The Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de Bertrand de
Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Cinqu, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

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Title: Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon, Tome Cinquime
       Ambassadeur de France en Angleterre de 1568  1575

Author: Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

Release Date: October 29, 2012 [EBook #41226]

Language: French

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    CORRESPONDANCE
    DIPLOMATIQUE

    DE

    BERTRAND DE SALIGNAC
    DE LA MOTHE FNLON,

    AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
    DU 1568 A 1575

    PUBLIE POUR LA PREMIRE FOIS

    Sur le manuscrits conservs aux Archives du Royaume.

    TOME CINQUIME.
    ANNES 1572--1573.

    PARIS ET LONDRES.
    1840.




    DPCHES, RAPPORTS,

    INSTRUCTIONS ET MMOIRES

    DES AMBASSADEURS DE FRANCE

    EN ANGLETERRE ET EN COSSE

    PENDANT LE XVIe SICLE.




    RECUEIL

    DES

    DPCHES, RAPPORTS,

    INSTRUCTIONS ET MMOIRES

    Des Ambassadeurs de France

    _EN ANGLETERRE ET EN COSSE_

    PENDANT LE XVIe SICLE,


    Conservs aux Archives du Royaume,
    A la Bibliothque du Roi,
    etc., etc.,




    ET PUBLIS POUR LA PREMIRE FOIS

    _Sous la Direction_

    DE M. CHARLES PURTON COOPER.

    [Illustration]


    PARIS ET LONDRES.

    1840.




LA MOTHE FNLON.




Imprim par BTHUNE et PLON,  Paris.




    A

    S. E. MR GUIZOT

    AMBASSADEUR DE S. M. LE ROI DES FRANAIS
    PRS LA COUR DE LONDRES.


    CE VOLUME LUI EST DDI

    COMME TMOIGNAGE DE RESPECT

    PAR

    SON TRS-HUMBLE ET TRS-OBISSANT SERVITEUR

    CHARLES PURTON COOPER.




DPCHES

DE

LA MOTHE FNLON.




CCLIVe DPESCHE

--du IIIe jour de juing 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Ngociation de Mr Du Croc en cosse.--Demandes adresses
    secrtement par les partisans de Marie Stuart.--Propositions
    faites dans le parlement de mettre la reine d'cosse  mort, de
    dclarer tratre quiconque reconnatra son droit  la
    succession de la couronne d'Angleterre, et d'exiger l'excution
    du duc de Norfolk.--Succs des Gueux dans les Pays-Bas; prise
    de Valenciennes par les rvolts.


    AU ROY.

Sire, je vous ay escript, du XXVIIIe du pass, tout ce que, sur le
partement du comte de Lincoln, j'ay peu aprandre des particullarits
de sa lgation, dont ne vous en toucheray, icy, davantage; et sera la
prsente pour accompaigner ung pacquet, que Mr Du Croc faict  Vostre
Majest, des choses qui luy ont succd  son arrive en Escoce, et de
la bonne rception que ceulx des deux partys luy ont faicte, qui
monstrent que, nonobstant les extrmes difficults de ce commencement,
il y a aparance que la paix sera enfin embrasse des ungs et des
aultres; et je juge, par une lettre, que j'ay receue en chiffres de
ceulx de Lillebourg, que le dict Sr Du Croc s'est comport si sagement
en ses premires propositions qu'on n'a descouvert plus avant de son
intention qu'aultant que de ses parolles gnrales l'on en a peu
comprendre, et que ceulx,  qui sa commission est plus favorable, ont
pour encores senty le moins de faveur. J'estime, Sire, que ce sera
chose fort  propos que certeine demande du capitaine Granges et du Sr
de Ledington, qui est porte par le dict chiffre, laquelle ilz
veulent, pour ung temps, estre celle au dict Sr Du Croc, leur soit
accorde; car, par ce moyen, l'authorit de Vostre Majest, demeurera
plus grande au dict pays, et vostre allience mieulx confirme. En
confience de quoy je donray, par mes premires, grande esprance et
mesmes assurance, comme de moy mesmes, aus dicts de Granges et de
Ledington que Vostre Majest les en gratiffiera; et n'aura, pour
cella, le marchal Drury, quand bien il le saura, occasion de se
pleindre que Mr Du Croc ayt rien ngoci par dell contre ce qui a
est promis, icy,  la Royne, sa Mestresse. Cependant je vous supplie
trs humblement, Sire, me mander comme il vous plait qu'en vostre nom
je leur en escripve, car c'est ung des principaulx poinctz dont ceulx
de Lillebourg desirent estre promptement esclarcis: et l'aultre poinct
aprs, est en quelle sorte il vous plaira qu'ilz facent l'accord. Le
Sr de Vrac m'a mand de le vouloir advertyr s'il s'en doibt
retourner, ou non, attandu que Vostre Majest ne luy en a rien
escript. Sur quoy je luy conseilleray, par mes dictes premires, qu'il
attande le commandement de Vostre Majest; et je croy qu'il sera fort
 propos qu'il ne bouge de l jusques  ce que la paciffication soit
conclue, ou bien que l'abstinence de guerre soit bien accorde. J'ay
envoy au dict Sr Du Croc, avec vostre pacquet du Xe du pass, ung
extrt des articles du traict qui concernent le faict d'Escoce.
J'espre que bientost il vous mandera toutes aultres nouvelles de
dell.

Ce a est, Sire, par les soixante six depputez du parlement, qui se
tient maintenant icy, que les deux billetz, dont je vous ay cy devant
faict mencion, ont est proposs contre la Royne d'Escoce: l'ung, de
la faire mourir; et l'aultre, de dclarer tratre quiconques, 
jamais, mtroit en compte, ou relveroit, le tiltre qu'elle prtend 
la succession de ceste couronne; et y ont adjouxt ung troysiesme, de
la sentence de mort contre le duc, demandant qu'elle ft excute.
Lesquelz billetz, aprs que la Royne d'Angleterre a heu remercy les
dicts depputs du soing qu'ilz avoient d'elle et de sa seuret, parce
qu'ilz fondoient l dessus l'occasion de leurs troys propositions,
elle les a pris de se dporter entirement de la premire; et ayant
encores considr, de plus prs, la segonde, elle ne l'a voulu
admettre, et m'ont ses conseillers mand que je ne sois plus en peyne
de cella, car leur Mestresse estoit dellibre de respecter tant
vostre amity qu'elle ne laysseroit passer en cest endroict rien qui
pt offancer l'honneur et rputation de Vostre Majest; en quoy
j'entendz, Sire, que la contradiction, que ceulx de la noblesse y ont
faicte, y a beaucoup valu; et a beaucoup servy de rabatre aussi la
proposition contre le dict duc, car ont remonstr qu'ilz avoient faict
leur debvoir de procder par les loix  le condampner, mais qu'il
n'apartenoit aulx subjectz de recalculer rien maintenant sur la
clmence de la Royne, leur Mestresse. Or, demeure la dtermination des
dicts trois poinctz encores en quelque suspens par l'opiniastret de
ceulx de la segonde chambre, dont le duc court grand pril ceste
sepmayne. Et semble qu'il sera depput troys vesques, troys comtes,
troys barons et troys chevalliers, pour aller ouyr et examiner sur
quelques poinctz la dicte Royne d'Escoce.

Le bruict de la prinse de Valenciennes[1], par les Gueux, et ce, qu'on
prsume que les Huguenotz veulent ayder de tout leur pouvoir et moyen
leur entreprinse, et qu'on dict que le prince d'Orenge marche avec
trente enseignes d'allemans et six mille chevaulx, et le jeune comte
d'Ayguemont avec aultres deux mille chevaulx, pour les venir secourir,
eschauffe ung peu ceulx cy de s'en vouloir mesler. Vray est que
Anthonio de Guaras, lequel a receu pouvoir expcial, par lettres du
duc d'Alve, d'assister, icy, ez choses qu'il verra appartenir au
service du Roy d'Espagne, a faict mettre en prison deux capitaines qui
levoient des gens de guerre pour aller  Fleximgues. Je croy bien
qu'ilz ont est depuis relaschs, et qu'ilz sont desj embarqus pour
suyvre leur voyage avecques leurs gens; tant y a que le dict de Guaras
a grand accs en ceste court, et est favorablement ouy; et j'entendz
qu'il faict de fort grandes offres, de la part du dict duc d'Alve;
lesquelles ceulx cy trouvent recepvables et ne les rejettent
nullement. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1572.

  [1] Valenciennes fut pris, le 24 mai 1572, par La Noue et le Sr
  de Famars; mais ils ne purent se rendre matres du chteau, dans
  lequel don Juan de Mendosa s'tait jet. Peu de jours aprs, les
  protestans durent abandonner la ville.




CCLVe DPESCHE

--du Ve jour de juing 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Mr de L'Espinasse._)

  Rsolution prise par lisabeth de rejeter les propositions faites
  dans le parlement contre Marie Stuart.--Excution du duc de
  Norfolk.--Arrive du comte de Lincoln en France.--Nouvelles
  d'cosse; ncessit d'envoyer des secours  Lislebourg.--Craintes
  que les succs des Gueux dans les Pays-Bas donnent aux
  Anglais.--Dtails sur l'excution du duc de Norfolk.


    AU ROY.

Sire, de la communicquation que j'ay faicte de voz deux dernires
lettres, du IIe et Xe pass,  la Royne d'Angleterre, elle a comprins
qu'il y avoit desj ung trs bon acheminement, de vostre cost,  tous
les debvoirs de la bonne amyti qu'avez nouvellement conclue avec
elle; de quoy est advenu qu'elle a faict  ses plus expciaulx
conseillers, ainsy qu'on me l'a fort assur, une remonstrance comme
s'ensuit:

Que, puysqu'entre les grandz dangers qui s'estoient, depuis quelque
temps, manifests au monde contre elle, Dieu avoit voulu, du milieu de
ceulx, que les feus Roys d'Angleterre, ses prdcesseurs, avoient
tousjours rputs leurs plus grandz ennemys, luy succiter  elle ung
trs grand et parfaict amy, qui ambrassoit sa protection et sa
deffence, sellon le traict de ligue qu'elle avoit faicte avec Vostre
Majest, qu'elle ne vouloit, en faon du monde, qu'on propost rien en
son parlement qui vous pet offancer; et, qu'ayant considr les deux
billetz, qui avoient est mis en avant contre la Royne d'Escoce,
desquelz elle avoit desj cass celluy qui touchoit  sa vie, elle
vouloit qu'on se dsistt encores de celluy qui concernoit la
succession qu'elle prtandoit en ce royaulme; car elle voyoit bien ne
se pouvoir faire que Vostre Majest, pour le debvoir de parantage, et
pour les aultres obligations que vous avez avec ceste princesse, n'en
fussiez offanc, sellon qu'elle le comprenoit bien par les lettres que
je luy en avois communicques; (car,  la vrit, Sire, je les luy ay
asss faictes sonner en ce sens). Et a adjouxt qu'on trouveroit aussy
bien estrange, par toute la Chrestient, qu'on la condampnt sans
l'ouyr; mais que, pour satisfaire  ses Estatz, elle vouloit bien que,
dorsenavant, l'on soubsmt la dicte Royne d'Escoce  l'obligation des
plus rigoureuses loix qu'on pourroit faire contre elle, si elle
atamptoit jamais rien plus au prjudice de ce royaulme.

De quoy, monstrantz les dicts Estatz n'estre assez contantz, ont
incist qu'aulmoins l'on ne leur refuzt l'excution du duc de
Norfolc, qui estoit desj condampn; ce qui a est si chauldement
men, par ceulx qui avoient la matire  cueur, que la Royne
d'Angleterre n'y a peu rsister. Dont estant ce pouvre seigneur men
sur l'eschafault,  heure non accoustume, de fort grand matin, a
confess, en prsence de ceulx qui s'y sont trouvez, qu'il avoit fort
offanc Dieu comme pcheur, et avoit offanc la Royne, sa Mestresse,
en ce que, contre sa promesse qu'il luy avoit faicte de ne traicter
avec la Royne d'Escoce, (ce que toutesfoys il ne luy avoit confirm
par srement), il avoit escript des lettres et en avoit receu de la
dicte Dame, et avoit pareillement receu une lettre du Pape, non qu'il
l'et pourchasse, mais Ridolfy la luy avoit adresse; et qu'au reste
il assuroit, avec toute vrit, de n'avoir jamais rien atempt de
faict, de parolle, ny encores de pense, contre la Royne, sa
Mestresse, ny contre ce royaulme; et de cella il en bailloit sa mort 
tesmoing, devant Dieu et devant les hommes. Et ainsy, d'un visage
constant et magnanime, s'est exhib luy mesmes au supplice, au grand
regret des gens de bien. Et son corps a est raport dans la Tour en
ung cercueil couvert de velours noir; et luy a est faict quelque
forme d'exques.

Hier vint nouvelles comme monsieur l'admiral d'Angleterre estoit
descendu  Boulogne, le pnultiesme jour du pass, premier que Mr de
Piennes ny le Sr de Mauvissire y arrivassent, et que la prsence de
Mr de Foix, avec la diligence de Mr de Cailliac, avoient grandement
suply  sa rception; en laquelle, s'il y a heu quelque manquement, il
a est bien honnorablement excus par une honneste lettre, que Mr de
Foix m'a escripte l dessus, laquelle a est bien fort agrable en
ceste court.

Le Sr de L'Espinasse vous comptera, Sire, les difficults s quelles
Mr Du Croc, son beau pre, se retrouve en Escoce; o semble qu'il
importe grandement, pour vostre rputation, qu'il soit pourveu
promptement  ceulx de Lillebourg qu'ilz ne soient ruyns, et que le
chasteau ne vigne ez meins de ceulx qui sont  la dvotion de la
Royne d'Angleterre; car de ces deux poinctz dpend non seulement la
conservation de vostre ancienne allience, mais que l'estat, qui
souloit estre franoys, ne devigne du tout angloys. Dont vous plerra,
Sire, pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix seront icy, nous
ordonner de prendre quelque rsolution l dessus avec ceste princesse
et avec ceulx de son conseil, pour rduyre ce pays  une bonne
paciffication; et cependant mander quelque honnorable promesse 
ceulx de Lillebourg, accompagne d'aulcun prsent effect pour les
consoler; dont seroit bien  propos, Sire, que Mr de Flemy les allt
trouver avec ce qu'il leur pourroit apporter de refraichissement.

Le progrs des entreprinses, qui s'entend des Pays Bas, commence de
mettre ceulx cy en quelque souspeon qu'elles tendent d'impatroniser
Vostre Majest de cest estat, ce qui leur seroit formidable; et ne
vouldroient qu'en faon du monde cella succdt, s'ilz n'y
participoient. Sur ce, etc. Ce Ve jour de juing 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, j'ay est en une merveilleuse peyne pour la partinacit de
laquelle ceulx de ce parlement ont incist que la Royne d'Escoce ft
punie de mort, et que le tiltre, qu'elle prtend  la succession de
cette couronne, ft aboly pour elle et pour les siens  jamais, car
cella tournoit merveilleusement  l'indignit du Roy; et non seulement
faisoit mal sonner le traict de la ligue, qu'il a faicte avec ceste
princesse, mais diffamoit beaucoup tous les aultres honnestes pourchas
d'allience, que Voz Majestez Trs Chrestiennes ont men, et continuent
de mener encores avec elle. Je rends grces  Dieu que ce danger est,
pour ceste fois, vit; de quoy la dicte Royne d'Escoce en doibt
recognoistre l'obligation, aprs Dieu, au seul respect que la Royne
d'Angleterre a heu de ne vouloir ou de n'ozer, en ce temps, offancer
le Roy. Il est vray que le pouvre duc de Norfolc a pass; lequel, par
l'acte dernier de sa vye, a confirm davantage au monde une trs
grande justiffication de luy, et a layss ung grand regret et une
grande compunction du cueur  ung chacun. Il a parl fort clrement
de tout son faict; dont la Royne d'Angleterre peut,  ceste heure,
demeurer esclarcye si je y ay est jamais en rien mesl, ainsy que ses
ambassadeurs vous en avoient quelquefoys touch quelque mot. J'ay
requis que le collier de l'ordre du Roy, qu'il avoit, ft remis entre
mes mains, ce qui ne m'a est encores accord; tant y a que je supplye
trs humblement Voz Majestez trouver bon que je m'en charge, sellon
qu'il me faict aussy grand besoing d'en avoir ung pour la dignit de
ceste charge, aux jours de solennit.

L'apareil de la rception de messieurs voz depputs est si honnorable
par de, et la provision si grande pour les bien traicter, avec toute
leur compagnie, dez qu'ilz descendront  Douvres, que je ne veulx
fallir de le recorder  Voz Majestez affin de faire uzer de quelque
correspondance vers monsieur l'admiral d'Angleterre; car c'est chose
qu'on regarde bien fort en ceste court: et desj s'est dict quelque
mot qu'il n'avoit est assez favorablement receu  Bouloigne, mays une
lettre de Mr de Foix, qui m'est arrive fort  propos, en a aport la
satisfaction. Et se dict, Madame, que le prsent de Mr de Montmorency
sera d'envyron vingt mille escus; tant y a que je mettray peyne de le
savoir plus au vray. Sur ce, etc.

    Ce Ve jour de juing 1572.




CCLVIe DPESCHE

--du IXe jour de juing 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Chamberland._)

  Prparatifs faits  Londres pour recevoir. MMrs de Montmorenci et
    de Foix.--Rsolution secrte arrte dans le parlement de
    soumettre la reine d'cosse aux lois d'Angleterre.--Ncessit
    de s'opposer  cette rsolution.--Dfense faite en France de
    porter secours aux rvolts des Pays Bas.


    AU ROY.

Sire,  ce matin, bon matin, j'ay receu des lettres de Mr de
Montmorency et de Mr de Foix, de devant hier, VIIe de ce moys, 
Boulogne, qui me mandent que ce sera  la premire mare de ce
jourdhuy, IXe, qu'avec l'ayde de Dieu, ilz passeront la mer; de quoy
toute ceste court est grandement ayse, laquelle adjouxte toutjour
quelque chose de plus  l'ordre de leur rception, affin de la faire
plus honnorable. Eulx deux, par la frquence des lettres qu'ilz m'ont
souvant escriptes sur la lgitime excuse de leur retardement, m'ont
beaucoup ayd de pouvoir solager ceulx cy en leur atante; lesquelz ont
desj tant faict qu'ilz ont prolong le parlement jusques aprs la St
Jehan, affin d'avoyr plus grande compagnie de noblesse en ceste ville
quand ilz arriveront; et le comte de Pembroth, milord de Vuindesor et
milord Bocaust, avec bon nombre de noblesse, n'ont jamais boug de
Douvres, depuis le dernier de l'aultre moys.

Ceulx du dict parlement, quand ilz ont veu qu'ilz avoient gaign le
poinct de l'excution du duc de Norfolc, ont remis sus, plus
instamment que jamais, la poursuyte contre la Royne d'Escoce, avec
tant de partinacit, instigus par les ennemys de la pouvre
princesse, que je viens d'estre adverty que le dcret, de privation du
tiltr de ceste succession, s'en ensuyvra contre elle; et qu'ilz la
soubsmettront  la rigueur des lois du Royaulme pour tout ce que, dez
ceste heure en l, elle pourra atempter contre la Royne d'Angleterre
ou contre le repos de son estat. Qui sont actes peu correspondans  la
considration d'entre Voz Majestez, et sur lesquelz, encor qu'on se
puisse assez esbahyr comme j'en auray est adverty, car le tiennent
fort secret, je ne larray pourtant de m'y oposer en vostre nom, si
Vostre Majest me le commande, et en faon nantmoins si gracieuse et
modeste que la Royne d'Angleterre n'aura occasion quelconque, aulmoins
qui soit juste, de le trouver maulvais; dont suplie trs humblement
Vostre Majest m'en faire une prompte responce affin que, tout 
temps, j'en puisse faire la remonstrance.

Ceulx cy ont entendu la deffence, que Vostre Majest a faicte publier
en la frontire, que nulz gens de guerre franoys aillent en Flandres,
de quoy ilz se sont assez esbahys, et n'empeschent pourtant, de leur
part, qu'il ne coule tousjours des soldatz d'icy  Fleximgues; mesmes
beaucoup d'Anglois commencent d'y passer, et forniront les dicts de
Fleximgues de grand nombre de vivres et de monitions de ce royaulme.

J'estime que messieurs voz depputs pourront arriver en ceste ville
vendredy prochein, et que la ratiffication du traict se fera le
quinziesme de ce moys; et sur ce, etc.

    Ce IXe jour de juing 1572.




CCLVIIe DPESCHE

--du XVIIe jour de juing 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par ung courier de Mr de
Montmorency._)

  Arrive de MMrs de Montmorenci et de Foix.--Serment solennel
    prt par la reine pour la confirmation du trait.--Demande
    officielle de la main d'lisabeth pour le duc
    d'Alenon.--Dtails circonstancis de la rception faite  MMrs
    de Montmorenci et de Foix, de l'audience qui a suivi, et des
    ftes qui leur ont t donnes.


    AU ROY.

Sire, nous, de Montmorency et de Foix, sommes arrivs icy vendredy,
XIIIe de ce moys, ayant en chemin receu toutes les caresses et
honneurs possibles. Le lendemein, aprs disner, sommes toutz troys
alls trouver la Royne d'Angleterre,  laquelle nous avons prsent
les lettres de Vostre Majest et de la Royne, vostre mre, concernant
la confirmation et ratiffication du traict, lesquelles elle a reues
avec dclaration de l'opinion de voz vertus, et grand estime qu'elle
fait de vostre amyti; de sorte que tout ce premier jour s'est pass
en propos courtois et gracieux. Le lendemein matin, nous sommes alls
recepvoir d'elle le srement accoustum, avant lequel prest, elle
nous a aussy dclar n'avoir restitu le chasteau de Humes, scitu en
Escoce, comme elle est oblige par le traict de confdration,
d'aultant qu'elle s'est trouve en peyne auquel des deux partis elle
le debvoit rendre, ou au Sr de Humes, ou au rgent, mais qu'elle
protestoit que son intention estoit de le randre aux Escouoys, et
satisfaire en toutes choses au dict traict; dont nous l'avons prie
de faire la dicte restitution au plus tost, et avec le consantement et
volont de Vostre Majest, ce qu'elle a promis de faire. Et, aprs le
dict srement faict, elle nous a mens en sa chambre, o nous luy
avons prsent les lettres escriptes de la mein de Vostre Majest, de
la Royne, et de Noz Seigneurs voz frres, desquelles elle a leu 
l'instant la vostre, remettant alors les aultres jusques aprs dner;
 l'yssue duquel elle nous a ramens en la mesmes chambre, et dict 
moy, de Montmorency, que je luy exposasse la crance. Sur quoy nous
l'avons prie de lire premirement la lettre de la Royne, vostre mre,
ce qu'elle a faict tout hault; et aprs, dict qu'elle se santoit trs
oblige en son endroict, d'aultant qu'elle luy avoit prsent toutz
ses enfans, ritrant  moy, de Montmorency, que je luy exposasse donc
nostre dicte crance. Ce que j'ay faict, sans rien obmettre de ce qui
estoit contenu en noz instructions, et conforme  vostre intention.

La dicte Royne, pour responce, est entre en quelques discours des
choses passez, que nous remtrons de vous dire  quand nous serons
auprs de Vostre Majest, dont la fin a est qu'estant l'affaire de
grande importance, qu'elle en vouloit dellibrer, tellement que, ce
jourdhuy, elle a envoy milord de Burgley devers nous pour entendre
sur ce faict plus amplement vostre dicte intention, nous proposant
plusieurs difficults, auxquelles nous avons mis peyne de satisfaire
le mieulx qu'il nous a est possible; de sorte qu'il s'en est
retourn, nous promettant de faire, de sa part, tous bons offices:
comme aussy nous a assur le comte de Lestre, de son cost, auquel
nous avons dclar le bien qu'il doibt esprer de Vostre Majest, si
cest affaire peut bien ruscyr; de faon que nous n'avons rien oubli,
 l'endroict de luy, ny de toutz les aultres, que nous avons cuyd
pouvoir servir pour conduire cest affaire  bonne fin; duquel nous ne
voyons pas encores aulcune assurance, aussy n'avons nous occasion d'en
mal esprer; et, de ce que nous verrons de lumire, de jour  aultre,
nous ne faudrons de vous en advertir, et suyvant voz commandementz, de
vous en aporter une dernire rsolution. Sur ce, etc.

    Ce XVIIe jour de juing 1572.


    AU ROY.

Sire, aussytost que Mr de Montmorency, estant arriv  Bouloigne, a
veu que le vent luy pouvoit servir, il a pass la mer, ensemble Mr de
Foix et tous les seigneurs et gentilshommes qui sont en leur
compagnie, le VIIIe de ce moys; et, le mesme jour, ilz ont est, du
comte de Pembroc et des milords de Vuindesor et de Boucaust, et aultre
bon nombre de noblesse de ce royaulme, fort bien et fort
honnorablement recueillis  Douvre, ainsy que Mr de Foix m'a assur
qu'il le vous avoit amplement escript du dict lieu, et ont sjourn l
ung jour entier pour se refre du travail de la mer. Et, le lendemain,
se sont achemins  Conturbery,  Setemborne et  Rochester, o ilz
ont de mesmes est partout fort bien reus, et sont arrivez le
vendredy, XIIIe du moys,  Gravesines; auquel lieu je les suys all
trouver. Et, peu aprs, le comte d'Ochestre, accompagn de milord
Grey, de milord Staffort, de milord Comthom, de milord Cheyne, et
aultre bon nombre de gentilshommes, leur y est venu au devant, avec
les barges de la Royne; sur lesquelles il nous a tous reconduictz,
l'aprs dne, en ceste ville de Londres,  laquelle ainsy que sommes
arrivs, la Tour a faict son debvoir de tirer force coups de canon;
et, quand avons est descendus  Sommerset Place, le dict comte
d'Ochestre a prsent  Mr de Montmorency, de la part de la Royne, sa
Mestresse, ung petit St George  mettre au coul, et luy a baill les
estatutz de l'ordre d'Angleterre; et puis le hrault d'armes luy a
atach la jarretire, ce que mon dict sieur de Montmorency a receu,
avec plusieurs bien dignes et honnorables parolles de mercyement  la
dicte Dame, avec mencion expresse du cong qu'il avoit de Vostre
Majest de le pouvoir accepter, accollant le dict sieur comte qui le
luy prsentoit, et le baysant fort cordialement  la joue, comme l'ung
des confrres. Et, peu d'heures aprs, le comte d'Exex, accompagn
d'aultre troupe de noblesse, l'est venu visiter pour luy dire, et  Mr
de Foix, la bien venue de la part d'elle. Et, le matin ensuyvant, le
comte de Sussex, encores plus accompaign que nul des prcdans, luy
est venu faire plusieurs honnestes complimens qu'il luy a mands, et a
dn en la compagnie; puis, sur les quatre heures du soyr, nous a
conduictz, avec les mesmes barges du jour prcdent,  Ouestmenster.
Et l, avec ung concours fort grand des seigneurs et dames de ceste
court, et de ceulx qui se sont trouvs en ceste ville, elle a fort
favorablement receu, premirement, mon dict sieur de Montmorency avec
une trs grande dmonstration d'ung vray et inthime contantement, et
aprs, Mr de Foix avec plusieurs gracieuses parolles de grande
privaut et confience, et puis tous les gentilshommes franoys, ung 
ung, avec tant d'honneste faveur que je ne puis dire, Sire, sinon que
ceste princesse a monstr combien elle vous veult honnorer, et combien
par effect elle veult satisfaire au debvoir de l'amity qu'elle vous
promet de parolle.

Le jour ensuyvant, qui a est dimanche, quinziesme de ce moys, aprs
que le pouvoir et la forme du srement ont est monstrs  milord de
Burgley, et aprs que Mr de Montmorency, accompagn de Mr de Foix et
de moy, a heu prsant  la dicte Dame,  l'issue de ses prires, le
dict pouvoir, et luy a heu, en trs honnorable faon et avec parolles
 ce convenables, faict la rquisition en tel cas requise. Elle, uzant
d'une expression grande  monstrer combien volontiers et plus
cordiallement, que de nul aultre acte qu'elle het faict de son rgne,
elle alloit accomplir cestuy cy, et combien elle rputoit heureux ce
jour, auquel elle s'alloit conjoindre d'une perptuelle confdration
avec Vostre Majest; appellant Dieu  tesmoing pour la punir, si, dans
son cueur, il ne voyoit une vraye intention d'en produire les effectz
comme estantz les vrays fruictz trop meilleurs et plus grandz que par
ses parolles, qui n'en estoient que les feuilles, elle ne le nous
pouvoit exprimer; elle a dict, tout hault, que, premier que jurer,
elle vous vouloit bien dclarer qu'elle n'avoit, pour encores, randu
en Escoce le chasteau de Humes, n'estant bien rsolue auquel des deux
partis ce seroit, de peur d'y augmanter le trouble, nantmoins que sa
rsolucion estoit de le remettre ez mains des Escouoys. Sur quoy nous
luy avons requis que la dicte rdiction se ft avec le sceu de Vostre
Majest, ce qu'elle nous a accord. Et, aprs, s'estant aproche de
l'autel et estandu la mein sur les vangiles de Dieu, le livre touch
entre les mains d'ung de ses vesques, a fort sollennellement jur
l'entretnement de tout le contenu au traict de confdration, jouxte
la forme qui en avoit est auparavant dresse par Mr de Foix, laquelle
estant rdige par un escript en parchemin, elle l'a signe de sa
mein sur ung poulpitre d'or soubstenu par quatre comtes,  ce
assistans grand nombre de seigneurs franoys et toutz les principaulx
seigneurs et dames de sa court. De quoy mon dict sieur de Montmorency,
pour tous troys, en a requis l'acte, qui nous a est concd avec ung
infiny contentement de la dicte Dame et de toutz ceulx qui, des deux
partis, y ont assist.

Elle nous a, au partir de sa chapelle, men toutz troys en sa prive
chambre, et, peu aprs,  la sale de prsence, o elle a voulu
qu'ayons dn en sa table, et toutz les aultres franoys en une aultre
grande sale auprs, avec les seigneurs de sa court; et, l'aprs dne,
ayant entretenu quelque temps  part mon dict sieur de Montmorency,
elle nous a ramen toutz troys seuls en sa mesmes chambre prive, pour
entendre le reste de leur charge; laquelle mon dict sieur de
Montmorency, aprs qu'elle a heu lues les petites lettres, la luy a
fort dignement propose, et Mr de Foix y a adjouxt la confirmation,
l o il en a est besoing. A quoy elle, aprs les mercyements bien
honnorables, dont elle a sceu, sellon sa coustume, fort  propos et
fort expressment, uzer vers Voz Majestez Trs Chrestiennes, est
entre en ung petit discours des choses du pass et des difficults
prsentes; et, sans rien rejecter de ce qui luy estoit maintenant mis
en termes, ny monstrer aussy d'en rien accepter, a remis la responce 
une aultre foys, aprs qu'elle y auroit ung peu pens. Puiz, ayant
faict la faveur  mon dict sieur de Montmorency de le mener en la
propre chambre o elle couche, elle l'a licenci pour quelques heures,
affin qu'il s'allt retirer en la sienne, qui luy estoit prpare l
auprs; en laquelle il n'a guyres sjourn que les comtes de Lestre
et de Sussex le sont venus prendre pour le mener voyr le combat des
ours, des taureaux et du cheval, du cinge, et puys  l'esbat dans les
jardins jusques  ce que la dicte Dame y est sortie, attandant l'heure
du festin; qui a est dress fort grand et magnifique sur une terrasse
du chasteau, dans une feuille fort belle et ample, bien orne de
beaucoup de compartimens et de deux des plus beaux et riches buffetz
de l'Europe. Et, de rechef, elle a faict manger Mr de Montmorency, Mr
de Foix et moy,  sa table, et tout le reste des seigneurs franoys et
angloys, mesls avec les dames de la court, en une aultre fort longue
table prs de la sienne, fort opulentment traicts, prolongeant les
services jusques environ minuict, qu'elle nous a mens sur une aultre
terrasse qui regarde dans une grande court du dict chasteau; o nous
n'avons guyres tard qu'ung viellard avec deux jeunes pucelles est
entr, qui a requis secours pour elles en ceste court: et soubdein se
sont prsents vingt chevalliers sur les rancz, dix blanz mens par le
comte d'Essex, et dix bleus mens par le comte de Rotheland, qui ont,
pour l'occasion des dictes pucelles, attaqu ung brave combat 
l'espe,  cheval; lequel a dur jusque sur l'aube du jour que la
Royne, par l'adviz des juges du camp, a dclar les dictes pucelles
libres, et s'est retire pour s'aller dormir, et a licenci mon dict
sieur de Montmorency et toute sa troupe pour s'aller reposer.

Aujourdhuy il va  Windesor pour y recepvoir l'ordre  la crmonie
accoustume, accompagn de toute ceste court, et au retour, il passera
 Hamptoncourt, remettant, Sire, toutes aultres choses  ce que, en la
lettre gnrale de nous troys, et en les leurs aultres particullires,
ils vous escripvent plus amplement, pour adjouxter seulement icy que
je suis infinyement bien ayse que, par les lettres de Voz Majestez,
du VIIe de ce moys, je voy qu'il est  tout cecy trs bien correspondu
de dell  honnorer et bien traicter le comte de Lincoln et ceux qui
sont avecques luy. Sur ce, etc. Ce XVIIe jour de juing 1572.




CCLVIIIe DPESCHE

--du XXIIe jour de juing 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le courrier Barroys._)

  Ngociation de MMrs de Montmorenci et de
    Foix.--Audience.--Proposition du mariage.--Runion du conseil
    pour dlibrer sur la demande.--Affaires d'cosse.--Dtails sur
    la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, nous avons, le dix huictiesme de ce moys, receu la lettre qu'il
a pleu  Vostre Majest nous escripre, du XIIIe, avec le postcript du
XIIIIe, et avons trouv par icelle que nous, de Montmorency et de
Foix, estions arrivs en ceste ville de Londres le mesme jour que vous
aviez donn la premire audience  monsieur l'admiral d'Angleterre; et
avions aussy toutz trois receu le srement de ceste Royne, le mesme
jour, que luy l'avoit receu de Vostre Majest; et vous envoyons la
coppie de la forme du dict srement et acte d'icelluy, que Vostre
Majest trouvera conformes  celluy de la forme et acte du vostre,
qu'il vous a pleu nous envoyer.

Quand au mariage, nous avons escript  Vostre Majest, par lettres du
XVIIe, envoyez par courrier exprs, ce que nous y avons faict jusques
alors; et, le mesme jour, du XVIIe, moy, de Montmorency, suys all,
accompagn de plusieurs seigneurs et gentilshommes de ce pays, 
Windesore distant d'icy de vingt milles, o est la chapelle de
l'ordre de la Jarretire pour y estre instal et prendre la possession
accoustume. Par tout le chemin, j'ay tousjours est, moy et ma suyte,
comme auparavant, et suis encores, deffray et servy aulx despens et
par les officiers de ceste Royne, avec grande abondance; et ay veu ez
maysons du dict Windesor et Hamptoncourt, et principallement 
Hamptoncourt, la plus grande quantit de riches et prcieulx meubles
que je vys jamais, et que l'on se sauroit imaginer. Je n'ay est de
retour que jusques au XIXe au soir, et, pendant ce voyage, j'ay parl
plusieurs foix du dict mariage au comte de Lestre, et  milord de
Burgley, qui ont monstr le desirer, et promis de s'y emploier de leur
pouvoir. Je leur ay aussy faict entendre que nous en voulions avoir
responce au plus tost, et, pour ce faire, desirions parler  la Royne
d'Angleterre; ce que fut cause qu'elle nous manda toutz troys le
lendemein, vingtiesme, pour aller parler  elle aprs disner, sans
crmonies et en priv; et fusmes conduictz par eau en son jardrin, et
l'allasmes trouver en une gallerie, o elle nous accueillit fort
gracieusement. Et, aprs quelques devis du susdict voyage, nous
luy dismes que nous avions receu lettres de Vostre Majest, par
lesquelles il vous plaisoit nous faire entendre combien vous avoit
est agrable de voyr le dict sieur amiral et le bon nombre de
noblesse qui l'accompaignoient, nous commandant de la remercyer trs
affectueusement des trs bons et honnestes propos qu'il vous avoit
tenus de sa part.

Et, peu aprs, rentrant sur le faict du dict mariage, elle continuoit
tousjours de mettre en avant le jeune aage de Monseigneur le Duc,
monstrant prendre plsir de continuer ce propos, et principallement
d'entendre ce que nous luy disions de sa doulceur, bont et louables
meurs, et aultres qualits; et enfin elle demanda comment est ce qu'on
feroit de la religion, sur quoy nous luy respondismes que nous estions
assurs que l'on n'en seroit en aulcun diffrend, parce que, si
d'ailleurs elle trouvoit bon le dict mariage, elle auroit soing de la
conscience, honneur et rputation de Mon dict Seigneur le Duc, comme
de la sienne propre, comme aussy luy auroit tout esgard  son
contantement d'elle et de ses subjectz, et  l'union et repos de son
royaulme.

Sur quoy elle rplicqua que c'estoient parolles gnrales, et qu'elle
desiroit entendre le particullier. Nous respondismes que, pour le
grand desir que Voz Majestez et Mon dict Seigneur avoient  ce
mariage, nous esprions que vous vous contanteris de ce qu'elle avoit
voulu accorder  Monsieur. Et, sur ce qu'elle disoit qu'elle ne luy
avoit rien accord, nous luy respondismes qu'il toit vray, mais que
nous entendions ce qu'elle avoit donn charge  Me Smith de luy
accorder. Et, disant la dicte Dame que nous n'en pouvions rien
savoir, nous luy dismes que nous en appellions  tesmoing sa propre
conscience, et que nous savions qu'elle estoit si vertueuse qu'elle
ne vouldroit rien taire de la vrit. Elle assura que non, et que j,
 Dieu ne pleust que en chose de telle importance, elle voult tant
offancer sa conscience que d'y apporter rien de faulx. Sur ce, ne
rplicquant la dicte Dame autre chose, nous prinsmes cong d'elle.

Ce jourdhuy nous avons entendu, et de lieu seur, que la dicte Royne
dduysoit, sur le soir, bien au long au comte de Lecestre et  milord
de Burgley tout ce que nous luy avions dict; et enfin requit le dict
de Burgley de luy en dire son advis. Qui luy dict qu'il luy sembloit
qu'elle debvoit aujourdhuy assembler son conseil pour en dellibrer,
estant l'affaire de si grand poidz et importance qu'il mritoit
l'assemble et confrence de toutz ceulx qu'elle avoit honnors de ce
lieu, et estimoit luy estre fidelles. Ce qu'elle estima bon, et,  ces
fins, toutz les seigneurs de ce conseil ont est mands pour ceste
aprs dne, o l'affaire doibt estre propos par icelluy de Burgley;
et de ce que nous entendrons en avoir est rsolu nous en advertirons
incontinent Vostre Majest.

Quant au commerce, et affres d'Escoce, il ne nous a pas sembl 
propos d'en parler devant qu'avoir rsolution du principal, lequel,
venant  ruscyr sellon vostre intention, emporte avec soy tout le
reste. Cependant nous avons escript  Mr Du Croc que nous ne faudrons,
pour les affres d'Escoce, de nous emploier de nostre pouvoir, et
comme nous en avons charge et commandement de Vostre Majest, le
priant d'assurer ceulx de Lillebourg que l'intention vostre est de
pourvoir  leur seuret, et ne les laisser oprimer par leurs
adversaires. Et sur ce, etc.

    Ce XXIIe jour de juing 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, ce seroit chose trop longue de vous racompter en combien
d'honnestes faons la Royne d'Angleterre s'est efforce de caresser et
honnorer messieurs voz depputs, et leur faire, et  toute leur
compaignie, depuis qu'ilz sont en ce royaulme, le plus grand et le
meilleur traictement qu'il est possible de penser, et comme elle a
donn ordre que cella leur soit continu jusques  ce qu'ilz
remonteront en mer. Dont vous diray seulement, Madame, que Mr de
Montmorency et Mr de Foix, chacun en son endroict, et moy avec eulx,
du mien, ne cessons, parmy ces bonnes chres, d'acheminer toutjours,
aultant qu'il nous est possible, le propos de Monseigneur le Duc
vostre filz, et n'obmettons ung seul de toutz les poinctz que nous
imaginons y pouvoir servir que nous ne l'y amployons.

Et voycy, Madame, l'advancement que nous y avons peu donner, c'est que
ne nous sommes en rien layssez vaincre des argumentz de la dicte Dame,
bien qu'ilz soient grandz, et nous sommes efforcs de la randre
vaincue par les nostres, qui,  la vrit, sont plus grandz et plus
urgentz que les siens; mais ils sont fort contredictz par les
adversaires, comme j'espre bien aussy qu'ilz seront soubstenus par
ceulx qui y ont bonne affection. La matire est ung estat si doubteux
que ceulx, qui ne la veulent, commancent bien fort de la creindre, et
ceulx qui la desirent ne voyent o debvoir esprer encores rien de
certein, et ce qui tient et les ungs et les aultres en merveilleux
suspens est que aujourdhuy l'on la met en dellibration de conseil;
dont ce qui s'en entendra cy aprs Vostre Majest le saura bientost.
Mais j'estime, Madame, que bonne partie de la conclusion de ce propos
a de rsulter du bon acheminement que Voz Majestez y donront par dell
avec le comte de Lincoln, et avec les ambassadeurs d'Angleterre, et de
ce qu'ilz escripront et rapporteront de la vraye et indubitable
intention de Voz Majestez, de l'honneste affection et non feincte de
Monseigneur le Duc, et de la bonne opinion qu'ilz imprimeront de luy
et de ses vertueuses qualitez par de, et du contantement avec lequel
vous les aurez en toutes sortes de faveur, de bonnes chres, de
prsentz, de promesses et d'honnorables entretnementz, renvoyez par
dea la mer; vous supliant trs humblement, Madame, commander, de
bonne heure, que l'apparat soit aussy bon et meilleur pour eulx  leur
retour, partout o ilz passeront, comme a est  l'aller, sellon que
je vous puis dire, avec vrit, Madame, que tout ce qui se faict icy
pour Mr de Montmorency et Mr de Foix, et les siens, est trs
magnifique, trs sumptueux et royal. Sur ce, etc.

    Ce XXIIe jour de juing 1572.

   Si l'affaire continue de cheminer comme il a commenc, il
   parviendra bientost  une ou aultre conclusion, et j'ay
   occasion d'esprer que plutost elle sera bonne que maulvayse,
   sinon que l'ordinayre instabilit de ceste court y change
   quelque chose. Je desire que Vostre Majest escripve une
   lettre, de sa mein, au comte de Lester pour le mercyer de
   l'advancement qu'il a donn  ce propos, et pour le prier d'y
   mettre luy mesmes la perfection, et l'assurer de la
   rcompense. Nous uzons cepandant de toutes les promesses et
   honnestes persuasions que nous pouvons vers les dames qui sont
   les plus prs de ceste princesse, et vers toutz ceulx qui ont
   quelque moyen de nous ayder. Je remercye trs humblement Voz
   Majestez de l'honneur et faveur qu'il leur plaist me faire du
   collier de l'ordre. L'on m'avoit, une foys, respondu qu'il
   estoit gar et perdu, mais ayant remonstr qu'il y avoit une
   promesse par escript de le debvoir rendre, l'on l'a faict
   trouver, et a est remis en mes mains depuis deux jours.




CCLIXe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de juing 1572.--

    Ngociation du mariage du duc d'Alenon.

    Icy dfault une dpesche, mais, en lieu d'icelle, suple ung
    discours que Mr de Foix a adress.


Ce _Discours_, qui renferme le dtail de toute la ngociation de Mrs
de Montmorenci, de Foix et de La Mothe Fnlon, touchant le mariage
du duc d'Alenon, ayant t imprim en entier dans l'dition que Le
Laboureur a donne des _Mmoires de Castelnau_ (t. 1er, p. 652), nous
croyons inutile de le reproduire. Il n'a pas t d'ailleurs transcrit
sur les registres de l'ambassadeur, mais il s'en est trouv dans ses
papiers plusieurs copies, qui sont littralement conformes  celle qui
a t publie par Le Laboureur.




CCLXe DPESCHE

--du premier jour de juillet 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne._)

  tat de la ngociation de MMrs de Montmorenci et de
    Foix.--Plaintes de Marie Stuart.--Nouvelles des rvolts de
    Flessingue.--Riches prsens faits  MMrs de Montmorenci et de
    Foix.--Explication sur la ngociation du mariage du duc
    d'Anjou.


    AU ROY.

Sire, de tout ce qui s'est ngoci, icy, pendant que Mr de Montmorency
et Mr de Foix y ont est, et combien avant, eulx et moy, y sommes
alls, et o nous en sommes demeurs, je laisse  eulx de le vous
particullariser par le menu; et vous diray seulement, Sire, que ce que
la prsence d'ung seigneur de grande qualit, qui a la rputation
d'estre fort entier et vritable, et plein de toute sorte d'honneur et
de vertu, peult en cella, Mr de Montmorency l'y a tout aport; et ce
que les sages advertissementz, et prudentes considrations, et vifves
remonstrances pleines de rayson, y ont peu donner d'efficace, Mr de
Foix l'y a fort abondamment et fort dignement prest. Et je n'ay
obmis, de ma part, rien de ce que je y ay peu aporter de ma
dilligence, y ayans, toutz troys, fort soigneusement observ le
temps, et l'ayant faict observer par ceulx d'icy qu'avons cognu y
avoir bonne intention; de sorte que rien n'y a est prcipit, ny
aussy rien dlayss. Et croy bien, Sire, quand  l'acte de
confirmation et srement du traict, et  donner impression  ceste
princesse de vous demeurer perptuellement confdre, qu'il ne se
peut desirer rien de plus, ny de mieulx, de ce qui en a est faict.

Et, au regard du propos de Monseigneur le Duc, ceste princesse l'a
prins de fort bonne part, et a fort grandement remercy Voz Majestez
qui le luy prsentis, et a fort honnorablement parl de luy qui se
offroit  elle. Ses conseillers l'ont gnrallement approuv, et ont
rduict toutes les difficults  deux seules, qui sont de l'aage et de
la religion; et encores, si la premire se peult vaincre, que la
seconde se modrera. Sur quoy a est prins le dellay d'un moys pour y
faire une rsolue responce, laquelle dpend assez du raport que feront
ceulx qui retournent de France; lesquelz, pour ceste occasion, je me
resjouys infinyement que Vostre Majest les ayt renvoyez ainsy bien
contantz, comme elle le nous escript, du XXIIIe et XXVe du pass.

Et, quant aux aultres poinctz, concernant les deux lettres que ceste
princesse vous debvoit escripre: l'une, de sa mein, pour l'expression
de la cause de la religion au traict, et l'aultre de l'interprtation
du XXVIe article; pareillement de la paix d'Escoce; et du transport du
commerce d'Angleterre en vostre royaulme; il a t satisfaict au
premier, et Mr de Montmorency en a emport la lettre: laquelle, ainsy
qu'elle est, a est dresse par ceste princesse, qui estime estre en
meilleure forme que l'aultre que milord de Burgley luy avoit minitue,
dont nous a en faillu contanter.

Et le segond a est tant dbatu qu'il a est remis d'ouyr l dessus Me
Smith, aprs qu'il sera arriv, premier que d'en dpescher nulle
lettre.

Pour le troysiesme, il sera promptement envoy une dclaration en
Escoce, contenant que rsolution a est prinse entre ceste princesse
et nous, voz depputs, d'admonester les deux partys, qui sont par
dell, de faire commancer que soyt une vraye et seure abstinence
d'armes affin de traicter des moyens d'accord entre eulx; et, s'il y a
quelque diffrend sur les condicions de la dicte abstinence, qu'ilz se
raporteront  ce que les deux ambassadeurs, qui sont devers eulx, en
ordonneront.

Le quatriesme, qui est du commerce, demeure  estre trait, icy, 
loysir, par les marchandz de ceste ville avecques moy, dans les quatre
moys du dellay, qui a est prfix  cella.

Et, oultre ce dessus, Mr de Montmorency et Mr de Foix ont propos
aulcunes choses honnorables, de vostre part, pour la personne de la
Royne d'Escoce, en quoy ilz n'ont est du tout esconduictz; et mesmes
ont heu permission de pouvoyr envoyer devers elle, dont ilz y ont
dpesch le secrettre d'Ardoy. Elle m'a escript deux fort amples
lettres, du Xe et XVe du moys pass, et m'a envoy aultres deux
lettres pour Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et m'a pri de
vous faire entendre le misrable estat, auquel elle et ses affres
sont rduictz; dont, de tant que je ne le vous saurois mieulx
reprsanter que par ses propres lettres, je les ay adjouxtes  ce
pacquet, et loue infiniement le bon et vrayement royal office qu'avez
faict pour elle vers ces seigneurs angloys, qui estoient par dell,
lequel servira grandement  ceste pouvre princesse.

Il semble que des nouvelles, qui viennent d'arriver de dell la mer,
que Flexingues a cuyd estre surprinse, et qu'on n'a tant de
contantement du debvoir que les franoys, qui y sont, ont faict pour y
rsyster que des angloys. L'on prpare d'y envoyer, d'icy, quelque
renfort d'hommes, et pensent aulcuns qu'enfin la Royne d'Angleterre
prendra ceste ville l en sa protection. Je vous manderay, jour par
jour, ce qui s'en entendra. Et, pour faire fin, je vous diray, Sire,
que Mr de Montmorency et Mr de Foix, et toutz les seigneurs et
gentilshommes franoys de leur compagnie, aprs avoir, l'espace de
quinze jours, est en toute magnificence et grandeur fort
favorablement entretenus en festins, en bonnes chres, en diverses
sortes de passe temps, sans laysser quasy une seule heure vuyde de
plsir; et, ayant mon dict sieur de Montmorency, oultre le collier et
l'habillement de l'ordre d'icy, et deux petites ordres et deux
jarretires, fort belles et riches, que ceste princesse et le comte de
Lestre luy a donn, est gratiffi d'elle d'ung prsent, d'envyron
sept mille escuz en vaysselle d'argent dor, et d'un vase d'or fort
beau; et Mr de Foix aussy d'un buffet d'environ douze cens escuz; et
toutz deux, et encores aulcuns des aultres seigneurs, d'ung nombre de
belles hacquenes et de dogues par le dict comte de Lestre; et estantz
reconvoyez jusques  Douvres par le comte de Herfort avec cinq aultres
milordz, ilz s'en sont retourns trs contantz par dell; et ont
layss ung semblable grand contantement d'eux  tout ce royaulme. Dont
je prie Dieu que les effectz plus grandz puissent bientost suyvre ces
honnestes dmonstrations. Et sur ce, etc. Ce Ier jour de juillet
1572.


    A LA ROYNE.

Madame, il suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, que je ne passe
 choses plus expresses de la ngociation, qui a est faicte icy,
pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix y ont sjourn, qu'ainsy
que prsentement je les metz gnrales en la lettre du Roy; m'assurant
que Vostre Majest aura plus de plsir d'en entendre la particullarit
par eulx mesmes, que si je vous en faysois, icy, un rcit  part.
Seulement vous diray, Madame, que, pour le propos de Monseigneur le
Duc, il a est besoing de respondre  ung particulier escrupulle, que
ceste princesse et les siens nous ont faict, du doubte, o l'on les a
voulu mettre, que Vostre Majest n'avoit jamais heu bonne inclination
que Monsieur, vostre filz, l'espoust. En quoy, oultre les vrayes et
indubitables occasions, que toutz troys avons allgues  la dicte
Dame pour la persuader au contraire, et, oultre celles que, de
longtemps, je luy avoys reprsantes avec grand dmonstration de
vrit, comme, cy devant, je le vous ay escript, Mr de Montmorency luy
a faict tant de particulliers comptes de ce qu'il avoit veu, sceu et
ouy en cella, et l'a confirm avec tant d'expression, et avec
srement, que la dicte Dame en est demeure trs abondamment
satisfaicte, et si bien diffie de la vraye et indubitable sincrit
et droicte intention de Voz Majestez Trs Chrestiennes, et de la
dvotion et affection de Monsieur qu'elle en demeure du tout
descharge du mal qui luy en restoit sur le cueur; de sorte que, quand
luy et Mr de Foix sont partis, elle a uz de termes si honnorables de
Voz dictes Majestez et de Monsieur, et encores de tant honnorables et
bons de Monseigneur le Duc, que de meilleurs ny plus honnorables ne
s'en pourroit tenir au monde. Je verray bientost, et le plus souvant
que je pourray, la dicte Dame, et auray grand plsir que ce puisse
estre avec l'occasion de voz lettres, en la forme et substance que Mr
de Montmorency et Mr de Foix savent qu'il les faudra escripre; et
qu'il y en ayt une fort expresse, de vostre mein, ou de celle du Roy,
pour le comte de Lestre; et, jour par jour, je vous manderay tout ce
que je pourray entendre et descouvrir en cella. Sur ce, etc. Ce Ier
jour de juillet 1572.




CCLXIe DPESCHE

--du Ve jour de juillet 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Audience.--Ngociation du mariage du duc
    d'Alenon.--Conversations intimes d'lisabeth et de
    l'ambassadeur  ce sujet.--Espoir d'un meilleur traitement pour
    Marie Stuart.--Secours prpar  Londres pour
    Flessingue.--Nouvelles d'cosse.--Confrence de l'ambassadeur
    avec Leicester et Burleigh sur le projet de mariage.--Desir que
    le duc d'Alenon passe en Angleterre.


    AU ROY.

Sire, j'ay est, le troysiesme de ce moys, devers la Royne
d'Angleterre pour luy dire que, par une dpesche de Vostre Majest, du
XXVe du pass, (laquelle Mr de Montmorency et Mr de Foix, aprs que je
fuz dparty d'eux  Rochestre, l'avoient reue, ainsy qu'ilz
arrivoient  Setimborne, et l'avoient leue, et puis me l'avoient
envoye), vous nous commandiez,  tous troys, de luy dire que vous ne
pouviez sentyr chose, en ce temps, qui plus vous apportt de
contantement que d'avoyr de si expresses et si certeines dclarations
d'amyti, comme nous vous monstrions, par noz prcdantes lettres,
que la dicte Dame s'esforoit, en beaucoup d'honnorables sortes, de
vous rendre; et que vous la remercyez infiniement des honnestes
faveurs et honneurs, et bonnes chres, qu'elle avoit faictes  Mr de
Montmorency,  Mr de Foix et  toute leur compagnie; et de ce que,
tant franchement, et d'un cueur ouvert et entier, elle avoit
satisfaict au srement et ratiffication du traict. De quoy vous
estimis, Sire, ne la pouvoir mieulx rcompanser que par une
correspondance de semblable amity vers elle, esloigne de toute
simulation, et qu' cella, suyvant le srement et ratiffication que,
de mesmes, vous aviez faict de vostre part, vous ne manqueriez 
jamais d'aulcun debvoir que vous luy puissiez rendre de bon et naturel
frre et perptuel confdr, sans excuse ny dellay quelconque, en
tout ce que le bien de ses affres, l'accroissement de sa grandeur, le
repos de son estat et la seuret de sa personne, le pourroient
requrir.

A quoy la dicte Dame, pleine d'ung grand ayse, ainsy qu'elle l'a
monstr, m'a respondu qu'elle ne sentoit aussy rien, de son cost, qui
plus luy donnt de consolation et de contantement, que l'assurance de
vostre amyti, laquelle luy estoit le plus riche et le plus prcieux
acquest qu'elle het faict, de tout son rgne, et c'estoit ce qu'elle
vouloit le plus soigneusement conserver; qu'elle savoit bien qu'il
n'avoit est possible d'arriver  fayre icy vers les vostres ce que
Vostre Majest avoit faict par dell vers les siens, sinon en
affection, en quoy elle croyoit de vous galler, et, possible, de vous
surmonter; et aulmoins remercyoit elle Dieu que ceste bonne troupe des
vostres, qui s'en retournoit, luy seroit aultant de tesmoings vers
Vostre Majest, et vers toute la France, d'avoir veu par
dmonstration d'effect accomplir ce qu'elle m'avoit souvant promis et
assur de parolle: qu'elle procdoit de vraye et droicte intention,
pleine de toute sincrit,  se confdrer pour jamais avec Vostre
Majest et vostre couronne; et qu'encor que, par lettres, qu'elle
venoit tout freschement de recepvoir d'Escoce, il luy estoit mand que
le capitaine Granges la menaoit du contraire, assurant que ceste
ligue ne seroit d'aulcune dure, qu'elle n'en croyoit rien, ains se
confioit parfaictement en l'assurance et vrit de vostre parolle.

Je luy ay dict qu'elle la trouveroit perptuellement ferme et
indubitable. Et ay adjouxt, Sire, que, par la mesme dpesche, du XXVe
du pass, vous nous commandiez  tous trois de luy reprsanter le
singullier contantement, que vous aviez, de ce qu'elle avoit prins de
bonne part l'offre, que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, luy
aviez faicte, de Monseigneur le Duc, vostre frre et filz, et que
c'estoit la chose de ce monde par laquelle vous desiriez plus
signiffier  toute la Chrestient que vous estiez uny avec elle d'ung
lien si indissoluble qu'il ne restoit nul moyen de le pouvoir rompre;
nous ordonnant qu'avant nous dpartir, nous fissions tout ce qu'il
nous seroit possible pour mener l'affaire  quelque rsolution, affin
que les deux la vous peussent rapporter  leur retour. Dont ilz
creignoient bien que ne vous rapportant qu'ung dellay, qu'ilz ne
seroient bien receus de Vostre Majest; mais ilz se consoloient en
deux choses: l'une, que le dellay n'estoit long; et l'aultre, que la
dicte Dame estoit si prudente et vertueuse, que tant plus elle
prendroit de loysir pour considrer l'affaire, plus elle se
confirmeroit non seulement de le vouloir, mais de le desirer, soit
qu'elle regardt  elle mesmes ou bien  son estat, ou aulx amys
qu'elle faysoit, ou combien elle se jectoit hors du danger de toutz
ses ennemys, mais singullirement combien de sortes de vray
contantement, d'honneurs, d'advantages, de seurets et infinyes
commodicts, elle s'acquerroit par ce mariage, et combien elle
mettroit fin  toutz les ennuys,  toutz les inconvnientz et  toutz
les prilz qu'elle pouvoit creindre, pour le reste de sa vye. Ce que
je luy ay bien voulu dire, Sire, parce que ceulx, qui veulent bien 
ce propos, me l'ont conseill.

Elle m'a respondu qu'elle cognoissoit avoir plus d'obligation  Vostre
Majest et  la Royne, vostre mre, qu'elle n'en avoit, ny pourroit
jamais avoyr,  nulz princes de la terre, et qu'ung de ses conseillers
luy venoit de dire qu'elle advist bien de ne faire que les
difficults, qui n'estoient que lgires pailles dedans l'une des
balances de cest affaire, n'emportassent ce qui estoit de plomb et de
solide dedans l'aultre; ce qui luy faisoit desirer, de bon cueur, que
l'ingalit de l'aage ne se monstrt si malayse qu'elle est, mais
bien voyoit que celluy de Monseigneur le Duc ne se savoit tant
approcher que le sien ne s'esloignt davantaige de la vraye proportion
que les deux debvoient avoir ensemble, ce qui la retenoit en plusieurs
doubtes pour ce regard; car, quand  tout le reste, elle estimoit
qu'il n'y avoit rien qui ne ft facille  accomoder.

J'ay rplicqu, Sire, que j'estois bien ayse que toutes les
difficults fussent rduictes  celle seule de l'aage, et qu'elle
n'et sinon creinte que Mon dict Seigneur le Duc, pour estre jeune, ne
la scet bien aymer. Sur quoy je luy avois desj dict et ne voulois
cesser de luy dire que ce, que j'estimois de plus parfaict en cest
affaire, estoit le jeune aage de ce prince; car, encor qu'il ne ft
pour s'entremettre si tost du gouvernement, bien qu'elle l'y
associt, ains pour se laysser conduire  tout ce qu'elle et ses
conseillers vouldroient, qui seroit chose que ses subjectz n'auroient
que bien agrable, si, voyoit on en luy tout ce qui estoit requis pour
satisfaire aux deux plus ncessaires occasions qui faisoient desirer
ung roy par de: la premire estoit la personne avec la prsence et
la dignit, qui se monstroient en luy trs royalles, et accompaignes
d'ung bon sens et de beaucoup de valeur, pour estre desj fort capable
de commander; l'aultre, qu'il estoit combl de toutes les honnestes et
agrables et souhaitables qualits, qui se pouvoient desirer pour
estre trs digne mary d'elle; et n'y avoit, je ne voulois pas dire ung
prince en Europe, mais entre les gentilshommes, d'espe et cape, ne
s'en trouveroit ung qui ft pour satisfaire, mieulx que luy,  tout ce
qui pouvoit contanter la bonne grce d'une belle et vertueuse
princesse; et qu'au reste elle feroit tort  elle mesmes, de ne
s'estimer assez digne de l'amour et du service du plus accomply prince
qui soit en la terre; et  luy, qu'il ft de si maulvais jugement, et
si mal nourry, qu'il ne recognt en elle les excellentes et belles
qualits qui la rendoient singulirement aymable. Dont la supliois
qu'elle voult demeurer trs fermement persuade que nulle, soubz le
ciel, seroit plus parfaictement bien ayme et honnore qu'elle, s'il
luy playsoit de bien aymer ce prince, et le recepvoir en sa bonne
grce.

Elle m'a respondu qu'encor seroit il besoing, si Monseigneur le Duc
avoit  venir par de, qu'il scet estre au conseil, et commander,
bien qu'elle ne le desiroit ny trop svre ny mlancolicque; mais une
chose surtout luy faysoit tousjours peur, c'est que toutz deux, en ung
mesme temps, se verroient fort diversement croistre, luy en
perfections, et elle en deffaultz, ce qui feroit qu'aprs sept ou
huict ans, dedans lesquelz,  la vrit, elle esproit de luy estre
assez agrable, il viendroit, incontinent aprs,  la mespriser et la
hayr, ce qui l'envoyeroit le landemain au tombeau.

Je luy ay respondu qu'en une amity contracte entre deux personnes
royalles, soubz la bndiction de mariage, telle chose n'estoit
aulcunement  creindre, et que Mr de Montmorency et Mr de Foix luy
avoient dict tout ce qu'ilz avoient sceu et creu, et espr, de cest
affaire, et elle leur debvoit adjouxter foy, estantz personnages
d'honneur et de vertu, et parlantz de la part de princes trs vertueux
et trs honnorables; et que je n'avois que adjouxter, pour ceste
heure,  leurs remonstrances, sinon ung petit escript, que j'avois
trouv dans leur pacquet, lequel je n'avois,  la vrit, nulle
commission de le luy monstrer, mais j'estimois qu'il pouvoit beaucoup
servir  l'esclarcir de ce principal doubte qu'elle avoit sur le
cueur.

Sur quoy, ayant la dicte Dame demand des siges, elle m'a menn
assoir auprs d'elle en ung coing de la chambre; et luy ayant baill
le dict escript, elle a veu que c'estoit une lettre, que Monseigneur
le Duc avoit escripte de sa mein  Mr de Montmorency, concernant ce
propos, dont elle l'a lue tout au long et l'a relue une segonde foys,
et l'a trouve merveilleusement bien faicte, et fort convenable  ce
qu'elle desiroit cognoistre de luy. Et, aprs avoir lou la belle et
propre et bien orne faon d'escripre, et l'escripture mesmes, elle
m'a dict que cella seroit cause dont elle me diroit qu'elle s'estoit
fort esbahye qu'en tout le temps que le comte de Lincoln avoit demeur
en France, il ne luy avoit escript ung seul mot de ce propos, et
qu'elle croyoit que Vostre Majest, ny la Royne, vostre mre, ne luy
en aviez aulcunement parl; dont ne savoit que penser sinon que la
maladie de la Royne en avoit est cause, me demandant l dessus bien
fort curieusement comme elle se pourtoit.

A quoy ayant satisfait que, grces  Dieu, j'estimois que fort bien;
elle a suyvy  dire qu'il estoit bien vray que, depuis le partement de
Mr de Montmorency et de Mr de Foix, elle avoit veu une lettre d'ung
des angloys qui estoient allez en France, homme de bon jugement, qui
parloit le plus honnorablement de ce prince qu'il estoit possible,
assurant qu'il estoit d'une belle disposition, fort adroit, et qui
s'exeroit  toutes sortes d'armes aultant vigoureusement que nul
prince ou seigneur qui ft en la court, et qu'il avoit la grce fort
bonne, et toutes ses condicions et qualits fort aymables et fort
recommandables, seulement la petite vrolle luy avoit faict un peu de
tort au visage, mais que cella se pourroit gurir dans ung moys; et
qu'elle attandoit, en brief, le comte de Lincoln pour en entendre plus
avant, ne demeurant en rien si creintifve que de ceste diverse sorte
qu'ilz avoient  croistre ensemble, luy en toutes sortes de pris, et
elle en toutes sortes de despris; nantmoins qu'elle prioit Dieu, et
vouloit que je le priasse aussy, qu'elle pet faire en cest endroict
une telle rsolution qui pet bien contanter Voz Trs Chrestiennes
Majestez.

Qui est en substance, Sire, tout ce que, pour ceste fois, j'ay peu
recueillir des propos de la dicte Dame, bien qu'ilz ayent est plus
longs, et que je les aye tout exprs prolongs davantaige pour pouvoir
remarquer quelque chose de son intention.

Au surplus, Sire, vous entendrs par Mr de Montmorency la parolle
qu'il a obtenue d'elle pour la personne de la Royne d'Escoce. Luy et
Mr de Foix ont faict beaucoup de dignes offices pour elle; et j'espre
que celluy, que la Royne a faict en l'endroict des seigneurs angloys
qui estoient par dell, servira grandement  ceste pouvre princesse.
J'ay suyvy icy, le plus doulcement que j'ay peu, les instances que
toutz troys avions commanc d'en faire, en sorte que, grces  Dieu,
le parlement a est remis jusques  la Toutz Sainctz, sans rien
toucher au tiltre que la dicte Dame prtend  la succession de ce
royaulme. Je sauray encores mieulx comme la chose en demeure, et la
vous manderay par le premier.

Il se prpare icy ung bon secours pour envoyer  Fleximgues, et semble
qu'on vueille passer plus avant en l'entreprinse de Olande qu'on ne le
pensoit du commancement. J'en apprandray, jour par jour, les
particullarits. L'on est fort escandalis du propos que le cappitaine
Granges a tenu: que la ligue ne seroit pas de dure, et que Vostre
Majest luy avoit offert dix mille escus, s'il vouloit mettre le
chasteau de Lillebourg entre voz mains. J'ay fort soubstenu qu'il ne
pouvoit avoir dict une chose si faulce que cella. Nous sommes aprs 
faire conjoinctement une dpesche au dict pays, et, encore que ne
convenions encores du tout bien comme se fera, je croy qu' la fin
nous nous en accorderons. Sur ce, etc.

    Ce Ve jour de juillet 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, aprs avoir heu avec la Royne d'Angleterre le long discours
que trouverez en la lettre du Roy, j'ay parl au comte de Lestre pour
le confirmer en celle tant dvote affection qu'il a assur Mr de
Montmorency et Mr de Foix qu'il avoit  la confirmation du propos de
Monseigneur le Duc, et il m'a monstr qu'il y estoit plus dispos que
jamais. Et puis je me suis retir,  part, avec milord de Burgley,
soubz prtexte de traicter avec luy des choses d'Escoce, et luy ay
rcit tout ce qui s'estoit pass entre la Royne, sa Mestresse, et
moy; lequel a lou grandement le propos, et encores plus lou l'advis
que j'avois prins de monstrer la lettre de Monseigneur le Duc, vostre
filz,  la dicte Dame, et luy mesme l'a trouve trs bien faicte, et
la plus  propos du monde; et m'a dict que plusieurs doubtes avoient
saysy la Royne, sa Mestresse, quant elle avoit veu qu'en tout le temps
que le comte de Lincoln avoit demeur en France, il n'avoit rien
escript de ce propos par de, et qu'elle craignoit qu'il het cognu
de la froideur en Monseigneur le Duc, ou bien quelques desfaultz qu'il
n'avoit oz les mander; mais que, despuis, il avoit escript en si
bonne et advantageuse sorte de luy, qu'elle en demeuroit la mieulx
diffie du monde, et que je ferois bien d'advertir Mr de Montmorency
et Mr de Foix, si le temps le portoit, qu'ilz instruisissent bien le
dict sieur comte de Lincoln et Me Milmor aussi, quand ilz les
rencontreront en chemin, sur tout ce qu'ilz auront  rapporter par
de, sans toutesfois tromper leur Mestresse, et que je fisse aussy
aller quelqu'ung au devant d'eux pour les bien disposer.

Sur quoy, Madame, mon dict sieur de Montmorency et Mr de Foix, avant
partir d'icy, ont bien advis de ce qu'ilz auroient  faire et dire,
quand ilz rencontreroient les dicts sieurs comte Smith et Milmor, de
sorte qu'il ne fault doubter qu'ilz n'y ayent abondamment satisfaict.
Et j'ay donn ordre, icy, qu'aussitost qu'ilz aprocheront de cest
court, milord de Boucaust et maistre Enich aillent au devant d'eux
pour leur faire la bouche. Et encores le comte de Lestre me vient de
mander qu'il les priera de faire bien leur debvoir, mais qu'il me
vouloit bien assurer que Mr de Montmorency, ny Mr de Foix, ny moy, ny
pareillement luy, ny milord de Burgley, ny tout le conseil
d'Angleterre n'avoient tant advanc ce propos vers la Royne, comme
avoit faict ceste petite lettre que je luy avois montre au soyr; et
que pourtant il me prioit de dpescher en dilligence vers Vostre
Majest pour faire que Mon dict Seigneur le Duc me vueille escripre
une aultre bonne lettre, plaine d'affection, pour me recommander de
m'emploier vifvement en cest affaire, et qu'elle soit pour estre
monstre  la dicte Dame; et encores, s'il luy sembloit bon, une
aultre  luy mesmes, et encores une aultre  elle, car estimoit que
cella ne luy pourroit de rien prjudicier, mais aulmoins une  moy, et
qu'il ne creignt de dire que, si n'estoit la rputation du monde, et
que Voz Majestez le luy voulussent permettre, il passeroit trs
volontiers par de pour la venir remercyer de la faveur qu'elle avoit
port au propos qu'on luy avoit tenu de luy, et pour se ddier et
consacrer pour jamais  l'honneur, et service d'elle; car dict que
surtout elle vouloit estre requise, et avoyr quelque cognoissance
qu'elle ft ayme.

Je ne veulx, Madame, faire trop de fondement en ces dmonstrations,
car l'ordinayre instabilit de ceste court ne me le permet, mais, de
tant que c'est chose qui n'est ny esloigne du propos ny malayse 
faire, j'ay estim qu'il ne sera que bon de l'essayer. Le dict sieur
comte ne dclare encores rien de son intention, touchant le party qui
luy a est propos pour luy, et dict que, pourveu que le principal
succde bien, il ne peut demeurer que trop bien pourveu par la
bnficence du Roy et de celle du segond Roy, voz enfans, et de celle
de la Royne, sa Mestresse; par ainsy qu'il ne fault parler de son
faict jusques aprs la conclusion de l'aultre. Tant y a qu'il desire
avoir le pourtraict de madamoyselle de Montpensier, lequel il sait
bien qu'est en la mayson du comte Palatin; dont je vous suplie trs
humblement, Madame, l'en vouloir faire gratifier, et croyre que c'est
ung poinct fort important. Sur ce, etc. Ce Ve jour de juillet 1572.




CCLXIIe DPESCHE

--du Xe jour de juillet 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Laurent._)

  Retour du comte de Lincoln et de Me Smith.--Clture du
    parlement.--Rsolution concernant Marie Stuart.--Secours
    envoys  Flessingue.--Fausse nouvelle d'une victoire remporte
    prs de Mons par les Gueux.--Ngociations du mariage.


    AU ROY.

Sire, le VIIe de ce moys, Mr le comte de Lincoln et les milordz et
gentilshommes, qui estoient passez en France avecques luy, et Me Smith
sont arrivs en ce lieu, lesquelz, par le raport qu'ilz ont faict de
leur voyage  la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de ce conseil,
et  toute ceste court, j'entendz qu'ilz se sont bien fort louez de
l'honneur, faveur et bonne chre qu'ilz ont receus par dell, et que
si, d'avanture, il y a heu quelque deffault, ou  Paris, ou par les
chemins, que cella reste trop plus que suffisemment rcompans par
l'abondance de bonne affection que Vostre Majest monstre de porter 
la Royne, leur Mestresse, et  toute ceste nation, et par la privault
et courtoysie, et gracieuset, dont il vous a pleu uzer en meintes
sortes vers eulx; de faon qu'avec beaucoup de louenge, qu'ilz donnent
 Voz Majestez Trs Chrestiennes et  Messeigneurs voz frres, pour
les excellantes et vertueuses qualitez qu'ilz ont remarques en vous
et en eulx, ilz protestent qu'aprs leur Mestresse, ilz vous sont plus
serviteurs qu' nul prince qui soit aujourd'huy en tout le reste du
monde.

Le dict sieur comte de Lincoln, et Me Smith et Me Milmor font de trs
bons offices pour advancer le propos de Monseigneur le Duc, et parlent
bien fort  l'advantage de luy, assurantz qu'il est d'une fort belle
disposition, et qu'il a la taille belle et bien proportionne, et est
fort vigoureux et adroict, et, au reste, qu'il est si accomply, en
toutes aultres bonnes et desirables condicions et qualits, qu'il n'y
a que le seul accidant du visage qui luy face ung peu de tort. Icelluy
sieur comte et Me Smith m'ont envoy visiter, et m'ont mand qu'ilz me
viendroient voyr. Je mettray peyne de cognoistre d'eux  quoy il leur
semble que incline l'affre, et de leur confirmer, par toutes les
persuasions qu'il me sera possible, la bonne affection qu'ilz
monstrent d'y avoyr.

Milord Sideney et meylady Sideney, sa femme, laquelle peut infinyement
vers sa Mestresse, se sont soigneusement enquis si leur filz estoit
bien veu en vostre court, et s'il aura l'honneur que le faciez
gentilhomme de vostre chambre; dont je seray bien ayse, Sire, qu'il
s'en puisse louer vers eulx, avant la fin de ce moys.

Le Sr de L'Espinasse est pass en Escoce, lequel j'ay mis peyne, avec
quelques advertissementz de Mr David Chambres, de l'envoyer, le mieulx
instruict que j'ay peu, vers Mr Du Croc, son beau pre, sur toutz les
affres de dell, et n'ay obmis d'envoyer au dict Sr Du Croc, une
segonde foys, le mesmes arrest, qu'il a,  mon advis, desj receu par
mes prcdantes, des choses qu'on nous a accordes pendant que Mr de
Montmorency et Mr de Foix ont est icy.

Au surplus, Sire, le jour que la Royne d'Angleterre a est clorre son
parlement, aprs que milord Quiper a heu propos assez briefvement
pour elle en l'assemble, elle a faict lire, tout hault, les
dterminations du dict parlement qui se sont trouves en nombre vingt
et troys, desquelles elle a passes la pluspart; mais, quand est venu
 celles qui touchent la Royne d'Escoce, elle a dict qu'elle y vouloit
penser, parce qu'elles estoient de grande consquence, priant ceulx de
l'assemble de croyre que ce n'estoit en la faon accoustume par le
pass, que, quand le prince remtoit d'y penser, c'estoit qu'il n'en
vouloit rien faire; et qu'elle dellibroit de pourvoir indubitablement
 ces affres de la Royne d'Escoce, aprs qu'elle auroit bien et
meurement consult quand, et comment, et par quel ordre et faon, elle
y debvroit procder. De quoy les ecclsiastiques et les plus
passionns de la religion protestante sont restez fort malcontantz,
car ilz pensoient avoir bien dress leurs praticques pour rendre,  ce
coup, dsauthore ceste pouvre princesse de la future succession de
ceste couronne; mais je croy, Sire, que la Royne d'Angleterre se
contantera de donner ordre que, durant sa vye, elle ne luy puisse rien
quereller. Je loue Dieu que, parmy beaucoup de trs grandz et trs
imminantz dangers, il prserve tousjours ceste princesse, et nous
laysse esprer quelque chose de mieulx  l'advenir pour elle par la
clmence et dbonnairet de sa cousine.

Ceulx de ce conseil se sont assembls par plusieurs foys, et
s'assemblent toutz les jours, sur les affres de Flandres. Je voy bien
qu'ilz veulent ayder  bon esciant  ceulx de Fleximgues, et mettre
pied en Zlande. Il est vray que leur agent en Hembourg leur escript
que de bien fort grandes leves d'allemans sont prestes  marcher pour
les deux partis, et qu'il creint que celles du prince d'Orange, par
faulte d'argent, seront les dernires en campaigne, ou bien qu'elles
s'arresteront du tout, et que l'esprance gist en deniers qui pourront
provenir de ces marchandises, qui ont est prinses  la venue du duc
de Medina Celi. Tant y a qu'on n'a layss d'envoyer pour cella d'icy,
depuis deux jours, mille soldatz en fort bon quippage  Fleximgues,
soubz la charge du cappitaine Gelibert, en sorte qu'il y a,  prsent,
prs de deux mille angloys, et s'en apreste beaucoup plus grand
nombre, sans commission toutesfois, ny sans aulcune apparante
authorit de cette princesse, ny de son conseil.

Milord de Burgley m'a mand que les marchandz de Londres ont commanc
de parler avecques luy du commerce, et que bientost nous en pourrons
traicter, et pareillement de l'esclarcissement du XXXVIe article,
puisque Me Smith est arriv. Mr de Montmorency et Mr de Foix m'ont
faict tenir la dpesche, que Vostre Majest avoit conjoinctement
faicte  eulx et  moy, du XXVIIe du pass, sur laquelle j'yray
trouver ceste princesse avant qu'elle entre en son progrs. Et sur ce,
etc.

    Ce Xe jour de juillet 1572.

   Depuis ce dessus, est venu nouvelles que dom Fdricque d'Alba
   et le Sr Chapin ont est deffaictz prs de Montz[2], ce qui
   eschauffe davantage ceulx cy  secourir ceux de Fleximgues.

  [2] Cette nouvelle tait fausse. Ciapino Vitelli avait au
  contraire remport un avantage signal sur le Sr de Genlis, qui
  venait au secours de Mons avec 4,000 pitons, 200 hommes d'armes,
  2 compagnies d'arquebusiers  cheval et 500 chevaux. Genlis,
  surpris prs de Quvrain  une lieue et demie de Mons, perdit
  1,200 hommes et fut fait prisonnier.


    A LA ROYNE.

Madame, j'ay grand regret que Mr de Montmorency et Mr de Foix n'ayent
rencontr en chemin Mr le comte de Lincoln et sa compagnie, pour
plusieurs bons effectz que leur confrance, partantz ainsy
freschement, les ungs de ceste court, et les aultres de la vostre,
eussent peu apporter au propos de Monseigneur le Duc vostre filz, mais
l'incommodict de la mer a empesch cella. J'ay mis peyne, avant que
nul de ceulx qui sont retourns ayent parl  ceste princesse, que les
principaulx, comme est monsieur l'admiral, Me Smith et Me Milmor,
ayent est procups et prpars par ceulx qui ont singullire
affection au dict propos; de sorte que, quand ilz sont venus  faire
leur raport, il ne se peut desirer rien de mieulx que ce qu'ilz ont
dict  la louenge de Mon dict Seigneur le Duc, n'obmettant rien de ce
qu'ilz ont cognu de valeur, de vertu et de perfections en luy; mais,
comme ilz ont parl  la vrit de ces choses, ilz n'ont aussy rien
dissimul de l'inconvnient du visage; et quelques ungs, qui ne sont
des troys, l'ont exagr en faon que les mieulx disposez se sont
teus. Dont milord de Burgley, lequel persvre constamment en
l'affre, m'a mand que, quand  luy, il ne cesseroit de monstrer que
le party, de soy, estoit trs honnorable et trs utille, et encores
desirable pour sa Mestresse et pour son royaulme; mais, quand au
deffault de l'eage et inconvnient du visage, qu'il ne pouvoit, ny
vouloit, en cella, la presser, et qu' la vrit ce qu'on raportoit du
visage estoit tel que luy, ny aultre, n'en ozeroit plus parler; et
qu'il me prioit, sur ce que je luy mandois que cella seroit ays 
remdier, que, si je savois quelqung en ce royaulme qui en het est
gury par le mdecin, qui en assuroit la gurison, que je le luy
nommasse, et qu'il s'esforceroit d'en faire valoir la remonstrance
aultant qu'il luy seroit possible.

J'ay mis peyne, Madame, de luy en faire nommer deux, dont l'ung est de
ceste ville de Londres, et l'aultre est une dame du pays, laquelle est
parante de la comtesse de Betfort. Et,  la vrit, le dict mdecin,
qui est personnage de grand savoir et de beaucoup d'expriance, ne
met grand difficult en cella, et dict que le remde n'est nullement
malays, et si, est bien seur. J'ay faict tenir vostre lettre au comte
de Lestre, avec confirmation de tout ce que j'ay estim bien  propos
pour luy pouvoir rendre indubitable la promesse de Voz Majestez, et
l'assurer de la perptuelle faveur de Monseigneur le Duc, et le
semblable  milord de Burgley, en luy baillant la sienne; et ne se
peut rien voyr de mieulx dispos en parolle et dmonstration que
l'ung, ny rien mieulx en effect que l'aultre. Et vous veulx bien dire
aussy, Madame, que Monseigneur le Duc s'est acquis une trs grande
faveur en ce royaulme par la bonne rputation qui y court de luy, et
pour s'estre faict remarquer en plusieurs vertueux et agrables
dportemens aux angloix qui l'ont veu, et qui l'ont curieusement
observ, pendant qu'ilz ont est par dell. Mais je considre bien que
ceste princesse est facille  retourner  sa naturelle inclination de
ne se marier point, pour la moindre difficult qu'elle y trouve, et 
l'habitude qu'elle a faicte, de longtemps, de vivre en grandeur et
rgner tantost quatorze ans heureusement sans mary. Et puis meylady
Sideney est arrive depuis six jours, et a trett fort secrettement,
et en priv, avec elle qui, pour estre dvote  l'Espaigne, et plus
intime avec le comte de Lestre que nulle aultre seur qu'il ait, et le
mne l o elle veult, nous l'avons tousjours plus souspeonne au
premier propos, et la souspeonnons en ce segond, plus que nulle
aultre dame de ceste court; de sorte que ceulx, qui s'y entendent le
mieulx, doubtent assez que la responce ne sera telle que nous la
desirons, bien qu'il leur semble qu'il ne se doibt pour cella rien
obmettre du debvoir et dilligence de Voz Majestez en cest endroict.
Par ainsy, Madame, j'attandz ce que me manderez par le Sr de Sabran
pour, tout incontinent et sans dellay ny excuse quelconque, trs
soigneusement et trs fidellement l'accomplir. L'affaire va si secret
que j'estime impossible de vous pouvoir faire rien entendre de la
responce jusques  ce que par Mr de Montmorency, si elle est bonne, ou
par le Sr de Walsingam, si elle n'est telle, ceste princesse la vous
fera savoir au jour qu'elle a promis; dont je prierai Dieu cepandant
de luy bien disposer le cueur. Sur ce, etc. Ce Xe jour de juillet
1572.




CCLXIIIe DPESCHE

--du XVe jour de juillet 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr Derdey._)

  Audience.--Ngociation du trait de commerce avec l'Angleterre et
    de la pacification de l'cosse.--Vives assurances d'amiti
    rciproque.--Ngociation du mariage.--Conversations intimes de
    l'ambassadeur avec la reine  ce sujet.--Dtails particuliers
    sur l'tat de cette ngociation.


    AU ROY.

Sire, premier que la Royne d'Angleterre ayt commanc son progrs, je
luy suis all dire que, bientost aprs que le comte de Lincoln het
prins cong de Vostre Majest, vous recetes ung pacquet que Mr de
Montmorency, Mr de Foix et moy vous avions ung peu auparavant
dpesch, o nous vous parlions du sumptueux et magnificque
traictement qu'elle nous faysoit recepvoir en son royaulme, des
honnorables et vertueux propos qu'elle tenoit de Vostre Majest, de la
confience qu'elle prenoit de vostre parolle et promesse en
l'observance du traict, et des termes o nous estions avec elle,
touchant Monseigneur le Duc. Sur lesquelles quatre choses vous nous
aviez respondu par voz lettres du XXVIIe du pass, (lesquelles Mr de
Montmorency et Mr de Foix avoient reues en chemin; et aprs les avoyr
leues, parcequ'elles s'adressoient  toutz troys, ilz me les avoient
envoyes); que Vostre Majest, voyant que le trettement, qu'avoit est
faict par dell au dict comte de Lincoln et sa compagnie, n'aprochoit
de celuy qui nous estoit faict icy, vous aviez heu recours aulx
mercyementz, nous commandant d'en faire de bien exprs  la dicte Dame
pour le surplus de ce qu'elle avoit mis peyne de vous excder, et
surpasser en cella; et que vous promettiez de le luy recognoistre bien
largement  la premire occasion, qui se offriroit, de vous envoyer
quelqung des siens, ce que, vous espriez, seroit bientost, et qu'il
n'y avoit heu faulte de bonne volont ny d'affection de vostre cost,
car en cella ne pouviez vous estre surmont; et que vous aviez heu le
dict sieur comte bien fort agrable, et n'y avoit heu rien en ses
dportementz, ny de toutz ceulx qui estoient avecques luy, qui ne vous
het bien fort contant, et toute vostre court, de sorte que vous
desiriez, de bon cueur, que Mr de Montmorency et sa troupe heussent
layss  elle et aux siens pareille satisfaction d'eux par de; que
ces propos tout honnorables, qu'elle avoit tenus de vous, vous les
recognoissiez procder de sa bonne et vertueuse inclination et de
l'affection qu'elle vous portoit, et que c'estoit  Vous, Sire,  qui
les excellantes qualits siennes vous bailloient ample argument, de
dire beaucoup de choses  l'honneur et louange d'elle, dont serez
prest d'en publier de parolle la bonne et grande estime que vous en
avez, et ainsy le maintenir d'effect, sans y espargner rien de ce que
Dieu vous avoit donn de moyen et de pouvoir au monde.

Au regard de la confience qu'elle prenoit de vostre promesse en
l'observance du traict, que vous n'obmettriez, ny permettriez qu'il
ft obmis par nul des vostres, chose aulcune qui pet servir  le bien
entretenir avec vraye et sincre affection d'ung bien bon frre envers
celle que vous rputiez pour propre seur, esprant le semblable,
qu'elle vous tiendroit pour son vray et propre frre germein; qui
estoit une partie de ce que nous mandiez par voz lettres; et que le
surplus estoit pour monstrer qu'il restoit seulement troys choses
pour conduire ceste vostre amity  une perfection indissoluble,
pleine d'honneur et de proufict, et hors de tout danger qu'on la pet
jamais rompre ny altrer; dont, de tant que les deux estoient portes
par le traict: savoir, le commerce d'entre les deux royaulmes et
d'esteindre les troubles d'Escoce; je ne voulois en cella luy recorder
sinon son srement, et que si, d'avanture, ces deux poincts
demeuroient non accomplis, que cella seroit de grand prjudice  tout
le traict, lequel pourroit estre argu d'invalidit, comme n'ayant
sorty  nul effect; et que, pour le regard de l'Escoce, il avoit est
desj procd  une dpesche, de laquelle failloit attandre la
responce; mais, quand au commerce, qu'ayant est desj dclar, de
vostre part,  ceulx de son conseil, l'offre que vous luy faysiez de
toutes les commodicts de vostre royaulme pour servir  celles du
sien, c'estoit  elle maintenant de les demander, et  Vous, Sire, de
les luy avoyr assises et establies, avant que les quatre moys de la
dathe du traict soient expirs.

Et comme je voulois continuer le reste, elle m'a interrompu avec ung
gracieulx soubsrire, me disant qu'elle entendoit bien ce que j'avois 
dire davantage, et que nous y reviendrions, puis aprs,  loysir,
aprs qu'elle m'auroit respondu  tout le prcdant: qu'elle
estimeroit faire grand tort  elle mesmes, et  ceulx qui, pour
l'amour d'elle, avoient receu tant d'honneur, de faveur et de bon
traictement de Voz Trs Chrestiennes Majestez et de toutz les vostres,
 l'aller et  la demeure, ou au revenir, qu'ilz ne s'en pouvoient
assez louer, si elle ne vous en remercyoit; et qu'elle avoit grand
plsir que le comte de Lincoln vous het contant; car,  cest effect,
l'avoit elle esleu, pour aulmoins correspondre  une partie de
l'honneur et contantement, que vous luy aviez donn, de luy envoyer Mr
de Montmorency et sa compagnie par de; que ce, qu'elle avoit dict en
vostre louenge, n'aprochoit de ce qu'elle en avoit dans le cueur, luy
deffaillant parolles pour le bien exprimer, mais c'estoit avec telle
opinyon qu'elle se rputoit heureuse que vous la voulussiez tenir en
ce degr de bienvueillance et d'amity de seur, que, sur ceste grande
estime qu'elle avoit de vous, fondoit elle l'assurance des choses que
vous luy promettis, et ne doubtoit aulcunement que ne les luy
observissiez toutes comme, de sa part, elle ne manqueroit  une seule
de celles qu'elle vous avoit promises et jures; et que vous la
pouviez,  bon esciant, mtre pour troysiesme aux deux seurs qui vous
restoient, qui ne vous aymeroient jamais, ny vous honnoreroient plus
qu'elle faysoit.

Et touchant les deux choses de ces troys, que je luy disois rester
pour conduire l'amity qui estoit entre vous  sa perfection, qu'elle
avoit desj satisfaict  la premire, concernant les Escouoys, de
leur avoir mand qu'ilz se missent en paix;  quoy s'ilz
n'acquiesoient, elle estoit dellibre de ne s'en plus mesler pour
l'ung party ny pour l'aultre; et, quand  la segonde, qui estoit du
commerce, qu'elle estoit aprs  ordonner troys ou quatre personnages
de bonne qualit, qui en traicteroient avecques moy; au regard de la
troysiesme, elle estoit preste d'ouyr maintenant ce que je luy en
vouldrois dire.

J'ay suivy  dire, Sire, que j'estoys bien ayse que nous nous fussions
ainsy desmls des aultres pour mieulx vacquer  ceste cy, qui estoit
la plus importante, et de laquelle vous espriez, Sire, que viendroit
l'accomplissement des aultres deux, et encores l'establissement de
tout ce qui estoit  desirer entre Voz Majestez, pour Voz Majestez, et
contre ceulx qui n'aymeroient Voz Majestez: c'estoit le propos du
mariage. Auquel, pour la parfaicte amity que Vous et la Royne, vostre
Mre, luy aviez tousjours porte, et pour l'honneste estime que vous
aviez d'elle, et aussy pour segonder l'honneste affection de
Monseigneur le Duc, et ayder, aultant que vous pourriez, le hault et
gnreulx desir, lequel vous voyez qu'il avoit de servir une si
excellente et grande princesse comme elle, vous persvriez plus que
jamais d'aspirer  son allience, et me commandiez de sentir comme elle
demeuroit meintenant bien diffie de luy, aprs le raport que Mr le
comte de Lincoln et sa compagnie luy en auroient faict.

Elle m'a respondu que le dict sieur comte luy avoit faict plusieurs
singulliers raports de Vostre Majest et de vostre bonne inclination
vers elle, et le desir que vous aviez de la voyr, et le semblable de
la Royne, vostre mre, de qui elle restoit fort contante; et luy avoit
aussy faict d'aultres fort honnorables raportz de Monsieur et de
Monseigneur le Duc, voz frres, et n'avoit obmis ce qui pouvoit servir
 l'advantage du troysiesme, assurant qu'il estoit, quand  la
personne, d'une fort jolye taille et bien proporcionne, fort
vigoureux et adroict, l'esprit et le sens fort bons, le cueur grand et
magnanime, la grce bonne, sa conversation fort agrable, et toutes
ses condicions et meurs bien fort vertueuses et desirables; et pour
n'obmettre rien, sachant combien elle avoit l'oeuil dlicat et vif
pour remarquer toutes les choses qui seroient en luy, qu'il ne luy
vouloit dissimuler qu'il avoit le visage gast de la petite vrolle,
et qu'il het, pour le parfaict contantement d'elle, desir au
troysiesme une semblable prsence qu'il avoit bien veu au segond; et
avoit adjouxt qu'elle debvoit considrer le dedans, et ce qui estoit
le plus important en ceste affaire, sans s'arrester  l'extrieur et
aux choses lgres qui n'estoient de tel poix, comme s'il luy heust
voulu reprsanter ce que son chancellier luy avoit naguires dict
qu'elle ne ballanct la paille avec le plomb; et que Milmor aussy, qui
avoit le jugement bon, luy avoit dict mille louenges de Monseigneur le
Duc, et qu'il s'estoit fort esbahy, luy ayant d'autresfoys veu les
proportions et teinct du visage si bon, qu'il monstroit debvoir estre
plus beau que nul de ses frres, comme la petite vrolle l'avoit peu
tant gaster. Et Me Smith, nonobstant cella, n'avoit layss de luy
allguer tant de grandes raysons et commodicts sur ce mariage, qu'il
failloit qu'elle me confesst que c'estoit maintenant elle seule qui
faysoit les argumentz contre elle mesmes.

J'ay respondu, Sire, que j'avois tousjours bien creinct que le raport
du visage ne la contanteroit assez, sachant, quand  tout le reste,
que Monseigneur le Duc pouvoit estre paragonn  quel autre prince qui
vesqut au monde; et de cella mesmes il se pouvoit esprer, n'estant
qu'ung accident de la petite vrolle, que le temps le guriroit de
brief, et que j'avois parl  ung personnage de grand savoir et
d'expriance, qui assuroit que le remde, bien que ne ft cognu de
plusieurs, n'estoit pourtant difficille, ny long, et si, estoit seur;
et qu'il en avoit gury ung, en ceste ville, qui en estoit le plus
gast du monde, et que je m'assurois, si elle acceptoit le service de
Mon dict Seigneur le Duc, que, en peu de jours, il se rendroit beau et
trs accomply en toutes sortes de perfections par la faveur de sa
bonne grce, et que je la priois de ne m'allguer plus l'eage ny
aultres semblables argumentz, qui confirmoient plus en vrit qu'ilz
ne destruisoient ce bon propos, auquel aparoissoit par trop de bien,
trop d'honneur, trop de bonheur et trop d'avantageuses commodicts,
pour laysser  si lgres occasions de le parfaire; et qu'elle se
voult mettre, ceste foys, hors des grandz ennuis, fcheries et
dangers, que la solitude et faulte de mary pouvoient apporter  une
telle princesse qu'elle estoit; et que Vostre Majest et la Royne,
vostre mre, aviez prins si bonne esprance de cest affre que ce ne
seroit sans grand regret, ny sans ung extrme dplaisir, si maintenant
elle la vous vouloit diminuer ou faire perdre, ainsy qu'il se pouvoit
comprendre par voz dernires lettres; lesquelles je ne ferois
difficult de les luy monstrer.

La dicte Dame, estant bien ayse de les voyr, les a leues tout au long,
et puis m'a dict qu'il n'y avoit rien plus vray que toutz ses
conseillers luy remonstroient que, quant  ce qui touchoit  eulx, de
regarder aux meurs, aux condicions,  l'extraction, aux commodicts et
advantages de ce party, qu'ilz y avoient satisfaict, et qu'ilz
remettoient  elle de regarder  l'eage,  la taille et aux aultres
commodicts particullires, requises au contantement de son mariage,
et que je ne trouvasse maulvais, si elle jouyssoit du terme qu'elle
avoit prins de s'en rsouldre; et qu'elle en feroit entendre  Vostre
Majest sa responce par Mr de Montmorency, qui ne seroit sans que je
la sceusse bientost; et qu'elle avoit occasion de se pleindre de luy,
de Mr de Foix, et de moy, de vous avoyr donn, ainsy qu'elle voyoit,
trop plus d'esprance que nous n'avions heu occasion de le faire.

Je luy ay respondu qu' la vrit nous vous l'avions donne grande, et
serions encores prestz de le faire, si ne l'avions faict, car ne nous
avoit apparu difficult ny empeschement quelconque qui nous en det
retarder.

Elle a rpliqu, en riant, qu'elle vouloit donc estudier d'aultres
argumentz, puisque nous tournions les siens premiers contre elle
mesmes; et est retourne  parler de l'inconvnient du visage, et de
l'homme que je luy avois allgu, en ceste ville, qui en estoit
parfaictement gury; et, quand bien le propos n'auroit  ruscyr, si
desiroit elle, et me prioit, que je misse peine de procurer qu'on
appliqut tout le remde qu'on pourroit  Mon dict Seigneur le Duc.
Aprs lequel propos, elle m'a parl de la Royne d'Escoce, et qu'elle
estoit bien ayse que Mr d'Ardoy l'et visite, et qu'il et cognu
qu'elle est en la compagnie d'ung fort honnorable seigneur; et qu'elle
vous prie, Sire, de croire que, pour l'amour de vous, elle a voulu
avoir tant d'esgard  elle, qu'elle a cuyd offancer toutz ses Estatz,
et que c'est la dicte Royne d'Escoce elle mesmes qui procure son mal.

Je l'ay remercye grandement de vostre part, et, sans toucher pour ce
coup davantage  matire si visqueuse, je me suis licenci
gracieusement de la dicte Dame, et suis all parler  ses conseillers,
remettant de vous continuer en la lettre de la Royne, parce que ceste
cy est desj trop longue, ce qui s'est pass entre nous. Et sur ce,
etc.

    Ce XVe jour de juillet 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, parce qu'en la lettre du Roy je rcite assez par le menu les
principaulx propos qui ont, ceste foys, est tenus entre la Royne
d'Angleterre et moy, j'ay seulement  vous dire en ceste cy que la
dicte Dame s'est fort soigneusement enquise de vostre sant, luy ayant
le comte de Lincoln dict que vous teniez encores le lict, quand il
print cong de Vostre Majest, dont desiroit savoir comme  prsent
vous vous portiez; et que le dict comte avoit est si surprins de ce
peu de motz, que vous luy aviez lors tenus touchant le mariage, qu'il
n'avoit oz faire semblant de les entendre: ce qu'elle prenoit en
bonne part, considrant que Vostre Majest, pour ne savoir en quoy en
estoient lors les choses par de, parce que n'aviez encores receu noz
lettres, et pouviez doubter de la responce qu'on vous y feroit, n'en
aviez quasy voulu toucher qu'ung mot; et le Roy n'en avoit parl en
faon du monde; vray est que ses dmonstrations et les vostres, et
celles de Monsieur, et de Monseigneur le Duc, en avoient plus
signiffi que plusieurs expresses parolles ne l'eussent sceu faire. Il
me semble, Madame, que ceste princesse se conduict d'une mesmes sorte
en ce propos, aprs le retour du dict sieur comte de Lincoln et de
ceulx qui sont revenuz de France, qu'elle faysoit auparavant, et ne
laysse cognoistre ou si sa disposition y est meilleure ou bien
empire, sinon que je voy bien qu'on luy a faict l'accidant du visage
plus grand qu'elle ne le cuydoit, et monstre,  bon esciant, qu'elle
desire qu'il y soit remdi; dont, Madame, je mettray peyne de vous
envoyer pour cest effect le personnage duquel je vous ay cy devant
escript, s'il vous playst de me le commander. J'ay comprins par
aulcuns motz des propos de la dicte Dame, et l'ay aussy entendu
d'ailleurs, que le filz de l'Empereur a est mis en avant, et,  la
vrit, Anthonio de Gouaras, l'espagnol, est plus assidu en ceste
court qu'il ne souloit; dont j'auray l'oeuil le plus ouvert l dessus
qu'il me sera possible.

Or ayant, aprs mon audience, confr avec les deux conseillers de
ceste princesse, ilz m'ont confirm cella mesmes qu'elle m'avoit dict,
du rapport que le comte de Lincoln, et Me Smith, et Me Milmor, avoient
faict de Monseigneur le Duc. Et m'a le comte de Lestre fort incist
que je fisse bientost venir de ses lettres, ainsy qu'il me l'avoit
desj dict; et que, de sa part, il ne manqueroit d'aulcun debvoir
qu'il pet rendre  l'advancement du bon propos. Milord de Burgley m'a
dict que je pouvois avoyr cognu, aux propos de la dicte Dame, combien
il s'estoit esforc de la persuader, sur l'accidant du visage, qu'il
se pourroit remdier; et qu'il y avoit deux de ceulx, qui estoient
naguires revenus de France, qui avoient fermement assur  elle
mesmes que quand elle le verroit, elle ne s'en pourroit nullement
contanter; dont, estant  ceste heure tout ce faict en la pure volont
d'elle, il falloit attandre ce que Dieu luy en vouldroit inspirer, et
que, de sa part, il voyoit encores toutes choses pour ce regard si
incertaynes, qu'il ne m'en vouloit rien promettre ny assurer jusques 
ce que la rsolution s'en manderoit par Mr de Montmorency  Leurs Trs
Chrestiennes Majestez; et que cepandant il persvreroit en ses
accoustumes remonstrances de louer et approuver ce party, aultant
qu'il luy seroit possible de le faire. Sur ce, etc.

    Ce XVe jour de juillet 1572.

   Tout maintenant, Mr le comte de Lincoln m'est venu visiter, et
   m'a signiffi ung trs grand desir de servir  cest affaire,
   et ne m'a point donn  cognoistre que sa Mestresse n'ayt
   prins playsir d'ouyr bien dire de Monseigneur le Duc. Il y a
   heu quelque rencontre en Escoce, dont j'en sauray bientost la
   particullarit.




CCLXIVe DPESCHE

--du XXe jour de juillet 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Pierre Gautier._)

  Confrence de l'ambassadeur avec le comte de
    Lincoln.--Irrsolution d'lisabeth sur le mariage.--Promesse de
    la mise en libert de l'vque de Ross.--Commission dlivre
    contre le comte de Northumberland.--Nouvelles de
    Flessingue.--Etat de la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, m'estant le comte de Lincoln venu visiter en mon logis, ainsy
que, par le postille de ma prcdente dpesche, je le vous ay mand,
il s'est esforc de me monstrer combien Vostre Majest et la Royne,
vostre mre, et Messeigneurs voz frres, et toutz les principaulx de
vostre court, avoient mis peyne que luy et ceulx de sa compagnie s'en
retournassent trop plus que bien contantz des faveurs, et des grandes
et extraordinayres chres, et des honnestes prsens qu'ilz y avoient
receus, et qu'ilz raportassent surtout une singullire satisfaction 
la Royne, leur Mestresse, de la vraye et sincre amity que voz
parolles et toutez voz dmonstrations leur ont indubitablement
signiffi que vous luy portis. De quoy il dict, Sire, qu'ayant
retrouv icy, aprs nostre dernire ngociation de Mr de Montmorency,
de Mr de Foix et de moy, une parfaicte correspondance en sa Mestresse,
il ne veult esprer de moins que de voyr bientost, oultre le srement
du traict, se faire un bien plus seur et plus ferme establissement de
vostre confdration par une bonne allience et ung bon parantage entre
Voz Majestez Trs Chrestiennes et elle; et qu'en particullier il
m'estoit venu remercyer du bon succez que j'avois faict prendre  sa
lgation en France, et de la luy avoyr encores randue honnorable, et
aprouve par de, par les bons raportz, qu'au nom de Vostre Majest
j'en avois faict  sa Mestresse; dont me offroit tout ce qu'il me
pourroit rendre d'amity, tant que je serois en ce royaume. Je luy ay
gratiffi, Sire, bien grandement toutz ces honnestes propos qu'il luy
plaisoit me tenir, mais beaucoup plus ceulx que j'avoys bien cognu
qu'il avoit desj tenu  la Royne, sa Mestresse, le priant de l'y
vouloir tousjours bien disposer, et que vous aviez prinz une si grande
confience de la bonne affection qu'il avoit monstre vous porter, que
vous ne pouviez ni vouliez esprer de nul aultre de ce royaulme
aulcuns meilleurs offices, pour le propos de Monseigneur le Duc, que
de luy et de madame la comtesse sa femme; et qu'aussy se pouvoient ilz
assurer, toutz deux, oultre une bonne recognoissance de vostre part et
de la Royne, vostre mre, que jamais la faveur de Monseigneur le Duc
ne leur deffauldroit ny  toutz les leurs, quant il seroit par de.
Il m'a rplicqu qu'il pouvoit jurer avecques vrit de s'en estre
retourn aultant plein de bonne affection vers vostre grandeur et vers
celle de toutz les vostres, et vers l'amplitude de vostre couronne, en
ce qui ne seroit contre celle de sa Mestresse, qu'il n'y avoit nul de
voz meilleurs subjetz qui en scet avoyr davantaige; et, en espcial,
si dvot  Monseigneur le Duc qu'il n'avoit nul plus grand soing
maintenant que de luy rendre la noblesse de ce royaulme de mesmes trs
affectionne, et bien dvote  faire incliner la Royne, sa Mestresse,
 son party, leur remonstrant  toutz que les difficults de l'eage
n'empeschoient que ses aultres perfections ne le rendissent bien
capable d'estre, ds ceste heure, mary de leur Royne, et qu'encores
bientost il en seroit si parfaictement digne qu'elle se pourroit
rputer aussy heureusement accompaigne que nulle aultre princesse de
l'Europe; et que ce qu'on luy pouvoit avoir raport du visage estoit
de nulle considration, car le temps en amanderoit, de bref, la
pluspart, et la barbe couvriroit l'aultre; et que je creusse ardiment
que Me Smith, et Me Milmor, et luy, et encores aulcuns de sa troupe,
n'avoient rien obmis de ce qui se pouvoit dire de bien pour ce propos;
et que, de sa part, il persvreroit constamment de l'advancer aultant
qu'il luy seroit possible de le faire.

Par lesquelz propos, Sire, les raportant  d'aultres, qu'on m'a tenus
d'ailleurs, et que luy m'a dict ceulx cy, aprs avoir confr avec sa
dicte Mestresse, je juge qu'elle n'avoit encores rsolu la responce
qu'elle vous debvoit faire, quand elle est partie d'icy; et qu'il
semble encores ceste foys qu'elle ne la vous fera entire, ce que
prvoyant j'en ay voulu parler bien expressment avec ses deux
conseillers, et les admonester de la promesse d'elle et de la leur en
cest endroict, et qu'ilz ne vueillent permettre que rien en aille en
longueur;  quoy ilz m'ont fort promiz qu'ilz s'y employeroient de
toute leur puyssance. Cepandant la dicte Dame a commanc son progrs,
et est all  Avrin, d'o elle ne bougera de six jours, et aprs
s'acheminera, peu  peu, vers Warwic, m'ayant le comte de Lestre fort
pri que je la vueille aller trouver, quand elle arrivera, en sa
mayson de Quilincourt. Elle a faict une distribution d'estatz, avant
bouger de ce lieu, ayant donn celluy de grand trsorier, qui est le
premier d'Angleterre, aprs le chancellier,  milord de Burgley, et a
faict milord Chamberland priv scel, et baill celluy qu'il avoit de
grand chamberlan de la mayson au comte de Sussex, et l'estat de
secrettre  Me Smith. Elle a encores entre ses mains l'estat de
grand mestre, duquel elle het desj pourvueu le comte de Lestre, mais
il n'est bien rsolu  qui faire tomber celluy qu'il a de grand
escuyer; et dict qu'elle fera vischamberlan Me Pigrin, et capitaine de
ses gardes Me Hathon. L'on espre qu'elle donra libert  quelques
ungs de ceulx de la Tour, et desj elle m'a promis celle de l'vesque
de Roz. Je ne say si l'on l'en dtournera. J'entendz qu'il a est
envoy commission  Barvic pour procder contre le comte de
Northomberland.

Je ne vous escriptz, Sire, des nouvelles d'Escoce ny de la
confirmation de ce que je vous ay mand par mes dernires: que le
comte de Honteley avoit donn une estrette vers le North  ceux du
party d'Esterling. J'espre que Mr Du Croc, par les lettres qu'il vous
escript, satisfera largement  tout cella.

L'on continue d'envoyer tousjours gens, monitions et artillerie, 
Fleximgues; et le capitaine Pelan, lieutenant de l'artillerie, est
party, depuys deux jours, pour y aller. Ceulx du dict Fleximgues ont
ouvert les digues et ont environn leur ville d'eau; ilz n'ont receu,
 ce qu'on dict, toutz les angloys ny pareillement les franoys, ains
en ont envoy une partie ez aultres villes qui tiennent pour eulx en
Zlande. Ilz ont couru l'estrade entre Envers et Bruges, et ont prins
quelques deniers, que le duc d'Alve envoyoit  l'Escluse pour payer
les navires et mariniers qui ont conduict le duc de Medina Cely. Il a
est apport, ces jours passez, grande quantit d'espiceries du dict
lieu de Fleximgues en ceste ville, et en envoye l'on qurir davantage.
Les marchandz de ceste ville ont est appells devant le conseil affin
d'adviser au faict du commerce pour l'accomplissement du traict,
mais ne sont encores venus devers moy. Sur ce, etc. Ce XXe jour de
juillet 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, aultant de choses que je cognois pouvoir advancer le propos de
Monseigneur le Duc, et aultant que ceux qui y ont bonne affection me
monstrent qu'il y en a qui y peuvent servir, je n'en obmetz une seule
que je ne mette peyne, tout incontinent, de les essayer; dont Dieu,
s'il luy plaist, y adjouxtera, puis aprs, la perfection qu'il voyt et
cognoit y estre honnorable et ncessaire. Je ne presse de savoir de
ceulx cy rien de la rsolution de la responce; il ne seroit ny
honneste  moy, de la leur demander, ny  eulx, de me la dire, ayant
est arrest que la Royne d'Angleterre la fera savoir  Voz Trs
Chrestiennes Majestez par Mr de Montmorency; et elle me l'a ainsy
confirm, depuis son partement, avec une fort honnorable commmoration
de luy, et de la confience que, pour son intgrit, elle met ez choses
qu'il luy a dictes, et pareillement de Mr de Foix. Le comte de Lestre
et milord de Burgley affirment que le raport, qu'on a faict de
Monseigneur le Duc, ne sauroit estre plus grand pour sa rputation,
ny meilleur pour tout ce qui se pourroit desirer de luy pour ce
royaulme, que l'ont faict ceulx qui sont freschement revenus de
France; et tout le conseil d'Angleterre a fort bien faict son debvoir
d'aprouver son party, de sorte que le tout reste maintenant en la pure
volont de la Royne, leur Mestresse;  laquelle, parce qu'elle a
touch de discerner d'aulcunes particullarits, qui peulvent rendre, 
une telle princesse qu'elle est, ou agrable ou dsagrable son
mariage pour toute sa vye, ilz ne peuvent ny veulent davantage l'en
presser. Et m'a le dict comte dict qu'il trouve fort expdiant que
Monseigneur le Duc escripve les lettres que j'ay desj mandes; car
estime que nul ne peult tant en cest affaire pour luy que luy mesmes.
Et milord de Burgley m'a confirm que la petite lettre, que
Monseigneur le Duc avoit escripte  Mr de Montmorency, laquelle
j'avoys naguyres, comme par accidant, faicte voyr  la dicte Dame,
avoit beaucoup servy, et qu'il desiroit surtout qu'il ft pourveu 
l'inconvnient de son visage. Nantmoins l'ung et l'aultre assurent
que l'affaire est encores bien incertein, dont aulcuns des amys
donnent pour conseil, qu'encor que la responce n'aye  estre si bonne
comme nous la desirerions, que, pourveu qu'elle ne soit du tout
maulvayse, et qu'elle ne porte ung entier refus, que Vostre Majest
n'en doibt couper court le propos. Et, de ma part, Madame, j'ay trouv
tousjours tant de changement, d'heure en heure, ez rsolutions de
ceste court, que je ne puis dire sinon ce qui semble bon, et
pareillement ce qui semble maulvais, n'y demeurent guyres en ung
mesme estre. Sur ce, etc.

    Ce XXe jour de juillet 1572.




CCLXVe DPESCHE

--du XXIIe jour de juillet 1572.--

(_Envoye jusques  la court par Giles Malapart._)

  Ngociation du mariage.--Avis mis par un seigneur du conseil
    d'couter les propositions faites par Antonio de Gouaras pour
    le mariage d'lisabeth avec le fils de l'empereur.


    AU ROY.

Sire, il n'a est possible au Sr de Sabran d'arriver icy plus tost que
hier matin, en la compagnie de plusieurs aultres qui ont est
contrainctz, aussy bien que luy, de temporiser, troys jours entiers,
le passage  Callays,  cause du vent. Il m'a randu vostre dpesche du
unziesme et quatuorziesme de ce moys, laquelle est trs ample et fort
 propos pour l'occasion prsente. Je mettray peyne de l'emploier le
mieulx qu'il me sera possible en ma premire audience, laquelle j'ay
desj envoy demander; et ay faict tenir  milord de Burgley la lettre
de Mr de Walsingam. Ceste princesse, continuant son progrs vers
Warvic, arrivera demein en la mayson du dict de Burgley,  prsent son
grand trsorier, o les principaulx seigneurs de sa court et de son
conseil, lesquelz, au partir d'icy, estoient allez se rafraischir en
leurz maysons, se doibvent randre. Et j'entendz que, au dict lieu, se
rsouldra la responce qui vous doibt estre faicte sur le propos de
Monseigneur le Duc, n'ayant point cognu, Sire, qu'en nul aultre
affaire, depuis que je suis en ce royaulme, l'on soit all plus
rserv qu'on faict en cestuy cy, duquel ne se permet qu'il en sorte
une seule parolle dehors. Nantmoins l'on m'a fort assur que le moys
ne se passera sans qu'on ayt satisfaict  la promesse qui nous a est
faicte, quant Mr de Montmorency et Mr de Foix sont partis; et
cependant je verray la dicte Dame, et n'obmettray rien, Sire, de tout
ce que me commandez, ny de tout ce que je me pourray adviser, pour la
persuader, et mesmes la presser de vous faire la responce telle que
vous la desirez, et que singullirement je la desire, plus  la vrit
qu'il ne me semble que je le puisse de tout bien esprer, ayant
quelque advis qu'il y sera faict mencion de ce contrepoix, dont le Sr
de Walsingam a desj parl  la Royne, pour rcompanser le deffault de
l'eage et l'inconvnient du visage de Monseigneur le Duc.

Il n'y a rien plus vray qu'ung des seigneurs de ce dict conseil,
entendant dbattre les difficultez qu'on allguoit de Monseigneur le
Duc, a mis en avant qu'on debvoit ouyr Anthonio de Gouaras sur ce
qu'il proposoit du filz de l'Empereur, ainsy que d'aultres foys l'on
l'avoit bien escout sur le propos du Roy d'Espaigne, ayant est le
premier qui l'avois mis en termes, et avoit ruscy. Mais de tant que,
par les deux lettres que le dict de Gouaras avoit naguires prsentes
du dict Roy d'Espagne; et aulcunes du duc d'Alve touchant les choses
de Flandres, il n'apparoissoit qu'ilz luy donnassent assez expcial
pouvoir de parler maintenant de cestuy cy, cella n'a est suyvy.

L'on prpare icy tousjours nouveau renfort pour envoyer  Fleximgues,
mais, jusques au retour de Me Pelan, l'on ne se hastera de le faire
partir. Je n'ay,  prsent, rien de nouveau d'Escoce, et suis
attandant ce que les deux partis auront respondu sur l'abstinence de
guerre  Mr Du Croc, auquel je feray cependant tenir vostre dpesche;
et, m'ayant est octroy ung passeport pour envoyer visiter par ung
mien secrettaire la Royne d'Escoce, avec ung peu d'argent, je vous
manderay  son retour de toutes ses nouvelles. Et sur ce, etc.

