ces paroles de son pre,
jeta un cri de fureur, et dans une extrme consternation, il lui dit:
Donnez-moi aussi votre bndiction, mon pre. Isaac lui rpondit: Ton
frre est venu me surprendre, et il a reu la bndiction qui t'tait
due.--C'est avec raison, dit sa, qu'il a t appel Jacob,
c'est--dire supplantateur; car voici la seconde fois qu'il m'a
supplant. Il m'a enlev auparavant mon droit d'anesse; et prsentement
il vient encore de me drober la bndiction qui m'tait due. Mais, mon
pre, ajouta sa, ne m'avez-vous donc point rserv aussi une
bndiction? Isaac lui rpondit: Je l'ai tabli ton seigneur, et j'ai
assujetti  sa domination tous ses frres; je l'ai affermi dans la
possession du bl et du vin; et aprs cela, mon fils, que me reste-t-il
que je puisse faire pour vous? sa lui repartit: N'avez-vous donc,
mon pre, qu'une seule bndiction? Je vous conjure de me bnir aussi.
Il jeta ensuite de grands cris mls de larmes, et Isaac en tant
touch, lui dit: Ta demeure sera dans la graisse de la terre et dans la
rose du ciel qui vient d'en haut; tu vivras de l'pe, tu serviras ton
frre, et le temps viendra que tu secoueras son joug, et que tu t'en
dlivreras.

  [3] Car Isaac, ce tendre pre, ne pouvait s'imaginer qu'sa son fils
      bien aim et agi d'une manire si mprisable  l'gard du droit
      d'anesse, et qu'il l'et vendu pour un plat de lentilles.

  [4] Jacob a pu croire qu'il pouvait se permettre ce mensonge officieux
      pour ne pas affliger son vieux pre en lui avouant la vrit et en
      lui disant: Moi en effet je suis Jacob, toutefois je rclame la
      bndiction comme fils an, parce qu'sa m'a vendu le droit de
      primogniture.

sa hassait donc toujours Jacob  cause de cette bndiction qu'il
avait reue de son pre; et il disait en lui-mme: Les jours de deuil
de mon pre approcheront, et alors je tuerai mon frre Jacob.





          Voyage de Jacob.--Il arrive chez Laban et y demeure.


Les paroles d'sa ayant t rapportes  Rebecca, elle envoya querir
son fils Jacob, et lui dit: Voil ton frre sa qui menace de te tuer.
Mais, mon fils, crois-moi, hte-toi de te retirer vers mon frre Laban
qui est  Haran. Tu demeureras quelque temps avec lui, jusqu' ce que la
fureur de ton frre s'apaise, que sa colre se passe, et qu'il oublie ce
que tu as fait contre lui. J'enverrai ensuite pour te faire revenir ici.
Pourquoi perdrais-je mes deux enfants en un mme jour? Rebecca dit
ensuite  Isaac: La vie m'est devenue ennuyeuse  cause des filles de
Heth. Si Jacob pouse une fille de ce pays-ci, je ne veux plus vivre.
Isaac ayant donc appel Jacob, le bnit, et lui fit ce commandement: Ne
prends point, lui dit-il, de femme d'entre les filles de Chanaan; mais
va en Msopotamie qui est en Syrie, en la maison de Bthouel, pre de ta
mre, et pouse une des filles de Laban, ton oncle. Que le Dieu
tout-puissant te bnisse, qu'il accroisse et qu'il multiplie ta
postrit; afin que tu sois le chef d'une assemble de peuples. Qu'il te
donne, et  ta postrit aprs toi, les bndictions qu'il a promises 
Abraham, et qu'il te fasse possder la terre o tu demeures comme
tranger, et qu'il a promise  ton aeul. Jacob ayant pris cong
d'Isaac, partit pour se rendre en Msopotamie, chez Laban, et tant venu
en un certain lieu, comme il voulut s'y reposer aprs le coucher du
soleil, il prit une des pierres qui taient l, et la mit sous sa tte,
et s'endormit dans ce mme lieu. Alors il vit en songe une chelle, dont
le pied tait appuy sur la terre, et dont le haut touchait au ciel, et
des anges de Dieu montaient et descendaient le long de l'chelle.
L'ternel se tenait au-dessus, et dit: Je suis l'ternel, le Dieu
d'Abraham votre pre, et le Dieu d'Isaac; je vous donnerai, ainsi qu'
votre postrit, la terre sur laquelle vous tes couch. Votre postrit
sera nombreuse comme la poussire de la terre, vous vous tendrez 
l'occident,  l'orient, vers le nord et vers le midi; avec vous et votre
postrit seront bnies toutes les familles de la terre. Je serai votre
protecteur partout o vous irez, je vous ramnerai dans ce pays, et je
ne vous quitterai point que je n'aie accompli tout ce que je vous ai
dit. Jacob s'tant veill aprs son sommeil, dit ces paroles:
L'ternel est vraiment en ce lieu-ci, et je ne le savais pas. Et dans
la frayeur dont il se trouva saisi, il ajouta: Que ce lieu est
redoutable! C'est vritablement la maison de Dieu, et voici la porte du
ciel. Jacob se levant donc le matin, prit la pierre qu'il avait mise
sous sa tte, et l'rigea comme un monument, rpandant de l'huile
dessus. Il donna aussi le nom de Bethel, c'est--dire, maison de Dieu, 
la ville qui auparavant s'appelait Luze. Et il fit ce voeu en mme
temps, disant: Si Dieu est avec moi, s'il me protge dans le chemin par
lequel je marche, et me donne du pain pour me nourrir, et des vtements
pour me vtir; et si je retourne heureusement en la maison de mon pre,
l'Eternel sera mon Dieu; et cette pierre que j'ai dresse comme un
monument sera la maison de Dieu; et je vous offrirai, Eternel, la dme
de tout ce que vous m'aurez donn.

Jacob continua alors son chemin, et arriva au pays qui tait vers
l'orient. Il entra dans un champ o il vit un puits, et trois troupeaux
de brebis qui se reposaient auprs; car c'tait de ce puits qu'on
abreuvait les troupeaux, et l'entre en tait ferme avec une grande
pierre. C'tait la coutume de ne lever la pierre que lorsque tous les
troupeaux taient assembls; et aprs qu'ils avaient bu, on la remettait
sur l'ouverture du puits. Jacob dit donc aux pasteurs: Mes frres, d'o
tes-vous? Ils lui rpondirent: De Haran. Jacob ajouta: Ne
connaissez-vous point Laban, fils de Nachor? Ils lui dirent: Nous le
connaissons. Se porte-t-il bien? dit Jacob. Ils lui rpondirent: Il se
porte bien, et voil sa fille Rachel qui vient ici avec son troupeau.
Jacob leur dit: Il reste encore beaucoup de jour, et il n'est pas temps
de remener les troupeaux dans l'table: faites donc boire prsentement
les brebis, et ensuite vous les remnerez patre. Ils lui rpondirent:
Nous ne pouvons le faire, jusqu' ce que tous les troupeaux soient
assembls, et que nous ayons t la pierre de dessus le puits, pour leur
donner  boire  tous ensemble. Ils parlaient encore, lorsque Rachel
arriva avec les brebis de son pre, car elle menait patre elle-mme le
troupeau. Jacob l'ayant vue, et sachant qu'elle tait sa cousine
germaine, et que ces troupeaux taient  Laban son oncle, ta la pierre
qui fermait le puits. Et ensuite ayant fait boire son troupeau, il
l'embrassa en haussant sa voix et en pleurant; car il lui avait dit
qu'il tait le fils de Rebecca, la soeur de Laban. Rachel courut
aussitt le dire  son pre, lequel ayant appris que Jacob, fils de sa
soeur, tait venu courut au-devant de lui, et l'ayant embrass plusieurs
fois, le mena en sa maison. Lorsqu'il eut appris de lui-mme le sujet de
son voyage, il lui dit: Vous tes ma chair et mon sang, et il le
traita avec hospitalit. Jacob demeura donc pendant plusieurs annes
dans la maison de Laban; il en pousa les deux filles, _La et Rachel_,
aprs s'tre oblig  servir sept ans pour chacune d'elle. Ces deux
femmes, avec leurs deux servantes _Bilha_ et _Silpa_, donnrent  Jacob
douze fils et une fille.





               Retour de Jacob et sa rencontre avec sa.


Aprs avoir t vingt ans au service de Laban, Jacob tait devenu
entirement riche, il eut de grands troupeaux, des serviteurs et des
servantes, des chameaux et des nes. Il entendit alors les enfants de
Laban qui s'entre-disaient: Jacob a enlev tout ce qui tait  notre
pre, et il est devenu puissant en s'enrichissant de son bien. Il
remarqua aussi que Laban ne le regardait pas du mme oeil qu'auparavant.
Et de plus Dieu lui fit connatre sa volont de retourner au pays de ses
pres et vers sa famille. Il envoya donc querir Rachel et La, et les
fit venir dans le champ o il faisait patre ses troupeaux; et il leur
dit: Je vois que votre pre ne me regarde plus du mme oeil dont il me
regardait ci-devant; cependant le Dieu de mon pre a t avec moi, et
vous savez vous-mmes que j'ai servi votre pre de toutes mes forces. Il
a mme us envers moi de tromperie, en changeant dix fois ce que je
devais avoir pour rcompense, quoique Dieu ne lui ait pas permis de me
faire tort. Lorsqu'il a dit que les animaux de diverses couleurs
seraient pour moi, toutes les brebis ont eu des petits de diverses
couleurs. Et lorsqu'il a dit au contraire que tout ce qui serait blanc
serait pour moi, tout ce qui est n des troupeaux a t blanc. Ainsi
Dieu a t le bien de votre pre pour me le donner. Et l'ange de Dieu
m'a dit en songe: Jacob, j'ai vu tout ce que Laban vous a fait. Je suis
le Dieu de Bethel, o vous avez oint la pierre et o vous m'avez fait un
voeu. Sortez donc promptement de cette terre, et retournez au pays de
votre naissance. Rachel et La lui rpondirent: Nous reste-t-il
quelque chose du bien et de la part que nous devions avoir dans la
maison de notre pre? Ne nous a-t-il pas traites comme des trangres?
Ne nous a-t-il pas vendues, et n'a-t-il pas mang tout ce qui nous tait
d pour notre travail? Mais Dieu a pris les richesses de notre pre et
nous les a donnes et  nos enfants: c'est pourquoi faites tout ce que
Dieu vous a command. Jacob fit donc monter aussitt ses femmes et ses
enfants sur des chameaux; et emmenant avec lui tout ce qu'il avait, ses
troupeaux, et gnralement ce qu'il avait acquis en Msopotamie, il se
mit en chemin pour s'en aller retrouver Isaac son pre au pays de
Chanaan. Il envoya en mme temps des gens devant lui pour donner avis de
sa venue  son frre Esa en la terre de Ser au pays d'Edom; et il leur
donna cet ordre: Voici la manire dont vous parlerez  Esa mon
seigneur: Jacob votre frre vous envoie dire ceci: J'ai demeur comme
tranger chez Laban, et j'y ai t jusqu'aujourd'hui. J'ai des boeufs,
des nes, des brebis, des serviteurs et des servantes; et j'envoie
maintenant vers mon seigneur, afin que je trouve grce devant lui. Ceux
que Jacob avait envoys revinrent lui dire: Nous avons t vers votre
frre Esa, et le voici qui vient lui-mme en grande hte au-devant de
vous avec quatre cents hommes. A ces mots Jacob eut une grande peur; et
dans la frayeur dont il fut saisi, il divisa en deux bandes tous ceux
qui taient avec lui, et les troupeaux, les brebis, les boeufs et les
chameaux, en disant: Si Esa vient attaquer une des troupes, l'autre
qui restera sera sauve. Jacob dit ensuite: Dieu d'Abraham mon pre,
Dieu de mon pre Isaac, ternel qui m'as dit: Retournez dans votre
pays, et au lieu de votre naissance, et je vous comblerai de bienfaits;
je suis indigne de toutes vos misricordes, et de la vrit que vous
avez garde dans toutes les promesses que vous avez faites  votre
serviteur. J'ai pass ce fleuve du Jourdain, n'ayant qu'un bton, et je
retourne maintenant avec ces deux troupes. Dlivrez-moi, je vous prie,
de la main de mon frre Esa, parce que je le crains extrmement, de
peur qu' son arrive il ne passe au fil de l'pe la mre avec les
enfants. Souvenez-vous que vous m'avez promis de me combler de biens, et
de multiplier ma postrit comme le sable de la mer, dont la quantit
est innombrable. Jacob prit alors de ce qu'il avait avec lui pour en
faire un prsent  son frre Esa. Car, dit-il, je veux l'apaiser par
le prsent qui marche devant moi, et ensuite je le verrai en face;
peut-tre qu'il m'accueillera favorablement. Jacob passa la nuit en ce
lieu-l, qu'il appela _Phanuel_, c'est--dire, la face de Dieu (c'est en
ce lieu qu'il reut le nom d'Isral). Le lendemain Jacob levant les
yeux, vit Esa qui s'avanait avec quatre cents hommes, et il partagea
les enfants de La, de Rachel, et des deux servantes. Il mit  la tte
les deux servantes avec leurs enfants; La et ses enfants, au second
rang; Rachel et Joseph au dernier. Et lui, s'avanant vers Esa, se
prosterna sept fois en terre jusqu' ce que son frre ft proche de lui.
Alors Esa courut au-devant de son frre, l'embrassa, le serra
troitement, en versant des larmes. Et ayant lev les yeux, il vit les
femmes et leurs enfants, et il dit  Jacob: Qui sont ceux-l? sont-ils
 vous? Jacob lui rpondit: Ce sont les petits enfants que Dieu a
donns  votre serviteur. Et les servantes s'approchant avec leurs
enfants, le salurent profondment. La s'approchant ensuite avec ses
enfants, le salua aussi, Joseph et Rachel le salurent les derniers.
Alors Esa lui dit: Quelles sont ces troupes que j'ai rencontres?
Jacob lui rpondit: Je les ai envoyes pour trouver grce devant mon
seigneur. Esa lui rpondit: J'ai des biens en abondance, mon frre;
gardez pour vous ce qui est  vous. Jacob ajouta: N'en usez pas ainsi,
je vous prie; mais si j'ai trouv grce devant vous, recevez de ma main
ce petit prsent, car j'ai vu aujourd'hui votre face comme on voit la
face de Dieu, vous m'avez accueilli avec bont. Esa, aprs ces
instances de son frre, accepta ce qu'il lui donnait. Depuis lors les
deux frres furent donc de nouveau rconcilis. En se sparant l'un de
l'autre Jacob se dirigea vers Hbron pour voir son pre, lequel mourut
bientt aprs,  l'ge de cent quatre-vingts ans, ensuite il s'tablit
dans les environs de Bethel.





                      Joseph vendu par ses frres.


Jacob avait douze fils et une fille: les fils de La taient Ruben
l'an de tous, Simon (Schimon), Lvi, Juda, Issachar et Zebulun. Les
fils de Rachel taient Joseph et Benjamin. Les fils de Bilha, servante
de Rachel, Dan et Nephthali. Les fils de Zilpa, servante de La, Gad et
Aser (Ascher). La fille s'appelait Dina, La en tait la mre.

Joseph, fils de Rachel, g de dix-sept ans, conduisait le troupeau de
son pre avec ses frres, et il tait avec les enfants de Bilha et de
Zilpa, femmes de son pre. Il rapportait alors  leur pre leurs mauvais
discours. Jacob aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce
qu'il l'avait eu tant dj vieux, et il lui avait fait faire une robe
de plusieurs couleurs. Ses frres voyant donc que leur pre l'aimait
plus que tous ses autres enfants, le hassaient, et ne pouvaient lui
parler avec douceur. Il arriva aussi que Joseph rapporta  ses frres un
songe qu'il avait eu, ce qui fut encore la source d'une plus grande
haine. Car il leur dit: coutez le songe que j'ai eu. Il me semblait
que je liais avec vous des gerbes dans les champs; que ma gerbe se
levait et se tenait debout, et que les vtres tant autour de la mienne,
se prosternaient devant elle. Ses frres lui rpondirent: Est-ce que
tu seras notre roi, et serons-nous soumis  ta puissance? Ces songes et
ces entretiens allumrent donc encore davantage l'envie et la haine
qu'ils avaient contre lui. Il eut encore un autre songe qu'il raconta 
ses frres en leur disant: J'ai cru voir en songe que le soleil et la
lune et onze toiles se prosternaient devant moi. Lorsqu'il eut
rapport ce songe  son pre et  ses frres, son pre lui en fit
rprimande, et lui dit: Que voudrait dire ce songe que tu as eu? Est-ce
que ta mre, tes frres et moi nous viendrons nous prosterner  terre
devant toi? Ainsi ses frres taient transports d'envie contre lui:
mais le pre considrait tout ceci avec attention et dans le
silence.--Il arriva alors que les frres de Joseph s'arrtrent 
Sichem, o ils faisaient patre les troupeaux de leur pre. Et Jacob dit
 Joseph: Tes frres font patre nos brebis dans le pays de Sichem.
Viens donc, et je t'enverrai vers eux.--Je suis tout prt, lui dit
Joseph. Jacob ajouta: Va voir si tes frres se portent bien, et si les
troupeaux sont en bon tat; et tu me rapporteras ce qui se passe. Ayant
donc t envoy dans la valle d'Hbron, il vint  Sichem: et un homme
l'ayant trouv errant dans la campagne, lui demanda ce qu'il cherchait.
Il lui rpondit: Je cherche mes frres; je vous prie de me dire o ils
font patre leurs troupeaux. Cet homme lui rpondit: Ils se sont
retirs de ce lieu, et j'ai entendu qu'ils se disaient: Allons vers
Dothain. Joseph alla donc aprs ses frres; et il les trouva dans la
plaine de Dothain. Lorsqu'ils l'eurent aperu de loin, avant qu'il se
ft approch d'eux ils rsolurent de le tuer: et ils se dirent les uns
aux autres: Voici notre songeur qui vient. Allons, tuons-le, et le
jetons dans cette vieille citerne: nous dirons qu'une bte sauvage l'a
dvor; et aprs cela on verra  quoi ses songes lui auront servi.
Ruben les ayant entendus parler ainsi, tchait de le tirer d'entre leurs
mains, et il leur disait: Ne le tuez point, et ne rpandez pas son
sang; mais jetez-le dans cette citerne qui est dans le dsert, et
conservez vos mains pures. Il disait ceci dans le dessein de le tirer
de leurs mains, et de le rendre  son pre. Aussitt donc que Joseph fut
arriv prs de ses frres, ils lui trent sa robe de plusieurs
couleurs, qui le couvrait jusqu'en bas, et ils le jetrent dans cette
vieille citerne qui tait sans eau. S'tant ensuite assis pour manger,
ils virent des Ismalites qui passaient, et qui, venant de Gilad,
portaient sur leurs chameaux des parfums, de la rsine et de la myrrhe,
et s'en allaient en gypte. Alors Juda dit  ses frres: Que nous
servira d'avoir tu notre frre et d'avoir cach sa mort? Il vaut mieux
le vendre  ces Ismalites, et ne point souiller nos mains de son sang;
car il est notre frre et notre chair. Ses frres consentirent  ce
qu'il disait. L'ayant donc tir de la citerne, et voyant ces marchands
midianites qui passaient, ils le vendirent vingt pices d'argent aux
Ismalites, qui le menrent en gypte. Ruben tant retourn  la
citerne, et n'y ayant point trouv Joseph, dchira ses vtements, et
vint dire  ses frres: L'enfant ne parat plus, que deviendrai-je?
Aprs cela ils prirent la robe de Joseph, et l'ayant trempe dans le
sang d'un chevreau qu'ils avaient tu, ils l'envoyrent  son pre, lui
faisant dire par ceux qui la lui portaient: Voici une robe que nous
avons trouve, voyez si c'est celle de votre fils, ou non. Le pre
l'ayant reconnue, dit: C'est la robe de mon fils; une bte cruelle l'a
dvor, une bte a dvor Joseph! Et ayant dchir ses vtements, il se
couvrit d'un cilice, pleurant son fils trs-longtemps. Alors tous ses
enfants s'assemblrent, pour tcher de soulager leur pre dans sa
douleur: mais il ne voulait point recevoir de consolation, et il leur
dit: Je pleurerai tous les jours jusqu' ce que je descende avec mon
fils au fond de la terre. Ainsi il continua toujours de
pleurer.--Cependant les Midianites vendirent Joseph en gypte 
Putiphar, seigneur de la cour de Pharaon, chef des gardes du corps.





                       Joseph est mis en prison.


Dieu tait avec Joseph; celui-ci tait un homme auquel tout russissait
dans la maison de Putiphar, son matre. Il trouva donc grce devant son
matre, se donna tout entier  son service, et ayant reu de lui
l'autorit sur toute sa maison, il la gouvernait et prenait soin de tout
ce qui lui avait t mis entre les mains. Or Joseph tait beau de
visage, et trs-agrable. Au bout de quelque temps sa matresse jeta les
yeux sur lui, et essaya de l'entraner  commettre une mauvaise action.
Mais il n'y consentit pas, il disait: Comment pourrai-je commettre un
si grand crime, et pcher contre Dieu? Or il arriva un jour que Joseph
tant entr dans la maison et y faisant quelque chose sans que personne
ft prsent, sa matresse le prit par son manteau, et voulut le forcer 
pcher. Mais il lui laissa son manteau entre les mains et s'enfuit.
Cette femme se voyant le manteau entre les mains, et dans la douleur
d'avoir t mprise, appela les gens de sa maison, et leur dit en
parlant de son mari: On nous a amen ici cet Hbreu pour nous faire
insulte; il est venu  moi dans le dessein de me corrompre, et m'tant
mise  crier, lorsqu'il a entendu ma voix, il m'a laiss son manteau que
je tenais, et s'en est enfui dehors. Lors donc que son mari fut
retourn en sa maison, elle lui montra ce manteau qu'elle avait retenu
comme une preuve de sa fidlit, et lui dit: Cet esclave hbreu que
vous nous avez amen, est venu pour me corrompre. Le matre de Joseph,
trop crdule aux accusations de sa femme, entra,  ces paroles, dans une
grande colre, et fit mettre Joseph en la prison o l'on gardait ceux
que le roi faisait arrter.--Il tait donc renferm en ce lieu-l. Mais
Dieu fut avec Joseph: il en eut compassion, et lui fit trouver grce
devant le gouverneur de la prison, qui lui remit le soin de tous ceux
qui y taient enferms. Il ne se faisait rien que par son ordre. Et le
gouverneur lui ayant tout confi, ne prenait connaissance de quoi que ce
ft, parce que Dieu tait avec Joseph, et qu'il le faisait russir en
toutes choses.





  Joseph explique des songes. Il est dlivr et lev  la dignit de
                                prince.


Il arriva ensuite que deux grands officiers du roi d'gypte, son grand
chanson et son grand panetier, offensrent leur seigneur. Et Pharaon
tant en colre contre ces deux officiers, les fit mettre dans la prison
du gnral de ses troupes, o Joseph tait prisonnier. Le gouverneur de
la prison les mit entre les mains de Joseph, qui les servait et avait
soin d'eux. Quelque temps se passa pendant lequel ils demeurrent
toujours prisonniers. Il arriva qu'ils eurent, tous les deux, un songe
dans une mme nuit. Ce songe marquait ce qui devait arriver  chacun
d'eux. Joseph tant entr le matin o ils taient, et les ayant vus
tristes, leur en demanda le sujet, et leur dit: D'o vient que vous
avez le visage plus abattu aujourd'hui qu' l'ordinaire? Ils lui
rpondirent: Nous avons eu cette nuit un songe, et nous n'avons
personne pour nous l'expliquer. Joseph leur dit: N'est-ce pas  Dieu
qu'il appartient de donner l'interprtation des songes? Dites-moi ce que
vous avez vu[5]. Le grand chanson lui rapporta le premier son songe en
ces termes: Il me semblait que je voyais devant moi un cep de vigne, o
il y avait trois provins, qui poussaient peu  peu, premirement des
boutons, ensuite des fleurs, et  la fin des raisins mrs; et qu'ayant
dans la main la coupe de Pharaon, j'ai pris ces grappes de raisin, je
les ai presses dans la coupe que je tenais et en ai donn  boire au
roi. Joseph lui dit: Voici l'interprtation de votre songe: Les trois
provins de la vigne marquent trois jours, aprs lesquels Pharaon se
souviendra du service que vous lui avez rendu: il vous rtablira dans
votre premire charge, et vous lui prsenterez  boire selon que vous
tiez accoutum de le faire auparavant, dans le rang que vous teniez.
Seulement souvenez-vous de moi, je vous prie, quand ce bonheur vous sera
arriv, et rendez-moi ce bon office, de supplier Pharaon qu'il daigne me
tirer de la prison o je suis, parce que j'ai t enlev par fraude et
par violence du pays des Hbreux et que l'on m'a renferm ici innocent.
Le grand panetier voyant qu'il avait interprt ce songe si sagement,
lui dit: J'ai eu aussi un songe. Il me semblait que je portais sur ma
tte trois corbeilles de farine, et qu'en celle qui tait au-dessus des
autres, il y avait de tout ce qui se peut apprter avec la pte pour
servir sur une table, et que les oiseaux venaient en manger. Joseph lui
rpondit: Voici l'interprtation de votre songe. Les trois corbeilles
signifient que vous avez encore trois jours  vivre, aprs lesquels
Pharaon vous fera couper la tte, et vous fera ensuite attacher  une
potence, o les oiseaux dchireront votre chair. Le troisime jour
suivant tant celui de la naissance de Pharaon, il fit un grand festin 
ses serviteurs, pendant lequel il se souvint du grand chanson et du
grand panetier. Il rtablit l'un dans sa charge, et il fit attacher
l'autre  une potence, ce qui vrifia l'interprtation que Joseph avait
donne  leurs songes. Cependant le grand chanson se voyant rentr en
faveur aprs sa disgrce, ne se souvint plus de son interprte.

  [5] Il est impossible que les diffrentes manires par lesquelles Dieu
      annonait autrefois sa volont et rvlait souvent  ses saints ce
      qu'il voulait accomplir dans les temps les plus reculs, fussent
      inconnues  Joseph, cet homme pieux et vertueux, lev et grandi
      dans l'amour paternel sous les yeux de Jacob. Joseph, le fils
      bien-aim de son pre, avait sans doute appris de Jacob comment
      l'ternel lui avait dj apparu bien des fois  lui-mme et  ses
      pres, tantt dans une vision et tantt dans un rve: c'est ainsi
      que, dans son propre songe, Joseph reconnut  l'instant
      l'intention divine. Il pouvait donc,  coup sr, distinguer assez
      clairement la diffrence essentielle qu'il y a entre les songes
      _naturels_ et les _surnaturels_. Les songes naturels ne sont sans
      doute autre chose qu'un jeu du hasard, rsultat de l'agitation du
      sang et de ce qu'on a ordinairement et le plus souvent pens et
      fait auparavant, et ce serait un pch d'y avoir confiance. Mais
      quant aux songes surnaturels, ils taient, particulirement 
      cette poque, de vritables inspirations divines et de
      circonstance. L'ternel ne s'tait-il pas, ds le commencement de
      la cration, rvl aux hommes de la manire la plus merveilleuse
      et ne leur avait-il pas assur en mme temps que cette rvlation
      manait de lui!... C'est ainsi que Joseph, dou de cet esprit
      profond, interprta les songes de ces deux officiers et celui de
      Pharaon.

Deux ans aprs Pharaon eut un songe. Il lui semblait qu'il tait sur le
bord du fleuve du Nil, d'o sortaient sept vaches fort belles et
extrmement grasses, qui paissaient dans des marcages; qu'ensuite il en
sortit sept autres toutes laides et extraordinairement maigres, qui
paissaient aussi sur le bord du mme fleuve, et que ces dernires
dvorrent les premires, qui taient si grasses et si belles. Pharaon
s'tant veill, se rendormit, et il eut un second songe. Il vit sept
pis pleins de grains et trs-beaux, qui sortaient d'une mme tige. Il
en vit aussi paratre sept autres fort maigres, qu'un vent brlant avait
desschs, et ces derniers dvorrent les premiers, qui taient si
beaux. Pharaon s'tant veill, fut saisi de frayeur; et ayant envoy
ds le matin chercher tous les magiciens et tous les sages d'gypte, il
leur raconta son songe, sans qu'il s'en trouvt un seul qui pt
l'interprter. Le grand chanson s'tant enfin souvenu de Joseph, dit au
roi: Je confesse ma faute. Lorsque le roi, tant en colre contre ses
serviteurs, commanda que je fusse mis avec le grand panetier dans la
prison, nous emes tous deux en une mme nuit un songe, qui nous
prdisait ce qui nous arriva ensuite. Il y avait alors en cette prison
un jeune homme hbreu  qui nous racontmes chacun notre songe. Il nous
dit tout ce que l'vnement confirma depuis: car je fus rtabli dans ma
charge, et le grand panetier fut pendu. Aussitt Joseph fut tir de la
prison par ordre du roi; on le rasa, on le fit changer d'habits et on le
prsenta devant ce prince. Alors Pharaon lui dit: J'ai eu des songes,
et je ne trouve personne qui les interprte; mais l'on m'a dit que vous
aviez une grande lumire pour les expliquer. Joseph lui rpondit: Ce
sera Dieu, et non pas moi, qui rendra au roi une rponse favorable.
Pharaon lui raconta donc ses deux songes, l'un des sept vaches grasses
et des maigres, et l'autre des pis pleins et des desschs. Et il
ajouta: J'ai dit mon songe  tous les magiciens et  tous les sages, et
je n'en trouve point qui me l'explique. Joseph rpondit: Les deux
songes du roi signifient la mme chose: Dieu a montr  Pharaon ce qu'il
fera dans la suite. Les sept vaches si belles et les sept pis si pleins
de grains, que le roi a vus en songe, marquent la mme chose, et
signifient sept annes d'abondance. Les sept vaches maigres et dfaites,
qui sont sorties du fleuve aprs les sept grasses, et les sept pis
maigres et frapps d'un vent brlant, marquent sept annes d'une famine
qui doit arriver. Et ceci s'accomplira de cette sorte. Il viendra
premirement sept annes d'une fertilit extraordinaire dans toute
l'gypte, qui seront suivies de sept autres d'une si grande strilit,
qu'elle fera oublier toute l'abondance qui l'aura prcde, car la
famine consumera tout le pays; et cette fertilit si extraordinaire sera
comme absorbe par l'extrme indigence qui doit la suivre. Quant au
second songe que vous avez eu, qui signifie la mme chose, c'est une
marque que cette parole de Dieu sera ferme et qu'elle s'accomplira
infailliblement et bientt. Il est donc de la prudence du roi de choisir
un homme sage et habile,  qui il donne le commandement sur toute
l'gypte, afin qu'il tablisse des officiers dans toutes les provinces,
qui, pendant les sept annes de fertilit qui vont venir, amassent dans
les greniers publics la cinquime partie des fruits de la terre; que
tout le bl ainsi amass soit mis sous la puissance du roi, et qu'on le
conserve dans les villes, afin qu'il soit tout prpar pour les sept
annes de la famine qui doit accabler l'gypte, et que ce pays ne soit
pas consum par la faim. Ce conseil plut  Pharaon et  tous ses
ministres: et il leur dit: O pourrions-nous trouver un homme comme
celui-ci, qui ft aussi rempli qu'il l'est de l'esprit de Dieu? Il dit
donc  Joseph: Puisque Dieu vous a fait voir tout ce que vous avez dit,
o pourrais-je trouver quelqu'un plus sage que vous, ou mme semblable 
vous? Ce sera donc vous qui aurez l'autorit sur ma maison. Quand vous
ouvrirez la bouche pour commander, tout le peuple vous obira, et je
n'aurai au-dessus de vous que le trne et la qualit de roi. Pharaon
dit encore  Joseph: Je vous tablis aujourd'hui pour commander  toute
l'Egypte. En mme temps il ta son anneau de sa main et le mit en celle
de Joseph: il le fit revtir d'une robe de fin lin et lui mit au cou un
collier d'or. Il le fit ensuite monter sur l'un de ses chars, qui tait
le premier aprs le sien, et fit crier par un hraut, que tout le monde
et  flchir le genou devant lui, et que tous reconnussent qu'il avait
t tabli pour commander  toute l'gypte. Le roi dit encore  Joseph:
Je suis Pharaon; nul ne remuera ni le pied ni la main dans toute
l'gypte que par votre commandement. Il changea aussi son nom, et
l'appela en langue gyptienne, _Tsaphnath Panach_, c'est--dire, homme
 qui les choses caches sont dcouvertes. Et il lui fit ensuite pouser
Aseneth, fille de Potiphra, prtre d'One. Aprs cela, Joseph alla
visiter l'gypte (il avait trente ans lorsqu'il parut devant le roi
Pharaon). Les sept annes de fertilit vinrent donc; et le bl ayant t
mis en gerbes, fut serr ensuite dans les greniers d'gypte. On mit
aussi en rserve, dans toutes les villes, une grande abondance de
grains. Car il y eut une si grande quantit de froment, qu'elle galait
le sable de la mer, et qu'elle ne pouvait pas mme se mesurer. Avant que
la famine vnt, Joseph eut deux enfants de sa femme Aseneth. Il nomma
l'an Manass (Menach), qui signifie _oubli_, en disant: Dieu m'a fait
oublier toute ma peine et toute la maison de mon pre. Il nomma le
second Ephram, qui signifie fructification ou accroissement, en disant:
Dieu m'a fait crotre et fructifier dans le pays de mon affliction et
de ma pauvret. Ces sept annes de la fertilit d'Egypte tant donc
passes, les sept annes de strilit vinrent ensuite, selon la
prdiction de Joseph. Une grande famine survint dans tous les pays; mais
il y avait du bl dans toute l'Egypte. Le peuple tant press de la
famine, cria  Pharaon et lui demanda de quoi vivre. Alors il leur dit:
Allez trouver Joseph et faites tout ce qu'il vous dira. Cependant la
famine croissait tous les jours dans tous le pays; et Joseph ouvrant
tous les greniers, vendait du bl aux Egyptiens, parce qu'ils taient
tourments eux-mmes de la famine. Et on venait de tous les pays en
Egypte pour acheter de quoi vivre et pour trouver quelque soulagement
dans la rigueur de cette famine.





                  Les frres de Joseph vont en gypte.


La famine se fit aussi sentir dans le pays de Chanaan. Cependant Jacob
ayant ou dire qu'on vendait du bl en gypte, dit  ses enfants:
Pourquoi ngligez-vous ce qui regarde notre soulagement? J'ai appris
qu'on vend du bl en Egypte; allez-y acheter ce qui nous est ncessaire,
afin que nous puissions vivre, et que nous ne mourions pas de faim. Les
dix frres de Joseph allrent donc en Egypte pour y acheter du bl; car
Jacob retint Benjamin avec lui, ayant dit  ses enfants qu'il craignait
qu'il ne lui arrivt quelque accident dans le chemin. Ils entrrent dans
l'Egypte avec les autres qui y allaient pour acheter du bl, parce que
la famine tait dans tous les pays. Joseph commandait dans toute
l'Egypte, et le bl ne se vendait aux peuples que par son ordre. Ses
frres vinrent et se prosternrent devant lui la face contre terre.
Joseph voyant ses frres les reconnut, et leur parlant assez rudement,
comme  des trangers, il leur dit: D'o venez-vous? Ils lui
rpondirent: Nous venons du pays de Chanaan pour acheter ici de quoi
vivre. Et, quoiqu'il connt bien ses frres, il n'en tait pas
nanmoins reconnu. Alors se souvenant des songes qu'il avait eus
autrefois, il leur dit: Vous tes des espions, et vous tes venus ici
pour examiner les endroits les plus faibles de l'Egypte. Ils lui
rpondirent: Seigneur, cela n'est pas ainsi; mais vos serviteurs sont
venus ici seulement pour acheter du bl. Nous sommes tous enfants d'un
seul homme; nous venons avec des penses de paix, et vos serviteurs
n'ont aucun mauvais dessein. Joseph leur rpondit: Non, cela n'est
pas; mais vous tes venus pour remarquer ce qu'il y a de moins fortifi
dans l'Egypte. Ils lui dirent: Nous sommes douze frres, tous enfants
d'un mme homme dans le pays de Chanaan; le dernier de tous est avec
notre pre, et l'autre n'y est plus.--Voil, dit Joseph, ce que je
disais: vous tes des espions. Je vais prouver si vous dites la vrit.
Vive Pharaon! vous ne sortirez point d'ici jusqu' ce que le dernier de
vos frres y soit venu. Envoyez l'un de vous pour l'amener; cependant
vous demeurerez en prison jusqu' ce que j'aie reconnu si ce que vous
dites est vrai ou faux, autrement, vive Pharaon! vous tes des espions.
Il les fit donc mettre en prison pour trois jours. Et le troisime jour
il les fit sortir de prison, et leur dit: Faites ce que je vous dis, et
vous vivrez; car je crains Dieu. Si vous venez ici dans un esprit de
paix, que l'un de vos frres demeure li dans la prison, et
allez-vous-en vous autres; emportez en votre pays le bl que vous avez
achet, et amenez-moi le dernier de vos frres, afin que je puisse
reconnatre si ce que vous dites est vritable, et que vous ne mouriez
point. Ils firent ce qu'il leur avait ordonn. Et ils se disaient les
uns aux autres: C'est justement que nous souffrons tout ceci, parce que
nous avons pch contre notre frre, et que voyant la douleur de son
me, lorsqu'il nous priait d'avoir compassion de lui, nous ne
l'coutmes point: c'est pour cela que nous sommes tombs dans cette
affliction. Ruben, l'un d'entre eux leur disait: Ne vous dis-je point
alors: Ne commettez point un si grand crime contre cet enfant? Et
cependant vous ne m'avez point cout. C'est son sang maintenant que
Dieu nous redemande. En s'entretenant ainsi, ils ne savaient pas que
Joseph les entendait, parce qu'il leur parlait par un interprte. Mais
il se retira pour un moment, et versa des larmes. Et tant revenu, il
leur parla de nouveau. Il fit prendre Simon et le fit lier devant eux;
et il commanda  ses serviteurs d'emplir leur sac de bl et de remettre
dans le sac de chacun d'eux l'argent qu'ils avaient donn, en y ajoutant
encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin: ce qui fut excut
aussitt. Les frres de Joseph s'en allrent donc, emportant leur bl
sur leurs nes. Et l'un d'eux ayant ouvert son sac dans l'htellerie
pour donner  manger  son ne, vit son argent  l'entre du sac, et il
dit  ses frres: On m'a rendu mon argent; le voici dans mon sac. Ils
furent tous saisis d'tonnement et de trouble; et ils s'entre-disaient:
Qu'est-ce que Dieu nous a fait?

Lorsqu'ils furent arrivs chez Jacob leur pre, au pays de Chanaan, ils
lui racontrent tout ce qui leur tait arriv, en disant: Le seigneur
de ce pays-l nous a parl durement, et il nous a pris pour des espions,
qui venaient observer le royaume. Nous lui avons rpondu: Nous sommes
gens paisibles et trs-loigns d'avoir aucun mauvais dessein. Nous
tions douze frres, tous enfants d'un mme pre; l'un n'y est plus, et
le plus jeune est avec notre pre au pays de Chanaan. Il nous a rpondu:
Je veux prouver s'il est vrai que vous n'ayez que des penses de paix.
Laissez-moi donc ici l'un de vos frres; prenez le bl qui vous est
ncessaire pour vos maisons, et vous en allez; et amenez-moi le plus
jeune de vos frres, afin que je sache que vous n'tes point des
espions; que vous puissiez ensuite ramener avec vous celui que je
retiens prisonnier, et qu'il vous soit permis  l'avenir d'acheter ici
ce que vous voudrez. Aprs avoir ainsi parl  leur pre, comme ils
jetaient leur bl hors de leurs sacs, ils trouvrent chacun leur argent
li  l'entre du sac, et ils en furent tous pouvants. Alors Jacob,
leur pre, leur dit: Vous me rduisez  tre sans enfants; Joseph n'est
plus, Simon n'est plus, et vous voulez encore m'enlever Benjamin. Tous
ces maux sont retombs sur moi. Ruben lui rpondit: Faites mourir mes
deux enfants, si je ne vous le ramne pas. Confiez-le-moi, et je vous le
rendrai certainement.--Non, dit Jacob, mon fils n'ira point avec vous.
Son frre est mort, et je n'ai plus que lui. S'il lui arrive quelque
malheur au pays o vous allez, vous accablerez ma vieillesse d'une
douleur qui m'emportera dans le tombeau.





        Les enfants de Jacob retournent en gypte avec Benjamin.


Cependant la famine dsolait extraordinairement tout le pays, et le bl
que les enfants de Jacob avaient apport d'Egypte tant consomm, Jacob
leur dit: Retournez en Egypte pour nous acheter encore un peu de bl.
Juda lui rpondit: Celui qui commande en ce pays-l nous a dclar sa
volont avec serment, en disant: Vous ne verrez point mon visage, 
moins que vous n'ameniez avec vous le plus jeune de vos frres. Si vous
voulez donc l'envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achterons
ce qui vous est ncessaire. Si vous ne voulez pas nous n'irons point:
car cet homme, comme nous vous l'avons dit plusieurs fois, nous a
dclar que nous ne verrions point son visage, si nous n'avions avec
nous notre jeune frre. Isral leur dit: C'est pour mon malheur que
vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frre. Mais ils lui
rpondirent: Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille:
si notre pre vivait; si nous avions encore un frre: et nous lui
rpondmes conformment  ce qu'il nous avait demand. Pouvions-nous
deviner qu'il nous dirait: Amenez avec vous votre jeune frre? Juda dit
encore  son pre: Envoyez l'enfant avec moi, afin que nous puissions
partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas, nous et nos
petits enfants. Je me charge de cet enfant, et c'est  moi que vous en
demanderez compte. Si je ne le ramne, et si je ne vous le rends pas, je
consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute. Si nous n'avions
point tant diffr, nous serions dj revenus une seconde fois. Isral
leur pre dit donc: Si c'est une ncessit absolue, faites ce que vous
voudrez. Prenez avec vous des meilleurs fruits de ce pays-ci, pour en
faire prsent  celui qui commande; un peu de rsine, de miel, de
storax, de myrrhe, de trbenthine et d'amandes. Portez aussi deux fois
autant d'argent qu'au premier voyage, et reportez celui que vous avez
trouv dans vos sacs, de peur que ce ne soit une mprise. Enfin menez
votre frre avec vous, et allez vers cet homme. Je prie mon Dieu, le
Dieu tout-puissant, de vous le rendre favorable, afin qu'il renvoie avec
vous votre frre qu'il tient prisonnier, et Benjamin que je vous confie.
Quant  moi, si je dois tre priv d'enfants, que j'en sois priv. Ils
prirent donc avec eux les prsents, et le double de l'argent qu'ils
avaient la premire fois, avec Benjamin; et tant partis, ils arrivrent
en gypte, o ils se prsentrent devant Joseph. Joseph les ayant vus,
et Benjamin avec eux, dit  son intendant: Faites entrer ces hommes
chez moi; faites tuer quelque bte et faites-la prparer, parce qu'ils
mangeront  midi avec moi. L'intendant excuta ce qui lui avait t
command, et les fit entrer dans la maison. Alors tant saisis de
crainte, ils s'entre-disaient: C'est sans doute  cause de cet argent
que nous avons remport dans nos sacs, qu'il nous a fait entrer ici,
pour faire retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous
rduisant en servitude, et s'emparant de nos nes. C'est pourquoi tant
encore  la porte, ils s'approchrent de l'intendant de Joseph, ils lui
dirent: Seigneur, nous vous supplions de nous couter. Nous sommes dj
venus une fois acheter du bl: et aprs l'avoir achet, lorsque nous
fmes arrivs  l'htellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvmes
notre argent, que nous vous rapportons maintenant au mme poids. Et nous
vous en rapportons encore d'autre, pour acheter ce qui nous est
ncessaire: mais nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet
argent dans nos sacs. L'intendant leur rpondit: Ayez l'esprit en
repos; ne craignez point. Votre Dieu, et le Dieu de votre pre vous a
donn des trsors dans vos sacs: car pour moi j'ai reu l'argent que
vous m'avez donn; et j'en suis content. Il fit sortir aussi Simon de
la prison et le leur amena. Aprs les avoir fait entrer dans la maison,
il leur apporta de l'eau, ils se lavrent les pieds, et il donna 
manger  leurs nes. Cependant ils tinrent leurs prsents tout prts,
attendant que Joseph entrt sur le midi, parce qu'on leur avait dit
qu'ils devaient manger en ce lieu-l. Joseph tant donc entr dans sa
maison, ils lui offrirent leurs prsents qu'ils tenaient en leurs mains,
et ils se prosternrent devant lui la face contre terre. Il les salua
aussi en leur faisant bon visage, et il leur demanda: Votre pre, ce
bon vieillard dont vous m'aviez parl, vit-il encore? se porte-t-il
bien? Ils lui rpondirent: Notre pre votre serviteur est encore en
vie, et il se porte bien. Ils s'inclinrent et se prosternrent. Joseph
levant les yeux, vit Benjamin son frre, fils de Rachel sa mre, et il
leur dit: Est-ce l le plus jeune de vos frres dont vous m'aviez
parl? Mon fils, ajouta-t-il, que Dieu te soit misricordieux! Et il se
hta de sortir, parce que ses entrailles avaient t mues en voyant son
frre, et qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans
une autre chambre, il pleura. Et aprs s'tre lav le visage, il revint
se faisant violence, et il dit  ses gens: Servez  manger. On servit
Joseph  part, et ses frres  part, et les gyptiens qui mangeaient
avec lui furent aussi servis  part (car il n'est pas permis aux
gyptiens de manger avec les Hbreux; ils croient qu'un pareil festin
serait profan). Ils s'assirent, donc en prsence de Joseph, l'an le
premier selon son rang et le plus jeune selon son ge. Et ils furent
extrmement surpris. On leur apporta des portions de sa part, et il se
trouva que la part de Benjamin tait cinq fois plus grande que les parts
de tous les autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et firent grande
chre.





          Joseph fait mettre sa coupe dans le sac de Benjamin.


Or Joseph donna cet ordre  l'intendant de sa maison, et lui dit:
Mettez dans le sac de ces gens autant de bl qu'ils pourront en
contenir, et l'argent de chacun  l'entre du sac; et mettez ma coupe
d'argent  l'entre du sac du plus jeune avec l'argent qu'il a donn
pour le bl. Cet ordre fut donc excut, et le lendemain ds le matin
on les laissa aller avec leurs nes chargs. Lorsqu'ils furent sortis de
la ville, comme ils n'avaient fait encore que peu de chemin, Joseph
appela l'intendant de sa maison, et lui dit: Courez vite aprs ces
gens, arrtez-les, et leur dites: Pourquoi avez-vous rendu le mal pour
le bien? La coupe que vous avez drobe est celle dans laquelle mon
seigneur boit, vous avez fait une trs-mchante action. L'intendant fit
ce qui lui avait t command, et les ayant arrts, il leur dit tout ce
qu'il lui avait t ordonn de leur dire. Ils lui rpondirent: Pourquoi
notre seigneur parle-t-il ainsi  ses serviteurs, et les croit-il
capables d'une action si honteuse? Nous vous avons rapport du pays de
Chanaan l'argent que nous trouvmes  l'entre de nos sacs. Comment donc
se pourrait-il faire que nous eussions drob et enlev de la maison de
notre seigneur de l'or ou de l'argent? Que celui de vos serviteurs, quel
qu'il puisse tre,  qui l'on trouvera ce que vous cherchez, meure; et
nous serons esclaves de mon seigneur. Il leur dit: Que ce que vous
prononcez soit excut, ou plutt que celui qui se trouvera avoir pris
ce que je cherche, soit mon esclave; pour vous, vous en serez
innocents. Ils dchargrent donc aussitt leurs sacs  terre, et chacun
ouvrit le sien; l'intendant les ayant fouills en commenant depuis le
plus grand jusqu'au plus petit, trouva la coupe dans le sac de Benjamin.
Alors ils dchirrent leurs vtements, chacun rechargea son ne et ils
retournrent  la ville.





          Juda s'offre  demeurer esclave au lieu de Benjamin.


Juda se prsenta le premier avec ses frres devant Joseph qui n'tait
pas encore sorti du lieu o il tait; et ils se prosternrent tous
ensemble  terre devant lui. Joseph leur dit: Pourquoi avez-vous agi
ainsi avec moi? Juda lui dit: Que rpondrons-nous  mon seigneur? Que
lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui reprsenter avec quelque ombre
de justice pour notre dfense? Dieu a trouv l'iniquit de vos
serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon seigneur, nous et celui
sur qui on a trouv la coupe. Joseph rpondit: Dieu me garde d'agir de
la sorte, que celui qui a pris ma coupe soit mon esclave; et pour vous
autres, allez en libert retrouver votre pre. Juda s'approchant alors
plus prs de Joseph, lui dit avec assurance: Mon seigneur, permettez,
je vous prie,  votre serviteur, de vous adresser la parole, et ne vous
mettez pas en colre contre votre esclave, car aprs Pharaon, c'est vous
qui tes mon seigneur. Vous avez demand d'abord  vos serviteurs:
Avez-vous encore votre pre ou quelque autre frre? Et nous avons
rpondu: Mon seigneur, nous avons un pre qui est vieux, et un jeune
frre qu'il a eu dans sa vieillesse, dont le frre, qui tait n de la
mme mre, est mort; il ne reste plus que celui-l, et son pre l'aime
tendrement. Vous disiez alors  vos serviteurs: Amenez-le-moi, je serais
bien aise de le voir. Mais nous vous rpondmes: Mon seigneur, cet
enfant ne peut quitter son pre; car s'il le quitte, il le fera mourir.
Vous disiez  vos serviteurs: Si le dernier de vos frres ne vient avec
vous, vous ne verrez plus mon visage. Lors donc que nous fmes retourns
vers notre pre, nous lui rapportmes tout ce que vous aviez dit; et
notre pre nous ayant dit quelque temps aprs: Retournez en Egypte pour
nous acheter encore un peu de bl, nous lui rpondmes: Nous ne pouvons
y aller seuls. Si notre jeune frre vient avec nous, nous irons
ensemble: mais  moins qu'il ne vienne, nous n'osons nous prsenter
devant celui qui commande dans ce pays-l. Il nous rpondit: Vous savez
que j'ai eu deux fils de Rachel ma femme: l'un d'eux tant all aux
champs, vous m'avez dit qu'une bte l'avait dvor, et il ne parat
point jusqu' cette heure. Si vous emmenez encore celui-ci, et qu'il lui
arrive quelque accident dans le chemin, vous accablerez ma vieillesse
d'une affliction qui la conduira dans le tombeau. Si je me prsente donc
 mon pre, et que l'enfant n'y soit pas, il mourra, et vos serviteurs
accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mnera au tombeau. Que ce
soit donc plutt moi qui sois votre esclave, puisque je me suis rendu
caution de cet enfant, et que j'en ai rpondu  mon pre, en lui disant:
Si je ne le ramne, je veux bien que mon pre m'impute cette faute, et
qu'il ne me la pardonne jamais. Ainsi je demeurerai votre esclave, et je
servirai monseigneur en la place de l'enfant, afin qu'il retourne avec
ses frres, car je ne puis pas retourner vers mon pre sans que l'enfant
soit avec nous, de peur que je ne sois moi-mme tmoin de l'extrme
affliction qui accablera notre pre.





                 Joseph se fait connatre  ses frres.


Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il tait environn de
plusieurs personnes, il commanda que l'on ft sortir tout le monde, afin
que nul tranger ne ft prsent lorsqu'il se ferait connatre  ses
frres. Alors les larmes lui tombant des yeux, il leva fortement la
voix, qui fut entendue des gyptiens et de toute la maison de Pharaon.
Et il dit  ses frres: Je suis Joseph. Mon pre vit-il encore? Mais
ses frres ne purent lui rpondre, tant ils taient saisis de frayeur.
Il leur parla donc avec douceur, et leur dit: Approchez-vous de moi.
Et tous s'tant approchs de lui, il ajouta: Je suis Joseph votre frre
que vous avez vendu  des marchands qui m'ont amen en gypte. Ne
craignez point, et ne vous affligez point de ce que vous m'avez vendu
pour tre conduit en ce pays-ci: car Dieu m'a envoy en gypte avant
vous pour votre salut. Il y a dj deux ans que la famine a commenc sur
la terre, il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni
labourer ni recueillir. Dieu m'a fait venir ici avant vous pour vous
conserver la vie, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour
subsister. Ce n'est point par votre conseil que j'ai t envoy ici,
mais par la volont de Dieu, qui m'a rendu comme le pre de Pharaon, le
grand matre de sa maison, et le prince de toute l'gypte. Htez-vous
d'aller trouver mon pre, et dites-lui: Voici ce que vous mande votre
fils Joseph: Dieu m'a rendu comme le matre de toute l'gypte: venez me
trouver, ne diffrez point. Vous demeurerez dans la terre de Goschne,
vous serez prs de moi, avec tout ce que vous possdez. Et je vous
nourrirai l, parce qu'il reste encore cinq annes de famine; de peur
qu'autrement vous ne prissiez avec toute votre famille et tout ce qui
est  vous. Vous voyez de vos yeux, vous et mon frre Benjamin, que
c'est moi-mme qui vous parle de ma propre bouche. Annoncez  mon pre
quelle est la gloire dont je suis ici combl, et tout ce que vous avez
vu dans l'gypte. Htez-vous de me l'amener. Et s'tant jet au cou de
Benjamin son frre pour l'embrasser, il pleura; et Benjamin pleura aussi
en le tenant embrass. Joseph embrassa aussi tous ses frres, il pleura
sur chacun d'eux; et aprs cela ils se rassurrent pour lui parler.
Aussitt il se rpandit un grand bruit dans toute la cour du roi, et on
dit publiquement que les frres de Joseph taient venus. Pharaon s'en
rjouit avec toute sa maison. Et il dit  Joseph qu'il donnt cet ordre
 ses frres: Chargez vos nes de bl, et retournez en Chanaan; amenez
de l votre pre et toute votre famille, et venez me trouver. Je vous
donnerai tous les biens de l'gypte, et vous serez nourris de tout ce
qu'il y a de meilleur dans cette terre. Ordonnez-leur aussi d'emmener
des chariots de l'gypte, pour faire venir leurs femmes et leurs petits
enfants, et dites-leur: Amenez votre pre, et htez-vous de revenir le
plus tt que vous pourrez, ne regrettez pas vos ustensiles, car toutes
les richesses de l'gypte seront  vous.

