Project Gutenberg's Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2, by Jean Humbert

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Title: Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2

Author: Jean Humbert

Release Date: January 13, 2013 [EBook #41843]

Language: French

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    NOUVEAU

    GLOSSAIRE GENEVOIS




    NOUVEAU

    GLOSSAIRE GENEVOIS

    PAR

    JEAN HUMBERT,

    PROFESSEUR DE LANGUE ARABE A L'ACADMIE DE GENVE,

    CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, MEMBRE DES ACADMIES

    DE NANCY, BESANON, MARSEILLE, TURIN, ETC.

    TOME PREMIER.

    GENVE

    CHEZ JULLIEN FRRES, LIBRAIRES,

    Place du Bourg-de-Four, 71.

    1852




    GENVE.--IMPRIMERIE DE FERD. RAMBOZ & Cie




A MONSIEUR

JEAN-FRANOIS CHAPONNIRE.


    _Monsieur_,

_Vos conseils et vos judicieuses remarques ont clair mes doutes et
facilit mes recherches; et quand la longueur de l'ouvrage et sa
monotonie m'accablaient, votre bont ingnieuse a su vaincre mon
dcouragement et me dcider  poursuivre._

_Puisse l'hommage d'un simple Vocabulaire ne pas tre un trop
insuffisant tmoignage de ma reconnaissance, de ma haute estime et de
mon attachement respectueux._

    JEAN HUMBERT.

    Genve, ce 8 juillet 1851.




NOTICE

SUR

LA VIE ET LES TRAVAUX DE JEAN HUMBERT.[1]


Jean-Pierre-Louis Humbert naquit  Genve le 30 mars 1792. Il trouva
ds le dbut de la vie, dans la maison paternelle, le double intrt
qui devait remplir toute sa carrire: l'tude et l'ducation. Il fut
un des plus brillants lves de l'institution que dirigeait son pre,
et la ptulance enjoue de son jeune ge se transformant  propos en
une sorte de vivacit conqurante, il remporta au collge, dans ces
luttes de l'mulation dont il devait plus tard signaler les excs, de
nombreuses couronnes.

  [1] On a suivi et mis  contribution, pour la rdaction de cette
  Notice, l'article ncrologique publi par Mr le professeur L.
  Vaucher, dans le _Journal de Genve_, numros du 11 et du 12
  octobre 1851.

Cependant, ni le dsir, ni la possession du triomphe n'veillaient en
lui l'esprit de jalousie ou celui d'orgueil. Il eut ds son
adolescence, et il conserva toujours la passion du succs; mais une
fois le but atteint, l'ambition faisait place  la modestie, et toute
sa vie Humbert a pris plus de peine pour mettre en relief les succs
d'un condisciple ou d'un ami, que pour faire valoir les siens. Ds le
collge, c'tait pour lui une bonne fortune que d'tre le premier 
apprendre  ses camarades les prix ou les honneurs qui leur taient
chus. Cette disposition gnreuse, une humeur facile, une gat
communicative lui concilirent de nombreux amis parmi ses compagnons
d'tudes, en mme temps que ses qualits intellectuelles distingues
lui assuraient dans l'Acadmie, dont il suivit avec ardeur
l'enseignement littraire, une place honorable.

Grce  la varit et  la souplesse de son esprit, Humbert pouvait
mener de front et les travaux qu'exigent les tudes classiques
suprieures, et les oeuvres moins srieuses que fait clore le don de
la versification. Il crivit dans sa jeunesse, et il imprima plus
tard, beaucoup de posies, mais il se refusa toujours les qualits du
pote. Il ne voyait dans tous ces essais en vers d'autre avantage que
de varier les styles, enrichir le langage, assouplir les phrases, et
habituer  mieux crire en prose.

Cependant les facults remarquables et les dispositions heureuses du
jeune tudiant ne permettaient pas de le retenir dans l'institution de
son pre comme simple auxiliaire. Les preuves mmes qu'il y avait
donnes de son aptitude pour l'enseignement taient un motif de plus
de favoriser, par de nouveaux moyens, la culture de son esprit et
l'extension de ses connaissances. Humbert avait en lui l'toffe d'un
savant. Son got pour les littratures anciennes et pour les langues
orientales avait pris, au travers de ses autres tudes, un caractre
toujours plus prononc, et Genve ne pouvait pas lui offrir sous ce
rapport de suffisantes ressources.

Aussi, aprs avoir termin ses cours de thologie, et avoir t
consacr au saint ministre, il prit avec joie la route de l'Allemagne
et vint s'tablir  Gttingen, l'une des universits les plus
richement dotes  cette poque d'rudits illustres. Humbert mit 
profit, avec toute l'ardeur et toutes les forces d'une jeunesse pleine
de sve, les sources d'instruction qui lui taient ouvertes. Une
tonnante capacit de travail lui permettait de suivre tout  la fois
l'tude de l'allemand, les leons prives et publiques d'orientalistes
fameux, Tychsen et Eichhorn, et l'enseignement suprieur de la
littrature grecque, donn par Dissen et Schulz.

Un tel rgime, incessamment suivi pendant plus d'une anne, aurait pu
facilement devenir indigeste, mais l'esprit d'Humbert, essentiellement
net et prcis, loin de se laisser craser sous l'entassement des
connaissances, s'appropriait au contraire avec mthode et sagacit,
les richesses que lui versait l'tude. Le sjour de Gttingen, en lui
donnant plus de savoir, en lui fournissant surtout les moyens d'en
acqurir davantage, ouvrit  son intelligence un plus vaste horizon,
et il apprit  concevoir d'un point de vue plus lev et plus tendu,
les devoirs qu'impose la science  ceux qui veulent la prendre au
srieux. C'tait bien dans cet esprit qu'Humbert entendait se vouer 
la culture des lettres, et il ne voulut rien ngliger de ce qui
pouvait l'en rendre digne. Un progrs tait pour lui le motif d'un
progrs nouveau.

A l'rudition allemande profonde, subtile, abstruse, il sentit le
besoin de faire succder, comme complment et contre-poids,
l'rudition franaise, non moins solide, mais plus claire, plus
lgante, plus simple et plus d'accord  tous gards avec la nature
de son propre esprit. Quittant Gttingen, d'o il emportait de
prcieux et durables tmoignages d'estime et d'affection, il vint 
Paris, o rgnait alors, dans l'enseignement des langues orientales,
celui qu'une admiration inconteste avait fait nommer le _prince des
orientalistes_, le clbre Sylvestre de Sacy. Humbert devint un de ses
lves les plus zls et les plus assidus, et il retira des leons de
ce matre, aussi remarquable par l'inpuisable fcondit de son
savoir, que par la justesse et la clart de son intelligence,
d'inapprciables fruits. Sous sa direction, et avec le secours
d'autres orientalistes distingus, Humbert se livra  l'tude des
principales langues smitiques, sans ngliger les travaux de
philologie grecque, pour lesquels il trouvait, dans l'enseignement du
professeur Hase, de prcieuses lumires.

Grce  tant de ressources et  l'infatigable entrain qu'il apportait
au travail, Humbert voyait s'accrotre le trsor de connaissances qui
devait lui permettre un jour d'occuper lui-mme une place parmi les
hommes d'lite livrs  la culture savante des lettres. Mais s'il
sentait trs-vivement le prix du savoir, il ne perdait pas de vue
qu'il y avait pour lui non moins d'importance  compter dans cette
rpublique littraire des protecteurs et des amis. Il russit
aisment, par les aimables qualits de son caractre et de son esprit,
 se concilier l'attachement de littrateurs distingus, avec lesquels
il soutint ds lors d'utiles et constantes relations, et au nombre
desquels il suffit de nommer MM. Droz, Nodier, Leclerc, Magnin,
Matter, Burnouf, tous de l'Institut de France.

Le temps qu'Humbert avait pass loin de Genve n'avait donc pas t
perdu. Aprs une absence de plus de deux annes, pendant lesquelles
son esprit, dans toute sa force et toute sa fracheur, avait beaucoup
joui et beaucoup profit, il put revenir dans sa ville natale avec le
sentiment qu'il s'tait rendu capable de concourir pour sa part au
renom littraire de son pays. Cette pense avait toujours t l'un de
ses plus puissants mobiles, et une sorte d'ambition patriotique
s'associa toujours dans ses travaux  ses dsirs de russite.
Dsormais fix dans sa patrie, o de nouvelles affections et de
nouveaux devoirs ouvraient devant lui un heureux avenir, Humbert
voyait une double carrire offerte  son activit, celle de
l'rudition et celle de l'enseignement. L'une et l'autre se
prsentaient  lui avec un gal attrait, et il se rsolut  les
parcourir du mme pas. L'histoire de sa vie n'est que celle de ses
travaux dans ce double champ d'occupation.

Ds son retour, Humbert avait pris la direction de l'institution de
son pre, et il y avait fait circuler cette vie et cette animation,
que la sympathie pour la jeunesse et son ardeur naturelle le rendaient
plus qu'un autre capable d'veiller. On pouvait reconnatre en lui, et
des qualits charmantes, rares chez l'instituteur, et les dons les
plus essentiels de cette profession. A ct de la tche qu'il
remplissait con amore au milieu des lves du pensionnat, Humbert
dbutait dans la carrire d'auteur par deux productions littraires de
nature trs-diffrente. L'une tait le _Coup d'oeil sur les potes
lgiaques franais, depuis le dix-septime sicle jusqu' nos jours_;
l'autre tait l'_Anthologie arabe ou choix de posies arabes
indites_.

Ces deux ouvrages, ds longtemps puiss, parurent presque
simultanment en 1819. Le premier rentre dans un genre de composition
trs-cultiv ds lors, l'histoire littraire; s'il a perdu par cela
mme un certain mrite de nouveaut, on y retrouve dans les jugements
critiques cette justesse de got et cette vigueur de bon sens qui ont
toujours caractris les apprciations littraires de l'auteur.
L'_Anthologie_ tait un livre plus important, o le savoir et le
talent d'Humbert se montraient sous un jour trs-favorable, et qui lui
assurait parmi les orientalistes une place distingue. Ce choix, dit
M. Vaucher, de posies tantt vhmentes et passionnes, tantt molles
et gracieuses, quelquefois morales et sentencieuses, dont plusieurs
taient indites, et qui taient accompagnes d'une traduction
franaise aussi fidle que le permettait le gnie de la langue, d'une
version latine littrale, et d'un commentaire historique, critique et
philologique, rvla chez J. Humbert non-seulement un savant
orientaliste, mais encore un crivain lgant et correct, un
littrateur d'un got dlicat, et un bon humaniste.

Humbert avait alors vingt-sept ans, et tout semblait sourire  ses
voeux. Il se sentait en pleine possession de ses forces, et il livrait
toutes ses voiles au vent. Le travail lui tait agrable et facile, la
fatigue lui tait inconnue, et il ne reculait devant aucun effort,
quand il s'agissait d'atteindre un but auquel il croyait glorieux
d'arriver. Parmi tous ceux qui pouvaient lui tre offerts, nul ne lui
paraissait plus dsirable que d'obtenir dans l'enseignement acadmique
une place qui lui permt de donner un complet essor  ses gots
littraires et  son talent pour l'instruction. La chaire de
littrature ancienne, devenue vacante l'anne mme o il avait publi
ses premiers crits, ralisait tous les souhaits qu'il pouvait former,
et il ne voulut rien ngliger de ce qui pouvait lui en assurer la
possession.

Dans le peu de temps qui lui tait accord pour se prparer aux
preuves du concours, il se livra sans mnagement  la lecture et 
l'tude plus approfondie des auteurs grecs et latins, afin de paratre
dans la lice avec plus de chance de succs et plus d'clat. coutant
son ardeur plus que les conseils qui lui taient donns, il oublia que
l'homme ne peut pas tout ce qu'il veut. Au lieu de trouver dans son
nergie les services qu'il en attendait, il sentit ses forces se
drober sous lui et l'abandonner, au moment mme o quelques efforts
de plus le faisaient arriver au port. Non-seulement il dut renoncer 
ambitionner la chaire qu'il aurait sans doute obtenue, mais  la suite
de tant de labeurs, une fatigue insurmontable allait dsormais devenir
l'insparable compagne de ses travaux.

Humbert accepta sans murmure une preuve qui, pour lui plus que pour
tout autre, tait fconde en amertume mais o il reconnut, dans un
sentiment de pieuse rsignation, l'expression de la volont de Dieu.
Il comprit que, comme les conditions de l'tude n'taient plus pour
lui les mmes, il devait changer aussi les dispositions avec
lesquelles il s'y livrait. A toutes les jouissances du travail facile
durent succder les prcautions du travail persvrant. La
persvrance devint en effet ds ce moment la disposition dans
laquelle Humbert chercha une compensation  ce que l'abus de la
facilit lui avait fait perdre. Il regagna par l'intelligent emploi de
cette qualit aussi rare que prcieuse, sinon tout ce que le plein et
successif dveloppement de ses belles facults lui aurait fait
acqurir, du moins un usage de ses talents encore digne d'envie. S'il
a jou un rle moins complet et moins brillant, il a donn un exemple
plus utile en montrant les services que peuvent rendre la volont, la
patience et la mthode  ceux qui ont le travail difficile. Depuis
qu'au lieu d'un jeu l'tude tait devenue pour lui une lutte, Humbert
a plus travaill que beaucoup d'hommes qui n'ont jamais connu les
contre-coups de la fatigue.

Aprs l'intervalle de repos rendu ncessaire pour raffermir sa sant,
il rentra dans la vie active, et son temps fut bientt rempli par la
fondation d'un pensionnat, et par de nouvelles occupations
acadmiques. Nomm professeur honoraire de langue arabe, sur la
demande de l'Acadmie, qui ne voulait pas le perdre tout entier, il
trouva, dans les leons que cette place l'appelait  donner de loin en
loin, un encouragement  poursuivre ses tudes orientales, et il eut
la jouissance de voir un assez grand nombre d'lves profiter de son
enseignement. Aucun plaisir ne pouvait tre plus vif pour lui que de
communiquer aux autres la science qu'il possdait. Il tait fcond 
imaginer les moyens d'en faciliter l'initiation, et il portait dans
ses leons cette limpidit de conception qui tait un des besoins
dominant de son esprit. Malheureusement pour lui et pour les autres,
les exigences de l'enseignement public ne pouvaient se concilier avec
les mnagements que rclamait sa sant, et il dut par deux fois
refuser la chaire de langue hbraque,  laquelle il avait t appel.

Ce fut vers l'ducation prive qu'il dirigea principalement ce qui
lui restait de forces. Il cra pour son compte une nouvelle
Institution, qui a longtemps tenu parmi les tablissements de ce genre
qui ont honor Genve, un rang distingu. C'est l qu'il dploya avec
succs les qualits particulires dont il tait dou pour agir sur la
jeunesse. Ferme sans austrit, plein d'amnit sans faiblesse, habile
 discerner les dfauts et plus habile  les combattre sans les
heurter, ardent  bien instruire et libre de toute pdanterie, il
cherchait  entretenir parmi ses lves une sorte d'quilibre qui
prvnt les inconvnients de l'ennui et ceux du relchement. Tenir les
esprits en haleine, et ramener les caractres au devoir, tel tait le
double but et le double effet de sa pdagogie. La reconnaissance pour
les services qu'il a rendus vit encore dans plus d'un souvenir, et un
mme sentiment de gratitude doit animer aussi tous ceux qui, sans
recevoir d'Humbert leur ducation gnrale, ont trouv dans sa
vivifiante influence l'origine et le stimulant de leurs progrs.

Non-seulement, dit M. Vaucher, il retrouvait, par les liens de la
reconnaissance et d'une affection rciproque, ses propres lves, mais
encore ses manires affables attiraient vers lui les jeunes gens
studieux, dont il gagnait bientt la confiance. Il inspirait aux uns
et aux autres le dsir de se distinguer; il les dirigeait dans le
choix de leur carrire; il leur prodiguait les conseils, les secours,
les encouragements; il applaudissait  tous leurs efforts pour
atteindre un but honorable, et jouissait plus qu'eux-mmes de leurs
premiers succs. Bien des noms dont Genve s'honore dj ou s'honorera
un jour, se prsentent  mon esprit pour justifier mon tmoignage, et
combien d'hommes estimables  tous gards conservent un prcieux
souvenir de leur aimable et digne instituteur!

C'est ainsi qu'en exerant sur les individus une action salutaire,
Humbert, dans sa sphre prive, travaillait cependant au bien de la
chose publique. Il chercha  la servir encore d'une manire plus
gnrale en appelant l'attention sur les _Moyens de perfectionner les
tudes littraires  Genve_. C'tait le titre de deux opuscules
publis en 1821, dans lesquels il signalait les lacunes que prsentait
l'enseignement, soit au collge, soit  l'Acadmie, et indiquait en
mme temps par quelles rformes on pouvait y porter remde. Ces
crits, dit M. Vaucher, bien bon juge en cette matire, ces crits, o
se trouvaient les germes de la plupart des rformes qui furent
introduites plus tard, qui taient videmment dicts par l'amour du
pays, et o l'on ne pouvait gure blmer qu'un excs de franchise,
soulevrent contre leur auteur une vritable tempte, et provoqurent
des rponses qui ne se recommandaient ni par leur urbanit ni par leur
modration. Mais le temps fit son oeuvre, et on finit par rendre
hommage aux intentions et aux lumires du jeune professeur.

Comme tous ceux qui tiennent plus de compte des intrts de tout le
monde que des susceptibilits de quelques personnes, Humbert avait
oubli qu'il est difficile de critiquer des institutions sans blesser
des individus. Mais l'exprience une fois faite, il n'en conut ni
trouble, ni irritation, et poursuivant l'oeuvre de rforme qu'il avait
commence, il publia en 1827 un _Plan d'amliorations pour le collge
de Genve_, dans lequel, mieux clair, il ne craignait pas de
sacrifier quelques-unes des ides mises dans ses prcdents crits.
Cet ouvrage avait pour but principal de faire ressortir la ncessit
de concentrer plutt que d'tendre le champ de l'enseignement, et la
convenance de sparer les parties de l'instruction qui varient selon
la diversit des professions futures. S'il insistait en mme temps sur
le dveloppement d'objets d'tudes trop ngligs, il signalait
nettement les dangers, dans l'instruction secondaire, de l'intolrance
didactique. Une judicieuse critique du principe de l'mulation, comme
exclusif mobile du progrs, ne formait pas la moins intressante
partie des ides mises par l'auteur. Une portion de ses bons conseils
ont t suivis ds lors, mais ds lors aussi l'entassement indigeste
des sujets d'enseignement a port tous les mauvais fruits qu'on en
pouvait attendre.

Humbert trouva dans le _Journal de Genve_, dont il fut l'un des
fondateurs, un organe propre  populariser et  dfendre ses ides sur
l'ducation publique, et il y traita plusieurs questions relatives 
l'organisation de l'enseignement. En 1835, il fit paratre sur les
mmes sujets une brochure intitule: _De l'enseignement libre dans
l'Acadmie de Genve_, o il montrait les avantages de la concurrence
dans l'instruction suprieure, et dont l'ide principale fut ralise
plus tard par le droit accord aux docteurs des diverses Facults, de
prendre part  l'enseignement acadmique. Ceux qui ont connu Humbert
savent que l'amour dsintress, mais trs-vif, qu'il portait aux
bonnes tudes, et l'ardent dsir de conserver  sa patrie, dans toutes
les branches de l'instruction publique, une honorable prminence,
taient les vritables et constants mobiles de ses tentatives de
reforme.

Particulirement frapp, et non sans raison, de l'insuffisance de
l'enseignement de la littrature et de la langue franaise dans les
tablissements publics, il avait ds l'origine appel trs-fortement
l'attention sur cette grave lacune. Il s'effora d'en faire sentir
tout l'inconvnient, et il chercha  en faire dcouvrir le remde,
soit en offrant un prix pour le meilleur mmoire sur les causes qui
retardent  Genve l'tude de la littrature, soit en invitant le
professeur Monnard  venir de Lausanne donner des leons publiques de
littrature franaise, soit en suggrant l'ide, ralise ds lors,
d'encouragements spciaux pour des concours de composition franaise,
soit en exposant lui-mme dans un cours  l'Acadmie, ses vues sur
l'tude du style. Aussi doit-on attribuer aux efforts d'Humbert une
bonne part d'influence dans les progrs qu'ont fait parmi nous depuis
trente ans les connaissances littraires et l'art d'crire.

Il avait lui-mme un sentiment si vif des difficults attaches  la
pratique du style franais, que cette crainte l'empcha, plus que
toute autre cause, de mettre par crit les ides nombreuses et varies
que son esprit toujours actif savait concevoir sans vouloir les fixer.
Lorsqu'il se dcidait  prendre occasionnellement la plume, comme dans
son _Discours sur l'utilit de la langue arabe_, dans divers articles
destins  la _Bibliothque Universelle de Genve_ et  la _Revue
encyclopdique_, dans des notices biographiques crites pour la grande
_Biographie_ de Michaud, dans les colonnes du _Journal de Genve_, il
apportait toujours un soin scrupuleux  la rdaction de sa pense. Son
style prcis, lgant et ferme perdait en couleur ce qu'il gagnait en
puret. Quoique des tudes approfondies sur les grands crivains
franais lui eussent appris avec quelle libert ces matres en ont us
avec la langue, il s'interdisait par un scrupule souvent excessif les
moindres licences littraires. Trs-dispos  les admirer quand,
devenues des beauts, elles trouvent dans ce caractre leur
justification, il ne se laissait point aveugler, sur les violences
faites  la langue, par la clbrit de celui qui en tait l'auteur.

Il a jug de ce point de vue, sans engouement comme sans hostilit, le
style tragique de Voltaire dans _Mahomet_ et dans _Alzire_. Les
commentaires, qu'il a imprims et publis en partie sur ces deux
pices, montrent comment il comprenait l'application de la critique
philologique aux chefs-d'oeuvre de la littrature franaise. Si l'on
peut contester la justesse de quelques-unes de ses remarques, il est
incontestable que la mthode et la plupart des jugements du
commentateur sont de nature  veiller l'attention du lecteur, 
piquer sa curiosit et  suggrer de trs-utiles rflexions sur
l'emploi et les mystres de notre langue. Humbert avait prpar des
annotations du mme genre sur d'autres tragdies de Voltaire, et il
laisse  moiti rdige une _Anthologie lyrique_, ou commentaire sur
les meilleurs potes lyriques franais, dans lequel il soumet leurs
vers  une analyse littraire et grammaticale. Il avait galement
recueilli, mais incompltement coordonn, d'abondants matriaux qu'il
comptait employer  composer un _Guide grammatical_ de la langue
franaise et un _Nouveau trait des tropes_. Malheureusement,
l'obligation qui lui tait impose de travailler d'une manire
entrecoupe, et la fatigue qui, d'anne en anne, lui rendait toute
occupation intellectuelle plus difficile, ne laissaient gure esprer
qu'il pt jamais se livrer  l'excution dfinitive des plans dont il
se plaisait  former le projet et  runir les matriaux.

Il est particulirement regrettable qu'il ne lui ait pas t permis de
donner suite  celle de ces entreprises qui tait la plus avance et
la plus importante. Il avait conu, dit Mr Vaucher, le plan d'un
dictionnaire de la langue franaise, dont les mots devaient tre
puiss uniquement dans les auteurs classiques du dix-septime et du
dix-huitime sicle, et qui devait offrir des exemples authentiques de
toutes les locutions, tournures, constructions, idiotismes, employs
par ces auteurs. Pour l'excution de ces vastes et utiles projets, il
avait lu, la plume  la main, ou fait lire,  ses frais, par des
collaborateurs intelligents, tous ces crivains, et il avait recueilli
de la sorte une masse considrable de matriaux, dont il avait dj
fait le triage, et qu'il avait disposs dans l'ordre alphabtique. Le
travail sur la lettre A fut communiqu en 1847  la Commission de
l'Acadmie franaise charge de la composition du Dictionnaire
historique, qui s'empressa d'en faire prendre copie.

Humbert voulait publier, sous le titre de: _Lexique des gens de
lettres_, ce grand rpertoire dont l'intrt, pour tous ceux qui
s'occupent d'tudier la littrature franaise ou l'art d'crire, est
assez vident, et qui aurait certainement contribu  accrotre encore
la rputation de son auteur. Heureusement, Humbert a pris les mesures
ncessaires pour que de si utiles matriaux ne soient pas perdus pour
la science, et dj il en avait donn connaissance  un savant
philologue, Mr Littr, de l'Institut de France, qui en a fait usage
pour un ouvrage du mme genre encore indit.

Tous ces travaux de philologie franaise, qui occuprent Humbert la
plus grande partie de sa vie, ne l'avaient cependant pas empch de
poursuivre et de perfectionner ses tudes sur la langue arabe, qui
dj lui avaient valu une chaire  l'Acadmie de Genve, et sur
lesquelles il fondait l'espoir d'acqurir au dehors de nouvelles et
lgitimes distinctions. Fidle, dans la culture de cette langue,  la
tendance gnrale de son esprit et de ses travaux, ce ne fut point
vers les hauteurs et les arcanes de l'rudition qu'il dirigea ses pas.
Il crt rendre  l'tude de cet idiome difficile un plus rel service,
en offrant  ceux qui dsirent s'y livrer, les secours les mieux faits
pour les guider dans cette tche ardue. C'est dans ce but qu'il publia
en 1834 sa _Chrestomathia arabica facilior_, ou recueil de morceaux
choisis, dont l'ensemble prsente la succession habilement gradue des
difficults philologiques que soulve la premire tude de la langue
arabe.

Le mrite spcial de cet ouvrage fut apprci par les juges
comptents, auxquels l'_Anthologie_ avait dj fait connatre, sous
d'autres rapports, le savoir tendu de l'auteur, et ces deux
publications savantes devinrent les principaux titres qui valurent 
Humbert, en 1835, la place de correspondant de l'Institut de France,
Acadmie des Inscriptions et Belles-lettres. Ce suffrage, accord 
ses travaux par l'une des plus illustres compagnies de l'Europe
lettre, tait pour lui la plus prcieuse des rcompenses, et il
trouvait de nouveaux motifs de lgitime satisfaction dans les
distinctions du mme genre que lui octroyrent aussi la Socit
asiatique de la Grande-Bretagne et l'Acadmie royale de Turin.

Stimul par de tels encouragements, il voulut y rpondre en
persvrant dans les travaux qui les lui avaient mrits. Il publia,
en 1838, un nouveau recueil de morceaux arabes indits (_Arabica
Analecta inedita_), destins  faciliter aux commenants l'tude de
cette littrature. Il mit  contribution, pour composer ce livre, les
manuscrits arabes de la Bibliothque publique de Genve, manuscrits
qu'il avait, pour la plupart, rassembls lui-mme  Paris, plus de
vingt ans auparavant, et qui taient dus en partie  sa gnrosit, en
partie  celle du savant et respectable Favre-Bertrand. La mme anne
il fit paratre un _Guide de la conversation arabe_, dans lequel il
put mettre en usage la connaissance spciale qu'il avait acquise des
divers dialectes de l'arabe vulgaire par les leons de matres
originaires de Syrie et d'Afrique. Un autre ouvrage, labor avec les
mmes secours, mais demeur indit, quoique entirement rdig, est un
_Recueil de dialogues arabes_, dont la publication serait aussi
dsirable que celle du _Dictionarium arabico-latinum_, galement prt
pour l'impression, et qui forme le complment de tous les livres
publis par l'auteur pour l'tude de cette langue.

Il semble que tant de travaux divers ont d suffire  employer tout ce
qu'Humbert avait conserv de forces et d'activit. Il n'en est
cependant pas ainsi. Sans parler des soins qu'il donna  la double
dition du _Cours de littrature grecque moderne_ de Rizo, dont il
avait rdig la prface; de la part qu'il prit avec MM. les
professeurs R. Tpffer et L. Vaucher  une publication de classiques
grecs trop tt suspendue, et de sa coopration au _Glossaire genevois_
de Mr Gaudy,--il nous reste  signaler encore trois ouvrages, pour
la composition desquels il sut trouver du temps, et dont le dernier,
qu'il ne voit pas paratre, atteste tristement que pour cesser de
travailler, Humbert devait cesser de vivre.

Ds 1830, il avait publi un _Manuel chronologique_, et ds 1834 une
_Mythologie lmentaire_, qui, plus d'une fois rimprims, ont reu de
leur auteur, toujours avide d'amliorations, de constants
perfectionnements. Le second de ces ouvrages, couronn par la Socit
des Mthodes de Paris, doit tre regard comme un des meilleurs livres
lmentaires pour l'tude de la mythologie classique. crit avec une
lgante simplicit, et renfermant un choix heureux des dtails les
plus caractristiques, il a le mrite (trop ddaign par la plupart
des crits de ce genre) d'avoir fidlement saisi le prcepte, _Maxima
debetur pucro reverentia_, et d'avoir su traverser tout le libertinage
mythologique sans en retenir aucune trace.

       *       *       *       *       *

C'tait en publiant, il y a quatre ans, la troisime dition de cette
mythologie, qu'Humbert, dans sa prface, exprimait le sentiment d'une
sorte de lassitude, dont il prouvait souvent les atteintes, mais dont
il finissait par repousser toujours la tentation, faut-il dire, ou
l'importunit. Il vient un ge, crivait-il, o la vie littraire
parat dans son vrai jour; on regrette d'avoir trop vite imprim et
trop imprim, d'avoir compromis, souvent en pure perte, sa
tranquillit et ses forces, et l'on ne demande plus au ciel, comme le
nautonnier d'Horace, que de goter enfin, aprs cette vaine
agitation, un calme vritable, un calme bienfaisant et rparateur.

Mais Humbert ne pouvait acheter le calme au prix de l'inaction, et il
remettait bien vite sa barque  flot. Cependant,  mesure que l'ge
retranchait quelque chose  ses forces, il lui fallait, pour conserver
le privilge du travail, se rsigner  sacrifier bien des jouissances
qu'il ne pouvait plus goter sans s'puiser. Une lecture suivie, une
conversation prolonge, des visites faites ou reues le condamnaient
ensuite  une sorte d'impuissance qu'il vitait  tout prix. De l,
dans ses dernires annes, une vie de retraite, de mnagements,
presque de sauvagerie, peu d'accord avec son caractre, mais rendue
ncessaire par sa sant chancelante.

C'est dans les moments d'occupation, disputs  la fatigue, qu'il
travaillait  ce _Nouveau Glossaire genevois_, dont il avait de longue
main recueilli les matriaux, et dont la composition morcele se
conciliait mieux avec l'intermittence de ses forces. Ce livre, qui
achvera de populariser  Genve le nom d'Humbert, a t l'objet de
ses derniers efforts et de son dernier intrt. Il mettait une sorte
d'entrain juvnile  l'enrichir, et, si l'on peut dire,  l'gayer, en
y accumulant tous les traits caractristiques de notre idiome
national. Le portrait est amusant, on le trouvera peut-tre trop
charg; mais il faut moins en accuser l'auteur que son cadre. Tout le
monde,  Genve, parle un peu comme le Nouveau Glossaire, personne ne
parle exclusivement le langage qui y est renferm, et si l'on voulait
prendre la phrasologie de ce rpertoire pour le type de la langue
usuelle des Genevois, on le transformerait, contre l'intention de son
auteur, en une caricature. La porte utile et pratique de l'ouvrage
lui aura bientt assign son vrai caractre et lui fera remplir sa
vritable destination.

Humbert, tout en cherchant, dans la rdaction de ce dernier travail,
une tche qui l'occupt sans l'craser, sentait cependant qu'elle
pourrait bien dpasser la mesure des jours qui lui taient compts, et
il rptait souvent: Je ne finirai pas mon livre, mon livre me
finira. Ses pressentiments taient justes, et comme il les prouvait
sans trouble, il les a vus se raliser sans effroi. A la fin d'une de
ces journes passes, comme toutes les autres, dans la paix du foyer
domestique, les distractions de la promenade et de l'tude, la
rvision des pages de son Glossaire, et toute la tranquillit
habituelle d'une vie sagement rgle, il a subitement ressenti les
symptmes du mal suprme et il ne s'y est pas mpris.

Autour du lit, o il croyait trouver le sommeil et o il rencontrait
la mort, il n'a voulu que les siens, et repoussant les secours qui
peuvent prolonger la vie, il n'a song qu' la quitter en paix. Une
me pieuse, un coeur droit, un esprit humblement attach aux vrits
de la foi l'avaient dispos ds longtemps  ce dtachement chrtien.
Les lignes suivantes, expression secrte de ses sentiments intimes,
disent assez dans leur simplicit quelle tait  cet gard la
direction de ses penses: J'ai une foi implicite et complte 
l'vangile. Je crois  la rdemption par le sacrifice de mon Sauveur,
et cette foi est le rocher o je ne cesse de reposer mon coeur. Je
prie non pas seulement au moment de finir ma journe, mais  toutes
les heures du jour. Durant toutes mes promenades, je ne m'occupe que
de choses srieuses et surtout des bienfaits de la Providence, de
cette Providence  laquelle je rapporte tout, et dont la pense
consolante et douce est le seul baume au mal qui m'a frapp.
Providence, Rdemption: voil en deux mots, la source de ma
tranquillit dans ce monde et de mon espoir le plus cher.

C'est sur ce fond de pit solide qu'Humbert avait assis sa vie; c'est
ainsi qu'il avait appris  surmonter bien des occasions d'amertume et
de dcouragement. C'est l qu'il avait puis cette galit d'humeur,
cette srnit de caractre, cette bienveillance inaltrable dont il
faisait jouir tous ceux qui l'approchaient. Peu prodigue de paroles
dans l'expression de ses sentiments, il les mettait en pratique plus
qu'il ne les proclamait, et sans protester beaucoup ni de son
dvouement, ni de son dsir de rendre service, nul ne se montra plus
que lui serviable et dvou. Il n'aspirait  rien qui dpasst ce
qu'il pouvait lgitimement atteindre; il fut simple dans ses gots,
facile et naf dans ses rapports avec les hommes, ardemment attach 
son pays, fidle au devoir,  l'amiti,  l'tude,  tout ce qui rend
l'existence honore et la mmoire respectable. Il a bien rempli sa
tche.

Puisse son souvenir rester entour des regrets de ses amis, de
l'estime des gens de bien, et des respects de la jeunesse! Ce triple
cortge renferme tout ce qui lui paraissait  lui-mme le plus digne,
en ce monde, d'affection, d'hommages et d'intrt.

    A. R.




AVERTISSEMENT.


Surpris par la mort, avant que l'impression de son livre ft termine,
l'auteur de ce Glossaire n'a pu ni revoir les preuves des dernires
feuilles, ni rdiger la prface qu'il voulait placer  la tte de
l'ouvrage. Ds la page 125 du second volume, on a d se borner 
reproduire avec une scrupuleuse exactitude le texte du manuscrit
original, et s'abstenir d'y faire aucun des changements que l'auteur
lui-mme aurait peut-tre jug bon d'oprer.

On ne substituera pas davantage aux remarques prliminaires que
l'auteur se proposait d'introduire dans sa prface, des considrations
trangres. Mais, grce aux notes qu'il a laisses, on peut indiquer,
de manire  les faire suffisamment connatre, les ides qu'il
dsirait dvelopper lui-mme.

       *       *       *       *       *

Il voulait, d'abord, nettement tablir le but qu'il s'tait propos.
Il voulait indiquer ensuite la diffrence qui existe entre son
Glossaire et celui qu'avait publi, pour la seconde fois, en 1827, M.
Gaudy-Le Fort. Il voulait, aprs cela, repousser quelques-unes des
objections et des critiques dont il pensait que son livre serait
peut-tre l'objet. Il voulait, enfin, signaler les difficults de
l'entreprise et les peines qu'il s'tait donnes pour en triompher.

Il aurait dit, en premier lieu, que son but avait t de prsenter
dans le Glossaire la nomenclature complte des termes genevois,
c'est--dire, des expressions qui ne se trouvent pas dans les
dictionnaires franais, et qui sont en usage dans la ville ou dans le
canton de Genve; qu'il avait en mme temps pris soin de relever les
fautes de langage les plus grossires et les erreurs de grammaire les
plus choquantes; qu'il avait enfin cherch  jeter quelque varit
dans ce travail, par l'insertion de tous les proverbes nationaux qu'il
avait pu recueillir, et par des rapprochements entre notre idiome et
les dialectes franais circonvoisins. C'est dans la mme intention, et
pour veiller l'intrt sur la langue des campagnes, qu'il a introduit
dans le Glossaire quelques-uns des mots patois les plus rpandus.

Quant aux diffrences qui distinguent le Glossaire actuel du Glossaire
publi il y a vingt-quatre ans, elles portent sur les tymologies, les
remarques grammaticales, le nombre et l'explication des mots. L'ancien
Glossaire avait tir du celtique ses principales origines; le nouveau
s'est abstenu de remonter  cette source plus ou moins quivoque.
L'ancien Glossaire avait abond dans les observations souvent
lmentaires de grammaire et de syntaxe; le nouveau Glossaire a t
trs-sobre de remarques de ce genre, parce que les grammaires
suffisent  clairer sur cette matire ceux qui veulent s'instruire.
L'ancien Glossaire n'avait gure plus de deux mille mots, le nouveau
en compte plus de quatre mille. Enfin, les mots de l'ancien Glossaire,
que l'on a conservs dans celui-ci, ont reu, quant  ce qui concerne
l'explication et l'emploi de chaque terme, une rdaction nouvelle. Un
trs-petit nombre d'articles de peu d'importance ont t seuls
reproduits sans changement.

L'auteur voulait ensuite examiner les objections et les reproches dont
il craignait que le choix et le fond mme de son travail ne fussent
l'objet. Il prsumait que l'on regarderait comme purile ou comme
dangereuse l'entreprise de recueillir et de fixer les termes barbares
ou vicieux de l'idiome genevois. Il aurait cherch  dmontrer que ni
ce mpris, ni cette inquitude n'ont un solide fondement. A cette
occasion, il aurait rappel le favorable accueil dj fait parmi nous
au prcdent Glossaire, et il aurait indiqu le grand nombre de
travaux analogues, entrepris depuis quelques annes sur les divers
dialectes franais. Il aurait fait observer que la connaissance de
toutes ces varits du langage sert  l'intelligence de la bonne
langue franaise, et que des littrateurs du premier ordre, Charles
Nodier, par exemple, ont signal l'intrt et l'utilit de ce genre de
recherches. Il aurait montr que plusieurs des mots que nous
employons, et qui sont tenus pour barbares, sont autant de dbris de
l'ancien franais, rests parmi nous comme les tranards d'une arme
en marche. A ce propos, il aurait prsent quelques remarques sur les
transformations que subissent incessamment les langues vivantes, et il
aurait cherch  claircir les origines du vocabulaire genevois. Il
aurait montr qu'un grand nombre des expressions usites parmi nous
sont galement employes dans la Suisse romane, en Savoie, en
Franche-Comt et dans le midi de la France. Il aurait indiqu comment
l'emploi de plusieurs des termes genevois est, en quelque sorte,
justifi par la ncessit o nous sommes de dsigner ainsi des objets
qui n'existent pas hors de notre pays. Il aurait fait ressortir le
caractre expressif, nergique, ou gracieux, de quelques-uns de nos
mots, qui n'ont pas, dans le franais classique, de vritable
quivalent. Enfin, il se serait lev contre le purisme exagr qui
voudrait bannir de la conversation familire toutes nos locutions
indignes; mais il aurait, en mme temps, signal les barbarismes
grossiers, les erreurs de syntaxe et les fautes de prononciation,
comme les dfauts vritablement choquants, dont nous devons chercher 
purger notre langage.

Aprs avoir ainsi prouv la convenance et l'utilit du Glossaire, il
aurait parl des difficults attaches  la composition de cette
oeuvre. Elles taient de trois sortes: difficult de donner une
nomenclature complte et exacte des mots genevois, de n'omettre aucun
de ceux qui sont rellement en usage, et de n'en point insrer qui
fussent imaginaires ou exceptionnels; difficult de rendre fidlement
le sens prcis de chaque terme, et de trouver la vritable dfinition
d'un certain nombre de mots; difficult de rdiger le Glossaire de
manire  le rendre utile et accessible  tout le monde (ce qui tait
le but essentiel de l'auteur), et  le rendre en mme temps instructif
pour les rudits verss dans l'tude des dialectes franais, ce qui
tait la seconde destination du livre.

Le sentiment trs-vif de ces diverses difficults avait inspir 
l'auteur le dsir de ne rien ngliger pour parvenir  les vaincre. Il
aurait dit comment, dans cette intention, il avait cherch 
s'entourer d'une foule de secours, dont son prdcesseur n'avait point
fait usage. Il aurait dit comment il avait pris en quelque sorte le
public pour collaborateur; comment il avait recueilli  la ville et 
la campagne, dans la bouche des artisans, des coliers, des ouvrires,
des paysans, des gens du monde, des ignorants et des hommes
instruits, toutes les locutions propres au langage genevois. Il
aurait dit, qu'indpendamment de cette consultation gnrale, il avait
pu profiter des communications d'un trs-grand nombre de personnes qui
mettaient de l'intrt  son travail. Il aurait voulu rendre un
tmoignage public de remerciements et de gratitude  tous ceux qui
l'avaient second, et parmi lesquels il distinguait, pour l'abondance
des renseignements qu'il en avait reus: MM. O. Bourrit, Chaponnire,
Oltramare, rgent, A. Serre, Linder, Jullien frres, et surtout Mr
Pierre Gaud (de Meyrin), dont les initiales accompagnent plus d'un des
articles du Glossaire. Il aurait dit comment, grce  tant
d'auxiliaires, il s'tait efforc d'arriver  un dnombrement complet
des mots genevois, sans se flatter toutefois d'avoir russi, et
comment il n'avait jamais admis dans son Glossaire une seule locution,
sans l'avoir auparavant soumise  un contrle svre, et sans s'tre
assur par une enqute exacte de son emploi et de sa signification
prcise. Aucun mot de fantaisie, aucun terme invent n'a donc trouv
place dans ce recueil, et s'il en est qui ne sont pas  Genve connus
de tout le monde, il n'en est point qui ne soit employ par une partie
de la population.

A ces matriaux, qui composent en quelque sorte l'lment genevois du
Glossaire, l'auteur en a ajout d'autres destins  tablir entre nos
termes nationaux et les locutions analogues des pays voisins une
comparaison intressante. Il aurait dit qu'il avait consult, pour
rendre ces rapprochements aussi complets qu'il tait possible, plus de
vingt Glossaires imprims, et renfermant les mots usits dans
plusieurs parties de la Suisse romane et dans certaines provinces de
France. Il aurait ajout qu'il devait  MM. de Bons, pour le dialecte
du Valais; Favrod, pour celui du canton de Fribourg; Dubois et
Barrelet, pour celui du canton de Vaud, des communications
manuscrites, dont il avait utilement profit.

Mais l'laboration de ces riches matriaux crait pour l'auteur, qui
voulait donner  son livre cette double destination, une difficult
nouvelle. Satisfaire tous ses lecteurs, c'est--dire tous ses
concitoyens, en tant clair, complet, vari, instructif, et sans
pdanterie; satisfaire les rudits, en leur fournissant tous les
lments d'une tude srieuse sur l'un des dialectes franais; voil
ce que voulait l'auteur. Il aurait dit que la poursuite de ce double
but, une sant affaiblie, et le constant dsir de perfectionner son
travail, avaient contribu  retarder l'apparition de cet ouvrage ds
longtemps annonc. Il aurait tmoign la crainte de n'avoir que
trs-incompltement rempli sa tche, et aprs avoir rclam
l'indulgence pour les imperfections de son livre, il aurait termin en
sollicitant, afin de l'amliorer plus tard, toutes les critiques
propres  lui faire reconnatre les dfauts qu'il n'avait pu corriger.

       *       *       *       *       *

Aujourd'hui le livre se prsente seul; celui qui l'a compos ne
l'amliorera plus. Si le public genevois l'accueille, le gote et le
consulte, ce succs sera la rcompense  laquelle son auteur aurait
attach le plus de prix.

    A. R.




EXPLICATION

DES ABRVIATIONS ET DES SIGNES EMPLOYS DANS L'OUVRAGE.


    +                  Expression ou prononciation trs-vulgaire.
    [ACAD.]            Dictionnaire de l'Acadmie franaise.
    adj.               Adjectif.
    adv.               Adverbe, adverbial, adverbialement.
    [CH.]              Mr Chaponnire.
    conj.              Conjonction.
    dm.               Dmonstratif.
    (fig.)             Au sens figur.
    [G. G.]            Glossaire de Gaudy.
    indf.             Indfini.
    invar.             Invariable.
    interj.            Interjection.
    loc.               Locution.
    part.              Participe.
    [P. G.]            Mr Pierre Gaud.
    pl.                Pluriel.
    prp.              Prposition.
    pron.              Pronom.
    R.                 Racine.
    rel.               Relatif.
    s.                 Substantif.
    s. m.              Substantif masculin.
    s. f.              Substantif fminin.
    v.                 Verbe.
    v. a.              Verbe actif.
    v. n.              Verbe neutre.
    v. pron.           Verbe pronominal.
    v. rcip.          Verbe rciproque.
    v. rfl.           Verbe rflchi.




NOUVEAU

GLOSSAIRE GENEVOIS.


A

  , prp. _Aller  ne, aller  mulet_, ne sont pas des
    expressions correctes; il faut dire: Aller sur un ne, aller
    sur un mulet, comme on dit: Aller sur un chameau, aller sur un
    dromadaire. Mais l'expression Aller  cheval est consacre.

  , prp. Est mis pour comme dans les exemples suivants, qui
    appartiennent au langage le plus populaire. _Il n'y en a point 
    lui pour rendre service. Il n'y en a point  elle pour tre
    gentille et amusante. Pour faire les petits pains au beurre, il
    n'y en avait point  Mme George._

  , prp. Est vicieux dans les exemples suivants: _Tu mettras ce
    livre  ta poche. Au moment mme o il mettait son foulard  sa
    poche, un filou le lui enleva._ Substituez la prposition dans
    et dites: Dans sa poche.

  , prp. Est mis pour de dans les phrases suivantes et phrases
    analogues: _Le cheval  Jean-Pierre. La servante  Pilate. La
    fte  Rousseau._ Cette faute, non moins rpandue en France
    qu'en Suisse, nous vient du vieux franais; et un pote fameux,
    Ronsard, qui vivait au milieu du seizime sicle, tait correct
     cette poque, en crivant: _La guerre  Troie_, pour: La
    guerre de Troie; _les victoires aux dieux_, pour: Les victoires
    des dieux.

  , prp. _Acheter  quatre sous de cerises; prendre  deux sous de
    lait_, etc.; dites: Acheter pour quatre sous de cerises; prendre
    pour deux sous de lait.

  ABADER (S'), v. pron. Terme des campagnards. Prendre son essor,
    prendre sa course, courir les champs, s'affranchir de toute
    entrave et de toute gne, se sauver, s'enfuir. _Il faut nous
    abader, car voici la pluie. Leurs vaches s'taient abades dans
    les bls. Notre petite Marguerite commence  s'abader_;
    c'est--dire: Commence  faire quelques pas seule. A l'actif,
    _abader_ signifie: Bouger, remuer, soulever. _Abader un chariot,
    abader une grosse pierre._ Dans le patois du Dauphin, _Abad lo
    trop_ veut dire: Lcher les troupeaux qu'on mne patre, leur
    donner la clef des champs. Voyez le mot BADE.

  ABANDONNER (S'), v. pron. Se dit des enfants qui commencent 
    faire quelques pas seuls et sans tre soutenus. _Notre petit
    John ne marche pas encore, mais il s'abandonne._

  [+] ABANLIEUE, s. f. Banlieue.

  ABASSOURDIR, v. a. crivez Abasourdir, et prononcez
    _abazourdir_.

  ABATTANT, s. m. Nous appelons ainsi cette partie du pupitre ou du
    bureau sur laquelle on crit, et qui, tant  charnire, se lve
    et _s'abat_  volont.

  ABCHER, v. a. Abquer. _Tche d'abcher les deux bouts. Cette
    tringle ne peut abcher l'anneau._

  ABEILLER, s. m. Terme des campagnards. Rucher. _Un coup de vent
    emporta les deux ruches et renversa l'abeiller._

  ABERGER, v. a. Hberger. _M. G**, cur de La Roche, nous
    accueillit et nous abergea._ Terme vieux franais.

  ABOMINER, v. a. Avoir en abomination. Terme vieux franais.

  ABONDANCES, s. f. pl. Betteraves.

  ABONNER (S'), v. pron. Nous disons figurment: _Je m'abonnerais
    bien pour avoir un commis aussi intelligent et aussi sage que le
    vtre. On s'abonnerait pour avoir, pendant huit jours, un aussi
    beau temps qu'aujourd'hui_; c'est--dire: On ferait volontiers
    quelque sacrifice, on donnerait de l'argent pour, etc.

  ABORD (D'), adv. A l'instant, sur l'heure, tout de suite. _Je suis
    oblig de sortir; mais je reviens d'abord. Ma commission
    est-elle faite, Jenny?--Non, Madame, mais je la ferai d'abord.
    Il est huit heures d'abord. Nous djeunerons d'abord._ L'adverbe
    D'abord signifie: Ds l'abord, premirement, en premier lieu,
    mais il n'a pas le sens que nous lui donnons dans les exemples
    ci-dessus.

  ABORD APRS (D'), loc. adv. Aussitt aprs, immdiatement aprs.
    _Je vais  la poste, et je vous rejoins d'abord aprs._ Il
    n'est pas rare de voir _d'abord aprs_ une bise noire ou un
    schard, se lever un vent de midi. [FATIO DE DUILLER.] Cette
    expression, _d'abord aprs_, fort usite chez nous et dans le
    midi de la France, n'est pas franaise.

  ABORD QUE (D'), conj. Aussitt que, ds l'instant que. _D'abord
    que vous le pourrez, venez me voir. D'abord qu'ils entendirent
    le tocsin, ils coururent chacun  leur poste._ Expression
    suisse, savoisienne et mridionale.

  ABOUCHER, v. a. Mettre sur la bouche, mettre sur l'ouverture,
    mettre _ bouchon_, tourner en sens contraire. _Aboucher un pot,
    aboucher une seille pour l'goutter._

  ABOUCHER (S'), v. pron. Se dit des personnes et de certains
    animaux. _Un tel ne dort jamais sur le dos: il s'abouche. Quand
    vous retirez de l'eau un noy, ne l'abouchez pas._ En parlant
    d'un cheval, _s'aboucher_ signifie: Tomber sur les genoux.

   BOUCHON ou D'ABOUCHON, loc. adv. Renvers, sens dessus dessous.
    _L'enfant souffrait du ventre; on le mit  bouchon, on le mit
    d'abouchon. Mettez cette caisse  bouchon; elle nous servira de
    table._ Terme lyonnais, etc., qu'on trouve dans le _Dictionnaire
    franais-anglais_ de Cotgrave [1609].

  ABOUCLER, v. a. Boucler. _Aboucler des souliers; aboucler une
    ceinture._

  ABOULER, v. a. Apporter, donner promptement, rendre. _Aboule a;
    aboule-moi vite a_; c'est--dire: Donne cela lestement et sans
    faire d'observation. Dans un sens plus restreint, _abouler_ est
    synonyme de Financer, solder, boursiller. Terme franais
    populaire.

  ABOUTONNER, v. a. Boutonner. _Aboutonne-toi, Jean-Marie, tu
    prendras froid._ Terme franais populaire.

  ABRAS, s. m. pl. Grand empressement, grande hte, air affair, air
    empress. _Il est dans tous ses abras; il fait beaucoup d'abras
    pour peu de chose. Il fait des abras de tout_; c'est--dire: Il
    s'agite, il se met toujours en avant, et sans que la chose en
    vaille la peine.

  [+] ABRE, s. m. Arbre. _Avante-nous des pommes sur l'abre._
    Prononciation vulgaire dans la moiti de la France. Le
    grammairien Vaugelas assure que de son temps [1610-1650] un
    grand nombre de personnes instruites prononaient _abre_,
    quoiqu'elles crivissent _arbre_.

  ABREUVOIR, s. m. Auget, petite auge pour les oiseaux. _La cage et
    les abreuvoirs._ Terme limousin, bordelais, etc.

  ABSENTER, v. n. S'absenter. _Toute la famille absenta trois
    jours._ Terme vieux franais. Nous faisons aussi d'_absenter_ un
    verbe actif. _Il a absent l'cole. Si tu absentes encore une
    seule fois ta classe, je te punirai._

  ABSURDE, s. des 2 genres. Nigaud, sot, born, stupide. _Tu es un
    absurde, Jean-Louis, avec ta croyance aux almanachs._ Franais
    populaire. Absurde est un adjectif.

   , interj. !  donc! eh bien! eh! _ ! Messieurs, un peu
    moins de bruit.  ! Frdric, puisqu'on se quitte aujourd'hui
    de si bonne heure, on se reverra demain.  ! qu'ai-je donc
    fait de ma clef d'armoire?_

  [+] ACACHONS, loc. adv. En cachette, clandestinement,  la
    sourdine. _Faire quelque chose acachons._ On dit aussi
    _d'acachons_. _Notre tienne est un garon ouvert, qui ne fait
    jamais rien d'acachons. Il fait chaud d'acachons_, se dit, chez
    les campagnards, de cette grande chaleur que l'on sent
    quelquefois en t, lors mme que le ciel est couvert et le
    soleil entirement cach.

  ACAGNARDIR (S'), v. pron. S'acagnarder; c'est--dire: Rester
    oisif, faire le paresseux, croupir nonchalamment. _S'acagnardir
    au coin du feu._ Franais populaire.

  ACAGNER (S'), v. pron. Se blottir. _Il s'tait acagn dans un
    coin. Acagne-toi bien dans le lit pour n'avoir pas froid._ [P.
    G.]

  ACARRER (S'), v. pron. Se blottir, se serrer contre. [P. G.]

  [+]  CAUSE? adv. Pourquoi? _Mama, la Betsi m'a battue.--Et 
    cause?-- cause de rien;  cause que c'est une mchante._

  ACCOMPARER, v. a. Comparer.

  ACCORDER, v. n. _Accorder une dmission, accorder  un
    fonctionnaire public sa dmission_, ne sont pas des expressions
    franaises; il faut dire: Recevoir une dmission, ou Accepter
    une dmission. Le gouvernement a accept la dmission de M. le
    professeur N***.

  [+] ACCOURAGER, v. a. Encourager. _Accourage-toi, mon valet, tu
    auras une bonne dimanche._ En vieux franais, _acorager_.

  ACCOURCIR, v. n. _Les jours commencent d'accourcir._ Dites: Les
    jours commencent de s'accourcir.

  ACCOURIR (S'), v. pron. Se pourvoir de denres et autres objets de
    consommation, en attendant le moment, peu loign, o se fera la
    provision. _As-tu assez de gros bois et de fascines pour
    t'accourir? Notre chariot de pommes de terre n'arrivera que dans
    quinze jours, Lisette: va donc en acheter une corbeille pour
    nous accourir. Le dn sera sans doute retard, et je vais
    prendre un bouillon pour m'accourir. Mon bon Monsieur, c'est
    aujourd'hui le premier du mois; je viens recevoir ma petite
    rente.--Aujourd'hui, Madame Pignolet, cela ne m'est pas
    possible, mais revenez dans cinq jours.--Eh bien, Monsieur,
    donnez-moi, s'il vous plat, dix francs pour m'accourir_;
    c'est--dire, Pour que je puisse suffire pendant ce temps  mes
    dpenses ordinaires. Dans certains cas on peut employer ce verbe
     l'actif, et dire, par exemple: _Prtez-moi un quarteron de
    paille pour accourir mes btes jusqu' la moisson._

  ACCOUTUMER, v. a. Nous disons: _Accoutumer une chose. Accoutumer
    une place. J'ai accoutum cette promenade, cette glise, etc._
    Dites: Je suis accoutum  cette place; je suis accoutum 
    cette glise, etc.; ou trouvez un quivalent meilleur.

  ACCOUVASSER, v. n. Se dit des poules et signifie: Couver, cacher,
    mettre  l'abri, chercher  couver. Dans le vieux franais,
    _accouveter_ a presque le mme sens.

  ACCROCHER, v. a. (fig.) Gagner, attraper, saisir. _Hier, en
    patinant, j'ai accroch un gros rhume. Tiens, accroche ce bton.
    Il lui appliqua un soufflet et lui dit: Accroche!_ Terme
    franais populaire.

  ACCULER, v. a. _Acculer un soulier; souliers acculs._ Terme
    franais populaire et vieux franais. Dites: culer; souliers
    culs.

  ACCUSER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Annoncer.
    _J'accuse un mariage en carreau. J'accuse vingt en trfle._

  ACCUSER . Dnoncer . _Finis, Antoine, ou bien je t'accuse; je
    t'accuse  M'sieu._

  ACCUSEUR, s. m. Rapporteur, colier qui se plat  dnoncer ses
    camarades. Terme vieux franais.

  ACENSER, v. a. Prendre  cens ou  ferme, affermer. Ce terme, peu
    connu en France, et qui n'est pas dans le dictionnaire de
    l'Acadmie, doit s'crire Accenser.

  ACHAPER (S'), v. pron. Terme des campagnards. S'accrocher , se
    cramponner , s'attacher . _S'achaper au cou de quelqu'un._ [P.
    G.]

  ACHATIR, v. a. Voyez ASSATIR.

  ACHOUTER (S'), v. pron. _Le temps s'achoute_, signifie: Le temps
    commence  s'claircir, le temps s'amende et devient meilleur.
    Voyez les mots SIOUTE OU CHOUTE.

  ACOI ou ACOU, s. m. Puissance, courage, force physique, audace.
    _Tu n'as pas l'acoi._ Terme vaudois. Dans le patois de Neuchtel
    on dit _acout_. Voyez le _Glossaire neuchtelois_ de M. le
    professeur Guillebert, 2e dition, p. 74.

   CRA ou  CRAS, loc. adv. _tre  cra_, signifie: N'en pouvoir
    plus, tre rendu, tre aux derniers expdients, tre aux abois.

  [+] ACRASER, v. a. craser. _En remuant ce gros poutre, le
    charpentier vient de s'acraser le gros arteuil._

  AD HOC POUR CELA. _Il est venu ad hoc pour cela._ Dites: Il est
    venu ad hoc; ou, Il est venu pour cela; car les mots _ad hoc_ et
    les mots _pour cela_ ont exactement le mme sens. Si vous les
    employez ensemble, vous dites deux fois la mme chose; une fois
    en latin, et une fois en franais.

  ADIEU. A Genve,  Lausanne,  Neuchtel,  Chambry et dans le
    midi de la France on dit _adieu_  une personne que l'on aborde
    et qu'on est dans l'usage de tutoyer. _Adieu, cousin, comment te
    va? Adieu, ma soeur, viens-tu dner avec nous?_ Il faut dire:
    Bonjour, et rserver le terme d'_adieu_ pour le moment o l'on
    se spare. Il se fait tard; adieu, Messieurs; adieu, Mesdames.

  ADIEU, JE T'AI VU! Sorte d'exclamation factieuse,  l'occasion
    d'une msaventure, d'une perte, d'une esprance trompe. _Le
    canari s'envola, et adieu, je t'ai vu! La diligence tait
    partie, et adieu, je t'ai vu!_

  ADMONESTER, v. a. Admonter, faire une rprimande. _Admonester_
    appartient au vieux franais.

  ADOMCHER, v. a. Apprivoiser. _Adomcher un chamois._ Terme vieux
    franais. Dans les Alpes on dit: _Adometzi_. R. _domus_ ou
    _domo_.

  [+] ADOPTER, v. a. Adapter. _Adopter une console, adopter une
    polie._ Terme des ouvriers.

  AFFAIRE, s. m. Objet, ustensile, chose. _Un gros affaire en bois._
    Solcisme universellement rpandu, et qui vient du vieux
    franais. Ce mot est aujourd'hui fminin.

  AFFAIRE, s. m. Nous disons drisoirement d'un homme ou d'un jeune
    garon petit et chtif: _Ce petit affaire. Voyez ce petit
    affaire, qui n'a que huit ans et qui veut conduire un cheval._

  AFFAIRE, s. f. _Il y a l'affaire de trois mois_, signifie: Il y a
    environ trois mois. _Il y a une affaire de deux ans que je ne
    l'ai vu_, signifie: Il y a environ deux ans que je ne l'ai vu.

  AFFANER, v. a. Gagner avec peine, se tourmenter de travail,
    obtenir  la sueur de son front. _J'ai bien affan cet argent.
    Ces ouvriers ont bien affan un pauvre cu._ Terme suisse-roman.
    _Affaner_ est l'ancien verbe _ahaner_, qui signifiait:
    Travailler avec fatigue, comme le bcheron qui soupire, et
    laisse entendre,  chaque coup de hache, le son _ahan_. Selon
    le dictionnaire de Roquefort, le vieux mot _affan_ est synonyme
    des mots Travail, peine, effort. Dans le dialecte languedocien,
    _s'afana_ veut dire: S'empresser  faire quelque chose.

  AFFAUTIR, v. a. Priver de nourriture. S'emploie surtout au passif.
    _Un enfant affauti_ est celui  qui la nourriture a manqu.
    _Allons, camarades, encore un morceau; il ne faut pas se laisser
    affautir._ Se dit aussi des animaux et des plantes. Terme
    suisse. Dans le dialecte lorrain, _affautrir_ signifie: Rendre
    maigre.

  AFFITS, AFFITIAUX, s. m. pl. Affiquets, petits ajustements d'une
    femme, surcharge d'ornements sans got, colifichets. Afftiaux
    est franais, mais n'a pas le sens de notre mot _affitiaux_.

  AFFRANCHISSAGE, s. m. _L'affranchissage d'une lettre, d'un paquet,
    etc._ Terme franais populaire. On doit dire:
    Affranchissement.

  AFFRE, s. f. Grande peur, effroi. _Je me fais une affre de cette
    entrevue. Ce jeune tudiant se faisait une affre de son examen
    d'Algbre. Ne vous faites pas une affre de si peu de chose._ En
    franais, _affre_ ne s'emploie qu'au pluriel et dans cette seule
    locution: Les affres de la mort. A Genve, _affre_, au
    singulier, est une expression fort rpandue.

  AFFTER, v. n. tre  l'afft, se poster pour attendre le gibier.
    Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs. Dans le vieux
    franais on disait: _S'affter_.

  AGACIA, s. m. crivez et prononcez Acacia.

  AGACIN, s. m. Durillon, cor aux pieds. _Extirper un agacin. Son
    agacin l'empchait de marcher._ Terme mridional et vieux
    franais. Dans le Valais on dit: _Agaon_. R. _agacer_, irriter,
    faire souffrir.

  AGAFFER, v. a. Gaffer, accrocher quelque chose avec une gaffe.

  AGETS (LES), s. m. pl. Les tres d'une maison, les dgagements,
    issues, corridors, escaliers, passages. _Savoir les agets;
    tudier les agets. Ce voleur connaissait bien les agets de
    l'appartement._ Terme rouchi. A Reims on dit: _les agis_; en
    vieux franais: _les agiz, les ags_, ou _les agiers_. Dans la
    basse latinit, _agestus_ a le mme sens.

  AGILET, s. f. _Il se droba  nos yeux avec une incroyable
    agilet._ Le mot franais est Agilit.

  AGIR (S'), v. pron. _Quand il a s'agi de se mettre  table, rien
    n'tait prt. Quand il a s'agi de payer l'cot, la moiti des
    convives avait disparu._ Dites, en conjuguant ce verbe avec
    l'auxiliaire _tre_: Quand il s'est agi.

  AGLAN, s. m. Mot patois, qui signifie: Gland. _La saison des
    aglans. Ramasser des aglans._ Terme savoisien, mridional et
    vieux franais.

  AGLTIR, v. a. Agglutiner, agglomrer, coller. _Ce miel s'est
    aglti  mes doigts._ En Savoie, dans le Jura et en vieux
    franais, on dit: _Aglter_.

  AGNOTI, s. m. (_gn_ mouills.) Nigaud, esprit lourd.

  AGONISER, v. a. Insulter, injurier, outrager de paroles. _Aprs
    avoir agonis sa femme, il la chasse du logis._ Terme suisse,
    savoisien, comtois, lorrain, etc. Nous disons aussi, avec un
    complment indirect, _agoniser de sottises, agoniser d'injures_.
    Dans le langage parisien populaire on dit: _Agonir. Agonir
    quelqu'un de mauvais propos._

  AGONISSANT, ANTE, adj. et s. Qui est  l'agonie. crivez par un
    seul s Agonisant, et prononcez _agonizant_.

  AGOUILLARDIR ou AGOUILLARDER, v. a. Affriander, rendre friand. _En
    donnant tant de bonbons  cette petite fille, vous finirez par
    l'agouillardir._ Voyez GOUILLARD.

  [+] AGOTER, v. a. Goter. _Agote-moi ce fromage._ Terme vieux
    franais.

  AGOTION, s. m. Mouchoir tress ou nou dru, avec lequel les
    coliers se donnent des coups. _Faire un agotion; se battre 
    coups d'agotion._ Terme form peut-tre du verbe _agoter_.

  AGOUTTER, v. a. Mettre  goutte, mettre  sec, tarir. _Agoutter un
    puits; agoutter une pompe. Les sources sont agouttes._ Dans la
    langue provenale on dit: _Agouta_. Dans le canton de Fribourg
    on appelle _agot_ une vache qui n'a plus de lait ou qui n'en a
    pas encore.

  AGRS, s. m. pl. Nous disons que _les raisins sont en agrs_,
    lorsqu'ils ont pass fleur, et que les grains commencent 
    poindre. _Dans notre canton, c'est vers les derniers jours du
    mois de juin que les raisins sont en agrs._ Dans le canton de
    Vaud on appelle _agrs_, les petites grappes de raisin qui
    poussent plus tard que les autres et ne mrissent pas. En
    languedocien _agras_, et en vieux franais _gret_, signifient:
    _verjus_. R. _agrestis_ ou _acer_.

  [+] AGRIABLE, adj. Agrable. _Agriable comme une porte de prison._
    On retrouve ce barbarisme en Savoie et dans divers patois du
    nord de la France.

  AGUENETTES, s. f. pl. (Prononcez _aghenettes_.) Argent monnay.
    _Avoir des aguenettes; palper des aguenettes._ Selon le
    _Glossaire_ de Gaudy, ce mot vient de _agnels_, ancienne monnaie
    d'or du temps de saint Louis, dont l'empreinte tait un agneau.

  AGUILLAGE, s. m. (Prononcez _aghillage_, et voyez le mot suivant.)

  AGUILLER, v. a. (Prononcez _aghiller_.) Mettre, jeter, lancer un
    objet sur un lieu lev, qui n'est pas  la porte de la main.
    _Nos garons avaient aguill leur paume sur le toit_;
    c'est--dire: L'avaient jete sur le toit par tourderie ou par
    maladresse. _Leur cerf-volant resta aguill sur l'arbre._
    Quelquefois le verbe _aguiller_ veut dire simplement: Placer,
    mettre un objet dans un lieu lev et peu convenable. _Quand les
    domestiques desservent, elles ont la manie d'aguiller,
    d'chafauder les assiettes et les plats. Au lieu de pendre ton
    coquemar, Jeanette, pourquoi l'aguilles-tu ainsi sur les bches?
    Est-ce tonnant que notre Madelon casse et brise tout? Elle vous
    fait de ces aguillages!... S'aguiller_, v. pron., se dit des
    personnes, et signifie: Se percher, _se hucher_, se jucher.
    _Resteras-tu une fois tranquille, Adrien, et cesseras-tu de
    grimper partout et de t'aguiller partout? Les voyez-vous, ces
    deux tourdis, s'aguiller sur le char de foin?_ Ce verbe est
    d'un emploi continuel chez nous, et nous le considrons comme un
    terme expressif, qui n'a point d'quivalent en franais.

  AHVOUA ou AVOUA! interj. Bah! ah bah! allez donc! laissez donc!
    _Allons-nous ce soir  la Somnambule?--Ahvoua! C'est tout du
    charlatanisme et de la farce._

  AIGLE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne abjecte et
    mprisable: _Elle est bonne  donner aux aigles_; c'est--dire:
    Elle ne vaut pas plus que la tripaille et les viandes gtes
    dont on nourrit habituellement nos aigles.

  AIGLEDON ou GLEDON, s. m. dredon.

  AIGRE (FAIRE). Forcer, faire un abattage, faire une pese. _Il
    fallut faire aigre avec un levier. Les voleurs, pour ouvrir le
    pupitre, ont d faire aigre._ Employe au sens figur, cette
    expression signifie: User de moyens violents ou extrmes. _Ne
    faisons pas aigre: attendons que les circonstances deviennent
    meilleures. On ne gagnerait rien  faire aigre: il faut user de
    patience._

  AIGRES, s. m. pl. _Tourner aux aigres._ Tourner  l'aigre,
    s'aigrir.

  AIGRON, s. m. Hron, oiseau.

  AIGUE, s. f. Eau. Ce mot patois, qui appartient au vieux franais,
    est l'origine du verbe aiguayer (prononcez _gayer_), lequel
    signifie: Baigner, laver. Aiguayer un cheval; aiguayer du
    linge. [ACAD.] _Aiguebelle_ est le nom d'une jolie cascade, au
    pied du mont Salve, prs d'trembires.

  AIGUILLETTE, s. f. Terme de couturire. Aiguille  lacer,
    passe-lacet.

  AIGUISEUR, s. m. mouleur.

  AIR, s. m. Ressemblance. Nous disons: _Donner de l'air 
    quelqu'un_, pour signifier: Avoir de son air, avoir sa tournure,
    avoir son allure, lui ressembler  plusieurs gards. _Il donne
    beaucoup d'air  son frre, et encore davantage  son oncle._
    Expression mridionale.

  AIRER, v. a. _Airer un appartement._ Dites: Arer un appartement,
    c'est--dire, y faire circuler l'air. Chambre bien are.

  AIRRHES ou ERRHES, s. f. pl. Arrhes. _Donner des airrhes  une
    domestique. Rendre les airrhes. Doubler les airrhes._ Terme
    mridional et vieux franais.

  AISE, s. f. _tre mal  son aise_, signifie: tre un peu
    indispos, n'tre pas bien portant. _Par ces temps de
    brouillard, je me sens mal  mon aise; je suis mal  mon aise;
    je me trouve mal  mon aise_; c'est--dire: Je ne suis pas
    entirement bien; il y a quelque chose qui cloche, ma sant ne
    va pas.

  AISES, s. f. pl. Vaisselle de terre. _Laver les aises. La patte
    d'aises; la patte aux aises._ Terme suisse et savoisien. En
    languedocien, _aisine_ se dit de toutes sortes d'ustensiles
    propres  contenir des choses soit liquides, soit solides; ainsi
    Un plat, un baquet, un panier, une cruche, sont autant
    d'_aisines_. En Franche-Comt et dans le vieux franais,
    _aisement_ signifie: Ustensile de mnage.

  AISES, s. m. pl. Ce mot est fminin. Ne dites donc pas: _Il se
    donne tous ses aises; il prend tous ses aises._ Solcisme assez
    rpandu, et qui nous vient du vieux franais, o _aise_ avait le
    genre masculin.

  AJOSSER (S'), v. pron. S'accroupir, se tapir. _La poule est
    ajosse sur ses oeufs. Cette petite Adle est toujours ajosse
    au coin du feu._ En languedocien, _s'ajhassa_ veut dire: Se
    coucher.

  AJOUTURE, s. f. Ajoutage. _Faire une ajouture  une robe._

  ALAGNE, s. f. Terme patois. Noisette. En Savoie on dit: _Alogne_;
    dans le canton de Vaud, _Alagne_, _Alogne_ et _Eulagne_; en
    vieux franais, _Aulagne_; dans le patois limousin, _Oulana_; en
    provenal, _Avelano_; en latin, _Avellana_. Aveline, en
    franais, est le nom d'une espce de noisette.