    Ce XXIIe jour de juillet 1572.




CCLXVIe DPESCHE

--du XXIXe jour de juillet 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Conversations intimes entre
    la reine et l'ambassadeur.--Confrences de l'ambassadeur avec
    Leicester et Burleigh sur la ngociation.


    AU ROY.

Sire, ayant envoy prier le comte de Sussex, qui est  prsent grand
chambellan de ceste court, de vouloir entendre de la Royne, sa
Mestresse, quand elle auroit agrable que je l'allasse trouver pour
une dpesche que j'avoys reue de Vostre Majest, elle m'a soubdain
mand que ce seroit le landemein matin en la mayson de son grand
trsorier, qui luy faysoit un festin, o je serois le bien venu. Et
m'ayant le dict grand trsorier envoy son coche en chemin, j'ay est
fort bien receu de la dicte Dame, laquelle m'a sembl estre en
beaucoup meilleure et plus belle disposition, depuis le commancement
de son progrs, que pendant qu'elle estoit en ceste ville. L'aprs
disne, aprs s'estre soigneusement enquise de vostre bon portement,
et de celluy de la Royne, en la continuation de sa grossesse, et
pareillement de la Royne, vostre mre, aprs sa dernire maladie,
aussy de l'arrive du Roy de Navarre et des prochaines nopces qui se
doibvent faire de luy avecques Madame, et de plusieurs aultres
particullarits, ausquelles j'ay mis peyne de bien luy satisfaire,
elle m'a men en ung petit compartiment hors de la sale, o ayant
faict apporter des siges, n'a souffert qu'aulcun aultre y ayt
demeur.

Et luy ayant dict que Vostre Majest avoit fort volontiers entendu par
Mr de Montmorency le discours de tout ce qui avoit pass icy, pendant
que luy et Mr de Foix, et toute leur troupe, y avoient est; et que
vous n'aviez, longtemps y a, ouy ung rcit qui plus vous het
contant, ny qui plus vous het apport d'honnestes satisfactions que
celluy l, pour y avoir remarqu plusieurs choses, lesquelles vous
estoient ung indubitable tesmoignage de l'affection et de la vraye
inclination qu'elle avoit  vostre amity, vous la suplis de croyre
que vous recepviez  grande obligation qu'elle het voulu faire une si
expresse profession et dclaration, comme elle avoit faict, de vous
aymer, et de vouloir demeurer vostre perptuelle confdre; et
qu'elle estimt par l d'avoir tant acquis et gaign de vostre amity
et bienvueillance que vous fesis compte de n'espargner vostre propre
personne, et avec icelle tout ce qui se pouvoit compter de la grandeur
d'ung roy de France, pour l'employer pour elle, quand l'occasion s'y
offriroit; et, qu'aprs le rapport de Mr de Montmorency, vous aviez
ouy celluy de Mr de Foix sur tout ce qui avoit est dict et dduict ez
ngociations qu'ilz avoient faictes par de, qui ne vous avoit pas
moins contant, encor que vous heussiez bien desir qu'ilz vous
heussent apport une entire rsolution du propos de Monseigneur le
Duc, mais aulmoins cognoissiez vous qu'il ne monstroit qu'il y het
apparu aulcune difficult qui ft assez considrable pour debvoir
diffrer d'une seule heure, aprs le moys, la response qu'elle nous
avoit promis de vous faire, et laquelle vous ne pouviez esprer de
moins, sinon qu'elle la vous rendroit conforme  l'honneste et
honnorable demande que vous luy aviez faicte; et que la Royne, vostre
mre, qui avoit est prsente aux deux discours, jugeoit bien que,
sur ce qu'elle m'en feroit mander par ses lettres, je ne pourrois
assez  son gr reprsanter, icy,  elle, le contantement qu'elle
recepvoit de ceste sienne tant dclare amity, et du bon acheminement
qu'elle voyoit que alloit prendre le propos de Monseigneur le Duc, son
filz, elle avoit advis d'envoyer qurir le Sr de Walsingam pour luy
en signiffier aultant, de parolle, comme elle en avoit dans le cueur;
et que je croyois que mesmes elle luy avoit faict voyr jusques dans
son me; dont le dict de Vualsingam,  mon advis, n'avoit obmis de le
bien reprsanter par ses lettres, et que Vous, Sire, par les lettres
dernires, et elle, par les siennes, me commandiez bien fort
expressment que je luy incistasse  ce que sa dicte responce vous
pet venir et bonne, et bientost, sellon que vous savez bien que le
plus mortel ennemy qu'eust ce propos estoit la longueur; et que vous
luy promettiez, s'il venoit  succder, de le luy rendre comble de
tout bien, de tout honneur, de toute seurt, de toute vraye et
perdurable amour, et d'ung perptuel contantement, ainsy que je luy en
engagoys la foy, la parolle et la promesse de Vostre Majest et de la
Royne, vostre mre, par les propres lettres que vous et elle luy en
escripviez de voz meins, lesquelles je luy ay incontinant prsentes.

La dicte Dame, premier que rien respondre, a voulu ouvrir les dictes
lettres, lesquelles elle a lues avec son grand contantement, et a
monstr prendre une singullire confiance de l'offre que luy fesiez
par la vostre, et de l'honnorable soubscription et bien affectionne
que vous y aviez mise; et a curieusement noth toutes les
particullarits de celles de la Royne, sans en laysser rien, monstrant
 bon esciant qu'elle n'en vouloit perdre ung tout seul mot, tant
elle y trouvoit de satisfaction; et y voyoit, ainsy qu'elle a dict,
une dclaration trs honneste, et vrayement royalle, de tout ce qu'une
si grande, et nantmoins trs prudente, et vertueuse princesse pouvoit
honnorablement, et sans trop considrer sa propre affection, desirer
au propos de Monseigneur le Duc, son filz. Et puis, les ayant mises en
sa pochte, a suyvy me dire qu'il luy venoit, chacun jour, de devers
vous et de devers la Royne, vostre mre, tant de bons rencontres
d'amity, et iceulx accompaignez de tant de respect et d'honneste
faveur, et aultres honnorables observances, et si esloignes, ainsy
qu'elle croyoit, de toute feintise, qu'elle ne se sentoit si oblige 
chose de ce monde que d'en avoir perptuelle recognoissance; et
qu'elle vous prioit, Sire, de croire qu'elle le recognoistroit, tant
qu'elle vivroit en ce monde, avec dellibration, ds aujourdhuy, de
souffrir plustost quelque offance que de se porter jamais vostre
adversaire, ny contraire, ny se monstrer ingrate vers la Royne, vostre
mre; et qu'elle vous prioit toutz deux de prendre parfaicte confience
d'elle, tout ainsy qu'elle se commettoit du tout pour jamais  la
vostre. Et, au regard du propos de Monsieur d'Alanon, elle vous
prioit bien de considrer que la seule opinyon, que ses subjectz
avoient, qu'elle ft ung peu sage, l'avoient faicte, quatorze ans, et
la fesoient, encores aujourdhuy, rgner heureusement et paysiblement
sur eulx, et que, s'ilz la voyoient aller  ceste heure
inconsidrement en son mariage, qui estoit ung acte qui s'estendoit
pour tout le cours de sa vye, et que elle, desj vielle, prnt ung
mary par trop jeune, et encores avec l'accidant que Monsieur d'Alanon
avoit au visage, qu'il y avoit grand danger qu'ilz ne la tinsent pour
mal advise, et ne l'eussent  mespris, ne leur monstrant mesmement
qu'en contrepois on luy et offert quelque chose pour rcompanser ces
deux deffaultz; dont avoit donn charge  ceulx de son conseil de
dresser la response, laquelle estoit desj preste, et la vouloit
envoyer, du premier jour,  monsieur de Montmorency, s'il luy plaisoit
prendre la peyne de la vous prsanter, ou sinon au Sr de Vualsingam
son ambassadeur; et qu'elle vous suplioit de la prendre de bonne part,
ainsy que d'une princesse qui, estant toute vostre, vous debviez
penser d'elle comme d'une vostre propre seur.

Je luy ay respondu, Sire, que,  la vrit, sa prudence, avec la
faveur de Dieu, l'avoient faicte et la faysoient heureusement rgner,
mais que nul plus prudent acte sauroit elle faire au monde pour elle,
ny pour ses subjectz, que d'accepter ce party; lequel, si ces deux
deffaultz avoient  le monstrer ung peu plus judicieulx que plein
d'affection, tant plus elle s'en acquerroit de louange, et que, d'y
mettre le contrepoix, Vostre Majest estimoit sa bonne grce estre de
si excellant pris que vous n'aviez avec quoy l'achepter qu'avec
l'abondance d'amity et de respect que Monseigneur le Duc luy
porteroit; lequel vous luy offriez avec les mesmes condicions que luy
aviez offert Monsieur, qui, estantz toutz deux voz frres, ne luy
pouviez faire ung plus gal prsent; dont ne failloit aussy qu'elle
hault ses demandes, et seulement qu'en lieu d'_Henry_ elle prnt
_Francoys_, sinon que l'ung se contanteroit d'ung peu moins de
l'exercice publicque de sa religion, l o la conscience n'avoit peu
permettre  l'aultre qu'il en peult rien laysser; et que, pour mieulx
conduire son inclination  satisfaire  Vostre Majest et  la Royne,
vostre mre, en cest endroict, Mon dict Seigneur d'Alanon mesmes y
adjouxtoit sa bien humble requeste, par une sienne lettre  part,
qu'il me commandoit de luy prsenter.

La dicte Dame a soubdain prins la dicte lettre, et l'a lue tout du
long avec dmonstration de contantement, et a dict que tout ce que son
escript luy faysoit voyr de luy correspondoit  ce qu'elle en oyoit
dire. Et puis, je l'ay suplie bien humblement qu'elle voult encores
prendre la peyne de lire ce qu'il me prioit, et me commandoit de
faire, pour luy, par une aultre sienne lettre;  quoy elle n'a faict
aulcune difficult.

Et j'ay adjouxt que c'estoit affin qu'elle ne m'estimt ny
prsomptueux ny tmraire, si j'entreprenois de luy faire entendre
quelque chose de la bonne affection que ce prince luy portoit, et si
je la supliois de le rputer digne de la sienne; que,  la vrit, il
estoit jeune, mais nourry en tant de meuret qu'il le failloit, quand
au sens, estimer desj homme parfaict, et quand  la personne, qu'il
estoit de l'extraction de princes si bien forms et d'une si
parfaictement belle taille, et si bien proporcionns, qu'il ne
failloit doubter que leur filz ne leur ressemblt, et qu'il ne vnt
aussy hault d'estature et aussy beau de visage comme ilz avoient est;
et que mesmes il avoit advanc son eage de troys ou quatre ans, se
trouvant en ceste sienne premire pubert ung bien accomply et bien
vigoureulx chevalier, et qu'il estoit filz et petit filz, et deux foys
frre, de quatre grandz roys, et luy mesmes tout royal, qu'il estoit
magnanime et gnreulx, et remply de toutes vertueuses condicions,
mais qu'il n'estoit en tout rien tant que tout  elle, et tout
transform en ung vraye et naturel amour qu'il portoit  sa grandeur,
 ses perfections et  ses belles et excellantes qualits, et ne se
dlectoit de rien tant que d'ouyr ses louanges, d'adjouxter ce qu'il
pouvoit  icelles, et de vouloir emploier sa personne pour les
maintenir jusques  la mort, ne cherchant aulcune chose de meilleur
cueur que de se perdre soy mesmes pour se retrouver tout en sa bonne
grce. Dont je la supliois qu' une telle perfection d'amity, comme
elle trouvoit en Vostre Majest, et en la Royne, vostre mre, et en
luy, elle ne voult uzer d'aulcune male correspondance en sa responce,
et que vous jugis, Sire, les choses estre passes si avant qu'il ne
se pouvoit faire, oultre l'intrest des affres que vous aviez communs
avec elle, qu'il n'y court beaucoup de vostre honneur et rputation,
si le mariage ne succdoit.

Elle m'a dict qu'elle vouloit estimer cella mesmes que j'avoys dict,
et encores mieulx de Monsieur d'Alanon, car le rapport qu'on faysoit
de luy estoit parfaict en toutes choses d'honneur, de valeur et de
vertu; et qu'elle vouloit encores croire ce qu'il luy escripvoit de
son amity, et ce que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, luy en
promectiez, neantmoins que les difficults de l'eage et du visage
restoient aparantes, et que ce que j'avois allgu de la religion ne
se pouvoit prendre pour rcompance, car ne failloit dire ny que
Monsieur se ft voulu contanter de l'exercice de sa religion en priv,
ny qu'elle le luy het voulu accorder, affin que ny l'ung ny l'aultre
ne se peussent maintenant advantager ny qu'il l'et dlaysse, ny
qu'elle l'et dlaiss; et, quand au point que Monsieur d'Alanon
m'escripvoit que, s'il n'estoit retenu d'aulcuns respectz, qu'il
passeroit volontiers par de, que c'estoit ung faict sien, et de
Vostre Majest, et de la Royne, vostre mre, qui debvoit estre rgl
par vostre conseil, dont n'en vouloit rien dire, mais qu'elle croyoit
certaynement que si Monsieur luy mesmes ft venu, quand il se parloit
de luy, que l'affre het mieulx ruscy qu'il n'a; et que je pourrois
encores confrer de toutes ces choses avec ceulx de son conseil, affin
que la responce pet estre plus promptement expdie.

Et ainsy, Sire, ayant est encores quelque temps avec elle  luy
respondre sur aulcunes demandes qu'elle m'a faictes de Mon dict
Seigneur le Duc, s'il n'estoit pas creu depuis le pourtraict qu'elle
avoit veu, et si j'avois point adverty la Royne, vostre mre, du
mdecin qui promettoit de remdier  cest inconvnient du visage; et,
luy ayant satisfaict de tout cella  son contantement, je me suis
gracieusement licenci d'elle pour aller traicter de ces mesmes choses
avec les seigneurs de son conseil; de quoy, en la lettre de la Royne,
parce que ceste cy est trop longue, je mettray comme tout le reste a
pass. Et sur ce, etc.

    Ce XXIXe jour de juillet 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, affin que Vostre Majest puisse mieulx juger des choses qui
concernent icy le propos de Monseigneur le Duc, vostre filz, aprs que
les aurez entendues par ordre, je metz peyne, en la lettre du Roy, de
vous bien particulariser celles qui ont pass en la dernire audience
que j'ay heue de cette princesse; de la quelle,  vray dire, je suis
retourn plus contant des parolles et dmonstrations que j'ay notes
d'elle, pendant ses discours, que des poinctz qu'elle m'a voulu
toucher de la responce qu'elle a promis de mander  Mr de Montmorency.
J'avoys desj faict voyr  milord de Burgley, premier que d'aller
trouver la dicte Dame, les troys lettres qui s'adressoient  elle et
les deux qui s'adressoient au comte de Lestre et  luy, ensemble ce
que, en particullier, vous me mandiez, par une des vostres, de luy
dire, qui a trouv le tout merveilleusement bon, et bien  propos. Et,
aprs infinys et trs humbles mercyementz de la confiance qu'il voyoit
que Voz Majestez Trs Chrestiennes prenoient de luy, avec assurance de
s'emploier plus affectueusement pour cest affaire que pour nul aultre
qu'il ayt jamais many, il m'a mand que je me hastasse de porter les
dictes lettres, parce que les comtes de Lestre et de Sussex, et luy,
avoient desj commandement de leur Mestresse de dresser la dicte
responce, qu'elle avoit  vous faire: ce qui m'a randu encores plus
dilligent de l'aller trouver.

Et, aprs que j'ay heu devis avec elle, aultant longuement que je
l'ay peu desirer, je suis all parler aux dicts comtes de Lestre et de
Sussex, et au dict de Burgley, lesquelz n'ont voulu entrer guyres
avant  contester et dbatre aulcun poinct de l'affre; ains, aprs
avoyr escout ce qui s'estoit pass entre la dicte Dame et moy, ilz
m'ont respondu que, puisque j'avoys prsent nouvelles lettres, ilz
confreroient de nouveau avec la dicte Dame pour voyr si elle leur
commanderoit de changer rien en sa dicte responce, et ont assez
estendu leurz propos sur le mesmes faict; mais ilz l'ont tousjours
tenu bien loing de la conclusion. Dont, ayant tir  part le comte de
Lestre, je luy ay baill la lettre de Monseigneur le Duc, et luy ay
monstr ce qui estoit en article exprs pour son bien dans celle que
Vostre Majest m'escripvoit;  quoy il m'a randu de si honnestes
responces qu'il ne se peut dire mieulx. J'ay aussy exprim  milord de
Burgley ce que je luy avois auparavant mand, lequel m'a assur qu'il
persvreroit de solliciter sa Mestresse. Et n'ay obmis de confirmer
de mesmes le comte de Sussex en la bonne affection qu'il a tousjours
monstr de porter  cest affre; et puis, je les ay ainsy layssez
quelques jours pour faire leurs dellibrations.

Et depuis, je les ay envoyez sonder si les lettres avoient est
d'aulcun effect, dont le comte de Lestre m'a mand qu'il me prioit de
croyre qu'il avoit parl sur icelles de si grande affection  sa
Mestresse que moy mesmes ne l'eusse peu faire davantaige, et qu'elle
demeuroit en suspens, sans se savoir bien rsouldre, monstrant
d'incliner  ce qu'elle puisse voyr Monseigneur le Duc, et qu'il la
voye aussy  elle, ce que le dict comte ne pouvoit trouver bon, et
estimoit qu'il seroit tousjours meilleur qu'elle ft une plus certaine
responce. Et milord de Burgley m'a respondu qu'il n'y avoit rien plus
vray que, pour ceste heure, l'accident du visage donnoit plus
d'empeschement au propos que ne faysoit la difficult de l'eage, car
sa Mestresse avoit parl  ceulx qui estoient naguires revenus de
France, et s'estoit enquise  ung chacun d'eux,  part, fort
particullirement, de Monseigneur le Duc; qui luy avoient toutz, d'une
commune voix, raport beaucoup de louanges des condicions et qualits
de Mon dict Seigneur le Duc, et encores de sa taille et disposition,
mais il n'y en avoit heu pas ung qui ne luy et dict, quand au visage,
qu'ilz avoient opinyon qu'elle ne s'en pourroit nullement contanter,
quand elle le verroit: ce qui estoit cause que les lettres, que je luy
avoys prsentes, feroient peu ou guires changer la responce qu'on
avoit dellibr de vous faire mander; et que, de tant que j'avoy dict
 elles mesmes qu'il y avoit ung mdecin qui promettoit de remdier au
dict inconvnient du visage, qu'il failloit que je y pourveusse, me
voulant au reste bien assurer que sa Mestresse s'estoit infinyement
contant de la lettre que Vostre Majest luy avoit escripte, qui
estoit bien la meilleure qu'elle eust jamais reue et la plus pleyne
d'honnestes respectz; et qu'en effet il ne voyoit aulcune chose 
prsent, sur laquelle il voult me mettre plus avant en esprance, ny
aussy du tout me dsesprer, cognoissant trs bien que sa Mestresse
procdoit d'une vraye et droicte intention en cest affre, et qu'il
n'y avoit que les deux difficults, et celle mesmement du visage, qui
la retardoient.

Et de tant que la pluspart de la ngociation d'entre milord Burgley et
moy a est men par le Sr de Vassal, prsent porteur, que j'ay souvant
envoy vers luy, je le vous dpesche prsentement pour vous en aller
rendre meilleur compte, et pour, tout ensemble, apporter  Voz
Majestez le traict tout ratiffi, qui m'a est, depuis deux jours,
dellivr de la part de ceste princesse; et vous suplier trs
humblement, Madame, que par luy il vous playse me faire entendre en
quelz termes on vous aura faicte la susdicte responce, et, comme aprs
icelle, vous vouldrez que je continue de la poursuivre. Et sur ce,
etc.

    Ce XXIXe jour de juillet 1572.




CCLXVIIe DPESCHE

--du IIIe jour d'aoust 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Arrive de Mr de La Mole  Londres.--Entrevue avec le lord
    garde-des sceaux.--Nouvelles de la guerre des
    Pays-Bas.--Progrs du prince d'Orange.--Dtails sur le combat
    de Mons.


    AU ROY.

Sire, ayant Mr de La Mole faict si bonne dilligence qu'il est arriv
le XXVIIe du pass  Londres, j'ay incontinent envoy faire entendre
sa venue  la Royne d'Angleterre,  quarante mille de l, sur son
progrs de Warvic, laquelle, se trouvant en lieu incommode et trop
estroict pour nous recepvoir, et voyant encores que les quatre ou cinq
premiers gittes, qu'elle auroit  faire, le seroient de mesmes, elle
nous a remis jusques au lieu de Eston, o elle faysoit estat d'y
arriver ds hier, et nous y donner aujourdhuy l'audience. Mais,
s'estant trouve ung peu lasse de la chasse de devant hier, au lieu de
Saldon, pour y avoir suivy, tout le jour et jusques  quelque heure de
la nuict, ung grand cerf, elle n'en a boug de hier ny aujourdhuy, et
nous a mand, sachant que nous estions desj en ce lieu de Brichil,
bien prs d'elle, que nous fussions les bien venus; et que, demein,
qui est lundy, elle se rendroit sans aulcun doubte au lieu de Eston
pour nous y recepvoir mardy, et que cepandant elle avoit command au
sire Henry Cobhan de nous accompaigner, et nous faire accomoder 
Tocester, qui est  ung petit mille du dict lieu; monstrant la dicte
Dame, aprs qu'on luy a heu touch quelque mot de l'honneste occasion
du voyage du dict Sr de La Mole, et par l'instance de qui il estoit
faict, et combien l'lection de luy estoit bien fort bonne et propre
en cest endroict, qu'elle en avoit grand contentement; dont nous
mettrons peyne, Sire, de le luy augmanter davantage et le rendre le
plus utile qu'il nous sera possible pour Vostre Majest.

Nous avons, en venant icy, visit milord Quipper en une sienne mayson
aulx champs, o la dicte Dame avoit pass, qui a monstr de nous y
voir de bon cueur, et de persvrer en la bonne et droicte intention
qu'il a tousjours heue  ce bon propos d'ung des Filz de France pour
sa Mestresse; et nous a dict que, pour estre Monseigneur le Duc plus
esloign d'ung degr de vostre couronne que Monsieur, que de ce degr
l'aprouvoit il davantage et le jugoit plus propre pour eulx, et qu'il
luy sembloit que la prsence sienne avoit  produire une trop plus
briefve conclusion en cest affre que nulle aultre chose qu'il cognt
aujourdhuy au monde. A quoy nous avons opos que cella estoit peu
requis, et nullement uzit entre grandz princes, et que, sans plus
grande assurance, je ne voyois qu'il se pet faire, ny qu'il det
passer de, ny que Vostre Majest, ny la Royne, vostre mre, le
voulussiez jamais consentir.

Je comprans bien, Sire, qu'une partie de la responce qu'on vous a
faicte tend  cella; dont Mr de La Mole et moi adviserons de modrer
vers elle, et vers ceulx qui la conseillent, ceste dellibration le
plus qu'il nous sera possible, et ne prcipiterons rien sans rserver
toutes choses  vostre disposition; qui vous suplie cependant, Sire,
de nous mander par le Sr de Vassal comme, aprs la dicte responce, il
vous semblera que nous aurons  procder.

Le comte de Lestre, qui estoit all devant  Quilingourt, est
retourn pour se trouver  la rception du dict Sr de La Mole; mais
milord de Burgley, qui est all en une sienne mayson vers le Nort, ne
sera de retour jusques  samedy, qui sera cause que nous temporiserons
davantage pour l'attandre, et pour ne presser de vous rien respondre
qu'il n'y soit.

Maistre Pelan est retourn de Fleximgues, lequel rapporte,  ce que
j'entendz, que quatre centz franoys et aultant d'anglois, et
semblable nombre de walons, sont logs dans la ville, et qu'avec ce
nombre les habitans se font fort de la garder; et que le cappitaine
Gilibert, avec quinze centz angloys, est log aux environs, ayant cinq
centz escuz d'entretnement par moys comme coronnel, et ses gens bien
entretenus  la rayson de quatre escus la simple paye; et que tout le
pays d'Olande, sinon Utrec et Ostradam, recognoissent le prince
d'Orange pour lgitime gouverneur, et que desj l'on a estably 
Dordrec une forme de conseil, et le lieu de la monoye pour y battre ce
qui se pourra ramasser d'argent pour servir  ceste guerre; et semble
que le dict Pelan persuade bien fort  ceste princesse de prendre en
sa protection le dict lieu de Fleximgues, comme trs oportun 
l'Angleterre et fort ays de le pouvoir deffendre.

Anthonio de Guaras a port, ces jours passez, en ceste court, une
relacion des choses advenues prs de Montz[3], par lettre que le duc
d'Alve luy en a escripte de Bruxelles; o il mande la dfaicte sur les
Huguenotz estre fort grande, et qu'il y en a envyron troys mille cinq
centz de mortz, avec fort petite perte des leurs, plusieurs
prisonniers de qualit et vingt cinq enseignes et huict cornettes
prinses; ce qui met assez de rfroidissement  ceulx cy: bien que
d'ailleurs la certitude qu'ilz disent avoir de l'arrive du prince
d'Orange, en Gueldres, avec sept mille reytres et trze mille hommes
de pied, les eschauffe. Sur ce, etc.

  [3] Voir ci-dessus _note_ p. 44.

    Ce IIIe jour d'aoust 1572.




CCLXVIIIe DPESCHE

--du VIIe jour d'aoust 1572.--

(_Envoye jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience accorde  l'ambassadeur et  Mr de La
    Mole.--Ngociation de Mr de La Mole au sujet du mariage.--Desir
    d'lisabeth que le duc d'Alenon passe en
    Angleterre.--Suspension d'armes en cosse.--Nouvelles de Marie
    Stuart.


    AU ROY.

Sire, je ne doubtois nullement que la Royne d'Angleterre ne ft une
bien bonne rception  Mr de La Mole,  cause de la plus estroicte
amity qu'elle a maintenant avec Vostre Majest, mais elle la luy a
faicte beaucoup meilleure que je ne l'avois espr, et nous a donn,
mardy dernier, au lieu de Sthon, une trs favorable audience, de
laquelle n'est besoing que je vous racompte icy ce que j'ay dict et
faict pour introduire le dict Sr de La Mole et sa lgation vers elle,
car j'ay mis peyne de n'y rien oublier, et seroit trop long de le vous
rciter; ny que je vous reprsante aussy, Sire, ce que luy, de sa
part, et en une trs bonne faon et avec parolles vifves et pleines
d'efficace, et bien accompaignes de tout ce que l'honneste prsence
et bonne grce et modestie d'ung gentilhomme les a peu segonder, luy a
tenus, car je laysse tout cella  vous estre mieulx cognu, quand
bientost il s'en retournera.

Et vous diray seulement, Sire, qu'elle a monstr d'avoir aultant
agrable le message et le messager, comme Vostre Majest le pourroit
desirer, ainsy que les honnestes responces et les trs grandz
mercyementz, qu'elle nous a charg de vous en faire, le nous ont
tmoign; qui, entre aultres choses, elle vous prie, Sire, de vouloir
croyre que l'obligation qu'elle vous a pour la suyte de tant d'amity
et de bonne affection, dont, de plus en plus, il vous plaist
persvrer vers elle, la rendent non moins germayne  Vostre Majest
ny moins vraye fille de la Royne, vostre mre, que le pourroit estre 
toutz deux Madame Marguerite; et qu'elle vous avoit desj envoy sa
responce, de laquelle elle attandoit, dedans troys jours, une dpesche
de son ambassadeur, pour savoir comme Vostre Majest l'auroit prinse,
et que, sur ce qu'il luy en manderoit, se pourroit, puis aprs,
adviser comme passer plus avant. Et me semble, Sire, qu'elle a
commanc, ceste foys, d'uzer des mesmes parolles et contenances que
j'avois auparavant remarques d'elle, quand elle dellibroit  bon
esciant d'entendre au propos de Monsieur, de sorte que je n'estime
l'avoir jamais cognue mieulx dispose  la rsolution de se marier que
maintenant, inclinant nantmoins  vouloir estre satisfaicte de la
venue de Monseigneur le Duc plus pour cognoistre, ainsy qu'elle dict,
si elle luy sera agrable, et si les difficults qu'il pourroit faire
d'elle le pourroient divertir, que non pas qu'elle s'arreste  celles
qu'on luy a faictes de luy; assurant la dicte Dame qu'elle le rpute
d'estre tel, sellon le rapport qu'on luy en a faict, qu'elle ne
s'estime assez digne d'estre sienne, et qu'elle nous vouloit bien
promettre, s'il venoit icy, et que le mariage ne succdt, qu'elle
prandroit sur elle la plus grande moicti de la honte, d'avoir est
plustost refuze de luy, que non pas qu'elle ne l'eust voulu accepter;
et puis l'excuse de la religion pourroit servir  toutz deux:
monstrant la dicte Dame une fort grande affection  ceste entreveue et
de chercher elle mesmes comme elle se pourroit faire, sans qu'il y
court nul intrest de vostre grandeur, ny de celle de Mon dict
Seigneur le Duc.

Et je voy bien, Sire, que ceulx de son conseil ne sont trop marris
qu'elle ayt ceste opinyon, affin qu'elle mesmes face l'lection de son
mary.

Et je luy ay respondu, Sire, qu'il y avoit beaucoup de voyes bien
honnestes et bien fort honnorables  Monseigneur le Duc pour venir
vers elle, et qu'elle s'assurt hardiment d'avoir aujourdhuy tant de
pouvoir sur luy qu'il feroit trs volontiers tout ce qu'elle
vouldroit, et qui seroit de son contantement; et que, sans doubte, il
viendroit aussytost qu'il entendroit ceste sienne bonne volont, mais
elle mesmes ne le debvoit, en faon du monde, desirer sinon  la
charge de le prendre pour mary, aussytost qu'il seroit icy, ou bien de
le retenir prisonnier en la Tour de Londres; car il ne y avoit nulle
assez honnorable voye pour s'en retourner: et que je ne croyois pas
que Vostre Majest, ny la Royne; qui est comme mre  toutz,
voulussiez, sans quelque assurance du dict mariage, jamais consentir
qu'il y vnt; ayant ajouxt, Sire, affin de ne laysser trop de duret
en ce qui, peu  peu, monstre se ramoller en ce propos, que, comme
nous la suplions  elle de n'introduire nouvelles difficults et
longueurs en cest affre, qu'ainsy vous suplierions nous trs
humblement, Sire, de ne vous randre difficille en rien de ce que, sans
diminuer la rputation de vostre couronne, ny la dignit de Mon dict
Seigneur le Duc, vous pourriez complaire  la dicte Dame.

Et aprs plusieurs bien fort gracieulx propos, qu'elle nous a
continus plus de troys heures  son grand contantement, quelquefoys
avec toutz deux ensemble, et quelquefoys sparement avecques luy,
parce que j'ay estim que cella seroit trs oportun; et, aprs qu'elle
nous a heu de rechef pris de randre plusieurs sortes de mercyementz 
Vostre Majest et  la Royne, vostre mre, pour elle, avec une si
honnorable mencion de Mon dict Seigneur le Duc que de plus honnorable
ne s'en pourroit faire de nul prince qui vive, sans oublier ung
expcial grand mercys de l'lection que Voz Majestez, et luy, aviez
voulu faire de Mr de La Mole pour le luy envoyer, elle nous a, pour
ceste premire foys, bien fort gracieusement licenciez, remettant 
nous voyr le jour ensuyvant  la chasse, o elle nous convioit.

Et, au sortir de la dicte audience, le dict Sr de La Mole a salu le
comte de Lestre et le comte de Sussex, et Me Smith, avec les lettres
qu'il leur a prsentes et avec les bons propos qu'il leur a tenus;
qui ont monstr d'adjouxter je ne say quoy de nouvelle disposition 
celle qu'ilz avoient toutjours  ce propos. Et nous a le comte de
Lestre depuis faict entendre qu'il seroit bon que ne nous lassissions
de temporiser icy quelques jours; dont faysons estat d'accompaigner la
dicte Dame jusques  Quilingourt, o milord de Burgley et le comte de
Lincoln, qui sont maintenant absentz, ne faudront, lundy prochain, de
s'y rendre.

Et cependant j'ay receu ung petit pacquet du Sr de Vrac, du
pnultiesme du pass, qui porte l'abstinance d'armes en Escoce pour
deux moys, sellon la forme d'un brouillard qui contient la
publication que, ce mesme jour, en a est faicte  Lislebourg; et ay
pareillement sceu, en ce lieu, des nouvelles de la Royne d'Escoce par
le retour d'ung mien secrettre, que je luy avois envoy avec ce peu
d'argent, qui m'assure qu'elle se porte bien de sa sant, mais ennuye
de se voir toutjours estroictement garde, bien que, depuis ung moys,
l'on luy permet de aller souvant se promener aux champs. Je n'ay
oubli de faire vers la Royne d'Angleterre l'office que m'avez
command pour elle, qui a est assez bien receu. Il n'y a icy rien de
nouveau de Flandres depuis mes prcdantes. Sur ce, etc.

    Ce VIIe jour d'aoust 1572.

   La nuict aprs notre audience, la Royne d'Angleterre s'est
   trouve bien mal pour s'estre promene trop tard au serein,
   faysant bien froid; et pour avoir trop travaill  la chasse,
   les jours auparavant; mais aujourdhuy elle se porte fort bien,
   et sommes conviez pour l'aller accompaigner aux champs aprs
   dner.




CCLXIXe DPESCHE

--du XIe jour d'aoust 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Bourdillon._)

  Maladie et rtablissement d'lisabeth.--Ngociation de Mr de La
    Mole avec les comtes de Leicester, de Sussex et de
    Warwick.--Audience.--Insistance d'lisabeth pour que le duc
    d'Alenon vienne en Angleterre.--Desir de Leicester d'tre
    charg d'une mission en France.--Nouvelles de
    Flessingue.--Crainte des Anglais que Strozy ne s'empare de
    cette ville pour la France.


    AU ROY.

Sire,  l'occasion d'ung peu de mal d'estomac qui a prins  la Royne
d'Angleterre, le jour qu'elle nous a donn audience, au lieu de Sthon,
ainsy que, par le post scripta de noz prcdantes, du Ve du prsent,
nous le vous avons mand, elle a est deux jours sans sortir de la
chambre, pandant lesquelz les comtes de Lestre, de Sussex et de Warvic
nous ont men chez ung riche gentilhomme voysin; l o ilz nous ont
faict fort honnorer et bien tretter, et nous ont, le matin et l'aprs
dne, donn beaucoup de plsir dans les parcz de la Royne, qui
estoient l auprs, en diverses sortes de chasses qui n'ont est moins
roales que si la Royne mesmes s'y ft trouve; et avons heu ample
commodict de ngocier avec les dicts deux comtes de Lestre et de
Sussex, dont n'avons perdu temps. Cepandant milord trzorier est
arriv de sa mayson de Burgley, auquel moy, La Mole, ay faict l'exprs
office de recommandation du faict de Monseigneur le Duc, de la part de
Vostre Majest et de celle de la Royne, et avec les mesmes lettres de
Mon dict Seigneur, comme me l'avez command, qui ay trouv qu'il
estoit en toute bonne disposition.

Et le troysiesme jour, la dicte Dame, encores non du tout bien gurye,
nous a permis de la voyr, laquelle, aprs nous avoyr compt de
l'occasion de son mal, et nous avoyr infinyement mercyez de ce que
nous avions monstr ung non moins extrme ennuy, durant sa douleur,
que ung trs singulier plsir aprs qu'elle nous het mand qu'elle
luy estoit passe, elle nous a dict qu'elle avoit cerch son meilleur
soulagement ez lettres de Vostre Majest et en celles de la Royne, et
de Nosseigneurs voz frres, et encores en celle que Monseigneur le
Duc, en particullier, m'avoit escripte  moy, La Mothe; lesquelles
elle s'estoit faictes toutes lire durant son mal, et y avoit trouv
tant de singullires et expcialles occasions de se resjouyr en la
vraye amyti qu'il vous plaist  toutz luy porter, et vous en estre 
jamais tant oblige que, quand elle auroit commanc bon matin de nous
en dire des mercyementz, elle n'auroit achev,  beaucoup d'heures de
la nuict,  vous randre toutz ceulx qu'elle en avoit dans son cueur;
mais elle vous prioit de croyre qu'elle avoit prins l dessus une trs
ferme rsolution d'emploier une bonne partie de sa vye pour en avoyr
aultant de recognoissance, comme Dieu feroit aparoistre au monde
qu'elle en pourroit avoir les moens; et qu'elle avoit pens de ne se
debvoir encores haster de respondre ceste foys  voz lettres ny 
celles de la Royne, jusques  ce qu'elle het entandu, par le Sr de
Walsingam duquel elle attandoit d'heure  aultre ung courrier, comme
Voz Majestez auroient prins sa responce; et pourtant, s'il nous
plesoit temporiser jusques  Quilingourt, elle remettroit allors de
faire ses lettres, ou sinon elle s'esforceroit de nous en bailler 
ceste heure de telles qu'elle pourroit; et qu'elle nous avoit desj
dict que son desir seroit d'estre satisfaicte d'une entrevue, plus
pour le contantement de Monseigneur le Duc, que pour le sien, bien
qu'elle vouldroit que ce ft comme par fortune de temps, qui l'et
pouss par de; et que nantmoins plusieurs doubtes l dessus la
mettoient en peyne, s'il luy arrivoit, d'avanture, quelque
inconvnient au passage, ou bien si, estant icy, l'on ne se pouvoit
accorder des condicions: dont remettoit cella  Vostre Majest, affin
que rien ne procdt jamais d'elle qui vous pt offancer; car c'est ce
qu'elle vouloit le plus viter en ce monde; bien nous vouloit dire
qu'elle avoit des maysons assez voysines de la mer qui seroient fort 
propos pour cest effect.

Sur quoy, Sire, commanantz  ce qu'elle nous avoit discouru de son
mal, et puis de sa convalessance, et sur la faveur qu'elle nous
faysoit de la pouvoir voyr, premier qu'elle ft du tout bien gurye,
et sur le soing que cepandant elle avoit heu de nous faire donner du
plsir dans ses parcz, mais principallement sur les bonnes parolles
qu'elle nous venoit de dire de Vostre Majest et de la Royne, et de
Nosseigneurs voz frres, et de voz lettres, nous luy avons respondu,
l'ung aprs l'aultre, tout ce que nous avons estim qui estoit bien
convenable de luy dire; et vous promettons, Sire, que ce a est tant
au contantement de la dicte Dame que, quand nous avons monstr
creindre de l'ennuyer, pour n'estre encores parfaictement gurye, elle
mesmes a estendu davantage le propos. Dont, sur celluy de notre
temporisement icy, nous luy avons dict que Mr de Vualsingam ne luy
pourroit mander rien de plus expcial de vostre intention que ce que
Mr de Montmorency, Mr de Foix et moy, La Mothe, et puis voz
prcdantes lettres, et puis celles de maintenant, et encores ce que
de parolle  moy, La Molle, et par escript  moy, La Mothe, vous nous
aviez donn charge de luy en dclarer; et qu'il ne failloit, au cas
que la responce qu'elle vous avoit desj mande ne ft si bonne comme
vous la desiriez et l'espriez, sinon qu'elle la nous melliort, et
qu'elle la nous voult faire entire et rsolue; car serions prestz de
l'accepter, et temporiserions trs volontiers pour cest effect jusques
 Quilengourt, ainsy qu'elle monstroit de le desirer; que, quand 
l'entrevue, il n'estoit nul besoing de chercher en cella le
contantement de Monseigneur le Duc, car non seulement il estoit trs
contant, mais tout transform au desir des bonnes grces et des
perfections qu'il savoit estre vritablement en elle, mais c'estoit 
sa satisfaction d'elle qu'on avoit  regarder; et que pour cella
croyons nous bien que Monseigneur le Duc ne regardoit  nul danger ny
inconvnient, ny s'il y auroit quelque diminution de sa propre
grandeur, pourveu qu'il pet aultant deffrer  celle de la dicte
Dame; mais qu'il nous sembloit que Vostre Majest, ny la Royne, ne le
luy vouldriez jamais permettre, et qu'encor que vous jugis trs bien
que nulle sorte de passer vers elle ne pourroit sembler que trs
honneste et pleine d'ung singullier plsir  ce prince, si, ne pouviez
vous voyr qu'il luy en pet rester pas une honnorable ny sinon
accompaigne d'ung extrme crvecueur et d'ung perdurable regret, qui
luy dureroit jusques  la mort, de s'en retourner refuz ou non
accept; et qu'il nous sembloit qu'en ung affaire tant approuv de
Dieu, et louable devant les hommes, et tant plein d'honneur et de vray
contantement aux deux partis, et desj pass par le conseil universel
des deux royaulmes, l'on ne debvoit proposer ung acrochement, lequel
monstroit partir de l'invention de quelque maulvs ange, qui
ourdissoit desj, par la longueur et par la difficult de ceste
entrevue, une entire ruyne du propos, premier qu'il ft conclud.

La dicte Dame, ayant un peu pens l dessus, a monstr qu'elle
desireroit infiniement de cognoistre quel auroit  estre Mon dict
Seigneur le Duc vers son amyti, et a percist qu'il luy failloit
attandre quelque dpesche du Sr de Walsingam; puis a pass  plusieurs
gracieulx propos d'elle et de Monseigneur le Duc, au cas que le dict
mariage succdt entre eulx: dont, ayant prveu ensemble qu'il ne
seroit que bon que moy, La Mole, luy en continuasse encores aulcuns 
part d'aulcunes privs particullarits et remarquables enseignes de
l'inthime affection et dvotion de Mon dict Seigneur vers elle, moy
de La Mothe, les ay ung peu layssez toutz deux, qui en ont tenu
plusieurs, desquelles elle a monstr, de son cost, en sentir ung fort
singullier contantement; et moy, La Mole, suis retourn du mien avec
tousjours meilleure esprance, comme j'espre bientost vous en aller
rendre compte. Cepandant moy, La Mothe, ay press milord de Burgley de
nous faire avoir une rsolution, et il n'a heu rien d'assez aparant
pour en excuser davantage sa Mestresse, sinon de me dire que Vostre
Majest auroit trouv la responce en telz termes qu'il n'estoit
possible qu'on passt  rien plus avant, que vous n'eussiez de rechef
parl, bien qu'il me vouloit assurer que luy et les deux comtes
trouvoient que le voyage de moy, La Mole, estoit trs oportun, et trs
oportunes les lettres que j'avoys apportes, et qu'il ne vouloit, de
sa part, encore cesser de bien esprer.

Ainsy, Sire, nous suyvons jusques  Quilingourt, et nous veulent,
ceulx qui sont bien intentionns en cest affaire, persuader que ce que
ceste princesse monstre d'avoir fort grande affection  ceste entrevue
est le meilleur signe qui se pourroit desirer d'elle, dont nous
conseillent de ne le trop rejecter. Et le comte de Lestre m'a encores
refrayschy  moy, La Mothe, qu'il avoit ung grand desir d'aller en
France pour la conjouyssance des premires couches de la Royne Trs
Chrestienne, et qu'il seroit tousjours prest de partir dans troys
jours, aprs que la Royne, sa Mestresse, le luy auroit command;
laquelle nous a desj dict, Sire, qu'elle le vouloit de bon cueur,
pourveu que ce ft ung filz, et qu'elle prioit Dieu de vous donner ung
daulfin.

Maistre Pelan a rapport de Fleximgues que la ville est tenable, si
la Royne, sa Mestresse, la veult prendre en sa protection; mais il
semble que, icy, l'on est entr en quelque souspeon que le Sr Strossy
s'en vueille saysir, et qu'il a desj escript  ceulx qui y commandent
d'y vouloir recepvoir deux mille franoys. Sur quoy quelqun m'a
declar  moy, La Mothe, que cella rfroydira bien fort les Angloys,
et qu'ilz ne voudroient que les Franoys entreprinsent rien de ce
cost,  la charge qu'ilz favoriseroient tout ce qu'ilz vouldroient
entreprendre ez aultres endroictz. J'ay jett bien loing tout ce qu'on
m'a dict du dict Sr Strossy. Hier, ung des gens du prince d'Orange a
est renvoy d'icy avec force bonnes parolles, et attand l'on de luy
une plus solenne lgation, quand il sera plus avant en pays; dont lors
il sera mieulx respondu. Sur ce, etc.

    Ce XIe jour d'aoust 1572.




CCLXXe DPESCHE

--du XIIIe jour d'aoust 1572.--

(_Envoye jusques  la court par Mr de L'Espinasse._)

  Nouvelles d'cosse.--Vives plaintes de l'ambassadeur contre le
    mpris que font des ordres du roi les Ecossais qui occupent
    Leith.


    AU ROY.

Sire, estant Mr de La Mole et moy en ce lieu de Conventery,  la suyte
de ceste princesse, laquelle arrive aujourdhuy en la mayson du comte
de Lestre  Quilingourt, qui est  quatre mille d'icy, le Sr de
L'Espinasse m'a envoy de Londres en hors les mmoires qu'il a raport
d'Escoce, sur lesquelz je me suys infinyement esbahy des faons de
procder de ceulx du Petit Lith, qui sont telles qu'elles me semblent
bien requrir, Sire, que Vostre Majest y pourvoye avec authorit pour
ne laysser aller les choses, qui ont est, en ce faict, faictes et
ngocies par vostre ambassadeur en vostre nom,  l'indignit que
ceulx du Petit Lith monstrent qu'ilz les veulent rduyre, qui n'est
sans beaucoup de mespris et quasy mocquerye de vostre grandeur. Il est
vray que la passion les mne de vouloir chercher tant d'avantage
qu'ilz pourront pour ruyner ceulx qui leur font teste; et, si
l'assemble du parlement se pouvoit tenir, possible que l'on
parviendroit  quelque accord, mesmement si Vostre Majest monstre
qu'en toutes sortes elle veult et entend qu'il se face, et qu'il vous
plaise en parler vifvement  l'ambassadeur d'Angleterre et luy dire
que vous n'estes pour comporter qu'on achve de ruyner cest estat, ny
que les dicts du Petit Lith abusent des mesmes moyens qui procdent de
vous contre ceulx qui, plus que eulx, ont espr en Vostre Majest.

Je verray, Sire, comme la Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil
prendront le faict, et requerray en cella ce que j'estimeray convenir
au bien de vostre service; dont par mes premires je ne faudray de
vous en escripre ce qu'ilz m'y auront respondu. Et cependant, pour ne
rien retarder, je mande au dict Sr de L'Espinasse de parachever sa
dilligence vers Vostre Majest, vous supliant trs humblement de le
renvoyer, ainsy bien et bientost expdi, comme jugerez qu'il se
debvra faire, et qu'envoyez par luy quelque petite provision au
capitaine Granges pour le faire persvrer, car en luy consiste
aujourdhuy la conservation de tout ce qui peut dpandre de l'allience
de vostre couronne au dict pays. Sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour d'aoust 1572.


_Par postille  la lettre prcdente._

   Depuis ce dessus, je me suis infinyement pleinct  ceste
   princesse, et aulx siens, de l'atemptat de ceulx du Petit
   Lith, et ilz ont monstr qu'ilz le trouvent trs maulvais;
   dont m'ont promis qu'il y sera indubitablement remdy.




CCLXXIe DPESCHE

--du XXVIIIe jour d'aoust 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Mr de La Mole._)

  Audiences.--Dtails de la ngociation de Mr de La
    Mole.--Dlibration du conseil sur le mariage.--Explications
    sur la rponse donne au roi, qui a t prise en France pour
    une rupture.--Dclarations d'lisabeth qu'elle est dcide  se
    marier, qu'elle ne veut pas rompre la ngociation; mais
    qu'avant de prendre un engagement elle croit l'entrevue
    ncessaire.--Avis donn par les Anglais sur le peu de confiance
    que doit inspirer le gouverneur de Flessingue.--Bonne
    disposition d'lisabeth  l'gard de la ngociation du
    mariage.--Dpart de Mr de La Mole.


    AU ROY.

Sire, au partir de Norampthon, d'o Mr de La Mole, prsent pourteur,
et moy, vous fismes une dpesche, le XIe de ce moys, nous arrivasmes,
le trziesme ensuyvant,  Quilingourt, et le lendemein Mr le comte de
Lestre nous y traicta en festin avec les plus grandz de ce royaulme,
o ayant est plus d'une heure et demye en conversation avec la Royne
d'Angleterre pour luy continuer, en attandant des nouvelles de France,
le propos de Monseigneur le Duc, affin de luy en imprimer tousjours le
desir, et  nous l'esprance, le dict sieur comte nous mena, l'aprs
dne, avec le reste de la noblesse de la court, courre le cerf dans
ung de ses parcz jusques  la nuict; et, le deuxiesme jour aprs, le
Sr de Vassal arriva avec la dpesche de Voz Majestez du VIIe et IXe du
prsent et avec ce que, oultre la dicte dpesche, il vous avoit pleu
le charger de nous dire.

Sur quoy nous allasmes, le XVIIe, retrouver la dicte Dame  Warvic, 
laquelle, aprs aulcuns propos qu'elle mesmes nous commena, nous luy
dismes qu'il nous estoit venu des lettres de Voz Majestez Trs
Chrestiennes sur la responce que son ambassadeur avoit heu  vous
faire,  la fin de juillet; et de tant que luy mesmes avoit ouy les
parolles et veu les contenances, dont luy aviez uz quand il la vous
avoit dclare, et qu'il avoit trs bien recueilly le tout, nous nous
assurions que desj elle avoit mieulx entendu la faon comme Voz
Majestez avoient prinse la dicte responce par le discours de ses
lettres que nous ne luy saurions reprsanter sur celles de Voz
Majestez. Et, sans rien toucher  la dicte Dame de la lettre qu'elle
luy avoit escripte le XXIIe de juillet, parce que vous le nous
deffandiez, nous ajouxtmes seulement qu'il n'estoit pas  croyre
combien il vous avoit touch au cueur que la dicte responce n'eust
est conforme  vostre honneste desir; et combien Vostre Majest et la
Royne, vostre mre, vous estiez vergongniez de ce que, cuydantz avoir
bien mesur vostre offre pour la plus juste, la plus honnorable, et
quasy la plus ncessayre que vous heussiez su faire  une telle
princesse comme elle, laquelle vous aymiez et observiez plus que nulle
aultre de la Chrestient, elle nantmoins vous het randus confus, et
vous het condampns de n'avoir heu bon jugement en cella; et qu'aprs
y avoir bien pens et dellibr avec ceulx de vostre conseil, et ne
pouvantz juger, par les choses que Mr de Montmorency et Mr de Foix,
vous avoient rapportes, et par celles que je vous avois escriptes, et
encores par celles que Mr le comte de Lincoln et ses aultres
ambassadeurs vous avoient dictes, qu'il ft possible que ceste
responce het  estre celle rsolue qu'elle avoit dans son cueur, Voz
Majestez la suplioient de vous en randre une meilleure et plus
aprochante du vray contantement que vous aviez espr d'elle.

La dicte Dame, comme procupe d'une peur que nous voulussions rompre,
et rsolue nantmoins, pour la recordation de ce qui luy estoit advenu
du premier propos, de ne changer point d'opinion, s'escria ung peu en
elle mesmes disant:--Ha! je voy bien, par la responce de mon
ambassadeur et par ce que je oy maintenant, que la Royne Mre, comme
prudente et vertueuse, a voulu estre sage pour son filz et pour moy,
et ne veut que nous nous voyons de peur qu'il ne se puisse contanter
d'une telle femme, ou que je ne puisse demeurer bien satisfaicte d'ung
tel mary. Et aprs, s'estant adress  nous, continua nous dire que,
puisque les lettres tant honnestes et pleines d'honneur et de mille
satisfactions que je luy avois prsentes en la mayson de milord
trsorier, escriptes de vostre mein, et de la Royne, et de Monseigneur
le Duc, avoient est cause de luy faire mliorer sa premire responce,
du XXIIe de juillet, par laquelle elle mandoit que les difficults de
l'eage empeschoient qu'elle ne pet satisfaire ny  son desir ny 
vostre esprance, et d'avoir, comme par ung bon et nouveau moyen,
propos l'entrevue, affin d'oster les dictes difficults, elle pensoit
que, non seulement vous l'aprouveriez, mais luy sauriez un grand gr
d'avoir, de son cost, faict l'ouverture qui debvoit procder du
vostre; qu'elle prioit Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et Mr
de Montmorency, desquelz troys le langage avoit est semblable, qu'il
vous plet croyre qu'elle n'estoit si traistre, ny si meschante, de
parler d'une entrevue  ung prince de si grande qualit, si elle
n'estoit bien rsolue de se marier, et qu'elle m'avoit, longtemps y a,
assur de la victoyre qu'elle avoit gaigne sur elle en cest endroict;
dont ne voudroit maintenant vendre  si inique et desloyal pris, comme
seroit cestuy cy, le prcieulx trsor de vostre amity et de la Royne
et des princes de vostre couronne, ses enfans, et qu' la vrit elle
avoit plusieurs justes occasions du pass, et plusieurs grandes
considrations du prsent, pour desirer la dicte entrevue, tant pour
la satisfaction de Monseigneur le Duc, affin qu'il n'espoust une
femme qui ne luy plet, que,  dire vray, pour le compte d'elle
mesmes, affin de voyr si elle pourroit tre ayme de luy, et si la
disposition de l'eage, et ce qu'on luy avoit rapport du visage
seroient objetz si vhmentz qu'elle ne s'en pet jamais contanter;
et, de tant qu'elle avoit mis cella en l'arbitre de Voz Majestez, il
n'estoit raysonnable que luy renvoyssiez maintenant la pierre, sinon
que vous voulussiez que ce qu'elle vous avoit mand et ce que Vous et
la Royne, vostre mre, aviez respondu  son ambassadeur, et ce que
nous luy disions maintenant, ft la fin du propos; demeurant la dicte
Dame l dessus bien fort pensive, sans y rien plus adjouxter.

Nous suyvismes  luy dire, Sire, que Voz Majestez la prioient de
considrer qu'il n'est en la mein des mortelz de remdier au poinct
qu'elle allguoit de l'eage, et que vous aviez ung incroyable regret
que ne l'en peussiez satisfaire, dont ne vous restoit que dire l
dessus, sinon ce que Mr de Montmorency, Mr de Foix et moy, luy avions
desj dict, que, tant s'en failloit que vous heussiez pens que les
jeunes ans de Monseigneur le Duc fussent quelque deffault que, au
contrayre, vous estimiez que c'estoit la perfection de ce mariage, et
que vous saviez trs bien que la disposition de la dicte Dame estoit
si bonne et si belle qu'elle se retrouvoit plus jeune de neuf ans
qu'elle n'estoit, et aussy la vigueur et belle taille et bonne
disposition de Monseigneur le Duc luy anticipoient  luy son eage
d'aultres neuf ans, par ainsy, qu'ilz se rencontroient d'en avoir
chacun vingt et sept; et, au regard de l'entrevue, que si Vous, Sire,
et la Royne, vostre mre, cognoissiez qu'elle pet servir  vous
donner le contantement que vous espriez et desiriez plus que chose du
monde, que vous vouldriez que Monseigneur le Duc ft aujourdhuy
plustost que demein devers elle; mais, si la dicte entrevue avoit 
estre en vein, et que la dicte Dame n'et volont de se marier, comme
ses responces vous en faysoient doubter, ny voult avoyr Mon dict
Seigneur le Duc agrable, duquel elle avoit desj veu le pourtrt, et
avoit entendu, par beaucoup des siens, quel il estoit, ce ne seroit
qu'adjouxter ung par trop grand malcontantement  celluy que vous
aviez desj bien grand de la responce qu'elle vous avoit mande. Dont
nous la voulions trs humblement suplier, et la conjurer, par les
mrites de la parfaicte bienveillance et loyalle amity que Vous et la
Royne, vostre mre, luy portiez, et par la dvotion et servitude de
Monseigneur le Duc vers elle, qu'elle voult, sellon sa prudence, et
par l'advis des seigneurs de son conseil, avec lesquelz nous desirions
qu'elle communicqut de ce faict, vous faire une meilleure responce,
et telle qu'il n'en pet ruscyr qu'une bonne conclusion de propos, et
non jamais fin en vostre commune amity, sinon lorsque vous cesseriez
de n'estre plus au monde.

La dicte Dame, raulant la teste, nous respondit, avec ung meilleur
et plus joyeulx visage, qu'elle estoit contante de parler  ceulx de
son conseil et faire voyr  Voz Majestez que vous ne sauriez trouver
princesse, en toute la terre, qui plus s'esfort de correspondre 
l'amity, qu'avez tousjours monstr luy porter, qu'elle feroit. Et
entrant l dessus en plusieurs devis avec Mr de La Mole, lequel je luy
layssay seul pour parler  ses conseillers, elle fit toutz les
semblantz du monde d'avoir fort agrable ce qu'il luy disoit de son
Maistre, et luy fit reprandre  luy mesmes plus d'esprance que par
ses premiers propos elle n'avoit monstr de nous en vouloir donner.

Et sur ce, se retirant pour ung peu de temps fort joyeuse en sa
chambre, dict  Mr le comte de Lestre qu'il nous retnt pour souper
avec elle; et elle mesmes nous convia. Puis,  bout de pice, estantz
retourns vers elle, la trouvasmes qu'elle jouoit de l'espinette, et
continua,  nostre prire, d'en jouer encores davantage pour
satisfaire au dict Sr de La Mole; et puis, au souper, qui fut ung
festin assez magnificque, elle nous fit devant toute l'assemble les
meilleures dmonstrations qui se peulvent desirer, mesmes aprs avoir
beu  moy, et m'avoir envoy sa couppe et son restant pour la plger,
elle voulut bien monstrer qu'elle avoit agrable le message et le
messager de Mon dict Seigneur le Duc, et beut aussy au Sr de La Mole,
avec plusieurs aultres honnestes dmonstrations et courtoysies que,
pour l'honneur de son Maistre, ung chacun s'effora de luy faire. Et
l'aprs soupe, sur les neuf heures de nuict, ung fort, qui estoit
dress dans une prairie, soubz les fenestres du chasteau, fut assaly
par une partie de la jeunesse de la court, et soubstenu par l'aultre,
o y heut tant d'artiffices  feu, si furieulx et bien conduictz,
qu'il le fit fort bon voyr, et la dicte Dame nous retint jusques
envyron minuict pour en attandre la fin.

Le lendemein, XVIIIe, aprs que le trsorier de la mayson de la dicte
Dame nous het donn  dner, elle nous fit appeller pour nous dire
que, sellon nostre rquisition du jour prcdant, elle avoit mis
l'affaire en dellibration de son conseil, o les lettres de son
ambassadeur avoient de rechef est leues et confres avec nostre
dire, et qu'ayant ouy l'opinion d'ung chacun l dessus, elle se
trouvoit en plus de perplexit que jamais, pour s'estre tant advance
que d'avoir parl de l'entrevue, et qu'elle desireroit avoir est lors
bien empesche de la langue; mais ses conseillers, qui avoient plus
regard  leur affection de la voyr marie que  sa dignit en cest
endroict, luy avoient faict faire cest erreur, se persuadans que
Vostre Majest et la Royne, vostre mre, embrasseriez ce moyen, comme
le meilleur et le plus court, pour effectuer ce que monstriez desirer;
mais elle et eulx s'apercevoient,  ceste heure, encor que bien tard,
que vostre intention estoit au contraire, et que ce qu'elle avoit veu
par ung advis qui luy estoit venu de bien loing, que l'on avoit desj
mis ordre de faire qu'elle ne trouvt non plus de correspondance en ce
segond propos qu'elle en avoit heu au premier, commanoit de
s'effectuer; car, de rvoquer en doubte si elle se vouloit marier,
estoit ramener l'affaire  son commancement, et d'allguer le
malcontantement qui resteroit de l'entrevue, si elle ruscissoit
vayne, estoit l'advertir de se garder bien de la consentir; mais ce,
qui plus la mettoit en peyne, estoit qu'on avoit remonstr  son
ambassadeur que de l'entrevue des princes n'estoit accoustum de
provenir guyres jamais que toute male satisfaction, et cella luy
remtoit devant les yeulx que si, de l'entrevue de troys ou quatre
jours, de Monseigneur le Duc et d'elle, debvoit advenir quelque mal,
quel auroit  estre le reste de leur vye, s'ilz se marioyent sans
quelques prmices d'amity, qui ordinayrement s'acquirent par la
veue; et qu'elle juroit  Dieu que ces doubtes luy faysoient tant de
peur qu'elle se repentoit bien fort d'avoir jamais touch ce poinct;
duquel ny elle, ny ses conseillers ne se pouvoient,  ceste heure,
bien rsouldre.

Nous rpliqumes, Sire, qu'elle debvoit prendre de bonne part ce que
Voz Majestez Trs Chrestiennes aviez remonstr  son ambassadeur qui,
 ce que nous pouvions cognoistre par voz lettres, vous avoit
reprsent les obstacles si grandz, et si esloigns de la facillit
qu'aviez espr trouver en cest affaire, qu' vostre grand regret vous
aviez interprt l'entrevue ne pouvoyr ruscyr que vayne, et pleyne de
mocquerie pour Monseigneur le Duc; et que mesmes il sembloit que vous
heussiez comprins qu'il het uz du mot d'_impossibilit_, dont elle
ne debvoit que bien juger de Vostre Majest et de la Royne, vostre
mre, si, persvrans en vostre singulire affection vers elle, vous
la supliez de vous rendre une meilleure responce. Et Mr de La Mole
adjouxta que cella mesmes, qu'elle pouvoit creindre de l'altration de
vostre mutuelle amity, si l'affaire, aprs l'entrevue, ne succdoit,
se debvoit creindre de ceste heure sur sa responce, au cas qu'elle ne
la vous melliort. Et luy usasmes toutz deux, l dessus, des
meilleures et plus vifves persuasions que nous peusmes, de faon que
la dicte Dame, aprs avoir confess que, si son ambassadeur avoit us
du mot d'_impossibilit_, ou bien vous avoit faict les difficults
non esloignes de cella, que vous aviez heu, et la Royne, vostre mre,
trs juste occasion de doubter beaucoup d'elle.

Elle nous pria de luy donner encores le loysir d'ung jour entier pour
dellibrer dans cest affaire avec son dict conseil; et, sur l'heure
mesmes, monstant  cheval, elle trouva bon que nous l'allissions
accompaigner  Quilingourt, o elle s'en retournoit en chassant; et
l'entretinsmes, l'ung et l'autre,  diverses foys, sur la poursuite de
nostre propos, tout le long du chemin, avec son grand contantement.

Le lendemein matin, nous trouvasmes moyen de luy faire voyr une petite
lettre de la Royne, vostre mre, du Xe du prsent, avec celle que, de
mesmes dathe, Mr Pinart m'avoit escripte, qui l'assuroient fort de la
persvrance de vos bonnes intentions vers elle; et fismes voyr aussy
 milord trsorier, par certains motz de la vostre, comme vous n'aviez
peu comprendre que les difficultez, que Mr de Walsingam vous avoit
allgues, fussent sinon impossibles.

Et ainsy, ayant, par ce moyen et par toute la sollicitation que nous
peusmes, envers les seigneurs de ce conseil, ung  ung, et envers les
principalles dames de ceste court, bien dispos l'affaire, ce jour se
passa en de bien grandes et bien dbatues dellibrations, non du tout
si vives et conformes entre ceulx du dict conseil comme nous l'avions
pens. Tant y a que, le vintgiesme de ce moys, estantz de rechef
mandez  Quilingourt, la dicte Dame, aprs nous avoir entretenu
quelque temps d'aulcunes petites advantures, qui luy estoient advenues
le matin  la chasse, et aprs nous avoyr faict ouyr, plus d'une
heure, sa musicque en la chambre de prsence, elle nous mena en la
prive.

Et l, en prsence de milord trsorier et des comtes de Sussex, de
Lestre, de Lincoln, de maistre Quenolles, de sire Jacques Serofz, de
maistre Smith, toutz officiers principaulx, et du conseil priv de la
dicte Dame, elle nous dict qu'ayant bien examin et fait examiner de
prs par ceulx, qui estoient l prsentz, tout l'estat de cet affaire,
elle estoit bien ayse d'avoir trouv que le principal escrupule ne
provnt maintenant que de ce qu'il sembloit que son ambassadeur ne se
ft bien explicqu en la responce qu'il avoit heu  vous faire, ou
bien que Voz Majestez ne l'eussent bien comprinse; car n'avoit heu
charge de dire sinon que de l'ingallit de l'eage procdoit beaucoup
de grandes difficults, qui empeschoient qu'elle ne vous pet
respondre sellon que vous l'espriez et sellon qu'elle l'het bien
desir, et qu'elle estimoit qu'une entrevue pourroit beaucoup
esclarcyr l'ung et l'aultre de leurs plus grandz doubtes, mais non
qu'elle luy het mand du mot d'_impossibilit_; car het est chose
fort absurde de parler d'une entrevue sur un affaire qu'elle het
estim impossible, et que si Voz Majestez avoient prins l'un pour
l'aultre, et qu'il vous eust reprsent les difficults comme
impossibles, elle confessoit que la Royne, vostre mre, avoit heu
occasion de faire ses responces ainsy aygres, comme son ambassadeur
les luy avoit escriptes, et comme nous mesmes ne les luy nions pas. De
quoy, par la petite lettre que nous luy avions faicte voyr le jour
prcdent, et par ce que nous avions communicqu  milord trzorier,
elle demeuroit maintenant satisfaicte; et vouloit, devant Dieu,
assurer Vostre Majest et la Royne, vostre mre, que, depuis le temps
qu'elle avoit accord  ceulx de son conseil de vouloir, pour le
bneffice de ses subjectz, rsoluement se marier, et qu'elle m'en het
faicte la dclaration pour la vous mander, elle y avoit tousjours
persvr, et ne s'estimeroit digne du lieu, o Dieu l'avoit mise, si
elle avoit vary; car ne pouvoit juger que ce ft ung acte d'un prince
d'honneur de ne tenir sa parolle  qui qu'il l'et donn; et tant
plus, quand elle l'avoit mande  ung trs grand roy, auquel elle
avoit beaucoup d'obligation; et que ceulx qui, du commancement du
propos de Monsieur, frre de Vostre Majest, avoient voulu dire
qu'elle n'en entretenoit la praticque, sinon pour servir  ses
affres, et pour en augmanter sa rputation, avoient est conveincus
pour menteurs et pleins de grand calomnie, pour l'espreuve de ce qui
s'estoit veu depuis, qu'elle avoit pass si avant qu'elle layssoit
bien maintenant  nous mesmes de juger si c'estoit par l'esprit de
Dieu, ou bien de Satan, son adversayre, que leur mariage avoit est
interrompu; et que, pour la considration, non d'elle en faon que ce
ft, mais pour divertir le mal qui menassoit son estat et ses subjectz
d'une invitable ruyne, par faulte de certein successeur, incontinent
qu'elle seroit morte, qu'elle persvroit, plus que jamais, de se
vouloir sacriffier elle mesmes pour leur en laysser ung.

Dont avoit, de rechef, rsolu avec ceulx de son conseil, et ainsy le
dclaroit  nous, en leur prsence, qu'indubitablement elle vouloit
prendre mary; et que, touchant ce poinct, nous en assurissions
ardiment Vostre Majest: et, si nous luy demandions d'o? elle nous
respondoit de grand lieu, parce qu'elle n'estoit petite; et qu'en ce
que Voz Majestez luy proposoient Monseigneur le Duc, de quoy elle ne
vous sauroit jamais assez remercyer de vous estre ainsy toutz troys,
l'ung aprs l'aultre, offertz  elle, elle vouloit bien dire que le
party estoit fort honnorable; car nul aultre prince, en toute la
terre, se pouvoit vanter d'estre de meilleure, ny plus grande, ny plus
royalle extraction que luy, et luy mesmes estoit si royal et tant
accomply en excellantes qualitez d'un gentil et valeureux prince,
qu'il mritoit une trop plus grande et meilleure fortune qu'il ne la
pourroit rencontrer en elle, ny en une aultre princesse qui ft plus
grande qu'elle; mais, quand  ce qui pouvoit concerner  elles mesmes,
encores qu'elle desirt se sacriffier pour ses subjectz, ce n'estoit
toutesfoys en sorte qu'elle voult encourir l'extrme tourmant d'ung
maulvais mariage, car ce luy seroit ung perptuel enfer en ce monde.
Dont, pour s'esclarcyr de cella, en l'endroict de Monseigneur le Duc,
et voyr si les difficultez de l'eage et aultres qui se trouvoient
entre elle et luy, se pourroient oster par une entrevue, elle, de
rechef, nous accordoit de remettre ce poinct  Voz Majestez Trs
Chrestiennes affin qu'il vous plet regarder si, avec l'honneur de
vostre couronne et la dignit de vostre frre et filz, vous pourriez
trouver bon que eulx deux se vissent, bien que, pour la creinte
qu'elle avoit que, ne s'accomplissant le mariage, l'amity que luy
portis se vnt  diminuer, qui seroit chose qu'elle vouldroit plus
viter que la propre mort, elle n'osoit dire ce qu'elle desiroit en
cella; dont suplioit Voz Majestez d'y vouloir regarder, et pour elle,
et pour vous, et prendre, de bonne part, ceste sienne dclaration, qui
estoit la plus clre et ouverte qu'elle vous pouvoit faire.

Et exprima la dicte Dame toutes ces choses beaucoup plus amplement, et
avec ung si bel ordre de parolles, prononces d'affection, et avec
tant de grce, et encores avec tant d'ornement, que nous deux, et les
siens mesmes en restmes bien fort esmerveills.

Et, aprs nous estre conjouys avec elle d'ung si vertueux, et si
digne, et vrayement royal propos, qu'elle venoit de nous tenir, fort
conforme  l'affection de Voz Majestez Trs Chrestiennes vers elle, et
bien fort  vostre louange, et de ceulx de vostre couronne, Mr de La
Mole et moy luy dismes que nous ne nous pouvions tenir que ne luy en
baysissions, mille et mille foys, bien humblement, les meins; et
nantmoins nous la voulions prier d'avoir agrable que nous
persvrissions encores en nostre premire instance d'imptrer une
meilleure responce d'elle; car, de nulle part du monde, Voz Majestez
n'attandoient meilleures nouvelles que de son cost, et que nous
savions certaynement que de pires n'en pourris vous avoir, ny qui
plus vous apportassent d'affliction, que si Mr de La Mole n'avoit
trouv icy la correspondance que vous attandiez sur le propos de
Monseigneur le Duc, et rputeriez  grand malheur qu'il s'y sucitt
des difficults qui peussent empescher ou retarder vostre honneste
pourchas, prvoyans bien que ce seroit ung commancement de sape pour
ruyner le meilleur fondement de vostre commune et parfaicte amity; et
luy ozions dire tout librement que vous n'eussiez entreprins de faire
passer Mr de Montmorency par de, ny luy heussiez donn charge, et 
Mr de Foix et  moy, par pouvoir exprs, lequel nous avions monstr 
milord trzorier, de faire  la dicte Dame l'offre de Monseigneur le
Duc, si vous n'eussiez bien mesur par plusieurs grandes
considrations, bien digres en vostre conseil, et par plusieurs
conjoinctes ncessits que vous avez avec elle, qu'il ne se pouvoit
faire qu'elle ne ft toute rsolue d'iceulx deux poinctz qu'elle avoit
desduictz: l'ung, de se marier; et l'aultre, de prendre party de grand
lieu.

Car, pour le regard du premier, voyantz qu'elle avoit rgn quatorze
ans en grande paix, et que Dieu avoit monstr qu'au milieu des plus
divers temps et plus dangereulx, il savoit rgir et gouverner une
monarquie soubz l'authorit d'une princesse, qui estoit ung fort rare
exemple, mais qui rendoit la dite Dame la plus cellbre princesse qui
heust guire jamais rgn au monde, vous jugis trs bien que ce
n'avoit peu estre sans qu'elle ft pleine de grande prudence, et de
grand vertu, et de sages conseilz, et d'un parfaictement bon heur; et
que, se rencontrantz encores tout cella en la personne d'une, que
toutz ses subjectz recognoissoient estre fille et petite fille de
leurs roys, belle princesse et pleyne de majest, laquelle ilz voyent
remplir fort dignement le sige de ceste couronne, ilz luy avoient
trs volontiers oby jusques icy, et avoient dchass bien loing toutz
les empeschementz et difficultez qui aultrement se fussent trouvs en
son rgne, en esprance toutesfoys qu'elle leur laysseroit ung
successeur aprs elle, ce que difficilement ilz vouldroient plus
comporter quand ilz verroient qu'elle se seroit laysse surprendre
d'ung temps qu'ilz ne pourroient plus esprer cella d'elle, qui seroit
une sayson que vous luy jugiez si prilleuse que vous vous doulriez,
ds ceste heure, de ses calamitez d'allors, plus que vous ne vous
pouviez resjouir de ses prosprits prsentes; et qu'il y avoit
plusieurs exemples, de non trop longtemps, que les grandz roys trs
puissantz, et qui manioyent eulx mesmes les armes, ne s'estoient
jamais trouvez plus assurez de leurs personnes ny de leurs estatz,
que quand ilz s'estoient veus mariez et avoir des enfans, et que Voz
Majestez n'estoient ignorantes des desseins qui avoient est faictz
contre la personne, la vye, la qualit et l'estat de la dicte Dame, en
diverses partz de la Chrestient, dont vous assuriez qu'elle n'avoit
peu faire une rsolution si esloigne de sa prudence et de sa vertu et
de tout bon conseil, ny si procheyne de son malheur, que de ne se
vouloir marier; et pourtant vous croyez, avec la confirmation que vous
aviez de sa parolle en cella, sur la quelle vous faysiez plus de
fondement que en tout le reste, que, sans aulcun doubte, elle
prendroit mary.

Et quand  dire d'o? qu'il estoit vray qu'avant qu'elle nasqut, et
aprs qu'elle estoit venue au monde, la couronne de France avoit
tousjours heu une grande inclination vers elle, car le feu grand Roy
Franoys, seul de toutz les princes chrestiens, avoit favoris les
nopces d'o elle estoit yssue, et avoit, premier qu'il apart nul
astre de sa nativit au ciel, desj faict ce bon office pour elle,
guyde possible d'ung bon prsage pour Franoys, son petit filz, lequel
estoit aujourdhuy son vray image au monde; et le Roy Henry, son pre,
l'avoit ayme et avoit heu soing d'elle, pendant qu'elle estoit
princesse, comme si ce het est la propre Elizabeth sa fille, qui fut
depuis Royne d'Espaigne; et Vostre Majest  prsent, l'aviez
tousjours plus respecte et observe que princesse du monde; et, encor
qu'eussiez est assez provoqu de son cost, vous aviez tousjours par
les coups le mieulx que vous aviez peu, sans la vouloir,  vostre
esciant, jamais offancer, ains aviez diverty, de vostre pouvoir, tout
ce que vous aviez apperceu au monde qui pouvoit torner  son offance;
et enfin Dieu avoit si bien segond vostre bonne intention que vous
aviez contract une plus estroicte confdration avec elle; et vous
trouviez aujourdhuy, si vous n'estiez bien tromp, le premier d'entre
toutz ses alliez, qu'elle aymoit le mieulx, et en qui elle avoit plus
de fiance, comme aussy Voz Majestez luy portoient plus de
bienveillance et de cordiale amity qu' princesse de la terre; et
que, vous retrouvant en ce degr, vous estimiez n'apartenir  nul si
bien qu' Vous et  la Royne, vostre mre, de luy pourchasser party;
dont luy aviez offert Monseigneur le Duc comme ung d'entre ses plus
certains amys, et de si bon lieu que de meilleur n'en estoit au monde,
et lequel vous cognoissiez si garny d'excellantes qualits, de vertu,
de valeur et aultres dons du ciel et de nature, que vous oziez donner
ce tesmoignage  vostre frre, qu'il ne luy restoit plus qu'estre
receu en la bonne grce d'elle, pour estre ung des plus accomplis
princes de l'Europe: dont n'aviez peu doubter que trs volontiers elle
ne l'acceptt.

Mais, de tant que vous ne vouliez rien demander en cest endroict qui
ne ft pour l'advantage d'elle, et de sa rputation et honneur, nous
la voulions bien suplier d'avoir le pareil esgard  vous, de ne
requrir rien de Monseigneur le Duc qui semblt extraordinayre ou non
accoustum aulx plus grandz princes, car ne pouvions estimer qu'il
pet comparoistre devant elle en ceste entrevue, sinon ainsy que
feroit le criminel devant ung juge, duquel il attandoit la sentence de
sa mort et de sa vye, ce qui luy diminueroit beaucoup de ses bonnes
grces, l o, s'il venoit bien assur de celles d'elle, elle ne
trouveroit qu'il en deffaillt une seule en luy; et avions l'exemple
du Roy d'Espaigne et de la feue Royne, sa seur, qui s'estoient bien
maris sans se voyr, qui n'estoient rien de plus que les deux, dont
nous traictions  prsent.

A quoy elle me respondit que je n'allgasse plus cest exemple, car il
n'avoit heu ung seul rencontre de bonheur; dont continuay que,
puisqu'ainsy estoit, qu'elle ne vouloit changer d'opinion, que Mr de
La Mole et moy luy accordions trs vollontiers que le dict point de
l'entrevue ft remis  Voz Trs Chrestiennes Majestez; mais, affin
qu'il y restt moins de difficults, nous la voulions trs humblement
suplier de nous accorder que toutz les articles, qui avoient est
dtermins sur le propos de Monsieur, frre de Vostre Majest,
demeurassent entiers, et desj toutz accordez pour Mon dict Seigneur
le Duc.

A quoy elle nous respondit qu'elle en estoit contante, sinon seulement
des articles de la religion, ainsy qu'elle l'avoit auparavant escript
 son ambassadeur, affin qu' toutes advantures, si le mariage n'avoit
 ruscyr, cella pet servir d'honnorable excuse  toutz deux.

Nous incistmes que les dicts articles demeurassent, mais,
puysqu'ainsy luy playsoit que l'interprtation, sur laquelle l'on en
estoit demeur pour Monsieur, ft rserve pour s'en accorder allors;
et que, pour ne procder en ung si grand faict par ngociations
incerteynes, elle trouvt bon que le tout ft rdig par escript; ce
que la dicte Dame ne nous refuza, ny l'ung ny l'aultre.

Et encores, aprs avoir examin,  part, le dict Sr de La Mole de
l'intention de Monseigneur le Duc, son Maistre, pendant que les dicts
du conseil me vindrent parler d'aulcunes aultres choses,  quoy je
m'assure qu'il la satisfit grandement, elle nous remeit  nous revoir
encores le lendemein, o nous ne fallismes de nous rendre  l'heure
accoustume, et trouvasmes qu'elle avoit desj escripte la lettre de
la Royne, vostre mre, de laquelle elle nous fit communicquation; et
nous dict qu'elle estoit aprs  mettre la mein  la vostre, et
qu'elle vous vouloit prier toutz deux de respondre pour elle  celle
de Monseigneur le Duc, se ressouvenant bien que, d'aultresfoys, je luy
avois faict faire une semblable erreur en pareille occasion; mais nous
la conjurasmes tant, et luy fismes de si humbles prires pour ceste
faveur vers Mon dict Seigneur le Duc, qu'enfin elle nous promit
d'escripre  toutz deux voz frres. Et nous ayant encores, puis aprs,
mens  la chasse, et faict plusieurs aultres honnestes et favorables
dmonstrations, et qu'elle het monstr en toutes sortes de demeurer
trs satisfaicte de toute la lgation du dict Sr de La Mole, et bien
fort grandement de luy mesmes, elle nous licencia trs gracieusement
toutz deux, et adjouxta ce mot, Sire,--Que le dict de La Mole s'est
si sagement et en si bonne faon conduict et comport, en tout ce
qu'il a heu  dire et faire en ceste court, qu'il y a layss une trs
bonne opinion de luy, et y sera toujours fort bien venu. Et sur ce,
etc. Ce XXVIIIe jour d'aoust 1572.

   Les seigneurs de ce conseil estiment que le capitaine Serras,
    prsent gouverneur de Fleximgues, a intelligence avec le duc
   d'Alve, dont vous suplient que, si Vostre Majest entend que
   les angloys, qui sont au dict lieu, se soient pourveus pour
   leur seurt contre le dict Serras, que ne le vueilliez
   interprter qu' bien, et faire que les franoys n'entreprennent
   de s'y oposer.


    A LA ROYNE.

Madame, de tant que, par aulcunes de voz responces  Mr de Walsingam,
la Royne, sa Mestresse, avoit prins opinion que Vostre Majest
n'estoit si affectionne au bon propos, qui est maintenant en termes,
comme elle l'et pens, et luy en estant le souspeon aulcunement
confirm par quelques lettres, qui naguires avoient t surprinses,
nous avons est en grande perplexit comme luy oster ceste impression;
mais elle mesmes nous en a mis en chemin, nous racomptant par ordre
tout le contenu de la lettre du XXIIe de juillet, de laquelle vous
nous deffandiez de luy en parler, et nous faysant faire par ses
conseillers tout le discours d'icelle et des subsquentes, jusques 
la responce, ce qui nous a donn argument, en luy en pluchant bien
toutz les poinctz, de luy faire cognoistre que Vostre Majest avoit
heu occasion de parler en la faon qu'elle avoit faict, et qu'elle
pouvoit bien comprendre (par la petite lettre que m'aviez despuis
escripte, du Xe du prsent, et par celle de Mr Pinart, de mesmes
dathe, lesquelles nous luy fismes voyr bien  propos), que vous ne
persvriez en nulle plus fervente affection au monde qu'en celle de
ce mariage.

Et me semble, Madame, que ce petit inconvnient n'est advenu que pour
bien, pour la faire dclarer davantage et tirer plus de lumire de son
intention; mesmes que, l'ayantz suplie de n'en imputer rien  son
ambassadeur, ains plustost  Voz Majestez et au trouble que ce avoit
est en vostre cueur de n'avoir trouv tant de correspondance en sa
responce comme vous l'aviez espr, elle nous a assurez qu'elle
n'avoit, ny pouvoit avoir, aulcun malcontantement de luy, et que nul
gentilhomme de ce monde pourroit jamais mieulx mriter de ceste cause,
et pour vous et pour elle, qu'il faysoit; mais ce qu'elle vous en
mandoit par sa lettre serviroit bien fort  son propos; et nantmoins
vous prioit de croyre qu'il n'avoit escript que en trs bonne sorte
toutes les choses que luy aviez dictes.

Sur quoy, Madame, je vous suplie trs humblement me donner charge, par
voz premires, de dire quelque mot  la dicte Dame du contantement que
vous avez de luy, et cepandant prendre de bonne part si, pour ne
rompre ce propos, Mr de La Mole et moy avons consenty  la dicte Dame
qu'elle remt encores  Voz Majestez le poinct de l'entrevue; qui n'a
est sans que nous y ayons opos toutz les plus grandz argumentz que
nous avons peu, qui ont est cause de nous faire gaigner les aultres
deux pointz que verrez en la lettre du Roy; en laquelle nous
racomptons les principalles choses de toute la ngociation qui a est
faicte depuis nos prcdantes; et cella avec quelque peu de longueur
qui, possible, vous sera ennuyeuse, mais c'est affin que, par la
reprsantation des mutuelz propos qui ont est entre la dicte Dame et
nous, et par ses dmonstrations, que nous y avons exprimes, Voz
Majestez puissent mieulx juger en quoy reste l'affaire maintenant, et
y puissent prendre une plus certayne rsolution; bien qu'il reste
encores au dict Sr de La Mole de vous rciter assez d'aultres
particullaritez pour en faire une histoyre: et luy veulx bien rendre
ce tesmoignage qu'il a si bien accomply et sa lgation, et vostre
commandement, par de, et s'est en toutes choses si bien comport que
je ne l'eusse sceu desirer mieulx pour vostre service, ny pour la
satisfaction de ceste princesse et de toute ceste court. Et vous
suplie trs humblement, Madame, de croyre qu'il n'a tenu  nous, ny 
chose quelconque, qui se soit peu faire de la part de nous deux, qu'il
ne vous rapporte maintenant l'entire rsolution de l'affre; mais il
se fault contanter de ce qu'on peut. Et aulmoins veux je bien, Madame,
qu'il vous assure que, sellon les dmonstrations de ceste princesse,
nous l'avons laysse, ceste foys, beaucoup mieulx dispose vers Voz
Majestez Trs Chrestiennes et vers ce propos que je ne l'y avois vue
auparavant; et ceulx qui y ont bonne affection nous crient: _que
Monseigneur le Duc vienne_.

Dont, Madame, si Voz Majestez estiment que, pour une si haulte
entreprinse, il faille mettre au risque et  l'azard la dicte
entrevue, chose  quoy je n'oze adjouxter mon advis, parce qu'estant
le faict de Monseigneur vostre filz, il doibt estre entirement
rserv  la dtermination de Voz Majestez, je vous suplie trs
humblement vous en rsouldre si bien, et si tost, que cella se puisse
accomplir dans le prochein moys d'octobre au plus tard; de tant que
les volonts ne sont perptuelles, ny souvant de guires de dure, par
de. Et desj je say que, de dell la mer, l'on sollicite instamment
la ropture; dont sera trs ncessayre de tenir fort secrette la
dellibration que vous y ferez.

La noblesse de ce royaulme est trs bien affectionne  ce propos, les
principalles dames de ceste court le favorisent, et ceulx du conseil
ont faict ung singullier debvoir de l'advancer; dont adviserez,
Madame, comme leur en faire quelque recognoissance, et comme
satisfaire principallement au particullier de Mr le comte de Lestre,
vers lequel, si Mr de Montpensier se rend si difficile, du party de sa
fille, comme il me deffend par une sienne lettre de n'en parler
jamais, Vostre Majest pourra considrer s'il seroit bon que je mysse
en avant celuy de madamoyselle de Chasteauneuf, ou de quelque aultre,
que Voz Majestez vueillent apparanter avec semblables advantages,
qu'avez desj offertz pour la susdicte de Montpensier. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIIIe jour d'aoust 1572.


   _Par postille  la lettre prcdente._

   Le dict Sr de La Mole, pour l'honneur de Voz Majestez et de
   Monseigneur le Duc, a est fort favorablement reu de ceste
   princesse, et a est bien traict en sa court et en divers
   lieux de ce royaume, et honnor, puis aprs, d'un prsent,
   qui,  la vrit, n'a pas correspondu au reste, ny  la
   libralit, dont le dict Sr de La Mole a uz fort honnestement
   partout, ny  ce qu'on a veu de luy en ceste court, qui est
   arriv  dix sept chevaulx de poste; car n'a est que d'une
   cheyne de troys centz trente escuz, mais, possible, est
   advenu, par ce qu'on n'estoit en lieu commode. Et ne fauldra
   pour cella, Madame, que layssiez de remercyer du reste
   l'ambassadeur d'Angleterre, et que Monseigneur le Duc l'en
   envoye aussy remercyer. Et ne puis obmettre de vous
   ramantevoir tousjours les remdes pour le visage de Mon dict
   Seigneur; car c'est chose qui m'est singullirement recommand
   de ce cost.




CCLXXIIe DPESCHE

--du XXXe jour d'aoust 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Fogret._)

  Effet produit  Londres par la premire nouvelle de la
    Saint-Barthlemy.--Saisie de la premire dpche adresse 
    l'ambassadeur.--Rception de la seconde.--Irritation des
    Anglais.--Rsolution de l'ambassadeur de suspendre toutes les
    ngociations.--Nouvelles d'cosse.--Ncessit de donner 
    Walsingham en France les mmes explications que doit donner
    l'ambassadeur en Angleterre.--Impossibilit o se trouve
    l'ambassadeur de rpondre aux questions qui lui sont faites.


    AU ROY.

Sire, ainsy que Mr de La Mole estoit prest  partir, jeudy matin, pour
aller retrouver Vostre Majest, le premier courrier que m'aviez
dpesch, le dimanche, XXIIIIe de ce moys, arriva icy sans aulcun
pacquet, parce qu'en passant  la Rye, o il estoit venu descendre, au
partir de Roan, les officiers du lieu, ayant desj veu arriver six ou
sept bateaux des gens de la nouvelle religion de Dieppe, toutz
pouvantez de la soubdaine sdition de Paris, prinrent la dpesche
qu'il m'aportoit, et l'envoyrent incontinent  la Royne, leur
Mestresse, qui ne me l'a encores renvoye, parce qu'elle est bien
loing d'icy. Et le dict Sr de La Mole ne layssa, pour cella, de
partir, l'aprs dne, avec l'entier discours de toute la ngociation
qu'avions faicte jusques allors. Et, le soyr mesmes, vint le segond
courrier, qui estoit party de Paris le mardy, XXVIe, par lequel, Sire,
il vous a pleu me mander le regret, que Vostre Majest avoit, que la
sdition de ceulx de la ville n'estoit encores appaise, et que je ne
parlasse aulcunement des particullarits, ny de l'occasion d'icelle,
jusques  l'aultre procheine dpesche, que Vostre Majest me feroit,
le jour ensuyvant[4]. En quoy j'estime, Sire, que vostre troysiesme
pacquet m'arrivera plus tost que l'on ne m'aura rendu le premier; et,
par ainsy, je parleray sellon icelluy, et non sellon l'aultre.

  [4] Voir les lettres du roi en date des 24, 25, 26 et 27 aot
  1572, adresses  Mr de La Mothe Fnlon, ainsi que l'instruction
  qui y fut jointe; _Supplment  la Correspondance Diplomatique de
  La Mothe Fnlon_, contenant les lettres qui lui taient crites
  de la cour.

Et nantmoins je vous veulx bien dire, Sire, que tout ce royaulme est
desj plein de la nouvelle du faict, et que l'on l'interprte
diversement sellon la passion d'ung chacun plus que sellon la vrit;
dont je vous suplie trs humblement de vouloir faire capable
l'ambassadeur d'Angleterre des mesmes choses que me commandez d'en
dire icy, affin qu'il y ayt confirmit de ses lettres  mon parler;
car cella importe beaucoup. Et tout ainsy que je pense bien qu'ung tel
accidant muera assez la forme des choses par dell, je voy que l'on en
est desj icy en telle altration qu'il faudra,  mon advis, qu'on
recommance une nouvelle forme d'y procder, de vostre cost; et ne
pouvant encores bien discerner comme elle aura  se faire, je
laysseray toutes les choses du pass en quelque suspens, jusques  ce
que, par celles qui sont freschement survenues, nous pourrons
cognoistre comment nous gouverner vers celles d'aprs. Et adjouxteray
seulement  ce pacquet l'extrt d'ung chiffre, que j'ay receu de Mr Du
Croc, et une lettre que la Royne d'Escoce m'a naguires escripte, avec
ung sien mmoyre  part; et vous diray sur le tout, Sire, qu'il me
semble tousjours plus expdiant que les diffrendz des Escouoys
soient remis  la dtermination des Estatz du pays, que si Vostre
Majest les prenoit en sa mein; de peur de ne satisfaire  la Royne
d'Escoce, et que ne divisiez l'estat, lequel vous voulez conserver
entier  vostre allience.

Je suplie, de rechef, trs humblement Vostre Majest de faire bien
informer l'ambassadeur d'Angleterre des choses qui ont pass  Paris,
et garder que luy, ny nulz angloys soient oppressez de la sdition,
car cella interromproit beaucoup la bonne intelligence qu'avez
maintenant avecques ce royaulme. Et sur ce, etc.

    Ce XXXe jour d'aoust 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, sur ung cas si nouveau et si inopin, comme celluy qui est
advenu, dimanche dernier,  Paris, l'on faict desj icy tant de
diverses interprtations, qu'on me met en grand peyne comme y
respondre; et, ce matin, Me Wilson, maistre des requestes de ceste
princesse, m'en est venu curieusement demander les particullarits,
mais je me suis excus de luy en rien respondre,  l'occasion que je
n'avoys encores mon pacquet; et seulement luy ay dict que je creignois
que ceulx de la nouvelle religion eussent donn occasion  ceulx de
Paris de s'eslever contre eulx. Il n'est pas  croyre combien ceste
nouvelle esmeut grandement tout ce royaulme. Je verray comment les
choses s'y disposeront, et vous advertiray, le plus particullirement
qu'il me sera possible, de tout ce que, jour par jour, j'en pourray
comprendre. Et sur ce, etc.

    Ce XXXe jour d'aoust 1572.




CCLXXIIIe DPESCHE

--du IIe jour de septembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Remise  l'ambassadeur de la dpche qui a t saisie.--Premiers
    dtails de la Saint-Barthlemy.--Mort de l'amiral
    Coligni.--Assurance que Walsingham n'a d courir aucun
    danger.--Protestation de l'ambassadeur que l'excution n'a
    point t prmdite.--Interruption de toutes les ngociations
    avec la France.--Projet des Anglais de renouer leur alliance
    avec l'Espagne.--Demande de nouvelles instructions sur la
    ngociation du mariage.--Excution du comte de Northumberland 
    York.--Suspension du commerce avec la France.


    AU ROY.

Sire, aussytost que les officiers de la Rye, qui avoient prins le
pacquet que Vostre Majest m'envoyoit par Nicollas le chevaulcheur,
l'ont heu apport en ceste court, ceulx de ce conseil, s'estant bien
courroucs  eulx de la faulte qu'ilz avoient faicte de me l'avoir
retard, me l'ont incontinent remand par le Sr de Quillegrey, avec
plusieurs bien honnestes excuses, et m'ont faict prier que je leur
fisse savoir si ce qu'ilz avoient ouy de tant de meurtres advenus 
Paris, estoit chose vritable, et si Mr de Walsingam y avoit prins nul
mal. A quoy pour leur satisfaire, j'ay communicqu au dict Sr de
Quillegrey la premire lettre de Vostre Majest, du XXVIe du pass, et
luy ay dict que je n'avois rien davantage de tout le dict faict de
Paris, sinon que le chevaulcheur, qui estoit venu, assuroit que,
depuis icelle escripte, et avant qu'il montt  cheval, il avoit veu
la sdition bien allume par la ville, et qu'il savoit certaynement
que monsieur l'Amiral et plusieurs aultres de la nouvelle religion
estoient mortz, mais n'avoit entendu d'o cella estoit procd; et,
quand  Mr de Walsingam, il croyoit qu'il n'avoit nul danger, parce
que ceulx de Paris estoient assez bien instruicts qu'il failloit, en
toutes choses, tousjours respecter les ambassadeurs.

Je croy, Sire, qu'il a est fort  propos que le dict Sr Quillegrey et
Me Wilson, maistre des requestes de ceste Royne, qui aussi m'est venu
trouver de la part des seigneurs de ce conseil sur ceste occasion,
ayent veu la dicte lettre, affin d'oster aux ungs et aux aultres
l'impression qu'ilz avoient que ce ft ung acte project de longtemps,
et que vous heussiez accord avecques le Pape et le Roy d'Espaigne de
faire servir les nopces de Madame, vostre seur, avec le Roy de
Navarre,  une telle excution pour y atraper,  la foys, toutz les
principaulx de la dicte religion assembls; ce que la dicte lettre
monstre combien vostre intention a est esloigne de cella, et combien
le cas a est fortuit et soubdein.

Je voy bien, Sire, que tout ce royaulme en est merveilleusement esmeu,
et qu'on met en suspens le propos de Monseigneur le Duc, celluy du
commerce, les entreprinses de Flandres et toutes aultres choses,
jusques  ce que l'on ayt l'entier esclarcissement comme la chose a
pass, et  quoy se rsouldra meintenant Vostre Majest de
l'entretnement de l'dict de paciffication. Et cependant, Sire, il
semble que ceulx cy veulent, en tout vnement, reprendre quelque
nouvelle praticque avec Anthonio de Guaras, sur les lettres qu'il a
apportes du Roy d'Espaigne et du duc de Medina Celi  ceste
princesse, quand elle estoit  Quilingourt; desquelles la substance
n'estoit que de la venue du dict duc aux Pays Bas; mais ilz veulent
maintenant, sur l'occasion des choses de Paris, les fre servir  ung
plus grand effect, s'ilz peulvent, et prparent aussy d'envoyer, du
premier jour, quelqung en Allemaigne devers les princes protestans.
Dont je retourne suplier trs humblement Vostre Majest, comme je l'ay
desj suplie par mes prcdantes lettres, qu'il luy plaise me mander
la faon comme j'auray  parler de cecy  ceste princesse, affin de la
rendre capable de la vrit des choses; et que faciez, Sire, que Mr de
Valsingam en soit aussy inform, affin qu'il le luy reprsente de
mesmes par ses dpesches.

J'ay touch quelque mot au dict Sr de Quillegrey de ce que me mandiez
en chiffre;  quoy il m'a respondu qu'il n'a pas quinze jours que la
Royne, sa Mestresse, et les siens se fussent bien fort resjouys d'une
telle dclaration, mais qu' ceste heure il croyoit qu'ilz prendroient
nouveaulx advis, et, possible, bien esloigns de ceulx qu'ilz avoient
eus auparavant. Je l'ay fort assur qu'aussytost que j'auroys de voz
nouvelles, lesquelles ne pouvoient guires plus tarder, je les iroys
apporter  la dicte Dame; et ainsy il l'est all trouver. Je seray
bien ayse, Sire, qu'incontinent aprs l'arrive de Mr de La Mole, il
vous playse me mander  quoy Voz majestez vouldront rsouldre du
propos de Monseigneur le Duc, affin que j'en reprenne les erres, le
mieulx qu'il me sera possible.

Vendredy, XXIIe du pass, le comte de Northombelland a est excut
publicquement en la ville d'Yorc, non sans regret de plusieurs, mais
sans tumulte de pas ung, parce qu'on rvre bien fort par de la
justice et l'authorit de leur Royne. Vray est qu'on n'a layss de
donner ung grand blasme aux Escouoys sur l'indignit de cest acte, de
ce que, contre l'ancienne observance d'entre ces ceulx royaulmes, ilz
ont vendu la vie de ce seigneur, lequel estoit all  refuge  eulx.
Sur ce, etc.

    Ce IIe jour de septembre 1572.

   Depuis ce dessus, J'ay receu une lettre de Me Smith,  prsent
   seul secrettaire d'estat d'Angleterre, touchant aulcunes
   choses d'Escoce, et le mmoyre qu'il m'a envoy des dictes
   choses, en escouoys. Il faict aussi quelque jugement de
   celles qui s'entendent de Paris, dont vous envoye l'original
   de sa lettre et le traduict du dict mmoyre. Ceste princesse
   est en quelque opinion d'envoyer bientost le Sr de Quillegreu
   en France. S'il y va, je creins qu'il passera en Allemaigne.


    A LA ROYNE.

Madame, parce que ceulx cy dlayssent presque toutes aultres choses en
suspens, pour entendre  celles qu'on leur a rapportes de Paris, et
savoir d'o est procd l'occasion d'icelles, et quelles consquences
elles produiront, j'ay estim qu'il n'estoit encores bien  propos
d'aller trouver l dessus la Royne d'Angleterre, et qu'il estoit trop
meilleur que j'attandisse vostre procheyne dpesche, affin de luy
pouvoir mieulx apporter la certitude du tout, et avoir, premier que de
luy en rien discourir, la forme comme il plerra  Voz Majestez que je
en parle. Et cependant je satisfay, le mieulx que je puys, par la
lettre du Roy, du XXVIe du pass,  toutz ceulx qui m'en viennent
rechercher; et leur fay cognoistre que c'est ung cas fortuit qui
oncques n'avoit est project, et que le Pape, ny le Roy d'Espaigne,
n'y sont, comme ilz l'estiment, en rien mesls; et qu'il y a grand
apparance que ceulx de la nouvelle religion, aprs la blessure de
monsieur l'Amiral, ayent eulx mesmes provoqu ceste entreprinse contre
eulx.

Il y a plusieurs navyres dans ceste rivire, chargs de draps et
aultres marchandises, pour France, qui debvoient faire voyle,  ce
commancement de septembre; mais tout est arrest jusques  ce qu'on
ayt plus grand esclarcissement de l'affaire, duquel je desire
infinyement que l'ambassadeur d'Angleterre demeure bien diffi, et
que bonne diffication en demeure pareillement vers toute la
Chrestient pour Voz Majestez Trs Chrestiennes, et pour toutz les
vostres, contre ceulx qui vouldront entreprendre d'en rien calompnier.
Et sur ce, etc.

    Ce IIe jour de septembre 1572.

   Je ne puis faire, Madame, touchant le propos de Monseigneur le
   Duc, que je ne vous ramantoyve tousjours de faire acclrer
   les remdes du visage, et de faire advancer, avec l'art, ce
   que la nature s'esforce de rabiller peu  peu d'elle mesmes,
   vous supliant trs humblement d'essayer l'exprience du
   personnage que je vous ay envoy; car la dmonstration, qu'il
   m'en a faicte, est chose si ayse et si seure, que nul ne le
   pourra contredire, et j'en suis, de plus en plus, trs
   instamment sollicit de ce cost.




CCLXXIVe DPESCHE

--du XIIIIe jour de septembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Nycolas._)

  Irritation des Anglais; insultes et provocations faites 
    l'ambassadeur.--Prcautions prises en Angleterre.--Demande
    d'audience.--Retard de la reine  l'accorder.--Audience. Froide
    rception faite par la reine.--Dclaration de l'ambassadeur de
    la ncessit o s'est trouv le roi d'ordonner l'excution de
    Coligni et des protestans, pour prvenir l'excution qu'ils
    voulaient faire eux mmes contre lui, la reine-mre, les ducs
    d'Anjou et d'Alenon.--Curiosit d'lisabeth pour connatre les
    dtails de l'vnement; regret qu'elle prouve, non de la mort
    de l'amiral et des protestans, mais de ce qu'ils ont t punis
    sans l'intervention de justice; son desir que le roi se
    justifie compltement aux yeux de toute l'Europe.--Protestation
    de l'ambassadeur que l'excution n'a pas t
    prmdite.--Crainte de la reine que l'alliance d'Angleterre ne
    soit dsormais abandonne par le roi.--Assurance donne par
    l'ambassadeur que le roi persiste dans le trait d'alliance et
    dans la proposition du mariage du duc d'Alenon; demande que
    Leicester soit autoris  passer en France.--Refus d'lisabeth
    d'envoyer en France Leicester ou Burleigh, de peur qu'ils ne
    soient eux mmes mis  mort.--Mme communication faite par
    l'ambassadeur au conseil d'Angleterre.--Horreur inspire par
    l'excution de la Saint-Barthlemy.--Nouvelle justification de
    la ncessit o s'est trouv le roi d'agir ainsi qu'il a
    fait.--Explications demandes par le conseil sur la rception
    que peuvent esprer les marchands anglais  Bordeaux, et sur
    les projets de Strozzy en Flandre.--Vives assurances d'amiti
    donnes par l'ambassadeur.--tat de la ngociation concernant
    l'cosse.--Efforts de l'ambassadeur pour empcher une rupture
    avec l'Angleterre.--Remontrances par lui faites du danger que
    courrait l'Angleterre si l'on forait le roi  rvoquer l'dit
    de pacification pour s'unir aux projets du pape et du roi
    d'Espagne.--Ncessit de maintenir cet dit en France, et d'en
    donner l'assurance  Walsingham.--Imminence du danger o se
    trouve Marie Stuart par suite de l'excution faite en France.


    AU ROY.

Sire, le temps a est si contraire au Sr de L'Espinasse et au
secrettre de Mr de Walsingam, venantz dernirement ensemble par de,
qu'ilz ont est contrainctz de sjourner troys jours  Bouloigne, sans
avoyr passage, et encores, quand ilz ont entreprins de passer le
quatriesme, ilz ont cuyd prir dedans le port; dont n'a est possible
qu'ilz soient arrivez jusques au troysiesme de ce moys en ceste ville;
o il n'est pas  croyre, Sire, combien la nouvelle confuse, qui avoit
couru devant eulx, ds le XXVIIe du pass, des choses advenues 
Paris, avoit desj immu le cueur des habitans; lesquelz ayant monstr
auparavant d'avoir une fort grande affection  la France, ilz l'ont
soubdein convertye en une extrme indignation, et une merveilleuse
hayne contre les Franoys, reprochans, tout hault, la foy rompue, avec
grande excration de l'excs et avec tant de sortes d'otrages, mesls
de parolles de deffy, par ceulx qui portent les armes, contre
quiconques vouldroit dire le contrayre, qu'il n'a est possible que je
l'aye peu suporter, mesmes que, quand la nouvelle a est plus
esclarcye, ilz ne se sont de rien modrez, ains sont entrs davantage
en fureur avec exagration du faict, et avec opinion que ce ayt est
le Pape et le Roy d'Espaigne qui ont rallum ce feu en vostre
royaulme, pour ne laysser trop embraser celluy de Flandres; et qu'il y
ayt encores quelque maulvais march, entre vous troys, contre
l'Angleterre.

Dont j'entendz, Sire, que, de ceste court, premier que je y aye peu
arriver, a est dpesch ung gentilhomme de bonne qualit devers le
duc d'Alve, par l'entremise de Guaras; et expdi en Allemaigne
aulcuns gentilshommes allemans, qui se sont trouvs icy; et envoy le
Sr de Quillegreu devers les Escouoys pour prendre nouveaulx
expdiantz par dell; et mand au comte de Cherosbery de reserrer,
plus que jamais, la Royne d'Escoce; et faict dilligemment observer
comme je parlerois de ce faict qui estoit advenu; et enfin a est mis
tout l'ordre qu'on a peu, tant par mer que par terre, que nul
inconvnient puisse advenir en ce royaulme, o il ne soit desj
pourveu.

Sur quoy je n'ay layss pour cella, incontinent que le Sr de
L'Espinasse a est arriv, de m'achemyner vers ceste princesse 
Oestoc; laquelle ne m'a pas si tost admis  parler  elle, ains m'a
faict temporiser, troys jours, au lieu d'Oxfort, pour donner loysir 
ceulx de son conseil de s'assembler ce pendant, comme ilz ont faict
plusieurs foys, sur la dpesche de Mr de Walsingam. Et enfin elle m'a
mand venir; qui l'ay trouve, accompaigne de pluseurs seigneurs de
son conseil, et des principalles dames de sa court, toutz en grand
silence, dedans sa chambre prive.

Et elle s'est advance, dix ou douze pas, pour me recepvoir, avec une
triste et svre, mais toutjours fort humayne faon; et m'ayant men 
une fenestre,  part, aprs s'estre ung peu excuse du dellay de mon
audience, elle m'a demand s'il estoit possible qu'elle pet ouyr de
si estranges nouvelles, comme on les publioit, d'ung prince qu'elle
aymoit et honnoroit; et auquel elle avoit mis plus de fiance qu'en
tout le reste du monde.

Je luy ay respondu, Sire, qu' la vrit je me venois condouloir
infinyement avec elle, de la part de Vostre Majest, d'ung extrme et
bien lamentable accidant, o vous aviez est contrainct de passer, au
plus grand regret que de chose qui vous ft advenue despuis que vous
estiez n au monde. Et luy ay racompt, par ordre, tout le fait,
sellon l'instruction que j'en avoys; adjouxtant aulcuns
advertissementz que j'ay estim bien ncessayres pour luy fre toucher
que, par l'aprhension de deux extrmes dangers, qui estoient si
soubdeins qu'il ne vous avoit rest une heure entire de bon loysir
pour les remdier, et dont l'ung estoit de vostre propre vye, et de
celle de la Royne, vostre mre, et de Messeigneurs voz frres, et
l'aultre d'un invitable recommancement de troubles, pires que les
passez, vous aviez est contreinct,  vostre plus que mortel
dplaysir, non seulement de n'empcher, mais de laysser excuter, en
la vye de monsieur l'Amyral et des siens, ce qu'ilz prparoient en la
vostre, et courre sur eulx la sdition qui leur estoit desj dresse;
aprs toutesfoys n'avoyr obmis ung seul office de bon roy envers le
debvoir de la justice, nul de bon prince envers son subject, nul de
cordial seigneur et maistre envers son bien aym serviteur, que vous
ne les heussiez toutz randus  monsieur l'Amiral en sa blesseure,
comme s'il het est vostre propre frre; et aviez encores auparavant
faict vers luy, et vers ceulx de la nouvelle religion, mille sortes de
faveurs et de bon entretnement, de sorte que vous vous condolis
davantage, avec elle, de la perverse intention et horrible ingratitude
qu'ilz avoient uze vers vous; de quoy aulcuns d'eux, premier que de
mourir, avoient confess qu'ilz estoient justement punis, pour avoir
conjur contre leur prince naturel; finablement que vous vous
condoliez d'avoir est contreinct de vous laysser couper un bras, pour
saulver le reste du corps; et que vous vous assuriez, Sire, qu'elle
auroit douleur de cestuy vostre accidant, et ayderoit, en tout ce
qu'elle pourroit, de vous en relever et de modrer vostre regrect.

La dicte Dame, voyant que je luy parlois en aultre faon que possible
elle n'esproit, aprs m'avoir curieusement interrog d'aulcunes
particullarits, m'a respondu qu'elle vouldroit, de bon cueur, que les
crimes qu'on imposoit de nouveau  monsieur l'Amiral et aux siens
fussent plus grandz que ceulx, dont ilz avoient est noths
auparavant, et que leurs conspirations prsentes surpassassent
beaucoup celles du pass, et fussent plus normes que l'escript
qu'elle avoit veu de Mr de Walsingam, ny ce que je luy en disois, qui
l'exprimois davantage, ne les dpeignoient, affin que leurs propres
dmrites les rendissent coupables de la cruelle mort qu'ilz avoient
souferte; ou bien qu'ilz fussent toutz tombez ez mains de Monsieur,
frre de Vostre Majest, pendant qu'il les poursuyvoit, sans que la
victoyre en het est ailleurs rserve; car leur perte, ny de
plusieurs foys aultant de leurs semblables, ne la mouvoit de rien,
n'ayant guyres jamais aprouv leurs entreprinses, sinon ung peu en ce
qu'ilz monstroient de deffendre vostre dict de la paix, et
qu'encores, en cella, et elle plus approuv qu'ilz se fussent
absents, que d'avoir oppos leurs armes contre les vostres, et contre
ceulx qui les portoient pour vous. Mais, ce qui luy pressoit le cueur
estoit la creinte qu'elle avoit de vostre rputation; car vous ayant
choysy pour celluy, d'entre toutz les princes chrestiens, puisqu'elle
n'a point de mary, qu'elle vouloit aymer et rvrer comme si elle ft
vostre pouse, elle estoit infinyement jalouse de vostre honneur, et
pouviez croire qu'elle avoit debbatu vostre justiffication et
innocence, en cest endroict, plus qu'elle n'et faict la sienne
propre; et avoit assur, sur sa vye, que, de vostre naturel, ny
d'aulcune intention qui ft procde de vostre cueur, toutz ces
meurtres n'estoient point advenus; et que c'estoit quelque accidant
estrange, duquel le temps esclarciroit les occasions. Mais quand,
depuis, on luy avoit rapport plusieurs particullaritez, qui avoient
lors succd en vostre prsence, et que mesmes vous aviez faict
aprouver le tout par vostre parlement, comme s'il n'y het des loix en
France contre ceulx qui conspireroient contre Voz Majestez Trs
Chrestiennes et contre les princes de vostre couronne, sinon en
aprovant une sdition, elle ne savoit plus que dire, sinon creindre
que beaucoup de grandz inconvnientz ne vous en adviennent, et prier
Dieu, de bon cueur, pour vous, qu'il les vueille destourner; au reste
vous offroit, de bon cueur, tout ce qui est en son moyen et puissance,
pour l'effect, que je luy demandois, de vous ayder  vous relever de
cest accidant, me priant de l'advertir en quoy ce pourroit estre; car
juroit de n'y rien espairgner, et que mesmes elle avoit le cueur asss
fort pour supporter de perdre ung doigt, et de ne refuzer qu'on le luy
coupt  vostre occasion, pourveu qu'elle pet remdier que vostre foy
et promesse ne fussent de rien intrsez en cest endroict.

Je l'ay infinyement remercy de l'abondance de sa bonne volont vers
vous, et de ce que ses vertueux propos m'assuroient qu'elle
n'aprouvoit aulcunement la male intention de ceulx cy, ny rprouvoit
le chastiement qu'ilz en avoient receu, sinon seulement qu'elle het
bien voulu que ce het est par l'ordre de la justice; ce que je luy
pouvois assurer que Vostre Majest het aussy infinyement desir, mais
je la supliois de considrer que c'estoit tenir le loup par les
oreilles; et qu' deux dangers qui estoient si pressantz, que
l'irsolution d'une heure estoit la ruyne de vostre vye et des
vostres, et l'entire dsolation de vostre royaulme, les plus prsens
remdes avoient est trouvez les meilleurs. Et, quand  ce que vous
pourriez desirer d'elle en ceste endroict, c'estoit qu'elle voult
ainsy juger de vous comme d'ung prince qui, jusques  l'extrmit de
la vye, aviez tenu toutes vos promesses, sans manquer d'une seule 
monsieur l'Amiral et aux siens; qu'elle voult rputer le faict pour
le plus fortuit et le moins prmdit que nul aultre, qui ft jamais
advenu; qu'elle ne voult penser qu'il y het rien mesl de la
religion, ny de la ropture de l'dict, car dellibriez de le fre
droictement observer; qu'elle voult demeurer trs fermement persuade
que c'estoit leur propre conjuration, qui seule avoit provoqu la
sdition contre eulx, et finallement qu'elle ne permt que, pour ce
qui estoit advenu, il ft rien chang ny diminu en vostre mutuelle
amyti, sellon que, de vostre part, vous dellibriez d'y persvrer
plus constemment que jamais.

Elle soubdain m'a rplicqu qu'elle creignoit bien fort que ceux, qui
vous avoient faict habandonner voz naturelz subjectz, vous feroient
bien dlaysser une telle bonne amye, estrangre comme elle vous
estoit, et que la promesse et srement que luy aviez faict de vostre
amity ne fussent assez suffizans rempart contre leurs persuasions;
toutesfoys qu'elle me promectoit d'accomplir vers Vostre Majest tout
ce dont je l'avoys requise, et vous prioit que, pour l'amour d'elle,
vous voulussiez aussi fre deux choses qui serviroient  vostre
justiffication: l'une, d'esclaircir de mesmes les aultres princes et
potentatz de la Chrestient, de l'occasion que vous aviez heue contre
ceulx cy, affin qu'ilz demeurent bien diffiez que ce n'a est
nullement de vostre cost que la foy et promesse ont commanc de se
rompre; la segonde, que vous mainteniez  ceulx de la nouvelle
religion, qui n'ont est de la conspiration, vostre dict; et que les
rassuriez de l'espouvantement qu'ilz ont, pour cest accidant de
Paris; et qu'elle trouvoit bon que je tinse  ceulx de son conseil les
semblables propos que j'avoys faict  elle, parce qu'on parloit fort
estrangement de ce qui estoit advenu; et que ses subjectz estimoient
de ne pouvoir plus trouver de seurt ny en vous, ny en vostre
royaulme: et qu'il y en avoit qui ozoient dire que les mariages, qu'on
avoit mis en avant, avoient est projectez pour dresser une semblable
partie en Angleterre.