Les enfants d'Isral firent ce qui leur avait t ordonn. Et Joseph
leur fit donner des chariots, selon l'ordre qu'il en avait reu de
Pharaon, et des vivres pour le chemin. Il commanda aussi que l'on donnt
deux robes  chacun de ses frres; mais il donna cinq des plus belles 
Benjamin, et trois cents pices d'argent. Il envoya  son pre ce qui
suit: dix nes chargs de ce qu'il y avait de mieux dans l'gypte, et
autant d'nesses qui portaient du bl et du pain pour le chemin. Il
renvoya donc ainsi ses frres, et leur dit en partant. Ne vous mettez
point en colre pendant le chemin. Ils vinrent donc de l'gypte au pays
de Chanaan, vers Jacob leur pre. Et ils lui dirent cette grande
nouvelle: Votre fils Joseph est vivant, et commande dans toute la terre
de l'gypte. Ce que Jacob ayant entendu, il se rveilla comme d'un
profond sommeil, et cependant il ne pouvait croire ce qu'ils lui
disaient. Ses enfants insistaient au contraire, en lui rapportant
comment toute la chose s'tait passe. Enfin ayant vu les chariots, et
tout ce que Joseph lui envoyait, il reprit ses esprits; et il dit: Je
n'ai plus rien  souhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore: j'irai,
et je le verrai avant que je meure.





                   Jacob va en gypte et s'y tablit.


Isral partit donc avec tout ce qu'il avait, et vint  Beer-Scheba; et
ayant immol en ce lieu des victimes au Dieu de son pre Isaac, il
l'entendit dans une vision pendant la nuit, qui l'appelait et lui
disait: Jacob, Jacob. Il rpondit: Me voici. Et Dieu ajouta: Je
suis le Trs-Fort, le Dieu de votre pre, ne craignez point, allez en
gypte, car je vous y ferai devenir un grand peuple, j'irai l avec
vous, et je vous en ramnerai. Joseph aussi vous fermera les yeux de ses
mains. Jacob tant donc parti de Beer-Scheba, ses enfants l'amenrent
avec ses petits-enfants et leurs femmes, dans les chariots que Pharaon
avait envoys pour faire venir ce bon vieillard, avec tout ce qu'il
possdait au pays de Chanaan; et il arriva en gypte avec toute sa race,
ses enfants et petits-enfants; toutes les personnes de la maison de
Jacob taient au nombre de septante. Or Jacob envoya Juda devant lui
vers Joseph pour l'avertir de sa venue, afin qu'il vnt au-devant de lui
en la terre de Goschne. Quand Jacob y fut arriv, Joseph fit mettre les
chevaux  son chariot, et vint au mme lieu au-devant de son pre: en le
voyant, il se jeta  son cou, et l'embrassa en pleurant. Jacob dit 
Joseph: Je mourrai maintenant avec joie, puisque j'ai vu ton visage, et
que tu vis encore. Joseph dit  ses frres et  toute la maison de son
pre: Je vais dire  Pharaon que mes frres et tous ceux de la maison
de mon pre sont venus me trouver de la terre de Chanaan o ils
demeuraient: que ce sont des pasteurs de brebis, qui s'occupent 
nourrir des troupeaux, et qu'ils ont amen avec eux leurs brebis, leurs
boeufs, et tout ce qu'ils pouvaient avoir. Et lorsque Pharaon vous fera
venir, et vous demandera: Quelle est votre occupation? Vous lui
rpondrez: Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur enfance jusqu'
prsent, et nos pres l'ont toujours t comme nous, vous direz ceci
pour pouvoir demeurer dans la terre de Goschne, parce que les gyptiens
ont en abomination tous les pasteurs de brebis. Joseph tant donc all
trouver Pharaon lui dit: Mon pre et mes frres sont venus du pays de
Chanaan avec leurs brebis, leurs troupeaux et tout ce qu'ils possdent,
et ils se sont arrts en la terre de Goschne. Il prsenta aussi au
roi cinq de ses frres. Et le roi leur ayant demand: A quoi vous
occupez-vous? Ils lui rpondirent: Vos serviteurs sont pasteurs de
brebis, comme l'ont t nos pres. Nous sommes venus passer quelque
temps dans vos terres, parce que la famine est si grande dans le pays de
Chanaan, qu'il n'y a plus d'herbe pour les troupeaux de vos serviteurs.
Et nous vous supplions d'agrer que vos serviteurs demeurent dans la
terre de Goschne. Le roi dit donc  Joseph: Votre pre et vos frres
sont venus vous trouver. Vous pouvez choisir dans toute l'gypte;
faites-les demeurer dans l'endroit du pays qui vous paratra le
meilleur, et donnez-leur la terre de Goschne. Si vous connaissez qu'il
y ait parmi eux des hommes habiles, donnez-leur l'intendance sur mes
troupeaux. Joseph introduisit ensuite son pre devant le roi, et il le
lui prsenta. Jacob salua Pharaon, et lui souhaita toute sorte de
prosprits. Le roi lui ayant demand quel ge il avait, il lui
rpondit: Les jours des annes de mes plerinages sont au nombre de
cent trente; les jours des annes de ma vie ont t peu nombreux et
mauvais, et n'ont point atteint les jours des annes de la vie de mes
pres, du temps de leurs plerinages. Et aprs avoir souhait toute
sorte de bonheur au roi, il se retira. Joseph, selon le commandement de
Pharaon, mit son pre et ses frres en possession de Ramasss dans le
pays le plus fertile de l'gypte. Et il les nourrissait avec toute la
maison de son pre, donnant  chacun ce qui lui tait ncessaire pour
vivre.





                        Le pieux dsir de Jacob.


Isral demeura donc en gypte, c'est--dire dans la terre de Goschne,
dont il jouit comme de son bien propre, et o sa famille s'accrut et se
multiplia extraordinairement. Il y vcut dix-sept ans; et tout le temps
de sa vie fut de cent quarante-sept ans. Comme il vit que le jour de sa
mort approchait, il appela son fils Joseph, et lui dit: Si j'ai trouv
grce devant toi, mets ta main sous ma cuisse, et donne-moi cette marque
de la bont que tu as pour moi, de me promettre avec vrit que tu ne
m'enterreras point dans l'gypte; mais que je reposerai avec mes pres;
que tu me transporteras hors de ce pays, et me mettras dans le spulcre
de mes anctres. Joseph lui rpondit: Je ferai ce que vous me
commandez.--Jure-le-moi donc, dit Jacob. Et pendant que Joseph
jurait, Isral adora Dieu, se tournant vers le chevet de son lit.





                 Jacob adopte les deux fils de Joseph.


Un jour on vint dire  Joseph que son pre tait malade: alors prenant
avec lui ses deux fils Manass et Ephram, il alla le voir. On dit 
Jacob: Voici votre fils Joseph qui vient vous rendre visite. Jacob
reprenant ses forces, se mit sur son sant, et il dit  Joseph lorsqu'il
fut entr: Le Dieu tout-puissant m'a apparu  Luze qui est au pays de
Chanaan et m'ayant bni, il m'a dit: Je ferai crotre et multiplier
votre race: je vous rendrai le chef d'une multitude de peuples, et vous
donnerai cette terre, et  votre race aprs vous, afin que vous la
possdiez pour jamais. C'est pourquoi tes deux fils Ephram et Manass
que tu as eus en Egypte avant que je vinsse ici avec toi, seront  moi;
et ils seront mis au nombre de mes enfants, comme Ruben et Simon[6].
Mais les autres que tu auras aprs eux, seront  toi, et ils porteront
le nom de leurs frres dans les terres qu'ils possderont. Alors Jacob
voyant les fils de Joseph, lui demanda: Qui sont ceux-ci? Joseph lui
rpondit: Ce sont mes enfants, que Dieu m'a donns en ce pays.
Approchez-les de moi, dit Jacob, afin que je les bnisse. Car les yeux
d'Isral s'taient obscurcis  cause de sa grande vieillesse, et il ne
pouvait bien voir. Les ayant donc fait approcher de lui, il les
embrassa; et il dit  son fils: Dieu a voulu me donner la joie de te
voir, et il y ajoute encore celle de voir tes enfants. Joseph les ayant
retirs d'entre les genoux de son pre, se prosterna devant lui  terre.
Et ayant mis Ephram  sa droite, c'est--dire,  la gauche d'Isral, et
Manass  sa gauche, c'est--dire,  la droite de son pre, il les
approcha tous deux de Jacob: celui-ci tendant la main droite, la mit
sur la tte d'Ephram qui tait le plus jeune, et sa main gauche sur la
tte de Manass qui tait l'an, changeant ainsi ses deux mains de
place. Et bnissant les enfants de Joseph, il dit: Que le Dieu, en
prsence de qui ont march mes pres Abraham et Isaac, le Dieu qui m'a
nourri depuis ma jeunesse jusqu' ce jour; que l'ange qui m'a dlivr de
tous maux, bnisse ces enfants: qu'ils portent mon nom, et les noms de
mes pres Abraham et Isaac, et qu'ils se multiplient de plus en plus sur
la terre. Mais Joseph voyant que son pre avait mis sa main droite sur
la tte d'Ephram, en eut de la peine; et prenant la main de son pre,
il tcha de la lever de dessus la tte d'Ephram, pour la mettre sur la
tte de Manass, en disant  son pre: Vos mains ne sont pas bien, mon
pre; car celui-ci est l'an: mettez votre main droite sur sa tte.
Mais refusant de le faire, il lui dit: Je le sais bien, mon fils, je le
sais bien: celui-ci sera aussi chef de peuples; et sa race se
multipliera; mais son frre qui est le plus jeune sera plus grand que
lui, et sa postrit se multipliera dans les nations. Jacob les bnit
donc alors, et dit: Isral sera bni en vous, et on dira: Que Dieu vous
bnisse comme Ephram et Manass. Ainsi il mit Ephram devant Manass.
Il dit ensuite  Joseph son fils: Vous voyez que je vais mourir: Dieu
sera avec vous, et il vous ramnera au pays de vos pres. Je vous donne
de plus qu' vos frres cette part de mon bien que j'ai gagne sur les
Amorrhens avec mon pe et mon arc.

  [6] C'est de cette manire qu'phraim et Manass prennent la place de
      Joseph leur pre dont, par consquent, le nom ne se trouve
      mentionn nulle part dans l'expos des tribus. Il y avait donc, en
      ralit, treize tribus; mais on n'en comptait cependant que douze,
      parce que celle de Lvi (l'administrateur du culte) n'avait pas
      d'hritage form d'un seul tout. Les descendants de Lvi avaient
      leurs habitations dans les principales villes du royaume, pour
      qu'il se trouvt partout des hommes en tat de surveiller le culte
      du vrai et unique Dieu; des hommes aptes  donner l'instruction
      religieuse et l'enseignement dans la loi de Mose.





                      Mort de Jacob et de Joseph.


Or Jacob appela ses enfants, et leur dit: Assemblez-vous tous, afin que
je vous annonce ce qui doit vous arriver dans les derniers temps. Il
leur parla de cette sorte, et il bnit chacun d'eux en leur donnant les
bndictions qui leur taient propres. Enfin il leur fit ce
commandement, et leur dit: Je vais tre runi  mon peuple;
ensevelissez-moi avec mes pres dans la caverne double, qui est dans le
champ d'Ephron Hthen, qui regarde Mamr au pays de Chanaan, et
qu'Abraham acheta avec tout le champ o elle est, pour y avoir son
spulcre. C'est l qu'il a t enseveli avec Sara sa femme. C'est aussi
l qu'Isaac a t enseveli avec Rebecca sa femme, et que La est encore
ensevelie. Aprs avoir achev de donner ses ordres et ses instructions
 ses enfants, il joignit ses pieds sur son lit et mourut; et il fut
runi avec son peuple. Joseph voyant son pre expir, se jeta sur son
visage, et le baisa en pleurant. Il commanda aux mdecins qu'il avait 
son service d'embaumer le corps de son pre. Et ils excutrent l'ordre
qu'il leur avait donn; ce qui dura quarante jours, parce que c'tait la
coutume d'employer ce temps pour embaumer les corps morts. Et l'gypte
pleura Jacob soixante et dix jours. Le temps du deuil tant pass,
Joseph dit aux principaux officiers de Pharaon: Si j'ai trouv grce
devant vous, je vous prie de reprsenter au roi, que mon pre m'a dit en
mourant: Tu vois que je meurs: promets-moi avec serment que tu
m'enseveliras dans le spulcre que je me suis prpar au pays de
Chanaan. J'irai donc avec l'agrment du roi ensevelir mon pre, et je
reviendrai aussitt. Pharaon lui dit: Allez et ensevelissez votre pre
selon qu'il vous y a engag par serment. Et lorsque Joseph partit, les
premiers officiers de la maison de Pharaon, et les plus grands de
l'gypte l'accompagnrent tous, avec la maison de Joseph, et tous ses
frres qui le suivirent, laissant au pays de Goschne leurs petits
enfants et tous leurs troupeaux. Il y eut aussi des chariots et des
cavaliers qui le suivirent; et il se trouva l une grande multitude. Les
enfants de Jacob accomplirent donc ce qu'il leur avait command; et
l'ayant port au pays de Chanaan, ils l'ensevelirent dans la caverne
double qu'Abraham avait achete d'Ephron Hthen, pour en faire le lieu
de son spulcre. Aussitt que Joseph eut enseveli son pre, il retourna
en gypte avec ses frres et toute sa suite. Aprs la mort de Jacob, les
frres de Joseph eurent peur, et ils s'entre-dirent: Joseph pourrait
bien prsentement se souvenir de l'injure qu'il a soufferte, et nous
rendre tout le mal que nous lui avons fait. Ils lui envoyrent donc
dire: Ton pre avant de mourir nous a command de te dire de sa part: Je
te conjure d'oublier le crime de tes frres, et cette noire perfidie
dont ils ont us envers toi. Nous te conjurons aussi de pardonner cette
iniquit aux serviteurs du Dieu de ton pre. Joseph pleura, en entendant
ces paroles. Et ses frres tant venus le trouver se prosternrent
devant lui et lui dirent: Nous sommes tes serviteurs. Il leur rpondit:
Ne craignez point; pouvons-nous rsister  la volont de Dieu? Il est
vrai que vous avez eu dessein de me faire du mal: mais Dieu a chang ce
mal en bien, afin de m'lever comme vous voyez maintenant, et de sauver
plusieurs peuples. Ne craignez donc point: je vous nourrirai vous et vos
enfants. Et il les consola en leur parlant avec beaucoup de douceur et
de tendresse. Il demeura en gypte avec toute la maison de son pre, et
il vcut cent dix ans. Il vit les enfants d'Ephram jusqu' la troisime
gnration. Joseph dit ensuite  ses frres: Dieu se souviendra de vous
aprs ma mort, et il vous fera passer de cette terre  celle qu'il a
jur de donner  Abraham,  Isaac et  Jacob. Il ajouta: Transportez mes
os avec vous hors de ce lieu, et promettez-le-moi avec serment. Il
mourut ensuite g de cent dix ans accomplis; et son corps ayant t
embaum, fut mis dans un cercueil en gypte.




                             CHAPITRE III.


             DEPUIS MOSE JUSQU'A L'OCCUPATION DE CHANAAN.

                              (2368-2489)





                          Isral en esclavage.


Aprs la mort de Joseph et celle de tous ses frres, et de toute cette
premire gnration, les enfants d'Isral s'accrurent et se
multiplirent extraordinairement; et tant devenus extrmement nombreux,
ils remplirent le pays o ils taient. Cependant il s'leva dans
l'gypte un roi nouveau,  qui Joseph tait inconnu; et il dit  son
peuple: Vous voyez que le peuple des enfants d'Isral est devenu
trs-nombreux, et il est plus fort que nous. Opprimons-le donc
prudemment, de peur qu'il ne se multiplie encore davantage; et que si
nous nous trouvions surpris par quelque guerre, il ne se joigne  nos
ennemis, et qu'aprs nous avoir vaincus, il ne sorte de l'gypte. Il
tablit donc des intendants des travaux, afin qu'ils accablassent les
Hbreux d'ouvrages insupportables. Et ils btirent  Pharaon, pour
servir de magasins, des villes telles que Phitom et Ramesss. Mais plus
on les opprimait, plus leur nombre se multipliait et croissait
visiblement. Les gyptiens hassaient les enfants d'Isral, ils les
affligeaient, les insultaient, et leur rendaient la vie pnible, en les
employant  de lourds travaux de mortier et de brique, et  toutes
sortes d'ouvrages de terre dont ils taient accabls.

Le roi d'gypte parla aussi aux sages-femmes qui accouchaient les femmes
des Hbreux, l'une d'elles se nommait Sephora et une autre Phua, et il
leur fit ce commandement: Quand vous accoucherez les femmes des Hbreux,
au moment que l'enfant natra, si c'est un enfant mle, tuez-le; si
c'est une fille, laissez-la vivre. Mais les sages-femmes furent touches
de la crainte de Dieu, et ne firent point ce que le roi d'gypte leur
avait command; elles conservrent les enfants mles. Dieu rcompensa
ces sages-femmes; et le peuple s'accrut et se fortifia
extraordinairement. Alors Pharaon fit ce commandement  tout son peuple:
Jetez dans le fleuve tous les enfants mles qui natront, et ne rservez
que les filles.

                                --------



                          Naissance de Mose.


Quelque temps aprs, un homme de la maison de Lvi ayant pous une
femme de sa tribu, sa femme enfanta un fils; et voyant qu'il tait beau,
elle le cacha pendant trois mois. Mais comme elle vit qu'elle ne pouvait
plus tenir la chose secrte, elle prit un panier de jonc; et l'ayant
enduit de bitume et de poix, elle mit dedans le petit enfant, l'exposa
parmi les roseaux sur le bord du fleuve, et fit tenir la soeur de
l'enfant loin de l, pour voir ce qui en arriverait. En ce mme temps la
fille de Pharaon vint au fleuve pour se baigner, accompagne de ses
filles, qui marchaient le long du bord de l'eau. Et ayant aperu ce
panier parmi les roseaux, elle envoya une de ses filles qui le lui
apporta. Elle l'ouvrit; et trouvant dedans ce petit enfant qui criait,
elle fut touche de compassion, et elle dit: C'est un des enfants des
Hbreux. La soeur de l'enfant s'tant approche, lui dit: Vous plat-il
que j'aille querir une femme des Hbreux qui puisse nourrir ce petit
enfant? Elle lui rpondit: Allez. La fille s'en alla donc, et fit venir
sa mre. La fille de Pharaon lui dit: Prenez cet enfant et me le
nourrissez, et je vous en rcompenserai. La mre prit l'enfant et le
nourrit; et lorsqu'il fut assez fort, elle le donna  la fille de
Pharaon, qui l'adopta pour son fils, et le nomma Mose (Mosch),
c'est--dire, tir de l'eau, parce que, disait-elle, je l'ai tir de
l'eau.

                                --------



                           La fuite de Mose.


Lorsque Mose fut devenu grand, il sortait pour aller voir ses frres,
et voyait l'affliction o ils taient. Un jour, trouvant que l'un d'eux
tait outrag par un Egyptien, il regarda de tous cts, et ne voyant
personne prs de lui, il tua l'Egyptien, et le cacha dans le sable. Le
lendemain il trouva deux Hbreux qui se querellaient, et il dit  celui
qui outrageait l'autre: Pourquoi frappez-vous votre frre? Cet homme lui
rpondit: Qui vous a tabli sur nous pour prince et pour juge? Est-ce
que vous voulez me tuer comme vous tutes hier un Egyptien? Mose eut
peur, et il dit: Comment cela s'est-il dcouvert? Pharaon, en ayant t
averti, cherchait  faire mourir Mose. Mais il s'enfuit de devant lui,
et se retira au pays de Midian, o il s'assit prs d'un puits. Or le
prtre de Midian, nomm Jthro, avait sept filles, qui tant venues pour
puiser de l'eau, et en ayant rempli les canaux, voulaient faire boire
les troupeaux de leur pre. Mais les pasteurs tant survenus, les
chassrent. Alors Mose se levant, et prenant la dfense de ces filles,
fit boire leurs brebis. Lorsqu'elles furent retournes chez leur pre,
il leur dit: Pourquoi tes-vous revenues plus tt qu' l'ordinaire?
Elles lui rpondirent: Un Egyptien nous a dlivres de la violence des
pasteurs; et il a mme tir de l'eau avec nous, et a donn  boire  nos
brebis. O est-il? dit leur pre: pourquoi avez-vous laiss aller cet
homme? Appelez-le, afin que nous le fassions manger. Mose rsolut alors
de demeurer avec lui. Il pousa ensuite sa fille, qui s'appelait
Sephora. Et elle lui enfanta un fils qu'il nomma Gerscham, car,
disait-il: J'ai t tranger dans une terre trangre. Sephora lui
enfanta un second fils qu'il nomma Eliezer, c'est--dire, Dieu est mon
secours.

Cependant les enfants d'Isral gmissant sous le poids des ouvrages qui
les accablaient, crirent vers le ciel, et les cris que tirait d'eux
l'excs de leurs travaux, s'levrent jusqu' Dieu. Il entendit leurs
gmissements, il se souvint de l'alliance qu'il avait faite avec
Abraham, Isaac et Jacob, et il les reut en grce.

                                --------



         Mose est appel de Dieu pour dlivrer les Isralites.


Cependant Mose conduisait les brebis de Jthro son beau-pre, et ayant
men son troupeau au fond du dsert, il vint  la montagne de Dieu,
nomme Horeb. Alors un ange de l'Eternel lui apparut dans une flamme de
feu qui sortait du milieu d'un buisson; et il voyait brler le buisson
sans qu'il se consumt. Mose dit donc: Il faut que j'aille reconnatre
quelle est cette merveille que je vois, et pourquoi ce buisson ne se
consume point. Mais l'Eternel le voyant venir pour considrer ce qu'il
voyait, l'appela du milieu du buisson, et lui dit: Mose, Mose. Il lui
rpondit: Me voici: Et l'Eternel ajouta: N'approchez pas d'ici: tez les
souliers de vos pieds, parce que le lieu o vous tes, est une terre
sainte. Il dit encore: Je suis le Dieu de votre pre, le Dieu d'Abraham,
le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Mose se cacha le visage, parce
qu'il n'osait regarder la face de Dieu. L'Eternel lui dit: J'ai vu
l'affliction de mon peuple qui est en Egypte, j'ai entendu le cri qu'il
jette  cause de la duret de ceux qui ont l'intendance des travaux. Et
sachant quelle est sa douleur, je suis venu pour le dlivrer des mains
des Egyptiens, et pour les faire passer de cette terre en une terre
bonne et spacieuse, en une terre o coulent des ruisseaux de lait et de
miel, au pays des Chananens, des Amorrhens, des Phrzens, des
Gergsiens, des Hthens, des Hvens et des Jbusens. Le cri des
enfants d'Isral est donc venu jusqu' moi; j'ai vu leur affliction et
de quelle manire ils sont opprims par les Egyptiens. Mais venez, et je
vous enverrai vers Pharaon, afin que vous fassiez sortir de l'Egypte les
enfants d'Isral, qui sont mon peuple...

Mose obit au commandement de l'Eternel. Mais ce n'taient que
l'obissance et l'humilit dues  une volont suprme, qui pussent
l'engager  se charger de cette haute et sainte mission. Il fit alors
ses adieux chez Jthro, son beau-pre, quitta le pays de Midian et se
dirigea vers l'Egypte. Il rencontra dans le dsert Aaron, son frre. Il
lui fit part de sa mission; et, tant venus en Egypte, ils firent
rassembler tous les anciens d'entre les enfants d'Isral. Aaron rapporta
tout ce que l'Eternel avait dit  Mose, il fit des miracles devant le
peuple, le peuple le crut et comprit que l'Eternel regardait leur
affliction, et se prosternant en terre, ils l'adorrent.

                                --------



         Mose et Aaron dclarent  Pharaon les ordres de Dieu.


Mose et Aaron allrent ensuite trouver Pharaon et lui parlrent en ces
termes: Voici ce que dit l'Eternel, le Dieu d'Isral: Laissez aller mon
peuple, afin qu'il me sacrifie dans le dsert. Mais Pharaon rpondit:
Qui est l'Eternel, pour que je sois oblig d'couter sa voix et de
laisser sortir Isral? Je ne connais point l'Eternel, et je ne laisserai
point sortir Isral. Mose, pour faire voir que c'tait au nom de
l'Eternel qu'il parlait, fit alors plusieurs miracles en prsence de
Pharaon. Il jeta sa verge par terre, et elle fut change en serpent.
Mais le roi n'en tint pas grand compte, et tourmentait le peuple encore
plus qu'auparavant. Mose levant sa verge, frappa l'eau du fleuve
devant Pharaon et ses serviteurs, et l'eau fut change en sang. Les
poissons qui taient dans le fleuve moururent, le fleuve se corrompit,
et les Egyptiens ne pouvaient boire de ses eaux. Cependant le roi se
retira et ne se laissa point flchir le coeur pour cette fois. Toutes
sortes de plaies couvrirent alors, par une punition du ciel, la terre
d'Egypte, il y avait des grenouilles, des moucherons et des mouches
partout,  la campagne, dans les maisons, et mme le palais du roi en
tait rempli. Une peste terrible dvasta le pays; des ulcres et des
tumeurs se formrent sur les hommes et sur les animaux par toute
l'Egypte. Un orage pouvantable, ml de grle et de feu, clata sur
l'Egypte; la grle frappa de mort tout ce qui se trouvait dans les
champs, depuis les hommes jusqu'aux btes, elle fit mourir toute l'herbe
de la campagne, et rompit tous les arbres. C'est ainsi que des plaies de
diffrentes sortes se succdrent jusqu'au nombre de neuf et devinrent
toujours plus grandes et plus terribles. Toutefois le coeur de Pharaon
s'endurcit, il n'couta point Mose et Aaron, et quoiqu'il promt, 
diverses reprises dans les moments de dtresse, d'accorder la libert au
peuple isralite, il ne tenait jamais parole, lorsque la plaie avait
cess. C'est alors que Mose et Aaron se prsentrent pour la dernire
fois devant Pharaon et le menacrent d'une dixime plaie en disant:
Voici ce que dit l'Eternel: Sur le minuit tous les premiers-ns mourront
dans les terres des Egyptiens. Mais parmi tous les enfants d'Isral,
depuis les hommes jusqu'aux btes, on n'entendra pas seulement le cri
d'un chien. Alors tous vos serviteurs viendront  moi, et ils se
prosterneront devant moi en disant: Sortez, vous et tout le peuple qui
vous est soumis. Et aprs cela nous sortirons. Mose et Aaron se
retirrent de devant Pharaon dont le coeur s'endurcit nanmoins, et ne
permit point aux Isralites de sortir de ses terres.

                                --------



                Prceptes touchant la fte de la Pque.


L'Eternel dit alors  Mose et  Aaron: Ce mois-ci sera pour vous le
premier des mois: ce sera le premier des mois de l'anne. Parlez  toute
l'assemble des enfants d'Isral, et dites-leur: Qu'au dixime jour de
ce mois chacun prenne un agneau pour sa famille et pour sa maison. Vous
le garderez jusqu'au quatorzime jour de ce mois; et voici comment vous
le mangerez; vous vous ceindrez les reins, vous aurez des souliers aux
pieds, et un bton  la main, et vous mangerez  la hte: car c'est la
Pque (c'est--dire, le passage) de l'Eternel. Je passerai cette nuit-l
par l'Egypte; je frapperai dans les terres des Egyptiens tous les
premiers-ns depuis l'homme jusqu'aux btes, moi qui suis l'Eternel. Je
passerai alors au del de vos maisons, et la plaie de mort ne vous
touchera point lorsque j'en frapperai toute l'Egypte. Ce jour vous sera
un monument ternel; et vous le clbrerez dans vos gnrations futures
par une fte  l'Eternel. Vous mangerez des pains sans levain pendant
sept jours. Ds le premier jour il ne se trouvera point de levain dans
vos maisons. Quiconque mangera du pain avec du levain depuis le premier
jour jusqu'au septime, sera retranch d'Isral. Le premier jour sera
saint et solennel, et le septime une fte galement vnrable. Vous ne
ferez aucune oeuvre servile durant ces deux jours, except ce qui
regarde le manger. Vous garderez donc cette fte du pain sans levain;
car en ce mme jour je ferai sortir toute votre arme de l'Egypte, et
vous observerez ce jour  l'avenir comme _statut perptuel_. Depuis le
quatorzime jour du premier mois, sur le soir, vous mangerez du pain
sans levain jusqu'au soir du vingt et unime jour de ce mois.

                                --------



                          Sortie de l'gypte.


Vers le milieu de la nuit, l'ternel frappa tous les premiers-ns de
l'Egypte, depuis le premier-n de Pharaon qui tait assis sur son trne,
jusqu'au premier-n de la femme esclave qui tait en prison, et jusqu'au
premier-n de toutes les btes. Pharaon s'tant donc lev la nuit, aussi
bien que tous ses serviteurs et tous les Egyptiens, un grand cri se fit
entendre dans toute l'Egypte, parce qu'il n'y avait aucune maison o il
n'y et un mort. Et Pharaon ayant fait venir cette mme nuit Mose et
Aaron, il leur dit: Retirez-vous promptement d'avec mon peuple, vous et
les enfants d'Isral; allez adorer l'Eternel, comme vous le dites. Menez
avec vous vos brebis et vos troupeaux, selon que vous l'avez demand, et
en vous en allant priez pour moi. Les Egyptiens pressaient aussi le
peuple de sortir promptement de leur pays, en disant: Nous mourrons
tous. Le peuple prit donc la farine qu'il avait ptrie avant qu'elle ft
leve; et la liant en des manteaux, la mit sur ses paules. (Mose
emporta aussi avec lui les os de Joseph, selon que Joseph l'avait fait
promettre avec serment aux enfants d'Isral, en leur disant: Dieu se
souviendra de vous, alors vous emporterez d'ici mes os avec vous.) Les
enfants d'Isral partirent donc de Ramesss et vinrent  Sucoth, au
nombre de prs de six cent mille hommes de pied, sans les enfants. Ils
furent suivis d'une multitude innombrable de petit peuple, et ils
avaient avec eux une infinit de brebis, de troupeaux, et de btes de
toutes sortes. Ils firent cuire la pte qu'ils avaient emporte
d'Egypte, en gteaux non levs, car ils ne l'avaient point fait lever,
parce que, chasss par les Egyptiens, ils n'avaient pu se retarder, ni
faire de provisions.

Le sjour que les enfants d'Isral avaient fait en Egypte tait de
quatre cent trente ans. La nuit dans laquelle l'Eternel les tira de
l'Egypte, fut consacre en l'honneur de l'Eternel, et tous les enfants
d'Isral doivent l'observer et l'honorer dans la suite de tous les ges.

                                --------



                        Passage de la mer Rouge.


L'Eternel parla  Mose, et lui dit: Dites aux enfants d'Isral, qu'ils
se dtournent, et qu'ils campent devant Phihahiroth, qui est entre
Migdal et la mer, vis--vis de Baalsephon. Vous camperez vis--vis de ce
lieu sur le bord de la mer. Car Pharaon va dire des enfants d'Isral:
Ils sont embarrasss en des lieux troits, et renferms par le dsert.
Je lui endurcirai le coeur, et il vous poursuivra: je serai glorifi
dans Pharaon et dans toute son arme, et les Egyptiens sauront que je
suis l'Eternel. Les enfants d'Isral firent donc ce que l'Eternel avait
ordonn. Et l'on vint dire au roi des Egyptiens, que le peuple avait
pris la fuite. En mme temps le coeur de Pharaon et de ses serviteurs
fut chang  l'gard de ce peuple, et ils dirent: A quoi avons-nous
pens, de laisser ainsi aller les Isralites, pour qu'ils ne nous
fussent plus assujettis? Il fit donc prparer son chariot de guerre, et
prit avec lui tout son peuple. Il emmena aussi six cents chariots
choisis, et tout ce qui se trouva de chariots de guerre dans l'Egypte,
avec les chefs de toute l'arme. L'Eternel endurcit le coeur de Pharaon,
roi d'Egypte, et il se mit  poursuivre les enfants d'Isral; mais ils
taient sortis sous la conduite d'une main puissante. Les Egyptiens
poursuivant donc les Isralites qui taient devant, et marchant sur
leurs traces, les trouvrent dans leur camp sur le bord de la mer. Toute
la cavalerie et les chariots de Pharaon, avec toute son arme, taient 
Phihahiroth, vis--vis de Baalsephon. Lorsque Pharaon tait dj proche,
les enfants d'Isral levant les yeux, et ayant aperu les Egyptiens
derrire eux, furent saisis d'une grande crainte. Ils crirent 
l'Eternel, et ils dirent  Mose: Est-ce parce qu'il n'y a pas de
spulcres en Egypte que vous nous avez pris pour mourir dans le dsert?
Que nous avez-vous fait en nous faisant sortir de l'Egypte? N'est-ce pas
ce que nous vous avons dit en Egypte: Laissez-nous, nous voulons servir
l'Egypte; car il vaut mieux pour nous servir l'Egypte que de mourir dans
le dsert. Mose dit au peuple: Ne craignez rien, restez tranquilles, et
voyez le secours que l'Eternel vous donnera aujourd'hui; car tels que
vous avez vu les Egyptiens aujourd'hui, vous ne les verrez plus jamais.
L'Eternel combattra pour vous, et vous, taisez-vous! Et Mose implora
Dieu, le pria de l'assister dans cette dtresse. L'Eternel lui dit:
Pourquoi criez-vous vers moi? parlez aux enfants d'Isral; qu'ils
marchent. Et vous, levez votre verge, et tendez votre main sur la mer,
fendez-la, et que les enfants d'Isral marchent  sec au milieu de la
mer. Les Egyptiens vous poursuivront, et je serai glorifi dans Pharaon
et dans toute son arme, dans ses chariots et dans sa cavalerie. Toute
la nuit se passa sans que les deux armes s'approchassent. Mose tendit
sa main sur la mer; l'Eternel poussa la mer toute la nuit par un violent
vent de l'orient, et il mit la mer  sec; ainsi les eaux furent
spares. Les enfants d'Isral marchrent  sec au milieu de la mer,
ayant l'eau  droite et  gauche, qui leur servait comme de mur. Et les
Egyptiens marchant aprs eux, se mirent  les poursuivre au milieu de la
mer avec toute la cavalerie de Pharaon, ses chariots et ses chevaux.
Mais lorsque la _veille du matin_ fut venue, l'Eternel jeta un regard
sur le camp des Egyptiens  travers une colonne de feu et de nues et
mit en dsordre le camp des Egyptiens; il renversa les roues des
chariots, et ils furent entrans dans le fond de la mer. Alors les
Egyptiens s'entre-dirent: Fuyons les Isralites, parce que l'Eternel
combat pour eux contre nous. En mme temps l'Eternel dit  Mose:
Etendez votre main sur la mer, afin que les eaux retournent sur les
Egyptiens, sur leurs chariots et sur leur cavalerie. Mose tendit donc
la main sur la mer; et aussitt la mer reprit la place qu'elle avait
auparavant. Ainsi lorsque les Egyptiens s'enfuyaient, les eaux vinrent
au-devant d'eux, les couvrirent, et il n'en chappa pas un seul. Mais
les enfants d'Isral passrent  sec au milieu de la mer, ayant les eaux
 droite et  gauche, qui leur tenaient lieu de mur. En ce jour-l
l'Eternel dlivra Isral de la main des Egyptiens. Et ils virent les
corps morts des Egyptiens sur le bord de la mer, et les effets de la
main puissante qui s'tait appesantie sur eux. Alors le peuple craignit
l'Eternel, il crut  l'Eternel, et  Mose son serviteur. Mose alors et
les enfants d'Isral chantrent un cantique  l'Eternel. Miriame (Marie)
la prophtesse, soeur de Mose et d'Aaron prit en main le tambour, et
toutes les femmes la suivirent avec des tambourins en formant des danses
et des choeurs de musique; elles mlaient leur voix au chant de
victoire: Chantez des hymnes  l'Eternel, parce qu'il a signal sa
grandeur et sa gloire!

                                --------



     Voyage vers le mont Sina. Murmures des Isralites. La manne.


Aprs donc que Mose et fait sortir les Isralites de la mer Rouge, ils
entrrent dans le dsert de Sur; et ayant march trois jours dans la
solitude, ils ne trouvaient point d'eau. Ils arrivrent  Mara, et ils
ne pouvaient boire des eaux de Mara, parce qu'elles taient amres.
C'est pourquoi on lui donna un nom qui lui tait propre, en l'appelant
Mara, c'est--dire, amertume. Alors le peuple murmura contre Mose, en
disant: Que boirons-nous? Mais Mose pria Dieu, qui lui montra un
certain bois qu'il jeta dans les eaux; et les eaux, d'amres qu'elles
taient, devinrent douces. Dieu leur donna en ces lieux des prceptes et
des ordonnances, et il y prouva son peuple, en disant: Si vous coutez
la voix de l'Eternel, votre Dieu, et que vous fassiez ce qui est juste
devant ses yeux, si vous obissez  ses commandements, si vous gardez
tous ses prceptes, je ne vous frapperai point de toutes les langueurs
dont j'ai frapp l'Egypte: parce que je suis l'Eternel qui vous guris.
Les enfants d'Isral vinrent ensuite  Elim, o il y avait douze
fontaines et soixante et dix palmiers; et ils camprent auprs des eaux.
Etant partis d'Elim, ils vinrent au dsert de Sin, qui est entre Elim et
Sina, le quinzime jour du second mois depuis leur sortie d'Egypte. Et
les enfants d'Isral tant dans ce dsert, murmurrent tous contre Mose
et Aaron, en leur disant: Plt  Dieu que nous fussions morts dans
l'Egypte par la main de l'Eternel, o nous tions assis prs de marmites
pleines de viande, et o nous mangions du pain tant que nous voulions!
Pourquoi nous avez-vous amens dans ce dsert, pour y faire mourir de
faim tout le peuple? Alors l'Eternel dit  Mose: Je vais vous faire
pleuvoir des pains du ciel: que le peuple en aille amasser ce qui lui
suffira pour chaque jour, afin que j'prouve s'il marche, ou non, dans
ma loi. Qu'ils en ramassent le sixime jour pour le garder chez eux, et
qu'ils en recueillent deux fois autant qu'en un autre jour. Alors Mose
et Aaron dirent  tous les enfants d'Isral: Vous saurez ce soir que
c'est l'Eternel qui vous a tirs de l'Egypte; et vous verrez demain
matin clater la gloire de l'Eternel, parce qu'il a entendu vos murmures
contre lui. Car qui sommes-nous nous autres, pour que vous murmuriez
contre nous? Mose ajouta: L'Eternel vous donnera ce soir de la chair 
manger, et le matin il vous rassasiera de pain; parce qu'il a entendu
les paroles de murmures que vous avez fait clater contre lui. Car pour
nous, qui sommes-nous? ce n'est point nous que vos murmures attaquent,
c'est l'Eternel. Il vint donc le soir un grand nombre de cailles qui
couvrirent tout le camp, et le matin il se trouva aussi une rose qui
l'environnait, la surface de la terre en tant couverte; on vit paratre
dans le dsert quelque chose de menu et comme pil au mortier, qui
ressemblait  ces petits grains de gele blanche, qui pendant l'hiver
tombent sur la terre. Ce que les enfants d'Isral ayant vu, ils se
dirent les uns aux autres: Manhu? c'est--dire: Qu'est-ce que cela? Car
ils ne savaient ce que c'tait. Mose leur dit: C'est l le pain que
l'Eternel vous donne  manger. Et voici ce que l'Eternel ordonne: Que
chacun en ramasse ce qu'il lui en faut pour manger; prenez-en un omor
(mesure) pour chaque personne, selon le nombre de ceux qui demeurent
dans chaque tente. Mose leur dit encore: Que personne n'en garde
jusqu'au lendemain matin. Mais ils ne l'coutrent point; et
quelques-uns en ayant gard jusqu'au matin, ce qu'ils avaient rserv se
trouva plein de vers et tout corrompu. Chacun donc en recueillait le
matin autant qu'il lui en fallait pour se nourrir; et lorsque la chaleur
du soleil tait venue, elle se fondait. Le sixime jour ils en
recueillirent une fois plus qu' l'ordinaire, c'est--dire, deux omors
pour chaque personne. Or, tous les princes du peuple vinrent en donner
avis  Mose, qui leur dit: C'est ce que l'Eternel a dclar: Demain
sera le jour du sabbat, dont le repos est consacr  l'Eternel. Faites
donc aujourd'hui tout ce que vous avez  faire. Faites cuire tout ce que
vous aurez  cuire, et gardez pour demain matin ce que vous aurez
rserv d'aujourd'hui. Et tant fait ce que Mose avait command, la
manne ne se corrompit point, et l'on n'y trouva aucun ver. Mose leur
dit ensuite: Mangez aujourd'hui ce que vous avez gard; parce que c'est
le sabbat de l'ternel, et que vous n'en trouverez point aujourd'hui
dans les champs. Recueillez donc pendant les six jours la manne; car le
septime jour, c'est le sabbat de l'Eternel, c'est pourquoi vous n'en
trouverez point. Le septime jour tant venu, quelques-uns du peuple
allrent pour recueillir de la manne; ils n'en trouvrent point. Alors
l'Eternel dit  Mose: Dites ceci aux enfants d'Isral: Jusqu' quand
refuserez-vous de garder mes commandements et ma loi? Considrez que
l'Eternel a tabli le sabbat parmi vous, et qu'il vous donne pour cela
le sixime jour une double nourriture. Que chacun donc demeure chez soi,
et que nul ne quitte sa place au septime jour. Ainsi le peuple garda le
sabbat au septime jour. Et les enfants d'Isral donnrent  cette
nourriture le nom de manne. Elle ressemblait  la graine de coriandre;
elle tait blanche, et elle avait le got qu'aurait la plus pure farine
mle avec du miel. Mose dit encore: Voici ce qu'a ordonn l'Eternel:
Emplissez de manne un omor, et qu'on la garde pour les gnrations 
venir; afin qu'elles sachent quel a t le pain dont je vous ai nourris
dans le dsert, aprs que vous avez t tirs de l'Egypte. Aaron mit
alors un vase, empli d'un omor de manne, en rserve dans le tabernacle.
Or, les enfants d'Isral mangrent de la manne pendant quarante ans,
jusqu' ce qu'ils vinssent dans la terre o ils devaient habiter. C'est
ainsi qu'ils furent nourris jusqu' ce qu'ils entrassent sur les
premires terres du pays de Chanaan.

                                --------



                             Continuation.


Tous les enfants d'Isral tant partis du dsert de Sin, camprent 
Raphidim, o il ne se trouva point d'eau  boire pour le peuple. Alors
ils murmurrent contre Mose et lui dirent: Donnez-nous de l'eau pour
boire! Pourquoi nous avez-vous fait sortir de l'Egypte, pour nous faire
mourir de soif, nous et nos enfants, et nos troupeaux? Mose leur
rpondit: Pourquoi murmurez-vous contre moi? pourquoi tentez-vous
l'Eternel? Il pria l'Eternel et lui dit: Que ferai-je  ce peuple? il
s'en faut peu qu'il ne me lapide. L'Eternel dit  Mose: Marchez devant
le peuple: menez avec vous des anciens d'Isral; prenez en votre main la
verge dont vous avez frapp le fleuve, et allez jusqu' la pierre
d'Horeb. Je serai avec vous; vous frapperez la pierre, et il en sortira
de l'eau, afin que le peuple ait  boire. Mose fit devant les anciens
d'Isral ce que l'Eternel lui avait ordonn. Et il appela ce lieu
Massah, c'est--dire _tentation_, et Mribah, c'est--dire _murmure_, 
cause du murmure des enfants d'Isral, et parce qu'ils tentrent l
l'Eternel, en disant: L'Eternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il
pas?

C'est en ce lieu qu'Isral fut attaqu avec acharnement par la tribu des
Amalcites et que Josu remporta une victoire signale. Il fut alors
statu en Isral que l'on regarderait dsormais comme ennemi implacable
toute la tribu d'Amalec qui avait viol le droit des gens en attaquant
un peuple sans armes. Il arriva aussi en ce mme lieu que Mose d'aprs
le conseil de son beau-pre Jthro, choisit d'entre tout le peuple, des
hommes fermes et courageux craignant Dieu, aimant la vrit et ennemis
de l'avarice. Il leur donna la conduite, aux uns de mille hommes, 
d'autres de cent,  ceux-ci de cinquante, aux autres enfin de dix, afin
qu'ils fussent occups  rendre la justice au peuple en tout temps,
qu'ils jugeassent eux-mmes les petites affaires et qu'ils ne
rservassent  Mose que les choses difficiles. Ainsi le fardeau des
affaires qui l'accablait devint plus lger, partag avec d'autres.

                                --------



               Rvlation de l'ternel sur le mont Sina.


La dlivrance miraculeuse du pays d'Egypte ne rendit aux enfants
d'Isral que libert d'action et indpendance matrielle. Cependant,
Dieu, dans sa toute-bont, voulut aussi qu'ils recouvrassent libert
d'esprit, indpendance morale et spirituelle. Le peuple isralite sorti
de l'esclavage devait entrer en possession de la terre promise aux
patriarches; mais aussi devait-il avant tout s'assurer du royaume
cleste prdit  Abraham, afin _que toutes les familles de la terre
fussent bnies en lui_. C'est pourquoi l'Eternel, Dieu, se rvla d'une
manire si merveilleuse aux yeux de tout le peuple, afin que tout Isral
le vt et en ft tmoin; que chacun en Isral ft pour ainsi dire
_prtre  son Dieu_. A cet effet, il arriva que le troisime mois depuis
la sortie de l'Egypte, Mose se rendit sur le mont Sina au pied duquel
les Isralites taient camps, et que Dieu lui fit entendre ces paroles:
Voici ce que vous direz  la maison de Jacob et ce que vous annoncerez
aux enfants d'Isral: Vous avez vu vous-mmes ce que j'ai fait aux
Egyptiens et de quelle manire je vous ai ports comme l'aigle porte ses
aiglons sur ses ailes, et comment je vous ai pris pour tre  moi. Si
donc vous coutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez 
moi, par prdilection au-dessus de tous les peuples, car toute la terre
est  moi. Vous serez pour moi un royaume sacerdotal, un peuple saint...
Mose tant donc venu vers le peuple, fit assembler les anciens et leur
exposa tout ce que l'Eternel lui avait command de leur dire. Le peuple
rpondit tout d'une voix: Nous ferons tout ce que l'Eternel a dit. Mose
fut alors charg de prparer et de sanctifier le peuple pour le
troisime jour. Le troisime jour tant arriv sur le matin, on commena
 entendre les clats du tonnerre, et  voir briller les clairs; une
nue trs-paisse couvrit la montagne, la trompette se fit entendre avec
un grand bruit, et le peuple qui tait dans le camp fut saisi de
frayeur. Alors Mose le fit sortir du camp pour aller au-devant de
l'apparition divine, et ils demeurrent au pied de la montagne. Tout le
mont Sina tait couvert de fume, la fume s'en levait dans les airs
comme d'une fournaise, et toute la montagne en fut fortement branle.
C'est au milieu de ces phnomnes effroyables et majestueux qu'Isral
reut la rvlation des _dix commandements_, qui qui nous indiquent les
devoirs envers Dieu et envers les hommes. Du reste, Mose, au nom de
l'ternel, ajouta encore beaucoup d'autres lois et d'autres prceptes
que tout Isralite se regarde comme oblig d'observer tant dans la vie
morale que dans la vie religieuse[7].

  [7] _La fte de la lgislation ou la Pentecte._--En mmoire de ce
      grand vnement, il est d'usage en Isral de clbrer le sixime
      et le septime jour du troisime mois (Siwan) par des ftes
      solennelles. Ces ftes s'appellent encore celles des semaines
      (Schebouoth) par rapport aux temps o le peuple isralite
      reprsentait encore une nation et habitait le pays de ses pres.
      Alors  la fin de la rcolte du froment, qui avait lieu pendant
      les sept semaines de Pque  Pentecte, les prmices des bls
      taient apportes le cinquantime jour, au temple  Jrusalem, et
      une fte de moisson tait clbre en l'honneur de l'ternel.

                                --------



                             Le veau d'or.


Les dix commandements tant promulgus, Mose remonta le mont Sina pour
recevoir les autres lois; il y resta quarante jours et quarante nuits.
Le peuple voyant que Mose diffrait longtemps  descendre de la
montagne et croyant qu'il tait mort, s'assembla en s'levant contre
Aaron et lui dit: Venez et faites-nous des dieux qui marchent devant
nous; car pour ce qui est de Mose, cet homme qui nous a tirs de
l'Egypte, nous ne savons pas ce qui lui est arriv. Aaron leur rpondit:
Otez les pendants d'oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles
et apportez-les-moi. Le peuple fit ce qu'Aaron lui avait command, et
lui apporta les pendants d'oreilles. Aaron les ayant pris, les jeta au
feu et en forma un veau d'or. Alors les Isralites dirent: Voici vos
dieux,  Isral, qui vous ont tirs de l'Egypte. Ce qu'Aaron ayant vu,
il dressa un autel devant le veau, et cria: Demain sera la fte
solennelle de l'Eternel. S'tant levs matin, ils offrirent des
holocaustes et des sacrifices. Tout le peuple s'assit pour manger et
pour boire, et se leva ensuite pour se divertir. Pendant ces pratiques
criminelles, Mose descendit de la montagne, portant en sa main les deux
tables du tmoignage. Les dix commandements taient gravs sur ces
tables. S'tant approch du camp, il vit le veau d'or et les danses;
alors saisi d'indignation, il brisa les tables de la loi au pied de la
montagne; et aprs avoir pri l'Eternel d'avoir piti de son peuple et
de lui pardonner cette grande aberration, il prit le veau d'or qu'ils
avaient fait, le mit dans le feu, le rduisit en poudre et punit
trs-svrement les coupables. Ensuite Mose se rendit de nouveau sur le
mont Sina o, d'aprs l'ordre de Dieu il fit de nouvelles tables de
pierre semblables aux premires qu'il avait brises, et il y grava de
nouveau les mmes lois.

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           Le sjour du peuple isralite prs du mont Sina.


Le peuple isralite ne demeura qu'une anne environ prs du mont Sina.
Mose, cependant, fit beaucoup en ce peu de temps. Il y rgla bien des
choses, au nom de l'Eternel, et diffrentes lois et ordonnances y furent
proclames, telles que: les lois touchant les esclaves, la proprit,
l'homicide et les svices; les lois concernant le larcin, les dommages,
la subornation et l'idoltrie; les dfenses d'opprimer l'tranger; la
charit envers le pauvre; les lois concernant les dmes et les prmices;
les devoirs des juges; le repos de la septime anne; les lois sur les
sacrifices et les prtres, etc., et enfin les ordonnances touchant la
construction d'un _tabernacle_, les lois pour le _sabbat_ et pour
_toutes les ftes_.

                                --------



                             Le tabernacle.


Mose pour la construction du tabernacle demanda au nom de l'Eternel, le
concours de tous ceux qui voulaient y contribuer de leur pleine volont.
Tout le monde vint alors, les hommes avec leurs femmes donnrent leurs
chanes, leurs pendants d'oreilles, leurs bagues et leurs bracelets;
tous les vases d'or furent mis  part pour tre prsents  l'Eternel.
On apporta des bois rares, de belles toffes et des pierres prcieuses.
Mose fit alors venir Bezalel et Oholiab et tous les hommes habiles 
qui Dieu avait donn la sagesse et l'intelligence pour faire tout ce qui
concernait le sanctuaire. Mose leur mit entre les mains toutes les
oblations des enfants d'Isral. Et pendant qu'ils s'appliquaient 
avancer cet ouvrage, le peuple offrait tous les jours de nouveaux dons.
C'est pourquoi les ouvriers furent obligs de dire  Mose: Le peuple
offre plus de dons qu'il n'est ncessaire. Mose commanda donc qu'on ft
cette dclaration publiquement par la voix d'un hraut: Que nul homme et
nulle femme n'offrt plus rien  l'avenir pour les ouvrages du
sanctuaire. Ainsi l'on cessa d'offrir des prsents  Dieu. Et lorsque
tous les ouvrages furent achevs, Mose les consacra et les bnit[8].

  [8] Le tabernacle tait destin  des assembles religieuses jusqu'au
      temps o il y aurait un temple dans un lieu dtermin  cet effet.
      Il tait construit en tente portative de la forme d'un carr
      oblong, ayant trente coudes de longueur et dix de largeur. Le
      tout tait divis en deux parties: _le saint_, accessible
      seulement aux prtres; _le saint des saints_, o le pontife seul
      pouvait pntrer le jour des expiations, le dixime du septime
      mois (Tischri). Le tabernacle tait entour d'une enceinte qui
      avait cent coudes de longueur et cinquante de largeur, destin 
      tout le peuple. C'est l qu'taient placs l'autel des holocaustes
      et le bassin pour les prtres. Dans _le saint_ du ct du
      septentrion se trouvaient la table avec le pain de proposition et
      diffrents vases; du ct du midi le chandelier d'or avec ses
      lampes; et au milieu l'autel des parfums. L'arche d'alliance se
      trouvait place dans _le saint des saints_. Ce n'est que devant le
      tabernacle qu'il tait permis de sacrifier.

                                --------



                        Le sabbat et les ftes.


Mose indiqua les solennits de l'Eternel aux enfants d'Isral, en
disant:

_Sabbat._ Vous travaillerez pendant six jours: le septime jour
s'appellera saint, parce que c'est le repos du sabbat. Vous ne ferez ce
jour-l aucun ouvrage; car c'est le _sabbat_ de l'Eternel, qui doit tre
observ partout o vous demeurerez.

_Pque._ Au premier mois (Nisan), le soir du quatorzime jour, c'est la
pque de l'Eternel, et le quinzime jour du mme mois, c'est la fte
solennelle des azymes de l'Eternel. Vous mangerez des pains sans levain
pendant sept jours. Le premier jour il y aura une convocation sainte
pour vous, vous ne ferez aucune oeuvre servile; le septime jour sera
aussi une convocation sainte; vous ne ferez aucune oeuvre servile. Mose
dit encore aux enfants d'Isral: Lorsque vous serez entrs dans la terre
que Dieu vous donnera, et que vous aurez coup les grains, vous porterez
au prtre une gerbe d'pis (un omer), comme prmices de votre moisson:
et le lendemain de ce sabbat, qui est la pque[9], le prtre lvera
devant l'ternel cette gerbe, et il la consacrera  l'Eternel, afin que
l'Eternel vous soit favorable en la recevant. Vous ne mangerez ni pain
ni bouillie, ni farine dessche des grains nouveaux, jusqu'au jour o
vous en offrirez les prmices  votre Dieu. Vous compterez donc depuis
le second jour du sabbat, auquel vous avez offert la gerbe des prmices
(l'omer), sept semaines pleines jusqu'au jour d'aprs que la septime
semaine sera accomplie, c'est--dire, cinquante jours: et alors vous
offrirez  l'Eternel pour un sacrifice nouveau.

  [9] C'est le seizime du mois de Nisan, le deuxime jour de la Pque.

_Fte des semaines, ou Pentecte_[10]. Vous vous assemblerez en ce mme
jour (la fte); ce sera pour vous une convocation sainte; vous ne ferez
aucun ouvrage servile. Cette ordonnance sera observe ternellement dans
tous les lieux o vous demeurerez, et dans toute votre postrit. Quand
vous moissonnerez la moisson de votre pays, vous laisserez inachev le
bout de votre champ en moissonnant: et vous ne ramasserez point les pis
qui seront rests, mais les laisserez pour les pauvres et les trangers.

 [10] Voyez plus haut: fte de la lgislation.

_Nouvel an._ Mose parla encore aux enfants d'Isral, au nom de
l'Eternel: Au septime mois (Tischri), le premier du mois sera pour vous
un sabbat, un souvenir de jubilation, une convocation sainte, vous ne
ferez aucun ouvrage servile[11].

