The Project Gutenberg EBook of Louis XI, by R. Rey

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Louis XI
       et Les tats Pontificaux de France

Author: R. Rey

Release Date: October 9, 2011 [EBook #37678]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI ***




Produced by Hlne de Mink and the Online Distributed
Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
produced from images generously made available by the
Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)







Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise.

Quelques caractres, en exposant dans l'original, principalement des
rfrences d'archivage, dont la signification n'est pas vidente s'ils
sont accols  la lettre qui les prcde, ont t mis en accolade dans
cette version lectronique, comme p.e. dans Cartons des Rois, X{ta}
8605.




    LOUIS XI

    ET

    LES TATS PONTIFICAUX DE FRANCE

    AU XVe SICLE

    D'APRS DES DOCUMENTS INDITS


    par

    M. R. REY

    Agrg d'histoire

    Inspecteur d'Acadmie  Grenoble


    GRENOBLE
    IMPRIMERIE ALLIER FRRES
    26, COURS SAINT-ANDR, 26

    1899




    LOUIS XI

    ET LES TATS PONTIFICAUX DE FRANCE

    AU XVe SICLE

    D'APRS DES DOCUMENTS INDITS




PRFACE


Il est peu de villes de l'ancien domaine royal, peu de provinces
franaises qui, au point de vue de l'histoire nationale, prsentent
autant d'intrt que la cit d'Avignon et La Cont de Venaissin,
anciens fiefs temporels du Saint-Sige, mais vivant d'une vie propre,
jouissant de toutes les liberts que donne l'autonomie communale la
plus large, jusqu' leur incorporation dfinitive  la Rpublique
franaise (14 septembre 1791). Il faut ajouter,  vrai dire, qu'il
n'est pas d'histoire plus mal connue.

Placs sur les confins du Languedoc ci de la Provence dont le Rhne et
la Durance constituaient les limites frquemment contestes, les tats
pontificaux de France commandaient la grande route du Nord, vers la
Mditerrane, par la valle du Rhne; sous les remparts d'Avignon
transitaient toutes les marchandises importes du Levant,
d'Alexandrie, des Indes, et se dirigeant vers les pays du Nord de la
France. Tous les souverains, princes du sang, grands personnages,
capitaines illustres prenaient gte dans l'ancienne rsidence des
papes, et, suivant l'expression de Mlle de Montpensier, les rois de
France se considraient  Avignon comme chez eux, et, pendant leur
sjour dans la ville, ils en faisaient garder les portes par leurs
propres gardes.

Anciens territoires dmembrs de la Provence et du Languedoc pour
devenir terre papale, La Cont de Venaissin et Avignon avaient, avec
les provinces limitrophes, une origine, une langue, des moeurs et des
intrts communs. Trop pauvres et resserrs dans des limites trop
exigus, ils ne pouvaient pas se suffire avec les ressources de leur
sol qui, bien que riche et trs fertile, n'aurait pas pu alimenter le
quart de la population. C'est donc par leurs voisins, Provenaux,
Languedociens, Bourguignons, Dauphinois, que les sujets des papes
vivaient. De la Bourgogne et du Dauphin, les bls leur arrivaient par
le Rhne; du Languedoc, les animaux, le btail, les fruits et le vin;
de Provence, la laine pour la fabrication des draps. En retour, c'est
chez leurs voisins que les produits de l'industrie avignonnaise,
velours, damas, tentures brodes, brocarts, passementerie, toiles,
draps, librairie, trouvaient un placement avantageux.

Cette communaut des intrts amenait forcment, d'tat  tat, des
rapports incessants, et voil pourquoi, en crivant l'histoire des
anciens tats pontificaux de France dans la seconde moiti du XVe
sicle, c'est l'histoire de la France elle-mme que l'on crit. C'est
un de ses chapitres les plus curieux et les moins explors que l'on
reconstitue grce  une abondante correspondance  peu prs indite
tire des archives dposes au Palais des Papes.

Durant cette priode de l'histoire de notre pays, les Avignonnais et
les Comtadins se trouvent, par la force des vnements, par le jeu
mme de leurs intrts et aussi par la position topographique de leur
territoire, mls  tous les grands faits de notre pass. Les guerres
civiles et religieuses provoques par le schisme avaient eu pour
principal thtre Avignon et quelques localits du Venaissin, et peu 
peu s'tait tabli un change frquent de lettres et d'ambassades
entre les sujets de l'glise et les rois de France.

La succession du marchal de Boucicaut, les ravages et les excs de
toutes sortes commis par son frre Geoffroy de Meingre sur les terres
papales mettent en rapports constants le jeune roi Charles VII avec
les Comtadins et les Avignonnais qu'il prend sous sa protection
(1421-1429).

Avec le dauphin Louis commencent des intrigues politiques qui semblent
prparer tout d'abord une tentative discrte d'incorporation des tats
de l'glise  son gouvernement du Dauphin (1444). Puis ce sont
d'incessants agissements de Louis qu'aucun de nos historiens n'a
souponns et dont la main mise sur le Venaissin et Avignon paraissait
tre le but non avou. Toutes ces ngociations entre le dauphin de
Viennois et les tats du pape jettent un nouveau jour sur les
rapports de Charles VII et de son fils, et sur l'origine de leur
brouille (1452).

La politique suivie par Louis XI en 1461, 1464, 1470, 1476, 1479,
vis--vis des tats de l'glise, constitue l'une des phases les plus
mouvementes de l'histoire des relations de la royaut franaise avec
le Saint-Sige, et permet de mieux apprcier encore la finesse
politique en mme temps que le ton autoritaire et la volont
imprieuse d'un monarque qui avait pour principe de ne mnager
personne quand il s'agissait de la raison d'tat.

Il y a une politique de Louis XI bien dtermine et uniformment
suivie par lui  l'gard des terres de l'glise et des populations qui
y habitent. Cette politique se dessine d'une faon trs nette dans la
correspondance du souverain avec la ville, dans les instructions
donnes aux ambassadeurs royaux, escuiers d'escuerie, sergents
d'armes, matres d'htel, marchaux, officiers de la maison du roi,
dont les registres de dlibrations du conseil de ville nous ont
prcieusement conserv la teneur. Quel est le caractre de cette
politique? Quelle est la nature de ces relations du souverain avec des
populations qui ont les mmes sentiments et les mmes aspirations que
les vritables Regnicoles, mais sur lesquelles l'glise exerce un
droit de souverainet temporelle que les rois de France
reconnaissaient sans se faire illusion sur sa lgitimit? Quelle a t
l'action de la royaut sur ce pays sous Louis XI? Ce monarque a-t-il
eu,  l'gard de ces territoires enclavs, une pense de derrire la
tte que sa correspondance laisse deviner sans trop de peine? Charles
VII, Louis XI, ont-ils t sincres vis--vis des sujets du pape? En
un mot, l'attitude de ces deux rois a-t-elle t assez caractrise
pour pouvoir affirmer qu'ils avaient su asseoir dans le pays les
lments d'une influence franaise? Tout le sujet de ce livre est l,
et la priode de quarante ans environ (1444-1483) que nous nous sommes
fixe comme cadre d'tude, priode fconde en vnements de la plus
haute importance historique, est plus que suffisante pour assigner 
la politique de la Cour de France son vrai caractre et pour en
marquer les principaux traits dans les limites o s'exerce son action.

On pourrait se demander, et avec raison, pourquoi cette partie de
notre histoire a t jusqu' ce jour dlaisse  ce point que les
archives municipales d'Avignon et du Comtat constituent  l'heure
qu'il est un champ de recherches o l'on rencontre  chaque pas
l'indit. En un mot, on est en droit de se dire: comment un pays, qui
a jou au moyen ge et dans les temps modernes un rle si
considrable, n'a-t-il pas d'histoire? La raison en est bien simple.
Jusqu'au moment o le Saint-Sige renona  ses droits sur Avignon,
c'est--dire jusqu' la runion finale vote par la Constituante,
quelques jours avant sa sparation, le lgat, reprsentant le
Saint-Sige  Avignon, opposa toujours un refus formel  ceux qui
voulaient oprer des recherches dans les archives locales. En voici
une preuve indniable en mme temps qu'une explication fort peu connue
tire des minutes du conseil de ville. Le 14 octobre 1762, le conseil
de ville assembl avait dcid de remercier M. Mnard, le savant
auteur de l'histoire de Nmes, alors membre de l'Acadmie royale des
Inscriptions, qui avait bien voulu accepter de composer, pour le
compte de la ville, une histoire d'Avignon et du Comtat-Venaissin sur
les documents originaux. Muni d'un cong rgulier de deux ans et demi
accord par Sa Majest, M. Mnard quitta Paris le 25 septembre 1763 et
arriva  Avignon le 4 octobre, o il demanda  tre prsent au
conseil de ville. Mais le lgat dclara qu'il fallait au pralable
prendre l'avis de la Cour de Rome. Son minence, le cardinal
Torrigiani, ministre, secrtaire d'tat, rpondit, le 7 dcembre 1763:
que l'histoire d'Avignon tait un sujet trop dlicat pour le laisser
traiter par un tranger et pour lui donner  son gr l'entre et la
communication des archives de la ville, et que Sa Saintet
n'approuvait pas la charge que la ville avait donne  M. Mnard pour
cette entreprise. Les consuls prirent alors Mgr Rutati, leur agent 
Rome, d'insister auprs du pape pour obtenir satisfaction; mais la
curie romaine demeura inflexible, et l'affaire en resta l. Quant 
Mnard, il quitta dfinitivement Avignon, avec une indemnit de 600
livres que le conseil lui avait accorde pour ses frais de voyage et
d'installation.

Cette interdiction explique pourquoi il n'y a pas d'histoire de ce
pays, mme de valeur moyenne. Les rudits locaux se sont jets dans
les _Mmoires_, _Recueils de pices_, _Annales_, o rgne un esprit
troit, une partialit mesquine qui n'ont d'gale que la pnurie des
documents. Le carme Castrucci Fantoni, dont _l'Histoire d'Avignon_
est la seule digne de ce nom ne connut pas les archives locales ou ne
voulut pas en tirer profit. On peut en dire autant de _Cambis
Velleron_, de _Morenas_ du _Marquis de Fargues_ et autres auteurs
de mmoires. Fornry seul avait runi des lments prcieux et d'une
authenticit incontestable qui sont rests manuscrits, et dont
Pithon-Curt, en plagiaire honteux, a fait une abondante moisson.

De nos jours, malgr la facilit accorde aux recherches, la plupart
des documents locaux sont rests ignors. Je ne parle pas seulement
des derniers travaux de M. Charpenne, lourde et indigeste compilation,
sans ordre, sans mthode et sans critique, o ont t rassembls de
droite et de gauche des extraits pris dans les mmoires manuscrits du
Muse Calvet; je constate que mme les auteurs de publications
savantes, comme les Lettres de Louis XI[1], ont nglig d'extraire
de nos archives des lettres et actes publics qui concernent l'histoire
du pays, et qui avaient leur place toute marque dans un travail
destin  clairer les sources de notre histoire nationale. On
s'explique ce ddain de la part des collectionneurs pour la priode
antrieure  1789, mais non pour notre poque actuelle. En effet, la
runion tardive d'Avignon et du Comtat-Venaissin au territoire
franais, leur vie  part et hors de l'action directe du pouvoir
royal, alors que l'union politique et territoriale du royaume tait un
fait accompli depuis Louis XI, nous expliquent l'absence de documents
relatifs aux tats citramontains du Saint-Sige dans les grandes
collections de la Bibliothque nationale, les collections _Doat_,
_Moreau_, _Fontanieu_, la collection _Legrand_, qui ont t
constitues au XVIIe ou au XVIIIe sicle, c'est--dire  une date o
les tats pontificaux d'en de des monts n'taient pas encore terre
franaise. C'est pour la mme raison que les rares lettres que nous
avons trouves  la Bibliothque nationale, provenant des consuls
d'Avignon, sont disperses et perdues dans l'ancien fonds franais.

  [1] _Lettres de Louis XI, roi de France_, publies par Vaesen et
  Charavay, 5 vol. parus.

Les documents que nous avons utiliss pour notre travail sont de deux
sortes: 1 Les _Originaux_, lettres, bulles, brefs pontificaux,
correspondance, etc., classs par sries dans les archives communales
et dpartementales. Les originaux provenant de la _Bibliothque
nationale_, des _Archives nationales_ et du Ministre des Affaires
trangres (_Affaires de Rome_); 2 les manuscrits, histoires,
annales, recueils de pices, bullaires et chartiers, copies de pices,
etc., que renferment les bibliothques d'Avignon et de Carpentras.

_A la Bibliothque nationale_, nous avons recueilli quelques pices
dans l'ancien _fonds franais_, nos 2896, 3882, 291, 308 (nouvelle
acquisition), 304 (_id._). Les collections Legrand, 6960-6990, et
Suarez, _Avenio politica_, ne renferment rien de spcial  notre
travail.

_Aux Archives nationales._--Cartons des Rois, X{ta} 8605, folio 95,
registre du Parlement (une pice).

_Archives du Ministre des Affaires trangres._--Affaires de Rome,
VIII, no 154 et volume 358. Correspondance de Rome, 1664, no 157.

Quant aux archives du Vatican, elles ne possdent rien ou  peu prs
rien en ce qui concerne l'histoire diplomatique du XVe sicle, la
chancellerie pontificale prenant pour rgle de ne conserver que les
pices ayant un intrt direct et immdiat pour le Saint-Sige. La
correspondance si intressante des lgats et vice-lgats avignonnais
n'offre une collection rgulire qu' partir de 1572[2]. Seule la
collection des _Cameralia_ peut tre utilement consulte. Nous devons
ajouter toutefois que cette lacune peut tre comble grce  la
correspondance consulaire (_srie A. A._) des archives communales, qui
renferme les minutes des instructions donnes par la ville  ses
ambassadeurs. Rdiges en latin ou en italien, ces instructions, dont
nous aurons occasion de reproduire plusieurs extraits comme pices
justificatives, ne sont pas moins remarquables par la nettet et la
prcision de la pense que par l'lgance de la forme diplomatique.

  [2] Je n'aurais garde d'oublier de remercier ici le Rvrend Pre
  Ehrle, conservateur de la Bibliothque du Vatican, dont les
  conseils clairs et obligeants m'ont t d'un si prcieux
  secours durant les quelques semaines que nous avons employes 
  faire des recherches aux archives vaticanes. Nous avons
  dpouill, aux archives secrtes, la collection des _Miscellanea_
  (3 caisses de documents divers classs sans autre raison que le
  format) de 1444  1479. Enfin, nous avons compuls avec soin les
  registres _Diaria_ XII, _Diaria_ XIII, de 1463  1479. Librorum
  ritualium qui et Cremoniales vulgo appellantur item Diariorum
  Magistrorum Cremoniarum et aliorum, o l'on trouve de
  frquentes mentions des ambassades envoyes par la Cour de France
  auprs du Saint-Sige.

Mais c'est sans contredit aux archives communales et dpartementales
que nous devons notre plus ample moisson. Nous avons consult dans les
archives municipales les sries A. A. (correspondance consulaire,
minutes et dossiers des ambassades), srie B. B., srie C. C.
(comptes, mandats et pices de dpenses), srie D. D., srie E. E.
(affaires militaires, passages de troupes, etc.), srie H. H., srie
I. I., registres des conseils (1450-1504), registres des procs du
Rhne, 6 volumes in-folio. Les archives dpartementales ne nous ont
pas t d'un secours moins prcieux, bien que l'incendie de 1713 ait
dtruit la plus grande partie des pices originales relatives 
l'histoire du Comtat-Venaissin. Nous avons surtout consult la srie
des dlibrations des tats; les sries _B. B._, _C. C._; les
cartulaires de l'_Archevch d'Avignon_, 3 volumes in-folio; les
archives communales de _Carpentras_, de _Pernes_, _Cavaillon_ (_sries
A. A., B. B. et E. E._). Enfin, nous avons recueilli beaucoup de
curieux renseignements et de pices indites dans les minutes de
notaires.

Aux archives des provinces voisines, Languedoc, Provence, Dauphin,
nous avons trouv quelques documents[3] dans les sries C. C. et
surtout srie B. (_Chambres des Comptes_).

  [3] Nous devons particulirement remercier de leur obligeance M.
  Prudhomme, le savant archiviste de l'Isre, et son collaborateur
  M. Pilot de Thorey, qui a bien voulu nous communiquer les bonnes
  feuilles des deux volumes qu'il prpare sur les actes de
  l'administration de Louis XI relatifs au Dauphin.

Nous n'avons point, en donnant ce livre au public lettr, la
prtention de refaire l'oeuvre de nos prdcesseurs, en critiquant ce
qu'il y a d'incomplet et d'insuffisant dans leurs travaux sur la
politique gnrale de Louis XI. Nous avons simplement voulu, surtout
aprs le livre de M. Se[4], combler une lacune et montrer que si le
rgne de celui que ses contemporains appelaient l'universelle
araigne a t tudi et fouill dans ses recoins les plus secrets,
il n'en reste pas moins fcond en surprises pour tous ceux que
passionne l'tude de notre histoire nationale.

    Grenoble, fvrier 1899.

    R. REY.

  [4] _Louis XI et les Villes_, par Henri Se, docteur s-lettres,
  in-8. Paris, Hachette, 1891.




CHAPITRE PREMIER

Coup d'oeil rtrospectif sur les relations de la Cour de France avec
Avignon et le Comt Venaissin pendant la premire moiti du XVe
sicle.

Charles VI.--Benot XIII.--Le Schisme.

  Caractre gnral des relations de la Cour de France avec le
    Venaissin et l'tat d'Avignon pendant le rgne de Charles VI et
    de Charles VII. Comment les rois de France entendaient la
    juridiction temporelle des papes sur ces tats. Voyages
    princiers  Avignon. Fondation du royal monastre des Clestins
    (1395); privilges accords. Inviolabilit.--Premires assises
    de l'autorit royale  Avignon.

  Le schisme et Benot XIII. Situation des Avignonnais vis--vis du
    pape et des cardinaux. Louis d'Orlans et les oncles du roi 
    Avignon. Attitude et intervention de Charles VI: premier sige
    du Palais (1398). GEOFFROY LE MEINGRE, dit BOUCICAUT. Son rle
    dans les vnements militaires dont Avignon est le thtre
    (1398-1399).

  Charles VI prend Benot XIII sous sa protection. Sa lettre aux
    consuls d'Avignon (22 avril 1401). Il se fait le dfenseur des
    cardinaux et des terres de l'glise. Sa lettre au sire de
    Grignan (juin 1401). Captivit et vasion de Benot XIII (1400,
    mars 1403). Trait de paix entre les cardinaux et le pape.
    Hommage des Avignonnais  Benot XIII (10 avril 1403). Retrait
    de la soustraction d'obdience (30 juillet 1403).

  Suite des vnements provoqus par les agissements de Benot
    XIII.--L'anti-pape et le marchal de Boucicaut.--Infodation des
    villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).--Le second
    sige du Palais.--Rodrigues de Luna et les Catalans
    (1410-1411).--Intervention de l'Universit de Paris.--Charles VI
    envoie des secours aux Avignonnais.--Capitulation de la garnison
    catalane (27 novembre 1411).


La question de savoir si la juridiction temporelle des papes sur la
Cont de Venaissin et l'tat d'Avignon tait reconnue par les rois de
France a provoqu, aux XVIIe et XVIIIe sicles, des discussions
passionnes. Nous nous garderions bien de reproduire ici les arguments
que chaque parti invoquait  l'appui de sa thse; mais, nous devons
l'avouer en toute franchise, chez les uns comme chez les autres, la
passion politique a eu une part trop large au dtriment de la vrit
historique[5].

  [5] _Voir Recherches historiques concernant les droits du Pape
  sur la Ville et l'tat d'Avignon_, 1768, in-8, avec _Rponse_,
  par Agricol. Morau.--Cf. Dupuy, _Trait des droits du
  Roi_.--Archives du Ministre des Affaires trangres, vol. 358,
  fo. 36 et suivants.

Tous les rois de France du XVe sicle ont, sans exception, dans leurs
actes publics comme dans leurs missives et lettres closes, reconnu,
sans aucune rserve, le droit de suzerainet temporelle du Saint-Sige
sur Avignon et le Venaissin. Dans aucun cas, la lgitimit de
possession n'est mise en cause. En informant Yolande d'Aragon, reine
de Sicile et de Provence, qu'il envoie des secours contre les
schismatiques qui occupent le palais d'Avignon et le chastel d'Oppde
et autres lieux appartenant  notre dit Saint Pre[6], Charles VI
affirme ce droit comme il l'avait affirm prcdemment dans sa lettre
au sire de Grignan, en 1401[7]. Sous Charles VII, la reconnaissance
des droits des souverains pontifes est encore mieux affirme: _Et
pour ce que aucuns estans s marches de par del ont vouloir et
intention de surprandre sur le patrimoine de l'glise appartenant au
Saint Pre le Pappe et de porter dommaige et oppression  la cit
d'Avignon et autres du dit patrimoine_[8]. C'est en ces termes que
Charles VII garantit sa protection aux vassaux de l'glise; et l'acte
mme par lequel ce souverain prend sous sa sauvegarde les tats
citramontains du Saint-Sige, avec leurs habitants, ne peut laisser
aucun doute sur la sincrit de ses intentions et sur les dispositions
bienveillantes dont il ne cesse de donner des preuves  ses
protgs[9]. Est-ce  dire que, tout en acceptant la domination
temporelle des pontifes de Rome sur cette portion de terre enclave
dans leur royaume, les rois de France en considrrent les habitants
comme des trangers pour lesquels on n'a pas de mnagements  avoir?
Tout autre, au contraire, est le caractre de la politique de nos rois
vis--vis des sujets de l'glise. Charles VII ne remporte pas un
succs militaire sans en faire aussitt part aux Avignonnais; ainsi,
quand il leur annonce, _le 22 juillet 1453_, la capitulation de
Castillon de Guyenne: _Pour ce que savons que prenez grand plaisir 
or en bien de la prosprit de nous et de nostre seigneurie_[10].
Louis XI dclare dans toutes ses lettres patentes que le Venaissin et
la cit d'Avignon _sont terres d'glise et du domaine de nostre Saint
Pre le Pape_[11], et qu'il est dispos _ faire pour les sujets du
Saint-Sige plus que pour ses sujets propres, si mieulx faire se
povoit_[12]. C'est donc comme fils ans de l'glise, comme rois trs
chrtiens et dfenseurs des droits de l'glise et de la Papaut que
les rois de France interviennent dans les affaires intrieures du
Comtat et d'Avignon. C'est  ce titre qu'ils s'rigent en tuteurs des
Comtadins et des Avignonnais, en apparence, bien qu'au fond, sans
formuler de revendications crites, ils se considrent toujours comme
ayant des droits sur cette partie du domaine de l'glise, que, pour la
premire fois, Henri II regardera _comme ayant t clipse de son
royaume_[13]. Mais aucun souverain, pas mme Louis XI, quand il
occupa temporairement Avignon et le Comtat, n'a eu l'intention arrte
d'annexer ces terres, devenues fiefs temporels de l'glise, d'une
faon dfinitive et sans retour[14]. Nos rois auraient vu dans cette
incorporation de vive force une atteinte  cette tradition de
franchise et d'honntet politiques dont la Maison de France semble
jalouse de conserver le monopole. On peut donc dire que le caractre
des relations de la Cour de France avec les sujets du Saint-Sige se
rgle sur l'tat mme des rapports qui existent entre les rois et la
Papaut. Que le Saint-Sige soit occup par un pontife favorable aux
intrts franais, les Avignonnais et les Comtadins bnficient de
toutes les faveurs; que la Cour de France ait, au contraire,  se
plaindre des procds de la curie romaine, ce sont les vassaux du pape
qui subissent les consquences de la brouille. La suite des vnements
ne fera que confirmer la vrit historique de ce principe.

  [6] 26 juin 1411. Arch. mun., srie E.E. Orig.

  [7] 7 juin 1401. Fornry, _Hist. Eccls._, mss., fol. 416 et 417.

  [8] 15 mars 1426. Arch. munic., B. 19, no 22.

  [9] Lettres-patentes du roi Charles VII prenant sous sa
  protection les tats citramontains de l'glise: Karolus Dei
  gratia Francorum rex carissimo primo genito nostro Ludovico,
  dalphino Viennensi ac universis et singulis ducibus, principibus,
  comitibus, barronibus, militibus, capitaneis armigerorum tam
  equitum quam peditum arma gerentibus universis et singulis
  nobilibus burgensibus et aliis quibuscumque subditis confederatis
  et fidelibus nostris tam infra regnum nostrum quam in
  Dalphinatu et aliis quibuscumque locis constitutis, subditis et
  benivolis nostris graciam et bonam voluntatem. Noveritis quod
  insequendo vestigia predecessorum nostrorum Christianissimorum
  regum Francie in mentis nostre conceptu ac scrutinio cordis
  revolventes Sanctissimum Dominum nostrum Papam in remotis in
  presenti residere ac considerantes Reverendissimum in Christo
  patrem Karissimum Consanguineum nostrum nomine Carles Fuxi,
  regimen predicte Ecclesie citra montes habeat et volentes ex
  certis et quam plurimis causis animum nostrum ad hoc moventibus
  civitatem Avinionensem, comitatum Venaissini et alias terras
  eisdem adjacentes juncte vel injuncte Sancte Romane Ecclesie
  subjetas cum incolis et habitantibus in eisdem quas semper cum
  effectu reperimus begnivolas et relatrices honoris et status
  progenitorum nostrorum et nostri caras habere et propicias motu
  nostro proprio et non ad cujuscumque requisitionem seu instanciam
  sed ex nostra pura liberaque et sincera devotione moti per
  presentes notum facimus et declaramus ex causis supradictis,
  dictas terras, personas et bona subditorum dicte Sancte Romane
  ecclesie ita caras et propicias habere censemus et reputamus
  sicut terras nostras et subditos nostros ac si essent de nostro
  proprio dominio et imperio eisdemque deffensores et protectores
  tanquam brachium dextrum ecclesie esse volumus intimantes omnibus
  et singulis cujuscumque status, gradus, condicionis,
  preheminencie aut dignitatis existant qui contra hanc nostri
  animi voluntatem seu declarationem mentis nostre aliquid
  attemptaverint in dictis terris et personis vel bonis eorumdem
  quod nos onus ulcionis de attemptatis hujusmodi nobis assumemus
  et ex inde assuminus et talem et ita celerem provisionem circa ea
  dabimus et resistenciam faciemus quod ceteris cedet in exemplum
  et nihilominus declarantes nostre mentis intentum quod per
  premissa nullum jus, nullumque imperium dominiumque seu aliqualem
  juridictionem seu actionem acquirere nobis aut successoribus
  nostris aliqualiter intendimus seu volumus in dictis terris et
  subditorum sancti domini nostri Pape sed solam indicta fecisse et
  facere decrevimus pro pacifico et tranquillo statu illius patrie
  quam semper optavimus et optamus mandantes omnibus senescallis et
  officiariis subditis nostris ut has nostras litteras publicari
  faciatis tociens et ubicumque requisiti fuerint infra dictionem,
  imperium et dominium nostrum sine costu voce tube et alias
  taliter quod nullus ignoranciam tenoris earumdem pretendere
  possit seu contra ire presumat in quantum cupiunt indignationem
  nostram evitare et hoc sub pena centum marcharum auri fisco
  nostro, irrevocabiliter applicanda quas debita exequtatas
  remanere volumus presentanti. In quorum, etc. Arch. municip.,
  srie A.A.

  [10] Arch. municip., srie A.A. Origin. indit. Voir aux pic.
  justific.

  [11] Voir pic. justific., no 19.

  [12] _Id._, no 20.

  [13] _Id._, Biblioth. nat. fonds. franc. Nouv. acq., 304.

  [14] Arch. du Ministre des Affaires trangres, _Correspondance
  de Rome_ (8 janvier 1664). _Mm. du Roy  M. de Bourlemont._ Vol.
  no 157, fol. 25 et suiv.

Le rgne de Charles V ne nous offre pas de relations bien suivies
entre les tats pontificaux de France et la Cour. Les ducs de
Bourgogne et d'Anjou avaient fait, en 1370-71, un premier voyage 
Avignon, o ils avaient reu du pape une magnifique hospitalit[15].
La confirmation de la protection royale accorde en 1380[16]  la
Chartreuse de Villeneuve tait un premier jalon de la puissance royale
aux portes d'Avignon. L'tablissement de la Maison de France, dans la
personne de Louis d'Anjou, frre de Charles V, en Provence, en 1385,
confirmait encore et pouvait rendre plus entreprenantes les vises de
la Cour sur les domaines mmes de l'glise. Le Saint-Sige en prit
ombrage et eut peur un moment que ce redoutable voisinage ne
l'obliget  vacuer Avignon[17]. Le voyage de Charles VI en
Languedoc et le sjour qu'il fit dans la cit papale,  deux reprises
diffrentes, les assurances et gages de paix qu'il donna,
contriburent  dissiper les malentendus, et le souverain reut 
Avignon un accueil vraiment royal. Ds le 19 octobre, tous les
ouvriers de la ville avaient t occups  tendre des toiles depuis le
Palais apostolique jusqu'au pont du Rhne et  charrier des graviers
de la Durance[18] dans toutes les rues que devait parcourir le cortge
royal[19]. Le roi, accompagn de Louis d'Orlans, son frre, de ses
oncles, les ducs de Berry et de Bourbon, des ministres, des grands
officiers de la Cour, dont le marchal Boucicaut, fit  Avignon une
entre triomphale, le 30 octobre 1389,  la nuit tombante, au milieu
des acclamations de la population. C'est pendant son premier sjour 
Avignon que fut couronn Louis II d'Anjou, son neveu, roi de Sicile et
de Jrusalem et comte de Provence[20]. Parti d'Avignon pour continuer
son voyage en Languedoc, Charles VI y tait de retour le 31 janvier
o le pape le festoya[21], et c'est dans cette entrevue que, s'il
faut en croire un historien[22], le roi promit  Clment VII de le
placer _manu militari_ sur le trne de Rome. Quoi qu'il en soit, le
roi de France prit vis--vis du pope et de ses sujets l'engagement
formel de les couvrir de sa protection royale contre les routiers et
les ennemis de l'glise. Ainsi, ds le mois de _novembre 1390_,
Charles VI ayant appris que Jean d'Armagnac, l'alli des Florentins,
avait runi des gens d'armes pour marcher en Lombardie contre Jean
Galas, beau-pre du duc d'Orlans, et que ces bandes commettaient des
excs sur le terroir pontifical, il dpcha Jehan d'Estouteville 
Avignon _pour le faict des vuides des gens d'armes estans en la
compaignie du comte d'Armigniac_[23].

  [15] Collect. des documents indits, _Itin. de Philippe le
  Hardy_, p. 481-544, et Introduct., XIII, et pp. 63-64.

  [16] _Ordonn. de Charles V. Recueil des Ordonnances_, t. VI, p.
  490, et t. VII, p. 380. Voy. galement _Trsor des Chartes_, Reg.
  139, p. 216.

  [17] Douet d'Arcq., _Choix de pices relatives an rgne de
  Charles VI_, I, p. 67. Voy. rponse du snchal de Beaucaire au
  Roy, 1385: Il est assavoir que le Pappe et les Cardinaux ne sont
  pas bien enclinez  la partie du Roy; aucuns d'eulx disans que se
  le Roy estoit seigneur du pais qu'il leur faudroit laisser
  Avignon.

  [18] Archiv. de la Ville, t. Ier, fo. 692, vo, 693.

  [19] _Id._, t. Ier, fo. 695. Cf. l'abb Christophe. _Loc. cit._,
  III, p. 110.--_Historia Clestinorum Avenionensium_, mss., Bibl.,
  municip. I, fo. 93. _Recueil de Massillian_, mss., t. XVII, fo. 71.

  [20] Jarry, _La vie politique de Louis d'Orlans_, p. 52.--De
  Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, I, p. 317.

  [21] Dom Vaissette. X, p. 128.

  [22] Jarry, _La vie politique de Louis d'Orlans_, p. 52.

  [23] Jarry, p. 68, no 2.

La mort de Clment VII et l'lection de Pierre de Luna, en accentuant
encore le caractre dj violent du schisme qui divisait l'glise,
allait amener une nouvelle intervention de la Cour de France 
Avignon, Clment VII tait mort le 16 septembre 1394; aussitt Charles
VI dpcha  Avignon, auprs des cardinaux, un envoy porteur d'une
lettre du roi, pour les prier de surseoir  toute lection. La lettre,
arrive le 28, fut remise au cardinal de Florence, mais le mme jour,
Pierre de Luna tait lu pape sous le nom de Benot XIII[24]. Vingt-un
cardinaux avaient pris part  son lection, parmi lesquels le cardinal
_de Thury_[25], qui fut plus tard un des ses adversaires les plus
acharns, et que le concile de Pise envoya en 1409, comme lgat, dans
les tats pontificaux. Cette lection provoqua  la Cour une
douloureuse surprise, car peu auparavant Charles VI avait fait partir
pour Avignon[26] le _marchal de Boucicaut_, _Regnault de Roze_ et
_Bertaut_, sous prtexte d'enjoindre  Raymond de Turenne de cesser
ses hostilits contre les cardinaux et ses ravages sur les terres de
l'glise et de la reine de Sicile, mais aussi pour inviter ceux-ci 
diffrer toute lection. Les envoys apprirent en route l'lection de
Benot XIII. Le nouveau pape tait un homme de grande science et de
haute intelligence. Diplomate consomm, politique fin et rus,
caractre indomptable, volont opinitre et inflexible, Pierre de
Luna,  l'encontre du jugement plein de prvention que porte sur lui
un historien allemand contemporain[27], tait bien au-dessus des
hommes de son temps.

  [24] _Le Religieux_, II, p. 190.--Cf. P. Ehrle, _Aus den Acten
  des Afterconcils von Perpignan_, p. 15, not. 1.

  [25] On l'appelle encore cardinal de Thuroy.

  [26] Nol Valois, _Raymond-Roger de Beaufort, vicomte de Turenne,
  et les Papes d'Avignon_, 1890, p. 28.--Cf. Jarry, _loc. cit._, p.
  128;--Cf. Douet d'Arcq., _loc. cit._, I, p. 139.

  [27] Pastor, _Hist. de la Papaut_, traduct. fran., vol. I, p.
  176.

Anim tout d'abord d'intentions conciliatrices, Benot XIII envoya 
la Cour _Egidius de Bellamera_, vque d'Avignon, et _Pierre
Blau_[28], pour faire savoir  Charles VI qu'il tait personnellement
dispos  favoriser l'extinction du schisme[29] priant Sa Majest de
dlguer auprs de lui une ambassade en vue de s'entendre sur les
moyens  prendre pour mettre fin  un flau qui dsolait l'glise et
la Chrtient. De son ct, Charles VI chargeait ses ambassadeurs
auprs des rois de Bohme, de Hongrie, d'Angleterre, de Castille,
d'Aragon et de Sicile, de proposer  ces divers souverains la
dposition du pape[30]. Pour trouver paix et bonne union en nostre
mre saincte Esglise[31], il convoquait  Paris, pour la
_Purification_, une assemble des membres du clerg en vue d'examiner
les trois voies proposes pour arriver  l'extinction du schisme, voie
de cession, de compromis ou d'arbitrage et voie de concile
gnral. Quatre-vingt-sept voix contre vingt-deux adoptrent la voie
de cession, et l'assemble dcida en outre qu'une ambassade compose
des princes de la famille royale serait envoye  Avignon auprs de
Benot XIII, pour obtenir son adhsion  la voie de cession qui
paraissait la plus digne et la plus expditive[32]. Les princes
reurent leurs pouvoirs le 29 fvrier 1395; le duc Louis d'Orlans,
pour sa part, devait toucher 3,000 livres par mois pour ses frais de
route[33], mais cette somme tait insuffisante, vu les gots de
dpense du jeune prince qui fut oblig de s'adresser  des banquiers
avignonnais pour solder ses dettes[34]. Les ducs d'Orlans et ses
oncles, les ducs de Berry et de Bourgogne, descendirent de Chlons
 Avignon (en mai 1395) sur un bateau construit dans cette ville.
Un conduisait le conseil du roy; un autre tait destin 
l'chansonnerie; un autre  la panneterie; trois pour la cuisine,
trois pour les gardes-robes, un pour les joyaux du duc, trois pour les
chapelains, trois pour la fruiterie. En tout dix-sept bateaux[35]. Les
ambassadeurs, accompagns de ce train considrable dbarqurent 
Avignon le 22 mai 1395[36]. Benot XIII reut avec beaucoup de
dfrence les envoys de Charles VI, mais les premires entrevues
tant restes sans rsultat, les princes, mcontents de l'opinitret
du pape, convoqurent  Villeneuve les cardinaux, afin de prendre leur
avis sur la voie de cession qu'ils avaient pour mission de faire
prvaloir auprs du pape et de son entourage[37]. La majorit des
cardinaux se pronona pour la voie de cession. Mais Benot XIII ne
l'accepta pas, et cette fois, les princes mcontents se retirrent 
Villeneuve[38]. L'incendie d'une partie du pont, qui eut lieu dans la
nuit, fut considr comme le premier acte de l'alliance des cardinaux
et des Avignonnais avec les ambassadeurs de Charles VI contre
l'obstin pontife. Une deuxime confrence des cardinaux et des
princes n'ayant pas amen plus de rsultat (23 juin 1395)[39], ceux-ci
quittrent Villeneuve et vinrent prendre gte  Avignon o une
somptueuse hospitalit leur fut donne dans les htels des cardinaux.
C'est le surlendemain de leur installation dans cette ville qu'ils
fondrent le _Monastre des Clestins_. Charles V, Charles VI et les
princes de la famille royale avaient toujours manifest une dvotion
particulire pour les Clestins de Paris[40]. Louis d'Orlans, pour
tre agrable  la maison de Luxembourg, rigea une chapelle sur la
spulture du cardinal Pierre de Luxembourg[41]. Les ducs de Berry et
de Bourgogne assistrent  la crmonie avec tous les seigneurs qui
faisaient partie de l'ambassade[42]. Le duc d'Orlans affecta au
nouveau couvent une somme de 2,000 francs, que son procureur auprs de
Benot XIII, _Alart de Sains_, reut mission d'employer dans ce sens;
plus tard, il fit donation au mme monastre d'une somme de 4,000
francs[43]. Une autre libralit de 100 florins en faveur des mmes
Clestins est mentionne sous le rgne de Charles VI[44]. La nouvelle
fondation fut ds lors dsigne sous le nom de _Royal monastre des
Clestins_. Le 18 mars 1400, par lettres patentes donnes  Paris,
Charles VI portait, pour les Clestins d'Avignon, exemption de tous
droits, pages, gabelles, leydes, etc., pour le transport des
matriaux ncessaires  la construction des btiments de l'glise et
du couvent[45]. En novembre 1400, Charles VI les place sous la
sauvegarde royale[46]. Le 6 mai 1407, le duc de Berry permettait aux
religieux Clestins de conduire  Avignon, pour deux ans, des pierres
et tous autres matriaux de construction sans payer de droits. En
1417, le monastre n'tait pas achev, que des lettres du dauphin
Charles, donnes  Nmes, mandent  tous pagers, pontonniers, de
laisser passer, tant par eau que par terre, deux radeaux venant de
Savoye par le Rhne, chargs de pices de bois pour la construction de
l'glise et du monastre de Saint-Pierre-de-Luxembourg[47]. Par
lettres-patentes donnes  Avignon le 20 avril _1420_, Charles VII
confirme les privilges accords par son pre, Charles VI, aux
Clestins d'Avignon. Cette fondation royale constitue dans l'histoire
des relations des Avignonnais avec la Cour de France un acte de la
plus haute importance. Par l, les rois de France prennent pied 
Avignon. C'est une affirmation matrielle de leur autorit et de leurs
droits sur une ville enclave dans le domaine de la couronne. Le
monastre et l'glise des Clestins taient un asile inviolable autant
pour les officiers pontificaux que pour les agents de la Cour de
France[48]. Charles VII ne put en faire extraire, pour le livrer  la
justice sculire, Antoine Noir, un des facteurs de Jacques Coeur, qui
y avait trouv un refuge. Et c'est dans cette mme glise que, pendant
les difficults qui surgissaient priodiquement entre le Saint-Sige
et les officiers du Languedoc,  propos des limites du Rhne, les
magistrats avignonnais avaient coutume de porter religieusement les
panonceaux aux armes de la maison de France, quand la populace ameute
les arrachait pour y substituer celles des papes[49].

  [28] Jarry, _op. cit._, p. 129.

  [29] _Ibid._

  [30] _Ibid._

  [31] Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon, 1er fvrier
  1401. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott. XXX.

  [32] _Le Religieux_, II, pp. 118 et suiv.--_Amplissima
  Collectio_, VIII, p. 458.

  [33] Jarry, _op. cit._, pp. 131, 132.

  [34] De Circourt, _Rev. des quest. hist._, 1er juillet 1889, p.
  137, not. 2.

  [35] Collect. des Docum. indits. _Itinr. de Philippe le Hardy_,
  p. 552.

  [36] Le P. Ehrle, _op. cit._, p. 22.--Cf. Delaville Le Roux, _La
  France en Orient au XVe sicle_, p. 231.

  [37] Ehrle, _op. cit._, pp. 25, 26 et suiv.

  [38] Le P. Ehrle, _op. cit._, pp. 27, 28.

  [39] Le P. Ehrle, p. 30. Voy. la bulle dans du Boullay, _Hist. de
  l'Univ. de Paris_, IV, 349.

  [40] Muse des Archiv. Nationales, p. 247.

  [41] _Rec. des Ordonn. des Rois_, VIII, p. 398.--Cf. Jarry, _op.
  cit._, p. 201.

  [42] Voir, pour les dtails, Fornry, _Hist. eccls._, fol.
  617.--_Historia Coelestinorum_, mss. de la Bibl. d'Avignon, I, fo.
  347. Et Anno _1395_, 25 die Junii ducta Joanns Biturictensis,
  Philippus Burgundi Avunculi Regis Christianissimi et Ludovicus
  dux Aurelianensis frater ipsius regis in civitate Avenionensi
  existerunt ut Benedicto 13 abdicationem papats suaderent lapidem
  primarium... a nomine dicti Regis posuerunt.--Cf. Bullet. de
  l'Acad. de Vaucluse.--_Labyrinthe royal de l'Hercule Gaulois
  triomphant_, p. 80.

  [43] Jarry, _op. cit._, Pices justif., XXXI, p. 459.

  [44] Nouvelle collection des Documents indits, III, p. 281.

  [45] _Rec. des Ordonn._, VIII, p. 426.--_Rec. des Chartes_, Reg.
  156, pice 9.

  [46] _Rec. des Ordonn._, VIII, p. 398.

  [47] Duhamel, _Les oeuvres d'art du monastre des Clestins_,
  Caen, 1886, pp. 4-6.

  [48] Cf. _Un pisode du procs de Jacques Coeur  Avignon_.--Bul.
  de l'Acad. de Vaucluse, 1887.

  [49] Arch. municip., _Procs du Rhne_, mss., t. VI.

Le 10 juillet 1395[50], aprs un voyage de cent deux jours, qui
n'avait amen aucune solution, les princes quittrent Avignon, et ce
n'est que le 24 aot qu'ils rendirent compte  Charles VI de
l'insuccs de leur ambassade[51].

  [50] Bibl. nation., fonds. fran., 10431: 594.--Cf. Jarry, _op.
  cit._, pp. 132-133.

  [51] Jarry, pp. 165-187.

La Cour de France tait dans le plus grand embarras; d'un ct,
l'Universit menaante[52] sollicitait la soustraction d'obdience; de
l'autre, les princes, et surtout le duc d'Orlans, inclinaient  des
mesures prparatoires avant de recourir  cette solution extrme[53].
Ni l'ambassade de Regnault, aumnier de Louis d'Orlans (dcembre
1396), ni celle des envoys de Charles VI, auxquels s'taient joints
ceux des rois de Castille et d'Angleterre (juin 1397), ne purent
triompher de l'obstination de Benot XIII, qui dclara qu'il tait
_pape romain_ et qu'il ne reconnatrait qu'un concile
oecumnique[54]. Toutes ces dmarches prliminaires avant de recourir
 la soustraction force font, quoi qu'en dise Pastor[55], le plus
grand honneur au duc d'Orlans et au roi, dont Louis tait
l'interprte. Le refus obstine du pape n'est point imputable aux
sollicitations de la Cour de France, mais  son caractre irrductible
et  son infatigable nergie. Au mois de mars 1398 eut lieu, entre
Charles VI et Wenceslas, roi des Romains, une entrevue  la suite de
laquelle un dernier effort fut tent auprs de Benot XIII, par
l'entremise de Pierre d'Ailly, archevque de Cambray; mais cette
mission, comme les prcdentes, demeura infructueuse, et Pierre
d'Ailly revint  Coblentz rendre compte  Wenceslas du refus de Benot
XIII d'accepter la voie de cession[56] (juin 1398). Il n'y avait plus
rien  attendre dsormais de ce ct, et tous les moyens de
conciliation paraissaient puiss. Le 28 juillet une assemble
gnrale des prlats et du clerg, en prsence des oncles du roi (le
duc d'Orlans absent), dcida, par 247 voix, que la soustraction
d'obdience devait tre immdiate et totale[57]. La dcision de
l'assemble fut promulgue le mme jour[58], malgr l'avis de Louis
d'Orlans, qui aurait voulu une sommation pralable.

  [52] Jarry, _op. cit._, p. 188.

  [53] Douet d'Arcq, _op. cit._, I, p. 142.

  [54] _Le Religieux_, II, pp. 528, 530.--Jarry, _op. cit._, p.
  189.--Le P. Ehrle, p. 36.--_Amplissima collectio_, VIII, 554,
  616.

  [55] Pastor dit que l'obstination de Benot XIII est due en
  grande partie  la Cour de France. _Hist. de la Papaut_,
  traduct. franaise, Pastor, I, p. 211, not. 2.

  [56] Jarry, p. 207.--_Amplissima collectio_, VII, 591,
  597.--Froissart, _Edit. de Lettenhove_, XVI, pp. 116, 132.

  [57] Muse des Arch. nat., pp. 243-244.--Jarry, p. 208.--Ehrle,
  p. 38.

  [58] _Ordonn. des Rois_, VIII, p. 258.--Du Boulay, _op. cit._,
  IV, 850, 853, 863.--_Le Religieux_, 598, 644.

Quoi qu'il en soit, ce prince n'adhra  la soustraction que le 19
octobre 1398, promettant d'employer toute son influence en faveur du
souverain pontife[59]. Mais, cdant  la majorit de l'assemble,
Charles VI, ds le conseil du roi, avait prescrit des mesures de
rigueur contre les partisans de Benot XIII, qui devaient tre arrts
dans toute l'tendue de la snchausse de Beaucaire[60]. Quoi qu'en
dise le P. Ehrle[61], il est incontestable que l'ordre manait, sinon
du roi lui-mme,  qui son tat mental ne permettait pas de diriger
les affaires du royaume, du moins du conseil du roi et de ses oncles.
Ce sont deux conseillers du roi, _Rebert Cordelier_ et _Tristan de
Bosc_ qui, le premier dimanche de septembre 1398[62], publient 
Villeneuve la soustraction d'obdience, mettant en demeure tous les
sujets du domaine royal, tant clercs que lacs, de se soustraire 
l'autorit spirituelle de Benot XIII. Les cardinaux adhrrent  la
soustraction, moins sept, dont cinq restrent fidles au pape et
s'enfermrent avec lui dans son palais; les deux autres rentrrent
chez eux. On ne peut donc nier que si Charles VI et la Cour de France
demeurrent trangers aux prparatifs du sige du palais, l'acte de
soustraction d'obdience  Avignon, comme dans le reste du royaume,
n'ait t un acte de l'autorit royale. Deux partis restaient en
prsence  Avignon, le parti de Benot XIII, qui ne comptait que cinq
cardinaux et quelques gens d'armes aragonais qui gardaient le grand
palais; l'autre, le parti des cardinaux, qui s'appuyait sur la
population avignonnaise et disposait de grandes ressources en argent.
Mais les soldats lui manquaient et aussi des chefs habitus au mtier
des armes. C'est alors que les cardinaux et les bourgeois avignonnais
firent appel  un chef de Routiers, moins clbre sans doute que son
frre, mais dont le rle militaire fut considrable dans les tats du
Saint-Sige, au commencement du XVe sicle, _Geoffroy le Meingre_,
frre cadet du marchal de Boucicaut.

  [59] Jarry, pic. justificat., XXI, pp. 439 et suiv.

  [60] _Ordonn. des Rois de France_, VIII, p. 274.--Dom Vaissette,
  IX, p. 975, not. 2.

  [61] Ehrle, _op. cit._, p. 87.

  [62] Baluze, _Vita pap. Avenion_, C. 1122.--Cf. Ehrle, _op. cit._,
  p. 38.

Le P. Ehrle, qui, dans une tude rcente[63], a montr par un savant
commentaire du texte de Froissart rapproch des autres tmoignages
contemporains, les contradictions frappantes qui auraient d ne pas
laisser confondre le marchal de Boucicaut avec son frre Geoffroy,
n'a pas connu tous les documents permettant d'tablir d'une manire
irrfutable la participation de ce chef de bandes au sige du palais.
Les archives municipales renferment plusieurs lettres de ce seigneur
adresses aux Avignonnais, et prouvent que depuis le rle militaire
qu'il avait jou dans la guerre contre Benot XIII, Geoffroy Boucicaut
conserva des relations suivies avec les habitants. Il leur crit en
effet de Boulbon[64], le 17 fvrier.... pour les assurer de ses bons
offices. Le 23 novembre 1400[65], Geoffroy le Meingre, qui tait alors
gouverneur du Dauphin et paraissait jouir d'un grand crdit  la
Cour, fait des offres de service aux syndics de Carpentras: Et si
vous avez besoin de moy, ou comme conseiller et officier du roy, ou
comme prive personne, je ferois pour vous de bon cuer tout ce que je
pourroys. Le 9 juillet 14.., Geoffroy, alors  Bridor, en
Touraine[66], accrdite auprs des syndics d'Avignon Jean de
_Curire_, son capitaine, et Loys _Henryet_, chanoine de Tours, ses
serviteurs, pour recevoir le paiement de 106 marcs d'argent, lesquels
lui avaient t allous _comme prix de sa vaisselle vole_, par
sentence contre Andr de Seytres. Celui-ci ayant t mis en prison 
la demande de Boucicaut, puis relch, Geoffroy le Meingre fait saisir
les bls qui descendaient le Rhne  destination d'Avignon, et comme
les propritaires desdits bls le citrent devant le Parlement,
Boucicaut mit en demeure la ville de les dsintresser[67].

  [63] Ehrle, _Aus den Acten des Afterconcils von Perpignan_, pp.
  78, 80 et suiv.--Cf. Froissart, _Chroniques_, dit. Kervyn de
  Lettenhove, XVI, pp. 116, 132.--Baluze, II, 1123, 1124.--Anselme,
  _Hist. gnalog._, VI, p. 754.

  [64] Arch. municip., srie E.E. (liasse non classe).

  [65] Fornry, _Hist. eccls._, fol. 558, 559.

  [66] Bridor prs Loches. Arch. dpart., srie E.E. (liasse non
  classe).

  [67] Arch. dpart., srie E.E. Ces diverses lettres ne portent
  pas de date, mais sont toutes postrieures  1400, 1401.

Il rsulte de l'existence de cette correspondance que Geoffroy le
Meingre, appel dans le midi par son frre an, le marchal, aprs
son mariage avec la fille de Raymond de Turenne, en 1393[68], avait
pris possession du chteau de Boulbon[69] o il commandait quand les
envoys des cardinaux et des Avignonnais vinrent le prier (septembre
1398) de prendre la direction des oprations militaires contre le
palais occup par Benot XIII[70]. En outre, les lettres dates de
_Bridor_ en Touraine, dont Geoffroy le Meingre tait seul seigneur, 
l'adresse des Avignonnais, sont une preuve que des rapports intresss
rattachaient longtemps encore aprs le sige de 1398 la ville  son
ancien capitaine.

  [68] On ne peut prciser la date de son arrive en Provence, mais
  ce fut sans doute peu de temps aprs le mariage de _Boucicaut
  Jean_ avec Antoinette de Turenne, qui faisait du marchal un des
  plus riches feudataires du Midi (dcembre 1393). Voy. Nol
  Valois, _Raymond de Turenne et les Papes d'Avignon_, p. 24.

  [69] Boucicaut, le marchal, avait achet le chteau de
  Boulbon.--Nol Valois, _Raymond de Turenne et les Papes
  d'Avignon_, p. 24.--L'acte du 7 juillet 1399 dit formellement que
  Geoffroy le Meingre commande in Castris de Bulbono, Aramono et
  Valabrega. Bibl. de Carpentras, _Collect. Peiresc._, Reg. LXX,
  3e vol. (fol. 230-257).

  [70] Quod cardinales videntes dominum Johanem (pour Gaufridum)
  dictum le Meingre fratrem Marescalli Franci Boussicaudi in
  eorum evocaverunt auxilium. _Le Religieux_, II, p. 652, L. V, 19,
  c. 8.--Cf. Ehrle, L. C, pp. 39, 40, 41.

Geoffroy le Meingre se rendit  l'appel des cardinaux et des
bourgeois d'Avignon avec une bande nombreuse de gens d'armes, parmi
lesquels, au dire de Froissart, aurait figur Raymond de Turenne,
beau-frre du marchal de Boucicaut[71]. Il dut y avoir entre le
conseil et le chef des aventuriers un trait pass avec promesse de
fortes sommes  payer, mais aucune trace n'existe de cet engagement
dans les archives communales. C'tait donc  titre absolument priv,
et comme capitaine aux gages de la ville et des cardinaux que Geoffroy
le Meingre entreprit le sige du grand palais[72] en septembre 1398.
La Cour de France, dans ce premier sige, n'intervint d'aucune faon
en faveur des Avignonnais et des cardinaux insurgs. C'est l un point
trs important  tablir, et c'est un contre-sens historique de dire,
comme Jarry, que ce sige fut une honte pour la Couronne qui y resta
trangre[73]. Une intervention arme, dirige par le marchal de
Boucicaut[74] en faveur des Avignonnais contre Benot XIII n'et pu se
faire qu'en vertu d'un ordre du roi; or, Charles VI dclare
publiquement en 1401 que jamais il n'a prescrit d'employer la
violence contre le pape[75] ni de le tenir emprisonn. Toute mesure de
ce genre et certainement t dsavoue par le duc d'Orlans. Nous
avons, au surplus, une preuve indiscutable de la neutralit de la Cour
de France durant la lutte engage, dans un document indit rapport
par Peiresc[76]. Le 19 janvier 1399, Pierre de Luna, neveu de Benot
XIII, capitaine gnral des galres et des barques du roi d'Aragon,
s'engage par devant les dlgus du conseil et de la ville d'Arles, 
ne faire aucun dommage aux terres de Louis, roi de Sicile, ni aux
sujets du roi de France[77]. Le mme document dsigne comme ennemis du
pape ce _cives et habitatores Avenionenses_. Cet acte indique donc
d'une faon bien formelle que le roi de France n'a accord aucun
secours aux adversaires de Benot XIII, et que les assigeants ne
comptent dans leurs rangs que des mercenaires aux gages de la ville.

  [71] Qui cito mandato parens et multos stipendiarios francigenas
  secum ducens, palacium obsidione cingere maturavit.--_Religieux_,
  II, p. 652, V, 19, c. 8.--Froissart, XVI, p. 126.--Nol Valois,
  L. C, p. 36.

  [72] Le matre des ports et un certain Ricardus miles,
  compagnon de Boucicaut, sont  la solde de la ville et des
  cardinaux. Voy. Ehrle, p. 45.--_Amplissima collectio_, VII, 650,
  651.

  [73] Jarry, _op. cit._, p. 222.

  [74] La prsence du marchal de Boucicaut  Avignon en
  _1398-1399_, pendant la dure du sige, est dmontre impossible
  par un document produit par Jarry, p. 218, et pic. justific., le
  marchal tant, jusqu'au mois de juillet 1399, occup par une
  expdition militaire en Guyenne.--Voy. Jarry, _op. cit._, p.
  219.--Delaville le Roux, _op. cit._, p. 357.--_Religieux_, II,
  644, 646.--_Livre des faits du marchal de Boucicaut_, collection
  Petitot, VI, 476, c. 29.

  [75] Nunquam Benedictum ordinavimus neque mandavimus in carcere
  quocumque retrudi, includi nec aliquali strict custodi
  coarctari neque contra eum guerram fieri. Voy. Douet d'Arcq, I,
  203.--Ehrle, p. 48, not. 1.

  [76] Bibl. Carpentras, collect. Peiresc, mss., vol. LXXIV, fol.
  417, 443. _Catalog. des mss._, III, p. 28, fol. 417, 443.

  [77] Dom Pedro de Luna tait neveu de Benot XIII. Il fut
  archevque de Tolde de _1404  1414_. Arch. des miss, scientif.,
  srie III, vol. XV, p. 6. In prsentia legatorum a consilio
  Civitatis Arelatensis missorum, Petrus de Luna, generalis
  capitaneus gallearum, galeotarum et barcharum Armatarum regis
  aragonensis, nunc in flumine Rhodano et portu dict urbis
  existentium, declarat non intentionis su inferre damnun vel
  oppressionem aliquam vassalis nec terr Ludovici, Sicili Regis,
  nec subditis Regis Franci. In Castro Trencatalliarum, die 19
  Januarii 1399. Scilicet quod cum non multis retro lapsis
  temporibus ad audientiam ejus pervenerit quod Dominus noster
  Benedictus christianissimus sacro sanct Roman ac totius
  universitatis Ecclesi summus pontifex tam di et tam ignominiose
  in opprobrium christianitatis per _cives_ et _habitatores
  Avenionenses_ tractatus fuerit. Mss. (fol. 418 et vo.). (Collect.
  Peiresc, LXXIV, fol. 417, 418 et vo.).

Le sige fut vigoureusement men. Dans un assaut donn au palais le 28
septembre 1398, le pape fut frapp  la main, et le cardinal de
Neufchateau, qui commandait les assaillants, reut une blessure grave
 laquelle il succomba quelques jours aprs. Le 22 octobre[78],
Geoffroy le Meingre fit prisonniers deux cardinaux, Martin Salva et le
cardinal de Saint-Adrien, Louis Fieschi, que l'on enferma au chteau
de Boulbon. Un peu plus tard, les deux captifs se rachetrent en
payant une ranon de 18,000 francs  Boucicaut, mais il leur fut
interdit de rentrer dans le palais. Le 26 octobre, une tentative pour
pntrer dans le palais par les cuisines tourna  la droute des
assigeants.

  [78] _Le Religieux_, II, pp. 656 et suiv.--_L'Hercule Gaulois
  triomphant_ donne un curieux rcit du sige, pp. 79, 80,
  81.--_Mmoires de Martin Boysset_.--_Recueil Massilian_, mss.
  (extraits).--Ehrle, _loc. cit._, pp. 42, 43 et suiv.

Au milieu de ces vnements militaires, les cardinaux, plus obstins
que jamais dans la dfense de leur cause, envoyaient  Paris trois
d'entre eux, les cardinaux de Prneste (Guy de Malesset), de Thury et
Amde de Saluces,  la Cour de France (dcembre 1398) pour demander 
Charles VI d'envoyer des ambassadeurs aux souverains qui n'avaient pas
encore fait acte d'adhsion  la soustraction d'obdience. On les voit
figurer, le 3 janvier 1399,  l'Hostel d'Artoys[79] o ils dnent en
compagnie de Philippe de Bourgogne, et, quelques jours aprs, le 9
fvrier,  l'htel du cardinal de Bohme, avec les ducs de Berry et de
Bourgogne[80]. C'est  la mme date que Martin V appuyait, par renvoi
d'une flotte commande par Pierre de Luna, les revendications de ses
ambassadeurs,  Avignon d'abord, et auprs de Charles VI ensuite[81].
Le roi de France ayant adhr aux propositions du roi d'Aragon, et
press de mettre un terme aux dsordres dont Avignon tait le thtre,
envoya dans cette ville Gilles Deschamps et Guillaume de Tignonville
pour soumettre  Benot XIII les propositions arrtes avec Martin
V[82]. Benot XIII accepta, le 10 avril 1399, les propositions des
deux souverains; mais, ayant avec quelque raison peu confiance dans
les cardinaux, il refusa de se laisser garder par eux et demanda 
tre plac sous la sauvegarde royale[83]. Le 14 avril 1399[84], la
ville d'Avignon s'engage  respecter la protection accorde par
Charles VI  Benot XIII et aux guerriers et compagnons qu'il a avec
lui dans son palais. Les cardinaux firent la mme promesse et tous les
serviteurs attachs  la personne de Benot XIII s'engagrent, les 29
avril, 4 et 20 mai, par serment,  ne pas laisser s'chapper le
pape[85]. Une proposition qui fut faite de confier la surveillance de
la personne du souverain pontife  Franois de Conzi, au snchal de
Beaucaire et au sire de la Voulte fui rejete. Benot XIII demanda 
tre gard par le duc d'Orlans, mais ce dernier ne pouvant venir 
Avignon, Charles VI, par lettres patentes du 1er aot 1400[86], donna
pleins pouvoirs  cet effet  son frre, qui envoya  Avignon deux de
ses familiers, Robert ou Robinet de Braquemont[87] et Guillaume de
Mdulion. Les frais de surveillance et la solde des gens d'armes
devaient tre  la charge du pape[88]. D'autre part, le roi confia la
garde des Avignonnais et des habitants  son frre, le duc de Berry.
Benot XIII approuva ces conditions. Profitant de cette trve, Charles
VI ne laisse pas de poursuivre activement la paix et l'union de
l'glise. Les ambassadeurs envoys au del du Rhin[89], auprs des
lecteurs, n'avaient rapport que des promesses vagues, aucun d'eux
n'ayant voulu donner une rponse ferme sans l'avis des autres princes
allemands qui devaient se runir  Cologne, le jour de la
Purification[90], pour couronner le duc Robert de Bavire que les
lecteurs avaient nomm empereur, le 21 aot 1400,  la place de
l'insouciant Wenceslas. Charles VI met les Cardinaux et les syndics
d'Avignon au courant de ses ngociations avec les princes allemands et
les autres souverains, et il les engage  envoyer des dlgus qui
devront se runir avecques ceulx qui seront ordonnez de par nouz et
de par les autres roys et primpces qui ont obi  _Clment_ et 
_Benedic,_ pour traicter et dlibrer d'un commun accord la paix et
l'union de l'glise  la feste de Saint Jehan-Baptiste  Mez ou 
Strasbourt. Et pour ce que nous avons bonne esprance que par le
plaisir de Dieu  icelle journe se prendra une bonne conclusion sur
le dict faict. Nous vous faisons savoir ces choses et vous prions que
veullez envoyer  la dicte journe. En rponse  cette missive, les
Avignonnais crivirent  Charles VI, le mme mois de fvrier 1400,
pour l'assurer de leur dvouement et de leur ferme intention de hter,
en ce qu'il leur serait possible, la paix et l'union de l'glise[91].
Le roi leur fait savoir, dans un nouveau message, qu'il a t trs
satisfait de leur lettre et de leur attitude: avons veu la bonne et
ferme constance et volont que vous avez eue et avez et aures, si Dieu
plaist, de persvrer et demourer avec nous en la substraction faite
pour si trs grant et meure deliberacion, comme vous scavez 
Benedict, dernier esleu en Pappe.... Charles VI informe les
Avignonnais qu'il compte sur une fin prochaine du schisme, et il les
engage  persvrer dans leur attitude: Et saches de certain que vous
estant et persvrant en ce saint propos en quel vous estes et serez,
se Dieu plaist, comme vous et vrais catholicz. Nous de tout nostre
povoir vous sustendronz. Il les avertit en mme temps que Benot XIII
a fait courir le bruit en Languedoc que bientt l'obdience allait lui
tre rendue, ce qui est faux, car avons toujours est et sommes et
serons au plsir et ayde de nostre seigneur contenz et fermes au faict
de la dite substraction jusques  ce que Nostre Seigneur nous ail
donn paix et union en sa Saincte glise.