Je luy ay respondu que la considration de l'amity et de la
confdration, d'entre Voz Majestez, estoit chose de telle importance
qu'il n'y avoit celluy qui vous ozt jamais conseiller de vous en
dpartir. Et, quand aux choses qu'elle vous requroit, j'estimois que
vous les accompliriez entirement, sellon que je pouvois cognoistre
que vostre intention n'en estoit esloigne, et que vous inclineriez
tousjours fort volontiers  ses honnestes conseilz qu'elle vous
donneroit; et qu'au reste je savois qu'il n'y avoit rien qui ne ft
trs sincre au pourchas de son mariage, ayant receu de voz lettres,
du jour auparavant la blessure de monsieur l'Amiral, par lesquelles
Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et Monseigneur le Duc, m'en
fesiez la plus honnorable et expresse mencion du monde; desirans qu'
cest effect monsieur le comte de Lestre voult accomplir le voyage
qu'il avoit desir fre par dell, et que je la supliois de voyr, par
la lettre de Monseigneur le Duc, en quelle bonne affection il
persvroit vers elle.

La dicte Dame a leu fort volontiers la dicte lettre, et en a receu
contantement; puis, m'a dict qu'elle avoit propos d'envoyer visiter
la Royne Trs Chrestienne, en ses premires couches, par la plus
honnorable ambassade qui ft, de longtemps, passe en France, aulmoins
la plus grande que la couronne d'Angleterre l'et peu fre; mais
qu'elle n'avoit garde meintenant d'y envoyer le comte de Lestre, ny
son grand trzorier, car savoit combien leur mort estoit desire; et,
encores qu'elle se confit entirement de Vostre Majest, si ne
vouloit elle estre veue si imprudente que de l'entreprendre
meintenant, et que, sellon qu'elle verroit procder les choses, elle
se conduiroit.

Au partir d'elle, je suis all fre les mesmes discours aulx seigneurs
de son conseil, et leur ay encores plus exprim les extrmits qui
vous avoient contreint de laysser excuter ceste violence.

Dont ilz m'ont respondu qu'ilz estoient bien ayses que les dictes
extrmits leur fussent encores reprsantes plus urgentes, par mon
dire, qu'ilz ne les avoient trouvez par l'escript de Mr de Walsingam,
et que, sans doubte, le plus norme faict qui, depuis Jsus Christ,
ft advenu au monde, avoit est freschement excut par les Franoys;
lequel les Italiens, ny les Espagnolz, encor que bien passionns,
n'avoient garde de le louer en leur cueur; et seroient les ennemis
plus promptz  le condempner que les amys  le rprouver, pour estre
ung acte trop plein de sang, la pluspart innocent, et trop suspect de
fraulde, qui avoit viol la seuret d'ung grand roy, et troubl la
srnit des nopces royalles de sa seur, insuportable d'estre ouy des
oreilles des princes, et abominable  toutes sortes de subjectz, faict
contre tout droict divin et humein, et sans ordre ny exemple d'aulcun
aultre acte qui ayt est jamais entreprins en la prsence de nul
prince, et qui mesmes avoit plustost mis, que ost de danger Vostre
Majest et toutz les vostres, et qu'enfin la foy avoit est
manifestement viole; mais par qui? ilz estoient bien ayses que je
monstrois que ce avoit est par les subjectz, et desiroient que toute
la Chrestient en demeurt ainsy persuade, comme, de leur part, ilz
ne vouloient que bien juger des actions de Vostre Majest; seulement
voudroient qu'elles heussent est sans sdition, et sans oultrepasser
les ordres de la justice que les princes ont accoustum d'uzer en la
punition des subjectz.

Je leur ay respondu que, s'ilz vouloient mettre en considration les
choses qui avoient pass depuis douze ans en France, et celles qui se
offroient meintenant, si urgentes qu'on n'avoit heu une heure de
loysir pour les pouvoir dellibrer, ilz jugeroient bien que
l'extrmit du mal avoit requiz extrme remde; mesmes que, tout ce
qui se peult ymaginer de salutayre pour la conservation du prince et
de l'estat, s'il n'est du tout aprouv, aulmoins est il excusable: et
qu'en ce faict, Vostre Majest, ny la Royne, vostre mre, ny
Messeigneurs voz frres, n'aviez rien chang de vostre trs clment et
accoustum naturel, facille  pardonner. Ains aviez les premiers
soufert une extrme viollence en voz propres mes, de sorte que leur
Mestresse et eulx debvoient avoir plus de compassion que de hayne de
ce qui estoit advenu; et debvoient demeurer fermes, de leur cost,
comme vous seriez immuable, du vostre, en la plus estroicte amity et
confdration qu'avez naguyres conclue avec elle et son royaulme.

Ilz m'ont rplicqu qu'il n'estoit rien succd de nouveau du cost de
la Royne, leur Mestresse, pour fre creindre la ropture, et qu'il ne
fault doubter d'elle, si elle trouvoit correspondance; dont
communiqueroient avec elle, et puys me feroient avoyr sa responce, me
priant cependant de vous vouloir suplier, Sire, qu'il vous plaise les
esclarcyr de deux choses: l'une, de la seuret que leurz marchandz
pourront trouver  Bordeaulx, o ilz sont prestz d'aller pour les
vins, car ilz se creignent fort de n'y estre bien receus ny bien
trectez; et l'aultre, de ce qu'ilz ont  penser de l'arme du Sr
Strossy.

Je leur ay respondu, quand au premier, que Vostre Majest me
commandoit d'assurer la Royne, leur Mestresse, de vostre persvrance
vers son amity, et vers la paix de son royaulme; et pour le segond,
je l'avoys assure, de vostre part, que l'arme du Sr Strossy n'yroit
en lieu qui pet tourner  son prjudice; ains seroit preste de la
servir, si elle en avoit besoing.

Ilz m'ont rplicqu que ce nouveau accidant, qui estoit survenu,
requroit nouvelle provision et confirmation de ces deux choses, et
qu'avec icelles ilz vous prioient d'avoir leur ambassadeur pour
recommand.

Et, le jour aprs, ilz m'ont mand qu'ilz avoient confr avec leur
Mestresse, et qu'elle m'envoyeroit la responce, conforme  ce que
j'avoys desir.

J'ay obtenu d'eux qu'il se fera, de la part de la dicte Dame, au Sr de
Quillegrey, lequel a succd au Sr Drury, en Escoce, une dpesche
conforme  ce que desirez, d'incister que la ville de Lillebourg soit
laysse en libert; que l'interprtation de rentrer chacun en sa
mayson s'entende chacun en ses biens, tant eclsiasticques que
temporelz; et que l'abstinence soit proroge pour aultres deux moys,
si la paix ne peult succder. Et ainsy j'ay layss le Sr de
L'Espinasse devers eulx pour s'acheminer, avec vostre dpesche et la
leur, par dell.

Despuis, estant de retour en ce lieu, j'ay receu celle de Vostre
Majest, du premier, segond et troisiesme de ce moys; sur laquelle
j'yray retrouver la dicte Dame le plus tost qu'il me sera possible; et
sur ce, etc.

    Ce XIVe jour de septembre 1572.

   Pendant que j'achevoys ceste dpesche, le courrier de la Royne
   d'Angleterre a pass en ceste ville; par lequel j'entends
   qu'elle mande  son ambassadeur de vous fre sa response. Je
   ne say si l'arrive de milord Quiper, et du comte de Bedfort,
    la court, depuis mon audience, y aura faict changer quelque
   chose. Tout prsentement, je viens de recepvoir vostre pacquet
   du VIIIe du prsent.


    A LA ROYNE.

Madame, jamais nul accidant ne se fit tant sentir, en nul pays,
estrange, comme celluy qui est advenu  Paris, se ressent par de, et
a est bien besoing que je me soye comport en quelque faon qui n'ayt
point offanc ceulx cy, car j'ay est le plus observ du monde; et
encores n'aparoit il que violence et ung grand dbordement de parolles
et reproches, par ceste ville, contre toute la France; et cuydoit l'on
que ceste princesse ne me det aulcunement admettre en sa prsence.
Nantmoins elle m'a receu assez humaynement, et, aprs m'avoir ouy,
m'a encores plus gracieusement licenci; et ceulx de son conseil
aussy, aprs ung peu d'aigreur, se sont radoulcis, et sont venus  la
modration que Vostre Majest verra par la lettre du Roy, leur ayant
franchement dict qu'il importoit beaucoup de quelle faon, elle et
eulx, prendroient cest affaire, et de quelle responce ilz vous y
satisferoient; car, s'ilz monstroient de n'en rester point offancs,
et de ne vouloir, pour cella, changer rien des bons termes, auxquelz
ilz estoient avecques Voz Majestez et vostre royaulme, que vous
persvreriez trs constemment de mesmes vers eulx; mais, s'ilz en
uzoient aultrement, ilz vous contreindroient de vous getter
entirement du cost de ceulx  qui, pour aulcuns leurs respectz, ce
qui avoit est faict ne pouvoit dplaire; qui, possible, vous
induiroient de mener encores les choses  de pires consquences que
les passes.

Sur quoy me semble, Madame, que les ay mis  penser, et que si,
d'avanture, ils voyent que les affres en France n'aillent  telle
extrmit contre ceulx de la religion, qu'ilz ne puissent bien
demeurer en vostre intelligence, qu'ilz ne s'en dpartiront point pour
encores; bien qu'il ne fault doubter qu'ilz n'ayent conceu une trs
grande deffiance de nous, et que pourtant il ne nous faille estre ung
peu deffians d'eux. Dont sera bon que faciez prendre garde en
Allemaigne qu'est ce qu'ilz y ngocieront, et, en Flandres, en quelles
nouvelles praticques ilz rentreront avec le duc d'Alve; et qu'est ce
qu'ilz traicteront, en vostre royaulme, avec voz subjectz qui sont de
leur religion; et advertir les gouverneurs des places de dessus la
mer, de de, qu'ilz se tiennent sur leurs gardes; et, en Escoce, 
ceulx du bon party, d'estre bien adviss sur les menes que le Sr de
Quillegreu y fera, mesmement touchant le chasteau de Lislebourg; et
j'auray l'oeil s'ilz hasteront rien icy des prparatifz qu'ilz ont
ordonn pour mer et pour terre, affin de vous en advertyr incontinent.

Il semble nantmoins que si Vostre Majest dispose bien le Sr de
Walsingam, et le rende capable de la justiffication des choses qui
sont advenues; et luy faciez voyr qu'il n'y a heu rien de mesl de la
religion, et que mesmes les Angloys n'ont  esprer moins de seuret
et de bon traictement en France, qu'ilz faysoient auparavant, qu'il
sera possible que le propos de mariage se repreigne; et aulmoins que
la confdration se continue; et qu'on n'yra pas rechercher le Roy
d'Espaigne, et encores procdera l'on, par advanture, plus modrement
vers la Royne d'Escoce, laquelle je vous puis assurer, Madame, qu'elle
est en trs grand danger. Il sera bon de satisfaire, le plus
promptement qu'on pourra,  ceulx de ce conseil, sur les deux poinctz
qu'ilz demandent, de la seuret de leurz marchandz  Bourdeaulx, et du
faict de l'arme du Sr Strossy. Et sur ce, etc. Ce XIVe jour de
septembre 1572.

   Depuis avoyr layss la Royne d'Angleterre, elle a assembl
   toutz ceulx de son conseil, qui, possible, luy auront faict
   changer quelque chose du bon propos o je l'ay laysse; mais
   je la reverray bientost sur les deux dernires dpesches, que
   j'ay reues de Vostre Majest. Je vous suplie trs humblement
   de parler ung mot de bonne affection  Mr de Walsingam pour la
   Royne d'Escoce, car je vous puis assurer, Madame, qu'elle est
   en grand danger; mais que ce soit sans augmenter le souspeon
   qu'on a par de.




CCLXXVe DPESCHE

--du XVIIIe jour de septembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Nouvelles de France.--Efforts du roi pour arrter les
    excutions.--Preuves nouvelles de la conspiration qui avait t
    forme.--Assurance que le roi veut maintenir l'dit de
    pacification.--Le comte de Montgommery rfugi 
    Jersey.--Armemens en Angleterre.--Mort du comte de
    Mar.--Insultes continuelles faites 
    l'ambassadeur.--Difficults que prsente la ngociation du
    mariage.


    AU ROY.

Sire, je vays prsentement retrouver la Royne d'Angleterre pour luy
faire part du contenu ez deux dernires dpesches de Vostre Majest,
du premier et septiesme de ce moys, et croy bien qu'il me faudra
temporiser quelques jours l'audience, parce que la dicte Dame part
aujourdhuy, du lieu o je la layssay dernirement, et s'achemine,
ainsy qu'on dict,  Redin, o  peyne arrivera elle devant samedy au
soyr, et je pourray parler  elle dimanche.

Je luy continueray le propos de la conjuration, naguires dresse
contre Vostre Majest et contre la Royne, vostre mre, et contre
Messeigneurs voz frres, et que vous rendez infinyes grces  Dieu de
vous avoir toutz prservs de l'instant pril o avez est de voz
vyes, regrettant nantmoins, de tout vostre cueur, que la sdition,
qui a est suscite  cause de cella, tant  Paris que ez aultres
endroictz de vostre royaulme, o la nouvelle en est alle, ayt pass
plus avant que contre les seuls conspirateurs; et toutesfoys que vous
aviez mis bon ordre de la faire bientost cesser; et avez envoy les
gouverneurs, chacun en sa province, pour y rasseurer ceulx de la
nouvelle religion, et les mettre en la plus grande saulvegarde que
faire se pourra, sellon la continuation de l'dict; lequel vous
dellibriez faire exactement entretenir, avec pareilh bon traictement
 toutz ceulx de la dicte religion, qui n'auront est de la
conjuration, comme  voz aultres subjectz, en ce, toutesfoys, qu'ilz
demeureront paysibles, et ne se pourront pour encores assembler; et
que la dicte conjuration, oultre la premire avration, qui en a est
faicte devant la sdition de Paris, se va, de jour en jour,
descouvrant si  cler, et mesmes par l'audition de Briquemaut, qui a
est trouv en l'escuyrie de Mr de Walsingam, et puis par Cavaignes,
qui a est prins ailleurs, lesquelz sont toutz deux ez meins de la
justice, qu'il ne fault que l'on en demeure plus en doubte; et
qu'aprs que l'information en sera parfaicte, Vostre Majest en fera
communicquation  toutz les princes voz alliez, et nommement  la
dicte Dame. Et n'obmettray rien vers elle, Sire, de ce qui pourra
servir pour luy faire voyr que vous avez heu la plus juste occasion du
monde de laysser passer les choses, ainsy qu'elles ont. En quoy il
importe assez que la justiffication s'en sante par de par le moyen
de Mr de Walsingam; et je m'assure que la Royne, sa Mestresse, aydera
en ce qu'elle pourra de la faire bien recepvoir d'ung chacun; mais il
y a une telle concurrence entre elle, son conseil et le commun du
royaulme, qu'ilz ne veulent, ny ozent vouloir rien l'ung sans
l'aultre; et creins bien fort qu'il faudra que la dicte Dame, premier
qu'elle passe plus avant au propos de Monseigneur le Duc, fasse voyr
quelque satisfaction  ses subjectz de cest accidant de Paris; lequel
vous jugs bien, Sire, sellon les grandes difficultez qu'on a
tousjours trouv icy, sur le poinct de la religion, qu'il n'en a peu
succder ung qui y ayt apport plus de traverse que celluy l.
Nantmoins je proposeray  la dicte Dame l'entrevue, ainsy qu'il vous
playst, et  la Royne, vostre mre, me le commander, sans luy
obmettre, et aux siens, une seule de toutes les meilleures persuasions
que je leur pourray allguer en cella; mais je voy bien que le trop
grand et le trop rcent sentiment, qu'ilz ont de ce qui est advenu, ne
leur permettra de m'y bien respondre. Dont semble qu'il ne les faudra
trop presser, et qu'il sera meilleur, premier que de rien rompre, de
renvoyer encores l'affaire  Voz Majestez.

Il estoit desj quelque vent que le comte de Montgommery estoit pass
 Gers, mais j'attandoys de le savoir plus certeynement; et m'a le
visadmiral d'Angleterre, son beau frre, pri et faict prier, par
ceulx de ce conseil, de moyenner vers Vostre Majest que le douayre
de sa belle fille luy soit pay;  quoy je luy ay respondu que si le
dict comte se justiffie bien de la conspiration de Paris, que luy
mesmes le pourra payer, et sinon que je luy ayderay envers Vostre
Majest de tout ce qu'il me sera possible. Je n'oublieray, touchant le
dict comte, de faire l'instance que me commandez.

Toutz les principaulx du conseil d'Angleterre sont allez trouver ceste
Royne, et ont mis quelques nouveaulx ordres par le royaulme. Ilz
avoient quelques gens prestz pour les passer encores  Fleximgues,
mais ilz les ont arrests et ont mis en dellibration si l'on
rvoquera ceulx qui sont desj par dell. L'on a mand de tenir prestz
dix grandz navyres, de ceulx qui mieulx peuvent suporter l'hyver en la
mer, affin de les envoyer vers Porsemmue. Il passe toutz les jours
beaucoup de Franoys icy, qui ne sont de grand nom. Je me suis layss
entendre que Vostre Majest a volont de rasseurer en leurz maysons
ceulx qui n'auront est de la conspiration; dont vous plra me mander
comme j'auray  me comporter vers eulx, et ce que j'auray  leur dire.
Et sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre 1572.

   L'on me vient de donner advis qu'en Escoce a succd quelque
   grand meurtre, et que le comte de Mar y a est tu. J'en
   sauray mieulx la certitude, et la vous manderay par mes
   premires.


    A LA ROYNE.

Madame, je loue bien fort les propos que j'ay veus en la lettre du
Roy, du premier de ce moys, que sa Majest et la vostre avez tenus 
Mr de Walsingam, lequel j'espre qu'il les aura escriptz  la Royne,
sa Mestresse, et que je la trouveray maintenant mieulx diffie de Voz
dictes Majestez sur les choses advenues  Paris, que je ne fis
l'aultre foys; dont je la suplieray de faire cesser en ceste ville les
maulvaises parolles, pleines de diffme, qu'on y tient, et les aultres
grandes indignits, dont l'on uze assez publicquement l dessus; qui,
vous prometz, me sont par trop insuportables. Je uzeray le plus
discrtement que je pourray vers elle des deux lettres qu'il vous a
pleu m'escripre du VIIe de ce moys, et mectray peyne de faire si bien
prendre celle qui parle du feu Amiral, que, possible, cella nous
remettra en bon chemin pour le propos de l'aultre; bien que je vous
puis assurer, Madame, que ce nouvel accident luy est,  elle et 
toutz les siens, une playe si profonde et si rescente, qu'il y
faudroit ung bien expert cirurgien, et du baulme fort excellant pour
si soubdein la gurir et rescouder. Et me creins assez, sellon
aulcunes choses que j'ay entendues, qu'on vouldra aulcunement se
rtracter de ce qu'on nous avoit accord par l'escript que Mr de La
Mole vous a apport. Aulmoins ne m'attans je pas que ceste princesse,
laquelle n'a nul certein successeur, face, en ce temps, ung seul pas
hors du royaulme; tant y a que je n'obmettray rien de ce que
j'estimeray la pouvoir bien persuader  l'entrevue, en la faon que me
le mandez; vous supliant trs humblement, Madame, de disposer en telle
sorte le Sr de Walsingam par dell, que ses lettres puissent remettre
icy sa Mestresse et les siens en leur premire bonne disposition: car
vous prometz qu'il y peut beaucoup, et je ne m'y espargneray
aulcunement de mon cost. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre
1572.




CCLXXVIe DPESCHE

--du XXIXe jour de septembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Tauriel._)

  Excutions faites  Orlans,  Lyon et  Rouen.--Entreprise
    dirige contre le chancelier L'Hospital.--Excs de Strozzy
    contre les marchands anglais.--Irritation toujours croissante
    en Angleterre.--loignement montr  l'gard de
    l'ambassadeur.--Mauvais accueil qui lui est fait  la
    cour.--Audience.--Nouvelle insistance de l'ambassadeur sur la
    ncessit o s'est trouv le roi d'ordonner l'excution de
    Paris.--Pratiques imputes  l'amiral Coligni contre
    l'Angleterre.--Consentement du roi  une entrevue, sur mer,
    entre lisabeth, le duc d'Alenon et la
    reine-mre.--Dclaration d'lisabeth que les massacres ne
    peuvent tre justifis, et qu'elle ne doit compter dsormais ni
    sur l'alliance de France ni sur la parole du
    roi.--Justification de l'amiral.--Refus d'accepter l'entrevue
    propose sur mer.--Motifs qui ont d forcer le roi  se dfaire
    de chefs aussi entreprenans et aussi redoutables que l'taient
    l'amiral et ses complices.--Demande de l'ambassadeur que le
    comte de Montgommery soit livr au roi.--Vive assurance que
    protection sera donne aux protestans qui n'ont pas fait partie
    du complot.--Consentement de la reine-mre  ce que l'entrevue
    se fasse dans l'endroit que la reine d'Angleterre voudra
    dsigner.--Dlai demand par lisabeth pour donner sa
    rponse.--Elle accorde l'entrevue, pourvu qu'elle ait lieu 
    Douvres.--Armemens  Londres.--Demande d'un sauf-conduit pour
    les navires du commerce qui veulent se rendre 
    Bordeaux.--Violence des accusations portes en Angleterre
    contre le roi.


    AU ROY.

Sire, les seigneurs du conseil d'Angleterre, lesquelz j'ay trouvs
toutz assembls auprs de la Royne, leur Mestresse,  Redin, avoient
desj, depuis ma dernire audience, heu assez de quoy faire mettre en
suspens  la dicte Dame, par les choses advenues  Paris et  Orlans,
toutes les bonnes dellibrations qu'elle avoit avec Vostre Majest;
mais, ayantz depuis ouy ce qui est advenu  Lion et  Roan, et ce
qu'on leur a dict qui a est faict du chancellier de l'Hospital[5],
et ce que aulcuns de leurz marchandz d'Ouest, qui alloient 
Bourdeaulx pour les vins, leur ont rapport: que l'arme du Sr Strossy
avoit pill, tu, mis  fondz quelques ungs de leur flotte, ilz ont
prins de l ung trs ample argument, aulmoins les partisans de
Bourgoigne, de dissuader tout ouvertement la confdration de France;
de sorte que aulcuns de ceulx, qui l'avoient conseille, m'ont faict
advertir qu'ilz sont si honteux et confus, qu'ilz soufrent toutz les
blasmes du monde, et qu'il n'y a que ceulx l qui soient maintenant
lous jusques au bout, qui crioient tousjours qu'on ne se debvoit
arrester  la foy des Franoys, ny quicter jamais l'intelligence du
Roy d'Espaigne; lequel ne procdoit sans forme de justice en ce qu'il
faysoit, et ne deffailloit de sa foy, ny de sa promesse, aux mesmes
Mores et Mahomtans qui habitoient en ses pays.

  [5] Le chancelier L'Hospital qui, depuis quelque temps, ne
  faisait plus partie du conseil, vivait retir  sa terre de
  Vignay. Au moment des massacres, les habitans des environs
  s'ameutrent, ravagrent ses terres et tranrent  la ville ses
  fermiers enchans. Mais la reine mre, inquite sur son sort,
  envoya pour le protger un dtachement de cavalerie qui arriva 
  temps. La fille de L'Hospital, que le hasard avait conduite 
  Paris, y courut aussi les plus grands dangers. Elle fut sauve
  par Anne d'Este, duchesse de Guise.

Dont estant arriv, Sire, sur ung tel poinct en ceste court, sans
avoyr rien sceu ny estre aulcunement prpar de ces nouveaulx
accidans, qu'ilz disent de Lion, de Roan, du chancelier, ny de
l'injure faicte aux Angloys, il fault que je confesse que je y ay est
assez mal veu, et quasy nul ne m'a oz saluer, sinon la seule Royne,
laquelle,  la vrit, m'a ainsy humaynement receu comme de coustume.

Et j'ay mis peyne de luy particulariser les choses qui estoient
contenues ez troys dpesches, que j'ay reues de Vostre Majest
depuis le commancement de ce moys, sans rien obmettre de ce qui
pouvoit servir  luy faire voyr que vous aviez heu non seulement trs
juste, mais trs urgente, occasion, (sinon que voulussiez perdre vous
mesmes et toutz les vostres, avec vostre estat, pour saulver ceulx qui
vous vouloient ruyner), de laysser passer ainsy les choses qu'elles
avoient; et que, nonobstant icelles, vous persvriez plus constamment
que jamais vers elle, avec la mesme affection de la secourir et luy
assister, l o elle en auroit besoing, encor que ce ft pour la cause
de la religion, comme vous luy aviez promis, et plus abondamment que
ne luy aviez promis; et que vous aviez trouv, parmy les papiers du
feu Amiral, de quoy bien juger d'elle vers vous, et de quoi bien fort
mal juger de luy vers elle, sellon que la Royne, vostre mre, l'avoit
faict voyr  Mr de Walsingam son ambassadeur. Ce qui faysoit qu'en
dtestant l'intention de ce personnage, qui vous vouloit aussy bien
provoquer contre les amys que contre les ennemys, Voz Majestez Trs
Chrestiennes, et toutz les vostres, prenis davantage  cueur la
conservation d'elle, de sa personne, et de son estat, et de sa
grandeur, comme de la vostre propre, connoissant qu'elle n'avoit pas
tousjours est de l'intelligence du dict Amiral en ses excessives
violences contre vous;

Et que vous vous affectionns, pour cella, plus que jamais  la
poursuite du bon propos de Monseigneur le Duc avec elle. Et l dessus,
Sire, je luy ay touch combien le retour du Sr de La Molle avoit
apport de singullier contantement  Voz Majestez Trs Chrestiennes et
 toutz les vostres, et combien vous me commandiez de la remercyer du
bon traictement qu'il avoit receu par de, et de la faveur qu'elle
avoit faicte aux lettres qu'il luy avoit apportes, escriptes de voz
meins, et des honnestes responces qu'il vous avoit rapportes,
escriptes de la sienne, ensemble des honnorables et vertueux propos
qu'elle nous avoit tenus  toutz deux; et que vous aviez aussy pri Mr
de Vualsingam de luy en faire entendre les mesmes merciementz, avec la
recognoissance que vous en aviez dans le cueur; et qu'affin que ne
deffaillissiez de correspondance  la dicte Dame, vous aviez
incontinent faict mettre la matire en dellibration, sur l'escript
que le dict Sr de La Mole vous avoit apport; et que, sans vous
arrester aux doubtes et difficultez, que ceulx de vostre conseil y
avoient faict, sur l'entrevue, aprs avoyr ouy leurs argumentz, Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, aviez remonstr que, veu la grandeur
de la dicte Dame et la digne faon de laquelle avoit rgn quatorze
ans, avec rputation de grande prudence, de grand honneur et d'ung
trs grand ornement de toutes sortes de vertus; et, veu les aultres
rares qualits qui la rendoient excellante entre toutes les aultres
princesses du monde, vous aviez trouv raysonnable qu'elle se satisft
elle mesmes de la vue de celluy qu'elle vouldroit espouser; et que
pourtant vous luy accordiez de bon cueur la dicte entrevue, et m'aviez
command, par vostre lettre du VIIe du prsent, de la luy offrir, et
que mesmes la Royne, vostre mre, pour le desir qu'elle avoit, de
longtemps, de la voyr, y viendroit, et y admneroit Monseigneur le Duc
son filz, et s'esforceroient de luy apporter toutz deux tant de
contantement qu'elle n'en sauroit desirer davantage.

La dicte Dame, rduysant les choses par ordre, que son ambassadeur luy
avoit escriptes des troys audiences, que Vostre Majest luy avoit
donnes le IIe, VIIe et XIIe du prsent, quasy aulx mesmes termes que
je les ay heues, tant Mr de Vualsingam les avoit bien recueillies,
m'a respondu que la multiplication des normes excez de vostre
royaulme, lesquelz elle ne pouvoit plus ouyr sans larmes, donnoient
tant d'erreur  toutz les siens qu'ilz bouchoient maintenant les
oreilles, et serroient le cueur  toutes les choses qui venoient de
France, pour n'en vouloyr ouyr, ny recepvoir plus pas une; et disoient
qu'encores que l'Amiral et les siens heussent faicte la conspiration,
que je mettoys tant de peyne d'assurer, laquelle, sinon qu'elle me
voult mentir, elle ne me pouvoit encores dire qu'elle la cret vraye,
et attandoit l dessus la vriffication qu'aviez promis  son
ambassadeur de luy en envoyer, nantmoins que ceste extrme violence,
qui excdoit toute humanit, contre ung si grand nombre d'aultres, qui
ne pouvoient estre aulcunement conjurateurs, et jusques aux femmes et
enfans, monstroit bien que Voz Majestez Trs Chrestiennes, et toutz
les vostres, aviez une extrme hayne contre ceulx de la mesmes
religion, dont elle et les siens faysoient profession, et que ne leur
vouliez garder ny foy, ny promesse; dont, de tant qu'elle ne s'estoit
plus estroictement confdre avec Vostre Majest que pour
considration de vostre amity, et pour la foy qu'elle pensoit trouver
plus certeyne en voz promesses que en nul de toutz les mortelz, sellon
que vous aviez la rputation plus grande de bien garder vostre foy,
que nul aultre prince qui vesqut au monde, elle ne voyoit plus,
(puisque ces deux fondementz deffailloient: savoir est, que vous ne
la puissiez aymer, ny luy garder voz promesses,  cause de sa
religion,) comme pouvoir esprer que vous persvreriez bien vers
elle; nantmoins qu'elle me vouloit assurer qu'attandant de voyr comme
vous vous comporteriez en son endroict, sellon que je luy en donnois
nouvelle assurance, elle ne deffaudroit de sa part de rien qu'elle
vous het promis; et qu'au reste elle se commtoit de tout  Dieu et
au bon ordre qu'elle mettroit en ses affres; qu'elle estoit bien ayse
qu'eussiez trouv le mmoyre de feu monsieur l'Amiral, lequel, sellon
ce qu'il jugoit des guerres passes d'entre ces deux royaulmes, il
vous pouvoit avoyr sagement adverty de ce qui estoit vray, et que
debviez traverser les affres du Roy d'Espaigne et les siens d'elle;
mais qu' prsent son advertissement n'avoit plus lieu contre elle, et
que, si vous aviez trouv des lettres siennes parmi les aultres
papiers du dict Amiral, vous pouviez avoir cognu qu'elle avoit
tousjours heu une singullire affection  la conservation de vostre
grandeur et de vostre estat.

Et, au regard de l'entrevue que luy offriez sur le propos de
Monseigneur le Duc et de l'honneur que la Royne, vostre mre, luy
vouloit faire d'y venir, qu'elle vous en remercyoit toutz deux de tout
son cueur, et se santoit vous avoir une si grande obligation pour
cella qu'elle ne savoit comment le recognoistre, bien qu'elle estoit
assez en peyne comme une telle chose se pourroit accomplyr meintenant,
et mesmes sur la mer; car, oultre que ne luy seroit descent d'aller
ainsy dehors chercher mary, ses subjectz aussy ne luy permettroient
jamais qu'elle se mt sur mer, non pour passer en l'isle d'Ouyc, qui
n'estoit qu' quatre mille de la coste de de; et qu'il y avoit de
ses conseillers qui estimoient qu'on se mocquoit d'elle, d'avoir mis
telle chose en avant.

Je luy ay rplicqu, quand au doubte qu'elle faysoit de la
conspiration, que nul ne devoit mettre en difficult qu'elle n'et
est clrement advre  Voz Majestez et aulx vostres, premier
qu'eussiez lch la mein contre les conspirateurs; et que, si ce het
est de quelques aultres qu'on vous la het rapporte, vous heussiez,
par advanture, mespris l'advis, ou heussiez mis peyne de le remdier
aultrement; mais, considrant que c'estoit de gens qui estoient
merveilleusement promptz  la mein, hazardeux jusques au bout, qui ne
layssoient rien de si difficile qu'ilz n'entreprinsent, et souvant ung
petit nombre d'eulx avoit surprins de grandes villes, et s'estoient
rendus mestres d'ung infiny nombre de peuple; qui, par leurs
consistoires et monopoles, avoient dress une si grande monarchie 
part, pour eulx, dans vostre royaulme, que le feu Amiral se vantoit de
pouvoir mettre en ung subit trente mille hommes de pied et quatre
mille chevaulx en campaigne; et ne leur pouvoit si tost passer une
bien petite mouche devant les yeulx qu'incontinent ilz ne
retournassent, avec la plus grande impacience du monde,  leur
habitude accoustume de vouloir tout renverser par les armes, sans
faire non plus de difficult de s'attacquer  vous mesmes, qui estiez
leur roy, que feroit ung querleux de desgainer son espe contre son
compagnon, vous ne pouviez, Sire, aprs leur avoir excus les dix ans
de troubles passs, et la ruyne de tant de voz villes et pays, qu'ilz
avoient mis en dsolation en vostre royaulme, et les armes
estrangres qu'ilz y avoient introduictes, et l'puisement de voz
finances, et les infinys debtes o ilz vous avoient constitu, sinon
louer et remercyer infinyement Nostre Seigneur de vous avoir
meintenant dellivr de la malheureuse conspiration, par laquelle, pour
revencher la blessure du feu Amiral, dont vous ne pouviez mais, et en
estiez trs marry, et leur en vouliez fre avoyr la plus prompte
rparation que faire se pouvoit, ilz vous vouloient, et toutz les
vostres, mettre misrablement  mort, de sorte que vous hayssiez
encores ceulx qui estoient excuts, et aviez en trs grand hayne
ceulx qui restoient encores en vye de la dicte conspiration; luy
touchant, Sire,  ce propos, ce que me commandis du comte de
Montgommery, qu'elle voult mander  ses officiers de Gers de le
consigner en voz meins, et que, comme princesse prudente et vertueuse,
elle voult mettre toutes les considrations dessus dictes devant ses
yeulx, lesquelles feroient qu'elle mesmes justiffieroit ce que vous
aviez faict en cella, ainsy que vous espriez que Dieu,  qui seul
vous aviez  rendre compte de voz actions, l'avoit desj justiffi:

Que, pour le regard de vostre plus estroicte confdration avec elle,
vous ne pensiez qu'elle y det mettre en aulcun compte ce qui touchoit
le faict des subjectz, car, comme vous ne prtandiez d'avoir
intelligence, sans elle, avec les siens, ainsy seriez vous marry
qu'elle, ny nul aultre prince, en het avec les vostres, sans vous; et
que tant plus debvoit elle maintenant estimer vostre persvrance vers
elle, qu'elle ne procdoit plus, ny par le moyen du feu Amiral, ny
pour l'occasion de ceulx de la nouvelle religion, mais de la seule
affection et bienvueillance que vous luy portiez, et qu'elle s'assurt
de ne trouver jamais manquement en vostre amity, ny en voz promesses,
pour la cause de sa religion, non plus que les feus Roys, son pre,
son frre et elle mesmes, n'en avoient trouv ez feus Roys, voz ayeul
et pre, encor que leur religion ft diverse; et que Voz Majestez ne
portoient hayne  ceulx de la nouvelle religion que aux seulz
conspirateurs, et aviez mis tout l'ordre, qu'il vous avoit est
possible, que la violence ne passt sinon contre ceulx l, et
m'assurois que ce qui estoit advenu davantage  Paris et  Orlans, 
Lyon et  Roan, avoit est  vostre regret, et contre vostre volont;
et qu'au regard de ce qu'elle disoit que l'on faisoit aller le Roy de
Navarre et la Princesse de Cond par force  la messe, que je la
suplioys de croyre qu'on ne les contreignoit de rien, ny ne failloit
interprter ce que la Royne, vostre mre, avoit dict  son
ambassadeur, qu'il n'y auroit plus qu'une religion en France qu'on
voult pour cella forcer personne en leur conscience, mais seulement
empescher, pour quelque temps, l'exercice public et les assembles que
ceulx de la nouvelle religion avoient accoustum de faire, affin
qu'ilz ne preignent les armes, et qu'ilz ne provoquent les
Catholicques  leur courre sus, jusqu' ce qu'on ayt pourveu de
quelque bon ordre pour tenir le royaulme en paix; et qu'elle ne ft
doubte que Voz Majestez ne procdissiez vers elle de pareille
sincrit qu'avec les plus fermes catholicques du monde. De quoy
l'entrevue, que luy accordiez, o la Royne, vostre mre, se vouloit
trouver, l'en pouvoit rendre trs assure; laquelle avoit mis en avant
que ce ft sur mer, sachant que la dicte Royne d'Angleterre avoit le
plus beau et magnifficque quippage de navyres, que prince ny
princesse de l'Europe, et que ce ne luy seroit  elle que commodict
d'en mettre quelques ungs dehors; et nantmoins qu'ayant le Sr de
Walsingam depuis supli Voz Majestez luy vouloir advouer qu'il pet
escripre  la dicte Dame que la dicte entrevue seroit l o elle
trouveroit bon;  quoy la Royne, vostre mre, luy avoit respondu
qu'elle en estoit contante, et ne seroit si escrupuleuse de sa
grandeur qu'elle ne deffrt tout ce qu'elle pourroit  celle de la
dicte Dame, que je la suplioys maintenant de regarder quand, et
comment, et o elle vouldroit que cella se ft? Et que, s'il luy
playsoit que ce ft aux isles de Gerz et de Grnez, que ce seroit 
la commodict de toutes deux.

La dicte Dame m'a soubdein respondu que son ambassadeur ne luy en
avoit pas tant mand, car s'estoit remis  moy; et qu'elle ne voyoit
nul lieu plus commode pour cest effect que Douvre; mais qu'elle ne
pensoit que nul de ses conseillers, tant ilz avoient meintenant
suspectes toutes choses, et mesmes, possible, l'entrevue d'elles deux,
pet estre d'advis de la dicte entrevue, et que, si elle avoit 
estre, il faudroit qu'elle seule l'ordonnt.

J'ay adjouxt que, si vous aviez de quoy honnorer davantage la dicte
Dame, et luy donner plus de certitude de vostre droicte intention vers
elle, et vers le bon propos d'entre elle et Monseigneur le Duc, par
aultre moyen que cestuy cy, que vous le feriez; et que pourtant elle
ne refust l'honneur, l'advantage, la seuret et les aultres
commodictez que la couronne de France luy offroit par ceste entrevue.

Sur quoy elle m'a pri de luy donner deux jours pour y penser, et
qu'elle me feroit avoir responce.

Pendant lequel temps, j'ay faict, de mon cost, la meilleure
dilligence que j'ay peu, et elle, du sien,  sonder l'intention de
ceulx de son conseil, lesquelz se sont monstrs assez sourdz et muetz,
de sorte qu'elle a est elle mesmes contreincte de faire la
dclaration de son intention l dessus; en quoy elle a est,  ce que
j'entendz, beaucoup ayde du comte de Lestre et de milord trsorier.
Et le dict milord l'a rdige depuis par escript en ung sommaire qu'il
m'a mand en angloys, et je l'ay faict traduyre, quasy de mot  mot
en franoys, en la forme que je le vous envoye, qui explique si bien
l'entier desir de la dicte Dame, et pareillement la conception de son
conseil, que je ne veulx y rien adjouxter du mien, sinon vous assurer
que nul n'a peu estimer que, en ce temps, je deusse rapporter une si
bonne responce, comme j'ay faict, de la dicte Dame. Laquelle n'a
laiss pour cella d'ordonner une monstre gnrale et une description
des gens de guerre, et de grand nombre de mariniers, par tout son
royaulme, et a faict prparer ses grandz navyres; desquelz l'on en
met, ds demein, quatre des meilleurs dehors, avec six centz hommes,
pour tenir le Pas de Callays. Et parce qu'en nulle manire les
marchandz se veulent hazarder d'envoyer, de cest an, en leur nom, 
Bourdeaulx,  cause de l'arme du Sr Strossy qui en a desj pill
quelques ungs, et qui a arrest ung navyre du Sr Acerbo Velutelly, je
suis recherch par l'ordre de ceulx mesmes de ce conseil, mais soubz
mein, de suplier Vostre Majest qu'elle me vueille promptement envoyer
ung saufconduict en bonne forme, affin que les Angloys s'en puissent
servir, et qu'ilz se mettent par l hors de la grande deffiance qu'ilz
ont, laquelle leur Mestresse ne veult qu'ilz monstrent d'avoyr; et
nantmoins, si le dict saufconduit ne vient bientost, elle leur
croistra davantage; en quoy il importe assez, Sire, qu'en toutes les
choses qui concernent icy vostre service, vous disposiez bien
l'ambassadeur qui est de dell. Et sur ce, etc.

    Ce XXIXe jour de septembre 1572.

   Commandez, s'il vous plaist, Sire, que le susdict navyre et
   marchandise du Sr Acerbo Velutelly, qui est un gentilhomme
   lucois trs dvot serviteur de Vostre Majest, et pareillement
   les vaysseaulx et marchandises des Angloys soient relasches;
   et qu'il soit faict rparation aus dicts Angloys de ce qui
   leur a est frchement dprd depuis le traict de la ligue.


    A LA ROYNE.

Madame, il m'a faict grand bien de trouver en voz dernires dpesches,
tant au long et bien fort sagement desduictz, les propos que Mr de
Walsingam vous avoit tenus, le deuxiesme, septiesme et treiziesme de
ce moys, avec les vertueuses responces que Vostre Majest luy avoit
faictes; lesquelles m'ont servy de rempar et d'adresse, pour ozer
comparoir en ceste court, contre les excrables parolles qu'on y
disoit assez ouvertement contre les Franois,  cause des meurtres
naguires succdez en France contre ceulx de leur religion. Et me suis
prvalu, Madame, le mieulx que j'ay peu, de voz raysons et
remonstrances, avec ceste princesse et vers ceulx de son conseil, pour
leur justiffier ce qui a est faict.

En quoy elle, de sa part, a monstr qu'elle desiroit, de bon cueur,
que la justiffication s'en pet faire si clre, que tout le tort de la
foy rompue s'en imputt au feu Admiral et aux siens, et qu'elle, ny
les aultres princes protestans n'eussent occasion de croyre que le Roy
et Vous, Madame, ne les puissiez aymer, ny leur garder la foy et
parolle des choses que leur promettez; car dict que, sans ces deux
fondementz, il est impossible que rien se puisse bien establir entre
vous, et que, de ne les observer  voz subjectz, nuls estrangers s'en
pourront jamais puis aprs assurer. Mais ceulx de son conseil, encores
qu'ilz ne m'ayent parl que modestement de Voz Majestez, disantz ne
vouloir condempner les actions des princes, ny se monstrer trop
curieux en la rpublicque d'aultruy, nantmoins ilz ont dduict tant
d'argumentz contre l'extrme violence dont a est uz, non contre
l'Admiral et les siens, puisque vous les souspeonniez de la
conspiration, ny contre ceulx qui avoient port les armes, encor que
vous les heussiez assurs de vostre dict, ny encores contre ceulx qui
estoient capables de les porter, puisqu'ilz les pouvoient prendre,
mais contre les femmes, les enfans et pouvres viellardz, sans aulcune
diffrance, que ce n'estoit plus la mort de ceulx l, ny la
considration de la hayne qu'on portoit en France aux Protestantz,
mais la condicion de la nation meuertrire, sditieuse et trs
inhumayne, qui leur faisoit creindre d'avoir jamais rien de commun
avecques nous;

Et que je leur allguois beaucoup de grandes raysons bien dduictes
pour collorer ce faict, sellon que j'estois command de le faire, mais
que l'loquence du grand orateur d'Athnes, ny du Romain, n'y
pourroient suffire; car ce n'estoient que parolles persuasives, l o
les horribles effectz, qu'ilz voyoient devant les yeulx, les mouvoient
au contraire; et que, veu l'excution qui estoit auparavant advenue en
Flandres, et meintenant plus grande en France, sur ceulx de leur
religion, ilz jugeoient bien que c'estoit meintenant  eulx de
regarder de prs  leur faict, et que pourtant je ne trouvasse
estrange s'ilz vouloient quelque preuve de l'intention de Voz Majestez
vers ce royaulme, et de l'expdition du Sr Strossy, premier que de
passer en rien plus avant vers nous, ny mesmes de laysser partir la
flotte pour Bourdeaulx, (puisque ceulx de l'arme du dict Sr Strossy
avoient commanc de maltrecter aulcuns de leurs marchandz, qui avoient
faict voyle les premiers), jusques  ce qu'il leur viegne quelque
nouvelle seuret de vostre part; et que ce que je leur allguois, que
nul plus grand ny plus certein gage leur pourroit estre baill de Voz
Majestez Trs Chrestiennes que l'offre de l'entrevue et le mariage de
Monseigneur le Duc, que, au contraire, ilz creignoient que vous
prinsiez ung trop grand gage d'eux de leur bailler ung roy.

Je n'ay failly l dessus de leur rplicquer; et n'ay layss ung seul
poinct de voz lettres, ny pas une de toutes les considrations que
j'ay peu ymaginer de moy mesmes, que je ne leur aye le tout dduict,
avec le plus d'efficace que j'ay peu; mais il est trop difficile de
gaigner une telle cause devant de telz juges.

Tant y a qu'en l'endroict de la Royne, leur Mestresse, j'ay
interrompu, pour ce coup, la prompte responce, dont ilz l'avoient
prpare pour me refuser l'entrevue, et ay tant faict qu'elle a prins
deux jours pour en dellibrer, pendant lesquelz j'ay trs instamment
sollicit ceulx qui y pouvoient quelque chose, de s'y vouloir bien
employer; et leur ay, avec les lettres de Mr de Montmorency,
administr force raysons pour dduyre, et force promesses pour les
faire persvrer. Et enfin j'ay rapport la responce que Vostre
Majest verra, non si bonne que je la desirois, mais beaucoup
meilleure que je ne l'esproys, et telle qu'elle vous remect en chemin
de pouvoir parachever les choses bien commances, si, d'avanture, vous
vous vouls ung peu accomoder  l'intention de ceste princesse et des
siens. Et j'entendz que milord trsorier et le comte de Lestre y ont
faict ung fort bon office; et disent aulcuns, Madame, qu'il est temps
de faire des prsentz par de; car, du cost de Bourgoigne, rien ne y
est espargn. Mr de Walsingam a escript en bonne sorte du mariage, et
bien fort honnorablement de Monseigneur le Duc, et s'est lou des
bons rapportz que Mr de La Mole a faict  son retour par dell. Sur
ce, etc. Ce XXIXe jour de septembre 1572.

   Madame, voyant que la Royne d'Angleterre et les siens me
   dclaroient que l'entrevue ne pourroit estre sur mer, ny hors
   d'Angleterre, et qu'ilz voyoient encores beaucoup de doubtes,
   sur la venue d'une si grande princesse comme Vostre Majest
   par de, avec le grand trein qu'elle y pourroit mener en
   temps si suspect, qui malaysment se passeroit sans qu'il
   advnt des parolles et reproches sur les choses advenues en
   France, j'ay dict que Vostre Majest pourroit accorder de
   venir  Douvre avec telle compagnie que seroit advis. Et, 
   la vrit, Madame, c'est le lieu le plus commode qui se puisse
   choysyr en ce royaulme, car, de Gerz ny de Grenez, l'on n'en
   veult ouyr parler.




CCLXXVIIe DPESCHE

--du IIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Dfiance des Anglais.--Crainte qu'ils prouvent d'une attaque
    subite de la part de la France.--Continuation des
    armemens.--Nouvelles des Pays-Bas; succs du duc
    d'Albe.--Importance de maintenir la Rochelle sous l'obissance
    du roi.--Grand nombre de Franais qui cherchent refuge en
    Angleterre.--Refus d'lisabeth de livrer le comte de
    Montgommery.--Nouvelles d'cosse.--Dlibration au sujet de
    Marie Stuart,  qui l'on reproche d'avoir connu et clbr
    d'avance les massacres de Paris.--Difficult toujours
    croissante que prsente la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, aprs ma dernire dpesche, du jour de St Michel, je n'ay
guires voulu retarder ceste cy, affin de vous donner advis de la
rception de la vostre, du XXIIe du pass, en laquelle j'ay trouv,
par ung trs sage et vertueux discours, la dduction de beaucoup de
choses, lesquelles debvront assez satisfre ceste princesse et les
siens, sinon qu'elle et eulx ne se veuillent payer d'aulcune rayson.
Il est vray que les parolles, pour ce commancement, ne peuvent assez
suffire pour les bien remettre, parce que les faitz, qui leur
viennent, d'heure en heure, rapports de dell, les meuvent au
contrayre; tant y a que je les yray trouver demein  Windezore, et ne
leur obmettray rien de tout le contenu de voz lettres, et
m'esforceray, aultant qu'il me sera possible, de les rassurer du cost
de Vostre Majest, car n'est pas  croyre combien ilz ont encores trs
suspecte l'arme du Sr Strossy, pensant qu'elle ayt une entreprinse en
Escoce, ou bien en quelque endroict de ce royaulme, mesmement sur
Portsemmue ou l'isle d'Ouyc; qui sont les deux plus importans lieux de
la coste de de; dont y ont envoy armes et mounitions, et ung
ingnieur, avec commissaires et argent, pour besoigner en dilligence 
la fortification, et remettre le tout en bon estat. Et, de mesmes, ont
mand de pourvoir, aultant que faire se pourra, du cost d'Escoce, se
continuant icy l'aprest des grandz navyres, mais avec ung peu moins de
presse que devant que j'eusse est  Redine, et pareillement la
monstre, laquelle j'estime qu'ilz continueront davantage; et feront
encores plus grande description des gens de guerre sur la nouvelle qui
est arrive de la reprinse de Montz, et de la retraicte du prince
d'Orange, et de la rduction d'ung ou deux lieux en Olande, qui ont
chass les Gueux. Il semble qu' Fleximgues les franoys, qui y
estoient, ayent est mis dehors, et que les angloys y ayent est
receus.

L'on a resserr icy les seigneurs catholiques qui estoient dans la
Tour, et y a deux commissaires par la ville, et pareillement ez
aultres lieux et villes de ce royaulme, pour s'enqurir des
estrangers: dont estant, d'avanture, le jeune capitaine Monluc abord
par de, venant de Dannemarc et de Pouloigne, il a est men soubz
quelque garde, par les officiers d'Arvich, jusques vers ceulx de ce
conseil, et j'y ay envoy ung gentilhomme pour le faire relascher, et
luy faire bailler son passeport. L'on apprestoit beaucoup d'armes et
de monitions et vivres pour envoyer en Flandres, mais le tout est
maintenant rserv par de.

Troys franoys, qui se disent capitaines, sont arrivs depuis huict
jours du dict Fleximgues, quasy dvalisez, et semble qu'ilz se sont
desrobs pour cuyder rencontrer icy meilleure fortune,  cause des
choses advenues en France, comme si incontinent les Angloys nous
devoient dclarer la guerre; mais ce qui plus amortit les
entreprinses, que ceulx de la nouvelle religion qui sont icy
pourroient exciter, est d'entendre que la Rochelle demeure ferme en
l'obyssance de Vostre Majest, et que vous y avez envoy Mr de Biron.
En quoy, Sire, je vous suplie trs humblement de mettre
principallement ordre que ceste ville persvre bien en vostre
dvotion, car elle est de trs grand moument pour y contenir aussy
tout ce royaulme. Bien que la Royne d'Angleterre m'a assur que son
visadmiral, ny nul aultre angloys, n'y a est envoy de sa part,
depuis les choses de Paris; et m'a assur aussy qu'elle ne permettra
que ceulx de voz subjectz, qui ont fouy de, arment nulz vaysseaulx
pour piller la mer, nantmoins, je suis adverty que le capitaine Sores
est arriv  la Rye avec ung navire de cent cinquante tonneaulx et
deux centz hommes dessus, et pareillement le capitaine Giron avec ung
aultre vaysseau et hommes, et n'atendent que la permission d'elle pour
continuer ce qu'ilz faysoient aux derniers troubles.

Villiers, Fuguerel, Pris et quelques aultres ministres sont arrivs
en ceste ville, et aulcuns d'eux ont pass jusques  la court, et y
ont si fort exagr les choses de France qu'ilz ont assur que cent
mille personnes ont est tues par dell depuis l'motion de Paris;
acte qu'on trouve icy si cruel et tant contrayre  toute humanit
qu'on excogite nouvelles sortes d'excration pour dtester ceulx qui
l'ont faict, et ceulx qui l'ont faict fre. A quoy, Sire, je me suis
efforc de monstrer qu'il n'en est pas mort cinq mille, et qu'encor
Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et toutz ceulx de vostre
couronne, avis trs grand regret que cella ne s'est peu passer avec
la perte de cent seulement, de ceulx qui, par leur malheureuse
conspiration, sont cause de l'inconvnient des aultres. Les Srs
Linguens, Vieurne, Bouchard, le contrerolleur le Noble, et leurs
femmes, les Srs de Hdreville, Bouville, Migean et son filz, Legras
avocat, le lieutenant criminel, l'uyssyer Durant, le jeune Bourry et
quelques aultres, de Roan et de Normandye, en assez grand nombre, mais
ceulx l sont les principaulx, ont pass de, et les a l'on assez
humaynement receus en ceste ville.

Le comte de Montgommery,  ce que j'entendz, est venu secrtement en
la mayson du visadmiral du Ouest, son beau frre, et m'a la Royne
d'Angleterre, quand je luy ay dernirement parl qu'elle voult mander
 ses officiers de Gerz de le remettre entre voz meins, ou bien vous
permettre de l'y envoyer prendre, soubz bonne seuret de ne meffayre
de la valeur d'une paille  nul de ses subjectz, que,  la vrit, le
capitaine de Gers l'avoit advertye de sa fuyte, aussytost qu'il y
estoit arriv, et qu'elle avoit mand au dict cappitayne qu'il savoit
bien l'ordonnance de l'isle, de n'y debvoir recepvoir aulcun
estranger; dont s'assuroit qu'il n'y estoit plus, et que, s'il estoit
en nulle part d'Angleterre, que c'estoit si secrettement qu'elle ne
l'y savoit pas; mais, s'il tomboit entre ses meins, et qu'il ft
vriffi d'avoyr conjur contre Vostre Majest, que, de mille vyes,
s'il en avoit aultant, il ne luy en resteroit pas une; vray est que,
de le renvoyer en France, quand bien elle l'auroit en ses meins, o
l'on ne faysoit aultre procs sinon savoyr qu'ung ft protestant pour
incontinent le mettre  mort, que vous jugis bien, Sire, que sa
conscience, estant elle protestante, ne le pourroit permectre. Et
depuis, Sire, j'ay faict parler, soubz mein,  ceulx qui ont notice de
luy, de la permission qu'il pourra imptrer de Vostre Majest de
pouvoir vendre ses biens en la forme que me l'avez mand, dont
j'atandz d'avoyr bientost sa responce.

J'ay receu une lettre, d'assez vielle dathe, de Mr Du Croc, par
laquelle j'ay comprins que luy et le Sr de Quillegreu debvoient partir
ensemble, le XXIe du pass, et que l'assemble de la noblesse du pays
se faysoit le lendemein, XXIIe du pass, incerteins toutz deux de ce
qui pourroit succder. Et puis adjouxte en chiffre que l'abstinence a
est trs profitable  ceulx de Lillebourg, car ilz se sont pourveus
de vivres, dont ilz avoient grand faulte; et que le comte de Morthon
ne s'est voulu trouver au mandement que le comte de Mar a faict de la
noblesse, dont semble que ce soit luy qui vueille empescher la paix;
et que le comte de Hontely et son frre sont pour faire parler d'eux,
si la guerre recommance; et que les adversaires de la paix se
repantiront, pour peu de moyen que ceulx du bon party ayent de dehors,
ou pour le moins ilz feront qu'on se contantera de rayson.

Il n'y a rien de plus vray, Sire, qu'on a mis en dellibration icy
comme l'on pourroit procder contre la Royne d'Escoce pour la faire
mourir, et qu'on a envoy la reserrer davantage, parce qu'on a observ
que le samedy, dont l'excution se fit le dimanche aprs  Paris, elle
se monstra beaucoup plus joyeuse, (et veilla quasy toute la nuict  se
resjouyr), qu'elle n'avoit faict depuis sa prison. De quoy l'on a
conjectur qu'elle savoit l'entreprinse, et que quelqung des miens,
que naguyres j'avoys envoy vers elle, la luy avoit faicte savoir;
dont, comme de moy mesmes, j'ay bien voulu dire  la Royne
d'Angleterre qu'il sembloit qu'on se voult prendre icy  la Royne
d'Escoce de ce qui avoit est faict  Paris, et que je la supliois de
considrer que la pouvre princesse n'en pouvoit mais, et n'en avoit
jamais rien sceu, dont n'en debvoit estre plus mal trecte, et que ce
ne seroit qu'engendrer nouvelles querelles. A quoy elle m'a respondu
que la dicte Royne d'Escoce avoit assez de ses propres pchs sans luy
imptrer ceulx d'aultruy. Et depuis, j'ay intercd pour elle vers
aulcuns de ce conseil, qui ne luy sont mal affectionns; lesquelz
m'ont promis qu'ilz s'employeroient de tout ce qu'ilz pourroient en sa
faveur, et qu' la vrit toutes choses luy sont  prsent plus
contraires que jamais en ce royaulme, toutesfoys que, pour encor, il
n'y a rien d'ordonn contre elle. Sur ce, etc.

    Ce IIe jour d'octobre 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, je ne m'attandz pas que, jusques  ce que l'ambassadeur
d'Angleterre ayt de rechef escript par de, sur ce qu'il aura ngoci
avec Voz Majestez, touchant la responce que sa Mestresse m'a faicte,
le XXVe du pass, laquelle je vous ay envoy le XXIXe, je puisse de
rien faire advancer davantaige la dicte Dame au faict de l'entrevue,
ny sur le propos du mariage, car elle a bien fort meurement dellibr
ce qu'elle m'a ceste fois respondu, et n'est pour y rien changer
qu'elle ne voye plus avant. Nantmoins j'yray trecter avec elle sur
les particullarits de la dpesche de Voz Majestez, du XXIIe du pass,
lesquelles luy debvront apporter du contantement. Et ne fays doubte
que je ne la trouve elle bien dispose, car me semble qu'elle ne
reoit, sinon fort bien, tout ce qui luy est dict de ce propos, et
toutes ses parolles et dmonstrations monstrent assez qu'elle demeure
bien incline au mariage, et qu'elle a trs bonne opinyon de
Monseigneur le Duc vostre filz; mais elle a bien tant de respect  ce
que ceulx de son conseil luy disent, et  conserver le repos de son
royaulme, qu'il ne se fault pas attandre, Madame, qu'elle fasse jamais
rien ny contre l'advis des ungs, ny contre ce qui pourra avoyr la
moindre apparance du monde de prjudicier  l'aultre. Par ainsy, j'ay
meintenant plus  faire,  contanter ceulx de son dict conseil et 
les rasseurer de l'espouventement qu'ilz ont prins des choses qui sont
freschement advenues en France, que non pas de la bien persuader 
elle; et voy bien que de son ambassadeur dpend quasy la meilleure
rsolution du faict, sellon qu'il rendra ceulx cy bien diffiez de Voz
Majestez et des choses qui passeront de del: dont, Madame,  Vostre
Majest sera de le tenir bien dispos. Je n'ay obmis de l'excuser vers
sa Mestresse, touchant la responce qu'il vous avoit faicte  la fin de
juillet, et comme Vostre Majest la prioit d'en attribuer la faulte,
qui y pourroit estre,  vous mesmes et non  luy; et luy ay touch
aussy, en passant, comme le Roy ny Vous, Madame, n'aviez peu
interprter  mal ce qu'il avoit retir Briquemau en son logis:
desquelles deux choses la dicte Dame a est bien fort ayse, et m'a
pri de vous assurer qu'en tout ce qu'il escript, et en toutz les
offices qu'il faict, il monstre de n'estre moins affectionn  Voz
Majestez Trs Chrestiennes que  elle mesmes.

Au surplus, j'ay bien not, par le propos des privs conseillers de la
dicte Dame, qu'auparavant que ces choses de Paris advinsent, elle
s'attendoit d'estre une des commres aux premires couches de la
Royne, vostre belle fille, affin de confirmer davantage la plus
estroicte amity et confdration, qui a est nouvellement faicte
entre Voz Majestez; mais elle ny eulx ne croyent,  ceste heure, que
vous en ayez jamais heu la volont, et j'ay bien opinyon, Madame, que,
si c'estoit chose que Voz Majestez estimassent estre bonne de faire,
qu'elle seroit bien fort  propos pour retenir ceste princesse et tout
ce royaulme en vostre dvotion.

La dicte Dame a heu grand plsir que je luy aye faict voyr, par une de
voz lettres, comme le visage de Monseigneur le Duc se va tous les
jours rabillant, et qu'encores vous y voulez faire applicquer les
remdes du mdecin, qui est all par dell; en quoy elle m'a dict
qu'elle s'estoit fort esbahye, veu l'extrme bonne affection qu'avez
tousjours monstre vers toutz voz enfans, que ne luy heussiez faict
pourvoir de bonne heure  ce grand inconvnient, qui tant luy gastoit
le visage. Sur ce, etc.

    Ce IIe jour d'octobre 1572.




CCLXXVIIIe DPESCHE

--du VIIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

   Maladie d'lisabeth.--Retard apport  l'audience demande par
   l'ambassadeur.--Nouvelle irritation cause en Angleterre par
   les nouveaux massacres de Rouen.--Efforts des partisans de
   l'Espagne pour faire rompre l'alliance avec le roi.--Ncessit
   de rassurer les protestans en France.


    AU ROY.

Sire, j'esprois, vendredy dernier, troysiesme de ce moys, aller
trouver la Royne d'Angleterre  Windesore pour luy faire entendre les
particullarits que, par vostre lettre du XXIIe du pass, il vous a
pleu me commander de luy dire, qui sont toutes d'un si grand
contantement et d'une si honneste satisfaction pour elle, qu'elle ne
le sauroit desirer davantage; mais elle me manda, le jeudy au soir,
que je l'excusasse pour le dict vendredy, car avoit dellibr de
prendre mdecine, et encores pour tout le jour d'aprs, car savoit
que ne pourroit se trouver bien; mais que je pourrois venir le
dimanche, ou bien que, si c'estoit chose presse, qu'elle remettroit
sa mdecine  une aultre foys.

Je n'ay oz, Sire, tant prsumer que de retarder chose qui appartnt 
sa sant, dont, ayant remis d'y aller au dict dimanche, le comte de
Sussex m'a faict entendre, le samedy,  la nuict, qu'elle n'avoit peu
prendre sa mdecine, comme elle l'esproit, le vendredy, s'estant
trouve ung peu mal, et s'estoit mise entre les meins de son mdecin,
dont ne savoit quand je la pourrois voyr; mais que, si j'avoys  luy
communicquer quelque chose de la part de Vostre Majest, je le
pouvois escripre  milord trzorier qui le luy feroit trs volontiers
entendre. J'ay, le bon matin, dpesch ung des miens jusques l, affin
d'entendre plus particullirement de la sant de la dicte Dame, et
pour dire au dict comte de Sussex que j'ay  prsenter  elle des
lettres de Vostre Majest en crance sur moy, qui ne se peut faire
sans que je soye prsent, et que pourtant j'attandray paciemment sa
commodict et bonne disposition. Ce que j'ay faict, Sire, affin que je
puisse remarquer, par ses propres parolles et contenance, en quoy elle
persvre vers Vostre Majest; car je sens bien que toutes choses ont
commenc et continuent de nous devenir si contraires par de, depuis
l'motion de Paris, (et mesmes pour l'orrible tragdye qui s'est joue
 Rouen,  l'espectacle de laquelle plusieurs angloys ont est
prsens, qui raportent qu'on y continue encore de contreindre ceulx de
la nouvelle religion de se rebaptiser, ou bien l'on les tue sans
rmission), que ceulx de ce conseil ne travaillent en rien tant, 
ceste heure, que de cercher comment la dicte Dame se pourra retirer de
vostre intelligence; et observent le temps, quand, et  quelle
occasion, elle le pourra faire sans danger. Dont les partisans de
Bourgogne ont le vent en poupe, et sont ceulx qui, plus que les
aultres, bien que la ruyne des Protestans leur playse, agravent les
meurtres et excutions de France, et cellbrent jusques au ciel le duc
d'Alve de ce qu'il a seu, par sa valeur, et de vifve force, repoulser
l'arme du prince d'Orange et reprendre Montz, et a gard la
capitulation  ceulx de dedans, et n'en a est tu pas ung soubz la
seurt de sa parolle. Et suis adverty, Sire, que le courrier
Francisque, flammant, lequel Anthonio de Guaras avoit dpesch devers
le dict duc, a est redpch de de, le jour aprs que le dict duc
a est dedans Montz; et luy et Guaras sont, depuis deux jours, 
Windesor, dont je ne veulx perdre l'occasion, s'il m'est possible, de
parler moi mesmes  ceste princesse, affin de tenir vostre party le
plus relev que je pourray vers elle, et, en l'assurant tousjours de
vostre parfaicte amity, la randre de plus en plus bien diffie de
Voz Majestez Trs Chrestiennes et des vostres sur tout ce qui est
advenu par dell.

J'entendz qu'il est arriv ung navyre de la Rochelle et que quelqu'ung
de ceulx, qui estoient dedans, est all jusques  Windesore, mais ne
say encores qu'il y ngocie; seulement il a dict, en passant, que
ceulx de sa ville, pour les choses advenues  Paris, n'avoient du
commancement voulu prendre aultre dellibration que de faire tout ce
que Vostre Majest leur commanderoit, mais, entendant l'excution, qui
depuis a est faicte ez aultres villes, ilz vouloient pourvoir  leur
seuret. Quelqu'ung m'a dict que le vidame de Chartres, et Mr de
Pontivy sont abords de. Je mettray peyne de le mieulx savoir, et
vous puys bien assurer, Sire, qu'il y arrive tous les jours beaucoup
de voz subjectz de la dicte nouvelle religion.

La souspeon et deffiance crot de plus en plus en ceulx cy, et ne
peulvent, par mes parolles ny par les propres lettres de Vostre
Majest, lesquelles je ne fay quelquefoys difficult de les leur fre
voyr, aulcunement se rasseurer; car disent que les effectz, lesquelz
conveinquent et les parolles et les lettres, leur monstrent ce qu'ilz
doibvent creindre. Et ont est milord de Lestre et le comte de
Lincoln, avec les mestres des fortiffications,  Porsemmue et en
l'isle d'Ouic, pour mettre ces deux lieux en deffance. Je ne fay
doubte que leur deffiance ne croisse aussy du cost d'Espaigne, mais
il leur est plus facille de s'en mettre hors,  cause de leur ancienne
allience, que de nous qui leur sommes nouveaulx, et non encores bien
esprouvs amys. Sur ce, etc. Ce VIIe jour d'octobre 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, si je retarde un peu plus que de coustume de rendre responce
aulx lettres que Voz Majestez m'ont escriptes, du XXIIe du pass,
elles verront, par celles que j'escriptz prsentement au Roy, que
l'occasion en est, pour ung peu, l'indisposition qui a prins  la
Royne d'Angleterre, et pour ne vouloir en ce temps rien trecter avec
elle sinon par moy mesmes, n'ayant encores bien recognu quelz
persvreront d'estre ses conseillers vers la France depuis ceste
motion de Paris; dont je veulx attandre que la dicte Dame se porte
mieulx pour parler  elle, et que par ses propos et ses contenances,
je puisse mieulx conjecturer, que ne pourrois faire par ung tiers, qui
ne me rapporteroit sinon les simples parolles de sa responce, quelle
est son intention.

Et semble bien, Madame, s'il se pouvoit faire que ceulx de la nouvelle
religion se voulussent ung peu rassurer, et que Mr de Walsingam
reprsentt par de une partie de ces tant importantes occasions, qui
ont meu Voz Majestez de leur faire supercder des presches et des
assembles publicques, sans leur oster la prive libert de leurs
maysons, que cella serviroit beaucoup  l'advancement du propos de
Monseigneur le Duc, et m'ayderoit grandement de conveincre aulcuns de
la dicte religion, qui afferment qu'encores aprs les grandes
excutions passes, eulx, estantz depuis  Roan, ilz ont est ung soyr
advertys par leurs hostes de s'en fouyr, parce qu'ung nouveau
mandement estoit secrettement arriv de la court, par o l'on mandoit
de mettre  mort ceulx qui restoient de la dicte religion qui ne la
vouldroient renoncer. De quoy les Anglois s'animent davantage contre
nous, et crient que toutz les dictz et trects que le Roy faict pour
ou avec ceulx de leur religion, ne sont que pour les tromper. Je feray
tout ce que je pourray pour entretenir ceste princesse et les siens en
bonne disposition, mais il fault que le plus grand moyen m'en viegne
du Roy et de Vostre Majest; que toutz deux me faciez parler avec
eulx, tant du prsent que de ce que prtandez pour l'advenir, en ce
que vous savez qu'ilz ont  cueur, comme pouvez bien juger, Madame,
que leur ambassadeur ne leur en dguysera rien, ou aultrement vostre
parole viendra  estre de nulle authorit, et moy ridiculle, en tout
ce que je leur diray ou promectray de vostre part. Et sur ce, etc. Ce
VIIe jour d'octobre 1572.




CCLXXIXe DPESCHE

--du XIIIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Confrence de l'ambassadeur avec le comte de Sussex, Leicester et
    Burleigh pendant la maladie de la reine.--Efforts de
    l'ambassadeur afin de renouer les diverses
    ngociations.--Motifs donns par Burleigh du peu de confiance
    que les Anglais doivent avoir dans le roi.--Assurance de
    l'ambassadeur que les protestans recevront toute protection en
    France.--tat de la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, ce que, par mes prcdantes, je vous ay escript, de quelque
petite indisposition qui avoit prins  la Royne d'Angleterre, au
retour de son progrs, cella peu  peu s'est converty en ung ou deux
accs de fiebvre, et aprs en la picote ou petite vrolle, qui luy
faict tenir le lict; dont n'ay oz incister de parler  elle, par ce
mesmement qu'il luy en estoit sorty au visage, mais non pas beaucoup.

Elle a depput milord trzorier et les deux comtes de Sussex et de
Lestre pour entendre ce que j'avoys  luy dire de la part de Vostre
Majest; ausquelz j'ay rcit le contenu de vostre lettre du XXIIe,
ainsy qu'elle est bien ample et pleine de beaucoup d'honnestes
particullarits, si bien dduictes pour la satisfaction de ceste
princesse et de tout ce royaulme, qu'il ne m'a est besoing d'y
adjouxter quasy ung seul mot du mien; et seulement j'ay uz de la plus
grande expression qu'il m'a est possible pour leur confirmer ce que
je leur disoys, et les assurer que leur Mestresse trouvera toute
vrit et certitude en ce que Vostre Majest luy promect.

Ilz m'ont prest fort bnigne audience; et, aprs avoir confr
ensemble, milord trzorier, pour les troys, m'a dict qu'ilz avoient
grand plsir de cognoistre par mon discours que Vostre Majest
continuoit en une semblable bonne et sincre disposition vers leur
Mestresse, qu'il savoit bien qu'elle persvroit vers vous; et que,
de toutes les particularits que je venois de leur rciter, qui
estoient beaucoup en nombre, ilz n'en avoient ouy pas une qui ne ft
pour luy apporter du contantement, et plus celle que nulle aultre, par
o apparoissoit qu'en toutes choses vous aviez desir de la contanter;
dont ne feroient faulte de luy rapporter fort fidellement le tout,
aulx mesmes termes que je le leur avois dict, ou le plus prs d'iceulx
qu'il leur seroit possible; et que, s'il me plaisoit leur donner ung
extrt de vostre lettre, ou bien l'original, qui estoit sign de
vostre mein, puisqu'il ne contenoit sinon les bonnes choses que je
leur avois rapportes, qu'ilz donroient ce plsir  leur Mestresse de
la luy lire entirement.

Je leur ay respondu que, possible, auroient ilz pens que, comme
ministre affectionn  la paix, et desirant toujours une bonne
intelligence entre ces deux royaulmes, j'avoys entreprins, affin de
rabiller les choses, de faire cest office de moy mesmes, sans en avoir
charge; mais je les priois que, comme je n'avoys jamais rien faict de
semblable, qu'ainsy voulussent ilz croyre qu' ceste heure, moins que
jamais, vouldrois je advancer une seule parolle  leur Mestresse ny 
eulx, sans en avoir ung bien exprs commandement, et pourtant qu'ilz
pouvoient voyr les propres lettres de Vostre Majest, lesquelles
j'avois en la mein, et les leur ay incontinent exhibes; car aussy
avoys je propos de les monstrer  la dicte Dame, ayant seulement
immu une sillabe d'ung mot, et adjouxt par interligne ung aultre
mot, et chang ung bien peu la substance du dchiffrement qui y
estoit; duquel je ne leur ay faict que lecture en passant, sans leur
en laysser rien par escript.

Et milord trzorier avec plsir a prins la dicte lettre, et, aprs en
avoyr,  parcelles, quasy leu la pluspart, il m'a dict que sa
Mestresse seroit bien ayse de la voyr;  quoy non seulement j'ay
condescendu, mais je l'ay pri de la luy monstrer; et eulx trois, avec
une protestation que ce ne seroit pour servir de responce, jusques 
ce qu'ilz auroient parl  leur Mestresse, m'ont pri que je prinse de
bonne part ce que, par manire de confrance, ilz me vouloient dire:
c'est que Dieu leur estoit tesmoing combien la Royne, leur Mestresse,
et eulx avoient est et estoient en grande peyne de dissuader au
commun de ce royaume que Vostre Majest ne leur het desj dnonc la
guerre, comme prince du tout dtermin  la ruyne des Protestans; car,
par plusieurs coppies, qui leur avoient est envoyes de divers
endroictz de France, de certeines lettres, escriptes le XXIIIIe
d'aoust, au nom de Vostre Majest, pour advertyr les gouverneurs que
l'excution du feu Amiral estoit advenue par la querelle de la mayson
de Guyse, voyantz qu'incontinent aprs il estoit sorty d'aultres
lettres pour dclarer que cella estoit advenu pour une conspiration
que luy et ceulx de la nouvelle religion avoient faicte contre Vostre
Majest, ilz vouloient infrer que vous voulis par l prendre une
apparante occasion, (laquelle nul,  la vrit, ne pourroit nier que
ne ft juste, si elle estoit bien advre), de vous porter pour
capital ennemy de toutz les Protestans, et que les excutions, qui
depuis s'en estoient ensuivyes, le monstroient assez; mesmes que
plusieurs angloys, qui avoient est  Roan, lors de la sdition,
rapportoient qu'elle estoit advenue par mandement de Vostre Majest,
jusques  affermer qu'ilz avoient veu de voz propres lettres  cest
effect, et qu'ilz me vouloient bien dire aussy que la conjouyssance
que Mr le cardinal de Lorrayne, personnage principal de vostre
conseil, avoit faicte au Pape, au nom de Vostre Majest, laquelle il
avoit faicte publier en lettres d'or sur la porte de l'hostel St Louis
 Romme[6], en portoient grand tesmoignage; et que tout cella estoit
cause que, oultre l'indignation de la noblesse, et des meilleurs du
royaulme, qui se voyoient comme toutz admonests par l de debvoir
prendre les armes pour leur deffance, leurs marchandz estoient venus
semondre tout ce conseil de leur laysser transporter leur traffic, et
mesmes de s'aller pourvoir de vin et d'aultres denres, ailleurs que
de la France, baillantz des dmonstrations, par articles, que cella
seroit  la seuret et utilit de l'Angleterre; mais qu'ilz avoient
faict tout ce qu'ilz avoient peu pour modrer les ungs et radoulcir
les aultres, par les mesmes bonnes remonstrances, qu'ilz avoient
apprinses de moy, de l'intention de Vostre Majest. Et nantmoins, si
l'on ne leur monstroit quelque meilleur effect de vostre part, ilz
n'estimoient pas qu'ilz se puissent assez rasseurer pour s'ozer
encores commtre ny eulx, ny leurs biens,  la France; et que
l'effect,  leur advis, seroit bon, et rendroit les leurz bien
diffiez de beaucoup de choses passes, si Vostre Majest faisoit
faire punition exemplaire d'aulcuns de ces plus principaulx sditieulx
de Roan, ainsy que vostre lettre, laquelle les avoit bien fort
resjouys, monstroit que vous estiez rsolu de le faire; et quand 
eulx troys, ilz croyoient que l'Angleterre les rputeroit pour
traistres, si, premier que avoyr veu quelque chose de cella, ilz
conseilloient l'entrevue de la Royne, vostre mre, avecques leur
Mestresse.

  [6] Voir la _Conjouyssance de Mr le cardinal de Lorrayne_, en
  date du 7 septembre 1572; _Supplment  la Correspondance
  Diplomatique de La Mothe Fnlon_.

Je leur ay respondu briefvement que leur dicte Mestresse et eulx
voyoient, par voz lettres et par voz parolles, une si bonne et droicte
intention de Voz Majestez Trs Chrestiennes et de toutz les vostres
vers ce royaulme, qu'ilz n'en debvoient nullement doubter, ny faire
ces argumentz au contrayre, et l'exprimenteroient encores meilleure,
quand il en faudroit venir  l'espreuve.

Ilz ont suivy  me dire qu'ilz estimoient que Vostre Majest ne
pourroit trouver maulvs que les pouvres franoys, de leur religion,
qui fuyoient icy, pour saulver leurs vyes, y fussent receus.

Je leur ay respondu que je n'avoys nul commandement de parler de
cella, et qu'il sembloit bien que, sellon le dernier traict de plus
estroicte confdration, les Franoys pouvoient venir icy, et les
Angloys passer en France, sans aulcune difficult; mais je les
supliois que la recordation de leurs fuitifz, qui avoient trect avec
le duc d'Alve, les gardt de vous donner semblable souspeon d'eulx;
que, quand leur Mestresse voudroit intercder vers Vostre Majest pour
aulcuns des dicts franoys, oultre que vos dictz les assuroient
assez, encores, pour l'honneur d'elle, seroient ilz davantage assurs
et bien trects en vostre royaulme; nantmoins que d'avoyr estroicte
praticque avec ceulx qui se monstreroient ou malcontantz, ou qui
voudroient dresser des entreprinses, au prjudice de la paix de vostre
royaulme, que cella ne se pourroit faire, sans que vous en heussiez
beaucoup de jalouzie.

Ilz m'ont rplicqu qu' la vrit, le vidame de Chartres estoit en
ceste court, o il estoit venu pour eschaper le danger de sa vye; de
quoy ilz ne luy pouvoient faire tort, non plus qu'aulx habitans de la
Rochelle, d'avoir,  ce qu'on disoit, ferm leurs portes  ceulx qui
ne faysoient conscience de tuer indiffremment, et sans forme de
justice, toutz ceulx de leur religion; mais que je pouvois asseurer
Vostre Majest que leur Mestresse, ny nul de son conseil, ne
presteroit l'oreille  pas ung qui voult rien troubler en vostre
royaulme. Et, pour le regard de ce que, par une particullarit de mon
dire, laquelle, Sire, je n'ay pas insre icy, je leur avoys remonstr
qu'on souspeonneroit une grande altration entre Voz Majestez, si les
Angloys n'alloient ceste anne  Bourdeaulx, qu'ilz trouvoient bon,
pour obvier  cella, qu'ilz y allassent, soubz la seuret que je leur
monstrois de voz lettres, et soubz celle que je leur promectois; que
pourtant ilz les feroient partir du premier jour, et qu'ilz pensoient
aussy, Sire, que, s'il vous playsoit de faire dpescher nouvelles
lettres de vostre grand sceau, ez endroictz o le trafficq de leurs
marchandz s'adonne en France, pour les y faire bien recepvoir, et
deffendre de ne leur meffaire ny mesdire, sur grandz peynes, et qu'il
leur en ft monstr, icy, ung extrect, que cella, possible, les
encourageroit davantage, et aussy de mettre ordre, touchant les biens
et marchandises qu'ils avoient commis en divers lieux  ceulx de la
nouvelle religion, qui ont est tus, ou s'en sont fouys, qu'il leur
en soit faict droict et restitution.

En quoy je leur ay fort promis que Vostre Majest ne feroit point de
difficult  tout cella. Et ainsy, aprs les avoyr fort soigneusement
enquis du bon portement, et disposition de leur Mestresse, je me suis
gracieusement licenci d'eux.

Et le jour d'aprs, milord trzorier m'a mand que la dicte Dame avoit
prins beaucoup de contantement de la lettre de Vostre Majest, et
avoit longuement devis, avec eux troys, de la responce qu'elle y
debvoit faire, et qu'il estoit aprs  la rdiger par escript, pour,
puis aprs, me la faire entendre; dont je l'attandz dans deux ou troys
jours. Je creins assez qu'une partie de la flotte pour les vins
n'aille  la Rochelle, qui pourtant vous suplie trs humblement, Sire,
de pourvoir bientost  la rduction d'icelle ville; car de l dpend
le repos de vostre royaulme, et la paix avec les estrangers. J'ay
faict parler au Sr de Colombires, qui est en ceste ville, lequel
monstre de n'avoir nulle plus grande affection que de demeurer vostre
trs obissant et fidelle subject, pourveu qu'il le puisse faire avec
la seuret de sa vye. Il vous plra m'en mander vostre intention. Je
n'ay aultres nouvelles d'Escoce, sinon qu'on y a prorog l'abstinence
pour huict jours, affin de moenner l'accord, mais l'on doubte assez
qu'il se puisse faire. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour d'octobre 1572.

   Tout prsentement, je viens de recepvoir vostre dpesche du
   IIIIe du prsent avec le saufconduict.


    A LA ROYNE.

Madame, en faysant la ngociation, que verrez par la lettre du Roy,
avec troys seigneurs de son conseil, j'ay mis peyne de tirer d'eux en
quelle bonne intention leur Mestresse persvroit d'estre vers le
propos de Monseigneur le Duc, et si elle estoit point dispose 
l'entrevue, en quoy les deux plus inthimes m'ont monstr que Mon dict
Seigneur le Duc estoit tousjours en fort bon concept vers elle, et
qu'elle avoit trs bonne opinyon de luy; mais qu'elle et eulx deux
estoient merveilleusement contredictz en la poursuite de ce propos,
jusques  ce qu'il se puisse bien voyr que l'estat de ce royaulme
n'est pour en recepvoir aulcune altration, ains pour en confirmer
davantage son repos; et le troysiesme m'a dict que, de tant que les
responces, qu'elle nous avoit faictes jusques icy, ne la constituoient
en aulcune obligation, que la difficult seroit grande comme pouvoir
conduire les choses en faon qu'elle et ses subjectz s'y vueillent
maintenant obliger, aprs une si expresse dclaration de Voz Majestez
et de toute la France contre la cause de leur religion, toutesfoys
que je ne pourrois de mon cost procder par nulle meilleure voie que
par celle que je suivoys, et qu'ilz verroient, toutz troys, avec leur
Mestresse, comme elle se pourroit bien conduire en cest endroict, dont
m'y seroit bientost faict responce. Et, au regard de l'entrevue, que
se trouvant leur Mestresse en une indisposition que les dames ne
vuellent guires qu'on les voye, et mesmes qu'elle n'est pour sortir
d'ung moys de sa chambre, dont l'yver sera bien avant, qu'ilz ne
voyent comme cela se puisse bien commodment faire de cest an; joinct
l'aultre rayson qu'ilz m'avoient desj desduicte, laquelle, Madame,
j'ay mise en la lettre du Roy. Et, quant aller aux isles de Gerz ou
Grnez, que ce seroit aultant  leur Mestresse comme si elle passoit
du tout en France, (car aussy en sont elles vingt foys plus prs que
de l'Angleterre), comme pour aller chercher mary par dell.

Je n'ay deffailly de rplicques, lesquelles ilz m'ont promis de les
faire toutes entendre  la dicte Dame, dont attandz meintenant sa
responce.

Milord trzorier a ject bien loing de faire meintenant nul voyage en
France,  cause de ses indispositions de la goutte et colicque, mais
le comte de Lestre m'a respondu qu'il seroit tousjours prest d'aller
l o sa Mestresse luy commanderoit, et mesmes vers Voz Majestez Trs
Chrestiennes, quand il pourroit servir au propos de l'amity et du
mariage, et  la rconciliation de ceulx de sa religion. Et toutz deux
m'ont rendu trs humbles merciementz pour l'honnorable tesmoignage,
que je leur ay monstr en voz lettres, que Voz Majestez leur
rendoient, et la bonne estime en quoy vous les teniez; qui pourtant se
santent d'avoir de plus en plus trs grande obligation  vostre
service. Et sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour d'octobre 1572.




CCLXXXe DPESCHE

--du XVIIIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Grognet._)

  Rponses faites au nom d'lisabeth aux demandes du roi.--Efforts
    de l'ambassadeur pour combattre les intrigues de
    l'Espagne.--Nouvelles de la Rochelle; crainte que les armemens
    faits  Londres n'aient pour but de rallumer la guerre civile
    en France.--Affaires d'cosse.--Danger de Marie Stuart.--Le
    vidame de Chartres rfugi en Angleterre.--Demande
    d'instruction sur la conduite que doit tenir l'ambassadeur 
    l'gard des protestans franais rfugis en
    Angleterre.--Ncessit o s'est trouv l'ambassadeur d'accorder
    que l'entrevue se pt faire  Douvres.--Danger que pourrait
    avoir cette entrevue.--Demande par l'ambassadeur de son rappel.

    AU ROY.

Sire, aprs que les troys seigneurs, avec lesquelz j'ay heu ceste foys
 ngocier sur la dpesche de Vostre Majest, du XXIIe du pass, ont
heu rapport  leur Mestresse les choses que je leur avoys dictes, et
qu'elle a heu longuement confr l dessus avecques eulx, ilz se sont,
avec tout le reste du conseil, plusieurs foys assembls pour
dellibrer comme l'on auroit  m'y respondre. Et enfin ilz m'ont mand
par ung des miens ce que Vostre Majest verra en cest aultre escript,
spar, lequel luy mesmes, en leur prsence, a recueilly, ainsy mot 
mot, comme ilz le luy ont dict, qui monstre bien, Sire, qu'ilz mettent
grand peyne de faire devenir ceste princesse fort ombrageuse et
deffiante de tout ce qui leur est maintenant propos de vostre part.
Et, de tant qu'ilz y explicquent ouvertement leurs conceptions, je
n'ay que y adjouxter, sinon qu'il me semble, Sire, qu'encores qu'ilz
se monstrent bien farouches, si ont ilz grand plsir, pendant que
l'intention du Roy d'Espaigne ne leur est encores bien cognue, de voyr
que la vostre tend  persvrer vers eulx; en quoy, encor que tout ce
dont ilz uzent  ceste heure vers vous, ne soit,  mon advis, que pour
vous entretenir affin de gaigner le temps, si se peut il fre que le
dict temps et les bons dportemens, dont vous et voz subjectz uzerez
cepandant vers eulx, leur apprendra de ne se debvoir point dpartir
d'avecques vous, et de n'esprer jamais trouver si bonne addresse vers
le Roy d'Espaigne comme vers Vostre Majest; qui est ce en quoy je
travaille le plus maintenant, par toutz les moyens et dmonstrations
et communicquation de voz lettres, qu'il m'est possible de le faire,
affin mesmement que les agentz du dict Roy d'Espaigne ne se
prvaillent trop icy des choses advenues en France; qui,  la vrit,
s'esforcent de les interprter fort mal pour advancer leurs affres et
traverser d'aultant ceulx de Vostre Majest; car, sans cella, je ne
mettroys la peyne de radoulcir tant les Angloys comme je fay; qui se
monstrent si extrmes que souvant ilz me font honte des choses qu'ilz
me disent. J'eusse espr pouvoir tirer quelque chose de plus
gracieulx de ceste princesse, si je luy eusse faict voyr la bonne
lettre de Vostre Majest, que je n'ay pas faict de ceulx de son
conseil. Tant y a qu'ilz ont meurement dellibr leur responce; et
leur Mestresse l'a aprouve.

Guaras et Sanvictores, qui sont espaignolz, et le cavalier Geraldy qui
est icy pour le roy de Portugal, sont beaucoup mieulx ouys, et plus
favorablement receus en ceste court qu'ilz ne souloient. Icelluy
Guaras a grande esprance de faire retirer toutz les angloys qui sont
 Fleximgues et en Flandres, et qu'il remettra en bon trein l'accord
des diffrendz et de l'entrecours des Pays Bas, bien que freschement
soient arrivs aulcuns bourgois du dict Fleximgues et de Holande, qui
font tenir ceste dellibration en quelque suspens. Les princes
protestans ont aussy envoy secrettement ung personnage de qualit qui
ne se montre point, duquel je n'ay encores aprins le nom. Il ngocie
souvant avec quatre de ce conseil, et semble qu'il obtiendra quelque
provision de deniers.

Ung bourgoys de la Rochelle, nomm Duret, est icy, lequel, encor qu'il
monstre d'y estre venu pour le faict de marchandise, si a il, et ung
Bobineau qui est aussy de la Rochelle, est quelques jours  Vindezor.
J'entendz qu'on a dpesch incontinent ung vaysseau angloys au dict
lieu de la Rochelle pour aller voyr comme les choses s'y passent; car
il s'en parle icy diversement. Et c'est de ce cost l, Sire, que je
ne puys cesser de vous suplier trs humblement qu'il vous playse en
quelque faon y pourvoir, le plus promptement qu'il vous sera
possible: car, voyant que ceulx cy sont fort dgousts de la France,
et que, toutz les jours, ilz tiennent plusieurs heures, soyr et matin,
trs estroictement le conseil; et qu'ilz ont mand force capitaynes et
mariniers, et prparent de mettre dix grandz navyres dehors pour les
tenir  Porsemue, je ne puis avoir sinon bien suspecte ceste leur
grand deffiance, et creindre que, pour s'en rasseurer, ilz vueillent
fomenter en ce qu'ilz pourront les troubles dans vostre royaulme; et
ne fay doubte qu'ilz ne recherchent le comte de Montgommery par le
moyen de son beau frre, qui est voysin du dict Portsemmue, et
pareillement le cappitaine Sores, auquel a est desj ordonn ung
logis pour luy et sa famille  Hamptonne.

Je sentz bien aussy qu'ilz font de grandes dellibrations sur l'Escoce
pour y suprimer du tout l'authorit de la Royne d'Escoce, et y relever
celle du prtandu rgent, et pour parachever icy, s'ilz peuvent, la
ruyne de la dicte Dame  ce prochein parlement; lequel,  ce que
j'entendz, ilz veulent rouvrir le lendemain de la Toutz Sainctz pour
ce seul effect, qui ne sera sans que la pouvre princesse ayt grand
besoing de vostre faveur; et nantmoins je creins assez qu'elle ne luy
sera de si seur refuge comme elle luy a est jusques icy. Il a est
dpesch, coup sur coup, troys courriers  Barvic pour les choses du
dict pays, sans qu'on m'ayt faict part de rien, et n'ay nulles lettres
de dell depuis le VIIIe de septembre; tant y a que quelqu'ung m'a
dict que les seigneurs du pays ont prins ung expdiant d'accord
d'entre eulx, et que l'ung party s'est uny avecques l'aultre, et toutz
deux avecques les Anglois pour se munir et pourvoir contre l'aparance,
que les choses de France leur font creindre, qu'il y ayt entreprinse
faicte pour exterminer de toutz pointz leur religion; et que Mr Du
Croc et son beau filz, et monsieur de Vrac, seront icy le XXe ou
XXIIe de ce moys, estantz desj arrivs  Barvic. Ce que je mettray
peyne de savoir mieulx au vray.

Mr le vidame de Chartres, ayant trouv ung des miens  Windesor, est
venu parler  luy, et luy a dict que, nonobstant l'excution de Paris,
il avoit une foys rsolu de se tenir en sa mayson soubz la sauvegarde
que Vostre Majest luy avoit envoye, mais que depuis il fut adverty
que le Sr de Saint Lgier venoit avecques forces pour le surprendre,
ce qui l'a contreinct de passer de, et qu'il me viendroit voyr;
dont vous suplie trs humblement, Sire, me commander comme j'auray 
uzer vers luy et vers toutz ceulx de la nouvelle religion qui ont
pass de, qui s'adressent  moy. Et sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour d'octobre 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, j'eusse espr une meilleure responce de la Royne d'Angleterre
si j'eusse parl  elle, que non de l'avoir heue ainsy par l'entremise
de ceulx de son conseil. Il est vray que tout ce qu'on m'a dict ceste
foys n'est qu'en attandant ce que le Roy et Vostre Majest aurez
advis sur ma dpesche, du XXIXe du pass, et sur ce que, conforme 
icelle, Mr de Walsingam vous aura dict davantage; dont m'assurant que
Voz Majestez y auront prins une bonne et vertueuse rsolution, je ne
m'advanceray de rien vers eulx jusques  voz premires lettres et voz
procheins commandementz. Mais sur ce, Madame, que Vostre Majest avoit
trouv ung peu estrange que j'eusse offert l'entrevue  Douvre, et
qu'il ne vous souvenoit de me l'avoir ainsy expressment mand, je
vous suplie trs humblement de considrer que, ayant la Royne
d'Angleterre jett bien loing de faire la dicte entrevue sur mer,
jusques  me dire que ses conseillers estimoient qu'on se mocqut
d'elle, de l'avoir mis en avant; et luy ayant respondu que vous
n'aviez pens qu'elle le det trouver maulvs,  cause qu'elle a ung
quippage de mer si beau et si bon, qu'il ne luy pouvoit revenir qu'
plsir et commodict de s'en servir  cest honnorable effect; et
nantmoins que, sur ce que Mr de Vualsingam vous en avoit depuis
remonstr, vous luy aviez promis d'escripre  la dicte Dame que vous
n'estiez trop escrupuleuse, et que vous seriez contante que ce ft l
o seroit advis, dont estimiez qu'il seroit bien  propos, pour l'une
et pour l'aultre, de choisir  cest effect l'isle de Gerz ou de
Grnez; et m'ayant la dicte Dame reject cella aussy loing que le
premier, me disant qu'elle ne voyoit nul lieu plus  propos que
Douvre, mais qu'elle ne pensoit pas que nul de ses conseillers en pet
estre maintenant d'advis; et que mesmes il y avoit bien  regarder
comme recepvoir et traicter une si grande Royne et ung si grand trein
comme celluy que Vostre Majest admneroit, je ne peus faire de moins,
voyant toutz aultres expdiantz rejects, que de luy dire que, veu ce
qu'aviez promis  Mr de Walsingam d'escripre, Vostre Majest pourroit
accorder de venir en quelque lieu en terre qui seroit advis, sans
expciffier nullement Douvre, et avec compagnie modre, et avec les
seurts telles, comme il convenoit  la personne d'une si grande
princesse. En quoy je n'estime pas, Madame, m'estre advanc en cella
de luy offrir davantage que ne pourtoient les lettres du Roy et
vostre, du XIIe de septambre, et si, ay tousjours rserv, plus que
n'est en icelles, les seurets que vouldrs demander, n'ayant jamais
accord du dict lieu de Douvre, ny aussy je ne l'ay pas contredict;
car je vous puis asseurer, Madame, qu'il n'y a nul aultre lieu si
commode que celluy l, et ne voy point, si vous le dbatez, qu'il en
faille parler de nul aultre.

Tant y a que les choses n'en sont encores si prs, et si, se
reprsantent, de jour en jour, tant de nouveaulx escrupules devant mes
yeulx, sur la dicte entrevue, pour le regard de Vostre Majest, que je
ne l'oze aulcunement solliciter, non que je y cognoisse aulcun
apparant danger; mais il y pourroit intervenir ou parolle ou
dmonstration de quelque anglois, en l'endroit de quelqu'un des
vostres, sur l'motion de Paris, que je le voudrois, puis aprs, avoir
rachept avecques la vie, joinct que nous sommes si procheins de
l'yver que la mer commancera de devenir bientost bien fcheuse. Et je
desirerois bien aussy, Madame, avant cella, que quelque principal
personnage de ce cost ft envoy visiter la Royne, vostre belle
fille, en ses premires couches, affin qu'il se ft ung peu prins plus
de confidence entre ces deux royaulmes qu'il semble n'en y avoir
meintenant, vous supliant au surplus, Madame, le plus humblement qu'il
m'est possible, que si  Mr de Walsingam est permis de venir par de,
sellon que ceulx cy y incistent, qu'il vous plaise m'octroer d'aller
trouver Voz Majestez; car, oultre qu'ilz ne doibvent gaigner cest
advantage sur le Roy, je serois, et toutz les papiers de ceste
ngociation, en danger: et m'y seroit  tout coup fait quelque trt
qui seroit contre la dignit de vostre couronne; bien que j'ay  me
louer infinyement des honnestes faveurs que j'y reoys de ceste
princesse, et de la modeste faon dont ceulx de son conseil et toute
la noblesse de ce royaulme m'y uze. Nantmoins je retourne vous
suplier trs humblement, Madame, qu'ayant est quatre ans toutz
completz au continuel service de ceste charge, non sans du travail
beaucoup, qui m'a infinyement envielly, il vous playse meintenant
prendre tant de piti de moy que de me vouloir rvoquer, sellon que
Vostre Majest sait qu'il n'y a gentilhomme, au service de Voz
Majestez, qui plus ayt besoing de s'aller reposer, et pourvoir  sa
pouvret et ncessit que moy. Sur ce, etc.

    Ce XVIIIe jour d'octobre 1572.




CCLXXXIe DPESCHE

--du XXIIe jour d'octobre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

   Nouvelle des massacres de Bretagne.--Craintes tmoignes par
   les marchands anglais qui se disposent  se rendre 
   Bordeaux.--Dfiances continuelles des Anglais sur toutes les
   ngociations de l'ambassadeur.--Retour de MMrs Du Croc et de
   Vrac venant d'cosse, o ils ont conclu une nouvelle
   suspension d'armes.--Bon accueil fait par les habitans de la
   Rochelle  Mr de Biron.--Assurance donne par Mr de La
   Meilleraie qu'il promet toute protection, dans son
   gouvernement de Normandie, aux protestans fugitifs.--Effet
   produit en cosse par la nouvelle des massacres de Paris.


    AU ROY.

Sire, estant la flote des navyres preste  partir pour Bourdeaulx, les
marchandz de Londres ont heu quelque advis que les gallres avoient de
rechef prins des vaysseaulx angloys qui alloient celle routte, et que
pareillement il en avoit est dprd quelques ungs sur la coste de
Bretaigne, et que, au dict pays de Bretaigne, s'estoit ensuivye une
semblable excution sur ceulx de la nouvelle religion comme  Roan;
dont sont tourns les dicts marchandz s'excuser aulx seigneurs de ce
conseil du dict voyage, allguans qu'encor que l'intention de Vostre
Majest soit qu'ilz soient bien traictez en vostre royaulme, que
nantmoins il se voit si peu d'obyssance en vos subjectz qu'il est
trs dangereulx de se commettre  leur discrtion. Sur quoy, iceulx
seigneurs du conseil leur ont faict plusieurs honnestes remonstrances
pour les rasseurer, et leur ont monstr vostre dict que je leur avoys
baill imprim, et leur ont faict entendre ce que, d'abondant, il vous
avoit pleu m'escripre  ce propos, et ont tant faict que la dicte
flote part rsoluement ceste sepmayne; mais ce n'est sans estre venu,
quasy chacun vaysseau, prendre nouvelle seuret de moy, et mes lettres
de saufconduict. Dont vous suplie trs humblement, Sire, qu'il vous
playse faire en sorte qu'ilz ne reoivent poinct de mal, et que l
dessus soit refreschy le commandement,  vostre arme de mer, de
servir plustost de conserve que de dommage aux dictz Angloys, et que,
 Bourdeaulx, ilz les veuillent bien recepvoir, et leur y fre le bon
traictement qu'on avoit accoustum.

Mr de La Melleraye et Mr de Sigoignes m'ont envoy des pleinctes pour
aulcunes dprdations qui ont naguires est faictes, en ceste mer
estroicte, sur voz subjectz, et sur l'empchement qu'aulcuns
vaysseaulx, quipps en guerre, donnoient  la pescherie de l'aranc.
Sur quoy, je leur ay incontinent envoy une commision de la Royne
d'Angleterre pour deffandre  toutz ses vaysseaulx de ne troubler la
dicte pescherie; et, quand aux prinses, elle a fait commander aux
juges de son admirault d'y pourvoir: et ainsy je vays gaygnant, peu 
peu, tout ce que je puis vers eulx, mais leur deffiance est si grande
qu'ilz croyent que tout ce que je leur dis de vostre part est pour les
surprendre et tromper.

Mr Du Croc et le Sr de Vrac sont arrivs, et sont alls prendre cong
de la Royne d'Angleterre  Windesor. Il leur a sembl, aprs avoir
procur la prorogation de l'abstinence pour aultres deux moys, que
leur demeure par dell seroit plus dommageable que utille  vostre
service, dont s'en sont venus, et le Sr de Quillegreu y est encores
demeur, qui inciste fermement  la paix; mais c'est en rduysant
l'ung et l'aultre party  l'obyssance du prtandu rgent, et toutz
deux  la mutuelle deffence avec les Anglois de leur commune
religion. Le dict Sr Du Croc espre partir d'icy, dans ung jour ou
deux, pour vous aller donner bon compte de toutes les choses de dell.

Vendredy au soyr, arriva nouvelles au change royal de ceste ville
comme Mr de Biron avoit est receu  la Rochelle, et que la dicte
ville persvroit de tout poinct en vostre obyssance; ce que je
cognois estre de grand moment, et que cella amortira bien fort, s'il
est ainsy, toutes les imaginations que les Angloys pourroient avoyr
d'entreprendre quelque chose par dell.

Le dict Sr de La Melleraye m'a mand de faire entendre  ceulx de la
nouvelle religion, qui sont de son gouvernement, qui ont fouy, de s'en
retourner en leurs maysons, soubz le commandement que toutz les
gouverneurs ont de les tenir en la plus grande saulvegarde que faire
se pourra; dont ay donn passeport  quelqung d'entre eulx, pour aller
jusques  Roan voyr quel il y faict pour eulx; mais ilz ne s'y ozent
fier pour encores.

Les agentz du duc d'Alve sont,  ceste heure, si ordinayres en ceste
court que quasy ilz n'en bougent. L'on m'a dict qu'ilz ont faict
dpescher deux personnages  Fleximgues pour aller retirer les angloys
qui y sont, et que tant plus facillement ilz ont obtenu cella, quand
on a rapport icy que Vostre Majest avoit faict mettre en pices
ceulx qui estoient sortis par composition de Montz[7]. J'entendray
plus au vray comme il va de toutes ces choses affin de m'y comporter
sellon qu'elles seront vrayes. Et sur ce, etc.

  [7] Voir la lettre de Walsingham  Smith en date du 8 octobre
  1572, dans laquelle il annonce que les 800 hommes sortis de Mons
  avaient t passs au fil de l'pe pour faire plaisir au roi
  d'Espagne. 209e _lettre_.

    Ce XXIIe jour d'octobre 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, attendant ce qu'il vous plerra me commander sur les deux
responces de la Royne d'Angleterre et des seigneurs de son conseil,
que je vous ay envoys le XXIXe du pass, et le XVIIIe d'estuy cy, je
n'entreray en nulle plus grande ngociation avec elle ny avec eulx; et
seulement j'yray les entretenant en la meilleure opinion que je
pourray pour les faire tousjours bien esprer de votre amity. Mr Du
Croc n'a pas trouv que le Sr de Quillegreu luy ayt est meilleur
adjoinct qu'estoit le Sr de Drury; car a dict, soubz mein, aulcunes
choses assez peu convenables  l'amity d'entre la France et
l'Angleterre; et s'est soubdein veue une semblable mutation de
volonts par dell,  cause de l'excution de l'Admiral et des siens,
comme je l'ay exprimante en ce royaulme. Il y a plusieurs jours que
je n'ay rien sceu de la Royne d'Escoce, sinon qu'on dict qu'elle est
fort resserre et fort rudement traicte. Il me viendra, possible,
bientost quelque moyen de savoir de ses nouvelles, et je ne fauldray
de vous en advertir incontinent. Sur ce, etc. Ce XXIIe jour d'octobre
1572.




CCLXXXIIe DPESCHE

--du IIe jour de novembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Dclaration d'lisabeth sur
    les massacres de France.--Dsaveu fait au nom du roi de toutes
    les excutions qui ont eu lieu ailleurs qu' Paris.--Refus de
    la reine de s'expliquer sur la demande d'une entrevue autre
    part qu' Douvres.--Son dessein de rappeler Walsingham.--Regret
    qu'elle prouve de ce que le roi ne veut pas permettre au
    vidame de Chartres de rester en Angleterre.--Dtails
    particuliers de l'audience.--Ferme opinion d'lisabeth qu'une
    ligue est forme pour l'extermination des protestans.--Motifs
    qui ont d empcher la reine-mre d'accepter l'entrevue 
    Douvres.


    AU ROY.

Sire, j'ay est, depuis quatre jours en , devers la Royne
d'Angleterre, pour l'occasion de voz lettres du VIIe du pass, mais,
premier qu'elle m'ayt layss entrer en nul des propos d'icelles, elle
m'a voulu rendre plusieurs grandz mercys du soing que j'avoys heu
d'elle pendant sa dernire maladye de la petite vrolle; et que, si
elle n'et heu l'estomac fch, l'aultre foys que j'estois  Windezor,
 cause qu'elle avoit prins ung peu de mitridat, elle m'et permis de
la voyr affin de pouvoir donner  Voz Majestez meilleur compte de son
mal; et qu'elle croyoit bien que, quand Monseigneur le Duc l'entendit,
qu'il desira qu'elle en het beaucoup au visage affin de ne
s'entrereprocher rien plus l'ung  l'aultre.

Je luy ay respondu que Voz Majestez, et Monseigneur le Duc, et toutz
ceulx de vostre couronne, desiriez parfaictement la conservation de
ses excellantes qualits, et aussy bien de celles qui convenoient  sa
beaut comme de celles qui ornoient sa grandeur, et que vous auriez
grand plsir d'entendre, par mes premires, qu'elle en ft si
parfaictement bien gurye qu'il n'en restt ung seul vestige au
visage; et que, de ma part, je me resjouyssois non guyres moins de
l'accidant que de la gurison, car c'estoit une espce de maladie qui
monstroit que la jeunesse n'estoit encore passe, ny preste  passer
de longtemps, et qu'elle n'avoit jamais est en meilleure disposition
d'estre marye, ny de devenir bientost grosse, si elle avoit ung mary,
que maintenant; et que pourtant elle ne voult plus retarder  elle
mesmes le grand bien et contantement qui luy viendroit de la
rsolution du propos de Monseigneur le Duc.

Elle, en soubsriant, m'a dict qu'elle ne s'attendoit pas que je luy
deusse parler  ceste heure d'ung tel faict, mais plustost des couches
de la Royne Trs Chrestienne, car desj les nouvelles estoient 
Londres qu'elle avoit heu ung beau filz, et elle prioit Dieu qu'il ft
ainsy; mais, de tant qu'elle s'assuroit bien que la certitude n'en
pouvoit estre encores arrive aprs le dernier courrier qui en estoit
venu, lequel n'en parloit poinct, elle me vouloit demander de vostre
bon portement et sant, et qu'est ce que, par voz dernires dpesches,
j'avois apprins de l'estat des choses de France.

Je luy ay racompt aulcunes petites particullaritez, et icelles
faictes quadrer  ung fort apparant repos, qui de toutz costs semble
s'establir bien et bientost en vostre royaulme; et puis, suis venu 
luy dire qu'ayant Mr de Walsingam monstr, au commancement de ce moys,
qu'il desiroit avoir audience, et que nantmoins,  cause d'une sienne
indisposition, il n'y pouvoit venir, Vostre Majest avoit depput Mr
Brullard, vostre secrettre des commandementz, et Mr de Mauvissire
pour aller parler  luy; ausquelz il avoit faict entendre en mesmes
motz la mesmes responce qu'elle m'avoit faicte  Redinc, touchant
l'occasion de la mort de l'Amiral et des siens, et touchant la
continuation de l'amyti, et touchant l'entrevue. Sur lesquelz troys
poinctz Vostre Majest me commandoit de luy dire de nouveau ce que
fort expressment je luy ay rcit, de toutz les poinctz de vostre
dicte lettre, en la forme qu'ilz y sont contenus; qui n'est besoing de
les rpter icy. Et ay curieusement observ comme elle les prendroit
et qu'est ce qu'elle m'y respondroit.

Sur quoy, quand au premier, elle m'a uz des termes qui
s'ensuyvent:--Que la mort de l'Amiral et des siens luy touchoit si
peu qu'elle n'y considroit que le seul intrest qui en pouvoit tomber
sur voz affres et sur vostre rputation; bien est vray qu'elle
creignoit que provoquissiez l'yre de Dieu, en luy faysant voyr dans le
cueur, et par voz oeuvres, et en vostre forme de rgner, que vous
voulez que l'ommicide en vostre royaulme ne soit point rput pch,
comme si vouliez corriger et vous oposer au dcalogue de ses
commandementz, et en oster les meurtres, ne recognoissant que aulx
mesmes princes il n'est licite de tuer ny faire tuer, sinon en deux
cas seulement: l'ung, de guerre lgitime; et l'aultre, pour
l'excution de justice  punir les crimes, et que nulz aultres, sinon
les seulz princes et magistratz souverains ont authorit de mort; et
que tant plus vous diffriez de faire publier le procs de l'Amiral,
tant plus layssiez vous, pour ce regard, quelque chose de vostre
estimation en suspens, et qu'elle retenoit bien ce qu'on luy en avoit
escript de divers lieux; dont, si elle avoit aultant d'authorit sur
vous, comme elle avoit de bonne affection vers vous, elle vous feroit
une rprimande pour vous apprandre de ne vous porter, une aultre foys,
tant de prjudice, comme vous aviez fait ceste cy.

Je luy ay rplicqu plusieurs choses, et l'ay supli de les vouloir
bien examiner par la rgle de ce qu'elle mesmes feroit contre ceulx de
ses subjectz qui, au bout d'une si horrible guerre, comme ceulx cy ont
men en vostre royaulme, l'espace de douze ans, se prpareroient de
rechef contre la mesmes personne et la vye d'elle, et la subversion de
son estat.

Elle m'a respondu que, quand  ceulx de Paris, elle me vouloit le tout
excuser; mais, quand  ce qui s'estoit depuis ensuivy  Roan et
aultres lieux, elle n'y voyoit aulcun lieu d'excuse, mesmes qu'on luy
avoit dict que vous aviez envoy de voz gens de guerre pour faire
l'excution, mais que ceulx de la ville, en estantz advertis, avoient
ferm les portes pour y mettre eulx mesmes la mein, affin que le butin
ne leur eschapt; que, pour le regard d'observer bien l'amity, elle
n'avoit chose au monde en plus grande affection que de se porter
droictement pour trs constante amye et perptuelle confdre 
Vostre Majest, si, de vostre cost, Sire, vous vous vouliez monstrer
vers elle prince non indigne d'avoir des perdurables amys, et trs
fermes confdrez; et qu'elle avoit des advertissementz, de beaucoup
de grandz lieux, qui l'admonestoient de se rputer comme desj toute
habandonne, et qu'il estoit temps qu'elle pourvet en dilligence 
ses affres: ce qu'elle feroit, mais non en faon que pour cella elle
voult uzer d'aulcune sparation d'amity d'avec Vostre Majest; et
que, s'il en advenoit quelqune, elle indubitablement proviendroit de
vostre part, et non jamais de la sienne; que, pour le regard de
l'entrevue, elle commanoit  doubter assez si Voz Majestez avoient
jamais bien desir le mariage, et qu'aulmoins voyoit elle que vous
n'aviez pas suyvy le chemin de bientost l'effectuer, et qu'elle ne
pouvoit comprendre par les lettres de son ambassadeur sur quoy Voz
Majestez se rtractoient de l'offre de la dicte entrevue, qui en
vouliez maintenant rejecter la faute sur vostre ambassadeur; car
savoit que je ne m'estois pas plus advanc en cella que du contenu de
mes lettres, ayant veu l'article qui en parloit, et elle n'en avoit
point escript aultrement  son ambassadeur; mais qu'elle jugoit bien
que c'estoit pour les accidans survenus, lesquelz rendroient toutes
choses, de toutes partz, fort suspectes, comme elle,  la vrit,
confessoit que le temps estoit trs maulvais et trs dangereulx.

Je luy ay rplicqu que, quand au premier poinct, elle debvoit
demeurer trs fermement persuade que, si vous n'eussiez est meu, non
seulement de juste mais trs ncessayre occasion de laysser faire
l'excution de Paris, que nul, soubz le ciel, s'y ft plus fermement
opos que vous, pour le regret que vous aviez de perdre l'Amiral et
les siens, et pour la traverse que cella portoit  quelques aultres
voz entreprinses; mais que ce qui avoit despuis succd  Roan et
ailleurs, en l'endroict d'autres que des seulz conspirateurs, il
estoit trop cler que tout cella estoit advenu contre vostre intention,
ny jamais vous n'aviez envoy  Roan ung seul de voz gens de guerre,
ainsy que la punition, que vous feriez fre, monstreroit  elle et 
tout le monde combien cest excs vous avoit dpleu; au regard de
vostre amity, qu'elle ne debvoit nullement doubter que vous ne la luy
rendissiez perdurable  jamais, et que ne luy accomplissiez les
promesses que luy aviez faictes et jures par le traict, et beaucoup
davantage, quand son besoing le requerroit, jusques y emploer tout le
moyen et meilleures forces de vostre couronne; et que, de ce poinct et
de celluy de Monseigneur le Duc, Voz Majestez me commandiez de
l'assurer que vous en desiriez l'effect plus que jamais; et Mon dict
Seigneur le Duc mesme m'en faysoit une bien expresse lettre, et que la
Royne demeuroit tousjours trs rsolue de venir  Bouloigne, toutes
les foys que la dicte Dame se voudroit approcher  Douvre, pour de l
convenir ensemble du jour et lieu de leur entrevue; et qu' la vrit
je pouvois avoir ung peu trop emply ce qui m'en avoit est escript,
d'avoir offert qu'elle pourroit accorder de venir en quelque lieu en
terre l o seroit advis; car,  la vrit, ce mot _en terre_,
n'estoit dans l'article. Il est vray que, quand je le luy avois
monstr, elle et moy avions estim qu'il se pouvoit interprter ainsy,
et que nantmoins je la supliois que, sellon qu'elle avoit tousjours
procd clrement et sincrement en ce propos, ainsy qu'il convenoit
entre princes bien unis, et qui cherchoient l'alliance plus estroicte
l'ung de l'aultre, qu'elle me voult dire en quoy elle persvroit
vers le dict propos, et vers l'article o nous en estions demeurs de
l'entrevue, et je mettrois peine d'y incliner l'intention de Voz
Majestez, aultant qu'il me seroit possible de le fre.

Elle m'a soudein respondu que, sans ce qu'elle avoit desir d'entendre
de voz nouvelles, et satisfre  l'affection que j'avois de la voyr,
aprs sa petite vrolle, qu'elle ne m'et donn ceste foys audience,
se doubtant bien que je ne faudrois de luy parler de ces deux poinctz,
et elle ne m'y vouloit ny pouvoit encores respondre jusques  ce
qu'elle het heu une responce qu'elle attandoit d'heure en heure, de
son ambassadeur, et l'avoit tousjours attandue depuis Redinc; mais, 
cause qu'il estoit malade, il ne la luy avoit encores peu mander; et
que, touchant le dict ambassadeur, pour beaucoup de respectz, tant de
sa maladie que de l'instance que sa femme faysoit icy, et aussy pour
la particullire hayne que la Royne d'Escoce et ses parans luy
portoient, elle estoit contraincte de le retirer; et het bien desir
qu'ung secrettre het peu satisfaire, pour ung moys ou six sepmaynes,
 sa charge; mais, puisque Vostre Majest ne le trouvoit bon, elle en
feroit prparer ung aultre.