 [11] Cette fte est appele celle du nouvel an parce que d'aprs l're
      ordinaire, qui commence par la cration, le mois de Tischri est le
      premier de l'anne. C'est par cette mme raison que ce mois est
      quelquefois appel _le mois des anciens_, c'est--dire, le premier
      mois de ceux qui ont vcu avant Mose. Les deux premiers jours de
      ce mois sont clbrs d'une manire trs-solennelle; beaucoup de
      prires ont lieu dans la synagogue et des hymnes sacres y sont
      chantes. Cette fte se distingue encore de toute autre par le
      _Schofar_ (trompette) qui est sonn dans la synagogue. La
      signification de cet usage est: 1 hommage de fidlit au Crateur
      notre Dieu dont nous reconnaissons le rgne ternel, et auquel
      nous promettons notre soumission, par une marque de joie (selon
      Ps. 98, 6); 2 _rappel de la rvlation divine_ sur le mont Sina,
      o le son du Schofar se fit galement entendre et o nos pres
      firent cette promesse: Tout ce que l'ternel a dit, nous le
      ferons (II livre de Mose 19); 3 _exhortation  la repentance et
       l'amendement_, selon l'expression du prophte (Amos 3, 6).

_Jour d'expiation (Jom Kipour)._ Toutefois le dixime jour de ce
septime mois est un jour d'expiation; ce sera pour vous une convocation
sainte; vous vous mortifierez, vous ne ferez aucun ouvrage en ce mme
jour-l, car c'est un jour d'expiation pour attirer sur vous la clmence
de l'Eternel votre Dieu. Car toute personne qui n'aurait pas t
mortifie en ce mme jour-l, sera retranche de ses tribus, et toute
personne qui ferait un ouvrage quelconque en ce mme jour-l Dieu la
fera prir du milieu de son peuple. Vous ne ferez aucun ouvrage en ce
jour-l; et cette ordonnance sera ternellement observe dans toute
votre postrit, et dans tous les lieux o vous demeurerez. Ce jour-l
vous sera un repos de sabbat. Vous vous mortifierez le neuvime du mme
mois vers le soir; du soir au soir, vous clbrerez votre sabbat
(fte)[12].

 [12] Ce jour est clbr dans tout Isral comme le jour le plus saint
      de toute l'anne. Il est entirement consacr  la dvotion et 
      l'amendement. L'indulgence divine et sa misricorde sont annonces
       tous ceux qui, en ce jour, reconnaissent d'un coeur repentant
      leurs pchs devant Dieu, lui promettent amendement sincre,
      renoncent  tout sentiment de haine envers le prochain et tchent
      de rparer les injustices exerces  son gard. (Voyez Isae, 58,
      qui est lu en ce jour dans la synagogue.) Le but de cette fte
      solennelle est donc: rconciliation de l'homme avec Dieu, et
      rconciliation de l'homme avec l'homme.

_Fte des tabernacles._ Mose parla encore au nom de l'Eternel, en
disant: Le quinzime jour de ce septime mois, fte des tentes[13], sept
jours  l'Eternel. Le premier jour est une convocation sainte, vous ne
ferez aucun ouvrage servile; le huitime jour (Schemini-azereth) sera
aussi pour vous un jour sanctifi, vous ne ferez aucun ouvrage servile.
(Cette fte devait tre en mme temps, pour la Palestine, une _fte de
rcolte_.) Le quinzime jour du septime mois, continue Mose, quand
vous rcolterez les produits de la terre, vous clbrerez la fte de
l'Eternel pendant sept jours; le premier jour, repos, et le huitime
jour, repos. Vous prendrez, le premier jour, le fruit de l'arbre hadar,
les spathes des dattiers, une branche de l'arbre aboth et des saules de
rivire[14], et vous vous rjouirez pendant sept jours devant l'Eternel
votre Dieu. Vous clbrerez la fte de l'Eternel pendant sept jours;
c'est une loi qui sera transmise  vos gnrations; vous la clbrerez
dans le septime mois, et alors vous demeurerez dans des tentes pendant
sept jours. Que chaque indigne, en Isral, demeure sous des tentes,
afin que vos gnrations sachent que j'ai fait demeurer les enfants
d'Isral dans des tentes lorsque je les fis sortir de l'Egypte, moi
l'Eternel, votre Dieu.

 [13] Les pratiques de cette fte ont pour but principal de nous
      rappeler l'obligation de ne pas trop nous attacher aux biens de la
      terre, fragiles et inconstants qu'ils sont; mais de mettre toute
      notre confiance en Dieu notre protecteur. L'Isralite doit, pour
      ainsi dire, quitter sa maison remplie alors de tous les fruits de
      la rcolte; il doit prendre pour demeure une chtive cabane, pour
      dclarer par cet acte qu'il est pntr de reconnaissance envers
      son bienfaiteur cleste et qu'il est prt, si Dieu l'exige, 
      abandonner tout ce qu'il possde sur la terre, en se souvenant de
      ces jours o nos pres ont tous demeur dans des tentes, combls
      des bienfaits de Dieu. Vous vous souviendrez de tout le chemin
      par o l'ternel votre Dieu vous a conduits dans le dsert pendant
      quarante ans; il vous a donn pour nourriture la manne qui tait
      inconnue  vous et  vos pres, pour vous faire voir que l'homme
      ne vit pas _seulement de pain_, mais de toute parole qui sort de
      la bouche de Dieu. (5. M. chap. 8.)

 [14] Quelques-uns de nos sages voient dans les quatre diffrents
      fruits, le symbole de la concorde et de la bonne intelligence.
      Selon d'autres ces sortes de fruits sont des symboles pour nous
      indiquer les principaux membres du corps humain: le coeur, l'pine
      du dos avec les ctes, les yeux et les lvres qui tous doivent
      clbrer la gloire de Dieu.

      Le neuvime et dernier jour de cette fte est appel
      _Simchath-torah_, c'est--dire la joie de la loi, parce qu'on
      finit annuellement, en ce jour, la lecture du Pentateuque.

                                --------



    Dpart de Sina et marche jusqu'aux confins de la terre promise.


Le vingtime jour du second mois de la seconde anne aprs la sortie de
l'Egypte, les enfants d'Isral partirent du dsert de Sina, arrivrent
en un lieu appel _Tabera_, c'est--dire incendie,  cause d'une maladie
inflammatoire qui clata au milieu du peuple, comme une juste punition
de Dieu, parce qu'ils avaient murmur contre l'Eternel. C'est aussi en
ce lieu que le menu peuple qui tait venu de l'Egypte avec les
Isralites, dsirant manger de la _chair_, s'assit en pleurant, et que
les enfants d'Isral s'tant joints  eux, ils commencrent  dire: Qui
nous donnera de la chair  manger? Nous nous souvenons des poissons que
nous mangions en Egypte, presque pour rien: les concombres, les melons,
les poireaux, les oignons et l'ail nous reviennent dans l'esprit. Notre
vie est languissante; nous ne voyons que manne sous nos yeux. Un vent
excit alors par le Tout-Puissant, poussa des nues de cailles d'au del
de la mer Rouge, et les fit tomber dans le camp et autour du camp. Le
peuple se levant donc ramassa durant tout ce jour, la nuit suivante et
le lendemain, une si grande quantit de cailles, que ceux qui en avaient
le moins, en avaient dix mesures. Ils avaient encore la chair entre les
dents, et ils n'avaient pas achev de manger cette viande, qu'une
maladie affreuse se rpandit parmi le peuple et en dvora un trs-grand
nombre. C'est pourquoi ce lieu fut appel _Kibroth-hattavah_,
c'est--dire les Spulcres de concupiscence, parce qu'ils y ensevelirent
le peuple qui avait dsir de la chair.

Etant sortis des Spulcres de la concupiscence, ils vinrent  Haseroth
et de l dans le dsert de Pharan, situ entre Sina, la Palestine et le
pays d'Edom. De ce lieu Mose envoya, au nom de l'Eternel, douze hommes
pour examiner le pays de Chanaan et il leur dit: Montez du ct du midi;
et lorsque vous serez arrivs aux montagnes, considrez quelle est cette
terre, et quel est le peuple qui l'habite; s'il est fort ou faible; s'il
y a peu ou beaucoup d'habitants. Considrez aussi quelle est la terre,
si elle est bonne ou mauvaise; quelles sont les villes, si elles ont des
murs ou si elles n'en ont point; si le terroir est gras ou strile; s'il
est plant de bois ou s'il est sans arbres. Soyez fermes et rsolus, et
apportez-nous des fruits de la terre. Ces hommes tant donc partis,
considrrent le pays de Chanaan et revinrent quarante jours aprs. En
faisant leur rapport, ces envoys (Josu et Caleb excepts) excitrent
le peuple  la rvolte contre Mose, en disant: Nous ne pouvons point
aller combattre ce peuple chananen, parce qu'il est plus fort que nous.
Et ils dcrirent devant les enfants d'Isral le pays qu'ils avaient vu.
Tout le peuple se mit donc  crier, et pleura toute la nuit, et tous les
enfants d'Isral murmurrent contre Mose et Aaron, en disant: Plt 
Dieu que nous fussions morts dans l'Egypte! et puissions-nous prir dans
cette vaste solitude, plutt que l'Eternel nous fasse entrer dans ce
pays! de peur que nous ne mourions par l'pe, et que nos femmes et nos
enfants ne soient emmens captifs. Ne vaut-il pas mieux que nous
retournions en Egypte? Ils commencrent donc  dire les uns aux autres:
Etablissons-nous un chef, et retournons en Egypte. Mose et Aaron
rapportrent alors, au nom de l'Eternel, ces paroles au peuple d'Isral:
Je jure par moi-mme, dit l'Eternel, que je vous traiterai selon le
souhait que je vous ai entendu faire. Vos corps seront tendus morts
dans ce dsert. Vous tous qui avez t compts depuis l'ge de vingt ans
et au-dessus, et qui avez murmur contre moi, vous n'entrerez point dans
cette terre dans laquelle j'avais jur que je vous ferais habiter,
except Caleb fils de Jophon, et Josu fils de Nun. Mais j'y ferai
entrer vos petits-enfants, dont vous avez dit qu'ils seraient la proie
de vos ennemis, afin qu'ils voient cette terre qui vous a dplu. Vos
enfants seront errants dans ce dsert pendant quarante ans, selon le
nombre de quarante jours

pendant lesquels vous avez considr cette terre, en comptant une anne
pour chaque jour. Vous recevrez donc pendant quarante ans la peine de
vos iniquits.

Pendant ces trente-huit ans qui restaient encore  passer dans le
dsert, il n'arriva que peu d'vnements remarquables. La rvolte de
Cor (Corach) fut punie par l'Eternel d'une manire tout  fait
inattendue: la terre s'entr'ouvrit, et les mchants furent engloutis.
Arriv dans le dsert de Sin, le peuple manquant d'eau s'assembla de
nouveau autour de Mose et d'Aaron et se rvolta. Dieu leur fit alors
sortir de l'eau d'un rocher, en sorte que le peuple eut  boire. C'est 
cette occasion que Mose et Aaron, n'ayant pas suivi exactement la
volont de l'Eternel, furent punis, eux aussi, comme les autres:
l'entre dans la terre promise leur fut interdite, et la mort prte 
les frapper tous les deux, leur fut annonce. A la quarantime anne
aprs la sortie d'Egypte, le peuple d'Isral demeura  Cades o Marie
(Miriam) la soeur de Mose et d'Aaron vint  mourir. Le roi des Idumens
refusant de laisser passer Isral par son pays, Mose se tourna vers
l'Est pour pntrer dans le pays de Chanaan par la rive gauche du
Jourdain, au del de la mer Morte. Ayant dcamp de Cades, les
Isralites vinrent  la montagne de Hor, situe sur les confins du pays
d'Edom. Aaron y vint  mourir et fut remplac dans le pontificat par
_lazar_ son fils. Mose forc de faire la guerre  _Sihan_, roi des
Amorrhens, de mme qu' _Og_, roi de Basan, les vainquit tous les deux,
et donna leur pays aux enfants de Ruben et de Gad et  la moiti de la
tribu de Manass qui le sollicitrent pour y laisser leurs troupeaux.
_Balac_, roi de Moab, effray de l'approche de ce peuple, fit venir un
mage, nomm _Bileam_, pour maudire les Isralites. Voyant que la
maldiction prononce contre eux ne s'accomplissait point, Bileam
conseilla aux filles de Moab et de Midian de sduire Isral en
l'appelant  leurs sacrifices (dans l'intention peut-tre d'obtenir une
alliance) et de l'engager  se consacrer au culte de Baal-Peor.
Effectivement elles russirent dans leur dessein: le peuple succomba 
leur sduction, et sacrifia au Baal-Peor (idole moabite dont le culte
consistait en actions immorales et impudiques). Mose fit alors punir
les coupables, et _Phinas_, fils d'Elazar,  la tte de douze mille
hommes, marcha contre ces peuples idoltres et les vainquit.

                                --------



                             Mort de Mose.


Mose parvenu  l'ge de cent vingt ans, sentant approcher l'heure de sa
mort, prit les mesures ncessaires au bien de son peuple: il choisit, au
nom de l'Eternel, Josu, fils de Nun, pour son successeur, lui remit
devant tout Isral le commandement sur le peuple et lui dit: Soyez ferme
et courageux; car c'est vous qui ferez entrer ce peuple dans le pays que
l'Eternel a promis  ses pres, c'est vous aussi qui le partagerez au
sort entre les tribus. L'Eternel sera avec vous, ne craignez point et ne
vous laissez point intimider. Mose crivit donc la loi et la donna aux
prtres, enfants de Lvi, qui portaient l'arche de l'alliance, et  tous
les anciens d'Isral. Il leur donna cet ordre: Tous les sept ans,
lorsque l'anne de la remise sera venue, et au temps de la fte des
tabernacles, quand tous les enfants d'Isral s'assembleront pour
paratre devant l'Eternel votre Dieu, au lieu que l'Eternel aura choisi,
vous lirez les paroles de cette loi devant tout Isral attentif. Tout le
peuple sera assembl, tant les hommes que les femmes, les petits enfants
et les trangers qui se trouveront dans vos villes, afin qu'en coutant
la loi ils l'apprennent; qu'ils craignent l'Eternel votre Dieu; qu'ils
observent et accomplissent toutes les ordonnances de cette loi; et que
leurs enfants mmes qui n'en ont encore aucune connaissance, puissent
les entendre, et craignent l'Eternel leur Dieu, pendant tout le temps
qu'ils demeureront dans la terre que vous aller possder au del du
Jourdain. Aprs avoir exhort pour la dernire fois son peuple  l'amour
de la vertu,  la crainte de Dieu et  la fidlit de son alliance,
Mose bnit tous les enfants d'Isral selon leurs tribus, et termina par
ces paroles si expressives: Tu es heureux,  Isral; qui est semblable 
toi,  peuple, qui trouves ton salut dans l'Eternel, l'Eternel qui te
sert de bouclier pour te dfendre et d'pe pour te procurer une
glorieuse victoire!... Mose monta ensuite sur la montagne de _Nebo_, et
du haut de cette montagne il jeta un dernier regard sur le pays promis 
son peuple et mourut dans le pays de Moab selon l'ordre de l'Eternel.
Nul homme jusqu'aujourd'hui n'a connu le lieu o il a t enseveli. Sa
vue ne baissa point et ses forces ne furent point affaiblies jusqu'au
dernier moment de sa vie. Les enfants d'Isral le pleurrent dans la
plaine de Moab pendant trente jours. Il ne s'leva plus dans Isral de
prophte semblable  qui l'Eternel se rvlt d'une manire si
merveilleuse; ni qui ait fait des miracles et des prodiges comme ceux
que l'Eternel fit faire par Mose en Egypte aux yeux de Pharaon, de ses
serviteurs et de tout son royaume; ni qui ait agi avec un bras si
puissant, et qui ait fait des oeuvres aussi grandes et aussi
merveilleuses que celles que Mose a faites devant tout Isral.




                              CHAPITRE IV.


              DEPUIS LA CONQUTE DE CHANAAN JUSQU'A SAUL.

                              (2489-2882.)

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           Entre du peuple isralite dans la terre promise.


Aprs la mort de Mose, Josu fils de Nun, rempli de l'esprit de
sagesse, fut reconnu pour chef, comme Mose l'avait ordonn. Josu fit
alors ce commandement aux prposs du peuple, et leur dit: Passez par le
milieu du camp, et donnez cet ordre au peuple, et dites-leur: Faites
provision de vivres; car dans trois jours vous passerez le Jourdain, et
vous irez prendre possession de la terre que l'Eternel votre Dieu doit
vous donner. Il dit aussi  ceux de la tribu de Ruben,  ceux de la
tribu de Gad, et  la demi-tribu de Manass: Souvenez-vous de ce que
vous a ordonn Mose. (Mose en leur donnant le pays de _Sihon_ et
d'_Og_ les avait engags formellement  ne pas quitter les autres
tribus, mais  les secourir pour la conqute du pays de Chanaan.) Ils
lui rpondirent: Nous ferons tout ce que vous nous ordonnerez, et nous
irons partout o vous nous enverrez. Comme nous avons obi  Mose en
toutes choses, nous vous obirons aussi. Seulement que l'Eternel votre
Dieu soit avec vous, comme il a t avec Mose. Que celui qui contredira
les paroles qui sortiront de votre bouche, et qui n'obira pas  tout ce
que vous lui ordonnerez, soit puni de mort. Soyez ferme seulement, et
agissez avec un grand courage.

Josu envoya donc secrtement de Schitim deux espions: il leur dit:
Allez et examinez bien le pays et particulirement la ville de Jricho.
Ils partirent aussitt, examinrent le pays comme Josu le leur avait
ordonn et revinrent en faisant le rapport demand. Josu, s'tant donc
lev avant le jour, dcampa; et tant sorti de Schitim, lui et tous les
enfants d'Isral, ils vinrent jusqu'au Jourdain, o ils demeurrent
trois jours. Ce temps expir, les hrauts passrent par le milieu du
camp, et commencrent  crier: Quand vous verrez l'arche de l'alliance,
les prtres et les lvites qui la porteront, levez-vous aussi vous
autres, et marchez aprs eux; et qu'il y ait entre vous et l'arche un
espace de deux mille coudes, afin que vous puissiez la voir de loin, et
connatre le chemin par o vous irez; parce que vous n'y avez jamais
pass; et prenez garde de ne vous point approcher de l'arche. Josu dit
aussi au peuple: Sanctifiez-vous; car l'Eternel fera demain des choses
merveilleuses parmi vous. Et il dit aux prtres: Prenez l'arche de
l'alliance, et marchez devant le peuple. Ils firent ce qu'il leur avait
command; et ayant pris l'arche, ils marchrent devant le peuple. Et
Josu dit encore au peuple: Vous reconnatrez  ceci que l'Eternel, le
Dieu vivant, est au milieu de vous, et qu'il expulsera  vos yeux les
Chananens et les autres habitants idoltres de ce pays. L'arche de
l'alliance du Seigneur de toute la terre marchera devant vous au travers
du Jourdain. Tenez prts douze hommes des douze tribus d'Isral, un de
chaque tribu. Et lorsque les prtres qui portent l'arche auront mis les
pieds dans les eaux du Jourdain, les eaux d'en bas s'couleront et
laisseront le fleuve  sec; mais celles qui viennent d'en haut
s'arrteront et demeureront suspendues. Le peuple sortit donc de ses
tentes pour passer le Jourdain; et les prtres qui portaient l'arche de
l'alliance marchaient devant lui. Et aussitt que ces prtres furent
entrs dans le Jourdain, et que l'eau commena  mouiller leurs pieds
(c'tait au temps de la moisson, o le Jourdain regorgeait par-dessus
ses bords), les eaux qui venaient d'en haut s'arrtrent en un mme
lieu; et s'levant comme une montagne, elles paraissaient de bien loin,
depuis la ville qui s'appelle Adom jusqu'au lieu appel Sarthan; mais
les eaux d'en bas s'coulrent dans la mer du dsert, qui est appele
maintenant la mer Morte, jusqu' ce qu'il n'en restt point du tout.
Cependant le peuple marchait vis--vis de Jricho, et les prtres qui
portaient l'arche de l'alliance, se tenaient toujours au mme tat sur
la terre sche au milieu du Jourdain, et tout le peuple passait au
travers du canal qui tait  sec. Josu dit alors aux douze hommes
choisis par les douze tribus: Allez devant l'arche au milieu du
Jourdain, et que chacun de vous emporte de l une pierre, selon le
nombre des tribus des enfants d'Isral; afin qu'elles servent de signe
et de monument parmi vous; et  l'avenir quand vos enfants vous
demanderont: Que veulent dire ces pierres? vous leur rpondrez: Les eaux
du Jourdain se sont spares devant l'arche de l'alliance, lorsqu'elle
passait au travers de ce fleuve. C'est pourquoi ces pierres ont t
mises en ce lieu, pour servir aux enfants d'Isral de monument ternel.
Le peuple fit donc ce que Josu avait ordonn. Ils prirent du milieu du
lit du Jourdain douze pierres; et les portant jusqu'au lieu o ils
camprent, ils les y posrent. Josu mit aussi douze autres pierres au
milieu du lit du Jourdain, o les prtres qui portaient l'arche
s'taient arrts, et elles y sont demeures jusqu'aujourd'hui. Or le
peuple sortit du Jourdain le dixime jour du premier mois (Nisan), et
ils camprent  Gilgal vers le ct de l'orient de la ville de Jricho.
Josu posa aussi  Gilgal les douze pierres qui avaient t prises du
fond du Jourdain. Les enfants d'Isral demeurant  Gilgal y firent la
Pque le quatorzime jour du mois sur le soir, dans la plaine de
Jricho. Le lendemain ils mangrent les fruits de la terre et des pains
sans levain. Et aprs qu'ils eurent mang des fruits de la terre, la
manne cessa, et les enfants d'Isral n'usrent plus de cette nourriture.

Josu se disposa donc  s'emparer d'une grande partie de la Palestine
mridionale, du centre de ce pays et en outre de quelques parties de la
Palestine septentrionale. Il commena par la conqute de Jricho, ville
dont il se rendit matre d'une manire tout  fait merveilleuse. Il fit
alors attaquer la ville d'A situe dans les environs de Beth-El, et fit
alliance avec les Gibaonites. Il vainquit ensuite les cinq rois de
Jrusalem, d'Hbron, de Jarmoth, de Lachis et d'Eglon, qui s'taient
tous runis pour faire la guerre aux Gibaonites  cause de leur alliance
avec Isral, et il finit par assujettir les peuples allis habitant le
nord de la Palestine. Mais alors un des premiers prceptes de la loi de
Mose fut viol. La loi recommandait d'expulser tous les habitants du
pays pour qu'ils ne pussent engager les Isralites  quitter l'ternel
et  servir les faux dieux. Cette ordonnance ne fut point suivie, et
beaucoup de Chananens, peuples idoltres, restrent dans le pays et
demeurrent au milieu des Isralites.--Sept ans aprs l'entre des
Isralites en Palestine, le pays conquis fut partag entre les tribus.
Le partage des terres se fit par le sort, eu gard toutefois au nombre
des personnes de chaque tribu et  la qualit du terrain. Chaque tribu
occupa ce qui lui tait chu en partage et s'empara de ce qui restait
encore  conqurir. Quarante-huit villes du pays furent assignes pour
demeure aux Lvites qui n'entrrent point dans le partage.--Le pays
tant ainsi conquis et divis, Josu fit venir ceux des tribus de Ruben
et de Gad, et la demi-tribu de Manass, et il leur dit: Vous avez fait
tout ce que Mose serviteur de l'ternel vous avait ordonn: vous m'avez
aussi obi en toutes choses; et dans un si long temps vous n'avez point
abandonn vos frres jusqu' ce jour. Puisque l'Eternel votre Dieu a
donn la paix et le repos  vos frres, selon qu'il avait promis,
allez-vous-en, et retournez dans vos tentes et dans le pays qui est 
vous, que Mose vous a donn au del du Jourdain. Ayez soin seulement
d'observer exactement et de garder avec soin les commandements et la loi
que Mose serviteur de l'Eternel vous a prescrite, qui est d'aimer
l'Eternel votre Dieu, de marcher dans toutes ses voies, de vous attacher
 lui, et de le servir de tout votre coeur et de toute votre me. Josu
les bnit ensuite et les renvoya de Silo (Schilo), endroit o tait
depuis lors le sige du sanctuaire, et ils retournrent  leurs tentes.





            Josu exhorte les Isralites  observer la loi.


Or, longtemps aprs que l'Eternel eut donn la paix  Isral, et qu'il
lui eut assujetti toutes les nations qui l'environnaient, Josu tant
dj vieux et fort avanc en ge, fit assembler tout Isral, les
anciens, les chefs et les magistrats, et il leur dit: Je suis vieux, et
mon ge est fort avanc. Vous voyez tout ce que l'Eternel votre Dieu a
fait  toutes les nations qui vous environnent, de quelle sorte il a
lui-mme combattu pour vous. Fortifiez-vous donc de plus en plus, et
gardez avec grand soin tout ce qui est crit dans le livre de la loi de
Mose, sans vous en dtourner ni  droite ni  gauche; de peur que vous
mlant parmi ces peuples qui demeureront parmi vous, vous ne juriez au
nom de leurs dieux, et que vous ne les serviez, et ne les adoriez. Mais
attachez-vous  l'Eternel votre Dieu, selon que vous l'avez fait jusqu'
ce jour. Alors un seul d'entre vous poursuivra mille de vos ennemis,
parce que Dieu combattra pour vous, comme il l'a promis. Prenez garde
seulement, et ayez soin sur toutes choses d'aimer l'Eternel votre Dieu.
Si vous voulez vous attacher aux erreurs de ces peuples qui demeurent
parmi vous, et vous mler avec eux par le lien du mariage, et par une
union d'amiti, sachez ds maintenant que l'Eternel ne les expulsera
point devant vous, mais qu'ils deviendront  votre gard comme un pige
et comme un filet, comme des pointes qui vous perceront les cts, et
comme des pines dans vos yeux jusqu' ce qu'il vous enlve et vous
extermine de cette terre excellente qu'il vous a donne. Pour moi, je
suis aujourd'hui sur le point d'entrer dans la voie de toute la terre;
et vous devez considrer avec une parfaite reconnaissance que tout ce
que l'Eternel avait promis de vous donner, est arriv sans qu'aucune de
ses paroles soit tombe  terre. Comme donc Dieu a accompli tout ce
qu'il vous avait promis et que tout vous a russi trs-heureusement,
ainsi il fera tomber sur vous tous les maux dont il vous a menacs, si
vous violez l'alliance que l'Eternel a faite avec vous; si vous servez
et adorez des dieux trangers, vous serez alors promptement enlevs de
cette excellente terre que Dieu vous a donne.





         Josu fait assembler le peuple pour la dernire fois.


Josu ayant ensuite assembl toutes les tribus d'Isral  Sichem, fit
venir les anciens, les juges, les magistrats et les prposs du peuple.
Et lorsqu'ils furent tous prsents devant l'Eternel, Josu leur raconta
l'histoire de leurs pres en disant: Vos pres jusqu' Thar, pre
d'Abraham, ont habit dans les premiers temps au del du fleuve
d'Euphrate, et ils ont servi des dieux trangers. Mais l'Eternel tira
Abraham votre pre de la Msopotamie et l'amena au pays de Chanaan. Il
multiplia sa race.--Et Josu continua  leur raconter tout ce qu'ils ont
fait et tout ce qui leur est arriv jusqu' ce jour. Maintenant donc,
dit-il, craignez l'Eternel, et servez-le avec un coeur parfait et
sincre. Si vous croyez que ce soit un malheur pour vous de servir
l'Eternel, vous tes dans la libert de prendre tel parti que vous
voudrez. Choisissez aujourd'hui ce qu'il vous plaira; et voyez qui vous
devez plutt adorer, ou les dieux que vos pres ont servis dans la
Msopotamie, ou les dieux des Amorrhens au pays desquels vous habitez;
mais pour ce qui est de moi et de ma maison, nous servirons l'Eternel.
Le peuple lui rpondit: A Dieu ne plaise que nous abandonnions l'Eternel
et que nous servions les dieux trangers. C'est l'Eternel notre Dieu qui
nous a tirs, lui-mme, nous et nos pres du pays d'Egypte, de la maison
de servitude; qui a fait de trs-grands prodiges devant nos yeux, qui
nous a gards dans tout le chemin par o nous avons march, et parmi
tous les peuples par o nous avons pass. C'est lui qui a chass toutes
ces nations, et les Amorrhens qui habitaient le pays o nous sommes
entrs. Nous servirons donc l'Eternel, parce que c'est lui-mme qui est
notre Dieu. Josu rpondit alors au peuple: Vous tes tmoins que vous
avez choisi vous-mmes l'Eternel pour le servir. Ils lui rpondirent:
Nous en sommes tmoins. Josu fit donc alliance de la part de l'Eternel
en ce jour-l avec le peuple, et il lui prsenta les prceptes et les
ordonnances de l'Eternel _ Sichem_[15]. Il crivit aussi toutes ces
choses dans le livre de la loi de l'Eternel, et il prit une trs-grande
pierre qu'il mit sous un chne plac dans le sanctuaire de l'Eternel, et
il dit  tout le peuple: Cette pierre que vous voyez vous servira de
monument et de tmoignage qu'elle a entendu toutes vos promesses de peur
qu' l'avenir vous ne vouliez le nier, et mentir  l'Eternel votre
Dieu.--Il renvoya ensuite le peuple chacun dans ses terres.

 [15] Sichem, l'endroit o Josu avait assembl le peuple, se trouve
      prs de Silo o le sanctuaire tait alors dpos.





                      Mort de Josu et d'lazar.


Aprs cela Josu fils de Nun, serviteur de l'Eternel, mourut tant g
de cent dix ans; et ils l'ensevelirent dans la terre qui lui appartenait
 Thamnath-Sar, sur la montagne d'Ephram, vers le septentrion du mont
Gaas. Isral servit l'ternel pendant toute la vie de Josu et des
anciens qui vcurent longtemps aprs Josu, et qui savaient toutes les
choses merveilleuses que l'Eternel avait faites dans Isral. Ils prirent
aussi les os de Joseph, que les enfants d'Isral avaient emports
d'gypte, et ils les ensevelirent  Sichem, dans cet endroit du champ
que Jacob avait achet des enfants d'Hemor pre de Sichem, pour cent
Kesitah, et qui fut depuis aux enfants de Joseph. Elazar fils d'Aaron
mourut aussi, et ils l'ensevelirent sur une colline qui tait  Phines
son fils, et qui lui avait t donne en la montagne d'Ephram.





                               Les juges.


Lorsque Josu et toute sa gnration et les anciens qui avaient t
tmoins des oeuvres merveilleuses que l'Eternel avait faites dans
Isral, furent runis  leurs pres, il s'en leva d'autres en leur
place qui ne connaissaient ni l'Eternel, ni les merveilles qu'il avait
faites en faveur d'Isral. Les enfants d'Isral firent donc le mal  la
vue de l'Eternel, et ils servirent Baal. Ils abandonnrent le Dieu de
leurs pres, qui les avait tirs du pays de l'Egypte, et ils servirent
des dieux trangers, les dieux des peuples qui demeuraient autour d'eux.
Ayant ainsi abandonn l'ternel, la juste punition ne tarda pas  venir;
Dieu les livra entre les mains de leurs ennemis, il les vendit aux
nations ennemies qui demeuraient autour d'eux, et ils ne purent rsister
 ceux qui les attaquaient. Cependant lorsqu'ils furent rduits  la
plus extrme misre, Dieu leur suscita des juges, pour les dlivrer des
mains de ceux qui les opprimaient; car Dieu coutait les soupirs des
affligs, et les dlivrait de ceux qui les avaient pills et qui en
avaient fait un grand carnage. Mais aprs la mort de ces juges, ils
retombaient aussitt dans leurs pchs, suivaient des dieux trangers,
les servaient et les adoraient. Demeurant ainsi au milieu des peuples
idoltres, qu'ils avaient laisss dans les pays, ils pousrent leurs
filles, et leur donnrent les leurs en mariage, et ils adorrent leurs
dieux. Ils firent le mal aux yeux de l'Eternel et ils oublirent leur
Dieu, adorant Baalim et Astaroth. L'ternel les livra donc entre les
mains de Chusan-Rasatham roi de Msopotamie, auquel ils furent
assujettis pendant huit ans. Mais ayant fait pnitence l'ternel eut
compassion de leurs maux, et il leur suscita un sauveur qui les dlivra,
ce fut:

JUGE 1er.    _Othoniel_ fils de Kenaz, frre pun de Caleb. L'esprit de
l'ternel fut en lui, et il jugea Isral. Et s'tant mis en campagne
pour combattre Chusan-Rasatham roi de Syrie, l'Eternel le livra entre
les mains d'Othoniel qui le dfit. Le pays demeura en paix durant
quarante ans, et Othoniel fils de Kenaz mourut ensuite. Alors les
enfants d'Isral commencrent encore  faire le mal aux yeux de
l'Eternel, qui fortifia contre eux Eglon roi de Moab, parce qu'ils
avaient pch devant lui. Ce roi se joignit  Ammon et Amalec, et
s'tant avanc sur eux il dfit Isral, et se rendit matre de la ville
des Palmes. Les enfants d'Isral furent assujettis  Eglon roi de Moab
pendant dix-huit ans. Aprs cela ils prirent l'ternel, et il leur
suscita un sauveur nomm

JUGE 2e.    _Ehud_ fils de Gera. Celui-ci vainquit les Moabites, aprs
avoir tu leur roi. Moab fut alors humili sous la main d'Isral, et le
pays demeura en paix pendant quatre-vingts ans. Aprs Ehud,

JUGE 3e.    _Samgar_ fils d'Anath fut en sa place. Celui-ci fut aussi le
dfenseur et le librateur d'Isral.

Les enfants d'Isral recommencrent cependant encore  faire le mal aux
yeux de l'ternel et furent livrs entre les mains de Jabin, roi des
Chananens, qui rgna dans Chazor (ville situe dans le district
appartenant  la tribu de Naphthali). Jabin, roi trs-puissant, les
opprima cruellement pendant vingt ans. Il avait pour gnral de son
arme un nomm Sisara. Les enfants d'Isral prirent donc l'ternel, et
il les secourut de nouveau. La femme de Lapidoth, prophtesse nomme

JUGE 4e.    _Debora_, jugeait en ce temps-l le peuple d'Isral. Elle
s'asseyait sous un palmier qu'on avait appel de son nom, entre Rama et
Bethel, sur la montagne d'Ephram, et les enfants d'Isral venaient 
elle, pour faire juger tous leurs diffrends. Elle envoya donc vers
Barac fils d'Abinom de Ceds de Naphthali et l'ayant fait venir, elle
lui dit: Allez, et menez l'arme sur la montagne de Thabor. Prenez avec
vous dix mille combattants des enfants de Naphthali et des enfants de
Zabulon. Quand vous serez au torrent de Cison, Dieu vous amnera Sisara
gnral de l'arme de Jabin avec ses chariots et toutes ses troupes, et
il vous les livrera entre les mains. Barac lui rpondit: Si vous venez
avec moi, j'irai; si vous ne voulez point venir, je n'irai point. Debora
lui dit: Je veux bien aller avec vous; mais la victoire pour cette fois
ne vous sera point attribue, parce que Sisara sera livr entre les
mains d'une femme. Debora partit donc aussitt, et s'en alla  Ceds
avec Barac; lequel ayant fait venir ceux de Zabulon et de Naphthali,
marcha avec dix mille combattants, tant accompagn de Debora. En mme
temps Sisara fut averti que Barac fils d'Abinom s'tait avanc sur la
montagne de Thabor. Et il fit assembler ses neuf cents chariots arms de
faux, et fit marcher toute son arme au torrent de Cison. Alors Debora
dit  Barac: Courage; car voici le jour o l'ternel a livr Sisara
entre vos mains; c'est l'Eternel qui vous conduit. Barac descendit donc
de la montagne de Thabor, et dix mille combattants avec lui. En mme
temps l'Eternel frappa de terreur Sisara, tous ses chariots et toutes
ses troupes aux yeux de Barac; de sorte que Sisara sautant de son
chariot en bas, s'enfuit  pied. Barac poursuivit les chariots qui
s'enfuyaient et toutes les troupes et les battit compltement. Sisara
voulant se sauver dans une maison y fut tu par une femme. Dieu
confondit donc en ce jour-l Jabin roi de Chanaan devant les enfants
d'Isral, qui devenant chaque jour plus puissants, se fortifirent de
plus en plus contre Jabin roi de Chanaan, et l'accablrent jusqu' ce
qu'il ft ruin entirement. En ce jour-l Debora et Barac, fils
d'Abinom, chantrent un cantique en l'honneur de l'Eternel, sauveur
d'Isral. Le pays demeura ensuite en paix pendant quarante ans.

Les enfants d'Isral commencrent de nouveau  faire mal aux yeux de
l'ternel, et il les livra pendant sept ans entre les mains des
Midianites. Ces peuples les tinrent dans une si grande oppression,
qu'ils furent obligs de se retirer dans les antres et dans les cavernes
des montagnes, et dans les lieux les plus fortifis pour pouvoir
rsister aux Midianites. Lorsque les Isralites avaient sem, les
Midianites, les Amalcites et les autres peuples de l'Orient venaient
sur leurs terres, dressaient leurs tentes, ruinaient tous les grains et
ne laissaient aux Isralites rien de tout ce qui tait ncessaire  la
vie. Isral fut donc extrmement humili sous Midian. Et il pria
l'ternel, lui demandant secours contre les Midianites. Alors l'Eternel
leur envoya un prophte qui leur dit: Voici ce que dit l'Eternel le
Dieu d'Isral: Je vous ai fait sortir d'Egypte, et je vous ai tirs d'un
sjour de servitude: je vous ai dlivrs de la main des Egyptiens, et de
tous les ennemis qui vous affligeaient: j'ai chass les Amorrhens de
cette terre  votre entre, je vous ai donn le pays qui tait  eux. Et
je vous ai dit: Je suis l'Eternel votre Dieu, ne craignez point les
dieux des Amorrhens dans le pays duquel vous habitez: cependant vous
n'avez point voulu couter ma voix.--Or l'Eternel ayant piti d'Isral
lui envoya encore une fois un sauveur, nomm:

JUGE 5e.    _Gidon_ fils de Joas. C'est aussi  ce librateur que Dieu
rvla d'une manire merveilleuse sa volont cleste. Cet homme commena
par dtruire l'autel de Baal (c'est pourquoi il fut aussi appel
_Jerobaal_), et construisit un autel  l'Eternel, Dieu d'Isral. Or tous
les Midianites, les Amalcites et les peuples d'Orient se joignirent
ensemble; et ayant pass le Jourdain, ils vinrent se camper dans la
valle de Jezral. En mme temps l'esprit de l'ternel remplit Gidon,
qui sonnant de la trompette assembla toute la maison d'Abiezer, sa
famille, afin qu'elle le suivt. Il envoya aussi des gens dans toute la
tribu de Manass qui le suivit aussi, et il en envoya d'autres dans la
tribu d'Aser, de Zabulon et de Naphthali: et ceux de ces tribus vinrent
au-devant de lui. Gidon se leva donc et vint accompagn de tout le
peuple se camper  une fontaine nomme Charod. Quant aux Midianites, ils
taient camps dans la valle, vers le ct septentrional de la colline
appele Moreh. C'est en ce lieu que Gidon congdia une grande partie de
son arme, de sorte qu'il ne lui resta que trois cents hommes. Gidon en
agissant ainsi se conforma  la volont divine, pour montrer aux
Isralites que ce n'est que la main de Dieu qui les secourt. La nuit
suivante, Gidon accompagn de son serviteur Phura, s'en alla
secrtement  l'endroit du camp o taient les sentinelles de l'ennemi.
Et lorsqu'il se fut approch du camp, il entendit un soldat qui contait
son songe  un autre, et qui lui rapportait ainsi ce qu'il avait vu:
J'ai eu un songe, disait-il, et il me semblait que je voyais comme un
pain d'orge cuit dans la cendre, qui roulait en bas et descendait dans
le camp des Midianites; et y ayant rencontr une tente, il l'branla, la
renversa par terre. Celui  qui il parlait lui rpondit: Tout cela n'est
autre chose que l'pe de Gidon fils de Joas Isralite; parce que
l'ternel lui a livr entre les mains les Midianites avec toute leur
arme. Gidon ayant entendu ce songe et l'interprtation qui en avait
t donne, adora Dieu. Et tant retourn au camp d'Isral, il dit aux
siens: Allons promptement; car l'Eternel a livr entre nos mains le camp
de Midian. Et ayant divis ses trois cents hommes en trois bandes, il
leur donna des trompettes  la main et des pots de terre vides avec des
lampes au milieu des pots, et il leur dit: Faites ce que vous me verrez
faire. J'entrerai par un endroit du camp: faites tout ce que je ferai.
Quand vous me verrez sonner de la trompette que j'ai en main, sonnez de
mme de la trompette tout autour du camp, et criez tous ensemble: Pour
l'ternel et pour Gidon! Gidon suivi de ses hommes entra donc par un
endroit du camp au commencement de la veille du milieu de la nuit. Et
les gardes s'tant rveills, Gidon et ses gens commencrent  sonner
de la trompette, et  heurter leurs pots de terre les uns contre les
autres. Faisant donc autour du camp en trois endroits diffrents un
bruit terrible, et ayant rompu leurs pots de terre, ils tinrent leurs
lampes de la main gauche, et de la droite les trompettes dont ils
sonnaient, et crirent tous ensemble: Pour l'Eternel et pour Gidon!
Chacun resta  son poste autour du camp des ennemis. Aussitt le camp
des Midianites se trouva tout en dsordre; ils jetrent de grands cris,
et ils s'enfuirent tous. Les trois cents hommes continurent  sonner de
la trompette, et les ennemis tournrent leurs pes les uns contre les
autres, et ils s'entre-turent. Ils s'enfuirent jusqu' Bethsetta et
jusqu'au bord d'Abelmehula en Tebbath. Mais les enfants d'Isral des
tribus de Naphthali et d'Aser, et tous ceux de la tribu de Manass se
rassemblrent et poursuivirent les Midianites. Et Gidon envoya des gens
sur toute la montagne d'Ephram, pour dire au peuple: Marchez au-devant
des Midianites, et saisissez-vous des eaux jusqu' Bethbera et de tous
les passages du Jourdain. C'est par suite de cet avis que l'ennemi fut
compltement battu. Gidon ne se reposa qu'aprs avoir rejoint les
princes des armes ennemies et les avoir faits prisonniers. Les
Midianites furent donc humilis devant les enfants d'Isral, et ils ne
purent plus lever la tte. Le pays demeura en paix pendant quarante ans
du temps de Gidon. Aprs cette victoire remporte sur Midian, tous les
enfants d'Isral dirent  Gidon: Soyez notre prince, et commandez-nous,
vous, votre fils et le fils de votre fils, parce que vous nous avez
dlivrs des mains des Midianites. Gidon leur rpondit: Je ne serai
point votre prince, et je ne vous commanderai point, ni moi, ni mon
fils, mais ce sera l'ternel qui sera votre prince et qui vous
commandera. Gidon avait soixante et dix fils, parce qu'il avait
plusieurs femmes: et une autre femme qu'il avait  Sichem, eut de lui un
fils nomm Abimelech. Gidon fils de Joas mourut enfin dans une heureuse
vieillesse, et il fut enseveli dans le spulcre de Joas son pre 
Ephra. Aprs la mort de Gidon, les enfants d'Isral se dtournrent du
culte de Dieu, et se prostiturent  l'idoltrie de Baal. Ils oublirent
l'ternel leur Dieu, qui les avait dlivrs des mains de tous leurs
ennemis, dont ils taient environns. Ils n'usrent point de misricorde
envers la maison de Gidon, pour reconnatre tout le bien qu'il avait
fait  Isral.

JUGE 6e.    Alors _Abimelech_, fils de Gidon, s'en alla  Sichem
trouver les frres de sa mre, et tous ceux de sa famille, et il leur
parla  tous en ces termes: Reprsentez ceci, leur dit-il,  tous les
habitants de Sichem: Lequel est le meilleur pour vous, ou d'tre domins
par soixante et dix hommes, tous enfants de Jerabaal, ou de n'avoir
qu'un seul homme qui vous commande? Et de plus, considrez que je suis
votre chair et votre sang. Tous les parents de sa mre ayant donc parl
de lui en cette manire  tous les habitans, ils gagnrent leur coeur et
leur affection pour Abimelech. Ils lui donnrent alors soixante et dix
sicles d'argent, qu'ils prirent du temple de Baal-berith. Abimelech avec
cet argent leva une troupe de gens misrables et vagabonds qui le
suivirent; et, tant venu en la maison de son pre,  Ephra, il tua sur
une mme pierre les soixante-neuf fils de Jerobaal, ses frres: et de
tous les enfans de Jerobaal il ne resta que Joatham, le plus jeune de
tous, que l'on cacha. Alors tous les habitans de Sichem s'tant
assembls avec toutes les familles de la ville de Millo, allrent
tablir roi Abimelech prs du chne qui est  Sichem. Joatham en ayant
reu la nouvelle, s'en alla au haut de la montagne de Garizim, o, se
tenant debout, il cria  haute voix, et parla de cette sorte (voici une
des plus belles et des plus anciennes paraboles): coutez-moi, habitants
de Sichem, comme vous voulez que Dieu vous coute. Les arbres
s'assemblrent un jour pour s'lire un roi, et ils dirent  l'olivier:
Soyez notre roi. L'olivier leur rpondit: Puis-je abandonner mon suc et
mon huile par laquelle on honore Dieu et les hommes, pour venir
m'tablir au-dessus des arbres? Les arbres dirent ensuite au figuier:
Venez rgner sur nous. Le figuier leur rpondit: Puis-je abandonner la
douceur de mon suc et l'excellence de mes fruits, pour venir m'tablir
au-dessus des arbres? Les arbres s'adressrent encore  la vigne, et lui
dirent: Venez prendre le commandement sur nous. La vigne leur rpondit:
Puis-je abandonner mon vin qui est la joie de Dieu et des hommes, pour
venir m'tablir au-dessus des arbres? Enfin tous les arbres dirent au
buisson: Venez, vous serez notre roi. Le buisson leur rpondit: Si vous
m'tablissez vritablement pour votre roi, venez vous reposer sous mon
ombre; si vous ne le voulez pas, que le feu sorte du buisson et qu'il
dvore les cdres du Liban. Considrez donc maintenant si vous avez agi
avec justice et innocence en tablissant ainsi Abimelech pour votre
prince; si vous avez bien trait Jerobaal et sa maison; si vous avez
reconnu, comme vous le deviez, les grands services de celui qui a
combattu pour vous, et qui a expos sa vie  tant de prils pour vous
dlivrer des mains des Midianites; et si vous avez d vous lever, comme
vous l'avez fait, contre la maison de mon pre, en tuant ses
soixante-neuf fils, et en tablissant Abimelech, fils de sa servante,
pour prince des habitants de Sichem, parce qu'il est votre frre. Si
donc vous avez trait comme vous deviez Jerobaal et sa maison, et que
vous ne lui ayez point fait d'injustice, qu'Abimelech soit votre
bonheur, et puissiez-vous tre aussi le bonheur d'Abimelech. Mais si
vous avez agi contre toute justice, que le feu sorte d'Abimelech, qu'il
consume les habitans de Sichem et la ville de Millo; et que le feu sorte
des habitants de Sichem et de la ville de Millo, et qu'il dvore
Abimelech... Ayant dit ces paroles, il s'enfuit, et s'en alla  Bera, o
il demeura, parce qu'il craignait Abimelech, son frre. Abimelech fut
donc prince d'Isral pendant trois ans. Mais Dieu envoya un esprit de
haine et d'aversion entre Abimelech et les habitants de Sichem, qui
commencrent bientt  le dtester. Ils lui dressrent des embches; un
homme qui s'appelait Gaal, se mit  la tte de la rvolte, Abimelech le
vainquit, attaqua la ville, et l'ayant prise, il en tua tous les
habitants, et la dtruisit d'une telle sorte, qu'il sema du sel au lieu
o elle avait t. Abimelech marcha de l vers la ville de Thbes,
situe  trois lieues de distance, l'investit et l'assigea avec son
arme, et la prit. Il y avait au milieu de la ville, une haute tour, o
tous les principaux de la ville, hommes et femmes, s'taient rfugis:
ils en avaient ferm et barricad la porte et taient monts sur le haut
de la tour pour se dfendre par les crneaux. Abimelech tait au pied de
la tour combattant vaillamment; et, s'approchant de la porte, il tchait
d'y mettre le feu. En mme temps, une femme jetant d'en haut un morceau
d'une meule de moulin, cassa la tte  Abimelech, et lui en fit sortir
la cervelle. Aussitt il appela son cuyer, et lui dit: Tirez votre
pe, et tuez-moi, de peur qu'on ne dise que j'ai t tu par une femme.
L'cuyer, faisant ce qu'il lui avait command, le tua. Abimelech tant
mort, tous ceux d'Isral qui taient avec lui retournrent chacun en sa
maison. Ainsi Dieu rendit  Abimelech le mal qu'il avait commis contre
son pre, en tuant ses soixante-neuf frres. Les Sichimites aussi
reurent la punition de ce qu'ils avaient fait; et la maldiction que
Joatham, fils de Jerobaal, avait prononce, tomba sur eux.

JUGE 7e.    Aprs Abimelech, _Thola_, fils de Phua, de la tribu
d'Issachar, et qui demeurait  Schamir, en la montagne d'Ephram, fut
tabli chef d'Isral; et aprs avoir jug Isral pendant vingt-trois
ans, il mourut, et fut enseveli dans Schamir.

JUGE 8e.    _Jar_ de Galaad lui succda, et il fut juge dans Isral
pendant vingt-deux ans. Jar mourut depuis, et fut enseveli au lieu
appel Camon. Alors les enfants d'Isral recommencrent  commettre des
crimes, firent le mal aux yeux de l'Eternel, et adorrent les idoles de
Baal et d'Astaroth, et les dieux de Syrie et de Sidon, de Moab, des
enfants d'Ammon et des Philistins; ils abandonnrent l'Eternel et
cessrent de l'adorer. La juste punition de Dieu ne tarda donc pas 
venir, l'Eternel les livra entre les mains des Philistins et des enfants
d'Ammon, qui les affligrent en les opprimant pendant dix-huit ans. Et
lorsque les enfants d'Isral reconnurent leurs pchs, abandonnrent la
mauvaise voie et retournrent  l'Eternel, le seul vrai Dieu, l'Eternel
fut de nouveau avec eux et leur suscita un sauveur qui les dlivra des
mains de leurs oppresseurs.

JUGE 9e.    Cet homme s'appelait _Jepht_ (Jiphtach). Comme les enfants
d'Ammon combattaient contre Isral et le pressaient vivement, les
anciens de Galaad allrent trouver Jepht au pays de Tob, pour le faire
venir  leur secours. Il commena par envoyer des ambassadeurs au roi
des enfants d'Ammon en lui faisant remarquer l'injustice de ses
prtentions et des guerres qu'il ne cessait de faire aux enfants
d'Isral. Mais, voyant que ce roi ne voulait point se rendre  ces
reprsentations amicales, Jepht s'avana  la tte de son arme,
passant de Mispha en Galaad jusqu'aux enfants d'Ammon, et fit 
l'Eternel ce voeu inconsidr: Dieu, si vous livrez entre mes mains les
enfants d'Ammon, je vous consacrerai le premier qui sortira de la porte
de ma maison, et qui viendra au-devant de moi, lorsque je retournerai
victorieux du pays des enfants d'Ammon, et je vous offrirai un
holocauste. Jepht passa ensuite dans les terres des enfants d'Ammon
pour les combattre; et l'Eternel les livra entre ses mains. Il prit et
ravagea vingt villes depuis Aror jusqu' Mennith. Les enfants d'Ammon
perdirent dans cette dfaite un grand nombre d'hommes, et ils furent
dsols par les enfants d'Isral. Mais lorsque Jepht revenait dans sa
maison, sa fille unique, vint au-devant de lui en dansant au son des
tambours. Jepht l'ayant vue, dchira ses vtements, et dit: Ah!
malheureux que je suis! ma fille, vous m'avez afflig, vous tes au
nombre de ceux qui me ruinent; car j'ai fait voeu  l'Eternel de lui
offrir ce qui se prsenterait  moi, et je ne puis faire autre chose que
ce que j'ai promis. Sa fille lui rpondit: Mon pre, si vous avez fait
un voeu  l'Eternel, faites de moi tout ce que vous avez promis, aprs
la grce que vous avez reue de vous dfaire de vos ennemis, et de
remporter sur eux une si grande victoire. Accordez-moi seulement,
ajouta-t-elle, la prire que je vous fais: Laissez-moi aller sur les
montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginit avec mes
compagnes. Jepht lui rpondit: Allez; et il la laissa libre pendant ces
deux mois. Elle alla donc avec ses compagnes et ses amies, et pleura sa
virginit sur les montagnes. Aprs les deux mois elle revint trouver son
pre, et il accomplit le voeu qu'il avait fait  l'gard de sa fille. En
effet, elle ne connut point d'homme (il lui fut dfendu de se marier).
De l vint la coutume qui s'est toujours depuis observe en Isral, que
toutes les filles d'Isral s'assemblent une fois l'anne, pour pleurer
la fille de Jepht de Galaad pendant quatre jours.--Jepht jugea le
peuple d'Isral pendant six ans, et il mourut ensuite, et fut enseveli
dans une des villes de Galaad.

JUGE 10e.    _Abezan_ (Ibzan) de Beth-lehem fut aprs lui juge d'Isral;
et aprs avoir jug Isral pendant sept ans, il mourut et fut enseveli
dans Beth-lehem.

JUGE 11e.    _Ahialon_ (Elon) de Zabulon lui succda, et il jugea Isral
pendant dix ans; et, tant mort, il fut enseveli  Ahialon, dans le pays
de Zabulon.

JUGE 12e.    _Abdon_, fils d'Illel de Pharathon, fut aprs lui juge
d'Isral pendant huit ans; et tant mort, il fut enseveli  Pharathon,
au pays d'Ephram, sur la montagne d'Amalec. Les enfants d'Isral
commirent encore le mal aux yeux de l'ternel, qui les livra aux mains
des Philistins pendant quarante ans. Alors il appela cette fois encore
un hros  leur secours pour les affranchir du joug accablant des
Philistins.

JUGE 13e.    _Samson_ (Schimschon) tait le nom de ce hros. Cet homme
tait dou d'une force si prodigieuse qu'un jour il mit en pices un
jeune lion furieux qui venait  lui. Il causa beaucoup de pertes aux
Philistins en leur faisant continuellement la guerre. Un jour il prit
trois cents renards qu'il lia deux  deux par la queue en y attachant
des flambeaux, et, les ayant allums, il chassa les renards, afin qu'ils
courussent de tous cts. Ils allrent courir au travers des bls des
Philistins, et y ayant mis le feu, les bls qui taient dj en gerbes,
et ceux qui taient encore sur pied, furent brls; et le feu mme se
mettant dans les vignes et dans les plants d'oliviers, consuma tout. Une
autre fois il tua mille hommes, arm seulement d'une mchoire d'ne. Il
prit, un jour, les deux portes de la ville d'Aza, les mit sur ses
paules, et les porta sur le haut d'une montagne voisine.