  [79] Collect. des Docum. indits, _Itin. de Philippe le Hardy_,
  p. 283.--Fornry, _Hist. eccls._, mss., fol. 641.

  [80] _Religieux_, II, pp. 676, 680.

  [81] Jarry, _op. cit._, p. 233.--Collect. Peiresc., mss. LXXIV,
  417, 443.

  [82] _Amplissima collectio_, VII, 637, 638.--Ehrle, _op. cit._,
  p. 49.--Jarry, _op. cit._, Addit. et correct., p. 364.

  [83] _Amplissima collectio_, VII, 626, 641, 647.

  [84] Massilian, mss., _Recueil des Chartes_, vol. XXI, fol. 341.

  [85] _Amplissima collectio_, VII, 644, 647, 650, 653, 656.

  [86] Douet d'Arcq, I, p. 203.

  [87] Ehrle, p. 48. Pour Robert de Braquemont, voy. Anselme, VII,
  pp. 816, 817.--Cf. Delaville le Roux, _loc. cit._, p. 362, not.
  2.

  [88] _Amplissima collectio_, VII, 661, 666.--D'aprs les Arch.
  nation., (K. 55, 10), la sauvegarde royale fut octroye  Benot
  XIII, le 18 octobre 1400.

  [89] Jarry, p. 255.--Moranvill, _Relat. de Charles VI arec
  l'Allemagne en 1400_.--Bibl. de l'cole des Chartes, XLVII.

  [90] _Lettre origin. de Charles VI aux sindics d'Avignon_, 1er
  fvrier 1400. Arch. municip., B. 37, no 69, Cott., XXX.

  [91] _Lettre de Charles VI aux Consuls d'Avignon_, 22 avril 1401.
  Copie d'aprs Fornry, _Hist. ccles._, fol 417, 418 et vo.

Suivant sa promesse contenue dans sa lettre du 22 avril 1401, Charles
VI fit savoir par lettres patentes du 7 juin 1401 au sire de Grignan,
au seigneur de Sault, au sire de Lagarde, qu'il prenait sous sa
protection les terres de l'glise et les habitants, et qu'il leur
tait interdit d'y faire aucun dommage: Nous vous sinifions qu'il
nous desplairoit trs grandement que les dits cardinaux, la dite
glise de Rome et leurs sujets fussent grevs ne oppressez par aulcun,
et vous deffendons expressment que vous ne les greviez, dommagiez ne
molestez, ne faictes ne soufrez grever, dommagier ne molester en
quelconque manire que ce soit ne a quelconque personne qui ce voulsit
faire ne donner conseil, confort, faveur ni aides, sachant que si
faictez le contraire, il vous en desplaira trs fortement et vous en
fairons pugnir tellement que ce sera exemple aux aultres[92]. La
lettre par laquelle Chartes VI accordait sa protection officielle aux
tats du Saint-Sige fut communique _in-extenso_ aux syndics de
Carpentras par _Jean Alzrino_, recteur du Venaissin[93], et par les
cardinaux de Saluces et de Thury[94].

  [92] Fornry, _Hist. eccls._, mss., copie, fol. 416, vo., et 417.

  [93] Id., _id._, mss., 27 juin 1401, fol. 414, vo., et 415.

  [94] Id., _id._, mss., 28 juin 1401, fol. 415, 416;--mss. de
  Carpentras, fol. 374.

Mais au moment o Charles VI se prononait auprs des Avignonnais
d'une faon si ferme pour le maintien de la soustraction d'obdience,
un mouvement d'opinion en sens contraire se dessinait,  la tte
duquel tait le duc d'Orlans[95]. Toutefois, tant que Benot XIII
serait captif, il tait difficile de lui rendre l'obdience, alors
surtout qu'on l'avait dpouill de sa bulle papale. Le duc d'Orlans
trouva une solution qui tira d'embarras les cardinaux, les Avignonnais
et le pape lui-mme. Grce  la complicit de Robert de Braquemont,
agent du duc[96], Benot XIII sortit du grand palais o il tait
retenu prisonnier depuis quatre ans et six mois, _le 12 mars 1403_, et
gagna la Durance qu'il traversa au lever du jour sur une barque, pour
atterrir au bourg de Chteau-Renard en Provence, mais dpendant du
diocse d'Avignon. Cette fuite inattendue produisit parmi les
cardinaux et les Avignonnais une lgitime apprhension. Mais Benot
XIII avait autant d'intrt que ses ennemis  faire la paix, tant 
bout de ressources et ayant besoin de l'aide de ses sujets. Le 29 mars
1403[97], un trait fut pass  Chteau-Renard, comprenant un grand
nombre d'articles dont l'numration est en dehors du point spcial
que nous tudions. Benot XIII pardonnait aux cardinaux et aux
Avignonnais, et s'engageait  runir un concile ds que l'obdience
lui serait rendue[98]. Deux cardinaux devaient se transporter  Paris
pour obtenir de Charles VI et des princes la reconnaissance des
articles stipuls dans le trait de Chteau-Renard, pour le bien de
l'glise et la paix du pays. Benot XIII, en diplomate consomm,
ramenait  son parti les Avignonnais, et le conseil de ville lui
rendit hommage de fidlit le 10 avril 1403[99]. Quant aux cardinaux,
ils dlgurent ceux de Prneste et de Saluces, qui arrivrent 
Paris, le 3 juin 1403, pour demander au roi et  l'assemble des
prlats la restitution d'obdience. Pendant ce temps, Benot XIII,
aprs avoir sjourn au chteau du Pont de Sorgues, entrait 
Carpentras le 5 mai 1403[100], et y demeurait jusqu'au 26 juin, poque
o il s'installa provisoirement au Pont de Sorgues, en attendant le
retour des cardinaux envoys  la Cour. A Paris, deux partis taient
en prsence. Les ducs de Berry, de Bourgogne, le cardinal de Thury et
l'Universit taient pour le maintien de la soustraction[101]. Au
contraire, le duc d'Orlans, les Universits d'Angers, de Montpellier
et de Toulouse taient pour la restitution d'obdience. Le dfenseur
le plus loquent de ce parti tait _Pierre d'Ailly_[102], qui
soutenait contre l'Universit de Paris qu'on ne peut se soustraire 
l'obdience du pape, ft-il lui-mme suspect d'hrsie[103]. Quant 
l'ide de la convocation d'un concile gnral, elle avait beaucoup de
partisans, parmi lesquels Jean Gerson, qui prtendait que c'tait le
meilleur moyen d'arriver  l'extinction du schisme. Le parti de la
restitution d'obdience, qui avait dj prpar les lments de la
rconciliation de Benot XIII avec la maison de France par
l'ordonnance du 9 juin 1403[104], l'emporta auprs de Charles VI, et
l'obdience fut rendue  Benot XIII, le 30 juillet 1403[105]. Les
cardinaux, revenus de Paris, avaient devanc l'acte royal en rentrant
dans l'obdience du pape, le 19 juillet prcdent.

  [95] Jarry, _loc. cit._, p. 282.

  [96] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 80.--Laurens Drapier,
  Ann. mss. d'Avignon, fol. 209.--_Le Religieux_, III, p. 70.--Du
  Boullay, V, p. 70.--Ehrle, _op. cit._, p. 63.

  [97] Ehrle, _op. cit._, pp. 70 et suiv.

  [98] _Chroniq. de Charles VI, Le Religieux_, I, 24, c. 8; III,
  100.--_L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.

  [99] Arch. municip., B. 32, no 32, Cott. O.O. et B. 33.

  [100] De Terris, _Hist. des vques de Carpentras_, p.
  188.--Benot XIII resta administrateur de l'vch de Carpentras
  jusqu'en 1411.

  [101] Du Boullay, V, p. 56.--Jarry, p. 283.

  [102] Pastor, _Hist. de la Papaut_, trad. fran., I, p. 196.

  [103] Pastor, _id._, I, p. 195.

  [104] _Recueil des Ordonnances_, VIII, p. 14.

  [105] _Le Religieux_, III, pp. 86, 98.--_Ordonn. des Rois de
  France_, VIII, p. 596.--Du Boullay, V, p. 611.

Quant  Benot XIII, _aprs avoir tracass un peu  Tarascon et en
Provence_[106], il se fixa vers la fin de l't  Salon. C'est l que
Jean Mercier, ambassadeur du duc d'Orlans, vint le trouver le 13
octobre 1403[107], mais la peste ne tarda pas  l'obliger  changer de
rsidence, et Benot XIII se rfugia dans l'abbaye de Saint-Victor de
Marseille (novembre 1403).

  [106] _L'Hercule Gaulois triomphant_, p. 81.

  [107] Collect. des Documents indits, _Itin. de Philippe le
  Hardy_, p. 567.

Ainsi se termine cette premire phase de la lutte engage entre Benot
XIII et ses adversaires, les Avignonnais et les cardinaux. Pendant
cette priode, la Cour de France, oppose aux mesures de rigueur,
avait autant que possible cherch  mnager les uns et les autres, et
sans vouloir prter aucun appui matriel aux partis en prsence, par
dfrence pour la personne du pape, qui tait directement en cause.
Mais dans la seconde phase (1410-1411), ce n'est pas Benot XIII, mais
ses parents et ses partisans qui soutiennent dans les terres de
l'glise, les armes  la main, les droits du souverain pontife. C'est
presque une guerre trangre en plein royaume de France, et c'est ce
qui explique l'intervention militaire de Charles VI en faveur des
Avignonnais et des Comtadins contre les troupes catalanes de
l'anti-pape.

De Marseille, Benot XIII s'empresse de dsavouer les lettres
qu'il avait pu crire contre la voie de cession et s'engage, sur
la demande du due d'Orlans,  excuter les clauses du trait de
Chteau-Renard[108]. Il se rapproche de plus en plus de la Cour de
France, au point que le bruit se rpand que Benot XIII va tre
conduit  Rome sous l'escorte de Boucicaut, alors gouverneur de Gnes
pour Charles VI, et solennellement couronn (1404-1405)[109].
Personnellement, Benot XIII avait la ferme intention de se rendre 
Savone ou  Gnes pour avoir une entrevue avec Grgoire XII, son
rival, le pape de Rome[110]. En 1405, il envoyait aux tats du Comtat
une ambassade pour demander le vote de subsides afin de lui permettre
d'entreprendre ce voyage pour l'union de l'glise[111]. En 1406, une
nouvelle ambassade arrivait de Savone, faisant un pressant appel
d'argent au pays pour que Benot XIII pt aller plus loin, toujours
dans l'intrt de l'glise[112]. Mais, soit mauvaise volont, soit
pnurie d'argent, les tats ne rpondirent pas aux instances ritres
de leur suzerain. Du reste, ce projet d'entrevue entre les deux
pontifes rivaux qui tait bien accueilli, car on y voyait une
intention rciproque de terminer le schisme, n'aboutit pas. Grgoire
XII refusa de se rendre  Savone, o Benot XIII se trouva seul
(novembre 1407)[113]. Du mme coup, le projet prt  la Cour de
France de faire couronner Benot XIII  Rome fut dfinitivement
abandonn  la mort de Louis d'Orlans, qui en tait le partisan (23
novembre 1407)[114].

  [108] Jarry, _op. cit._, pices justific. XXIII et XXIV, pp. 444,
  445, 428.

  [109] _Id._, pp. 294, 338.

  [110] Martne et Durand, _Thesaurus novus_, Anecdot. II, col.
  1389.--Pastor, _Hist. de la Papaut_, trad. fran., I, pp. 185,
  186.

  [111] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.

  [112] Voy. chap. Ier, pp. 16, 17.

  [113] Pastor, _op. cit._, I, p. 186.

  [114] Jarry, _op. cit._, pp. 351, 352.

Ici se place un vnement que divers historiens ont relat, sur lequel
le P. Ehrle a donn quelques nouveaux claircissements, grce aux
archives du Vatican, et qui, par ses consquences, se rattache d'une
faon trs troite  l'histoire des tats citramontains du
Saint-Sige, dans leurs rapports avec les rois de France et la
papaut. A bout de ressources, obr et ne sachant plus  qui
s'adresser aprs la mort du duc d'Orlans, Benot XIII fit des
ouvertures, en vue de contracter un emprunt, au marchal de Boucicaut,
gouverneur de Gnes depuis 1401[115], et qui,  ce moment, du de ses
esprances et renonant  l'ide d'une nouvelle expdition en Orient,
avait concentr toute son attention sur les vnements intrieurs qui
agitaient la pninsule italienne (1407-1408)[116]. Le prt eut lieu 
Gnes mme le 5 mars 1408[117]. A cette date, Jean le Meingre avana 
Benot XIII 30,000 francs, pour lesquels le pontife, par une bulle du
_3 fvrier 1408_, reconnut avoir contract obligation. Le 30 avril
1408,  Porto-Venere, prs la Spezzia, Jean le Meingre versa un
nouveau complment de 4,000 francs qu'il avait emprunts  des
marchands gnois. Comme gage de ce prt, Benot XIII infoda au
marchal, pour une priode de deux ans, plusieurs localits, tant de
l'glise romaine que du diocse d'Avignon[118], parmi lesquelles
_Pernes_, _Bollne_, _Bdarrides_ et _Chteauneuf-Calcernier_[119].
Le cardinal de Saluces s'opposa vivement  cette infodation, mais
Boucicaut fit valoir ses droits sur lesdites villes sans retard, et le
10 mars _1408_ il prit possession de Pernes par procureur[120]. Il
rsulte mme des documents conservs aux archives de cette commune que
le marchal en personne, se trouvant dans cette ville en 1413, fit
procder  l'lection des consuls. Cette suzerainet temporelle de
Boucicaut sur certaines villes des domaines du Saint-Sige donnera
lieu plus tard  d'innombrables et tumultueuses revendications qui ne
prendront fin que sous le rgne de Louis XI.

  [115] De Circourt, _Rev. des quest. histor._, 1889, XLVI,
  167.--Delaville Le Roux, I, 403, 404.

  [116] Delaville Le Roux, _La France en Orient au XIVe sicle_, p.
  510.

  [117] Le P. Ehrle, _op. cit._, pp. 95, 96, 97.

  [118] Et pro quibus idem dominus noster papa certa castra et
  loca tam Ecclesi roman quam Ecclesi Avenionensis sibi pignori
  tradidit. Ehrle, p. 97.

  [119] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 310.--Chambaud, Ann.
  mss., fol. 145.

  [120] Arch. municip. de Pernes. Acte sign par Tholosan, notaire
  (Origin.).--Fornry, _Hist. Civile_, mss., fol. 768.--Gibert,
  _Hist. de Pernes_, mss. de Carpentras, fol. 718.--Boucicaut tait
  alors gouverneur du Languedoc.--Delaville Le Roux, 512-513.

La mort de Louis d'Orlans porta un coup fatal  l'autorit de Benot
XIII. Il perdait son protecteur et son meilleur appui  la Cour de
France. Ds le mois de janvier 1408[121], Charles VI mit le pontife en
demeure de rtablir l'union de l'glise avant l'Ascension prochaine,
sous peine de voir la France retirer son appui  Benot XIII. Le pape
menaa Charles VI des censures ecclsiastiques[122], mais,  la fin de
mai 1408, le roi de France se retira de l'obdience de Benot XIII, et
avec lui la Hongrie, la Bohme, Wenceslas, Sigismond et la Navarre. En
mme temps il convoquait un synode pour fixer les rgles  suivre dans
la neutralit de la France[123]. Ces mesures provoqurent la
dfection des cardinaux de Benot XIII, qui se runirent  ceux de
Grgoire XII pour fixer l'ouverture d'un concile  Pise le 25 mars
1409. Mais, ds l'anne prcdente, Benot XIII, qui ne se sentait
plus en sret dans le territoire de Gnes[124], avait gagn
Perpignan, o il convoqua un concile dont les actes font l'objet du
savant commentaire publi par le P. Ehrle[125]. L'anne suivante,
Boucicaut et les troupes franaises taient chasss de Gnes. C'tait,
pour la politique franaise en Italie, un chec regrettable qui
entranait la ruine de notre influence dans le Nord de la Pninsule et
l'abandon dfinitif de toute tentative de restauration de la papaut 
Rome[126].

  [121] Pastor, _op. cit._, I, p. 187.

  [122] _Amplissima collectio_, VII, p. 770.

  [123] Pastor, _op. cit._, I, p. 188.

  [124] D'aprs certains auteurs, le marchal aurait facilit son
  embarquement.

  [125] Ehrle, _loc. cit._, Aus den Acten, etc.

  [126] Delaville Le Roux, _op. cit._, 512, 513.

Le concile de Pise s'tait ouvert le 25 mars 1409 et, dans sa sance
du 26 juin, avait dpos solennellement Benot XIII et Grgoire XII,
en procdant  l'lection d'Alexandre V. Rfugi en Espagne, Benot
XIII se dcida  une rsistance nergique, et craignant pour sa
personne de rentrer dans le royaume en vue de se fortifier dans son
palais d'Avignon, que ses partisans n'avaient pas compltement
abandonn depuis 1404, il en confia la garde  son neveu, capitaine
expriment, vaillant soldat, mais peu scrupuleux sur les moyens 
employer pour avoir la victoire, Rodrigues de Luna. Ds 1409-1410, les
agents de Benot XIII avaient peu  peu amass dans le palais des
vivres, provisions, munitions et armes de guerre, en vue d'un sige.
Ils avaient fortifi l'entre du pont. La garnison catalane avait t
augmente et renforce, si bien que dans les premiers mois de 1410,
la cit d'Avignon se trouvait en prsence d'une forteresse
inexpugnable, occupe par des guerriers dtermins  toutes les
mesures extrmes, mme  incendier la ville s'il tait ncessaire pour
maintenir l'autorit de leur compatriote, Pierre de Luna.

Le concile de Pise avait envoy comme lgat  Avignon un ancien
cardinal de Benot XIII, Pierre de Thury (avril 1410)[127], qui tait
en mme temps recteur du Venaissin. C'est lui qui eut charge de
prparer le sige du palais, avec les lus de la guerre dlgus par
le conseil de ville. Les citoyens avignonnais se constiturent en
troupes assaillantes avec les officiers et soldats que Charles VI
envoya au secours de la ville. Le sige du palais commena au mois de
mai 1410[128], Charles VI avait expdi aux Avignonnais l'Hermite de
la Faye[129], snchal de Beaucaire, avec plusieurs compagnies de
soldats. Mais quelque temps aprs, il leur avait fait donner l'ordre
de se retirer. Abandonns  leurs propres ressources, le cardinal de
Thury et les lus de la guerre portrent leurs dolances auprs du roi
qui renvoya le snchal et les troupes devant Avignon. A cette force
militaire vinrent se joindre des capitaines aux ordres du roi,
notamment le sieur Randon[130], seigneur de Joyeuse, et Jean Buffart,
qui sont pays par les officiers du roi, sur l'ordre secret de Charles
VI[131].

  [127] Arch. dpart., _Reg. des tats_.

  [128] Nouguier fixe le commencement du sige au 27 mai 1410.

  [129] Dom Vaissette, IX, p. 1008.--Mnard, _Hist. de Nmes_, III,
  p. 133.

  [130] Il est dsign Seigneur de Genguese (Joyeuse); prit part,
  sous Charles VII, aux premires campagnes et assista  la
  bataille de Verneuil (1424).

  [131] _Lett. patent. de Charles VI au snchal et au viguier de
  Beaucaire_ (mai 1411) Arch. municip. B., 39.

La ville d'Avignon fit appel aux consuls de Carpentras et aux trois
tats du Venaissin, qui prtrent des bombardes, des balistes et tous
les engins d'artillerie qui taient  leur disposition[132]. Des
barques expdies de Valence furent postes au milieu du Rhne,
croisant sous le palais pour empcher tout secours d'arriver aux
assigs[133]. Un autre bateau appel _la Barbote_ fut plac prs de
l'le d'Argenton avec une bombarde qui devait battre en brche les
ouvrages de dfense des Catalans[134]. Le 19 mai 1410 arriva la
_grande bombarde_[135] d'Aix, trane par trente-six chevaux, qui
commena  ouvrir le feu contre le grand palais. Le 13 dcembre 1410,
un assaut trs vif donn par les troupes avignonnaises causa 
Rodrigues de Luna la mise hors de combat d'un millier d'hommes; la
tour leve par les Catalans, attaque par le fer et le feu,
s'croula, entranant sous ses dcombres de nombreux soldats espagnols
et amenant la rupture d'une partie du pont (dcembre 1410)[136].

La Cour de France, fatigue de l'enttement de Benot XIII et de la
rsistance de ses partisans, embrassa la cause des Avignonnais et
n'pargna rien pour leur assurer la victoire. Le 4 mai 1411, Charles
VI crit aux snchaux de Nmes et de Beaucaire[137] pour leur
recommander de ne laisser lever, en Languedoc, aucune troupe de gens
d'armes dans le but de porter secours aux Catalans, partisans de
Pierre de Luna, assigs dans le grand palais d'Avignon. Le 21
mai[138], le roi envoie une missive aux syndics et au conseil de la
ville d'Avignon, pour les fliciter de leur courage et de la
rsistance qu'ils opposent aux Catalans schismatiques: Il les
autorise  tendre des chanes au travers du cours du Rhne, au
Pont-Saint-Esprit et ailleurs, comme ils l'ont dj fait, sans avoir 
solliciter l'autorisation du roi, et ce, en vue d'empcher tout
secours d'arriver par eau aux Catalans qui, depuis quatorze mois,
tenaient le palais pour le compte de Pierre de Luna.

  [132] 28 janvier 1411. Fornry, _Hist. eccls._, mss., I; fol.
  425, 426.

  [133] _Id._, mss., I, fol. 424, 425.

  [134] Comptes de la Ville, 1410-1411.

  [135] _Id._

  [136] _Recueil Massillian_, mss., XVI.

  [137] Arch. municip., B. 39.

  [138] Arch. municip., B. 39.

Le 11 juin 1411[139], le roi de France donne l'autorisation aux
Avignonnais de lever une dcime sur le clerg du royaume, jusqu'
concurrence de 100,00 livres, pour subvenir aux frais de la guerre qui
avait puis les finances publiques et prives de la ville. De son
ct, Benot XIII faisait appel  ses partisans et compatriotes et, au
mois de _juin 1411_, une flotte, compose de 29 galres et barques
catalanes, se prsentait aux embouchures du Rhne pour diriger une
double attaque contre Avignon par le fleuve, et pour renforcer par
terre la garnison du chteau d'Oppde dont quelques gens d'armes de
Rodrigue avaient pris possession. Mais les consuls d'Arles avaient
fait tendre prcipitamment une chane pour barrer le fleuve d'une rive
 l'autre. D'un autre ct, un corps d'Avignonnais s'tait port vers
la Durance pour oprer sa jonction avec les troupes du snchal de
Provence, qui avait reu de Yolande d'Aragon, reine de Sicile et de
Jrusalem, l'ordre de s'opposer au passage des Catalans sur les terres
de Provence. Les galres ennemies ne purent franchir le barrage et
durent battre en retraite aprs avoir dbarqu 150 guerriers catalans
qui s'avancrent jusqu' la Durance, pour, de l, gagner le terroir
d'Avignon et le Comt. Mais les troupes provenales et avignonnaises
lances  leur poursuite les rejoignirent sur les bords de la rivire,
dont les eaux, grossies par les pluies, rendaient le passage
impossible. Les Catalans furent taills en pices ou faits
prisonniers[140] (juin 1411). En apprenant ce succs, l'Universit de
Paris s'empressa d'crire  la reine de Sicile pour la prier de ne
point relcher les prisonniers dont la prsence  Avignon pourrait
amener le triomphe des schismatiques et hrtiques par l'apport d'un
renfort inespr. Nous avons entendu que puis nagures ont est prins
certains gens d'armes tant chevaliers, escuiers comme autres, qui
venoient de par Pierre de la Lune pour nuire  la ville d'Avignon et 
la terre et conte de Venisse, et aussi  nuire  saincte glise et 
tout le royaume de France, laquelle glise devez avoir moult 
cuer.... Sy est vrai, trs puissant Royne, que si les dessus diz gens
d'armes qui pour prsent sont soubz vostre puissance estoient delivrez
avant que la guerre d'Avignon fust finie, ce seroit trs grand pril
et trs grand dommaige pour saincte glise. Et est voir semblable que
par ce moien pourroit estre delivrez le palais d'Avignon des mal
facteurs et scismatiques qui l'occupent indeument.... Pourquoi vous
supplions, trs noble et trs puissante Royne, qu'il vous plaise
commander et faire dfendre que nul dez dessuz diz prisonniers, de
quelque estat qu'il soit, ne soit dlivr jusques  ce que aucune fin
soit prinse sur la guerre d'Avignon et du pas d'environ[141].

  [139] _Id._, B. 39.

  [140] Journal mss. de Bertrand Boisset. Extrait: Sige du
  palais, juin 1411. L'an millia quatre cens ungi et de mes de juin
  vengron los Catalans en Proensa et en Arles per mandaments de
  l'Anti-papa Peyre de Luna per anar contra ad Avignon et Venesin.
  Los quals Cathelans sy meront in terra et monteron a caval per
  tirad in Venayssin et foron preses et deconfits per los
  Proensalts et los autres que remaron en los fustas que erons vint
  dos se monteron per lo rose ad Arles per tirar sen ad Avignon,
  mas la _cienta d'Arles mes una Cadena_ a travers de Rose que
  passar non la poyron, an se retireron. Vertas es que leur gens y
  moureront et mots d'avis feron et gasteron gras en la vigne et
  cremeron de masses et de cabanes assas, mas autres bels portamen
  non faron, am se retireron.

  [141] Arch. municip., B. 77, no 36, origin.

Vers la mme poque, Charles VI crivait aux syndics d'Avignon leur
donnant avis qu'il envoyait au secours de la ville Philippe de
Poitiers, avec charge de leur dire ses intentions, ainsi qu' la reine
Yolande. Le 26 juin 1411, en lui annonant l'envoi de Philippe de
Poitiers, Charles VI fait savoir qu'il a donn charge  ce seigneur
de convocquer et assembler tant de noz hommes vassaulz et subgiez que
bon lui semblera, affin que la besoingne puist prendre plus briefve
conclusion. Et vous prions, trs chre et trs ame cousine, tant et
si adcertes, que plus povons que nostre dit cousin, vueillez, oir et
croire de ce qu'il vous dira de par nouz touchant cette matire, et
donnez et faire donner par voz gens, officiez et subgiez,  lui et 
ses commis, pour honneur et rvrence de Dieu, de nostre dit saint
Pre de l'glise, amour et contemplacion de nouz, tout le conseil,
confort, aide et faveur que faire se pourra, et telement que par
vostre bon moyen ceste dite besoingne sortisse bon et brief effect et
prengue la conclusion que nous dsirons[142].

L'arrive de Philippe de Poitiers, de son frre, tienne, le btard
de Poitiers, avec d'autres chevaliers, et surtout l'appui du roi de
France, redoublrent l'nergie des assaillants. Les syndics, les lus
de la guerre, les conseillers, les habitants de toute classe, les
couvents, les maisons religieuses, les corporations et arts,
rivalisant de zle et de civisme, donnrent gnreusement tous leurs
trsors, soit en numraire, soit en oeuvres d'art, statues,
tabernacles, rtables, et les sanctuaires se dpouillrent
spontanment au profit de la ville pour combattre l'ennemi commun, qui
ne reprsentait plus seulement l'ide d'un schisme religieux, mais
l'occupation trangre. Dans les derniers mois de l't 1411, la ville
contracta des dettes et obligations reprsentant un chiffre
norme[143], tel mme qu'un demi-sicle aprs, elle ne s'tait pas
encore libre. Outre les sommes mises  la disposition des lus de la
guerre par Charles VI, un denier fut en outre lev sur chaque paroisse
pour faire face aux besoins journaliers. La mort de Pierre de Thury
(septembre 1411) fit passer la direction de l'administration des tats
du Saint-Sige entre les mains de Franois de Conzie, archevque de
Narbonne, camrier du pape, qui avait t tmoin de tous les
vnements depuis l'lection de Benot XIII.

  [142] Arch. municip., srie E. E.

  [143] Reddition des Comptes de Paul Montmartin du temps de la
  guerre des Catalans. Arch. municip., B. 39.

Cependant, rfugie dans cette forteresse imprenable, la petite
garnison catalane opposait aux assaillants une rsistance dsespre.
Toutefois, le manque de renforts, la diminution des vivres, les vides
que les sorties rptes avaient faits dans leurs rangs, et surtout la
perspective de ne voir arriver d'Espagne aucune troupe de secours,
amenrent Rodrigues de Luna et ses compagnons  parlementer en vue
d'un trait de paix. Une convention fut signe, le 12 novembre 1411,
entre les reprsentants du Saint-Sige, Franois de Conzie, vicaire
gnral du Saint-Sige  Avignon, et dans le comt Venaissin, Jean de
Poitiers, vque de Valence et de Die, recteur du Venaissin, et
Constantin de Pergula, vicaire de Jean XXII, d'une part, et, d'autre
part, Bernard de Sono, vicomte d'Evola, et Roderic de Luna, commandeur
de l'ordre de Jrusalem, chef des canonniers et combattants du palais.
Assistaient aux pourparlers et prliminaires de la convention Philippe
de Poitiers, chevalier, seigneur d'Aroys et de Dormans, capitaine
gnral des troupes avignonnaises, envoy par le roi de France, et
Pierre d'Acygne, snchal de Provence, agissant au nom et lieu de
Yolande, reine de Sicile et de Jrusalem. Aux termes de la convention,
voici les principales conditions stipules[144]:

1 Il sera permis aux assigs d'envoyer  leur matre, _Benot XIII_,
trois officiers pour l'instruire de la position dans laquelle ils se
trouvent, et si dans cinquante jours aucun secours n'est arriv, ils
s'engagent  remettre aux mains du lgat le palais et le chteau
d'Oppde;

2 Les assigeants fourniront, au prix ordinaire, la quantit de
vivres par jour pour chaque personne de la garnison du palais;

3 Le commandant des troupes aragonaises et catalanes devra donner
pour otages frre Jean _Parda_, chevalier de Rhodes, frre Mathieu
Montelli, frre Pierre de Lacerda, frre Beranger Boyl, messire Pierre
Turella, licenci en droit canon, messire Barthlemy, neveu d'Antoine,
vicomte Jean Ptri, Barthlemy de Montaquesii et Sanche de Sparsa;

4 Les assigs ne pourront emporter, lors de leur dpart, que les
objets qui leur appartiennent;

5 Les troupes assiges et assigeantes observeront exactement entre
elles la trve conclue.

  [144] Arch. municip., B. 39, Origin., septembre 1411.

Tous les personnages ci-dessus dsigns apposrent leur sceau sur
ledit parchemin, au bas de l'acte rdig par Lamberti, notaire[145].

  [145] Chambaud, _Recueil_, mss., t. I, fol. 153, 154.--Cf. G.
  Fantoni, I, pp. 300, 301, 302.

Le dlai tant expir, et aucun secours n'tant annonc pour les
assigs, ces derniers conclurent une dernire convention le 14
novembre 1411, aux termes de laquelle ils devaient vider le palais et
le chteau d'Oppde dans les huit jours qui suivraient. De son ct,
Charles VI accordait, par lettres patentes, sauf-conduit, sauvegarde
et assurance pour le retour des Catalans dans leur pays, sans qu'ils
puissent tre recherchs pour aucun crime commis contre notre
Saint-Pre et le Saint-Sige apostolique[146]. La garnison catalane
remit le palais au lgat, comme il avait t convenu, le 22 novembre
1411[147]; elle se retira de l  Villeneuve et traversa le Languedoc
pour gagner l'Espagne par terre.

  [146] Arch. municip., B. 39.

  [147] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 312.

Ainsi se termina le second sige du palais, qui avait accumul sur
Avignon et le Venaissin des monceaux de ruines et des dvastations de
toutes sortes. Dans ces tristes circonstances, Charles VI, aprs avoir
soutenu et fait triompher par les armes la cause des Avignonnais,
contribua, par divers actes de gnrosit,  rparer les maux de la
guerre; une somme de 12,000 francs d'argent fut mise par le roi  la
disposition de l'archevque de Narbonne pour l'employer  la
conservation du palais d'Avignon[148]. Charles VI crivit en outre au
pape pour le prier de permettre que les 10,000 livres qu'on prlevait
annuellement sur les bnfices de France fussent employes 
ddommager la ville d'Avignon des dpenses qu'elle avait d supporter
par suite de la guerre contre les Catalans (dcembre 1411)[149]. Ce
sont l les derniers actes par lesquels Charles VI marque son
intervention s-parties d'Avignon. La dposition de Benot XIII au
concile de Pise fut dfinitive et solennellement proclame  Constance
le 26 juillet 1417[150]; l'exil du pape  Paniscola, son dnment et
l'abandon de sa cause par tous les catholiques, rendirent un peu de
tranquillit aux tats du Saint-Sige d'en de des Alpes, jusqu'
l'lection de Martin V, qui se montre, ds ses premiers actes, dcid
 dfendre nergiquement les droits de l'glise sur Avignon et le
Venaissin.

  [148] Arch. municip., B. 39.

  [149] _Id._, B. 39.

  [150] Pastor, _op. cit._, p. 24, not. 2.




CHAPITRE II

Charles VII.--Les Boucicaut. Le Cardinal de Foix.

  Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il ne cesse
    d'assurer de sa protection les tats citramontains du
    Saint-Sige.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre
    (1426-1428).--La succession du marchal.--Les routiers dans le
    Venaissin et dans la valle du Rhne.--Dmls entre les sujets
    du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII (janvier
    1426).--Il protge les Avignonnais, tout en appuyant les
    revendications de Champerons, seigneur de la Porte (1428).

  Situation des tats de l'glise au moment de l'ouverture du
    concile de Ble.--Charles VII appuie ouvertement Alphonse
    Carillo, cardinal de Saint-Eustache, qui est le candidat du
    concile. Sa lettre aux Avignonnais (1431).--Conflit entre le
    pape Eugne IV et les Avignonnais  propos de la nomination de
    Marc Condulmaro.--Neutralit de Charles VII (1432).

  Le cardinal Pierre de Foix, lgat du Saint-Sige (avril
    1432).--Triomphe de la politique franaise.--Efforts de Charles
    VII pour amener la cessation du schisme et la convocation d'un
    concile  Avignon pour l'union des Grecs (1437).


Les dernires annes du rgne de Charles VI, toutes remplies par les
sanglantes rivalits des Armagnacs et des Bourguignons, par l'invasion
trangre et la honteuse dfaite d'Azincourt pour aboutir 
l'humiliant trait de Troyes (1420), expliquent pourquoi les relations
entre les sujets du Saint-Sige et la Cour de France subissent comme
on temps d'arrt jusqu'au moment o la lutte de la maison de France
avec les Bourguignons amne le dauphin Charles dans le Midi, en 1419.
Le nouveau pape Martin V tait, depuis son avnement, prvenu contre
le dauphin par les dnonciations des agents bourguignons, qui
accusaient l'hritier du trne d'tre, comme feu son oncle, un ami
dvou de Benot XIII. Il ne voyait donc pas sans quelque apprhension
le dauphin venir guerroyer sur les limites des possessions du
Saint-Sige[151], au moment o le prince d'Orange se disposait de son
ct  envahir le Comtat et o les garnisons bourguignonnes, allies
aux Anglais, occupaient plusieurs places fortes du Midi et de la
valle du Rhne. Ds 1419, le dauphin Charles demande  emprunter aux
tats du Venaissin 6,000 florins d'or[152] et  faire entretenir
pendant quatre mois par les tats 1,000 hommes d'armes, les engageant,
de plus,  se liguer avec lui. L'anne suivante (1420), Charles
informe le recteur qu'il se dispose  traverser le territoire
pontifical avec 10,000 hommes d'armes, et il l'invite  faire savoir
aux habitants qu'ils doivent prendre les mesures ncessaires pour
protger leurs rcoltes. Le pape Martin V, sur ces entrefaites, se
rapproche du dauphin et envoie  Lyon[153] Pierre d'Ailly, son lgat,
qui a une entrevue avec le jeune prince. Ce rapprochement facilita la
tche du dauphin en lui donnant l'aide des Avignonnais dans l'attaque
dirige contre Pont-Saint-Esprit (1420). Charles est de passage 
Avignon le 15 avril (1420)[154]. C'est pendant son sjour qu'il
ngocia le prt de l'artillerie de la ville, qui fut conduite devant
Pont-Saint-Esprit[155]. Le 2 mai, le dauphin investit la place, qui
tait dfendue par une garnison bourguignonne allie au prince
d'Orange. Aprs une rsistance hroque, la place fut emporte
d'assaut par les troupes royales qui se dshonorrent par toutes
sortes d'excs (17 mai 1420)[156]. Le dauphin ne manqua, dans la
suite, aucune occasion de se montrer gardien fidle des traditions de
la royaut. Une fois sur le trne, il ne se dpartit jamais de ces
sentiments, n'oubliant point que les rois, ses prdcesseurs, avaient
t appels  leur grant gloire et louenge roys tres chrestiens,
vrays champions et principaux deffenseurs de nostre saincte foy
catholique[157]. Ces dispositions, il les montra, on peut le dire,
d'une faon toute particulire dans ses rapports avec les sujets de
l'glise, notamment avec les Avignonnais et les gens du Comt. Ds son
avnement, ayant t inform par les syndics et le conseil de la ville
d'Avignon que quelques seigneurs, dont les chteaux se trouvaient
placs prs de la frontire des domaines de l'glise, sous prtexte de
vider les diffrends qui existaient entre eux, appelaient sous leur
bannire bon nombre de gens d'armes originaires du Dauphin, qui
commettaient toutes sortes de ravages sur les terres et possessions
de l'glise, le roi mu par cette considration en faveur d'icelluy
nostre sainct pre et ses dits subgectz et mesmement ceulx de la dicte
ville d'Avignon et du dit Comt que tous jours en tous nos affaires
avons trouvez pretz et bien enclinz  faire et donner tant  nouz que
aux nostres toute faveur, ayde et confort  eulx possible toutes fois
que requiz en ont est, ordonne  tous les gens d'armes qui avaient
quitt la province du Dauphin de rentrer incontinent dans leurs
foyers s'en retournant en leurs hostelz et maizons et s lieux dont
partyz sont pour estre pretz de venir  nous, sur ce  rencontre de
nos diz ennemys, toutefoiz que les manderons[158].

  [151] _Reg. des dlibr. des tats_, fol. 219, vo.

  [152] _Id._, fol. 218.

  [153] De Beaucourt, _loc. cit._, I, p. 329. Pierre d'Ailly,
  contrairement  ce que dit M. de Beaucourt, ne fut jamais lgat 
  Avignon. Il tait lgat en France.

  [154] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059, not. 4.--Chambaud, _Rec. sur
  Avignon_, mss., t. I, fol. 160.

  [155] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1059.

  [156] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1060.

  [157] De Beaucourt, _op. cit._, I, p. 370. Ces expressions sont
  d'Isabeau de Bavire. _Rec. des Ordonnances_, X, p. 437.

  [158] Donn au chteau de Loches, le 22 septembre 1423. Orig.
  Arch. municip., B. 36. Voir _Marquis d'Aubais_, pic. fugitives,
  I, p. 94. _Itinr. de Charles VII_.

Cette agitation seigneuriale, qui menaait d'entraner dans ses
guerres prives les sujets du roi pour se jeter sur les terres de
l'glise ds les premires annes du rgne de Charles VII, tait la
consquence des revendications de Geoffroy le Meingre. Le marchal,
son frre, pris  Azincourt, puis captif en Angleterre, tait mort en
1421, ne pouvant survivre  l'humiliation de sa patrie[159]. Son frre
hrita de ses domaines que lui avait garantis l'acte du 7 juillet
1399[160]. De plus, comme Benot XIII, rfugi  Paniscola, se mourant
dans le dnment le plus complet, n'avait jamais pu rembourser  Jean
Boucicaut les 40,000 francs que ce dernier lui avait avancs en
_1408_, Geoffroy, comme hritier, se saisit aussitt des villes dont
l'infodation avait t consacre par le contrat pass  Gnes et 
Porto-Venere entre le pape et le marchal. Martin V essaya de
s'opposer  cette prise de possession, qui tait discutable  coup
sr, puisque la lgitimit de Benot XIII comme souverain pontife
tait elle-mme conteste; mais les chteaux et les villes taient
dj entre les mains des agents de Boucicaut[161]. Cette prise de
possession ne se fit pas sans violences, et les sujets du pape
protestrent contre un acte pass sans leur consentement; Charles VII
lui-mme intervint et demanda des comptes  Geoffroy dont tous les
vassaux rclamaient la protection royale. Ce dernier fut convoqu 
comparatre devant le Parlement de Toulouse, pour rpondre de ses
crimes et forfaits, mais Geoffroy avant fait dfaut, le roi lui
confisqua les terres _d'Aramon_[162] et de _Valabrgue_ qu'il avait
reues  perptuit. Dsormais chass du Languedoc, Geoffroy s'tablit
 poste fixe dans ses domaines de l'glise, o il devenait pour la
papaut un voisin fort gnant. Un premier trait fut pass entre
Geoffroy et les reprsentants de la Chambre apostolique, qui lui
payrent une somme considrable,  la condition qu'il mettrait fin aux
actes de brigandage dont il se rendait journellement coupable[163].
Geoffroy promit, reut l'argent, feignit le repentir, mais il rompit
aussitt ses engagements et employa les fonds de la Chambre
apostolique  rassembler une arme de routiers, gens de sac et de
corde, commands par des capitaines qui se sont fait un nom au milieu
de ces guerres qui ont dsol la valle du Rhne, de Valence 
Avignon, pendant les premires annes du rgne de Charles VII. Parmi
eux figurent _Charles de Poitiers_, _Jean Ollivier_, _Saint-Vallier_,
cuyer de l'vque de Valence, le _btard de Valence_, fils de
l'vque de cette ville, _Anthoine de la Peype_, _Allegret de
Bonnyot_, _Aymard de Clermont_, _Jean de Geys_ et le _btard de
Langres_. Bien plus, Geoffroy fait appel  ses compatriotes de
Touraine, et parmi ses meilleurs officiers on trouve Jehan de
_Champerons_, seigneur de la Porte[164]. Cette petite troupe se
grossit promptement d'une foule d'aventuriers de toute origine,
soldats sans emploi, routiers et vagabonds, qui, comme jadis Raymond
de Turenne, considraient comme une excellente aubaine de guerroyer
contre le pape. Pernes fut saccag, Vaison livr aux flammes, le
chteau de Saint-Roman pris d'assaut[165]. Charles VII, pri
d'intervenir, crivit au snchal de Beaucaire, le sieur de Vilar,
pour empcher qu'aucune entreprise ft dirige contre Avignon (20
avril 1426).

  [159] Delaville Le Roux, _loc. cit._, 360-363.

  [160] Manuscrits Peiresc, Bibl. de Carpentras, Reg. LXX, vol.
  III, fol. 232, vo.

  [161] Ehrle, _loc. cit._, p. 97.

  [162] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1077. Jean de la Graille, marchal
  de Languedoc,  la tte des milices royales occupa les biens et
  domaines de Geoffroy qui fut dclar coupable de flonie.--Cf.
  Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 316.

  [163] De Coston, _Hist. de Montlimar_, I, pp. 496, 499.

  [164] Ce seigneur est officiellement nomm dans la bulle
  d'excommunication. Mais il dut se retirer avant le sige de
  Livron et abandonner la cause de Geoffroy, puisque Charles VII
  affirme qu'il n'avait pas quitt la Touraine. Les archives
  d'Indre-et-Loire ne contiennent aucun renseignement sur ce
  personnage (communication de M. de Grandmaison, archiviste
  d'Indre-et-Loire).

  [165] Chambaud, _Rec._, mss., I, fol. 442.

D'un autre ct, Charles VII, par lettres patentes donnes  Montluon
le 11 janvier 1426[166], considrant que Geoffroy le Meingre, dit
Boucicaut, chevalier est en intencion et volunt de faire guerre en
la Conte de Venisse qui est du patrimoine de nostre mre saincte
glise et des contez de Provence et Forcalquier, qui sont lors Estats
de nostre mre et de nostre trs chier frre, le roy de Jrusalem et
de Ccile, son filz, et domagier le pais et subgectz de nostre dit
sainct pre et nos ditz mre et frre, a fait souldoyer gens d'armes
et de trait en nostre royaume et Daulphin, et en nostre conte de
Valentinoys et desj ayant pass oultre la dite rivire du Rosne et se
efforce de plus faire et a fait entrer dans la terre de l'glise le
sire de Clavaison, Anthoyne de la Peype, chevalier, un nomm Gastonet,
chevalier de Bron, un nomm Montchanu et autres capitaines
rotiers[167], avec grant nombre de gens de Compaigne, lesquels ont
prins aucunes places en la dite terre de l'glise, forc femes, bout
feux, tu et murdry plusieurs genz, prins prisonniers, faits plusieurs
courses, maulx et dommaiges innumrables. Charles VII, pour ces
motifs, fait dfense  quiconque de ses sujets de porter la guerre
contre Avignon. Comme on le voit par ce document, le roi de France
protge les vassaux de l'glise, mais ce n'est qu'une protection
dfensive en ce sens qu'il interdit aux sujets royaux de prendre part
aux ravages commis par les officiers de Boucicaut sur les domaines de
l'glise. Martin V employa d'abord contre ces brigands les armes
spirituelles, et Guillaume Raimundi, prvt de l'glise d'Avignon, en
qualit de commissaire apostolique excommunia en 1426 Geoffroy le
Meingre et ses officiers, qui avaient commis toutes les atrocits
relates dans les lettres royales du 21 janvier 1426[168]. En mme
temps, l'vque de Montauban, Pierre Cottini, nomm recteur du Comtat,
prit le commandement des milices leves par les tats et s'empara, sur
les troupes de Boucicaut, de la ville de Pernes, dont Jehan de
Champerons avait t nomm gouverneur (12 avril 1426). Les habitants
de la communaut furent dispenss de payer les arrrages de tailles
pour tout le temps qu'elle avait t place sous la domination de
Boucicaut. Mais bientt, feignant de nouveau la plus grande contrition
et sollicitant le pardon de ses crimes, Geoffroy, grce  l'entremise
de Franois de Conzi, lgat du Saint-Sige  Avignon qu'il avait
connu  l'poque du premier sige du palais[169] (en 1398-1399),
obtint pour lui et pour ses complices, du pape Martin V, une bulle
d'absolution (23 mai 1426)[170] totale. C'est  la suite de cet accord
que Geoffroy le Meingre se rfugia avec ses bandes dans le chteau de
Livron et occupa galement la forteresse de Narbonne[171] dans le
terroir de Montlimar sur lequel il avait quelques droits par l'oncle
de sa femme Isabelle, Jean de Poitiers, vque de Valence. La prsence
de Boucicaut  Livron ds 1426 est incontestable. Les comptes
consulaires de la ville de Valence[172] portent une dpense de trois
gros pour Champel, Chaponays, etc., envoys  la Roche de Glun
au-devant d'Humbert, marchal, allant assiger Boucicaut dans le
chteau de Livron (1426). C'est donc vers la fin de cette mme anne
que les gens d'armes  la solde des Avignonnais viennent mettre le
sige devant cette ville. Bien qu'il n'y et pas encore de trait
officiel pass entre Humbert et les Avignonnais, la ville d'Avignon
supportait les charges de cette expdition qui fut ruineuse pour la
malheureuse cit. Boucicaut assig appela  lui, de l'autre ct du
Rhne, un certain nombre de partisans recruts dans le royaume, qui
avaient pour but de dbloquer _Livron_ et d'attaquer les troupes
pontificales. Le conseil de ville d'Avignon et les lus de la guerre,
qui dlibraient avec eux depuis le sige du palais, traitrent avec
un capitaine d'aventuriers, _Jean Boulet_, originaire de Saint-Flour
en Auvergne et seigneur de Chteauneuf-de-Melet, pour qu'avec ses gens
celui-ci s'oppost  leur passage. Jean Roulet dut, pour arrter les
allis de Boucicaut, non seulement employer les armes, mais encore
acheter la paix. Nous trouvons en effet dans les archives communales
un document tablissant que la ville d'Avignon, pour tenir compte au
dit Jehan Roulet de ses peines et debours, lui rgla une indemnit de
4,250 cus d'or de la nouvelle frappe, dont 1,500 lui furent compts
dans le courant de l'anne 1427. Pour le rglement du solde, ledit
Roulet dlgua  la ville une somme de 1,430 cus  payer  un certain
Pierre Bovis, sur ce que la communaut d'Avignon lui redevait
encore[173]. Ce n'est donc point en 1428, comme quelques auteurs
l'ont cru, mais bien en 1427, que la ville d'Avignon fit assiger, par
des gens d'armes  ses gages, Geoffroy le Meingre, dans le chteau de
Livron. A cette occasion, Martin V n'abandonna pas ses fidles sujets.
Il envoie auprs d'eux Jean de Rehate et Jean de Puteo pour leur dire
qu'ils n'ont pas  s'effrayer des menaces de leurs ennemis (21 mars
1427)[174]. Il donne pouvoir audit Jean de Rehate d'assigner  la
ville d'Avignon 6,000 florins pour les besoins de la guerre,  prendre
sur les revenus de la Chambre apostolique, tant en Provence qu'en
Savoie[175]. Enfin, ds le mois de fvrier 1427, il avait prescrit 
l'vque d'Avignon de faire imposition sur le clerg pour subvenir aux
grands frais qu'il convenait de supporter pour se garder contre les
ennemis[176]. Grce  ces subsides de la curie romaine, les
Avignonnais purent renforcer leurs troupes occupes au sige de
Livron. Un trait fut sign le _31 janvier 1428_  Lyon, entre Thomas
Busaffi, d'une part, reprsentant la ville d'Avignon, et _Humbert
Marchal_, capitaine de gens d'armes, d'autre part, aux conditions
ci-aprs[177]: 1 ledit Humbert s'engage  dfendre les proprits,
biens, meubles et immeubles et personnes des Avignonnais contre les
troupes de Boucicaut et de ses adhrents avec cent hommes d'armes et
cent hommes de trait (l'homme d'armes aura trois chevaux, un page et
un varlet); 2 chaque homme d'armes recevra 20 florins, monnaie
courante, par mois, et chaque homme de trait  cheval 10 florins par
mois, de mme monnaie; 3 ledit Humbert s'oblige  tre rendu  Vienne
sous Lyon avec ses troupes, le 15 fvrier prochain _1428_. La paie des
soldats sera due  dater de ce jour; 4 ledit Humbert, ds son arrive
 Avignon recevra pour son compte la somme de 200 florins de ladite
monnaie; 5 ledit Humbert s'oblige  se retirer, lui et ses gens,  la
premire sommation qui lui en sera faite. Il est convenu que ledit
Humbert recevra sur la solde de ses troupes 1,500 florins dans la
ville de Lyon, -compte du premier mois de solde, et le restant ds
que lui et ses soldats auront pass la rivire de l'Isre; 6 chaque
chevalier ou escuyer banneret qui fera partie des troupes dudit
Humbert recevra double paie.

  [166] Arch. municip., Origin., B. 36, no 37, Cott. N. N.

  [167] On remarque que Jehan de Champerons n'est pas mentionn et
  qu'il y en a plusieurs que Giberti (_Hist. mss. de Pernes_, fol.
  729) ne nomme pas.

  [168] Chambaud, _Recueil sur Avignon_, mss., t. I, fol. 442.--Cf.
  Giberti, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 315, et mss. de
  Carpentras, fol. 723.

  [169] Cottier, _Notice sur les Recteurs_, p. 120.--Cf.
  Cambis-Velleron, _Annal._, mss., IV, 32, 34.--Chambaud, _Rec._,
  mss., vol. I, fol. 163.--Giberti, _Hist. de Pernes_, mss. de
  Carpentras, 721, 722.

  [170] Le texte de la bulle a t publi par Ehrle, _loc. cit._,
  pp. 99-100.

  [171] _Cartulaire de Montlimar_, p. 265.--Cf. de Coston, _loc.
  cit._

  [172] Arch. de Valence, C. C., 27, 1426.

  [173] L'acte fut souscrit par la ville le 25 juin 1427. Arch.
  municip., Compte de la ville, de septembre 1428, de 1320 cus
  d'or pour solde de la somme ci-dessus.

  [174] Arch. municip., B. 36, no 1, Cott. A.A.

  [175] _Id._, B. 37.

  [176] _Id._, B. 34, fvrier 1427.

  [177] Acte pass  Lyon par matre Cordard, notaire apostolique
  imprial et royal, le 31 janvier 1428. Arch. municip., B.
  34.--Cf. Chambaud, _Rec. des Chartes_, mss., I, fol.
  40.--_Recueil Massillian_, mss., XXI, fol. 359, 361.--Gauffridi,
  _Hist. de Provence_, I, VII, p. 294.--Giberti, _Hist. de Pernes_,
  fol. 327, 328.

Geoffroy Boucicaut ne pouvait pas rsister  des forces aussi bien
organises, commandes par un vaillant officier. Ds le mois de mars
1428, les bandes de Boucicaut, aprs une rsistance inutile, se
dispersrent et franchirent le Rhne. Les documents font du reste
absolument dfaut[178] sur ce point et ne nous permettent pas de dire
comment Geoffroy quitta pour toujours ce pays o son nom tait en
excration. Quoi qu'il en soit, ds le mois de mai 1428, toute guerre
entre Avignon et les Routiers avait pris fin, et Martin V relevait la
ville d'Avignon, les syndics et les citoyens de la promesse par eux
faite  l'vque de Valence pour raison des dommages causs par leurs
troupes au chteau de Livron[179] (11 kalendes de juin 1428). Charles
VII intervint quelques mois plus tard en faveur de Jean de Champerons,
seigneur de la Porte, dont quelques biens et hritages avaient t
confisqus par les Avignonnais et les Comtadins: Veuillez, pour amour
et honneur de nous, faire dlivrer  nostre bien aim escuyer Jehan de
_Champerons_ ses hritaiges et aultres biens meubles, les quelz soubz
umbre du dbat qui nagures a est entre nostre aim et fal
chevalier, conseiller et chambellan Giefroy le Meingre du Bouciquault,
d'une part, et vous et les habitans de la ville d'Avignon, d'autre,
avaient est pour empeschiez. Et que avons est assur que le dit
_Champerons_ ne s'estoit auculnement entremis ne mesl du dbat dessus
dit, mais s'estoit durant icelluy tousjours tenu en nostre pais de
Touraine[180]. Il semblerait donc rsulter de ce document que dj,
avant le sige de Livron, plusieurs des officiers de Geoffroy
l'avaient abandonn, puisqu'il est avr que Jehan de Champerons se
trouvait en Touraine en 1428. Quant  Boucicaut, il se retira dans sa
terre de Bridor, dont il avait hrit en 1421, aprs la mort de son
frre[181]. Il y mourut l'anne suivante, en 1429[182], comme
l'indique, d'une faon certaine, une instance en justice reprise  la
fin de 1429 par sa veuve, Isabelle de Poitiers. L'hritage
considrable, en titres il est vrai plutt qu'en biens immeubles dans
les terres de l'glise, passa  ses deux fils, Jean et Louis, dont les
revendications ultrieures donneront au dauphin Louis un premier
prtexte pour intervenir dans les affaires intrieures du
Venaissin[183].

  [178] De Coston, _Hist. de Montlimar_, I, 496, 499.

  [179] Arch. municip., B. 36, no 2, Cott. B.

  [180] Donn en nostre chastel de Lezignen, le 5e de novembre
  1428. Orig.--Arch. municip., B. 36.

  [181] Le Marchal n'avait eu d'Antoinette de Turenne qu'un fils
  qui fut tu  la bataille d'Azincourt (1415).

  [182] Arch. de Tours. Communication de M. de Grammaison,
  archiviste d'Indre-et-Loire.--Cf. de la Chesnaye des Bois,
  Diction. XIII, p. 590, le fait mourir en 1429.--L'abb Chevalier
  fait  tort mourir Geoffroy en 1407. _Rpert. des sources
  historiq._, p. 339.

  [183] Voy. chap. iv, pp. 96-97.

Les consquences du schisme qui divisait l'glise ne devaient pas
tarder  ramener l'attention de Charles VII sur les vnements qui se
droulaient dans les tats du Saint-Sige. Martin V, qui avait russi
 prserver ses domaines de l'invasion de Louis de Chlons, prince
d'Orange, en 1430, et des troupes royales[184], tait mort au moment
o allait s'ouvrir le concile de Ble, le 17 fvrier 1431[185]. Son
successeur, Eugne IV (Gabriel Condulmaro)[186], annonce son lection
aux syndics d'Avignon, par bref du 12 mars 1431[187]. Or, comme le
jour de l'ouverture du concile il n'y avait que douze prlats
prsents, il dcida de transporter l'assemble  Bologne, afin de
pouvoir s'occuper plus tranquillement des intrts de ses domaines
citramontains[188]. En attendant, il engageait les Avignonnais 
prendre conseil du cardinal de Saint-Eustache[189], lgat
extraordinaire du Saint-Sige dans cette ville, homme de grande
sagesse, et dans lequel le Saint-Sige avait la plus entire
confiance. Alphonse Carillo, cardinal diacre du titre de
Saint-Eustache, bien que d'origine espagnole[190], avait fait preuve
des sentiments les plus conciliants et les plus bienveillants
vis--vis de la Cour de France dans le rglement des diffrends
soulevs  propos des limites du Rhne, et que le Saint-Sige lui
avait donn mission de rsoudre en 1430. Malgr sa nationalit,
Alphonse Carillo tait l'homme des intrts franais, et Charles VII
tait dans l'obligation de le mnager. Aussi le roi, dsireux de voir
nommer  titre dfinitif, comme lgat  Avignon, un haut dignitaire
ecclsiastique, pour servir les desseins de la politique franaise,
prie les syndics d'Avignon de mettre  profit le crdit et l'influence
dont ils disposent  Rome pour obtenir la nomination du cardinal de
Saint-Eustache  Avignon, qu'il lui plaise ordonner nostre trs cher
et aim cousin le cardinal de Saint Eustace (_sic_), estant de
prsentement en la ville d'Avignon son vicaire, s partie dea les
monz come avez sceu par nos diz ambassadeurs en passant par la dite
ville. A la quelle requeste nous entendu avons nostre dit Saint Pre 
aucunement diffrer et encores diffre dont nous donne grans
merveilles, attendu les grans biens que  cause de ce pourroyent
advenir  tous les pais de par dea. Charles VII insistait en faisant
valoir les avantages que ce choix procurerait tant au royaume de
France qu'aux tats de l'glise; il les invite  y envoyer pour ce
messagiers exprs qui poursuivront, avec nos ditz ambassadeurs, la
chose au nom de la cit d'Avignon. Nous vous prions bien a certes pour
tout l'amour et bienvueillance qu'avez  nouz et  nostre dit royaume,
et surtout le plaisir et service que nous ferez que ceste chose pour
nostre dit cousin de Saint Eustace et non pour aultre, vous vueillez
poursuivre devers nostre dit Saint Pre, de manire quelle sortisse
son effect et y envoyer pour ce faire gens notables. Et ce vueillez
faire telle promte et bonne diligence que nous cognoistrons que vous
avez tousjours le bien de plus en plus de nous et de nostre royaume
dont estes prouchains voisins, comme devez, et le service que en ce
nous ferez recognoistrons en temps et en lieu envers vous et la dite
ville d'Avignon[191].

  [184] Bref de Martin V, juin 1430. Arch. municip., origin.,
  B.--Cf. Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, 139 et suiv.--Dom
  Vaissette, IX{2}, p. 1107.

  [185] Dareste, _Hist. de France_, III, p. 136.--Mgr Hfel,
  _Hist. des Conc._, XI, pp. 185, 187.