J'ay bien donn  cognoistre  la dicte Dame que ses responces, en ce
qu'elle y mesloit ung peu de deffiance, et y uzoit de remises, ne
pouvoient bien convenir  ce que je desirois pour vostre satisfaction.
Nantmoins, voyant que je ne pouvois rapporter, pour ce coup, sinon
celle dclaration de sa ferme persvrance en vostre amity, et
aulcunes parolles bien fort honnorables de Monseigneur le Duc, je me
suis dport de tout le reste; mais, pour la fin, je luy ay prsent
la lettre que Vostre Majest luy escripvoit touchant Mr le vidame de
Chartres, laquelle elle a lue.

Et m'a respondu que le dict vidame, puisque ne trouviez bon qu'il ft
icy, pourroit aller o bon lui sembleroit; mais qu'elle estimoit qu'il
ne seroit point conseill de s'en retourner en France, jusques  ce
qu'il vet y pouvoir bien jouyr la seuret et sauvegarde que Vostre
Majest luy promectoit, et qu'elle het bien pens qu'en ce temps vous
ne luy heussiez voulu refuser une si petite chose que la demeure d'ung
de voz subjectz en Angleterre; car pouviez croire qu'il n'y seroit
soufert, s'il y praticquoit quelque chose contre vostre intention, et
que le dict vidame avoit est et estoit tenu pour si suspect de ceulx
de sa religion qu'elle mesmes estoit advertye de ne s'y fier.

Je me suis rencontr, mcredy dernier, avec les principaulx seigneurs
du conseil d'Angleterre, au festin du maire, o ilz m'ont toutz, d'une
voix, recommand deux affres, l'ung du Sr Benedicto Spinola, touchant
des laynes acheptes par authorit publicque en ce royaulme et
envoyes dbiter  Roan, sur lesquelles quelque espagnol luy meut
dbat, et qu' ceste heure se recognoistra si Vostre Majest veut
prendre la cause du duc d'Alve contre la Royne, leur Mestresse, ou
bien vous monstrer vray amy et confdr d'elle; et l'autre faict est
d'ung pouvre marchand angloys qui a est fort maltraict  Roan,  ce
qu'il vous plaise luy faire administrer justice contre ceulx qui l'ont
otrag et qui luy ont pill ses biens. Et sur ce, etc.

    Ce IIe jour de novembre 1572.


    A LA ROYNE.

Madame, suivant vostre lettre, du VIIe du pass, j'ay continu  la
Royne d'Angleterre le propos du mariage et celluy de l'entrevue, en la
faon que Vostre Majest verra par le rcit que j'en fays  la lettre
du Roy, qui n'a est sans qu'elle ayt montr d'estre encores bien
dispose vers ces deux poinctz, et de vouloir fort cognoistre s'il y
a, de vostre cost, semblable disposition; car, de toutz les endroitz
qu'elle reoit ou conseil ou advertissement, qui ne vient le plus
communment que des Protestans, elle est fort admoneste de prendre
bien garde de ne se laysser tromper, et qu'elle doibt croire,
puisqu'elle est en mesmes cause que les Huguenotz de France, qu'il y
a une mesmes dellibration contre elle, et que la bulle luy doibt
estre ung signe pour l'advertir de ne se fier ny  traict, ny 
confdration, ny  promesses, ny  mariage, ny  bonnes chres, ny 
propos d'amity: car tout cella a prcd avec ceulx de la nouvelle
religion, qui pourtant n'en ont est garantis; de sorte qu'elle m'a
dict qu'on luy avoit fait sortir en proverbe d'viter les _nopces
gallicques_ comme chose bien dangereuse.

Je luy ay reprsant tant de signes et tesmoignages de la vraye
intention du Roy et vostre vers elle, et encores de l'affection que
Monseigneur le Duc luy porte, (et luy en ay faict voyr quelques
articles dans aulcunes de voz lettres), qu'enfin elle m'a faict
cognoistre qu'il n'y a que celle grande extrmit qui se poursuit
encores en divers lieux de France, et de laquelle se conjecture une
dtermine rsolution en voz cueurs de vous estre obligs au Pape et 
l'Empereur, et au Roy d'Espagne, d'exterminer les Protestans, qui la
mect en peyne et la faict tenir en suspens: et puis m'a curieusement
demand d'o procdoit la difficult que Vostre Majest faysoit
maintenant  l'entrevue.

A quoy je luy ay respondu que je voyois bien que c'estoit  moy de me
purger de pch d'autruy, et que je luy voulois dire tout librement
qu'il me sembloit que la faute procdoit de deux grandes Roynes; et
que, de tant que j'estoys subject et serviteur de l'une, et trs
affectionn  la grandeur de l'aultre, il falloit que je le portasse
paciemment, et qu' la vrit Vostre Majest, ne pensant que ce qui
estoit advenu  Paris det estre sinon aprouv de toutz ceulx  qui
vous en fesiez entendre la ncessayre occasion, et l'ayant mande 
elle, vous aviez tousjours continu d'ung mesme trein, comme
auparavant, la poursuiyte du dict mariage, et aviez librallement
accord  son ambassadeur qu'il luy pet escripre bien avant de
l'entrevue, et  moy de la luy offrir, et que vous viendriez jusques
en l'isle de Gerz, ce qui m'avoit faict advancer, voyant les
incommodits qu'elle allguoit du dict Gerz, et pareillement de faire
l'entrevue sur mer, de luy dire que Vostre Majest pourroit, possible,
accorder de venir en quelque lieu en terre, avec compagnie modre, et
avec les seuretez  ce requises; mais que elle, de son cost, avoit
monstr d'estre si offance de cest vnement de Paris, et mesmes d'en
prendre quelque deffiance de Vostre Majest, jusques  vous en faire
toucher quelque mot bien exprs par son dict ambassadeur; et
entendiez, au reste, tant de rapportz de ce qui s'en disoit en ce
royaulme, que nul de voz meilleurs serviteurs, ny de ceulx qui
aymoient la conservation de Vostre Majest, vous ozoient conseiller
d'azarder vostre personne  passer de, jusques  ce qu'eussiez plus
grande certitude de l'intention de la dicte Dame.

Sur quoy elle m'a faict plusieurs honnestes excuses de n'avoir ny
pens ny parl que bien honnorablement du Roy, vostre filz, et de
Vous, sur tout ce qui estoit advenu, et qu'elle avoit bien dict ung
peu librement quelques choses  moy et non  aultre, qui procdoient
de la bonne intention et plus estroicte amity qui est contracte
entre vous; et que mesmes elle avoit faict cognoistre  toutz les
siens combien luy dplaysoit qu'on en parlt licencieusement, dont je
n'en oyois plus nul propos; et, quand  l'entrevue, qu'elle pensoit
bien avoir aultant comprins par l'article qu'elle en avoit veu dans
mes lettres, et en celles de son ambassadeur, de la volont qu'aviez
de venir  Douvre, encor que le lieu n'y ft nomm, comme elle en
avoit depuis mand  son ambassadeur; mais que de cella, ny du
principal propos du mariage, elle ne m'y respondroit rien plus, pour
ceste heure, jusques aprs la procheyne dpesche de son dict
ambassadeur; seulement me prioit de remercyer infinyement Monseigneur
le Duc vostre filz, de la bonne souvenance qu'il monstroit avoyr
d'elle, par les honnestes propos qu'il m'en escripvoit, (lesquelz, 
dire vray, Madame, elle les a fort curieusement leus), et qu'elle ne
valoit pas tant qu'il la det tenir en tel compte, dont ne seroit
jamais qu'elle ne s'en sentt oblige  luy, et qu'elle ne luy en
recognt, en tout ce qu'elle pourroit, l'obligation.

J'ay depuis parl au comte de Lestre et  milord de Burgley, et
encores au chancellier, desquelz, parce que le langage se rapporte 
celluy que la dicte Dame m'a tenu, je ne l'exprime poinct davantage.
Et vous diray seulement que toutes choses,  la vrit, monstrent
d'estre assez changes, mais non encores tant du tout comme, il ne y a
pas ung moys, que je les creignois. Sur ce, etc.

    Ce IIe jour de novembre 1572.




CCLXXXIIIe DPESCHE

--du IIIIe jour de novembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Dominique Vestin_).

  Accouchement de la reine de France.--Naissance d'une
    fille.--Proposition, faite  lisabeth d'tre sa
    marraine.--Acceptation d'lisabeth.


    AU ROY.

Sire, ce courrier a est ung peu retard en venant icy,  cause du
passaige, et, aussytost que j'ay heu la lettre qu'il vous a pleu
m'escripre, du XXVIIe du pass, aprs avoir lou et remercy Dieu des
heureuses couches de la Royne et du commancement de ligne, qu'il luy
a pleu vous donner  toutz deux, de ceste belle petite princesse[8],
qui vous est ne, je me suis mis aprs  m'enqurir si la Royne
d'Angleterre vouldroit bien accepter d'en estre la marraine. Et, pour
cest effect, j'ay envoy le Sr de Vassal devers milord de Burgley pour
me conjouyr avecques luy de la bonne nouvelle, et luy dire que, si je
pensois que la Royne, sa Mestresse, ayant commenc ceste anne de se
faire vostre confdre, desirt aussy de devenir vostre commre, que
je suplierois Vostre Majest de le luy offrir, et que je le priois de
m'en mander son advis, car ne me voudrois advancer en cella, et mesmes
voudrois bien garder que Vostre Majest ne s'en advant, si elle
n'avoit fort  gr de l'accepter.

  [8] Cette princesse, ne le 27 octobre 1572, est morte en 1578,
  ge de cinq ans et demi.

Sur quoy il a soubdein respondu qu'il n'ozeroit s'ingrer de me
respondre rien l dessus, sans en avoir communicqu avec elle. Dont
est all soubdein parler  sa dicte Mestresse, et puis m'a mand dire,
par le mesmes gentilhomme, que j'avois sagement advis en ung tel
faict de vouloir bien pourvoir,  cause du temps et pour les
vnementz naguires passez, qu'il ne ft propos sinon au commun gr
de Vostre Majest et de sa dicte Mestresse, affin de ne convertir
entre vous un acte d'amity en offance; et qu'il m'assuroit qu'elle
acceptera de bon cueur d'estre la marraine, si luy faictes l'honneur
de l'en prier, non toutesfoys pour envoyer par dell ny le comte de
Lestre, ny luy, parce qu'elle les rserve toutz deux pour sa
perptuelle conserve, contre les dangers et inconvnientz qui semblent
se prsenter de beaucoup d'endroictz, mais ce ne sera sans y dputer
quelque personnage d'honneur et des plus grandz de ce royaulme. De
quoy, Sire, je vous ay bien incontinent voulu advertir affin que
accomplissiez en cella vostre bonne intention. Et sur ce, etc.

    Ce IVe jour de novembre 1572.




CCLXXXIVe DPESCHE

--du IXe jour de novembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Intrigues des Espagnols pour dtruire l'alliance de la France
    avec l'Angleterre.--Confiance que commencent  prendre les
    Anglais dans les assurances du roi.--Dpart de la flotte pour
    Bordeaux.--Nouvelles de la Rochelle o l'on a repris les
    armes.--Retraite du prince d'Orange des Pays-Bas.--Nouvelles
    d'cosse; certitude de la mort du comte de Mar.--Rappel de
    Walsingham.--Demande par l'ambassadeur de son rappel.


    AU ROY.

Sire, les honnestes propoz et les bonnes dmonstrations, dont Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, avez uz en l'endroict de
l'ambassadeur d'Angleterre, sur la persvrance de vostre amity vers
la Royne, sa Mestresse, et la confirmation que m'en avez faict donner
icy  elle, retiennent encores les choses en ce royaulme si balances
pour vous, que ce qui est advenu contre ceulx de la nouvelle religion,
ny les praticques d'Espagne, ne les peulvent encores du tout emporter,
non qu'il y ayt faulte d'offres ny de condicions de la part du duc
d'Alve, fort advantageuses pour ceulx cy, jusques  offrir de faire
tout ce qu'ilz voudront, et de remettre icy ung ambassadeur, encor
que la dicte Dame n'en envoye poinct en Espaigne; et Guaras praticque
cella avec de si bons prsens qu'on m'a assur qu'il en a faict ung de
plus de dix mil escuz  ung personnage seul, qui a quelque authorit
en ce royaulme; et il a bien tant faict que les seigneurs de ce
conseil ont vacqu plusieurs jours  chercher les moens comme se
raconcillier avec le Roy d'Espaigne, dont le dict Guaras a est
souvant en court, mais, pour ceste foys, il n'a obtenu sinon une
segonde provision pour le faict de Fleximgues et pour quelques ourques
d'Espaigne, qui naguire ont est combatues et prinses en mer par ung
navyre de guerre angloys qui revenoit de cours. Bien est vray qu'il a
rapport de bonnes parolles et promesses sur toutes ses aultres
propositions; et est certein que ceste princesse et les siens avoient
desj prins une si ferme rsolution de dlaysser toutes aultres
intelligences pour fre estat de la vostre seule, et commettre 
icelle le repos et la seuret de ce royaulme, qu'ilz ne s'en peulvent
si tost dpartir, et vont discourant et argumentant sur ce qui est
naguires advenu; et observent dilligemment ce qui s'y voyt de suyte,
affin que, s'ilz peuvent juger par voz dportementz que vostre amity
ne leur soit,  cause de leur religion, du tout suspecte, ilz
persvrent en ce qui est desj conclu entre Voz Majestez et entre voz
deux royaulmes; dont j'entendz qu'ayantz aulcuns des franoys, qui
sont icy, voulu taster leur intention, ilz ont trouv que la dicte
Dame et ceulx de son conseil ne sont, pour encores, guyres eschaufs
sur les partys et ouvertures qui se pourroient faire de reprandre les
armes en France.

Je ne say si cella leur durera, et croy bien qu'ilz voudront suyvre
l'example de ce qu'ilz verront faire aulx princes protestans
d'Allemaigne, et que, si la Rochelle se meintient opinyastre, qu'ilz
la voudront favoriser soubz mein, ainsy qu'aux troubles passez. Et
suys adverty, de bon lieu, que les dicts princes ont mand  la dicte
Dame qu'elle ne mecte plus en doubte qu'il n'y ayt dellibration
faicte et jure contre elle et contre eulx toutz pour abolir leur
dicte religion; et que pourtant elle vueille retenir toute sa
navigation dans ses portz affin de l'avoyr preste au besoing, ce qui a
de rechef cuyd interrompre le voyage de Bourdeaux pour les vins; mais
enfin toute la flotte y est alle.

J'ay heu,  la vrit, beaucoup de doubtes, ces jours passez,
entendant qu'on avoit tir quarante huict chariotz d'armes, de
pouldres, et aultres mounitions de guerre, de la Tour de Londres, que
ce ft pour en envoyer  la Rochelle, mais j'ay sceu que le tout est
all aux fortz de Portsemmue, et l'isle d'Ouyc, et de Douvre. Il est
vray que quelques franoys acheptent bien des armes en ceste ville,
mais non encores en si grande quantit qu'il en faille fre cas. Il
semble que ceulx de la Rochelle ont mis de leurs habitans dehors, car,
puis cinq ou six jours, il en est arriv icy quelques mesnages qui
raportent que le Sr Strossy est all sommer la ville, et qu'elle ne
luy a respondu sinon  coups de canon, dont huict des siens ont est
tus; ce qui semble que ceulx cy ne rprouvent guyres, et mesmes
disent qu'ilz savent que aulcuns catholicques franoys ont dict
qu'ilz seroient trs mal advisez de se randre, car aussy bien les
tueroit on.

J'entendz que ceste princesse et les siens avoient espr, ceste
anne, ung grand effect de l'entreprinse du prince d'Orange ez Pays
Bas, et qu'ilz y faysoient estat d'en emporter la Zlande; dont, sur
ceste persuasion, laquelle estoit conduicte par ung allemant avec
l'assistance d'ung seigneur de ce conseil, elle avoit mand fournir
soixante six mil escus au dict prince en Embourg; et avoit layss
couler envyron quatre mille angloys  Fleximgues, soubz la charge du
Sr Homfray Gillebert; et promiz de mettre ses navyres en mer pour
empcher le secours d'Espaigne; mais, voyant que le dict prince se
retire comme dconfit, et que les Angloys n'ont est bien traictez au
dict Fleximgues, elle se rtracte de sa libralit, et retire ses
gens, et faict cesser une partie de l'appareil de ses navyres. Il est
vray qu'il y a encores icy un solliciteur du dict prince, et quelque
ambassadeur du comte Palatin. Je ne say enfin qu'est ce qu'ilz
obtiendront.

Il semble qu'on ne soit guyres marry en ceste court que la nouvelle
qu'on y avoit publie de la victoyre de Dom Jehan d'Austria en Levant
soyt ruscye vayne; mais il y a aultres deux nouvelles qui les fchent
assez: l'une, du dcs de l'Empereur, si elle est vraye; et l'aultre,
de celluy du prtandu rgent d'Escoce[9]. Et creins bien, si le dict
prtandu rgent est mort de poyson, ainsy qu'on l'a dict, ou bien de
quelque aultre violence, qu'on n'en traicte plus mal la pauvre Royne
d'Escoce. Je viens d'estre adverty que ceste princesse a accord son
cong au Sr de Walsingam, et que le sire Jehan Caro s'apreste pour luy
aller succder, dedans ung moys ou six sepmaynes. Je m'enquerray
dilligemment du dict Sr Caro; et vous suplie trs humblement, Sire,
me vouloir de mesmes retirer; car, oultre que j'ay doubl icy le
temps, encores ne doibt vouloir Vostre Majest laysser l'advantage 
la Royne d'Angleterre qu'elle ayt plus de soing de son ambassadeur que
vous du vostre, ny que le Sr de Walsingam soit en meilleur concept
vers elle, que moy vers Vostre Majest. Sur ce, etc.

  [9] La nouvelle du dcs de l'empereur Maximilien II tait
  fausse.--Le comte de Mar tait mort le 29 octobre 1572 
  Stirling, aprs une indisposition subite survenue  la suite
  d'une visite qu'il avait faite au comte de Morton  Dalkeith. La
  nouvelle de sa mort, dj donne dans la lettre du 18 septembre,
  se rapportait probablement  l'accident de Dalkeith.

    Ce IXe jour de novembre 1572.




CCLXXXVe DPESCHE

--du XVe jour de novembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Lettre du roi d'Espagne  la reine d'Angleterre.--Ngociation des
    Espagnols.--Sollicitations des protestans de France pour
    obtenir des secours afin de reprendre les armes.--Nouvelles
    d'cosse.


    AU ROY.

Sire, j'attandz les procheines lettres de Vostre Majest pour aller
trouver la Royne d'Angleterre, laquelle, dans ung jour ou deux, s'en
vient  Hamptoncourt, et se porte fort bien, ne s'estant, longtemps y
a, trouve plus sayne qu'elle faict  prsent, depuis qu'elle est
gurye de ceste dernire maladye qu'elle a heu de la petite vrolle;
et si, se trouve fort contante que le Roy d'Espaigne luy a escript une
lettre fort pleyne d'affection et d'offres, et d'une quasy
soubmission, qui semble ne convenir guires ny  la grandeur d'un tel
prince, ny  la recordation des injures qu'il a reues. Tant y a qu'en
la dicte lettre, aprs beaucoup de belles et bonnes parolles, il
inciste au renouvellement des anciens traicts et de l'ancienne
confdration d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne, et
qu'il est prest de la confirmer et la jurer de nouveau; et, quand
aulx diffrendz passez, qu'il en veult demeurer  ce que la dicte Dame
et ceulx de son conseil en ont desj advis, sans s'arrester aux
difficultez que son ambassadeur ou ses ministres y peulvent avoir
faictes. Et est venue la dicte lettre accompagne d'une aultre du duc
d'Alve, et d'aulcuns si bons prsens, que l'affre a commanc de
s'estreindre en bien peu d'heures, et cella fort secrettement; mais
non tant que je n'en aye heu assez tost le vent. Dont ceulx,  qui
j'en ay parl, m'ont respondu que Vous, Sire, en faysant la deffance 
voz subjectz de n'aller poinct en Flandres, et chastiant ceulx qui
revenoient de Montz, avez monstr  la Royne d'Angleterre comme elle
debvoit uzer en cest endroict, et luy aviez faict retirer ses subjectz
de Fleximgues, et luy aviez apprins de ne refuzer l'amity du Roy
d'Espaigne; et que, puisqu'ainsy vous plaist, vous verrez bientost les
choses de toutes partz cder  l'intention du duc d'Alve.

Je n'ay deffailly de rplicque, mais je tiens pour assur que le
commerce sera bientost restably entre l'Angleterre et les Pays Bas du
Roy d'Espagne, si quelque accidant nouveau ne survient. Il est vray
que je ne sentz poinct pour cella qu'on se vueille retirer de la ligue
et du bon traict qui a est dernirement conclud avec Vostre Majest,
mais bien, qu'on regardera de fort prs comme, de jour en jour, s'en
pouvoir mieulx establir avecques vous pour la seuret de ce royaulme.
Et mesmes j'entendz que la dicte Dame et ceulx de son conseil n'ont
encores rien respondu  ce qui leur a est propos, de vouloir faire
une dclaration en faveur des franoys qui se sont retirs icy pour
leur religion, pour y estre soufertz avec gracieulx entretien, et de
vouloir aussy donner quelque secours  ceulx qui dellibrent s'oposer
aux violences qu'ilz disent qu'on leur faict en France. Et semble que
celluy qui sollicite ce faict a parl comme envoy par les Vicomtes,
au nom des gentilshommes et aultres de la nouvelle religion, qui sont
par dell; et bien qu'il n'ayt encores rien imptr, si creins je
assez que ceulx cy, par occasion, seront conduictz  faire quelque
faveur, soubz mein,  ceulx de la Rochelle par le moyen du comte de
Montgommery, qui pratiquera avec le visadmiral d'Ouest, son beau
frre, d'estre accommod de quelque vaysseau pour s'y retirer, et pour
y conduire ce qui se trouvera  ceste heure de franoys icy revenantz
de Fleximgues, lesquelz peuvent estre deux centz en nombre; oultre
que, depuis deux jours, sont arrivez envyron quinze gentilshommes ou
soldatz, les ungs normantz, les aultres de Poictou, et les aultres de
Guyenne, entre aultres le jeune Pardaillan, et avec eulx ung marchand
de la Rochelle, nomm David, qui disent qu'ilz sont fouys pour n'aller
poinct  la messe, et font une grande rumeur de la perscution qu'ilz
disent qui continue par dell.

Le Sr de Gasceville, qui est icy pour le prince d'Orange, a essay de
praticquer les dicts franoys pour les ramener en Olande, mais ilz n'y
vuellent entendre  cause qu'ilz y ont est fort maltraictez; dont
vous suplie, Sire, me commander comme j'auray  parler  ceste
princesse et aulx siens du dict faict de la Rochelle, et de ceulx qui
y voudroient aller, et pareillement comme uzer envers ceulx de voz
subjectz qui se voudroient retirer en leurs maysons; car l'on m'a
assur, Sire, que, en divers endroictz de ce royaulme, il y en a bien
 prsent de quatre  cinq mille, que hommes, que femmes, ou petitz
enfans.

Je n'ay, du cost d'Escoce, aultres nouvelles que la confirmation de
la mort du comte de Mar, laquelle aulcuns souspeonnent estre du
poyson, mais je crois que non; et se dict que ceulx, qui
recognoissoient le dict de Mar pour rgent, se sont assembls affin
d'en crer ung aultre et pourvoir  la seuret du jeune Prince. Cest
accydant semble bien requrir, Sire, que Vostre Majest dpesche
quelqu'ung par dell; mais je ne m'attans pas que nous puissions
obtenir le cong de son passeport par icy. J'estime que le Sr de
Quillegreu ne s'oposera trop  ce que le duc de Chastellerault soit
faict rgent; car l'on m'a adverty qu'il avoit charge de le praticquer
pourveu qu'il voult suyvre le party d'Angleterre; car l'on voit bien
que  luy appartient le droict de ceste couronne, aprs la Royne
d'Escoce et son filz. Sur ce, etc.

    Ce XVe jour de novembre 1572.




CCLXXXVIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de novembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Communication officielle de la naissance de la fille
    du roi.--Assurance de continuation d'amiti.--Arrts rendus en
    France contre l'Amiral, Briquemaut et Cavagnes.--Excution de
    Briquemaut et de Cavagnes.--Lgation du cardinal
    Orsini.--Affaires de la Rochelle.--Dlibration du conseil
    d'Angleterre.--Vives rclamations des Anglais au sujet des
    entreprises faites contre eux en Bretagne.--Affaires d'cosse;
    convocation d'une assemble  Lislebourg.--Nouvelles des
    Pays-Bas et d'Irlande.


    AU ROY.

Sire, ayant, le XVe de ce moys, receu la dpesche que mon secrettre
m'a apporte, j'ay envoy, le XVIe, demander audience, et la Royne
d'Angleterre me l'a octroye pour le lendemein, XVIIe, qui a est le
propre jour du quatorziesme an complet de son advnement  ceste
couronne, duquel se faict ordinayrement quelque commmoration en ceste
court. Et, aprs qu'elle a heu bien curieusement lue vostre lettre et
celle de la Royne, vostre mre, et encores celle de Monseigneur, frre
de Vostre Majest, lesquelles je luy ay prsentes, elle a monstr
d'estre en quelque suspens qu'est ce que j'avoys  luy dire.

Dont je luy ay assez tost explicqu ma crance, ainsy qu'elle m'estoit
fort bien et fort amplement prescripte par la lettre de Vostre
Majest, du IIIe du prsent, et la luy ay restraincte en cinq poinctz:
dont l'ung a est de la conjouyssance des couches de la Royne, et
l'heureuse naissance de la petite princesse vostre fille, qu'il a pleu
 Dieu vous donner; le segond, de la persvrance de vostre amity
vers la dicte Dame et du plsir qu'avez prins que, depuis l'accidant
de Paris, elle vous ayt tousjours faict confirmer et renouveller la
promesse de la sienne, dont estiez attandant, et pareillement la
Royne, vostre mre, en bien grande dvotion, qu'est ce qu'elle vous
fera entendre meintenant sur le propos de Monseigneur le Duc, vostre
frre, et quel accomplissement elle fera donner aux deux articles du
commerce et de la paix d'Escoce, qui restent  estre effectus par le
traict; le troysiesme poinct a est des arrestz et jugementz donnez
contre le feu Admiral, et contre Briquemault et Cavaignes, par la
court de parlement de Paris, avec le rcit de ce qui a est vriffi
contre eulx et leurs [complices] de la conspiration; le quatriesme,
de la lgation du cardinal Ursin; et le cinquiesme, du faict de la
Rochelle, et pourquoy l'arme du Sr Strossy a est de rechef
rassemble et remise sus.

Sur lesquelz poinctz, voyant la dicte Dame que vous luy gardiez en
tout ung fort grand respect et monstriez de tenir grand compte de son
amity, elle n'a pas dissimul qu'elle en sentoit ung singullier
contantement, mais, comme princesse agite de diverses impressions,
m'a respondu: quand au premier, que Vous mesmes, Sire, ne vous estiez
pas souhayt ung plus grand contantement des couches de la Royne
qu'elle a desir que vous l'eussiez trs parfaictement accomply par
l'heureuse nayssance d'ung Daulfin, et que nantmoins la petite
princesse soit la bien venue au monde, et qu'elle prioit Dieu de l'y
faire aultant heureuse comme elle y est de trs grande extraction, et
comme elle s'assure qu'elle y sera belle et vertueuse, n'ayant regret
sinon que vous ayez voulu profaner le jour de sa nayssence par ung si
facheus espectacle qu'allastes voyr en grve: ce que n'entendant point
qu'est ce qu'elle vouloit dire, elle me l'a explicqu[10]. Et je luy
ay respondu que c'estoit ce qui rendoit ce jour l, s'il avoit est
quelquefoys nfaste, de toutes parts bien heureulx; et que vous
n'aviez pas assist  cest acte, si, d'avanture, vous y aviez est,
sans exemple d'aultres grandz roys.

  [10] Par arrt du parlement de Paris, en date du 27 octobre 1572,
  Briquemaut et Cavagnes, qui avaient t arrts,  la suite de la
  Saint-Barthlemy, furent dclars coupables comme complices de
  l'amiral, et condamns  tre pendus, ce qui fut excut le soir
  mme, aux flambeaux. On sait qu'un arrt de condamnation fut
  galement rendu contre la mmoire de l'amiral.

  Charles IX assista avec Catherine de Mdicis  l'excution de
  Briquemaut et de Cavagnes, qui eut lieu le jour mme de la
  naissance de sa fille. Walsingham, dans sa correspondance, dclare
  qu'ils taient accompagns du roi de Navarre, de Madame, du prince
  de Cond, des ducs d'Anjou et d'Alenon. Mzeray ne parle que de
  Charles IX et de Catherine de Mdicis; De Thou ajoute qu'ils
  exigrent que le roi de Navarre ft prsent  l'excution.

Elle a suyvy que, quand  vostre persvrance vers elle, que c'estoit
ce qu'elle avoit le plus cherch, et pensoit n'avoir jamais rien
trouv de plus assur au monde; dont, de sa part, elle vous promectoit
devant Dieu que vous n'auriez, ny verriez jamais procder, chose
aulcune d'elle pourquoy vous vous en deussiez dpartir, demeurant
l'incertitude de sa plus grande dclaration touchant le propos de
Monseigneur le Duc, sur ce qu'elle n'avoit encores receu la responce
qu'elle a longuement attandue de son ambassadeur, et sur ce aussy que
l'image des choses de France luy reprsante une trs extrme horreur,
qu'il semble que vous avez contre toutz ceulx de sa religion; ayant,
quand aux deux poinctz du traict, une bien bonne affection qu'il y
puysse estre satisfaict, mais les Escoucoys lui donnoient occasion de
ne se mesler plus de leur faict, et les marchandz ses subjectz
trembloient encores si fort des choses de France qu'ilz refuzoient
infinyement d'y transporter leur trafficq; quand  la condempnation de
l'Amiral et des aultres, si le temps vous apprenoit que leur ruyne ft
vostre seuret, que nul seroit plus ayse qu'elle qu'ilz fussent mortz,
et, s'il advenoit que vous y ayez de juste regret, qu'elle y
participera aultant que nul aultre de vostre alliance, car elle ne
mettoit en considration ny leur mort, ny leur vye, que pour vostre
intrest; qu'elle rpute  une bien expcialle faveur la
communiquation que luy avez voulu fre de la lgation du cardinal
Ursin, vous priant nantmoins de prendre de bonne part, si elle vous
dict qu'elle sait, aussy bien que luy mesmes, que, en apparance, sa
dicte lgation est bien fonde sur la ligue contre le Turc, mais
qu'en effect il en vient procurer une aultre contre les Chrestiens,
et allumer, s'il peut, ung grand feu par toutz les coings de l'Europe,
en quoy si, en vostre prsence, vous layssez passer quelque chose qui
tende  la ruyne d'elle, Dieu est tesmoing que ce sera au dommage de
vous mesmes, ou aulmoins de chose que vous debvez en ce temps rputer
comme vostre bien; qu'elle ne se voit pas en termes pour debvoir trop
creindre toutes ses praticques, non qu'elle ne se sante soubmise  la
mein de Dieu, quand, pour l'honneur et gloyre sienne, il vouldra
qu'elle prisse,  quoy elle aura moins de regret; mais elle
exprimantoit assez que son indignation n'est contre elle, ains
plustost contre ceulx qui la voudroient ruyner, et que sa bont divine
a si bien pourveu au faict d'elle et de son estat, qu'elle vous
vouloit bien dire, Sire, qu'elle s'estimoit beaucoup plus loing du
danger que ne sont ceulx qui la y voudroient mettre: ce qu'elle m'a
fort pri de n'oublier vous escripre, et que son ambassadeur aura
charge de vous en dire aultant; que, pour le regard de ceulx de la
Rochelle, elle seroit marrye qu'ilz ne vous rendissent l'obyssance
qu'ilz vous doibvent, ny qu'ilz excitassent aulcun trouble en vostre
royaulme, mais elle estimoit qu'ilz ne prtandoient de garder leur
ville que pour vous et pour leurs vyes, en quoy elle ne leur pouvoit
fre tort, si, voyant venir ceulx qui les vouloient tuer, ilz leur
fermoient leurz portes; et que le comte de Montgommery ne l'avoit
veue, ny n'avoit parl  elle, pour avoir deu escripre aux dicts de la
Rochelle qu'elle les secourroit, n'estant si hastive ny si lgire que
de rompre la ligue qu'elle venoit de faire avecques vous pour chose de
peu d'importance; et que, si elle avoit ceste volont, elle la vous
nottiffieroit ouvertement, ainsy qu'elle vous avoit bien faict
entendre son entreprinse du Hvre de Grce; et qu'elle me vouloit bien
dire, en passant, qu'elle s'estoit lors saysie du dict Hvre,  cause
d'une mauvaise responce qu'on luy avoit faicte de Callays, et que,
sans ce que la peste s'y mit, elle n'eut lch ceste place, sans avoyr
heu rayson de l'aultre.

A toutes lesquelles siennes responces, fors en ce qu'elle m'a touch
de Callays, que j'ay expressment obmis, je luy ay uz des meilleures
et plus convenables responces, pleynes de mercyement, l o il a est
besoing, et de toutes aultres bonnes remonstrances qu'il m'a est
possible. Et l'ay conduicte, de propos en propos,  plusieurs raysons
pour la bien diffier de Voz Majestez Trs Chrestiennes et des
vostres, et pour luy oster les impressions qu'on luy a peu donner au
contraire, et pour la remettre aux bons termes qu'elle estoit,
auparavant ces motions de France; de sorte que, acquiessant  la
pluspart, elle m'a pri, pour la fin, que je voulusse faire
communicquation  ceulx de son conseil des mesmes choses que je luy
avoys dictes  elle.

Et, appellant l dessus milord trzorier et les comtes de Sussex et de
Lestre, je me suis retir  part avec eulx, qui ont avec attention
fort volontiers ouy ma crance; et, aprs qu'ilz m'y ont heu faict
quelques courtes responces et aulcunes lgires contradictions, ilz
m'ont pri de la leur vouloir bailler par escript, affin d'y pouvoir
mieulx dellibrer et en confrer davantage avec leur Mestresse, pour,
puis aprs, m'y faire avoyr responce l o il escherroit d'en bailler.
Et, m'ayant toutz troys assur de la persvrance de leur Mestresse en
l'entretnement du traict, ilz ont monstr qu'il leur restoit
beaucoup de satisfaction de ce que je leur avoys dict, et de vostre
ouverte dmonstration vers leur Mestresse et vers ce royaulme;
seulement ilz ont exclam les injures, violences, meurtres et
pilleries que le cappitaine de Belle Isle de Bretaigne, et son filz,
et quelque aultre, qu'ilz ne m'ont peu nommer, font,  ce qu'ilz
disent, sur les Angloys, et qu'ilz suplient Vostre Majest d'accorder
 leur Mestresse qu'elle puisse permectre  ses subjectz d'avoir la
guerre au dict capitaine; car elle ne sait comme aultrement leur
satisfre, parce qu'on ne leur faict jamais justice en Bretaigne; ny
ne peulvent, sans danger de mort, l'aller demander.

Du cost d'Escoce, Sire, il s'entend que, le XVe de ce moys, se
debvoit faire l'assemble de la noblesse du pays  Lillebourg pour
crer ung nouveau rgent, et pour pourvoir  la seuret du petit
Prince, mais l'on n'espre guires que la paix puisse ruscyr au bout
des deux moys de l'abstinence.

Fleximgues monstre de se vouloir opiniastrer, car l'on y faict une
extrme dilligence de se bien fortiffier, et le capitaine Morguen,
avec une compagnie d'angloys, y est enfin demeur. Le prince d'Orange
est encores en Olande, et ung sien agent est tousjours par de. L'on
m'a adverty que le comte de Montgommery doibt bientost venir
secrettement en cette ville. Je mettray peyne de l'observer. J'entendz
que ceulx de la Rochelle, qui sont icy, ont est en ceste court; et, 
dire vray, Sire, la responce, que ceste princesse m'a faicte touchant
l'opinyastret des dicts de la Rochelle, ne me contante assez. Ceulx
cy mandent pour toute provision en Irlande trente mille escus pour
rsister aulx saulvages. Sur ce, etc.

    Ce XXIIIe jour de novembre 1572.




CCLXXXVIIe DPESCHE

--du XXIXe jour de novembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Joz, mon secrettre._)

  Dfiances inspires aux Anglais par la lgation du cardinal
    Orsini et par les armemens faits en France.--Rsolution prise
    par lisabeth de maintenir l'alliance avec le roi, et nanmoins
    de rechercher l'alliance d'Espagne, de s'unir aux princes
    protestans d'Allemagne, et de soutenir les mcontens de
    France.--Affaires d'cosse.--Mfiances tmoignes contre
    l'ambassadeur par les franais rfugis en
    Angleterre.--Assurance qu'il leur donne au nom du roi qu'ils
    peuvent en toute sret rentrer en France.--Arrive de Mr de
    Mauvissire.


    AU ROY.

Sire, aprs que j'eus parl  la Royne d'Angleterre, le XVIIe de ce
moys, et que j'eus baill par escript  ceulx de son conseil ce que je
luy avoys dict, ung des gens de Mr de Walsingam leur arriva, le jour
d'aprs; de la dpesche duquel il semble que la jalousie et la
deffiance ayt augment  la dicte Dame et  eulx, touchant la lgation
du cardinal Ursin, et touchant quelques leves de Suisses qu'on leur a
mand que Vostre Majest faict desj marcher, creignant que ce soit
contre leur religion, et nommement contre l'estat et repos de ce
royaulme, en faveur de la Royne d'Escoce, dont se sont assembls
plusieurs foys pour dellibrer de leurz affres. Et j'entendz qu'aprs
les avoyr bien dbattus, ilz se sont rsolus  quatre poinctz: l'ung,
d'observer, de la part de leur Mestresse, le traict que naguyres
elle a faict avec Vostre Majest, sans toutesfoys y mettre grand
fiance; le segond, d'estreindre l'accord avec le Roy d'Espaigne; le
troysiesme, de faire une prompte et bien ample dpesche en Allemaigne;
et le quatriesme, de se prvaloir, si elle peut, de voz subjectz
malcontantz, qui sont par de, au cas qu'elle et eux ne puissent
voyr plus cler dedans voz entreprinses qu'ilz ne font.

Dont, du premier, j'ay desj assez souvent escript  Vostre Majest ce
que la dicte Dame et les siens m'en ont respondu, toutes les foys que
je leur en ay parl; et, quand aux aultres troys, j'ay fait un
mmoire[11]  part de tout ce que, jusques  ceste heure, il m'en est
venu en cognoissance; dont je n'auray  vous dire icy davantage, Sire,
sinon que ceulx cy ne layssent cepandant d'encourager le prince
d'Orange  la poursuyte de son entreprinse, et luy donner grande
esprance qu'il sera assist, bien qu'ilz se soyent accords avecques
luy de retirer ce qui restoit d'anglois  Fleximgues, qui achveront
d'arriver ceste sepmayne; et pressent, le plus qu'ilz peuvent, les
choses d'Escosse pour les faire ruscyr  leur intention; en quoy,
pour y surmonter les difficultez qui s'y trouvent, l'on m'a adverty
qu'ilz dpchent une bonne somme de deniers au Sr de Quillegreu, affin
de faire tomber la rgence et le gouvernement du Prince ez meins de
ceulx qu'il recognoistra dvotz  l'Angleterre; et qu'il a charge de
praticquer la dicte rgence pour le comte d'Arguil, et la garde du
Prince pour le comte de Morthon. En quoy est fort  creindre, si le
dict d'Arguil prent le dict party, qu'il n'y mne le duc son oncle, et
ses enfans, et que le comte de Honteley demeure seul, de toutz les
grandz, pour le party de la Royne d'Escoce; et, si le susdict de
Morthon a le Prince en ses meins, qu'il ne le livre aulx Angloys,
aussy bien comme il leur a vendu le comte de Nortomberland.

  [11] Ce mmoire n'a pas t transcrit sur les registres de
  l'ambassadeur.

Je say bien que, pour encores, les choses n'y vont du tout ainsy que
ceulx cy voudroient, et n'y esprent guyres la paix, au bout de
l'abstinence; tant y a que leur argent y pourra faire beaucoup
incliner les choses  leur desir, et y en employent de tant plus
volontiers qu'ilz ont descouvert que l'entreprinse, que les saulvages
d'Irlande ont cuyd excuter sur Dublin, Corc et aultres places de la
Palissade, a est trame par le comte de Honteley. Dont, en ce
conseil, a est dict que la Royne d'Escoce, de laquelle il se porte
lieutenant au North, y avoit besoign, et que, tant qu'elle vivra, ces
troys royaulmes, d'Angleterre, d'Escoce et d'Irlande, ne seront jamais
en paix, qui est ung trt pour remettre ceste pouvre princesse en
grand danger; de laquelle j'ay heu deux lettres du premier de ce moys,
que milord trzorier m'a envoyes, le XXIIe, toutes ouvertes; et
encores il a fallu que je les luy aye prestes pour en communiquer
quelques poinctz  la Royne, sa Mestresse.

J'avoys pri monsieur le Vidame de Chartres et le jeune Pardaillan, et
le Sr Du Plessis, et quelques aultres franoys, de ceulx qui sont
fuitifz, de venir prendre leur dner en mon logis, affin de leur faire
entendre l'intention de Vostre Majest; mais, pour creinte qu'ilz ne
donnassent quelque souspeon d'eux aux Angloys, s'ilz y venoient, et
pour quelque opinyon, qu'on a imprim au dict vidame, que Vostre
Majest le vouloit faire tuer, ft par poyson ou aultrement, ilz se
sont toutz excusez, ormis le jeune Pardaillan, lequel  grande
difficult a voulu manger une foys avecques moy; et par luy j'ay mand
 toutz les aultres que vostre desir est, Sire, qu'ilz se retirent en
leurs maisons, et que vous leur prometts, sur vostre honneur, qu'il
ne leur y sera faict ny mal, ny dplaysir; et si, pour prendre plus
grande seuret de cella, ilz vouloient envoyer ung d'entre eulx vers
Vostre Majest, que je l'accompaignerois de mes lettres. Sur quoy, au
bout de deux jours, ainsy que les dicts vidames et de Pardaillan
alloient trouver ceste princesse  Hamptoncourt, ils me sont venus, en
passant, tenir le propos que je metz  l'instruction de ce
porteur[12], affin de tenir ceste lettre tant plus briefve. Et
adjouxteray seulement  icelle que je sentz bien qu'on uze de toutz
les artiffices et persuasions qu'on peut pour retirer, peu  peu,
ceste princesse de l'opinyon qu'elle s'estoit imprime de vouloir
establir une prive amity, et une fort estroicte intelligence avec
Voz Majestez Trs Chrestiennes et avec vostre couronne: dont je seray
bien fort ayse qu'en la faysant vostre commre, vous la confirmiez en
son premier bon propos; et croy que difficillement la pourra l'on du
tout tirer  l'aultre party, tant je l'ay une fois vue trs fermement
rsolue de suyvre du tout le vostre. Sur ce, etc. Ce XXIXe jour de
novembre 1572.

  [12] Cette pice n'a pas t transcrite sur les registres de
  l'ambassadeur.

   Ainsy que ce porteur montoit  cheval, Mr de Mauvissire est
   arriv. Je n'ay layss pour cella de le faire partir.




CCLXXXVIIIe DPESCHE

--du IIIIe jour de dcembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience accorde  l'ambassadeur et  Mr de
    Mauvissire.--Demande officielle faite  lisabeth de tenir la
    fille du roi sur les fonts de baptme.--Acceptation de la
    reine.--Embarras qu'elle tmoigne pour envoyer,  cette
    occasion, un ambassadeur en France, de peur qu'il ne soit
    massacr.--Nouvelle proposition du mariage.--Difficult oppose
    par la reine  la reprise de cette ngociation.--Froide
    rception faite par les seigneurs du conseil  l'ambassadeur et
     Mr de Mauvissire.


    AU ROY.

Sire, le deuxiesme de ce moys, Mr de Mauvissire et moy sommes allez
trouver la Royne d'Angleterre  Hamptoncourt, laquelle l'a beaucoup
mieulx et plus favorablement receu que l'occasion des choses passes
ne me le faysoit esprer, et croy,  la vrit, qu'en l'endroict d'ung
aultre, elle n'eut si bien uz qu'au sien; qui a bien voulu, ds
l'entre, luy commmorer les honnestes charges que, d'autrefoys, il a
heu vers elle[13], qui luy avoient faict ds lors cognoistre sa vertu,
et que ce o il s'estoit depuis loyallement port en bon et fidelle
subject, d'advertir Vostre Majest d'viter la dangereuse entreprinse
de Meaulx[14], luy avoit faict mriter qu'elle et toutz les aultres
princes en ouyssent bien parler; et qu'au reste il avoit tousjours heu
une si bonne inclination  tout ce qui estoit de la commune amity
d'entre Voz Majestez, et avoit uz de tant de sortes de courtoysies
envers ceulx qu'elle avoit envoy en France et envers toute la nation,
qu'elle se sentoit oblige d'en avoyr mmoyre  jamais; et pourtant
qu'elle remercyoit Vostre Majest de luy avoir envoy ung tel
messager, et qu'il ft le trs bien venu.

  [13] Michel de Castelnau, sieur de Mauvissire, avait dj t
  charg  diffrentes poques de diverses missions en Angleterre.
  En 1576, il succda comme ambassadeur  La Mothe Fnlon. Voir
  ses _Mmoires_ auxquels Le Laboureur a fait de nombreuses
  additions. Bruxelles, 1731, 3 vol. in-f.

  [14] V. tom. 1, p. 27 _note_.

A quoy luy ayant le dict Sr de Mauvissire faict l'humble mercyement
qui convenoit, il luy a prsent, avec les recommandations de Vostre
Majest, de la Royne, et de la Royne, vostre mre, et de Monsieur, les
lettres de toutz quatre, rservant celle de Monseigneur le Duc, aprs
le rcit de sa crance; et luy a faict, en fort bonne faon, entendre
sa dicte crance, laquelle elle a monstr d'avoyr bien fort agrable.

Elle nous a respondu que nul, aprs Voz Majestez Trs Chrestiennes,
avoit receu ung plus accomply plsir qu'elle de l'heureuse nayssance
de vostre petite fille, et l'et senty plus grand, si ce eut est ung
filz, et qu'elle rputoit l'offre, que luy fesiez d'estre vostre
commre, pour ung des plus certeins signes de vraye et parfaicte
amity qui se pouvoit uzer non seulement entre princes, mais entre
toutes aultres plus inthimes et conjoinctes personnes; et pourtant
qu'elle vous remercyoit, et remercyoit la mre, et la grand mre, et
les oncles, de la plus grande affection de son cueur, de ceste vostre
tant bonne et tant cordialle dmonstration vers elle. Et, aprs
s'estre ung peu enquise comme nous estimions que l'Impratrix en
uzeroit, et laquelle des princesses de vostre court pourroit elle
prier de fre l'office pour elle, elle a suivy  dire que ce, o elle
se trouvoit le plus empesche, estoit d'envoyer quelqu'ung par dell,
aprs ce qui y estoit advenu, non pour deffiance qu'elle het de
Vostre Majest, mais qu'elle n'avoit ung seul personnage de qualit
qui n'estimt qu'elle le tnt en fort petit compte, et qu'elle se
vouloit deffayre de luy, si elle luy parloit de le vouloir envoyer en
France, nantmoins qu'elle aviseroit d'y uzer le plus honnorablement
qu'il luy seroit possible.

Et s'estant le propos adonn  parler des choses de Paris, le dict Sr
de Mauvissire luy a confirm ce que j'en avois devant dict  la dicte
Dame et aux siens. Et elle y a respondu quasy de mesmes qu'elle avoit
faict les aultres foys, monstrant creindre que les choses passassent
jusques  elle et jusques  troubler son estat, ce que nous avons mis
peyne de luy fort dissuader. Et aprs, il luy a prsent la lettre de
Monseigneur le Duc, et l'a accompaigne de plusieurs honnestes propos
de l'affection et du vray amour qu'il luy porte, et du singullier
desir que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et Monseigneur avez
que l'accomplissement du mariage s'en ensuyve.

A quoy elle a respondu que Dieu luy est tesmoing que les choses en
estoient venues  si bons et si procheins termes, de sa part, qu'elle
ne pensoit qu'il s'y det trouver plus de difficult; mais qu'elle
voyoit,  ceste heure, que l'extrieur, de l'ingalit des aages, et
l'intrieur, de la diffrance des consciences en la religion, y
remettoient plus d'empeschement qu'elle n'et pens, et qu'il faudroit
qu'elle renouvellt toutz ceulx de son conseil pour prendre quelque
bonne rsolution l dessus, parce que nul de ceulx, qui y estoient 
prsent, n'en pouvoient estre d'advis; nantmoins qu'elle ne layssoit
de se santir pour jamais trs oblige  Vostre Majest et  la Royne,
vostre mre, et encores  Monseigneur le Duc, et qu'elle adviseroit
pour ce soyr comme nous respondre le lendemein  toutes ces choses,
affin de donner le plus de satisfaction  Vostre Majest qu'il luy
sera possible.

Et n'ayant Mr de Mauvissire rien obmis de tout ce qui la pouvoit
rendre bien dispose, et luy ayant aussy, de ma part, touch aulcunes
particullaritez pour l'induyre  vous debvoir fre de meilleures
responces que jamais, je luy ay baill la lettre que Mon dict Seigneur
le Duc m'avoit escripte, laquelle elle a volontiers reue et retenue;
et nous nous sommes pour ceste foys licenciez d'elle. Et, aprs avoyr
fayct les meilleurs et les plus exprs offices que nous avons peu vers
ses conseillers, lesquelz,  la vrit, nous avons trouvez fort
froidz, nous sommes, pour ce soyr, allez loger  ung mille de la
court.

Et, le grand matin, elle nous a mand qu'elle nous prioit de luy
donner temps de nous faire sa responce jusques  vendredy, qui sera
demein; dont avons advis, Sire, de vous faire cepandant ce mot, affin
que Vostre Majest sache en quelz termes est toute ceste ngociation.
Sur ce, etc.

    Ce IVe jour de dcembre 1572.




CCLXXXIXe DPESCHE

--du Xe jour de dcembre 1572.--

(_Envoye jusques  la court par Mr de Mauvissire._)

  Rponse de la reine sur la ngociation de Mr de
    Mauvissire.--Acceptation du titre de marraine.--Objections
    faites contre le mariage.


    AU ROY.

Sire, aprs que la Royne d'Angleterre a heu  loysir dellibr des
troys poinctz de la crance de Mr de Mauvissire, savoir est: d'estre
vostre commre, de continuer l'amity, et de passer oultre au propos
de Monseigneur le Duc; et qu'elle a heu, comme j'ay est bien adverty,
faict cognoistre  ceulx de son conseil qu'elle continuoit d'avoyr
toujours bonne inclination  la France, leur mettant en grand compte
ceste prsente signiffication de vostre singullire bienvueillance
vers elle, et leur remonstrant que les quatre lettres de Voz Majestez
et de Monsieur, et la cinquiesme de Monseigneur le Duc, escripte de sa
mein, et les propos que le dict Sr de Mauvissire et moy luy avons
tenus, l'assuroient que vous la fesiez vostre commre tout exprs pour
luy tesmoigner, et  toutz ses subjectz, et encores pour manifester 
tout le monde, que vous la voulis aymer et respecter aultant, et
possible plus, que prince ny princesse de vostre alliance, ainsy que,
parmy les choses qui sont advenues en France, vous avez heu ung grand
soing de faire garder  elle et  ses dictz subjectz ung fort grand
respect, elle a conduict iceulx de son dict conseil  luy aprouver
qu'elle nous ayt, vendredy dernier, faict la responce qui s'ensuit:

Qu'elle accepte de bon cueur l'honneur que luy faictes de vouloir
qu'elle soit l'une des marraines de vostre fille ayne, et prend cella
pour une bien fort grande et singullire rcompense de la droicte
affection dont elle s'est resjouye de sa nayssance, et qu'il ne luy
het sceu advenir, en ce temps, chose aulcune de plus grande
satisfaction que de se voyr par Vostre Majest, et par la Royne Trs
Chrestienne, et la Royne, vostre mre, et Messeigneurs voz frres,
recherche de signe de vostre plus estroicte amity vers elle, dont
elle vous en rend le plus grand mercys qu'elle peut, et n'estime que
faciez peu pour elle de la convyer  estre compagne en ce sainct acte
d'une si excellante princesse comme est l'Impratrix, laquelle elle
honnore en toutes sortes pour sa grandeur et pour ses vertueuses
qualits, et espre que d'elle procdera tant de bien et de bonheur 
leur petite filleule, oultre celluy qu'elle tirera de la bonne fortune
du pre et de la mre, et des princes dont elle descend, que tout le
mal qui luy pourroit venir de son cost, n'y pourra  peyne paroistre;
et, encor que de ces premires couches de la Royne Trs Chrestienne
son plsir ne puysse estre si parfaict, comme si celluy de Vostre
Majest het est du tout accomply par la nayssance d'ung beau filz,
si rpute elle  grande bndiction de Dieu que vostre mariage, qui
est en toutes sortes trs honnorable, vous ayt desj rendus toutz deux
l'ung pre et l'aultre mre de ceste heureuse princesse, ayant
esprance qu'il vous adviendra, sellon le commun dire, que, _qui par
filles commance de masles hrite_; et qu'elle a desj advis que de
deux seigneurs, qui sont des plus grandz de son royaulme, l'ung yra
trouver Vostre Majest pour assister, pour elle, au baptesme, et pour
faire tout ce que Vostre Majest luy ordonnera; mais parce que l'ung
ny l'aultre ne sont  prsent en court, et qu'elle ne sayt encores
lequel se trouvera le plus dispos de faire le voyage, qu'elle
diffroit de les nous nommer; et qu'elle vous prie, au reste, Sire, de
croyre que, comme en la faysant vostre commre, vous luy monstrez, et
donnez  cognoistre  ung chacun, que vous voulez persvrer en son
amity, que aussy, de son cost, en acceptant de l'estre, et par toutz
aultres bons effectz en quoy la voudrez employer, elle vous fera voyr,
et  toute la Chrestient, qu'elle veut de mesmes persvrer trs
constamment en la vostre;

Que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, il me peut bien
souvenir o les choses en sont demeures au partir de Quilingourt, et
que, pour estre despuis survenus plusieurs divers accidans, elle a
mand  son ambassadeur, aprs mon audience de Redinc, de tirer de Voz
Majestez Trs Chrestiennes, le plus dextrement qu'il pourra,
l'esclarcissement d'ung certein poinct, duquel par ses lettres, qu'il
a depuis escriptes, encor qu'il y rcite plusieurs propos que Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, luy en avez tenus, qui sont trs
honnorables et qui la rendent trs oblige de vous en remercyer, ilz
sont nantmoins si gnraulx qu'elle n'y peut trouver la satisfaction
de ce qu'elle desire; et pourtant qu'elle vous prye de prendre en
bonne part qu'elle vous dye encores ceste foys qu'il ne luy est
possible de vous rsoudre si clrement l dessus, comme vous le
voudriez, et comme elle desireroit le pouvoir faire.--Et est entre
en deux divers discours, l'ung, de l'entrevue, comme ung voyage en
poste n'eut peu estre rput ny mal sant ny mal honnorable, ny,
possible, inutille  Monseigneur le Duc pour cest effect; et l'aultre,
de la religion, comme le Pape, par aulcunes lettres et briefz qu'elle
a naguyres veus, qu'il a escript  ses rebelles, rsidans en
Flandres, l'appelle illgitime et prtandue royne usurparesse de ce
royaulme, ce que pourroit, possible, fre raviser Monseigneur le Duc
de ne se vouloir si mal loger que de l'pouser; et pareillement Vostre
Majest de ne vouloir avoyr de eux deux ung nepveu, ni la Royne,
vostre mre, ung petit filz qui ft rput sismatique; avec d'aultres
propos qui monstrent que ceulx de son conseil l'ont merveilleusement
agite de beaucoup d'escrupulles et de plusieurs grandes difficults.

Dont nous avons mis peyne de luy en diminuer l'impression, luy
remonstrant, quand au premier, qu'il n'a tenu et ne tient qu' elle
qu'elle ne soit desj satisfaicte de l'entrevue; et, quand au segond,
que vous avez tousjours monstr, avant la bulle, et depuis encores, en
ce prsent acte, que vous la rputs pour vraye et lgitime et
indubitable Royne d'Angleterre. Et se sont conduictz les propos 
plusieurs particullaritez bien gracieuses de la vraye et droicte
intention, et de l'affection non feinte, dont persvrez tousjours 
desirer son allience; y adjouxtant, Mr de Mauvissire, plusieurs
expciallits qu'il luy a assur avoir freschement ouyes de Vostre
Majest et de la Royne, vostre mre, et de Monsieur, et encores de
plus expcialles de Monseigneur le Duc qu'elle n'a poinct dissimul de
les avoyr bien agrables. Et nous a faict cognoistre en somme qu'elle
ne veut qu'on dlaysse aulcunement la poursuyte de ce propos; puis a
pri le dict Sr de Mauvissire de vouloir retourner le lundy ensuyvant
pour prendre ses lettres et son cong.

Dont je laysse  luy, Sire, de vous rendre plus ample compte de tout
le reste de sa lgation, et seulement je adjouxteray icy qu'il l'a
accomplie ainsy dignement et avec la dextrit qu'il a accoustum
toutes les aultres charges que Vostre Majest luy a souvant commises.
Et sur ce, etc.


    Ce Xe jour de dcembre 1572.




CCXCe DPESCHE

--du XVIe jour de dcembre 1572.--

_(Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience de cong donne  Mr de Mauvissire.--Son
    dpart.--Armemens faits en Angleterre par le capitaine Sores
    pour la Rochelle.--Demande d'un sauf-conduit pour le
    vice-amiral d'Angleterre charg de passer en France.--Succs du
    duc d'Albe dans les Pays-Bas.--Difficult que prsente la
    ngociation du trait de commerce.--Nouvelles d'cosse; le
    comte de Morton rgent.--Meilleur traitement fait au comte
    d'Arundel.--Mort du comte de Derby.


    AU ROY.

Sire, estant Mr de Mauvissire all prendre cong de la Royne
d'Angleterre, le VIIIe de ce moys, il m'a raport qu'elle luy avoit
confirm les mesmes bonnes responces qu'elle nous avoit faictes 
toutz deux, et qu'elle luy avoit davantage expciffi une
particullarit de l'entrevue; laquelle je m'assure, Sire, que n'aura
failly de la vous racompter: qui me semble assez conforme  ce qu'elle
m'en avoit, dez le commancement, propos, dont je verray, en ma
premire audience, si elle y persvre, et comme ses conseillers y
sont disposez. Elle luy a, le lendemein, envoy sa dpesche avec ung
honneste prsent, mais il a est contreinct de temporiser encore
quelques jours, premier que de partir, affin de pourvoir  la seuret
de son passage, ayant eu advertissement qu'on le guettoit sur la mer;
chose que la dicte Dame et les siens ont monstr de leur dplaire bien
fort; et j'espre qu'il aura pass bien seurement, et que Vostre
Majest aura entendu par luy mesmes tout ce qui a rsult de son
voyage par de, et en quelle disposition les choses y restent aprs
luy.

A ceste heure, Sire, j'ay  vous dire qu'il s'quippe en divers
endroictz de ce royaulme dix huict navyres de guerre, desquels (encor
qu'il y en y ayt une partie au nom du prince d'Orange, pour passer
deux compagnies de wualons en Holande) si semble il que des dix
principaulx, (savoyr est: cinq franoys, troys angloys et deux
escouoys, qui sont fort bien quipps et les mieulx fournis et
pourveuz d'arquebuzes, corseletz, picques, morrions, pouldres et
aultres monitions de guerre, qu'ilz ont est prendre  Porsemmue, et
fort bien avitaills de toutes choses,) le cappitayne Sores en sera le
gnral, et son nepveu le lieutenant; et que de Plemmue, et de
Excester, sont partis, depuis douze ou quinze jours, deux navyres
chargs de beufz et aultres vivres pour la Rochelle, et que de prsent
il se charge encores ung aultre navyre de bledz au dict Excester,
d'environ cent cinquante tonneaulx, pour y aller. De quoy je ne
faudray de m'en pleindre  ma premire audience, sellon qu'il m'a est
desj respondu par les seigneurs de ce conseil que, quand je les
advertiray de telles choses, qu'ilz y mettront si bon ordre que
j'auray occasion de m'en contanter.

Je desire bien, Sire, qu'il vous playse m'envoyer bientost le
saufconduict que le visadmiral d'Angleterre demande pour aller trouver
Vostre Majest, car par son moen tout cest appareil se pourra
interrompre ou aulmoins l'entreprinse s'en pourra rejecter ailleurs.

La responce que ceulx cy esproient avoyr du duc d'Alve par les deux
derniers ordinayres, sur le renouvellement des accordz, n'est encores
venue, mais, en lieu de cella, ilz ont receu plusieurs nouvelles des
heureulx exploitz du dict duc, desquelles ilz ne se rjouyssent
nullement.

J'ay naguires continu  iceulx seigneurs du conseil mon instance,
touchant accomplir l'article du commerce, affin que le traict ne
puisse estre argu d'invalidit pour n'avoir sorty effect, ce qu'ilz
m'ont advou estre fort raysonnable, mais que c'estoit ung faict qui
dpendoit de leurz marchandz, lesquelz s'y monstroient  prsent fort
rtifz; dont sera bon, Sire, qu'en faciez toucher quelque mot par
dell au Sr de Walsingam; et j'espre qu' la fin ilz passeront
oultre.

Je n'ay eu, longtemps y a, aulcunes bien certeynes nouvelles d'Escoce;
tant y a que, par aulcunes de mes intelligences, je suis adverty que
l'abstinence y a est garde durant les deux moys, lesquelz sont desj
expirs ds le VIe du prsent, et que le comte de Morthon y a est,
par le party du Prince, subrog rgent au lieu du feu comte de Mar, et
la garde du dict Prince a est continue  la vefve et au frre du
dict comte de Mar,  eulx adjoinct le comte d'Angoux, qui est nepveu
et hritier prsumptif du dict de Morthon. Je ne say comme les choses
se comporteront maintenant par dell, mais il ne s'y doibt esprer
guyres d'amandement pour estre retumbes du tout en la mein du dict
de Morthon, parce qu'il s'est monstr tousjours le principal
adversaire de la Royne, sa Mestresse, et trs grand ennemy de la paix.

L'on a, depuis deux jours, emply ung peu la libert du comte
d'Arondel en sa mayson, et de se pouvoir promener  l'entour d'icelle;
mais ceulx qui sont dans la Tour demeurent tousjours fort restreinctz,
et encores ung peu plus que les aultres, les deux segondz filz du
comte Dherby, depuis quinze jours, que le vieulx comte, leur pre, est
mort. Sur ce, etc.

    Ce XVIe jour de dcembre 1572.




CCXCIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de dcembre, 1572.--

(_Envoye exprs jusque  Calais par Jehan Volet._)

   Dsignation du comte de Worcester pour reprsenter lisabeth
   au baptme.--Dsignation du docteur Dale destin  remplacer
   Walsingham.--Insistance de l'ambassadeur pour obtenir son
   rappel.--Interruption des armemens pour la
   Rochelle.--Protestation du vidame de Chartres de son
   dvouement au roi; son refus de rentrer en France.--tat de la
   ngociation des Pays-Bas.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire, je n'ay receu,  cause de l'empeschement de la mer, vostre
dpesche, du IIIe de ce moys, jusques au quinziesme, et, le mesme
jour, le Sr de Sabran est arriv avec celle qu'il vous a pleu me
faire, du IXe et Xe ensuyvant, s quelles deux j'ay trouv plusieurs
bien amples satisfactions, et,  mon advis, bien considres, touchant
aulcunes particullaritez, dont je vous avoys auparavant escript. Je
m'en vays demein trouver ceste princesse  Hamptoncourt, affin de luy
faire bien entendre tout ce que je y ay comprins de l'intention de Voz
Majestez, et, incontinent aprs, je vous manderay sa responce.
Cepandant je vous diray, Sire, que le comte de Wourchester a trs
volontiers accept d'aller devers Voz Majestez pour le baptesme, et je
le solliciteray de partir bientost affin qu'il puisse arriver  Paris,
incontinent aprs les Roys. C'est ung seigneur, duquel Voz Majestez et
toutz les vostres aurez contantement, et qui s'esforcera de sa propre
inclination, avec le commandement de sa Mestresse, de faire de fort
bons offices. Il est parent de la Royne d'Angleterre et porte le
surnom de _Sommerset_, et n'et l'on sceu faire lection d'ung plus
grand ny d'ung plus noble que luy en ce royaulme, pour honnorer
l'acte; et si, est bien estim de sa Mestresse et bien voulu de tout
ce royaulme. L'on ne luy a pas encores ordonn sa compagnie, mais,
aussytost qu'on luy en aura baill le rolle, il m'a promis qu'il me
l'apportera, et je l'envoyeray  Vostre Majest affin que puissiez
mieulx ordonner de sa rception et de son traictement.

Il avoit est command,  deffault du Sr Caro,  sire Jehan Hastingues
de s'aprester pour aller succder  Mr de Walsingam, mais il a tant
faict que, par maladye ou aultres occasions, il s'en est excus, dont
ung homme de robe longue, nomm le docteur Dail, lieutenant en la
court de l'admirault, s'appreste maintenant pour y aller. Et encores,
Sire, que je me veulx bien garder de n'estre indiscret  contrarier
par trop vostre volont sur ma demeure par de, si espr je tant
d'icelle que, pour plusieurs considrations, dont les unes
appartiennent  vostre rputation, et les aultres sont dignes de
compassion vers moy, j'imptreray bientost que Vostre Majest me
retire.

Je ne faudray de me pleindre demein  ceste princesse et  ceulx de
son conseil de l'apprest de dix ou douze navyres, lesquelz, encor
qu'ilz s'advouent au prince d'Orange, ilz monstrent nantmoins de
vouloir trajecter des hommes et des monitions  la Rochelle; ilz
n'entrent point dans les portz, mais ilz demeurent  l'ancre en la
rade et  l'abry de la coste de de. Quand aulx vaysseaulx que les
franoys apprestoient, ilz demeurent en suspens par commandement de la
dicte Dame, et croy bien que, si le visadmiral trouve Vostre Majest
bien dispos sur les choses qu'il luy proposera, que tout cest
appareil yra descendre ailleurs.

J'ay monstr  Mr le vidame de Chartres la dclaration, en forme, que
Vostre Majest m'a envoy, et l'article qui le concerne dans ma
lettre. Il m'a respondu que ce luy est ung singulier et souverein bien
d'avoir quelque tesmoignage, tant petit soit il, de vostre bonne
intention vers luy. Il trouve le terme de son retour, dans la
chandeleuse, merveilleusement brief, veu qu'il y court le danger de sa
vye et de sa conscience; mais il proteste bien qu'il ne s'arrestera en
part du monde, o il y ayt tant soit peu d'apparence qu'on y praticque
rien ny contre le service, ny contre l'intention de Vostre Majest; et
le jeune Pardaillan monstre avoyr la mesmes volont; car sont les deux
qui me sont venus voyr, et qui affirment bien fort qu'ilz ne sont
passs, et qu'ilz ne demeurent icy que pour la seule occasion de fouyr
 la mort.

La responce du duc d'Alve; touchant l'accord des diffrendz des Pays
Bas, met tant  venir que ceulx cy commancent de s'ennuyer, et de mal
esprer d'icelle, bien qu'il n'ayt encores rien refuz de son cost,
et seulement il uze de remises sur l'attante des dpesches d'Espaigne,
mais l'on ne prend cella icy en payement.

J'ay heu, Sire, la confirmation de ce que je vous avoys cy devant
escript, que le comte de Morthon a est subrog rgent en Escoce par
ceulx du party du Prince, et semble qu'ilz continuent encores
l'abstinence, aprs le VIe de ce moys. Je loue grandement les bonnes
rsolutions qu'avez prinses sur les affres de ce pays l, desquelles,
s'il m'est possible, je donray advis  la Royne d'Escoce et  ceulx de
Lislebourg, bien qu'il y ayt trs grande difficult d'escripre
meintenant ny  elle ny  eulx. Et sur ce, etc.

    Ce XXIIIe jour de dcembre 1572.




CCXCIIe DPESCHE

--du XXVe jour de dcembre 1572.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Communications prives renoues, pour la premire fois depuis la
    Saint-Barthlemy, par l'ambassadeur avec
    Leicester.--Prparatifs de dpart du comte de Worcester.


    AU ROY.

Sire, ayant le comte de Lestre sceu que j'alloys hier, qui estoit
l'avant veille de Nol,  Hamptoncourt, il m'a envoy prier qu'il m'y
donnt  dner, comme il a faict avec beaucoup de faveur; et a monstr
qu'il ne creinct plus de trecter en priv avecques moy, ainsy que, ces
quatre moys passs, il s'estoit bien engard de le fre. Et le comte
de Wourchester s'est trouv en la compagnie, avec lequel j'ay devis
de son voyage vers Vostre Majest, et l'ay sollicit de vouloir partir
bientost, pour se rendre  Paris, incontinent aprs les Roys, ce qu'il
a trouv estre ung peu bien court; nantmoins m'a promis que, sellon
le commandement que la Royne, sa Mestresse, luy en feroit, il mettra
peyne de s'y disposer. J'en ay depuis parl  la dicte Dame, laquelle
m'a dict qu'elle et bien voulu, premier que le dpescher, estre
advertye s'il fault qu'elle prie une des princesses, et laquelle, de
vostre court, ou bien qu'elle commte le dict comte pour tenir pour
elle, car en voudroit uzer ainsy que l'auriez plus  gr.

Je luy ay respondu que j'attandz de brief une responce de Voz Majestez
l dessus; qu'il ne fault pour cella laysser de faire partir le dict
sieur comte, car elle pourra, puis aprs, s'il en est besoin, envoyer
sa lettre et sa commission par la poste, l o il est besoing au dict
sieur comte d'aller par journes, et ainsy nous sommes accordez
qu'elle le fera partir le IIIe jour de l'an. Sur ce, etc.

    Ce XXVe jour de dcembre 1572.




CCXCIIIe DPESCHE

--du IIe jour de janvier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Audience.--Bonnes dispositions d'lisabeth, de Leicester et de
    Burleigh en faveur de la France.--_Mmoire._ Dtails de
    l'audience.--Assurance de la reine qu'elle persiste dans le
    trait d'alliance avec le roi, et dans la ngociation relative
    au commerce.--Refus d'envoyer de nouveaux ambassadeurs en
    cosse, et de chasser d'Angleterre les Franais
    rfugis.--Protestation d'lisabeth qu'elle ne donnera aucun
    secours  la Rochelle.--Remerciement au sujet de la
    communication faite sur la ngociation en France du cardinal
    Orsini.--Rsolution de la reine d'envoyer sans dlai le comte
    de Worcester en France; difficult qu'elle fait de le charger
    de reprendre la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, de tant que, par vostre lettre du IXe et Xe du pass[15], je me
suis trov non seulement bien respondu sur mes prcdantes dpesches,
mais encores fort amplement inform de certeins poinctz bien
importans, que desirez estre de nouveau ngociez avec ceste princesse,
je n'ay fally de les luy dduyre toutz par le mesmes ordre que je les
ay trouvs en vostre dicte lettre, et avec le plus de respect et
d'expression qu'il m'a est possible, pour tout ensemble les fre
bien prendre et bien comprendre  la dicte Dame. Dont je ne les
rytreray icy; car c'est de Vostre Majest mesmes que j'en ay heu la
substance, et je y ay adjouxt seulement quelque forme de parolles;
mais je charge le prsent pourteur de vous dire, Sire, ce que la dicte
Dame m'a respondu.

  [15] A partir de cette poque, les lettres crites par le roi et
  par la reine-mre  Mr de La Mothe Fnlon ont t publies par
  Le Laboureur, qui les a jointes aux mmoires de Castelnau. Cette
  lettre, du 9 dcembre 1572, est celle qui commence son
  recueil.--_Mmoires de Castelnau_, 3 vol. in-folio. Bruxelles,
  1731, t. III, p. 265.

Il seroit long de vous racompter icy aulcunes rplicques que j'ay
estim ne debvoir obmettre de luy fre, lesquelles elle a prinses de
bonne part; et, en me licenciant, m'a pry que je voulusse
communicquer, avec milord trzorier et avec le comte de Lestre, des
mesmes poinctz que je luy avoys dduictz; ce que j'ay faict. Je les ay
trouvs l'ung et l'aultre bien facilles et promptz  l'entretennement
du traict, doubteux et incerteins aulx propos du mariage; mais si
estonnez, des choses naguires passes, qu'ilz ne savent comme
prendre les prsentes, ny comme juger de celles d'advenir. Ilz ont
voulu avoyr temps pour rapporter le tout en l'assemble de leur
conseil et en confrer de rechef avec leur Mestresse. Sur ce, etc.

    Ce IIe jour de janvier 1573.


INSTRUCTION DES CHOSES

   dont le Sr de Vassal, suyvant la prsente dpesche, aura 
   informer Leurs Majestez:

   Que la Royne a respondu  mes demandes, Sire, qu'elle confesse
   que vous auriez occasion de vous fyer peu de son amity, si
   cognoissiez qu'elle ne se confit de la vostre, et pourtant
   qu'elle vouloit de bon cueur dposer les escrupulles, qu'elle
   avoit prins de ce qui s'estoit faict, sur l'assurance de ce
   que luy fesiez dire; et que je luy estois tesmoing qu'encor
   qu'elle n'et approuv l'acte, qu'aulmoins s'estoit elle
   tousjours efforce de l'excuser d'elle mesmes, mais ne l'avoit
   peu justiffier vers les siens; qu'il n'estoit rien advenu, de
   son cost, qui vous det faire changer de volont; et,
   puisqu'il vous plsoit de persvrer au traict, qu'elle ne
   s'en dpartiroit pour occasion qui se pet jamais prsenter;

   Que de rechef elle commanderoit fort volontiers  ceulx de son
   conseil de pourvoir aulx choses qui restoient  accomplir des
   articles du dict traict, et que l'offre de Vostre Majest de
   vouloir assoyr l'estappe aulx marchandz angloys, aussytost
   qu'ilz auroient choisy leurs lieux et places en France, avec
   les privilges accordez, et l'mologation de voz parlementz,
   estoit trs honnorable, mais qu'ilz refuzoient d'y entendre,
   parce que la peur les tenoit encores des vnementz de dell;
   nantmoins qu'elle les en feroit de rechef exorter; et, quand
   bien ilz s'y rendroient opinyastres, le reste du traict pour
   cella ne laysseroit de demeurer en sa vigueur, ny l'ancien
   commerce d'estre continu;

   Que, pour la paix d'Escoce, elle ne voyoit pas que de
   nouveaulx ambassadeurs, encor qu'ilz fussent de plus grande
   qualit que les premiers, y peussent rien advancer, aulmoins
   pour le regard d'elle, qui ne sauroit y faire ny dire
   davantage que ce qu'elle y avoit desj dict et faict, et que
   le comte de Morthon, qui estoit  prsent rgent, avoit offert
   le chasteau de St Andr pour recouvrer le chasteau de
   Lislebourg, et d'aultres grandes rcompances qui valoient
   vingt foys mieulx que le dict chasteau, mais ceulx de dedans
   estoient opinyastres; et qu'elle esproit qu'ilz
   s'accorderoient  la fin par force:

   Au regard de voz subjetz qui sont icy, qu'elle ne leur avoit
   peu dnier refuge pour l'occasion qu'ilz y estoient passez, et
   qu'il estoit en leur libert de s'en retourner quand ilz
   voudroient; nantmoins que, de les en faire exorter, cella luy
   seroit imput  cruault, jusqu' ce qu'on vt que vostre
   justice ozt bien excuter la punition qu'aviez command de
   faire des autheurs des meurtres et sditions passes;

   Mais que, de donner secours ny assistance  ceulx de la
   Rochelle, elle seroit trs marrye de le faire: bien avoit
   entendu que quelques ungs des habitans estoient descendus vers
   la coste de Ouest, lesquelz elle n'avoit point veus, et
   s'asseuroit qu'ilz ne trouveroient en ce royaulme chose
   aulcune qui leur pet servir pour maintenir leur rbellion,
   s'ilz la vouloient faire; vray est qu'elle ne pourroit, sans
   injure, deffendre que quelques ungs de ses marchandz, qui y
   avoient leur commerce de longtemps, et y avoient leurs biens
   engags, ne l'y continuent, non toutesfoys d'y en fre
   establir de nouveau;

   Qu'elle vous remercyoit grandement de ne vous estre layss
   surprendre des persuasions du cardinal Ursin, non qu'elle ne
   lout bien fort que vous vous liguissiez contre le Turcq,
   comme encores elle se voudroit bien obliger  une si saincte
   ligue, affin de rsister au commun ennemy et adversayre du nom
   chrestien, lequel, s'il n'estoit rprim, opprimeroit
   quelquefoys les plus grandes puissances et les premires
   authoritez, et toute la libert de la Chrestient; mais que le
   vray moyen de luy rsister seroit de mettre toutz les princes
   chrestiens en bonne union, et les diffrendz de la religion en
   accord, non de liguer contre luy, ainsy en apparance, une
   partie des forces chrestiennes, en intention de ruyner les
   aultres, et que, si Vostre Majest s'estoit  bon esciant
   excuse d'entendre  telles praticques, elle estimoit que vous
   cognoistriez bientost que vous auriez beaucoup faict pour
   vostre rputation; qu'elle vouloit fort fermement croyre, sans
   y mettre aulcun doubte, que ne layssiez de l'aymer, pour la
   diversit qui estoit entre vous de la religion, car, avant que
   vostre dernire amity ft promise ny jure, vous saviez
   toutz deux quelle estoit la religion l'ung de l'aultre, et
   qu'elle croyoit bien qu'elles estoient diverses en quelques
   parolles, mais nullement contrayres en substance; dont tout
   ainsy qu'elle vous rputoit prince chrestien, qui ne luy
   manqueriez de vostre foy ny de vostre parolle, qu'ainsy la
   trouveriez vous princesse fort chrestienne, qui vous tiendroit
   toutes les choses qu'elle vous avoit promises et jures.

   Et adjouxta qu'elle croyoit que Dieu, au pis aller, n'avoit
   pas encores dtermin de faire que l'Angleterre ne demeurt l
   o elle estoit; aulmoins ne comprenoit elle pas qu'il et
   encores mis en pouvoir de le fre  ceulx d'entre les hommes
   qui, possible, le voudroient bien entreprendre.

   Et ayant la dicte Dame l dessus faict ung peu de pause, je
   luy ay dict, voyant que le temps estoit court, qu' mon advis
   il y avoit de quoy louer et approuver, et de quoy plus la
   remercyer en sa responce, qu'il n'y avoit lieu d'y rien
   replicquer, et pourtant je la priois de passer oultre aulx
   aultres choses que je luy avois dictes.

   Elle a suivy qu' son advis Vostre Majest se contanteroit de
   l'lection qu'elle avoit faicte du comte de Wourchester, car
   estoit de mesmes mayson qu'elle, personnage nourry en la
   court, qui avoit est uniquement aym du feu Roy, son pre, et
   lequel vous trouveriez trs inclin  Vostre Majest et prest 
   faire tout ce que vous voudriez, et vous accompaigner l o
   luy commanderiez, et estimoit que vous le recepvriez et
   favoriseriez ainsy qu'avez tousjours faict ceulx qu'elle vous
   avoit cy devant envoyez; que, d'adjouxter  la commission,
   qu'elle luy donroit du baptesme, celle du mariage, elle s'en
   trouvoit en quelque perplexit, parce que son ambassadeur ne
   l'avoit encores rsolue des poinctz dont elle luy avoit,
   longtemps y a, donn charge qu'il s'en esclarct avec la
   Royne, vostre mre; mais qu'avant le troysiesme de janvier que
   le dict comte partiroit, elle pourroit avoyr receu la responce
   de son ambassadeur pour luy en mettre quelque article en son
   instruction, ou bien le luy envoyeroit aprs; et qu'elle
   creignoit assez qu'encor que Voz Majestez dissent que les
   difficultez de l'extrieur, qui estoient ez personnes, fussent
   beaucoup amandes, que nantmoins celles de l'intrieur, qui
   restoient ez consciences et en la religion, ne se fissent de
   jour en jour plus grandes; dont voudroit de bon cueur qu'elles
   fussent vuydes: car y avoit apparence, comme je le luy avoys
   bien remonstr, qu'aprs ceste foys, l'on rputeroit que ce ne
   ft plus qu'entretnement et peyne perdue d'en parler.




CCXCIVe DPESCHE

--du IXe jour de janvier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Nouvelles assurances d'amiti de la part de la
    reine.--Confrence de l'ambassadeur avec Burleigh, le comte de
    Sussex, et Mr Smith.--Prparatifs pour la Rochelle.--_Mmoire._
    Dtails de l'audience.--Blessure du roi.--Retard apport au
    dpart du comte de Worcester.--Remerciemens d'lisabeth sur
    l'offre faite par la reine de Navarre de tenir Madame en son
    nom sur les fonts de baptme.--Reprise de la ngociation du
    mariage.--Dfense faite en Angleterre de prparer des secours
    pour la Rochelle.


    AU ROY.

Sire, il n'est possible de voyr une plus grande satisfaction que celle
que la Royne d'Angleterre a monstr de recepvoir les bons termes
d'amity qu'il vous a pleu me commander luy tenir, et elle aussy, de
son cost, n'a layss une seule sorte de bonnes parolles ny de bonnes
dmonstrations, qu'elle n'en ayt uz pour me tesmoigner que trs
parfaictement elle vous y correspondt; chose qui seroit longue 
mettre icy, et suffira s'il vous plaist que je touche sommrement
aulcunes responces qu'elle m'a faictes, que je joins dans un mmoire 
part.

Et aprs, elle m'a pry de vouloir confrer du tout avec milord
trzorier, avec le comte de Sussex et avec Me Smith; qui pourtant nous
sommes retirs, toutz quatre  part. Et aprs qu'ilz ont eu paciemment
escout la dduction des principaux poinctz, ilz ont monstr d'avoyr
trs bonne inclination de satisfre, en tout ce qu'ilz pourront, 
Vostre Majest.

Les franoys qui sont icy font tousjours quelque apprest d'armes, et
le cappitayne Poyet faict faire demy cent de longues harquebuses 
fourchette, mais semble qu'il s'en veult retourner  Fleximgues, car
il parle comme ayant charge du prince d'Orange; et les aultres font
bruict d'aller  la Rochelle; nantmoins ilz n'imptrent encores de
ceste court toutes les choses qu'ilz demandent. Je les observeray et
les feray observer, ainsy que me mandez, affin de vous advertyr de
leurs dportementz. Et sur ce, etc.

    Ce IXe jour de janvier 1573.


MMOIRE

   des choses que la dicte Dame m'a faict entendre.

   Quand  vostre blesseure[16], Sire, elle m'a dit que plusieurs
   occasions luy faisoient rputer peu heureuse l'anne dont nous
   venions de sortir, mais que cest accident seul la luy faysoit
   rputer du tout malheureuse, car s'estoit imprim que le coup
   d'espe n'avoit peu estre sinon fort grand, puisque le
   gentilhomme tiroit  tuer le sanglier; et que de nul prsent
   plus prcieulx pourroit estre elle estrne  ce nouvel an,
   que de l'assurance que luy donniez que cella s'estoit pass
   sans dangier, dont elle en louoit et remercyoit Dieu de bon
   cueur; et cella seroit cause de quoy elle jouyroit plus 
   plein le grand plsir qu'elle avoit aussy receu d'entendre
   que la Royne, vostre mre, ft entirement bien gurye de son
   rume: qui vous supplioit toutz deux de croyre qu'elle ne
   pouvoit ouyr qu'il vous advnt, et aulx vostres, si peu de mal
   qu'elle n'y participt incontinent, avec aultant de douleur
   comme s'il touchoit  elle mesmes;

   Et, au regard de faire promptement partir le comte de
   Wourchester, qu'elle vous suplioit d'excuser ung peu, s'il
   n'estoit desj en chemin, parce qu'elle l'avoit mand venir en
   poste; et il luy avoit est besoing de renvoyer jusques en sa
   mayson, qui est en Galles bien loing d'icy, pour qurir ses
   gens, son quippage et aucuns de ses parans qu'il vouloit
   mener en sa compagnie, mais qu'elle le feroit partyr dans
   troys jours sans faillir, bien que aulcuns luy avoient voulu
   dire qu'il ne seroit assur, et que d'aultres eussent voulu
   songer que messieurs de Guyse le feroient arrester pour ravoyr
   la Royne d'Escoce, ce qui n'avoit est sans qu'elle et
   monstr que non seulement elle mesprisoit, mais qu'elle avoit
   en hayne toutz les advis qu'on luy donnoit pour luy ingindrer
   doubte ou souspeon de la foy et amyti de Vostre Majest;

   Qu'elle n'avoit parolles assez expresses pour vous remercyer
   aultant qu'elle debvoit, et la Royne, vostre mre, de
   l'honneur et faveur que luy faysiez, et que luy fesiez faire
   par la Royne de Navarre, qu'elle deignt tenir pour elle la
   petite Madame, de quoy elle se santoit vous en avoyr, et 
   elle, une trs grande obligation, et que son desir doncques
   seroit de l'en suplier; nantmoins, voyant que l'Impratrix
   vouloit que son depput mesmes tnt pour elle, qu'elle
   adviseroit, avec son conseil, comme en debvoir uzer, affin
   qu'il ne s'y trovt manquement ny diversit de sa part; et ne
   pensoit pas, quoy que aulcuns escruppulleux luy eussent voulu
   remonstrer au contrayre, que sa conscience ny celle du comte
   peussent estre intressez que luy mesmes pour elle intervnt
   en ce sainct acte; et, quand  adjouxter son nom  celluy de
   l'Impratrix, pour en faire dnommer de toutz deux leur petite
   fillieule, que cella luy faysoit cognoistre combien Voz
   Majestez avoient soing de n'obmettre aulcune sorte d'honneste
   respect que n'essayssiez de l'en gratiffier; ce qui luy
   donnoit occasion d'estre pareillement respectueuse vers tout
   ce qu'elle cognoistroit  jamais servir  vostre grandeur et
   rputation:

   Au regard de donner ample instruction au dict sieur comte pour
   rsouldre Voz Majestez du propos du mariage, qu'elle mettroit
   peyne de le faire avec des conjectures, nantmoins, dont elle
   seroit contreinte d'uzer, que, si Voz Majestez luy parloient
   en une sorte, qu'il vous ayt  respondre sellon celle l; et
   si aultrement, aultrement; veu qu'elle n'avoit peu estre
   encores esclarcye par son ambassadeur de certeins poinctz de
   la religion, qu'elle luy avoit command d'en parler  la
   Royne, vostre mre, laquelle ne luy avoit voulu respondre,
   sinon que, quand elles deux se verroient, elles s'en
   sauroient bien accorder entre elles; et que, ne se parlant, 
   ceste heure, plus de l'entrevue, il falloit qu'on regardt ung
   peu  ce poinct, ny ne vouloit advouer, sur ce que je luy
   disois que Monseigneur le Duc se pourroit contanter de ce
   qu'elle avoit voulu concder  Monsieur, frre de Vostre
   Majest, pour l'exercice de sa religion, qu'elle luy en et
   voulu rien concder, puisque rien il n'en avoit voulu
   accepter, et qu'elle se vouloit bien garder de ne se trop
   haster, affin de ne broncher l o elle avoit cuyd trbucher
   l'aultre foys; et que son ambassadeur se trouvoit si estonn
   d'avoyr trop espr le premier mariage, qu'encor qu'il ne
   desirt pas moins ce segond, si ne trouvoit elle qu'en pas une
   de ses lettres il ozt encores assurer que Voz Majestez,  bon
   esciant, aient une ferme dellibration de l'effectuer;

   Que ce qui s'estoit parl, entre elle et le Sr de Mauvissire,
   de Monseigneur le Duc, qu'il pourroit faire ung voyage  la
   desrobe jusques icy, que cella s'estoit dict, plus sur
   l'occasion de leur propos, que non qu'elle l'et mis en avant
   elle mesmes, car avoit tousjours remis cella  ce que Vostre
   Majest et la Royne, vostre mre, jugeriez que seroit
   honnorable pour luy de faire;

   Et qu'elle vous remercyoit, le plus qu'elle pouvoit, de
   l'offre que luy fesiez qu'aprs les difficultez vuydes et les
   choses rduictes  quelque bon accord, que Voz Majestez
   mettroient lors peyne de luy satisfaire, et de luy deffrer,
   et luy uzer beaucoup de respectz; qu'elle n'avoit garde d'en
   desirer jamais de plus grandz qu'elle ne debvoit, ny qui ne
   fussent gallement honnorables  Monseigneur le Duc et  la
   couronne dont il est, qu'ilz le pourroient estre  elle et 
   la sienne; et que, de tenir les choses en longueur, c'estoit
   ce qu'elle vouloit surtout viter, et croyoit bien que Voz
   Majestez et toute la Chrestient jugeoient assez d'o
   procdoit,  ceste heure, le retardement;

   Au regard de ce que j'avois entendu que quelques ungs armoient
   en ce royaulme pour nuyre  voz subjectz, qu'elle me prioit de
   ne le vouloir aulcunement croire; car c'estoit chose qu'elle
   avoit expressment deffendu; et avoit mand  toutz les
   gardiens de ses portz qu'ilz missent ordre de l'empescher;
   dont elle me pouvoit assurer que, des principaulx lieux et
   hvres de son royaulme, il n'en sortiroit rien, de quoy
   j'eusse cy aprs occasion de me pleindre; mais qu' la vrit
   la mer estoit desj si pleine de pirates, et il y avoit tant
   de petits lieux et criques caches le long de la coste de
   de, qu'elle n'y sauroit mettre l'ordre qu'elle vouloit;
   mais que ce n'estoit que larrons de mer, lesquelz il failloit
   que le premier qui les pourroit prendre les ft pendre;

   Que, touchant ce que Mr le baron de La Garde escripvoit, de
   douze vaysseaulx angloys qui s'estoient esforcs d'entrer au
   port de la Rochelle, et favoriser ceux qui y portoient des
   vivres, qu'elle savoit bien la responce que son ambassadeur
   avoit faicte l dessus, que, s'il y eut eu douze bons navyres
   angloys, l'on ne les et pas lgirement empeschs d'aller l
   o ilz eussent voulu; et cuydoit,  la vrit, que ce n'en
   estoient poinct; nantmoins, puisque le dict Sr de La Garde le
   mandoit, et, sur ce qu'il se pleignoit d'aucuns aultres
   angloys qui, avec mes passeportz, que je leur avoys baill
   pour aller  Bourdeaulx, s'estoient voulu couler dans la dicte
   ville, qu'elle s'en feroit enqurir pour les faire toutz
   rigoureusement punir, ainsy qu'elle estoit aprs  faire
   chastier ceulx qui avoient men des angloys  Fleximgues, sans
   qu'elle l'et ordonn; et qu'elle vous prioit prendre ceste
   seurt d'elle qu'elle ne secourra en faon du monde les dicts
   de la Rochelle, et que mesmes l'on luy avoit dict que troys
   des habitans estoient par de qui proposoient d'en admener
   deux navyres chargs de greins et de vivres; mais que, s'ilz
   s'attandoient  cella, ilz endureroient longtemps la feim.

  [16] Cette blessure, reue par le roi  la chasse, tait
  trs-lgre.

Et aprs, la dicte Dame est venue  quelques particullaritez que je
luy avoys touches d'une lettre que la Royne d'Escoce m'avoit
escripte, en quoy elle m'a parl assez aygrement.




CCXCVe DPESCHE

--du XVe jour de janvier 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Dpart du comte de Worcester avec charge de traiter du
    mariage.--Ngociation des Pays-Bas.--_Mmoire._ Rclamation du
    vidame de Chartres et des Srs Pardaillan et Du Plessis contre
    l'ordre du roi qui leur enjoint de rentrer en
    France.--Disposition du comte de Montgommery  faire sa
    soumission.--Nouvelles de la Rochelle; prparatifs faits
    secrtement en Angleterre pour secourir cette ville.


    AU ROY.

Sire, le comte de Vourchester a est retard jusques aujourdhui XVe,
qu'on a achev de le dpescher, et, aprs m'estre venu dire l'adieu en
mon logis, il s'est mis incontinent sur la Tamise. Il s'en va pourveu
d'une trs bonne intention vers ces deux royaulmes, et d'une bien
ample commission, ainsy qu'il m'a dict, de sa Mestresse, pour traicter
avec Voz Majestez du poinct de l'allience qui se recherche maintenant
entre vous; qui sont deux choses, lesquelles je m'assure, Sire,
qu'avec la considration des aultres bonnes et grandes qualits
siennes, vous le feront avoyr agrable.

L'on attand tousjours icy en grande dvotion la responce du duc d'Alve
sur l'accord des diffrandz des Pays Bas, et semble que, si elle
n'arrive dans le caresme prenant, que ceulx cy veulent prendre quelque
aultre expdiant. Je desire, de plus en plus, Sire, que faciez
bientost partir le Sr de Vrac pour Escoce, car j'entendz que les deux
praticques, de mettre le Prince d'Escoce ez meins de la Royne
d'Angleterre, et le chasteau de Lislebourg ez meins du comte de
Morthon, se poursuyvent fort  l'estroict; et me vient l'on
d'advertyr que le Sr de Quillegreu est arriv depuis deux jours pour
cest effect en ceste ville, et qu'il se tient cach au logis de milord
trzorier, son beau frre. L'on offre de grosses sommes pour cella.
J'ay escript  ceulx du dict chasteau la bonne provision que Vostre
Majest a ordonn pour les affres du dict pays, et qu'ilz auront
bientost par dell de voz nouvelles, si desj elles ne sont arrives.
Et sur ce, etc. Ce XVe jour de janvier 1573.


MMOIRE.

   Mr le vidame de Chartres et les Srs De Pardaillan et Du
   Plessis me sont venuz faire une grande pleincte, me
   remonstrantz qu'en nul temps il n'avoit est veu qu'on et
   jamais accus l'absance d'aulcun, qui et voulu fouyr bien
   loing pour viter la perscution de sa religion; et qu'ilz
   vous suplient trs humblement que, veu qu'il estoit bien cognu
    Vostre Majest qu'ilz n'estoient passez en ce royaulme,
   lequel est maintenant de vostre alliance, sinon pour cder 
   l'extrme violence qui s'exeroit indiffremment en France
   contre ceulx de leur religion, et pour seulement deffendre,
   avec la fuyte, leurs vyes, affin de n'estre veus rebelles
   s'ilz se joignoient avec ceulx qui monstrent de la vouloir
   deffandre par les armes, qu'il ft vostre bon plsir ne
   vouloyr permettre qu'ilz soient notez du nom infamme de
   rbellion.

   J'ay respondu que, par vostre dernire dclaration, du VIIe de
   dcembre, il leur estoit pourveu d'une si bonne seuret, en
   leurs maysons, qu'ilz ne se pouvoient excuser d'y retourner.

   Ilz m'ont rplicqu qu'il y en avoit si peu que, naguyres,
   l'on avoit est bien prs,  Roan et  Paris, de recommancer
   une aultre motion sur ceulx qui restoient de leur religion,
   sans que la justice et fait semblant de s'y ozer oposer.

   Sur quoy, voulantz mener les propos plus avant, non sans
   quelque altration entre nous, je leur ay rsoluement dclar
   que je ne me pouvois rtracter de chose que j'eusse dicte, car
   c'estoit, sellon la charge que j'en avoys, par commandement
   exprs de Vostre Majest; mais, pour ne les dsesprer, je
   leur ay dict que je vous feroys trs volontiers entendre ce
   qu'ilz m'allguoient, dont m'ont pri de le vouloir accepter
   par escript, et le faire ainsy tenir  Vostre Majest.

   Et puis le dict Sr Vidame,  part, m'a dict que le comte de
   Montgommery offroit que, si j'avois  luy faire entendre
   quelque chose, en particullier, de Vostre Majest et de la
   Royne, vostre mre, ou de Messeigneurs voz frres, qu'il
   viendroit parler, avec tout respect,  moy, pour ouyr voz bons
   commandementz.

   Je luy ay respondu que, en brief, j'attandoys une vostre
   dpesche, et que, s'il y avoit quelque chose qui le concernt,
   je le luy ferois incontinent savoyr.

   Il semble que, depuis quatre jours, soit arriv ung vaisseau
   de la Rochelle, et qu'il rapporte que Mr de La Noue s'en est
   retourn sans rien fre, et que mesmes il a est tenu de bien
   court dans la ville, non sans danger de sa personne. Et, de
   tant que ceulx des habitans, qui sont icy, voyent bien que la
   continuelle instance, que je fay contre eulx, leur pourroit
   donner quelque empeschement en leurs affres, ilz trouvent
   moyen d'attitrer des marchandz angloys, qui ont accoustum de
   trafficquer des mesmes choses qui leur sont besoing, et par
   ceulx l ilz font leur emplte, et puis les font embarquer en
   lieux escarts; de sorte qu'il est trs difficille d'y trouver
   remde. Et mesmes semble que la Royne d'Angleterre, ny ceulx
   de son conseil ne l'y sauroient mettre, sans y procder par
   quelque bien extraordinayre voye; ce que, pour ne leur toucher
   l'affre de si prs, il n'y a pas grand apparance qu'ilz le
   facent, ny qu'on les en doibve trop presser.

   Nantmoins, de tant qu'il est certein qu'il coulera tousjours
   d'icy quelque rafraychissement, a la desrobbe, aux dicts de
   la Rochelle, il ne sera que bon que Mr de La Garde n'espargne
   pas les navyres angloys, qu'il trouvera, qui en abuseront;
   pourveu qu'il garde que, soubz tel prtexte, l'on ne traicte
   mal ceulx qui yront ailleurs pour exercer leurs commerces: car
   il se pourroit,  la fin, peu  peu fre une si bonne masse au
   port de la Rochelle, qu'elle ozeroit bien aller rencontrer voz
   gallres. De quoy il s'en faict desj quelque bruict; et que
   mesmes les dicts de la Rochelle se veulent rsouldre de
   n'attandre pas que l'arme de terre approche de leurs
   murailles, ains qu'ilz yront se retrancher le plus loing
   qu'ilz pourront pour l'arrester, mesmement, s'il ne vous vient
   poinct de Suysses, comme ilz en ont quelque esprance.

   Il y a des cappitaynes de mer angloys, lesquelz, ayantz arm
   des navyres soubz l'esprance de la guerre qui se feroit pour
   secourir ceulx de la Rochelle, ne pouvantz maintenant obtenir
   cong d'y aller, veulent vendre leurs navyres. Et ung d'entre
   eulx m'a faict dire qu'il vendra trs volontiers le sien 
   Vostre Majest: dont, pour garder qu'il n'en accomode les
   dicts de la Rochelle, ny ceulx qui s'en pourroient servir 
   nuyre  voz subjectz, je luy ay mand que je le vous
   escriprois, et que je luy en feroys avoyr bientost responce,
   ce qui, possible, induyra les aultres d'en fre de mesmes;
   dont vous plerra m'en mander vostre intention.




CCXCVIe DPESCHE

--du XXIIe jour de janvier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Ngociation du comte de Worcester.--Armemens faits par les
    protestans pour secourir la Rochelle.--Armemens faits par la
    reine d'Angleterre; doutes sur le but qu'ils peuvent
    avoir.--Dessein des Anglais de s'emparer du prince
    d'cosse.--Bonne disposition du conseil en faveur de la France.


    AU ROY.

Sire, puisque le comte de Worcester est maintenant devers Vostre
Majest pour accomplir, le plus honnorablement qu'il pourra, la charge
de tenir pour la Royne, sa Mestresse, la petite Madame sur les sainctz
fontz de baptesme, il sera bon de tirer encores de sa lgation le plus
d'utilit qu'il sera possible pour le bien de vos affres; dont, s'il
vous plaist, et  la Royne, vostre mre, de traiter bien  fondz
avecques luy et avec Mr de Vualsingam du propos de Monseigneur le Duc,
il m'a fort assur qu'il a fort ample commission d'y entendre, et
mesmes de ne partir d'auprs de Vostre Majest, si la ngociation
prent bon train, qu'il ne la voye rduicte  quelque bonne conclusion.
Par ainsy, Sire, il est expdiant de convenir avec eulx, en propres
parolles et bien expresses, du poinct de la religion, car ilz
s'attandent que Voz Majestez, premier qu'ilz s'advancent d'en rien
dire, leur en facent ouverture par quelque bonne responce sur les
prcdantes propositions que le dict de Valsingam dict qu'il en a
desj, de longtemps, faictes  la Royne; en quoy semble qu'elle luy
peut demander qu'il ayt  rpter ce qu'il estime luy en avoyr
propos, et par l en attacher si bien la praticque que toutes les
difficults s'en puissent facillement esclarcyr.

Le comte de Montgommery a est appell ces jours passez  la court, o
son frre, Mr de St Jean, qui est arriv icy le dix huictiesme de ce
moys, l'a trouv, lequel vous comptera tout ce qui s'est pass entre
eulx; et nonobstant que ceulx de la Rochelle ne soient ouvertement
ouyz par la Royne, ny de ceulx de son conseil, en leurs instances,
elles sont toutesfoys secrettement reues par aulcuns aultres qui
peuvent assez, et hier est huict jours qu'il se tint ung conseil en
une mayson prive de ceste ville sur les moyenz de pouvoir secourir la
dicte ville; dont, de plusieurs propos irrsolus, qu'on m'a rapport y
avoyr est tenus, semble qu'il se peut colliger ceste rsolution, que,
par tout le moys de febvrier, se pourront mettre ensemble trente cinq
ou quarante navyres de ceulx de Fleximgues, et qu'il se ramassera
bien, entre franoys et vualons, et aulcuns angloys dsadvouez,
jusques  troys mille hommes en tout; lesquelz de divers endroitz
couleront facillement ez dicts navyres: et qu'avec cella
s'entreprendra de mettre ung rafreschissement d'hommes et de vivres,
et de monitions, dans la ville, non sans quelque dellibration de
vouloir combattre vostre arme de mer, si l'occasion s'y prsente, et,
quoy que soit, de la forcer, si elle entreprend de leur empescher le
passage.

En quoy ma souspeon devint plus grande de ce que j'ay sceu que la
Royne d'Angleterre a faict prsant d'ung navyre de six centz
tonneaulx, et de deux aultres de cent cinquante tonneaulx chacun, 
son admiral, qui a donn incontinent le grand  son filz, et les deux
aultres  deux gentilshommes ses parans; et si, a baill commission 
neuf ou  dix aultres gentilshommes, de bonne qualit, d'en armer
chacun ung, pour estre prestz dans la fin du prochein moys de
febvrier, ce que je puis bien interprter se faire pour d'aultres
considrations, mesmement pour se pourvoyr contre le Roy d'Espaigne;
duquel ilz se sont forms une rcente peur, parce qu'on leur a
rapport qu'il faict prparer ung grand quippage de mer en Biscaye
pour passer luy mesmes en Flandres, et qu'ilz n'ont receu la responce
ainsy bonne, comme ilz l'attandoient, du duc d'Alve sur l'accord de
leurs diffrendz; ou bien qu'ilz veulent fre quelque secours au
prince d'Orange et aux habitans de Holande et Fleximgues, desquelz ilz
ont ordinayrement leurs dputs avec eulx qui,  ce qu'on dict,
n'offrent rien moins que de soubmettre volontairement les deux isles 
la perptuelle protection de la couronne d'Angleterre, et d'y establir
prsentement l'authorit de ceste princesse partout;

Ou bien que c'est pour entendre aulx choses d'Escoce, desquelles l'on
m'a confirm que le Sr de Quillegreu a vritablement est troys jours
entiers en la mayson de milord trzorier aulx champs, et s'en est
retourn le XVIIIe du prsent pour parachever la praticque de
recouvrer par de le Prince d'Escosse, par l'entremise des
gentilshommes qui ont la garde de sa personne, et mesmement de celluy
qui entrera en quartier  ce prochein mars, y tenant la mein le comte
de Morthon. Et, pour cest effect, il emporte dix mille escus, et y en
sera employ jusques  cent mille, s'il est besoing; joinct qu'on
dict que les principaulx de la noblesse d'Escoce monstrent de se
vouloir dpartir de l'intelligence du dict de Morthon, et que ceulx du
chasteau de Lillebourg ont commanc de canonner dans la ville, et y
ont tu le cappitaine Hacman et ung aultre gentilhomme, parce
qu'icelluy de Morthon a prins prisonnier milord de Sethon: ce que, si
ainsy est, ceulx cy font bien leur compte que les armes se reprendront
par dell, incontinent aprs le dernier de ce moys; dont veulent estre
pourveus, et vont couvrant, plus qu'ilz ne firent onques, et
dissimulant leurs dellibrations.

Nantmoins, Sire, je veulx, par plusieurs conjectures, et encores par
quelques advis, prsumer que ce qui se prpare maintenant en ceste mer
estroicte tend tout au faict de la Rochelle comme  ung affre qui est
prsent, et lequel tient toutz aultres affres, du cost de de, en
grand suspens; dont je vous suplie trs humblement, Sire, en faire
advertyr Monsieur, frre de Vostre Majest, affin qu'il y pourvoye si
bien qu'il ne puisse estre ny empesch ny surprins d'aulcun accidant.
Et cependant par une ouverte et franche ngociation avec les
ambassadeurs de ceste princesse, Voz Majestez pourront essayer de
remdier  ces choses, ou aulmoins de les divertir, affin qu'elles ne
puissent empescher l'heur de voz affres, ny retarder la victoire de
Mon dict Seigneur; ce que j'estime ne sera trop difficille  conduyre,
car milord trzorier m'a mand que, si le comte de Worcester trouve
que vous soyez ainsy bien disposez, devers ceste princesse, comme je
me suis efforc de le leur persuader, qu'il ne fault doubter que les
choses n'aillent aussy bien, entre Voz Majestez et vos deux couronnes
et subjectz, comme vous le pourriez desirer. Sur ce, etc. Ce XXIIe
jour de janvier 1573.




CCXCVIIe DPESCHE

--du XXVe jour de janvier 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par un marchand de Londres._)

   Rsolution des protestans de hter l'expdition de leurs
   secours pour la Rochelle.


    AU ROY.

Sire, suyvant ce que je vous ay mand, du XXIIe du prsent, que la
rsolution avoit est prinse icy entre quelques particulliers de
secourir la Rochelle, j'ay  vous dire maintenant qu'ilz prparent 
furie d'en excuter promptement l'entreprise sans la vouloir diffrer,
ny  la fin de febvrier, ny au commancement de mars, comme ilz
l'avoient une foys pens, parce qu'ilz se persuadent qu'estant desj
Monsieur devant la place, il se pourroit bien fre, ayant avec luy
Monseigneur le Duc, et aultres princes, et bon nombre de grandz
cappitaines, et une brave arme, qu'il la fort par sa dilligence et
valeur beaucoup plus tost qu'ilz ne peussent y avoyr pourveu. Dont
tout ce qui estoit de pirates, au long de la coste plus procheyne
d'icy, a faict desj voylle vers le cap de Cornaille, et les franoys,
qui estoient en ceste ville, s'y retirent toutz pour s'y aller
embarquer, car c'est la poincte plus voysine de la Rochelle; sinon
aulcuns des principaulx qui ne bougent encores. Et je voy bien, Sire,
par les alles et venues que font aulcuns cappitaines de mer angloys
en ceste court, qu'ilz veulent estre de la partye, de quoy je ne
faudray d'en aller porter pleincte au premier jour.

Il ne se parle de rien plus chauldement en ce royaulme que de secourir
les dicts de la Rochelle, et ce qui eschauffe davantage les Angloys 
vouloir ayder l'entreprinse, est qu'il vient ordinayrement des lettres
et nouvelles du dict lieu, par lesquelles l'on mande que, s'il se peut
prsenter quelques forces vers la Guyenne en faveur de ceulx de la
religion, qu'indubitablement il s'y suscitera une fort grande rvolte,
et qu'il s'y pourra facillement reconqurir bonne partye du pays, que
les dicts de la religion y avoient occup aux derniers troubles. En
quoy, pour se pouvoir prvaloir d'une si bonne occasion, si,
d'avanture, elle se offroit, l'on m'a adverty qu'il a est mand, vers
le quartier d'Ouest, de tenir prestz dix mil hommes et mille chevaulx,
des mieulx choysis d'Angleterre. Et sur ce, etc.

    Ce XXVe jour de janvier 1573.




CCXCVIIIe DPESCHE

--du IIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo_).

  Audience.--Insulte faite en mer au comte de Worcester.--Plaintes
    contre les pirates et contre les armemens destins pour la
    Rochelle.--Vives assurances de la reine que les pirates seront
    rprims, et qu'elle interdira  ses sujets de porter aucun
    secours  la Rochelle.--Protestation de dvouement au roi
    faites par les chefs des protestans franais rfugis 
    Londres.


    AU ROY.

Sire, pendant que j'ay heu ainsy suspectes les alles et venues
d'aulcuns particulliers de ce royaulme en ceste court,  cause qu'ilz
s'esforoient de persuader  la Royne d'Angleterre qu'elle se det
entremettre des affres de ceulx de la Rochelle, en leur baillant
quelque assistance soubz mein; et qu'ilz luy remonstroient que, si
elle vous layssoit venir  bout, comme vous voudriez, de ceulx de sa
religion en vostre royaulme, qu'indubitablement vous passeriez
bientost oultre  poursuyvre la mesme cause par de, suyvant la
promesse qu'en aviez desj jure au Pape, conjoinctement avec le Roy
d'Espaigne, ainsy qu'ilz savoient trs bien par des advis bien seurs,
qu'on leur en avoit mand de France, de Flandres et d'Allemaigne, et
encores plus expressment de ceulx qui leur estoient venus de Rome, et
que l'entreprinse se feroit soubz couleur de secourir la Royne
d'Escoce; de quoy l'impression n'en estoit petite en l'esprit de ceste
princesse, j'ay prins argument d'aller trouver ceste princesse par
prtexte de me vouloir pleindre  elle du meschant et malheureux tour
qui a est faict au comte de Worcester.

Et, aprs l'avoyr suplie que, de tant que toutes les sortes de
respect que les hommes doibvent  Dieu, aux princes et au droit des
gens, avoient est viols en cest endroict, et que l'outrage touche
conjoinctement Vostre Majest et elle, qu'il luy plet commander d'en
estre faict une si dilligente poursuyte que les autheurs d'ung si
excrable excs n'en demeurassent impunis[17]. J'ay suivy  luy dire
qu'elle se pouvoit bien souvenir comme,  ma dernire audience, elle
m'avoit promis de fre donner quelque bon ordre contre ces pirates; et
depuis, les seigneurs de son conseil me l'avoient aussi confirm; mays
tant s'en falloit qu'il y et est pourveu que, au contrayre,
j'entendois que le nombre en augmentoit toutz les jours, et que, en
divers portz de ce royaulme, se faysoit une grande dilligence, par
des franoys et flammans fuytifz, d'armer des vaysseaulx, et mesmes
aulcuns des meilleurs capitaines de mer angloys, et nommement maistre
Hacquens et aultres apprestoient les leurs pour aller toutz ensemble,
ainsy que bruict en couroit, faire la guerre aulx papistes franoys,
et n'en laisser pas ung sans le piller, et jetter les hommes dans la
mer, et aller combatre voz gallres et aller avitailler la Rochelle,
et, en somme, nuyre  Vostre Majest en tout ce qu'ilz pourroient. Qui
estoit chose que vous ne pouviez ny voulis esprer d'elle, et qu'il
ne se pouvoit pas fre qu'elle vous pet compter pour si principal
amy, comme vous luy estiez, s'il vous advenoit que de son royaulme
sortissent actes si ennemys comme seroit de troubler la navigation et
le commerce  voz subjectz, et de s'esforcer de donner empeschement 
la rduction d'une vostre ville; dont, de tant que j'estoys constitu
icy procureur de vostre mutuelle amity, je luy voulois bien dire
qu'il yroit en cella, si les choses passoient oultre, de ropture
d'icelle, et de l'infraction du traict; et que je la suplioys ne
trouver maulvais si je me oposois, aultant qu'il m'estoit possible,
qu'il ne se ft pas.

  [17] Le navire qui portait le comte de Worcester en France avait
  t attaqu, et ce n'tait qu' grand' peine que le comte avait
  pu parvenir  s'chapper.

La dicte Dame, d'une fort bonne et agrable faon, m'a respondu
qu'elle pensoit que le seul bonheur de l'occasion, pour laquelle elle
vous dpeschoit le comte de Worchester, laquelle estoit saincte et
privilgie envers Dieu, et le debvoit estre envers les hommes,
l'avoient ainsy prserv de ce grand dangier, et esproit que, maulgr
toutz empeschementz, vous vous trouveriez satisfaict d'elle et servy
du dict comte en ce que vous desiriez; et que de tant que l'outrage,
qui luy avoit est faict, touchoit fort  elle, qu'elle ne permettroit
qu'on en dlaysst jamais la poursuyte, jusques  ce que la punition
s'en ft  bon esciant, comme aussy elle vous prioit, parce que vous y
estiez de mesmes intress, que, si l'acte procdoit de quelque lieu
de vostre obyssance, ainsy qu'on le souspeonnoit, qu'il vous plet
ne le laisser impuny, et que, quand le cas seroit davantage vriffi,
qu'elle le vous feroit entendre; que cella faysoit assez de foy que
les pirates n'avoient guyres d'intelligence avec elle, et que, oultre
l'ordre que,  mon instance, elle avoit mand donner en cella pour
bien les rprimer, qu'elle avoit mand, de rechef, qu'il y ft trs
soigneusement pourveu;

Et, quand  debvoir sortir quelque empeschement de ce royaulme  voz
subjectz en leur commerce et navigation de ceste mer, et pareillement
 Vostre Majest en la rduction de la Rochelle, qu'elle vous suplioit
de demeurer mieulx persuad d'elle que cella; et que, tant qu'il vous
playroit luy garder l'amity, qu'elle la vous rendroit de son cost la
plus parfaicte et entire que prince ny princesse que vous heussiez en
toute vostre alliance; et qu'elle ne sortiroit, pour chose qui pet
advenir, de ce qui estoit droict et juste vers vous, si vous ne
deveniez injuste vers elle, ce qu'elle ne vouloit si mal esprer des
promesses et srement que luy avez faictz, bien qu'on luy avoit voulu
persuader le contrayre; et qu'elle ne pensoit pas que pas ung ft si
hardy d'ozer mettre hors d'aulcun port de ce royaulme aulcung appareil
qui ft pour vous aller nuyre; car elle l'avoit trop expressment
deffandu: ny Me Hacquens n'avoit aulcune hayne aulx Franoys, mais
bien l'avoit fort grande aulx Espaignolz, qui l'avoient fort
maltraict; et pourveu qu'il se gardt d'offancer le Roy d'Espaigne,
car cella ne luy comporteroit elle jamais, elle ne seroit pas marrye
qu'il se pet venger de ceulx qui l'avoient oultrag.

Et, aprs aulcunes aultres bien honnestes responces, qui concernoient
d'aultres poinctz que je luy avoys proposs, lesquelz seroient longs 
mettre icy, elle s'est mise  discourir du voyage de Monsieur et de
Monseigneur le Duc, frres de Vostre Majest; et qu'elle s'esbahyssoit
comme vous les vouliez hasarder toutz deux  une mesmes entreprinse,
ou bien qu'elle pensoit qu'ilz s'estoient volontayrement ainsy
absents, l'ung et l'aultre, pour ne voyr poinct son depput quand il
arriveroit; et que cependant Mr le cardinal de Lorrayne estoit de
retour, avec dclaration, pour la Royne d'Escoce, qu'elle puisse
prendre encores ung aultre mary.