  ALANGU, ALANGUE, s. et adj. Babillard effront. _C'est un petit
    alangu. Vous n'tes qu'une alangue._ En languedocien on dit:
    _Alengat_; dans le bas limousin, _Olenga_; en vieux franais,
    _Langard_; dans le patois de l'vch de Baie, _Langaie_.

  ALBINE, s. f. Arbenne, perdrix blanche.

  ALCOVE (UN). _Un grand alcve._ Solcisme frquent en France, dans
    le langage populaire.

  [+] ALCOVRE, s. f. Alcve. _Chambre  alcvre._ Les Languedociens
    ajoutent aussi l'r euphonique, et disent: _Alcobre_. Dans le
    Jura bernois et en Lorraine on dit: _Alcofre_. R. arabe:
    _Alkobba_.

   L'HORREUR, loc. adv. Trs-mal, horriblement, excrablement.
    _Cette robe lui va  l'horreur. Ta page d'criture est faite 
    l'horreur. Vos ciseaux coupent  l'horreur._

  ALIER, s. m. Sorte d'arbre. Terme mridional et vieux franais. On
    dit aujourd'hui Alisier.

  ALIGNER, v. a. (fig.) _Aligner quelqu'un_, c'est le corriger, le
    mettre  la raison, le faire marcher droit. _Va, petit_
    _bandit, je te ferai aligner par ton pre. Drles que vous
    tes, on vous alignera, on vous arrangera._

  ALLE, s. f. Action d'aller quelque part. _L'alle et la venue;
    l'alle et le retour. Nous paymes au cocher six francs pour
    l'alle et la venue._ Figurment, _Donner  quelqu'un l'alle et
    la revenue, c'est le mornifler_ d'importance, le souffleter
    d'abord sur une joue, puis sur l'autre.

  ALLE QUI TRAVERSE. Dites: Alle de traverse. Dites aussi: Rue de
    traverse, chemin de traverse, route de traverse, et non pas:
    _Rue qui traverse_, etc.

  ALLEMAGNES, s. f. pl. _Notre fils voyage par les Allemagnes. Ces
    Allemagnes ont bien de la peine  se calmer._ Expression
    trs-populaire.

  ALLEMANDAGES, s. m. pl. Causeries, commrages.

  ALLER, v. n. Nous disons: _Aller par le haut et par le bas._ Les
    dictionnaires disent: Aller par haut et par bas.

  ALLONGER, v. a. Dans le langage culinaire, _allonger une sauce_,
    c'est y ajouter du bouillon ou de l'eau, et en diminuer ainsi la
    force. _Elle laisse brler son rti et ensuite elle allonge la
    sauce comme elle peut._ Cette expression s'emploie aussi
    figurment. _Allons, Messieurs, ne discutez pas davantage: il ne
    faut pas allonger la sauce._

  ALLONGER (S'), v. pron. Allonger. _En passant par ce chemin, nous
    nous allongeons._ Dites: Nous allongeons.

  ALLONGER (S'), v. pron. Crotre. _Les jours s'allongent._ Dites:
    Les jours croissent. En Languedoc on dit: _Les jours allongent_.

  ALLONGER (S'), v. pron. Dans le langage des ouvriers, _s'allonger_
    veut dire: Se hter, faire vite. _Camarades, l'ouvrage presse,
    il faut s'allonger._

  ALLUMER UNE LUMIRE. Cette expression, gnralement usite dans
    tous les pays o l'on parle franais, n'est admise ni par les
    dictionnaires, ni par les grammaires.

  ALLUMETTES, s. f. pl. Nous appelons _Jeu des allumettes_, un jeu
    d'enfants dont le nom franais est Jeu des jonchets, ou Jeu des
    honchets.

  ALLURE, ALLURE, adj. et s. Se dit des jeunes garons et des
    jeunes filles, et signifie: Vif, dgourdi, rus, madr,
    intrigant. _Tony est un petit allur qui fera son chemin._ Terme
    suisse et languedocien. A Marseille on dit: Un _lur_; dans le
    Berry, en Normandie et en Picardie, un _dlur_, terme recueilli
    par MM. Nol et Chapsal.

  [+] ALMANACH, s. f. _Une jolie almanach._ Ce solcisme se fait
    aussi dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans
    doute ailleurs.

  ALOUILLES ou ALOU-YES, s. f. pl. Ce mot signifie: Brandons,
    perches recouvertes de paille tortille, que les jeunes
    villageois allument  la tombe de la nuit, sur les lieux
    levs, le premier dimanche du Carme, appel, pour cette
    raison, le Dimanche des Brandons. Aprs avoir brl leurs
    flambeaux, ils se rendent, en chantant, au domicile des
    personnes qui se sont maries dans le cours de l'anne, et font
    des souhaits pour qu'elles aient de beaux enfants, et surtout
    pour qu'elles offrent quelques bouteilles de vin  la joyeuse
    bande. (P. G.)

  ALOUILLES, s. f. pl. Les villageois de plusieurs de nos communes
    sont dans l'usage, le soir d'une noce, de jeter aux enfants des
    noisettes, des drages, du caramel et autres friandises. Cela
    s'appelle, en patois: _Acougli les alouilles_ (jeter les
    alouilles). Terme savoisien.

  ALPHES ou ALPHTES, s. m. pl. Aphthes, petits ulcres qui viennent
    dans la bouche. _Avoir les alphes. Les alphtes sont douloureux._
    Ceux qui font ce mot fminin ajoutent une seconde faute  la
    premire.

  AMADOU, s. f. _De la bonne amadou._ Solcisme trs-rpandu en
    Savoie, en France et en Suisse.

  [+] AMANDRE, s. f. Amande. _Une amandre douce; une amandre amre._
    Terme savoisien, lyonnais, vieux franais, etc.

  AMASSER, v. a. Nettoyer. _Amasser une assiette, amasser un plat.
    N'amasse pas avec tes doigts, Alexis; amasse avec ton pain._

  AMASSER, v. n. Commencer  suppurer, commencer  aboutir. _Son
    doigt amasse._ Terme mridional.

  AMATEUSE, s. f. Ce mot n'est pas franais. En parlant d'une femme,
    aussi bien que d'un homme, on doit dire: Amateur.

  AMBE, s. m. Amble, une des allures du cheval.

  AMBRESAILLE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois.
    _Un gteau aux ambresailles._ Terme savoisien.

  AMBROCHE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois.
    Terme vaudois.

  AMENER, v. a. Appliquer, flanquer, assner. _Il voulut rpliquer;
    l'autre lui amena un pouvantable horion._

  AMI AVEC. Voyez AVEC.

  AMIDON, s. f. _De la bonne amidon._ Ce mot est masculin.

  AMIOTI, IE, adj. Signifie: 1 Fatigu, reint; 2 Rapetiss,
    rabougri, racorni.

  AMOMON, s. m. Tomate, pomme d'amour de la petite espce. _Un vase
    d'amomons._

  AMPR, s. m. Voyez le mot suivant.

  AMPRGER, v. n. Terme des coliers dans leurs jeux. Rciter une
    kyrielle de certains mots, pour savoir quel sera, entre tous les
    joueurs, le joueur sortant. Ces mots, qui n'ont aucun sens
    connu, sont au nombre de dix-sept: _Ampr, Giraud, Carin,
    Careau, Dupuis, Simon, Carcaille, Brifon, Piron, Labordon, Tan,
    T, Feuille, Meuille, Tan, T, Clu_. Les deux derniers de ces
    termes semblent tre patois; _T clu_ ou _T'ey_ clus peuvent
    signifier: Tu es dehors, tu es sortant. _Clus_ serait alors le
    participe du vieux verbe _clure_, comme _exclu_ ou _exclus_ est
    le participe d'_exclure_: conjecture trs-hasarde mais trs-peu
    importante.

  ANAILLE, s. f. Noisette. Ce terme figure dans un ancien refrain
    que les enfants chantent encore quelquefois le jour de Nol:
    _Chalande est venu,--Son bonnet pointu,--Sa barbe de
    paille,--Cassons des anailles,--Mangeons du pain
    blanc,--Jusqu'au Nouvel an._ Voyez ALAGNE.

  ANCELLE, s. f. clisse, appui pour la fracture des os. Terme
    savoisien. Dans le patois du Jura, _ancette_ signifie:
    Planchette, bardeau, petit ais fort mince pour couvrir les
    toits.

  ANCHOIS, s. m. Dans notre dialecte et dans celui du Languedoc, des
    yeux _bords d'anchois_ sont des yeux raills, des yeux bords
    d'carlate, comme s'expriment les dictionnaires.

  ANDAN, s. m. Terme des campagnards. Andain, ligne d'herbe abattue
    par la faux et qui ressemble  une _onde_. Dans le patois du
    canton de Vaud, _anda_ signifie: Vague, bouillon, _onde_. En
    italien, _andare_ veut dire: Marcher. On peut choisir entre
    ces deux tymologies, dont, peut-tre, la meilleure ne vaut
    rien.

  ANDRILLE, s. f. Ne s'emploie que dans cette expression populaire:
    _Tirer l'andrille_, laquelle signifie: tre dans le dnment,
    tre pauvre. _Andrille_ est une corruption du mot _mandrille_
    ou _mandille_. Dans le Limousin on dit: _Traner la mandrille_;
     Lyon, _Traner la mandille_. Or la _mandille_ tait une sorte
    de petit manteau ou casaque que portaient autrefois les laquais:
    elle leur tait particulire, et les faisait distinguer des
    autres valets.

  [+] ANDOCTE, s. f. Anecdote. _Il nous fit asseoir et nous conta
    l'andocte suivante._ Terme dauphinois, limousin, etc.

  NE, s. m. Nous disons proverbialement: _Il y a beaucoup d'nes
    au moulin qui se ressemblent._ Dans le franais populaire on
    dit: Il y a plus d'un ne  la foire qui s'appelle Martin.

  ANGE. Ce mot est masculin, lors mme qu'on l'applique  une femme.
    Ne dites donc pas, comme plusieurs: _Ma chre ange_.

  ANGLAISE, s. f. Redingote, lvite. _Raccourcir une anglaise;
    tourner une anglaise._

  ANGOISSER, v. a. Agiter, inquiter vivement, tourmenter. _Je viens
    d'apprendre que, par cette forte bise, nos jeunes gens sont en
    bateau sur le lac, et cela m'angoisse. La malade a t fort
    angoisse toute la nuit._ Excellent terme familier aux Suisses,
    et dont Mme de Stal n'a pas nglig de faire usage. Voyez, dans
    le _Glossaire_ de Roquefort, les significations qu'avait ce mot
    il y a trois cents ans.

  ANGURINE, s. f. Melon d'eau.

  ANICHON, s. m. Petit ne, ne. Terme franais populaire, lequel ne
    s'emploie qu'au sens figur.

  ANIOTI et ANIATI, adj. Fatigu  l'excs, reint. Ces termes sont
    une corruption du mot _ananti_. On a dit d'abord _ananti_,
    puis _anianti_ (par un changement frquent de l'__ en _i_),
    puis _aniati_ et _anioti_.

   NIVEAU DE. _Le salon est  niveau du jardin._ Dites: Est au
    niveau du jardin.

  ANONCHALIR (S'), v. pron. Devenir nonchalant. _Aprs deux annes
    d'application, on le vit tout  coup se dcourager et
    s'anonchalir._ Terme vieux franais.

   NOUVEAUX FRAIS. _Recommencer une chose  nouveaux frais._
    Expression frquente chez J.-J. Rousseau. Les grammaires et les
    dictionnaires disent: Sur nouveaux frais.

  ANSE, s. f. (_a_ aspir). _La anse d'un pot; la anse d'une
    cuelle._ Il faut crire et prononcer L'anse. L'anse d'un pot,
    l'anse d'une cuelle.

  ANTICHAMBRE, s. m. _Un bel antichambre._ Ce mot est fminin, comme
    le mot chambre, dont il drive.

  ANTIDILUVIEN, ENNE, adj. Qui a exist, qui a eu lieu avant le
    Dluge. _Temps antidiluviens; nations antidiluviennes._ Dites,
    avec l'Acadmie et toutes les grammaires: antdiluviens. Le
    mot _antidiluvien_ se dit quelquefois de ceux qui nient le
    Dluge.

   NULLE PART, loc. adv. Nulle part. _O tais-tu hier soir?--
    nulle part; j'tais chez moi._

  ANVERS, s. m. Furoncle. Voyez ENVERS.

   PART DE, loc. conj.  moins de. _ part de la frapper, son mari
    ne pouvait la traiter plus mal.  part d'tre mort, on ne
    pourrait tre plus malade qu'il n'est._

  APETISSIR, v. a. _Cette lunette apetissit._ Dites: Cette lunette
    apetisse. L'infinitif de ce verbe est: Apetisser.

  APIDANCER (S'), v. pron. Combiner avec conomie son pain et sa
    pitance en mangeant. _Tu ne sais pas t'apidancer. Ce fromage est
    bien apidanant._ Terme languedocien. Dans le Berry, on appelle
    _mets apidanant_, un mets qui fait manger beaucoup de pain.
    Voyez PIDANCE.

  APIGEONNER, v. a. Attirer par de beaux discours, par de beaux
    semblants, enjler, affrioler. _Il se laissa apigeonner par
    toutes leurs magnifiques promesses._ Terme remarquable, connu
    dans quelques provinces de Savoie, et peut-tre ailleurs.

  APLATI, TIE, part. S'emploie au sens figur et signifie: Dtraqu,
    nerv, abattu, constern. _Je ne suis pas positivement malade,
    je suis aplati, je n'ai point de force. Cette nouvelle nous a
    aplatis. Votre Mr Michel est un homme bien indolent, bien
    aplati._

   POINT D'ENDROIT, loc. adv. Nulle part.

  APOSTICHE, adj. Postiche, ajout aprs coup. _Barbe apostiche;
    frisons apostiches; dents apostiches._ Terme mridional, etc.

  APOUSTI, s. m. Rebord extrieur d'une barque sur lequel marchent
    les bateliers, qui la font aller  l'_tire_, c'est--dire au
    moyen d'un long pieu ferr.

  APOUSTOUILLE ou APOUTOUILLE, s. f. Allonge, ajoutage, appendice. A
    Chambry on dit: _Apostouille_. C'est le mot franais
    Apostille dfigur.

  APOUTOUILLER, v. a. Allonger, mettre un ajoutage.

  APPARENCE, s. f. Trs-petite quantit. _Madame voudrait-elle
    goter notre excellente eau de cerises?--Eh bien, oui; mais
    donnez-m'en seulement une apparence._

  APPARUTION, s. f. _Il ne fit qu'une apparution et il nous quitta._
    Le mot franais est Apparition.

  APPELER (FAIRE). Nous disons: _Faire appeler le mdecin, faire
    appeler le pasteur, faire appeler le notaire_. On dit en France
    plus simplement et plus correctement: Appeler le mdecin, le
    notaire, etc.

  APPETIT, s. m. _Bon appetit, voisine!--Et vous aussi, voisin, bon
    appetit!_ Prononciation gasconne. Il faut crire et prononcer
    Apptit, avec un accent aigu sur l'_e_.

  APPOINT, s. m. Voyez APPOINTER, v. n.

  APPOINTEMENT, s. m. _Son appointement est fix  1400 francs. On
    lui a doubl son appointement._ Dites: Ses appointements. Ce
    mot, pris dans le sens de Salaire, ne s'emploie qu'au pluriel.

  APPOINTER, v. a. Pointer. _Appointer un canon._ Terme franais
    populaire.

  APPOINTER, v. n. Se dit au jeu de boules, par opposition 
    _baucher_. _Il appointe bien. Voil un bon appoint._ Terme
    lyonnais et mridional.

  APPONCE, s. f. Ajoutage, allonge. _Cette robe aurait besoin d'une
    apponce. Si nos enfants viennent dner, vous mettrez une
    apponce  la table._ Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais.
    Dans le Jura, on dit _rapponce_.

  APPONDILLE, s. f., et APPONDILLON, s. m. Ajoutage, appendice,
    chose ajoute  une autre.

  APPONDRE, v. a. Ajouter, attacher. _Appondre une ficelle; appondre
    une sauce; appondre du bouillon; bouillon appondu; sauce
    appondue. Qui rpond, appond_; c'est--dire: Les ergoteurs
    prolongent et entretiennent les disputes. Terme lyonnais,
    jurassien, dauphinois, etc.

  [+] APPRENTIF, s. m. Apprenti. _Apprentif_ appartient au vieux
    franais, et se dit encore dans le Midi.

  [+] APPRENTISSE, s. f. Apprentie. Terme vieux franais.

  APRS, prp. Au lieu de dire: Envoyer chercher quelqu'un, nous
    disons: _Envoyer aprs quelqu'un. Le vtrinaire n'arrive pas:
    envoyez aprs lui._ Dites: Envoyez le chercher.

  APRS, prp. _Demander aprs quelqu'un_, n'est pas une expression
    correcte. _En mon absence, a-t-on demand aprs moi?_ Dites: En
    mon absence, quelqu'un m'a-t-il demand? Quelqu'un a-t-il
    demand  me voir,  me parler?

  APRS, prp. _La clef est aprs la serrure; la clef est aprs la
    porte._ Dites: La clef est  la serrure; la clef est  la porte.

  APRS-MIDI, s. m. Assemble, cercle, th. _Mme N** nous a donn
    hier un charmant aprs-midi._ Ce mot est fminin et il n'a pas
    cette signification.

  PREUR, s. f. pret. _L'preur d'un fruit._

   PRORATA, prp. comp. Au prorata, en proportion de,  raison de.
    _Il paie  prorata de ses revenus._ Terme franais populaire.

  APURE, s. f. Moment de la plus grande abondance d'un fruit.
    _L'apure des fraises va finir. L'apure des melons commencera
    bientt._ Terme savoisien.

   PURE PERTE, loc. adv. J.-J. Rousseau a employ frquemment cette
    expression genevoise qui a fini par s'introduire en France, dans
    le langage populaire. Au dix-septime et au dix-huitime sicle,
    les crivains franais ont toujours dit: En pure perte, et
    jamais _ pure perte_.

   QUELQUE PART. _Je vais  quelque part._ Dites, sans prposition:
    Je vais quelque part.

  ARAGNE, s. f. Araigne. Voyez le mot suivant.

  ARAGNE, s. f. _Toile d'aragne._ Terme franais populaire et
    vieux franais. crivez et prononcez Araigne. Peu de mots ont
    eu autant de peine  se former que celui-l; peu de mots ont
    subi en France plus d'altrations successives. On a dit:
    _Araigne, airagne, arigne, iragne, iraigne, aragne, aragne_, et
    enfin Araigne.

  ARAIGNE, s. f. Cardre, chardon des haies.

  ARASE, s. f. Terme de maonnerie. Assise. _Premire arase;
    seconde arase._ Le verbe Araser est franais.

  ARBORISER, v. n. Herboriser. _Arboriser_ appartient au franais
    populaire. _Arboriste_ se trouve dans les Fables de La Fontaine
    (V, 8), et se dit encore dans le Midi.

  [+]ARGARDER, v. a. Regarder. _Argarde voir, Franois._

  ARONAUTE, s. m. Aronaute.

   REVOIR, Au revoir.

  [+]ARGENT, s. m. Dans le langage populaire, ce mot est fminin.
    _Sa petite argent ne le mnera pas loin. Ils y mettent une belle
    argent, tous ces garons,  leur tabac et  leur fumerie._ Ce
    solcisme ne nous est pas particulier.

  ARGENT DE POCHE, s. m. Dites: Argent de la poche, argent qu'on
    destine  ses menus plaisirs.

  ARGENT MCH, s. m. _Une tabatire d'argent mch._ Dites: Une
    tabatire argente.

  ARGENTS, s. m. pl. _Les argents sont rares._ Dites: L'argent est
    rare.

  ARGOT, s. m. Ergot, espce d'ongle chez quelques animaux. _Le coq
    se tenait sur ses argots._ Terme franais populaire et vieux
    franais.

  [+] ARGOTER, v. n. Ergoter, rpliquer avec humeur. Terme franais
    populaire et vieux franais.

  [+] ARGOTEUR, s. m. Ergoteur.

  [+] ARGUELISSE, s. f. Rglisse, plante. _Du bois d'arguelisse._ Ce
    mot a subi en France de grandes variations. On a dit
    successivement: _Ergalisse, erguelisse, regalisse, rigalisse,
    ragalisse, riglisse_, et enfin Rglisse.

  ARGUILLON, s. m. Ardillon, pointe de mtal  la chappe d'une
    boucle. Terme franais populaire.

  ARI, adv. Arrire. Terme de batelier. _Faire ari_ veut dire: Ramer
    en sens contraire pour aborder. _Ari_ est aussi le cri de nos
    charretiers pour faire reculer leurs chevaux. En vieux franais,
    _arier_ signifie: Arrire.

  ARIOTET, s. m. Jeu d'coliers, appel aussi _Quique_. Voyez ce
    mot.

  [+] ARMANA, s. m. Almanach. _Armana_ est aussi la prononciation
    populaire en Savoie, en Franche-Comt, en Bourgogne, dans le
    Limousin, en Provence,  Paris,  Reims, etc.

  ARMISTICE (UNE). Ce mot est masculin. Un court armistice.

  [+] ARMOIRE (UN). _Nous incantmes un superbe armoire de sapin._
    Ce solcisme nous est commun avec nos voisins de France, de
    Suisse et de Savoie.

  [+] ARMOLAU, s. m. mouleur, gagne-petit. _Quand l'armolau
    passera, dites-lui de monter._ Terme neuchtelois.

  ARPION, s. m. Harpon. En provenal, _arpioun_ signifie: Une
    griffe.

  ARPIONNER, v. a. Harponner.

  ARRAL (D'). De travers,  rebours, mal. _Ce vtement va tout
    d'arral. Notre affaire ira tout d'arral_, etc. Terme des
    campagnards. [P. G.]

  ARRAPER, v. a. Prendre par force, arracher.

  ARRTE, s. f. Arrt, cesse, repos. _N'avoir point d'arrte_,
    signifie: Bouger sans cesse, agir continuellement, se trmousser
    sans relche.

  ARRTER, v. n. S'arrter. _Partez donc; la dernire cloche vient
    d'arrter. Nous emes beau faire des signes avec nos mouchoirs,
    l'omnibus ne voulut pas arrter._ Il est mieux de dire: Ne
    voulut pas s'arrter.

  ARRTER, v. n. Cesser. _Il a arrt de pleuvoir; il a arrt de
    sonner. Laisse ton labourage, Andr; et si la pluie arrte, tu
    le reprendras._

  ARRHES, s. f. pl. Dans le langage populaire raffin, on aspire ce
    mot, et l'on dit: _Des hharrhes; livrer les hharrhes_. C'est une
    grossire faute: il faut prononcer _les z-arrhes_.

  ARRIRAGES, s. m. pl. Arrrages.

  ARRIRE-GRAND'MRE, s. f. Bisaeule.

  ARRIRE-GRAND-PRE, s. m. Bisaeul. Terme mridional.

  [+] ARSOUILLE, s. f. Homme ou femme de nant, crapule. Terme
    ignoble, qu'on retrouve dans quelques provinces du nord et du
    centre de la France. [Voyez le _Glossaire picard_ de M. l'abb
    Corblet.]

  ARTRE (UN). _Le gros artre._ Solcisme frquent. Ce mot est
    fminin.

  ARTEUIL, s. m. Orteil, doigt du pied. _Il s'crasa l'arteuil._
    Dans notre patois, on dit: _artieu_; dans le Limousin et en
    vieux franais, _arteil_; en Languedoc, _artel_; en rouchi,
    _artoil_; dans le dictionnaire de Cotgrave, on trouve _artail_
    et _artoir_: tous mots qui se rapprochent beaucoup de
    l'tymologie latine _articulus_. Orteil, qui s'en loigne
    davantage, a prvalu.

  ARTICHAUT BTARD, s. m. La grande joubarbe.

  ARVE, rivire. Nous disons, en retranchant l'article devant ce
    mot: _Le sable d'Arve; la queue d'Arve; le bord d'Arve; le
    chemin d'Arve; patiner sur Arve_. Ces faons de parler sont un
    reste du vieux franais.

  AS (UNE). Terme du jeu de cartes. _Une belle as._ Solcisme qu'on
    retrouve aussi dans le franais populaire.

  ASPIRAL, s. m. Spiral. Terme d'horlogerie.

  ASSATIR ou ACHATIR, v. a. cacher, aplatir, tasser, craser. _Un
    terrain assati; une pomme assatie. Du pain assati_ est du pain
    mal cuit, mal lev, qui est trop serr, si l'on peut s'exprimer
    ainsi. Le verbe _assatir_ ou _achatir_ se dit aussi des
    personnes. _J'ai tant march, que je suis tout achati. Si tu
    raisonnes encore, petit drle, je t'achatis. Quand il apprit la
    nouvelle de cette faillite, il resta comme achati_;
    c'est--dire: Comme cras. Dans le patois languedocien, _acata_
    veut dire: Abaisser, et le participe _acatat_ signifie: Courb,
    bas. Dans le patois du Berry, _sater_ a le sens de: Presser,
    fouler.

  ASSATISSEMENT, s. m. Aplatissement, abaissement.

  ASSAUT, s. m. Nous disons figurment: _Faire un assaut 
    quelqu'un_, pour: Le tancer vertement, clater contre lui en
    reproches. _Recevoir un assaut_ veut dire: tre fortement
    rprimand. En Lorraine, _assauter quelqu'un_ signifie:
    L'accabler d'injures, de reproches, d'invectives.

  ASSNER, v. a. _Assner un coup de poing._ Ce mot s'crit
    Assener sans accent sur l'_e_. [ACAD.]

  ASSYER (S'), v. pron. S'asseoir. _Assye-toi, Colas. Prenez la
    peine, Mesdames, de vous assyer._ Faute frquente.

  ASSEZ, adv. _Monsieur a-t-il assez bois? Aurons-nous assez crme
    pour quinze personnes?_ Dites: Assez de bois, assez de crme,
    etc.

  ASSOYER (S'), v. pron. S'asseoir. _Ils s'assoyrent par terre_,
    est un barbarisme. On dit pourtant: Assoyez-vous; il faut que tu
    t'assoyes, etc. Pour les deux manires de conjuguer le verbe
    S'asseoir, voyez absolument les dictionnaires et les grammaires,
    et ensuite dbrouillez la chose, si vous le pouvez.

  ASTHME, s. m. Se prononce _asme_.

  ASTRAGON, s. m. _Vinaigre  l'astragon._ crivez et prononcez
    Estragon.

  ATARTI, IE, adj. puis de fatigue, reint.

  ATOUT, s. m. Soufflet, taloche, mornifle, fort coup. _Flanquer un
    atout; appliquer un atout; se donner un atout._ Terme parisien
    populaire, picard, etc.

  ATRAN et ATREIN, s. f. Terme des campagnards. Fourche de fer 
    trois cornes, pour prendre et remuer le fumier. Terme savoisien.
    Dans le canton de Vaud on dit: _Trein_ ou _treun_; en
    Franche-Comt, _Tran_; en Dauphin, _Trenc_.

  TRIAUX, s. m. pl. Boulettes de foie de cochon. _Une douzaine
    d'triaux._ Terme suisse-roman. A Besanon on dit: _Atraux_; en
    Lorraine, _Htrez_. Dans le vieux franais, _le Htriaulx_
    signifie: Le foie.

  AUBE, s. f. Nous disons: _Travailler d'une aube  l'autre_, pour
    signifier: Travailler autant que la journe peut s'tendre.
    Expression remarquable, qui prouve qu'anciennement on ne
    distinguait pas (quant au degr de lumire) l'aurore du
    crpuscule, puisque l'un et l'autre taient appels du nom
    d'_aube_ ou blancheur. [Voyez Villa, _Nouveaux gasconismes
    corrigs_, t. I.] Cette expression, _d'une aube  l'autre_,
    n'est dans aucun des dictionnaires que j'ai pu consulter.

  AU-DESSUS, adv. _tre au-dessus_, se dit d'un malade qui, aprs
    une dangereuse maladie, est sur le point d'entrer en
    convalescence. _Alexis a t entre la vie et la mort pendant
    plusieurs mois; mais, grce  Dieu, le voil au-dessus._
    Expression consacre.

  AU-DEVANT, adv. On entend souvent dire: _Il lui est all au
    devant_, pour: Il est all au-devant de lui. Ce barbarisme est
    dj signal dans les _Remarques_ du grammairien Vaugelas,
    publies il y a deux cents ans.

  [+] AUPARAVANT, prp. _J'arriverai auparavant lui. Vous serez
    servi auparavant ces dames._ Dites: J'arriverai avant lui; vous
    serez servi avant ces dames. Auparavant est un adverbe, et les
    adverbes n'ont pas de rgime. Cette faute appartient au vieux
    franais.

  [+] AUPARAVANT DE. _Auparavant de mourir, il restitua la somme.
    Nous danserons auparavant de souper._ Dites: Avant de mourir;
    avant de souper.

  AUPARAVANT QUE, loc. conj. _Auparavant que tu partes, on se
    reverra._ Cette expression appartient au vieux franais. Dites:
    Avant que tu partes, on se reverra.

  AUSSITT, adv. _Aussitt  mon arrive, j'irai vous voir._ Dites:
    Aussitt mon arrive; ou: Aussitt aprs mon arrive; expression
    meilleure que l'autre.

  AU SR, loc. adv. Pour sr, avec certitude. _Es-tu bien certain de
    la chose, Bernard?--Je ne la sais pas au sr, et je ne voudrais
    pas en jurer._

  AUTEUR, s. m. Cause. _Tu as dchir ma veste, Jules.--Eh bien! je
    m'en moque, c'est toi qui en es l'auteur: tu n'avais qu' ne pas
    me chicaner._ Terme parisien populaire, etc.

  AUTOUR DE, loc. prp. Environ,  peu prs. _Il est autour de midi.
     ce bal nous tions autour de soixante. Il y a autour de quatre
    ans que notre oncle est mort._

  AUTRE, adj. Les quatre expressions suivantes: _Rien d'autre,
    Quelqu'un d'autre, Quelque chose d'autre, Personne d'autre_,
    sont des expressions vicieuses, qu'il faut remplacer par
    celles-ci: Rien autre, Quelque autre, Quelque autre chose ou
    Autre chose, Personne autre ou Nul autre; ou par des termes
    quivalents. Ne dites donc pas: _J'ai gagn mon enjeu et rien
    d'autre. J'inviterai toute la famille, mais personne d'autre.
    Voudrais-tu un peu de caf, Albertine?--J'aimerais mieux quelque
    chose d'autre._ Ce sont l des phrases barbares.

  AUTRES FOIS (LES), loc. adv. _Les autres fois on fermait les
    portes de la ville  six heures du soir._ Dites: Autrefois,
    jadis, anciennement.

  AUTU-BTU, adv. En bloc, l'un portant l'autre, ple-mle. _Acheter
    un chariot de foin autu-btu_; c'est--dire: Sans le peser.
    Jamais je ne ferai un march _autu-btu_ dans une matire de
    cette importance. [HUMBERT, _Adresse  mes concitoyens_. 1792.]

  AVA! Exclamation de dcouragement ou d'incertitude. _Ava! n'essaie
    pas, tu n'y pourras jamais parvenir. Ava! ne sortons pas, la
    pluie commence._

  AVALANCHER, v. n., et S'AVALANCHER, v. pron. S'bouler. _Le
    terrain menaait d'avalancher. Le glacier venait de
    s'avalancher._ En provenal, _s'avalancha_ veut dire:
    S'affaisser, s'bouler, crouler.

  AVALE, s. f. Forte rprimande, gronderie brusque. _Faire une
    avale. Il nous surprit dans la vigne et nous fit une effroyable
    avale._

  AVALER, v. a. Quereller durement, rudoyer, malmener. _Gardez-vous,
    mes enfants, de lui demander cong; il vous avalerait._ Terme
    franais populaire.

  AVALER, v. a. (fig.) Nous disons de quelqu'un qui a des maux de
    gorge: _Il a aval le chat par la queue_; ou: _Il a aval la
    queue du chat._ En franais, on dit d'un chanteur qui prouve un
    embarras de gosier: Il a un chat dans la gorge. [ACAD.]

  AVALE-ROYAUME, s. m. Dnomination factieuse qu'on donne  une
    personne avide, insatiable.

  AVALOIR, s. m. Grand gosier, vaste gosier, vaste estomac.
    _Dis-moi, Georgette, il faut que tu aies un fameux avaloir pour
    avoir englouti toute la fricasse de boudins. Avaloir_ est un
    mot franais; mais on l'crit Avaloire, avec _e_ final, et il
    est du genre fminin.

  AVAN, s. m. Osier, pleyon. _Les avans aiment le bord des eaux._
    Terme franc-comtois, etc.

  AVANCE, s. f. _Avoir de l'avance_ signifie, dans le langage des
    ouvriers et des domestiques: Avoir quelque argent devant soi,
    avoir des conomies, tre en fonds. _Tu es toujours ouvrier,
    Mathurin?--Hlas! oui, Monsieur; je n'ai point d'avance. Si
    j'avais eu de l'avance, je me serais tabli depuis longtemps._

  AVANCE, s. f. _Prendre de l'avance, gagner de l'avance_, sont des
    expressions incorrectes. _Antoine, toi qui marches moins vite
    que tes compagnons de route, prends de l'avance, gagne de
    l'avance._ Les dictionnaires disent, en retranchant l'article:
    Prendre l'avance, gagner l'avance. [ACAD.]

  AVANCE, s. masc. Ce qui se trouve dj de fait ou de prpar. _Tu
    me conseilles donc de btir ce mr, Bastian?--Puisque Monsieur a
    tout le sable qu'il faut, et la moiti des pierres, c'est un
    joli avance, c'est un bon avance._ Ce mot est fminin: Une bonne
    avance.

  AVANC, CE, adj. Celui ou celle qui a quelque argent amass,
    quelque petit fonds de rserve. Expression familire aux
    ouvriers et aux domestiques. _Notre Suzon attend, pour se
    marier, d'tre plus avance._

  AVANC, CE, s. _Les avancs de la secte. Les avancs du parti. Un
    tel est dans les avancs._ Nologisme utile.

  AVANTER, v. a. Aveindre, prendre un objet qui n'est pas  la
    porte de la main. _Toi qui es grand, Eugne, avante-nous ce
    panier qui est sur le buffet. Monte sur l'chelle et avante
    ce gros livre. Tche d'avanter mon volant sur ce poirier._ Terme
    form de la prposition Avant. _Avanter_, c'est: Tirer en
    avant, amener en avant. Ce verbe n'a point d'quivalent exact en
    franais; car le verbe Aveindre est peu usit.

  AVEC, prp. Nous disons, et les Mridionaux le disent aussi: _Vous
    arriverez avec la nuit; nous voyagemes avec la pluie; ils
    partirent avec le beau temps_. Ces phrases, et phrases
    semblables, n'ont pour elles l'autorit d'aucune grammaire, ni
    d'aucun dictionnaire.

  AVEC, prp. _Je suis ami avec Isaac. Connais-tu la Louise,
    Benot?--Si je la connais: on est amie avec. Les deux cousines
    sont amies ensemble._ Ces expressions ne sont pas franaises.

  AVEC, prp. Ne dites pas: _Compter avec les doigts_. Dites:
    Compter sur les doigts, ou par les doigts.

  AVEC, prp. _Quand cela va bien, il faut aller avec._ Ce proverbe
    signifie qu'On doit tre modr en toute chose; qu'il faut, en
    toute chose, jouir sans abuser. _Allons, M. l'adjoint, encore un
    verre de Champagne.--J'ai eu ma bonne part, Messieurs, et, comme
    dit le proverbe, quand a va bien, il faut aller avec_
    (c'est--dire: Quand les choses vont bien, il faut tre content
    et ne pas aller jusqu' l'excs).

  AVEC CELA QUE, loc. conj. Outre que, d'ailleurs. _Le temps est
    trop incertain et trop humide pour que je me mette en route,
    avec cela que j'ai une douleur au genou._

  AVENAIRE, s. m. L'_avenaire_ est un homme essentiellement
    dsagrable, qui blme tout, critique tout, et chez qui la
    contradiction est un besoin. A Neuchtel, _avenaire_ signifie:
    Aventurier, homme sans aveu, nouveau venu, intrus. C'est  peu
    prs le sens que lui donne le _Dictionnaire franais-anglais_ de
    Cotgrave, seul dictionnaire o j'aie trouv cette curieuse
    expression. Dans le patois du bas Valais, _aveniro_ veut dire:
    1 Enfant maigre; 2 Polisson R. _advena_ ou _advenarius_,
    tranger.

  AVOCATON, s. m. Mauvais avocat. Dans le franais populaire on dit
    quelquefois: _Avocasson_.

  AVORGNAU, s. m. Homme incommode, homme ennuyeux, butor. Terme tant
    soit peu trivial, et qui commence  vieillir.

  AVOUAI, AHOUE ou AHOUAI, s. m. Cri, clameur gnrale
    d'approbation dans une runion bachique. _Encore un avouai!_

  AVOUGNON, s. m. Coup, fort coup.

  AVOUILLON, s. m. Aiguillon pour piquer les boeufs.

  AVOUILLONNER, v. a. Piquer un boeuf avec l'aiguillon pour le faire
    aller. Ce mot et le prcdent nous viennent des campagnards.


B

  BABAN ou BAMBAN, s. m. Nigaud, dadais, niais, batteur de pav.
    _As-tu vu ce grand baban qui voulait faire le gentil?_ Terme
    suisse-roman et savoisien. Voyez BAMBANER.

  BABET, s. m. _Faire babet._ Ce terme d'colier signifie:
    S'associer dans un jeu, mettre en commun les gains et les
    pertes. _Qui veut faire babet? Faisons babet ensemble._

  BABO, s. m. Bobo, petit mal physique, douleur lgre. _Elle a babo
    au doigt._ Terme mridional, etc.

  BABOLER, v. n. Bredouiller. _Parle donc distinctement, Louise, et
    ne babole pas._ En vieux franais, _babouleur_ signifiait:
    Babillard.

  BABOLI, s. m. Babillard inepte.

  BABOUINE, s. f. Babine.

  BCHE, s. f. Fourrage de marais, herbe qui crot dans un terrain
    marcageux.

  BACHET ou BACHAT, s. m. Auge, abreuvoir, bassin, pierre ou pice
    de bois creuse et qui sert  abreuver les animaux domestiques.
    _Le bachet de Pezay._ Terme savoisien, lyonnais et vieux
    franais. Dans le Limousin on dit: _Bac_.

  BCHEUX, EUSE, adj. Nous appelons _pr bcheux_ un Pr qui est
    humide et marcageux.

  BACHIQUE, adj. Bizarre, grotesque, comique, original,
    extraordinaire. Se dit des personnes et des choses. _C'tait
    vritablement bachique de les voir danser._ Franais populaire.

  BACOUNI, s. m. Batelier. R. _bac_.

  BACULO, s. m. Btonnet, jeu d'coliers. _Jouer  baculo; jouer au
    baculo; lancer le baculo._ R. _baculus_.

  BADE ( LA). Locution trs-familire aux campagnards, et qui
    signifie: En libert. _tre  la bade_, tre libre. _Ils mirent
    les chevaux  la bade dans le pr. Bon! ne voil-t-il pas que
    mon tourdi laisse l'eau  la bade_; c'est--dire: Laisse le
    robinet ouvert.

  BADE (DE), loc. adv. En vain, inutilement. _Ne me faites pas venir
    de bade. Le vent ne court jamais de bade_; c'est--dire: Amne
    infailliblement la pluie. En provenal, _bada_, et en vieux
    franais, _bader_, signifient: Ouvrir la bouche, ber, faire le
    badaud, badauder.

  BADINAGE, s. m. Joujou, jouet, amusette. _Une bote de badinages.
    Je t'apporte des badinages neufs: tu tcheras d'en avoir soin._

  BAFFE, s. f. Coup bien assen, forte tape, giffle. Terme vieux
    franais.

  BFRE, s. f. Bfre, godaille. Terme dauphinois, etc.

  BAGAR (UN). Une bagarre.

  BAGNOLET, s. m. Baquet peu profond, mais d'une grande surface, o
    l'on dpose le lait, pour que la crme se forme plus aisment.
    Terme suisse-roman et savoisien.

  BAGUENAUDEUR, s. m. Baguenaudier, celui qui s'amuse  des
    bagatelles. Terme franais populaire.

  BAGUETTE DE RIDEAU, s. f. Tringle.

  BAHIU ou BA-IU, s. m. Bahut, grand coffre, malle norme. Nous
    disons au figur, d'un homme gros et lourd, d'un homme replet et
    stupide: _C'est un gros bahiu_. Dans le dialecte rouchi, _baou_
    se dit d'un badaud, d'un imbcile, qui ouvre la bouche pour
    regarder, et qui regarde autant de la bouche que des yeux. A
    Rumilly (Savoie), on dit: un _bavu_.

  BAIDE ou BDE, s. f. Terme des campagnards. Interstice,
    intervalle. _La chemine fumait beaucoup: on fit une baide  la
    porte_; c'est--dire: On l'entr'ouvrit un peu. _La pluie est
    bien forte, attendez une baide pour partir_; c'est--dire:
    Attendez une claircie.

  BAIGNER, v. n. _La lune baigne_; c'est--dire: La lune est
    entoure d'un cercle de vapeurs. Cette expression si connue
    n'est consigne, je crois, dans aucun dictionnaire.

  BAIGNER, v. n. _Allons baigner! Qui vient baigner?_ Il faut dire,
    en employant le pronom personnel: Allons nous baigner. Qui vient
    se baigner?

  [+] BAIGNES, s. f. pl. Bains. _La saison des baignes._

  BALL, s. m. Billement. A Neuchtel on dit: un _balle_.

  BAILLARJAUD, s. m. Pansu, qui a une panse rebondie.

  BALLER, v. n. _Baller aux corneilles_, signifie: Avoir la bouche
    ouverte et regarder niaisement. crivez Bayer aux corneilles, et
    prononcez _b-i aux corneilles_.

  BAIN-MARIN, s. m. _Rchauffer une soupe au bain-marin._ Dites: Au
    bain-marie. A Neuchtel on dit: _Au bain mari_.

  BAISER (LE). _Le baiser d'un pain._ Dites: La baisure, ou le
    biseau; c'est--dire: L'endroit par lequel un pain en a touch
    un autre dans le four.

  BAU, s. m. Voyez BAHIU.

  BALAI, s. m. _Pcher au balai._ Dites: Pcher au torchon.

  BALALME ou BALALARME, s. m. Se dit d'un gros meuble antique et
    massif. _tez-moi ce grand balalme de fauteuil._

  BALAN, s. m. Balanoire, escarpolette. Au sens figur ce mot
    signifie: Incertitude, irrsolution. _tre en balan_, ou _tre
    sur le balan_, veut dire: tre incertain, tre en balance,
    flotter entre deux projets. _Je suis en balan si je partirai
    demain._ Expression mridionale.

  BALANCES (DES). Dites: Une balance, quand il ne s'agit que d'un
    seul instrument  peser. Ajuster une balance; nettoyer les
    bassins d'une balance. L'htel de la Balance.

  BALANDRIER, s. m. Garde-fou, barrire, galerie. On lit dans les
    _Chroniques_ de Michel Roset: Ils composrent une graisse comme
    leurs prdcesseurs, et engraissrent les verrouils des portes
    et les _balandriers_ des rues et places o on solait
    s'appuyer.

  [+] BALIER, v. a. Balayer. _Balier le colidor; balier la monte._
    Terme franais populaire et vieux franais.

  BALIURES, s. f. pl. Balayures. _La seille aux baliures._

  BALME, s. f. Caverne, grotte naturelle dans les rochers. _La balme
    du Dmon et la balme de l'Ermitage dans le mont Salve; la
    grotte de Balme entre Cluses et Sallanches._ En Provence et en
    Languedoc, _baume_ a le mme sens.

  BAMBAN, s. m. Fainant, flneur.

  BAMBANER, v. n. Baguenauder, muser, flner btement, aller 
    l'aventure  droite et  gauche sans suivre de route certaine.
    _Se bambaner_, v. pron., a le mme sens. _Pourquoi veux-tu que
    j'aille me bambaner par cette promenade?_ A Lyon, _bambane_
    signifie: Homme lent, homme indolent et lche.

  BAMBILLER, v. n. Pendiller, brandiller. _Qu'est-ce que je vois
    bambiller  cette fentre?_ Terme suisse-roman et savoisien.

  BAMBILLON, s. m. Chiffon qui pendille. Nos campagnards appellent
    aussi _bambillon_ le fanon de la vache.

  BAMBINER, v. n. Muser, comme font d'ordinaire les _bambins_,
    s'arrter dans les rues et sur les chemins.

  BAMBOCHE, s. f. Ribote, grande bombance. _Faire bamboche; faire
    une bamboche. Quelle fameuse bamboche c'tait!_ Les
    dictionnaires n'emploient ce mot qu'au pluriel. Faire des
    bamboches; il continue  faire ses bamboches.

  BAMBOCHE, s. f. Souliers de lisires, souliers fourrs,
    pantoufles, babouches. _Bamboche_ est un mot connu dans les
    trois quarts de la France.

  BANASTRE, s. m. Importun, fcheux, personnage ennuyeux et
    assommant. _Qui nous dlivrera de ce banastre?_ En vieux
    franais, _banastre_ veut dire: Panier.

  BANC DE BOUCHER, s. m. tal.

  BANC DE LAVANDIRE, s. m. Batte, selle, petit banc  quatre pieds,
    qui se place au bord de l'eau et sur lequel les blanchisseuses
    savonnent et battent le linge avec un battoir.

  BANC DE MENUISIER, s. m. tabli. Ces trois dernires expressions
    sont fort usites dans la Suisse romane, en Savoie et dans le
    Midi.

  BANDE, s. f. Maillot. _Enfant  la bande._

  BANDOULIRE, s. f. Marmotte, mentonnire, mouchoir pass en bande
    autour de la tte. _Puisque tu souffres des dents, mets-toi une
    bandoulire._

  BAN-NER, v. n. Terme culinaire. Languir. _Ne laisse pas ta viande
    ban-ner prs du feu._ On dit plus souvent: _Bon-ner_.

  BANQUE, s. f. Comptoir, table  compter, table  serrer l'argent.
    _S'asseoir  la banque. Les voleurs crochetrent les tiroirs de
    la banque._ Terme suisse-roman.

  BARA, s. m. Petite bote, en forme de baril, destine  recevoir
    de l'argent ou des rouages d'horlogerie.

  BARACAN, s. m. Bouracan, sorte de gros camelot.

  BARAQUETTES, s. f. pl. Souliers minces pour la danse, escarpins.

  BARAQUIN, s. m. Petite gamelle que les soldats ajustent et portent
    derrire leur havre-sac.

  BARBADIAN, s. f. Salsifis sauvage, plante de rebut appele aussi
    Barbe de bouc et Barbouquin. Nous disons d'une chose ou d'une
    personne dont nous ne faisons aucun cas: _C'est de la barbadian;
    ce n'est que de la barbadian_; c'est--dire: C'est moins que
    rien. _Barbe--Dian_ est un mot patois qui signifie: barbe de
    Jean.

  BARBICHON, s. m. Terme drisoire. Adolescent, jeune homme qui a
    une barbe naissante. Franais populaire.

  BARBOT, s. m. Les campagnards appellent _raves au barbot_ les
    raves bouillies. Ce mot est trs-ancien chez nous, puisqu'on le
    trouve dj dans la _Chanson de l'Escalade_ (1602). Voyez le mot
    BARBOTER, no 2.

  BARBOTER, v. a. et n. Marmotter, parler entre les dents. _Que nous
    barbotes-tu l?_ Terme picard, provenal et vieux franais.
    Barboter est franais dans une acception diffrente.

  BARBOTER, v. n. Se dit d'un liquide qui cuit  gros bouillon. Dans
    le patois vaudois on dit: _Barbot_ et _borbot_.

  BARBOUILLON, s. m. Homme sans tenue et sans parole, homme qui a
    son dit et son ddit; homme, par exemple, qui revient sur un
    march conclu verbalement, ou sur une promesse qu'il a faite de
    bouche. _N'ayez rien  faire avec ce Rigollet: c'est un
    barbouillon._ Terme suisse-roman et savoisien.

  BARBUE, s. f. Terme rural. Provin avec sa racine. En Dauphin,
    _barbas_ a le mme sens. R. _barbe_.

  BARETTE, s. f. Serre-tte, sorte de coiffe.

  BARFOU et BARFOLET, s. m. Terme de pche. Sorte de filet  mailles
    serres. Une ordonnance de 1797 dfendit de pcher avec ce
    filet.

  BARGAGNER, v. n. Barguigner, hsiter.

  BARGUIGNER, v. n. Nous disons que _le temps barguigne_, pour
    signifier que le temps est douteux, et que l'on ne saurait
    prvoir s'il pleuvra ou s'il fera beau. En franais,
    Barguigner ne se dit que des personnes, et signifie: Hsiter,
    avoir de la peine  se dcider, marchander.

  BARICOLAGE, s. m. Bariolage.

  BARICOL, adj. Bariol. _Habit baricol; robe baricole._ Terme
    savoisien et lyonnais. Dans le canton de Vaud on dit:
    _Baridol_.

  BARICOLER (SE), v. pron. S'attifer, se parer mignardement.

  BARJAQUE, s. et adj. fm. Babillarde, bavarde, causeuse ternelle.
    Terme suisse-roman, savoisien et mridional.

  BARJAQUER, v. n. Caqueter, bavarder, babiller  outrance et
    indiscrtement. En provenal on dit: _Barjka_.

  BARJAQUERIE, s. f., et BARJACAGE, s. m. Caquet, babil incessant.

  [+] BARON-MTRE, s. m. Baromtre. _Consulter le baron-mtre._
    Prononciation de nos campagnards.

  BAROT, s. m. (_o_ bref.) Camion, haquet, charrette basse pour le
    transport des marchandises. Terme vieux franais, usit dans
    diverses provinces du nord de la France.

  BAROTTE, s. f. Brouette, tombereau. _Mener la barotte; traner la
    barotte._

  BARRE. C'est le nom d'un jeu gymnastique fort connu. On dit en
    France: Jouer aux barres, et en Suisse: _Jouer  barre_.

  BARRER, v. a. (fig.) Serrer. _Avoir l'estomac barr. Le rcit
    de cet affreux accident lui avait barr l'estomac._ Expression
    mridionale.

  BARRICADE, s. f. Fte, collation que les paysans donnent 
    l'pouse au sortir de l'glise. _Faire une barricade._

  BARRIRE D'ESCALIER, s. f. _Descendez avec prcaution, et
    tenez-vous  la barrire._ Le mot franais est Rampe.
    Tenez-vous  la rampe.

  BARRIQUE (UN). Dites: Une barrique.

  BARTAVELLE, s. f. En franais, ce mot se dit d'une grosse perdrix
    rouge. Nous l'employons pour dsigner un grand causeur, un
    babillard.

  BAS, adv. _Se jeter bas du lit; sauter bas d'un cabriolet_. Dites:
    Se jeter  bas du lit; sauter  bas d'un cabriolet.

  BASANE, s. f. Surnom drisoire donn aux soldats de l'ancienne
    garnison.

  [+] BASELI ou BASELIC, s. m. Plante de jardin. _Un vase de
    baseli._ En Languedoc on dit: _Bazli_;  Lyon, _baselic_. Il
    faut crire et prononcer Basilic.

  BASOTER, v. n. Balbutier, hsiter, barguigner. _Tu es l  basoter
    au lieu de rpondre. Il n'y a pas  basoter, ni  tortiller._

  BASOTTEUR, EUSE, s. Celui ou celle qui hsite, qui balbutie, qui
    barguigne. Se prend toujours en mauvaise part.

  BASQUE (UN). Un btard. Au fminin, _une basque_. Terme vaudois.

  BASSEUR, s. f. _La basseur des eaux._ Expression utile, mais peu
    usite.

  BASSIN, s. m. Homme ennuyeux, homme fatigant, homme _sciant_. _Ce
    bassin de Z. Z** nous aborda et nous embta. Personne ne pouvait
    tenir avec ce bassin._

  BASSINANT, ANTE, adj. Ennuyeux, fort ennuyeux, fort dsagrable.
    Se dit des personnes et des choses. _Individu bassinant; route
    bassinante; travail bassinant._

  BASSINE, s. f. Brasier, espce de bassin de mtal o l'on met de
    la braise pour rchauffer une chambre, un magasin, un cabinet.
    _Bassine  anse. braiser la bassine. La bassine les a entts._
    Le mot de Bassine est franais, mais dans une acception un peu
    diffrente.

  BASSINER, v. a. Ennuyer, fatiguer, tre  charge. _Va-t'en, tu me
    bassines. Tout le monde s'est bassin  cette soire. a me
    bassine bien d'avoir  sortir par cette pluie._ Expression
    triviale. En Lorraine, _bassiner quelqu'un_ signifie: Lui faire
    charivari. _On l'a bassin trois jours de suite._ [Voyez J.-F.
    MICHEL, _Dictionnaire des expressions vicieuses usites en
    Lorraine_, p. 19.]

  BASSINET, s. m. _Cracher au bassinet._ Dites: Cracher au bassin;
    c'est--dire: Boursiller  contre-coeur, contribuer forcment.
    R. _bassin_, plat o l'on reoit les offrandes  la messe; plat
    destin aux cueillettes. _Bassinet_, petit plat, petit bassin.

  BATAILLE, s. f. Batterie, querelle o il y a des coups donns.
    _Une bataille de cabaret. Une bataille entre gamins._

  BATAILLE, s. f. Nous appelons _Soupe  la bataille_ ce qu'on
    appelle  Paris: Potage  la julienne.

  BATAILLER (SE), v. rcip. Se quereller. _Mes petits amis, ne
    pourriez-vous pas vous amuser sans vous batailler?_ Je dirai,
    comme je le crois, que la paix vaut mieux que la libert; qu'il
    ne reste plus d'asile  la libert sur la terre que dans le
    coeur de l'homme juste, et que ce n'est pas la peine de _se
    batailler_ pour le reste. [J.-J. ROUSSEAU, _Lettre  M.
    Moultou_, du 7 mars 1768.] _Se batailler_ n'est pas dans les
    dictionnaires. On dit: Batailler, v. n.

  BTARD, s. m. Longue et grosse scie.

  BTE, s. f. Terme de couturire. Troussis. _Cette robe est trop
    longue, on y fera une bte._

  BTIULE, s. f. Terme des campagnards. Sac plein de semence, qu'un
    semeur porte en bandoulire lorsqu'il ensemence un champ. A
    Rumilly (Savoie), on dit d'une personne qui a le bras en
    charpe: _Elle a le bras en btiule_. _Btiule_ est un diminutif
    de Bt.

  BATTE, s. f. Sorte d'toffe grossire de laine. _Une robe de
    batte; une jupe de batte._ Terme suisse-roman.

  BATTIORER, v. a. Briser les tiges du chanvre ou du lin pour
    dtacher la filasse de la chnevotte. Terme vaudois et
    savoisien. R. _battre_.

  BATTIORET, s. m. Broie, instrument qui sert  briser les tiges du
    chanvre ou du lin.

  BATTRE, v. a. _Ne pas battre le coup_ est une expression familire
    qui signifie: Ne s'occuper  rien, tre dsoeuvr, fainanter.

  BATTRE  FROID, (fig.) Battre froid, tre froid, tmoigner de la
    froideur ou de l'indiffrence. _Je rencontrai hier Janeret au
    caf, et je battis froid avec lui._ Dites: Je rencontrai hier
    Janeret au caf, et je lui battis froid.

  BATTRE  LA GRANGE. Battre en grange.

  BATTRE ATOUT. Terme du jeu de cartes. Faire atout, jouer atout.

  BATTRE BRIQUET. Dites, avec l'article: Battre LE briquet.
    Plusieurs battirent le briquet et allumrent le cigare. [CH.
    NODIER, _Souvenirs et portraits_.]

  BATTRE LA VIANDE. Mortifier la viande. _Du boeuf bien battu. En
    Angleterre on bat la viande bien plus et bien mieux que chez
    nous._

  BATTUE, s. f. Babeurre, lait qui reste aprs qu'on a fait le
    beurre. Terme vaudois, fribourgeois et savoisien. Dans le Valais
    on dit: Du _battu_.

  BAUCHE ou BCHE, s. f. Terme du jeu de boule. Pierre faisant
    l'office de boule. _Jouer  la bauche._ Dans plusieurs villages
    de notre canton, dans le Jura et dans le midi de la France,
    _bauche_ signifie: Boule. _Jouer aux bches_ (jouer  la
    boule).

  BAUCHER, v. a. Dbuter, c'est--dire: ter, chasser avec sa boule
    celle de son adversaire. _Bauche-moi cette boule; bauche-la en
    place._ Terme vaudois, savoisien, lyonnais et mridional.

  BAUME. Nom propre, qui n'est usit que dans cette locution
    adverbiale: _Pas plus que de Baume_; c'est--dire: Pas du tout,
    point du tout, absolument pas. _Tu voudrais que je m'inquitasse
    des cancans de nos commres? En vrit, je ne m'en soucie pas
    plus que de Baume. Penses-tu qu'il pleuve ce soir?--Ce soir? Pas
    plus que de Baume._ Selon le _Glossaire_ de Gaudy, cette
    locution tire son origine du nom de _La Baume_, qui fut le
    dernier vque de Genve,  l'poque de la Rformation. Mais un
    fait qui pourrait infirmer cette explication, c'est que d'autres
    cantons de la Suisse franaise emploient aussi ce proverbe.

  BAVARD, s. m. Nous employons frquemment ce mot dans le sens de:
    Railleur, moqueur, persifleur. _Croyez-vous, Monsieur, que je me
    prenne  vos compliments? On sait assez que vous n'tes qu'un
    bavard._

  BAVARDAGE, s. m. Moquerie, raillerie.

  BAVARDER (SE), v. pron. Se moquer, se railler. _Ces malicieuses
    filles se bavardaient des passants._ Nous disons, dans le mme
    sens, _bavarder_, v. n. _Vous tiez tous l, comme de grands
    nigauds,  ricaner et  bavarder._

  BAVERON, s. m. Bavette, serviette d'enfant qu'on attache sous le
    menton. Terme franais populaire. On disait en vieux franais:
    _Baverette_.

  BAYU, s. m. Voyez BAU.

  B--BA, s. m. _tre au b--ba_, signifie: N'en pouvoir plus,
    tre  quia, tre rduit aux dernires extrmits. On le dit
    d'une personne fort malade. On le dit surtout d'un homme  qui
    le mauvais tat de ses affaires ne laisse plus de ressources et
    qui est aux derniers expdients. Terme suisse-roman et
    savoisien.

  BEAUCOUP, adv. Bien, fort, fortement. _Je crois beaucoup  un
    orage pour ce soir. Dans notre cercle on croit beaucoup  la
    paix._ Franais populaire.

  BB (UNE). Une nigaude, une niaise qui est toujours bouche
    bante. Dans le dialecte limousin on dit: Une _bbio_, et en
    Picardie, une _bbette_.

  BEC--CORBIN, s. m. _Canne en bec--corbin._ Dites: Canne en bec
    de corbin. _Corbin_, en vieux franais, signifie: Corbeau.

  BECFI, s. m. Bec-figue. _Le passage des becfis. Tirer des becfis._
    Terme savoisien, bressan, lyonnais, etc.

  BCHE, s. f. _Donner la bche._ Terme franais populaire et
    vieux franais. Dites: Donner la becque.

  BCHET, s. m. Trou fait  la glace dans un lieu propre  patiner.
    _Prendre bchet_, se dit d'un patineur qui s'enfonce dans l'eau.
    _Il a pris bchet jusqu'au cou._ En vieux franais, _bchet_ ou
    _baichet_ signifie: Brochet. Or comme,  Genve, on patine le
    plus souvent sur des fosss qui contiennent des brochets, on a
    dit, en plaisantant: _Il prend le bchet, il prend bchet_,
    pour: Il s'enfonce dans l'eau.

  BCUIT, s. m. chauffement provenant d'une corchure. _Avoir le
    bcuit._ Dans le patois vaudois, _bkou_ se dit d'un enfant au
    berceau dont la peau est corche.

  BEGNULE, s. f. (Prononcez _be-niule_.) Femme ou fille sotte,
    maladroite, sans capacit ni nergie.

  BGUER, v. n. Bgayer. _Je crois vraiment qu'elle bgue; on dirait
    qu'elle bgue._ Terme lyonnais, picard, normand, etc.

  BEGUINE ou BGUINE, s. f. Bavolet, sorte de coiffe de toile que
    portent nos paysannes, principalement celles qui sont ges.
    Terme suisse-roman et savoisien.

  BELLES HEURES, s. f. pl. _Vous venez, Messieurs,  de belles
    heures._ On dit en franais: Vous venez  belle heure.

  BELOSSE, s. f. Prunelle, prune sauvage, fruit du prunelier. Terme
    suisse-roman, savoisien et vieux franais. A Fribourg on dit:
    _Bolosse_;  Lyon et dans le Jura, _pelosse_; en Normandie,
    _bloche_. A Reims, on donne aux prunes le nom gnrique de
    _balosses_.

  BELUES ou BELURES, s. f. pl. Menus copeaux, qui se forment et
    tombent sous le rabot. _Un sac de belues; allumer le feu avec
    des belues._ Ne pourrait-on pas rapprocher le mot _belue_ ou
    _blue_ du mot franais Bluette?

  BELSAMINE, s. f. _Semer des belsamines._ Terme franais populaire.
    Dites: Balsamine. R. _balsamum_, baume.

  [+] BEL-Z-ET BIEN, loc. adv. Bel et bien. _Tout a est bel-z-et
    bien. Tout a est bel-z-et bon, mais a ne me va pas._ Cette
    liaison et celles de _petit-z- petit_ et de _peu-z- peu_ ne
    sont pas rares dans notre dialecte populaire.

  BENAITON, s. m. Corbillon, sbile, paneton, panier d'osier rond,
    de forme conique et sans anse, pour porter le pain au four. Dans
    plusieurs provinces de France, ce panier s'appelle _banneton_;
    dans la Bresse, dans le Mconnais et en Savoie, on dit: _Benon_.

  BENET, s. m. crivez et prononcez Bent. Ce mot, qui rime avec
    _fort_, s'crivait anciennement _benais_.

  BQUE ou BEKKE, s. f. Bout, pointe de quelque corps, et
    principalement d'un mouchoir ou d'un chle. Ce terme, qui nous
    vient des campagnards, n'est pas inconnu  nos citadines. Dans
    le vieux franais, _bquu_ ou _bcu_ veulent dire: Pointu.
    [Voyez ROBERT-ESTIENNE, _Dictionnaire franais-latin_, dition
    de 1605.]

  BQUETTE, s. f. Pied d'alouette, plante.

  BQUILLES, s. f. pl. C'est le nom que nos jeunes campagnards
    donnent aux chasses.

  BERCHE, adj. et subst. Brche-dent. Se dit d'une personne 
    laquelle il manque une ou plusieurs dents de devant. _Elle est
    berche; il est berche. Connais-tu Isabeau la berche?_ Terme
    suisse-roman et savoisien.

  BERNE, nom propre de ville. Ce nom entre dans plusieurs de nos
    locutions proverbiales. Par exemple: _Nous sommes de Berne_,
    signifie: Nous sommes sauvs, nous n'avons rien  craindre, nous
    sommes des bons. _La justice de Berne_ est une justice svre,
    une justice sans merci. _Votre Mr N. N*** est tendre comme la
    justice de Berne._

  BESINGUE. Voyez BISINGUE.

  BESOLET, s. m. Hirondelle de mer.

  BESTIACERIE, s. f. Stupidit extrme, btise consomme.

  BESULE, s. f., ou BESU, s. m. Ces deux noms se donnent
    indiffremment aux diverses espces de mouettes, oiseaux de mer
    de l'ordre des palmipdes.

  BESULE, s. f. Terme d'colier. Petite bille en marbre ou en grs,
    petit _mpis_.

  BTANDIER, s. m. Terme rural, par lequel on dsigne cet endroit du
    fenil o l'on entasse les gerbes aprs la moisson.

  BTARD, s. m. Lourdaud, maladroit. _Un gros btard._ Terme
    suisse-roman et lyonnais. Les dictionnaires disent: Bta.

  BTE (UN). _Voil un bte d'homme. Ce village est un bte
    d'endroit. Je n'ai pas pu achever de lire ce bte de roman._
    Expressions trs-usites  Genve, et qui ne sont pas plus
    extraordinaires que les suivantes: Une diable d'affaire, une
    diable de femme, nous fmes reus dans une diable d'auberge:
    toutes expressions qui figurent dans les dictionnaires.

  BTE, s. f. Nous disons d'une personne que sa famille ou ses amis
    ngligent, dlaissent, abandonnent: _On ne lui dit pas
    seulement: Bte, que fais-tu?_ Expression languedocienne. Les
    dictionnaires franais disent: On ne lui dit pas seulement:
    Es-tu chien? Es-tu loup?

  BTE NOIRE, s. f. Porc, cochon. _Engraisser des btes noires._
    Expression adoucissante, euphmisme des campagnards.

  BTIOLER, v. n. Faire la bestiole, faire la bte, faire des
    niaiseries, niveler, s'occuper  des riens. _Deviens un peu
    srieux, Franois, et ne sois pas toujours  btioler._

  BTION, s. m. Nigaud, niais. _Quel btion d'homme! Le pauvre
    btion veut nous parler politique, et il confond sans cesse
    Cavaignac et Changarnier. Excusez-le: c'est une tte faible,
    c'est un btion._ La Fontaine a dit: _Bestion_. A Lausanne on
    dit: _Btion_.

  BTISE (UNE). Une chose de peu d'importance, une misre, un rien.
    _Combien as-tu pay cette canne?--Une btise, quelques sous,
    quelques centimes._

  BTON ou BETTON, s. m. Lait d'une vache qui vient de vler. Terme
    vaudois. Les mdecins appellent aussi _bton_ le premier lait
    d'une femme qui vient d'accoucher.

  BEUFFER, v. n. _Le coeur me beuffe_, signifie: J'ai le coeur gn,
    serr, oppress.

      La sauce semblait de la rafe;
    En la voyant le coeur me savatait,
    Et je sentais ma fara qui _beuffait_.

    [CH.]

  BEUFFERIE, s. f. Terme fort trivial, qui signifie: 1 Une lourde
    btise, une balourdise; 2 Une chose ennuyeuse  l'excs. _Mieux
    vaudrait se taire que de raconter des beufferies pareilles.
    Conviens, Auguste, que ce vaudeville tant vant n'tait qu'une
    beufferie._

  BEUGNET, s. m. Beignet.

  BEURRE ou POIRE BEURRE. Dites: Un beurr, ou une poire de
    beurr. Un beurr blanc, un beurr gris.

  BEURRES (LES). L'argent monnay, les cus. _Avoir des beurres.
    Palper des beurres._ Expression triviale.

  BEURRIRE, s. f. Baratte, vase o on bat le beurre. Terme
    suisse-roman, savoisien et dauphinois.

  BEUVONS, BEUVEZ. Dites: Buvons, buvez. Ces formes du verbe Boire
    appartiennent  l'ancien franais, et on les trouve encore dans
    Spon: Il mangeait et _beuvait_ sans que personne le pt
    empcher. [Voyez _Histoire de Genve_, tome I, p. 236, dition
    de 1730.]

  BEVABLE, adj. Buvable.

  BEZALLER, v. n. Terme des campagnards. Se dit d'un boeuf ou d'une
    vache que les mouches tourmentent et qui se sauve en sautant et
    en levant la queue. Il se dit aussi d'un enfant qui se dpite et
    se mutine. [P. G.]

  BI, s. m. Biez, ou Bief, canal qui conduit les eaux pour les faire
    tomber sur la roue d'un moulin. _Passer le bi._ Terme vieux
    franais.

  BIAUDER, v. n. Sauter, jouer. _Nos enfants biaudaient ensemble;
    ils ne faisaient que biauder et foltrer._

  BIBI, s. m. Terme enfantin. Joujou.

  BICLE, adj. et s. Bigle, louche, qui a la vue courte. _Comment,
    Gustave, tu n'aperois pas ce chalet dans les Voirons? Es-tu
    donc bicle?_ Terme vieux franais.

  BICLER, v. n. et a. Bigler, loucher. _Il braqua son lorgnon et se
    mit  nous bicler. Bicler l'oeil_, veut dire: Clignoter.

  BICLOEIL ou BICLE-L'OEIL, s. m. Celui qui regarde en biglant, en
    louchant. Terme trivial.

  BIDODI, BIDOGNOL ou BIDOT, s. m. Niais, simple, innocent; homme
    d'un esprit faible et born, homme qui s'abtit par les excs.
    _Il est dans les bidodis; c'est un vrai bidodi._ Terme nouveau.

  BIDOLION, s. m. Ce mot, connu surtout des campagnards, signifie:
    1 Vin pre, vin dur; 2 Cidre; 3 Petit bidon.

  BIEN, s. m. Pour marquer que tout homme dispose avec plus de
    libralit du bien d'autrui que du sien propre, nous disons
    proverbialement: _Du bien d'autrui large courroie._ L'expression
    vritable est celle-ci: Du cuir d'autrui large courroie.

  BIGNET, s. m. _Un plat de bignets._ Terme vieux franais. Dites:
    Beignet.

  BIGOUDI, s. m. Espce de doigt de gant rembourr, autour duquel on
    roule les cheveux pour des papillotes. [P. G.]

  BILER, v. n. Courir vite et sans s'arrter.

  BILEUX, BILEUSE, adj. crivez Bilieux, bilieuse, en faisant
    sonner les deux _i_, et ne dites pas: _Fivre bileuse,
    temprament bileux, teint bileux._ Faute trs-rpandue en
    France, en Suisse et en Savoie.

  BILLARD, s. m. Terme d'colier. Toupie. _Jouer au billard; lancer
    un billard; entortiller un billard; son billard dormait et
    ronflait._ Dans les trois quarts de la France, ce jouet
    s'appelle _moine_. En Provence on dit: _Boduffe_.

  BILLET, s. m. _Je t'en donne mon billet_, est une formule
    affirmative qui rpond : Je te l'assure, je t'en donne la
    promesse positive, je t'en donne ma parole.

  BIOLE, s. f. Bouleau, arbre. _Une verge de biole. Menacer un
    enfant de la biole; lui donner la biole._ En Franche-Comt on
    dit: _Bioule_ ou _boule_. Dans le canton de Vaud, _la bioule_,
    c'est la fouette. _Oui, continue  crier, et tu recevras la
    bioule._

  BIOLES, s. f. pl. _tre dans les bioles_, signifie: 1 tre un peu
    fou, tre un peu toqu; 2 tre un peu gris, tre entre deux
    vins.

  BIOLET, s. m. Extrmit, fin bout d'une branche. S'emploie surtout
    au pluriel, et en parlant des arbres  fruits. _Si tu_
    _cueilles nos cerises, Arnold, fais bien attention de ne point
    casser de biolets._

  BIRON, s. m. Couvet, sorte de chaufferette.

  BISCOIN, s. m. Sorte de brioche au safran. Dans nos campagnes, on
    appelle _biscoin_ un petit pain rond que l'on fait pour les
    enfants avec les derniers restes de la pte.

  BISCME, s. m. Pain d'pice. _Nous tirmes trois coups  cette
    loterie de cinquante centimes, et nous emes pour tout lot... un
    biscme!_ Terme suisse-roman.