  [186] C'est le vritable nom. Il tait d'une noble famille de
  Venise et neveu de Grgoire XII qui l'avait fait
  cardinal.--Pastor, _loc. cit._, I, p. 293, not. 1.

  [187] Chambaud, _Rec. mss. sur Avignon_, I, fol. 166.

  [188] In futuro bononiensi Concilio cui Deo propicio interesse et
  prsidere desideramus de tranquillitate et bono statu Civitatis
  nostr Avenionensis et illarum partium opportune providebimus.
  Arch. municip., B. IV.

  [189] Bref du 6 janvier 1431. Arch. municip., B. 36, no 8.

  [190] Reynard Lespinasse, _Armorial de l'tat d'Avignon_, p.
  145.--Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115.

  [191] Arch. municip., B. 4, no 24, origin., donn  Selles le
  dernier jour de mars 1432.

Pour complaire  la demande de Charles VII, les Avignonnais
s'empressrent d'appuyer auprs du Saint-Sige la candidature du
cardinal de Saint-Eustache, mais Eugne IV leur fit savoir que la
prsence du cardinal comme lgat du Saint-Sige en Espagne tait
indispensable au moment o la papaut se trouvait aux prises avec tant
de difficults[192]. En mme temps, pour mettre fin  toutes ces
dmarches dictes par la France, Eugne IV annona  ses sujets d'en
de la triple promotion de son frre Marc Condulmaro aux fonctions
d'vque d'Avignon, de lgat du Saint-Sige et de recteur du
Venaissin (31 mars 1432)[193]. Le nouveau lgat vint aussitt prendre
possession de son sige, et les tats furent convoqus pour prter
serment de fidlit. De violentes protestations s'levrent 
Carpentras et  Avignon contre le cumul, entre les mains du mme
personnage, de fonctions si leves et qui ne pouvaient pas tre
runies sans prjudice pour les intrts du pays[194]. En mme temps,
on attaquait violemment les moeurs prives du nouveau reprsentant de
la papaut[195]. La guerre clata de nouveau dans les domaines de
l'glise. D'un ct, Eugne IV, dcid  maintenir son frre envers et
contre tous; de l'autre, les Avignonnais refusant de reconnatre Marc
Condulmaro et se plaant sous la protection du concile de Ble. Le
schisme qui divisait l'glise mettait ainsi les armes  la main aux
partisans du pape contre ceux du concile. La position du roi de France
ne laissait pas d'tre embarrassante. Au fond, Charles VII tait pour
les Avignonnais et pour le candidat du concile, Alphonse Carillo[196],
mais il lui rpugnait d'engager directement la lutte contre le pape.
Aussi, dans ses lettres patentes donnes  Amboise le 20 juillet
1432[197], Charles VII s'empresse-t-il de dclarer que les sujets du
roi devront garder une stricte neutralit  l'occasion de la querelle
qui s'est leve entre les sujets de l'glise et leur lgat. Dans ce
but, il crit: Et pour ce que nous ne sommes pas advertiz des causes
des dites divisions et guerre, ni du bon droit ou tort et querelles
des dites parties ne quelles autres ceste matire peut toucher, et
aussi que pour le faict de noz guerres contre les Anglais, autres
ennemys et adversaires de nous et de nostre royaume, il nous est
besoin de nous ayder et servir en plusieurs et diverses marches et
pays de nos vassaux et subgiectz, aux quelz se appartient, de
entremettre de la dite guerre  Avignon, ne doit faire partie d'un
coust ne de l'autre, ne nous ne voulons que aucunement s'en
entremettent sans nos congis et licence.

  [192] Bref de mars 1432.--Arch. municip., B. IV. Cum ejus
  (Cardinalis Sancti Eustachii) consilio propter gravia imminencia
  negocia plurimum indigeamus.

  [193] _Armorial d'Avignon_, p. 63.--Cf. Cottier, Not. sur les
  Recteurs.

  [194] _Reg. des tats_, arch. dpart., G. 13, fol. 134.--Cf.
  _Amplissima collectio_, VIII, 649.

  [195] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, pp. 94, 95.

  [196] Sa lettre du dernier jour de mars 1432 aux syndics
  d'Avignon le montre clairement.

  [197] Fornry, _Hist. eccls._, fol. 429, 430 (Copie).

Pendant ce temps, le concile de Ble, qui avait accueilli trs
favorablement la demande d'intervention des Avignonnais, avait
nomm, avec mission temporaire, comme lgat d'Avignon, Alphonse
Carillo, cardinal de Saint-Eustache,  la place de Condulmaro,qui
tait ennemi du concile (inimicus concilii)[198] (20 juin 1432). Ce
dernier, oblig de quitter son sige, se rfugia  Rome et fut
transfr, peu aprs,  l'vch de Tarentaise[199]. C'est ce mme
vque que le pape Eugne IV dlgua pour aller chercher les Grecs
 Constantinople, en 1437. Les Avignonnais tmoignrent
publiquement leur reconnaissance aux pres du concile[200].

  [198] _Amplissima collectio_, VIII, p. 649.--Cf. Fantoni, I. p.
  315.--_Recueil Massilian_, XXII, fol. 57, vo.--Dom Vaissette, IX.
  p. 1115.--Cottier, _loc. cit._, p. 124.

  [199] Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 46.--Cf. Cottier, _loc.
  cit._, p. 124.

  [200] 25 aot 1432. _Amplissima collectio_, VIII, p.
  163.--Massillian, _Collect. Chart._, XXI, fol. 368.

Cette attitude des Avignonnais, encourage par Charles VII qui
s'appuyait sur le concile, tait un acte de rvolte contre la papaut.
Martin V, pour complaire au roi de France et s'assurer son appui,
rsolut d'opposer au candidat du concile un prlat nergique,
diplomate de premier ordre et qui tait  Rome le confident du
Saint-Sige[201]. Ce choix avait encore une autre importance, il
ramenait au pape les Avignonnais, dont Pierre de Foix tait  Rome,
depuis 1428, le protecteur avr[202]. Le 16 aot 1432, Pierre de Foix
tait nomm lgat du Saint-Sige  Avignon, et le 18 des kalendes de
janvier[203], dans une bulle donne  Rome, Eugne IV dclare que
l'acte illgal du concile est rpar, puisque la ville est maintenant
place sous l'autorit du lgat pontifical[204]. Pendant ce temps,
Alphonse Carillo avait quitt Avignon pour se rendre  Ble, laissant
le gouvernement de la ville  Philippe, vque d'Auch[205]. Le but de
son voyage tait de demander au concile les subsides ncessaires pour
soutenir,  main arme, la lutte contre le reprsentant lgitime du
pape. Carillo s'adressa d'abord personnellement au fameux capitaine
de routiers, Rodrigue de Villandrando, comte de Ribaudeo, auquel il
emprunta 2,000 cus d'or[206]. La ville d'Avignon dut se porter
garante, comme il appert d'un acte en date du 6 juin 1442, figurant
dans l'inventaire des papiers de la maison de Bourbon[207].

  [201] Le P. Albi, _loges des Cardinaux franais et trangers_.
  Paris, 1664, pp. 81 et suiv.

  [202] Pastor, _loc. cit._, I, p. 282.

  [203] Pierre de Foix, n en 1386 ou 1387, tait fils de Gaston de
  Foix et d'lonore de Navarre, qui fut depuis reine de Navarre,
  succdant  son pre Jean d'Aragon. Cr cardinal par Benot
  XIII, en 1409,  l'ge de vingt-deux ans, il fut successivement
  vque de Lescar, de Comminges, d'Albano, administrateur de
  l'archevch de Bordeaux et de l'vch de Dax, archevque
  d'Arles et abb de Montmajour. Abandonnant le parti de Benot
  XIII, il assista au concile de Constance o il se fit remarquer
  comme orateur, prit part  l'lection de Martin V (1417) qui le
  lgitima comme _cardinal_ en 1419 ou 1418. Il fut envoy, en
  1425, en Espagne par Martin V, auprs d'Alphonse d'Aragon et fit
  preuve d'une grande finesse diplomatique. Ce fut encore lui qui,
  par ses voyages en Espagne, en 1426 et 1428, aprs la mort de
  Benot XIII, obtint que le pseudo-pape Clment VIII (Gilles
  Nunoz) se dmt (26 juillet 1429). Le succs de cette ambassade
  prpara la fin du schisme (Pastor, _loc. cit._, I, p. 282).
  Attach comme cardinal auprs de Martin V, il occupait  Rome une
  des situations les plus en vue dans le Sacr-Collge, lorsque
  Eugne IV le nomma lgat d'Avignon (16 aot 1432). Install dans
  son sige par la force des armes (juin 1433), Pierre de Foix
  administra avec la plus grande sagesse les tats du Saint-Sige
  et sut mme, dans les circonstances les plus difficiles,
  concilier les intrts de l'glise avec ceux des rois de France.
  On ne l'appelait que le bon lgat. A l'inverse des autres, il
  rsida pendant toute sa carrire  Avignon et embellit la ville
  de plusieurs monuments. Savant distingu, il avait runi une
  magnifique collection d'ouvrages, dont beaucoup provenaient de la
  bibliothque de Benot XIII. Sa biographie est une des pages les
  plus intressantes de l'histoire du pays et se rattache  tous
  les vnements qui mettent en relations les rois de France avec
  les tats du Saint-Sige, de 1432  1464. Estim et apprci des
  papes, qui l'avaient maintenu  Avignon, tenu en grande affection
  par Charles VII et par Louis XI, le cardinal de Foix mourut 
  Avignon, aprs une assez longue maladie, le 13 dcembre 1464.

  Voy. le P. Henry Alby, _loge des Cardinaux_, pp. 81 et
  suiv.--_Chronique de Saint-Denis_, VI, p. 175.--_Gallia
  christiana_, I, pp. 1163, 1164.--_Lettres de Louis XI_, II, p. 21,
  not. 1.--Pastor, _Hist. de la Papaut_, I, p. 282.--Delisle,
  _Cabinet des Manuscrits_, 1868, I, pp. 494, 497.--Tamizey de
  Laroque, _Note tire de la correspondance de Peiresc_, p.
  182.--Collection des Documents indits.

  [204] _Amplissima collectio_, VIII, pp. 163, 164, note (a).

  [205] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 95.--Cf. Arch.
  municip., Acte du 6 mai 1433 Cum ipse dominus Cardinalis ad
  eamdem sanctam synodum gressus suos direxisset et Reverendissimum
  Philippum Archiepiscopum Auxitanensem locumtenentem et
  gubernatorem constituisset et deputasset. Ce ne peut tre qu'en
  dcembre ou janvier 1433 que Carillo se rendit  Ble, puisque
  Jean de Poitiers convoque en son nom les tats du Venaissin le 2
  dcembre 1432. _Reg. des tats_, G. 12, fol. 7.

  [206] Quicherat, _loc. cit._, pices justificat., XIII, pp. 226
  et suiv.

  [207] Invent. des Arch. nation., _Maison de Bourbon_, t. II, p.
  275.

La dsignation de l'archevque d'Auch comme lgat intrimaire eut pour
consquence de transporter  Avignon la vieille animosit des deux
maisons de Foix et d'Armagnac[208]. C'tait une guerre nationale dans
les tats de l'glise. Le cardinal de Poix ne recula pas, comme dit
Quicherat, devant remploi de ce qu'on appelait alors le bras
sculier et fit appel  ses deux frres, les comtes de Foix et de
Comminges. D'un autre ct, le concile,  l'instigation de Carillo,
crivit  Rodrigue de Villandrando[209] de faire une diversion du ct
du Languedoc, invadere patriam lingu occitane[210]. Rodrigue se
porta au-devant des troupes gasconnes. Pendant ce temps, le comte de
Foix, sous prtexte de repousser les bandes de Rodrigue, faisait voter
70,000 moutons d'or par les tats du Languedoc outre les 20,000 dj
accords; mais, en ralit, cet argent devait lui servir  s'emparer
d'Avignon[211]. Inform des dispositions du clbre routier, le
comte de Foix laisse  Villeneuve-les-Avignon son frre le cardinal,
avec quelques gens d'armes, et se porte rapidement vers le
Pont-Saint-Esprit pour franchir le Rhne (mars 1433)[212]. Avignon et
le Venaissin taient dans la consternation. Les tats, runis 
Carpentras sous la prsidence de Jean de Poitiers, votent 10,000
florins d'or pour la dfense du pays et invitent le recteur  aviser
tous les chtelains, bailes et syndics de faire bonne garde, _per
litteras rigorosas et formidabiles_[213] (4 mai 1433). Dans leur
dtresse, les Avignonnais, brouills avec le pape, implorent
l'intervention de Charles VII et se font fort de sa protection auprs
du comte de Foix[214]: Trs hault et puissant prince et redoubt,
qu'il plaise  vostre dite trs excellente seigneurie de intercder
envers le roy, qui est protecteur et bras de l'glise, qu'il luy
plaise nous donner et octroyer provision que nulle violence ne
dommaige ne soient faiz  nostre dit Saint Pre le Pape ne  la terre
de l'glise par ledit Comte ne son exercite, et sur ce obtenir lettres
prohibitives qu'ils soient prservez de tout inconvnient que pourroit
advenir. La ville en mme temps se prparait  la rsistance,
dsignait au nombre de dix ou de douze les lus de la guerre,
contractait des emprunts et informait le concile de Ble de la marche
en avant des troupes gasconnes[215]. Forte de 2,000 cavaliers et 200
fantassins, l'arme du comte de Foix avait envahi le comt par le
nord. Le 12 mai 1433, les gens d'armes gascons entrent 
Malaucne[216], o ils font un certain nombre de prisonniers; ils
occupent Bollne. Personnellement, le candidat tait accompagn de
plusieurs conseillers, notamment d'vques et de plusieurs abbs, dont
le clbre vque de Conserans, Tristan d'Aure, auteur de tout le mal.
Ce dernier fait des avances aux Avignonnais et aux Comtadins[217].
L'Abb de Lzat se rend auprs de Jean de Poitiers, recteur du comt,
pour lui faire des propositions de paix au nom de son patron. D'abord
hsitants, les gens du Venaissin se rapprochent du parti du nouveau
lgat[218]. Le 13 mai 1433, Carpentras et la plupart des villes
ouvrent leurs portes au cardinal qui fait une entre triomphale 
Monteux et se prpare  emporter d'assaut le chteau du Pont de
Sorgues, qui tait la clef de la dfense d'Avignon. Pendant que le
cardinal soumettait ainsi l'un aprs l'autre les villes et villages de
sa lgation, Jean de Grailly[219], captal de Buch, un des plus
audacieux capitaines, de l'arme du Comte de Foix, tait venu mettre
le sige devant Avignon[220]. Les assigeants avaient dispos en
batterie, contre les remparts, des balistes, catapultes, trbuchets et
autres engins de guerre qui lanaient pardessus les murailles
d'normes quartiers de rochers crasant maisons et habitants[221]. La
panique s'tait empare des Avignonnais. Les uns, partisans de
Carillo et du concile, soutenaient l'archevque d'Auch et prchaient
la rsistance  outrance. Les autres, au contraire, gagns par les
flatteries du cardinal, taient d'avis d'ouvrir les portes aux
assigeants. Sur ces entrefaites, une sdition clata dans la ville
et, grce  cette diversion, le cardinal entra dans Avignon par la
brche, sous la bannire de ses frres, pendant que l'archevque
d'Auch s'enfuyait par une poterne[222] (juin 1433). Quant  Rodrigue
de Villandrando, soit qu'il juget ses forces numriquement trop
infrieures  celles du comte de Foix, soit, comme on peut le
prsumer, que le cardinal et achet sa retraite  prix d'argent[223],
il traversa le Rhne avec ses bandes pour aller ravager le
Rouergue[224]. Ainsi se terminait le sige d'Avignon qui avait mis aux
prises, sur un autre terrain, le pape et les cardinaux dissidents de
Ble. La victoire restait en dfinitive au pape de Rome; et la Cour de
France, bien qu'ayant observ une prudente rserve, y trouvait son
compte, car le pays ne pouvait pas dsirer un lgat plus foncirement
franais et plus dvou au bien de sa patrie que le cardinal de Foix.
Dans tout le cours de sa longue carrire (1432-1464), sans oublier ce
qu'il devait aux papes et  l'glise, Pierre de Foix servit, avec un
zle constant, la politique de Charles VII, comme celle du dauphin
Louis, dans les circonstances o les vnements le firent ngociateur
et arbitre des intrts opposs.

  [208] Quicherat, _loc. cit._, p. 95.

  [209] 26 mai 1433. D'aprs Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115, not.
  1.--Cf. Quicherat, _loc. cit._, pp. 94, 95.

  [210] _Testament du cardinal de Foix_.--Chambaud, _Recueil des
  Chartes_, mss., I, fol. 47.

  [211] Quicherat, _loc. cit._, p. 97.--Cf. Raynald, _Annal.
  eccls._, t. IX, p. 134, et _Carton des Rois_, p. 450, no 2073.

  [212] _Reg. des Etats_, G. 12, fol. 16-18.

  [213] _Ibid._, G. 12, fol. 19.

  [214] Arch. municip., 13 avril 1433. Lettre indite des consuls
  d'Avignon au comte de Foix (Minute).

  [215] 12 mai 1433. _Amplissima collectio_, VIII, 592, 593.

  [216] Arch. municip. de Malaucne, _Reg. des dlibrat. du
  Conseil_, fol. 72, vo.--12 mai 1433. _Amplissima collectio_,
  VIII, 594.

  [217] _Reg. des dlibrat. des tats_, G. 12, fol. 11.

  [218] _Amplissima collectio_, VIII, 594.

  [219] Fils de Jean de Grailly, captal de Buch.--Cf. Dom
  Vaissette, IX{2}, p. 1114.

  [220]..... et appropinquans civitatem Avenionis per terram et per
  aquam obsidionem apponi fecerit personaliter ibi existens cum
  multitudine hominum copios. Arch. municip., acte du 6 mai 1433.

  [221] Quicherat, _Rodrigue de Villandrando_, p. 98, not. 2.

  [222] Quicherat, _op. cit._, p. 99.

  [223] Ce qui inclinerait  le faire croire ce sont les demandes
  frquentes de grosses sommes d'argent que le cardinal de Foix ne
  cessa d'adresser aux tats pour payer les frais de la guerre.
  _Reg. des tats._

  [224] Dom Vaissette, IX{2}, p. 1115.

Charles VII ne cessa d'entretenir les meilleurs rapports avec le
nouveau lgat. En 1435, sur l'ordre du roi, le gouverneur du
Languedoc, manquant d'argent, dans l'attente du paiement de l'aide
vote par les tats, emprunte 10,000 moutons d'or  des marchands
d'Avignon pour secourir Saint-Denys[225]. Mais les agissements des
pres runis  Ble ne tardrent pas  donner au roi une occasion de
faire connatre aux Avignonnais ces dispositions favorables, tout en
mettant  excution un projet qui rpondait aux secrets dsirs de
Charles VII. Au mois de juin 1436, le concile de Ble livr  des
querelles de personnes, tait devenu le thtre de violences
regrettables et de discussions scandaleuses,  ce point que le
cardinal de Pavie, neas Sylvius Piccolomini, appelait cette assemble
la synagogue de Satan[226]. Charles VII, toujours dsireux de mettre
un terme aux divisions qui agitaient l'glise, avait envoy  Ble une
ambassade pour demander que le pape ft trait avec respect et
dfrence, et qu'une ville ft dsigne o seraient convoqus, en vue
d'une union gnrale, les reprsentants de l'glise grecque[227]. Lyon
rclamait pour elle, mais le concile hsitait entre Rome, Pise,
Florence et Sienne. Le 7 mai 1433, le concile avait dcid,  une
majorit trs contestable, puisque beaucoup de membres ayant pris part
au vote n'avaient pas droit de suffrage, que le concile se tiendrait
soit  Ble, soit  Avignon, soit dans une ville de Savoie. Le choix
d'Avignon plaisait particulirement  Charles VII qui voyait l une
occasion d'accrotre son prestige personnel et d'attribuer  la
France un rle prpondrant dans l'apaisement du schisme. Par lettres
du 11 fvrier 1433, le roi de France informa les pres du concile
qu'il se prononait pour Avignon[228]. Il promettait,  cette
occasion, son concours le plus actif. Il enverrait  l'empereur de
Constantinople des lettres pour l'engager  s'y rendre. Il donnerait
un sauf-conduit aux prlats aragonais et autoriserait la leve d'une
_dcime_ sur les bnfices ecclsiastiques du royaume pour faire
face  la dpense, mais  la condition que cette dcime ne pourrait
pas tre perue avant le mois de mai 1437[229]. Les pres du concile
taient diviss en deux partis. Les uns, notamment les Grecs,
repoussaient le choix d'Avignon pour une ville italienne, autant que
possible une ville maritime, en vue des facilits de transport. Les
cardinaux franais et italiens, notamment Louis Alemand, cardinal
d'Arles et le plus fougueux adversaire d'Eugne IV, Tedeschi,
archevque de Palerme, prconisaient le choix d'Avignon. Enfin, aprs
un dbat tumultueux, le concile dcida, le 3 fvrier 1437, que, si
dans cinquante jours la ville d'Avignon n'avait pas compt les 70,000
ducats d'or dont elle s'tait oblige  faire l'avance pour le
transport des Grecs, on renoncerait au projet de transfert dans cette
ville[230]. La communaut s'tait mise en mesure de remplir des
engagements crasants pour ses finances. Charles VII, de son ct, par
lettres patentes donnes  Montpellier, le 17 avril 1437, et
confirmes le 10 mai suivant[231], prescrivit la leve d'une dcime
sur les bnfices des seize personnes ecclsiastiques composant son
conseil, hormis deux, et demanda mme  la ville d'avancer au trsor
royal certaines sommes sur ses ressources personnelles pour les frais
occasionns par la convocation du futur concile[232]. Mais la ville,
malgr l'appel fait  tous ses concitoyens, ne put pas runir la somme
convenue. Du reste, dans l'intervalle, de graves vnements s'taient
passs au sein du concile. Dans la runion du 7 mai 1437, les deux
partis, dit Hfel, semblables  deux armes ennemies en prsence,
avaient t sur le point d'en venir aux mains[233]. La minorit,
compose de la partie la plus saine du concile, ayant droit de
suffrage, opta pour les Grecs et le choix d'une ville italienne. Le
dcret rendu par elle fut scell avec le sceau du concile enferm dans
une armoire dont la serrure avait t force, ce qui quivalait  un
faux. Malgr l'opposition de la majorit, compose des prlats
franais et de la masse des clercs et abbs n'ayant pas droit de vote,
Eugne IV reconnut valable la dcision de la minorit, et le choix
d'Avignon fut dfinitivement cart (7 juillet 1437)[234]. C'tait un
chec pour Charles VII et pour la France, mais Eugne IV triomphait.
Au fond, le pape, s'il ne s'tait jamais ouvertement prononc contre
le transfert  Avignon, ne partageait pas  cet gard l'opinion de la
majorit des pres qui taient ses plus ardents ennemis. Le souvenir
des vexations et des dboires de Benot XIII, dans cette mme ville,
hantait l'esprit du souverain pontife; l'accueil fait  son frre par
les Avignonnais en 1432, et leur attachement  Carillo, lgat du
concile, n'taient point de nature  l'encourager  se prononcer pour
Avignon. Et nous croyons les apprhensions du souverain pontife
justement fondes, car le transfert  Avignon, tant donnes les
dispositions de la majorit, c'tait la papaut livre aux mains des
cardinaux factieux. Cependant les pres rests  Ble taient trop
irrits contre Eugne IV pour abandonner la lutte. Le 31 juillet 1437,
ils proclament le pape contumace[235]. Le 18 octobre, ils suppriment
la bulle transfrant le concile  Ferrare et, le 14 janvier, ils
prononcent la suspension d'Eugne IV[236]. De son ct, par lettres du
23 janvier 1437, Charles VII dfend aux prlats de son royaume et du
Dauphin de se rendre  Ferrare[237] pour rpondre  la convocation du
pape. Le roi ne perdait pas espoir de faire revenir au choix
d'Avignon. A cet effet, il crivait  Jean Palologue de s'y rendre,
lui promettant qu'il y viendrait en personne et que, certainement le
pape ne manquerait pas d'y assister[238]. Occup, dans le courant de
l'automne 1437, au sige de Montereau[239], Charles VII entretient
encore les Avignonnais dans leurs esprances  propos du voyage des
Grecs et de la translation du concile  Avignon: Et avons tousjours
ferme propos et intencion de aider et donner toute faveur et confort 
vous et  toute la cit d'Avignon, en l'excution de l'oeuvre
encommence et ce mestier est vous garder et defendre saucunz vous
vouloient donner empeschement ou porter dommaige  l'occasion de ce,
et d'en escrire  nostre Sainct Pre le Pape ou ailleurs ou besoin
seroit. Il insiste  diverses reprises auprs de l'empereur de
Constantinople en disant que la nation de France avait mis en avant le
choix d'Avignon[240].

  [225] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 475.

  [226] Hfel, _loc. cit._, XI, p. 363.

  [227] De Beaucourt, III, p. 339.

  [228] De Beaucourt, III, p. 339.

  [229] _Id._, III, p. 340.

  [230] Hfel, _loc. cit._, XI, pp. 358, 359.

  [231] Arch. municip., B. 34, no 29, Cott. E.E.--Arch. municip.,
  B. 34, no 37. Cott. C.C.

  [232] Lettre royale du 5 mai 1437; De Beaucourt, III, p. 475.

  [233] Hfel, _loc. cit._, XI, p. 362.

  [234] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 34.

  [235] Hfel, XI, pp. 367, 379, 381.

  [236] _Id._, XI, pp. 367, 381.

  [237] _Rec. des Ordonn._, XIII, pp. 255, 256.

  [238] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343.

  [239] Charles VII tait venu mettre le sige devant Montereau le
  21 septembre 1437.--Cf. de Beaucourt, III, p. 49.

  [240] Donn au sige de Montereau ou Fault-Yonne le dernier jour
  de septembre 1437. Orig., Arch. municip., B. 38, no 96.

Pendant ces pourparlers qui ne devaient pas aboutir, les pres du
concile avaient consomm leur rupture avec le pape. Le 24 janvier
1438, Eugne IV tait suspendu par l'assemble de Ble, et
l'autorit pontificale tait transfre au concile[241]. C'tait le
triomphe de la suprmatie du concile sur la personne du souverain
pontife, ide qui depuis le commencement du schisme, et surtout depuis
Benot XIII, avait fini par prvaloir dans les moeurs ecclsiastiques.
Comme consquence, et pour examiner les dcisions prises par
l'assemble de Ble, Charles VII convoqua  Tours, pour le mois de mai
1438, le clerg de France, qui tint sa runion  Bourges, le 1er mai
1438. C'est de l que sortit la pragmatique sanction. Ces derniers
vnements, qui avaient profondment agit l'glise de France,
mettaient fin au projet de la runion du concile  Avignon. Mais la
ville avait fait antrieurement des avances pour aller qurir les
Grecs, et demandait, si elle n'avait pas le concile,  tre rembourse
de ses dbours[242]. Charles VII, qui avait contribu personnellement
 jeter la ville dans ce projet onreux, donna satisfaction aux
Avignonnais par lettres patentes dates de Bourges le 14 juillet 1438,
en obligeant le paiement, tant dans le royaume qu'en Dauphin, de la
dcime impose sur les bnfices ecclsiastiques, en vue de
rembourser les 70,000 ducats d'or avancs par la ville et dont le roi
avait profit. Sur la quelle dcime et les denierz que en ystroient
les citoyenz et habitans d'Avignon devoyent estre pais premirement
et avant tout euvre de certaine grosse somme de denierz quils ont
paye pour aler qurir les empereur et patriarche de Constantinople et
autres du pays de Grce et les conduire et amener au dit lieu
d'Avignon ainsi qu'il avait este traict, accord et promiz aux dits
citoyens et habitanz d'Avignon. Mais les avances de la ville furent
partiellement perdues. En 1459[243], les Avignonnais sont obligs
d'envoyer en Savoie, en Dauphin,  Lyon,  Mcon, un ambassadeur
spcial, Michel de Valperge, qui, muni d'une lettre de la
collectairie, aprs l'assentiment de Jehan de Grole, prvt de
Montjou, recueille pour le compte des Avignonnais de l'argent partout
o il se trouve: Je passeray au partir de ceste ville  Machon et 
Lion et  Vienne et pour le pays du Dalfin et pranderay tout argent
que je troveray prest et tout envoieray jour de An[244]. On voit donc
par ce document que malgr les engagements qu'il avait pris vis--vis
de la ville d'Avignon, Charles VII n'avait pu la faire rentrer dans
ses dbourss. Malgr la promulgation de la pragmatique, Charles VII
ne cessa pas d'avoir avec Eugne IV des rapports cordiaux. Bien que le
pape et excommuni les pres du concile (4 septembre 1439) et que ces
derniers en rponse eussent donn la tiare  Amde VIII de Savoie
(Flix V) (5 novembre 1439), le roi continua  ne reconnatre comme
lgitime que le pape de Rome, pour lequel il montrait la plus grande
dfrence, sans toutefois consentir  aucune concession relativement 
la pragmatique.

  [241] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 343. Cette doctrine,
  dj proclame par le concile en 1433, avait fait d'normes
  progrs dans l'opinion.--Cf. de Beaucourt, III, p. 333; Hfel,
  XI, 274, 276.

  [242] La cit d'Avignon avait donn 300 cus pour amener les
  Grecs  Ble. Cette somme fut confie  Louis de la Palud,
  cardinal de Varambon, qui ne la restitua qu'en 1455 aprs
  d'innombrables rclamations. Arch. municip., Origin., B. 34.

  [243] Lettre indite de Michel de Valperge aux consuls d'Avignon,
  date de Thonon le 24 septembre 1459. Arch. municip., srie A.A.

  [244] Lettre du 24 septembre 1459. Arch. municip., Origin., srie
  A.A.

De son ct, Eugne IV se mnageait l'appui de la France. L'anne
aprs que le concile eut t transfr de Florence  Rome (26 avril
1441), Eugne IV envoyait  Charles VII une ambassade avec mission de
passer par Avignon pour saluer le cardinal de Foix, en vue de
tmoigner au roi de France toute sa dfrence[245]. Le concile de Ble
tint sa dernire session le 16 mai 1443, en l'absence de Flix V, fix
 Lausanne. Il n'avait plus  compter, et faiblement encore, que sur
l'appui de l'empire. Son rle tait fini et Eugne IV rentrait  Rome,
le 23 dcembre 1443[246], avec le prestige d'une autorit fortifie.
Nanmoins, les chefs de la majorit, entre autres Louis Alemand,
continuant la lutte, tentrent de susciter des difficults au
Saint-Sige dans ses tats d'en de, ce qui amena le projet de trait
pass entre Eugne IV et le dauphin Louis, en novembre 1444,  l'insu
de Charles VII.

  [245] De Beaucourt, _loc. cit._, III, p. 378.

  [246] Hfel, _loc. cit._, XI, 533.--De Beaucourt, III, p. 383.




CHAPITRE III

Le Dauphin Louis et le projet de trait secret avec le Saint-Sige
(novembre 1444).

  Le dauphin Louis.--Premire tentative pour s'emparer d'Avignon et
    du comt Venaissin.--Ngociations entre le Dauphin et le pape
    Eugne IV.--Rle du cardinal de Foix.--Protestation des
    tats.--Le projet choue (novembre-dcembre 1444).


Les relations de Louis XI avec les tats pontificaux de France
constituent l'un des chapitres les plus intressants de ce rgne et
l'un des moins connus. Ni Mathieu, ni l'abb Legrand, ni Duclos n'ont
souponn ce ct, cependant si curieux, de la diplomatie secrte d'un
souverain dont ils ont tudi la politique dans ses moindres dtails.
Parmi les auteurs contemporains, M. Legeay n'a rien tent pour combler
cette lacune. Seul, M. de Beaucourt, dans la remarquable tude qu'il a
consacre aux rapports de Charles VII avec son fils, a indiqu en
quelques lignes les accusations portes contre le dauphin Louis que
son pre souponnait avec raison de vouloir mettre la main sur les
possessions du Saint-Sige situes sur les bords du Rhne.

La politique de Louis XI, dans ses rapports avec les tats du
Saint-Sige, comprend cinq phases bien caractrises:

1 (_1444_). Louis, dauphin, cherche  s'emparer de l'administration
d'Avignon et du Comtat par voie de ngociations secrtes engages dans
ce but avec le pape Eugne IV.

2 (_De 1447  1452_). Le dauphin noue plusieurs intrigues qui doivent
lui faciliter l'occupation du Comt. Il lance indirectement des
expditions  main arme contre les frontire des tats; des violences
sont commises par les officiers et agents du dauphin contre les
personnes et les biens des sujets pontificaux. Il soulve la question
de la succession des Boucicaut et ne s'arrte que devant
l'intervention directe de Charles VII.

3 (_De 1463  1464_). Louis XI se prpare  recueillir la succession
du cardinal de Foix en imposant au Saint-Sige un lgat  sa dvotion
qui sera l'instrument de la politique royale  Avignon et dans le
Comt.

4 (_De 1468  1470_). Louis XI, dont les vises ont t djoues par
le pape  propos de la dsignation du successeur du cardinal de Foix,
emploie tous les moyens pour obtenir que la lgation d'Avignon soit
donne au cardinal de Bourbon, archevque de Lyon. Il y russit, et
dsormais l'influence franaise est prpondrante dans l'ancienne
ville papale.

5 (_En 1476_). Le conflit entre le roi et Jules de la Rovre, lgat
pontifical, fournit  Louis XI un prtexte suffisant pour menacer
d'une occupation militaire les possessions de l'glise, mais le
serment de fidlit prt par les Avignonnais au roi de France,  Lyon
(juin 1476), apaise momentanment le mcontentement royal.

Charles VII avait donn  son fils l'administration du Dauphin par
lettres du _28 juillet 1440_[247], mais ce n'est qu'en 1445 ou janvier
1446 que, brouill avec la Cour, Louis se retire dfinitivement dans
son gouvernement et s'installe  poste fixe  Grenoble o il
administre d'une faon indpendante battant monnaie, levant des
impts, crant un parlement, fondant une universit, courbant sous sa
volont le clerg et la noblesse, favorisant et anoblissant les
bourgeois, pousant sans le consentement paternel Charlotte de Savoie,
contractant des alliances avec ses voisins ou leur dclarant la
guerre, exerant en un mot le pouvoir d'une manire aussi absolue que
si le Dauphin avait t spar de la France[248]. Mais auparavant le
dauphin avait dirig la campagne contre les Suisses, termine par le
combat de Saint-Jacques (26 aot 1444) qui amenait Louis et ses
troupes aux portes de Ble[249]. Le concile, qui depuis bientt treize
ans sigeait dans cette ville, n'tait plus que l'ombre de
lui-mme[250]; son plus puissant appui, Alphonse V, roi d'Aragon,
avait fait sa paix avec Eugne IV qu'il avait reconnu comme pape
lgitime, et rappel les vques dont l'archevque de Palerme,
Tedeschi, tait une des lumires du concile (juillet 1444). Dans
l'intervalle, le pape Eugne IV tait, aprs dix ans d'exil, rentr 
Florence (28 septembre 1443), et le concile, abandonn successivement
par ses premiers partisans, n'avait plus comme appui que l'Empire.
Nanmoins, malgr son tat de lthargie, l'assemble tait encore
redoutable pour Eugne IV. Il persistait  soutenir Amde de Savoie,
Flix V, contre le pape lgitime, et il avait dcid, le 16 mai 1443,
qu' trois ans de l le concile serait transfr  Lyon[251].

  [247] V. Duclos, _Preuves_, p. 20.--Legeay, _Histoire de Louis
  XI_, II, p. 444.--Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, p. 255.

  [248] Charavay et Vaesen, _Lett. de Louis XI_, prface, LXV.

  [249] Vallet de Viriville, _Histoire de Charles VII_, III, p. 37.

  [250] Pastor, _Hist. des Papes_, trad. fran., I, p. 341.--Mgr
  Hfel, _Hist. des Conciles_, VII, p. 809.

  [251] Vaesen, _Rev. des quest. histor._, XXX, pp. 561,
  568.--Pastor, _Hist. des Papes_, I, p. 340, not. 3.

Toutes ces dcisions, bien qu'manant d'une assemble discrdite et
sans force morale, n'en taient pas moins une cause d'agitation
menaante pour la paix de l'glise et pour la personne du souverain
pontife. Aussi ne faut-il pas chercher ailleurs la raison qui devait
pousser Eugne IV  placer les tats pontificaux de France sous la
protection d'un prince assez puissant pour les dfendre, dt la
papaut les perdre pour toujours. Le concile souponnait srement les
intentions du Saint Pre, car, par dcision du 26 septembre 1437[252],
il interdit formellement l'alination d'Avignon et du Comtat dont
Eugne IV, disait-on, voulait se dfaire par peur de voir un pape
rival s'y tablir. Les vues du pape s'taient portes sur le dauphin
de France. On ne saurait en douter en prsence des tmoignages de
sympathie et des faveurs exceptionnelles qu'il accorde au dauphin
Louis, prcisment au moment o se termine la campagne contre les
Suisses. Eugne IV alla-t-il, comme l'affirme M. Vallet de
Viriville[253], jusqu' engager le dauphin  dissoudre le concile?
nous n'en avons aucune preuve. Mais nous savons qu'Eugne IV, par un
rescrit du 29 aot 1444[254], confra au dauphin le titre de
_Gonfanonier de l'glise_. Ce titre tait accompagn d'une pension de
15,000 cus romains sur les revenus de la chambre apostolique. Ces
procds de la part du pape donnaient la mesure de ses intentions sur
le rle qu'il destinait au dauphin, lorsqu'un vnement d'une certaine
gravit, qui eut pour thtre Avignon mme, contribua  rapprocher
encore le Saint-Sige du dauphin de France, et donna naissance  des
ngociations secrtes qui devaient aboutir  la cession des tats du
Saint-Sige  l'ambitieux fils de Charles VII sous couleur de
protectorat[255]. Le 15 septembre 1444[256], un certain Hugolin
Alemand, parent du cardinal d'Arles, Louis Alemand, un des prlats les
plus influents du concile de Ble et l'un des ennemis les plus
acharns d'Eugne IV, se prsenta au lever du jour devant les portes
de la ville,  la tte d'une troupe nombreuse de Savoyards arms,
criant: Vive Savoye et Papa Flix! Les assaillants mettent garnison
aux portes de la ville et occupent la porte du Pont. Cette tentative
d'occupation d'Avignon  main arme au nom de l'anti-pape Flix V,
avait t organise secrtement par Louis Alemand et les pres du
concile qui avaient compt sans l'nergie et l'activit toute
militaires du lgat d'Eugne IV  Avignon, le cardinal Pierre de Foix;
mais celui-ci faisait bonne garde et pouvait opposer ses fidles
gascons aux aventuriers savoyards. Le cardinal appela aux armes tous
les citoyens avignonnais et se mit lui-mme  la tte des troupes.
Aprs quelques heures d'une lutte acharne, les assaillants furent mis
en droute, poursuivis dans les environs de la ville et pendus en
grand nombre par ordre du cardinal de Foix. Eugne IV, inform de ce
qui s'tait pass, ordonna  l'vque de Conserans, Tristan d'Aure,
alors gouverneur de la place d'Avignon, de poursuivre avec la dernire
rigueur les partisans de l'anti-pape et de ne faire aucun quartier aux
prisonniers[257]. Alarm par l'audace de ses ennemis, le pape chercha
pour ses tats un protecteur, et Vallet de Viriville[258] avance mme
que ce titre fut donn au dauphin _Protector Venaissini_, bien
qu'aucune trace de cet acte ne subsiste dans les registres d'Eugne
IV. Aux comptes secrets d'Eugne IV, nous trouvons  la date du 13
novembre 1444 une dpense de 158 florins et 25 sols pour l'achat de
deux couvertures d'curie, couleur carlate, envoyes au dauphin par
le pape comme cadeau de bonne amiti[259]. Ce que l'on ne saurait
nier, c'est qu' ce moment, et presque aussitt aprs l'attaque
d'Hugolin Alemand contre Avignon, le pape et le dauphin durent engager
des pourparlers secrets en vue de la cession  Louis des possessions
de l'glise sur la rive gauche du Rhne. Grce aux registres des
dlibrations des tats nous avons pu reconstituer toutes les phases
de ces ngociations si curieuses, et faire connatre un pisode de
l'administration du dauphin Louis rest jusqu' ce jour absolument
indit[260].

  [252] Chambaud, _Recueil mss. sur Avignon_, I, fol. 169.

  [253] _Hist. de Charles VII_, III, pp. 37, 38.--Raynaldi,
  _Annales eccls._, t. XXVIII, p. 426.--Lenfant, _Hist. du concile
  de Ble_, II, pp. 101 et suiv.

  [254] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 226.--Charavay et
  Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. 208, pic.
  justificat.--D'aprs l'abb Chevalier, ce titre aurait t
  confr le 25 aot 1444.--Voy. _Cartul. de Montlimar_, p. 290,
  n. 1, et _Cartul. de Saint-Paul-trois-Chteaux_, f. (l x
  j)--Legay, _Hist. de Louis XI_, II, p. 444.--Arch. vatic., Reg.
  368, fol. 44, 45.

  [255] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 37.--Voy. Pilot,
  _Catalogue des actes du dauphin Louis II, devenu le roi Louis XI,
  relatifs  l'administration du Dauphin, 1437-1483_. 2 vol. avec
  supplment, I, no 140.

  [256] Pour cette tentative sur Avignon, voir Chambaud, _Recueil
  mss. sur Avignon_, I, fol. 382, 383, et _Hist. mss. sur Avignon_,
  fol. 134;--Denis Hale, notaire, fol. 138;--Laurens, _Hist. mss.
  d'Avignon_, fol. 296.

  [257] Bref du 5 des kalendes de fvrier 1445; Arch. municip.,
  Origin.--Voir Fantoni, _Hist. d'Avignon_, p. 333.--Pices
  justific. nos I et II.

  [258] Vallet de Viriville, _loc. cit._, III, p. 226.

  [259] Arch. secrt. vatic., Reg. 411.

  [260] Vallet de Viriville, _L. cit._, III, p. 226.

Le 24 novembre 1444, les tats du Comtat se runirent  Carpentras
sous la prsidence de Roger de Foix, abb de Lzat[261], rgent du
Comtat et charg, de la part du cardinal de Foix, son oncle, de faire
aux lus une communication de la plus haute importance. Il expose aux
reprsentants du pays que le pape Eugne IV a donn au dauphin Louis,
fils du roi de France le gouvernement et l'administration du comt
de Venaissin et de la ville d'Avignon: Dominus noster papa Eugenius
dedit et contulit regimen et gubernacionem presentis comitats
Venayssini et civitatis Avenionensis illustrissimo principi domino
Dalphino Viennensi, domini Francorum Regis filio[262]. La dclaration
du rgent avait un caractre de sincrit et de gravit particulier,
en ce sens qu'il n'tait, dans la circonstance, que le porte-parole du
cardinal de Foix, lgat du Saint-Sige  Avignon. Le rgent affirmait
que ledit cardinal avait vu, dans les mains d'un camrier secret
envoy par le souverain pontife, une cdule contenant les principaux
articles de l'acte de donation qui devait tre pass entre le
reprsentant du Saint-Sige et un certain cuyer nomm OPTAMAN(?),
dlgu spcialement,  cet effet,  Avignon, comme procureur du
dauphin[263]. En exposant les faits, par ordre du cardinal de Foix,
aux reprsentants du comt de Venaissin, le rgent ne pouvait leur
laisser ignorer que ce projet de cession tait trs mal vu du dit
cardinal comme de lui-mme; il ajoutait qu'il ne voulait pas, en
prsence de l'assemble, se laisser aller  des carts de langage de
nature  dplaire au pape et au dauphin, mais qu'il ne pouvait
s'empcher de protester solennellement[264] contre la convention
projete. Aprs avoir fait cette dclaration, le rgent, suivant
l'usage, quitta la salle des sances pour laisser les lus dlibrer
en toute libert sur les mesures  prendre. Le surlendemain, les tats
se runirent dans le local habituel (26 novembre 1444) pour examiner
la conduite  tenir  la suite des dclarations de Roger de Foix.
Aprs une longue dlibration, ils dcidrent d'envoyer  Avignon,
auprs du cardinal-lgat, une vritable commission d'enqute charge
de provoquer les explications du cardinal et de rapporter sa rponse
aux tats[265]. La dlgation comprenait _Jehan de Beaudiera_, prieur
de Bdoin, de l'ordre des Bndictins, licenci s-lois; pour les
nobles, Gauffredi de Vnasque; pour la judicature de l'Isle, noble de
Sades du Thor; pour la judicature de Valras, seigneur Pierre Dauphin
junior, juge de Valras, et pour celle de Carpentras, Bertrand
d'Alauzon et Grard de Pernes. Les ambassadeurs des trois tats se
mirent en route pour Avignon o le cardinal-lgat les reut en
audience et ne fit que leur rpter en dtail ce que son neveu Roger
de Foix avait dj expos  l'assemble du pays, en protestant trs
nergiquement contre les intentions du Saint-Pre.

  [261] Arch. dpart., _Reg. des dlibr. des tats_, G. 14, fol.
  77.--Louis Dauphin tait pendant ce temps  Ensisheim o il
  soignait une blessure au genou qu'il avait reue au sige de
  Dambach, le 7 octobre 1444. Il passe les mois de novembre et
  dcembre 1444  Montbliard.--_Lettres de Louis XI_, I, 19, not.
  1.--Tuetey, _Les corcheurs sous Charles VII_, t. I, pp. 286,
  196.

  [262] _Registre des dlibrat. des tats_, G. 14, fol. 80.

  [263] Le nom de ce personnage est sans doute mal orthographi
  dans le texte du registre qui est du reste d'une criture
  difficile. Il s'agit ici de _Thomas_, cuyer ou scuyer,
  originaire d'cosse, cuyer ordinaire du Dauphin, qui l'avait
  amen  sa suite quand il vint prendre le gouvernement du
  Dauphin.--Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 50.--Peut-tre est-ce en
  rcompense de cette mission que le Dauphin, par lettre
  d'Ensisheim, du 21 octobre 1444, l'investit  perptuit de la
  chtellenie de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs.

  [264] Iterum etiam dixit et eisdem tribus statibus exposuit quod
  eosdem fecerat principaliter coram evocare qum credat ipsos non
  ignorare ymo quasi manifestius esse quod aliqui dicentes quod
  dominus papa Eugenius dedit et contulit regimen et gubernacionem
  presentis comitats Venayssini et civitatis Avenionensis
  illustrissimo principi domino Dalphino Viennensi domini Francorum
  Regis filio. Et tamen verum est quod prefatus dictus Cardinalis
  viderat quamdam cedulam papiream, manu dicti camerarii domini
  nostri pape subscriptam, continen_tem_ certa capitula et pacta et
  quemdam scutiferum vocatum _Optamanum_ (?) pro presenti dicto
  domino Dalphino supra et quod specialiter continebatur in dicta
  cedula qualiter dominus noster Papa dabat prfato domino Dalphino
  gubernacionem regimen et administracionem dicte patrie Venayssine
  et Civitatis Avenionensis. Quare prefatus dictus Cardinalis fuit
  intencionis premissa notificari facere dicte patrie. Idcirco
  eisdem tribus statibus memoratus dominus Regens premissa
  notificavit, dicens primits et protestans prefatus dictus Regens
  quod non est intentionis dicendi aliqua que forent in prejudicio
  et displacentia prefati domini nostri Pape et etiam memorati
  dicti Dalphini qui si dixerit voluit habere et non dicta de quo
  solemniter fuit protestans. _Reg. des dlibrat. des tats_, G.
  14, fol. 80.

  [265] Arch. dpart., _Reg. des dlibrat. des tats_, G. 14, fol.
  80.

Les dlgus rentrrent  Carpentras le 28 novembre 1444 et, le soir
mme, ils rendaient compte de la mission dont ils avaient t
chargs. C'est alors que les tats rsolurent, en assemble gnrale,
d'envoyer au pape une ambassade,  Rome,  l'effet de protester contre
ce projet de cession des domaines de l'glise au dauphin, en dclarant
de la faon la plus formelle que les populations du Venaissin
voulaient rester sous la domination pontificale et sous le
gouvernement du cardinal Pierre de Foix. L'ambassade avait pour
instruction de remontrer au pape: que le comt de Venayssin et la
ville d'Avignon, tant proprits de l'glise romaine, offraient un
refuge assur  tous les chrtiens de l'univers, Franais, Anglais,
Espagnols, Allemands qui avaient coutume de la visiter en se rendant 
Rome, d'y demeurer et d'y faire leurs affaires en toute scurit. Les
bannis de tous les pays trouvaient sur la terre papale un refuge
assur, et le jour o les tats cesseraient d'appartenir au
Saint-Sige, c'en tait fait de _cette rputation de ville
hospitalire et libre_ dont Avignon jouissait en pays trangers[266].

  [266] Arch. dpart, _Reg. des dlibrat._, G, 10, fol. 85.

Il est  croire qu'en prsence de l'attitude de ses sujets, tant 
Avignon qu' Carpentras, Eugne IV renona  son projet, et les
pourparlers dj trs avancs, comme nous l'avons vu, furent
abandonns. Aucun document ne nous autorise  croire que Charles
VII ait eu connaissance des relations de son fils avec le souverain
pontife; mais,  coup sr, comme nous le verrons plus tard, il
n'et pas manqu de condamner svrement ce march.

Quoi qu'il en soit, inquiet sans doute de l'agitation que pouvait
provoquer en de des Alpes l'alination des terres de l'glise,
Eugne IV s'empressa de dmentir les affirmations du cardinal de Foix.
Dans un premier bref adress aux tats du Venaissin le 20 novembre
1444[267], il dclare que jamais il n'a eu la pense d'aliner les
terres et les droits de l'glise romaine, mais qu'il s'est, au
contraire, toujours efforc de les tendre, et que les tats ont pu
constater qu'il a fait tous les sacrifices possibles pour les protger
contre les ennemis de l'glise. Il les engage  ne rien croire des
faux bruits qui ont t mis en circulation; il les invite  vivre dans
la fidlit et l'obissance de l'glise et  se soumettre
respectueusement  l'autorit du lgat Pierre de Foix. Ce premier
bref, si on le remarque, est adress quatre jours avant la sance o
Roger de Foix dnonce aux tats la conduite du pape. Aussi il est
vague, sans fait prcis, et plutt destin  effacer la fcheuse
impression produite par la divulgation des intentions du Saint-Sige.
Dans un second bref de dcembre 1444[268], Eugne IV, voulant dissiper
tout malentendu, fait savoir aux tats qu'il a t instruit de
certains propos disseminatos sermones rpandus au sujet d'un projet
d'alination des terres de l'glise au dauphin Louis. Il les informe
qu'il n'a jamais eu l'intention de se sparer d'eux, mais qu'au
contraire il entend conserver ses tats sous le gouvernement de
l'glise et du pape, et qu'il veut que dsormais, comme dans le
pass, ils ne cessent pas d'obir au cardinal-lgat. Deux brefs
analogues taient envoys en mme temps, et presque  la mme date,
aux consuls d'Avignon, pour les rassurer sur les intentions du
Saint-Sige  leur gard[269].

  [267] Voy. aux pices justificat. no III.--_Reg. des dlibrat._,
  G. 14, fol. 96 (copie).

  [268] Voy. aux pices justificat. no IV.--_Reg. des dlibrat._,
  G. 14, fol. 96 (copie). Les originaux des deux brefs ont t
  brls dans l'incendie qui dtruisit les _Archives des tats_ 
  Carpentras, en 1713. Nous donnons les copies d'aprs les
  _Registres des dlibrations des tats_.

  [269] Arch. d'Avignon, B. I. Cott. N, 15. Ces deux brefs
  originaux, qui figurent  l'inventaire _Pinta_, sont en dficit
  dans la bote I; on les suppose gars.

Malgr l'nergie de ces dngations, et quelque habilet qu'Eugne IV
et mise  cacher ses desseins, il n'en est pas moins vrai qu'un
projet de cession des tats citramontains de l'glise au dauphin
Louis, vers la fin de l'anne 1444, a exist, et nous venons d'en
fournir des preuves irrfutables. Quelle a t la part du futur Louis
XI dans ces ngociations? Il serait difficile de le dire, et aucun
document ne permet mme de le souponner. Il est hors de doute que,
dans cette occurrence, l'initiative n'appartient pas au dauphin, qui
certainement tait flatt de la confiance du pape, mais  Eugne IV,
qui prfrait renoncer au besoin aux possessions de l'glise en de
des Alpes que de les voir tomber entre les mains d'un rival suscit et
soutenu par le concile de Ble. Avec son exprience des hommes et des
choses, son grand bon sens et son nergique volont, le cardinal-lgat
Pierre de Foix comprit le danger que ce projet faisait courir  la
papaut, et c'est certainement son intervention auprs d'Eugne IV qui
amena la rupture des ngociations et le maintien des Avignonnais et
des Comtadins sous l'autorit du Saint-Sige.




CHAPITRE IV

Le dauphin Louis et ses agissements vis--vis des tats citramontains
de l'glise

(1444-1461).

  L'hritage des Boucicaut.--Invasion  main arme du Venaissin par
    les agents du Dauphin.--L'expdition de Troyhons
    (1450).--Intervention de Charles VII.--Ambassade de Jehan de
    Lizac  Avignon (mars 1451).--Mission du cardinal
    d'Estouteville (1452).--Les dernires intrigues du dauphin.


Malgr l'chec de leur combinaison, le dauphin Louis et Eugne IV n'en
restrent pas moins d'excellents amis[270]. Fix dsormais dans son
gouvernement du Dauphin, entour de familiers srs et dvous, Louis
put donner libre cours  ce talent d'intrigues et d'agissements
occultes qu'il devait pousser si loin[271]. Naturellement, toute son
attention devait se porter sur ses voisins. Nous le voyons
successivement, dans une pense politique qui, du reste, lui fait le
plus grand honneur, chercher  tendre vers le midi les limites de son
Dauphin, comme il travaillera plus tard  pousser plus loin les
frontires de son royaume, tout en donnant aux provinces cette
cohsion qui est la premire condition de l'unit territoriale et
politique d'un grand tat.

  [270] Le 5 dcembre 1445, Louis fait dfense aux habitants du
  Dauphin de reconnatre pour pape Amde de Savoie, qui se
  faisait appeler Flix V. Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 65.

  [271] De Beaucourt, _Rev. des questions histor._, vol. XVII, p.
  94.

La pense dominante du rgne de Louis XI, et que la plupart de ses
historiens ont  peine souponne, c'est l'occupation du littoral de
Provence qui doit donner  la France la prpondrance sur la
Mditerrane. Dj ce dessein cach se fait jour dans l'administration
du dauphin, et c'est morceau par morceau, peut-on dire, que Louis
cherche  s'annexer successivement les territoires qui sparent le
domaine royal des possessions de la seconde maison d'Anjou. Sur sa
route, il devait rencontrer comme une barrire les terres de l'glise,
mais il n'tait pas prince  reculer devant cet obstacle. Un premier
change avec le duc de Savoie (4 avril 1446)[272] donne  Louis les
comts de Valentinois et de Diois pour le Faucigny, province loigne,
sans importance, alors que les pays changs confinaient aux domaines
de l'glise et donnaient libre accs dans la valle du Rhne. De l 
mettre la main sur Montlimar, il n'y avait qu'un peu d'adresse
diplomatique et elle ne manquait pas au dauphin. Les papes avaient, il
est vrai, depuis 1228[273] des droits incontests sur Montlimar que
ne dtruisaient pas les prtentions des rois de France sur cette
ville. Une premire fois, le dauphin, par lettres patentes dates de
Nancy, le 29 mars 1445, avait abandonn ses droits sur Montlimar en
faveur d'un certain Arrighi, mais la donation n'eut pas de suite[274].
Le 22 juillet 1446[275], Eugne IV, pour des raisons inconnues renona
 sa part de droits sur Montlimar en faveur du mme Arrighi; mais
comme pour le Venaissin en 1444, cette donation provoqua parmi les
habitants de la seigneurie de Montlimar une vive motion; une
ambassade fut envoye auprs du souverain pontife pour lui remontrer
que la portion de ladite seigneurie, appartenant  l'glise, ne
pouvait tre aline sans compromettre la scurit d'Avignon et du
comt Venaissin, cum sit clavis et introitus dicti comitats[276].
L'ambassade obtint l'annulation de la donation consentie  Arrighi,
qui n'tait peut-tre que le fidi-commis du dauphin, mais la proie
tait trop tentante pour que ce dernier la laisst chapper. On le
voit,  ce moment mme, entretenir les relations les plus troites
avec Eugne IV, qui lui fait payer par Robert Damien, archevque
d'Aix, une somme de 20,000 florins[277] sur les revenus des glises de
France. Depuis longtemps, d'autre part, Louis ngociait des traits
secrets avec le cardinal de Foix, qui avait sans doute pour mission de
prparer les bases d'une convention destine  mettre Montlimar entre
les mains du dauphin de France. Les conditions du nouveau trait
furent discutes  Romans (mars 1447) entre Louis et Pierre de Foix et
approuves par le successeur[278] d'Eugne IV, Nicolas V. Mais le
trait dfinitif ne fut sign que le 13 mai 1447  Carpentras[279]; il
porte la signature de Louis et de Pierre de Foix. Le dauphin rendait
au pape le chteau de Grillon et recevait en change la seigneurie de
Montlimar, ou du moins la part et porcion que le sieur de Grignen
soulait tenir de Monteil Aymart tenu en fie et hommaige de mon dit
sieur pieca baille  Nostre Saint-Pre le Pape par le dit de
Grignen. C'tait, pour la chambre apostolique et la papaut un march
de dupe[280], car Louis gardait pour lui la part la plus considrable;
en outre, il s'engageait  rendre hommage pour la seigneurie
nouvellement acquise au recteur du Comtat. Il se garda bien de tenir
sa parole et c'est l, nous le verrons plus tard, un des griefs
principaux ports  Rome contre le dauphin, en 1461. Cette acquisition
de Montlimar par le fils du roi de France mettait dsormais Avignon
et le Venaissin  sa merci; sa politique, du reste,  ce moment, avait
dans la ville des papes un agent tout dvou, le cardinal de Foix, et
c'est  coup sr sous l'inspiration de ce dernier que le conseil de
ville d'Avignon dlibre, le 27 avril 1447, d'offrir 50 florins en
vaisselle d'argent au srnissime dauphin de Viennois[281].

  [272] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p.
  375.--Bibl. nat., _Cartul. du Dauphin_, par Fontanieu.--Cf. de
  Beaucourt, IV, p. 230 (la premire cession date de novembre
  1444).--Voy. Pilot, _Catalog._, I, nos 169 et 937.

  [273] _Statuts de la Cont Venayssin_, p. 108.--Montlimar, comme
  Romans, la baronnie de Saint-Auban et environ quatre-vingts
  autres places, taient comprises dans ce qu'on appelait les
  terres adjacentes, pour lesquelles Louis rendit hommage au pape
  en 1456.

  [274] De Coston, _Hist. de Montlimar_, II, p. 11.--De Nancy du
  17 avril 1445. Voy. pour Arrighi, Pilot, _Catalog._, I, p. 57,
  not. 5.

  [275] De Coston, _L. cit._, pp. 11 et 15.--Cf. Chevalier, _Cart.
  de Montlimar_, c. XIX, p. 279.

  [276] Charavay et Vaesen, _L. cit._, t. I, p. 213.

  [277] Gibert, _Hist. mss. de Pernes_, I, fol. 316, vo. Le 13 des
  kalendes de juin 1446, le pape Nicolas V confirma le paiement de
  cette somme.--Arch. vatic., _Reg. de Nicolas V_, 385, fol. 3.

  [278] Chorier, _Hist. du Dauphin_, p. 439.--Le 14 octobre 1447.
  Voy. Chevalier, _Cartul. de Montlimar_, p. 289.

  [279] L'abb Chevalier, _L. cit._, p. 283.--Cf. Arch. de l'Isre,
  B. 295, fol. VI, **X.--Legeay, _Hist. de Louis XI_, I, p.
  158.--De Coston, _L. cit._, II, p. 15.

  [280] Fornry, _Hist. mss. eccls._, fol. 437, vo. (Instructions
  de 1461).--Voy. Pilot, _Catalog._, I. p 153, no 451. Origin.
  Arch. de l'Isre, B. 2990, fol. 497.--Le dauphin n'en restait pas
  moins astreint, vis--vis du Souverain Pontife ou de son lgat, 
  l'hommage pour la ville de Montlimar.--Voy. la prestation
  d'hommage, au nom du dauphin, par Charles de Grole, le 2 juin
  1455.--Pilot, _Catalog._, 1159.

  [281] Chambaud, _Rec. sur Avignon_, mss., Ann., 1447.

Cette anne mme, au mois de novembre 1447, une ambassade est envoye
 Carpentras par le dauphin. Les archives municipales nous en
fournissent la preuve indniable[282]. Quel tait le but de cette
ambassade? Nous ne saurions le dire, mais le dauphin, ayant des
moulins  Carpentras depuis de longues annes[283], profitait
peut-tre de ce prtexte pour sonder les dispositions des tats et
chercher une cause qui l'ament  intervenir dans les affaires
intrieures des vassaux du pape. Peut-tre encore est-il permis de
supposer qu'il s'agissait de la ratification du trait pass en mai de
la mme anne? En prsence de la pnurie des documents, on peut se
demander, avec quelque raison, si dj, ds 1447, le dauphin Louis ne
se portait pas en revendicateur des biens et hritages des neveux du
marchal Boucicaut, les fils de Geoffroy le Meingre, mort en 1429, et
que nous voyons figurer dans un acte authentique du 23 juin 1452
extrait des archives de Valras[284] _Louis le Meingre_[285] _et Jean
le Meingre_. Nous croyons donc pouvoir supposer avec quelque fondement
que l est le vritable but de l'envoi  Carpentras des gens du
dauphin en novembre 1447.