Aprs avoir ainsi veng son peuple des Philistins, il se laissa
entraner par une femme des Philistins, nomme Dlila, qui le trompa en
lui arrachant le secret de sa force surnaturelle. Comme cette femme
l'importunait sans cesse, il ne put lui rsister, et lui dcouvrant son
secret, il lui dit: Le rasoir n'a jamais pass sur ma tte, parce que je
suis nazaren, c'est--dire, consacr  Dieu ds le ventre de ma mre.
Si l'on me rase la tte, toute ma force m'abandonnera, et je deviendrai
faible comme les autres hommes. Elle attendit donc qu'il se ft endormi,
fit alors raser les sept touffes de ses cheveux et le livra de cette
manire aux mains des Philistins ses ennemis. Ceux-ci l'ayant pris, lui
arrachrent aussitt les yeux; et, l'ayant men  Aza charg de chanes,
ils l'enfermrent dans une prison, o ils lui firent tourner la meule
d'un moulin. Or, ses cheveux commenaient dj  revenir, Samson ayant
alors pri l'ternel de lui rendre sa premire force, il prit les deux
colonnes d'une maison dans laquelle beaucoup de Philistins s'taient
assembls pour faire des festins de rjouissance  leur dieu Dagon, et
s'tant empar de ces deux colonnes sur lesquelles la maison tait
appuye, il les branla fortement et la maison tomba sur tous ces
Philistins et sur Samson lui-mme. Ses frres et tous ses parents tant
venus en ce lieu, prirent son corps, et l'ensevelirent entre Saraa et
Esthaol, dans le spulcre de son pre Manu (Manoach), aprs qu'il eut
t juge d'Isral pendant vingt ans.





                           REMARQUE GNERALE.


                                --------



             tat du peuple isralite  l'poque des juges.


Dans ce temps-l, comme nous venons de le voir, il n'y avait pas encore
de rois en Isral; chacun faisait ce que bon lui semblait. Or partout o
la religion et la justice ne sont protges par aucun pouvoir, le
mchant fait ce qu'il veut, et toute la socit humaine tombe dans
l'iniquit et la honte. La nation manquait d'unit; des tribus, des
villes mme agissaient de leur propre autorit. L'arche d'alliance
dpose par Josu  Silo, n'tait pas en tat seule de maintenir le
peuple dans son ensemble. Il y en avait trs-peu qui se rendissent 
Silo avec leurs offrandes; on prfrait sacrifier dans la localit sans
l'assistance des prtres. Il en rsulta que ceux-ci s'appauvrirent,
l'enseignement de la loi de Dieu ne se donna plus, la plus grande
ignorance et l'oubli de Dieu se rpandirent partout, et ce qui avait
particulirement contribu  ce rsultat, c'tait la faiblesse qu'on
avait montre  l'gard des peuples idoltres en ne les dpossdant pas
du pays, d'aprs la volont de l'ternel dans la loi de Mose. Il est
donc vident par tout cela, qu'Isral devait ncessairement se trouver
dans un triste tat, et c'est en nous rappelant seulement quelques
vnements arrivs  cette poque, que nous en reconnaissons la profonde
dpravation. Ainsi le _simulacre de Micha_; _l'abomination des
Benjaminites_. Il fut donc dtermin par la sagesse divine que cette
condition devait cesser, et en effet elle ne se prolongea que pendant la
vie du juge suivant, l'avant-dernier et dont le nom tait _li_,
pontife.    JUGE 14e.

C'tait un homme pieux, mais sans nergie, hors d'tat d'arrter
l'impit et la mchancet de ses propres fils; il tait insensible 
leur conduite, et quand le peuple s'en plaignait, ils en taient quittes
pour une lgre rprimande. Aussi Dieu fit annoncer de grands malheurs 
li et  sa maison. Ces malheurs arrivrent en effet; car lorsque, peu
de temps aprs, la guerre eut clat entre les Philistins et les
Isralites, ceux-ci furent vaincus, l'arche d'alliance, qu'ils avaient
fait chercher  Silo pour les accompagner dans la guerre, prise par
l'ennemi, et les deux fils d'li tus au milieu du combat. Le jour mme
un homme de la tribu de Benjamin, chapp du combat, vint en courant 
Silo. Il avait ses habits dchirs et sa tte couverte de poussire. Au
moment que cet homme arrivait, li tait assis sur son sige et tourn
vers le chemin: car son coeur tremblait de crainte pour l'arche de Dieu.
Cet homme tant donc entr dans la ville, et ayant dit les nouvelles du
combat, il s'leva des cris lamentables parmi tout le peuple. li,  ces
nouvelles, tomba de son sige  la renverse et mourut. Il avait alors
quatre-vingt-dix-huit ans: ses yeux s'taient obscurcis, et il ne
pouvait plus voir. li avait jug Isral pendant quarante ans.

Les Philistins ayant donc pris l'arche de Dieu, la dposrent dans le
temple de Dagon. Or la main de l'ternel s'appesantit sur eux, et les
rduisit  une extrme dsolation. Dieu les frappa de diffrentes
maladies. Les Philistins attribuant ces malheurs  une punition divine,
 l'arche d'alliance qui se trouvait parmi eux, la renvoyrent aux
enfants d'Isral,  Cariath-iarim. Les habitants de Cariath-iarim la
mirent dans la maison d'Abinadab  Gabaa, et consacrrent son fils
Elazar, afin qu'il gardt l'arche de l'ternel. Il s'tait pass
beaucoup de temps depuis que l'arche de Dieu demeurait  Cariath-iarim;
il y avait dj vingt ans, lorsque toute la maison d'Isral commena 
chercher son repos dans l'ternel.

             _Samul, quinzime et dernier juge d'Isral._

Samul, ce vrai serviteur de l'ternel, fut ds son enfance consacr par
ses parents au service de Dieu. Il fut lev dans la maison d'li, et
quoique jeune encore, l'ternel daigna lui faire connatre par une
vision qu'il devait annoncer  li la ruine de sa maison. Il se
distingua dans l'accomplissement de ses fonctions plus qu'aucun des
juges ses prdcesseurs. Il inspira aux Isralites un saint amour et de
la confiance en Dieu, rtablit le culte dans sa puret primitive,
instruisit le peuple dans les prceptes de la loi et, ce qui est
peut-tre le premier de ses mrites, il institua des _coles de
prophtes_ dans lesquelles des jeunes gens capables taient instruits
dans la doctrine de la religion et dans d'autres connaissances utiles,
mais principalement dans la posie et dans l'art de chanter des hymnes
religieuses.

En ces jours qu'Isral avait commenc  chercher son repos dans
l'ternel, Samul, connu par tout Isral comme tant le fidle prophte
de l'ternel, dit  toute la maison d'Isral: Si vous revenez 
l'ternel de tout votre coeur, tez du milieu de vous les dieux
trangers Baal et Astaroth: tenez vos coeurs prts  obir  l'ternel,
et ne servez que lui seul; et il vous dlivrera de la main des
Philistins. Les enfants d'Isral rejetrent donc Baal et Astaroth, et ne
servirent que l'ternel. Et Samul leur dit: Assemblez tout Isral 
Masphath (Mizpah), afin que je prie l'Eternel pour vous. Et ils
s'assemblrent  Masphath, ils se purifirent de leur idoltrie,
jenrent ce jour-l et se repentirent de leurs pchs devant Dieu. Or
Samul jugea les enfants d'Isral  Masphath.

Les Philistins ayant appris que les enfants d'Isral s'taient assembls
 Masphath, leurs princes marchrent contre Isral; ce que les enfants
d'Isral ayant appris, ils eurent peur des Philistins. Et ils dirent 
Samul: Ne cessez point d'invoquer pour nous l'Eternel notre Dieu, afin
qu'il nous sauve de la main des Philistins. Samul offrit alors un
sacrifice  l'Eternel, le pria pour Isral, et l'ternel l'exaua.
Lorsque Samul offrait son holocauste, les Philistins commencrent le
combat contre Isral, et l'ternel fit clater en ce jour-l son
tonnerre avec un bruit pouvantable sur les Philistins, et les frappa de
terreur. Ainsi ils furent dfaits par Isral. Les Isralites tant
sortis de Masphath, poursuivirent les Philistins jusqu'au lieu qui est
au-dessous de Bethchar. Et Samul prit une pierre qu'il mit entre
Masphath et Sen; et il appela ce lieu la Pierre de secours, en disant:
L'Eternel est venu jusqu'ici  notre secours. Les Philistins furent
alors humilis, et ils n'osrent plus venir sur les terres d'Isral. Car
la main de l'Eternel fut sur les Philistins tant que Samul gouverna le
peuple. Samul jugea Isral pendant tous les jours de sa vie. Il alla
tous les ans  Bethel,  Galgala et  Masphath, et il y rendait la
justice  Isral. Il retournait de l  Ramatha, qui tait le lieu de sa
demeure, et o il jugeait aussi le peuple. Il y btit mme un autel 
l'Eternel.




                              CHAPITRE V.


               HISTOIRE DU PEUPLE ISRALITE SOUS LES ROIS
                        SAUL, DAVID ET SALOMON.



                              (2882-2964.)

Samul tant devenu vieux, tablit ses enfants pour juges sur Isral.
Son fils an s'appelait Jol, et le second Abia. Ils exeraient les
fonctions de juges dans Bersabe. Mais ils ne marchrent point dans les
voies de leur pre; ils se laissrent corrompre par l'avarice, reurent
des prsents, et rendirent des jugements injustes. Tous les anciens
d'Isral s'tant donc assembls, vinrent trouver Samul  Ramatha, et
lui dirent: Vous voil devenu vieux, et vos enfants ne marchent point
dans vos voies. tablissez donc sur nous un roi, comme en ont toutes les
nations, afin qu'il nous juge. Cette proposition dplut  Samul, mais
obissant  la voix de Dieu, il cda  leur demande, et _Sal_, fils de
Cis (Kisch), de la tribu de Benjamin, campagnard, fut lu roi d'Isral.
Le prophte Samul ayant fait la connaissance de cet homme d'une manire
tout  fait extraordinaire, assembla le peuple, jeta le sort sur toutes
les tribus d'Isral et le sort tomba sur la tribu de Benjamin, sur la
personne de Sal, fils de Cis. On le chercha donc, mais il ne se trouva
point. Sa modestie tait si grande, qu' la nouvelle de son lection il
se cacha dans sa maison. On y courut donc, on le prit et on l'emmena; et
lorsqu'il fut au milieu du peuple, il parut plus grand que tous les
autres de toute la tte. Samul dit alors au peuple: Vous voyez quel est
celui que Dieu a choisi, et qu'il n'y en a point dans tout le peuple qui
lui soit semblable. Et tout le peuple s'cria: Vive le roi. Samul
pronona ensuite devant le peuple la loi du royaume, qu'il crivit dans
un livre et il la mit en dpt devant l'Eternel. Aprs cela Samul
renvoya tout le peuple, chacun chez soi. Sal s'en retourna aussi chez
lui  Gabaa, accompagn d'une partie de l'arme, ceux dont Dieu avait
touch le coeur. Mais il y avait aussi parmi eux des gens d'une basse
condition qui commencrent  dire: Comment celui-ci pourrait-il nous
sauver? Et ils le mprisrent, et ne lui firent point de prsents; mais
Sal feignait de ne pas les entendre.

Quelque temps aprs, Naas (Nachasch) roi des Ammonites se mit en
campagne et attaqua Jabs en Galaad. Les habitants de cette ville dirent
 Naas: Recevez-nous  composition, et nous vous serons assujettis. Mais
Naas leur rpondit: La composition que je ferai avec vous, sera de vous
arracher  tous l'oeil droit, et de vous rendre l'opprobre de tout
Isral. Sal entendit ce rapport lorsqu'il retournait de la campagne en
suivant ses boeufs. Or, l'esprit de l'Eternel se saisit de lui, il prit
ses deux boeufs, les coupa en morceaux, et les envoya par les courriers
de Jabs dans toutes les terres d'Isral, en disant: C'est ainsi qu'on
traitera les boeufs de tous ceux qui ne se mettront point en campagne
pour suivre Sal et Samul. Alors le peuple fut frapp de la crainte de
l'Eternel, et ils sortirent tous en armes, comme s'ils n'eussent t
qu'un seul homme. Sal en ayant fait la revue  Bezech, il se trouva
dans son arme trois cent mille hommes des enfants d'Isral, et trente
mille de la tribu de Juda. Sal s'avana  leur tte, marcha contre les
Ammonites, les vainquit et dtruisit toute leur arme. Alors le peuple
dit  Samul: Qui sont ceux qui ont dit: Sal sera-t-il notre roi?
Donnez-nous ces gens-l, et nous les ferons mourir prsentement. Mais
Sal leur dit: On ne fera mourir personne en ce jour, parce que c'est le
jour dans lequel l'Eternel a sauv Isral.

Aprs cela Samul dit au peuple: Venez, allons  Galgala, et y
renouvelons l'lection du roi. Tout le peuple alla donc  Galgala, et y
reconnut de nouveau Sal pour roi en la prsence de l'Eternel. Ils y
offrirent des sacrifices  l'Eternel, et Sal et tous les Isralites
firent en ce lieu-l une trs-grande rjouissance.--Alors Samul dit 
tout le peuple d'Isral: Vous voyez que je me suis rendu  tout ce que
vous m'avez demand, et que je vous ai donn un roi. Votre roi
maintenant marche  votre tte. Pour moi je suis vieux et dj tout
blanc, et mes enfants sont avec vous. Ayant donc vcu parmi vous depuis
ma jeunesse jusqu' ce jour, me voici prt  rpondre de toute ma vie.
Dclarez devant l'Eternel et devant son oint si j'ai pris le boeuf ou
l'ne de personne; si j'ai imput  quelqu'un de faux crimes; si j'ai
opprim quelqu'un par violence; si j'ai reu des prsents de qui que ce
soit; et je vous ferai connatre le peu d'attache que je lui porte en
vous le rendant prsentement. Ils lui rpondirent: Vous ne nous avez
point opprims ni par de fausses accusations, ni par violence, et vous
n'avez rien pris de personne. Samul ajouta: L'Eternel m'est donc tmoin
aujourd'hui contre vous, et son oint m'est aussi tmoin, que vous n'avez
rien trouv en moi qu'on puisse me reprocher. Le peuple lui rpondit:
Oui, ils en sont tmoins.

Alors Samul donna des exhortations au peuple, il lui parla avec
nergie, il leur retraa en peu de mots l'histoire du pass, leur
rappela tout le mal qu'ils avaient fait aux yeux de l'Eternel et finit
par ces mots: Ne quittez plus l'ternel votre Dieu, servez-le de tout
votre coeur. Et l'Eternel n'abandonnera point son peuple  cause de son
grand nom; parce qu'il a jur qu'il vous rendra son peuple. Craignez
donc l'Eternel, et servez-le dans la vrit et de tout votre coeur; car
vous avez vu les merveilles qu'il a faites parmi vous. Si vous
persvrez  faire le mal, vous prirez tous ensemble, vous et votre
roi.





        Sal agit contre la volont de l'ternel, il est rejet.


Sal rgnait depuis un an sur Isral, lorsqu'il choisit trois mille
hommes du peuple d'Isral. Il en prit deux mille avec lui  Michmas, et
sur la montagne de Bethel, et en donna mille  Jonathan  Gabaa dans la
tribu de Benjamin. Jonathan avec ses mille hommes battit la garnison des
Philistins qui tait  Gabaa. Les Philistins en ayant t aussitt
avertis, s'assemblrent pour combattre Isral. Ils avaient trente mille
chariots, six mille chevaux, et une multitude de gens de pied aussi
nombreuse que le sable qui est sur le rivage de la mer. Et ils vinrent
se camper  Michmas. Les Isralites se voyant ainsi rduits 
l'extrmit, le peuple fut tout abattu, et ils allrent se cacher dans
les cavernes, dans les lieux les plus secrets, dans les rochers, dans
les antres et dans les citernes. Les autres Hbreux passrent le
Jourdain, et vinrent au pays de Gad et de Galaad. Sal tait encore 
Galgala o le reste du peuple alla le suivre. Il attendit sept jours,
comme Samul lui avait ordonn. Cependant Samul ne venait point 
Galgala, et peu  peu le peuple l'abandonnait. Sal dit donc:
Apportez-moi l'holocauste et les sacrifices. Et il offrit l'holocauste.
Lorsqu'il achevait d'offrir l'holocauste, Samul arriva. Et Sal alla
au-devant de lui pour le saluer. Samul lui dit: Qu'avez-vous fait? Sal
lui rpondit: Voyant que le peuple me quittait; que vous n'tiez point
venu au jour que vous aviez dit; et que les Philistins s'taient
assembls  Michmas; j'ai dit en moi-mme: Les Philistins vont venir
m'attaquer  Galgala, et je n'ai point encore pri l'Eternel. tant donc
contraint par cette ncessit, j'ai offert l'holocauste. Samul dit 
Sal: Vous avez commis une faute, et vous n'avez point gard les ordres
que l'ternel vous avait donns. Si vous n'aviez point fait cette faute,
l'ternel aurait maintenant affermi pour jamais votre rgne sur Isral.
Mais votre rgne ne subsistera point  l'avenir. L'ternel s'est pourvu
d'un homme selon son dsir, et il a ordonn qu'il ft le chef de son
peuple: parce que vous n'avez point observ les ordres qu'il vous a
donns.





                      Action hroque de Jonathan.


Il sortit alors trois partis du camp des Philistins pour aller piller.
Or il ne se trouvait point de forgeron dans toutes les terres d'Isral.
Car les Philistins avaient pris cette prcaution, pour empcher que les
Hbreux ne forgeassent ni pes ni lances. Et lorsque le jour du combat
fut venu, hors Sal et Jonathan son fils, il ne se trouva personne de
tous ceux qui les avaient suivis, qui et une lance ou une pe  la
main. Et la garde avance des Philistins tant sortie de Michmas,
s'avana vers Gabaa.

Un jour il arriva que Jonathan fils de Sal, dit  un jeune homme, qui
tait son cuyer: Viens avec moi, et passons jusqu' cette garde avance
des Philistins; peut-tre que l'Eternel combattra pour nous; car il lui
est galement ais de donner la victoire avec un grand ou avec un petit
nombre. Lors donc que la garde des Philistins les eut aperus tous deux,
les Philistins dirent: Voil les Hbreux qui sortent des cavernes o ils
s'taient cachs. Et les plus avancs de leur camp, s'adressant 
Jonathan et  son cuyer, leur dirent: Montez ici, et nous vous ferons
voir quelque chose. Car le lieu par o Jonathan tchait de monter au
poste que les Philistins occupaient, tait bord de ct et d'autre de
deux rochers fort hauts et fort escarps. Jonathan monta donc, grimpant
avec les mains et les pieds, et son cuyer derrire lui: aussitt on vit
les uns tomber sous la main de Jonathan, et son cuyer qui le suivait
tuait les autres. L'effroi se rpandit aussitt dans la campagne, par
toute l'arme des Philistins. Tous les gens de leur camp qui taient
alls pour piller, furent frapps d'tonnement, tout le pays fut en
trouble, et il parut que c'tait Dieu qui avait fait ce miracle. Les
sentinelles de Sal jetant les yeux de ce ct-l, virent un grand
nombre de gens tendus sur la place, et d'autres qui fuyaient en
dsordre  et l. Sal s'avana donc  la tte d'un grand nombre
d'Isralites, poursuivit les ennemis qui s'enfuirent bien loin. C'est en
ce jour-l que l'Eternel sauva Isral. Or le peuple tant extrmement
las, se jeta sur le butin, prit des brebis, des boeufs et des veaux, et
les tua sur la place; et le peuple mangea de la chair avec le sang. Sal
en fut averti, et on lui dit que le peuple avait pch contre l'Eternel
en mangeant des viandes avec le sang. Sal leur dit: Vous avez viol la
loi: qu'on me roule ici une grande pierre, gorgez ici vos boeufs et vos
bliers, et aprs cela vous en mangerez, afin que vous ne pchiez plus
contre l'Eternel en mangeant de la chair avec le sang. Alors Sal btit
un autel  l'Eternel: et ce fut donc l la premire fois qu'il lui leva
un autel.

Sal ayant ainsi affermi son rgne sur Isral, combattait de tous cts
contre tous ses ennemis; contre Moab, contre les enfants d'Ammon, contre
Edom, contre les rois de Soba et contre les Philistins. Et de quelque
ct qu'il tournt ses armes, il en revenait victorieux. Ayant assembl
son arme, il dfit les Amalcites, et dlivra Isral de la main de ceux
qui pillaient toutes ses terres.

Or, Sal eut trois fils, Jonathan, Jischvi et Malchisua, et deux filles,
dont l'ane s'appelait Merab et la plus jeune Michol. La femme de Sal
se nommait Achinoam, et tait fille d'Achimaas. Le gnral de son arme
tait Abner, fils de Ner, cousin germain de Sal. Car Cis, pre de Sal,
et Ner, pre d'Abner, taient tous deux fils d'Abiel. Pendant tout le
rgne de Sal il y eut une forte guerre contre les Philistins. Et
aussitt que Sal avait reconnu qu'un homme tait vaillant et propre 
la guerre, il le prenait auprs de lui.





  Sal ne remplit pas exactement la volont de Dieu, en est svrement
                                 blm.


Aprs cela Samul vint dire  Sal: C'est moi que l'Eternel a envoy
pour vous sacrer roi sur Isral son peuple. coutez donc maintenant ce
que l'ternel vous commande: Marchez contre Amalec, dtruisez tout ce
qui est  lui, et ne dsirez rien de ce qui lui appartient. Sal
commanda donc au peuple de prendre les armes; et en ayant fait la revue,
il se trouva deux cent mille hommes de pied, et dix mille hommes de la
tribu de Juda. Il marcha ensuite jusqu' la ville d'Amalec, et dressa
des embuscades le long du torrent. Et il dit aux Cinens: Allez,
retirez-vous, sparez-vous des Amalcites, de peur que je ne vous
enveloppe avec eux. Car vous avez us de misricorde envers tous les
enfans d'Isral lorsqu'ils revenaient de l'gypte. Les Cinens se
retirrent donc du milieu des Amalcites. Sal attaqua alors les
Amalcites, les vainquit et les dtruisit. Il prit vif Agag, roi des
Amalcites, l'pargna et rserva aussi ce qu'il y avait de meilleur dans
les troupeaux de brebis et de boeufs, dans les bliers, dans les meubles
et les habits, et gnralement tout ce qui tait le plus beau; et Sal
et le peuple ne voulurent point le perdre, ils dtruisirent seulement
tout ce qui se trouva de vil et de mprisable.

L'ternel adressa alors sa parole  Samul, et lui dit: Je me repens
d'avoir fait Sal roi, parce qu'il m'a abandonn, et qu'il n'a point
excut mes ordres. Samul en fut attrist, et il pria l'ternel toute
la nuit. Et s'tant lev avant le jour pour aller trouver Sal le matin,
on vint lui dire que Sal tait venu sur le Carmel, o il s'tait dress
un arc de triomphe, et qu'au sortir de l il tait descendu  Galgala.
Samul s'tant approch de Sal, Sal lui dit: Bni soyez-vous de
l'ternel. J'ai accompli la parole de l'ternel. Samuel lui dit: D'o
vient donc ce bruit de troupeaux de brebis et de boeufs que j'entends
ici, et qui retentit  mes oreilles? Sal lui dit: On les a amens
d'Amalec; car le peuple a pargn ce qu'il y avait de meilleur parmi les
brebis et les boeufs pour les offrir  l'ternel votre Dieu. Samul dit
 Sal: Permettez-moi de vous dire ce que l'Eternel m'a dit cette nuit.
Dites, rpondit Sal. Samul ajouta: Si vous vous croyez petit  vos
yeux, n'tes-vous pas devenu le chef de toutes les tribus d'Isral?
L'ternel vous a sacr roi sur Isral; il vous a envoy  cette guerre,
pourquoi donc n'avez-vous point cout la voix de l'Eternel? Pourquoi
vous tes-vous laiss aller au dsir du butin, et pourquoi avez vous
pch aux yeux de l'ternel? Sont-ce des holocaustes et des victimes que
l'ternel demande? et ne demande-t-il pas plutt que l'on obisse  sa
voix? L'obissance est meilleure que les victimes, et il vaut mieux se
rendre  sa voix que de lui offrir les bliers les plus gras. Car la
dsobissance aux ordres de l'ternel est un pch gal  celui de la
magie; et la rsistance  sa volont est un crime gal  l'idoltrie.
Donc puisque vous avez rejet la parole de l'Eternel, l'ternel vous a
rejet, et il ne veut plus que vous soyez roi. Sal dit alors  Samul:
J'ai pch, mais honorez-moi maintenant devant les anciens de mon peuple
et devant Isral, et revenez avec moi, afin que j'adore l'Eternel notre
Dieu. Samul retourna donc, suivit Sal, et Sal adora l'Eternel. Alors
Samul fit excuter Agag, roi d'Amalec, et lui dit: Comme votre pe a
ravi les enfants  tant de mres; ainsi votre mre parmi les femmes sera
sans enfants. Samul s'en retourna ensuite  Ramatha, et Sal s'en alla
en sa maison  Gabaa. Depuis ce jour-l Samul ne vit plus Sal jusqu'au
jour de sa mort, mais il le pleurait sans cesse.





                     David est sacr roi d'Isral.


Enfin Dieu se rvla  Samul, et lui dit: Jusqu' quand pleurerez-vous
Sal, puisque je l'ai rejet, et que je ne veux plus qu'il rgne sur
Isral? Emplissez d'huile la corne que vous avez, et venez, afin que je
vous envoie  Isa de Beth-lehem; car je me suis choisi un roi entre ses
enfants. Et lorsque Samul craignit que Sal ne l'apprt et ne le ft
mourir, il lui fut conseill de prendre un veau en prtextant de vouloir
sacrifier  l'Eternel, d'appeler Isa avec ses fils au festin du
sacrifice et de sacrer celui que Dieu lui montrerait. Samul fit donc
tout ce que lui fut ordonn; il sacra le plus jeune d'entre les fils
d'Isa, nomm _David_, berger, d'une mine avantageuse, qui s'entendait
parfaitement dans la musique et dans la posie, et se distinguait
particulirement par son courage et sa bravoure. Or, depuis le moment
qu'il fut sacr, l'esprit de l'Eternel fut toujours en David; mais en
mme temps l'esprit de l'Eternel se retira de Sal, qui tait agit du
malin esprit (de la mlancolie). Alors les officiers de Sal lui dirent:
Vous voyez que le malin esprit vous inquite. S'il plat au roi notre
seigneur de l'ordonner, vos serviteurs chercheront un homme qui sache
toucher la harpe, afin qu'il en joue lorsque le malin esprit vous
agitera, et que vous en receviez du soulagement. Sal dit  ses
officiers: Cherchez-moi donc quelqu'un qui sache bien jouer de la harpe,
et amenez-le-moi. L'un d'entre eux lui rpondit: J'ai vu l'un des fils
d'Isa de Beth-lehem, qui sait fort bien jouer de la harpe. C'est un
jeune homme trs-fort, propre  la guerre, sage dans ses paroles, d'une
mine avantageuse, et l'Eternel est avec lui. Sal fit donc dire  Isa:
Envoyez-moi votre fils David, qui est avec les troupeaux. Isa aussitt
prit un ne qu'il chargea de pain, d'une bouteille de vin et d'un
chevreau, et il les envoya  Sal par son fils David. David vint donc
trouver Sal, et se prsenta devant lui. Sal l'aima fort et le fit son
cuyer. Il envoya ensuite dire  Isa: Que David demeure auprs de ma
personne; car il a trouv grce devant mes yeux. Ainsi toutes les fois
que l'esprit malin se saisissait de Sal, David prenait sa harpe et en
jouait, et Sal en tait soulag et se trouvait mieux.





                    David triomphe du gant Goliath.


Les Philistins s'assemblrent de nouveau pour combattre Isral, ils se
rendirent tous  Socho, dans la tribu de Juda. Sal d'autre part et les
enfants d'Isral s'tant aussi assembls, vinrent en la valle du
Trbinthe, et mirent leur arme en bataille pour combattre les
Philistins. Les Philistins taient d'un ct sur une montagne, Isral
tait de l'autre sur une autre montagne; et il y avait une valle entre
eux. Or, il arriva qu'un gant sortit du camp des Philistins. Il
s'appelait Goliath, il avait six coudes et un palme de haut. Il avait
en tte un casque d'airain et tait revtu d'une cuirasse  cailles,
qui pesait cinq mille sicles d'airain. Il avait sur les cuisses des
cuissards d'airain, et un bouclier d'airain lui couvrait les paules. La
hampe de sa lance tait comme ces grands bois dont se servent les
tisserands, et le fer de sa lance pesait six cents sicles de fer; et son
cuyer marchait devant lui. Cet homme vint se prsenter devant les
bataillons d'Isral, et leur criait: Pourquoi venez-vous donner
bataille? Ne suis-je pas Philistin, et vous serviteurs de Sal?
Choisissez un homme d'entre vous, et qu'il vienne se battre seul  seul.
S'il ose se battre contre moi et qu'il m'te la vie, nous serons vos
esclaves; mais si j'ai l'avantage sur lui, et que je le tue, vous serez
nos esclaves, et vous nous serez assujettis. C'est ainsi que ce
Philistin se prsentait au combat le matin et le soir, et cela dura
pendant quarante jours.--Sal et tous les Isralites entendant ce
Philistin parler de la sorte, taient frapps d'tonnement, et
tremblaient de peur. Or David, fils d'Isa, avait quitt Sal et s'en
tait retourn  Beth-lehem pour mener patre les troupeaux de son pre.
Trois de ses frres, les plus grands, avaient suivi Sal  l'arme. Il
arriva qu'au mme temps Isa dit  David son fils: Prends pour tes
frres une mesure de farine d'orge et ces dix pains, et cours  eux
jusqu'au camp. Porte aussi ces dix fromages pour leur mestre de camp:
vois comment tes frres se portent. David s'tant donc lev ds la
pointe du jour, laissa  un homme le soin de son troupeau, et s'en alla,
charg, au camp, selon l'ordre qu'Isa lui avait donn. Il courut au
lieu du combat et s'enquit de l'tat de ses frres. Lorsqu'il leur
parlait encore, ce Philistin, appel Goliath, sortit du camp des
Philistins, et David lui entendit rpter ses provocations habituelles.
Tous les Isralites ayant vu Goliath, fuirent devant lui tremblants de
peur. Mais David dit  ceux qui taient auprs de lui: Que donnera-t-on
 celui qui tuera ce Philistin et qui tera l'opprobre d'Isral? Car,
qui est ce Philistin pour insulter ainsi l'arme du Dieu vivant? Et le
peuple lui rpondit: S'il se trouve un homme qui puisse le vaincre, le
roi le comblera de richesses, lui donnera sa fille en mariage, et rendra
la maison de son pre exempte de tribut dans Isral. Or, ces paroles de
David ayant t entendues, elles furent rapportes  Sal. Et Sal
l'ayant fait venir devant lui, David lui parla de cette sorte: Que
personne ne s'pouvante de ce Philistin; votre serviteur est prt 
aller le combattre. Sal lui dit: Vous ne sauriez rsister  ce
Philistin, ni combattre contre lui; parce que vous tes encore tout
jeune, et que celui-ci est un homme nourri  la guerre depuis sa
jeunesse. David rpondit  Sal: Lorsque votre serviteur menait patre
le troupeau de son pre, il venait quelquefois un lion ou un ours qui
emportait un blier du milieu du troupeau. Alors je courais aprs eux,
je les battais et je leur arrachais le blier d'entre les dents; et
lorsqu'ils se jetaient sur moi, je les prenais  la gorge, je les
tranglais et je les tuais. C'est ainsi que votre serviteur a tu un
lion et un ours, et il en sera autant de ce Philistin; l'Eternel, qui
m'a dlivr des griffes du lion et de la gueule de l'ours, me dlivrera
encore de la main de ce Philistin. Sal dit donc  David: Allez, et que
l'Eternel soit avec vous. Il le revtit ensuite de ses armes, lui mit
sur la tte un casque d'airain, et l'arma d'une cuirasse. Et David
s'tant mis une pe au ct, commena  essayer s'il pourrait marcher
avec ses armes, ne l'ayant point fait jusqu'alors. Et il dit  Sal: Je
ne saurais marcher ainsi, parce que je n'y suis pas accoutum. Ayant
donc quitt ses armes, il prit le bton qu'il avait toujours  la main,
choisit dans le torrent cinq pierres trs-polies, et les mit dans sa
panetire qu'il avait sur lui; et tenant  la main sa fronde, il marcha
contre le Philistin. Le Philistin s'avana aussi et s'approchant de
David, il le mprisa et lui dit: Suis-je un chien, pour que tu viennes 
moi avec un bton? Et ayant maudit David en jurant par ses dieux, il
ajouta: Viens  moi, et je donnerai ta chair  manger aux oiseaux du
ciel et aux btes de la terre. Mais David dit au Philistin: Tu viens 
moi avec l'pe, la lance et le bouclier; mais moi je viens  toi au nom
de l'Eternel, du Dieu des troupes d'Isral, auxquelles tu as insult
aujourd'hui. L'Eternel te livrera entre mes mains; je te tuerai, afin
que toute la terre sache qu'il y a un Dieu dans Isral, et que toute
multitude d'homme reconnaisse que ce n'est point par l'pe ni par la
lance que l'Eternel sauve; parce qu'il est l'arbitre de la guerre, et ce
sera lui qui vous livrera entre nos mains. Le Philistin s'avana donc,
et marcha contre David. Et lorsqu'il en fut proche, David se hta et
courut contre lui pour le combattre. Il mit la main dans sa panetire,
il en prit une pierre, la lana avec sa fronde, et en frappa le
Philistin dans le front. La pierre s'enfona dans le front du Philistin,
et il tomba le visage contre terre. Ainsi David remporta la victoire sur
le Philistin avec une fronde et une pierre seule, il le renversa par
terre, et le tua. Et comme il n'avait point d'pe  la main, il courut,
et se jeta sur le Philistin: il prit son pe, la tira du fourreau, et
acheva de lui ter la vie.--Les Philistins voyant que le plus vaillant
d'entre eux tait mort, s'enfuirent. Et les Isralites s'levant avec un
grand cri, les poursuivirent jusqu' la valle et aux portes d'Accaron,
et pillrent le camp de leurs ennemis.





   David et Sal: bravoure et droiture d'un ct, jalousie et ruse de
                                l'autre.


Depuis ce moment Jonathan fils de Sal devint l'ami de David; car
Jonathan l'aimait comme lui-mme, et l'me de Jonathan s'attacha
troitement  celle de David. Or quand David revint aprs avoir vaincu
le Philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d'Isral
au-devant du roi Sal en chantant et en dansant, tmoignant leur
rjouissance avec des tambours et des timbales. Et les femmes dans leurs
danses et dans leurs chansons se rpondaient l'une  l'autre, et
disaient: Sal en a tu mille, et David en a tu dix mille. Cette parole
irrita Sal et le mit dans une grande colre. Ils ont donn, dit-il, dix
mille hommes  David, et  moi mille: que lui reste-t-il aprs cela que
d'tre roi? Depuis ce jour-l Sal ne regarda plus David de bon oeil. Le
lendemain il arriva que l'esprit malin se saisit de Sal, et il tait
agit au milieu de sa maison, comme un homme qui a perdu le sens. David
jouait de la harpe devant lui, comme il avait accoutum de faire; et
Sal ayant la lance  la main, la poussa contre David, dans le dessein
de le percer d'outre en outre contre la muraille: mais David se
dtourna, et vita le coup par deux fois. Sal commena donc  craindre
David, voyant que l'Eternel tait avec David, et qu'il s'tait retir de
lui. C'est pourquoi il l'loigna d'auprs de sa personne, et lui donna
le commandement de mille hommes. Ainsi David menait le peuple  la
guerre et le ramenait. David aussi se conduisait dans toutes ses actions
avec une grande prudence, et l'Eternel tait avec lui. Sal voyant donc
qu'il tait trs-prudent, commena  s'en dfier davantage. Mais tout
Isral et tout Juda aimait David, parce que c'tait lui qui allait en
campagne avec eux, et qui marchait  leur tte. Alors Sal dit  David:
Vous voyez Merob ma fille ane; c'est elle que je vous donnerai en
mariage: soyez seulement courageux, et combattez pour le service de
l'Eternel. Et en mme temps il disait en lui-mme: Je ne veux point le
tuer de ma main; mais je veux qu'il meure par la main des Philistins.
David rpondit  Sal: Qui suis-je moi? quelle est la vie que j'ai
mene, et quelle est dans Isral la famille de mon pre, pour que je
devienne gendre du roi? Mais le temps tant venu que Merob fille de Sal
devait tre donne  David, elle fut donne en mariage  Hadriel
Molathite. Michal seconde fille de Sal avait de l'affection pour David:
ce qui ayant t rapport  Sal, il en fut bien aise, et fit dire 
David qu'il tait prt  lui donner celle-ci en mariage, pourvu qu'il
frappt seulement cent Philistins. (Le dessein de Sal tait de faire
tomber David entre les mains des Philistins.) Les serviteurs de Sal
ayant rapport  David ce que Sal leur avait dit, il agra la
proposition qu'ils lui faisaient, pour devenir gendre du roi. Peu de
jours aprs il marcha avec les gens qu'il commandait et vainquit deux
cents Philistins. Sal lui donna donc en mariage sa fille Michal. Et il
comprit clairement que l'Eternel tait avec David. Quant  Michal sa
fille, elle avait beaucoup d'affection pour David. Sal commena  le
craindre de plus en plus; et son aversion pour lui croissait tous les
jours. Les princes des Philistins se mirent de nouveau en campagne. Et
ds qu'ils se prsentrent, David fit paratre plus de prudence que tous
les officiers de Sal; de sorte que son nom devint trs-clbre.





   Jonathan avertit David de la colre de Sal. David se sauve, et se
                        retire auprs de Samuel.


Or Sal parla  Jonathan son fils et  tous ses officiers pour les
porter  tuer David: mais Jonathan, qui aimait extrmement David, vint
lui en donner avis; et tant avec Sal son pre, il lui dit: Seigneur
roi, ne faites point de mal  David votre serviteur, parce qu'il ne vous
en a point fait, et qu'il vous a rendu au contraire des services
trs-importants. Il a expos sa vie  un grand pril; il a vaincu le
Philistin, et l'Eternel a sauv tout Isral d'une manire pleine de
merveilles. Vous l'avez vu, et vous en avez eu de la joie. Pourquoi donc
voulez-vous maintenant faire une faute en rpandant le sang innocent, et
en tuant David qui n'est point coupable? Sal ayant entendu ce discours
de Jonathan, fut apais par ses raisons, et lui rpondit: Je vous
promets qu'il ne mourra point. Jonathan ensuite fit venir David, lui
rapporta tout ce qui s'tait pass, le prsenta de nouveau  Sal; et
David demeura auprs de Sal comme il avait t auparavant. La guerre
ensuite recommena, et David marcha contre les Philistins, les
combattit, les vainquit et les mit en fuite. Alors le malin esprit se
saisit encore de Sal: il tait assis dans sa maison une lance  la
main. Et comme David jouait de la harpe, Sal tcha de le percer de sa
lance; mais David qui s'en aperut, se dtourna, et la lance sans
l'avoir bless donna dans la muraille. Il s'enfuit aussitt, et se sauva
ainsi pour cette nuit-l. Sal envoya donc ses gardes en la maison de
David pour s'assurer de lui, et pour le tuer le lendemain ds le matin.
Michal femme de David lui rapporta tout ceci, et lui dit: Si tu ne te
sauves cette nuit, tu es mort demain matin. Elle le descendit aussitt
en bas par une fentre. David s'chappa, s'enfuit et se sauva auprs de
Samuel  Ramatha. David rapporta  Samuel la manire dont Sal l'avait
trait, et ils s'en allrent ensemble  Naoth (ville libre des
prophtes), o ils demeurrent quelque temps.





                          Sainte inspiration.


Quelques gens vinrent en donner avis  Sal. Il envoya alors des archers
pour prendre David: mais les archers ayant vu une troupe de prophtes
qui prophtisaient, et Samuel qui prsidait parmi eux, ils furent saisis
eux-mmes de l'esprit de Dieu, et ils commencrent  prophtiser comme
les autres. Sal en ayant t averti, envoya d'autres gens, qui
prophtisrent aussi comme les premiers. Il en envoya pour la troisime
fois, et ils prophtisrent encore. Alors il s'en alla lui-mme 
Ramatha, y demanda en quel lieu taient Samuel et David; on lui
rpondit: Ils sont  Naoth de Ramatha. Aussitt il s'y en alla, et fut
saisi lui-mme de l'esprit de Dieu, et il prophtisait durant tout le
chemin, jusqu' ce qu'il ft arriv  Naoth prs de Ramatha. Il se
dpouilla de ses vtements royaux, prophtisa avec les autres devant
Samuel, et demeura nu par terre tout le jour et toute la nuit: ce qui
donna lieu  ce proverbe: Sal est-il donc aussi devenu prophte? Or
David s'enfuit de Naoth.





               David et Jonathan renouvellent leur union.


David en s'enfuyant rencontra Jonathan. Jonathan se lia de nouveau 
David par serment, tcha de le consoler en lui disant: Non vous ne
mourrez point; car mon pre ne fait aucune chose, ni grande ni petite,
sans m'en parler. Mais David lui dit: Votre pre sait trs-bien que je
suis honor de vos bonnes grces. C'est pourquoi il aura dit en
lui-mme: Il ne faut point que Jonathan sache ceci, afin qu'il ne s'en
afflige point; car je vous jure qu'il n'y a pour ainsi dire qu'un point
entre ma vie et ma mort. Jonathan lui rpondit: Je ferai pour vous tout
ce que vous me direz. David l'engagea alors  retourner auprs de Sal
son pre,  tcher de le rconcilier avec lui. Jonathan retourna; et
David se cacha en attendant dans la campagne. Cependant le projet de
rconciliation choua, Jonathan avait  peine commenc  en parler  son
pre, que celui-ci se mit en colre contre Jonathan et peu s'en fallut
qu'il ne le pert de sa lance. Jonathan reconnut donc que son pre
tait rsolu  faire mourir David. Le lendemain ds la pointe du jour
Jonathan vint dans le champ, selon qu'il en tait demeur d'accord avec
David et  un signal, donn d'avance, David sortit de sa retraite, fit
par trois fois une profonde rvrence  Jonathan, et s'tant salus en
s'embrassant, ils pleurrent tous deux. Jonathan dit donc  David: Allez
en paix; que ce que nous avons jur tous deux au nom de l'Eternel
(l'amiti) demeure ferme; et que l'Eternel, comme nous l'avons dit, soit
tmoin entre vous et moi, et entre votre race et ma race pour jamais.
David en mme temps se retira, et Jonathan rentra dans la ville.





      David se retire  Nob vers Achimelech et de l chez Achis.


Aprs cela David alla  Nob chez le prtre Achimelech. Achimelech fut
surpris de sa venue, et lui dit: D'o vient que vous venez seul, et
qu'il n'y a personne avec vous? David rpondit au prtre: Le roi m'a
donn un ordre, et m'a dit: Que personne ne sache pourquoi je vous
envoie, ni ce que je vous ai command. J'ai mme donn ordre  mes gens
de se trouver en tel et tel lieu. Si donc vous avez quelque chose 
manger, quand ce ne serait que cinq pains, ou quoi que ce soit,
donnez-le-moi. Le prtre rpondit  David: Je n'ai point ici de pain
pour le peuple; je n'ai que du pain qui est saint, pourvu que vos gens
soient purs. David lui rpondit qu'ils taient purs. Alors le prtre lui
donna du pain sanctifi; car il n'y en avait point l d'autre que les
pains exposs devant l'Eternel. Or un certain homme des officiers de
Sal se trouva alors au-dedans du tabernacle de l'Eternel. C'tait un
Idumen nomm Dog, et le plus puissant d'entre les bergers de Sal.
David dit encore  Achimelech: N'avez-vous point ici une lance ou une
pe? Car je n'ai apport avec moi ni mon pe ni mes armes, parce que
l'ordre du roi pressait fort. Le prtre lui rpondit: Voil l'pe de
Goliath le Philistin, que vous avez vaincu dans la valle de Trbinthe.
Elle est enveloppe dans un drap derrire l'phod. Si vous la voulez,
prenez-la; parce qu'il n'y en a point d'autre ici. David lui dit: Il n'y
en a point qui vaille celle-l, donnez-la-moi. David partit donc alors;
et s'enfuyant de devant Sal, il se rfugia vers Achisch roi des
Philistins. Les officiers d'Achisch ayant vu David, dirent au roi:
N'est-ce pas l ce David qui est clbre comme roi dans son pays?
N'est-ce pas de lui qu'on a chant dans les danses publiques: Sal en a
vaincu mille, et David dix mille? David fut frapp de ces paroles
jusqu'au coeur; et il commena  craindre extrmement Achisch roi des
Philistins. C'est pourquoi il se contrefit le visage devant les
Philistins, il se laissait tomber entre leurs mains, il se heurtait
contre les poteaux de la porte, et sa salive dcoulait sur sa barbe.
Achisch dit donc  ses officiers: Vous voyez bien que cet homme est fou;
pourquoi me l'avez-vous amen? Est-ce que nous n'avons pas assez de fous
sans nous amener celui-ci, pour qu'il fasse des folies en ma prsence?
Doit-on laisser entrer un tel homme dans ma maison?





     David se cache en diffrents lieux. Sal fait tuer Achimelech.


David sortit donc ainsi de la prsence du roi des Philistins, et se
retira dans la caverne d'Odollam. Ses frres et toute la maison de son
pre l'ayant appris, vinrent l'y trouver. Et tous ceux qui avaient de
mchantes affaires, et ceux qui taient accabls de dettes ou mcontents
s'assemblrent prs de lui. Il devint leur chef, et il se trouva avec
lui environ quatre cents hommes. Il s'en alla de l  Maspha, qui est au
pays de Moab; et il dit au roi de Moab: Je vous prie de permettre que
mon pre et ma mre demeurent avec vous, jusqu' ce que je sache ce que
Dieu ordonnera de moi. Il les laissa auprs du roi de Moab, et ils y
demeurrent tout le temps que David fut dans cette forteresse. Ensuite
le prophte Gad dit  David: Ne demeurez point dans ce fort; sortez-en,
et allez en la terre de Juda. David partit donc de ce lieu-l, et vint
dans le bois de Haret. Or cet Idumen appel Dog, qui se trouvait 
Nob lorsque David vint voir Achimelech, alla rapporter  Sal tout ce
qu'il avait vu, en lui disant: J'ai vu le fils d'Isa  Nob, chez le
prtre Achimelech, qui lui a donn des vivres, et l'pe mme de Goliath
le Philistin. Sal croyant alors qu'Achimelech tait d'intelligence avec
David, le fit tuer, lui et toute la maison de son pre,
quatre-vingt-cinq prtres, tous en ce mme jour, et fit dtruire en mme
temps tout ce qui se trouvait  Nob, ville des prtres. Seulement l'un
des fils d'Achimelech, qui s'appelait Abiathar, s'chappa de ce carnage,
s'enfuit vers David et vint lui dire que Sal avait tu les prtres de
l'Eternel. David rpondit  Abiathar: Je savais bien que Dog l'Idumen
s'tant trouv l lorsque j'y tais, ne manquerait pas d'avertir Sal.
Je suis cause de la mort de toute la maison de votre pre. Demeurez avec
moi, et ne craignez rien. Il faudra entreprendre sur ma vie, pour
entreprendre sur la vtre; et si je suis en sret, vous y serez aussi.





 David est perscut par Sal, mais Dieu le protge et le sauve de tous
                                dangers.


Un jour on vint dire  David: Voil les Philistins qui attaquent Kila
(ville voisine de l'endroit o David s'tait tabli et qui lui
fournissait ses vivres) et qui pillent les granges. Il entra alors en
conseil avec le prtre Abiathar pour savoir si c'tait la volont de
Dieu d'aller faire la guerre aux Philistins. Le prtre lui rpondit au
nom de l'Eternel: Allez, vous dferez les Philistins, et vous sauverez
Kila. David s'en alla donc avec ses gens  Kila; il combattit contre
les Philistins, les dfit, emmena leurs troupeaux, et sauva les
habitants de Kila. Lorsque Sal eut appris que David tait venu 
Kila, il dit: Dieu me l'a livr entre les mains. Il est pris, puisqu'il
est entr dans une ville o il y a des portes et des serrures
(forteresse). Il commanda donc  tout le peuple de marcher contre Kila,
et d'y assiger David et ses gens. David fut averti que Sal se
prparait secrtement  le perdre; il entra alors de nouveau en conseil
avec le prtre Abiathar, consulta l'Eternel, pria Dieu d'tre avec lui,
et s'en alla aussitt avec ses gens, qui taient environ six cents; et
tant partis de Kila, ils erraient  et l, sans savoir o s'arrter.
Sal ayant appris que David s'tait retir de Kila et s'tait sauv, il
ne parla plus d'y aller. Or David demeurait dans le dsert, en des lieux
presque inaccessibles; et il se retira sur la montagne du dsert de
Ziph, qui tait toute couverte d'arbres. Sal le cherchait sans cesse,
mais Dieu ne le livra point entre ses mains. David sut que Sal s'tait
mis en campagne pour trouver moyen de le perdre: c'est pourquoi il
demeura toujours au dsert de Ziph dans la fort. Jonathan fils de Sal
vint l'y trouver, et le fortifia en Dieu, en lui disant: Ne craignez
point; car Sal mon pre, quoi qu'il fasse, ne vous trouvera point. Vous
serez roi d'Isral, et je serai le second aprs vous; et mon pre le
sait bien lui-mme. Ils firent donc tous deux alliance devant l'Eternel.
Et David demeura dans la fort, et Jonathan retourna en sa maison.
Cependant ceux de Ziph vinrent trouver Sal, et lui dirent: Ne
savez-vous pas que David est cach parmi nous, dans l'endroit le plus
fort de la fort? Puis donc que vous dsirez de le trouver, vous n'avez
qu' venir, et ce sera  nous  le livrer entre les mains du roi. Sal
les remercia et leur dit: Allez donc, je vous prie; faites grande
diligence; cherchez avec tous les soins possibles; considrez bien o il
peut tre: car il se doute bien que je l'observe, et que je l'pie pour
le surprendre. Examinez et remarquez tous les lieux o il a accoutum de
se cacher: et lorsque vous vous serez bien assurs de tout, revenez me
trouver, afin que j'aille avec vous. Quand il se serait cach au fond de
la terre, j'irai l'y chercher avec tout ce qu'il y a d'hommes dans Juda.
Ceux de Ziph s'en retournrent ensuite chez eux avant Sal. Or David et
ses gens taient alors dans le dsert de Maon. Sal accompagn de tous
ses gens alla donc l'y chercher. David en ayant eu avis, se retira
aussitt au rocher du dsert de Maon dans lequel il demeurait. Sal en
fut averti, et il entra dans le dsert de Maon pour l'y poursuivre. Sal
ctoyait la montagne d'un ct et David avec ses gens la ctoyait de
l'autre. David dsesprait de pouvoir chapper des mains de Sal; car
Sal et ses gens tenaient David et ceux qui taient avec lui, environns
comme dans un cercle pour les prendre. Mais en mme temps un courrier
vint dire  Sal: Htez-vous de venir, car les Philistins sont entrs en
grand nombre sur les terres d'Isral. Sal cessa donc de poursuivre
David, pour aller tenir tte aux Philistins.





        David cach dans une caverne empche qu'on ne tue Sal.


David tant sorti de ce lieu-l, se retira vers le nord et demeura 
Engaddi dans des lieux trs-srs. Et Sal tant revenu aprs avoir
poursuivi les Philistins, on vint lui dire que David tait dans le
dsert d'Engaddi. Il prit donc avec lui trois mille hommes choisis de
tout Isral, et il se mit en campagne, rsolu d'aller chercher David et
ses gens jusque sur les rochers les plus escarps, o il n'y a que les
chvres sauvages qui puissent monter. Et tant venu  des parcs de
brebis qu'il rencontra dans son chemin, il se trouva l une caverne, o
il entra par suite d'une ncessit naturelle. Or David et ses gens
s'taient cachs dans le fond de la mme caverne. Les gens de David lui
dirent: Voici le jour dont l'Eternel vous a dit: Je vous livrerai votre
ennemi, afin que vous le traitiez comme il vous plaira. David s'tant
donc avanc, coupa doucement le bord de la casaque de Sal. Et aussitt
il se repentit en lui-mme de ce qu'il lui avait coup le bord de son
vtement. Et il dit  ses gens: Dieu me garde de commettre cet excs 
l'gard de celui qui est mon matre, que de mettre la main sur lui,
puisqu'il est l'oint de l'Eternel. David par ces paroles arrta la
violence de ses gens, et les empcha de se jeter sur Sal. Sal tant
sorti de la caverne continua son chemin. David le suivit; et tant sorti
de la caverne il cria aprs lui, et lui dit: Mon seigneur et mon roi.
Sal regarda derrire lui, et David fit une profonde rvrence en se
baissant jusqu' terre, et lui dit: Pourquoi coutez-vous les paroles de
ceux qui vous disent: David ne cherche qu'une occasion de vous perdre?
Vous voyez aujourd'hui de vos yeux que l'Eternel vous a livr entre mes
mains dans la caverne. On a voulu me porter  vous ter la vie, mais je
n'ai point voulu le faire. Car j'ai dit: Je ne porterai point la main
sur mon matre, parce que c'est l'oint de l'Eternel. Voyez vous-mme,
mon pre, et reconnaissez si ce n'est pas l le bord de votre casaque
que je tiens dans ma main, et qu'en coupant l'extrmit de votre
vtement, je n'ai point voulu porter la main sur vous. Aprs cela
considrez, et voyez vous-mme que je ne suis coupable d'aucun mal ni
d'aucune injustice, et que je n'ai point pch contre vous. Et cependant
vous cherchez tous les moyens de m'ter la vie. Que l'Eternel soit le
juge entre vous et moi. Que l'Eternel me rende justice lui-mme de vous:
mais pour moi je ne porterai jamais la main sur vous. C'est aux impies 
faire des actions impies, selon l'ancien proverbe. Que l'Eternel
considre ce qui se passe entre vous et moi, qu'il prenne la dfense de
ma cause, et me dlivre de vos mains. Aprs que David eut parl de cette
sorte  Sal, Sal lui dit: N'est-ce pas l votre voix que j'entends, 
mon fils David? En mme temps il jeta un grand soupir, et versa des
larmes; et il ajouta: Vous tes plus juste que moi; car vous ne m'avez
fait que du bien, et je ne vous ai rendu que du mal. Et vous m'avez fait
connatre aujourd'hui la bont de votre coeur  mon gard, lorsque
l'Eternel m'ayant livr entre vos mains, vous m'avez conserv la vie.
Sal continua en disant: Comme je sais que vous rgnerez
trs-certainement, et que vous possderez le royaume d'Isral, jurez-moi
par l'Eternel que vous ne dtruirez point ma race aprs moi, et que vous
n'exterminerez point mon nom de la maison de mon pre. David le jura 
Sal. Ainsi Sal retourna en sa maison; et David et ses gens se
retirrent en des lieux plus srs.