  BISCMIER, s. m. Fabricant de _biscmes_.

  BISE, s. f. Nous disons proverbialement d'une personne
    trs-conome: _Elle n'ouvre pas son sac de farine quand il fait
    la bise_.

  BIS (TRE). tre assailli par une forte bise. _En passant sur les
    quais du Rhne, nous fmes biss d'importance._

  BISINGUE (DE), ou DE BESINGUE, ou DE BISINGLE, adv. De travers, de
    biais, de guingois. _Cet habit va tout de bisingue. Que t'est-il
    donc arriv, Ferdinand, que tu marches tout de bisingue? Avoir
    les yeux de bisingle._ Terme vaudois et franc-comtois.

  BISQUE, s. f. Dpit extrme. _Quelle bisque, quelle fameuse bisque
    il a eue! Voil ce qui s'appelle une bisque pomme!_

  BISTOT ou BISTAUD, s. m. Le dernier apprenti dans un bureau, dans
    un magasin.

  BLCHE, s. f. Fourrage des marais.

  BLAGUE (UNE). Un blagueur, un hbleur, un vantard. _Va,
    Jean-Pierre, va, tu n'es qu'une blague._ Terme trivial.

  BLANC, BLANCHE, adj. (fig.) Inutile, qui n'aboutit  rien, qui est
    sans rsultat. _Faire une course blanche._ Terme mridional.
    Dans le canton de Vaud on dit: _Faire une course en blanc_.

  BLANC, s. m. Nous disons: _Saigner quelqu'un  blanc_. Les
    dictionnaires disent: Saigner quelqu'un au blanc, ou jusqu'au
    blanc.

  BLANCHE (LA). Terme des campagnards. _On craint la blanche pour
    cette nuit._ Le mot franais est Gele blanche.

  BLANCHE GELE, s. f. Dites: Gele blanche. _Chaque automne les
    bls noirs souffrent plus ou moins de la blanche gele._ Terme
    suisse-roman. On dit  Chambry: _Le blanc gel_.

  BLANCHET, s. m. Robe de dessous, ordinairement de laine, qu'on met
    aux enfants.

  BLANCHIMENT, s. m. Nous disons: _le blanchiment d'un plafond; le
    blanchiment d'une cuisine; crire sur le blanchiment; odeur de
    blanchiment_. Blanchiment est franais; mais le sens genevois
    n'est pas dans les dictionnaires.

  BLESSIR (SE), v. pron. Se blossir, devenir blet.

  BLESSON, s. m. Tache noire qui se forme  la peau,  la suite d'un
    coup.

  BLESSON, s. m. Poire sauvage. Terme vaudois, etc.

  BLESSONIER, s. m. Poirier sauvage.

  BLETTIR, v. n., et SE BLETTIR, v. pron. Devenir blet. _Les poires
    commenaient  se blettir._ Terme dauphinois, lorrain, etc. En
    franais on dit: Se blossir.

  BLEU, BLEUE, adj. (fig.) Surpris, frapp d'tonnement, stupfait.
    _Oui, notre jeune cousine s'est laisse enlever par un Polonais,
    et j'en suis bleue._

  BLOUSIER, s. m. Ouvrier en blouse. Ce terme si connu n'est dans
    aucun dictionnaire.

  BOBCHE, adj. et s. f. Fille ou femme sotte, niaise, nigaude et
    maladroite. Voyez le mot suivant.

  BOBET, adj. et s. m. Niais, sot, inepte, nigaud. _Ce garon est si
    bobet qu'on l'a exempt, pour cela seul, du service militaire.
    Le frre et la soeur se valent bien: l'un est un vrai bobet,
    l'autre une franche bobche._

  BOBICHON, s. m. Diminutif de _bobet_.

  BOBUE, s. f. Oiseau, la huppe d'Europe.

  BOC ou BOT, s. m. Sorte de petit crapaud, qui est gris sur le dos,
    avec le ventre rouge. _claffer un boc._ Les campagnards disent:
    un _bot_. _tre fier comme un bot. Bot_ se dit en Savoie, en
    Dauphin et en vieux franais.

  BOC, s. m. _Mettre de la graisse de boc_ sur une corchure, sur un
    trs-lger coup, sur une petite entamure  la peau, c'est: Y
    mettre sa propre salive. Expression factieuse et drisoire. _Tu
    t'es piqu au doigt, mon pauvre lise, et tu souffres beaucoup;
    eh bien! mets-y de la graisse de boc._

  BOC, s. m. Le _jeu de boc_ est une sorte de jeu de cartes, qui
    n'exige aucune combinaison et o le hasard seul dcide. On
    l'appelle quelquefois _Jeu des petits paquets_, ou _Jeu des
    petits plots_.

  BOCHOT, s. m. Petit tonneau.

  BOCON, s. m. Petit morceau, bouche. _Je n'en veux qu'un bocon. Tu
    nous donnes l un bien crouye bocon. Notre Jeannot ne nous crit
    que des bocons de lettre. O allez-vous? disais-je  un mendiant
    savoyard.--Pauvre Monsieur, me rpondit-il, je vais chercher mon
    bocon._ Nous disons proverbialement: _Tenir le bocon haut 
    quelqu'un_, pour signifier: Faire qu'une chose lui soit
    difficile et qu'il ne l'obtienne qu'avec de grands efforts.
    _Crois-tu que Mr N** finisse par accorder sa fille  notre
    Amde?--Je l'espre; mais il lui tient le bocon furieusement
    haut._

  BOILLE, s. f. Mot d'une orthographe difficile, presque
    insaisissable: il rime avec _De Broglie_, et devrait peut-tre
    s'crire _boglie_. On appelle ainsi une sorte de hotte en bois
    de sapin, dans laquelle nos laitires mettent le lait qu'elles
    transportent  la ville sur leur petite charrette. _Une paire de
    boilles. Laver les boilles._ Terme vaudois et savoisien. A
    Neuchtel, en Franche-Comt et en vieux franais on dit:
    _Bouille_.

  BOIRE, v. a. Nous disons figurment et nergiquement: _Boire le
    sang  quelqu'un_, pour signifier: Le tourmenter, l'excder de
    sollicitations importunes. _Finiras-tu, Henri, avec tes
    demandes? En vrit, tu me bois le sang._

  BOIRE SUR. Prendre une infusion. _Boire sur la camomille; boire
    sur le tilleul; boire sur la fleur de bonhomme._

  BOTE  GIFFLES, s. f. Se dit d'un cabaret bruyant o les
    querelles et les batteries sont quotidiennes.

  BOTE DE TONNEAU, s. f. Cannelle, robinet de cuivre ou de buis
    qu'on met  un tonneau pour en tirer le vin ou toute autre
    liqueur.

  BOTIER, s. m. Terme de la fabrique d'horlogerie. Monteur de
    botes.

  BOITON, s. m. table  cochons, toit  porcs, porcherie. _Nettoyer
    le boiton._ Terme suisse-roman.

  BOLANT ou BOULANT, adj. m. Ne s'emploie gure qu'en parlant du
    _pain_. _Un pain bolant_ est un pain lger, bien lev, bien
    boulang.

  BOLLIOT, BOLLIOTTE, adj. et s. (_ll_ mouills.) Gros, trapu,
    ramass. _Un petit bolliot; un gros bolliot._ Dans le vieux
    franais, _beuillu_ se disait d'un homme ventru. Voyez BOILLE.

  BOMBONNE, s. f. Sorte de grosse bouteille ou dame-jeanne  l'usage
    des droguistes. Ce terme, connu dans quelques parties de la
    France, n'est dans aucun dictionnaire usuel. En franais,
    Bombe se dit d'une bouteille de verre ronde, qui n'a qu'un
    collet fort court.

  BON--DROIT, s. m. Bonne mesure, bonne ration. _J'aime bien  me
    servir chez cette marchande, parce qu'elle me fait toujours
    bon--droit._ Terme jurassien.

  BOMBONAILLE, s. f. Bonbons, grand assortiment de friandises. _Je
    prfre une tranche de pt  vos meringues et  votre
    bombonaille._

  BON COURANT (LE). L'ordinaire, ce qui n'est en son genre ni
    trs-bien, ni trs-mal. _Ce roman nouveau est du bon courant.
    Les plaidoyers de notre jeune avocat sont du bon courant_, etc.
    Expression utile et claire, fort usite chez nous. Les
    dictionnaires disent: Le courant des affaires, le courant du
    march, le courant du monde, et rien de plus.

  BONFOND, s. m. Signifie: 1 Un rjoui, un Roger-Bontems; 2 Un
    tourdi, un tapageur, un vapor.

  BONHEUR, s. m. _Du bonheur que_, veut dire: Heureusement que.
    _Du bonheur que la scheresse a fini. Du bonheur que l'incendie
    a eu lieu de jour._ Par bonheur que est franais.

  BONNE (DE). Nous disons de quelqu'un qui est gai, qui est en
    train, qui est sur son beau dire: _Il est de bonne_. En
    Languedoc on dit: _Il est dans ses bonnes_; en vieux franais,
    _il est en bonne_.

  BONNE-MAIN (LA). Petite libralit, petite gratification faite 
    un domestique,  un cocher,  un porte-faix, etc. On dit en
    franais: Le pour-boire, la pice.

  BON-NER, v. a. Combuger, c'est--dire: Remplir d'eau un tonneau ou
    un autre vaisseau en bois, et les mettre en tat de recevoir du
    vin ou une liqueur quelconque. _Bon-ner un cuvier avant la
    lessive; bon-ner un jarlot._ L'action de _bon-ner_ s'appelle
    _bon-nure_. _Faire une bonnure._

  BON-NER, v. n. Se dit d'une soupe, d'un lgume, d'une viande qui,
    place prs du feu, cesse de cuire faute de feu, languit et
    contracte un mauvais got. _Si Madame tarde encore de dner, sa
    soupe bon-nera._ Nous appelons _got de bon-n_, le got que
    contracte une soupe qui a cuit trop longtemps.

  BONNETTE, s. f. Sorte de petit bonnet. _Bonnette de nuit._ Terme
    mridional.

  BON OISEAU (LE). Expression adoucissante, euphmisme, par lequel
    nos paysans dsignent L'pervier, et en gnral toute espce
    d'oiseaux de proie.

  BONTABLE, adj. Qui a de la bont, qui est bienveillant, affable,
    complaisant, serviable, dbonnaire. Terme savoisien et
    franc-comtois.

  BONTABLEMENT, adv. Avec bont, avec affabilit.

  [+] BORGNE D'UN OEIL. Borgne. Terme mridional.

  BORNE (UN). Une borne.

  BORNICANT, BORNICANTE, s. Celui ou celle qui a la vue trs-basse;
    celui ou celle qui a les yeux faibles, malades, et qui les
    cligne au grand jour. A Neuchtel on dit: _Bornicle_; dans le
    Jura, _bourniclard_, et en Languedoc, _bourniquel_.

  BORNU, BORNUE, adj. Creus, sillonn de fissures, trou plutt par
    le laps du temps et par la nature que par la main de l'homme.
    _Pomme de terre bornue; rave bornue; boule bornue; tronc d'arbre
    bornu; aqueduc bornu._ En patois, _borna_ ou _bourna_ signifie:
    Trou. En provenal, _bourna_ veut dire: Creuser, rendre creux.
    _Aqueou roure est tout bourna_ (ce chne est tout creus, tout
    plein de cavits).

  BOSCULER, v. a. Bousculer. Voyez BUSCULER.

  BOSSE, s. f. Grand tonneau de la contenance d'environ 914 litres.
    Terme vieux franais. Dans quelques provinces de France, _bosse_
    se dit d'un tonneau  mettre le sel.

  BOSSETTE, s. f. Grand tonneau dont la capacit varie de 17  22
    setiers, et qui sert principalement  rentrer la vendange.

  BOT, s. m. (_o_ bref.) Crapaud. Voyez BOC.

  BOTASSER, v. n. Se dit des plantes et signifie: Vgter, rester
    rabougri. Terme vaudois.

  BOTASSON, s. m. Rabougri, qui ne crot pas. Se dit des enfants et
    des plantes. Terme vaudois.

  BOTET, s. m. _Faire botet._ S'associer. Terme d'colier.

  BOTOLION ou BOTOLIOT, s. m. Nabot, courtaud, trapu. _Botoglle_, en
    patois, signifie: Bouteille.

  BOTON, s. m. Terme drisoire. Bout d'homme, homme d'une taille
    trs-petite, contrefaite et qui apprte  rire.

  BOUBE, s. m. Jeune bouvier, jeune ptre. En patois, _boube_ veut
    dire: Enfant. En allemand, _bube_ (prononcez _boube_)
    signifie: Jeune garon. Voyez BOUBE.

  BOUCANEUR, s. m. Tapageur. Boucan et Boucaner sont dans quelques
    dictionnaires.

  BOUCHARD, BOUCHARDE, adj. et s. Qui a le visage malpropre, surtout
    autour de la bouche. _Un enfant bouchard. Regarde-toi au miroir,
    petite boucharde._ Terme mridional et vieux franais.

  BOUCHARDER, v. a. Barbouiller, salir le visage. _Caon que tu es,
    o t'es-tu ainsi bouchard?_

  BOUCHE, s. f. Bouchoir, grande plaque de fer qui sert  fermer la
    bouche d'un four. [P. G.]

  BOUCHRE, s. f. Barbuquet, bouton, levure au bord des lvres.
    _Laisse donc ta bouchre et ne la touche pas continuellement._
    Dans le patois provenal on dit: _Bousserio_;  Lyon,
    _boucharle_; en Lorraine, _bouque_.

  BOUCHON (), adv. Voyez  BOUCHON.

  BOUCLER, v. a. (fig.) Conclure, terminer. Se dit surtout en
    parlant d'un achat, d'une vente, d'un march, d'une transaction
    quelconque, et se joint le plus souvent au mot _affaire_.
    _L'affaire est boucle; elle va se boucler. Nous aurons bientt
    boucl cette affaire._ Expression heureuse, que je ne trouve
    dans aucun dictionnaire, ni dans aucun glossaire.

  BOUDINS, s. m. pl. Nous disons: _Manger des boudins; faire griller
    des boudins, etc._ Il faut dire au singulier: Manger du boudin,
    faire griller du boudin. Dans le langage des coliers, _Saigner
    des boudins, saigner les boudins, faire les boudins_, signifie:
    Saigner du nez, saigner par le nez, _boudiner_.

  BOUBE ou BOBE, s. des 2 genres. Fils ou fille d'un tel. _O est
    ton boube, voisine? Voyez donc cette boube, qui va se fourrer
    dans la ptrissoire!_ Ce mot nous vient probablement du canton
    de Vaud, et ce canton l'a reu des Suisses allemands. Dans le
    patois de la Lorraine, _bube_ veut dire: un garon. En
    allemand, _bube_.

  BOUELLE ou BOLE, s. f. Ventre, panse. Dans le vieux franais,
    _bol_ ou _boule_ signifient: Boyau, intestins.

  BOUER, v. a. Crotter, couvrir de boue, embouer. _Maladroit que tu
    es, tu m'as bou. Se bouer_, v. pron. Se crotter.

  BOUFFAILLE, s. f. Grande bombance, repas copieux. _Faire une
    bouffaille._

  BOUFFAILLER, v. n. Augmentatif de Bouffer. _Il n'aime qu'
    bouffailler. Il ne pense qu' bouffailler._

  BOUFFEUR, s. m. Bfreur, glouton.

  BOUFFISURE, s. f. crivez et prononcez Bouffissure.

  BOUGER, v. n. Nous disons de quelqu'un qui, par frayeur, demeure
    immobile: _Il n'ose ni bouger, ni griller. Elle voyait le voleur
    se glisser dans la salle voisine, et, blottie dans l'angle du
    mur, elle n'osait ni bouger, ni griller._

  BOUGER, v. a. Remuer, ter de sa place, changer de sa place.
    _Bouger une table; bouger un canap_: phrases vicieuses, puisque
    le verbe _bouger_ n'est pas actif. On ne doit pas dire non plus:
    _Se bouger_, pour: Se remuer, se dplacer, changer de place.
    _Bouge-toi de l, paresseux! Te bougeras-tu quand je te parle?_
    Terme gascon et vieux franais.

  BOUGILLER, v. n. Bouger sans cesse. _L'ennuyeux enfant, qui ne
    fait que bougiller! Auras-tu bientt assez bougill?_ Terme
    savoisien.

  BOUGILLON, BOUGILLONNE, adj. et s. Mivre, qui change toujours de
    place, qui ne peut se tenir en repos, qui est incommode par ses
    perptuels dplacements. _Faire le bougillon. Tu es bien
    bougillonne, Alexandrine. Votre jeune colier est un enfant
    tourdi et bougillon._ M. Bescherelle, qui a recueilli ce mot,
    ne le donne que comme substantif; nous l'employons frquemment
    comme adjectif.

  BOUGILLONNAGE, s. m. Action de _bougiller_.

  BOUGILLONNER, v. n. Se dit des personnes, principalement des
    enfants, et signifie: tre dans un mouvement continuel et
    fatigant.

  BOUGNET, ETTE, adj. Se dit des enfants et signifie: Joli, gentil,
    mignon. Voyez le mot suivant.

  BOUGNON, adj. et s. des 2 genres. Joli, gentil, mignon. _Un
    bougnon d'enfant. Cette petite est bougnon. Quel bougnon que
    votre Amlie!_

  BOUE, s. f. Petite lessive. _Tu fais la lessive, Madelon?--Non,
    Madame, ce n'est qu'une boue._ Les mots _Boue_ et _buie_ se
    disent en Suisse, en Savoie, en Bourgogne et dans le Lyonnais;
    _bouaye_ ou _boae_ se disent dans les Vosges; enfin le vieux
    mot de _bue_ est encore d'un frquent usage dans plusieurs
    provinces du nord et de l'orient de la France.

  BOUILLIR, v. n. et a. Ce verbe est estropi dans les phrases
    suivantes: _Quand ma servante me rpondait avec ce mauvais ton,
    je bouillissais_ (je bouillais). _Eh bien, Jacqueline,
    qu'attendez-vous l, plante comme une idoine?--Pardine, Madame,
    j'attends que ce maudit coquemar bouillisse_ (bouille).--_Eh! ne
    voyez-vous pas qu'il bouillit_ (qu'il bout), _et que moi aussi
    je bouillis d'impatience_ (je bous d'impatience) _en voyant vos
    patetages?_

  BOUILLON, s. m. Pluie, grosse pluie, averse. _Nous allons avoir du
    bouillon._ A Rennes, _mettre les pieds dans le bouillon_,
    signifie: Mettre les pieds dans la crotte.

  BOUILLON  LA REINE, s. m. Lait de poule. _Prendre un bouillon 
    la reine._ Terme languedocien, etc.

  BOUILLON BLANC. Breuvage empoisonn. _Elle fit tout doucettement
    prendre au cher homme un bouillon blanc,... et ni vu ni connu._
    On dit en franais, dans le mme sens: Administrer un bouillon
    d'onze heures.

  BOUILLON POINTU, s. Lavement. Franais populaire.

  BOUION, s. m. Petite lessive, petite _boue_.

  BOULANT, adj. m. Voyez BOLANT.

  BOULE, s. f. Nous disons figurment: _Perdre la boule_, pour:
    Perdre la tte, se troubler dans un discours, perdre le fil de
    ses ides. _Avant l'audience, il parlait crnement et avec un
    flux de paroles; arriv devant le juge, il perdit la boule, et
    balbutia._ Expression signale aussi dans le _Dictionnaire
    jurassien_ de M. MONNIER.

  BOULE, s. f. Nous disons figurment: _Tenir pied en boule_, pour
    signifier: tre assidu, tre appliqu. On dit en franais: Tenir
    pied  boule.

  BOULEVARI, s. m. Grand bruit, grand tapage, grand dsordre. _Un
    boulevari assourdissant._ Terme franais populaire. A Reims on
    dit: _Houlvari_. Le dictionnaire de l'Acadmie dit: Hourvari.

  BOULI, s. m. _Du bouli; un bon bouli._ Terme franais populaire.
    crivez et prononcez Bouilli, en mouillant les _ll_.

  BOURANFLE ou BOURENFLE, adj. Enfl, bouffi. _Un visage bouranfle;
    des joues bouranfles. Tu es aujourd'hui un peu bouranfle._ Terme
    suisse-roman et savoisien. En provenal, _boudenfle_; dans le
    dictionnaire de Cotgrave [dition de 1650], on trouve
    _bourranfl_.

  BOURDIFAILLE, s. f. Sorte de ptisserie.

  BOURDIFAILLE, s. f. Femme sans tte, femme tourdie et ngligente.
    Dans l'_Album de la Suisse romane_, tome I, page 122, Mr J.-Fr.
    Chaponnire a trac un spirituel portrait de la _Bourdifaille_.
    Nous y renvoyons nos lecteurs. _Bourdifaiho_, en provenal, veut
    dire: Ravauderies, bagatelles, guenilles, rebuts. A Neuchtel,
    _bourdifaille_ est synonyme de Canaille.

  BOURGUIGNTE, s. f. Bourguignonne, paysanne du Jura. _Votre dame
    est aussi marchandeuse qu'une bourguignte._ On disait dans le
    vieux franais: _ la Bourguignte_, pour signifier: A la faon
    des Bourguignons.

  BOURI! BOURI! Cri dont on se sert dans nos basses cours pour
    appeler les canards. En Normandie et dans le vieux franais,
    _bourre_ signifie: Canard; dans le patois lorrain on dit:
    _Bouorre_. Dans le patois vaudois, _bourita_ est le nom de la
    femelle du canard.

  [+] BOURIAUDER, v. a. Tourmenter, faire souffrir.

  BOURILLON, s. m. Nombril. Dans le patois du Jura on dit:
    _Berelion_; dans le patois de la Bresse, _beurelion_. Dans le
    dialecte languedocien, _bourillon_ signifie: Bourgeon.

  BOURNEAU, s. m. Nous appelons _bourneau_: 1 Le tuyau de bois, de
    grs ou de terre cuite, destin  conduire l'eau  une fontaine;
    2 Par extension, la fontaine elle-mme. _Le bourneau du Molard.
    La conche d'un bourneau. Tomber dans le bourneau. Changer les
    bourneaux. Les bourneaux sont arrts._ Terme suisse-roman et
    savoisien. Dans le midi de la France et en vieux franais,
    _bourneau_ a le sens de Tuyau de grs ou de terre cuite.

  BOURRAIN, s. m. Brisures de menu bois, menues parcelles qui se
    dtachent des fagots entasss dans un grenier. _Une poigne de
    bourrain. Ramasser du bourrain._ En franais, _bourre_
    signifie: Bois menu et mauvais. A Rennes, les balayeurs
    s'appellent _des bourriers_.

  BOURRATIF, IVE, adj. Se dit d'un mets qui bourre et rassasie
    promptement. _Nos matafans et nos chchauds  la drache sont
    bourratifs._ Terme un peu trivial.

  BOURREAUDE, s. f. Femme qui se livre  des actes de cruaut.
    _Voyez cette bourreaude qui va noyer elle-mme son chat._

  BOURREAUDER, v. a. Faire souffrir, tourmenter. _Bourreauder un
    chien; bourreauder un lapin. Bourreauder un petit enfant._ Terme
    suisse-roman et savoisien, connu aussi dans le nord de la
    France. _Bourreauder une poupe_, c'est: La gter, l'abmer. En
    Franche-Comt, _bourreauder un ouvrage_, c'est: Le bousiller, le
    faire avec prcipitation et sans soin.

  BOURREAUDEUR, BOURREAUDEUSE, s. Se disent quelquefois pour:
    Bourreau, _bourreaude_.

  BOURRE, s. f. Fougade, travail acharn mais court; effort
    considrable, mais qui dure peu. _Travailler par bourres._ En
    Languedoc on dit: _Bourrade; donner une bourrade_. A Rumilly
    (Savoie), _une bourre de mal de ventre_, c'est: Une douleur
    violente, mais courte, de mal de ventre.

  BOURRE, s. f. Bourrade, rebuffade, rprimande faite avec humeur,
    avec duret et avec une sorte d'clat. _Faire une bourre._
    Bourrer est franais dans le sens de Tancer durement et en
    levant la voix.

  BOURRER, v. a. Pousser rudement aprs soi. _Bourrer les portes._

  BOURRIQUE (UN). _Le bourrique se mit  galoper et l'enfant tomba._
    Bourrique est fminin.

  BOURROCHE, s. f. Plante potagre. _Sirop de bourroche._ Terme
    vieux franais. On dit aujourd'hui: Bourrache.

  BOURTILLE, s. f. Sous-bois.

  BOUSINER, v. a. Tracasser, ennuyer, chiffonner, vexer.
    _Laisse-moi, Gaspard, tu me bousines. Lequel, de vous autres,
    voudrait s'en retourner avec moi? Je me bousine ici._ Terme
    trivial, qui appartient au franais populaire.

  BOUTE-ROUE, s. m. Borne qu'on tablit au coin ou le long des rues
    et des chemins. _Heurter contre un boute-roue._ Terme connu dans
    le Berry et ailleurs. En Dauphin on dit: _Un butte-roue_; en
    Savoie, _un chasse-roue_.

  BOUTIFAILLE, s. f. Mangeaille, victuailles, vivres, provisions de
    bouche. [P. G.]

  BOVAIRON, s. m. Jeune gardeur de vaches, petit bouvier. On donne
    quelquefois le nom de _bovaironne_ aux gardeuses de vaches.

  BRAFFE, s. f. La _braffe_ est une femme qui fait les choses vite
    et mal; une femme qui cause beaucoup, s'agite et se trmousse
    pour des rsultats insignifiants et chez laquelle on ne trouve
    d'ordinaire ni conomie, ni ordre, ni tenue, ni propret. Ce mot
    de _braffe_, emprunt  nos campagnards, vient du mot _brasse_
    (indicatif du verbe Brasser), les lettres _ss_ ou _s_ se
    changeant frquemment en _f_ dans notre patois. Une _braffe_ est
    donc celle qui aime  _brasser_ beaucoup d'affaires. A Chambry
    on appelle _brasse-femme_ celle qui est toujours en mouvement.
    Dans nos Alpes, _brassa_ se dit d'une femme qui se mle sans
    ncessit des affaires d'autrui.

  BRAILLE, s. f. Cris, paroles prononces en braillant. _Tu
    m'essourdelles avec tes brailles. Braille_ est quelquefois
    synonyme de Gronderie. _Peu  peu il se fcha et nous fit une
    braille._

  BRAISES (DES). Ce mot ne s'emploie pas au pluriel. On ne dira donc
    pas: _Le fayard fait des braises excellentes. Notre soupe versa
    dans les braises. touffer des braises._ Dans ces exemples, et
    exemples semblables, mettez le singulier.

  BRAME, s. f. Cri, hurlement. _Faire des brames. Pousser des
    brames._

  BRAMER, v. n. Crier, hurler, parlant des personnes. Terme vaudois,
    dauphinois, etc. En franais, Bramer ne se dit que du cerf.
    En Languedoc: _Bramer_, et dans notre patois, _bran-ma_, se
    disent du beuglement des vaches et des boeufs.

  BRAND ou BRANT, s. m. Bande de papier soufr qu'on brle dans les
    futailles pour fortifier le vin. En allemand: _Brand_. _Ce vin
    est bon, mais il a un got de brand._

  BRANDE, s. f. Hotte faite de douves, hotte de bois pour porter la
    vendange, le vin, l'eau ou d'autres liquides. _Les bretelles
    d'une brande._ Terme suisse-roman et savoisien. A Fribourg on
    dit: _Brente_; en Provence, _brindo_.

  BRANDE, s. f. Le contenu d'une _brande_.

  BRANDENAILLES, s. f. pl. Terme de pcheur. Blanchaille, menu
    fretin, petites perches, _perchettes_.

  BRANDER, v. a. Faire brler dans une futaille un papier soufr.
    Voyez BRAND.

  BRANLETTES, s. f. pl. chalottes, ciboulettes, espce d'ail.
    _Cueillir des branlettes._ Terme suisse-roman.

  BRANQUER, v. a. Braquer. _Branquer un canon; branquer une
    lunette._ Terme suisse-roman.

  BRAQUE, s. m. Vantard, hbleur, blagueur. Braque, en franais,
    veut dire: tourdi, inconsidr.

  BRASAILLE ou BRAISAILLE, s. f. Menu charbon, poussier de charbon
    de bois. Dans le canton de Vaud on dit: _Braisette_ ou
    _brasette_.

  BRASSE, s. f. Brasse, nage, espace que parcourt un nageur par un
    seul mouvement de ses bras et de ses jambes. _Notre fils
    commence  savoir nager: il fait douze brasses de suite._

  BRASSE (LA). Les bras, le courage, la force. _Couper la brasse;
    ter la brasse. Tes histoires de champs de bataille et
    d'hpitaux m'ont coup la brasse._ Expression connue dans le
    canton de Vaud.

  BRASSE-CORPS (), loc. adv.  bras-le-corps, c'est--dire: 
    bras (qui entourent) le corps. _Ils se prirent  brasse-corps._
    Franais populaire.

  BRASSE, s. f. _Se battre  la brasse_, signifie: Lutter, se
    prendre corps  corps avec quelqu'un pour le terrasser.

  BRASSER, v. a. _Brasser la boue_, signifie: Marcher dans la boue,
    patauger, barboter. A Neuchtel on dit: _Brasser dans la boue_.

  BRASSER LES CARTES. Mler les cartes.

  BRASSEUR DE BIRE, s. m. Brasseur. _Ils se donnrent rendez-vous
    chez le brasseur de bire._ Cette faute nous vient de la Suisse
    allemande. _Bierbrauer_ signifie littralement: Brasseur de
    bire.

  BRASSERIE DE BIRE, s. f. Brasserie.

  BRAVE, adj. Joli, joliet, mignon, grassouillet. En franais,
    Brave, appliqu aux enfants, signifie: Bien par, vtu avec
    soin. [ACAD.]

  BRAVET, ETTE, adj. Joli, gentil, mignon. _Que notre lisa tait
    bravette avec son chapeau rose!_ Terme dauphinois, languedocien,
    etc.

  BRECAILLON ou BROCAILLON, s. m. Dnomination drisoire donne aux
    soldats de l'ancienne milice, et, par extension,  tout
    fantassin qui est mal quip. Ce terme a vieilli. En franais,
    _briquaillon_ signifie: Vieux restes d'un pot cass, objet de
    rebut.

  BREDOUILLE, s. f. et adj. Celui ou celle qui fait les choses 
    l'tourdie, sans exactitude et sans soin. En Dauphin et en
    Lorraine, _bredouille_ se dit d'une personne qui ne parle pas
    distinctement.

  BREDOUILLON, s. m. Diminutif de _bredouille_.

  [+] BREGANTIN, s. m. Brigantin, sorte de barque.

  BREGAUSSER ou BREGAUCHER, v. n. Tracasser, ranger, nettoyer dans
    un appartement.

  BREGOLET, s. m. Roulette d'enfant, machine roulante o les
    enfants se tiennent debout lorsqu'ils commencent  faire
    quelques pas.

  BREGON, s. m. Se dit d'une domestique active et bruyante, d'une
    domestique toujours en action, toujours agite. _Justine est un
    bon bregon._

  BREGONNER et BREGOUNER, v. n. Faire du bruit en se trmoussant
    dans les diverses occupations du mnage. _Nous l'entendmes
    bregonner toute la nuit. Elle bregonnait dans la chambre
    avoisinante, et nous empchait de dormir._ Ce terme et les trois
    prcdents tirent leur origine du mot _brego_, qui, dans le
    patois vaudois signifie: Rouet, machine  roue dont on se sert
    pour filer, et dont le bruit devient souvent importun.

  BRELAIRE (UNE). Une tte lgre, une personne vapore, un
    tourneau. _Il oublie tout, il embrouille tout: c'est une
    brelaire, c'est une tte de brelaire._ Dans les cantons de Vaud
    et de Fribourg, _brelaire_ signifie: Fantaisie, caprice, lubie,
    ide bizarre. _Avoir une brelaire; une brelaire lui a pass par
    la tte._

  BRELANCHER, v. n. Vaciller, locher, chanceler, branler, n'tre pas
    bien ferme. _Notre Jacques avait trop bu et il commenait 
    brelancher. Mes enfants, cottez donc votre table, vous voyez
    bien qu'elle brelanche. Brelancher_ est probablement un
    diminutif de Branler, v. n.

  BRELAUDES ou BRELDES, s. f. pl. Lambeaux, pices, loques. _Il
    avait un chapeau gras et perc, et son habit s'en allait tout en
    brelaudes._ Terme connu dans le canton de Vaud. Au sens figur,
    _avoir la tte en breldes_, veut dire: Avoir la tte fatigue
    et souffrante.

  BRELAUD, E, adj. Qui est gt, qui est dchir, qui s'en va en
    _brelaudes_. Voyez ce mot.

  BRELINGUE, s. f. Mauvaise voiture. En franais, Berlingot
    signifie: Berline.

  BRELINGUER, v. a. Voiturer.

  BRELINGUER (SE), v. pron. Se faire voiturer, se promener en
    voiture. _Je m'ennuyais, j'tais seul: je me fis brelinguer deux
    fois par l'omnibus de Fernex. Brelinguer_ ne se dit qu'en
    plaisantant, et se prend d'ordinaire en mauvaise part.

  BRELOQUE, s. f. Se dit d'une personne bavarde, d'une personne sans
    jugement et sur laquelle on ne peut compter. _Ne l'coutez pas,
    c'est une breloque; c'est une tte de breloque._ Battre la
    breloque est une expression franaise qui signifie: Divaguer,
    draisonner.

  [+] BRELUE, s. f. _Avoir la brelue_. Terme franais populaire et
    vieux franais. On dit aujourd'hui: Berlue.

  BRELURIN ou BRELURON, s. m. tourdi, tapageur. _Aprs le bal, nos
    brelurins se mirent  boire et  faire mille extravagances._

  BRENIQUE, adv. Bernique, bernicles, point du tout. _Je comptais
    sur sa visite: mais brenique! il n'a pas paru._

  BRESOLER ou BRISOLER, v. a. Rissoler, rtir. _Chtaignes
    bresoles._ Terme suisse-roman et savoisien. Au sens figur,
    _bresoler_ signifie: tre impatient, ptiller d'impatience. _Il
    bresole d'tre mari. Nos deux enfants bresolent d'aller sur un
    bateau  vapeur; ils en bresolent d'envie._ Expression qui
    appartient au langage le plus familier. _L'os qui bresole_, est
    une dnomination plaisante donne  ce nerf du coude que les
    mdecins appellent Nerf cubital. Quand ce nerf reoit un coup
    sec, la main et le bras en prouvent un frtillement, un
    _bresolement_ trs-douloureux.

  BRESOLEUSE, s. f. Femme qui _bresole_, femme qui rtit des
    chtaignes et les vend au coin des rues. _La mre Colloux, la
    bresoleuse, vient de mourir._

  BRETANTAINE, s. f. _Courir la bretantaine._ Le mot franais est
    Pretentaine.

  BRETIFAILLE, s. f. Le mot franais correspondant est
    Promiscuit, c'est--dire: Mlange confus et dsordonn.
    _Dans plusieurs coles les enfants sont instruits  la
    bretifaille_; c'est--dire: Ple-mle, jeunes garons et jeunes
    filles  la fois. _Les moissonneurs et les moissonneuses sont
    entasss le soir  la bretifaille._ [P. G.] Ce mot n'est qu'une
    corruption du mot _Bourdifaille_, p. 58.[**pas la bonne page]

  BRETILLANT, ANTE, adj. Croustillant. _Pain bretillant, ptisserie
    bretillante_, c'est--dire: Dont la crote est bien cuite, ferme
    et friable.

  BRETINTAILLE, s. f. Pretintaille, ornements de femme, frivolits,
    bagatelles, choses de peu de valeur.

  BRIBANDER, v. a. Se promener sans but, flner, fainanter, mener
    une vie oisive et vagabonde. En vieux franais, _briban_
    signifie: Mendiant.

  BRIFE, s. f. Espce de petit-lait blanc et paissi qui se forme
    sur le _sret_ dans la chaudire d'une laiterie. [P. G.]

  BRIFFE-TOUT, s. m. Celui qui gte tout, fripe et dtruit tout.
    _Votre Hippolyte est un briffe-tout._

  BRINNE, s. f. Vole de coups, rosse. _Flanquer une brinne._
    Terme trivial.

  BRINNER, v. n. Rsonner, renvoyer un son lger mais clair. Se dit
    surtout des objets en mtal. _J'entendais brinner un grelot.
    Elle faisait brinner ses petits sous dans sa cachemaille._ Dans
    le patois du Faucigny, _brin-n_ signifie: Tonner. _Y brin-ne_
    (il tonne).

  BRIONNER, v. a. mietter, rduire en petits morceaux. _Brionner
    son pain._ En provenal, _bri_ signifie: Miette de pain; et
    _friouna_ a le sens de notre mot _brionner_.

  BRIQUE, s. f. Signifie: 1 Dbris, clat, partie ou fragment d'une
    chose casse; 2 Pice, morceau d'une chose non brise. _Les
    briques d'un vase; les briques d'une terrine. Voil ma jolie
    pipe en briques! Il vendit tout son mnage brique par brique_
    (pice  pice). _Il avait mis ses vtements en gage jusqu' la
    dernire brique. Ta lessive est-elle sche, Marion?--Oui,
    Madame,  l'exception de deux ou trois briques._ Terme
    suisse-roman, savoisien, lyonnais et franc-comtois.

  BRIQUET, s. m. Petit cheval.

  BRISE, s. f. Miette, brin, petit fragment d'une chose brise.
    _Brises de pain; brises de sucre. Ils achetrent chez le
    confiseur pour deux sous de brises._ Terme mridional.

  BRISER EN ARGENT. Convertir en argent la valeur de divers objets
    mobiliers pour en faire une somme. Terme de pratique.

  BRISS, s. m. pl. _Aller sur les briss de quelqu'un._ Chercher 
    s'emparer de la place qu'il occupe. Le mot franais est
    Brises, s. f. pl.

  BRISETTE (UNE). Un brin, une petite _brise_, tant soit peu. Terme
    languedocien.

  BRISOLER, v. a. Voyez BRESOLER.

  BRISSELET, s. m. Sorte de gaufre plate. _Un plat de brisselets.
    Les brisselets du nouvel an._

  BROSSETIER, s. m. Brossier, celui qui fait les brosses ou qui les
    vend.

  BROSSU, UE, adj. Se dit des personnes et signifie: Hriss, qui a
    les cheveux crpus. Terme connu dans le canton de Vaud et dans
    une partie de la Savoie.

  BROT, s. m. Terme d'agriculture dont on se sert pour dsigner les
    jeunes sarments de vigne quand ils sont tendres et cassants. Il
    ne faut pas confondre ce terme avec le mot franais Brout, qui
    ne se dit que de la pousse des jeunes taillis au printemps,
    lesquels sont _brouts_ par les bestiaux. [P. G.]

  BROTTER, v. a. Brocher, crire vite et mal, gribouiller. _Brotter
    un pensum. En vingt minutes il avait brott toute sa tche._

  BROUHR, s. m. Brouhaha. _Tout le monde parlait  la fois: c'tait
    un brouhr  n'y pas tenir._

  BROUILLARD, s. m. Brouillon. _Le brouillard d'une lettre. crire
    sans faire de brouillard._ Terme mridional.

  BROUILLARDS, s. m. pl. Nous disons proverbialement d'une affaire
    que nous regardons comme fort incertaine et fort chanceuse:
    _Elle est sur les brouillards du Rhne_. On dit  Paris, dans le
    mme sens: Ma crance est hypothque sur les brouillards de la
    Seine.

  BROUILLER, v. n. Tromper au jeu, tricher.

  BROUILLON, BROUILLONNE, s. Tricheur, tricheuse.

  BROUSTOU et BROSSETOU, s. m. Gilet de flanelle qui se porte sur la
    peau. Terme form du mot allemand _Brusttuch_.

  BRUCHON, s. m. Brin de paille, brin de bois. _Il lui tait entr
    un bruchon dans l'oeil._ En Bretagne, _brochon_ veut dire: Petit
    morceau de bois.

  BRUGNOLE, s. f. Brignole, sorte de prune dessche qui vient de
    Brignoles, ville de Provence.

  BRLE (LE). Le brl. _Odeur de brle. Ta robe sent le brle._
    Terme franais populaire. A Lausanne et  Neuchtel on dit: _Le
    brlon_.

  BRLE-BOUT, s. m. Brle-tout, sorte de petit cylindre d'ivoire, de
    mtal, d'albtre, sur lequel on met un bout de bougie ou de
    chandelle qu'on veut brler entirement.

  BRLEMENT, s. m. _Avoir un brlement dans le gosier, un brlement
    dans l'estomac. Je n'ai pu dormir  cause d'un rhume affreux et
    d'un brlement continuel dans la poitrine._ Ce mot, si connu
    chez nous, est inusit en France, s'il en faut croire tous les
    dictionnaires usuels.

  BUCHANCE ou BUCHE, s. f. Terme des collgiens. Batterie, conflit
    entre coliers.

  BCHE DE BOIS, s. f. Bche. _Nous avions brl, dans cette
    seule journe, douze bches de bois._ Ce plonasme, si c'en est
    un, se retrouve dans le canton de Vaud,  Neuchtel, en
    Dauphin,  Lyon,  Limoges, en Languedoc, en Lorraine, et sans
    doute ailleurs.

  BCHE DE PAILLE, s. f. Brin de paille. En vieux franais, _bche_
    signifiait: Brin de paille; ce qui explique fort bien nos
    expressions: _Bche de bois_ et _courte-bche_ (courte-paille).

  BCHER, v. neutre. Travailler  force, s'occuper vigoureusement,
    abattre une besogne considrable. _Amusons-nous encore
    aujourd'hui; demain il faudra bcher._ En vieux franais,
    _bcher_, v. n., signifie: Abattre du bois, faire des bches.

  BCHER, v. actif. Rosser, battre trs-fort. _Bcher un cheval;
    bcher une bourrique._ Terme savoisien, normand, etc.

  BCHETTE, s. f. _lever un oiseau  la bchette._ Terme franais
    populaire. Dites:  la brochette. _lever un enfant  la
    bchette_, c'est l'lever tendrement et dlicatement.

  BCHEUR, s. m. Grand travailleur. _Alexis n'a pas un esprit bien
    minent; mais c'est un bcheur._

  BUCHILLES, s. f. pl. Bchettes, menu bois qu'on ramasse dans les
    forts. _Une flambe de buchilles; une hotte de buchilles.
    Mettre le vin sur les buchilles._ Terme suisse. Ce que nous
    appelons _Chapeaux de buchilles_, s'appelle  Paris Chapeaux de
    bois.

  BUCHILLONS, s. m. pl. Copeaux, menues _buchilles_.

  BUFFTERIE, s. f. Buffleterie, certaines parties de l'quipement
    d'un soldat. R. _buffle_.

  BUFFLE, s. m. Jeu d'coliers. _Jouer  buffle; faire  buffle._ De
    ce substantif a t form le verbe _buffler_. _Je t'ai buffl,
    tu es buffl._

  BUGNE, s. m. Chapeau de feutre.

  BUGNET, s. m. _Pte de bugnet. Faire des bugnets._ Terme franais
    populaire. Dites: Beignet.

  BUGNON, s. m. Beignet.

  BUIDON, s. m. curie  porcs, porcherie.

  BUMANT, s. m. Engrais, fumier. En patois, _b_ veut dire: Un
    boeuf.

  BUMANTER, v. a. Mettre de l'engrais, mettre du _bumant_. _Bumanter
    un pr._

  BUSCULER, v. a. Bousculer.


C

  CABARET, s. m. Sorte de petite table.

  CABINET, s. m. Atelier d'horlogerie. _tat de cabinet_ se dit
    d'une profession prise dans une des branches de l'horlogerie.

  CABINOTIER, s. m. Ouvrier horloger. Terme drisoire.

  CABOLER, v. a. Dformer, bossuer. _Caboler une montre; caboler un
    arrosoir. La bouilloire tomba et fut cabole._ En Franche-Comt
    et en vieux franais, on dit: _Cabouler_. A Besanon, _caboule_
    signifie: Bosse que l'on se fait au front par l'effet d'un coup.

  CABORGNON ou CABOURGNON, s. m. Cabinet borgne.

  CABOSSE, s. f. Caboche, tte. _Bonne cabosse; forte cabosse; avoir
    de la cabosse._ Terme mridional.

  CABOSSER, v. a. Bossuer, dformer. _Cabosser de l'tain; cabosser
    un pochon. Nos fashionables s'tudient  cabosser leurs chapeaux
    avec art._ Ce terme, qui appartient au vieux franais, s'est
    conserv dans le langage franais populaire.

  CABOURNE ou CABORNE, s. f. Baraque, cabine, petit logement,
    cache. _Abattre une caborne._ Terme savoisien. En provenal et
    en languedocien, _caborno_ signifie: Antre, caverne, tanire,
    rduit, cache; en Franche-Comt, _cabourot_, rduit obscur,
    cabinet borgne. Voyez le mot S'ENCABOURNER.

  CABUSSE, adj. fminin. Le dictionnaire de l'Acadmie et tous les
    autres dictionnaires modernes refusent un _fminin_  l'adjectif
    Cabus. Ils disent: Chou cabus, et rien autre. A Genve nous
    disons: _Laitue cabuce_ ou _cabue_, et les dictionnaires de
    Robert Estienne et de Cotgrave le disent aussi.

  CACABO, s. m. (_o_ bref.) Tache d'encre sur le papier, pt.
    _Faire des cacabos._ A Chambry on dit: _Cacabon_.

  CACADIOT, s. m. Demi-imbcillit, tat d'enfance. _Tomber dans le
    cacadiot._ Expression triviale. On dit aussi: _Un cacadiot_,
    pour signifier Un idiot, un personnage stupide.

  CACAPHONIE, s. f. Cacophonie.

  CACHARD, ARDE, adj. et subst. Se dit d'une personne mystrieuse et
    sournoise.

  CACHEMAILLE, s. f. _Cachemaille en terre cuite. Mettre dans la
    cachemaille; briser la cachemaille._ Terme mridional. _Maille_
    est le nom d'une ancienne petite monnaie, valant un centime.
    Quelques personnes disent, par corruption: _Cachemille_. Le mot
    franais est Tire-lire.

  CACHER, v. a. Serrer, enfermer. _Cacher des joujous_, c'est: Les
    serrer dans le tiroir, dans la bote, dans l'armoire qui leur
    est destine. _Aie un peu d'ordre, Jules, et va cacher tes
    habits._ Dites: Et va serrer tes habits.

  CACHOTTER, v. n. Faire des cachotteries. _Durant tout le bal ils
    n'ont fait que cachotter et se moquer.  quoi bon tant
    cachotter?_ Terme vaudois, dauphinois, lorrain, etc., qu'on ne
    trouve dans aucun dictionnaire moderne, mais dont Mme de Svign
    a fait usage: Je lui contai tout navement mes petites
    prosprits, ne voulant point les _cachotter_.  Genve,
    _cachotter_ est un verbe neutre.

  CACIBRAILLE ou CASSIBRAILLE, s. f. Se dit des personnes, et
    signifie: Racaille, lie, rebut. _Ne frquente pas ces gens-l,
    c'est de la gogne, c'est de la cassibraille._

  [+] CADENAR, s. m. Cadenas.

  CADENATER, v. a. Cadenasser. _Cadenater une porte, cadenater un
    coffre._ Terme form de _cadenat_ (_t_ final), ancienne
    orthographe du mot Cadenas.

  CADENATIRE, s. f. Se dit de la charnire et de l'anneau auxquels
    s'adapte le cadenas. Ni _cadenatire_ ni _cadenassire_ ne sont
    franais.

  CADET (LE). Le moindre. Ne s'emploie gure que dans cette phrase:
    _C'est le cadet de mes soucis_; c'est--dire: C'est le dernier,
    c'est le moindre de mes soucis.

  CADRACTURE, s. f. Terme d'horlogerie. Cadrature.

  CADRE DE LIT, s. m. Ciel de lit.

  CADRETTE ou QUADRETTE, s. f. Sorte de jeu de cartes qu'on joue 
    quatre personnes, et qui est surtout en usage parmi les
    domestiques et les cochers. _Faire la cadrette._

  CAFFARD, s. m. Blatte, insecte qui recherche les endroits chauds,
    les fours, par exemple, et les cuisines. Au figur, _feu de
    caffard_ signifie: Grand feu. _Vous mettez dans cette
    chaufferette un feu de caffard._ Terme savoisien et lyonnais.
    Nous disons aussi, mais abusivement: _Rouge comme un caffard_.

  CAFFE, s. fm. _Casse_, casserole. Nous citons ce mot  cause de
    ce dicton populaire: _Il y a caffe et caffe, dit le magnin_;
    c'est--dire: Il y a une distinction  faire entre les choses
    qui paraissent au premier coup d'oeil toutes semblables. _Mais,
    dites-moi, Monsieur le cordonnier, je n'ai pay jusqu'ici mes
    souliers que huit francs, et vous m'en demandez dix!--Monsieur
    le professeur, il y a caffe et caffe: je vous apporte des
    souliers qui sont  double semelle et en cuir de vache._
    _Caffe_, mot patois, est notre mot genevois _casse_ (casserole).

  CAFFE, loc. adv. Rien, nant, bernique.

    Le poisson vient: autre tatouille,
    Des moutailes, des rondions,
    Accommods en milcantons:
    Mais cherchez-y du beurre... _caffe_.

    [CH.]

  CAFIOT, CAFIOTE, s. Nabot, nabote; garon ou fille d'une taille
    ridiculement petite.

  CAFORNET ou CAFOURNET, s. m. _Faire le cafornet_, se dit des
    femmes qui se tiennent baisses et comme accroupies sur leur
    chaufferette. _Cafforno_, en provenal, signifie: Cabinet
    sombre.

  CAGNE, s. f. Cache, cachette, bon coin. _Jouons  ila, jouons 
    ila! Je sais une cagne, une excellente cagne. Venez tous avec
    moi, je sais la cagne du diot._ Dans le patois vaudois on dit:
    _Can-ne_. _Se can-ner_ se blottir. En languedocien et en vieux
    franais, _cagnard_ signifie: Abri.

  CAHOTEMENT, s. m. Cabotage, cahot, secousse qu'on prouve dans une
    voiture qui chemine sur un terrain raboteux. Terme suisse-roman,
    dauphinois, gascon, orlanais, parisien populaire, etc.
    _Cahotement_, mot connu partout, vaut bien Cahotage, qui est
    beaucoup moins usit.

  CAILLE, s. f. _Il attend que les cailles lui tombent toutes
    rties_: se dit d'un paresseux qui voudrait avoir les choses
    sans peine. Les dictionnaires franais disent: Il attend que
    les alouettes lui tombent toutes rties.

  CAILLE, s. f. Caill, lait caill, caillebotte.

  [+] CAILLOTON ou CAILLOU, s. m. Caillot, grumeau. _Des caillous de
    sang; des caillous de lait tourn._

  CAON, CAONNE, s. Ne se dit que des personnes, et signifie:
    Trs-sale, trs-malpropre. _Faut-il tre caon pour relever une
    pomme rongille et la manger!_ Terme connu en Savoie, en
    Dauphin et en Franche-Comt.

  CALABRE (LA). _Battre la Calabre._ Draisonner, battre la
    campagne.

  CALAMANDRE, s. f. Calmande, toffe de laine, lustre d'un ct
    comme le satin. _Un habit de calamandre._ Terme mridional. On
    dit  Lyon: _Calmandre_.

  CALAMAR, s. m. Sorte d'tui  mettre les plumes. Terme vieux
    franais. R. _calamus_.

  CALEMBOURDAINE, s. f. Calembredaine. _Battre la calembourdaine_,
    signifie: Parler  btons rompus, draisonner. Calembredaine
    est franais. Mais Battre la calembredaine ne se trouve dans
    aucun dictionnaire.

  CALLOT, s. m. Ttard, arbre qu'on taille entirement  des poques
    fixes. En Flandre, _hallot_ signifie: Vieux saule tt.

  CALVINE, s. f. Calville, sorte de pomme. _Des calvines rouges._
    Terme suisse-roman, lorrain, parisien populaire, etc. Selon
    l'Acadmie, Calville est du genre masculin; selon Boiste et M.
    Bescherelle, il est fminin.

  [+] CAMAMILE, s. f. Camomille.

  CAMELOTTE, s. f. Contrebande. _Faire la camelotte._

  CAMOMILE, s. f. crivez et prononcez Camomille, en mouillant les
    _ll_ comme dans _Famille_.

  CAMOUFLET, s. m. Soufflet, mornifle. _Donner un camouflet._ Terme
    franais populaire du nord.

  CAMPAGNE (EN).  la campagne. _Tous les ts ils vont en campagne.
    Notre cousin Bernard a un cercle en ville et un cercle en
    campagne. Mme N*** demeure toute l'anne en campagne._

  CAMPAN-NE, s. f. Terme patois. Sonnette en fonte que l'on suspend
    au cou des boeufs et des vaches. Terme suisse-roman, savoisien,
    franc-comtois, mridional et vieux franais. R. _campana_,
    cloche.

  CAMPE, s. f. Voyez EN CAMPE.

  CAMPNE, s. f. Plante nomme en franais Aault, ou Campane jaune,
    ou Narcisse sauvage.

  CAMPHRER (SE), v. pron. Faire abus de vin, ou de liqueurs.

  CAMUE, adj. f. _Une petite camue._ L'adjectif Camus fait au
    fminin Camuse.

  AN, pron. rel. Terme patois, qui signifie: Ceci, cela. _Y  an_
    (c'est cela). Ce mot _an_, qui appartient au vieux franais, se
    retrouve dans les expressions suivantes, que chacun de nous a pu
    entendre: _an mien, an tien, an ntre, an leur_, et qui
    signifient: Le mien, le tien, le ntre, le leur. Dans le Jura on
    dit exactement de mme. Dans le dialecte populaire du Limousin
    on dit: _a mien, a tien_, etc.

  CANARD, s. m. Bourde, fausse nouvelle politique. Dans le franais
    populaire, _donner des canards  quelqu'un_, signifie: Lui en
    faire accroire. [Voyez le _Dictionnaire du Bas langage_, t. I,
    p. 151.]

  CANARDER, v. n. Nager au fond de l'eau; plonger.

  CANARDIRE, s. f. Bateau destin surtout  la chasse des canards
    sur notre lac.

  CANDI, CANDIE, adj. S'emploie figurment dans le sens de: Penaud,
    interdit, stupfait, immobile d'tonnement. _Elle demeura muette
    et candie; ils restrent candis et confondus._

  CANFARER ou CAFARER, v. a. Brler, enflammer. _Ces pices m'ont
    canfar la bouche. Se cafarer_, se brler. _Quel cafar de
    chauffe-pied tu me donnes l!_ c'est--dire, quel chauffe-pied
    brlant, etc. _tre rouge comme un cafar_, signifie: tre rouge
    carlate. Voyez CAFARD.

  CANIULE, s. f. Canule.

  CANONNER (SE), v. pron. Boire avec excs. En franais, Canon
    signifie: Petite mesure de boisson spiritueuse.

  CANOTER et CANIOTER, v. n. Marcher comme les canes, c'est--dire,
    en se balanant, en se tortillant, en jetant son corps
    successivement  droite et  gauche, _Elle canote; elle marche
    en canotant._ Dans le vieux franais, _caneter_ avait la mme
    signification.

  CANTALOUPE (UNE). Sorte de melon. Ce mot est masculin; il s'crit
    Cantaloup, et le _p_ final est muet.

  CANTINE, s. f. Dame-jeanne, grosse bouteille de verre. Terme
    mridional.

  CAOUET, CAOUETTE, ou COUET, COUETTE, adj. et s. Se dit d'un animal
    qui n'a point de queue, ou qui a eu la queue coupe. On dit en
    franais: cou. Le premier mot (_caouet_) est employ sur la
    rive gauche du Rhne et en Savoie; le second (_couet_) est en
    usage sur la rive droite et en France. [P. G.]

  CAP, CAPE, adj. Hupp, qui a une huppe (une cape) sur la tte.
    _Alouette cape, canari cap._

  CAPELLADE, s. f. Coup de chapeau, salut qu'on fait en tant son
    chapeau. Terme mridional, fort ancien chez nous, puisqu'on le
    trouve dj dans la chanson de l'Escalade:

    _Y vou leu fit on-na grant capellade._

  On dit  Neuchtel: _Une chapelade_. R. _capel_, chapeau.

  CPITE, s. f. Cabane, hutte dans les jardins ou au centre des
    vignes, maisonnette rustiquement construite et isole dans la
    campagne. _Les cpites de Plainpalais; la cpite de
    Grange-Canal; la cpite de Vsenaz._ Terme connu dans le canton
    de Vaud, et qui existait dj dans le vieux franais. L'ancien
    _Glossaire_ pense que ce terme vient du mot latin _capitatio_,
    qui signifie: Taxe. Il viendrait plutt du mot latin _caput_,
    tte, sommit, parce que ces cabanes sont ordinairement places
    de manire  dominer toute la campagne environnante.

  CAPO ou CAPOT, s. m. (_o_ bref.) Capote, sorte de chapeau ou de
    capuchon que nos dames mettent quelquefois par-dessus leur
    coiffure pour la prserver. Terme berrichon. Dans la plupart des
    dialectes de France, _capo_ a le sens de Manteau.

  CAPONNERIE, s. f. Poltronnerie, lchet.

  CAPOTE, adj. fm. Confuse, dconcerte. _Elle se retira toute
    capote. Combien elle fut capote, quand elle trouva la porte
    ferme!_ Capot est un adjectif des deux genres. On doit donc,
    en parlant d'une femme, dire: Elle est capot; elle s'en alla
    bien capot.

  CAPOTISANT, ANTE, adj. Qui rend capot. _Une msaventure
    capotisante. Cette pluie est bien capotisante._

  CAPOTISER, v. a. Rendre capot, dconcerter. _Ce contre-temps nous
    capotisa. Le bal fut renvoy  huitaine, et la jeune fille en
    fut bien capotise. Ma rponse l'a capotis_, crivait De Sonnaz
     Grenus, en 1794. Terme connu en Savoie et dans la Suisse
    romane.

  CAQUEGRAISSE, s. m. Avare, ladre, taquin.

  CAQUEUX, EUSE, adj. et s. Misrable, chtif. Se dit surtout des
    choses, et s'emploie principalement dans cette expression: _Un
    air caqueux._

  CARABASSE, s. f. Terme des campagnards. Sarments de _hutins_ avec
    lesquels on lie les haies.

  CARABASSE, s. f. Frasque, quipe, tour malin, espiglerie,
    mystre. _Faire des carabasses._ L'expression _Vendre la
    carabasse_, revient  celle-ci: Dcouvrir le pot aux roses. [P.
    G.]

  CARAMELLE (UNE). _De bonnes caramelles._ Ce mot s'crit Caramel,
    et il est du genre masculin.

  CARCAGNOU, s. m. Se dit principalement de la petite armoire qui
    est pratique  l'extrmit des barques. Par extension, ce mot
    signifie: Petit rduit dans une cuisine; petite chambre borgne,
    bouge  peine clair. _Ils occupaient au cinquime tage deux
    mansardes et un carcagnou._

  CARCAN, s. m. _Sonner le carcan_, se dit: 1 Du son que rend un
    vase fl; 2 D'une personne atteinte de marasme et dont
    l'existence est compromise. Quelques-uns disent: _Sonner le
    carquet_.

  CARCASSE, s. f. Terme d'colier. Sabot, sorte de toupie qu'on fait
    tourner avec un fouet.

  CARDE, s. f. Cardon, plante potagre. _Accommoder des cardes._
    Terme mridional.

  CARAMBOLER, v. a. (fig.) Meurtrir, contusionner. _Il tomba et se
    carambola le nez._ Ne se dit qu'en plaisantant.

  CARON, s. m. Voyez CARRON.

  CAROTTE, s. f. Betterave.

  CAROTTIER, s. m. Carotteur, celui qui tire des carottes, dupeur,
    escroc.

  CARPIRE, s. f. En franais, ce mot ne se dit que d'un tang o
    l'on nourrit des carpes; il se dit chez nous de toute espce
    d'tang. M. PAUTEX, dans son _Vocabulaire_, pense que notre mot
    de _carpire_ doit tre rendu par celui de Mare.

  CARQUEVELLE, s. f. Plante. Crte de coq des prs.

  CARQUILLON, s. m. Insecte de l'espce des charanons. _Les
    lentilles sches sont continuellement envahies par les
    carquillons._ Dans les dialectes vaudois et neuchtelois on dit:
    _Gorgolion_; dans le Jura, _gargouillon_; en Languedoc,
    _gourgoul_; en latin, _curculio_.

  CARRE, s. f. Onde, averse, pluie subite et de peu de dure. _Une
    carre de pluie. Une grosse carre; recevoir une carre._ Terme de
    la Suisse romane. En Savoie, et mme dans quelques villages de
    notre canton, on dit aussi bien _carre de soleil, carre de
    neige, carre de grle_, que l'on dit _carre de pluie_. Et quand
    je demandais  un paysan savoisien le sens vritable de ce mot,
    il me rpondit: Une _carre_, Monsieur, c'est un _bocon_
    (c'est--dire: Une petite quantit).

  CARREAU DE JARDIN, s. m. Planche de jardin, carr de jardin. _Nous
    cultivions deux carreaux de chicore et un carreau d'asperges._
    Terme vieux franais, etc.

  CARRELET, s. m. Voyez CARROLET.

  CARRMENT, adv. (fig.) Fermement, nettement, crnement. _Rpondre
    carrment._

  CARRIEUR, s. m. Carrier, celui qui exploite une carrire,
    l'ouvrier qui y travaille. Terme vieux franais. A Bordeaux on
    dit: _Carryeur_.

  CARRILER (SE), v. pron. Aller en voiture, se faire traner en
    voiture, se faire charrier en voiture. _On les voit chaque
    dimanche se carriler, se brelinguer._ Terme drisoire.

  CARROLET ou CARRELET, s. m. Petit carr, petit objet coup en
    carr. _Des carrolets de papier. crivez les noms sur des
    carrolets de carton et tirons au sort._ Je trouve dans une
    lettre crite au _Journal de Genve_, le 8 dcembre 1846: Il
    faut faire bouillir les bulbes de dahlias et les couper par
    tranches et par _carrolets_. En Normandie, _carrelet_ se dit
    d'un petit carr de papier. [Voyez DUMRIL, _Dictionnaire du
    patois normand_, p. 59.]

  CARRON, s. m. (_a_ bref.) Carreau de terre cuite, brique. _Les
    carrons d'une cuisine. Rougir les carrons. Carrons djoints.
    Tomber sur les carrons._ Terme suisse-roman, savoisien et
    franc-comtois.

  CARRONNAGE, s. m. Carrelage.

  CARTE ou QUARTE, s. f. Mesure de capacit pour les solides,
    laquelle contient la sixime partie d'une coupe. _Une carte de
    chtaignes. Une carte de gros bl._

  CAS, s. m. _Faire du cas._ Faire cas, estimer. _Que penses-tu de
    Pierre Des Mouilles?--Pierre Des Mouilles? C'est un homme
    certainement dont je fais du cas._

  CASSANT, ANTE, adj. Nous disons figurment d'un homme qui, dans
    les discussions, tranche durement et contredit avec roideur:
    _C'est un homme cassant_. Expression remarquable.

  CASSE, s. f. (_a_ bref.) Pole  frire. _Le manche d'une casse.
    Poissons  la casse; oeufs  la casse._ Terme suisse-roman,
    savoisien, jurassien, lyonnais, etc. Dans le patois bourguignon
    on dit: _Caisse_. En Normandie et en Picardie on appelle _casse_
    une Lchefrite.

  CSSE, s. fm. Se dit des objets casss. _Le voiturier ne rpond
    pas de la csse._

  CSSE, s. f. Altration sensible dans la sant d'une personne qui
    n'est plus jeune. _Avoir une csse. Prendre une csse._
    Expression connue aussi dans le canton de Vaud.

  CASS, adj. masc. Se dit du sang et signifie: Coagul, fig.

  CASSS, adj. m. pl. Se dit des yeux et signifie: Cerns, battus.
    _Avoir les yeux casss._

  CASS, E, adj. Se dit des fruits tombs de l'arbre et meurtris.
    _Poires casses, pommes casses. On fit avec ces fruits casss
    une excellente marmelade._

  CASS, adj. masc. Se dit du papier. Ce que nous appelons _papier
    cass_ s'appelle en France: Papier brouillard, papier gris.

  CASSE-MUSEAU, s. m. Sorte de massepain trs-dur et de nature 
    _casser_ les dents. En franais, Casse-museau a une
    signification diffrente.

  CASSE-NOISETTES, s. m. Muscardin, sorte de mulot ou petite souris
    rousse. Les campagnards l'appellent: _Maragnou_ ou
    _casse-alagnes_.

  CASSER, v. a. (fig.) Dans le langage des cuisinires, _on casse le
    lait_, c'est--dire, on le dispose  s'aigrir et  tourner,
    lorsque, en t, l'on touche  un pot plein de lait, o la crme
    commence  se former, et dont l'emploi n'est pas immdiat.

  CASSEROLE D'UNE CHAUFFERETTE, s. f. Brasier.

  CASSETTE, s. f. Sorte de polon dans lequel on fait cuire le lait.
    _Le manche d'une cassette._

  CASSEUR, s. m. (fig.) Homme tranchant, hbleur, fanfaron. Terme
    franais populaire.

  CASSIBRAILLE, s. f. Voyez CACIBRAILLE.

  CASSIN, s. m. Ecchymose, panchement du sang entre la peau et la
    chair, caus par une contusion. Voyez CASS, no 1.

  CASSOTON, s. m. Polon, ustensile de cuisine.

  CASTONADE, s. f. Cassonade.

  CATAPLME, s. m. crivez et prononcez Cataplasme, en faisant
    sonner l'_s_.

  [+] CATAPLASSE, s. m. Cataplasme.

  CATARATE ou CATARAQUE, s. f. Cataracte. Terme de mdecine.

  CATCHIME, s. m. crivez et prononcez Catchisme, en faisant
    sonner l'_s_, comme dans le mot Gargarisme.

  CATELER, v. a. Terme rural. lever, faire monter les gerbes au
    moyen d'une _catelle_. Le verbe franais est Poulier.

  CATELET, CATET ou CHTELET, s. m. Terme des campagnards. Trochet
    de noisettes, c'est--dire: Noisettes qui ont cr attaches
    ensemble.

  CATELLE, s. f. Terme rural par lequel on dsigne la poulie et la
    corde dont on se sert dans les granges pour lever les gerbes
    qu'on place sur le _soli_. Terme dauphinois.

  CATELLE, s. f. Brique vernisse, carreau de poterie. _Catelle
    fendue; remettre des catelles. Pole de catelles; fourneau de
    catelles._ Terme suisse-roman. L'expression franaise est
    Faence. Pole de faence.

  CTIULE, s. f. Ce terme, qui nous vient des campagnards, signifie:
    Femme maladive et chtive, femme qui se plaint toujours de ses
    maux et ennuie par cela mme ses alentours. _Ayez un peu de
    patience avec notre pauvre ctiule._ En languedocien, _citiou_,
    et en vieux franais, _caitiu_, veulent dire: Chtif, misrable.

  CATOLION ou GATOLION, s. m. Grumeau, caillot. _Des gatolions de
    sang. Une soupe en gatolions._ On dit  Lyon: _Des catons_. Dans
    le Jura on donne le nom de _catons_  une bouillie trs-paisse
    de farine de mas.

  CATTE, s. f. Boucle de cheveux, mche de cheveux. _Se prendre aux
    cattes; tirer les cattes. Fais-toi donc couper les cattes, John,
    tu as l'air d'un ours._

  CAUQUE, s. f. Terme de drision, de compassion et d'amiti. Il se
    dit: 1 D'une vieille femme en gnral; 2 D'une vieille femme
    maladive; 3 D'une vieille femme grognon et commre. _Qu'as-tu,
    cousin, que tu sembles triste?--J'ai... que ma cauque est
    toujours malade et qu'elle me gongonne toujours. Toutes nos
    cauques sont en moi  cause que le caf a renchri._

  CAUSER  QUELQU'UN. Cette expression n'est pas franaise. Il faut
    donc viter les phrases suivantes, et phrases analogues: _Je lui
    ai caus aprs le sermon. Finis, Jules, et ne me cause plus. Sur
    les bateaux  vapeur on trouve toujours  qui causer._ J.-J.
    Rousseau a dit dans ses _Confessions_, livre VII: La premire
    fois que je la vis, elle tait  la veille de son mariage. _Elle
    me causa_ longtemps avec cette familiarit charmante qui lui est
    naturelle. Faute frquente en Suisse, en Dauphin, en Lorraine,
    en Franche-Comt, en Normandie, en Provence et en Languedoc,
    c'est--dire, faute universelle.

  CAUSETTE, s. f. Causerie, entretien qui a de l'abandon et de la
    bonhomie, conversation nourrie et anime, mais douce et facile.
    _Faire la causette._ Terme trs-connu en France. J'aime le feu,
    les criscris, une salade de homards, une bouteille de Champagne
    et la _causette_. [_Don Juan_, chant Ier,  134, traduction
    d'A. PICHOT.] Expression heureuse, qui n'a point d'quivalent
    dans la langue des dictionnaires et dont ils feraient bien de
    s'enrichir.

  CAVAGNE, s. f. Grande corbeille carre qui se fabrique dans le
    Jura, et dont on se sert pour emballer. _Une paire de cavagnes._
    Terme qui nous vient de la Provence et du Pimont.

  CAVALAIRE (), loc. adv.  califourchon,  chevauchons, jambes de
    , jambes de l. _Se mettre  cavalaire. Mets-toi  cavalaire
    sur moi et je te porterai._ En vieux franais, _cavalart_ veut
    dire: Cavalier.

  CAVALCADER, v. n. Se dit des promenades que plusieurs personnes
    runies font  cheval. _Nos trois tourdis s'chapprent du
    pensionnat ds le matin, et on les aperut dans l'aprs-midi
    cavalcadant prs du chteau de Fernex._ Excellente expression,
    qui n'a pas t nglige par Tpffer.

  CAVALE, s. f. Se dit figurment d'une jeune fille qui se rjouit
    avec excs en dansant, en sautant, en gambadant. [P. G.]

  CAVALER, v. n. Prendre ses bats, se rjouir avec excs en
    dansant, en sautant, en gambadant. [P. G.]

  CAVALIER MAL MONT, s. m. Jeu d'coliers.

  CAVALIRE, s. f. Terme de tailleur. Petit pont. _Cavalire_ n'est
    pas dans les dictionnaires, mais il se dit  Marseille et sans
    doute ailleurs.

  CAVALIERS (LES). Nous appelons de la sorte trois jours regards
    comme funestes,  cause des pluies, des geles ou des ouragans
    qui les accompagnent d'ordinaire. Ces jours sont: le 25 avril,
    fte de saint Marc; le 28 avril, fte de saint Georges, et le
    1er mai, fte de saint Philippe. Cette croyance populaire se
    retrouve en Franche-Comt, en Languedoc et ailleurs. Dans le
    Chablais (Savoie) on donne le nom de _Cavaliers_ aux trois
    derniers jours d'avril et aux trois premiers jours de mai.

  CAVETTE, s. f. Petite cave ou caverne pratique au dedans d'un
    pole pour y tenir chauds les mets qu'on va servir. Terme connu
    aussi  Neuchtel.