  [282] Arch. municip. de Carpentras, Origin., B.B. 66, fol. 35.

  [283] Fornry, _Hist. eccls._, mss. d'Avignon, fol. 410; mss. de
  Carpentras, fol. 762.

  [284] Arch. municip. de Valras, copie indite recueillie par
  Achard.

  [285] Il tait chambellan du dauphin en 1448, _Lettres de Louis
  XI_, p. 220.

Nous ne croyons pas avoir  revenir sur l'origine de cette question,
assez obscure du reste, que nous avons cherch  lucider ailleurs
autant que les documents  notre disposition nous l'ont permis.
Rappelons seulement en quelques mots l'tat de la question au moment
o le dauphin s'tablit dans son gouvernement.

Malgr les efforts et les bonnes dispositions du cardinal de Foix, le
litige qui s'tait lev au sujet de l'attribution des biens de la
succession du marchal de Boucicaut et de son frre Geoffroy tait
rest pendant. A la demande du dauphin, les tats se runirent 
Carpentras, en 1448[286], pour dlibrer sur la rponse  faire aux
revendications des hritiers. Les lus ne purent s'entendre. Mais
Louis devient plus pressant et informe l'assemble du pays que les
Boucicaut l'ont charg de faire valoir leurs droits[287] et il appuie
sa rclamation par une lettre qu'il confie  deux des familiers de son
htel, matre Ferraudiz maistre des requestes de l'htel du dauphin,
et Anthoyne d'Alauzon, escuier de son escuerie[288]; il fait savoir
aux tats qu'ils doivent adjuster plaine foy et crance  tout de ce
que de nostre part ils vous diront. La missive tait crite de Romans
le 15e jour de may 1450. Introduits au sein de l'assemble les envoys
y exposrent l'objet de leur voyage au sujet des Boucicaut, mais
aucune conclusion ne fut prise[289].

  [286] Arch. municip., _Reg. somm. des dlibrat. des tats_, fol.
  261.

  [287] _Id._, fol. 135.

  [288] Arch. municip., de Carpentras, B.B. 70, fol. 63.--Voy. aux
  pic. justificat, no VI. Anthoine d'Alauzon figure dans la maison
  du dauphin en 1452. _Lettres de Louis XI_, I, p. 229.--Pour
  Antoine d'Alauzon, voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 291, not. 2.

  [289] Et ibidem prefati Domini ambaxiatores exposuerunt eorum
  creanciam super facto _Buccicaudorum_ et nihil fuit conclusum.

Mcontent de la mauvaise volont des reprsentants comtadins, Louis
emploie la menace et fait avancer quelques soldats pour intimider les
officiers pontificaux. Le cardinal de Foix cherche  calmer
l'irritation du dauphin et dpche auprs de lui le gouverneur
d'Avignon, Tristan d'Aure, vque de Conserans, qui ne fut pas reu.
De son ct, le dauphin expdiait au cardinal-lgat le sieur
d'Estissac[290], avec mission d'exposer  Pierre de Foix ses
revendications et d'insister pour le paiement d'une somme de 6,000
fr.;  cette condition il promettait d'oublier ses griefs. Les
exigences de Louis portes  la connaissance des tats, ceux-ci
donnrent pleins pouvoirs au cardinal de traiter pour une somme aussi
modre que possible (27 octobre 1450).

  [290] Le sire d'Estissac tait premier chambellan du dauphin en
  1452. De Beaucourt, V, p. 173, not. 3.--Voy. pour d'Estissac,
  Pilot, _Catalog., Actes du dauphin Louis_, I, no 542, pp.
  191-192.

Au fond, les rclamations prsentes aux tats par le dauphin de
France, pour le compte des Boucicaut, n'taient qu'un prtexte que ce
dernier cherchait pour avoir l'air de les mettre dans leur tort, et
avec l'intention calcule de justifier les attaques et les violences
de toutes sortes dont ses propres officiers et lui-mme allaient, dans
le mme temps, se rendre coupables vis--vis des vassaux de sa
Saintet. Bien dcid  combattre le pouvoir temporel des vques en
Dauphin, Louis engageait la lutte sur les propres domaines de
l'glise sans aucun mnagement. Cette rsolution se montre partout au
moment mme o il refuse de reconnatre la suzerainet de l'vque de
Grenoble, coseigneur de la ville, et l'oblige  lui rendre hommage 
lui-mme (18 octobre 1450); il suit une politique semblable vis--vis
des villes et villages appartenant au Saint-Sige, mais enclavs en
Dauphin[291]. Nyons, Vinsobres, Mirabel-les-Baronnies taient en
Dauphin, mais le dauphin devait prter hommage pour ces villes au
recteur du Comtat, ouvrir les portes quand le recteur se prsentait,
faire arborer pendant un jour les armes des papes au sommet de la tour
de la ville et payer chaque anne un marc d'argent. Louis refusa
nergiquement sur tous ces points de donner satisfaction au
Saint-Sige[292].

  [291] Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, p. 263.--Pour les villes et
  autres lieux  raison desquels le dauphin devait hommage au pape,
  voy. la prestation d'hommage de Romien de Morimont, cuyer et
  procureur du dauphin, au pape Calixte III (1er juin
  1456).--Pilot, _Catalog._, 1239 _bis_, p. 502, et Arch. vatican.
  Ex., 20, 23. _Pie II_, fol. 66. Arm. 35.--Voy. aux pices
  justificat., no XII _bis_.

  [292] Instructions aprs la mort de Calixte III.--Voy. Fornry,
  _Hist. eccls._, mss., fol. 437 et fol. 453-470.--Cf.
  _Pretentiones Pap super Venaissino contra Regem Franci
  dalphinum_, Lambert, III, p. 477.

Presque aux confins de la seigneurie de Montlimar tait la terre de
Pierrelatte qui faisait partie du comt Venaissin. Les papes avaient
droit  l'hommage des coseigneurs de cette terre, qui le prtaient au
recteur du Comtat. Louis secrtement excite les vassaux du Saint-Sige
 la rvolte, et  partir de 1450[293] ceux-ci refusent de rendre
hommage au recteur, prtendant qu'ils ne le devaient qu'au dauphin. Ce
premier coup port aux droits du Saint-Sige fut suivi d'un second
beaucoup plus grave, puisqu'il s'agit d'une vritable confiscation
d'un territoire pontifical. La mme anne, en effet,  la suite d'une
rixe qui avait clat entre les habitants de Caderousse et des sujets
de la couronne, au passage du Rhne, quelques-uns de ces derniers
ayant t blesss ou tus, le dauphin exige des tats et du lgat une
somme de 4,000 cus comme compensation des torts faits  ses vassaux,
et n'tant qu' demi satisfait de ces concessions, Louis met la main
sur Pierrelatte[294].

  [293] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., c. IX, fol. 317 et
  vo.--_Somm. des dlibrat. des tats_, fol. 135.

  [294] La seigneurie de Pierrelatte fut donne en 1452, par Louis,
   Gabriel de Bernes; elle passa plus tard entre les mains de
  Charles _Astars_, secrtaire de Louis XI, aprs la confiscation
  des biens de Gabriel de Bernes. _Lett. de Louis XI_, I, p.
  362.--Louis changea la seigneurie de Chabrillan contre la
  portion de la terre de Pierrelatte que possdait Etienne Morelon
  (6 mai 1450). Voy. Pilot, _Catalog._, I, no 756, p. 273, et nos
  58, 759, 760.

La Chambre apostolique eut  subir galement une nouvelle injustice de
la part de Louis. Cette dernire, depuis un temps immmorial, avait le
droit de percevoir  la Palud[295] un ducat par boisseau de bl
transport sur le Rhne. Le dauphin contesta ce droit et refusa de se
rendre aux observations de la cour de Rome. Ces vexations rptes
produisirent  Avignon et dans tout le Venaissin un vif
mcontentement, et aprs dlibration, il fut dcid qu'une ambassade
serait envoye simultanment au pape et  Charles VII, avec mission de
dvoiler au roi la conduite odieuse de son fils. La minute de ce
document nous a t heureusement conserve[296]. Le mmoire rdig
sans aucun doute sous l'inspiration du cardinal de Foix relatait tous
les faits dont il vient d'tre parl. A ct, et pour mieux montrer
combien taient lgitimes les plaintes des Avignonnais et des
Comtadins, le mmoire faisait allusion  quelques menus griefs dont
Louis croyait avoir  se plaindre. Il y tait dit entre autres que le
dauphin passant une nuit  la Palud, le capitaine du lieu, ignorant
qui il tait, avait refus de lui ouvrir les portes. Autre grief: un
certain Aynard, dit _le seigneur des Marches_, se tenait dans une tour
appele le Burset et dpouillait, capturait ou tuait les personnes
d'Avignon et du Venaissin qui venaient  passer  porte de ses gens.
Le cardinal de Foix voulant pourvoir  la sret commune, le fit
dguerpir  main arme. Le dauphin prit cet acte de vigueur pour une
injure personnelle, bien que la tour de Burset ft situe en
Provence, dans le domaine du roi de Sicile, et que ce dernier et
autoris le lgat  expulser ledit seigneur des Marches mme _manu
militari_. Le dauphin se plaignait encore d'un outrage qu'il aurait
reu des habitants de Bollne qui avaient enlev du territoire de
Bozon, appartenant au Comtat, et hors de sa juridiction, les poteaux
portant ses armes et panonceaux, et rclamait de ce chef une grosse
indemnit pcuniaire. Forts de leur bon droit, les sujets du pape
objectaient  leur tour que les officiers du Dauphin empitaient sur
les tats du Saint-Pre, plantant  et l les armes de leur seigneur,
comme ils l'avaient fait  Caromb, aux portes de Carpentras, devant un
verger d'oliviers, proprit de Franois de Ponte. En outre, ils
accordaient  des Comtadins la sauvegarde du dauphin, ainsi que cela
s'tait vu nagure pour la garde des tours de Piolenc.

  [295] Fornry, _Hist. eccls._, mss., fol. 437.--Nous avons
  trouv cette mention au sujet du page de _la Palud_. Cum autem
  nobis innotuit unum antiquum podagium de _La Palu_ vulgariter
  nuncupatum prope ripam superiorem fluminis Rodani in dicto
  comitatu existens et ad ipsam Cameram pertinens quod per
  arrentatores longe tempore fuerat extinctum. Le pape le
  rtablit.--Arch. vatic., _Reg. de Sixte IV_, 656, fol. 76.

  [296] Arch. d'Avignon. _Dossier des Ambassades_, minute, srie
  A.A.

Enfin, les mmes officiers, quoique le chteau des Pilles ft du
domaine de l'glise et de la juridiction de Valras, avaient somm le
seigneur de ce lieu de comparatre devant eux pour souscrire en faveur
du dauphin l'hommage de son fief[297].

  [297] Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, minute, srie
  A.A.

La mesure tait comble, et toutes ces plaintes accumules furent
portes  la connaissance de Charles VII par le pape et par le
cardinal de Foix dans les derniers mois de 1450. Au moment o les
dolances des Avignonnais parvinrent  la Cour, la situation entre le
dauphin et son pre tait trs tendue. Le roi se trouvait, depuis le
commencement de l'hiver, aux Montilz-les-Tours, dont il avait fait sa
rsidence de prdilection. C'est l qu'entour d'une foule de
seigneurs appartenant aux plus anciennes familles de la noblesse
franaise, Charles VII donnait des ftes splendides tout en dirigeant
avec habilet les affaires de l'tat[298]. C'est au milieu de cette
Cour hostile au dauphin que furent apportes les nouvelles des
attentats dont il s'tait rendu coupable vis--vis des vassaux du
Saint-Sige. Charles VII, fort courrouc des allures indpendantes de
son fils, le faisait surveiller troitement; il n'ignorait pas son
projet de mariage avec Charlotte, fille du duc de Savoye, qui tait
contre sa volont. Dj, un an auparavant (fvrier 1450), Charles VII
avait envoy auprs de son fils Thibaud de Luce[299], vque de
Maillezays, charg de faire au dauphin de vifs reproches sur les
points suivants: Il avait mcontent le roy par son attitude 
l'gard des glises du Dauphin; la rumeur publique l'accusait, en
outre, de vouloir s'emparer d'Avignon et du Comtat, ce qui serait
contre Dieu et contre l'glise[300].

  [298] De Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, V, p. 141.

  [299] _Id._, V, p. 141.

  [300] Le manuscrit no 15537, ancien rsidu de Saint-Germain (143,
  fol. 61), qui renfermait les plaintes portes contre le dauphin,
  ayant disparu depuis quelques annes de la Bibliothque
  nationale, il faut recourir aux archives locales o l'on en
  trouve un rsum que nous donnons plus loin. Voy. arch. municip.,
  srie A.A.--Voy. de Beaucourt, V, p. 141, note 1.

Les lettres du cardinal de Foix et des consuls d'Avignon durent mettre
le comble  la colre du roi contre son fils, et au mois de fvrier
1451 Charles VII parat se rsoudre  une action nergique. Nous en
trouvons l'indice dans l'envoi simultan de deux ambassadeurs, l'un 
Chambry, le Roi d'armes de Normandie, qui devait notifier au duc de
Savoie l'opposition formelle de Charles VII au mariage du dauphin avec
la princesse Charlotte; l'autre, de Jean de Lizac, premier sergent
d'armes de la maison du roi, qui recevait l'ordre de se rendre en
toute hte  Avignon pour faire connatre aux syndics de la ville et
au cardinal de Foix les intentions de Sa Majest. Nous avons pu
retrouver dans les registres des dlibrations du conseil de ville la
copie des instructions royales, que nous reproduisons in-extenso, et
la rponse des Avignonnais auxdites instructions:

  _Instruction de par le Roy  Jehan de Lizac, premier huissier
    d'armes dudit sire, sur ce qu'il a affaire par devers le Cardinal
    de Foyx et les bourgeoys et habitans de la cit d'Avignon,
    touchant la matire dont cy aprs est faicte mencion:_

  Premirement, s'en yra par ses journes jusques au dit lieu
  d'Avignon. Et en son chemin et au dit lieu d'Avignon se informera
  et enquerra l o il verra estre affaire et par bons moyens se
  aulcuns traictez se sont fais ou font avecques monseigneur le
  dalphin ou aultres de par luy, de bailler et mettre s mains de
  mon dit seigneur la ville d'Avignon et conte de Venissy, et par
  quelles gens et moyens la chose se doit fere se ainsi est[301].

  [301] Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, srie A.A.
  (copie).

  Item et suppose que les choses dessus dites soyent vrayes
  ou non. Aprs les salutations accoustumes, prsentera les
  lettres closes que le roy escript au dit cardinal de Foix.
  Et aprs aus dits manans et habitans de la dite ville
  d'Avignon.

  Item et pour sa crance leur dira que ds pieca et puis
  nagures nostre saint pre (Nicolas V) a fait savoir au roy,
  par lettres et de bouche, et espcialement et dernirement,
  par le doyen de Sgobie, les grands maulx et entreprinses
  que continuelement se faisoient par les gens du dict
  monseigneur le dalphin et de son adveu, sur les terres et
  seigneuries de notre dit saint pre et de la sainte glise
  catholique, et sur ses hommes et subgetz. Et principalement
  sur ceulx du dit lieu d'Avignon et du dit conte de Venissy
  et autres des dites Marches. Et de ce a est pareillement
  adverti le roy par le dit cardinal d'Avignon, en requrant
  instamment au roy provision sur ce.

  Item dira ledit de Lizac que, aprs ces choses, le roy a
  fait savoir aus dits cardinal et habitans que les
  entreprises dessus dites navaient point t faites par adveu
  ne de son sceu et consentement, mais en avoit est et estoit
  trs desplaisant et courrouc. Et que quant aucuns feroient
  ou porteroyent dommage  notre dit Saint-Pre et aux terres
  et seigneuries de l'Eglise et subgets d'icelle. Et il estoit
  requis en ayde qu'il si employeroit en toutes manires
  possibles au bien et honneur de notre dit Saint-Pre et  la
  conservation des droits de ladite Esglise.

  Item dira que nonobstant toutes ces choses on a puis
  nagures rapport au roy que aulcuns font avecques mon dit
  seigneur le dalphin ou avec autres de par luy certains
  traictiez ou accors de bailler ou faire bailler  mon dit
  seigneur le dalphin les dits villes d'Avignon et conte de
  Venissy qui seroit, se ainsi estoit, chose prjudiciable 
  notre dit Saint-Pre le pappe et en son grant prjudice et
  dommage et diminucion des droits et seignories de lui et de
  l'Esglise. Et lesquelles choses le roy ne peut bonnement
  croire que ainsi soit.

  Item dira pour celle cause le roy l'envoye par del
  expressment pour les advertir des choses dessus dites et
  obvier  icelles. Et pour leur dire et remonstrer que se la
  chose advenoit, ce qu'il ne pourroit bonnement croyre, le
  roy y prendroit trs grant desplaisir et nen pourroit estre
  content, et seroit contraint de y donner provision 
  l'onneur de notre dit Saint-Pre et du Saint-Sige
  apostolicque telle qu'il appartiendroit.

  Item et tout ce qu'il trouvera touchant les choses dessus
  dites et aultres deppandans de la matire, rdigera par
  escript, et les rapportera au roy pour procder au surplus
  ainsi qu'il appartiendra.

  Faict aux Montilz-lez-Tours, le VIIIe jour de mars l'an mil
  CCCCLI.

    J. de Lalore.


  _Coppia littere responcionis tradite dicto Johanni de Lizacco primo
     hostiario regio:_

  Trs hault, trs puissant prince et trs redoubt seigneur. Nous
  nous recommandons  vous tant et trs humblement que fere povons.
  Trs haut, trs puissant prince et trs redoubt seigneur, plaise
  vous savoir que nous avons receues vos gracieuses lettres avec
  honneur et rvrence  nous possible par votre premier huissier
  Jehan de Lizac et si avons oye sa crance et bien entendue.
  Contenant en partie comme ainsi que comme l'on vous a rapport que
  nous voulions mettre ceste cit d'Avignon hors des mains de
  l'Esglise et aultrement. Sur quoy, trs humblement vous
  rescripvons que au disposer de ce que notre loyalt ne requierre
  que jamais n'a est ne ne sera en notre pense par ainsi que de
  ceste matire avons parl et en parlement avecques le trs
  rvrend pre en Dieu, Monsieur le cardinal de Foix, vicaire et
  lgat de notre Saint-Pre le pappe. Duquel seigneur sommes seurs
  et certains que jamais n'a est ne sera son entencion de le faire.
  Et se l'on vouloit entreprendre de faire le contraire, le dit
  monseigneur le cardinal et nous y rsisterons de notre force et de
  tout notre povoyr tous les jours en esprance de votre bon ayde et
  confort ainsi que plus  plain avons dit et remonstr audit de
  Lizac. Et, au brief, vous certifions plus au long par message
  exprs. Lequel monseigneur le cardinal pareillement vous en
  rescript. Trs hault, trs puissant prince et trs redoubt
  seigneur, de votre bon advisement et trs nobles propos sommes
  toujours et avons est bien advisez, donc  votre royal magest
  tant et si humblement que plus povons et remercions, car Dieu
  mercy, par votre magest tant que luy a est possible de sa
  bnigne grce comme vray bras dextre et protecteur de l'Esglise et
  subgets d'icelle, avons est de plusieurs dangiers et affaires 
  ceste cit contraires gardez et prservez. Et aussi avons est
  toujours et encore sommes en bonne esprance que toujours votre
  magest ne daignera penser ou faire souffrir estre fait le
  contraire, mais comme avez de bonne coustume votre magest nous
  aura toujours en sa grce et espciale recommandacion. Pour ce,
  trs hault, trs puissant prince et trs redoubt seigneur, trs
  humblement vous supplions qu'il vous plaise de nous mander et
  enjoindre tous vos trs nobles plaisirs et services pour les
  acomplir de trs bon cuer sans faillir, avec povoir du plaisir de
  Dieu qui vous doine bonne vie et longue et acomplissement de vos
  trs nobles plaisirs.

  Escript en Avignon le premier jour d'avril.

En outre de ses instructions, Jean de Lizac apportait au conseil une
lettre du roy, dont nous reproduisons l'original indit conserv aux
archives de la ville.

  _Copie de la lettre que Charles VII fit remettre aux consuls
    d'Avignon par Jean de Lizac, premier huissier d'armes dudit sire
    (8 mars 1451):_

  Charles par la grce de Dieu roi de France,

  Tres chiers et bons amys, vous savez assez les grans plaintes et
  dolances que notre Saint-Pre le pappe, par ses lettres et
  aultrement nous a despieca, et puis nagures faites touchant les
  entreprinses que notre beau filz le dalphin et aultres de par luy
  et a son adveu ont puis nagures fait sur ses hommes et subgetz et
  sur les terres et seigneuries de l'Esglise. Et pareillement nous
  en a escript notre tres chier et am cousin, le cardinal de Foix,
  et aussi nous en avez escript. Sur quoy nous avons fait scavoir
  notre voulont et intencion bien a plain. Nantmoins nous avons
  puis nagures entendu que aulcuns traictiez accors et convencions
  se maynent et conduisent avec notre dit filz de luy bailler ou 
  aultres de par luy la ville d'Avignon et conte de Venissi,
  lesquelles choses se elles se mettoyent  excution seroient au
  grant grief prjudice et dommage de notre dit Saint-Pre et du
  Saint-Sige apostolique veu le conseil que scavez que notre dit
  filz a de prsent avecques luy, comme avons fait savoir bien
  aplain  notre dit cousin le cardinal. Sy vous signifions ces
  choses affin que y mettiez remedde et provision convenable. Car se
  la chose advenoit, ce que ne pourrions bonnement croyre, nous y
  prendrions tres grant desplaisir et serions contrains de y donner
  provision  lonneur de notre dit Saint-Pre et dudit Saint-Sige
  apostolicque telle quil appartiendra. Ainsi que plus  plain avons
  dit et dclar de bouche  Jehan de Lizac escuier, notre serviteur
  et premier huissier d'armes, porteur de ces prsentes pour le vous
  dire et rapporter. Sy le vueillez croire et adjouster foy ad ce
  que de par nous vous en dira.

  Donn aux Montilz lez tours, ce VIIIe jour de mars[302],

    Charles,
      de la Lore.

  [302] Arch. municip., Origin. ind., srie A.A.

Il ressort des documents produits ci-dessus que Charles VII
souponnait fortement son fils de mditer l'occupation des tats
citramontains du Saint-Sige et de cacher ses tnbreux desseins, avec
la complicit du cardinal de Foix dont le rle et l'attitude dans
cette circonstance peuvent paratre trs quivoques. Quoi qu'il en
soit, les consuls d'Avignon s'empressrent d'adresser au roi cette
missive dans laquelle ils se dfendaient trs nergiquement de vouloir
mettre ceste cit d'Avignon hors des mains de l'Esglise et
aultrement. Ils donnent comme garantie de la loyaut de leur parole
l'approbation du cardinal-lgat: duquel seigneur sommes seurs et
certains que jamais n'a est, ne sera son entencion de le faire. Et se
l'on vouloit entreprendre de faire le contraire ledit monseigneur le
cardinal et nous y resisterons de notre force et de tout notre povoyr,
tous les jours en esprance de votre bon ayde et confort, ainsi que
plus a plain avons dit et remonstr au dit de Lizac. Le conseil de
ville envoyait en outre au roi un messager exprs charg d'assurer Sa
Majest, au nom du conseil et du cardinal de Foix, de leurs sentiments
de respectueuse dfrence et de dvouement  la couronne[303].

  [303] Escrit en Avignon le premier jour d'avril 1451.--Arch.
  municip., _Dossier des Ambassades_, srie A.A.

Louis, alors en Dauphin, eut presque aussitt connaissance des
rapports adresss au roi contre lui. Il en conut une violente
irritation contre les Avignonnais, et comme nous le verrons dans un
autre chapitre, cette rancune subsistait encore dix ans aprs, car ce
fut le premier reproche que Louis, devenu roi, adressa aux
ambassadeurs d'Avignon dans l'audience qu'il leur accorda[304] (7
dcembre 1461). Quant au cardinal, avec une grande souplesse
diplomatique, qui est le fond mme de son caractre, il sut, sans
dplaire au dauphin, laisser croire  Charles VII que jamais les
droits des papes n'avaient t en d'aussi bonnes mains que les
siennes. En somme, ni du ct de la Savoie, ni du ct d'Avignon,
Charles VII n'obtenait satisfaction. Bien plus, l'attitude et les
nouveaux agissements du dauphin montrrent chez lui une intention de
plus en plus arrte de braver les ordres de son pre.

  [304] Voy. chap. v, pp. 128 et suiv.

En effet, moins de trois mois aprs l'envoi de l'ambassade  Charles
VII, au moins de juin 1451, la peste svissait  Avignon et, comme
d'usage, toutes les personnes aises qui avaient pu se procurer un
logis  la campagne avaient fui le foyer de l'infection. Allemand de
Pazzis[305] et Louis Gaspardini, qui taient de ce nombre, avaient
cherch un refuge au lieu d'Entraigues[306] (_Inter aquas_) avec leur
famille.

  [305] Allemand de Pazzis tait un rfugi florentin qui occupa
  avec distinction plusieurs charges municipales  Avignon. Il est
  consul en 1461.--Voy. chap. VIII, p. 203.

  [306] Entraigues, aujourd'hui commune du canton de Monteux, 
  quelques kilomtres de Sorgues, et station de la voie ferre de
  Sorgues  Carpentras.

Sur ces entrefaites, un nomme Pierre Troyhon[307], ancien trsorier du
roi Ren, organisa une troupe d'hommes d'armes, archers et varlets,
et se porta secrtement avec tout son monde par une marche rapide sur
Entraigues, dans le Venaissin, o il arriva de nuit et quand tout le
monde tait couch. Ces brigands se saisirent de Pazzis et de
Gaspardini qui reposaient dans leur chambre, et les firent prisonniers
avec toute leur famille. Ils s'emparrent de leurs joyaux et de leur
numraire et abandonnrent le reste au pillage de leurs gens. Ils
emmenrent ensuite leurs prisonniers avec leurs femmes et leurs
enfants  travers le Valentinois jusqu'au chteau d'sau[308], qui est
sur les limites du comt, et les retinrent ainsi pendant prs de huit
mois, jusqu'au moment o ils purent obtenir leur libert en acquittant
une ranon de 6,000 cus[309]. L ne s'arrtrent pas les exploits de
Troyhon. La mme anne, ce dtrousseur de grand chemin, fort de
l'appui du dauphin et des hritiers de Boucicaut[310], se jette avec
ses bandes armes sur Valras, ville importante du Comtat, ravageant
les villages, saccageant les rcoltes et faisant de nombreux
prisonniers. Plusieurs d'entre eux, hommes, femmes, enfants, sont
impitoyablement gorgs. Le produit du butin emport par ces brigands
dans deux incursions successives est valu  2,000 cus. La scurit
mme d'Avignon et de Carpentras est menace et les tats se runissent
pour voter une taille extraordinaire contre Troyhon et ses
routiers[311]. Aprs Valras, c'est le tour de La Palud o les bandes
de Troyhon enlvent et conduisent au chteau d'Ezahut un noble
personnage appel Chollet, officier du Saint-Sige, qui ne fut relch
qu'aprs une longue dtention et moyennant le versement d'une ranon
de 300 cus[312].

  [307] Le rcit de cette attaque  main arme, sinon ordonne, du
  moins favorise par le dauphin, se trouve dans les instructions
  remises par le cardinal de Foix et la ville  Louis _Astouaud_,
  envoy en ambassade auprs de Charles VII, roi de France (en
  1453),  propos de la saisie des biens de Jacques Coeur. Nous
  n'en reproduisons pas le texte donn par le _Bulletin de
  l'Acadmie de Vaucluse_, 1887, pp. 105 et suiv.

  [308] _Esau_ serait le chteau d'_Ezahut_, vieux donjon prs
  Dieulefit (Drme).

  [309] Item post prmissa su explicabit Serenitati qualiter,
  anno proxime preterito et de mense junii quidam nominatus Petrus
  Trohyons, olim thesaurarius Regis Renati cum quibusdam aliis suis
  complicibus et armigeris ac archeriis et servitoribus
  Illustrissimi Principis domini Delphini, ejus filii, ac si essent
  hostes et inimici capitales domini nostri Pap et Ecclesi Roman
  armati armis offensivis et de jure prohibitis null caus saltem
  legitim et ad hoc ipsos impellente intrarunt in Comitatum
  Venaissini violenterque et proditorie se de nocte intruserunt
  intra quoddam castrum dictum infra dictum comitatum vulgo
  nuncupatum castrum de _Interaquis_. (Origin., Arch. municip.,
  srie A.A.)

  [310] Instructions du cardinal  Louis d'Astaud.--Arch. municip.,
  _Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, pp. 106, 107.--Gibert,
  _Hist. de Pernes_, mss., fol. 307, vo.

  [311] _Reg. somm. des dlibrat. des tats_, fol. 473 et 521, vo.

  [312] Il est difficile de prciser la date de cette expdition.
  Mais le 31 mai 1452, le Conseil dcide d'envoyer une dputation
  au dauphin pour protester contre l'arrestation de quelques
  marchands d'Avignon. Item ulterius su explicabit Celsitudini
  qualiter post premissa sicut ut premittitur, predictum Trohyonem
  et suos adherentes fore facta quidam capitaneus, quondam
  capitaneus de Mirandolio in patria Delphinatus, insequendo
  vestigia dicti Trohyonis de facto captitavit duos mercatores et
  alios duos mercatores cives et habitatores Avinionis cum equis
  peccuniis et aliis bonis et jocalibus quos post modo abire
  promisit, retentis tamen dictis equis, peccuniis et bonis.
  (Orig., Arch. municip., A.A., _Dossier des Ambassades_.)

La complicit et l'intervention du dauphin dans ces agressions et ces
menaces multiplies n'taient pas douteuses, mais elles se manifestent
ostensiblement dans la personne du capitaine de Mirandol,  la solde
de Louis, qui quitte, peu aprs Troyhon, le Dauphin pour faire une
incursion dans le Comtat (1452) et enlve deux marchands d'Avignon
avec leurs chevaux, leurs bagages et leur argent.

Non contents d'user de violence  l'gard des Comtadins, les officiers
du dauphin contestaient la juridiction du lgat et refusaient de
rendre  leurs juges naturels les coupables, alors mme que l'autorit
pontificale les rclamait sous peine d'excommunication. C'est ainsi
qu'un changeur avignonnais nomm _Sampini_, accus d'avoir fabriqu de
la fausse monnaie  Montlimar, est emmen dans le Valentinois o les
officiers delphinaux ouvrent une enqute contre lui. Le cardinal de
Foix rclame le faux-monnayeur comme justiciable des tribunaux de son
pays d'origine, mais les officiers du dauphin refusent de rendre leur
captif[313]. Un autre marchand avignonnais, Jrme de Plissane,
s'tant rendu coupable d'un dlit que nous ne connaissons pas, les
officiers du dauphin demandent  ce qu'il soit livr pour comparatre
devant eux. Le cardinal lgat s'y oppose, arguant que ledit de
Plissane est justiciable de la curie piscopale d'Avignon. Ce refus
mcontente les officiers de Louis qui lancent contre les sujets du
pape des lettres de reprsailles[314].

  [313] Instructions donnes par la ville  Louis Astouaud, Arch.
  municip. (Cf. _Bull. de l'Acad. de Vaucluse_, p. 108).--Item
  explicabit su Serenitati qualiter occasione prmissorum
  Reverendissimus Dominus cardinalis et Legatus et Civitas etiam
  ista per suos ambassiatores omnia et singula prenominata eidem
  domino Delphino et suo majori Consilio exponi fecerunt ac
  instantissime requisiverunt quod dominus Delphinus et suum
  Consilium delphinale quatenus de celeri remedio in premissis
  providerent taliter quod dictis prisoneriis cum bonorum ablatorum
  integro a dictis carceribus libere abire juberent et dictos
  invasores pena debita castigarent quod tamen ab ipsis minime
  obtinere potuerunt. (Orig., Arch. de Vaucluse, A.A., _Dossier
  des Ambassades_.)

  [314] Item ulterius su Serenitati exponet qualiter officiales
  delphinales recusant tollere quamdam marcham quam super contra
  subditos papales laxaverunt inciviliter eo quod officiales
  papales ad ipsorum requisitionem voluerunt eo quod non potuerunt
  eisdem remittere quamdam causam vertentem in curia episcopali
  Avinionis et quemdam Jeronimum de Pelissano mercatorem de
  Avinione clericum solutum qui supradicta causa reum... (Orig.,
  Arch. municip., _Dossier des Ambassades_, A.A.)

  Instructiones tradit ex parte dominorum scindicorum et Consilii
  Civitatis Avinionis domino Ludovico Astoaudi legum egregio doctori
  ambassiatori, destinato, ad serenissimum principem dominum
  Francorum Regem, continentes ea qu erunt eidem domino Regi ex
  parte civitatis ipsius per ipsum dominum Ludovicum explicanda.
  (Orig., Arch. municip., 1453).

On peut juger si, en apprenant de pareils actes de brigandage dont
taient victimes leurs concitoyens, les Avignonnais se crurent
autoriss  s'adresser au roi de France pour en obtenir la rpression.
Dj courrouc contre le dauphin qui semblait prendre  tche de
braver en toute occasion l'autorit paternelle, Charles VII accueillit
avec beaucoup d'intrt les dlgus d'Avignon qui lui furent envoys
 Taillebourg d'abord au cours de l'anne 1451, aprs l'expdition de
Troyhon. Au mois de novembre de la mme anne[315], la ville dlgua
auprs de lui le doyen de Sgobie, protonotaire du Saint-Sige, pour
solliciter l'appui du roi contre les entreprises coupables de son
fils. Charles VII, alors  Auzances, leur rpondit, le 7 dcembre
1451[316]: Et comme vous avez peu scavoir,.... avons escript et
envoy de nos genz par del avecques les provisions qui semblent
convenables pour faire rparer les entreprises qui avoient est faites
au prjudice de nostre Saint-Pre et de ses droiz de vous et autres,
ses subgectz, dont par le dit prothonotaire avons est advertys et
avons bien esprance que la dite provision deust sortir effect (et de
la faulte sommes desplaisans), car nous vouldrions tousjours
entretenir et favoriser les faiz de nostre dit Saint-Pre comme les
nostres et les vostres et ceulx de vostre cit comme de nos propres
subgectz. Et est bien nostre voulont et entencion de prouchainement y
donner provision et y tenir la main par manire que les dictes
entreprises ne demourent pas longuement sans rparation. Charles VII
ne se contenta pas de paroles trompeuses  l'adresse des Avignonnais.
Il leur fit offrir par le mme doyen de Sgobie un gnral des troupes
royales pour mettre  la raison Pierre Troyhon et ses complices, mais
le cardinal de Foix qui tenait  ne pas s'aliner le dauphin et qui
avait probablement ses raisons pour qu'on ust de plus de mnagements,
fit rpondre qu'il serait possible d'obtenir satisfaction sans
recourir  des moyens aussi violents, et comme les dlais et les
longueurs de la dtention taient loin d'tre du got des prisonniers,
ils se tirrent eux-mmes d'embarras en payant une ranon de six mille
cus.

  [315] Orig. indit., _Arch. d'Avignon_, B. 76, no 59.

  [316] Le 7 dcembre 1451. Charles VII tait  Auzances. Voy. de
  Beaucourt, _Liv. cit._, V, p. 160.

Dans l'intervalle, du reste, un vnement d'une autre gravit s'tait
produit, qui avait dtourn l'attention du roi des affaires du comt,
c'est l'arrestation de Jacques Coeur en juillet 1451[317]. Nous
laisserons de ct cet pisode du procs de l'Argentier, en ce qui
touche Avignon, les faits ayant t exposs dans une savante tude de
M. Duhamel, archiviste de Vaucluse, d'aprs les pices indites que
possde le dpt de Vaucluse[318]. Charles VII[319] avait, on le sait,
prescrit dans toutes les villes du royaume la saisie des biens de
l'Argentier. Deux facteurs du clbre financier, Hugues et Antoine
Noir, avaient trouv  Avignon un accueil empress auprs des
banquiers et des changeurs de cette ville[320]. Le cardinal de Foix
ayant refus de livrer Antoine Noir, protg par un sauf-conduit du
pape et par l'immunit des Clestins, le roi menaa la ville de
reprsailles. C'est alors que le cardinal lgat et le conseil
envoyrent  Tours Guillaume Meynier, charg de justifier auprs de Sa
Majest la conduite des citoyens avignonnais et du reprsentant du
Saint-Sige. Le roi montra les meilleures dispositions pour la ville
et invita Guillaume Meynier  s'expliquer devant son conseil, puis le
renvoya en le chargeant, pour ses compatriotes, d'une missive o il
disait: Assez avez peu cognoistre le grant et bon vouloir que avons
tousjours eu au bien et conservacion des libertez, droiz et terres de
nostre saint pre et de l'glise de Romme. Et mesmement en ce qu'il
vous touche et pour la grande amour que avez tousjours eue et montre
 nous et  nostre seigneurie et  la prosprit d'icelle. Vous avons
tousjours euz et avons en singulire recommandation et remembrance, et
vous vouldrions aider et favoriser en touz vos affaires, ainsi que
nagures vous avons fait savoir[321].

  [317] Voy. de Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 107, 108 et suiv.

  [318] _Bulletin du Comit des travaux historiques_, an. 1886, nos
  1-2, et _Mmoire de l'Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 89.

  [319] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 108.

  [320] Voy. _Acad. de Vaucluse_, 1887, p. 95.

  [321] Orig. indit, Arch. municip., B. 32, no 40, coll. Q.Q.--Aux
  Montilz-les-Tours, 15 mars 1452.--Charles VII tait aux
  Montilz-les-Tours au mois de mars 1452. Voy. _Pices fugitives du
  marquis d'Aubais_, p. 95.

Telles taient les dispositions de Charles VII au moment o, profitant
des embarras de son pre, le dauphin recommenait ses intrigues. Mari
contre le gr du roi[322], Louis prpara, avec le duc de Savoie, une
expdition contre Sforza, l'alli de Charles VII. Les relations entre
les deux princes s'enveniment de plus en plus et le roi supprime la
pension de son fils (1452). Au mois de septembre, Charles VII, dans le
but d'intimider le duc de Savoie et le dauphin, s'avance vers le Forez
avec une grosse arme. Inquiet pour son gouvernement du Dauphin,
Louis envoie auprs de son pre, Gabriel de Berns, son conseiller
intime et bien vu du roi, qui l'avait attach  la personne de son
fils ds l'ge le plus tendre[323]. De Berns, accompagn de Jean de
Jambes, sire de Montsoreau, rapporta au dauphin ce qui s'tait trait
 la Palisse, avec son pre; mais Louis, aprs mille protestations de
soumission, ne voulant rien accorder, le sire de Montsoreau et de
Berns revinrent trouver le roi, alors  Clepp, prs Feurs (septembre
1452).

  [322] Voy. Pilot, _Catalog._, I, p. 34, not. 1.

  [323] De Beaucourt, _L. cit._, V, pp. 173, 174.--Voy. _Lettres de
  Louis XI_, I, pp. 360, 363.--Pour Gabriel de Berns, voy. Pilot,
  _Catalog. des actes du dauphin Louis II_, I. p. 2.--et _id._, pp.
  25, 49, etc.... Pour Jean de Jambes, seigneur de Montsoreau, voy.
  Pilot, _Catalog._, no 979 et p. 377, not. 4.

Dans une nouvelle ambassade confie au seigneur de Torcy et au mme
Jean de Jambes, le roi accentuait ses reproches, faisant indirectement
allusion aux plaintes du pape et des vassaux du Saint-Sige: Voeult
le Roy que se mon dit seigneur a fait aulcunes choses  l'encontre de
l'Esglise dont nostre Saint Pre eust cause raisonnable de se doloir
qu'il les rpare telement que nostre saint pre, par raison, doibve
estre content[324]. Le dauphin reut trs froidement cette ambassade
et ne fit que des rponses dilatoires. Pendant ces ngociations,
Charles VII signait, avec le duc de Savoie, le trait de Clepp (27
octobre 1452)[325].

  [324] Champollion-Figeac, _Collection des Documents indits_, II,
  pp. 192, 193.

  [325] De Beaucourt, V, pp. 176 et suiv.--Vallet de Viriville, _L.
  cit._, III, p. 226.

Aprs le trait de Clepp, Louis n'en continua pas moins ses
armements,  la grande colre du roi qui fut un moment sur le point de
marcher contre le Dauphin[326].

  [326] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 182.

Le cardinal d'Estouteville[327], lgat du pape, venu en France pour
rgler avec le dauphin quelques affaires intressant la Cour
pontificale apaisa le conflit arm prs d'clater entre le pre et le
fils, et s'employa  la pacification, avec l'autorisation de Charles
VII: Item, en ce qui touche les plaintes que la ville d'Avignon et le
comt de Venisse? (ont faictes), le Roy est content que monseigneur le
cardinal d'Estouteville aye la connaissance de faire reparer tout ce
qui cherra en reparacion, au cas qu'ils averont opportunit de soy
emploier[328].

  [327] Pour Guillaume d'Estouteville, voy. Anselme, VIII, p.
  91.--De Beaucourt, V, pp. 191, 192;--Pastor, II, p. 7;--Pilot,
  _Catalog._, I, p. 342, no 898 _bis._

  [328] Mathieu d'Escouchy, _dit. de Beaucourt_, I, p. 441.

Le cardinal, en diplomate habile, se rendit d'abord  Vienne, en
compagnie de deux conseillers du roi, lie de Pompadour, vque
d'Alet, et Grard le Boursier. En leur prsence, et sur les instances
du cardinal, le dauphin consentit  prsenter des excusations et
justifications, et dclara s'en rapporter au cardinal: Mon dit
seigneur sera content d'appointer avec monseigneur le cardinal sur
toutes les choses qui touchent l'Esglise, en manire que nostre saint
pre et les parties se debront estre contentes par raison[329].
Rappel en Italie presque aussitt aprs, d'Estouteville dut se borner
 rgler avec le dauphin la question des dmls qui avaient clat
entre les officiers du pape et ceux du dauphin[330]. La lettre[331] du
10 novembre 1452, tout en tmoignant des bonnes dispositions de Louis
 l'gard de l'glise, ne dit rien d'explicite sur les questions 
rsoudre. Nous savons toutefois que Louis avait dlgu auprs du
cardinal de Foix l'vque de Conserans, Tristan d'Aure[332], qui dut,
avec Simon Lecouvreur[333], prieur des Clestins d'Avignon, et en bons
termes avec le dauphin, ngocier les bases d'un arrangement qui
concilit les droits du Saint-Sige et les intrts du dauphin.
Tristan d'Aure, aprs avoir pris les instructions du lgat, revint 
Romans, o se trouvait Louis, accompagn par quelques agents du
cardinal et des dlgus du corps de ville: et ont priz bon
appointement au plaisir de mon dit seigneur vostre fils, de quel serez
tout  plain inform par le dit vesque, et d'autres choses que luy ay
dictes touchant ceste matire pour vous dire. Car je say que Nostre
Saint Pre a sa singulire affection et fiance en vous, touchant son
dit pais d'Avignon et tout son Estat, je porte le dit appointement 
nostre dit saint pre, affin qu'il y advise comme bon lui semblera et
aprs de sa bonne volont sur ce vous fera savoir.

  [329] _Documents indits_, Champollion-Figeac, II, pp. 189, 190.

  [330] De Beaucourt, _L. cit._, V, p. 183.

  [331] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, I, p. 240.

  [332] Lettre du cardinal d'Estouteville  Charles VII, 22
  novembre 1452. _Lettres de Louis XI_, I, pp. 241, 242.

  [333] _Lettres de Louis XI_, I, p. 35.--Voy. Pilot, _Catalog._,
  no 995. Accord conclu entre le dauphin et le cardinal de Foix,
  reprsent par le cardinal d'Estouteville et l'vque de
  Conserans, au sujet des difficults qui s'taient leves entre
  les officiers delphinaux et ceux du pape,  Avignon.--Romans,
  novembre 1452.

L'arrangement portait sur le cas de Troyhon, sur la question des
Boucicaut et la cessation des violences  main arme sur les confins
du Dauphin et du Venaissin. Troyhon fut invit  restituer les sommes
qu'il s'tait indment appropries dans ses diffrentes expditions,
en 1451-1452. Le brigand s'excuta, rendit une partie des objets vols
et se montra repentant. Trois ans aprs, une bulle (dcembre
1455)[334] du pape Calixte III, adresse  l'vque de Vaison, au
doyen de Saint-Pierre et au vicaire gnral de l'archevque d'Avignon,
portait commission d'absoudre Pierre Troyhon, attendu qu'il tait
repentant et avait fait quelques restitutions suivant ses facults.

  [334] Arch. de la ville d'Avignon, Origin., B. 19, Cott. V, 20.

Restait la question des hritiers Boucicaut ouverte depuis plus de
vingt ans et toujours pendante. Elle fut rgle par le cardinal de
Foix,  la satisfaction des hritiers, sinon du dauphin, qui trouva la
compensation insuffisante. Par acte pass devant notaire, o figurent
le trsorier et le commissaire de la Chambre apostolique, agissant au
nom du pape, et les sieurs _Brutini_ et _Arnulphi_, reprsentants de
la communaut de Valras, la Chambre apostolique cde et donne le
droit de vingtain qu'elle prlevait sur les bls, avoines, feuilles,
etc... pour payer les 21,000 cus viginti unius millium scutorum
novorum currentium in regno Franci. Moyennant le versement de cette
somme, les deux hritiers de Geoffroy le Meingre, Louis le Meingre,
seigneur de Bridor[335], et Jean le Meingre, son frre cadet,
chevalier (miles), assists de leur mre, renoncent  tous les droits
que leur avaient laisss, sur Valras et autres lieux, leur pre
Geoffroy le Meingre et leur oncle paternel (patruus) Jean le Meingre,
dit Boucicaut, marchal de France, mort en Angleterre en 1421. L'acte,
pass le 23 juin 1452[336] fut ratifi postrieurement.

  [335] Pour le chteau de Bridor, voy. Imbert de Batarnay,
  _Appendice_, pp. 389 et suiv. Ce chteau, situ en Touraine, fut
  vendu en 1475  Du Bouchage par Jean Boucicaut. Voy. Anselme, VI,
  p. 753, et Imbert de Batarnay, p. 81.

  [336] Arch. de Valras, copie.--Biblioth. d'Avignon.--Papiers
  Achard.

Par un acte ultrieur, dat du 30 septembre 1453, mentionn dans
l'acte ci-dessus, Louis et Jean reurent comme premier acompte, 
titre de somme reprsentative, pour le contingent de la ville de
Pernes, mille cinq cent cinquante florins d'or, montant du revenu du
vingtain de la communaut de Pernes, pour un an[337]. Mais la
renonciation dfinitive des Boucicaut  leurs droits sur cette
communaut ne prit rellement fin que le 5 janvier 1468, par acte
public et notari en vertu duquel, moyennant un versement de 4,000
cus d'or du pays, les deux frres Boucicaut signrent un acquit
gnral pour toutes les sommes  eux dues[338]. Quant  leur crance
sur Avignon, dont l'origine remontait,  leur dire, au premier sige
du palais, pour certaines avances faites  la ville, par leur pre
Geoffroy, elle ne fut teinte qu'aprs 1466,  la suite de
l'intervention du pape Paul II et sur la demande d'Alain de Cotivy,
archevque d'Avignon, qui fit comprendre les dsagrments pouvant
rsulter de la non extinction de cette dette, pour la tranquillit et
la bonne administration des tats de l'glise[339].

  [337] Gibert, _Hist. de Pernes_, mss., fol. 307, vo.--Arch. de
  Pernes, Laurent Michel, notaire.

  [338] Arch. de Pernes.--Chart. origin. signe de Jacques Girardi
  et Pierre Lamberti, notaires.

  [339] Bref du pape Paul II, du 2 octobre 1466.--Arch. municip.,
  B. 36, no 6, Cott. G.

Le rle des Boucicaut dans ce pays est termin[340]. Leurs
revendications plus ou moins fondes avaient servi de prtexte 
maints coups de force,  maintes reprsailles, sous couleur de droit
et de justice. Louis XI, qui tait fix sur la valeur morale de leurs
revendications, avait trouv l une excellente occasion d'exercer ce
talent d'intrigues et de menes souterraines qui couvre ses hautes
vues politiques, et il en avait us sans scrupule pour inquiter ses
voisins et faire chec  l'autorit paternelle.

  [340] Pour tout ce qui a trait  l'histoire des Boucicaut dans ce
  pays, voy. Lambert, _Catalog. des Mss. de Peiresc_, t. II, p.
  472.

La bonne intelligence qui rgnait entre Charles VII et les
Avignonnais, un moment interrompue par l'attitude du cardinal de Foix
et de la ville, dans la question de la saisie des biens de
l'Argentier[341], ne tarda pas  tre rtablie, comme le montrent
les lettres royales de 1453, relevant les Avignonnais des marques et
reprsailles que le roi avait laxes prcdemment[342]. Tout fut
oubli, mme les soupons de relations suspectes avec le dauphin
Louis. Du reste, les vnements militaires dont le sud-ouest de la
France tait alors le thtre, avaient dtourn l'attention du roi de
ce ct. Et ce qu'il y a de particulirement caractristique dans ces
relations de la Cour de France avec Avignon,  ce moment du rveil
national, c'est de voir Charles VII annoncer aux sujets du pape, en
mme temps qu'aux villes royales, le succs de ses armes contre
l'ennemi hrditaire. Le fait est naturel pour les villes du royaume;
il emprunte un tout autre caractre quand il s'agit d'Avignon, place
sous une domination trangre. Cette lettre du roi fait autant
d'honneur au souverain qui l'crivait qu'aux Avignonnais  qui elle
tait destine, et on ne peut pas mieux faire l'loge de leur
patriotisme et de leurs sentiments franais: Nous vous crivons ces
choses, leur disait Charles VII, le 22 juillet 1453[343], en leur
annonant la victoire et la capitulation de Castillon, la mort de
Talbot et de son fils: tres chiers et grans amis, pour ce que savons
que prenez grant plaisir a oir en bien de la prosprit de nouz et de
nostre seigneurie. Et il terminait par une phrase consolante pour
l'amour-propre national: Et avons esperance en Dieu que le surplus du
recouvrement de nostre pais de Guienne se portera bien[344].

  [341] _Mm. de l'Acadmie de Vaucluse_, t. VI, ann. 1887.

  [342] Arch. municip., B. (Lettres de marques et de reprsailles).

  [343] Arch. municip., srie A.A.--Voy. aux Pices justificat., no
  XII.

  [344] La mme lettre est crite aux habitants de Lyon.--Cf. de
  Beaucourt, _L. cit._, V, p. 276, et not. 3, V, Pices
  justificat., not. XVI, p. 463.

Moins de trois mois aprs, Charles VII, matre de Bordeaux, le 19
octobre 1453, s'empressait de faire connatre aux Avignonnais, dans
leurs moindres dtails, les vnements militaires qui avaient prcd
la reddition de la ville et la soumission de la Guyenne: Ainsi grces
 nostre seigneur nous avons rduit en nostre obeyssance tout nostre
pais et duchi de Guienne. Et  vous escripvons ces choses pour ce que
scavons certainement que avez en bien de nous, et, de la prosprit de
nostre seigneurie prenez trs singulier plaisir[345]. Ces lettres ne
nous apprennent rien qui ne soit connu, surtout aprs la publication
de l'ouvrage de M. de Beaucourt[346], mais elles n'en constituent pas
moins un fait historique digne d'tre relev dans les relations de la
couronne avec les sujets du Saint-Sige.

  [345] Arch. municip., Orig., B. 36, no 27, Cott. C.C.

  [346] De Beaucourt, voy. pp. 272 et suiv.

La fuite du dauphin, menac par son pre, son installation au chteau
de Genappe, de 1456  1461, expliquent la cessation de toute relation
entre le futur hritier de la couronne et les Avignonnais. Nanmoins,
de sa retraite o il suivait tout ce qui se passait  la Cour, dans le
royaume et chez les autres nations, Louis entretenait des agents 
proximit du Dauphin, dans le but de susciter quelque rvolte dans
cette province dont son pre, par lettres patentes du 11 juillet
1457[347], s'tait attribu l'administration. C'est ainsi que, par
mesure de haute police, Charles VII crit  Angelo de Amelia, recteur
du Venaissin[348], pour lui donner l'ordre de faire arrter, sans
dlai, un certain Gascon, nomm Bertrand Salines, qui s'tait tabli 
Courthzon, chteau appartenant au prince d'Orange, lequel tait
parent et alli de Philippe de Bourgogne. Dans ces projets de
conspiration contre l'autorit royale, les Comtadins et les
Avignonnais ne donnrent lieu  aucune plainte de la part de Charles
VII, et Thomas de Valsperge crivait aux consuls, le 23 septembre
1459: Je vous fs assavoir que de certayn le roy est tousjours en sa
bonne opinion pour Avignon[349]. Nous en avons une preuve dans la
lettre qu'il adresse aux consuls de la ville, le 13 dcembre
1460[350], pour rclamer certaines sommes dues par des marchands
d'Avignon,  feu Pierre de Campo-Fregoso, ancien doge de Gnes,
d'abord alli de la France, puis tratre  notre cause, et qui avait
trouv un refuge auprs de Sforza,  Milan. Ayant voulu reprendre 
main arme la ville de Gnes, o commandait alors Jean, duc de
Calabre[351], fils du roi Ren, au nom de la France, Pierre de
Campo-Fregoso prit dans un combat sous les murs de Gnes (13
septembre 1459)[352]. Charles VII, inform que ledit Campo-Fregoso
avait une crance importante  Avignon, crivit aux consuls et au
cardinal de Foix: Pour les quelles causes et que tousjours avons
favorablement traictez les subgectz et habitans de la ville d'Avignon
et vouldrions leurs droiz et prrogatives leur estre gardez et
entretenuz en nostre royaume.....; le roi priait les consuls de faire
payer les sommes dues  Campo-Fregoso: Et en ce tellement fere que
nous ayons cause davoir de bien en mieulx vous et les subgectz de
l'glise, de par del en nostre especialle recommandacion et qu'il ne
soit besoing que y procedions par autre manire dont fort nous
desplairoit ce que toutesfois se ainsi n'estoit fait raison nous
contraindroit pour la conservacion de nostre droit de le faire et de y
donner telle provision que au cas appartient[353].

  [347] De Beaucourt, VI, p. 378. Charles VII avait rsid 
  Saint-Priest en Dauphin de dcembre 1456  mai 1457. _Lettres de
  Louis XI_, p. 281.

  [348] Lettre du 4 juillet 1459, de Angelo de Amelia  Sforza.
  Angelo de Amelia avait t nomm recteur du Venaissin par bref de
  Paul II, le 28 novembre 1457.

  [349] Origin., dat de Thonon, 23 septembre 1459, Arch. municip.,
  srie A.A.

  [350] Origin., Arch. municip., B. 37, no 72, Cot. 2.2.2.

  [351] Gnes avait reconnu l'autorit de Jean de Calabre (juin
  1456). Ce dernier tait entr dans la ville le 11 mai 1458.

  [352] De Beaucourt, _L. cit._, pp. 247-248.--Pour Pierre de
  Campo-Fregoso, voy. de Beaucourt, V, p. 294, not. 1, et p. 302.
  Cf. Charavay, _Arch. des Miss._, VII, p. 470.

  [353] Donn  Bourges le 13 dcembre 1460 (?).--Arch. municip.,
  B. 37.

Il parat que les Avignonnais et le lgat s'empressrent de satisfaire
 la rclamation du roi, car par lettres patentes du 25 fvrier
1461[354], Charles VII, seigneur de Gnes, fait donation au roi Ren
de la somme de 5,000 ducats d'or, due par les marchands d'Avignon, 
messire _Perrier de Campo-Frigosio_ et confisque au profit de Sa
Majest. La leon que Charles VII avait donne  la ville d'Avignon et
au cardinal de Foix, lors du procs de Jacques Coeur (1452-1453),
avait port ses fruits. Aussi les sujets du pape firent-ils preuve en
cette circonstance des dispositions les plus conciliantes. Moins de
cinq mois aprs, Charles VII mourait, laissant aux Avignonnais et aux
Comtadins le souvenir de ses bonts royales et de sa protection
gnreuse. Louis XI, exil depuis six ans en Belgique, allait le
remplacer, et ce n'tait pas sans une certaine apprhension que la
ville d'Avignon voyait monter sur le trne le rancunier monarque, qui
n'avait point encore oubli les dnonciations portes jadis contre
lui,  son pre, par les missaires de la ville et du cardinal de
Foix.

  [354] Arch. des Bouches-du-Rhne.--Cour des Comptes de Provence,
  B. 680.--Cf. Lecoy de la Marche, _Le roi Ren_, I, p. 294;--de
  Beaucourt, VI, p. 349.




CHAPITRE V

Louis XI et la succession du Cardinal de Foix  la lgation d'Avignon
(1464-1470).

  Caractre des relations des Comtadins et des Avignonnais 
    l'avnement de Louis XI.--L'ambassade de Malespine et de Pazzis
     Tours (1461).--La succession du cardinal de Foix.--Rle du
    marchal Jean d'Armagnac.--Opposition de Louis XI  la
    nomination du cardinal d'Avignon, Alain de Cotivy, comme
    lgat.--Conflit entre Louis XI et Paul II pour la dsignation
    d'un lgat.--Ambassade de d'Ortigues  Rome (janvier
    1465).--chec de la politique de Louis XI auprs du
    Saint-Sige.


Charles VII tait mort  Mehun-sur-Yvre le 22 juillet 1461. Louis,
dauphin, se fit sacrer  Reims le 15 aot de la mme anne, comme roi
de France.

Pendant les huit annes qui prcdrent son avnement, les rapports
avec Avignon et l'tat du Venaissin n'avaient t marqus par aucun
fait  signaler. Dans son attitude vis--vis de la papaut, Louis
s'tait montr jusque-l plutt respectueux et fils soumis de
l'glise, et depuis l'intervention du cardinal d'Estouteville, rien
dans ses agissements n'avait trahi une pense ou un dessein hostile
aux vassaux du Saint-Sige. Nanmoins le nouveau monarque n'avait
point pardonn aux Avignonnais, pas plus qu'au cardinal de Foix, les
dolances portes contre lui auprs du roi dfunt, et il en avait
gard un vif ressentiment. Les Avignonnais et le cardinal n'avaient
probablement pas sur ce point la conscience tranquille, et c'est cette
raison qui les dcida  envoyer auprs de Louis XI une ambassade
compose de Franois Malespine et d'Allemand de Pazzis[355],
reprsentants les plus loquents de la ville, et de Geoffroy de
Bazilhac, lu de Carcassonne, que le rus cardinal avait attach  la
personne des ambassadeurs pour les surveiller et pour tre tenu mieux
au courant des dispositions du roi. L'ambassade arriva  Paris[356] au
mois de septembre 1461, et aprs avoir rencontr bien des difficults
pour se loger, obtint une audience de Sa Majest. Un des personnages
qui jouissait auprs du souverain d'un crdit sans limites, le
marchal d'Armagnac, parent du cardinal de Foix, servit d'introducteur
aux ambassadeurs et leur facilita une premire entrevue avec Louis XI.
Le marchal de Comminges[357] se mettait  leur service pour
complaire, disait-il,  son cousin le cardinal lgat; mais, en
ralit, il cherchait, ds cette poque,  entrer en relations avec
les Avignonnais, escomptant la succession du cardinal vieux et
maladif, avec l'espoir de trouver auprs des sujets du Saint-Sige un
appui  Rome, en vue d'assurer  son frre, archevque d'Auch, la
lgation d'Avignon.

  [355] 14 aot 1461.--_Reg. des Conseils_, fol. 78.

  [356] Louis XI passa  Paris le mois de septembre 1461 avant de
  se rendre  Tours. Voy. _Lettres de Louis XI_, II, p. 17, not. 1.

  [357] Jean de Lescun, btard d'Armagnac, fils d'Armand Guilhem de
  Lescun et d'Anna d'Armagnac (Thermes), fut attach au dauphin
  dont il devint le confident et le conseiller intime, pendant son
  sjour en Dauphin. Ce sont ses agissements qui contriburent
  surtout  irriter Charles VII contre son fils. Nomm gouverneur
  du Dauphin par lettres du dauphin dates de Bruges, 24 janvier
  1458 (Voy. Duclos, _Preuves_, p. 160;--Charavay, _Lettres de
  Louis XI_, I, p. 100), il administra cette province de 1458 
  1472 d'une manire vraiment remarquable. C'est lui qui opra la
  rforme municipale de Grenoble, rorganisa le Parlement de cette
  ville (1461), fonda le monastre de Sainte-Claire (1469). Il fut
  charg par le roi de dlivrer Yolande de Savoie, assige par ses
  deux beaux-frres dans le chteau d'Aspremont, 1471 (Voy. M.
  Legeay, II, p. 16, et Prudhomme, _Hist. de Grenoble_, pp.
  273-278, Chorier, _Hist. du Dauphin_, p. 473). Louis XI le
  nomma, ds son avnement, marchal de France (3 aot 1461) et lui
  donna le comt de Comminges en 1462. Voy. _Ordon. des Rois de
  France_, XV, 626. Il figure au bas d'une ordonnance de Louis XI,
  le 14 octobre 1463, avec le titre de l'_Admiral_ (_Id._, XVI,
  p. 91).

  Jean d'Armagnac mourut  la Cte-Saint-Andr le 9 juin 1473, et
  fut enterr dans l'glise de Bourg-ls-Valence.

  On peut consulter pour la biographie de ce personnage qui a jou
  un rle si important sous Louis XI, _Gallia Christiana_, I, p.
  1000;--Anselme, _Hist. gnalog. grands-off. de la Couronne_, VI,
  p. 94;--Charavay et Vaesen. _Depech. de Tomaso Tebaldi_, I, pp.
  267 et suiv.;--de Beaucourt, _Hist. de Charles VII_, V, p. 142,
  not. 1;--Dom Vaissette, _Hist. du Languedoc_, {2}XI, pp. 50, 51.