A quoy je n'ay manqu de rplicquer l o j'ay cognu en estre besoing,
et elle m'a bien fort gracieusement licenci.

Or, estoit Mr le comte de Montgommery prsent, quand j'ay parl  la
dicte Dame, mais n'a faict semblant de nous voyr ny de nous saluer,
tant y a que Mr le vidame et les Srs de Pardaillan et Du Plessis, qui
sont venus communicquer avecques moy, m'ont signiffi que le dict
comte et eulx, et toutz les gentilshommes qui sont icy, ont ung
singullier desir d'estre remis en vostre bonne grce; et le dict sieur
vidame se promet de fre en sorte que vous cognoistrez, Sire, qu'il
n'aura employ ce temps, qu'il est absent, qu' vous fre tant de
service qu'il le puisse mriter. J'espre bien que de ceste
ngociation viendra quelque changement, ou aulmoins quelque
suspencion, ez dellibrations qui se faisoient par de. Et sur ce,
etc.

    Ce IIe jour de febvrier 1573.




CCXCIXe DPESCHE

--du VIIIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Crainte que les Anglais ne prparent secrtement quelque
    entreprise contre la France.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire, au sortir de dner, le jour du mardi gras, milord trzorier et
les comtes et seigneurs de ce conseil, aprs m'avoir rendu plusieurs
grandz mercys de la bonne chre, et m'avoir faict une fort prive et
ouverte dmonstration de beaucoup de contantement, ilz m'ont dict que,
pour ne rompre l'ancienne observance du jour, laquelle estoit de ne
l'employer qu' banqueter et se resjouyr, ilz se vouloient bien garder
de traicter d'aulcune chose avecques moy, qui et apparance d'estre
guyres srieuse, et pourtant qu'ilz remettroient, jusques  deux ou
troys jours de l, de me respondre aulx querelles que je leur avoys
faictes le XXVIIIe du pass; et ne me mouveroient celles qu'ilz
avoient aussy  me fre sur aulcunes inconsidrations qu'on avoit
naguyres uzes  Roan vers aulcuns angloys; seulement ilz me
vouloient dire que la Royne, leur Mestresse, aprs ma dernire
audiance, estoit demeure si irrite contre les pirates, pour
l'outrage faict au comte de Worcester, qu'elle avoit rsolu d'en
ntier la mer, dont avoit command qu'il ft mis promptement III bons
navyres dehors pour les aller chasser de toutes les rades et costes de
de, ce qui seroit faict dans sept ou huict jours. Sur quoy voyant
qu'ilz avoient prescrit l'ordre de ne me vouloir travailler d'affres
parce que j'estois leur hoste, je ne les en voulus ennuyer  eulx
parce qu'ilz estoient les miens, et ainsy a est remis de traicter de
toutes noz ngociations  quand j'yray trouver, la premire foys, la
Royne, leur Mestresse,  Grenvich. Or, Sire, ces troys navyres sont
ceulx, que je vous ay desj mand, qu'elle avoit donns  son admiral,
lesquelz, parce qu'ilz avoient est destins  ung aultre effect, je
souspeonne fort que le prtexte de chasser les pirates sera de les
envoyer toutz  la Rochelle, ou bien  fre la surprinse de quelque
lieu le long de la coste de Normandye de Bretaigne, ou de Guyenne,
s'ilz le trouvent mal gard. Car  voyr les dilligences d'aulcuns
malcontantz qui sont icy, et leurs ordinayres sollicitations en court,
les armes et monitions qu'ilz acheptent, le nombre de grandes
harquebuzes  forchette qu'ilz font forger, les navyres de guerre
qu'ilz louent et marchandent, les hommes qu'ils entretiennent, et la
presse qu'ilz leur font toutz les jours de se tenir pretz, et mmes
qu'ilz vont praticquant les soldatz, tant angloys que franoys,
aussytost qu'il en arrive ung en ceste ville, ainsy qu'ilz sont aprs
 suborner quatorze ou quinze franoys qui viennent d'Escoce (mais je
leur ay obtenu passeport, et baill quelques deniers pour se retirer 
Dieppe), il est ays  juger qu'ilz ont quelque desseing non petit, et
qui est fort prest d'estre bientost excut. En quoy semble qu'il ne
faut non seulement avoyr l'euil sur l'object de la Rochelle, car
estiment qu'elle n'est pour estre force de longtemps, mais que, s'il
leur reste quelque moyen de vous apprester de la besoigne ailleurs,
qu'ilz ne faudront de l'essayer affin de divertir le sige du dict
lieu de la Rochelle.

Il est arriv ung courrier d'Escoce depuys troys jours, duquel l'on ne
publie les nouvelles qu'il a apportes de dell, mais quelqu'ung, qui
en a descouvert quelque chose, m'a mand que le capitaine Granges et
Ledington, encor que milord de Morthon poursuive opiniastrment de les
resserrer par une tranche qu'il a faicte devant le chasteau de
Lillebourg, qu'ilz se maintiennent nantmoins fort bravement contre
luy, et monstrent de creindre bien peu ses effortz; que ce que le dict
de Morthon traictoit de bailler le Prince d'Escoce aux Angloys, ainsy
qu'il a est sur le poinct de le consigner, cella a est esvent par
quelque lettre que j'avoys escripte d'icy; dont semble que
l'entreprinse reste maintenant fort loigne, nonobstant que les
cinquante mille escus de la convention soient desj sur les lieux, car
les Escouoys disent qu'ilz mourront plustost trs-toutz que de
souffrir qu'on le transporte hors du pays; qu'il estoit bruict que le
frre du dict Granges estoit arriv  Abredin avec le Sr de Vrac. Sur
ce, etc.

    Ce VIIIe jour de febvrier 1573.




CCCe DPESCHE

--du XIIIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

   Ngociation secrte de l'ambassadeur avec
   Burleigh.--Favorables dispositions des Anglais.--_Mmoire._
   Dtails de la ngociation.--Plainte de l'ambassadeur au sujet
   d'un trait qui aurait t sign par Elisabeth avec les
   protestans de la Rochelle.--Protestation de Burleigh avec
   serment que cette imputation est fausse.--Sa dclaration que
   si le roi veut faire punir les auteurs des massacres de la
   Saint-Barthlemy, la reine lui montrera la mme confiance
   qu'autrefois, et consentira  reprendre la ngociation du
   mariage.


    AU ROY.

Sire, affin d'interrompre l'effect de quelques dilligences que je
voyois fre icy, qui m'estoient suspectes, j'ay prins occasion, par la
dpesche de Vostre Majest du XXIIIe de janvier, d'aller, la nuict
passe, sur les dix heures d'aprs soupper, fre une ngociation
extraordinayre avec milord de Burgley, dont je mets le rcit  part.

J'espre, Sire, que les choses se pourront modrer, si une nouvelle,
qui vient tout  ceste heure d'arriver, ne les altre, c'est qu'on a
escript de Barvic que quatre ou cinq centz franoys se sont
dsambarqus en Escoce, du cost du Nort, chose que j'estime qu'on a
controuve sur l'arrive du Sr de Vrac par dell; mais je mettray
peyne d'en oster l'impression. Les troys navyres que je vous ay cy
devant mand estre ordonns pour chasser les pirates de de,
sortyront dans troys jours hors du port, et, si l'on ne leur envoye
une nouvelle commission quand ilz seront sur mer, je say bien que
celle qu'ilz emportent d'icy n'est pour atempter chose qui soit contre
vostre service; et mesmes l'on a faict arrester quelques navyres
chargs de bledz vers l'Ouest, qui estoient prestz d'aller  la
Rochelle. Tant y a, Sire, que je ne veulx pour cella me rtracter de
chose que j'ay escripte, ny que Vostre Majest n'ayt encores bien
suspecte la grande deffiance de ceux cy, car l'vesques de Londres et
les principaulx protestantz de ce royaulme continuent ouvertement de
retenir aultant de soldatz volontayres qu'il en arrive en ceste ville,
et en ont desj plus de troys mille enrolls. Ilz communicquent avec
les malcontantz et tiennent plusieurs estroictz conseilz avec eulx.
Ilz font des cueuilltes de deniers, et, oultre les sommes que je vous
ay cy devant mandes, ilz contreignent les douze principalles
compagnies des marchandz de Londres de contribuer vingt mille escus
contantz qui se payent aujourdhuy. Et sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour de febvrier 1573.


NGOCIATION AVEC MILORD DE BURGLEY.

   Sire j'ay dict  milord de Burgley qu' peyne eussiez vous
   espr, du plus grand ennemy qu'ayez au monde, ung acte plus
   contrayre  l'amity d'entre Vostre Majest et la Royne, sa
   Mestresse, que celluy qui vous estoit naguires apparu d'elle
   par ung advis, dont m'aviez envoy l'extrt, touchant une
   confdration qu'elle traictoit de fre avec ceulx qui se sont
   soublevs en vostre royaulme, et que j'estois le plus honteux
   et confus gentilhomme qui ft en vostre service de ce,
   qu'aprs les bonnes parolles et promesses bien expresses
   qu'encores, depuis l'accidant de Paris, elle m'avoit pri de
   vous escripre de sa persvrance vers vous, il se trouvoit
   maintenant qu'elle s'alloit non seulement joindre, mais se
   rendre chef de la plus adversayre entreprinse qui se pourroit
   dresser contre Vostre Majest et contre le repos de vostre
   estat, et que vous aviez en cella  accuser beaucoup ma
   facillit et sottise d'avoyr lgirement creu  parolles, mais
   beaucoup plus leur maulvayse foy, qui savoient bien que,
   depuis huict moys, la dicte Dame avoit trs solennellement
   jur de vous estre bonne amye et vraye confdre; et que
   Dieu,  qui elle en avoit faict le srement, estoit tesmoing
   qu'en tout ce temps, ny depuis la paix de l'an 1565, il ne
   s'estoit offert aulcune occasion en toute la Chrestient, o
   il ft question du bien de l'estat et de la personne d'elle,
   que vous ne vous y fussiez monstr son vray amy, voyre son
   trs parcial amy;

   Et pourtant que je luy vouloys bien dire, si les choses
   passoient plus avant, bien que soubz mein, ou couvertes de
   quelque prtexte que ce ft, qu'il vous resteroit, vifve 
   jamais, la plus juste prtantion d'injure contre sa Mestresse
   et contre ce royaulme, dont prince ayt est oncques provocqu,
   pour vous en revancher, quand vous verriez l'oportunit de le
   fre; et que je luy portois le dict advis qui arguoit fort la
   dicte Dame d'avoyr desj deffailly vers vous; et luy portois
   aussy l'extrt de vostre dicte lettre qui, au contrayre,
   monstroit tousjours combien vous persvriez droictement vers
   elle, affin que luy mesmes ft tesmoing qu'elle cherchoit de
   perdre sans occasion ung amy, dont la perte ne luy en pouvoit
   estre, ny aulx siens, petite ny lgire.

   Le dict de Burgley, aprs avoir considr ce que je luy
   disoys, qui n'a est sans beaucoup d'aultres remonstrances
   bien amples, et les plus vifves que je luy ay peu dduyre,
   lesquelles, pour briefvet, je ne metz icy, et qu'il a heu leu
   vostre lettre en ce qui concernoit les poinctz de l'amity,
   du faict de la Rochelle, de l'offre de l'Irlandoys, celluy de
   la ligue contre le Turcq, celluy de messieurs de Guyse et
   celluy du mariage, il m'a respondu qu'il me prioit, devant
   toutes choses, de croyre que l'advis estoit aussy faulx et
   mensonger, comme l'estoit le Diable luy mesmes, autheur de
   faulcet et de mensonge. Et puis a adjouxt ung srement 
   Dieu, bien fort grand et digne d'estre creu, que la Royne, sa
   Mestresse, n'avoit escripte aulcune lettre, petite ny grande,
    ceulx de la Rochelle, ny leur avoit encores, en faon du
   monde, rien respondu, bien que plusieurs choses de leur faict
   luy eussent  la vrit est proposes; et que le dict advis
   estoit plustost une admonition que ceulx de la religion se
   donnoient les ungs aulx aultres, et ung advertissement entre
   eulx, que non une chose ainsy advenue; et qu'il vous suplioit,
   Sire, de vous donner paix et repos, quand  cella;

   Qu'il avoit ung infiny plsir de voyr en vostre lettre
   beaucoup de particulliers tesmoignages de vostre bonne et
   vertueuse procdure vers la Royne, sa Mestresse,  laquelle
   nul, soubz le ciel, luy pouvoit reprocher qu'elle ft en
   aulcun deffault vers Vostre Majest, mais bien luy estoit
   besoin, pour les choses advenues en France, qu'il luy appart
   ung peu plus cler, qu'elle ne l'avoit peu voyr depuis huict
   moys en , si l'intention de Voz Majestez, et de Monsieur, et
   de Monseigneur le Duc, tendoient  la ruyne de ceulx de sa
   religion ou bien  conserver leur amity, premier qu'elle
   estimt se debvoir si confidemment commettre  Vostre Majest
   comme elle faysoit auparavant;

   Mais que, si Vostre Majest luy donnoit quelque
   esclarcissement de cella, en faysant punir quelques ungs de
   ces plus sditieux, qui, sans authorit publique, ont tu
   ceulx de la dicte religion, mesmement les femmes et enfans,
   qui ne pouvoient estre participans de la conspiration; et si
   faysiez cognoistre  ceulx qui sont chapps de ceste grande
   motion, que vous n'estes poinct marry qu'ilz se soient
   retirez en lieu de refuge, pour la seuret de leurs vyes; et
   que ne permettiez procder qu'avec temps et ordre vers les
   dicts de la nouvelle religion, si, d'avanture, vous ne vouls
   plus souffrir qu'il y en ayt qu'une en vostre royaulme,
   qu'aulmoins ilz ne soient forcs d'abandonner la leur, premier
   qu'ilz soient instruitz ou persuads comme ilz doivent prendre
   l'aultre, sans violenter ny leurs personnes ny leurs
   consciences; que lors auroit elle apparente occasion de se
   commettre comme auparavant  Vostre Majest, et luy, de le luy
   oser conseiller, parce que cella justiffieroit vos actions
   passes, et feroit voyr que l'accident auroit est ou
   fortuit, ou provocqu par ceulx mesmes de la dicte religion,
   l o ung chacun demeureroit maintenant persuad du contraire,
   avec quelque escandalle de vostre rputation vers toutz les
   Protestantz;

   Et que le propos du mariage ne tarderoit aprs d'estre
   approuv par toutz ceulx de ce conseil, comme chose qu'ilz
   voyent bien qui est plus ncessayre  leur Mestresse et  son
   royaulme, que non  Voz Majestez Trs Chrestiennes ny au
   vostre; (et les difficultez ne paroistroient grandes, pourveu
   que la dicte Dame se pet apercevoir que, nonobstant la
   souspeon qu'elle a prins de ce que, en mesmes temps qu'on
   traictoit avec elle pour Monsieur, l'on envoya fre des
   practiques pour le marier en Pouloigne, et que Monseigneur le
   Duc s'est maintenant absent, quand le comte de Worchester a
   deu arriver par dell, et que la Royne, vostre mre, a diffr
   longtemps de respondre aulx poinctz de la religion;) si
   nantmoins vous y vouliez maintenant procder de bonne et
   vraye intention, car ne falloit doubter que elle, de son
   cost, ne l'y et toujours heue trs bonne, et clre, et
   nette.

   Et a poursuivy son discours en plusieurs aultres propos,
   desquelz j'ay heu occasion d'esprer que de ceste nostre
   confrance pourroit sortir quelque proufit pour vostre
   service. Dont luy ay seulement rplicqu que j'acceptois, de
   tout mon cueur, l'atestation qu'avec srement il me faysoit
   que l'advis estoit faulx; et que, sur la parolle sienne,
   j'entreprendrois de vous promettre, Sire, que vous trouveriez
   plus de vrit en l'assurance, que je vous avoys donne, et
   que je vous confirmois de rechef, de la persvrance de sa
   Mestresse vers vostre amity, que non en tout ce qu'on vous
   avoit voulu, et qu'on vous voudroit, fre doubter de la
   sienne.

   Et, touchant les justes dportementz de Voz Majestez Trs
   Chrestiennes vers ceulx de la nouvelle religion, et de vostre
   droicte intention au propos du mariage, oultre qu'il avoit veu
   l'esclarcissement de cella en termes bien exprs dans vostre
   dicte lettre, je luy avoys encores apport la lettre de la
   Royne, vostre mre, de mesmes dathe, en laquelle, aprs le
   narr principal, il y verroit adjouxt ung bien peu de motz de
   sa mein, qui luy donroient pleyne satisfaction de ces deux
   poinctz.

   Et ainsy, la luy ayant baille  lire, il l'a trouve
   merveilleusement  son goust; et je luy ay faict gouster
   davantage ce qu'elle mesmes y adjouxtoit par postille, qu'elle
   ne croyroit jamais que la Royne d'Angleterre pet laysser de
   vous estre bonne soeur et amye, pour avoyr mis vostre estat
   et vostre vye en seuret, et qu' ce coup elle vous voult
   faire cognoistre, par sa rsolution sur le propos de
   Monseigneur le Duc, sa bonne volont:

   Que c'estoient bien peu de parolles, mais, parce qu'elles
   procdoient d'une grande princesse qui les escripvoit de sa
   royalle mein, qu'elles justiffioient, plus que  suffizance,
   les actions de Voz Majestez sur tout l'accidant qui estoit
   advenu  ceulx de la nouvelle religion; et dclaroient si
   ouvertement vostre sincrit au propos du mariage, que je ne
   voulois, ny  l'ung ny  l'aultre, adjouxter une seule sillabe
   du mien.

   Le dict milord estant demeur tout court, et non,  mon advis,
   mal satisfaict, m'a pri de luy laysser la dicte lettre, affin
   de la pouvoir communicquer  sa Mestresse, ce que j'ay trs
   volontiers faict. Et ainsy nous sommes dpartis.




CCCIe DPESCHE

--du XVIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Nouvelles d'Allemagne et d'cosse.--Crainte que l'on doit avoir
    en France des secours prpars en Angleterre pour la
    Rochelle.--tat de la ngociation des Pays Bas.


    AU ROY.

Sire, le gentilhomme angloys qui estoit pass oultre jusques au duc de
Saxe est revenu, depuis trois jours, par la voye de Holande, par
laquelle, peu devant luy, l'homme du comte Palatin estoit arriv, et
semble que son retour en ceste court ayt rchauff la dellibration de
la guerre en faveur des Protestantz, qui auparavant s'alloit peu  peu
attidir, ayant,  ce qu'on dict, rapport beaucoup plus de
satisfaction du dict duc, sur les choses que la Royne d'Angleterre luy
a faictes proposer, qu'on ne l'esproit de luy; qui, pour enseignes de
sa bonne affection en cest endroict, a gratiffi le messager d'une
cheyne de huict centz escus, avec une mdaille de son effigie au
bout, qu'il porte  la vue de tout le monde.

Et, le mesmes jour, le Sr de Languillier est arriv de la Rochelle,
et, peu aprs, le poste de Vuarvic a aport la certitude comme le Sr
de Vrac et Carcade, frre du cappitaine Granges, sont arrivs 
Abredin d'Escosse, sans aultre nombre de franoys que de huict ou dix
harquebusiers, qu'ilz avoient prins dans leur navyre pour se garder
des pirates, mais il compte aussy comme le dict Carcade, s'estant
depuis conduict jusques au lieu de Blacmet, le comte de Morthon l'est
all assiger, et l'a prins avec tout ce qu'il portoit de lettres,
d'instructions et d'argent, et qu'il guette le Sr de Vrac pour luy en
faire aultant.

Je creins, Sire, de beaucoup d'endroictz, beaucoup de choses, dont
auray l'oeil en beaucoup de partz pour vous donner le plus
d'advertissementz que je pourray; mais il semble bien que debvs
surtout fre dilligemment recognoistre en Allemaigne qu'est ce qu'on y
prpare, car de l viendra le plus grand effort; et m'a l'on dict que
le comte Ludovic assure que sans doubte il y aura bientost une arme
en campagne, mais ne se publie encores o elle marchera; qui prvoys
nantmoins que les Angloys, en quelle part qu'elle aille, y
adresseront aussy leur entreprinse. Dont je desire infinyement que,
par une bonne dilligence d'avoyr plustost rduict, ou par amour ou par
force, ceulx de la Rochelle, et ceulx qui suyvent leur party en
France,  vostre obyssance, Vostre Majest oste toutz moyens  ces
estrangers de s'entremettre de leur faict.

Guaras attand encores la responce pour le Duc d'Alve, et n'espre de
moins sinon qu'on la luy fera fort bonne, et qu'aprs les procheynes
lettres, que le dict duc renvoyera, le commerce et les portz seront
rouvertz entre les deux pays pour deux ans, et que, pendant iceulx,
il sera depput des personnages, de chacun cost, pour mettre toutz
les aultres diffrendz en bons termes d'accord. Sur ce, etc.

    Ce XVIe jour de febvrier 1573.




CCCIIe DPESCHE

--du XXIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoye jusques  Bouloigne par le courrier._)

  Armemens faits par le comte de Montgommery.--Projets divers qu'on
    lui suppose.


    AU ROY.

Sire, aprs que j'ay eu remonstr au grand trzorier d'Angleterre les
choses, que Vostre Majest m'avoit escriptes touchant la confdration
qui se prsumoit entre la Royne, sa Mestresse, et ceulx de la
Rochelle, l'on n'a depuis rien plus traict de ces matires suspectes
dans ce conseil; ains le dict grand trzorier et les comtes de Lestre
et de Lincoln se sont absents, et n'est demeur gens d'affaires prs
de la dicte Dame que le seul comte de Sussex et mestre Smith: ce qui
est cause, Sire, que je ne puis, si proprement que je voudrois,
descouvrir,  ceste heure, comme va la particullarit des praticques
de de. Nantmoins je voy bien que aulcuns fcheus, et pleins de
passions, ne cessent de poursuyvre, de mayson en mayson, et d'oreille
en oreille, leurs accoustumes sollicitations plus que jamays; et que
le comte de Montgommery va cherchant ceulx cy, et pareillement qu'il
est cherch d'eulx, et qu'il traicte ordinayrement avec le secrettre
du comte Palatin, et que la retenue des soldatz, tant franoys que
aultres, qui a est faicte en ceste ville, monstre de n'attandre que
l'ordre et commandement de luy. En quoy,  mon jugement, Sire, il
semble estre pass si avant, en prenant de l'argent de ceulx de
Londres, et encores,  ce que j'entendz, quelque somme de ceste court,
qu'il est ays  juger qu'il s'est oblig  quelque entreprinse. Et
parce qu'on ne publie au vray quelle elle est, qui, possible, luy
mesmes ne la sayt encores de certein, je vous diray, Sire, quelle
opinyon en ont ceulx qui antent avec luy et avec les siens, et qui
oyent souvant leurs discours: c'est que, si les moyens ne luy viennent
plus grandz que, pour encores, ilz ne luy apparoissent, qu'il s'yra
jetter, avec ce qu'il a de soldatz, dans la Rochelle; mais, s'il peut
avoyr les moyens si gaillardz qu'il ayt de quoy mettre des gens en
terre, sans dgarnir ses vaisseaulx, qu'il hazardera de surprendre ou
de forcer quelque place, le long de la cte de Normandie, de Bretaigne
ou de Guyenne, et qu'en toute sorte il tentera de matriser la mer
avec cinquante navyres de guerre petits ou grands qu'il peut mettre
ensemble en dellibration de combatre les gallres et vaysseaulx de
Vostre Majest, si l'occasion s'y offre. Et s'entend aussy, parmy
eulx, qu'il pourra fre une entreprinse en Escoce pour y rduyre les
choses,  la dvotion des Angloys, qui les ont  cueur, aultant que
nulles aultres qui les concernent; et s'efforcera de prendre le
chasteau de Lillebourg et de transporter le Prince d'Escoce par de:
qui ay bien advertissement, Sire, qu'on prpare de l'artillerye, des
pouldres et des monitions, en la Tour de ceste ville, pour les envoyer
 Barvic tout exprs,  ce qu'on dict, pour en accomoder le comte de
Morthon, lequel monstre d'avoyr rsoluement dtermin de venir  bout
de ceulx du dict chasteau de Lillebourg. Il se parle aussy que cest
apprest de mer du dict de Montgommery est pour aller en cours piller
quelque isle, ou bien pour dvaliser quelqu'une des flotes qui
reviendront des Indes. Et aultres disent qu'il yra trouver le prince
d'Orange, et que mesmes il essayera de tirer des harquebousiers de la
Rochelle, et des aultres lieux de France, pour en accommoder le dict
prince.

Je supplye trs humblement Vostre Majest d'advertyr vostre arme de
mer de se prparer et se tenir sur ses gardes. Sur ce, etc. Ce XXIe
jour de febvrier 1573.




CCCIIIe DPESCHE

--du XXVIIe jour de febvrier 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Brouar._)

  Prparatifs du comte de Montgommery.--Protestation de dvouement
    de la part du vidame de Chartres et de plusieurs autres
    rfugis.--_Mmoire._ Audience.--Plainte de l'ambassadeur au
    sujet de l'alliance qu'lisabeth aurait faite avec les
    protestans de France.--Insistance pour la conclusion du
    mariage.--Dclaration de la reine qu'elle n'a pas form
    d'alliance avec les protestans de France, et qu'elle ne veut
    donner aucun secours  la Rochelle.--Communication faite par
    elle de divers avis qui lui sont adresss de France.--Ses
    plaintes  raison des projets imputs au roi sur l'cosse.


    AU ROY.

Sire, premier que le comte de Worchester soit arriv icy, lequel est
encores attendant le vent  Bouloigne, j'ay est bayser les mains de
cette princesse  Grenwich, pour luy rendre, de la part de Vostre
Majest, et des deux Roynes Trs Chrestiennes, l'exprs mercment, qui
est contenu en vos lettres, du IIIIe et VIIe du prsent, pour la
peyne qu'elle avoit prinse d'envoyer tenir la petite Madame, vostre
fille, sur les saincts fontz de baptesme; en quoy je n'ay obmis de luy
gratiffier le prsent, et l'eslection du dict comte, et ce, qu'en
toutes choses elle avoit procd si honnorablement en cest endroict,
qu'il ne s'y et peu desirer ny plus de dignit, du cost d'elle, ny
plus de contantement pour Voz Trs Chrestiennes Majestez: et je mets
dans un mmoire  part ce qui s'en est ensuivy.

Depuis cella, elle a faict deffendre  aulcuns cappitaines anglois,
lesquelles s'apprestoient d'aller en cours, que, sur peyne de vye, ilz
n'aillent poinct  la Rochelle, et une partie de la contribution des
marchandz ne se poursuit plus avant. Je ne ne say si pourtant le
comte de Montgommery s'arrestera; mais il semble que non, et qu'il est
rsolu ou de deffandre la Rochelle, ou bien de faire sa composition,
en composant pour icelle. Le vidame s'est du tout retir de
l'entreprinse, et monstre de n'avoyr aultre affection qu' vostre
service, et de diminuer, s'il peut, aulx princes protestantz la malle
impression qu'ilz pourroient avoyr prinse de l'vnement de Paris, et
a opinion qu'il s'y pourra utillement employer. Les sieurs de
Pardaillan, Du Plessis, Maysonfleur et aultres monstrent de ne vouloir
suyvre le dict de Montgommery, ains de passer plustost en Olande,
ainsy que le cappitaine Poyet faict estat d'y retourner. Sur ce, etc.

    Ce XXVIIe jour de febvrier 1573.


MMOIRE.

   Sire, j'ay discouru  la dicte Dame les propos qu'avez eus
   avec ses ambassadeurs touchant l'observance du traict, et
   touchant le faict du mariage, et comme vous vous estes donns
   assez de satisfaction les ungs aulx aultres, pour les bons
   termes o semble qu'avez mutuellement remis les affaires; et
   que cependant vous desirs, Sire, quand  ce qui appartient au
   trait, estre esclarcy de quelle intention elle pouvoit estre
   sur les advis qu'on vous avoit baillez par escript; lesquelz
   je l'ay supplye vouloir prendre la peyne elle mesmes de les
   lyre, et de vouloir considrer sur iceulx que, si les choses
   estoient ainsy, comme je me doubtois assez d'une partye
   d'icelles, qu'il ne pouvoit estre qu'il ne vous restt 
   jamays une trs juste occasion de vous plaindre de sa foy, de
   sa parolle, de sa promesse, de son srement, et de la lettre
   expresse qu'aviez devers vous, escripte de sa mein, en ce
   mesmement qu'au lieu d'esprer secours d'elle, jouxte vostre
   dernier trait, il se trouvoit maintenant qu'elle traictoit
   avec ceulx de voz subjectz qui s'estoient soublevs; et
   qu'elle layssoit sortir de Londres, et des ports de de, ung
   quippage fourny d'argent et d'armes, d'hommes, de vaysseaulx,
   d'artillerye, de monitions et de toutz aultres moyens prins en
   son royaulme, pour vous aller fre la guerre au vostre; qui au
   contrayre fesiez escrupule de prester seulement l'oreille au
   moindre de ses fuytifz, et qui mesme, quand au propos de
   Monseigneur le Duc, persvriez plus que jamays d'en
   pourchasser une heureuse conclusion, sellon que Vostre Majest
   et la Royne, vostre mre, aviez ouvert l dessus le fondz de
   voz desirs au dict sieur comte et au Sr de Vualsingam, si bien
   que c'estoit maintenant  elle d'en rsouldre tout l'effect.

   Et me suis esforc, Sire, de luy desduyre, par le menu, toutes
   les particullaritez de voz lettres, et toutes celles que j'ay
   estym appartenir aux deux affaires affin de la retirer
   entirement de l'ung, et la fre advancer, le plus que je
   pourrois, en l'aultre; qui pourtant m'estandray  racompter
   icy davantage tout ce que je luy ay dict, affin de donner tant
   plus de lieu  ce que j'ay peu recueillir de ses responces.

   Lesquelles, en subtance, sont, Sire, qu'elle avoit ung
   singulier plsir de voyr que le voyage du comte de Worchester
   et produict le bon effect qu'elle desiroit, de vous avoyr
   apport aultant de contentement pour le baptesme de Madame,
   vostre fille, comme vous luy aviez faict d'honneur de la
   convier d'en estre l'une des commres; et qu'elle prioit Dieu
   de la rendre aussy heureuse comme elle estoit grande, et comme
   elle s'assuroit qu'elle seroit vertueuse princesse, et de la
   fre ung commancement d'une si accomplie ligne  Voz Majestez
   Trs Chrestiennes, que bientost elle et une suyte d'aultant
   de frres, comme, pour la succession de vostre grandeur, vous
   en pouviez desirer; qu'elle ne pouvoit ouyr chose qui plus la
   contantast, que la continuation de vostre amity, et qu'elle
   vous offroit pour jamays la sienne;

   Que, touchant le premier des deux advis, que je luy avoys
   monstr, il ne se trouveroit poinct qu'elle et jamais faict
   ligue avec aulcuns subjectz, et mesmes, sans la persuasion de
   l'Empereur, elle n'eut point contract celle qui duroit
   encores d'entre elle et les princes de l'Empire, parce qu'ilz
   n'estoient souverains; et que, touchant ceulx de vostre
   royaulme, elle vous prioit ne l'estimer jamays princesse de
   vrit, si elle en avoit faict, ny si elle estoit entre en
   aulcune confdration avec eulx; et, quand elle en voudroit
   venir l, ce ne seroit soubz mein, affin de ne dcevoir ceulx
   de la Rochelle, de ne les secourir si petitement et  cachte,
   sachant que,  une force royalle comme la vostre, il en
   faudroit oposer une aultre royalle, ou ne s'en mesler poinct,
   par ainsy qu'elle se dclareroit ouvertement;

   Et que, du comte de Montgommery, elle me pouvoit jurer, avec
   vrit, qu'elle n'estoit aulcunement informe de son faict, et
   qu'elle ne pensoit pas qu'il pet trouver tant d'argent 
   Londres comme je disoys, parce que les marchandz n'estoient
   trop volontayres de prester  ung estrangier, sans bons gages
   et sans bonne seuret;

   Qu'il estoit bien vray que plusieurs de ses subjectz avoient
   est priez de prendre les armes pour ceste cause, et plusieurs
   en grand nombre, et qui ont de bons moyens, s'estoient trs
   vollontiers offertz de le fre, pourveu qu'elle le leur voult
   permettre; et qu'elle vouoit  Dieu qu'elle le leur avoit trs
   expressment deffandu, et commanderoit de nouveau  ses
   conseillers de ne laysser rien sortir hors de ce royaulme, qui
   pet aller contre les affres de Vostre Majest, et qu'elle
   savoit bien qu'on ne la pourroit tromper en cella sinon,
   possible, soubz la couleur des marchandz, qui la
   contreignoient de leur permettre d'armer leurs vaysseaulx pour
   se deffandre contre les pirates, ou bien ilz vouloient
   dlaysser du tout le trafficq en ce royaulme;

   Qu'elle vous estimoit d'ung si vertueux naturel que vous ne
   pourriez mescognoistre qu'elle ne vous et est trs bonne
   amye en voz prcdans affres, comme elle dellibroit de
   l'estre en ceulx cy, ainsy que le Roy d'Espaigne commanoit
   aussy de s'appercevoyr que l'amity d'elle ne luy pouvoit
   estre sinon bien utille; de quoy il luy avoit desj donn de
   si bonnes enseignes, d'avoyr chang la maulvaise opinion qu'il
   en avoit eu auparavant, qu'elle feroit cognoistre  toute la
   Chrestient qu'elle n'en vouloit plus doubter;

   Et qu'elle vous prioit, Sire, que la faulcet de ces advis,
   qu'on vous avoit maintenant donns, vous ft cause de
   n'adjouxter plus de foy  ceulx qu'on vous bailleroit cy
   aprs, comme elle ne vouloit aussy croyre toutz ceulx qu'on
   luy escripvoit de France: d'o l'on l'advertissoit qu'aulcuns
   personnages de crdit avoient assur qu'aussytost que vous
   auriez rduict la Rochelle, vous commanceriez la guerre 
   l'Angleterre, pour l'occasion de restituer la Royne d'Escoce,
   qui vous serviroit de bon prtexte en cella, mesmement  ceste
   heure que la dclaration estoit arrive de Rome, comme le
   comte de Boudouel n'estoit plus son mary, et qu'on disoit que
   Monsieur, frre de Vostre Majest, y vouloit prtendre pour
   luy;  quoy elle a adjout, avec ung soubsrire, qu'elle s'y
   opposeroit, et allgueroit que c'estoit  elle,  qui il avoit
   premier promis mariage;

   Que,  la vrit, il avoit est interu, au frre du
   cappitayne Granges en Escoce, des lettres de Vostre Majest,
   lesquelles, encor que fussent en chiffres, il avoit nantmoins
   expos sa crance par escript, qui estoit d'avoir charge
   d'admonester ceulx du chasteau de Lislebourg de ne faire point
   de paix, et que, dans le moys de may, Vostre Majest leur
   envoyeroit de bonnes forces pour les secourir, avec monsieur
   de Guyse;

   Que, nonobstant tout cella, nul, soubz le ciel, desiroit plus
   la paix de vostre royaulme qu'elle faysoit; qui vous vouloit
   bien advertir, Sire, et vous prioit de luy adjouxter foy en
   cecy, que, si ne trouvis moen de paciffier voz subjectz sur
   la seuret de leurs vyes, et au faict de leurs consciences, ou
   aulmoins de ne les contreindre du tout en la libert que leur
   aviez cy devant permise par voz dictz, que vous estiez pour
   vous trouver en plus d'affres, ceste anne, que n'en aviez eu
   aulx prcdantes;

   Que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, elle vous
   remercyoit et la Royne, vostre mre, de tout son cueur, pour
   la bonne affection que vous y aviez, et mercyoit Monseigneur
   le Duc de sa persvrance vers elle; et que ses ambassadeurs
   ne luy avoient escript ung seul mot de ce faict; dont, aprs
   que le comte seroit arriv, elle adviseroit, sur le rapport
   qu'elle entendroit de luy, et sur ce que je luy en disois, de
   vous faire une si bonne responce qu'elle esproit que Voz
   Majestez s'en contanteroient.

   Voyl, Sire, quasy en propres termes, ce qu'elle m'a
   respondu.

   Ce que la dicte Dame dict des affres, que pourrs avoyr ceste
   anne, est sur le rapport que luy a faict le secrettre du
   comte Palatin.

   Et quand  ces advis qu'on luy a mands de France, et les
   lettres qui ont est surprinses en Escoce, ne fault doubter
   que ne luy ayent augmant la deffiance, laquelle elle avoit
   desj asss grande auparavant; en quoy si, d'advanture, ce
   n'estoit que vaynes parolles, il y pourroit, possible, par
   aultres parolles estre satisfaict, mais, si c'est  bon
   esciant, il faudra, Sire, qu'y pourvoyez par quelque bon
   effect,  cause que desj je commance  descouvrir que, soubz
   couleur de fournir la garnison de Barvic, l'on parle d'envoyer
   des gens et toutes sortes de monitions de guerre vers la
   frontire d'Escoce.

   Au regard de ce qu'elle a dict du Roy Catholique, je ne fais
   plus de doubte que, dans peu de temps, les portz et le
   commerce ne soient ouvertz pour deux ans entre ce royaulme et
   les pays du dict Roy, sellon que luy mesmes a escript ceste
   foys, de sa mein, de fort bonnes lettres  la dicte Dame, 
   milord de Burgley et aultres de ce conseil, pour le requrir.




CCCIVe DPESCHE

--du IIIe jour de mars 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par Estienne._)

  Ngociation avec les seigneurs du conseil pour empcher le dpart
    de l'expdition prpare par le comte de Montgommery.


    AU ROY.

Sire, aprs que j'eus parl  ceste princesse, le XXIIIIe du pass,
voyant que, pour lors, je ne pouvois avoyr aulcune confrence avec les
seigneurs de ce conseil,  cause qu'ilz estoient sur leur partement
pour ce petit progrs qu'elle estoit all fre  vingt mille d'icy,
j'ay depuis envoy le Sr de Vassal aprs eulx, avec de mes lettres,
conformes aulx propos que j'avoys tenu  leur Mestresse, pour les
exorter de vouloir bien mesurer, par vos bons dportementz vers elle,
combien elle se porteroit de prjudice  elle mesmes, et  la
confdration qu'elle avoit faicte bien seure et estable avecques
vous, et au party qui seul aujourdhui la poursuivoit d'alliance, si
elle et eulx permettoient que rien sortt de ce royaulme qui allt au
dommage de voz affres; et qu'ilz pouvoient bien penser que vous ne
rputeriez jamais aulcune sorte d'inimity plus dommageable de leur
cost, que si, se monstrantz en parolle voz amys, ilz se portoient en
effect voz couvertz ennemys, et que vous imputeriez  eulx tout le mal
que le comte de Montgommery s'esforceroit de vous fre, plus que non
pas  luy, qui n'y pouvoit apporter que la maulvayse volont, l o il
prendroit, d'eux et de ce royaulme, toutz les aultres moyens de vous
nuyre.

Sur quoy, ayantz les dicts du conseil confr de rechef avec leur
dicte Mestresse, et s'estantz assembls par deux foys l dessus, ilz
m'ont enfin mand, par le mesmes Sr de Vassal, que la dicte Dame me
prioit d'escripre ardiment  Vostre Majest qu'elle n'envoyeroit, ny
donroit permission qu'on envoyt, d'icy, aulcuns vaysseaulx ny hommes,
ny armes, artillerye, monitions, ny vivres en France; car ne vouloit
enfreindre le traict, ny vous faulcer son srement, tant que luy
garderiez le vostre; et, quand au comte de Montgommery, elle m'avoit
desj respondu qu'elle n'estoit bien advertye de son faict, ny eulx
pareillement, et que ce ne seroit tout ce qu'on m'en avoit rapport;
que, au surplus, ilz me vouloient dire librement que leur Mestresse ny
eulx n'avoient peu trouver de bonne digestion que Monseigneur le Duc,
qui estoit bien capable de traicter luy mesmes de son faict, ft party
de Paris troys foys vingt quatre heures aprs le jour prfix du
partement du comte de Worchester de ceste court; ce qui leur donnoit
argument de penser que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, ne
vouliez poursuivre ceste alliance, que jusques aprs avoyr bien
pourveu  voz affres, et que, d'un certein propos, qui avoit est
tenu en ung bon et grand lieu de France, il avoit est recueilly ung
advis par lequel l'on les advertissoit que Vostre Majest avoit
commanc de donner secrettement ordre, en Normandye et Bretaigne,  un
embarquement pour passer des gens de guerre en cosse; et que
Monsieur, frre de Vostre Majest, en seroit le conducteur, et que Mr
le chevallier et Mr de Guyse, et aultres grandz du royaulme, debvoient
estre de la partye; et que mesmes le cappitayne Sarlabos assembloit
desj pour cest effect, au Hvre de Grce, le plus de soldatz qu'il
pouvoit: ce que la dicte Dame ne vouloit encores rsoluement croyre,
ains attandoit qu'elle en vt quelque chose plus avant.

J'espre, Sire, que j'yray trouver bientost la dicte Dame sur
l'occasion de vostre dpesche du XIIIIe du pass, et sur le retour du
comte de Worchester qui arriva hier, et mettray peyne de luy rabbattre
ceste impression, aultant qu'il me sera possible. Cependant le dict de
Montgommery s'appreste en la plus grande dilligence qu'il peut, et
bien que,  cause de mes instances, il ne pourra, possible, tirer tout
ce qu'il esproit d'hommes et d'argent d'icy, si ne layssera il,  ce
que je voy, de se mettre sur mer, et ne sera son embarquement de grand
monstre, car n'y aura que quelques ungs des siens qui partiront
avecques luy, sur ung ou deux vaisseaulx, mais, au rends vous, se
doibvent assembler, comme on dict, soixante  quatre vingtz navyres,
et envyron cinq mille hommes, entre marinyers et soldatz. Je n'attandz
que l'heure qu'il parte d'icy, dont le feray suivre par ung homme
exprs, affin qu'il me rapporte quand et comment il s'embarquera. Et
sur ce, etc. Ce IIIe jour de mars 1573.




CCCVe DPESCHE

--du IXe jour de mars 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Rapport favorable du comte de Worcester  son retour.--Opposition
    mise aux armemens pour la Rochelle.--Rejet de la proposition
    faite en Angleterre d'envoyer une arme en France.--Prparatifs
    de dpart du comte de Montgommery.--Ngociation des princes
    protestans d'Allemagne pour former une ligue avec
    lisabeth.--Nouvelles d'cosse.--Communication faite par
    l'ambassadeur aux protestans de France.--Accord conclu en
    cosse pour la reconnaissance de Jacques VI.


    AU ROY.

Sire, la Royne d'Angleterre m'a envoy prier de diffrer mon audience
jusques  demein, qu'elle sera de retour en ung lieu qui est bien prs
d'icy, o je ne faudray, tout  une foys, de tretter avec elle du
contenu en voz deux dernires dpesches; et cependant je vous diray,
Sire, que les bonnes dmonstrations et bonnes parolles dont Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, avez uz au comte de Worchester, et
le bon rapport qu' son retour il a faict icy de toutz deux, et le
moyen que m'avez donn par voz lettres de rendre plusieurs videntz
tesmoignages  ceste princesse de vostre droicte intention vers elle,
ont faict naistre beaucoup d'empeschemens, au comte de Montgommery et
 ceulx de la Rochelle, de ne pouvoir ouvertement, ny soubz mein,
imptrer tout ce qu'ilz pourchassoient en ceste court, ny,  beaucoup
prs, tout ce qu'ilz pensoient leur y estre desj octroy; car ung
milord, qui est aultant digne de foy qu'il y en ait en ce royaulme,
m'a assur que les choses de Paris avoient bien si merveilleusement
immu toute l'affection, que les Angloys commanoient avoyr assez
bonne vers nous, en une extrme indignation contre nous, que ung bon
nombre de la noblesse estoient venus, d'ung commun accord, se offrir
de mener trente mille hommes bien arms en France  leurs despens,
s'il playsoit  leur Mestresse de le leur permettre, et oultre cella,
d'advancer, du leur, demy million d'or pour ceste guerre, pourveu
qu'ilz le peussent recouvrer, dans deux ans, par des moyens qui ne
toucheroient rien au revenu de la dicte Dame, ce qu' la vrit elle
n'a jamais voulu concder; ains je say qu'elle l'a fort rejett. Mais
ny encores le dict de Montgommery n'a pu avoyr le tiers de l'argent
que l'vesque de Londres et luy avoient praticqu en ceste ville, ny
pareillement toutz les vaysseaulx qu'il pensoit; et mesmes y a
beaucoup de gentilshommes angloys qui avoient donn parolle, et
s'apprestoient pour l'accompaigner,  qui a est deffandu de ne
bouger; et une partie des pirates ont est prins ou escarts par le
bon debvoir que l'admyral d'Angleterre a faict faire contre eulx,
suyvant ce que ceste princesse et les siens luy en ont command pour
interrompre principallement l'entreprinse du dict de Montgommery; qui
pourtant ne la dlaysse, ains partira,  ce que j'entendz, mardy
prochein de ceste ville.

L'homme du comte Palatin est encores icy, et tout ce que, jusques 
ceste heure, j'ay peu dcouvrir de sa ngociation, est qu'il a fort
instamment press ceste princesse de vouloir entrer ouvertement avec
les princes protestantz en la deffance de leur religion, et nommement
en France, pareillement aussy en Flandres, et de contribuer, comme la
plus riche, aulx principaulx frays de ceste guerre. A quoy j'entendz
que la rsolution a est prinse, mais fort secrettement, par ceulx de
ce conseil, de luy respondre que, pour aulcunes bonnes et grandes
considrations, concernantz la seuret de sa couronne, la dicte Dame
ne pouvoit ny vouloit entrer aulcunement en guerre contre Vostre
Majest, ny aussy se dclarer, pour encores, plus avant qu'elle avoit
faict contre le Roy d'Espaigne; mais, quand aux frays de la guerre, en
tout ce que les dictz princes jugeroient estre bon de fre et
d'entreprendre pour la deffance de leur religion, elle ne voudroit
estre veue de n'y contribuer aultant ou plus largement que nul aultre
prince ou princesse de la Chrestient; et, l dessus, se sont
poursuyvies d'aultres ngociations particullires et bien estroictes,
que je ne say pas encores quelles elles sont. Tant y a qu'ung
secrettre du comte Ludovic, qui est arriv depuis six jours, s'y est
all incontinent mesler bien avant.

J'ay advis, de plusieurs costs, comme le Sr de Vrac est
vritablement abord en ce royaulme. Je ne faudray d'en fre une bien
expresse mencion  la dicte Dame. Je n'ay receu, longtemps y a,
aulcunes nouvelles d'Escoce, et croy que les choses n'y passent du
tout ainsy qu'il a est rapport  Mr le cardinal de Lorrayne. Il est
bien vray que, en ceste court, l'on a opinion qu'il s'y pourra fre
bientost quelque paix, car la noblesse se debvoit assembler pour cest
effect ds la my febvrier, et ne faut doubter, puisque Carcade est
prins, que ceulx du chasteau de Lillebourg ne se trouvent en grande
ncessit, aulxquelz, depuis naguires, j'ay escript par deux foys.
J'espre qu'ilz auront receu mes lettres.

J'ay communicqu, par Mr le vydame de Chartres et le jeune Sr de
Pardaillan, aulx aultres gentilshommes franoys, la vertueuse responce
que Vostre Majest m'a mand de leur fre, et leur en ay baill tout
l'article de vostre lettre par escript, affin qu'il n'y puisse estre
rien vari. Ilz m'ont pri d'en rendre leurs trs humbles grces 
Vostre Majest, et qu'aprs qu'ilz auront dellibr ensemble, ilz
adviseront d'envoyer quelqu'ung d'entre eulx devers Vostre Majest. Et
sur ce, etc.

    Ce IXe jour de mars 1573.

   Depuis ce dessus, m'est venu advis comme l'accord a est faict
   en Escosse, et que toutz les principaulx de la noblesse se
   sont rengs  recognoistre le Prince, et n'y a rien plus que
   le chasteau de Lillebourg qui tiegne pour la Royne d'Escosse.
   Je creins assez qu'on entreprendra de le assiger, et que les
   Angloys y envoyeront gens et monitions.




CCCVIe DPESCHE

--du XIIIe jour de mars 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne._)

  Audience.--Expdition du comte de Montgommery.--Nouvelles
    d'cosse et d'Allemagne.--_Mmoire._ Dtails de
    l'audience.--Satisfaction montre par la reine de la mission du
    comte de Worcester.--Ngociation du mariage.--Discussion de
    l'article sur l'exercice de la religion.--Proposition faite 
    cet gard par l'ambassadeur.--Plaintes au sujet de l'expdition
    du comte de Montgommery.--Plaintes de la reine  raison de la
    conduite des Franais en cosse.--Assurance qu'elle ne donnera
    aucun secours au comte de Montgommery.


    AU ROY.

Sire, de tant que je metz dans un mmoire  part ce qui s'est pass en
la confrance que j'ay heu avec la Royne d'Angleterre, je vous diray
au surplus que le dict de Montgommery, le jour d'aprs, a faict une
extrme sollicitation en ceste court, mais j'espre qu'il luy aura
est plus ost que accreu de moyens. Il n'a peu encores partir, mais
j'entends qu'il s'acheminera aujourdhuy vers l'Ouest, rsolu, comme
le commun dict, de s'aller jecter dans la Rochelle, avec moins de
forces beaucoup qu'il n'avoit promis d'y mener. Aultres assurent que
son entreprinse est ailleurs, ez confins d'entre la Normandye et
Bretaigne, et qu'il tirera toute faveur des isles de Grnez. J'ay mis
gens aprs. Je pense avoyr comprins de ceste princesse qu'il y a
rsolution prinse en Escoce de bastre le chasteau de Lillebourg, si
les Srs de Granges et de Ledington ne le veulent rendre, et qu'elle ne
fera difficult d'y envoyer des forces et des monitions  cest effect;
de tant qu'elle dict que ceulx de la noblesse monstrent toutz d'y
convenir. Dont adviserez, Sire, ce que sera expdient d'y pourvoir,
attandu qu'elle a tout ce qui faict besoing  cella desj tout prest
et apport  Barvic.

Le secrettre du comte Ludovic s'estant mesl dans la ngociation de
l'homme du comte Palatin a faict et conclud, icy, par le moyen d'ung
Henry Pol, riche marchand d'Envers, lequel il a faict expressment
passer de, ung party de soixante mil escus  estre payez au
commancement d'avril, par trois galles porcions, en Hembourg,
Francfort et Strasbourg; et dict on que le dict Palatin a assur une
leve de quatre mille reytres  icelluy Ludovic. Sur quoy, de tant
qu'il est chapp au dict de Montgommery de dire qu'il entreprendroit
bien de l'aller recueillir jusques  la frontire, il semble que ce
seroit pour la France; mais je n'en ay encores d'aultre indice.

Le duc de Saxe a mand icy ung homme exprs pour fre entendre  ceste
princesse que l'Empereur avoit est adverty de la lgation qu'elle
avoit envoy fre vers luy, et comme il avoit gratiffi le messager
d'une cheyne et de sa mdaille, chose qui ne debvoit avoyr est sceue
ny en France, ny en Flandres; et que, dorsenavant, elle ne voult
monstrer d'avoyr aulcune intelligence avec luy, ains qu'elle laysst
jouer tout le jeu au Palatin. Sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour de mars 1573.


MMOIRE.

   Sire, pour garder que je ne me pleignisse du dellay de mon
   audience, la Royne d'Angleterre, aprs aulcunes excuses des
   maulvais et estroitz logis o elle avoit pass, m'a dict que,
   en lieu que j'avois accoustum d'aller vers elle, elle estoit
   pour satisfaction de mon attante venue ceste foys vers moy,
   toute preste d'ouyr de bon cueur ce que je luy voudrois dire
   de la part de Vostre Majest; mais ce seroit aprs qu'elle
   vous auroit infinyement remercy de tant de sortes de faveurs
   et d'honnestes respectz, et de bons traictementz, dont il vous
   avoit pleu, et aulx deux Roynes Trs chrestiennes, uzer vers
   le comte de Worchester son depput, qui en avoit encores tant
   receu en vostre court; et partout o il avoit pass en vostre
   royaulme, que, de son abondante satisfaction, il avoit,  son
   retour, satisfaict elle et toutz les siens par de, aultant
   qu'il estoit possible de le fre; de quoy, pour beaucoup de
   mutuelles occasions d'entre Voz Majestez et de voz communs
   subjectz, elle en estoit bien fort ayse, et me prioit croyre
   qu'elle se santoit vous en avoyr beaucoup d'obligation.

   Je luy ay respondu que cella monstroit aulmoins que les siens
   et toutz ceulx de ceste nation sont et seront tousjours mieulx
   receus en France qu'on ne luy avoit voulu fre accroyre; et,
   de tant que ce que m'aviez mand par voz deux dernires
   dpesches donnoit ung fort parfaict tesmoignage  la foy,
   intgrit et droicte conscience, dont vous procds en toutes
   choses vers elle, et au regret que vous auriez qu' l'apptit
   d'aulcuns de voz subjectz malcontantz, ou des siens
   passionns, elle laysst naistre quelque prjudice en l'amity
   qu'elle vous avoit jure; et que vous l'assuriez bien que le
   Pape, ny Mr le cardinal de Lorrayne ne pourroient jamais rien
   traverser en celles que vous luy portis; que j'avoys estim
   bon de laysser  part tout ce que je pouvois avoyr pens de
   luy dire, et remonstrer de moy mesmes l dessus, pour luy fre
   voyr les propres conceptions vostres, et celles de la Royne,
   vostre mre, par les propres lettres de Voz Majestez.

   Ce que la dicte Dame monstrant d'avoyr bien agrable, a fort
   attentivement leu tout l'extrt, que je luy ay faict voyr,
   des plus notables poinctz de voz deux lettres du XIIIIe et du
   XXIIIe du pass;

   Et, aprs avoyr dduict aulcunes choses, pour confrer
   l'effect, qu'elle dict vous avoyr tousjours monstr de son
   amity et bons dportementz vers vous,  ceulx de Vostre
   Majest vers elle,

   J'ay suivy  luy dire que ce qu'elle avoit leu monstroit qu'il
   ne se pouvoit desirer rien de mieulx en l'affection, o vous
   vous confirmis de plus en plus, de luy demeurer  jamais trs
   bon amy et perptuel confdr; et que vous vouliez que cella
   ft notoyre  toute la Chrestient avec dellibration que, si
   le feu Roy Franois le Grand, vostre ayeul, s'estoit oncques
   monstr ferme amy des princes protestantz en la premire
   guerre que l'Empereur Charles cinquiesme leur avoit commanc,
   aulxquelz il avoit faict secours, pour une foys, de cinq centz
   mille escuz, car ilz avoient d'aultres forces assez; et le feu
   Roy Henry, vostre pre, quand il fit, quelque temps aprs, la
   guerre au mesme Empereur pour la dellivrance du duc de Saxe et
   lansgrave de Hetz, et pour la libert de l'Allemaigne; et, si
   l'ung et l'aultre avoient est constantz vers les feus Roys
   Henry et Edouard, ses pre et frre, quand eulx mesmes ne les
   avoient provocqus, que vous vous proposiez de l'estre encores
   plus vers elle en toutz les accidentz et occasions qui s'en
   prsenteroient jamais au monde;

   Et, pour ne m'arrester trop en ce poinct, duquel elle avoit
   vostre foy, vostre srement et vostre propre lettre, pour
   gages, je voulois venir  l'aultre principal poinct de voz
   lettres, lequel estoit l'entire confirmation d'estuy cy, et
   confutoit toutz les argumentz qu'on pouvoit fre au contraire:
   c'estoit du propos de Monseigneur le Duc, lequel Voz Majestez
   me commandoient de le rsouldre avec elle, et que, pour ne le
   laysser plus en simples parolles et remises, et n'y laisser
   ainsy naistre des difficults les unes aprs les aultres, vous
   la vouliez instamment prier de vous vouloir maintenant
   esclarcir de sa rsolue volont, affin qu'aprs ceste foys
   Vostre Majest et la Royne, vostre mre, vous imposissiez 
   vous mesmes ung perptuel silence de ne donner  elle l'ennuy,
   ny  vous la honte, de jamais plus en parler; qu'elle se
   pouvoit souvenir qu'au moys d'aoust dernier elle m'avoit donn
   charge de vous respondre, prsent le Sr de La Molle, que,
   suivant la contreinte, qu'elle s'estoit faicte  elle mesmes
   pour l'amour de ses subjectz, de se rsouldre  se marier,
   qu'elle avoit dellibr de prendre party de grand lieu, parce
   qu'elle n'estoit petite, et que celluy que Voz Majestez luy
   offroient de Monseigneur le Duc luy sembloit trs honnorable,
   si toutes aultres choses y pouvoient convenir, dont elle
   avoit estim que aulcunes gisoient en l'entrevue d'entre eulx
   deux; et qu'elle m'avoit dict et faict bailler par escript
   qu'elle estoit contante que toutz les articles, qui avoient
   est trouvs bons au premier propos de Monsieur, frre de
   Vostre Majest, restassent accords en ce segond, rserv le
   seul poinct o l'aultre avoit est dlayss, touchant accorder
   plus ou moins de l'exercice de la religion: dont n'y pouvoit
   plus rester que celle seule difficult, et une aultre,
   laquelle il falloit plus tost vuyder, qui estoit, si elle
   avoit depuis faict nulle contrayre rsolution de ne se marier
   pas; car sur celle l faudroit il couper entirement le
   propos, et establyr, en tout ce que fre se pourroit, celluy
   de la ligue.

   Elle m'a respondu qu'elle avoit bonne souvenance des propos
   que je luy ramantevoys, de la rsolution  prendre party
   sellon elle, et qu'elle en estoit encores l, et ne se feroit
   jamais ce prjudice, d'en prendre d'aultre qualit, et qu'elle
   voudroit qu'aussi peu se fussent elloignes les choses du
   cost de Vostre Majest que du sien; mais si, en ung tel
   party, ne se trouvoient maintenant, les aultres considrations
   qui estoient requises pour le repos d'elle et de son estat,
   force luy seroit de s'en passer.

   J'ay rplicqu que, puisque ce doubte estoit vuyd, tout
   l'affre estoit bien prs de sa conclusion, car ne restant
   plus aulcun escrupulle, ny apparance de danger, que au seul
   poinct de la religion, la Royne, vostre mre, en avoit parl
   si clrement au comte de Worchester et au Sr de Valsingam, et
   croy qu'encores escript  elle mesmes, que c'estoit maintenant
    elle d'y mettre l'effect, quand elle voudroit.

   Elle m'a dict incontinent que la Royne n'avoit parl que en
   termes gnraux, et qu'il sembloit qu'elle estoit alle fort
   retenue en ce propos, auquel l'on voyoit nantmoins que, du
   cost de Monseigneur le Duc, estoit raysonnable que se
   demandoit l'esclarcissement de toutz les doubtes, et s'est
   mise  en dduyre plusieurs.

   Dont enfin je luy ay dict, en termes bien clers, que Vostre
   Majest et la Royne, vostre mre, desiriez qu'elle juget
   ainsy de Monseigneur le Duc comme d'ung prince catholicque,
   qui avoit aultant  cueur ce qui estoit de son Dieu, de sa
   religion et de sa conscience, que prince qui ft au monde; et,
   s'il estoit aultre, vous l'estimis si vertueuse qu'elle ne
   l'auroit en aulcun compte, et que d'un prince desirable qu'il
   estoit, elle le tiendroit pour ung ambitieulx digne d'estre
   rejett;

   Que pourtant Voz Majestez la prioient de luy accorder aultant
   du dict exercice comme elle jugeoit bien qu'il ne pouvoit
   estre en Dieu, en conscience et en honneur, qu'il n'en het;
   et, pour parler en termes plus exprs, que, _venant
   Monseigneur le Duc par de_, elle ne le voult tant
   contreindre en sa conscience que de ne luy laysser pour luy et
   ses domesticques, non subjectz de ceste couronne, l'exercice
   de _sa religion en prive, en ung quartier o il logeroit, et,
   pour obvier  toutz les escandalles qu'elle allguoit, s'il
   estoit besoing que ce ft  huys clos, avec ung de ses
   huyssiers  la porte, qu'il ne refuzeroit de le fre_.

   Elle a monstr de ne trouver poinct maulvais cella, et m'a
   dict que, si on luy et voulu parler si clrement, il y a
   longtemps qu'elle et baill sa response, et qu'elle s'en
   alloit, le jour aprs,  Grenvich, o elle en confreroit avec
   ceulx de son conseil, et puis me manderoit un jour pour me la
   fre, m'ayant demand, d'elle mesmes, si Vostre Majest
   m'avoit envoy le reste des articles.

   Je luy ay dict qu'il fauldroit suyvre ceulx mesmes du premier
   propos.


   Et puys ay suivy  luy dire que maintenant voulois je, hors de
   voz lettres, luy parler de l'expdition qu'ung chacun disoit
   et qu'on voyoit que le comte de Montgommery s'aprestoit de
   fre je ne savois o, parce que je n'avois pas tant pntr
   en ses entreprinses; mais j'entendois que c'estoit en quelque
   lieu contre vous, et que je n'avois pas tant de regret au mal
   qu'il vous pourroit fre, qui y aviez trs bien pourveu, comme
    ce qu'il s'estoit pourveu d'armes, d'argent, d'hommes et de
   monitions, et possible, de maulvaise affection dedans Londres,
   allant et venant en la court de la dicte Dame, et alloit
   prendre vaysseaulx et tout aultre quipage en ses portz; que
   ce m'estoit chose si griefve, aprs luy avoir veu, ceste
   mesmes anne, lever la mein  Dieu pour vous jurer amity, et
   vous la luy aviez pareillement jure  elle, qu'il falloit
   bien ou que je luy demandasse cong, ou bien qu'elle commandt
   que le dict de Montgommery ny aultres eussent  sortir de ses
   portz avec armement, sans prendre bonne seuret qu'ilz
   n'yroient poinct contre Vostre Majest, ny troubler vostre
   royaulme, ny porter dommage  voz subjectz, ny atempter
   aulcune chose, soit  la Rochelle ou ailleurs, contre la bonne
   ligue et confdration d'entre Voz Majestez.

   La dicte Dame, aprs m'avoir, en contre eschange de cella,
   racompt aulcunes particullarits des propos que Carcade avoit
   tenus  son retour en Escoce, et des souspeons que la
   dpesche de Vrac par mer, et plusieurs advis qu'elle avoit
   de France, luy pouvoient avoyr donn beaucoup plus grandes 
   elle de Vostre Majest que non  vous d'elle, si elle les
   vouloit prendre, m'a dict qu'elle desireroit de bon cueur que
   vous sceussies au vray ce qui s'estoit pass, de sa part, sur
   les instances de Montgommery et de ceulx de la Rochelle, et
   sur les prsens affres de vostre royaulme; car avoit opinion
   que ne pourriez fre que ne luy en sentissiez une bien grande
   obligation, et que j'aurois occasion de me pleindre, si je
   voyois qu'elle baillt de ses navyres, et argent, et hommes,
   au dict de Montgommery, mais, de le laisser aller l o il
   voudroit, mesmement qu'elle juroit ne savoir quelle part
   c'estoit, et cuydoit que ce ne seroit poinct  la Rochelle,
   elle ne le debvoit empescher; et, affin que pas ung angloys ne
   pet traicter avecques luy, au prjudice de ce qu'elle me
   disoit, elle commanderoit  ses conseillers de confrer
   avecques moy, et je leur pourrois fre la mesmes remonstrance
   que j'avois faicte  elle.


   Sur quoy, ayant reprins le premier propos de l'entretnement
   de vostre traict, et l'ayant prie qu'elle voult si bien
   dposer toutz ces umbrages et deffiances, qu'on s'efforoit de
   luy imprimer de vous, qu'elle vous en rendt son amity plus
   parfaicte, et de me vouloir bientost rsouldre du faict de
   Monseigneur le Duc, elle m'a bien fort gracieusement licenci.




CCCVIIe DPESCHE

--du XIXe jour de mars 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Ouater._)

  Efforts de l'ambassadeur pour empcher le dpart de l'expdition
    du comte de Montgommery.--Nouvelles d'Allemagne.--Arrive de Mr
    de Chateauneuf  Londres.--Audience.--_Mmoire au roi._ Dtails
    de l'audience.--Nouvelles plaintes au sujet de l'expdition du
    comte de Montgommery.--Assurance donne par la reine que toutes
    les mesures sont prises pour arrter l'excution de ses
    projets.--Dclaration que les prises faites sur les Franais ne
    seront pas reues en Angleterre.--Affaires d'cosse.--Plainte
    de la reine  l'gard du projet imput au roi de venir en
    personne au secours de l'cosse, aprs la rduction de la
    Rochelle, afin d'envahir l'Angleterre.--Demande d'un dlai pour
    rpondre sur la ngociation du mariage.--_Mmoire  la reine._
    Dtails particuliers de la ngociation de Mr de Chateauneuf sur
    le mariage.


    AU ROY.

Sire, le jour aprs que j'eus communicqu avec la Royne d'Angleterre
des poinctz principaulx de voz lettres, du XIIIIe et XXIIIe du pass,
elle mit en dellibration les remonstrances que je luy avoys faictes,
dont le comte de Montgommery s'apperceut incontinent qu'elle auroit
grand regret que, par les dportementz de luy, vous vous sentissiez
offanc d'elle, ny qu'il se ft aulcune altration au bon traict
d'entre Voz Majestez; et que pourtant il ne pourroit tirer ny hommes,
ny argent, ny monitions, ny aulcung notable secours procdant de la
dicte Dame, ny sinon celluy que les vecques, et aulcuns siens
particulliers parantz, et quelques passionns protestantz, aulxquelz
elle mesmes n'ozeroit contredire, luy pourroient moyenner sur le seul
crdit et responce de ceulx de la Rochelle, dont il a chang l'ordre
qu'il avoit prpar pour son voyage; et au lieu que le cappitayne
Poyet, et ung nombre de franoys, debvoient aller en Holande, il les
mne presque toutz avecques luy, rserv les Srs vidame, Pardaillan,
Le Plessis, La Garde et quelques aultres, qui demeurent. Il est bien
certein que, suyvant l'eschange du sel et du vin, qu'on va qurir  la
Rochelle pour d'aultres vivres et monitions, qu'on y porte d'icy,
plusieurs navyres angloys y vont de compagnie, qui sont quipps,
moyti en guerre, moyti en marchandises; et avec ceulx l, et les
pirates, et d'aultres vaysseaulx, qui l'attendent au pays d'Ouest, il
faict estat de mettre plus de cinquante navyres de combat ensemble:
dont le rendez vous est ez isles de Grnesay, avec rsolution de
crever ou de se fre mestres de la mer, et de combattre les gallres
et navyres de Vostre Majest; et puis, par les mares haultes, mettre
des hommes, des armes, des monitions, et des vivres pour ung an, dans
la Rochelle.

Le cappitayne Morguen, et mille angloys passent peu  peu en Holande,
et, le quatorziesme de ce moys, l'homme du comte Palatin a confr de
rechef fort estroictement avec milord Quipper et avec le comte de
Lestre, et puis s'est licenci pour aller, du premier bon temps, tout
de long, en Hembourg; et ung marchand d'Allemaigne, qui est icy,
assure qu'il se faict une leve de reytres en son pays, nommement
pour aller en France.

Toutes ces choses, Sire, m'ont donn occasion de retourner 
l'audience, dont je donne le rcit  part, en ayant assez bon argument
par les deux dpesches de Vostre Majest du IIe et IIIIe du prsent,
et par la venue de Mr de Chasteauneuf, laquelle j'ay toute convertye
en une honneste visite de Monseigneur le Duc vers ceste princesse,
chose qui s'est trouve estre plus  propos que je n'eusse espr. Et
sur ce, etc.

    Ce XIXe jour de mars 1573.


MMOIRE AU ROY.

   Sire, aprs avoyr ayd au Sr de Chasteauneuf de fre l'office
   qui convenoit pour Monseigneur le Duc, duquel il s'est aussy
   bien et modestement acquict qu'il se pouvoit desirer pour le
   contantement de ceste princesse, j'ay parl bien exprs  elle
   de toutes les choses, une  une, qui sembloient tourner au
   prjudice de l'amity et des bons traicts d'entre Voz
   Majestez; et que, de tant que je n'estois icy que pour
   procurer l'entretnement de l'une, et pour m'oposer 
   l'infraction des aultres, je la suplioys d'y pourvoir, ou bien
   qu'elle trouvt bon que je supliasse trs humblement Vostre
   Majest de me permettre que je la peusse requrir de mon
   cong; car, aprs cella, il ne siroit plus bien ny  moy, ny
    pas ung aultre, de la part de Vostre Majest, de se trouver
   auprs de la sienne.

   La dicte Dame, en bonne et bien fort bnigne faon, m'a
   respondu que quelle dmonstration que je fisse, je savois
   bien que Vostre Majest avoit occasion de la remercyer sur le
   faict mesmes du comte de Montgommery, duquel tant je me
   pleignois; et que, oultre ce que j'avoys entendu par les gens
   de son conseil, qu'elle luy avoit interrompu une arme,
   laquelle la noblesse d'Angleterre luy avoit offerte, et faict
   prendre ses pirates, et qu'elle pouvoit assurer qu'il n'avoit
   est accomod par elle d'ung seul escu, n'y d'aultant de
   poudre qu'il en pourroit dans la mein, ny d'armes jusques 
   une simple espe, ny d'hommes, ny de vaysseaulx; encores
   l'avoit elle, aprs ma prcdante audience, faict appeller en
   son conseil pour luy deffandre de sortir, aulcunement arm, de
   ses portz, ce qu'il avoit trouv si estrange qu'il luy avoit
   demand  quel titre le vouloit elle retenir prisonnier;

   Et que nantmoins elle luy avoit est si redde en cella, que
   les vesques et plusieurs principaux personnages de ce
   royaulme luy estoient venus remonstrer que, oultre le tort
   qu'elle faysoit  elle mesmes,  sa couronne et  ses
   subjectz, d'abandonner la deffance de leur religion, elle ne
   pourroit plus griefvement offancer Dieu et  sa conscience que
   d'empescher que le dict de Montgommery n'allt soubstenir en
   son pays, par les moyens qu'il pourroit, la cause de sa
   religion; et que, nonobstant, elle ne l'avoit voulu laysser
   partir sans prendre promesse et seuret de luy qu'il n'iroit
   point contre Vostre Majest, ny fre chose aulcune au
   prjudice de la bonne confdration d'entre ces deux
   royaulmes;

   Dont pouvoit jurer qu'elle ne savoit o il alloit; et que,
   possible, alloit il aussytost en Flandres que en France;
   nantmoins que, ayant depuis sceu comme il y avoit, en l'isle
   d'Ouyc, sze vaysseaulx et six centz franoys, qui se
   prparoient pour l'aller trouver, elle les avoit faict
   arrester, et avoit aussy elle mesmes, de sa bouche, prescript
    des milords et  plusieurs gentilshommes de sa court, qui
   avoient affection  ceste entreprinse, d'entirement s'en
   dpartir.

   Au regard des prinses qu'on avoit faictes sur voz subjectz,
   elle n'entendoit qu'il en et est rien dbit en son
   royaulme, ny rien entr dans sa coustume, ains vouloit que
   tout ce qu'elle en avoit faict recouvrer par ses propres
   vaysseaulx, ft entirement rendu; et que de cella j'en
   parlasse avec ceulx de son conseil;

   Quand aulx choses d'Escosse, que je m'advanoys bien de me
   pleindre de cella, mesmes qu'elle avoit bien fort grande
   occasion de se douloir pour les menes qu'elle avoit
   dcouvertes qui s'y faysoient contre elle du cost de France,
   jusques  y debvoir Vostre Majest mesmes passer, en personne,
   aprs la prinse de la Rochelle, et entrer en armes en
   Angleterre; o elle ne s'attandoit pas,  la vrit, que vous
   y voulussiez jamays venir en sorte d'ennemy, puisque vous y
   pouviez venir en sorte d'amy, et y estis ainsy plus desir
   que personne qui ft au monde;

   Et, encor qu'elle eut pens, comme je disoys, d'envoyer du
   secours en Escoce pour expugner le chasteau de Lillebourg,
   c'estoit en faveur du jeune Roy, son parant, et pour la
   noblesse et la paix universelle du royaulme, et non pour y
   prjudicier en rien  vostre alliance, ny pour fre, de ce
   cost, ny de nul aultre, aulcun prjudice  l'amity et aulx
   bons traicts d'entre Voz Majestez; et qu'elle vous prioit de
   croyre qu'elle n'estoit pas plus rsolue de ne souffrir point
   d'offance, si, d'avanture, quelqu'ung luy en vouloit fre,
   qu'elle avoit fermement rsolu de ne commancer  vous en fre
   aulcune de sa part;

   Et quand  l'instance, que je luy fesois, de respondre au
   faict de Monseigneur le Duc, qu'elle ne le vouloit ny
   diffrer, ny prolonger, bien que ces saincts jours de Pasques
   la rendoient un peu excusable, et qu'elle avoit advis d'y
   procder ainsy honnorablement, et par l'ordre que les aultres
   princes avoient accoustum fre en choses de si grand
   importance, comme estoit ceste cy  elle, qui me prioit ne
   trouver maulvais si elle respondoit l dessus  Vostre Majest
   et  la Royne, vostre mre, par son ambassadeur; pour de tant
   plus s'assurer de voz intentions; et qu'elle m'en feroit aussy
   participant par de, et esproit que sa responce seroit si
   honnorable que Voz Majestez s'en contanteroient.

   Les propos de la dicte Dame ont est dictz en si bonne faon
   que j'ay estim luy en debvoir rendre beaucoup de mercyement
   pour les ungs, et j'ay bien voulu aussy rplicquer ung peu sur
   les aultres, et nommement j'ay pass  diverses remonstrances
   sur le faict du comte de Montgommery, et bien fort
   expressment sur n'envoyer point de forces en Escosse, et de
   vouloir elle mesmes deffandre les poinctz de l'amity et
   confdration d'entre Voz Majestez, et commander  ses
   conseillers de n'y laysser venir, de son cost, aulcune
   altration; comme vous ne souffririez qu'il y en vnt du
   vostre;

   Et m'ayant fort assur qu'elle le feroit ainsy; et que mesmes
   ce qu'elle m'avoit dict mander des forces en Escoce, n'estoit
   que contre les larrons de la frontire, et qu'elle envoyeroit
   milord trzorier pour confrer davantage avecques moy 
   Londres, et qu'elle seroit preste de favoriser l'lection de
   Monsieur en Pouloigne, en tout ce qu'elle pourroit; et nous
   nous sommes fort gracieusement licencis d'elle.


MMOIRE A LA ROYNE.

   Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'ay faict que le
   voyage de Mr de Chasteauneuf, qui aultrement eut est peu
   honnorable pour Voz Majestez, ayt est fond sur une honneste
   visite de Mon dict Seigneur le Duc vers ceste princesse, ce
   qui a est receu de merveilleusement bonne part.

   Et aprs qu'il a eu, en fort bonne faon, explicqu sa
   crance, j'ay dict  la dicte Dame que Mon dict Seigneur le
   Duc ayant fally au plsir et contantement qu'il esproit
   recepvoyr par la venue du comte de Worchester, s'il ft arriv
    temps de s'enqurir  luy de toutes les bonnes nouvelles de
   la dicte Dame, et luy tesmoigner la dvotion et servitude
   qu'il luy porte, ayant est contreinct, pour sa rputation, de
   s'acheminer au camp avec Monsieur, son frre, il avoit
   moyenn, estant devant la Rochelle, au dict Sr de
   Chasteauneuf, qui estoit de ses favoris, gentilhomme de
   mayson, et des mieulx apparants de France, ce voyage tout
   exprs pour la venir visiter, luy bayser les meins de sa part,
   luy prsenter une sienne lettre, savoyr de son bon portement,
   et sant, luy tesmoigner le regret de n'avoir veu le comte de
   Worchester, et l'assurer qu'entre les princes qui avoient
   aspir  son amity, nul luy demeureroit jamays plus constant
   serviteur que luy; et qu'il la suplioit de luy permettre qu'il
   pet commancer sa premire guerre et ses armes soubz la faveur
   de son nom, et qu'en quelle part qu'il ft, il se pet advouer
   son champion, esprant que la recordation d'elle le feroit
   venir  bout des plus haultes et gnreuses entreprinses qu'il
   et en son cueur, et le jetteroit hors des plus grands
   dangiers, et luy feroit acqurir tant de rputation qu'il
   mriteroit ung jour le bien de ses bonnes grces; et surtout
   qu'il la suplioit de fre une bonne responce aulx honnestes et
   raysonnables demandes que Voz Majestez luy avoient faictes
   pour luy.

   A quoy la dicte Dame ayant, avec toute faveur, receu le dict
   Sr de Chasteauneuf, et leu fort curieusement la lettre qu'il
   luy portoit, nous a respondu qu'elle participoit au mesmes
   regret de Mon dict Seigneur le Duc, aultant que luy, que le
   comte de Worchester ne l'et peu voyr pour le remercyer bien
   fort de la bonne souvenance qu'il luy plsoit avoyr d'elle, et
   de l'honneste affection qu'il monstroit luy porter, laquelle
   luy estoit si expressment signiffy par Voz Majestez Trs
   Chrestiennes, et par les propres lettres de luy, et fort
   souvant par celles du Sr de Vualsingam, et quasy,  toute
   heure, par les bons rapportz que je luy en fesois, qui luy
   monstrois ordinayrement ce qu'il m'en escripvoit;

   Et,  prsent, estoit confirme par ce nouveau message,
   qu'elle vouloit confesser de luy avoyr une trs grande
   obligation, et qu'il mritoit d'apporter quelque meilleure et
   plus agrable faveur, que ne luy seroit la sienne, en ses
   premires armes, et mesmes qu'elle avoit regret de luy en
   bailler l o il estoit, qui voudroit de bon cueur que
   Monsieur, son frre, et luy, employassent tant de valeur,
   qu'il y a en eulx, en d'aultres entreprinses qui fussent
   contre les ennemys et non contre les subjectz de la couronne
   d'o ilz sont;

   Et que, touchant vous fre responce  ce que demandis pour
   luy, il estimeroit qu'elle y auroit trop respondu s'il la
   voyoit, car la trouvant ainsy vieille qu'elle estoit, elle le
   feroit bientost retirer de sa poursuyte; nantmoins que le
   dict Sr de Chasteauneuf l'assurt qu'elle la vous feroit
   bientost, et la vous feroit honnorable.

   Et aprs avoyr monstr d'estre bien marrye du tort qu'on avoit
   faict en chemin au dict de Chasteauneuf, de luy avoyr ost la
   lettre qu'il portoit, et avoyr faict quelque difficult d'y
   vouloir respondre, elle l'a fort gracieusement licenci; et,
   le jour aprs, luy a envoy la responce  Mon dict Seigneur le
   Duc, avec laquelle il s'en retourne vers luy par le mesmes
   chemin qu'il estoit venu, et passera l o est le comte de
   Montgommery, affin qu'avec les choses que je luy ay
   communicques de son entreprinse, il puisse encores mieulx
   informer Monseigneur de tout ce qu'il en aura veu davantage et
   apprins sur le lieu.




CCCVIIIe DPESCHE

--du dernier jour de mars 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Rponse de la reine sur la ngociation de Mr de Chateauneuf.--Sa
    persistance dans son refus de prendre un engagement formel sur
    le mariage, avant qu'une entrevue ait eu lieu.


    AU ROY.

Sire, suyvant ce que la Royne d'Angleterre m'avoit dict qu'elle
m'envoyoit milord de Burgley pour me communiquer la responce qu'elle
entendoit fre  Vostre Majest et  la Royne, vostre mre, sur les
choses que je luy avoys proposes, le VIIe et XVIe de ce moys, du
mariage d'entre elle et de Monseigneur le Duc vostre frre, elle n'a
pas failly, le XVIIIe ensuyvant, de fre venir en mon logis le dict
milord, qui m'a dict que la dicte Dame me prioit de croyre qu'elle
avoit mis en grande considration ce que, sur voz dernires dpesches,
du IIe et IIIIe de ce moys, je luy avoys remonstr, de l'entire et
parfaicte amity que Vostre Majest luy portoit;--Et comme, depuis la
dernyre paix, en toutes les choses qui s'estoient offertes pour le
faict d'elle en la Chrestient, d'o qu'elles eussent proced, ft ce
de Rome, ou d'Espaigne, ou de Flandres, ou de son mesme pays, vous
vous estiez tousjours port en trs parfaict amy  destourner ce qui
pouvoit estre contre elle, et advancer ce qui estoit  son repos; et
que n'aviez jamays voulu admettre en vostre prsence aulcuns de ses
rebelles; et que, ceste anne, vous vous estiez, au veu et au sceu de
toutz les Chrestiens, ouvertement confdr avec elle, et en aviez
mutuellement jur le traict, et aviez envoy de notables
ambassadeurs, de chacun cost, pour estipuler voz promesses, et aviez
sur icelles escript lettres de voz propres meins l'ung  l'aultre, et
que, pour confirmation de cella, vous faysiez, encores  prsent,
requrir l'accomplissement des articles et observance d'iceulx; et que
vous ayant, ceste mesmes anne, est offert une aultre ligue avec de
grandz avantages, vous l'aviez refuze pour demeurer entier en la
sienne; et que, ez choses d'Escoce, vous vous estiez toujours comport
en faon que vous aviez bien monstr de ne la vouloir offancer; et que
de ce, d'o elle avoit peu prendre quelque deffiance de Vostre
Majest, pour les accidantz naguyres survenus en France, vous aviez
eu, en l'vnement mesmes d'iceulx, et tousjours depuis, un grand
soing qu'elle y ft respecte et ses subjectz conservs; et
qu'aussytost que Dieu vous avoit donn ligne, vous l'aviez choisye
pour une de voz comres, et, pour plus grande confirmation de vostre
bienveillance, vous persvriez  desirer son alliance, et faisiez que
Monseigneur le Duc, vostre frre, l'envoyoit en bonne faon
rechercher:

Que toutes ces choses, desquelles la recordation luy estoit fort
agrable, lui donnoient occasion de rputer bien employs toutz les
bons tours de trs bonne amye, que, non moins expressment, elle avoit
aussy rendus de sa part  Vostre Majest, en voz plus grandz affres,
et mesmes tout freschement de si bons, avec quelque hazard d'elle et
de son propre estat, que de meilleurs ne vous en et sceu rendre la
feue Royne d'Espaigne, qui estoit vostre seur germayne, si elle eut
est en vye; et que, pour conduyre ceste concurrence d'amity  plus
de perfection, elle s'esforceroit de vous rendre, et  la Royne,
vostre mre, sur le propos, dont je la pressois, de Monseigneur le
Duc, la meilleure responce qu'il luy seroit possible; mais vouloit,
devant cella, me fre entendre qu'il y avoit deux choses qui l'avoient
longtemps retenue, et la retenoient encores beaucoup, de ne s'ozer
advancer guyres en ce propos: l'une, qu'il s'estoit peu nother, du
cost de Voz Majestez Trs Chrestiennes, que n'y aviez guyres de
volont, et que, possible, ne le vouliez du tout; la segonde, que
plusieurs considrations luy avoient tousjours faict, et luy faysoient
encores, juger estre expdiant de ne s'obliger  pas ung mariage, sans
qu'elle pet voyr et estre veue de celluy qui l'pouseroit.

Et, l dessus, s'estant mis le dict milord  discourir plusieurs
choses et ouyr, aussy fort paciemment, celles que je luy ay voulues
dduyre pour comprouver que l'intention de Voz Majestez et de
Monseigneur le Duc estoit pure et parfaicte vers la dicte Dame, il m'a
faict la responce que j'ay mise en ce pacquet. Et sur ce, etc.

    Ce XXXIe jour de mars 1573.




CCCIXe DPESCHE

--du IIIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Laurent._)

  Ngociations au sujet du mariage et de l'expdition du comte de
    Montgommery.--Audience.--Affaires d'cosse.--Autorisation
    donne par la reine  Mr de Vrac de retourner en
    cosse.--Dclaration du comte de Morton qu'il ne veut pas le
    recevoir.--tat de la ngociation des Pays Bas.


    AU ROY.

Sire, ceste princesse et l'ung de ses expciaulx conseillers, car
l'aultre est all pour quinze jours en sa mayson de Quilingourt,
monstrant que, par la responce qu'ilz vous ont maintenant envoye, ilz
pensent avoyr faict une assez grande ouverture, pour dcouvrir bien
avant ce qu'avez en l'intention touchant le propos de Monseigneur le
Duc, (et sont assez en suspens si Voz Majestez voudront accorder
l'entrevue sous ung incertein vnement, et mesmement aprs vous avoyr
admonests que, si vous debviez tant soit peu rester offancs, au cas
que le mariage ne succdt, qu'elle ne vouloit, en faon du monde, que
la dicte entrevue se ft: qui,  la vrit, est ung poinct fort
considrable, et lequel elle estime n'estre chose indiscrte ny
impertinante  elle de le mettre en avant,) je luy ay d'ailleurs
record, Sire, comme de moy mesmes, ainsy que me le mandiez fre, du
XVIIe du pass, les mesmes instances, que je luy avoys cy devant
faictes, touchant le comte de Montgommery, et que vous la priez bien
fort de ne laysser  l'arbitre d'ung tel homme, qui faict le
malcontant et le dsespr, la seuret de vostre mutuelle amity, ny
celle de vostre confdration, car il y pourroit fre du prjudice,
qui vous randroit offanc, et elle,  la fin, malcontante; et je me
oposoys, de rechef, qu'on ne le laysst sortir d'aulcun port de ce
royaulme, sans prendre assurance qu'il n'yroit poinct contre Vostre
Majest. De quoy se trouvant la dicte Dame en quelque perplexit, elle
m'a respondu qu'elle avoit prins de luy la dicte assurance que je
demandoys, et pensoit luy avoir faict cognoistre qu'elle vous estoit
trs bonne seur; dont il s'estoit party fort malcontant d'elle, et
avoit dict ne savoyr s'il alloit  la Rochelle, ou en sa mayson
trouver ses amys qui l'y attandoient, ou bien en Holande, mais qu'elle
avoit bien sceu qu'au partir d'icy, ung des gens du comte Ludovic le
vint rencontrer en chemin, qui heurent une longue confrance ensemble,
et qu'elle ne pensoit que pas ung de ses subjectz, sinon son beau filz
seul, l'allt accompaigner.

J'ay pareillement remonstr  cette princesse, touchant les choses
d'Escoce, que (se traictant avec le Sr de Quillegreu, son ambassadeur,
de faire une ligue par dell sans vous en parler, toute spare de
celle qu'aviez trs ancienne avec l'Escoce; et de transporter le filz,
aussy bien que la mre, qui sont les seuls princes de ceste couronne,
et les plus estroictz confdrez que vous ayez en la vostre, sans
vostre sceu, par de; et de vouloir expugner le chasteau de
Lillebourg, et ruyner ceulx de dedans, qui ont tousjours heu recours 
vous, et que mesmes elle y vueille envoyer  cest effect de ses forces
et des monitions; ainsy que de toutes ces choses l'on vous avoit
adverty de dell, et que mesmes l'on n'aspiroit  rien tant que d'y
effacer du tout la mmoire de vostre nom, et de la France), qu'il
estoit impossible que n'en fussiez beaucoup offanc; et de tant
qu'elle se souvenoit bien que, pour vostre regard, elle n'y avoit
oncques senty aulcune sorte d'offance depuis vostre rgne, vous la
vouliez bien fort prier de fre cesser ces poursuytes; lesquelles je
luy voulois bien dire que romproient  la fin les traicts, et que son
bon plsir ft de se ranger, comme vous feriez aussy,  uzer vers
l'Escoce et les Escouoys en la forme de vostre dernier traict; et
qu'estant le Sr de Vrac, lequel vous aviez dpesch pour aller
trouver le petit Prince d'Escoce, abord par temps contrayre en ce
royaulme, elle luy voult faire bailler son passeport pour s'y
conduyre, soubz bonne promesse, que vous luy fesiez, qu'il n'y
procureroit rien, qui ne ft sellon la bonne amity et les bons
traicts que vous aviez avec elle.

La dicte Dame, discourant l dessus plusieurs choses, de l'occasion
que ceulx du chasteau de Lillebourg luy avoient donne de ne
s'entremettre plus de leur faict, et des divers rolles que le Sr de
Ledington jouoit au monde, et des divers rapportz que Carcade avoit
faictz, m'a enfin assez gracieusement respondu qu'elle vouloit, en
tout et partout, observer les traicts.

Et luy ayant,  l'heure mesmes, le dict Sr de Vrac bays la mein,
elle luy a librallement accord son passage; mais, le jour d'aprs,
comme il est all poursuyvre son passeport, milord de Burgley luy a
respondu qu'il estoit cependant venu nouvelles d'Escoce, par
lesquelles apparoissoit que le comte de Morthon ne vouloit que le dict
Sr de Vrac allt par dell, par ce mesmement que les lettres qu'il
portoit n'estoient inscriptes avec le tiltre qu'il appartenoit  leur
jeune Prince, et qu'il avoit rsolu de n'admettre pas ung dans le
royaulme qui ne l'advouht, et ne s'addresst  luy, come  Roy; et de
souffrir que le dict Sr de Vrac se tnt  Barvic jusques  ce qu'il
et dmesl tout ce diffrand avec le dict de Morthon, la Royne, sa
Mestresse, ne le vouloit pas. A quoy nous avons rpliqu que le dict
Sr de Vrac n'ozeroit rebrousser chemin, ny dlaysser, en faon du
monde, son voyage, sinon que la dicte Dame luy dnit son passeport.

Et, l dessus, le dict milord nous a offert que, si nous voulions
sonder la volont du dict comte de Morthon par lettres, qu'il les luy
feroit apporter par la poste, et aurions sa responce dans six jours.
De quoy ne nous contantantz, comme aussy milord de Leviston et le Sr
de Molins, qui veulent aussy passer en Escoce, se trouvent icy
arrests et malcontantz, icelluy de Burgley nous a promis d'en
confrer de rechef avec la dicte Dame pour, puis aprs, nous fre
entendre sa volont, mais j'entendz qu'il prolongera cella jusques 
ce que la responce de ceulx du dict chasteau de Lillebourg soit
arrive; auxquelz, depuis mon audience, la dicte Dame a mand qu'ilz
ayent  se renger au party de la paix, comme les aultres, et remettre
le dict chasteau ez meins du dict de Morthon, ou bien qu'elle luy
envoyera gens, argent et monitions, pour les y forcer; et cepandant
quelqu'ung m'a dict qu'elle a escript  Barvic de fre encores
temporiser les soldats qui estoient pretz d'y aller. Je creins enfin
qu'il faudra que le dict Sr de Vrac preigne son chemin par ailleurs.

Au regard de l'accord des Pays Bas, ceulx cy ont desj respondu 
Guaras que la Royne, leur Mestresse, avoit trs agrable la
dclaration du duc d'Alve, et qu'aussytost que la ratiffication en
serait venue d'Hespaigne, elle feroit publier la libert du commerce
et ouverture des portz, et mesmement, si le dict duc donnoit ordre que
la rivyre d'Envers ft ouverte; qui sont des remises qui monstrent y
avoyr encores quelque accrochement: et ne cessent pour cella les
Angloys de passer en Holande et  la Brille comme prtandans, si les
choses prosprent au prince d'Orange, ainsy qu'ilz disent qu'elles
font, de suyvre son party, et aussy, s'il accorde avec le Roy
d'Espaigne, comme il en est quelque bruict, qu'ilz pourront encores
mieulx que jamays uzer lors du commerce que le dict duc leur offre. Et
sur ce, etc. Ce IIIe jour d'apvril 1573.




CCCXe DPESCHE

--du VIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Forces de l'expdition du comte de Montgommery.--Opinion de
    l'ambassadeur qu'lisabeth n'est pas rsolue  abandonner
    l'alliance de France.--Ngociation avec l'Espagne.--Affaires de
    la Rochelle et d'cosse.


    AU ROY.

Sire, je suis adverty que, aprs beaucoup de difficultez, qui ont est
faictes au comte de Montgommery pour traverser son entreprinse, il a
enfin dress ung assez beau appareil de mer, et que, dans le Xe de ce
moys, au plus tard, il s'embarquera, et qu'il a de quoy mectre troys
mil hommes bien arms en terre; que sa flote sera de plus de cinquante
cinq vaysseaulx de toutes sortes, et qu'il en y aura envyron quarante
de combat, dont les cinq sont aultant bien quipps qu'il y en y ayt
en ceste mer, et qu'il est encores assez incertein o il dressera son
entreprinse. D'ailleurs, Sire, il m'est venu ung aultre advis comme le
Sr de Languillier, avec les nouvelles qu'il a rapportes de la
Rochelle, presse si fort le dict de Montgommery de partir, qu'il luy
faict anticiper son embarquement de quelques jours devant le dict
dixiesme, et qu'il faict estat que, entre le XIIIIe et XXe de ce moys,
il se pourra prsenter avec son arme devant la ville; et que,  cause
des empeschementz qu'on luy a rapport qu'il trouvera  l'entre du
port et auprs de la place, il dellibre, s'il ne peult combattre
l'arme de mer de Vostre Majest, de prendre terre en l'isle de Rh,
ou en quelque aultre lieu voysin de l, que la cavallerye n'y puisse
aller; et, de l en hors, tenant ses vaysseaulx les plus prs qu'il
pourra de ce qu'il aura mis en terre, s'esforcer par mares d'envoyer
tout le secours et refraychissement qu'il luy sera possible aulx
assigs. J'entendz que le dict de Montgommery a descouvert que
quelques ungs vouloient attempter  sa vye, dont a envoy requrir icy
commission pour les pouvoir fre mettre en arrest, et m'a l'on dict
que Maysonfleur en est l'ung.

J'attandray la procheyne dpesche de Vostre Majest, premier que de
parler  nul des franoys qui sont icy, et ne monstreray, lors, que
vous vous soulciez guyres de tout l'effort du dict de Montgommery,
comme aussy me semble, Sire, que n'en debvez fre trop de cas, ayant
Monsieur ainsy bien pourveu, du cost de la Rochelle, et les
gouverneurs, le long de la coste, comme me le mandez: qui ne seroit
que encourager davantage le dict de Montgommery et ceulx qui le
favorisent, si l'on l'alloit rechercher et luy fre maintenant de
nouvelles offres, et mesmement que les affres de Vostre Majest ne
s'en porteront qu'avec plus de rputation, si donnez ordre, ayant
desj prveu son entreprinse, qu'elle ne puisse ruscyr  effet.

Et, quand aulx souspeons et deffiances que Vostre Majest a quelque
occasion de prendre de ceste princesse et des siens, sellon que trs
sagement il vous playst me le discourir en vostre dpesche du XXVe du
pass, vous aurez, Sire, sellon mon jugement, receu quelque
satisfaction l dessus par la dpesche du Sr de Vassal, vous suppliant
trs humblement de fre prendre bien garde du cost d'Allemagne et
d'Espaigne. Nantmoins, quant aulx choses d'icy, je ne puis penser
pour encores, Sire, que ceste princesse se vueille du tout alliner de
Vostre Majest; et, bien que je la voye fort recherche, du cost
d'Espaigne, pour le mariage du filz de l'Empereur, et pour l'accord
des diffrendz des Pays Bas, et pour le restablissement du commerce en
Envers; et puis assez persuade que Voz Majestez ayent jur la ruyne
de ceulx de sa religion; et ung peu par trop prompte aulx choses
d'Escoce; et aulcuns de ses conseillers soient mens, les ungz par
prsantz et les aultres par passion,  l'allienner, tant qu'ilz
peuvent, de la France, si ne me veulx je encores du tout dsesprer de
la dicte Dame. Et avez, Sire, quand  son mariage, beaucoup meilleures
erres d'elle pour Monseigneur le Duc, par la responce que vous ay
naguyres envoye, que n'en a peu tirer encores l'agent d'Espaigne
pour le Roy de Hongrie; et, au regard de l'accord des Pays Bas, les
choses en sont aux termes que le vous ay escript.

Quant  la persuasion, en quoy la dicte Dame et les siens sont, que
Vostre Majest et la Royne, vostre mre, soyez anims  la ruyne des
Protestantz, je leur ay faict voyr combien les condicions qu'offrez 
ceulx de la Rochelle, et aultres de leur opinyon en France, sont au
contraire, ce qui les a assez remis; et donnent  cognoistre
maintenant qu'ilz desirent la paix de vostre royaulme, avec quelque
accommodement,  ceulx de leur religion, d'ung exercice ou d'une
tollrance beaucoup moindre et plus modre qu'ilz ne l'avoient
auparavant.

Et, touchant les choses d'Escoce, ce sont celles qui plus donnent de
peur et de souspeon  ceste princesse et  tout ce royaulme, et
lesquelles elle voudroit, devant toutes aultres, accommoder  son
repoz; dont sera bien difficille qu'on la puisse retenir de s'en
mesler plus avant, possible, qu'elle ne debvroit. Toutesfoys j'ay mis
et mettray toute la peyne, qu'il me sera possible, de luy reprsenter
tousjours l dessus l'infraction des traicts, qui est chose qu'elle
monstre en toute sorte de vouloir viter. Elle demeure encores en
cella de ne nous vouloir octroyer ny refuzer le passeport du Sr de
Vrac, et les mesmes difficults faict elle  milord de Leviston et au
Sr de Molins; et nantmoins il faudra que bientost elle se rsolve ou
 l'ung ou  l'aultre, et possible n'aura elle avec tant de facillit
reng cependant les choses par dell comme elle l'a espr. Sur ce,
etc.

    Ce VIe jour d'apvril 1573.




CCCXIe DPESCHE

--du XIIIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Dclaration de la reine-mre
    qu'elle ne peut accorder  l'entrevue sans avoir une assurance,
    au moins secrte, qu'lisabeth consent au mariage.--Persistance
    de la reine d'Angleterre dans sa proposition.--Confrence de
    l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh.--_Mmoire._ Dtails
    de l'audience sur les affaires gnrales.--Demande faite 
    lisabeth de dclarer ses vritables intentions  l'gard du
    roi.--Assurance d'amiti de la part de la reine.--Affaires
    d'cosse.--Dclaration d'lisabeth qu'elle envoie des troupes
    en cosse pour rduire Lislebourg.--Protestation de
    l'ambassadeur contre cette infraction au trait
    d'alliance.--Promesses qui lui sont faites par les seigneurs du
    conseil.


    A LA ROYNE.

Madame, estant adverty que ceste princesse ne se trouvoit assez
satisfaicte d'aulcunes choses, que le Sr de Vualsingam luy avoit
escriptes, de la dernyre audience que luy aviez donne 
Fontnebleau, j'ay voulu voyr si, en ne m'esloignant poinct de la
teneur de vostre lettre, du XXIXe de mars, je luy pourrois en quelque
si honneste faon rciter ce que m'escripviez, de la dicte audience,
qu'elle s'en pet contanter; mais, encor qu'elle ayt bien prins la
pluspart de ce que je luy ay dict, si a elle monstr nanlmoins de
santir bien fort celle portion o il luy semble qu'elle demeure
refuze.

Mon parler a est que, devant toutes choses, Vostre Majest me
commandoit de la saluer de voz meilleures et plus cordialles
recommandations, et que le Roy, vostre filz, et Vous, aviez receu, de
la meilleure et plus inthime affection de vostre cueur, ce que son
ambassadeur vous avoit dduict, de l'intention d'elle vers le propos
de Monseigneur le Duc; qui ne vouliez faillir de la remercyer
infinyement de la faveur qu'elle portoit au dict propos, et de ce
qu'elle ne rejectoit l'instance que le Roy, son frre, et Vostre
Majest, qui estiez sa mre, luy faysiez pour luy; et que le dict Sr
de Walsingam vous avoit commanc son rcit par celluy que j'avoys
faict icy  elle, aprs le retour du comte de Wourcester, et vous
avoit dict que, si l'entrevue se faisoit, il auroit esprance que la
rsolution de l'affre s'ensuyvroit, et que le poinct de la religion
seroit accord; duquel, s'estant, puis aprs, mis  discourir, il
avoit dict que le desir d'elle seroit que Monseigneur le Duc se
contentt de la libert de conscience, sans avoyr aulcun exercice,
priv ny externe, de sa religion en ce royaulme: ce qui vous avoit mis
en peyne; et nantmoins aviez promptement esclarcy le dict Sr de
Walsingam de la volont du Roy et vostre: c'est que vous offriez, avec
le plus d'honneur et de respect que vous pouviez, Monseigneur le Duc 
la dicte Dame, et avecques luy vous mesmes, et toutz les moyens et
commodicts de vostre couronne, et la priez, de la plus pure et
droicte affection qui ft en vostre me, qu'elle le voult accepter
comme entirement sien, et qu'il se viendroit mettre en sa possession,
toutes les foys qu'elle vouldroit, en ce qu'elle voult avoyr esgard
aulx choses qui pouvoient estre de l'honneur du Roy et vostre, et de
celluy de vostre couronne, et de la rputation de vostre filz en cest
endroict; qui, proposiez bien, toutz troys, de ne rechercher jamais
d'elle, sinon ce qui seroit pour l'honneur sien, sa grandeur, sa
satisfaction, et son perptuel contantement et repoz, et que vous la
priez aussy que, de sa part, elle ft en sorte que n'eussiez  sentir
ny regret, ny offance, de vostre honneste pourchas;

Que, quand  la religion, le Roy et Vous, vous estiez restreincts, et
aviez faict restreindre avecques vous ceulx de vostre conseil, au plus
extrme poinct qui se pouvoit requrir en cella, qui estoit d'avoyr
l'exercice en priv,  huys clos, l'huyssier  la porte; ce que si
elle n'octroyoit, c'estoit,  bon esciant, couper du tout le propos,
et monstrer que non  la religion, mais  la volont, estoit tout
l'empeschement;

Au regard de l'entrevue, que Voz Majestez ne la luy vouloient
aulcunement refuser, et permettriez trs volontiers  Monseigneur le
Duc qu'il se satisft soy mesmes du grand desir qu'il avoit de la
voyr, aussytost qu'il pourroit apparoir de quelque seuret; que ce
n'estoit pour le refuser, ains pour accepter les vertueux et gnreulx
desirs qui le faysoient aspirer  ses bonnes grces, que son intention
estoit qu'il vnt par de; et que vous vous contanteriez qu'elle vous
en baillt l'assurance en telle et si secrette faon qu'elle voudroit,
par articles signs entre Voz Majestez seulement, ou par une lettre
qu'elle pourroit respondre  celles que Voz Majestez,  cest effect,
luy en escriproient; et qu'elle pouvoit considrer que, oultre
l'opinyon qu'on pourroit prendre que Voz Majestez fussent mal fondes
en leurs consciences, et rputassent Monseigneur le Duc de l'estre
mesmes, et peu rvrantz toutz troys  Dieu, si l'envoyez doubteux et
incertein de pouvoir avoyr sa religion par de, il y couroit encores
le hazard du refus, lequel engendreroit ung perptuel crvecueur  luy
et ung regret par trop grand  Voz Majestez, de luy avoyr veu
recepvoyr ceste honte et ce dplaysir;

Que vous confessiez bien que la grandeur d'elle et ses excellantes
perfections mritoient bien que Monseigneur le Duc et ceulx qui
pourchassoient pour luy la vinssent rechercher, et luy dfrassent
toutz les advantages qu'il seroit possible, et qu'elle le pet avoyr
agrable, si elle le debvoit espouser, et, possible aussy, que luy, de
son cost, monstrt qu'il se complsoit d'elle, parce que nul mariage
pet estre bon sans correspondance d'amity; mais que, pour le regard
du premier, Voz Majestez y vouloient entirement satisfre, aussytost
qu'il vous pourroit apparoir quelque peu de seuret, et ne faudriez de
fre incontinent passer Monseigneur le Duc, accompaign des plus
solennels ambassadeurs que vous pourriez, vers elle, pour la requrir
et pour traicter du mariage, comme si jamays n'en eut est parl;
quand  luy estre Monseigneur le Duc agrable, que vous espriez et
vous assuriez fort qu'il le seroit, si prince desoubz le ciel le
pouvoit estre; car il estoit bien nay, d'une trs belle disposition et
taille, et aultant accomply en excellentes et vertueuses qualits
qu'il se pouvoit desirer; et, quand  se complre luy d'elle, elle
mettoit en plusieurs sortes ce poinct hors de tout doubte, oultre
qu'elle auroit les promesses de Voz Majestez et la sienne, et luy
mesmes entre ses meins, dont ne tenoit plus qu' elle seule qu'elle ne
se rendt tout maintenant dame et mestresse de ce grand bien.

La dicte Dame, aprs avoyr ung peu pens, m'a, d'une fort bonne et
modeste faon, respondu qu'elle vouloit tousjours remercyer le Roy et
Vostre Majest du bon desir que monstriez avoyr  son alliance, et de
l'honnorable pourchas que continus d'en fre, et de ce que, toutz
deux, aviez mis peyne de chercher ung expdiant sur la principalle
difficult, qui estoit celle de la religion; mais qu'il sembloit que,
sur l'aultre, qui estoit de l'entrevue, vous y aviez, Madame, trouv
ce dont elle vous avoit tousjours requise, que ne la voulussiez
consentir, si jugiez qu'il y et tant soit peu de chose mal honnorable
pour Monseigneur le Duc; et qu'il luy sembloit que Vostre Majest
avoit fort bien rduict l'affre au poinct o il la falloit proprement
dlaysser: car, aprs vous avoyr faict entendre qu'elle avoit rsolu
de ne s'obliger jamays  aulcun mariage qu'elle n'et veu celluy
qu'elle espouseroit, et Vostre Majest estant rsolue que Monseigneur
le Duc ne passe icy, sans qu'elle vous ayt promis de l'espouser,
c'estoient deux rsolutions si contrayres l'une  l'aultre, qu'il ne
luy restoit sinon de mander  son ambassadeur de n'en parler plus, et
 moy de me prier que je vous voulusse assurer, de la part d'elle,
qu'elle n'avoit est si meschante ny si desloyalle, aprs vous avoyr
faict dclairer qu'elle se vouloit rsoluement marier d'ung bon et
grand lieu sellon elle, qu'elle et faict proposer  Voz Majestez
l'entrevue de Monseigneur le Duc et d'elle, en intention de vous
offancer toutz troys en le refuzant, ains de l'espouser de bon cueur,
s'il et pleu  Dieu qu'ilz se fussent compleus l'ung de l'aultre, et
qu'elle verroit ce que, sur la dpesche du gentilhomme que je vous
avoys naguyres envoy, vous m'en respondriez; qui toutesfoys ne
savoit si elle debvoit plus consentir la dicte entrevue, puisque
Vostre Majest y voyoit du danger; car avoit tousjours estime que le
poinct de la religion pourroit estre trs honnorable  l'ung et 
l'aultre, s'il advenoit, par quelque occasion, que le dict mariage ne
pet succder.

Je n'ay fally de remonstrer  la dicte Dame combien vous aviez de
justes occasions de requrir ceste secrette seuret, et de n'azarder
le voyage de Mon dict Seigneur le Duc, sans plus de fondement de bonne
esprance qu'elle ne vous en avoit encores donn, et qu'elle debvoit
laysser conduyre ce mariage en la faon accoustume des princes, par
ambassadeurs et ministres; mais elle est demeure ferme au poinct de
l'entrevue, et d'attandre ce que me manderez par le Sr de Vassal.

Sur quoy m'estant gracieusement licenci de la dicte Dame, Mr le comte
de Lestre m'est venu demander o j'en estoys demeur avec elle; et je
le luy ay particullirement rcit: lequel m'a dict qu'il y avoit de
la rayson des deux costs, et qu'il en vouloit aller, sur l'heure
mesmes, parler avec elle, et que, le jour aprs, il viendroit 
Londres, o milord trzorier estoit, pour en confrer toutz deux
avecques moy; comme il a faict, bien que, aprs avoyr, eulx deux, est
quelque temps ensemble, il n'a heu loysir davantage d'attandre, et le
propos a est seulement entre le dict milord et moy. Lequel m'a dict
que, sellon troys choses, que le Sr de Walsingam avoit recuillies de
voz propos, la Royne, sa Mestresse, et eulx avoient prins quelque
conjecture que Vostre Majest ne vouloit poinct le dict mariage; la
premire estoit le refus de l'entrevue, aprs l'avoyr d'aultrefoys
voulue, et aprs avoyr offert, Vostre Majest mesmes, d'y venir, qui
estoit ung trt qu'il estimoit non guyres dissemblable  celluy du
premier propos, pour fre que la dicte Dame se trouve tousjours
refuze; la segonde est le party que Vostre Majest a dict avoyr en
mein pour Monseigneur le Duc, si n'estiez bientost respondue d'estuy
cy; et la troysiesme, la commmoration qu'avez faicte de la Royne
d'Escoce, comme le Sr de Vrac avoit charge de relever son party en
Escoce, bien que vous fussiez depuis corrige, quand le dict Sr de
Walsingam vous avoit dict que le traict portoit qu'il ne seroit
poinct parl d'elle.

Aulxquelles troys choses j'ay mis peyne de satisfre si bien au dict
milord, qu'il a bien veu que la vrit surmontoit les dictz argumentz,
et que le Roy et Vous, Madame, et Monseigneur le Duc, et toutz ceulx
de vostre couronne, aviez une trs droicte, trs certayne et
indubitable, bonne intention au dict mariage, et qu'il estoit desj
tout rsolu de vostre cost, et le poinct de la religion entirement
esclarcy.

Il m'a rplicqu que, puisque Monseigneur le Duc estoit de si belle
disposition, et de belle taille, et avoit de si belles et vertueuses
qualitez, comme je disoys, pourquoy est ce que Vostre Majest
creignoit l'entrevue, car me pouvoit jurer, devant Dieu, qu'il ne
voyoit aultre dellibration en sa Mestresse que de se marier pour
satisfre  ses subjectz, et servir  la ncessit du temps; et
qu'elle ne s'arresteroit poinct  la couleur du visage; et le faict de
la religion se pourroit assez bien accomoder entre eulx, sellon ce qui
en estoit desj propos; mais qu'elle estoit entirement rsolue de
voyr celluy qu'elle espouseroit, ft ce le plus grand prince de la
terre, premier que de luy promectre mariage; et qu'il savoit bien
certaynement que ce n'estoit en intention de refuzer Mon dict Seigneur
le Duc, qu'elle demandoit l'entrevue, ains pour l'espouser, si Dieu
vouloit qu'ilz se peussent complre. Et sur ce, etc.

    Ce XIIIe jour d'apvril 1573.


MMOIRE AU ROY.

   Sire, je suis all trouver la Royne d'Angleterre, et, aprs
   l'avoir fort grandement mercye, ainsy qu'il vous plaisoit me
   commander de le fre, de ce qu'elle avoit envoy rprimer les
   pirates, et de ce qu'elle avoit faict rendre  voz subjectz ce
   qui avoit est recoux d'eulx, qui leur appartenoit, et
   singullirement de ce qu'elle n'avoit layss au comte de
   Montgommery, ny  ceulx qu'il avoit praticqus par de, toute
   la facult et les moyens d'excuter leur maulvayse volont et
   leurs maulvais desseings qu'ilz avoient contre Vostre Majest;
   je luy ay dict que, par ung article d'une de voz lettres, vous
   vous esbahyssiez nantmoins comme j'osoys vous assurer si
   confidemment, comme je faysois, de la parfaicte amyti d'elle
   et de l'observance des traicts, l o vous aviez trois
   argumentz devant les yeulx qui vous donnoient occasion de
   creindre le contrayre.

   L'ung estoit ceste persvrance en laquelle le dict
   Montgommery continuoit de prendre icy les armes, pour s'aller
   esprouver sinon contre vostre personne, aulmoins contre celle
   de Messieurs voz frres, qui estoient camps devant la
   Rochelle, pour les empescher en la rduction de ceste place 
   vostre obyssance, chose que vous ne pouviez en faon du monde
   bien gouster; le segond, qu'en mesmes temps les marchandz
   angloys, qui estoient  Roan et ez aultres villes de vostre
   royaulme, vendoient leurs biens et laissoient  vils prix
   leurs marchandises pour se retirer  grand haste de la mer,
   pour quelque advertissement qui leur estoit venu d'icy, ou
   bien du Sr de Walsingam, comme si elle avoit propos de vous
   commancer bientost la guerre; et le troisiesme, que le Sr de
   Vrac, lequel vous envoyez en Escoce, estoit arrest par de,
   bien qu'il ft garny de vostre passeport, et de voz lettres et
   pacquetz;

   Qui estoient troys trtz, sur lesquelz me commandiez de vous
   esclarcyr de l'intention d'elle, affin de ne vous trouver
   surprins de quelque mal, du cost que vous n'espriez que
   bien; car c'estoient tousjours les plus nuysans coups, ceulx
   qu'on n'avoit pas prveus: et que, de tant que vous luy
   renouvelliez et confirmiez de rechef devant Dieu, et sur
   l'obligation de vostre honneur et de vostre conscience, de luy
   garder invyolablement la confdration que luy aviez jure, et
   d'empescher que vous, ny voz subjectz, ny pas un, vers qui
   vous eussiez moyen ou puissance, l'enfrennissent  jamais au
   prjudice d'elle, ny du repoz de sont estat, que vous la priez
   et l'adjuriez qu'elle voult uzer de mesmes droictement vers
   vous; et que, suyvant cella, elle ft cesser l'apareil et les
   entreprinses du dict de Montgommery, et ft que les marchandz
   angloys, qui estoient en France, y continuassent doulcement
   leur commerce, comme ilz avoient accoustum, et qu'au Sr de
   Vrac ft baill son passeport pour continuer le voyage que
   luy aviez command en Escoce.

   A toutes lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu que,
   devant toutes aultres, elle vous prioit de vivre en trs
   parfaicte assurance d'elle, et qu'elle ne vous deffaudra ny
   d'amity ny de ligue, ainsy qu'elle le vous a jur, tant
   qu'elle sera en ce monde, si premirement vous ne la luy
   romps:

   Et, quand au faict du comte de Montgommery, qu'elle m'y avoit
   desj amplement respondu, et vous y avoit faict satisfre par
   son ambassadeur, et qu'elle y avoit uz, du commancement, et
   continuoit d'y uzer encores, en faon que sa conscience
   l'assuroit fort que vous sentis beaucoup plus d'obligation
   que d'offance d'elle en cest endroict;

   Qu'elle feroit commander aulx principaulx marchandz de Londres
   de continuer, par leurs facteurs, leur commerce en France,
   comme ilz avoient accoustum, et de les advertir bien de ne
   fre, ny dire, chose qui ne soit sellon la bonne intelligence
   d'entre ces deux royaulmes;

   Et, quand au passeport du Sr de Vrac, que j'avoys bien veu,
   en ma prcdante audience, la volont qu'elle avoit eu de le
   luy octroyer, mais que, le soyr mmes, estoit arriv ung
   pacquet du comte de Morthon, par lequel il la prioit de ne le
   laysser poinct passer, estimant que cella pourroit renouveller
   quelque altration en la bonne paix, o le pas estoit 
   prsent, et par ainsy que je l'excusasse; car, tant s'en
   falloit qu'elle voult retarder la dicte paix, que au
   contrayre elle la vouloit advancer et establir, parce que
   celle de son royaulme en dpandoit;

   Et que, de tant qu'il n'y avoit rien plus que le chasteau de
   Lillebourg qui l'empescht, elle me vouloit bien dire, et
   avoit mand  son ambassadeur de le notiffier  Vostre
   Majest, qu'elle permettoit  ses subjectz, qui sont vers la
   frontire d'Escosse, d'aller secourir le jeune Roy, son
   nepveu,  rduyre le dict chasteau  son obyssance, ainsy
   que, jouxte les traicts, elle en avoit est requise par luy
   et par les Estatz du pays.