                 Conduite de David  l'gard de Nabal.


Or il y avait dans le dsert de Maon un homme qui avait son bien sur le
Carmel. Cet homme tait extrmement riche. Il s'appelait Nabal et sa
femme Abigal, trs-prudente et fort belle. Nabal tait un homme dur,
brutal et trs-mchant. David ayant donc appris dans le dsert que Nabal
faisait tondre ses brebis, lui envoya dix jeunes hommes auxquels il dit:
Allez-vous-en sur le Carmel trouver Nabal, saluez-le de ma part
civilement, et dites-lui: J'ai su que vos pasteurs qui taient avec nous
dans le dsert, tondent vos brebis; nous ne leur avons jamais fait
aucune peine; et ils n'ont rien perdu de leur troupeau pendant tout le
temps qu'ils ont t avec nous sur le Carmel. Demandez-le  vos gens, et
ils vous le diront. Maintenant donc que vos serviteurs trouvent grce
devant vos yeux: car nous venons  vous dans un jour de joie. Donnez 
vos serviteurs et  David votre fils tout ce qu'il vous plaira. Les gens
de David tant venus trouver Nabal, lui dirent toutes ces mmes paroles
de la part de David, et attendirent sa rponse. Mais Nabal leur
rpondit: Qui est David, et qui est le fils d'Isa? On ne voit autre
chose aujourd'hui que des serviteurs qui fuient leurs matres. Quoi
donc! J'irai prendre mon pain et mon eau et la chair des btes que j'ai
fait tuer pour ceux qui tondent mes brebis, et je les donnerai  des
gens que je ne connais point! Les gens de David tant retourns sur
leurs pas, vinrent le retrouver, et lui rapportrent tout ce que Nabal
leur avait dit. Alors David se mit en marche  la tte de quatre cents
hommes, rsolu de punir svrement Nabal. Cependant la prudente Abigal,
n'en disant rien  son mari, prit en grande hte deux cents pains, deux
vaisseaux pleins de vin, cinq moutons tout cuits, cinq boisseaux de
farine d'orge, cent paquets de raisins secs, et deux cents cabas de
figues sches. Elle mit tout cela sur des nes, et elle dit  ses gens:
Allez devant moi, je vais vous suivre. tant donc monte sur un ne,
comme elle descendait au pied de la montagne, elle rencontra David et
ses gens, qui venaient dans le mme chemin. David disait alors: C'est
bien en vain que j'ai conserv dans le dsert tout ce qui tait  cet
homme, sans qu'il s'en soit rien perdu, puisque aprs cela il me rend le
mal pour le bien. Que Dieu traite les ennemis de David dans toute sa
svrit. Or Abigal n'eut pas plus tt aperu David, qu'elle descendit
de son ne. Elle lui fit une profonde rvrence, et se jetant  ses
pieds, elle lui dit: Que cette iniquit, mon seigneur, tombe sur moi.
Permettez seulement, je vous prie,  votre servante de vous parler, et
ne refusez pas d'entendre les paroles de votre servante. Que le coeur de
mon seigneur ne soit point sensible  l'injustice de Nabal. Car pour
moi, mon seigneur, je n'ai point vu les gens que vous avez envoys.
Maintenant donc, je vous prie, recevez ce prsent que votre servante
vous apporte  vous, et faites-en part aux gens qui vous suivent.
Remettez l'iniquit de votre servante: car l'Eternel trs-certainement
tablira votre maison, parce que vous combattez pour lui. Lors donc que
l'Eternel vous aura fait tous les grands biens qu'il a prdits de vous,
et qu'il vous aura tabli chef sur Isral, le coeur de mon seigneur
n'aura point ce scrupule ni ce remords, d'avoir rpandu le sang
innocent, et de s'tre veng lui-mme. Et quand Dieu vous aura combl de
biens, vous vous souviendrez, mon seigneur, de votre servante. David
rpondit  Abigal: Que l'Eternel le Dieu d'Isral soit bni de vous
avoir envoye aujourd'hui au-devant de moi. Que votre parole soit bnie,
et soyez bnie vous-mme de ce que vous m'avez empch de rpandre le
sang et de me venger de ma propre main. David reut donc de la main
d'Abigal tout ce qu'elle avait apport, et lui dit: Allez en paix en
votre maison; j'ai fait ce que vous m'avez demand, et j'ai eu de la
considration pour votre personne. Abigal ensuite vint  Nabal, et elle
trouva qu'il faisait dans sa maison un festin de roi. Son coeur nageait
dans la joie; car il avait tant bu qu'il tait tout ivre. Abigal ne lui
parla de rien jusqu'au matin. Mais le lendemain, lorsqu'il eut un peu
dissip les vapeurs du vin, sa femme lui rapporta tout ce qui s'tait
pass; et son coeur fut comme frapp de mort en lui-mme, et demeura
insensible comme une pierre. Dix jours s'tant passs, l'Eternel frappa
Nabal, et il mourut. Plus tard David fit demander Abigal en mariage,
elle consentit et devint son pouse. David pousa aussi Achinoam qui
tait de Jezrahel. Mais Sal de son ct donna Michal sa fille, femme de
David,  Phalti fils de Las, qui tait de Gallim.





 David a de nouveau l'occasion de pouvoir tuer son ennemi et ne le tue
                                  pas.


Cependant ceux de Ziph vinrent trouver Sal  Gabaa, et lui dirent:
David est cach dans nos environs. Sal aussitt prit avec lui trois
mille hommes choisis de tout Isral, et alla chercher David dans le
dsert de Ziph. Il campa sur la colline d'Hachila, qui est vis--vis du
dsert sur le chemin. David demeurait alors dans ce dsert. Comme on lui
dit que Sal venait l'y chercher, il envoya des gens pour le
reconnatre, et il apprit qu'il tait venu en effet. Il partit donc sans
bruit, et s'en vint au lieu o tait Sal; il remarqua l'endroit o
tait la tente de Sal, et d'Abner fils de Ner, gnral de son arme. Et
voyant que Sal dormait dans sa tente, et tous ses gens autour de lui,
il alla donc la nuit, accompagn d'Abisa, parmi les gens de Sal, et
ils trouvrent Sal couch et dormant dans sa tente: sa lance tait 
son chevet fiche en terre, et Abner avec tous ses gens dormaient autour
de lui. Alors Abisa dit  David: Dieu vous livre aujourd'hui votre
ennemi entre les mains, je vais donc avec ma lance le percer jusqu'en
terre d'un seul coup, et il n'en faudra pas un second. David rpondit 
Abisa: Ne le tuez point; car qui lvera la main sur l'oint de
l'Eternel, et sera innocent? Et il ajouta: A moins que l'ternel ne
frappe lui-mme Sal, ou que le jour de sa mort n'arrive, ou qu'il ne
soit tu dans une bataille, il ne mourra point. Dieu m'a dfendu de
porter la main sur l'oint de l'ternel. Prenez seulement sa lance qui
est  son chevet, et sa coupe; et allons-nous-en. David prit donc la
lance et la coupe, et ils s'en allrent. Il n'y eut personne qui les
vt, ni qui st ce qui se passait, ou qui s'veillt; mais tous
dormaient, parce que l'Eternel les avait assoupis d'un profond sommeil.
David tant pass de l'autre ct, s'arrta sur le haut d'une montagne
qui tait fort loigne du camp. Il appela de l  haute voix les gens
de Sal, et Abner fils de Ner, et lui cria: Abner ne rpondrez-vous donc
point? Abner rpondit: Qui tes-vous qui criez de la sorte, et qui
troublez le repos du roi? David dit  Abner: N'tes-vous pas un homme de
coeur? et y a-t-il quelqu'un dans Isral qui vous soit gal? Pourquoi
donc n'avez-vous pas gard le roi votre seigneur? car il est venu
quelqu'un d'entre le peuple pour tuer le roi votre seigneur. Ce n'est
pas l bien faire votre devoir. Vous mritez tous la mort, pour avoir si
mal gard votre matre, qui est l'oint de l'Eternel. Voyez donc
maintenant o est la lance du roi, et la coupe qui tait  son chevet.
Sal reconnut la voix de David, et lui dit: N'est-ce pas l votre voix
que j'entends, mon fils David? David lui dit: C'est ma voix, mon
seigneur et mon roi. Et il ajouta: Pourquoi mon seigneur perscute-t-il
son serviteur? Qu'ai-je fait? de quel mal ma main est-elle souille? Que
mon sang ne soit donc point rpandu sur la terre. Sal lui rpondit:
J'ai pch; revenez, mon fils David, je ne vous ferai plus de mal 
l'avenir, puisque ma vie a t aujourd'hui prcieuse devant vos yeux.
Car il parat que j'ai agi comme un insens, et que j'ai t mal inform
de beaucoup de choses. David dit ensuite: Voici la lance du roi; que
l'un de vos gens passe ici, et qu'il l'emporte. Au reste l'ternel
rendra  chacun selon sa justice et selon sa fidlit; car l'ternel
vous a livr aujourd'hui entre mes mains, et je n'ai point voulu porter
la main sur l'oint de l'ternel. Comme donc votre me a t aujourd'hui
prcieuse devant mes yeux, qu'ainsi mon me soit prcieuse devant les
yeux de l'ternel, et qu'il me dlivre de tous les maux. Sal rpondit 
David: Bni soyez-vous, mon fils David; vous russirez certainement dans
vos entreprises, et votre puissance sera grande. David ensuite s'en
alla, et Sal s'en retourna chez lui.





                         La pythonisse d'Endor.


Or Samuel tait mort; tout Isral l'avait pleur, et il avait t
enterr dans la ville de Ramatha, lieu de sa naissance. En ce temps-l
les Philistins assemblrent de nouveau leurs troupes et se prparrent 
combattre contre Isral. Sal de son ct assembla toutes les troupes
d'Isral. Et ayant vu l'arme des Philistins, il fut frapp
d'tonnement, et la crainte le saisit jusqu'au fond du coeur. Alors il
dit  ses officiers: Cherchez-moi une femme qui ait un esprit de python,
afin que j'aille la trouver, et que par son moyen je puisse le
consulter. Ses serviteurs lui dirent: Il y a  Endor une telle femme (or
Sal avait antrieurement chass, lui-mme, les magiciens et les devins
de son royaume). Sal se dguisa donc, prit d'autres habits, et s'en
alla accompagn de deux hommes seulement. Il vint la nuit chez cette
femme, et lui dit: Dcouvrez-moi l'avenir par l'esprit de python, qui
est en vous, et faites-moi venir celui que je vous dirai. Cette femme
lui rpondit: Vous savez tout ce qu'a fait Sal, et de quelle manire il
a extermin les magiciens et les devins de toutes ses terres: pourquoi
donc me tendez-vous un pige pour me faire perdre la vie? Sal lui jura
et lui dit: Il ne vous arrivera de ceci aucun mal. La femme lui dit: Qui
voulez-vous que je fasse venir? Il lui rpondit: Faites-moi venir
Samuel. La pythonisse, ruse qu'elle tait, fit alors croire  Sal, par
diffrentes fascinations qu'elle pratiquait devant ses yeux, que Samul
sortait effectivement de la tombe, et lui annonait toutes sortes de
malheurs. Sal tomba aussitt, et demeura tendu sur la terre: car les
paroles qu'il croyait avoir entendues par la bouche de Samuel l'avaient
pouvant; et les forces lui manqurent, parce qu'il n'avait point mang
de tout ce jour-l. La magicienne vint trouver Sal dans le grand
trouble o il tait, et lui dit: Permettez que je vous serve un peu de
pain, afin qu'ayant mang vous repreniez vos forces, et que vous
puissiez vous mettre en chemin. Sal le refusa, et lui dit: Je ne
mangerai point. Mais ses serviteurs et cette femme le contraignirent de
manger. Aprs donc que Sal et ses serviteurs eurent mang, ils s'en
allrent, et marchrent toute la nuit.





                      Mort de Sal et de ses fils.


Cependant la bataille se donna entre les Philistins et les Isralites.
Les Isralites furent mis en fuite devant les Philistins, et il en fut
tu un grand nombre sur la montagne de Gilboa. Les Philistins vinrent
fondre sur Sal et sur ses fils; ils turent Jonathan, Abinadab et
Malchisua fils de Sal, et tout l'effort du combat tomba sur Sal. Les
archers le joignirent, et il les craignait excessivement. Alors Sal dit
 son cuyer: Tirez votre pe et tuez-moi, de peur que ces Philistins
ne m'insultent encore en m'tant la vie. Mais son cuyer, tout pouvant
de ces paroles, ne voulut point le faire. Sal prit donc son pe, et se
jeta dessus. Et son cuyer voyant qu'il tait mort, se jeta lui-mme sur
son pe, et mourut auprs de lui. Ainsi Sal mourut en ce jour-l, et
avec lui trois de ses fils, son cuyer et tous ceux qui se trouvrent
auprs de sa personne.





                    Charit des habitants de Jabs.


Le lendemain les Philistins vinrent dpouiller ceux qui avaient t tus
 la bataille, et ils trouvrent Sal avec ses trois fils tendus morts
sur la montagne de Gilboa. Ils couprent la tte de Sal, et lui trent
ses armes; et ils envoyrent des courriers par tout le pays des
Philistins, pour publier cette nouvelle dans le temple de leurs idoles,
et la rpandre parmi tous les peuples. Ils mirent les armes de Sal dans
le temple d'Astaroth, et ils pendirent son corps sur la muraille de
Bethsan. Les habitants de Jabs de Galaad ayant appris le traitement que
les Philistins avaient fait  Sal, tous les plus vaillants d'entre eux
sortirent, marchrent toute la nuit; et ayant enlev le corps de Sal et
de ses fils qui taient sur la muraille de Bethsan, ils revinrent 
Jabs, o ils les brlrent. Ils prirent leurs os, les ensevelirent dans
le bois de Jabs, et jenrent pendant sept jours. David aussi,
lorsqu'on vint lui apporter la nouvelle de la mort de Sal et de ses
fils, s'abandonna au deuil et aux larmes, et tous ceux qui taient
auprs de lui firent la mme chose; ils jenrent jusqu'au soir,  cause
de la mort de Sal et de Jonathan son fils, et du malheur du peuple,
dont un si grand nombre avait t pass au fil de l'pe. Or David fit
une touchante complainte sur la mort de Sal et de Jonathan: Sal et
Jonathan, s'cria-t-il, ces princes qui pendant leur vie taient si
aimables, et d'une si grande majest, n'ont point t diviss dans leur
mort mme... Votre mort me perce de douleur, Jonathan mon frre, le plus
beau des princes. Comment les forts sont-ils tombs? Comment la gloire
des armes a-t-elle t anantie?





  David rgne sur Juda, et Isboseth sur Isral. Combat entre les deux
                                armes.


Aprs cela David consulta l'ternel, s'il devait aller dans quelqu'une
des villes de Juda, et, d'aprs la volont de Dieu, il alla  Hebron,
avec ses deux femmes, Achinoam et Abigal, et il y mena aussi tous ses
gens. Alors ceux de la tribu de Juda tant venus  Hebron, y sacrrent
David, afin qu'il rgnt sur la maison de Juda. D'un autre ct, Abner
fils de Ner, gnral de l'arme de Sal, prit Isboseth fils de Sal, et
l'ayant fait mener dans tout le camp, l'tablit roi sur Galaad, sur
Ephram, sur Benjamin et sur tout Isral. Une guerre acharne
s'ensuivit. Abner sortit de son camp avec les gens d'Isboseth; Joab
marcha contre lui avec les troupes de David. Ils se rencontrrent prs
de la piscine de Gabaon. Les armes s'tant approches, s'arrtrent
l'une devant l'autre: l'une tait d'un ct de la piscine, et l'autre de
l'autre. Alors Abner dit  Joab: Que quelques jeunes gens s'avancent, et
qu'ils s'exercent devant nous. Joab rpondit: Qu'ils s'avancent.
Aussitt douze hommes de Benjamin du ct d'Isboseth parurent et se
prsentrent; il en vint aussi douze du ct de David. Et chacun d'eux
ayant pris par la tte celui qui se prsenta devant lui, ils se
passrent tous l'pe au travers du corps, et tombrent morts tous
ensemble. Il se donna aussitt un rude combat, et Abner fut dfait avec
ceux d'Isral par les troupes de David. Asal frre de Joab, ayant
poursuivi Abner avec acharnement, fut tu par ce dernier. Au bout de
quelque temps une querelle clata entre Isboseth et Abner, ils se
sparrent, et Abner envoya des courriers  David pour lui dire de sa
part: Si vous voulez me donner part  votre amiti, je prendrai votre
parti, et je ferai que tout Isral se runira  vous. David lui
rpondit: Je le veux bien; je ferai amiti avec vous; mais je vous
demande une chose: Vous ne me verrez point que vous ne m'ayez ramen
auparavant Michal fille de Sal;  cette condition vous pouvez venir et
me voir. David ensuite envoya des courriers  Isboseth fils de Sal, et
lui fit dire: Rendez-moi Michal ma femme que j'ai pouse pour cent
Philistins. Isboseth envoya querir aussitt Michal et l'enleva  son
mari Phalti fils de Las. Aprs cela Abner parla aux anciens d'Isral,
et leur dit: Il y a dj longtemps que vous souhaitiez avoir David pour
roi. Faites-le donc maintenant; puisque l'ternel a parl  David, et a
dit de lui: Je sauverai par David mon serviteur Isral mon peuple de la
main des Philistins et de tous ses ennemis. Abner parla aussi  ceux de
Benjamin, et il alla trouver David  Hebron, pour lui dire tout ce
qu'Isral et tous ceux de la tribu de Benjamin avaient rsolu. Il y
arriva accompagn de vingt hommes. David lui fit un festin et  ceux qui
taient venus avec lui. Alors Abner dit  David: Je vous rassemblerai
tout Isral afin qu'il vous reconnaisse, ainsi que moi, pour seigneur et
pour roi; qu'ils fassent tous alliance avec vous, et que vous rgniez
sur eux tous comme vous le dsirez. David ayant donc reconduit Abner, et
Abner s'en tant all en paix, les gens de David survinrent aussitt
avec Joab, revenant d'un combat entrepris contre des brigands, et
rapportant un trs-grand butin. Joab apprit donc qu'Abner fils de Ner
tait venu parler au roi; que le roi l'avait renvoy, et qu'il s'en
tait retourn en paix. Joab aussitt alla trouver le roi, et lui dit:
Qu'avez-vous fait? Abner vient de venir vers vous, pourquoi l'avez-vous
renvoy, et l'avez-vous laiss aller? Ignorez-vous quel est Abner, et
qu'il n'est venu ici que pour vous tromper, pour reconnatre toutes vos
dmarches, et pour savoir tout ce que vous faites? Joab tant donc sorti
d'avec David, envoya des courriers aprs Abner, et le fit revenir, sans
que David le st. Et lorsqu'il fut arriv  Hebron, Joab le tira  part
au milieu de la porte pour lui parler, et il le frappa dans le ct, et
le tua pour venger la mort de son frre Asal. David ayant su ce qui
s'tait pass, dit: Je suis innocent pour jamais devant l'ternel, moi
et mon royaume, du sang d'Abner fils de Ner. Que son sang retombe sur
Joab. Alors David dit  Joab et  tout le peuple qui tait avec lui:
Dchirez vos vtements, couvrez-vous de sacs, et pleurez aux funrailles
d'Abner. Et le roi David marchait aprs le cercueil. Aprs qu'Abner eut
t enseveli  Hebron, le roi David leva sa voix, et pleura sur son
tombeau, tout le peuple pleurant aussi avec lui. Et le roi tmoignant
son deuil par ses larmes, dit ces paroles: Abner, vous n'tes point mort
comme les lches ont coutume de mourir. Vos mains n'ont point t lies
et vos pieds n'ont point t chargs de fers; mais vous tes mort comme
les hommes de coeur, qui tombent devant les enfants d'iniquit. Tout le
peuple  ces mots redoubla ses larmes. Et tous tant revenus pour manger
avec David, lorsqu'il tait encore grand jour, David jura et dit: Que
Dieu me traite avec toute sa svrit, si je prends une bouche de pain,
ou quoi que ce soit, avant que le soleil soit couch. Tout le peuple
entendit ces paroles; et tout ce que le roi avait fait, lui plut
extrmement. Et le peuple et tout Isral fut persuad ce jour-l que le
roi n'avait aucune part  l'assassinat d'Abner. Le roi dit aussi  ses
serviteurs: Ignorez-vous que c'est un prince et un grand prince qui est
mort aujourd'hui dans Isral. Pour moi je ne suis roi que par l'onction,
et encore peu affermi; et ces gens-ci, ces enfants de Zerua, (Joab et
les siens) sont trop violents pour moi. Que l'ternel traite celui qui
fait le mal selon sa malice.





                 Isboseth est tu. David venge sa mort.


Isboseth fils de Sal ayant appris qu'Abner avait t tu  Hebron,
perdit courage, et tout Isral se trouva dans un grand trouble. Isboseth
avait  son service deux chefs de troupes dont l'un s'appelait Baana,
l'autre Rechab, ils taient fils de Rimmon de Beroth, de la tribu de
Benjamin. Ces deux hommes entrrent dans la maison d'Isboseth, lorsqu'il
dormait sur son lit vers le midi en la plus grande chaleur du jour, le
turent, prirent sa tte, et ayant march toute la nuit par le chemin du
dsert, ils la prsentrent  David dans Hebron, et lui dirent: Voici la
tte d'Isboseth fils de Sal votre ennemi, qui cherchait  vous ter la
vie. David rpondit  Rechab et Baana: Vive l'ternel qui a dlivr mon
me, de tous les maux dont elle tait presse. Vous tes des mchants.
Vous avez tu un homme innocent dans sa maison, sur son lit; je vengerai
son sang sur vous qui l'avez rpandu de vos mains, et je vous
exterminerai de dessus la terre. David commanda donc  ses gens de les
tuer; ils prirent aussi la tte d'Isboseth, et l'ensevelirent dans le
spulcre d'Abner  Hebron.





 David est reconnu roi par tout Isral. Il prend la forteresse de Sion.


Alors toutes les tribus d'Isral vinrent trouver David  Hebron, et lui
dirent: Nous sommes vos os et votre chair. Il y a dj longtemps que
lorsque Sal tait notre roi, vous meniez Isral au combat, et vous l'en
rameniez: et l'ternel vous a dit: C'est vous qui serez le pasteur
d'Isral mon peuple, c'est vous qui serez le chef d'Isral. Les anciens
d'Isral vinrent aussi trouver David  Hebron. David y fit alliance avec
eux devant l'ternel; et ils le sacrrent roi sur Isral. David avait
trente ans lorsqu'il commena  rgner, et il rgna quarante ans. Il
rgna sept ans et demi  Hebron sur Juda, et trente-trois ans dans
Jrusalem sur Juda et sur Isral. Alors le roi, accompagn de tous ceux
qui taient avec lui, marcha vers Jrusalem contre les Jbusens qui y
habitaient, les assigea, prit la forteresse de Sion et l'appela la
ville de David; il la fit environner, et fit btir au dedans. David
s'avanait toujours et croissait de plus en plus, et l'ternel tait
avec lui. Hiram roi de Tyr envoya aussi des ambassadeurs  David, avec
du bois de cdre, des charpentiers et des tailleurs de pierres; et ils
btirent la maison de David.

Les Philistins ayant appris que David avait t sacr roi sur Isral,
s'assemblrent tous pour lui faire la guerre. Cependant, David les
dfit. Les Philistins revinrent encore une autre fois, et ils se
rpandirent dans la valle de Rapham; mais David, secouru par
l'ternel, les battit et les poursuivit depuis Gabaa jusqu' Gezer.





     Jrusalem devient la capitale et le sige du temple national.


David assembla encore toute l'lite d'Isral au nombre de trente mille
hommes, et s'en alla accompagn de tous ceux qui se trouvrent avec lui,
pour amener l'arche de Dieu en prsence de laquelle est invoqu le nom
de l'Eternel. Ils mirent l'arche de Dieu sur un chariot tout neuf, et
l'emmenrent de la maison d'Abinadab habitant de Gabaa. Oza et Ahio fils
d'Abinadab conduisaient le chariot. Cependant David et tout Isral
jouaient devant l'Eternel de toutes sortes d'instruments de musique, de
la harpe, de la lyre, du tambour, des sistres et des timbales. Mais
lorsqu'on fut arriv prs de l'aire de Nachon, les boeufs regimbant,
faisaient pencher l'arche, Oza y porta la main, la retint et tomba mort
sur la place devant l'arche de Dieu. David en fut afflig et fit entrer
l'arche dans la maison d'Obededom de Geth. L'arche de Dieu demeura donc
trois mois dans cette maison qui fut bnie de l'Eternel. Alors David en
amena l'arche de Dieu en la ville de David avec une grande joie. Il
offrit beaucoup de sacrifices  l'ternel, revtu d'un phod de lin, il
dansait devant l'arche. Lorsque l'arche fut entre dans la ville de
David, Michal fille de Sal regardant par la fentre, vit le roi David
qui dansait et qui sautait: et elle s'en moqua en elle-mme. Ils firent
donc entrer l'arche dans la tente que David avait fait dresser, et la
posrent en la place qui lui avait t destine: et David bnit le
peuple au nom de l'ternel, donna  chacun du pain, de la viande et du
vin. Ensuite il se retira en son palais pour faire part  sa maison de
la bndiction de ce jour. Et Michal fille de Sal tant venue au-devant
de David, lui dit: Que le roi d'Isral a eu de gloire aujourd'hui, en se
dcouvrant devant les servantes de ses sujets, et paraissant nu comme
ferait un bouffon! David rpondit  Michal: Oui, devant l'ternel qui
m'a choisi plutt que votre pre et que toute sa maison, et qui m'a
command d'tre chef de son peuple dans Isral, je danserai et je
paratrai vil encore plus que je n'ai paru; je serai mprisable  mes
yeux, et par l, j'aurai plus de gloire devant les servantes dont vous
parlez.--Or Michal fille de Sal n'eut point d'enfants jusqu' sa mort.





David veut btir un temple. Dieu lui fait dclarer que ce sera son fils
                             qui le btira.


Le roi s'tant tabli dans sa maison, et l'ternel lui ayant donn la
paix de tous cts avec tous ses ennemis, il dit au prophte Nathan: Ne
voyez-vous pas que je demeure dans une maison de cdre, et que l'arche
de Dieu ne loge que sous des peaux? Nathan dit au roi: Allez, faites
tout ce que vous avez dans le coeur, parce que l'ternel est avec vous.
Mais la nuit le prophte Nathan eut une vision pendant laquelle Dieu lui
dit: Allez vers mon serviteur David, et dites-lui: Vous ne me btirez
pas de maison; mais lorsque vous vous serez endormi avec vos pres, je
mettrai sur votre trne aprs vous votre fils, ce sera lui qui btira
une maison  mon nom; et j'tablirai pour jamais le trne de son
royaume. Je serai son pre, et il sera mon fils; et s'il commet quelque
chose d'injuste, je le chtierai avec la verge dont on chtie les
hommes. Mais je ne retirerai point ma misricorde de lui, comme je l'ai
retire de Sal. Votre maison sera stable, vous verrez votre royaume
subsister ternellement, et votre trne s'affermira pour jamais. Nathan
parla donc  David, et lui rapporta tout ce que Dieu lui avait rvl.
Alors le roi David alla se prsenter devant l'Eternel et dit: Qui
suis-je,  ternel mon Dieu, et quelle est ma maison, pour que vous
m'ayez lev  l'tat o je me trouve aujourd'hui? Mais cela mme a paru
peu de chose  vos yeux,  Eternel mon Dieu, si vous n'assuriez encore
votre serviteur de l'tablissement de sa maison pour les sicles 
venir: car c'est l la loi des enfants d'Adam,  Eternel mon Dieu.
Maintenant donc accomplissez pour jamais la parole que vous avez
prononce sur votre serviteur et sur sa maison, et excutez ce que vous
avez dit; afin que votre nom soit ternellement glorifi, et que l'on
dise: L'Eternel est le Dieu d'Isral; et que la maison de votre
serviteur David demeure stable devant l'Eternel; car puisque vous la
bnissez, Eternel, elle sera bnie pour jamais.





         Victoires de David. Noms de ses officiers suprieurs.


Aprs cela David battit les Philistins, les humilia, et s'empara d'une
de leurs places appele Meteg-Amah. Il dfit aussi les Moabites, les
assujettit et les fora  lui payer tribut. Il vainquit ensuite beaucoup
de rois qui faisaient alliance contre lui; et l'ternel le conserva dans
toutes les guerres qu'il entreprit. Il mit des garnisons dans la Syrie 
Damas: la Syrie lui fut assujettie, et lui paya tribut. Il mit de plus
des officiers et des garnisons dans l'Idume; et toute l'Idume lui fut
assujettie. Toutes les armes et les vases d'or, d'argent et d'airain
qu'il enleva dans ces guerres furent consacres  l'Eternel.--David
rgna donc sur tout Isral, et dans les jugements qu'il rendait, il
faisait justice  tout son peuple. Joab fils de Zerua tait gnral de
ses armes; et Josaphat fils d'Ahilud avait la charge des requtes.
Zadoc fils d'Achitob et Achimelech fils d'Abiathar taient prtres;
Saraa tait secrtaire. Banaa fils de Joada commandait les Cerethiens
et les Phelethiens; et les fils de David taient les officiers les plus
puissants.





David honore le souvenir de son ami Jonathan en Miphiboseth, fils de ce
                                dernier.


David dit alors: N'est-il point rest quelqu'un de la maison de Sal, 
qui je puisse faire du bien,  cause de Jonathan? Or il y avait un
serviteur de la maison de Sal, qui s'appelait Ziba. Le roi l'ayant fait
venir, lui dit: Est-il rest quelqu'un de la maison de Sal, que je
puisse combler de grces? Ziba rpondit au roi: Il reste encore un fils
de Jonathan, qui est incommod des jambes. O est-il? dit David. Il est,
dit Ziba,  Lodabar dans la maison de Machir fils d'Ammiel. Le roi David
envoya donc des gens, et le fit venir de Lodabar. Miphiboseth fils de
Jonathan tant venu devant David, lui fit une profonde rvrence en se
prosternant en terre. David lui dit: Miphiboseth, ne craignez point,
parce que je suis rsolu de vous traiter avec toute sorte d'affection, 
cause de Jonathan votre pre. Je vous rendrai toutes les terres de Sal
votre aeul, et vous mangerez toujours  ma table. Miphiboseth se
prosterna devant lui et le remercia. Le roi fit donc venir Ziba
serviteur de Sal et lui dit: J'ai donn au fils de votre matre tout ce
qui tait  Sal. Faites donc valoir ses terres pour lui, afin que le
fils de votre matre ait de quoi subsister; or, Miphiboseth mangera
toujours  ma table.





  Hanon outrage les ambassadeurs de David. Dfaites des Syriens et des
                               Ammonites.


Il arriva que quelque temps aprs le roi des Ammonites vint  mourir; et
Hanon son fils rgna en sa place. Alors David dit: Je veux tmoigner de
l'affection envers Hanon fils de Naas, comme son pre m'en a tmoign.
Il lui envoya donc des ambassadeurs pour le consoler de la mort de son
pre. Mais lorsqu'ils furent arrivs sur les terres des Ammonites, les
plus grands du pays dirent  Hanon leur matre: Croyez-vous que ce soit
pour honorer votre pre et pour vous consoler, que David vous ait envoy
ici des ambassadeurs? et ne voyez-vous pas qu'il ne l'a fait que pour
reconnatre la principale ville de vos Etats, pour y remarquer toutes
choses, et pour la dtruire un jour? Hanon fit donc prendre les
serviteurs de David, leur fit raser la moiti de la barbe, et leur fit
couper la moiti de leurs habits, et les renvoya. David ayant reu la
nouvelle qu'ils avaient t outrags si honteusement, envoya au-devant
d'eux, et leur donna cet ordre: Demeurez  Jricho jusqu' ce que votre
barbe soit crue; et aprs cela vous reviendrez. Or les Ammonites voyant
qu'ils avaient offens David, envoyrent vers les Syriens qui firent
lever  leurs dpens trente-trois mille hommes. David en ayant t
averti, envoya contre eux Joab avec toutes ses troupes. Les Ammonites
s'tant mis en campagne, rangrent leur arme en bataille  l'entre de
la porte de la ville, appele Midba; et les Syriens taient dans un
corps spar dans la plaine. Joab voyant donc les ennemis prpars  le
combattre de front et par derrire, choisit des gens de toutes les
meilleures troupes d'Isral, et marcha en bataille contre les Syriens.
Il donna le reste de l'arme  Abisa, son frre, qui marcha pour
combattre les Ammonites. Et Joab dit  Abisa: Si les Syriens ont de
l'avantage sur moi, vous viendrez  mon secours; et si les Ammonites en
ont sur vous, je viendrai aussi vous secourir. Agissez en homme de
coeur, et combattons pour notre peuple et pour la cit de notre Dieu; et
l'Eternel ordonnera de tout comme il lui plaira. Joab attaqua donc les
Syriens avec les troupes qu'il commandait; et aussitt les Syriens
fuirent devant lui. Les Ammonites voyant la fuite des Syriens,
s'enfuirent aussi eux-mmes devant Abisa, et se retirrent dans la
ville. Joab aprs avoir battu les Ammonites, s'en retourna, et revint 
Jrusalem. Les Syriens voyant qu'ils avaient t dfaits par Isral,
s'assemblrent tous, et donnrent  un gnral nomm Sobach le
commandement de leurs armes. David en ayant reu nouvelle, assembla
toutes les troupes d'Isral, passa le Jourdain, et vint  Helam. Les
Syriens marchrent contre David, et lui donnrent bataille. Mais ils
s'enfuirent ds qu'ils furent en prsence de l'arme d'Isral, et David
tailla en pices sept cents chariots de leurs troupes, et quarante mille
chevaux, et blessa tellement Sobach, gnral de l'arme, qu'il mourut
sur-le-champ. Les Syriens se voyant vaincus par les Isralites, firent
la paix avec eux, et leur furent assujettis. Depuis ce temps-l les
Syriens apprhendrent de donner secours aux Ammonites.





                     Pch de David avec Bathseba.


L'anne suivante, David envoya Joab avec ses officiers et toutes les
troupes d'Isral, qui ravagrent le pays des Ammonites, et assigrent
Rabba. Mais David demeura  Jrusalem. Pendant que ces choses se
passaient, il arriva que David se promenant sur la terrasse de son
palais, vit une femme vis--vis de lui, sur la terrasse de sa maison; et
cette femme tait fort belle. Le roi envoya donc savoir qui elle tait.
On vint lui dire que c'tait Bathseba, femme d'Urie Hethen, un de ses
officiers. David ayant envoy des gens, la fit venir. Il envoya  Joab,
par Urie mme, une lettre crite en ces termes: Mettez Urie  la tte de
vos gens o le combat sera le plus rude; et faites en sorte qu'il soit
abandonn, et qu'il y prisse. Joab excuta cet ordre, et Urie fut tu
dans le combat. La femme d'Urie ayant appris que son mari tait mort, le
pleura. Et aprs que le temps du deuil fut pass, David la fit venir en
sa maison, et l'pousa. Elle lui enfanta un fils. Et cette action
qu'avait faite David dplut  l'ternel. Or Joab continua  battre
Rabbath, ville des Ammonites; et tant prs de prendre cette ville
royale, il envoya des courriers  David avec ordre de lui dire: J'ai
battu jusqu'ici Rabbath; et cette ville environne d'eau va tre prise.
Faites assembler le reste du peuple, et venez au sige de la ville, et
la prenez; de peur que lorsque je l'aurai dtruite, on ne m'attribue
l'honneur de cette victoire. David assembla donc tout le peuple, et
marcha contre Rabbath; et aprs quelques combats, il la prit. Il ta de
dessus la tte du roi des Ammonites le diadme qui pesait un talent
d'or, et tait enrichi de pierreries trs-prcieuses; et il fut mis sur
la tte de David. Il remporta aussi de la ville un fort grand butin et
revint ensuite  Jrusalem avec toute son arme.





  David est repris de son pch, et marque son repentir. Naissance de
                                Salomon.


Alors le prophte Nathan vint trouver David au nom de l'Eternel, et lui
dit: Il y avait deux hommes dans une ville, dont l'un tait riche et
l'autre pauvre. Le riche avait un grand nombre de brebis et de boeufs.
Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achete
et avait nourrie; qui tait crue parmi ses enfants en mangeant de son
pain, buvant de sa coupe, et dormant dans son sein; et il la chrissait
comme sa fille. Un tranger tant venu voir le riche, celui-ci ne voulut
point toucher  ses brebis ni  ses boeufs pour lui faire festin; mais
il prit la brebis de ce pauvre homme, et la donna  manger  son hte.
David entra dans une grande indignation contre cet homme, et dit 
Nathan: Vive l'Eternel, celui qui a fait cette action est digne de mort.
Il rendra la brebis au quadruple, pour en avoir us de la sorte, et pour
n'avoir point pargn ce pauvre. Alors Nathan dit  David: C'est
vous-mme qui tes cet homme. Voici ce que dit l'Eternel le Dieu
d'Isral: Je vous ai sacr roi sur Isral, et vous ai dlivr de la main
de Sal. Je vous ai mis entre les mains la maison de votre seigneur, et
vous ai rendu matre de toute la maison d'Isral et de Juda. Pourquoi
donc avez-vous mpris ma parole, jusqu' commettre le mal devant mes
yeux? Vous avez fait perdre la vie  Urie Hethen; vous lui avez t sa
femme, et l'avez prise pour vous; et vous l'avez tu par l'pe des
enfants d'Ammon. C'est pourquoi elle ne sortira jamais de votre maison;
parce que vous m'avez mpris et que vous avez pris pour vous la femme
d'Urie Hethen. Voici ce que dit l'Eternel: Je vais vous susciter des
maux qui natront de votre propre maison; vous avez fait cette action en
secret, mais moi je ferai accomplir ce malheur  la vue de tout Isral,
et  la vue du soleil. David dit  Nathan: J'ai pch contre l'Eternel!
Ayez piti de moi,  Dieu, selon votre grande misricorde: et effacez
mon iniquit selon la multitude de vos bonts. Lavez-moi de plus en plus
de mon iniquit; et purifiez-moi de mon pch. Car je reconnais mon
iniquit; et j'ai toujours mon pch devant les yeux. Nathan lui dit
alors: L'Eternel aussi a transfr votre pch; et vous ne mourrez
point. Mais nanmoins parce que vous avez t cause par votre pch que
les ennemis de l'Eternel ont blasphm contre lui, le fils qui vous est
n va certainement perdre la vie. Nathan retourna ensuite en sa maison.
En mme temps l'Eternel frappa l'enfant que la femme d'Urie avait eu de
David, et le roi fut dsespr. David pria l'Eternel pour l'enfant; il
jena; il resta dans la solitude, et demeura couch sur la terre. Les
principaux de sa maison vinrent le trouver et lui firent de grandes
instances pour l'obliger  se lever de terre; mais il le refusa, et ne
mangea point avec eux. Le septime jour l'enfant mourut et les
serviteurs de David n'osaient lui dire qu'il tait mort; car ils
s'entre-disaient: Lorsque l'enfant vivait encore et que nous lui
parlions, il ne voulait pas nous couter: combien donc s'affligera-t-il
encore davantage, si nous lui disons qu'il est mort? David voyant que
ses officiers parlaient tout bas entre eux, reconnut que l'enfant tait
mort; et le leur ayant demand, ils lui rpondirent qu'il tait mort.
Aussitt il se leva de terre, alla au bain, prit de l'huile de parfum;
et ayant chang d'habit, il entra dans la maison de l'ternel, et
l'adora: il revint ensuite en sa maison, il demanda qu'on lui servt 
manger et il prit de la nourriture. Alors ses officiers lui dirent: D'o
vient cette conduite si extraordinaire? Vous jeniez et vous pleuriez
pour l'enfant lorsqu'il vivait encore; et aprs qu'il est mort, vous
vous tes lev, et vous avez mang. David leur rpondit: J'ai jen et
j'ai pleur pour l'enfant tant qu'il a vcu; parce que je disais: Qui
sait si l'ternel ne me le donnera point, et s'il ne lui sauvera point
la vie? Mais maintenant qu'il est mort, pourquoi jenerais-je? Est-ce
que je puis encore le faire revivre? C'est moi plutt qui irai  lui; et
il ne reviendra jamais  moi. David ensuite consola sa femme Bathseba.
Bathseba eut ensuite un fils, qu'on appela Salomon; David le remit entre
les mains du prophte Nathan, qui lui donna le nom Jedidja,
c'est--dire, aimable  l'ternel, parce que l'ternel l'aimait.





                 Inceste d'Amnon. Vengeance d'Absalom.


David avait beaucoup de femmes et beaucoup d'enfants. L'an fut Amnon,
qu'il eut d'Achinoam de Jezrahel. Le second Cheleab qu'il eut d'Abigal
veuve de Nabal du Carmel. Le troisime, Absalom qu'il eut de Moacha
fille de Tholma roi de Gessur. Le quatrime, Adonia fils d'Haggith. Le
cinquime, Saphatia fils d'Abital. Le sixime, Jethraam fils d'Egla; et
le septime, Salomon fils de Bathseba.--Or il n'y avait point d'homme
dans tout Isral qui ft si bien fait ni si beau qu'tait Absalom:
depuis la pointe des pieds jusqu' la tte, il n'y avait pas en lui le
moindre dfaut. Il avait aussi une trs-belle soeur qui s'appelait
Thamar. Amnon aimait Thamar, et son amour se dclara d'une manire qui
n'est pas permise dans Isral. Ds lors Absalom conut une grande haine
contre Amnon. Deux ans aprs il arriva qu'Absalom fit tondre ses brebis
 Baalhasor, qui est prs de la tribu d'phram; et il invita tous les
enfants du roi  venir chez lui. Absalom fit prparer un festin de roi.
En mme temps il donna cet ordre  ses officiers: Prenez garde quand
Amnon commencera  tre troubl par le vin, et que je vous ferai signe:
frappez-le, et le tuez. Ne craignez point, car c'est moi qui vous le
commande. Les officiers d'Absalom excutrent donc  l'gard d'Amnon le
commandement que leur matre leur avait fait; et aussitt tous les
enfants du roi se levant de table, montrent chacun sur leur mule, et
s'enfuirent. Absalom ayant pris la fuite, se retira chez Thalma, roi de
Gessur, et y demeura trois ans. David cessa alors de le poursuivre, et
cdant aux instances de Joab qui demanda la grce pour Absalom, David
lui accorda la permission de retourner  Jrusalem. (La femme de
Thecua.)





            Rvolte d'Absalom: David s'enfuit de Jrusalem.


Aprs cela Absalom se fit faire des chariots, prit avec lui des
cavaliers, et cinquante hommes qui marchaient devant lui. Et se levant
ds le matin, il se tenait  l'entre du palais; il appelait tous ceux
qui avaient des affaires, et qui venaient demander justice au roi. Et il
disait  chacun d'eux: D'o tes-vous? Chacun lui rpondait: Votre
serviteur est d'une telle tribu d'Isral. Et Absalom lui disait: Votre
affaire me parat bien juste. Mais il n'y a personne qui ait ordre du
roi de vous couter. Et il ajoutait: Oh! qui m'tablira juge dans le
pays, afin que tous ceux qui ont des affaires viennent  moi, et que je
les juge selon la justice! Et lorsque quelqu'un venait lui faire la
rvrence, il lui tendait la main, le prenait et le baisait. Il traitait
ainsi ceux qui venaient de toutes les villes d'Isral demander justice
au roi: et il s'insinuait par l dans l'affection de tout Isral.--Un
jour Absalom dit au roi David: Permettez-moi d'aller  Hebron, pour y
accomplir les voeux que j'ai faits en l'honneur de l'ternel. Car
lorsque j'tais  Gessur en Syrie, j'ai fait ce voeu  Dieu: Si
l'ternel me ramne  Jrusalem, je lui offrirai un sacrifice. Le roi
David lui dit: Allez en paix. Et aussitt il partit, et il s'en alla 
Hebron. En mme temps Absalom envoya dans toutes les tribus d'Isral des
gens qu'il avait gagns, avec cet ordre: Aussitt* que vous entendrez
sonner la trompette, publiez qu'Absalom rgne dans Hebron.

Absalom emmena avec lui deux cents hommes de Jrusalem, qui le suivirent
simplement sans savoir en aucune sorte le dessein de ce voyage. Absalom
fit venir aussi de la ville de Gilo Achitophel conseiller de David. Et
lorsqu'on offrait des victimes, il se forma une puissante conspiration;
et la foule du peuple qui accourait de toutes parts pour suivre Absalom,
croissait de plus en plus. Il vint aussitt un courrier  David, qui lui
dit: Tout Isral suit Absalom de tout son coeur. David dit  ses
officiers: Allons-nous-en, fuyons d'ici: car nous ne pourrions viter de
tomber entre les mains d'Absalom. Htons-nous de sortir, de peur qu'il
ne nous prvienne, qu'il ne nous accable de maux, et qu'il ne fasse
passer toute la ville au fil de l'pe. Le roi sortit donc avec toute sa
maison; et laissa dix de ses femmes pour garder son palais. Il passa le
torrent de Gdron, et tout le peuple allait le long du chemin qui
regarde le dsert. En mme temps le prtre Zadoc vint accompagn de tous
les lvites, qui portaient l'arche de Dieu, et ils la posrent sur un
lieu lev. Abiathar monta, en attendant que tout le peuple qui sortait
de la ville ft pass. Alors le roi dit  Zadoc: Reportez  la ville
l'arche de Dieu. Si je trouve grce devant l'ternel, il me ramnera, et
il me fera voir son arche et son tabernacle. S'il me dit: Vous ne
m'agrez point; je suis tout prt; qu'il fasse de moi ce qu'il lui
plaira. Le roi dit encore en parlant  Zadoc: Si vous le jugez
convenable, retournez aussi  la ville avec Achimaas votre fils, et
Jonathan fils d'Abiathar; retournez l'un et l'autre avec vos deux fils.
Pour moi je vais me cacher dans les plaines du dsert, jusqu' ce que
vous m'envoyiez des nouvelles de l'tat des choses. Zadoc et Abiathar
reportrent donc  Jrusalem l'arche de Dieu, et y demeurrent.
Cependant David montait la colline des Oliviers, et pleurait en montant.
Il allait nu-pieds et la tte couverte: et tout le peuple qui tait avec
lui montait la tte couverte et en pleurant. Or David reut nouvelles
qu'Achitophel mme tait aussi dans la conjuration d'Absalom; et il dit
 Dieu: O Eternel, renversez les conseils d'Achitophel. Car les conseils
que donnait Achitophel taient regards alors comme des oracles de Dieu
mme. Lorsque David arrivait au haut de la montagne o il devait adorer
l'Eternel, Chusa d'Arach vint au-devant de lui, ayant ses vtements
dchirs, et la tte couverte de terre. David lui dit: Si vous venez
avec moi, vous me serez  charge; mais si vous retournez  la ville,
vous pouvez contribuer  dissiper le conseil d'Achitophel. Chusa ami de
David retourna donc  Jrusalem, et Absalom y entrait en mme temps.





   Ziba, Sime. C'est dans l'adversit que l'on reconnat les hommes.


A peine David avait-il dpass le haut de la montagne, que Ziba,
serviteur de Miphiboseth, vint au-devant de lui avec deux nes chargs
de deux cents pains, de cent paquets de raisins secs, de cent cabas de
figues, d'un vaisseau plein de vin. Le roi lui dit: Que voulez-vous
faire de cela? Ziba lui rpondit: Les nes sont pour servir de monture 
la famille royale, les pains et les figues pour donner  ceux qui vous
suivent; et le vin, afin que si quelqu'un se trouve faible dans le
dsert, il puisse en boire; le roi lui dit: O est le fils de votre
matre? Il est demeur, dit Ziba, dans Jrusalem, en disant: La maison
d'Isral me rendra aujourd'hui le royaume de mon pre. Le roi dit 
Ziba: Je vous donne tout ce qui tait  Miphiboseth. Ziba lui rpondit:
Ce que je souhaite, mon seigneur et mon roi, c'est d'avoir quelque part
 vos bonnes grces.

Le roi David tant venu jusqu'auprs de Bahurim, il en sortit un homme
de la maison de Sal, appel Seme fils de Gera, qui s'avanant dans son
chemin maudissait David, lui jetait des pierres et  tous ses gens. Il
maudissait le roi en ces termes: Sors, sors, homme de sang, homme bas.
Dieu a fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Sal,  la
place de laquelle tu as rgn. Et maintenant Dieu fait passer le royaume
entre les mains d'Absalom ton fils; et tu te vois accabl des maux que
tu as faits, parce que tu es un homme de sang. Alors Abisa fils de
Zerua dit au roi: Faut-il que celui-ci maudisse le roi mon seigneur? Je
vais le tuer. Mais le roi dit  Abisa: Laissez-le faire; car l'Eternel
lui a ordonn de maudire David; et qui osera lui demander pourquoi il
l'a fait? Le roi dit encore  Abisa, et  tous ses serviteurs: Vous
voyez que si mon fils cherche  m'ter la vie, combien plus un fils de
Jemini peut-il me traiter de cette sorte! Laissez-le faire, laissez-le
me maudire, selon l'ordre qu'il en a reu de l'Eternel; et peut-tre que
l'Eternel regardera mon affliction, et qu'il me fera quelque bien pour
ces maldictions que je reois aujourd'hui. David continua donc son
chemin accompagn de ses gens et arriva enfin  Bahurim trs-fatigu, et
ils prirent l un peu de repos.

Cependant Absalom entra dans Jrusalem suivi de tous ceux de son parti,
et accompagn d'Achitophel. Chusa d'Arach ami de David vint lui faire
la rvrence, et lui dit: Mon roi, Dieu vous conserve! Dieu vous
conserve, mon roi! Absalom lui rpondit: Est-ce donc l la
reconnaissance que vous avez pour votre ami? D'o vient que vous n'tes
pas all avec votre ami? Dieu m'en garde, dit Chusa; car je serai 
celui qui a t lu par l'ternel, par tout ce peuple et par tout
Isral, et je demeurerai avec lui. Et de plus, qui est celui que je
viens servir? n'est-ce pas le fils du roi? Je vous obirai comme j'ai
obi  votre pre. Absalom dit alors  Achitophel: Consultons pour voir
ce que nous avons  faire. Achitophel dit  Absalom: Abusez des femmes
de votre pre, qu'il a laisses pour garder son palais; afin que lorsque
tout Isral saura que vous avez dshonor votre pre, ils s'attachent
plus fortement  votre parti. On fit donc dresser une tente pour Absalom
sur la terrasse du palais du roi; et il abusa devant tout Isral des
femmes de son pre.





       Achitophel: orgueil, projets manqus, dsespoir, suicide.


Achitophel dit donc  Absalom: Si vous l'agrez, je vais prendre deux
mille hommes choisis; j'irai poursuivre David cette nuit mme; et
fondant sur lui et sur ses gens qui sont tous las et hors de dfense, je
les battrai sans peine. Tout le monde fuira, et le roi se trouvant seul,
je m'en dferai. Je ramnerai tout ce peuple comme si ce n'tait qu'un
seul homme; car vous ne cherchez qu'une personne; et aprs cela tout
sera en paix. Cet avis plut  Absalom, et  tous les anciens d'Isral.
Nanmoins Absalom dit: Faites venir Chusa d'Arach, afin que nous
sachions aussi son avis. Chusa tant venu devant Absalom, Absalom lui
dit: Voici le conseil qu'Achitophel vient de nous donner; devons-nous le
suivre? que nous conseillez-vous? Chusa rpondit  Absalom: Le conseil
qu'a donn Achitophel ne me parat pas bon pour cette fois. Vous
n'ignorez pas, ajouta-t-il, quel est votre pre; que les gens qui sont
avec lui sont trs-vaillants, et que maintenant ils ont le coeur irrit.
Votre pre aussi, qui sait parfaitement la guerre, ne s'arrtera point
avec ses gens. Il est peut-tre maintenant cach dans une caverne, ou
dans quelque autre lieu qu'il aura choisi. Si quelqu'un de vos gens est
tu d'abord, on publiera aussitt partout que le parti d'Absalom a t
battu. Et en mme temps les plus hardis de ceux qui vous suivent, seront
saisis d'effroi; car tout le peuple d'Isral sait que votre pre et tous
ceux qui sont avec lui sont trs-vaillants. Voici donc, ce me semble, le
meilleur conseil que vous puissiez suivre: Faites assembler tout Isral
depuis Dan jusqu' Bersabe, marchez  la tte de votre arme. Et en
quelque lieu que puisse tre David, nous irons nous jeter sur lui; nous
l'accablerons par notre grand nombre, et nous ne laisserons pas un seul
de tous les gens qui sont avec lui. Alors Absalom et tous les principaux
d'Isral dirent: L'avis de Chusa est meilleur que celui d'Achitophel.
Mais ce fut par la volont de l'Eternel que le conseil d'Achitophel, qui
tait le plus sage, fut ainsi dtruit, afin que l'Eternel ft tomber
Absalom dans le malheur dont il tait digne. Achitophel, voyant qu'on
n'avait point suivi le conseil qu'il avait donn, s'en alla  la maison
qu'il avait en sa ville de Gilo; et ayant mis ordre  toutes ses
affaires, il se pendit, et fut enseveli dans le spulcre de son pre.





                            Absalom est tu.