  Voy. la biographie trs complte rsume par Pilot, _Catalog._; I,
  pp. 315-316, not. 1.

Le roi se montra trs bienveillant pour les ambassadeurs et les fit
venir prs de sa personne, si prs mme qu'ils se touchaient, afin
que personne ne pt entendre leur conversation. Aprs avoir cout
avec sympathie leurs souhaits de bienvenue, Louis XI leur dclara
qu'il avait  se plaindre d'eux pour des faits passs. Il leur
rappela, en effet, que du vivant de son pre (dont Dieu ayt l'me!)
les Avignonnais, sur les conseils de certains Gascons, l'avaient
accus, lui, dauphin, d'avoir voulu enlever le comt et la ville
d'Avignon  notre saint pre le pape, pour les mettre entre les mains
de son marchal d'Armagnac. Louis XI protestait nergiquement contre
de pareilles imputations et il dclarait que si telles avaient t ses
intentions, jamais il n'aurait mis le pied dans Avignon et jamais il
ne se serait approch aussi prs de la ville. Le roi ajoutait, du
reste, qu'il commettait le soin de recevoir l-dessus les explications
des ambassadeurs  Jean Bureau et qu'il tenait  connatre les noms
des inventeurs de pareilles calomnies[358]. videmment, dans ces
plaintes, le roi faisait allusion, sinon  la personne du cardinal de
Foix, du moins  son entourage, compos de Gascons, ses compatriotes.
Mais comme nous l'avons vu dans le prcdent chapitre,  propos de
l'ambassade de Jean de Lizac, Charles VII accuse son fils, sans
preuves formelles; c'est un grief vague, peut-tre comme un cho des
ngociations avortes de 1444; mais, en 1451 rien dans nos documents
ne permet de diriger contre le dauphin une accusation prcise.

  [358] Lettre indite de Malespine et de Pazzis au Conseil de la
  ville d'Avignon, du 25 septembre 1461, Arch. municip., srie A.A.
  (Voy. aux pices justificat.). L'original de cette lettre est au
  point de vue littraire un prcieux spcimen de l'idiome parl 
  Avignon au cours du XVe sicle. L'influence du catalan y est
  prpondrante; on y trouve galement des vocables et des
  tournures qui sont encore en usage dans le patois local. Nous
  en donnons la traduction aux pices justificat., no XIII.

Quoiqu'il en soit, si rellement Charles VII avait t avis des
desseins de son fils sur les possessions du Saint-Sige, ce ne peut
tre que par le cardinal de Foix,  l'insu de la ville, ou encore par
l'vque d'Avignon, Alain de Cotivy qui tait mal vu du dauphin. Il
est aussi de quelque apparence que Charles VII ait voulu, bien que
l'accusation remontt  quelques annes, ajouter un grief de plus 
ceux qu'il formulait publiquement contre son fils.

Les ambassadeurs d'Avignon rpondirent avec la plus grande sincrit
au marchal d'Armagnac, qui les avait invits  dner, que jamais, 
leur connaissance, la ville n'avait crit au dfunt roi dans le but
d'incriminer son fils; que, dans tous les cas, ils n'avaient jamais
suspect la loyaut de ses intentions et qu'ils ne pouvaient pas
s'imaginer quel tait l'auteur de ces propos mensongers.

Les envoys se rendirent ensuite chez Jean Bureau[359] pour lui
demander s'il avait quelque souvenir plus prcis de cette affaire.
Celui-ci rpondit qu'il lui semblait se rappeler avoir vu quelque
lettre et entendu parler de quelque chose de semblable  l'htel du
roi, mais qu'il ne lui restait de ces conversations qu'un souvenir
trs vague. Enfin, les mmes ambassadeurs eurent  ce mme sujet une
entrevue avec monseigneur de Boucicaut[360], ami de la ville et du
cardinal de Foix, et matre Pierre Robin. Monseigneur Boucicaut et une
autre personne rappelrent que feu le roi Charles VII avait envoy un
ambassadeur  Avignon pour avertir la ville et monseigneur le cardinal
qu'on tait sur le point de leur faire dplaisir et qu'il leur en
donnait avis. Il s'agit sans doute de la mission de Jean de Lizac, en
1451, dont nous avons racont ailleurs les diverses pripties. Les
envoys de la ville, aprs avoir rappel ce qui avait t rpondu 
cette poque, tant par le conseil que par le cardinal, au roi Charles
VII, rendent compte de leurs dmarches, ajoutant que s'il est
ncessaire de dire autre chose ou de produire de plus amples
justifications, le conseil ou monseigneur le cardinal doivent leur
mander leurs instructions, en adressant les lettres  la Cour. Le roi
devait se rendre incessamment  Melun, puis  Amboise et  Tours, o
les ambassadeurs se proposent de le suivre pour tre dpchs le plus
tt possible per espachats lo plus tost que porren[361]. En mme
temps la lettre  l'adresse des consuls les informait que le nonce, 
Paris, avait eu avec le roi une entrevue,  la suite de laquelle il
avait avis directement le cardinal de Foix de tout ce que le roi lui
avait dit, et envoy de plus un messager spcial  Avignon, charg de
faire connatre la teneur des paroles de Louis XI.

  [359] Jean Bureau tait, en 1461, chambellan de Louis XI. Il
  avait fait sous Charles VII toute la campagne de Guyenne
  (1452-1453). Il mourut le 5 juillet 1463. Anselme, VII, p. 135.

  [360] Monseigneur de Boucicaut. Il s'agit ici de Louis le
  Meingre, chambellan de Louis XI et fils de Geoffroy, le mme qui
  figure dans l'acte de renonciation de 1468.

  [361] Voy. pices justificat., no XIII (traduction).

Ce trait caractrise bien la diplomatie de ce temps-l. Le cardinal de
Foix a non seulement vis et modifi  sa guise les instructions
donnes aux ambassadeurs de la ville, mais il les a fait suivre par un
homme  lui qu'il a instruit de tout. Celui-ci, qui a t mis au
courant par le nonce de tout ce qui s'est trait  Paris, se fait
confier, sous des dehors officieux, les lettres par lesquelles les
ambassadeurs rendent compte  la ville de leur mission, et il est
probable que le cardinal eut connaissance de leur contenu avant les
consuls. Il est vrai que, de leur ct, les ambassadeurs savaient 
qui ils se confiaient. La rponse du roi aux consuls est du 26
dcembre 1461. Aprs les avoir informs qu'il avait cout avec
bienveillance et fait our par son conseil leurs compatriotes sur
tout ce qu'ils ont voulu dire et remonstrer, touchant les matires
dont le cardinal et les consuls leur avaient donn charge, Louis XI
ajoute, pour mieux marquer ses sentiments  leur gard: et en toutes
autres choses touchant les affaires de la ville d'Avignon et du pais,
sommes tousjours pretz et enclinz de faire et nous emploier au bien
d'iceulx, ainsi que les cas se y offriront, comme par les dessuz
nommez povez estre plus  plain informez[362].

  [362] Cette lettre ne figure pas aux pices justificatives, ayant
  t donne par Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, II, p.
  21. Arch. municip., B. 33, no 45.

L'anne suivante, Louis XI accordait au pape une apparence de
satisfaction, un peu tardive, il est vrai, sur les questions que le
cardinal d'Estouteville avait eu charge d'appointer dix ans
auparavant. Par un trait conclu avec le pape Pie II (1462), Louis XI
s'engageait  reconnatre les droits du Saint-Sige sur Pierrelate, La
Palud et autres lieux o il les avait contests, mais il refusa
postrieurement de ratifier ses engagements et d'en excuter les
conditions[363].

  [363] Chambaud, _Recueil sur Avignon_, mss., I, fol. 402, 403.

Si Louis XI une fois sur le trne s'abstient de toute agression contre
les domaines de l'glise et parat renoncer  toute pense d'annexion,
il n'en affiche pas moins la prtention d'y faire prvaloir ses ordres
et ses instructions comme dans les provinces royales, et il veut avoir
la haute main sur l'administration intrieure du Venaissin et
d'Avignon. En un mot, si, comme le dit Legeay[364], il n'a pas
l'intention d'empiter sur les domaines de l'glise, il ne saurait
admettre que le cardinal lgat, reprsentant la suzerainet du
Saint-Sige  Avignon, puisse avoir une politique qui aille 
l'encontre des intrts de la couronne. Louis XI considre le lgat du
Saint-Sige comme un subordonn qui doit tre plus franais que
romain. C'est pourquoi il veut que le pape le consulte toujours sur le
choix du lgat, et il ne se gnera pas pour essayer de lui forcer la
main en vue de lui imposer un candidat  son agrment. Les ides du
roi, qui taient l-dessus celles de son pre, et qui caractrisent
nettement la ligne de conduite de presque tous les rois prdcesseurs
et successeurs,  l'gard des tats pontificaux de France, se
manifestent franchement au cours de la lutte que la France soutenait
contre les Catalans en faveur du roi d'Aragon. On sait, en effet, que
le 1er mai 1462[365], Louis XI avait sign avec Henri d'Aragon le
trait de Sauveterre, par lequel il s'engageait  lui fournir 700
lances moyennant 30,000 cus; mais Henri ne pouvant les payer dut
abandonner comme gages,  la France, la Cerdagne et le Roussillon
(1462).

  [364] Legeay, _Hist. de Louis XI_, I, p. 370.

  [365] Dom Vaissette, _Hist. du Languedoc_, XI{2}, p. 47. Voy.
  _Bulletin historique et philologique_, anne 1895, nos 1 et 2,
  pp. 392 et suiv.

Au cours des hostilits Louis XI fait dfense formelle au seigneur de
Clermont, lieutenant du gouverneur du Languedoc, de laisser apporter
des ports de cette province du bl, aux habitants de Barcelone,
rebelles au roi d'Aragon[366]. Louis XI formule la mme dfense au
cardinal de Foix et sur un ton qui n'admettait pas de rplique.
Inhibition est faite aux Avignonnais d'envoyer  ceulx de la ville de
Barselonne des vivres, artillerie et autres choses  eux ncessaires.
Et la lettre royale ajoutait: Nous vous prions bien affectueusement
remontrer aux ditz habitanz de la dite ville d'Avignon et autres des
nacions dessouz dites demourans en icelle, en leur notiffiant ou
faisant notiffier que s'ilz font le contraire nous les rputons ds 
prsent noz ennemis et entendons de procder ou faire procder 
lencontre d'eulx, ainsi quil appartient en tel cas. Et affin quilz
naient cause d'en prtendre aucune ignorance, vous prions de rechief
que les choses dessus dites faictes crier et publier par cry publique
et  son de trompe, en nous faisant savoir tout ce que aures fait. E
vous nous feres trs singulier et agrable plaisir[367]. Nous ne
connaissons pas la rponse du cardinal, mais il est probable qu'elle
fut conforme aux dsirs de Sa Majest, comme celle du gouverneur du
Languedoc[368]. Cette lettre, bien que se rapportant  un fait isol,
ne laisse pas que d'offrir le plus vif intrt, en ce sens qu'elle
explique d'une faon logique l'attitude et les agissements si peu
connus de Louis XI dans l'importante question de la succession du
cardinal de Foix et de la dsignation de son successeur.

  [366] Dom Vaissette, _Liv. cit._, XI{2}, p. 55.--Voy. H. Se,
  _op. cit._, p. 292.

  [367] Origin. indit. Donn  Castalno de Mdoc, le 21 janvier
  (1464). Louis XI tait  Castelnau de Mdoc le 19 janvier 1464.
  _Lettres de Louis XI_, II, not. 1. Arch. municip., srie
  A.A.--Voy. pic. justificat., no XIV.

  [368] Dom Vaissette, _Liv. cit._, XI, p. 55. Le lieutenant du
  gouverneur crit au roi en mars 1464 pour lui dire qu'il a obi 
  ses ordres.

Pierre de Foix, lgat du Saint-Sige  Avignon et dans le Venaissin,
occupait ces fonctions depuis trente-deux ans, avec la plus grande
distinction. Diplomate plein de finesse, politique dli, ferme et
prudent, il avait su, sans se brouiller avec le dauphin, prserver de
ses attaques les terres places sous son autorit et conserver
l'estime de Charles VII; plus tard, Louis XI devenu roi, l'avait
mnag  la fois par intrt personnel et pour complaire  son
conseiller et ami, le marchal d'Armagnac. Succombant sous le double
fardeau de l'ge et des exigences multiples de sa charge, le cardinal
lgat se mourait lentement dans son palais, et plusieurs missaires
intresss avaient appel l'attention du roi de France sur une proie
aussi tentante que cette succession[369]. D'autre part, sire, lui
crivait le 31 aot 1464 Jean de Foix, savez, Monsieur le Cardinal mon
oncle est en grant aage et tousjours maladif, mesmement a est puis
nagures en tel point quil est cuid de morir et est  prsumer quil
ne vivra gures...., je ne scay, sire, se vous avez jamais pens
d'avoir Avignon en vostre main, lequel  mon advis, vous seroit bien
sant et qui pourroit mettre au service de mondit sieur le cardinal ou
par la main de Monsieur de Foix ou autrement quelque homme de faon
qui fist rsidence avec lui. Or ne fauldroit point davoir le palais
incontinent que le dit Monsieur le Cardinal seroit trpass, etc. La
dernire recommandation surtout est  retenir, car elle montre la
pense tout entire des neveux du cardinal, surtout de Pierre de Foix,
qui ambitionnait sa succession comme lgat. Sollicit par le marchal
d'Armagnac, Louis XI avait pris les devants et ds le mois d'aot il
engageait avec le Saint-Sige des ngociations pour amener le Saint
Pre  donner la lgation d'Avignon  un membre du clerg qui ft
_persona grata_  la Cour de France[370].

  [369] Lettre de Jehan de Foix au Roy, Voy. Dom Vaissette, _Nouv.
  dit._, XII, pp. 92, 93.

  [370] Lettre indite de Jean d'Armagnac aux consuls d'Avignon du
  22 dcembre 1464. Orig. Arch. municip., B. 95, no 73. Voir aux
  pices justificat., no XVII.

Le premier candidat propos par Louis XI  l'agrment de Pie II avait
t le propre neveu du cardinal, portant le mme prnom et qu'on a
quelquefois confondu avec son oncle le cardinal, Pierre de Foix le
jeune[371]; mais le pape rpondit que pour riens il ne lui
baillerait, pour ce quil estoit mineur d'aage. Sans se dcourager de
ce premier chec, Louis XI proposa ensuite l'vque de Genve,
Jean-Louis de Savoie, frre de la reine, qui fut galement refus. Le
pape fit alors savoir au roi quil advise quelque vesque ou
arcevesque en son royaulme qui soit  son gr et quil pourvoyra cestuy
l sans autre.

  [371] Pierre de Foix, dit le jeune, n  Pau en 1449, vque de
  Vannes, lu le 17 mai 1475; cardinal de Saint-Sixte en 1476. Il
  mourut  Rome le 10 aot 1490.

Du dans ses premires dmarches, Louis XI s'adressa directement aux
Avignonnais, par l'intermdiaire de son matre d'htel Mombardon. Le
26 aot 1464, le roi, alors  Noyon, crivit aux consuls pour les
informer qu'il avait connaissance de la maladie du cardinal, ce dont
il tait trs desplaisant. Et pour ce quil est  doubter que de la
dicte maladie il voise de vie  trespas, nous vous advertissons que se
avez daucune chose  faire en quoy nous puissions pour vous employer
nous le ferons de trs bon cueur ains que plus amplement nous avons
chargi vous dire  nostre ami et feal conseiller et maistre de nostre
hostel Mombardon, porteur de ces prsentes. Si le vueillez croire de
ce quil vous dira sur ce de nostre part[372]. En s'adressant aux
Avignonnais, Louis XI comptait videmment mettre leur influence au
profit de son candidat qu'il ne leur dsignait cependant, pas encore
nominativement. Au mme moment, nous voyons arriver  Avignon Jean de
Comminges, marchal d'Armagnac, accompagn du duc de Calabre, fils du
roi Ren (aot 1464). Le conseil leur offrit une splendide hospitalit
et ne regarda pas  la dpense si l'on en juge par les comptes de la
ville[373]. On ne se tromperait pas en affirmant que le passage du
prince et du marchal dans la cit papale se rattachait  la question
de la succession du cardinal de Foix. videmment ces deux personnages,
dont l'un tait le confident le plus intime du roi son grand
conseil[374], devaient avoir reu une mission secrte que nous
devinons facilement et qui avait pour but d'appuyer par paroles la
lettre de Louis XI aux consuls.

  [372] Orig. indit, Arch. municip., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P.
  Voy. aux pices justificat., no XVI.--Pour Arnaud de Mombardon,
  voy. Anselme, II, p. 178.--Cf. Chambaud, mss., VII, fol. 17, et
  Massillan, mss., X, fol. 42, vo.

  [373] Mandat de 26 florins 6 gros pour vin et bois fournis au
  comte de Comminges, mareschal de France,  l'occasion de son
  passage et de celui du duc de Calabre: hic adfuerunt de mense
  augusto proxime prterito, 17 barrals de vin blanc, 18 florins
  14 gros,--13 barrals de vin rouge, 8 florins 16 gros,--2
  charretes de bois, 3 florins, pro domino duce Calabri et alis
  pro domino marescallo franci et pro jucundo adventu
  eorum.--_Reg. des Conseils_, III, fol. 128, _Comptes de la
  Ville_, Origin., C.C., Mandat du 7 mai 1465.

  [374] Jean de Serres, I, p. 769.

Le 3 octobre 1464[375] le conseil se runit pour examiner la rponse
 faire aux lettres royales du 3 aot, et il fut dcid qu'un
ambassadeur serait dpch  Rome pour faire connatre au pape les
intentions de la ville sur ce point; un messager spcial se rendrait
pour le mme objet auprs de Louis XI. Au cours de ces ngociations,
le vieux cardinal, dont la succession provoquait de si ardentes
comptitions, dclinait de jour en jour, et une issue fatale tait
imminente. Vers le milieu de novembre[376], Louis XI fit partir pour
Rome Jehan de Reilhac[377], son secrtaire, auprs du Saint Pre, pour
le supplier de donner la lgation d'Avignon  Jehan de Lescun,
archevque d'Auch, frre du marchal de Comminges[378].

  [375] _Regist. des dlibrat._, Arch. municip., 1464.

  [376] Lettre de Jehan de Comminges aux consuls, pices
  justificat., no XVII.

  [377] Dans l'ouvrage qu'il a consacr  ce personnage, qui a jou
  sous Louis XI, Charles VII et Louis XII un rle important comme
  diplomate, M. de Reilhac (I, pp. 183, 184) dit simplement: C'est
  ici que se place une ambassade de Jean de Reillac  Rome et 
  Milan. Il reste absent pendant les sept mois qui s'coulent du 13
  aot 1464 au 13 mars suivant, poque o clata la guerre du Bien
  public. M. de Reilhac ignore le motif de ce voyage  Rome et
  pense que ce fut pour reprsenter Louis XI  l'installation du
  nouveau pape, le cardinal Barbo, vnitien qui avait succd, sous
  le nom de Paul II, au pape Pie II, mort le 16 aot 1464.--Jean de
  Reilhac, dont la femme avait soin du mnage du roi (voy. Charavay
  et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, II, p. 56), fit ce voyage 
  Rome, comme tant d'autres,  ses propres frais, et fraya moult
  sien, combien qu'il eust peu de bien du Roy. Arch. nat., X{t}a,
  8317, fol. 239. (Cf. de Reilhac, I, pp. 183, 184).--Voy. pour
  Jean de Reilhac, Pilot, _Catalog._, 1439, p. 92 et not. 1.

  [378] Jean de Lescun tait fils d'Armand Guilhem de Lescun,
  seigneur de Sarraziet dans les Landes, et d'Anne
  d'Armagnac-Thermes. Il avait deux frres: 1 Garcias Arnaud de
  Lescun, seigneur de Sarraziet, et 2 Jean de Lescun, plus connu
  sous le nom de Btard d'Armagnac, comte de Comminges et
  gouverneur du Dauphin. Cette filiation est absolument prouve
  par les documents conservs aux Archives des Basses-Pyrnes,
  notamment par un acte du 18 janvier 1454, dans lequel figurent
  les trois frres.

  Jean de Lescun tait protonotaire apostolique lorsqu'il fut lu
  archevque d'Auch, en 1453, aprs la dmission de Philippe de
  Lvis. Le comte d'Armagnac fit opposition  sa nomination et se
  pronona en faveur de Philippe II de Lvis, vque de Mirepoix.
  Charles VII prit fait et cause pour ce dernier, et Jean de Lescun
  ne put jouir de sa dignit qu'aprs la mort du roi, en 1462.
  L'avnement de Louis XI  la couronne fut, pour l'archevque
  d'Auch, le commencement de nouvelles faveurs. Son frre, le Btard
  d'Armagnac, venait d'tre cr marchal de France (3 aot 1461) et
  richement dot de terres et de pensions. Il est donc assez naturel
  que la bienveillance du roi se reportt sur le frre de son
  favori. La vie de l'archevque d'Auch n'offre rien de particulier
   signaler, si ce n'est qu'il parvint  une extrme vieillesse,
  tant mort  l'ge de 112 ans, en 1483. Il fut enseveli dans
  l'abbaye de Gimont, au diocse d'Auch, o il dcda. Il est
  indiffremment dsign sous les noms de _Lescun_,
  _Lescun-Armagnac_, _Armagnac_ et _Btard d'Armagnac_. Voy.  son
  sujet _Gallia Christiana_, I, p. 1000;--Dom Vaissette, IX, p.
  31;--Charavay et Vaesen, II, p. 280, III, pp. 58, 78;--Mathieu
  d'Escouchy, II, p. 275, not. 3.--Anselme, _Hist. gnalogique_,
  VII, p. 95.

Au cours du voyage de Jehan de Reilhac  Rome, l'tat du vieux
cardinal, depuis longtemps dsespr, s'aggrava, et ses excuteurs
testamentaires, accourus en toute hte  Avignon, s'taient installs
dans le grand palais comme dans une proprit personnelle, suivant la
recommandation qui avait t faite  Louis XI, quelques mois
auparavant, par le neveu du cardinal, Jean de Foix[379]. videmment,
il est facile de reconnatre la main du roi dans les diverses
intrigues qui prcdent la mort du cardinal lgat  Avignon. Celui-ci
avait fait, le 3 aot prcdent, son testament politique, dont nous
avons une copie, conserve dans les manuscrits de Chambaud, d'aprs
l'original[380]. Les trois excuteurs testamentaires dsigns par le
cardinal taient Pierre de Foix, son neveu, l'vque de Rieux
(_episcopus Rivensis_), Geoffroy de Bazilhac, et Jean, vque de Dax
ou Acqs (_episcopus Aquensis_)[381]. Les trois personnages avaient
amen avec eux un train de maison considrable, et mme un certain
nombre d'hommes d'armes, leurs compatriotes, Gascons dtermins et
rsolus  qui avait t confie la garde du grand palais, en vue d'une
attaque possible. Cette attitude, que Louis XI encourageait, tait
pleine de menaces pour le Saint-Sige, et on pouvait craindre de voir
se produire un conflit srieux ds que le cardinal de Foix viendrait 
dcder.

  [379] Voy. chap. v, p. 128.

  [380] Voy. Chambaud, _Rec. des Chartes_, mss., I, fol. 49, et
  _Rec. d'Avignon_, I, p. 389, et Protocoles de Jacques Girard,
  notaire  Avignon, ct Q.Q., fol. 21 et 23.

  [381] Il est constamment appel Johannes Aquensis in Vasconi.
  Jean-Baptiste de Foix a t vque de Dax de 1460  1471. A cette
  poque il fut transfr  l'vch de Comminges o il mourut en
  1481. _Gallia Christiana_, dit. de 1870, t. I, 1055, 1104, 1105.
  Il tait parent du cardinal de Foix, et il est naturel qu' ce
  titre il ait t dsign par ce dernier comme un de ses
  excuteurs testamentaires.--Jean de Foix eut pour successeur 
  l'vch de Dax Pierre de Foix, le jeune, cardinal diacre
  (1471-1481). C'est sous l'piscopat de Jean de Foix que Louis XI
  fit son entre  Dax dont il confirma les privilges.

Le grand palais tait donc occup militairement et sans autorisation
du Saint-Sige lorsque le cardinal mourut, le 17 dcembre 1464[382].
Louis XI apprit le dcs du cardinal de Foix, presque aussitt, par
l'avis qui lui en fut donn d'Avignon par courrier spcial. Il se
trouvait alors  Tours[383], o il avait convoqu les tats et les
princes pour les faire juges de ses griefs contre le duc de Bretagne
et exposer les droits de la couronne sur cette province. Proccup par
cette importante question, et ne voulant pas se mettre en avant
directement aprs les checs successifs qu'il avait dj prouvs 
Rome, le roi fit crire sur-le-champ aux Avignonnais par son
conseiller et premier chambellan, Jean d'Armagnac, marchal de
Comminges, gouverneur du Dauphin et de Guyenne[384]. Il envoyait en
mme temps vers eux, et porteur de ses instructions confidentielles,
le bailli des montagnes du Dauphin, son conseiller et serviteur[385].
Le marchal leur annonait en ces termes cette ambassade: Pour vous
dire et remonstrer aucunes choses de par luy et si vous escript bien
au long, en vous priant que vueilliez avoir mon frre l'arcevesque
d'Auch pour recommand au fait de la lgation de la ville et cit
d'Avignon et gouvernement de la conte de Venissy, en la forme et
manire que mon dit seigneur le cardinal la tenoit. Et pour ce, trs
chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour l'honneur du
roy et amour de mon dict frre, vous y vueilliez aider et tenir la
main en tout ce qu'il vous sera possible, tant envers nostre sainct
pre que autrepart, et, en temps et lieu, mon dit frre et moy le
recognoistrons envers vous tellement que par raison en devrez estre
contens. Car je vous certifie que je le fais plus pour le bien du pays
que pour le prouffit que j'en espre en avoyr[386]. Le marchal
insistait vivement, au nom du roi, en faisant le plus grand loge de
son frre. Et me semble que c'est l'homme au monde que vous devriez
mieulx vouloyr, veu que vous cognoissez ses conditions et qu'il n'est
pas homme malicieux pour pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que
plus aprs pourrez tre informez par le dit bailli des montaignes de
l'entente du roy, ensemble de la mienne[387]. Le messager tait du
reste porteur d'une lettre autographe de Louis XI, dans laquelle il
faisait savoir aux Avignonnais que sa volont formelle tait que la
ville ret comme lgat l'archevque d'Auch[388].

  [382] Voy. _Biographie du cardinal de Foix_, ch. v, pp. 141, 142.

  [383] Dareste, _Hist. de France_, III, p. 213.

  [384] C'est  tort qu'Anselme (voy. VII, p. 94) prtend que Jean
  d'Armagnac ne porta ces titres qu'aprs 1464, puisque nous les
  voyons figurer au bas de sa lettre.

  [385] Ce magistrat avait une juridiction assez tendue. Nous le
  voyons trancher un diffrend entre les habitants de Gap et les
  officiers de l'vque de cette ville. _Arch. des
  Bouches-du-Rhne_, B. 1215, srie B. Voy. pour ce magistrat,
  Pilot, _Catalog._, no 914 et _passim_.

  [386] Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 dcembre 1464.
  Voy. pices justificat., no XVII.

  [387] Lettre de Jean de Comminges aux consuls, 22 dcembre 1464.
  Voy. pices justificat., no XVII.

  [388] Lettres closes signes Louis et Delalore. Arch. municip.,
  B. 4, cott. P-15, sans date.

Les intentions royales ainsi manifestes par dpche publique
plongrent le conseil de ville dans la plus grande perplexit.
L'assemble ne voulant pas assumer une pareille responsabilit, dcida
qu'un ambassadeur serait envoy  Rome, porteur des instructions de la
ville et de la copie des lettres du roi. Le temps pressait, il fallait
agir sans dlai; les dcisions du conseil furent rdiges dans un long
mmoire qui devait tre confi au sieur d'Ortigues, avec ordre de se
mettre en route dans les premiers jours de janvier 1465[389].
L'orateur devait exposer au pape Paul II que dj du vivant du
cardinal de Foix, Louis XI avait, par lettres patentes, pri la ville
d'Avignon d'intercder auprs de sa saintet pour que la lgation ft
donne  Pierre de Foix, fils du comte de Foix; que depuis la mort du
vnr lgat le roi avait de nouveau crit ou fait crire par ses
officiers pour que ladite lgation ft attribue  l'archevque
d'Auch; qu'en ce qui concernait Pierre de Foix, le roi avait fait
valoir qu'tant apparent  plusieurs familles rgnantes, non
seulement le comte de Foix, mais le roi d'Aragon, le roi de Navarre,
le roi de Portugal, le roi de Castille, ses parents, ne manqueraient
certainement pas d'intervenir auprs du Saint Pre en sa faveur. Il y
tait dit qu'aprs avoir pris connaissance des lettres du roi, les
consuls, les conseillers et les autres citoyens runis, considrant
que la provision du vicariat ou de la lgation appartient  la libre
volont du souverain pontife, avaient dlibr de ne pas intervenir et
de n'adresser au saint pre aucune prire ou supplique pour quiconque
dans cette matire. En consquence, le sieur d'Ortigues avait pour
instruction bien prcise de faire savoir au pape que cette nomination
lui appartenait uniquement et qu'il et  y pourvoir  sa guise, comme
dans toutes terres appartenant  l'glise. L'assemble, rservant son
indpendance, s'en remet en toute confiance  la sagesse du pape, qui
voudra bien nommer un lgat favorable  la ville, de faon que la cit
d'Avignon et ses habitants soient heureux et satisfaits de ce
choix[390].

  [389] Arch. municip., srie A.A., _Dossier des Ambassades_.

  [390] Instructions donnes  d'Ortigues, janvier 1465, srie
  A.A., _Dossier des Ambassades_.

De peur d'encourir auprs du Saint-Sige le moindre soupon d'avoir
voulu favoriser les vues du roi de France, d'Ortigues devait exposer
au pape que le conseil de ville avait rpondu  ce dernier que le pape
seul avait qualit pour dsigner le titulaire de la lgation et que le
devoir de la ville et des habitants tait d'obir respectueusement au
reprsentant qui serait choisi par Sa Saintet. Il ajouterait que la
lettre contenant cette rponse avait t porte  la Cour de France
par un docteur de l'Universit et un religieux de l'ordre des frres
prcheurs. La mme rponse avait t envoye au comte de Foix, et
d'Ortigues devait, en outre, remettre une copie de ces lettres  sa
saintet[391]. Pendant que l'ambassadeur de la ville faisait ses
prparatifs de dpart arriva une nouvelle missive de Louis XI qui
dfendait  la ville d'accepter comme lgat le cardinal d'Avignon,
Alain de Cotivy, pour plusieurs raisons, et engageait les habitants,
s'il se prsentait,  ne le point recevoir[392].

  [391] Instructions donnes  d'Ortigues, _Dossier des
  Ambassades_, srie A.A.

  [392] Original indit du 26 janvier 1465. Arch. municip., B. 4,
  A.A., 25.--Dlibrat. du 3 octobre 1464, _Regist. des Conseils_,
  III, fol. 132;--Dlibrat. du 26 janvier 1465, _Regist. des
  Conseils_, III, fol. 137. La ville dcidait d'envoyer au roi
  Antoine _Symonis_, docteur en thologie de l'ordre des frres
  prcheurs, ou le procureur des Clestins d'Avignon, avec ordre de
  se rendre auprs de Sa Majest, et, aprs l'audience, d'aller 
  Rome pour rapporter  Sa Saintet tout ce que le roi aurait dit
  (III, fol. 138). Le mme ambassadeur tait porteur d'une rponse
  de la ville au comte de Comminges.

Quelles considrations dictaient la conduite de Louis XI dans cette
occurrence? tait-ce seulement l'apprhension de voir carter son
protg? Cette raison ne nous parat pas suffisante. Du reste, nous
n'avons aucun motif de croire que Paul II ait song  investir Alain
de cette haute dignit, alors qu'il fallait surtout pour recueillir la
succession difficile du cardinal de Foix un esprit pondr, ferme et
souple  la fois, qui st sauvegarder les intrts du Saint-Sige et
tenir la balance gale entre la papaut et son remuant voisin le roi
de France. Quoi qu'il en soit, Alain n'tait point l'homme de la
circonstance. D'un caractre fougueux, violent, ambitieux et
intrigant, Alain occupait l'vch d'Avignon o il avait t transfr
de Quimper en 1440 ou 1438[393]. C'tait le frre de l'amiral de
Charles VII et suspect, de ce chef,  Louis XI. Il s'tait montr au
concile de Ble l'adversaire ardent d'un pape grec qui n'avait pas
encore ras sa barbe[394]. Cr cardinal du titre de Sainte-Praxde,
par Nicolas V, le 20 dcembre 1448, il avait t envoy par Calixte
III auprs de Charles VII en qualit de lgat _a latere_, pour prcher
la croisade contre les Turcs (1456). Il parvint mme  faire croiser
un certain nombre de seigneurs, mais les dmarches irrgulires et
l'attitude hostile du dauphin firent chouer ses prparatifs de
croisade. Louis XI devenu roi l'avait toujours tenu en suspicion[395],
et avec de semblables dispositions, la nomination d'Alain de Cotivy
ou du cardinal d'Avignon, comme on l'appelait, aurait
vraisemblablement provoqu entre le Saint-Sige et la Cour de France
un conflit brutal, comme il advint quelques annes aprs  la suite de
la promotion  la lgation de Jules de la Rovre.

  [393] Mas Latrie, _Chronologie_, p. 1382.--Cf. Nouguier, _Hist.
  des vques d'Avignon_, pp. 178, 179, 180, donne la date 1438.

  [394] Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 219.

  [395] Voy. Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, t. I, p.
  114. Louis dit de lui: le cardinal d'Avignon qui en toutes
  choses et mesmement en ceste-cy se montre si fort nostre ennemy.
  Il assiste en 1456  l'entrevue qui eut lieu entre le roi et les
  envoys du dauphin, Gabriel de Bernes et le prieur des Clestins
  venant justifier le dauphin. Alain de Cotivy reprsentait
  Charles VII. De Beaucourt, VI, p. 86.--Il mourut  Rome le 22
  juillet 1474.

Paul II comprit trs certainement le danger d'un choix aussi
hasardeux, et pour couper court  toute nouvelle sollicitation, il fit
savoir le 14 janvier 1465[396] qu'il venait de dlguer, pour remplir
l'intrim de la lgation d'Avignon, Constantin de Hrulis, vque de
Narni, recteur du Comtat, prlat d'une grande science, dou de toutes
les vertus chrtiennes et confident du pape. Le bref qui portait cette
nomination  la connaissance des Avignonnais fut reu avec la plus
grande satisfaction, et on en comprend les motifs.

  [396] Le bref est du 14 janvier 1465; il fut donc crit le jour
  avant la seconde lettre de Louis XI aux consuls, mais il ne leur
  parvint que postrieurement, alors que d'Ortigues n'avait pas
  encore quitt Avignon. Quant  Antoine Symonis, en arrivant 
  Lyon, au retour de son ambassade  la Cour, il reut l'ordre de
  suspendre son voyage  Rome et de rentrer  Avignon. _Reg. des
  Conseils_, III, fol. 138.

Sollicits d'un ct par le roi de France, craignant de l'autre de
dplaire au pape, ils se trouvaient ainsi dlivrs de la lourde
responsabilit qui leur incombait en cette occasion. Le bref
pontifical fait savoir aux Avignonnais que le Saint Pre a t avis
de la prsence au palais d'Avignon de Pierre de Foix et de Jean,
vque d'Acqs, et de la teneur des ngociations engages entre les
citoyens et les hritiers du cardinal. Il loue l'activit, la prudence
et le zle des habitants et leur dvouement au Saint-Sige. Il les
avise en mme temps qu'il vient de nommer lieutenant et gouverneur de
la ville et autres lieux appartenant  la sainte glise l'vque de
_Narni_, jusqu' l'arrive du lgat qu'il se proposait d'envoyer
ultrieurement. Enfin, comme conclusion, Paul II engage les
Avignonnais  prvenir Pierre de Foix et Jean, l'vque d'Acqs, qu'ils
aient  vacuer sans retard le grand palais et  le remettre aux mains
de l'vque de Narni: Vobis prcipimus et mandamus ut episcopum et
Petrum prdictos omni studio inducatis ut palatium nostrum quod ab eis
teneri accepimus, dicto episcopo Narniensi sine dilatione
consignent[397].

  [397] Bref du 14 janvier 1465.--Arch. dpart., B. 4.

La question de la possession du grand palais, ancienne rsidence des
papes, tait grosse de difficults. Pierre de Foix, l'vque d'Acqs,
et les Gascons arms faisaient bonne garde et refusaient de se retirer
mme devant la force. C'tait malheureusement une tradition parmi les
lgats qu' chaque dcs du reprsentant du Saint-Sige  Avignon, ses
hritiers et successeurs refusaient de rendre le palais aux ordres
venus de Rome. mu de cette situation et pour obvier  un nouveau
scandale, le conseil de ville avait donn pour mission complmentaire
 d'Ortigues (1464), de demander  Sa Saintet qu'elle ft dfense
formelle,  l'avenir,  ses lgats, d'habiter le grand palais, mais
qu'elle voult bien dsigner un capitaine noble et un citoyen de la
ville qui seraient chargs de la garde du palais, avec les moluments
que Sa Saintet fixerait elle-mme,  percevoir sur les revenus de la
chambre apostolique d'Avignon[398].

  [398] Instructions de la ville  d'Ortigues envoy  Rome (1464),
  _Dossier des Ambassades_, srie A.A. Dlibrat. du Conseil du 26
  janvier 1465; _Reg. des dlibrat._, III, fol. 138.

C'tait de la politique habile de ne dsigner qu'un lgat d'un
caractre temporaire comme l'vque de Narni[399]. Paul II laissait
ainsi  Louis XI l'espoir de lui donner bientt satisfaction et lui
crivait en mme temps une lettre d'un caractre tout pacifique,
exposant les raisons qui l'avaient amen  dlguer  titre provisoire
l'vque de Narni. Le souverain pontife, par un nouveau bref du 17
fvrier 1465, tout en remerciant les Avignonnais de leur dvouement et
de leur fidlit, leur faisait savoir qu'il avait confiance dans
l'esprit religieux et catholique du roi de France, pour tre certain
que la tranquillit de ses tats ne serait point trouble. Il ajoutait
qu'en agissant comme il l'avait fait, il n'avait eu d'autre pense que
de sauvegarder l'honneur du Saint-Sige, le gouvernement des tats de
l'glise et le repos de la papaut[400]. Il recommandait  nouveau 
la ville de livrer immdiatement le palais  son reprsentant. Les
ngociations entames avec les hritiers du feu cardinal de Foix
furent laborieuses et difficiles. Enfin, aprs de nouveaux
pourparlers, les prlats installs dans le palais s'engagrent par
devant notaire[401], le 2 mars 1465,  remettre purement et simplement
le palais apostolique au pape Paul II ou  son dlgu. Ils quittrent
Avignon dans les premiers jours de mars et le conseil dlibra le 4
dudit mois, d'accompagner Pierre de Foix jusqu'en dehors des
murailles et de lui prsenter au nom de la ville une bote d'or 
drages du poids de 15 marcs d'argent, laquelle cota 112 cus, en le
priant de protger la ville tant auprs de son pre que des princes
dont il se trouvait l'alli[402]. Le 9 fvrier 1465, le cardinal Alain
de Cotivy[403], vque d'Avignon, rpondant  une lettre que les
consuls de cette ville lui avaient adresse  Rome, le 13 janvier
prcdent, les flicite de ce que le palais apostolique est revenu au
pouvoir du souverain pontife, chose qui lui a t trs agrable car
cela a fait qu'il n'y a plus eu qu'un seul troupeau et un seul
pasteur.

  [399] Dans un acte du 16 dcembre 1465, l'vque de Narni
  s'intitule: _Rector Comitatus Venayssini et in Civitate
  Avenionensi pro eodem domino nostro Pap gubernator ac generalis
  locum tenens_.--Cf. Chambaud, _Recueil mss. sur Avignon_, fol.
  52;--Protocole de Girard, notaire d'Avignon, fol. 214.

  [400] Bref du 17 fvrier 1465.--Arch. dpart., B. 4.

  [401] Protocole de Jacques Girard, notaire  Avignon, ct Q.Q.,
  fol. 22, 23.

  [402] Arch. municip., Dlibrat. du Conseil du 4 mars 1465. fol.
  141.

  [403] Lettre origin. aux consuls, Arch. municip., srie A.A.

Les vises de Louis XI, sur l'administration intrieure des
domaines du Saint-Sige, se trouvaient cette fois encore djoues;
mais avec cette tnacit et cette persvrance qui caractrisent sa
politique, l'habile monarque ne considrait pas la partie comme
perdue et il allait prendre sa revanche en mettant en avant pour la
lgation vacante la candidature de son parent, Charles de Bourbon,
archevque de Lyon[404].

  [404] Constantin de Hrulis avait t nomm recteur du Comtat en
  1460 (_Cottier, Hist. des Recteurs_, p. 133). Quelques
  historiens, notamment Nouguier (_Hist. des vques d'Avignon_),
  font succder directement le cardinal de Bourbon  Pierre de
  Foix. Il y a l une erreur grossire, dmentie par les documents.
  On trouve, en effet, aux comptes de la ville, anne 1466-1467
  (Comptes de la ville, C.C.) un mandat de 500 florins  Constantin
  de Hrulis, vice-lgat, pour ses trennes de la Nol. Enfin,
  c'est le mme personnage qui, de 1464  1470, est charg de
  rgler les diffrends qui s'taient produits entre les officiers
  du roi et les habitants d'Avignon  propos de la fraude du
  sel.--Voy. Arch. des Bouches-du-Rhne, _Reg. de la Cour des
  Comptes_, B. 1200.




CHAPITRE VI

Louis XI et le conflit avec Jules de la Rovere.

L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses consquences.

  Vacance de la lgation (1464-1470).--Agissements de Louis XI pour
    faire nommer  la lgation d'Avignon l'archevque de Lyon,
    Charles de Bourbon.--Satisfaction accorde au roi de
    France.--Conditions dans lesquelles Charles de Bourbon est
    pourvu de la lgation (1470).--Engagements du roi et du lgat
    vis--vis du Saint-Sige.--Rvocation des pouvoirs du cardinal
    de Bourbon (13 mars 1476).--La lgation est donne  Jules de
    la Rovre, neveu de Sixte IV.--Mcontentement de Louis
    XI.--Origines du conflit.--Occupation du palais
    apostolique.--Les reprsentants du lgat
    assigs.--Intervention militaire de Louis XI (avril-mai
    1476).--Entrevue de Lyon (juin 1476).--Les Avignonnais prtent
    serment de fidlit au roi de France (26 juin 1476).--Succs de
    la politique royale.--Consquences de l'entrevue de Lyon pour
    les sujets du Saint-Sige et pour le cardinal de Saint Pierre
    ad Vincula.--Son retour  Rome (octobre 1476).


La vacance de la lgation, aprs la mort du cardinal de Foix, tait
pour Louis XI un encouragement  renouveler ses instances auprs du
pape Paul II, en vue de le faire revenir sur son refus de pourvoir de
cette charge le frre du marchal d'Armagnac. Le roi n'y manqua pas.
En effet, fort de la promesse de Pie II[405], Louis XI fit partir
pour Rome une ambassade extraordinaire vers la fin de 1465 ou au
commencement de 1466[406]. Les envoys du roi avaient pour mission de
rappeler  Paul II toutes les dmarches et sollicitations dont son
prdcesseur avait t l'objet en faveur de l'archevque d'Auch: Erit
ipsis oratoribus cura prcipua ne tot preces ac totiens pro
archiepiscopo auxitano ad legationem avinionensem profus cadant
incassm, dicentque pontifici quid tranquillitas illius provinci,
quid altitudo regis, quid conditio temporum, quid pollicitatio Pii
(Pie II) pontificis flagitant[407]. Infructueuses restrent les
dmarches de Louis XI, qui, ds lors, parat avoir abandonn  son
mauvais sort la candidature du frre de son ami le marchal. Mais il
ne renonait pas pour cela  l'ide de faire prvaloir sa volont 
Rome. La mme anne, en effet, il adressait aux tats du Venaissin une
longue missive[408] pour leur recommander, comme personnage trs apte
 la lgation, un prlat de sang royal, Charles de Bourbon, archevque
de Lyon, frre du duc de Bourbon et d'Auvergne,  qui Louis donna le
gouvernement du Languedoc: Nous avons j par trois fois escript 
nostre saint pre le pape, affin quil vueille pourveoir  la dicte
legacion et administration de Avignon et conte de Venysse, de la
personne de nostre dit cousin comme de la personne que nous povons
cognoistre ad ce plus utile et proffitable, et pour conserver et
tenir en bon estat le fait et les droiz du Saint-Sige appostolique
par deca et les subgectz estans soubz le patrimoine des diz ville et
cont plus requise et ncessaire[409]. Aprs avoir fait de son cher
et bien aim cousin un loge auquel contredisent plusieurs
contemporains[410], le roi les avisait que cette candidature tait
dsormais la sienne,  l'exclusion de toute autre et pour ce quelque
chose que nous pourrions avoir escript pour et en faveur d'aultruy.
C'tait, on le voit, une renonciation absolue  son ancien protg
l'archevque d'Auch. Dans cette lettre, comme dans celles qu'il avait
adresses aux Avignonnais en pareille occurrence, Louis XI cherchait 
mettre dans son jeu le crdit dont les Avignonnais et les Comtadins
disposaient  Rome pour assurer le succs de ses vues politiques:
Vous priant que y vueillez tenir la main de vostre part et, par
votre ambassade, en escrire  nostre dit saint pre, en la faveur de
nostre dit cousin, et tellement que doresnavant vous en doyons avoir
en plus grant amour et benivolence, laquelle vous pourrez avoir et
entretenir de bien en mieulx[411]. En mme temps qu'il sollicitait la
recommandation des Avignonnais, en faveur de son parent, Louis XI
envoyait comme ambassadeur  Rome Charles de Bourbon, avec mission de
se prsenter au pape, qui l'aura pour recommand et le prfrera
comme personnage qui est bien en tel cas  prfrer  touz autres
prlatz qui en pourroient faire poursuite[412]. Le roi avait adjoint
 l'archevque de Lyon, comme compagnon de route, Thibaud de
Luxembourg, vque du Mans, avec pouvoirs donns par lettres dates
d'Orlans, du 19 octobre 1466[413]. On voit, par le rapprochement des
dates, que l'habile monarque comptait sur l'effet produit par les
lettres des Avignonnais sur l'esprit de Paul II, pour assurer le
succs de sa mission. L'ambassade devait: 1 rappeler au nom du roi, 
Paul II, son respect pour la papaut depuis sa jeunesse, en lui
faisant savoir qu'il regrettait que son pre ne se ft pas mieux
comport  l'gard du Saint-Sige; 2 montrer comment, pour tre
agrable au souverain pontife, Louis XI avait, contre l'opinion de
tout son royaume, aboli la pragmatique sanction; 3 tmoigner de sa
pleine et entire obissance au Saint-Sige et donner comme preuve la
rvocation des dits et prohibitions rendus  Poitiers; 4 le roi
demande qu'en considration de ses services Sa Saintet veuille
pourvoir  certaines glises du royaume de France, jusqu' vingt-cinq
 son gr[414]; 5 enfin, Louis XI terminait par un expos sommaire
des obligations que l'glise et le Saint-Sige avaient  la royaut.
Cette ambassade marquait d'une faon trs apparente les dispositions
bienveillantes de la Cour de France et son dsir de voir appeler 
l'administration d'Avignon et du comt l'archevque de Lyon. Mais les
envoys du roi quittrent Rome sans emporter autre chose que des
promesse vagues et dilatoires.

  [405] Paul II avait succd  Pie II le 31 aot 1464.

  [406] _Documents indits de l'Histoire de France_, publis par
  Champollion-Figeac, II, p. 408.--L'auteur assigne cette date
  parce qu'il est dit dans l'art. 3 que le royaume de France fut en
  conflagration cette anne-l (Ligue du bien public).--_Id._, p.
  406, not. 1.

  [407] _Documents indits de l'Hist. de France_,
  Champollion-Figeac, II, p. 408.

  [408] Lettre de Louis XI aux consuls, V. _Lettres de Louis XI_,
  III, 98, 100.

  [409] Cette lettre, tire des Archives de Vaucluse, srie A.A.
  commun, no 130, a t donne par Charavay et Vaesen, III, pp. 98,
  100. Elle est date de Mehun sur Loyre, le 10 octobre (1466?).

  [410] Charles de Bourbon tait n en 1435.--A peine g de 11
  ans, il fut promu  l'archevch de Lyon par le pape Eugne IV,
  et, en attendant l'ge canonique, il se contenta du titre de
  protonotaire apostolique (Fisquet, _La France pontificale,
  Mtropole de Lyon_, p 366). Confirm dans cette haute dignit
  ecclsiastique par Eugne IV, le 14 novembre 1446, il prit
  possession de son sige le 26 mars 1447, par son vicaire Jean
  d'Amanz, mais il ne commena  exercer son ministre qu'en 1466.
  (_Gallia Christiana_, IV, 177, 179;--_Lettres de Louis XI_, III,
  p. 75). Il prit d'abord parti contre Louis XI dans la guerre de
  la ligue du _Bien public_, puis se rconcilia avec le roi. Sacr
  archevque de Lyon en 1470 par l'archevque de Bourges, Jean
  Cuer, fils de Jacques Cuer, il fut parrain du dauphin (le futur
  Charles VIII) et assista  l'entrevue de Pecquigny (Aubry, _Vie
  des Cardinaux_, p. 468), (_Chronique scandaleuse de Jean de
  Troyes  l'an 1476_, p. 254).

  Charles de Bourbon fut nomm lgat d'Avignon en septembre 1470
  (_Le Muse des arch. nation._, p. 290, no 508, donne par erreur
  1465). Promu vque de Clermont, il prend possession de ce sige
  par procureur le 10 mars 1476, et est cr cardinal du titre de
  Saint-Martin des Montagnes, le 18 dcembre 1476 (Aubry, _id._, p.
  569;--Mas Latries, p. 1208), dans la mme promotion que Pierre de
  Foix le jeune. Il mourut  Lyon le 17 dcembre 1488 (_Gallia
  Christ._, IV, p., 179, Fisquet, _id._, _Mtropole de Lyon_, p.
  371). Quoi qu'en dise Louis XI, qui rappelle dans sa lettre
  carissimo et amatissimo cosino (_Lettres de Louis XI_, III, p.
  112), Charles de Bourbon avait des moeurs peu difiantes. Il
  laissa une fille naturelle. Louis XI l'avait donn  douard IV
  comme confesseur, aprs la paix de Pecquigny (1474) comme celui
  qui l'absoudrait volontiers, sachant bien que le cardinal tait
  bon compagnon (Commynes, IV, chap. x).--Voy. pour Charles de
  Bourbon, Pricaud an, _Rev. du Lyonnais_, IX-X, 1855, p.
  37.--Cf. _Hist. de la Maison de Bourbon_, par de La Mure, dit.
  Chantelauze, II, pp. 395 et suiv.--Il est bon d'ajouter que ni de
  La Mure, ni Pricaud, ni Chantelauze n'ont connu le rle du
  cardinal de Bourbon comme lgat  Avignon.

  [411] _Lettres de Louis XI_, III, pp. 98, 100.

  [412] _Id._

  [413] Biblioth. nat., mss. lat., 9071, fol. 35.

  [414] Raynaldi, _Annales_, vol. XIX.--ann. 1466, 19 octobre, et
  Bibl. nat. mss. lat., 9071, fol. 35.

Les Avignonnais essayrent-ils quelque dmarche en vue de complaire
aux dsirs exprims dans la lettre royale? Les registres du conseil
n'en portent aucune trace. Mais nous constatons que le retard apport
par la curie romaine  la nomination de Charles de Bourbon, n'altre
en rien les bons rapports existants. Le 17 juin 1468, la ville
d'Avignon envoya, avec un grand concours de citoyens, les consuls
saluer au dbarcadre du Rhne, Blanche-Marie Visconti, pouse de
Franois Sforza, duc de Milan et de Gnes, que Louis XI ne rputait
pas seulement soeur, mais fille[415]. Nous savons que tout ce que
vous avez fait, leur crivait-elle de Beaucaire, l'avez fait pour
l'onneur du Roy.... nous luy en escripvons en l'en remerciant et
scavons qu'il en scaura  tous ceulx de la ville tres grand gr et
nous vous offrons que s'il est chose en quoy nous puissions pour le
temps  venir faire plaisir  toutz de la dite ville, soit en gnral
et en particulier, que nous le ferons de tres bon cuer[416].

  [415] _Lettres de Louis XI au duc de Milan_, Charavay et Vaesen,
  III, p. 243.

  [416] Arch. municip., _Reg. des Conseils_, du 17 juin 1468, t.
  III, fol. 200. Bonne de Savoie tait soeur de Charlotte, reine de
  France. Elle pousa, le 9 mai 1468, Galas-Marie Sforza, fils de
  Franois Sforza. Le mariage fut bni par le cardinal La Balue et
  en prsence de Charles de Bourbon. Voy. Duclos, _Hist. de Louis
  XI_, V;--Pricaud, _Rev. du Lyonnais_, IX, X, p. 369;--_Lettres
  de Louis XI_, II, p. 222, note.

  Vers la mme poque, Louis XI ayant recommand deux personnages,
  Montnart (?) et Bazille, s'en allant  Avignon, les consuls
  rpondent qu'ils n'ont aucune nouvelle de Bazille; quant 
  Montnart, il avait quitt la ville aprs une maladie trs grave
  et depuis on tait sans nouvelles de lui. En faisant rponse au
  roi ils ajoutaient: Pourtant sur ce autre chose est en quoy tant
  en commun que en particulier puissions vostre dicte Magest
  servir et complaire, en le nous notiffiant, le ferons de tout
  nostre petit pouvoir et de tres bon cueur a l'ayde de nostre
  seigneur le quel tres haut et tres chrtien prince et tres
  redoubt seigneur vous doint bonne et longue vie et le
  accomplissement de voz tres haultz et tres nobles dsirs[417].

  [417] Escript en Avignon le pnultime jour de mars 1468.--Orig.,
  Biblioth. nat., ancien fonds fran., mss. no 2896.

Divers actes de Louis XI montrent nanmoins que la candidature de
l'archevque de Lyon tait toujours l'objet de ses proccupations.
Dans une lettre du 21 aot 1469,  Falco de Sinnibaldi, envoy du
Saint-Sige, s'en retournant  Rome, Louis XI recommande, pour le
chapeau de cardinal, l'ancien compagnon de voyage de Charles de
Bourbon, Thibaud de Luxembourg, vque du Mans, et on trouve cette
phrase caractristique: Je le vous obliay  dire, quant je vous
recommande le fait de la lgation d'Avignon[418]. Et pour tant que
j'ay singulire confiance en vous et que vous emploirez voulentiers 
conduire les matires pour les quelles nos diz ambassadeurs s'en vont
par dela, mesmement en celles que cognoistrez que jay au cueur, je
vous prie tant acertez et affectueusement comme je puis et surtout le
service que faire me desirez que vous vueillez tellement emploier 
tenir la main de vostre part envers Nostre dit Saint-Pre que la
chose sortisse  ceste fois son effet.

  [418] Charavay et Vaesen, _Lettres de Louis XI_, IV, p. 25. Falco
  de Sinnibaldi avait t envoy comme lgat en France, par une
  bulle du pape Paul II, date des kalendes de juin 1470.--Arch.
  vatic., _Reg. Cur._ 540 (Paul II). Au moment de l'arrive du
  lgat, Louis XI, gravement malade, faisait cadeau  Paul II d'un
  calice en or du poids de 24 livres, qui devait tre plac 
  Saint-Jean-de-Latran et ne pouvait tre alin (aot 1470). _Reg.
  vatic. Cur._, no 540.

L'influence de Sinnibaldi fut probablement de quelque poids sur la
dcision de Paul II, qui donna enfin la lgation d'Avignon  Charles
de Bourbon (septembre 1470), mais  titre absolument provisoire et
avec les rserves dont Louis XI donne acte au Saint-Sige dans une
lettre en latin, donne  Amboise, le 26 septembre 1470, la seule de
ce monarque que renferment les archives du Vatican[419]. Mais dj
temporaire et rvocable, la provision de l'archevque de Lyon se
trouvait singulirement menace par la mort de Paul II et l'exaltation
de Sixte IV.

  [419] Charavay, _Arch. des Miss. scientif. et littr._, pp. 445
  et suiv., srie III, vol. VII, anne 1881.--Ludovici Francorum
  regis juramentum quod Carolus ejus consanguineus et a Pontifice
  avinionensis legatus designatus justitiam administrabit et ad' S.
  S. bene placitum in ea legatione manebit.--Arch. vatic., _26
  septembre 1470_, et _Arm._ 35, 20, 4, p. 208, et 12 juin 1472,
  _Arm._ 35, 20, 8, pp. 416, 417.--Litter Ludovici Francorum
  Regis cum ejus Sigillo cereo in quibus jurat se facturum quod
  Carolus Archiepiscopus Lugdunensis Civitatis Avinionensis et
  Comitatus Legatus a Paulo II constitutus fideliter legationem
  administraret illamque ad Pontificis requisitionem dimittat.
  _Arm._, II. Cap. III.--Arch. du Chteau-Saint-Ange, _Indice
  chronologice_ (394, 1539).

En 1471, Louis XI et Sixte IV qui, sans tre en rapports tendus
jusqu'alors, se tenaient sur une rserve prudente, se rapprochent
parce qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Le pape voulait l'appui du
roi pour une croisade; Louis XI comptait sur le Saint-Sige pour
rgler l'affaire de la Balue et faire refuser  son frre, Charles de
Berry, la dispense ncessaire en vue d'pouser Marie de Bourgogne. Ce
rapprochement amena Sixte IV  se montrer plus traitable sur la
question de la lgation d'Avignon qui n'avait t, comme nous l'avons
vu, confie qu' titre provisoire par Paul II  l'archevque de Lyon.
Louis XI envoie, le 4 novembre 1471,  Sixte IV messire Guillaume
Compaing, archidiacre d'Orlans, et matre Antoine Raquier, notaire,
afin de conclure avec le pape un trait contre tous leurs ennemis
communs. Dans cette ambassade il est encore question d'accorder 
l'archevque de Lyon, de la maison de Bourbon, la lgation d'Avignon,
avec le chapeau de cardinal[420].

  [420] _Collection Legrand_, XIV, fol. 228 et suiv.--Mss. Bibl.
  nat.--Cf. Vast, _Le cardinal Bessarion_, p. 408.--Vaesen,
  _Lettres de Louis XI_, V, p. 2, not. 1.

Sixte IV ratifia le choix de son prdcesseur avec les mmes rserves,
auxquelles durent souscrire par acte sign le roi de France et son
protg, Charles de Bourbon. La lettre royale, qui reproduit les mmes
termes que celle du 26 novembre 1470, fut donne pour Sixte IV 
Saint-Florentin, le 15 juin 1472[421]. On voit, d'aprs ce document,
que l'archevque de Bourbon exerait la lgation d'Avignon et du
Venaissin avec le titre de lgat _a latere_ pour une dure qui tait
laisse  la convenance du pape et du Saint-Sige. Il promettait au
pape que ledit lgat s'acquitterait avec intgrit de sa charge et
rendrait bonne et prompte justice  tous les vassaux du Saint-Sige.
Il est  remarquer que pour la premire fois, sans doute  la suite
des grosses difficults qu'avait souleves l'occupation du palais
apostolique  la mort du cardinal de Foix, l'obligation tait faite au
lgat de rendre le palais avec tous les droits et prrogatives
attachs  sa charge, soit au pape vivant, soit  ses successeurs, 
premire rquisition et sans diffrer, avec toute la dfrence due 
la personne du souverain pontife. Nous possdons galement, grce 
la copie donne par Fornry[422], le texte de l'engagement jur par
Charles de Bourbon, le 4 juillet 1472. Les conditions numres
ne font que reproduire celles dj relates dans la lettre royale.
Il s'engageait  remettre entre les mains de Sa Saintet ou de
ses successeurs le palais, avec tous droits, sous peine
d'excommunication et de parjure, sans contestation et sans
attermoiement[423].

  [421] Copie d'aprs Fornry, _Hist. eccls._, mss., _Preuves_,
  fol. 438.

  [422] Fornry, B. d'Avignon, mss. I, fol. 439 et vo., et Mss. de
  Carpentras, fol. 830.

  [423] Cum pallatio omnibusque juribus et pertinentes suis
  assignabo omnique tempore sub excommunicationis lat sententi
  atque parjurii pnis si contra fecero. Datum Lugduni die 4
  Mensis julii, Anni Domini 1472.--Cf. _Rponse aux Recherches
  historiques concernant les droits des Papes_, par Agricol Moreau,
  p. 129, no X.

Bien que pourvu officiellement de la lgation, Charles de Bourbon ne
se pressa pas de prendre possession de son sige, qu'il n'occupa du
reste que d'une faon trs irrgulire. Annonc ds le mois d'octobre
1470[424], aux consuls d'Avignon par une lettre de Guillaume de
Chlons, prince d'Orange, le lgat ne se prsenta pour occuper sa
charge en personne qu'au mois de novembre 1473. La ville, pour fter
son arrive, envoya au devant de sa grandeur un brigantin manoeuvr
par douze hommes, qui devait remonter le Rhne jusqu'au
Pont-Saint-Esprit, en mme temps qu'une ambassade, compose des
consuls et notables de la ville, allait  cheval  la rencontre du
lgat jusqu'au mme point. Le 11 novembre 1473 l'archevque de Lyon,
descendant le Rhne sur le brigantin envoy par la ville, prit terre
 quelque distance de la ville et s'installa au chteau du Pont de
Sorgues avant d'occuper le grand palais[425].