  CAVILLE, s. f. (_ll_ mouills.) Bvue, erreur, sottise, mprise,
    manque--toucher. _Mme N** a voulu prendre en main la direction
    de sa grande campagne, et elle n'y a fait que des cavilles. Tu
    ne fais donc que des cavilles, Alexis! tu vas demander  Mme
    Bouvard des nouvelles de son mari, et tu sais trs-bien qu'elle
    a divorc depuis deux ans._ Cette expression, _Faire des
    cavilles_, est si usite chez nous, que la plupart de mes
    lecteurs genevois, la croyant franaise, seront tonns de la
    rencontrer ici.

  CAVOT, s. m. (_o_ bref.) C'est ainsi qu'on prononce, dans toute la
    Suisse romane, le mot de Caveau (petite cave). _La clef du
    cav[)o]t._ Caveau rime avec _nouveau_.

  [+] CELUI-L, CEUX-L, pron. dm. Celui, ceux. _Que ceux-l qui
    veulent venir baigner lvent la main!  qui est ce mpis?--C'est
    celui-l  Jean Renaud.  qui est cette ronfle?--C'est cette-l
     Dufournet._ Quelques-uns vont plus loin encore, et disent:
    _Cettui-l-l, cette-l-l, ceux-l-l. Bandits, vauriens!
    lequel de vous trois a jet cette pierre?--Eh! Monsieur, ce
    n'est pas nous deusse_ (nous deux), _c'est cettui-l-l qui s'en
    sauve_.

  CENAISE, s. f. Vase d'tain destin au transport du vin dans nos
    temples, lorsque l'on y communie. _Les cenaises sont la
    proprit de l'Hpital._ R. _cna_, Cne, sainte Cne.

  CENSMENT, adv. Cet adverbe (qui du reste n'est pas franais) a
    une signification vague et bien difficile  saisir. _Le_
    _voisin Jean-Franois est parti censment pour un voyage; mais
    c'est pour chapper  ses cranciers. Vous voudriez savoir la
    signification du mot_ niniou? _Eh! pardine, Monsieur, c'est
    comme qui dirait censment Louis Guillerot ou Jean Treboulioux._

  CENTIME (UNE). Un centime.

  CERCEAU, s. m. Trouble, sorte de filet rond.

  [+] CERCHER, v. a. Chercher. _Jean-Pierre, va-t'en voir me cercher
    ma veste._ Terme vieux franais.

  CERCLE, s. m. Cerceau, jouet d'enfant.

  CRMONIEL, ELLE, adj. Crmonieux, qui fait trop de crmonies.
    _Ce jeune Mr B** est fort aimable, mais trop crmoniel._

  CERUSE, s. f. _Blanc de ceruse. Blanchir  la ceruse._ crivez et
    prononcez, avec un accent aigu sur l' __, Cruse.

  [+] CRUSIEN et CRUGIEN, s. m. Chirurgien. _La voisine courut
    appeler le crusien._ Barbarisme qui n'est pas inconnu en
    France.

  CERVELAS, s. m. Terme de charcutier. Tte marbre, fromage de
    cochon. Cervelas est franais dans une acception diffrente.

  [+] C'EST MOI QUE J'AI... Dites: C'est moi qui ai... _C'est moi
    que j'ai paill vos chaises, Monsieur le Receveur, et c'est moi
    que j'ai ploy votre tante Livache._

  CET AUTRE ou S'TAUTRE! Sorte d'exclamation, qui exprime une
    surprise mle de doute. _Attache-moi le bras gauche, et je te
    parie de nager tout de mme.--Oh! s'tautre!_

  [+] CETTUI-CI, CETTUI-L, CETTE-CI, etc. Celui-ci, celui-l,
    celle-ci, etc. Termes vieux franais.

  CHCHAUD ou CHCH, s. m. Terme de boulangerie. Galette, gteau
    plat. _Chch au beurre, chch  la drche._ Pris figurment,
    ce mot dsigne: 1 Un enfant mou et paresseux, un enfant choy
    outre mesure; 2 Toute personne flasque, lche, qui se meut
    difficilement, ou qui se soigne, s'coute et se dorlote 
    l'excs. _Votre jeune dame se plaint toujours de quelque
    malaise: c'est un vrai chch._ Nos paysans disent d'un enfant
    gt: _Y et on chch m cu_ (c'est un chch mal cuit). Au
    milieu du dix-huitime sicle, un de nos malins citoyens, qui
    voulait blmer certaines lections faites au Conseil des
    Deux-Cents, disait: Ne voyez-vous pas que dans chaque fourne
    on met un _chch_ [_Lettre de_ TREMBLEY, _avocat_.]

  CHCHOLER, v. a. Dorloter, choyer  l'excs. _Sa mre le chchole
    et le pourrit._ Au rflchi, _se chcholer_, se dorloter. _Quoi,
    Fanny, il est onze heures, et tu n'es pas leve!--Que veux-tu,
    ma chre? il fait mauvais temps, j'ai un commencement de rhume,
    et je me chchole._

  CHADE, adv. Terme d'colier. Vigoureusement, fortement, dru,
    serr. _Allons, chade, chade! donne-lui-en, tape-le-moi._ Par un
    rapprochement fortuit, mais curieux, le mot arabe _chadd_ a le
    mme sens. Dans le patois lorrain, _dchde_ veut dire chaud.
    _L'air a dchde_ (l'air est chaud).

  CHADANCE ou CHADENCE, s. f. Force, vigueur, nergie. _Regarde cet
    agotion! Regarde avec quelle chadance je vais y aller!_

  CHAFOUILLER, v. n. Pignocher, manger salement et sans apptit.

  [+] CHAFTAL ou CHAFTANE, s. f. Chaptal, sorte de cafetire. _Son
    cf et sa chaftal: c'est le parfait bonheur de la Josphine._

  CHAGRIN, s. m. Nous disons: _Cette nouvelle me fait chagrin. J'ai
    bien chagrin que Philippe soit parti_, etc. Ce retranchement de
    l'article est vicieux.

  CHANE D'OIGNONS. s. f. Glane d'oignons.

  CHAIRCUITIER ou CHAIRCUTIER, s. m. Charcutier.

  CHLE, s. f. Trane d'une chose qui s'est rpandue goutte 
    goutte, ou grain  grain, ou brin  brin. _Une chle d'huile;
    une chle de bl; une chle de cendre; une chle de poudre.
    Faire une chle._

  CHALENDE. Nol, le jour de Nol. _Quel ge as-tu, Bastien?--Oh l,
    Monsieur, j'ai quatorze ans contre Chalende._ R. _calend_.

  CHALOUREUX, EUSE, adj. Chaleureux. _Chaloureux_ appartient au
    vieux franais.

  CHAMBRE  LESSIVE, s. f. Buanderie. Rien ne ressemble moins  une
    chambre que nos _chambres  lessive_.

  CHAMBRE  MANGER, s. f. Salle  manger.

  CHAMBRE  RESSERRER, s. f. Galetas dpendant d'un appartement, et
    o l'on dpose le linge sale qui attend la grande lessive.

  CHAMEAU, s. m. (fig.) Terme grossier, qui rpond : Butor, sot
    achev, homme stupide. _Va-t'en, chameau, et ne nous impatiente
    plus._

  CHAMEAUDER, v. a. Vexer, ennuyer, tre  charge.

  CHAMPER, v. a. Jeter, jeter l, laisser tout de suite.

  CHAMPILLERIE, s. f. Se dit d'une chose qui ne vaut rien ou dont on
    ne peut tirer aucun parti. _C'est de la champillerie; tchez de
    vous dfaire de cette champillerie._ [P. G.]

  CHANGE, s. m. Terme de Cercle. _Faire le change_, signifie: Boire
    bouteille au Cercle. _Faire un change banal_, boire bouteille en
    commun. _Change de la Compagnie_, runion militaire au cabaret.

  CHANGER, v. neutre. Tourner. Se dit des raisins qui commencent 
    prendre de la couleur.

  CHANGER (SE), v. pron. Changer de linge, changer de vtement,
    changer. _Ils durent se changer de pied en cap. Tu es tout
    trempe, Frdric, va te changer._ Franais populaire.

  CHANTEPLEURE ou CHANTAPLEUR, s. m. Se dit d'une personne qui passe
    rapidement de la tristesse  la joie, et, _vice vers_, de la
    joie  la tristesse. [P. G.]

  CHANTE-POULET, s. m. OEillet des Chartreux, sorte de fleur.

  CHANTER, v. n. Frmir. Se dit de l'eau qui commence  bouillir et
     faire entendre ce frmissement des bulles qui arrivent  la
    surface. A Besanon on dit: _Crier_; en Normandie,
    _gourgousser_.

  CHANTOLEMENT, s. m. Fredonnement, chant  demi-voix.

  CHANTOLER, v. n. Chantonner, fredonner, chanter tant bien que mal,
    chanter entre ses dents. _N** avait une telle habitude de
    murmurer toujours un refrain, qu'il chantolait mme aux
    enterrements._

  CHAPITOLAGE, s. m. Action de marchander, de taquiner en
    marchandant. _Finissons-en avec tous ces chapitolages. Vos
    chapitolages, ma chre Dame, n'aboutiront  rien._

  CHAPITOLER, v. n. Marchander, disputer sur le prix d'une
    marchandise, taquiner, batailler. _Vaut-il donc la peine de
    chapitoler pour si peu de chose?_ Terme trs-familier, qui se
    retrouve dans l'argot des enfants au jeu des _mpis_.
    _Chapitoler_ est probablement une corruption du mot Capituler.

  CHAPITOLEUR, s. m. Celui qui _chapitole_, celui qui a l'habitude
    de _chapitoler_.

  CHAPLE, s. m. Signifie: 1 Massacre, tuerie, carnage; 2 Ravage,
    dgt. _Ils en vinrent  la fin aux btons et aux cailloux, et
    ce fut un vritable chaple. La grle nous a fait cette nuit un
    beau chaple._ Terme mridional et vieux franais. On trouve dj
    ce mot dans le _Roman de la Rose_, c'est--dire, au treizime
    sicle.

  CHAPLE-COUTEAUX (), loc. invar. _tre  chaple-couteaux_,
    signifie: tre  couteaux tirs. _Sais-tu que nos deux
    sous-lieutenants sont  chaple-couteaux?_

  CHAPLER, v. a. Gter, endommager un objet en le coupant, ou en
    l'entaillant avec maladresse ou avec malice. _Les coliers se
    plaisent  chapler les tables et les pupitres. En coupant une
    gaule, il s'est chapl le doigt. La couturire m'a chapl cette
    robe. Voil un manteau chapl, abm._ Terme suisse-roman,
    savoisien, jurassien et mridional. Chapeler, en franais,
    signifie: ter avec un couteau le dessus de la crote du pain.

  CHAPLOTAGE, s. m. Action de _chapler_.

  CHAPLOTER, v. a. Diminutif de _chapler_. Voyez ce mot. Dans les
    patois savoisiens et dauphinois on dit: _Chapota_ ou _apot_;
    dans le Berry, _chapoter_.

  CHAPLOTON, s. m. Rognures, mauvais restes d'objets coups. _Le
    tailleur avait promis de me rendre des morceaux, et il ne
    m'envoie l que des chaplotons. Le travail fini, les couturires
    laissrent la chambre toute jonche de chaplotons._

  CHAQUE, pron. ind. On ne dit pas: _Ces volumes cotent six francs
    chaque_; on dit: Cotent six francs chacun.

  CHAR, s. m. Cabriolet. _Aller en char; faire une partie de char;
    verser de char. Il faisait beau temps, nous prmes un char. Elle
    acheta  bon march un char d'enfant._ Dans tous ces exemples,
    _char_ n'est pas franais. Char se dit: 1 D'une sorte de
    voiture  deux roues, dont les anciens se servaient dans les
    triomphes, dans les jeux, dans les combats. Il se dit, 2 en
    posie et dans le style oratoire, de toute espce de voitures,
    de chariots, et principalement d'une voiture remarquable par son
    lgance ou sa richesse. Voil les seuls cas o le mot de _char_
    se puisse employer seul. Mais on dira trs-bien: Un char de
    ct, un char  banc, un char en face, parce que ces sortes de
    voitures, propres  notre pays et aux pays qui nous avoisinent,
    n'ont point en franais de terme correspondant.

  CHAR, s. m. Chariot. Nous appelons _char  chelles_ ce qu'on
    appelle en franais: Chariot  ridelles. Nous disons aussi:
    _Acheter un char de fascines, marchander un char de bois, peser
    un char de foin, conduire un char de fumier_, etc.; Chariot
    est le vritable terme.

  CHAR, s. m. Ne dites pas: _Char de roulier, char de Provence_;
    dites: Charrette de roulier, charrette de Provence.

  CHAR, s. m. Mesure de capacit pour les liquides, et
    principalement pour le vin. _Le char contient douze setiers._

  CHARAVOTE, s. f. Se dit d'une femme, et quelquefois d'un homme
    sale, fainant et de moeurs crapuleuses. _Cette charavote de
    femme a t rapporte chez elle ivre morte. Il n'est pas
    tonnant que le mari et la femme en soient venus  mendier: ce
    sont deux charavotes._ Terme ignoble.

  CHARBEUILLE ou CHARBOUILLE, s. f. Petit goter ou repas que les
    jeunes bergers et bergres font en commun dans les champs le
    jour de la Toussaint, poque  laquelle ils cessent
    ordinairement de mener le btail aux pturages. [P. G.]

  CHARBONNIRE, s. f. Charbonnier, endroit de l'appartement o l'on
    serre le charbon. _Remplir la charbonnire; nettoyer la
    charbonnire._ Terme mridional. On appelle en franais
    Charbonnire le lieu o l'on fait le charbon dans les bois.

  CHARCUITIER, s. m. Charcutier.

  [+] CHARDINOLET, s. m. Chardonneret.

  CHARGE, adj. Plaisant, drle, jovial, amusant, singulier, bizarre.
    _N'est-ce pas charge de le voir saluer? Quel charge d'accent il
    a! Ne trouves-tu pas, femme, que notre Antoine a t bien charge
    hier soir?_ Terme franais populaire.

  CHARIT, s. f. Nous disons proverbialement: _Premire charit
    commence par soi-mme_. Les dictionnaires disent: Charit bien
    ordonne commence par soi-mme.

  CHARLON. Voyez POIRE CHARLON.

  CHARMEUR DE SERPENT, s. m. Ce terme, que les dictionnaires donnent
    comme hors d'usage, est usit encore dans plusieurs communes de
    notre canton.

  CHAROGNE, s. f. (fig.) Terme ignoble et injurieux.

  CHAROTON, s. m. Charretier. En vieux franais: _Charton_.

  CHAROTTER, v. a. Trimballer, mener partout, charrier. [P. G.]

  CHAROUPE, s. f. Se dit d'une personne paresseuse, lche,
    indolente. _J'ai cess de prendre intrt  cette tailleuse: ce
    n'est qu'une charoupe. Cette jeune femme est active et
    vaillante; mais sa charoupe de mari se contente de boire, manger
    et dormir._ Terme suisse-roman et dauphinois. En provenal,
    _charospo_ se dit d'une femme de moeurs dissolues.

  CHAROUPE, s. f. Quantit de monde, ribambelle. _Une charoupe de
    badauds. C'est grande piti de voir un si petit cheval traner
    une pareille charoupe de monde_ (une pareille charrete).

  CHAROUPER, v. n. Fainanter. Une lavandire me disait, en se
    plaignant de son mari: _Pendant que je m'estringole tout le
    jour, lui ne fait que charouper_. Dans le canton de Vaud on dit:
    _S'acharoupir_.

  CHAROUPERIE, s. f. Profonde paresse.

  CHAROUPIONGE, s. f. Paresse excessive, apathie complte,
    fainantise incurable. Terme trivial, mais nergique. _Tu la
    crois malade, la Glaudine? Pas plus: c'est la charoupionge qui
    la tient et rien d'autre._ Terme suisse-roman.

  CHARPI ou CHARPIS, s. m. (_s_ muet.) Charpie. _Le charpi_
    _manquait dans les hpitaux._ Franais populaire et vieux
    franais.

  CHARPILIRE ou CHERPILIRE, s. f. Serpillire, toile d'emballage.

  CHARPIN, s. m. Signifie: 1 Grabuge, tapage; 2 Inquitude,
    chagrin. _Il y aura du bruit, il y aura du charpin. Elle a du
    charpin, notre Marguerite: son tenant a l'air de l'abandonner._
    Terme mridional.

  CHARPINER, v. a. Tarabuster, proccuper dsagrablement. En
    provenal, _charpin_ signifie: tre de mauvaise humeur; et en
    languedocien, _charpa_ veut dire: Gronder, quereller.

  CHARRE, s. m. Gomme, ou apprt que les tisserands mettent au fil
    de la toile pour que le tissage en soit plus facile. _Avant la
    lessive, il faut avoir soin d'ter le charre._

  CHARRIRE, adj. f. _Les rues charrires taient alors pleines de
    boue._ Dites: Les rues charretires.

  CHARTE, s. f. Chartre, prison. _Tenir quelqu'un en charte prive._
    Terme franais populaire. R. _carcer_.

  [+] CHARTUTIER, s. m. Charcutier.

  CHASSE, s. f. (fig.) Gronderie, rprimande svre. _Donner une
    chasse._ Franais populaire.

  CHASSE D'UN FOUET, s. f. Mche, corde  fouet. _Mettre une
    chasse._ Terme provenal, etc. On dit en Lorraine: _Une
    chasseuse_.

  CHASSE-GUEUX, s. m. Valet de ville, corcheur de voirie,
    quarrisseur. A commencer ds demain matin 19 de septembre, les
    _Chasse-gueux_ auront ordre de jeter du poison dans les rues et
    places publiques, et d'assommer tous chiens non emmusels.
    [_Ordonnance de police_ du 18 septembre 1786.]

  [+] CHASSE-PAREILLE, s. f. Salsepareille.

  CHAT, s. m. Chat chaud craint l'eau froide, est un proverbe
    franais qui signifie: Que lorsqu'une chose nous a caus une
    vive douleur, ou nous a t fort nuisible, nous en craignons
    mme l'apparence. A Genve, beaucoup de personnes estropient ce
    proverbe et disent: _Chat chaud craint l'eau chaude_; ce qui
    n'est plus qu'une trs-insipide niaiserie.

  CHTAGNE, s. f. _Cuire des chtagnes, bresoler des chtagnes._
    crivez et prononcez Chtaigne.

  CHTAGNE, s. f. Frule, coup donn sur la main d'un colier avec
    une petite palette de bois ou avec une lanire pour le punir de
    quelque sottise. _Recevoir la chtagne; mriter la chtagne._
    Punition inconnue aujourd'hui dans nos coles.

  CHATANCE, s. f. Voyez CHETTANCE.

  CHATIRE, s. f. Nous disons figurment et factieusement de
    quelqu'un qui dmnage  la sourdine et sans payer ses dettes:
    _Il a mis la clef  la chatire_, c'est--dire: Il a mis la
    clef sous la porte, comme s'expriment les dictionnaires. _Quand
    il s'est vu assailli de cranciers, il n'a fait ni un ni deux;
    il a mis la clef  la chatire, et il a fil._

  CHATON, s. m. Gourdin, bton. Dans le dialecte fribourgeois et en
    vieux franais on dit: _Saton_.

  CHATTE, s. f. Nous disons proverbialement: _C'est o la chatte a
    mal au pied_, pour signifier: C'est l le point difficile, c'est
    l le hic, c'est l le noeud de l'affaire. _Nous savons o la
    chatte a mal au pied_ (nous savons o le bt blesse).

  CHAUD, s. m. Nous disons: _Prendre quelqu'un au chaud du lit_. On
    doit dire: Prendre quelqu'un au saut du lit, c'est--dire, au
    moment o il saute  bas de son lit.

  [+] CHAUD (LA). Le chaud, la chaleur. _Tu es drlement bti,
    Robert: tu crains galement la froid et la chaud._

  CHAUDELET, s. m. Chaudeau, boisson chaude compose de lait,
    d'oeufs et d'eau de fleur d'orange, qu'on donne aux femmes,
    lorsqu'elles viennent d'accoucher.

  CHAUDELET, s. m. Folle fleur de l'ormeau. _Abattre des chaudelets.
    Salade de chaudelets._

  CHAUDES (LES), s. f. pl. Terme de lessiveuse. _Lissu_ bouillant
    qu'on jette sur le cuvier aprs qu'on a retir les cendres. _Ces
    rideaux ne sont pas bien sales: vous ne les mettrez qu'aux
    chaudes._

  CHAVAINE, s. f. Chevaine ou Chevanne. Petit poisson du genre Able.

  CHEBER ou QUEBER, v. a. Terme des coliers dans certains jeux.
    Gagner tout, mettre  sec son adversaire. _Je suis cheb. Ils
    m'ont cheb, je m'en vais._

  [+] CHCUN, CHCUNE, pronom. Chacun, chacune. _Un chcun. Tout
    chcun donnera cinq sous. Chcun pour soi, ce n'est pas trop._
    Terme vieux franais.

  CHDAL, s. m. Le btail, l'attirail, les outils, les ameublements
    d'un domaine.

  CH-MIETTE (), loc. adv. Par parcelle, par trs-petite quantit,
    chichement, mesquinement. _Acheter le bois  ch-miette.
    Rembourser  ch-miette._ Les campagnards disent: _
    ch-miette_. A Lyon et dans le vieux franais, _ cha un_
    signifie: Un  un. Voyez CH-PEU.

  CHEN, s. f. Chenal, chneau, s. m. A Genve nous confondons le
    Chneau avec le Tuyau de descente: c'est une erreur. Voyez les
    dictionnaires.

  CHENAILLER, v. a. Secouer, tracasser une porte ou une serrure pour
    ouvrir.

  CHENEVAR, s. m. Chnevis, graine de chanvre.

  CHENEVIER, s. m. Dites: Chnevire, champ sem de chanvre.
    _Labourer le chenevier._ Cette faute nous vient du patois: _On
    enevi_.

  CHENILE ou SENILE, s. f. Terme des campagnards. Manivelle. _La
    chenile du moulin  caf._

  CHENU ou CHENIU, UE, adj. et s. Se dit des choses et signifie:
    Exquis, excellent, cossu. _Gotez ce vin, Messieurs: c'est du
    chenu. Le repas de noce fut splendide: truite, pt de foie
    d'oie, punch et glaces... C'tait du chenu et du porpu._ Terme
    franais populaire.

  [+] CH-PEU (), loc. adv. Par parcelle, par trs-petite quantit,
    une petite quantit aprs l'autre, peu  peu. _Si M'cieu voulait
    parmettre que je le rembourse  ch-peu, a m'irait tant bien.
    Ces marchands, pour m'attirer, m'ont vendu d'abord bon march,
    et puis ils ont augment  ch-peu,  ch-peu._ En patois: _A
    ch-pou,  ch-sou,  ch-pot_, signifient: Peu  peu, sou 
    sou, pot  pot. Terme savoisien, qu'on retrouve tel quel dans le
    dialecte provenal: _Paou acha paou_ (peu  peu), _soou acha
    soou_ (sou aprs sou).

  CHERCHE, s. f. Recherche, qute, soin que l'on prend pour
    chercher. Nous disons: _tre en cherche de_, ou _tre  la
    cherche de_, pour: tre  la recherche de,  la poursuite de, en
    qute de. _Je suis en cherche de ma tabatire. On est  la
    cherche du voleur. Nos physiciens sont en cherche de la solution
    d'un grand problme._ Terme mridional et vieux franais.

  CHERCHER, v. a. Agacer, provoquer. _Finis donc, Jacot: c'est
    toujours toi qui me cherches_, c'est--dire: C'est toujours toi
    qui es l'agresseur. Franais populaire.

  CHRI, s. m. Terme enfantin. _Tu es mon chri, oui, tu es mon
    chri, ne pleure pas._ En franais, ce mot n'est pas substantif.

  [+] CHRUZIEN, s. m. Chirurgien.

  CHETTANCE ou CHETTE, s. f. Pnurie d'argent, tat de gne. _tre
    dans la chette._ En vieux franais, _chtif_ signifiait: Pauvre,
    indigent, misrable.

  CHEVILLIRE, s. f. Ruban de fil. _Une aune de chevillires._ Terme
    suisse-roman, savoisien et mridional.

  CHVRE, s. f. Nous disons d'un homme ivre: _Il a sa chvre_.
    _Avoir sa chvre_, signifie aussi: Se fcher, se dpiter. Dans
    ce dernier sens on dit en franais: Prendre la chvre.

  CHEVRELLE, s. f. Sorte de bcassine.

  CHEVRER, v. n. Chevroter, se dpiter, pester. _Tes lambineries me
    font chevrer. Attendre deux mortelles heures! n'y a-t-il pas l
    de quoi chevrer?_ Terme form du mot Chvre, par allusion aux
    trpignements, aux hauts de corps de cet animal, quand on le
    gne ou qu'on l'impatiente.

  CHEVROTIN, s. m. Fromage de lait de chvre.

  CHEZ, prp. Cette prposition, suivie du nom des propritaires ou
    des fondateurs, a form chez nous des noms de localits.
    _Chez-Charrot_ est un hameau de la commune de Compsire.
    _Louons un char, et l'on ira  Chez-Charrot._ L'auteur du
    _Vocabulaire du Berry_, M. JAUBERT, a observ la mme expression
    dans sa province. Le mot _chez_ a signifi originairement
    Maison, _chezal_. R. _casa_.

  CHICOT, s. m. Chicore non frise.

  CHIENNERIE, s. f. Cochonnerie, vilenie. _Nous punir pour si peu de
    chose: quelle chiennerie!_ Terme bas.

  CHIFFON, s. des 2 genres. Terme insultant qu'on adresse  de
    jeunes enfants, surtout  de jeunes filles qui nous manquent de
    respect. Il quivaut  Impertinent ou  Insolent. [P. G.]

  CHIFFON DE PAIN, s. m. Gros morceau de pain. Terme usit  Rennes,
     Paris et dans le nord.

  CHIFFRE (LA). L'arithmtique. _Nous voulons pousser notre garon
    dans la chiffre._ Expression franc-comtoise, lyonnaise et
    mridionale.

  CHIFFRER, v. a. _Chiffrer une addition. Chiffrez-moi ce compte._
    Franais populaire.

  CHIGOUGNER ou CHEGOUGNER, v. a. Secouer fortement. Voyez
    SIGOUGNER.

  CHILLES, s. f. pl. (_ll_ mouills.) Terme mridional. cailles 
    la peau, peau squammeuse, peau furfurace.

  CHILLEUX, EUSE, adj. cailleux, squammeux, furfurac. _Peau
    chilleuse, tte chilleuse, visage chilleux._

  CHIPOTER, v. a. Chagriner, contrarier, quereller. _Ce mauvais
    temps me chipote. Le mari et la femme sont toujours  se
    chipoter._ Chipoter, v. n., est franais dans le sens de:
    Vtiller, barguigner, baguenauder.

  CHIPOTEUR, CHIPOTEUSE, s. Chipotier, vtilleur, taquin. Terme
    franais populaire.

  CHIQUE, s. f. _Avoir sa chique_, signifie: tre ivre. _Une chique
    morte_, dsigne un tat d'ivresse complte. En Dauphin,
    _chiquer_, et dans le vieux franais, _chinquer_, signifient:
    Boire, boire beaucoup.

  CHIQUE, adj. Ivre. _Louis Francaleu est habituellement chique ds
    le matin._ Dans le langage des collgiens, _un chique_ se dit
    d'un homme ivre.

  CHIQUE, s. f. Terme d'colier. Manire de tenir un _mpis_ (voyez
    ce mot) et de le lancer. _Chique grasse; chique forte; chique
    molle. Avoir une bonne chique; avoir une chique rogneuse;
    montre-nous ta chique._ En franais, Chique signifie: Bille de
    terre cuite, de marbre ou d'agate, avec laquelle jouent les
    enfants.

  CHIQUE, s. f. Chiquenaude donne  un _mpis_. _Chique! chique!
    chique  donner!_ En provenal, _chiquo_ veut dire: Chiquenaude.

  CHIQUER, v. n. Terme d'colier. Lancer le _mpis_ en roidissant le
    pouce contre l'index. _Fais voir comme tu chiques._

  CHIQUER (SE), v. pron. Se griser, s'enivrer.

  CHIQUET, s. m. Gros morceau d'une chose qui se mange. _Chiquet de
    pain; chiquet de viande; chiquet de fromage._ En Picardie, _un
    chiquet_ est un gros morceau de pain. Dans le Berry, _chiquet_
    signifie: Excdent de mesure. _Donner le chiquet_ (faire bonne
    mesure). A Bordeaux, _chicot de pain_ se dit pour: Morceau de
    pain. Du mot _chiquet_ s'est form l'ancien verbe _chiqueter_
    (couper, tailler) et son compos Dchiqueter.

  CHIQUET, s. m. Signifie: Lourdaud, dans le langage des collgiens.

  CHIQUEUR, s. m. Terme d'colier. Se dit: 1 De celui qui _chique_
    bien, qui joue bien aux _mpis_; 2 Du mpis lui-mme. _Voici
    mon chiqueur. Cette agate est ma chiqueuse._

  CHIRUGIEN, s. m. crivez et prononcez Chirurgien.

  CHOCOLAT, s. m. En France, les personnes qui parlent bien, disent:
    Prendre du chocolat. Nous disons souvent: _Boire du chocolat_,
    expression qui n'est autorise par aucun dictionnaire.

  CHOGNER, v. n. Chmer, ne rien faire. [P. G.]

  CHOGNER UN ENFANT. Avoir pour lui des soins minutieux et exagrs,
    le traiter dlicatement, le dorloter.

  CHOGNET, ETTE, adj. Mou, paresseux, choy  l'excs.

  CHOGNON, s. m. Se dit d'un enfant mou et d'un enfant gt.

  CHOUCROTE. Ce mot est fminin.

  CHOUGNET, ETTE, adj. Terme enfantin, qui signifie: Mignon, gentil.
    _Cette petite est chougnette. Quel chougnet d'enfant! A-t-on
    rien vu de plus chougnet?_

  CHOUQUET, ETTE, adj. et s. Mot de tendresse qui ne s'emploie qu'en
    parlant aux enfants, et qui signifie: Gentil, joli, mignon,
    aimable. _Tu es mon chouquet; tu es mon petit chouquet._ Ce mot
    est un diminutif de Chou, qui a, en franais, cette mme
    signification. Tu es mon chou, tu es mon chou-chou. [ACAD.]

  CHOTE ( LA), loc. adv.  l'abri,  couvert. _Se mettre  la
    chote._ Voyez SIOTE.

  CHOUX, s. m. pl. Nous disons proverbialement et figurment:
    _Faites-en des choux et des pts_, pour signifier: Faites-en ce
    qu'il vous plaira. L'Acadmie dit: Faites-en des choux,
    faites-en des raves.

  CHRTINET, s. f. crivez Chrtient et prononcez la syllabe
    _tien_ comme vous la prononcez dans _chrtien_.

  CHRISTIANISME, s. m. Ne prononcez pas _Christianizme_, en donnant
    au second _s_ le son du _z_. Ne prononcez pas non plus
    _schizme_, ni _paganizme_.

  CHRYSANTHME. Plante. Ce mot est masculin.

  CHUCHOTAGE, s. m. Chuchoterie.

  CHUTER, v. n. Tomber. _Le baromtre qui avait mont hier, a chut
    cette nuit. Le pav tait fort glissant, j'ai failli chuter.
    Depuis quelques mois le sieur Damirond a beaucoup chut dans
    notre estime._ Terme suisse-roman.

  CIBARE, s. m. Marqueur  la cible, celui qui signale et marque les
    coups des tireurs. Terme suisse-roman.

  CIBE, s. f. Cible. _Tirer  la cibe; atteindre la cibe; cibe
    tournante._ Terme suisse-roman. Ce terme, venant de l'allemand
    _Scheibe_, nous pouvons affirmer que Cible est l'expression
    corrompue, et _cibe_ la vritable.

  CICLER, v. n. Voyez SICLER.

  CIGALE, s. f. La grosse sauterelle verte. Dans le patois limousin,
    _sigalo_ a le mme sens.

  CIGARRE (UNE). Ce mot, dont le genre a t longtemps douteux et
    l'orthographe incertaine, est aujourd'hui masculin, et s'crit
    avec un seul _r_, Cigare.

  CIGOUGNER, v. a. Voyez SIGOUGNER.

  CINTIME, adj. Mauvaise prononciation du mot Cinquime.

  CIR, adj. m. Se dit du pain qui est compacte et _diotu_ comme de
    la cire. _Pain cir_ est l'oppos de _pain bolant_.

  CISEAUX. _De bonnes ciseaux._ Ce mot est masculin.

  CITER, v. a. Rciter, conter, dire. _Citez-nous donc quelque
    chose; citez-nous un des charmants contes de Petit-Senn ou de
    Chaponnire. Demain, au Cercle littraire, on chantera, on fera
    de la musique et l'on citera._

  CITRONNELLE, s. f. Seringat. Sorte d'arbrisseau.

  CLFI, IE, adj. Plein, rempli de. _Un lit clfi de punaises; une
    tte clfie de poux._ Terme trivial. Dans le patois de l'Isre,
    _claffi_ se dit d'un arbre charg de fruits.

  CLAIRE, s. f. Terme de lingre. Rang de mailles uses et o le
    trou va se faire. _Refais tes claires avec soin, Georgette, si
    tu veux que tes bas n'aient jamais de trous._

  CLAIRETTE, s. f. Clarette. Petit vin blanc.

  [+] CLAIRINETTE, s. f. Clarinette. R. _clair_ (sons clairs).

  [+] CLAIRT, s. f. Clart. Terme vieux franais.

  [+] CLMEAU, s. m. Crachat trs-pais. _Faire un clmeau._
    Expression ignoble.

  CLARET, adj. _Vin claret._ Dites: Vin clairet.

  CLDAL, s. m. Porte  barreaux de bois ou de fer; fermeture d'un
    champ, d'un jardin, d'une cour; claydas, barrire. _Escalader un
    cldal._ En languedocien on dit: _Cldas_; en limousin et en
    provenal, _cldo_.

  CLDAR, s. m. Fermeture d'un champ, d'un jardin, d'une cour.
    _Ouvrir le cldar. Changer le cldar._ Terme vaudois, valaisan
    et neuchtelis. A Lyon, _cldar_ signifie: Claire voie. Voyez
    CLDAL, qui a le mme sens.

  CLEF, s. f. Mrelle. Jeu d'colier. _Faire une clef. Jouer  la
    clef._

  CLICLI-MOUCHETTE. Cligne-musette. Sorte de jeu trs-connu. _Jouer
     clicli-mouchette; faire  clicli-mouchette._ Terme vaudois et
    neuchtelois. _Mouchette_, en vieux franais, et _muchette_,
    dans les dialectes normand et picard, signifient: Cachette, et
    viennent de l'ancien verbe _musser_ (cacher).

  CLIE, s. f. Claie. _Rparer une clie._ Terme mridional et vieux
    franais.

  CLINER LES YEUX. Cligner les yeux, clignoter. _Son tic est de
    toujours cliner les yeux._ Terme vieux franais.

  [+] CLINQUAILLER, s. m. Quincaillier. R. _clinquant_.

  CLINQUETTE ( LA). Au point du jour. _Se lever  la clinquette._

  CLOCHE, s. f. _Est-ce la cloche de Monsieur ou celle de Madame que
    je viens d'entendre?_ Quand on parle des cloches d'un
    appartement, il faut se servir du mot Sonnette. [Voyez le
    _Recueil de mots franais_ de M. PAUTEX.]

  CLOCHE, s. f. Liseron ou clochette, plante.

  CLOCLO, s. m. Montre, petite horloge de poche. Terme badin. En
    languedocien: _Cloco_, coup de cloche; en allemand, _die
    Glocke_, la cloche.

  CLOPET, s. m. Petit somme, sieste, mridienne. _Faire un clopet._

  CLOPORTE (UNE). Ce mot est masculin: Un cloporte, sorte
    d'insecte. Quelques-uns disent: _Cloporte_; c'est un
    barbarisme.

  CLOUS, s. m. pl. Nous disons: _River les clous  quelqu'un_, pour
    dire: Lui rpondre fortement, vertement et de manire qu'il
    n'ait rien  rpliquer. _Qu'il y revienne seulement, et je
    saurai bien lui river ses clous._ L'Acadmie dit, avec le
    singulier: Lui river son clou.

  CLOUSSER, v. n. Glousser.

  CLUSSE, s. f. Poule qui a des poussins. _La courageuse clusse
    fora Mdor  battre en retraite._ Terme dauphinois. Dans le
    Jura et  Reims on dit: _Clousse_; dans le midi et en vieux
    franais, _clouque_: tous mots dont le son imite le cri
    habituel des poules qui couvent ou qui sont mres.

  COAILLE, COUAILLE, ou COULE, s. f. Cri aigu. _Ces petits
    enfants faisaient des couailles  nous rompre le tympan._ Dans
    le canton de Vaud on dit: _Couile_.

  COAILLER, COUAILLER, COUALER, ou COULER, v. n. Crier, pousser des
    cris aigus. Dans le dialecte du Berry, _coualer_ signifie:
    Pousser des cris semblables  ceux du corbeau.

  COTEUX, EUSE, adj. Voyez COITEUX.

  COCARD, adj. m. Voyez COQUARD.

  COCASSE, s. f. Voyez COQUASSE.

  COCHES, s. f. pl. Terme rural. Dbris de bl ou d'autres crales
    qui tombent du van quand il est secou alternativement sur l'un
    et l'autre genou. [P. G.]

  COCHON, s. m. Nuque du cou. _Avoir le cochon dcouvert._ Terme
    suisse-roman.

  COCHON, ONNE, adj. Sale, trs-sale. _Un enfant cochon. Avoir des
    mains cochonnes._ Ce mot n'est pas adjectif.

  COCHON DE MER, s. m. Terme suisse et savoisien. On dit en
    franais: Cochon d'Inde.

  COCHONNER (SE), v. pron. Se salir. En franais, Cochonner un
    ouvrage, c'est: Le faire grossirement et sans soin.

  COCO, s. m. Terme enfantin. OEuf. _Allons voir si ta jolie poule a
    fait son coco._ Terme usit en Normandie. _Coconnier_, en vieux
    franais, signifiait: Marchand d'oeufs.

  COCO, s. m. Homme simple, dadais, nigaud, niais. _Aprs
    l'tourderie que je viens de faire, me voil un joli coco. Le
    pauvre N** a t le coco de la farce._ Plus souvent ce mot se
    place drisoirement devant un nom propre d'homme. _Coco un tel,
    coco X**, coco Z**._ Dans le dialecte rouchi, _coco_ ou
    _cocosse_ signifient: Niais, imbcile.

  COCO, s. m. Dnomination amicale qu'on donne aux enfants. _Oui, tu
    es mon coco, tu es mon valet_, disent les bonnes et les mamans
     leur enfant qui se dsole. _Coco_ est aussi l'quivalent de
    Benjamin, enfant de prdilection. _L'an est le coco de la
    famille._ Franais populaire.

  COCOCHER (), ou  COCOCH, loc. adv. _Mettre un enfant 
    cococher_, c'est: Le porter sur le dos, jambe de, jambe del.
    En franais on dit:  califourchon. Les Gascons disent:
    _Mettre en croupe, porter en croupe_.

  [+] COCODRILLE, s. m. Crocodile. _Des larmes de cocodrille_,
    c'est--dire: Des larmes feintes. Terme parisien populaire et
    vieux franais.

  COCOLE, s. f. Enfant gt. Dans le dialecte rouchi, _cocole_ se
    dit de toute personne molle et nonchalante.

  COCOLER, v. a. Dorloter, choyer, traiter dlicatement. _Notre
    Auguste est un peu malade et je le cocole._ Dans le dialecte du
    Jura on dit: _Cocoter_, et en languedocien, _acocoula_. R.
    _coco_, terme d'amiti.

  COCOLER, v. n. Terme des campagnards. Bgayer.

  COCOLI, s. m. Celui qui bgaie. Onomatope remarquable.

  COCOMBRE, s. m. Concombre. _Salade aux cocombres._ Terme vaudois,
    neuchtelois et franais populaire. Dans l'vch de Ble et en
    vieux franais on dit: _Coucombre_.

  COCU, s. m. Terme des campagnards. Coucou, oiseau. En vieux
    franais, _cucu_.

  COCU, s. m. Coucou des prs, plante.

  COCUE, s. f. La grande cigu, fleur.

  COEUR, s. m. Nous disons: _Cela me tient  coeur_. L'Acadmie et
    les meilleurs crivains disent: Cela me tient au coeur.

  COEUR, adj. invar. Charmant, joli, mignon, adorable. Ne se dit que
    des jeunes enfants. _Cet enfant est coeur. Votre petite Adlade
    est coeur._

  COFFE, adj. et s. Sale, saligaud. En vieux franais, _gof_ ou
    _goffe_ signifie: 1 Mouill, tremp; 2 Mal fait, grossier,
    maussade.

  COGNER, v. a. Presser, serrer, fouler. _La salle tait pleine 
    regorge: nous y tions cogns jusqu' touffer._ En franais,
    Cogner signifie: Frapper, heurter, faire entrer  force au
    moyen d'un coin.

  COI, adj. fm. _Elle se tenait coi; elle restait coi._ Dites:
    Coite. Elle se tenait coite.

  COIFFAGE, s. m. Coiffure. _Toutes les danseuses avaient un
    coiffage simple, mais plein de got. Coiffage_ n'est pas
    franais.

  COIGNE, s. f. Cogne, hache.

  COIGNIER, s. m. Cognassier, arbre qui porte les coings. Le mot
    _coignier_ appartient au vieux franais.

  COIN (), loc. adv. En rserve. _Mettre  coin_, mettre en
    rserve, serrer. _Elle avait mis  coin quelques sous pour les
    cas d'ovaille._

  COINEAU, CONEAU, ou COINET, s. m. Sorte de planche brute,
    arrondie d'un ct et plate de l'autre. _Un cent de coineaux._
    Terme vaudois, comtois, etc. On dit en franais: Dosse.

  COIN-NE, s. f. Cri des petits enfants quand ils souffrent, ou
    qu'ils s'impatientent et font les mchants. _Faire des
    coin-nes._

  COIN-NER, v. n. Se dit des petits enfants et signifie: Crier,
    pleurer en grognant. _Sa fivre ourtillire le tourmentait, et
    il ne cessait pas de coin-ner._ Onomatope vidente. Dans le
    Jura, _coin-ner_ se dit du cri des petits cochons quand on les
    porte. A Lyon, _quiner_ veut dire: Crier d'un ton aigre; en
    Languedoc, _caner_.

  [+] COISSIN, s. m. Coussin. _Coissin_ appartient au vieux
    franais. Dans le Berry on dit: _Cuissin_.

  COTEUX, EUSE, adj. Qui a grande hte, qui se dpche beaucoup.
    Quand on parlait patois  Genve, on chantait une chanson dont
    le refrain tait: _Vo-z-tes tant coteux, Vo-z-tres amoireux_;
    c'est--dire: Vous avez tant de hte, vous tes si presss, vous
    autres amoureux. _Cote_ signifie: Hte; _ la cote_,  la
    hte. Ce terme, trs-connu de nos campagnards et de ceux du
    canton de Vaud, appartient au vieux franais. Dans le patois de
    l'Isre, _coeta_ veut dire: Empressement.

  COITRE ou COUATRE, s. f. Couette ou coite, lit de plume.

  COTRON, s. m. Petit limaon qui fait beaucoup de mal aux lgumes.
    Dans le canton de Vaud, on dit d'une personne trs-laide,
    qu'_elle est laide comme un cotron_.

  COTRON, s. m. Culot. Oiseau dernier clos d'une couve. _Tout le
    nid s'envola; mais nous attrapmes le cotron._ On le dit aussi
    de quelques quadrupdes.

  COL D'HABIT, s. m. Collet d'habit.

  [+] COLIDOR, s. m. Corridor. _Colidor troit, colidor sombre._
    Terme connu  Lyon,  Reims,  Nancy, etc. Le changement de
    l'_r_ en _l_ est trs-frquent.

  COLLARD, s. m. Carcan. Cercle de fer avec lequel on attachait par
    le _cou_  un poteau celui qui avait t condamn  cette peine.

  COLLECTER, v. n. Faire une collecte. _En 1840, le gouvernement de
    Genve permit de collecter pour les incendis de Sallanches._
    Terme clair et utile.

  COLLER QUELQU'UN. Le rfuter victorieusement, le mettre dans
    l'impossibilit de rpondre. Terme normand, etc.

  COLLIOT, adj. m. (_ll_ mouills.) Se dit: 1 D'un homme large
    d'paules, fort, vigoureux; 2 De celui qui est le coq de son
    village, c'est--dire, qui en est le plus riche et le plus
    considr.

  COLOGNE, s. f. Terme patois. Quenouille. A Reims et dans le vieux
    franais on dit: _Quelongne_.

  COLORER et COLORIER, v. a. On ne doit pas employer indistinctement
    ces deux verbes. Colorer se dit des couleurs naturelles: Un
    teint color; un visage color; le soleil colore les fruits.
    Colorier se dit des couleurs artificielles: Estampe colorie;
    images colories; ce peintre colorie mieux qu'il ne dessine.

  COMCLE ou COUMCLE, s. m. Crmaillre.

    J'esprais m'attabler et bfrer sans obstacle,
    Mais, hlas! rien n'tait plus froid que le _comcle_.

    [CH.]

  C'est--dire: Rien n'tait plus maigre, ni plus chtif que le
    repas qui nous fut servi. Dans le patois de l'Isre on dit:
    _Coumaclo_; dans le Jura, _coumacle_, et en Provence,
    _cumascle_.

  COMBE, s. f. Petite valle, pli de terrain, lieu bas entour de
    collines. L'Acadmie n'a pas enregistr ce mot, et Boiste dit
    qu'il est vieux. _Combe_ est, en effet, un mot trs-ancien, mais
    qui est fort usit en Suisse, en Savoie, en Franche-Comt, dans
    le Midi, et sans doute ailleurs.

  COMBIEN (LE)? Le quantime? _Le combien du mois tenons-nous? Le
    combien est-ce aujourd'hui? Le combien es-tu dans ton cole?_
    Dites: Quel quantime du mois avons-nous? Quel quantime est-ce
    aujourd'hui? Ou bien, dites: Quel est le quantime du mois? 
    quel quantime sommes-nous aujourd'hui? Le quantime es-tu dans
    ton cole?

  COMTE, s. f. Nous disons d'un homme ivre: _Il a sa comte_, par
    allusion  l'excellent vin de 1811.

  COMMAND, s. m. Nous disons d'un domestique qui est facile 
    diriger: _Il est de bon command_. En vieux franais, _command_
    signifie: Commandement.

  [+] COMME? adv. _Comme est-on chez vous, Blaise? Comme va-t-il
    chez ton pre, Fanchette?_ Cette expression appartient au vieux
    franais.

  [+] COMME, est employ pour que dans les phrases suivantes:
    _Votre garon n'est pas aussi grand comme le mien. Je n'ai pas
    autant d'ducation comme vous autres._

  COMME A. Cette locution adverbiale est employe inutilement dans
    la phrase suivante, et phrases analogues: _Notre bourgeois qui
    tait de trs-bonne humeur me dit comme a: Garcin, aimes-tu les
    figces?_ Franais populaire.

  COMME DE. _Comme de juste_ (comme cela est juste); _comme de vrai_
    (comme cela est vrai).

  COMMENCEMENT (DU), loc. adv. Au commencement, dans le premier
    temps, dans l'origine. _Nous allmes demeurer tout auprs de
    lui, et du commencement l'on se visitait._ Cette expression
    appartient  l'ancienne langue franaise.

  COMMISSION, s. f. Affaire, emplette. En Suisse et en Savoie, une
    dame qui sort pour vaquer  ses propres affaires, dit qu'_elle
    va faire ses commissions_. Terme impropre, puisque _commission_
    signifie: Charge, mandat, ordre donn  quelqu'un de faire telle
    ou telle chose.

  COMMUNAL, s. m. Terres communales, pturages communaux. _Sa vache
    paissait dans le communal._ Terme vieux franais, connu dans le
    Berry et ailleurs.

  COMMUNAUT, s. f. Manires et tons communs, grossiret de moeurs
    et de langage. _Quel accent! quel ton! quelle communaut! Ce Mr
    N*** est d'une communaut sans gale._

  COMMUNICATION, s. f. Nous appelons _communication de mariage_, ce
    qu'on appelle en France Billet de faire-part, ou simplement
    Billet de part. _Recevoir une communication de mariage.
    Envoyer une communication de mariage_, ou simplement: _Envoyer
    une communication; recevoir une communication_. Cependant on
    peut trs-bien dire: Mr X** m'a donn communication de son
    mariage, c'est--dire: M'a donn avis, m'a fait savoir qu'il
    allait se marier, ou qu'il venait de se marier.

  COMMUNIQUER UN MARIAGE. Au lieu de dire: _C'est lundi prochain que
    votre cousine communiquera son mariage_, dites: C'est vendredi
    prochain que votre cousine enverra ses billets de faire part.
    Mais la phrase suivante est trs-franaise: C'est  mon ancien
    prcepteur que je veux premirement communiquer mon mariage;
    c'est--dire: C'est  lui le premier que j'en veux communiquer
    la nouvelle. (Il n'est pas question ici de Lettres circulaires,
    ni de Billets de faire part.)

  [+] COMMUNS, s. m. pl. Latrines.

  [+] COMPANIE, s. f. Compagnie. _Viens-t'en, Jeannot, et tire ta
    casquette  la companie._

  COMPAGNONNE, s. f. Luronne, femme grande, forte et effronte. _Le
    jeune officier crut pouvoir tourner en ridicule l'accent
    tranard de la fille d'auberge: mais cette compagnonne le prit
    aux cheveux et le sigougna._

  COMPARAISSANCE, s. f. Comparution.

  COMPARITION, s. f. Comparution. _Je veux que tu ailles  ce bal,
    quand tu ne devrais y faire qu'une comparition._ Terme vieux
    franais.

  COMPTE, s. f., et COMPTIER, s. m. Ces mots s'crivent et se
    prononcent Compote et Compotier (_o_ bref). Ne dites donc
    pas comme plusieurs, en appuyant sur la deuxime syllabe:
    _Compte de Chambry; compte de poires et de coings_.

  COMPTE, s. m. _tre en compte  demi avec quelqu'un_, signifie:
    tre en socit d'intrt avec quelqu'un. Les dictionnaires
    disent: tre DE compte  demi avec quelqu'un.

  COMPTER, v. n. Nous disons d'une chose qui sort de ligne, d'une
    chose remarquable, considrable en son espce, excellente,
    qu'_elle compte au piquet_; expression un peu triviale, mais
    fort usite. _On nous servit un dner qui comptait au piquet.
    Notre petit vagabond recevra demain une saboule qui comptera au
    piquet._

  COMPTER, v. a. _Compter ses chemises_, se dit figurment et
    populairement d'un soulard, et signifie: Rendre le superflu des
    aliments, vomir.

  COMT (LA). _La comt de Neuchtel._ Ce mot, qui a t fminin
    jusqu' la fin du dix-septime sicle, est aujourd'hui masculin.

  CONCHE, s. f. Bassin de fontaine. _Tomber dans la conche. Vider la
    conche. Laver du linge dans la conche._ Terme savoisien,
    dauphinois, etc. Dans le patois du canton de Vaud, _contza_
    signifie: Bassin de pressoir. En provenal, _conquo_ veut dire:
    Abreuvoir. Nos bateliers appellent le lac _La grande conche, la
    conche_.

  CONCHON, s. m. Sorte de jeu de boule.

  CONDUITE, s. f. Manire sage d'agir, manire prudente et
    raisonnable de se gouverner. _Notre Josette est une fille de
    conduite. Ta blanchisseuse est une femme active et conome, une
    femme de conduite._ Dites: Une femme qui a de la conduite.

  CONFRENCE, s. f. Accessit, distinction accorde dans notre
    Collge  l'colier qui a beaucoup approch du prix. _Trois
    confrences sont d'ordinaire plus honorables qu'un prix._

  CONFRENT, s. m. colier qui a obtenu un accessit. _Il n'a pas le
    prix, mais il est confrent._

  CONFESSION, s. f. Prononciation vicieuse du mot Confection, sorte
    de mdicament. _Une prise de confession. Faire usage de
    confession._ Cette faute est dj signale dans le _Trait
    d'orthographe_ de Jean BARBE, Genve, 1701.

  CONFIRE, v. a. _Confire son argent_, signifie: Mnager ses cus,
    les choyer, les laisser sjourner dans le coffre-fort, comme on
    laisse sjourner au fond d'un bocal les fruits que l'on veut
    _confire_. Expression heureuse, connue en Dauphin, en
    Languedoc, et sans doute ailleurs.

  CONFISSEUR, s. m. Ancienne orthographe du mot Confiseur, lequel ne
    s'crit plus avec deux _s_.

  CONFIT, ITE, adj. Stupfait, baubi.

  CONFORON, s. m. Dans les villages catholiques du canton, ce mot
    signifie: Bannire d'glise (bannire qui est d'un rouge
    carlate). Figurment et proverbialement, _rouge comme un
    conforon_ est l'quivalent de Trs-rouge, extrmement rouge. _Il
    avait tant et tant couru, qu'il tait rouge comme un conforon._
    Ce terme, connu aussi en Savoie et dans le Jura, est une
    corruption des mots _gonfanon_ ou _gonfalon_, ancien tendard
    militaire.

  CONFUSIONNER, v. a. Rendre confus, couvrir de confusion. _Ses
    prvenances vont si loin que j'en suis presque confusionn._
    Terme franais populaire.

  CONGRGATION, s. f. Sermon de paraphrase. _Assister aux
    congrgations; suivre les congrgations. Les Congrgations du
    pasteur Cellrier ont paru en 1825, sous le titre d'Homlies._

  CONNAISSANCE, s. f. Nous disons: _tre en connaissance avec
    quelqu'un_, pour signifier: Avoir des relations avec quelqu'un.
    _Il y a dix ans que je suis en connaissance avec cette famille._
    Les dictionnaires ne donnent pas cette expression, dont l'emploi
    chez nous est journalier.

  CONNAISSANCE, s. f. _Avoir une connaissance_, terme consacr,
    signifie, dans le langage des ouvrires et des domestiques:
    Avoir une liaison d'amour. _La Rosalie a une connaissance_ (elle
    a un tenant, elle a un prtendant).

  CONNATRE (SE), v. pron. Se dit des moribonds et signifie: Avoir
    sa connaissance, conserver sa connaissance. _Ce malade s'est
    connu parfaitement jusqu'au dernier moment de sa vie._
    Expression mridionale, etc.

  CONNATRE (SE), verbe impersonnel. _Il se connat que tu as t
    chez l'Italien. Il se connat facilement que Monsieur est
    tranger._ Dites: On connat, on voit, il parat bien que, etc.
    Terme mridional.

  CONSCIENCE, s. f. Nous disons: _Se faire une conscience de... Je
    me fais une conscience de lui emprunter de l'argent, parce qu'il
    en refuse les intrts._ Dites en retranchant l'article: Je me
    fais conscience de lui emprunter, etc.; ou: Je me fais un cas de
    conscience de, etc.

  [+] CONSEILLER, v. a. _Je les conseille de partir. On les
    conseille d'tre prudents._ Il faut dire: Je LEUR conseille de
    partir. On LEUR conseille d'tre prudents.

  CONSENTIR  CE QUE, suivi d'un verbe au subjonctif. _Je consens 
    ce que tu ailles au cirque. Consentez-vous  ce que nous
    sortions dimanche? Je ne consens pas  ce qu'on vienne me
    dranger._ Dans ces divers exemples et les exemples analogues,
    il faut dire: Je consens que tu ailles. Consentez-vous que nous
    sortions? etc.

  [+] CONSENTU, UE, partic. Consenti, ie. _Ils y aviont consentu
    dans le principe. On y a tous consentu que la Fanchette et sa
    cauque de belle-soeur._ Cette expression, connue aussi dans
    plusieurs provinces de France, appartient au vieux franais.

  CONSQUENCE, s. f. Valeur d'une chose, prix d'une chose. _Notre
    excellente matresse m'a fait un legs de 2000 francs; si j'en
    suis satisfaite, c'est pour le sentiment, bien plus que pour la
    consquence._ Franais populaire.

  CONSQUENT, TE, adj. Ne signifie pas: Considrable, important.
    C'est donc une faute de dire: _Un gain consquent; une perte
    consquente. Il a hrit cent louis d'or: c'est consquent._
    Mais on peut dire, avec un habile crivain (DUCLOS): Une
    erreur consquente, pour signifier: Une erreur qui tire 
    consquence.

  [+] CONSINE, s. f. Consigne. _Forcer la consine; changer la
    consine._ CONSINER, v. a. Consigner. _Le capitaine fit consiner
    les deux sous-lieutenants._ Voyez nos mots COMPANIE, MANIFIQUE,
    SNIFIER, BNINE, CLINER les yeux, etc. Ces fautes sont une
    tradition de l'ancien franais.

  CONSULTE, s. f. Consultation. _Il y eut deux consultes le mme
    jour._ Terme franais populaire et vieux franais.

  CONSUM, s. m. Consomm, bouillon succulent.

  CONTINUE ( LA), loc. adv. Sans relche, sans interruption. _En
    1817, le temps fut froid et pluvieux  la continue._
    L'expression  la continue est franaise, mais dans un autre
    sens.

  CONTRE, prp. de temps. Vers. _Tu ne manqueras pas d'arriver 
    l'audience contre neuf heures. La Nancy aura ses vingt ans
    contre Nol. Le mariage se fera contre la vogue._

  CONTRE, adv. Ce mot peut, dans certains cas, tre employ comme
    adverbe; mais ce n'est pas dans les phrases suivantes ni dans
    les phrases analogues. _Fermez ce rideau: le soleil nous vient
    contre. Faites attention, s'il vous plat, vous me jiclez
    contre._

  CONTRE, prp. de lieu. Du ct de. _Je m'acheminais contre Nantua.
    La voiture allait contre Lausanne._

  CONTRE, adv. Dans le langage des campagnards, _Faire contre_,
    signifie: Nuire, faire tort, porter dommage. _Sois tranquille,
    Gaspard, je ne te ferai jamais contre._ Un paysan savoisien
    sortait du tribunal, o il avait perdu son procs contre un
    Genevois. Nous causmes et je tchai d'adoucir un peu son dpit.
    _N'en parlons plus_, me dit-il en finissant; _on sait bien que
    les Genevois ne se font jamais contre_.

  CONTRE FIN (), loc. adv. Dites: A fin contraire. _En agissant de
    la sorte, tu vas directement  contre fin. Nos plans, nos
    mesures, nos combinaisons, sont alles  contre fin._ Expression
    trs-rpandue.

  CONTRE-POIDS, s. m. Valet, poids qui pend avec une corde derrire
    la porte, pour faire quelle se ferme sans qu'on la touche.
    Contre-poids est franais, mais il n'a pas cette signification
    dans les dictionnaires.

  CONTRE-POINTE, s. f. Courte-pointe, couverture de lit pique.

  CONTRE-POINTIER, CONTRE-POINTIRE, subst. Mademoiselle Giraud
    tait _contre-pointire_. [J.-J. ROUSSEAU, _Confessions_, livre
    IV.] Terme suisse-roman, franais populaire et vieux franais.
    Aujourd'hui on dit: Courte-pointier, courte-pointire.

  CONTREVENTION, s. f. Contravention. _tre pris en contrevention._
    Terme franais populaire et vieux franais.

  CONTRIRES, s. f. pl. Gardes d'une serrure.

  CONVENIR, v. a. et n. Faire accord. _Qu'avez-vous convenu
    ensemble?--Nous avons convenu de partir dans quinze jours._
    Dites: De quoi tes-vous convenus ensemble?--Nous sommes
    convenus de partir dans quinze jours.

  CONVOI FUNBRE, s. m. _Vous tes pri par la famille de Mr N**
    d'assister  son convoi funbre qui aura lieu_, etc. Formule
    consacre chez nous et dans plusieurs villes du midi de la
    France. Au lieu de _convoi funbre_, dites: Enterrement, ou bien
    dites Convoi tout court, et sans y ajouter d'pithte.

  COPON, s. m. Sbile, grande cuelle de bois, destine  recevoir
    la pte que l'on porte au four. Le _copon_ avait jadis un second
    emploi: la plupart des marchands y tenaient l'argent de la vente
    journalire; et c'est de l qu'est venue cette expression
    proverbiale: _Mettre la main au copon_, laquelle signifie:
    Soustraire de l'argent  un patron.

  COPON, s. m. Employ au sens figur, ce mot est un terme de
    couturire. Il se dit d'un vtement mal coup ou d'une couture
    mal faite, qui occasionne un renflement dans l'toffe. _Le dos
    de ta robe va mal: il fait le copon du ct droit et tu as l'air
    bossue._

  COPONNER, v. n. Faire le _copon_. Voyez ce mot, no 2.

  COPONNIER, s. m. Dans l'ancienne langue genevoise, on appelait
    _coponnier_ l'ouvrier qui fabriquait la vaisselle de bois.

  COQ, s. m. (fig.) _ nous le coq_, est une expression proverbiale
    qui signifie:  nous la supriorit,  nous le fion,  nous le
    bouquet. _Pour les chanes de montres,  nous le coq. Pour
    accommoder une truite,  moi le coq,  moi le pompon._ Le coq
    du village est une expression franaise fort connue; mais
    celle-ci: _ nous le coq_, n'est pas dans les dictionnaires
    usuels.

  COQUARD, adj. masc. _tre  son point coquard, tre  son moment
    coquard_, signifient: tre  son maximum de bont, de beaut,
    d'excellence, de perfection. _Mangez vite cet oeuf, il est  son
    point coquard. Venez voir le Mont-Blanc, il est  son point
    coquard. Cueillez-moi ces pches, Franois, c'est l'instant
    coquard. Ta fille n'a point de dot, mais elle est jolie;
    dpche-toi de la marier pendant qu'elle est  son point
    coquard._ On voit par ces exemples: 1 Que notre mot _coquard_,
    inconnu  tous les dictionnaires et  tous les glossaires,
    appartient au style familier; 2 Qu'il n'a point de
    correspondant exact en franais. L'tymologie de ce singulier
    terme pourrait se chercher dans le vieux mot _coquardise_.
    [Voyez le _Glossaire roman_ de ROQUEFORT, et le _Dictionnaire
    wallon_ de DON FRANOIS.]

  COQUASSE, s. f. Signifie: 1 Femme ou fille ridicule; 2 Femme ou
    fille ivrogne. Dans l'ancien franais, _coquasse_ signifiait:
    Chaudron, coquemar, cruche, vase  vin. Voyez CAUQUE.

  COQUEMOLLE ou CROQUEMOLLE, s. f. Sorte d'amande dont la coque est
    facile  briser. Le mot franais est Amande princesse.

  COQUER, v. n. Terme d'colier. Frapper l'un contre l'autre deux
    oeufs cuits durs. _Qui veut coquer? Veux-tu coquer avec moi?_
    Dans le canton de Vaud on dit: _croquer_.

  COQUER, v. a. Enlever la coque. _Coquer des noix._

  COQUILLON, s. m. Boucle de cheveux. Dans le vieux franais,
    _coquillon_ signifiait: Petite coquille.

  CORAILLON ou COURAILLON, s. m. Trognon, coeur d'un fruit ou d'un
    lgume. _Coraillon de pomme, coraillon de poire, coraillon de
    chou, coraillon de salade._ Terme suisse-roman, savoisien et
    jurassien. A Lyon et dans le Berry on dit: _Curaille_. En vieux
    franais, _coraille_ signifiait: Coeur; _coraillon_
    signifiait: Petit coeur.

  CORBE, s. f. Fruit du sorbier domestique. Terme connu dans le
    Berry et sans doute ailleurs.

  CORBEILLE DE NOCE, s. f. _Prparer une corbeille de noce. Envoyer
    la corbeille de noce._ En franais on dit: La corbeille de
    mariage, ou simplement: La corbeille. [ACAD.] Notre ami
    Gremillet a dpens 400 francs pour la corbeille.

  CORDONNIER, s. m. Petit insecte rouge et noir, de l'ordre des
    Coloptres.

  CORIANDE, s. f. Coriandre, sorte de plante. En latin,
    _Coriandrum_.

  CORNER, v. a. Donner de la corne, frapper de la corne.
    _loignez-vous, mes enfants: cette vache corne; elle vous
    cornera._ Terme vaudois.

  CORNER, v. a. _Corner un chapeau_, c'est le dformer. _Maladroit,
    tu viens de corner l'aile de mon chapeau._

  CORNIOLE, s. f. Terme de Boucherie. OEsophage de l'animal, conduit
    par o les aliments descendent du gosier dans l'estomac. _Je te
    demandais de la viande et tu me donnes de la corniole!_ Terme
    mridional, etc. R. _corne_.

  CORPORANCE, s. f. _Grosse corporance; norme corporance._ Terme
    suisse-roman, franais populaire et vieux franais. Le mot
    vritable est Corpulence.

  CORPOR, E, adj. Membr. En vieux franais, _corporu_.

  CORPS, s. m. Dans plusieurs de nos villages, _tre corps_ se dit
    d'un mort non enterr. _Pendant que la Fanchon tait corps, son
    mari en guignait dj une autre._ Expression curieuse.

  CORS, E, adj. Se dit des personnes et signifie: Membru,
    vigoureux, solide, bien taill. Dans le vieux franais on disait
    _Corsu_, terme usit encore en Normandie.

  CORTI, s. m. Voyez COURTI.

  CORTIAUD, s. Voyez COURTIAUD.

  COSSU, s. m. Nous disons d'une chose belle, d'une chose riche,
    superbe, bien toffe: _C'est du cossu_. En franais, Cossu
    n'est pas substantif.

  COSSU, s. m. Nom que l'on donne  une maladie ou indisposition des
    vaches, qui leur fait enfler le pis et gne la sortie du lait.
    Ce mal leur vient le plus souvent aprs qu'elles ont vl. [P.
    G.]

  COSTI, s. m. Cautre, ulcre artificiel. Dans le canton de Vaud on
    dit: _Costic_, et en Languedoc, _coustic_.

  COTAPILE, s. f. Foule compacte. _C'tait une cotapile  y
    touffer. J'ai assez d'une pareille cotapile, et l'on ne m'y
    retrouvera pas. tre  la cotapile_, signifie: tre fort
    serrs, tre fort presss les uns contre les autres, de manire
     en avoir les _ctes piles_.

  COTAPILER, v. a. Presser, fouler, serrer. _L'assemble tait
    infiniment trop nombreuse: on y tait cotapil._

  CTES, s. f. pl. Cardes de bettes, cardes de poire. _Un plat de
    ctes. Plucher des ctes._ Terme languedocien.

  CTES, s. f. pl. Nous disons figurment et factieusement d'un
    homme bizarre, original, capricieux, qui ne fait rien comme les
    autres et ne peut se plier ni aux gots ni aux dsirs de
    personne: _Il a les ctes en long_. Locution provenale. Se dit
    aussi, mais plus rarement, d'un homme paresseux.

  COTON SANS FIL, s. m. Coton qui n'est pas fil, coton en bourre.

  COTONNE, s. f. Cotonnade, toffe de coton. _Cotonne quadrille._
    Terme suisse-roman.

  COTTE, s. f. Signifie: 1 tai, appui, soutien. _Mettre des cottes
     un pommier qui plie sous le poids des fruits. Mettre des
    cottes  une masure qui menace ruine. Cotte_ signifie: 2
    Cale, c'est--dire: Morceau de bois, de pierre, de carton, que
    l'on place sous un objet quelconque pour le mettre de niveau ou
    pour lui donner de l'assiette. _Ne voyez-vous pas que cette
    table remue? Mettez-y une cotte._ En Franche-Comt on dit:
    _Coute_.

  COTTER, v. a. Serrer, assujettir, fixer, caler, mettre une
    _cotte_. _Cotter une porte, cotter une fentre, cotter un
    contrevent qui bat. Voici la troisime fois que le vent fait
    tomber ce devant de chemine: cottez-le donc avec soin._ Dans un
    sens analogue, _cotter un lit_, signifie: Le border,
    c'est--dire: Mettre les bords de couverture sous le matelas.
    _Le lit tait mal cott: la couverture est tombe._ Terme
    suisse-roman, savoisien, mridional et vieux franais. On dit en
    Franche-Comt: _Couter_. Notre mot _cotter_ est le radical perdu
    des mots franais acoter (appuyer) et acotoir (appui).

  COTTER, v. n. S'arrter, hsiter en rcitant ou en dclamant. _Le
    jeune tudiant nous rcita toute la premire satire de Boileau
    sans cotter, sans cotter d'un seul mot. Notre ministre a fait un
    bien beau sermon: mais il a un peu cott._ Terme vaudois. A
    Neuchtel, _tre cotte, rester cotte_, signifie: Rester court,
    demeurer court.

  COTTER (SE), v. rc. Ne pas tomber d'accord sur une vente, sur un
    achat qui allaient tre faits; se tenir  trs-peu de chose. _On
    allait conclure le march, quand on s'est cott pour vingt
    francs. Cette magnifique campagne allait se vendre: on s'est
    cott pour une vtille_ (on s'est tenu  une vtille).

  COTTES, s. f. pl. Cotillons.

  COUAILLE et COUAILLER. Voyez COAILLE et COAILLER.

  COUALER, v. n. Crier comme les enfants. Voyez COAILLER.

  COUANNE, s. f. _Couanne de lard._ On crit Couenne de lard. Au
    sens figur, _couanne_ signifie: Grande salet, grande
    malpropret. _Va te cacher, caon, avec ta couanne; va laver ta
    couanne._ Couenne est franais, mais non pas dans cette
    acception.

  COUANNE, s. f. Force, vigueur, courage. _Avoir la couanne de_,
    signifie: Oser, avoir le courage de, avoir le coeur de. _As-tu
    la couanne de te battre? Lequel de vous quatre aurait la couanne
    de traverser le Rhne? Si tu as de la couanne, Marmilloud,
    fais-y voir._ Ce mot de _Couanne_ n'est autre chose que le mot
    franais Couenne pris dans un sens figur, sens que les
    dictionnaires ne mentionnent pas.

  COUANNEUX, EUSE, adj. Trs-sale, fort malpropre. _Enfant
    couanneux; mains couanneuses._ Dans ce sens on ne dit, en
    franais, ni _couanneux_, ni couenneux.

  COUTRE, s. m. Culot. Le dernier n d'une famille d'animaux, et
    principalement le dernier clos d'une couve. _Voil le coutre
    de nos poulets; voici le coutre de nos petits lards._ [P. G.]

  COUBLE (UNE). Une paire de chevaux de carrosse, une couple. Terme
    mridional. Selon M. Pierre GAUD, ce mot signifie aussi: Bande,
    troupe, remonte. _Une couble de chevaux suisses._

  COUCHER, v. a. _Coucher le poil  quelqu'un_, le flatter, le
    cajoler, l'endoctriner pour obtenir de lui une faveur, un
    bienfait, un avantage quelconque. Image tire des caresses qu'on
    fait aux chiens, aux chats, aux chevaux.

  COUCI-COU, loc. adv. _Et la sant, Monsieur
    Robert?--Couci-cou, ni bien ni mal, tolrablement._ On dit en
    franais: Couci-couci.

  COUDE, s. m. Nous disons figurment et proverbialement d'un homme
    intelligent qui comprend vite les choses et ne se laisse pas
    duper: _Il ne se mouche pas du coude_. Le Dictionnaire de
    l'Acadmie dit: Il ne se mouche pas du pied.

  COU DU PIED, s. m. Il faut dire: Cou-de-pied, puisqu'on disait
    anciennement: _Col de pied_. [Voyez les dictionnaires de Robert
    ESTIENNE et de COTGRAVE.] On disait de mme: _Col de bras_.