   J'ay rplicqu, Sire, que Vostre Majest et la Royne, vostre
   mre, aviez pri le Sr de Walsingam de luy remonstrer qu'elle
   ne voult plus estre vostre amye et bonne seur  demy, ains
   entirement, comme vous luy voulis estre vray frre et tout
   entier amy,  jamais; et que, dposantz toutz deux les
   jalousies et deffiances d'entre vous, il ne ft plus uz
   d'aulcune sorte de simulation, ny de ces faons couvertes, et
   soubz mein, l'ung vers l'aultre, et que pourtant elle advist
   si elle aymoit mieulx,  ceste heure, complayre au comte de
   Morthon, d'arrester icy le Sr de Vrac, que de satisfre 
   Vostre Majest, de luy donner moyen de continuer son voyage;
   et que je pouvois jurer, suyvant ce que m'aviez escript, qu'il
   n'avoit commission de fre chose aulcune par dell que sellon
   le traict de la ligue, et de procder en tout conjoinctement
   avec son ambassadeur;

   Et, quand  mander de ses forces en Escoce, que cella vous
   osteroit le moyen de vous pouvoir excuser d'y envoyer des
   vostres, qui aviez jusques icy respondu  ceulx qui vous en
   avoient press, que vous aviez une mutuelle promesse avec elle
   de n'y envoyer des franoys non plus qu'elle des angloys; et,
   quoy que soit, je la prioys d'attandre qu'est ce que Vostre
   Majest respondroit l dessus  son ambassadeur; car je
   savoys bien que le dernier traict portoit que, dans quarante
   jours, l'ung et l'aultre debviez retirer les gens de guerre
   que pouviez avoyr au dict pas, tant s'en falloit qu'elle y en
   det envoyer, et que je ne pouvois fre de moins cepandant que
   de protester de l'infraction du traict; mais que je la
   supplyois de me laysser dbattre ce faict avec les seigneurs
   de son conseil, affin que je luy peusse tenir ung plus
   agrable propos.

   Et l dessus, Sire, je luy ay parl amplement de l'audience
   que la Royne vostre mre avoit donn au Sr de Walsingam en
   vostre gallerie de Fontainebleau,  quoy elle s'est rendue
   fort attentive; et nantmoins m'a assez faict cognoistre que
   le dict de Walsingam luy en avoit mand quelque particullarit
   qui ne l'avoit bien contante. Et de tant, Sire, que j'ay mis
   le rcit de cella en la lettre de la Royne, je adjouxteray
   seulement icy que, ayant depuis dbatu les affres d'Escoce
   avec les dictz du conseil, il me semble les avoyr ramens 
   quelque rayson; et m'a est octroy que le Sr de Vrac puisse
   envoyer son homme jusques au comte de Morthon, pour qurir son
   passeport, si, d'avanture, il le veult bailler.




CCCXIIe DPESCHE

--du XVIIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par le Sr Christofle Dumont._)

  Nouvelles de la Rochelle.--Reprise du commerce entre l'Angleterre
    et l'Espagne.--Confrence de l'ambassadeur et de Burleigh sur
    les affaires d'cosse.--Fausse nouvelle de la prise de
    Lislebourg.


    AU ROY.

Sire, de tant que le comte de Montgommery faict son embarquement 
plus de cent soixante dix mil d'icy, et que celluy, que j'ay envoy
pour le recognoistre, ne revient poinct, ains m'a l'on dict qu'il a
est dcouvert et qu'on l'a arrest; et que le dict de Montgommery a
envoy se pleindre que je descouvrois beaucoup de ses affres, et les
luy traversoys, qui creignoit que ce ft par le moyen du jeune Sr de
Pardaillan, l'on m'a observ, et toutz les miens, beaucoup de plus
prs qu'on ne souloit. Dont ne vous puis mander, pour ceste heure,
Sire, sinon la confirmation de ce qu'en avez veu par mes prcdantes,
du XIIIe de ce moys, auxquelles je vous supplie trs humblement
adjouxter foy. Et vous diray davantage que j'ay sceu que quelques ungs
de la Rochelle, lesquelz s'institulent mayre, juratz et payrs de la
ville, ont escript une lettre, du XVIe de mars, au dict de
Montgommery, par laquelle ilz luy mandent que le Sr de La Noue, avec
quelques aultres, les ont laysss, de quoy ilz sont fort ayses, pour
ce qu'ilz ne pouvoient vivre sans quelque souspeon de luy, puisqu'il
avoit pass par la court, non qu'il ne se ft port en fort vaillant
gentilhomme et en homme de bien, tant qu'il avoit est avec eulx.

Au surplus, Sire, les articles de l'ouverture du commerce pour deux
ans, entre les pays du Roy d'Espaigne et l'Angleterre, sont passs, et
le duc d'Alve les a signs pour le Roy Catholique et milord trzorier
pour la Royne sa Mestresse;  laquelle le dict Roy Catholique a mand,
de sa mein, qu'il vouloit de bon cueur que les choses passassent 
l'honneur et advantage d'elle, comme de celle de qui, pour beaucoup de
respectz, il desiroit conserver l'amity; et elle luy a pareillement
escript, de sa mein, qu'elle luy vouloit deffrer le semblable, comme
 celluy par qui elle recognoissoit que la vye et l'estat luy avoient
est conservs.

Le Sr de Vrac et moy avons obtenu qu'il puisse dpescher, par la
poste, son homme devers le comte de Morthon, en Escoce, pour aller
qurir son passeport, affin de continuer son voyage, s'il le luy
envoye, ou bien s'en retourner, s'il le luy refuze. Milord trzorier,
quand je luy ay dbatu que sa Mestresse ne pouvoit, sans enfreindre
les traicts, envoyer des forces en Escoce, m'a dict qu'il ne falloit
que Vostre Majest et opinyon qu'elle voult entreprendre, ny en
Escoce, ny en nulle part du monde, chose aulcune que pour la seule
ncessit de sa seuret et pour le repos de son estat; et que, si elle
pouvoit avoyr ces deux poinctz, avec vostre amity, ne falloit doubter
qu'elle ne vous gardt invyolablement la sienne avec aultant
d'affection comme pour sa propre vye; mais que les choses luy
estoient, en cest endroict, fort suspectes; dont voudroit,  ceste
heure que ceulx de la noblesse du pays se trouvoient aulcunement unis
 l'obyssance du jeune Roy, que,  l'occasion du chasteau de
Lillebourg et de ceulx qui sont dedans, l'on ne retournt plus aulx
armes, et que pourtant le cappitaine Granges, milord de Humes et le Sr
de Ledington, qui seuls maintenant excitoient le trouble, se
voulussent contanter des seurets qu'on leur vouloit bailler, toutes
semblables  celles que le duc, le comte de Honteley et les
principaulx, qui avoient suivy le party de la Royne d'Escoce, avoient
prins pour eulx mesmes; et qu'ilz voulussent librallement rendre le
chasteau pour estre miz ez meins du comte de Rothes, ainsy que les
Estatz du pays l'avoient ordonn; et qu'il tardoit  la Royne, sa
Mestresse, que milord de Humes se ft reng  l'obyssance du dict
jeune Roy, affin de luy rendre incontinent son chasteau, lequel elle
avoit tout  plat refus  ceste occasion au susdict de Morthon,
affin de n'en frustrer le propritayre, bien qu'elle n'et promis de
le rendre sinon en gnral aulx Escouoys; et que le dict de Morthon
s'estoit monstr fort modr en cest accord de l'Escoce, car avoit
rendu toutz les biens et estats qu'il tenoit, et le duc et ses enfants
avoient recouvert leurs terres et les abbayes d'Arbret et de Peselay,
et pareillement l'estat de chancellier avoit est baill au comte
d'Arguil, et celluy d'admiral  ung aultre; et le comte de Honteley et
luy estoient,  prsent, grandz amys; qu'il me vouloit bien advertyr
nantmoins de deux choses: l'une, qu'il avoit est faict ung acte de
parlement entre les Escouoys pour requrir la Royne, sa Mestresse, de
les recevoir en ligue avec elle, pour la deffance de leur commune
religion, contre toutz ceulx qui se voudroient monstrer ennemys
d'icelle; l'aultre, que madame de Levisthon avoit est faicte
prisonnyre,  cause d'une lettre de crance qu'elle avoit escripte 
la comtesse de Mar; dont celluy qui la portoit avoit est prins, et
dposoit que c'estoit pour pratiquer, avec elle et avec Me Alexandre
Asquin, de transporter le jeune Roy en France; et que, si Vostre
Majest avoit prins quelque souspeon de la Royne, sa Mestresse, par
les appretz du comte de Montgommory par de, et pour voyr retirer les
marchandz anglois hors de France, et pour vouloir envoyer quelque
secours aulx Estatz d'Escoce, qui le demandent, qu'elle avoit plus
d'occasion de se craindre des dellibrations de Vostre Majest parce
qu'elles tendoient  la ruyne d'elle, estant mesmement guydes par les
ennemys de sa couronne, l o elle ne prtandoit, par toutes ses
entreprinses, qu' se conserver.

A quoy j'ay respondu fort court que nulle sorte de nouvelle ligue se
pouvoit fre en Escoce, ny envoyer des forces dans le pays, sans
contrevenir aulx traicts, et que c'estoit la Royne, sa Mestresse, qui
tchoit d'avoyr le Prince entre ses meins; mais que si, pour se mectre
hors de toutes ces difficults, elle vouloit s'esclarcyr avec Vostre
Majest du faict du chasteau de Lillebourg, et du dict Prince, et de
l'entire paix du pays, et de toutes aultres choses qu'aviez 
desmeller ensemble, que vous seriez prest de le fre. Ce qu'il a
trouv fort bon, mais je creins que, pour cella, le dict secours pour
l'Escoce ne sera suspendu, tant ceulx cy ont  cueur la reddition du
chasteau de Lillebourg, laquelle ilz font,  toute heure, presser
davantage. Et sur ce, etc.

    Ce XVIIe jour d'apvril 1573.


   Ainsy que je signois la prsante, l'on m'est venu dire qu'ung
   courrier arrivoit d'Escoce, qui disoit que le chasteau de
   Lillebourg s'toit rendu par composition  l'obyssance du
   jeune Roy. J'entendray mieulx comme il en va: car, ds hier,
   on m'avoit bien dict que le comte de Rothes avoit est dedans,
   mais non rien davantage.




CCCXIIIe DPESCHE

--du XXIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Dpart de l'expdition du comte de Montgommery.--Affaires
    d'cosse.


    AU ROY.

Sire, ung messager est venu, du quartier d'Ouest, qui assure que le
comte de Montgommery s'est ambarqu, le XVIe du prsent,  Plemmue. Il
est all par mer jusques  Falmue, qui est  la poincte de Cornoaille,
pour, de l en hors, fre voyle  l'Isle Dieu, o il prtend de
recueillir toutz ses vaysseaulx. Je n'ay aultres nouvelles d'Escoce,
depuis mes prcdantes, du XVIIe de ce moys, sinon que de la part de
ceulx qui ont suivy le party de la Royne d'Escoce, qui mnent quelques
praticques en faveur de ceulx du chasteau de Lillebourg pour les fre
comprendre dans l'accord; que le comte de Rothes a est devers eulx
dans la place, et que le cappitaine Granges a offert de la luy
remettre en ses meins, ou bien ez meins de celluy que ceulx de la
noblesse nommeront, en luy baillant nantmoins, premier qu'il s'en
descharge, une bonne somme de deniers contantz pour s'acquicter des
grandz debtes qu'il a faictz pour la fournyr et conserver durant le
temps qu'il en a est cappitaine, en luy baillant aussy le chasteau de
Blacnes pour sa seuret, et pour celle aussy de ceulx de son party. De
quoy il n'y a encores rien de faict, et m'a l'on dict que les trze
centz harquebusiers, que la Royne d'Angleterre avoit faictz approcher
vers ces quartiers l pour les envoyer au comte de Morthon, lesquelz,
 la vrit, ont est jusques sur la frontyre d'Escoce, s'en estoient
retourns; ce que, si ainsy est, Sire, elle a voulu monstrer de
n'aller poinct contre la protestation que je luy ay faicte, et  ceulx
de son conseil, de n'y envoyer poinct de forces s'ilz ne vouloient
enfraindre le traict. Nantmoins l'on continue de m'advertyr qu'elle
passera oultre  fre passer les dictz harquebousiers et l'artillerye
pour forcer ou pour intimyder ceulx du dict chasteau, s'ilz ne
viennent  composition. Et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'apvril 1573.




CCCXIVe DPESCHE

--du XXVIe jour d'apvril 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Nouvelles du comte de Montgommery.--Affaires d'cosse.--Mise en
    libert de lord de Lumley et des sirs Thomas et Edouard de
    Stanley.--Le comte de Soutampton retenu  la Tour.--Nouvelles
    arrives  Londres des succs remports par les protestans de
    la Rochelle.


    AU ROY.

Sire, jusques au XXIIe du prsent, le partement du comte de
Montgommery n'a est bien sceu en ceste court, mais, ce matin l, il
est arriv ung courrier du Ouest qui assure de l'avoyr veu  la
voylle, le XVIe auparavant, hors du port de Falammue, avec le nombre
de vaysseaulx que je vous ay desj mand. Je say bien, Sire, que le
Sr de Walsingam vous aura parl de ceste expdition, sellon qu'on luy
a escript d'icy ce qu'il auroit  vous en dire; dont je desire bien
entendre la vertueuse et prudente responce que Voz Majestez luy auront
faicte, affin que je la suive par de. Je voys bien que ceulx cy
mettent  excution les dellibrations qu'ilz avoient prinses en une
leur assemble de conseil, qui a est tenue au commancement de ce
moys; et, suivant icelles, ilz layssent aller ceste flotte du comte de
Montgommery en France, et layssent couler en Flandres, nonobstant le
dernier accord, le secours qu'ilz avoient promis au prince d'Orange:
et ne fays aussy doubte qu'ilz n'envoyent en Escoce les trze centz
hommes et les douze pices de batterie, que le comte de Morthon attand
d'eulx; car j'entendz que le capitaine Granges demeure fermement
opiniastre de ne quicter le chasteau de Lillebourg, que premirement
l'on ne luy ayt fourny contant vingt mille livres d'esterlin, qui sont
soixante six mille sept centz soixante quinze escus, et qu'on l'ayt
mis en possession du chasteau de Blacnes pour la seuret sienne et des
siens.

Le conseil, ces jours passez, a vacqu  l'examen de ces seigneurs
catholicques, qui estoient dans la Tour, dont milord Lommeley, les
sires Thomas Standley, Edouard Standley, Grard, et aultres, sont
remis en libert, bien que encores soubz quelque guarde; mais le comte
de Surthampton, ayant est men en la prsence du dict conseil, aprs
avoyr est ouy, je ne say pour quelle occasion, plus que les aultres,
a est ramen dans la Tour. Sur ce, etc.

    Ce XXVIe jour d'apvril 1573.


   Depuis ce dessus, l'on me vient d'advertyr que, de Roan, est
   arriv ung advis en ceste court, comme la nuict, du VIIe de ce
   moys, ayant Monsieur voulu fre donner une camisade  ceulx de
   la Rochelle, les siens y ont est repoulss, avec la perte de
   troys centz gentilshommes, et que Mr de Guyse et le Sr Strossy
   y ont est blesss  la mort, et pareillement y ont est
   blesss Mr le marquis Du Mayne et Mr de Nevers, l'ung au bras,
   et l'aultre  la jambe; et que,  Bordeaux et en la Gascoigne,
   y a quelque rvolte, que Vostre Majest a est contreincte d'y
   envoyer des forces. Qui sont nouvelles qui convyeroient les
   Angloys, si elles estoient vrayes, de favorizer encores
   davantage l'entreprinse du comte de Montgommery; dont je
   desire leur pouvoir fre bientost voyr tout le contrayre.




CCCXVe DPESCHE

--du premier jour de may 1573.--

(_Envoye jusques  la court par Jacques Laurent._)

  Audience.--Dtails sur l'expdition du comte de
    Montgommery.--Rsolution des Anglais d'envoyer des troupes en
    cosse pour rduire Lislebourg.--_Mmoire._ Dtails de
    l'audience.--Perte essuye par les troupes royales  l'assaut
    de la Rochelle.--Accord des Vnitiens avec les Turcs.--Vives
    plaintes du roi contre les secours donns  la Rochelle, et la
    conduite tenue par lisabeth, tant  l'gard de l'cosse que de
    la ngociation du mariage.--Explications donnes par la reine
    d'Angleterre.


    AU ROY.

Sire, ainsy que Jacques, le courrier, est arriv avec les lettres de
Vostre Majest, du XXIIIe du pass, j'estois tout prest d'aller
trouver ceste princesse sur l'occasion de vostre prcdante dpesche,
du XXIe auparavant; et m'a sembl que je ne debvois, pour les segondes
lettres, changer rien de ce que j'avoys  dire  la dicte Dame sur les
premires, estant mesmement bien adverty qu'elle, et ceulx de son
conseil, ne savoient comment prendre le contremandement de monsieur
de Walsingam; et que, d'ailleurs, l'on leur faysoit accroyre que
Monsieur, frre de Vostre Majest, avoit perdu presque toute la
noblesse, qu'il avoit avecques luy, en ung assault qu'il avoit faict
donner  la Rochelle, le VIIe du dict moys: qui estoient deux choses,
dont l'une pouvoit beaucoup irriter la dicte Dame, et l'aultre
l'animer  quelque entreprinse. A l'occasion de quoy j'ay t trouver
la dicte Dame,  laquelle j'ay tenu le propos que verrez dans un
mmoire  part.

Il y a plus de trois moys, Sire, que, jour par jour, je vous ay
adverty comme cette entreprise du comte de Montgommery s'apprtoit;
et vous ay faict sa flotte, et son armement, ung peu plus grandz et
plus fortz qu'ilz ne sont, et que, entre le XIIIIe et XXe d'avril, il
se prsenteroit devant la Rochelle, dont j'espre qu'il n'aura trouv
 y gaigner que force coups et beaucoup de honte. Il luy arryvera
encores dix ou douze petitz vaysseaulx, car son nombre, ainsy qu'on
m'a rapport, estoit de soixante et deux, et que, en tout, il y avoit
quelque quippage de guerre, mais n'en y avoit que XXII ou XXIII qui
fussent de combat, ny d'iceulx sinon cinq ou six qui fussent pour fre
grand effort. Et pour le prsent, ceste princesse ne faict aulcun
aultre prparatif, par mer ny par terre, sauf qu'elle persvre, ainsy
que je suis bien adverty, et son parler ne le contredict poinct, de
vouloir mander au comte de Morthon le secours qu'elle luy a promis. Et
j'entendz que  Barvic s'esproient, ces jours passs, quelques
seigneurs d'Escoce pour ostages et respondantz des canons et monitions
qu'on luy envoyera. Si le dict de Montgommery est repouls, il y a
grande aparance que ceulx cy ne remueront rien plus vers la France,
mais, s'il luy succde bien, je creins assez qu'ilz se layssent
facillement tirer  y fre quelque entreprinse davantage. Et sur ce,
etc. Ce 1er jour de may 1573.


MMOIRE.

   Sire, j'ay dict  la Royne d'Angleterre que, par vostre
   dpesche du XXIe du pass, Vostre Majest me commandoit de
   fre deux offices vers elle: l'ung, de luy donner compte
   d'aulcunes choses, et l'aultre, de luy fre pleincte de
   quelques aultres, et que, en l'une et en l'aultre, Vostre
   Majest monstroit une si expresse signiffication d'amity et
   de bienveillance vers elle, que je m'assurois qu'elle
   prendroit le tout de fort bonne part. Et l dessus je luy ay
   particullaris le contantement que ses deux ambassadeurs,
   l'ung prenant son cong, et l'autre entrant en sa charge, vous
   avoient toutz deux donn des bons et honnorables propos
   qu'ilz vous avoient tenus, touchant l'observance des traicts
   et la continuation de la ligue; et que Vostre Majest et la
   Royne, vostre mre, leur aviez bien faict cognoistre que, en
   tout tant de princes qu'il y avoit au monde, elle ne
   trouveroit jamays tant de bonne correspondance comme en vous
   et en ceulx de vostre couronne: car vostre naturel estoit,
   encor que nul proufit vous det jamays revenir de son amity,
   de l'aymer tousjours nantmoins parfaictement, et que vous ne
   cesseriez de luy vouloir toutjour beaucoup de bien jusques 
   ce que vous apercevriez,  bon esciant, qu'elle vous voult
   beaucoup de mal;

   Et me commandiez aussy de luy compter comme vous espriez de
   brief la rduction de la Rochelle, vous ayant Monsieur escript
   qu'il estoit dellibr, aprs ce premier assault[18], lequel
   ne luy avoit du tout bien succd, (et auquel,  la vrit, il
   avoit fait perte de quelques ungs, mais non en grand nombre,
   ny de gens de nom, sinon le jeune Sr de Clermont Tallard et le
   cappitaine Causeings,) d'y fre ung segond effort si bon et si
   grand, et presser si vifvement les assigs qu'il en viendroit
   bientost  bout; et que Vostre Majest luy avoit envoy les
   Suysses qui pouvoient estre desj arrivez au camp.

  [18] Ce premier assaut, dans lequel les catholiques perdirent
  plus de 300 hommes, fut donn le 6 avril 1573. Le jeune Clermont
  Tallard y reut une blessure dont il mourut; Caussens fut tu, le
  18, dans la tranche.

Et luy ay, aprs cella, touch quelque mot de l'accord des Vnitiens
avecques le Turcq, pour luy fre voyr qu'elle avoit est mal persuade
de croyre que fussiez intervenu en aulcun march, au prjudice d'elle,
dans la ligue qu'ilz avoient faicte avecques le Roy d'Espaigne et le
Pape. Puis, luy ayant rcit l'accidant du vaysseau angloys qui avoit
est combatu et men  Fescamp, et l'ordre que Vostre Majest avoit
donn de le fre dellivrer et de satisfre  tout le dommage qu'il
avait souffert, et que, jusques  ung poil, vous vouliez exactement
observer le traict de la ligue, j'ay finy en cest endroict mon
premier propos.

Et suis venu au segond, de la pleincte: sur lequel je luy ay dict que
je me trouvois en peyne comme bien uzer sur tout ce que me commandis
de luy en dire, car m'appellis  tesmoing, et je vouloys bien rendre
ce tesmoignage  Vostre Majest et  la Royne vostre mre, que, en
tout ce que j'avoys jamays cogneu de vostre intention vers la dicte
Dame, toutz deux l'aviez eue trs bonne et droicte, et fonde en une
perdurable amity vers elle; mais que je ne savois par quel accidant
elle ne s'estoit jamays entretenue ung moys entier, sans entrer en
quelque souspeon ou meffiance de Voz Majestez: ce qui avoit engard
et engardoit encores que, de son cost, ne se pet former une si
assure intelligence, entre vous et voz deux royaulmes, comme Voz
Majestez Trs Chrestiennes, et, possible, elle mesmes, le
desireroient, et qu'elle vous avoit mis  ne savoyr que esprer de
son intention;

De tant que, en lieu de vous secourir sellon le traict, et sellon son
srement, et sellon la promesse qu'elle vous en avoit faicte de sa
mein, vous voyez maintenant aller de son royaulme le secours  voz
ennemys; et, en lieu de procurer conjoinctement, par voz communs
ambassadeurs, la paix en Escoce, elle engardoit que celuy de Vostre
Majest n'y pet passer, et envoyoit des forces au dict pays, quand
elle les debvoit dans quarante jours retirer, si elle en y avoit,
ainsy qu'elle avoit jur de le fre; et, touchant le propos de
Monseigneur le Duc, qu'elle avoit monstr de ne prendre de bonne part
la bonne et vertueuse responce que la Royne, vostre mre, avoit faicte
au Sr de Walsingam. Qui estoient trois inconvnientz que Voz Majestez
Trs Chrestiennes avoient imagin que pouvoient procder de ce que la
dicte Dame n'estoit parfaitement bien informe de vostre intention, et
comme vritablement vous l'aviez bonne et entire vers elle, ny
pareillement de celle de Monseigneur le Duc, lequel vous avoit
supply, par ses lettres, d'en esclarcir Mr de Walsingam, premier
qu'il s'en retournt.

Sur quoy Vostre Majest avoit bien voulu, pour ces troys occasions,
mander au dict Sr de Walsingam, et pareillement au Sr docteur Dayl, de
vous venir toutz deux retrouver, encor qu'il et desj prins cong. Et
cepandant vous estoit arriv la nouvelle comme le comte de Montgommery
estoit venu, avec cinquante vaysseaulx, mouiller l'ancre  la porte
du canon de vostre arme de mer devant la Rochelle, le XIXe du pass,
 quatre heures du soyr, chose de quoy Monsieur ne s'estoit mis en
peyne, car avoit pourveu que le dict de Montgommery n'en pet
rapporter que honte et dommage; nantmoins que cella vous venoit 
regret d'entendre que la Primeroze, et aultres vaysseaulx de la dicte
Dame, et ceulx de Hacquens, et autres de ses subjectz, fussent en la
flote, et eussent incontinent arbor les enseignes et les croix
rouges, comme si elle vous et dnonc la guerre. De quoy,  mon
advis, Vostre Majest feroit une fort grande pleincte  ses
ambassadeurs, et je la suppliois aussy de me dire qu'est ce que
j'avoys  vous y respondre.

La dicte Dame, se trouvant pour une partie du propos en assez de
satisfaction, et en beaucoup de perplexit pour l'autre, m'a dict
qu'elle vouloit joindre son contantement  celluy que Vostre Majest
et la Royne, vostre mre, aviez prins des propos qu'elle avoit
command  ses ambassadeurs de vous tenir, et qu'elle vous confirmoit
de rechef fort fermement tout ce qu'ilz vous avoient dict, de la
persvrance de son amity et de l'observance du traict, et que vous
ne verriez jamais rien sortir de son cost, d'o vous n'eussiez
occasion de luy continuer  jamays vostre perptuelle bienvueillance;
qu'elle souhaytoit ung si bon succs  Monsieur, frre de Vostre
Majest, qu'il vous pet en brief recouvrer l'obyssance de ceulx de
la Rochelle, et leur fre voyr  eulx que vous leur vouliez estre
prince dbonnayre et clment, et qu'elle regrettoit bien fort que vous
fussiez en ceste ncessit, de fre combatre ainsy voz subjectz les
ungs contre les aultres, avec une si grande perte comme elle avoit
entendu, en ce dernier assault, des meilleurs et plus vaillantz de
vostre royaulme; dont desiroit que Vostre Majest et la prudence de la
Royne, vostre mre, y peussiez trouver quelque bon remde; qu'elle
rputoit sages les Vnitiens, de s'estre mis en paix, bien creignoit
que le Turc s'en prvalt davantage contre la Chrestient, de quoy
elle seroit marrye, mesmement s'il en advenoit quelque dommage 
l'Empereur, et qu' la vrit elle avoit eu occasion de tenir jusques
icy assez suspecte la ligue qui avoit est faicte pour ceste guerre,
dont verroit,  ceste heure, ce qui en succderoit; et qu'elle vous
remercyoit grandement du soing, qu'aviez eu, de pourvoyr au faict de
ce vaysseau anglois qui avoit est men  Fescamp; et qu'elle, de son
cost, continueroit de pourvoir aussy  la conservation et indempnit
de voz subjectz, aultant qu'il luy seroit possible:

Et, quand aulx troys chefz de pleincte que je luy avoys dduictz, elle
s'assuroit fort, pour le regard des deux premiers, que ses
ambassadeurs vous y avoient trs amplement satisfaict, si ses lettres
l dessus n'avoient est perdues, et qu'elle prenoit, sur l'obligation
de sa conscience et de la foy qu'elle avoit  Dieu, de ne prjudicier,
ny du cost de France, ny du cost d'Escoce, de la largeur d'une
ongle,  la teneur du traict et de la ligue qu'elle avoit avec Vostre
Majest; et que, si la creincte de Dieu et l'escrupulle de son
srement, et l'amity qu'elle porte aux princes ses voysins, n'eussent
est trop plus grandes, que les moyens et occasions de s'agrandir et
de s'accroistre ne luy ont deffally, et pourroit estre compte
aujourdhuy au reng des plus grandz conqureurs;

Dont ne doubtoit que, pour vostre regard, Sire, vous ne l'eussiez bien
cognu, et que ne la rputissiez pour vostre parfaictement bonne seur,
dont ne desiroit sinon que, si ung semblable accidant, d'avanture, luy
survenoit, qu'elle vous y pet exprimanter de mesmes son bon frre;
que les jalousies ne deffailloient jamays  ceulx qui avoient  garder
quelque estat, et qu'elle, qui n'avoit ny mary, ny ligne, ny aparant
successeur, debvoit estre plus jalouse que nul autre du sien,
mesmement qu'elle savoit que Vostre Majest faysoit divers fondementz
sur elle et sur la Royne d'Escoce, pour vous apuyer des deux costez,
et garder, en tout vnement, l'intelligence de ce royaulme; mais
c'estoit en vain, car ceulx de ce royaulme mettroient plustost en
pices la Royne d'cosse que de la laisser rgner sur eulx aprs elle:

Qu'elle avoit beaucoup d'obligation  Voz Majestez, et  Monseigneur
le Duc, pour vostre persvrance au propos du mariage, lequel sembloit
nantmoins que l'aviez voulu terminer et finir par vostre dernire
responce, et que si, pour les troys occasions susdictes, vous aviez
contremand le dict Sr de Walsingam, elle desiroit qu'il vous y pet
bien satisfre.

Au regard de l'arrive du comte de Montgommery  la Rochelle, et de
toutes ces choses que, par une partie de vostre lettre, laquelle je
luy avoys leue, Vostre Majest me commandoit de luy remonstrer, elle
me promettoit et juroit, en foy et parolle de princesse chrestienne et
vritable, que, en toute sa flote, il n'y avoit ung seul homme, ny ung
seul vaysseau, ny pour ung escu d'aulcune sorte d'armement, qui ft
provenu d'elle, ny de sa permission ou commandement; et que la
Primeroze, plus d'ung an a, n'estoit du nombre de ses vaysseaulx, et
qu'elle ne pensoit qu'ung seul gentilhomme angloys, si n'estoit,
possible, son beau filz, ft avecques le dict de Montgommery; et qu'il
avoit est contreinct de ramasser ce qu'il avoit peu, de vaysseaulx et
d'hommes, franoys et flammantz, pour excuter son entreprinse; et
qu'elle avoit veu des lettres que le dict de Montgommery avoit
escriptes  quelques ungs de sa court, par o il se pleignoit
amrement d'avoyr est mal traict et fort tromp des Angloys; et,
quand avoyr arbor les croix rouges, ce n'estoit chose que les navyres
marchandz n'eussent accoustum de fre en temps suspect; par ainsy
qu'elle vous prioit de croyre que, en tout cella, il n'y avoit rien de
sa coulpe, et que Vostre Majest trouveroit estre vritable ce que son
ambassadeur avoit eu charge de vous en dire.

Je n'ay manqu de rplicquer, par le menu,  chacun poinct de son
dire, et  toutes ces souspeons; et luy ay dict, sur ce dernier, que
vous la priez bien fort qu'elle mesmes voult juger en son cueur si
ung prince pouvoit estre si peu sensible que, en l'offanant, et luy
faysant beaucoup de mal, l'on pet retenir et conserver son amity.

Elle est retourne, l dessus,  me parler en si expciaulx termes de
sa bonne intention, et de la certayne et indubitable bonne affection
qu'elle avoit  Voz Majestez et  la conservation de vostre grandeur,
et m'a tant conjur de vous escripre de bonne sorte ce qu'elle m'avoit
dict de sa justiffication en cest endroict, qu'elle a bien monstr de
ne me vouloir renvoyer malcontant.




CCCXVIe DPESCHE

--du VIIIe jour de may 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Retraite du comte de Montgommery de devant la
    Rochelle.--Dclaration du roi touchant les affaires
    d'cosse.--Consentement donn par le roi  l'entrevue avec le
    duc d'Alenon, qui desire passer en Angleterre aprs la
    rduction de la Rochelle.--Explications donnes par la reine
    sur sa conduite  l'gard de l'cosse.--Satisfaction qu'elle
    prouve de la rsolution prise par le duc d'Alenon.--Nouvelle
    de la prise de Belle-Isle par le comte de Montgommery.


    AU ROY.

Sire, si je n'eusse bien assur  la Royne d'Angleterre que Vostre
Majest n'avoit contremand son ambassadeur que pour davantage
l'esclarcyr, premier qu'il repasst la mer, de tout ce qu'aviez 
desmeller avecques elle, affin que, quand il seroit par de, il la
pet parfaictement assurer de l'indubitable volont de Voz Majestez
Trs Chrestiennes vers l'observance du traict, et du desir qu'avez,
plus grand que jamays, que le bon propos d'entre elle et Monseigneur
le Duc s'effectue, elle et facillement creu que ce n'estoit pour une
si gracieuse occasion comme celle l qu'il et est arrest; et n'en
a peu perdre du tout le doubte jusques  ce que le Sr de Vassal est
arriv, le premier de ce moys, avec vostre dpesche, du XXVIe du
pass, et l'homme du dict sieur ambassadeur, troys jours aprs, avec
celle du XXIXe.

Sur lesquelles deux je suis all dire  la dicte Dame que Vostre
Majest savoit ung bien fort bon gr  son dict ambassadeur de ce
qu'il n'avoit refuz la peyne de retourner tout incontinent et bien
fort volontiers vers vous, et qu'il ne tarderoit guyres d'estre
devers elle, et de luy apporter beaucoup de satisfaction des choses
que luy aviez dduictes en ceste dernire confrance; de sorte qu'elle
cognoistroit n'y avoyr princes en toute la Chrestient, qui eussent
mieulx mrit de l'amity d'elle que Vostre Majest, la Royne, vostre
mre, et Messeigneurs voz deux frres, et qu'il ne se pourroit
imaginer nul plus grand, ny plus norme pch, que de la fre mal
esprer de la vostre, et de l'induyre  permettre quelque effect qui
vous pet offancer; et que cependant me commandiez de luy racompter ce
qui avoit succd de l'exploit du comte de Montgommery devant la
Rochelle, et comme, par l'espace de deux jours, qu'il s'estoit tenu
devant la ville, il avoit faict son effort de mettre du secours
dedans, et d'atacher quelque combat de mer, mais, voyant que la
prvoyance et pourvoyance de Monsieur avoient remdy  son
entreprinse, il s'estoit, l'aultre jour aprs, envyron la mare de
minuit, gett au large, et avoit reprins la mesmes route qu'il estoit
venu; et qu'aussytost que Vostre Majest avoit sceu son dpart, vous
aviez mand aulx gouverneurs de voz provinces que, nonobstant que des
vaysseaulx et des enseignes d'Angleterre eussent t veues avecques
luy, qu'on ne laysst pourtant de bien recepvoyr partout les Angloys,
parce que vous demeuriez persuad qu'elle n'avoit eu intelligence du
faict du dict de Montgommery, ny n'avoit aulcune male volont contre
vous, ny contre voz subjectz; et la suplioys que, pour ce tant
singullier tesmoignage de vostre bienvueillance vers elle, elle
voult, aprs cest acte d'hostillit du dict de Montgommery, juger
ainsy de luy comme d'ung qui s'estoit efforc de se dclarer ennemy et
rebelle de Vostre Majest; et que, de tant qu'il estoit all contre le
traict de la ligue, et contre la seuret qu'elle avoit prins de luy
qu'il n'y feroit poinct de prjudice, qu'elle voult contremander
ceulx de ses subjectz qu'il avoit avecques luy, et fre retirer les
vaysseaulx angloys qu'il avoit  sa suyte, et deffandre que nulz
aultres, dorsenavant, eussent  favorizer ses entreprinses;

Et que Vostre Majest me commandoit qu'avec ceste instance, je luy
continuasse aussy celle que je luy avoys desj par plusieurs fois
faicte des choses d'Escoce, de vouloir la dicte Dame procder,
conjoinctement avec Vostre Majest,  procurer la paix du dict pays
sellon le traict; et que, de tant que j'estois seurement adverty que,
contre la teneur d'icelluy, elle avoit faict marcher son artillerye et
ses gens de guerre, par dell, pour forcer le chasteau de Lislebourg,
je luy voulois renouveller ma prcdante protestation de l'infraction
du dict traict, et la supplier qu'elle voult fre cesser son exploit
de guerre; nantmoins que je luy offrois, si elle vouloit s'esclarcyr
avec vous de tout ce qu'elle pouvoit estre en deffiance du dict cost
d'Escoce, que vous seriez prest de le fre avec tant d'advantage pour
elle, et repos de ses subjectz, qu'elle et eulx n'en pourroient
rester sinon bien fort contantz; et pourtant qu'elle voult fre
donner passeport au Sr de Vrac pour continuer son voyage, ou bien
pour s'en retourner, esconduict, devers Vostre Majest.

La dicte Dame, considrant l'honnestet du dict propos, conjoincte
avec beaucoup de rayson, m'a respondu que Vostre Majest, en ce que je
luy avoys dict, luy faysoit toucher aulcuns poinctz qui estoient si
honnorables pour elle, qu'elle ne vouloit fallir de bien fort
grandement vous en remercyer, et se louer encores davantage de ce que,
oultre les parolles, vous y adjouxtiez encore les effectz; qui vous
prioit aussy de croyre, de sa part, que, touchant le comte de
Montgommery, elle n'avoit est aulcunement participante de ses
dellibrations, et que son exploict, ainsy que Monsieur l'avoit bien
esprouv, ne procdoit d'une force royalle: et, touchant l'Escoce,
qu'encores qu'elle et prest de l'artillerye aulx seigneurs et Estats
du pays, auxquelz, par rayson, elle ne l'avoit peu dnier, et et
faict marcher quelques gens pour la conduire; que nantmoins ce
n'estoit pour y acqurir ung poulce de terre, ny pour y atempter rien
contre le traict, ny  la diminution de l'allience de France, et
qu'elle me dclaroit que,  tout ce qui dpendoit de vostre mutuelle
amity, et qui concernoit la grandeur et rputation de Vostre Majest,
elle y vouloit moins prjudicier qu' sa propre vye, et que, des
instances que je luy avois sur ce faictes, elle en communicqueroit
avec ceulx de son conseil pour, puis aprs, m'y satisfre.

Je luy ay, de rechef, agrav mes dictes instances, le plus que j'ay
peu, et luy ay monstr combien elles estoient raysonnables et justes,
et combien c'estoit chose elloigne de bonne foy que, pendant qu'elle
vous faysoit entretenir de bonnes parolles, et qu'elle retardoit icy
soubz quelque excuse le Sr de Vrac, elle permt que, en faveur du
comte de Montgommery, du cost de France, et du comte de Morthon, du
cost d'Escoce, ung si grand et si royal amy, comme vous luy estiez,
ft offanc, qui esprois qu'elle y auroit du regrect davantage, aprs
qu'elle auroit ouy ce qui me restoit  luy dire de vostre part:

C'estoit que Monseigneur le Duc, ayant envoy remercyer Vostre Majest
de la communicquation que luy aviez voulu fre de la responce de la
dicte Dame sur son faict, aprs l'avoyr bien considre, et considr
le propos qui en avoit est entre la Royne, vostre mre, et le Sr de
Walsingam, et veu la lettre qu'elle luy avoit escripte  luy mesmes 
la Rochelle par le Sr de Chasteauneuf, et entendu les honnorables
rapportz que le dict Sr de Chasteauneuf luy avoit faictz de ce qu'il
avoit veu et ouy en prsence de la dicte Dame, il vous avoit fort
honnorablement supply, et pareillement la Royne, vostre mre, par
lettre de sa mein, du propre jour de la retraicte du comte de
Montgommery, qu'il vous plet ne luy tenir si restreinct le hault
desir qui l'avoit faict aspirer aulx excellantes perfections de la
dicte Dame, que luy en volussiez maintenant retrancher l'esprance; et
que pourtant luy voulussiez permettre qu'il pet, incontinent aprs la
rduction de la Rochelle, luy venyr bayser les meins, s'assurant
qu'elle ne luy dnieroit ce qui seroit raysonnable de l'exercice de sa
religion; et que, de sa part, il luy feroit cognoistre par luy mesmes,
mieulx qu'il ne le pourroit fre par un tiers, ny par ses propres
lettres, combien il avoit vou d'affection et de vray amour et de
servitude  ses bonnes grces: et que Vostre Majest et la Royne,
vostre mre, qui estiez trs disposs vers elle et vers la perfection
de ce propos, luy aviez entirement accord sa requeste; et me
commandiez de luy dire qu'incontinent que la Rochelle seroit prinse,
vous permettriez  ce jeune prince d'accomplir le vertueux et royal
desir qu'il avoit de la venir voyr, et que Voz Majestez Trs
Chrestiennes la prioient de le recevoir pour ung ternel gage de
vostre perdurable amity vers elle, et de la perptuelle confdration
d'entre voz deux couronnes, ainsy qu'elle en trouveroit l'offre plus
expresse par deux lettres que j'avoys  luy prsenter de la Royne,
vostre mre, et de luy; et que je la supliois de vouloir penser
meintenant de sa seuret, affin qu'il ft aussy favorablement receu de
ses subjectz, et en son royaulme, comme je m'assurois qu'il le seroit
trs honnorablement d'elle et des siens en sa court.

La dicte Dame, d'ung visage contant et d'une faon bien modeste, m'a
respondu qu'elle remercyoit infinyement Vostre Majest de la
perdurable et constante bonne volont qu'aviez vers elle, et
pareillement Monseigneur le Duc, qui l'obligeoit beaucoup plus qu'elle
n'auroit jamays moyen de luy satisfre; mais elle remercyoit davantage
la Royne, vostre mre, comme luy ayant plus d'obligation qu' toutz
deux, parce que, nonobstant qu'elle et estim l'entrevue pleine de
danger et peu advantageuse pour son filz, elle avoit nantmoins
condescendu qu'il y vnt; et que le plus mortel regret qu'elle
pourroit avoyr au monde seroit si, ne se faysant poinct le mariage, il
advenoit que Vostre Majest et elle, et vostre frre, en restissiez
mal contantz; dont n'estoit de merveille si elle se trouvoit en peyne.
Et, aprs avoyr fort curieusement leue la lettre de la Royne, vostre
mre, sans en perdre ung seul mot, elle m'a demand si, depuis ceste
vostre rsolution, son ambassadeur avoit poinct eu confrance avec Voz
Majestez. Et luy ayant dict que ouy, elle m'a pri trouver bon qu'elle
pet attandre quelque jour, affin que, sur ce qu'elle entendroit de
luy, elle scet mieulx prendre l'expdiant qui luy seroit ncessayre.
Je n'ay rien press davantage; ains, aprs luy avoir encores tenu
quelques gracieux propos sur la lettre de Monseigneur le Duc, je me
suis licenci d'elle.

Il n'y avoit lors, Sire, en ceste court aulcunes nouvelles de la
retrette du comte de Montgommery, sinon celles que j'avoys apportes,
ny ne savoit on qu'il estoit devenu, mays, hier au soyr, arrivrent
deux des siens, l'ung qui dict luy avoyr est envoy de la Rochelle,
pendant qu'il estoit  l'ancre devant la ville, et l'aultre se nomme
le cappitaine Ber, lesquelz racomptent les choses non guyres
aultrement que Vostre Majest me les a escriptes; mais ilz adjouxtent
que le dict de Montgommery est descendu depuis  Belle Isle, et que,
le XXVIIIe du pass, il a prins par composition le chasteau, et qu'il
dellibre de fortiffier toutz les portz et advenues du lieu, et que
certeins navyres, qu'il avoit envoy vers la coste d'Hespaigne, luy
avoient desj ramen deux ou trois prinses qui valoient plus de
cinquante mille escus, et que bientost le Sr de Languillier viendroit
icy affin solliciter de rechef ung plus notable et plus grand secours
que le premier pour la Rochelle. Sur ce, etc.

    Ce VIIIe jour de may 1573.

   L'on a escript en ceste court qu'il a est faict de rechef un
   grand massacre de ceulx de la nouvelle religion  Chasteaudun,
   de quoy les souspeons renouvellent aulx Angloys que la
   conjuration, de les exterminer toutz, soit vraye, si,
   d'avanture, ilz n'entendent que Vostre majest en face fre
   quelque punition.

   Je viens d'avoyr relation comme, depuis cinq ou six jours, dix
   jeunes gentilshommes escouoys ont est mands ostages en
   Angleterre pour douze pices d'artillerye, et pour les
   monitions que ceste princesse a prestes au prtendu rgent et
   aulx Estatz d'Escoce, et que troys compagnies d'angloys, de
   trois centz hommes chacune, les sont allez conduyre par dell,
   et que desj l'on besoigne  une platte forme pour assoyr la
   dicte artillerye contre le chasteau de Lillebourg.




CCCXVIIe DPESCHE

--du XIIe jour de may 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Pierre Combes._)

  Retour de Walsingham en Angleterre.--Confrence de l'ambassadeur
    avec Burleigh.--Offre de la mdiation de l'Angleterre et des
    princes protestans d'Allemagne pour rtablir la paix en
    France.--Nouvelles d'cosse.--Rupture de la ngociation tendant
     la capitulation de Lislebourg.


    AU ROY.

Sire, le jour de la Panthecoste, le Sr de Walsingam est arriv devers
la Royne, sa Mestresse,  Grenvich, o elle et ses deux principaulx
conseillers l'ont fort curieusement examin, deux jours durant, 
part, des choses de France, et puis ont mand le reste du conseil pour
l'ouyr aujourdhuy davantage; dont ne fault doubter que, du rapport
qu'il fera, bon ou maulvais, n'ayt  dpendre ce qu'avez  esprer, de
bien ou de mal, de ce cost. Et, de tant que milord trzorier m'a
librement dict que, lors du premier cong du dict Sr de Walsingam, il
s'en venoit persuad que Vostre Majest et la Royne, vostre mre,
estiez plus anims que jamays contre voz subjectz de la nouvelle
religion, et entirement rsolus  la ruyne des Protestantz, et que
vous, ny elle, ne vouliez nullement le mariage de Monseigneur le Duc
avec leur Mestresse, il ne fault doubter que, si ne l'avez, ceste
segonde foys, renvoy mieulx diffi de voz bonnes intentions, qu'en
lieu d'allience et confdration avec les Angloys, Vostre Majest
n'ayt  les compter pour ceulx qui ouvertement, ou soubz mein, seront
ordinayrement en armes contre la France. Milord trzorier m'a fort
conjur de vouloir bien penser de la sincre volont de la Royne, sa
Mestresse, vers Vostre Majest et vers la Royne, vostre mre, et
pareillement de celle de luy vers l'entretnement de tout le traict,
mais qu'il n'estoit pas possible que la dicte Dame ni luy, avec toute
l'ayde qu'il luy sauroit fre, peussent surmonter l'universel
consens, dont le conseil et toute la noblesse d'Angleterre convenoient
 se bander contre les dellibrations de Voz Majestez Trs
Chrestiennes, en ce que vouliez poursuyvre  oultrance l'oppression de
la religion protestante, et exterminer ceulx de voz subjectz qui en
faysoient profession; et que, de tant qu'il me pouvoit fre clrement
voyr, s'il vouloit, mais vous l'exprimantiez assez, que l'entreprinse
ne vous estoit nullement ayse, il vous vouloit, pour le debvoir de la
ligue, trs humblement supplier de ne vous y opiniastrer tant, que la
Royne, sa Mestresse, et les princes protestantz fussent,  la fin,
contreinctz de vous monstrer que vostre entreprinse ne leur seroit
tollrable; et que s'il vous plsoit fre deviser avec elle, ou avec
quelqu'ung des dictz princes, de remettre la paciffication en vostre
royaulme, qu'il estoit trs assur qu'ilz seroient moyen qu'avec une
bonne parolle, et avec quelque dmonstration de clmence, Vostre
Majest regaigneroit plus d'authorit sur ses subjectz et recouvreroit
mieulx l'obyssance qu'ilz luy doibvent, et se soubsmettroient plus
facillement  Monsieur que si vous y employez toutes les forces, et
tout l'estat de vostre couronne; et qu'il desiroit grandement que la
Royne, vostre mre, voult prendre cest affre en sa mein.

Je l'ay bien fort remercy de la bonne affection qu'il avoit  la paix
de vostre royaulme; mais je luy ay dict, sans toutesfoys rejetter son
conseil, qu'il ne deffailloit ny bonnes parolles ny clmence de la
part de Vostre Majest, ny le bon office de la Royne, vostre mre, et
de Messeigneurs voz frres, et aultres grandz princes de vostre
royaulme, pour la rduction de voz subjectz, mais c'estoit l'habitude
que quelques ungs s'estoit faicte, depuis douze ans en , de
reprendre trop facillement les armes, qui rendoit tout le reste
opiniastre: et n'ay point suivy plus avant.

L'ung de ceulx que j'avoys secrettement envoy en Escoce vient
d'arriver, qui rapporte qu'encor qu'il n'ayt recouvert la responce de
ceulx du chasteau de Lillebourg, que nantmoins il leur a fait tenir
mon chiffre, et ilz luy ont fait signal de l'avoyr receu; et que cella
est advenu sur le poinct que le comte de Rothes avoit est desj cinq
foys parlemanter  eulx, et sur le poinct qu'ilz estoient prestz de
livrer le dict chasteau au comte de Morthon, en, par luy, baillant
celluy de Blacnes, garny de quatre pices d'artillerye, en baillant
aussy le revenu de Saint Andr pour le cappitaine Granges, mais que
toute ceste praticque avoit est lors rompue. Dont le dict de Morthon,
 la persuasion du Sr de Quillegreu, avoit envoy emprunter
l'artillerye et les neuf centz harquebousiers de la Royne
d'Angleterre; et que nantmoins l'on disoit que le dict chasteau
n'estoit pour estre forc, mais bien creignoit on qu'il y et de
l'intelligence dedans, ou bien que le cappitayne prtandoit de le
rendre avec plus d'honneur quand il verroit le canon, et assuroit on
qu'il y avoit vivres dedans jusques  la Saint Michel, et prou
pouldre, mais peu de bouletz. Sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de may 1573.




CCCXVIIIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de may 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Affaires de la Rochelle et
    d'cosse.--Envoi de la rponse d'lisabeth sur la demande de
    l'entrevue avec le duc d'Alenon.


    AU ROY.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins le loysir, durant toutes ces
festes de Pantecoste, de dellibrer avec les seigneurs de son conseil
de ce qu'elle avoit  me respondre sur l'offre de l'entrevue, et sur
les aultres deux instances, que je luy avoys faictes, du comte de
Montgommery et des choses d'Escoce; aprs qu'elle a eu bien examin le
Sr de Walsingam, de l'intention qu'il pouvoit avoyr cognue l dessus
de Voz Majestez Trs Chrestiennes, elle m'a faict, depuis troys jours
en , et non plus tost, appeler devers elle pour me dire que, devant
toutes choses, elle vous remercyoit infinyement de la favorable
expdition que, par deux foys, Vostre Majest et la Royne, vostre
mre, aviez donne  son ambassadeur, qui le luy aviez renvoy le plus
satisfaict et le plus contant que nul aultre gentilhomme qu'elle et
jamays mand en charge; et que, si, de ceste vostre faveur, la
rcompanse se pouvoit fre par une grande recognoissance d'elle, et
par une trs grande obligation de luy, vous ne vous plaindris jamais
du payement, mais qu'il luy deffailloit bien  elle le moyen, comme
sur une aultre plus grande obligation qu'elle vous avoit pour la tant
expresse dclaration, qu'il luy avoit apporte, de vostre parfaicte et
perdurable amity vers elle, elle vous y pet bien satisfre;
nantmoins que l o les parolles propres, pour vous en rendre ung
assez suffisant grand mercy, luy deffailloient, elle adjouxteroit
davantage de la recognoissance dans son cueur pour vous produyre les
bons effectz que pourriez desirer de sa correspondance: et a
accompaign cella d'une si bonne expression qu'elle a monstr de le
dire de bon cueur: que, touchant l'octroy que luy aviez voulu deffrer
de l'entrevue, lequel elle recognoissoit procder d'une singullire
faveur et trs grande grce de Vostre Majest et de la Royne, vostre
mre, et de Monseigneur le Duc, elle mettroit peyne de vous y fre la
plus honnorable et cordialle responce, qu'elle pourroit, par ses
lettres qu'elle vous feroit prsenter, et avec quelques parolles de
son intention par son ambassadeur: que, du comte de Montgommery, elle
estoit bien assure qu'il n'y avoit plus ny hommes ny vaysseaulx
angloys en sa compagnie, s'estant toutz les navyres marchandz, qu'il
cuydoit conduyre dans la Rochelle, retirs par de, et qu'il n'y en
yroit poinct d'aultres, et que, si j'entendoys qu'il en allt
aultrement, que je l'en advertisse; car me juroit qu'elle y mettroit
bon remde, estant rsolue de vous guarder, comment que ce ft,
inviolablement l'amity: que, des choses d'Escoce, l'entreprinse du
chasteau de Lillebourg estoit bien advance, en laquelle, ny en chose
qui se traictt par dell, vous ne trouveriez qu'il s'y ft rien 
vostre prjudice; et puisque le comte de Morthon ne respondoit rien
sur le voyage du Sr de Vrac, il monstroit bien qu'il ne vouloit pas
qu'il y allt; nantmoins qu'elle remettoit en la libert du dict Sr
de Vrac de s'y acheminer ou de s'en retourner en France.

Je luy ay rplicqu, Sire, sur les deux derniers poinctz que, de tant
que, pour l'amour d'elle, vous aviez faict fre une publication,
incontinent aprs la retraicte du dict de Montgommery, qu'on et 
bien recepvoir les Angloys en vostre royaulme, que je la supplioys de
fre aussy, pour l'amour de vous, publier maintenant une deffence au
sien que nul et  suyvre les entreprinses du dict de Montgommery,
puisqu'il avoit monstr acte d'hostillit contre vous; et, touchant
l'Escoce, qu'elle me dclart ouvertement si elle vouloit demeurer
aulx termes du traict,  procurer, conjoinctement avec Vostre
Majest, la paix du pays, ou bien si je vous manderois qu'elle
dlibroit d'y poursuyvre les choses par les armes; et que je la
supplioys de trouver bon que je dbatisse plus amplement ces deux
faictz avec les seigneurs de son conseil, affin que j'eusse tant plus
de commodit de traicter avec elle de l'aultre principal, et plus
agrable propos, sur lequel, de tant que la Royne, vostre mre, et
Monseigneur le Duc m'avoient command de recouvrer, le plus tost que
je pourrois, la responce qu'elle voudroit fre  leurs lettres, et de
procurer qu'elle la leur ft si clre, sur la ralit de leur offre,
qu'il n'y pet rester aulcune ambiguyt, je la supplioys bien
humblement me donner moyen de leur bien satisfre.

Elle a respondu qu'elle trouvoit bon de me bailler ses lettres, et de
me toucher encores quelque mot de ce qu'elle manderoit dedans; c'est
qu'elle estoit en peyne de ce que la Royne, vostre mre, avoit estim
mal honnorable que Monseigneur le Duc vnt icy sans assurance de
mariage, et que nantmoins, sans l'avoyr eu, elle offroit maintenant
l'y laysser venir; dont desiroit estre satisfaicte de la diversit de
l'occasion, et estre bien assure que, au cas que le mariage ne pet
succder, que Mon dict Seigneur le Duc n'en sentiroit pourtant aulcune
offance en son honneur, ny n'en viendroit aulcune diminution en vostre
mutuelle amity; et que, ce faict, s'il plaisoit  Mon dict Seigneur
le Duc de passer en ce royaulme, il y seroit le trs bien venu, et
elle mettroit peyne de l'honnorer sellon sa grandeur et sellon celle
de vostre couronne d'o il estoit, comme s'il ft ung empereur, et,
aultant qu'il seroit en elle, et en toutz ses moyens, et de ceulx de
son royaulme, de le pouvoir mieulx fre; et que, des seurets, oultre
que Voz Majestez n'en debvoient nullement doubter, elle les bailleroit
si bonnes et si grandes comme je les voudroys demander; et qu'on luy
avoit bien voulu fre remarquer, en ceste offre de l'entrevue, que ce
n'estoit sinon aprs la prinse de la Rochelle, et que, si la Rochelle
n'estoit prinse, l'on ne luy offroit rien, ou bien que, puis aprs,
l'on se mocqueroit, possible, d'elle, mais qu'elle considroit bien
que cella estoit plus procd de l'affection que Voz Majestez avoient
 la rduction de ceste place, que non pour mettre, de vostre part,
aulcung retardement au propos.

Je luy ay rpliqu, Sire, qu' la vrit il n'avoit est faict mencion
de la Rochelle, sinon parce que Monseigneur le Duc n'avoit peu, avec
son honneur, parler aultrement, ny laysser ceste entreprinse de
guerre, qui touchoit grandement  voz affres et  la rputation de
Monsieur, et  la sienne mesmes, pour venir  une aultre entreprinse,
qui estoit pleyne de tout plsir et contentement; et, quand au
doubte, dont elle desiroit estre satisfaicte, premier que dclarer sa
volont sur l'entrevue, qu'il n'estoit besoing d'attendre plus grand
esclarcissement que celluy qui apparoissoit assez de ce qu'aprs une
tant expresse protestation, qu'elle vous avoit faicte en cella, Voz
Majestez n'avoient layss de luy offrir l'entrevue; et qu'elle debvoit
excuser l'affection maternelle qui avoit faict desirer  la Royne,
premier que d'envoyer son filz, de pouvoir mettre ung peu plus de
seuret en son affre que les difficultez, que le Sr de Walsingam luy
avoit propos de la religion, ne luy permettoient d'en prendre,
lesquelles difficultez sembloient estre ung refus; et que je luy
voulois dire tout librement que, si Vostre Majest et la Royne, vostre
mre, saviez certaynement ou pensiez qu'elle det refuzer Mon dict
Seigneur le Duc, qu'en nulle faon du monde vous luy permettriez d'y
venir, mais que, sur ce qu'elle m'avoit dict qu'elle n'estoit si
maulvayse ny si desloyalle qu'elle et voulu mettre en avant la dicte
entrevue, en intention de le refuzer, ains pour l'pouser de bon
cueur, s'il plaisoit  Dieu qu'ilz se peussent complayre, et qu'elle
vouloit rsoluement se marier, vous luy aviez consenty qu'il la pet
venir voyr; et pourtant je la supplioys de remettre maintenant, sans
aulcune condicion,  Voz Majestez Trs Chrestiennes et  luy,
d'accomplir son voyage, quand vous verriez qu'il luy seroit commode et
honnorable de le fre.

Sur cella elle m'a respondu qu'elle avoit bien cognu, par les propos
de messire Walsingam, que la Royne, vostre mre, avoit prins pour
chose arreste ce qu'il luy avoit seulement dict par manyre de devis,
du faict de la religion, de Monseigneur le Duc, qu'il se debvoit
contenter de la libert de conscience sans aulcung exercice priv ny
externe de sa dicte religion, mais elle avoit tousjours prtandu que
cella seroit rserv entre eulx deux; et que, de la dclaration que je
vous avoys mande, qu'elle se vouloit marier, et qu'elle n'avoit
intention de refuzer Mon dict Seigneur le Duc, s'ilz se pouvoient
complaire, qu'elle estoit trs vraye, nantmoins qu'elle desiroit bien
fort pouvoir estre esclarcye du doubte que la Royne, vostre mre,
avoit eu de l'honneur de luy, bien que, sur les raysons que je venois
de lui dduyre l dessus, lesquelles luy sembloient fort
considrables, elle y penseroit encores, premier que d'escripre ses
lettres, et que je pourrois, quand je traicterois avec ses conseillers
des aultres deux poinctz, leur parler aussy de cestuy cy.

Et me licenciant ainsy de la dicte Dame avec plusieurs aultres bien
honnestes parolles, elle commanda  milord trzorier, au comte de
Sussex et mestre Smith, qui estoient l prsentz, de confrer  loysir
avecques moy. De laquelle confrance, Sire, aprs que les choses ont
est dbatues, de chacun cost, aultant avant qu'il s'est peu fre, et
dont le Sr de Vrac est intervenu en celles qui concernoient l'Escoce,
iceulx du conseil ont volu encores rapporter le tout  leur Mestresse.
Et, depuis, s'en est ensuivy que la dicte Dame a faict, quand 
l'entrevue, la responce qui est contenue ez lettres qu'elle escript 
la Royne, vostre mre, et  Monseigneur le Duc, et qu'elle a mand au
pays d'Ouest de n'aller pas ung  la Rochelle, ou que ce sera  leur
damp, et qu'elle a fait expdier passeport au Sr de Vrac jusqu'
Barvic, o luy et le Sr de Sabran se sont desj achemins, affin que,
si l'on faict difficult  l'ung, l'aultre puisse passer en Escoce. Et
sur ce, etc.

    Ce XXIIIe jour de may 1573.




CCCXIXe DPESCHE

--du XXVIIIe jour de may 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Motifs qui ont dtermin la rponse d'lisabeth au sujet de
    l'entrevue demande.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire, quand la Royne d'Angleterre vous a deu rendre la responce, que
je vous ay mande par le Sr de Vassal, ceux de son conseil, qui ont
est appells pour en dellibrer avec elle, luy ont trop curieusement
interprt les circonstances de l'offre de l'entrevue, car luy ont
donn entendre qu'elles monstroient plus d'artiffice pour contenir
l'Angleterre pendant les troubles de vostre royaulme, qu'il
n'aparoissoit en Voz Majestez, de volont par aprs, de l'effectuer.
De quoy ne les ayant le Sr de Walsingam,  son retour, peu assez bien
esclarcyr, ou ne l'ayant oz fre, ilz ont,  ce que j'entendz,
induict la dicte Dame de respondre assez artificieusement aulx petites
lettres de la Royne, vostre mre, et de Monseigneur le Duc; de quoy
les siennes vous auront faict foy de ce qui en est, car je vous ay
seulement reprsant les propos qu'elle m'en a tenus. Tant y a, Sire,
qu'il se voyt clrement que la matire est si affecte en ceste court
que, ny ceulx, qui la desirent, veulent qu'on la dlaysse, ny ceulx,
qui la creignent, permettent qu'elle soit conclue; et m'a l'on assur
qu'on l'entretiendra toujours en cest incertein, jusques  ce que, par
ung langage cler et non condicionn de vostre part, Voz Majestez Trs
Chrestiennes auront contreinct la dicte Dame de vous y respondre de
mesmes. Tant y a que puisque ceste princesse monstre quelque
modration procdante d'elle mesmes, il semble, Sire, qu'il sera
expdiant, en ce temps, que la supportiez ung peu sur l'imptuosit de
ses subjectz; et que nantmoins renforciez si bien vostre arme de mer
et pourvoyez en si bonne sorte  vostre frontire, ainsy comme avez
faict jusques icy, que ceulx, qui y voudront entreprendre, n'en
puissent rapporter que beaucoup de honte et beaucoup de dommage.

J'entendz que l'artillerye n'a encores faict grand effort contre le
chasteau de Lillebourg, et que le comte de Morthon a commanc d'avoyr
suspectz aulcuns des principaulx qui avoient suivy le party de la
Royne d'Escoce, nonobstant l'accord qu'ilz ont faict avecques luy,
dont demande davantage de forces de ce cost; et je creins assez qu'on
luy en baillera. L'on m'a dict qu'il menoit un traict de livrer le
petit Prince d'Escoce aulx Angloys, et que ce qui est all d'hommes,
d'artillerye et de monitions, par dell, et les ostages qu'on a prins
de ce cost, a est plus  ces fins qu'en intention d'espugner le
chasteau; et que cella a est aulcunement dcouvert, ou aulmoins l'on
en a eu tant de souspeon qu'il y a est remdy; et je say que la
grand mre a dict icy que le petit Prince, son petit filz, estoit en
trs grand danger, dont prioit Dieu qu'elle le voult prserver. Et
sur ce, etc.

    Ce XXVIIIe jour de may 1573.




CCCXXe DPESCHE

--du IIIe jour de juing 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Jacques._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Dclaration d'lisabeth
    qu'elle ne livrera pas le comte de Montgommery au roi;
    protestation de sa part qu'elle ne lui donnera aucun
    secours.--Affaires d'cosse.--Seconde audience.--Communication
    de la dcision des tats de Pologne, qui ont fait lection du
    duc d'Anjou pour leur roi.--Capitulation de
    Lislebourg.--Satisfaction de la reine sur l'lection du duc
    d'Anjou.


    AU ROY.

Sire, avant que recepvoir vostre dpesche, du vingt quatriesme du
pass, j'avoys est parler du contenu en celle du dix huictiesme
auparavant  ceste princesse pour, en premier lieu, la prier que si,
sur le faict de l'entrevue, elle ne vous avoit par ses lettres et par
son ambassadeur respondu si clrement et sans condicion, comme le
requroit la ralit de l'offre que luy aviez faicte, elle me voult
dire maintenant quelque chose qui pet supler  la satisfaction de ce
que Voz Majestez Trs Chrestiennes en desiroient; que s'estant le
comte de Montgommery, ainsy qu'on vous l'avoit dict, retir par de
pour y recouvrer nouveaux secours, affin de tenter de rechef
l'entreprinse, qu'il avoit une foys fallye, de mettre du
refraychissement dans la Rochelle, que, non seulement elle ne voult
permettre qu'il en tirt pas ung de ce royaulme, mais qu'elle le feist
saysir et ses complices, pour les remettre en voz meins, affin d'en
fre justice, parce qu'ilz s'estoient desj efforcs de vous fre la
guerre, et de rompre la bonne confdration d'entre ces deux
royaulmes; que Vostre Majest avoit trouv bien estrange qu'elle et
envoy des forces et de l'artillerye en Escoce; et desiriez savoyr
si elle vouloit demeurer aulx bons termes du traict, de procurer
conjoinctement une bonne paciffication dans le pays, ou bien y
procder par les armes, luy racomptant, au surplus, de l'estat du
sige de la Rochelle, et des aultres exploictz qui se faysoient en
vostre royaulme, sellon qu'il estoit contenu dans voz lettres.

A quoy la dicte Dame m'a respondu qu'elle esproit que Voz Majestez,
touchant l'entrevue, resteroient assez bien satisfaictes de ce qu'elle
vous en avoit mand par ses lettres, et faict dire par son
ambassadeur, et qu'elle desiroit bien fort estre esclarcye si c'estoit
par la seule importunit de Monseigneur le Duc, lequel elle estoit
bien advertye, de plusieurs endroictz, qu'il avoit beaucoup d'honneste
affection vers elle, ou bien si la volont de la Royne, vostre mre,
avoit concoru librallement  ce que ceste offre se feist, attandu que
auparavant elle l'avoit contredicte, sinon qu'elle veist le mariage
tout assur: dont attandoit l dessus une dpesche de son ambassadeur,
aprs laquelle il n'y auroit plus de remises que celles que Voz
Majestez Trs Chrestiennes y voudroient mettre; qu'elle me pouvoit
jurer, avec vrit, qu'elle ne savoit, en faon du monde, que le
comte de Montgommery ft en ce royaulme, et, quand il y viendroit,
elle vous respondroit de mesmes que feist le feu Roy, vostre pre, 
la feu Royne Marie, sa soeur,--Qu'il ne vouloit estre le bourreau de
la Royne d'Angleterre;--Et ainsy, que Vostre Majest l'excust, si
elle ne vouloit tre le bourreau de ceulx de sa religion, non plus
qu'il ne l'avoit voulu estre de ceulx qui n'estoient pas de la sienne,
mais qu'elle vous promettoit qu'elle le guarderoit bien qu'il ne ft
rien contre Vostre Majest, et qu'il ne retournast plus  ce que,
sans qu'elle le scet, ny le consentt, il avoit une foys entreprins;
et qu'il estoit bien vray, comme je le disoys, que la comtesse de
Montgommery, accompaigne des parantz et amys de son mary, avoient
est vers elle pour la prier de beaucoup de choses, mais qu'elle leur
avoit respondu qu'elle n'avoit est du premier conseil du dict comte,
et ne vouloit estre du segond; et avoit est bien esbahie comme il
n'avoit voulu accepter les bonnes offres de Vostre Majest, et que la
dicte comtesse luy avoit respondu qu'il s'estoit trop lgirement
oblig, par promesse et par srement,  ceulx de la Rochelle, de leur
admener le secours, non en intention que ce ft contre l'honneur et le
service de Vostre Majest, mais pour donner quelque respict aulx
assigs, et aulx aultres de leur party, de pouvoir imptrer aulcunes
tollrables condicions, pour la seuret de leur vye et de leur
religion, et qu'il avoit  se pleindre infinyement de ce que les
Angloys ne luy avoient quasy rien tenu de ce qu'ils luy avoient
promis: et que la dicte comtesse avoit exprim cella, avec tant de
larmes et avec tant d'humbles requestes, assistes de celles de ses
amys, qu'ilz l'avoient assez esmue, mais nantmoins qu'elle ne leur
avoit octroy, ny octroyeroit, rien qui pet estre contre Vostre
Majest;

Que, des choses d'Escoce, elle m'avoit naguyres respondu, ce qu'elle
me confirmoit de rechef, qu'elle ne prtandoit qu'il y ft attempt
par armes, ny par traict, aulcune chose, au prjudice ou diminution
de l'allience de France, et que seulement elle avoit satisfaict au
desir des Estatz du pays, aulxquelz elle estimoit que Vostre Majest
avoit aussy intention de satisfre; et que le Sr de Vrac pourroit
maintenant cognoistre comme elle y avoit procd; que, quand au sige
de la Rochelle, et les aultres exploictz de guerre de vostre royaulme,
elle les dploroit en toutes sortes pour voyr que la clmence du
prince vers les subjectz, et l'obyssance des subjectz vers leur
prince, et la socialle amity d'entre les mesmes subjectz, estoient
converties en aultres bien contrayres effectz de fureur, de
dsobyssance, et d'une trs violente inimity, dont n'y avoit
personne, soubz le ciel, qui desirt plus d'y voyr bientost quelque
bon remde qu'elle faysoit. Et a termin ceste audience en plusieurs
semblables propos, pleins de grande bienvueillance vers Vostre
Majest.

Depuys, aussytost que le courrier a est arriv avec la dpesche, du
vingt quatriesme du prsent, j'ay renvoy supplier la dicte Dame de me
vouloir ouyr sur aulcunes choses, que me commandiez de luy fre
incontinent savoir. De quoy elle s'est assez esbahye que ce pouvoit
estre, et m'a pry que je luy concdasse ung jour pour satisfre  ses
mdecins, qui luy avoient ordonn quelque chose pour le mal de teste
que j'avois veu qu'elle avoit.

Cepandant, Sire, l'aultre courrier angloys, qui m'a apport vostre
aultre dpesche, du vingt cinquiesme du pass, est arriv, sur
laquelle, aprs avoyr,  meins joinctes, et les genoux en terre, lou
et remercy Dieu de l'lection de Monseigneur, frre de Vostre
Majest,  la couronne de Pouloigne, j'en suis all porter la nouvelle
 la dicte Dame, et luy en ay faict l'expresse conjouyssance, que Voz
Majestez me commandoient, avec le rcit en quoy en sont les choses,
sellon que voz ambassadeurs vous l'avoient escript; et que vous la
priez de croyre que, tant plus vous viendroit d'augmentation de
grandeur et de puissance, et plus d'accessions de biens et d'honneur
 vostre couronne, plus Voz Majestez se confirmoient de vouloir
honnorer et aymer la dicte Dame; et pourchassiez tousjours beaucoup
plus instamment, en temps de voz prospritez, que non en voz
adversitez, l'accomplissement de son mariage avec Monseigneur le Duc,
vostre frre, luy faysant l dessus une particullire mencion du grand
desir que Mon dict Seigneur le Duc avoit de la venir bientost mettre
en possession de l'entier et pur don qu'il luy avoit faict de luy
mesmes.

A quoy la dicte Dame, surprinse de quelque admiration d'une si grande
nouvelle, comme est celle de l'lection de Mon dict Seigneur, m'a
respondu qu'elle vous remercyoit infinyement de la bonne et prompte
part, qu'il vous plaisoit luy fre, de la joye, que Vostre Majest et
la Royne, vostre mre, en aviez reue; qui estoit si grande en elle,
qu'elle avoit de quoy mutuellement s'en resjouyr  non moindre mesure
avec Voz Majestez; et qu'il y avoit plusieurs considrations de la
concurrence des compditeurs, de la rarit de l'acte, et de l'occasion
des temps, qui rendoient ceste lection trs ample et trs honnorable
pour vostre couronne, et bien heureuse pour voz meilleurs alliez,
desquelz elle vous prioit de croyre que nul en sentiroit le plaisir
plus parfaict et accomply qu'elle.

Et s'estant eslargie en divers propos et en aulcunes assez curieuses
demandes l dessus, savoyr: si l'Empereur se trouvoit offanc? si Mon
dict Seigneur feroit maintenant la guerre aux Turcs? s'il l'auroit
contre le Moscovite? s'il espouseroit la princesse de Pouloigne? quand
il pourroit partir pour ce voyage? et s'il laysseroit le sige de la
Rochelle pour y aller? Et luy ayant respondu  tout avec le plus de
discrtion que j'ay peu, elle est venue, quand  Monseigneur le Duc,
 me dire qu'elle luy restoit trs oblige  jamais pour sa
persvrance vers elle, laquelle toutesfoys elle pensoit bien que ne
seroit semblable, ou aulmoins ne dureroit guyres, s'il l'avoit une
foys veue ainsy passe d'aage comme elle est; et que les doubtes et
difficultez, qu'elle voyoit en cest affre, et l'escrupulle que la
Royne, vostre mre, avoit faict de l'honneur de Mon dict Seigneur le
Duc, son filz, en cest endroict, joinct que deux ans s'estoient desj
couls depuis le propos encommanc, elle estoit quasy rduicte  ne
debvoir plus penser de se maryer, ny donner la peyne  Monseigneur le
Duc de venir.

Sur quoy luy ayant faict et redoubl toutes les rplicques, que j'ay
estim opportunes, pour rejetter bien loing ceste sienne
dellibration, elle m'a dict qu'elle attandroit ce que, sur sa
dernire responce, il vous plairoit luy fre entendre. Et puis, d'elle
mesmes, a adjouxt que, depuis vingt quatre heures, elle avoit entendu
que le comte de Montgommery estoit arriv  l'isle de With, et que
soubdein elle luy avoit dpesch sir Artus Chambernan pour l'advertyr
qu'elle ne tenoit en si peu vostre amity, qu'elle luy voult
permettre de venir en sa court, au retour de telz exploictz qu'il
venoit de faire, et qu'elle vous assuroit, Sire, qu'il ne tireroit
aulcun moyen de ce royaulme pour vous nuyre; et, quand aulx choses
d'Escoce, si le Sr de Vrac trouvoit maintenant sur le lieu qu'elles
n'allassent sellon le traict, qu'elle seroit preste de les redresser
fort volontiers de sa part. Qui est, en substance, tout ce que, pour
ceste foys, j'ay peu recueillir des propos de la dicte Dame.

Et, au partir d'elle, j'ay confr avec milord trzorier, avec milord
de Lestre et Me Smith, les troys ensemble, et puis fort amplement avec
chacun  part, pour voyr si, de leur propos, je pourrois tirer aulcune
conjecture sur les choses de vostre segonde lettre que j'ay moy mesmes
dchiffre. Et, aprs qu'ilz ont eu, aussy bien que leur Mestresse,
admir l'lection de Monseigneur, ilz m'ont dict, touchant le propos
de Monseigneur le Duc, que, quand Vostre Majest voudroit remettre les
choses au mesme trein qu'elles estoient auparavant l'vnement de
Paris, ou aulmoins non tant hors de chemin comme elles vont
maintenant, que vous retrouveriez leur Mestresse, et eulx, au mesme
endroict que vous les aviez laysss. Et m'ont confirm, au reste, ce
que leur Mestresse m'avoit dict du comte de Montgommery et de
l'Escoce, et qu'aprs qu'ilz auront plus amplement devis avec la
dicte Dame ilz traicteront, ung jour de ceste sepmayne, davantage
avecques moy. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1573.

   Je suis en quelque traict avec la comtesse de Montgommery,
   par interposes personnes, de fre retourner son mary 
   l'obyssance de Vostre Majest; et, s'il vous plaist, Sire,
   que je luy permette de venir parler  moy, l'on me donne
   esprance que je le pourray rduyre. L'on me vient d'advertyr
   que le comte de Morthon et les Angloys, qui sont devant le
   chasteau de Lillebourg[19], ont capitul avec ceulx de dedans,
   et que le chasteau recognoit maintenant le jeune Prince  Roy.

  [19] Le chteau d'dimbourg s'tait en effet rendu par
  capitulation le 29 mai 1573, aprs trente-quatre jours de sige.


    A LA ROYNE.

Madame, je n'allay jamais avec plus d'ayse, ny avec plus de parfaicte
affection, porter aulcune nouvelle, en part du monde, que je feys,
hier,  ceste princesse, celle de l'lection qu'ont faict les Estatz
de Pouloigne de Monsieur, vostre filz, pour leur Roy, et vous prometz,
Madame, que j'ay miz peyne de fre voyr  la dicte Dame combien il
plaist  Dieu de bnire voz enfans; qui les ayantz faictz princes trs
royaulx d'extraction, les faict encores devenir Roys par lection, et
qu'elle pouvoit cognoistre par l combien elle confirmeroit son
vouloir avec celluy de Dieu, de fre aussy lection de Monseigneur le
Duc, vostre troysiesme filz, pour la venir accompaigner  ceste
couronne.

Elle a monstr de rputer ceste nouvelle pour la plus grande et la
plus honnorable pour le Roy, et la plus comble de flicit pour Vostre
Majest, et la plus pleyne d'esplandeur et de gloyre pour Monsieur, et
encores la plus heureuse pour la France, que nulle aultre qui ft
advenue, depuis que le royaulme est estably; et m'a dict que, oultre
la part que luy aviez faicte de vostre joye, elle en prenoit ugne
aultre en elle mesmes de celle qu'elle imaginoit estre si accomplye en
vous, qu'elle surabondoit beaucoup pour elle, et pour toutz ceulx qui,
comme elle, aymoient et honnoroient parfaictement Vostre Majest.

Et, bien qu'elle m'ayt faict, l dessus, quelques assez curieuses
demandes, et m'ayt tenu des propos assez remis et froidz, touchant
l'aultre faict de Monseigneur le Duc, si m'a elle dict que ceste
nouvelle lection de Monsieur vous debvoit fre esprer
l'accomplissement du reste de la prophtie, qu'on vous avoit donne,
que vous verriez toutz voz enfans Roys, et que mesmes ce ne seroit
sellon la maulvayse interprtation que aulcuns en faysoient, que cella
se debvoit entendre de la mesmes couronne de France, l'ung aprs
l'aultre, car Dieu feroit que vous les verriez toutz troys,  la foys,
roys de troys grandz royaumes, et a monstr la dicte Dame de fouyr
d'un cost, et de se fre poursuyvre par ung aultre, sur le dict
propos de Monseigneur le Duc. Dont est besoing, Madame, de la fre
parler, ceste foys, si cler qu'il n'y puisse rester aulcune particulle
d'ambiguyt. Et je trouve, Madame, que surtout il est expdiant que le
comte de Lestre soit promptement gratiffi de quelque honneste
prsant, et pareillement milord trzorier, et toutz deux entretenuz de
quelques gracieuses lettres de la mein de Vostre Majest et de
Monseigneur le Duc. Car l'on s'esforce,  grand pris, de les attirer 
ung aultre party fort contrayre au vostre, et ne pourra ce
qu'employerez en cest endroict estre perdu, car aulmoins retiendront
ceulx cy ceste princesse, et ce royaulme, tousjours  vostre
intelligence pour cepandant conduyre voz affres ailleurs. Sur ce,
etc. Ce IIIe jour de juing 1573.




CCCXXIe DPESCHE

--du VIe jour de juing 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Joz, mon secrtre._)

  Conseil tenu en Angleterre  l'occasion de l'lection du roi de
    Pologne.--Sollicitations de nouveaux secours pour le comte de
    Montgommery et la Rochelle.--Certitude de la reddition de
    Lislebourg.--Communication secrte faite au roi par le prince
    d'Orange.


    AU ROY.

Sire, aprs avoyr, dimenche dernier, notiffi  la Royne d'Angleterre
l'heureuse lection du Roy de Pouloigne, vostre frre, toutz ceulx de
son conseil se sont, le lundy et mardy, assembls  Grenvich pour
prendre, sur ceste grande nouvelle, nouvelles rsolutions ez choses de
France; qui ne say encores quelles elles sont. Il est vray que
s'estantz lors les amys du comte de Montgommery prsents, avec plus
d'instance que jamays, pour luy imptrer ung nouveau renfort, ou
quelques nouvelles provisions, ilz n'ont pas est tant esconduictz des
dictz du conseil comme ilz ont est rebouts de la dicte Dame.

J'ay sceu aussy, Sire, qu'aprs le dict conseil  Grenvich, un party
de cent mille escus a est conclud et arrest en ceste ville, pour en
estre faict le payement, par tout ce moys de juing,  Noremberg,
Hambourg et Couloigne, mais la pluspart  Noremberg, au mandement du
duc de Cazimir ou du duc Christofle son frre, (dont vous plaira,
Sire, fre prendre garde en Allemaigne;) et que, d'aultre cost, l'on
a ordonn que le comte d'Essex, avec troys ou quatre mille angloys, et
bonne provision d'argent et de monitions, passera en Irlande pour
rprimer les saulvages qui commancent de rechef  tumultuer.

L'on a aussi dpesch en Escoce pour advertyr le Sr de Quillegreu que,
commant que ce soit, il y ayt  mettre l'accord; mais cepandant est
arriv l'advertissement comme le chasteau de Lillebourg est rendu au
jeune Roy, bien qu'on ne publie encores  quelles condicions: dont je
creins qu'il y ayt couru de l'argent, et que, pour la rputation, l'on
a voulu que le canon ayt tir, premier que parler de se rendre.

Le Sr de Lumbres, en venant de Hollande, a est prins sur mer par des
pirates angloys, qui ne le cognoissoient poinct, et l'ont descendu par
de. Il doibt aller trouver demein ceste princesse  Grenvich; et
aujourdhui, bon matin, il a mand secrettement qurir ung de mes plus
confidans gentilshommes pour me communiquer chose qui importoit 
vostre service, dont luy ay envoy le Sr de Vassal; et il m'a mand
qu'il estoit dpesch vers Vostre Majest par le prince d'Orange son
mestre, et qu'il me prioit de vouloir envoyer qurir en dilligence son
passeport par ung des miens,  qui il commettroit son pacquet pour luy
passer la mer avec ung de ses gens qui l'yroit attandre  Abbeville,
parce qu'on avoit aulcunement icy suspecte sa venue. Sur ce, etc.

    Ce VIe jour de juing 1573.




CCCXXIIe DPESCHE

--du IXe jour de juing 1573.--

(_Envoye  la court par le Sr de Vrac._)

  Dpart de Mr de Vrac pour retourner en France.--Son audience de
    cong.--Ses plaintes de n'avoir pu se rendre en
    cosse.--Excuses donnes par la reine.--Ses protestations
    qu'elle n'a voulu porter aucune atteinte au trait.--Favorable
    disposition d'lisabeth sur la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, n'ayant est possible au Sr de Vrac, en faon du monde, de
passer en Escoce, par l'empeschement que le comte de Morthon, ou bien
ceulx cy, et, par advanture, eulx et luy tout ensemble, luy ont faict,
il va retrouver maintenant Vostre Majest pour luy compter le succs
de son voyage, et comme (sur la pleincte que j'ay faicte  la Royne
d'Angleterre que, ayant le dict Sr de Vrac couru tout ce royaulme, et
veu les bords de celluy d'Escoce, il s'en retournoit sans s'estre
apperceu que, en l'ung ny en l'aultre, luy eut est uz ce qui se
debvoit  l'allience ancienne, ny ce qui s'esproit de la rescente
confdration avec Vostre Majest,) la dicte Dame s'en est non
petitement trouble. Laquelle a incontinent appel ceulx de son
conseil, en prsence du dict Sr Vrac, pour se plaindre bien fort
aygrement  eulx de ceste faulte, et a monstr, avec parolles et
visage plein de courroux, qu'elle vouloit bien fort en demeurer
excuse vers Vostre Majest; et, m'ayant tir  part, m'a jur que son
intention avoit est que le dict Sr de Vrac passt, ou bien, si le
comte de Morthon ne le vouloit aulcunement permettre de luy, que ce
ft aulmoins le Sr de Sabran; et que, quand il playroit  Vostre
Majest d'y envoyer quelqu'ung, elle offroit, dez  prsent, le
passage sans aulcune difficult; et que, quand  ce qui estoit advenu
du chasteau de Lillebourg, elle vous envoyeroit ung gentilhomme exprs
pour vous en donner si bon compte, que Vostre Majest cognoistroit
qu'elle n'y avoit procd sinon jouxte le traict, pour ayder 
rduyre a l'obyssance du jeune Prince, son nepveu, ceulx qui tenoient
fort dans le dict chasteau, et garder qu'ilz ne nuysissent  elle,
sans y avoyr rien retenu en sa puissance, ny rien altr de l'ancienne
allience que Vostre Majest a avec les Escouoys.

A quoy je luy ay respondu que le dict Sr de Vrac ne pouvoit fre
qu'il ne vous racomptt au long ce qui luy estoit advenu, et ce qu'il
avoit apprins en son voyage, et qu' Vostre Majest, puis aprs,
seroit de juger si les articles du traict avoient est bien guards,
ou non, en ceste entreprinse d'Escoce; car, puisque j'tois l'un de
ceulx, qui avoient t prsentz, quand elle avoit lev la mein  Dieu
pour les jurer, je ne voulois mal juger de sa conscience, ains voulois
laysser ce propos pour luy fre entendre ce que Vostre Majest me
commandoit de luy dire de celluy de l'entrevue. Et ainsy ay pass 
luy rciter, par le menu, tout le contenu de vostre lettre du XXXe du
pass; et lui ay baill celle que la Royne, vostre mre, luy
escripvoit; qui me semble, Sire, qu'aprs qu'elle l'a eue leue fort
distinctement, et qu'elle a eu fort bien prins les raysons que je luy
ay dduictes, et celles que, sur les siennes, je luy ay rplicques,
elle est demeure mieulx dispose vers l'entrevue et vers le mariage,
que je ne l'y avoys vue de longtemps, et m'a promis de vous y mander
bientost une si bonne responce, qu'elle esproit qu'elle vous
contanteroit.

Or, Sire, le Sr de Vrac vous comptera en quoy en restent les choses,
et qu'est ce qu'avons entendu de la capitulation du dict chasteau de
Lillebourg, et du malcontantement qu'en ont eu les principaulx
seigneurs d'Escoce, qui se sont dpartis,  ceste occasion, la
pluspart, d'avec le dict Morthon, et ce qui nous semble qui pourroit
estre maintenant uz par dell pour vostre service, ensemble d'aulcuns
propos que j'ay est d'advis qui fussent suivys avec ceulx de la
Rochelle, qui sont icy. Sur ce, etc. Ce IXe jour de juing 1573.




CCCXXIIIe DPESCHE

--du XVIIe jour de juing 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Dlibration des seigneurs du conseil sur la ngociation du
    mariage.--Mission donne au capitaine Orsey de passer en
    France.


    A LA ROYNE.

Madame, ayant la Royne d'Angleterre trouv en la lettre, que vostre
Majest luy a escripte, du XXe du pass, aultant de satisfaction comme
elle en demandoit pour le faict de l'entrevue, et plus qu'elle n'en
avoit espr, je l'ay fort instamment prie que, puisque la volont du
Roy et celle de Vostre Majest, et toutes celles qui sont dans le
cueur de Monseigneur le Duc, avec sa mesmes personne, venoient estre
si entirement remises en sa mein qu'elle n'avoit rien plus que
doubter de vostre cost, qu'elle voult aussy du sien maintenant se
rsouldre si bien  la correspondance, laquelle vous aviez tousjours
espr d'elle, que n'eussiez aulcune occasion de vous en douloir; et
que pourtant elle voult accepter la dicte entrevue, et fre expdier
les seurets que je demandois. A quoy la dicte Dame a monstr, en
plusieurs sortes, qu'elle y avoit si bonne disposition que j'ay espr
de pouvoir promptement tirer d'elle une responce du tout conforme  ma
demande; mais milord de Burgley, qui n'a oz procder seul en cella, a
trouv moyen de fre assembler les seigneurs de ce conseil pour leur
proposer le contenu de vostre dicte lettre, affin que, par
l'honnestet d'icelle, et de l'offre que Vostre Majest y fesoit, ils
fussent induictz d'approuver non seulement l'entrevue, mais tout ce
qui se doibt esprer d'icelle.

Dont est advenu que la dicte Dame m'a faict communicquer les argumentz
qu'ilz ont dbatus entre eulx, qui, encores que milord de Burgley ayt
monstr de fre grand cas qu'il et gaign ung poinct, qu'il dict
estre fort ncessayre  l'advancement du propos, (c'est de l'avoir
faict de rechef approuver par le dict conseil;) si, luy ay je faict
cognoistre qu'il ne pouvoit revenir  vostre satisfaction qu'en lieu
que la Royne, sa Mestresse, et eulx debvoient accepter vostre offre,
et vous envoyer incontinent les seurets, elle et eulx ayent mis en
termes quelque aultre chose. Et,  dire vray, Madame, encores que je
trouve, en ceste princesse et en toutz les siens, une trop plus
ouverte et meilleure disposition vers cest affre que, dix moys a, je
ne les y avoys veus, et que le comte de Lestre semble s'y affectionner
grandement, et le dict milord de Burgley aussy,  l'envy l'ung de
l'aultre, et que le comte de Sussex, Me Smith et aultres monstrent d'y
convenir, et allguent toutz des occasions grandes et ncessayres du
dict mariage pour leur Mestresse et son estat, si ne me peut nullement
playre ceste leur responce; et j'ay tant de preuves de l'inconstance
et changementz de leurs dellibrations que je ne puis prendre grande
esprance, ny ne veulx fre guyres esprer  Vostre Majest d'eulx,
sinon aultant que j'en toucheray avec la mein, et que j'en verray par
effect. Dont vous supplye trs humblement, Madame, que, pendant que
l'affre est fervant et chauld, il vous playse incister qu'il soit du
tout accomply ou bien du tout dlayss.

Et m'a quelqu'un adverty que toutes choses sont icy maintenant pour
vous, et qu'il y a une occulte occasion dans ce royaulme qui vous
dispose assez bien cest affre pour le rendre effectu avant le
prochein septembre, s'il est bien vifvement men, mais, s'il ne
s'accomplit entre cy et l, il n'y a apparance qu'il se puisse jamays
plus conduyre. Le cappitayne Orsey, lequel elle envoye maintenant par
dell, a est pensionnayre du feu Roy, vostre mary, et monstre avoir
bonne inclination  la France; il est tout entirement du comte de
Lestre; et la Royne faict cas de luy. Sur ce, etc.

    Ce XVIIe jour de juing 1573.




CCCXXIVe DPESCHE

--du XXe jour de juing 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Bouloigne par le Sr Cavalcanti._)

  Dclaration faite par Burleigh  l'ambassadeur que, si la paix
    n'est pas promptement rtablie en France, la reine d'Angleterre
    est dcide  prendre parti pour les protestans.--Efforts de
    l'ambassadeur pour s'opposer  cette rsolution.--Affaires
    d'cosse.--Mission du capitaine Orsey.


    AU ROY.

Sire, le cappitayne Orsey partira dans bien peu d'heures, d'icy, pour
aller trouver Voz Majestez, avec la responce que faict, de sa mein, la
Royne, sa Mestresse, aulx lettres que la Royne, vostre mre, luy avoit
escriptes. Sa dicte Mestresse et ceulx de ce conseil ont entendu les
effortz qui ont est faictz, ainsy qu'ilz disent, le XXVIIIe du pass
et le Ve d'estuy cy,  la Rochelle; et m'a milord de Burgley mand
qu'elle et eulx sont fort esmeus de voyr que les choses vont 
l'extrmit, et que Vostre Majest ne veult entendre  la modration
qui se pourroit bien trouver en cecy, s'il vous playsoit confrer avec
les princes, intressez en la cause de la religion, des moyens
d'assurer une bonne et perdurable paix en vostre royaulme; et que la
dicte Dame et eulx seroient enfin contreinctz de vous remonstrer que
voz subjectz ne combattent pour vous dnier rien de ce qu'ilz vous
doibvent, ny pour usurper rien qui appartienne  vostre grandeur, car
recognoissent estre trs obyssantz subjectz de vostre Majest, qui ne
tiennent fermes leurs portes que pour ne souffrir la violence qu'on
leur veult fre, d'abjurer leur religion, sans tenir ny ordre, ny
forme, pour les instruyre, et persuader  une aultre, que seulement
avec l'espe et la mort: chose qu'ilz savent bien que Vostre Majest
ne soufriroit qu'il se ft de mesmes, en Angleterre, vers ceulx qui
sont rputez catholicques romains; et que le dict de Burgley m'avoit
souvent remonstr, et remonstroit encores, que ceste cause touchoit de
si prs  la conscience et  la seuret de la Royne, sa Mestresse, et
 la tranquillit de son estat, qu'il me vouloit librement dire que
l'amity ne pourroit aulcunement durer entre ces deux royaulmes, si
Vostre Majest continuoit de poursuyre l'extermination de leur
religion, ainsy qu'il a commanc.

Je ne luy ay encores rien respondu l dessus, rservant de le fre, en
prsence, quand j'iray parler  sa Mestresse. Je notte bien que c'est
ung trt qui m'advertit de prendre garde  leurs dportementz, et  ce
qui pourra rsulter de la confrance du comte de Montgommery avec ung
gentilhomme de ceste court, qu'on a envoy parler  luy, jusques en la
mayson de madame Messen,  trente mille d'icy, et  ce aussy que je
pourray descouvrir qui se rsouldra avec ung agent du comte Palatin,
duquel l'on attand, d'heure en heure, la venue en ceste court.
Nantmoins j'espre que, sur la dpesche de Vostre Majest, du Xe du
prsent, laquelle je viens de recepvoir, je pourray remectre les
choses en quelques meilleurs termes, et plus conformes de vostre
desir. Et desj j'ay si bien imprim  plusieurs de ceste court que
Vostre Majest mettroit, de bref, la paix en son royaulme, et ay
trouv moyen de le fre ainsy entendre au comte de Montgommery, que ny
eulx ne parlent si fort de luy bailler nouveau renfort, ny luy inciste
plus tant de l'avoyr comme il faysoit auparavant. Et desj Lorges, son
filz, et la plupart des franoys, qui sont revenus de devant la
Rochelle, s'embarquent pour passer en Hollande et  Fleximgues,
ensemble plusieurs angloys, de ceulx qui parlent franoys, et
plusieurs walons avec eulx.

Et, au regard des choses d'Escoce, l'on m'a confirm encores
aujourdhuy, Sire, qu'elles vont ainsy que je le vous ay mand par mes
prcdantes; et m'a l'on dict davantage que le Sr de Ledington est
mort, et que le comte de Morthon est aprs  fre tenir quelque
assemble d'Estatz, o ceulx cy s'attandent bien qu'il y fera
proclamer la Royne d'Angleterre protectrice du jeune Roy, et du
royaulme d'Escoce, durant sa minorit.

J'ay mis peyne de disposer le cappitayne Orsey sur trois principalles
particullaritez: savoir, celle de la ligue, du mariage et du faict du
dict Escoce, le mieulx qu'il m'a est possible; et je croy qu'il se
portera, en l'acquit de sa lgation, que sa Mestresse luy a donne l
dessus, comme homme qui desire de la voyr vivre en grande et bien
estroicte amity avec Vostre Majest. Sur ce, etc.

    Ce XXe jour de juing 1573.


   Le cappitayne Orsey vous fera supplication pour le comte de
   Montgommery.




CCCXXVe DPESCHE

--du XXIIe jour de juing 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne._)

  Audience.--Ngociation du mariage.--Dclaration d'lisabeth
    qu'elle a charg le capitaine Orsey d'offrir sa mdiation entre
    le roi et les protestans de la Rochelle.--Conditions sous
    lesquelles elle pense que se pourrait faire le trait.


    AU ROY.

Sire, aussytost que j'ay faict savoir  la Royne d'Angleterre que je
desiroys parler  elle, elle m'a incontinent mand venir, et a faict
diffrer d'aultant le partement du cappitayne Orsey, affin que, si de
mes propos elle comprenoit qu'il y et quelque changement ez
dellibrations de Voz Majestez, elle pet aussy fre changer quelque
chose en sa dpesche; mais les propos, que je luy ay tenus, sont ceulx
de vostre lettre du Xe du prsent, qui concernent le faict du mariage,
l'entrevue de Monseigneur le Duc, la continuation du traict, le
prsent estat des choses d'Escoce, la dilligence que le Roy de
Pouloigne faict de rduyre, non moins par condicions honnestes, et
pleines de vostre clmence, que par force d'armes, ceulx de la
Rochelle  vostre obyssance, l'approbation de l'lection du dict Roy
de Pouloigne par le commun consens de toutz les Estatz bien unis du
royaulme. Et aprs, je suis venu  luy dbattre bien fort la responce
de ceulx de son conseil, et que je la prenois comme une forme de
deffecte, affin que la dicte Dame s'explicqut elle mesmes  quoy elle
prtandoit de fre servir ce voyage du dict cappitayne Orsey, et en
quelle sorte elle entendoit de s'employer  la paix de vostre
royaulme. Et puis luy ayant dict, en passant, que j'estois adverty que
les ennemys de son mariage, quand ilz avoient veu qu'on esclarcissoit
bien fort les principalles difficultez, s'estoient desj efforcs d'y
susciter beaucoup d'escrupulles  Voz Majestez, je luy en ay faict
prendre plusieurs  elle de ces ngociations qui se font avec son
ambassadeur, sans toutesfoys nommer ny luy, ny ceulx qui ngocient
avec luy; et n'ay rien obmis de ce que j'ay estim qui pouvoit servir
de tirer, sur ces particullaritez, quelque notice de l'intention de la
dicte Dame.

Et elle a monstr qu'elle estoit dj toute prpare de ce qu'elle me
debvoit dire, et m'a respondu que Vostre Majest, et la Royne, vostre
mre, ne debviez prendre, sinon de bonne part, qu'elle et communiqu
 ceulx de son conseil l'offre que luy aviez faicte de l'entrevue,
affin qu'elle ne procdt seule en ung affre, o toutz ceulx de son
royaulme estoient avec elle intresss; et qu'aprs avoyr ouy leurs
advis, lesquelz,  dire vray, elle avoit trouv fonds en de bien
grandes considrations, elle n'avoit peu du tout leur contredire, ains
avoit prins avec eulx cest honnorable expdient de fre prcder le
voyage du cappitayne Orsey, affin que si Monseigneur le Duc avoit,
puis aprs,  passer de, sa venue ft et plus agrable  tout ce
royaulme, et plus utille  l'effaict pour quoy elle se faysoit;
qu'elle avoit esleu le cappitayne Orsey, comme affectionn  vostre
couronne, pour fre ceste lgation, laquelle n'estoit dissemblable 
celle que plusieurs aultres princes, de non meilleure qualit qu'elle,
avoient bien envoy fre, d'aultres foys, aulx feus Roys, vostre ayeul
et pre, en temps moins press qu'estui cy, qui ne s'en estoient
retourns esconduictz:

C'est, dict elle, de vous prier que vueillez donner la paix  voz
subjectz, et regaigner l'obyssance, qu'ilz vous doibvent, par
clmence, en prservant leurs vyes et leur religion; et qu'elle vous
offre son office en cella pour servir, premirement, comme Royne,  la
rputation et grandeur de Vostre Majest, et, puis, comme chrestienne,
 la conservation de ceulx de sa religion; et que, s'il vous plaist
que le gentilhomme, qu'elle envoye, passe jusques vers le Roy de
Pouloigne, vostre frre, pour davantage manifester et rendre plus
cognue ceste sienne bonne intention, et mesmes le fre entendre 
ceulx de la Rochelle, qu'il sera prest de s'y acheminer; et qu'elle
vous supplie de croyre qu'elle tient en tel compte l'offre et la
dclaration de Voz Majestez vers elle, qu'elle sera infinyement bien
ayse que vous recognoissiez et trouviez, par l'effect de ceste
lgation, qu'elle veut commander d'en avoyr recognoissance; car Dieu
void dans son cueur qu'elle la vouhe et ddie toute  l'honneur et
commodict de Vostre Majest et de vostre royaulme, sans qu'elle y
cherche la valeur d'un festu pour elle; et, vous prie que vueillez
recepvoir en ceste faon ce gentilhomme, et en ceste faon en uzer;
et, si voyez que ne vous en puissiez ainsy accommoder, que vous le
renvoyez ardiment comme il est all;

Que par ceste mesmes lgation, elle mande vous donner compte des
choses d'Escoce, et vous fre voyr qu'il n'a est faict prjudice, par
dell, d'ung travers d'un poil,  rien qui concerne l'allience de
vostre couronne, et l'observance des traicts; qu'elle mande la
responce, de sa mein,  la lettre de la Royne, Vostre mre, et se
conjouyt infinyement avec elle de la prosprit du Roy de Pouloigne,
son filz, et l'advertit de ne se laysser trop aller aulx persuasions
de son aultre filz Monseigneur le Duc; qu'elle ne faict doubte que
plusieurs ne facent de bien maulvayses sollicitations contre le propos
du mariage; et qu'elle me vouloit bien dire que l'ambassadeur
d'Espaigne a trouv moyen de se rencontrer, une foys seulement, avec
le sien,  Melun, pour luy en parler; et qu'aprs avoyr discouru des
choses de Flandres, il luy a miz en avant le filz de l'Empereur,
duquel luy a dict qu'encor qu'il n'ayt est esleu Roy de Pouloigne, il
ne layrra pourtant d'avoir ung beau et grand royaume.

Et s'est la dicte Dame arreste assez longtemps  discourir de toutz
les susdictz propos, sans que je l'aye interrompue; puis je luy ay
rplicqu, en bref, que, puisqu'elle dressoit tout l'effect du voyage,
du cappitayne Orsey,  l'honneur et commodict de Vostre Majest, je
la supplioys de luy commander de suyvre entirement ce qui luy
viendroit, ordonn de vostre part, de celle de la Royne Mre, du Roy
de Pouloigne et de vostre conseil, qui saviez mieux en quoy son
office vous pourroit estre honnorable et utille que nulz aultres; et
que, si elle me vouloit dclarer ung peu quelz moyens elle estimeroit
bon que voz Majestez uzassent en cest endroict, je vous en advertiroys
incontinent. Bien la voulois prier de considrer que les douze ans
derniers monstroient estre trs ncessayre que vous procdissiez avec
grand caution vers ceulx de la nouvelle religion, et qu'ilz fussent,
de leur cost, plus modrez,  l'advenir, qu'ilz ne l'avoient est par
le pass.

Elle m'a respondu fort librement qu'elle voudroit qu'octroyssiez  voz
subjectz leur religion, avec quelque exercice modr, qui ne ft ny
injurieulx, ny insolant, contre voz aultres subjectz de la religion
catholicque; et qu'il vous plet, aprs une si longue guerre, et
aprs tant de troubles et de ruynes de vostre royaulme, incliner
maintenant  cest expdiant par l'intermission d'elle, comme d'une
princesse qui est en ligue avec Vostre Majest, et qui a intrest  la
conservation de voz forces, de vostre estat et grandeur; et que, de
tant que aulcuns accidantz passs mettent voz subjectz en deffience,
de ne pouvoir assez trouver de seuret ez dictz de la paciffication,
parce qu'ilz disent que leurs ennemys uzent de beaucoup de moyens, et
de beaucoup de conseils et d'effortz, pour tousjours les rompre, que
veuills dclarer  elle ce qu'il vous plerra leur offrir, et que, sur
vostre parolle, elle leur en respondra; et a esprance qu'ilz s'y
confirmeront, et se soubmettront franchement  vostre obyssance, ou
bien, si voyez que, par aultre chemin, vous vous puissiez mieulx
servir de son office, elle est preste de s'y employer. En quoy, si
faictes acheminer le dict cappitayne Orsey vers le Roy de Pouloigne,
et  ceulx de la Rochelle, elle entend que luy baills ung ou deux
gentilhommes pour le dresser en ce qu'il aura  fre et dire, et pour
estre prsentz  tout ce qu'il ngociera avec eulx. Et s'est fort
esforce, la dicte Dame, de me fre voyr qu'elle procdoit de la plus
pure, et nette bonne volont en cest endroict qu'il est possible, mais
n'a trop dissimul que le voyage du cappitayne Orsey ne ft aussy pour
voyr quel est devenu,  ceste heure, Monseigneur le Duc.

Et, aprs m'avoyr parl du progrs qu'elle va fre ceste anne vers
Douvre, et du cost de France, elle m'a dict comme elle avoit eu
advertissement que monsieur le comte de Retz avoit assembl une arme
de mer, pour se revencher de Belle Isle sur ses isles de Gersay et de
Grnesay; mais elle ne pensoit pas qu'il se voult prendre  elle des
faultes du comte de Montgommery, ny que vous le luy voulussiez
permettre, et qu'elle me prioit d'en fre ung article dans ma premire
dpesche.

Je luy ay respondu que, par celle que j'avois naguyres receu de
Vostre Majest, vous ne monstriez d'avoyr aulcune semblable volont,
ny que Mr le comte de Retz et dress cest armement pour cest effect;
et ainsy je me suis licenci d'elle. Sur ce, etc.

    Ce XXIIe jour de juing 1573.




CCCXXVIe DPESCHE

--du XXVIIe jour de juing 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Jehan Volet._)

  Fausse nouvelle de la capitulation de la Rochelle.--Assaut donn
     la ville par le roi de Pologne.--Nouvelles d'cosse et des
    Pays-Bas.


    AU ROY.

Sire, sur une asss lgire nouvelle, que le docteur Dailh a escripte
 la Royne, sa Mestresse, le bruict a couru, deux jours durant, en
ceste ville, et est all bien loing dans ce royaulme, que ceulx de la
Rochelle s'estoient rendus  Vostre Majest ez meins du Roy de
Pouloigne, vostre frre, le XVIIe du pass. De quoy ceste princesse,
et les siens, entendant que c'estoit  des condicions qui n'estoient
sinon assez tollrables, ilz ont faict semblant d'en estre bien ayses,
et ont monstr de se disposer  quelque chose de mieulx qu'ilz
n'estoient auparavant vers la France; mais, le troisiesme jour, il est
arriv ung second courrier du dict docteur Dailh, qui a port
nouvelles bien contrayres: c'est que le traict de la composition
estoit du tout rompu, parce que ceulx de dedans demandoient plus que
ne portoit le dernier dict de Vostre Majest; et que, pendant encores
qu'on parlementoit avec eulx, le Roy de Pouloigne avoit faict donner
feu  une mine, et, quand et quand, assault, et une escalade, dont il
avoit est repouss et sa personne mesmes blesse, et que les choses
tendoient, sans aulcun remde,  l'extrmit. De quoy les Angloys, et
pareillement ce nombre de voz subjectz qui sont icy, ont commanc 
penser de toute aultre chose que la paix, et croy que, sans le voyage
du cappitayne Orsey, ilz l'eussent desj plus manifest qu'ilz n'ont.
Et m'a l'on dict que celluy qui vint, sur la fin du mois de may, de la
Rochelle, a dict que les assigs estoient fermement rsolus
d'attandre le dernier poinct de la dicte extrmit, et mettre lors le
feu en leur ville, pour fre une irruption et salie sur vostre arme
de mer, ou sur celle de terre, affin d'essayer par les armes tout ce
que peut le dsespoir.

L'on a retir  Barvic les forces et l'artillerye, que la Royne
d'Angleterre avoit prestes au comte de Morthon, et aulcuns
gentilshommes, des pensionnayres de ceste princesse, qui estoient
allez  l'entreprinse de Lillebourg, sont desj de retour, en court.
Guaras, agent du duc d'Alve, a tant faict vers ceulx de ce conseil que
deux cappitaynes angloys, qui alloient en Ollande, ont est arrestez,
mais il en est all d'aultres. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIIe jour de juing 1573.




CCCXXVIIe DPESCHE

--du IIIe jour de juillet 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Blessure du roi de Pologne.--Nouvelles agitations en
    Irlande.--Desir du comte de Montgommery de travailler  la
    pacification.--Nouvelles d'cosse.--Rclamation faite par Marie
    Stuart de ses diamans qui taient  Lislebourg.--Mission de Mr
    Duverger, auprs de la reine d'cosse.


    AU ROY.

Sire, j'ay faict voyr  la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de son
conseil, par la lettre qu'il a pleu  Vostre Majest m'escripre, du
XVIIIe du pass, la vrit de ce qui est advenu de la blessure du Roy
de Pouloigne[20], vostre frre, lesquelz ont monstr d'avoir beaucoup
de playsir que le mal ne ft si grand, comme l'on le leur avoit
escript. Et m'a, la dicte Dame, mand qu'elle se conjouyssoit
grandement avec Vostre Majest, et avec la Royne, vostre mre, de ce
que Dieu avoit retir cestuy vostre frre et filz, du grand et non
prveu pril, o il s'estoit trouv; et de ce qu'il luy faysoit, de
jour en jour, venir sa rputation de tant plus clre et illustre,
qu'il luy donnoit  l'augmanter par de bien grandes et hazardeuses
entreprinses; et qu'elle desiroit de bon cueur que les instances,
qu'elle vous avoit envoy fre par le cappitayne Orsey, vous vnssent
 gr, affin que cella servt de divertir ce qui pouvoit rester
encores de mal  venir de la fin de ceste guerre.

  [20] Le roi de Pologne, dans une reconnaissance faite le 14 juin,
  avec le duc d'Alenon, le roi de Navarre et quelques seigneurs,
  ayant t aperu du haut des remparts, un soldat le mit en joue;
  mais de Vins, son cuyer, gentilhomme provenal, se jeta
  au-devant du coup, et tomba frapp d'une balle. Le roi reut dans
  ses vtemens les postes dont le fusil tait charg, mais il ne
  fut pas bless.

Les choses d'Irlande semblent de s'altrer, de jour en jour,
davantage, non toutesfoys que la dicte Dame les rpute beaucoup
dangereuses, parce qu'elle voyt que Vostre Majest et le Roy
d'Espaigne estes tirs  d'aultres plus pressantz affres.

Le sir Artus Chambernon m'est venu dire qu'il a est voyr le comte de
Montgommery, son beau frre, et l'a trouv fort dispos au service de
Vostre Majest; et  desirer, plus que sa vye, la runion de voz
subjectz de sa religion  vostre obyssance, soubz la protection et
observance de vostre dernier dict de paciffication.

Je n'ay,  prsent, rien de particullier, d'Escoce, sinon qu'on dict
qu'ung chacun y vit en paix, et que le cappitayne Granges est dtenu
encores soubz quelque garde en la ville de Lillebourg, o l'on luy
faict fort bonne chre, et, qu'encor que la pluspart des principaulx
de la noblesse soient de maulvayse intelligence avec le comte de
Morthon, il n'y a toutesfoys que le milord Claude et Adam Gordon qui
monstrent, plus extrieurement que les aultres, de n'approuver son
authorit, et dellibrent d'aller servir le roy de Sude, avec trois
mil escoucoys, contre le Moscovite. La Royne d'Escoce m'a faict fre
instance, icy, pour les bagues qu'elle a dedans le chasteau de
Lillebourg, mais ne m'y a est encores rien respondu. Monsieur le
prsident de Tours est arriv pour aller devers elle, auquel j'ay mis
peyne, ainsy qu'il vous a pleu me le commander, de luy assister,
aultant qu'il m'a est possible, pour luy fre avoyr son passeport, et
lettres des seigneurs de ce conseil au comte de Cherosbery, dont il
s'y achemine demein. Sur ce, etc.

    Ce IIIe jour de juillet 1573.




CCCXXVIIIe DPESCHE

--du VIIe jour de juillet 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Instance d'lisabeth pour la pacification.--_Mmoire._
    Dtails de l'audience.--Condolances de la reine sur la
    blessure du roi de Pologne.--Etat de la ngociation de la paix
    en France.--Ngociation du mariage.--Nouvelles instructions
    qu'lisabeth se propose de donner au capitaine Orsey.


    A LA ROYNE.

Madame, oultre ce que je mande, dans le rcit que j'ay mis  part, des
propos que la Royne d'Angleterre m'a tenus sur la blesseure du Roy de
Pouloigne, vostre filz, elle m'a dict qu'elle jugeoit bien que Vostre
Majest prenoit ung singullier contantement de voyr et ouyr les
preuves de la valeur de voz enfans, mais qu'elle croyoit bien que nul
plus mortel regret eut peu jamays saysir vostre cueur, ny advenir
aulcun plus grand inconvnient au Roy, vostre filz, et  son royaulme,
ny nul plus grand trouble aulx estatz de Pouloigne, ny rien de plus
esmervueillable en la Chrestient, que si ce jeune prince, plein de
valeur et de grande esprance, et nouvellement Roy, se ft ainsy perdu
en ceste misrable guerre, laquelle estoit lors assez tollrable,
quand elle estoit mene par des cappitaynes du royaulme; mais, aprs
que ceulx l ont est mortz, et qu'il y fault maintenant employer si
souvant les propres princes de la couronne, voz enfantz, elle vous
prioit que la voulussiez, pour jamays, retrencher par une bonne et
bien assure paciffication.

Je luy ay respondu que cella ne tenoit  Vostre Majest, et qu'il
falloit, puisqu'elle avoit crdit avec la partie plus opinyastre,
qu'elle luy persuadt de se renger  l'obyssance qu'elle debvoit, et
de se contanter de ce que le Roy leur pouvoit tollrer de leur
religion, sans troubler ny l'estat de la sienne, ny la tranquillit de
son royaulme; ce que la dicte Dame a trouv raysonnable. Et depuis,
ceulx de son conseil me l'ont approuv, et m'ont assur que vous
trouverez, par la lgation du cappitayne Orsey, que telle estoit
l'opinion de leur Mestresse et de toutz eulx. Sur ce, etc.

    Ce VIIe jour de juillet 1573.


MMOIRE AU ROI.

   Sire, j'ay remercy en la meilleure faon que j'ay peu la
   Royne d'Angleterre de l'honneste propos, et de la vertueuse
   dmonstration, dont elle avoit uz sur la nouvelle de la
   blesseure du Roy de Pouloigne, vostre frre, quand j'envoyay
   luy communicquer, par le comte de Lestre, ce que m'en avez
   mand, le XVIIIe du pass, et luy ay dict davantage que, par
   nouvelles lettres du XXIIIIe, Vostre Majest et la Royne,
   vostre mre, me commandis de me conjouyr infinyement avec
   elle, de vostre part, de ce qu'il avoit pleu  Dieu de le vous
   prserver. Qui vous assuris fort qu'elle auroit playsir de
   voyr que vous, et luy, et vostre aultre frre, qui toutz troiz
   l'aviez bien ayme, et luy portis tousjours une singullire
   affection, allissiez estandant la rputation de vostre valeur,
   avec le danger de voz personnes, et, qu'au milieu de ces
   dangers, Dieu vous voult conserver.