  [424] Arch. municip., srie A.A.--Lettre de Guillaume de Chlons
  aux consuls, 7 octobre 1470.

  [425] Comptes de la Ville, 1473, 1474. Mandats no 88 et no 96,
  srie C.C.

Dans la pense du pape, le caractre rvocable de la provision donne
 Charles de Bourbon laissait-il entrevoir un remplacement  brve
chance, ou mieux encore Sixte IV fut-il, dans cette circonstance,
l'instrument docile de son neveu, le clbre Jules de la Rovre, que
Jean de Serres appelle instrument fatal des maux de l'Italie et
ailleurs puissant d'amis, de rputation, de richesses, naturel
farouche et terrible, inquiet, turbulent, mais magnifique et grand
dfenseur de libert ecclsiastique[426]? Il est difficile de se
prononcer. Jules de la Rovre avait t appel  l'vch de
Carpentras lorsque,  la mort d'Alain de Cotivy, en 1474[427], il fut
transfr au sige d'Avignon que Sixte IV, par affection pour son
neveu, rigea en archevch par bulle du 22 novembre 1474[428], avec
les vchs de Carpentras, de Cavaillon et de Vaison comme
suffragants, alors qu'ils ressortissaient prcdemment de l'archevch
d'Arles. Cette extension de l'autorit spirituelle de l'archevque
d'Avignon, sa parent avec le souverain pontife, en faisaient un
adversaire redoutable pour le lgat, dont il contrebalanait
l'influence: un conflit ne pouvait manquer de se produire lorsque,
sollicit sans doute par son neveu, Sixte IV, sans penser aux
consquences d'une pareille mesure, rvoqua la facult accorde 
Charles de Bourbon[429] et lui substitua son neveu Jules de la Rovre,
par bulle du 13 mars 1475. Quelques auteurs ont prtendu que les
pouvoirs confrs au nouveau lgat taient plus tendus que ceux de
son prdcesseur; que son autorit devait se faire sentir jusqu'
Lyon; qu'il voulait rtablir la suzerainet temporelle du Saint-Sige
sur la rive droite du Rhne[430]. Rien dans la bulle pontificale
n'autorise ces affirmations, et le texte mme du document est conforme
aux formules adoptes en pareil cas par la chancellerie
pontificale[431]. Depuis le XIIIe sicle les lgats reprsentant 
Avignon le Saint-Sige avaient toujours port les mmes titres, qui
n'taient qu'une formule consacre de diplomatique sans effet dans
l'exercice de leurs fonctions. Du reste, les parlements se montraient
d'une rigueur impitoyable quand il s'agissait de l'enregistrement de
la bulle, et ils n'auraient pas tolr un empitement sur les droits
du pouvoir laque.

  [426] Jean de Serres, _Liv. cit., passim_.

  [427] Nouguier, _Hist. chronolog. des vques d'Avignon_, pp.
  180, 181.

  [428] Origin., Arch. municip., B. 36, no 20.--Nouguier, _Liv.
  cit._, pp. 180 et suiv.

  [429] Venerabilem fratrem nostrum Carolum archiepiscopum
  Lugdunensem in nostris civitate Avenionensi et Comitatu
  Venayssino ac in illis adjacentibus provinciis civitatibus et
  locis pro Roman Ecclesi gubernatorem et vicarium dudum
  appellatum ab ejusdem sibi commisso gubernationis et vicariats
  officio commissam facultatem revocamus. Massillian, _Rec. des
  Chartes_, vol. XXXI, fol, 393 et seq., mss. Biblioth. Avignon.

  [430] Legeay, _Hist. de Louis XI_, II, pp. 200, 181.--Cf.
  Cottier, _Hist. des Recteurs_, 142, 143.--_Recueil des
  Ordonnances_, XVIII, p. 196, not. C.--Duclos, _Hist. de Louis
  XI_, II, p. 227.

  [431] Jules de la Rovre s'intitule dans un acte de 1476
  _Julianus Sancti Petri ad Vincula Sacrosanct Ecclesi Roman
  presbyter Cardinalis in Civitate Avenionensi et Comitatu
  Venayssino nonnullisque aliis provinciis Civitatibus et locis ac
  terris illis adjacentibus apostolic sedis legatus de latere_.
  Arch. municip,. B. 65, no 73, Cott. A.A.A.A.

Il y a l, selon nous, une confusion de la part des historiens, qui
ont trait la question sans la bien connatre, et dont nous allons
donner l'explication. L'archevque d'Avignon avait juridiction sur
tous les sujets royaux fixs dans les limites de son diocse[432]; or,
en ajoutant au diocse du nouvel archevque les vchs de Cavaillon,
de Valras et de Vaison, Sixte IV donnait par le fait, au sens propre
du mot,  son neveu des pouvoirs plus tendus. Voil ce qu'il faut
entendre par cette phrase qui se retrouve dans Duclos, dans Legeay et
les autres. C'est sans doute cette extension d'attribution qui motiva
les plaintes de Charles de Bourbon au roi, car on ne comprendrait pas
qu'il s'agt des attributions de Jules de la Rovre, lgat, alors que
la provision de ce dernier ne fut dlivre qu'en mars 1475[433]. Or,
ds le mois de janvier 1475, Louis XI, mcontent des agissements du
pape, avait pris plusieurs ordonnances rigoureuses  l'adresse du
Saint-Sige. Une premire ordonnance du 8 janvier 1475[434] instituait
une commission pour examiner les bulles, brefs et rescrits pontificaux
qui seraient contraires aux immunits et privilges du royaume de
France et en dfendait l'enregistrement. En vue de la dfense des
liberts de l'glise gallicane le roi soumettait au _placet_ tous
les actes pontificaux. En outre, sans doute pour effrayer Sixte IV,
Louis XI fit crire  tous les vques de France pour leur dire qu'ils
ne devaient pas quitter leur rsidence, et ce, sous peine de
confiscation et de privation du temporel[435].

  [432] Voy. notamment p. 359. _Cart. de l'Archevch_, t. III,
  fol. 108.--_Rec. mss._, Massilian, fol. 66, vo.

  [433] Pastor, _Hist. de la Papaut_, IV, pp. 296, 297.

  [434] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, p. 169.--Cf. Pastor, _Hist.
  de la Papaut_, IV, pp. 290, 297.

  [435] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, p. 168.

En mme temps, Louis XI, pouss secrtement par son alli, Laurent de
Mdicis, provoque une agitation anti-romaine et parle de la prochaine
tenue d'un concile gnral pour la rforme de l'glise et l'lection
rgulire d'un pape  la place du pontife, dont la nomination tait
entache de simonie. Il cherche  gagner  sa cause l'empereur
Frdric[436].

  [436] Pastor, _Liv. cit._, IV, p. 296.

La bulle pontificale du 21 novembre 1474 tait sans contredit un acte
d'indpendance de la curie romaine et attentatoire aux liberts de
l'glise gallicane, en ce sens qu'elle portait modification des
circonscriptions ecclsiastiques du royaume de France, sans l'avis
pralable du roi. En effet, de ce chef, la province ecclsiastique
d'Avignon devenait indpendante de Vienne et d'Arles[437], et le
rattachement de l'vch de Vaison au diocse de l'archevch
d'Avignon tait une diminution de l'autorit de l'archevque de Vienne
et de Lyon primat de France. Bien que plus inclin aux ides
romaines que son pre Charles VII, qui professait plutt les ides
gallicanes, Louis XI ne pouvait dcemment rester indiffrent en
prsence des prtentions de Sixte IV dont la faiblesse expliquait cet
acte de npotisme. Si on ajoute  cette extension d'attributions
l'autorit que le nouvel archevque tenait de ses prdcesseurs, on
conviendra que l'archevque d'Avignon tait, sinon le suprieur, du
moins l'gal du lgat, qui devait dsormais compter avec lui. En
effet, depuis 1178, par privilge de Frdric II, empereur
d'Allemagne, l'vque d'Avignon tait coseigneur de Barbentane, et
avait juridiction temporelle sur ce port, une des principales escales
de la navigation du Rhne[438]. En outre, depuis le Xe sicle, ledit
vque possdait, comme fiefs temporels sur la rive droite du Rhne,
les localits ci-aprs avec leurs annexes: _Roquemaure_, _Trueil_ (de
Torcularibus), _Montfaucon_, _Saint-Ginis de Comolas_,
_Saint-Laurent-des-Arbres_, _Lirac_, _Tavel_, _Rochefort_, _Sazes_,
_Pujaut_ (Podium altum), _Sauveterre_, _Villeneuve_, _Les Angles_ et
_Saint-tienne-de-Candals_[439]. De tout temps et d'anciennet les
prdcesseurs arcevesques du dit lieu ont tout droit de justice et
juridiction ecclsiastique sur plusieurs nos subgectz, mananz et
habitanz de plusieurs villes, villaiges et places nous appartenanz
dedans nostre royaume estans du dit diocse et arcevesch, et ont
accoustum selon droit commun les dits arcevesques du dit lieu
d'Avignon, davoir toute juridiction cohercion et contrainte non
seulement sur iceulx habitanz des villes de nostre royaume mais aussi
de Provence, du conte de Venisse et dailleurs ou le dit droict se
estant[440]. Ces lettres patentes de Louis XI ne peuvent laisser
aucun doute sur la lgitimit des pouvoirs de l'archevque d'Avignon,
en tant que juge temporel desdits fiefs enclavs dans le royaume de
France. Or, dans de pareilles conditions, ou l'vque devait se
contenter d'une juridiction temporelle nominale, comme l'avaient fait
la plupart des prdcesseurs de Jules de la Rovre, ou, s'il voulait
prendre au pied de la lettre les droits qu'il tenait de ses fonctions,
il devait se prparer  vivre en tat de guerre avec les officiers
royaux, snchaux de Beaucaire, matres des ports de Villeneuve ou
leurs lieutenants, et le Parlement de Toulouse dont la rigueur tait
proverbiale. On comprend, en effet, que les sujets du roi, placs sous
la juridiction temporelle des vques d'Avignon et poursuivis pour
crimes ou dlits de droit commun, rcusassent la juridiction
temporelle de leur suzerain spirituel, pour chercher aide et
protection auprs des agents royaux et chapper ainsi  toute
pnalit. De l des conflits incessants, des protestations, et comme
conclusion, des lettres de reprsailles qui empchaient l'vque
d'exercer en toute libert son droit de juridiction.

  [437] Le P. Armand Jean, _Les vques et Archevques de France_,
  1682-1801; Paris, Picard, 1891, t. I, p. 49.

  [438] Arch. municip., Rhne et Durance, A, Invent.

  [439] _Notes chronolog. sur les villes, villages, paroisses,
  glises et autres lieux du diocse d'Avignon_, mss. de
  Massillian, t. I, Dom Vaissette, XII{2}, p. 154.--Les vques
  d'Avignon dlguaient gnralement un official forain charg de
  rgler les affaires ecclsiastiques dans la partie de la province
  du Languedoc qui ressortissait de l'archevch d'Avignon. On
  trouve, en _1614_, un arrt du Parlement de Toulouse maintenant
  dans ses fonctions _Thomas Duret_, qui en avait t charg par
  l'archevque d'Avignon, Etienne Dulcis. Arch. de la
  Haute-Garonne, _Invent. Parlement_, srie B, 329.

  [440] Lettres de Louis XI donnes  Thouars le 27 janvier 1481.
  Orig. _Cartul. de l'Archevch_, III, fol. 108.

Quant  la question de conflit  propos de certains territoires
riverains du Rhne, dont la dlimitation et les droits de pturage et
de bcherage taient contests entre les officiers royaux et le
reprsentant du Saint-Sige[441], Jules de la Rovre ne pouvait en
avoir la responsabilit, attendu que depuis longtemps des
dissentiments existaient entre le snchal de Beaucaire et de Nmes et
les officiers pontificaux. Des attaques  main arme avaient t
diriges par les snchaux de Beaucaire et de Nmes contre le terroir
d'Avignon, sous forme de reprsailles et de droits de marque, sous
prtexte d'une dette que les papalins auraient refus de solder 
Gabriel de Bernes, alors qu'il tait constant que la cit d'Avignon
n'avait jamais refus de se librer[442]. Enfin, la ville se plaignait
avec quelque apparence de raison que les officiers du roi
s'opposassent, par vexation,  la construction de pallires et
taudis sur la rive gauche du Rhne dont le courant imptueux ne
cessait de menacer les remparts et fortifications qui garantissaient
la scurit de la ville et de son territoire.

  [441] Il s'agissait des les d'Argenton, de Flesche, du Mouton,
  de Barusin, du Chteau-Sables, de la Barthelasse, du Contrat,
  _Invent._ A. Rhne et Durance. A la suite de l'entrevue de Lyon,
  Louis XI nomma une commission compose de l'archevque de Vienne,
  de Pierre Arivel, prsident du Parlement de Grenoble, et du
  Btard de Comminges et Jean de Moncade, juge-mage, pour rgler le
  diffrend, juin 1476. Arch. municip., B. 70.

  [442] Les Valperge ou Valpergue, d'origine lombarde (de Ropol
  prs Verceil) taient coseigneurs de Caumont. Gabriel de Bernes,
  seigneur de Ropol, rclamait  la ville 2,200 cus reprsentant
  le fonds et les arrrages de la pension qui lui tait due. Les
  consuls ayant refus de payer, les officiers royaux lancrent des
  lettres de reprsailles contre Avignon (juin 1475). Le 27 du mme
  mois, la ville s'acquitta d'une partie de la somme.--Cf.
  _Amplissima Collectio_, II, pp. 1509, 1511.--Dlib. du Conseil de
  ville du 21 juin 1475.

Les conflits entre riverains prirent mme, au cours de l'anne 1475,
un caractre tel de violence que le conseil de ville dcida d'en
rfrer au pape, avec menace des censures ecclsiastiques[443]. De
leur ct les officiers du Languedoc, dfenseurs des droits du roi,
maintenaient nergiquement leurs revendications et le juge-mage de
Beaucaire crivait  Jean Bourr, prsident des tats du Languedoc,
touchant l'occupation que ceulx d'Avignon veullent faire du Rosne et
des isles d'icelluy[444]. Il montrait pour le roi l'importance qu'il
y avait  conserver la possession des terrains limitrophes du fleuve
et des les voisines, et le bon droit que le roy a. Le 9 juillet
1475[445], Sixte IV adressait  Louis XI une nouvelle lettre plus
pressante, dans laquelle il l'engageait  donner des ordres immdiats
pour que ses officiers du Languedoc cessassent d'inquiter et de
molester les vassaux du Saint-Sige. Le roi de France n'ayant pris
aucune mesure pour donner satisfaction au souverain pontife, celui-ci
fulmina contre les officiers royaux une sentence d'excommunication (9
dcembre 1475)[446].

  [443] Arch. municip., _Reg. des dlibrat._, 19 juin 1475.

  [444] Dom Vaissette, XII{2}, _Preuves_, pp. 180, 181, 10 avril
  1475.

  [445] _Amplissima Collectio_, II, p. 1508.

  [446] 9 dcembre 1475. Arch. municip., B. 19, no 17.--Les
  conflits entre les rois de France et le pape  propos de la
  dlimitation de leurs droits sur les bords du Rhne durrent
  plusieurs sicles et donnrent lieu  d'interminables procs. En
  1430-1431, sous Eugne IV, le cardinal de Saint-Eustache fut
  charg de rgler le diffrend (Voy. Dom Vaissette, IX, pp. 1111,
  1112);--Chambaud, _Recueil sur Avignon_ (mss. I, fol. 164,
  165);--Mnard, _Hist. de Nmes_, III, pp. 179, 377,
  378;--Massillian, XXII, fol. 57, vo.--Voy. _Procs du Rhne_,
  mss., t. VI, fol. 150, 168, 169, 173.

  En 1430, un notaire royal ayant voulu instrumenter  Avignon,
  reut l'ordre de s'loigner, et, dtail curieux, il signa
  dsormais ses actes du milieu du lit du Rhne: _datum supra
  Rhodanum, in qudam barc ante turrim capitis pontis Vill-nov
  prope Avinionem_. Voy. _Procs du Rhne_, t. VI, fol. 154. Charles
  VI, par acte authentique de mars _1366_, avait reconnu au pape la
  possession du lit du Rhne jusqu' la chapelle de Saint-Nicolas
  (Arch. municip., Orig., B. 68, no 27), et lorsqu'il y avait des
  diffrends entre Avignonnais et sujets royaux, le conservateur des
  privilges apostoliques devait se transporter  cette chapelle et
  y rendre ses jugements (Voy. _Enqute sur le Rhne_, Arch.
  municip., B. 67, no 108); mais cette lgitimit de possession du
  souverain pontife tait trs frquemment conteste, et le
  Parlement de Paris dut intervenir pour trancher dfinitivement la
  question (Voy. Arch. nation., X{ta} 8605, fol. 95, Ordonnance du
  30 janvier 1443).

Ces explications taient indispensables pour montrer l'origine du
conflit  propos des limites du Rhne, au moment o Sixte IV allait
appeler son neveu  la lgation d'Avignon, et permettent de dmler ce
qu'il y a de fond dans les accusations portes par les historiens
contre Jules de la Rovre sur ce point. Lorsque donc, quelques mois
plus tard, le cardinal de Saint-Pierre aux Liens se rendit  Lyon pour
porter ses dolances  Louis XI, il ne faisait que lui exposer des
griefs dj anciens et qu'il n'avait en rien contribu  susciter.
Enfin, s'il se plaignait au roi de la svrit outre du Parlement de
Toulouse  l'gard des sujets pontificaux, lorsque quelque atteinte
tait porte par eux aux prrogatives royales, ces plaintes taient de
tout point fondes[447].

  [447] On peut juger par un exemple de cette svrit. En 1491
  (septembre), quelques habitants d'Avignon ayant dmoli les degrs
  d'une arche du pont (partie franaise), le matre des ports cita
  le lgat, les consuls et citoyens  comparatre devant le
  Parlement de Toulouse qui, par arrt du 7 septembre 1491,
  condamna lesdites personnes  rtablir les degrs dmolis et 
  payer au roi une amende de 400 livres. Les Avignonnais en
  appelrent  Charles VIII qui, par lettres patentes, donna
  suspension de l'excution de l'arrt. Le Parlement passa outre 
  l'ordre royal et dcida que l'arrt serait excut. Arch.
  municip., B. 64, no 36.

En ralit, toutes les explications donnes jusqu'ici, pour justifier
le mcontentement du roi du retrait de la lgation  Charles de
Bourbon, ne sont que de peu de poids et ne suffiraient pas pour rendre
plausible l'hostilit de la Cour de France et le parti pris de
recourir aux voies de fait contre le Saint-Sige dans la personne de
son lgat et dans son propre domaine. Ce que Louis XI ne pouvait
pardonner  Sixte IV, c'tait d'avoir manqu  ses engagements
vis--vis du roi et d'avoir port une grave atteinte  l'influence
franaise dans les terres qui confinaient  la Provence, au moment o
Louis XI esprait mettre la main sur l'hritage du roi Ren.
Dsormais, au lieu d'avoir  Avignon un reprsentant dvou  ses
intrts, la France allait se heurter  un ennemi habile, implacable,
que l'on accusait encore sans preuves d'entretenir avec le Tmraire
des intelligences secrtes, et de favoriser la cession des domaines de
la maison d'Anjou au duc de Bourgogne[448]. Tous les calculs
politiques de Louis XI se trouvaient ainsi djous, par suite de la
mauvaise volont du pape, et on comprend qu'il en conut une vive
irritation.

  [448] Ce sont les raisons donnes par Legeay, _Hist. de Louis
  XI_, II, p. 200.--Cf. abb Christophe, _Hist. de la Papaut au
  XVe sicle_, II, p. 248.

  Cependant l'administration du cardinal de Bourbon, ou plutt de
  ses reprsentants  Avignon et  Carpentras, n'allait pas sans
  quelques difficults. Absent depuis plusieurs mois du sige de sa
  lgation, l'archevque de Lyon avait dlgu comme lieutenant 
  Carpentras l'vque de Narbonne[449]. A Avignon, il avait
  constitu comme son fond de pouvoir douard de Messiaco, abb de
  l'Isle-Barbe (13 dcembre 1475). Les rapports entre le conseil de
  ville et les dlgus du lgat taient assez tendus par suite de
  quelques questions d'ordre local. Le reprsentant du lgat
  reprochait au conseil: 1 de n'avoir pas procd, comme le voulait
  la charte municipale de 1411, au renouvellement annuel des
  conseillers[450]; 2 de n'avoir pas vot au lgat le prsent
  annuel de 500 florins, qui selon la tradition lui tait offert la
  veille de la Nol[451]; 3 il se plaignait en outre de ce que des
  officiers avaient t crs directement par le Saint-Sige, sans
  autorisation du lgat; 4 de ce que les Florentins avaient obtenu
  du Saint-Sige une exemption, au mpris du lgat; 5 de ce qu'un
  bref apostolique avait interdit  l'vque de Narbonne de
  s'immiscer dans les affaires intrieures du Gouvernement[451].
  L'vque de Cavaillon se fit, auprs du conseil, l'organe de ces
  plaintes. Celui-ci, qui louvoyait entre les deux influences,
  dcida le 13 dcembre de surseoir  toute dcision jusqu'au retour
  des consuls et d'une partie des conseillers que la peste tenait
  pour le moment loigns de la ville. Quelques jours aprs,
  l'assemble municipale se runit (le 18 dcembre)[452] et la
  mutation des conseillers fut opre en prsence de l'abb de
  l'Isle de Barbe, dlgu du lgat, et par son ordre. Le 10 janvier
  1476, le conseil dcida de prendre des informations  Rome au
  sujet de la bulle concernant la mutation des conseillers, qu'une
  rature avait rendue suspecte de fausset, et o le mois prcdent
  on avait dlgu  cet effet Pierre Baroncelli comme ambassadeur
  extraordinaire[453]. Le 24 janvier, le conseil procde  la
  nomination des capitaines des paroisses, en vertu d'un bref que
  Pierre Baroncelli avait rapport de Rome avec des lettres de Jules
  de la Rovre, archevque d'Avignon. Il est probable que Baroncelli
  avait t charg par Jules de la Rovre d'une mission secrte pour
  le conseil et les tats, peut-tre de leur faire pressentir la
  prochaine venue du cardinal en qualit de lgat, car ds son
  arrive, et par ordre de l'vque de Carcassonne, Pierre
  Baroncelli avait t jet en prison. La ville dputa aussitt
  auprs de l'vque Pierre de Merulis, primicier de l'Universit,
  et Jean Martini, bourgeois, pour obtenir l'largissement de
  l'ambassadeur. D'autre part, le 3 fvrier, le conseil fit de
  pressantes instances auprs de l'abb de l'Isle Barbe dans le mme
  but. Sixte IV lui-mme, dans un bref menaant, informa les consuls
  qu'il avait donn l'ordre de relcher sans dlai Pierre
  Baroncelli[454], se rservant de faire chtier l'auteur de
  l'emprisonnement[455]. Le conflit tait dsormais invitable entre
  le Saint-Sige et son lgat  Avignon, et forcment la Cour de
  France allait tre amene  soutenir ce dernier contre le pape et
  contre son rival et successeur dsign, Jules de la Rovre. Louis
  XI, toujours  l'afft des desseins secrets de la Cour de Rome,
  s'efforait de provoquer une certaine agitation dans le clerg de
  France et parmi les cardinaux du sacr collge. Au mois de mars
  1476, pendant que Jules de la Rovre se rendait  Avignon, on
  trouva affiche  la porte de la basilique de Saint-Pierre une
  proclamation du roi de France enjoignant  tous cardinaux, prlats
  et vques de se trouver  Lyon, le 1er mai, afin d'y dlibrer
  sur la tenue d'un concile[456]. Une ambassade franaise fut mme
  envoye  Rome,  ce sujet, au mois d'avril 1476[457], mais Sixte
  IV refusa de la recevoir. Comme le fait justement observer Pastor,
  il y a une corrlation indiscutable entre ces tentatives de
  pression et d'intimidation que Louis XI cherchait  exercer sur
  les membres de l'glise et l'envoi en France de Jules de la
  Rovre[458]. Ce dernier avait quitt Rome le 19 fvrier 1476.

  [449] Cottier, _Not. sur les Recteurs_, pp. 142, 143.--Cf. abb
  Christophe, _Hist. de la Papaut au XVe sicle_, II, p. 248.

  [450] La charte communale de 1411 avait pos le principe du
  renouvellement annuel des conseillers par moiti; mais divers
  faits montrent que dans la pratique et depuis nombre d'annes on
  ne se conformait pas aux prescriptions de cette charte, puisqu'il
  est question de la subrogation de certains citoyens  des
  conseillers qui taient morts dans leurs fonctions. Le lgat ne
  faisait donc que demander le retour  la lgalit. Le 21 avril
  1476, Sixte IV approuve l'lection de deux conseillers  la place
  de deux qui taient morts.

  [451] _Amplissima Collectio_, II, p. 1514, _Epistol._ LXXX.

  [452] _Reg. somm. des dlibrat._, dcembre 1475.

  [453] _Reg. somm. des dlibrat._, janvier 1476.

  [454] _Reg. des dlibrat. du Conseil_, 1476.--Arch. muicip.,
  _Invent_.

  [455] Arch. municip., _Invent_. imprim.

  [456] Pastor, _Hist. de la Papaut_, IV, p. 298.

  [457] _Id._, IV, p. 298.

  [458] _Id._, IV, pp. 296, 297. Pastor fait remarquer avec raison
  que cette mission si importante de Jules de la Rovre en France
  est ignore de la plupart de ses biographes, notamment de
  _Brosch_ (IV, p. 298). Pour la premire fois, grce aux Registres
  du Conseil de la ville d'Avignon, nous avons pu reconstituer le
  rle et les agissements de Jules de la Rovre (de mars 
  septembre 1476) dans les affaires d'Avignon.

La guerre devenait ds lors invitable, et les partis commenaient 
s'y prparer. Le 12 mars 1476, le conseil est avis de la prochaine
venue de Jules de la Rovre  Avignon, mais l'assemble ignorait
encore la nouvelle, tenue secrte, du remplacement de l'archevque de
Lyon  la lgation. Celui-ci, mis au courant de ce qui se tramait 
Rome contre son autorit, avait pris les devants, et le 17 avril[459]
1476, on annonait l'arrive  Avignon, par le Rhne, d'une grande
barque charge de douze tonneaux de vin et de vingt  vingt-cinq
salmes de bl, destins  l'approvisionnement du grand palais. Avis
aussitt, le conseil dcide que le tout sera mis en entrept et en
lieu sr, _attendu que cette affectation de se servir d'une voie
trangre pour les denres dont il a besoin ne fait rien augurer de
bon pour la ville, d'autant plus qu'on sait qu'il donne certains
signaux par des feux allums du haut de la tour de Trolhas_[460].

  [459] _Reg. des dlibrat. du Conseil_, 1475-1476.

  [460] La tour appele aujourd'hui Trouillas.

Le 19 avril 1476, le conseil est inform de l'approche de Jules de la
Rovre, neveu du pape, archevque d'Avignon, en qualit de _lgat
gouverneur d'Avignon et du Comtat_, et de son intention d'occuper le
grand palais, et d'en faire sortir incontinent ceux qui le dtiennent
pour le compte de l'archevque de Lyon. Le conseil dlibre aussitt
que les consuls et douze dputs des plus notables auront plein
pouvoir pour tablir une garnison aux portes et aux autres points de
la ville o besoin sera, et que des mesures seront prises incessamment
pour pourvoir  la scurit de la ville et de ses habitants. Les
dputs dsigns furent: Louis Merulis, primicier de l'Universit;
Guillaume Ricci, docteur; Antoine Ortigues, Girard de Sades, Franois
Malpine, Baptiste de Brancas, Pierre Baroncelli, Louis Prussis,
Antoine Simonis, Veran Malhardi, tienne de Gubernatis et Jean
Martini. Le 29 avril suivant[461], le conseil dcide de notifier cette
dcision  l'archevque de Vienne, pro-lieutenant du cardinal de
Bourbon, et dpute une ambassade au seigneur de Beaujeu[462], et 
l'archevque de Narbonne, qui taient au pont de Sorgues, pour tcher
de pacifier les choses. C'est au milieu de cette agitation que le
nouveau lgat pontifical arriva  Avignon, o il fut reu avec la
dfrence que commandaient ses nouvelles fonctions et sa parent avec
la personne du souverain pontife.

  [461] Arch. municip., _Reg. des dlibrat_. (avril 1476).

  [462] Pierre II de Bourbon-Beaujeu tait le frre de Charles,
  archevque de Lyon, et gendre de Louis XI. Voy. Delachesnaye des
  Bois, III, p. 476;--Anselme, I, p. 315.

De son ct, Louis XI n'tait pas rest inactif, et son intervention,
 ce moment, avait, s'il faut en croire Belleforest[463], un double
but; intimider le pape et peser sur l'esprit du roi Ren dont les
ambassadeurs taient partis secrtement pour aller offrir au duc de
Bourgogne son hritage, aprs avoir rejet et divulgu audit duc
toutes les propositions  lui faites par Louis XI[464]. Mais on sait
comment la dfaite du Tmraire  Granson dtacha du duc de Bourgogne
tous ses allis, et Ren, dont les ambassadeurs avaient t pris et
les projets dvoils, n'avait plus qu' solliciter son pardon. Ce fut
l'pilogue du combat de Granson (1476).

  [463] Belleforest, II, p. 126.

  [464] Commines, _dit. Chantelauze_, V, c. i, p. 306, et V, c.
  ii, p. 311.--Cf. Muller, _Hist. des Suisses_, X, p.
  127;--Raynald, _Annal. ecclsiast._, 1476,  1, 3;--Csar de
  Nostredame, _Hist. de Provence_, VI, p. 640; Sismondi, _Hist. des
  Franais_, XIV, p. 476.

Mais Louis XI n'avait pas attendu une solution que donnt  ses
vises politiques le sort des armes. Au mois d'avril 1476, par
ordre du roi, des troupes du Languedoc furent mises en mouvement
et portes sur la rive droite du Rhne, avec ordre d'amasser une
grande quantit de vivres et d'approvisionnements de toutes sortes 
Villeneuve-ls-Avignon[465]. L'avant-garde de l'arme royale,
commande par le capitaine Bertrand de Codolet, se prsenta au pont
du Rhne pour attaquer le terroir d'Avignon. Quant au reprsentant du
lgat, l'archevque de Lyon, il avait fait occuper le palais
apostolique par une garnison de soixante hommes, archers et
arbaltriers, fournis par le roi de France et  la solde de 4 livres
par jour. Dans cette forteresse inexpugnable la petite garnison
franaise entretenait des signaux avec les soldats de l'arme royale
camps sur la rive droite du Rhne, et leur fournissait des
renseignements utiles pour l'attaque des remparts. Vers la mme date,
et pour appuyer les troupes masses sur la rive droite du fleuve,
Louis XI faisait diriger par voie rapide toute son artillerie
disponible, trane par plus de quarante-quatre chevaux, sur
Avignon[466]. L'amiral de Bourbon, frre de l'archevque de Lyon,
avait t charg du commandement de l'arme laquelle nous avions
envoye s marches de par dell et prs de la dite ville pour obvier 
la mauvaise entreprinse du dit cardinal aly  nos ennemis[467].

  [465] Mnard, _Hist. de Nmes_, III, p. 253.--Mnard, _Preuves_,
  III, p. 328. A noble homme Guisarnaut de Gaube par mandement du
  Roy nostre Sire, en faisant mettre sus gens de guerre, assembler
  et mettre sus aussy porter vivres de plusieurs contres du dit
  diocse au dit lieu de Villeneuve-les-Avignon pour secourir 
  l'arme que le Roy nostre dit seigneur y avoit envoye contre
  ceux d'Avignon au moys d'avril pass, etc. LXXVIII, livr.
  tournois.

  A Monseigneur Messire Philippe Gervais au moys d'avril dernier
  pass par plusieurs journes  fere assembler et porter vivres et
  artillerie de plusieurs lieux et contres du dit diocse aux gens
  de guerre pour lors de par le dit seigneur envoyez 
  Villeneuve-ls-Avignon contre ceulx d'Avignon. X livres.
  _Preuves_, III. p. 328.

  [466] Toute cette artillerie fut reconduite vers Lyon le 4 mai
  1476. _Comptes de la Ville_, C.C., 1476.

  [467] _Lettres patent. de Louis XI_, Origin., Arch. de l'Isre,
  du 4 septembre 1476, srie B.

Aucun des historiens, en mentionnant cette prise d'armes du roi de
France contre les domaines du Saint-Sige, n'a connu rellement les
faits tels qu'ils se sont passs. Presque tous affirment que Louis XI
occupa Avignon et le comt, et ne sont pas loigns de croire que,
dans la pense du roi, cette tentative d'occupation  main arme
n'tait que le prlude d'une annexion dfinitive, et que le
Saint-Sige fut mme menac de perdre Avignon par la faute de son
lgat[468]. Il y a l une exagration vidente, consquence de
l'ignorance des archives locales, qui vont nous permettre de mettre,
pour la premire fois, sous leur vrai jour, les vnements politiques
et militaires si peu connus de cette priode de l'histoire des tats
citramontains de l'glise.

  [468] Fantoni, _Liv. cit._, p. 345.--Cottier, _Notes sur les
  Recteurs_, pp. 142, 143.--Cf. Morenas, _Lettr. histor._, p.
  12.--Charpenne, I, prface.--Cf. notamment Pastor (IV, p. 297)
  qu'on est tonn de voir partager cette opinion fausse.

Un document indit et de la plus incontestable authenticit, renferm
dans la caisse d'Avignon, parmi les papiers constituant le fonds de
l'inventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble, nous apporte sur
les agissements de Jules de la Rovre, dans les vnements qui vont
suivre, des renseignements forts curieux, que quelques historiens ont
souponns, et qui n'expliquent que trop les griefs de Louis XI contre
la curie romaine et son reprsentant, le cardinal de Saint-Pierre ad
Vincula. Un certain Jean Aubert, dit de Montclus, seigneur et
chevalier de Montclus, avait t laiss  Avignon comme agent secret
du lgat Charles de Bourbon, avec mission de le renseigner sur tout ce
qu'il pourrait saisir des desseins de Jules de la Rovre. Grce  un
espionnage savamment dissimul, ledit de Montclus ne tarda pas 
apprendre que le nouveau lgat avait envoy auprs de Charles le
Tmraire, duc de Bourgogne, son vicaire  Avignon, le sieur de
Lyennans, lequel tait revenu porteur de certaines lettres de crance
et instructions signes et scelles du seing et scel du dit duc de
Bourgogne adreans au pape et au dit cardinal lesquelles lettres et
instructions estoient au grand dangier et prjudice[469] de la
personne du roi et du royaume de France; que, pour mettre  excution
ces mauvais desseins et entreprises, certaine alliance avait t
contracte entre ledit cardinal, le duc de Bourgogne et d'autres
ennemis du royaume (et ce disant, Louis XI fait videmment allusion au
roi Ren). Au dire de Louis XI, le cardinal de Saint-Pierre aux Liens
tait venu en Avignon pour mettre la main sur le palais apostolique,
en chasser la garnison franaise que le lgat Charles de Bourbon avait
prpose  sa garde, et par la possession de cette forteresse
inexpugnable, barrer aux armes royales la route de Provence. On ne
saurait, en cette occurence, mettre en doute les accusations de Louis
XI contre le cardinal de Saint-Pierre ad Vincula, car ce sont ces
projets secrets que Baroncelli avait d communiquer aux diffrents
corps lus d'Avignon et du comt, et qui motivrent la dlibration du
conseil de ville d'Avignon du 17 avril 1476[470].

  [469] Arch. de l'Isre, _Titres du Comtat Venaissin_, srie
  B.--Voy. Pilot. _Catalog. des Actes du roi Louis XI_, II, p. 248,
  no 1667.--Tours, 4 septembre 1476.

  [470] Dlibrat. du 17 avril 1476, _Reg. des Conseils_, IV.

Louis XI, inform de ce qui se tramait  Avignon par ledit seigneur
de Montclus, voulut intimider la curie romaine en mandant  Lyon, o
il se trouvait (mai 1476), le sieur de Montclus et le propre vicaire
de Jules de la Rovre, de Lyennans, les invitant  venir se justifier
auprs de lui. Le cardinal de Saint-Pierre aux Liens, dont la trahison
 l'gard de Louis XI n'tait pas douteuse, pour empcher son vicaire
de rien divulguer de la mission secrte qu'il avait remplie auprs du
duc de Bourgogne, s'empressa de faire incarcrer ledit de Lyennans,
comme tmoin compromettant. Puis, sachant que le seigneur de Montclus,
en sa qualit de reprsentant de Charles de Bourbon, avait des
intelligences avec le capitaine qui gardait le palais, il tenta par
des promesses et toutes sortes de moyens de le gagner  sa cause.
N'ayant pu russir dans son dessein, Jules de la Rovre, trs irrit
contre le sieur de Montclus, le fit venir au petit palais[471], en
prsence de l'vque de Cavaillon, des vques italiens qui avaient
accompagn le nouveau lgat, des consuls et autres personnages
notables de la ville, et devant tous les assistants le cardinal entra
dans une violente colre, dclarant au sieur Montclus que s'il ne lui
faisait pas remettre incontinent le palais apostolique en obligeant
les gens de Charles de Bourbon  l'vacuer, il luy feroit coupper la
teste et qu'il ne luy tenoit  gures qu'il ne le fist gecter par la
fenestre en la rivire du Rosne et que c'estoit le dit suppliant qui
les y avait mis et que par luy se conduisoient[472]. De Montclus,
sans s'intimider des menaces du cardinal, rpondit que c'tait  tort
qu'on l'accusait de maintenir dans le palais la garnison franaise;
qu'il n'avait point charge de traiter cette question, et que le mieux
tait pour le cardinal de s'entendre avec les ambassadeurs du roi de
France, qui se trouvaient en ce moment  Avignon. Mcontent de cette
rponse et aveugl par la colre, Jules de la Rovre donna l'ordre de
s'emparer sur-le-champ de la personne dudit de Montclus, et de
l'enfermer dans la prison du petit palais; il le fit lier et attacher
avec de gros fers aux pieds, et loger en une grosse tour estroitement
et durement detenu en grant detresse de sa personne, couchier sur le
plastre comme s'il estoit ennemy de la foy et mecrant, garder par
certains habitans de la dite ville, piller et desrober tous ses biens
meubles qui estoient de bonne valeur estans en certaine maison qu'il
avoit au dit Avignon. Et contre toute forme de justice inhumainement
et cruellement feist tourmenter et mettre en gehayne et torture le dit
suppliant cuidant par ce moyen recouvrer le dit palais et que pour
viter la mort du dit suppliant le capitaine et autres estans de dans
le dit palais eussent rendu au dit cardinal le dit palais et que faire
ne vouloirent[473].

  [471] Le petit palais, dont il est souvent question, tait la
  rsidence des vques d'Avignon, aprs que les papes et, aprs
  eux, leurs lgats se furent tablis dans le grand palais, ou
  palais des papes actuel. Il fut reconstruit par Jules de la
  Rovre sur le mme emplacement et sert aujourd'hui de petit
  sminaire. Le Rhne coulait sous les fentres du palais.

  [472] _Lettres de Louis XI_, Docum. cit.--Arch. de l'Isre,
  srie B.

  [473] _Lettres de Louis XI_, Docum. cit.

Cependant, comprenant que la dtention dudit Montclus tait illgale,
et que la ville et les habitants d'Avignon pourraient supporter les
consquences d'un aussi grave abus d'autorit, au moment o l'arme
envoye par Louis XI approchait de la ville[474], Jules de la Rovre
laissa entendre que de Montclus n'avait t mis en prison que pour
obtenir le recouvrement du palais indment retenu, puisque, en
excution des engagements pris par le roi et le lgat en 1472, ledit
palais devait tre rendu  premire rquisition du Saint-Sige. Il
ajoutait, en outre, que ce faisant il avait voulu complaire  un
certain nombre d'habitants d'Avignon, ennemis du roi de France, qui
taient dbiteurs vis--vis de lui de certaines sommes qu'il avait
donn charge d'aller recueillir, en vertu d'une obligation dj
ancienne, et aprs sommation faite par lettres patentes aux officiers
du Saint-Sige. Sous ce dernier prtexte, Jules de la Rovre fit
appliquer la torture audit sieur de Montclus, pour le forcer 
dclarer que lesdites lettres obligatoires adresses par Louis XI  la
ville estoient induement faictes et forges, alors que lesdites
obligations avaient t souscrites par la ville avant la naissance
dudit de Montclus et ne le touchaient en quoi que ce soit[475]. La
torture, applique avec tous les raffinements en usage chez les
bourreaux du Saint-Sige, alla jusqu' la sparation des membres pour
contraindre Montclus  dire des choses  l'apptit et vouloir de ses
perscuteurs. Le malheureux prisonnier faillit en mourir. Ce que
voyant, le cardinal de Saint-Pierre _ad Vincula_, les habitants et
consuls de la ville d'Avignon, mus sans doute  l'ide qu'un
traitement aussi barbare et le trpas qui s'en suivrait engageaient
gravement la responsabilit de la ville aux yeux du roi de France,
cessrent de torturer leur prisonnier. Quant  Jules de la Rovre, il
trouva moyen de parlementer avec l'amiral de Bourbon, commandant
l'arme royale, et partit d'Avignon pour venir  Lyon trouver le roi.

  [474] Avril 1476.

  [475] Louis XI fait certainement allusion  l'obligation que la
  ville avait contracte vis--vis du seigneur de Ropol, Louis de
  Valspergues, reprsentant de Michel et de Jean de Valspergues,
  coseigneurs de Caumont,  qui il tait d une somme assez forte
  par la ville (soit 3,000 cus) et par un citoyen, Allemand de
  Pazzis, qui avait fait faillite. Louis XI avait crit aux consuls
  pour rclamer le paiement de cette dette en faveur de Louis de
  Valspergues.

Mais les consuls et les habitants d'Avignon comprenant enfin tout
l'odieux de leur conduite, afin d'apaiser la colre du roi et les
dites deshonnestes faultes assoupper, envoyrent auprs dudit de
Montclus, enferm dans la tour de l'auditeur, une dlgation qui se
composait de matre Tulle, docteur et juge de ladite ville, de matre
Accurse Meynier et d'Etienne Sedile, notaire de la cour de
Saint-Pierre et autres officiers, et de plusieurs autres notables
citoyens. Le juge de Saint-Pierre dlivra sur-le-champ ledit de
Montclus comme innocent et sans charge aucune, en lui en donnant acte
par lettres que ledit suppliant avait requises pour sa descharge et
s'en aider en temps et lieu. Tels sont les vnements qui se
passaient  Avignon au moment o Louis XI, dj trs mcontent,
dirigeait des forces sur les terres du Saint-Sige, et on comprend ds
lors que l'accueil fait par lui  Jules de la Rovre n'ait pas t
prcisment trs amical.

A l'annonce des mouvements de troupes qui se dessinaient de l'autre
ct du Rhne, et des prparatifs de sige du palais apostolique, le
conseil de ville d'Avignon dcida de faire garder les portes et les
remparts par une garnison de soixante hommes d'armes pendant huit
jours, et de leur payer  cette occasion 60 florins. Le soin de
constituer cette force arme fut confi  Marot Borgognon qui, ne
trouvant personne dans le pays, fut oblig d'envoyer qurir 
Tarascon,  Aix et  Marseille, des aventuriers pour concourir  la
dfense de la ville[476]. Gaspard de Sarrachani et son frre Thomas
furent chargs de couvrir tous les passages du Rhne qui mettaient en
communication le terroir d'Avignon avec la rive languedocienne[477].
Les bacs  traille notamment devaient tre l'objet d'une surveillance
rigoureuse. Quant  l'intrieur de la ville, les consuls avaient pris
toutes leurs mesures pour la mettre  l'abri d'un coup de main. Le
conseil avait fait fabriquer neuf couleuvrines qu'il avait places
dans l'htel de ville[478], en refusant nergiquement de les laisser
transporter au grand palais[479]. Comme le bruit s'tait rpandu qu'un
assaut devait tre livr au palais, les consuls donnrent charge 
Marot Borgognon et  Antoine Simon, avec un certain nombre de
compagnons, de garder les passages prs de la tour Trolhas par o
pouvaient s'introduire des troupes royales destines  renforcer la
petite garnison fidle  Charles de Bourbon. Borgognon et Simon avec
leurs hommes d'armes veillrent pendant quinze jours et quinze nuits,
et outre les dsagrments d'une pareille faction, ils encoururent la
disgrce du seigneur de Lyon (Charles de Bourbon)[480].

  [476] Comptes de la Ville o se trouve le dtail de la dpense,
  no 283 du Compte de 1476.

  [477] Comptes de la ville, annexe du 58e mandat. Comptes de 1477,
  1478.

  [478] 26 juin 1477. Mandat de 16 florins  Albergas Basilic,
  marchand d'Avignon, pour neuf couleuvrines qu'il avait vendues 
  la ville sous le consulat de Thomas Busaffi. Arch. municip.,
  Comptes, C.C., Mandat no 101, 1477, 1478.

  [479] _Reg. des dlibrat._, du 1er mai 1476.

  [480] Item quant es vengut au bruch del sige del Palais, les
  consols en la compaignie de Messires Anthony Symon me doneron
  charge ambe certans compaignons de guarda los passaiges au pres
  de la torre de Troulhas la hout ieu ay demorat xiiii ou xv jours
  et jor et nuyt. Et oltre los malo jors et malas nuytz enay
  aquestat la mala gracia de monsegnor de Lyon comme tout lo mont
  sap. _Comptes de la Ville_, C.C., no 283.

  C'est  cette occasion qu'il y eut quelques escarmouches entre les
  assigs et les soldats placs par la ville autour du palais. Il
  n'est parl que de blessures lgres, du reste. Le 14 mai 1478,
  les consuls payrent un mandat de 3 florins  Antoine Massebon
  pro vulnere illato et facto per illos de magno palacio, tempore
  guerre domini Lugdunensis. G. G., no 405. Il n'y eut donc pas 
  proprement parler de sige du palais en avril-mai 1476, mais
  seulement quelques arquebusades changes sans grand dommage.

Tels sont, dans toute leur simplicit, les vnements militaires dont
les tats du Saint-Sige furent le thtre en avril-mai 1476, et
auxquels on avait donn une porte et un caractre contraires de tous
points  la vrit historique. S'il n'y eut pas, en ralit,
occupation _manu militari_ du comt et d'Avignon par les troupes du
roi de France, toutes les mesures furent prises pour l'effectuer.
L'attitude du roi Ren[481] d'abord, et de Jules de la Rovre ensuite,
suspendit les prparatifs belliqueux de Louis XI et donna aux
vnements une tournure pacifique. Ds le 11 avril 1476, Ren d'Anjou
promit aux ambassadeurs du roi de n'avoir jamais plus d'intelligence
avec Charles le Tmraire, ni avec les autres ennemis de la couronne.
Il prit l'engagement de se rendre  Lyon pour assister  l'entrevue 
laquelle l'avait convi Louis XI, et prpara l'entrevue de Jules de la
Rovre avec le monarque. Les troupes royales furent incontinent
rappeles[482], et nous voyons quelques jours aprs les Avignonnais se
porter caution pour l'archevque de Lyon, Charles de Bourbon, d'une
somme de 3,200 livres que ledit cardinal devait payer au roi de
France. Charles de Bourbon figure dans l'acte avec les titres de
_gubernator civitatis Avinionensis et Comitats_ et avec le titre de
_legatus a latere_[483]. Le 9 mai, le roi Ren qui, en passant, avait
eu un entretien avec Jules de la Rovre, arrivait  Lyon, o Louis XI
lui fit les honneurs d'une hospitalit vraiment royale. Les deux rois
vcurent dans la plus grande intimit, se montrant ensemble  la foire
avec les plus belles dames de la ville[484], et parurent parfaitement
rconcilis. Les compagnons du roi Ren, entre autres Palamde de
Forbin, reurent des cadeaux des deux cts. Celui-ci eut mme du roi
Ren 4,000 livres de pension annuelle, et c'est en reconnaissance de
ces gracieusets que les ambassadeurs provenaux s'employrent de leur
mieux pour amener une cessation d'hostilits entre Louis XI et Sixte
IV[485].

  [481] Lecoy de la Marche, _Le Roi Ren_, II, p. 359.

  [482] Legeay, II, p. 200.

  [483] Instrument relatant un contrat pass entre Jehan de Foix,
  seigneur de Maille, pour le roi Louis XI, et Edouard de Messiaco,
  abb de l'Isle-Barbe, lieutenant de Charles de Bourbon. Arch.
  municip., B.77, Origin. parchemin.

  [484] Commines, V, II, p. 311.--Cf. Lecoy de la Marche, I, 412,
  413.

  [485] Lecoy de la Marche, I, p. 554.

C'est au milieu de ces dmonstrations d'amiti sincre entre les deux
rois que Jules de la Rovre arriva  Lyon, pour s'entretenir avec
Louis XI des difficults pendantes avec le Saint-Sige. Le roi le
reut fort mal d'abord[486], mais finit par l'couter, sur les
instances du roi Ren, et exigea en premier lieu: 1 que Jules de la
Rovre renoncerait  sa lgation et restituerait  Charles de Bourbon
la provision que le pape lui avait retire au mois de mars 1476, et 2
que les Avignonnais enverraient  Lyon une dputation charge de
prter, au nom de la ville, serment de fidlit  la couronne[487].

  [486] Aubry, _Vie des Cardinaux_, p. 469. Pendant les mois qui
  prcdent, Jules de la Rovre recevait de Sixte IV, son oncle,
  une pension de 104 ducats d'or par mois (mars-mai 1476). Arch.
  vat., _Reg._ 492.

  Le 11 juin 1476, une somme de 40 florins d'or est paye par le
  trsorier de la Chambre apostolique  Christophe de Bergame,
  _matre coureur_, qui est envoy auprs du lgat Jules de la
  Rovre avec les brefs. Arch. vat., _Reg._ 493, fol. CLXXXD, etc.

  [487] Chambaud, _Ann._, mss., fol. 390.

L'orgueilleux cardinal-lgat s'humilia pour mnager le Saint-Sige et
les domaines de l'glise, et le 10 juin il fit tenir aux consuls
d'Avignon des lettres patentes leur enjoignant de reconnatre pour
lgat Charles de Bourbon, archevque et comte de Lyon[488]. Quelques
jours plus tard, le 18 juin 1476, Jules de la Rovre crivait de
nouveau aux consuls[489] pour les informer que le serment de fidlit
exig par le roi avait t prt suivant la formule convenue, mais que
sa majest entendait qu'il ft prt en outre par le conseil de ville
comme reprsentant de la collectivit des habitants. En consquence,
il leur faisait tenir une copie dudit serment, qui devait tre
adresse  lui-mme, revtue de la signature des membres du conseil,
avec dfense expresse d'y introduire la moindre variante[490]. Et ont
jur Guillaume Ricci, Franois Peruzzi, Antoine Ortigues, Antoine de
Damiani, en prsence de l'archevque de Lyon, de M. l'admiral de
France, son frre, que dans la ville d'Avignon on ne souffrira aucune
personne qui puisse nuire au roi et  ses tats, et on n'y prendra
point parti pour ses ennemys dclars qui sont le duc de Bourgogne, le
roi Fernand, le roi d'Aragon et le roi d'Espagne, son fils, au moyen
de quoy le dit amiral et le vice-chancelier ont promis au nom du roi
de France de garantir la ville d'Avignon de toute oppression qu'on
pourrait vouloir faire aux sujets de Notre Saint Pre, ainsi que des
attaques de ses ennemis. Les consuls et conseillers firent galement
le mme serment, sauf toutefois certaines rserves en ce qui touchait
l'obissance et la fidlit au pape et son droit de souverainet. Bien
que cette condition ne ft point stipule dans l'acte, le grand palais
d'Avignon devait tre occup provisoirement, au nom du lgat Charles
de Bourbon, par une garnison de soldats royaux, ce qui tait pour la
cit papale une humiliante obligation, en mme temps qu'une
perptuelle cause de conflits. Quant au caractre mme et  la porte
du serment des Avignonnais prt  un souverain qui n'tait pas le
leur, il ne faut pas s'y mprendre; il liait l'un vis--vis de l'autre
les contractants par acte public, et les Avignonnais ne manqueront
pas de s'en prvaloir dans une circonstance o la tranquillit de la
ville et la sret de ses citoyens se trouvent menaces par les
attaques du sacrilge Bernard de Gorland (1479-1480). Et il faut dire,
 l'loge de Louis XI, que le roi de France ne faillit pas aux
engagements pris  Lyon[491].

  [488] Copie en latin de la lettre du 18 juin 1486. Arch.
  municip., srie A.A.

  [489] Lettre de Jules de la Rovre aux consuls de Lyon, 18 juin
  1476.

  [490] Voici la formule du serment en latin: Forma juramenti.
  Juraverunt Guillelmus Ricii, Franciscus Peruzzi, Antonius Urtice,
  Antonius de Damianis oratores, Regi clarissimo, in manibus domini
  vice cancellarii, presentibus reverendissimo domino Lugdunensi et
  domino admirato, quod in civitate Avinionensi nullum recipient
  exercitum inimicorum prefati clarissimi regis qui possit nocere
  persone nec statui ipsius clarissimi Regis. Inimici autem
  declarati sunt dux Burgundie, Rex Ferdinandus, rex Aragonum et
  Rex Yspaine, filius ipsius regis Aragonum, hoc mediante quod
  prefati domini admiratus et vice cancellarius, nomine prefati
  clarissimi domini Regis, promiserunt etiam civitatem Avinionis
  conservare ab omnibus oppositionibus, illamque defendere contra
  omnes emulos Sanctissimi domini nostri Pape et civitatis predicte
  ac inimicos eorumdem et ita facere firmaverunt Simile juramentum
  prestabunt consules et consiliarii dicte civitatis et literas
  illius expedient in forma patento sub sigillo dicte civitatis
  quas ad primum mandabunt reverendissimo domino. Arch. de la
  ville, srie A.A.

  [491] Lettre des Avignonnais  Monseigneur du Bouchage, 30
  janvier 1479, Origin., B. nation., _Anc. fonds fran._, mss., no
  2896, fol. 90.--Cf. Bernard de Mandrot, pp. 320, 321.

La question de la lgation elle-mme tait laisse en suspens, mais
Jules de la Rovre promettait tacitement au roi et  son rival,
l'archevque de Lyon de se rendre prochainement  Rome pour solliciter
de son oncle Sixte IV le chapeau de cardinal en faveur de Charles de
Bourbon, qui ne demandait rien de plus. L'entrevue de Lyon (mai-juin
1476) fut pour la politique de Louis XI un triomphe complet. Il avait
obtenu du roi Ren, sinon la substitution du roi de France  Charles
du Maine comme hritier de la Provence, au moins un engagement tacite
dont Palamde de Forbins fut le garant[492]. Ren ne voulut pas se
lier par un acte, contrairement  ce qu'affirme l'auteur de l'histoire
des Clestins[493], mais c'tait le bruit public que le vieux roi
avait donn  Louis XI la promesse formelle de la cession de la
Provence  la couronne,  la mort de Charles du Maine, institu
hritier par testament du 28 juillet 1475[494]. Combl de prsents et
d'honneurs, Ren avait quitt Lyon le 9 juin 1476, laissant Jules de
la Rovre dbattre avec Louis XI les questions qui intressaient
spcialement les tats pontificaux et la lgation[495].

  [492] Lecoy de la Marche, _Liv. cit._, I, pp. 412, 413.

  [493] Alii scribunt quod Renatus rex dm esset Lugduni,
  Ludovicum regem nepoti suo Carolo substituit, substitutionem suam
  scripsit litteris miro pictur artificio azureo colore
  conspicuam. _Historia Clestinorum._, mss., Bibl. Avignon, t. I,
  fol. 697.

  [494] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345;--Legeay, _Hist. de
  Louis XI_, p. 204.

  [495] Lecoy de la Marche, II, p. 483.

Le rus cardinal n'eut pas lieu de se plaindre des procds de Louis
XI  son gard, car il obtenait de lui plus qu'il ne pouvait esprer,
surtout aprs la rception qui lui avait t faite. Son ton rsolu et
prompt  la riposte, sa rouerie diplomatique, dissimule sous une
apparente soumission, avaient produit sur l'esprit du roi une
impression trs favorable, et Louis XI, aprs ces quelques semaines
d'entrevue, n'hsitait pas  appeler le cardinal de Saint-Pierre aux
Liens son trs cher et grant amy. Par lettres patentes donnes 
Lyon le 15 juin 1476, le roi voulant mettre un terme aux grans
faultes, fraudes, abuz, dceptions et exactions de toute espce qui se
commettoient  la Cour de Rome au dtriment de tous ceux qui venoient
 besougner  cause de la diversit des personnages auxquels ils
s'adressaient, dclare que dsormais toutes les personnes qui auront 
se pourvoir en Cour de Rome se addressent a son trs cher et grant amy
le cardinal de Saint-Pierre _ad Vincula_[496]. Louis XI accordait en
outre  Jules de la Rovre l'autorisation d'exercer dans le royaume
ses facults de lgat, bien que ledit lgat ne luy en ait demand la
permission, comme il est de coutume, et sans qu'il soit tir 
consquence[497]. En outre, par d'autres lettres patentes, donnes 
Lyon le 21 juin 1476, Louis XI autorisait le cardinal de Saint-Pierre
ad Vincula  possder dans le royaume de France tous les bnfices
dont il avait t ou pouvait tre pourvu, archevchs, vchs,
abbayes et autres dignits et bnfices quelconques, et  quelque
valeur et estimation qu'ils pussent monter. Dans les raisons qui
poussaient le roi  octroyer cette faveur, Louis XI parlait de la
grant et singulire amour et amiti que avons a lui. Et en faveur de
plusieurs grans louables et notables services dignes de recommandacion
qu'il nous a faiz et esprons qu'il nous face au temps advenir[498].
Enfin, six semaines aprs l'entrevue de Lyon, Jules de la Rovre
affermissait encore ses bons rapports avec le roi de France en
accordant la dispense pour le mariage de Louis d'Orlans (futur Louis
XII) avec Jeanne de France, fille de Louis XI[499].

  [496] Bibl. nation., _Ancien fonds fran._, no 3882, fol.
  209;--_Muse des arch. nation._, p. 286.

  [497] Bibl. nation., _Ancien fonds fran._, mss.
  294;--_Catalog._, I, p. 538.

  [498] Extrait des minutes de Jean Robini, notaire (Lettres
  vidimes le 13 juin 1485). Voy. aux pic. justificat., no XXI.

  [499] De Mauldes, _Collect. des Docum. indits; Les Procdures
  politiques sous Louis XII_, pp. 926, 929.

L'entrevue de Lyon, grce  l'influence du cardinal de Saint-Pierre
aux Liens sur l'esprit du roi, fut fconde en rsultats heureux pour
les Avignonnais. Par lettres patentes donnes  Lyon le 21 juin
1476[500], Louis XI accorda aux sujets du pape le droit de construire
des palires pour protger leur terroir contre les dbordements
priodiques du Rhne. Ce droit, qui avait dj t consacr par
lettres donnes  Compigne, le 7 fvrier 1470 et le 26 janvier
1474[501], tait contest par les officiers de la couronne, et 
diverses reprises les Avignonnais avaient fait appel  la justice du
roi pour la sauvegarde de leurs proprits. Pourquoy nous les choses
dessus dictes considres, inclinanz liberallement  la supplicacion
et requeste que sur ce nous a este faite par nostre tres chier et
grant ami le cardinal _Sancti Petri ad Vincula_, lgat du Saint-Sige
apostolique estant nagueres par devers nouz  Iceulx supplianz pour
ces causes et considracionz et autres  ce nous mouvanz avons octroye
et octroyons de grace espcial par ces presentes que la sus dite
palire, taudiz, et reparacionz par eulx ainsi faictes du coste de
leurs terres sur le rivage de la dite rivire du Rosne soient et
demeurent en l'estat quelles sont de present tant quelles pourront
durer, sanz que Iceulx supplianz soyent ou puissent estre contrainz 
Icelles dmolir ne abatre, ne que pour icelles avoir faict faire, ils
en soyent molestez ne travaillez par aulcunz noz officiers soubz umbre
des sus dites multes ou peines declaires ou  declairer en quelque
manire que ce soit ou puisse estre. Et lesquelles peines et multes
saucunes estoient declaires nous voulons au cas dessuz dit estre
nulles et de nulle valeur. Et icelles avons abolies et abolissons par
ces prsentes pourveu toutes foys que les ditz d'Avignon ne feront
faire doresenavant sur la dite palire aucunes reparacions en quelque
manire que ce soit. Et quant la dite palire sera rompue et desmolie
iceulx de Avignon ne la feront ne pourront reffaire sanz noz vouloir
congi et licence[502]. Cette concession royale avait aux yeux de la
ville bien plus d'importance qu'on ne le croirait gnralement, car
outre la ncessit de pouvoir lever des pallires et taudis en vue
de prserver les terres des dbordements subits, au moment de la fonte
des neiges et des orages dans la rgion cvnole, il y avait encore 
sauvegarder l'intrt mme de la navigation, qui tait au XVe sicle
l'unique voie de communication entre le nord et le midi de la France.
Or, le Rhne ayant toujours eu une tendance bien marque  se jeter
vers la rive droite, les Avignonnais attachaient la plus grande
importance  pouvoir effectuer en toute libert des digues en terre et
en fascines dites, pallires, pour ramener sur la rive gauche le
courant principal du fleuve, que suivaient les barques de marchandises
allant d'Arles et de Tarascon sur Lyon. La ville accueillit la
dcision de Louis XI comme un grand bienfait, et c'est une des mesures
que Gilles de Berton et Louis de Merulis, de retour d'une ambassade
auprs de Louis XI, feront valoir auprs des membres du conseil de
ville pour marquer la bienveillance du roi  l'endroit de la
cit[503].