  COUESTE, s. f. Extrait d'absinthe.

  COUGNARDE, s. f. Compote de coings, cotignac, rsin. Terme
    vaudois et neuchtelois. Dans le Jura on dit: _Coignarde_. R.
    _coing_.

  COUGNE, s. f. Se dit d'une ou de plusieurs personnes qui, tant
    prises et serres dans une foule compacte d'o elles voudraient
    sortir, s'y dmnent, s'y agitent violemment en tout sens pour
    reculer ou pour avancer, pressant ainsi  leur tour et
    bousculant ceux qui les enveloppent. La _cougne_ est quelquefois
    un jeu entre coliers ou entre gamins. On dit alors: _Faire  la
    cougne_, ou, _Faire une cougne_, ou, _Faire la cougne_.

  COUGNER, v. a. Pousser vivement, presser fortement, pousser
    quelqu'un dans une encognure et l'y serrer. _Qui est-ce qui
    cougne? Ne cougnez donc pas! On s'est cougn sous le
    vestibule du Thtre, jusqu' y touffer._ Le verbe franais
    Cogner n'a pas ce sens. R. _cuneus_, coin.

  COUIN-NE, s. f. Voyez COIN-NE.

  COULERIE, s. f. Perte, ruine, droute. _Quelle coulerie! Quelle
    fameuse coulerie! C'est une coulerie complte._

  COULEURS, s. f. pl. Faons, sortes. _Dans la dispute, ils se sont
    insults et ils s'en sont dit de toutes les couleurs. Notre
    cadet devient chaque jour plus malin et il nous en fait de
    toutes les couleurs._

  COULEUSE, s. f. Buandire, femme charge du soin de couler la
    lessive.

  COULOUVRINE, s. f. Coulevrine, ancienne pice d'artillerie plus
    longue que les canons ordinaires. C'est du mot _coulevrine_ que
    s'est form celui de _Coulouvrenire_, vaste emplacement
    consacr  nos tirs.

  COUP DE CHALUMEAU, s. m. Soleil ardent, soleil donnant aplomb.
    Expression de nos milices. _Dis donc, Marcelin, quels coups de
    chalumeau on recevait hier  cette revue._

  COUP DE FROID, s. m. Coup d'air, refroidissement. _Prendre un coup
    de froid; avoir un coup de froid. Ce n'est pas une pleursie,
    c'est un trs-mauvais coup de froid._

  COUP DE PARTI, s. m. Coup de partie, coup qui dcide du gain de la
    partie, coup avantageux. _En achetant cette bicoque, il a fait
    un coup de parti._

  COUPE, s. f. Mesure de capacit pour les grains, laquelle quivaut
    environ  soixante-dix-sept litres. _La coupe de bl a cot, en
    avril 1847, quarante-deux francs._

  COUPEAUX, s. m. pl. Copeaux, clats de bois.

  COUPER, v. a. _Couper pique, couper trfle_, etc. Terme du jeu de
    cartes. Dites: Couper  pique, couper  trfle.

  COUPER, v. neutre. Se dit des couleurs, et signifie: Trancher,
    faire un contraste trop grand, n'tre pas assorti. _Le brun
    et le jaune coupent trop_, c'est--dire: Sont des couleurs trop
    tranchantes.

  COUPER LA CHIQUE. Terme trivial. Rabattre le caquet, couper le
    sifflet.

  COUPER, v. a. (fig.) Pour dire: Supplanter quelqu'un, lui enlever
    sa place, son poste, etc., nous disons figurment et
    proverbialement: _Lui couper l'herbe sous les pieds_. L'Acadmie
    dit: Lui couper l'herbe sous le pied. Les proverbes et
    locutions proverbiales quelconques doivent tre conserves
    intactes, ou elles cessent d'exister. Ils veulent nous couper
    l'herbe sous le pied, dit Voltaire, dans ses _Dialogues_, t.
    II, p. 186, dition de Baudouin frres.

  COUPEUR DE BOIS, s. m. Scieur de bois, fendeur de bois. Tout
    _coupeur de bois_, qui, au dbarquement d'une voiture, ne serait
    pas muni de ses outils, ne pourrait venir plus tard, prendre
    part au travail. [_Rglement de police_, 1850.]

  COUPILLE, s. f. Goupille, petite cheville de laiton ou d'autre
    mtal.

  COUPLE, s. m. _Un couple d'cus, un couple d'oeufs_, etc. Dites:
    Une couple d'cus, une couple d'oeufs; c'est--dire: Deux cus,
    deux oeufs, etc.

  COUPS, s. m. pl. _Faire les cent coups, faire les cent dix-neuf
    coups_, veut dire: Se porter  toutes sortes d'extravagances et
    d'excs. Franais populaire.

  COURANT, s. m. Terme de couturire. Coulisse. _Robe  courant._

  COURATIER, s. m. Voyez COURIATIER.

  COURBATURE, s. f. Lassitude douloureuse.

  COURBE, adj. des 2 genres. Courb, courbe. _Il marche tout
    courbe; elle se tient toute courbe._

  COURGERON, s. m. Potiron, sorte de lgume. _Peler des courgerons._
    Terme suisse-roman et savoisien.

  COURGE SAUVAGE, s. f. C'est le nom que nous donnons  une plante
    appele en franais Couleuvre ou Bryone. [P. G.]

  COURIATER, v. neutre. Courir, perdre son temps, vagabonder. Se dit
    surtout des jeunes garons et des jeunes filles. _ ,
    Franoise, o avez-vous t couriater, que vous rentrez si
    tard?--Couriater, Madame? Je me suis promene tranquillement
    avec mon amie._ Ce mot de _couriater_ n'a point d'quivalent
    exact en franais.

  COURIATERIE, s. f. Action de _couriater_.

  COURIATIER, IRE, ou COURATIER, IRE, s. et adj. Celui ou celle
    qui perd son temps en courses de plaisir inutiles. Se dit
    surtout des jeunes garons et des jeunes filles. Terme connu
    dans le Berry et sans doute ailleurs. En vieux franais,
    _couratier_ signifie: 1 Messager; 2 Courtier.

  COURT (). _Vous tiez  court d'argent; je suis  court de pommes
    de terre; elle est  court de fascines_, etc. Dites: Vous tiez
    court d'argent; je suis court de pommes de terre; elle est court
    de fascines. Dans ces exemples, Court est un adjectif
    invariable.

  COURTE-BCHE, s. f. Courte-paille. _Tirer  la courte-bche._
    Terme suisse-roman. Voyez BCHE.

  COURTI ou CORTI, s. m. Jardinet, petit jardin. Ce terme, qui
    appartient au vieux franais, est fort usit dans la Suisse
    romane et dans la moiti de la France.

  COURTIAUD, COURTIAUDE, s. et adj. Courtaud, courtaude; homme ou
    femme d'une taille ramasse et trapue. _Un petit courtiaud; un
    gros courtiaud; une courtiaude rjouie._ On dit quelquefois au
    fminin: _Courtiaule_.

  COUSINER, v. n. _Cousiner_ n'est pas un verbe neutre. On ne doit
    pas dire: _Cousiner avec quelqu'un; il cousine avec tous ceux de
    son village; les Vaudois, dit-on, cousinent beaucoup_.
    Cousiner est un verbe actif. On dira donc: Cousiner quelqu'un;
    il cousine tous ceux de son village; les Vaudois se cousinent
    beaucoup.

  COTE, s. f. Cot, dpense, frais.

  COUTEAU, s. m. (fig.) Rayon de miel.

  COUTEAU DE BOIS, s. m. Plioir, petit instrument fort connu, que
    nous appelons aussi, mais improprement, _couteau de papier_.
    Terme franais populaire.

  [+] COUTELAR, s. m. Coutelas. Dans le patois bressan on dit:
    _Cutelar_.

  COUTELER, v. a. Faire une blessure avec un couteau. _Se couteler_,
    v. rcip. S'charper. Terme vaudois.

  COTE QUI COTE. Expression rapide et concise qui signifie: 
    quelque prix que ce soit. _Cote qui cote, je veux en finir
    avec mon procs._ L'expression franaise est: Cote que cote.

  COTES, s. f. pl. _Vivre aux cotes de quelqu'un, tre sur les
    cotes de quelqu'un_, signifie: tre  la charge de quelqu'un,
    vivre  ses dpens. _Ce jeune homme est depuis deux ans sur les
    cotes de sa grand'mre._ On dirait, en franais: Ce jeune homme
    est depuis deux ans sur les crochets de sa grand'mre.

  COUTHIONS, s. m. pl. _Jouer aux couthions._ Ce jeu, fort en usage
    dans diverses communes du bassin de Genve, se joue entre filles
    et garons le jour de Pques, et quelquefois le lendemain. Il
    consiste  lancer des btons retordus et recourbs qu'on dirige
    contre une baguette appele _margale_. Celui qui s'est le plus
    loign de la margale, en jouant, perd quelque chose. Le jeu se
    termine  la nuit par un rgal, o l'on dpense l'argent qui a
    t perdu. [P. G.]

  COUTUME, s. f. Nous disons: _Avoir de coutume_, pour: Avoir
    coutume. _Nous avions de coutume d'aller ensemble aprs dner
    boire la demi-tasse._ Expression vieillie, qui a disparu des
    dictionnaires.

  COUTURE RENTRE. Terme de couturire. Rentraiture.

  COUVASSER, v. n. Se dit d'une poule qui cherche  couver.

  COUV, adj. masc. Ce que nous appelons _oeuf couv_ s'appelle en
    franais OEuf couvi, c'est--dire: OEuf  demi couv, oeuf
    gt.

  COUVERT, s. m. Couvercle. _Un pot et son couvert; une bote et son
    couvert._ Terme suisse-roman, franc-comtois et mridional.

  COUVERTE, s. f. Couverture. _La couverte du lit. Changer de
    couverte. Couverte de coton._ Au dix-septime sicle, les
    grammairiens franais attaquaient dj ce barbarisme, lequel
    cependant est rest vivace en France, en Suisse et en Savoie.

  COVET, s. m. Couvet, vase de fer-blanc ou de terre, dans lequel on
    tient de la braise allume, et dont quelques femmes se servent
    en guise de chaufferette. A Paris on dit populairement:
    _Couvot_. Ces mots viennent probablement du verbe Couver,
    parce que les femmes semblent, en quelque sorte, s'accroupir sur
    ce meuble, comme la poule sur ses oeufs.

  CRA, s. m. (_a_ bref.) Crasse attache  la peau de la tte d'un
    enfant. Terme vaudois.

  CRA (), loc. adv. Voyez  CRA.

  CRACHE, s. f. Salive.

  CRACHE, s. f. Trs-petite quantit. Ne s'emploie gure que dans
    cette expression: _Une crache de neige_.

  CRAINTE DE. De crainte de. _Crainte des gendarmes, les deux filous
    disparurent. Crainte des brigands, nos voyageurs prirent une
    escorte._ Dans le style familier, Crainte de peut se dire en
    parlant des choses: Crainte de malheur, crainte d'accident;
    mais il ne se dit jamais des personnes.

  CRAINTE DE. _Crainte de tomber, marchez doucement; crainte de vous
    garer, prenez un guide._ Ces phrases sont incorrectes; il faut
    ajouter la prposition, et dire: De crainte de tomber, de
    crainte de vous garer, etc.

  CRAINTE QUE. _Crainte qu'on ne nous drange, sortons d'ici.
    Crainte qu'il ne s'chappe, tiens-le bien._ Dites, avec la
    prposition: De crainte que, etc.

  CRAINTER, v. n. Terme rural. Se dit principalement du raisin et
    signifie: Rester petit. _Les raisins ont craint_ (ils n'ont pu
    acqurir leur grosseur accoutume).

  CRAINTER, v. n. Terme rural. Secouer avec vitesse le van sur l'un
    et l'autre genou pour en faire sortir les pis et les mauvais
    grains. [P. G.]

  CRAMARINS, s. m. pl. Terme des campagnards. Groseilles rouges.

  CRAMOISIN ou CARMOISIN, s. m. La grosse blanquette, sorte de
    poire. Nous disons aussi adjectivement: _Une poire cramoisin_.
    Dans le dialecte languedocien, _cramoisin_ et _cramoisien_
    signifient: Cramoisi.

  CRAMPON, s. m. Ne dites pas: _Le crampon d'une boucle_, mais
    L'ardillon d'une boucle. [P. G.]

  CRAPAUD, s. m. (fig.) Terme injurieux qui quivaut : Polisson,
    mauvais drle. En franais, Crapaud, vilain crapaud, se disent
    d'un homme trs-disgraci de la nature. [_Dictionnaire_ de
    BESCHERELLE.]

  CRPE, s. f. Celle qui mne une vie dissolue. De ce mot peuvent
    driver les mots Crapule et Crapuleux.

  CRAQUER, v. n. Nous disons: _Les dents lui craquent_. On dit en
    franais: Les dents lui claquent.

  CRASANE, s. f. Sorte de poire d'hiver. _De bonnes crasanes. Une
    livre de poires crasanes._ C'est l'orthographe du dictionnaire
    de Trvoux. Mais GATTEL, BOISTE, NOL ET CHAPSAL, BESCHERELLE,
    et Mr PAUTEX, dans son _Vocabulaire_, crivent: _Crassane_;
    l'Acadmie franaise prfre _Cresane_;  Reims,  Gap et
    ailleurs, on dit: _Cressane_; le peuple de Paris prononce
    _Creusane_. Voil, certes, de quoi choisir.

  CRASE, s. f. Berge, falaise, rive escarpe. _Les crases de l'Arve,
    au-dessus de Champel._

  CRASET, ETTE, s. Se dit d'une personne petite, maigre et chtive.
    _Viens-y, craset, viens, que je te giffle. Mettez bien vite  la
    raison ce craset._ Terme vaudois.

  CRASSER, v. a. Encrasser. _Crasser ses habits._

  CRASSERIE, s. f. Ladrerie, mesquinerie, avarice sordide. Terme
    franais populaire.

  CRENELLE, s. f. Crcelle, moulinet de bois qui fait un bruit
    aigre. [P. G.]

  CRENET, s. m. Oiseau dont J.-J. Rousseau parle dans l'_Hlose_.
    BOISTE et le _Complment du dictionnaire de l'_ACADMIE disent:
    _Crenel_, et Mr BESCHERELLE a copi cette faute. Le terme
    vritable est Courlieu.

  CREPETONS (), loc. adv.  croupetons, c'est--dire: En
    s'accroupissant. _Se mettre  crepetons._ Terme jurassien. A
    Neuchtel on dit: _ crepotons_; dans une partie de la Lorraine
    on dit: _ cripotons_. Voyez CROPETONS.

  CRPISSAGE, s. m. Crpissure, crpi. _Ce mur aurait grand besoin
    d'un crpissage._ Terme suisse-roman et mridional.

  CRESOLETTE, CREUSELIETTE, ou COURSELIETTE, s. f. Tire-lire,
    laquelle est quelquefois une botte en fer-blanc, et quelquefois
    un sac, que l'on prsente  l'glise en faisant la qute.
    _Mettre  la cresolette._ Dans le canton de Vaud on appelle
    _crusille_, la bote ou tronc destin aux aumnes dans le
    temple.

  CREST ou CRT, s. m. Cime d'un coteau, mamelon, minence de terre
    dans une plaine. _Les crts du Grand-Saconnex. Le Crt de Jussy.
    Les Hauts-Crts_, dans la commune de Vandoeuvres. Terme
    suisse-roman, savoisien et franc-comtois. R. _crista_, crte.

  [+] CRTIQUE, s. fm. Critique, blme.

  CRTIQUEUR, s. m. Critiqueur.

  CREUX (LE). Sorte de jeu d'enfant. _Jouer au creux._ On dit en
    franais: Jouer  la fossette.

  CREVAISON, s. f. Ne se dit que des animaux, et signifie: tat de
    dprissement, tat de maladie mortelle. Les enfants disent d'un
    oiseau qui a la ppie et qui va mourir: _Il a la pipi, la mimi,
    la crevaison_. Dans le Berry on dit populairement d'une personne
    qui vient de mourir: _Elle a fait sa crevaison_; et dans le
    langage parisien, _elle a fait sa crevation_.

  CRVEMENT DE COEUR, s. m. Crve-coeur, grand dplaisir, grande
    mortification mle d'un certain dpit. _Ce fut un crvement de
    coeur pour notre tienne d'aller aux Promotions sans y recevoir
    de prix._

  CREVER, v. n. Nous croyons parler correctement, quand nous disons
    d'un chien, d'un chat, d'un boeuf, etc., qu'_ils ont crev_,
    pour signifier qu'ils ont cess de vivre. Il faut dire: Ils sont
    morts, ou, Ils ont pri. Quarante vaches prirent dans les
    neiges du Bon-Homme. Le pauvre canari mourut de faim. Les
    moutons du fermier moururent de la clavele. On trouve dans le
    dictionnaire de l'Acadmie: Le poison fait _crever_ les rats;
    mais cet exemple ne prouve rien contre ce qui vient d'tre
    avanc. Voyez tous les dictionnaires.

  CREVOTANT, ANTE, adj. Se dit des personnes et des choses et
    signifie: Malade, fort malade, prs de finir. _Un feu crevotant;
    une lampe crevotante. Je trouvai la pauvre mre Trapelle toute
    crevotante._ Appliqu aux personnes, ce terme appartient au
    style badin ou au style trivial. _Eh bien, l'ami Tronchet,
    comment va ce te sant depuis deux mois?--Hlas! c'est toujours
    le catarrhe, toujours la goutte, toujours l'estomac qui digre
    mal: je suis tout crevotant._

  CREVOTER, v. n. Se dit des choses et des personnes, et signifie:
    tre prs de finir, tre sur le point de mourir. _La chandelle
    vient de s'teindre, et tu laisses ton lumignon crevoter!_

  CREZENET, s. m. Petite tomme ou fromage que les fruitiers se font
    dans les laiteries avec les gouttures de lait qui restent dans
    le couloir. [P. G.]

  CRIBLETTE ou QUIBLETTE, s. f. Cresserelle, espce de faucon.

  CRIE, s. f. Crierie, gronderie. _Faire une crie. Il nous faisait
    des cries  pouvanter les voisins._

  CRIER, v. a. Rprimander en levant la voix, gronder. _Crier ses
    domestiques; crier ses enfants. J'ai t crie tout le jour._
    Terme mridional. Le verbe Crier, pris dans cette acception,
    est neutre, et l'on doit dire: Crier aprs quelqu'un; il ne
    cesse de crier aprs ses enfants. Dans le canton de Vaud,
    _crier quelqu'un_, signifie: L'appeler.

  [+] CRINCAILLER, s. m. Quincaillier.

  CRIQUET, s. m. Crcelle, moulinet de bois trs-bruyant.

  CRIQUET, ETTE, adj. troit, trop troit, triqu. _Un bonnet
    criquet._

  CROCHER, v. a. Agrafer, attacher avec une agrafe. _Crochez-lui sa
    robe, crochez-moi mon manteau._ Terme suisse-roman. Nous disons
    dans un sens analogue: _Crocher un contrevent_, c'est--dire: Le
    fixer au moyen d'un crochet.

  CROCHET, s. m. (fig.) Croc. _L'affaire est au crochet; le procs
    est au crochet; l'ouvrage est au crochet._ Dites: L'affaire est
    au croc (elle est suspendue, interrompue); le procs est au
    croc, etc.

  CROCHETER, v. a. Agrafer, attacher avec une agrafe. Terme
    mridional.

  CROCHON, s. m. Grignon, entamure de pain, morceau de l'entamure du
    ct le plus cuit. _Un joli crochon; un gros crochon;
    s'emparer du crochon._ Terme suisse-roman et savoisien. En
    languedocien, on dit: _Crouchon_; en patois lorrain, _croche_; 
    Marseille, _corchon_.

  CROCHONNER, v. a. Couper la crote autour du pain. Nous appelons
    _pain crochonn_, un pain fait  cornes pour en multiplier les
    grignons ou _crochons_. Les Languedociens disent: _Pain
    crouchonn_.

  CROCODILLE, s. m. (_ll_ mouills.) crivez et prononcez, avec un
    seul _l_, Crocodile.

  CROIRE, v. a. Nous disons proverbialement et familirement  une
    personne que nous voyons ajouter une foi aveugle  des rcits
    invraisemblables ou absurdes: _Croyez cela et buvez de l'eau_
    (_buvez de l'eau_ pour mieux digrer de semblables contes).

  CROIRE DE. _Je croyais d'arriver le premier. Il croyait de ne pas
    se tromper. Nous avions cru d'tre fouills  la douane._
    Retranchez le _de_ et dites: Je croyais arriver le premier. Il
    croyait ne pas se tromper. Nous avions cru tre fouills  la
    douane.

  CROIRE (S'EN), v. pron. S'en faire accroire, s'enorgueillir, tre
    fier. _Tu t'en crois bien, Pierre, avec ton chapeau neuf. Voyez
    comme ces gamins de huit ans s'en croient avec leur cigarette 
    la bouche._

  CROISON, s. m. Pomme sauvage. Dans le Berry on dit: _Croix_.

  CROIZONNIER, s. m. Pommier sauvage. Dans le Berry on dit:
    _Croizier_.

  CROISSANT, s. m. Se dit des enfants et des adolescents, et
    signifie: Croissance, augmentation en grandeur. _Avoir le
    croissant; souffrir du croissant._

  CROPETONS (), loc. adv.  croupetons, en s'accroupissant, 
    genoux replis.

  CROQUEMOLLE, s. f. Sorte d'amande. Voyez COQUEMOLLE.

  CROSSE, s. f. Bquille. _Marcher avec des crosses._ Terme
    suisse-roman, savoisien et mridional. Proverbialement: _Un
    boiteux ne peut se servir que de ses crosses_; signifie: Nul ne
    peut employer que les ressources, grandes ou petites, qu'il
    possde.

  CROTON, s. m. Cachot, prison obscure et enfonce. _tre mis au
    croton; passer la nuit au croton._ Terme suisse-roman, savoisien
    et mridional. Ce mot vient du vieux mot franais _crote_,
    lequel signifiait: Un creux, un caveau, une grotte. A Genve, ce
    qu'on appelle aujourd'hui la Grotte aux Archives, s'appelait
    autrefois _la Crotte aux Archives_. Dans le Berry, _crot_ veut
    dire: Un creux, un trou, et _crotter_, v. a., signifie: Creuser,
    faire un trou. Enfin, dans le dialecte provenal, on appelle
    _crotto_ un local souterrain pour tenir le vin.

  CROTU, TUE, adj. Marqu de petite vrole, grl. Expression trs
    usite, et que J.-J. Rousseau a introduite dans sa _Nouvelle
    Hlose_: Veux-tu que je coure baiser un visage noir et
    _crotu_? [IVe partie, lettre 8e.] _Crot_, dans le vieux
    franais, signifie: Creux, fossette.

  CROUILLE, adj. Voyez CROU-YE.

  CROUSTILLEUX, EUSE, adj. En Suisse, nous donnons  cet adjectif
    une signification qu'il n'a point dans les dictionnaires; nous
    disons, par exemple, d'une affaire dlicate, pineuse,
    embarrassante, qu'elle est _croustilleuse_. _Voil qui est
    difficile et croustilleux._ Croustilleux signifie: Plaisant,
    leste, libre, graveleux, licencieux. Anecdote croustilleuse;
    conte croustilleux.

  CROUSTILLON, s. m. Croustille, petite crote de pain. _Ces
    messieurs voudraient-ils boucher par un croustillon?_

  CROTE AU BEURRE, s. f. Tartine de beurre, tranche de pain
    recouverte de beurre. Nous disons dans le mme sens: _Crote au
    miel, crote  la drche, crote aux confitures, crote dore_.
    Terme suisse-roman.

  CROTION, s. f. Morceau de pain mordu, rong, et laiss sur la
    table aprs le repas; vieux reste de pain sec. _Ne jetez pas ces
    crotions; ayez soin de ces crotions. Si Madame exige que je
    fasse de la soupe avec ces crotions, ce n'est pas moi qui en
    mangerai._ Le mot franais Croton n'est point l'quivalent de
    notre mot _crotion_. Au sens figur, nous disons quelquefois
    d'un chenapan: _C'est un crotion d'homme_; et d'un mauvais
    dn: _C'est un crotion de dn_.

  CROU-YE ou CROUILLE, adj. Mauvais, grossier, gt, en mauvais
    tat. Se dit des personnes et des choses. _Une crou-ye
    marchandise; un crou-ye habit; un crou-ye djeun; une crou-ye
    auberge. Michel Godineau est un crou-ye sujet, mais son fils est
    plus crou-ye encore._ Terme suisse-roman. _Crou-ye_ s'emploie
    aussi dans le sens de: Chtif, malade, malingre, souffreteux,
    cacochyme. _Oui, Madelon, je suis bien crou-ye aujourd'hui.
    Notre cousin Godefroi n'est pas des plus vigoureux, mais il
    n'est pas des plus crou-yes._

  CROU-YERIE, s. f. Objet de nulle valeur.

  CR, s. m. Crue, croissance. _Faire son cr._ Se dit des animaux
    et de l'homme. _Voil un beau poulain qui aura bientt fait tout
    son cr._ Terme vieux franais.

  CRUE, adj. fm. crue. _Toile crue_, toile qui n'a pas t
    blanchie. _Soie crue_, soie qui n'a pas t mise  l'eau
    bouillante. Terme dauphinois, etc.

  CRULLION, s. m. (_ll_ mouills.) Fer pour attiser le feu, fourgon.
    [P. G.] Dans le canton de Vaud on dit: _Crullion_ et
    _crouillon_.

  CUARD, s. m. Terme de boucherie. Cimier, filet, pice de boeuf
    charnue, prise sur le quartier de derrire.

  CUCHET, s. m. Terme rural. Veillotte, petit tas de foin qu'on
    forme sur les prs. _Mettre le foin en cuchets. tendre les
    cuchets; s'battre sur les cuchets._ Terme vaudois. Dans le
    vieux franais, _cuche_ veut dire: Tas de foin, meule de paille.
    En provenal, _cucha_, mettre les gerbes en tas.

  CUEILLER ou CUEILLRE, s. f. Orthographe et prononciation
    vicieuses des mots Cuiller et Cuillre, qui sont tous deux
    franais et se prononcent tous deux _kuillre_.

  CUEILLIR, v. a. Beaucoup de personnes prononcent _ku-llir_ (_ll_
    mouills), au lieu de _keu-llir_. Plusieurs personnes aussi
    disent au futur: _Je cueillirai, tu cueilliras_, etc., au lieu
    de: Je cueillErai, tu cueillEras, etc. Cette forme, _je
    cueillirai_, appartient  l'ancienne langue franaise.

  CUEILLIR, v. a. (fig.) _Cueillir du linge_, signifie: Ramasser du
    linge. _Cueillir les thmes des coliers_, signifie: Les
    recueillir, les rassembler.

  CUEILLIR, v. a. (fig.) Gagner. _Cueillir un mal. Cueillir la
    petite vrole. La coqueluche se cueille._

  CUER ou COUER, s. m. (Faites sonner l'_r_.) Cuir, peau. _Entre
    cuer et chair._ Terme vieux franais.

  CUIRE, v. a. et n. _Votre lait va cuire, Colette; votre lait cuit
    dj._ Dites: Votre lait va bouillir; votre lait bout dj.

  CUISON, s. f. Action de cuire ou de faire cuire. _La cuison du
    pain, la cuison de la viande. La cuison que fait prouver une
    plaie._ Le mot franais est Cuisson.

  CUISSE-DAME, s. f. Cuisse-madame, sorte de poire.

  CUIT, partic. masc. _Beurre cuit. Accommoder avec du beurre cuit.
    Toupines de beurre cuit._ On dit en franais: Beurre fondu.

  CUIT, CUITE, adj. Pourri. _Du bois cuit._

  CUITE, s. f. Terme de laiterie. Recuite, petit-lait recuit,
    dernire qualit de petit-lait, c'est--dire, celui qui reste
    aprs qu'on en a fait le _sret_. _La cuite sert  engraisser
    les cochons._ Terme vaudois.

  CUITE, s. f. tat d'ivresse. _Il a sa cuite_ (il est sol).

  CULOT, s. m. (fig.) _tre culot_, terme du jeu de billard,
    signifie: tre infrieur  son adversaire, avoir moins de points
    que lui. Cette expression, qui est sans doute connue ailleurs,
    n'est pas consigne dans les dictionnaires.

  CULOTTE, s. f. (fig.) Gronderie, mercuriale, rprimande. _Donner
    une culotte; recevoir une culotte. Un tel a eu sa culotte._

  CULOTTES, s. f. pl. _Dans sa chute, ses culottes furent dchires.
    Il avait mis ce jour-l ses culottes du dimanche._ Dites: Sa
    culotte, et n'employez le pluriel que lorsque vous parlez de
    deux ou de plusieurs culottes.

  CUPESSE, s. f. Culbute, saut que l'on fait en mettant la tte en
    bas et les jambes en l'air. _Quand nos jeunes coliers apprirent
    qu'ils avaient cong, ils firent des cupesses de joie._ Terme
    suisse-roman et savoisien. _En cupesse_, locution adverbiale,
    signifie: Sens dessus dessous,  la culbute. _Mettre en cupesse_
    (bouleverser). _On dmnageait; tout tait en cupesse dans la
    maison._

  CUPESSER, v. n. Tomber, faire une chute lgre, se renverser. Se
    dit des personnes et des choses. _La table o il crivait
    cupessa. En voulant monter sur l'chelle, je cupessai._ Ce terme
    appartient au style le plus familier. Employ figurment, il
    signifie: Faire faillite. _La maison X., Y. et Cie vient de
    cupesser._ Quelquefois ce verbe s'emploie  l'actif. _Philibert
    se mit en rage et cupessa tout._

  CUPLAT ou CUL-PLAT, s. m. Chute sur le derrire, casse-cul. _Faire
    un cuplat. Les patineurs novices sont exposs  de continuels
    cuplats._

  CURAFIFI, s. m. Vidangeur, gadouard, matre des basses-oeuvres,
    nettoyeur de latrines. Terme connu dans le canton de Vaud. En
    Dauphin et en Provence, on appelle les gens de cette profession
    _cure-privs_, et en Languedoc, _matres fifi_. [Voyez VILLA,
    _Nouveaux Gasconismes corrigs_, t. 1, p. 232.] R. _Fi! Fi!_

  CURE. Ce mot ne s'emploie que dans l'expression _faire cure_, qui
    se dit dans certains jeux, quand on ne fait aucun point, ou
    qu'on perd tout ce qu'on met sur jeu. C'est l'quivalent de:
    _tre  sec, mettre  sec_. [P. G.]

  CURER, v. a. _Curer un poisson_, le vider. _Curer une volaille_,
    l'effondrer, c'est--dire, en ter la poche, le gsier et la
    tripaille. _Curer des pommes_, c'est: Les cerner avec la pointe
    d'un couteau. Expressions mridionales.

  CUSIN, s. m. Cousin, insecte.

  CUTTRER ou CUTURER et COUTURER, v. a. Terme d'agriculture. Houer,
    labourer  la houe. _Cuttrer des pommes de terre._ En vieux
    franais, on disait: _Culturer_.

  CUVET, s. m. Nous appelons _char  cuvets_, ce qu'on nomme en
    franais: Chariot  hches.

  CYTISE, s. f. _De la cytise en fleur._ Ce mot est masculin.


D

  D. Les campagnards ajoutent un _d_ euphonique ou nergique dans
    une foule d'expressions trs-familires. Ils disent, par
    exemple: _Aller d' quatre; mettre d' coin; monter d'
    reculons; faire une chose d'acachette_ (en cachette); _tomber
    d'abouchon. Nous sommes de cousin avec Jean-Glaude. J'tais
    d'assis. Je vous ferai un mur bien soign_, me disait un maon,
    _je tiendrai les pierres bien d'gal_. Voyez les mots ACACHONS,
    D'AVAU, DOBLIG et DTER.

  D, s. m. Terme enfantin qui quivaut : Merci, je te remercie.
    _Dis d, ma petite; il faut dire d. D, ma nainnain._

  DADA, s. m. Nourricier, mari de la nourrice.

  DADERIDOU, s. m. Dadais. Voyez le mot suivant.

  DDOU, s. m. Dadais, nigaud, bltre. _Grand ddou, cesseras-tu
    une fois de faire crier cet enfant?_ Terme suisse-roman et
    savoisien.

  DAGUER, v. n. Pester, enrager. _Voyez comme il bisque! Voyez comme
    il dague!_ Terme trivial.

  DAILLE, s. f. Faux, instrument pour faucher. _Piquer une daille._
    Terme mridional et vieux franais.

  DAM, s. m. (Prononcez _dan_.) _C'est ton dam, c'est bien ton dam_,
    se dit  une personne qui semble avoir mrit le mcompte, le
    dsagrment, la msaventure qui lui arrive. _Tu t'es coupe,
    Jenny, et c'est bien ton dam: on t'avait dfendu de jamais
    toucher un canif. J'ai t tromp par Guichardin, et c'est bien
    mon dam: j'y avais t pris dj deux fois._ Ce terme, qui
    appartient au vieux franais, est d'un emploi journalier chez
    nous. R. _damnum_.

  DANDINE, s. f. Vole de coups, rosse. _Administrer une dandine._
    Franais populaire.

  D' PLOMB, loc. adv. _Le soleil donnait d' plomb; le soleil
    tombait d' plomb sur nos ttes._ Dites: Donnait  plomb;
    tombait  plomb.

  DARBON ou ZARBON, s. m. Nos campagnards dsignent par ce mot
    tantt le mle de la taupe, tantt le campagnol ou rat des
    champs. Terme savoisien, dauphinois et provenal. _Darbounre_,
    s. f. Taupinire. _Edarbogni_, v. a., signifie dans le patois
    vaudois: tendre la terre qui a t souleve par la taupe.

  [+] DARDE ou DAIRDE, s. f. Dartre.

  [+] DARNIER, adj., adv. et prpos. Voyez DERNIER.

  DARTE, s. f. Dartre, maladie de peau. _Darte rentre; darte
    farineuse._ Franais populaire.

  DAUBER, v. a. Duper, tromper, flouer. _Pauvre nigaud, on t'a daub
    et on te daubera encore._ En franais: Dauber signifie: 1
    Battre  coups de poing; 2 Railler, injurier. [ACAD.]

  DAUDER, v. n. Mot patois. Donner de la corne, frapper de la corne.
    _loignez-vous, cette vache daude._

  DAUDINE, s. f. Rosse, vole de coups.

  DAVANTAGE DE. _Tu as eu davantage de peine, tu auras aussi
    davantage d'argent._ Dans cette phrase et dans les analogues,
    employez l'adverbe plus, et dites: Tu as eu plus de peine, tu
    auras aussi plus d'argent.

  D'AVAU, adv. L-bas, plus loin en descendant. Terme patois et
    vieux franais. R. _vau_ ou _val_.

  DE, prp. Dans les phrases suivantes et phrases analogues, on doit
    retrancher la prposition _de_. _Il m'en a fait de cadeau. Cela
    ne fait de rien. Tu ne risques de rien sur ce bateau. Reprends
    ton couteau, je n'en ai plus de besoin_ (expression, au reste,
    qui tait encore franaise au milieu du dix-huitime sicle). _A
    quoi bon de se tourmenter? A quoi bon de lire tant de journaux?
    Il fait bon de s'asseoir. Il fait bon de boire frais en t._
    Voyez FAIRE, no 5.

  DE, prp. Les phrases suivantes offrent une syntaxe remarquable,
    quoiqu'elles appartiennent au langage populaire. _Je n'ai rien
    dit qui ne soit de dire; je n'ai rien fait qui ne soit de
    faire_, etc.; c'est--dire: Qui ne puisse se dire, qui ne puisse
    se faire.

  DBAGAGER, v. n. Plier bagage, dmnager brusquement, dcamper.
    _Ils dbagagrent de nuit et emportrent tout le bataclan._
    Terme suisse-roman, savoisien et franais populaire.

  DBARRAS, s. m. Nous appelons _chambre de dbarras_ un petit local
    o l'on serre les meubles, les ustensiles, et les vtements qui
    ne sont pas d'un usage ordinaire, ou qui causent quelque
    embarras. Nos _chambres de dbarras_ s'appellent en franais:
    Dcharge, pice de dcharge.

  DBARRASSE, s. f. Dbarras, dlivrance de ce qui embarrassait.
    _Les voil partis! quelle dbarrasse!_

  DBIGOCH, E, adj. Se dit des personnes et des choses, et
    signifie: 1 Disloqu, dtraqu, gt, endommag; 2 Malingre,
    sans entrain, lche, dbiff. _Une poupe dbigoche. Quand il
    veut pleuvoir, disait Mme N***, je me sens toute dbigoche._
    Dans le patois languedocien, _dbigoussat_ signifie: Contrefait,
    tortu. [Voyez le _Dictionnaire patois_ de M. l'abb Gary.
    Castres, 1845.]

  DBITE, s. f. Dbit, vente. _Cette marchandise n'a pas de dbite._
    Terme vieux franais.

  DBITER, v. a. et n. Il se dit de certains oiseaux qui abandonnent
    pour toujours leur nid, quand on va les inquiter pour voir
    leurs oeufs ou leurs petits. C'est le propre des corbeaux, des
    geais, des pies-griches, etc. [P. G.]

  DBLOTTER, v. a. Rciter fort vite, dbiter vivement. _Dblotter
    un discours; dblotter des injures. Il nous dblotta en moins de
    rien toute son histoire._ Terme suisse-roman. _Dblotter_
    signifie aussi: Manger avidement. _Dblotter un pain; dblotter
    un poulet._ La signification primitive de ce mot est: ter les
    jeunes pousses d'un arbrisseau; ter la premire enveloppe de
    certains fruits. _La chvre a dblott toute la haie.
    Dblotte-moi ces branches de noisetier_, etc. Expression
    familire  nos campagnards et  ceux du canton de Vaud. Quant 
    l'ide qui domine dans ces diverses significations et qui les
    lie entre elles, c'est videmment l'ide de vitesse, de
    promptitude, de clrit.

  DBLOTTURES, s. f. pl. Jeunes pousses qui viennent d'tre tes
    d'un arbrisseau. _Ramasser les dblottures. Une corbeille de
    dblottures._

  DE BON, adv. Srieusement, tout de bon, tout badinage  part.
    _Jouer de bon. Se fcher de bon. Parlez-vous de bon ou
    plaisantez-vous?_ Franais populaire.

  DBOQUER QUELQU'UN. Le dplacer, le chasser du poste qu'il
    occupait, le dbusquer. En vieux franais, _bos_ ou _bosc_
    veulent dire: Bois, fort. Les mots Dbusquer, _dbosquer_
    (vieux franais), et _dboquer_, ont signifi originairement:
    Faire sortir d'un bois.

  DBOUCHARDER, v. a. Laver, nettoyer le visage. _Va te
    dboucharder, Gdon, avant qu'on se mette  table._ R.
    _bouchard_.

  DBOULE, s. f. Sortie prcipite. Terme suisse-roman.

  DBOULER, v. n. Dloger promptement, dcamper, dguerpir. _Drles
    que vous tes, dboulez d'ici._ Franais popul.

  DBRANLER, v. n. _Ne pas dbranler d'un endroit_, signifie: Ne pas
    le quitter. _Ne pas dbranler de l'ouvrage_, signifie: Ne pas
    quitter le travail avant que la tche donne soit remplie. _Il
    bcha tout le jour sans dbranler. Ils restrent toute la nuit
    au cabaret sans dbranler._ Terme parisien populaire, etc.

  DCESSER, v. n. _Tu ne dcesses de babiller. Elle ne dcesse de se
    plaindre. La pluie n'a pas dcess de toute la nuit._ Terme
    franais populaire. Dites: Tu ne cesses de babiller; elle ne
    cesse de se plaindre; la pluie n'a pas cess de toute la nuit.

  DCHANTER, v. a. Dsensorceler, ter un mauvais sort,
    dguignonner.

  DCHARGE, s. f. Dans notre langage, _Demander sa dcharge_ veut
    dire: Demander d'tre dcharg d'une place, d'une fonction, d'un
    emploi; expression qui n'a rien de choquant.

  DCHARGEOIR, s. m. Terme des campagnards. Grande cuve o l'on
    jette la vendange qui vient d'tre cueillie.

  DCHSSER, v. a. ter le _charre_. Voyez ce mot.

  DCHAUX, adj. _Aller dchaux, tre dchaux_, signifie: Aller sans
    chaussure, tre sans chaussure. _Le frre et la soeur allaient
    dchaux._ Ce terme, qui appartient au vieux franais, est
    encore fort usit chez nos campagnards et dans le nord de la
    France.

  [+] DCHELOQUER, v. a. Disloquer. _Une serrure dcheloque._

  DCHICOTER, v. a. Dchiqueter, couper en morceaux. _Dchicoter la
    carcasse d'un poulet._ Franais populaire.

  DCIDER (SE), v. pron. _Je me dcidai de partir; elle se dcida de
    rester_, etc. Il faut dire, en employant la prposition __: Je
    me dcidai  partir; elle se dcida  rester.

  DCOCHE, s. f. Ce terme n'est gure usit que dans l'expression
    suivante: _tre dur  la dcoche_, c'est--dire: tre dur  la
    desserre, aimer trop l'argent, se faire tirer l'oreille pour
    boursiller.

  DCOCHER, v. a. et n. (fig.) Payer, s'largir, contribuer,
    boursiller. _On te fera dcocher; il faudra bien que chacun de
    vous dcoche.  la fin des fins, ils ont dcoch dix francs._

  DCOMBRES, s. f. pl. _Toutes ces dcombres nous arrtrent._ Ce
    mot est masculin.

  DCOTT, TE, participe. Ce terme n'est gure employ que dans
    l'expression suivante: _Un lit dcott_, c'est--dire, un lit
    dont les couvertures et le drap suprieur ne sont pas serrs
    avec le matelas. Voyez COTTER.

  DCOTTER, v. a. et n. Terme de commerce. Arranger, rapprocher
    (fig.). _Je mettrai encore vingt-cinq francs pour dcotter, pour
    vous dcotter._

  DCOUVRIR UN LIT. Cette expression genevoise signifie: Faire la
    couverture d'un lit, prparer le lit avant que de se coucher. 
    , coutez, Mme Gray; rangez-moi cette chambre, _dcouvrez-moi
    ce lit_, j'ai envie de me coucher. Cette phrase est de CLMENT,
    de Genve, dans ses _Annales littraires_, t. II, p. 217. En
    Languedoc et en Gascogne, on dit: _Faire la dcouverte d'un
    lit_.

  DCROCHER, v. a. _Ma robe me serre, dcroche-la-moi._ Le verbe
    Dcrocher n'a pas cette signification en franais. Il faut
    dire: Dgrafer. Dgrafer une robe; dgrafer un corsage.

  DCROT, s. m. Atrophie, aridure. _La pauvre enfant avait le
    dcrot  la jambe droite._

  DDAIGNER (SE), v. pron. Ddaigner, rpugner . _Votre nice,
    Madame, se ddaigne d'aller avec nous._

  DEDANS, prp. _Dedans le buffet, dessous le lit, dessus la table_,
    taient des expressions correctes il y a deux cents ans; mais
    aujourd'hui ces mots ne sont plus des prpositions, et il faut
    dire: Dans le buffet, sous le lit, sur la table.

  DDEL, adv. Cette expression, si usite chez nous, signifie: Dans
    la chambre voisine, dans la pice attenante. _Il fait froid dans
    ce cabinet: allons ddel. Ce fauteuil embarrasse dans cette
    chambre: portez-le ddel. Je vous rejoins tout de suite:
    attendez-moi ddel._ Terme suisse-roman et savoisien. A Lyon,
    _ds del l'eau_, veut dire: De l'autre ct du fleuve. En
    franais, De del les monts signifie: Au del des monts. En
    Languedoc, _la nuit de del, le jour de del_, signifient:
    L'avant-dernire nuit, l'avant-dernier jour.

  DDITE (UNE). _Si vous cassez le bail, il y a une ddite de cent
    cinquante francs._ Terme suisse-roman et savoisien. Le mot
    franais est ddit, s. m.

  DFAIRE, v. a. _Dfaire une pice de drap. Ne dfaites pas cette
    pice de drap vert: c'est du drap bleu qu'il me faut._ Le mot
    franais est Dvelopper ou Dployer. [Voy. A. PTER,
    _Dictionnaire des Locutions vicieuses_, deuxime dition.]

  DFAIRE (SE), v. pron. ter une partie de ses vtements de dessus.
    _Tu as bien chaud, Thophile, ne te dfais pas._ Terme
    mridional.

  DFAIT, AITE, partic. Se dit d'une personne dbraille, d'une
    personne dont les vtements qui couvrent la tte, le cou,
    l'estomac, sont en dsordre. _Tu es toute dfaite, Judith: va
    mettre ta coiffe, va te crocher, va arranger ton fichu._

  DFAITE, s. f. Rupture d'un march fait, d'un engagement
    contract. Ce terme n'est employ, je crois, que dans cette
    phrase des coliers et des gamins: _Pache faite, trente sous
    pour la dfaite_; c'est--dire: Le march est conclu: celui qui
    viendrait  le rompre payerait tant et tant.

  DFATIGUER, v. a. Dlasser, ter la fatigue. _Les bains de pieds
    dfatiguent. Quand je serai dfatigu, je repartirai._ [P. G.]
    Expression remarquable, dont l'emploi est continuel parmi nous.

  DFAUFILER, v. a. Dfaire une faufilure. Terme mridional. Employ
    figurment, le participe _dfaufil_ signifie: Dtraqu,
    dsorganis, abattu, nerv. _Je me sens toute dfaufile; je
    suis toute dfaufile aujourd'hui, et je n'ai pas le coeur au
    travail._

  DFICELER, v. a. ter la ficelle. _Dficeler un paquet, dficeler
    une bote._ Terme connu partout, et qu'on s'tonne de ne pas
    trouver dans les dictionnaires.

  DFIER (EN). L'expression: _Je lui en dfie_, n'est pas franaise.
    Il faut dire: Je l'en dfie. _Ils croient sans doute nous
    prendre pour dupes, mais je leur en dfie._ Franais populaire.

  DFINIR, v. n. Expirer, rendre l'me, finir. _J'ai cru qu'il
    allait dfinir entre mes bras._ Terme vieux franais.

  DFINITION, s. f. Fin. _Il faut faire une dfinition_;
    c'est--dire: Il faut en finir. _En dfinition_, enfin.

  DFORCEN, s. m. _Crier comme un dforcen. Elle s'agitait comme
    une furieuse, comme une dforcene._ Dites: Forcen, forcene.

  [+] DFLUXION, s. f. _Dfluxion de poitrine._ Dites: Fluxion de
    poitrine [P. G.] Le mot _dfluxion_ appartient au vieux
    franais. [Voyez ROQUEFORT, _Glossaire roman_.]

  DFUNTER, v. n. Mourir. _Il dfunta vers minuit._ Dans le nord de
    la France, on dit: _Dfunquer_ et _dfuncter_. [Voyez le
    _Glossaire picard_ de M. l'abb CORBLET.]

  DGAG, E, adj. Leste. _Voyez comme il court! Voyez comme il est
    dgag!_ Terme mridional. Dgag ne se dit que des choses:
    Taille dgage; air dgag; allure dgage.

  DGAGER (SE), v. pron. Se dpcher. _Dgage-toi, Ambroise, l'heure
    sonne. Dgageons-nous, Messieurs, il se fait tard._ Franais
    populaire.

  [+] DGAL, s. m. Dgt. _Aurait-on jamais magin un dgal
    semblable?_

  DGIGAND, E, adj. _Homme dgigand; femme dgigande._ On dit en
    franais: Dgingand.

  DGLTIR, v. a. Dgluer, ter la glu. Voyez AGLTIR.

  DGONFLER (SE), v. pr. pancher, dire tout ce qu'on a sur le
    coeur. _Je lui ai enfin parl nettement, et je me suis
    dgonfl._

  DGORGER, v. a. (fig.) Restituer, rendre ce qu'on avait pris
    frauduleusement. _Il m'a escroqu dix francs, mais il faudra
    bien qu'il les dgorge._

  DGOTAMMENT, adv. D'une faon dgotante. _Manger dgotamment._
    Terme que les Dictionnaires ne feraient pas mal d'accueillir.

  DGREDELER, v. n. Dgringoler, descendre les degrs plus vite
    qu'on ne le voudrait, rouler en tombant dans un escalier. _On ne
    voyait goutte, j'ai dgredel au bas de la rampe._

  DGREUBER, v. a. Nettoyer, laver. _Dgreuber une table, dgreuber
    un buffet._ Voyez GREUBE.

  DGRUFF, E, s. et adj. _Un garon dgruff_ est celui qui est
    vif, veill, espigle, qui voit clair dans les affaires et qui
    sait facilement se tirer d'une position difficile. Expression
    curieuse, qui n'a pas d'quivalent exact en franais.

  DGUILLE, s. f. Non-succs, chec, affaire manque. Dans la langue
    de nos tudiants, _dguille_ se dit (ou se disait) d'une
    mauvaise composition.

  DGUILLEMANDR, E, adj. Dguenill.

  DGUILLER, v. actif. (Prononcez _dghiller_.) Abattre, faire
    tomber, renverser. _Dguiller des noix. Dguiller des nids. Ils
    mirent une bouteille sur un piquet et jourent  qui la
    dguillerait. L'arbre tait couvert de moineaux: nous lchmes
    ensemble nos deux coups, et nous en dguillmes une vingtaine.
    S'il vous plat, Monsieur, dguillez-moi mon volant._ Voyez
    GUILLE, no 2.

  DGUILLER, v. neutre. Tomber, au sens propre et au sens figur.
    _Notre Louis tait depuis trois semaines le premier de sa
    classe: hier il a dguill. Ne va pas grimper sur ce tas de
    pierres, tu dguilleras._

  DEHORS, adv. _Dner dehors_, signifie: Ne pas dner chez soi,
    dner en ville. _Hier toute la famille dna et soupa dehors._
    Nous disons dans le mme sens: _Veiller dehors_, etc. Terme
    mridional.

  DEHORS DE, prp. _Je vous attendrai dehors de porte. Votre frre
    tait dehors de chez lui_, etc. Dites: Hors de chez lui, etc.

  DJ, adv. Est inutile et vicieux dans les phrases suivantes:
    _Comment s'appelle-t-il dj? Pour ne pas m'estropier avec cet
    outil, comment faut-il faire dj? Dis donc, femme: cette belle
    dame que tu as rencontre hier, qui est-ce dj?_

  DJUNER, v. n. _Si tu n'as pas encore djun, djunons ensemble._
    crivez et prononcez Djeuner.

  DLABRE, s. m. Dlabrement, dtrioration, mauvais tat d'une
    chose. S'emploie surtout au sens figur. _Il n'y a point de
    surveillance, point d'ordre ni d'conomie dans cette maison:
    tout y est en dlabre._

  [+] DLIBRER, v. a. Librer, dlivrer. _Il faut avouer, Bastian,
    que ta dfunte a bien fait de mourir, et que te voil dlibr
    d'un fameux poids._ Dans le vieux franais, _dlibration_
    signifiait: Dlivrance.

  [+] DLIGENCE, s. f. Diligence. _La dligence de Lyon._

  DLIGENT, ENTE, adj. Diligent.

  DLIGENTER, v. n., et SE DLIGENTER, v. pron. _Allons, allons,
    dligentez-vous._ Ces trois termes appartiennent au franais
    populaire.

  DEMANDER, v. a. _Combien vos musiciens ont-ils demand pour le
    bal? Combien les guides de Chamouny demandent-ils pour chaque
    journe?_ Dans ces exemples et autres analogues, Prendre est
    le mot vritable. Tel marchand prend tant de sa marchandise. Le
    chirurgien prit deux cents francs pour l'opration. Les bons
    matres de piano,  Paris, prennent vingt francs par cachet.

  DEMANDER SA DMISSION. Nous disons, et cette faute est gnrale
    dans la Suisse romane: _Demander sa dmission_, pour: Donner sa
    dmission. Mr le pasteur C** _ayant demand sa dmission_ pour
    cause de sant, etc. [_Journal de Genve_, 1847.] Fssli
    _demanda_ et obtint _sa dmission_ de la manire la plus
    honorable. [_Socit d'Utilit publique_, 1838.] Observons que
    le fonctionnaire qui abandonne volontairement une place ne
    _demande_ pas de s'en dmettre: il annonce officiellement, il
    donne avis qu'il s'en dmet.

  DMANGONNER ou DMANGOUNER, v. a. Dranger, dtraquer, gter.
    _Loquet dmangoun, serrure dmangoune._ Dans le dialecte
    rouchi, _angoner_ se dit des efforts que l'on fait pour ouvrir
    une porte. Pourrait-on tablir un rapprochement entre ces deux
    mots, et l'un serait-il la racine de l'autre? _Angon_, en vieux
    franais, signifiait: Gond.

  DMATINER (SE), v. pron. Se lever plus matin que de coutume. _Mes
    enfants, nous partons demain de trs-bonne heure: il faudra bien
    cette fois que l'on se dmatine._ Jolie expression, qui est,
    parmi nous, d'un usage universel.

  DMATOQUER, v. a. Dniaiser. SE DMATOQUER, v. pron. Se dniaiser,
    se dgourdir, perdre le ton et les manires gauches du village.
    _On t'enverra en condition  Genve pour un peu te dmatoquer.
    Les payses l'auront bien vite dmatoque._ R. _matoque_. Voyez
    ce mot.

  DMNAGER (SE), v. pron. _Elle s'est dmnage hier._ Dites: Elle
    a dmnag hier.

  DMNAGEUR, s. m. Ouvrier qui aide aux dmnagements ou qui les
    fait. _Avoir les dmnageurs. La journe des dmnageurs est de
    cinq francs._

  DMETTRE, v. neutre. Terme des campagnards. Se dit d'un tonneau,
    d'un cuvier, d'un ustensile qui laisse chapper l'eau par des
    fissures. _Ta seille dmet_ (ta seille coule). R. _demitto_.

  DEMEURANCE, s. f. Demeure, habitation. _Est-ce l votre
    demeurance?_ Ce terme, plus en usage  la campagne qu' la
    ville, appartient au vieux franais, et n'est pas inconnu dans
    diverses provinces de France. [Voyez le _Vocabulaire du Berry_,
    p. 36.]

  DEMEURANTS (LES). Les survivants. N'est usit que dans ce souhait,
    par lequel on termine quelquefois les compliments de
    condolance: _Dieu conserve les demeurants!_ Terme vieux
    franais.

  DEMEURET, s. m. Petit local confortable.

  DEMI-FEMME, s. f. Lavandire que l'on ne prend qu' la
    demi-journe. _Nous avons eu l une considrable lessive: sept
    femmes et une demi-femme!_

  DMILGANDR, DRE, adj. Dtraqu, drang. C'est probablement une
    corruption du mot _dguillemandr_, lequel a le mme sens.

  [+] DMINUER, v. n. Diminuer. _La fivre a dminu; on pourra
    aussi dminuer les visites du crugien._

  DEMI-POT, s. m. Chopine. _Boire demi-pot._ Terme consacr.

  DEMIPOTER, v. n. Boire _demi-pot_, siroter, godailler. _Ces deux
    ouvriers sont toujours demipotant._

  DMISSION, s. f. Voyez DEMANDER.

  DEMOISELLE, s. f. Fille d'un tel. _Comment se porte votre
    demoiselle? Vos demoiselles seront-elles dimanche de la partie?_
    Dans ces exemples et les analogues, il faut dire: Comment se
    porte votre fille? Vos filles (ou Mesdemoiselles vos filles)
    seront-elles de la partie? Cette remarque est emprunte aux
    meilleures autorits.

  DMONE, s. f. Femme ou fille trs-mchante. _La fille  Nicolas
    est une pouine, une dmone._ Terme rouchi, etc.

  DNIOTER, v. a. _Dnioter quelqu'un_, c'est: L'ter, l'arracher de
    sa _niote_, c'est--dire, de son trou, de son coin. _On ne peut
    pas le dnioter de chez lui._ R. _niot_, nid.

  DENT DE L'OEIL. Dent oeillre.

  DENTELLES, s. f. pl. Nous disons: _Faire des dentelles, blanchir
    des dentelles, porter des dentelles; mettre des dentelles  un
    chapeau_. Dans ces exemples et les analogues, il faut employer
    le singulier et dire: Faire de la dentelle, porter de la
    dentelle, etc. Ma broderie et ma dentelle suffisent pour
    m'entretenir. [J.-J. ROUSSEAU.]

  DNUT, TE, adj. Se dit de quelqu'un qui est priv du ncessaire,
    de quelqu'un qui est dans un tat de gne complte. _Il n'a pas
    sistance; il est dnut de tout._ Ce terme, connu en Lorraine et
    sans doute ailleurs, doit tre plus ancien que le mot Dnu.
    R. _denudatus_.

  DEPELOTONNER, v. a. Dfaire un peloton.

  DPENSEUR, DPENSEUSE, s. Dpensier, dpensire.

  DPTREN, NE, adj. Qui a la poitrine dcouverte d'une manire
    peu sante. Dans le Berry et en Dauphin on dit: _Dpoitrin_;
    en provenal, _despeitrina_. Dans notre patois, le mot _ptrena_
    (_a_ trs-bref) signifie: Poitrine.

  DPONDRE, v. a. et n. Signifie: 1 Enlever, dcrocher. _Dpondre
    les rideaux. L'estomac me dpond_ (j'ai grand faim); _je me sens
    tout dpondu, tout dtraqu_; 2 Discontinuer. _Il y avait un
    monde, un monde,  cet ensevelissement: depuis Plainpalais
    jusqu' Bel-Air a ne dpondait pas. Aux heures o le docteur
    Prvost recevait, les malades ne dpondaient pas_, c'est--dire:
    Se succdaient sans interruption. _Nous voici prs de la ville,
    Mesdemoiselles, dpondons-nous_; c'est--dire: Cessons de nous
    donner le bras. Expression des domestiques.

  DPRESS (TRE). Se dit des personnes et signifie: tre moins
    press, avoir des occupations moins urgentes, avoir du rpit
    dans son travail. _Quand je serai dpress, j'irai vous voir._

  DEPUIS, prp. De. _On a, depuis le village de Mornex, une vue
    magnifique. Depuis le Piton, on dcouvre le lac d'Annecy._
    Phrases barbares. Mais les suivantes sont correctes:  son
    arrive, je lui dictais de mon lit mon travail. [J.-J.
    ROUSSEAU, _Confessions_, livre VIII.] Don Manuel nous coutait
    de son cabinet. [LE SAGE, _Le bachelier de Salamanque_, IIIe
    part., chap. XIV.]

  DEPUIS LORS, loc. adv. Il est beaucoup mieux de dire: Ds lors,
    ou Depuis. _Il m'crivit une fois en 1840: je suis rest
    depuis lors sans nouvelle._ Cette expression, qui nous vient du
    Midi, se rencontre frquemment dans J.-J. Rousseau, dans De
    Saussure et dans la plupart des crivains suisses; mais on la
    chercherait vainement, je crois, dans Voltaire et dans les
    auteurs classiques franais du dix-septime et du dix-huitime
    sicle.

  DEPUIS MOI, DEPUIS TOI, DEPUIS VOUS. C'est--dire: Depuis mon
    dpart, depuis ton dpart, depuis votre dpart. _Depuis moi,
    qu'a-t-on fait? Depuis toi, on s'est mis  jouer aux cartes._
    Cette expression n'a l'autorit d'aucun dictionnaire; ce qui ne
    l'empchera pas, peut-tre, de faire son chemin et de s'tablir.

  [+] DRE, s. m. D, d  coudre. _Un dre en argent, un dre en
    os._ Terme vaudois. La lettre _r_ est ajoute par euphonie.

  DRATER (SE). Se dit des personnes, et signifie: Se former,
    prendre de l'usage et de l'assurance, perdre les manires
    gauches, roides et gnes des nouveaux dbarqus. _Depuis que le
    jeune Hermann est  Genve, il s'est considrablement drat._
    Ce verbe, pris dans cette acception, ne se trouve pas dans les
    dictionnaires usuels.

  [+] DERNIER ou DARNIER, prp. et adv. Derrire. _Darnier l'glise;
    darnier le Rhne. O est la Jeanne?--Elle est reste darnier._
    Terme suisse-roman, franc-comtois et mridional.

  DERNIER (EN), loc. adv. En dernier lieu, dernirement. _Dans
    quelle maison demeure ton oncle?--Il habitait en dernier la
    maison des Trois Perdrix._

  DROCHER, v. neutre. Se dit des personnes et des choses, et
    signifie: Tomber, tomber en dgringolant, s'bouler. _Il drocha
    dans les montes. Je drochai de l'arbre. Cette pile norme de
    pierres drocha. Se drocher_, v. pron., est encore plus
    usit. _Monte avec prcaution sur cette chelle, et tche de ne
    pas te drocher._ Terme suisse-roman, savoisien, dauphinois et
    franc-comtois.

  DROCHER, v. actif. Renverser, abattre, dmolir. _Drocher un mur,
    drocher une paroi._ Certaines logettes de bois furent alors
    toutes _desroches_. [BONIVARD.]

  DERRIRES (LES), s. m. pl. Le derrire de la maison, l'endroit
    recul, cart. _Nous habitions sur les derrires de la maison
    de l'Escarcelle._ Au sens figur: _Vivre sur les derrires_, se
    dit d'une personne qui nglige de s'informer de ce qui se passe,
    et reste absolument trangre aux vnements du jour.

  DES, DU, DE LA. Ces trois mots sont mis pour aux, au,  la, dans
    les phrases suivantes: _H! ici, la femme des cerises! Ici,
    l'homme de la greube! Ici, l'homme du raisson!_ Dites: La femme
    aux cerises, l'homme  la greube, etc.

  DSABONNER (SE), v. pron. Cesser de s'abonner, interrompre son
    abonnement. _Se dsabonner  un journal; se dsabonner  la
    Feuille d'Avis._ Terme clair et utile, qui ne figure pas encore
    dans les dictionnaires. Nous disons aussi  l'actif: _Dsabonner
    quelqu'un. Vous me dsabonnerez ds le mois prochain._

  DSASSORTI, TIE, part. _Un marchand dsassorti, une modiste
    dsassortie. Je ne veux pas me dsassortir._ Appliqu ainsi aux
    personnes, ce verbe n'est pas franais; mais on dira fort bien:
    Une marchandise dsassortie, de la porcelaine dsassortie, des
    bas dsassortis.

  DESCAMPETTE, s. f. Escampette.

  DESCENDRE, v. a. Abattre, faire tomber. _Tu vois l haut cet
    cureuil?... Mire-le bien, et tche de le descendre._ Terme
    dauphinois et languedocien.

  DESCENDRE LA GARDE. Au sens figur, cette expression signifie: 1
    prouver un chec de fortune ou de sant; 2 Mourir. _La fivre
    va en augmentant, et notre pauvre Mathieu descend la garde.
    Cette nuit, notre vieille htesse a descendu la garde._ Terme
    parisien populaire.

  DESCENTE DE GOSIER, s. f. Bon apptit, grand apptit. Dans le
    franais populaire, _descente de gosier_, signifie: Mal de
    gorge. [Voyez le _Dictionnaire du bas langage_, t. I.]

  DS-DEL, loc. adv. Voyez DDEL.

  DSEMBTER (SE), v. pron. Expression ignoble qui signifie: Se
    distraire, chasser l'ennui. _Que pourrait-on faire aujourd'hui
    pour un peu se dsembter?_

  DSENCOMBRER, v. a. Dcombrer, ter les dcombres. _Dsencombrer
    une rue, dsencombrer une cour._ Terme mridional, etc.

  DSINDICATION, s. f. Voyez le mot suivant.

  [+] DSINDIQUER, v. a. Terme consacr jadis dans certaines
    lections, et, en particulier, dans l'lection des pasteurs. Il
    signifiait: Retirer une prsentation, une _indication_. _On
    avait indiqu comme candidat Mr N. N**, on l'a dsindiqu
    l'instant d'aprs, sur la demande d'un de ses amis._

  DSORDRE. Ce mot est employ adjectivement dans les phrases
    suivantes et phrases analogues: _Cette maison a un air dsordre.
    Cette pendule toujours arrte donne  cette chambre un air
    dsordre._

  DESPECTUEUX, EUSE, adj. Qui marque peu de respect, irrvrent.
    _Geste despectueux, ton despectueux, paroles despectueuses._
    Excellent terme qui manque dans plusieurs dictionnaires. Le
    _Complment_ du Dictionnaire de l'Acadmie ne l'emploie qu'en
    parlant des personnes. A Genve, nous le disons surtout des
    choses, et c'est l, peut-tre, son meilleur emploi.

  [+] DESPENSER, v. a. (Prononcez _dessepenser_.) Terme des
    campagnards. _Mon pauvre Jacot, tu as despens l une belle
    argent._ Terme vieux franais. On dit: Dpenser.

  DS QUE, conj. Ne doit pas se prononcer _daisse que_. Ds rime
    avec _prs_.

  [+] DESSARGER, v. a. Dcharger.

  DESSOUS, prp. Voyez le mot DEDANS, page 140.

  DESSOUSTER, v. a. Cesser de _souster_, cesser d'appuyer, cesser
    de soutenir. Terme employ surtout au jeu de cartes. _Roi
    dessoust, Dame dessouste._ Expression connue dans l'vch de
    Ble,  Lyon et sans doute ailleurs, mais dont l'emploi semble
    se perdre journellement chez nous. En Languedoc, _dessouster
    quelqu'un_, c'est le supplanter. R. _de sub stare_?

  DESSUIVRE, v. a. Copier quelqu'un pour le tourner en ridicule;
    imiter par drision son accent ou ses manires, le contrefaire.
    _Cesse tes moqueries et ne continue pas  me dessuivre._

  DESSUR, prp. Sur. _Dessur toi, dessur moi, dessur le pommier._
    Franais populaire et vieux franais.

  DESSUS, adv. _Ce lourdaud m'a march dessus. Cette gronderie ne
    devait pas me tomber dessus. M'cieu, il y a lui qui me crache
    dessus._ Il faut tourner autrement ces phrases et dire, par
    exemple: Ce lourdaud a march sur ma robe. Cette gronderie ne
    devait pas tomber sur moi, etc.

  DE SR, adv. Pour sr, srement, certainement. _S'il fait beau
    jeudi nous partons de sr. Est-il vrai, Charles, que tu doives
    entrer au Collge?--Oui, j'y entre de sr._ Terme mridional.

  DTABLER, v. n. Dpartager, dcider une lection entre deux
    nombres gaux de suffrages. Autrefois, quand les juges allaient
    donner leur avis, ils s'asseyaient autour d'une _table_, et ils
    y restaient jusqu' ce que la majorit se ft prononce pour un
    des candidats. S'il y avait galit dans les voix, le prsident
    donnait son vote, et par cela mme faisait _dtabler_ le
    tribunal. Cette explication est de M. GUILLEBERT, dans son
    _Dictionnaire neuchtelois_.

  DE TTE, loc. adv. Par coeur, de mmoire. _Rciter de tte. Dire
    de tte. Ne sais-tu pas de tte la fable des Deux Pigeons?_
    Terme dauphinois, etc. Nous disons dans un sens analogue: _Faire
    un paysage de tte; faire un portrait de tte_.

  DTRACT, E, partic. Dtraqu, dsorganis (au sens figur).
    _J'ai des tiraillements dans le dos, j'ai un bruit continuel
    dans les oreilles, j'ai un brlement dans le cou: je suis toute
    dtracte._

  DTRAQUE, s. f. Dsordre, laisser-aller, dsorganisation. _La
    dtraque s'est mise dans cette maison, et tout y va par le plus
    bas._

  [+] DETTE (UN). _Acquitter son dette. Avec soixante francs je
    pourrais en finir avec deux ou trois vieux dettes._ Ce mot est
    fminin.

  DEUX, adj. Deuxime. _Prendrais-tu encore une tasse de caf, ma
    bonne?--Merci, ma chre, j'ai ma deux_ (j'ai pris ma deuxime
    tasse).

  DEVANT, prp. Avant. Les campagnards disent: _Se lever devant
    jour. Partir devant la nuit_, etc. Ce sens de la prposition
    Devant appartient  l'ancien franais.

  DVARI, E, adj. Se dit des personnes et signifie: Drang,
    incommod, dtraqu, mal dispos. _Je ne sais pas ce que j'ai,
    mais je me sens tout dvari aujourd'hui._ Ce mot, qui n'est
    dans aucun dictionnaire, appartient  la mme famille que le mot
    franais Avari.

  DEVENIR MORT. Cesser de vivre, tre mort. Terme limousin, etc.

  DEVERS, prp. Vers. _J'irai chez toi devers le soir. On se reverra
    devers le tantt._ Les campagnards ne s'expriment pas autrement.
    C'est l'ancien langage franais.

  DVOUGNER, v. a. Ce verbe est l'oppos de _vougner_. Voyez ce mot.

  DIABLE, s. m. Nous disons factieusement de quelqu'un qui louche
    ou dont les yeux n'ont pas une direction rgulire: _Il regarde
    le diable sur le poirier_, c'est--dire: Il a le regard aussi
    mal assur que s'il et aperu tout  coup le diable sur un
    poirier.

  DIABLE ET DEMI (UN). Expression triviale qui signifie: Beaucoup,
    infiniment. _Il y avait autour de l'escamoteur un diable et demi
    de monde. Vous tardez bien  venir, vous autres: il y a un
    diable et demi de temps que je m'impatiente._ Le dictionnaire de
    l'Acadmie dit dans le mme sens: En diable et demi. Il tait
    fourbe en diable et demi, est une phrase tire de LE SAGE, dans
    son roman de _Gusman d'Alfarache_, livre IV, ch. I.

  DIAUDER, v. n. Foltrer, sauter, s'battre, prendre ses bats.
    _Les enfants diaudaient autour de nous. On voyait les deux
    chevreaux diauder sous le grand tilleul._

  [+] DIFFRENT, ENTE, adj. Indiffrent, ente. Ne s'emploie que
    prcd d'une ngation. _Cela n'est pas diffrent_, signifie:
    Cela est passable. _Le temps n'est pas diffrent. Cette toffe
    n'est pas diffrente. La rcolte des bls ne sera pas
    diffrente._

  DIGESSION, s. f. _Faire digession. Avoir une mauvaise digession._
    crivez Digestion, et faites sonner le _t_ aprs l'_s_.

  [+] DIMANCHE (UNE). _On ira  Salve la premire dimanche de
    juillet._ Ce mot est masculin aujourd'hui; il tait encore
    fminin au milieu du dix-septime sicle. L'historien Spon, dans
    son _Histoire de Genve_, dit: _La deuxime dimanche de mars._

  DIMANCHE, s. f. Argent de poche qu'on est dans l'usage de donner
    chaque dimanche aux enfants et aux adolescents. _Sa dimanche lui
    a t retranche. Notre garon conomise toutes ses petites
    dimanches._ Ce mot est masculin.

  DINDE (UN). _Un dinde farci. Ils empltrent deux gros dindes pour
    leur Escalade._ Faute trs-rpandue en Suisse, en Savoie et en
    France. Dites: Une dinde ou un dindon.

  DNER AVEC. _Nous dnmes avec de la soupe et du bouilli._ Il est
    plus correct et plus lgant de dire: Nous dnmes DE soupe et
    DE bouilli.

  DIOGUET, adj. et s. m. Nigaud, niais, dadais.

  DIOT, s. m. (Prononcez _dio_, _o_ bref.) Terre glaise. _Des
    ptards de diot. Des mpis de diot. Votre simolat a cuit trop
    longtemps: c'est du papet, c'est du diot._ Dans le canton de
    Vaud, _s'endioter_ veut dire: S'enfoncer dans quelque chose
    d'pais, s'emptrer.