   Ce que la dicte Dame a monstr qu'elle avoit trs agrable, et
   m'a confirm, en parolles et dmonstrations, cella mesmes que
   le comte de Lestre m'avoit desj mand: qu'elle avoit est non
   moins trouble de l'accidant du Roy de Pouloigne, que si elle
   eut est sa seur germayne. Et a adjouxt que, oultre les
   occasions expcialles qui l'obligeoient de se resjouyr du
   bien, et se douloir du mal, qui pourroit advenir  Vostre
   Majest, et  toutz ceulx de vostre couronne, il y avoit des
   considrations, pour le gnral d'aucuns estatz de la
   Chrestient, qui luy faysoient juger que ce et est par trop
   de malheur au monde, si ce prince ft ainsy pry en ceste
   entreprinse. Et m'a fort curieusement demand comme cella luy
   estoit advenu, et s'il ne seroit pas, une aultre foys, aprins
   de fre mieulx recognoistre les lieux dangereulx, plustost
   que d'y aller? et si le troisiesme n'en deviendroit pas aussy
   plus advis de son cost, lequel ne debvoit lors estre guyres
   loing de son frre? et s'il estoit vray que ung gentilhomme,
   ayant entreveu prendre feu  l'arquebouze, se ft mis devant
   pour couvrir son Mestre, et qu'il et est tu?

   A quoy je luy ay satisfaict de ce que je savois, de la vrit
   de ces choses, et luy ay discouru celles qui servoient 
   cellbrer la magnanimit de Vostre Majest, et les gestes
   vertueux du Roy de Pouloigne, et comme Monseigneur le Duc se
   formoit prs de luy, pour se rendre bientost ung grand et
   brave chef de guerre, de sorte qu'elle a monstr d'avoyr 
   plsir ce propos.

   Et puis a suyvy  dire qu'elle dsireroit bien fort que la
   lgation, qu'elle avoit maintenant envoy vous fre, pet
   servir de destourner ce qui pouvoit rester  venir du malheur
   de ceste guerre, et qu'elle n'attandoit sinon que le
   cappitayne Orsey luy mandt que vous aviez eu agrable
   l'office qu'elle vous offroit, et que luy eussiez ordonn
   d'aller devers le Roy de Pouloigne et devers ceulx de la
   Rochelle, affin qu'elle luy enchargt de nouveau de fre
   toutes choses au contantement de voz Majestez Trs
   Chrestiennes et du dict Roy de Pouloigne; et qu'on luy avoit
   bien dict que la paix ne tardoit plus que pour la deffiance,
   laquelle elle creignoit que ft ung peu rengrge de ce qu'on
   avoit mis feu  une mine pour surprendre les dicts de la
   Rochelle, pendant qu'on parlementoit  eulx, ainsy que ung
   gentilhomme allemand, filz d'un angloys, qui estoit lors au
   camp, le luy avoit dict; ce qu'elle n'avoit peu aprouver, car
   n'estoit expdient que voulussiez, ny que monstrissiez de
   vouloir, la mort de voz subjectz de la nouvelle religion.

   Je luy ay respondu que la lgation du cappitayne Orsey, venant
   de la part d'elle pour deux si honnorables effectz, comme pour
   la paix de vostre royaulme et pour le faict de l'entrevue, ne
   pourroit estre que bien receue de Voz Trs Chrestiennes
   Majestez, et, possible, viendroit elle, quand au premier
   poinct, assez oportunment pour ayder la ngociation que le Sr
   de La Noue menoit avec les dicts de la Rochelle et de
   Monthaulban, et des aultres de la nouvelle religion, pour les
   rduyre  ung bon et honnorable expdiant d'accord; et qu'il
   n'y avoit lieu d'allguer plus la deffience, car eulx mesmes
   cognoissoient trs bien qu'il ne leur manqueroit aulcune sorte
   de bonne seuret.

   Et touchant la mine, dont elle parloit, qui avoit est essaye
   pendant le parlement, je n'en savois rien, mais aussy n'avoys
   je pas sceu qu'aulcune suspencion de guerre et est octroye
   en ce sige, sinon pour ceulx seulement qui parlemantoient; et
   qu'au reste, Voz Majestez, et le Roy de Pouloigne, aviez
   clrement monstr que vous desiriez la conservation
   gnrallement, et non la ruyne, de voz subjectz;

   Au regard de l'aultre poinct, qui concernoit l'entrevue, que
   je creignois qu'il vous restt, et  la Royne, vostre mre, de
   quoy vous vergoigner assez d'avoyr deffr  la dicte Dame
   tout ce qui se pouvoit imaginer d'honneur et d'advantage entre
   princes, et qu'elle l'et nantmoins tenu en peu de compte, et
   quasy l'et eu  mespris, et que Monseigneur le Duc n'en
   concet ung trs grand regret en son cueur; qui, s'estant
   propos par l'abondance de son amity et de la dvotion, et
   servitude, qu'il luy avoit voue, qu'il auroit facille accs 
   ses bonnes grces, il porteroit  ceste heure fort
   impaciemment ceste remise, car ne pensoit, en faon du monde,
   qu'il s'en pet trouver une seule, ny aulcune sorte de
   rplicque  son offre; ainsy qu'en ses lettres, que j'avoys
   freschement reues, il me parloit comme un prince qui, ayant
   embrass de toute son affection ceste esprance, avoit desj
   le pied  l'estrier, et estoit comme de chemin pour s'en
   venir, et qui me commandoit qu'en luy prsentant cependant une
   sienne lettre, je luy imptrasse tant de faveur d'elle que de
   luy bayser en son nom et trs humblement ses belles meins,
   qu'il avoit tant de desir de venir luy mesmes et bayser, et
   toucher.

   La dicte Dame, qui ne s'attandoit d'avoyr  prsent de ses
   lettres, s'estant compose de contenance, mais devenue
   vermeille au visage, les a prinses et leues incontinent
   d'affection, et les a trouves fort pleynes d'honneur et
   d'honneste amity; dont m'a respondu qu'elles l'arguoient
   d'une grande faulte, de n'avoir escript  Monseigneur le Duc,
   mais qu'elle rabilleroit cella, si elle pouvoit entendre que
   le dict cappitayne Orsey allt au camp, et qu'elle luy avoit
   par trop d'obligation pour ne manquer  ce debvoir, si elle ne
   vouloit estre trouve ingrate.

   J'ay poursuivy  luy dire que, si, en la commission du dict
   cappitayne, il y avoit chose aulcune qui pet mettre en
   quelque suspens Voz Majestez et Monseigneur le Duc de la bonne
   intention d'elle, que je la priois de le vouloir promptement
   rparer, affin de ne deffallir de correspondance, de sa part,
    la plus parfaicte et constante amity, dont elle seroit
   jamays ayme, ny bien volue, de nulz aultres princes qui
   fussent au monde.

   Elle m'a soubdein men en une fenestre assez loing, et m'a
   dict, que, s'il vous playsoit luy fre cest honneur de
   l'employer  la paciffication de vostre royaulme, qu'elle
   mettroit peyne de vous y complayre de tout son pouvoir, et de
   conserver ce qui seroit de l'honneur et authorit et grandeur
   de Vostre Majest, pour vous rendre les subjectz trs humbles
   et trs obyssantz, et les plus modrez qu'elle pourroit en ce
   qu'ilz demanderoient de l'exercice de leur religion, pour n'en
   avoyr que aultant, et en la forme que trouverez raysonnable de
   leur accorder, de vostre propre grce, pour satisfaction de
   leurs consciences, sans troubler le repos de vostre estat:

   Et, quand  l'entrevue, que ceulx de son conseil avoient bien
   digr la responce qu'elle vous y avoit faicte, laquelle vous
   ne trouveriez,  son advis, que desvoyt aulcunement l'affre,
   ains, possible, le remettroit en meilleur chemin qu'il
   n'estoit auparavant; et qu'elle estoit bien ayse de demeurer
   satisfaicte et de pouvoir satisfre aultruy de vostre
   persvrance vers elle, car vouloit, puisqu'elle estoit femme,
   me rveller ung secret: c'est que, depuis trois jours, sur
   quelques responces de grande importance qu'on luy faysoit
   attandre de quelque part du monde, l'on luy estoit venu dire
   que vritablement elles luy estoient mandes trs bonnes et
   pleines de tout contantement, mais qu'en France l'on luy
   avoit, coup sur coup, tu trois courriers qui apportoient les
   dpesches, et qu'elle me layssoit juger que vouloit dire
   cella.

   Je n'ay uz ny de rplicque, ny de curiosit, pour fre
   explicquer davantage la dicte Dame, ains, l'ayant seulement
   prye de vouloir radresser la commission du cappitayne Orsey,
   si elle ne la luy avoit donne parfaictement bonne, quand il
   partit; et de vouloir escripre  Monseigneur le Duc, elle m'a
   promis de fre l'ung et l'autre; et puis, m'ayant fort
   volontiers baill la mein  bayser au nom de Monseigneur le
   Duc, je me suis licenci d'elle. Qui est, Sire, le sommayre de
   ce qui s'est pass en ceste audience.




CCCXXIXe DPESCHE

--du XIIe jour de juillet 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Communication officielle de la paix conclue en
    France.--Flicitations de la reine.--Demande de l'ambassadeur
    qu'lisabeth consente  l'entrevue sollicite par le duc
    d'Alenon.--Demande d'un dlai pour donner la
    rponse.--Nouvelles d'cosse.--Le lord de Hume et le lair de
    Granges retenus prisonniers.


    AU ROY.

Sire, aprs que j'ay eu lou et remercy Dieu de la bonne nouvelle de
la paix[21], qu'il vous a pleu me mander, du premier de ce moys, je la
suis all porter  la Royne d'Angleterre, laquelle, d'un semblant fort
joyeux et contant, m'a demand, premier quasi que j'aye eu loysir de
luy en entamer le propos, s'il estoit bien vray qu'elle ft faicte. Et
je luy ay dict que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, aviez
estim trs raysonnable, aussytost que Dieu vous y avoit faict voyr
quelque certitude, et premier quasy qu'elle ft du tout bien conclue,
ou aulmoins devant qu'elle ft publie en vostre court, d'en fre la
premire part  elle, affin de luy advancer, devant les aultres
princes, voz alliez et confdrs, l'ayse et le plsir que vous vous
assuriez qu'elle en recevroit, comme celle qui, plus que nul d'entre
eulx, avoit monstr tousjours la desirer, et qui s'estoit offerte, par
le cappitayne Orsey, de bien honnorablement et en trs bonne faon
s'employer de la fre. De quoy me commandis de l'en remercyer de tout
vostre cueur, et l'assurer que vostre rsolution avoit tousjours
est, au cas qu'il ft besoing d'y appeller aulcun de voz alliez, d'y
uzer les moyens et expdientz qui viendroient d'elle, sans vous ayder
d'aulcun aultre prince; et qu'aussytost que le cappitayne Orsey estoit
arriv, vous l'eussiez volontiers faict acheminer au camp et  la
Rochelle, pour ayder  la conclusion des articles, mais ilz estoient
desj toutz concludz; et nantmoins vous ne layssiez de vous sentir
aultant oblig  elle, comme s'il en et prins la peyne, et comme si
le nom de la dicte Dame y ft intervenu; qui la pris de prendre ceste
vostre dilligence, de luy avoyr faict la premire communicquation de
la dicte paix, et de l'avoyr notiffie  ses ambassadeurs, premier
qu' toutz les aultres, qui rsident prs de Vostre Majest, ung
tesmoignage certein que vous n'aviez rien mis en oubly de ce que vous
saviez luy en debvoir, et que vous lui promettis, Sire, de luy
approprier le bien, que vous en recepvris,  l'utillit sienne, et
aultant  la tranquillit de son royaulme, comme elle avoit tousjours
monstr de desirer le repos du vostre.

  [21] Paix conclue le 24 juin 1573 par la capitulation de la
  Rochelle, et confirme par l'dit rendu le 6 juillet suivant.

Elle a monstr d'estre fort contante et de la nouvelle, et des propos
que luy en fesiez tenir, et m'a dict que l'ayse et le playsir, que Voz
Majestez en avoient, ne surmontoit en cest endroict le sien; et
qu'aulmoins vous prioit elle de ne mettre aulcun aultre prince, de
toutz voz allis, au pareil reng qu'elle en cella, car elle savoit
bien que vous luy feriez tort; et vous remercyoit infinyement
qu'eussiez prins de bonne sorte l'offre qu'elle vous avoit envoy fre
par le cappitayne Orsey, et qu'eussiez cognu qu'elle estoit pure, et
pleine d'une singullire affection vers tout ce qui pouvoit concerner
et l'honneur de Vostre Majest et toutz les degrs de vostre
souverayne authorit sur voz subjectz, comme si elle et voulu
procder en cella pour sa cause propre, et pour celle de sa couronne.
Et m'a curieusement demand quelles estoient les conditions de la
paix, et si vostre dernier dict estoit pas restably, et toutz voz
subjectz rappells, et si le comte de Montgommery pourroit pas aussy
bien retourner, comme les aultres, en vostre bonne grce?

Je luy ay dict que je recuillerois le sommayre de ce que je
trouverois, des dictes conditions de la paix, ez lettres de Vostre
Majest pour le luy envoyer, et que je ne pensois que voulussiez
excepter le comte de Montgommery, s'il ne vous apparoissoit bien qu'il
et machin quelque chose de plus que les aultres contre vostre propre
personne. Et luy ay touch cepandant aulcuns poinctz des susdictes
conditions pour voyr comme elle les prendroit, qui ne m'a faict
semblant de les trouver sinon assez raysonnables. Et, aprs, j'ay
adjouxt que, de tant qu' ceste heure les ostacles, que ceulx de son
conseil avoient mis au faict de l'entrevue, estoient osts, et que la
guerre contre ceulx de leur religion, en laquelle ilz les avoient
fonds, s'estoit termine en la faon, que eulx mesmes desiroient,
d'une bonne paix et d'ung amyable accord; et que Monseigneur le Duc ne
se trouveroit plus ny sanglant ny meurtrier des dicts de la nouvelle
religion de devant la Rochelle, ains possible aultant leur amy et
bienvueillant que prince de la Chrestient; que Vostre Majest et la
Royne, vostre mre, me commandis de luy incister qu'elle vous voult
rendre une responce bien entire  vostre offre, et me dclarer
qu'elle l'acceptoit; et que me feist dellivrer les seurets.

La dicte Dame m'a respondu que ma demande estoit raysonnable, et
qu'elle ne la vouloit diffrer, et manderoit venir milord trzorier,
et les aultres de son conseil qui estoient absentz, pour en dellibrer
avec eulx, affin que, devant le XVe du prsent, auquel jour elle
dellibroit de commancer son progrs, elle me pet rendre sa responce;
et que cepandant elle verroit ce que le cappitayne Orsey et son
ambassadeur, rsident, luy en escripvoient, desquelz le pacquet venoit
tout prsentement d'arriver, mais leurs lettres n'avoient est encores
lues. Et m'a demand l dessus si je savois que le dict cappitayne
Orsey s'en revnt.

Je luy ay dict que je n'en savois rien, et que j'estimois qu'il
feroit sellon qu'elle luy avoit command.

A quoy, aprs avoyr est ung peu pensive, elle m'a continu dire qu'il
avoit charge de suivre ce qu'il verroit qui plus vous pourroit
complre, et qu'il savoit bien la bonne et droicte intention qu'elle
avoit  Voz Majestez.

Et, aprs, je luy ay sommayrement touch les particullaritez, dont il
avoit traict avecques vous, et la satisfaction qu'il vous avoyt
donne, et que seulement vous restiez esbahys comme il ne vous avoit
faict aulcune mencion des choses d'Escoce, bien que la lettre d'elle
en parlt.

A quoy soubdein elle m'a respondu qu'il avoit attendu qu'on luy en
commant le propos, mais qu'avant partir il vous en rendroit bon
compte, et sommes passez  quelques aultres gracieux propos de son
progrs, et des chasses qu'on dellibroit de luy monstrer en chemin.

Et puis, ay communicqu aulx seigneurs de son conseil la mesmes
desire nouvelle de la paix, qui ont monstr toutz de s'en resjouyr;
et ainsy me suis desparty d'elle et d'eulx.

Cepandant le Sr de Quillegreu est revenu d'Escoce, avec ung grand
nombre de papiers et chiffres qui ont est trouvs dedans le chasteau
de Lillebourg. Le dict chasteau est gard par James Douglas, frre
bastard du comte de Morthon, et par le cappitaine Humes; milord de
Humes a est remis prisonnyer dans le mesmes chasteau, et le layr de
Granges envoy  Loclevin, et les aultres principaulx distribus en
aultres lieux. Les soldatz, qui ont suivy le party du dict de Morthon,
passent peu  peu en Ollande, et ceulx du party de la Royne s'en vont
servir le roy de Sude, de sorte qu'il en sort envyron quatre mille du
pays, ce qui fera davantage continuer la paix. Milord Claude ny Adam
Gourdon ne bougent; le cappitayne Cauberon a suivy, icy, le dict de
Quillegreu, et dict on qu'il a charge du comte de Morthon de requrir
l'vesque de Roz comme rebelle. Sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de juillet 1573.




CCCXXXe DPESCHE

--du XXe jour de juillet 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Groignet, mon secrettre._)

  Retour du capitaine Orsey  Londres.--Ngociation du
    mariage.--Sollicitations du comte de Morton pour obtenir
    d'lisabeth l'autorisation de mettre  mort les seigneurs
    cossais pris dans le chteau d'dimbourg.--Soumissions faites
    par les Franais rfugis en Angleterre.--_Mmoire._ Dtails
    d'audience.--Ngociation du mariage.--Consentement d'lisabeth
     accorder les srets ncessaires pour l'entrevue.--Plaintes
    du roi au sujet des affaires d'cosse.--Sollicitations de
    l'ambassadeur en faveur de l'vque de Ross, qui est rclam
    par le comte de Morton.--Dclaration de la reine qu'il ne sera
    pas livr.--_Avis  part  la Reine._ Mcontentement de
    Leicester.


    AU ROY.

Sire, trois jours de reng, le conseil a est tenu  Grenvich pour
dellibrer de la responce qu'on avoit  me fre, o j'entendz que les
choses ont est merveilleusement dbatues, non par contention de
parolles, mais avec des argumentz pourpouss de si loing, et si
artifficieusement recherchs, qu'on a mis ceste princesse  ne savoir
 quoy se rsouldre; et le cappitayne Orsey a est dilligemment
examin de ce qu'il raportoit de vostre intention, et de celle de la
Royne, vostre mre, et de l'estat des choses de France: dont me suis
prsent au dict lieu, le XVe de ce moys, comme je y estois assign,
pour ouyr ce qu'on me voudroit dire, dont je mets le rcit  part.
J'adjouxteray, icy, que le comte de Morthon inciste fort que la Royne
d'Angleterre ayt agrable qu'il puisse fre excuter  mort ceulx
qu'il a prins dans le chasteau de Lillebourg,  quoy semble qu'elle
fermera les yeulx, pour d'autant confirmer son party; et j'entendz
qu'elle a ordonn quelque nombre de gentilshommes ses pencionayres, au
dict pays d'Escoce, desquelz je mettray peyne de savoir les noms. Le
Sr de Villy s'en est retourn vers Vostre Majest et le Sr Voysin, son
compaignon, reste encores icy, qui ont toutz deux, ainsy qu'ilz
disent, trouv ez francoys, qui sont par de, une bonne disposition
vers vostre service. Le comte de Montgommery,  ce que j'entendz, n'a
attendu que le retour du cappitayne Orsey pour envoyer devers moy. Je
orray ce qu'il me mandera. Le Sr de Languillier est venu trs
librallement offrir sa personne, et sa vye, pour vostre service, et
de vouloir vivre et mourir vostre trs humble subject. Mr le vidame ne
peut trouver qu'il soit suffizamment pourveu, par les articles de la
paix,  la ncessit de leur religion; nantmoins que ce ne sera luy
qui yra rien recalculer l dessus, et percistera  vouloir jouyr, en
pacience, la paix et bonne grce de Vostre Majest. Et sur ce, etc.

    Ce XXe jour de juillet 1573.


MMOIRE.

   Sire, aprs avoir grandement remercy la Royne d'Angleterre de
   l'offre qu'elle vous avoit envoy fre, de s'employer  la
   paix de vostre royaulme, et de persvrer en la ligue, je luy
   ay dict que, ayant Vostre Majest et la Royne, vostre mre,
   ouy, par deux foys, le cappitayne Orsey, et vous estant, aprs
   l'assurance de la paix, bien fort explicqus  luy et 
   l'ambassadeur, rsident, touchant le propos de Monseigneur le
   Duc et de l'entrevue, vous estiez rests fort esbahys qu'ilz
   vous avoient layssez aussy incertains et irrsolus de
   l'intention d'elle en cella, comme si le dict Orsey n'en et
   eu nulle charge; et pourtant me commandis d'incister 
   obtenir la responce qu'elle me voudroit donner sur la dicte
   entrevue, et d'imptrer les seurets qui estoient pour cella
   ncessayres.

   A quoy la dicte Dame m'a respondu que c'estoit  elle et non 
   Vous, Sire, que touchoit de recognoistre tout l'effaict du
   voyage du cappitayne Orsey, car, en rcompense de quelque
   petite courtoysie qu'elle vous avoit envoy offrir par luy,
   Voz Majestez en avoient par luy mesmes remand  elle au
   double, et de si bonnes que de meilleures ne les eussiez sceu
   fre  vostre propre seur germayne; et, quand  la responce
   que demandis maintenant de l'entrevue, qu'elle vous prioit de
   croyre qu'elle avoit cherch de la vous fre, sellon vostre
   desir, et quoyque ses conseillers luy dduysissent des
   empeschements si extrmes, qu'il leur sembloit qu'elle voult,
   avec Voz Majestez Trs Chrestiennes, conjurer la ruyne de
   ceulx de sa propre religion, si ne voulait elle monstrer
   d'estre si mal nourrye que de ne recognoistre l'obligation
   qu'elle vous avoit et  Monseigneur le Duc, pour tant
   d'honneur que luy aviez faict; et pourtant qu'elle ne vouloit
   diffrer d'accepter l'entrevue, et d'offrir les seurets,
   sinon jusques  tant qu'elle vous et encores escript  toutz
   troys, de sa mayn, comme les raysons qu'on luy avoit allgues
   contre le mariage contrepesoient et mesmes sembloient si fort
   surbalancer celles qui font pour icelluy, qu'elle estimoit ne
   pouvoir procder sincrement avec Voz Majestez, si elle ne
   vous advertissoit que, venant Monseigneur le duc, elle
   creignoit bien fort que son intention ne pet ruscyr 
   l'effect qu'il voudroit.

   Dont, encor que, par ses propres lettres, et de la Royne,
   vostre mre, elle eut promesse qu'il en prendroit tout le
   hazard sur luy, si cognoissoit elle bien qu'il y courroit
   encores une bonne partie de hazard pour elle, d'altrer la
   bonne amity, en quoy elle se trouvoit maintenant avec toutz
   troys, et que pourtant elle y vouloit obvier, aultant qu'il
   luy seroit possible, dont vous escriproit franchement tout ce
   qui en estoit, sans vous en rien dissimuler; et puis  Voz
   Majestez seroit d'en uzer comme bon vous sembleroit, car les
   seurets se trouveroient incontinent toutes prestes, telles
   que je les voudrois demander.

   Je luy ay, pour rplicque, rcapitull tout ce qui avoit est
   dict et faict, et escript, depuis le commancement du propos
   jusques  ceste heure, et comme la mesmes difficult, qu'elle
   allguoit maintenant, estoit desj vuyde par les propres
   lettres de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc, qu'elle
   avoit devers elle; et que vous vous estiez layssez mener 
   elle jusques au fin bout de ce que luy pouviez deffrer
   d'honneur et d'avantage en cest endroict, de sorte que vous ne
   vous estiez rservez  y pouvoir fre ung pas davantage, et
   tout le parfayre et l'accomplyr estoit  ceste heure en la
   main d'elle; qui la pris de l'y mettre si bon et si
   honnorable, comme ses propos prcdans, ses dmonstrations,
   ses lettres et responces vous avoient tousjours faict croyre
   qu'elle y procdoit d'une pure et non feincte, ny simule,
   sincrit.

   La dicte Dame m'a soubdein demand si je voulois empescher
   qu'elle ne vous donnt cet advertissement, qu'elle vous
   vouloit escripre.

   Je luy ay respondu que non, ains la supliois de le vous
   exprimer le plus qu'elle pourroit, affin que n'envoyassiez,
   par mesgarde, ce vertueux prince  ung manifeste refus, comme
   je savois bien que vous en voulis trs bien garder, mais
   que, par ensemble, elle m'accordt l'entrevue et les seurets;
   qui estoient deux choses que j'avois simplement charge de
   requrir; et puis Voz Majestez en uzeroient sellon leur bon
   plsir. Qui vous assuriez bien que si, ez perfections de
   prince qui ft en la Chrestient, Dieu avoit laiss de quoy
   pouvoir agrer  celles de la dicte Dame, que Monseigneur le
   Duc luy complerroit entirement.

   Elle, ne se pouvant assez bien dmesler de ce poinct, a
   appell milord trzorier et les quatre comtes, d'Arondel, de
   Sussex, de Betfort et de Lestre, commandant de chasser tout le
   reste de la chambre. Et ayant longtemps devis avec eulx, en
   angloys, et avec rplicques, d'ung chacun cost, enfin par
   leurs advis, et eulx prsentz, elle m'a respondu qu'elle
   accordoit que les seurets fussent expdies, et que j'en
   baillerois le mmoyre, quand je voudrois, mais que ne seroient
   envoyes qu'elle ne vous et premirement escript le susdict
   advertissement, et qu'elle en et eu vostre responce.

   Je n'ay rien plus rplicqu l dessus, mais j'ay adjouxt que
   Voz Majestez demeuroient escandalises de ce que le cappitayne
   Orsey ne vous avoit touch ung seul mot des choses d'Escoce,
   bien qu'elle vous et escript qu'elle luy en avoit donn
   charge; dont je la priois de vous fre explicquer, par son
   ambassadeur rsident, ce que c'estoit; et qu'elle me voult
   octroyer ung passeport pour ung gentilhomme, que Vostre
   Majest dellibroit d'envoyer par dell; et qu'au reste
   j'ozois bien employer le nom de Vostre Majest pour incister
   qu'elle ne voult bailler l'vesque de Roz au comte de
   Morthon, comme j'estois adverty qu'il pourchassoit de l'avoir
   en ses mains.

   Elle, en la mesmes prsence de ses conseillers, m'a respondu
   que,  dire vray, le cappitayne Orsey n'avoit satisfaict  ce
   poinct, comme il luy avoit est command, et seulement, en
   parlant de la conscience d'elle  la Royne, vostre mre, il
   luy avoit dict qu'encor qu'elle s'estoit peu saysir du
   chasteau de Lillebourg, elle nantmoins l'avoit entirement
   dlayss aulx Escouoys; et parce que la Royne, vostre mre,
   n'avoit lors suivy le propos, il n'y avoit sceu retourner une
   aultre foys, mais elle avoit desj faict escripre  son
   ambassadeur qu'il ne faillt de le vous parachever; et qu'elle
   m'accordoit le passeport que je demandois, et commandoit, ds
    prsent, qu'il me ft dellivr, quand je le vouldrois;

   Quand  l'vesque de Roz, qu'elle me promectoit de le refuzer
   au comte de Morthon, et de procurer qu'il pet retourner en
   ses biens, ou, s'il ne pouvoit estre soufert d'en jouyr dans
   le pas, qu'il en pet aulmoins avoyr le revenu icy ou en
   France, s'il playsoit  sa Mestresse qu'il y passt, et, sur
   ce, estant la dicte Dame presse de partir pour fre la
   premire trette de son progrs, elle m'a licenci.


ADVIS, A PART, A LA ROYNE.

   Madame, j'ay parl,  part, au comte de Lestre, lequel m'a uz
   de beaucoup de bonnes parolles, mais icelles conformes  la
   rsolution du reste du conseil, et je me suis efforc de fre
   que le malcontantement, que son secrettre, qui estoit avec le
   cappitayne Orsey, luy avoit imprim, de ce que Voz Majestez
   n'avoient, sinon petitement et bien tard, faict mencion de luy
   au dict Orsey, ft reject sur ce que icelluy Orsey, lequel
   vous savis bien qu'il estoit  luy, et par lequel aviez
   espr d'avoir plusieurs advertissementz particulliers et
   expciaulx, en l'affre de Monseigneur, vostre filz, ne vous
   y avoit jamays respondu une seule bonne parolle.

   De quoy je luy voulois bien dire que j'avois fort exprs
   commandement, de Vostre Majest, de m'en pleindre  luy: qui
   m'a respondu que le dict Orsey estoit vrayement son bon amy,
   mais qu'il avoit est dpesch par commandement plus hault,
   lequel il luy avoit convenu suyvre.

   Et, depuis, ayant par un tiers faict sonder bien avant le dict
   comte, il ne m'a raport de luy que doubtes et difficultez
   touchant le mariage, et qu'il ne pouvoit, ny vouloit s'en
   mesler plus avant que les aultres du conseil.

   Et au regard de son particullier, il lui avoit discouru fort
   au long, mais avec charge de n'en parler jamays  personne,
   comme il se trouvoit fort dceu en ce qu'il avoit espr de
   Voz Majestez Trs Chrestiennes, pour lesquelles il disoit
   s'estre dclar si avant qu'il ne savoit qu'est ce qu'il
   n'avoit faict pour la France, jusques avoyr mis sa Mestresse
   et son royaulme en voz meins, si l'eussiez voulu avoyr, abbatu
   la ligue d'Espaigne et relev la vostre, saulv la vye de la
   Royne d'Escoce, diverty toutes occasions de guerre entre ces
   deux royaulmes, et faict beaucoup de grandes despences pour
   honnorer et traicter les Franoys, et se porter, en toutes
   choses, trs parcial pour la France:

   De quoy il n'avoit acquis que souspeons et deffiences vers
   les siens, et non jamays ung seul bouton vaillant, ny une
   lettre, ny mesmes ung grand mercys de Voz Majestez, ny de nul
   aultre endroit de France, et qu'il ne se vouloit plus mettre 
   tel pris.

   Et, comme l'aultre luy a respondu que le temps ne vous donnoit
   loysir de luy pouvoir tesmoigner,  ceste heure, voz bonnes
   volonts, et qu'il ne failloit pour cella qu'il laysst de
   demeurer bon parcial franoys, et de pourchasser ce party de
   Monseigneur le Duc  sa Mestresse, sellon qu'elle avoit
   ncessayrement besoing d'avoyr ung mary ou ung dclar
   successeur;

   Il a rplicqu soubdein que sa Mestresse avoit voyrement
   besoing de l'ung ou de l'aultre, et qu'il avoit peur qu'elle
   les laysseroit sans pas ung des deux, et tout son estat en
   grand confusion, nantmoins qu'il demeureroit, quand  luy,
   bien bon angloys, et n'est pass plus avant.

   Je fay, Madame, le mieulx que je puis, pour maintenir vostre
   affre, et conserver voz amys en ceste court, et y employe
   beaucoup de bonnes paroles; mais le torrent de deniers et de
   prsantz qui viennent d'ailleurs les emportent, et c'est de l
   d'o je me sents le plus travers.




CCCXXXIe DPESCHE

--du XXVIe jour de juillet 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Ngociation du mariage.--Confrence de l'ambassadeur et de
    Burleigh sur cette ngociation.


    AU ROY.

Sire, en dbatant naguyre avec la Royne d'Angleterre des poinctz de
la responce qu'elle m'a faicte touchant l'entrevue, elle m'a bien
donn  cognoistre qu'on luy avoit reprsent de grandz inconvnientz
et beaucoup de dangers de vostre cost, lesquelz elle a aulcunement
comprins, parce que je luy en ay remonstr, qu'on les luy avoit plus
fondez en imagination que sur apparance de vrit; car, aprs
plusieurs rplicques d'entre nous, elle m'a enfin dict que, quelle
impression, qu'on luy et peu donner, qu'il luy adviendroit beaucoup
de mal de vostre cost, si ne layrroit elle de remmorer le bien
qu'elle en avoit desj senty, et ce que, depuis son advnement  ceste
couronne, elle n'avoit receu de Vostre Majest ny de la Royne, vostre
mre, ny de Messeigneurs voz frres, ny encores du feu Roy, vostre
pre, quand il vivoit, que beaucoup de faveurs et beaucoup de
courtoysies et gratieusets; et qu'elle ne se vouloit encores
aysement persuader que luy voulussiez nuyre, ny la tromper. Il est
vray qu'elle pouvoit considrer que ce qu'on luy en disoit pourroit
bien advenir, et qu'elle s'en garderoit le mieulx qu'elle pourroit,
nantmoins que, de son cost, elle ne commanceroit poinct de changer
de volont vers Voz Trs Chrestiennes Majestez; ains vous observeroit
justement les promesses qu'elle vous avoit faictes. A quoy, Sire, il
seroit long de vous racompter, icy, ce que je luy ay commmor l
dessus, qui ne pense estre demeur nullement court.

Mais j'ay bien depuis voulu aprofondir ce propos avec milord de
Burgley, avec lequel, estant seul  seul, je luy ay dict que Vostre
Majest et la Royne, vostre mre, auriez eu juste occasion, quand vous
auriez veu la responce que sa Mestresse vous avoit mande, de vous en
plaindre; car c'estoit elle qui avoit mis en avant l'entrevue, et qui
avoit demand de n'estre en rien oblige par la venue de Monseigneur
le Duc, et qui nantmoins avoit dclar qu'elle l'espouseroit, s'il
playsoit  Dieu qu'en prsence ilz se peussent complaire; et
maintenant que Voz Majestez luy avoient concd toutz les poinctz qui
estoient  l'advantage d'elle, elle disoit que les raysons qui
faysoient pour le propos estoient si contrepeses et surbalances par
celles qui faysoient au contrayre, qu'elle doubtoit fort que le
mariage ne pet succder. Ce que Voz Majestez prendroient pour ung
fort nouvel accidant, de tant que les difficults, qu'elle avoit
jusques  ceste heure allgues, n'avoient est jamays que trois:
savoir, celle du visage, pour laquelle l'entrevue se faysoit; celle
de l'eage, laquelle estoit desj vuyde; et celle de la religion,
laquelle estoit remise entre eulx deux: et que, d'en proposer
maintenant d'aultres, ou bien vous agraver celles l davantage, estoit
vous monstrer que n'aviez est correspondus de pareille sincrit, que
vous aviez tousjours de vostre part procd, et vous fre croyre qu'il
n'y avoit jamays eu qu'une seule difficult, c'estoit qu'elle n'avoit
onques eu intention, ny volont, au dict mariage.

Le dict milord s'est trouv fort perplex, et a voulu eschaper sur ce
que j'avoys desj une responce de sa Mestresse, et qu'elle mesmes
escripvoit son intention  la Royne, vostre mre, dont ne luy estoit
loysible de parler plus avant; mais, voyant que je ne cessois
d'incister, et que j'ay de bon cueur jur que je ne le faysois qu'
trs bonne fin, il m'a dict que, devant Dieu et en sa conscience, il
avoit cognu sa Mestresse en intention de se marier, et ne voyoit pas
qu'elle et encores chang, et que, de sa part, il le desiroit, plus
que chose du monde; que des trois difficults qui avoient est
allgues, celle de l'eage avoit est vritablement vuyde, et n'en
falloit plus parler; mais, quand aulx aultres deux, celle de la
religion estoit beaucoup rengrge depuis les vnementz de France, et
ne s'en voyoit encores bien la purgation; et, de celle du visage, il
me vouloit bien advertyr qu'ayant sa mestresse tousjours estim que ce
fust ung reste de la petite vrolle, qui se guriroit avec le temps,
l'on escripvoit de France que le temps l'augmentoit, et qu'il luy
restoit des enflures et grosseurs qui luy faysoient tant de tort au
vysage qu'on croyoit qu' peyne s'en pourroit elle jamays contanter;

Que, quand  l'assurance que je demandois du dict milord, qu'il ne
m'en pouvoit donner d'aultre sinon qu'il confirmeroit tousjours  sa
Mestresse que le party de ce prince, quand  l'extraction et  la
bonne rputation qui couroit de luy, et quand  l'appuy de la couronne
de France, et aultres commodicts pour l'Angleterre, estoit trs
honnorable et fort  propos pour sa dicte Mestresse, et que, si elle
ne luy disoit ou ne luy faysoit rien dire de l'empeschement du
visage, aprs qu'elle l'auroit veu, si, d'avanture, il venoit par
de, qu'indubitablement il la conseilleroit de l'pouser, mais si
aussy il voyoit ou entendoit qu'elle ne s'en pet complayre, qu'ung
chacun l'excust, s'il mettoit peyne de segonder et d'affection, et de
conseil, et par toutz les moyens qu'il pourroit, les justes et
raysonnables desirs de sa Mestresse. Et nonobstant, Sire, que j'aye
mis peyne de tirer plus grand esclarcissement de luy, je n'ay sceu
rien obtenir de plus. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1573.




CCCXXXIIe DPESCHE

--du dernier jour de juillet 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Expdition du comte d'Essex en Irlande.--Nouvelles
    d'cosse.--Retard du comte de Montgommery  faire sa
    soumission.--Actes d'obissance de la plupart des
    rfugis.--Nouvelles d'Espagne.


    AU ROY.

Sire, la Royne d'Angleterre a faict rsouldre l'embarquement du comte
d'Essex pour Irlande, au VIe du prochein, avec plus ample commission
que nul aultre visroy qui ayt jamais pass dell; et desj plusieurs
gentilhommes de bonne qualit s'y sont achemins. Et discourent
quelques ungs que ce qui l'incite davantage  ceste entreprinse est
pour prendre plus de pied au pays d'Escoce, et rprimer par l ceulx
du quartier du Nord, et les saulvages escouoys qui recognoissent
encores l'authorit de leur Royne, sans se vouloyr soubmestre  celle
du comte de Morthon, et secourent souvant les Irlandoys, leur voysins,
contre les garnisons d'Angleterre.

Le vieulx Cauberon a est renvoy, depuys deux jours, avec une bien
ample dpesche vers le comte de Morthon, sans qu'il me soit venu voyr,
ny qu'il m'ayt rien faict savoyr de sa part, ains s'est fort cach de
moy. Je ne say particullirement qu'est ce qu'il emporte, tant y a
que j'ay advis que ceste princesse a est conseille de remettre 
l'arbitre du dict de Morthon qu'il puisse procder comme il vouldra,
par la rigueur des loix du pays, contre ceulx qui estoient dans le
chasteau de Lillebourg; dont se prsume qu'il en fera mourir la
pluspart. Le dernier messager, que j'ay envoy par dell, n'est
encores de retour; il regarde, possible,  se conduyre plus sagement
que n'a faict l'aultre, que j'y avoys envoy devant luy, qui a est
descouvert, et icelluy Morthon l'a faict pendre,  quoy j'ay ung trs
grand regrect.

Le comte de Montgommery n'a encores envoy devers moy  cause,  mon
advis, que le cappitayne Orsey luy a escript la bonne responce, qu'il
luy a rapporte de Vostre Majest touchant son faict particullier;
mais je say bien qu'il s'est fort resjouy de la paix, et pense qu'il
fera bientost repasser sa femme et ses enfans en France. Les aultres
gentilshommes franoys, qui sont icy, sont la pluspart venus, ung 
ung, me offrir leurs vyes et personnes pour vostre service; et semble
que toutz, en gnral, et chacun, en son particullier, veulent jouyr
le bien de la paix et de la bonne grce de Vostre Majest, dont,
depuis deux jours, le Sr de Boy de Bretaigne, le cappitayne Ber, le
cappitayne La Fosse, le cappitayne Bernardyre, et aultres, m'en sont
venus tesmoigner leur affection. Je ne say si le comte de Montgommery
prtend d'aller trouver le prince d'Orange, tant y a qu'il faict faire
des armes en ceste ville.

Il semble qu'on ayt quelque souspeon que le Roy d'Espaigne ne vueille
ratiffier l'accord, du premier jour de may, car le temps, dans lequel
l'on avoit promis de fournir de sa lettre et de sa responce l dessus,
est pass de plus d'ung moys, bien qu'il s'entend que le dict accord a
est publi en Espaigne, et que les biens et navyres des Angloys y ont
est relaschs. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1573.




CCCXXXIIIe DPESCHE

--du Ve jour d'aoust 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr Pierre Cahier._)

  Inquitude cause en Angleterre par le voyage du roi sur les
    ctes de Normandie.--Crainte d'une entreprise contre l'cosse
    concerte entre le roi et le roi d'Espagne.


    AU ROY.

Sire, nonobstant la satisfaction, que j'ay donn  ceste princesse et
aulx siens, de la venue de Vostre Majest en Normandye, et de celle de
la Royne, vostre mre,  Dieppe, ilz ne layssent, pour cella, d'avoyr
suspect l'armement et appareil de mer, que Voz Majestez y ont command
de dresser, leur estant rapport, par ceulx qui viennent de dell la
mer, qu'il se parle ouvertement qu'une partie de cella se faict pour
passer des forces en Escoce: dont ont escript en dilligence au comte
de Morthon qu'il se tiegne sur ses gardes, et qu'il ayt  garnyr les
chasteaus et places fortes, et les portz du pays, de gens de guerre,
pour empescher la descente des Franoys; et au comte de Houtincthon,
lequel prside en leur quartier du Nort, vers le dict royaulme
d'Escoce, qu'il ayt  visiter la frontire, et y fre, de rechef, les
monstres, et remplir bien les garnisons. Et s'est augmente ceste leur
souspeon de ce qu'ilz ont sceu, ainsy qu'ilz disent, que Vostre
Majest a donn passage  ung milion et demy d'or, que le Roy
d'Espaigne envoyoit en Flandres; qui jugent bien que vous ne tiendris
la mein  l'accomodement des affres du dict Roy d'Espagne et 
l'establissement de sa grandeur, laquelle s'opose tousjours  la
vostre, si quelques aultres conventions secrtes ne vous unissoient 
ceste intelligence, laquelle ils creignent bien fort que soit contre
eulx et contre le faict de leur religion. Dont sont bien fort aprs 
se racointer eulx mesmes, s'ilz peulvent, avec le dict Roy d'Espaigne,
et  fre que, des deux costs, l'altration cesse, et qu'ilz
retournent  ceste mutuelle bienvueillance qu'il y a eu, de tout
temps, entre leurs pays et estatz: ce que je croy ne leur sera
difficille. Et la prinse d'Arlem[22] y convye ceulx icy davantage.

  [22] Harlem, aprs un sige de sept mois, s'tait rendue 
  discrtion, dans les premiers jours d'aot,  Frdric de Tolde,
  fils du duc d'Albe.

J'ay receu la dpesche de Vostre Majest, du XXIIIIe du pass, avec
les pleinctes de voz subjectz contre les pirates, et n'obmettray ung
seul poinct de l'instance, que me commands d'en fre  ceste
princesse,  la premire audience qu'elle me donra. Et sur ce, etc.

    Ce Ve jour d'aoust 1573.




CCCXXXIVe DPESCHE

--du IXe jour d'aoust 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Estienne Jumeau._)

  Prparatifs de dfense faits en
    Angleterre.--Audience.--Satisfaction donne 
    l'ambassadeur.--_Mmoire._ Dtails de l'audience.--Demande afin
    d'obtenir la sret du passage par mer pour le roi de
    Pologne.--Dclaration d'lisabeth qu'elle consent  donner
    toute protection en Angleterre au roi de Pologne, mais qu'elle
    n'y veut pas recevoir les gens de guerre qu'il emmne avec
    lui.--Ngociation du mariage.--Plaintes du roi au sujet des
    affaires d'cosse et des excutions faites par le comte de
    Morton.


    AU ROY.

Sire, je m'estois bien aperceu que ceulx de ce conseil se donnoient
beaucoup de peur, et en imprimoient beaucoup  leur Mestresse, de
l'armement de mer qui se prpare en Normandye pour le voyage de
Pouloigne: car, ds le XXVIe du pass, ilz avoient chauldement
dpesch ung courrier en Escoce, pour de rechef advertyr le comte de
Morthon de se tenir sur ses gardes, et de mettre le plus de soldatz
qu'il pourroit ez places fortes, portz et advenues du pays, affin de
ne laisser aborder aulcuns navyres de guerre, ny permettre d'aller et
venir aulcuns estrangiers par dell, et d'establir si bien son
authorit et avoyr l'oeil si ouvert, sur ceulx qui luy vouldroient
remuer quelque chose, qu'il les pet facillement et bientost rprimer;
et que, s'il luy survenoit quelque besoing de forces, qu'il seroit
promptement secouru de deux mille harquebusiers angloys et huict centz
chevaulx, et qu'on tiendroit une si bonne provision d'artillerye et de
pouldres, et monitions,  Varvic, qu'il en pourroit recouvrer, du jour
au lendemain, aultant qu'il luy seroit besoing. Et, par mesme
dpesche, mandoient au sire Jehan Fauster,  milord Scrup, et aultres
gardiens de la frontire du Nort, vers l'Escoce, de fre, de rechef,
bien soigneusement les monstres des gens de guerre et une description
expcialle de mille cinq centz harquebuziers pour estre prestz, 
toutes les heures qu'on les manderoit; laquelle dmonstration, Sire,
avec celle qu'ilz ont faicte, quand le comte d'Essex est party pour
Irlande, m'avoient desj assez faict remarquer leur grande meffiance
et leur souspeon; mais la Royne mesmes, me les a ouvertement et plus
 cler dclares, comme verrez par un mmoire que je joins  ce
pacquet.

Aprs avoyr prins cong d'elle, je suis entr l o les dicts du
conseil toient assembls, et leur ay faict voyr les pices, qu'il
vous avoit pleu m'envoyer, des dprdations, et plusieurs aultres que
j'en avoys devers moy, qui m'en ont dbatu quelques unes, et m'ont
fort expressment remonstr, qu'encor qu'il appart plus de pleinctes
du cost des Franoys contre l'Angleterre, que du cost des Angloys
contre la France, que nantmoins ilz avoient cest advantage de pouvoir
fre foy d'ung fort grand nombre de restitutions qu'ilz avoient
faictes aulx Franoys, l o, en France, n'en avoit est faicte
encores une seule aulx Angloys. Et aprs leur avoyr touch ung mot des
escrupulles que la Royne, leur Mestresse, m'avoit faict sur la seuret
du passage que je luy avoys demand, je leur ay remonstr que si elle
et eulx s'y arrestoient, ce seroit argument qu'ilz doubtoient par trop
de vostre bonne intention, et qu'ilz ne l'avoient nullement bonne vers
Vostre Majest; et les ay pris de vous fre voyr,  bon escient,
s'ilz vouloient demeurer en la bonne confdration du dernier traict,
ou bien s'ilz avoient intention de s'en dpartyr. Et les ayant ainsy
layssez, ilz m'ont mand, le jour aprs, que la dicte Dame m'avoit
accord le dict passage, et le saufconduict, sans aulcune difficult.
Et sur ce, etc.

    Ce IXe jour d'aoust 1573.


MMOIRE.

   Sire, quand, avec les lettres de Vostre Majest et du Roy de
   Pouloigne, vostre frre, je suis all prier la Royne
   d'Angleterre de luy vouloir octroyer le bon, et seur, et libre
   passage que requiert la bonne intelligence d'entre voz deux
   royaulmes, et la promise et jure amity d'entre Voz Majestez,
   avec toutes les aultres honnestes cautions que luy offriez en
   voz dictes lettres, et avec les meilleures persuasions, dont
   je me suis peu adviser;

   Elle m'a respondu que, quand  la personne du Roy de
   Pouloigne, vostre frre, et des principaulx, d'auprs de luy,
   et de son trein ordinayre, sa suyte et meubles, elle
   l'octroyoit trs volontiers, et que, sans saufconduict ou avec
   saufconduict, si le vent le jettoit par de, il y seroit
   aussy bien et honnorablement receu comme s'il abordoit en
   France, ou en son propre royaulme; mais, quand  ses gens de
   guerre, elle me vouloit dire librement qu'on luy avoit remis
   ce qui s'estoit pass, du propos d'entre elle et le Roy de
   Pouloigne, vostre frre, devant les yeux, et luy avoit on
   faict considrer que Vostre Majest et la Royne, vostre mre,
   et luy mesmes, aviez indubitablement eu une grande affection
   au mariage, mais que Mr le cardinal de Lorrayne, pour
   l'occasion de la Royne d'Escoce, sa niepce, avoit trouv moyen
   de l'interrompre; dont, s'il avoit eu tant de crdit en cella,
   il le pourroit bien avoir encores plus grand,  ceste heure,
   en chose de moindre consquence, pour, en faveur de sa mesmes
   niepce, entreprendre quelque nouveault dans ce royaulme, si
   tant de gens de guerre y abordoient.

   En quoy je luy ay rplicqu soubdein qu'elle me pardonnt, si
   je luy disois que c'estoit elle, et ceulx qui pour elle
   avoient many le dict propos de son mariage avec le Roy de
   Pouloigne, qui l'avoient  la fin interrompu, et non Mr le
   cardinal de Lorrayne; pour lequel je ozois et voulois bien
   respondre que, oultre qu'il avoit tousjours suivy les
   intentions de Leurs Majestez Trs Chrestiennes, et conseill
   les choses qui estoient pour la grandeur de leur couronne,
   comme estoit bien le dict mariage, qu'il avoit encores plus
   espr par l de solagement ez affres et  la personne de la
   Royne d'Escoce, que par nul aultre moyen du monde; et que, si
   elle vouloit considrer que Vous, Sire, aviez maintenant 
   establir ung grand et nouveau royaulme, qui estoit advenu 
   vostre frre, et non luy venir troubler  elle le sien, et que
   vous ne mettis, de gayet de cueur, ce nombre de gens de
   guerre sur mer, aprs la perte et diminution de beaucoup de
   voz forces en ces guerres civilles de vostre royaulme; ains
   que vous le faysiez pour accomplir vostre promesse aulx
   Poulounois, elle jugeroit bien que sa difficult estoit mal
   fonde.

   Et me suis eslargy en plusieurs clres dmonstrations l
   dessus, qui ont faict confesser  la dicte Dame qu'elle avoit
   regret de dbattre rien sur vostre raysonnable demande; mais
   que, pour satisfre  ceulx de son conseil, elle me prioit de
   luy donner temps, qu'elle la pet mettre en dellibration; car
   aussy savoit elle que l'affre n'estoit press, et qu'on luy
   avoit escript qu'il ne se mettoit plus tant de dilligence 
   l'embarquement, et sembloit que le voyage du Roy de Pouloigne
   ft, pour quelque occasion, retard; nantmoins elle esproit
   de vous satisfre de si bonne sorte en cest endroict, que
   Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et le Roy de
   Pouloigne, en resteriez contantz.

   J'ay poursuivy les aultres propos de voz lettres, du XVIIIe et
   XXIIIIe du pass, et mesmes de l'entrevue de Monseigneur le
   Duc, o elle s'est laysse fort facillement attirer; et a
   monstr que son ambassadeur luy en avoit escript, et que
   bientost j'auroys les lettres de Vostre Majest et de la
   Royne, vostre mre, pour luy en fre entendre vostre
   rsolution, ne dissimulant poinct qu'elle ne voult fort
   volontiers voyr Monseigneur le Duc par de; mais c'estoit
   tousjours avec la protestation de n'estre de rien oblige pour
   sa venue, et de n'encourir la diminution de vostre amity, ny
   de celle de la Royne, vostre mre, ny de luy, s'il s'en
   retournoit sans la conclusion du dict mariage.

   Je luy ay respondu, en peu de motz, _que la sincrit seroit
   la rgle de cella entre Voz Majestez_, et que l'affre estoit
   en toutes sortes si minent qu'il n'y pouvoit enfin rester
   rien de cach. Et l'ay laysse amplement discourir de ce
   faict, sans l'interrompre nullement; qui, aprs ses
   accoustumez doubtes, a termin son propos en plusieurs
   parolles de contantement.

   Et j'ay adjouxt que, par voz deux dernires dpesches, Vostre
   Majest ne me faisoit poinct mention que son ambassadeur vous
   et parl des choses d'Escoce, ains me commandiez de vous
   mander des nouvelles de ce pays l, et que j'estimois que
   vous touveriez bien estrange si ce qu'on disoit  Londres
   estoit vray, que le comte de Morthon eut faict excuter  mort
   ceulx qu'il avoit prins dans le chasteau de Lillebourg, qui
   s'estoient rendus  elle, et qu'il sembloit qu'ung rgent ne
   debvoit entreprendre ung faict de telle consquence, sans en
   advertyr les principaulx allis de la couronne.

   A quoy elle m'a respondu qu'elle n'avoit rien entendu de la
   dicte excution, et qu'elle avoit remis tout l'affre  ceulx
   du pays, et n'avoit accept les personnes de ceulx du dict
   chasteau pour prisonnyers; et qu'elle savoit bien que son
   ambassadeur vous avoit donn compte de tout ce faict; dont
   pensoit que, par le premier pacquet que je recepvrois de
   Vostre Majest, j'en serois amplement inform.

   Aprs, je luy ay touch, en termes bien exprs, tout ce que me
   commandis luy dire  l'gard du faict des dprdations, et
   elle, aprs l'avoir ouy paciemment, et en avoyr longuement
   dbatu avecques moy, m'a pri d'en communicquer avec ceulx de
   son conseil.




CCCXXXVe DPESCHE

--du XIIIIe jour d'aoust 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Monyer._)

  Disposition d'lisabeth  accepter l'entrevue.--Nouvelles de
    Flandre.--Excutions faites en cosse par le comte de
    Morton.--Nouvelles de Marie Stuart.--Bruit rpandu  Londres
    que les armes ont t reprises dans le Languedoc.


    AU ROY.

Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne ft en peyne du retardement
de vostre response, sur les lettres qu'elle a dernirement escriptes 
la Royne, vostre mre, et  Monseigneur, frre de Vostre Majest, je
luy ay envoy communicquer vostre dpesche du dernier du pass;
laquelle contient ce qu'avez arrest, le dict jour, avec son
ambassadeur: et semble bien, Sire, qu'elle s'attand  l'entrevue, car
j'ay sceu qu'elle a faict advertyr toutz les officiers de sa mayson de
ne s'esloigner, et de se tenir si prestz qu'ilz puissent estre devers
elle, en la part qu'elle sera, dans vingt quatre heures, aprs qu'elle
les aura mands. Cependant elle m'a faict expdier le sauf conduict
pour le voyage de Pouloigne, et m'a mand qu'il est en la plus ample
forme qu'il se peut fre.

Il se cognoit desj que l'estonnement, qu'on avoit prins, du succs
d'Arlem est pass, car les flammantz, qui sont icy, se sont si bien
encourags, depuis la nouvelle de Ramequin, et ont encourag
Maysonfleur et aulcuns franoys, qui auparavant estoient comme toutz
disposs d'aller trouver le prince d'Orange, qu'ilz s'embarquent,
toutz de compaignye, aujourdhuy ou demein, pour passer  la Brille.

Maistre Drury, mareschal de Barvic, est arryv en ceste cour, qui
apporte, comme l'on dict, la confirmation de la mort du cappitayne
Granges, et de son frre milord de Humes, de Melvin, de Cadinguen, et
aultres, qui estoient dans le chasteau de Lillebourg, lesquelz le
comte de Morthon a faict excuter; et qu'il a plusieurs rquisitions 
fre pour le dict de Morthon, entre aultres, l'on creinct qu'il
perciste  demander l'vesque de Roz, pour en fre aultant que des
aultres. A quoy, Sire, j'ay desj opos, et oposeray encores
davantage, le nom et l'authorit de Vostre Majest.

Monsieur le prsidant de Tours, lequel a est, plus d'ung moys, avec
la Royne d'Escoce, vient d'arriver, ayant trs bien et vertueusement
accomply la charge, qu'il avoit vers elle, dont il en rendra bon
compte  Vostre Majest. L'on a, premier qu'il soit party, remu la
dicte Dame en ung plus beau et meilleur logis qu'elle n'estoit, et luy
a l'on ung peu amply sa libert; et j'ay tant faict que la Royne
d'Angleterre a mand au comte de Cherosbery de la mener aulx beins de
Boeston pour sa sant, par tout ce moys d'aoust.

Il se parle icy diversement de l'estat des affres de vostre royaulme,
et que, en Languedoc, ceulx de la religion, ne se contantantz des
condicions de la paix, sellon les articles arrests  la Rochelle,
poursuyvent d'excuter les armes avec plus de violence que jamays, et
qu'ilz ont surprins Aygues Mortes et Bsiers, et sont les plus fortz
en la campaigne. Ce qui esmeut assez les Angloys, et tient en grand
suspens le reste des franoys, qui sont encores icy, qui avoient bien
desir de se retirer. Nantmoins je ne sentz, pour ceste heure, qu'il
se praticque rien par eulx contre vostre service. Le comte de
Montgommery est vers le cap de Cornoaille avec son beau frre, et ne
s'entend rien de luy par de. Je ne say s'il s'yra promener en
Irlande avec le comte d'Essex; aulcuns ont prsum qu'il le feroit,
dont je mettray peyne de le savoir, et de le fre observer. Sur ce,
etc. Ce XIVe jour d'aoust 1573.




CCCXXXVIe DPESCHE

--du XXe jour d'aoust 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Maladie du duc d'Alenon.--Projet d'lisabeth de se rendre 
    Douvres.--Sollicitations adresses au roi par Marie
    Stuart.--Ngociation du mariage.--Plaintes d'lisabeth  raison
    des prises rcemment faites sur les Anglais par les Bretons.


    AU ROY.

Sire,  ce que j'avoys mand dire  la Royne d'Angleterre, que
l'occasion, pourquoy je n'avoys encores receu vostre responce, sur les
lettres qu'elle avoit dernirement escriptes  Vostre Majest et  la
Royne, vostre mre, estoit pour la maladye survenue  Monseigneur le
Duc; et que je creignois bien fort qu'elle mesmes, pour n'avoyr poinct
monstr assez de correspondance  l'honneste affection de ce vertueux
prince, ait caus ce mal, elle m'a faict respondre, par ung mot de
lettre de milord de Burgley, qu'elle estoit bien marrie de
l'indisposition de Mon dict Seigneur, vostre frre, laquelle elle
esproit que ne seroit de longue dure, veu que, par conjecture, la
fiebvre luy pouvoit estre occasionne du long sige, et du travail
d'estre, par ce temps chault d'est, retourn de la Rochelle vers
vous, et qu'avec ung peu de repos, qu'il en seroit bientost quicte, et
restitu en sa premire sant, et qu'elle continuoit tousjours son
progrs en intention de se rendre  Douvre, le XXVe du prsent: et n'y
a rien plus de ce propos en la dicte lettre.

Cependant, Sire, je me suis approch, icy,  la suyte de la dicte
Dame, pour satisfre  la Royne d'Escoce, laquelle, aprs avoyr
licenci monsieur le prsidant de Tours, au bout d'ung moys, ou cinq
sepmaynes, qu'il a eu toute entire commodict d'estre avec elle, elle
m'a escript que, pour aulcuns affres qui concernent la personne
d'elle et son traictement, nous voulussions toutz deux, de compagnie,
en venir traicter avec la Royne d'Angleterre et avec les seigneurs de
son conseil. A quoy je n'ay voulu deffallir de l'office que m'avez
command fre tousjours icy pour elle; dont le dict sieur prsidant
rendra bon compte du tout  Vostre Majest. Et seulement je
adjouxteray, icy, quand  l'Escoce, que la dicte Dame desire fort
qu'il vous playse prendre bientost la rsolution que vous semblera
plus expdiente pour conserver vostre ancienne allience avec le dict
pays; car a est advertye qu'il y a des secretz articles d'une aultre
ligue avec l'Angleterre, desj toutz dresss, qui prjudicient
grandement  celle de Vostre Majest, et qu'elle ne prendra sinon en
trs bonne part, et n'interprtera sinon  bien, tout ce que vouldrs
adviser et rsouldre en cella, encor qu'en apparance il y semble avoyr
quelque chose qui puisse droger au droict et authorit d'elle; car
rputera que le ferez pour mieulx prserver elle, son filz et son
royaulme, d'ung plus grand inconvnient.

Et sur ce, etc. Ce XXe jour d'aoust 1573.


PAR POSTILLE.

   Depuis ce dessus, j'ay veu, par occasion, cette princesse,
   laquelle, aprs aulcunes siennes responces assez indiffrantes
   sur le faict de la Royne d'Escosse, m'ayant tir  part, m'a
   curieusement demand de la sant de Monseigneur vostre frre,
   et du faict de l'entrevue. A quoy, pour luy satisfre, je luy
   ay dict cella mesmes que naguyres je luy en avois escript, et
   que je n'en savois aultre chose, dont s'est esbahye du
   retardement de mon secrettre; et puis a adjouxt qu'elle me
   vouloit fre une grande pleincte de voz navyres de guerre,
   lesquelz, estantz partis de la Rochelle, estoient venus
   prendre, la sepmayne passe, sur la coste de Bretaigne, six
   navyres marchandz angloys, bien riches, et les en avoient
   admenez fort maltraicts, et qu'elle vous demandoit rparation
   de ce tort, tout ainsy qu'elle vous offroit non seulement la
   rparation des tortz de ses propres navyres, si, d'avanture,
   vos subjectz se pleignoient de quelqu'un d'eux; mais avoit
   envoy,  ses despens, prendre et rprimer, en faveur de voz
   dicts subjectz, les pirates, tout le long de la coste de de,
   pour leur assurer la navigation, et leur fre rendre leurs
   biens, ainsy que je l'avoys requis. Je luy ay fait la responce
   que j'ay estim convenir  ung tel faict, sellon l'ample
   argument que j'en avoys, rejettant la coulpe de ce mal sur le
   dsordre qui procdoit de son royaulme, et que j'en escriprois
   fort expressment  Vostre Majest. Elle et ceulx de son
   conseil ont bien fort  cueur cest affre.




CCCXXXVIIe DPESCHE

--du XXVe jour d'aoust 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr de Vassal._)

  Invitation faite  l'ambassadeur de se rendre 
    Douvres.--Ngociation du duc d'Albe pour obtenir un secours de
    vaisseaux anglais.--Affaires d'cosse.--Nouvelle qu'une mission
    a t donne au marchal de Retz pour passer en Angleterre.


    AU ROY.

Sire, il semble que l'ambassadeur d'Angleterre ayt escript en ceste
court que, premier que prendre nulle certeyne rsolution, sur les
lettres que la Royne d'Angleterre a dernirement escriptes  la Royne,
vostre mre, et  Monseigneur le Duc vostre frre, Vostre Majest
veult envoyer icy, vers elle, un personnage de qualit pour avoyr, sur
l'intention sienne touchant le mariage et l'entrevue, ung plus grand
esclarcissement que n'en avez peu prendre par ses propres lettres. Et
je say bien qu'elle et ses conseillers sont en grand suspens  quoy
il tient que je n'aye desj nouvelles de celluy qui doibt venir, et
que ne me mandez de fre entendre quelque chose de ce faict  la dicte
Dame. Et ont faict dire  mes gens, aprs que j'ay heu satisfaict aux
affres de la Royne d'Escoce, que, si je voulois suivre le progrs
jusques  Douvre, l'on me feroit bien accomoder de logis. Mais j'ay
advis, Sire, pour bonne occasion, de retourner jusques en ceste
ville, o j'ay apprins que, nonobstant qu'on ayt faict prendre bonne
esprance au duc d'Alve, qu'il pourroit estre accomod d'ung nombre
des grandz navyres de ceste princesse pour sa guerre de Hollande, et
dont il y en avoit desj quelques ungs sortis de la rivyre, elle les
a nantmoins toutz faict rammener dedans leur arcenal accoustum de
Gelingam; et que, quand Guaras a cuyd estreindre bien cest affre, il
s'en est trouv du tout descheu, et mesmes il a mal employ ung nombre
d'escus, vers des particulliers qui luy avoient promis de l'accomoder
de leurs propres vaysseaulx.

J'ay apprins que la dicte Dame faict prparer ce qui faict besoing
pour renforcer l'entreprinse d'Irlande, et pour pourvoir fort
soigneusement aulx choses d'Escoce, et que, pour mieulx fournyr aulx
deux entreprinses, elle faict ung emprunct nouveau sur toutes les
maysons de ceste ville, qui reviendra, ainsy qu'on dict,  quatre
centz mil escus. J'ay sceu, du cost d'Escoce, qu'il s'est trouv cent
gentilshommes escouoys, qui ont voulu plger de soixante dix mille
escus la vie du cappitayne Granges, et de servir de leurs personnes,
tant qu'ilz vivroient, le party du comte de Morthon, s'il la luy
vouloit saulver, mais le dict de Morthon n'y a voulu entendre et l'a
faict mourir, ensemble son frre et trois aultres, et que Melvin est
eschapp, parce qu'il a eu quelque bon amy en ceste court
d'Angleterre, et que le comte de Honteley, milord de Ruven et Me
Asquin ont tant pourchass pour milord de Humes qu'ilz ont faict
remettre son faict au prochain parlement, monstrant Me Asquin, qui a
espous sa seur, qu'il ne pourroit estre contant si l'on uzoit de
rigueur vers son beau frre; dont, de tant qu'il a le Prince d'Escosse
entre ses meins, et que ceulx, qui sont dedans Dombertrand, sont toutz
 sa dvotion, l'on ne l'oze offancer. Tant y a que les meilleurs et
les principaulx de la noblesse du pays creignent fort le dict prochein
parlement; dont desirent qu'il s'y puisse trouver quelqu'ung, de la
part de Vostre Majest, pour y modrer les affres. Et sur ce, etc. Ce
XXVe jour d'aoust 1573.


_Par postille  la lettre prcdente._

   Ainsy que je mettois fin  ceste dpesche, mon secrettre est
   arriv, avec les deux de Vostre Majest, des XIIIIe et XVIIIe
   du prsent; et incontinent j'ay faict venir des chevaulx pour
   m'acheminer l o est la Royne d'Angleterre, affin de
   l'advertyr de la venue de Mr le marchal de Retz, et la
   disposer  luy fre une bonne et favorable rception.




CCCXXXVIIIe DPESCHE

--du dernier jour d'aoust 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Audience.--Communication officielle de l'envoi du marchal de
    Retz en Angleterre pour la ngociation du
    mariage.--Satisfaction d'lisabeth.


    AU ROY.

Sire, parce que j'avoys desj dclar  la Royne d'Angleterre que, de
tant qu'elle ne s'estoit assez bien explicque de son intention par
les dernires lettres qu'elle avoit escriptes  la Royne, vostre mre,
et  Monseigneur le Duc, frre de Vostre Majest, qu'il ne vous avoit
peu clrement apparoir ce qu'elle y avoit voulu dire, sinon qu'elle
n'y avoit pas dict ce que vous aviez desir, ny ce qu'aviez justement
espr d'elle, vous aviez est contreinct, avec l'accidant survenu de
la maladye de Mon dict Seigneur, d'estre long et tardif de luy
respondre, je n'ay eu maintenant, Sire, de quoy toucher guyres
davantage de ce poinct  la dicte Dame; et, seulement, suis venu  luy
dire que, de tant que, par les honnorables et vertueuses dclarations,
qu'elle vous avoit souvant faictes, de son intention, elle vous avoit
layss prendre beaucoup de bonnes erres d'elle sur le propos de Mon
dict Seigneur, vostre frre, vous ne pouviez, ny vouliez maintenant
dlaysser le dict propos sans le conduyre  l'extrme et dernier
poinct de ce qui estoit requis, pour tesmoigner  elle et aulx siens,
et rendre manifeste  toute la Chrestient, que vous persvreriez,
jusques au bout, de pourchasser son allience par toutz les plus
honnorables moyens qu'il vous seroit possible, jusques  ce qu'elle
vous et mis hors de tout chemin de la pouvoir plus esprer; et que
pourtant Vostre Majest luy dpeschoit maintenant Mr le mareschal de
Retz, (personnage de telle lection, qu'elle savoit qui tenoit ung
trs grand lieu en vostre royaulme, et estoit singullirement bien
aym et estim de Voz Trs Chrestiennes Majestez), pour deux effectz:
l'ung, affin de deffrer, par la qualit sienne, tousjours aultant
d'honneur et d'avantage, que vous pourriez en cest endroict,  la
dicte Dame; et l'aultre, pour nettier si bien par luy toutes
difficultez et toutz escrupulles, qui pourroient rester en cest
affre, qu'il ne s'y pet dorsenavant trouver autre chose que dbatre,
sinon  qui, de Voz Majestez et de toutz les meilleurs et plus dvotz
serviteurs de voz couronnes, s'esforceroient,  l'envy les ungs des
autres, d'advancer l'accomplissement de ceste heureuse allience, et de
ce desir parantage, lequel debvoit rendre voz amityez perptuelles et
indissolubles  jamays. Dont, de tant que la venue icy, de Mr le
mareschal, luy estoit plus que mille et mille tesmoings de vostre
parfaicte persvrance et de celle de la Royne, vostre mre, et
encores plus expressment de celle de Monseigneur, vostre frre, vers
elle, je la supplioys trs humblement, et en vertu de ses mesmes
promesses et des honnorables propos qu'elle vous avoit tant de foys
faict tenir de ce faict, qu'elle voult maintenant monstrer comme elle
y avoit tousjours procd d'une vraye et pure, et non feincte, ny
simule volont; adjouxtant  cella, Sire, plusieurs aultres
instances, que j'ay estim convenir  bien disposer ceste princesse
sur la favorable rception de mon dict sieur le mareschal, et sur les
bons propos qu'il vient luy tenir.

A quoy elle, d'une dmonstration pleyne de grand contantement, m'a
respondu que, par son ambassadeur, elle avoit desj eu quelque notice
comme Vostre Majest dellibroit d'envoyer quelqu'ung vers elle, mais
n'esproit tant de faveur que ce ft Mr le comte de Retz, et rputoit
davantage  honneur que je l'appellois mareschal de France; et, encor
qu'elle penst d'avoyr escript ses lettres bien clres  la Royne,
vostre mre, si estoit elle trs ayse que en cherchissiez davantage
l'esclarcissement par ung personnage qu'elle savoit vous estre trs
inthyme et trs confident  toutz deux, me priant de vous fre ung
article bien exprs, par mes premires, du grand et trs cordial
mercyement, qu'elle vous en rendoit; et, que, en nulle aultre faon,
Vostre Majest, ny la Royne, vostre mre, ne luy eussiez peu donner
tesmoignage de vostre entire et souveraynement bonne intention vers
elle, ny qu'elle y et plus donn de foy que par le dict sieur comte,
lequel elle m'assuroit qu'il seroit le trs bien venu, et que, quelle
impression que se donnassent les aultres de voz divers prtextes en
cest endroict, elle ne les interprteroit dorsenavant que trs bons et
trs sincres pour elle.

Je luy ay merveilleusement agr sa responce, et avons est longtemps
en ce propos, et  parler de la maladye de Mon dict Seigneur le Duc;
lequel je luy ay assur estre hors de tout danger, et que, dans dix ou
douze jours, il pourroit sortir de la chambre. De quoy elle a monstr
d'estre bien fort ayse.

Et aprs, Sire, j'ay assembl ceulx du conseil de la dicte Dame pour
leur proposer la venue de Mr le mareschal, et fre expdier son
saufconduict, et imptrer des navyres de ceste princesse pour l'aller
qurir et assurer son passage, et pour les bien disposer  sa
rception. Dont ayant obtenu le tout, j'ay dpesch, avec toutes ces
provisions, le Sr de Vassal et ung de mes secrettres, qui parle
angloys, devers luy; par lesquelz j'espre qu'il se trouvera bien
satisfaict, et bien inform, de tout ce qu'il peut desirer pour son
arrive vers ceste princesse; laquelle il pourra encores trouver icy,
mardy prochein, mais, s'il ne passe si tost, nous la suyvrons 
Conthurbery, o elle fera quelque sjour. Et sur ce, etc. Ce XXXIe
jour d'aoust 1573.




CCCXXXIXe DPESCHE

--du IIIIe jour de septembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Pierre Ridou._)

  Prparatifs pour recevoir le marchal de Retz.--Soupon contre le
    comte de Montgommery.--Nouvelles d'cosse et de Marie Stuart.


    AU ROY.

Sire, ayant la Royne d'Angleterre estim que Mr le mareschal de Retz,
 son dsembarquement, seroit bien ayse d'avoyr quelque espace de se
pouvoir ung peu refaire du travail de la mer, premier que de se
prsenter  elle, ny luy aller explicquer sa lgation, elle a advis,
pour cella, de le recevoyr  Canturbery, quatre lieues dans le pays,
ville bien commode et assez espacieuse, o plusieurs seigneurs et
dames de sa court se rendront; et est partie de Douvre, quelques jours
plus tost qu'elle n'et faict, et a hast d'autant son progrs pour
luy laysser cette, commodict, mais ce n'a est sans avoyr
premirement command qu'il me ft largement pourveu  tout ce que
j'avoys demand pour les vaysseaulx de son passage, pour les navyres
de conserve, pour sa rception au sortir de la mer, et pour les
chevaulx qui luy feroient besoing; de sorte que je vous puys assurer,
Sire, qu'il est maintenant attendu, icy, avecques desir, et qu'il sera
le fort bien venu et fort honnorablement receu en ce royaulme.

Le vidame de Chartres a envoy prendre logis  Canturbery, qui ne sera
sans que luy et les aultres gentilshommes franoys, qui sont par de,
viennent saluer Mr le mareschal, et vueillent entendre curieusement de
luy l'estat de la paix de vostre royaulme. Cependant j'ay,  toutes
advantures, donn ordre que, pour les escrupulles qui me restent
encores du comte de Montgommery, ung personnage que Vostre Majest
rpute confident, soit, soubz aultre prtexte, all  la Rochelle;
lequel, aprs qu'il aura bien noth toutes choses dans la ville, les
vous yra dire, ou bien me les rapportera, icy, pour en advertyr Vostre
Majest.

Je n'ay apprins rien de nouveau d'Escoce, depuis mes prcdantes,
sinon que je viens de savoyr que le vieux Cauberon est arryv, depuis
deux jours, en ceste court, et que le Sr de Quillegreu le y a admen;
et que l'on dict que le comte de Morthon, pour quelque nouvelle
souspeon, a faict mourir milord de Humes, sans attandre le parlement.
La Royne d'Escoce est encores aulx beings, d'o elle m'a escript que
l'uzage d'iceulx a commanc de luy provocquer des sueurs, qui luy font
grand solagement  son mal de cost. Sur ce, etc.

    Ce IVe jour de septembre 1573.




CCCXLe DPESCHE

--du XXe jour de septembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Vassal._)

  Bonne rception faite au marchal de Retz.--Dtails de sa
    ngociation.--Entire justification de la conduite du roi dans
    les guerres civiles de France.--Heureux rsultat de la mission
    du marchal.--Honneurs qui lui sont rendus.--Rsolution des
    seigneurs du conseil d'approuver le mariage d'lisabeth avec le
    duc d'Alenon.


    AU ROY.

Sire, je say bien qu'estant, Mr le mareschal de Retz, de retour par
dell, Vostre Majest aura eu le plsir d'entendre, de luy mesmes, le
rcit de son voyage; dont je n'entreprendray de vous en toucher, icy,
les principalles particullaritez, parce qu'il n'aura pas obmis celles
qui servent de vous donner bon compte de ce qu'il a peu traicter et
rsouldre avec ceste princesse. Et seulement je vous supplieray, Sire,
de vouloir gratiffier, par quelque bonne parolle et par quelque
dmonstration,  l'ambassadeur de la dicte Dame, et me commander de
gratifier de mesmes, icy,  elle, les honnestes faveurs et bon
traictement qu'elle luy a faict recevoir en son royaulme; qui vous
puis assurer, Sire, que, nonobstant les choses advenues, depuis ung
an, en France, elle a voulu qu'on luy ayt uz les mesmes sortes
d'honneur et d'entretien qui furent faictz  Mr de Montmorency, quand
luy et Mr de Foix vindrent jurer la ligue, sinon que, lors, les choses
furent prpares de longtemps, et la court estoit  Londres, l o, 
ceste heure, il est arriv en temps de progrs, et sans qu'on ayt
sceu, que de bien peu de jours, sa venue. En quoy l'opinion de
plusieurs et ma propre expectation ont est de beaucoup surmontes, et
mesmes en ce qu'aprs qu'il a eu salu la dicte Dame, et qu'il luy a
eu explicqu sa premire charge, et faict les aultres honnestes et
bien fort honnorables complimentz vers les principalles personnes de
ceste court, il n'y a eu celluy qui n'ayt monstr de l'avoyr bien fort
agrable; et surtout quand, le troysiesme jour, il a eu dduict, par
ung bel ordre de peu de parolles, mais icelles de grande efficace et
pleynes de tout ornament, en l'assemble de ceulx de ce conseil, les
choses advenues, depuis quatorze ans, en vostre royaulme, commanant
ds l'entreprinse d'Amboyse jusques  la fin du sige de la Rochelle;
et que, pour respondre aulx objections et difficults que, pour tant
de divers vnementz, l'on faysoit contre le propos du mariage, il
leur a eu spar la rbellion de la cause de la religion, et monstr
fort clrement que vous aviez bien, Sire, tousjours prtendu de
rprimer l'une, mais non de vous porter jamays ennemy de l'aultre;
avec tant de apparantes raysons de cella, qu'ilz n'ont peu contredire
qu'il ne ft ainsy, et ont confess, tout hault, que nul plus grand ny
plus relev service il et peu fre  Vostre Majest en ce royaulme,
que de les avoyr renduz capables de ce faict; et qu'ilz desireroient
que dix mille Angloys, des plus passionnez, eussent est prsentz 
son discours.

Ung chacun s'est efforc, de l en avant, de l'honnorer et respecter
davantage, et la dicte Dame a faict augmanter l'ordre de son
entretien, et a depput des gentilhommes de bien bonne qualit pour le
servir, et des plus grandz de sa court pour l'accompaigner, de faon
que, depuis le sortir du navyre jusques au rembarquement, il luy a
est, d'heure en heure, toujours uz quelque chose de plus et de
mieux. Comme luy aussy, de son cost, Sire, a continu, jusques au
dire adieu, d'accomoder tousjours tout l'effect de sa ngociation 
leur honneur; et s'est conduict, en toutes choses, si sagement, et
avec tant d'honneur, vers eulx, qu'il les a non seulement renduz bien
diffiez de Vostre Majest et de la Royne, vostre mre, et de toutz
ceulx de vostre couronne, mais semble qu'il leur ayt faict perdre
toute la malle impression que, depuis ung an, ilz avoient conceue de
la France. Et luy a ceste princesse voulu donner ce tesmoignage, en la
prsence de ceulx de son conseil et de moy, que, depuis qu'elle est
royne, elle n'a poinct traict avec aulcun gentilhomme, d'o qu'il luy
eut est envoy, de qui elle ayt mieulx receu, ny eu plus agrables
les propos que de luy, parce que, si l'loquence n'y a point deffally,
elle a opinyon que la sincrit y a grandement abond, et qu'elle le
tient pour ung des plus dignes et acortz gentilshommes, qu'elle ayt
veu jamays, pour porter trs confidemment les secretz qui se mandent
entre princes.

Et, en ceste tant bonne opinyon, avec quelques honnestes prsentz,
qu'il a faictz  la dicte Dame et  ses plus expciaulx conseillers,
et avec la libralit qu'il a largement uze vers ceulx qui ont eu
charge de le servir et traicter, et encores avec la modration dont il
a sceu trs bien contenir toute sa troupe, qui n'estoit petite, il a
layss,  son partement, ung fort grand contantement de luy et une
trs bonne satisfaction de toute sa lgation, en ceste court.

Or, Sire, aprs l'avoir reconduict jusques  la mer, je suis retourn
fre ung commencement de mercyement  la dicte Dame de tant de bons
traictementz et honnestes faveurs, et du prsent que mon dict sieur le
mareschal avoit receu d'elle; laquelle a monstr, en son absence, plus
que quand il estoit prsent, de l'avoir en grande estime, et de donner
trs grand foy aux choses qu'il luy a dictes de la part de Voz Trs
Chrestiennes Majestez, et que, suyvant icelles, elle tiendra l'ordre
qui a est arrest entre eulx, lequel elle et ceulx de son conseil
m'ont, d'eux mesmes, dclar; dont j'ay veu le Sr de Quillegreu tout
prest  prendre la poste pour aller,  cest effect, trouver mon dict
sieur le mareschal; mais la dicte Dame s'est depuis advise qu'elle
diffreroit encores huict ou dix jours, affin d'attendre que
Monseigneur, frre de Vostre Majest, ft mieulx remis de sa maladye.
Et ses deux plus expciaulx conseillers m'ont, sur leur foy et
conscience, fort expressment assur qu'elle estoit trs bien dispose
 cest honnorable party, et que la difficult n'estoit plus que en ce
qu'on avoit rapport que l'accidant du visage de Mon dict Seigneur
estoit beaucoup pire que ne monstroit le pourtraict qu'elle en avoit
desj veu; lequel, s'il se trouvoit qu'il ne fet poinct flat, ilz
s'assuroient que toutz aultres empeschementz seroient bientost osts.
Et ay comprins de leur discours, Sire, qu'ilz sont rests bien
persuads de la justiffication de Voz Majestez, et du Roy de
Pouloigne, et de Monseigneur, sur les choses de France, par la
dduction que Mr le mareschal leur en a faicte; et que, pourveu que
Vostre Majest observe bien le nouvel dict, qui a est faict devant
la Rochelle, ilz retourneront sans aulcun escrupulle  la mesmes
confience qu'ilz avoient prinse de Vostre Majest; mais aussy, s'ilz y
voyoient la moindre infraction du monde, ilz jurent de jamais plus,
en faon du monde, ne s'y fier.

Et j'ay apprins, de fort bon lieu, que milord de Burgley, quand il est
venu  oppiner devant la dicte Dame sur la rsolution de ce bon propos
de Monseigneur le Duc, il a dict que, succdant ou ne succdant poinct
le dict propos, tousjours l'estat de leur religion demeuroit en
danger, mais qu'il y avoit quelque esprance d'y remdier, si,
d'avanture, le dict mariage s'effectuoit, l o, s'il ne s'effectuoit
poinct, il demeuroit du tout sans remde, car l'on pouvoit fre entrer
Mon dict Seigneur, par le contract du dict mariage, aulx mesmes
obligations qu'estoit la Royne, sur l'observance des dcretz du
parlement touchant l'ordre de la dicte religion, et que cella
tiendroit tout le temps de leur rgne, et durant encores qu'ilz
auroient l'administration de leurs enfans, si Dieu leur en donnoit, l
o, si la couronne venoit  ung aultre, qui ne se trouvt oblig aulx
dicts dcretz, il les pourroit changer, quand il voudroit; et qu'ayant
l dessus est rplicqu au dict milord que l'exemple des choses de
France monstroit que ce ne seroit se mettre seulement en danger, mais
se prcipiter en ung trs manifeste pril, s'ilz se commettoient  Mon
dict Seigneur, il a respondu que si, lors de l'excs et au milieu des
armes, et quand il estoit environn de ceulx qui s'exasproient contre
ceulx de leur religion, il avoit est trouv modeste, et n'avoit uz
une seule parolle, ny une dmonstration, ny un seul maulvais effect
contre eulx, il estoit bien  croyre que, quand il seroit icy, prs de
la Royne, leur Mestresse, et au milieu d'eulx, en un royaulme desj
estably  ceste forme de religion, qu'il s'y conduyroit encores avec
plus de modration. Dont toutz ceulx du conseil, aprs l'avoir ouy,
ont opin pour le mariage, pourveu que la personne de Mon dict
Seigneur puisse complre  leur Mestresse.

J'ay bien ouy, Sire, par ci devant, plusieurs aultres choses aussy
expresses que celles icy en ce mesme propos, lesquelles ne sont venues
 pas une conclusion. Ce qui me tient tousjours en souspeon qu'il y
puisse encores avoyr de l'artiffice cach; mais Mr le mareschal vous
apporte de quoy fre bientost venir en vidence ce qui en est. Et sur
ce, etc. Ce XXe jour de septembre 1573.




CCCXLIe DPESCHE

--du XXVe jour de septembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Communication sur les affaires de Pologne.--Nouvelles mfiances
    des Anglais et des Franais rfugis sur les projets du roi
    contre les protestans.--Affaires d'cosse.--Excs du comte de
    Morton.


    AU ROY.

Sire, l'on avoit donn entendre, en ceste court, que les prlatz et
palatins poulonnois, qui sont en la vostre, estoient si
merveilleusement opiniastres que, pour ne vouloir rien rabattre de
beaucoup de choses, qui mesmes apparoissent par trop extraordinayres
et hors de moyen ez chapitres de leur demandes, leur lgation s'alloit
finir en ropture, au grand malcontantement d'eux, et peu de
satisfaction de Vostre Majest et du Roy, vostre frre, et desj ceste
princesse m'en avoit touch quelque mot, en passant. Dont j'ay est
infinyement bien ayse d'avoyr eu de quoy fre voyr  elle et aulx
seigneurs de son conseil, par la lettre qu'il vous a pleu m'escripre,
du XIe du prsent, que le tout estoit bien et gracieusement accord,
au mutuel contantement de Voz Majestez et des dicts prlats et
palatins, et que les articles avoient est desj fort solennellement
jurez, en la grande glyse de Nostre Dame de Paris, avec l'aclamation
et publicque rjouyssance de ce nombre de grandz personnages, et d'une
infinyt de peuple, qui y avoient assist, et que Dieu qui n'avoit
moins monstr sa divine faveur, ez actes qui avoient suivy l'lection
que en l'lection mesmes, laquelle luy seul avoit conduicte,
manifestoit encores clrement qu'il vouloit mener tout l'affre  son
heureuse perfection.

A quoy la dicte Dame et iceulx de son dict conseil m'ont mand de bien
honnestes responces, du plsir qu'elle et eulx avoient que les choses,
les unes aprs les aultres, succdassent toutes bien  establir ce
grand estat en la personne du Roy de Pouloigne, vostre frre; et que
l'Angleterre, aussy bien que la France, en desiroit le trs ferme et
perptuel establissement; et qu'ilz ne mettoient en grand compte les
dmonstrations qu'aulcuns voysins faysoient, et mesmement le roy de
Dannemarc, de ne vouloir laysser en paix les affres de dell, tenant
encores arrests ung des ambassadeurs et le jeune Sr de Lansac: car ne
faysoient aulcun doubte que l'arrive du Roy, vostre frre, en son
royaulme, ne rduyse incontinent tout le pays en ung aussy paysible et
assur estat qu'il le sauroit desirer, et que, non seulement il ne
seroit inquit, ains ardemment recherch de bien estroicte amity par
toutz les princes chrestiens, qui seroient ses voysins.

Et s'est la dicte Dame faicte enqurir soigneusement si j'avoys receu
aulcunes nouvelles de Mr le mareschal de Retz, depuis qu'il estoit
party; qui semble, Sire, qu'elle attande en grande dvotion la
responce de la lettre qu'elle luy a escripte. Et se faict une
gnralle dmonstration, en ceste court et en ce royaulme, que le
voyage, que luy avez faict fre par de, et les propos que luy avez
faict tenir, ont hast ceulx cy de retourner en leur bonne premire
disposition vers Vostre Majest; qui n'y cheminoient qu' regret, et
comme s'ilz eussent march sur des pineuses et fort malayses
difficultez. Et se continue la rsolution d'envoyer, sur le
commancement de ce moys prochein, le Sr de Quillegreu par dell,
sellon que mon dict sieur le mareschal mandera qu'il se debvra fre.

Il est vray qu'on a faict courir, icy, ung bruit qu' Paris avoient
est tus quelques cappitaynes, qui avoient est recognus estre de
ceulx qui avoient soustenu le sige de la Rochelle, ce qui a cuyd
renouveller les escrupules  ceulx cy, lesquelz sont naturellement
deffiantz; qui m'ont faict fort curieusement examiner si j'en savois
quelque chose, mais j'ay jett cella bien loing, et ay fort rduict
ung chacun  n'en croyre rien. Les Franoys, qui sont icy, en
demeurent ung peu en suspens, lesquelz toutefoys je conforte fort de
retourner toutz en leur mayson, et qu'ilz y vivront trs assurez,
soubz la protection de Vostre Majest et observance de vostre dernier
dict.

Il y a dix ou douze jours que quatre centz cinquante harquebousiers
escoussoys, de ceulx du comte de Morthon, estantz abords en ung port
de ce royaulme, aussytost qu'ilz ont eu le vent bien  propos, ils
sont passez en Holande au service du prince d'Orange, et assure l'on
qu'il en est all plus de quatre mille aultres escouoys au service du
roy de Sude, et que, quand Vostre Majest, ou le Roy de Pouloigne,
en voudrez tirer quelque nombre, qu'ilz y yront trop plus volontiers
que au service de nulz aultres princes du monde. Ceulx, qui sont ainsy
sortis, sont cause qu'on vit en quelque faon tollrable dans le pays,
sans guerre, bien que soubz la dominion du dict de Morthon, qui est
violent et fort avare, et qui ne s'est rserv aulcun amy, et a impos
des subcides et empruntz sur la ville de Lillebourg, laquelle estoit
franche de tout temps; et a transport la fabricque de la monoye en sa
mayson de Datquier, et enfin a uzurp toutz les droictz royaulx. Il a
retir des bagues de la Royne d'Escoce, qui estoient en gages, et a
exig par menaces, de ceulx qui les avoient, aultant de somme qu'ilz
avoient desj prest sur icelles, par prtexte qu'ilz avoient fourny
de l'argent  ceulx qu'il a dclars rebelles; et a faict mettre
prisonnier dans le chasteau de Lillebourg le Sr Craffort, qui est de
voz gardes, parce qu'il avoit parl  la Royne d'Escoce, en passant.
Le comte d'Arguil, ayant rpudi la bastarde d'Escosse, a espous la
fille d'ung milord, qui n'est amy du dict de Morthon, de quoy il est
bien marry. Je ne puis assez, Sire, ramentevoir  Vostre Majest,
l'estat du dict pays, affin qu'il vous playse pourvoyr  ce qui faict
besoing, pour la conservation de vostre alliance; et semble qu'on
tienne icy en suspens le vieulx Cauberon de ne luy bailler sa dpesche
vers le dict de Morthon, sur la tenue du prochein parlement d'Escoce,
et sur l'affre de milord de Humes, de Cadinguen, et aultres qu'il
tient encores prisonniers, jusques  ce qu'on verra comme la
ngociation, que Mr le mareschal de Retz a remise en termes, s'yra
continuant. Sur ce, etc.

    Ce XXVe jour de septembre 1573.




CCCXLIIe DPESCHE

--du dernier jour de septembre 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par le beau fils de Cahier._)

  Secours donns en Angleterre au prince d'Orange.--Convocation du
    parlement d'cosse  Lislebourg.--Protestation de dvouement au
    roi faite par le dput de la Rochelle.


    AU ROY.

Sire, samedy dernier, ceste princesse est venue finir son progrs de
ceste anne au mesme lieu de Grenvich, d'o elle l'avoit commanc, et
semble qu'elle y fera quelque sjour, attandant qu'il luy vienne des
nouvelles de France, aprs le retour de Mr le mareschal de Retz, sur
la disposition des propos qu'elle a eus avec luy; et que sellon cella,
elle se puisse rsouldre des moyens qu'elle y aura, puis aprs, 
suyvre. Dont j'attandz aussy, Sire, quelque dpesche de Vostre
Majest, affin que j'aye occasion d'aller trouver la dicte Dame, et
que je recognoisse si elle persvre en ce qu'elle et les siens
principaulx nous ont faict esprer de sa bonne intention en cest
endroict. L'on s'attandoit que les principaulx du royaulme deussent
estre mandez,  la my octobre prochein, pour continuer le parlement,
mais je pense comprendre que cella sera remis jusques aprs la
chandelleur.

J'ay curieusement recherch le faict dont l'on m'avoit donn advis du
cappitayne Boychamp, et enfin j'ay trouv que c'est le cappitayne
Boysseau,  qui ceulx de la Rochelle, durant le sige, avoient donn
charge de leurs vaysseaulx de guerre, parce qu'il est natif de leur
ville, et que le comte de Montgommery luy avoit aussy baill une
commission de sa part, mais il ne m'appert encores qu'on luy ayt
renouvell son pouvoir depuis la paix; et si, d'avanture, l'on l'a
faict, j'ay opinyon, Sire, que c'est pour servir au prince d'Orenge:
car l'on faict, tous les jours, nouvelles dilligences, icy, en sa
faveur,  recouvrer armes, monitions, hommes et vaysseaulx, pour luy
envoyer; et mesmes l'on m'a dict que le Sr de Quillegreu, pendant
qu'il a est en Escoce, luy a praticqu mille cinq centz chevaulx
escouoys qui sont prestz  partir, pourveu que, d'icy, leur soit
envoy quelque commancement de paye et moyen de s'embarquer; ce qui ne
sera trop difficille d'estre moyenn par les vesques et plus
affectionns protestantz de ce royaulme. Et croy que c'est ung des
articles sur lequel l'on a faict temporiser quelque temps le vieulx
Cauberon, lequel,  mon advis, sera renvoy ceste sepmayne. Et m'a
l'on dict que le parlement, que le comte de Morthon avoit mand au
premier d'octobre  Lillebourg, est remis jusques au XXVIIIe du dict
moys, ce qui vous donra loysir, Sire, d'y pouvoir envoyer quelqu'ung
pour y assister de vostre part; et souspeonne l'on asss que le dict
de Morthon vueille dresser une entreprinse pour courre sus au comte de
Honteley,  cause de quelques jalousies qu'il a prinses de luy, bien
qu'il escript, icy, d'avoyr donn si bon ordre par toutz les portz et
advenues d'Escoce, qu'on ne doibt creindre que nulz estrangiers y
puissent faire descente.

L'agent, qui est encores icy, de la Rochelle, m'est venu confirmer, de
la part de ceulx de sa ville, que, en nulle sorte, ilz n'attempteront,
ny icy ny en nulle aultre part du monde, chose aulcune qui ne soit de
trs obissantz et fort loyaulx et fidelles subjectz de Vostre
Majest, et qu'ilz ne desirent rien tant que de voyr qu'on leur
continue la seuret qu'il vous a pleu leur donner, et que, sans
aulcune aultre garde, ilz ayent  confier, du tout, leurs vyes, biens
et personnes,  la seule protection de la parolle de Vostre Majest,
et qu'il estoit tout esbahy de ce qu'on disoit que les depputs de la
Rochelle avoient nouvellement est tus  Paris. A quoy je luy ay
respondu, quand au premier, qu'il ne debvoit demeurer en aulcun doubte
de vostre droicte intention vers les promesses qu'avez faictes  ceulx
de sa ville, pourveu qu'ilz se continssent en celle loyalle obyssance
qu'il me disoit, et que je tenois le bruict de ce meurtre de Paris
pour entirement faulx, parce que j'avoys des lettres assez fresches
de Vostre Majest, qui n'en faysoient aulcune mencion. De quoy il a
monstr de rester bien fort satisfaict. Sur ce, etc.

    Ce XXXe jour de septembre 1573.




CCCXLIIIe DPESCHE

--du VIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Anthoine de la Rue._)

  Audience.--Crmonies faites  Paris  l'occasion de l'lection
    du roi de Pologne.--tat de la ngociation du mariage.--Mission
    du capitaine Cauberon en cosse.


    AU ROY.

Sire, j'ay faict part  la Royne d'Angleterre, ainsy qu'il vous a pleu
me le commander par vostre lettre, du XVe et XVIIe du pass, de tout
l'ordre qui a est tenu, dimanche, trziesme du dict moys, en la
proposition et prsentation, que les ambassadeurs de Pouloigne ont
publicquement faicte  Vostre Majest, des dcretz des Estatz de leur
pays, sur l'lection de vostre frre, et la dclaration que, par le
bon consentement de Vostre Majest, le Roy, vostre frre, leur a
faicte d'accepter d'estre leur roy; et de l'entre magnificque et
honnorable qui, le jour aprs, luy a est faicte, comme  Roy de
Pouloigne, en vostre ville de Paris, avec le royal festin le soyr, en
vostre grande salle du pallays, ensemble le somptueux festin, du
lendemein, par la Royne, vostre mre,  son pallays des Tuilleryes; et
comme le tout a est conduict avec tant d'honneur et de bon ordre, et
de dignit, qu'on peut compter cest acte, ainsy achev, pour ung des
plus excellantz qu'on ayt jamays veu en France, et l'ung des plus
notables que Dieu ayt faict advenir, de beaucoup de sicles au monde;
et que Voz Majestez me commandoient d'en fre une expresse
conjouyssance avec elle, comme avec celle que vous saviez qui vouloit
participer, de bon cueur, aulx choses qui vous estoient et  honneur
et  contantement.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que, voyrement, elle participoit
grandement  ceste vostre flicit, et  l'heur et bonne fortune du
Roy de Pouloigne, vostre frre, et que Dieu ne permt pas qu'elle pet
tant oublier le debvoir, auquel l'amity, que luy avs tousjours
monstre, obligeoit la sienne entirement vers vous, qu'elle ne se
resjouyst de toutz les advantages et grandeurs qui vous advenoient, et
qu'elle ne se doulet pareillement de ce qui ne vous viendroit bien,
plus que nul aultre de toutz les princes de vostre allience; et que,
de ces actes tant honnorables, qui s'estoient passez avec les
ambassadeurs de Pouloigne, aulxquelz elle ne pouvoit qu'elle ne lout
infinyement la royalle esplendeur et gnrosit de vostre cueur, et la
singullire prudence de la Royne, vostre mre, et les desirables
qualits du Roy, vostre frre, elle s'en estoit desj beaucoup rjouye
en elle mesmes; mais que sa joye en estoit devenue de beaucoup plus
grande pour celle portion de la vostre que Voz Majestez luy en
faisoient maintenant adjouxter, et qu'elle esproit que, d' ung
commancement et progrs si heureulx, qu'on avoit veu jusques icy es
dicts affres de Pouloigne, la fin n'en pouvoit ruscyr sinon ainsy
heureuze et honnorable, comme le desiriez, et comme elle en prioit
Dieu, de bon cueur. Et m'a curieusement examin de plusieurs
particullaritez des dicts actes passez, et de ceulx d'advenir, et du
voyage du Roy, vostre frre.

A quoy je luy ay satisfaict le mieulx que j'ay peu, et luy ay promis
de luy bailler le mmoyre qui m'en sera envoy par escript, aussytost
que je l'auray receu, ce qu'elle m'a pry de n'oublier pas. Et j'ay
adjouxt que Vostre Majest, et la Royne, vostre mre, me commandiez
de luy dire que vous n'estiez meus de moins de desir, et n'aviez
l'affection moindre au bon propos, que luy aviez faict refreschir par
Mr le mareschal de Retz, que  ce mesmes affre de Pouloigne; et que
c'estoit ce dont aujourdhuy vous desiriez l'accomplissement aultant de
bon cueur, que de chose qui soit au monde, affin de la fre
participante, comme vraye et germayne seur, non seulement de ceste
nouvelle accession de Pouloigne, mais encores de toutes les aultres
prospritez et bonnes fortunes, que Dieu vous envoyera jamays.

A quoy elle m'a respondu que Vostre Majest, et la Royne, vostre mre,
luy aviez faict voyr si avant, dedans vostre intention, et dedans les
bons et vertueux desirs qu'avez vers elle, qu'elle ne vouloit, en
faon du monde, vous deffallir de correspondance, et que pourtant elle
attandoit de savoyr ce qui auroit succd, aprs le retour de Mr le
mareschal de Retz par dell, pour incontinent y envoyer ung
gentilhomme, sellon l'ordre qu'elle en avoit pris avecques luy.

Et se sont passez plusieurs propos, qui seroient longs  mettre icy,
entre elle et moy, l dessus; esquelz elle s'est efforce d'excuser la
longueur et les difficultez, que j'ay accus procder de son cost, et
m'a assur que Mr le mareschal avoit bien cognu qu'elles n'estoient ny
lgires ny vagues, et qu'il avoit assez comprins, sellon qu'il estoit
bien exprimant ez choses d'estat, que les dictes difficultez
estoient fondes en grandes considrations; dont elle les vouloit
rduyre  facillit, si elle pouvoit, affin de ne laysser venir aulcun
dgoust ny une seulle apparance de malcontantement, cy aprs,  Voz
Majestez et  Monseigneur, vostre frre, en ce faict, ou bien elle
auroit une extrme regret de le laysser passer plus avant; et nous
sommes remis, toutz deux,  ce qui nous en sera mand par la procheyne
dpesche de France.

Et, sur la fin, je luy ay faict une expcialle salutation, de la part
de Monseigneur, vostre frre, laquelle elle a monstr d'avoyr fort
agrable, et m'a soigneusement enquis de sa sant, et qu'elle n'avoit
peu comprendre, par la lettre que Mr le mareschal luy avoit escripte,
s'il estoit encores du tout parfaictement gury; mais qu'elle avoit
biens comprins d'aultres choses de ce qu'il luy avoit escript, qui
l'obligeoient grandement vers mon dict sieur le mareschal, et la
confirmoient en la bonne et grande oppinyon qu'elle avoit conceue de
luy.

Les seigneurs de ce conseil, au partir d'elle, m'ont longuement
entretenu de ce mesmes propos, et qu'ilz s'esbahyssoient comme il
n'estoit venu aulcune dpesche, depuis l'arryve de mon dict sieur le
mareschal par dell, et m'ont parl aussy bien fort honnorablement des
choses de Pouloigne; et mesmes a sembl que ce ft avec leur grand
plsir d'entendre qu'elles succdoient ainsy, de bien en mieulx. Et ay
trouv que la dicte Dame et eulx estoient, en apparance, toutz bien
contantz, sinon ung peu milord trzorier qui a prins plus  cueur, que
ne font les aultres, certeins livres diffamatoires contre l'estat du
gouvernement de ce royaulme, que ceulx de Rouen ont envoy semer en
ceste ville; de quoy a est faict une proclamation fort rigoureuse
contre ceulx qui apporteront, ny qui publieront, cy aprs, rien de
semblable.

Le vieulx Cauberon a est cependant renvoy, avec une fort ample
dpesche, devers le comte de Morthon, et croy que c'est sur ce nombre
d'escossoys qui doibvent passer en Hollande, et sur des consquences
qu'on faict icy, de la blessure d'Adan Gordon, plus grandes,  mon
advis, que le cas ne le requiert. Et sur ce, etc.

    Ce VIe jour d'octobre 1573.




CCCXLIVe DPESCHE

--du XIIIIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par Jacques._)

  Audience.--Rponse du roi sur la ngociation du marchal de
    Retz.--Satisfaction d'lisabeth.--Sa rsolution d'envoyer un
    ambassadeur en France pour cette ngociation.


    AU ROY.

Sire, parce que le courrier, qui m'a est dpesch, le XXVIIe du
pass, a est contreinct de sjourner huict jours entiers  Callays,
pour l'empeschement de la mer, (laquelle a bien est la plus haulte,
et pleyne de tourmante, qu'on l'ayt veue de fort longtemps, ayant
apparu, tout au long de ces costes, force mastz et pices de navyres
rompus, et des corps mortz en grand nombre, signe de quelque grand
naufrage advenu non guires loing d'icy), les lettres de Vostre
Majest, qu'il m'a apportes, ont est retardes jusques au VIIIe du
prsent, non sans que j'aye bien senty qu'elles se faisoient
aulcunement desirer en ceste court, et que les malintentionns en
commanoient desj d'arguer quelque rfroydissement: ce qu'ilz
eussent, possible, persuad, si une lettre de Mr le mareschal de Retz
ne ft auparavant arryve  ceste princesse, laquelle l'a tousjours
entretenue en bonne esprance. Et je vous puis assurer, Sire, que la
dicte Dame a monstr de prendre maintenant  beaucoup de plsir les
particullaritez, qu'il vous a pleu me commander de luy dire, de
mercyement des faveurs et bon traictement, qu'elle avoit faictz  mon
dict sieur le mareschal, et du desir que vous aviez de vous en
revencher vers quelqu'ung des siens, qu'elle pourroit envoyer par
dell, de ceulx qu'elle ayme et estime beaucoup; et de la prive
communicquation qu'elle vous avoit voulu fre par luy d'aulcunes de
ses intentions, pareillement de vous avoyr, par luy mesmes, ouvert le
fondz de son cueur; ensemble de l'assurance, qu'il vous avoit
apporte, que non seulement elle persvreroit constamment en vostre
amity, mais qu'elle estoit trs bien dispose de l'estreindre et la
rendre plus ferme par le mesmes moyen, dont vous la recherchiez, du
propos de Monseigneur, frre de Vostre Majest.

En quoy, Sire, seroit trop long de vous discourir tout ce que je luy
ay dduict, par le menu, sinon vous assurer que je ne luy ay rien
obmis du contenu de voz lettres; ny rien de ce que j'ay estim qui
pouvoit servir en cest endroict; mais il seroit encores beaucoup plus
long de vous racompter, une  une, toutes les honnestes responces
qu'elle m'y a faictes: car, en lieu de recevoir de voz mercyementz,
elle s'est efforce de vous en rendre infinys, de son cost, pour
avoyr, Vostre Majest et la Royne, vostre mre, voulu prendre de si
bonne part, comme elles ont, ce peu qu'elle a uz de bon traictement
vers Mr le mareschal, et ce qu'elle vous a mand par luy. Et s'est
ellargie  me discourir du contantement, que luy avez donn, de la
forme de ngocier qu'il a tenu avec elle, laquelle luy avoit est
singullirement agrable, et de la foy que pouvez indubitablement
adjouxter aulx choses qu'il vous avoit rapportes de sa part;
lesquelles elle vous prioit que les voulussiez trs fermement croyre.

Mais, quand j'ay reprins le propos pour luy dire qu'elle trouveroit
l'entire confirmation de tout ce que je venois de luy dire dans les
lettres de la propre mein de Voz Majestez et de Monseigneur,
lesquelles je luy ay soubdein prsentes; et que je l'ay eue bien fort
conjure de ne vouloir plus laysser au hazard du temps, ny au danger
de la longueur, ung si prcieulx affre, comme estoit celluy de ce
propos; et que vous la suplyiez de bon cueur qu'elle vous volt rendre
maintenant certein de ce qu'elle avoit rsolu d'en fre, il a apparu,
Sire, en son visage et en ses contenances, une plus grande
satisfaction que je ne la vous saurois exprimer, et a soubdein leu, 
part elle, toutes les quatre lettres, et puis me les a releues fort
distinctement, notant avec beaucoup de curiosit toutz les poinctz de
chascune.

Et a remis  plus de loysir de lire la cinquiesme, qui estoit de Mr le
mareschal; duquel elle a suivy  dire qu'elle cognoissoit bien qu'il
n'avoit pas rfroydy la matire, ainsy que quelques ungs l'avoient
desj pens, et qu'elle voyoit Voz Majestez Trs Chrestiennes, et les
vostres, continuer tousjours d'une si honnorable faon au pourchas de
son allience, qu'elle s'estimeroit par trop indigne d'honneur, si elle
ne mettoit peyne de vous y bien voyr correspondre; et que, sans
doubte, elle y avoit tousjours correspondu de bon cueur, mais que le
temps et les occasions ne luy avoient servy qu'elle l'et peu ainsy
manifester, comme elle et bien desir de le fre; et qu'elle n'avoit
jamays prins de dellay en cecy, que pour garder qu'il ne s'y en pet
mettre, quand les choses en seroient venues  meilleure conclusion; et
que, depuis le partement de Mr le mareschal, elle n'avoit pas perdu
temps  bien disposer aulcuns des siens  ce propos, qui estoient des
principaulx de son royaulme; car n'avoit  se soulcier de toutz, mais
bien se vouloit elle fort soulcier que, venant Monseigneur par de,
il y ft communment bien receu d'ung chacun, et aultant honnor et
bien veu, et y et aultant de contantement comme elle mesmes; et que,
quand elle verroit qu'il ne se pourroit fre ainsy, que jamays elle ne
consentiroit sa venue, nonobstant l'advantage qui luy en pourroit
rester  elle; et que sa dtermine rsolution avoit est de fre
partir, ce soyr mesmes qu'elle parloit  moy, le gentilhomme qu'elle
avoit promis  Mr le mareschal qu'elle envoyeroit par dell; mais
qu'il estoit tomb malade, ainsy que je le pouvois bien avoyr sceu:
comme, Sire, cella est vritable; mais qu'elle en feroit apprester
ung aultre qui partiroit indubitablement dans trois jours; et qu'elle
avoit  fre une querelle  Mr le mareschal de ce qu'il vous avoit
rvell, et  la Royne, vostre mre, le secret de ce message, car luy
avoit promis que Voz Majestez, pareillement Monseigneur, vostre frre,
n'en scauris rien, toutesfoys qu'elle remettoit bien en luy d'en uzer
comme il jugeroit estre bon, car le tenoit pour si advis et accord,
et d'une si bonne inclination en cest endroict, qu'il conduiroit le
tout  bon port.

Je luy ay rplicqu qu'elle trouveroit que la coulpe n'en estoit venue
de luy, ny du cost de dell, en faon du monde, ains de ce cost icy,
et que ce seroit luy mesmes qui la rabilleroit.

J'ay, incontinent aprs, parl  milord trzorier et au comte de
Sussex, et mestre Smith, estant le comte de Lestre encores absent en
sa maison, et leur ay faict l'honneste compliment du postscript de la
lettre de Vostre Majest, qu'ilz ont receu  beaucoup de faveur, et
m'ont parl en trs bonne faon et en beaucoup d'esprance de cest
affre. Et le dict grand trzorier m'a confirm ce qu'elle m'avoit
dict de la maladye et empeschement du Sr de Quillegreu, et m'a adverty
qu'elle avoit mand Me Randolf pour le fre apprester, et l'avoit
choisy elle mesmes bien qu'il luy en et nomm ung aultre, lequel elle
n'avoit voulu accepter, par ce, disoit elle, qu'il n'estoit bien
affectionn  son mariage; ce que le dict grand trzorier avoit prins
pour ung bon signe, et m'a assur qu'il trouvoit la dicte Dame trs
bien dispose en ce propos; mais, de tant, Sire, que le dict Randolf
ne me revient non plus, ny possible si bien, que faysoit Quillegreu,
je suis aprs  fre changer l'lection. Et sur ce, etc. Ce XIVe jour
d'octobre 1573.


_Par postille  la lettre prcdente._

   Si Vostre Majest trouvoit bon de fre venir icy quelques
   lettres de crdit, pour fre respondre, condicionellement, par
   des banquiers, en ceste ville,  ceulx qui peuvent ayder cest
   affre, que, au cas que le dict affre viegne  bonne
   conclusion, et que le dict mariage ensuyve, qu'il leur sera
   pay comptant telle et telle somme, l'on a opinyon que cella
   feroit un grand effect, car les simples promesses ne sont
   tenues en compte; et qu'on auroit plus  gr une telle somme
   de deniers contantz, que non pas une pension, ny ung revenu,
   ny ung estat en France; et si, ne courra rien de hazard, si
   l'affre demeuroit imparfaict, mais faudroit que ce fust de
   sommes assez notables.




CCCXLVe DPESCHE

--du XVIIIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Dsignation de Me Randolf pour passer en France.--Remise de
    l'ouverture du parlement.--Menes du duc d'Albe.--Secours
    donns par les Anglais au prince d'Orange.--Desir des rfugis
    de rentrer en France.


    AU ROY.

Sire, je vous ay renvoy Jacques, le courier, le XIIIIe de ce moys,
avec le rcit de toutes les responces que la Royne d'Angleterre m'a
faictes, quand je luy ay prsent les lettres, que Vostre Majest et
la Royne, vostre mre, et le Roy de Pouloigne, et Monseigneur, luy
avez, toutz quatre, escriptes de voz meins, ensemble ce que j'ay peu
nother davantage des propos que les seigneurs de ce conseil m'ont
tenu; qui n'en racompteray rien plus icy, et seulement vous diray,
Sire, que Me Randolf, lequel la dicte Dame a mand par la poste, parce
qu'il estoit absent avec le comte de Lestre, est arryv le deuxiesme
jour aprs, et est all descendre au logis de milord trzorier, o
j'estime qu'il a est fort soigneusement examin; et ne se publie
encores rien de son partement, ny ne s'en saura,  mon advis, le
certein, jusques  demein au soyr, que le dict comte de Lestre doibt
estre de retour. Et ne voy pas qu'il me puisse estre bien sant, Sire,
de fre rien davantage, touchant l'lection du dict Randolf, plus que
ce que j'ay desj faict; car est besoing, en l'endroict de ceulx cy,
sur une telle chose, aprs les avoyr bien advertys une foys seulement,
les laysser, de l en avant, fre comme ilz l'entendent, aultrement
ilz s'imagineroient des souspeons qui seroient trs difficilles de
les leur oster. Je procderay en cella, et en toute aultre chose, qui
concernera icy l'advancement de cest affre, le plus accortement que
je pourray.

Le chancellier et le grand trzorier, et le grand chambelland, et
plusieurs aultres seigneurs de ce conseil et de la noblesse de ceste
court, se sont trouvs  l'ouverture de ce terme de la justice, le
segond vendredy de ce moys, pour remettre encores plus loing la tenue
du parlement, duquel la continuation estoit assigne au XVe de ce
mesmes moys; et ilz l'ont prononce au IIIIe de febvrier prochein: et
ont fort dilligemment examin la cause de ceste lvation, qui avoit
apparu, vers Cambrich,  quarante mille d'icy, o ilz ont trouv qu'il
y avoit de la malice d'aulcuns et de la simplicit des aultres; et
sont aprs  y donner quelque forme de chastiement, si discrte,
qu'elle ne puisse effacer le lustre du repos, qu'on veut persuader 
ung chacun qu'est bien estably en ce royaulme.

Ces libelles, que les angloys, qui sont  Louvein, en avoient envoy
semer icy ung nombre, ont mis du trouble beaucoup en ceste court; car
il y est remonstr aulcunes choses  ceste princesse, de ceulx  qui
elle donne la principalle authorit, qu'il semble qu'elles soient trs
expresses et bien fort apparantes contre eulx, de sorte qu'ilz ne
savent o ilz en sont, et creignent que leur crdit en demeure fort
ravall; et prsuppose l'on que le duc d'Alve a tenu la mein  cella,
et qu'il faict que les partisans de Bourgoigne, icy, monstrent eulx
mesmes d'en estre offancs, affin que ces imputations soient
esclayres et espluches davantage, et que, par une telle attacque,
ceulx qu'il luy semble que tiennent icy les choses trop reddes contre
le Roy, son Mestre, en soient d'aultant rprims. J'entendz qu'il a
est propos de fre bientost passer quelque personnage de bonne
qualit, de la part du dict Roy d'Espaigne, vers ceste princesse, mais
ne se parle plus que ce soit le duc de Medina Celly, soubz couleur de
son retour, ains que ce sera ung aultre seigneur, tout exprs, et,
possible, ung ambassadeur rsident. Nantmoins le prince d'Orange ne
laysse, pour cella, d'avoyr tousjours icy bien vifves ses praticques,
et tire ordinayrement beaucoup de commodits de ce royaulme; et mesmes
les Escossoys, qu'il a, qui sont bien douze centz cinquante en nombre,
luy ont est addresss d'icy; vray est qu'on assure que leur payement
vient des deniers que le dict prince et le comte Ludovic, son frre,
avoient faict dpositer, l'anne passe, en France, pour une nouvelle
leve de franoys, aprs la route de Genlis,[23] et m'a l'on confirm,
de rechef, qu'il se prpare encores mille escouoys  cheval pour
aller,  ce printemps, trouver le dict prince.

  [23] Voyez ci-dessus _note_, p. 44.