  [500] Donn  Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de juing 1476.
  Orig. Arch. municip., B. 64, no 44, Cott. V.V.

  [501] Bibl. nation. _Invent._, III, 3882, fol. 16.

  [502] 21 juin 1476,  Lyon. On trouve des lettres ayant le mme
  objet du 7 fvrier 1470 (B. 65) et de janvier 1474 (B. 65) et de
  Selles en Poitou du 20 avril 1469 (B. 64).

  [503] _Reg. des dlibrat. du Conseil_, 19 mai 1479.

A la question de droit de pallires tait lie celle du pontonage du
Rhne. Cette dernire avait pour Avignon un intrt capital, car c'est
par le grand pont de pierre, construit sur le Rhne vers la fin du
XIIe sicle, que se faisaient les changes de denres et de
marchandises entre les Avignonnais et la rive languedocienne. Beaucoup
d'Avignonnais possdaient des domaines sur la rive droite, dans les
limites du diocse d'Avignon, et c'est du Languedoc que la ville
recevait une bonne part des crales, du vin et du btail ncessaires
 l'alimentation de ses habitants. La rupture ou l'interdiction du
pont tait, pour la ville, une cause de ruine et de disette[504]. Or,
la cit d'Avignon, aux termes des lettres patentes du roi Charles
V[505], n'avait la proprit du pont que jusqu' la chapelle,
aujourd'hui encore existante, de _Saint Nicolas_[506], c'est--dire
aprs la deuxime arche; l'autre partie, de beaucoup la plus longue,
tait terre royale, et les officiers du roi et matres des ports de
Villeneuve en avaient la surveillance et la garde. Les Avignonnais,
ds 1451[507], avaient pri le cardinal d'Estouteville d'intervenir
auprs de Charles VII, pour faire savoir au roi que la ville tant
dans l'intention de reconstruire quelques parties du pont qui
menaaient ruine, priait sa majest de donner un avis favorable  la
requte et d'autoriser l'affectation du produit des pages  la
reconstruction et  l'entretien dudit pont. C'est  Lyon encore que
Louis XI, par lettres patentes du 21 juin 1476[508], dcida que le
produit du page du pont d'Avignon, tant du ct de la ville que du
ct du royaume, appartiendrait aux officiers royaux, lesquels
seraient tenus d'en employer les sommes  l'entretien du pont,
conformment  un tarif convenu[509].

  [504] On peut en juger par l'affolement de la ville sous Henri
  IV, lorsque Montmorency, gouverneur du Languedoc, en rponse aux
  mesures de rigueur du vice-lgat, avait fait fermer le passage du
  ct de la rive droite. Voy, Barbier de Xivrey, VII, p. 117,
  _Lettres de Henri IV_.

  [505] Arch. municip., Origin.;--_Bullar. Avinion._

  [506] C'est au-dessous de cette chapelle que ds le XVIe sicle
  fut installe la douane charge de plomber les toffes de soie
  sortant d'Avignon.

  [507] _Annal. d'Avignon_, mss. Chambaud, fol. 173.

  [508] _Rec. des Ordonnances_, XVIII, pp. 197 et suiv.

  [509] Il y a galement d'autres lettres de Louis XI pour le mme
  objet du 21 juin 1476. Arch. municip., B. 68.

Mais le plus grand acte de la gnrosit royale  l'gard des
Avignonnais et Comtadins, au XVe sicle, fut sans contredit sign 
Lyon, sur la demande de Jules de la Rovre; des lettres patentes du 21
juin 1476 portaient suppression de toutes lettres de marques et de
reprsailles laxes  l'encontre des Avignonnais et autres sujets du
Saint-Sige par les officiers de la couronne. Et il faut reconnatre
que ces derniers en abusaient quelque peu, et souvent pour des causes
non justifies. Ce droit barbare, qui donnait  la partie lse, ou
soi-disant lse, le droit de se saisir des biens meubles et immeubles
et des personnes originaires du mme pays que la partie offensante,
jusqu' concurrence de la valeur estimative du dommage caus, tait
pour les tats citramontains du Saint-Sige une vraie mise en
quarantaine qui suspendait la vie mme de la cit papale et de ses
annexes. Ces moyens de coercition taient d'autant moins admissibles
que l'glise rpugnait  les employer[510]. Or, il n'y avait pas
d'anne o les Avignonnais ne fussent frapps de reprsailles,  la
demande de quelque crancier dont les titres taient parfois
contestables, comme nous l'avons vu pour Gabriel de Bernes, ou de
marchands de passage, qui se plaignaient d'avoir t vols par quelque
filou, au moment des grandes foires, et obtenaient des lettres de
reprsailles contre la ville et ses habitants. Bien misrable alors
tait la condition des sujets du pape. Tout commerce tait suspendu,
toute transaction avec le dehors interdite. Bien plus, pour les tats
pontificaux de France, leur condition, par suite de la dlimitation
topographique, tait intolrable. La plupart des terres cultivables
des Avignonnais tant situes au del de la Durance, c'est--dire en
Provence, ou par del le Rhne, c'est--dire en Languedoc, les
propritaires ne pouvaient transporter leurs produits chez eux sans
risquer de voir les officiers royaux en oprer la saisie sur la
demande d'un simple particulier, qui avait obtenu contre la
collectivit des citoyens avignonnais des lettres de reprsailles.
L'abus tait tellement monstrueux que dj,  diverses reprises,
Charles VII avait suspendu, en 1442[511] et le 13 juin 1443[512], les
lettres de marques dlivres contre Avignon. Il arriva mme que des
officiers royaux peu dlicats trafiquaient de leur autorit pour laxer
des reprsailles contre les Avignonnais inoffensifs, sous les
prtextes les plus futiles, et partageaient avec le demandeur une
partie de la prise. Le 10 novembre 1456, Charles VII dlivre des
lettres patentes par lesquelles il rvoque les reprsailles laxes par
le viguier de Villeneuve contre les habitants d'Avignon, attendu que
ledit Viguier a faict sous vans abuz et exploiz voluntairement de son
auctorit prive sans auctorit, commission ne mandement[513].

  [510] Voy. Ren de Mas Latrie, _Les droits de marques et de
  reprsailles au moyen ge_, Bibl. de l'cole des Chartes, 27e
  ann., 6e srie, t. II, 1865, p. 541.

  [511] Arch. municip., B. 51, no 64.

  [512] _Id._, B. 50. Voy. X{ta} 8605, Arch. nat., pices
  justificat.

  [513] _Id._, B. 50.

En accordant aux sujets pontificaux les lettres patentes du 26 juin
1476, Louis XI mettait les Avignonnais  l'abri de l'arbitraire des
agents subalternes de la couronne, mais il ne se gna pas, pour cela,
d'y recourir lui-mme, lorsqu'il jugea les Avignonnais, ses amis,
coupables d'avoir attent  la toute-puissance royale. Attendu que
matire de marques est une espce de guerre, et que la continuacion
d'icelle est une destruction de ce pais et subjectz et de la chose
publique, d'autant que les ditz habitanz d'Avignon et seigneurie, et
ont bonne intention et voulont de touzjours ainsy faire et continuer,
et que si aulcunz abuz de justice ont este faiz et commis, par cy
devant par les ditz d'Avignon  l'encontre de nos ditz officiers et
subjectz ce a t par ceulx qui ont eu par aucun temps administration
de la justice et aultres particuliers du dit lieu au desceu et sans le
consentement du corps et communaut de la dicte ville. Il nous plaist
les dites marques et reprsailles mettre au nant affin que
marchandise se puisse remettre entre nos subjectz et eulx, et que noz
ditz subjectz et ceulx du dit Avignon et conte de Venissy puissent
frquenter et commerser ensemble comme ils souloient faire le temps
pass. Savoir faisons que nous, considrant les choses dessus dites et
mesmement que la dite ville d'Avignon et conte de Venissy est
neument de la terre de l'glise et  nostre saint pre le pape,
parquoy vouldrions les habitans et subjectz d'icelle estre
favorablement traictez. Eu sur ce advis conseil et meure dlibracion
avec les gens de nostre grant conseil avons declair et ordonn
dclairons et ordonnons par ces presentes que aucune marque ne soyt
desormais extraite  l'encontre des dits d'Avignon et conte de
Venissy, ne aulcun deux et non quelle soyt adjugie et declaire par
nous et les gens de nos grant conseil ou par l'une de nos courtz de
Parlement en quelque manire ou pour quelconque cause ou occasion
quelle soit ou puisse estre octroye[514]. En accordant cette
immunit aux sujets du Saint-Sige, Louis XI donnait satisfaction au
pape qui avait dj fait entendre maintes fois  ce sujet ses
protestations; il mettait un terme aux vexations et aux insolences de
ses agents subalternes; malheureusement, comme toutes les faveurs
royales, les lettres de Lyon comportaient des restrictions dont les
bnficiaires ne devaient pas tarder  ptir.

  [514] Origin., Arch. municip., B. 50.--Ces lettres furent
  enregistres par le Parlement de Grenoble le 15 juin 1479. Arch.
  dpart. de l'Isre, _Reg._, Cott. I, fol. 326. _Invent. de la
  Chambre des Comptes._ Voy. Pilot, _Catalog._, 1665, p. 247, 21
  juin 1476.--_Id._ II, nos 1747-1748, p. 291. De Montargis, 8 mai
  1479.

En se sparant, aprs une entrevue de plusieurs semaines (mai-juin
1476), chacun des contractants emportait des concessions ou des
promesses inespres; le vieux roi Ren, une pension viagre, 40.000
cus et l'assurance de la mise en libert de sa soeur, prisonnire en
Angleterre[515]; Louis XI avait la perspective de mettre bientt la
main sur la Provence et de prparer  la couronne la domination de la
Mditerrane[516]. Il avait aussi la satisfaction de voir rgler d'une
faon pacifique son conflit avec Rome. Quant  Jules de la Rovre,
tout en reconnaissant  Charles de Bourbon la qualit de lgat _a
latere_, il tait maintenu dans sa lgation d'Avignon et obtenait pour
ses administrs de prcieux privilges. Le conseil de ville
reconnaissant, dlibra, le 7 aot 1476, de voter 2,000 florins au
cardinal lgat pour le remercier de ses bons offices[517]. Jules de la
Rovre rentra de son voyage en France au commencement de l'automne, le
4 octobre 1476. Il arriva  Foligno, o le pape et les cardinaux le
complimentrent sur le succs de sa mission[518]. Dsireux de tenir
ses engagements, Sixte IV cra Charles de Bourbon cardinal le 18
dcembre 1476.

  [515] Marguerite d'Anjou libre au trait de Pecquigny, 1475.

  [516] Mathieu, _Hist. de Louis XI_, p. 345. Avant que de partir
  contenta le Roy des asseurances qu'il desirait pour adjuster la
  Provence  la couronne.

  [517] _Reg. des dlibrat. du Conseil_, 1476.

  [518] Pastor, _Hist. de la Papaut_, IV, p. 297 et note 6.

Quant aux Avignonnais, ils reurent les compliments les plus flatteurs
du Saint Pre, pour la correction de leur attitude dans le conflit qui
avait un instant mis aux prises le Saint-Sige avec la Cour de France.
Vous avez fait, leur crivait le souverain pontife, ce qu'il
convenait et ce que nous attendions de vous. Nous vous exhortons 
persvrer dans ces sentiments, et vous pouvez comprendre que les
dispositions du Saint-Sige et les ntres vous seront de plus en plus
favorables[519].

  [519] Fecistis enim quod decuit et quod de vobis sperabamus.
  Perseverate igitur, vos hortamur in dies magis, ex quo nos et
  sedem ipsam semper fieri poterit, in rebus vestris propitios
  sentietis. Datum Rheate, XVII, octobre 1476. Arch. municip.
  Origin., B. 50.

Mais des vnements autrement graves allaient dtourner Louis XI des
affaires de Rome. A ce moment, en effet (janvier 1477), toute son
attention tait porte sur la lutte dcisive qui se livrait sous les
murs de Nancy, et o son plus redoutable ennemi, Charles le Tmraire,
devait prir si misrablement, enseveli dans sa dfaite. On comprend
que les historiens de ce grand rgne aient pass sous silence des
faits d'un ordre secondaire, au milieu de cet branlement gnral du
royaume, et c'tait une raison de plus pour nous de les faire revivre
d'aprs des documents nouveaux.




CHAPITRE VII

Les dernires annes de Louis XI (1476-1483).

Caractre gnral de la politique  l'gard d'Avignon.

Bernard de Guerlands et Jehan de Tinteville.

Faveurs royales.

  Les dernires annes de Louis XI.--Les tentatives des Routiers et
    des Florentins sur Avignon et le Comt.--Le sacrilge Bernard
    de Guerlands (1478-1479).--Les consuls s'adressent 
    Monseigneur du Bouchage.--Intervention de Louis XI qui protge
    les sujets du Saint-Sige (fvrier-mars 1479).--Nouvelle
    attaque de Jehan de Tinteville ou Dinteville
    (1480-1481).--Petitjean matre d'htel du roi  Avignon
    (1481).--Politique quivoque de Louis XI.--Il dsavoue
    Tinteville (janvier 1483). Mort de Louis XI.--Sentiments des
    Avignonnais.--Funrailles du roi clbres  Avignon (24
    septembre 1483).--Privilges divers accords par Louis XI aux
    Avignonnais.--Il protge le commerce et la navigation.--Lettres
    des 24 mai 1482 et avril 1480.--Il confirme les privilges du
    page  sel (26 janvier 1478).--27 janvier 1481.--Rsum et
    conclusion.


Forts de l'appui du roi et des engagements pris  Lyon, les sujets du
pape, ds 1478-1479, font appel aux promesses du roi et sollicitent
son intervention pour rtablir l'ordre et la scurit dans le pays
qu'il a pris sous sa protection. Voici dans quelles circonstances. La
conspiration des Pazzi, qui avait clat  Florence[520] contre les
Mdicis, 26 avril 1478, et amen la pendaison de l'archevque de Pise
et du comte Riario, neveu de Sixte IV, eut pour consquence de pousser
 l'exil un grand nombre de familles florentines qui, redoutant des
reprsailles de leurs ennemis politiques, vinrent se fixer  Avignon,
o taient, depuis longtemps dj, tablis bon nombre de leurs
compatriotes occupant de hautes situations dans le commerce, dans la
finance et dans l'industrie. Les nouveaux venus espraient  leur tour
trouver dans la cit papale un refuge contre les perscutions[521].
Malheureusement, les rapports commerciaux, si frquents entre Avignon
et Florence[522], ouvraient une route commode aux ennemis des familles
migres, et dans les derniers mois de 1478, des bandes armes,
composes en grande partie d'aventuriers florentins, faisant cause
commune avec les routiers de Provence, envahirent le comt, sous la
conduite d'un certain Bernard de Guerlandz ou Gorlands[523],
originaire de l'Isle en Venisse, et s'inspirant des exploits
lgendaires de feu Raymond de Turenne, commirent dans les terres de
l'glise tous les excs imaginables dont taient coutumires en
pareille occurrence les vieilles bandes de routiers. Les documents que
nous produisons sont d'accord pour fixer le nombre de ces malandrins 
XVe (1,500) tant  pied qu' cheval. Tout d'abord Guerlands et ses
compagnons de pillage, suivant la coutume d'alors, se donnaient pour
des Anglais envoys par le roi en ses marches soy disant estre en
nostre service soubz umbre de nous, comme si a icelluy (Guerlands) en
ussions donn congi et un exprs mandement[524]. A cet impudent
mensonge, les brigands ajoutaient qu'ils taient envoys au secours
des Florentins et qu'ils avaient la permission de traverser le pays. A
la tte de ces routiers se trouvait, avec Bernard, Luc de Cambis,
banquier florentin depuis longtemps tabli  Avignon. Le point de
concentration de cette expdition fut Lyon, et le pourvoyeur des
aventuriers un certain Florentin, Bundelmunti, qui fit les avances
d'argent en passant au Pont-Saint-Esprit. Si l'on donne crdit au
rcit des dolances portes par les consuls d'Avignon dans leur lettre
 Monseigneur du Bouchage[525], chambellan et conseiller du roi, ces
aventuriers d'au del des Alpes dpassrent en cruaut et en
dvastations tout ce que l'on avait vu jusque-l. Pris par force cinq
ou six places fortes o ils ont fait et font incessamment beaucoup de
maulx, tuer genz, violler femmes et filles pucelles de quelque aige
qu'elles soyent, brler maisons et genz, desrober marchans sur chemin,
prendre bestial et mesnaige des pouvres gens et les vendre de fait et
tant de maulx que l'on n'en debvroit pas faire tant en terres de
Turcz. Les consuls d'Avignon insistent trs vivement auprs du favori
de Louis XI pour obtenir sans dlai l'appui de sa majest en hommes de
guerre: en vous suppliant que vostre plaisir soit de addresser le dit
pourteur au roy et luy remonstrer les susdites oppressions et
violences et luy recommander tres humblement la cit, terres et
subgectz de l'glise, comme ses tres humbles et bons serviteurs et
alliez et luy supplier qu'il plaise en commandant le dit Bernard estre
pugny de ses grans forffaitz pour en donner exemple aux autres et luy
plaise de nous garder de toutes offences et oppressions ainsi que sa
dite Magest nous a promis au moyen du serrement que derrenirement
luy feismes  Lyon[526]. Pour montrer leurs sentiments d'obissance
et de fidlit  l'gard de sa majest, les consuls ajoutent que si
ledit Bernard de Guerlandz avait eu mandement du roi, la ville
certainement se serait empresse de lui donner passage, comme elle l'a
toujours fait pour ceux des capitaines qui taient porteurs d'un ordre
royal.

  [520] Guillaume Pazzi se rfugia  Lyon o il y avait dj
  beaucoup de Florentins tablis  demeure. D'autres Florentins
  plus ou moins compromis vinrent les y rejoindre. Voy. Perricaud,
  _Rev. du Lyonnais_, 1855, IX, X, p. 457.

  [521] Chambaud, _Hist. d'Avignon_, mss., III, fol. 149. Fantoni,
  _op. citat._, p. 344.

  [522] Desjardins, _Ng. avec la Tosc._, V, chap. II, 69.

  [523] On trouve _Gorland_, _Guerland_, _Guerlands_.

  [524] Lettre de Louis XI au Maistre des Ports, Bastard de
  Comminges; pic. justificat., XIX.

  [525] Lettre des Avignonnais  Monseigneur du Bouchage.--Cf.
  _Imbert de Batarnay_, par Bernard de Mandrot, p. 320.--Imbert de
  Batarnay, seigneur du Bouchage, conseiller des rois Louis XI,
  Charles VIII, Louis XII et Franois Ier. C'est ce personnage qui
  fait l'objet du livre de M. Bernard de Mandrot, Paris, 1886,
  in-fo.--Voy. pour ce personnage, Pilot, _Catalog._, 1290, p. 4,
  not. 3.

  [526] Lettre indite, Origin., B. nat., fonds franais, mss., no
  2896, fol. 90.--Cette lettre ayant t donne par M. Bernard de
  Mandrot (Voy. Imbert de Batarnay, pp. 320, 321), nous n'avons pas
  cru devoir en reproduire le texte aux pices justificatives.

La diplomatie de Louis XI a des cts tellement tnbreux qu'il est
parfois difficile d'en suivre les trames et que, dans tous les cas, on
a quelque raison de douter de sa bonne foi politique. Or,  ce moment,
la question des guerres civiles qui dchiraient la rpublique
florentine avait fait de Sixte IV et du roi de France deux champions
prenant parti pour l'un des deux adversaires. En apprenant la mort
violente de son neveu Riario, le pape, furieux de cet acte de justice
sommaire, dclara la guerre aux Florentins. Une bulle de juillet 1479
portait que lesdits Florentins ne pourraient tre admis  aucun office
sculier ni dans aucun conseil lu; que s'il y en avait quelqu'un dans
les tats du Saint-Sige, il devait s'en dmettre sur-le-champ,
menaant d'excommunication ceux d'Avignon qui leur commettraient
lesdits offices. Finalement, la bulle interdisait aux Florentins
fugitifs l'accs d'Avignon et de son territoire.[527]

  [527] Arch. municip., Origin., B. 31.--Les Florentins ne purent
  occuper d'emploi public que par bulle de Sixte IV du 10 mars
  1484. Ils en avaient t exclus en 1478.

Louis XI, au contraire, en relations depuis longtemps trs suivies
avec les Mdicis, Lyonnet de Mdicis, son compre[528], dsireux de
voir s'apaiser le conflit, proposa sa mdiation, offrant de convoquer
 Lyon un concile qui servirait d'arbitre entre les deux partis et o
l'on s'occuperait galement de prparer une croisade contre les
Turcs[529]. A ces avances, Sixte IV n'avait rpondu que d'une faon
trs vasive et formulant  l'gard des Florentins des exigences
inacceptables. En recevant la nouvelle des ravages commis par les
aventuriers florentins dans le comt et le terroir d'Avignon, Louis XI
ne montra pas une grande surprise, mais plutt l'attitude d'un homme
qui connat les dessous secrets de cette chevauche et qui, tout en
tant complice, s'empresse de la dsavouer et de dcliner toute
participation  des actes de brigandage  main arme. Comme l'envoy
de la ville lui expliquait que c'taient des Anglais qui disaient
aller au service des Florentins, le roi rpondit que c'estoient des
trez (traits) de son compre Lyonnet de Mdicis et qu'il avoit faict
faire tout cecy sans son sceu dont il monstra n'estre pas contant et
me dit qu'il vouldroit garder ceulx d'Avignon et du comt de Venisse
comme ses propres subgectz et mieulx, se mieulx povait. Et, en effet,
dist quil vouloit que tous ses officiers tant du royaume que de
Dalphin vous donnassent tout l'ayde et faveur que leur vouldriez
demander pour leur faire reparer les dommaiges faitz et faire vuyder
hors de la terre de l'Esglise, car il n'entendit oncques quils y
entrassent ne feissent nul dommaige et quil ne les advouoit ne vouloit
soutenir en faon quelconque[530]. Et en effet le roi donne aussitt
des ordres  Monseigneur du Bouchage et au comte de Castres pour que
les lettres ncessaires aux consuls et habitants d'Avignon fussent
expdies le plus promptement possible. On remarquera qu'au cours de
cette lettre, qui ne fait que reproduire en termes brefs la
conversation change sur ce sujet entre Louis XI et Baptiste Bzgat,
charg de reprsenter les intrts de la cit, le roi parle  peine du
Saint-Sige et qu'il n'envisage au contraire que les justes dolances
des Avignonnais. Son langage vis--vis d'eux pouvait ne pas manquer de
sincrit, mais l'empressement qu'il met  dsavouer les exploits des
bandes de Bernard de Guerlands, son insistance  laisser croire que
tout s'est fait  son insu, donnent facilement crance  cette
hypothse que Louis XI, s'il n'a pas favoris la tentative de
Guerlands, ne l'a pas dsapprouve, s'applaudissant peut-tre de voir
une bande d'aventuriers saccager les terres du Saint-Sige pour amener
Sixte IV  composition[531]. La lettre de Bzgat aux consuls est du 9
fvrier 1479. Ds le 7 du mme mois, Louis XI crivait  Bernard,
btard de Comminges[532], matre des ports, une lettre o il relatait
tous les excs commis par Guerlands et ses hommes et en reproduisant
le texte mme de la supplique adresse, le 30 janvier prcdent, par
la ville d'Avignon  Monseigneur du Bouchage. Et pour ce que
n'entendons aucunement la dite cite ne les habitans d'icelle et du dit
conte, _comme noz confdrs, aliez et dvotz de nostre couronne_,
soient vexez ne opprimes en quelque manire que ce soit mesmement
comme  terre de saincte mre Esglise a cuy nostre dsir ne serche que
servir, obeyr et complaire et que aussi en justice tous excs,
violences, forces et aultres maulx et roberies ne se doibvent
souffrir, vous mandons que veues ces presentes sur tant que desirez
nous complaire que incontinent et sans delay, faictes vuyder le dit
Bernard avec ses dits complices hors la dicte conte[533]. Mais
quelque activit que montrt le roi dans cette circonstance,
l'occupation des terres papales se prolongea jusqu'au mois de mai
1472. Dans l'intervalle, la ville dut se dfendre elle-mme et faire
garder les portes et les remparts pour viter une surprise des
routiers[534]. Enfin, au mois de mai 1479, Louis XI,  la suite d'une
nouvelle ambassade que lui avait envoye la ville, compose de Gilles
de Berton, premier consul, et de Louis Merulis, deuxime consul,
intima l'ordre au parlement de Grenoble de faire poursuivre avec la
dernire rigueur les partisans de Guerlands, prescrivant par lettres
patentes dates de Montargis, le 8 mai 1479[535], de donner aux sujets
du Saint-Sige tous les secours dont ils auraient besoin. Quelques
compagnies de troupes royales envoyes du Dauphin poursuivirent les
routiers de Guerlands et les expulsrent du territoire pontifical.

  [528] Lettre de Bzgat aux consuls d'Avignon, du 9 fvrier 1479.
  Voy. pices justificat., no XX.--Cf. Huillard-Breholles, _Rev.
  des Soc. sav._, 1861, p. 314.

  [529] Dareste, _Hist. de France_, III, pp. 298, 299.--Cf.
  Huillard-Breholles, Louis XI protecteur de la Confdration
  italienne, _Rev. des Soc. sav._, 1861, 2e srie, p. 317.

  [530] Lettre de Baptiste Bzgat aux consuls, 7 fvrier 1479.
  Pices justificat., XX.

  [531] En janvier 1479 une ambassade compose de Guy d'Arpajon et
  d'Antoine de Morlbon, premier prsident au Parlement de Toulouse,
  envoye par le roi auprs de Sixte IV dans un but pacifique,
  choua dans sa mission. La paix ne fut dfinitive qu'en dcembre
  1482.--Cf. H. Brholles, _Rev. des Soc. sav._, 1861, p. 331.

  [532] Le Bastard de Comminges, matre des ports de Languedoc,
  figure parmi les commissaires royaux chargs (en 1476, juin) de
  rgler les diffrends au sujet des limites du Rhne. Voy. Arch.
  municip., _Invent._, B. 70, no 2351.

  [533] Louis XI au Bastard de Comminges, 7 fvrier 1479. Orig.
  ind., Arch. municip., srie A.A., pic. justificat., XIX.

  [534] Mandat de 27 florins 1/2  Thomas de Sarrachino pro
  custodia dicti portalis (Saint-Lazare) pro timore guerce Bernardi
  de Gorlans. Arch., Comptes C.C., ann. 1479, mandat no 76.

  [535] Arch. de l'Isre, _Reg._, Cott. I, fol. 320. L'arrt de
  l'Enregistrement est du 15 juin suivant. _Invent. de la Chambre
  des Comptes._--Pilot, _Catalog._, II, p. 291, no 1749--M. de
  Mandrot (_Imbert de Batarnay_, p. 320) place par erreur en 1483
  cette ambassade qui est bien, nous en avons la preuve, en 1479.
  Voy. Pilot, _Catalog._, II, p. 292, not. 1.

L'enqute faite sur cette entreprise avorte, par les officiers
pontificaux et les reprsentants de l'autorit municipale, n'amena
aucune dcouverte sur les vrais mobiles de l'expdition, et on ne
trouva aucune trace de la main de Louis XI dans cette mystrieuse
tentative dirige contre la ville. Le vendredi 12 fvrier 1479, les
juges, assists des consuls Antoine Lartessuti, Gilles de Berton et
Paul Ayduci, et de plusieurs conseillers, procdrent _manu militari_
 l'arrestation de Franois Perussis, de Michel Dini, chez qui on
apposa les scells, de Jean Bisquiri, de Boniface Prussis, dont on
fut oblig d'enfoncer la porte pour le prendre, de Jean Syriasi,
facteur de Bundelmunti, qui menaa de tuer tout le monde en criant:
Al sanguo del Dio, se non lassate la mya porta, vy tuaro! Il fallut
briser sa porte et le faire ligotter par les soldats. Luc de Cambis
fit de mme, jetant des pierres par les fentres, il cassa le bras
d'un soldat de l'escorte. Il fallut l'enchaner pour le porter  la
prison o on l'enferma avec ses complices[536].

  [536] Achard, _Rec. sur Avignon_, mss., vol. I, A.D.--La famille
  de Cambis, d'origine florentine, s'tait fixe  Avignon vers
  1448, dans la personne de Luc de Cambis, qui avait pous Marie
  Pazzi de la famille ennemie implacable des Mdicis. Voy.
  Barjavel, _Diction. biograp._, I, p. 333.

Les lettres saisies chez les conjurs rvlrent les prparatifs faits
 Lyon. Allemand de Pazzis, tmoin important, refusa de parler, mme
sous la menace de voir sa maison occupe par des garnisaires. Quant 
Cambis, il rpondit qu'il n'ignorait pas que Bernard de Guerlands
tait un aventurier chass des compagnies du roi de France, mais il
refusa de dire qui l'avait arm contre le Comtat et qui lui avait
fourni l'argent. Tous ces prisonniers devaient tre mis au secret, de
manire  ne pouvoir s'entendre, mais la consigne ne fut pas observe,
et les juges les trouvrent conversant avec le vicaire gnral de
l'archevque et d'autres Florentins, citoyens avignonnais. Il est
difficile, en l'absence de preuves, d'accuser Louis XI d'avoir
contribu de son argent  encourager les projets de Guerlands et de
ses allis les Florentins. Mais, en cartant l'hypothse d'une
intervention directe, il n'est pas possible d'admettre que le roi ait
pu ignorer la formation d'un corps d'aventuriers  Lyon, destin 
molester les sujets du pape et  inquiter la papaut elle-mme  un
moment o la msintelligence rgnait entre les deux cours? Si donc, au
dbut, Louis XI ne prta aucun appui matriel  l'expdition, il ne
fut peut-tre pas sans en prouver quelque satisfaction intrieure.

Les dernires annes de Louis XI sont marques, dans l'histoire des
tais pontificaux de France, par un redoublement d'attaques de la part
de routiers et d'aventuriers dont l'audace parat dfier toute
rpression, et que l'attitude du roi semble encourager secrtement.
Dans le cas de Jehan de _Tinteville_ ou _Dinteville_ (1480-1482), chef
d'une bande qui saccagea le terroir d'Avignon et de Carpentras, et mit
en pril l'existence mme de la ville, Louis XI, comme pour Bernard de
Guerlands, garde une rserve de nature  faire natre bien des
soupons. Jehan de Tinteville, sur lequel nous ne possdons que de
rares documents, parat avoir t d'origine champenoise[537]. tait-ce
un agent secret de Louis XI, comme on a pu le supposer? tait-ce un
de ces soldats d'aventure, que les hasards de la guerre avaient
conduit dans le midi? On ne peut rpondre que par des conjectures.
Quoi qu'il en soit, nous le trouvons  Avignon vers 1480. L, ledit
sieur de Tinteville, menant joyeuse vie, avait contract de nombreuses
dettes, si bien que ses cranciers firent saisir ses biens, aprs quoi
il fut expuls de la ville. Tinteville, sujet du roi de France, porte
ses dolances  Louis XI, en accusant les Avignonnais de lui dtenir
injustement ses biens. Ce neantmoings iceluy de Dinteville s'estoit
puis nagures tir par devers nous et soubz couleur de ce quil nous
avoit donn entendre que les ditz habitanz lui detenoient ses ditz
biens par force sans les luy voloir faire rendre ne restituer avoit
obtenu comme il disoit noz aultres lettres en forme de marque 
rencontre des ditz habitanz et autres subgectz de nostre tres saint
pre le pape au moyen desquelles le dit de Dinteville avoit fait
grande assemble de gens de guerre deschelles et aultres armes et
bastons et entrera par force et en puissance darmes en la dite ville
et autres places de nostre sainct pre ou prendera par force des biens
des dits habitantz jusqua la valleur de ses ditz biens[538]. Mais les
consuls d'Avignon, prvenus, avaient pris toutes leurs mesures pour
rsister  un assaut imprvu. Les remparts avaient t garnis de
plusieurs bombardes et couleuvrines[539], une garde compose de gens
d'armes et de citoyens dfendait chaque porte, si bien que Tinteville
et ses compagnons durent se borner  ravager les environs
d'Avignon[540]. Fatigus de ces incursions, les habitants se
constiturent en corps de troupes, donnrent la chasse  Tinteville
qui, battu et fait prisonnier, fut amen  Avignon o on le jeta,
charg de chanes dans les basses fosses du palais apostolique.

  [537] On trouve un Gaucher de Tinteville ou d'Inteville mentionn
  dans les mmoires de Philippe de Commines (1495, p. 199); un
  Pierre de Tinteville charg d'une mission par Louis XI auprs des
  habitants de Troyes (2 juin 1465). Voy. Anselme, VIII, 719--Cf.
  _Lettres de Louis XI_, II, p. 313.--Les archives de l'Aube font
  mention (liasse G, 831) d'un mandement de Charles VII du 12 aot
  1437, o il est question des habitants de Saint-Ly, maltraits
  par des gens de guerre envoys par _Jean de Dinteville_, mens au
  chteau de Payns et ranonns. Il nous parat difficile
  d'admettre que ce soit le mme personnage dont il est parl ici,
  mais il parat probable qu'il s'agit de la mme famille. Voy.
  pour un autre Dinteville (_Catalog. des actes de Franois Ier_, 4
  dcembre 1516-28 novembre 1520).

  [538] 15 octobre 1482. Arch. municip., B. 51, no 52.

  [539] Dtail des dpenses d'artillerie pro honore et utilitate
  ac deffensione dicte civitatis. Comptes du 12 octobre 1480-82,
  mandat no 14, et dtail des dpenses faites pour les gens
  d'armes, 6e mandat, 1481-82.

  [540] En 1481, le mme _Tinteville_ fut fustig  Carpentras,
  Arch. municip., B.B. 98.

C'est alors qu'intervient Louis XI, et c'est pour cette raison
peut-tre qu'on a voulu voir dans cette intervention la poursuite d'un
dessein secret du monarque dont ledit de Tinteville n'aurait t que
l'instrument. Louis XI dpcha  Avignon  quelques semaines
d'intervalle deux ambassadeurs avec des instructions pour les consuls.
Un matre d'htel du roi, Petit-Jean, arriva dans cette ville au mois
de mai 1481, porteur de lettres de sa majest, pour le fait de
Tinteville[541]. Les lettres furent communiques au conseil. Louis XI
dsavouait ledit Tinteville publiquement, condamnait tous ses mfaits,
mais tout en le dsavouant, il demandait l'largissement immdiat du
prisonnier, qui tait son sujet et vassal: Sans avoir regart qu'il
feust nostre vassal et subgect et qui pis est votre legat a fait
pendre et noyer plusieurs des gens et autres gitter de la roche au
Rosne tres deshonnestement sans avoir consideracion quilz feussent de
nostre royaume, dont sommes tres mal contens[542]. Le conseil
s'excusa auprs de l'envoy du roi en se retranchant derrire
l'autorit du lgat, sous la juridiction duquel tait plac le dtenu.
Petit-Jean fut bien trait, choy; la ville lui fit remettre deux cus
d'or par Guillaume Anequin, courrier de la maison de ville, et lui
offrit, le 31 mai 1481, un banquet somptueux qui cota 95 florins  la
caisse municipale[543].

  [541] Comptes de la ville, G.G., 1481, 1482.--Le 26 septembre
  1481 fut fait mandat de deux cus d'or au coin du roi  Guillaume
  Anequin, un des courriers de l'htel de ville, pour les donner 
  Petit-Jean envoy du roi de France, qui avait apport de sa part
  des lettres  la ville au sujet de Jean de Tinteville, dtenu
  dans le palais apostolique.--Comptes de la ville, mandat no 59.

  [542] Lettr. origin. indit. du 7 septembre 1481. Pices
  justificat., no XXI.

  [543] Comptes de la ville, ann. 1481, mandat no 293.

L'ambassadeur rentra  la cour sans avoir obtenu ce qu'il avait charge
de solliciter; mais, le 19 novembre 1481, un nouvel missaire de Louis
XI, Jean de Loqueto[544], conseiller du roi, arrivait en solliciteur
auprs du lgat qui, aprs divers pourparlers, accorda l'largissement
de Tinteville.

  [544] Jean de Loqueto tait descendu  l'htellerie de la Fleur
  de Lys o la ville paya toutes ses dpenses. Ann. 1481, mandat no
  105.

Ce furent le comt et les terres voisines qui en ptirent, car  peine
rendu  la libert, Tinteville appela  lui ses anciens compagnons de
pillage et commit, soit en Dauphin, soit dans les terres de l'glise,
de tels excs que Louis XI dut intervenir une deuxime fois: Comme
nous avons t presentement advertiz que Jehan de Tinteville et
plusieurs autres gens de guerre tant de nos ordonnances que de ceulx
qui ont t cassez et aultres pillars et gens de mauvais gouvernement
se soyent transportez et transportent encores de jour en jour en noz
pais et illec proumenent  grans despens eulx, leurs gens et chevaulx
sans vouloir aucune chose paier de leurs despenses, mais qui pis est,
battent, ranonnent, pillent, fourragent, destroussent gens et font
plusieurs autres maulx et exactions indines (indignes). Aussi ledit
_Detinteville_ et aultres complisses menacent chascun jour destourber,
piller et dgaster les dits biens circonvoisins de la cit d'Avignon
et aultres pais encores et seigneuries de nostre sainct pre le pape
avec tres grand desplaisance et tres grand foulle, grief, prjudice et
dommaige de nous et de la chose publique,  nostre pais et aussi des
ditz[545]. Dans ses lettres patentes dates du Montilz-les-Tours, le
31 janvier 1483, Louis XI donnait des ordres trs svres  ses
officiers pour que l'entre des terres de l'glise, comme des
provinces de la couronne, ft interdite  Tinteville et  ses gens
d'armes et qu'on prt de promptes et nergiques mesures pour leur
faire vacuer sans dlai les lieux qu'ils occupaient. Les ravages n'en
continurent pas moins, et ce fut sous le rgne de Charles VIII
seulement que, sur les nouvelles instances des consuls d'Avignon, le
duc de Longueville[546], gouverneur du Dauphin, donna des ordres 
tous les officiers royaux pour que l'on s'empart de la personne de
Tinteville. Celui-ci, aprs de longues prgrinations, fut, en dernier
lieu, captur et conduit, enchan,  Grenoble par Aymar de Viro, qui
reut de la ville d'Avignon,  titre de prsent, une somme de 100
florins et 2 gros pour les dpenses qu'il avait faites (1484)[547].

  [545] Donn  Montilz-les-Tours le pnultime de janvier 1483.
  Arch. municip., B, 19, nos 23 et 24.

  [546] Arch. municip., B. 19, no 30.

  [547] _Id._, B. 19, no 29.--Voy. _Lo Libre de la guerra de
  Tinteville_, no 261 du Compte de 1483. Le 14 fvrier 1484, la
  ville fait payer 153 florins  Gaspar de _Sarrachano_, pour la
  solde de 9 hommes qui avaient gard le chteau de Mornas pour
  voir si Tinteville et ses compagnons descendaient par la valle
  du Rhne pour surprendre Avignon, mandat no 168.

Les lettres du 31 janvier 1483 constituent le dernier acte de
l'administration de Louis XI qui ait quelque rapport avec les terres
du Saint-Sige et les habitants d'Avignon.

A la mort du roi (30 aot 1483), les Avignonnais et les Comtadins
voulurent rendre un dernier et pieux hommage  la mmoire d'un
monarque dont l'activit infatigable s'tait porte,  diverses
reprises, sur les affaires intrieures de leur pays, mais qui, en
somme, avait us dans ses rapports d'une politique plus bienveillante
que tracassire et qui, tout en voulant gouverner  son gr les
vnements dans les domaines du Saint-Sige, avait fait sentir aux
vassaux du souverain pontife, autant, sinon plus, qu' ses propres
sujets, les bienfaits de sa royale protection. Les obsques de Louis
XI furent clbres  Avignon en l'glise des Cordeliers, le 24
septembre 1483. La ville fournit de ses deniers cent torches neuves, 
quatre florins la douzaine. Sur chaque torche taient appliques  la
cire rouge les armes du roi de France  ct de l'cusson de la ville;
quatre cents grandes armes du roi servirent  dcorer l'autel. La
dpense totale s'leva  65 florins 17 sols[548].

  [548] Comptes de la ville, C.C., 1483-1484, mandat no 110.

Au cours de son rgne, Louis XI avait accord aux Avignonnais et aux
Comtadins divers privilges qui dnotent chez lui le dessein bien
arrt de faire pour les sujets du pape ce qu'il faisait pour les
siens, et mieulx, se mieulx povoit. Suspension de lettres de marques
et de reprsailles, libert d'dification des pallires,
application du produit du pontonage  l'entretien du grand pont du
Rhne, tels sont les bnfices directs de l'entrevue de Lyon (juin
1476). Peu aprs, par lettres du 26 janvier 1478[549], Louis XI
confirme le privilge qu'avaient vingt-trois particuliers et quelques
couvents et monastres d'Avignon[550] de prlever sur le sel apport
d'Aigues-Mortes et remontant le Rhne par bateaux un certain nombre de
minots sans payer les droits de gabelle aux officiers royaux[551].
Ces derniers ayant frapp lesdits particuliers d'une amende de 50
marcs et fait saisir leurs biens. Louis XI, par lettres patentes
annule lesdites amendes et maintient les particuliers et ordres
religieux dans leurs prrogatives et privilges. Et pour ce qui est
en leur tres grand grief, prejudice et dommaige et pourroit estre
cause de faire cesser le divin service en aucune des dites Esglises
parce que le dit droit de page est le principal revenu qu'ils aient
pour leur vivre et entretenement... Voulons et debvons les faiz et
affaires des dictes Esglises tant de nostre royaume que hors icelluy
estre favorablement traictez afin que les susditz religieux et autres
ecclesiastiques soient tousjours plus enclinz a prier Dieu pour nouz,
nostre postrit et ligne....

  [549] Arch. municip., B. 69, no 16 (copie).

  [550] Charles VI avait accord ce privilge aux Clestins du
  royaume, 26 septembre 1413, et Charles VII le 15 fvrier 1461
  (_Rec. des Ordonnances_, XV, p. 325). Franois Ier les confirme 
  nouveau, 8 janvier 1517, _Catalog. des actes de Franois Ier_, I,
  p. 133.

  C'taient:

    La Chartreuse du Val de Bndiction,  Villeneuve-ls-Avignon;
    Le Chapitre de Notre-Dame des Doms,  Avignon;
    La Collgiale de Notre-Dame de Villeneuve;
    La Collgiale de Saint-Didier,  Avignon;
    La Collgiale de Saint-Pierre,  Avignon;
    La Collgiale de Saint-Agricol,  Avignon;
    Les Couvents des Clestins d'Avignon et de Gentilly;
    La Chartreuse de Bonpas;
    La Commanderie de Saint-Jean-de-Jrusalem,  Avignon;
    Le Couvent des Jacobins d'Avignon;
    Les Couvents de Sainte-Catherine, Saint-Laurens et Saint-Vran
      d'Avignon;
    Le Couvent de Sainte-Madeleine,  Carpentras;
    Les Administrateurs et les Frres de l'Hpital Saint-Benot
      d'Avignon;
    Les Orphelins de l'Aumne,  Avignon;
    Les Orphelins de la petite Fusterie;
    Les Seigneurs de Montfort et d'Aiguires;
    Pierre de Sade, Thomas Busaffi et Tronchin, escuyer.
    Arch. municip., B. 69, no 16

  [551] Les rois de France avaient de tout temps  Avignon des
  agents pour la gabelle du sel.

Dans la question des limites du Rhne et de la navigation, Louis XI,
qui avait dj donn  Lyon des preuves non quivoques de ses bonnes
dispositions  l'encontre des Avignonnais, accorde, au mois d'avril
1480,  la sollicitation de Jules de la Rovre, une faveur
exceptionnelle aux sujets du pape contre laquelle protestaient les
officiers royaux comme une renonciation des droits du roi sur la rive
droite du fleuve[552]. Le matre des ports de Villeneuve-ls-Avignon
ayant fait accoter un moulin  l'une des arches du pont, ce qui
constituait pour la navigation un danger permanent parce que les ditz
molinz qui ainsi y seroient diffiez et mis retiendroient et
empescheroient le cours de l'eau de la dite rivire en manire que la
dite eau pourroit estre cause pour la grant habondance et impetuosite
d'icelle, faire desmolir et abastre le dit pont, bien que le matre
des ports prtendt que, de par ses fonctions, il avait autorit sur
la rive du Rhne et que le lit o coulait le fleuve faisait partie du
royaume, nanmoins, Louis XI, considrant que s'il estoit permis et
souffrir faire tenir et construire les ditz moulins ou aultrez prs du
dit pont et les ataicher  la dicte arche, iceulx moulins peussent
estre cause de faire rompre et desmolir icelle arche et les autres
arches du dit pont, lesquelles ainsi estoit  granz difficultez et
sans granz fraiz se pourront rediffier  cause de l'impetuosit du dit
Rosne qui seroit au grand grief, prejudice et dommaige de nostre dict
Sainct Pre et des dits recteurs et gouverneurs du dit pont et des
mananz et habitanz de la dite ville et cite d'Avignon et de toute la
chose publique du pays et environ, Louis XI donne l'ordre de dmolir
ledit moulin et de le transporter l o on avait auparavant la coutume
de le placer. Et se les ditz moulinz ou aulcuns deux y avoient este
miz, affichez et ataichez, quils les ostent ou facent oster et mectre
ailleurs incontinent et sans delay, et remettez s lieux o ils
souloient estre le temps pass.

  [552] Donn  Tours le..... jour d'avril 1480, avant Pques.
  Arch. municip,, B. 63, no 19, Cott. T., Origin.--Cf. Pilot,
  _Catalog._, II, 1754 _bis_, p. 295.

A la suite des diverses ambassades qui lui furent envoyes par la
ville au moment des affaires de Tinteville, en 1481[553], Louis XI
confirma aux Avignonnais le privilge que leur avaient accord les
rois, ses prdcesseurs, et que maintinrent ses successeurs, de
transporter de leurs terres situes dans le royaume de France tous les
produits ncessaires  leur alimentation, bl, vin, lgumes, viande,
fruits, etc., librement et sans payer aucun droit[554]. On comprend
quelle tait l'importance de cette libert de transit pour les
Avignonnais qui vivaient exclusivement des produits imports. La
mauvaise volont, l'esprit jaloux et tracassier des officiers royaux
pouvaient, au passage du Rhne ou de la Durance, par suite d'exigences
fiscales et de droits de douane exorbitants, suspendre l'entre des
produits du sol qui alimentaient les marchs d'Avignon et affamer les
habitants, mesures restrictives dont l'application tait facile toutes
les fois que, par suite des mauvaises rcoltes en Bourgogne, Dauphin
ou Languedoc, le transport des crales tait interdit. Louis XI,
tenant compte que les vassaux du Saint-Sige avaient coutume de payer
rgulirement les aydes et autres impts pour les terres  eux
appartenant enclaves dans les domaines de la couronne, donna toute
facilit aux rclamants. Cette revendication lgitime des Avignonnais
et des Comtadins fut confirmes  nouveau par lettres patentes dates
du Plessis du Parc-les-Tours, le 23 mai 1482. Louis XI crivait  ses
officiers, snchaux, matres des ports ou  leurs lieutenants, pour
que aux dits suppliants vous leur souffriez et laissez prendre et
faire prendre, lever et cuillir, quant bon leur semblera, leurs dits
bledz, vins et autres fruictz creuz et qui croistront en leurs dits
heritaiges, terres et possessions, quelque part quils soyent situez
et assiz en nostre dit royaume, pays et seigneuries et iceulx mener et
conduire en la dite ville et cit d'Avignon pour leur vivre et
substantation ainz quils ont accoustum de faire, sans leur faire
mettre ou donner ne souffrir estre fait, mis ou donn aucun arrest
destourbier ou empeschement au contraire[555].

  [553] Ambassades de Bernard de Codertio, 1er septembre 1481.

  [554] Cette franchise avait dj t accorde aux Avignonnais par
  Charles VII, novembre 1432.

  [555] Arch. municip., Origin., B. 47, no 7, Cott. G.




RESUME ET CONCLUSIONS


Au XVe sicle, la situation politique des tats citramontains de
l'glise offre un caractre particulier que nous avons tudi dans ses
moindres dtails. Cette organisation reste ce qu'elle tait,  peu de
chose prs, jusqu' la runion dfinitive de ces tats  la France.
Par l'essence mme de sa constitution municipale, par l'tendue des
pouvoirs de ses magistrats, par l'indpendance et l'autorit de son
corps de ville, par la prpondrance des corps de mtiers, Avignon, au
XVe sicle, constitue une sorte de rpublique italienne d'en de des
monts, avec tous les privilges et les prrogatives d'une ville libre
place sous la suzerainet temporelle du Saint-Sige mais en pleine
possession de son autonomie communale. Quant au Comtat Venaissin, son
indpendance n'en est pas moins relle et non moins franchement
affirme au sein des tats. La vie municipale n'y est pas moins
intense qu' Avignon; l'esprit de solidarit dans ce qu'il a de plus
troit anime ses reprsentants, et, comme  Avignon, l'autorit papale
y est surtout honorifique et nominale. C'est l'assemble des lus du
pays qui a entre ses mains le gouvernement du pays.


I

Comment les rois de France considraient-ils, dans leurs rapports avec
la couronne, les villes et territoires du domaine de l'glise?

Depuis Charles VI aucun souverain n'lve de prtentions sur la
lgitimit de possession du Saint-Sige. Tous proclament Avignon et
la Cont de Venisse territoire et patrimoine de l'glise, et,  ce
titre, ils considrent comme un devoir pour la royaut, fille ane
et bras droit de l'glise, d'assurer aux vassaux du Saint-Sige une
protection effective. Il est  constater que dans aucune circonstance
ils n'ont failli  cet engagement. Charles VI, qui tait d'abord rest
neutre dans la lutte entre les cardinaux et les Avignonnais contre
Benot XIII, envoie des secours en hommes en argent et munitions ds
que la guerre, par l'arrive des renforts catalans et aragonais,
menace l'existence mme de la cit avignonnaise. Charles VII, par
lettres patentes de 1423, 1426, 1428, 1451 et autres, dclare que les
tats de l'glise sont placs sous la protection royale, et nous
vouldrions tousjours entretenir et favoriser les faiz de vostre cit
comme de nos propres subgectz (1451). Louis XI, qui avait eu  se
plaindre des Avignonnais, oublie les injures faites au dauphin,
accueille avec la plus grande affabilit leurs ambassadeurs et les
appelle ses confdrez, aliez et devotz de sa couronne. Il les
protge par des envois de gens d'armes contre les attaques des
routiers et les comble de privilges et de faveurs. Il ne fait que
confirmer les actes de gnrosit de ses prdcesseurs vis--vis
d'Avignon et du comt. Faut-il conclure de cette politique
uniformment suivie qu'il n'avait pas intrieurement conscience de ses
droits sur Avignon, par cette raison que dans aucun document public,
jusqu' Henri II, il n'est fait allusion aux revendications de la
couronne sur cette partie des domaines de l'glise? ou bien faut-il
admettre que si Louis XI a toujours trait si favorablement les
Avignonnais c'est qu'il voulait, ce faisant, tre agrable au
Saint-Sige? Cette seconde raison ne nous semble pas suffisante et
nous sommes convaincus que si Charles VII et Louis XI ne se sont
jamais prvalus des droits de la couronne sur les tats citramontains
de l'glise, c'est qu'ils en considraient l'alination comme
temporaire et qu'ils ne voyaient l qu'un apanage de la couronne donn
en hommage aux souverains pontifes mais dont les rois de France
taient en ralit les souverains naturels. Dans tous leurs actes,
comme nous allons l'exposer sommairement, les rois de France ne
traitent pas les Avignonnais ou les Comtadins autrement que les vrais
regnicoles.


II

Charles VII et son fils interviennent dans l'administration intrieure
de la ville et les parlements royaux ne craignent pas de contrecarrer
ouvertement l'autorit du lgat. Charles VII, le premier, veut avoir
un agent royal dans le conseil de ville, qui le tiendra au courant de
tout ce qui se dira et se fera au sein de cette assemble et
surveillera le reprsentant du Saint-Sige. Il propose Pierre Arcet et
Martin Hron, son valet de chambre, pour occuper  Avignon les
dlicates fonctions de viguier. Louis XI, suivant la politique de son
pre, obtient la mme charge pour son matre d'htel Raymond de
Mombardon. A une poque o Louis XI cherche  transformer, dans toutes
les villes du royaume, les magistrats municipaux en agents royaux,
cette tentative est  noter, car elle montre chez ce monarque un
calcul bien arrt de faire sentir l'action royale  Avignon comme
ailleurs. Mais le soin jaloux qu'avaient les Avignonnais de maintenir
intactes leurs institutions locales, aussi bien vis--vis des papes
que contre les tentatives des rois de France, devait djouer toutes
les ruses du monarque pour arriver  ses fins.

Louis XI et son pre, quand un vnement important pour la couronne
vient  se produire, ne manquent jamais d'en faire part aux
Avignonnais, absolument comme aux villes du royaume, pensant bien que
rien de ce qui intresse la patrie franaise ne leur est tranger. En
mme temps qu'il annonce aux Lyonnais la victoire de Castillon et la
conqute de la Guyenne (1453), Charles VII avise les syndics d'Avignon
et les conseillers du succs de ses armes et de la droute des
Anglais. A-t-il  se plaindre des agissements de son fils, le dauphin
Louis, et de ses projets tnbreux sur les tats de l'glise, vite il
les met en garde et leur envoie plusieurs ambassadeurs pour leur
donner  entendre leurs vritables intrts. Louis XI multiplie les
missions diplomatiques  Avignon et les agents secrets. Il emploie le
crdit des Avignonnais en Cour de Rome pour forcer la main au pape,
quand il dsire faire donner la lgation  un candidat de son choix.
Ses ambassadeurs sont reus avec un appareil princier. Le bailli des
montagnes du Dauphin, le marchal de Comminges, Petit-Jean, Jean de
Loqueto, agents du roi, sont traits avec toutes sortes d'gards. Les
snchaux royaux sont combls de cadeaux et de pots de vin. Le
snchal de Languedoc, qui avait dfendu auprs de Louis XI les
intrts de la ville, reoit pour sa dame une magnifique pice de
velours cramoisi tisse  Avignon. Quand le roi de France meurt, ses
obsques solennelles sont clbres  la Mtropole, aux frais de la
ville.


III

Il n'est pas de ville du domaine royal qui ait t dote plus
qu'Avignon de beaux privilges et l'objet des plus grandes faveurs
royales. Charles V et Charles VI donnent aux Avignonnais le droit de
faire transporter par eau, dans leur ville, tous les matriaux
ncessaires  la construction et aux rparations de leurs maisons.
Louis XI confirme ce droit (1477) et permet en outre aux habitants de
construire un radeau et de tirer deux cents quintaux de fer du
royaume, sans payer de droit pour rparer le pont dmoli en partie par
une inondation (1479). Il les autorise  lever des pallires pour
protger leur terroir et dcide que le produit du pontonage sera
appliqu  l'entretien du pont (1476). Bien mieux, le matre du port
de Villeneuve ayant fait tablir un moulin accot  une arche du pont,
de faon  gner la navigation, Louis XI, sur la rclamation des
Avignonnais, ordonne la dmolition immdiate dudit moulin (1480).

Au moment o ce roi accordait aux habitants de Verdun, ville
trangre, le droit de transporter dans leur ville le bl qu'ils
auront achet dans le royaume, Louis XI octroie la mme faveur aux
Avignonnais (mars 1461). Il confirme dans leurs prrogatives les
vingt-cinq particuliers ou couvents d'Avignon qui avaient le droit de
prlever leur provision sur les bateaux employs au tirage du sel sur
le Rhne, et cela sans payer de droits (1478).

En matire de commerce et d'changes les Avignonnais sont traits sur
le pied des regnicoles et leurs affaires sont places sous la
protection du roi de France. Ils conduisent par barque, sur le Rhne,
leurs marchandises jusqu' Arles et  la mer, et du ct de Lyon; ils
envoient  dos de mulet en Languedoc et en Dauphin leurs soieries,
toffes brodes, si recherches pour les bannires et tentures, sans
payer d'autres droits ou pages que ceux accoutums, et qu'acquittent
les sujets du roi. Ce n'est point chez Louis XI un calcul, au moment
o il cherchait par tous les moyens  attirer les trangers pour
accrotre la prosprit du commerce franais. Cette attitude de la
couronne vis--vis des sujets du pape, en matire de relations
mercantiles, est une tradition. Un sieur de Grignan ayant arrt en
Dauphin un marchand avignonnais, et lui ayant vol plusieurs balles
de drap, Charles VII donne des ordres pour que le sieur de Grignan
soit mis en demeure de restituer le produit de son vol, et le roi fait
des excuses aux consuls d'Avignon (1428).

Charles VII, Louis XI (1476, 1479, 1481), dfendent  quiconque de
laxer des lettres de marques ou de reprsailles contre les
Avignonnais et les Comtadins,  l'occasion de revendications en
matire commerciale sans expresse licence et permission de Leur
Majest. Charles VII enjoint aux snchaux et matres des ports de
permettre aux habitants du Languedoc de se rendre aux foires d'Avignon
(1424). Louis XI veut que les sujets du pape puissent commerser et
frquenter ensemble comme ils souloient faire le temps pass (1461).
Bien plus, il casse et annule les lettres de reprsailles laxes
contre les Avignonnais. L'vque de Gap ayant lax des reprsailles
contre Avignon, les habitants s'adressent au roi, lequel crit au
gouverneur du Dauphin pour que suspension soit faite de l'excution
desdites lettres jusqu' Pques prochains venanz.

Dans les questions qui le regardaient personnellement et lorsqu'il
avait  se plaindre des Avignonnais ou des Comtadins dans les affaires
d'extradition, d'incarcration, de dettes, etc., Louis XI recourait,
il est vrai, aux lettres de reprsailles, mais ce n'taient l que des
mesures de rigueur passagres, consquence d'un moment de mauvaise
humeur ou d'emportement, et jamais elles ne recevaient d'excution.
Gnralement, ce procd d'intimidation amenait les Avignonnais 
solliciter leur pardon, et la bonne harmonie dans les relations tait
aussitt rtablie.

Telle est  grands traits la politique de Louis XI dans ses rapports
avec les sujets de l'glise; son pre et lui prennent  tche de
gagner  leur cause les Avignonnais et les Comtadins; ils les comblent
de bienfaits; ils les associent  tous les vnements de la couronne;
ils favorisent et protgent leur commerce. Ils se font juges et
arbitres de leurs diffrends; ils traitent directement avec eux par
ambassades ou par dpches les affaires les plus importantes en dehors
du lgat. Ils ne contestent pas ouvertement la suzerainet temporelle
du Saint-Sige sur le pays, mais par leur tutelle effective, par leur
intervention constante, ils tendent  la transformer en une simple
formule. Voyons maintenant ce qu'en change de leurs bons procds ils
exigent des habitants.


IV

Charles VII et son fils prtendent exercer,  Avignon et dans toute
l'tendue des tats pontificaux d'en de des monts, le droit de
rquisition et ils le pratiquent en ralit ni plus ni moins que s'il
s'agissait des villes de leur propre royaume. Le dauphin Charles
emprunte  la ville son artillerie pour forcer la garnison de
Pont-Saint-Esprit (1420). Comme pour Reims, Amiens, Orlans, villes
royales, Louis XI rquisitionne les chevaux ncessaires pour le
transport de son artillerie  Lyon, et c'est la ville d'Avignon qui en
solde la dpense (1476).

L'arme royale envoye en Roussillon en 1473 manque de bl; c'est aux
Avignonnais que les officiers de Louis XI s'adressent pour en avoir,
et leur complaisance sauve l'arme en dtresse.

En matire de finances, Charles VII et Louis XI ne se montrent pas
plus scrupuleux avec les sujets du pape qu'avec les leurs propres;
Charles VII contracte avec la ville d'Avignon plusieurs emprunts. Le
dauphin Louis demande 1,000 livres une premire fois; il en reoit
5,000 comme indemnit de rglement de compte pour l'hritage de
Boucicaut. Il exige (1476) que les Avignonnais servent de caution 
Charles de Bourbon, archevque de Lyon et lgat d'Avignon, pour une
somme de 3,200 livres dont ce dernier fait l'avance au souverain.


V

Charles VII et son successeur s'attribuent sur les tats du
Saint-Sige enclavs dans leur royaume un droit de haute police, et
ils considrent que les rapports frquents de voisinage rendent ce
contrle indispensable. Dans le cas o la cour de France a  se
plaindre du pape, les Avignonnais et les Comtadins supportent les
consquences du conflit, et aucun des deux souverains n'hsite  user
des voies de fait vis--vis des sujets de Sa Saintet pour amener le
souverain pontife  de meilleurs sentiments  l'gard de la France.

La situation topographique d'Avignon assise s extrmits du royaume
et confinant  la fois au Languedoc,  la Provence et au Dauphin, en
faisait un lieu de refuge pour les bannis, malfaiteurs, rfugis
politiques, faux-monnayeurs, criminels de droit commun ou de
lse-majest, contumaces et autres vagabonds qui chappaient  la
justice royale. Les faux-saulniers trouvaient dans la cit papale un
asile assur, et la qualit de ville trangre faisait aussi d'Avignon
un centre de contrebande douanire destin  dissimuler les
certificats d'origine des marchandises importes et exportes. Louis
XI, dans ces conditions, ne considre pas que la violation des
frontires puisse tre oppose  la raison d'tat. Charles VII
n'hsite pas  laxer des reprsailles contre les Avignonnais qui
diffraient de livrer les compagnons de Jacques Coeur couverts par
l'immunit du couvent des Clestins. Louis XI use du mme moyen quand
il dcouvre la trahison de Jules de la Rovre. En 1481, un certain
clerc non mari, Jean de Vaux, coupable de lse-majest, s'tant
rfugi dans une glise d'Avignon, les agents du roi pntrent dans la
ville pour s'emparer de sa personne. Sixte IV intervient; il adresse
un bref  Jean Rose, notaire, pour tre lu en conseil de ville,
dclarant qu'on attente ouvertement aux privilges de l'glise qu'en
sa qualit de pasteur il est oblig de sauvegarder. Il engage vivement
les habitants  rsister aux ordres du roi et leur ordonne de faire
rintgrer dans l'glise ledit Jean de Vaux, dans le cas o il en
aurait t arrach. Louis XI, furieux contre le pape et les
Avignonnais met la ville en interdit (1481). Mme quand ils ne sont
pas coupables, les habitants d'Avignon demeurent toujours responsables
en cas d'atteinte porte aux droits du roi, et on leur demande compte
des abus et des excs de pouvoir des officiers pontificaux.