  DIOTU, UE, adj. pais, ferme. _Une soupe diotue; du pain diotu._

  DIRE, v. a. Demander. _Dis  Joseph s'il peut venir me parler.
    Dites au fermier s'il pourrait nous fournir quelques
    artichauts._ Locution mridionale.

  DIRE, v. a. Se vanter, se donner du jabot. _Ce n'est pas pour
    dire, mais je saurais en faire autant que toi._ Expression
    franaise populaire.

  [+] DIRE  QUELQU'UN. _Ce meunier qui passe, comment lui dit-on?
    Cette femme que nous avons rencontre hier, comment lui dit-on?_
    Expression qui quivaut : Comment l'appelle-t-on? Quel est son
    nom?

  DISCREUSAGE, s. m. Terme d'art. Dcreusage.

  DISCREUSER, v. a. Dcreuser.

  DISPARAT (UN). _Un disparat choquant._ Ce mot est fminin, et il
    s'crit avec un _e_ final: Disparate. Disparate choquante.

  DISPARUTION, s. f. Disparition.

  DISSIP, s. m. _Un jeune dissip._ Selon les dictionnaires, ce mot
    n'est pas substantif.

  DISTAC, s. m. Terme de tir. Prix supplmentaire donn par des
    amateurs. _Mettre un distac, remporter un distac, faire
    plusieurs distacs._

  DISTINCTMENT, adv. J'ai reconnu _distinctment_ ces ardoises.
    [DE SAUSSURE, _Voyage dans les Alpes_, t. I, p. 504.] Je ne
    voyais pas _distinctment_. [_Ibid._, p. 288.] crivez et
    prononcez Distinctement.

  DISTRAIRE, v. a. Ce verbe, et ceux qui viennent de traire, comme
    soustraire et extraire, sont d'une conjugaison difficile.
    Nous disons: _Vous me distraisez; ces enfants me distraisaient,
    ils me distraisent; je n'aime pas qu'on me distraise_. Trop
    d'autres gots me _distraisent_. L'exercice... me _distraisant_
    sur mon tat. [J.-J. ROUSSEAU, _Confessions_, livres I et VI.]
    Il faut dire: Vous me distrayez, ils me distrayaient, ils me
    distraient, distrayant.

  DIVISER, v. n. Deviser, causer, jaser. Le mot Deviser vient de
    _devis_, qui, en vieux franais, signifiait: Discours, entretien
    familier, conversation.

  DIX-HEURES (LES), s. m. pl. L'heure sche, petit repas sec, petite
    collation qui se fait  _dix heures_ du matin. _Faire les
    dix-heures._ On dit aussi au singulier: _Faire le dix-heures;
    faire un dix-heures_.

  DIZEURER, v. n. Se dit quelquefois pour signifier: Faire le repas
    de _dix heures_.

  [+] DOBLIG, DOBLIGE, part. Oblig, forc, contraint. _L'incendie
    clata dans le cabaret, et les buveurs furent dobligs de se
    sauver par la fentre._ On dit aussi, sous forme de
    remerciement: _Je vous suis bien doblig_.

  DODO, s. m. Terme enfantin. Lit, couchette. Franais populaire.

  DOGUIN, DOGUINE, s. Terme d'colier. Se dit de certains objets, et
    signifie: Gros, grosse. _Quel doguin de mpis! Venez tous voir
    le doguin de poisson que j'ai pris._

  DOIGT, s. m. Nous disons proverbialement: _Se mettre le doigt dans
    l'oeil_, ou, _Se mettre du doigt dans l'oeil_, pour signifier:
    Faire une fausse spculation, faire un faux calcul. _En vendant
    sa campagne pour acheter des rentes de France, il s'est mis le
    doigt dans l'oeil._

  DLE (LA). Nom propre de montagne. Nous disons proverbialement
    d'une chose qu'on nous reprsente comme remarquable,
    prodigieuse, extraordinaire, et sur laquelle nous portons un
    jugement moins favorable: _Ce n'est pas la Dle. Traverser le
    lac  la nage?... Ce n'est pas la Dle. Faire  pied quatorze
    lieues par jour?... Ce n'est pas la Dle_; c'est--dire: Ce
    n'est pas merveille. _As-tu lu le nouveau pome de Z. Z**?--Oui,
    je l'ai lu; ce n'est pas la Dle._

  DOMESTIQUE, s. m. Ne dites pas: _Un domestique en homme_; dites
    tout court: Un domestique.

  DOMMAGER, s. m. Causer du dommage, gter, prodiguer. _Dommager du
    pain_, signifie: Le perdre, le jeter sans profit pour personne,
    le gaspiller. _Ne dommagez pas ces restes de viande: ils feront
    plaisir  un mendiant._ Terme suisse-roman. Le _Complment_ du
    dictionnaire de l'Acadmie donne le verbe _dommager_ comme hors
    d'usage: c'est possible. A Genve il est d'un emploi journalier.
    On disait en vieux franais: _Damager_. R. _dam_. [Voyez
    ROQUEFORT, _Glossaire roman_.]

  DONDAINE, s. f. Dondon, femme ou fille grasse et d'un solide
    embonpoint. _Quelle dondaine! Quelle puissante dondaine!_ Terme
    lorrain, etc.

  DONNE, s. f. Dans la commune de Meyrin et lieux avoisinants ce mot
    signifie: Belle-mre. Dans le canton de Vaud il signifie:
    _mre_, et dans le vieux franais il se disait pour Dame, femme
    noble. R. latin, _domina_; italien, _donna_.

  DON-NE, s. f. Ce terme, fort connu dans les communes runies, se
    dit plus particulirement d'une distribution de pain  tous les
    pauvres de la paroisse aprs un enterrement. _Faire une don-ne._
    Terme vaudois, savoisien, dauphinois, languedocien et vieux
    franais.

  DONNER, v. neutre. Se dit principalement des vaches et signifie:
    Frapper de la corne. _Prenez garde, Madame, notre vache donne._
    En Languedoc et en Dauphin, _donner_, v. n., se dit des mules,
    et signifie: Ruer. _Votre mule donne-t-elle?_

  DONNER, v. neutre. Nous disons: _Ce vin donne  la tte_. Les
    dictionnaires disent: Ce vin porte  la tte, ou, Ce vin
    donne dans la tte.

  DONNER, v. neutre. Nous disons: _L'odeur du musc donne sur les
    nerfs_. Les dictionnaires disent: Porte sur les nerfs.

  DONNER DU PIED CONTRE. Nous disons figurment: _Un tel ne donne
    pas du pied contre cette proposition, contre ce projet_, pour
    signifier: Un tel ne s'oppose pas  cette proposition,  ce
    projet.

  DONNER LE TOUR. Faire un circuit, faire le tour. _Qui est-ce qui
    frappe l-bas?--C'est moi, pre.--Eh bien, donne le tour par la
    maison de Trimolet._

  DONNER LE TOUR. Signifie, au sens figur: Avoir de quoi suffire
    aux dpenses de l'anne; gagner de quoi faire face  tous les
    besoins journaliers. _Nous ne mettons rien de ct, nous autres,
    mais nous donnons le tour._

  DONNER UN COURS. _Mr N**, licenci en philosophie, donnera cet
    hiver un cours de dialectique. TABLEAU des cours qui seront
    donns, l'hiver prochain, par les professeurs de l'Acadmie de
    Genve._ Terme consacr chez nous, utile en beaucoup de cas,
    mais inconnu aux dictionnaires. On dit en France: _Faire un
    cours, faire des cours_.

  DONNER (SE), v. pron. _Votre ami Z** est un honnte homme, mais il
    se donne un peu trop  la boisson._ Dites: Mais il s'adonne un
    peu trop  la boisson.

  DONNER PEUR (SE). S'effrayer, prendre de l'pouvante. _Se voyant
    seule dans un chemin cart, Alexandrine se donna peur._
    Expression fort usite.

  DONT AUQUEL. Sorte d'adjectif des 2 genres qui signifie: Bien n,
    bien lev, riche, et qui a de bonnes manires. _Un jeune
    homme dont auquel; une jeune personne dont auquel._ En franais,
    cette expression se prend toujours en mauvaise part.

  DORAN-NAVANT, adv. crivez et prononcez Dornavant.

  [+] D'ORE-S-EN-AVANT, adv. Dornavant. _Te voil guri de ton
    indigestion, Anselme; tche de moins gaillaufrer
    d'ore-s-en-avant._ Terme vieux franais. R. _hora_.

  DTER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ter. _Dtez-vous
    d'ici, mes enfants. Dte-toi de l._ Dans le Berry, _d'ter_
    signifie: ter, enlever. En vieux franais, _tauter_ a le mme
    sens.

  DOUBLE, s. f. Terme de boucherie. Gras double.

  DOUBLET, s. m. Terme de chasseur. Coup double. _Pour son dbut,
    Alberti vient de faire un doublet_; c'est--dire: Chacun des
    deux coups de son fusil a atteint le but.

  DOUCE, s. f. Ne s'emploie que dans cette locution adverbiale: _
    la douce_; c'est--dire: Doucement, couci-couci, ni bien ni mal,
    tolrablement. _Comme a va-t-il avec la sant, Monsieur
    Bgoz?--a va tout  la douce._

  DRCHE, s. f. Rsidu ou crasse du beurre fondu. _Un morceau de
    drche; une figce  la drche; un chch  la drche._ Terme
    suisse-roman. Dans le patois de l'Isre on dit: _Drachi_. En
    provenal, _draco_ signifie: Marc de raisin. En rouchi,
    _draque_, en vieux franais, _drasche_, et en franais,
    _drche_, signifient: Marc de l'orge qui a t employe pour
    faire de la bire. Ce mot _drche_ est en usage quelquefois au
    sens figur, et il se prend alors en mauvaise part.

  DREMILLE ou DORMILLE, s. f. Loche franche, poisson.

  DROIT, adv. Prcisment, exactement. _Venez droit  midi. Tu
    arriveras droit  l'heure convenue._

  DROIT, DROITE, adj. Debout. _La pauvre Emma avait un si grand
    sommeil qu'elle dormait toute droite. Le quart des assistants
    resta droit pendant tout le spectacle._ Faute trs-rpandue.

  DROIT (LE). _Le droit d'une toffe._ Dites: L'endroit. L'endroit
    et l'envers.

  DROIT FIL (). Nous disons: _Couper  droit fil, aller  droit
    fil_, pour signifier: Couper une toffe entre deux fils sans
    biaiser. Les dictionnaires disent: Couper DE droit fil; aller
    DE droit fil.

  DROITIER, s. m. Cheval de droite.

  DRLE, s. m. _Le pauvre drle tait gisant et moribond._ En
    franais, Drle (subst.), ne se prend qu'en mauvaise part. Je
    t'apprendrai, drle,  obir promptement.

  DRUGE, s. f. Engrais, fumier. Ce mot appartient  notre patois et
    aux patois de Vaud et de Fribourg. R. _dru_.

  DRUGEON, s. m. Femme ou fille forte, hardie, laborieuse. _Notre
    Josette est un vrai drugeon._ R. _dru_.

  DU BONHEUR QUE... Voyez BONHEUR.

  DU DEPUIS, adv. _Nous avons camp ensemble il y a douze ans, et
    l'on ne s'est pas vu du depuis._ Terme franais populaire et
    vieux franais. Dites: Depuis, ou ds lors.

  DU MATIN. _J'irai du matin. Venez du matin. On partira du matin._
    Dites: Ds le matin.

  D'UN JOUR L'UN. Expression bizarre qui revient  celle-ci: De
    deux jours l'un. _Il se baigne en Arve d'un jour l'un. Jrmie
    doit prendre une purge d'un jour l'un._

  DU MOINS, adv. _Je ne peux que du moins_, signifie: Je suis forc
    d'agir de la sorte; il faut que je fasse ainsi. _J'ai souscrit 
    l'ouvrage de Mr N**: je ne pouvais que du moins. Nos polissons,
     force de tourmenter la porte et de la sigougner, l'ont
    disloque, et a ne pouvait que du moins._

  D'UN. _C'est d'un joli! C'est d'un beau!_ Signifie: C'est si joli!
    C'est si beau! _Ce Mr Z** est d'un bte! Ce travail est d'un
    long, d'un fatigant, d'un assommant!_ Franais populaire.

  DURE, s. f. Nous disons avec les Mridionaux: _Une toffe de
    dure, un drap de dure_, pour signifier: Une toffe de bon
    user, un drap de bon service.

  DUVET, s. m. Couvre-pied d'dredon. _J'avais trop chaud, je lanai
     terre mon duvet._ Le mot de Duvet est franais, mais avec
    une signification diffrente.


E

  EAU, s. f. Nous disons: _Crier  l'eau! Les cris d' l'eau! 
    l'eau! se rptaient dans toutes les rues._ On dit en France:
    Crier au feu!

  BALOURDIR, v. a. Abalourdir, tourdir, troubler. R. _balourd_,
    homme stupide.

  BARAGNER, v. a. Enlever, au moyen d'un _baragnoir_, les toiles
    d'araigne. _baragner un plafond, baragner un corridor._

  BARAGNOIR, s. m. Longue poussette, long balai  tte ronde,
    destin  ter les toiles d'araigne. R. _aragne_.

  BAU ou BAUD, s. m. Terme des campagnards. Signifie: 1 Un feu
    clair, un feu flamboyant, un feu de joie dans les champs; 2 Un
    flambeau de poix. Ce mot est probablement l'origine du verbe
    baudir (gayer, divertir, rjouir).

  BAUCHE (UN). _Un petit bauche._ Ce mot est fminin.

  BNISTRE, s. m. crivez sans _r_, et prononcez bniste.
    _bnistre_ se dit aussi en Lorraine, et sans doute ailleurs.

  BERCHER, v. actif. _Couteau berch, assiette berche._ Terme
    franais populaire. Dites: brcher.

  BERCHURE, s. f. _Faire une berchure  une tasse,  une_
    _assiette,  un couteau._ On devrait dire en franais:
    brchure, mais ce mot utile ne se trouve pas dans les
    dictionnaires.

  BOLER, BOILER, ou BOUELLER, v. a. ventrer, faire sortir les
    boyaux, arracher les entrailles. Terme vaudois et vieux
    franais. R. _bol_, boyau.

  [+] BOLUTION, s. f. bullition, ruption passagre qui survient 
    la peau.

  BORNICLER, v. a. borgner. _Le soleil nous borniclait._

  BOURIFFLER, v. a. _Cheveux bouriffls. Cette grosse bise m'a
    bouriffle._ Le verbe franais est bouriffer.

  BRAISER, v. a. Remuer la braise d'une chaufferette ou d'un
    brasier. Ce terme, usit aussi chez nos proches voisins, mrite
    d'tre observ.

  BRIQUER, v. a. Briser, mettre en pices, effondrer. _briquer une
    caisse. cuelle brique; pipe brique._ Terme suisse-roman et
    savoisien. R. _brique_. Voyez ce mot.

  CAGNER QUELQU'UN. L'carter, le mettre de ct, le supplanter, le
    chasser.

  CALABRER, v. a. Ouvrir entirement. _La porte resta calabre.
    Portes et fentres taient calabres._ A Lausanne et 
    Neuchtel on dit: _calambrer_. Dans le patois dauphinois,
    _eicalambra_, et dans le dialecte languedocien, _escarlamba_,
    signifient: carquiller les jambes. Tous ces termes, fort
    expressifs, n'ont point d'quivalents en franais.

  CAMBOUILLI ou ESCAMBOUILLI, IE, adj. ou partic. bouilli, trop
    cuit, diminu par la cuisson. _Bouillon cambouilli; sauce
    cambouillie; viande cambouillie._

  CARABILLER, v. a. carquiller. _Tout en dormant, il avait les
    yeux carabills._ Dans le dialecte provenal, _escarabiha_
    signifie: veill, gai, de bonne humeur. Le dictionnaire de
    l'Acadmie (dition de 1760) enregistre encore le mot
    d'_Escarbillard_, et lui fait signifier: veill, gai, enjou.

  CARAFLER, v. a. Aplatir, cacher, craser. _Il s'est carafl le
    genou en tombant. En remuant cette pierre, je m'caraflai le
    pouce._

  ECCTRA ou ECCTRA. Expression qui a pass du latin dans le
    franais. crivez et prononcez et ctra, en faisant sonner le
    _t_ du mot _et_.

  CHAFFOURE, s. f. chauffoure.

  CHALAS, s. m. La syllabe finale est longue, comme dans les mots
    _app[=a]s_ et _trp[=a]s_; mais les Genevois la prononcent aussi
    brve que la dernire syllabe des mots _prl[)a]t_, _pl[)a]t_,
    _cl[)a]t_, etc.

  CHANGE (UNE). _Une change avantageuse._ Solcisme fort rpandu.
    change est masculin, aussi bien que Change.

  CHAPPER, v. actif. _Tu as chapp une occasion excellente._
    Dites: Tu as laiss chapper, tu as manqu une occasion
    excellente.

  CHARAVOTE, s. f. Rosse, trille. _Ils se sont donn l une
    fameuse charavote._ On dit dans le mme sens: _Ils se sont
    fameusement charavots_. Terme nergique, mais trivial.

  CHARAVOTER, v. a. Mettre en dsordre, embrouiller (au sens
    propre). _Fil charavot; cheveux charavots; femme
    charavote._

  CHARBOTTER, v. a. Mler, embrouiller. _cheveau charbott;
    crinire charbotte._ Terme savoisien, dauphinois et vieux
    franais. Dans le patois de Dijon, _encharbtai_, et dans le
    patois franc-comtois, _encharbouter_, signifient: Embarrasser.

  [+] CHARPE, s. f. _Une charpe au doigt._ Dites: charde.

  CHARPINER ou CHARPIGNER, v. a. Se dit du chanvre qu'on ouvre,
    qu'on bouriffe aprs qu'il a t battu, et avant qu'il passe
    dans les mains de ceux qui doivent le peigner. Figurment,
    _charpin_ signifie: chevel, bouriff. _Cheveux charpins;
    coiffure charpine._ Terme vaudois, valaisan et savoisien. Dans
    le patois franc-comtois on dit: _Encharp_. En languedocien et
    en provenal, _escarpina_ signifie: cheveler, tirer par les
    cheveux, charper, dchirer. Dans ces mmes dialectes,
    _charpineux_ se dit d'un arbre hriss de pointes. R. lat.
    _carpere_.

  CHART, CHARTE, adj. Terme de couturire. Se dit de ce qui manque
    d'ampleur, de ce qui est triqu. _Robe charte; manteau chart;
    rideau chart._ Terme suisse-roman et franc-comtois. Dans le
    vieux franais, _chars_, et en italien, _scarso_, signifient:
    Chiche, mesquin, avare.

  CHEMI, IE, adj. Terme culinaire. Se dit de certains mets qui
    manquent de suc et qui sont, par cela mme, desschs. _Viande
    chemie, lgume chemi. Un bouilli chemi_ est un bouilli
    maigre et comme dessch.

  CHEVETTE, s. f. cheveau. _chevette de fil; chevette de soie;
    chevette embrouille._ Terme suisse-roman, savoisien, lyonnais,
    comtois, lorrain et vieux franais.

  CHILLE, s. f. Esquille, charde, clat de bois. [P. G.]

  CHINANT, ANTE, adj. Trs-fatigant, accablant, tuant. _Travail
    chinant; occupation chinante._ chinant, en franais, est un
    participe et non un adjectif; du moins, ce mot n'existe-t-il,
    sous cette dernire forme, dans aucun dictionnaire usuel.

  [+] CHIRER, v. a. Dchirer. _Fais donc attention, Lise, tu me
    marches et tu vas m'chirer._

  CHIRURE, s. f. Dchirure.

  CHOPPLE, s. f. Terme d'art. choppe, pointe dont se servent
    plusieurs artistes, et surtout les graveurs.

  CHOPPLER, v. a. chopper, travailler avec l'choppe.

  CLAFFER, v. a. craser avec le pied un objet qui clate et rend
    un bruit ou exprime un suc par le fait mme de l'crasement.
    _claffer une poire; claffer une grenouille; claffer un
    escargot. Il lui claffa le nez d'un coup de poing._ Terme
    vaudois, neuchtelois et franc-comtois. Dans le dialecte
    languedocien, _esclafa_. En vieux franais, _esclaffer_ veut
    dire: clater (_s'esclaffer de rire_); en limousin,
    _escloffa_, aplatir, ouvrir en pressant, comme on le fait pour
    une noix; en picard, _clifer_, fendre, dchirer. Tous ces
    termes sont des onomatopes videntes; mais la plus remarquable
    de toutes est notre mot patois _cllaf_ (_ll_ mouills).

  [+] CLAIR (UNE). Ce mot est masculin.

  CLAIRCI (UN). _Au premier clairci nous partirons._ Terme
    bordelais, etc. Dites: claircie.

  CLAIREMENT, s. m. clairage. Dans l'hiver de 1755  1756, un
    grand nombre de particuliers firent allumer la nuit des
    lanternes devant leurs maisons, pour clairer la rue, et ils
    continurent cet _clairement_ pendant tout l'hiver. [J. PICOT,
    _Histoire de Genve_, t. III, p. 303.]

  CLAIRER, v. a. Allumer, faire brler. _clairer les quinquets;
    clairer le feu._ Terme mridional, etc.

  CLATER (S'), v. pron. Se gercer, se crevasser. _Le froid fait
    clater les mains_ (fait gercer les mains).

  CLATER (S'), v. pron. _S'clater de rire._ Terme vieux franais.
    On dit aujourd'hui: clater de rire.

  CLIFFE, s. f. Seringue en sureau avec laquelle les enfants se
    jettent de l'eau. J.-J. ROUSSEAU, dans ses _Confessions_, livre
    Ier, dit: _quiffles_. A Bossey... nous faisions des cages, des
    fltes, des volants, des tambours, des maisons, des _quiffles_,
    des arbaltes. C'est le mot _cliffe_, avec une prononciation
    diffrente: la vritable est _eykllieffa_ (_ll_ mouills et _a_
    presque muet).

  CLP, PE, adj. et partic. _Comme tu es clp, Daniel!_
    Prononciation genevoise du mot _clopp_, dont l'_o_ est bref,
    comme dans _dvelopp_.

  COLAI ou COULAI, s. m. Terme des campagnards. Mre-goutte,
    surmot, vin qui coule du pressoir dans la cuve avant que le
    raisin soit press.

  CORCE NOIRE, s. f. _Un plat d'corces noires._ Terme suisse-roman
    et savoisien. On dit en franais: Scorsonre.

  CORCES, s. f. pl. _Scher des corces; brler des corces._ Le
    mot franais est Tanne.

  COT DE BOIS, s. m. Bchette, ramille, menu bois que les pauvres
    gens vont ramasser dans les forts, ou au bord des haies, ou
    prs des ruisseaux. Sismondi n'a pas hsit d'adopter ce mot.
    Quelques petits _cots_ recueillis le long des chemins, etc.
    [_L'Irlande en 1834_; article de la Bibliothque Universelle,
    mai 1836.] Terme suisse-roman et jurassien. Montaigne dit:
    _Escot_; on le dit encore dans le patois limousin (_esco de
    bo_). Au sens figur nous disons: _tre maigre comme un cot;
    tre sec comme un cot_.

  COTER, v. n. Ramasser des _cots_, c'est--dire, du menu bois.
    _O allez-vous, brave femme?--Pauvre Monsieur, je vais coter le
    long d'Arve._

  COUAIRU, UE, s. et adj. Petit, maigre, dbile, chtif. _Un
    couairu comme toi, vouloir camper! Dis voir, Cabot,
    connatrais-tu par hasard la femme de Jean Lorrain, cette petite
    couairue, qui tient une boutique brise darnier le Rhne?_ Dans
    quelques provinces de France, _couer_ signifie: Couper la queue
     un animal (_couer un chien_), et c'est l peut-tre l'origine
    de notre mot _couairu_. Dans le patois vaudois, _couairu_ veut
    dire: cureuil.

  COUAIRLE, s. f. C'est un fminin du mot prcdent.

  COUENNE, s. f. Force, vigueur. _Il y va de toutes ses_
    _couennes_, c'est--dire, de toute sa force. _Tu n'as pas
    l'couenne_, tu ne peux pas, tu n'es pas assez fort.

  COUENNER (S), v. pron. S'efforcer. Voyez COUANNE.

  COULER, v. a. Terme de tricoteuse. Laisser couler, laisser
    tomber, laisser chapper. _couler une maille; maille coule._

  COVET ou COV, s. m. couvillon, linge fix  l'extrmit d'une
    perche et servant  nettoyer le four. Terme suisse-roman. En
    provenal, _escoubo_, en vieux franais, _escouve_, et en
    franais, couvette, signifient: Balai.

  CRELET ou LCRELET, s. m. Sorte de nougat. _Des crelets de
    Ble._ Terme suisse-roman, form du mot allemand _Leckerei_,
    friandise.

  CREM, E, adj. _tang crem, rivire creme._ tang, rivire
    dont les froids de l'hiver commencent  congeler la surface.

  CREMER, v. a. _crmer du lait._ crivez et prononcez crmer,
    avec un accent aigu sur les deux __.

  CRITOIRE (UN). _Un petit critoire._ Ce mot est fminin.

  CRIVISSE, s. f. _Pcher aux crivisses._ Terme suisse-roman,
    savoisien et franc-comtois. Dans le vieux franais on crivait
    et on prononait _Escrivisse_, et l'on ne dit pas autrement dans
    plusieurs villages de notre canton.

  CU, s. m. _cu chang, cu mang._ Ce proverbe, peu rpandu 
    Genve, mais qui nous appartient rellement, signifie qu'une
    pice d'argent, ds qu'elle est change, est bientt dpense.
    Ce proverbe a t recueilli par deux dictionnaires modernes,
    savoir, le _Complment_ du dictionnaire de l'Acadmie (au mot
    Manger), et le Dictionnaire national de M. Bescherelle.

  CUELLE, s. f. _cuelle de lait._ Dites: cuelle de lait.

  CUELLE, s. f. Nous disons figurment: _Verser son cuelle_, pour
    signifier: Faire mal ses affaires. _Un tel a vers son
    cuelle_; c'est--dire: Un tel a perdu, en tout ou en partie, ce
    qu'il possdait.

  CUELLE, s. f. Ricochet, bond que fait une pierre plate et lgre
    jete obliquement sur la surface de l'eau. _Faire des cuelles._

  CUERNE ou TIEURNE, s. des 2 genres. Idiot, hbat, ahuri.
    _J'avais beau vous appeler  mon secours, vous restiez l tous
    deux comme des cuernes._ Terme savoisien.

  CURU, UE, s. Voyez COUAIRU.

  CUISSETER ou CUISSOTER, v. a. Signifie: Fendre, partager en
    deux. _La foudre, en tombant sur cet arbre, l'a cuisset._ Au
    sens figur: Fatiguer  l'excs, harasser. _Une marche de six
    jours conscutifs nous avait cuissots._ [P. G.]

  CUIT, CUITE, adj. Se dit de la peau des petits enfants,
    lorsqu'elle s'corche ou se crevasse. _Notre pauvre Lolotte est
    tout cuite._ Terme suisse-roman. On dit  Lyon: _Entrecuit_.

  CUMOIRE (UN). Ce mot est fminin.

  DUQUER, v. a. lever un enfant, l'instruire, le former. _Suis-je
    assez misrable! s'criait la Simonne; j'ai tout sacrfi pour
    faire duquer mon Janot, et j'y ai pardu, avec ma peine, tous
    mes petits argents!_ Ce mot d'_duquer_ appartient au langage le
    plus nglig et le plus populaire. Cependant on peut fort bien
    dire d'un homme incivil et grossier: Voyez ce mal duqu.

  EFFARCL, E, adj. et partic. Se dit principalement des ustensiles
    en bois, et signifie: Bris, mis en pices. _Seille effarcle;
    cuvier effarcl; bagnolet effarcl._ En patois, _farclle_ (_ll_
    mouills) veut dire: Cercle.

  EFFEUILLES (LES). L'opration d'effeuiller la vigne. _Le temps des
    effeuilles. Les femmes sont aux effeuilles._ Les dictionnaires
    disent: L'effeuillaison et L'effeuillage.

  [+] EFFINI, NIE, ou FINI, NIE, adj. Infini. _Depuis un temps
    effini la voisine me rocandait ce crou-ye paravent._

  GANCE, s. f. Rpartition de charges, distribution d'impositions
    entre divers copropritaires. Ce terme est mentionn dans le
    _Glossaire de l'ancien droit franais_, par MM. DUPIN et
    LABOULAYE.

  GANCER, v. a. Fixer les proportions, rgler les parts d'une
    contribution, _faire les gances_. Expression consacre.

  GANGUILL, E, adj. Se dit d'une personne dont les vtements sont
    pleins de trous, sont en lambeaux, en loques. _Ce petit drle
    veut toujours grimper sur les arbres, et toujours il en
    redescend ganguill._ Voyez GANGUILLER.

  GATTER (S'), v. pron. S'battre, se divertir, courir la
    prtantaine. Voyez GATTES.

  GLEDON, s. m. dredon.

  GRAVETER, v. a. Gratter la terre. _Les poules gravetaient dans
    le jardin._ R. _gravier_?

  GRGE, adj. m. Honorable. Ordonn aux secrtaires de la Justice
    de ne point qualifier de Nobles ceux des Auditeurs desquels les
    pres n'auront t ni Syndics, ni Conseillers, mais simplement
    d'_grges_ ou honorables. [_Fragments historiques de_ GRENUS.]
    Ce terme, qui appartient  l'ancienne langue genevoise, manque
    dans les dictionnaires, et en particulier dans le _Glossaire
    roman_ de ROQUEFORT. grgiat, s. m., est dans Bescherelle. R.
    _egregius_.

  GREN, E, adj. Se dit des personnes et des choses, et signifie:
    Isol, incomplet, parpill. _Quelques soldats grens furent
    surpris et massacrs. Quand on commence  tudier une langue
    quelconque, des leons grenes sont d'un mdiocre profit. La
    bibliothque du bateau  vapeur ne nous offrit que quelques
    volumes grens de Buffon et de Voltaire._ On lit dans le
    _Journal de Genve_, du 27 mai 1851: Suffrages en faveur de la
    liste jaune, 1900; en faveur de la liste rouge, 1050; le reste
    se rpartit en _voix grenes_. Cette expression utile n'a pas
    d'quivalent exact en franais. gren, ou plutt grn,
    est franais dans un autre sens.

  GRILL, E, adj. Dessch, raill par l'action du soleil. _Un
    vernis grill; un bagnolet grill; une brande grille._ Terme
    suisse-roman et jurassien. R. _grill_, dessch.

  GROUGNER, v. a. Frapper rudement, meurtrir, abmer de coups une
    personne ou une chose. _Il prenait plaisir  grougner la poupe
    de sa soeur. En tombant sur ces cailloux, elle s'grougna le
    bras. Ils se battirent dans le cabaret et s'egrougnrent._ Terme
    trivial. En provenal, _eigoourigna_ signifie: Charcuter, couper
    malproprement de la viande  table.

  GRUFF, E, adj. et s. veill, vif, tourdi. On dit plus
    souvent: _Dgruff_.

  JARRATER, v. a. et n. Se dit de certains animaux qui creusent la
    terre avec leurs pattes, comme les chiens, les lapins et les
    poules. _jarrater_ signifie aussi, en parlant des personnes: Se
    dmener avec les bras ou les jambes pour se dbarrasser d'une
    chose dont le poids nous incommode. [P. G.]

  JAVETER (S'), v. pron. Se dbattre, s'battre, remuer vivement
    les pieds et les mains. _Etendez votre enfant sur le gazon et
    laissez-le s'javeter._

  LANCE, s. f. lancement, impression que fait en quelque partie
    du corps une douleur subite et de peu de dure. _Avoir des
    lances; son abcs lui causait des lances cruelles._ Dans le
    franais populaire on dit: _Une lance_.

  LEVER (S'), v. pron. En parlant du temps. Se lever, se mettre au
    beau. _Quand le temps s'lvera, nous partirons._ Dites: Quand
    le temps se lvera.

  LXIR, s. m. _lxir de longue vie._ Dans le franais populaire
    on dit: _lexir_ (_e_ muet). L'expression vritable est
    lixir.

  LOURDI, IE, partic. Alourdi, appesanti. _Cette maudite voiture
    m'a tant secou, que j'en suis tout lourdi._ Terme vieux
    franais.

  [+] LUMINER, v. a. Illuminer.

  [+] MAGINER, v. a. Imaginer. _Peut-on s'maginer rien de plus
    laid, de plus-z-hideux? T'magines-tu bien la tarente que j'ai
    eue l!_ Dans le patois rouchi on dit: _S'magner_. Chez nous
    il n'est pas rare d'entendre: _Magine-toi, maginez-vous_, pour:
    Imagine-toi, imaginez-vous.

  EMBARBOUILLER, v. a. Barbouiller, salir. Au rflchi:
    _S'embarbouiller. Le ciel s'embarbouille, le temps
    s'embarbouille_; c'est--dire: Se drange, se met  la pluie.
    Terme franais populaire.

  EMBARDOUFFLER, v. a. Salir, barbouiller. Terme vaudois, etc.

  EMBARRAS, s. m. (fig.) _Ce n'est pas l'embarras_, est une locution
    adverbiale qui rpond : Au surplus, aprs tout. _Ce n'est pas
    l'embarras, il pourrait bien y avoir de l'orage cette nuit. Ce
    n'est pas l'embarras, nos deux garons peuvent bien faire toute
    la route  pied._ Franais populaire.

  EMBAUMER, v. impers. _Il embaume dans cette orangerie; il embaume
    dans ce salon._ Locution mridionale. Dites: Cette orangerie
    embaume; ce salon embaume. [ACAD.]

  EMBEGUIGN, E. part. Embguin, e.

  EMBERLICOQUER, v. a. Voyez EMBRELICOQUER.

  EMBIBER (S'), v. pron. S'imbiber. _L'eau s'embibait dans la
    mollasse et la pourrissait._

  EMBIJLER, v. a. Cajoler, caresser, endormir par des paroles
    flatteuses. Augmentatif du verbe Enjler.

  EMBIJLEUR, EMBIJLEUSE, s. Enjleur, enjleuse.

  EMBIJNER, v. a. A la mme signification qu'_embijler_, dont il
    n'est qu'une corruption.

  EMBLOUSER QUELQU'UN. Le mettre dedans, le duper, le friponner dans
    une affaire. [P. G.]

  EMBLOUSER (S'), v. pron. Se fourvoyer dans une affaire, se mettre
    dedans, tre dupe par sa faute. [P. G.]

  EMBOIRE, v. neutre. Boire. _Ce papier emboit._ S'emboire est
    franais, mais il ne se dit qu'en peinture. Les couleurs de ce
    tableau s'emboivent, c'est--dire: S'imbibent dans la toile.
    Tableau embu. [ACAD.]

  EMBOIRE, v. neutre. Boire. _Faire emboire une toffe, faire
    emboire du linge_, signifie: Plissoter deux morceaux d'toffe ou
    deux morceaux de linge ingaux, pour les galiser. On dit en
    franais: Faire boire une toffe, faire boire du linge,
    c'est--dire: Les tenir lches en les cousant.

  EMBOUTI, s. m. Sorte d'toffe pique. _Une jupe d'embouti._

  EMBOUYONNER, v. n. Tremper la lessive. Terme des campagnards. R.
    _boue_, lessive.

  EMBRELICOCAGE, s. m. Confusion, brouillamini, quiproquo. _Il y a
    l-dessous un embrelicocage auquel je ne comprends rien._

  EMBRELICOQUER, v. a. Emberlucoquer, troubler, embarrasser.
    S'emploie surtout au rflchi: _S'embrelicoquer._ R. _brelue_,
    berlue.

  EMBRELIFICOTER (S'), v. pron. S'emberlucoquer, s'embrouiller.
    Terme suisse-roman et franais populaire. Nous disons aussi:
    _S'embrelificoquer_ et _s'emberlificoquer_: toutes expressions
    qui appartiennent au franais populaire.

  EMBRESAILLE, s. f. Sorte d'arbrisseau. Voy. AMBRESAILLE.

  EMBRINGUER (S'), v. pron. Se mettre dans l'embarras, tre dans
    l'embarras. _Cette maison de commerce est, dit-on, un peu
    embringue._ R. _En bringues_.

  EMBRONCHE, adj. Sombre, soucieux, inquiet, de mauvaise humeur. _Un
    air embronche. Un visage embronche. Vous me semblez embronche,
    Monsieur Nicolas._ Dans le vieux franais on dit: _Embronch_,
    terme connu en Suisse, et recueilli par plusieurs dictionnaires
    modernes.

  EMBROUILLAGE, s. m. Embrouillement, confusion, mic-mac. Terme
    mridional.

  EMBROUILLAMINI, s. m. Brouillamini.

  EMBROUILLE, s. f. Embrouillement, confusion, gchis.

  EMBROUILLER, v. a. Brouiller, mler. _Embrouiller du fil. cheveau
    embrouill; ficelle embrouille._ Ce sens du verbe Embrouiller
    manque dans les dictionnaires.

  EMBUMANTER, v. a. Mettre de l'engrais, mettre du fumier.

  MINE, s. f. Mouture, salaire du meunier. Voyez le mot suivant.

  MINER, v. a. et n. Terme de meunier. Prendre une certaine
    quantit de farine ou de grains pour se payer quand la personne
    qui a donn  moudre n'a pas d'argent. [P. G.]

  EMME, ME, ou EIME, s. m. Esprit, intelligence, jugement. _Il n'a
    point d'eime._ Terme jurassien, dauphinois et vieux franais. R.
    _anima_?

  MOTTER, v. a. monder. _motter un ormeau._ C'est le mot patois
    _mot_.

  MOURGER (S'), v. pron. S'animer, se rveiller, se donner de la
    peine. _Courage, Adolphe, mourge-toi. C'est aujourd'hui qu'il
    faut s'mourger._ A l'actif, _mourger_, mettre en train.

  EMPAFFER (S'), v. pron. Signifie: 1 S'empiffrer, se gorger de
    nourriture; 2 Faire excs de vin ou de liqueurs. Terme franais
    populaire.

  EMPARE, s. f. Marge, champ. (fig.) _Prendre de l'empare_ (prendre
    de la marge); _avoir de l'empare_ (avoir de la marge). _En
    valuant  25,000 francs nos frais d'tablissement, nous avons
    de l'empare._ En vieux franais, _emparer_ signifie: Prendre,
    saisir.

  EMPARER, v. a. Soutenir le parti de quelqu'un. _Emparer quelqu'un;
    emparer une gageure._ En vieux franais, _emparer_ signifie:
    Protger, fortifier; _emparement_, protection.

  EMPTIRE, s. f. Huche, ptrin, ptrissoire. Dans notre patois,
    _patre_ a le mme sens.

  EMPATOUFFLER (S'), v. pron. Se couvrir, se remplir
    involontairement les mains ou le visage d'une matire gluante ou
    paisse. _S'empatouffler de miel; s'empatouffler de suif;
    s'empatouffler de beurre. L'enfant niait avoir visit l'armoire
    des provisions; mais son visage empatouffl de confitures le
    trahissait._ R. _patte_?

  EMPCHER  QUELQU'UN DE. Dites: Empcher quelqu'un de. _Je lui
    empcherai bien d'entrer. Empche-leur de se battre. Notre plus
    belle vache a une maladie qui empche au lait de sortir._

  EMPG, E, adj. et part. Embarrass, emptr, pris, arrt. _Nous
    fmes accosts et empgs par ton babillard de cousin._ En
    provenal, _empeiga_ signifie: Enduire de poix, coller. R.
    _pge_. Voyez ce mot.

  EMPELOTONNER, v. a. Pelotonner.

  EMPESTIFR, E, adj. et part. _Une chambre empestifre._ Dites:
    Une chambre empuantie, empeste, puante.

  EMPLTRE (UNE). Ce mot est masculin; mais il tait encore fminin
    au dix-septime sicle, et il l'est encore dans plusieurs
    dialectes populaires de France.

  EMPLTRE, s. m. (fig.) Coup bien appliqu, horion, soufflet.
    _Donner un empltre. Si tu rpliques un seul mot, tu as un
    empltre._ Terme mridional.

  EMPLTRER, v. a. (fig.) Choyer, dorloter, traiter avec une
    dlicatesse outre. _Empltrer un enfant. Eugnie est empltre
    par sa mre._ Au rflchi, _s'empltrer_ signifie: Se dorloter,
    se choyer. Empltre, s. m., homme mou, femme sans vigueur, est
    franais.

  EMPLTRER (S'), v. pron. Se salir, se couvrir les mains de
    matires sales ou glutineuses. _Je voulus prendre le coquemar et
    je m'empltrai._ Terme mridional. Ce sens manque dans les
    dictionnaires.

  EMPLTER, v. a. Faire emplette. _Emplter une robe; emplter du
    sucre et du caf._ Terme suisse-roman et savoisien.

  EMPLETTE, s. f. Nous disons: _J'ai fait l'emplette d'une table.
    J'ai fait l'emplette d'un canap_, etc. On doit retrancher
    l'article et dire: J'ai fait emplette d'une table, j'ai fait
    emplette d'un canap.

  EMPOIGNE, s. f. Lutte, conflit. _Ils se rencontrrent et eurent
    ensemble une rude empoigne._

  EMPOIS, s. f. _Empois blanche; empois cuite_, etc. Ce mot est
    masculin: Empois blanc, empois cuit.

  EMPOISONNER, v. actif. Puer, communiquer une mauvaise odeur.
    _Recule-toi, tu empoisonnes la pipe. Cette vieille mendiante
    empoisonnait l'eau-de-vie. Votre chambre empoisonne le brle._

  EMPOISONNER, v. a. (fig.) Infecter, infester. _Votre prairie est
    empoisonne de mauvaises herbes; ce champ est empoisonn de rats
    et de sauterelles. La France nous empoisonne de mauvais romans._
    Ces diverses significations du mot Empoisonner manquent dans
    les dictionnaires.

  EMPOUTOUILLE, s. f. Terme des campagnards. Brouillamini, discours
    confus et embrouill, bagout inintelligible. _Quelle
    empoutouille tu nous fais l!_

  EMPOUTOUILLER, v. a. Embrouiller (au sens propre et au sens
    figur). _chevette empoutouille._

  EMPRGER, v. n. Voyez AMPRGER.

  EMPUANTER, v. a. Empuantir, infecter.

  EN, prp. Pour. _Une tailleuse en hommes._ Dites: Une tailleuse
    pour hommes. Dans une comdie de LE SAGE, intitule: _Les trois
    Commres_ (acte I, scne 9), on trouve cette phrase: Je suis
    cordonnier POUR femmes.

  EN, prp.  (avec mouvement devant un nom de ville). _Aller en
    Carouge, aller en Seyssel_, etc. Expression de nos campagnards,
    fort usite en Savoie,  Lyon et dans le Midi. Un guide de
    Chamouny me disait: _Je pris ces deux Anglais  La Roche, je
    passai avec eux le Petit-Bornand, et je les conduisis jusqu'en
    Thnes_. Un tel fut conduit captif _en_ Alger, est une phrase
    que chacun de nous a rencontre dans les vieux romans.

  EN, prp.  la (avec mouvement). _Aller en Dite. Ils quittrent
    la campagne le 15 septembre et ils rentrrent en ville._ Phrases
    incorrectes.

  EN, prp. Est retranch  tort dans l'expression suivante: _Il ne
    fit ni un ni deux et lui appliqua un soufflet_. Dites: Il n'EN
    fit ni un ni deux. [ACAD.]

  [+] EN, prp. Est inutile et vicieux dans les phrases suivantes:
    _Cela ne fait en rien; cela ne signifie en rien_.

  EN AGIR. _En agir bien, en agir mal, en agir librement_, etc., ne
    sont pas des expressions avoues par les grammairiens. Il faut
    dire: Agir bien, agir mal, agir librement; ou: En user bien, en
    user mal, en user librement.

  EN BAS, prp. _En bas la Tour de Bois; en bas la rue Verdaine; en
    bas Coutance; en bas Chevelu._ En bas n'est pas une
    prposition, c'est un adverbe. Pour tre correct il faut dire:
    En bas DE la rue Verdaine, en bas DE Coutance, en bas DE
    Chevelu; ou mieux encore: Au bas de la rue Verdaine, au bas de
    Coutance, etc.

  EN BONNE FOI, loc. adv. De bonne foi, sincrement.

  EN-, adv. , ici. _Joson, mon ami, viens en-, et salue toute
    la companie._ Dites: Joson, mon ami, viens , viens ici.

  ENCABOURNER (S'), v. pron. Se tenir enferm, se tenir cach chez
    soi. _Il reste tout le jour encabourn._ Terme neuchtelois et
    languedocien. Dans le dialecte vaudois on dit: _S'encabiborner_.
    R. _cabourne_. Voyez ce mot.

  EN CAMPE. En course, en campagne. _tre en campe_, tre sur pied,
    courir  et l. _Mettre en campe_, mettre en campagne, envoyer
     la dcouverte. _Toute la gendarmerie est en campe._

  ENCANTER, v. a. Acheter  l'encan.

  ENCAVAGE, s. m. Encavement, action d'encaver.

  ENCHEBROTTER ou ENCHEVROTTER, v. a. Bredouiller, parler dans un
    langage confus et embrouill. _Qu'est-ce que tu nous
    enchebrottes l? Qu'as-tu tant  enchebrotter?_ On dit aussi:
    _Lanchebrotter_.

  ENCHENAILLER, v. a. Terme de charpentier, qui signifie: 1 Ajuster
    le tenon dans la mortaise; 2 Lier fortement.

  ENCHEVALER, v. a. Ranger des colis les uns sur les autres, les
    mettre, pour ainsi dire, _ cheval_ les uns au-dessus des
    autres.

  ENCLINTE, adj. fm. Encline. _Votre tante Judith a le visage bien
    chauff; ne serait-elle point enclinte  la boisson?_

  [+] ENCOMPAGNER, v. a. Accompagner. _Allez dire  la Mariette
    qu'elle nous encompagne._

  ENCOQUER, v. a. Terme de pcheur. tourdir le poisson ou l'enivrer
    au moyen de la coque du Levant. Terme mridional.

  ENCORE PASSE. _Faire un tel voyage  pied!... Encore passe, si
    nous tions dans la belle saison._ Dites: Passe encore, si, etc.

  ENCOUBLE, s. f. Signifie: 1 Entraves, liens dont on embarrasse
    les pieds d'un cheval; 2 Obstacle, empchement, embarras. _Ces
    deux cousines, qui arrivent la veille de notre dmnagement,
    sont une fire encouble._ Terme provenal. R. _couble_, tresses
    de paille qui servent d'entraves aux pieds des chevaux.

  ENCOUBLER, v. a. Gner, embarrasser. _Un paillasson trou
    m'encoubla. La jeune fille s'encoubla dans sa robe et tomba._

  ENCOURAGER (S'), v. pron. _S'encourager  l'ouvrage_, signifie,
    dans notre dialecte: Travailler avec ardeur. _Encourage-toi,
    Justine, si tu veux nous faire plaisir._ S'encourager est un
    verbe rciproque.

  [+] ENCRE, s. masc. _De l'encre pais._ Ce solcisme est une
    tradition du vieux franais. Dites: De l'encre paisse.

  ENCRE  LA CHINE, s. f. Encre de Chine.

  ENCROIRE (FAIRE). _T'imagines-tu me faire encroire une semblable
    btise?_ Terme mridional. Dites: T'imagines-tu me faire
    accroire? etc.

  EN CROIRE (S'). S'en faire accroire, tre glorieux, se pavaner,
    faire le faraud. _Voyez donc comme il s'en croit! Tu t'en crois,
    toi, parce que tu as un paletot neuf._ Terme mridional.

  ENCROTTER, v. a. Enfouir, enterrer. _Encrotter un chien, encrotter
    un cheval._ Terme suisse-roman, savoisien, berrichon, etc. Nos
    campagnards disent aussi: _Encrotter un tison dans les cendres_.
    En vieux franais, _crot_ signifie: Creux.

  ENCUCHER, v. a. Terme rural. Envlioter, mettre le foin en
    vliotes. Voyez CUCHET.

  EN DERNIER, loc. adv. Voyez DERNIER.

  EN DESSUS DE, prp. Au-dessus de. _Le village de Gingins est  une
    lieue en dessus de Nyon._

  ENDOLOR, E, adj. Terme vieux franais. Dites: Endolori, ie.

  ENDOSE, s. f. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
    Endosse. Les dictionnaires disent: Avoir l'endosse, tu en
    auras l'endosse. Nous disons: _Porter l'endose, tu en porteras
    l'endose_.

  ENDRUGER, v. a. Mettre de l'engrais dans un champ. Voyez DRUGE.

  [+] EN EFFET DE, loc. adv. En fait de. _En effet d'habit des
    dimanches, je n'ai que ma blouse neuve. En effet de linge, j'ai
    deux chemises et un vieux paire de bas. En effet de lgume,
    parlez-moi des corces noires. En effet de viande, parlez-moi
    d'une livre._ Expression fort usite.

  EN T. _Se mettre en t_, signifie: Quitter les habillements
    d'hiver et se vtir lgrement. _Chez nous il n'est jamais
    prudent de se mettre en t avant le milieu du mois de mai._

  ENFANTIAU, s. m. et adj. Celui qui fait des enfantillages. _Faire
    l'enfantiau; tre trs-enfantiau._ Dans le vieux franais,
    _enfanteau_ signifiait: Petit enfant.

  ENFANTIOLE, s. f. et adj. C'est le fminin du mot _enfantiau_. _
    ton ge, Albertine, s'amuser de la sorte, c'est tre bien
    enfantiole. Tu es une vritable enfantiole._

  ENFANTISE, s. f. Enfantillage.

  ENFAR, E, adj. Enfarin, e. _Il est accouru, la bouche tout
    enfare, m'apprendre... que les sauteurs viennent d'arriver._

  ENFAUFILER, v. a. Se glisser dans. _Enfaufiler un sentier._
    _S'enfaufiler_, v. pron. Se faufiler, s'introduire, se glisser.

  ENFILE, s. f. Enfilade. _On nous fit traverser une longue enfile
    de chambres et de corridors._

  EN FIN DE COMPTE, loc. adv. Au bout du compte, en rsum, enfin.

  ENFLAMMATION, s. f. Inflammation.

  ENFLAMMATOIRE, adj. _Rhume enflammatoire._ Dites: Inflammatoire.

  [+] ENFLE, adj. Enfl. _ la suite d'une tombure, son genou devint
    tout enfle._ Franais populaire.

  ENFONCE, s. f. Enfoncement. _Il demeure dans un certain recoin,
    dans une certaine longue, vilaine enfonce de la rue du Perron._

  ENFOURNER (S'), v. pron. S'enfoncer, se fourrer. _Quand la nuit on
    crie  l'eau! mon poltron s'enfourne dans son lit et laisse
    crier._ Dans le dialecte languedocien, _s'enfourna_ se dit du
    vent qui entre avec imptuosit et s'engouffre dans un lieu
    troit. Ces deux sens du verbe _s'enfourner_ manquent dans les
    dictionnaires.

  ENGLAUDINER, v. a. Enjler, endoctriner, duper. _Par tes paroles
    mielleuses tu espres peut-tre m'englaudiner, mais bernicle._
    Dans le Jura on dit: _Englauder_. R. _Glaude_ ou _Claude_, nom
    propre, qui est quelquefois synonyme de niais.

  [+] ENGOND, s. m. Gond. _Poser les engonds; arracher les engonds._

  ENGORGELER et ENGORGER, v. a. Faire entrer par force un aliment
    dans la _gorge_; ingurgiter. _Il fallut lui desserrer les dents
    et lui engorger sa potion._

  ENGRINGER, v. a. Chagriner, rendre triste, peiner. Terme
    suisse-roman. Dans le vieux franais, _engraigner_ a le mme
    sens. R. _gringe_. Voyez ce mot.

  ENGRENER (S'), v. pron. Se dit surtout des personnes, et signifie:
    S'engager dans une affaire, y participer. Se prend d'ordinaire
    en mauvaise part. _Si tu t'engrnes une fois dans cette
    spculation, je crains pour ta bourse._ Terme recueilli par
    Boiste et par Chapsal. Nous disons aussi  l'actif: _Engrener_,
    dans le sens de Commencer. _Engrener une affaire. Engrener des
    relations. La chose fut mal engrene et elle choua._ Le
    dictionnaire de l'Acadmie et celui de Mr Bescherelle ne disent
    rien de satisfaisant.

  ENGUEUSEUR, EUSE, s. Celui ou celle qui engueuse, qui endoctrine,
    qui trompe par de belles paroles. Terme familier, qui ne
    s'emploie gure qu'en plaisantant.

  ENGUIGNACH, CHE, adj. Qui a du guignon, qui est en guignon.
    Augmentatif d'_enguignonn_.

  ENGUIGNCHER (S'), v. pron. S'habiller trangement, s'accoutrer
    d'une manire qui apprte  rire. Ne se dit que des femmes.

  ENGUIGNONN, NE, adj. Qui a du guignon, qui est en guignon.
    _Permettez-moi de quitter le jeu, je suis trop enguignonne
    aujourd'hui._ Terme parisien populaire.

  EN HAUT ou EN HAUT DE, prp. _En haut la Cit; en haut la Treille;
    en haut de Coutance._ Dites: Au haut de la Cit, au haut de la
    Treille, etc.

  NIERLER (S') ou S'NIARLER, v. pron. Se fatiguer  l'excs,
    s'reinter. L'ancien _Glossaire_ drive le mot _nierler_ de la
    prposition latine _e_, et de _nerio_, force, puissance. Le mot
    _nerio_ ne se trouve pas dans les dictionnaires. Mais, sans
    recourir aux langues anciennes, les mots genevois populaires
    _Nire_, _nierf_, ou _niarf_, nous fournissent spontanment la
    vritable tymologie de ces deux termes.

  ENJOUER, v. a. Mettre en joue, coucher en joue. _Le garde-chasse
    enjoua notre braconnier._ Ce mot n'est pas dans les
    dictionnaires.

  EN L, adv. En del, plus loin. _S'il vous plat, Messieurs,
    tirez-vous en l, placez-vous tant soit peu en l. Aide-moi,
    Drion,  mettre ce placard plus en l._ Terme languedocien, etc.

  ENLESSIVER, v. n. Encuver le linge destin  la lessive.

  ENLIASSER, v. a. Mettre en liasse. _Enliasser du linge_, c'est: En
    faire une trousse, l'accoupler. Terme mridional.

  ENLIER, v. a. et n. Agacer. _tre enli_, signifie: 1 Avoir les
    dents agaces; 2 Avaler avec difficult. [P. G.]

  [+] EN MME DE.  mme de, en position de, capable de. _Tu n'es
    pas en mme de me rattraper. Si M'sieu voulait m'avancer deux
    cus de cinq francs, je serais en mme de les lui rendre dans
    trois mois._ Terme lyonnais et mridional.

  ENNIFL, E, adj. Enchiffren, e. [P. G.]

  ENNILER, v. a. Terme d'colier. _Je t'ennile_, c'est--dire: Je
    me moque de toi. _Je vous ennile tous_, c'est--dire: Vous
    pouvez tous aller au d.....

  ENNOSSER, v. a. Engouer, embarrasser le passage du gosier en
    mangeant ou en buvant trop vite. _S'ennosser_, s'engouer, perdre
    la respiration en buvant de travers, ou en mangeant trop vite.
    _Il s'ennossa au point qu'il fut oblig de quitter la table._
    Dans le vieux franais, _nosser_ signifie: Boucher le gosier
    avec un _os_.

  ENNUYANT, ANTE, s. Ennuyeux, euse. _Tu es une ennuyante. Va-t'en,
    petite ennuyante, et laisse-nous tranquilles._ Terme mridional.
    Ennuyant n'est pas un substantif; c'est un adjectif et un
    participe.

  ENNUYER (S'), v. pron. _S'ennuyer de quelqu'un_ ou de _quelque
    chose_, signifie: S'ennuyer de l'absence de quelqu'un; regretter
    la privation d'une chose dont on avait joui. _Tu fais bien de
    revenir, Baptiste, car tout le monde s'ennuyait de toi. Mme N**
    s'ennuie de son appartement_ (elle regrette de l'avoir quitt).
    On dit dans le mme sens, et cette expression est plus usite
    que la prcdente: _S'ennuyer aprs quelqu'un; s'ennuyer aprs
    quelque chose. Je m'ennuie aprs ces deux aimables trangers._
    Expression connue en Lorraine, et sans doute ailleurs.

  [+] NOND, DE, part. Inond, de. _La seille coulait, et la
    pauvre Marguerite en fut tout nonde. Cette averse nous a
    nonds._

  NOSSER, v. a. Voyez ENNOSSER.

  EN OUTRE DE CELA, loc. adv. Outre cela.

  EN PLACE DE, prp. Au lieu de. _En place de vin, donnez-nous une
    cruche de bire. En place d'un mur, tablissez une bonne haie.
    En place d'tudier, tu babilles._ Franais populaire.

  [+] EN PREMIER, adv. Premirement, d'abord. _Nous irons en premier
    chez l'oncle, et ensuite chez le cousin._ Franais populaire.

  ENRAIDI, IE, adj. et part. Voyez ENROIDI.

  ENRAUFER ou ENRFER, v. a. Salir, couvrir d'ordures. En vieux
    franais, _roffe_ signifie: Gale, crote de gale. [Voyez
    ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_.]

  ENROIDI, IE, adj. et part. Roidi, devenu roide par le froid ou par
    une cause quelconque. _Je me sens tout enroidi, tout enraidi;
    j'ai le cou enraidi. S'enroidir_ ou _s'enraidir_, v. pron. Se
    roidir. _Mon bras et ma main s'enraidissent._ Terme mridional.

  ENROSSER, v. a. Flouer, attraper, mettre dedans. _On t'a joliment
    enross avec ce cheval. Il s'est laiss enrosser d'un tas de
    rossignols_ (rebuts de magasin). _Le croyez-vous assez enross
    avec sa vieille comtesse?_ R. _rosse_.

  [+] ENROUCH, E, adj. Enrou, qui a de l'enrouement. _Le froid
    l'a enrouch. Pauvre Suzon, te voil donc bien enrouche._ R.
    _rouche_. Voyez ce mot.

  ENROUURE, s. f. Enrouement, maladie du gosier. _Une forte
    enrouure._ Terme suisse-roman, dauphinois et languedocien.

  [+] ENSAUVER (S'), v. pron. Se sauver, s'enfuir. _Ensauve-toi,
    ensauve-toi! on te court aprs. Voil l'hussier: ensauvez-vous!_

  ENSEIGNE, s. f. _ bonne enseigne_, c'est--dire:  juste titre,
    avec des srets. _Si ton frre a pris cette rsolution, ce
    n'est qu' bonne enseigne._ On dit en franais:  bonnes
    enseignes.

  ENSEVELIR et ENTERRER n'ont point le mme sens. Ensevelir,
    c'est: Envelopper un corps mort dans le drap appel linceul.
    Enterrer, c'est: Mettre en terre le corps mort. L'historien
    suisse, Ruchat, s'est donc exprim peu correctement dans la
    phrase suivante: Calvin mourut le 27 mai (1564), et fut
    _enseveli_ tout simplement au cimetire commun de Plainpalais.
    Il fallait dire: Enterr, ou Inhum.

  ENSEVELISSEMENT, s. m. Ne dites pas: _Accompagner un
    ensevelissement. Regarder passer un ensevelissement.
    L'ensevelissement dfila pendant plus d'une demi-heure_. Dites:
    Accompagner un convoi, accompagner un enterrement, accompagner
    une pompe funbre, etc.

  [+] ENSOUVENIR (S'), v. pron. Se souvenir. _Ensouviens-t'en,
    Gabriel, ensouviens-t'en bien: je t'attends demain  la
    Jonction._

  ENSUITE, adv. D'ailleurs, de plus, au surplus. _Devais-tu, Andr,
    te gendarmer de la sorte, quand ton pre te rprimandait?
    Premirement il en a le droit; ensuite tu es vritablement dans
    tes torts._ Expression gasconne, etc.

  ENSUITE (D'). _L'anne d'ensuite._ Dites: L'anne suivante,
    l'anne d'aprs. [ACAD.]

  ENTAILLER (S'). Se couper, se faire une coupure, une incision dans
    la chair. _S'entailler le doigt; s'entailler la main._ Ce verbe,
    pris dans cette acception, manque dans les dictionnaires.

  ENTE (LA). _La ente d'un poirier; la ente d'un rosier. La ente a
    bien russi._ L'_e_ initial de ce mot ne s'aspire pas. Il faut
    crire et prononcer L'ente. L'ente a bien russi, etc.

  ENTE, s. f. Terme de couturire. Voyez ENTER, no 2.

  ENTCHER, v. a. Mettre en tas. Se dit particulirement des
    fourrages. Voyez TCHE.

  ENTENDU (UN). Un plan concert, un plan combin, une collusion
    secrte. _C'est un entendu entre eux_ (c'est une affaire
    arrange et calcule entre eux). Terme mridional.

  [+] ENTENTION, s. f. Attention. _Faites entention, ma bonne Dame,
    vous pourriez glisser._ Terme vieux franais, que l'on trouve
    dj dans le _Roman de la Rose_, ainsi que l'adjectif _ententif_
    (attentif).

  ENTER, v. a. Greffer. Nous aspirons l'_e_ initial de ce mot, comme
    s'il s'crivait _henter_. C'est une faute aussi grossire que
    frquente. Ne dites donc pas: _Je soigne cet arbrisseau pour le
    enter quand le moment sera favorable_; dites: Pour l'enter.

  ENTER, v. a. Terme de couturire. _Enter des bas_, veut dire:
    Remonter des bas, les raccommoder en y ajoutant des bouts. Terme
    suisse-roman et mridional. Dans l'vch de Ble on dit:
    _Renter_.

  ENTERREUR, s. m. Fossoyeur, celui qui creuse les fosses destines
    aux morts. Terme dauphinois et languedocien. On dit  Marseille:
    _Un enterre-mort_.

  ENTICHER (S'), v. pron. S'entter, s'prendre d'une personne. _Il
    s'enticha d'une comdienne, et il l'pousa. Il est entich de
    lui-mme et il s'admire._ L'Acadmie dit: S'enticher d'une
    opinion, s'enticher d'un systme; mais elle ne dit pas:
    S'enticher d'une personne. Expression fort admissible.

  ENTORSE, s. f. Nous disons: _Se faire une entorse; il se fit une
    entorse au pied_. Il faut dire: Se donner une entorse.

  EN TOUT ET PARTOUT. Sorte d'adverbe, qui signifie: En total. _ la
    fin de ce long voyage, il ne leur restait en tout et partout que
    trois francs._

  ENTRAIN, s. m. Ardeur au travail. _tudier avec entrain.
    Travailler avec entrain. Je n'ai point d'entrain, je n'ai aucun
    entrain aujourd'hui._ Ce substantif, si usit chez nous et si
    remarquable, n'existe pas en franais.

  ENTRE, prp. _Ils n'avaient entre eux tous que sept francs 
    dpenser._ Ce sens de la prposition _entre_ n'est pas franais.
    Il faut dire: Ils n'avaient ensemble que sept francs 
    dpenser.

  ENTRECOT, s. m. (_o_ bref.) Ruelle, ruelle forme par les
    boutiques ou choppes qui bordent nos Rues basses. _Traverser un
    entrecot; s'chapper par l'entrecot. On nous fit passer par un
    corridor troit, ou, pour mieux dire, par un entrecot._

  ENTRE DEUX. Nous disons: _tre entre deux_, pour signifier: tre
    indcis, tre en balance, hsiter. _Partirai-je? Resterai-je? Je
    suis l entre deux._ Expression mridionale.

  ENTREPOSER, v. a. Dposer. _Entreposer sa canne, entreposer son
    ombrelle  l'entre d'un lieu public._ Entreposer, en
    franais, n'a aucun autre sens que celui de: Dposer des
    marchandises dans un entrept.

  ENTRER, v. actif. Mettre dedans ce qui tait dehors. _Entrer le
    bois au grenier; entrer les fauteuils dans le salon; entrer les
    vases dans la serre_, etc. _Entrer son chapeau_ (l'enfoncer dans
    sa tte). _Elle s'est entr une charde dans le doigt._
    Expressions incorrectes, ou qui, du moins, n'ont pas l'autorit
    des dictionnaires.

  [+] NUTILE, adj. Inutile. NUTILEMENT, adv. Inutilement.

  ENVERJURE, s. f. Envergure, que l'on prononce _enverghure_ (comme
    _figure_). R. _vergue_.

  ENVERS, s. m. Clou, furoncle. _Il dormit sur l'herbe humide, et il
    lui sortit des envers par tout le corps._ Terme suisse-roman.

  EN VEUX-TU? EN VOIL. Cette locution adverbiale signifie: 
    foison, abondamment, en grande quantit. _C'tait un bal
    magnifique: il y avait des glaces en veux-tu? en voil._

  ENVIER QUELQU'UN. _Envier les riches. Tu vas demain aux Treize
    Arbres, Catherine: ah! que je t'envie._ On dit: Envier une
    chose; on ne dit pas: _Envier quelqu'un_.

  ENVIRONS (AUX), prp. _J'irai te voir aux environs de Nol. Quel
    ge a ton garon, compre?--Il a aux environs de douze ans.
    Quelle heure est-il?--Il est aux environs de quatre heures._
    Dites: Prs de Nol. Il est quatre heures environ, etc.

  PARE, s. f. Penture, bande de fer pour soutenir les portes et les
    fentres. Terme suisse-roman. A Lyon on dit: _Empare_.

  PARGNE, s. f. Binet, petit instrument qu'on adapte au chandelier
    pour brler les bouts de chandelle. A Neuchtel, en Dauphin, en
    Languedoc et en Lorraine on dit: _Une mnagre_; en Picardie,
    _un profit_; en Limousin, _une conomie_.

  PAULE, s. f. (fig.) Grappillon au haut d'une grappe et qui en
    dpend. _Accepterais-tu ce raisin, Fanny?--C'est beaucoup trop;
    mais j'en prendrai avec plaisir une paule._ Expression
    trs-juste.

  PAUTE, s. f. peautre, sorte de froment.

  PENALET, s. m. Tranche de lard coupe au dos d'un cochon. C'est
    un morceau estim des paysans gourmets. [P. G.]

  PICACUANA ou PCACUANA, s. m. _Tablettes d'picacuana._ crivez
    et prononcez Ipcacuana.

  PIDERME. _piderme dlicate._ Ce mot est masculin.

  PINARDS. Ce substantif est masculin; mais beaucoup de personnes
    le font fminin et disent: _De bonnes pinards_. Cette faute
    nous vient du patois, o le mot _penoches_ (pinards) est
    fminin.

  PINGLE D'POUSE, s. f. Camion. [Voyez le _Vocabulaire franais_
    de Mr PAUTEX, 9e dition, p. 57.]

  PINGOLER, v. a. pingler, dboucher la lumire d'une arme  feu
    avec une pinglette.

  PINGOLOIR, s. m. pinglette.

  PINGUE, s. f. Prononciation vicieuse du mot pingle.

  PINIACHER ou PINASSER, v. a. Au sens propre ce mot signifie:
    Peigner les chappes ou tresses de chanvre; dfaire les chappes
    et les mettre en quenouilles. Au sens figur il signifie:
    bouriffer les cheveux, les mettre en dsordre. _Les trois
    quarts du temps vous rencontrez cette jeune personne tout
    piniache._

  PION, s. m. Espion. PIONNER, v. a. Espionner.

  PISODE, s. fm. Au milieu du dernier sicle, le genre de ce mot
    n'tait pas encore fix; aujourd'hui il est masculin. Un court
    pisode; un charmant pisode.

  PIZOOTIE, s. f. L'Acadmie veut que l'on prononce _pizo-o-tie_,
    en donnant au _t_ un son dur, comme dans _rtie_.

  POULAILL, E, part. pouvant, e; effray, e. _Elle vint tout
    poulaille me dire qu'elle croyait avoir vu un loup. Tu
    t'poulailles de rien, Dorothe._ Dans notre patois, _poulaille_
    ou _polaille_ signifie: Poule.

  POUSE (L'). La femme d'un tel. _Je vous prsente mon pouse. Je
    vais monter en char avec mes deux garons et mon pouse. Si
    Monsieur avait occasion d'une excellente courtepointire, je lui
    recommanderais mon pouse._ Dans tous ces exemples il faut dire:
    Ma femme. Voyez l'article POUX.

  POUSE, s. f. Nous disons d'une femme pare avec affectation ou
    avec un soin outr: _Elle est pare comme une pouse_. Il faut
    dire: Elle est pare comme une pouse; ou mieux: Comme une
    pouse de village. [ACAD.]

  POUSES DU MOIS DE MAI (LES). Jeunes villageoises qui, dans un
    costume aussi gracieux qu'elles le peuvent, vont, le premier
    dimanche du mois de mai, offrir des bouquets aux promeneurs et
    leur demander une trenne.

  POUSSETER QUELQU'UN. L'expulser, le chasser d'un lieu o il tait
    importun. En franais, pousseter veut dire: Battre, chtier.

  POUSSOIR, s. m. poussette, sorte de grande brosse.

  POUSTACHER ou POUSTATER, v. a. Chasser quelqu'un, le renvoyer
    avec humeur. Augmentatif d'_pousseter_. Voyez ce mot.

  POUX, s. m. Ne signifie point: Fianc. _pouse_ ne signifie
    point: Fiance. poux veut dire: Mari, dans le style noble;
    pouse veut dire: Femme, dans le style potique et oratoire,
    ou quand on parle de la femme d'un roi, d'un prince ou d'un
    seigneur.

  PUISETTE, s. f. cope, sorte de pelle creuse pour ter l'eau d'un
    bateau.

  QUIFFLE, s. f. Canonnire. Voyez CLIFFE.

  QUIPAGE, s. m. Voiture, cabriolet, etc. _Aller en quipage;
    mettre les chevaux  l'quipage; laver un quipage._ En franais
    on appelle quipage la voiture et le cheval. La voiture seule
    ne s'appelle pas _quipage_.

  RAILL, E, adj. _Visage raill, teint raill, peau raille._
    Ces divers sens du mot raill manquent dans les
    dictionnaires; mais on y trouve: OEil raill.

  ERCE, s. f. Gerce, larve de la teigne des pelleteries.

  REINTE, s. f. Outrance. _ toute reinte_,  toute outrance. _Il
    y allait  toute reinte; il le battait  toute reinte._
    Franais populaire.

  REINTE, s. f. Vole de coups. _Appliquer une reinte. Recevoir
    une reinte._

  [+] ERGENT, s. m. Argent. _Une cueillre en ergent._

  RINIRES, s. f. pl. Douleur de reins, lumbago, courbature. _Avoir
    les rinires._ On dit  Lyon: _Les enreinires_.

  ERREUR, s. f. cart, diffrence. _Je demande six francs de ce
    beau dinde, et vous m'en offrez trois!... Il y a trop d'erreur._

  [+] ERRIRE, adv. Arrire. _Il fit trois pas en errire._ Terme
    franais populaire.

  [+] ERTEUIL, s. m. Voyez ARTEUIL.

  RYSIPLE ou RSIPLE (UNE). Ce mot est masculin. rsiple ou
    rysiple dartreux.

  S. Aux ( les). Nos paysans disent: _La bote s lettres_, pour:
    La bote aux lettres. _La soupe s faviles_, pour: La soupe aux
    haricots. _D'ei t s pommes_ (j'ai t aux pommes), etc. Ce
    vieux terme ne s'est conserv en franais que dans trois ou
    quatre dnominations: Bachelier s lettres, Docteur s sciences,
    Matre s arts, et dans quelques phrases de pratique. L'emploi
    de ce mot, chez nous, est continuel dans la bouche des
    campagnards.