J'ay baill des passeportz  douze ou quinze soldatz franoys, qui
sont naguyres venus de Ollande, pour eulx retirer en leurs maysons,
qui sont les ungs de Languedoc et Provence, les aultres de la
Guienne, les aultres de Bretaigne, et les aultres de Normandye, et
plusieurs d'entre eulx catholicques, qui s'estoient laysss mener par
diverses persuasions au dict pays, avant la dfaicte ou peu aprs
icelle du dict Sr de Genlis. Et toutz m'ont protest, avecques
srement, de vivre, sans contradiction aulcune, en bons et trs
humbles subjectz, soubz l'obyssance de voz dictz.

Je vous supplie trs humblement, Sire, de m'envoyer les saufconduictz
pour les Srs de Languillier, Du Refuge, Des Champs, La Meaulce, 
chacun ung; et pareillement pour Moyssonnyre, car ceulx l feront si
bien le chemin aulx aultres, qu' peyne en restera il pas ung, aprs
eulx, par de. Et desj le cappitayne La Meaulce s'estoit confi sur
ung passeport mien, mais, ainsy qu'il a voulu partir, il est tomb si
extrmement malade qu'on ne sayt qu'esprer de luy. Les aultres
franoys, qui sont de robbe longue, marchandz, artisantz, et leurs
femmes, repassent toutz les jours de dell, et en est repass plus de
cinq centz depuis ung moys. Sur ce, etc.

    Ce XVIIIe jour d'octobre 1573.




CCCXLVIe DPESCHE

--du XXIIIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr Ratheau._)

  Mission de Me Randolf.--Nouvelles des Pays-Bas.--Sollicitations
    du comte de Montgommery pour tre reu par
    lisabeth.--Protestation de dvouement du dput de la
    Rochelle.--Nouvelles d'cosse.


    AU ROY.

Sire; aussytost que le comte de Lestre a est de retour de
Quilingourt, l'on a mis en dellibration du conseil le voyage de
celluy qui doibt aller en France, et je n'ay oubly d'envoyer, soubz
mein, remonstrer, en la meilleure faon que j'ay peu, qu'il estoit
fort expdient qu'ung gentilhomme, de bonne intention et bien choisy,
y ft envoy. En quoy, aprs que toutes choses ont est bien dbatues,
la rsolution a est prinse de fre partir, dans la fin de ceste
sepmayne, Me Randolf pour aller achever ceste commission. Et le dict
comte ayant, avec une dmonstration de trs grand contantement, bien
receu l'office, que m'avez command de luy fre par le postscript de
vostre lettre, du XXIIIe du pass, m'a adverty que les ennemys de ce
propos avoient uz de beaucoup de malice, pendant qu'il estoit absent;
et qu'ilz avoient suppos ung homme, comme venant de France, qui avoit
parl si peu  l'advantage de la personne de Monseigneur, frre de
Vostre Majest, qu'il me vouloit dire, en gnral, que nul plus
maulvais rapport l'on n'et su fre de luy, et qu'il n'estoit pas
besoing que j'en sceusse davantage les particullaritez, mais qu'il
voudroit, de bon cueur, avoyr eu ce bien de voyr une foys Mon dict
Seigneur, affin de conveincre les faulces inventions qu'on s'efforoit
de mettre ainsy en avant: et monstre le dict sieur comte de prendre
bien  cueur cest affre. Le susdict Me Randolf dpend entirement de
luy; et est extrmement passionn en sa religion. Il a est
ambassadeur devers le Moscovite, et souvant employ vers les
Escossoys, et est reput icy assez adversayre de la Royne d'Escoce. Il
est mestre des postes de ce royaulme, qui est ung estat duquel l'on
faict assez de compte. J'estime qu'il voudra confrer avecques moy,
premier que de partir, dont je mettray peyne, s'il vient, de le
disposer le mieulx qu'il me sera possible, et desj il promect de se
dporter fort droictement en sa dicte commission.

Ceulx cy tiennent pour assez certein l'advertissement, qu'on leur a
donn, du passage du Roy d'Espaigne en Flandres,  ce prochein
printemps, et en font plusieurs discours, non sans y mesler des
souspeons et des deffiences beaucoup; et mesmes que ung docteur, de
ce pays, et ung milord, qui sont toutz deux personnaiges de beaucoup
d'estime vers les catholicques de ce royaulme, se sont, depuis ung
moys, achemins de Louvein vers le dict Roy d'Espaigne; ce qui faict
que, d'icy, l'on fomante davantage le party du prince d'Orange, et
qu'on ne prend plsir d'entendre qu'il se traicte d'accord ez Pays
Bas, ce que nantmoins l'on se persuade; et creinct on assez qu'il se
fera, bien que d'ailleurs l'agent du Roy d'Espaigne, qui est icy,
semble avoyr dcouvert que troys centz harquebuziers franoys doibvent
bientost aller trouver, de nouveau, les cappitaynes Poyet et
Maysonfleur, en Hollande, et que les flammantz, qui sont icy, lvent
des deniers entre eulx pour les payer.

L'on m'a rapport que le comte de Montgommery a fort pourchass de
venir en ceste court, promettant de mettre en avant des choses  ceste
princesse, qui seroient grandement pour son service; et que milord
trzorier luy avoit escript qu'il et ung peu de pacience, et que
bientost il luy imptreroit cette permission; mais, voyant qu'elle
tardoit trop, il a faict semblant de s'en vouloir retourner en France,
de quoy son beau frre a donn incontinent, icy, advis, et luy mesmes
a fort incist qu'il pet venir, mais il luy a est de rechef respondu
que cella ne se pouvoit encores fre. Et,  la vrit, Sire, l'on a
est, l'espace de quinze jours,  attandre, en ung logis de ceste
ville, que, d'heure en heure, le dict de Montgommery y arrivt, qui
est signe qu'il a eu grande esprance d'y venir; mais enfin, les Srs
de Lorges et Du Refuge, son filz et beau filz, sont partis, ceste
sepmayne, pour l'aller trouver, non sans que le dict Du Refuge me soit
venu dire adieu: et toutz deux monstrent d'estre fort desireux de
repasser en France.

L'agent de la Rochelle est venu, depuis deux jours, me prier que je ne
voulusse interprter, sinon  bien, sa demeure, pour encores, en ceste
ville, et de fre que Vostre Majest ne le prnt  mal, ny penst que
ceulx de sa ville y praticquassent rien, qui ne ft sellon le debvoir
de trs obyssantz et trs loyaulx subjectz; et que ce qui le dtenoit
icy,  ceste heure, estoit pour achever de payer ce qu'il avoit
emprunt au nom de ses concitoyens, pour lesquelz il estoit comme en
arrest, et qu'ilz supplioient trs humblement Vostre Majest de
demeurer trs assur de leur fidellit et perptuelle subjection; et 
moy, de m'informer, aultant curieusement que je voudrois, de leurs
dportementz, affin de n'en demeurer en doubte. Je luy ay respondu que
luy et ceulx de sa ville n'avoient chose qui plus leur importt
aujourdhuy, en ce monde, que d'imprimer une bonne et indubitable
opinyon de leur foy et obyssance  Vostre Majest, et d'viter toutes
occasions qui vous pourroient fayre prendre tant soit peu de souspeon
d'eux; qui pourtant l'exortois de se retirer d'icy, le plus tost qu'il
pourroit, attandu les choses passes, et que, puisqu'il m'estoit venu
advertyr de la ncessayre occasion, qu'il avoit, d'y demeurer quelque
peu de temps, que je le tesmoignerois  Vostre Majest.

Jacmes Levisthon, qui est de voz gardes, vient d'arriver, tout
prsentement, d'Escoce, il s'attand d'avoyr, demein ou aprs demein,
son passeport, et de continuer, incontinent aprs, son chemin vers
Vostre Majest,  laquelle il donra bon compte de toutes nouvelles de
son pays, et de la dmonstration que faict la Royne d'Angleterre de
vouloir remettre les deux chasteaulx, qu'elle tient par dell, ez
meins des Escouoys, suyvant l'instance que, en vertu du dernier
traict, je luy en ay souvent faicte; mais je croy bien, si elle en
vient  tant, que ce sera au comte de Morthon qu'elle s'en dmettra.
Et sur ce, etc.

Ce XXIIIe jour d'octobre 1573.




CCCXLVIIe DPESCHE

--du XXVIe jour d'octobre 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par ung serviteur de Me Randolf._)

  Confrence de l'ambassadeur avec Me Randolf.--Vives
    recommandations pour qu'il lui soit fait bon accueil en France.


    AU ROY.

Sire, aprs que la Royne d'Angleterre a eu bien instruict Me Randolf
sur les choses qu'elle luy vouloit commettre en France, elle luy a
command de me venir trouver, pour me confrer le tout, et j'ay mis
peyne de l'examiner bien curieusement de l'intention, avec laquelle il
passoit de dell; et il m'a monstr d'y apporter une trs bonne
affection vers le propos de Monseigneur, frre de Vostre Majest, et
de desirer que son voyage soit si heureulx qu'il puisse servir  y
fre venir quelque bonne conclusion; et qu'estant sa Mestresse fort
judicieuse, qui a l'esprit fort rare, et  laquelle il a toute
obligation de naturel subject de luy procurer son bien et
contantement, qu'il mettroit peyne de s'acquicter droictement, et avec
toute fidellit, et encores en conscience, de la charge qu'elle luy
bailloit, et de luy en rapporter aultant de certitude et de vrit,
comme il seroit en sa capacit de le pouvoir fre. Et m'ayant allgu
l dessus plusieurs doubtes et creintes, s quelles l'importance de ce
faict le mettoient, pour estre de chose qu'il rputoit trop prive, et
appartenir de trop prs  la propre personne de trs grandz princes,
vers lesquelz il n'avoit jamais eu auparavant rien  traicter, je l'ay
confort de n'en estre en nulle peyne, et qu'il avoit son addresse 
des princes qui estoient les plus courtois et humains, qui fussent en
tout le reste du monde, et qu'il auroit, d'abondant, ung trs bon
directeur en Mr le mareschal de Retz, dont ne falloit qu'il doubtt de
ne s'en retourner trs contant de Vostre Majest et de la Royne,
vostre mre, et de toutz ceulx de vostre couronne. Et luy ay, au
reste, si particullirement remonstr les trs grandes utillits, qui
procderont de son voyage pour le bien public de son pays, et pour le
sien particullier, qu'il me semble, Sire, qu'il s'en va bien dispos
et en bonne volont de bien fre. Dont, suyvant cella, je vous supplye
trs humblement de le fre bien et favorament recevoir, et de le fre
honnorer et bien traicter, affin qu'il y ayt encores de l'inclination
davantage. Il m'a dict qu'il emporte les mmoyres pour achever ce qui
reste, de l'article du commerce, dans le traict. Et sur ce, etc.

    Ce XXVIe jour d'octobre 1573.


    A LA ROYNE.

Madame, aprs que j'ay eu faict ma sollicitation en ceste court, sur
la dpesche de mestre Randolphe, j'ay mis peyne, quand il m'est venu
voyr, par deux foys, et fre bonne chre en mon logis, de luy fre les
dmonstrations du gnral intrest des deux royaulmes, et de celluy de
son particullier, qui dpendoient de son voyage, en si expresse faon
que je ne pense qu'il ayt est rien obmis de ce qui luy pouvoit estre
remonstr en cest endroict; et il monstre de partir aultant bien
diffy qu'il se peult dire vers tout ce qui y peut appartenir, et
d'avoyr une singullire affection de l'advancer. Il est vray qu'il
monstre de creindre bien fort la difficult du jugement qu'il a 
rapporter  sa Mestresse, et me semble qu'il part avec une opinyon
prjuge de la debvoir,  son retour, conseiller que, sans donner foy
ny  peintres, ny  rapporteurs, elle ne doibve croyre sinon  la
prsence, et qu'en toutes sortes, elle le doibve voyr; qui n'est le
pire expdient qu'il pourroit choisir, pour se desmeller d'une
commission qu'il rpute dangereuse. Nantmoins il importe beaucoup
qu'il parle,  son retour, en trs bonne sorte des choses qu'il aura
vues, et ouyes, par dell, comme je say bien qu'il ne le pourra fre
sinon ainsy, s'il ne veult laysser la vrit. Mais encores vous
supply je trs humblement, Madame, ne trouver maulvais que je vous
recorde que ceste nation se gaigne, plus que nulle aultre du monde,
par faveur et bonne chre, et par librallit, et qu'il est expdient
de luy en uzer ung peu largement; et qu'avec celle que Voz Majestez
luy feront, il luy en viegne encores quelque aultre de Monseigneur,
vostre filz, et n'oublier quelque promesse pour l'advenir, et de luy
confirmer bien fort expressment celles plus grandes qu'avez faictes
esprer au comte de Lestre et  milord de Burgley; car il dpend
entirement des deux. Et sur ce, etc. Ce XXVIe jour d'octobre 1573.




CCCXLVIIIe DPESCHE

--du dernier jour d'octobre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Dtails de la confrence de l'ambassadeur avec Me
    Randolf.--Objections faites contre le mariage.--Mesures prises
    en Angleterre  l'gard des puritains.--Dlibration au sujet
    de la prochaine arrive du roi d'Espagne dans les Pays Bas.


    AU ROY.

Sire, premier que Me Randolphe se soit achemin devers Vostre Majest,
le XXVIe de ce moys, ainsy que je le vous ay escript, du dict jour, il
m'est venu entretenir de plusieurs propos qui concernoient son voyage;
dont les deux plus considrables ont est de me dire que, si la Royne,
sa Mestresse, n'avoit poinct voulu croyre  Mr le comte de Lincoln, ny
 plusieurs milords qui estoient avecques luy, ny  Mr de Walsingam,
ny  Mr de Quillegreu, touchant la disposition de la personne de
Monseigneur, frre de Vostre Majest, comment pourroit on penser
qu'elle det maintenant adjouxter plus de foy au rapport qu'il luy en
feroit? et que pourtant son voyage avoit  estre, ou inutille, si elle
ne s'arrestoit non plus  son opinyon qu' celle de ceulx qui
l'avoient veu devant luy, ou bien fort prilleux, si il en opinoit en
aultre sorte qu'ilz n'avoient faict. A quoy je luy ay respondu que la
seule vrit le mettroit hors de tout ce danger, car sa Mestresse ne
vouloit sinon savoyr ce qui en estoit; et Voz Majestez desiroient
infinyement qu'elle le scet, sans qu'il luy en ft rien dguys; et
qu'estant davantage ayd par le portraict, il ne pouvoit nullement
errer en sa commission. Il m'a rplicqu qu'il vous supplieroit
donques, Sire, et la Royne, vostre mre, de ne trouver maulvais, au
cas qu'il remarqut quelque chose au dict pourtraict, qui ft
dissemblable de la vraye prsence, qu'il vous requt de le fre
rabiller. De quoy je l'ay assur que, non seulement Voz Majestez ne
seroient marryes d'estre advertyes de ce deffault, mais qu'elles
auroient trs grand plaisir de le fre rparer.

Son aultre propos a est que, advenant le cas que Monseigneur ft bien
agrable  sa Mestresse, comme il le vouloit ainsy esprer, si je
tenois pour cella que le mariage ft desj faict. Je luy ay respondu
que, du cost de Monseigneur, il n'y avoit nulle difficult, et, du
cost d'elle, l'on nous faysoit accroyre qu'il n'y en restoit plus que
celle l. Il a rplicqu que de certeyne impression, qu'elle s'estoit
donne, que,  cause de son aage qui commanoit ung peu  passer, elle
seroit bientost mesprise de ce jeune prince, lequel ne faysoit
qu'entrer en la fleur du sien; et de ne luy pouvoir poinct porter
d'enfantz, ou bien, si elle luy en apportoit, que ce seroit avec le
grand danger de sa personne, naystroient assez d'aultres difficultez,
qui seroient bien mal ayses de veincre; mais encores, quand toutes
celles l ne viendroient  produyre aulcun empeschement, j'avoys 
rechercher si le peuple de ce royaulme resteroit bien contant du dict
mariage, car mal volontiers vouloient souffrir les Angloys qu'un
prince estranger rgnt sur eulx, tesmoing ce qu'on avoit veu du Roy
d'Espaigne; et que je ferois bien de m'esclarcyr de ce poinct, premier
que de passer oultre, car me vouloit bien advertyr que beaucoup de
ceulx, qui avoient desir le mariage de leur princesse, ne vouloient
plus,  ceste heure, qu'elle se maryt, et que, parmy ceux l, il y en
avoit des plus grandz. Je luy ay respondu que ces particullaritez
n'estoient de la considration prsente, et ne touchoient en rien sa
commission, car elles avoient desj est toutes dbatues, et que je
m'assurois qu'il n'y auroit ny deffault d'amity, ny, Dieu aydant, de
lygne, ny de toute aultre bndiction et bonheur en ce mariage; et
que je n'estimoys pas qu'il y pet avoyr ung seul sy desloyal subject,
en ce royaulme, qui ne voult que la Royne, sa princesse, se maryt;
et qu'elle ne pourroit proposer rien de plus digne, ny de plus
honnorable,  son peuple, pour son mariage que Monseigneur, frre de
Vostre Majest, lequel ne viendroit icy estrangier, ains pour s'y
porter comme naturel angloys, et que l'exemple du Roy d'Espaigne ne me
mouvoit de rien, parce que la rayson estoit bien diverse.

Et ainsy, Sire, je n'ay faict semblant au dict Me Randolphe que je
m'arrestasse beaucoup  toutes ses considrations, lesquelles
toutesfoys j'ay bien voulu mettre icy, affin que Vostre Majest les
ayt en tel compte comme elle jugera qu'elles le mritent; et cependant
je mettray peyne d'aprofondir d'o elles peuvent derriver.

Ces jours passez, les seigneurs de ce conseil ont est fort occups
sur les remonstrances, que les vesques de ce royaulme sont venus fre
 ceste princesse, des grandz dsordres qui proviennent en leurs
glises et diocses, pour la multiplicit des religions, et mesmes
pour la presse que les Puretains font de vouloir avoir l'exercice de
la leur. Sur quoy, aprs plusieurs assembles des plus grandz et
notables du royaulme, et longue confrence avec les dicts vesques,
par meure dellibration de conseil, a est faicte une proclamation,
mais aulcuns estiment que cella ne sera suffisant remde, parce que le
nombre des Puretains est trop grand; tant y a que les Catholicques
demeurent paysibles.

Les dicts du conseil ont aussy longuement dellibr sur la venue du
Roy d'Espaigne en Flandres, laquelle ils tiennent pour fort certayne,
et que ce sera,  ce prochein primptemps, avec huict mille Espaignolz
de renfort et une fort grande provision de deniers, et qu'il fera son
chemin par Gnes. Sur quoy j'entendz, Sire, qu'entre eulx celle
opinyon a prvalu, laquelle a monstr de tendre  s'entretenir aulx
bons termes, o l'on est avec le dict Roy d'Espaigne, et d'accomoder
le faict des prinses, et les choses mal passes depuis cinq ans, et de
retourner  l'ancienne confdration, dont luy mesmes recherche ceste
princesse, et de conduyre dextrement, l dessus, et avec le plus qu'on
pourra d'honneur pour ceste couronne, une bonne ngociation, avec
ceulx qu'il y vouldra commettre de sa part. Et sur ce, etc.

    Ce XXXIe jour d'octobre 1573.




CCCXLIXe DPESCHE

--du VIe jour de novembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par le Sr Vigier._)

  Confrence particulire de l'ambassadeur avec le lord garde des
    sceaux sur la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, il est advenu que milord Quipper et moy avons est assis, l'ung
auprs de l'aultre, en ce festin du mayre de Londres, o j'ay eu la
commodict de parler longuement  luy, et je l'ay principallement
entretenu de l'honnorable lgation qu'aviez dernirement envoy fre 
la Royne, sa Mestresse, par Mr le mareschal de Retz, et comme Vostre
Majest avoit bien voulu tant deffrer  la plus estroicte amity et
confdration qu'avez maintenant avec elle et avec sa couronne, que de
luy mander cestuy tant expcial et confident ambassadeur pour luy
donner compte des plus importantz vnementz de vostre royaulme, non
seulement de ceulx du jour St Barthlemy, et de ce qui avoit suivy
aprs, mais encores de ceux qui avoient commanc, ds la premire
prinse des armes par voz subjectz, en l'an soixante ung, jusques  la
fin du sige de la Rochelle, qui estoient douze ans d'ung continuel
trouble, et d'ung merveilleux et bien fort dangereulx suspens de tout
l'estat de vostre royaulme; et que j'avoys grand regret qu'il n'eust
est prsent  ce rcit, affin de ne demeurer moins bien diffi des
actions de Voz Majestez Trs Chrestiennes et de toutz ceulx de vostre
couronne, qu'avoient faict ceulx des aultres du conseil qui l'avoient
ouy; et que je m'assuroys qu'il et, avec eulx, facillement dpos ces
escrupulles, qu'ilz en avoient auparavant conceu, et sur lesquelz ilz
avoient, depuis quinze moys, tenu tousjours accroch le bon propos de
Monseigneur le Duc, pour, dorsenavant, le laisser parvenir  quelque
bonne conclusion, sellon que je savois bien qu'entre toutz les dicts
du conseil il avoit tousjours, plus fermement que nul aultre, opin
pour cest honnorable party. Il m'a respondu, Sire, que, de trs bon
cueur, il et veu Mr le mareschal, et et fort volontiers ouy de luy
la justiffication de Vostre Majest sur les choses de Paris, et n'en
et rest moins bien persuad, ny moins satisfaict, qu'avoient faict
ceulx qui estoient prsentz; et que, touchant le propos de
Monseigneur, il confessoit de l'avoyr tousjours plus vifvement
conseill que nul aultre de ce royaulme; et qu' la vrit les
vnementz de France luy avoient bien faict suspendre, mais non jamays
changer d'advis, ainsy que la Royne mesmes le savoit trs bien; et
qu'il avoit trs grand plsir que ces nues fussent ung peu haulces,
nantmoins aulcuns jugeoient que les plus grandes difficultez venoient
maintenant de nostre cost. A quoy luy ayant soubdein rplicqu que je
luy voulois respondre, sur le pril de ma vye, qu'il n'y en avoit
nulle; il a suivy  dire que je ne savoys tout, ny ma vye ne pourroit
respondre de tout, et que le temps mneroit bientost cella  lumyre;
dont, si les empeschementz cessoient, il conseilleroit aussy le
mesmes, qu'il avoit tousjours faict,  sa Mestresse, d'accepter cest
honnorable party du frre de Vostre Majest: et c'est la substance de
tout ce que j'ay peu tirer de luy.

Puis, au sortir de table, milord trzorier s'est retir,  part,
avecques moy, pour me demander des nouvelles de France et de ces
divers bruictz qu'on en faysoit courir par de, et si le Roy de
Pouloigne, vostre frre, entreprendroit son voyage avant le
primptemps. A quoy luy ayant trs bien satisfaict, jouxte la dpesche
de Vostre Majest, du XVIIIe du pass, je l'ay, de propos en propos,
tir  parler des choses d'Allemaigne, parce que j'avoys sceu que Me
Estrange estoit arryv le jour prcdant. Et il m'a confess que la
Royne, sa Mestresse, avoit eu des nouvelles bien fresches de
l'Empereur, lequel se monstroit tousjours fort bien inclin vers elle,
et que une des choses,  quoy il avoit prins le plus de plaisir, de
toutes celles que celluy, qui venoit de dell, avoit rcites, estoit
que, des mesmes domesticques de ce prince, dont il y en avoit de
catholicques et de protestantz, les ungs et les aultres convenoient
trs bien  l'accompaigner  la messe, et ceulx qui estoient de sa
religion demeuroient avecques luy, et les aultres alloient au presche
et  l'exercice de la religion protestante; et nantmoins tous
concouroient fort paysiblement ensemble  son service, qui estoit ung
exemple par lequel ce premier prince des Chrestiens monstroit, en
embrassant les Catholicques, de n'estre poinct perscuteur des
Protestantz, et de tollrer l'exercisse des deux religions en son
estat.

A quoy je luy ay respondu que l'Empereur servoit au temps; et qu'il
avoit cy devant assez monstr de quel esprit il estoit meu en cest
endroict, et que, quand  la France, je le priois de croyre fermement
que ce que Mr le mareschal de Retz luy avoit dict, de vostre
dellibration l dessus, se trouvoit trs ferme et trs vritable,
sellon que je luy en pouvois fre voyr une fort expresse confirmation
par la dernire dpesche de Vostre Majest. Et soubdain, je luy ay
monstr l'article qui parloit fort dignement et en termes fort propres
de ce poinct, lequel il a eu fort  gr de le voyr; et n'ay, pour ce
regard, pass  rien davantage, comprenant en moy mesmes assez bien 
quoy vouloit tendre tout ce qu'il me disoit, mais, aprs l'avoyr
remercy de la dilligence, dont je m'assurois qu'il avoit uz  former
l'intention de Me Randolphe, premier que de le dpescher en France, et
de ce qu'il l'avoit faict venir confrer avecques moy, je luy ay
particullariz, Sire, les mesmes propos que je vous ay desj escript
que le dict Me Randolphe m'avoit tenus; et, nommement, ceulx de ces
nouvelles difficultez qu'il m'avoit allgues, oultre celle pour
laquelle il estoit maintenant envoy; et que, si cella venoit de plus
haut que de luy, je pryois le dict milord de considrer, combien,
entre grandz princes, et sur ung affre si royal et si privilgi
comme estoit cestuy cy, toute ceste faon de deffettes convenoit mal 
la grande sincrit, dont Voz Majestez Trs Chrestiennes, et
Monseigneur, avoient uz en leur honnorable pourchas; et que ce
n'estoit propos que je vous peusse ny celler, ny dissimuler.

A quoy il m'a respondu qu'il ne savoit sur quelle occasion Me
Randolphe estoit venu si avant avecques moy, et nantmoins que
c'estoient les mesmes difficultez qui avoient est desj assez souvent
dduictes, et qu'il n'y pouvoit avoyr rien de mal qu'il me les et de
rechef renouvelles, nantmoins qu'il me pouvoit dire en vrit que, 
prsent, il ne voyoit, quand  luy, qu'il y et aulcune aultre
difficult que celle de la personne de Monseigneur pour le
contantement de sa Mestresse; et qu'il estoit bien ayse de m'ouyr
parler si confidemment, comme je faysois, de luy et de sa belle
disposition, et de ce qu'il sembloit que j'eusse, soubz mein, faict
toucher  la dicte Dame que la Royne, vostre mre, m'en avoit de
nouveau escript aulcunes particullaritez qui l'avoient fort contante;
et qu'il estoit bien d'advis que je confrasse de ces propos de Me
Randolphe avec le comte de Lestre, comme, Sire, je suis aprs  le
fre, le plus tost que je pourray. Et cepandant le dict comte m'a
mand qu'il avoit conjur le dict Me Randolphe de se dporter bien et
sagement en ceste commission, et de se donner bien garde que, par luy,
le propos ne vnt en pires termes qu'il n'estoit  prsent; car, par
cy aprs, l'on luy feroit plus parfaictement cognoistre, qu'on ne
faisoit maintenant, combien ce mariage estoit ncessayre.

Et ainsy, Sire, comme je n'ay pas cogneu, pour ce coup, rien de
contrayre  ce propos, par ces troys personnages, aussy n'ay je rien
ouy d'eux, o je puisse mettre plus de fondement que devant; mais je
mettray peyne de les approfondir tousjours davantage, affin que,
d'heure en heure, je vous puisse donner plus de lumyre de leur
intention.

Cependant, Sire, l'on me veult faire accroyre que les deux chasteaulx,
de Humes et de Fastcastel, en Escosse, ont est remis ez meins des
Escossoys; dont, pour en savoyr mieulx la vrit, et pour entendre de
l'estat du reste du pays, duquel l'on m'a dict que les choses sont
fort prs de retourner  quelque altration,  cause que le comte de
Morthon n'a voulu rendre les sceaulx et estat de chancellier au comte
de Honteley, ains l'a baill  ung aultre jeune milord son parant,
j'ay dpesch, par mer, ung homme exprs par dell, et ay escript 
quatre seigneurs du pays, desquelz j'espre que j'auray bientost leur
responce. Et sur ce, etc. Ce VIe jour de novembre 1573.




CCCLe DPESCHE

--du XIe jour de novembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Charles de Bouloigne._)

  Confrence particulire de l'ambassadeur avec Leicester sur la
    ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, pour le desir que j'ay eu de parler au comte de Lestre, sur
l'occasion que j'ay desj escripte  Vostre Majest, je l'ay envoy
prier de me donner la commodict que je le peusse aller entretenir
ugne heure en son logis, et il m'a uz ceste courtoysie de me venir
trouver fort privement au mien; o, aprs que je luy ay eu donn
compte des nouvelles de France, et de la ferme dellibration que
Vostre Majest a de fre observer l'dict de la paix, et comme toutz
ces faulx bruictz, qui avoient couru, icy, qu'on et maltraict ceulx
de la nouvelle religion, depuis la rduction de la Rochelle et de
Sanserre, estoient faulx; et que je le pryois de garder la mmoyre de
ce que Mr le mareschal de Retz luy avoit dict de vostre bonne
intention  la paix et au repos de la Chrestient, et de celle de
Monseigneur  l'observance des loix et ordres de ce royaulme; et qu'il
ne se trouveroit, pour chose qui pet jamays advenir, qu'il y et
manquement ez parolles et promesses de Vostre Majest; et luy ayant,
au reste, satisfaict  des particullarits, qu'il m'a demandes, du
voyage du Roy de Pouloigne, vostre frre, je l'ay infinyement remercy
de trois bons offices que je savois qu'il avoit faictz: l'ung,
d'avoyr confirm, plus que nul aultre de ce royaulme, les
remonstrances de Mr le mareschal de Retz touchant la justiffication de
Vostre Majest et de la Royne, vostre mre, et des vostres, sur les
vnementz de St Barthlemy, et avoyr ost, aultant qu'il a peu, 
ceulx de ceste court et aulx principaulx de ce royaulme, la malle
impression qu'ilz en avoient; le segond, de ce qu'il avoit instruict
et bien inform Me Randolphe au faict de sa commission en France; et
le troysiesme estoit d'aulcunes siennes, bonnes et favorables,
dmonstrations, vers la Royne d'Escosse; et qu'il s'assurt que,
prenant ainsy  cueur, comme il faisoit, les choses qui concernoient,
icy, Vostre Majest, il fortiffieroit ung party, duquel, avec le bien
et seuret de la Royne, sa Mestresse, et de ceste couronne, il
s'acquerroit ung perptuel refuge pour luy; oultre que, prsentement,
et  l'advenir, Vostre Majest en auroit une non petite
recognoissance. Et me suis de tant plus efforc, Sire, de luy
rallumer l'affection que, de longtemps, luy et les siens ont eu  la
France, que je savoys qu'il estoit bien fort praticqu et trs
instamment sollicit d'ailleurs, et que l'homme, retourn
d'Allemaigne, et ung adjoinct, qu'il a prins en Flandres, estoient
ordinayrement aprs luy. Et puis je luy ay touch ces difficultez que
Me Randolphe m'avoit dduictes, et comme j'avoys trouv bon d'en
confrer avecques luy, premier que de les escripre, affin que je ne
les fisse prendre en plus de considration qu'il ne jugeroit que
Vostre Majest les det avoyr. Et pense, Sire, n'avoyr rien obmis de
ce qui a peu servir  bien fort encourager le dict comte vers la
conclusion du bon propos, et  n'y admettre plus une seule sorte de
longueur ny de remise.

Et il m'a respondu, Sire, qu'il avoit ung trs grand plsir d'entendre
que ces nouvelles, qu'on avoit publies, d'ung renouvellement de
trouble et d'ung maulvais traictement en France, contre ceulx de la
nouvelle religion, fussent faulces; et remercyoit Dieu qu'il se
cognt, de plus en plus, que la dellibration de Vostre Majest estoit
trs ferme  l'observance de son dict; et que, de sa part, il avoit
receues pour trs justes et lgitimes les occasions que Mr le
mareschal avoit dduictes de l'accidant de Paris, et pour telles les
avoit imprimes  toutz ceulx qu'il avoit peu; et qu'il me pouvoit
assurer, Sire, qu'il vous avoit regaign ung grand nombre des plus
notables de ce royaulme, qui estoient fort allienns de Vostre
Majest; qu'il voudroit, de bon cueur, que ces aultres nouvelles qu'on
avoit semes de Monseigneur, frre de Vostre Majest, comme il estoit
sorty de sa dernire maladye aussy jaulne que cuyvre, tout bouffy,
deffigur, bien fort petit et mince, fussent pareillement faulces; et
qu'il me vouloit bien dire que j'avoys faict ung service fort 
propos, et qui avoit est fort agrable  sa Mestresse, d'avoyr si
confidemment assur, comme j'avoys faict, tout le contrayre; et que
j'eusse monstr des lettres de la Royne, vostre mre,  cest effect,
lesquelles se rapportoient  ce que le docteur Dail en avoit aussy
escript, qui en parloit bien en la plus advantageuse faon qui se
pouvoit dire; et que c'estoit quelqu'ung, qui avoit nagures veu Mon
dict Seigneur, qui avoit sem ce meschant bruict. Dont, en l'assurance
de ce que Mr le mareschal avoit dict, sur son honneur, que la personne
de Monseigneur se trouveroit d'une parfaicte et belle disposition,
pour debvoir playre  quelque princesse que ft au monde, il avoit
bien voulu soigneusement advertyr le dict Me Randolphe qu'il n'et 
rapporter que la vraye vrit de ce qu'il verroit; ce qu'il pensoit
qu'il le feroit sans doubte, bien qu' dire vray il et desir qu'ung
mieulx inclin, que luy, et faict le voyage; et que, pour le regard
des difficultez qu'il m'avoit allgues, que je creuse qu'elles
procdoient de sa passion, et non qu'il les et ouyes de Sa Majest,
icy, ny d'eulx de son conseil, ny d'aulcun des grandz, ny encores du
commun de ce royaulme; car toutz universellement desiroient le mariage
de leur princesse. Bien failloit que je me recordasse comme l'on avoit
advis de rserver toujours quelque difficult, affin qu'on n'et 
toucher  celles de la personne, au cas que le mariage ne vnt 
effect, mais il me promectoit, devant Dieu, qu' prsent il n'en
savoit nulle aultre que celle l seule, et qu'il trouvoit que la
dicte Dame estoit, plus qu'elle ne fut oncques, bien dispose  ce
propos. Et me vouloit advertyr, en secret, que Me Randolphe, au
prendre cong d'elle, luy avoit demand s'il n'uzeroit pas de quelques
termes froidz, en France, pour elloigner le dict propos, au cas qu'il
trouvt que Mon dict Seigneur le Duc ne ft pour luy complayre; et
qu'elle luy avoit respondu qu'elle l'avoit choysy comme son oeil, en
ceste commission, et qu'elle luy enchargoit, sur sa loyault, de luy
rapporter le plus fidelle et certein pourtraict de Monseigneur qu'il
luy seroit possible, et qu'il se gardt bien de dire ou fre chose,
par o l'on pet arguer qu'elle voult rfroidir ou elloigner le dict
propos; et que le dict sieur comte, pour son regard, engagoit  Dieu
et  Vostre Majest sa foy et son honneur qu'il s'efforceroit, de tout
son pouvoir, de conduyre cest affre au bon effect que desiriez,
sellon qu'il cognoissoit que c'estoit le bien et conservation de sa
Mestresse, et le repos de son royaulme; et que si, d'avanture, il ne
le pouvoit fre, il supplyoit trs humblement Vostre Majest de croyre
qu'il n'auroit tenu  luy, ny  nul office et bon debvoir, qu'il y
auroit peu fre; et qu'en toutes sortes il avoit  rester le plus
parcial franoys qui ft en ce royaulme. Et a confirm cella, Sire,
par le rcit d'aulcuns aultres privs accidentz; desquelz, parce que
je les say estre vrays, les ayant cy devant bien advrez, et que la
faon du dict sieur comte a est toujours de se monstrer froid, quand
il a senty que l'affre alloit froydement, et chault quand il l'a veu
aller bien, je prens opinyon qu'il m'a parl ceste foys d'ung cueur
fort ouvert, et bien fort dtermin  la conclusion du dict affre.

Dont j'ay employ les meilleurs et les plus exprs termes, que j'ay
peu, pour luy gratiffier bien fort sa bonne volont; et l'ay assur
que, sur la confience de ce qu'il me venoit de dire, et de promettre,
et, nonobstant les rescentes difficultez de Me Randolphe, je
persuaderoys, aultant qu'il me seroit possible, Voz Majestez Trs
Chrestiennes de continuer vostre poursuyte, sellon l'honnorable faon
qu'aviez commanc. Or, Sire, j'ay apprins d'ailleurs, et de fort bon
lieu, que certeynement l'Empereur a escript, par Me Estrange,  ceste
princesse, pour le mariage d'elle avec le prince Ernest, son segond
filz; et que le duc d'Alve y a adjouxt une sienne lettre  la dicte
Dame, et d'aultres lettres  aulcuns seigneurs de ce conseil, par o
il inciste bien fort qu'on ne se haste de conclurre le party de
Monseigneur, frre de Vostre Majest, sans avoyr sceu qu'est ce qu'on
veut proposer pour l'aultre; et que, du premier jour, s'il plaist  la
dicte Dame, elle aura des ambassadeurs, de bien bonne qualit, vers
elle, pour cest effect, qui luy feront cognoistre que le dict prince
Ernest, sans comparaison, luy est, en toutes sortes, plus advantageus
et sortable mary, que Mon dict Seigneur vostre frre. Sur ce, etc.

    Ce XIe jour de novembre 1573.




CCCLIe DPESCHE

--du XVIIIe jour de novembre 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Audience.--Maladie du roi.--Voyage du roi de Pologne.--Dtails
    sur la mission de Me Randolf.--Nouvelles d'cosse.--Maladie
    grave du prince d'cosse, bruit de sa mort.--Crainte que les
    Anglais ne veuillent faire prir, par le poison, Marie Stuart
    et son fils.


    AU ROY.

Sire, au retour du Sr de Vassal, je suis all trouver la Royne
d'Angleterre,  Grenvich, pour luy compter des nouvelles de Vostre
Majest, luy dire l'accidant qui vous estoit survenue de la petite
vrolle, bien que l'eussis eu une aultre foys, et que, pour cella,
vous n'aviez point senty d'accs de fiebvre, et mesmes estis desj,
grces  Dieu, si advanc de gurir que vous espriez de n'avoyr 
discontinuer vostre chemin de Metz, pour tousjours convoyer le Roy de
Pouloigne, vostre frre, jusques  la frontyre.

Et l dessus, Sire, et sur la rsolution, que le Roy de Pouloigne a
faicte, de partir en ce grand cueur d'hyver, et sur ce que l'Empereur
et les Estatz et princes de l'Empire vous ont, par dcret gnral, et
encores ung chacun,  part, envoy offrir aultant de seuret pour son
passage comme vous en avez desir, et plus encores et avec plus de
faveur que ne le leur avez demand, je l'ay longuement entretenue.
Puis, suis venu  luy parler du faict de Monseigneur le Duc, vostre
frre, et, aprs, des aultres poinctz, qui estoient amplement
desduictz, et par ung bon ordre, en vostre lettre du premier de ce
moys, de sorte qu'il ne luy en a est rien obmis, ny mesmes de la
satisfre de plusieurs aultres particullaritez de Voz trois Majestez
Trs Chrestiennes, et du Roy de Pouloigne, et de Monseigneur vostre
frre, et encores des choses de vostre royaulme, sellon qu'elle m'en a
interrog, et sellon que je luy en ay peu donner compte par le rapport
du dict Sr de Vassal.

Elle m'a respondu, en premier lieu, qu'elle ne prenoit pour petite
grce de Dieu qu'elle n'et sceu vostre mal, sinon aprs qu'il estoit
desj pass, ny  peu de faveur, de Vostre Majest, que luy eussiez
ainsy particullirement faict entendre quel il estoit, et comme il
vous estoit venu, car l'ung luy avoit espargn ung grand ennuy, et
l'aultre luy tesmoignoit une vostre fort singullire bienvueillance,
dont en vouloit  Dieu rendre sa louenge, et ung fort exprs grand
mercys  Vostre Majest; et qu'elle vous prioit de croyre qu'elle ne
se santiroit jamays moins esmue  plsir pour vostre prosprit, ny 
moins de dplaysir pour vostre mal, que si elle vous estoit germayne
et vrayement naturelle seur; que c'estoit une maladye qui trompoit
souvent le monde, car pensantz d'en estre quictes, pour l'avoyr eue
une foys, ilz ne se donnoient de garde qu'elle les reprenoit encores
deux et troys foys, quand ilz s'eschauffoient trop, ou pour une trop
soubdeinne mutation de froid et de chault, et qu'elle mesmes l'avoit
eue deux foys, et desiroit, de bon cueur, que vous en sortissis aussy
quicte comme elle avoit faict, car ne luy avoit layss ung seul
vestige au visage; et que, de ceste espce de mal, revenoit
ordinayrement ce bien, qu'il apportoit une grande purgation et ung
grand advancement de sant  ceulx qui l'avoient; qu'elle estimoit que
les mdecins ne vous permettroient, de beaucoup de jours, de sortir de
la chambre, parce que l'air froid vous seroit fort dangereulx; dont, 
son advis, laysseris au Roy de Pouloigne, vostre frre, de continuer
seul son voyage, sans l'accompaigner plus avant, ou bien luy mesmes,
pour attendre vostre parfaicte gurison, et pour laysser passer ce
grand yver, diffreroit son partement jusques  l'entre du
primptemps, bien que, ny le froid ny la longueur du chemin luy
pourroient sembler griefz, allant prendre possession d'ung si grand
royaulme, et qui luy estoit si heureusement advenu; qu'elle se
resjouissoit de l'honneste debvoir, dont l'Empereur et les princes
d'Allemaigne uzoient pour la seuret de son passage, et qu'en cella
ilz simbolisoient toutz avec elle; que, pour le regard du propos de
Monseigneur le Duc, elle voyoit bien qu'elle entroit, de jour en jour,
en plus d'obligation vers Voz Majestez Trs Chrestiennes, et vers luy,
pour vostre persvrance vers elle, et qu'elle avoit envoy Me
Randolphe en France pour satisfre  toutz les poinctz qui avoient
est arrestez entre elle et Mr le mareschal de Retz; dont falloit
attendre son retour, pour ne rien changer de ce bon ordre, et que, ny
en la commission qu'elle luy avoit donne par dell, ny en chose qui
pet ensuyvre aprs, Vostre Majest ne trouveroit qu'elle uzt d'ung
seul trt de longueur ny de simulation. Et s'est eslargie en plusieurs
propos, l dessus, pour protester de sa sincrit en cest endroict, et
de vouloir bien pourvoir que, venant Mon dict Seigneur vostre frre
par de, il n'y puisse voyr, ny ouyr, chose qui ne luy soit de
satisfaction.

Puis, s'estant enquise de l'occasion du retour de la Royne, vostre
mre, et du Roy de Pouloigne,  Paris, et du renforcement des
garnisons qu'avez faictes venir en Picardye, desquelles a monstr
qu'on les luy faisoit avoyr suspectes; et m'ayant demand des choses
de Languedoc et Daulfin, je luy ay respondu  tout, en la faon que
je le pouvois savoir. Et, aprs cella, luy ayant faict voyr la lettre
que Monseigneur, vostre frre, m'escripvoit, du dict premier de ce
moys, avec quelques honnestes propos de sa dvotieuse affection vers
elle, lesquelz elle a monstr d'avoyr bien fort agrables, je me suis
licenci d'elle.

Et me suis arrest encores, envyron demye heure, vers les seigneurs de
son conseil, pour leur parler des mesmes choses que j'avoys faict 
leur Mestresse; qui m'ont monstr, et espciallement le grand
trzorier et le comte de Lestre, qu'ilz demeuroient trs affectionns
au bon propos de Monseigneur le Duc.

Au surplus, Sire, entendant que, coup sur coup, estoient arrivs deux
courriers d'Escoce, dont le premier apportoit nouvelles comme le petit
Prince du pays estoit si extrmement mallade qu'on esproit peu de sa
vye, et ne se publioit rien de la dpesche du segond, j'ay eu
souspeon qu'elle estoit faicte sur l'accidant de la mort; dont ay
soubdein envoy, de plusieurs costs, pour en apprendre la vrit,
mais j'ay est trois jours entiers sans qu'on m'en ayt rapport que
des conjectures semblables aulx miennes. Et, le quatriesme, envyron
les dix heures de nuict, d'ung bon et notable lieu de ce royaulme, il
m'a est envoy ung personnage de qualit pour me dire que, faulx ou
vray que ft le bruict de la mort du dict Prince, je tnse pour chose
certeyne qu'il se menoit, d'icy, une chaulde et trs malheureuse
praticque de le fre mourir, et qu'on s'en deschargoit  moy, comme
ambassadeur de Vostre Majest, pour y mettre le meilleur remde que je
pourrois. Et, peu de jours auparavant, la Royne d'Escoce avoit trouv
moyen de m'advertyr, le plus secrettement qu'elle avoit peu, qu'on
insidioit aussy  sa vye, et qu'elle me prioit de luy envoyer tout
incontinent de bon mitridat et aultres prservatifz. Sur quoy, Sire,
j'ay mis peyne de pourvoir, le plus promptement que j'ay peu, au
besoing de la mre; et, quand au danger du filz, j'en ay mand
l'advertissement  Me Asquin par ung escousoys qui semble estre assez
fidelle. Et depuis, j'ay seu, par advertissement de Lillebourg du VIe
du prsent, que le petit Prince se porte mieulx, et que le comte de
Morthon s'efforce de persuader aulx seigneurs du pays qu'ils veuillent
venir passer leur yver au dict Lillebourg, et qu'il dellibre d'aller,
bientost aprs, vers le Nort, pour y rduyre le pays  son obyssance;
et que milord de Glames a est faict chancellier du royaulme, et que
milord de Humes traicte de rentrer dans ses deux chasteaulx, que les
Angloys ont indubitablement rendus; ce qu'il espre d'obtenir,
moyennant vingt quatre mille livres qu'il baillera au dict de Morthon;
et que Melvin a t mis en libert. Et j'entendz que le dict Morthon
veult fre offrir  l'vesque de Roz de le remettre en toutz ses
biens, pourveu qu'il quicte le party de sa Mestresse, ce que je ne
puis croyre qu'il puisse jamays consentir. Icelluy de Roz a si bien
sollicit, de son cost, et je luy ay tant assist, de la faveur de
Vostre Majest, que sa libert luy a est enfin accorde, pour se
retirer en France. Et sur ce, etc.

    Ce XVIIIe jour de novembre 1573.




CCCLIIe DPESCHE

--du XXIIIe jour de novembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Suspension de la ngociation du mariage jusqu'au retour de Me
    Randolf.--Affaires d'cosse.--Dlibrations sur le parti qu'il
    y aurait  prendre, en cas de mort du prince
    d'cosse.--Ncessit d'envoyer de France un ambassadeur dans ce
    pays.--Sollicitations faites auprs de l'ambassadeur par
    l'agent de la Rochelle.


    AU ROY.

Sire, par les deux dernires responces, que la Royne d'Angleterre et
les seigneurs de ce conseil m'ont faictes, desquelles j'ay faict ample
mencion  Vostre Majest, le XVIIIe de ce moys, ilz m'ont bien faict
cognoistre que leur rsolution estoit de ne passer nullement oultre,
en chose qui ft du propos du mariage, que Me Randolphe ne ft de
retour; dont j'ay toujours est, depuis, et seray encores, jusques 
ce qu'il viegne, sans leur en toucher rien davantage. Et vous diray,
icy, Sire, que, sur la nouvelle qui courut, il y a quinze jours, que
le Prince d'Escoce estoit mort, ceulx icy prvoyantz que, d'ung tel
accidant, se renouvelleroient de plus grandz troubles que jamays au
dict pays,  cause de la comptence que les Amelthons et les Stuardz
se font, les ungs aulx autres, sur la succession de la couronne, ilz
s'assemblrent en conseil pour ouvrir  leur mestresse des moyens et
expdientz comme elle se pourroit entremettre bien avant en ce faict,
sellon que, par quelque example, qu'ilz allguent du pass, ilz
veulent bien infrer que les roys d'Angleterre sont, encores
aujourdhuy, au droict et possession de le pouvoir fre. Et y a danger,
Sire, si le cas advenoit, qu'ilz se voulussent efforcer de fre tomber
cest estat au jeune comte de Lenoz, oncle du dict petit Prince, au
prjudice de la mre, qui est la vraye et naturelle princesse du pays.
En quoy, pour l'importance que ce seroit  l'honneur et rputation de
vostre couronne, qu'ung tel acte se passt, sans l'intervention du nom
et de l'authorit de Vostre Majest, j'estime, Sire, qu'il sera bon
que faciez, de bonne heure, regarder en vostre conseil comme, en tout
vnement, il auroit  y estre procd de vostre part. Et tousjours
semble il, Sire, qu'il est expdient qu'envoyez rsider ung agent, ou
ung ambassadeur, sur le lieu, sellon que je viens d'estre adverty que
le Sr de Quillegreu s'appreste pour y aller, avec sa femme et toute sa
famille, rsider ambassadeur de la Royne d'Angleterre. Et croy
qu'entre les occasions, pour lesquelles l'on haste sa dpesche, ceste
cy, dont je viens de parler, est bien la principalle; mais aussy
estim je que son partement est aulcunement press pour aller pourvoyr
au secours que le prince d'Orenge attend encores du dict pays, et pour
y apporter de l'argent pour lever des gens de guerre, sellon que ung
cappitayne escouoys, qui se nomme Montgommery, lequel est, depuis
huict jours, repass icy de Ollande, de la part du dict prince, faict
beaucoup de sollicitation et de dilligences pour luy en ceste court.

L'agent de la Rochelle se trouve maintenant fort empesch de satisfre
 ce qu'il avoit emprunt, icy, pour ceulx de sa ville, et pour les
frays qu' sa requeste aulcuns angloys disent avoyr faictz pour les
secourir, durant le sige, de sorte qu'il en a est plusieurs jours en
arrest; et, enfin, ayant remis l'affre en arbitrage, le vidame de
Chartres et le Sr de Languillier ont faict quelque difficult d'en
vouloir estre arbitres, si je ne le consentoys, creignant que je le
fisse trouver maulvais  Vostre Majest. Dont le dict agent m'est venu
prier de le trouver bon, comme chose qui estoit conforme  vostre
dict de paciffication, et qu'il ne pensoit estre tenu, envers les
Angloys, pour toutes choses, que  quatorze ou quinze mille escus,
mais que, s'ilz en demeuroient seulz les juges, il savoit bien qu'ilz
feroient monter les frays  des sommes fort excessives et
extraordinayres. Je luy ay respondu que je desiroys, de bon cueur, que
ceulx de sa ville n'eussent jamays occasion d'emprunter ainsy de
l'argent des Angloys, et que les Angloys ne leur en voulussent jamays
plus prester, et que j'avoys faict tout ce que javoys peu pour
empescher qu'il ne trouvt ceste somme, ny encores de beaucoup plus
grandes que je savoys bien qu'il s'estoit efforc d'emprunter; mais
que, depuis l'dict de paciffication, Vostre Majest ne m'avoit rien
command de tout cella; dont je n'y adjouxteroys aussy ny mon
consentement ny ma contradiction, si Vostre Majest ne le me
commandoit de nouveau. Et ainsy, je ne m'en suys pas plus avant
entremis, et il pourvoit maintenant  son affre, comme il peut. Ceulx
cy ont eu opinyon que Vostre Majest n'avoit faict venir les
compagnies de gens de pied, en Picardye, que pour quelque grand
effect. Ils ont eu, depuis peu de jours, nouvelles d'Irlande comme le
comte d'Essex y a receu une estrette, et que les naturelz du pays
l'ont mis en beaucoup de ncessits. Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de
novembre 1573.




CCCLIIIe DPESCHE

--du dernier jour de novembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par Jehan Volet._)

  Desir d'lisabeth d'envoyer chercher des vins 
    Bordeaux.--Sollicitations faites auprs d'elle par le prince
    d'Orange.--Victoire remporte sur mer par les Gueux.


    AU ROY.

Sire, ainsy que la Royne d'Angleterre estoit, mardy dernier, devisant
avecques ses dames, en sa chambre prive, la gouvernante des filles
devint soubdein mallade, et,  l'instant, mourut; de quoy s'estant la
dicte Dame donne peur, elle deslogea, dans une heure aprs, de
Grenwich, avec bien peu de compagnye, et s'en vint en ceste ville de
Londres, o elle est encores; et semble qu'elle y sjournera jusques 
tant que Me Randolphe reviegne; duquel elle commence de s'esbahyr
comme il tarde tant en son voyage, ou aulmoins que l'ambassadeur, et
luy, ne luy font cepandant quelque dpesche, mais dsormays elle a
bien opinyon que ce sera luy, le premier, qui luy apportera des
nouvelles: et jusques allors, Sire, il ne peult estre rien touch au
propos, pour lequel il est pass par dell. La dicte Dame m'a faict
escripre, par Me Smith, qu'affin que, dorsenavant, elle puisse estre
mieulx servie de vin de sa bouche, et pour sa mayson, qu'elle ne l'a
est, ces annes passes, et aussy, pour soulager ses marchandz, elle
dellibroit de reprendre l'ordre que le feu Roy, son pre, et ses
prdcesseurs avoient accoustum de tenir, c'est d'envoyer elle
mesmes, de ses propres deniers, fre sa provision de vin  Bourdeaulx;
dont elle me prioit de vouloyr bailler mon passeport  deux
gentilshommes, officiers et serviteurs de sa maison, lesquels,  cest
effect, elle y dpeschoit prsentement par terre; et pareillement mes
lettres au gouverneur, et  ceulx qui sont officiers pour Vostre
Majest  Bourdeaulx, pour les y fre bien recepvoyr, et pour y fre
bien recepvoir aussy les navyres qu'elle y envoyera, qui auront les
merques et enseignes d'Angleterre; affin que, tant  l'arryver,
sjour, cargayson, que retour; ilz y puissent jouyr les anciennes
liberts et privilges accoustums. Ce que ne luy ayant refuz, j'ay,
d'abondant, mand au dict Me Smith que, par mes premires,
j'advertirois Vostre Majest d'escripre promptement et favorablement
au dict Bourdeaulx, en recommandation de cest affre pour la dicte
Dame. De quoy, Sire, je vous en supplye trs humblement.

Il semble qu'elle et ceulx de son conseil ayent quelque advertissement
que le prince d'Orange commance d'estre abandonn de ses gens, de quoy
ilz sont en bien fort grand peyne. Et ne say si le cappitayne
Montgommery, escouoys, qui est encores icy  solliciter les affres
du dict prince, imptrera maintenant rien de troys poinctz, que
principallement il y est venu rqurir: l'ung est que les Angloys
vueillent cesser de tout traffic avec ceulx qui tiennent le party du
dict duc d'Alve, et que le dict prince puisse dclarer de bonne prinse
les navires, desquelz les chartes parties monstreront qu'ilz alloient
ailleurs que l o l'on luy obyt, sinon qu'ilz eussent cong et
saufconduict de luy; l'aultre, que la dicte Dame et ceulx de son
conseil vueillent fre haster les deniers, qu'ilz luy ont promis de
fournir, pour fre une nouvelle leve de troys mille hommes de pied,
et mille de cheval, en Escoce, affin qu'il les puisse avoyr toutz
prestz du premier jour; et le troysiesme, qu'elle et iceulx de son
conseil vueillent escripre au comte de Morthon de mettre en mer ung
nombre de navyres, quipps en guerre, pour favorizer les affres du
dict prince. Dont j'entendz que, pour ce dernyer, icelluy prince a
desj faict passer vingt mille florins en Escoce, mais, parce qu'on va
temporisant,  ceste heure, icy, la dpesche de Me Quillegreu pour le
dict pays d'Escoce, cella me faict accroyre que ceulx cy ne veulent se
haster de rien qu'ilz ne voyent comme les choses succderont en
Flandres; joinct qu'il semble bien que, peu  peu, ilz sont venus  ne
se trouver moins empeschs des Pureteins en ce royaulme, que en France
des Huguenotz, et en Flandres des Gueulx; dont, vendredy dernier,
s'est tenue une assemble, en ceste ville, pour adviser des moyens
expdientz comme les pouvoir contenir et rprimer. Et sur ce, etc.

    Ce XXXe jour de novembre 1573.


   Depuis ce dessus escript, est arriv ung homme, qui dict venir
   de Fleximgues, lequel rapporte qu'il y avoit nouvelles comme
   les vaysseaulx du prince d'Orange avoient combatu la flotte,
   que le duc d'Alve envoyoit pour avitailler Middelbourg, et
   qu'ilz avoient eu du meilleur, et avoient prins vingt des
   meilleurs navyres de la dicte flote; ce que, si ainsy est, ne
   fault doubter que le dict prince n'imptre plus facillement
   les choses qu'il poursuivoit, icy, qu'il n'et faict
   auparavant.




CCCLIVe DPESCHE

--du Ve jour de dcembre 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par Nicolas de Malehape._)

  Audience.--Convalescence du roi.--Dtails sur les adieux du roi
    et du roi de Pologne.--tat de la ngociation du mariage.


    AU ROY.

Sire, j'ay, avec trs grand plaisir, donn assurance  la Royne
d'Angleterre, par vostre lettre du XIe du pass, que Vostre Majest se
portoit mieulx, et que desj, grces  Dieu, vous estiez quasy hors de
vostre maladye, de quoy elle a faict une non petite dmonstration
d'estre infinyement bien ayse de ceste bonne nouvelle. Et soubdein,
sans me laysser continuer davantage mon propos, m'a pry de vous
escripre que le bruict de vostre mal avoit couru plus grand jusques
icy, et en nom, et qualit de plus dangereulx pour vostre personne,
que je ne le luy avois premirement dict, et qu'elle y avoit particip
avec trs grande douleur comme  ung accidant qu'elle estimeroit des
plus malheureux qui luy pet advenir au monde; et que Dieu, qui voyoit
son cueur, savoit qu'elle avoit pry pour vostre convalescence, et
que vritablement elle avoit pry, et ne cesseroit de prier, avec le
plus de dvotion qu'elle pourroit, pour icelle, jusques  ce qu'elle
en et plus de confirmation: car,  cause que Me Randolphe avoit
escript qu'il vous avoit veu encores bien fort foyble, elle ne pouvoit
que n'en ft beaucoup en peyne.

De quoy je luy ay, de vostre part, Sire, gratiffi trs grandement, et
en la plus expresse faon que j'ay peu, ceste sienne bonne volont.
Et ay suivy  luy dire que je ne pouvois que bien esprer, et fre
bien esprer  elle de vostre sant, parce que voz lettres m'en
donnoient toute asseurance, bien que,  vray dire, elles me fesoient
quelque mencion comme vous estis encores ung peu foible, mais que
c'estoit sans fiebvre, ny altration quelquonque; et nantmoins que,
pour ne vous commettre si tost au vent et au froid, vous avis est
contreinct vous despartir, plus tost que n'esperis, du Roy de
Pouloigne, vostre frre, et de laysser  la Royne, vostre mre, et 
Monseigneur le Duc, vostre frre, et  la Royne de Navarre,
d'accomplyr pour vous la dellibration qu'avis faicte de l'aller
convoyer jusques  la frontyre. Et me suis ung peu eslargy  luy
racompter le cong qu'il a prins, et le poinct de l'adieu qu'avs dict
 l'ung et  l'aultre, sellon la vifve expression que Mr Pinart m'en a
faicte; qui, du profond regret et des larmes abondantes de Vostre
Majest, et de celles qu'il a veu jetter  ceulx qui estoient
prsentz, il a facillement provoqu non seulement les miennes, mais
assez esmeu ceste princesse, en les oyant rciter.

Laquelle a dict que cella monstroit combien toutz deux aviez le
naturel bon et humein, et combien vostre norriture se manifestoit
d'avoyr est tousjours trs louable et vertueuse; et qu'en son advis
il ne s'estoit veu, de longtemps, en la Chrestient, ung dire adieu
plus royal et plus dolent, tout ensemble, ny qui plus et layss de
regret  ceulx qui se despartoient; et nantmoins l'occasion estoit
trs honnorable et desirable au Roy de Pouloigne de s'en aller, et non
moins honnorable  Vostre Majest et  la Royne, sa mre, de le luy
permettre; dont elle prioit Dieu qu'il pet rencontrer tant de bonnes
fortunes par dell, et Voz Majestez en ouyr bientost de si bonnes
nouvelles, que toutz les regretz qu'il emportoit, et ceulx qu'il
layssoit, en peussent estre oublis. Puis, a suivy  dire que Me
Randolphe, par ses lettres, s'efforoit bien fort de s'excuser de ce
qu'il n'estoit arryv assez  temps,  Vitry, pour vous y trouver
toutz quatre ensemble; nantmoins que Vostre Majest l'avoit fort
favorablement receu, et luy avoit mis  option d'aller suivre la Royne
et Monseigneur le Duc  Metz, ou bien d'attandre leur retour, et
qu'elle ne savoit lequel des deux il auroit faict; et qu'il n'avoit
encores escript ung seul mot touchant le faict de sa principalle
charge, o il y et rien de substance, seulement qu'il creignoit de
perdre la meilleure adresse qu'il et en vostre court, si Mr le
mareschal de Retz faisoit le voyage de Pouloigne, comme il
s'apprestoit d'y aller. Et m'a la dicte Dame fort volontiers
entretenu, plus d'une heure, en divers aultres propos de Vostre
Majest et de la Royne, vostre mre, et de voz deux frres, et de se
vouloyr, de plus en plus, confirmer en vostre amity; et que, quoy
qu'il adviegne du propos, dont vous la recherchiez, que vous la
trouveriez, et toutz les vostres, trs persvrante en l'amity
qu'elle vous avoit promise, et qu'elle la continueroit vers le Roy,
vostre frre, plus parfaictement que ne l'avoit oncques eue, ny ses
prdcesseurs aussy, avec nul aultre roy de Pouloigne.

De quoy l'ayant bien fort remercye, j'ay faict venir  propos de luy
monstrer aulcuns poinctz des lettres, que toutz quatre m'aviez
escriptes pour luy tesmoigner de mesmes vostre persvrance vers elle,
et comme vous entendis de procder tousjours trs sincrement 
vouloir qu'elle vt fort clrement de vostre cost, et qu'elle ft
entirement satisfaicte de tout ce qu'elle desiroit de dell; et que,
s'il y restoit quelque chose  accomplyr, oultre le poinct qui estoit
commis au dict Me Randolphe, que Vostre Majest me commandoit de
l'entendre d'elle et de ceulx de son conseil, affin qu'y peussiez
pourvoyr avant son retour, comme aussy vous la pryez bien fort que,
vous estant condescendu  toutz les poinctz qu'elle avoit desir pour
son advantage, elle ne voult laysser plus aller vostre honneste
pourchas en longueur, ny remises.

Ce que, avec une fort agrable dmonstration, elle m'a expressment
promis qu'elle ne le feroit; et semble, Sire, que la disposition de
ceste princesse ne sauroit,  prsent, estre meilleure qu'elle est
vers la France. Il est vray qu'elle ne laysse d'estre instamment
sollicite, de l'autre cost, et luy a l'on faict tant de diverses
remonstrances, sur l'arryve du grand commandeur de Castille en
Flandres, et sur la rvocation que l'on estime qui s'ensuyvra bientost
du duc d'Alve, et sur ce qu'il se continue que le Roy d'Espagne, avant
peu de moys, pourra luy mesmes passer aulx Pays Bas, qu'elle a faict
dpescher en Envers, le XXVIIe du pass, ung personnage d'assez bonne
qualit, qui est mestre des marchandz de Londres, pour aller voyr
comme les choses s'y passent. Sur ce, etc.

    Ce Ve jour de dcembre 1573.




CCCLVe DPESCHE

--du XIIe jour de dcembre 1573.--

(_Envoye jusques  Calais par Odoard Paquentin._)

  Satisfaction montre par lisabeth de la convalescence du
    roi.--Nouvelles d'cosse.--Excutions faites en Sude et en
    Danemark des cossais auxiliaires.--Convocation d'une assemble
     Londres pour prendre une rsolution  l'gard des
    puritains.--Nouvelles des progrs faits en Languedoc par les
    protestans qui ont repris les armes.


    AU ROY.

Sire, j'ay mis la Royne d'Angleterre hors du doubte, o elle monstroit
d'estre, de vostre convalescence, l'ayant assure, par vostre lettre
du XXIIIIe du pass, que vous estis desj remis en chemin, et venu 
Chalon, pour vous rapprocher en , avec pleyne gurison, et avec une
aultant bonne disposition, grces  Dieu, de vostre sant que vous
l'eussiez eue de longtemps; de quoy elle a monstr de se resjouyr bien
fort, et de bon cueur, et en a lou et remercy Dieu, comme dellivre
d'un pesant soulcy, o la peur de vostre mal l'avoit cy devant
dtenue. Elle a eu playsir de savoyr que son ambassadeur et Me
Randolphe fussent arrivs  Nancy, et qu'ilz y eussent encores trouv
la Royne, vostre mre, de sjour, pour les ouyr, et pour se pouvoir,
eulx, satisfre de ce qu'ilz desiroient voyr de sa compagnye. Dont la
dicte Dame se promect maintenant qu'icelluy Me Randolphe sera
bientost, icy, de retour.

Le voyage de Me Quillegreu en Escoce est encores diffr, et quasy ne
s'en parle plus, parce que le Prince d'Escosse se porte bien; et le
comte de Honteley ne monstre de prendre trop  cueur que milord Glames
soit faict chancellier, ny n'apparoit qu'il y doibve pour cella avoyr
d'altration au pays, s'y monstrant les choses asss tranquilles pour
le prsent. Il est vray qu'il est arriv une malle fortune aulx
Escouoys, car aulcuns d'eulx qui alloient au service du roy de
Dannemarc, ayantz, par temps contrayre, est getts en Sude, le roi
de Sude les a faictz excuter; et le roy de Dannemarc a faict le
semblable de quelques aultres qui sont abords en son pays, qui
alloient servir le roi de Sude.

L'on n'a peu encores prendre assez bon expdient sur le faict des
Pureteins, et de ceulx qui troublent l'ordre de la religion receue en
ce royaulme, seulement l'on en a mis quelques ungs des plus
opinyastres en prison; mais, au quinziesme de ce moys, se doibt fre,
de rechef, une grande assemble, en ceste ville, pour y mettre une
rsolution. L'on a nouvelles, en ceste ville, du cost de la Rochelle,
comme la paix y continue fort bien, mais que, en Languedoc, ceulx de
la nouvelle religion sont si fortz qu'ilz ont assig Avignon. Le
comte de Montgommery, depuis trois jours, s'est approch  quatre
lieues d'icy, en ung lieu, o ses filles et petitz enfantz sont
nourris avec la vefve du feu conseiller Fumer. Je ne say s'il
s'approchera davantage. Je ne cesse d'assurer ceulx de voz subjectz de
la dicte nouvelle religyon, qui sont encores par de, que vostre
dellibration est d'establir fermement la paix en vostre royaulme, et
d'y remettre les choses en ung estat tranquille et heureulx, pour le
repos d'ung chacun, ainsy qu'elles l'ont est du temps de voz
prdcesseurs; de quoy ilz monstrent d'en estre bien fort ayses et
d'en avoyr grande esprance. Et sur ce, etc.

    Ce XIIe jour de dcembre 1573.



CCCLVIe DPESCHE

--du XVIIe jour de dcembre 1573.--

(_Envoye jusques  la court par Urbein Fougerel._)

  Audience.--Dtails sur le voyage du roi de Pologne.--Mission de
    Me Randolf en France.--Ngociation du mariage.--Soumission du
    comte de Montgommery.


    AU ROY.

Sire, partant le postillon de Callays, d'icy, avec ma dpesche, du
XIIe du prsent, le courrier, qui m'a apport celle de Vostre Majest,
du Ve, est arriv; et, le deuxiesme jour aprs, je suis all assurer,
de rechef, la Royne d'Angleterre de vostre parfaicte et bien confirme
sant, et que vous la voulis remercyer bien fort affectueusement du
grand sentiment qu'elle avoit monstr avoyr de vostre mal. Et luy ay
compt en quoy le Roy de Pouloigne estoit de son partement et voyage,
et comme vous attandiez, de brief, le retour de la Royne, vostre mre,
et de Monseigneur, vostre frre, vers vous; et que son ambassadeur et
Me Randolphe avoient layss une grande satisfaction de beaucoup de
choses, de la part d'elle,  Voz Majestez, comme vous pensis aussy
qu'il n'en rapportoit pas de moindres  elle de la vostre; et que le
sjour de Nancy avoit est prolong, de deux jours entiers, pour
l'amour d'eux, et pour leur donner moyen qu'ilz veissent et ouyssent
ce qu'ilz desiroient de la compagnye; et qu' prsent, ayant bien
accomply leur commission, ilz estoient de retour  Paris, d'o
bientost le dict Me Randolphe arriveroit vers elle, avec de si
certeynes et vrayes enseignes de ce, pourquoy il estoit all par
dell, qu'elle ne pourroit jamays plus doubter qu'il y deffaillt une
seule de toutes les meilleures parties et perfections, qui se
pouvoient souhayter en ung trs accomply et bien fort desirable
subject. Et ay estendu ces poinctz, ainsy restreinctz, en d'aultres
propos beaucoup plus amples, sellon que j'en ay trouv l'instruction
trs bonne et prudente ez lettres de Voz Majestez, et en celle, que Mr
le mareschal de Retz m'a escripte, du XXVe du pass.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que nulle aultre nouvelle luy estoit
plus agrable, aujourdhuy, au monde, que celle de vostre bon
portement; et que, pour celuy l, n'espargneroit elle non plus ses
meilleures et plus dvotes prires  Dieu qu'elle faysoit pour elle
mesmes, comme chose, d'o elle vous supplioyt de croyre qu'il n'en
venoit pas plus de soulagement  vous qu'elle en sentoit de repos en
elle, et qu'elle vous supplioyt, Sire, d'avoyr vostre sant en
singullire recommandation; que, pour le regard du Roy de Pouloigne,
elle avoit grand plaisir qu'il trouvt maintenant, en Allemaigne, la
faveur que l'Empereur et les Estats de l'Empire vous y avoient
promise, pour la seuret de son passage; et que, sellon que toutes
aultres choses luy avoient bien succd jusques icy, elle jugeoit que
son voyage seroit heureux, et que heureusement il seroit receu et
estably en son royaulme; quand  Me Randolphe, qu'en une chose
doncques se pourroit elle louer de luy, s'il avoit donn du
contantement  Voz Trs Chrestiennes Majestez, car c'estoit ce qu'elle
luy avoit fort expressment command de fre, mais qu'en effect il ne
s'estoit pas mis en beaucoup de debvoir de la contanter  elle, ayant
tant faict le long, en chemin, qu'il n'avoit sceu arryver  Vitry,
avant que la Royne, vostre mre, se dpartt de Vostre Majest, et
puis avoit failleu qu'il l'allt suyvre  Nancy, affin de publier
davantage ce qui debvoit estre tenu secret, ny n'avoit, en deux moys
qu'il avoit est par dell, jamays escript ung seul mot  elle, bien
qu'il et assez escript,  d'aultres de son conseil, tout ce qu'il luy
avoit pleu; que, puisqu'il estoit si prs d'arryver, qu'elle verroit
ce qu'il apporteroit, et puis, elle et moy, en pourrions communicquer
ensemble, et ne doubtoit nullement, veu les passes dmonstrations,
dont avis tousjours uz vers elle, qu'il ne luy apportt beaucoup de
bonnes satisfactions de la part de Voz Majestez; que, pour le regard
de Monseigneur le Duc, elle me vouloit bien renouveller ce que,
d'aultrefoys, elle m'avoit dict, qu'elle n'estoit si curieuse de
rechercher quelles perfections estoient en luy, bien qu'elle en ft
quelque dilligence, comme elle creignoit qu'il trouvt trop d'ans, et
trop d'aultres imperfections en elle; et qu'elle mettoit en grand
compte qu'il couroit une trs bonne rputation de sa vertu, et qu'il
estoit de sang royal et d'une des plus illustres extractions de tout
l'universel monde, car, avec ung, de telle qualit, avoit elle propos
de se maryer, si elle le debvoit jamays estre; et que le plus galant
gentilhomme et le plus accomply, qui vive aujourdhuy entre les
mortels, quand bien elle le pourroit avoyr, ne luy seroit jamays rien,
s'il n'estoit de sang et mayson royalle. Et s'est mise  discourir,
fort privement et longuement, de toutz ces propos avecques moy,
monstrant qu'aprs le retour du dict Randolphe, et, sellon les choses
qu'elle entendroit de luy, elle se rsouldroit de ce qu'elle debvroit
fre en cest endroict.

Nantmoins, Sire, pour obvier  toute longueur, et de tant qu'il
fault tousjours que tout le pourchas viegne du cost des hommes, il
vous plerra me commander si je incisteray maintenant  requrir le
saufconduict de Monseigneur le Duc, et que la dicte Dame vous vueille
fre une ouverte dclaration de son intention vers luy; ou bien au cas
qu'y voyez plus intervenir aucune difficult, ou bien quelque nouvelle
remise, que Vostre Majest et la Royne, vostre mre, prendrs cella
pour ung advertissement de ne debvoir plus donner,  elle, l'ennuy, ny
 vous, la honte de jamays plus en parler. J'ay desj communicqu avec
milord trzorier de la bonne expdition qu'avez donne  Me Randolphe,
et ay dispos luy, et les aultres, que je cognoys bien affectionns 
ce propos,  l'observer et le fre si bien observer,  son arrive,
que j'espre qu'il n'ozera parler sinon ainsy qu'il doibt, et sellon
la vrit des choses qu'il a vues et ouyes, et de celles qu'il
rapporte de dell.

Le comte de Montgommery s'estant enfin approch en ceste ville, et,
premier qu'il soit all saluer ceste princesse, ny voyr pas ung des
siens, il m'est venu trouver en mon logis; et, aprs s'estre fort
curieusement enquis qu'est ce qu'il pouvoit esprer de vostre bonne
grce, et qu'il protestoit bien  Dieu de n'avoyr jamays eu aultre
affection ny volont que d'ung trs loyal et fidelle subject vers le
service de Vostre Majest, il m'a allgu, pour la plus urgente
occasion qui l'et meu de prendre les armes en ces derniers troubles,
et de n'avoyr voulu entendre  pas ung party qui luy et est offert
pour son particullier, qu'il jugeoit bien ne luy pouvoir estre 
honneur, ains qu'il luy ft tourn  estime du plus meschant homme,
lasche et fally de cueur, qui ft au monde, s'il et abandonn ceulx
du party de sa religion, lorsqu'ilz se trouvoient les plus affligs et
perscuts, et qu'ilz estoient poursuyvis et assigs avec plus
d'effort et de danger, et avec moins de secours qu'ilz eussent oncques
eu; et que ce qu'il en avoit faict avoit est seulement pour garantir
soy et eulx, aultant qu'il pouvoit, jusques  ce qu'il et pleu 
Vostre Majest prendre ung plus modr expdient vers eulx; ce
qu'estant depuis advenu, il me dclaroit qu'il vous vouloit
entirement rendre le debvoir d'obyssance d'ung vray et naturel
subject, et offrir sa vye et celle de ses enfantz, lesquelz,  cest
effect, il m'avoit admens, pour vostre service; et de desirer jouyr
le bien et le bneffice de la paix, en vostre royaulme, soubz la
protection et bonne grce de Vostre Majest. Je luy ay dict que
j'avoys grand plaisir de le voyr en ceste bonne volont, et que, si
les choses estoient ainsy comme il disoit, qu'il n'et attempt rien
de plus extraordinayre contre la personne et l'estat de Vostre Majest
qu'avoient faict les aultres de sa religion, que je ne doubtois
nullement qu'il ne pet jouyr, aussy bien qu'eulx, de la grce et
clmence de Vostre Majest et du bneffice de vostre dict. Il m'a
rplicqu qu'il vous supplyeroit doncques trs humblement de luy en
vouloir octroyer une dclaration particullire, sellon qu'il faysoit
plus de besoing  luy qu' ung aultre de l'avoyr; et m'en a baill sa
requte, laquelle je luy ay pri de la signer et de n'y mettre rien
qui ne ft sellon l'dict; et luy ay promis de la vous fre tenir, et
de luy en fre avoyr bientost la responce, comme je vous supplie trs
humblement, Sire, me la mander, et m'envoyer, par le premier, la
provision et dclaration[24] qu'il vous plerra luy octroyer. Et sur
ce, etc.

    Ce XVIIe jour de dcembre 1573.

  [24] Cette dclaration, en date du 20 janvier 1574, est jointe
  aux _Mmoires de Castelnau_, t. III, p. 377.




CCCLVIIe DPESCHE

--du XXIVe jour de dcembre 1573.--

(_Envoye exprs jusques  Calais par la voye du Sr Acerbo._)

  Retour de Me Randolf  Londres.--Rsolution du comte de
    Montgommery de se retirer  Gersey.--Inquitudes causes en
    Angleterre par les puritains.--Affaires d'Irlande.--Nouvelle
    irritation d'lisabeth contre Marie Stuart.--Autorisation
    donne  l'vque de Ross de passer en France.


    AU ROY.

Sire, aprs avoyr faict savoyr  la Royne d'Angleterre que Me
Randolphe estoit licenci de Vostre Majest, et s'estoit achemyn de
Chalons, le Ve de ce moys, pour la venir retrouver, il s'est pass dix
ou douze jours qu'elle n'a entendu aulcunes nouvelles de luy, de quoy
elle n'a pas est contante de son peu de dilligence. Et enfin il est
arryv, le jour de St Thomas, sur l'entre de la nuict; et n'a poinct
boug, ce soyr, de son logis; mais, le bon matin, il est all en
court, o il a est fort curieusement examin sur le pourtraict; et
puis m'est venu trouver pour me prier de remercyer trs humblement
Vostre Majest du favorable traictement, qu'il vous avoit pleu luy
fre recevoyr en France, trop meilleur qu'il ne l'avoit mrit, et
plus grand qu'il ne l'eust sceu desirer, et que, ayant, pour cella,
beaucoup d'obligation  vostre service, il satisferoit  son debvoir
de rapporter fidellement  la Royne, sa Mestresse, et en ceste court,
les choses qui rsultoient de sa lgation; car c'estoit ce en quoy il
se pouvoit,  prsent, monstrer vostre serviteur; et que desj il y
avoit donn tel commancement qu'il esproit que son voyage ne
ruscyroit, de toutes partz, inutille; et que, de tant qu'il n'avoit
encores veu milord trzorier,  cause de son indisposition, il me
prioit de l'excuser, s'il n'entroit plus avant en discours avecques
moy, jusques  ce qu'il et parl  luy. Et ainsy m'a promis qu'il
reviendroit une aultre foys.

Cependant j'ay pourveu, Sire, par toutz les meilleurs moyens qu'il m'a
est possible, qu'il ne puisse, quand bien il le voudroit fre, rien
changer ny dguyser de la vrit des choses; et ceulx qui le
cognoissent m'assurent fort qu'il ne le fera pas, et qu'il dira
franchement ce qu'il a veu, bien qu'il se soit assez faict remarquer
pour ung de ceulx qui, depuis la St Barthlemy, se sont plus
formalizs et opposs  ce bon propos. Et suis bien marry que milord
trzorier se trouve ainsy mallade maintenant, et si abbattu de la
goutte et d'aultres indispositions, encores pires, dans son lict,
qu'il ne peut donner ny le conseil, ny la conduicte  ce ngoce, qu'il
monstre bien qu'il voudroit fre. Je verray, le plus tost que je
pourray, la dicte Dame pour, incontinent aprs, vous mander comme je
l'auray trouve satisfaicte de ce voyage de Randolphe.

Le comte de Montgommery, avant partyr d'icy, m'est venu dire qu'elle
l'avoit mis en propos de Monseigneur le Duc, et luy avoit sembl
qu'elle avoit meilleure inclination vers luy qu'il ne cuydoit, dont
luy avoit offert de rechercher, le pluz avant qu'il luy seroit
possible, le fondz de l'intention qu'il pouvoit avoir vers elle, pour
la luy fre savoyr, ce qu'elle avoit monstr d'avoyr fort  plaisir;
et luy avoit dict qu'il estoit bien besoing que quelqu'ung le
ramentet, car bien peu, de ceulx d'auprs d'elle, parloient
maintenant, icy, pour luy. Le dict de Montgommery, aprs avoir parl
deux foys  elle, et avoyr est quatre jours en ceste court, il s'en
est all  Sion, une mayson de la dicte Dame,  huict mille d'icy, o
il s'est retir avec toute sa famille, et n'en bougera jusques  ce
que je luy auray faict savoyr la responce de Vostre Majest, aprs
laquelle il dict avoyr obtenu de pouvoir aller habiter ez isles de
Gersay et Grnesay; lesquelles ne sont qu' sept ou huict lieues de sa
mayson, d'o il pourra tirer ses commoditez, mais que ce a est  trs
grand difficult, que la dicte Dame et ceulx de son conseil le luy ont
voulu concder, tant ilz sont meffiantz depuis la paix; et n'a est
sans qu'il ayt desj baill son segond filz au comte de Lestre, pour
estre nourry en l'escuyerye de la dicte Dame. Encores pensent aulcuns
que ce a est le cappitayne Leyton, gouverneur de Grnesay, qui luy a
beaucoup ayd d'obtenir cette permission, parce qu'il prtend espouser
une des filles du dict comte, qui est veufve, mais il semble qu'elle
n'ayt aulcune volont d'y entendre.

Le faict des Pureteins est venu  tel poinct qu'on ne trouve voye ny
moyen de les pouvoir bien accorder, et les vesques et curs crient
que leurs glises vont, de plus en plus, en trouble, et en ung trs
grand dsordre  cause d'eux, et ont deffr plus de mille cinq centz
personnes de qualit, qui sont de ceste secte; mais,  cause de la
maladye de milord trzorier et de Me Smith, l'on n'y touche rien.
Chacun s'attand qu' ce prochein parlement, de febvrier, il y sera mis
bon ordre, avec punition exemplayre de quelqu'ung.

Mr Walsingam a est faict segond secrettayre d'estat et receu au
conseil. L'on m'a dict qu'il est venu, de rechef, de fort maulvayses
nouvelles  ceulx cy des choses d'Irlande, dont je ne say encores
aultrement les particullaritez, sinon que le conseil a bien est, ces
troys jours passez, assembl l dessus, et qu'on dict que, de nouveau,
il sera bientost envoy hommes, armes, argent et monitions, par
dell, pour renforcer l'entreprinse.

Quelques ungs ont faict, en ceste court, de bien fort maulvais, et je
croy que bien fort faulx, rapportz de la Royne d'Escoce, de faon
qu'il y a danger que la Royne d'Angleterre, laquelle est tousjours en
peur et en jalouzie de son estat, et plus de la Royne d'Escoce que de
nulle aultre personne qui vive, se laysse aller  quelques maulvayses
dellibrations contre elle,  ce prochein parlement; car,  ces fins,
cognoys je bien que ses ennemys se sont meintenant resveills contre
ceste pouvre princesse; et ont si bien ulcr le cueur de la dicte
Royne d'Angleterre qu'elle n'a pas t plus picque, ny offance, des
aultres choses les plus grandes, qui ont cy devant pass entre elles
deux, qu'elle monstre de l'estre maintenant, encor que ce ne soit que
pour parolles. Je mettray peyne de l'en advertyr en la meilleure faon
que je le pourray fre, affin qu'elle, de son cost, et moy, d'icy,
puissions divertyr, le mieulx que nous pourrons, le mal qui luy en
pourroit advenir. L'vesque de Roz a obtenu pleynement son cong et
passera du premier jour en France. Et sur ce, etc.

    Ce XXIVe jour de dcembre 1573.




CCCLVIIIe DPESCHE

--du dernier jour de l'an 1573.--

(_Envoye exprs jusques  la court par le Sr de Sabran._)

  Audience.--Satisfaction montre par lisabeth de l'accueil fait 
    Me Randolf en France.--Instance de l'ambassadeur pour obtenir
    la rponse de la reine sur la ngociation du mariage.--Nouvelle
    d'une entreprise tente contre la Rochelle.--Autorisation
    donne  l'vque de Ross de passer en France.


    AU ROY.

Sire, bien peu d'heures, aprs que Me Randolphe a eu faict son rapport
et prsent le pourtraict  la Royne d'Angleterre, j'ay est adverty
qu'il avoit parl  elle dignement, et en homme entier, des choses
qu'il avoit veues et ouyes en France, sans en rien dissimuler, et
l'avoit rendue beaucoup plus satisfaicte des principaulx poinctz de sa
lgation, et mesmement du plus principal, qu'elle ne l'esproit; dont
suis all la trouver, avec l'argument de la lettre de Vostre Majest
que le dict Me Randolphe m'avoit apporte. Et, aprs aulcunes
particullarits de la satisfaction, qu'il vous avoit donne, de
beaucoup de bons et honnestes propos que, par deux foys,  l'aller et
au retour, il vous avoit tenus, de l'amity que la dicte Dame vous
portoit, et comme il vous avoit aussy trouv d'une semblable et si
entire affection vers elle que vous dellibriez manifester  toute la
Chrestient de n'avoyr moins  cueur son bien, son repos et sa
grandeur, que la vostre propre, je suis venu  luy dire que je
creignois bien fort que, pour le dsordre o Me Randolphe avoit trouv
les choses, quand il estoit arriv par dell,  cause de
l'indisposition de Vostre Majest, et du partement du Roy de
Pouloigne, vostre frre, et de ce voyage de Nancy, il n'et veu rien
d'assez bien prpar en vostre court, ny en la personne de Monseigneur
le Duc, pour en pouvoir fre, icy, le rapport que Vostre Majest
desireroit; et mesmes que le pourtraict, lequel et, possible, en
quelque chose favoris Mon dict Seigneur, s'il et est achev 
loysir, avec les colleurs et lustres qu'on y et peu mettre, ne
s'estoit trouv  peyne commanc, dont estant apport si frays faict,
il estoit malays qu'il ft arryv, icy, sans estre aulcunement gast
et mal condicionn; mais que savoys bien aussy que le desir de Vostre
Majest et de la Royne, vostre mre, estoit qu'elle vt clrement, et
quasy  nud, en l'offre que luy aviez faicte de vostre frre, affin
qu'elle s'assurt mieulx de ce qui en estoit, et ne trouvt rien que
redire en vostre sincrit; dont la suppliois de prendre le tout de
bonne part, et croyre que aulmoins n'y avoit il rien de feinct, ny de
dguys, de vostre cost.

La dicte Dame, d'ung visage fort contant et joyeulx, m'a dict que, si
jamays elle avoit eu besoing de l'office d'ung gentilhomme, qu'elle
recouroit maintenant  moy, pour luy ayder  remercyer infinyement
Vostre Majest et la Royne, vostre mre, et Monseigneur le Duc, des
grandes et bien fort remarcables satisfactions qu'il vous avoit pleu
luy mander par Me Randolphe; lesquelles elle recognoissoit qui
partoient de la mesmes source d'honneur, dont avis tousjours uz vers
elle, depuis qu'avis commanc de pourchasser son allience, et que
c'estoient des neudz bien serrs, par o vous l'attachiez, de plus en
plus,  vostre obligation, et luy faysiez prendre tant de seuret de
vostre amity, qu'elle ne feroit nulle difficult d'y assoyr
dorsenavant sa meilleure confience; et qu'elle ne mettoit en petit
compte ce qu'il vous avoit pleu renvoyer si honnor et bien traict,
et si abondamment gratiffy, comme vous aviez faict, le gentilhomme
qu'elle vous avoit envoy; lequel auroit  se louer, toute sa vye, de
Vostre Majest; et elle  vous en debvoir une grande obligation, car
n'y avoit chose qui pet estre plus  son gr au monde, que de voyr
fre quelque sorte de faveur aulx siens, pour l'amour d'elle; et
qu'aulmoins me pouvoit elle assurer qu'en une chose s'estoit il
efforc bien fort de s'en monstrer recognoissant, c'est que, ds son
arrive, il avoit commanc et ne cessoit, ny pouvoit mettre fin de
dire plusieurs choses  la grande louange et grande rputation de Voz
Majestez Trs Chrestiennes, et de Monseigneur, et qu'il n'estoit
possible qu'on pet parler plus honnorablement de quelques aultres
princes qui fussent au monde, qu'il faysoit de tous troys; et que, par
une parcelle d'ung de ses propos, lequel elle me vouloit rciter, je
pourrois juger quelz pouvoient estre les aultres: et que c'estoit
touchant Monseigneur, duquel, aprs avoyr rapport tout ce qui se peut
de bien d'ung prince, il avoit adjouxt qu'il ne vouloit pas fre ung
si hault jugement de dire qu'il ft digne d'estre mary et espoux de la
dicte Dame, qui estoit sa Royne et sa Mestresse, mais qu'il vouloit
bien assurer qu'il n'estoit indigne de l'estre de quelconque princesse
que ce ft, et ft elle Dame du plus grand et plus riche estat de
tout le monde; et qu'elle croyoit fort fermement qu'il estoit ainsy,
sellon les bons et grandz tesmoignages qui estoient toutjour venus, et
qui venoient ordinayrement, de luy; et lesquelz luy estoient, 
prsent, si notoyres, qu'elle ne pensoit avoyr  fre plus aulcune
sorte de recherche en cella; et qu' elle touchoit maintenant de
respondre  l'entrevue et saufconduict que luy avis demand: dont y
penseroit, durant ces ftes, et en communicqueroit avec ceulx de son
conseil, pour, incontinent aprs, m'en fre savoyr sa responce.

J'ay rplicqu que cest affre avoit est toujours prins par elle,
avec aultant de loysir comme elle avoit voulu, et elle avoit eu du
temps beaucoup pour la considrer, dont j'esproys qu'elle ne voudroit
remettre  ung aultre jour de m'y respondre, et qu'aulmoins la priois
je de me dire si, ce pendant, je vous en pourrois escripre quelque mot
de bonne esprance.

Elle m'a respondu que le terme ne seroit long, et qu'elle m'useroit
lors d'ung langage si cler que je verrois bien qu'il n'y auroit ny
remise, ny ambiguyt, et que, ayant, Vostre Majest, procd d'ung
trs grand honneur vers elle, elle s'estimeroit n'en avoyr poinct, si
elle n'uzoit de mesmes vers vous; et pourtant vous prioit de croyre
que, quelle yssue que prnt l'affre, elle feroit qu'elle seroit trs
honnorable.

Je pourchasseray doncques, Sire, le plus dilligemment que je pourray,
la dicte responce, et travailleray, en tout ce qu'il me sera possible,
qu'elle vous soit faicte bonne. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de dcembre
1573.


   Depuis ce dessus, il est venu nouvelles de la Rochelle comme
   l'on y a descouvert une praticque qu'on y menoit pour
   surprendre la ville[25], ce qui a troubl ung peu ceulx de
   voz subjectz de la nouvelle religion qui sont icy; mais je
   mettray peyne de les rassurer, et de fre que ceste princesse
   et les siens ne s'en troublent, attandant de savoyr au vray
   ce qui en est par les procheynes lettres de Vostre Majest.

  [25] Biron, Du Lude, Landereau et Puy-Gaillard ayant t chargs
  par Catherine de Mdicis de surprendre la Rochelle, avaient
  trait avec Jacques Du Lyon, qui s'tait engag  leur livrer la
  ville. Le complot ayant t dcouvert, Du Lyon fut tu dans sa
  maison de campagne, et un grand nombre de ses complices, entre
  autres, La Zardonire, Planta, Turgier et Salis, tous capitaines
  de compagnies des grisons, furent condamns et mis  mort.
  Guillaume Gui Le Taillon, qui avait t maire de la Rochelle, eut
  la tte tranche. Biron et Puy-Gaillard retirrent les troupes
  qu'ils avaient fait approcher. Cette entreprise fut le signal
  d'une nouvelle guerre civile.


FIN DU CINQUIME VOLUME.




TABLE

DES MATIRES DU CINQUIME VOLUME.


ANNE 1572.--SECONDE PARTIE.

                                                           Pages


    254e _Dpche_.--3 juin.--

    AU ROI.                                                    1

    Ngociation de Mr du Croc en
    Ecosse.                                                 _Ib._

    Proposition du parlement.                                  3

    Succs des gueux; prise de
    Valenciennes.                                              4


    255e _Dpche_.--5 juin.--

    AU ROI.                                                    5

    Assurance pour Marie Stuart.                            _Ib._

    Excution du duc de Norfolk.                               6

    Nouvelles d'Ecosse.                                        7

    A LA REINE.                                                8

    Dtails sur Marie Stuart et le
    duc de Norfolk.                                         _Ib._


    256e _Dpche_.--9 juin.--

    AU ROI.                                                   10

    Prparatifs pour recevoir Mrs
    de Montmorenci et de Foix.                              _Ib._

    Rsolution contre Marie Stuart.                         _Ib._


    257e _Dpche_.--17 juin.--

    AU ROI.                                                   12

    Arrive de Mrs de Montmorenci
    et de Foix.                                             _Ib._

    AU ROI.                                                   14

    Dtails de la Ngociation de
    Mrs de Montmorenci et de
    Foix.                                                   _Ib._


    258e _Dpche_.--22 juin.--

    AU ROI.                                                   19

    Audience sur la ngociation du
    mariage.                                                _Ib._

    A LA REINE.                                               22

    Dtails particuliers sur cette
    ngociation.                                            _Ib._


    259e _Dpche_.--28 juin.--

    Ngociation de Mrs de Montmorenci,
    de Foix et de La
    Mothe Fnlon, touchant le
    mariage du duc d'Alenon.                                 24


    260e _Dpche_.--1er juillet.--

    AU ROI.                                                   25

    Ngociation de Mrs de Montmorenci
    et de Foix.                                             _Ib._

    A LA REINE.                                               29

    Explication sur la ngociation
    du mariage du duc d'Anjou.                              _Ib._


    261e _Dpche_.--5 juillet.--

    AU ROI.                                                   30

    Audience.                                               _Ib._

    A LA REINE.                                               38

    Confrence avec Leicester.                              _Ib._


    262e _Dpche_.--10 juillet.--

    AU ROI.                                                   40

    Retour du comte de Lincoln et
    de Me Smith.                                           _Ib._

    Clture du parlement.                                     42

    Rsolution sur Marie Stuart.                            _Ib._

    Affaires des Pays-Bas.                                    43

    A LA REINE.                                               44

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._


    263e _Dpche_.--15 juillet.--

    AU ROI.                                                   47

    Audience.                                               _Ib._

    A LA REINE.                                               54

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._


    264e _Dpche_.--20 juillet.--

    AU ROI.                                                   57

    Confrence avec le comte de
    Lincoln.                                                _Ib._

    Irrsolution d'Elisabeth.                                 59

    Affaires des Pays-Bas.                                    60

    A LA REINE.                                               61

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._


    265e _Dpche_.--22 juillet.--

    AU ROI.                                                   62

    Ngociation du mariage.                                   63


    266e _Dpche_.--29 juillet.--

    AU ROI.                                                   65

    Audience.                                               _Ib._

    A LA REINE.                                               72

    Confrence avec Leicester et
     Burleigh.                                                73


    267e _Dpche_.--3 aot.--

    AU ROI.                                                   76

    Arrive de Mr de La Mole.                              _Ib._

    Nouvelles des Pays-Bas.                                   78


    268e _Dpche_.--7 aot.--

    AU ROI.                                                   79

    Audience.                                               _Ib._


    269e _Dpche_.--11 aot.--

    AU ROI.                                                   83

    Ngociation de Mr de La Mole.                            84

    Audience.                                               _Ib._

    Nouvelles des Pays-Bas.                                   88


    270e _Dpche_.--13 aot.--

    AU ROI.                                                   89

    Nouvelles d'Ecosse.                                     _Ib._


    271e _Dpche_.--28 aot.--

    AU ROI.                                                   91

    Audience.                                                 92

    Dtails de la ngociation de Mr
    de La Mole sur le mariage.                              _Ib._

    A LA REINE.                                              108

    Nouveaux dtails.                                       _Ib._


    272e _Dpche_.--30 aot.--

    AU ROI.                                                  112

    Premire nouvelle de la Saint
    Barthlemy.                                             _Ib._

    Irritation des Anglais.                                  113

    A LA REINE.                                              114

    Ignorance complte de l'ambassadeur
    sur les explications
    qu'il doit donner.                                      _Ib._


    273e _Dpche_.--2 septemb.--

    AU ROI.                                                  115

    Premiers dtails de la Saint-Barthlemy.                 116

    Mort de Coligni.                                        _Ib._

    Interruption des ngociations.                          _Ib._

    Demande de nouvelles instructions.                       117

    Excution du comte de Northumberland.                    118

    A LA REINE.                                             _Ib._

    Suspension du commerce.                                  119


    274e _Dpche_.--14 septemb.--

    AU ROI.                                                  120

    Vive irritation des Anglais
    contre la France.                                        121

    Audience. Dclaration des motifs
    qui doivent justifier la
    Saint-Barthlemy.                                        122

    Mme communication faite au
    conseil.                                                 128

    Horreur, inspire  Londres par
    cette excution.                                        _Ib._

    A LA REINE.                                              131

    Efforts pour empcher une
    rupture.                                                 132

    Danger de Marie Stuart.                                  133


    275e _Dpche_.--18 septemb.--

    AU ROI.                                                 _Ib._

    Efforts du roi pour arrter les
    excutions.                                              134

    Preuves de la conspiration.                             _Ib._

    Le comte de Montgommery rfugi
     Jersey.                                                135

    Armemens en Angleterre.                                  136

    A LA REINE.                                             _Ib._

    Insultes faites  l'ambassadeur.                         137

    Difficult de renouer la ngociation
    du mariage.                                             _Ib._


    276e _Dpche_.--29 septemb.--

    AU ROI.                                                  138

    Massacres d'Orlans, Lyon et
    Rouen.                                                  _Ib._

    Audience.                                                139

    Correspondance de Coligni.                               140

    Justification de l'amiral par
    Elisabeth.                                               142

    Consentement d'Elisabeth 
    l'entrevue,  Douvres, pour
    le mariage.                                              147

    A LA REINE.                                              149

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._


    277e _Dpche._--2 octobre.--

    AU ROI.                                                  152

    Armemens en Angleterre.                                  153

    Refus de livrer Montgommery.                             155

    Nouvelles d'Ecosse.                                      156

    Reproche fait  Marie Stuart.                            157

    A LA REINE.                                             _Ib._

    Ngociation du mariage.                                  158


    278e _Dpche_.--7 octobre.--

    AU ROI.                                                  160

    Maladie d'Elisabeth.                                    _Ib._

    Irritation croissante des Anglais.                       161

    Efforts des partisans de l'Espagne.                     _Ib._

    A LA REINE.                                              165

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._


    279e _Dpche_.--13 octobre.--

    AU ROI.                                                  164

    Confrence avec Sussex, Leicester
    et Burleigh.                                             165

    A LA REINE.                                              171

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._


    280e _Dpche_.--18 octobre.--

    AU ROI.                                                  173

    Rponses d'Elisabeth aux demandes
    du roi.                                                 _Ib._

    Intrigues des Espagnols.                                 174

    Nouvelles de la Rochelle.                                175

    Affaires d'Ecosse.                                       176

    A LA REINE.                                              177

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._

    Demande par l'ambassadeur de
    son rappel.                                              179


    281e _Dpche_.--28 octobre.--

    AU ROI.                                                  180

    Massacres de Bretagne.                                  _Ib._

    Retour de Mrs Du Croc et de
    Vrac, venant d'Ecosse.                                  181

    Nouvelles de France et des
    Pays-Bas.                                                182

    A LA REINE.                                              183

    Effet produit en Ecosse par la
    nouvelle de la Saint-Barthlemy.                        _Ib._


    282e _Dpche_.--2 novemb.--

    AU ROI.                                                  184

    Audience.                                               _Ib._

    A LA REINE.                                              191

    Dtails particuliers de l'audience.                     _Ib._


    283e _Dpche_.--4 novemb.--AU

    AU ROI.                                                  194

    Accouchement de la reine de
    France.                                                  193

    Consentement d'Elisabeth  tre
    marraine de l fille du roi.                            _Ib._


    284e _Dpche_.--9 novemb.--

    AU ROI.                                                  196

    Intrigues des Espagnols.                                _Ib._

    Dpart de la flotte pour Bordeaux.                       198

    Reprise d'armes  la Rochelle.                          _Ib._

    Retraite du prince d'Orange.                            _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse; mort du
    comte de Mar.                                            199


    285e _Dpche_.--15 novemb.--

    AU ROI.                                                  200

    Ngociation des Espagnols.                              _Ib._

    Sollicitations des protestans de
    France.                                                  201

    Nouvelles d'Ecosse.                                      203


    286e _Dpche_.--23 novemb.--

    AU ROI.                                                 _Ib._

    Audience.                                                204

    Excution de Briquemaut et
    Cavagnes.                                                205

    Affaires de la Rochelle.                                 207
    Nouvelles d'Ecosse et des Pays-Bas.                      209


    287e _Dpche_.--29 novemb.--

    AU ROI.                                                  210

    Lgation du cardinal Orsini.                            _Ib._

    Rsolution d'Elisabeth.                                 _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      211

    Arrive de Mr de Mauvissire.                           213


    288e _Dpche_.--4 dcembre.--

    AU ROI.                                                  214

    Audience.                                               _Ib._

    Mission de Castelnau de Mauvissire
    pour le baptme.                                         214


    289e _Dpche_.--10 dcemb.--

    AU ROI.                                                  217

    Audience.                                                218

    Acceptation par lisabeth du
    titre de marraine.                                      _Ib._

    Ngociation du mariage.                                  220


    290e _Dpche_.--16 dcemb.--

    AU ROI.                                                  222

    Audience de cong de Castelnau.                         _Ib._

    Armemens pour la Rochelle.                               223

    Succs du duc d'Albe.                                   _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse; le comte
    de Morton rgent.                                        224


    291e _Dpche_.--23 dcemb.--

    AU ROI.                                                  225

    Dsignation du comte de Worcester
    pour assister au baptme.                               _Ib._

    Et du docteur Dale pour remplacer
    Walsingham.                                              226

    Interruption des armemens.                              _Ib._

    Nouvelles des Pays-Bas et d'Ecosse.                      227


    292e _Dpche_.--25 dcemb.--

    AU ROI.                                                  228

    Reprise des communications
    prives avec Leicester.                                 _Ib._

    Prparatifs du dpart du comte
    de Worcester.                                           _Ib._


    ANNE 1573.


    293e _Dpche_.--2 janvier.--

    AU ROI.                                                  229

    Audience.                                               _Ib._

    _Mmoire._ Dtails de l'audience.                        230


    294e _Dpche_.--9 janvier.--

    AU ROI.                                                  233

    Audience.                                               _Ib._

    Confrence avec Burleigh,
    Sussex et Smith.                                         234

    Prparatifs pour la Rochelle.                           _Ib._

    _Mmoire._ Dtails de l'audience.                       _Ib._


    295e _Dpche_.--15 janvier.--

    AU ROI.                                                  238

    Dpart de Worcester.                                    _Ib._

    Ngociation des Pays-Bas.                               _Ib._

    _Mmoire._ Rclamation des rfugis;
    nouvelles de la Rochelle.                                239


    296e _Dpche_.--22 janvier--

    AU ROI.                                                  241

    Ngociation de Worcester.                               _Ib._

    Armemens.                                                242

    Dessein des Anglais de s'emparer
    du prince d'Ecosse.                                      243


    297e _Dpche_.--25 janvier.--

    AU ROI.                                                  245

    Secours pour la Rochelle.                               _Ib._


    298e _Dpche_.--2 fvrier.--

    AU ROI.                                                  246

    Audience.                                                247

    Plaintes contre les pirates et
    les armemens pour la Rochelle.                          _Ib._


    299e _Dpche_.--8 fvrier.--

    AU ROI.                                                  251

    Crainte d'une entreprise secrte
    contre la France.                                       _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      252


    300e _Dpche_.--13 fvrier.--

    AU ROI.                                                  253

    Ngociation secrte avec Burleigh.                       254

    _Mmoire._ Dtails de la ngociation.
    Plaintes au sujet
    d'un trait qu'Elisabeth aurait
    fait avec les protestans
    de la Rochelle.                                          255


    301e _Dpche_.--16 fvrier.--

    AU ROI.                                                  258

    Secours pour la Rochelle.                                259

    Ngociation des Pays-Bas.                               _Ib._


    302e _Dpche_.--21 fvrier.--

    AU ROI.                                                  260

    Armemens et projets de Montgommery.                     _Ib._


    303e _Dpche_.--27 fvrier.--

    AU ROI.                                                  262

    Prparatifs de Montgommery.                              263

    _Mmoire._ Audience.                                    _Ib._

    304e _Dpche_.--3 mars.--

    AU ROI.                                                  267

    Efforts de l'ambassadeur pour
    arrter les projets de Montgommery.                     _Ib._


    305e _Dpche_.--9 mars.--

    AU ROI.                                                  270

    Retour de Worcester.                                    _Ib._

    Suspension des armemens pour
    la Rochelle.                                             271

    Accord conclu en Ecosse pour
    reconnatre Jacques VI.                                  272


    306e _Dpche_.--13 mars.--

    AU ROI.                                                  273

    Audience.                                               _Ib._

    Expdition de Montgommery.                              _Ib._

    _Mmoire._ Dtails de l'audience.                        275


    307e _Dpche_.--19 mars.

    AU ROI.                                                  280

    Expdition de Montgommery.                              _Ib._

    Mission de Mr de Chateauneuf.                           281

    Audience.                                               _Ib._

    _Mmoire au roi._ Dtails de l'audience.                 282

    _Mmoire  la reine._ Ngociation
    de Mr de Chateauneuf sur le
    mariage.                                                 284


    308e _Dpche_.--31 mars.--

    AU ROI.                                                  286

    Rponse d'Elisabeth sur la ngociation
    du mariage.                                             _Ib._


    309e _Dpche_.--3 avril.--

    AU ROI.                                                  289

    Ngociation au sujet du mariage,
    et de Montgommery.                                      _Ib._

    Audience.                                                290

    Affaires d'Ecosse.                                       291

    Ngociation des Pays-Bas.                                292


    310e _Dpche_.--6 avril.--

    AU ROI.                                                  293

    Expdition de Montgommery.                              _Ib._

    Affaires d'Ecosse.                                       296


    311e _Dpche_.--13 avril.--

    A LA REINE.                                              297

    Audience. Ngociation du mariage.                       _Ib._

    Confrence avec Leicester et
    Burleigh.                                                302

    _Mmoire au roi._ Dtails de l'audience
    sur les affaires gnrales.                              303


    312e _Dpche_.--17 avril.--

    AU ROI.                                                  306

    Nouvelles de la Rochelle.                                307

    Trait entre l'Angleterre et
    l'Espagne.                                              _Ib._

    Affaires d'Ecosse.                                       308


    313e _Dpche_.--21 avril.--

    AU ROI.                                                  310

    Dpart de l'expdition de Montgommery.                  _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      311


    314e _Dpche_.--26 avril.--

    AU ROI.                                                  312

    Expdition de Montgommery.                              _Ib._

    Affaires d'Ecosse.                                      _Ib._

    Lord de Lumley et les sirs de
    Stanley mis en libert.                                  313

    Nouvelles de la Rochelle.                               _Ib._


    315e _Dpche_.--1er mai.--

    AU ROI.                                                  314

    Audience.                                               _Ib._

    Expdition de Montgommery.                              _Ib._

    Secours envoys en Ecosse.                               315

    _Mmoire._ Dtails de l'audience.                       _Ib._


    316e _Dpche_.--8 mai.--

    AU ROI.                                                  320

    Audience.                                                321

    Retraite de Montgommery.                                _Ib._

    Dclaration touchant l'Ecosse.                           322

    Desir du duc d'Alenon de passer
    en Angleterre.                                           324

    Prise de Belle-Isle par Montgommery.                     326


    317e _Dpche_.--12 mai.--

    AU ROI.                                                  327

    Retour de Walsingham.                                   _Ib._

    Confrence avec Burleigh.                                328

    Nouvelles d'Ecosse.                                      329


    318e _Dpche_.--23 mai.--

    AU ROI.                                                  330

    Audience.                                               _Ib._


    319e _Dpche_.--28 mai.--

    AU ROI.                                                  336

    Rponse d'Elisabeth sur l'entrevue.                     _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      337


    320e _Dpche_.--3 juin.--

    AU ROI.                                                  338

    Audience.                                               _Ib._

    lection du duc d'Anjou comme
    roi de Pologne.                                          341

    Prise de Lislebourg.                                     344

    A LA REINE.                                             _Ib._

    Compliment sur l'lection du
    duc d'Anjou.                                            _Ib._


    321e _Dpche_.--6 juin.--

    AU ROI.                                                  346

    Affaires de la Rochelle.                                 347

    Communication du prince d'Orange.                       _Ib._


    322e _Dpche_.--9 juin.--

    AU ROI.                                                  348

    Audience de cong de Mr de
    Vrac.                                                  _Ib._


    323e _Dpche_.--17 juin.--

    A LA REINE                                               350

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._

    Mission du capitaine Orsey.                              352


    324e _Dpche_.--20 juin.--

    AU ROI.                                                  353

    Dclaration de Burleigh sur les
    affaires de France.                                     _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      355


    325e _Dpche_.--22 juin.--

    AU ROI.                                                  356

    Audience.                                               _Ib._

    Offre faite par la reine de sa
    mdiation.                                               358


    326e _Dpche_.--27 juin.--

    AU ROI.                                                  361

    Assaut donn  la Rochelle.                              362

    Nouvelles d'Ecosse et des Pays-Bas.                     _Ib._


    327e _Dpche_.--3 juillet.--

    AU ROI.                                                  363

    Blessure du roi de Pologne.                             _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      364

    Mission de Mr Duverger auprs
    de Marie Stuart.                                        _Ib._


    328e _Dpche_.--7 juillet.--

    A LA REINE.                                              365

    Audience.                                               _Ib._

    _Mmoire._ Dtails de l'audience.                        366


    329e _Dpche_.--12 juillet.--

    AU ROI.                                                  370

    Audience.                                               _Ib._

    Paix conclue en France.                                 _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      373


    330e _Dpche_.--20 juillet.--

    AU ROI.                                                  374

    Retour du capitaine Orsey.                               375

    Affaires d'Ecosse.                                      _Ib._

    _Mmoire._ Dtails d'audience.                           376

    _Avis  la reine._ Mcontentement
    de Leicester.                                            378


    331e _Dpche_.--26 juillet.--

    AU ROI.                                                  380

    Confrence avec Burleigh.                               _Ib._


    332e _Dpche_.--31 juillet.--

    AU ROI.                                                  383

    Expdition du comte d'Essex
    en Irlande.                                             _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                      384


    333e _Dpche_.--5 aot.--

    AU ROI.                                                  385

    Inquitudes des Anglais.                                _Ib._


    334e _Dpche_.--9 aot.--

    AU ROI.                                                  387

    Armemens  Londres.                                     _Ib._

    Audience.                                                388

    _Mmoire._ Dtails de l'audience.                        389


    335e _Dpche_.--14 aot.--

    AU ROI.                                                  391

    Nouvelles de Flandre.                                    392

    Excutions en Ecosse.                                   _Ib._

    Mission prs de Marie Stuart.                           _Ib._


    336e _Dpche_.--20 aot.--

    AU ROI.                                                  393

    Ngociation du mariage.                                  394

    Sollicitations de Marie Stuart.                         _Ib._


    337e _Dpche_.--25 aot.--

    AU ROI.                                                  396

    Ngociation du duc d'Albe.                              _Ib._

    Affaires d'Ecosse.                                       397


    338e _Dpche_.--31 aot.--

    AU ROI.                                                  398

    Audience.                                               _Ib._


    339e _Dpche_.--4 septemb.--

    AU ROI.                                                  401

    Soupon contre Montgommery.                              402

    Nouvelles d'Ecosse.                                     _Ib._


    340e _Dpche_.--20 septemb.--

    AU ROI.                                                  403

    Ngociation du marchal de
    Retz.                                                   _Ib._


    341e _Dpche_.--25 septemb.--

    AU ROI.                                                  408

    Affaires de Pologne.                                    _Ib._

    Mfiance des Anglais.                                    410

    Excs de Morton.                                        _Ib._


    342e _Dpche_.--30 septemb.--

    AU ROI.                                                  412

    Secours pour le prince d'Orange.                         413

    Nouvelles d'Ecosse.                                     _Ib._


    343e _Dpche_.--6 octobre.--

    AU ROI.                                                  414

    Audience.                                               _Ib._


    344e _Dpche_.--14 octobre.--

    AU ROI.                                                  418

    Audience.                                                419


    345e _Dpche_.--18 octobre.--

    AU ROI.                                                  423

    Affaires de Flandre.                                     425

    Sollicitations des rfugis.                             426


    346e _Dpche_.--25 octobre.--

    AU ROI.                                                 _Ib._

    Mission de Randolf.                                      427

    Nouvelles des Pays-Bas.                                  428


    347e _Dpche_.--26 octobre.--

    AU ROI.                                                  430

    Confrence avec Randolf.                                _Ib._

    A LA REINE.                                              431

    Recommandation d'un bon accueil
    pour Randolf.                                            432


    348e _Dpche_.--31 octobre.--

    AU ROI.                                                  433

    Confrence avec Randolf.                                _Ib._

    Mesures contre les puritains.                            435


    349e _Dpche_.--6 novembre.--

    AU ROI.                                                  436

    Confrence avec le garde-des-sceaux.                    _Ib._


    350e _Dpche_.--11 novemb.--

    AU ROI.                                                  441

    Confrence avec Leicester.                              _Ib._


    351e _Dpche_.--18 novemb.--

    AU ROI.                                                  446

    Audience.                                               _Ib._

    Maladie du roi.                                         _Ib._

    Mission de Randolf.                                      449

    Nouvelles d'Ecosse.                                     _Ib._

    Maladie du prince d'Ecosse.                              450


    352e _Dpche_.--23 novemb.--

    AU ROI.                                                  451

    Affaires d'Ecosse.                                      _Ib._

    Sollicitations pour la Rochelle.                         453


    353e _Dpche_.--30 novemb.--

    AU ROI.                                                  454

    Voyage de Bordeaux.                                     _Ib._

    Sollicitations du prince d'Orange.                       455

    Ses succs.                                              456


    354e _Dpche_.--5 dcemb.--

    AU ROI.                                                  457

    Audience.                                               _Ib._

    Adieux du roi et du roi de Pologne.                      458

    Ngociation du mariage.                                 _Ib._


    355e _Dpche_.--12 dcemb.--

    AU ROI.                                                  461

    Convalescence du roi.                                   _Ib._

    Nouvelles d'Ecosse.                                     _Ib._

    Progrs des protestans en Languedoc.                     462


    356e _Dpche_.--17 dcemb.--

    AU ROI.                                                  463

    Audience.                                               _Ib._

    Ngociation du mariage.                                  465

    Soumission de Montgommery.                               466


    357e _Dpche_.--24 dcemb.--

    AU ROI.                                                  468

    Retour de Randolf.                                      _Ib._

    Montgommery  Jersey.                                    469

    Plaintes contre les puritains.                           470

    Nouvelles d'Irlande.                                    _Ib._

    Irritation d'Elisabeth contre
    Marie Stuart.                                           _Ib._


    358e _Dpche_.--31 dcemb.--

    AU ROI.                                                  472

    Audience.                                               _Ib._

    Ngociation du mariage.                                  474

    Entreprise contre la Rochelle.                           475


FIN DE LA TABLE DU CINQUIME VOLUME.





End of the Project Gutenberg EBook of Correspondance diplomatique de
Bertrand de Salignac de La Mot, by Bertrand de Salignac de La Mothe Fnlon

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE ***

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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