VI

Aprs avoir nettement tabli les rapports de la cour de France avec
les vassaux du Saint-Sige dans cette seconde partie du XVe sicle, il
nous reste maintenant, comme terme de cette conclusion,  fixer le
caractre de la politique de Louis XI dans ses rapports avec Rome pour
la solution des questions qui se rattachent aux affaires intrieures
et extrieures des tats pontificaux de France. En un mot, il s'agit
pour nous de dterminer dans quelles limites le monarque permettait au
Saint-Sige de dsigner le reprsentant de son autorit temporelle
dans les villes et territoires dont il avait charge; et aussi quelles
garanties il exigeait, en retour, pour s'assurer de la fidlit
politique des hommes qu'il considrait comme ses sujets propres mais
qui taient placs, en fait, sous une domination trangre?

Lorsqu'un conflit, et cela arrivait frquemment, s'levait entre
l'autorit pontificale et ses administrs, Charles VII et Louis XI
s'taient fait une rgle de ne jamais intervenir, mme lorsque le
mcontentement de la population avignonnaise prenait le caractre d'un
soulvement grave. Quand la nomination, comme lgat du Saint-Sige 
Avignon, de Marc Condulmaro (1431-1432) provoque une prise d'armes
contre la dcision du pape, Charles VII dfend, sous les peines les
plus svres,  ses sujets de se mler  l'meute. Il ne veut prendre
parti pour personne, bien qu'il ait un candidat; il se montre
souverain respectueux et fils soumis de l'glise. C'est un fait
historique sans conteste que, jusqu' Louis XIV, jamais les rois de
France ne veulent intervenir dans les querelles intrieures du pape
avec ses propres sujets.

Charles VII, le premier, pose comme un principe que le pape doit tenir
compte de l'agrment de la cour de France dans la dsignation du lgat
plac  la tte de l'administration des tats pontificaux de France.
Il insiste pour le choix de Carillo, cardinal de Saint-Eustache, mais
sans succs. Louis XI reprend la mme politique, mais il se montre
exigeant, importun et autoritaire avec le Saint-Sige. Il propose,
l'un aprs l'autre, plusieurs vques ou archevques que le pape
carte systmatiquement. Le roi se fche, et suivant cette politique
occulte qui est le plus grand ressort de sa diplomatie, il pousse en
secret les Avignonnais  la rvolte contre leur vque, Alain de
Cotivy, et il les engage  refuser de le recevoir, au cas o le pape
voudrait le leur imposer. Mais, malgr ses efforts, il n'obtient qu'un
demi-succs, le Saint-Sige ayant l'habilet de confier la lgation 
un lgat intrimaire pour ne pas pousser plus loin le conflit et en
venir aux voies de fait. C'est que Louis XI voyait l une raison
d'tat  faire prvaloir. Il voulait avoir la haute main sur le lgat,
lui donner des ordres, comme au cardinal de Foix en 1463, au moment du
sige de Barcelone, en faire un serviteur dvou des intrts
franais. Il comprenait le danger d'avoir une portion de territoire
enclave en son royaume ouverte  l'influence trangre, aux ordres de
Rome, et o un gouverneur brouillon et remuant pouvait compromettre le
succs de la politique royale. La nomination de Charles de Bourbon
(1470) est un triomphe pour la diplomatie de Louis XI; la substitution
de Jules de la Rovre une cause de conflit (1476). La suzerainet
temporelle des papes sur Avignon est mme un moment menace.


VII

Dans toute la correspondance qu'ils entretiennent avec la cour, les
consuls assurent Charles VII et Louis XI de leur absolu dvouement 
la couronne. Les ambassadeurs que la ville envoie auprs de chacun
d'eux,  son avnement, se confondent en protestations d'hommage et de
respect pour sa personne. Ils se disent eux-mmes, dans toutes les
occasions, les dvots et loyaux sujets de Sa Majest et jamais ils ne
laissent chapper une occasion de rappeler les services qu'ils ont
rendus  la couronne.

Ces rappels ritrs des services rendus finissent mme par paratre
importuns et en rabaissent singulirement le mrite. Il n'y a pas,
toutefois,  mettre sur ce point leur bonne foi en doute. Leur
attachement  la couronne, s'il est quelque peu intress, est
sincre; mais, pour la forme, la ville en s'adressant au roi n'oublie
pas, ou plutt affecte de ne pas oublier qu'elle est place sous la
suzerainet temporelle du souverain pontife. C'est l'ide qui prside
 toutes les ngociations avec la cour de France. Charles VI, Charles
VII ne mettent pas en doute les dclarations amicales de la ville.
Louis XI, plus politique, et qui savait que la dfiance est la
premire condition d'une bonne diplomatie, exige des gages qu'il
demandait parfois aux villes du domaine. Aprs ce qui s'tait pass 
Avignon en avril 1476, il ne se contente plus d'assurances et de
formules de soumission. Il exige un serment de fidlit  la couronne
et  la personne du roi, en bonne et due forme au bas duquel les
consuls et les conseillers apposeront leur signature. Il veut que les
Avignonnais s'engagent  ne pas recevoir les ennemis du roi, qu'il
prend soin d'numrer. En revanche, le roi promet de respecter les
privilges de la ville et de la protger contre ses ennemis et ceux de
l'glise, mais avec rserve des droits des papes sur la ville, _salvo
jure papali_.

Louis XI, par cet engagement, liait la ville  sa politique et
l'obligeait  n'avoir pas d'autres intrts que ceux de la couronne,
sous peine de se parjurer, ce qui, dans les moments de colre du roi,
pouvait avoir les plus graves consquences. Le roi de France tait
donc reconnu comme le protecteur officiel de la ville et du pays. Il
avait le contrle et la haute direction de ses affaires; sa vie
commerciale et industrielle tait entre ses mains. Son prestige et sa
force taient la sauvegarde des vassaux du pape, trop faibles pour se
dfendre, et qui ne pouvaient attendre de Rome que des armes
spirituelles. Le protectorat du Saint-Sige sur ses tats
citramontains tend donc de plus en plus  ne devenir, au XVe sicle,
qu'une formule sans porte, que l'on maintient par dfrence pour le
chef de l'glise, qui ne cesse pas de figurer dans tous les actes de
chancellerie, mais la haute bourgeoisie avignonnaise comprend qu'elle
a tout intrt  redevenir franaise: elle favorise la politique du
roi.




PICES JUSTIFICATIVES


No I

_Instructions du pape Eugne IV  Tristan d'Aure._

    Fvrier 1444.

Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Tristando,
electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. Cum contra
nonnullos iniquitatis filios, qui dudum civitatem nostram Avinionensem
et comitatum Venaysinum per insultum et tumultum, manu armata, nomine
perditionis alumni Amedei, olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu
sacrilego nominare praesumit, occupare et a nobis ac Romana Ecclesia
inferre conati sunt ac eos etiam, qui illis dederunt auxilium,
consilium vel favorem, nec non contra omnes et singulos scismaticos,
qui prefato Amedeo adhererent aut consentirent vel obedirent,
procedendi ac illos debita pena mulctandi et puniendi concessimus
facultatem, Nos, volentes statui tuo salubriter providere, tenore
presentium volumus et tibi concedimus quod per quamcumque
procurationem per te aut de mandato tuo de praedictis fiendam, etiam
si membrorum multitudo vel personalis pena sequeretur, nullam
irregularitatis aut infamie maculam sive notam incurras, neque in
aliquam penam a jure vel ab homine statutam incidas, occasione
praefata; nos enim omnes et singulas leges et canonicas sanctiones in
personas ecclesiasticas perpetrantes talia promulgatas quocum personam
tuam in exequendis tibi per nos commissis duntaxat suspendimus per
praesentes, volentes ut illis ullatenus sis astrictus. Nulli ergo
omnino hominum liceat hanc paginam nostre concessionis suspensionis
et voluntatis infringere vel ei ausu temerario contra ire. Si quis
autem hoc attemptare praesumpserit, indignationem Omnipotentis Dei et
beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Datum
Rome apud Sanctum Petrum, anno incarnationis dominice millesimo
quadringentesimo quadragesimo quarto, quinto kalendas februarii,
pontificatus nostri anno quartodecimo.

    _De curia_

    JO SYNODI.

(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol., 368, fol. 77.)


No II

_Instructions du pape Eugne IV  Tristan d'Aure._

    Fvrier 1444.

Eugenius episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio Tristando,
electo Conseranensi, salutem et apostolicam benedictionem. De tua
probitate, fide et devotione gerentes in domino fiduciam, speramus
indubie quod ea que tibi committenda duxerimus ad nostrum et Romane
Ecclesie statum et honorem laudabiliter exequeris. Cum igitur dudum
nonnulli iniquitatis filii quodam Ugolino Alamani duce per insultus et
proditionem facto tumultu manu armata civitatem nostram Avinionensem
et comitatum Venaysini adversus nos et Romanam Ecclesiam insurgentes,
cum suis fautoribus complicibus et sequacibus ac cum vexillis
perditionis alumni Amedei olim ducis Sabaudie, qui se Felicem V ausu
sacrilego nominari praesumit, conati fuerint occupare, nos volentes,
prout suadet justitia, ut illi, qui talia ausi sunt attemptare,
animadversione debita puniantur, tibi contra omnes et singulas
personas civitates et comitatus praedictorum, qui dicto insultui et
tumultui contra nos et ipsam ecclesiam interfuerunt aut dederunt ad ea
publice vel oculte auxilium consilium vel favorem vel scientes non
revelaverunt, cujuscumque status, gradus, ordinis vel conditionis
fuerint, nec non contra omnes scismaticos tam laicos quam clericos
adherentes prefato Amedeo aut ejus et Basilien fautores et sequaces
ubilibet constitutos auctoritate nostra procedendi ac ipsos et ipsorum
quemlibet per arrestationem bonorum et personarum captionem et
cohertionem ac officiorum, beneficiorum et dignitatum suorum
quorumlibet privationem et ab eisdem amotionem nec non bonorum
temporalium confiscationem tam civiliter et criminaliter puniendi,
condemnandi et mulctandi, prout delictorum qualitas exegerit et
justitia suadebit; invocato ad hoc, cum opus fuerit, auxilio brachii
secularis, nec non beneficia ipsa que per hujusmodi privationem
vaccare contigerit, quecumque, quotiescumque et qualiacumque fuerint,
etiamsi dispositioni apostolice fuerint reservata, aliis idoneis
personis, prout tibi visum fuerit, eadem auctoritate conferendi et de
illis etiam providendi; insuper quoque illis qui ad sanam mentem
redierint a quibuscumque processibus sententiis per te aut
quomodolibet illatis et inflictis absolvendi et in pristinum statum
restituendi et reponendi ac cum eis super irregularitate quacumque per
eos praemissorum occasione contracta dispensandi et habilitandi ad sua
et alia beneficia ecclesiastica quolibet imposterum obtinendi plenam
et liberam eadem auctoritate concedimus tenore praesentium facultatem
Datum Rome, apud Sanctum Petrum anno Incarnationis millesimo
quadringentesimo quadragesimo quarto, quinto kal. februarii
pontificatus nostri anno quartodecimo.

    _De curia_

    JO. SYNODI.

(Arch. vat., Eugenii IV. Regest. 20, 9. vol. 368, f. 79.)


No III

_Bref d'Eugne IV aux Syndics d'Avignon._

Dilectis filiis Tribus Statibus comitats nostri Venayssini, Eugenius
Papa IIII.

    20 novembre 1444.

Dilecti filii, salutem et apostolicam benedictionem.

Intelleximus, dilecti filii, nonnullam suspicionem esse inter multos
exortam et verba quedam dissipata nos velle alienare comitatum nostrum
Venayssinum et a potestate nostra abdicare; que fama admodum
displicuit nobis, cum nil sit eorum que multi forsan arbitrantur.
Nunquam enim fuit nobis animus neque est etiam neque erit alienandi
terras et jura Ecclesie Romane sed potius augendi. Et notum vobis
debet esse nos non solum non alienasse bona Ecclesie nobis desuper
credita sed pro eorum recuperatione bella adverss eorum occupatores
suscepisse. Itaque bono animo vos esse volumus et securos vivere quod
nunquam intendimus separare vos ab obedientia et subjectione Sancte
Romane Ecclesie, sed conservare vos in vocacione qua vocati estis.
Velitis igitur perseverare in obediencia et devocione vestra solita
erga nos et prefatam Ecclesiam ac parere legato vestro. Vicario
nostro, ut tanquam boni filii nostri, vivatis semper a nobis et Sede
apostolica merito commendandi.

Datum Rome, apud Sanctum Petrum, sub annulo nostro secreto, die
vicesima mensis novembris, pontificats nostri anno quartodecimo.

    POGGIUS.

(Reg. des Etats, C. 14, fol. 98, copie.)


No IV

_Bref d'Eugne IV aux Trois tats de la Cont de Venayssin._

    Dcembre 1444.

Dilectis filiis Tribus Statibus comitats nostri Venayssini.

Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis Tribus
Statibus comitats nostri Venayssini salutem et apostolicam
benedictionem. Scripsimus vobis nuper propter certam famam tunc nuper
exortam nostre intentionis esse et velle tenere vos sub nostro et
Ecclesie romane regimine ac devotione et obedientia ac nolle vos
alienare ab Ecclesia, quia intelleximus disseminatos sermones de
certis capitulis cum dilecto filio nobili viro Ludovico, delphino
Viennensi nostro non pactis iterm facimus vos certiores nos nullomodo
intendere aut velle alienare aut separare vos a nobis et prefata
Ecclesia aut alicui alteri subjicere, sed intendimus conservare vos
sub nostro et Ecclesi regimine et gubernacione prout actens fuistis
quod vobis futurum ad certitudinem et consolacionem vestram volemus
quod venerabili fratri nostro Petro, episcopo Albanensi, legato
nostro, in omnibus sicut antea, pareatis.

Datum Rome, apud Sanctum Petrum, anno Incarnationis dominice millesimo
quadringentesimo quadragesimo quarto pridie calendas decembris,
pontificats nostri anno quartodecimo.

(Reg. des tats, C. 14, fol. 96, copie)


No V

_Charles VII aux Syndics d'Avignon._

    26 janvier 1448 (?)

Tres chers et bien amez, nous avons receu les lectres que nous avez
escriptes par maistre Jacques Guillot d'Orlans et Jehan Tronchin, que
avez envoiez devers nous et oy ce que ilz nous ont dict de vostre
part, aux quels nous avons faict response ainsy que en la manire que
par eulx pourrez scavoir plus a plain, par quoy ne vous escripvons
plus avant fors que tousjours aurons vous et vos affaires pour bien
recommandez.

Donn  Rouen le 26 janvier.

    CHARLES,

    Bude.

(Arch. municip., Origin., R. 33, no 41, Cott. R.R.)


No VI

_Lettre du dauphin Louis aux lus de Carpentras._

    14 mai 1451.

    Le Dauphin de Viennoys,

Tres chiers et grans amys, presentement envoyons par del noz amez et
feaulx conseilliers maistre Ferraudiz, maistre des requestes de nostre
hostel et Anthoyne d'Alauzon escuier de nostre escuerie, ausquelz
avons charg vous dire aucunes choses de par nous que veillez adjoster
plaine foy et crance a tout ce que de nostre part ilz vous diront.
Tres chiers et grans amys, Nostre Seigneur soit garde de vos.

Escript  Romans le XVe jour de may.

    LOYS.

Et ibidem prefati domini ambaxiatores exposuerunt eorum creanciam
super facto Buccicaudorum et nihil fuit conclusum.

(Arch. municip. de Carpentras, B.B. 70, fol. 63, copie.)


No VII

_Charles VII aux Syndics d'Avignon._

    5 mars 1452.

Tres chiers et bons amis, nous avons receu vos lectres par maistre
Garcias de Lamothe porteur de cestes et oy ce quil nous a dit de par
vous, sur quoy lui avons faict response tele que par luy pourrez
scavoir et povez estre certainz que tousjours vouldrions garder et
deffendre vous et autres subgectz de l'Eglise et les aider et
favoriser comme les nostres propres. Ainsi que plus  plain l'avons
dit au dit Garcias de Lamothe pour le vous rapporter.

Donn  la Roche-Saint-Quentin le 5 mars.

    CHARLES.

    Rgis.

A nos chiers et bons amis les Sindicz et Conseil de la Cit d'Avignon.

(Arch. municip., Origin., B. 32, no 42, Cott. S.S.)

Au mois de mars _1452_ Charles VII tait au chteau des
Roches-Saint-Quentin, chez Jean de Puy, l'un de ses plus anciens
matres des Comptes (De Beaucourt, V, p. 78.)


No VIII

_Charles VII aux Syndics d'Avignon._

A noz tres chiers et espciaulx amis les Sindicz et Conseil de la cit
d'Avignon.

Tres chiers et especiaulx amis, nous avons recues les lectres que
escriptes nous avez par maistre Guillaume Mesnier, licenci s lois et
ouy ce qu'il nous a dit de par vous et depuis l'avons fait ouyr bien
au long par les genz de nostre conseil sur tout ce qu'il a remonstr
et requiz de par vous; ainz avez pu congnoistre le grant et bon
vouloir que avons tousjours eu au bien et conservacion de libertez,
droiz et terres de nostre Saint Pre et de l'glise de Romme. Et
mesmement en ce qu'il vous touche et pour la grande amour que avez
tousjours eue et monstre  nous et  nostre seigneurie et  la
prosprit d'icelle, vous avons tousjours euz et avons en singulire
recommandacion et remembrance et vous vouldrions aider et favoriser en
touz vos affaires ains que nagures vous avons fait savoir. Et sur les
choses par le dit maistre Guillaume Mesnier a nous proposes lui avons
fait faire response comme il vous pourra plus a plain dire.

Donn aux Montilz ls Tours le XVe jour de mars.

    CHARLES.

    Rolant.

(Arch. municip., Origin., B. 32, no 40, Cott. q.q.)


No IX

_Charles VII aux Syndics d'Avignon._

Chierz et bien amys, nous avons escript puis nagures  nostre Sainct
Pre le Pape en faveur et recommandacion de nostre bien am Pierre
Arcet, escuier, touchant la Viguerie d'Avignon, laquelle viguerie
iceluy, nostre Sainct Pre,  nostre requeste et prire, a donne au
dit Arcet, comme il vous pourra plus a plain apparoir par les bulles
d'icelluy nostre Sainct Pre. Et pour ce vous prions tres acertes que
pour amour et contemplacion de nouz vueilliez recevoir et mectre en
possession et saisine du dit office de viguier le dit Arcet. Et vous
nouz ferez ung tres agrable plaisir et en auronz vos affaires enverz
nous en plus espcial recommandacion.

Donn  Chinon le XVIIe jour de mars.

    CHARLES.

    Giraudeau.

(Arch. municip., Origin., B. 7, no 36, Cott. N.N.)


No X

_Charles VII aux Syndics d'Avignon._

    19 mars 1452 (?)

Chiers et bien amez, nous escripvons prsentement par devers vous en
faveur de nostre bien am varlet de chambre Martin Hron, dont avez
cognoissance touchant l'office de viguier de la ville d'Avignon. Si
vous prions bien acertez que pour contemplacion de nous, vous vueillez
tenir la main envers nostre Saint Pre le Pape pour le dit Martin. A
ce quil lui plaise donner au dit Martin icelluy office de viguier pour
ceste anne prsente et vous nous ferez tres agrable et grant
plaisir.

Donn aux Montilz les Tours le XIXe jour de mars.

    CHARLES.

    Rolant.

A nos chers et bien amez les Sindicz de la ville et cit d'Avignon.

(Arch. municip., Origin., B. 8, no 72, Cott. A.A.A.A.)


No XI

_Charles VII aux Syndics d'Avignon._

    15 mai 1452 (?)

Chiers et bons amis, autres foiz vous avons escript en faveur de
nostre bien am varlet de chambre Martin Hron, dont vous avez assez
cognoissance, touchant l'office de viguier de la ville d'Avignon,  ce
que voulsissiez tenir la main envers nostre tres Saint Pre le Pape
pour le dit Martin et que en contemplacion de nous il lui pleust
donner au dit Martin le dit office de viguier pour ceste anne
prsente. Si vous prions que le vueillez faire, et telement vous y
employer que la chose sortisse effect, comme povez appercevoir que
singulirement le desirons. Et vous nous ferez tres agrable plaisir.

Donn aux Roches-Saint-Quentin le XVe jour de may.

    CHARLES.

    Badouilier.

(Arch. municip., Origin., B. 8, no 72, Cott. A.A.A.A.)


No XII

_Charles VII, roi de France,  la Ville d'Avignon._

    22 juillet 1453.

  A Nos tres chers et grans amis les bourgois et habitans de la
    ville et cit d'Avignon.

Charles, par la grace de Dieu roy de France. Tres chiers et grans
amis, pour ce que scavons que prenez grant plaisir a oir en bien de la
prosprit de nous et de nostre seigneurie, nous vous signiffions que
mardi, XVIIe jour de ce mois de juillet, le sire de Talbot,
accompaign du sire de Lisle son filz, du sire de Candalle, filz de
Gaston de Foix, jadiz captal de Buch, du sire des Molins et de
plusieurs autres anglois et gascons, jusques au nombre de six  sept
mille, vindrent samedi prcdent. Et tantost aprs l'arme des ditz
angloiz vindrent en grant ordonnance  bannires et estendars
desploiez donner l'assault  nos dictes gens, qui estoient en leur
champ devant la dicte place. Et dura icellui assault plus d'une heure,
combatans main a main; mais graces  Notre Seigneur, les ditz angloiz
trouvrent tele rsistance que les bannires de Saint-George et du Roy
d'Angleterre avec l'estendart du dit Talbot et autres furent gaignes
par nos dictes gens. Et furent ilec les dits sire de Talbot, son filz
et autres en grant nombre mors sur la place, le dit sire de Molins et
le neveu du dit Talbot et autres prins. Et le seurpleus des ditz
angloiz se mirent en fuyte et se retrairent les ungs dedans la dicte
place, les autres en leurs navires et autre part, o ilz peurent
prendre chemin et furent suiviz et chacez par nos dictes genz,
telement que aprs la chose faicte en ont t plusieurs mors et noyez
et beaucoup de prisonniers des quelz on n'a encores peu bonnement
savoir le nombre. Des quelles choses avons rendu et rendons graces a
Nostre Seigneur. Et ung fois avant que les dictes nouvelles nous
feussent venues beau cousin de Clermont notre lieutenant en Guienne,
qui est d'autre cost au pais de Medoc prs de la ville de Bourdeaulx,
accompaign de beaux cousins de Foix, Delebret, Dornal, Poton et
d'autres nos genz de guerre en bien grant nombre nous a escript quilz
exploictent fort au dit pais sur nos ditz ennemis et quil n'y a
encores eu jusques cy personne que leur ait port nuysance. Et si
avons grant nombre de bon navire bien quipp en la rivire de Gironde
et telement que nos diz ennemis sont a prsent en grant subjection. Et
avons esprance en Dieu que le seurplus du recouvrement de notre pais
de Guienne se portera bien.

Donn  la Rochefoucault le XXIIe jour de juillet.

Depuis noz lectres escriptes, nous sont venues nouvelles certaines que
nos dits gens de guerre ont mise la dicte place de Castillon en
composicion, en la quelle estoient le dit sire de Candale, le sire de
Montferrand et autres jusques au nombre de deux mille combatans tant
angloiz que gascons qui se sont tous renduz prisonniers  nostre
mercy. Et plus tost vous eussions escript de nos dites nouvelles se
neust este pour actendre la conclusion du dit Castillon.

Donn comme dessus.

    CHARLES.

    Delalore.

(Arch. municip., Origin., srie A.A.)

Voy. de Beaucourt, V, p. 276 et note 3.--La mme lettre est adresse
aux habitants de Lyon, et donne comme pice justificative, no XVI, p.
463 (de Beaucourt, V, p. 463.)


No XII (_bis_)

_Prestation d'hommage de Romieu de Morimont._

In nomine Domini amen. Noverint universi et singuli presentes
pariterque futuri per hoc verum et publicum instrumentum quod anno a
nativitate Domini millesimo cccclvi indictione quarta, die quinta
mensis augusti, Pontificatus vero Sanctissimi in Christo patris et
domini nostri domini Calisti divina providentia pape tertii anno
secundo, nobilis vir _Romeus de Miremont_ scutifer et procurator
illustrissimi principis domini Ludovici, Regis Francorum primogeniti,
delphini Viennensis comitisque Valentinensis et Diensis constitutus,
genuflexus ante pedes Sanctissimi domini nostri Calisti pape tertii
prefati cum summa reverentia, exposuit se procuratorem dicti domini
Delphini et ab eo destinatum ad Suam Sanctitatem faciendamque debitam
reverentiam et recognoscendum feudum homagium ligium et fidelitatem
nonnuliorum castrorum et locorum infrascriptorum instrumentorum
nominatorum et designatorum, que castra et loca sui quondam
predecessores a Romana ecclesia tenuerunt in feudum ac petendum et
obtinendum remissionem liberationem et quictationem censuum occasione
predicta camere debitorum aliquibus temporibus hactenus forsitan non
solutorum et primo ibidem mandatum suum procurations sigillo magno
rotundo ipsius domini Dalphini impendenti in pergameno scriptum Sue
Sanctitati ibidem exhibuit ac produxit cujus quidem tenor de verbo ad
verbum sequitur et est talis. Ludovicus Regis Francorum primogenitus,
Dalphinus Viennensis comesque Valentinensis et Diensis, universis
presentibus et futuris notum fieri volumus quod nos animadvertentes
nil salubrius esse quam que sunt Dei Deo Cesarisque Cesari reddere,
volentes igitur Sancte Sedi Apostolice et ecclesie Dei sancte de hiis
que sub dominio eorundem in feudum tenemus homagium reddere fidele,
de nobilitate, moribus et providentia dilecti et fidelis domestici
nostri Romei de Miremont, scutiferie nostre scutiferum, ab experto
plene confisi, eundem Miremont presentem coram nobis et onus
suscipientem auctorem et negotii hujus gestorem specialiter
ordinavimus et ordinamus, ipsi expresse injungentes ut ad Sanctam
Sedem Apostolicam, quamcitius poterit, se transferat et Sanctitati
domini nostri pape Calisti tertii aut illi vel illis quibus jure et
consuetudine similia pertinent vel per Sanctitatem suam ad hoc
commitentur universaliter et generaliter de omnibus que sub feudo
nobili dicte sedis et ecclesie sancte _in Delphinatu et comitatibus
nostris predictis moventur_ homagium et recognitionem cum
solemnitatibus et aliis in talibus fieri usitatis realiter, nomine et
vice nostri, reddat et faciat denominationem et decertationem
predictorum omnium sub dicto feudo moventium, si opus fuerit, tradendo
literas publicas de hiis que egerit bullasque protectionis in forma
militantis ecclesie aut alias in similibus dari solitas obtinendo,
aliaque agendo, petendo pro tractando et obtinendo que nos agere
postulare pertractare et obtinere possemus, si presentes et
personaliter interessemus, et que negotiorum predictorum merita
postulant et requirunt, etiamsi essent talia que mandatum exigerent
magis speciale, vices nostras quoad predicta per presentes sibi
totaliter committentes et plenam in hiis ex certa scientia et
deliberatione prehabita attribuentes potestatem, promittentes in verbo
principis et sub juramento corporali dictum homagium, et quicquid per
dictum scutiferum artum, dictum, pertractatum, petitum et juratum
fuerit perpetuo ratum et gratum habere tenereque et observare
inconcussum. In quorum testimonium sigillum nostrum, in absentia magni
ordinatum, presentibus duximus apponendum. Datum in Sancto Antonio
Viennensi, die prima mensis junii, anno domini millesimo CCCCLVI
iuramento fidelitatis in animam et sub honore nostris prout in
similibus homagiis solitum est prestare nec non. Datum ut supra
Astaris per Dominum Delphinum, domino Montis Albani, gubernatore et
marescallo Delphinatus et aliis presentibus Astaris. Exinde vero
duorum transumptorum duo publica instrumenta per reverendum in
Christo patrem dominum Siboudum Alamandi, episcopum Gratianopolitanum,
factorum et auctenticorum super feudis homagiis et ligiis et
fidelitatibus castrorum et locorum predictorum exhibuit quibus quidem
transumptis auctenticis sigilla propria ipsius domini Episcopi erant
appensa, quorum quidem transumptorum tenor de verbo ad verbum sequitur
et est talis.

(Arch. vat., t. XXXIII, p. 66, Armor. 35.)


No XIII

_Lettre d'Allemand de Pazzis et de Franois Malespine aux Consuls
d'Avignon._

(Traduction).

  A respectables et nobles Mes seigneurs les Consuls de la Cit
    d'Avignon.

Tres respectables seigneurs, nous nous recommandons  votre bonne
grce en vous avisant comme nous arrivmes ici samedi dernier, en
grand peine de trouver logis,  cause de la grande multitude de gens
venus pour faire leurs adieux. Grce soit rendue  Monseigneur le
Marchal lequel nous a fait trs bon accueil en considration de
Monseigneur le Cardinal (Pierre de Foix) et de la ville, et le
lendemain matin nous fit avoir audience du Roi. Celui-ci nous vit
volontiers et nous fit aussi un trs grand accueil. Aprs avoir vu nos
lettres et avant que nous eussions rien autrement pu lui dire, il nous
appela prs de lui, mais si prs que nous nous touchions l'un l'autre,
et cela afin que personne ne pt entendre ce qu'il nous disait. Il
nous dit que nous tions les bienvenus, mais que lui ne pouvait
entendre  cette heure ni, par aventure, de tout le jour, mais
qu'avant de nous entendre, il voulait savoir de nous ce que nous
savions bien, qu'tant en son pays du Dauphin, quelqu'un nous avait
dit et avis la ville d'Avignon qu'il y avait quelques gascons qui
devaient faire en sorte que la ville passt, pour son compte, au
pouvoir de son marchal d'Armagnac et que eux l'avaient notifi et
fait dire au Roi son pre (dont Dieu ait l'me) et qu'il voulait que
nous lui disions quel tait cet inventeur qui nous avait dit et
dnonc un pareil projet, car jamais il n'avait eu une telle intention
et que si la chose avait t vraie il n'aurait pas t assez tmraire
pour de sa vie mettre les pieds dans Avignon ni pour en passer aussi
proche qu'il l'a fait. Qu'il commet  Monseigneur le Marchal et 
Messire Jean Bureu le soin de nous entendre  cet gard et que nous
eussions  leur dire qui sont ceux qui nous ont donn cet avis et qui
sont les inventeurs d'une pareille chose. L-dessus le Roi nous a
laisss pour aller  la messe, puis diner, puis aprs dner, aller aux
joutes que Monseigneur de Bourgogne faisait faire; et le soir,  un
banquet. Le tout a t un grand triomphe, et dans le mme jour nous
dinmes avec Monseigneur le Marchal, nous lui affirmmes en lui
disant que nous ne savions en vrit qui tait l'auteur de l'avis dont
le Roi nous avait parl, que jamais la Ville n'avait crit au Roi son
pre qu'elle le souponnt en aucune manire du monde, et que par
consquent nous ne savions pas davantage qui tait l'inventeur de la
chose. Nous fmes galement chez Matre Jean Bureu pour l'informer de
la mme manire. Il nous rpliqua qu'il lui semblait se souvenir
d'avoir vu quelque lettre et entendu parler de quelque chose de
semblable  l'htel du Roi, mais qu'il ne s'en rappelait pas
nettement. Que toutefois il rapporterait au Roi ce que nous lui
disions. Depuis, nous trouvant ensemble en prsence de Monseigneur
Boucicaut qui veut le bien et l'honneur de Monseigneur (le Cardinal de
Foix) et de la ville et de matre Pierre Robin, pour aviser  cela et
chercher si personne ne se rappelait rien  ce sujet. Monseigneur
Boucicaut et quelque autre d'entre eux rappela que le Roi mort envoya
 Avignon avertir et aviser Monseigneur (le Lgat) et la ville qu'il
avait vent qu'on devait nous faire dplaisir et qu'il nous en donnait
avis et que si nous avions besoin de quelque chose il nous viendrait
en aide par gens et par tout ce que nous lui demanderions. Il nous est
aussi revenu en mmoire que la ville rpondit au Roi en le remerciant
et que nous n'avions besoin ni de gens ni de rien autre et il nous
semble que jamais la ville n'a crit autre chose au feu Roi. En sorte
que, s'ils ne sont pas contents de la rponse, que nous avons dj
faite, nous leur dirons ce qui nous est revenu  la mmoire comme il
vient d'tre dit. S'il parat  Monseigneur (le Cardinal de Foix) et 
vous autres que nous ne devons dire autre chose ou faire d'autres
justifications soit par lettres, soit autrement, mandez-nous le et
nous fairons ainsi que vous commanderez. Adressez les lettres  la
Cour, car le Roi doit partir demain ou le jour d'aprs pour se diriger
sur Melun, de Melun  Amboise o sont les Reines en tirant  Tours;
nous suivrons pour tre dpchs le plus tt possible. Monseigneur le
Lgat rpond galement  Monseigneur le Cardinal (de Foix) et l'avise
de tout avec encore plus de dtails, car lui a aujourd'hui parl au
Roi en tte  tte et, comme je vous l'ai dit, avise Monseigneur de
tout ce que le Roi lui a dit vous pourrez le savoir par lui, ainsi que
par le porteur de la prsente qui est au service de Monseigneur,
lequel sait tout et par lui vous serez pleinement informs de tout (!)
Monseigneur le Snchal de Provence n'est pas encore arriv ici; je
crois qu'il attend le Roi sur la route parce que le bruit avait couru
que le Roi tait parti huit jours avant. Nous ne voyons pas autre
chose  vous dire, que Notre Seigneur vous garde. Recommandez-nous
trs humblement  la bonne grce de Monseigneur (le Cardinal) et  mes
seigneurs les Conseillers.

    Vos humbles serviteurs.

    Allemand de Pazzis: Fr. Malespine,

    Ecrit  Paris, le 15 de septembre (1462).


No XIV

_Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix._

    21 janvier 1464.

Cardinal de Foix, Tres cher et fal cousin, nous avons entant que
aucuns des habitans de la ville d'Avignon et autres tant des nacions
d'Alemaigne, Florence, Venise, Gennes, que autres, demourans et
habitans en la dicte ville d'Avignon, ont donn et donnent chacun jour
de grans pors et faveurs a ceulx de la ville de Barselonne et leur ont
envoy et envoyent des vivres, artillerie et autres choses  eux
ncessaires. Et pour ce que nous tenons et repputons les dits de
Barselonne et leur aliez et adhrans et aussi tous ceulx qui les
avitaillent ne favorisent en aucune manire noz ennemis et
adversaires, nous vous prions bien affectueusement que vous vueillis
ces choses remonstrer ou faire remonstrer aus dits habitans de la
dicte ville d'Avignon et autres des nacions dessus dites demourans en
icelle, en leur nottiffiant ou faisant notiffier que se ilz font le
contraire nous les rputons ds  prsent noz ennemis et entendons de
procder ou faire procder  lencontre d'eulx ainsi quil appartient en
tel cas. Et affin quilz n'aient cause d'en prtendre aucune ignorance,
vous prions de rechief que les choses dessus dites faictes crier et
publier par cry publique et  son de trompe en nous faisant savoir
tout ce que aurez fait. Et vous nous fers tres singulier et agrable
plaisir.

Don  Castelno de Mdoc le XXIe jour de janvier.

    LOYS.

    Binon.

(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, srie A.A.)


No XV

_Louis XI aux Consuls d'Avignon._

  A nos tres chers et grans amys les Consulz, bourgoys, manans et
    habitans de la ville et cit d'Avignon et de la Cont de Venisy.

Tres chers et grans amis, nostre trs cher et trs am cousin le _duc
de Bourbon_ et d'Auvergne, nostre lieutenant et gouverneur en nostre
pais de Languedoc, nous a dit et remonstr que  vostre pourchaz,
instigacion et requeste le Recteur d'Avignon a puis nagures prins 
force et port d'armes les places d'Albignan et Auriol que paravant
tenoit nostre bien am le sieur de Vergres, escuier d'escuerie de
nostre dit frre et cousin. Et pour ce que dsirons les besongnes et
affres du dit sieur de Vergeres estre favorablement traictes tant en
faveur de ce qu'il est nostre serviteur et subgect du bon droit que
entendons quil a s dites places que en contemplacion de nostre frre
et cousin qui sur ce nous a requiz, nous vous prions tres acertes et
sur touz les plaisirs que fre nous dsirez que vous tenez la main
envers le dit Recteur auquel escripvons prsentement de ceste matire
en manire quil soyt content de bailler et delivrer au dit escuyer la
joyssance des dictes places au moins jusques  ce que par justice ses
droitz et tiltres sur tout veuz et visitez aultrement en soit ordonn.
Et tellement faictes que le dit escuier cognoisse par effect noz
prires luy avoir prouffit envers vous. Et en ce faisant vous nouz
ferez tres singulier et agrable plaisir lequel recognoistrons envers
vous en pareil cas ou greigneur quant d'aucunes choses nous requerrez.

Donn  Chartres, le XXe jour de juing.

    LOYS.

    Toustain.

(Arch. municip., Origin., Bote des Catalans.)


No XVI

_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._

    26 aot 1464.

Loys par la grace de Dieu, roy de France. Tres chiers et grans amis,
nous avons sceu la maladie de nostre chier et fal cousin le Cardinal
de Foix dont avons est et sommes tres desplaisans; et pour ce qu'il
est  doubter que de la dicte maladie il voise de vie  trespas, nous
vous advertissons que se avez d'aucune chose afaire, en quoy nous
puissions pour vous employer, nous le ferons de trs bon cueur, ainsi
que plus amplement nous avons chargi vous dire  nostre am et fal
conseiller et maistre de nostre hostel Mombardon, porteur de ces
prsentes. Si le vueillez croire de ce qu'il vous dira sur ce de
nostre part.

Donn  Nouyon le XXVIe jour d'aoust.

    LOYS.

A noz tres chiers et grans amis les Consulz et gouverneurs de la ville
et cite d'Avignon.

(Arch. municip., Origin., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P.)


No XVII

_Lettre de Jean d'Armagnac, marchal de Comminges, aux Consuls
d'Avignon._

    22 dcembre 1464.

  A mes tres chiers et grans amys les viguier, consulz et autres
    bourgeoiz, manans et habitans de la ville et cit d'Avignon.

Tres chiers et grans amys, je me recommande  vous tant comme je puis
et vous plaise savoir que aujourdhuy XXIIe jour du moys de dcembre
sont venues nouvelles au Roy, que Dieu a fait son commandement de feu
Monseigneur le Cardinal de Foix, auquel Dieu par sa grce face mercy
et pour vous advertir de son vouloir et intention, il envoye devers
vous le bailli des Montaignes du Daulphin, son conseiller et
serviteur, pour vous dire et remonstrer aucunes choses de par luy et
si vous escript bien au long en vous priant que vueilliez avoir mon
frre l'arcevesque d'Auch pour recommand au fait de la legation de
la ville et cit d'Avignon et gouvernement de la Cont de Venissy en
la forme, et manire que mon dict seigneur le Cardinal la tenoit. Et
pour ce, trs chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour
l'honneur du Roy et amour de mon dict frre et de moy, vous y
vueilliez aider et tenir la main en tout ce qu'il vous sera possible
tant envers Nostre Sainct Pre que autrepart et en temps et lieu mon
dict frre et moy le recognoistrons envers vous tellement que par
raison en devrez estre contens. Car je vous certifie que je le faiz
plus pour le bien du Pays que pour le prouffit que j'en espre en
avoyr. Et pour vous donner le cas  entendre, le Roy a escript
d'autrefois au Pape en faveur depr Monseigneur de Foix, en luy priant
qu'il luy voulsist bailler le gouvernement aprs le trespas de mon
dict seigneur le Cardinal, mais il lui feist responce que pour riens
il ne luy bailleroit pour ce qu'il estoit mineur d'aage; et aprs
quant le Roy a veu la responce de nostre dict Sainct Pre, il y a
escript en faveur de l'vesque de Genve, frre de la Royne, pour
lequel il luy a faict semblable responce et que pour riens n'y
commettroit l'un ne l'autre, mais il lui a bien fait savoir qu'il
advise quelque vesque ou arcevesque en son royaulme qui soit  son
gr et qu'il pourvoira cestuy l sans autre. Et pour celle cause le
Roy a envoy, pass a six sepmaines, messire Jehan de Reillat, son
secretaire devers Nostre dict Sainct Pre pour le supplier et requrir
qu'il luy plaist que  sa requeste, vueille pourveoir mon dict frre
de la dicte lgation et gouvernement sans autre; et me semble que
c'est l'homme au monde que vous devriez mieulx vouloyr, veu que vous
cognoissez ses conditions et qu'il n'est pas homme malicieux pour
pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que plus aprs pourrez estre
informez par le dict bailli des Montaignes, de l'entente du Roy avey
ensemble de la mienne. Si vous prie, tres chiers et grans amys, que le
vuelliez croire de tout ce qu'il vous dira, comme feriez  moy mesme
si je y estoye en personne. Et tousjours, si aucune chose vous plaist
que pour vous fere puisse, faictes le moy scavoir et je l'acompliray
de tres bon cuer. Au plaisir de Dieu qui, trs chers et grans amys,
vous doint ce que dsirez.

Escript  Tours le XXIIe jour de dcembre.

    Le tout vostre,

  Le Conte de Commenge, mareschal de France, conseiller et premier
    chambellan du Roy, lieutenant-gnral et gouverneur de par luy en
    ses pays du Daulphin et duchi de Guienne.

    JEHAN.

(Origin., Arch. municip. d'Avignon, bote 95, no 73.)


No XVIII

_Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la Rovre._

    Lyon, 21 juin 1476.

Loys par la grace de Dieu roy de France  tous noz justiciers ou 
leurs lieutenants salut. Nostre tres chier et grant amy le cardinal de
Saint Pierre _ad Vincula_, nous a fait dire qu'il a est adverty que
pour ce qu'il n'est natif de notre royaume, il ne peut bonnement tenir
selon les ordonnances royaulx sur ce faites, aucuns beneffices de
nostre royaume s'il n'est, quant  ce, de nous habilit; et pour ceste
cause il nous a humblement fait requerir noz grace et provision
convenables lui estre sur ce imparties. Savoir vous faisons que nous
inclinant libralement et vouluntiers  sa requeste pour la grant et
singulire amour et amiti que avons  lui et en faveur de plusieurs
grans, louables et notables services dignes de recommandation qu'il
nous a faiz et esprons qu'il nous face au temps advenir, et afin
qu'il ait dsormais mieulx les faiz et affaires de nous et des subgetz
de nostre royaume pour espcialement et singulierement recommandez et
qu'il ait beneffices en icellui, dont il se puisse plus honorablement
entretenir icellui cardinal, pour ces causes et autres  ce nous
mouvans, avons octroy et octroyons, voulons et nous plaist de grace
espcial par ces prsentes quil puisse et lui loise avoir, tenir et
possder en notre dit royaume tous les beneffices dont il a est et
sera justement et canoniquement pourveu en icellui, soient
archeveschez, veschez, abbayes et autres dignitez et beneffices
quelzconques, quelz quilz soient et  quelque valeur et extimation
quilz puissent valoir et monter. Et quant  ce l'avons habilit et
habilitons de nostre dite grace espcial par ces dites presentes, non
obstant qu'il ne soit natif de nostre dit royaume et lesdites
ordonnances royaulx, et sans prjudice dicelles en autres choses et
quelz conques autres ordonnances, mandement ou deffences  ce
contraires, que ne voulons quant a ce lui nuyre ne prjudicier en
aucune manire. Et vous mandons et enjoignons et  chacun de vous sur
ce requis et comme  lui appartiendra que de nos prsentz grace,
habilitation et octroy vous le faites souffrez et laissez joyr et user
pleinement et paisiblement, sans lui mettre ou donner ne souffrir
estre fait mis ou donn aucun destourbier ou empeschement au
contraire, lequel se fait mis ou donn lui avoit est ou estoit si
l'ostez et mettez ou faites oster et mettre incontinent et sans dlay
 plaine dlivrance et au premier estat et deu. Car ainsi nous plaist
il et voulons estre fait. Donn  Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de
juing l'an de grace mil CCCC soixante seze et de nostre regne le
quinziesme. Par le Roy.

    NICOT.

(Copie extraite des minutes de Jean Robini, notaire  Avignon.)


No XIX

_Lettre de Louis XI au btard de Comminges._

  A notre am et fal cousin le maistre des ports (..........)
    Bastard de Comminges.

  Notre aim et feal, nous avons sceu, par noz chiers et biens aimes
  aliez, les Consuls et habitans de la cit d'Avignon que ung nomm
  Bernard de Guerlandz avecques XV hommes de guerre tant  pied que
   cheval soy disant estre en notre service et sous umbre de nous
  comme se  iceluy en eussions donn congi ou exprs mandement,
  que desavouons expressement par ces prsentes, de fait, par force
  et violence cest mis avecques les dits gens dedans le Cont de
  Venycy, prins places, tuez gens, violez femmes et filles pucelles,
  bruler maisons, desrober marchans et faitz autres infinitz maulx,
  dont sommes fort mal contens de luy et de ses dits complices. Et
  pour ce que n'entendons aucunement la dite cit ne les habitans
  d'icelle et dud. Cont, comme noz confdrs, aliez et devotz de
  notre couronne, soient vexs ne opprims en quelque maniere que ce
  soit, meismement comme de terre de Saincte mre Esglise a cuy
  nostre desir ne sache que servir, obyr et complaire, et que aussi
  en justice tous excs, violences, forces et autres maulx et
  roberies ne se doibvent souffrir, vous mandons que veues ces
  prsentes sur tant que dsirs nous complaire, que incontinent et
  sans dlay faictes vuyder le dit Bernard avecques ses dits
  complices hors la dicte cont. A quoy vous donnons plain povoir et
  mandement espcial par ces prsentes, en rintgrant ou faisant
  rintgrer ung chacung  votre povoir, selon debvoir et justice et
  ce par toutes voyes deues et raisonnables, et se ilz ne vous
  obyssent incontinent se y procdez par main arme jusques ad ce
  que la dicte Cont du tout en soit  pleine delivrance, et
  tellement qu'ilz n'ayent plus cause den revenir plaintifs  nous.
  Mandons et commandons a tous noz justiciers et officiers que en ce
  faisant vous obyssent et entendent. Et faictes, cessantz toutes
  exqusations, quil n'y ait point de faulte, et que plus n'en oyons
  parler.--Donn au Plesseys du parc les Tours, le 7e jour de
  fvrier.

    LOYS.

    Courtin.

  (Arch. municip., Origin., srie A.A.)


  No XX

  _Lettre de Baptyste de Bsgat aux Consuls d'Avignon._

    9 fvrier 1479.

  A Messieurs les Consuls d'Avignon.

  Messieurs les Conseuls, de tout mon cuer  vous me recommande. Par
  Guillaume prsent porteur ay receu voz lettres, lequel ariva jeudi
  au soir icy et pourceque le Roy estoit parti des Forges pour venir
  au Plesseis du parc, la o il arriva vendredi au soir bien tart,
  ne fut possible prsenter vos lettres jusques  samedi  sa messe.
  Et receu quil eut vos lettres m'apella et me demanda quelx gens
  sont ce qui sont entres en la Cont de Venise. Je luy respondi:
  Sire ce sont les Angloys qui ont pass par votre royaume qui
  disoient aller au service des Florentins.--Lors me respondit que
  c'estoient des trez (traits) de son compre Lyonnet de Medicy et
  qu'il avoit fait faire tout cecy sans son sceu, dont il monstra
  n'estre pas contant et me dist quil vouldroit garder ceulx
  d'Avignon et du cont de Venisse comme ses propres subgets et
  mieulx, se mieulx povoit. Et en effect dist quil vouloit que tous
  ses officiers tant du Royaume que de Dalphin vous donnassent tout
  l'ayde et faveur que leur vouldriez demander pour leur faire
  rparer les domaiges faitz, et faire vuyder hors de la terre de
  l'Eglise, car il n'entendit oncques quils y entrassent ne feissent
  nul dommaige et qu'il ne les vouloit soustenir en faon quelconque
  et sur ce me dist quil avoit command  Monsieur Dubochaige et 
  Monsieur le conte de Castres que toutes telles lettres que vous
  seroient ncessaires vous fussent faictes et commanda au
  secrtaire ainsi le faire. Et sur ce a est poursuivy et fait la
  response telle que vous verrez et comme il escrit au Sneschal de
  Beaucaire et maistre des ports, lequel il fait commissaire pour
  faire saillir le cappitaine hors de la terre de l'Eglise et en
  faire telle raison comme en cas appartiendra, comme verrez par les
  lettres qu'il luy escript.

  L'expedition na pas est si briesve comme je eusse bien voulu et
  n'a pas tenu  solliciter, comme vous pourra dire le dit porteur,
  qui a veu tout le demene et part ce matin IXe jour. Et si chose
  voulez que pour vous faire puisse, mandez le moy pour l'acomplir 
  layde Nostre Seigneur, qui vous donne ce que desirez.

  Escript  Tours le dit IXe jour de fvrier.

    Le tout plus que votre

    _Sign_: Batyte de BESEGAT?


    Antoine Vela baille IIII cus 
    Guillaume et ung autre cu au
    secrtaire pour vos lettres.

    Je vous envoye les lettres du
    Roy sans cire affin que les lisiez
    car il n'a point de coustume de
    y mettre cire.

  (Arch. municip., Original, srie A.A.)


  No XXI

  _Lettre de Louis XI aux consuls et habitans d'Avignon._

    7 septembre 1481?

  A noz chers et bons amys les consolz, mannans et habitans de la
    cit d'Avignon.

Tres chers et bons amis, nous avons sceu les grans excez faiz en la
personne de Tinteville par la cruelle et mauvaise torture que on luy a
donne  diverses foiz par del. Sans avoir regart quil feust notre
vassal et subgect et qui pis est vostre lgat a fait pendre et noyer
plusieurs ses gens et autres gitter de la Roche au Rosne tres
deshonnestement sans avoir considracion quilz feussent de notre
royaulme, dont sommes tres mal contens, dlibrez de ne laisser pas la
chose ainsi. Et pour ce que ledit Tinteville est notre serviteur
dsirons l'avoir. Et  ceste cause vous prions nous le envoyer. Et
quil ny ait point de faulte. Car si faulte y a, nous nous en prandrons
 vous par faczon que ny prendrez point de plaisir. Tres chers et bons
amis Notre Seigneur vous ait en sa sainte garde.

Donn au Plessis du parc le VIIe jour de septembre.

    LOYS.

    Gilberti.

(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, srie A.A.)


No XXII

_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._

    19 septembre 1481.

  A noz chers et bons amys les consols gens de conseil manans et
    habitans d'Avignon.

Tres chers et bons amys, nous avons receu vos lettres par lesquelles
vous excusez du fait de Tinteville, lequel, comme par autres vous
avons escript, veu quil est notre subgect et serviteur, voulons avoir,
vous advisant que si faulte y a nous en prendrons  vous de ceulx que
votre lgat a fait pendre et noyer sans avoir regart qu'ils fussent de
notre reaulme. Nous savons bien ou nous en devons prendre.

Donn au Plessys du parc lez Tours le XIXe de septembre.

    LOYS.

    Gilberti.

(Arch. municip. de la ville d'Avignon, Origin., srie A.A.)




TABLE DES MATIRES

                                                                PAGES.

    PRFACE                                                      i  x

  CHAPITRE PREMIER.--_Coup d'oeil rtrospectif sur les
  relations de la Cour de France avec Avignon et le Comt
  Venaissin pendant la premire moiti du XVe sicle.--Charles
  VI. Benot XIII. Le schisme._--Caractre gnral des
  relations de la Cour de France avec le Venaissin et l'tat
  d'Avignon pendant le rgne de Charles VI et de Charles VII.
  Comment les rois de France entendaient la juridiction
  temporelle des papes sur ces tats. Voyages princiers 
  Avignon. Fondation du royal monastre des Clestins (1395);
  privilges accords. Inviolabilit.--Premires assises de
  l'autorit royale  Avignon.--Le schisme et Benot XIII.
  Situation des Avignonnais vis--vis du pape et des
  cardinaux. Louis d'Orlans et les oncles du roi  Avignon.
  Attitude et intervention de Charles VI: premier sige du
  Palais (1398). GEOFFROY LE MEINGRE, dit BOUCICAUT. Son rle
  dans les vnements militaires dont Avignon est le thtre
  (1398-1399).--Charles VI prend Benot XIII sous sa
  protection. Sa lettre aux consuls d'Avignon (22 avril 1401).
  Il se fait le dfenseur des cardinaux et des terres de
  l'glise. Sa lettre au sire de Grignan (juin 1401).
  Captivit et vasion de Benot XIII (1400, mars 1403).
  Trait de paix entre les cardinaux et le pape. Hommage des
  Avignonnais  Benot XIII (10 avril 1403). Retrait de la
  soustraction d'obdience (30 juillet 1403).--Suite des
  vnements provoqus par les agissements de Benot
  XIII.--L'anti-pape et le marchal de Boucicaut.--Infodation
  des villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).--Le
  second sige du Palais.--Rodrigues de Luna et les Catalans
  (1410-1411).--Intervention de l'Universit de
  Paris.--Charles VI envoie des secours aux
  Avignonnais.--Capitulation de la garnison catalane (27
  novembre 1411).                                               1  41

  CHAPITRE II.--_Charles VII._--_Les Boucicaut._--_Le Cardinal
  de Foix._--Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il
  ne cesse d'assurer de sa protection les tats citramontains
  du Saint-Sige.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre
  (1426-1428).--La succession du marchal.--Les routiers dans
  le Venaissin et dans la valle du Rhne.--Dmls entre les
  sujets du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII
  (janvier 1426).--Il protge les Avignonnais, tout en
  appuyant les revendications de Champerons, seigneur de la
  Porte (1428).--Situation des tats de l'glise au moment de
  l'ouverture du concile de Ble.--Charles VII appuie
  ouvertement Alphonse Carillo, cardinal de Saint-Eustache,
  qui est le candidat du concile. Sa lettre aux Avignonnais
  (1431).--Conflit entre le pape Eugne IV et les Avignonnais
   propos de la nomination de Marc Condulmaro.--Neutralit de
  Charles VII (1432).--Le cardinal Pierre de Foix, lgat du
  Saint-Sige (avril 1432).--Triomphe de la politique
  franaise.--Efforts de Charles VII pour amener la cessation
  du schisme et la convocation d'un concile  Avignon pour
  l'union des Grecs (1437)                                     42  71

  CHAPITRE III.--_Le Dauphin Louis et le projet de trait
  secret avec le Saint-Sige (novembre 1444)._--Le dauphin
  Louis.--Premire tentative pour s'emparer d'Avignon et du
  comt Venaissin.--Ngociations entre le Dauphin et le pape
  Eugne IV.--Rle du cardinal de Foix.--Protestation des
  tats.--Le projet choue (novembre-dcembre 1444)            72  83

  CHAPITRE IV.--_Le dauphin Louis et ses agissements vis--vis
  des tats citramontains de l'glise
  (1444-1461)._--L'hritage des Boucicaut.--Invasion  main
  arme du Venaissin par les agents du Dauphin.--L'expdition
  de Troyhons (1450).--Intervention de Charles VII.--Ambassade
  de Jehan de Lizac  Avignon (mars 1451).--Mission du
  cardinal d'Estouteville (1452).--Les dernires intrigues du
  Dauphin                                                     84  118

  CHAPITRE V.--_Louis XI et la succession du Cardinal de Foix
   la lgation d'Avignon (1464-1470)._--Caractre des
  relations des Comtadins et des Avignonnais  l'avnement de
  Louis XI.--L'ambassade de Malespine et de Pazzis  Tours
  (1461).--La succession du cardinal de Foix.--Rle du
  marchal Jean d'Armagnac.--Opposition de Louis XI  la
  nomination du cardinal d'Avignon, Alain de Cotivy, comme
  lgat.--Conflit entre Louis XI et Paul II pour la
  dsignation d'un lgat.--Ambassade de d'Orligues  Rome
  (janvier 1465).--chec de la politique de Louis XI auprs du
  Saint-Sige                                                119  142

  CHAPITRE VI.--_Louis XI et le conflit avec Jules de la
  Rovre.--L'entrevue de Lyon (juin 1476) et ses
  consquences._--Vacance de la lgation
  (1464-1470).--Agissements de Louis XI pour faire nommer  la
  lgation d'Avignon l'archevque de Lyon, Charles de
  Bourbon.--Satisfaction accorde au roi de
  France.--Conditions dans lesquelles Charles de Bourbon est
  pourvu de la lgation (1470).--Engagements du roi et du
  lgat vis--vis du Saint-Sige.--Rvocation des pouvoirs du
  cardinal de Bourbon (13 mars 1476).--La lgation est donne
   Jules de la Rovre, neveu de Sixte IV.--Mcontentement de
  Louis XI.--Origines du conflit.--Occupation du palais
  apostolique.--Les reprsentants du lgat
  assigs.--Intervention militaire de Louis XI (avril-mai
  1476).--Entrevue de Lyon (juin 1476).--Les Avignonnais
  prtent serment de fidlit au roi de France (26 juin
  1476).--Succs de la politique royale.--Consquences de
  l'entrevue de Lyon pour les sujets du Saint-Sige et pour le
  cardinal de Saint Pierre ad Vincula.--Son retour  Rome
  (octobre 1476)                                             143  190

  CHAPITRE VII.--_Les dernires annes de Louis XI
  (1476-1483).--Caractre gnral de la politique  l'gard
  d'Avignon.--Bernard de Guerlands et Jehan de
  Tinteville.--Faveurs royales._--Les dernires annes de
  Louis XI.--Les tentatives des Routiers et des Florentins sur
  Avignon et le Comt.--Le sacrilge Bernard de Guerlands
  (1478-1479).--Les consuls s'adressent  Monseigneur du
  Bouchage.--Intervention de Louis XI qui protge les sujets
  du Saint-Sige (fvrier-mars 1479).--Nouvelle attaque de
  Jehan de Tinteville ou Dinteville (1480-1481).--Petitjean
  matre d'htel du roi  Avignon (1481).--Politique quivoque
  de Louis XI.--Il dsavoue Tinteville (janvier 1483).--Mort
  de Louis XI.--Sentiments des Avignonnais.--Funrailles du
  roi clbres  Avignon (24 septembre 1483).--Privilges
  divers accords par Louis XI aux Avignonnais.--Il protge le
  commerce et la navigation.--Lettres des 24 mai 1482 et avril
  1480.--Il confirme les privilges du page  sel (26 janvier
  1478).--27 janvier 1481                                    191  210

  RSUM ET CONCLUSION                                       211  223




TABLE DES PICES JUSTIFICATIVES


                                                                PAGES.

       I. Instructions du pape Eugne IV  Tristan d'Aure,
          vque de Conserans et gouverneur d'Avignon
          (fvrier 1444)                                           224

      II. Id., du mme au mme                                     225

     III. Bref d'Eugne IV aux Sindics d'Avignon (20 novembre
          1444)                                                    227

      IV. Bref d'Eugne IV aux Trois tats de la Cont de
          Venayssin (dcembre 1444)                                228

       V. Charles VII aux Sindics d'Avignon (26 janvier 1448?)     229

      VI. Lettre du dauphin Louis aux tats de Carpentras
          (15 mai 1451)                                            229

     VII. Charles VII aux Sindics d'Avignon (5 mars 1452)          230

    VIII. Charles VII aux Sindics d'Avignon (12 mars?)             230

      IX. Charles VII aux Sindics d'Avignon (22 mars?)             231

       X. Charles VII aux Sindics d'Avignon (19 mars 1452?)        232

      XI. Charles VII aux Sindics d'Avignon (15 mai 1452?)         232

     XII. Charles VII  la ville d'Avignon (22 juillet 1453)       233

     XII _bis._ Prestation d'hommage de Romieu de Morimont au
          pape Nicolas V (1er juin 1456)                           235

    XIII. Lettre d'Allemand de Pazzi et de Franois Malespine
          aux Consuls d'Avignon (15 septembre 1462)                237

     XIV. Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix (21 janvier
          1464)                                                    239

      XV. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (21 juin?)      240

     XVI. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (26 aot
          1464)                                                    241

    XVII. Lettre de Jean d'Armagnac, marchal de Comminges,
          aux Consuls d'Avignon (22 septembre 1464)                242

   XVIII. Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la
          Rovre (21 juin 1476)                                    244

     XIX. Lettre de Louis XI au btard de Comminges                246

      XX. Lettre de Baptiste Bsgat aux Consuls d'Avignon
          (9 fvrier 1479)                                         247

     XXI. Lettre de Louis XI aux Consuls et habitants d'Avignon
          (7 septembre 1481?)                                      249

    XXII. Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon (19 septembre
    1481)                                                          250






End of the Project Gutenberg EBook of Louis XI, by R. Rey

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LOUIS XI ***

***** This file should be named 37678-8.txt or 37678-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/7/6/7/37678/

Produced by Hlne de Mink and the Online Distributed
Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
produced from images generously made available by the
Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