  ESCALIER, s. m. C'est une erreur de confondre les mots Escalier
    et Degr. Un escalier n'est pas un _degr_. Ne dites donc pas:
    _Le clocher du temple de Saint-Pierre a cent cinquante-six
    escaliers. Les jeunes garons aiment  sauter les escaliers
    quatre  quatre_. Dans ces exemples et les analogues il faut se
    servir des mots Degr ou Marche. Descendre les degrs,
    sauter les degrs; monter les marches, descendre les marches,
    etc. Un escalier, en franais, est ce que nous appelons
    vulgairement _une monte_, c'est--dire: La runion de toutes
    les marches, de tous les degrs, depuis le rez-de-chausse
    jusqu' l'tage le plus lev. On dira donc: clairer un
    escalier, monter un escalier, glisser dans l'escalier, tomber
    dans l'escalier, jouer dans l'escalier, etc.

  ESCAMPETTE, s. f. Ce mot est franais; mais, selon les
    dictionnaires, il ne s'emploie que dans cette locution: Prendre
    la poudre d'escampette, c'est--dire: S'enfuir. A Genve nous
    disons: _Faire une escampette; faire des escampettes; je
    commence  m'inquiter de ses frquentes escampettes_.
    _Escamper_, en vieux franais, signifie: Dcamper.

  [+] ESCANDALE, s. m. Scandale.

  ESCANDALISER, v. a. Scandaliser. _Oui, Messieurs, elle m'a dit:
    Fayasse; elle m'a dit: Vieille cauque; et j'en suis encore tout
    motionne, tout escandalise._ Terme mridional et vieux
    franais.

  [+] ESCARAMOUCHE, s. f. Escarmouche.

  [+] ESCARTER (S'). S'carter. _Escartez-vous, Messieurs, s'il vous
    plat. Jques, tu ne t'escarteras pas de l._ Terme vieux
    franais, conserv dans le langage des paysans.

  ESCAVALANT (EN), ou EN ESCAVALON, loc. adv. En dsordre, en
    droute, sens dessus dessous. _La chambre tait en escavalon, en
    escavalant. Gaudichon revint so_ (sol) _du cabaret, et mit
    toute sa maison en escavalant._

  ESCIENT, s. m. Bon sens, raison, jugement, judiciaire. _Avoir de
    l'escient; manquer d'escient; faire preuve d'escient. Les dents
    d'escient_ (dents de sagesse). Expressions d'un emploi
    journalier dans la Suisse romane. En franais le mot Escient
    ne s'emploie que dans cette phrase:  bon escient,
    c'est--dire: Sciemment, avec connaissance de cause.

  ESCLANDRE (UNE). _Une grande esclandre, une fameuse esclandre._ Ce
    mot est aujourd'hui masculin, aprs avoir t fminin jusqu'au
    milieu du dix-septime sicle. R. _scandalum_.

  ESCORMANCHER (S'), v. pron. S'chiner  travailler, s'escrimer, se
    tourmenter, s'excder. Terme suisse-roman.

  ESCTE, s. f. Terme de batelier. coute, corde qui sert  diriger
    la voile. _Tirer l'escte._ En vieux franais: _Escoute_.

  ESCUSE, s. f. Excuse. ESCUSER, v. a. Excuser.

  ESPADRON, s. m. Espadon. ESPADRONNER, v. n. Espadonner.

  ESPARGEOLER ou ASPARGEOLER, v. a. Asperger, jeter de l'eau avec un
    balai mouill  cette intention.

  [+] ESPTCLE, s. m. Spectacle. _C'tait un esptcle  vous
    fendre l'me._ Terme mridional.

  ESPICERIE, s. f. picerie. ESPICES, s. f. pl. pices. ESPICIER, s.
    m. picier. Ces trois termes appartiennent au vieux franais.

  ESPINCHER, v. a. pier, dcouvrir avec adresse, rechercher,
    poursuivre.

  ESPLICATION, s. f. Explication. ESPLIQUER, v. a. Expliquer.

  [+] ESQUELETTE (UNE). Un squelette.

  ESSARTIR ou ESSERTER, v. n. Essarter, dfricher en arrachant les
    bois et les pines. Du mot _esserter_ sont venus les noms
    propres _Essertines_, _Les Esserts_ et _Belesserts_, ou
    _Bellexserd_, ou _Ballexserd_, hameaux ou habitations voisines
    de Genve. R. _essart_, terre dfriche.

  ESSEMER, v. n. _Les deux ruches ont essem le mme jour._
    Orthographe et prononciation vicieuses du mot Essaimer.

  ESSENCILLER, v. a. et n. (_ll_ mouills.) Terme de lessive. Faire
    goutter le linge, l'tendre quand il vient d'tre lav et qu'il
    dgoutte encore. _Mettez ce linge essenciller au soleil. Ne
    rentrez pas ces draps: ils sont  peine essencills._

  ESSERTER, v. a. Essarter, dfricher. Voyez ESSARTIR.

  ESSOURDELER, v. a. Assourdir. _Finis, Charles, avec ton tambour:
    tu nous essourdelles. Il parlait si haut qu'il m'essourdelait._
    Terme suisse-roman. En Franche-Comt, _essourder_, en Lorraine,
    _essourdir_, ont le mme sens.

  ESSOURER (S'), v. pron. Sortir de chez soi pour prendre l'air. _Il
    faut que l'on s'essoure un peu aujourd'hui. Ce n'est pas
    s'essourer que de se promener dans des rues humides et
    troites._ Nous disons aussi  l'actif: _Essourer des
    couvertures, essourer des coussins, essourer un lit_;
    c'est--dire: Les mettre  l'air. L'Acadmie dit: Essorer du
    linge, en ajoutant que ce terme est peu usit. _Essourer_ et
    _s'essourer_ sont fort usits dans le dialecte genevois.

  [+] ESTATUE, s. f. Statue. _Il restait l plant comme un idoine,
    comme une estatue._ Terme mridional et vieux franais.

  ESTIME, s. f. Estimation. _Acheter des meubles  l'estime._ Terme
    mridional.

  ESTOC, s. m. Esprit, imagination, sagacit, capacit. _Avoir de
    l'estoc_, signifie: Avoir de la tte, trouver facilement des
    ressources, se tirer d'affaire aisment. Le contraire est:
    _Manquer d'estoc, tre sans estoc_. Terme picard et lorrain. En
    Dauphin, _cela ne vient pas de son estoc_, signifie: Cela ne
    vient pas de lui. En vieux franais, _estoc_ avait le sens de:
    Race, extraction, ligne; et dans le dialecte de Valenciennes on
    appelle _homme d'estoc_ Un homme comme il faut.

  ESTOMAC (UNE). _Estomac drange, estomac serre._ Ce mot est
    masculin, et il se prononce _estoma_.

  ESTOMACHIQUE, adj. Stomachique.

  [+] ESTRAIT, s. m. _Estrait d'absinthe. Un verre d'estrait._
    crivez Extrait, et donnez  l'_x_ le son qui lui est propre.

  ESTRANGALA, s. f. Grand filet de pche. Terme vaudois.

  [+] ESTRMENT, adv. Extrmement. _Le temps n'est pas, pour dire,
    estrment mauvais. N'as-tu pas estrment soif, Carizot?_

  ESTRIFFE, s. f. Discussion, dispute, querelle, castille. Dans le
    vieux franais ce mot tait masculin et il s'crivait _estrif_.

  ESTRINGOLER, v. a. trangler. _Que le d..... t'estringole!_ Terme
    vaudois, berrichon et rouchi. Le peuple de Paris dit:
    _Espringoler_. _S'estringoler_, v. pron., signifie: Se donner
    beaucoup de peine, se tourmenter, se fatiguer, s'chiner. _Je
    suis l  m'estringoler toute seule, pendant que cette charoupe
    d'homme me regarde faire. Nous nous sommes toutes trois
    estringoles  cette lessive._ R. _stringo_ ou _strangulo_?

  [+] ESTRORDINAIRE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses du
    mot Extraordinaire.

  TABLISSEUR, s. m. _Un tablisseur d'horlogerie_, est Celui qui
    fait confectionner, _tablir_ les montres, par opposition au
    marchand qui les vend.

  TALABOURDI, IE. Augmentatif d'_lourdi_. Voyez ce mot.

  [+] TALIE. Italie. TALIEN. Italien.

  TARTIR (S'), v. pron. S'tendre par terre, tomber tout de son
    long. _Il resta tarti et sans connaissance._ R. _stratus_.

  TATS, s. m. pl. _tre dans tous ses tats_, signifie: tre fort
    troubl, tre fort agit, se dsoler, ne pas se possder. Nous
    disons dans le mme sens: _Se mettre dans tous ses tats; se
    mettre dans des tats affreux_. Terme suisse-roman.

  TATS, s. m. pl. _Prendre les tats_, se dit d'une domestique qui,
    ayant quitt le service, s'habille  la faon des dames.
    _Flicie a pris les tats._

  [+] TENAILLES, s. f. pl. Tenailles. _Tends-me voir les
    tenailles._ Terme mridional, etc.

  TENDRE, v. a. _tendre du fumier._ Dites: pandre du fumier,
    c'est--dire: Le jeter  et l en plusieurs endroits,
    l'parpiller.

  TIEURNE, s. des 2 genres. Voyez CUERNE.

  TIRE, s. f. Sorte de gaffe ou grande perche ferre pour conduire
    les barques. _Aller  l'tire._

  TONNER (S'), v. pron. _Je m'tonne si... Je m'tonne comment...
    Je m'tonne pourquoi... Je m'tonne o..._ Ces expressions
    signifient: Je voudrais bien savoir si... J'aimerais bien savoir
    comment... Il me tarde de savoir pourquoi... _Je m'tonne si je
    recevrai ce soir une rponse  ma lettre. Je m'tonne si le
    mariage en question aura lieu. Je m'tonne s'il fera beau temps
    demain. Je m'tonne comment finira leur procs. Je m'tonne o
    l'on peut se procurer d'excellentes chaussures. Je m'tonne o
    est ma clef d'armoire. Je m'tonne pourquoi notre Ernest n'est
    pas invit  ce bal. Je m'tonne quand notre contingent
    reviendra_, etc. Les grammairiens condamneront sans doute cette
    expression, et diront doctoralement qu'on _s'tonne_ d'une chose
    qui est arrive, mais non pas d'une chose incertaine et non
    avenue. Pour nous, passant condamnation l-dessus, nous ferons
    observer: 1 Que les expressions: _Je m'tonne si, je m'tonne
    quand, je m'tonne pourquoi_, sont universellement usites dans
    la Suisse romane; 2 Qu'elles ont une rapidit, une concision et
    une originalit remarquables; 3 Qu'elles n'ont aucun quivalent
    meilleur en franais.

  TOUFFE, s. f. _Des haricots  l'touffe._ Terme vaudois,
    neuchtelois, savoisien, etc. Dites:  l'tuve.

  TOUFFER DE RIRE (S'), v. pron. touffer de rire. [ACAD.]

  TOUILLER (S'), v. pron. tendre les bras en billant, s'tirer.
    Terme des campagnards. [P. G.]

  TRAMER, v. a. Terme des campagnards. Serrer, renfermer, abriter,
    mettre  couvert. En vieux franais, _estran_ signifie:
    Couverture de paille, chaume. En Picardie, en Normandie, en
    Franche-Comt et en Lorraine, _train_ a le mme sens. R.
    _stramen_.

  TRANGER, v. actif. Surfaire. _tranger les Anglais, tranger les
    voyageurs._ tranger, v. a., est franais, mais dans une autre
    acception.

  TRANGER, s. m. Pays tranger. _Vivre dans l'tranger; s'tablir
    dans l'tranger; il s'est mari dans l'tranger._ Les
    dictionnaires disent:  l'tranger. Passer  l'tranger.

  TRE, v. auxil. Ce verbe est mal employ dans les phrases
    suivantes: _Quatre et quatre sont huit; sept et sept sont
    quatorze_. Dites: Quatre et quatre FONT huit; sept et sept FONT
    quatorze.

  TRE, v. auxil. _C'est incroyable les belles vaches qu'il y avait
     la foire de Nyon. C'est immense le nombre des curieux qui
    entourait l'escamoteur._ Construction claire, simple, concise,
    mais qui ne soutiendrait pas l'examen grammatical.

  TRET, TRETTE, adj. C'est ainsi que nos campagnards prononcent
    les mots troit, troite: prononciation qui tait encore
    usite en France au milieu du dix-huitime sicle. Le
    grammairien Fraud, qui vivait  cette poque, dit positivement:
    On crit troit, mais l'on prononce indiffremment _troit_ ou
    _tret_.

  TRILLE, s. f. Rosse, vole de coups.

  [+] TROICEUR, s. f. troitesse. _L'troiceur d'une planche;
    l'troiceur d'un passage_, etc. Terme vieux franais. Le
    dictionnaire de Cotgrave crit: _Estroisseur_.

  [+] TROICIR, v. a. trcir. _troicir un gilet, troicir une
    manche d'habit_, etc. Terme franc-comtois, bordelais et vieux
    franais. Par une opposition bizarre, la langue franaise dit:
    troit et trcir, tandis que nos campagnards disent:
    _trait_ et _troicir_.

  TROUBLES, s. f. pl. teules ou esteubles, chaume; ce qui reste
    sur la terre du tuyau des pis aprs la moisson. _Tourner les
    troubles._ Terme connu dans le Berry. Figurment: _tre dans
    les troubles_, signifie: 1 tre dans l'embarras, tre
    perplexe, s'embrouiller dans un discours; 2 En parlant des
    choses: Avoir disparu, tre gar, tre perdu. _Ton canif,
    Joseph, a donc pass par les troubles._ En Normandie,
    _toubles_, et en vieux franais, _estoubles_, signifient:
    Chaume nouveau. L'ancien _Glossaire_ pense que le mot
    _troubles_ est form, par contraction, des deux mots _eaux
    troubles_. tymologie inadmissible.

  [+] EUX, pron. pers. _Eux_ est mis pour lui dans la phrase
    suivante et phrases analogues, qui sont familires aux gamins.
    _Dis-moi, enfant, o va ce petit garon qui pleure?--M'sieu, il
    s'est donn un coup  la tte, et il se rentourne chez eusse
    (chez eux)._

  [+] VALANCHE, s. f. Avalanche. VALANCHER, v. n. S'bouler.

  VEILLON, s. m. Soufflet, mornifle, coup qui _rveille_. _Il lui
    flanqua un veillon qui le fit taire._ A Neuchtel on dit: _Un
    rveillon_.

  VENTAIRE, s. m. Inventaire. _On fit l'ventaire de la petite
    commode et du placard._ Terme parisien populaire.

  VITATION, s. f. _En vitation de frais._ Terme consacr. Dites:
    Pour viter des frais.

  VITER, v. a. _viter une peine  quelqu'un, viter un embarras 
    un ami, s'viter un souci_, ne sont pas des expressions
    correctes. Dans ces phrases et les analogues, il faut se servir
    du mot pargner. pargnez-moi ce travail; pargnez-lui cette
    course; pargne-toi cette peine; pargnons-leur cette confusion.

  VOUATER ou VOUTER, v. a. Terme des campagnards. Grappiller.

  EXCROC, s. m. crivez escroc, et prononcez _escr_.

  EXCROQUER, v. a. Escroquer.

  EXCOFFIER, v. a. Escoffier, tuer, faire disparatre.

  EXCUSE, s. f. _Demander excuse. Je vous demande excuse.
    Demande-moi excuse, Louisa._ Ces phrases ne sont pas correctes,
    quoique fort usites en Suisse et ailleurs. Dites: Demander
    pardon; je vous demande pardon; ou dites: Faire des excuses; je
    vous demande de m'excuser; je vous prie de m'excuser.

  EXERCICE, s. m. Nous disons: _Prendre de l'exercice_. On dit en
    franais: Faire de l'exercice. Vu son embonpoint, il faut
    qu'il fasse de l'exercice. [PICARD, _Le Collatral_, IV, I.]

  [+] EXERCICE (UNE). _Le caporal Gandinaud est aux arrts pour
    avoir manqu la premire exercice._ Ce mot est masculin.

  EXPDIER (S'), v. pron. Se dpcher, se hter, acclrer.
    _Expdions-nous, Messieurs, l'heure approche._

  [+] EXPRS (PAR), adv. Exprs. _Tu m'as rejicl de la gouille,
    Urbain, et tu y as fait par exprs._ Franais populaire.

  EXTERMINER, v. a. Battre  outrance. _Il se jeta sur l'agresseur,
    et l'extermina de coups._ Exterminer est franais, mais dans
    des acceptions diffrentes.

  EXTRAIT DE BAPTME, s. m. Extrait baptistaire.

  EXTRAVAGU, GUE, s. Extravagant, extravagante. _Ne va pas
    couriater avec tes cousins, petite extravague._


F

  FAON, s. f. _Faites de faon  ce que l'affaire marche
    promptement. De faon  ce que..._ est une expression
    incorrecte. Il faut dire: De faon que, de manire que.

  FAC-SIMIL, s. m. Prononciation et orthographe vicieuses du mot
    fac-simile, lequel se prononce _fac-simil_.

  FAASSE ou FAYASSE, s. f. et adj. Femme qui se fait remarquer par
    une mise trange, par un accoutrement bizarre et mme choquant,
    et dont elle semble satisfaite. _Quel air faasse! Quelle
    tournure faasse! Une vieille faasse. Se mettre comme une
    faasse; avoir l'air d'une faasse._ Dans le dialecte rouchi on
    dit: _Fouasse_. Voyez FYE.

  FAIBLER, v. n. Faiblir, cder. _La poutre commenait  faibler;
    elle faiblait; elle a faibl; elle faiblera._ Terme trs-connu
    des artisans.

  [+] FAIGNIANT, s. et adj. Orthographe et prononciation vicieuses
    du mot Fainant. _C'est un faigniant; c'est une faigniante._
    Franais populaire.

  FAIGNIANTISE, s. f. Fainantise.

  FAILLI-FAILLETTE (). _Jouer  failli-faillette_, jouer  coup
    faillant, jouer  coup failli.

  FAIRE, v. a. _Faire plusieurs matres_, se dit des domestiques qui
    changent souvent de condition. _Elle a fait six matres en deux
    ans._ Nous disons pareillement: _Faire plusieurs domestiques_,
    pour: Changer plusieurs fois de domestiques: expressions qui
    appartiennent aux dialectes du Midi. En Dauphin, et ailleurs
    sans doute, on dit dans le mme sens: _Cet enfant a fait
    plusieurs nourrices_.

  FAIRE, v. a. _Il fait son homme d'importance; elle fait sa grande
    dame; ne fais pas ton rodomont._ Dites avec les dictionnaires:
    Il fait l'homme d'importance; elle fait la grande dame; ne fais
    pas le rodomont.

  FAIRE  UN JEU. _Faire  colin-maillard; faire  barre; faire 
    passe-Jean_, etc. Fautes suisses et mridionales. Les
    dictionnaires disent: Jouer  un jeu; jouer  colin-maillard,
    jouer aux barres, etc.

  FAIRE BON DE. _Il fait bon de connatre son monde; il fait bon de
    boire frais en t; il fait bon en hiver de travailler dans une
    chambre chaude._ Dites: Il EST bon de connatre son monde; il
    EST agrable de boire frais en t; ou dites, en retranchant la
    prposition _de_: Il fait bon connatre son monde, il fait bon
    boire frais en t, etc.

  FAIRE CHERCHER. Envoyer chercher, appeler. _Qu'on fasse chercher
    le mdecin; qu'on fasse chercher le notaire_, etc. Dites: Qu'on
    appelle, qu'on envoie chercher le mdecin, le notaire, le
    confesseur, etc. Germanisme qu'on retrouve en Lorraine et sans
    doute ailleurs.

  FAIRE DANS. _Ce marchand fait dans les draps; Francillon fait dans
    les spiritueux; Antoine fait dans les denres coloniales._
    Dites: Ce marchand fait le commerce des draps; Francillon fait
    le commerce des spiritueux, etc.

  FAIRE DEMANDER. Envoyer savoir. _J'ai fait demander de vos
    nouvelles. A-t-on fait demander des nouvelles de mon
    beau-frre?_ Locution de la Suisse romane.

  FAIRE LES CARTES. Mler les cartes. En France, faire les cartes
    signifie: Donner. [ACAD.]

  FAIRE TENIR. Assujettir, consolider. _Faire tenir une patre;
    faire tenir un contrevent_, etc. Terme suisse-roman.

  FAIRE (). Affaire. _Il s'aperut bien vite qu'il avait  faire 
    un fripon._ crivez en un seul mot: Affaire. Avoir affaire  un
    fripon.

  FAIRE (). _Avoir  faire_, avoir des affaires. _Qu'on ne reoive
    personne ce matin, car j'ai beaucoup  faire._ Expression fort
    rpandue, mais que le bon usage n'a pas consacre. Il faut dire:
    J'ai beaucoup d'affaires, je suis occup.

  FAIRE (S'EN). _Je croyais m'en tirer avec cent sous, je m'en suis
    fait pour quinze francs._ Dites: J'ai d y mettre quinze francs.
    _Dans un seul dner, il s'en firent chacun pour dix francs_,
    c'est--dire: Un seul dner cota  chacun d'eux dix francs.
    Expression mridionale, etc.

  FAISANT, ANTE, adj. Agissant, actif, qui met la main  tout. _Je
    vous recommande notre Pernette, c'est une domestique
    trs-fesante._

  FAJOLE et FAJULE, s. f. Terme des campagnards. Haricot. On dit 
    Lyon: _Fiageole_;  Cambray, _fageole_; dans le Faucigny,
    _fajoule_ et _fajole_; en vieux franais, _fasol_. R.
    _phaseolus_. Voyez FAVIOLE.

  FALET, adj. masc. Rouan. Se dit des chevaux dont le poil est ml
    de blanc, de gris et de bai.

  [+] FALLOIR, v. impers. _Il faudrait mieux_ (il vaudrait mieux).
    _Il faudrait mieux se taire que de parler aussi sottement._
    Franais populaire. Plus populairement encore, quelques-uns
    disent: _Il fadrait; il fadrait mieux_.

  FALOT, s. m. Lanterne. _Allumez votre falot, Isaline, et partons._
    En Franais, on appelle falot une grande lanterne faite de
    toile, et que l'on porte d'ordinaire au bout d'un bton.

  FAMEUSEMENT, adv. Trs, fort, extrmement. _Il resta fameusement
    capot. Nous emes tous fameusement peur._ Franais populaire.

  FAMINER, v. n. Avoir grand faim. _Ces pauvres enfants faminaient._
    Expression trs-adoptable.

  [+] FANTME (UNE). Une femme ridicule, folle, _folache_. _Sa
    fantme de cousine n'tait pas faite pour nous attirer. La
    Louison est toujours mise comme une fantme._ Le peuple de Lyon
    donne aussi  ce mot le genre fminin. _Il crut voir une
    fantme._

  FANTMERIE, s. f. Enfantillage, billevese.

  FAQUINER, v. n. Faire le faquin.

  [+] FAR, s. f. Voyez FRA.

  FARATTE, s. f. Se dit d'une femme indiscrte, pilogueuse,
    bavarde, tatillonne, marchandailleuse, _barbouillonne_ enfin.
    _N'ayez rien  faire avec la Michaude: c'est une faratte._

  FARATTER, v. n. Faire la _faratte_. Voyez ce mot.

  [+] FARBALA, s. m. Falbala. _Une robe  grands farbalas._ Terme
    lyonnais, rouchi, etc.

  FARCE, adj. Bouffon, plaisant, factieux. _Un comdien farce, une
    actrice farce. Voil qui est farce._ Franais populaire.

  FARCELLE, s. f. Faisselle, sorte de plat cribl de trous pour
    goutter les fromages. Terme vaudois. Dans notre patois on dit,
    suivant les localits: _Farcela_, _faikala_, _facel-l[)a]_ et
    _f[)a]ch-l[)a]_. Dans le Jura on dit: _Fachalle_; dans le
    Berry, _fachelle_.

  FARCEMENT, s. m. Terme culinaire. Farce, chou farci avec des
    pinards, des chtaignes et des raisins secs. A Lausanne et 
    Neuchtel on dit: _Faron_; en Languedoc et en Provence:
    _farsun_.

  FARCEMENT, adv. Drlement, plaisamment. _L'affaire se termina
    farcement. Il joua ce rle assez farcement._

  FARONNETTES, s. f. pl. Laitues farcies.

  FARET, s. m. Mche d'une lampe ou d'une chandelle. _Couper le
    faret._ Terme vaudois, savoisien et dauphinois. _Faret_, au sens
    figur, se dit d'une personne maigre, malade, et dont la vie
    semble prs de s'teindre. _Un tel n'a plus que le faret._ On le
    dit aussi d'une toffe qui n'a que l'apparence. _Cette toffe
    n'a que le faret._

  FARETTES, s. f. pl. _Faire ses farettes_, signifie: Russir, faire
    bien ses affaires, faire ses orges.

  FARFOUINER, v. a. Farfouiller. _Farfouiner des livres; farfouiner
    une armoire._

  FASCINE, s. f. Sorte de gros fagot destin au foyer, falourde.
    _Une centaine de belles fascines cote environ vingt-sept
    francs._ Terme suisse-roman et savoisien. A Bordeaux, on dit:
    _Faissonnat_; dans le patois de l'vch de Ble et dans le
    patois lorrain, _faichin_.

  FASTES, s. f. pl. Il travaille pour drouler  ses concitoyens
    les _fastes_ glorieuses de leurs annales. [_Journal de Genve_,
    janvier 1833.] Ce mot est du genre masculin. Fastes glorieux,
    fastes brillants.

  FATRASSER (SE), v. pr. S'accoutrer, s'affubler, se fagoter. En
    vieux franais, _fatrasser_, v. n., a ce mme sens. [Voyez
    ROQUEFORT, _Glossaire roman_, t. I, p. 577.]

  FALAY, FALET et FEULET, s. m. Terme des campagnards.
    Tourbillon, vent _follet_, qui fait tournoyer la poussire et
    autres corps lgers, et les lve fort haut en colonne. Dans le
    Berry on dit: _Foulot_.

  FAUTE, s. f. Besoin, ncessit naturelle. _Avoir faute._ Terme
    berrichon, etc. Chez les campagnards, _avoir faute d'une chose_,
    signifie: En avoir besoin. _D'ei fauta d'eun[)a] rob[)a]_ (j'ai
    besoin d'une robe). _Attache ce sac, Jean-Pierre.--Non, il n'y a
    pas faute._

  FAUTIF, IVE, adj. Coupable. _Ne persiste pas  nier, et avoue que
    tu es fautif._

  FAUX, s. m. _Avoir du faux_, c'est: Vouloir paratre plus qu'on
    n'est, plus riche surtout, et d'un rang plus lev. _Les
    parvenus sont d'ordinaire pleins de faux. Notre jeune tailleuse
    tait charmante avant son mariage: elle a pris ds lors beaucoup
    de faux. Avoir du faux_ et tre faux sont deux choses
    trs-diffrentes. On mprise et on fuit les gens qui sont faux.
    On rit de ceux qui _ont du faux_, on s'en amuse quelquefois: le
    plus souvent on les regarde en piti.

  FAUX CLAIR, s. m. Terme des tonneliers. Vin au bas, baissire,
    ripope.

  FAUX FIL, s. m. _Passer un faux fil_, faufiler.

  [+] FAVETTE, s. f. _Un nid de favettes._ Terme vieux franais.
    Dans le patois lorrain on dit: _Fvatte_. En franais:
    Fauvette.

  FAVIOLE, s. f. Haricot. _Faviole  bouquets._ Terme suisse-roman
    et franc-comtois. En vieux franais, _favouille_ signifie:
    Petite fve. Au sens figur, _faviole_ ou _favioule_ se disent
    d'un sot, d'un nigaud, d'un niais qui ajoute foi  toutes les
    sornettes,  tous les contes qui se dbitent. _Oh! la faviole,
    qui ne voit pas qu'on se moque de lui!_

  FAVIOLON, s. m. Graine de haricot.

  FAYARD, s. m. (Prononcez _faard_.) Htre. _Du bois de fayard. Un
    moule de fayard._ Terme suisse-roman, savoisien et mridional.
    Boiste et Gattel ont recueilli ce terme, en indiquant que c'est
    un provincialisme. A Neuchtel on dit: _Foyard_; on le dit aussi
    dans l'vch de Ble, en Franche-Comt et dans le Berry.

  FAYASSE, s. f. Voyez FAASSE.

  FYE, s. f. Femme qui veut se singulariser par une mise bizarre,
    par un accoutrement choquant et ridicule, et dont elle semble
    tirer vanit. _Pense-t-elle, cette vieille fye, qu'on la
    remarque? Avouez, Rosine, que votre jeune matresse s'habille
    quelquefois comme une fye. Il n'y a qu'une fye qui puisse
    mettre autant de fleurs voyantes  son chapeau._ En patois,
    _fye_ veut dire: Fe, sorcire.

  FYES (LES), s. f. pl. Les brandons, les _alouilles_.

  FELIN, s. m. Entrailles, fiel. _Ils se mangeaient le felin_;
    c'est--dire: Ils se querellaient vivement.

  FELOGNE, s. f. Felougne, grande chlidoine, plante.

  FMELIN, INE, adj. Frle, dlicat, qui a un temprament de femme.
    _Visage fmelin; voix fmeline. Votre neveu est trop fmelin
    pour devenir jamais un soldat._ Terme vaudois, savoisien et
    vieux franais.

  FENALET, s. m. Sorte de pierre fort dure, excellente pour btir,
    et qui se tire des rochers de Meillerie. _Un mur en fenalet._

  FENDANT, adj. m. Un raisin _fendant_ est celui qui se _fend_ sous
    la dent, celui dont la gousse reste adhrente  la pulpe
    lorsqu'on le mange. L'oppos de raisin _fendant_ est raisin
    _rafeux_.

  FEND-L'AIR, s. m. Cheval qui fend l'air, coursier.

  FENER, v. n. Faner, tourner et retourner l'herbe d'un pr fauch,
    pour la faire scher. _Les dames elles-mmes fenaient  ct des
    ouvrires._ Terme suisse-roman et franais populaire. _Fner_,
    avec un accent sur l'_e_, se trouve dans quelques dictionnaires.

  FENEUR, FENEUSE, s. Faneur, faneuse. _On invita les feneuses  ce
    bal champtre._ Terme franais populaire.

  FENICULES, s. f. pl. Follicules de sn.

  FENIRE, s. f. Fenil, grenier dans lequel on serre le foin. Terme
    mridional et vieux franais.

  FR, s. f. Poisson qui est propre  notre lac. _Une belle fr
    pse jusqu' trois livres._ On appelle _fr du travers_, celle
    que l'on pche sur le travers, c'est--dire, sur le banc de
    sable qui coupe le lac prs de Genve, entre Cologny et
    Scheron. De Saussure fait le mot _fr_ masculin. [_Voyage dans
    les Alpes_, t. 1er, p. 16.]

  FR, s. f. Au sens figur ce mot signifie: Le coeur. _Dis voir,
    Christophe, la vue de cette excution (1850) ne t'a-t-elle pas
    diantrement remu la fr?_ Nous disons proverbialement de deux
    personnes qui se querellent  outrance: _Elles se mangent le
    foie et la fr_.

  FERLATER, v. a. _Du vin ferlat._ Terme mridional. A Paris le
    peuple dit: _Farlat_. Le mot franais est: Frelat.

  FERMATURE, s. f. Fermeture.

  FERMENTE, s. f. Ferrure, garniture de fer. _La fermente d'un
    buffet._ Terme suisse-roman. En Dauphin et en Languedoc on dit:
    _Framente_.

  FERMENTER, v. n. _Le foin fermente._ Dites: Le foin sue.

  FERRATAILLE, s. f. Vieille ferraille, fer inutile et rouill.
    Terme savoisien.

  FERRON, s. m. Petit traneau _ferr_,  l'usage des jeunes
    garons, pour glisser sur la neige ou sur la glace. _Aller en
    ferron. Tomber de ferron._

  FERRONNEUR, s. m. Celui qui va en _ferron_.

  FERTIER ou MARCHAND FERTIER, s. m. Ferronnier, marchand de fer.
    Terme vaudois et savoisien. On dit  Lyon: _Ferratier_.

  FTE  DIEU, s. f. Fte-Dieu.

  FEU (LE). _Jouer au feu._ Ce jeu d'enfant est appel en France:
    Jeu du moulin.

  FEU, s. m. Htre, fayard. _Feu_ se dit au village de Veirier, 
    Monetier et lieux circonvoisins. En Languedoc on dit: _Fou_; en
    vieux franais, _fau_.

  FEUILLE, s. f. Feuillet, deux pages d'un livre. _Distrait dans ma
    lecture, je tournai deux feuilles  la fois._

  FEVROTTER, v. n. Avoir la fivre. Ce verbe n'est employ, je
    crois, que dans ce proverbe des campagnards: _Se fevry ne
    fevrotte, mr marmotte_. Si fvrier ne tremble pas la fivre,
    c'est--dire: Si les rigueurs du froid ne tombent pas sur le
    mois de fvrier, c'est mars qui en souffre, c'est--dire: Les
    rigueurs tombent sur le mois de mars. Voici le proverbe vaudois:
    _Se fvrai ne fvrotte, mar vein ke to debliotte_ (mars vient
    qui _dblotte_ et dtruit tout). Voyez DBLOTTER, p. 137.

  FIBRE (UN). _Fibres dlicats; fibres tendus; longs fibres._
    Solcisme frquent, qui nous vient du vieux franais, o ce mot
    tait masculin. Au milieu du dix-huitime sicle, le grammairien
    Fraud faisait encore _fibre_ masculin.

  FICHAISE, s. f. Terme trivial. Chose de peu d'importance,
    bagatelle, vtille, niaiserie. _La belle fichaise! Dire des
    fichaises._ Franais populaire.

  FICHIMASSER, v. n. Terme trivial. Vtiller, s'amuser  des
    bagatelles. Franais populaire.

  FIDS, s. f. pl. _Des fids blanches, des fids jaunes._ Terme
    suisse-roman et savoisien. Le mot franais est: Vermicelle. En
    gnois on dit: _Fidei_; en languedocien, _fidou_. Le mot
    espagnol _fideos_ veut dire: Corde de luth. R. latin, _fides_.

  FIELLEUX, EUSE, adj. Atrabilaire, rancunier, haineux, froidement
    mchant, vindicatif. _Un homme fielleux; un caractre fielleux._
    Terme fort expressif, qui manque dans l'Acadmie et mme dans
    Boiste (6e dition). Mr Bescherelle lui donne un sens qu'il n'a
    pas chez nous.

  FIERTE, adj. fm. Fire. _Tu fais bien la fierte, Marion. Tu es
    fierte de ton joli bonnet  dentelle._ Terme fort usit 
    Carouge et qui n'est pas inconnu dans les autres cantons de la
    Suisse romane.

  FI ET FAIT ou FIEFFET, adj. masc. _Un fieffet menteur; un fi et
    fait bandit._ crivez Fieff, et prononcez la dernire syllabe
    comme celle du mot _touff_.

  FIVRE DES VEAUX, s. f. Tremblement, frisson aprs le repas.
    L'expression franaise est: Fivre DE veau. Avoir la fivre DE
    veau.

  FIFRER, v. a. (fig.) Avaler, dvorer, dissiper. _Il a fifr six
    verres de vin de suite. Ce jeune homme a fifr tout son bien._
    [P. G.] Quelques-uns disent: _Fifer_.

  FIGCE, s. f. Galette, gteau plat fait de fleur de farine.
    _Figce aux pommes, figce aux prunes_, etc. Dans le midi de la
    France on dit: _Fougasse_; en Bourgogne, _fouace_, terme
    recueilli par les dictionnaires.

  FIGEAU, adj. masc. Penaud, constern, pris, attrap, dup. _tre
    figeau._ On dit aussi: _Fligeau_.

  FIGER (SE), v. pron. (fig.) Rester immobile d'tonnement, tre
    stupfait.

  FIGUETTE, s. f. Fiole, flacon.

  FIGURE, s. f. _Se laver la figure. Avoir la figure mchure. Il
    reut un coup de poing  la figure._ Dans ces exemples et les
    analogues, employez le mot Visage. Se laver le visage;
    recevoir un coup au visage, etc.

  FIGURER (SE). _Il se figure de pouvoir russir._ Retranchez la
    prposition et dites: Il se figure pouvoir russir.

  FIL, s. m. Main, vrille. _Les fils de la vigne; les fils des
    fraisiers._ Terme dauphinois et languedocien.

  FIL, s. m. (fig.) _Le fil de la langue. On ne lui a, certes,
    pas coup le fil de la langue._ Le mot franais est: Filet.
    Le filet de la langue.

  FIL, s. m. _Parler  fil._ Se dit d'un babillard, et signifie:
    Avoir un flux de bouche, bavarder.

  FILAGRAMME, s. m. Filigrane, ouvrage d'orfvrerie en filets 
    jour. Franais populaire.

  FILE, s. f. Longue file. _Une file de voitures; une file de
    chambres. Sur ce propos il lui lcha une file de sottises. On
    voyait une file considrable de promeneurs monter le Pas de
    l'chelle._

  FILER, v. a. (fig.) Nous disons proverbialement d'un homme dont la
    sant, ou les affaires, ou la rputation dclinent: _Il file un
    mauvais coton._ Tous les dictionnaires disent: Il jette un
    mauvais coton.

  FILET DE CHEVAL, s. m. Le mot franais est: mouchette.

  FILIRE, s. f. Terme de maon. Brancard pour porter les pierres.

  FILLASSE, s. f. (_ll_ mouills.) Signifie: 1 Une fille de moeurs
    irrgulires; 2 Une grande et grosse fille dgingande et
    dbraille. Terme mridional.

  FILLE DE CHAMBRE. On dit aujourd'hui: Femme de chambre.

  FILLERET, s. m. (_ll_ mouills.) Dameret, damoiseau.

  FILLEULE ou FILLOLE, s. f. (_ll_ mouills.) Terme de jardinier.
    Bouture, oeilleton pris au pied des artichauts. _Lever des
    filleules._ Expression mridionale. Dans le canton de Vaud on
    dit: _Filleuse_; dans le Berry, et ailleurs sans doute, on dit:
    _Fille_ (_des filles d'artichaut_).

  FILLIOL, FILLIOLE, s. Filleul, filleule. _Il nous montrait d'un
    air satisfait la page d'criture de son filliol._ Terme vieux
    franais et franais populaire. Dans le dialecte parisien on
    dit: _Fillot_.

  FILOCHER, v. a. Faire de la filoche ou du filet. _Un fichu
    filoch. Elle apprenait  son jeune garon  filocher._ Terme
    utile et bien fait.

  FILS (LE). _As-tu rencontr le fils Bazoche depuis son retour?...
    Et le fils Meytral, l'as-tu vu?_ Cette expression triviale doit
    se remplacer par celle-ci: As-tu rencontr Bazoche le fils?
    As-tu vu Meytral le fils? Mais on peut dire: La mre Bazoche, le
    pre Meytral, etc.

  [+] FINITION, s. f. Fin, dnouement, achvement, conclusion. _La
    finition du procs._

  FISTE, s. f. Foi. Ne s'emploie que dans cette exclamation: _Ma
    fiste! Par ma fiste!_ Terme provenal.

  FIOU. Terme d'colier, qui quivaut : Fini, achev, termin.
    _C'est fiou; voil qui est fiou; fiou tche et ouvrage!_

  FIOLER et FIULER, v. a. Fioler, boire  longs traits, siroter.
    _Ils fiolrent toute la nuit. En un clin d'oeil les quatre
    bouteilles furent fioles._

  FIOLEUR, s. m. Fioleur, buveur intrpide.

  FITRIPIS ou FITREPIS, s. m. pl. (_s_ muet.) Chiffons, vieilles
    nippes. _Un tas de fitripis; un tiroir plein de fitrepis._

  FIXER QUELQU'UN. Le regarder fixement. _Je t'ai longtemps fixe,
    Augustine, sans te reconnatre._ Cette expression, blme de
    tous les grammairiens, a eu rcemment pour avocat Mr Bescherelle
    an, dans son _Dictionnaire National_: ouvrage d'ailleurs
    trs-remarquable, mais o la plupart des barbarismes de la
    langue ont trouv asile et protection.

  FLAIRER, v. n. _Ce rsda flaire comme baume._ Dites: Ce rsda
    fleure comme baume. Flairer est un verbe actif. (Flairer un
    bouquet.) Fleurer est un verbe neutre.

  FLARON, s. m. Enfant qui se fait soigner  l'excs, enfant gt
    et pleurard. Le portrait du _Flaron_ a t trac par Mr J.-F.
    CHAPONNIRE, dans l'_Album de la Suisse romane_, t. Ier.

  FLARONNER, v. a. Gter un enfant, le dorloter, le choyer.
    _Juliette aime  se faire flaronner._

  FLAMBANT, ANTE, adj. (fig.) Brillant, clatant, myrobolant. _Un
    repas flambant; un discours flambant; un habit flambant; une
    toilette flambante._ Expression heureuse, qui n'a pas
    d'quivalent exact dans la langue des dictionnaires.

  FLAMBE, s. fm. Feu clair, vif et qui n'est fait que pour un
    instant. _Allons! vite une flambe et nous partons. Cette petite
    flambe nous avait tout ragaillardis._ Terme berrichon, normand,
    picard, etc.

  [+] FLAMBOISE, s. f. Framboise. _Confiture aux flamboises._ Terme
    lyonnais et mridional. En rouchi on dit: _Flambesse_.

  FLAMMER, v. n. Flamber, jeter ou donner de la flamme. _Ce feu ne
    veut pas flammer._ Terme suisse-roman, etc. Dans le _Roman de la
    Rose_, _flammant_ signifie: Flamboyant.

  FLNE, s. f. Rosse, _fouette_  coups de verges.

  FLNER, v. a. Donner, appliquer, sangler, flanquer. _Flner une
    vole. Elle lui flna un soufflet. Se flner_, v. pron. se
    donner. _Se flner un verre de vin sur la conscience._

  FLANQUER (SE), v. pron. Ne se dit qu'en mauvaise part, et
    signifie: Commencer , se mettre . _Au lieu de rpondre  ton
    professeur, tu te flanques  rire. Nos deux nigauds ne font ni
    un ni deux, ils se flanquent  table les premiers._ Flanquer,
    terme franais populaire, signifie: Lancer, jeter brusquement.
    Flanquer un coup de poing. Se flanquer dans la boue. [ACAD.]

  FLAPPE, adj. Signifie: 1 Fltri, fan, blet, pourri; 2 Flasque,
    mou, lche. _Une poire flappe, une rave flappe._ Terme fort
    connu de nos campagnards et de ceux du canton de Vaud.

  FLAPPET, ETTE, adj. Diminutif de _flappe_. Dans ces deux mots la
    lettre _l_ tant mouille, forme une onomatope.

  FLAQUE, adj. Mou, sans vigueur, sans ressort. Se dit des personnes
    et des choses. _Flaque_, dans le dialecte rouchi, signifie:
    Poltron. _S'aflaqui_, dans le patois languedocien, signifie:
    Devenir lche, s'amollir.

  FLR, s. m. Senteur, odeur, vapeur. _Le flr du rti. Le flr d'un
    estaminet. Il venait de cette alle un flr empest._ En vieux
    franais, _flreur_, s. f., a le mme sens.

  FLASQUE, s. fm. Poire  poudre, sorte de bouteille pour mettre
    soit la grenaille, soit la poudre. _Une flasque en peau. Une
    flasque en corne._ Terme suisse-roman, savoisien, mridional et
    vieux franais. On disait anciennement: _Flascon_ pour Flacon.

  FLATIBOLAGE, s. m. Action de _flatiboler_. Voyez ce mot.

  FLATIBOLER, v. a. Flatter, cajoler, enjler. _Rus que tu es,
    aprs nous avoir fait endver toute la semaine, tu viens le
    samedi soir nous flatiboler._ Expression charmante, connue dans
    le canton de Vaud, et peut-tre ailleurs.

  FLATIBOLEUR, s. m. Flatteur, cajoleur, enjleur, patelin. _Petit
    flatiboleur, je vois assez clairement o tu en veux venir._

  FLAU, s. m. Prononciation vicieuse du mot Flau (instrument 
    battre le bl), lequel mot forme deux syllabes. La prononciation
    _flau_ se retrouve  Lyon, en Dauphin, dans le Limousin, et
    ailleurs.

  FLCHON, s. m. Petite flche pour l'arbalte.

  FLEGME (UNE). _Une flegme paisse._ Ce mot est du genre masculin.
    Un flegme pais.

  FLEUME ou FLEMME, s. m. Flegme, pituite, glaire. _Rejeter des
    fleumes._ Terme picard et vieux franais. A Paris le peuple dit:
    _Flume_.

  FLEUR DE PCHE, s. f. Fleur de pcher. L'expression _Eau de fleur
    d'orange_ se trouve dans le dictionnaire de l'Acadmie, t. II,
    p. 730, au mot Sentir.

  FLEURIER, s. m. Drap de toile forte qu'on tend sous la table
    pendant le repas. _Mettre le fleurier. ter le fleurier. Secouer
    le fleurier._ Terme vaudois. A Chambry on dit: _Florier_. Dans
    le Jura on appelle _fleurier_ une pice de grosse toile qu'on
    met sur la lessive pour contenir les cendres. Cette mme toile
    s'appelle en Dauphin et dans tout le Midi: _Flourier_; en
    franais, Charrier.

  [+] FLEUTRE, s. m. _Chapeau de fleutre._ Dites: Feutre.

  FLIBUSTER, v. a. Tromper.

  FLIGEAU ou FLIGEOT, adj. masc. Ne se dit que des personnes et
    signifie: 1 Dup, tromp, flou; 2 Flamb, perdu. _Il se
    retira tout fligeau. Je vois bien qu'ils m'ont mis dedans et que
    je suis fligeau._ On dit aussi: _Figeau_.

  FLON, s. m. Flan, tarte faite avec des oeufs, du sucre et de la
    crme. Terme franais populaire. _Flan_ s'crivait autrefois
    _flaon_, que les uns prononaient _flon_, et les autres _flan_,
    comme nous prononons _ton_ et _tan_ le mot Taon.

  FLORIN, s. m. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui a fait
    une mauvaise spculation commerciale ou autre: _Il a fait de son
    florin cinq sous_. (Le _florin_ de Genve, aboli depuis quelques
    annes, valait quarante-six centimes.) L'expression franaise
    proverbiale est celle-ci: Il a fait de cent sous quatre livres,
    et de quatre livres rien. [ACAD.]

  FLOTTE, s. f. cheveau. _Flotte de fil; flotte de soie; flotte de
    chanvre._ Terme vaudois et mridional.

  FLTE, s. f. L'Acadmie dit: Ce qui vient de la flte s'en
    retourne au tambour. Nous disons  Genve: _Ce qui vient par la
    flte s'en va par le tambour_; et l'on trouve ce proverbe
    exprim de la mme manire dans le _Dictionnaire des Proverbes_
    de LE ROUX [Lyon, 1735].

  FOIE, s. m. Nous disons d'un homme bizarre, original, et qui ne
    fait rien comme les autres: _Il a le foie blanc_.

  FOIN, s. m. Nous disons proverbialement: _Anne de foin, anne de
    rien_; ce qui veut dire que les annes pluvieuses ne sont pas,
    dans notre pays, favorables  l'ensemble des rcoltes.

  FOIS (LA). _La fois que tu es venu me voir; la fois que nous
    voyagemes ensemble_, etc. Ces phrases ne sont pas correctes. Il
    faut dire: Le jour que tu es venu me voir, ou il faut chercher
    une tournure diffrente.

  FOIS (DES). Locution adverbiale qui signifie: 1 Quelquefois, de
    temps  autre; 2 D'aventure, par hasard. _Je suis des fois
    oblig de me fcher. Que me voulez-vous, brave femme?--Oh l,
    Madame, on m'envoye vers ces dames, pour si des fois elles
    avaient occasion de fil ou de chevillres._ Franais populaire.

  FOLACHE, s. f. Femme bizarre, singulire, extravagante, femme qui
    a le timbre un peu fl. _Laissons cette folache, et partons._
    _Folache_ est aussi adjectif. _Convenez que votre amie est tant
    soit peu folache._

  FOLTRE (UN). Un homme qui a des singularits, des bizarreries
    choquantes. _Ce foltre ne va-t-il pas lui-mme acheter son
    beurre et ses oeufs au march?_ En franais, Foltre a un
    autre sens.

  FOLIU ou FOLLIU, s. m. (_ll_ mouills.) Le _foliu_ est une
    rjouissance que font les petits bouviers ou _bovairons_ le
    premier dimanche de mai. L'un se couvre le buste d'une enveloppe
    de feuillage garnie de fleurs et de rubans, et va avec quelques
    camarades faire la qute chez les particuliers, dont les uns
    donnent de l'argent, les autres du pain, ceux-ci du vin, ceux-l
    de la farine, des oeufs ou des fruits. Ces jeunes gens
    s'amusent le reste de la journe  friper le produit de leur
    qute. [P. G.] En patois, _foliu_ signifie: Garni de feuilles.
    On disait en vieux franais: _Foillu_.

  FONC, E, adj. Entirement plein. _Un cuvier fonc._

  FOND, s. m. Nous disons: _Un fond d'artichaut_. Dans quelques
    provinces de France on dit: _Un portefeuille d'artichaut_. Les
    dictionnaires disent: Un cul d'artichaut.

  FOND, s. m. Ampleur. _Cette culotte manque de fond. Ce caleon a
    trop de fond._ Terme mridional, etc.

  FOND, s. m. Terme de baigneur. Endroit o l'eau arrive au-dessus
    des paules du baigneur. _Prendre son fond. Avoir son fond.
    Nager plus loin que son fond._

  FONDRAILLONS, s. m. pl. Fondrilles, effondrilles, rsidu, dpt,
    sdiment. Terme suisse-roman.

  FONFONNER, v. a. Remplir  tel point une tasse, une cuelle, un
    pot plein, que le liquide s'en rpand par les bords.

  FORT, adv. _La voiture allait trs-fort._ Dites: La voiture allait
    trs-vite, trs-rapidement.

  FORT, adv. _Je sais fort_, signifie: Qu'en sais-je? Le sais-je
    moi-mme? Comment le pourrais-je savoir? _Sais-tu, Nicolette, si
    tu auras la permission de sortir dimanche?--Je sais fort: notre
    bourgeoise est si quinteuse._ Cette expression, _Je sais fort_,
    marque le plus souvent un doute dsagrable, et s'emploie quand
    on est de mauvaise humeur.

  FORTUNE (LA BONNE). _Se faire dire la bonne fortune_, signifie: Se
    faire dire la bonne aventure.

  FORTUN, NE, adj. Beaucoup de personnes, dans tous les pays o
    l'on parle franais, croient que l'adjectif _fortun_ signifie:
    Riche, opulent. _Vous pouvez faire cette dpense, vous autres
    qui tes fortuns. Si j'tais fortun, je m'achterais une
    campagne et j'y vivrais._ Ce sens du mot _fortun_ n'est pas
    franais. Ouvrez les dictionnaires, et vous verrez que
    fortun signifie: Heureux, qui a du bonheur. On peut tre
    fortun et n'tre pas riche.

  FOSSOYEUR, s. m. Ouvrier qui fossoie. En franais fossoyeur ne
    se dit que de celui qui creuse les fosses pour les morts.

  FOU (DE). Nous disons: _Un mal de tte de fou. Le nouveau roman de
    George Sand a obtenu un succs de fou. Ce petit volume nous a
    cot un argent de fou_, etc. Il faut dire: Un mal de tte fou;
    un succs fou; un argent fou, c'est--dire: Excessif,
    prodigieux. Cette faute, si frquente  Genve, n'est signale
    nulle part.

  FOUDRES, s. m. pl. _Faire les foudres._ Se mettre dans une extrme
    colre, s'emporter jusqu' la rage. _Tu es bien agite,
    Janneton?--On le serait  moins. J'ai eu le malheur de payer une
    tomme 20 centimes au lieu de 18, et voil que notre matresse
    m'agonise et fait les foudres._

  FOUETTE, s. f. Terme de pcheur. Sorte de ligne. _Pcher  la
    fouette._

  FOUETTE ou FOUATTE, s. f. Terme de tir. Sorte de baguette dont le
    _cibarre_ (ou marqueur) se sert pour signaler et montrer les
    coups au fur et  mesure qu'ils se font.

  FOUETTE (UNE). _Mriter la fouette. Donner, appliquer une
    fouette  un enfant. Recevoir la fouette._ L'Acadmie dit:
    Une fesse.

  FOUETTER, v. a. (fig.) Terme de tir. Se dit du marqueur ou
    _cibarre_, et signifie: Indiquer par un signe convenu que le
    coup du tireur n'a pas touch la cible. _Un coup fouett_, est
    un coup perdu, un coup qui n'a pas touch la cible. _Sur six
    coups, Walter en a eu quatre de fouetts._

  FOUGNER, v. a. Fouiller. _Les gabeloux ngligrent de nous
    fougner._

  FOUINE, s. f. Concidence de rayons du soleil avec la pluie.

  FOUINER, v. n. et act. Fouiller, fureter comme une _fouine_. _Il
    va fouinant partout. Que fouines-tu l? Quand cesseras-tu de
    fouiner dans cette dpense?_ Terme valaisan, savoisien et
    limousin. Dans les dialectes de la France septentrionale,
    _fouiner_ signifie: Fuir comme une fouine.

  FOUINET ou FOUINEUR, s. m. Furet, fureteur. _C'est un fouinet, qui
    fourre son nez o il n'a que faire._

  FOUR, s. m. Nous disons: _Faire au four_. On dit en franais:
    Cuire au four. _Les boulangers ne font pas au four le jour de
    Nol._ Expression suisse-romane et gasconne.

  FOUR, s. m. _Commander au four._ Retenir place au four.

  FOUR, s. m. Le proverbe: _On ne peut pas tre  la fois au four et
    au moulin_, proverbe si connu chez nous, n'est pas dans les
    dictionnaires usuels; mais le vieux _Dictionnaire
    franais-anglais_ de COTGRAVE en fait mention.

  FOURCHU, CHUE, adj. _Pied fourchu._ Pied fourch, pied fendu.

  FOURGOUNER, v. a. Fourgonner, remuer la braise, tisonner.

  [+] FOURMI (UN). Une fourmi. Dans le Berry et ailleurs, les
    campagnards font aussi ce mot masculin.

  FOURNEAU, s. m. _Se chauffer  un fourneau. Plusieurs personnes
    prfrent les fourneaux aux chemines._ Ce que nous appelons
    _fourneau_ s'appelle en France Pole. Le mot Fourneau est
    franais dans un autre sens.

  FOURRE, s. f. Fourreau, taie, tt. _Une fourre d'oreiller. Une
    fourre de parapluie. La fourre du canap._ Terme suisse-roman.
    Dans le patois du Faucigny, _f-r[)a]_ (_fourre_) signifie:
    Bogue, enveloppe pineuse de la chtaigne.

  FOUSSOIR, s. m. Fossoir, houe.

  FOUSSOYER, s. m. Fossoyer, labourer au hoyau.

  FRACTION, s. f. Effraction. _Un vol avec fraction._ Terme
    languedocien.

  FRAIDIEU, s. f. Nom que les bateliers du lac de Genve donnent au
    vent quand il frachit ou qu'il devient plus fort. [P. G.]

  FRANC, CHE, adj. _tre franc comme l'or. Il est franc comme l'or_,
    se dit de quelqu'un d'honnte, de probe, de loyal. Expression
    languedocienne, etc.

  FRANC DE COLLIER. _Cheval franc de collier._ Dites: Cheval franc
    DU collier. Au sens figur: tre franc DU collier, signifie:
    Suivre toujours la ligne du devoir et de l'honneur. [ACAD.]

  FRANCHIPANE, s. f. Frangipane.

  FRANCHIR, v. a. Affranchir, couper, tailler. _Franchir l'extrmit
    d'une branche; franchir les racines d'un arbuste avant de le
    replanter._ Terme des campagnards et des ouvriers.

  FRANCILLON (UN). Un Franais. Terme de dnigrement, cr vers la
    fin du dix-septime sicle, lorsque,  la rvocation de l'dit
    de Nantes, un trs-grand nombre de familles franaises se
    rfugirent dans notre ville et y exercrent leur industrie, aux
    dpens et au grand dplaisir de quelques artisans nationaux. Une
    chanson compose  cette poque, et que nous avons sous les
    yeux, tmoigne de cette mauvaise disposition des fabricants
    genevois.

  FRAUD, DE, part. _Du vin fraud; de l'eau-de-vie fraude._ Ce
    sens trs-rpandu du verbe Frauder n'est pas dans les
    dictionnaires. L'expression franaise est: Frelater. Vin
    frelat. Eau-de-vie frelate.

  FREGALE, s. f. Rondin de bois  brler.

  FREGALON, s. m. Grosse bche ronde.

  FRELOQUE, s. f. Caprice, boutade, lubie. _Il lui prit une
    freloque, et il nous planta l._

  FRELORE, adj. Perdu. _Voil mon argent frelore. Me voil frelore._
    R. allem. _verloren_.

  FRENSIE, s. f. crivez et prononcez Frnsie.

  FREPPE, s. f. Frette, lien de fer qui retient le moyeu de la roue.

  FRQUENTATION, s. f. Cour honnte et avoue que reoit une jeune
    ouvrire ou une domestique, et qui doit aboutir au mariage.
    _Avoir une frquentation._ Expression consacre.

  FRQUENTER, v. n. Dans le langage des ouvrires et des
    domestiques, ce mot se prend en bonne part et signifie: Recevoir
    la cour d'un jeune homme, avoir un bon ami. _Elle n'est pas
    encore marie, elle frquente._

  FRSURE, s. f. Terme de boucherie. Fressure.

  FRTE, s. f. Fatage, crte. _La frte d'un toit; la frte d'une
    montagne._ En suivant la frte de la montagne noire, etc. [DE
    SAUSSURE, _Voyage dans les Alpes_, t. Ier, p. 500.] Terme
    suisse-roman et savoisien. Dans l'vch de Ble on dit: _Le
    frte_. Dans le dialecte rouchi, _frte_ signifie: lvation le
    long d'un foss qui borde un champ.

  FRICASSER, v. neutre. Avoir excessivement chaud. _Touche voir mes
    mains, comme je fricasse. On fricasse dans cette chambre vers ce
    fourneau._ Terme suisse-roman.

  FRICASSER (SE)., v. pron. Se brler involontairement une partie du
    corps. _La pauvre Drion s'est toute fricasse en fondant son
    beurre._

  FRIGOUSSE (LA). Le fricot, la bonne chre. _Faire la frigousse. La
    femme N** entend bien la frigousse; c'est une bonne_
    FRIGOUSSEUSE. Terme franais populaire.

  FRILIEUX, EUSE, adj. Frileux, qui est sensible au froid. Faute
    gnrale qui nous vient du vieux franais, o ce mot s'crivait
    _Frilleux_ (_ll_ mouills).

  FRINGALLE, s. f. Faim-valle, apptit dvorant. _Avoir la
    fringalle._ Terme franais populaire.

  FRISQUIN (LE). Le frusquin, le saint-frusquin, l'avoir d'une
    personne, le petit argent qu'elle a pargn. _Il a gaspill
    tout son frisquin, tout son saint-frisquin._ Terme franais
    populaire.

  FRITIRE, s. f. Voyez FRUITIRE.

  [+] FROID (LA). _Endurer la froid._ Solcisme trs-rpandu en
    Suisse et en France.

  FROID (PRENDRE). tre surpris par le froid, avoir un
    refroidissement. _te-toi de cette fentre, tu prendras froid._
    Cette expression, si familire en Suisse, n'est pas inconnue en
    France, mais elle n'a l'autorit d'aucun dictionnaire usuel.

  FROISSURE, s. f. _Froissure de chevreau._ Terme suisse-roman et
    savoisien. On dit en franais: Fressure.

  FROMENT ou FROUMAIN. Terme des campagnards. Boeuf dont le poil est
    d'un rouge tendre comme le _froment_. _Zouli, Froment!_ sont des
    dnominations aussi usites en Savoie et dans le Jura que chez
    nous.

  FRONCER, v. neutre. Terme de modiste. Goder, faire des faux plis.
    _Cette robe fronait; cette manche fronce encore._ Froncer, v.
    actif, est franais.

  FRONURE, s. f. Le mot vritable est: Froncis.

  FROUILLE, s. f. Tricherie, fraude au jeu.

  FROUILLER, v. n. Tromper au jeu, tricher. _Si tu frouilles encore
    une fois, je ne joue plus._ Terme suisse-roman.

  FROUILLERIE, s. f. Tricherie, fraude au jeu.

  FROUILLEUR ou FROUILLON, s. m. Tricheur.

  FROLER (SE), v. pron. Se frler, se frotter.

  [+] FROUMILIRE, s. f. _Dtruire une froumilire._ Dites:
    Fourmilire. Dans le Berry on dit: _Froumi_ pour: fourmi; en
    vieux franais, _fromi_;  Reims, _freumi_, et dans notre
    patois, _fremi_.

  FRUIT, s. m. _Manger un fruit. Mangeriez-vous un fruit?_ Cette
    locution n'est pas admise. L'Acadmie et les grammairiens
    veulent qu'on dise: Manger DU fruit, ou qu'on spcifie le fruit
    dont il est question. Mangeriez-vous une pche? Mangeriez-vous
    un abricot?

  FRUITE, s. f. Terme des campagnards. Cidre, vin de fruit. _Faire
    la fruite._

  FRUITIER, s. m. Fromager, celui qui fait le beurre et le fromage
    dans les _fruitires_. Terme suisse-roman et franc-comtois.

  FRUITIRE, s. f. Fromagerie, laiterie, tablissement o l'on fait
    le beurre et le fromage.

  FUMERIE, s. f. Habitude de fumer du tabac, habitude de beaucoup
    fumer. _Crois-moi, Gustave, renonce  la fumerie. La fumerie
    prend chaque jour plus d'extension._

  FUMET, s. m. Fumeron. _Prenez mon chauffe-pied, Fanchon, et
    tez-en le fumet._ Terme vaudois, neuchtelois et savoisien. On
    dit en Lorraine: _Un fumant_.

  FUMETERRE (LE). Plante trs-commune dans les champs. Ce mot est du
    genre fminin. Une fumeterre.

  FUMIER, s. m. (fig.) Vieille chose, objet de rebut et qui
    embarrasse dans une maison. _ notre prochain dmnagement nous
    nous dbarrasserons de tous nos fumiers._

  FUR ET MESURE (AU). _Travaillez sans crainte, on vous payera au
    fur et mesure._ Il faut dire, selon les dictionnaires: Au fur
    et  mesure, ou bien:  fur et mesure, ou:  fur et 
    mesure.

  FURON (LE). Le furet, amusement de socit, qui consiste  se
    passer l'un  l'autre un objet, une clef, par exemple, avec
    assez de rapidit et d'adresse pour que cet objet chappe  la
    personne qui doit le saisir. _Faire au furon. Jouer au furon._
    Il a pass par ici, le _furon_ du bois, Mesdames; il a pass
    par ici, le _furon_ du bois joli. Ces rimes se chantent pendant
    que le _furon_ circule entre les joueurs. Le nom franais de ce
    jeu est: Jeu de la savatte.

  FUS, SE, adj. Se dit surtout du bois qui est vieux et vermoulu.
    _Poutre fuse. Sapin fus._ On appelle _linge fus_, celui que
    l'humidit, ou le soleil, ou le laps du temps ont endommag. _Un
    rideau fus._

  FUSES, s. f. pl. (fig.) _Faire des fuses._ Vomir. Dans le
    langage parisien populaire on dit: _Jeter des fuses_. [Voyez le
    _Dictionnaire du Bas langage_, t. II.]

  FUSER (SE), v. pron. Se dit des personnes, et signifie: Tomber en
    langueur, se consumer, dprir. _Depuis la mort de son enfant,
    cette jeune dame est inconsolable; elle ne dort plus, elle ne
    mange plus, elle se fuse._ Ce verbe s'emploie aussi  l'actif:
    _La jeune lonore a un esprit ardent et une imagination qui la
    fusent_. Expressions remarquables, inconnues aux dictionnaires.

  FUSTE, s. f. Sorte de tonneau. Terme suisse-roman et savoisien. En
    provenal _fusto_, et en vieux franais _fust_, signifient:
    Pice de bois de charpenterie. De ce mot _fust_ s'est form le
    vieux mot de _fusterie_, qui veut dire: Chantier, atelier de
    charpenterie. Une de nos principales places publiques s'appelle
    _Place de la Fusterie_.

  FUSTIER, s. m. Marchand de planches, de chaux et de gypse. Terme
    vieux franais. Dans le midi de la France, _fustier_ signifie:
    Charpentier.


G

  [+] GABINET, s. m. _Un gabinet sur le devant. Un gabinet  six
    fentres_, etc. Terme vieux franais. On dit aujourd'hui:
    Cabinet.

  GABIOLON, s. m. Cabinet borgne, petit _gabion_. [P. G.]

  GABION, s. m. Bouge, cabinet qui sert de galetas. _Loger dans un
    gabion._ En languedocien, _gabio_ veut dire: Une cage. En
    provenal, _gabiolo_ signifie: Prison, maison de dtention.

  GCHE, s. f. Foin qui a cr dans un pr gcheux.

  GADIN, s. m. Layette; c'est--dire: Linge, langes, maillot et tout
    ce qui est  l'usage d'un enfant nouveau-n. _Faire le gadin.
    Donner le gadin._ Expression consacre.

  GADROUILLAGE, s. m. Action de _gadrouiller_, ou rsultat de cette
    action. _Faire un gadrouillage; faire des gadrouillages._

  GADROUILLE, s. f. Mauvaise sauce, mauvaise boisson. _Ce n'est pas
    de la soupe que vous nous donnez l: c'est une gadrouille, c'est
    de la gadrouille._ Terme suisse-roman.

  GADROUILLER, v. n. Se dit ordinairement des enfants, et signifie:
    Tripoter avec de l'eau, agiter sans prcaution ou salement de
    l'eau avec les mains. _Les deux petites filles trouvrent la
    seille pleine, et se mirent  gadrouiller._ Terme suisse-roman.
    Dans le dialecte rouchi on dit: _Gadouiller_;  Lyon,
    _gabouiller_.

  GADROUILLON, ONNE, subst. Celui ou celle qui _gadrouille_.

  GAFOUILLER, v. a. et n. Tacher avec de l'eau sale, salir. Se dit
    surtout des petits garons et des petites filles. _On t'avait
    mis ce matin un tablier propre, Elisabeth, et le voil
    gafouill._ Au sens rflchi, _se gafouiller_, signifie: Se
    salir en tripotant avec de l'eau malpropre; en provenal,
    _gaffouya_, barboter dans l'eau comme font les canards.

  GAGE, s. m. _Le gage d'une domestique, le gage d'un cocher.
    Augmenter le gage d'un commis._ Pris dans cette acception,
    _gage_ ne s'emploie qu'au pluriel: Payer les gages, diminuer
    les gages.

  GAGER, s. m. Fripier.

  GAGRE, s. f. _La gagre fera l'estime des meubles._ Terme vaudois
    et savoisien. On dit en franais: Fripire.

  GAGNER, v. a. _Mr R** gagne d'tre connu._ Dites: Mr R** gagne 
    tre connu. [_Acad._]

  GAGNER  SON AVANTAGE. _ mesure que notre petite Alexandrine
    grandit, elle gagne beaucoup  son avantage._ Gagne-t-on  son
    dsavantage?

  GAGUI, s. f. Femme ou fille honte, dont la mise annonce le
    dsordre et la crapule. _Une dgotante gagui._ Terme vaudois et
    neuchtelois. Dans le vieux franais, _gagui_ ou _gaguie_ se
    disait d'une grosse femme, frache et enjoue.

  GAI, GAIE, adj. Se dit figurment d'une chose qui est au large
    dans sa place, dans son lieu. _Cette vis est trop gaie, trop
    libre, elle ne tient pas. Ma tabatire tait trop gaie, elle
    s'est ouverte dans ma poche. Cette nourrice a le lait gai._
    Terme dauphinois, lorrain, etc., qui n'a point d'quivalent
    exact en franais. Le dictionnaire de Trvoux [1721] avait
    relev ce sens, qui a t abandonn  tort par la plupart des
    lexicographes subsquents. Laveaux l'a recueilli, mais il ne le
    donne que comme terme de marine: Un mt libre.

  GAIEMENT, adv. (Au sens figur.) _Cette vis entre trop gaiement_,
    c'est--dire: Elle est trop libre, elle ne serre pas assez.

  GAILLEMFRER, v. a. Bfrer, dissiper en excs de table.

  GAILLEPAN, s. m. Mauvais drle, chenapan, bandit, vagabond. En
    Normandie, on dit: _Galapian_; dans le Berry et en Picardie,
    _gaillepat_; dans le bas Limousin, _golopian_, etc.

  GALAMAR, s. m. critoire. Voyez CALAMAR.

  GALANCER (SE), v. pron. Terme des campagnards. Se balancer.

  GALANDAGE, s. m. Cloison hourde, cloison faite de bois et de
    gypse. _Ce n'est pas un mur, c'est un simple galandage. Deux
    coups de hache ont suffi pour enfoncer le galandage._ Terme
    lyonnais. En Franche-Comt on dit: _Galandure_. Dans le canton
    de Vaud, _un galandage_ est une cloison en briques.

  GALAVARDE, s. f. Petite fille qui aime  courir avec les garons,
    ou qui en imite les manires. _Faire la galavarde._ Dans le
    midi de la France, _galavard_ signifie: Goulu, goinfre,
    gouliafre; dans le vieux franais il signifie: Gros rjoui,
    homme sans souci, vaurien.

  GALAVARDER, v. n. Se dit des petites filles, et signifie:
    Garonner, imiter les bats des garons, faire des jeux de
    garons.

  GALRE, s. f. Tombereau dont se servent les maons et qu'ils
    tranent eux-mmes. _Tirer la galre; transporter du mortier
    dans la galre._

  GALETAS, s. m. Ce mot ne signifie pas: Grenier; il signifie: 1
    Logement pratiqu sous les combles; 2 Logement pauvre et mal en
    ordre. [ACAD.]

  GALIAUFRE, subst. des 2 genres. Gouliafre, goinfre, glouton. En
    vieux franais, _galiofe_.

  GALIAUFRER, v. n. S'empiffrer, bfrer, manger avidement et
    malproprement.

  GALIET, s. m. Caille-lait, sorte de plante.

  GALIMAUFRE, s. f. Galimafre, fricasse compose de restes de
    viandes.

  GALOP, s. m. Algarade, forte rprimande. _Donner un galop;
    recevoir un galop; il a eu son galop._ Franais populaire.

  GAMBE, s. f. _D'une gambe on le vit franchir le ruisseau._ Nos
    campagnards disent: _Une cambe. Faire une cambe_. Dans le
    canton de Vaud, _cambe_; en Dauphin, _jambe_. Le mot franais
    est: Enjambe.

  GAMBER, v. a. _Gamber un foss._ Le mot franais est: Enjamber.
    Nos campagnards disent: _camber. camber une gouille_. Dans le
    canton de Vaud, _camber_. En vieux franais, _gambe_ ou _cambe_
    se disaient pour: Jambe.

  GAMBION, s. m. Celui qui est contrefait des jambes, celui qui
    boite en marchant; bancroche. On dit  Lyon: _Gambille_; dans le
    Jura, en Bourgogne et dans le Berry, _gambi_; en Picardie,
    _gambte_. Dans le dialecte provenal, _bous gambi_ signifie:
    Bois tortu.