Cependant, David instruit de tout ce qui se passait auprs d'Absalom,
passa le Jourdain avec tous ses gens et arriva dans la ville de
Mahanam. Absalom de son ct passa aussi le Jourdain, et se campa avec
son arme dans le pays de Galaad. David ayant fait la revue de ses gens,
leur dit: Je veux me trouver au combat avec vous. Mais ses gens lui
rpondirent: Vous ne viendrez point avec nous; car quand les ennemis
nous auraient fait fuir, ils ne croiraient pas avoir fait grand'chose;
et quand ils auraient taill en pices la moiti de nos troupes, ils
n'en seraient pas fort satisfaits; parce que vous tes considr vous
seul comme dix mille hommes. Il vaut donc mieux que vous demeuriez dans
la ville, afin que vous soyez en tat de nous secourir. Le roi leur dit:
Je ferai ce que vous voudrez. Il se tint donc  la porte de la ville,
pendant que toute l'arme en sortait en diverses troupes de cent hommes
et de mille hommes. En mme temps il donna cet ordre aux chefs de
l'arme: Conservez-moi mon fils Absalom. Et tout le peuple entendit le
roi qui recommandait Absalom  tous ses gnraux. L'arme marcha donc en
bataille contre Isral, et la bataille fut donne dans la fort
d'Ephram. L'arme de David tailla en pices celle d'Isral. La dfaite
fut grande, et vingt mille hommes demeurrent sur la place. Les gens
d'Absalom fuyant aprs le combat, furent disperss de tous cts; et il
y en eut beaucoup plus qui prirent dans la fort, qu'il n'y en eut qui
moururent par l'pe en ce jour-l. Absalom mme fut rencontr par les
gens de David: car lorsqu'il tait sur sa mule, et qu'il passait sous un
grand chne fort touffu, sa chevelure s'embarrassa dans les branches du
chne; et sa mule continuant sa course, il demeura suspendu entre le
ciel et la terre. Un soldat le vit en cet tat, et vint dire  Joab:
J'ai vu Absalom pendu  un chne. Joab dit  celui qui lui avait apport
cette nouvelle: Si tu l'as vu, pourquoi ne lui as-tu pas pass ton pe
au travers du corps? je l'aurais donn dix sicles d'argent et un
baudrier. Il rpondit  Joab: Quand vous me donneriez prsentement mille
pices d'argent, je me garderais bien de porter la main sur la personne
du fils du roi; car nous avons tous entendu l'ordre que le roi vous a
donn, lorsqu'il vous a dit: Conservez-moi mon fils Absalom. Et si je
m'tais hasard  faire une action si tmraire, elle n'aurait pu tre
cache au roi; et vous seriez-vous oppos  lui? Joab lui dit: Je ne
m'en rapporterai pas  toi; mais je l'attaquerai moi-mme en ta
prsence. Il prit donc en sa main trois dards, dont il pera le coeur
d'Absalom. Et lorsqu'il respirait encore, toujours pendu au chne, dix
jeunes cuyers de Joab accoururent, le percrent de coups et
l'achevrent. Aussitt Joab fit sonner la retraite; et voulant pargner
le peuple, il empcha ses gens de poursuivre davantage les Isralites
qui fuyaient. Ainsi les Isralites se retirrent chacun chez soi. On
emporta Absalom, et on le jeta dans une grande fosse qui tait dans le
bois, sur laquelle on leva un grand monceau de pierres.





     David pleure la mort d'Absalom; il se montre gracieux aprs sa
                             rintgration.


Cependant David tait assis entre les deux portes de la ville; et la
sentinelle qui tait sur la muraille au haut de la porte levant les
yeux, vit un homme qui courait, il en avertit le roi. Arriv prs du
roi, celui-ci lui demanda: Mon fils Absalom est-il en vie? Cet homme lui
rpondit: Lorsque Joab m'a envoy vers vous, j'ai vu s'lever un grand
tumulte: c'est tout ce que je sais. Passez, lui dit le roi, et
tenez-vous l. Lorsqu'il fut pass, un autre parut, et il dit en
arrivant: Mon seigneur et mon roi, je vous apporte une bonne nouvelle;
car l'Eternel a jug aujourd'hui en votre faveur, et vous a dlivr de
la main de tous ceux qui s'taient soulevs contre vous. Le roi lui dit:
Mon fils Absalom est-il en vie? L'homme lui rpondit: Que les ennemis de
mon roi, et tous ceux qui se soulvent contre lui pour le perdre, soient
traits comme il l'a t. Le roi tant donc saisi de douleur, se retira
dans son appartement et se mit  pleurer. Il s'criait: Mon fils
Absalom, Absalom mon fils! que ne puis-je donner ma vie pour la tienne!
mon fils Absalom, Absalom mon fils! En mme temps on avertit Joab que le
roi tait dans les larmes, et qu'il pleurait son fils. Joab vint le
consoler.

Or toutes les tribus reconnurent de nouveau David comme leur roi; et il
gagna le coeur de tous ceux de Juda, qui tous unanimement lui envoyrent
dire: Revenez, vous, et tous ceux qui sont demeurs attachs  votre
service. Le roi retourna donc, et s'avana jusqu'au Jourdain; et tout
Juda vint au-devant de lui jusqu' Galgala, pour lui faire passer le
fleuve. Lorsque le roi eut pass le Jourdain, Seme fils de Gera se
prosternant devant lui, lui dit: Ne me traitez point selon mon iniquit,
mon seigneur, oubliez les injures que vous avez reues de votre
serviteur le jour que vous sorttes de Jrusalem; et que votre coeur, 
mon seigneur et mon roi, n'en conserve point de ressentiment. Abisa
fils de Zerua dit alors: Ces paroles suffiront-elles donc pour sauver
la vie de Seme, aprs qu'il a maudit l'oint de l'Eternel? Mais David
rpondit  Abisa: Pourquoi me devenez-vous aujourd'hui des tentateurs?
Est-ce ici un jour  faire mourir un homme d'entre Isral? et puis-je
ignorer que je deviens aujourd'hui roi d'Isral? Alors il dit  Seme:
Vous ne mourrez point; et il le lui jura. Miphiboseth fils de Jonathan
vint aussi au-devant du roi. Le roi lui dit: Miphiboseth, pourquoi
n'tes-vous point venu avec moi? Miphiboseth lui rpondit: Mon seigneur
et mon roi, mon serviteur n'a point voulu m'obir; car tant incommod
des jambes, comme je le suis, je lui avais dit de me prparer un ne
pour vous suivre. Et au lieu de le faire, il est venu m'accuser devant
mon seigneur. Le roi lui rpondit: Ce que j'ai ordonn subsistera. Vous
et Ziba vous partagerez vos biens. Miphiboseth rpondit au roi: Je
consens volontiers qu'il ait tout, puisque je vois mon seigneur et mon
roi revenu heureusement en sa maison.





                     Murmure d'Isral contre Juda.


Lorsque le roi passa le Jourdain, il fut accompagn de toute la tribu de
Juda; et il ne s'y trouva que la moiti du peuple d'Isral. Tous ceux
d'Isral s'adressrent donc en foule au roi, et lui dirent: Pourquoi nos
frres de Juda nous ont-ils enlev le roi sans nous attendre, avant de
lui faire passer le Jourdain avec sa maison et toute sa suite? Tous ceux
de Juda leur rpondirent: C'est que le roi nous touche de plus prs;
quel sujet avez-vous de vous fcher? Avons-nous vcu aux dpens du roi;
ou nous a-t-on fait quelques prsents? Ceux d'Isral leur rpondirent:
Le roi nous considre comme tant dix fois plus que vous; et ainsi David
nous appartient plus qu' vous. Pourquoi nous avez-vous fait cette
injure; et pourquoi n'avons-nous pas t avertis les premiers pour
ramener notre roi? Mais ceux de Juda rpondirent un peu durement  ceux
d'Isral.

Un mchant qui s'appelait Seba, Benjamite, excita alors  la rvolte, en
disant: Nous n'avons que faire de David, et nous n'attendons rien du
fils d'Isa: Isral, retournez chacun dans votre maison. Tous les hommes
choisis d'Isral s'taient rallis auprs de ce tratre. Joab et ses
gens vinrent donc l'assiger dans une ville appele Abela-Beth-Maacha.
Une femme habitant cette ville fit tuer Seba, et tout rentra dans
l'ordre.





                Salomon est tabli successeur de David.


Le roi David qui, pendant tout son rgne, fut forc de faire la guerre 
tant d'ennemis, dut encore, dans les derniers jours de sa vie, marcher 
diffrentes reprises contre les Philistins et leur donner bataille.
Cependant l'ternel son Dieu venait toujours  son secours, et toujours
et partout David remportait la victoire. Aussi remercia-t-il l'ternel;
et aprs que l'ternel l'eut dlivr de la main de tous ses ennemis,
ainsi que de la main de Sal, il composa un grand nombre de cantiques en
actions de grces.

Or David tant vieux et dans un ge fort avanc, son fils Adonia vint 
lui en disant: Ce sera moi qui rgnerai. Et il se fit construire des
chariots, il avait cinquante hommes pour courir devant lui. Jamais son
pre ne l'en reprit. (David avait cependant jur, antrieurement dj,
que Salomon, fils de Bethseba, rgnerait aprs lui.) Adonia s'tait li
avec Joab, chef de l'arme, et avec le prtre Abiathar, qui soutenait
son parti. Mais le prtre Zadoc, Banaa, fils de Joada, le prophte
Nathan, Seme et Re, ni les plus vaillants de l'arme de David
n'taient point pour Adonia. Adonia convia donc  un festin tous ses
frres, les fils du roi, et tous ceux de Juda qui taient au service de
David. Mais il n'y convia point le prophte Nathan ni Banaa, ni tous
les plus vaillants de l'arme, ni Salomon son frre. Alors Nathan dit 
Bethseba, mre de Salomon: Savez-vous qu'Adonia, fils d'Haggith, s'est
fait roi, sans que David notre seigneur le sache? Venez donc, et suivez
le conseil que je vous donne; sauvez votre vie et celle de votre fils
Salomon. Allez vous prsenter au roi David, et dites-lui: O roi mon
seigneur, ne m'avez-vous pas jur en me disant: Salomon votre fils
rgnera aprs moi; et c'est lui qui sera assis sur mon trne? Pourquoi
donc Adonia rgne-t-il? Pendant que vous parlerez encore au roi, je
surviendrai et j'appuierai tout ce que vous aurez dit. Bethseba alla
donc trouver le roi. Le roi lui dit: Que dsirez-vous? Elle lui
rpondit: Monseigneur, vous avez jur  votre servante, et vous m'avez
dit: Salomon votre fils rgnera aprs moi. Cependant voil Adonia qui
s'est fait roi, sans que vous le sachiez. Or tout Isral a maintenant
les yeux sur vous, afin que vous leur dclariez, vous qui tes mon
seigneur et mon roi, qui est celui qui doit tre assis aprs vous sur le
trne. Car aprs que le roi mon seigneur se sera endormi avec ses pres,
nous serons traits comme criminels, moi et mon fils Salomon. Elle
parlait encore au roi, lorsque le prophte Nathan arriva. Et l'on dit au
roi: Voil le prophte Nathan. Nathan s'tant prsent devant le roi se
baissa profondment en terre, et lui dit: O roi mon seigneur, avez-vous
dit: Qu'Adonia rgne aprs moi, et que ce soit lui qui soit assis sur
mon trne? Car il a convi aujourd'hui tous les fils du roi, les
gnraux de l'arme et le prtre Abiathar, qui ont mang et bu avec lui,
en disant: Vive le roi Adonia. Mais pour moi, il ne m'a point convi, ni
le prtre Zadoc, ni Banaa fils de Joada, non plus que Salomon votre
serviteur. Cet ordre est-il venu de la part du roi mon seigneur? et ne
m'avez-vous point dclar,  moi votre serviteur, qui tait celui qui
devait tre assis aprs le roi mon seigneur, sur son trne? Le roi David
dit: Vive l'Eternel qui a dlivr mon me de toute sorte de prils,
ainsi que je vous ai jur, Bethseba, en vous disant: Salomon votre fils
rgnera aprs moi; je le ferai aussi, et je l'excuterai ds
aujourd'hui. Bethseba baissant le visage jusqu'en terre, remercia le
roi, et lui dit: Que David mon seigneur, vive  jamais. Le roi David dit
encore: Faites-moi venir le prtre Zadoc, et Banaa fils de Joada.
Lorsqu'ils se furent prsents devant le roi, il leur dit: Prenez avec
vous les serviteurs de votre matre; faites monter sur ma mule mon fils
Salomon, et menez-le  la fontaine de Gihon, et que Zadoc le prtre, et
Nathan le prophte le sacrent en ce lieu, pour tre roi d'Isral; et
vous sonnerez aussi de la trompette, et vous crierez: Vive le roi
Salomon! Vous retournerez en le suivant, et il viendra s'asseoir sur mon
trne; il rgnera en ma place, et je lui ordonnerai de gouverner Isral
et Juda. Les ordres du roi furent ainsi excuts; et tout le peuple
s'assembla autour de Salomon, plusieurs jouaient de la flte, et
donnaient toutes les marques d'une grande joie.

Adonia, et tous ceux qu'il avait convis, entendirent ce bruit lorsque
le festin tait dj achev; et Joab ayant ou sonner de la trompette,
dit: Que veulent dire ces cris et ce tumulte de la ville? Et lorsqu'on
vint leur apporter la nouvelle, ils se levrent tous saisis de frayeur,
et chacun s'en alla de son ct. Adonia craignant Salomon, se leva de
mme, sortit au plus tt, et s'en alla embrasser la corne de l'autel.
Alors on vint dire  Salomon: Voil Adonia qui, craignant le roi
Salomon, se tient attach  la corne de l'autel, et qui dit: Que le roi
Salomon me jure aujourd'hui qu'il ne fera point mourir son serviteur par
l'pe. Salomon rpondit: S'il se conduit en homme de bien, il ne
tombera pas en terre un seul cheveu de sa tte; mais s'il se conduit
mal, il mourra. Le roi Salomon envoya donc vers Adonia, et le fit tirer
de l'autel; et Adonia s'tant prsent devant le roi Salomon, le
remercia; et Salomon lui dit: Allez-vous-en en votre maison.





             Avis de David  Salomon et  Isral. Sa mort.


Or le jour de la mort de David tant proche, il donna ces avis  Salomon
son fils, et lui dit: Me voici prs du terme o tous les hommes doivent
arriver. Armez-vous de fermet, et conduisez-vous en homme de coeur.
Vous savez de quelle manire m'a trait Joab fils de Zerua, et ce qu'il
a fait  deux gnraux de l'arme d'Isral,  Abner fils de Ner, et 
Amasa fils de Jether, qu'il a assassins, ayant rpandu leur sang durant
la paix comme il aurait fait durant la guerre. Vous ferez donc selon
votre sagesse. Vous tmoignerez aussi votre reconnaissance aux fils de
Barzella de Galaad, et ils mangeront  votre table, parce qu'ils sont
venus au-devant de moi lorsque je fuyais devant Absalom votre frre.
Vous avez de plus auprs de vous Seme fils de Gera, qui pronona des
maldictions contre moi, et me dit les outrages les plus sanglants; mais
parce qu'il vint au-devant de moi quand je passai le Jourdain, je lui
jurai que je ne le ferais pas mourir par l'pe. Vous tes assez sage
pour savoir comment vous devez le traiter.

Or David assembla  Jrusalem tous les princes d'Isral, les chefs des
tribus, les gnraux des troupes et les officiers du domaine du roi. Il
leur prsenta Salomon comme roi destin  rgner sur Isral d'aprs la
volont de Dieu. Et s'tant lev, il leur dit: Mes frres et mon peuple,
je vous conjure maintenant, en prsence de toute l'assemble du peuple
d'Isral et devant notre Dieu qui nous entend, de garder avec fidlit
tous les commandements de l'Eternel notre Dieu, et de chercher  les
connatre, afin que vous possdiez cette terre qui est remplie de biens,
et que vous la laissiez pour jamais  vos enfants aprs vous. Et vous,
mon fils Salomon, appliquez-vous  reconnatre le Dieu de votre pre, et
servez-le avec un coeur parfait et une pleine volont; car l'Eternel
sonde tous les coeurs, et il pntre toutes les penses de l'esprit. Si
vous le cherchez, vous le trouverez; mais si vous l'abandonnez, il vous
rejettera.

Le roi David dit ensuite: J'avais eu la pense de btir un temple pour y
faire reposer l'arche de l'alliance de l'Eternel, et j'ai prpar tout
ce qui tait ncessaire pour la construction de cet difice; mais Dieu
m'a dit: Vous ne btirez point une maison  mon nom, parce que vous tes
un homme de guerre, et que vous avez rpandu le sang. Donc puisque
l'Eternel vous a choisi pour btir la maison de son sanctuaire,
armez-vous de force et accomplissez son ouvrage.

Or David donna  son fils Salomon le plan du temple et de toutes les
choses consacres au temple. Il lui remit aussi l'ordre et la
distribution des prtres et des lvites destins  remplir toutes les
fonctions de la maison de l'Eternel. Il lui remit aussi un grand nombre
d'objets ncessaires  la construction du temple: de l'or, de l'argent,
du cuivre, du fer, du bois, du marbre et toutes sortes de pierres
prcieuses. Et les plus considrables parmi le peuple offrirent aussi
leurs prsents en grande quantit. Et tout le monde tmoigna une grande
joie en faisant ses offrandes volontaires, parce qu'ils les offraient de
tout leur coeur  l'Eternel. Le roi David tait aussi tout transport de
joie. C'est pourquoi il commena  louer Dieu devant toute cette
multitude, et il dit: Eternel, qui tes le Dieu d'Isral notre pre,
vous tes bni dans tous les sicles. C'est  vous, Eternel,
qu'appartient la grandeur, la puissance, la gloire et la victoire, et
c'est  vous que sont dues les louanges. Car tout ce qui est dans le
ciel et sur la terre est  vous. C'est pourquoi nous vous rendons
maintenant nos hommages  vous qui tes notre Dieu, et nous donnons 
votre saint nom les louanges qui lui sont dues. Je sais, mon Dieu, que
vous sondez les coeurs, et que vous aimez la simplicit. C'est pourquoi
je vous ai aussi offert toutes ces choses dans la simplicit de mon
coeur et avec joie; et j'ai t ravi de voir aussi tout ce peuple
rassembl en ce lieu vous offrir de mme ses prsents. Eternel, qui tes
le Dieu de nos pres, Abraham, Isaac et Isral, conservez ternellement
cette volont dans leur coeur, et faites qu'ils demeurent toujours
fermes dans cette rsolution de vous rendre toute la vnration et tout
le culte qu'ils vous doivent. Donnez aussi  mon fils Salomon un coeur
parfait, afin qu'il garde vos commandements et vos paroles, qu'il
observe et accomplisse tous vos ordres; qu'il btisse votre maison, pour
laquelle j'ai prpar toutes les choses ncessaires. David dit ensuite 
toute l'assemble: Bnissez l'Eternel notre Dieu; et toute l'assemble
bnit l'Eternel le Dieu de leurs pres; et se prosternant ils adorrent
Dieu, et rendirent ensuite leurs hommages au roi. Et le lendemain ils
offrirent de nombreux sacrifices en l'honneur de l'ternel; ils firent
de grandes rjouissances, et sacrrent une seconde fois Salomon fils de
David pour tre roi sur Isral.

David s'endormit donc avec ses pres, et il fut enseveli dans la ville
de David. Le temps du rgne de David sur Isral fut de quarante ans. Il
rgna sept ans  Hebron, et trente-trois dans Jrusalem.





                   Salomon demande  Dieu la sagesse.


Dans ce temps le peuple sacrifiait toujours sur les hauteurs, parce que
jusqu'alors on n'avait point encore bti de temple au nom de l'Eternel.
Salomon s'en alla donc  Gabaon pour y sacrifier, parce que c'tait l
le plus considrable de tous les hauts lieux. L'Eternel lui apparut
alors en songe pendant la nuit, et lui dit: Demandez-moi ce que vous
voulez que je vous donne. Salomon lui rpondit: Vous avez us d'une
grande misricorde envers David mon pre, selon qu'il a march devant
vous dans la vrit et dans la justice, et que son coeur a t droit 
vos yeux; vous lui avez conserv votre grande misricorde, et vous lui
avez donn un fils qui est assis sur son trne. Maintenant donc, 
Eternel mon Dieu, vous m'avez fait rgner, moi qui suis votre serviteur,
en la place de David mon pre; mais je ne suis encore qu'un enfant qui
ne sait de quelle manire il doit se conduire. Et votre serviteur se
trouve au milieu de votre peuple que vous avez choisi, d'un peuple
infini qui est innombrable  cause de sa multitude. Je vous supplie donc
de donner  votre serviteur un coeur docile, afin qu'il puisse juger
votre peuple, et discerner entre le bien et le mal: car qui pourra
rendre la justice  votre peuple,  ce peuple qui est si nombreux?
L'Eternel fut donc satisfait que Salomon lui et fait cette demande. Et
il dit  Salomon: Parce que vous m'avez fait cette demande, et que vous
n'avez point dsir que je vous donnasse un grand nombre d'annes, ou de
grandes richesses, ou la vie de vos ennemis: mais que vous m'avez
demand la sagesse pour discerner ce qui est juste, je fais ce que vous
m'avez demand, et je vous donne un coeur si plein de sagesse et
d'intelligence, qu'il n'y a jamais eu d'homme avant vous qui vous ait
gal, et qu'il n'y en aura point aprs vous qui vous galera. Mais de
plus je vous donne ce que vous ne m'avez point demand, savoir les
richesses et la gloire, de sorte qu'aucun roi ne vous aura jamais gal
en cela dans tous les sicles passs. Si vous marchez dans mes voies, et
que vous gardiez mes prceptes et mes ordonnances, comme votre pre les
a gards, je vous donnerai aussi une longue vie. Salomon s'tant
veill, rflchit au songe qu'il avait eu: et tant venu  Jrusalem,
il se prsenta devant l'arche de l'alliance et offrit des sacrifices en
l'honneur de l'Eternel.





                      Jugement rendu par Salomon.


Deux femmes de mauvaise vie vinrent trouver le roi, et se prsentant
devant lui, l'une d'elles dit: Je vous prie, mon seigneur, faites-moi
justice. Nous demeurions, cette femme et moi, dans une mme maison, et
je suis accouche dans cette maison. Elle est accouche aussi trois
jours aprs moi; nous tions ensemble, et il n'y avait personne dans la
maison, que nous deux. L'enfant de cette femme est mort pendant la nuit,
parce qu'elle l'a touff en dormant; et se levant dans le silence de la
nuit pendant que je dormais, elle m'a pris mon fils que j'avais  mon
ct; et l'ayant plac auprs d'elle, elle a mis auprs de moi son fils
qui tait mort. M'tant leve le matin pour donner  teter  mon fils,
j'ai reconnu qu'il tait mort; et le considrant avec plus d'attention
au grand jour, j'ai reconnu que ce n'tait point le mien, celui que
j'avais enfant. L'autre femme lui rpondit: Ce que vous dites n'est
point vrai; mais c'est votre fils qui est mort, et le mien est vivant.
La premire au contraire rpliquait: Vous mentez; car c'est mon fils qui
est vivant, et le vtre est mort: et elles se disputaient ainsi devant
le roi. Alors le roi dit: Celle-ci dit: Mon fils est vivant, et le vtre
est mort. Et l'autre rpond: Non; mais c'est votre fils qui est mort, et
le mien est vivant. Apportez-moi une pe. Lorsqu'on eut apport une
pe devant le roi, il dit  ses gardes: Coupez en deux cet enfant qui
est vivant, et donnez-en la moiti  l'une et la moiti  l'autre. Alors
la femme dont le fils tait vivant dit au roi (car ses entrailles furent
mues de tendresse pour son fils): Seigneur, donnez-lui, je vous
supplie, l'enfant vivant, et ne le tuez point. L'autre disait au
contraire: Qu'il ne soit ni  moi ni  vous; mais qu'on le divise. Alors
le roi pronona cette sentence: Donnez  celle-l l'enfant vivant, et
qu'on ne le tue point; car c'est elle qui est sa mre.--Tout Isral
ayant donc su la manire dont le roi avait jug cette affaire, ils
eurent tous de la crainte et du respect pour lui, voyant que la sagesse
de Dieu tait en lui pour rendre la justice.

Le roi Salomon vivait en paix avec tous les peuples qui l'environnaient,
il n'y avait plus d'ennemi qui s'levt contre lui, ni qui l'attaqut.
Dans Juda et dans Isral tout homme vcut sans aucune crainte, chacun
sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu' Bersabe, pendant
tout le rgne de Salomon. Dieu donna de plus  Salomon une sagesse et
une prudence prodigieuses, et des connaissances tendues. Et la sagesse
de Salomon surpassait la sagesse de tous les Orientaux et de tous les
gyptiens. Il tait plus sage que tous les hommes, plus sage que les
potes lyriques Ethan, Ezrahite, Heman, Chalcol et Darda; et sa
rputation tait rpandue dans toutes les nations voisines. Salomon
composa aussi trois mille paraboles, et fit mille et cinq cantiques. Il
venait des gens de tous les pays pour entendre la sagesse de Salomon; et
tous les rois envoyaient vers lui, pour tre instruits par sa sagesse.
Salomon avait sous sa domination tous les royaumes depuis le fleuve
d'Euphrate jusqu'au pays des Philistins, et jusqu' la frontire
d'gypte. Ils lui offrirent tous des prsents, et lui demeurrent
assujettis pendant tout le cours de sa vie.





                    Salomon pense  btir le temple.


Hiram, roi de Tyr, envoya aussi ses serviteurs vers Salomon, ayant
appris qu'il avait t sacr roi en la place de son pre; car Hiram
avait toujours t ami de David. Or Salomon envoya vers Hiram, et lui
fit dire: Vous savez quel a t le dsir de David mon pre, et qu'il n'a
pu btir une maison au nom de l'Eternel,  cause des guerres et des
ennemis qui le menaaient de toutes parts, jusqu' ce que l'Eternel les
et tous mis sous ses pieds. Mais maintenant Dieu m'a donn la paix avec
tous les peuples qui m'environnent. C'est pourquoi j'ai dessein
maintenant de btir un temple au nom de l'Eternel, selon qu'il l'a
ordonn  David mon pre, en lui disant: Votre fils que je ferai asseoir
en votre place sur votre trne, sera celui qui btira une maison  la
gloire de mon nom. Donnez donc ordre  vos serviteurs qu'ils taillent
pour moi des cdres du Liban, et mes serviteurs seront avec les vtres,
et je donnerai  vos serviteurs telle rcompense que vous me demanderez;
car vous savez qu'il n'y a personne parmi mon peuple qui sache tailler
le bois comme les Sidoniens. Hiram ayant entendu ces paroles de Salomon,
en eut une grande joie, et dit: Bni soit aujourd'hui l'Eternel Dieu qui
a donn  David un fils si sage pour gouverner un si grand peuple. Et il
envoya dire  Salomon: J'ai entendu tout ce que vous m'avez fait dire;
j'excuterai tout ce que vous dsirez pour les bois de cdre et de
sapin. Mes serviteurs les porteront du Liban sur le bord de la mer; et
je les ferai mettre sur mer en radeaux pour les transporter jusqu'au
lieu que vous m'aurez marqu; je les y ferai dbarquer, et vous aurez
soin de les faire prendre; et pour cela vous me ferez donner tout ce qui
me sera ncessaire pour nourrir ma maison. Hiram donna donc  Salomon
des bois de cdre et de sapin autant qu'il en dsirait. Et Salomon
donnait  Hiram pour l'entretien de sa maison vingt mille mesures de
froment et vingt mille mesures d'huile trs-pure: ce sont l les
provisions que Salomon envoyait chaque anne  Hiram. Le roi Salomon
choisit aussi des ouvriers dans tout Isral, et il ordonna que l'on
prendrait pour cet ouvrage trente mille hommes. Il les envoyait au Liban
tour  tour, dix mille chaque mois, de sorte qu'ils demeuraient deux
mois dans leurs maisons. Adoniram avait l'intendance sur tous ces
gens-l. Salomon avait soixante et dix mille manoeuvres qui portaient
les fardeaux, et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres sur la
montagne; sans compter ceux qui avaient l'intendance sur chaque ouvrage,
qui taient au nombre de trois mille trois cents, et qui donnaient les
ordres au peuple et  ceux qui travaillaient. Et le roi leur commanda
aussi de prendre de grandes pierres, des pierres d'un grand prix, pour
les fondements du temple, et de les prparer pour cet effet; et les
ouvriers de Salomon, de Hiram et les Giblims eurent soin de les tailler
et ils apprtrent les bois et les pierres pour btir la maison de
l'Eternel.





                Description du temple bti par Salomon.


La quatrime anne du rgne de Salomon et la quatre cent quatre
vingtime aprs la  sortie de l'Egypte, on commena  btir un temple 
l'Eternel. Ce fut sur la montagne Moria, colline orientale du mont Sion
qu'il fut construit. Il tait entour de deux murs, un mur extrieur et
un mur intrieur; cette dernire enceinte tait aussi appele l'enceinte
des prtres. L'intrieur du temple, dcor avec la plus grande
magnificence, avait la mme distribution que le tabernacle: le _saint_
et le _saint des saints_. Toutes les murailles taient pares de
feuillage en bois de cdre, et de fleurons en or. L'autel, les
candlabres et les diffrents vases pour le service taient d'un or
trs-pur. Le plancher mme et les portes taient revtus d'or. C'tait
le temple le plus splendide qu'il y et jamais eu sur la terre. On
employa  la construction du temple dans toutes ses parties et dans tout
ce qui devait servir au culte de Dieu, sept annes entires.





                 Ddicace du temple. Prire de Salomon.


Alors tous les anciens d'Isral avec les princes des tribus, et tous les
chefs des familles des enfants d'Isral s'assemblrent, et vinrent
trouver le roi Salomon dans Jrusalem, pour transporter l'arche de
l'alliance de l'Eternel de la ville de David, c'est--dire, de Sion. On
s'assembla en un jour solennel, lors de la fte des tabernacles, qui a
lieu dans le septime mois. Tous les anciens d'Isral tant venus, les
prtres prirent l'arche de l'Eternel et la portrent avec le tabernacle
de l'alliance, et tous les vases du sanctuaire qui taient dans le
tabernacle, et les prtres et les lvites les portrent. L'arche de
l'alliance fut place au lieu qui lui tait destin, dans le saint des
saints, sous les ailes des chrubins. Or il n'y avait dans l'arche que
les deux tables de pierre que Mose y avait mises  Horeb, lorsque
l'Eternel fit alliance avec les enfants d'Isral, aussitt aprs leur
sortie d'Egypte. Salomon se plaa ensuite devant l'autel de l'Eternel, 
la vue de toute l'assemble d'Isral; et tenant ses mains tendues vers
le ciel, il dit: Eternel Dieu d'Isral, il n'y a point de Dieu qui vous
soit semblable, ni au plus haut du ciel, ni sur toute la face de la
terre. O Dieu! j'ai bti cette maison, afin qu'elle vous tienne lieu de
demeure, et que votre trne y soit tabli pour jamais. Est-il donc
croyable que Dieu habite vritablement sur la terre? Car si les cieux et
le ciel des cieux ne peuvent vous comprendre, combien moins cette maison
que j'ai btie! Mais soyez propice,  Eternel mon Dieu, aux voeux de
votre serviteur et  ses prires; coutez l'hymne et l'oraison que votre
serviteur vous offre aujourd'hui, afin que vos yeux soient ouverts jour
et nuit sur cette maison, de laquelle vous avez dit: C'est l que sera
mon nom; afin que vous exauciez la prire que votre serviteur vous offre
en ce lieu; que vous l'exauciez du lieu de votre demeure dans le ciel,
et que l'ayant exauce vous fassiez misricorde. Lorsqu'un homme aura
pch contre son prochain; lorsqu'Isral votre peuple pchera contre
vous; lorsqu'il viendra sur la terre, ou famine, ou peste, ou corruption
de l'air, et que faisant pnitence et rendant gloire  votre nom, on
tendra les mains vers vous dans cette maison: vous l'exaucerez du ciel,
du lieu de votre demeure, vous vous rendrez de nouveau propice, et vous
ferez misricorde, selon que vous verrez la disposition du coeur,
rendant  chacun selon toutes ses oeuvres et ses dsirs, parce qu'il n'y
a que vous seul qui connaissiez le fond du coeur de tous les hommes.
Lorsqu'un tranger, qui ne sera point d'Isral votre peuple, viendra
d'un pays fort loign, attir par votre nom, parce que la grandeur de
votre nom, la force de votre main et la puissance de votre bras se
feront connatre de tous cts; lorsqu'un tranger, dis-je, sera venu
prier en ce lieu, vous l'exaucerez du ciel, du firmament o vous
demeurez, et vous ferez ce que l'tranger vous aura pri de faire; afin
que tous les peuples de la terre apprennent  craindre votre nom, comme
fait Isral votre peuple, et qu'ils prouvent eux-mmes que votre nom a
t invoqu sur cette maison que j'ai btie. Salomon ayant achev
d'offrir  l'Eternel cette oraison et cette prire, se leva de devant
l'autel de l'Eternel, car il avait mis les deux genoux en terre, et il
tenait les mains tendues vers le ciel. Etant donc debout devant le
peuple, il bnit toute l'assemble d'Isral, en disant  haute voix:
Bni soit l'Eternel, qui a donn la paix  Isral son peuple, selon
toutes les promesses qu'il avait faites. Tous les biens qu'il nous avait
promis par Mose son serviteur, nous sont arrivs, sans qu'il soit tomb
une seule de ses paroles  terre. Que l'Eternel notre Dieu soit avec
nous, comme il a t avec nos pres; qu'il ne nous abandonne et ne nous
rejette point: mais qu'il incline nos coeurs vers lui, afin que nous
marchions dans toutes ses voies, et que nous gardions ses prceptes et
toutes les ordonnances qu'il a prescrites  nos pres. Que les paroles
de cette prire que j'ai faite devant l'Eternel, soient prsentes jour
et nuit  l'Eternel notre Dieu, afin que chaque jour il fasse justice 
son serviteur et  Isral son peuple, en sorte que tous les peuples de
la terre sachent que c'est l'Eternel qui est le vrai Dieu, et qu'aprs
lui il n'y en a point d'autre. Le roi et tout Isral offrirent une
grande quantit de sacrifices en l'honneur de l'Eternel, et le roi avec
les enfants d'Isral consacrrent ainsi le temple  l'Eternel. Salomon
fit de ce jour une grande solennit et tout Isral se runit  lui
pendant quatorze jours. Les jours de ftes tant passs, Salomon renvoya
le peuple, qui bnissant le roi s'en retournaient en leurs maisons avec
une allgresse publique, ayant le coeur plein de joie pour tous les
biens que l'Eternel avait faits  David son serviteur, et  Isral son
peuple.





               Dieu se rvle une seconde fois  Salomon.


Salomon ayant achev de btir la maison de l'Eternel et tout ce qu'il
avait souhait, et qu'il avait voulu faire, Dieu se rvla une seconde
fois, comme il s'tait rvl  Gabaon, et lui dit: J'ai exauc votre
prire et la supplication que vous m'avez faite. J'ai sanctifi cette
maison que vous avez btie pour y tablir mon nom  jamais, et mes yeux
et mon coeur y seront toujours attentifs. Si vous marchez en ma prsence
comme votre pre y a march, dans la simplicit et la droiture de votre
coeur; si vous faites tout ce que je vous ai command, et que vous
gardiez mes lois et mes ordonnances, j'tablirai votre trne et votre
rgne sur Isral pour jamais, selon que je l'ai promis  David votre
pre, en lui disant: Vous aurez toujours de votre race des successeurs
qui seront assis sur le trne d'Isral. Mais si vous vous dtournez de
moi, vous et vos enfants, si vous cessez de me suivre et de garder mes
prceptes et les lois que je vous ai prescrites, et que vous alliez
servir et adorer les dieux trangers, j'exterminerai les Isralites de
la terre que je leur ai donne, et je rejetterai loin de moi ce temple
que j'ai consacr  mon nom.

Salomon btit encore un grand palais, fortifia plusieurs villes et se
fit construire des maisons de campagne.

Quant  tout ce qui tait demeur de ces peuples que les enfants
d'Isral n'avaient pu exterminer, Salomon rendit tributaires leurs
enfants et les assujettit. Il quipa aussi une flotte  Esiongaber sur
le rivage de la mer Rouge au pays d'Idume: et Hiram envoya avec cette
flotte quelques-uns de ses gens, gens de mer qui entendaient fort bien
la navigation, qui se joignirent aux gens de Salomon; et tant alls en
Ophir (dans l'Afrique?), ils y prirent quatre cent vingt talents d'or
qu'ils apportrent au roi Salomon. L'argent tait en abondance sous le
rgne de Salomon et l'on ne faisait presque aucun cas de ce mtal.





      La reine de Saba vient trouver Salomon et admire sa sagesse.


La reine de Saba (dans l'Arabie) ayant entendu parler de la grande
rputation que Salomon s'tait acquise par tout ce qu'il faisait au nom
de l'Eternel, vint en faire exprience en lui proposant des questions
obscures et des nigmes; et tant entre dans Jrusalem avec une grande
suite et un riche quipage, elle se prsenta devant le roi Salomon, et
lui dcouvrit tout ce qu'elle avait dans le coeur. Salomon l'instruisit
sur toutes les choses qu'elle lui avait proposes; et il n'y en eut
aucune que le roi ignort, et sur laquelle il ne la satisft par ses
rponses. Or la reine de Saba voyant toute la sagesse de Salomon,
admirant les difices qu'il avait construits, la somptuosit de sa
table, les logements de ses officiers, le bel ordre avec lequel ils le
servaient, la magnificence de leurs habits, les sacrifices qu'ils
offraient dans la maison de l'Eternel, tait toute hors d'elle-mme; et
elle dit au roi: Ce qu'on m'avait rapport dans mon royaume de vos
entretiens et de votre sagesse est vritable; et je n'ai pas cru
nanmoins ce qu'on m'en disait, jusqu' ce que je sois venue moi-mme,
et que je l'aie vu de mes propres yeux; et j'ai reconnu qu'on ne m'avait
pas dit la moiti de la vrit. Votre sagesse et votre conduite passent
tout ce que la renomme m'en avait appris. Heureux ceux qui sont  vous;
heureux vos serviteurs qui jouissent toujours de votre prsence, et qui
coutent votre sagesse! Bni soit l'Eternel votre Dieu qui a mis son
affection en vous, qui vous a fait asseoir sur le trne d'Isral, et qui
vous a tabli roi pour rgner avec quit, et pour rendre la justice. La
reine de Saba donna ensuite au roi beaucoup d'or, une quantit infinie
de parfums, et de pierres prcieuses. On n'a jamais apport depuis 
Jrusalem autant de parfums que la reine de Saba en donna au roi
Salomon. Or le roi Salomon donna  la reine de Saba tout ce qu'elle
dsira et ce qu'elle lui demanda, outre les prsents qu'il lui fit de
lui-mme avec une magnificence royale; et la reine s'en retourna en son
royaume avec ses serviteurs.





 Les femmes trangres font tomber Salomon dans l'idoltrie. Mort de ce
                                prince.


Or le roi Salomon aima passionnment plusieurs femmes trangres, il se
maria  la fille de Pharaon, aux femmes de Moab et d'Ammon, aux femmes
d'Idume, de Sidon et du pays des Hethens, qui taient toutes des
nations dont l'Eternel avait dit aux enfants d'Isral: Vous ne prendrez
point pour vous des femmes de ces pays-l, et vos filles n'en pouseront
point les hommes; car ils vous pervertiront le coeur trs-certainement,
pour vous faire suivre leurs dieux. Salomon s'attacha donc  ces femmes
avec une passion ardente. Il tait dj vieux, lorsque les femmes lui
corrompirent le coeur pour lui faire suivre des dieux trangers: et son
coeur n'tait point parfait devant l'Eternel son Dieu, comme avait t
le coeur de David son pre. Mais Salomon servait Astart desse des
Sidoniens, et Molach l'idole des Ammonites. L'Eternel dit donc 
Salomon: Puisque vous vous comportez ainsi, et que vous n'avez point
gard mon alliance, ni les commandements que je vous avais faits, je
dchirerai et diviserai votre royaume, et je le donnerai  l'un de vos
serviteurs. Je ne ferai point nanmoins cette division pendant votre
vie,  cause de David votre pre; mais je la ferai lorsque le royaume
sera entre les mains de votre fils. Je ne lui terai pas nanmoins le
royaume tout entier; mais j'en donnerai une tribu  votre fils,  cause
de David mon serviteur, et de Jrusalem que j'ai choisie.

Or l'Eternel suscita pour ennemis  Salomon, Adad Idumen de la race
royale, qui tait dans Edom, Razon fils d'Eliada, roi  Damas, et
ensuite _Jeroboam_ fils de Nabat Ephrathen, serviteur de Salomon, jeune
homme intelligent et trs-capable en affaires. Il arriva en ce mme
temps que Jeroboam sortit de Jrusalem, et qu'Ahia Silonite, prophte,
ayant sur lui un manteau tout neuf, rencontra Jeroboam dans le chemin.
Ils n'taient qu'eux deux dans le champ. Et Ahia prenant le manteau neuf
qu'il avait sur lui, le coupa en douze parts, et dit  Jeroboam: Prenez
dix parts pour vous; car voici ce que dit l'Eternel le Dieu d'Isral: Je
diviserai et arracherai le royaume des mains de Salomon, et je vous en
donnerai dix tribus; j'en donnerai une tribu  son fils, afin que mon
serviteur David rgne toujours devant moi dans la ville de Jrusalem,
que j'ai choisie afin que mon nom y soit honor. Mais pour vous, je vous
prendrai, et vous rgnerez sur tout ce que votre me dsire, et vous
serez roi dans Isral. Si vous coutez donc tout ce que je vous ordonne;
si vous marchez dans mes voies, et que vous fassiez ce qui est juste et
droit devant mes yeux en gardant mes ordonnances et mes prceptes, comme
a fait David mon serviteur, je serai avec vous, je vous ferai une maison
qui sera stable et fidle, comme j'en ai fait une  mon serviteur David,
et je vous mettrai en possession du royaume d'Isral. Et j'affligerai en
ce point la race de David, mais non pour toujours.

Salomon voulut donc faire mourir Jeroboam; mais il s'enfuit en Egypte
vers Sesac roi d'Egypte, et y demeura jusqu' la mort de Salomon. Tout
le reste des actions de Salomon, tout ce qu'il a fait et tout ce qui
regarde sa sagesse, est crit dans le livre du rgne de Salomon. Le
temps pendant lequel il rgna dans Jrusalem sur tout Isral fut de
quarante ans: et Salomon s'endormit avec ses pres et il fut enseveli en
la ville de David son pre; et Roboam (_Rechabeam_) son fils rgna en sa
place.





                          Division du royaume.


Jusqu' cette poque tout Isral ne forma qu'un seul peuple, toutes les
douze tribus furent libres et unies. On avait l'habitude, comme il avait
t ordonn par la loi de Dieu, de se voir rassembl  Jrusalem trois
fois par an, pendant les jours des trois grandes ftes publiques, de
Pque, de Pentecte et des Tabernacles. Ces occasions resserraient
toujours plus troitement les liens religieux, fortifiaient l'esprit
gnral de la nation et facilitaient les relations intrieures. Et bien
que ce ne fussent pas tous les Isralites qui prissent part  ces
saintes assembles, cependant ils ne laissaient pas que d'tre fidles 
leur alliance avec Dieu et de se distinguer ostensiblement de tout autre
peuple, et par leurs maximes, et par certaines lois concernant la puret
extrieure et la pudeur (dfense de plusieurs aliments, lois de
purification, dfenses touchant le mariage, etc.). Mais cet tat de
choses devait changer, et la vie nationale se modifier aprs la mort de
Salomon. Car il arriva lorsque Roboam vint  Sichem, o tout Isral
s'tait assembl pour l'tablir roi, que Jeroboam y vint avec tout le
peuple d'Isral trouver Roboam, et lui dit: Votre pre nous avait
chargs d'un joug trs-dur. Diminuez donc maintenant quelque chose de
l'extrme duret du gouvernement de votre pre, et de ce joug
trs-pesant qu'il nous avait impos, et nous vous servirons. Roboam leur
rpondit: Allez-vous-en maintenant et dans trois jours revenez me
trouver. Le peuple s'tant retir, le roi Roboam tint conseil avec les
vieillards, qui taient auprs de Salomon son pre, lorsqu'il vivait
encore; et il leur dit: Quelle rponse me conseillez-vous de faire  ce
peuple? Ils lui rpondirent: Si vous obissez maintenant  ce peuple, et
que vous leur cdiez en vous rendant  leur demande, et en leur parlant
avec douceur, ils s'attacheront pour toujours  votre service. Mais
Roboam n'approuvant point le conseil que les vieillards lui avaient
donn, voulut consulter les jeunes gens qui avaient t levs avec lui,
et qui taient toujours auprs de sa personne, il leur dit: Quelle
rponse me conseillez-vous de faire  ce peuple? Ils lui rpondirent:
Vous lui direz: Mon pre,  ce que vous dites, vous a impos un joug
pesant, et moi je le rendrai encore plus pesant; mon pre vous a battus
avec des verges, et moi je vous chtierai avec des verges de fer.
Jeroboam vint donc avec tout le peuple trouver Roboam le troisime jour,
et le roi rpondit durement au peuple, et abandonnant le conseil que les
vieillards lui avaient donn, il leur parla selon que les jeunes gens
lui avaient conseill. Le roi ne se rendit donc point  la volont du
peuple, parce que l'Eternel s'tait dtourn de lui, pour vrifier la
parole qu'il avait dite  Jeroboam fils de Nabat par Ahia Silonite. Or
le peuple voyant que le roi n'avait point voulu les couter, commena 
dire: Qu'avons-nous de commun avec David? Quel hritage avons-nous 
esprer du fils d'Isa? Isral retirez-vous dans vos tentes; et vous,
David, pourvoyez maintenant  votre maison. C'est ainsi qu'Isral se
spara de Roboam, ils choisirent alors Jeroboam pour leur roi. Il n'y
eut que deux tribus, celles de Juda et de Benjamin qui restrent fidles
 la maison de David. Isral forma depuis ce jour deux royaumes spars,
celui d'_Isral_ ou d'Ephram, et celui de _Juda_; celui-ci beaucoup
plus petit, l'emportait cependant sur le premier par la possession de
Jrusalem, du temple et de l'institution des prtres.




                              CHAPITRE VI.


             HISTOIRE DES DEUX ROYAUMES JUSQU'A LEUR RUINE.

                              (2964-3338.)





                             Les deux rois.


Aprs cet vnement Roboam revint  Jrusalem, assembla toute la tribu
de Juda et la tribu de Benjamin, et vint avec cent quatre-vingt mille
hommes de guerre choisis, pour combattre la maison d'Isral, et pour
rduire le royaume sous son obissance. Mais Semia homme de Dieu lui
adressa la parole de l'Eternel et lui dit: Voici ce que dit l'Eternel:
Vous ne vous mettrez point en campagne, et vous ne ferez point la guerre
contre les enfants d'Isral qui sont vos frres. Que chacun retourne en
sa maison; car c'est moi qui ai fait ceci. Ils coutrent la parole de
l'Eternel, et ils s'en retournrent selon que l'Eternel le leur avait
command. Or Jroboam rebtit Sichem sur la montagne d'Ephram, et il y
tablit sa demeure; et tant sorti de l, il btit Phanuel. Mais
Jroboam dit en lui-mme: Le royaume retournera bientt  la maison de
David, si ce peuple va  Jrusalem pour y offrir des sacrifices en la
maison de l'Eternel; le coeur de ce peuple se tournera alors vers Roboam
roi de Juda; et ils me tueront et retourneront  lui. Et aprs y avoir
bien pens, il fit deux veaux d'or, les mit, l'un  Bethel (le sud du
pays), et l'autre  Dan (le nord du pays), et dit au peuple: N'allez
plus  l'avenir  Jrusalem. Isral, voici vos dieux qui vous ont tirs
de l'Egypte. Il fit aussi des temples dans les hauts lieux, et il
tablit pour prtres les derniers du peuple, qui n'taient point enfants
de Lvi. Il ordonna aussi qu'on clbrerait un jour solennel dans le
huitime mois, qui serait le quinzime du mme mois, pour rpondre  la
fte des Tabernacles qui se clbrait dans le septime mois en Juda. Ce
culte devint un sujet de scandale et de pch; car le peuple allait
jusqu' Dan pour y adorer ce veau d'or. L'Eternel Dieu fit alors
svrement reprimander le roi Jeroboam, et lui fit annoncer par ses
prophtes des punitions et des malheurs pouvantables; cependant le
mchant ne se corrigea point et ne quitta point le service des faux
dieux. Sa maison fut alors tellement corrompue, qu' la deuxime
gnration dj toute la race de Jeroboam fut entirement extermine de
la terre.--Cependant Roboam fils de Salomon rgnait sur Juda; il avait
quarante et un ans lorsqu'il commena  rgner, et il rgna dix-sept ans
en la ville de Jrusalem. Et Juda fit aussi le mal devant l'Eternel, ils
commirent encore plus de pchs que leurs pres. Eux aussi, ils
levrent des autels, et se firent des statues sur toutes les collines
leves et sur tous les arbres touffus; ils commirent en gnral toutes
les abominations de ces peuples que l'Eternel avait dtruits  la vue
des enfants d'Isral. Ce fut dans la cinquime anne du rgne de Roboam,
que Sesac roi d'Egypte vint  Jrusalem, enleva les trsors du roi, et
pilla tout. Il prit aussi les boucliers d'or que Salomon avait faits. Or
il y eut toujours guerre entre Roboam et Jeroboam. Et Roboam s'endormit
avec ses pres; il fut enseveli avec eux dans la ville de David, et
Abiam son fils rgna en sa place. Il rgna trois ans dans Jrusalem,
marcha dans tous les pchs de son pre, et son coeur n'tait point
parfait avec l'Eternel son Dieu comme l'avait t le coeur de David son
pre. La guerre qui avait clat entre Roboam et Jroboam continua
encore. Mais Isral fut enfin vaincu par Juda. Jeroboam, roi d'Isral,
mourut ensuite dans la vingt-deuxime anne de son rgne, et Nadab son
fils rgna en sa place.





                           Les deux royaumes.


(_Juda._) La vingtime anne de Jeroboam roi d'Isral, _Asa_ roi de Juda
commena son rgne. Asa fils d'Abiam rgna quarante et un ans dans
Jrusalem. Et Asa fit ce qui tait droit et juste aux yeux de l'Eternel,
comme avait fait David son pre. Il purgea Jrusalem de toutes les
infamies des idoles que ses pres y avaient dresses, et il commanda 
Juda de chercher l'Eternel le Dieu de leurs pres, et d'observer la loi
et tout ce qui tait ordonn. Il ta aussi les autels et les temples de
toutes les villes de Juda, et il rgna en paix.--Un jour Zara, roi
d'thiopie, vint l'attaquer avec une arme d'un million d'hommes et
trois cents chariots de guerre, et s'avana jusqu' Maresa. Asa marcha
au-devant de lui, et rangea son arme en bataille dans la valle de
Sephata, prs de Maresa; et il invoqua Dieu, et dit: Eternel, quand vous
voulez secourir, le petit nombre et le grand nombre sont la mme chose
devant vous. Secourez-nous donc, Eternel; car c'est parce que nous nous
confions en vous et en votre nom, que nous sommes venus contre cette
multitude. Eternel, vous tes notre Dieu, ne permettez pas que l'homme
l'emporte sur vous. Ainsi l'Eternel jeta l'pouvante parmi les
Ethiopiens qui taient en prsence d'Asa et de Juda; et les Ethiopiens
prirent la fuite et furent dfaits.--Alors Azaria fils d'Oded fut rempli
de l'esprit de Dieu. Il alla au-devant d'Asa, et lui dit: Ecoutez-moi,
Asa, et vous tous, peuples de Juda et de Benjamin. L'Eternel vous a
assist, parce que vous vous tes tenus attachs  lui. Si vous le
cherchez, vous le trouverez; mais si vous le quittez, il vous
abandonnera. Alors Asa assembla tous ses sujets de la tribu de Juda et
de Benjamin, et avec eux plusieurs trangers des tribus d'Ephram, de
Manass et de Simon; car beaucoup d'Isralites taient venus se rendre
 lui, voyant que l'Eternel son Dieu tait avec lui. Et lorsqu'ils se
furent rendus  Jrusalem le troisime mois, et l'an quinzime du rgne
d'Asa, ils offrirent des sacrifices  l'Eternel et promirent de nouveau
de chercher le Dieu de leurs pres de tout leur coeur et de toute leur
me. Et il n'y eut point de guerre jusqu' la trente-cinquime anne du
rgne d'Asa. Mais l'an trente-sixime, Baasa roi d'Isral vint en Juda,
et fortifia Rama, afin que nul du royaume d'Asa ne pt srement ni
entrer ni sortir. Alors Asa prit l'or et l'argent qui taient dans les
trsors de la maison de l'Eternel, et dans les trsors du roi, et les
envoya  Benadad roi de Syrie pour l'engager de rompre l'alliance faite
avec Baasa roi d'Isral, et de l'obliger de se retirer des tats de
Juda. En ce mme temps le prophte Hanani vint trouver le roi Asa, et
lui dit: Les yeux de l'Eternel sont ouverts sur toute la terre, et ils
inspirent de la force  ceux qui se confient en lui d'un coeur parfait.
Vous avez donc agi follement en mettant votre confiance dans le roi de
Syrie, et non dans l'Eternel votre Dieu; et pour cela mme, il va
s'allumer des guerres contre vous. Asa, s'emportant contre le prophte,
commanda qu'on le mt en prison; car la remontrance de ce prophte
l'avait irrit au dernier point: il opprima aussi plusieurs d'entre le
peuple. Ensuite Asa tomba malade la trente-neuvime anne de son rgne,
d'une trs-violente douleur aux pieds, et cependant il n'eut point
recours  l'Eternel dans son mal; mais il mit plutt sa confiance dans
la science des mdecins. Et il mourut la quarante et unime anne de son
rgne, fut enterr dans la spulture qu'il s'tait fait faire en la
ville de David, et on le mit sur son lit tout rempli d'odeurs et de
parfums exquis, o les parfumeurs avaient employ toute leur science; et
ils les brlrent sur lui avec beaucoup d'appareil et de
pompe.--_Josaphat_ son fils rgna en sa place, et il eut toujours
l'avantage sur Isral. L'Eternel fut avec Josaphat, parce qu'il marcha
dans les premires voies de David son pre, et qu'il ne mit point sa
confiance dans les idoles. Comme son coeur tait plein de force et de
zle pour l'observation des prceptes de l'Eternel, il fit abattre dans
Juda les hauts lieux et les bois consacrs aux idoles. La troisime
anne de son rgne il envoya plusieurs hommes des premiers seigneurs de
la cour, pour instruire les villes de Juda. Il joignit  ces hommes
plusieurs lvites et les prtres Elisama et Joram: et ils instruisaient
tout le peuple de Juda, et portaient avec eux le livre de la loi de
Dieu; ils allaient dans toutes les villes de Juda, et y enseignaient le
peuple. Ainsi Dieu affermit le royaume dans la main de ce roi, de sorte
que tous les royaumes qui taient aux environs de Juda, n'osaient
prendre les armes contre Josaphat. Les Philistins mme venaient faire
des prsents  Josaphat, et ils lui payaient un tribut d'argent. Les
Arabes lui amenaient des troupeaux de menu btail. Et Josaphat devint
puissant, et s'leva jusqu' un trs-haut point de grandeur. Il btit
des forteresses dans Juda en forme de tours, et fit de grandes choses
dans toutes les villes de Juda.