  GAMBIROLET, ETTE, s. et adj. Bancroche, qui a les jambes arques.
    En languedocien on dit: _Gambrli_.

  GANDIN, s. m. Tapage, grand tapage, scandale. _Dis voir, Bosson,
    quel gandin il y a eu cette nuit dans la monte._

  GANDOISES, s. f. pl. Fariboles, sornettes, gravelures, fleurettes.
    _Dire des gandoises; conter des gandoises._ Terme suisse-roman,
    savoisien et mridional.

  GANDROUILLE, s. f. Personne malpropre; sale cuisinire. [P. G.]

  GANGALER, v. n. Trimbaler, balancer dans ses bras. [P. G.]

  GANGANER (SE), v. pron. Se suspendre, grimper pour atteindre 
    quelque chose. _N'allez pas vous ganganer l-haut._

  GANGUILLER, v. n. Pendre, tre pendu, se pendre. Se dit des
    personnes et des choses. _Il faudra couper ces branches qui
    ganguillent. Une affreuse pannosse ganguillait  la croise. Ne
    te ganguille pas  cette chelle, Pauline, tu pourrais tomber._

  GANGUILLES, s. f. pl. Guenilles ou lambeaux qui pendent. _Une robe
    en ganguilles._

  [+] GANIF, s. m. Canif. _Tout en flnant darnier le Rhne, je
    trouva un beau ganif  six lames._ Terme suisse-roman,
    savoisien, franc-comtois, dauphinois, bordelais, parisien
    populaire et vieux franais.

  GPE, s. f. Trotte, longue course. _Faire une gpe._

  [+] GPER, v. n. Faire une longue trotte, arpenter beaucoup de
    terrain. _Nos gamins se dpchrent de voler des noix et
    gprent  travers champs._ Terme trivial.

  GPION ou GPIAN, s. m. Terme de dnigrement par lequel on dsigne
    les Employs subalternes des douanes, de l'octroi et de la
    police. _Il se prit de querelle avec les gpions._ Terme
    vaudois, savoisien, limousin, etc. En provenal et en
    languedocien: _Gbian_.

  GARAUDE, s. f. Mauvaise poupe, et, figurment, femme ou fille de
    moeurs relches. Terme vaudois. En vieux franais, _caraulde_
    signifie: Vieille sorcire. Dans le patois de l'Isre,
    _garaudi_ veut dire: Chenapan, maraud; dans le Berry, _garaud_,
    Celui qui ne marche pas d'aplomb.

  GARAUDER, v. a. Manier sans soin ou brusquement, maltraiter.
    _Garauder une poupe. Ne lui donnez pas cet enfant  garauder._

  GARON, s. m. _Le garon  David s'est enrl. Notre garon vient
    d'tre plac dans la Fabrique._ Dites: Le fils de David, etc.

  GARDE-PAILLE, s. m. Paillasse. _Garnir un garde-paille._ Terme
    suisse-roman, savoisien, parisien populaire, etc.

  [+] GARDE-ROBE (UN). _Un petit garde-robe. Un mauvais garde-robe._
    Ce mot est fminin.

  GARDE-ROBE, s. f. Armoire. _Garde-robe en noyer, garde-robe en
    sapin; les tablats d'une garde-robe._ En Suisse, en Savoie, 
    Lyon, en Languedoc, _garde-robe_ se dit, comme chez nous, d'une
    armoire destine  recevoir les habits, les hardes; mais ce sens
    n'est pas admis par le bon usage, ni par les dictionnaires.
    Garde-robe signifie: 1 Le cabinet destin  renfermer des
    hardes; 2 Tous les habits, toutes les hardes  l'usage d'une
    personne; 3 Etc. Voyez les dictionnaires.

  GARDE-VIGNE, s. m. Surveillant prpos aux vignes, durant l'poque
    des vendanges.

  GARDIATEUR, s. m. Gardien, la personne qui est charge de garder
    une saisie. [P. G.]

  GARDIATURE, s. f. Garde, surveillance. [P. G.]

  GARGATAINE et GARGATE, s. f. Gosier, gorge, cou. _Couper la
    gargataine. Cette soupe m'a brl la gargataine._ En vieux
    franais, et dans le dialecte parisien populaire, on dit:
    _Gargate_. En languedocien, _s'engargater_ veut dire:
    S'embarrasser le gosier en mangeant trop vite.

  GARGORISER (SE), v. pron. Se gargariser. Nous disons aussi: _Se
    gargoliser_.

  GARGORISME, s. m. Gargarisme.

  GARGOTER, v. n. Se dit d'un liquide qui bout fortement. _Ton
    bouillon gargote, Tiennette._ Se dit, par analogie, du bruit que
    fait  la surface de l'eau le souffle d'une personne qui est
    sous l'eau. _Le jeune garon tomba du bateau, et dj il
    gargotait, lorsque_... etc. Terme mridional.

  GARGOUILLE, s. f. gout. _Les gargouilles se trouvaient bouches._
    Gargouille est franais, mais dans une acception diffrente.

  GARGOUILLER, v. n. Grouiller. _Le ventre me gargouille. Les boyaux
    lui gargouillaient._ Franais populaire.

  GARNEON, s. f. Terme de boucherie. Basse viande, rjouissance.
    _Mon boucher croit-il bonnement que je me contenterai d'os et de
    garneon?_ Dans le canton de Vaud et  Rumilly (Savoie), on dit:
    _Garnison_. Ce mot de _garnison_ vient de _garnir_ (complter),
    et notre mot de _garneon_ n'est vraisemblablement qu'une
    corruption de ce terme.

  GARNI EN. _Une robe garnie en dentelle; une bague garnie en
    diamants_, etc. Dans ces phrases et dans les phrases analogues,
    mettez la prposition de, et dites: Une robe garnie DE
    dentelle; une bague garnie DE diamants.

  GARNIR, v. a. _Garnir la salade._ Expression mridionale.

  GARNISSAIRE, s. m. crivez avec un seul _s_, Garnisaire.

  GASEMATE, s. f. crivez et prononcez Casemate.

  GASPILLER, v. a. Voler, filouter. _Prends-y garde, Madeleine: on
    nous gaspille._ Expression dauphinoise, lorraine, etc. Dans la
    langue des dictionnaires, Gaspiller signifie: 1 Gter; 2
    Prodiguer, dissiper.

  GASTRIQUE, s. f. Gastrite. Gastrique est l'adjectif; Gastrite
    est le substantif.

  GTER (SE), v. pron. Se dit du temps et signifie: Se dranger,
    devenir mauvais. _Le ciel se gte; le temps se gte, nous aurons
    de l'eau._ Expression fort rpandue, mais qui n'est pas
    consigne dans les dictionnaires.

  GATILLON, s. m. Dtente d'un fusil, d'un pistolet, etc. _Lcher le
    gatillon._

  GATOLION, s. m. Grumeau, caillot.

  GATTANCE, s. f. _Faire une gattance._ Terme d'colier. Faire
    l'cole buissonnire, manquer la classe pour aller jouer.

  GATTELION, s. m. Fleur et fruit de la bardane.

  GATTER, v. n. Faire l'cole buissonnire, manquer l'cole pour
    aller jouer. _La moiti des coliers a gatt hier. Si tu gattes
    encore une fois, Jean-Louis, je te punis sans misricorde._
    Terme consacr. Nous disons aussi  l'actif: _Gatter l'cole_.

  GATTES (LES). L'cole buissonnire. _Faire les gattes._

  GAUDIR DE QUELQU'UN. Venir  bout de le dompter, se rendre matre
    de lui. _J'ai beau tre svre avec tous ces jeunes garons, je
    ne peux pas en gaudir._ Le mot franais correspondant, mais qui
    commence  vieillir, est _chevir_.

  GAUFRE (UN). _Des gaufres plats._ Solcisme frquent dans la
    Suisse romane. On doit dire: _Une gaufre; une gaufre plate_.

  GAULE, s. f. Averse considrable.

  GAULER (SE), v. pron. Se crotter, se salir. Se dit principalement
    de la crotte qui s'attache au bas des robes. _tre gaul_
    signifie: tre crott.

  GAUME, s. m. Seau travers par un long manche de bois, et servant
     puiser de l'eau ou du _lisier_.

  GAUPE, s. f. Dans le dialecte de nos villageois, ce mot ne se
    prend point en mauvaise part. Ainsi, pour eux, _une belle
    gaupe_ est une grosse femme ou une grosse fille, frache et
    attrayante. Dans le canton de Vaud, _gaupe_ se dit d'une femme
    grosse et robuste.

  GAZETTE, s. f. _Lire la gazette_, se dit d'un cheval ou d'une
    autre bte de somme, que son matre laisse expose  l'injure du
    temps, pendant que lui se tranquillise au cabaret. _Le matre
    fiole sa bouteille, la jument lit la gazette._

  GAZOUILLON, s. m. Terme des campagnards. Margouillis. Se dit
    surtout du margouillis qui provient d'un mlange de neige
    frachement tombe et de pluie. _Gazouillon_ et _Margouillis_
    sont des onomatopes.

  GANE, s. f. Gante. _La merveilleuse gane tonna toute
    l'assemble._ Franais populaire.

  GEL, s. m. Gele. Le mot _gel_ manque dans plusieurs dictionnaires
    et en particulier dans celui de l'Acadmie franaise. Le
    _Complment_ de ce mme dictionnaire, et le _Dictionnaire
    national_ de Bescherelle [1846], disent que _gel_, dans le sens
    de Gele, a vieilli. Nous pouvons affirmer que le mot _gel_,
    signifiant: Gele, est d'un emploi habituel chez nous et chez
    nos proches voisins.

  GELE AUX GROSEILLES, s. f. Dites: Gele DE groseilles. Dites
    aussi: Gele DE pomme, gele DE framboise, etc.

  GELER DE FROID. Geler. _Faites-moi vite un grand feu, je gle de
    froid._ Franais populaire.

  GELER (SE), v. pron. Geler. _Je me gle ici  vous attendre._
    Faute trs-rpandue. Se geler n'est franais qu'en parlant des
    choses. Le mercure peut se geler. Le nez de Mme Z*** se gela au
    passage du grand Saint-Bernard.

  GEMOTTER, v. n. Signifie: 1 S'impatienter, pester; 2 Languir,
    tre languissant. _La pauvre drlesse, abandonne de tout le
    monde, tait l  gemotter dans son lit. Ranimez donc ce feu
    qui ne fait que gemotter._ Dans le patois vaudois, _gemotta_
    veut dire: Gmir, et dans le patois neuchtelois, _gemiller_,
    s'impatienter. R. _Gemo_.

  GENDRE, s. m. _Se faire gendre_, signifie, dans son sens le plus
    large: Se procurer, par un riche mariage, une position douce,
    confortable, oisive,  laquelle on ne serait jamais arriv d'une
    autre manire. Dans un sens plus restreint, _se faire gendre_ se
    dit factieusement et drisoirement d'un jeune homme du _haut_,
    qui, ayant une fortune exigu, des habitudes un peu
    dispendieuses et un extrieur agrable, choisit pour femme une
    riche hritire dans la classe bourgeoise. Cette expression
    originale, _se faire gendre_, a t cre ou mise en circulation
    par un charmant article du journal de Mr PETIT-SENN. [Voyez _le
    Fantasque_ de 1835, no 81, p. 322, et la _Revue suisse de 1850_,
    livraison du mois de mai, p. 328.]

  GENVRE, s. m. _Des grains de genvre._ Ce terme nous vient du
    vieux franais. Au commencement du dix-huitime sicle, on
    disait encore indiffremment _genvre_ et _genivre_. Genivre
    a prvalu.

  GENILL, s. m. Nous appelons _got de genill_, un mauvais got
    que contractent les volailles qui ont t nourries dans un
    poulailler petit et malpropre. _Geniller_ veut dire Poulailler
    dans le dialecte du Berry. _Djeneuille_, dans le patois vaudois,
    signifie: Poule. Par mtathse, c'est--dire par transposition
    de lettres, ces mots viennent du mot latin _gallina_, poule.

  GENOU, s. m. Nous disons d'un couteau qui coupe mal: _Il coupe
    comme les genoux d'une vieille femme, comme les genoux de ma
    grand'mre_. Expression triviale, consigne dans le
    _Dictionnaire du Bas langage_, t. II, p. 10.

  GERLE, s. f. Corbeille ronde et peu profonde, destine  recevoir
    le lgume qu'on porte au march. En Dauphin, _gerle_ signifie:
    Jarre, grand vase de terre. En languedocien, une _gerle_ est un
    baquet, un grand seau. Voyez JARLOT.

  GROFLE, s. f. _Grofle blanche. Bouquet de grofles._ Terme
    franais populaire. On doit dire: Girofle.

  GROLE, s. f. Chervis, racine potagre. Dans quelques provinces de
    France, on dit: _Gyrole_.

  GESSION, s. f. _On vient d'ter  ce jeune dissipateur la gession
    de sa fortune._ Terme parisien populaire, etc. On doit crire
    Gestion et prononcer _gess-tion_.

  GICLE ou JICLE, s. f. Signifie: 1 Jaillissement, liquide qui
    jaillit; 2 claboussure, flaque. _En deux ou trois gicles, on
    se rendit matre du feu. Une gicle de mortier suffira contre ce
    mur._ Dans le Jura, _gicle_, s. f., se dit d'une petite seringue
    de sureau, avec laquelle les polissons s'vertuent  arroser les
    passants. [Voyez MONNIER, _Vocabulaire du Jura_.]

  GICLER ou JICLER, v. n. et a. Signifie: 1 Jaillir, saillir,
    sortir imptueusement; 2 Faire jaillir, jeter de l'eau. _Faire
    gicler de l'eau; faire gicler de la boue. Finis-donc, Andr, tu
    me gicles._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois et
    lyonnais. En provenal et en languedocien: _Jhiscla_. Onomatope
    remarquable. Dans le patois bourguignon, _chicclai_ signifie:
    Faire jaillir, et _chiccle_ se dit d'une Canonnire ou
    seringue de bois dont s'amusent les enfants pour jeter de l'eau.
    [Voyez les _Nols bourguignons_ de LA MONNOYE.]

  GIFFLARD, DE, s. Joufflu, mouflard, qui a le visage bouffi et
    rebondi. _Un gros gifflard._ On disait en vieux franais:
    _Giffard, giffarde_, terme form de _giffe_ ou _giffle_, joue.

  GIFLE, s. f. Giffle, mornifle, taloche.

  GIGASSE, s. f. Se dit d'une personne dmesurment grande et un peu
    dgingande.

  GIGIER, s. m. Gsier, second ventricule de certains oiseaux. _Ne
    jetez pas ces gigiers, ils serviront pour le bouillon._ Terme
    gnralement usit en Suisse et en France, mais que les
    dictionnaires n'ont pas recueilli. Nous disons aussi: _Gisier_.

  GIGNER, v. a. Guigner, regarder du coin de l'oeil.

  GIGOT DE MOUTON, s. m. Dites simplement: Gigot, puisque gigot
    signifie: Cuisse de mouton spare du corps de l'animal pour
    tre mange. [ACAD.]

  GIGUE, s. f. Se dit d'une personne dont la taille est grande et
    toute d'une venue. _Vois-tu l-bas cette grande gigue, cette
    perche?_ En Normandie, une _gigue_ est une jeune fille qui a de
    grandes jambes. En franais, Gigue veut dire: Jambe; et
    Giguer, aller vite, courir, sauter, danser.

  GILLOTIN, s. m. (_ll_ mouills.) Pantin, jeune garon qui est
    toujours en mouvement, et qui cherche  divertir par ses
    perptuelles pasquinades. _Faire le gillotin._

  GILLOTINER, v. n. Faire le _gillotin_.

  GINGEOLET, ETTE, adj. Ginguet, court, triqu. _Habit gingeolet._

  GINGUER ou JINGUER, v. n. Jouer, rire, sauter, foltrer. _Elle est
    toujours  ginguer._ Terme limousin, normand et vieux franais.
    En Picardie on dit: _Jingler_.

  GIRADE, s. f. Girarde ou julienne, fleur.

  GIRANIUM, s. m. crivez Granium et prononcez _graniome_.
    Prononcez aussi _albome_, _peinsome_ et _laudanome_ les mots
    Album, Pensum et Laudanum.

  GIRAUD, nom propre. Nous disons proverbialement et factieusement
     une personne qui nous fait une demande inadmissible,  une
    personne qui porte trs-haut ses prtentions et dont l'attente
    sera trompe: _As-tu connu Giraud?... Eh bien, torche Miraud_;
    ou plus laconiquement: _As-tu connu Giraud?_ c'est--dire:
    Bernicle;  d'autres; adresse ta demande  un autre. _Tu
    voudrais que je te prtasse encore cinquante francs? As-tu
    connu Giraud? Quoi! ton vilain cousin se flatte d'pouser cette
    jeune et jolie Anna!... As-tu connu Giraud?_

  GISIER, s. m. Voyez GIGIER.

  GISPINER, v. a. Expression adoucissante, pour signifier: Filouter,
    attraper, enlever habilement et sans scrupule, comme le font
    quelquefois des amis entre eux. _Ce joli volume tait  sa
    potte: il me l'a tout bonnement gispin._ En Lorraine on dit:
    _Gaspiner_ ou _gabsiner_, et  Valenciennes, _gobsiner_.

  GIVR, E, part. et adj. Couvert de givre. _C'est givr; c'est
    tout givr. Il a beaucoup givr cette nuit._ Terme des
    campagnards.

  GLACE, s. f. Ne dites pas: _Manger une glace_. Dites: Prendre
    une glace, prendre des glaces.

  GLACE, s. f. _tre froid comme la glace; tre uni comme la glace._
    Retranchez l'article et dites: tre froid comme glace; tre uni
    comme glace.

  GLACER UN PLAFOND. Terme de pltrier. L'expression franaise est:
    Enduire un plafond.

  GLAFFER ou GLLAFFER, v. a. (_ll_ mouills.) Terme des campagnards.
    Manger gloutonnement quelque chose qui croque sous la dent. On
    le dit des pourceaux et de ceux qui, de prs ou de loin, leur
    ressemblent. Ce mot _gllafer_, quand on le prononce comme il
    faut, imite parfaitement la chose qu'il doit peindre.

  GLANE ou GLNE, s. f. _Faire glane_, terme d'colier, signifie:
    Faire rafle, prendre  l'improviste les jouets, et surtout les
    _mpis_ des joueurs. _Ce polisson, ce voleur s'approcha
    doucement du carr et nous fit glane._ Voyez GLENNE, n 1.

  GLAPPE, s. f. Signifie: 1 Terre glaise; 2 Pis. [P. G.]

  GLAIRE, s. m. _Le glaire d'un oeuf._ Glaire est fminin.

  GLNER ou GLANER, v. a. et n. Glaner, ramasser les pis aprs la
    moisson. Terme franais populaire et vieux franais.

  GLNEUR, GLNEUSE, s. Glaneur, glaneuse.

  GLENNE, s. f. Glane, produit du glanage, glanure. _Un bandit lui
    enleva toutes ses glennes._ Terme franais populaire et vieux
    franais.

  GLENNE, s. f. Sorte de renoncule des champs.

  GLIN-GLIN, s. m. Terme enfantin. Le petit doigt. _Il a bobo  son
    glin-glin._ Cette expression, usite aussi dans les cantons
    voisins, vient probablement des mots allemands _klein, klein_,
    qui signifient: Petit, petit.

  GLISSE, s. f. Terme de ptissier. Cressin, sorte de petit pain
    long, qui est fort lger  l'estomac.

  GLISSE, s. f. Glissoire, chemin fray sur la glace pour y glisser
    par divertissement. _Faire une bonne glisse, faire une longue
    glisse. Gare, gare, sur la glisse!_ Terme suisse-roman et
    savoisien. On dit  Lyon: _Une glissire_; en Lorraine, _un
    glissant_;  Paris, _une glissade_.

  GLISSER, v. neutre. _La rue du Perron glisse souvent en hiver._
    Dites: La rue du Perron est souvent glissante en hiver; ou
    dites: On glisse souvent en hiver dans la rue du Perron.

  GLISSER (SE), v. pron. Glisser, s'amuser  glisser. _Les fosss
    sont gels: allons nous y glisser tous ensemble._ Il faut dire:
    Allons y glisser tous ensemble.

  GLOPET, s. m. Sieste, mridienne. Voyez CLOPET.

  GLU, s. masc. _Du bon glu._ Solcisme rpandu aussi dans le reste
    de la Suisse romane, en Savoie, en Dauphin, en Franche-Comt,
    en Lorraine et ailleurs.

  GNIABLE, s. m. Sobriquet qu'on donne aux cordonniers.

  GNIANIOU, s. m. Voyez NIANIOU.

  GNIFFE-GNIAFFE, s. m. Ce terme fort expressif signifie: 1
    Nigaud, niais, bent; 2 Flasque, lche, mou et sans ressort. En
    Picardie on dit: _Gniouffe_.

  GOBE-LA LUNE, s. m. Gobe-mouche, niais, grand niais qui marche la
    tte leve comme s'il regardait la _lune_. Dans le patois du bas
    Limousin, _gobo-luno_ se dit de celui qui s'occupe niaisement de
    bagatelles. [Voyez BRONIE, _Dictionnaire du patois du bas
    Limousin_.]

  GOBERGER (SE), v. pron. Faire grande chre, bfrer, faire
    bombance, se rgaler. _Nos quatre amis allrent  une auberge de
    Coppet, o ils demandrent des feras et des volailles, dont ils
    se gobergrent. Voyez donc comme ces enfants se gobergent et
    s'empiffrent de raisins et de noix!_ En franais, Se goberger
    signifie: Prendre ses aises, se dorloter, se divertir.

  GODAILLE, s. f. Dbauche de bouche, bfre, grande ribote. _Faire
    une godaille. Ce fut une godaille complte, une godaille de
    mlevie._ Le dictionnaire de l'Acadmie ne fait pas mention de
    ce terme; et, selon les dictionnaires de Boiste, de Landais et
    de Bescherelle, _godaille_ signifie: 1 Ivrognerie; 2 Mauvais
    vin. Ce n'est point l le sens que nous lui donnons  Genve; ce
    n'est pas non plus le sens qu'il a dans le langage franais
    populaire. [Voyez le _Dictionnaire du Bas langage_, t. II, p.
    17, et le _Dictionnaire rouchi-franais_, aux mots _godaer_ et
    _godalier_.]

  GODAILLER, v. n. Faire une grande ribote, une bfre, une
    _godaille_. Dans les dictionnaires ce verbe a un autre sens.

  GODAILLEUR, s. m. Riboteur, bambocheur, bfreur. _Un tas de
    godailleurs._ Ce mot et les deux prcdents sont probablement
    originaires du nord de la France, o le mot _godale_ signifie:
    Bire, petite bire.

  GODICHE, s. et adj. Plaisant, risible. _tre godiche_, tre
    plaisamment bte. _Tu es godiche, toi! Voil qui est vraiment
    godiche._ Terme parisien populaire recueilli par MM. Nol et
    Chapsal. Les autres dictionnaires donnent  ce mot le sens de:
    Gauche, emprunt, maladroit.

  GODICHON, s. m. Diminutif de _godiche_.

  GODRON, s. m. Goudron. GODRONNER, v. a. Goudronner. Les mots
    _godron_ et _godronner_ appartenaient encore  la langue des
    dictionnaires, il y a un sicle.

  GOFFETTE, adj. fm. Nous appelons _mains goffettes_, des mains
    grassettes, des mains poteles.

  GOGNE, s. f. Courage, coeur, hardiesse, capacit. _Avoir la
    gogne_, oser. _Aurais-tu la gogne de sauter ce ruisseau? Non, tu
    n'en as pas la gogne; tu n'as point de gogne._

  GOGNE, s. f. Rebut, lie, crasse, crapule. Se dit des personnes et
    des choses. _Quelle gogne de bton tu as l! Dis donc, Jacques,
    et ce bal d'hier! Quel bal! Quelle gogne! Qu'as tu donc appris
    sur le compte de Robillard?--J'ai appris que c'est une
    gogne.--Et sa famille?--Sa famille? C'est tout de la gogne._
    _Tomber dans la gogne_, veut dire: Tomber dans la crapule. Terme
    vaudois. Chez nos voisins du Jura, _gone_ se dit d'une femme
    mprisable. [Voyez C. MONNIER, _Vocabulaire du Jura_.]

  GGNES, s. f. pl. Compliments, crmonies. _Faire des ggnes._

  GOGNEUX, EUSE, adj. et s. Crasseux, dgotant, repoussant,
    crapuleux. Se dit des personnes et des choses. _Un chapeau
    gogneux. Une tournure gogneuse; un air gogneux. Tu te promenais
    hier avec deux individus bien gogneux._ Dans le bas limousin,
    _gognou_, et en vieux franais, _gognon_, signifient: Pourceau,
    cochon, et se disent de toute personne sale et malpropre.
    _Gognoun_, faire grossirement et salement un ouvrage.

  GOGUINETTE, s. f. Propos gaillard, parole un peu libre. _Dire la
    goguinette. Dire une goguinette; dire des goguinettes._ En
    Lorraine, _goguenettes_ signifie: Propos joyeux. En vieux
    franais, _goguer_, v. n., veut dire: Plaisanter.

  GOISE ou GOZE, s. f. Serpe, grosse serpe. En Franche-Comt on
    dit: _Goisse_ et _gouisse_.

  GOISET, GOAZET, ou GOINZET, s. m. Serpette. Se dit aussi d'un
    couteau et principalement d'un mauvais couteau.

  GOLE, s. f. Gorge. _Avales-en une seule gole. J'ai bu deux
    petites goles de ton sirop, et j'en ai eu assez._ En Picardie
    on dit: _Goule_. Goule est un mot franais; mais il
    signifie: Grande bouche.

  GOLRON ou GOLAIRON, s. m. Ouverture, trou. _Le golron d'une
    nasse._ Dans l'ancienne langue provenale, _golairos_
    signifiait: Gosier.

  GOLET, s. m., et GOLETTE, s. f. Goulot, trou, orifice. _Le golet
    d'une bouteille._ Terme jurassien et savoisien. Dans notre
    patois ces mots ont une signification plus tendue.

  GONFLE, s. f. Signifie: 1 Vessie des quadrupdes; 2 Petite
    ampoule sur la peau, cloche, levure; 3 Bulle de savon. _Sa
    brlure lui a fait lever des gonfles. Percer une gonfle. Se
    soutenir sur l'eau avec des gonfles._ Terme suisse-roman et
    savoisien.

  GONFLE, adj. Gonfl. _Il a tant march aujourd'hui, qu'il en a les
    pieds gonfles._ Terme franais populaire. A Lyon on crit et on
    prononce _confle_.

  GONGON, s. des 2 genres. Grognon, celui ou celle qui bougonne, qui
    grogne. _Cette gongon finira-t-elle une fois de nous ennuyer?
    Le mari et la femme sont aussi gongons l'un que l'autre._

  GONGONNER, v. a. Bougonner, marmonner, se fcher, gronder. _Notre
    vieux raufin ne s'arrte pas de gongonner. Il gongonne ses
    enfants, il gongonne sa servante, il gongonne tout le monde._
    Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais.

  GONV, s. m. _Une odeur de gonv_, est une odeur de renferm, une
    odeur de linge sale et gras. _Votre Baby Chailloux sentait
    terriblement le gonv._

  GONVER, v. a. et n. Couver. _L'incendie clata le matin; mais le
    feu avait gonv toute la nuit. Ne crois-tu pas, femme, que notre
    Franoise gonve une maladie?--Je crois qu'elle gonve la
    rougeole. Ta seille, Madelon, est grille: il faut la faire
    gonver_ (c'est--dire: Gonfler dans l'eau). Terme connu dans le
    canton de Vaud. En Franche-Comt on dit: _Gouver_.

  GONVIRE, s. f. Signifie: 1 Fondrire, creux plein de boue; 2
    Tas de neige amoncel par le vent.

  GOTRET, s. m. Terme de boucherie. Ris de veau.

  GOTTE, s. f. Mauvais ouvrage, mauvaise marchandise, chose de nulle
    valeur, et dont on ne fait aucun cas.

  GOUAILLER, v. n. Crier. Voyez COUAILLER.

  GOUGNAUD, AUDE, s. et adj. Se dit d'une personne ou d'une chose de
    rebut. _Quel gougnaud de chapeau tu as l! Notre nouvelle
    voisine N** est une gougnaude; elle s'habille comme une
    gougnaude._

  GOUGNAUDER, v. a. Manier maladroitement, gter en maniant,
    dformer, froisser, chiffonner.

  GOUGNAUDS ou GOUGNEAUX, s. m. pl. Vieux chiffons, mauvais linge,
    vieilles nippes, et, en gnral, objets vieux et sans valeur.

  GOUILLARD, ARDE, s. et adj. Voyez GOULIARD.

  GOUILLE, s. f. Petite mare, endroit o la boue sjourne, flaque.
    _Marcher dans la gouille; tomber dans la gouille._ Terme
    suisse-roman, savoisien, dauphinois et franc-comtois. Dans le
    bas Limousin on dit: _Ga-oullio_, et dans le Berry, _gouillat_.

  GOUJATER, v. a. et n. Travailler comme un goujat. Prendre des
    manires de goujat. _Un ouvrage goujat_ est un ouvrage
    bousill, un ouvrage fait vite et sans soin.

  GOULIAFE, s. m. Glouton malpropre. A Paris on dit: _Gouliafre_;
    dans le vieux franais et en Picardie, _goulafre_.

  GOULIARD, ARDE, s. et adj. Gourmet, friand. _Oh! la gouliarde, qui
    trempe son doigt dans le sirop! Ces petits gouliards eurent
    frip en un clin d'oeil tous les bonbons._ Terme vaudois,
    savoisien et vieux franais. Dans le Limousin, en Normandie et
    sans doute ailleurs, _goulard_ signifie: Goulu, gourmand.

  GOULIARDISE, s. f. Friandise. _Comment, lisa! du beurre et de la
    confiture sur ton pain? quelle gouliardise! Tu n'aimes que les
    gouliardises, Georgette, et tu vivrais de gouliardises._ En
    vieux franais on disait: _Goulardise_ et _gouillardise_. R.
    _gula_.

  GOURLLE, s. f. (_ll_ mouills.) Cep de vigne arrach. Dans le
    canton de Vaud on dit: _Gourgne_.

  GOURMANDISE (UNE). _Un plat de gourmandises. Si vous tes sages,
    vous aurez chacun pour votre goter une petite gourmandise._
    Cette expression, fort usite en Suisse et en Savoie, n'est pas
    inconnue en France, quoique les dictionnaires ne l'aient pas
    releve. Je t'avais prpar les _gourmandises_ que tu aimes,
    dit feu Mr De Balzac, dans un de ses romans. L'expression
    franaise consacre est: Friandise. Un plat de friandises.

  GOURMANDS (POIS). Pois goulus, pois dont la cosse est tendre et se
    mange.

  GOURME, s. m. _Jeter son gourme._ Ce mot est fminin.

  GOTER SOUPATOIRE, s. m. Goter qui tient lieu de souper.

  GOUTTE AU NEZ, s. f. Expression mridionale, etc. Les
    dictionnaires disent: Roupie.

  GOUTTIRE, s. f. Voie d'eau, fente, trou, ouverture  un toit par
    o l'eau de la pluie pntre et coule en dedans. _L'orage
    souleva les tuiles et occasionna une gouttire. Le plafond, qui
    tait tout neuf, fut entirement tach par les gouttires._
    Terme suisse-roman, mridional, etc. On appelle en franais
    Gouttire: 1 Le chneau qui reoit et recueille les eaux de la
    pluie; 2 Le tuyau de descente.

  GOYARDE, s. f. Serpe. Dans le Berry on dit: _Goyard_.

  GRABEAU, s. m. Mercuriale, censure. _Bon grabeau, mauvais grabeau.
    Faire le grabeau des tudiants. tre soumis au grabeau; recevoir
    son grabeau._ On lit dans notre Constitution de 1814: Les
    membres du Conseil d'tat qui ne sont point sujets au _grabeau_,
    n'y assisteront pas. Terme vaudois et neuchtelois.

  GRABELER, v. a. Faire le _grabeau_. La Compagnie des Pasteurs
    lira chacun de ses membres; elle _se grabellera elle-mme_.
    [_Constitution de 1814._] Tous les Conseillers d'tat qui ne
    sont ni Syndics, ni Lieutenant, ni Syndics sortant de charge, ni
    Trsorier, ni membres du Tribunal civil et de la Cour suprme,
    _seront grabels_ un  un  la balotte. [_Ibid._] Le mot
    _grabeler_, en vieux franais, signifiait: Examiner, plucher,
    dbattre, choisir.

  GRABOT, s. m. Voyez GRABEAU.

  GRABOTER, v. a. Se dit quelquefois pour _grabeler_.

  GRADUATION, s. f. Dans le langage acadmique on appelle _Examen de
    graduation_, un examen  la suite duquel l'tudiant reoit le
    grade de bachelier, ou celui de licenci, ou celui de docteur.

  GRAIFION, s. m. Voyez GREFFION.

  GRAILET, s. m. Plat d'tain donn pour prix dans les tirs.

  GRAILETTE ou GREULETTE, s. f. Sorte de terrine, sorte de casserole
     trois pieds, laquelle sert  rchauffer les ragots.

  GRAILLON, s. m. Ce mot est franais; mais  Genve il se dit,
    entre autres: 1 D'un mets quelconque (viande, poisson, lgume,
    lait, etc.) qui, rchauff, a contract une mauvaise odeur, un
    mauvais got. Il se dit: 2 Des tabliers, torchons, mauvais
    linges, etc., dont la cuisinire s'est servie. En franais:
    Got de graillon, odeur de graillon, signifient: Got, odeur de
    viande ou de graisse brle. [ACAD.]

  GRAIN DE SEL, s. m. Quand les jeunes enfants voient voltiger prs
    d'eux un oiseau, et qu'ils demandent comment il faut s'y prendre
    pour l'attraper, on leur rpond que l'infaillible moyen est de
    leur mettre un grain de sel sur la queue. De l a pris naissance
    notre expression figure: _Mettre un grain de sel sur la queue
    de quelqu'un_; c'est--dire: Faire d'inutiles efforts pour le
    capter et pour l'attirer dans le filet.

  GRAIN DE SUCRE, s. m. Morceau de sucre. _Fais attention, Caroline,
    tu coupes les grains de sucre trop gros._

  GRAINGE, adj. Voyez GRINGE.

  GRAISSE, s. f. Rprimande, semonce svre. _Donner une graisse;
    recevoir une graisse. Tu as eu ta graisse._ Terme franais
    populaire.

  GRAISSE DE CHAR, s. f. Vieux oing, cambouis.

  GRAISSE-MOLLE, s. f. Saindoux, graisse de porc. En Dauphin, en
    Provence et en Languedoc, on dit: _Graisse blanche_;  Bordeaux,
    _graisse douce_.

  GRAMON, s. m. Gramen, chien-dent, plante dont les racines sont
    d'un grand usage pour les tisanes apritives. _Boire sur le
    gramon._ En Dauphin, on dit: _Grame_.

  GRAND, adj. Les expressions suivantes: _Ce n'est pas grand chose;
    j'ai eu grand peine; voici la grand route_, etc., sont des
    expressions correctes, mais tranges, et qui nous viennent du
    vieux franais. Au treizime sicle, _grand_ ou _grant_ tait un
    adjectif des deux genres.

  GRAND, s. f. Terme des campagnards. Grand'mre. _Dis-moi, Colette,
    comment se porte ta grand? Pauvre Monsieur, cette bonne grand,
    nous l'avons perdue il y a huit jours._

  GRANDE-MAISON (LA). Terme adoucissant, euphmisme pour dire:
    L'hpital, la maison de charit. _Jamais, non jamais, Monsieur
    le Directeur, je ne consentirai  entrer dans la Grande-maison._

  GRANDET, ETTE, adj. Grandelet. _Notre Stphanie est dj
    grandette._ Terme excellent, employ dans tout le Midi et sans
    doute ailleurs.

  GRAND-LOUIS ou GRAND-SIFFLET, s. m. Courlis ou courlieu cendr,
    oiseau aquatique.

  GRANGER, s. m. Mtayer, fermier partiaire, fermier qui partage le
    produit des champs avec le propritaire. Ce terme, si connu dans
    la Suisse romane, en Savoie et en Franche-Comt, n'a t
    recueilli ni par le dictionnaire de l'Acadmie, ni par M.
    Poitevin, le plus rcent des lexicographes, ni par Gattel, ni
    par M. Bescherelle; mais Boiste et N. Landais l'ont mentionn.

  GRANGERIE, s. f. Grangeage. _Mettre un domaine en grangerie_, ou
    _ grangerie_, c'est: En confier l'exploitation  un _granger_.
    Voyez ce mot. Le mot _grangerie_, trs-usit chez nous, n'a t
    enregistr que par un seul dictionnaire moderne, le _Complment_
    de l'Acadmie.

  GRATON, s. m. Asprit sur le papier, sur le terrain, etc. _Sa
    boule rencontra un graton._

  GRATTE--CUL, s. m. Gratte-cul, fruit de l'glantier.

  GRATTE-BOISSEUSE ou GRATTE-BOESSEUSE, s. f. Polisseuse de botes
    de montres. Boesse ou gratte-boesse se disent d'une sorte
    d'outil de ciseleur.

  GRATTE-LOTON, s. m. Sobriquet qu'on donne aux ouvriers horlogers.
    Voyez LOTON.

  GRATTER, v. a. _Gratter la rogne  quelqu'un_, signifie: Le
    flatter pour en obtenir une faveur, le cajoler, le flagorner
    dans des vues intresses. _Il s'aperut enfin que sa nice lui
    grattait la rogne, et qu'elle en voulait, par-dessus tout, 
    l'hritage._ Expression triviale. Dans le franais populaire,
    on dit en ce mme sens: Gratter l'oreille, ou gratter
    l'paule  quelqu'un. [Voyez le _Dictionnaire du Bas langage_,
    t. II.]

  GRATUISE, s. f. Rpe de fer-blanc, ustensile de cuisine. En
    Dauphin et en Languedoc, on dit: _Gratuse_; dans le patois
    provenal, _gratu_. En vieux franais, _gratuser_ signifie:
    Rper.

  GRAVANCHE, s. f. Sorte de _fr_. Voyez ce mot.

  [+] GRAVATE, s. f. Cravate. _Dis voir, femme, fadrait-il pas
    mettre une gravate  notre petit, qui a un commencement de
    rouche?_ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois et
    mridional.

  GRAVE, s. f. Grve, endroit au bord d'une rivire couvert de
    gravier. Terme dauphinois et vieux franais.

  GRAVELAGE, s. m. Action de _graveler_.

  GRAVELER, v. a. Couvrir de gravier. _Graveler les alles d'un
    jardin; graveler une promenade._ Terme indispensable, et qu'on
    cherche vainement dans les dictionnaires. En Languedoc on dit:
    _Agraver_.

  GRAVELLE, s. f. Maladie des moutons, clavele.

  GREBATTER, v. a. Rouler. _Se grebatter_, se rouler. Expressions
    trs-familires aux campagnards.

  GRBE (UNE). Sorte d'oiseau plongeur. Dites au masculin: Un grbe.
    Grbe cornu, grbe hupp.

  GRBION, s. m. Grbe esclavon, grbe oreillard.

  GREBOLER, v. n. Grelotter, trembler de froid. _Je le trouvai tout
    greulant, tout grebolant._ En Savoie on dit: _Grevoler_; dans le
    patois dauphinois, _gromol_.

  GREDON ou GREUDON, s. m. Guenilles, vieilleries, objets de rebut.

  GREGNOLU, UE, adj. Qui a beaucoup de noeuds. _Bois gregnolu._
    Terme des campagnards.

  GREIFION, s. m. Gros bigarreau. _Une livre de greifions._ Terme
    suisse-roman, savoisien et jurassien. En provenal, en
    pimontais et en vieux franais, on dit: _Graffion_; dans le
    Languedoc, _agrefion_.

  GREINGE, adj. Voyez GRINGE.

  GRELON, s. m. crivez et prononcez Grlon.

  GREMILLETTE, s. f. (_ll_ mouills.) Lzard gris, lzard de
    murailles. [P. G.] Dans le patois de Rolle (canton de Vaud) on
    dit: _Gremeillette_.

  GREMOLLION ou GREMAILLON, s. m. Grumeau, portion durcie d'un
    liquide. _La soupe s'tait mise en gremollions. Notre pauvre
    Estelle vomissait des gremollions de sang._ Terme connu aussi
    chez nos voisins du canton de Vaud. Dans le Berry et en Lorraine
    on dit: _Gremillion_.

  GREN, E, adj. _pi gren._ Terme mridional et vieux franais.
    Dites: pi grenu. Le verbe grener est franais.

  GRENETTE, s. f. Ce mot signifiait jadis: March aux grains; et
    c'est le nom que porte encore aujourd'hui notre halle au bl.
    Terme vaudois, savoisien, etc.

  GRENETTE, s. f. Semen contra, poudre contre les vers, barbotine.

  GRENIER  LESSIVE, s. m. Schoir, scherie, tendage.

  GRENOUILLE, s. f. (fig.) Sorte de petit instrument form d'une
    tte de bouteille recouverte d'un morceau de parchemin travers
    par du crin. En le faisant tourner comme une crcelle, il imite
    assez bien le cri des _grenouilles_, quand elles commencent 
    crier au printemps. [P. G.]

  GRSE, adj. fm. Voyez GRZE.

  GRSILLER, v. neutre. Croquer sous la dent, comme le pain
    lorsqu'il s'y est ml du sable ou du menu gravier. En Languedoc
    on dit: _Grziner_.

  GREUBE, s. f. Tuf, terre sche et dure qui sert  curer, 
    nettoyer les ustensiles de cuisine, les tablettes de sapin, etc.
    _Patte  greube._ Terme suisse-roman et savoisien. Le vendeur
    de greube s'appelle, dans notre patois: _Le greubi_.

  GREUBIRE, s. f. Carrire d'o l'on tire la _greube_.

  GREUBONS, s. m. pl. Peau croustillante qui reste quand on vient de
    fondre du lard. _Un plat de greubons._ A Neuchtel et dans
    quelques parties du canton de Vaud, on dit: _Grabon_; dans
    l'allemand-suisse, _Grieben_.

  GREUGER, v. a. Gruger, friper, dissiper en folles dpenses. _Il
    avait hrit trois mille francs: c'est tout greug._ En vieux
    franais, _gruge_ signifie: Perte, dommage.

  GREULER, v. actif. Secouer un arbre pour en faire tomber les
    fruits. _Greuler un cerisier, greuler un pommier._ En Savoie on
    dit: _Creuler_; en Franche-Comt, _crler_; en vieux franais,
    _crosler_ et _crouller_. Figurment et familirement, _creuler_
    s'emploie dans le sens de: Questionner quelqu'un, lui arracher
    des nouvelles, le forcer, de faon ou d'autre,  dire ce qu'il
    sait et qu'il se soucie peu ou point de raconter. _Nous l'avons
    tant press, nous l'avons tant greul, qu'il a fini par nous
    dbiter tout le journal._ Voyez le mot suivant.

  GREULER, v. neutre. Grelotter, trembler de froid ou de peur. _Ce
    pauvre diable, blotti dans un foss, greulait comme la feuille
    du tremble._ Terme suisse-roman, qu'on retrouve tel quel dans le
    patois lorrain. Dans le Jura on dit: _Grouller_; en Bourgogne et
    en vieux franais, _gruler_. Nous disons  l'actif: _Greuler la
    fivre_, pour: Trembler la fivre, avoir le tremblement qui
    rsulte de la fivre. Nos campagnards disent en ce mme sens ou
    sens analogue: _Greuler le marmot_.

  GREULETTE ou GREULAISON, s. f. Frisson, tremblement que donne la
    fivre ou la peur. _Avoir la greulette; avoir la greulaison._
    Cette dernire expression est surtout familire aux campagnards.

  GREULETTE, s. f. Sorte de terrine appele aussi: _Grailette_.

  GRV, VE, adj. et part. _Un fonds grv; un domaine grv
    d'hypothques._ On doit crire et prononcer Grever, sans
    accent sur l'_e_.

  GREVURE, s. f. Blessure. Ce terme vieillit.

  GRZE ou GRSE, adj. f. _Soie grze._ Soie qui est tire de dessus
    le coton. Terme lyonnais. Dites: Soie grge.

  GRIBICHE, s. f. Signifie: 1 Femme ou fille maligne, mchante,
    pie-griche; 2 Et plus souvent, Fille ou femme de moeurs
    dissolues. En Normandie, _gribiche_ se dit d'une vieille femme
    mchante dont on fait peur aux enfants.

  GRIE, s. f. Pltre gris, gypse. Terme de nos campagnards et de
    ceux du canton de Vaud. Il existe  Bernex une ancienne carrire
    de _grie_, qui a fait donner le nom de _grisse_ aux terrains
    environnants.

  GRIFFE, s. f. Griffade, coup de griffe.

  GRILLE, s. f. Cheville du pied. _S'corcher la grille._ Terme
    suisse-roman, savoisien et franc-comtois.

  GRILLER, v. a. Rtir. _Griller du caf; griller des chtaignes;
    griller des glands._ Terme savoisien. En franais Griller
    signifie: Rtir sur le gril. J'avais couch mes pincettes sur
    la braise pour faire griller mon pain. [Xav. DE MAISTRE,
    _Voyage autour de ma chambre_, ch. VIII.]

  GRILLET, s. m. (LL mouills.) Sorte d'insecte. _Le cri des
    grillets. Un trou de grillet._ Terme suisse-roman, savoisien,
    lyonnais, franc-comtois et mridional. En Poitou et dans le
    Berry on dit: _Grelet_; en limousin et en vieux franais,
    _gril_. Les dictionnaires et le bon usage veulent qu'on dise:
    Grillon. R. lat. _gryllus_.

  GRILLOIRE, s. f. Sorte de petite casserole  manche, surmonte
    d'un couvercle, et qui sert  rtir le caf. Dans le canton de
    Vaud on dit: _Un grilloir. Le grilloir  caf_.

  GRILLOIRE, s. f. (fig.) Endroit o la chaleur est insupportable;
    endroit o l'on grille. _Ce cabinet au midi est une grilloire
    pendant l't._

  GRILLOTTER, v. actif. Griller, frire.

  GRIMPER, v. n. Dans notre langage nergique, _faire grimper les
    murs  quelqu'un_, signifie: L'impatienter outre mesure, le
    vexer, le dpiter  l'excs. Les dictionnaires disent en ce mme
    sens: Faire sauter quelqu'un au plancher, le faire sauter aux
    nues. On dit en Languedoc: _Faire monter quelqu'un au ciel sans
    chelle_.

  GRIMPION, s. m. Grimpereau, oiseau bien connu. Au sens figur,
    nous appelons _grimpion, grimpionne_, celui ou celle qui cherche
    par des politesses, par des avances rptes, par des
    flatteries,  s'introduire,  se glisser dans une socit plus
    leve, plus haut place que la sienne. De l ont pris naissance
    les phrases suivantes familires: _C'est un grimpion; il fait le
    grimpion; elle fait la grimpionne. Ces jeunes poux veulent
    grimper. Les grimpions doivent prouver quelquefois de fameux
    dboires_.

  GRIMPIONNER, v. n. Faire le _grimpion_, faire la _grimpionne_. _Tu
    ne t'aperois pas que cette jeune femme veut absolument
    grimpionner._

  GRINGALET, ETTE, adj. Faible, chtif. _Cheval gringalet; veau
    gringalet. Ton beau-frre est bien gringalet_, etc. Le
    _Complment_ du dictionnaire de l'Acadmie, et le dictionnaire
    de M. Bescherelle ne prsentent ce mot que comme substantif, et
    ne l'emploient qu'en parlant de l'homme. Nous l'employons
    trs-souvent comme adjectif, et nous lui donnons des sens fort
    tendus.

  GRINGE, adj. Triste, ennuy, chagrin, de mauvaise humeur,
    maussade, malingre. _Rosalie est toute gringe aujourd'hui, et je
    crains qu'elle ne soit malade. Qu'avez-vous donc, Monsieur le
    notaire? Vous paraissez sombre et proccup?--En effet, je
    suis gringe. J'attendais mes enfants par le bateau  vapeur, et
    voil le bateau qui arrive sans eux._ Terme suisse-roman. Dans
    le patois de l'vch de Ble, on dit: _Graigne_; en
    Franche-Comt, _grigne_, et en Bourgogne, _greigne_; dans le
    Berry, _grignaut_; dans le patois rouchi, _engraign_. Tous ces
    mots, qui sont fort usits, n'ont point de correspondants exacts
    en franais. Dans le dialecte normand, _grigner_ signifie: tre
    maussade. En Picardie, _grigneux_ et _grignard_ veulent dire:
    Pleurnicheur.

  GRINGERIE, s. f. Mauvaise humeur, malingrerie. _Aprs une pareille
    msaventure, un peu de gringerie est bien permis._

  GRIOTTE, s. f. En franais, ce mot dsigne une espce de cerise
    grosse et noirtre, plus douce que les autres. En Suisse, au
    contraire, nous appelons _griotte_ une cerise acide.

  GRIPP, E, adj. Atteint de la grippe. _Toute la famille est
    grippe._ Ce mot, si connu en Suisse et en France, n'est dans
    aucun dictionnaire usuel.

  GRISAILLE, s. f. Ribotte, excs de table, excs de boisson. [P.
    G.]

  GRISE, s. fm. Tour malin, malice, espiglerie. _En faire des
    grises, en faire voir de grises_, signifie: Jouer des tours,
    faire des malices, attraper, tourmenter. _Voil un bambin qui en
    fera voir de grises  son pre et  sa mre. Vous m'en faites
    des grises, malins enfants que vous tes._ Locution dauphinoise,
    limousine, etc.

  GRISPER et GRISPOUILLER, v. a. Crisper, agacer, impatienter. _Cela
    me grispouille_, c'est--dire: Cela me tarabuste.

  GRISPILLE, s. f. Sorte de jeu ou d'amusement, appel aussi
    _tire-poils_, et en franais: La gribouillette. [P. G.] _ la
    grispille_, locution adverbiale, signifie: Au pillage. _Tout
    tait  la grispille dans cette maison._

  GRISPILLER, v. a. Voler, filouter, friponner.

  GRISSE ou GRITZE, s. m. Gruau d'avoine ou d'orge. Ce terme, usit
    dans toute la Suisse romane, est form du mot allemand _Grtze_,
    qu'on prononce _gritze_, et qui a le mme sens.

  GROGNASSER, v. n. Grogner, se plaindre en grognant. Terme parisien
    populaire.

  GROGNE, s. f. Mauvaise humeur, disposition  se plaindre. _Avoir
    la grogne._

  GROGNER QUELQU'UN. Le gronder, le rprimander avec humeur. _Il
    grogne tout son monde; il ne cesse de nous grogner._ Grogner,
    verbe neutre, est franais. Cette femme ne fait que grogner.

  GROGNONNE, adj. et s. fminin. _Sa maladie l'a rendue un peu
    grognonne._ Dites: Grogneuse.

  GROLLE, s. f. Vieux soulier fort us, savate. _Mettre des grolles.
    Porter des grolles. Comment donc, Madame Bonnard? vous nous
    donnez l du pain qui est sec comme de la grolle._ Terme vieux
    franais et franais populaire.

  GRONDE, s. f. Gronderie, rprimande. _Faire une gronde. Recevoir
    une gronde._

  GROS, s. m. _Le gros de l'hiver; le gros de l't._ Dites: Le
    fort de l'hiver; le fort de l't.

  GROS (LES). Les notables, les riches, les principaux de l'endroit.
    _Nos gros se montrrent, en toute occasion, humains et
    charitables._

  GROS, s. m. Terme de calligraphie. _crire en gros_, c'est crire
    en gros caractres. Il faut dire: crire la grosse.

  GROS, adj. _De gros en gros_, locution adverbiale. _Il consentit 
    nous raconter de gros en gros cette singulire aventure_. Il
    faut dire: En gros. Raconter en gros.

  GROS-BL, s. m. Nonnette, varit de froment. Le _gros-bl_
    s'appelle aussi en franais: Bl barbu et Bl poulard.

  GROS-FORT, s. m. Grande absinthe, plante.

  [+] GROS MAL, s. m. Haut mal, pilepsie, mal caduc. _Tomber du
    gros mal._ Terme vaudois et savoisien. Dans le Limousin on dit:
    _Le grand mal_.

  GROS NEIRET ou GROS NOIRET, s. m. Canard garrot.

  GROSSET, ETTE, adj. Un peu gros. _Un poulet grosset; une perdrix
    grossette._

  GROUP, s. m. Angine du larynx. crivez et prononcez Croup.

  GRUER, v. a. _Faire gruer de l'avoine._ Dites: Monder. Monder de
    l'avoine.

  GRUGEUR, s. m. Celui qui gruge.

  GRUMEAU, s. m. Terme de boucherie. La pice du devant de la
    poitrine de l'animal entre les deux jambes. _Grumeau de boeuf;
    grumeau de mouton._ Terme mridional.

  GRUMEAU, s. m. Cerneau, noix casse. Terme de la Suisse romane.

  GRUS, s. m. pl. Gruau, orge mond, avoine monde. _De la soupe aux
    grus._ Terme suisse-roman, savoisien et franc-comtois. En
    Champagne, _gru_ signifie: Son de farine; et en vieux franais,
    _greu_, farine d'avoine et de froment.

  GRUS (DES). Terme de fromagerie. Du caill, du _sret_ ml de
    crme. La Fanchon nous servit des _grus_ et de la crace.
    [J.-J. ROUSSEAU, _Nouvelle Hlose_.]

  GUENAPIN, s. m. Polisson, bandit, chenapan.

  GUENICHE, s. f. Femme dbraille, sale et d'un aspect repoussant.
    Terme lorrain. En vieux franais, _guenuche_ ou _guenoche_
    veulent dire: Sorcire, enchanteresse. Dans l'vch de Ble,
    _genache_ a le mme sens.

  GUENILLERIE, s. f. Guenille, rebut, objet de rebut. Se dit des
    personnes et des choses.

  GUERRER, v. n. Terme enfantin, en usage surtout chez les
    campagnards. _Cette petite folle d'Ernestine veut toujours_
    _guerrer avec nous_, c'est--dire: Veut toujours tre en guerre
    avec nous, guerroyer, batailler.

  [+] GUETTE, s. f. Gutre. _De vieilles guettes._ Franais
    populaire.

  GUETTON, s. m. Petite gutre, gutron. _Une paire de guettons._
    Terme savoisien, rouchi, etc.

  GUEULE, s. f. Cri clatant, clameur perante. _Pousser des
    gueules. Faire des gueules. Ce n'taient pas des chants,
    c'taient des gueules d'enfer._ Ce mot est franais, mais dans
    une acception diffrente.

  GUEULER, v. a. _Gueuler quelqu'un_, l'appeler  voix forte. _Tu ne
    m'entends donc pas, Colombier: il y a une demi-heure que je te
    gueule._ Gueuler, v. n., est franais.

  GUEUSER, v. n. Faire une action de gueux, se conduire mal, faire
    une _gueuserie_. _Priver cette petite fille de son bal, c'est
    gueuser, c'est coquiner, c'est tre par trop svre et mchant._
    En franais, Gueuser signifie: Mendier.

  GUEUSERIE, s. f. Tour malin, mchancet, action coupable. _Sevrer
    un enfant de quatre mois, c'est une gueuserie._

  GUICHE, s. f. Jambe. _Tirer la guiche, traner la guiche. Aprs
    douze heures de marche, le sac au dos, on commence joliment 
    tirer la guiche._

  GUIDE, s. f. Terme des campagnards. Digue. _lever des guides
    contre le torrent. Guide_ vient-il de digue par une
    transposition de lettres? _Guide_ est-il au contraire le terme
    primitif et vritable? Une digue n'est autre chose, en effet,
    qu'une barrire tablie pour _guider_ les eaux. Voyez dans
    Gattel l'tymologie banale.

  GUIGNACHE, s. f. Guignon, guignon achev.

  GUIGNAUCHE, s. f. Guenuche, femme de mauvaise faon, femme mal
    mise, fagote, vtue salement. Dans le canton de Vaud,
    _guignauche_ ou _guegnauche_ signifie: Sorcire.

  GUIGNE-EN-L'AIR. Badaud, imbcile.

  GUILLAME, s. m. _Grand guillame_, grand flandrin.

  [+] GUILLE, s. f. Quille. _Jouer aux guilles_. Terme suisse-roman,
    franc-comtois et lorrain.

  GUILLE, s. f. Terme des campagnards. Fine pointe, sommet, sommit.
    _La guille d'un clocher, la guille d'un arbre, la guille d'une
    tour. Guillon_, dans le canton de Vaud, a le mme sens. A
    notre fte du Tir fdral [1851], un Vaudois disait: J'ai vu
    planter le drapeau de la Confdration sur le fin _guillon_ de
    la Tour de l'Isle. En Franche-Comt, la pointe du jour
    s'appelle: _L'aube guillerole_. [_Vocabulaire jurassien_ de M.
    MONNIER.] De cette racine _guille_, viennent indubitablement les
    mots genevois _dguiller_, _aguiller_, _guille_ ( jouer), etc.

  GUILLE, adj.  moiti ivre, gris. R. _Guille_, pointe. On dit en
    franais: Avoir une pointe de vin.

  GUILLEMETTE (EN), loc. adv. _tre en guillemette_, signifie: tre
    en pile, tre l'un sur l'autre. _Ces livres sont trop en
    guillemette, ils vont tomber._

  GUILLERETTE, s. f. _tre  la guillerette_ ou _tre en
    guillerette_, se disent d'un objet mis dans une position d'o il
    risque de tomber. _Guillet_, dans notre patois, et _guilleret_,
    dans le patois vaudois, signifient: Sommet d'un arbre, d'un
    rocher, d'un btiment. Voyez GUILLE, no 2.

  GUILLERI, s. m. _Courir le guilleri._ Terme dauphinois, etc. Les
    dictionnaires disent: Courir le guilledou.

  GUILLETTE, s. f. (Prononcez _ghillette_.) Signifie: 1 Boulette de
    pte dont on engraisse les dindes; 2 Fuse de poudre. Voyez
    _GUILLE_, no 2.

  GUILLON, s. m. (Prononcez _ghillon_.) Fausset de tonneau, petite
    broche de bois servant  boucher le trou qu'on fait  un tonneau
    pour donner de l'air ou pour goter le vin. _Mettre un guillon.
    ter le guillon._ Terme vaudois, savoisien et jurassien. A
    Lyon, on dit: _Une guille_; dans les environs de Dle, _une
    guillotte_. Voyez GUILLE, no 2.

  GUILLONNER, v. a. Mettre le _guillon_, mettre le fausset.

  GUINCHE, adj. Louche, qui a la vue de travers. En provenal on
    dit: _Guchou_. Dans le Berry, _faire la guinche_, signifie:
    Baisser la tte aprs une mauvaise action.

  GUINCHER, v. a. et n. Signifie: 1 Lorgner du coin de l'oeil,
    guigner; 2 Loucher, regarder de travers. Terme provenal.

  GUINGOINE (DE), adv. De guingois, de travers, de biais, en
    biaisant. _Il marche tout de guingoine. Son habit allait tout de
    guingoine._ Nous disons aussi: _De guingouarne_ et de
    _guingouaine_. En Picardie, on dit: _De guingoin_.

  GUIZE, s. f. (Prononcez _ghize_.) Terme de forge. Gueuse, fonte de
    fer, fer coul. Un tuyau de gueuse.

  GY ou GI, s. m. _Un tonneau de gy._ Terme suisse, savoisien,
    franc-comtois, mridional et vieux franais. On doit dire:
    Gypse, ou pltre.

  GYPER, v. a. Pltrer, enduire de pltre.

  GYPERIE, s. f. Pltrage, ouvrages en pltre. _La gyperie de cette
    seule chambre avait cot six cents francs._

  GYPIER, s. m. Pltrier.

  GYSSAGE, s. m. Pltrage.

  GYSSER, v. a. Appliquer du pltre, enduire de pltre, pltrer.
    _Gysser un plafond, gysser une paroi._

  GYSSEUR, s. m. Ouvrier qui emploie le gypse, plafonneur. Dans le
    Valais on dit: _Gypseur_.


H

  HABILL, E. Participe. Nous disons d'une personne stupide, d'une
    personne dpourvue de tout bon sens: _C'est une bte habille_.

  HABILL EN. _Habill en noir, habill en blanc._ Dites: Habill DE
    noir, habill DE blanc.

  HABITU, E, adj. _Place habitue; jeu habitu; lecture habitue;
    promenade habitue._ Dites: Place habituelle, jeu habituel,
    promenade habituelle, lecture habituelle. [BOISTE.]

  HABITUER, v. a. _J'ai habitu cet appartement, et j'y reste. Les
    bonnes d'enfants ont habitu la promenade de la Treille. J'aime
    mon cercle, je n'y rencontre que des personnes que j'ai
    habitues._ Toutes ces phrases sont autant de barbarismes.

  [+] HABRE-SAC, s. m. Havre-sac. R. all. _Haber_, avoine.

  [+] HACHIS, s. m. L'_h_ de ce mot doit s'aspirer; mais dans le
    langage populaire on prononce _l'hchis_. On prononce aussi
    _l'hareng, les-z-haricots, les-z-harnais, les-z-hasards,
    l'hai-ye_ (la haie), _l'hibou, l'hangar, j'has_ (je hais),
    _c'est-t-hideux, c'est-t-honteux_, etc., etc.

  HACHON, s. m. Hache, petite hache. _L'hachon lui chappa des
    mains. Hachon_ appartient au vieux franais, et au patois du
    canton de Vaud. On dit  Bordeaux: _Hachot_.

  HAMEON, s. m. L'_h_ de ce mot n'est point aspir. On dit: Prendre
    l'hameon, mordre  l'hameon. C'est donc par inadvertance, sans
    doute, que MM. Ch. NODIER et ACKERMANN, dans leur _Vocabulaire
    franais_ [1836], disent qu'il faut prononcer _le hameon_, en
    aspirant l'_h_.

  HANCHOIS, s. m. (_h_ aspir.) _Une salade de hanchois._ crivez
    sans _h_, anchois, et n'aspirez pas l'_a_.

  HARENG, s. m. (fig.) Banc de sable, banc de gravier, lot. _Les
    harengs de l'Arve. Tirer du sable de l'hareng._ (sic.) _L'Arve a
    tellement grossi pendant ces trois jours, qu'elle a emport
    l'hareng._ Nous voyons souvent dans le lit d'une rivire, une
    grande pierre retarder la vitesse des eaux, et occasionner un
    amas de sable et de gravier: de l naissent des HARENGS qui,
    etc. [DE SAUSSURE, _Voyage dans les Alpes_, t. Ier, p. 245.]

  [+] HASARD, s. m. Terme d'encan. _Miser un n-hasard._

  HASARD DU POT (LE). _Viens manger ma soupe quand tu voudras; c'est
    au hasard du pot._ On dit en France: La fortune du pot.

  HAUT (LE). _Les gens du haut, les dames du haut, les bals du haut,
    etc. Se frotter contre les gens du haut; imiter, singer les gens
    du haut._ Ces expressions, d'un usage universel  Genve, ont
    besoin d'tre expliques aux trangers. Notre ville, tant btie
    sur un coteau, se trouve naturellement divise en _haute_ et
    _basse_ ville. Or, comme les familles aises demeurent, pour la
    plupart, dans les quartiers du _haut_, on appelle _gens du
    haut_, les riches de ces quartiers, en tant du moins que leurs
    familles sont anciennes. Avec cette courte explication on
    comprendra sans peine ce passage des _Confessions_ de J.-J.
    ROUSSEAU [liv. Ier]: Il tait, lui (Bernard, le cousin de
    Jean-Jacques), il tait, lui, un garon du _haut_; moi, chtif
    apprenti, je n'tais plus qu'un enfant de Saint-Gervais.

  HAUT, HAUTE, adj. Nous disons proverbialement d'un homme
    orgueilleux et fier: _Il est haut comme le temps_, c'est--dire:
    Il est excessivement fier et hautain. Expression languedocienne,
    etc.

  HAUT-BANC, s. m. Sorte d'choppe.

  HAUT-DE-CORPS (UN). _Son cheval ne cessait de faire des
    hauts-de-corps._ Dites: Des hauts-le-corps.

  HAUT GOT, s. m. Nous disons d'une sauce sale, poivre, pice:
    _Cette sauce a un haut got_. L'Acadmie dit: Cette sauce EST
    DE haut got.

  HEM! Sorte d'exclamation. _Le jeu de hem!_ s'appelle en franais:
    Le jeu des quatre coins. _Faire  hem! Jouer  hem!_

  HMORRHAGIE, s. f. Ce mot signifie: Perte considrable de sang.
    Ceux qui disent: _Une hmorrhagie de sang_, s'expriment
    trs-mal.

  HERBE  COCHONS, s. f. Renoue des oiseaux.

  HERBE  CURER, s. f. Prle ou asprle.

  HERBE AUX POIS, s. f. Sarriette, savore.

  HERBE DES RAMONEURS, s. f. Orge sauvage.

  HERBETTES, s. f. pl. Fines herbes pour le potage et pour la
    salade. _La saison des herbettes. Cueillir des herbettes._ Terme
    suisse-roman et languedocien. A Paris on appelle Fourniture
    les petites herbes destines  la salade.

  HERBOLAINES ou HERBOLAN-NES, s. f. pl. Herbes officinales.
    _Ramasser des herbolaines; scher des herbolaines._
    _Herbolan-nes_ est la prononciation patoise de notre canton, du
    canton de Vaud et de la Savoie.

  HERCE, s. m. Martin-pcheur, alcyon.

  HEURE, s. f. _ bonne heure_, est une locution qui a vieilli. On
    dit aujourd'hui: De bonne heure. Viens de bonne heure; viens de
    meilleure heure; viens de trs-bonne heure. Expressions qu'il
    faut substituer aux trois suivantes: _Viens  bonne heure; viens
    plus de bonne heure; viens trs de bonne heure_.

  HEURE ET QUART. _Il est une heure et quart; il est midi et quart_,
    etc. Dites: Il est une heure ET UN quart; il est midi ET UN
    quart.

  HEURES INDUES, s. f. pl. Nous disons: _Rentrer  des heures
    indues_. L'Acadmie dit: Rentrer  heure indue.

  HEURE SCHE (L'). _Faire l'heure sche_, signifie: Manger, vers
    dix heures du matin, un morceau de pain et de fromage, ou un peu
    de viande froide, ou chose semblable.

  [+] HIER  SOIR. Hier au soir.

  [+] HIRESSON, s. m. _L'hiresson se mit tout en boule._ Terme vieux
    franais. Dites: Le hrisson.

  HOMMASSE, s. f. _Une hommasse_ est une femme dont la corpulence et
    les manires tiennent de celles de l'homme. Selon tous les
    dictionnaires, _hommasse_ est un adjectif. Une taille hommasse,
    un visage hommasse. [ACAD.]

  [+] HONTES (DES). _N'est-ce pas des z-hontes de rentrer si tard?
    N'est-ce pas des z-hontes de battre ainsi un enfant?_ Dites au
    singulier, et en aspirant l'_h_: N'est-ce pas une honte?

  HOQUET, s. m. (fig.) Obstacle, accroc. _Je m'intresserai
    volontiers  votre requte, mais je crains fort que la chose ne
    fasse un hoquet, je crains fort qu'il n'y ait un hoquet._
    Hoquet a t pris quelquefois, en franais, pour: Heurt,
    accroc, au sens propre; mais jamais au sens figur. L'expression
    genevoise mrite quelque attention.

  HOQUETON, s. m. Sorte de vtement d'enfant.

  HORION, s. m. Coup rudement dcharg sur la tte ou sur les
    paules. _Recevoir un n-horion; appliquer des z-horions._
    Horion est franais; mais l'_h_ est aspir.

  HORLOGER, v. a. Ennuyer, fatiguer, importuner, sermonner,
    talonner. _Le bourgeois ne dcesse de nous horloger._

  HORMIS QUE, conj.  moins que, si ce n'est que. _Hormis que ce
    soit mon frre, ne laissez entrer personne. Le bal a t peu
    amusant, hormis qu'on a eu un bon souper._ Cette conjonction
    appartient au vieux franais.

  HORS DE, prp. _Donnons-nous rendez-vous hors de ville?--Oui, on
    s'attendra hors de porte._ Expressions consacres chez nous, et
    qui sont un reste du vieux franais. On doit dire: Hors de la
    ville; hors de la porte.

  HTEL, s. m. Malgr l'accent circonflexe, l'__ de ce mot doit
    tre prononc aussi lgrement que dans les mots _olive, orange,
    origine_. Ceux qui disent: _Une belle htel_, ajoutent une
    seconde faute  la prcdente.

  HOU! Exclamation de blme ou de mpris. _Hou! le vilain; hou! le
    porc, qui ramasse les coraillons et qui les mange. Hou! le laid,
    qui fait enrager sa petite soeur._ Terme mridional, etc.

  HOURIOU, s. m. Petit enfant. Voyez OURIOU.

  HOUZET, HOUZET! Cri dont on se sert pour loigner un chien, ou
    pour le chasser.

  HUCHER (SE), v. pron. Se percher, jucher. _O donc vas-tu te
    hucher?_ Dans le Limousin et  Lyon, _hucher_, v. neutre, se dit
    des poules, et signifie: Percher, v. neutre.

  HOUILLASSON, s. m. Colporteur d'huile, petit marchand d'huile.

  [+] HUILE. Ce mot est fminin; mais dans le langage populaire nous
    disons: _Du bon huile; de l'huile d'olife fin_, etc. Cette faute
    existe en patois; elle existe dans le canton de Vaud, en
    Franche-Comt et dans tout le midi de la France. Au commencement
    du dix-septime sicle, le genre de ce mot n'tait pas encore
    fix.

  HUILE, s. f. _Il tirerait de l'huile des pierres._ Se dit d'un
    intrigant actif, d'un homme hardi et entreprenant,  qui tout
    semble russir. On dit en France: Il tirerait de l'huile d'un
    mur.

  HUILE DE COUDE, s. fm. Dans le langage badin des domestiques et
    des matresses, l'_huile de coude_, c'est le frottage,
    c'est--dire: Le travail de la servante qui frotte. _Ces
    meubles, Madame, ne veulent pas devenir brillants.--C'est que,
    ma mie, tu y as sans doute conomis l'huile de coude_;
    c'est--dire: Tu as trop mnag ton bras et tes forces.

  HUILE DE RUSSIN, s. f. Huile de ricin.

  HUITANTE, nom de nombre. Quatre-vingts. Aucun dictionnaire usuel
    n'a recueilli ce terme, qui est fort commode et fort usit en
    Suisse, en Savoie, en Franche-Comt et dans le Midi.

  HURLUBRELU, s. m. Hurluberlu, tourdi, cervel. On dit  Paris:
    _Un hustuberlu_; en Lorraine, _un huberlu_.

  HUSSIER, s. m. Huissier. _Hussier_ appartient au vieux franais et
    au franais populaire. Dans le dialecte de Valenciennes on dit:
    _Un lussier_.

  HUTINS ou HUTAINS, s. m. pl. Guirlandes de vigne. Ce terme, qui
    n'est gure connu que dans le midi de la France, en Savoie et
    chez nous, a t pourtant recueilli par Boiste et par Mr
    Bescherelle. Dans le Dauphin on dit: _Autin_. Le _Complment_
    du dictionnaire de l'Acadmie dfinit le mot de Hautain par:
    Vigne entrelace  un arbre.


FIN DU TOME PREMIER.





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Jean Humbert

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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