(Isral.) _Nadab_, fils de Jeroboam, rgna deux ans sur Isral. Il fit
le mal devant l'Eternel, et il marcha dans les voies de son pre, et
dans les pchs qu'il avait fait commettre  Isral. Mais Baasa, de la
tribu d'Issachar, fit une entreprise secrte contre sa personne, et le
tua. _Baasa_ tant devenu roi, tua tous ceux de la maison de Jeroboam.
Il n'en laissa pas vivre un seul de sa race, jusqu' ce qu'il l'et
extermine entirement, selon que l'Eternel l'avait fait prdire par
Ahia Silonite son serviteur. Baasa fit aussi le mal devant l'Eternel, il
marcha dans les voies de Jeroboam, et dans les pchs qu'il avait fait
commettre  Isral. Or l'Eternel adressa sa parole  Jehu fils d'Hanani,
contre Baasa, et lui fit dire: Parce que vous avez march dans la voie
de Jeroboam et vous avez fait pcher Isral mon peuple, je retrancherai
de dessus la terre la postrit de Baasa, et je ferai de votre maison ce
que j'ai fait de la maison de Jeroboam. Et Baasa mourut, fut enseveli 
Thersa et _la_ son fils rgna en sa place, dans la vingt-sixime anne
d'Asa roi de Juda.--Ela rgna sur Isral  Thersa, et son rgne ne dura
que deux ans; car _Simri_ son serviteur, qui commandait la moiti de sa
cavalerie, se rvolta contre lui, et se jetant sur lui tout d'un coup,
il le frappa et le tua. Et lorsqu'il fut tabli roi, il extermina toute
la maison de Baasa, sans pargner aucun de ses proches ou de ses amis.
C'est ainsi que la maison de Baasa fut dtruite, selon la parole que
l'Eternel avait fait dire  Baasa par le prophte Jehu. Cependant,
_Simri_ ne rgna  Thersa que pendant sept jours. L'arme d'Isral qui
assigeait alors Gebbethon ville des Philistins, ayant appris que lui,
Simri, s'tait rvolt et avait tu le roi, tablit roi _Amri_, gnral
de l'arme, qui tait alors dans le camp. Amri, quittant donc Gebbethon,
marcha avec l'arme d'Isral, et vint assiger Thersa. Simri, voyant que
la ville allait tre prise, entra dans le palais, o il fit mettre le
feu et prit dans les flammes avec la maison royale. Alors le peuple
d'Isral se divisa en deux partis. La moiti du peuple suivit Thebni
fils de Gineth pour l'tablir roi, et l'autre suivait Amri. Mais le
parti d'Amri eut l'avantage sur celui de Thebni; et Thebni tant mort,
_Amri_ rgna seul. La trente et unime anne d'Asa roi de Juda, Amri
rgna sur Isral. Son rgne dura douze ans, dont il rgna six  Thersa.
Il acheta alors la montagne de Samarie de Somer, et y btit une ville
qu'il appela Samarie, du nom de Somer  qui avait t la montagne. Amri
fit le mal devant l'Eternel, et les crimes qu'il commit surpassrent
encore ceux de tous ses prdcesseurs. Il marcha entirement dans la
voie de Jeroboam fils de Nabat, et dans les pchs par lesquels il avait
fait pcher Isral. Et Amri mourut, fut enseveli  Samarie, et _Achab_
son fils rgna en sa place.--Ce roi fit aussi le mal devant l'Eternel,
et surpassa mme en impit tous ceux qui avaient t avant lui. Il ne
se contenta pas de marcher dans les pchs de Jeroboam; mais il pousa
Jezabel fille du roi des Sidoniens, et il alla servir Baal, et l'adora,
lui btit un temple  Samarie, et ajouta toujours crime sur crime.
Jezabel son pouse fit tuer tous les prophtes de l'Eternel, il n'en
resta que cent, qui furent cachs par Obadiahu, intendant de la maison
d'Achab, et nourris par lui. Or l'Eternel Dieu fit annoncer au roi Achab
toutes sortes de malheurs, lui envoya  diffrentes reprises le prophte
Elie, homme plein d'amour et de ferveur pour la vrit et le culte du
seul vrai Dieu. Achab fut exhort et averti par des merveilles et des
prsages: cependant tout cela fut inutile. Un jour qu'il marchait
accompagn de Josaphat roi de Juda, contre le roi de Syrie, Achab fut
frapp par une flche qui vint le percer entre le poumon et l'estomac et
il mourut. On le porta  Samarie, o il fut enseveli.--_Achasiahu_ son
fils lui succda sur le trne. Celui-ci marcha dans la voie de son pre
et de sa mre, et ne rgna que deux ans sur Isral. Il mourut des suites
d'une chute qu'il avait faite de la fentre d'une chambre haute qu'il
avait  Samarie. Et, comme il n'avait point de fils, _Joram_ son frre
rgna en sa place. Ce roi secouru par Josaphat roi de Juda, et par le
roi d'Edom, vainquit les Moabites qui avaient refus de lui payer leur
tribut, consistant en cent mille agneaux et cent mille moutons avec leur
toison.--Les Syriens taient alors en guerre contre Isral, cependant,
ils ne russirent point, Elise le prophte ayant toujours dnonc leurs
projets d'attaque au roi d'Isral. Un jour que les Syriens s'taient
avancs jusqu' Samarie et assigeaient cette ville, le bruit de
l'approche des troupes auxiliaires venant de l'Egypte au secours
d'Isral, les effraya tellement qu'ils s'enfuirent pendant la nuit,
abandonnant leur camp et tout ce qu'ils y avaient, ne pensant qu'
sauver leur vie. Or, Joram ayant assig Ramoth de Galaad, qui tait
alors dans les mains des Syriens, y fut bless, et bientt aprs il fut
tu par Jehu, son gnral, qui dj avait t sacr secrtement roi
d'Isral par Elise le prophte. Jehu fit mourir ensuite tout ce qui
restait de la maison d'Achab, tous les grands de sa cour, ses amis et
les prtres qui taient  lui, sans qu'il restt rien de ce qui avait
appartenu de prs ou de loin  sa personne. Ainsi fut accompli tout ce
que l'Eternel avait fait prdire par Elie son serviteur. Jehu fit aussi
tuer Achasia roi de Juda, qui se trouvait en ce moment auprs de Joram
roi d'Isral. Ensuite il fit exterminer par ses serviteurs tous les
prtres et les prophtes de Baal, et fit dtruire le temple et la statue
de Baal. Ainsi Jehu extermina Baal d'Isral; mais il ne se retira point
des pchs de Jeroboam; il ne quitta point les veaux d'or qui taient 
Bethel et  Dan. Et parce qu'il n'eut pas soin de marcher de tout son
coeur dans la loi de l'Eternel, le Dieu d'Isral, l'Eternel n'tait pas
toujours avec lui: et il arriva que dj pendant son rgne les Syriens,
sous le commandement de Hazal, se rendirent matres de tout le pays de
Galaad.--Joachaz, qui succda  Jehu son pre, n'eut pas moins 
souffrir des attaques des Syriens ses ennemis; ceux-ci lui dtruisirent
presque tout son royaume. _Joas_ son fils fut plus heureux que lui: il
vainquit Amasias roi de Juda, s'empara de la ville de Jrusalem et en
remporta un riche butin. Encourag par le prophte Elise, il fit la
guerre aux Syriens, les battit par trois fois, et rendit  Isral les
villes qui lui avaient t prises. Joas rgna pendant seize ans sur
Isral, il ne se dtourna point de tous les pchs de Jeroboam fils de
Nabat, et fit le mal devant l'Eternel.





                  Isral en captivit dans l'Assyrie.


Sous le rgne de tous ces rois que nous venons de voir, ainsi que sous
les rois qui se succdrent depuis, Isral fut toujours entran vers le
mal. Suivant les exemples de leurs princes idoltres ils quittrent tous
la voie de Dieu. Ils adoraient des abominations, contre la dfense
expresse que l'Eternel leur en avait faite par tous ses prophtes. Ils
avaient abandonn toutes les ordonnances, toutes les lois de l'Eternel
leur Dieu. Ils sacrifiaient leurs fils et leurs filles et les faisaient
passer par le feu (Moloch, idole des Ammonites). Ils s'attachaient aux
divinations et aux augures, et s'abandonnaient  des actions
criminelles, qu'ils commettaient devant l'Eternel. C'est pourquoi 
peine quelques rois se furent-ils succd que le moment de la juste
punition de l'Eternel arriva.

_Jeroboam II_, fils de Joas, succda  son pre, et rgna quarante et un
ans  Samarie. Il fit le mal devant l'Eternel, et s'endormit avec les
rois d'Isral ses pres. _Zacharias_ son fils rgna en sa place. Il fit
le mal, comme avaient fait ses pres. Dans le sixime mois de son rgne
_Sallum_ fils de Jabs forma une conspiration contre lui, le tua
publiquement et rgna en sa place. Sallum rgna un mois seulement 
Samarie; car _Manahem_ fils de Gadi tant venu de Thersa  Samarie,
attaqua Sallum, le tua dans la mme ville, et rgna en sa place. Manahem
fit le mal devant l'Eternel, et pendant tout son rgne il ne se retira
point des pchs de Jeroboam fils de Nabat, qui avait fait pcher
Isral. Phul roi des Assyriens tant venu dans la terre d'Isral,
Manahem lui donna mille talents d'argent, afin qu'il le secourt, et
qu'il affermt son rgne. Manahem leva cet argent dans Isral sur toutes
les personnes puissantes et riches, qu'il taxa  cinquante sicles
d'argent par tte. Le roi d'Assyrie retourna alors dans son pays.
Manahem mourut aprs avoir rgn dix ans sur Isral, et _Phacea_
(Pekachia) son fils rgna en sa place. Il rgna deux ans sur Isral, fit
le mal devant l'Eternel, et ne se retira point des pchs de Jeroboam
fils de Nabat. Alors _Phace_ (Pekach) fils de Romelie, gnral de ses
troupes, fit une conspiration contre lui; il l'attaqua  Samarie dans la
tour de la maison royale, le tua et rgna en sa place. Phace rgna dans
Isral  Samarie pendant vingt ans, et fit le mal devant l'Eternel.

Theglath-Phalasar, roi des Assyriens, vint alors en Isral, et prit
Aion, Abel-Beth-Maacha, Jano, Ceds, Asor, Galaad, la Galile, et tout
le pays de Nephthali, et _en transporta tous les habitants en Assyrie_.

Or Ose (Hoscha) fils d'Ela, forma une conspiration contre Phace pour
le surprendre; il l'attaqua, le tua, et rgna en sa place. Il fit le mal
devant l'Eternel, mais non comme les rois d'Isral qui avaient t avant
lui. _Salmanasar_, roi des Assyriens, marcha contre lui, et Ose fut
asservi  Salmanasar et lui payait tribut. Mais le roi des Assyriens
ayant dcouvert qu'Ose pensait  se rvolter contre lui, et que pour
s'affranchir du tribut qu'il lui payait tous les ans, il avait envoy
des ambassadeurs  Sua roi d'Egypte, il l'assigea; et l'ayant pris, il
le chargea de chanes et l'envoya en prison. Salmanasar fit d'abord des
courses par tout le pays; et tant venu ensuite  Samarie, il la tint
assige pendant trois ans. La neuvime anne d'Ose, le roi des
Assyriens prit Samarie, _transfra les Isralites au pays des
Assyriens_, et les fit demeurer dans Hala et dans Habor prs du fleuve
de Gozan et dans les villes des Mdes (l'an 3205). Or le roi des
Assyriens fit venir des habitants de Babylone, de Cutha, d'Avah, d'Emath
et de Sepharvam, et les tablit dans les villes de Samarie en la place
des enfants d'Isral. Ces peuples possdrent Samarie, et habitrent
dans ses villes.





                  Origine de la secte des Samaritains.


Ces nations trangres s'tant tablies peu  peu dans le pays dpeupl
de Samarie, furent souvent inquites par des lions qui dvoraient
beaucoup de monde. Ces nations en attribuaient la cause  ce qu'on avait
dplac le culte du pays, et firent dire au roi des Assyriens: Les
peuples que vous avez transfrs en Samarie, ignorent la manire dont le
dieu de ce pays-l veut tre ador; et ce dieu a envoy contre eux des
lions qui les tuent, parce qu'ils ne savent pas la manire dont le dieu
de cette terre veut tre ador. Alors le roi des Assyriens donna cet
ordre: Envoyez en Samarie l'un des prtres que vous en avez emmens
captifs, qu'il y retourne, et demeure avec ces peuples, afin qu'il leur
apprenne le culte qui doit tre rendu au dieu du pays. Ainsi l'un des
prtres qui avaient t emmens captifs de la province de Samarie, y
tant revenu, demeura  Bethel, et il leur apprenait la manire dont ils
devaient honorer l'Eternel. Ensuite chacun de ces peuples, quoiqu'il
adort l'Eternel, servait en mme temps ses dieux, selon la coutume des
nations du milieu desquelles ils avaient t transfrs en Samarie. La
religion de ces nouveaux habitants du pays ne cessait donc pas d'tre
celle de l'idoltrie. Les sectateurs en sont ordinairement appels
_Samaritains_, quelquefois aussi _Cuthens_.





                          Le royaume de Juda.


Ce royaume aussi tombe de plus en plus dans les pchs et les crimes, et
la fin en est la mme.





                         Captivit de Babylone.


Aprs la mort de Josaphat, _Joram_ son fils monta sur le trne, et rgna
huit ans dans Jrusalem. Il marcha dans les voies des rois d'Isral,
comme la maison d'Achab y avait march, parce que sa femme tait fille
d'Achab; et il fit le mal devant l'Eternel. Pendant le temps de son
rgne, Edom secoua le joug de Juda pour ne lui tre plus assujetti, et
il s'tablit un roi. En ce mme temps Lobna se retira aussi de la
domination de Juda.

Joram s'endormit, fut enseveli dans la ville de David, et son fils
Ochozias (Achasia) rgna en sa place, dans la douzime anne de Joram
fils d'Achab, roi d'Isral. Ochozias rgna un an dans Jrusalem; il
marcha dans les voies de la maison d'Achab et fit le mal devant
l'Eternel, comme la maison d'Achab, parce qu'il en tait parent. Il
marcha aussi avec Joram fils d'Achab, pour combattre contre Hazal roi
de Syrie. Joram fut alors bless par les Syriens, et revint  Jezrahel
pour se faire traiter de sa blessure. Et lorsque Ochozias roi de Juda y
vint pour voir Joram, qui tait malade, il fut frapp par les serviteurs
de Jehu et mourut. Il fut port  Jrusalem et enseveli avec ses pres
dans la ville de David.--Athalie fille d'Amri roi d'Isral, mre
d'Ochozias, voyant son fils mort, s'leva contre les princes de la race
royale, et les fit tous tuer. Mais Josaba fille du roi Joram, soeur
d'Ochozias, prit _Joas_ fils d'Ochozias avec sa nourrice, qu'elle fit
sortir de sa chambre, et le droba du milieu des enfants du roi
lorsqu'on les tuait, et lui sauva la vie, le tenant cach sans
qu'Athalie pt le savoir. Il fut six ans cach avec sa nourrice dans la
maison de l'Eternel. Et Athalie cependant rgnait sur la terre de Juda.
La septime anne le prtre Joada envoya querir les centeniers et les
soldats. Il les fit entrer dans le temple de l'Eternel, et fit un trait
avec eux, leur fit prter le serment de fidlit en leur montrant le
fils du roi. Il leur donna ensuite les lances et les armes du roi David,
qui taient dans la maison de l'Eternel. Ils se tinrent donc tous rangs
auprs du roi, les armes  la main. Joada leur prsenta le fils du roi,
mit sur sa tte le diadme et le livre de la loi. Ils l'tablirent roi,
le sacrrent, et ils crirent: Vive le roi! Athalie entendit ce bruit,
et entrant parmi la foule dans le temple de l'Eternel, elle vit le roi
assis sur son trne. Alors elle dchira ses vtements, et s'cria:
Trahison, trahison! En mme temps Joada la fit emmener hors du temple,
afin qu'on ne la tut pas dans le temple de l'Eternel, et les soldats la
turent auprs du palais. Joada fit alors une alliance entre l'Eternel,
le roi et le peuple, afin qu'il ft dsormais le peuple de l'Eternel.
Tout le peuple entra ensuite dans le temple de Baal, ils renversrent
ses autels, brisrent ses images et turent Mathan prtre de Baal devant
l'autel.--Joas avait sept ans lorsqu'il commena  rgner, et il fit ce
qui tait juste devant l'Eternel tant qu'il fut conduit par le prtre
Joada. Il ne supprima pas nanmoins les hauts lieux, et le peuple y
offrait ses offrandes. Or, c'est sous son rgne, et par ses ordres qu'il
fut statu: que les prtres prendraient tout l'argent consacr et
apport dans le temple pour l'employer aux rparations de la maison de
l'Eternel. Cependant, les prtres n'ayant point fait ces rparations du
temple jusqu' la vingt-troisime anne du rgne de Joas, le roi les fit
venir, et leur dit: Pourquoi ne faites-vous point les rparations du
temple? N'en recevez donc plus l'argent selon l'ordre de votre
ministre; mais rendez celui que vous avez reu, afin qu'on l'emploie
aux rparations du temple. Alors le prtre Joada prit un tronc, le mit
auprs de l'autel, et les prtres qui gardaient les portes, y mettaient
tout l'argent qui s'apportait au temple de l'Eternel. Et cet argent
tait employ pour tout ce qui tait ncessaire aux rparations et au
rtablissement du temple.--Alors Hazal roi de Syrie vint mettre le
sige devant Geth, la prit, puis se dtourna pour marcher vers
Jrusalem. C'est pourquoi Joas roi de Juda prit tout l'argent consacr,
que Josaphat, Joram et Ochozias ses pres, et lui-mme, avaient offert
au temple, et tout ce qui put se trouver d'argent dans les trsors du
temple et dans le palais du roi, et il l'envoya  Hazal roi de Syrie,
qui se retira de Jrusalem. Dans la quarantime anne du rgne de Joas,
ses officiers firent une conspiration entre eux, se soulevrent contre
lui et le turent en Beth-Mello. Il fut enseveli dans la ville de David,
et _Amasias_ son fils rgna en sa place. Ce roi fit ce qui tait juste
devant l'ternel, mais non comme David; il se conduisit en tout comme
Joas son pre s'tait conduit. Lorsqu'il eut affermi son rgne, il fit
mourir ceux de ses officiers qui avaient tu le roi son pre; mais il ne
fit point mourir les enfants de ces meurtriers, selon ce qui est crit
au livre de la loi de Mose, et selon cette ordonnance de l'Eternel: Les
pres ne mourront pas pour les fils, et les fils ne mourront point pour
les pres, mais chacun mourra dans son pch. Ce fut lui qui battit dix
mille Idumens dans la valle des Salines, et qui prit d'assaut une
forteresse qu'il appela Jectehel.--Alors Amasias envoya des ambassadeurs
vers Joas roi d'Isral, et lui fit dire: Venez, et voyons-nous l'un
l'autre (c'est--dire combattons-nous). Mais Joas lui fit rpondre: Le
chardon du Liban envoya vers le cdre qui est au Liban, et lui fit dire:
Donnez votre fille pour pouse  mon fils. Mais les btes de la fort du
Liban passrent et foulrent aux pieds le chardon... Parce que vous avez
eu l'avantage sur les Idumens et que vous les avez battus, votre coeur
s'est gonfl d'orgueil. Soyez content de votre gloire, et demeurez en
repos dans votre maison. Pourquoi cherchez-vous votre malheur, pour
prir vous-mme et faire prir Juda avec vous? Mais Amasias ne voulut
point couter cette remontrance, et Joas roi d'Isral marcha contre lui;
l'arme de Juda fut taille en pices par celle d'Isral, Amasias fut
pris par Joas qui l'emmena  Jrusalem. Joas fit une brche  la
muraille de Jrusalem de quatre cents coudes de long. Il emporta tout
l'or et l'argent, et tous les vases qui se trouvrent dans la maison de
l'Eternel et dans tous les trsors du roi; il prit des otages, et
retourna  Samarie. Amasias rgna encore quinze ans aprs la mort de
Joas roi d'Isral, et dans la vingt-neuvime anne de son rgne, il se
fit une conjuration contre lui  Jrusalem, qui l'obligea de s'enfuir 
Lachis. Mais ils envoyrent aprs lui  Lachis, et ils le turent en ce
mme lieu. Son corps fut alors transport  Jrusalem et enseveli en la
ville de David. Tout le peuple de Juda prit ensuite Azarias (nomm aussi
Ozias) g de seize ans, qui fut tabli roi en la place de son pre
Amasias.--Azarias rgna cinquante-deux ans dans Jrusalem, il fit ce qui
tait agrable  l'Eternel, et se conduisit en tout comme Amasias son
pre. Il ne ruina pas nanmoins les hauts lieux, et le peuple y
sacrifiait ses offrandes. Dieu frappa ce roi, qui demeura lpreux
jusqu'au jour de sa mort. Il vivait  part dans une maison carte;
cependant Joatham son fils tait grand matre du palais, et jugeait le
peuple. Et Azarias s'endormit avec ses pres, il fut enseveli dans la
ville de David, et _Joatham_ son fils rgna en sa place. Ce roi fit ce
qui tait agrable  l'ternel, et se conduisit en tout comme avait fait
Ozias son pre. Il ne dtruisit pas nanmoins les hauts lieux; car le
peuple y sacrifiait encore. Ce fut lui qui btit la plus haute porte de
la maison de l'ternel. En ce mme temps l'ternel commena  envoyer en
Juda Rasin roi de Syrie, et Phace roi d'Isral. Joatham, aprs avoir
rgn pendant seize ans dans Jrusalem, s'endormit avec ses pres, fut
enseveli avec eux dans la ville de David, et _Achaz_ son fils rgna en
sa place.--Achaz rgna aussi seize ans  Jrusalem; mais il ne fit point
ce qui tait agrable  l'ternel, comme David son pre; il marcha dans
la voie des rois d'Isral, et consacra mme son fils, le faisant passer
par le feu, suivant l'idoltrie des nations que l'ternel avait
dtruites  l'entre des enfants d'Isral. Alors Rasin roi de Syrie, et
Phace roi d'Isral, vinrent mettre le sige devant Jrusalem, et tenant
Achaz assig, ils ne purent nanmoins le prendre. En ce mme temps
Rasin roi de Syrie reconquit _Elath_ et en chassa les Judens. Phace
roi d'Isral tua cent vingt mille hommes de Juda en un seul jour, et en
emmena captifs deux cent mille, tant femmes que garons et filles, avec
un butin infini. D'aprs le conseil du prophte _Oded_, on renvoya
ensuite les captifs et on leur rendit tout ce dont ils avaient besoin.
Alors Achaz amassa l'or et l'argent qui se trouva dans le temple et dans
les trsors du roi, il en fit des prsents au roi des Assyriens, qui se
nommait _Theglath-Phalasar_, et lui fit dire: Venez me sauver des mains
du roi de Syrie et des mains du roi d'Isral, qui se sont ligus contre
moi. Le roi des Assyriens s'tant rendu  ce qu'il dsirait de lui, vint
 Damas, ruina la ville, en transfra les habitants  Cyrne, et tua
Rasin. Alors le roi Achaz alla  Damas au-devant de Theglath-Phalasar,
et ayant vu l'autel qui tait  Damas, il en envoya au prtre Urie un
modle qui en prsentait exactement tout l'ouvrage. Urie reut l'ordre
de faire btir le mme autel  Jrusalem, et Achaz, revenu de Damas, y
offrit des sacrifices. Il transfra l'autel d'airain consacr 
l'Eternel, et ordonna au prtre de sacrifier sur le nouvel autel. Le roi
Achaz fit en outre beaucoup de ravages dans l'intrieur du temple, et
fit dresser des autels dans toutes les places de Jrusalem et dans
toutes les villes de Juda. Enfin il mourut et fut enseveli dans la ville
de Jrusalem; mais on ne le mit pas dans les tombeaux des rois d'Isral.
_zchias_ son fils rgna en sa place.--Ezchias rgna vingt-neuf ans
dans Jrusalem, fit ce qui tait bon et agrable  l'Eternel, selon tout
ce qu'avait fait David son pre. Il dtruisit les hauts lieux, brisa les
statues et fit mettre en pices le serpent d'airain (que Mose avait
fait en mmoire d'un malheureux vnement), parce que le peuple lui
avait offert des sacrifices jusqu'alors, et il rtablit le culte de
l'Eternel. C'est pourquoi l'Eternel tait avec lui, et ce prince se
conduisait avec sagesse dans toutes ses entreprises. Il secoua aussi le
joug du roi des Assyriens, battit les Philistins et ruina leurs terres.
La quatorzime anne du roi Ezchias (huit ans aprs qu'Isral eut t
transfr en Assyrie), _Sennacherib_ roi des Assyriens vint attaquer
toutes les villes fortes de Juda et les prit. Alors Ezchias lui envoya
des ambassadeurs  Lachis, et lui fit dire: Si vous vous retirez de
dessus mes terres, je souffrirai tout ce que vous m'imposerez. Le roi
des Assyriens ordonna  Ezchias de lui donner trois cents talents
d'argent et trente talents d'or. Ezchias amassa donc tout l'argent qui
se trouva dans le temple et dans les trsors du roi, dtacha mme les
lames d'or des battants des portes du temple, et les donna au roi des
Assyriens. Le roi des Assyriens revint nanmoins avec une grande arme
et fit assiger Jrusalem. Le roi Ezchias en fut alarm, et pria
l'Eternel de le sauver des mains de Sennacherib. Le prophte Isae le
consola, lui inspira de la confiance et ranima son esprit en Dieu. Et en
effet, bientt aprs l'arme ennemie fut force de se retirer: la peste
se dclara dans ses rangs, et en consuma une trs-grande partie.
Sennacherib retourna alors avec le reste de son arme, et se retira en
son pays.--Quelque temps aprs Merodach-Baladan, roi des Babyloniens,
envoya des ambassadeurs  Ezchias pour le fliciter de son
rtablissement d'une grave maladie (et peut-tre dans l'intention de se
lier avec lui contre les attaques des Assyriens). Ezchias eut la vanit
et l'imprvoyance de montrer aux ambassadeurs du roi de Babylone tous
ses trsors et toutes ses richesses. Le prophte Isae lui en fit alors
de vifs reproches, en lui disant: Il viendra un temps o tout ce qui est
dans votre maison, et tout ce que vos pres y ont amass jusqu' ce
jour, sera transport  Babylone, sans qu'il en demeure rien. Le
prophte ajouta: Vos enfants mme que vous aurez engendrs, seront pris
alors pour tre serviteurs dans le palais du roi de Babylone. Prdiction
qui fut bientt accomplie.

Aprs la mort d'Ezchias, son fils _Manass_ monta sur le trne de Juda.
Manass avait alors douze ans. Il rgna cinquante-cinq ans dans
Jrusalem, fit le mal devant l'Eternel, et adora des idoles. Il rebtit
les hauts lieux que son pre Ezchias avait dtruits, il dressa des
autels  Baal, fit passer son fils par le feu, aima les divinations,
observa les augures, institua ceux qu'on appelle pythons, et sduisit
ainsi le peuple, de sorte qu'il commit le mal aux yeux de l'Eternel. Les
prophtes de l'Eternel dirent alors en son nom: Parce que Manass roi de
Juda a commis ces abominations, et qu'il a fait pcher Juda par ses
infamies, je vais faire fondre de tels maux sur Jrusalem et sur Juda,
que les oreilles en seront tourdies  quiconque les entendra.
J'tendrai sur Jrusalem le cordeau de Samarie et le poids de la maison
d'Achab. J'abandonnerai les restes de mon hritage, et je les livrerai
entre les mains de leurs ennemis; et tous ceux qui les hassent les
pilleront et les ravageront. Manass rpandit des ruisseaux de sang
innocent, jusqu' en remplir toute la ville de Jrusalem. C'est pourquoi
Dieu fit venir sur lui les gnraux de l'arme du roi des Assyriens, qui
aprs avoir pris Manass, lui mirent les fers aux pieds et aux mains, et
l'emmenrent  Babylone. Manass rduit  cette grande extrmit pria
l'Eternel son Dieu, et il conut un trs-vif repentir en la prsence du
Dieu de ses pres. Il lui adressa ses gmissements et ses instantes
supplications: et l'ternel exaua sa prire, et le ramena  Jrusalem
dans son royaume. Manass reconnut alors que l'ternel tait le vrai
Dieu, il ta les dieux trangers et l'idole de la maison de l'Eternel,
dtruisit les autels, et fit jeter tout hors de la ville. Il rtablit
aussi l'autel de l'Eternel, et il ordonna  tout le peuple de Juda de
servir l'Eternel le Dieu d'Isral. Cependant le peuple sacrifiait encore
sur les hauts lieux. Manass mourut ensuite, fut enseveli dans le jardin
de sa maison; et _Amon_ son fils rgna en sa place.--Amon fit le mal
devant l'Eternel, abandonna le Dieu de ses pres, et ne marcha point
dans la voie de l'Eternel. Il ne rgna que deux ans dans Jrusalem. Ses
serviteurs lui dressrent alors des embches, le turent dans sa maison,
et le peuple tablit _Josias_ son fils pour rgner en sa place.--Josias
avait huit ans lorsqu'il commena  rgner, et il rgna trente et un ans
 Jrusalem. Il fit ce qui tait agrable  l'Eternel, et marcha dans
toutes les voies de David son pre, sans se dtourner ni  droite ni 
gauche. La dix-huitime anne de son rgne il envoya Saphan, le
secrtaire du temple, vers le prtre Helcias avec l'ordre d'amasser tout
l'argent qui avait t port au temple, et d'y faire toutes les
rparations et tout ce qui tait ncessaire pour rtablir la maison de
l'Eternel. Alors le prtre Helcias dit  Saphan: J'ai trouv un livre de
la loi dans le temple de l'Eternel. Et il donna ce livre  Saphan qui le
lut. Saphan revint ensuite trouver le roi pour lui rendre compte de ce
qu'il lui avait command, et lui dit encore: Le prtre Helcias m'a donn
un livre. Et il le lut devant le roi. Le roi ayant entendu ces paroles
du livre de la loi de l'Eternel, dchira ses vtements, et dit 
Helcias,  Saphan et  ses serviteurs: Allez, consultez sur les paroles
de ce livre. Ils allrent alors trouver _Holda_ la prophtesse, femme de
Sellum, et lui parlrent selon l'ordre du roi. Holda leur rpondit:
Dites  l'homme qui vous a envoy vers moi: Voici ce que dit l'Eternel:
Je vais faire tomber sur ce lieu et sur ses habitants tous les maux que
le roi de Juda a lus dans ce livre de la loi; parce qu'ils m'ont
abandonn et qu'ils ont sacrifi  des dieux trangers. Mais pour le roi
de Juda, qui vous a envoy me consulter, vous lui direz: Parce que vous
avez cout les paroles de ce livre, que votre coeur en a t pouvant,
que vous vous tes humili devant l'Eternel, aprs avoir appris les maux
dont il menace cette ville et ses habitants, j'ai cout votre prire,
dit l'Eternel. C'est pourquoi je vous ferai reposer avec vos pres, et
vous serez enseveli en paix, afin que vos yeux ne voient point les maux
que je dois faire tomber sur cet endroit. Alors le roi fit assembler
tout le peuple de Juda, alla avec lui au temple, et on lut devant lui
toutes les paroles de ce livre de l'alliance, qui avait t trouv dans
la maison de l'Eternel. Le roi se tint debout sur un lieu lev, et fit
alliance avec l'Eternel, afin que ses sujets marchassent dans la voie de
l'Eternel, qu'ils observassent ses prceptes et ses ordonnances de tout
leur coeur et de toute leur me, et qu'ils accomplissent toutes les
paroles de l'alliance qui taient crites dans ce livre. Et le peuple
consentit  cet accord. Le roi ordonna alors au pontife Helcias, aux
prtres du second ordre et aux portiers, de jeter hors du temple tous
les vaisseaux qui avaient servi  Baal, et il les brla hors de
Jrusalem dans la valle de Cedron, et en emporta la poussire  Bethel.
Il extermina aussi tous les prtres qui sacrifiaient  Baal, au soleil,
 la lune, aux douze signes et  toutes les toiles du ciel. Le roi
souilla et profana pareillement le lieu de Topheth, qui est dans la
valle des fils d'Ennom, afin que personne ne sacrifit son fils ou sa
fille  Moloch, en les faisant passer par le feu. Outre tout cela Josias
dtruisit tous les temples des hauts lieux qui taient dans les villes
de Samarie, et que les rois d'Isral avaient btis pour le service des
faux dieux. Josias dit ensuite  tout le peuple: Clbrez la Pque en
l'honneur de l'Eternel votre Dieu, en la manire qui est crite dans ce
livre de l'alliance. Josias extermina aussi les pythons, les devins et
les figures des idoles, les impurets et les abominations des pays de
Juda et de Jrusalem, pour accomplir les paroles de la loi qui taient
crites dans ce livre que Helcias pontife avait trouv dans le temple de
l'Eternel. Il n'y avait point eu avant Josias de roi qui lui ft
semblable, et qui ft retourn comme lui  l'Eternel de tout son coeur
et de toute son me, selon tout ce qui est crit dans la loi de Mose,
et il n'y en a point eu non plus aprs lui.--Cependant la ruine de Juda
tait dcide par l'Eternel, et bientt cette parole de l'Eternel fut
accomplie: Je rejetterai aussi Juda de devant ma face, comme j'ai rejet
Isral, et j'abandonnerai Jrusalem.--En ce temps-l Pharaon Nechao roi
d'Egypte marcha contre le roi des Assyriens vers le fleuve d'Euphrate;
et Josias marcha pour s'opposer  lui. Pharaon lui fit dire:
Qu'avez-vous  dmler avec moi, roi de Juda? Ce n'est pas contre vous
que je viens aujourd'hui. Cependant Josias ne voulut point s'en
retourner; mais il continua sa marche pour lui livrer bataille dans le
champ de Magedo; il y fut bless et mourut. Ses serviteurs le
rapportrent mort  Jrusalem, et l'ensevelirent dans son spulcre; et
tout Juda et Jrusalem le pleurrent, particulirement le prophte
Jrmie, dont les lamentations sur la mort de Josias se chantrent bien
longtemps dans le pays, car cette coutume tait comme une espce de loi
tablie dans Isral. Le peuple fit alors sacrer _Joachaz_ fils de
Josias, et l'tablit roi en la place de son pre. Il fit le mal devant
l'Eternel et commit tous les mmes crimes que ses pres. Il ne rgna que
pendant trois mois dans Jrusalem, lorsque Pharaon Nechao y tant venu,
le dposa, et condamna le pays  lui donner cent talents d'argent et un
talent d'or. Nechao tablis en mme temps _Joakim_ l'autre fils de
Josias, roi sur Juda, et emmena Joachaz avec lui en Egypte o il
mourut.--Joakim rgna onze ans  Jrusalem, mais il fit le mal devant
l'Eternel son Dieu. _Nabuchodonosor_ (Nebukadnezar) roi de Babylone
marcha alors contre Juda, et Joakim lui fut assujetti pendant trois ans;
et aprs cela il ne voulut plus lui obir. Nabuchodonosor revint donc,
le chargea de chanes et l'emmena  Babylone, o il transporta aussi les
vases du temple de l'Eternel, et les mit dans son temple.--_Joachin_
fils de Joakim monta sur le trne de Juda. Il rgna trois mois et dix
jours dans Jrusalem, et il commit le mal en prsence de l'Eternel. En
ce temps-l Nabuchodonosor revint assiger Jrusalem. Joachin sortit de
la ville, et vint se rendre au roi de Babylone, qui le transporta 
Babylone avec les principaux de Jrusalem, tous les princes et tous les
vaillants de l'arme, au nombre de dix mille captifs: il emmena aussi
tous les artisans, et ne laissa que les plus pauvres d'entre le peuple.
(Au nombre de ces captifs se trouva aussi le prophte _Ezchiel_.)

Or Nabuchodonosor roi de Babylone tablit roi en la place de Joachin,
_Mathanias_ son oncle; et il l'appela _Sedecias_ (c'est--dire justice
divine). Celui-ci rgna onze ans  Jrusalem, et fit le mal devant
l'ternel. C'est pourquoi l'Eternel Dieu rejeta enfin Juda et Jrusalem
de devant sa face et tout le royaume fut dtruit: Sedecias se rvolta
contre le roi Nabuchodonosor, et mprisa les remontrances du prophte
Jrmie, qui lui parlait de la part de l'Eternel. Le roi Nabuchodonosor
revint donc en Juda, marcha avec toute son arme contre Jrusalem, mit
le sige devant la ville, le dixime jour du dixime mois (Tebath[16]),
y fit la brche le neuvime jour du quatrime mois (Tamus[16]), et,
aprs avoir assig la ville si longtemps, il y pntra enfin le
septime jour du cinquime mois (Ab[16]). Sedecias s'enfuit, mais
l'ennemi le poursuivit et le prit. Les enfants de Sedecias furent tus
aux yeux de leur pre; et quant  lui, on lui creva les yeux, le chargea
de chanes, et l'emmena  Babylone. Or _Nabuzardan_, gnral du roi de
Babylone, vint  Jrusalem, brla le temple de l'Eternel et le palais du
roi, consuma tout ce qu'il y avait de maisons dans Jrusalem et en
abattit les murailles (l'an 3338). Ensuite il transporta  Babylone tout
le reste du peuple, qui tait demeur dans la ville, les transfuges qui
taient alls se rendre au roi de Babylone, et le reste de la populace.
Il laissa seulement les plus pauvres du pays pour labourer les vignes et
pour cultiver les champs. Aprs cela Nabuchodonosor donna le
commandement du peuple qui tait demeur au pays de Juda,  _Godolias_
fils d'Achicam. Or Ismahel fils de Nathanie de la race royale, (jaloux
de cette prfrence que le roi de Babylone avait accorde  Godolias),
vint quelque temps aprs (le septime mois, appel Tischri[16])
accompagn de dix hommes, attaqua Godolias, le tua avec ses gens et les
Chaldens qui taient avec lui. Et tout le peuple depuis le plus grand
jusqu'au plus petit, avec les officiers de guerre, apprhendant les
Chaldens, sortirent de Juda, s'en allrent en Egypte et forcrent le
prophte Jrmie d'aller avec eux.

 [16] Ce sont les quatre jours de jene qu'Isral a tablis en mmoire
      de ces malheureux vnements. Ainsi qu'il est crit dans le
      prophte Zacharie: Voici ce que dit l'ternel: Les jenes du
      _quatrime_, du _cinquime_, du _septime_ et du _dixime_ mois,
      seront changs, pour la maison de Juda, en des jours de joie et
      d'allgresse, et en des ftes clatantes et solennelles, si vous
      aimez la vrit et la paix.

      Remarque. Le jour de jene du quatrime mois est observ le
      dix-septime jour de ce mois, parce que c'est le jour o les
      Romains se sont empars de Jrusalem, au temps du second temple.
      Le jour de jene du cinquime mois est observ le neuvime jour de
      ce mois, parce que c'est le jour o le premier et le second temple
      ont t dtruits et rduits en cendres. Le jene en mmoire de
      _Godolias_, est observ le troisime jour du septime mois
      (Tischri).





   Les _Prophtes_, leur _Vocation_, en quel _lieu_ ils ont vcu et 
                            quelle _poque_.


Dieu voulant conserver la vraie croyance et la rpandre parmi toutes les
nations de la terre, par l'entremise du peuple isralite, quoiqu'il
retombt si souvent dans l'idoltrie, dut faire paratre des hommes
saints, nomms _Prophtes_ qui, dans ces temps de superstition et de
corruption gnrale, fussent des gardiens fidles de la vraie croyance.
Ces hommes qu'on nommait aussi _Voyants_,  cause de leur habitude de
prdire l'avenir, s'levaient par le zle le plus sain, par la ferveur
la plus pure contre l'idoltrie et le vice. Le but de leurs efforts
tendait  prsenter la croyance d'un seul et unique Dieu de la manire
la plus pure et la plus claire; ils prchaient la pnitence et
l'amendement en public et en particulier; ils annonaient la bndiction
et la maldiction  raison de la fidlit ou de l'infidlit envers
Dieu; et ils encourageaient les affligs par la prdiction d'un temps
plus heureux.

C'est sous le rgne d'Achab et d'Ochozias que s'leva le prophte _lie_
de Thesb. Il blma avec une hardiesse peu commune,  la cour mme, la
dfection du vrai Dieu d'Isral. _lise_ son disciple, son compagnon,
et son successeur, fut moins svre et par cela mme eut plus
d'influence; il vivait sous le rgne de Joram, Jehu, Joachaz et Joas,
rois d'Isral.--Parmi les prophtes qui se distingurent pendant les
rgnes d'Azarias, roi de Juda, et de Jeroboam II roi d'Isral, nous
connaissons principalement _Amos_, _Jol_ et _Ose_ (Hochea). Le premier
tait pasteur; dans sa sainte inspiration il se rendit  Bethel, endroit
o les Isralites qui voulaient sacrifier avaient coutume de
s'assembler. C'tait l qu'il prchait avec nergie contre la corruption
et l'injustice alors si gnrales en Juda et en Isral,  Damas et 
Gaza,  Tyr et dans le pays d'Edom, de Moab et d'Ammon; or en faisant
comprendre que la dcadence de tous ces peuples trangers tait la suite
de leur dmoralisation et de l'abjection des moeurs, il annonait le
mme sort  sa patrie, dont les crimes taient d'autant plus
impardonnables qu'ils avaient des prophtes inspirs de Dieu, pour leur
montrer continuellement la bonne voie.--_Jol_ prchait encore avec plus
d'loquence et d'lvation d'esprit. La grande affliction provoque par
un flau de sauterelles et par une scheresse universelle lui fournit
l'occasion d'exhorter son peuple  la pnitence. Cette pnitence aura
non-seulement pour effet de ramener l'ancienne affluence de biens, mais
encore d'acclrer le sicle d'or, o tous les peuples limitrophes
respecteront de nouveau le nom du peuple isralite.--_Ose_ s'leva avec
nergie contre l'idoltrie, contre le luxe des princes, l'immoralit du
peuple et contre quelques autres vices et fautes particulires. Il
prvit dj que l'alliance avec l'Egypte et l'Assyrie finirait par la
ruine du rgne d'Isral.--Le prophte _Isae_ l'emportait encore sur
tous ces hommes clairs. Il exera l'influence la plus salutaire
pendant les rgnes des rois Ozias, Joatham, Achaz et zchias; tantt il
blmait la dmoralisation du peuple, tantt il exhortait  la pnitence
qui devait se manifester non pas dans la pratique des usages inutiles et
insenss, mais dans l'exercise de la vrit, de la vertu et de la
justice; tantt il critiquait les voies et moyens, les mesures
pernicieuses des princes. Il annonait aux mchants des punitions
svres, et par contre il annonait des temps heureux et pleins de salut
aux hommes justes.--Le prophte _Miche_ tait contemporain d'Isae. Il
prdisait de grands vnements qui taient sur le point d'arriver en
Isral et en Juda. Il parlait des exactions des grands, de la bassesse
des faux prophtes, de l'injustice des juges et des mauvais prtres. Il
prophtisait la ruine de la patrie, la destruction de Jrusalem et du
temple comme la juste punition de leurs crimes et de leurs forfaits:
mais ces jours d'adversit et de malheur tant passs, il leur
prsentait l'avenir sous l'aspect le plus heureux.--Le prophte _Nahum_
(Nachum) vivait quelque temps aprs la captivit des dix tribus
d'Isral. Cet homme menaait d'une ruine complte et la ville de Ninive,
rsidence des rois de l'Assyrie, et l'Assyrie tout entire, dont les
habitants maltraitaient impitoyablement le peuple isralite.--C'tait au
commencement du rgne de Josias, fils d'Amon, que le prophte _Sophonie_
(Zephania) annonait la ruine de la ville de Jrusalem, et prdisait en
mme temps le rtablissement de la patrie aprs que le peuple se serait
corrig.--_Habacuc_ vivait peu de temps avant la captivit de Babylone.
Dans son esprit lev, il prvoyait dj les horreurs que les Chaldens
exerceraient plus tard par leur force brutale dans le pays de Juda, et
il pressentait en mme temps le chtiment que s'attirerait cet
ennemi.--Le prophte Jrmie fut tmoin de la destruction de Jrusalem.
Dans son zle il ne se laissait arrter ni par les drisions les plus
grandes, ni par les mauvais traitements. Il dplorait avec amertume
l'iniquit du peuple, la dfection de la loi de Dieu et la fausse
politique des princes. Il annonait la destruction de Jrusalem et la
ruine de l'tat  moins que le peuple ne se corriget et ne changet
totalement de vie. Cependant ses discours ne produisant pas d'effet
salutaire, le malheur qu'il prdit arriva.--_zchiel_, qui se trouvait
au nombre des captifs emmens pour la Chalde avec le roi Joachin,
dbuta la septime anne avant la destruction de Jrusalem. Il faisait
des prdictions  ses frres en Chalde, vers la mme poque que Jrmie
prophtisait en Palestine. C'est aussi  zchiel que Dieu a rvl
figurativement, dans une vision, la rsurrection des morts.--Plus tard
lors du retour dans la patrie, c'taient les prophtes _Agge_
(Chaggai), _Zacharie_ et _Malachie_ qui instruisaient le peuple dans la
loi. Le premier prophtisait lors de la deuxime anne de Darius roi de
Perse. Il encourageait  la reconstruction du temple en annonant que le
second temple serait encore plus illustre que le premier.--_Zacharie_
tait le contemporain d'Agge. Ses prophties sont tantt des discours
instructifs et exhortatifs, tantt des descriptions sur la position
future et heureuse du peuple isralite.--_Malachie_, qui fut le dernier
prophte d'Isral, tait contemporain de Nhmias. Il prophtisait aprs
la reconstruction du temple. Ses discours sont des exhortations au
peuple pour l'engager  se contenter de sa position; ils renferment et
des rprimandes au peuple, et des instructions pour les prtres. Voici
quelques-unes de ses exhortations: Que le fils honore son pre et le
serviteur rvre son seigneur; si je suis votre pre, o est l'honneur
que vous me rendez? Et si je suis votre seigneur, o est la crainte
respectueuse que vous me rendez? dit l'Eternel. Je m'adresse  vous, 
prtres, qui mprisez mon nom! Les lvres du prtre doivent tre les
dpositaires de la science; et c'est de sa bouche que l'on cherche la
connaissance de la loi, car il est l'ange de l'Eternel. En parlant au
nom de Dieu il finit en ces termes: Souvenez-vous de la loi que j'ai
donne  Mose mon serviteur, sur la montagne d'Horeb, afin qu'il portt
 tout le peuple d'Isral mes prceptes et mes ordonnances. Je vous
enverrai le prophte Elie, avant que le grand et pouvantable jour de
l'Eternel arrive: et il runira le coeur des pres  celui de leurs
enfants, et le coeur des enfants  celui de leurs pres; de peur qu'en
venant je ne frappe la terre d'anathme.





               tat du peuple pendant le temps de l'exil.


La plus grande partie des habitants de Juda qui allrent alors en
captivit, s'tablirent dans les environs de l'Euphrate, o se
trouvaient dj en exil un grand nombre d'Isralites. Les restes de Juda
et d'Isral formrent de nouveau un seul peuple. C'est l que Jrmie
adressa aux Isralites, au nom de l'Eternel, ces paroles remarquables:
Voici ce que dit l'Eternel, le Dieu d'Isral,  tous les captifs que
j'ai transfrs de Jrusalem  Babylone: Btissez-vous des maisons, et
habitez-les; plantez des jardins, et nourrissez-vous de leurs fruits.
Recherchez la paix de la ville dans laquelle je vous ai transfrs, et
priez l'Eternel pour elle parce que votre paix se trouve dans la
sienne. Les Isralites obissaient  ces paroles, et beaucoup d'entre
eux se distingurent par l'observance religieuse des lois de Mose.

Il y avait parmi les exils quatre jeunes gens d'une ducation
distingue qui se nommaient _Daniel_, _Ananias_, _Misal_ et _Azarias_.
Le roi leur fit donner l'instruction dans toutes les sciences et dans
tous les arts, et ordonna qu'on leur servt chaque jour des viandes
qu'on servait devant lui, et du vin dont il buvait lui-mme; mais ne
voulant pas prendre de nourriture dfendue par la loi de Mose, ils se
contentaient de lgumes, et quoique ces aliments ne fussent gure
nourrissants, ils s'en trouvaient toujours trs-bien; du reste ils
remplissaient leurs devoirs avec fidlit. Ces hommes se distingurent
autant par leur savoir que par leur beaut et furent levs aux charges
les plus minentes de l'tat. Mais dans leur position distingue ils
purent sans prjudice pour leurs devoirs envers le souverain, rester
toujours fidlement et sincrement attachs  la religion de leurs
pres. L'insolent Nabuchodonosor se fit un jour dresser une statue d'or
et ordonna que chacun se prosternt devant lui et l'adort, et que celui
qui s'y refuserait ft jet au milieu des flammes d'une fournaise. Ces
trois hommes, Ananias, Misal et Azarias fidles  leurs croyances ne
voulurent point rendre les honneurs divins  une idole et furent jets
par l'ordre du roi dans les flammes de la fournaise. Mais Dieu le
Tout-Puissant protgea ses serviteurs, ils restrent intacts au milieu
des flammes et le feu ne les dvora point. Nabuchodonosor reconnut alors
la puissance de l'Eternel et dfendit, sous peine de mort, de diffamer
la religion des Isralites.--Aussi Daniel observait-il toujours les
prceptes de sa croyance, au risque mme de ses jours. Il tait le
favori de Darius, roi des Mdes et conqurant de Babylone. Les
courtisans en devinrent jaloux, lui portrent envie et tchrent de le
perdre. Comme il leur tait impossible de dcouvrir quelque faute dans
les affaires de son administration, ils cherchrent les moyens de le
conduire  sa perte. Son attachement  la religion de ses pres les
favorisa dans leur dessein. D'aprs leurs instigations le roi ordonna
que tout homme qui, durant l'espace de trente jours, demanderait quoi
que ce ft  quelque dieu ou  quelque homme que ce put tre sinon au
roi seul, ft jet dans la fosse aux lions. Or, Daniel ayant appris la
promulgation de cette loi, entra dans sa maison, et ouvrant les fentres
de sa chambre du ct de Jrusalem, il flchit les genoux et adora son
Dieu, lui rendit ses actions de grces, comme il le faisait auparavant,
et continua d'agir ainsi pendant quelques jours  trois diffrentes
heures de la journe. Ces hommes donc, qui piaient avec grand soin
toutes les actions de Daniel, le trouvrent priant et adorant son Dieu,
et en firent rapport au roi. Le roi ne pouvant rvoquer en faveur de
Daniel l'dit publi, se vit forc de faire excuter l'arrt, et Daniel
fut jet dans la fosse aux lions. Le lendemain matin lorsque le roi se
rendit  la fosse, il le trouva encore sain et sauf et ordonna qu'on le
retirt. Il commanda en mme temps qu'on ft venir ceux qui l'avaient
accus, et qu'on les jett dans la mme fosse. Depuis cet vnement
Daniel fut toujours en dignit et lev successivement aux plus grands
honneurs. Il mourut enfin aprs une vie longue et heureuse. (Daniel
tait prophte; il explique le songe du roi, et prouve en diffrentes
circonstances qu'il est inspir par l'esprit de l'Eternel.)

La position du peuple isralite en Babylonie,  en juger par ces faits,
n'tait donc nullement triste et malheureuse. Il y en avait mme, parmi
les exils, qui vivaient dans l'aisance et possdaient des biens-fonds.
Les Isralites y exeraient leur culte en toute libert, ils
conservaient leur constitution primitive et, comme nous venons de le
voir, les esprits capables parmi eux pouvaient mme parvenir aux plus
grandes dignits de l'Etat.--C'est l, dans la captivit, qu'Isral
commena par rflchir mrement sur sa destine et qu'il reconnut
l'absurdit de l'idoltrie. Il regretta alors sa dfection, qu'il devait
regarder comme l'unique cause de son exil. La connaissance de Dieu et
l'ide de le servir d'une manire plus digne ne tardrent pas  se faire
jour et  se dvelopper de plus en plus. Des assembles gnrales, ayant
pour but d'adorer l'Eternel par des _prires ferventes_, se
multipliaient.

_Nabuchodonosor_ vint enfin  mourir dans la quarante-troisime anne de
son rgne. _vilmerodach_, son successeur, mit en libert le roi Joachin
et lui rendit les honneurs dus  son rang.--La Babylonie devint alors la
proie de _Darius_ le Mde. Sous son rgne et pendant la dure du royaume
Mdo-Perse les Isralites en gnral ne subissaient pas plus de
vexations particulires. Cependant c'est sous le rgne de _Cyaxares_,
pre d'Astyages (selon d'autres, dans les temps de Xercs) que
l'vnement racont dans le livre d'Esther se passa: tout Isral se
trouvait alors en danger d'tre massacr. Un des ministres du roi nomm
Aman (Haman), alors irrit contre un Isralite appel Mardoche dont il
se croyait insult, rsolut de se venger non-seulement de cet homme,
mais mme de tout le peuple isralite. Il se procura,  cet effet, une
ordonnance royale qui fut envoye dans toutes les provinces du royaume,
afin qu'on tut et qu'on extermint tous les Isralites depuis les plus
jeunes jusqu'aux plus vieux, jusqu'aux femmes et aux petits enfants, en
un mme jour, c'est--dire, le treizime jour du douzime mois appel
Adar, et qu'on pillt tous leurs biens. Mais la reine nomme _Esther_,
qui tait elle-mme isralite et parente de Mardoche, faisait de son
ct des instances prs du roi, son poux, et le peuple isralite fut
sauv d'une mort imminente. Le tyran Aman fut attach  la mme potence
qu'il avait prpare  Mardoche. En mmoire de cet vnement tous les
Isralites s'obligrent, eux et leurs enfants d'en faire chaque anne
dans toute la postrit une fte solennelle appele _Purim_
(c'est--dire, les sorts)[17].

 [17] La clbration de cette fte se fait de la manire suivante: le
      treizime jour du mois d'Adar est un jour de jene; le but en est
      de nous rappeler le jene de la reine Esther et des Isralites qui
      se trouvaient alors  Suse, capitale de l'empire. Le jour suivant
      (le quatorzime) est consacr  la joie. Le livre d'Esther est lu
      dans la synagogue le soir et le matin. Des festins de famille et
      d'autres rjouissances ont ordinairement lieu; mais c'est
      principalement dans la distribution des aumnes et dans d'autres
      oeuvres de charit que consiste la solennit du jour.




                             CHAPITRE VII.


           LES ISRALITES VIVENT SOUS LA DOMINATION TRANGRE
                  JUSQU'A LA GUERRE DE LA DLIVRANCE.

                              (3408-3610.)





                  Retour de la captivit de Babylone.


Les soixante et dix ans de l'exil prdits par le prophte Jrmie, tant
passs, Dieu toucha le coeur de Cyrus roi de Perse (la Babylonie faisait
alors partie de son empire) de manire que ds la premire anne de son
rgne, il fit publier dans tout son empire cette ordonnance: Voici ce
que dit Cyrus, roi de Perse: L'Eternel, le Dieu du ciel, m'a donn tous
les royaumes de ce pays, et m'a command de lui btir une maison dans la
ville de Jrusalem, qui est en Jude. Que celui d'entre vous qui est de
son peuple, aille  Jrusalem. Que son Dieu soit avec lui, et qu'il
rebtisse la maison de l'ternel, le Dieu d'Isral. Que tous les autres,
en quelques lieux qu'ils habitent, les assistent du lieu o ils sont,
soit en argent et en or, soit de tous leurs autres biens, outre ce
qu'ils offriront volontairement pour le temple de Dieu qui est 
Jrusalem. Alors les chefs de famille de Juda et de Benjamin, les
prtres et les lvites, et tous ceux dont Dieu toucha le coeur, se
prparrent  s'en retourner. Les autres, qui demeuraient aux environs,
les assistrent de leurs biens. Le roi Cyrus leur remit aussi entre les
mains les vases du temple que Nabuchodonosor avait emports de
Jrusalem: trente bassins d'or, mille bassins d'argent et beaucoup
d'autres vases sacrs. Il y avait cinq mille quatre cents vases tant
d'or que d'argent.

C'est ainsi qu'ils se rtablirent de nouveau dans leur pays, et tout le
peuple d'Isral demeura chacun dans sa ville. Ils taient pour le
moment, tout compt, environ cinquante mille et parmi eux il y avait
deux cents chantres, hommes et femmes. Leurs chefs taient _Zorababel_
prince de Juda, gouverneur du roi de Perse, _Josu_ pontife et dix
princes de tribu.--Le septime mois tant venu, les enfants d'Isral qui
taient dans leurs villes, s'assemblrent tous comme un seul homme dans
Jrusalem, et commencrent  btir un autel pour y offrir  l'Eternel
des holocaustes le matin et le soir. Ils posrent l'autel de Dieu sur
ses bases, pendant que tous les peuples voisins s'efforaient de les en
empcher. Ils clbrrent la fte des Tabernacles, en la manire qu'il
est command dans la loi de Mose. Ce n'est que dans la seconde anne de
leur arrive qu'ils jetrent les fondements du temple de l'Eternel. Les
prtres revtus de leurs ornements se prsentrent alors accompagns des
lvites, pour louer Dieu avec les paroles de David, roi d'Isral. Ils
chantaient tous ensemble des hymnes, et publiaient la gloire de
l'Eternel, en disant: Louez l'Eternel parce qu'il est bon, et que sa
misricorde s'est rpandue pour jamais sur Isral. Et plusieurs des
prtres et des lvites, des chefs de famille, et des anciens, qui
avaient vu le premier temple, considrant les fondements de celui-ci,
qui tait devant leurs yeux, jetaient de grands cris mls de larmes, et
plusieurs aussi levant leur voix poussaient des cris de rjouissance:
et l'on ne pouvait discerner les cris de joie d'avec les plaintes de
ceux qui pleuraient, parce que tout tait confus dans cette grande
clameur de peuple, et le bruit en retentissait au loin.--Or leurs
ennemis (les Samaritains) apprenant que les Isralites revenus de leur
captivit btissaient un temple  l'Eternel, le Dieu d'Isral, vinrent
trouver Zorobabel et les chefs des familles, et leur dirent:
Laissez-nous btir avec vous; parce que nous cherchons votre Dieu comme
vous, depuis qu'Asor-Haddan roi d'Assyrie nous a envoys en ce lieu.
Zorobabel, Josu et les autres chefs des familles d'Isral leur
rpondirent: Nous ne pouvons btir avec vous une maison  notre Dieu;
nous btirons seuls un temple  l'Eternel notre Dieu, comme Cyrus roi
des Perses, nous l'a ordonn. Alors les ennemis mcontents de cette
rponse empchrent les Isralites autant qu'ils le purent de btir le
temple. Ils gagnrent par argent les ministres du roi, et pendant le
rgne de Cyrus, roi des Perses, ils purent s'opposer au dessein du
peuple isralite. Ce n'est que sous le gouvernement de _Darius Hystaspe_
que les Isralites continurent de btir, et le temple de Dieu fut
achev le troisime jour du mois d'Adar la sixime anne du rgne du roi
Darius. Les enfants d'Isral, les prtres et les lvites firent alors la
ddicace du temple avec de grandes rjouissances. Les prtres furent
rtablis dans leurs ordres et les lvites en leur rang pour faire
l'oeuvre de Dieu dans Jrusalem selon qu'il est crit dans le livre de
Mose.

Les Isralites demeuraient donc de nouveau  Jrusalem et dans les
villes du pays d'Isral. Ils taient gouverns par les pontifes et par
les gouverneurs des rois de Perse. L'Eternel leur envoya encore des
prophtes et des hommes inspirs de l'amour de la vrit: des hommes
qui, sans cesse, montraient au peuple la bonne voie, lui donnaient
l'instruction dans la loi de Mose et le rendaient de plus en plus
capable de se pntrer de l'esprit de la parole de Dieu. Au nombre de
ces grands hommes se trouvait le savant _Esdras_ (Esra) descendant
d'Aaron. Cet homme tait fort habile dans la loi, zl et trs-pieux; il
partit de Babylone et arriva  Jrusalem avec une grande colonie, forte
de plus de dix-sept cents hommes, sans compter les femmes et les
enfants; il apporta en mme temps avec lui de l'argent, de l'or et des
vases pour le service du temple  Jrusalem.

_Nhmie_, l'chanson du roi, dvou  son Dieu, dsirait aussi
retourner dans le pays de ses pres. Et lorsqu'on lui en apporta des
nouvelles, et qu'il apprit que les murailles de Jrusalem taient encore
en ruine, il se mit  pleurer, jena et pria l'Eternel d'exaucer ses
voeux. Or, il s'adressa ainsi au roi son matre: Si ma demande ne
dplat pas au roi, et si votre serviteur vous est agrable,
envoyez-moi, je vous prie, en Jude,  la ville des spulcres de mes
pres, afin que je la fasse rebtir. Le roi lui accorda sa demande;
Nhmie partit pour Jrusalem et y rendit beaucoup de services  ses
frres. Les ennemis ayant appris qu'on rebtissait les murailles, en
devinrent jaloux et tchrent, par tous les moyens possibles, d'en
empcher l'excution. Mais les Isralites ne perdaient pas confiance en
Dieu; ils priaient l'Eternel et mettaient en mme temps des gardes jour
et nuit sur la muraille pour s'opposer aux efforts de leurs ennemis: ils
travaillaient d'une main et tenaient l'pe de l'autre. C'est de cette
manire que les murailles furent rebties et acheves en peu de temps.
Le premier jour du septime mois (Tischri) tous les pres de famille
s'assemblrent avec leurs femmes, leurs fils et leurs filles dans une
des grandes places de Jrusalem. Esdras apporta la loi devant
l'assemble, lut dans ce livre clairement et distinctement, au milieu de
la place, depuis le matin jusqu'au midi. Les lvites et beaucoup
d'autres personnes instruites, interprtaient la loi  tout le peuple et
lui expliquaient les paroles de Dieu. On clbra ensuite la fte des
Tabernacles, et pendant la dure de cette fte Esdras lisait
journellement dans le livre de la loi. Cette solennit dura sept jours,
et le huitime jour ils firent l'assemble du peuple selon la coutume
(Schemini-Azereth). Le vingt-quatrime jour de ce mme mois, ils
s'assemblrent, jenrent, firent pnitence et s'engagrent de la
manire la plus solennelle  observer religieusement toutes les lois de
Dieu, donnes par Mose, son serviteur.


                       FIN DE L'ECRITURE SAINTE.








                         SUITE DU CHAPITRE VII.


Le peuple isralite vcut en ces jours, et pendant quelque temps encore,
paisible et tranquille. Quoiqu'il se trouvt sous la dpendance des rois
de Perse, cependant l'administration immdiate en tait confie  ses
grands prtres, aux anciens et aux hommes les plus distingus du peuple.
L'tat des choses resta ds lors le mme et aucun changement n'y fut
introduit sous les dominations diffrentes qui vinrent bientt succder
 celle des rois de Perse. Les _Macdoniens_, les _gyptiens_ et les
_Syriens_, tous consentirent  laisser au peuple isralite son
administration antrieure.--Jrusalem tait gnralement regarde comme
la patrie commune, mme par ceux d'entre les Isralites qui demeuraient
en grand nombre dans d'autres pays. Le temple reconstruit semblait 
tous tre le centre de l'assemble nationale, le symbole de l'unit, et
ils y faisaient parvenir leurs offrandes et leurs dons des pays mme les
plus loigns.--Tout cela ne manquait pas d'exercer l'influence la plus
salutaire  l'gard de leur vie religieuse. Bien qu'il n'y et plus de
prophtes aprs la mort de _Malachie_, le penchant  l'idoltrie avait
cependant compltement disparu; heureux effet de la bonne instruction
que le peuple recevait alors. L'ordre et la majest qui rgnaient dans
leur temple et partout dans le service divin; leur union et leur
fidlit envers leurs souverains; leur zle et leur activit, tout cela
les relevait aux yeux des nations trangres et rendait la dignit 
leur religion qui les obligeait  tous ces devoirs. Partout o ils
demeuraient, ils trouvaient l'occasion de montrer que l'obissance et la
fidlit envers le souverain passaient  leurs yeux pour les premiers
devoirs, et ils s'appliquaient en outre  rpandre la connaissance de
Dieu parmi tous ces peuples paens.

Un tmoignage honorable d'estime leur fut accord par _Alexandre le
Grand_, roi de Macdoine. Ce grand conqurant, lors de son invasion dans
la Phnicie, enjoignit au pontife de Jude de lui fournir des vivres
pour son arme et de lui faire parvenir en mme temps tous les impts
que les Isralites avaient  payer  _Darius Kodomanus_, roi de Perse.
Mais le pontife lui rpondit au nom du peuple isralite, qu'ayant prt
serment de fidlit  Darius son souverain, il devait tre fidle  ce
prince. Cette rponse inattendue irrita tellement le roi Alexandre qu'il
s'avana vers Jrusalem, rsolu  punir les Isralites et  les forcer 
lui obir. Cependant, lorsque le pontife, accompagn du peuple, alla 
sa rencontre, Alexandre lui fit un bon accueil, entra en paix dans la
ville de Jrusalem, visita le temple, en examina les trsors sans y
toucher, approuva la constitution isralite et garantit  tous ceux qui
voudraient prendre du service dans son arme, la pleine libert
d'exercer leur culte. Beaucoup d'entre les Isralites se confiant 
cette promesse se prsentrent alors  Alexandre et lui demandrent
l'admission dans son arme.





                       migration pour l'gypte.


Aprs la mort d'Alexandre, ses gnraux, ainsi que les gouverneurs
placs  la tte des provinces qu'il avait conquises, s'rigrent en
rois de ces provinces. Il en rsulta des guerres nombreuses, qui firent
aussi beaucoup de mal  la Palestine. _Ptolomus Lagi_, gouverneur
d'Egypte, fut le premier qui s'empara de la Palestine. Ptolomus s'tant
convaincu de la fidlit des Isralites, qui avaient observ si
fidlement le serment autrefois prt aux rois de Perse, les obligea 
lui prter le mme serment. Il en emmena un grand nombre avec lui en
Egypte, et beaucoup d'autres l'y suivirent volontairement. Il les mit,
en partie, dans les forteresses comme garnison, les autres s'tablirent
 Alexandrie, jouissant des mmes droits que les Egyptiens et les Grecs.
_Seleucus Nicator_, roi de l'Asie Mineure, aimait aussi les Isralites 
cause de leur fidlit, et il parvint  en attirer un grand nombre en
leur accordant les mmes droits qu'aux Grecs et en les levant au rang
des premiers citoyens. C'est principalement  Antiochie, la capitale,
que beaucoup d'Isralites s'tablirent. Ils se rpandirent en gnral 
cette poque bien avant dans l'Asie Mineure, dans la Syrie et dans la
Grce.

_Ptolomus Philadelphus_, protecteur des sciences, possdait 
Alexandrie une bibliothque de plus de deux cent mille ouvrages. Il fit
prier le pontife  Jrusalem de lui remettre une copie des saintes
Ecritures et de lui envoyer en mme temps quelques savants pour en faire
la traduction en grec. _lisar_, alors pontife, lui envoya une
magnifique copie accompagne de soixante-douze hommes savants, qui en
accomplirent la traduction, ordinairement appele _traduction des
septante_ ou des _soixante-dix interprtes_. Cette traduction tait
trs-considre par les Isralites qui demeuraient hors de la Palestine.
Ils s'en servaient pour expliquer la loi et pour en faire la lecture
dans les synagogues, tandis que les Isralites en Palestine se
servaient, pour le mme usage, d'une traduction chaldenne.

Le peuple isralite jouit de la paix pendant le long rgne de Ptolomus,
il s'adonna alors en grande partie aux sciences, se familiarisa avec la
littrature grecque et embrassa les usages et les coutumes de cette
nation.

_Antigonus_, prsident du grand conseil, enseignait entre autres
prceptes, qu'on ne peut servir Dieu, comme le serviteur sert son
matre, en esprant d'tre rcompens; mais qu'il faut le servir par
l'amour le plus pur. Cette doctrine fut mal comprise par deux de ses
lves qui se nommaient _Sadoc_ et _Baithos_. Ils en rpandirent la
maxime errone, qu'il n'y a, aprs la mort, ni rcompense ni punition.
Les partisans de cette doctrine fausse, funeste et hrtique, taient
appels la secte des _Saducens_.




                             CHAPITRE VIII.


              DEPUIS LA GUERRE DE LA DLIVRANCE JUSQU'AUX
                        TEMPS DE L'INDPENDANCE.

                              (3610-3634)

                                --------



                    Cruauts d'Antiochus piphanes.


Le rgne d'Antiochus Epiphanes, roi de Syrie, rejeta de nouveau les
Isralites au milieu des souffrances et des perscutions. Il y avait
dj un assez grand nombre d'annes que la Palestine tait assujettie 
la Syrie, lorsque ce roi monta sur le trne. Dans la fausse ide de
maintenir plus srement les Isralites dans son obissance, Antiochus se
proposa d'anantir leur religion et de les forcer  embrasser celle des
paens. Il y avait alors deux grands prtres  Jrusalem, l'un se
nommait _Jason_ et l'autre _Mnlaus_. Ces hommes, ainsi qu'une grande
partie du peuple, taient entirement ports  embrasser les moeurs des
Grecs. Ils tablirent  Jrusalem des jeux gymniques et dpouillrent le
temple pour payer les contributions promises au roi Antiochus. Peu de
temps aprs cette spoliation, Antiochus envahit l'Egypte, et le faux
bruit de sa mort se rpandit. Alors le peuple irrit de la spoliation du
sanctuaire, se rvolta contre les deux prtres sacrilges. A ces
nouvelles, Antiochus se dirigea vers Jrusalem. Arriv en cette ville,
il tua une grande partie du peuple, en vendit quatre mille comme
esclaves, enleva tous les vases d'or et d'argent consacrs au temple, et
pour insulter au peuple, il profana le temple en y faisant gorger un
porc sur l'autel. Quelque temps aprs, ce mme roi, forc par les
Romains  quitter l'Egypte, exera de nouveau toute sa rage contre la
Palestine; il envoya  Jrusalem une arme qui pilla la ville et en
massacra sans piti les malheureux habitants. Il dfendit, sous peine de
mort, d'exercer la religion de quelque manire que ce ft; il fit
dchirer les livres de la loi et dressa partout des temples d'idoles. Il
envoya  cet effet un prtre grec  Jrusalem pour instruire le peuple
dans la religion paenne. Ce prtre viola le temple de Jrusalem en le
consacrant  Jupiter et en y plaant la statue de cette idole, puis il
sacrifia sur l'autel de Dieu  la manire grecque.

Beaucoup d'Isralites abandonnrent alors leur religion; mais aussi il y
en eut beaucoup qui s'enfuirent ou moururent de la mort des martyrs. Au
nombre de ces derniers se trouva un vieillard qui se nommait _Eliasar_.
Celui-ci prfra mourir que de transgresser les commandements de Dieu
lors mme que le tyran ne lui demandait qu'une transgression apparente.
Il y eut aussi une femme, nomme _Hanna_, qui se montra tellement
attache aux devoirs de sa religion, qu'elle ne chancela pas un instant
dans la foi en voyant mme de ses propres yeux, qu'on gorgeait ses sept
fils les uns aprs les autres, qui se refusrent tous  sacrifier aux
faux dieux. Le dernier de ses fils, trs-jeune encore, fut mme
encourag  l'idoltrie par le tyran, qui lui promit de le sauver, s'il
flchissait seulement le genou devant l'idole, ne ft-ce que pour
l'apparence. Mais ce jeune homme qui avait vu mourir courageusement ses
six frres n'hsita point et, rendant le dernier soupir sous la main de
son bourreau, il s'cria: Ecoute Isral! l'Eternel est notre Dieu,
l'Eternel est unique! Cette mre ayant ainsi vu mourir tous ses enfants
de la mort des martyrs, mort  laquelle elle les avait encourags
elle-mme, ne se sentit plus de douleur; elle se prcipita du haut d'une
maison et mourut.





                             Les Machabes.


Il y avait alors un prtre, nomm _Mathatias_, qui avait cinq fils:
Jochanan Gadi, Simon Thassi, Juda Machabe, Eleasar Havran et Jonathan
Haphus. Cet homme, tmoin des maux de son peuple, s'enfuit avec ses fils
pour aller demeurer dans la petite ville appele _Modin_. Cependant les
agents syriens y vinrent aussi. Ils lui parlrent et lui firent les plus
grandes promesses s'il voulait renoncer aux croyances de ses pres.
Voyez, lui dirent-ils, vous tes l'homme le plus distingu dans cette
ville et pre d'une famille nombreuse, soyez donc aussi le premier en
faisant tout ce que le roi ordonne; suivez l'exemple de toutes les
nations et d'une foule d'Isralites. Le roi vous regardera alors comme
son ami, et vous et vos fils seront largement rcompenss, vous aurez de
l'or et de l'argent et de riches prsents. Or Mathatias rpondit: Quand
mme tout le monde abandonnerait la loi de Dieu, moi et mes fils nous
lui resterons fidles. Que Dieu nous prserve de jamais consentir 
l'exigence d'Antiochus, jamais nous ne servirons les faux dieux. Pendant
que Mathatias parlait ainsi, un Isralite s'avana aux yeux de tout le
peuple pour sacrifier aux idoles dans la ville de Modin. Mathatias en
voyant cet acte d'idoltrie fut entran par son ardeur: il se prcipita
sur cet homme, le terrassa prs de l'autel, tua l'agent du roi,
dtruisit l'autel et s'cria de toutes ses forces: Que quiconque brle
d'amour pour Dieu et la loi, me suive! Ses fils et tous ceux qui
aimaient la justice et la vrit le suivirent alors avec leurs femmes et
leurs enfants et tout ce qu'ils possdaient, ils s'enfuirent dans le
dsert et s'y tablirent, car la misre les entourait de tous cts et
la tyrannie tait  son comble. Cependant,  mesure que la cruaut
d'Antiochus s'augmentait, le parti de Mathatias devenait plus fort et
plus nombreux. Ce digne prtre parcourut le pays, renversa les autels
des faux dieux, punit les apostats et souvent fit essuyer des pertes
nombreuses aux gnraux d'Antiochus. Cet homme courageux venant 
mourir, Juda son fils, obissant  la dernire volont de son pre, se
mit  la tte du peuple et remporta les plus grandes victoires.
Antiochus en devint furieux et jura la ruine complte du peuple
isralite. Cependant, tant sur le point de se charger lui-mme du
commandement de ses troupes, il tomba de son char et mourut dans les
douleurs les plus atroces. Dchir par la souffrance et tourment par la
crainte de la mort, il promit de faire pnitence, fit mme le voeu de se
faire isralite ds qu'il serait rtabli; tout fut vain. _Eupator_ son
fils, et _Dmtrius Soter_ successeur de ce dernier, continurent 
faire la guerre aux Isralites, et tous les deux, ils furent vaincus par
Juda Machabe qui dfit leurs armes, les expulsa de Jrusalem, purifia
le temple, rorganisa le culte, et ordonna en mmoire de ces grands
vnements, la clbration de la fte ordinairement appele _Chanouka_,
c'est--dire, conscration du temple[18].

 [18] Cette fte commence le vingt-cinquime du neuvime mois (Chislow.)
      Elle est clbre pendant huit jours par une espce d'illumination
      qui a lieu chaque soir dans la synagogue et dans les maisons et
      qui est accompagne de cantiques en actions de grces et  la
      louange de Dieu.

Juda Machabe[19] est le premier chef du peuple isralite qui fit
alliance avec les Romains. Il succomba dans la guerre, entreprise contre
Bacchides, gnral de Dmtrius. Jonathan, le plus jeune de ses frres
lui succda dans le commandement de l'arme. C'tait un homme sage et
vaillant comme Juda son frre. Les Romains le reurent dans leur
alliance et les rois d'Egypte et de Syrie ambitionnrent son amiti.
Cependant, un homme rus appel Tryphon, tuteur du jeune prince
Antiochus Theos, invita Jonathan avec ses fils  se rendre  Ptolomus,
prtextant vouloir lui donner cette ville comme gage de son amiti. Mais
il l'y retint prisonnier et le tua avec ses fils.

 [19] C'est par ses vertus et ses exploits que _Juda Machabe_ a mrit
      de donner son nom  toute cette famille,  laquelle le peuple
      d'Isral dut ses derniers jours de gloire et de prosprit.





                    Construction du temple gyptien.


Pendant ces victoires remportes par les Machabes, Mnlaus, ce prtre
sacrilge, se rfugiait en Syrie o il mourut d'une mort honteuse. Un
autre prtre nomm _Onias_, croyant avoir des titres au pontificat, se
retira en Egypte lorsqu'il vit qu'un autre lui tait prfr. Arriv
dans ce pays, il s'y lia intimement avec un autre Isralite appel
_Dositheus_, et tous les deux, ils surent, par leurs talents et par
leurs artifices, s'attirer tellement les gards et la considration du
roi d'Egypte, Ptolomus Philometer, qu'ils furent nomms par ce prince
chefs de toute l'arme gyptienne. C'est sur leur proposition qu'un
temple fut construit  _Lontopolis_, o s'exerait le mme culte qu'
Jrusalem. Ce temple se conserva pendant de longues annes; il existait
encore lorsque celui de Jrusalem tait dj dtruit. Ce n'est que sous
le rgne de Trajan, l'empereur romain, qu'il fut ruin.





         Simon investi par la nation du pontificat et du trne.


Aprs la mort de Jonathan, Simon son frre fut charg du commandement de
l'arme tout en remplissant les fonctions de pontife. Il renouvela
l'alliance avec les Romains et fit la paix avec Dmtrius roi de Syrie.
Ce fut alors que le peuple isralite, voulant tmoigner toute sa
reconnaissance envers cette noble famille des Machabes, rsolut, dans
une assemble gnrale, que toutes les dignits, dont Simon tait revtu
temporairement, lui restassent hrditaires. Les Romains, ainsi que le
roi de Syrie, adhrrent  cet arrt et le peuple isralite fut de
nouveau reconnu comme nation indpendante. Les Isralites, en mmoire de
cet vnement glorieux, frapprent une nouvelle monnaie et tablirent
une nouvelle re  dater de l'poque de la dlivrance.

Simon fut assassin avec deux de ses fils au milieu d'un festin par
Ptolomus son gendre, gouverneur de Jricho. _Jean Hyrcan_, son fils,
lui succda.

Ce prince s'empara de beaucoup de villes, qui avaient appartenu aux
Isralites avant d'tre enleves par les Syriens et les Grecs. Il
assujettit les Samaritains et dtruisit leur temple, tabli sur le mont
Garizim. Il vainquit les Idumens, qui embrassrent alors la religion
des Isralites et se confondirent avec cette nation.





                          tat de la religion.


Les cruelles perscutions religieuses d'une part et les relations
frquentes avec les paens de l'autre, devaient ncessairement exercer
une grande influence sur les opinions religieuses du peuple. Aussi, vers
cette poque, diffrentes sectes se firent-elles remarquer: les
_Hellnes_, ou Isralites qui demeuraient en Egypte et exeraient leur
culte dans le temple de Lontopolis. Les _Saducens_ (_voyez_ plus
haut). Les _Essniens_ qui pour la plupart, habitaient dans la solitude,
menant une vie retire tout en admettant la communaut des biens. Ils
croyaient  une rcompense et  une punition future; mais ils
expliquaient l'Ecriture sainte dans un sens figur. Les _Pharisiens_
prtendaient que Dieu, en se rvlant  Mose, lui avait communiqu _la
Loi crite_ et lui en avait donn en mme temps _une explication orale_;
ils supposaient, par consquent, que ces deux parties ne formaient qu'un
seul tout. Cette _explication_, ou _Loi orale_, pour qu'elle ne ft pas
un jour expose  des exgses errones et  des interprtations
arbitraires, ne pouvait tre communique qu' quelques hommes, les plus
distingus de la nation, afin qu'ils conservassent ces doctrines pures
et intactes. Ce n'est que plus tard, dans les temps d'oppression et de
perscution, lorsqu'il tait  craindre que ces traditions orales ne
tombassent dans l'oubli, qu'un homme remarquable par sa pit et sa
science, _Rabbi Jhuda Hanasi_, se chargea enfin de les crire. Cet
ouvrage, formant six parties, s'appelle _Mischna_. Ce ne fut que trois
cents ans aprs, que le commentaire de la Mischna fut recueilli (les
cinq cent vingt-neuf chapitres de la Mischna s'y tendent en douze
volumes in-folio) et conserv par crit. L'ensemble de la Mischna et de
son commentaire est ordinairement appel _Talmud_ ou _Gamara_.




                              CHAPITRE IX.


              DEPUIS LA CONQUTE DE L'INDPENDANCE JUSQU'A
                      LA DESTRUCTION DE JRUSALEM.

                              (3634-3828.)

                                --------



                Aristobule, Alexandre Janus, Alexandra.


Aprs la mort d'Hyrcan, _Aristobule_ son fils s'empara du trne. Il
traita sa mre et sa famille d'une manire trs-cruelle et retint en
prison trois de ses frres. Mais son rgne fut de courte dure, il ne se
prolongea pas au del d'une anne. Lorsque Aristobule vint  mourir, ses
frres furent mis en libert par son pouse, et _Alexandre Janus_,
l'an d'entre eux, monta sur le trne. Il tendit les bornes de son
royaume; mais d'un caractre violent et emport et professant les
doctrines pernicieuses des Saducens, il perscuta les Pharisiens qui
lui suscitaient des embarras, et en fit massacrer un grand nombre. Il
mourut enfin dans la vingt-septime anne de son rgne, des suites de
son intemprance. Il remit lui-mme avant sa mort les rnes de l'Etat 
_Alexandra_ son pouse, en lui conseillant la rconciliation avec les
Pharisiens.





         Hyrcan II, ou le royaume sous l'influence des Romains.


Alexandra, suivant le conseil de son poux, se rconcilia avec les
Pharisiens et rgna pendant neuf ans, soutenue par cette secte
puissante. Elle chargea Hyrcan son fils du pontificat. C'tait un homme
d'un caractre doux et souple, dvou  la secte des Pharisiens. Lorsque
Alexandra vint  mourir, _Hyrcan II_ fut lu  Jrusalem roi d'Isral.
Mais Aristobule son frre, attach  la secte des Saducens, fut pouss
par ces derniers  s'emparer du trne. Ces deux princes  la tte de
leur parti se firent bientt la guerre. Hyrcan fut vaincu et forc de
cder au vainqueur le pontificat et le trne.

Aristobule s'tait  peine empar du royaume qu'il commena  perscuter
ceux qui avaient t partisans d'Hyrcan. C'est alors, qu'un de ces
derniers, nomm _Antipater_ (Idumen de naissance qui avait embrass la
religion isralite) persuada Hyrcan de recommencer la guerre et de
ressaisir le gouvernement. Les deux frres ennemis cherchrent, chacun
de leur ct, le secours des princes trangers. Hyrcan s'adressa 
_Pompe_, gnral romain, qui se trouvait en ce moment dans l'Arabie 
la tte d'une arme. Pompe vint  son aide, vainquit Aristobule,
l'emmena avec lui  Rome pour relever son entre triomphale par la
prsence de ce captif, et remit  Hyrcan les dignits de l'Etat et du
pontificat en lui enjoignant que le gouvernement isralite ft
dornavant soumis au peuple romain et qu'il et  lui payer un tribut
annuel.





                                Hrodes.


Aprs son avnement au pouvoir, Hyrcan ne se chargea que des fonctions
de pontife, laissant les soins de l'Etat  Antipater son ami. Ce
dernier, pour se mettre dans les bonnes grces des Romains, ne songea
qu' se signaler par quelque service. Le peuple mcontent d'Hyrcan, de
la ngligence de son gouvernement, et fatigu des troubles continuels
excits par Aristobule, sollicita le Romain Gabynius, proconsul de
Syrie, de changer la constitution du pays. Cet homme, cdant volontiers
 cette demande, confirma Hyrcan dans le pontificat, mais lui retira les
dignits royales, divisa le pays en cinq districts et remit le
gouvernement de chacun  un haut conseil, compos d'hommes les plus
distingus du pays.

C'est de cette manire que la _constitution monarchique_ fut change en
_constitution aristocratique_.

_Antigonus_, fils d'Aristobule, recouvra le trne quelques annes plus
tard; cependant, son rgne ne fut que de courte dure, il en fut priv
par _Hrodes_ fils d'Antipater (l'Idumen nomm plus haut), qui secouru
par les Romains, le vainquit et le tua.

C'est ainsi que finit le rgne des Machabes aprs une dure de cent
vingt ans.

Hrodes, homme rus et intrpide, tait all  Rome se prsenter devant
le snat et solliciter le trne. Sa demande lui fut accorde; et,
second par Antoine et Octave, il russit  se faire nommer roi
d'Isral. Arriv de cette manire au pouvoir et voyant le peuple
mcontent de son rgne, il exera beaucoup de cruauts pour s'assurer du
trne. Il fit tuer l'ex-roi Hyrcan quoiqu'il en et pous une des
parentes nomme Mariane, et fit massacrer sans piti tous les
descendants de cette clbre famille des Machabes. Pour gagner les
bonnes grces du peuple, il fit restaurer le temple de Jrusalem et
ajouta  son ancienne magnificence. Or, toute la vie de ce roi ne fut
qu'une srie d'adversits et d'infortunes; souvent accabl par le
malheur, il fut sur le point de se donner la mort. La cause premire de
ses afflictions fut la discorde et la division qui rgnaient dans sa
famille. Entran par la dfiance, et sur les rapports calomnieux de sa
soeur, l'infme Salom, il fit tuer son pouse Mariane et plusieurs de
ses fils. Cinq jours seulement avant sa mort, il fit massacrer son fils
an, Antipater, dsign dans son testament comme hritier du trne. Il
mourut enfin d'une maladie chronique des plus douloureuses,  l'ge de
soixante-dix ans, dans la trentime anne de son rgne. La postrit lui
donna le nom d'_Hrodes le Grand_. Cependant sa grandeur ne fut qu'une
profonde misre cache sous les apparences d'une splendeur extrieure;
car toutes ses actions n'eurent pour but que celui de satisfaire  son
faux honneur.





                          Remarques gnrales.


On ne doit pas douter que l'tablissement des synagogues pour l'exercice
rgulier du culte, ne soit une institution qui date d'une poque
trs-ancienne. L'usage de rciter dans ces lieux de prires,  certains
jours de la semaine, quelques chapitres des livres de Mose, est
attribu  Esdras, cet infatigable restaurateur de la loi de Mose. La
grande assemble, ordinairement appele _la grande synagogue_,
florissait dans le temps des derniers prophtes. C'est de cette
assemble que sont manes nos prires journalires: principalement le
_Schema_, une partie de la Tephila, les dix-huit bndictions et, en
outre, les grces avant et aprs le repas.

Sous le rgne de Simon Machabe, fut institu  Jrusalem le
_Sanhdrin_,  qui l'on confia l'administration de la justice et
l'interprtation de la loi. Le chef de cette assemble s'appelait
_Nasi_.

L'tat des savants se divisait en trois classes. 1 Les _Sopherim_, qui
s'occupaient de copier et de commenter l'Ecriture sainte. En leur
qualit de membres de l'assemble lgislative, on les appelait
_Chachamim_ (sages). 2 Les _Rabbanim_, qui instruisaient le peuple et
prononaient des discours publics. 3 Les _Talmidim_ (lves) qui,
parvenus  un certain degr de science, taient appels _Chaberim_,
c'est--dire, collgues de la socit des savants.

La grande partie de la nation en Palestine et dans les environs de
l'Euphrate s'occupait de l'agriculture et de l'industrie; ceux qui
demeuraient dans l'Egypte, dans l'Asie Mineure et dans la Grce
faisaient pour la plupart le commerce.

C'est du temps d'Hrodes que nous trouvons les affaires intrieures du
pays dans l'tat le plus dplorable, premire consquence des cruauts
de ce prince. Bien qu'il ft embellir le sanctuaire, il ne le fit pas
administrer comme la religion l'exigeait: il disposa du pontificat  son
bon plaisir, ne porta pas l'attention requise  cette grande institution
des Sanhdrins, seul il fit les lois, et tablit, selon sa volont, des
cours de justice.

Pendant ce malheureux tat des choses, le peuple se divisait en _trois
partis_. 1 Les Zlateurs, ou les dfenseurs de la libert, qui
s'opposaient  tout ce qui tait tranger soit  la religion, soit aux
habitudes de la nation. Croyant  une restauration complte du royaume
isralite, ils excitrent la rvolte et contriburent  la ruine du
pays. 2 Ceux d'entre le peuple qui prtendaient que le Messie, tel
qu'il tait prdit par les prophtes, tait prs de venir. Ces hommes
croyaient voir ds cette poque l'accomplissement d'une prophtie, qui,
de nos jours encore, est loin de s'accomplir: car le temps o le
_royaume de Dieu sera tabli sur la terre_ est encore bien recul; ce
temps o tous les hommes connatront et adoreront le seul vrai Dieu, o
tous vivront entre eux en paix et en concorde. 3 La grande partie de la
nation, qui tait sincrement attache aux prceptes de la religion, se
joignit aux savants interprtes de l'Ecriture sainte en professant leurs
doctrines.--A la tte des coles o taient enseignes ces doctrines, se
trouvaient deux grands hommes _Hillel_ et _Schammai_, qui contriburent
de tout leur pouvoir  dvelopper la Loi et  relever le Rabbinisme.
Cette cole continua de travailler pendant quelques sicles  l'difice
du culte isralite.

La mission du Rabbinisme consistait  donner aux principes fondamentaux
de la loi divine une enveloppe telle que cette vrit ternelle, rvle
 Isral, pt braver les sicles et tous les orages qui attendaient la
nation.





                          Archelaus. Agrippa.


Aprs la mort d'Hrodes, Archelaus son fils lui succda sur le trne. Ce
prince mcontenta le peuple par ses actes arbitraires et par ses
empitements sur la religion. Des plaintes nombreuses ayant t portes
 sa charge, il fut exil  Vienne dans la Gaule par l'empereur Auguste.
La Palestine fut alors runie  la Syrie et administre par des
gouverneurs romains. Quoique le petit-fils d'Hrodes le Grand, _Agrippa_
parvnt au trne quelque temps aprs, l'tat des choses ne changea
presque plus. Car le rgne de ce dernier roi ne fut que de courte dure:
Agrippa vint bientt  mourir et, comme son fils tait alors trop jeune
pour monter sur le trne, le pays retomba de nouveau sous la domination
immdiate des Romains et son administration fut confie  leurs
reprsentants. Ces gouverneurs taient, pour la plupart, des hommes
barbares qui opprimaient le peuple, le volaient et le traitaient
tyranniquement. Il y en eut un du temps de l'empereur Nron, nomm
Gesius Florus, dont la rapacit et la cruaut excitrent le peuple  la
rvolte, malgr les efforts des plus sages qui voulaient arrter
l'insurrection en faisant entrevoir au peuple les tristes consquences
auxquelles ils allaient s'exposer. Ces hommes chourent dans leurs
efforts devant les intrigants qui, placs  la tte de la rvolte,
savaient remuer adroitement les passions et forcer mme les plus
pacifiques  se ranger de leur parti. C'est ainsi que le soulvement se
rpandant dans le pays fit des progrs rapides et devint enfin des plus
menaants. L'empereur Nron, pour touffer la rvolte, envoya alors une
arme nombreuse sous les ordres de _Vespasien_ et de _Tite_ fils de ce
dernier. Ce gnral rencontra souvent une rsistance vigoureuse, dont il
fut tellement exaspr qu'il tua beaucoup d'Isralites, en vendit un
plus grand nombre encore comme esclaves, et ravagea presque toutes les
villes et tous les villages. Etant sur le point de marcher sur
Jrusalem, Vespasien reut la nouvelle de la mort de Nron et fut
rappel  Rome pour monter sur le trne. En quittant la Palestine, il
remit le commandement des troupes  Tite son fils, lui enjoignant de
s'emparer de Jrusalem et de ce qui restait encore  soumettre dans le
pays. Lorsque Tite mit le sige devant Jrusalem, il y avait dans cette
ville une grande affluence de peuple; les uns s'y taient rendus pour
chercher un refuge, les autres pour assister aux ftes qui se
clbraient  cette poque. Les Isralites se dfendirent avec une
grande bravoure et opposrent aux Romains une si terrible rsistance que
Tite lui-mme commenait  dsesprer de la conqute de cette ville.
Mais la dissension qui rgnait parmi les diffrents chefs des partis,
fit bientt clater la guerre civile dans l'intrieur de la ville. Les
partis ne songrent qu' se nuire. Les crimes les plus atroces et les
plus horribles forfaits s'y commirent alors. Les hommes les plus
distingus et les plus nobles furent tus ou massacrs, toutes les
munitions et provisions de bouche furent brles ou dtruites et la
famine commena  se dclarer d'une manire affreuse. Quoique puiss
par la guerre civile, extnus par la famine et par de nombreuses
maladies, les Isralites ne cessrent de se dfendre avec une grande
bravoure et une grande adresse; mais les Romains parvinrent enfin 
escalader les murs de Jrusalem et  pntrer dans l'intrieur de la
ville o ils firent un carnage horrible. Le nombre de ceux qui prirent
pendant le sige et lors de la prise de la ville, est port  _un
million cent mille hommes_, et ceux qui furent pris et vendus comme
esclaves  quatre-vingt-dix-sept mille. Le temple fut rduit en cendres,
le pays entirement dpeupl et les habitants disperss dans toutes les
parties du monde.

C'est depuis lors qu'Isral a perdu toute nationalit, qu'il a cess
d'tre un seul peuple. Dix-huit sicles presque se sont couls, et
pendant ce long espace de temps, Isral vit encore dispers parmi les
diffrentes nations de la terre, participant  leur histoire et
partageant avec elles un sort commun. Bien qu'il et beaucoup  souffrir
au milieu de toutes ces nations; que la tyrannie, l'ignorance et le
fanatisme lui attirassent beaucoup de maux; que l'injustice prolonget
son rgne pendant de longues annes et se soutnt de sicle en sicle:
grce  la providence divine, cette oppression honteuse, ce mpris des
droits de l'homme a cess  l'approche de la vraie connaissance de Dieu,
aux approches d'une civilisation claire. C'est au dernier sicle
surtout, qu'il fut rserv de faire triompher la raison sur la
prvention, et la justice sur l'aveugle arbitraire. A l'heure qu'il est,
une grande partie des nations ont commenc  avouer leurs torts et se
htent de rparer leurs fautes. Confondu et assimil  la socit
humaine, Isral n'a donc plus qu'une seule tche  remplir sur la terre,
savoir: de conserver _son indpendance religieuse_; de ne jamais cesser
d'entretenir la puret de sa croyance rvle  Sina; de la nourrir au
sein de ses familles, afin qu'il continue d'tre le dpositaire de la
Loi divine, un prtre de Dieu, plac  tous les coins de la terre pour
enseigner et pour rpandre la connaissance de l'Eternel, du vrai, seul
et unique Dieu, et alors seront accomplies ces paroles divines 
Abraham: Toutes les familles de la terre seront bnies en toi.
Qu'Isral continue  remplir cette mission sainte et glorieuse, jusqu'
l'entier accomplissement de la parole du prophte et alors arrivera le
jour dont il est dit: Dans les derniers temps, la montagne de la maison
de l'Eternel sera fonde sur le haut des monts, et s'lvera au-dessus
des collines: les peuples y accourront, et les nations se hteront d'y
venir en foule, en disant: Allons  la montagne de l'Eternel,  la
maison du Dieu de Jacob; il nous enseignera ses voies, et nous
marcherons dans ses sentiers; parce que la Loi sortira de Sion; et la
parole de l'Eternel de Jrusalem.




                                  FIN.




                          TABLE DES MATIRES.


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                                                               Pages.
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   _Prface_.                                                       I
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. Ier.--   Histoire gnalogique du peuple isralite.        5
   -------------------------------------------------------------------
                  La Cration.                                  _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  Adam.                                             7
   -------------------------------------------------------------------
                  Eve (Chava).                                      8
   -------------------------------------------------------------------
                  Pch des premiers hommes.                        9
   -------------------------------------------------------------------
                  Can et Abel (Hbel).                            11
   -------------------------------------------------------------------
                  Suite des patriarches vivant avant le            12
                  dluge.
   -------------------------------------------------------------------
                  No (Noach) et le dluge.                        15
   -------------------------------------------------------------------
                  Alliance de Dieu avec No.                       19
   -------------------------------------------------------------------
                  Tour de Babel et dispersion des hommes.          20
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. II.--    Depuis Abraham jusqu' Mose. (1948-2368).       22
   -------------------------------------------------------------------
                  Abraham.                                         23
   -------------------------------------------------------------------
                  Promesse de l'ternel et pit d'Abraham.        26
   -------------------------------------------------------------------
                  Alliance de la circoncision.                     27
   -------------------------------------------------------------------
                  Hospitalit d'Abraham. Naissance d'Isaac         29
                  prdite pour la dernire fois.
                  Intercession d'Abraham. Destruction de
                  Sodome.
   -------------------------------------------------------------------
                  Naissance d'Isaac. Sacrifice d'Abraham.          31
   -------------------------------------------------------------------
                  Mort de Sarah.--Isaac pouse                     33
                  Rebecca.--Mort d'Abraham.
   -------------------------------------------------------------------
                  Naissance de Jacob et d'sa.                    37
   -------------------------------------------------------------------
                  Primogniture et bndiction paternelle.         38
   -------------------------------------------------------------------
                  Voyage de Jacob.--Il arrive chez Laban et        41
                  y demeure.
   -------------------------------------------------------------------
                  Retour de Jacob et sa rencontre avec sa.       44
   -------------------------------------------------------------------
                  Joseph vendu par ses frres.                     48
   -------------------------------------------------------------------
                  Joseph est mis en prison.                        51
   -------------------------------------------------------------------
                  Joseph explique des songes. Il est dlivr       52
                  et lev  la dignit de prince.
   -------------------------------------------------------------------
                  Les frres de Joseph vont en gypte.             58
   -------------------------------------------------------------------
                  Les enfants de Jacob retournent en gypte        62
                  avec Benjamin.
   -------------------------------------------------------------------
                  Joseph fait mettre sa coupe dans le sac de       65
                  Benjamin.
   -------------------------------------------------------------------
                  Juda s'offre  demeurer esclave au lieu de       66
                  Benjamin.
   -------------------------------------------------------------------
                  Joseph se fait connatre  ses frres.           68
   -------------------------------------------------------------------
                  Jacob va en gypte et s'y tablit.               70
   -------------------------------------------------------------------
                  Le pieux dsir de Jacob.                         73
   -------------------------------------------------------------------
                  Jacob adopte les deux fils de Joseph.         _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  Mort de Jacob et de Joseph.                      75
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. III.--   Depuis Mose jusqu' l'occupation de             78
                  Chanaan. (2368-2489).
   -------------------------------------------------------------------
                  Isral en esclavage.                          _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  Naissance de Mose.                              79
   -------------------------------------------------------------------
                  La fuite de Mose.                               80
   -------------------------------------------------------------------
                  Mose est appel de Dieu pour dlivrer les       82
                  Isralites.
   -------------------------------------------------------------------
                  Mose et Aaron dclarent  Pharaon les           83
                  ordres de Dieu.
   -------------------------------------------------------------------
                  Prceptes touchant la fte de la Pque.          85
   -------------------------------------------------------------------
                  Sortie de l'gypte.                              86
   -------------------------------------------------------------------
                  Passage de la mer Rouge.                         87
   -------------------------------------------------------------------
                  Voyage vers le mont Sina. Murmures des          90
                  Isralites. La manne.
   -------------------------------------------------------------------
                  Continuation.                                    93
   -------------------------------------------------------------------
                  Rvlation de l'ternel sur le mont Sina.       94
   -------------------------------------------------------------------
                  Le veau d'or.                                    96
   -------------------------------------------------------------------
                  Le sjour du peuple isralite prs du mont       97
                  Sina.
   -------------------------------------------------------------------
                  Le tabernacle.                                   98
   -------------------------------------------------------------------
                  Le sabbat et les ftes.                          99
   -------------------------------------------------------------------
                  Dpart de Sina et marche jusqu'aux             103
                  confins de la terre promise.
   -------------------------------------------------------------------
                  Mort de Mose.                                  106
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. IV.--    Depuis la Conqute de Chanaan jusqu'           109
                  Sal. (2489-2882).
   -------------------------------------------------------------------
                  Entre du peuple isralite dans la terre      _ib._
                  promise.
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                  Josu exhorte les Isralites  observer la      114
                  loi.
   -------------------------------------------------------------------
                  Josu fait assembler le peuple pour la          115
                  dernire fois.
   -------------------------------------------------------------------
                  Mort de Josu et d'lazar.                     117
   -------------------------------------------------------------------
                  Les juges.                                    _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  _Remarque gnrale._--tat du peuple            131
                  isralite  l'poque des juges
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. V.--     Histoire du peuple Isralite sous les rois      135
                  Sal, David et Salomon. (2882-2964).
   -------------------------------------------------------------------
                  Sal agit contre la volont de l'ternel,       138
                  il est rejet.
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                  Action hroque de Jonathan.                    140
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                  Sal ne remplit pas exactement la volont       142
                  de Dieu, en est svrement blm.
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                  David est sacr roi d'Isral.                   144
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                  David triomphe du gant Goliath.                145
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                  David et Sal: bravoure et droiture d'un        149
                  ct, jalousie et ruse de l'autre.
   -------------------------------------------------------------------
                  Jonathan avertit David de la colre de          151
                  Sal. David se sauve, et se retire auprs
                  de Samuel.
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                  Sainte inspiration.                             152
   -------------------------------------------------------------------
                  David et Jonathan renouvellent leur union.      153
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                  David se retire  Nob vers Achimelech et       154
                  de l chez Achis.
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                  David se cache en diffrents lieux. Sal        155
                  fait tuer Achimelech.
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                  David est perscut par Sal, mais Dieu le      157
                  protge et le sauve de tous dangers.
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                  David cach dans une caverne empche qu'on      159
                  ne tue Sal.
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                  Conduite de David  l'gard de Nabal.           161
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                  David a de nouveau l'occasion de pouvoir        164
                  tuer son ennemi et ne le tue pas.
   -------------------------------------------------------------------
                  La pythonisse d'Endor.                          166
   -------------------------------------------------------------------
                  Mort de Sal et de ses fils.                    167
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                  Charit des habitants de Jabs.                 168
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                  David rgne sur Juda, et Isboseth sur           169
                  Isral. Combat entre les deux armes.
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                  Isboseth est tu. David venge sa mort.          172
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                  David est reconnu roi par tout Isral. Il       173
                  prend la forteresse de Sion.
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                  Jrusalem devient la capitale et le sige       174
                  du temple national.
   -------------------------------------------------------------------
                  David veut btir un temple. Dieu lui fait       175
                  dclarer que ce sera son fils qui le
                  btira.
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                  Victoires de David. Noms de ses officiers       177
                  suprieurs.
   -------------------------------------------------------------------
                  David honore le souvenir de son ami           _ib._
                  Jonathan en Miphiboseth, fils de ce
                  dernier.
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                  Hanon outrage les ambassadeurs de David.        178
                  Dfaites des Syriens et des Ammonites.
   -------------------------------------------------------------------
                  Pch de David avec Bathseba.                   180
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                  David est repris de son pch, et marque        181
                  son repentir. Naissance de Salomon.
   -------------------------------------------------------------------
                  Inceste d'Amnon. Vengeance d'Absalom.           184
   -------------------------------------------------------------------
                  Rvolte d'Absalom: David s'enfuit de            185
                  Jrusalem.
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                  Ziba, Sime. C'est dans l'adversit que         187
                  l'on reconnat les hommes.
   -------------------------------------------------------------------
                  Achitophel: orgueil, projets manqus,           189
                  dsespoir, suicide.
   -------------------------------------------------------------------
                  Absalom est tu.                                191
   -------------------------------------------------------------------
                  David pleure la mort d'Absalom; il se           193
                  montre gracieux aprs sa rintgration.
   -------------------------------------------------------------------
                  Murmure d'Isral contre Juda.                   194
   -------------------------------------------------------------------
                  Salomon est tabli successeur de David.         195
   -------------------------------------------------------------------
                  Avis de David  Salomon et  Isral. Sa         198
                  mort.
   -------------------------------------------------------------------
                  Salomon demande  Dieu la sagesse.              201
   -------------------------------------------------------------------
                  Jugement rendu par Salomon.                     203
   -------------------------------------------------------------------
                  Salomon pense  btir le temple.                205
   -------------------------------------------------------------------
                  Description du temple bti par Salomon.         206
   -------------------------------------------------------------------
                  Ddicace du temple. Prire de Salomon.          207
   -------------------------------------------------------------------
                  Dieu se rvle une seconde fois  Salomon.      210
   -------------------------------------------------------------------
                  La reine de Saba vient trouver Salomon et       211
                  admire sa sagesse.
   -------------------------------------------------------------------
                  Les femmes trangres font tomber Salomon       212
                  dans l'idoltrie. Mort de ce prince.
   -------------------------------------------------------------------
                  Division du royaume.                            214
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. VI.--    Histoire des deux royaumes jusqu' leur         217
                  ruine. (2964-3338).
   -------------------------------------------------------------------
                  Les deux rois.                                _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  Les deux royaumes.                              219
   -------------------------------------------------------------------
                  Isral en captivit dans l'Assyrie.             226
   -------------------------------------------------------------------
                  Origine de la secte des Samaritains.            228
   -------------------------------------------------------------------
                  Le royaume de Juda.                             229
   -------------------------------------------------------------------
                  Captivit de Babylone.                        _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  Les _Prophtes_, leur _Vocation_, en quel       242
                  _lieu_ ils ont vcu et  quelle _poque_.
   -------------------------------------------------------------------
                  tat du peuple pendant le temps de l'exil.      246
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. VII.--   Les Isralites vivent sous la domination        251
                  trangre jusqu' la guerre de la
                  dlivrance. (3408-3610).
   -------------------------------------------------------------------
                  Retour de la captivit de Babylone.           _ib._
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. VII.--   (Suite.)                                        257
   -------------------------------------------------------------------
                  migration pour l'gypte.                       259
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP.          Depuis la guerre de la dlivrance               261
   VIII.--        jusqu'aux temps de l'indpendance.
                  (3610-3634)
   -------------------------------------------------------------------
                  Cruauts d'Antiochus piphanes.               _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  Les Machabes.                                  263
   -------------------------------------------------------------------
                  Construction du temple gyptien.                265
   -------------------------------------------------------------------
                  Simon investi par la nation du pontificat       266
                  et du trne.
   -------------------------------------------------------------------
                  tat de la religion.                            267
   -------------------------------------------------------------------
   CHAP. IX.--    Depuis la conqute de l'indpendance            269
                  jusqu' la Destruction de Jrusalem.
                  (3634-3828).
   -------------------------------------------------------------------
                  Aristobule, Alexandre Janus, Alexandra.      _ib._
   -------------------------------------------------------------------
                  Hyrcan II, ou le royaume sous l'influence       270
                  des Romains.
   -------------------------------------------------------------------
                  Hrodes.                                        271
   -------------------------------------------------------------------
                  Remarques gnrales.                            272
   -------------------------------------------------------------------
                  Archelaus. Agrippa.                             275
   -------------------------------------------------------------------



                            FIN DE LA TABLE.




                         Note de Transcription


Cette livre prsente plusieurs variantes orthographiques, qui ont t
fidlement reproduites. Les accents sur la lettre _E_ sont souvent omis,
en particulier dans les noms. Il'y'a _l'Eternel_ a ct de _l'ternel_,
ainsi que _Esa/sa_, _Hbron/Hebron_, _gypte/Egypte_,
_Samul/Samuel_, _Jroboam/Jeroboam_, _la/Ela_ (page 222),
_zchias/Ezchias_ (page 234), _lie/Elie_.

Il'y'a aussi autres variantes dans les noms propres:
_Bathseba/Bethseba_, _Jerabaal/Jerobaal_ (page 124), _Sime/Seme_ (page
187-188).  Dans la plupart des cases, l'une ou l'autre transcription
peut tre acceptable comme reddition de l'hbreu, et l'criture
originelle a t prserv.

On trouve aussi parfois _habitans_, _enfans_, et autrefois _habitants_,
_enfants_.

Les notes de bas de page ont t renumrots conscutivement au long du
livre.

Les erreurs d'imprimeur suivants ont t corrigs:

  - *p.14 l.10*: dans la voix de Dieu --> dans la voie de Dieu
  - *p.38 l.8*: demeurait  la maison, --> demeurait  la maison.
  - *p.99 l.15*: guillelmets superflues apres aussi une convocation
    sainte;
  - *p.101, derniere ligne de la note*: j'obligation --> l'obligation
  - *p.117 l.2*: serviteur de l'Eternel; --> serviteur de l'Eternel,
  - *p.119, commentaire a marge a ct du l.4*: puncte manquant apres
    JUGE 2e
  - *p.120 l.19*: y ft tu --> y fut tu
  - *p.131 l.13*: sans l'assistance. des prtres. --> sans l'assistance
    des prtres.
  - *p.134 l.8*: que les enfants d'sral --> que les enfants d'Isral
  - *p.143 l.15*: Samul dit  Saul --> Samul dit  Sal:
  - *p.147 l.8*: Et le peuple lui rpondit. --> Et le peuple lui
    rpondit:
  - *p.157 l.-8*: quitaient environ --> qui taient environ
  - *p.162 l.11*: cent paquet de raisins secs --> cent paquets de
    raisins secs
  - *p.163 l.-8*: et son c_oe_ur [_oe_ en italique] --> et son coeur
  - *p.181 l.-2*: ne voulut point toucher --> ne voulut point toucher 
  - *p.194 l.8*: fils de Zeruia --> fils de Zerua
  - *p.214 l.-3:* rencontra Joroboam --> rencontra Jeroboam
  - *p.216 l.13-14*: la parole qu'il avait avait dite --> la parole
    qu'il avait dite
  - *p.240 l.17*: avec les pricipaux de Jrusalem --> avec les
    principaux de Jrusalem
  - *p.250, note, l.-2*:  la distribution des aummes --> la
    distribution des aumnes
  - *p.255 l.13*: selon le coutume --> selon la coutume
  - *p.279 l.9 (Table des Matires)*: Suite de patriarches --> Suite des
    patriarches
  - *p.283 l.2 (Table des Matires)*: Isral en cativit --> Isral en
    captivit
  - *p.283 l.15 (Table des Matires)*:  CHAP. VIII.--...(3610-3624) -->
    CHAP. VIII.--... (3610-3634)
  - *p.283 l.23 (Table des Matires)*:  CHAP. IX.--... (3634-3830.)...
    169 -->  CHAP. IX.--... (3634-3828) ... 269
  - *p.283 l.24 (Table des Matires)*:  Alexandre Jansas --> Alexandre
    Janus




*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE SAINTE OU HISTOIRE DES
ISRALITES ***




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  Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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